→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1737, 11, 12, vol. 1-2
Taille
22.80 Mo
Format
Nombre de pages
675
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE,
1 1
DEDIE AU ROT.
NOVEMBRE. 1737.
OUR
COLLIGI
SPARGIT

.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
HE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR,
AVIS.
FILDEN UNDADRESSE
generale eſt à
Monfidur MOREAU
, Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent se fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très -inftamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
Join d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
Peure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
ly indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
NOVEMBRE . 1737.
*********** ****** *******
PIECES
FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
L'AMOUR E'GARE' ,
L
CANTATE.
A Déesse des coeurs , voulant punir
son Fils
Du Trait que cet ingrat aveit lan
cé contre elle ,
Résolut d'émousser la fleche criminelle
Dont il l'osa blesser en faveur d'Adonis ;
L'Amour pour éviter cette injuste colere ,
A ij Prend
2318 MERCURE DE FRANCE
Prend en main son flambeau , s'arme de son
Carquois ,
Et d'une aîle legere
Il vole et fuit le séjour de Cythere ;
Pour venir se cacher dans nos paisibles bois.
Fuyez , raison austere ,
Eloignez- vous de ce séjour
On n'écoute guere
Votre Loi sévere
Dans des lieux où regne l'Amour
Il fait disparoître
Les tristes soupirs ,
Partout on voit naître
Les Jeux , les Plaisirs ;
Pour mieux reconnoître
De si doux loisirs ,
Que ce Dieu soit maître
De tous nos désirs .
Venus , de ce départ , interdite et tremblante ,
1 Fait chercher l'Amour en tous lieux ;
Elle vient sur la Terre , elle va dans les Cieux
Et sa recherche impatiente
17
Lui fait porter par tout ses regards curieux ;
Mais sans espoir enfin , la Déesse est contrainte
D'exprimer par ces mots sa douleur et sa crainte.
Reviens , charmant vainqueur , dans les bras de
ta Mere ;
Ecoute mes tristes regrets ;
Viens calmer ma douleur amere ,
Reviens
OVEMBRE . 1737. 2319
:
dûssai - je encor m'exposer à tes traits.
Tendre Amour , quelle est ta puissance !
Ton triomphe doit être doux ;
On aime mieux cent fois éprouver ton courou
Qu'une trop froide indifference .
L'Amour touché des plaintes de Vénus ,
Sprête à terminer de si vives allarmes ;
Et par un retour plein de charmes
Il veut rendre le calme à ses sens éperdus ;
Mais
voyant
la
douleur
que
nous
en
devons
prendre ,
Par ces
mots
La
genereux il cherche à la suspendre
Je ne quitte qu'en aparence
Un si charmant séjour ;
Consolez-vous de mon absence }
Bergers , je vous laisse ma Cour ;
Dans vos retraites solitaires ,
Vous sentirez mes traits vainqueurs
İls seront gravés dans vos coeurs
Et dans les yeux de vos Bergeres ;
Que les inutiles soupirs
Soient écartés de nos Bocages ;
Petits Oiseaux , par vos ramages
Chantez nos amoureux désirs
Et vous Echos , sous ces ombrages
Ne repetez que nos plaisirs .
Musique est de M. Fremeaux , Organiste
de S. Aspais de Melun.
A iij OBSER-
1
1
1
1
2320 MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS de M. D. S.J.
sur les Ouvrages de Bernard Guidonis ,
Dominicain , Evêque de Lodéve , pour
servir à l'Histoire Litteraire de France
du xiv . Siecle.
J
و
E n'ignore pas que dans l'Ordre de
S. Dominique il y a eu de Grands
Hommes des Personnages célébres
d'illustres Théologiens , qui ont beaucoup
servi l'Eglise , en confondant les Héré
tiques , en éclairant les Fidéles par leurs
Ecrits et par leurs Prédications : mais s'il
y a des Albert le Grand , des Thomas
d'Aquin , des Cajetan , des Lemos & c.
et de nos jours des Noël Alexandre , des
Echard , et des Le Quien , il faut aussi
avouer que dans les temps qui ont précedé
, il y a
eû aussi parmi les Religieux
du même Ordre des Ecrivains d'un mérite
assés médiocre , des Auteurs , dis-je ,
qui n'ont pû être loüés des Con- que par
temporains aussi peu éclairés qu'eux .
Que s'ils l'ont été par quelques Modernes
, il faut distinguer parmi ces Modernes
, et examiner s'ils avoient lû leurs
Ecrits , ou s'ils se contentoient de copier
les
NOVEMBRE. 1737. 2321
les anciens Panegyristes de ces Ecrivains,
tels qu'ils les trouvoient.
Il m'a paru que Bernard Guidonis
dont un Ecrivain de son Ordre a tâché
depuis peu de relever l'excellence , est
dans le dernier cas , et que quoi qu'il
paroisse avoir été estimé de son temps ,
peut-être même dans quelques- uns des
siecles suivans , on ne peut aujourd'hui
obliger personne de lui accorder une estime
générale. Je pense au contraire que
c'est un Auteur sujet à révision , que
c'est un de ces Compilateurs , qu'on
peut , pour toute grace qu'on sçauroit
lui faire , mettre un peu au dessus de
Jacques de Genes , et à côté de Vincent
de Beauvais,
} Nous sommes dans un Siccle éclairé
où l'on examine les choses de près , et
où l'on ne pardonne à aucun des Anciens
les simplicités qui leur sont échapées.
Témoin ce que je lis à la page 45. du
Discours sur l'état des Sciences du ix . et
du x. siecle , touchant les Mathematiques
de Raban de Mayence . Si l'Auteur de ce
Discours continue de faire passer en revüe
les Ecrivains de chaque siecle , il aura
ample matiere à éxercer sa critique , à
mesure qu'il aprochera du nôtre.
Je ne le préviendrois pas sur Bernard
A iiij Guidonis ,
2322 MERCURE DE FRANCE
Guidonis , Auteur du XIV. siecle , si
je n'avois vû répandre un Ecrit imprimé
dans lequel on fait dire à M. Baillet , à
M. Baluze et aux Possesseurs des plus
celebres Bibliotheques , en faveur de cet
Auteur , ce qu'ils ne disent pas et ce à'
quoi ils n'ont jamais pensé.
Ce qui m'a encore surpris dans cet
Ecrit , c'est qu'on y prend fort mal fe
sens des paroles de M. l'Abbé le Beuf, et
qu'on veut qu'il ait dit que personne n'a
jamais eû le courage de faire imprimer aucun
des Ouvrages Historiques de Bernard
Guidonis ; tandis que dans le Mercure de
Mars , page 425. il juge du mérite des
Manuscrits de cet Auteur par les Impri--
més qu'il en a vûs chés le Pere Labbe et'
chés M. Baluze . "
En pardonnant cette méprise à celo
qui l'a faite , j'ai eû la curiosité de voir
ce que le Pere Echard dit être imprimé
de Bernard Guidonis. Je n'avois pas été
étonné de lire dans ce Bibliothecaire Dominicain
un grand Eloge de Bernard ,
écrit par un Auteur qui l'avoit connu .
On n'avoit pas assés de Critique au
XV. siecle pour distinguer les véritables
Sçavans en fait d'Histoire. La simplicité
du Panegyriste étoit si grande , que
pour profiter de tout ce qui se présentoit
NOVEMBRE. 1737. 2323
à celebrer dans son Héros , il commence
son Eloge par une fade allusion à son
nom de Bernardus : Hic , dit - il , juxta
proprietatem sui nominis, tanquam NARDUS
odorifera , vitâ pariter et doctrinâ odorem
suavissimum Deo et hominibus emanavit.
C'est sur cet Eloge que Sponde s'est
fondé lorsqu'il en a parlé dans ses Annales
, et il n'a pas pris la peine de lire
ses Ouvrages.
Le Pere Echard , après avoir indiqué
' un grand nombre d'Ouvrages de Bernard
Guidonis qui n'ont jamais été imprimés
, nous renvoye aux deux Tomes
de la Bibliotheque de Manuscrits du P.
Labbe, pour y lire quelques productions
de sa plume. On trouve dans le premier
Tome un Traité des Saints du Diocèse de
moges. Il commence à la page 629. Ce
n'est point l'Ouvrage d'un autre que Bernard
transcrit ici, comme il peut l'avoir
souvent fait dans son Speculum Sanctora❤
le , c'est lui- même qui parle d'un bout
à l'autre .
Il y marque dès la premiere page. l'en
voi de S.Martial dans les Gaules par saint
Pierre , la 3. ou 4. année de l'Empire de
Claude , et la 47. de J. C. Il ajoûte que
ce Saint eut , tant qu'il demeura dans le
Limousin , douze Anges députés par le
A v Seigneur
2324 MERCURE DE FRANCE
Seigneur pour sa garde; qu'il avoit amené
avec lui S. Amadour et sa femme Véronique
, laquelle avoit été grande amie
de la Sainte Vierge , dont ils aporterent
avec eux du Lait et des Souliers , et que
ce Lait fut mis par S. Martial dans une
Eglise qui en prit le nom de Solac , pra
eo quod Solum Lac Virginis Maria ibi positum
est. Ce dernier fait est au milieu de
la page 630. il peut servir à prouver le
genre de sagacité dont étoit doüé Bernard
pour découvrir l'origine des fondations
et l'étimologie des noms. L'on voit
immédiatement après un Catalogue des
autres Saints du Pays de Limoge, où quantité
de Saints , quoiqu'étrangers , sont
admis par leurs Reliques. Ce Morceau
contient une infinité de simplicités et
de jeux de mots , par raport aux noms
de ces Saints , sans parler des faussetés
visibles. Voici ce qu'il , dit page 632. d'un
S. Clair et d'un S. Baumard : Per Clarum
Clara et serena tempora dantur , per Baumardum
terra infunditur pluviis . A la page
635. S. Adorator Episcopus et Martyr apud
Luberciacum adoratur. J'ai crû ne devoir
pas séparer ces deux Endroits . Revenons
à la
page 632. et nous y lirons un trait
dont je doute fort que le Pere du Plessis
, Historien de Meaux , convienne
avec
NOVEMBRE . 1737. 2325
avec Bernard Guidonis . S. Sanctinus
dit-il

qui fuit Meldensis Episcopus et
Confessor , requiescit in Villa sui nominis
propè Brivam. A la page 634. on lit un
endroit qui est aussi de la compétence
du même Dom du Plessis , lequel
travaille actuellement à l'Histoire de l'Eglise
et du Diocèse de Rouen . Voici les
propres termes de l'Auteur. S. Audoënus
sive Audeneius Rothomagensis Episcopus ,
quiescit in Villa denominata ab ipso , scilicet
apud S. Audoenum sive Audentium .
Dicunt autem incola quod limina beati Jacobi
Compostella visitaverat, et in reditu illic
défunctus est et sepultus. Hic Audoënus
primo fuit reclusus , et quodam die bene
refecius in mensa Archiepiscopi Rothomagensis
, sequenti nocte cum se sopori dedisset
, sensit damonem ventrem ejus attrectan
tem et crebro repetentem : Modo bene , Audoëne
, Audoene , modo bene . Tunc Sanctus
; sed cras male ( scilicet , manducabo )
et hodiernas delicias in palatio , diata crastina
compensabo. Ce petit trait sur saint
Ouen , marque jusqu'où Bernard Guidonis
poussoit la gravité et le discerne
ment. (a)
(a) Je connois des Breviaires de deux et trois cent
ans , dans lesquels cette Historiette est attribuée à
S.Filbert, Abbé de Jumiéges, au Diocèse de Rožen.
A vj Ouvrant
2326 MERCURE DE FRANCE
Ouvrant le second Volume du Pere"
Labbe , à la page 265. on y trouve une
répetition des mêmes Fables sur S. Martial
, qui sont dans le volume précédent.
Le Catalogue que Bernard prétend donner
des Evêques de Limoges , est plein
de fautes . Il n'y a qu'à le confronter avec
celui du Gallia Christiana , dont les Auteurs
regardent , avec grande raison ,
comme des fables , pro fabellis , après
M. du Bosquet , les Traditions sur saint
Martial , que Guidonis respectoit si fort.
Son Traité de la Fondation de l'Ordre de
l'Artige, en Limousin , renferme un trait
des plus curieux . En parlant de la Trans
lation du Corps des premiers Prieurs
de cette Maison et de l'immobilité de
leurs Cercueils , il dit que le Prieur d'alors
fut obligé de leur ordonner par obéïssance
de se laisser transferer, et qu'il obtint
d'eux ce consentement en les faisant
pieusement battre de verges . Ce fait est
raporté à la page 278. Cum Corpora S
Patrum Marci et Sebastiani transferre vellent
, non potuerunt inde moveri : Prior per
obedientiam præcepit eis quod abirent et si
nerent se portari ; et quasi verberibus piis
impulit eos virgis : qui , ut filii obedientia
statim acquieverunt et ad lavam altaris simul
conditi sunt.
Tous
NOVEMBRE . 1737 2327
Tous ces traits curieux marquent un
homme d'un jugement très- borné en fait
d'Histoire , et n'ont rien qui puisse nous
faire regarder comme une acquisition
bien : considérable celle des autres Ouvrages
Historiques de ce Dominicain ;
sur tout son MIROIR SANCTORAL,
où il doit non- seulement y avoir des Pieces
qu'il tire d'ailleurs , mais encore les
Vies des SS . de sa façon . On dit que cet
Ouvrage n'est qu'à Toulouse ; mais d'autres
Ouvrages , soit imprimés , soit ma
nuscrits de cet Auteur , peuvent aider à
le faire connoître de plus en plus.
Dans son Traité des 72. Disciples, qui
est resté manuscrit , il met la naissance
de S. Saturnin , Evêque de Toulouse , à
Patras , et il le fait fils du Roy.Fgée
pour le rendre contemporain de S, André.
Il lui joint sous la même qualité de
P'un des 72. Disciples , S. Julien , premier
Evêque du Mans , qu'il assure être
2e Lépreux de l'Evangile , et saint
Ursin de Bourges , qui est , selon lui , le
Nathanaël des Livres Sacrés . Il compte
le Roy Abgare pour l'un de ces 72. Disciples.
Il n'omet pas S. Martial. C'est un
Saint sur lequel il ne sçauroit finir ; et
quoiqu'il le supose vivant du premier
siecle dans les Gaules , il donne le nom
de
2328 MERCURE DE FRANCE
de Hildebert à un homme qu'il ressus
cita , et le dit fils du Comte de Poitou .
Le Pere Labbe , qui n'a pas crû devoir
publier ce Traité , a aussi omis ce que je
trouve dans un Manuscrit plus ample
du Traité de Bernard sur les SS. de l'Aquitaine.
Cela regarde S. Just , Disciple
de S.Hilaire de Poitiers. A beato Hilario ,
'dit- il , promotus est in sacerdotem. Asinum
super quem Hilarius sedere consueverat ,
Lupus , ipso obdormiente in sylvam duxit ,
sed Justo orante ipsum incolumem Lupus
ipse reduxit. Ceci ne demande point de
refléxions.
Sa Description des Gaules , qui est
imprimée dans Du Chêne (Hist. Fr.Tom.
1. ) est un Ouvrage d'une page et demie.
L'Auteur y fait voir qu'il connoît si peu
l'Etat des Eglises des Gaules , que dans
l'arrangement des quatre ProvincesLyon:
noises , il met pour seconde la Sénonoise
, pour troisiéme celle de Rouen , et
pour quatrième celle de Tours . D'autres
que moi releveront aisément les autres
fautes de ce petit Ecrit.
S'il y a quelque Ouvrage où Bernard
Guidonis réussisse un peu moins mal ,
c'est lorsqu'il copie exactement ceux qui
l'ont précedé. Ainsi , par exemple , dans
son Traité sur les Comtes de Toulouse ,
il
NOVEMBRE. 1737. 2329
il est suivi par ceux qui ont écrit l'Histoire
de cette Ville , depuis l'endroit où
il déclare qu'il n'en dira que ce qu'il a
apris dans Guillaume de Puy Laurent ,
et dans l'Auteur des Gestes de Simon de
Mont Fort. Mais Catel le releve , comme
il le mérite ,au sujet des premiers Comtes
de Toulouse , qu'il a inseré dans son Catalogue
, page 44. » Frere Bernard Gui
donis , au Traité qu'il a fait en Latin
» des Comtes de Toulouse , dit qu'Ysau
» rus succeda à Torsin ; ce qui a été sui-
»vi par tous ceux qui en ont traité après
» lui . Mais j'estime , ( continuë Catel )
>> que tous ces Historiens ne sont pas
>> bien informés de la succession de Tou-
» louse , ayant inventé des noms qu'ils
» ont mis à la place de ceux qu'ils igno-
>> roient ; tout ainsi que quelques - uns
» d'entr'eux ont mis en avant que Tholus
» étoit le Fondateur de la Ville de Tou
» louse , et que Torsin , Ysauret , Aqua-
» rius , Belet , Tabor et quelques autres
» qu'ils imaginent , ont été anciens Rois
» de Toulouse. >> Ce témoignage de Catel
rabaisse un peu le mérite de Bernard ; et
pouroit- on s'empêcher de regarder com
me un Ecrivain trop facile celui qui s'avise
de placer parmi les Comtes de Toulouse
des Historiens , des Torsin, des Ysauret ?
Comme
330 MERCURE DE FRANCE
Comme il étoit venu à Paris , où la Tombe
du Géant Ysoret étoit alors fort
celebre, il recueillit aparamment tout ce
qu'il en avoit oui dire, et peut- être alors
le faisoit- on Comte de Toulouse.
: Dans une Collection de Passages qu'il
a faite pour prouver l'universalité de la
tache originelle , après avoir cité S. Augustin
, S. Grégoire , et avant que de citer
Bede , il produit 6. Passages de saint
Remi ; par où l'on voit qu'il ne sçavoit
pas discerner les Ecrits du VI . siecle d'avec
ceux du IX. ou du X , attribuant à
S. Kemi de Rheims des Ouvrages , qui
lui sont bien posterieurs .
La Critique de Guidonis se borne à
avoir quelquefois marqué dans ses Ouvrages
les differens sentimens touchant
certaines Epoques ou certaines prétentions
, lorsque cela étoit venu à sa con
noissance. Ainsi à la fin de la Vie de
S. Louis , il dit : Dehinc servus Dei Benedictus
Ludovicus Rex Francia substrahitur
ab hac luce in Vigilia B. Bartholomai
Apostoli , sicur in Chronica Magistri Guillelmi
de Podio Laurentii scribitur illa dies.
Verumtamen filiæ ejus transitus recolitur , necnon
in littera canonisationis ipsius describitur
in crastino B. Bartholomai Apostoli eve-
* Au bout du Fauxbourg S. Jacques.
nisse
1
NOVEMBRE
. 1737. 2331
nisse.De ces deux sentimens il semble pré
ferer le premier qui a été le moins suivi . If
dit aussi que S. Louis étoit dans sa 14.
année lorsqu'il fut sacré ; ce qui n'est
suivi par aucun Historien de nos jours.
Si Bernard Guidonis étoit peu exact
pour les choses qui n'êtoient pas toutà-
fait de son temps , il faut aussi avouer
que ce n'étoit point un homme arrêté
à son sens ; c'est le plus grand Eloge que
je crois pouvoir faire de lui , avec celuf.
de sa probité et de la sainteté de sa vie .
Dans la Préface d'une de ses Chroniques
non imprimées , il prie le Lecteur d'interpreter
bénignement ce qu'il dit , et
de corriger hardiment ce qu'il trouvera
de faux en lui : In quo quidem opere
Lectorem habere desidero tam benevolum
interpretem , quàm liberum correctorem . It
repete à peu près la même chose dans
son Traité des 72. Disciples , où il a le
plus hazardé de Fables ; il le soumet à la
critique en ces termes : Salvus semper me
liori judicio et ampliori ac certiori indagine
veritatis. Il semble que ce pieux Personnage
penseroit comme les Sirmond , les
Petau , les Henschenfus et les Papebroch;
s'il revenoit sur la Terre.
Dom Martene a donné au Public ;
(Tom. I. Ampliss. Coll. ) l'Ouvrage
d'un
2332 MERCURE DE FRANCE
d'un Chartreux de la Province de Normandie
, qui vivoit à la fin du quinziéme
siecle , touchant les differens Ordres
Religieux. Il se trouve dans cet Ou
vrage un Chapitre sur les Freres Prê
cheurs , où il y a un grand Eloge de
Bernard Guidonis , et sur tout du M1-
ROIR SANCTORAL. Voici les termes
: Venerabilis Magister ac Doctor Solertissimus
, deinde Episcopus Lodevensis
Magister Bernardus , qui quatuor Speculi
Sanctoralis edidit libros , opus egregium es
alia multafragranti Stylo digessit. Les qualifications
de Solertissimus , de Opus egré
gium et defragrans Stylus, pouvoient être
admises encore à la fin du XV. siecle ;
dans le Dialogue que ce Chartreux composa
sous le nom d'une Mere et d'un
Fils , qui s'entretiennent familierement.
Le renouvellement des Lettres n'étoit
pas encore connû en France , et l'on
étoit encore fort éloigné de lire les Lé
gendaires avec des yeux critiques. Le même
Chartreux fait aussi placer dans le
rang des illustres Dominicains par un
de ses Interlocuteurs , Magister Jacobus
Januensis disertus Doctor et floridus , qui
Legendam auream composuit. On voit par
là que les louanges coûtoient peu à ce
bon Chartreux, Mais je ne crois pas qu'il
cût
NOVEMBRE. 1737. 2333
y au
tút lû le Miroir Sanctoral ; car il
toit aperçû que les Pieces qu'il contient
ne sont pas du style de Bernard , ou que
ce style odoriférant ne peut pas être le
même en tout cet Ouvrage , suposé que
le Pere Echard ait dit vrai , lorsqu'il n'a
regardé Bernard que comme un Compilateur
qui rassemble ce qu'il trouve
de tous côtés. L'autorité du Chartreux
est donc une autorité fort mince. Quel
que complaisance qu'on eût à le citer
on n'auroit pas dû omettre que ce que l'on
en cita , est corrigé en marge par l'Edi
teur ; et l'on n'a garde de nous instruire
des visions qu'il raporte au sujet de
S. Grégoire Pape et de S. Dominique. (a)
M. Baillet ne parle point de luimême
lorsqu'il donne un Portrait de
Bernard Guidonis , dans son Discours
Préliminaire , il se sert des couleurs dont
Bollandus l'a dépeint ; encore parle-t'il
sans rien décider. On prétend , dit-il , que
Bernard s'est montré beaucoup plus exact que
ceux qui l'avoient devancé. C'est le jugement
qu'en porte Bollandus . Or si on
prend la peine de consulter Bollandus
à l'endroit cité par Baillet , on y lit cette
déclaration naïve sur les gros Tomes du
(a) Voyez Martene , ibid. col. 28. et lisez em
marge Error in numero . Items col. 29. col. 68.
MIROIR
2334 MERCURE DE FRANCE
MIROIR SANCTORAL de Bernard .
Nondum eos Tomos ut viderem contigit.
Quel fond peut-on donc faire sur le jugement
d'un homme qui parle d'un Ouvrage
qu'il n'a pas vû ? Outre cela Bollandus
écrivit sa Notice sur Bernard en
1643.lors qu'il ne faisoit que commencer
son immense Collection. LaCritique dont
ce sçavant Ouvrage est rempli , ne faisoit
que de naître. Bollandus étoit alors
porté à tout excuser , et même la Légende
dorée . La censure que ses Continua
feurs ont fait d'une infinité de Pieces '
du goût de celles de Guidonis , marque
bien ce qu'il écriroit , s'il étoit à recoma
inencer:
M. Baluze a eû occasion de donner
un petit coup d'encens à Bernard Guidonis
c'est dans le commencement de
ses Notes sur les Vies des Papes d'Avignon
( Tome I. page 579. ) il le qualifie
d'Auteur non récusable : Auctor omni ex
ceptione major ; ce qu'un Moderne a traduit
: Bernard Guidonis est un des plus ces
lebres Auteurs. Mais ce Moderne me permettra
de lui dire que sa Traduction est
un peu infidelle, et qu'elle exagere d'une
maniere outrée . Les trois mots , Omni
exceptione major , signifient simplement
Au dessus de tonte récusation . Encore si
Bernard
NOVEMBRE. 1737. 2335
Bernard est au-dessus de toute récusa
tion , selon M. Baluze , c'est uniquement
, quant au fait particulier , que ce
Sçavant vouloit autoriser par son témoignage
. Il s'agissoit de réfuter ceux qui
ont cry que Jean de Paris , Jacobin , qui
avoit été inquiété pour ses sentimens sur
l'Eucharistie , étoit allé à Rome pour se
justifier l'an 1306.M.Baluze prouve qu'il
ne sortit pas hors du Royaume , et que
ce fut à Bourdeaux où étoit alors la Cour
Romaine qu'il alla ; et il le prouve par
le Catalogue des Professeurs de l'Ordre ,
dressé par Guidonis , où cela est clairement
marqué , in Curiâ Romanâ Burdegalis
; et afin qu'on ne rejette point le
témoignage de Guidonis , il le qualific
en cette occasion d'Auteur au- dessus de
toute récusation , parce qu'il étoit alors
Prieur du Couvent de Limoges , et qu'il
y avoit reçu le Pape le 24. Avril précédent
; d'où il conclut qu'il devoit sçavoir
où étoit la même année la Cour
Romaine. Il ne faut donc pas inférer
des trois mots de M. Baluze , qu'il admette
comme irréfragable tout ce que
Bernard dit des autres Professeurs plus .
anciens que lui , encore moins sur les
autres Ouvrages relatifs à ce Catalogue ,
ou qui y sont attachés,
Au
# 336 MERCURE DE FRANCE
Au reste , quoiqu'un Auteur soit méprisable
d'un certain côté , et que son
autorité soit d'un très petit poids , cela
n'empêche pas qu'il n'y ait des articles ,
dans lesquels on doive l'écouter et le suivre
et si c'est un Historien , et qu'il
paroisse témoin des choses qu'il assure
on peut ajoûter foi à ce qu'il dit , à
moins qu'on n'ait des raisons qui prouvent
qu'il a été mal informé , où mal
intentionné. Guidonis dit , par exemple ,
qu'il avoit vû une Inscription trouvée
de son temps sur le corps de la Magdelaine
, et qu'il l'avoit tenue. Je le regarde
comme témoin de l'éxiftence de
I'Inscription , et rien de plus , car il se
trompoit lourdement dans les conséquences
qu'il en tiroit, voulant que Sidonius
qui y est nommé , fût l'Aveuglené
de l'Evangile ; de même qu'il dit
bonnement que Marcelle , la Servante
prétenduë de Ste Marthe , étoit la femme
qui avoit crié Beatus Venter en présence
de N. S. Tel homme peut lire des
Memoires historiques , qui pour ne les
avoir pas bien entendus , en tire de
fausses conséquences , et leur fait dire
ce qu'ils ne disent pas . Je mets Bernard
dans le rang des Ecrivains de bonne foi.
Les protestations qu'il a faites ci- dessus
dans
NOVEMBRE . 1737. 2337
dans deux de ses Préfaces , me portent à
estimer son ingenuité. Mais c'est aussi
par la même raison qu'il faut mettre audessus
de tous ses Ouvrages ce qu'il a
écrit des Papes qui ont vécu de son
temps , quoique ce ne soit que par maniere
d'Annales, Les manuscrits n'en sont
plus cependant si cherement conservés ,
depuis que M. Baluze les a fait impri
mer. Au reste , le dénombrement des
plus célébres Bibliotheques , où le P. Le
Long dit que
l'on conserve fes manuscrits
, n'est pas difficile à faire . Il se réduit
à une seule Bibliotheque , et à deux
ou trois manuscrits , dont l'un est une
Sentence qu'il a rendue en sa qualité
d'Inquisiteur. Ce qui ne vaut pas la
peine de dire avec emphase , que les
plus célébres Bibliotheques conservent cherement
ses manuscrits , Il seroit plus veritable
de dire , qu'il y en a de lui en
Province , qui sont ornés de magnifiques
Généalogies , en vignetes , et qui
n'y sont pas beaucoup estimés .
Quelques-uns donnent à Bernard let
surnom , François de la Guyonnie. Je ne
sçais sur quoi ils se fondent . Il y a plus
d'aparence que son véritable nom fût
Bernard Guyset comme de son temps on
latinisoit les surnoms en les mettant au
genitif,
2338 MERCURE DE FRANCE
genitif , de- là s'est formé celui de Guidonis
, qu'il se donne lui-même,
LE PRINTEMPS ,
ODE ANACREONTIQUE ;
Qu'on peut chanter sur l'Air : Réveillezvous
, Belle endormie .
Tout se ranime en la Nature ;
Cerés vient embellir nos Champs »
Déja l'on voit sur la verdure
Les jeunes agneaux bondissants,
Sur les Côteaux on voit éclore
De Bacchus les dons précieux ,
Et Pomone se joindre à Flore
Pour former ses fruits savoureux.
Tous les arbres de nos Bocages-
Répandent de douces odeurs ;
Ils s'ornent de tendres feuillages ,
Qu'Aurore arrose de ses pleurs,
Les doux Zéphirs dans les Prairies ,
Caressent
NOVEMBRE. 1737. 2339
Caressent les naissantes fleurs
Qui disputent aux Pierreries
L'éclat des plus vives couleurs .
V
Avec une ardeur indiscrete ,
De leurs accens toujours nouveaux
Le Rossignol et la Fauvette
Font retentir tous les Echos.
De Phébus la féconde haleine
Penetre jusqu'au fond des coeurs
Les Oisillons quittent la Plaine
Pour se conter mille douceurs.
Au son de la douce Musette ;
Les Bergeres dans ce Vallon
Foulent la pâle violette
Dont est parsemé le gazon.
Profitez , aimable . Jeunesse
De ces jours prompts à s'écouler ,
Déja le temps jaloux s'empresse
A vos yeux de les enlever.
Pour une faveur passagere
Hélas ! ne croi pas , beau Printemps ,
2340 MERCURE DE FRANCE
Que je sois assés téméraire
Pour te prodiguer mon encens.

A Philis je dois cet hommage ,
> Elle offre seule à tous mes sens
Par sa présence et son langage ,
Les fleurs d'un éternel Printemps.
Par le S. H ***
******* XXXXXXXX
VIII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart , ancien Avocat
au Parlement , sur quelques Sujets de
Litterature.
Ous serez, sans doute bien aise ,Mon-
Vsieur ,d'entendre parler d'un Livre
nouveau sur le Jeu des Echecs , ce Jeu
fameux , inventé , ce semble, pour le délassement
des Gens de Lettres , et qui
offre une récréation laborieuse par les
réfléxions , ou plutôt par les sérieuses et
les longues Méditations qu'il éxige . Voici,
le Titre de ce nouvel Ouvrage ,
ESSAI sur le Jeu des Echecs , où l'on
donne quelques Regles pour le bien jouer,
at remporter l'avantage par des coups
fins
NOVEMBRE. 1737 2341
fins et subtils , que l'on peut apeller les
Secrets de ce Jeu. Par le Sieur Philipe
Stamma , natif d'Alep en Syrie. Brochure
in 12. A Paris , de l'Imprimerie
de Pierre Emery. M. DCC . XXXVII.
Cet Ouvrage est dédié à Mylord Har
rington , Ministre et Secretaire d'Etat
du Roy de la Grande Bretagne , par une
courte Epitre bien écrite , et qui ne sene
point son Auteur Etranger.Suit une Préface
presque aussi courte , dans laquelle
M. Stamma expose qu'il est très - vraisemblable
que le Jeu des Echecs a été
inventé dans l'Arabie Heureuse , par la
raison principalement , que tous les ter
mes du Jeu ,et le mot d'Echec même, dérivent
, dit-il , de l'Arabe , comme aussi
les noms de la plupart des Pieces avec
lesquelles on le joue , c'est le Jeu favori -
de ce Pays là , & c. Je ne sçais , Monsieur
, si vous admettrez cette raison .
qui neprouve pas plus , ce me semble, en
faveur de l'Arabie Heureuse , pour l'origine
du Jeu des Echecs , que pour les
autres Contrées du Monde où l'on parle
Arabe . Or cette Langue se parle presque
universellement dans toute l'Affrique ,
et c'est encore aujourd'hui la Langue
d'une grande partie de l'Asie.
Bij Quoi232
MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en soit , notre Auteur assure
, qu'à Alep , sa Patrie , aujourd'hui
Capitale de la Syrie , il y a un grand
nombre de Joueurs si habiles , qu'il n'y
en a guére en Europe qui leur puissent
être comparés. Dans ce même Pays , continue
t'il , les Joueurs se laissent conseiller
, et choisissent presque toûjours
chacun un second , au lieu qu'à Paris ,
de même qu'en Italie , en Angleterre ,
et dans les autres Pays que j'ai vûs
chacun veut jouer feul , à sa fantaisie
et ne veut pas qu'on parle sur son jeu.
Cependant il semble , c'est toûjours M.
Stamma qui parle , qu'il y a autant de
différence entreces deux manieres , qu'en- :
tre deux Voyageurs , dont l'un a un guide
, et l'autre n'en a point.
Cette singularité et d'autres circonstances
, qui confirment l'Auteur dans
L'opinion que ce Jeu nous vient de l'Arabie
, d'où il passe dans la Syrie &c .
l'ont engagé de se rendre aux prieres
de quelques Amis Partisans des Echecs
et de publier cent Parties , qui doivent
dit il , être regardées comme autant de
Secrets de ce Jeu. Il assure qu'outre leur
nouveauté et leur beauté,le foible Joueur
y aprendra, non- seulement à calculer ses
coups ( en quoi consiste toute la difficul-
τέλ
:
NOVEMBRE. 737 2348
të) mais à sauver même unJeu désesperé:,
c'est-à - dire, qu'après un calcul juste et pru
dent , il sçaura sacrifier quelques Pieces , et
souvent la Dame même , si à propos , qu'il
gagnera la Partie qui sembloit perdue .
Il fait ensuite observer qu'à l'égard
des cent Parties qu'il propose , et qui
font le fonds de son Ouvrage , il ne faut
pas s'imaginer qu'elles roulent sur des
cas rares ; car dit il , dans les Parties
ordinaires que j'ai joüées , il s'est tous
les jours présenté de pareilles situations ;
ce ne sont que les résultats de quelques
Parties qui m'avoient le plus embarassé.
Tous les jours il s'en présente de pareilles,
ou du moins de si aprochantes, qu'en s'y
prenant de la maniere que j'enseigne ici ,
on y remarquera des effets surprenans , et
on en deviendra beaucoup plus fécond en
idées , et pour juger du bon succès d'une
Parties ensorte que deux Joueurs égaux ,
un peu habiles , pouront , après que la
Partie sera à un certain point , la décider
tout d'un coup , &c.
Un Auteur nommé le Calabrois ; a
composé un Ouvrage sur ce même Jeu ,
mais notre Syrien se flate que les Connoisseurs
avoüeront que c'est un Livre
fort différent du sien ; j'en omets les
raisons qui me paroissent bonnes.
B iij
Les
2344 MERCURE DE FRANCE
Les Lecteurs sont enfin priés de jetter
d'abord les yeux sur la figure qui suit
immédiatement la Préface , dont je viens.
de vous faire le précis , parce que cette
Figure de l'arrangement des Piéces , suivie
d'une ample Explication , sert de
clef à tout ce Traité.
Après la Préface suivent les cent Parties
qui composent le Corps de l'Ouvrage
; elles sont figurées en autant de
Planches ou de Tables , pour l'intelligence
desquelles il ne faut que des yeux ,
et quelque introduction dans la science
des Echecs.
A la fin des Tables , l'Auteur a ajoûté
une Instruction nécessaire sous le Titre
de REGLES GENERALES qui doivent
être observées et suivies par tous les Joueurs
d'Echecs , pour bien conduire ses Pieces ,
et pour connoître les coups subtils , ou les
piéges qu'on se dresse l'un à l'autre . Je n'entrerai
point dans le détail de cette Instruction
, qui me paroît également claireet
solide.
Permettez- moi , Monsieur , d'accompagner
cet Extrait de quelques petites
Observations. 1 ° . Il est incontestable
que le Jeu des Echecs nous vient des
Orientaux , et que le nom même de ce
Jeu en démontre l'origine ; il vient sans
difficulté
NOVEMBRE . 1737 2345
aifficulté de Schab , qui signifie Roy , et
c'est la principale Piece du Jeu qui porte
ce nom . Mais il y a lieu de s'étonner
que M. Stamma , né à Alep , sçavant
dans sa Langue maternelle , et ayant ,
sans doute , quelque teinture des autres
Langues de l'Orient , dérive ce nom de
l'Arabe, ce que je prends la liberté de lui
contester.
Schah, Monsieur , est un nom Persien,
et de l'ancien Persien , lequel, outte plu
sieurs autres significations , signifie aussi
particulierement Roy. Si on ne veut pas
m'en croire, il n'y a qu'à ouvrir les Dictionnaires
Arabes et Persiens , et on verra
à laquelle des deux Langues ce nom apartient.
Pour s'épargner cette peine , onpeut
s'en raporter à l'Auteur de la Bibliotheque
Orientale , qui , pages 699 et
767 , assure positivement que c'est un
nom Persien. Les Arabes , dit de plus cet
Auteur , qui ont pris ce nom des Persans ,
pour signifier qu'il ne faut jamais mépriser
la foiblesse de son ennemi , disent
en proverbe : Farobba ma camarat belbeidak
al scab. Un Pion embarrasse et emporte
souvent le Roy des Echecs. Il ajoûte
que les Arabes disent , aussi - bien que les
Persans , Schah mat , pour exprimer ce
que les Italiens apellent sacco matto , et
nous Echec et Mat,

Biiij
Le
2346 MERCURE DE FRANCE
Le même Auteur , après avoir dit que
Schab est le nom du Roy du Jeu des
Echecs , soûtient que ce Jeu est venu de
Perse , et peut * être des Indes dans la
Perse , sur quoi il renvoye au Titre de
Buzurg'mihir dans sa même Bibliothe
que.
Ce Titre fournit un fort long et curieux
Article à la page 218. Je n'en ra
porterai en deux mots que ce qui convient
à notre Sujet. Buzurg'mihir fut
Vizir ou premier Ministre de Khosroës I.
du nom surnommé Nuschirvan Roi de Perse,
après avoir été Gouverneur du Prince
Hormuz son Fils . Khondemir et tous
les Ecrivains Orientaux qui ont parlé de
lui , en font un grand Homme. On lui
attribue l'invention du Jeu des Echecs ,
que plusieurs croyent , dit encore notie
Bibliothecaire , être venu des Indes , invention
qui convient assés à un hommedont
on dit que le silence et la médita- -
tion faisoient le principal caractere . On
a un Recueil de Sentences de sa façon ,
qui marquent le Christianisme dont on
assure qu'il fit profession , après avoir
abandonné l'idolatrie des Mages.
* L'Auteur du Gazophylacium Lingua Persica,
c. dit que l'Inventeur de ce jeu est un Indien
appellé Jezeh , fils de Daher.
Enfin
NOVEMBRE. 1737 2347
Enfin , M. voici encore une preuve
titée du même Ouvrage , et qui vient
d'ailleurs le plus à propos du monde au
Sujet en question. Le fameux Tamerlan
donna à son quatrième Fils le nom de
Schahrokh , à cause , dit l'Auteur p. 770.
qu'il reçut la nouvelle de la naissance de
ce Prince , dans le temps qu'il joüoit aux
Echecs , et qu'il avoit fait le coup , que
les Persans apellent Schah rokh , qui est
lorsque le Roc , que nous apellons l
Tour , et que quelques- uns veulent être
te Chevalier, a donné échec au Roy.
Je ne crois pas que M. Stamma puisse
contredire ces Autorités. Je présume
que l'amour de sa Patrie , où il établit
les meilleurs Joiieurs d'Echecs , l'a dé
terminé à faire venir ce Jeu et sa déno
mination de l'Arabie , pour le faire passer
de- là en Syrie , &c . sans considérer
que cette derniere Province est encore
plus voisine de la Perse que l'Arabie
Heureuse, qui est separée de la Syrie par
des Pays immenses , &c. il auroit mieux
trouvé son compte à suivre l'opinion là
plus autorisée.
Au reste , je n'ai pas l'honneur de cont
noître ce Calabrois , dont j'ai parlé ci
devant , après nôtre Auteur , lequela
composé un Ouvrage sur les Echeca
By En
2348 MERCURE DE FRANCE
En revanche je connois un excellent Livre
où ce même Jeu , et tous ceux qui
sont en usage dans l'Orient , sont traités
avec beaucoup d'ordre , de clarté , et
avec une érudition peu commune , orné
d'ailleurs de toutes les Figures convenables
. Il y a lieu de s'étonner que M.
Stamma paroisse n'avoir cû aucune connoissance
de ce grand Ouvrage , qui est
dû à l'un des plus sçavans Hommes qui
ayent jamais été en Angleterre: il auroit pu
y puiser les lumieres qui lui manquent ,
et illustrer de beaucoup de bonnes choses
le Livre qu'il vient de nous donner.
Voici le premier Titre de l'Ouvrage de
L'Auteur Anglois.
DE LUDIS ORIENTALIBUS Libri
duo , quorum prior est duabus Partibus.
1. Historia Shahiludii Latinè : 2. Historia
Shahiludii Heb. Lat. per tres Judaos.
Liber posterior continet Historiam
reliquorum Ludorum Orientis.
A la seconde page on trouve cet autre
Titre qui est plus détaillé ; vous aurez ,
M. la bonté de vous en contenter , en
attendant que ma santé et mes occupations
me permettent de donner un Extrait
du Livre même , ce qui n'est pas
une petite affaire.
MAN
NOVEMBRE . 1737. 2349
>
MANDRAGORIAS , sey HistoriaShahiludii
, ejusdem origo , antiquitas , usus-.
que per totum orbem celeberrimus : spe ÷
ciatim prout usurpatur apud Arabes
Persas , Indos et Chinenses , cum harum
Gentium schematibus variis et curiosis
et Militum lusilium Figuris inusitatis, in
Occidente hactenus ignotis. Additis omnium
nominibus in dictarum Gentium
linguis , cum sericis caracteribus et corumdem
interpretationibus et sonis ge
nuinis,
,
DE Ludis Orientalium Libri primi Pars
prima , quæ est Latina. ·
Accedunt de eodem Rabbi Abraham Abbenezræ
elegans Poëma rithmicum : Rabbi
Bon Senior Abben Jachiæ facunda Oratio
prosaica. Liber Delicia Regum Prosa ,
stilo puriore , per innominatum.
DE Ludis Orientalium Libri primi Pars
secunda , quæ est Hebraïca...
Horis succisivis olim congessit Thomas
Hyde S. T. D. Lingua Arabica Professor
publicus in Universitate Oxon. Protobi
bliothecarius Bodlejanus..
Præmittuntur de Shabiludio Prolego
mena curiosa et Materiarum Elenchus
1. vol. in- 12. Oxonii , è Theatro Shel
doniano. M. DC . XCIV.
Ce Livre qui contient près de 6007
Bivje pages
2350 MERCURE DE FRANCE
pages , en comprenant les Dedicacés à
plusieurs Seigneurs Anglois , et les Préfaces
, m'a été aporté d'Angleterre par
un Ami qui m'a assuré qu'il y est déja
rare , et qu'on en fait beaucoup de cas
dans le Pays , à cause de la réputation
de l'Auteur , et des choses singulieres
qu'on y trouve. Je suis , Monsieur, & c.
A Paris , le 13. Septembre 1737.
LE PORTRAIT DE L'AMOUR .
Pourquoi, le coeur rempli d'un bisare couroux
Au seul nom de l'Amour vous épouvantez-vous
Celimene , calmez vos injustes allarmes ,
Et de ce même Amour connoissez mieux les
charmes ;
Ecoutez un instant , vous voudrez le chérir ,
Ce n'est qu'en l'ignorant que vous pouvez le fuis
Vous vous en êtes fait une peu juste idée ,
Sur la commune erreur je vois qu'elle est fondée,
Qu'à de vains préjugés enfin vous vous livrez ,
Quand sous des traits communs vous vous le
figurez ;
Je ne propose point cet Amour ordinaire ,
Ce charme prétendu d'un dépravé vulgaire ,
Qui le fait consister dans la stupide ardeur
Doop
NOVEMBRE. 1737. 235
Dont il se croit émû , qui , lâche adorateur
D'ua fade et court plaisir , enfant de la molesse
Nous montre moins d'amour , qu'il n'offre de
foiblesse .
Celui que j'offre ici , l'objet de vos refus ,
Se montre décoré par d'autres attributs ,
Ce sont ces beaux transports , c'est cette flâmo
pure
Dont je prétens vous faire une exacte peinture ;
Ces doux saisissemens qu'on ne peut définir
Qu'au moment où l'on est certain de les sentir
Ces tendres sentimens qui d'un accès facile ,
Toujours dans les grands coeurs ont choisi lear
azile ,
Je dirai plus ceux - ci , par vous - même ignorés,
Des autres rarement se trouvent séparés ,
Et quoiqu'en veuille dire un Catonisme austere,
Jamais à la vertu cet amour n'est contraire ;
Le Héros qu'il en croit devoir être affranchi
Fait gloire sans rougir de s'y ' voir asservi.
Pourquoi donc voulez - vous , à ses charmes re
belle ,
Lui défendre l'accès dans une ame aussi belle ,
Vous, qui joignez sur tout aux plus beaux sen
timens
D'une beauté sans art les atraits si puissants ?
Les peines, direz - vous, qu'il entraîne à sa suites
Balancent pour le moins son prétendu mérite
Mais ne savez -vous pas qu'en ce charme parfait
L'es
2352 MERCURE DE FRANCE
L'on ne trouve de maux que ceux que l'on se faite >
Que loin de se soustraire à sette servitude
On se fait à plaisir , une douce habitude
De ces soins inquiets , de ces vaines terreurs
Qui précèdent toujours de parfaites douceurs ,
E qui même , bien loin de leur être contraires , .
Pour les faire valoir deviennent nécessaires ?
Il nous trace lui seul la voye au vrai bonheur,
En élevant l'esprit , il anime le coeur ;
Honneurs , grandeurs , sans lui tout nous est
insipide ;.
La vie et ses plaisirs ne nous offrent qu'un vuide ,
Qui laisse le loisir de contempler le cours
Des chagrins, des ennuis dont sont tissus nos
jours ;
L'Amour nous y soustrait et nous rend insensibles
Aux malheurs , aux revers même les plus terribles.
Vers un unique objet son penchant nous conduits
11 Y fixe à la fois notre ame et notre esprit ,
Et lorsqu'elle s'y plaît , qu'elle en est satisfaite .
Aucun souci , nul soin d'ailleurs ne l'inquiete,
De ses charmes enfin montrant l'utilité ,
1 sçait nous procurer , sans son austerité ,
L'ineffable douceur de la Philosophie ,
Toujours si nécessaire au bonheur de la vie.
Des Barbalieres. »
AV
NOVEMBRE. 1737 2353
7
AV Philosophe Econome. Réponse.
Our répondre à la deuxième Question
du Philosophe Oeconome , inserée
dans le Mercure de May 1737.-
page 899 portant qu'un Particulier
qui a imaginé une sorte de Voiture a
besoin de sçavoir avant que de la faireexecuter,
de combien il est plus facile de
traîner un fardeau , que de le porter ;
un Particulier qui a aussi eû quelques
Idées sur une sorte de Voiture , répond
qu'il a maintes fois combiné cette difference,
mais qu'il n'a pû trouver de proportion
entre traîner un fardeau qui n'a
aucun roulant , avec une voiture ou fardeau
roulant.
La difference de porter un volume
d'un pied cube pesant 200. ou de le
traîner , est considerable , mais celle de
porter une voiture roulante pesant aussi
200.est bien plus considérable, lorsqu'on
la traîne , c'est- à - dire qu'il y a infiniment
plus de facilité à tirer qu'à porter.
En suposant une surface plane , ferme
et sablée , si l'on veut , de quelque fa
Con que l'on s'y prêt pour tirer le pied
cube
2334 MERCURE DE FRANCE
cube , dont une face d'un pied carré
froteroit contre terre , la dificulté seroit
infiniment plus grande que de faire rouler
la voiture dont les 3 ou 4, rouës
n'occupent pas plus de 3. ou 4. pouces
de terrain ; cette grande difference de
proportion doit naturellement faire comprendre
qu'il est inutile d'aprofondir la
valeur de la difference demandée , parce
qu'il ne paroît pas qu'elle doive aucunement
servir à éclaircir ou déveloper
quelque dificulté qui se rencontre dans
l'execution et réussite de la voiture pro
jettée .
Pour rejetter tout prétexte de recher
che à ce sujet , il ne faut que faire aten
rion à ce que le cube tiré frotte d'un
pied carré pour changer de place , pendant
que la voiture en équilibre sur
certe surface , ne fait que changer sce
points d'aput sans glisser jamais , et que
le frotement de l'essieu au moyeu est
très -doux et aisé , ce qui enleve toute
convenance .
"
Il n'est donc question ' que de discu
ter la difference de porter la voiture o
de la traîner simplement. On prend à
la Figure ici tracée le cercle pour une
roue d'une voiture ; et pour éviter tout
embaras , ilfaut prendre cette roue pour
une
NOVEMBRE 1737 2351
chemin Plat
Chemin
de
montagne
2356 MERCURE DE FRANCE
une voiture entiere. Les lignes simples
tiennent lieu de timon et les lignes barbées
servent à exprimer le chemin.
La ligne 1. est perpendiculaire et représente
la voiture prête à être soule
vée par le bout du timon en l'air , ce
seroit bien la porter : or la porter ainsi ,
c'est être chargé de tout son poids ; si
c'étoit par un corps inanimé que ce soulevement
fût fait , il faudroit qu'il pesât
plus que la voiture : or il faudroit donc
un effort à un corps animé équivalent
à ce poids plus fort , et en ce cas
il ne faudroit que très-peu de pesanteur
de plus , ainsi qu'on l'expérimente dans
des balances un peu plus chargées d'un
côté que de l'autre.
Venons à la ligne 2. il semble que
faisant le milieu de la ligne 1. et de la
ligne 3. la voiture tirée sur le chemin
B. l'effort du tirage doit être diminué de
moitié de la valeur de l'effort qui se fait
à la ligne 1. et il sembleroit pareillement
que tirant cette voiture par la ligne 3.-
sur le chemin C. il n'y a pas plus d'ef
fort à faire que de la valeur de ce peu
de poids de plus dans une balance que
dans l'autre , la voiture étant alors en
équilibre , mais ceci éxige un examen .
Je n'ai point trouvé de meilleure comparaison
NOVEMBRE. 1737. 2337°
paraison d'une voiture bien montée
bien graissée et exempte le plus qu'on
peut de grands frottemens dans un chemin
assés uni mais en montant , qu'à
de l'eau.
Lorsqu'un chemin sera assés different
du plane parallele à la ligne 3. pour
qu'une voiture descende d'elle- même
elle coule en roulant comme un torrent
d'eau , en ce cas , qui arriveroit infailblement
, si le chemin étoit aussi diférent
du chemin C. que l'est celui de B ..
même beaucoup moins , il n'y auroit
point de difference entre l'effort à faire:
à la ligne 1. et celui qui est à faire à la
ligne 2. parce qu'il est à présumer que
ce qui fait l'effort pour soulever la voiture
a son point d'apui de toute nécessité
, et que ce qui fait effort pour tirer
la voitute sur le chemin de la monta --
gne B. n'a pas plus d'apui que la voiture
même ; ainsi tendant naturellement àdescendre
par son effort pour monter
avec la voiture , il est obligé de traîner
pour ainsi-dire , son propre poids qu'il
faut joindre à celui de la voiture , lequel
n'est diminué que de fort peu de chose
par l'apui de la voiture sur le chemin B.
L'on conviendra qu'ici le pied cube
resteroit en place sans glisser , et qu'il
faudroit
2358 MERCURE DE FRANCE
faudroit quelqu'effort pour le faire descendre
, parce que nous suposons que ni
le chemin ni ce corps ne sont pas polis
ni graissés . Ainsi nulle proportion entre
traîner ce corps , et trainer une
voiture .
Il est à remarquer que la difficulté est
égale en montant comme en descendang
le chemin B. pour ne pas se précipiter.
A force de chevaux , l'on surmonte la
difficulté de la Montagne , mais c'est en
la montant pas à pas , et en la descendant
on arrête une roule de maniere
qu'elle glisse au lieu de rouler , afin
d'empêcher que la voiture ne roule comme
l'eau en bas de la Montagne , et un
ou deux chevaux ajoutent leurs efforts
pour retenir encore cette voiture. Cer
arrangement et ces efforts sont équivalans
aux efforts qu'on fait pour montert
Mettons - nous en plat Païs dans un
chemin comme celui de Versailles à Paris
, nous voyons que les traits des che
vaux ne sont tendus que de temps en
temps, ce qui prouve que les chevaux ne
font que des efforts momentanés et que
comme ces efforts n'arrêtent pas le train
que les chevaux ont pris de marcher
cela prouve que l'effort n'est pas considerable
quoique la voiture soit très pe-
Sante
NOVEMBRE 1737 2359
sante et même à quatre roues ; la preuve
que cet effort est de peu de valeur , se
tire d'une expérience qu'on voit tous les
jours quand un Cocher veut laver et
nétoyer son Carosse. Cet homme est
fort souvent d'une médiocre force , nous
le voyons cependant tirer par le bout du
Timon le Carosse de dessous la remise ,
le traîner lui seul au milieu de la Cour
et son ouvrage fait , il replace son Carosse.
La difficulté ne consiste donc pas a
ébranler la voiture et à lui faire faire
quelques pas seulement ; mais bien à la
continuation de ce mouvement et à son
acceleration .
Tout ce qui tire une voiture en est
dehors et a son appuy , c'est ce qui
donne beaucoup d'avantage au tirage.
Si ce qui fait effort pour mettre la
voiture en mouvement est dedans la
voiture , il est certain qu'il faut que:
cette machine soit capable de faire tous
les efforts que nous venons de parcou
rir.
Voici ce que j'ai éprouvé en faveur de
cette machine. J'ai monté sur le traim
de derriere d'un Carosse ordinaire ; je me
suis placé de façon à pouvoir empoigner
une ou deux raïes d'une des grandes roues ;
2360 MERCURE DE FRANCE
et prenant mon appui sur le train même ,
jai fait , sans employer toute ma force
avancer le Carosse et reculer d'un pas ,
ce qui m'a suffi pour comprendre que
cette machine étoit possible.
Je pése 170 livres ou environ , mon
effort n'a jamais équivalé so livres con
tre un Carosse ordinaire et moi dessus.
Ainsi en plat Pays une voiture legere et
trois personnes n'iront pas au poids de
plus de 1200 livres ou environ que pouroit
peser le Carosse que j'ai remüé , même
plus ; ainsi il faut un effort momentanée
d'environ 40 ou 30 livres d'effort
continuel pour entretenir le mouvement.
Après m'être retourné de plusieurs
diverses façons pour arranger cette ma
chine d'une maniere à la faire rouler en
plat Pays d'une vitesse convenable , j'ai
reconnu qu'une pareille machine n'auroit
aucun merite, si elle ne pouvoit monter
; et l'expérience ayant déja prouvé
que les ressorts ne valoient rien pour
executer cette sorte de voiture , par rad
port à la fragilité et à quelques inconve
niens dont plusieurs sont dangereux ;
j'ai conclû que pour venir à bout de cette
machine et la rendre utile , il falloit
établir sur les brancards une force
capable
NOVEMBRE 1737 2361
capable de vaincre toutes les difficultés
des differens efforts , afin qu'ajoutant à
cette force un peu de celle duConducteur
proportionément aux embarras , la machine
soit aisément emportée ; à force de
réflexions j'ai trouvé , à ce que je crois, la
seule force convenable pour cet effet.
Il ne faut pas s'attendre que cette voi
ture se puisse faire à 4 roues , Ainsi elle
braquera fort peu , et je ne crois pas
qu'elle puisse estre utile à rransporter de
lourds fardeaux , mais seulement à cou
rir legerement avec deux ou trois personnes
au plus ; je ne dis pas que si une
fois on execute cette sorte de voiture
l'on ne trouve des moyens de la
fectionner
. Je ferai part de cette force
très - volontiers , et on aura de mes nouvelles
chés Monnier , Libraire à Versail
les, rüe Dauphine.
per
P
H
V
REPROCHES.
Ous dites que l'Amour vous range sons
sa Loi ,
Et que ce Dieu se sert de moi
Pour établit chés vous son tirannique Empire
Et pour faire changer votre volage humeur ,
Tircis
2362 MERCURE DE FRANCE
Tircis , si sans railler vous avez pu le dire,
Vous ne connoissez pas ce que sent votre coeur.
Vous ne cherchez point à me voir ,
Et l'on ne vous voit point avoir ,
Quand vous me rencontrez, certaine impatience
De me conter quelque chose de doux ;
Vous avez des Rivaux sans en être jaloux ,
Et vous suportez mon absence
Sans peine , sans pleurs , sans ennui ,
Tircis, l'Amour n'est point de votre connoissance
Et vous prenez sa soeur pour lui.
SUITE des Experiences Physiques sur
le Lait , tirées du second Tome de la
Chymie de M. Boerhaave , par M. de
la Mettrie , Docteur en Médecine.
TROISIEME EXPERIENCE ."
V
Ersez goute à goute de l'huile de Tartre
par défaillance dans du lait boüillant ,
il commencera par devenir plus jaune et plus
épais qu'il n'eût été par la seule ébullition . Plus
vous en verserez , plus il bouillira et jaunira ; et
enfin cette couleur bilieuse se changera de nuan
ces en nuances en rouge foncé ; en même temps
le lait se coagulera aussi de plus en plus , de
sorte que si on le laisse assés long- temps sur le feu
formera une masse rouge très épaisse. Cepen .
dang
NOVEMBRE. 1737. 2383
2
dant les coagulations que l'alkali produit ne sont
jamais si considérables , si compactes et ne se
durcissent pas si aisément que celles qu'on forme
par le mêlange des acides . 2 °. Versez de la
même huile sur du lait coagulé par des acides,
vous ne pourez jamais le dissoudre , quoiqu'en
disent la plupart des Chimistes peu instruits par
PExpérience.
Voilà les differens effets de l'acide et de l'alkali
sur le lait ; l'un ne peut lui ôter sa couleur blan
che , et l'autre la convertit dans un rouge d'autant
plus foncé , que la chaleur est en mêmetemps
plus violente. C'est pourquoi dans les fievres
ardentes et putrides le lait se coagule , de- •
vient jaune , salé , et acquiert une odeur de sanie
fétide insuportable. Dans ces sortes de coagulations
, loin d'accuser les acides, on ne doit donc
s'en prendre qu'à l'excès de la chaleur et à la
disposition alkalescente qui en résulte ; en effer
la couleur bilieuse du lait indique par elle- même-
un alkali dominant .
QUATRIE ME EXPERIENCE.
10. Mettez du lait de vache frais dans un lar
ge vaisseau , couvrez -le et le laissez quelque
temps en repos dans un lieu un peu froid , il
s'amassera sur la surface du lait une humeur
blanche , épaisse , fort grasse , qui n'est ni acide
ni alkaline, mais douce ; c'est la crême. Enlevez-
la toute soigneusement et la gardez dans
un autre vaisseau bien net pour le besoin. Peu
de temps après il en renaît de nouvelle , mais
en plus petite quantité , il faut encore l'enlever
et continuer ainsi jusqu'à ce qu'il ne s'en sépare
plus. Cette crême est le meilleur Baume qu'il
1 C ait
2354 MERCURE DE FRANCE
é
ait dans la Nature pour adoucir toutes sortes
d'âcretés , c'est pourquoi elle produit des effets
merveilleux dans la phtisie , dans la néphretique,
dans la goutte et dans les autres maladies des
Articles , &c. D'ailleurs il n'est point d'aliment
plus excellent et plus ami du corps , pourvû
qu'on ne soit point d'un tempérament gras et
bilieux ; en ce cas on doit plutôt user du lait
dont on a ôté la fleur , l'huile ou la crême. Ce
lait , qui est clair , transparant et d'une couleur
tirant sur le bleu , est aussi d'un grand secours
dans les maladies qui proviennent d'âcretés. On
en tire une sérosité qui est encore bien plus clai
re en le coagulant, comme il a été dit ci-devant;
c'est ce qu'on nomme petit- lait ou clair de lait ,
dont on ne sçauroit trop recommander l'usage
à ceux qui ont le sang trop épais et les fibres
trop roides.
2º. Si on laisse quelque temps reposer le lait,
non dans un air froid , mais dans un air chaud
d'environ 60 degrés,quoique cet air ne soit soüillé
d'aucune exhalaison fétide ou putride, et qu'en
un mot il soit absolument pur, le lait commence
de lui- même à s'aigrir,ensuite il devient tout - àfait
aigre, et son acidité augmente de plus en plus,
Tout le lait et la crême qui s'est formée sur sa
surface par le repos , s'aigrissent enfin , comme
on en peutjuger par l'odeur , le goût , l'acrimonie
, &c.
32. La crême la plus fraîche s'aigtit aussi as
sés fortement par la chaleur. Alors les gens bi
lieux s'en servent avec succès , elle tempere l'ardeur
du sang , et enfin c'est un Baume dont l'usage
, tant externe qu'interne , est fort utile dans
les cas de putridité.
4. Le lait qui vient d'animaux d'un tempe
ramens
NOVEMBRE. 1737. 2365
rament chaud , qui font de violens exercices ,
qui se nourissent d'alimens tirés d'autres ani
maux ou de vegetaux aikalescens , assaisonnés
de matieres très -âcres , avec une boisson à peine
acide , le lait qu'on tire d'animaux dont les humeurs
sont brûlées par des fievres ardentes , ou
corrompues par la putréfaction , ce lait , dis- je ,
est clair et dissous ; il a une odeur d'urine puante
ou de soufre allumé , une couleur tirant sur
le jaune , un goût de salé fort désagréable. Loin
de s'aigrir lorsqu'on le laisse quelque temps en
repos dans un lieu chand , il se putréfie en quelque
sorte et acquiert une odeur de fromage ranet.
La même chose arrive dans le corps par sa
chaleur naturelle.
Selon ce que nous venons de dire , il est évi
dent 1 ° . qu'il y a beaucoup d'huile dans le lait , et
même plus que dans aucune autre humeur du
corps , et qu'elle s'y sépare de la partie aqueuse
à laquelle elle est unie , plus aisément qu'elle ne
fait dans toute autre humeur. 2. Que le
lait contient peu de sel , comme on le voit par
celui qu'on en tire avec la crême de tartre. 3º.
Que ce sel n'est point uni avec la partie huileuse,
puisqu'en effet ce sel doux ne se tire que du clair
de lait et par conséquent que le lait est fort dif
ferent du savon , qui est un composé d'huile et
de sel unis ensemble. 4° . On sçait que cette huile
du lait, conserve long-temps dans le corps la
disposition qu'elle a à s'aigrir et s'y aigrit même
quelquefois , et produit en conséquence tous les
effets qui en dépendent. Il en est ainsi de tous
les alimens acescens . Mais si les fibres sont fortes
, si les arteres ont beaucoup de ressort , si la
chaleur est grande , s'il n'y a point d'acide dans
le corps , si l'on respire un air putride , la crême
Cij du
2366. MERCURE DE FRANCE
qu lait , loin de s'aigrir , prend une nature alka..
lescente.
Alors si les parties huileuses qui composent
la crême et la graisse qui remplit les cellules de
la moëlle et de la membrane adipcuse , se fondeat
par le mouvement et la chaleur , comme il .
arrive souvent , elles reviennent par les veines ,
s'y mêlent avec les matieres salines et âcres , et
sortent enfin du corps sous la forme de sueurs
jaunes , grasses , fétides , ou d'urines rouges ,
acres et putrides. 5 ° . Il suit que la fievre change
la nature , non- seulement du lait qui est dansles
mammelles , mais de celui qui circule avec le
sang, 6°. La nature du serum ou du clair de lait
ne peut guere changer qu'en s'aigrissant , tandis
que son , huile et sa partie caseuse peuvent
aisément se putréfier ; c'est pourquoi tout le
monde condamne l'usage du lait dans les fievres.
Voilà l'Histoire du lait à peu près telle que
M. Boerhaave nous la donne dans la secon
de Partie de ses Opérations de Chimie ( In
Animalia ) Elle nous aprend du moins combien
il faut de connoissances et de circonspection
pour être en état de prononcer surement sur la
nature des humeurs , tant des hommes que des
animaux. De ces Expériences , toutes simples
qu'elles sont , on pouroit , sans doute déduire
encore une foule de conséquences fort utiles
dans la pratique de la Médecine ; mais outre
qu'elles se présentent d'elles-mêmes à la sagacité
du Lecteur , elles m'écarteroient trop du but
que je me suis proposé. Une autre fois , me servant
toujours des armes que mon divin Maître
me fournit, je mattacherai uniquement à détruire
l'empire de l'acide et de l'alkali , Agens chimériques
, sans lesquels on peut expliquer toutes les
L Opérations
NOVEMBRE. 1737 2357
Opérations de la Nature ; mais en donnant au
Public les Expériences Chimiques de M. Bocs-
Kaave , sur toutes les humeurs du corps húmain
, qu'il me soit permis , je ne dis pas de les
traduire librement , mais de prendre la liberté ,
comme j'ai fait jusqu'ici , d'y ajoûter ce qui "me"
paroîtra nécessaire pour en mieux faciliter l'ine
telligence .
L'AMOUR ET LA SAGESSE ,
DIALOGUE.
BOUQUET présenté à M. le Marquis
de P *** le 25. Août dernier , par
M. de Jassaud de la Lande.
Loin
L'Amour.
Oin d'ici , Sagesse severe
L'Amour seul a le droit de regner en ces Lieux
C'est en vain que tu voudrois plaire ,.
Ou ce Dieu fait sentir la douceur de ses feux,
La
Sagesse.
Amour , fuis un séjour où regne la Sagesse ,
C'est trop vanter ici tes frivoles apas ;
-Oses- tu bien porter tes pas
En des Lieux où je suis maîtresse'?
L'Amour.
Je triomphe , je regne en ces Lieux enchantés
Ciij
Peux2368
MERCURE DE FRANCE
Peux-tu m'en disputer la gloire ,
Quand sous mes Loix ici mille jeunes Beautés
Sont les garants de ma victoire
La Sagesse.
Tout l'Univers obéït à ma voix ;
De la Sagesse ici tout reconnoît l'Empire ;
Amour, tu veux en vain me disputer mes droits;
Va, cours vanter ailleurs tes glorieux exploits
En ces Lieux tour ce qui respire
Ne reconnoît point d'autres Loix
Que celles queje sçais prescrire.
La raison , le devoir regnent en ce séjour ,
J'y fais triompher l'innocence ,
Et de tout temps par sa présence ,
La vertu qui me suit , en sçût bannir l'Amourè
L'Amour.
Tous les Humains soumis à ma puissance
Avec moi prisent peu tes propos ennuyeux ,
Les Beautés que tu vois, par l'éclat de leurs yeux
Me répondent assés de leur obéissance ;
Rien ne peut de mes traits surpasser le pouvoir
Et la raison et la sagesse
Rapellent en vain le devoir
Dans un coeur que l'Amour blesse.
Ouvre les yeux enfin , contemple mes Sujets
Qu'en dis- tu ? Le Ciel en colere
Prit- il soin de former de si charmans objets
Pour les sacrifier à ta vertu severe ?
>
Non
NOVEMBRE . 1737. 2369
Non , non, par un sort plus heureux',
L'Amour qui les forma pour plaire ,
droit de regner sur eux-
La Sagesse.
Seul
Ces Sujets sont les miens , Amour ', de`mon Empire
Ils sont l'ornement et l'apui
Aux droits que j'ai sur eux , puisqu'il faut te le
dire ,
Toi- même, mille fois fus contraint de souscrire,
Et vainement tu veux l'usurper aujourd'hui :
Combien de fois mes soins ont - ils sçû les défendre:
De tes traits les plus séducteurs ?
Trop souvent réduit à te rendre ,
Dis , ne t'ai-je pas vu te consumer en pleurs ?
Au droit qui m'est acquis cesse donc de prétendre
; :
Ces Sujets sont à moi , je regne dans leurs coeurs,
Je conduits leurs regards ,
L'Amour.
Et moi je les anime;
La Sagesse.
Je guide en tout leurs pas .
L'Amour.
Jé comble leurs désirs .
La
Sagesse.
Je prends soin de leur gloire.
C iiij
L'Amoun
2370 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Et moi de leurs plaisirs.
La Sagesee.
Sans sagesse il n'est point de plaisir légitime .
L'Amour.
Il n'en est aucun sans l'amour ;
Les beautés que tu vois en ce charmant séjour }
Y goûtent sous mes loix une douceur
trême ;
Les plaisirs volent sur leurs pas ;
exa
L'agrément qui me suit fait briller leurs apas ;
Et les fait triompher de la sagesse même :
Qui de nous deux a droit de regner en ces
Lieux ?
Vainqueur des mortels et des Dieux
L'Amour ne peut souffrir de Maître ,
Et c'est en vain que tu le voudrois être ;
Je sçais, quand il me plaît , lancer des traits-vainqueurs
,
Rien ne peut résister à mon pouvoir supréme
Et malgré tes dogmes trompeurs
Le Sage le plus fier se rend aux tons flateurs
D'un tendré je vous aime.
La
Sagesse.
Je vous aime quoi seulement !
Ce mot renferme- t'il en soi tant de merveilles
L'Amour.
Quand c'est l'Amour qui fait ce compli
ment
NOVEMBRE. 1737. 2371
Le coeur en juge autrement que l'oreille :
L'Amour a des secrets à tout autre inconnus ;
Mais je veux bien t'aprendre ici tout le mys
tere:
Pour regner , Sagesse , il faut plaire ;
Tous autres soins sont superflus ,
C'est des coeurs la route secrete
Et d'amour , c'est l'art favori ;
C'est par cet art charmant que l'aimable Hen
riette
Jouit près d'un Epoux cherr
D'une felicité parfaite :
Et par cet art aussi , tendre et fidele Epoúx
Louis entre les bras de l'objet qu'il adore ,
Goute en paix chaque jour les plaisirs les plus
doux
Que sur ses pas je fais éclore.
Ce trait ne doit- il pas décider entre nous
La Sagesse.
Qui , je le sçais , Amour , par tes soins cultivée ,
Henriette à nos yeux fait briller mille attraits
En naissant elle fut comblée
?
De tes dons et de tes bienfaits :
Louis cut de toi pour partage
Tout ce qui peut charmer un coeur
Et pour accomplit ton ouvrage
On Hymen plein d'apas scut fixer son bon
heur :
sçur
C. 4 Mais
2372 MERCURE DE FRANCE
Mais sans les dons de la sagesse ,
Ceux d'Amour sont bien dangereux ;
Et je puis seule avec adresse
En faire des talens heureux :
Le Ciel qui forma cette Belle
Pour faire le bonheur d'un Epoux glorieux ,
Prit soin de répandre sur elle ,
Tout ce que la sagesse a de biens précieux :
C'est par mille vertus qu'Henriette sçait plaire ;
C'est par mille vertus que Louis sçait charmer;
C'est à moi de regner , ce n'est plus un mystere
Puisque c'est moi qui fais aimer.
Mais finissons , Amour , ce débat inutile ;
pour faire un bonheur qui ne soit dû qu'à
nous ,
Rassemblons en ces deux Epoux
Ce que la sagesse a d'utile
Et ce que l'Amour a de doux.
L'Amour,
Eh bien ! unissons -nous , je le veux bien, Sagesse,
Pour les combler de biens épuisons nos Trésors
J'ai déja , tu le vois , par de secrets ressorts ,
Pris soin d'unir en eux avec délicatesse ,
Aux doux charmes du coeur , les agrémens du
corps :
Je vais redoubler mes efforts ,
Je les ferai briller de tant de charmes
V
Que
NOVEMBRE. 1737 2373
Que toi-même, Sagesse , en auras des allarmes.
La Sagessé.
Moi , je prendrai le soin d'enrichir leurs esprits;
Je les ferai briller d'une divine flamme ,
Et de tant de vertus j'ornerai leur belle ame
Que toi même en seras surpris
Et que tu craindras ta défaite,
L'Amour.
Soit ; mais dès aujourd'hui , c'est le coeur de
LOUIS ,
Et les yeux charmans d'Henriette
Que je choisis pour ma retraite,
Triomphe , si tu veux , tous les jours à ce prix.
ᎣᎣ
LETTRE de M. de M. à M. l'Abbé
de la Calmette , au sujet de l'Histoire
des Evêques de Nîmes..
L'vient enfin de paroltre: l'Auteur ,
'Histoire composée par M. Ménard,
Conseiller au Présidial de Nîmes , nous
la promettoit depuis long - temps , et
quelques Journaux l'avoient annoncée
dit-on , dès le mois de Janvier . C'est à
vous à juger , si cet Ouvrage mériteavec
raison les louanges que lui prodiguent
quelques Personnes , et la Critique
C vj. que
2374 MERCURE DE FRANCE
que plusieurs autres en ont faite ; c'est
le sort de tous les Livres , d'être loüés
ou blâ nés selon la prévention des Juges
; celui-ci cependant mérite à certains
égards encore plus de Partisans , et par
conséquent moins de Censeurs qu'il n'on
a trouvé ; peut- être serez - vous bien aise
que j'entre dans un plus grand détail sur
cette Histoire.
L'Auteur est de Nîmes , comme vous
sçavcz ; on dit qu'il a beaucoup d'esprit ,
et qu'il s'en sert à propos dans toutes les
occasions . Sur ses talens et ses connoissances,
l'Académie deMarseille s'empressa
de le recevoir en qualité d'Associé ; et
sur la solidité de son jugement , et son
integrité , le Parlement de Toulouse le
choisit assés souvent pour le charger de
plusieurs Commissions dont il s'acquire
avec toute l'habileté possible ; il est Petit-
Fils du fameux Poëte Ménard , si connu
par ses Ouvrages , dont on nous promet
une seconde Edition , qui sera , sans doute
, imprimée à Paris , avec l'Histoire civile
et litteraire de Nîmes , que notre
nouvel Auteur vient de finir ; je ne connois
point encore ce dernier Ouvrage.3
qu'on dit avoir été long- temps sous les
yeux de M. Astruc , Medecin , et au
pouvoir du Sr Bordelet , Libraire de la
ue S. Jacques Pour
NOVEMBRE. 1737 2375 "
Pour ce qui regarde l'Histoire des Evêques
de Nîmes , elle est en deux volumes
in 12. imprimée à Avignon et non à la
Hiye , suivant le titre. L'Auteur remonte
jusques au troisiéme siecle , et fixe là l'époque
de la naissance du Christianisme
dans la ville de Nîmes ; il rejetre en Critique
éclairé le sentiment de ceux qui
vouloient donner pour premier Evêque
de Nîmes un certain Celidonius , qu'on
dit être l'Aveugle - né de l'Evangile , selon
lui , c'est Felix qui fut le premier
Evêque de cette Ville ; et de ce Felix ,
descendant jusqu'à M. de Bec- de Lievre
exclusivement , il compte soixante- douze
Evêques ; il nous trace en peu de mots
l'Histoire des Evenemens les plus remar- ,
quables en fait de Religion sous chaque
Prélat , il n'oublie rien de ce qui les re
garde en particulier ; il s'étend sur les
Statuts Synodaux qu'ils ont dressés , sur
les Conciles généraux ou particuliers aux.
quels ils ont assisté , il parle des Fondations
qu'ils ont faites , et par là nous
Scavons en quel temps fut établie à Nîmes
chaque Communauté Religieuse
Faits interessants pour la Ville dont on
écrit l'Histoire,mais qui touchent peu les
Etrangers ; M. Ménard en convient aisé
ment , aussi ne regarde - t'il son Livre
que
2376 MERCURE DE FRANCE
à que comme un coup d'essai propre
accoûtumer sa plumeà quelque Ouvrage
moins particulier.
Cependant il faut rendte justice ; les
Etrangers trouveront à s'instruire dans
l'Histoire de M. Ménard , elle est remplie
de sçavantes Recherches qui peuvent
intéresser tout le monde , et on
poura voir des choses très - curieuses et
Très instructives dans les Statuts Synodaux
du Diocèse de Nîmes , qu'il a pla
cés à la fin de son Histoire.
Quoi qu'il en soit , à peine l'Ouvrage
fut-il sorti de la Presse , qu'il trouva ,
comme je vous l'ai déja dit , des Parti
sans et des Frondeurs' , la difference des
sentimens partagea toute la Ville , M.-
Ménard avoit pour lui ses Amis , le reste
se déclara contre ; ceux-là prisoient trop
la nouvelle Histoire ; ceux ci la raval
loient peut - être aussi plus qu'elle ne
meritoit. Les uns disoient qu'il copioit
M. de Fleury pour le style , que ses recherches
étoient infinies , que ses cita
tions etoient justes , sa Critique fine ,
son jugement sûr et solide ; en un mot ,
que son Ouvrage étoit parfait. Les autres
disoient au contraire , que son style
étoit rampant , et presque toûjours obscur
, qu'il citoit souvent mal à propos ,
que
NOVEMBRE. 1737, 2377
que sa narration étoit ennuyeuse , que
son Livre étoit parsemé d'erreurs , témoin
ce qu'il avance des Terres de Signan
er de Campagne , dont il dit. que
le Chapitre de Nîmes fit Facquisition
quoiqu'il les tienne de la pute liberalité
du Comte Raymond , témoin ce qu'il
dit de la Theologale , qu'il assure sans
fondement avoir été donnée aux Jesuitespar
le Roy Louis XIII , témoins mille
autres Faits sur lesquels l'Auteur s'est
mépris , et qu'ils citent les uns après les
autres.
Certes , il faut l'avouer , mon cher
Abbé , ces sortes de jugemens contrai
res , presque toujours fondés sur la prévention
, ne sont guere propres à corriger
un Auteur , vous risquez encore
une fois de l'enfler ou de le décourager ,
et voilà justement la source de tant de
mauvais Ouvrages dont nous sommes
inondés , il faut sçavoir louer et criti
quer à propos ; je comparerois volon
tiers des Juges prévenus à ces jeunes
gens un peu étourdis , qui fourmillent
dans le Parterre de la Comédie , quel est
le motif de leurs aplaudissemens ? Pourquoi
sifflent- ils certains endroits ? vous
les embarrasserez , fi vous le leur demandez
; peut être vous répondront- ils que
l'Auteur
2378 MERCURE DE FRANCE
l'Auteur est de leurs Amis , ou qu'ils no
le connoissent pas , voilà ce qui détermine
leurs décisions , voulez vous quel
que chose de plus fort ?-
Je voudrois , en verité , que chacun
renonçit à ses préjugés en fait de senti
mens , et que tous jugeassent aussi saine
ment et aussi charitablement que Ma
l'Abbé Folard , Chanoine de Nîmes ,
Frère du Chevalier Folard , si connu par
ses Commentaires sur Polibe ; il écrit à
P'Auteur de la nouvelle Histoire , que
son Ouvrage est bon en lui - même , qu'il
est content de ses recherches ; qu'à la
verité il n'y manque pas de fautes
de langage , mais qu'elles sont par
donnables , et peu de chose à repren
dre dans le fond ; c'est le même juge
ment qu'en a porté M. le Marquis d'Au
bais , que ses lumieres et son bon goût
ont fait connoître dans laRepublique des
Belles- Lettres ; ces deux Personnes , si
bons Juges, exhortent fort M. Ménard à
continuer ses Travaux , et s'offrent à
P'aider dans ses Recherches : voilà ce
qui s'apelle décider comme il faut ; ni
M. d'Aubais , ni M. Folárd n'étoient
engagés par aucun motif à louer ou à blâ
mer le Livre en question ; mais ils ont
jugé l'un et l'autre sans prévention et
;
selon
*
NOVEMBRE . 1737. 2379
selon leurs lumieres ; je crois que leur
décision est juste , et qu'on peut s'y
raporter sans risque . Je suis , & c .
A Paris , le premier Octobre 1737.
kakaikaik
ODE ALCAIQUE ,
A. M. Clairambault , Auteur du Poëme
des Serins , dont il y a un Extrait dans
le Mercure de faillet 1737.
FE
Felix ,
Elix , diem almum Græcia cui dedit,
Concinne,Vates præcocis ingenî :
Quibus modis , pleno ore sacros
Te , referam , latices bibisse
Fontis Caballini ? ô utinam mihi
Docente Flacco Pindarica fide .
Liceret uti , sicut inflas
Tu calamos , imitans Maronem,
Summo sacrarem carmine spiritum
Artem et magistram , quâ genus exequi ,
Pullosque , garritusque calles ,
Gentis Acantidicæ , atque mores.
Licet
2380 MERCURE DE FRANCE
Licet labores materie in levi
Nitantur , at Laus maxima te manét
Sic per patentes usque campos
Sedula apes thyma grata carpunt.
Ut æmularis Virgilii vias ,
Doctus lepores per varios sequi.
Ergo inchoatos perge cursus.
Nos et iter docras inausum.
Jam te per oras Gallicus exteras
Rumore dextro Mercurius * tulit, -
At elegantes dum Phaleucos
Ante opus esse canit benigna..
Quos vena fudit ; quin simul exaraşt
Fragmenta , belli pignora carminis
Talem modorum namque formam
Nescio splendiduli quid ornet.
N. BOUCHER , à Salins.
* Voyez le Mercure de Juillet dernier pour tout
ce qui concerne la Patrie, la Personne , les Etudes,
c. de M. Clairambault et son Poëme des Serins,
précedé d'une Epitre en Vers Phalenques.
LETTRE
NOVEMBRE. 1737 238
LETTRE à M..... sur la Poësie
Françoise.
Onnoissez vous Monsieur , ma®
Traduction d'Argenis , imprimée
en 1728 ? Auriez vous la les Lettres, que
j'ai mises à la suite du second Volume ?
Voici ce que je disois dans la Septiéme..
Peut être que la Langue Françoise
>> brisera les entraves , que la rime met
» à la Poësie , dès qu'elle sera montée au
» Periode éminent que lui promet le.
>> goût du siecle : peut- être que nos Ne-
>> veux feront des Vers , qui ne rimeront
plus . O que dans
dans ce tems - là ils se
>> moqueront bien de ce que nous admi
n
>> rons !
Cette reflexion , qui m'est communeavec
quelques Hommes de Lettres , a
produit bien des raisonnemens sur la Poësie
j'ai l'honneur de vous adresser les
miens , et je vous invite à les lire avec le
moins de prévention que vous pourez.
Surtout ne vous en raportez pas aveu
glément à la Critique précipitée de ces
deux Hommes séveres , qui ont acquis
le Privilége de donner au Public le ton
qu'il
2382 MERCURE DE FRANCE
qu'il doit prendre, pour juger des ou
vrages d'esprit.
Quelque humiliante que soit pour moi
leur décision , faudra- t - il hazarder de
me défendre ? Les Abeilles ingenieuses
ne font qu'éffeurer ce qu'elles touchent ;
au lieu des Sels et des Soufres que la
Plante contient , elles n'en tirent que
quefois que la Partie terreuse : mais el
les oublient plus rarement de la corrompre
en lui insinuant le venin dangereux
de leur aiguillon . Elles ne pensent qu'au
nécessaire : elles ne travaillent propre
ment qu'à combler une Ruche précieuse,
qu'on leur enleve toujours à la hâte et
long -tems avant que leur miel ait pris
le dégré de cuisson convenable: Il eût
été à propos de lire et de relire ma bro
chure : mais on ne revoit point ses pro
pres feuilles , et un leger examen de
quelques minutes a désolé les fruits rares
, que j'avois recueillis de mes Etudes
pendant plusieurs années .
M. L. P. Nombre 173. page 247
trouve que j'ai manqué de justesse d'ordre.
Permettez - moi de vous détailler le
Plan que je me suis tracé.
Je me figurois depuis long temps que
l'ón pouroit distinguer dans la Langue
Françoise une sorte de troisieme Style ,
qui
2
NOVEMBRE . 1737. 2383
+
qui suivant les idées reçûës de tout le
monde , ne seroit ni Prose ni Poësie : et
ce Style , qui doit être le vrai sublime ,.
me paroissoit ou de la Prose nombreuse,
ou une Versification sans rimes . Voilà
, Monsieur , l'unique point de vûë :
celles de mes remarques , qui sembleront
s'en éloigner le plus , examinez- les bien ;
vous. démêlerez quelque petite ligne ,
qui vous conduira au centre , quoique
peut -être par des sinus , ou par réfrac
tion.
Je ne pouvois me dispenser d'exposer
ce que c'est que de la Prose et ce que c'est
que de la Poësie . Mais la Prose en général
n'étant pas l'objet qui domine , je
me suis contenté d'en faire succintement
une description exacte. Et le Style Poëtique
en Prose , qui n'est souvent que le
pur Phébus , passant chés quelques personnes
pour le sublime , je me suis éforcé
d'en peindre le ridicule. Il étoit naturel
d'entamer de suite et par opposition ,.
le Systême de la Prose nombreuse . 1
De là je viens à la .Versification . Elle
consiste en deux points : dans le nombre
des syllabes et dans la rime qui le doit
suivre. L'ordre des syllabes a pris les
loix de la Prosodie du même fond , d'où
Ja Musique a tiré celles du Chant. Mais
si
2384 MERCURE DE FRANCE
si l'on croit que la seule lecture d'Horace
pouvoit inspirer l'envie non sculement
de compter les syllabes , mais mê
me de leur préter des consonances à
quelque intervalle prescrit , et que c'est
là ma pensée ; l'on se trompe doublement.
Je n'ai pas voulu indiquer la premiere
origine de nos Poësies rimées : la
sixiéme des Letres dont je viens de vous
parler au commencement de celle- ci ;
peut me justifier à cet égard. Devois -je
répéter ce que tout le monde sçait ?
Que l'affectation de rimer nous vient
» des Arabes Africains , qui l'ont inspi
» rée aux Espagnols et aux Italiens. Laissons
à des Nations vaines , et pétries
» de chiméres , l'honneur de cette folle
>> composition , n'en donnons point la
» honte aux Bardes et aux Druides. Sans
» doute que l'invasion des Barbares dans
» les Gaules , nous infecta de la manie
» de rimer : du moins voit - on que dès
» le x. siecle elle inondoit la Provence.
Ceux des François , que la contagion
des assonnances a frapés les premiers ,
ignoroient bien sûrement l'Art Métrique
des Arabes , des Hébreux , des Egyptiens
, & même des Druides : mais ils
ont pû se rencontrer de goût avec toutes
les Nations , dont les Langues varient
peu
NOVEMBRE . 1737. 2385
peu les désinences de leurs termes . Ec
j'avoue que j'aurois eâ tort d'oser soupçonner
les Ancêtres de nos Rimeurs de
connoître le moins du monde le génie
d'Horace. J'ai dit simplement que pour
étayer le double fondement de leur nouvelle
Poësie , les beaux Esprits à la mode de
ces temps - là ne coururent pas loin.
L'Auteur fameux , dont , en parlant
des Rimes mal placées , et de celles qui
s'amenent sans contrainte , j'ai fait contraster
les Vers avec ceux d'une Chanson
, ou avec ceux de M. Roi et d'Alzire
, a fait du bon et du mauvais ; j'en
ai cité des deux especes , c'est une compensation
ce n'est pas d'aujourd'hui
qu'on dit de lui ce que M. de la Bruyere
a jugé de Rabelais.
Après quelques éclaircissemens , je
présente sous vos yeux le Tableau Gro
tesque des principaux genres de nos Poësies
Rimées . Si vous n'aimez pas la Mé
taphore et l'Hyperbole , passez à mes
sentimens sur la Prononciation : ce sont
les mêmes que j'avois en composant les
Principes de l'Ortographe Françoise, impri
més en 1725. Vous aprocherez peu à
peu du Systême de la Prose nombreu
se , ou de la Versification sans Rimes.
Et c'est alors que l'ancien préjugé en fa
Veur
2336 MERCURE DE FRANCE
veur des consonances , veut se gendarmer
et pousse les cris les plus douloureux
.
Je pouvois consulter sur l'essence de
la Poësie , beaucoup d'Auteurs célébres ,
et je me suis attaché au seul P. Rapin- ;
parce que je lui ai trouvé un air de franchise
, peu recherché de bien des gens ,
sur le compte de la Monotonie de nos
Vers Heroïques.
Je retranche ensuite toutes les Rimes
de quelques Vers de M. Pavillon , de
la Comédie d'Amphitrion , d'un Con
te de la Fontaine , du Poëme de Clovis ,
d'un Oedipe Anonime: Cette premiere.
tentative me porte à une nouvelle témérité.
Je raporte des Vers qui n'eûrent
jamais de désinences pareilles , et que
j'ai tirés d'Ouvrages Modernes , écrits
en Prose nombreuse.
Le Parallèle de la Poësie Latine à la
Poësie Françoise , n'a rien d'incroyable ,
Il est surprenant. Qand on distinguera
bien toutes les Cadences possibles de
l'hexametre Latin ( par exemple ) l'on
sentira qu'elles se réduisent toutes à quatre
ou à cinq , à six ou à sept , à huit
ou à neuf syllabes , et que par là elles
répondent nécessairement à nos petits
Vers de deux , ou de trois , ou de qua-
4
tre
NOVEMBRE. 1737. 2387
tre pieds , masculins ou féminins.
Il ne suffisoit pas de déveloper toute
la ressemblance de ces deux Poësies
dans leur marche uniforme , il importoit
encore d'indiquer la possibilité de l'imitation
.
,
Lorsque j'ai répondu à cinq objec
tions et que j'ai traduit un beau mor
ceau de Virgile , je risque quelque chose
sur la maniere de lire , ou de réciter
les Vers François.
Le dernier Chapitre ne tient à l'Ouvrage
qu'en ce que je releve quelques
opinions , qui me paroissent oposées à
ce que j'ai avancé sur la Prononciation
des longues , ou des breves , et sur l'harmonie
des Vers.
C'est là , Monsieur , ma conduite et
ma méthode : naturellement j'aime l'ordre
et la justesse ; mais vous sçavez parfaitement
que bien souvent on aime ce
que l'on n'a pas , et j'ai peut être l'esprit
plus Géometre que la main . Etourdi
du brouhaha des pensées , qui se présentent
, je ne sçais à la quelle entendre.
Gaies et chagrines , fantasques et précieuses
, elles veulent toutes se placer
dans le même endroit , au même instant.
C'est un Troupeau de Moutons , qui
crient , qui s'impatientent , qui se bat-
Ꭰ tent
2388 MERCURE DE FRANCE
tent à qui entrera le premier. Ce sont
les vagues de l'Océan , qui monte dans
une grande Marée ; elles s'empilent , elles
se serrent les unes sur les autres , elles
mugissent , elles écument de colere.
Ce tulmulte peut - il donner le temps à
l'esprit le plus saturnien de mettre les
hola ? Ou à la plume la plus docile de
suivre le compas et la regle ;
M. L. P. me fait bien plus de gra
ce que M. L. D. Lettre 136. page 20.
Celui- ci appelle burlesque , bardi , peu dé
cent , le ton qui regne dans la plus grande
partie de la brochure. C'est M.de la Bruyere
qui m'a donné du goût pour ce ton là :
il fait tant d'honneur aux Ecrivains qui
le prennent , que je n'ai pû vaincre la
:
tentation. Lui même il nous en a donné
l'exemple le plus magnifique ; il habille
toutes nos qualités de l'esprit et du coeur
en autant d'Hommes , ou en autant de
Femmes. Tout cela remuë , tout cela
joue c'est une longue Piece en Scenes
Episodiques ; la variété du spectacle nous
enchante également et nous instruit .
» Les Esprits justes et qui aiment à fai
re des Images précises , donnent natu-
Arellement dans la comparaison et dans la
Métaphore.
Il l'a dit parce qu'il voyoit que rien
ne
NOVEMBRE. 1737. 2389
ne nous est plus familier , que ces peintures
de choses sensibles , qui nous rapellent
une vérité . Mais dès que l'objet est
saisi trop vivement,le feu emporte la plume
bien au delà des regles et de la justesse:
l'esprit se livre à l'Hiperbole, et il compte
par là nous rabatre du plus au moins
à connoitre facilement cette même verité
, qu'il veut exprimer. D'un Pigmée il
sçait faire un Atlas : il le considere dans
tous ses jours , il badine avec lui , il le
charge d'ornemens boufons , il l'admire ,
il le fate , il l'embrasse il . l'éleve des
deux mains jusqu'aux nuës ; il le montre
et le remontre encore : il ne le perd de
vûë qu'à regret.
,
Qui pouroit se réfuser à la noble
émulation de suivre , quoi que de loin ,
de tels Originaux ? La Morale a bonne
grace presque partout : je me suis figuré ,
Monsieur , que ma brochure vous ofrira
le Portrait naïf des trois Saisons de
l'Homme.. Dans la jeunesse l'on imagine
trop , et l'on ne pense pas assés ; on parle
souvent avant que l'on ait réfléchi
mûrement. Dans l'âge plus avancé l'on
raisonne , ou plûtôt on croit raisonner .
Quand les Lustres s'accumulent , on
tombe rapidement de la Zone Torride à
la Mer Glaciale ; on glose , on radore.
Dij L'Auteur
2390 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur que jai osé commenter dans le
trentiéme Chapitre , est Homme d'esq
prit ; mais il est jeune : quand il aura
atteint mes années , il me ressemblera ;
il se critiquera lui-même ,
Je n'ai point prétendu , comme le dit
M. L. D. introduire la mode des Vers sans
rimes. J'ai démontré seulement que cette
mode est toute établie , même depuis
très long- temps et que de fort habiles
gens la suivent. Si les Autorités , que j'ai
produites ne le satisfont pas , j'apelle
en témoignage tous les Sçavans du Siecle
de l'Auguste François , surtout M.
de Fénelon et M. de la Bruyere . Je pré-
-tends que , ou nous n'avons eû aucuns
Poëtes , ou que ces deux grands Génies
le furent. Leur Stile , dans sa méchani
que , est mélodieux , soutenu , cadencé
et quant au merveilleux , qui sera toujours
l'ame de la Poësie , que l'on me
nomme quelque Rimeur Héroïque , qui
ait la majesté , le Sublime du Télémaque
quelque Rimeur Satyrique , qui
ait la délicatesse , la force du Théophraste
Moderne. Dans quel avilissement
honteux la fureur des consonances n'at-
elle pas précipité les plus heureux Gé
nies ? Et que ne devoit- on pas attendre
des Corneilles , ou des Despreaux , si ils
ne
NOVEMBRE. 1737. 2391
he fussent pas nés esclaves de la Rime ?
C'est donc une erreur , selon moi
de confondre l'idée de Poëte avec celle
de Rimeur du moins il faudroit les séparer
, si l'on vouloit me faire l'honneur
de m'entendre , & il seroit important
d'avouer que l'on m'entend , avant que
l'on se donnât le droit de me condamner.
L'usage des Vers sans Rimes convient
peut être aux Italiens et aux Anglois , à ce
que dit , M. L. D. mais il nie que les
François puissent jamais s'en accommoder
parce que le caractere de leur Langue n'a
Presque aucune Prosodie.
S
C'est donner pour raison le point qui
n'est peut- être pas aussi clairement décidé
que l'on voudroit le faire croire ; ou
bien le Traité de M. L. D. est sans fondement.
Mais quand le François n'auroit
aucune Prosodie , ou plûtot quand il seroit
visible qu'il s'attache peu à la faire
briller , parce qu'il craint toujours de
chanter en parlant : pouroit- on en conclure
que le soin de rimer doit supléer
au défaut ? Ce travail cependant ne sert
qu'à dire aux personnes , qui connoissent
& lisent mal leur propre Langue :
L'espace que vous apercevez de telle à
telle désinence , est ce que l'on apelle
D iij
un
2392 MERCURE DE FRANCE
un Vers de tant ou de tant de pieds &
comptez plûtot . Cela leur suffit , elles
comptent. De là elles inferent que ce
qu'elles voyent , c'est de la Poësie , et
quiconque l'a disposée est Poëte , parce
qu'il est Rimeur. Je n'ai pas espéré guérir
de telles gens.
Dans le cours de ma brochure , j'ai mis
souvent des petits Vers tout de suite
comme on écrit la Prose. A quelques endroits
j'en ai distingué par des lignes séparées
, comme on écrit la Poësie Libre.
Pourquoi paroit - il à M. L. D. que
quand ces Vers seroient rimés , ils n'en seroient
pas plus des Vers? Cela est- il intelligible
? Ce qui est Vers , quoique non
rimé , cesseroit d'être Vers , s'il avoit des
rimes . Il a voulu dire peut-être que ce
n'en seroit pas plus de la Poësie. J'en
conviens mais s'il sçait que l'expression
fait la Poësie , ignore - t-il que le
nombredes syllabes fait le Vers ? Devoitil
se dissimuler que je n'ai point touché
à l'expression , et que je n'ai compté
parler que de la combinaison des sons ?
Or des termes , de quelque nature qu'ils
soient , mais arrangés de façon qu'ils
laissent des cadences à quatre , ou à six ,
ou à huit syllabes , je soutiens- que cela
seul forme des Vers , quoique ce puisse
ne
NOVEMBRE
1737 2393
ne pas
être
de la Poësie
: car toute
Poësie
est Vers
, mais
tout
Vers
n'est
pas
Poësie.
>
Le Bourgeois Gentilhomme
, comme
le peuple , fait de la Prose et même des
Vers sans rimes , & il ne sçait pas ce qu'il
fait mais les Auteurs qui travaillent
leur's Ouvrages , qui comptent leurs mots:
et non pas leurs feuillets , font de la Prose
nombreuse , et ils le sçavent bien : ils
même des rimes ne seroient
que sçavent
pas capables de changer leur Prose en
Poësie , mais que cette Prose est des
Vers. Quand j'en ai transcrit , ma vûë
n'étoit pas de les faire parler ridiculement ;
je ne cherchois point de jolis Couplets ;
je cherchois de la Prose nombreuse , et
j'en ai trouvé ,
Ciceron en composoit.
Si mon amour pour les Repos au
nombre pair , m'a porté à altérer quelque
syllabe , le crime peut se pardonner.
t'elle
que
Cependant de la Prose nombreuse peut
bien être de la Poësie . Je l'ai dit et je le
répete , comme des Vers rimés peuvent
d'eux- mêmes n'être que de mauvaise
Prose.
La Poësie voltige , et la Prose marche :
le Poëte figure des meauets , des contredanses
, et le Prosateur se promene.
D iiij
Mais
2394 MERCURE DE FRANCE
Mais de la Prose des Jourdains à celle
des Fénelons , je vois la même diféren
ce , que tout le monde doit remarquer
entre un Homme qui sçait le pas de deux
et le pas de trois , dont- on admire la
bonne contenance ; et entre un balourd ,
dont le train déplaît , qui va les pieds
en dedans , par sauts et par bonds.
Je n'ai presque rien entrepris sur l'oposition
essentielle
de la Poësie et de la
Prose , ou de telle et telle Prose. Cela
interessoit
peu le sujet que je voulois
traiter, et qui est le seul méchanisme
des
Vers. Dès que je l'ai eû aprofondi , j'ai
conclu qu'une conformité
étonnante dans
la disposition
des termes , dans le retour
des cadences , dans leur concert , dans
leur harmonie , doit rendre à l'oreille
du François tous les Poëtes Latins , de
simples Prosateurs
nombreux
, et Ciceron
lui même un excellent Poëte . C'est
le Paradoxe .
Je n'en sçais pas moins qu'au fond et
très indépendamment des consonances ,
un sujet extravagant , des expressions
outrées , des images folles , singularisent
assés le génie des Muses , et laissent toujours
une distance infinie de la Poësie à
la Prose nombreuse , qui considérée en
elle même , doit être raisonnable partout
NOVEMBRE. 1737. 2395
tout , et ne pousser les figures que sensément.
Sur ce principe , dans quelque goût
que l'on écrive , et pourvû que l'on ménage
tous les Repos ou à quatre , ou à
six , ou à huit syllabes , toute Diction
qui suivra les écarts et la pétulance des
Eleves d'Apollon , je la nommerai de la
Poësie , lors même qu'elle n'aura point
de désinences pareilles : et toute Diction,
qui conservera le flegme , le solide , le
touchant du Sublime , je la nommerai
de la Prose nombreuse , lors même qu'elfe
aura des Consonances finales.
Voilà bien du renversement dans les
idées de la Populace du Pinde , qui croit
que sans rimes , il n'est point de Vers ,
et que tout ce qui ne rime pas , cst
Prose. J'ai l'honneur d'être , Monsieur ,
&c.
XX*XXXXXXX X X XXXXXXXXX
BOUQUET
A Mad. la M. d. L. par M. de la R
retiré à l'Institution , le jour de sainte
Therese , le 15. Octobre 1732,
L'Esprit sied si bien au visage ,
Que bien que vous soyez hors de vos plus
beaux jours
ץ
D v Vous
2396 MERCURE DE FRANCE
Vous plaisez , vous plairez toujours ;
Le vrai mérite n'a point d'âge :
Votre Patrone eut le même avantage ;
Par la beauté de ses Ecrits
Elle gagna les coeurs et charma les Esprits :
Dieu vous la donna pour modele.
Elle essaya le Monde et sçût le mépriser.
Si vous voulez vivre et mourir comme elle
Il est temps de vous aviser.
* Sainte Therese.
REMARQUES sur l'Etimologie
des noms François des Provinces , Villes
, Bourgs et autres lieux par M.
A. G. B. D. A. A. P.
A
Ne considerer que superficielle
ment la plupart des noms propres
de Lieux,ils semblent d'abord n'être que
des mots arbitraires dont on est convenu
pour désigner chaque Lieu dont on voudroit
parler.
"
Cependant quand on en recherche l’Etimologie
on trouve qu'ils nont point
été donnés au hazard , qu'ils sont presque
tous composés de mots , qui désignent
le Lieu ou par sa situation naturelle,
OU
NOVEMBRE. 1737 2397
ου
ou par quelque autre chose qui lui est
propre , & qu'il en est de ' ces noms comme
de ceux des personnes , lesquels ori
ginairement ont été tirés ou de leur Pays,
ou du tems de leur naissance , de la conformation
et stature de leur corps , ou
de quelque qualité soit naturelle où accidentelle
de leur corps ou de leur esprit ,
ou de leur état et profession , ou enfin de
quelque action où évenement qui les distinguoit
des autres personnes..
Ce n'est pas une curiosité vaine que de
rechercher l'Etimologie du nom propre
de chaque Lieu ; car outre que cette matiere
est historique , la connoissance de
ces Etimologies peut aider à découvrir
les Eaux , les Plantes, les Métaux et Mineraux
, et les propriétés des differentes
choses qui se trouvent dans le Lieu , ou à
éclaircir quelque point d'Histoire , parce
que la plupart de ces noms ont été
composés de mots qui désignent ce qu'il y
a d'utile , de curieux , ou de mémorable
dans le Lieu.
Pour trouver l'Etimologie des noms
François de nos Provinces , Villes , Bourgs
et autres Lieux de ce Royaume , il faut
observer que la Langue Françoise n'est
proprement qu'un mélange des trois
autres Langues , sçavoir la Celtique , la
Dvi Latine
2398 MERCURE DE FRANCE
Latine et la Teutonique ou Saxone.
La Celtique est la plus ancienne des
trois : c'étoit la Langue que parloient les
naturels du Pays ; car on nommoit Gaube
Celtique toutes les Provinces qui sont
comprises entre la Mediterannée P'Océan
et la Loire .
La Langue Latine fut introduite dans
les Gaules , lorsque les Romains en eurent
fait la conquête , car ils obligérent
les Gaulois de parler la Langue Latine
comme ils y assujettissoient tous les Peuples
qu'ils avoient vaincus. Augustin, da
Civit. Dei lib. 19. cap. 13.
Et dans la suite lorsque les Allemands,
les Goths et autres Peuples du Nord, fi
rent des irruptions dans les Gaules , ils
y introduisirent le langage Saxon ou
Teutonique.
Mais comme il étoit difficile aux Gaus
lois de se détacher entierement de leur
Langue maternelle , ils en conserverent
la plupart des termes ; et de ce mélange
de la Langue Celtique avec la Latine
et la Teutonique , s'est formée la Langue
Françoise ; en sorte que les noms de
Lieux et même tous les mots François tirent
leur étimologie les uns du langage
Celtique , les autres du Latin , les autres
du Saxon ou Teutonique.
C'est
NOVEMBRE. 1737 2395
C'est ce qu'a observé M. Maillart Avo
cat dans son sçavant Commentaire sur la
Coûtume d'Artois , en la Chronologie
historique de cette Province , Notes surle
nombre 29.où il remarque aussi que l'H se
prononçoit anciennement comme K ou
G. par exemple Gahem , Gem pour Hem ,
qui veut dire Maison , Villa , d'où sont
venus les mots de Hamel , Hameau , Har
melet.
Le même Auteur en ses notes sur l'ar
ticle 144. n. 17. sur le mot Maison , remarque
qu'il signifie proprement la quantité
d'héritages donnée lors de la division
des terres à chaque personne pour se
nourir et sa famille selon sa qualité et acquiter
les Charges : que c'est ordinairement
le labourage de deux boeufs , que
de là viennent les termes de Mas , Maî
nil , Moinel , Ville , Viller , Court , Tum ,
Hem , Ghem , on Kelme , ajoutés aux
noms propres des possesseurs de certains-
Lieux ; par exemple Bainghem , pour la
terre de Dain ; Merghem pour Merville
Etréhem , pour Maison sur un chemin.
Mon intention n'est pas de faire ici un
Glossaire , ni un Dictionaire étimologi
que de tous les noms de Lieux ; ceux qui
voudront s'instruire des étimologies:
qui se tirent des langages Celtique et
Belgique ,
2400 MERCURE DE FRANCE
Belgique , peuvent consulter les origines
Celtiques ou Belgiques de Schrekius ou
Scriekus , de Vrée des Sceaux de Flandres ,
ad ann. 1237.et de D. Pesron Antiq. des
Celtes pour les étimologies Latines on
peut avoir recours au Glossaire Latin de
M. Ducange et pour les étimologies
Françoises , on peut voir M. Ménage en
ses étimologies de la Langue Françoise.
Je ferai seulement ici quelques remarques
sur l'étimologie des noms les plus
usités et surtout de ceux qui sont communs
à plusieurs Lieux .
* Les noms de Lieux sont primitifs , ou
dérivés.
Les premiers qui sont les plus anciens.
ne sont formés que par un seul mot , lequel
désigne le Lieu par quelque chose
qui lui est propre et qui le caracterise ,
comme Aeria en Latin ,er en François Aire
sur leLys,noms qui expriment que ceLieu
est exposé en bon air. Alba en François
Aube parce que le sable de cette riviere
est blanc Arborosa Arbois en Franche-
Comté , lieu ainsi nommé parce qu'il étoit
tout planté d'Arbres ; et ainsi d'une infinité
d'autres.
Les noms dérivés sont ceux qui sont
composés de plusieurs noms ou mots primitifs
, ou ajoutés à un nom primitif ,
comme
NOVEMBRE . 1737 .
2401
comme Neuchatel en Normandie à 10.
lieües de Rouen ainsi nommé parce
qu'il y avoit alors un Château nouvellement
bâti ; Neubourg , ou Bourgneuf ,
pour dire un Bourg nouvellement établi ;
Montfort pour dire une Montagne ou
Hauteur fortifiée .
Et comme il y a plusieurs Lieux qui
ontà peu près la même disposition et situation
naturelle ou quelque autre raport
entr'eux , c'est de là qu'il y a tant de
noms génériques qui sont communs à
plusieurs Lieux , lesquels ne sont distingués
les uns des autres que par quelque
surnom comme les , Menils , les Beaumonts
, les Chaumonts , les Chateauneufs ,
et autres semblables.

9
Il n'y a guere de noms de Lieux plus
communs en France que ceux qui se terminent
en Ville , comme Avrainville
Guibbeville , Itteville , Leddeville, la Nordille
, Stainville , &c . Ces noms terminés
en Ville sont surtout très communs en
Normandie .
Tous ces differens noms sont compo
sés du mot Latin Villa, lequel ne signifie
pas une Ville ni même un Village , mais
seulement une habitation , et d'un autre
mot qui désigne le Lieu par quelque cho
se qui lui est propre , comme Leuville

2402 MERCURE DE FRANCE
en Latin , Lupivilla ainsi nommé , parce
qu'aparemment on avoit pris, ou vû quelque
Loup en cet endroit ; Belleville pour
dire une belle habitation ; Moigneville en
Boulenois
pour dire Magna-Villa , grande
habitation.
Il seroit difficile de donner l'étimologie
particuliere de tous les mots qui précedent
celui de Ville dans les noms ainsi
terminés ; car la plûpart de ces mots
étoient les noms propres des premiers
Seigneurs ou Proprietaires du Lieu, comme
Janville pour dire l'habitation de Jan
ou Jehan..
Pour ce qui est de la terminaison générique
de Ville , on ne doit pas s'étonner
de ce qu'elle se trouve à des noms de
Villages et Bourgs , et même de quelques
Villes , parce qu'il n'y avoit aparemment
d'abord dans ces Lieux , qu'une
seule habitation et que lors qu'ils se
sont accrus dans la suite , ils ont toujours
conservé leur premier nom.
Il y a aussi beaucoup d'endroits dont
les noms au lieu d'être terminés en Ville ,
commencent au contraire par ce mot
Ville comme Villejuist , Villebousin ,
Villemoisson , Villelouvet , Ville - Davré
, Villejust & c. lesquels tirent leur
étimologie de Villa aussi bien que les
noms
NOVEMBRE 1737 2403
noms terminés en Ville , avec cette difference
seulement que ceux où le mot
Ville est à la fin, tiennent plas que les au
tres de la construction Latine , ce qui me
fait juger qu'ils sont aussi plus anciens
au lieu que les autres tiennent plus du
François dans lequel on intervertit moins
Pordre naturel du discours , et sont par
consequent plus recens ; car François I.
ayant reconnu les inconveniens qu'il y
avoir à rédiger les Acres publics en Latin ,
enjoignit par son Ordonnance de 1539 .
donnée à Villerscosterets , Art . cent onze,
que dorénavant les Actes publics fussent
rédigés en François; et c'est là vraisemblablement
l'époque du temps auquel on
francisa la plupart des noms de Lieux qui
avoient été composés en Latin : ainsi le
Village que l'on nommoit en Latin Romani
Villa , fut traduit en François dans
le même ordre de mots par Romain Ville,
et non pas Ville Romain.
Les noms qui commencent par Ville
ne laisent pas de tirer aussi leur étimologie
du Latin Villa , mais cela n'empê
che pas qu'ils ne soient plusFrançois que
Latins , et tels sont les noms de Villenauxe
, Villerey , Villeroy & c.
Le nom de Villeneuve donné à diffe:
rens Lieux , comme Villeneuve S. Geor
ges
2404 MERCURE DE FRANCE
ges , Villeneuve
le Roy , Villeneuve
la
Guiare , tire pareillement
sont étimologie
de Villa Nova mais on connoît à sa
construction
qu'il est en son origine plus
François que Latin .
Celui de Neuville que portent plusieurs
Lieux , est le même que celui de Villeneuve
, dont on a fait Neuve ville et par
élision Neuville.
Il y a encore plusieurs endroits dont
les noms tirent leur étimologie de Villa
, sçavoir les Villiers , tels que Villiers
costerest , Villiers le Bel , Villiers sur Orge
&c. la terminaison de ces noms peut
venir du Latin Villaris ou l'illare , ou du
mot Celtique Filler , qui signifioit Maison
, Habitation , d'où on a pû aisément
faire Villiers ; il se peut aussi que le mot
Iers qui termine ces noms signifiât en
vieux Gaulois une hauteur , ce qui est
d'autant plus vraisemblable, que Erta en
Italien signifie haut chemin , Sentier ,
ou Côte qui monte , d'où est venu être
allerte , Estar en Allerta ; et en effet j'ai
remarqué que tous les Villiers queje connois
, sont sur des hauteurs.
Il y a certains noms dont l'étimologie
paroît fort obscure , quoiqu'elle soit
des plus simples; tels sont ceux terminés
en Tot ou Tum, qui sont deux mots Celtiques
NOVEMBRE . 1737. 2405
tiques qui signifioient Lieu ouHabitation.
A ces noms génériques on a ajouté celui
du Posseseur du Lieu ; c'est de là que
se sont formés les noms de Francquetot ,
Vergetot , Languerot , Yvetot & c. et
ceux d'Autun , Toustun. & c.
Les noms où se trouve le mot Dun ;
comme Dun -le- Roy , Dun Kerque , Châ
teaudun , Issoudun , Loudun &c. tirent
leur étimologie de Dun , mot Tearonique
qui signifioit Hauteur , Arenosi colles
, d'où s'est formé le nom de Dunes
que l'on a donné aux montagnes qui
mettent la Hollande à couvert de l'impétuosité
de la Mer.
2
Il y a un grand nombre de Lieux nom .
més le Plessis , qui ne sons distingués les
uns des autres que par des surnoms, comme
le Plessis Piquet , le Plessis S. Pierre ,
le Plessis Gassot , le Plessis le Comte & c.
Ce nom vient du Latin Plectere qui signifie
ployer et entrelaçer , d'où on a
formé un terme de basse Latinité Ples
seium , pour exprimer une enceinte for
mée de Paux ou Poteaux fichés en terre
entrelassés de branches d'arbres ployées ,
ce que l'on a traduit en vieux Gaulois
parPlessis.
que
Se
Les Lieux nommés Segrès tels
grès auprès de Bâville , Segrès près d'Aubepierre
3406 MERCURE DE FRANCE
bepierre en Brie , Segrès en Normandie
Segrès près de Pluviers , tirent leur étimologie
de Segressus, terme de basseLatinité
, qui signifioit un Lieu écatré : et
en effet tous ces Segrèssont des endroits
couverts par des côteaux ou par des
bois.
Le nom de Bray que l'on a donné à
divers Lieux , tels que le Pays de Bray
situé aux Frontieres de la Normandie et
de la Picardie , Bray sur Somme , Bray
sur Seige et autres , vient de Brayum ,
terme de basse Latinité et de Bray vieux
mot Gaulois , qui vouloient dire Maréca
ge , lieux Fangeux ; aussi remarque t'on
que tous ces Lieux sont dans des Terrains
Aquatiques.
Les Villes nommées la Ferté en Latin
Firmitas tels que la Ferté sous - Jouarre
en Brie , la Ferté- Gaucher , la Ferté- Ber
nard , la Ferté Milon , la Ferté - sur - Aube
en Champagne &c. tirent leur étimologie
de ce que ces Villes étoient fortifiées
; et en effet nous lisons dans Suétone
in Caligula c. 5. Firmissima totius
provincia civitas , pour dire la plus for
te Ville de toute la Province.
Les noms terminés en Val comme Orval
, Menouval , Secval &c. et ceux qui
commencent par Val , tels que Valpetit ,
Valgrand
NOVEMBRE . 1737. 2407
Valgrand & c. viennent du mot Latin
Vallis , et du mot Gaulois Val , qui signi
fient Valée ou Valon : on a donné ces
sortes de noms à la plupart des Lieux qui
sont dans des fonds ; et pour les distinguer
les uns des autres, on y a ajoûté un
surnom tiré de quelque chose propre à
chaque Lieu ; ainsi on a nommé Secval
un endroit qui est auprès de Pluviers ,
parce que c'est un petit Valon dans lequel
il n'y a point d'eau .
Les noms commençans par Vaux comme
Vaux- Grigneuse , Vaux- Villars, Vaux
le Penil &c. et ceux terminés en Vaux ,
comme Grandvaux , Clairvaux , Mari
vaux &c. ont la même étimologie que
ceux terminés en Val ; car en vieux
Gaulois on disoit trotter par monts et par
vaux , pour dire monter et descendre.
Les Beaumonts , tels que Beaumont sur
Oyse , Beaumont dans le Maine , Beaumont
le Roger , Beaumont dans le Gastinois
, en Latin corrompu Bellomontum
viennent du Latin Bellus- Mons , ainsi
qu'ils sont nommés dans les anciens titres
. Et ces noms Latins et François leur
ont été donnés à cause qu'il y a dans ces
differens Lieux quelque Montagne ou
Côteau qui forme un beau point de vûë à
tout aspect.
Les
2408 MERCURE DE FRANCE
Les Chaumonts , tels que Chaumont en
Bassigny , Chaumont dans le Vexin , et
autres viennent du Latin Frigidus ou
Calvus-Mons , en Latin corrompu Calvomontium
d'où on a fait Chaumont , comme
qui diroit Chauve - Mont , ou Chand-
Mont, à cause que ce sont des Côteaux
brulés et arides , où il croît peu de pâturage.
Clermont en Auvergne , Clermont en
Beauvoisis , Clermont en Argonne, et les
autres Clermonts nommés en Latin corrompu
Claromontium , viennent du Latin
Clarus- Mons , et ont été ainsi nommés
parce que ce sont des Lieux qui à cause de
leur élevation sont éclairés de tous côtés :
ensorte qu'on devroit écrire Clairmont et
non pas Clermont .
Montlhery , Montargis , Montmedy ,
Montpellier et autres Villes dont le nom
commence par Mont , ont été ainsi apellées
, parce qu'elles sont bâties sur des
hauteurs.
Pour ce qui est des Villes nommées
Château avec un surnom , comme Châteaudun
Château Renard , Châteauneuf
, Château- Melian , et celles , dont le
nom commence par Chastel comme Chastelleraud
, Châtel -Chinon &c . toutes ces
Villes ont été ainsi nommées de quelque
Château
NOVEMBRE. 1737. 2409
Château ou retranchement qui y étoit
anciennement,auquel on ajoutoit un surnom
, tiré de la situation, ou du nom du
Seigneur comme Châteaudun pour dire
Chateau sur une hauteur , Château-
Thierry , Theodorici - Castrum , pour
dire le Château , Camp , ou retranchement
de Thierry ou Théodoric ,
Les Lieux nommés Châtillon ont aussi
la même étimologie , Châtillon vẹ
nant de Château , Chastel ou de Chas
telet leur diminutif , ou de Catiche , mot
Gaulois qui signifioit une petite Tourelle
avancée ,
Il en est de même de la plûpart des
autres noms ; ainsi desChoisis ont été ainsinommés
, à cause de la beauté de leur situa
tion : les Fleuris , à cause des fleurs qui
y croissoient; les Boissis , à cause de quelque
Bois , les Lormoyes parce qu'ils
étoient plantés d'Ormes ; d'autres ont
été nommés l'Aunoye ou L'Aunoy, parce
qu'ils étoient plantés d'Aulnes ; d'autres
le Coudray ou la Coudraye , parce qu'ils
étoient plantés de Coudres ou Noisetiers,
D'autres l'Epinoy , parce qu'ils étoient
plantés d'épines ; d'autres la Saussaye ,
parce qu'ils étoient plantés de Saules , et
ainsi d'une infinité d'autres qu'il seroit
trop long de raporter.
Il
2410 MERCURE DEFRANCE
Il suffit par les exemples que l'on vient
de donner,d'avoir indiqué les principaux
objets qui peuvent servir à découvrir l'étimologie
de la plupart des noms de
Lieux , et d'observer en finissant que ceux
qui semblent les plus bizares , sont surtout
ceux qui renferment quelque indication
, ou de la situation naturelle , ou de
ce qu'il y a d'utile ou de curieux dans le
Lieu , ou de ce qui s'y est passé de memorable
; qu'ainsi l'on doit en rechercher
avec soin l'origine.
*
MADRIGAL.
UN Florentin , enviant à la France
>
Les Marbres animés par les mains des Coustous,
C'est chef- d'oeuvre , dit - il , mais un seul
Florence ,
La Venus Médicis peut les effacer tous ;
R .... parut et décida pour nous
Votre France , dit- il , a vaincu l'Italie ;
Nous croyons posseder la Venus Médicis ;
L'Original est dans votre Pays ;
Nous n'en avons chés nous que la Copic .
On a dû expliquer l'Enigme et lès
Logogryphes
NOVEMBRE . 1737 2411
>
Logogryphes du Mercure d'Octobre par
Chapeau , Saumur , Ivoire, Bonnet , Lacus
et Marcus . On trouve dans le premier
Logogryphe , Maurus , Murus , Musa ,
Rus , Sus Mus , Rama , Ramus ; on
trouve dans le second , Ivo , Ire , voirie;
dans le froisiéme , Bon , Net , Tonne ,
Noé , Note , Ton , On ; dans le quarriéme
on trouve , Lac , Laus et Acus ; on
trouve dans le cinquième , Arcus, Mars,
Mus , Rus et Ars.
ENIGM E.
Ris , sortirez - vous sans nous
Vous le sçavez , il est d'usage ,
Que vous nous meniez avec vous
Nous entrons dans votre équipage.
Si quelquefois un de nous deux
Disparoît, nous sçavons que d'un air de colere
Vous jettez l'autre en certains lieux
Et que vous n'y songez plus guere.
Par E. M. J. D. L. de Meaux.
E LOGO2412
MERCURE
DE FRANCE

LOGOGRYPHE
.
Un nombre malheureux je construis mon
Volume. D'Un
Quand vous aurez de moi fait perquisition ,
Vous verrez , me joignant à ma dissection ,
Que c'est un double emploi reservé pour la plu
me.
Par la combinaison qu'on opére en rêvant ,
Vous rencontrez , sans pousser trop avans
Suc délicat , ou liqueur composée ,
Bon restaurant pour la poitrine usée .
Dévelopez ici tout doucement ,
Il se présente un genre d'aliment ,
Couleur de neige . En la même structure
L'effet soudain de quelque passion ,
Qui fait plaisir , dont , l'affectation ,
Ou l'esprit trog leger excedent la nature ,
Aux mêmes élémens un voisin ajoûté
Exprime un Mendiant que vit l'Antiquité.
De la femme de bien , sincére ou par grimacs7
Le nom apellatif chés moi trouve sa place,
Si nous chiffrons , vous vous mutinerez ;
Peut-être aussi que vous déchiffrerez.
A tout hazard. Sept, huit et dix, Lieu de passage
Onze , deux , avec 13. est le nid de l'orage ,
Par 12.13 . er 6. l'objet du Vigneron;
Pris
NOVEMBRE. 1737. 243
Pris en un autre sens, rend compte du larron.
5. 10. 4. avec 11. en la figure humaine
Je suis après le chef une part souveraine;
ó. 7. 10. 11. et 9. marque usurpation ,
Dont le premier ôté fait restitution ,
6, et 3. 4. et 5. joignez - y la finale ,
Je suis bonne , mauvaise , assés souvent fatale ;
De force l'on me fait et par Terre et par Mer
Fruit moins doux au plus fort , qu'au vaincu
très-amer.
Changez le 6. en 12. et dans la maladie
Mon effort attendu rend ou finit la vie.
Qui fait mes trois premiers et la terminaison
Peche sans aucun fruit ainsi que sans raison.
6. 2. ajoûtez 3. est exemt de soüillure :
6. 4. 10. oiseau : l'accent mis , je mesure.
6. 2. et 5. c'est de la pourriture.
54. 3. et 10. diction , dont l'emploi
Est consacré lorsque l'on parle au Ro
3. 2. 4. 11. 10. rien plus triste que moi .
12. 2. 3. et 10. travail ou benefice ,

L'un au corps , l'autre à l'ame attache son service.
3. 4. 9. et 10. je trace des sillons
Que jeunesse n'a pas . Item , des oisillons
En 11. 4. 9. se passe la foiblesse .
8.
10. 6. 4. 11. et 13. acrochant les haillons
9. 10. ennemi de tendresse :
9. 8. et 7. ennemi de mollesse,
1.
E j
4414 MERCURE
DE FRANCE
De ces treize élemens , si vous choisissez huit ,
Synonime à sagesse est le terme déduit.
Par quatre deux , et deux de suite ) on vous
expose
Un mot qui dit néant et comprend quelqu
chose .
Par deux de suite avec deux separés ,
Chose qui rend de loin des marins rassurês,
En voilà bien assés. Eh donc , quand finirai-je }
Bien-loin d'être épuisé , si faut - il que j'abrége ,
Tout enfin rassemblé : mille sortes de gens
Me 'sont soumis . Mes Ministres sévéres
Avec raison pour autrui sont austéres :
c'est autre chose , ils sont plus ing
Pour eux ,
dulgens.
J. CHEVRIER , Organ.A.C.E.A
J
AUTRE.
E porte lac ,je porte loin
Je porte sac , je porte soin
Je porte si , je poite cas ;
Lecteur , mon nom est . .
>
Par F. B. OLLIVIER , à Marseille.
!
AUTRE
NOVEMBRE. 1737 24TS
J
AUTRE.
E porte sort , je porte sot ,
Je porte port , je porte por, "
Je porte rat , je porte tros ,
Lecteur , je m'appelle ....
Par le même.
LOGOGRYPHUS.
Uis fuerim , si scire voles ; en accipe Lector.
Tristia Bella fero , timidus pariterque ti
mendus ,
Batitid , interdum levis , felicia dulci
Corda beo , me totum invertas : monia surgunt
Ardua , et innumero prabent tecta hospita civi ;'
Urbs olim Mavorte ferox. Me dirige folers ;
Accipe qui docta redimitus tempora lauro ,
Gastalides cantu , Phabumque aquavit honore."
Denique frons cauda subigatur , protinus ardens
Horret me juvenis, fed amat perlenta senectus.
În lingua , in pede , in aure , senisque in lumine
versor
E iij NOU£
476 MEK
KE DE FRANCE
みみのの
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &C.
Mgraphie , où l'on donne une Des
ETHODE pour étudier la Géos
cription exacte de l'Univers , formée sur
les Observations de l'Académie Royale
des Sciences , avec un Discours Prélimi
naire sur l'étude de cette Science , et un
Catalogue des Cartes Géographiques ,
des Relations , Voyages et Descriptions.
les plus nécessaires pour la Géographie ,
par M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy. in 12 .
cinq vol. A Paris , Quay des Augustins
chés Rollin , fils , à S. Athanase , et De
bure , l'aîné , à S. Paul , 1736 .
LE PANEGYRIQUE DE S. LOUIS,
prononcé à l'Académie Françoise le 25%
Août 1737. par le Pere Perussault , de la
Compagnie de Jesus. A Paris , ruë saint
Jacques , chés Coignard.
DISSERTATION sur le choix des
Cartes de Géographie , en faveur de
ecux qui veulent étudier cette Science ;.
NOVEMBRE. 1737 2417
ou Réponse à une Lettre d'Angoulême,
& c. A Paris , chés G. Ant . Dupuis ,
Grand'Salle du Palais , au S. Esprit, 1737.
Brochure de 36. pages in- 12.
REPONSE d'un Chirurgien de saint
Côme , à la premiere Lettre de M. Astruc
au sujet du Mémoire des Chi
rurgiens sur les Maladies Veneriennes.
Brochure in 4. de 99. pages , avec une
Addition qui sert de Képonse à la seconde
, sans nom d'Auteur , de Ville ni
d'Imprimeur.
TRAITE' sur la nature , l'usage et
l'abus du Caffé , du Thé, du Chocolat et
du Tabac . Par Jean- François le Fevre
Docteur en Médecine de Besançon . A
Besançon , chés J. B. Charmet , Libraire
dans la grande rue , à l'Enseigne de la
Science , 1737. vol. in 4. de 49. pages.
L'Ouvrage est en Latin .
INSTITUTION DU DROIT BEL
GIQUE , par raport , tant aux XVII.
Provinces , qu'au Pays de Liege , avec
une Méthode pour étudier la Profession
d'Avocat. Par Georges de Ghev iet , Cor
seiller du Roy , Referendaire Honoraire
à la Chancellerie , et ancien Avocat au
E iiij Parle2418
MERCURE DE FRANCE
Parlement de Flandres. A Lisle , ches
Charles- Maurin Cramme , 1737. in 4.
LE MECHANISME , ou le nouveau
Traité de l'Anatomie du Globe de l'oeil ,
avec l'usage de ses differentes parties et .
de celles qui lui sont contigues , orné
de Planches gravées en Taille- douce
dédié à M. le Premier Médecin du koy ,
par Jean Taylor , M. D. Oculiste du Roy
de la Grande Bretagne. A Paris , chés
Michel Etienne David , Quay des Au
gustins , à la Providence , 1737. in 8 ..
COURS DES SCIENCES sur des
Principes nouveaux et simples pour former
le langage , l'esprit et le coeur dans
l'usage ordinaire de la vie par le P.
Buffier , de la Compagnie de Jesus. A
Paris , chés P. F. Giffart , ruë S. Jacques ,
à sainte Therese , vol . in folio..
RAISONNEMENS HAZARDE's sur
la Poësie Françoise. A Paris , chés Didot,
Quay des Augustins , près le Pont saine
Michel , à la Bible d'or , 1737. vol . in 12 .
de 213. pages.
TRAITE' DES GAINS NUPTIAUX
et de Survie , qui sont en usage dans
less
NOVEMBR E. 1737. 2419
les Pays de Droit Ecrit , tant du Ressort
du Parlement de Paris , que des autres
Parlemens . Contenant tout ce qui
concerne les augmens de Dot , agencemens
, contre-augmens , donations det
survie. Par M. Antoine- Gaspard Boucher
d'Argis , Avocat au Parlement. A Lyon,
chés Duplain , pere et fils , rue Merciere;
1738. in 4.
TRADUCTION du Traité de l'Ora
teur de Ciceron , avec des Notes , par
M. l'Abbé Collin. A Paris , chés Deburé,
l'aîné , Quay des Augustins , à S. Paul ,
1737. 1. vol. in 12. de 498. pages.
AVIS ET REFLEXIONS Sur les Des
voirs de l'Etat Religieux , pour animer
ceux qui l'ont embrassé à remplir leur
Vocation. Ouvrage utile , non - seulement
aux Religieux , mais encore à toutes les
Personnes qui veulent vivre dans le
Monde avec une Pieté solide. Par un
Benedictin de la Congrégation de saint
Maur. In 12. 3. vol. quatriéme Edition
plus correcte et plus ample que les précedentes.
A Paris , chés L. Et. Ganeau ; ·
rue S. Jacques , vis- à - vis S. Yves à saint
Louis.
EX-V TRAYTE
2420 MERCURE DE FRANCE
TRAITE PHYSIQUE de la Lumiere et
des Couleurs , du Son et des differens
Tons. Par M. Jean Banieres , Tome I.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs. A Paris , chés la veuve Ma
zieres , et J. B. Garnier , rue S. Jacques ,
à la Providence , 1737. vol. in 12. de
404. pages.
LETTRE de M... à M .:: dans
laquelle il lui rend compte des Tomes XI.
et XII. de la Bibliotheque Italique..
Epuis ma derniere Lettre , M. les
Tomes IX. et X. de la Bibliotheque
Italique , dont je vous rendois compte ,
vous sont tombés entre les mains . Vous
vous êtes étonné que monExtrait ne dise
rien de quantité de traits contre la Religion
sur lesquels il auroit été bon de
prévenir ceux qui voudroient lire cet
Ouvrage Périodique . Je conviens de mat
faute , M. et pour la réparer je vous
ferai remarquer dans la suite ce que
j'aurai trouvé de repréhensible sur
cet article , car il faut avouer que ce
Journaliste , quoique très - habile Physicien
et Astronome , n'est pas Théolo
gien. Il prétend , par exemple , dans :
l'Extrait qu'il donne d'un Livre défendu
à Rome , que cette malheureuse curiosité
NOVEMBRE. 1737. 2421
té qui nous porte à vouloir lire des
Livres qui nous auroient été indiferens ,
mais qui dès lors qu'ils sont défendus ,
font l'objet de notre curiosité et de notre
empressement ; que cette malheureuse curiosité
, dis-je , vient de la liberté naturelle
que l'homme a de penser et de dire ce qu'il
pense , moyennant cependant , ajoûte- t'il ,
qu'il ne peche ni contre la Loy Divine ni
contre de justes Loix humaines . Cette découverte
n'est pas Théologique et ne sert
à rien dans la pratique. Car qui poura
sans danger décider qu'en vertu de sa
liberté naturelle il a droit de lite tel ou
tel Livre qui est défendu ; par exemple,
Machiavel? & c.Ce sera,dira le Journaliste,
quand il sçaura que cette lecture est défendue
par la Loy de Dieu ou par de justes Loix
humaines ; mais sera-ce après la lecture.
qu'il aura faite du Livre défendu , qu'il le
sçaura ? il sera bien temps ; si c'étoit un
mal de le lire , le mal sera fait ; sera- ce
avant que d'en avoir fait la lecture ? mais
comment le pouroit-il sçavoir ? Le ra
port d'autrui n'a aucun droit sur sa liberté
naturelle. Ses Supérieurs en défen
dant ce Livre , l'avertissent qu'il seroit
contre la Loy de Dieu de le lire , parce
qu'il est mauvais et que Dieu défend de
s'exposer au danger ; si donc en conséquenco
E vj
2422 MERCURE DE FRANCE
quence de ce droit naturel l'on peut en
cela contrevenir aux défenses des Supe--
rieurs , les avis que l'on recevra par
d'autres que par eux du dangereux de ce
Livre , auront , à plus forte raison , bien
moins de force pour détourner de cette '
lecture. Il y a plus ; car qui peut assurer'
à ces Curieux désobéïssans , qu'ils sont
assés dégagés de préjugés et de passions™
pour reconnoître pour Loy Divine ce qui
est véritablement LoyDivine, et qu'ils reconnoîtront
surement et infailliblement ,
et plus sûrement que leurs Supérieurs , ce
que cette Loy défend ou aprouve ? autrement
la présomption est pour les Supérieurs,
et c'est pecher contre la prudence
en s'exposant au danger , puisqu'il y en a
moins à se priver de lire un bon Livre en
leur obéissant , qu'il n'y en a à en lire un
mauvais , en franchissant les bornes de
leurs défenses . .
Chacun explique la Loy selon son sens
la Loy même dès qu'elle dépend de l'examen
, n'est plus Loy et n'a plus aucune
force à l'égard de celui qui l'examine.
Sur ce principe ceux qui veulent vivre
selon la Loy de leurs désirs , commencent
par examiner les Loix Divines qui "
les importanent ; bien-tôt elles leur pa
roissent injustes , et dès -lors ce n'est plus
Dieus
NOVEMBRE . 1737. 2425
Dieu qui les a données , et ces Loix ne
les obligent plus . Je pourois cirer plusieurs
Ecrivains qui ont raisonné de la
sorte. Pour les Loix humaines , qui ne
sçait que ce qui paroîtra défendu aux uns,
paroîtra permis aux autres , et que cette
liberté et cette indépendance naturelle
que le Journaliste eite en faveur de la
curiosité , se donne le droit de décider
de la justice et de l'injustice de ces Loix?
Une autre raison qui paroît légitime
au Journaliste , c'est la craine qu'a naturellement
l'homme qu'on ne le veuille pri
ver de la connoissance de quelque vérité
qu'il pouroit découvrir. Il faut donc en
suivant cette maxime , que tout homme
croye naturellement tous les autres , et
sur tout ses Supérieurs méchans . D'ailleurs
ne vaudroit- il pas mieux aux yeux de
Dieu, qui n'a pas proportionné toutes les
verités à l'esprit de tous les hommes , et
qui a formé et établi les Superieurs pour
ordonner et pour défendre , et pour exiger
l'obéissance en son nom, que l'on se privât
de ces vérités , que de commencer à
les chercher par une désobéïssance qui
souvent ne seroit payée que par la sé
duction et le mensonge ? Ce n'est pas touts
je suis bien sûr que de dix Personnes qui
se-portent par cette curiosité à transgres
Ser
2424 MERCURE DE FRANCE
ser les défenses , il n'y en a pas deux qui
y soient portées par ce motif. Il peut convenir
à ceux dont la foi ou l'obéissance
aux Supérieurs légitimes sont chancelans
tes , ou à ces jeunes Libertins pour qui la
défense d'un mauvais Livre en fait de
moeurs , est un nouveau motif de le lire ,
parce qu'il contient certaines vérités
agréables à l'imagination qu'on voudroit
leur cacher .
que
Voilà les raisons de cette curiosité, auxquelles
le Journaliste aime mieux s'attacher,
d'avoir recours à une cause obscure qui
ne satisfait qu'une inattention paresseuse , on
interessée , c'est - à - dire au penchant que
l'on a pour les choses défenduës . Mais la
connoît-il mieux que nous , cette cause
obscure pour toutes les choses défenduës
par la Loy ? Dévelopera - t'il mieux la nature
de cette concupissence , que la Loy
même Divine, et par consequent juste , ne
fait qu'irriter ? Attribuëront - ils cette va
riation à une prétendue liberté naturelle
qui craint d'être liée par des Loix qui ne
soient pas de Dieu ? Et admettroient- ils
des principes dont lesHobbés et tant d'au
tres ont embrassé si solemnellement les
conséquences ? Pour diférer d'avec eux
dans le principe, il faut donc avoüer que
la cause de cette curiosité mal placée n'est
Pass
NOVEMBRE. 1737 24.25":
pas moins obscure et une suite de la concupiscence
que l'irritation des apétits-
-sensuels par l'imposition de la Loy qui
veut les réprimer. On peut apeller cette
curiosité, une concupiscence de l'esprit ,
comme on apelle ces apétits désordonnés
la concupiscence du coeur , quoique l'u→
ne et l'autre ait sa source également dansle
Coeur,
Je me suis un peu arrêté , M. à examiner
ce Systême du Journaliste , parce
qu'il est très dangereux dans la prati
que , et qu'il tend à engager par raison ,
et par principes toutes sortes de caractéres
et d'esprits à lire les Livres dont les
Supérieurs auront interdit la lecture. Et
comme l'esprit est foible et que la désobéissance
d'un côté et la séduction det
l'autre ont pour lui des attraits flateurs
et proportionnés à sa nature vitiée par le
péché , chacun s'exposera par principes
de raisonnemens , et la plus grande partie
se laissera entraîner au mensonge ;
sans compter que l'envie de lire ces Livres
fera trouver injustes les Loix qui les
supriment , et les feront mépriser . De- là
vous comprenez ce que deviendrala su
bordination aux Puissances..
Le Journaliste ne répond aux Passages
pressans sur l'Eucharistie, que l'Ouvrage.
do
MERCURE DE FRANCE
de M. Assemani dont il donne l'extrait ,
fait remarquer dans les Peres Syriens-
Orthodoxes , qu'à la faveur de quelques
distinctions. C'étoit bien la peine de reprocher
aux Catholiques de ne s'être sau
vés des prétendus coups que la connoissance
de l'Hébreu leur portoit qu'à la fa--
veur de quelques distinctions !
Au reste si j'ai fait une faute en supri
mant ces réfléxions dans mes autres Lettres
, ç'a été pour donner au Journaliste
l'exemple d'une impartialité fidelle qu'il
avoit promis, et que je gardois plus éxactement
que lui , sans en avoir donné aucune
promesse.
Voici ce que j'ai trouvé de curieux dans
les Tomes XI. et XII . Le Journaliste
y donne l'extrait d'une Lettre sur les objections
que font les Nevvtoniens sur le
Systême des Tourbillons de Descartes . C'est
le résultat de quelques Conférences que
deux Sçavans de l'Université de Turin ,
ont eû entr'eux sur le Systême de
Nevvton. Elle contient les plus fortes ob
jections que l'on fasse contre les Tourbillons
de Descartes . Le Journaliste répond
à chaque objection qu'il raporte en
rácourci , toute l'aparence et le vraisem→
blable dont ces sortes de matieres sont
susceptibles.
1
Passons >
NOVEMBRE. 1737. 24*7
Passons l'Extrait d'un Ouvrage dont je
Veux vous entretenir. Je vous ai marqué
dans les Nouvelles Litteraires de mes précédentes
Lettres qu'il paroissoit à Venise.
une Dissertation d'un Benedictin de Meleda
petite Isle de Dalmatie, apellé D. Ignas
tto Giorgi , dans laquelle ceReligieux entreprend
de prouver , que le Naufrage de S
Paul raporté aux Actes ch. 27. et 28. est
arrivé , non à l'Isle de Malthe , qui est à la
Hauteur des Côtes de Sicile , mais à l'Isle.
de Meleda en Dalmatie , située dans le
Golphe Adriatique. Le Journaliste ent
donne l'Extrait Tom . XI. Art. 3 .
L'on s'est donc trompé selon le senti
ment de ce Religieux en interprétant le
Melita de S. Luc par l'Isle de Malthe , au
lieu de l'expliquer par Meleda', qui portoit
du tems de S. Paul le nom de Meli
ta. Voici ses preuves. Il est dit Act.
27. v. 27. qu'après 13. jours de tourmente
, la 14 nuit comme on étoit jetté
çà et là dans la Mer Adriatique , les Ma
telors estimerent qu'ils aprochoient de
quelque Terre.
ie. Preuve tirée de la situation de la
MerAdriatique du temps de S.Luc . L'Aus
teur établit que l'on divisoit alors la Gránde
Mer Ionienne en deux parties , l'une
* Dans Pline , Agathamenes Appion.
2428 MERCURE DE FRANCE
la Mer de Crete , l'autre la Mer de Sicile ,
la Mer Ionienne de Sicile se terminoit
au Nord , à Otrante qui est près du
Japyx , et à la Limara que les Anciens
nommoient Montes Ceraunii. Là commençoit
la Mer Adriatique qui se divisoit
aussi en deux parties. La premiere'
s'apelloit Golphe Ionien , Sinus - Ionius
mais le fond retenoit le nom de Mer
à
Adriatique . Strabon de très peu antérieur
à S. Paul , et Pline de très peu posterieur
au temps de cet Apôtre,les décrivent éxactement
de cette maniere . Selon Strabon
L. 2. la Mer Adriatique prise dans sa
plus grande étendue ne commence qu'aux
Monts Cerauniens ; mais cette Mer ,
parler exactement, se divise en deux pare
ties, selon le même Auteur, dont la pre
miere se nomme Ionienne , et la Partie
Intérieure j'usqu'au fond est l'Adriatique
proprement dite . Ces deux Mers reünies
dans un même Golfe n'ont que 6000. sta
des, c'est-à- dite 200. lieües dans leur plus
grande longueur , et 1200 stades , c'est-
-dire 40. licües dans leur plus grande
largeur. Peut- on rien de plus exactement
marqué et qui détruise plus solidement
l'opinion de Ptolomée, très postérieur au
tems de S. Luc , qui a trompé tous nos
Interprétes , et qui met le Golfe Ionien ou
petit
NOVEMBRE 1737 2 42
petiteMerIonienne au delà du Golfe Adria
tique , et de l'extremité de l'Italie , et par
conséquent dans la grande Mer Ionienne
dans laquelle se trouve la Mer de Sicile?
Ce qui a trompé Prolomée , c'est qu'il
n'a pas distingué le Golphe Ionien, qui ne
passe pas l'embouchure de la Mer Adriatique
, de la Grande Mer Ionienne qui
renfermoit la Mer de Sicile et celle de
Crete. De là qu'est- il arrivé que le Golfe
Ionien étant souvent apellé dans les Auteurs
Mer Adriatique parce qu'il en fait
partie , et étant confondu avec la Grande
Mer Ionienne ; l'on a étendu la Mer
Adriatique jusque par de là la Sicile
ce qui est une erreur considérable pour
Pancienne Géographie . Ciceron , Mela
Aristote , Denys Characéne , Thucydide ,
Polybe &c. apuyent les mêmes divisions
quePline,et surtoutStrabon , ont données
de ces Mers ; Diodore de Siciie L. 19. et
les autres Historiens distinguent très-bien
la Mer Adriatique de la Mer de Sicile.
2e. Preuve ; la Route de S. Paul , le
vent auquel les Pilotes abandonnerent le
Vaisseau est apellé dans le Grec Euroclydon
, mot composé qui veut dire Eurus
le tempêtueux et dans la Vulgate Euro-
Aquilon , mais l'Euro- Aquilon ne peut
faire un vent déterminé : car suivant les
Navigateurs
1430 MERCURE DE FRANCE
Navigateurs , les Philosophes , et les
Historiens Anciens , l'Eurus étoit le vent
de l'Orient d'Hyver, c'est -à - dire un presque
Sud Est , ou le Siroc de la Médite
rannée . Il s'apelloit Eurus chès les Grecs
selon Pline , L. 2. Ch . 47. et Vulturnus '
chés les Latins. De l'Orient Equinoctial
souffle le Subsolanus que les Grecs apellent
Apeliotes. Aristote 2. Met. C. 6. Strabon
et Vitruve disent expressément la'
même chose , que l'Eurus souffle du Levant
d'Hyver ; la Tour - octogone d'Athenes
dont chaque Angle étoit oposé à
chaque vent , et en portoit la Statüe , avoit
un Angle qui portoit la Statie du vent
Eurus précisément entre le Midy et le'
Levant. Il y avoit donc entre l'Eurus et'
l'Aquilon ou vent de Nord , au moinsdeux
vents , même chés les Anciens , le
vent d'Est ou Subsolanus , et celui qu'on
nommoit Cacias , ainsi l'Eurò - Aquilon ne
pouvoit être un vrai vent' ; et il faut s'en`
tenir au seul Eurus' dans lequel le Grec et
la Vulgate s'accordent, qui étoit un Sud-
Est ; or le vent de Sud- Est ne pouvoit
jetter de l'Isle de Crete vers l'Isle de Malthe
qui tire plûtor vers le Sud , mais
bien dans le Golfe Adriatiqué, vers lequel
porte directement depuis l'Isle de Cre
e d'où partoit S. Paul.
it
Troisi éme
NOVEMBRE. 1737. 243 %
3e. Preuve , le caractére des Habitans
de l'Isle Melita , S. Luc les apelle en deux
endroits Barbares . Mais quoique les Malthois
dûssent peut-être leur origine aux
Phéniciens, et qu'ils eussent été soumis aux
Carthaginois , il est évident qu'ils devinrent
en quelque sorte tout à fait Grecs, à la
réserve de quelques Romains quis'y éta
blirent.Ciceron raporte des noms de Mal
thois qui sont Grecs. La plupart de leurs
Inscriptions sont Grecques, et leurs Magistrats
y prennent le titre d' Archontes, or
on ne donnoit jamais aux Grecs le nom
de Barbares. Ainsi ce nom ne pouvoit
convenir aux Malthois.
Mais les Illyriens ont eû de tout tems
ce nom de Barbares et même celui de
Tribaibares.Leurmaniere de parler étoit si
insuportable aux Grecs qu'elle passoit en
Proverbe , si l'on en croit Thucydide et
Plutarque. Il me semble , dit quelqu'un
dans Aristophane en se plaignant d'an
bruit importun , que ce sont des Illyriens
qui crient. Et c'est aussi cette preuve qui ,
aussi bien que la premiere, a donné plus
de torture aux Interprétes.
Uue derniere preuve tirée de l'Histoi
re Naturelle de ces deux Isles acheve
d'apuyer ce sentiment. Le Vaisseau de
S. Paul échouia sur une Basse, et les Mal
thois
2452 MERCURE DE FRANCE
tois ne connoisent qu'unRocher vis - à- vis
de la Calade S. Paolo dans lequel la Proüe
de ce Vaisseau se sera aparament enfon
cée , puisque c'est là selon leur Tradition
qu'il échoua, et ils prennent deuxCavernes
qui sont aux deux côtés pour le Dithalassum
dont parle S. Luc ; n'est il pas
plus naturel de l'entendre d'un Banc, qui
s'avançoit entre deux Eaux et que les Matelots
n'apercevoient pas ? or l'Isle de
Meleda en a beaucoup vers sa Pointe Mé
ridionale.
S. Paul fut mordu par une Vipere , ce
pendant il n'y en a point du tout à Malthe.
Est-ce un Miracle de S. Paul comme
la Tradition du Pays le porte ? ( et non
pas comme tous les Catholiques , le croyent,
ajoûte malignement le Journaliste
comme si on l'avoit crû comme une
vérité Catholique. )
.
ر ظ
Mais si c'étoit un Miracle , S. Luc, cet
Historien si exact , qui marque tous les
Miracles que S. Paul fit dans cette Isle
et en particulier celui de la Vipere , auroit-
il oublié le principal, qui seroit l'extermination
entiere de ces Animaux dans
cette Isle ? N'est- ce pas faite injure à l'éxactitude
de cet Historien de suposer
que dans cette occasion il ait suprimé un
Miracle qui devoit être un monument
éternel
NOVEMBRE. 1737. 2438
Eternel de sa Mission en cette Isle ? Ce n'est
point non plus par quelque changement
extraordinaire. Les Pays qui doivent quelque
avantage à leur Air, à leur Sol , à leur
situation , à leurs Plantes , ne le doivent
guere à des changemens ; l'Isle de Goza ,
si voisine deMalthe ,jouissoit de cePrivilé
ge
dès le tems de Solin . L'Irlande , l'Isle
d'Ivizza entre les Baleares ont le même
avantage et de tout temps sans doute, Il
faut donc dire que Malthe du temps de
$. Paul ne nourissoit point de Viperes ,
et que ce n'est pas à cette Isle qu'il ait
abordé. Mais ces Viperes si dangereuses
dont les Habitans de l'Isle connoissoient
si bien le venin , lorsque S. Paul en fut
mordu et qui devoit le faire enfler de
tout le corps ou le faire mourir sur le
champ , se trouvent dans l'Isle Meleda:
Aëtius en fait une description tout à fait
conforme à celle de S. Luc. Cette espece
de Vipere nommée Ammodyte , est distinguée
des autres par une petite verruë ,
comme une corne qu'elle a sur le nez, par
la largeur de sa gueule , et par la force
de son venin . L'efficacité de la Terre do
Malthe contre la morsure desSerpens n'est
pas une preuve de miracle , elle est naturelle
, celle de Samos , de Chio , et surtout
de Lemnos , et si l'on en croit Scho
rier
2434 MERCURE DE FRANCE
rier, encore plus celle de Lucerne , ont.le
même avantage , mais d'une maniere trés
supérieure à celle de Malthes il est même
très douteux suivant les expériences de
M.Vallisnieri que la Grazia di San Paola
ait cette proprieté. Les Langues de Ser
pent sont des dents pétrifiées du Chien
de Mer nommé Carcharias. Les yeux de
Serpent sont de petites Pierres que Mercati
estime être une espece d'Agathe , et
Scylla , des dents pétrifiées des Dorades:
Les prétendues mammelles de S. Paul ne
sont autre chose que des portions d'Herissons
de Mer pétrifiées et dont les pointes
sont rompuës. Pour les Parens de S.
Paul à Malthe qui disent guérir ceux qui
sont mordus par les Serpens ce sont
peut- être, dit le Journaliste , sans doute
après son Auteur , des descendans des
Psylles dont Pline parle , ou des Marses
dont Galien décrit les ruses L. de Ther.
ad Pisonem.
,
Réunissons ces preuves et disons avec
le Journaliste. Meleda est moins connue
que Malthe qui porte
le même nom : delà
vient qu'on n'a pensé qu'à Malthe et
non à Meleda ; et à force de tirer on a
fait venir le Golfe Adriatique à Malthe ,
on a fait aller le Vaisseau de S. Paul au
Midy par un vent de Sud- Est qui le poussoit
NOVEMBRE. 1737 2435
soit au Nord Oüest ; on lui a fait trouver
des Barbares dans une Isle peuplée,
de Grecs et de Romains ; on a fait enfon
cer la Proue de son Vaisseau dans un Roc
vif ,. et enfin on l'a fait mordre par une
Vipere dans un Pays où il n'y en avoit
point.
Il faut avoüer , M. que toute la vraię
semblance se trouve du côté du P. Dom
Giorgi ; et qu'en suivant sa découverte
tout rentre dans sa place , et ne soufre
plus de difficulté considérable. Cette
Dissertation se vend à Venise, chés Christophe
Zane , 1730. in- 4 °. pp . 300 : sans
la Préface et les Indices, L'on connoît
assés le Recueil des Lettres Mathématiques
de M. Poleni , imprimées à Padouë
en 1729. in 4° , avec Figures , ainsi je
n'en parlerai pas davantage . Elles font la
Matiere du I, Art. du Tome XI I. de la
Bibl. Italiq. L'Histoire du College de Pa
done , par Nicolas Conmene , vous est
peut- être moins connuë ; elle se vend à
Venise , chés Coleti, en 2. vol. Cette Université
commença vers la fin du13 siécle .
Les Princes Carrates , sous la domination
desquels Padoue avoit passé en 1318. accorderent
24000 , liv.de rentes pour l'entretien
et la subsistance des Ecoles , mais
cela ne se soûtint pas . Jacques , dit l'aî-
F né
2436 MERCURE DE FRANCE :
ne , Jacob et François l'Ancien , augmenterent
cette gratification et accor
derent des Exemptions de tout Impôt
aux Professeurs et aux Ecoliers , et de la
moitié à ceux qui les logeoient . Ceux
qui avoient fini leurs Etudes , étoient
Agrégés au Corps de la Bourgeoisie , s'ils
vouloient s'établir dans la Ville . Le Recteur
est toujours escorté par des Bedeaux
en armes ; il a sa Justice , et une pleine
autorité sur les Etudians , à la reserve
des Causes criminelles au premier Chef.
Les Ecoles demeurerent dispersées jusqu'en
1406. que les Venitiens devenus
Maîtres de Padouë , les réunirent dans
un magnifique Palais , dont ils firent
présent à l'université. Les graces augmenterent
au point , qu'en 1500. il se
trouva dans l'Epargne de l'Université
74084. livres. Cette somme jointe à l'oeconomie
des Directeurs , a monté jusqu'à
186000. livres , outre mille Ducats de
rentes indépendans des fonds assignés
pour la subsistance ordinaire. La Biblio
theque fut aussi enrichie de Médailles et
de Livres rares Or établit un beau Jardin
de Plantes , et l'on augmenta les
gages des Professeurs distingués par leur
merite. L'on fit de nouveaux Reglemens
en 1616, qui augmenterent le nombre des
Profes-
437
Professeurs, et qui déterminerent la maniere
d'examiner les Candidats .
La Faculté de Droitstient le premier
rang. Elle est composée de 16. Professeurs
. Elle a un Président que l'on tire
au sort , qui en a la Direction . Douze
Personnes choisies s'assemblent dans la
grande Salle , et y répondent aux Mémoires
et aux Consultations qu'on leur
adresse ; ces Réponses composent déja
12. grands vol . et servent souvent aux
décisions des Magistrats . Entre les grands
Hommes qui ont été Membres de cetre
Faculté , l'on remarque les fameux Bar
tole , Balde , Jason , &c .
La Théologie est enseignée par les
Dominicains et par les Minimes . Il y a
aussi des Professeurs pour l'Ecriture Sainte,
cinq Professeurs de Physique, quinze
pour la Médecine , trois pour la Chirur
gie ordinaire , deux pour l'Anatomie ,
et au mois de May deux pour la Botanique,
sans compter les Professeurs de Logique
, de Métaphysique , de Belles-
Lettres & c.
On trouve outre cela à Padouë des
Maîtres pour toutes sortes d'Exercices
et une Académie , pour laquelle le Sénat
de Venise a assigné 800 Ducats de rente.
Seize Colleges ont été fondés
Fij
par la
picté
2450
pieté des mourans pour l'éducation de
la jeunesse , et sur tout pour les pauvres
; et comme les fonds destinés à leur
subsistance avoient diminué considéra
blement , le Sénat a encore eû la générosité
d'y pourvoir. L'année Académique
commence au mois de Novembre
et finit au mois de Juin. Entre les grands
Noms qui ont fait le plus d'honneur à
cette Université , on compte Angelus
Ubaldus , le Cardinal Menochius , Jean
Imola , Mantica , Zibarella , Faseollus ,
Picolomini , Jerôme Fabricius, &c. Elle
compte parmi ses Eleves un grand nombre
de Sçavans ou de Personnes disting
guées dans le Monde par leur rang ,
beaucoup de Cardinaux et plusieurs Papes.
Olivier Cromvvel et Cyrille Lucar ,
Patriarche de Constantinople , ont aussi
été du nombre de ses Etudians .
Tous les Sçavans qui s'apliquent à
l'Etude du Droit Canon , connoissent ,
sans doute , l'Ouvrage de M. Gibert ,
imprimé à Genêve en 1732. chés Bousquet
, en deux vol . in fol. sous ce Titre
Expositio Juris Canonici per Regulas naturali
ordine digestas , usuque temperatas , ex
corpore Furis ac aliundè desumptas &c. Cet
Ouvrage est considérable , tant pour la
matiere qu'il traite , que par la maniere
dont
NOVEMBRE. 1737. 2439
dont chaque chose est traitée.
Vous sçavez , M. la grande entreprise
que les Coleti et Albrizzi de Venise soûttenoient
avec tant de succès pour la
Collection des Conciles. Dès 1731. ils en
ont donné 13. volumes in folio , ils y
ont ajoûté depuis , un 14e très curieux ,
qui peut passer pour le premier . Il a
pour titre Adfacrofancta Concilia à Philippo
Labbeo & Gabriele Cossartio S. I
Apparatus alter &c. fol. p. 746.
Cet Aparat contient sept Ouvrages.
Le premier est le gros Ouvrage du Čardinal
Jacobatius sur les Conciles. 2 °. Un
autre de Jean Ant . Delphino sur le Con
cile oecumenique. 3 °. Un Ecrit Apologetique
de Jerôme Donat , contre les
Grecs , sur la prééminence du Siege de
Rome. 4 ° . Un Dialogue de Marc Mantua
Bonaviti , Jurisconsulte de Padouë
sur le Concile. ° . Un Traité de Franç
Paul Fabulotti , sur l'autorité respective
du Pape et du Concile . 6 °. Un petit
Traité de Fr. Carranza , de Miranda
Dominicain , sur quatre Questions qui
regardent l'autorité du Pape et des Conciles
. 7. Un petit Traité de Pierre de
Monté , Evêque de Brescia , intitulé Monarchia
, sur la même matiere .
Vous serez bien aise de sçavoir que
Fiij
le
2440 MERCURE DE FRANCE
le Cardinal Quirini , neveu du Pape Cle
ment XII . et Bibliothecaire du Vatican
prépare une belle Edition des Oeuvres
de S. Ephrem , qui sera imprimée au
Vatican en 4. Tomes. Les deux pre
miers seront destinés au Texte Grec ,
tel qu'il fut imprimé à Oxford , il y a
20. ans , avec la Version Latine de Gerard
Vossius. L'on ajoûtera à la fin de
chaque volume des Suplémens et des
Corrections que fourniront les Manuscrits
du Vatican , qui sont en si grand
nombre, qu'il y en a plus de 70. des Oeu
vres de S. Ephrem seulement en Grec.
Le 3e. Tome contiendra plusieurs Ouvrages
de ce Pere qui n'ont point encore
été publiés , et le Texte Syriaque de toutes
les Oeuvres du S. Docteur , avantage
auquel les Sçavans pe s'attendoient point
Le Cardinal Quirini a obtenu pour cela
les Caracteres Syriaques de l'Imprimerie
du Duc de Florence. Le 4e. & dernier
Tome sera une Panoplie ou une Réfutation
des Hérétiques , tant anciens que
modernes , par la Tradition de l'Eglise
Syrienne , dont S. Ephrem a été l'Oracle
, elle sera composée de Remarques et
de Dissertations sur les Textes du Saint
Docteur , qui y donneront occasion . Le
sçavant Cardinal s'est réservé à lui seul.
cette
NOVEMBRE . 1737.
2441
cette partie de son Edition . Salvioni, Imprimeur
du Vatican , qui a publié le
Prospectus , dont je vous donne l'Extrait ,
promet que l'Impression répondra par
sa beauté aux soins que le sçavant Editeur
s'est donnés pour l'Ouvrage même ;
les Caracteres Latins en seront nets , et
pour le Grec , le Cardinal en a fait fondre
de neufs , et s'est servi d'un excellent
Ouvrier. L'Imprimeur assûre qu'ils
ne le cederont point à ceux de Robert
Etienne . Vous voyez , M. l'importance
de cet Ouvrage que je crois bien avanéé
, car le Prospectus en a été publié dès
1731 J'oubliois de vous marquer que le
Sçavant Cardinal invite tous ceux qui
auroient des Manuscrits des Oeuvres de
S. Ephrem , à lui en faire part , et qu'il
se chirge de tous les frais nécessaires
dans ces occasions .
Abrizzi a réimprimé à Venise , comme
vous sçavez , les Oeuvres de S. Augustin.
Comme le Traité de la Cité de
Dieu , a été collationné par M. le Chanoine
Bianchini , depuis le XI . jusqu'au
XVIII. sur un Manuscrit de la Bibliotheque
du Chapitre de Verone , qui est
du vi. ou du vi 1. siecle , ce Traité est
très- recherché ; l'Imprimeur en a tiré à
part plusieurs Exemplaires pour la com-
Fiiij modité
2442 MERCURE DE FRANCE
modité du Public , et il les vend une
pistole. Le S. Augustin entier, pour ceux
qui n'ont pas souscrit , revient à 300 .
livres de Venise.
On a réimprimé aussi à Venise la
Théologie de Poitiers , et celle du Pere
Simonet Jesuite , aussi bien que l'Abregé
de Suarez , en z. vol. in fol. par le Pere
Noël , avec un Appendix des Traités
de Justitia et Jure et de Matrimonio , quf
manquoient à ce Théologien,
PRIMITIE FLORE PETROPO
LITANE,sive Catalogus Plantarum , tam
indigenarum , quàm exoticarum , quibus in-
Structus fuit Hortus Medicus Petriburgensis
per annum 1736.
C'est le Catalogue des Plantes qui ont
été cultivées dans le Jardin des Plantes
de Petersbourg pendant l'année derniere
1736. Cet Ouvrage imprimé à Riga , est
de M. le Docteur Siegesbeck , Directeur
de ce Jardin. Tous les Botanistes lui en
sçauront , sans doute , bon gré.
Voici encore un Ouvrage curieux dans
un autre genre . ERASMI FROELICK
S. J. Quatuor Tentamina in re Numaria
vetere. 1. Dissertatio Compendiaria de utilitate
rei Numaria veteris . 2. Appendicula
ad
NOVEMBRE . 1737 2443
ad Numos Coloniarum à Cl . Vaillantio
editos. 3. Appendicula ad Numos Ubiums
gracè loquentium sub Augusto percussos ,
er à laudato Vaillantio editos. 4. Dissertatio
de Numis Monetariorum veterum culpâ
vitiosis.
C'est un Recueil de divers Pieces
du R. P. Froelick , Jesuite , sçavant
Antiquaire , ci devant publiées séparément,
et qu'il a rassemblées et fait imprimer
de nouveau à Vienne en Autriche ,
en un volume in 4 ° . On présume que
dans cet Ouvrage , que nous n'avons
pas encore vû , il y a bien du bon et
du neuf.
>
On écrit d'Oxford , que M. Wise
Membre du College de la Trinité a
fait imprimer une Lettre Latine adressée
à M. Masson , sur une Médaille du
Roi Abgare , au Revers de laquelle on
lit AAANNOC. Plusieurs Antiquaires ont
pris cet Alannus pour un Roi des Alains,
voisin ou Allié d'Abgare. M. Wise croit
au contraire que c'est une faute du Graveur,
et qu'au lieu d'AAANNOC , il doit
y avoir sur ce Revers MANNOC, qu'il dic
avoir été Fils d'un Abgare Roi d'Edesse,
sous l'Empire de Severe.
Si cette filiation est bien prouvée , la
Fy Cos2444
MERCURE DE FRANCE
Correction est heureuse et fondée. C'est
en même tems une Addition pour la
Dissertation du P. Froelick , dont il est
parlé dans l'Article précedent.
>
LE VRAI CHRETIEN instruit et
sanctifié dans ses Exercices. Heures nouvelles
avec des Explications sur toutes les Prieres
, sur les Pseaumes et les Hymnes de l'Eglise
réduites en Cantiques : Des Pratiques
et des Réfléxions Chrétiennes pour tous les
jours de la semaine et les differens mois de
l'année, par le sieur de Vignolles , Docteur
de Sorbonne. A Paris , chés De Lusseux
et à Thoulouse, chés les sieurs Biroffe, deux
Tomes in 12. 1737. L'Avertissement qui
est à la tête de ces Heures , est plus que
suffisant pour en donner une parfaite
idée. L'Auteur persuadé qu'on ne peut
trop multiplier les secours du Salut ;
que ces Livres d'usage , si nécessaires
pour nourrir la pieté des Fidéles , suivent
, pour ainsi dire , la vicissitude des
temps , et dépendent en quelque sorte
de l'esprit , du génie , de la variation de
notre Langue ; que ce qui plaît aux uns
n'est pas toujours du goût des autres ;-
et qu'en ce genre d'écrire comme en tout
agre , ce qui étoit excellent dans les fiecles
passés , devient inutile , ou paroît
trop
NOVEMBRE. 1737. 2445
trop usé dans le nôtre , a crû que des
Heures , qui en conservant la pieuse simplicité
des premiers temps , seroient un
peu plus châtiées en certaines choses ,
et qui sans rien perdre de l'énergie , de la
noblesse et de l'onction que les Prieres de
I'Eglise ont en latin , feroient entendre à
tout le monde le veritable sens du Texte
Sacré par des explications courtes et succinctes
, par un Discours suivi de chaque
Pseaume , où l'on donneroit une juster
étendue aux pensées et aux sentimens du
Prophete , sans néanmoins lui rien faire
dire en François , que ce qu'il dit effectivement
en Latin ; des Heures enfin , où
tous les Fideles pouroient , selon l'avis
de l'Apôtre , s'instruire et s'édifier les
uns les autres par des Pseaumes , des
Hymnes sur des Airs également pieux et
agréables , sur des Chants , qui consacrés
par l'usage de l'Eglise , porteroient leur
coeur à Dieu , et les préserveroient des
mauvaises impressions que peuvent faire
les Airs profanes qui se chantent dans le
monde : L'Auteur , dis je , a crû que des
Heures de cette espece pouroient être
de quelque utilité , et ne seroient pas
de trop dans le Public. On remarque en
effet que la versification françoise des
Hymnes y est astreinte au chant de l'EF
vj glise
2446 MERCURE DE FRANCE .
glise ce qui est très sensible dans les
Vers Saphiques et Trochaïques. Outre
les Offices de l'Eglise , ce Livre contient
les Exercices ordinaires du Chrétien , et
sur tout deux Traités considérables , l'un
sur l'Adoration perpetuelle du S. Sacrement
, et l'autre sur la bonne mort. A
la tête du premier est raporté le Bref
d'Indulgences à perpetuité , envoyé à la
Reine Marie Therese d'Autriche par
Clement X. en faveur des Fidéles associés
pour cette Adoration perpetuelle.
,
M. Leullier , Grand - Maître du Cardi
nal le Moine , Censeur Royal , qui ,
avec Mrs Robustel et de Romigny , a
donné son Approbation à cet Ouvrage ,
dit l'onction dont il est rempli
que »
» répond parfaitement à la pieté de l'Au-
» teur , et au zele qu'il a pour le culte
» de la Mere de Dieu , et l'Adoration
» de Jesus dans l'Auguste Sacrement de
» nos Autels. Quant aux Offices , ajoûteż
» t'il , et aux Explications qu'il y a faites
» des Prieres de l'Eglise , des Pseaumes ,
et des Hymnes qu'il a réduites en Can-
» tiques , je n'y ai rien trouvé qui ne soit
» conforme à la saine Doctrine , et aux
principes de notre Foy.
Ainsi ce n'est point trop dire , que
J'assurer que c'est ici un excellent Livre
en
NOVEMBRE . 1737. 2447
en son genre , et qu'il mérite l'accueil
de tous les Gens de bien .
La nouvelle Edition d'un Ouvrage utile et important
, qu'on prépare avec beaucoup de soin
nous engage d'en raporter ici le Projet dans
son entier.
TRAITE' de l'Art Militaire ou Maniere
d'attaquer et défendre les Places. Ouvrage Posthume
de M. le Maréchal de Vauban , avec des
Notes instructives et des augmentations considérables.
Par M. de Belidor , Commissaire Pro
vincial de l'Artillerie , Professeur Royal des Mathématiques
aux Ecoles du même Corps Membre
des Académies Royales des Sciences d'Angleterre
et de Prusse , Correspondant de celle de Paris.
La grande répuration que s'est acquise M. le
Maréchal de Vauban , a fait juger si favorablement
des Mémoires qu'il a écrits sur l'attaque, et
la défense des Places , qu'on peut dire qu'il n'y
a jamais eu de Manuscrits dont on ait fait un
plus grand nombre de copies. Comme elles
étoient hors de prix , et que beaucoup de personnes
, qui auroient pû en faire un bon usage.
pour le Service du Roy , n'étoient point en état
d'en avoir , Sa Majesté accorda en 1724. un Pri
vilege exclusif aux sieurs Paulus - du- Mesnil et
Denis Mouchet , Libraires à Paris , pour imprimer
cet Ouvrage. En conséquence , M. le Garde
des Sceaux l'ayant fait examiner par d'habi❤
les Gens du Métier , ils raporterent qu'on ne
pouvoit rien suivre de mieux que les maximes que
M. de Vauban donne sur la maniere de conduire
les Tranchées , les Sapes et de placer les Batteries;
mais qu'il paroissoit que ce qu'il raporte sur les
effets dela Poudre dans les Mines et sur l'Artillerie
n'étoit
E448 MERCURE DEFRANCE
n'étoit pas tout- à- fait de la même force ; que
des endroits auroient besoin d'être rectifiés.
Les Exercices des Ecoles de l'Artillerie roulant
principalement sur ces matieres , M. le Garde
des Sceaux engagea dans ce temps là M. de Belidor
à faire un Commentaire sur cet Ouvrage ,
étant à portée de joindre ses connoissances particulieres
à celles d'un nombre d'Officiers d'Artillerie
du premier Ordre. Il se mit à y travailler
sérieusement , et l'Ouvrage étoit déja fort
avancé , lorsqu'il se vit pressé de toutes partsde
mettre au jour un Livre qu'il avoit annoncé
en 1720. er qui a parû en 1729. sous le titre de
la Science des Ingénieurs dans la conduite des
travaux de Fortifications . Ayant ensuite repris
les Mémoires de M. de Vauban , on s'attendoit :
de les voir bien - tôt paroître , quand M. de Beli
dor se laissa distraire une seconde fois par son
Traité sur l'Architecture Hydraulique , dont il
vient de donner le premier Volume , qui devant
arre suivi de plusieurs autres sur la même matie
re , il n'y avoit guere d'aparence qu'on vit de
long- temps le projet de 1724 accompli , mais
un cas imprévu vient.de l'engager à tourner
toutes ses vûes de ce côté-là .
Un Libraire d'Hollande , flaté du profit que
les Mémoires de M. de Vauban ne manqueroient
pas de lui procurer , en a imprimé depuis peu
une copie très- imparfaite , dont il s'est introduit
an nombre d'exemplaires dans Paris , qui se débitent
sans permission. Pour réprimer un abus
si contraire aux Reglemens de la Librairie , et
maintenir les sieurs Du- Mesnil et Mouchet dans
les droits du Privilege qu'ils ont obtenu en 1724.
le Roy vient de leur en accorder un nouveau ,
pour imprimer le même Ouvrage , avec les Notes
NOVEMBRE . 1737. 2445
es et les augmentations de M. de Belidor, qui a
été invité par M. le Chancelier , à remplir ses
engagemens le plutôt qu'il seroit possible , ce qui
n'empêchera pas que le second Volume de son
Architecture Hydraulique ne soit délivré aux
Souscripteurs dans le temps prescrit.
Comme depuis l'établissement des Ecoles , on
s'est mis dans le goût de traiter les choses plus
à fond qu'on n'a fait par le passé , n'en raisonnant
que sur des expériences executées avec beau
coup de soin , il semble qu'on doive être aujour
d'hui plus en état que jamais d'établir des regles
exactes sur l'Artillerie et les Mines . Ce n'est
pas qu'on prétende affoiblir le mérite des Mémoires
de M. de Vauban , pour faire valoir ce
qu'on doit y ajoûter ; mais si on fait reflexion
que pour parler juste des effets de la Poudre , il
faut joindre à beaucoup d'experiences une gran
de connoissance des Mathématiques et de la
Physique , l'on ne sera pas surpris , si ce grand
Homme n'a point traité ce Sujet avec l'exactitude
qui lui étoit ordinaire , n'ayant jamais eû assés
de loisir pour suivre des vûës abstraites qui
l'auroient peut être détourné d'un travail plus
important encore aux interêts et à la gloire d'un
grand Monarque , dont il avoit la confiance et
Pestime d'ailleurs il s'agit ici d'un Ouvrage
posthume que M. de Vauban auroit sans doute
corrigé , si sa mort ne fût survenue avant qu'il
P'eût entièrement achevé ; il eût même sçû gré à
quiconque lui en auroit fait apercevoir les endroits
foibles Amateur du vrai , il le chérissoitde
quelque part qu'il lui fût off it.
La nouvelle Edition qu'on annonce , commen →
cera par un abregé de la Vie de M. le Maréchal
de Vauban , qui sera suivie de ses Mémoires et
de
2450 MERCURE DE FRANCE
de quelques Morceaux du même Auteur , qui
n'ont point encore parû , le tout accompagné
de Notes pour l'intelligence des endroits qui ne
sont point asses détaillés ; et pour rendre ces
Notes plus instructives, on y trouvera des exem
ples tirés des plus fameux Siéges qui se sone
faits sous le Regne de LOUIS LE GRAND
Quant aux augmentations , elles regardent
principalement la théorie de la Poudre , celle
des Mines , la maniere de les executer pour l'attaque
et la défense , selon des Vues nouvelles
dont le succès a été confirmé par un grand
nombre d'Experiences faites depuis 1720.
L'on trouvera aussi des Dissertations sur l'effet
le plus avantageux du Canon et des Bombes
dans l'attaque et la défense ; la maniere d'estimer
Jes munitions nécessaires pour former ou
pour soutenir un Siége , selon la situation , la
force et la conséquence de la Place ; la construction
des Ponts qui se font pour le passage des
Armées ; en un mot tout ce qui a raport aux
fonctions des Ingénieurs et des Officiers d'Ar
tilierie dans la Guerre des Sièges.
Les Morceaux qui doivent être unis aux Mémoires
de M. de Vauban , étant presque achevés,
et ne s'agissant plus que de les mettre dans un
certain ordre pour composer un tout , dont les
parties soient bien liées : Ce Livre poura être mis
au. jour vers la fin de l'année prochaine 1738.
On travaille actuellement à la gravure des Planches
, qui seront des micux exécutées .
M. de Belidor ne doutant point que parmi Mrs
les Ingénieurs et Officiers d'Artillerie ; il ne s'ên
rencontre plusieurs qui ayent travaillé sur les Sujets
dont on vient de parler , les invite à vou-
Bir bien lui communiquer leurs Productions , if
Leur
NOVEMBRE: 1737 2458
feur en fera honneur ; en ce cas ils prendront la
peine d'adresser leurs Mémoires à M. Marchand,
premier Commis du Bureau des Fortifications ,
qui veut bien se charger de les lui faire tenir.
Ce Livre contiendra plus de cinquante feuilles
d'impression , et environ autant de Planches , au
Tieu que l'Edition d'Hollande ne contient que
vingt- sept feuilles et trente - trois Planches , ce
qui l'augmente du double ; cependant le prix ne
passera pas zo. livres . L'impression se fera sur
grand papier, avec des caracteres neufs , enrichie
de Vignettes en Taille- douce. Le corps des Mé
moires sera imprimé d'un caractere pareil à celui
du Programme. Les Notes et les augmenta
sions d'un caractere plus petit , conforme au derniet
article du même Programme . Ce Livre se
vendra chés Paulus Du- Mesnil Imprimeur-
Libraire , Grand'Salle du Palais au Lion d'or ,
et Denis Mouchet , Grand' Salle du Palais à la
Justice.

Le Public est informé que M.Bigot de Morogues,
actuellement Officier d'Artillerie dans la Marine :
vient de publier un excellent Traité qui a pour titre,
Essay de l'aplication des forces centrales aux
effets de la Poudre à canon , fondé sur un grand
nombre d'Experiences faites avec M. de Belidor ,
desquelles il sera souvent fait mention dans le Traité
dont il s'agit , il se vend à Paris, chés Jombert,
ruë S. Jacques . Le prix est de
sols.
so.
Mérigot , Libraire , Quay des Augustins , dé
bite depuis quelque temps un Roman qu'il a reçû
de Hollande , intitulé la Promenade de Ver
sailles, ou Entretiens de six Coquettes . On ne peut
pas dire que ce Livre soir generalement bien
écrit , mais aussi on ne peut pas nier qu'il n'y
ait
242 MERCURE DE FRANCE
ait des faits interessans , singuliers et touchans
Le Lecteur verra avec plaisir ùn honnête homme
qui empêche une jeune fille de se perdre , qui ne
se borne pas uniquement à la premiere génerosité
d'un coeur émû passagereinent , mais qui
travaille à l'établissement solide et vertueux de
cette même fille . Tout cela est traité avec bau-¨
coup de délicatesse par raport aux sentimens er
aux procedés . Mais c'est bien peų , dira - t'on',
que les Entretiens de six Coquettes seulement ?
Est- ce que le Monde n'en fourmille pas: Oo ré
pond à cette Objection que l'Auteur n'a pas
voulu donner toutes les fredaines des Coquettes.
On n'auroit jamais fini , et des in folios ne suffiroient
pas ; et de plus ces six Coquettes en valent
bien d'autres . En un mot ce Roman peut
tenir un coin honorable parmi ceux de son espece.
Les Politiques même s'exerceront , s'ils
veulent , à trouver la clef de ce Detale Romanesque.
Les deux Parties se vendent trente- six
sols , on fera une diminution raisonnable pour
les Libraires de Province et les Particuliers éloi
gnés de Paris.
EXTRAIT d'un Programme publié à
la Haye en 1737 .
J
Ean Van Duren , Libraire à la Haye , propose
par Souscriptions l'Histoire de Louis
XIV . par M. de la Hode , en six volumes in 41
Le nom auguste de Louis XIV . présente à l'es
prit l'idée du Regne le plus long et le plus glorieux
que l'Europe ait encore vû et auquel elle
se soit plus interessée. Pendant sa vie on attendoit
son Histoire. On en a donné differens Mor
geaux , on a fait des Essais , mais ces sortes
d'Ouvrages
NOVEMBRE. 1737. 2453
Ouvrages n'ont point satisfait l'attente du
Public .
M. de la Hode y travaille depuis près de dix ans.
Il s'est donné tous les soins possibles pour avoir
tous les Livres où cette Histoire est répanduë par
parties , outre quantité de Manuscrits qu'il a consultés
. Il promet de donner une Histoire exacte
et sincere , d'où la flaterie et la malignité seront
également bannies , où les faits seront marqués
dans leur temps avec l'étendue convenable pour
en donner une juste idée , et où les gens de
guerre et de cabinet trouveront de quoi s'ins
truire ,
Il y raportera non- seulement ce qui peut faire
connoître le Prince , mais aussi son Peuple et
toutes les parties de son Gouvernement . En un
mot on peut compter qu'on n'aurà point vû de
corps d'Histoire plus étendu ni plus interessant
que celle -cy. Elle est, pour la bien définir, l'Histoire
Civile , Politique , Ecclesiastique , Militaire,
Métallique de ce long Regne , qui fait la plus
considérable partie de l'Histoire de France et
même de l'Europe.
Les Souscriptions pour le papier , ordinaire se
ront de soixante- douze livres , dont on payera
dix-huit livres en souscrivant , dix - huit en retizant
les deux premiers volumes , dix- huit en re--
tirant les deux volumes suivins , et pareille somme
de dix- huit livres en retirant les deux derniers
volumes.
Pour le grand papier , les Souscriptions se
ront de six-vingt livres , dont il sera payé tren
te livres en souscrivant, et le reste en recevant les
volumes deux à deux , comme ci -dessus. On
n'imprimera en grand papier que le nombre d'E
emplaires qui auront été souscrits.
On
2454 MERCURE DE FRANCE
On donnera les deux premiers volumes an
mois de May 1738. les deux suivans au mois
d'Octobre , et les deux derniers au commencement
de l'année 1739.
On poura souscrire chés le Libraire cidessus
nommé , qui en délivrera sa Reconnois
sance , ou chés les principaux Lib. aires de Fran
ce , d'Allemagne , &c .
Il y aura environ trois cent Médailles dans
cette Edition ; si cependant il se trouve nécessai
re d'en mettre davantage , on ne payera que dixhuit
deniers de plus par chacune , au - delà des
sommes marquées ci- dessus.
* On écrit de Lucques, que l'on va y imprimer
une nouvelle Edition des Annales de Baronius ,
qui seront accompagnées de la Critique du P.
Pagi et des Remarques de plusieurs autres Sçavans
, aussi-bien que de la continuation des An
ñales par Oderic Raynaldi . Le grand nombre des
Observations fera monter celui des volumes jus
qu'à vingt- six : Leonard Venturini , qui en est
chargé, demande aux Souscripteurs pour chaque
volume en grand papier dix - huit Jules , et pour
le petit papier seize Jules . Il promet de donner
tous les trois mois un volume et compte de finir
tout l'Ouvrage en cinq ans.
Il nous est venu de Venise un petit Prospectus
Latin , par lequel on aprend qu'on y imprime
tous les Auteurs Classiques , et que l'on publiera
chacun , suivant la meilleure Edition qui en a été
donnée , et en caractere de Cicero , en un volu
me in 4 On commencera par les Latins ; les
Grecs viendront dans la suite, Parmi les Latins
a imprimera, dit on , d'abord ceux des siecles
d'os
NOVEMBRE 1737 2455
d'or , puis ceux des siecles d'argent , et à la fin
ceux des siecles de fer , chacun selon son mérite,
Les Ouvrages seront délivrés à ceux qui auront
envoyé un Billet d'assurance , par lequel ils s'obligent
de les prendre, sans donner aucune somme
d'avance, Jean - Baptiste Paschali, Imprimeur
à Venise , recevra les Billets . Ceux qui lui auront
envoyé leurs Billets ne payeront que seize livres
de Venise par volume , les autres en payeront
ving quatre. Virgile seta le premier Poëte de
cette Collection , et on le donnera de l'Edition
de Masuvicius ; le Saluste de Cortius , suivra.
On nous a écrit depuis que le Saluste est publié
et qu'on imprime actuellement le Plaute de
Taubman , avec des . Additions et qu'il sera sui
vi du Quintilien de Burman.
Le même Paschali , Libraire de Venise , aver
tit qu'il entreprend une Edition du Dictionaire
François Geographique de M. de la Martiniere.
Tout l'Ouvrage formera dix volumes. Le
prix du premier sera de. 24. livres de Venise ,
eelui du second , de 17. du troisiéme de 24. et
du quatrième de 17. L'inégalité de la grosseur
de ces volumes est cause de l'inégalité du prix .
Le premier volume paroîtra au mois de Janvier
prochain et ne contiendra que la lettre A. En
souscrivant on payera le prix du premier Tome
et en recevant ce premier Tome , le prix du second
, et ainsi de suite . Paschali imprimera avec
P'Ouvrage la Liste de tous les Souscripteurs ; et
pour cette raison il les prie de lui marquer leurs
qualités. Les Tables Géographiques de Guillau
me de Lisle , au nombre de LX. suivront cette
Edition , mais le prix s'en payera séparément er
sera indiqué en temps et lieu .
On
T
1
2456 MERCURE DE FRANCE
On aprend par une autre Feüille volante qui nous
est aussi envoyée de Venise , que Jean- Baptiste
Albrizzi , fils de feu Jerôme , Libraire à Venise,
propose aussi par Souscription une Edition com
plette de tous les Ouvrages de M. Jacques Be
nigne Bossuet , Evêque de Meaux , cette Edition
sera de plusieurs volumes in 4. Le premier volume
est achevé. Les Souscripteurs n'en payeront
que quinze livres de Venise , et doivent
payer en le recevant , pareil prix du second ; &c.
Tous les Tomes auront l'un portant l'autre environ
feuilles . Le Libraire prie ceux qui au
ront de ce celebre Auteur quelque Ouvrage qu'ils
croiront n'être pas venu à sa connoissance ,
Jui en faire part , ou de le lui indiquer .
90.
OUVERTURE du College Royal.
de
Les Professeurs du College Royal de France ;
fondé à Paris par le Roy François I. le Pere et
le Restaurateur des Lettres , reprirent leurs Exercices
interrompus par les Vacances ordinaires ,
le Lundy 18. Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui remplissent actuellement les Chaires
de ce fameux College , sous l'inspection de M.
Lancelot , de l'Académie Royale des Inscrip
tions et Belles Lettres , Censeur Royal,
Pour la Langue Hébraïque .
Mrs Sallier et Henry.
Pour la Langue Grecque.
Mrs Caperonnier et Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs Chevalier et Privat de Molieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres.
Pour
NOVEMBRE. 1737 2457
Pour l'Eloquence Latine .
Mrs Rollin et Souchay.
Pour Le Médecine , la Chirurgie
Pharmacie et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc et Du Bois.
our la Lengue Arabe.
, la
Mrs de Fiennes , Secretaire - Interprete ordi
naire du Roy pour les Langues Orientales, et
Foarmont.
Pour le Droit- Canon.
Mrs Capon et Lemerre.
Pou a Lingue Syriaque .
M. l'Abbé Fourmont.
3
Le Recueil que l'Académie Royale des Belles
Lettres de Marseille a publié cette année , im
primé dans la même Ville chés Pierre Boy est
intéressant à plusieurs égards On y trouve les
Odes qui ont été présentées à l'Académie pour
de Prix de l'année 17,7. avec les Eloges Histo
riques des Académiciens morts dans le cours de
l'année derniere 1736 .
Un Avertissement qui est à la tête du Recueil
aprend que l'Académie a adjugé , selon l'usage,
le 25. Août dernier , Fête de S. Louis , le Prix
fondé par le Maréchal Duc de Villars ,
à une
Ode dont l'Auteur est M. Corriol , de Digne,
Le Sujet étoit les Avantages de la Societé.
Elle donne en même temps avis au Public ;
que le 2. Août de l'année prochaine 1738. on
adjugerale Prix à un Discours en Prose d'un
quart d'heure , ou tout au plus d'une demie
heure de lecture , dont le Sujet sera : L'Utilité
des Lettres par report aux moeurs.
C
4 MERCURE DE FRANCE
Ce Prix sera une Médaille d'or de la valeur
de 300. liv. portant d'un côté les Armes du feu
Maréchal Duc de Villars , et au Revers la Devise
de l'Académie .
On adressera selon la coûtume les Ouvrages
destinés au concours à M. de Chaia
mont de la Visclede , Secretaire perpetuel de
l'Académie , ruë de l'Evêché , à Marseille. Op
affranchira les paquers à la Poste , sans quoi ils
ne seront point retirés . Ils ne seront reçus que
jusqu'au premier May prochain inclusivement .
Les Auteurs n'y mettront point leurs noms
mais une Sentence tirée de l'Ecriture Sainte
des Peres de l'Eglise , ou des Auteurs profanes
ils marqueront à M. le Secretaire une adresse
laquelle il envoiera son Recepiscé .
On prie les Auteurs de prendre les mesures
nécessaires pour n'être point connus avant la décision
de l'Académie , de ne point signer les Let.
tres qu'ils pouront écrire à M. le Secretaire , ni
se faire connoître à lui ou à quelqu'autre Académicien
; autrement exclusion formelle pour le
Concours , & c.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra
le recevoir dans la Salle de l'Académie le 25.
Août , jour de la Séance publique destinée à l'adjuger
, s'il est à Marseille , et s'il est absent , il
envoyera à une personne domiciliée dans cetteVil-
Je , le Récépissé de M. le Secretaire , moyennang
lequel on remettra le Prix à cette Personne.
Les Eloges Historiques des trois Académiciens
que l'Académie a eû le malheur de perdre pendant
le cours de l'année 1736. sont de M. de la
Visclede. C'est tout dire ; son mérite Litteraire
n'avoit pas besoin de ces tristes preuves pour
continuer d'être aplaudi .
"L'Académic
NOVEMBRE . 1737. 2459
L'Académie depuis son établissement n'avoir
point encore compté d'année si marquée par
ses pertes que la derniere. En moins de deux
mois la mort a frapé coup sur coup tous les
Ordres qui la composent. M. le Bailly de
l'Aubepin , Chef d'Escadre des Galeres , M.
l'ancien Evêque d'Apt , et M. Olivier , tous
• les trois d'un état different , tous les trois d'un
grand mérite en divers genres.
"
>
L'Orateur , en s'aquitant de ses devoirs funes
bres à l'égard de ces illustres Confreres , a répandu
dans ses Discours beaucoup de verité , et
a jetté des fleurs immortelles sur les Tombeaur
qu'il leur a elevés .
L'Académie Royale des Inscriptions et Belles
Lettres reprit ses exercices le Mardy 12. de ce
mois , par une Assemblée publique , suivant la
coûtume , à laquelle M. le Cardinal de Polignac
présida. La Séance fat ouverte par l'Eloge de
M. Incelin , celebre Professeur à Basle , Acadé➡
micien honoraire , le même qui a procuré une
copie exacte des Actes originaux du Concile de
Basle , copie qui est aujourd'hui dans la Biblioteque
du Royien X X XIII. volumes in folio.
Cet Eloge fut prononcé par M. de Boze , Secretaire
perpetuel , et fut fort aplaudi,
M. la Bastie lût ensuite une Dissertation sur
les Souverains Pontifes des Romains, apuyée sur
les Monumens les plus respectables et les plus
solides de l'Antiquité.
Le reste de la Séance fut employé a entendre
une autre Dissertation de M. l'Abbé Sallier , sur
la Personne et sur les Ecrits du Philosophe
Athenodore.
On avoit distribué dès le commencement de
G l'Assemblés
2460 MERCURE DE FRANCE
Assemblée un Programme de l'Académie , dont
M. le Secretaire fit la lecture et dont voici la
teneur.
PRIX Litteraire , fondé dans l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles- Lettres.
'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres ,désirant que les Auteurs qui composent
pour le Prix , ayent tout le temps d'aprofondir
les matieres et de travailler les Sujets
qu'elle leur donne à traiter , a résolu de les publier
beaucoup plutôt , et elle annonce dès- àprésent
, que le Sujet qu'elle a arrêté pour le
concours au Prix qu'elle distribuera à Pâques
1739. consiste à déterminer le mois et le jour de
l'année Romaine , auquel les Consuls avoient coû
tume d'entrer en charge, depuis l'expulsion des Rois
jusqu'à la mort de Jules- Cesar , en marquant les
variations arrivées dans cet usage.
Le Prix sera toujours une Médaille d'or de la
valeur de quatre cent livres.
Toutes les personnes de quelque Pays et con
'dition qu'elles soient, excepté celles qui composent
ladite Académie , seront admises à concou
sir pour ce Prix , et leurs Ouvrages pouront être
écrits en François ou en Latin , à leur choix. Il
faudra seulement les borner à une heure de leczure
au plus .
Les Auteurs mettront simplement une Devise
à leurs Ouvrages , mais pour se faire connoître,
is y joindront , dans un papier cacheté et écrit
de leur propre main , leurs nom , demeure et
qualités , et ce papier ne sera ouvert qu'après
Padjudication du Prix .
Les Fieces affranchies de tous ports , seront
remises
NOVEMBRE . 1737. 2450
remises entre les mains du Secretaire de l'Académie
, avant le premier Décembre 1738 .
Le Mercredy 13. P'Académie Royale des
Sciences tint son Assemblée publique , à laquelle
présida M. d'Argenson .
M. de Maupertuis ouvrit la Séance par la lecture
d'un Mémoire dans lequel il rend compte
à l'Académie du Voyage qu'il avoit entrepris
par ordre du Roy , conjointement avec Mrs
Clairault , Camus et Monnier , de cette Académie
, auxquels s'étoient joints M. Celsius , celebre
Astronome de l'Université d'Upsal , et M.
l'Abbé Outhier.
Nous n'entrerons point dans le détail des peines
qu'ils ont eûës à souffrir, des difficultés qu'il
a fallu surmonter , du froid excessif auquel ils
ont été exposés et qui alloit souvent jusqu'à geler
l'eau de vie et les Thermometres d'Esprit de
vin ; l'attention singuliere et l'interêt marqué de
la plus nombreuse Assemblée qu'il y ait eû jusqu'à
présent dans aucune Scéance Académique ,
font assés l'éloge du travail de ces illustres Voyageurs
, de la finesse et de l'exactitude de leurs
Opérations , et de la maniere aussi claire qu'élegante
avec laquelle M. de Maupertuis a sçû
mettre tout le monde à portée d'en juger. Nous
passons à regret sous silence toutes ces circonstances
également curieuses et instructives , pour
nous renfermer uniquement dans ce qui concer
ne l'Opération qui faisoit l'objet de ce voyage ,
et nous avons même prié l'Auteur de nous communiquer
le résultat de ses Observations , afin.
que le Public puisse être instruit avec certitude
de la décision d'une question aussi curieuse
st aussi importante pour la Navigation , que
Gij l'est
2462 MERCURE DE FRANCE
l'est celle de la figure de la Terre , et juger de la
solidité des preuves sur lesquelles cette décision
est fondée.
L'Académie ayant découvert par les Experiences
de M. Richer, faites à Cayenne en 1672 .
que la pesanteur étoit moindre dans cette Isle
voisine de l'Equateur , qu'elle n'est en France ,
M. Huygens , M. Newton , et plusieurs autres
Géometres , en conclurent que la Terre devoit
être aplatie vers ses Poles . C'est pour vérifier ce
fait et connoître précisément la figure de la
Terre et la veritable grandeur des degrés de lon.
gitude dans chaque parallele, que la Cour a envoyé
depuis près de trois ans plusieurs Astrono
mes de l'Académie au Pérou , et qu'un an après
elle donna ses ordres pour le dont nous
rendons compte.
voyage
Cette Compagnie de Sçavans partit au mois
d'Avril 1736. et arriva à Torneo un peu avanç
le solstice d'Eté , et ils eurent par conséquent le
spectacle singulier de voir pendant plusieurs jours
le Soleil sur l'horison sans se coucher.
M. de Maupertuis démontre de la façon la
plus intelligible que si la Terre est aplatie vers
les Poles , un degré du Méridien doit être plus
long vers le cercle polaire que dans la France, er
qu'au contraire si elle est allongée , ce degré doit
être plus court ; nous n'entrerons point dans le
détail de ces preuves , parce que c'est un fait reconnu
de tous les Géometres et de tous les Astronomes.
Il s'agissoit donc de mesurer sur
terre l'étendue d'un degré ou environ , dans la
direction du Méridien , et de connoître ensuite
par des Observations Astronomiques quelle
étoit l'amplitude de l'Arc Celeste qui répondoit
à l'étenduë de terrain qui auroit été mesurée.
Après
NOVEMBRE . 1737 1737 2463
Après avoir inutilement cherché sur les Côtes
du Golfe de Bothnie un lieu propre à faire les
Opérations Trigonométriques , et avoir même
fait quelques triangles qui devinrent inutiles par.
P'impossibilité de les continuer à cause de la disposition
du terrain , ils se déterminerent à faire
ce travail dans la partie Septentrionale en remontant
le Fleuve de Torneo , dont la direction
est assés exactement celle du Méridien de Torneo
; ce fut alors que leurs peines et leurs fatigues
redoublerent , ils furent 63. jours sur les
Montagnes , sans lits , sans maisons , ne vivant
que de quelques poissons que les Gens du Pays
leur aportoient , et couchant sur des peaux de
Rennes. Ils eurent même un genre de tourment
à
essuyer auquel on n'auroit pas cru devoir s'attendre
dans un climat aussi Septentrional , c'étoit
differentes especes de Cousins et de Mouches
, dont les uns leur mettoient le corps tout
en sang par leurs piqueures, et les autres par leur
extrême petitesse , leur entroient dans les yeux ,
dans la bouche , et couvroient en un instant tout
ce qu'ils alloient manger , et on ne se pouvoit
garantir de ces Insectes , qu'en se mettant dans
la fumée d'un grand feu qu'on étoit obligé d'allumer
, malgré le chaud qui étoit alors assés
considérable.
On ne peut envisager tous ces obstacles er toutes
ces difficultés sans admirer le courage de ceux qui
s'y sont livrés et qui les ont surmontés. Ce fut le
6. Juillet qu'ils partirent de Torneo ; il nous est
impossible de suivre M. de Maupertuis dans le
détail de ses Opérations et des séjours que ces
Mrs furent obligés de faire sur les différentes
Montagnes où ils se trouverent souvent dans la
mécessité de faire abatre ou brûler des forêts en-
Giij tieres
2464 MERCURE DE FRANCE
et
tieres , nous dirons seulement que par la disposi
tion favorable des Montagnes qu'ils rencontrerent
, ils formerent huit triangles qui embrassoient
toute l'étenduë de leur travail , cinq personnes
observoient l'une après l'autre chaque
angle de ces triangles . et écrivoient séparément
le résultat. Les signaux qu'ils plaçoient sur ces
Montagnes , étoient de grands Pins dépouillés
de leurs branches et de leur écorce , qu'ils
apuyoient les uns contre les autres , en forme
de cône ; ces signaux étoient très-faciles à apercevoir
de loin , à cause de leur blancheur ,.
l'on en pouvoit déterminer la position avec la
derniere exactitude , à cause de la pointe par laquelle
ils se terminoient. Ces sortes de signaux
avoient encore un avantage , ils étoient creux
en dedans , et on s'y plaçoit pour observer , ce
qui exemptoit de la nécessité de faire des réductions.
Le centre de l'instrument se trouvoit toujours
posé au centre du signal , et pour retrouver
ce point d'observation en cas de besoin ,
ils Y
enfonçoient un pieu à tête perdue et le couvroient
d'une grosse pierre ; ils avoient soin, ou
tre cela , de faire aux arbres et aux Rochers des
environs , des marques pour reconnoître le lieu
de ces signaux ; ces précautions leur ont été
utiles , un de leurs signaux ayant été endomma
gé par le feu qui avoit pris à une Forêt.
>
Le résultat de toutes ces Opérations fut, comme
nous l'avons dit , une suite de huit triang'es
liés les uns aux autres , et la disposition des
Montagnes étoit telle que les angles exterieurs
de tous ces triangles , formoient avec la fleche
du Clocher de Torneo un Heptagone allongé qui
fournissoit une espece de vérification de tout
Ouvrage , dont il n'y a eû jusquà présent aucun
NOVEMBRE 1737 2469
un exemple, et qui dépend de la proprieté des
Polygones , car la somme des angles d'un Heptagone
est de 900. degrés, et celle qui résultoit de
tous les angles de ces triangles étoit de 900. degrés
1 ' . 21 " . plus grande, comme l'on voit d'une
minute 21. seconde , mais quoique cette difference
soit très - petite , elle se trouve encore
dininuée parce que les 900. degrés sont dans le
cas d'une surface plane , et que la surface courbe
de la Terre doit nécessairement donner quelque
chose de plus ,
Cette disposition de triangles leur donnoit
aussi le moyen d'en former differentes suites et
de les combiner diversement entre eux , ils ont
eû la patience de calculer dix de ces differentes
suites et celles qui differoient le plus des autres ,
n'ont donné qu'une difference de 34.toises sur la
distance de la fleche de Torneo , au signal de
Kittis , qui étoient les deux extremités de l'Arc
mesuré , encore les suites qui donnoient cette
difference étoient visiblement les plus défectueus
ses , parce qu'il avoit fallu y employer des triangles
dont les angles étoient très petits , ce qui ,.
comme l'on sçait , diminue beaucoup l'exactitude
de l'Observation. Les deux suites qu'ils ont
jugé les meilleures par la nature des triangles qui
y étoient employés , ne differoient l'une de l'autre
que de 4. toises 37. centiémes , ce qui doit
être compté pour rien .
Cette premiere partie de l'Opération étant
faite , il s'agissoit de déterminer astronomiquement
l'amplitude de l'Arc Celeste de Torneo à
Kittis ; ils se servirent pour cela d'un Secteur de
9. pieds de Rayon , fait à Londres , par les soins
de M. Graham , et divisé par cet habile Mathéamaticien
; ce que M. de Maupertuis raporte de i
G iiij la
2466 MFR CURE DE FRANCE
Ja justesse de cet Instrument et de la précision
des Observations qu'ils ont faites par son moyen,
ne se peut entendre sans admiration, aussi aporterent-
ils tous les soins imaginables pour qu'il
ne lui arrivât aucun dérangement , il fut toujours
transporté en bateau ou sur des traineaux , ou
porté par des hommes , et la verification qu'ils:
en firent après toutes leurs Opérations , dont
nous dirons un mot dans la suite , leur prouva
que non seulement il ne lui étoit rien arrivé dans
le transport , mais que chaque division étoit
d'une égalité parfaite .
C'est avec cet Instrument qu'ils observerent
á Kittis l'Etoile Delta du Dragon et sa distance
au Zénith; la plus grande difference qui se trouve
entre toutes les Observations de ces Astronomes
, ne va qu'à trois secondes . Ils repartirent.
ensuite pour Torneo le plus promptement qu'ils.
purent , afin qu'il y eût le moins de temps possible
écoulé entre ces Observations , et y arriverent
le 28 Octobre , ils y observerent le premier
Novembre la même Etoile qu'ils avoient:
observée à Kittis , et leurs Observations s'écarterent
encore moins les unes des autres que les
premieres , car la plus grande difference n'alloit
qu'à une seconde .
On voit que la distance de cette Etoile au Zenith
à Torneo , comparée à celle qui avoit été
observée à Kittis donne l'amplitude de l'Arc
Celeste qui s'étend d'un de ces points jusqu'à
l'autre ; or , comme par le travail trigonométri
que on avoit la distance d'un de ces points à l'autre
, on connoissoit dans la plus grande préci
sion l'amplitude d'un Arc Celeste , correspondant
à une étendue de terre déterminée par les
eriangles;l'amplitude de cetArc résultante de toutes
NOVEMBRE. 1737 2467
tes ces Observations, et tenant compte du changement
dépendant de la précession des Equinoxes
, s'est trouvée de 57. minutes 25. secondes :
et si l'on a égard au temps écoulé entre les Ob→
servations faites à Kittis et celles faites à Torneo
, conformément à la théorie de M. Bradley,
qui tient compte du mouvement aparent de
P'Etoile pendant ce court espace , cet Arc sera
de 17. minutes 26. secondes. Nous négligeons .
ici quelques fractions .
Quoique la mesure de l'Arc Celeste fût connue
, et que l'étendue de l'Arc Terrestre correspondant
fût déterminée par les triangles, on igno
toit la grandeur effective de cet Arc Terrestre ,
' étoit unplantrès-exact et très sûr, dont l'échelle
étoit inconnue ; on eût dit que ces habiles Astronomes
se défioient de leurs propres Observations
, et qu'ils craignoient que la prévention
des uns ou des autres pour l'allongement
ou l'aplatissement de la Terre n'influât sur
l'estimation qu'on est quelquefois obligé de
faire pour déterminer le point précis sur le
quel tombe le fil de l'Instrument ; quoiqu'il en
soit , leur ouvrage étoit entierement fini sans
qu'ils pussent sçavoir si la Terre étoit allongée
ou aplatie , il leur falloit mesurer à la toise une
base qui fût liée avec leurs triangles , et dont la
longueur connue leur donnât la mesure de tous
leurs triangles , et par conséquent de l'espace
qui se trouvoit entre Kittis et Torneo.
Cette partie de leur Ouvrage et les circonstances
qui l'ont accompagnée est aussi singuliere que less
autres; ce fut lez Décembre,jour du Solstice d'hyver,
qu'ils commencerent la mesure de cette base
sur le fleuve glacé avec des perches de 30. pieds de
long , dont les bouts ferrés étoient disposés de
V facom
2466 MERCURE DEFRANCE
façon qu'ils se joignoient les uns aux autres aven
la derniere exactitude ; il ne faut pour preuve de
cette exactitude que dire le résultat de cette me
sure qu'ils recommencerent deux fois et qui se
trouva la premiere fois de 7406. toises cinq
pieds , et la seconde dé 4. pouces seulement plus
Jongue , ce qui leur a fait determiner la lon
gueur de cette base de 7406 toises 5 pieds deux
pouces en prenant le milieu entre les deux operations.
Dans le détail que fait M. de Maupertuis d'une
operation si simple en aparence , on voit uns
peinture affreuse de tout ce qu'ils ont cû à souffrir.
Qu'on se represente pour un moment que
ce travail très penible par lui même à été fait
à la fin de Decembre ,. sous le cercle Polaire ,
sur un fleuve glacé et couvert de neige , que
l'eau de vie geloit en un instant , et que c'é
toit It seule liqueur dont ils pûssent faire usage,
Pour donner en quelque sorte une idée de ce
froid terrible nous dirons d'après M. de Maupertuis
que le Thermometre de M. de Reaumur
qui pendant les plus grands froids de 1709. étoit
1
descendu à 14 degrés , au dessous du terme
de la glace à Paris , descendit au cercle Po-
Jaire jusques à 37 degrez. Les effets de ce froid
sont souvent funestes aux hommes les plus accoutumés
à vivre dans ces climats , et l'on
em voit qui ont eu les jambes ou les bras
entierement gelés , ensorte qu'il les leur a fall
couper
On connut donc parrla mesure de cette base
celle de l'Arc intercepté entre Kittis et Torneo
qui se trouva par le calcul de 1234 toises , ce
qui donnoit ce degré plus long de près de 10co
vaises qu'il ne devoit l'être suivant le livre de la
mesure
NOVEMBRE. 1737. 2469
resure de laTerre. Une difference aussi considecable
étonna ces Astronomes malgré la certitude
qu'ils etoient en droit d'avoir de ne s'être
point trompés ; cette inquiétude les dé ermina
à entreprendre un genre de verification plus parfait
et beaucoup plus penible que ceux qui avoient
été pratiqués en pareil cas. Comme ils avoient
cû pour objet de se regler, autant qu'il leur seroit
possible, sur le travail de M. Picard à cause
du consentement unanime de tous les Astronomes
à parler de ce travail comme du plus parfait
en ce genre , et sçachant que M. Picard ne
s'étoit point servi de la methode ordinaire de retourner
l'instrument dont il étoit ueanmoins l'inventeur
, et qu'il avoit même choisi pour faire
ses Observations une étoile dont la distance au
zenith étoit telle que l'étendue du limbe de son
instrument ne suffisoit pas pour employer la
methode du retournement , ils se détermineren
à un genre de verification beaucoup plus exact
mais infiniment plus difficile que crux dont on
's'étoit servi jusqu'à lors , car ils entreprirent
de recommencer leurs Observations Astrono
miques aux deux extremités de leur degré avec
le même iustrument , mais sur une autre étoile
; i.s commencerent à Torneo et y observerent
le 17 Mars de cette année l'étoile Alpha du
Dragon , ils repeterent cette Observation trois
fois , et la plus grande difference entre ces Observations
fut de deux secondes . Ils partirent aus--
si-tôt pour Kittis , et yfirent le 4 Avril , et les
jours suivans le même nombre d'Obfervations :
sur la même étoile sans trouver ' plus d'une secon
de de difference entre ces Observations .
L'amplitude de l'Arc resultante de ces secon
des Observations ne s'est trouvée differer de laz
G vj premiere
2470 MERCURE DE FRANCE
premiere que de trois secondes er demie , et cete
te difference se trouve encore moindre si l'on
n'admet pas la Theorie de M. Bradley. Un accord
si singulier fournit une preuve beaucoup
plus complette de l'éxactitude de l'une et l'autre
de ces operations, que toute autre methode qu'on
auroit pú employer pour la verification de l'instrum
nt, puisque cel e ci sert également de preuve
et à l'exactitude des Observations , et à la
justesse de 'instrument.
Ayant pris le milieu entre les resultats de ces
deux operations , le degré qui coupe le cercle.
Polaire se trouve plus grand que ledegré moyen
de la France , de 377 toises un dixiéme, et diffe
zent de 950. toises de ce qu'il auroit dû être
suivant l'hypothese de M. Cassini; et si l'on n'as
voit pas égard à la Theorie de M. Bradley , cette
difference iroit à plus de 1000 toises. d'où il
resulte que non seulement la Terre est aplatie
vers les Poles , mais qu'elle l'est encore plus
que ne l'ont pensé M. Huygens et Newton.
La precision singuliere qui s'étoit trouvée dans
toutes ces operations les assuroit contre toutes
les difficultés que l'on auroit pû imaginer , cependant
ils ont voulu voir en faisant la plus:
étrange de toutes les supositions quelles
étoient les plus grandes erreurs qu'ils auroient
pû commettre.
>
M. de Maupertuis supose réunis , le plus
grand malheur qui feroit tomber toutes les erreurs
possib es du même côté sans qu'aucune
fût compensée par les autres , et la plus grande
maladresse dans les Observa ions ; il joint
ensemble ces deux sources d'erreurs , et ca cule
ce qui en pouroit result r. Il supose qu'à chaque
triangle on se fut toujours trompé de 20
secondes
NOVEMBRE. 1737 2477
secondes dans chacun des deux angles , et de
40 secondes dans le 3 , et que toutes ces er
reurs allant toujours dans le même sens , tendis--
sent à diminuer la longueur de l'Arc ; le cal
cul exact fait d'après une si étrange suposition,
ne donne que 44 toises un vingtiéme pour la
plus grande erreur commissible.
>
Quelque inutile qu'il fut après avoir détermi
né l'été précedent leur Méridienne avec tout le
soin possible , d'en verifier de nouveau la di--
rection ils voulurent néanmoins le faire
encore étant de retour à Torneo ; ils Y firenr
trois Observations consécutives , en mesurant
Pangle du Soleil Levant et couchant avec quelques
uns de leurs signaux , et la direction resultante
de ces Observations ne s'est trouvée dif
ferer que de 34 secondes de celle concluë par
les Observations de Kittis..
:
Enfin ne se lassant jamais de faire les verifi--
cations dans les cas même où il en étoit le
moins befoin , ils en firent une de leur secteur,
qui est la plus singuliere et la plus exacte
qui probablement ait jamais été faite ; ils prirent
sur la glace du fleuve une distance de 380
toises un pied 3 pouces qu'ils mefurerent deux
fois sans la moindre difference , et ayant tiré
une perpendiculaire à l'extrémité de cette distance
, ils y placerent l'instrument dans une situation
horizontale , et observerent tous cinq
l'un après l'autre les deux extrémités de cette Ba
se , la difference entre leurs cinq Observations
n'alla pas à deux s condes , et l'angle calculé ne
se trouva different de l'angle observé sur le limbe
de l'Instrument que d'une seconde et un vingttiéme
, ce qui est une exactitude don on auroit
peine à croire qu'un instrument fut susceptible ;
on
2472 MERCURE DE FRANCE
on juge bien que ces fractions de secondes sont
indéterminables par l'Observation immédiate
mais elles se déduisent par le calcul en prenant le
milieu entre les Observations.
Ils passerent ensuite à la verification des di
visions particulieres du limbe , et principalement
à l'examen des deux dégrés qui avoient servi à
l'Observation de leurs étoiles Alpha et Delta du
Dragon , ils se servirent pour cela d'une methode
imaginée par M. Camus , et qu'il execu
ta avec toute Fadresse et la délicatesse dont
on sçait qu'il est capable ; nous ne ferons point
le détail de cette methode , nous dirons seule
ment qu'il résulte des cinq Observations de
chacun de ces Astronomes faites séparement ,
que le degré dont ils s'étoient servis pour ob
server l'étoile Delta , étoit plus grand de neuf
dixièmes de seconde que celui qui avoit fervi
pour Alpha , cette petite difference diminuoit
encore celle qui s'étoit trouvée dans l'Obſervation
des deux étoiles. Ils verifierent de la sorte
chaque degré séparement , et ne trouverent jamais
deux secondes de difference.
M. de Maupertuis fait quelques reflexions sur
Ia singularité qu'il y a dans l'exactitude de ces
divisions , et la concordance des Observations ;
il semble que le froid excessif qu'il faisoit alors ,
er qui devoit contracter les parties de l'instru
ment , auroit dû y aporter un changement sen
sible , mais il remarque que l'Instrument étant
tout de la même matiere , s'étoit contracté toujours
proportionnellement , ce qui ne seroit vrai
sen blablement pas arrivé s'il y avoit en quelques
pices en fer jointes à celles de cuivre , et cette
remarque peut être très-importante dans la cons
truction desgrandsInstrumens Astronomiques; enfin
NOVEMBRE, 1727. 2473
fin l'attention infinie qu'on a toujours eû de
transporter cet Instrument de la maniere qui
pouvoit y aporter le moins de derangement est
sans doute ce qui a le plus contribué à sa conservation
, et depuis le transport qui en a été fait
en dern er lieu de Torneo à Paris , il paroît être .
absolument dans le même état que lors de l'O
pération .
Les Observations Astronomiques ne leur ont
pas tait négliger celles qui pouvoient concerner
les autres parties de la Physique , et notamment
celles sur la pesanteur qui , comme on le
sqait, sont relatives à la figue de la Terre , M. de
Maupertuis remet à une autre fois à en endre
compte , et il annonce seu ement que ces dernieres
s'accordent avec celles faites aCayenne en
1671. et encore plus avec celés faites en derniers
lieu par les Astronomes de l'Academie à S.Domingue
et à Carthagene , pour donner la Terre
aplatie , conformément à la théorie de M. Huygens
et de M. Newton , fondée sur les premieres
Observations de M. Richer .
M. Helot finit la Séance par la lecture de l'Extran
d'un Mémoire contenant la maniere de faire
le Phosphore de Kunckel , connû à Paris sous le
nom de Phosphore d'Angleterre . Nous donne
rons un Extrait circonstancié de ce Memoire;
ESTAMPES NOUVELLE S.
TUDES prises dans le bas Peuple , ou les´
E Cris de Paris, Premiere Suite de 12. Puces
en hauteur , de Pinvention et du dessein de M.
Bouchardon C. S.
Ce sont des Figures seules , dont les Cirac-
Beree-sont naïfs , vraie , et d'un contour admi--
rable ,
2474 MERCURE DE FRANCE
rable. On y voit un Chaudronier , un Tailleur
de pierre , une Revendeuse , Décroteur , Porteur
d'eau , Savoyarde , Crocheteur , Garçon
Boulanger , & c.
Ces Estampes se vendent , rue S. Denis , au
grand S. Louis , près le Sepulchre , chés Fessard
1737.
Le Sieur Dupuis , ruë de la Vannerie , à l'Ange
Gardien , vient de graver une très - belle Estampe
en hauteur , représentant Enée qui sauve son
pere Anchise de l'Embrasement de Troyes, d'après
un des plus beaux Tableaux de M. Carles
Vanloo. On lit ces Vers au bas de M. Moraine..
Quand cu sauves la vie à l'Auteur de tes jours ,
Et que pour le porter tu prêtes con secours ,
Fuyant ta Ville infortunée ,
Tout vaincu que tu sois , tendre et pieux Enée ,,
Tu me parois plus grand sous ce poids précieux,
Que tous les Grecs victorieux.
Cette Estampe est dédiée à M. de Julienne
Ecuyer , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
Il paroît quatre Estampes gravées d'après des
Tableaux peints par M. De la Joue , qui font
un des principaux ornemens du Cabinet du Duc
de Picquigny. Ce sont les prémices d'une suite
de quatorze Morceaux , compris un Frontispice
, tous de même forme et grandeur , représenant
les Arts et les Sciences , avec leurs attri
buts , que l'on se propose de donner deux à
deux , à mésure que les Planches auxquelles on
travaille seront achevées dêtre gravées de la main
de
NOVEMBRE . 1737. 247
de C. N. Cochin , dont on connoît la délica
tesse du Burin . Ces quatre premiers Morceaux
représentent l'Histoire , l'Astronomie , la Sculpture
et l'Optique. On en trouvera les Composi
tions très- ingénieuses.
Ces Estampes se vendent sur le Quay Pelletier,
à la Boulle d'or , chés La Jouë , Peintre du Roy's
ruë S. Jacques , chés Cochin , Graveur du
Roy.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continuë roujours avec succès ,.
chés le sieur Odieuvre , Marchand d'Estampes
Quay de l'Ecole. Il vient de mettre en vente ,
de la même grandeur ,
JEAN BAPTISTE DE SANTEULL , Chanoine
de S. Victor , né à Paris le 12. May 1630
mort à Dijon le 15. Août 1695. peint par Du
mée , Ecuyer . et gray é par D. Sornique.
HENRICUS BLACUODAUS , Henrici Filius ,
Parisiensis Doctor Medicus , Medicus et Professor
Regius , Ecossois d'origine , né à Paris , mort
Rouen le 17. Septembre 1734.
JULES CARDINAL MAZARIN , né à Piscina
dans l'Abruzze le 14. Juillet 1602 , mort au
Château de Vincennes le 9. Mars 1661 , des
siné et gravé par Cl. Mellan , Graveur.
Papillon ; Graveur en bois , et de la Societé
des Arts , donne avis que son petit Almanach
de Paris pour l'année 1738. est augmenté de
plusieurs choses curieuses et intéressantes .
Etrennes Historiques , ou Mélange curieux
accommodé au goût du Siecle , contenant plusieurs
2476 MERCURE
DE FRANCE
sieurs Remarques de Physique , d'Astronomic ,
de Chronologie et d'Histoire. Ensemble les
Naissances et Morts des Roys , Reines , Princes
et Princesses de l'Europe , accompagnées d'E
poques es de Remarques curieuses , que l'on ne
trouve point dans les autres Calendriers ; avec
un Recueil de diverses Matieres variées , utiles ',
curicuses et amusantes . Pour l'Année 1738.
C'est un petit Journal curieux , instructif et
rafraîchir convenable d'ailleurs pour
la memoire , et qui sera à peu près de la forme
du Colombat .
amusant ,
Le débit s'en fera chés Gissey , Libraire-Imprimeur
, ruë de la vieille Bonclerie, au bas du Pont´
S. Michel , à l'arbre de Jessé.
Les Curieux nous sçauront bon gré de leur
donuer avis , qu'ils trouveront chés le sieur
Arthand , Marchand Orfévre, Bijoutier du Roi
Quay de l'Ecole , à Paris , une certaine quantité
de Pierres gravées , antiques du premierordre ,
dont un Bacchanale oval , en large , de six figu
gures , gravé en creux , sur une Prisme d'Emeraude
, est extrêmement estimé ; beaucoup d'autres
Pierres montées en bagues , en cachets et
hors d'oeuvres . Un des principaux Morceaux est
l'Enlevement du Palladium , gravé par Coldoré
d'environ sur une Calcidoine Orientale ovale ,
un pouce et demi d'élevation . On voit chés le
même quantité d'autres Bijoux d'un goût admirable
, et d'autres Morceaux extrémement res
cherchés.
CHANSON
TILDEN
HE
NEW
TO PUBLIC
. LIEPAR
ASTOR
, LENOX
ING TILDEN
FOUNDA
NOVEMBRE . 1737. 2477
CHANSON.
R Eine des fleurs , brillante Rose ,
Ornement précieux de l'aimable Printemps ,
Vous que l'on voit à peine éclose ,
Embellir votre sein d'une foûle d'Amans ,
Hélas ! faut- il que ma Bergere' ,
Dont le teint fait pâlir votre vive couleur ,
Passe en tous lieux pour votre Mere ,
Et ferme à mes soupirs le chemin de son coeurt
Pour
M. de S. Roman.
MUSETTE.
;
Our chanter l'aimable Lisette
Je veux former des sons touchans
Enfiez-vous ma tendre Musetee ,
Unissez -vous à mes accens ,
Et chantez sur cette fougere ,
Vive ma charmante Bergere.
Echos de cet heureux Bocage ;
Repetez son nom avec moi ;
Oiseaux , que votre doux ramagè
D'éclater se fasse une loi ;
Gasoüillez
2478 MERCURE DE FRANCE
Gazoüillez afin de me plaire ,
Viye ma charmante Bergere.
Ruisseaux coulez sur la verdure ,
Rendez hommage à ses apas ;
Et vous trésors de la Nature ;
Belles Fleurs , naissez sous ses pas ,
Accompagnez ma voix sincere ,
Vive ma charmante Bergere.
M
Elle est jeune , vive et brillante ,
L'Amour a formé ses atraits ;
Tout en elle ravit , enchante ,
Je veux l'adorer à jamais ;
Son ame ne m'est point sévere ;
Vive ma charmante Bergere.
Ses beaux
M
yeux embrazent mon ame
D'un feu digne même des Dieux .
Tendre Amour , anime ma flâme ,
Rends -moi tes traits plus précieux &
Envelope -les du mystere ,
Vive ma charmante Bergere .
C'étoit par ces chants pleins de charmes
Que Daphnis s'exprimoit un jour
Jour
NOVEMBRE. 1737. 2479
Four qu'il avoit rendu les armes
Au cher objet de son amour ;
Il repetoit sur la fougere ,
Vive ma charmante Bergere.
Par M. Affichards
SPECTACLES.
Es Comédiens Francois donnerent
le 28. Septembre dernier la premiere
Représentation d'une Comédie , intitulée
l'Ecole de l'Hymen ou l'Amante de son
Mari , précédée d'un Prologue , et suivie
d'un Divertissement. Cette Représentation
fut des plus tumultueuses ; les
suivantes furent plus paisibles. L'Auteur
retira la Piéce après la quatrième , quoiqu'elle
y eût été aplaudie. En voici
l'Extrait :
Le Théatre représente au Prologue ,
un Lieu où l'on fait des Nôces ; l'Hymen
en veut défendre l'entrée à l'Amour ;
Thalie vient se rendre Médiatrice entre
ces Dieux Rivaux. Un Air des plus
graves , annonce la suite de l'Hymen ;
Amour dit à Thalie , qui lui demande
d'où peut venir cette Symphonic :
Eh !
2480 MERCURE DE FRANCE
Eh ! pouvez- vous vous y méprendre a
La Gravité , la Pésanteur ,
D'un Dieu rebarbatif marquent le caractere ;
Je vous plains ; mais bientôt ma Musique legere
Vous rendra votre belle humeur,
L'Amour tient parole à Thalie ; à peine
quatre nouveaux Mariés ont fini leur
Danse grave , qu'il vient , suivi des Plaisirs
et des Jeux , égayer la Scene par des
Danses très - legeres ; elles sont si séduisantes
, que tous les Sujets de son Rival
se rangent de son côté. L'Hymen en demande
raison à Thalie , l'Amour lui répond
:
&
On te quitte ; prête silence ;
Et tu verras qu'on a raison .
Vaudeville.
Si tu te vois abandonné ,
Hymen n'en soit pas étonné
Mes jeux ont une douce amorce ;
On vient chercher sous mes Drapeaux
Mille plaisirs toujours nouveaux ;
Tout par amour , et rien par force.
Pour rassurer un vieil Epoux ,
Que servent grilles et verroux ?
Est-il prison qu'Amour ne force ?
Tout cede à ses atraits vainqueurs
1
NOVEMBRE . 1737 248₤
Il a sur tout la clef des coeurs ;
Tout par amour et rien par force,
Femme jolie est un trésor ,
Cent fois plus séduisant que l'or
Ses yeux ont une douce amorce ;
L'Amour inspire le dessein
De faire un si charmant larcin
Tout par amour , et rien par force.
Vulcain répond.
x
;
Que l'Amour trouble les Humains ,
Qu'il en fasse autant de Vulcains ,
Cela ne l'inquiette guere ;
Il croit que rien n'est si permis
Et que c'est le devoir d'an Fils
De peupler la cour de son Pered
L'Hymen veut absolument qu'on lui
rende ses Sujets ,
P'Amour s'y opose ;
Thalie leur dit pour les mettre d'accord
, et pour leur témoigner son im
partialité :
Ca , par un bon accord , rendez le Monde heu
reux.
Je corrige les moeurs ; écoutez bien tous deux
La Leçon que je vais vous faire.
Soins , quelquefois diminués
Par la certitude de plaire ,
Et souvent , après le salaire ,
"
Tout2482
MERCURE DE FRANCE
Tout-à- fait discontinués ,
De l'Hymen , et de l'Amour même
Font disparoître les plaisirs ;
Car soit qu'on épouse , ou qu'on aime ,
Est- il de bonheur sans desirs ?
Ees faveurs de l'Amour , dont l'attente est si
douce ,
Si-tôt qu'on les obtient , semblent s'évanoüir ,
Et toute leur pointe s'émousse
Par l'habitude den jouir &c.
1
L'Hymen convient du mal , et il en
demande le remede ; Thalie lui dir,
qu'elle y va pourvoir autant qu'elle
poura par une Comédie , qui aura pour
Titre PEcole de l'Hymen ; l'Amour
consent aussi bien que l'Hymen à profi
ter de cette Comédie. Ce Prologue a été
fort aplaudi , tant par raport aux
Vers , que par raport à la Musique et
au Ballet . Le sieur Poisson et la Dlle
Dangeville , l'un en figure grotesque de
l'Hymen , et l'autre en Amour , avec les
Graces enchanteresses qu'on lui connoît,
s'y sont distingués par l'excellence de
leur jeu , aussi -bien que dans la Comédie
, en voici l'extrait aussi concis qu'il
nous sera possible.
ACTEI. Araminte , femme de l'alere,
ouvre la Scene par une Screnade ; on
chante : Sommeil
NOVEMBRE. 1737. 2483
Sommeil , vien verser tes pavots
Sur les beaux yeux de Celimene ;
Fai lui goûter le doux repos
Que je cherche en vain dans sa chaîne.
Au bruit des Concerts les plus doux ,
Dieu charmant , c'est toi que j'implore ;
Endors la Beauté que j'adore ・・
Et laisse-moi le soin d'éveiller les jaloux , &c.
Araminte voyant que le jour commence
à naître , congédie les Concer
tans , de peur qu'ils ne soient reconnus .
Elle excite Leandre à achever le projet
dont elle est convenue avec lui . Leandre
lui dit , qu'une Lettre qu'il vient de
recevoir demande sa présente à Paris ,
attendu qu'on va juger le Procès de Celimene
; mais que ce qui feste à faire
poura s'exécuter sans lui. On fait enten
dre dans cette premiere Scene , que Cclimene
n'aime point Valere , et qu'elle
ne fait qu'obéir à Madame Argante sa
Mere , quand elle consent à l'épouser' ,
le croyant garçon. Cette premiere Scene
finit par ces Vers de Leandre à Celimene :
Pour vous , par le succès vous ferez voir ,
Madame
Que l'on peut , du plus loin , ramener un
Ероих ,
Sur tout lorsque l'on sçait s'y prendre comme
yous.
H On
2484 MERCURE DE FRANCE
On expose dans la seconde Scene
que Valere est marié avec Araminte ,
que leur Mariage a toûjours été secret ,
parce qu'il a été célébré à l'insçu d'un
Oncle d'Araminte , qu'elle a dû ménager
; que cet Oncle est mort , qu'elle en
a herité , qu'elle veut cacher cette mort
à son infidele Epoux , pour le faire re
venir à elle , plutôt par amour , que par
reconnoissance . On instruit les Spectateurs
des piéges innocens qu'on lui
rend , mais on n'en découvre qu'autant
qu'il en faut pour exciter la curiosité des
Spectateurs . Araminte dit à Marton ,
qu'il lui importe de mettre dans ses in,
terêts Frontin , valet de Valere. Marton
ne consent qu'avec peine à retenir son
humeur impétueuse , et n'accepte qu'à
regret , en aparence , une bourse , par
laquelle on la charge de séduire Frontin.
Araminte exhorte Frontin à la servirg
et lui dit en se retirant , que Marton
tient entre ses mains le prix de son
zele.
Marton voudroit engager Frontin
à la servir gratis ; mais elle n'en peut
yenir à bout. Valere apelle Frontin s
il va lui ouvrir la porte de la cour , et
fait sauver Marton par celle du jardin ,
Marton
NOVEMBRE 1737 2485
Marton lui permet d'aprendre à Valere
qu'Araminte sa femme est à Auteuil ,
lieu de la Scene.
. Frontin aprend à Valere qu'Araminte
est arrivée de Paris , Valere en est allarmé
mais il craint plus ses justes plaintes
, que sa colere ; il se reproche son inconstance
, il se plaint de celle de Celi
mene , et fait connoître combien il est
jaloux de la Serenade qu'on vient de lui
donner.
Araminte aborde Valere avec sa douceur
ordinaire ; elle lui reproche tendrement
la diminution de son amour à son
égard. Valere ne peut lui cacher son
trouble ; elle lui en demande la cause
il lui dit enfin , qu'il n'est retenu à Auteuil
, que par un soin généreux où l'amitié
l'engage ; il lui aprend qu'à son
retour de Lyon à Paris , il vit pour da
premiere fois une jeune Enfant , dont la
Mere ne pouvoit calmer la douleur
que cette tendre Mere lui aprit que sa
Fille auroit dû joüir d'une brillante succession
, mais que de tant de biens qui
devoient lui écheoir en partage , il ne lui
restoit qu'un Procès qu'elle alloit faire
juger à Paris ; il ajoûte que la Cause
ayant été renvoyée au prochain Parle
ment , il avoit proposé à la Mere de pas-
Hij ser
2486 MERCURE DE FRANCE
ser ce délay à Autueil ; qu'il lui avoit
caché que la maison , où elle devoit loger
fût à lui , parce qu'il ne doutoit point
qu'elle ne l'eût refusée . Araminte se
plaint à lui de ce qu'il lui a fait un mystere
d'une action si généreuse , et lui dit
qu'il ne peut reparer cette faute , qu'en
Jui présentant sans différer cette aimable
personne. Valere troublé de cette demande
s'en défend ; Araminte lui dic
qu'elle voit bien ce qui lui fait de la
peine , qu'elle se gardera bien d'exposer
le secret de leur Hymen , et qu'elle ne
veut passer que pour sa Sour ; Valere est
charmé d'une précaution si favorable à
son amour .
Mde Argante et Celimene paroissent
au fond du Theatre ; la Fille est aussi insensible
à l'aspect d'Araminte , que la
Mere en paroît troublée ; mais le nom
de Soeur que Valere donne à sa Femme,
raffure cette derniere.
Après les premiers complimens , Valere
invite Araminte à s'aller reposer ; elle l'accepte
; il va la conduire dans son Apartement.
Mde Argante témoigne à Celimene
le plaisir qu'elle a eu d'aprendre
que celle qu'elle avoit d'abord prise pour
une Maîtresse de Valere , n'étoit heureusement
que sa Soeur ; elle se plaint à
Sa
NOVEMBRE. 1737 2487
sa Fille du peu de joye qu'elle en ressent;
Celimene lui fait entendre que la For
tune acheve de l'accabler , en lui offrant
Valere pour Epoux , et qu'elle ne peut
sans regret et sans remords , consentir
un Hymen qui doit porter un coup mor
tel à Leandre , pour prix d'avoir consu
mé tous ses biens à la poursuite du Procès
, qui est leur derniere ressource ; elle
se détermine pourtant à obéir à Sa Mere.
· Leandre vient annoncer à Mde Argante
, qu'on doit ce jour même juger
son Procès ; Mde Argante lui dit qu'elle
est pénétrée de son zele , qu'elle voudroit
bien s'acquiter des obligations
qu'elle lui a ; qu'elle ne le peut que par
Hymen de Valere avec sa Fille ; Leandre
lui témoigne qu'il l'a toûjours servic
sans espoir de récompense , et qu'il n'en
veut point d'autre , que le bonheur de
rendre Celimene heureuse il les quitte
pour aller faire juger le Procès.
Celimene est plus attendrie que jamais
de la générosité de Leandre ; Mde Argante
en est touchée , mais elle témoigne
a- sa Fille , qu'elle ne doit s'occuper que
de son Etablissement , qui ne pouroit.
être que très désavantageux avec Leandre.
Marton au fond du Theatre , fait con
Hiij.
noître
1488 MERCURE DE FRANCE
noître par un à parte , qu'elle va porter
un beau coup à la prétendue Rivale de
sa Maîtresse ; elle fait compliment à Celimene
sur son prochain Mariage ; elle
lui vante les bonnes qualités de Valere ,
et fait sentir adroitement , que jamais
l'Hymen n'auroit formé de si beaux
noeuds , si la Fortune étoit un peu plus
favorable à son cher Maître . Mad. Argante
est frapée d'aprendre que Valere:
n'est point riche ; Celimene est irritée de
ce que ce même Valere lui en a imposé
en lui assurant le contraire . L'adroite
Marton se reproche son imprudence affectée
, et les prie toutes deux de ne
point aprendre à son Maître , que ce
coup si fatal vient de sa main ; elle se
sauve après avoir éxécuté un projet qui
doit broüiller Mad. Argante avec Valere
.
Celimene paroît charmée de ce qu'elle
vient d'aprendre , sa Mere en est au
désespoir ; elle se détermine à prendre
congé de Valere ; cependant elle ordonne
à sa Fille de dissimuler jusqu'à leur
départ , attendu qu'elles doivent quelques
ménagemens à Valere.
Valere vient proposer la Promenade à
Celimene ; Mad. Argante l'y fait consentir
malgré elle ; Valere recommande g
10
NOVEMBRE. 1737 2489
le secret à Frontin . Frontin se résout à
servir Araminte , qui le paye bien mieux
que son Maître.
Araminte vient avec Marton , qui
l'assure de la fidelité de Frontin ; ce dernier
fait connoître qu'il ne veut point
s'engager à rien faire contre son Maître ;
Araminte lui dit , que tout ce qu'on va
faire est pour son bien ; Frontin lui répond
qu'il n'a plus de scrupule. Araminte
lui ordonne de la suivre.
exécuter son projet.
• pour
وا
ACTE II. La necesssité d'exposer ;
nous ayant rendu un peu trop diffus
dans l'Acte précedent , nous allons racourcir
les deux suivans , en nous attachant
uniquement au fil de l'Action
Scene par Scene.
Frontin fait entendre par un Monolo
gue , qu'on vient de meubler richement
FApartement de Celimene.
Mad . Argante , suivie de sa Fille, aussi
étonnée qu'elle d'un si grand change-.
ment , en demande la raison à Frontin
qui leur laisse croire que Valere pouroit
bien en être l'Auteur.
Mad. Argante le veut persuader à sa
Fille , quoique Marton leur ait dit dans
FActe précédent , que Valere n'est point
riche , elle soupçonne la Suivante d'a-
Hiiij
voir
2490 MERCURE DE FRANCE
voir menti , pour empêcher un mariage :
qui ne lui plaît pas,voici la raison qu'elleen
donne :
Son Frere est votre Amant ; elle voit aujour
d'hui
Qu'un noeud encor plus fort , va vous unir à
lui ;
C'est là ce qui l'allarme , et de ses droits ja
louse ,
!
Elle craint que la Soeur ne le cede à l'Epouse..
- Celimene persévere également dans
son aversion pour Valere, dans son pen--
chant pour Leandre , et dans son obéissance
envers sa Mere. Valere vient , tout
agité de ce qu'il vient de voir ; Celimene
, conformément aux ordres de sa
Mere , lui fait des remerciemens ,
Valere prend pour des outrages , Mad..
Argante lui parte pour sa Fille , et lui
dit :
que
De quoi vous plaignez-vous mettez - vous à
na place ;
J'ai ma Fille à pourvoir ; que faut- il que je
fasse ?
En s'offrant à nos yeux , un riche Ameuble
ment ,
Nous promet un Epoux dans le plus tendre-
Amant ;
Car s'il n'étoit qu'Amant , vous devez nous con--
noîtie
Et
NOVEMBRE. 1737. 2491
Et ses présens et lui n'auroient qu'à disparoî
tre.
Valere irrité contre Celimene , qu'il
croit aussi interessée que sa Mere , lui
reproche són infidelité ; il soupçonne
Frontin d'avoir part à l'affront qu'on
vient de lui faire ; et le voyant venir ,
il veut l'obliger à lui découvrir quel est
ce Rival insolent qui ose meubler sa
Maison.
Frontin subit avec peine cer interrogatoire
; il convient qu'il a vû entrer ces
meubles dans la maison , et s'en excuses
par ces Vers
Ai- je souffert d'ici que l'on emportât rien ?
Je me serois plutôt fait hacher sur la porte
Que d'en laisser sortir un clou ; mais om
aporte ;
J'ouvre les deux battans..
Valere transporté met l'épée à la main ;
Frontin apelle au secours. Araminte »
vient ; Valere chasse Frontin ; prêt à
tout découvrir. Valere s'excuse du mieux
qu'il peut auprès d'Araminte ; Marton
le croyant convaincu , lui reproche vi
vement son infidelité . Valere ne sça--
chant plus que répondre , prie Aramintede
souffrir qu'il parle pour la derniere :
fois à Celimene , et lui promet que sii
H: y. la
2492 MERCURE DE FRANCE
la Fille parle comme la Mere , toute son
amitié va tourner en mépris. Marton
est chargée d'aller prier Celimene de
venir : Marton répond à cet ordre avec.
ses vivacités ordinaires ;; elle obéit pourtant.
Araminte prie Valere de lui ouvrir
son coeur ; Valere apuye sur l'affront
qu'un inconnu lui fait chés lui .
Marton revient sans avoir rien obten
de Mad: Argante ; Valere en est si irrité
, qu'il soit pour se vanger du Rival
inconnu .
Araminte se reproche d'être allé trop
loin , et finit ce second Acte par un dessein
formé de rendre le calme au coeur
de Valere.
ACTE III. Frontin et Marton comment
cent ce dernier Acte . Frontin est chargé
par Valere de découvrir son Rival.
Marton lui remet entre les mains un
Billet , qui doit calmer la colere de son
Maître. Mad. Argante et Celimene paroissent
au fond du Theatre ; Frontin
qui les aperçoit , dit à Marton de le
seconder dans le dessein qu'il a de dé-
Grier Valere dans l'esprit de Mad. Ar
gante ; cette derniere persuadée que Marton
lui a dit vrai , quand elle lui a fait
entendre que Valere n'est pas riche ,
congé
NOVEMBRE. 1737. 2493
congédie Marton et Frontin , et leur
promet sa protection qu'ils lui demandent.
Celimene, piquée du personnage qu'elle
joue malgré elle , dit à sa Mere qu'elle
ne peut plus le soûtenir , et que pour
recouvrer sa gloire , elle doit abandonner
et la maison de Valere et les meu--
bles deshonorans dont on a enrichi son
Apartement. Mad. Argante touchée de
la vertu de sa Fille , ouvre enfin les
yeux , et consent à la laisser maîtresse
de son choix.
Valere vient parler à Celimene pour
la derniere fois , il persiste à l'accabler
d'injures , Celimene n'en veut pas entendre
davantage , et le quitte , après
lui avoir protesté qu'elle ne sortira pas
de sa maison qu'elle ne se soit justifiée..
Valere se reproche plus que jamais Pinfidelité
qu'il a faite à une Epouse aussi
fidelle , et aussi digne d'être aimée que
la sienne.
Araminte vient sçavoir de Valere , s'il
est content de Celimene ; cette Scene est
remplie de rendres protestations de la
part de Valere , et de satisfaction de la
part d'Araminte.
Frontin aporte à Valere une Lettre:
Cette Lettre est la même que Martom
El vj
Indi
2494 MERCURE DE FRANCE
lui a donnée , pour remettre l'esprit de
son Maître dans une douce situation .
Elle est censée partir de la main d'une
Dame inconnue , qui lui offre tout ce
qu'il peut esperer de plus avantageux du
côté de l'Amour et de la Fortune . Valere
résiste à des offres si éblouïssantes
il en fait un sacrifice à Araminte , qui ,
Par
là est convaincuë de la sincerité de
son repentir. Celimene vient remettre
entre les mains de Valere les meubles ,
précieux qui l'ont rendu jaloux , il rend.
justice à sa vertu .
Leandre vient annoncer à Mad. Ar
gante qu'elle a gagné son procés , et :
qu'elle est rétablie dans tous ses biens ; ,
comme il veut s'en retourner à Lyon ,
Celimene l'arrête , et lui offre sa main ,
conformément au pouvoir que sa Mere ;
lui en a donné ; Valere porte envie au
bonheur de ces Amans , et n'oseesperer
d'être heureux à son tour ; Araminte lui
dit qu'il a reparé ses erreurs passées , par
le genereux refus . qu'il vient de faire des.
offresavantageuses qu'on lui a faites dans
un Billet qui ne peut être acquitté , ditelle
, que par elle - même ; elle le prie
d'excuser cet heureux stratagême, inspiré.
par l'Amour ; elle lui aprend la mort
de son Oncle , et finit par ces Vers :
Le
NOVEMBRE. 1737. 2495
Ee sort à pleines mains sur nous vient de té
pandre
Les biens que tôt ou tard nous devions en at
tendre :
Mais pour moi le plus grand et le plus cher de
tous
C'est d'avoir regagné le coeur de mon Epoux.
La Piece est suivie d'un Divertissement
qu'Araminte a fait préparer pour célé--
brer sa réunion avec son Epoux ; voici
deux Couplers du Vaudeville :
Un Paysan.
L'Amour. a fait cette loi
Entre ma Glaudaine et moi ;
Le jour nous nous chantons pouille ,
La nuit vient nous accorder .
L'Amour veut qu'on ne se brouille
Que pour se raccommoder.
Au Parterre....
Vous nous grondez quelquefois ;;
Daignez radoucir vos voix.;
Ce seul p'aisir nous chatouille ;
Puissiez -vous nous l'accorder !
Trop heureux qui ne se brouille
Que pour se raccommoder !
Le
2496 MERCURE DE FRANCE
Le 12 de ce Mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere representation de
trois Piéces nouvelles , chacune en un Acte, pre
cedées d'un Prologue , et faites par trois Auteurs
differens ; le Prologue et la premiere sousle
titre du Rival Secretaire ; le Prologue du même
Auteur a été fort aplaudi. La seconde intitulée
, l'Accommodement imprévé, et la troisiéme
L'Heure du Berger. Ces trois petits Poëmes sont
terminés par un très joli divertissement et par
un Balet très ingenieux et bien executé
composé par M. Dangeville , de l'Académie
Royale de Musique , les Airs à chanter et la
Symphonie , simple , vive et naturelle , qui ont
été fort goutés sont de M. Faure , premier Violon
de l'Orchestre de l'Opera..
Nous n'entreprendrons pas de donner un dé
tail circonstancié de chacune de ces Pieces et le
Lecteur ne doit pas nous en sçavoir mauvais gré.
La derniere cependant finit heureusement et pre--
sente un très riant Tableau. L'Heure du Berger
personnifiée sous la figure de la Dile Dangeville
est prête à fraper sur le timbre , dans l'instant
que la Dlle Baron des Brosses , Mere de la Dile
Poisson en Bergere , interomp la déclaration
que son Amant lui fait à ses genoux . La Dile
Conel en amour , n'a pas peut contribué à augmenter
les graces et les images agréables de cesreprésentations.
A leur retour de Fontainebleau, lès Comédiens
qui y avoient suivi la Cour representerent avec
leurs Camarades , sur le Théatre François le 17
de ce mois la Tragédie du Comte d'Essex dont le
Sr. Sarrazin joua le principal rôle , furent joués
par ceux d'Elizabeth et de la Duchesse et par
les Dlles du Mesnil et Conel. Ils ont joué
ensuite
NOVEMBRE. 1737. 2457
ensuite la mort de Pompée , dont les principaux
rôles de Cesar , de Ptolomée , d'Achorée , de
Cornelie et de Cléopatre sont joués par les>>
Sieurs Dufresne , Grandval et le Grand, et par
les Diles du Mesnil et Grandval
On a aussi vu sur le même Théatre la Comédie
deDom Japhet d'Armenie,qu'on avoir jouée à
la Cour devant Monseigneur le Dauphin , Toutes
cesPiéces sont parfaitement bien representées.
Cette derniere est ornée d'une course de Taureaux
avec Cavalcade , Fanfares &c. dont l'execution >
fait un Spectacle qu'on voit avec plaisir.
Les mêmes Comédiens ont reçu une Comédie
en Vers et en cinq Actes , de M. Pirons
qui a pour titre la Métromanie,
Le 21 les Comédiens Italiens firent l'ouver
ture de leur Théatre depuis leur retour de Fon--
tainebleau , par la Comédie nouvelle intitulée .
La ***** suivie d'un divertissement Chinois
et de la petite Piéce de Momus corrigé avec un‣
divertissement nouveau très bien executé.
Ils donnerent le 25 la premiere representations
d'une Comédie nouvelle en Vers et en trois Ac--
tes , sous le titre de la Gouvernante , qui fut
favorablement reçûë du Public. La Delle Silvia
y joue le principal rôle avec la précision
et l'intelligence que tout le monde luis
connoît.
Nous sommes contraints de renvoyer au prochain
Mercure l'Analyse de l'Opera de Castor et
Pollux , faute de place. On en cessera les repre--
sentations le mois prochain pour reprendre Perée
et Athys ensuite..
NO U
2498 MERCURE DE RFANCE
NOUVELLES ETRANGERES..
DE TURQUIE ET BARBARIE.
Elón quelques Lettres de Constantinople , le
Peuple y9 parú fort irrité de la prise d'Oce
zakow , et il y a eu une espece d'émeute. Toutes
les Boutiques de la Ville ont été fermées , la
plupart des Habilans s'étoient munis de pain
pour plusieurs jours ; la populace ayant tiré du .
Bagne, Lieu où l'on met les Esclaves , deux Offi
ciers Moscovites qui y étoient détenus , leur a .
tranché la tête , et la sédition auroit cu peut- être
des suites plus fácheuses si on n'eût apaisé les
mutins par la déposition du Grand Visir.
Achmet Bey, cy - dévant Comte de Bonneval ,
fut fait le 9. Septembre , Pacha a trois queues, et
partit le 15 pour le Camp du Grand Visir
Le Kands Tartares qui avoit été relegué à
Rhodes , a été de nouveau revêtu de cette dignité.
Lez Septembre on pendit à Constantinople le
Curtchy Bachy , ou Chef des Péliciers , qu1 étoit
fort riche et qu'on soupçonnoit avoir de grandes
liaisons avec Osman Kiaya du Grand Visir
qui a été décapité.
Le bruit court qu'Ismaël Pacha et Dgianum
Codgia , sont rapellés de leur exil et qu'ils ne
tarderont pas à paroître à Constantinople.
On assure que le General Lescy est sorti de la
Crimée , en ayant été repoussé par le Pachr de
Caffa , que sa retraite s'est faite dans un grand
désordre et qu'il a perdu beaucoup de monde.
NOVEMBRE. 1737. 2499
On a apris de Barbarie qu'il y avoit eû au
commencement du mois d'Octobre un combat
sanglant entre les Troupes de Muley Abdalla et .
celles de Muley Lariba , et que le premier ayant
remporté une vicoire complette , avoit obligé
l'Usurpateur de prendre la fuite.
Les mêmes avis portent qu'un Maure, qui depuis
plusieurs années vivoit seul dans une espece'
d'Hermitage , avoit suivi l'exemple de celui
qui , après avoir mené la même vie , s'étoit fair
Ouvrir il y a quelque temps les portes de sainte
Croix et avoit enlevé les richesses du Gouverneur
et des principaux Habitans , qu'à la tête
d'un grand nombre de vagabonds , il faisoit des
Courses dans le Pays , mettoit les Habitans de la
Campagne à contribution , et qu'il avoit pris le
titre de Roy de Taridante .
DE
RUSSIE.
LBs Ouvragesque le Comte de Munich avoit
ordonné d'ajouter aux Fortifications d'Oczacow
doivent être achevés et l'on se flatte d'autant .
plus de pouvoir conserver certe Place , qu'on a
reçû la confirmation de la nouvelle de la prise
de Kimburn , qui en est à quelque distance , et
dont la Garnison composée de 300. Turcs , s'est .
retirée à l'aproche du détacheinent que le Com-.
te de Munich avoit envoyé pour obliger le Gou
verneur de se rendre .
Selon les Lettres du General Lescy ,Donduk Om
bro, Kan des Calmouques, Tributaires de S.M.Cz.
n'ayant pas executé la seconde Expedition qu'il
avoit promis d'entreprendre contre les Tartares
du Cuban, ces derniers,au nombre de plus de 20 .
mille, ont repassé le Fleuve du Cuban, et ont fait
ung
2500 MERCURE DE FRANCE
une irruption dans les Provinces voisines duTanais
, où ils ont pillé et brûlé 30. Villages des
Cosaques , et fait près de 6. mille prisonniers.
On a reçû avis en dernier lieu que les Ministres
Plénipotentiaires qui assistent de la part de
la Czarine au Congrès de Niemirov , ayant fait
sçavoir à S. M. Cz que ceux de Sa Hautesse
avoient déclaré qu'ils ne pouvoient continuer la
négociation , à moins que la Cour de Pétersbourg
et celle de Vienne ne consentissent de res→
tituer les Places dont les Moscovites et les Impériaux
se sont emparés , la Czarine a envoyé
ordre auComteWolinski , au Baron deSchaff roff
et à M. de Neplicf , de se retirer du Congrès , si
on ne recommençoit les Conferences avant le
premier de Novembre .
On assure que les Comtes d'Ostein et de Welseck
, et M. Dahlman , Ministres Plénipotentiares
de l'Empereur , ont reçû un pareil ordre de
S.. M. I.
Comme on ne doute point que le Congrès ne
soit rompu , on est occupé aux préparatifs de la
Campagne prochaine. L'utilité qu'on a tirée des
Praames et des doubles Chaloupes pendant cette:
Campagne , a déterminé la Czarine à ordonner
qu'on en construisît 150 nouvelles pour renforcer
son Escadre sur la Mer Noire. Ces Bâtimens
qui ne portent que deux Canons et dont on
ne pouroit se servir en pleine Mer , parce qu'ils
ne sont pas assés forts pour résister à une tempête
, sont d'un usage très commode sur les Cotes
de la Crimée, lesquelles ont très - peu de fond,.
et ne prenant presque point d'eau , ils peuvent
toujours côtoyer la terre et se tenir bors de la
portée du Canon des Vaisseaux de guerre.
DE POLOGNE
NOVEMBRE. 1737. 2501.
DEPOLOGNE.
N aprend du commencement de ce mois ,
que les Ministres Plénipotentiaires qui assistoient
de la part du Grand Seigneur au Congrès
de Niemirow , ayant reçû ordre de S. H.
de rompre toute négociation et de déclarer aux
Ministres de l'Empereur et à ceux de la Czarine,.
que leur Maître avoit pris le parti de recouvrer
par les Armes les Places que ces deux Puissances>
refusoient de lui restituer , ils envoyerent le 14.
Octobre leur premier Interprete à ces Ministres
pour leur donner part des résolutions ds la Porte.
Ils dépêcherent en même temps un Courier au
Grand General de la Couronne pour lui porter
une Lettre par laquelle le Grand Visir le remercie
des honneurs qui leur ont été rendus , et de
Pattention qu'il a cûe de leur procurer toutes.
les commodités qu'ils pouvoient desirer.
Les Interpretes des Ministres Plénipotentiaires
de l'Empereur et de la Czarine , eurent les jours
suivans quelques conférences avec ceux des Ministres
Turcs, et ils leur firent diverses propositions
pour engager le Reys Effendi à renouer la
négociation , mais les ordres de la Porte étoient
si précis , qu'il n'a pû se dispenser de s'y conformer
, et le 19. il partit avec les autres Ministres
Plénipotentiaires du Grand Seigneur sous.
l'escorte d'un détachement de Troupes Polonoises
qui a dû les conduire jusques sur les Frontieres
de Etats de Sa Hautesse.
L
D'ALLEMA G⋅NE.
Es Troupes , sous les ordres du Comte de
Kevenhuller , composées d'environ 20000.
hammes lorsqu'il tenoit Widdin bloqué, s'étant:
trouvées
2502 MERCURE DE FRANCE
trouvées réduites à 7 ou 8000. depuis que le
Com.e de Seckendorf lui a donné ordre d'envoyer
quatre Regimens d'Infanterie et sept de
Cavalerie au Général Wallis , les Troupes Turques
qui étoient assemblées dans laValachie ont
voulu profiter de cette diversion .
Le 28. du mois de Septembre dernier 16000 .
hommes de ces Troupes passerent le Danube
dans un grand nombre de Saïques , et ayant dé
barqué près de l'endroit où le Timock se jette
dans ce fleuve , ils travaillerenr à construire deux
Ponts sur le Timock.
Dès que le Comte de Kevenhuller fut averti
de l'aproche des Ennemis , il détacha six Compagnies
de Grenadiers et un Bataillon du Regi
ment du Prince Charles de Loraine , sous les Ordres
de M. Helefreich, Colonel Commandant de
ce Regiment, pour les reconnoître, et il fit occuper
en même temps par plusieurs Compagnies
de Grenadiers et de Carabiniers un Bois voisin
du Lieu où les Turcs construisoient un de leurs
Ponts
M. Helfreich , avant que ce Pont fût achevé
attaqua un Corps de Janissaires qui soûtenoit'
les travailleurs , et après un feu très vif de part
et d'autre , il obligea les Ennemis d'abandonner
leur ouvrage , mais ceux-ci qui avoient fini
leur autre Pont , passerent le Timock et M.
Helfreich fut obligé de se retirer pour n'être
pas envelope.
>
Les Turcs dans le dessein de lui couper le
chemin ainsi qu'aux Gardes avancées des Imperiaux
, firent defiler sur leur gauche beaucoup de
Troupes qui tenterent inutilement de franchir
quelques Marais. Comme leurs differens mouve
mens ne laisserënt au Comte deKevenhuller au-
Спа:
NOVEMBRE. 1737. 2508
cun lieu de douter qu'il ne se disposassent à l'attaquer
dans son Camp , il fit sortir ces Troupes
de leurs lignes , et ayant marché en orc
de Bataille contre les Ennemis , il s'arrêta - à
quelque distance d'une Forêt dans laquelle étoit
postée une partie de leurs Troupes.
et vers les
Lorsqu'ils virent que le Comte de Kevenhuller
faisoit alte , il s'avancerent en bon ordre et à
petits pas , contre leur coutume
deux heures après midy ils attaquerent les Im❤
periaux par divers endroits. Le Combat dura
jusqu'au soir , mais ces derniers se défendirent
avec tant de valeur qu'ils ne pûrent être entamés ,
et que les Turcs repasserent le Timock , après
avoir perdu beaucoup plus de monde que les
Allemans,
Les Troupes Saxones se sont extrémement
distinguées dans cette action. La necessité dans
laquelle le Comte de Kevenhuller avoit été de
faire agir toutes ses Troupes , l'ayant obligé de
ne laisser que peu de monde dans son Camp pour
le garder , un détachement des Ennemis y entra
pendant le Combat , pilla les bagages , et massacra
les malades qui étoient restés dans de
Camp.
Le Comte de Kevenhuller , qui étoit demeuré
pendant la nuit sur le champ de Bataille avec
toutes ses Troupes , ayant jugé par les nouveaux
mouvemens que les Turcs firent le lendemain à
la pointe du jour , qu'ils avoient dessein de l'attaquer
une seconde fois , il prit la résolution de
se retirer avant qu'ils s'emparassent de ces dé-
-filés. .
On a reçû avis que la nuit du 1. au 2.
d'Octobre l'Officier Turc qui commandoir
dans Usitza , avoit rendu la place aux Imperiaux
2504 MERCURE DEFRANCE
riaux après un Siege de huit jours ; qu'on avoit
accordé à la garnison la même Capitulation
qu'à celle de Nissa , et qu'elle avoit été conduite
par une escorte jusqu'à Vicegrad. -
Le Prince Hereditaire de Modene , qui malgré
la Saison avancée a voulu rester à l'Armée ,
s'est trouvé à ce Siége dans toutes les attaques
et il y a donné des preuves de la plus grande intrepidité.
L'une des manches de son habit a été
emportée d'un coup de Fauconeau , et un Grenadier
a été tué près de lui à l'attaque du chemin
couvert.
Depuis que des Turcs se sont emparés du poste
de Piros , ils brûlent et ravagent tous les environs.
Les Commandans des divers détachemens
que le Comte de Seckendorfavoit envoyés pour
reconnoître les environs d'Usitza lui ayant
donné avis que la garnison ne pouroit faire
une longue resistance , et sur cette nouvelle ,
ce Général ayant chargé le Colonel Lentulus de
former le Blocus du Fort , ce Colonel l'investit
Je 21 Septembre. Il fut joint peu de jours après
par le Comte de Wallis , Lieutenant Fedt - Maréchal
, et par le Prince de Waldeck , le Comte
de Schulembourg , et M. Lersner , Majors Géméraux
, qui se rendirent devant Usitza avec
trois brigades d'Infanteries , parce que le bruit
s'étoit répandu que les Turcs paroissoient se
disposer à donner du secours aux assiegés .
Le 26. le Comte Philippi lequel en conséquence
des ordres du Comte de Seckendorf
avoit fait marcher douze Bataillons , pour.renforcer
les Troupes du Blocus , alla au Camp
afin d'en examiner la situation , et il ordonna
qu'on commençât à établir les Batteries . Plu
sieurs
NOVEMBRE. 1737. 2505
sieurs Espions ayant confirmé que les Ennemis
persistoient dans la resolution de tâcher d'obliger
les Imperiaux de lever le Siége , et qu'ils devoient
le 29 , passer la Riviere de la Drina , le
Comte de Seckendorf fit avancer le 28 , tous
les Grenadiers de son Armée jusqu'à Possega ,
pour disputer aux Turcs le passage de la riviere .
Le même jour il se rendit au Camp des assiégeans
et le lendemain il reconnut les dehors
d'Usitza et les differens chemins par lesquels le
secours que les assiégés attendoient , pouvoit
arriver.
On commença le 30 à tirer contre la Fortéresse
, et quelques pieces de Canon , qu'on avoit
conduites la veille à 200 pas de la porte , firent
tout l'effet qu'on pouvoir desirer. Le Comte de
Seckendorfjugeant que le feu de son Artillerie
avoit dû jetter l'épouvante parmi les assiégés
et esperant achever de les intimider , il fit preparer
les échelles et les autres machines, necessaires
pour donner l'assaut. Il donna ordre en
même temps à huit Compagnies de Grenadiers
de se tenir prêtes à commencer l'attaque. Le soir
on lui amena cinq Rasciens qui s'étoient échapés
de la Forteresse en descendant avec des cordes
le long du rempart ,et qui l'assurerent qu'il
n'y avoit que 200. hommes de Garnison dans
Usitza . Ils ajouterent que derriere la premiere
porte de la Forteresse étoit une seconde porte
de fer, barricadée avec un grand nombre de
pierres , et leur raport engagea le Comte de
Seckendorf à faire avancer vers la palissade une
piece de Canon , afin de s'en servir en cas de besoin
pour abattre la porte .
Le 1. Octobre à la pointe du jour , comme les
assiéges , malgré les préparatifs auxquels on
1
avoit
2505 MERCURE DE FRANCE
avoit travaille pour escalader la Forteresse , parurent
vouloir continuer de se défendre, M.Marchal
Colonel , reçûr ordre d'attaquer la porte
avec quatre Compagnies de Grénadiers , et le
Comte de Seckendorf fit marcher le Prince de
Waldeck avec quatre Bataillons , Tambour battant
et Enseignes déployées , vers la palissade .
Le Comte de Konigseg fut posté avec quatre
Compagnies de Grenadiers auprès de la principale
batterie. On distribua les Rasciens en differens
endroits , afin de pouvoir former en même
temps plusieurs attaques , et les Charpentiers
savancerent pour enfoncer la porte à coups de
hache.
t
Toutes ces dispositions étant faites , les
Troupes monterent à l'assaut , et quoique les
Ennemis qui bordoient les remparts fissent un
feu continuel , les Charpentiers ayant à leur tête
un détachement du Régiment de Maximilien
Staremberg , commandé par un Lieutenant ,
abattirent la premiere porte. Les Turcs firent
rouler une si grande quantité de pierres du haut
des remparts , que les Charpentiers ne purent
arriver à la seconde porte, et qu'ils furent obligés
de se retirer. z
Alors on résolut de se servir de la piece de
Canon qu'on avoit fait aprocher de la palissade
, mais les Ennemis aporterent tant d'obstacles
qu'on ne pût en faire aucun usage , et qu'il
fallut remettre au lendemain la continuation de
l'Attaque.
Toutes les Troupes étoient restées dans leurs
postes , et elles se tenoient prêtes à retourner le
jour suivant à l'Assaut , lorsqu'un Soldat de la
Garnison cria en Langue Rascienne aux Gardes
avancées des Assiégeans , que si les Impériaux
étoient
NOVEMBRE. 1737. 2507
Loient dans la résolution de ne point donner de
quartier aux Assiegés , ceux - ci se défendroient
jusqu'à la derniere extremité. Ce discours ayant
été raporté au Comte de Seckendorf , il envoya
un Interprete Rascien pour assurer la Garnison
qu'il étoit disposé à lui accorder une Capitulation
honorable.
il
Au premier signal que fit cet Interprete , lorsqu'il
arriva près de la porte de la Forteresse ,
parat un Turc, qui après avoir écouté la proposition
dont le Rascien étoit chargé , lui fit réponse
que pourvû que les Assiégeans voulussent
cesser les hostilités , les Assiegés discontinueroient
les leurs , afin qu'on pût convenir des articles
de la Capitulation
Le Comte de Seckendorf fit partir aussitôt
l'Interprete Imperial pour annoncer au Gouverneur
d'Usitza qu'on suspendroit les actes d'hostilité
, si en attendant que les articles de la Çapitulation
fussent reglés , il vouloit envoyer
deux ôtages , ce qui fut executé le lendemain au
matin.
On est convenu par la Capitulation que toutes
les marques d'honneur qui avoient été accordées
à la Garnison de Nissa , le seroient à celle
d'Usitza en consideration de la défense qu'elle
avoit faite ; qu'ainsi il lui seroit permis de sortir
de la Forteresse avec armes et bagages ; que les
Officiers et les Soldats pouroient emmener leurs
femmes , leurs enfans et leurs esclaves , excepté
ceux qui professoient la Religion Chrétienne ,
qu'on leur fourniroit le nombre de chariots et
de chevaux necessaires pour transporter leurs
malades , leurs blessés et leurs effets ; qu'immé
diatement après que la Garnison seroit sortie
d'Usitza , elle seroit conduite à Vicegrad sous
I unc
2508 MERCURE DE FRANCE
une escorte de trente Cavaliers qui auroient soie
que cette Garnison ne reçût aucun préjudice sur
la route ; que de son côté elle seroit obligée de
laisser un de ses principaux Officiers en ôtage
pour sûreté du retour de l'escorte .
On a reçû avis que 18000. Hommes des Troupes
Ottomanes avoient formé le Blocus de Nis
sa , et avoient coupé tous les canaux qui portent
de l'eau dans la Ville ; que le Pacha qui est à la
tête de ce Corps , ayant sommé le Gouverneur
de se rendre , et lui ayant offert la même Capitulation
que les Imperiaux avoient accordée à la
Garnison Turque , lui avoit donné dix jours
pour se déterminer sur le parti qu'il prendroit
et qu'il l'avoit menacé de ne faire aucun quartier
aux Assiegés , si , après le temps prescrit, ils
s'obstinoient à se défendre.
On a apris depuis que les Turcs avoient em .
porté d'assaut un Fort près d'Orsova , et qu'un
Bataillon du Regiment de Wolfenbuttel , qui
étoit en garnison dans ce Fort , avoit été passé
au fil de l'épée.
Selon les derniers avis de l'Armée , le bruit y
étoit répandu au départ du courier , que la
Garnison de Nissa manquant d'eau depuis que
les Turcs avoient coupé les canaux des environs,
le General Doxat avoit été obligé de rendre la
Place , et que le 22. Octobre il en étoit sorti ,
après avoir obtenu la même Capitulation qui
avoit été accordée dernierement aux Turcs par
le Comte de Seckendorf.
Les frequentes courses que font dans la Servie
Imperiale les Partis de l'Armée Ottomane , dont
quelques uns se sont avancés jusqu'à deux lieues
de Belgrade , ont jetté une telle épouvante parmi
les Habitans de cette Province , que la plûpart
NOVEMBRE 1737 ༢༨༠༡
part ont pris la fuite avec leurs principaux effets
.
L'Empereur ayant envoyé ordre au Confte de
Seckendorf de se rendre à Vienne , ce Feldt- Maréchal
y arriva le 28. Octobre de l'Armée , dont
il a remis le Commandement au Comte Philippi;
peu d'instans après son arrivée, et dans le temps
qu'il se disposoit à aller rendre ses respects à
l'Empereur , un Chambelan de la Clef d'or lui
annonça de la part de S. M. I. qu'Elle ne pouvoit
lui donner audience. Le Conseil Aulique de Guerre
envoya le lendemain à ce General un Memoire
contenant plusieurs articles , sur chacun
desquels l'Empereur lui ordonnoit de répondre
positivement , et ses réponses n'ayant pas par
satisfaisantes , le Conseil lui fit sçavoir que S.
M. I. vouloit qu'il gardât les arrêts dans sa maison.
Le 3. de ce mois vers sept heures du soir après
in Conseil qui se tint en presence de l'Empeseur
, et dans lequel il fut résolu de s'assurer
plus particulierement de la personne du Comte
de Seckendorf, le Major de Vienne , accompagné
d'un Capitaine , d'un Sergent , de deux Caporaux
et de douze Fusiliers , se rendit à l'Hôtel
de ce Feldt- Maréchal , et ayant posté des Gardes
aux portes , il lui déclara que l'intention de
l'Empereur étoit que non-seulement il demeurât
aux arrêts chez lui , mais encore qu'il fû gardé
à vue dans sa chambre , et qu'il ne parlât a personne
qu'en présence de l'Officier qui seroit
chargé de le garder. Le Major avant que de se
retirer , passa dans l'apartement de la Comtesse
de Seckendorf, à laquelle il dit qu'elle pouvoit
tenir compagnie au Comte son époux , si elle le
souhaitoit , mais que l'Empereur ne lui accor-
I ij doit
2510 MERCURE DE FRANCE
doit cette liberté qu'à condition qu'elle ne sor
tiroit point de la chambre du Feldt-Maréchal
La Comtesse de Seckendorf alla aussitôt se renfermer
avec son époux.
Outie l'Officier qui garde le Comte dans sa
chambre , il y a toujours dans l'anti-chambre
trois Soldats en faction , la bayonette au bout
du fusil , et personne n'est introduit dans l'apartement
à l'exception d'un Secretaire et de deux
domestiques , qui sont gardés chacun par deux
Soldats.
Les principaux Commissaires que l'Empereur
a nommés pour examiner l'affaire du Cointe de
Seckendorf, sont le Comte de Konigseg , le
Comte Palfi , le Comte Jorger , et le Comte
Olivier de Wallis .
La nouvelle de la prise de Nissa par les Turcs
a été confirmée , et on a apris que la Garnison
en étoit sortie le 22. avec armes et bagages ,
mais qu'elle avoit été obligée de laisser dans la
Place toutes les munitions de bouche et de guer
re , et 16. pieces de Canon que les Imperiaux y
avoient fait conduire. Cette Garnison , composée
de quatre Bataillons , a été escortée jusqu'à
Vipalanka par un détachement de 3000. Turcs ,
qui à leur retour ont pillé et brulé tous les Vil
lages par lesquels ils ont passé.
Le Ministre qui réside à Ratisbonne de la part
de l'Electeur de Cologne comme Grand- Maître
de l'Orde Teutonique , a protesté de la part de
ce Prince contre l'élection du nouveau Duc de
Curlande , et il a presenté à la Diette un Memoire
dans lequel l'Electeur de Cologne entreprend
de prouver les droits de l'Ordre Teutonique
sur les Duchés de Curlande et de Semigale
, qu'il prétend devoir retourner à cet.Ordre
NOVEMBRE. 1737 síť
dré , puisque la Maison de Ketler est éteinte.
L'Electeur de Cologne prie l'Empereur et les
Etats de l'Empire dans ce Memoire , de concerter
les mesures qu'il est à propos de prendre , afin dë
procurer la réunion de ces deux Duchés à l'Empire.
Il ajoûte qu'il compte d'autant plus sur les
soins de S. M. I. à cet égard , qu'elle s'est obligée
par l'article dixième de la Capitulation
qu'elle a signée à son Election , de réunir au Domaine
de l'Empire tout ce qui en a été détaché ,
de faire une recherche exacte de tous les Fiefs
qui en ont été alienés , et particulierement d'accorder
sa protection aux Chevaliers de l'Ordre
Teutonique et de celui de Saint Jean de Jerusa-
, pour les faire rentrer dans les biens dont
ils ont été injustement d . possedés.
lem ,
LES
ITALIE.
Es difficultés qui retardent l'accommode
ment de la Cour de Rome avec celle de Lisbonne
n'ont pu encore être levées , et l'on doute
que cet accommodement puisse être conclu tant
que S. M. P. persistera à vouloir que la dignité
de Cardinal soit tojours attachée à celle de Patriarche
de Lisbonne.
Le 17. Octobre dernier , les Armes du Duc de
Loraine , Grand Duc de Toscane furent placées
sur la porte du Palais de Florence à Campe
Marso.
On a apris de Venise qu'un Vaisseau de 32 .
pieces de Canon et de 140. hommes d'équipage ,
que des Marchands de cette Ville avoient envoyé
charger du bled sur la côte d'Albanie , y
avoit été attaqué par un Bâtiment Turc de
Dulcigno , qui ayant pris le Pavillon de Cor-
I iij
saire
2512 MERCURE DE FRANCE
saire de Barbarie profita du temps que le Capi
saine et les Officiers étoient à terre pour l'attaquer.
Le Pilote et l'équipage , après s'être défendus
le plus long-temps qu'il leur fut possible,
étoient prêts de se rendre , lorsqu'ils furent secourus
par le Capitaine duGolfe qui croise avec
quelques Galeres dans la Mer Adriatique , et qui,.
attiré par le bruit du Canon , délivra le Bâtiment
Venitien et coula à fond celui de Dulcigno ,
dont la plus grande partie de l'équipage fut
noyée.
Comme il pouroit arriver que dans d'autres
Occasions les Vaisseaux n'auroient pas le bonheur
d'être secourus aussi à propos par le Capitaine
du Golfe , le Sénat a résolu d'augmenter
le nombre des Vaisseaux destinés à empêcher
que la navigation des Venitiens ne soit troublée
dans la Mer Adriatique.
Tous les préparatifs , auxquels l'Electrice Palatine
Douairiere faisoit travailler dans l'Eglise
Collegiale de Saint Laurent de Florence étant
achevés , on y celebra au commencement de ce
mois pour le repos de l'ame du feu Grand Duc
un Service solemnel, après lequel l'Archevêque de
Pise,qui y officia Pontificalement ,fit les Absoutes,.
étant assisté dans cette ceremonie par lesEvêques
de Pistoye , de Saint Minien , de Ficzole er d'A
rezzo. L'Eglise tenduë de noir jusqu'à la voute ,,
étoit éclairée avec beaucoup de magnificence , et
on avoit élevé dans la Nef un Catafalque représentant
un Temple dans le goût des anciens Romains.
Quatre Statues qui soûtenoient une Ur.
ne , et par lesquels on avoit voulu désigner les
Villes de Florence , de Sienne , de Pise et de Pistoye
étoient placées au milieu du Temple.
On compte que le nouveau Grand Duç n'ené
tretiendra
NOVEMBRÉ. 1737. 2515
éretiendra que fooo. hommes de Troupes , qui
seront repartis en trois Regimens , dont deux
seront composés d'Allemands , et un de Soldats
levés en Toscane .
Les Lettres de Modene marquent qu'en consequence
des dispositions contenues dans un papier
cacheté que le Duc de Modene avant son
départ d'Italie avoit deposé entre les mains du
Comte Bellencini , la Princesse Benedictine Ernestine
d'Est a pris la Régence des Etats de Modene
aussi-tôt après la mort du feu Duc , et que
le Conseil de Régence est composé du Marquis
Rangoni , du Comte Bellencini , et de M. Jaco
bacci.
Les Lettres de Malthe du zo. du mois dernier
portent qu'un Pinque Barbaresque de 76. hommes
d'équipage étant sorti dernierement du Port
de Tunis pour aller en course , et le Conseil de
la Religion ayant reçu avis du départ de ce Bâtiment,
le Grand - Maître a fait armer avec une
extrême diligence deux Galeres dont il a donné
le commandement au Chevalier Delci , neveu de
Archevêq . d Rhodes, Nonce du Pape auprès du
Roi deFrance.CeChevalier, le lendemain du jour
qu'il partit pour donner la chasse à ce Pinque ,
le rencontra et s'en empara.Il y avoit sur ce Bâtiment
douze Pierriers et onze Canons dont neuf
étoient montés sur leurs affuts . On n'y a trouvé
que 45. Turcs et quatre Esclaves Chrétiens, parce
que le Capitaine qui est un Renegat Provençal ,
avoit fait embarquer quelques jours auparavant
le reste de son équipage dans son Caïque pour
aller enlever un Bâtiment à la côte . Comme ce
Caïque a dû essuyer une violente tempête , on
Soupçonne qu'il est allé échouer à la côte de Sioile.
Kiiij Les
2514 MERCURE DE FRANCE
Les Esclaves Chrétiens , qu'on a remis en li
berté , sont un Provençal , un Calabrois , un Sicilien
, et un Venitien .
Le Chevalier Delci , en se rendant maître du
Pinque Barbaresque , a repris un petit Bâtiment
Sicilien , dont ce Pinque s'étoit emparé , et qui
étoit chargé de cent salmes.de bled destinées
pour la Garnison de Messine , et ce Bâtiment
avec sa charge a été rendu au Capitaine qui s'étoit
sauvé avec son équipage pour ne pas tomber
entre les mains des Corsaires . Dans le combat
, il n'y a eu qu'un Matelot blessé legerement
du côté des Malthois , et de celui des Turcs il y
a eu un homme de tué et trois de blessés ,
Les Lettres de Genêve du 29 , du mois dernier
marquent que le Comte de Lautrec , nommé
par le Roy de France pour travailler de concert.
avec les Dépués des Cantons de Zurich et de
Berne à rétablir la tranquillité dans cette Ville ,
y arriva le 18. Il fut reçû à quelque distance de
La Ville par quatre des principaux Magistrats
que le petit et le grand Conseil avoient envoyés
au-devant de lui , et à son entrée il fut salué de
quarante coups de Canon .
Malgré les instances faites par M. de la Closure
, Resident de S. M. T. C. et par les Deputés
des Cantons de Zurich et de Berne pour que la
garde de la Ville fût remise à la Garnison avant
Parrivée du Comte de Lautrec , les Habitans
n'ont point voulu jusqu'à present y consentir.
M. de la Closure a fait imprimer le Memoire
qu'il fit distribuer le 24. Septembre à l'occasion
du délai que quelques Compagnies Bourgeoises
aportoient à accepter la médiation du Roy de
France . Ce Memoire porte que S. M. T. C.
étant sensible aux divisions qui affligent cette
Ville
?
NOVEMBRE. 1737. 2515
Ville , et ayant vû avec plaisir que les Cantons
de Zurich et de Berne y prenoient part , et avoient
envoyé des Deputés pour concilier les interêts
des differens Corps de la Republique , elle vouloit
bien employer sa médiation à ce même effet
; qu'il étoit naturel de penser que tous les
Chefs des Compagnies Bourgeoises se seroient
fait un devoir capital d'annoncer une nouvelle
si interessante à tous leurs Concitoyens , et qu'ils
auroient cherché par- là à réparer la faute qu'ils
avoient faite de ne pas assembler ces Compagnies
, aussitôt après qu'ils avoient eu communication
de la Lettre écrite le 4 parM. Amelot
que cependant quelques- uns des Chefs , au lieu
de profiter des Conseils salutaires qu'ils avoient
n'avoient travaillé qu'à persuader au Peuple
qu'il seroit dangereux pour la République ,
que le Roy et les Cantons de Zurich er de Berne
, prissent connoissance des differends des
Habitans avec les Magistrats et intervinssent
pour les faire cesser ; qu'il n'étoit donc pas surprenant
que quelques Habitans persistassent encore
à former des soupçons également funestes
et pour eux en particulier , et pour l'Etat en
general , et que par - là les fauteurs des troubles
étoient parvenus à leurs fins , qui étoient sans
doute d'entretenir une continuelle agitation dans
la Ville.
>
M. de la Closure ajoûtoit dans ce Mémoire ,
que son devoir l'obligeroit de donner part de
toutes ces menées au Roy son Maître , mais
qu'il ne s'y détermineroit qu'avec d'autant plus
de peine que S. M. T. C, poutoit changer
ses sentimens de bienveillance pour la Ville
de Genêve en des sentimens moins favorables
si elle aprenoit que tous les Habitans n'avoient
Ly Bas

2516 MERCURE DE FRANCE
pas une égale confiance dans ses offres gene
reuses ; qu'ainsi il exhortoit ceux qui n'avoient
pas encore accepté la médiation du Roy de
France , à faire les plus sérieuses réflexions sug
leurs refus , et à s'assembler incessamment pour
déliberer sur l'offre que S. M T. C. avoit
daigné faire à la République , d'employer con
jointement avec les Cantons de Zurich et de
Berne ses bons offices , pour pacifier les diffe
rends qui se sont élevés entre les Magistrats et
la Bourgeoisie ; que les intentions de S. M. T
C. sont veritablement dignes d'elle , et confor
mes à sa grandeur d'ame , à son équité natu
telle , et à l'impartialité qu'elle garde dans tou
tes ses démarches ; qu'elle ne se propose d'aus
tre but que de maintenir cet Etat dans son ancienne
Constitution , de conserver aux differens.
Ordres duGouvernement leurs droits respectifs,
de proteger la liberté du Peuple, et d'assûrer l'indépendance
de la République ..
Il représentoit en même temps aux Chefs des
Compagnies Bourgeoises , que s'ils ne s'étoient
faits nommer les Guides de leurs Concitoyens
que pour procurer leur bien et leur avantage , et
non pour servir les passions et les préjugés , ils
ine devoient pas négliger de les guérir de leurs
nquiétudes peu fondées , et de leur faire sentir
de quel danger il pouvoit être pour eux de ne
pas profiter avec empressement des bontés si
marquées du Roy de France , et il déclaroit qu'il
ne leur donnoit que deux jours pour lui rendre
une reponse précise et positive.
M. Galatin , Syndic , qui étoit allé à la tê--
te des Magistrats que le petit et le grand Con
seil envoyerent au devant du Comte de Lautrec ,
le complimenta à son arrivée , sur le territoire
dépendant
NOVEMBRE . 1737 2517
dépendant de Genêve , et l'assura que la résolution
que S. M. T. C. avoit prise d'employer
sa médiation pour faire cesser les troubles , inspiroit
aux Magistrats et aux Habitans la pluš
vive reconnoiffance. Il ajoûta que la Ville regardoit
comme un nouvel avantage le choix que
le Roy de France avoit fait du Comte de Lauttec
pour l'employer dans cette médiation . Le:
Comie de Lautrec répondit que jamais les Ordres
du Roy son Maître ne lui avoient fait plus
de plaisir que dans cette occasion , et que s'il
avoit le bonheur de les executer avec succès ,
sa satisfaction seroit aussi grande que sa commission
lui étoit glorieuse .
M. Galatin et les trois autres Députés des
Magistrats étoient accompagnés , de tous les
jeunes gens les plus distingués de Genêve , lesquels
étoient à Cheval. Cinq Compagnies .
Bourgeoises étoient en Bataille sur le chemin qui
conduit à la Porté par laquelle le Comte de Lautrec
arriva , et ce Comte à son entrée dans la
Ville trouva le reste de la Bourgeoisie sous les
armes , qui formoit une double haye depuis la
Porte jusqu'à la Maison de M. de la Closure
où il descendit. Il y fûr complimenté par les .
Magistrats , par les Deputés de la Bourgeoisie ,.
et de la part des Députés des Cantons de Zurich
et de Berne par leurs Secretaires , qui lui annonscerent
que ces Deputés se disposoient à aller eux--
mêmes le soir le feliciter sur son heureuse ar
rivée..
Le Comte de Lautrec s'étant rendu l'après midi
à la maison qui lui avoit été préparée , les Bour
geois firent poser une garde à sa porte,et le soir il
reçût la visite des Deputés des Cantons de Zurich
et de Berne auxquels il promit d'agir de concert
Ivj
avcec
2518 MERCURE DEFRANCE
avec eux pour rétablir la tranquillité publique par
la médiation du Roy T. C. et des deux Cantons.
Le 21 , le Comte de Lautrec eût avec ces
Deputés une premiere conference surles moyens
de terminer les differends des Magistrats avec les
Habitans. Les 34 Deputés des dix - sept Compagnies
Bourgeoises allerent le même jour chés
lui pour l'assurer que loin de chercher à perpe
tuer les troubles de l'Etat , ils désiroient sincerement
d'en voir la fin , que ce n'étoit point par
un esprit de révolte, mais sur de très forts griefs ,
qu'ils avoient pris les armes ; qu'ils étoient prêts
à les quitter , dès qu'on leur accorderoit la justice
qu'ils demandoient ; qu'ils l'instruiroient
des sujets qu'ils avoient de se plaindre ; qu'ils
exposeroient leurs raisons dans un Mémoire , er
qu'ils esperoient qu'après qu'il en seroit informé
,il voudroit bien s'employer à remedier aux
abus dont ils se plaignoient.
Il fit réponse que s'ils étoient aussi sincerement
disposés à l'union qu'ils le disoient , la
meilleure preuve qu'ils pouvoient en donner étoie
de quitter les armes , et de faire connoître par
cette premiere démarche leur respect pour la
Médiation du Roy de France , et la reconnoissance
que leur inspiroit la bonté que S. M. T.
C. avoit de vouloir prendre interest aux affaires
de la République . Ces Deputés lui ont promis que
la Bourgeoisie quitteroit les armes, et l'on- comptoit
qu'elle seroit relevée le 22 Noveinbre , dans
tous les postes qu'elle a occupés depuis le 21 du
mois d'Août dernier , par les soldats de la garnison
qui recommenceront à monter la garde
comme à l'ordinaire.
Quelques jours avant l'arrivée du Comte de
Lautrec M. de la Closure , pour engager la a
Bour
NOVEMBRE . 1737. 2519
1
Bourgeoisie à remettre à la Garnison la garde
de la Ville , avoit envoyé au Petit Conseil un
Memoire , qui portoit que celui qu'il avoit fait
distribuer le 24. Septembre dernier , ayant déterminé
les deux Conseils à déliberer une seconde
fois sur l'offre que le Roi T C. avoit
faite de sa Médiation , il s'étoit aperçu avec
plaisir , que lorsque les Conseils étoient libres.
dans leurs Délibérations , et qu'ils n'étoient
point intimidés par les émotions populaires ,
ils sentoient ce qui est veritablement du biende
la Republique , et le saisissoient avec cmpressement;
qu'il avoit rendu compte au Roi son
Maître des dispositions des Magistrats et des
Habitans , et qu'il avoit lieu de penser que la
satisfaction de S. M. T. C. auroit été complette
, si la Bourgeoisie avoit marqué son entiere
confiance dans une Médiation si avantageuse
pour la sûreté de l'Etat , et pour celle
des Particuliers , en remettant le soin de la
Garde de la Ville au Conseil , et en faisant cesser.
Ja Garde Bourgeoise , qui aportoit un obstacle.
invincible au retour de la confiance reciproque ; .
que c'étoit un préalable indispensablement nécessaire
, et sans lequel on ne pouvoit absolu
ment attendre les effets de la Médiation ; que
la Bourgeoisie persistant dans son illusion sur
les avantages de la Republique et sur les siens
propres , il auroit été naturel que les Conseils
se fussent portés d'eux- mêmes à faire cesser la
Garde Bourgeoise ; et qu'après avoir représenté
aux Citoyens et aux Habitans ce que ceux - ci
auroient dû se dire à eux- mêmes , s'ils avoient
fait de solides et de judicieuses réfléxions , ils au-
Loieut pû ordonner aux Officiers de la Bourgroisie
, de ne plus faire monter cette- Garde ,,
puisqu'ils
2520 MERCURE DE FRANCE
puisqu'ils y étoient autorisés par le concours de
tous les Ordres de la Republique dans l'acceptation
de la Médiation ; que les deux Conseils
auroient rempli à cet égard les désirs du Roi de .
France , et ceux des Cantons de Zurich et de
Berne , et que par là ils auroient dispensé M.
de la Closure et les Députés de ces Cantons .
d'intervenir dans cette affaire ; qu'ils devoient
avoir compris par les ordres qu'il avoit reçus
du Roi de France , que les intentions de S. M.
T. C. étoient qu'il regnât dans cette Ville une
telle liberté et une telle sûreté, que les Magistrats
et les Citoyens qui s'étoient absentés pussent y
revenir sans crainte, afin que les Conseils fussent.
complets ; qu'ainsi il comptoit que la Garde
Bourgeoise prendroit fin incessamment , et que:
conformément au bon ordre elle seroit relevée.
par la Garnison ; qu'il n'y avoit pas d'aparence
que personne entreprît de s'y oposer , et que
M. Amelot ayant assés fait connoître par sa
Lettre du 15. du mois de Septembre , que le
Roi prenoit sous sa protection tous les Habitans
, de quelque Ordre qu'ils fussent , ils ne
devoient plus avoir aucun sujet d'inquiétude ;
que lorsque toutes choses seroient dans l'ordreconvenable
, la Ville recevroit de nouvelles marques
de la bonté du Roy de France dans tout
ce que lui exposeroit le Comte de Lautree , qui
avoit été nommé par Sa M. T. C. pour consommer
avec les Députés des Cantons de Zurich
et de Berne le grand Ouvrage du rétablis➡
sement du bon ordre et de la justice.
Le 23 Octobre les 17: Compagnies Bourgeoises
de Genêve s'étant assemblées , leurs Dé--
putés leur firent le raport de ce qui s'étoit passé
chés le Comte de Lautrec lorsqu'ils étoient allés
E
NOVEMBRE. 1737. 2527
les chés lui de la part de ces Compagnies , et ils
dirent qu'il ne leur paroissoit pas qu'on pûr se
dispenser de faire ce qui avoit été demandé au
nom du Roy Très- Chrétien et des Cantons de
Zurich et de Berne , et de quitter les Armes.
Les Compagnies , après avoir entendu le ram
port de leurs Députés , résolurent d'une voix
unanime de se conformer à la volonté du Roy
dé France , et le même jour leurs Détachemens
qui faisoient la garde aux Portes et en divers endroits
de cette Ville , furent relevés dans leurs
postes par les Soldats de la Garnison. Avant que
Tes - Compagnies Bourgeoises se séparassent , quatre
des Chefs de ces Compagnies demanderente
la permission de se démettre de leurs Emplois ,
et elle leur fur accordée:
Quelques- uns des Habitans , dont ces Com
pagnies sont composées , proposerent de deman
der que leurs Députés eussent séance au Grand-
Conseil , mais certe proposition fut rejettée , et
il fut décidé qu'ils se présenteroient seulement
à ce Conseil pour se faire reconnoître.
Depuis que les Bourgeois ont quitté les Armes,
toutes les Personnes qui s'étoient retirées à l'oc
casion des troubles , sont retournées à Genêve.
M. le Comte de Lautrec , Ministre Plénipotentiaire
du Roy vers la République de Genêve ,
s'étant rendu le 2. de Novembre au Conseil , y
prononça le Discours suivant..
MESSIEURS ,.
Dans le déplorable état où votre République étoie
réduite , remplie de factions , de troubles et de dissentions
, affligée par la division de ses Membres ,
le Roy men Maitre ne pouvoit vous donner une
plus grande marque de son affection , qu'en vous
honorant
2522 MERCURE DE FRANCE
que
civile
honorant de sa Médiation , c'est dans cette vûë ,
Mrs,qu'il m'a envoyé auprès de vous . Muni de ses
pouvoirs, pour , de concert avec Mrs les Représen
tans des louables Cantons de Zurich et de Berne , vos
Alliés, vous procurer par les moyens les plus efficaces,
dépouillé de toute prévention et partialité, une Paix
sûre et durable , si nécessaire à la conservation de
votre Etat. En effet , Mrs , pouvoit - on imaginer
que les animosités particulieres et les jalousies searettes
, dont l'excès de l'ambition semble avoir été.
le premier principe , eussent pû entraîner votre République
dans les horreurs d'une guerre
après avoir éprouvé pendant l'espace de deux siecles.
la douceur d'un Gouvernement paisible et tranquille.
Il étoit temps , Mrs , S. M. vous donnât
des témoignages éclatans de son extrême bonté ; votre
Ville étoit sur le penchant de sa ruine. Vous
aviez tourné le glaive contre vous- mêmes en déchirant
vos propres entrailles , et tout sembloit conspirer
votre perte ; quelle reconnoissance ne lui devèzvous
pas , Mrs ? Toujours attentive aux besoins de
ses Alliés , elle a compati à vos maux , .et s'est empressée
à prévenir vos malheurs ; il ne falloit pas
moins que sa Royale protection pour faire ouvrir les
portes de la Justice ; le jour le pius brillant va suc◄
ceder à la nuit la plus tenebreuse . Heureux si dans
la commission dont le Roy mon Maître m'a honoré,
uniquement occupé des avantages de votre République
, à l'aide des Conseils de Mrs les Représentans
des louables Cantons de Zurich et de Berne , mes
illustres Collegues , je puis rétablir parmi vos Citoyens
l'union et le bon ordre dont ils joüissoient
précédemment ! Je ne doute pas , Mrs , qu'animés
comme vous devez l'être , d'un zelè ardent pour le
bien de votre Patrie , vous ne concouriez avec cor..
dialité , par une réconciliation generale , au bonbeur
NOVEMBRE. 1737 2522
beur d'une Paix stable et solidè , qui puisse rendre"
à votre Ville , autrefois si florissante , sa premiere
splendeur. Je n'ai point oublié , Mrs , la magnifique
réception que vous m'avez faite et les honneurs
singuliers qui m'ont été rendus en arrivant dans
cette Ville ; dont j'ai informé exactement le Roy
mon Maître. En mon particulier , Mrs , je n'ai
point d'expression assés forte pour vous témoigner
combien je suis sensible à tant de marques de dis
tinction ,ma reconnoissance ne pouvant trouver de
comparaison que dans mon parfait et sincere attachement
pour votre République.
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
N aprend de Lisbonne , que la nommée
Elizabeth de Saint François, native de cette
Ville , mourut le 4. Octobre dernier à Santarem ,
âgée de 112. ans .
Gundoacre Poppo , Comte de Dietrichstein^, Baron
de Hollembourg , de Finckenstein , de
Dahlsbergh , et de Landscron , mourut à Prague
le 8. 11 étoit Grand - Prieur de l'Ordre
de Saint Jean de Jerusalem , dans le Royaume
de Boheme , dans l'Archiduché d'Autriche
et dans les Provinces de Moravie , de Silesie , de
Carinthie , de Stirie et du Tirol , Commandeur
des Commanderies du petit Oëls , de Fursten
feldt et de Melling , dans le même Ordre : Conseiller
Privé de l'Empereur ; Gouverneur et
Grand-Veneur Hereditaire du Royaume de Boheme
, et Grand Echanson Hereditairede Cacinthie.
Ze
2524 MERCURE DE FRANCE
Le 26. Renaud d'Est , Duc de Modene et de
Reggio , Prince de Carpi et de Correggio , de la
Mirandole et de Concordia, Seigneur de Frigna
no , de Carfagnana , de Corraggio , & c. Prince'
du S. Empire Romain , Chevalier de l'Ordre de
Ja Toison d'or , mourut à Modene , âgé de 82 .
ans 6. mois et un jour , étant né le 25. Avril
1655. Il étoit fils de François d'Est , Duc de Mo
dêne , &c. mort le 13. Octobre 1658. à l'âge
de 48. ans , et de Lucrece Barberin , sa troisiéme
femme , morte le 24. Août 1699 à l'âge de 67%
ans , laquelle étoit fille de Thadée Barberin ,
Préfet de Rome, et d'Anne Colonne , Princesse
de Palestrine . Il avoit été destiné à l'Etat Eccle- 1
siastique , et il fut créé Cardina ! Diacre par Innocent
XI. Pape , le 2. Septembre 1686. mais
ayant succedé aux Etats de Modene par la mort
şans enfans du Duc François II . son neveu , ar
rivée le 7. Septembre 1694 , il remit son Chapeaudans
un Consistoire tenu le 29. Mars 1695. et sé
maria le . Fevrier 1696. avec Charlotte Felicité
de Brunswich - Lunebourg , morte le 29
Septembre 17 10. dans la 40. année de son âge.
Elle étoit soeur aînée de l'Imperatrice Doüairiere
Guillelmine Amelie , et fille de Jean- Frederic ,
Duc de Brunswich-Lunebourg - Hannover, mort
à Augsbourg , le 18. Décembre 1679. et de Be
nedictine Henriette- Philipine de Baviere , née
Comtesse Palatine du Rhin , morte à Asnieres
près de Paris le 12. Août 1730. Le Duc de Mo
dene a eû d'elle Benedictine Ernestine d'Est , néc
le 18. Août 1697 fille ; François-Marie d'Est ,
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'or , né le
2 Juillet 1698. à present Duc de Modene et de
Reggio , par la mort de son pere , et marié le
21. Juin 1720. avec Charlotte Aglaé d'Orleans,
Demoiselle
NOVEMBRE. 1737 252-5
Demoiselle de Valois , née le 22. Octobre 1700.
de laquelle il a des enfans. Il vient de faire la
campagne en Hongrie en qualité de Volontaire
dans l'Armée de l'Empereur contre les Turcs ,
et s'y est extremement distingué ; Amelie- Josephe
d'Est ,née le 28. Juillet 1699. non mariée
Clement-Jean-Frederic Ernest d'Est,né le premier
Septembre 1700. Colonel d'un Regiment de Cuirassiers
au service de l'Empereur , et mort à
Vienne le 12. Avril 1727 et Henriette Marie
d'Est , née le 27. May 1702. et mariée le 5. Février
1728. avec Antoine Farnese , dernier de sa
Maison , Duc de Parme et de Plaisance , dont
elle est demeurée veuve sans enfans le 20. Janvier
1731
FRANCE.
"Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
י
E 15. Octobre , les Peres de S. Lazare ce
lebrerent dans leur Eglise avec beaucoup des
solemnité , la Fête de la Canonisation de S. Vincent
de Paul , leur Fondateur. L'Archevêque des
Paris officia pontificalement le premier jour de
FOctave , et l'Abbé Desjardins , Docteur de
Sorbonne et Prédicateur du Roy , prononça le
Panegyrique du Saint. Differens Prélats y ont
officié aussi les autres jours de l'Octave, et differens
Prédicateurs ont prononcé le même Panegyrique.
Le 22. la clôture de cette Solemnité fut
faite par le Cardinal de Polignac , qui officia
pontificatement , et le Panegyrique du Saint fut:
prononcé par l'Abbé Cheret , Docteur de Sorbonne
er. Chanoine de l'Eglise de Chartres.`
Le
2526 MERCURE DE FRANCE
Le 31. veille de la Fête de tous les Saints , le
Roy et la Reine entendirent dans la Chapelle du
Chateau de Fontainebleau , les premieres Vêpres
qui furent chantées par la Musique ' , et auxquel
les l'Evêque de Langres officia.
- Le premiet de ce mois , jour de la Fête , Leurs
Majestés assistèrent à la grande Messe celebrée
pontificalement par le même Prélat , et chantée
par la Musique. Monseigneur le Dauphin enten
dit la même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy et la Reine assisterent
au Sermon du Pere la Neufville , de la Compagnie
de Jesus, ensuite aux secondes Vêpres chan
rés par la Musique , et auxquelles l'Evêque de
Langres officia. Leurs Majestés assisterent aussi
aux Vêpres des Morts .
Le Roy partit le 6. de ce mois après midi de
Fontainebleau pour aller voir M. le Comte de
Toulouse , et étant arrivé le soir à Versailles , le
lendemain S. M. retourna à Rambouillet voir
ce Prince , et elle retourna à Fontainebleau le 8.
Le premier Novembre , Fête de la Toussaint,
le Concert Spirituel du Château des Tuilleries ,
commença par le De profundis , Motet à grand
Choeur de M. Cordelet , qui fut suivi du Cantate,
Motet de M. Cheren , après lequel on executa
plusieurs Pieces de Symphonies. Elles furent sui
vies d'un ancien Moter Diligam te , de feu M.
Gilles , excellent Compositeur pour la Musique
d'Eglise.
pre
pa
Le 11. Fête de S. Martin , on donna le
mier Bal public qu'on donne tous les ans à
reil jour sur le Théatre de l'Opera , et qu'on
continue
NOVEMBRE. 1737 25.25
Continue pendant differens jours jusqu'à l'Avent.
On les reprend ordinairement à la Fête des Rois
jusqu'au Carême.
Le 12. l'ouverture du Parlement se fit avec les
ceremonies accoûtumées , par une Messe solemnelle
celebrée pontificalement par l'Evêque
Comte de Châlons , Pair de France . M.le Peletier
Premier Président, et les Chambres, y assisterent
Les Novembre , les Comédiens François representerent
à Fontainebleau la Tragédie de la
Mort de Pompée , la Dlle du Mesnil , joua le
rôle de Cornelie avec beaucoup d'aplaudissement
certe Piece fut suivie de celle de l'Avare amoureux.
Le 7. La réconciliation Normande et les trois
freres Rivaux.
Le 8. Dom Japhet d'Armenie , avec des agrémens
dans les entractes , dans lesquels la Dile
Sidonie troisiéme fille du Sr. Thomassin , dansa
quelques entrées avec le Sr. de la Lauze. Monseigneur
le Dauphin honora de sa présence
cette Piece qui le divertit fort , surtout la course
de Taureaux et la Cavalcade de la fin .
Le 12 , le Misantrope et le Florentin
Le 14 la Tragédie d'Alzire et la Serenade.
Le Novembre , les Comédiens Italiens
jouerent pour la derniere fois à Fontainebleau la
Comédie de l'Italien marié à Paris avec des divertissemens
, qui fut suivie d'Arlequin Hulla.
Le 2 et le 7 Octobre , Il y eût Concert
chés la Reine à Fontainebleau . M. de Blamont
Sur- Intendant de la Musique du Roy fit chan
ter les quatres derniers Actes de l'Opera de
Phaeton Les
2528 MERCURE
DE FRANCE
Les 9 , 14 et 16 du même mois , on concer
tale Ballet Heroique des Fêtes Grecques et
Romaines de la Composition de M. de B'amont;
les principaux sujets de la Musique du Roy et
et de la Reine remplirent les premiers rôles.
Les 21 , 23 , et 30. on donna l'Opera de Per
sée , dont l'exécution répondit parfaitement à
la beauté de la Musique et des Vers .
Le 4 , et le 6 Novembre , la Reine entendit
dont
en concert , l'Opera d'Amadis de Gaule ,
les principaux rôles furent remplis , et très
bien exécutés par les Dlles Godeneche , Mathieu
, et d'Aigremont , et par les Sieurs d'Angerville
, Godeneche et Jeliote.
la Cour étant Le 25 , et les jours suivans ,
de retour à Versailles , S. M. entendit la Tragédie
d'Iphigenie en Tauride , dont les principaux
rôles furent remplis par les Diles Antier
du
et Lenner , et par les Sieurs Godeneche ,
Bourg et Chassé.
Le Marquis de Mirepoix que le Roy a nommé
il y a quelque temps son Ambassadeur auprès
de l'Empereur , a pris congé de S. M. et il doit
partir au commencement du mois prochain pour
se rendre à Vienne . :
Le Roy arriva de Fontainebleau
au Château
de Versailles le 22. de ce mois , la Reine y étoit
arrivée le 20. et Monseigneur
le Dauphin le 18.
MORTS
NOVEMBRE. 1737. 2520
**********************
MORTS , NAISSANCES ,
et Mariage.
L
E.... Octobre , mourut ........ de Limoges
, Marquis de S. Saens , Gentilhomme
de Normandie, Maréchal des Camps et Ar
mées du Roy de la promotion du 1. Août 1734.
It avoir été long- temps Lieutenant -Colonel
du Régiment Colonel Général de la Cavalerie;
il cût en 1708. un Brevet de Mestre de Camp ;
et il fut fait Brigadier le premier Février 1719 .
Le 13 Nicolas Boucher, Conseiller Secretaire
du Roy , Maison - Couronne de France et de ses
Finances , reçû en cette Charge en 1708. et
Conseiller Honoraire au Châtelet de Paris , où
il avoit été reçû en 1692. mourut âgé de soixante
et dix- sept ans. Il étoit frere de Louis - Paul
Boucher , aussi Secretaire du Roy , dont on a
raporté la mort dans le Mercure du Mois de
Septembre 1736. p. 1152. celui qui vient de
mourir avoit épousé une fille de feu Denis
Thierry , celebre Imprimeur , et Marchand
Libraire à Paris.
-Le 14. Arnoul Boucher d'Orçay , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Beaulieu - lès- Mans ,
qui lui avoit été donnée le premier Novembre
1706. mourut à Châtillon en Nivernois , dans
la 59 année de son âge , étant né le 3. Juillet
1679. Il étoit second fils de feu Charles Boucher
, Seigneur d'Orçay , Conseiller d'Etat ordinaire
et Honoraire au Parlement , et Ancien
Prevôt des Marchands de la Ville de Paris , mort
le
1530 MERCURE DE FRANCE
le 5 Juin 1714. et de feuë Catherine Pinon sa
premiere femme morte le 17 Spiembre
1690.
>
&c.
Le 17. Nicolas - Louis de Bailleul ,Seigneur Marquis
de Château-Gontier,du Tillay ,Soisy , Estiolles
, &c. ci-devant Président du Parlement
de Paris , mourut d'hidropysie après une longue
maladie à Paris , dans la 54 année de son âge
étant né le 13 Juillet 1684. il n'avoit point été
marié. Il étoit fils unique de Nicolas Louis de
Bailleul , Marquis de Château - Gontier , Seigucur
de Vattetot Soisy ',' Estiolles
Second Président du Parlement de Paris , mort
le 17 Avril 1714. âgé de 65. ans , et de Louise
Girard du Tillay , sa premiere femme , mor
te le 17 Septembre 1688. à l'âge de 28. ans ,
laquelle étoit fille unique de Louis Girard de la
Cour des Bois, Marquis du Tillay, mort Doyen
des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel , le 14.
Avril 1718. âgé de 95. ans. Le Marquis de
Château -Gontier , qui vient de mourir , avoit
d'abord été reçû Conseiller au Parlement de
Paris , le 13 Août 1704. et ensuite Président
au lieu et place de feu son pere le 18. Juin 1714 .
Il se démit de cette, Charge au mois de Novem
bre 1718 .
Le même jour Thomas Leschassier , Conseiller
au Grand Conseil , où il avoit été reçu le 7
May 1701. mourut à Paris , âgé de 64 ans 10 .
mois. Il étoit fils de Robert Leschassier , Scigneur
de Maricourt , mort Conseiller Honoraire
en la Grand'Chambre du Parlement de
Paris le 28. Juin 1723. à l'âge de 87. ans , et
d'Anne Brayer , sa seconde femme , morte le
23 Juillet 1687. âgée de 45. ans .
Le 18. François Catron , Jesuite , qui s'étoie
fait
NOVEMBRE. 1737. 2531
fait connoître par plusieurs Ouvrages d'Histoi
re et de Litterature , mourut à Paris au College
de sa Société , dans la 78 année de son âge ,
étant né à Paris , le 12 Décembre 1659. il étoit
fils de Mathurin Catrou , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et de ses
Finances , et de Marthe de Lubert.
>
Le mêmejour D. Jeanne Garnier de la Courmocaud
, née Dlle , veuve depuis le 12 Avril 1731 .
de Louis Teissier , Ancien Fermier Général des
Fermes du Roi , mourut à Paris âgée de 79.
ans , laissant pour unique héritiere de ses biens
qui sont considérables , la Dame Randon , sa
Niéce , femme d'Elie Randon , Secretaire du
Roy , et Interressé dans les Fermes de S. M. neveu
du feu Sr. Teissier , son mari.
Le même jour Soeur Catherine Elizabeth le
Cosquino , Abbesse de l'Abbaye Royale de Long-
Champ de l'Ordre de Sainte Claire , Diocese
de Paris , mourut , dans ce Monastere , âgée de
84. ans . Elle étoit fille de feu Louis le Cosqui
no , Ecuyer , Seigneur de Fulvy , et en partie
de Méreüil , Garde Général des Meubles de la
Couronne , et de feue Catherine de Lestocq ; et
niéce de feu Magdelaine le Cosquino Ayeule
paternelle de Philbert - Orry , Ministre et Conseiller
d'État , Contrôleur Général des Finanċes
& c.
Le 22. Ponce Coche l'un des quatre premiers.
Valets de Chambre du feu Duc d'Orleans , Regent
en France , Concierge du Palais Royal à
Paris , et ci-devant Hérault d'Armes de l'Ordre
Militaire de S. Louis , mourut subitement à
Paris , âgé de 74. ans ..
Le 25 Juillet est née Louise Felicité , fille de
K Louis
2332 MERCURE DE FRANCE
Louis Denis Talon , Seigneur Marquis du Bou
lay- le - Tremblay , Président du Parlement de
Paris , ec de D. Françoise Magdelaine Chauvelin
, son épouse, mariés le 6 Avril 1724 .
>
fils Le Août. naquit François Marie 13
premier né de Victor François Comte de Broglio
Colonel du Régiment de Luxembourg , par
Commission du 19 Septembre 1734. ( fils aîné
du Maréchal de Broglio ) et de D. Marie Anne
du Bois de Villers , son épouse , mariés l'année
derniere.
Le 11. Septembre , le Fils du Duc de Châtillon
, Pair de France , Gouverneur de Monseigneur
le Dauphin , fut tenu sur les Fonts de
Baptême par ce Prince , et par Madame , et il
fut nommé Louis Gaucher. Cette Cérémonie
fût faite dans la Chapelle du Château , en présence
du Curé de la Paroisse , par l'Abbé de la
Farre d'Alais , Aumônier du Roy en quartier.
La Reine assista à la Cérémonie dans la Tribune.
Le Roy avoit fixé au Lundy 28. Octobre la
Cérémonie des Fiançailles de Mile de Rohan avec
M.le Marquis de Crevecoeur , Fils de M. le Prince
de Masseran Grand d'Espagne.La jeune Princesse
se rendit à Fontainebleau avec Mad. sa Mere le
Vendredy 25 , le Samedy elle fut présentée au
Roy , et ensuite à la Reine , & à Monseigneur le
Dauphin. Mad. la Princesse de Rohan sa Belle-
Grand-Mere , Mad . la Princesse de Guimenée sa
Mere, Mad. la Princesse de Montauban et Mad.
la Princesse de Leon la conduisirent. Le Roy les
reçût dans son Cabinet . Après avoir salué la
Demoiselle présentée , il s'assit dans son fauteüil
, et ordonna des tabourets pour Elle et
pour les Dames qui la présentoient. Les Céré-
J
NOVEMBRE . 1737. 2533
monies ordinaires se pratiquerent aussi chès la
Reine , chès Monseigneur le Dauphin , et chès
les Princesses. >
Le Dimanche ,les Dames continuerent à remplir
des devoirs , et le soir Mdes de Rohan , de
Guimenée , de Montauban et de Leon , et les'
Dlles de Rohan et de Montauban allerent faire
leur Cour, et assisterent au souper de leurs Majestés
.
1
Le Lundy, le Roy indiqua la Cérémonie pour
les six heures du soir , les Princes du Sang et
tous les Seigneurs de la Cour titrés et non titrés
se trouverent dans le Cabinet du Roy, Lieu destiné
à ces sortes de Cérémonies. Les Princesses
et les Dames étoient chés la Reine , où les Fiancés
se rendirent , accompagnés de Mees les
Princesses de Rohan de Guimenée , de Montauban
, et des plus proches Parens et Parentes
de la Fiancée.
M. le Duc de Rochechouart alla avertir la
Reine , que le Roy l'attendoit ; Sa Majesté se
mit en marche , suivie des Princesses du Sang ;
Mlle de Rohan venoit ensuite , ayant à sa gau
che M. le Prince de Montauban , chargé de la
Procuration de M. le Marquis de Crevecoeur
pour les Fiançailles et le Mariage. Elle avoit
un habit d'Etoffe noir et or , chamarré de Diamants
, et une Mante de Rezeau d'or ; M. le
Prince de Montauban avoit aussi un habit d'Etoffe
noir et or , et un Manteau de Rezeau d'or.
Mlle de Montauban en habit de Cour , portoft
le Mante de Mlle sa Cousine . La Fiancée étoit
suivi par Mesd. les Princesses de Rohan de Gui
menée , de Montauban , et ses proches Parens
et Parentes.
Les Princes et Seigneurs se rangerent à la
Kij suite
2534 MERCURE DE FRANCE
suite du Roy , qui étoit à la droite ; les Princesses
et Dames à la suite de la Reine , qui
étoit à la gauche ; les Fiancés occupoient le
milieu , Mile de Montauban tenant toujours la
Mante , Mad. la Princess de Guimenée , Mere,
et M. le Prince C nstantin , Oncle , Curateur >
et représentant le Pere de la Fiancée , étoient
derriere eux. On procesa à la Signature du
Contract. M le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat , présenta la plume au Roy à la Reine ,
et à Monseigneur le Dauphin ; ensuite signerent
les Princes et Princesses du Sang , les Fiancés ,
Mad. laPrincesse de Guimenée , et M. le Prince
Constantin-
:
M. le Cardinal de Rohan , Grand Aumonier de
France , fut alors apellé ; il ariva en Camail et
Rochet , avec l'Etole , suivi d'un de Mess . les
Aumôniers de quartier , et des Chapelains et
Clercs de Chapel e. Le Curé de Fontainebleau ,
chargé par sa Place de tenir les Registres , y
étoit aussi . Son Eminence ayant pris l'ordre du
Roy pour commencer la Cérémonie , la fit suivant
le Rit prescrit par l'Eglise . Avant de prononcer
les paroles de leur Engagement , M. le
Prince de Montauban , qui étoit alors à la droite,
et Mlle de Rohan , se tournerent vers leurs Majestés
, et leur firent une profonde Réverence.
La Cérémonie étant finie , M. le Cardinal de
Rohan se retira , la Reine retourna dans son
Apartement , accompagnée comme elle étoit
venuë.
Mad . la Duchesse , Mere , M. le Duc , une
grande partie de la Cour , et tous les Ambassadeurs
et Ministres Etrangers se rassemblerent le
soir chés M. le Cardinal de Rohan , où il y eur
un grand soupé,
Le
NOVEMBRE . 1737. 2535
Le Mardy , Mlle de Rohan accompagnée
comme à sa Présentation , alla prendre congé
du Roy dans son Cabinet , ainsi que de la
Reine et de Monseigneur le Dauphin , des
Princes et Princesses du Sang.
Le soir vers minuit , toute la Famille partit
de l'Apartement de M. le Card. , de Rohan , où
elle avoit soupé pour se rendre à la Paroisse.
Le Mariage y fut célébré par M. l'Archevêque
de Sens ; le lendemain Mad. de Crevecoeur retourna
à Paris avec Mad. sa Mere et M. son
Oncle , pour se préparer à son départ pour
l'Espagne.
Voici un Sonnet de M. Nenci , Poëte Italien,
fait à l'occasion du Mariage et du Départ de la
nouvelle Epouse.
Q
SONET T O.
Uesta Ninfa gentil , qual chiara stella
A splender nata nel Franco Emispero
Pur or s' invia ad illustrar l' Ibero ,
Ov' almo Prence , ed Imeneo l' appella !
Dimmi , famosa SENNA , or qual rubella
Cagion ti cela quel sembiante vero
D'Angelica beltà ? Quel fior primiero
Di Grazia , onde COSTE I´s' avviva ,
cabbella ?
K iij Odi
2536 MERCURE DE FRANCE
Odi , mi dice Amor , opra è sol mia .
Ne reo già son, s' ELLA si volge altrond
Verso quel Cor ,
che LEI ama e
2
disia.
I suoi gran Pregi , impressi in queste sponde ,
Mostran sua rara Imago ; e questa fia
Eterna qui . E Amor tace , es' asconde .
On donnera deux l'olumes le mois prochain
pour pouvoir employer les Pieces
qui n'ont pu trouver place et que nous
croyons meriter l'impression.
APROBATION.
7
J
Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier
, le Mercure de France du mois de No.
vembre, et j'ai crú qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le 1o. Décembre 1737.

HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES . L'Amour égaré , Cantate
, 2317
Observations sur les Ouvrages de Bernard Guidonis
, & c.
Le Printemps , Ode Anacreontique
2320
2338
Lettre de M. D. L. R. sur quelques Sujets de
Litterature ; sur les Echecs , & c. 2340
Le
Le Portrait de l'Amour , Poëme , 2350
Au Philosophe Econome , Réponse , 2353
Reproches , Vers ,
2361
Suite des Experiences sur le Lait , & c , 2362
L'Amour et la Sagesse , Dialogue , 2367
Lettre au sujet de l'Histoire des Evêques de
Nîmes , 2373
Ode Alcaïque , 2379
Bouquet à Mad. la M. D. &c .
Lettre sur la Poësie Françoise ,
Remarques sur l'Etimologie des Noms François
des Provinces , Villes , Bourgs et au-
2381
2395
tres Lieux , 2396
Madrigal , 2410
Enigme , Logogryphes , &c. 2414
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c.
2416
Bibliotheque Italique , Tome XII. 2420
Catalogue des Plantes Médicinales du Jardin de
Petersbourg 2442
Lettre sur une Médaille du Roy Abgare , 2443
Le vrai Chrétien , &c . 2444
Traité de l'Art Militaire , &c. 2447
La Promenade de Versailles , ou Entretiens ,
&c. 2451
L'Histoire de Louis XIV. par Souscription ,
&c. 2452
Nouvelle Edition des Auteurs Classiques , 2454
Autre Edition à Venise , en dix volumes , du
Dictionaire François Géographique de M. de
la Martiniere , & c .
Ouverture du College Royal , &c.
2455
2456
Recueil des Oles et Eloges publiés par l'Académie
des Belles- Lettres de Marseille , et Prix
Proposé &c.
Ouverture des Académies &c.
2457
2459
Prix
1
Prix de l'Académie des Belles - Lettres & c . 2460
Extrait du Discours où l'on rend compte des
Opérations faites dans le Nord pour déterminer
la figure de la Terre , 2461
Estampes nouvelles , 2473
Chanson notée , et Musette , 2477
Spectacles , l'Ecole de l'Hymen , 2479
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Barbarie ,
2498
2499
2511
2523
De Russie , de Pologne et Allemagne ,
D'Italie ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2525
Morts , Naissances et Mariage ,
2529
Mariage de Mlle de Rohan avec le Marquis de
Crevecoeur ,
Sonnet Italien au sujet de ce Mariage ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
2532
2535
Age 2329. ligne 16. succession de Toulouse,
lisez , succession des Comtes de Toulouse.
Ibid. 1. derniere , des Historiens , ôtez ces mots.
P. 2330. 1. 27. filia , I. felix.
P. 2334. l . 18. d'encens , l. d'encensoir.
2342.1. 22. passe , 1. passa .
P.
P. 2360. ligne 13. momentanée , l. momentané,
P. 2496. 1. 34. et 35. furent jouez par ceux d'Elizabeth
er de la Duchesse et , effacez ces mots
et lise , ceux d'Elizabeth et de la Duchesse
furent joues par.
P. 2498. 1. antepenultiéme , Pachr , l. Pacha.
La Chanson notée doit regarder la page 2472
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU
ROT.
DECEMBRE. 1737.
PREMIER VOLUME.
SPARGIT
RECOLLICITY'S
Chés
A PARIS ,
IR
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Franfoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adrefe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
bui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE. 1737.
PIECES
************
FUGITIVES
en Vers et en Prose.
O DE SACRE' E ,
Tirée du Pseaume III. Domine quid
multiplicati sunt ,
C
& c.
Iel ! combien s'augmente le nom
bre
De mes Ennemis furieux !
L'Envie au coeur faux à l'oeil
sombre ,
M'outrage et triomphe à mes yeux ;
Et déja sa bouche insolente
1. Vol. A ij A dir
2538 MERCURE DE FRANCE
A dit à mon ame tremblante ,
Qu'en vain elle espere au Seigneur :
Mais , pour confondre l'arrogance ,
Je mets en Dieu ma confiance ,
E je trouve en lui mon bonheur.

Souvent ma voix mal assurée
Penetra les Voûtes des Cieux ;
Bieu , de sa Montagne sacrée ,
Souvent favorisa mes voeux ;
Lorsque dans une nuit obscure
Sa main replonge la Nature
1 veille à ma tranquillité ;
Avec le jour qu'il fait éclore ,
Je vois recommencer encore
Ses soins et ma félicité.
Oui , quand des Nations entières
M'assiegeroient de toutes parts ,
Quand leurs cohortes meurtrieres
Forceroient mes foibles remparts ;
Quand je verrois leurs mains sanglantes
Saccager mes Villes brûlantes ,
Je le verrois sans nul effroy ;
L'Eternel , ce terrible Juge ,
Se rend aujourd'hui mon réfuge ,
Que pouroit l'homme contre moy ?
Kol,
Leve
DECEMBRE . 1737
2535
Leve-toi , Seigneur , romps les chaînes
De l'innocent persecuté;
7
Contemple nos maux , voi nos peines
Frape , confonds l'impiété.
Que dis-je ? Ta fureur active
Prévient ma priere plaintive ;
Tu brises les dents des Pécheurs
Et ceux dont la coupable envie
Se plaisoient à noircir ma vie ,
Képandent eux- mêmes des pleurs,
Par ce châtiment mémorable ,
Grand Dieu , tu soutiens ma vertu
Ta bonté toujours secourable
Releve mon coeur abatu ;
Je comprends que , si ta Justice
Punit séverement le vice
Des profanateurs de ta Loy ,"
Notre salut est ton ouvrage ,
Et tu n'en donnes le vrai gage ,
Qu'à ceux qui ne cherchent que toi
Par F. C. A. Picquet
I. Vola A iij RAI
2540 MERCURE DE FRANCE
RAISONS PHYSIQUES de
la difference que Vesale et d'autres Anatomistes
ont remarqué qu'il y a entre les
Sutures externes et les Sutures internes
du Crane de l'Homme ; où l'on examine
une Dissertation de M. Hunauld , Mé-’
decin de la Faculté de Paris , imprimée
dans les Memoires de l'Académie des
Sciences de l'année 17 30. page 545. Par
M. Clausier.
V
Esale qui n'a pas besoin de Pane
gyriste , pour faire connoître son
mérite en ce qui regarde l'Anatomie , et
d'autres Anatomistes , ont remarqué que
les sutures des os du crane étoient en dehors
de véritables sutures et qu'elles n'étoient
en dedans que des lignes plus ou
moins irrégulieres. Cela doit s'entendre
d'un âge parfaitement adulte , ainsi qu'il
est fort bien prouvé dans le Journal des
Sçavans de l'année 1736. page 114. Mais
les sutures du crane souffrent bien des
changemens avant que d'arriver à cet
état ,dans lequel les Anatomistes le prennent
, et elles en souffrent même encore
d'autres dans la suite, comme l'ont aus-
I. Vol. si
DECEMBRE. 1737. 2541
i remarqué les Anatomistes qui n'ont
pas resserré leurs Ouvrages dans les bornes
étroites d'un Abregé , et dont le
plus grand nombre est cité dans le même.
endroit de ce Journal . Nous ne sçaurions
mettre dans une parfaite évidence le mé
chanisme qui cause la difference qui se
trouve entre les sutures du dehors et du
dedans du crane , quand les hommes
sont arrivés au dernier degré d'accrois
sement , sans entrer dans le détail des
changemens qui précedent et qui suivent
cet âge. Le voici donc :
A l'âge de huit ans ou environ , que
fa boëte du crane se trouve toute ossifiée ,
il y a au dedans et au dehors des sutures
qui ont les unes et les autres les dents
Bien marquées , mais plus grandes en des
hors qu'en dedans . Ces dents se racourcissent
insensiblement à mesure que le
crane croît ; tellement que quand le Su→
jet est arrivé à l'âge de dix - huit ans , ou
environ , car cela varie , les dents dest
sutures du dedans du crane sont disparuës
, ces sutures étant devenuës de simples
lignes, comme on l'a déja dit ; et les
dents des sutures de dehors se trouvent
alors bien plus courtes qu'elles n'étoient
à huit ans. Enfin dans un âge fort avaneé
, les fibres des os contigus se déchirant
I. Vol A iiij
aux
2542 MERCURE DE FRANCE
aux sutures à force de se presser, et de deux
ou davantage ne devenant plus qu'une
par ce moyen dans toute la circonférenée
des os ; le suc nourrissier passe d'un os à
l'autre ; les os contigus se soudent tant au
dedans qu'au dehors , et le crane n'est
plus que d'une piece. Ce sont là des faits
Anatomiques trop connus pour qu'il soit
besoin de citer aucun Auteur.
On croit faire plaisir au Lecteur de ne
pas lui raporter les raisons qu'ont données
les Anciens de la difference qui se
trouve dans les Adultes entre les sutures
externes et internes . Elles l'ennuyeroient
certainement. Avant Descartes on
n'avoit pas le goût de la vraye Thysique .
On n'a pas même encore tout à fait banni
de l'Ecole dans les Questions de Physique
les Autorités , sans les accompagner
de raisons méchaniques ; et M. Hunaulda
eû très grande raison de dire qu'il
étoit le premier qui eût regardé ce Phénomene
avec des yeux Physiciens . Dans
le Siecle des Systêmes on évitera aussi au
Lecteur le dégoût d'en entendre , et l'on
n'apuyera les raisons qu'on donne , que
sur les faits Anatomiques qu'on vient de
raporter , et sur quelques autres qui ne
sçauroient être contestés. Voici mon prémier
raisonnement .
I. Vol. Personne
DECEMBRE. 1737. 2543
Personne ne sçauroit disconvenir que
Ta même cause fait d'abord diminuer insensiblement
les dents des suturesdu de
hors et du dedans du crane , et ensuite:
fait devenit celles du dedans des lignes
plus ou moins irregulieres parce qu'elles
sont toujours plus courtes que celles du
dehors , étant proportionelles avec la
Table interne qui a toujours moins de
superficie que l'autre; il est donc mani
feste qu'il ne doit y avoir que la même
cause pour ces deux effets , puisqu'ils s'opérent
de la même maniere , et ne font
à la fin que changer de nom , l'un étant
plûtot fini que l'autre. On voit tout
aussi clairement que ces deux effets ne
peuvent être produits que par un écartement
insensible des os des Tables , tant
au dedans qu'au dehors , à leurs sutures,
qui se remplissent de même insensiblement
par l'accroissement. Je dis que c'est
la même cause qui opere cet effet au dedans
et au dehors , sans en exclure une
seconde qui peut concourir pour le dedans
seulement ,.comme on le verra dans
la suite.
Les Lecteurs qui n'ont pas vû ce qu'a
écrit là- dessus M. Hunauld ,, seront-surpris
que je fasse un raisonnement qui net
renferme qu'une idée que le fait donne de
I. Voly
A-w luit2544
MERCURE DE FRANCE
lui- même , sans qu'on puisse presque s'en
former d'autres , puisqu'il n'est que le
fait même tourné d'une autre façon..
Mais ils en verront la necessité , quand
nous serons à l'examen du Mémoire de :
cet Academicien.
3
Voilà donc l'idée générale de toute la
méchanique qui fait voir ces differens :
Phénoménes. Mais il faut à présent en
pénétrer tous les ressorts les plus intérieurs
et les plus imperceptibles pour les
mettre dans un grand jour. Le Lecteur
ne pensera pas qu'on promette plusqu'on
ne peut tenir , s'il fait attention
que ces ressorts les plus cachés ne sont
que les fibres dont sont composés les os
du crane , et le fluide qui coule dans ces
fibres ; or l'arrangement de ces fibres est
démontré. Il ne s'agit donc que d'y bien
considerer le mouvement du fluide dans -
l'accroissement du crane, et c'est ce qu'on
va faire par le moyen des six proposi
tions suivantes , dont les quatre premieres
sont évidentes par elles mêmes, et
l'on démontre les deux autres.
AXIOMES OU DEMANDE S.
Axiome 1. Les fibres des os du crane :
sontdisposées en rayons ; c'est - à - dire comme
on représente le Soleil dans les ensei--
1. Vol .
gnes
DECEMBRE. 1737. 2545
gnes ; ou si l'on veut une comparaison
plus juste , figurez- vous une partie de
Sphere coupée dans la circonférence du
Cercle Polaire ; les Parties de Méridiens
qui resteront dans cet espace de la Zone
froide vous représenteront assés ,
exactement la direction des fibres des os
du crane , en les considérant comme des
lignes courbes qui partent du Pole. Toute
la difference qu'il y a , c'est que le
point d'où partent les fibres dans les os
du crane, n'est pas au milieu dans tous ces
os , comme dans les Parietaux & c . Cette
direction des fibres est démontrée .
Axiome 2. Il passe un suc nourissier
dans les fibres , de quelquefaçon que cela se
fasse ; c'est- à-dire , soit que les fibres
soient exactement des tuyaux ,
qu'elles soient nourries comme les Plantes
; soit qu'il y ait circulation du suc
Nourissier , soit qu'il n'y en ait pas.
soit
Axiome 3. Le crane croît felon toutes les
dimensions , sans changer de configuration 3
c'est- à-dire en circonférence et en épaisseut.
On n'entend pas cette proposition ,
dans une précision Mathématique , parce`
quecette précision est souvent dérangée
dans les choses Physiques. Il suffit que
le crane ne change pas assés de configu
ration pour incommoder le cerveau , ce
Is Fola A vj
Juli
2546 MERCURE DE FRANCE
on. en
qui est incontestable dans l'état de santé..
Axiome 4. Les surfaces d crane s'aprochent
de la surface plane à mesure qu'il
croît. Représentez - vous , qu'avec le bois
qui a servi à un petit cerceau
fait un plus grand en le tenant perpendiculairement
sur une Table ; plus on
agrandira ce petit cerceau , plus la partie
d'en bas de son contour s'aprochera de
la surface de la Table ; on peut se représenter
que la même chose se fait dans
les differentes couches du crane. Ou bien
figurez - vous qu'avec une partie d'une
petite Sphere , prise du côté des Poles ,
par exemple , on en veüille faire une:
partie d'une plus grande , il arrivera la
même chose ; les lignes qui représentent
les Méridiens s'écarteront les
unes des autres , et cet écartement augmentera
à mesure qu'elles s'éloigneront
du Pole.. Mais dans l'un et dans l'autre
exemple il faut que l'esprit suplée à l'áccroissement
en épaiseur qui n'y est point
zeprésenté.
THE ORE M'E S.
Ces Théorêmes peuvent se démontrertout
de même sans suposer la circulation
du suc nourissier dans les as
en le dira après
comme
Theor. I. Une liqueur qui passe par
L. Vol . un:
DECEMBRE. 2547 1737.
un tuyau , le presse et l'élargit plus , s'il peut
Pêtre à l'endroit de sa courbure , qu'ailleurs .
L'effet de ce qu'énonce cetteproposition,
se voit dans tous les coudes des Rivierės
et des Plantes et même dans les bouts
des os , car les bouts des os sont ordinairement
plus gros que le milieu ,à quoi
la méchanique qu'on explique ici contribue
aparamment aussi avec les autres.
causes qu'on en donne. Mais pour en
connoître la raison , il suffit de considerer
que tout corps en mouvement
tendant toujours à décrire une lignet
droite , ce qui se verifie dans une pierrequi
s'échape d'une fronde qu'on fait
tourner ; une liqueur qui coule dans un
tuyau courbe , frape plus les deux parois
de la courbure que celles des autres en
droits , parce qu'elles trouvent de l'oposition
à son mouvement en ligne droite,
elle frappe donc plus ces deux parois ,,
F'une en tombant par exemple et l'autre
en réfléchissant , ce qui de plus lui faisant
perdre le degré de velocité qu'elle :
avoit avant que d'arriver à la courbure,
la fait mê ne paroître y séjourner.
T
1.. Coroll s'ensuit de cette proposi--
tion que le suc nourisier élargira et grossira
Les fibres des os lu crane à leurs courbures..
Avant que de venir au Corellaire qui
Jim Vol
suita
548 MERCURE DE FRANCE
suit , il faut se souvenir que les fibres des
os du crane étant disposées en rayons ,
elles seront rangées aux sutures comme
sont les doitgs des mains , quand on les
tient l'une contre l'autre , le dédans tourné
en haut.
2. Corol . Les fibres étant ainsi dispo
sées , il suit de cette Proposition . Que les
courbures dufond des échancrures qui sont représentées
par les extrémités des petits doigts ,
apliqués ainsi l'un contre l'autre , empêcheront
, par leur grosseur etpar leurpression ,
le suc de passer si facilement dans l'extrémité
de la fibre qui suit et qui est représentée
par le doigt annulaire dans le même
exemple 3 et le coude de la fibre représentée
par le doigt annulaire empêchera le même suc
nourissier de passer avec tant de facilité
dans la courbure de celle qui tiendra la place
du doigt du milieu , et de même du reste ;
raisonnement qu'ilfaut apliquer à toutes les
couches de fibres , dont les os du crane sont
composés.
3. Cor. Il s'ensuit de là , que toutes les fi
bres des pointes des dents des sutures étant
serréés par les coudes enflés des extremités de
toutes les fibres du dedans de l'échancrure ;
qui se soutiennent même toutes les unes les au ·
tres , sont les plus pressées et par conséquent
** Axiome x
1.-Vols
reçoivent
DECEMBRE.
1737 2549
reçoivent moins de suc nourissier , d'où il
arrive que les dents ont moins d'épaisseur
vers la pointe qu'à la Base ? il s'ensuit
que les courbures des fibres sont moins
serrées à mesure qu'elles sont éloignées de la
pointe , parce que dans ces cas , elles se
trouvent pressées dans une espace plus
court ; enfin que celles qui sont dans l'échancrure
sont celles qui le sont moins et
par conséquent qui reçoivent le plus de sue
nourissier.»
4. Cor. Ainsi il passera plus de suc nonrissier
à la Base des dents qu'à la pointe.
**
,
5. Cor. Enfin il s'ensuit de ce que les
fibres grossissent ainsi à leur extrémité
qu'ellesforment des corps coniques dont la figu
refait que les os du crane peuvent croître sans
changer de configuration , selon la maniere.
d'accroissement qui convient à la disposition
de leurs fibres en rayons ; c'est à- dire , en
les faisant aprocher de la ligne droite en
se grossissant et s'allongeant , quoiqu'il ne
soit pas à craindre qu'ils changent de
configuration ; puisque , pour qu'ils n'en ·
changent pas , il suffit qu'ils ne croissent
pas disproportionellement , à quoi résistent
également toutes les fibies qui ne
peuvent être étendues que jusqu'a un
certain dégré..
** Axiome. 1 .
1.Vol.
1550 MERCURE DE FRANCE
Ces Corollaires expliquent la méchanique
qui fait diminuer et disparoître les
dents des sutures , parce qu'il est évident
que cet élargissement de la Base qui
vient du séjour qu'y fait le suc , à Câuse
de la difficulté qu'il a de passer et de
retourner vers le point d'où partent les
fibres , parce que leur disposition fait
qu'elles doivent plus se presser à mesure
qu'elles aprochent de leur centre , et que
les Tables s'écartant plus aux sutures, en
remplissent peu à les échancrures ;
et le peu de suc qui peut passer jusqu'à
la pointe fait aussi diminuer et disparoître
les dents. L'éloignement qui se fait
des fibres les unes des autres vers la cir.
conférence , parce qu'elles s'aprochent
de la ligne droite par l'accroissement ,
peu
concourt aussi à cette diminution et
à cet effacement : car mettez les deux
petits doigts l'un contre l'autre , le dedans
de la main en haut et les doigts serrés
et courbés , après cela écartez les et
étendez - les , vous verrez diminuer l'échancrure
dont la pointe se termine aux
bouts des petits doigts .
Ce méchanisme explique aussi pourquoi
les os du crane sont plus épais à la
circnférence que vers le point d'où viennent
fibres;
Axlomi. X. TheoryDECEMBRE.
1737. 2558
Théor. 2. La Table interne du crane
souffre insensiblement un plus grand écartement
dans les sutures et un plus grand ascroissement
proportionel dans toutes ses
parties que la Tableexterne , pendant l'enfance,
du moins le plus souvent.
,
Si ces deux Tables croissoient proportionellement
il ne se feroit pas de
plus grands écartemens dans aucune des
parties de l'une , que dans aucune partie
de l'autre car soient la ligne p . q , .et
la ligne oq , qui peuvent représenter deux
rayons d'arcs , qui pouroient être ajustés
à quelque partie d'une Sphere ou à
quelque os d'un crane , soient la ligne
a b de quatre pouces et demi , et la li
gne c d de cinq pouces , et leur distance
l'une de l'autre y z , de six lignes ;
après cela , que la premiere ligne a b
soit doublée et devienne e f de neuf
x
y
552 MERCURE DE FRANCE
pouces ; que la seconde c d soit aussi
doublée et devienne g h de dix pouces
On voit par la seule inspection de la figure
que , pour que ces deux lignes con
servassent le même raport entre elles ;
il a fallu aussi que leur distance y z de
six lignes fût doublée et devint tx
d'un pouce , et que si cette distance n'étoit
pas aussi doublée , comme si l'on
prenoit la ligne de points pour la ligne
ef , elles n'auroient plus la même rai
son puisqu'en prenant la ligne de
points pour la ligne e f elle seroit de
neuf pouces et qu'il y a plus grande
raison de 9 à 10 , que de 9 à ro. qui
est à la distance prise dans son accroisse
ment proportionel .
>
Maintenant représentez vous que la
ligne a b est la corde d'un arc de cercle
égal à ceux qu'on pouroit imaginer
qui passeroient dans la surface interne
d'un os d'un petit crane ; et c d tout de
même la corde d'un arc de cercle qui passât
dans la superficie extérieure du même
petit crane et y z l'épaisseur de cet os .
Figurez - vous ensuite que , ce petit crane'
étant grossi, e fsoit la corde d'un arc qui
passât dans la surface du dedans du même
os , et g h la corde d'un arc de cercle
qui pût s'accommoder à la superficie
1. Vol. do
DECEMBRE. 1737. 2553
de dehors du même os du même crane ,
mais devenu aussi plus grand. Par ce
moyen vous concevrez aisément que'
puisque ces lignes , en croissant en longueur
et en s'éloignant proportionellement
, conservent toujours le même raport
; les arcs semblables de differens
cercles étant entr'eux comme leurs core
des , les Tables des os du crane en croissant
proportionellement en circonférence
et en épaisseur ,le conserveront aussi
toujours , et qu'en ce cas une table n'au
roit pas plus à croître que l'autre ; mais
vous concevrez en même temps comment
par une suite nécessaire , quand
ees lignes ne s'éloignent pas proportio
nellement dans leur accroissement , mais
moins qu'il ne faut , comme si la ligne
a b étoit la ligne de points , la ligne a b
aura plus à croître pour devenir cette
ligne de points , et par conséquent la
Table interne aura aussi tout de même
plus à croître que la Table externe ,
quand ce crane croîtra moins en épais
seur qu'en circonférence .
Ceux qui ne sont point accoûtumés
aux Démonstrations Géometriques et
aux nombres , pouront s'en former une
idée , mais imparfaite , dans deux vieux
cerceaux qu'on auroit coupés , chacun en
quatre
1. Vol.
2554 MERCURE DE FRANCE
quatre parties égales , et dont on en au
roit remis six au bout les unes des autres
en rond , après les avoir un peu redressées
; il restera de petits interstices
en dedans entre les extremités de ces
morceaux de cerceaux ainsi rangés s
quoi qu'on puisse les regarder comme
accrus proportionellement dans leurs
deux surfaces , s'ils représentent encore
un cerceau rond . Ces interstices viennent
donc de ce qu'ils ne sont pas accrus en
épaisseur comme en circonférence.
Il est donc démontré que si le crane
croît moins que proportionellement en
épaisseur et en circonference , la Table
interne a à croître plus que l'autre ; or le
crane croît en épaisseur moins que proportionellement
, du moins le plus souvent
dans l'enfance : car la circonferen
ce est sans contredit la dimension qu'on
peut considérer comme la longueur dans
le crane ; or tous les végetaux qui ont
les fibres souples , croissent plus en lon
gueur qu'en épaisseur ; celá se voit sensiblement
dans les Osiers et dans toutes
les Plantes tendres. Il seroit inutile de répondre
à cette comparaison , que les
os étant des corps durs , cette regle ne
peut pas y avoir lieu • parce qu'outrė
qu'on sçait que les os sont plus souples
I Vol dan's
DECEMBRE . 1737. 2555
dans l'enfance , on voit aussi que les
Animaux et les hommes même croissent
souvent d'abord en hauteur et ensuite en
épaisseur. La raison méchanique de cela ,
est que les fluides qui font l'accroissement
, ne peuvent venir presque à les
épaissir que quand ils sont autant allongés
qu'ils peuvent l'être , parce que les
Auides l'emportant alors sur les solides
encore fort delicats dans l'enfance , is
doivent les faire prêter à une extension
qui convient à la direction de leur mouvement
en ligne droite. C'est par cette
raison que la fiévre fait beaucoup grandir
les jeunes gens , Il faut ajoûter à cela
que la pression des vaisseaux du cerveau
et l'arrangement des fibres en rayons
dans les os du crane , favorisent infiniment
ce mouvement des fluides ; ils
doivent par ces deux raisons couler
,
fort aisément du centre vers la circonférence
et revenir fort difficilement
vers le centre , où les fibres doivent naturellement
se trouver toujours un peu
plus serrées .
En un mot on voit par tout cela
, que
le crane doit avoir plus de facilité à croî
tre en circonférence qu'en épaisseur , et
par conséquent que la circonférencé est
la dimension dans laquelle il commence-
I. Vol. Sa
556 MERCURE DE FRANCE
1
ra de croître plus que dans l'autre ; ce qui
prouve d'une maniere invincible que le
crane croît en épaisseur moins que proportionellement
, le plus souvent dans
l'enfance.LaTable interne a donc à croître
plus que la Table externe , dans ces mê
mes circonstances; il s'ensuit de là néces
sairement qu'elle souffre insensiblement un
plus grand écartement dans les sutures et un
plus grand accroissement proportionel dans
toutes ses parties que la Table externe dans
les mêmes circonstances , c'est- à - dire , dans
l'enfance et le plus souvent ; ce qu'il falloit
démontrer,
Mais on pourpit encore prouver ce
Théorême , par la seule raison que l'excès
des dents du dehors par dessus celles
du dedans ne fût pas assez grand pour
que l'écartement égal qui arriveroit nécessairement
dans l'accroissement proportionel
du crane en épaisseur et en
circonférence , ne suffit pas pour faire
changer les sutures du dedans en des lignes
, en n'y changeant pas celles du
dehors parce qu'on voit déja bien et
qu'on verra encore mieux après qu'on aura
examiné le Mémoire de M. Hunauld
que cela ne peut venir que de cet écartement
plus grand en dedans qu'en des
hors .
I. Kol. Les
DECEMBRE . 1737. 2557
Les marques du méchanisme qu'on viene
de démontrer dans ce Théorême se
voyent dans les cranes de peu d'épaisseur,
où l'on voit le plus souvent au bout de
chaque dent diminuée ou éffacée de petits
enfoncemens, & quand ils sont bien secs,
de petites lignes qui marquent jusqu'où
alloit le bout des dents , lorsqu'elles
étoient dans leur plus grande longueut
Nous avons dit plus haut que nous fe
rions voir que tout ce que nous avons
démontré en suposant la circulation du
suc nourissier dans les os , pouvoit éga
lement se démontrer sans la suposer. Cela
se peut faire en se representant que dans
ce cas les fibres seront comme de petits
corps coniques , dont la Base sera dans la
circonference des os du crane ; et par
cette disposition le suc nourissier se portera
de même plus aisément à cette extremité
et y dilatera également les fibres ; ce
qui produira les mêmes effets qu'on vient
de démontrer en suposant la circulation .
Faisons voir à présent par quelle mé
chanique , 1º . les sutures tant du dedans
que du dehors du cerveau diminuent les
anes et les autres ; 2. pourquoi celles
du dedans deviennent à la fin des lignes
plus ou moins irrégulieres , tandis que
celles du dehors ne font que diminuer.
I. Vol.
2558 MERCURE DE FRANCE
1 °. La premiere cause de la diminu
tion des sutures , tant externes qu'internes
, est le plus grand accroissement des
os du crane vers leur circonférence , que
vers le point d'où partent les fibres , ce
quí , en éloignant les pointes les unes des
autres , les feroit paroître moins longues
sans même qu'il diminuassent. (a)La
seconde , est la facilité qu'a le suc nourissier
de passer jusqu'au bout des fibres
qui se terminent à la Base des dents , à
cause qu'elles y ont plus de grosseur . (b)
La troisiéme , est la difficulté qu'il peut
avoir de retourner vers le centre parce
que les fibres doivent s'y trouver plus
pressées. ( c ) Enfin la quatrième , est la
difficulté qu'a le même suc de passer
dans les pointes des dents des sutures ;
à cause du long espace , pendant lequel
les fibres s'en trouvent pressées par les
Coudes de celles qui précédent. ( d) Car
il est man feste que les pointes diminuant
et les échancrures se remplissant par le
concours de toutes ces causes , les dents
diminueront aussi à la longue .
( a ) Voyez ce qui est après les Corol. du pre
mier Théor.
(b ) Cor. 3. du premier Théor.
(c) Ax. I.
(d) Cor. 3 du premierThéor
1. Vol.
DECEMBRE. 1737 2559
ce
que
2º. Les sutures du dedans du crine
deviennent des lignes plus ou moins ir
régulieres , tandis que celles du dehors
restent toujours de véritables sutures
jusqu'à ce qu'elles se soudent ; 1. par
dès le commencement les sutures
du dedans du crane ont des dents
moins grandes que celles du dehors , comme
on l'a vû par lex position du fait ,
raison qui suffit peut être souvent toute
seule ; 2 ° . parce que la Table interne
ayant plus à croître dans l'enfance
que la Table externe , ( a ) les batte
mens des artères du cerveau , aplatissant
les coudes des fibres de la Base des dents ,
leur fait remplir les interstices , que l'écartement
, qui s'y fait plus grand que
dans la Table externe (b ) laisse dans
l'échancrure de ses sutures , et les plus
grands écartemens insensibles qu'elle
souffre aussi dans toute la solidité des
os , ( c) ce qui la rend si dure , d'où
elle est nommée la Table vitrée. Car il
est évident que ces causes concourant
avec celles qu'on vient d'expliquer pour
la diminution des dents de la Table externe
feront d'abord diminuer plus
,
(a) Théor. 2.
(b)Théor. 2.
| (c) Théor. 2.
1. Vol. B prompte
2560 MERCURE DE FRANCE
promptement,et à la fin feront disparoître
entierement celles de la Table interne.
Voilà donc les raisons qui font diminuer
les sutures du dehors du crane ét
qui font devenir celles du dedans des lignes
plus ou moins irrégulieres .
11
M. Hunauld dit ici que la raison
pour laquelle les sutures du dedans deviennent
des lignes irrégulieres , n'est
pas la raison des Anciens , qui disoient
que c'étoit pour éviter que la Dure Mere
ne fût endommagée dans les fractures
du crane , mais que cette raison est még
chanique, Néanmoins , sans prendre de
parti là - dessus , il me paroît que quelbonne
raison méchanique qu'il y ait,
elle ne doit pas exclure une raison morale;
parceque quoiqu'il y ait un méchanisme
particulier dans chaque Ouvrage materiel
de la Nature et de l'Art , il n'empêche
pas que l'Ouvrier , quand il est
un Agent raisonnable , ne puisse avoir
cû telle ou telle intention en le faisant.
que
Mais ce qui peut encore être comme
une seconde Démonstration de notre sentiment
, c'est que cette diminution et cet
éffacement des dents des sutures du crane
ne peuvent arriver que par l'écartement
qu'on vient de démontrer , ou par
ce qu'il y a une grande pression et que
1. Vol. les
DECEMBRE. 1737. 2561
les dents des sutures se perdent dans le
Diploë , ainsi que le prétend M. Hunauld
; or il est impossible que cela se
fasse de la maniere qu'il le dit , comme
on va le voir dans les preuves de son sentiment
que nous allons donner comme
des objections contre le nôtre.
La Suite pour un autreMercure.
***:
LES MOINEAUX, Ode , faite
à l'occasion d'un Nid qui étoit vis-à
vis les fenêtres de l'Auteur.
Q Je vous avez d'avantages
Moineaux , dont je suis jaloux !
Vous êtes , dit- on , moins sages ,
Mais bien plus heureux que nous.
*
Chés vous le penchant décide,
Toujours suivant la saison';
Vous ne prenez point pour guide
Une incommode Raison.
*
A peine avez - vous des aîles
Que vous êtes amoureux ;
I. Vol. Bij
*
2562 MERCURE DE FRANCE
Et dans le Nid , avec elles
Vous sentez croître vos feux.
*
Sitôt que par la Campagne
Elles vous peuvent porter ,
D'une gentille Compagne
Vous allez vous accoster.
*
S'il s'en trouve de cruelles ,
Elles n'ont que des rigueurs ,
Qui passeroient chés nos Belles
Pour les plus cheres faveurs.
*
Si quelqu'un de vous trop tendre
Vient à perdre le respect ,
On n'use , pour l'en reprendre ,
Que de petits coups de bec.
*
Ah ! sans respect , en ma vie
Que je serois de momens ,
Si pour m'en punir , Silvie
Avoit de tels châtimens !
*
Chaque jour vous faites naître
Mille désirs dans mon coeur ;
I. Vola
Ja
DECEMBRE : 1737. 2563
Je vous vois de ma fenêtre ;
Que de plaisirs ! quel bonheur !
*
Ĺachešis dans les délices ,
Mouille le fil de vos jours ;
Vous n'y trouvez d'autres vices
Que celui d'être trop courts.
*
A de vains desirs en proye
J'ai passé près de vingt ans ,
Et n'ai pas eû tant de joye
Que vous dans ce seul Printemps.
*
Ah ! si l'on comptoit la vie
Par les momens les plus doux ,
Moineaux trop dignes d'envie ,
Qui vivroit autant que vous ?
Par un Philosophe du College da
1. Vol. Bij LET
2564 MERCURE DE FRANCE
FHHHHHHHIKE :HREHEKERE
LETTRE de M. de Beauvais d'Or
leans àM. l'Abbé de Matigney ,Chanoi
de la Métropole de Besançon , sur une
Lettre imprimée du R. P. Panel Jesuite,
touchant le Cabinet de Médailles defeu
M. le Bret , qui est actuellement en
vente & c.
V
Ous sçavez , Monsieur , quel'étoit
mon empressement de connoître
par moi même , ou par un Catalogue un
peu détaillé , le fameux Cabinet de
Médailles antiques de feu M. le Bret,
Premier President du Parlement de Provence.
J'attendois impatiemment que
quelqu'un de mes Confreres voulût bien
prendre la peine de nous regaler d'un
Mémoire sur ce sujet , instructif pour
les Curieux résidens en Province , qui
comme vous et moi , ont une ardeur infinie
d'augmenter leur Trésor Métallique
par de nouvelles acquisitions.
La Lettre du R. P. Panel a été annoncée
dans le Public comme une Piece
capable de mettre les Curieux de l'Europe
au fait de toutes les suites de ce Cabinet,
J'ai écrit sur le champ à Paris pour
I- Vol avoin
DECEMBRE 1737.2565
avoir ce Catalogue , et le R. P. du Pineau .
de Ste. Geneviève , toujours empressé à
obliger les Curieux , vient de me satisfaire
Vous m'avez demandé , Monsieur , plusieurs
fois mes sentimens sur les differentes
Collections dont ce Cabinet est
composé , l'Ouvrage du R. P. Panel
me donne lieu aujourd'hui de vous satis
faire. Il ne me restera qu'à souhaiter que
mes réflexions sur ces differentes suites
vous engagent à faire l'acquisition de quelques-
unes.Je vais donc suivre l'ordre que
le P. Panel a gardé dans son Ouvrage qui
commence par nous annoncer une suite
de près de 600. Rois , on peut dire que
cette Collection est un véritable Trésor
pour les amateurs de l'antiquité Grecque.
M. leBret étoit plus à portée que personne
de former cette suite , par ses relations
dans le Levant ; et pour peu qu'un Curieux
ait du goût pour cette espece de
Médailles , il ne doit point laisser échaper
cette collection, ou il faut y renopcer pour
toujours. Le P. Panel y cite un Médaillon
du quatriéme ayeul d'Alexandre le
Grand , je crois qu'il se trompe et que
nous n'avons point de Médailles de Rois
Grecs plus anciennes que celles d'Amintas
Pere de Philipe et ayeul d'Alexan
dre. On y cite aussi une Médaille d'ar-
1. Vol. Bij gent
2566 MERCURE DE FRANCE
gent de Juba le fils , Roy de Mauritanie s
j'aurois souhaité qu'on en eût donné
le revers , j'ai acquis cette tête qui est
fort rare depuis peu , elle a au revers
une corne d'abondance et unSceptre sans
inscription . Cette Médaille au surplus
se place à la tête d'une suite Imperiale , à
qui elle apartient naturellement , étant
d'une Fabrique Romaine , et frapée
sous l'Empire et par l'Ordre d'Auguste.
La suite des Villes vient après les Rois ;
il faut convenir qu'une Collection de cette
espece est ce que nous avons sans contredit
de plus Sçavant pour l'Ancienne
Géographie et pour toutes les autres
connoissances que le P. Panel a si bien
fait sentir , c'est une véritable suite
pour les Sçavans : il est facheux ( et cela
n'arrive que trop souvent ) que de pa
reilles Collections qui ont coûté à ramasser
, la vie entiere à des Curieux passionnés
et intelligens , se trouvent dispersées
après leur mort , d'une façon à ne
sçavoir souvent où en retrouver des Vestiges.
Cette suite au reste ne fait pas un
beau coup d'oeil , n'étant composée que
de Médailles de moyen et de petit bronze
, mêlées de quelques Médaillons d'ar
gent.
Les Médailles Consulaires forment dans
1. Kol. CA
DECEMBRE 1737. 2567
ce Cabinet une très belle suite, puisqu'elle.
est de plus de 900. Il y a même des Familles
qui ont été inconnuës jusqu'à M. le
Bret , comme il y en a je crois encore bien
d'autres dans des Cabinets sans nom , оц
ailleurs , et qui nous parviendront dans
la suite. Il s'y remarque une fameuse Médaille
d'argent de la Famille Carisia restituée
par Tra an, qui meriteroit bien d'être
ajoûtée à la belle Collection que M..
L'Abbé de Rothelin a fait de ces Médail
les restituées . Je ne sçais cependant quelle
idée a eû le P. Panel de nous donner
pour
extraordinaire , deux : Médailles de
La Famille Julia qui sont extrémement
communes,elles apartiennent toutes deux
à Auguste. La premiere a d'un côté co
Prince dans un Quadrige avec la Legende
IMP. CAESAR. le revers n'en.
a point , et représente une Victoire sur
une Proüe de Vaisseau ; cette Médaille futfrapée
après la Bataille d'Actium , qui
assura l'Empire du Monde à . Auguste.
La seconde a d'un côté la tête de Venus
sans Inscription, et sur le revers on y lit
CAESAR DIV I. F. Auguste y est
debout tenant une palme. Le P. Panel
n'y a pas fait attention lorsqu'il a crû
nous donner ces deux Médailles , qui me:
sont passées plus de vingt fois par
L.. Vol.
BV
les
mains,,
2568 MERCURE DE FRANCE
>
mains , pour des pieces nouvelles. Il n'a
pas pris garde non plus qu'il mêle parmi
les Familles nouvelles qu'il d'écrit , des
Médailles de Colonies. Telle est celle
qu'il donne pour être de la Famille Junia,
mais qui apartient à Tibere , je la crois
de la Colonie d'Illici en Espagne Deux
autres de grand Bronze dont il forme
deux nouvelles Familles , de Quinctilia
et de Volusia . Elles representent , selon
lui , toutes deux d'un côré les têtes nuës
de Quinctilius et de Volusius et au revers,
celle d'Auguste entre Cajus et Lucius
Césars. Ces deux Médailles ne sont nullement
ce que le P. Panel prétend : ce
sont deux pieces frapées dans des Colonies
qui apartiennent ou à Auguste , ou
à Agrippa son gendre , car on peut les
donner aux deux . Elles representent sûrement
d'un côté la tête d'Auguste sans
ornement , on lit alentour sur la premiere
, le nom du II Vir Quinctilius ; et
sur la seconde celui de Volusius ; la Legende
du revers AV G. PON. MAX.
est relative à la tête d'Auguste et est la
même sur les deux Médailles , également
que le Type qui sont trois têtes , Agrippa
entre ses deux enfans Cajus et Lucius
Cesars. Si le P. Panel avoit bien éxaminé
ces deux Médailles il auroit reconnu
Le Fol
DECEMBRE 1737. 1737. 2569
la vérité de ce que j'avance , d'autant
plus aisément , qu'il n'y a pas un seul
exemple qu'on voye sur la premiere face
des Médailles de Colonies , d'autres
têtes que celles des Empereurs regnans-
La premiere de ces deux Medailles est
depuis long- tems dans la suite de grand
Bronze du Roy, et étoit presque regardée
comme unique.
Je ne crois point qu'aucun Antiquaire
avant le P. Panel ait songé à mêler les
Médailles des Colonies avec les Consulaires
; il est vrai que les Officiers des
Monnoyes des Colonies , dont les noms
se trouvent sur presque toutes les Mé
dailles de cette Classe , principalement
sous les premiers Empereurs , sont reconnûs
la plupart pour être sortis d'anciennes
Familles Consulaires , et qu'on
pouroit en quelque façon en mêler quelques-
uness mais outre que la chose repu
gne naturellement , ce seroit déranger
Fordre des temps auxquels ces Médailles
apartiennent.
J'en viens aux suites Imperiales sur
lesquelles je ferai aussi quelques remar
ques, comme je vous l'ai promis , Monsieur
, d'autant plus volontiers que ce
sont celles auxquelles vous et moi nous
Hous sommes plus particulierement atta
B vj b. Volo
chés
2570 MERCURE DE FRANCE
chés. La suite d'or de ce Cabinet , dit le P.
Panel , est plus rare que nombreuse , Il a
raison , car cette suite n'est composée:
que de 370. Médailles , pendant que de:
simples Particuliers de Paris l'ont poussée
jusqu'à près de 1200 Celle de M. du
Vau est de ce nombre , et je crois que
celle de M. de Cleves la suit de bien près..
Le P. Panel y cite huit Médailles rares
je suis porré à croire qu'il y en a davantage,
& qu'il s'y trouve d'ailleurs beaucoup
de ces pieces d'une fabrique et d'un goût
qui a péri avec ceux qui les ont faites :
parmi ces huit pieces il y en a sûrement:
deux qui sont fausses , la Cesonia et le:
Médaillon d'Antinoüs , le Divus Pater
Trajanus n'est qu'une Médaille d'une ra-.
reté ordinaire. J'aurois crû que M. le
Bret auroit formé cette suite plus nom-.
breuse , d'autant plus qu'on trouve ai
sément des Médailles Impériales d'or
quand on a le moyen d'en faire la dé
pense..
Quelques Médaillons d'argent , dit -encore
le même Pere , me dispensent d'entrer dans
le détail de ce que renferme de curieux la:
suite de ce métail. Voilà en vérité une
nouvelle façon de donner un Sommaire
de Catalogue , ou un Memoire d'une
suite qui est depuis quelque temps en
L.. Voli vente
DECEMBRE
1737. 2575
vente , que celle de n'en pas dire un mote
d'autant mieux que l'Ouvrage duP.Pancl
est un in 4 ° . de 24 pag. et il n'en falloit
pas davantage pour donner une Chronologie
de toutes les suites de ce Cabinet , es
marquer en passant ce qu'il y avoit de
plus rare dans chaque Regne: je souhaite
qu'on nous satisfasse sur cet article , je
Laisse donc la suite d'argent qui nous est
entierement inconnue. Le nombre des
Médaillons , à ce que j'ai sçû d'ailleurs, est
de 13,8 . parmi lesquels il y en a 3-2 d'argent
fin ; la Domitia au revers de son Mari
est sans doute de ce nombre . Cette Collection
est riche et peu de Particuliers:
trouvent les occasions de la former , à
moins qu'on ne fasse une acquisition tel .
Le qu'elle se présente aujourd'hui.
Il en est de même de la Collection des
Médaillons de bronze au nombre de 180.
Il faut avouer ,M . que si toutes ces pieces:
étoient vrayement antiques et de la con
servation dont le P. Panel les annonce , ce›
seroit une suited'un grand prix.Mais leur
grande conservation me ferait douter
de la vérité de plusieurs , et qu'il y en
a beaucoup de la fabrique de Dervieu
de Florence , le plus habile Ouvrier qu'il
y ait jamais eû en Italie , pour imi er
parfaitement les Médaillons de Bronze..
L.Vola
J'en
2572 MERCURE DE FRANCE
J'en ai vu plusieurs de sa façon , entr'autres
depuis le Regne de Commode
jusqu'à celui de Severe Alexandre , qui
imitoient si naturellement l'antique, qu'il
falloit être très consommé dans le goût
des Médailes pour ne s'y pas méprendre.
Ainsi les deux Nerons , le Domitien traî
né par
des Centaures , le Pertinax , le
Diadumenien , le Severe Alexandre affronté
avec Orbiana , le Balbin Grec ,
le Gallus , le Macrien , et le Carausius
me sentent des Piéces bien imitées et rien
de plus.
Je remarque dans l'endroit où j'en suis
de la lettre du P. Panel , qu'il nomme le
fils de Macrin Djadumene , comme st
on lisoit en Latin Diadumenus , et en ce
cas il faudroit l'apeller Diadumene , mais
son nom est constament Diadumenianus,
et on ne l'a sûrement jamais lû autrement,
et en François Diadumenien . Je ne fais aus
surplus certe remarque que pour empêcher
les Personnes de Lettres qui ne sont
pas au fait des Médailles, de tomber danscette
erreur , sur la foy du P. Panel.
Ce n'est point la seule singularité qu'il
affecte au sujet de quelques noms d'Empereurs
, j'en remarque encore deux ,
Fune sur Caracalla, que nous nommons
tous d'une voix unanime Antonin Ca +
1. Vol. racalla
DECEMBRE 1737. 2573
racalla , ou simplement Caracalla , et ce
dernier nom est d'un usage constant ,
n'y ayant que cePrince qui ait porté ce sur
nom , mais chés le P. Panel , c'est Antonin
fils de Severe et Eliogabale Antonin
fils de Soëmias , il apelte le premier (Fils
de Severe parce que son Pere étoit Empereur,
et l'autre fils de Soemias par ce
qu'il n'étoit pas fils d'un Empereur . Voila
un tour singulier , les Antonins ne
sont pas en assés grand nombre pour a
préhender qu'on les confonde . Il y a eû
15 Louis Rois de France , mais on ne
s'est jamais avisé d'apeller Louis XI.
Louis fils de Charles et Louis XII . Louis
fils de Marie de Cleves.. Les Antoninsont
d'ailleurs des noms qui les désignent
assés pour ne les avoir jamais confondûs ,
Marc Aurelle , et Commode , Caracalla
et Eliogabale ne seront jamais pris l'an
pour l'autre , j'aurois encore mieux aimé
à la place du P. Panel , si j'avois eû envie
de changer les noms de ces Princes , les
apeller Antonin premier , second &c.
On a suivi quelquefois cet usage , de
leur temps , et une preuve de ce que
jose avancer , est une Médaille singu
Here qui a passé au commencement de
cette année dans le Cabinet de M. l'Ab
bé de Rothelin ; cet illustre Abbé est , je
L. Vola Crois
2574 MERCURE DE FRANCE
Grois , destiné à acquérir ce qu'il y a de
plus curieux dans toutes les suites . Voici
sa Médaille qui est d'argent et dont
ila eû la bonté de m'envoyer la description
, elle est d'Eliogabale , on lit à l'en--
tour de la Tête Antoninus V (Quintus)
Pius.Fel. Aug. Le revers est commun Vota
Publica. L'Empereur qui sacrifie , on ne
peut pas dire que ce V. Quintus. soit une
faute duMonétaire, puis qu't liogabale est
effectivement le cinquième et en même
temps le dernier Empereur qui a porté
le nom d'Antonin ; car il ne faut point
compter Diadumenien qui avoit ausst
pris ce nom , mais qui fut regardé avec
son Pere comme Tyran , et traité de même
par Eliogabale après leur morr.. Je
passe , Monsieur , à la suite du grand .
Bronze dont on ne marque ni le nombre
des Médailles , ni les Têtes rares qui
s'y trouvent , tout ce qu'on nous en fait
connoître se réduit à quelques Médailles.
de Colonies et Grecques qui sont dans.
les differens Regnes , et parmi lesquelles
il y a des Pieces fort rares si elles sont:
vrayes. Tel est l'Auguste au revers
Cusios Æternit Aug. Un Temple , l'O
thon Egyptien , le Macrin Rome fel. avec:
la Louve et les deux Enfans et l'Annia
Laustina , Grecque inconnue en grand:
Lo.Vol. bronze
DECEMBRE 1737. 2575
bronze jusqu'à présent.Toutes ces Pieces
demandent de bons yeux pour les ac
quereurs , il peut y avoir au surplus
d'exellentes choses dans les Médailles
Latines , on nous en donnera peut être
un Catalogue plus circonstancié. Je le
souhaite en mon particulier passionnément:
vous sçavez , Monsieur, que c'est la
suite où je me suis le plus attaché et où je
souhaiterois faire encore quelque fortune.
Les differentes suites de moyen Bron
ze doivent former un tout bien riche
dans ce Cabinet , de la façon dont le P.
Panel s'exprime ; on a fait differentesClasses
de ces Médailles . Les Latines , Coin
Romain font une suite , et les Colonies
et les Grecques en forment suivant les
aparences deux autres ; il faut , comme
vous le voyez , Monsieur , conjecturer
quel est l'arangement quon a donné à
ces Médailles . On nous donne la descrip
tion de 48 des plus rares , des plus rares , parmi lesquel
les il y en a qui n'ont jamais été connuës
d'aucun Antiquaire , malgré toutes les recherches
, et il faut convenir ici que M.
le Bret étoit destiné à les recouvrer : aussi
le P. Panel nous dit Qu'il n'est pas
ordinaire de les trouver chés les amateurs. Il
a en vérité raison , tel est entr'autres une
Médaille de M. Aurel , qui a au revers
1. Vol.
Divo
2876 MERCURE DEFRANCE
Divo Aug. Parenti et le Pascenius de la
Colonie de Berite , qui n'a jamais existé .
J'aurois souhaité qu'on neût formé de
ces differentes suites de moyen bronze
celle qu'une seule Collection , telle que
de M. de Surbek qui a rassemblé en ce
genre ce qu'il y a peut être de plus beau
dans l'Europe . Il faut que j'avoue ici
qu'une suite complette de moyen bronze
est sans contredit ce que nous avons
de plus curieux et de plus sçavant en
Médailles. En efft on y fait entrerquatre
differentes suites qui forment un
tout parfait de plus de 6000 Médailles
qui remplissent l'espace de 700 ans de
Empire Romain depuis Pompée jusqu'à
Heraclius , on y voit ( pendant cette
suite de siecles) toutes les Médailles , Coin
Romain , dont la Fabrique , surtout dans
le haut Empire , est admirable les
Médailles des Colonies qu'on trouve plus
aisément en moyen bronze que dans les
autres grandeurs , et dont les Types sont
curieux pour ce qui regarde l'ancienne
Géographie de l'Empire , les Médailles
Imperiales Grecques et Egyptiennes qui
representent ce qu'il y a de plus interèssant
dans l'Histoire et la Mythologie des
Anciens Grecs et Egyptiens , et end
fin dans le milieu de l'Empire on y mê
1. Vol.
DECEMBRE. 1737. 2577
le, pour suivre la Chronologie , les Têtes
des Tyrans en petit bronze qui ne se
trouvent point d'une autre forme. Je
l'avoue , Monsieur , si j'étois à recommencer
ma carriere de Curieux , ce se
roit la seule suite où je m'attacherois ,
mais je suis trop avancé dans le grand
bronze et l'argent
l'argent , pour pouvoir m'em
dédire .
Je finis l'examen de la Lettre dup.Panel
par la suite du petit bronze , où il me pa
oît qu'il y a bien du singulier dans le
haut Empire , dont il est seulement parlé
, et qui est aussi le plus difficile à former.
Je suis surpris de ce qu'on ne dit
rien de la même suite dans le bas Empi
re , j'entends depuis Gallien , où la plûpart
des Curieux commencent ordinairement
cerre Collection , qui est immense
, et d'autant plus singuliere qu'on y,
trouve aisément comme je viens de le dire
tous les Tyrans qui envahirent la plus
grande partie des Provinces de l'Empire .
sous Gallien et les Empereurs suivans.”
Cette suite peut aller jusqu'à 10 ou 12
mille Médailles , j'ai vu une Collection
seule de 1309.Probus differens , et une de
1200 Constantins , il y a beaucoup de
Têtes fort rares qui ne se trouvent que
de cette forme, et que j'aurois souhaité
J. Vol qu'on
2578 MERCURE DE FRANCE
qu'on nous eût indiquées dans le Cabinet
dont il s'agit , et sur lequel je viens de
vous dire naturellement mes sentimens .
Il sera toujours vrai de dire que M.
le Bret n'a rien negligé , pendant plus de
40. années de recherches , pour enrichit
les differentes suites qu'il avoit entrepris
de former , et c'est une obligation que
la République des Lettres , et surtout les
Antiquaires , lui ont , d'avoir sauvé du
naufrage des temps , une infinité de Pie
ces rares et singulieres répandues dans
ses differences Collections , qui seroient
peut être perdues pour jamais. J'ai l'hon
neur d'être &c.
A Orleans ce 3 Óctobre
1737.
ODE SUR LA PAIX.
Q Uelle est dans les Champs de Bellonne
Cette indomptable Nation ,
Pour qui la victoire moissonne
Un Laurier à chaque Action ?
Ses Exploits tiennent du miracle ,
Le plus insurmontable obstacle
Cede à son effort redouté :
Partout où je la vois paroître ,
I. Vol. Ellc
DECEMBRE . 1737. 2579
Elle éleve un Trône à son Maître ,
Du sang des Germains cimenté,

A cette héroïque peinture ,
François , on connoît votre bras ;
Vous , qui du sein de la Nature
Ne sortez jamais que Soldats :
Vous , par qui la Fable et l'Histoire
Ont vû cent fois ternir la gloire
De leurs plus celebres Héros ,
Vous , toujours vainqueurs dans la guerre ,
Vous , les délices de la Terre ,
Quand la Paix lui rend le repos
Que vois-je ? quel spectacle horrible
Avec le plomb vôle la mort !
Quelle est la puissance terrible ,
Qui des combats fixe le sort ?
Parme , Guastal , dans vos campagnes ,
Quelles effroyables Montagnes
De Guerriers ou morts ou mourans !
A chaque instant la foudre gronde ,
Est- ce encor le Maître du Monde
Qui punit de nouveaux Titans ?
M
Philisbourg , voi pour ta défense
I. Vol.
"
?
19
2580 MERCURE DE FRANCE
Le Rhin étendre au loin so n lit,
Et répandre avec violence
Son Onde qui le reproduit ;
Sous l'aîle de l'Aigle Romaine ,
Pour toi s'arme du grand Eugene
Le bras toujours victorieux ;
Mais tu te rends ... qui poura croire ;
Quand on le lira dans l'Histoire ,
Que tu fus pris même à ses yeux ?
*
Que ne peut un Peuple intrépide ;
Qui ne connoît point d'autreLoi,
Que la Justice qui le guide
Et l'amour qu'il a pour son Roy ;
Qui toujours soumis et fidele ,
N'attend pour lui marquer son zele ,
Qu'un signal , qu'un commandement ;
Et qui sçait qu'il venge l'offense
D'un Monarque plein de clémence ,
Dont il fait tout l'attachement?
*
C'est assés vous couvrir de gloire ;
Favoris du Dieu des Combats >
Laissez reposer la Victoire
Lasse d'avoir suivi vos pas ;
Qu'à tant de brillantes conquêtes
Succedent d'agréables Fêtes ;
1. Vol
Déposez
DECEMBRE. 1737. 2588
Déposez vos foudres guerriers.
La Discorde vaincuë expire ;
Et LOUIS rend à son Empire
L'Olive ceinte de Lauriers .
*
Ce ne fut point un vain caprice
Qui lui fit armer ses Sujets ;
L'honneur , la gloire , la justice ,
Sont l'ame de tous ses projets ;
Amant de la Paix , il prefere
Le glorieux nom de leur Pere
Au superbe nom de vainqueur ;
Et tandis qu'on voyoit sa foudre
Mettre ses ennemis en poudre ,
Elle regnoit seule en son coeur.
*
Nous devons ce nouvel Auguste
A Fleury , cet homme parfait ,
Qui toujours sage , éclairé , juste ,
Ne résoud rien que ce qu'il fait ;
Qui dans l'art d'affermir un Trône ,
De soutenir une Couronne ,
Tous les jours instruit l'Univers
Et que l'Europe à juste titre ,
A pris pour le suprême Arbitre
De tous ses differends divers.
I, Vol.
*
Mortele
2582 MERCURE
DE FRANCE
Mortels , que la Fortune apelle
A la confiance des Rois ,
Pour vous quel important modele !
Qu'il est digne de votre choix !
Loin ces ambitieux Ministres ,
Dont les projets les moins sinistres .
Désolent les plus beaux climats ;
C'est mériter le rang suprême
Que de régir par son sistême
Et les Peuples et les Etats.
*
Tels jadis LOUIS et d'Amboise ,
'Aimoient à faire des heureux ;
Tels , de la Nation Françoise ,
Ils avoient l'encens et les voeux ;
Des Dieux véritables images ,
A Mars , à ses cruels ravages ,
Ils préféroient la douce Paix ;
Tous leurs jours sereins et propices ;
Des Peuples communes délices ,
Etoient marqués par leurs bienfaits.
*
Des Bourbons le noble partage
Est de naître avec les vertus ,
Qui font par leur rare assemblage
Et les Césars et les Titus ;
Rois Guerriers , ou Rois pacifiques ,
I. Vol. Leurs
DECEMBRE. 1737. 2583
Leurs fastes toujours héroïques ,
Volent vers l'immortalité ; -
Et leur Race en Héros féconde
Un jour fera seule du Monde
La gloire et la félicité.
Prince , notre unique esperance ;
Présent de la bonté des Cieux ,
De l'auguste Esther de la France
Fruit admirable et précieux ;
Au milieu d'une Cour tranquille ,
Sous les yeux d'un Mentor habile ,
Croissez , devenez chaque jour
Le digne successeur d'un Pere
Que l'Univers entier revere ,
Et qui de son Peuple est l'amour.
*
On n'entend que des cris de joye ;
Les freres , les fils , les Epoux ,
Cessent enfin d'être la proye
Et de Bellone et de ses coups.
Déja les Beaux-Arts refleurissent ,
Les Sciences s'aprofondissent ,
Nos Ports ouverts sont fréquentés ;
Et déja les Sujets d'Eole
Portent , de l'un à l'autre Poke ,
Nos Vaisseaux partout respectés.
I. Vol.
C Taiseze
2584 MERCURE DE FRANCE
Taiez-svous , Trompette Guerriere ,
Qui frapez le Sacré Vallon ,
LOUIS , offre une autre Matiere
'Aux Interpétes d'Apollon.
Reprenez , sublimes Pindares ,
Vos Lyres , vos Luths , vos Guitares ;
La paix va filer tous nos jours ;
Disparoissez Palmes Sanglantes ;
Nos Lys à des Roses brillantes ,
Se sont mariés pour toujours.
Par M. de St. R. de Montpellier,
のぬめぬ
DISCOU RS sur l'Architecture Civile
par M. de N. *** Depré.
'Architecture est en soi si belle et
d'une si grande utilité, qu'il semble
que c'est en quelque façon l'avilir que d'en
vouloir faire l'éloge , sur tout quand
cet éloge est entrepris par un homme
dont le genie n'est pas assés élevé, ni la
plume assés délicate pour mettre un Tableau
de cette espece dans son véritable
jour. Je me contenterai donc de dire les
choses telles que que je les pense
, avoüant
que je ne suis pas encore capable de
1. Vol. montrer
DECEMBRE . 1737. 2585
montrer dignement toutes les beautés de
l'Architecture .
Si on considere les choses par leur
utilité , je crois qu'il n'y a guére d'Art
qui puisse disputer la préférence à l'Architecture.
En effet quels étoient autrefois
les hommes pauvres , errans , et sans demeure
fixe , habitans des antres , et partageans
ainsi leur azile avec les animaux?
Ces mêmes hommes , s'étant depuis assemblés
, une certaine émulation produi .
sit l'industrie , ils commencerent à bâtir
des cabanes informes ; où chaque famille
vivoit à couvert des injures du
temps:c'est sur ce modele grossier que les
Sauvages de l'Amerique bâtissent encore
aujourd'huy;on bâtit ensuite des habitations
plus commodes et plus regulieres ,
des Maisons dans toutes les formes.
Enfin par divers dégrés , l'Architecture
est montée au point de magnificence
et de commodité où nous la voyons
aujourd'hui . Les Grecs et les Romains
avoient atteint la magnificence , mais
non pas tout à fait l'utilité ; leurs Maisons
ne consistoient qu'en de grandes'
Pieces ; ils faisoient des Edifices dans la
vûë principalement de les faire admirer ;
de sorte qu'on peut dire qu'ils bâtis
soient pour les Etrangers , plûtôt que
1. Vol. Cij pour
2586 MERCURE DE FRANCE
pour eux-mêmes. Nous ne raisonnons
pas ainsi . Dans un beau et vaste Bâtiment
on voit du grand , du superbe en dehors
, et au dedans toutes les commoditez
necessaires à l'usage ordinaire de la
vie , on peut même dire qu'à present l'utile
égale le beau , s'il ne le surpasse pas ;
cest en quoi nos meilleurs Architectes
du dernier siecle ont si bien travaillé et
si bien reussi.

Quant à la magnificence , quel Art
peut produire des Ouvrages aussi
beaux aussi nobles , et aussi ma
gnifiques que l'Architecture en produit?
la Peinture et la Sculpture n'oseroient
à cet égard se comparer à l'Architectu
re. Rien n'est au dessus d'un Edifice superbe
et régulier , rien même n'en aproche
; le Tableau le plus parfait , la Statue
la plus accomplie valent- elles ce
fameux Temple élevé à la gloire du Seigneur
par la pieté de Salomon , Edifice
où il semble que ce grand Roy avoit mis
tout l'effort de son genie à construire un
Moqument digne de celui pour qui il
étoit fait er de la sagesse de celui qui le
dedioit? La Description qu'on en lit dans
l'Ecriture et dans Josephe frape encore
notre esprit d'une image des plus magni
fiques.
I. Vol. Que
DECEMBRE . 1737. 2587
Que dirai-je de tout ce qui a été admi
té en Egypte ce labyrinte et les restes
l'on voit encore des Palais desRois et
des Villes ; nous font voir que l'Architec
ture a été portée à laplus haute perfection
dans cette partie du Monde.
que
Il faudroit des Volumes entiers pour
décrire les fameux Bâtimens de la Grece
et de Rome, le Temple de Diane à Ephese
, Ouvrage de près d'un Siecle et Mo
nument de la Splendeur de tant de Rois;
le Temple de Jupiter Olimpien , le Sepulcre
de Mausole &c. C'est aux Grecs ,
qui ont donné un nouvel éclat et plus
de régularité aux Arts inventés dans l'Egypte
, qu'on doit l'invention des cinq
differens Ordres d'Architecture : ce sont
eux qui ont reduit à une forme certaine
les beautez de cet Art incomparable.

Ce qui reste des Edifices superbes qu'éleverent
les Romains , ces Maîtres du
monde nous frape d'admiration ; le
Pantheon , le Colisée &c. nous font
sentir la grandeur Romaine . Mais que se-
Foit- ce , si leurs Théatres subsistoient en
entier , si leurs Temples , si leurs Palais,
où l'oeil et la raison se trouvoient d'accord
par une méchanique aussi bien conçûë
qu'éxécutée , si ces Monumens , disje,
avoient pû résister à l'injure du tems ?
I. Vol. C iij surquoi
2588 MERCURE DE FRANCE
surquoi on ne peut assés blâmer la négligence
des Princes qui n'ont pas empêché
la ruine de ces merveilles de l'Architecture
: on peut dire même que ce bel
Art seroit dans l'oubli , s'il n'étoit enfin
venu un Roy , dont l'élevation de genie
et le goût pour les Arts a surpassé
tous ceux qui ont occupé avant lui le
Trône François .
C'est ce grand Roy , aidé de Ministres
zelés pour l'avancement des Sciences
qui a envoyé faire des recherches par des
Personnes éclairées dans les restes de ces
anciens Monumens ; c'est de ces restes
précieux et de ces debris bien étudiés.
qu'est enfin sortie notre Architecture ,semblable
en quelque façon au Phenix qui
renaît de sa cendre ; elle nous a donné
ces superbes Bâtimens qui égalent au
moins ceux des Anciens ; c'est de là
que
sont venus tant d'excellens morceaux
Ouvrages d'une magnificence achevée ,
qui enrichissent les Palais du plus grand
des Rois , ce Château surtout où il a
fixé son séjour, où à chaque pas on est frapé
d'admiration , où l'on voit des poutres
de pierre dont la coupe surprend et
dont l'usage a échapé aux Anciens.
Enfin c'est à la seule Architecture que
Vestibule de la Chapelle de Versailles ,.
1. Vol doivent
DECEMBRE . 1737 2589
doivent leurs noms quelques Empereurs
qui n'ont eû de grand dans leurs Regnes
que quelque Monument fameux , qui a
transmis ces mêmes noms à la Postérité.
Je laisse à une meilleure plume que la
mienne le soin de d'écrire dignement tout
le magnifique de l'Architecture ; laquel
le, aussi bien que l'Eloquenceet la Poësie,
à son genre sublime , dont on voit en
France plusieurs beaux exemples à imiter.
Ecoutons sur ce sujet un des plus grands
Maîtres de l'Art.
L'Architecte , dit Vitruve , doit posseder
toutes les Sciences ; c'est une vérité
dont on sera aisément convaincu quand
on aura bien sçû le raport qu'elles ont en
tr'elles ; celles qui sont le plus nécessaires
à l'Architecture sont la Géometrie qui
commence à donner une idée juste des
choses ; elle sert à mesurer des lignes
des surfaces & c. à distinguer les Parties
d'un tour ; elle arrange les idées et l'Algebre
qui sert ensuite à combiner ces idées et
à les rassembler pour resoudre ce que l'on
ne peut pas par des lignes droites ; comme
les Courbes ; les Sections Coniques
&c.
Ces deux Sciences sont la base fondamentale
de l'Art ; sans elles on ne peut
rien ; il faut les posseder profondément
Cij 1. Vol. dans
2590 MERCURE DE FRANCE
dans l'Architecture. De la mesure des
gnes , naît les Géometrie Pratique , qui
consiste à lever un Plan , en inventer, le
tracer sur le terrein , couper des pierres,
Ouvrages les plus difficiles de l'Architecte.
De la juste mesure des Courbes viens
la Construction des voûtes , celle des
escaliers rampans , dont nous sommes
les inventeurs , et généralement tout ce
qui aproche de la figure Spherique et qui
se trouve souvent repeté dans un Bâtiment.
La Méchanique est si nécessaire à l'Ar
chitecte qu'on peut dire que l'Architec
ture n'est qu'une Méchanique raisonnées
car dans un bâtiment tout est corps , et
corps cubes , qui tendent tous au même
centre et qui ont tous une même direction
ou une direction parallele. Or si ces
Cubes ne tendent tous à des raisons reciproques
, les forces ne seront pas les mê
mes ; par conséquent les plus foibles cederont
aux plus fortes .
On comprend dans les Méchaniques la
Charpente , le bois , le fer , et tout ce
qui est necessaire pour les combles et faîtes
des Maisons , comme Ardoises , Tuik
les , Plombs & c . et la connoissance de
toutes ces choses.
"
Le Dessein est encore un bras de l'Ar-
I. Vala
chitecte
DECEMBRE.
1737 259
chitecte, et s'il ne possede bien cette partie
, il est comparable à un homme estropié
; car il ne suffit pas de bien concevoir
, il faut encore rendre ses idées nettement
et clairement sensibles , afin de
mettre au fait de chaque chose ceux qui
sont destinés à l'execution . La Perspective
est la partie la plus essentielle
du Dessein; car le Dessein n'est rien sans
cela ; il est également indispensable de
sçavoir la Sculpture qui est l'ornement
de l'Architecture.
Il est aussi d'une très grande importance
que l'Architecte sçache les Loix
et les Coutumes du Pays où il bâtir . Vi
truve veut encore qu'il sçache la Musique,
parce que toutes les parties d'un Edifice
étant assemblées avec proportion forment
entre elles un certain accord, une
harmonie semblable à celle qui se trouve
dans les sons, quand ils frapent avec
justesse.
Quel est donc cet Art si étendu ? et
quelle idée formerons nous de celui qui
comprend tant de choses ensemble , et
où il est besoin de sçavoir si profondément
? je crois cependant qu'on peut
dire qu'un Tout est beau , quand toutes:
les Parties en ont bien assorties , et
qu'il est infiniment grand quand tou-
J. Val
CY
tes
2592 MERCURE DE FRANCE
tes les parties qui le composent sont
grandes et magnifiques elles mêmes.
C'est l'idée que je me forme de la
belle Architecture et du parfait Architecteakakaka
SOUHAITS pour l'Année prochai
• ne à M. Ba... Procureur à Amiens.
Q
Ue de riches Plaideurs soient sans cesse a
ta porte
Pour mettre en oeuvre tes talens.
Que toujours au Palais ton éloquence emporte
Gain de cause avec les dépens.
Que ton étude en vogue aisément te raporte
Autant que feroient mille Arpens.
Que ta compagne aimable et d'une humeur ac
corte ,
Eleve si bien tes enfans ,
Qu'ils agissent toujours d'une si bonne sorte ;.
Qu'ils soient recherchés des plus grands.
Que l'honneur , les vertus soient leur fidele es
corte ,
Pour aller , le vice bravans ;
Qu'ils évitent surtout l'infernale cohorte
De ceux qu'on nomme garnemens ;
La bonne compagnie est ce qui plus importe ;
Pour devenir honnêtes gens.
I.Vol Leus
DECEMBRE 1737 2593
Leur bien me tient à coeur , pour ce je les ex-
4. horte ,
Qu'à leur Pere ils soient ressemblans.
Si chaque Procureur comme toi se comporte ;
A tort , on dit depuis long - tems ,
Que de bons et loyaux la Race est presque:
morte ,
Qu'ils sont tous voleurs et méchans ;
Et si l'état , dit-on , en tous Lieux les suporte
C'est que gens de bien sont trop lents ,
Et qu'une bonne affaire entre leurs mains avort
Faute d'être assés diligens.
Quel dire injurieux ! au Ciel il me transporte ;;
Peut-on propos plus insolens
De ta sage façon jamais ne te déporte ,
Et pour prix tu vivras cent ans.
Modere ton travail , qu'aux repas on t'aporte
Pinte de nos vins excellens ::
Cela , croi moi , dissipe et vraiment récon
forte ,
On se doit certains agrémens.
Vin dur et de Pays peut causer dans l'aorte ;
Quelques facheux dérangemens.
Ma tendresse pour toi , Cher frere , est toujours
forte ,
L'estime en fait les fondemens.
Que plutot je devienne un insecte , un cloporte
Que de changer mes sentimens ;
Je te prie instamment , à ce le coeur me porte ,
Le Vali C.vi.
D'em
2594 MERCURE
DE FRANCE
D'embrasser pour moi nos parens ;
Fai bon feu , car le tems ne permet pas qu'on
sorte
Du meilleur des
quatre Elemens .
Ba ...d'Amiens au Château d'Au
REPONSE
de M. le Tors Lieutenant
Criminel au Bailliage d'Avallon
à la Lettre de M. Maillart Avocat
au Parlement inserée dans le Mercure du
mois d'Août de cette année.
V
Jus convenez , Monsieur , que
Genabum est Gien . Vous accordez
l'étimologie
Celtique de son nom avec
sa situation , et vous voulez fortifier ce
sentiment , parce que cette Ville est sum
la ligne d: Agenlicum Provins , ad Boios,
les Bourbonnois
en remontant la Loire jus
qu'aux environs de Nevers à l'Occident..
J'ai déja voulu faire voir qu'il n'étoit
pas possible de faire passer César par Sens
pour aller à Genabum ,soit qu'on prît cette
derniere Ville pour Gien ,
Gien , soit qu'on
la prît pour Orleans ; mais vous placez:,
Monsieur , Agendicum à Provins , pour
moi je ne suis pas entré dans la question
de
DECEMBRE . 1737. 2595
de sçavoir si c'étoit Sens ; ceux qui ai
ment à s'apuyer sur le grand nombre
peuvent d'abord se livrer à cette opinion ;,
quand j'ai eû occasion d'en parler je l'ai
mise sur le compte de ses Partisans ,
en
ne perdant pas de vûë l'objet que je m'étois
proposé , je crois , Monsieur , que
quelque parti qu'on prenne sur cette
question , il n'y a pas beaucoup de fondement
pour donner la préference à l'un
des deux sentimens.
Vous prétendez ensuite ,Monsieur , que
Vellannodunum peut - être Beaune en Gâti
nois , et en cas qu'on vous conteste cette
place , vous proposez Château- Landon
parce que vous trouvez que sa situatiou
convient parfaitement à celle que doit
avoir eû Vellaunodunum , et vous m'avez
la-dessus renvoyé à votreLettre adres
sée à M. le Beuf inserée dans le Mercu
re de Juillet 1736 p. 1520. mais ce que
vous en citez , Monsieur , d'après Scrick
convient parfaitement à Avallon , comme
vous l'avez pû reconnoître , par ca
que j'ai dit dans ma Lettre ; ainsi il ne.
me reste qu'à m'accorder s'il est possi
ble , avec vous , Monsieur , sur l'intel
ligence du texte de César.
Ce Général arrivé dans le Pays de
Langres ne dit qu'il en sort , que quand
L.. Val.. it
2596 MERCURE DE FRANCE
il dit qu'il part , pour aller au secours
des Boïens , il assemble son armée dans
un même Lieu , qu'il est certain n'être
pas Agendicum , où il laisse deux
Légions et les équipages de son armée
le mot relictis ne fignifie pas plus que
collocavit dont il se sert à la fin de son
sixiéme Livre , et ce terme n'a qu'une
fignification , à laquelle on ne peut join .
dre le sens d'un passage que César y auroit
fait dans cette occasion , à moins
qu'on n'y soit forcé par d'autres termes
qui y déterminent clairement . J'ak
cherché inutilement les raisons qu'on a
pû avoir de faire passer César à Agendi
cum , il n'auroit pas manqué de les faire
connoître lui - même , si après avoir assemblé
son armée , il l'eût fait marcher
du Lieu où elle étoit assemblée , à Agendicum
sice silence et même ce qu'il dit
contredisent cette opinion.
Qu'on prenne donc Agendicum pour
Sens , ou pour Provins , il n'y a tou
jours rien de plus contraire au dessein de
César , que de l'y faire passer , il faut
qu'il fasse de plus , le chemin du Pays
de Langres à cette Place , au lieu qu'en
partant du Pays de Langres , il avance
vers Genabum à proportion de ce qu'il
auroit fait pour aller à Agendicum ; à
quel
J Kole
DECEMBRE. 1737 259'
quel dessein auroit pû servir cette mar
che ? en prenant ce chemin on le fait
necessairement passer à travers le Pays
Ennemi des Senonois , où il risque
qu'on ne retarde sa marche , qu'on ne lui
coupe la communication des vivres , et
comme il les tiroit des Eduens , il avoit
interêt que sa marche le raprochât de
leur Pays , afin qu'ils eussent plus de
facilité de les lui conduire , de sorte qu'il
convient mieux de le faire passer le moins
qu'on peut sur le Pays des Senonois , puisque
c'est par la force de la necessité qu'il
assiége et prend Vellaunodunum et
peut-on dire que la prise de Beaune ent
Gârinois , où de Château- Landon , eut
donné une communication plus facile
entre les Eduens et César , et lui eût pro
curé les avantages qu'il se proposoit?
Vous voyez , Monsieur , que je ne tire
mes raisons que du texte de César
même , pour fixer son départ dans le
Pays de Langres sans le faire passer par
Agendicum , quelque part qu'ait été cette
ancienne Ville , et quoique dans ce point
je sois de different sentiment avec vous ,
jai les mêmes raisons pour proposer
Avallon pour être Vellaunodunum , et
d'autres qui ne peuvent convenir aux
Lieux que vous proposez. Vous convien-
LL. Fol.. drezz
298 MERCURE DEFRANCE
drez sans doute , Monsieur , que cette
marche de César ainsi entendue est tout
a fait contraire à ceux qui pensent trouver
Genabum en la Place où est aujourd'huy
Orleans je tire autant d'honneur
d'avoir votre aprobation pour une partie
de ce que j'ai avancé , que j'aurois de
satisfaction d'avoir pû la mériter pour le
tout, je suis &c.
à Avallon ce 11 Novembre 1737.
A SON EMINENCE
MONSEIGNEUR
LE CARDINAL DE FLEURY,
En lui présentant un Tableau de Diogene
la Lanterne àla main.
PROSE RIM E' È.
LE Prince , le Heros de la Secte Cynique
Orné de sa besace , armé de son bâton ,
Uniforme Philophique ,
T
La Lanterne à la main , quoi qu'en plein jour »
dit -on ,
Cherchoit jadis un Mortel dans l'Attique,,
Qui d'Homme selon lui pût mériter le nom .
I. Valo
DECEMBRE . 1737. 25.99
El parcourut long-tems , le pauvre Diogenes ,
Les Palais , les Maisons et les Places d'Athenes
Le trouva-t- il, cet Homme à la fin ? Helas ! non.
Par un Mortel qui de ce nom fut digne ,
Il entendoit sur- tout qu'il eût un coeur humain
C'est par là qu'on est Homme , et le mot le désigne
,
Et c'est aussi par-là qu'il le cherchoit en vain.
Car qui ne sçait qu'en ce Monde barbare
Ce fut là de tout temps l'espece la plus rare ?
Croyez-en le Proverbe , oui , les hommes sont
tous
Les uns pour les autres des Loups.
Moi pourtant , nouveau Diogene ,
Tout aussi gueux,mais moins Philosophe que luis
Que l'adverse Fortune au désespoir entraîne ,
Objet innocent de sa haine ;
Cherchant pour m'en défendre un secourable
apui ,
J'ai trouvé cet Homme aujourd'hui .
Oui , j'en suis sûr , je l'ai trouvé , vous dis-je
Et même au milieu de la Cour , :
De ses pareils peu frequenté séjour ,
Ce qui redouble le prodige.
༢༡
O pour moi le bienheureux jour f
I.Vola
Main
2600 MERCURE DE RFANCE
Mais un Hommé de plus, d'une sagesse extrême;
Qui, choisi pour former une digue Souverain,
L'a rendu sage et bon lui- même ;
Et devenu son Minitre suprême
A fait , par le pouvoir qu'il lui remet en main
Un Age d'Or , d'un temps et de Fer et d'Airaine
J'en atteste l'Europe entiere ,
Dont les Peuples saisis d'une fureur guerriere
Par sa foi , sa douceur , à la raison rangés ,
Et devenus Moutons , de Lions enragés ,
Changent en amitié leur haine meurtriere .
Homme tranquile , égal , et qui sans s'émong
voir
Paix ,
>
D'une Paix hors de tout espoir ,
A sçu renverser les obstacles
Par des secrets qu'on ne peut concevoir.
, que l'on peut compter au nombre des
miracles
"
Au dessus de l'humain pouvoir.
Est-il besoin qué je le nomme ?
Qui ne reconnoîtroit à ces marques FLEURY ,
De Minerve le Favori ?
Et qui peut mieux meriter le nom d'Homme ,
Que des Hommes le plus cheri ?
1. Vol
vous
DECEMBRE. 1737. 2601
O vous , present du Ciel pour
Monde .
le repos
Et sur-tout du Monde Chrétien ,
Sur votre humanité permettez que je fonde
La douce esperance du mien .
C'est ce coeur juste et bon qu'aujourd'hui je ré
clame;
Lui seul peut me tirer d'un dangereux détroit.
J'en ai besoin , voilà mon droit ;
Il est bien fort auprès d'une belle ame ,'
La pitié la saisir par un sensible endroit.
لاقت
Seize Lustres complets , quelques mois davan
tage,
Sont écoulés depuis mon jour natal ;
Peintre , Poëte , avec peu d'heritage:
De ces trois incidents le fâcheux assemblage
M'a fair passer tout ce temps assés mal
Faut-il que la Fortune , à la fin de mon âge ,
Redouble contre moi son funeste courroux ,
Et de tant de côtés , que pour parer sa rage
Il ne faille pas moins que vous ?
Et vous-même , Seigneur , pourez le reconnoî
tre .
En daignant exaucer mes voeux .
Souffrez que devant vous ose un moment pa
roître
1. Vak DA
1602 MERCURE DE FRANCE
Des Mortels le plus malheureux
Qui mérite le moins de l'être.
Oui , qui le mérite le moins ;
Citons des faits pour mes témoins
Le Systême fatal ayant tari ma bourse ,
Ce coup ne m'a point abbatu ;
Il me laissoit pour ma ressource
Des talens et de la vertu
J'ai suivi le conseil que donne dans la Fable
Hercule à l'homme au char par la fange et le
sable
Au fond d'une orniere arrêté ,
Qui, les deux bras croisés, d'un ton insupporta
table
Imploroit le secours de sa Divinité.
Travaille , sot braillard , dit Hercule irrité ,
Prends une bêche , un pic , aplanis cette or
niere
Et j'exaucerai ta priere.
J'ai donc pris la bêche et le pic
Pour cultiver la Poësie :
La Peinture sa soeur le vit sans jalousic ;
La Mothe mon ami par un doux pronostic
M'inspirant cette fantaisie ,
Astrologue en ceci plus sûr que Copernic
Et mon ouvrage en effet du Public
Fut toûjours aplaudi selon sa prophetic.
1. Vol Mais
DECEMBRE. 1737. 2603
Mais qu'il me flate peu cet aplaudissement ,
Quand il me laisse dans la peine ;
Quand on me prive impunément
Du profit que devroit.me produire ma veine !
Vour raconter ici comment ,
Ce seroit un recit d'une trop longue haleine :
Sans entrer dans aucun détail
Par de différens traits de la malice humaine
Je perds le fruit de mon travail.
Or jusqu'à ce moment , où la mort nous déli
vre
Des chagrins d'ici- bas , moi qui n'ai rien vail
lant ,
Si je puis subsister , ce n'est qu'en travaillant ;
Mais pour travailler il faut vivre ;
Et quand on m'a détruit ou volé tout mon
bien ,
Veut-on que je vive de rien ?
Yous seul , Seigneur , pouvez me conserver la
vie
En voici le facile et le juste moyen .
Depuis long temps la Scene fait partie
Des revenus de l'Hôpital ;
Depuis long- temps aussi j'écris la Comédie ;
Le Theatre a causé mon désastre fatal :
Il faut qu'à ce malheur l'Hôpital remédie ,
C'est ce qu'ici ma Muse vous mandie ;
I.Vol
2604 MERCURE DE FRANCE
De ces malheureux Vers c'est l'objet principal.
Trop heureux si dans cet azile
A l'abri des pressans besoins
Je pouvois, l'esprit plus tranquile ,
A m'en tirer bien- tôt apliquer tous mes soins ?
Helas , puis -je demander moins ?
REFLEXIONS
Sur le Mariage et sur les Femmes.
Sto
I on examinoit bien attentivement
tous les déplaisirs qui dans un mariage
suivent ordinairement l'apas trompeur
de ce lien , il n'y a pas un seul homme qui
voulût y penser . C'est une prison remplie
d'amertume et de dégoût , qui souvent
n'a de beau , que la porte par laquelle
on y entre , et de consolant que
celle par laquelle on en voit sortir son'
Camarade .
Se marier en homme sage , c'est choi
sir avec discernement , à loisir , par inclination
et sans interêt , une femme qui
vous choisisse de- même.
Une femme galante a beau se conraindre,
quelque précaution qu'elle pren-
1. Vol
ne ;
DECEMBRE . 1737 2605
ne, lasse enfin d'emprunter les aparences
d'une vertu qu'elle n'a plus , elle montre
tous les défauts qui lui ont succedé.
Les Beautés médiocres ne sont voloniers
ni communément bien loüées que
par les belles femmes.
De la maniere dont quelques femmes
passent leur vie , on diroit qu'on leur
a défendu d'avoir de la raison et du
bon sens , et qu'elles ne sont au monde
que pour être occupées de leur beauté
et de leurs a justemens.
Le Mariage est un marché auquel il
faut proceder avec grande attention , et
songer autant à sa posterité, et aux besoins
de sa maison qu'à soi même , car souvent
les accessoires tiennent lieu de principal,
Comme rien ne rend les chaînes du
Mariage plus pesantes que l'indigence ,
rien n'en soulage le poids comme un
bon coffre fort. Il faut , à la verité , que
le coeur soit satisfait , car ce lien est de
lui-même assés dur , sans en apesantir
encore la chaîne par une aversion qui
la préviene.
C'est l'ordinaire aux Vieillards , qui
1. Vel. veuleng
2606 MERCURE DE FRANCE
veulent se marier , d'étaler dabord ce
qu'ils ont de richesses et de commodités ,
et de faire l'éloge ensuite de la bonne
constitution de leurs personnes . Quelle
foiblesse !
Ce Vieillard étoit bien sensé , qui ne
vouloit pas se marier, parce qu'il n'avoit
nul goût pour les vieilles femmes ,
et que , par la même raison , les jeunes
n'en auroient pas pour lui .
S'il faut se marier , il faut que ce soit
par les yeux , par les oreilles, par la bouche
, par le coeur , par l'esprit , par l'humeur
et par la bourse . Ce lien universel
ne doit rien laisser en arriere.
La plupart des femmes , au lieu de
penser en se mariant , qu'elles en
trent chés un mari pour être la colomne
de sa maison , la moitié de lui- même ,
et par conséquent obligées d'aporter tous
leurs soins à soulager ses peines , se
persuadent que le mariage est pour elles
une porte ouverte à la licence et à la
domination , et qu'elles vont bien se dédommager
de toute la contrainte qu'elles
ont eûe jusqu'alors. Elles s'imaginent
qu'un homme ne doit travailler qu'à
leur fournir tout ce qui est nécessaire
1.Vol. à leurs
DECEMBRE. 1737. 2607
à leurs plaisirs ; et cet empire dans lequei
elles croyent entrer , leur ôte tout
d'un coup cet esprit de complaisance ,
qui est la pierre fondamentale du repos
domestique.
Le Pays du Mariage a cela de particulier
, que les étrangers ont envie de
l'habiter , et les habitans naturels voudroient
en être exilés.
>
La femme doit être soumise au Mari ,
mais le mari doit être soumis à la raison .
On dit que l'amour peut aller au- delà
du Tombeau , mais il ne va guere audelà
du Mariage .
L'amour peut naître entre des gens qui
s'épousent , et durer même après leur
mariage , mais il ne peut subsister longtemps
lorsqu'il est né avant leurs noces ;
du moins l'expérience l'a- t'elle montré
mille et mille fois.
Le Mariage doit être regardé comme
un lien établi pour empêcher la confusion
et regler les successions ; pour se
donner un secours mutuel dans la
prosperité
et dans l'adversité , et pour met
tre un frein à l'intempérance naturelle.
Quand un mari et une femme auront
1. Vol. D bien
2608 MERCURE DE FRANCE
bien compris ces trois buts , et qu'ils
agiront dans la vûë d'y satisfaire , ils
trouveront qu'il n'y a rien de si doux
que ce lien.
Un Mari doit honorer sa femme , non
pas de cette civilité froide et circons
pecte que la bienséance regle et que
l'indifference accompagne ; un respect
si ponctuel , qui marque plus de politesse
que d'amour , doit faire craindre
à une femme qu'on ne veuille à force
d'honneur la dédommager de n'être pas
aimée.
Ce n'est pas assés pour un Mari que
d'aimer sa femme , il faut qu'il travaille
à la perfectionner ; l'amour le rendra
clair - voyant sur les moyens d'y réüssir,
Ce n'en seroit pas un bon que de s'ériger
en Prédicateur ; la correction la plus
efficace est toujours celle qui ressemble
le moins à une correction .
Heureux le Mari qui n'est point réduit
à commander et dont les conseils
sont reçûs comme des ordres. On n'ob
tient ce bonheur qu'en s'apliquant à gaguer
la confiance de sa femme.
Rien n'est si utile et en même temps
1. Vol.
DECEMBRE. 1737. 2609
si dangereux que les femmes , car souvent
d'un esprit grossier elles font un
galant homme , et il suffit de vouloir
leur plaire pour avoir mille attentions
d'honnêteté , qui font presque tout l'agrément
de la vie ; mais il suffit aussi
quelquefois de leur plaire pour languir
dans la molesse , pour oublier ses devoirs
et pour ruiner sa fortune . Elles ont un
pouvoir absolu sur le coeur , et quand
elles connoissent la force de leur sexe et
qu'elles en usent à propos , les Philosophes
, les Indifferens , les Orgueilleux
les Misantropes et les Gens de bien même
ne sont que des hommes ; car on
devient avec elles dans l'état de pure nature
, foible , badin , et même puerile.
Des Misantropes passent quelquefois leur
vie à faire ce manege avec les femmes
qu'ils aiment ; ils les grondent , les querellent
, les quittent , et à peine les perdent-
ils de vue , qu'elles leur reviennent
dans l'esprit avec de nouveaux agrémens;
les voilà radoucis et on les voit à leurs
pieds , humbles, soumis et pleins de foiblesse
et de confusion .
Il est étonnant qu'une femme qui ne
peut danser avec bienséance que cinq ou
six ans de sa vie , en employe dix on
I. Vol. Dij douze
2610 MERCURE DE FRANCE
douze à aprendre continuellement ce
qu'elle ne doit faire que pendant si peu
de temps ; et à cette même personne
qui est obligée d'avoir du jugement et
de parler jusqu'à la mort , on ne lui
aprend presque rien qui puisse ni la faire
parler plus sensément , ni la faire agir
avec plus de conduite.
Les femmes n'ont guere moins de pénetration
pour découvrir , que de dissimulation
pour se cacher.
Il y a plus de dangers à craindre auprès
des femmes , que de fruit à esperer.
Mulieres majori adeuntur periculo quàm
fructu. S. Franç. Xav.
On ne sçauroit trop conseiller aux
femmes de dire du bien des autres femmes
, et par leur conduite de faire dire
du bien d'elles .
Toutes les femmes veulent plaire ; les
prudes mêmes s'offer sent qu'on ne leur
trouve pas de l'agrément ; car il semble
qu'on veuille leur reprocher de n'être
vertueuses que par pure nécessité , quand
on n'avoue pas qu'elles ont des charmes
pour mériter d'être recherchées .
Les femmes ne passent jamais d'une
I. Vol. violente
DECEMBRE. 1737. 2611
violente jalousie à une certaine indifference
de sentimens ; se consoler du mépris
d'un Amant est toujours la derniere chose
qu'elles font.
La plupart des femmts sont plus jalouses
de leur réputation sur la beauté
que sur l'honneur , et telle qui a besoin
de toute la matinée pour perfectionner
ses charmes , seroit plus fâchée
d'être surprise à sa toilette qu'avec un
Galand .
La premiere vertu , selon les femmes
est de plaire ; et pour plaire , la beauté
est un moyen plus sûr que la sagesse.
Quoique l'on dise , il n'y a point de
veuvage sans tristesse ; car n'est - ce pas
toujours un état fort triste que d'être
obligé de feindre une tristesse continuelle?
>
Les Hommes accusent les Femmes
de foiblesse , cependant y en a t- il aucun
qui puisse tenir aussi long- tems
contre les sollicitations des Femmes , si
elles les assiégeoient , que les Femmes
tiennent contre celle des Hommes, quoiqu'ils
se servent desplus adroits et desplus
pressants artifices , pourles surprendre ?
I. Vol. C iij Lorsque
1612 MERCURE DE FRANCE
Lorsque les Hommes aiment , ont - ils au- .
tant de pouvoir sur eux mêmes , pour
cacher leur amour , que les Femmes en
ont pour cacher le leur , quelqu'éffort
que l'on fasse pour les engager à le faire
paroître? quand on voit un Homme aux
pieds d'une Femme lui demander avec
des protestations d'Esclave les plus humiliantes
, ce que cette Femme combattant
contre elle même , lui refuse avec
fermeté , lequel des deux paroît avoir le
plus de foiblesse c'est la pudeur, dit- on ,
qui retient lesFemmes, ch bien il doit toujours
leur être glorieux de sçavoir moderer
leurs passions par la pudeur ; c'est - àdire
par la crainte de perdre l'honneur . Les
Hommes viennent avec autant d'imprudence
que d'empressement , déclarer aux
Femmes ce qu'ils sentent pour elles , sansêtre
assurés de leur plaire : foiblesse de
coeur d'autant plus grande , qu'on est
vaincu par le premier mouvement de l'amour
; foiblesse d'esprit d'autant plus
honteuse , qu'il devient la dupe du coeur
dont- il devroit lui- même regler et moderer
les passions.
Les Femmes les plus vertueuses
, cherchent à plaire même avant
l'âge de raison ; ce goût leur vient
en naissant . Elles ignorent qu'en cher-
1. Vol. chan
DECEMBRE. 1737 2613
chant à plaire on trouve indubita
blement quelqu'un qui plaît , et que
c'est sans doute exposer sa liberté que
d'atter.ter à celle d'autrui.
iksik aikakakakakakakakakakak
LA CONFIANCE PERDUE ,
ou le Serpent Mangeur de Kaïmak, *
et le Turc son Pourvoyeur ,
L
FABLE TURQUE.
Es Turcs font si grand cas d'une certaine
Fable ,
Que la Piece à leur gré tient presque du Divin
Conte-bleu cependant , et bleu d'un bleu Turquin
,
Bizarrement pensé , heurtant le vrai- semblable
,
Et pis que tout cela , plus long qu'un jour sans
Pain :
Mais au défaut de l'agréable
Qui n'en est pas le beau côté ,
Peut être pouroit- on le trouver suportable ,
En se fixant à sa moralité .
Enfin , passable ou non passable ,
Voici ce qu'à- peu près on m'en a raporté.
Dans le coin d'un Fauxbourg, à Prusse , en Bithynie
, (1)
I. Vol D iiij Demeurot
2614 MERCURE DE FRANCE
Demeuroit à l'étroit un pauvre Musulman : (2 )
Bon- homme de qui la manie ,
Etoit de calculer les mots de l'Alcoran' , (3 )
Et d'en sçavoir par coeur toute la Litanie ,
Sans élever plus haut d'un cran ,
Son étude ni son genie :
Du reste
quant aux moeurs , reglé comme un
Cadran ,
Et si devot que dans son voisinage ,
Il servoit de modele à tous les vrais Croyans.
>
Il avoit Femme aux yeux noirs et brillans
Belle , bien faite , égale , douce , sage ,
Pour couper court , Femme aimable en tou
sens ,
Et qu'il aimoit , on ne peut davantage ;
Puis comme on sçait devots et pauvres Gens
Pour honnorer l'état du Mariage ,
Sont la plupart de grands faiseurs d'enfans.
Aussi Mahmoud ( c'est notre personnage }
En mouloit- il au moins un tous les ans .
Or une année , il avint qu'en un temps,
Temps de grossesse , ou Femmes de bon sens,
Quelquefois paroîtront folles à triple étage ;
Tant leurs goûts sont extravagans.
La sienne eut une envie ou plûtôt une rage,

De tâter d'un certain laitage ,
Qu'on nomme en Turc du Kaïmak.
J'ai, disoit-elle, un feu dans l'Estomac
1. Vol.
Qui
DECEMBRE . 1737. 2619
Qui me dévore , et suis sûre je gage ,
Sans me regarder au miroir,
Qu'ily paroît à mon visage.
Mon cher Mari , mon cher bon , mon espoir y
Fais moi manger du Kaimak ce soir.
Ce soir s'écria - t- il , je voudrois le pouvoir,
Mais comment faire on n'en vend qu'au Vil
lage ;
C'est fort loin , il est tard : tu sçais bien tout
cela :
Jusqu'à demain , ma mour , tâche à prendre
courage ,
Je t'en irai chercher : cependant d'ici-là
Observe bien tes mains ; car dis - moi , que
dommage ?
Si te gratant par tout où le hazard voudra ,
Tu nous allois planter un morceau de Fro
mage
Droit sur le bout du nez du Poupon qui viendra
La pauvrete à ce badinage ,
Sourit , prit patience , et pourtant soupira.
Dès la pointe du jour , Mahmoud lui tient
parole ,
Choisit un Plat bien écuré ,
Et court , ou plûtôt vole
Au laitage tant désiré.
Mais , en allant , s'il fut Eole
Pour le boiteux Vulcain on l'eût pris au retour
Lorsqu'il vint à passer par une longue plaine
I. Vol Dy
J
Dons
2616 MERCURE DE FRANCE
Dont le Soleil faisoit un four ,
Heureusement au bout il vit une Fontaine ,
Rencognée à l'écart dans un petit détour ,
Et tout clopin-clopant , s'y rendit avec peine.
Son bassin regorgeoit d'une eau riante et saine
Des gazons émaillés l'ornoient tout alentour ;
Un plane l'ombrageoit par son vaste concour
Et les Zéphirs au frais , sans agiter l'arene ,
Lutoient si joliment contre le chaud du jour ,
Qu'au murmure de l'onde et de leur douce
haleine ,
Tout sembloit dire en ce séjour ,
Ou dormez , ou faites l'Amour.
Faire Amour ! Mahmoud n'en avoit poing
d'envie ;
Quand même il auroit eu de quoi ;
Mais oui bien de dormir , et plus que de sa
vie ;
Aussitout étendu dormit - il comme un Roy
Posé le cas qu'un Roy dorme mieux qu'un autre
homme ,
J'en pense au rebours quant à moi.
Quoi qu'il en soit tandis qu'il depêche son
somme
Un gros Serpent goulu , d'ailleurs fort bien
instruit ,
Dont Parbre creux formoit le gîte ,.
En dégringole à petit btuit ,
Mange le Kaimak ; y remonte au plus vite ,
1. Vol E
DECEMBRE. 1737. 2617
Et juste dans le Plat d'étain ,
Qu'avoit mis le dormeur auprès de son oreille
Laisse tomber un beau Sequin . (4)
Le Turc ouvre les yeux à ce son argentin ,
Regarde , se les frote , et si fort s'émerveille
Qu'il doute s'il dort ou s'il veille :
Ne pouvant concevoir , ni par qui , ni par où ,
Dans un lieu si désert , lui venoit telle chance.
Quand l'Animal passant la tête hors de son
trou ,
Se dresse , se rengorge en Serpent d'impor
tance
Siffle pour l'avertir , et lui dit , cher Mahmoud,
( D'un petit air de connoissance ):
Vraiment ton Kaïmak etoit de fort bon goût
Il y paroît , je crois, à ma reconnoissance ..
En effet j'en suis si content
Que si tu me promets de garder le silence ,
Et de m'en aporter chaque matin autant ,,
Un Sequin tous les jours sera ta recompense .
Notre homme qui de peur étoit quasi perclus ,,
A de si doux propos , si richement conçus ,
Se dégourdit , se leve , et fait la reverence ::
Promet du secret tant et plus ,
A l'illustre Animal , qu'il traite d'Excellence ::
( Beaux titres de tout temps suivirent la fi
nance )
Et devenu leger , de nouveau recourut“ , -
Chercher duKaïmakx pour sa chere Femelle
Lo.Vale. Divi, Scavoir
2618 MERCURE DE FRANCE
Sçavoir sur son retard ce qu'il dit à la Belle ,
Quelle fut son excuse , et comme on le reçur ,
Il n'en est point parlé : c'est pour moi Lettre
close :
Mais de retour à son taudis ,
Aussi-tôt la premiere chose ,
*
Fut le corps contre terre et l'ame au Paradis ,
De rendre grace au Ciel de sa bonne avanture .
Puis en digne Patron des zelés Osmanlis
Grand Mahomet , dit - il , pourvû que ceci
dure ,
Seulement cinq ans accomplis .
Je te jure d'aller à ces lieux annoblis ,
Par ta naissance , et par ta sépulture ,
T
O pour moi quelle joye irénarrable et pure ;
Si je puis sur ce point contenter mes désirs
Oui , la Mecque , ( s ) Medine , objets de mes
soupirs ,
Dont aux seuls noms mon coeur tréssaillit d'af
legresse ,
Je vous irai voir , j'en fais vou ,
Si ce bon Serpent du bon Dieu
Durant cinq ans tient sa promesse
Et de fait , ce temps revolu ,
Il étoit à partir déja tou résolu ,
'Lorsqu'en s'y preparant un article l'arrête ;
Il songe qu'il va se priver
* Nom qu'on donne aux Turcs , d'Osman leur
premier Prince..
1. Vole
D'un
DECEMBRE . 1737 2612
D'un Sequin chaque jour la rente éto
honnête ,
Et méritoit bien d'y rêver.
Mais en fait d'intérêt , un Manant , une Bête
Inventifs en moyens sçavent mieux les trouver
Qu'homme du monde et bonne tête.
Voici le tour qu'il prit pour sortir d'embarras ;
Il s'en fut au Serpent , comme un Frere à la
quête ,
Le Col tors , l'oeil baissé ; marchant à petits
pas ;
Lui fit d'un ton piteux une adroite Requête ,
Sur son voeu qui le trouble , et demi prosterne ,
Finit en le priant avec trés- humble instance ,
De permettre qu'Osmin de ses enfans l'aîné ,
.
Garçon de vingt-ans , bien tourné ,
Sage , discret , fidele , et plein d'intelligence
Eût l'honneur pendant son absence ,
De lui porter le déjeuné.
Le reptile d'abord par un Air renfrogné ,
Pour tout ce beau projet marqua sa repugnance ,
Et loin d'y consentir , au vieillot étonné ,
Fit cette verte remontrance .
2
Pauvre homme , lui dit il , quel desir effrené
Te prend si follement de courir à ton âge ?
Surquoi , pour ton salut , plus vif qu'illuminé
Fondes-tu le besoin de ce pelerina ge ?
Mahomet , me dis- tu , l'a lui -même ordonné
Oui , mais non pas à toi , par l'Hymen end
enchaîné (6). Prends
2620 MERCURE DE FRANCE
Prends l'esprit du Prophete , et lis bien ce
passage :
Ni ta Loi , ni ton voeu si mal imaginé ,
Ne sçauroient te contraindre à faire un tel
voyage .
Va mon ami , croi- moi , des tiens environné ,.
Crains Dieu , sers le Prochain , et veille à ton
ménage ;
Voilà l'essentiel : le reste n'est qu'usage ,
Bon , ou mauvais, suivant qu'il est subordonné
Aux principaux devoirs où ton état t'engage..
A l'égard de ton fils que tu dis si bien né ,:
C'est de tous tes pareils l'ordinaire langage ,
Chez eux l'amour propre incarné ,
Toujours dans un Enfant offre une belle image ,
Un pere en lui s'admire, et d'un oeil fasciné ,
Se contemplant dans son Ouvrage ,
Par ses propres défauts souvent le trouve orné ..
Au reste pourtant je veux croire
Qu'à toutes les Vertus le tien discipliné a
Mérite l'éloge et la gloire ,
Dont tu me l'as enluminé.
Mais le tout bien examiné ,
2'
If ne me convient pas en saine politique ',
De me livrer ainsi , moi Serpent suranné ,
A jeune adolescent au menton cotonné ;
Je veux un homme fait et dont la barbe pique
Tu m'entends : Songes - y. Bon soir , point de
replique.
I.Voli Mahmoud
DECEMBRE. 1737. 2680
Mahmoud , de ce Sermon interdit , consterné
En petit béat obstiné ,
Jugea le premier point tout-à - fait hérétique ,
Et comme Pere un peu berné ,
Trouva le second fort caustique.
Mais il sçait prudemment contenir son chagrins
Car s'il se fâche , adieu la rente du Sequin ,
Ou le voyage de la Mecque :
Pour venir donc à bout de son pieux Dessein ,
Et conserver son hypoteque ,
Il retourne à la charge et fait tant qu'à la fin ;
Par son importune priere
Le Serpent malgré soi , consent que le blondin
Exerce auprès de lui l'office de laitiere.
Ravi de ce succès , il vous part de la main ;
Vient tout dire à son Fils , lui montre la mariniere
,,
De servir en secret la Bête familiere ,
Qu'ils vont voir dès le lendemain ;
Et pour être plus sûr qu'il sçaura le chemin,
Et retrouvera bien le Plane ,,
Il l'y conduit encor trois jours à même fin ::
Puis dans deux petits sacs mettant tout son
frusquin ,
S'en va joindre une caravanne.
Bon voyage au vieux Pelerin ;
Laissons -le à sa façon , monté sur un Roussin ;
Courir à la Béatitude ,
Et voyons à present ce que va faire Osmin.
I..Vol
LG
2622 MERCURE DE FRANCE
Le Serpent soupçonneux et fin ,
Pour se guérir de toute inquiétude ,
'Avoit en l'acceptant , exigé par prelude ,
Que s'il vouloit toujours être son bien - aimé ,
Il ne viendroit jamais armé :
Item , que sous sa solitude
Son Kaïmak seroit porté ,
Et que lui , Pourvoyeur , se tiendroit écarté ,
Tandis que lui Reptile, en pleine quiétude ,
Mangeroit à sa volonté.
Tout cela fut promis et fut exécuté
Pendant près d'une année avec exactitude.
Mais le temps à la longue engendre l'habitude ;
L'habitude conduit à la sécurité ,
Et souvent celle -ci mene à l'ingratitude ,
Ainsi que P'Animal ,, par son trop de bonté
En fit une épreuve bien rude ;
Car s'étant démenti de sa rigidité ,
En faveur de la mine prude ,
Et de l'air de simplicité ,
Dont l'hypocrite Osmin s'étoit fait une étude à
Pour masquer sa perversité ,
Il lui donna la liberté
D'aprocher , et fut même encore assés facile
Pour s'en laisser toucher en toute privauté ,
Qui-da , dit à part-soi ce coeur de Crocodile ,
( Un jour qu'il l'avoit bien flatě )
Puisque vous êtes si docile ,
1. Vol.

I
DECEMBRE. 1737. 2625
Il faut mettre à profit votre docilité ;
Et nous verrons un peu Monseigneur du Rep
tile
Ce que tient votre
coffre-fort.
Depuis plus de six ans tous les jours il en
sort
Sequins d'un très bon poids et meilleurs qu'à la
Ville :
Mais comptez que demain vous serez mis à
mort ;
Et qu'à vous succeder je serai fort habile.
C'est bien à vous ma foi , Bête rampante et
vile
A jouir d'un si grand Tresor ?
L'or n'est fait que pour l'homme , et l'homme
pour l'or : est fait
L'un sans l'autre en ce monde est une être
inutile :
Tantpis pour un Pere imbecile ,
Si pouvant s'enrichir , il est demeuré Gueux
Foible d'esprit et Scrupuleux ,
Ne sont que des mots synonimes .
Osmin ainsi frapé de ces belles maximes ,
Forme déja mille projets :
Il aimoit les grandeurs , les jouvançeaux ,
Dames ,
Et tous les plaisirs à l'excès .
les
Je veux d'abord , dit - il , épouser quatre Fem mes *
* Les Mahometans peuvent épouser jusqu'à quaż
tre Femmes en même temps.
I, Vol Avois
2614 MERCURE DE FRANCE
Avoir deux cent Chevaux , au moins trente
Odaliks , (7)
Cent Valets , six Serrails , ( 8 ) dix ou douze
Chiffiks ,
*
Le reste à l'avenant . Et je ferai de sorte ,
Qu'on me verra peut-être un des premiers Pa
chas (9)
Car avec de l'argent que ne devient- on pas ?
De ce dangereux fou l'idée étoit si forte ,
Qu'il n'en dormit non plus durant toute la
nuit ,
Que pucelle à vingt ans , la veille de ses noces
Mais si- tôt que l'Aurore luit ,
Ses mains avides et feroces
Brûlant déja de s'assouvir
Du sang qu'il croit verser , de l'or qu'il veur
ravir ,
A sa ceinture il s'arme d'une hache
Sous sa pelice adroitement la cache :
Porte au Serpent du Kaïmak ,
Une fois plus qu'à l'ordinaire ,
Et lui dit, Monseigneur , selon notre Almanach ,
C'est aujourd'hui Beiram , ( 10) j'ai cru pou
voir vous plaire ,·"
En vous y faisant prendre part.
L'an passé , comme un sot , je n'osai pas le
faire ,
Excusez si je sens ma faute un peu trop tard.
Au surplus je voudrois en l'avoüant sans fard ,
* Maison de Campagne , Ferme , Metai
vie & c.
Pouroin
DECEMBRE.
1727 2625
Fouvoir plus dignement vous témoigner mon
zele.
Mais que vous présenter la Nature , ni l'Arr
Ne m'offrent rien à votre égard ,
De plus exquis que cette bagatelle.
Par ces mots emmielés , le doucereux Cafard
Engcole de façon le Reptile richard ,
Que celui- ci charmé , de tout le remercie ,
Et barbote en mangeant quasi comine un canard
Alors ce déloyal voyant qu'il officic ,
Sans l'observer d'aucun regard ,
Lui décharge un fendant ; mais que ce soi
hazard "
Ou celeste bonté , des forfaits ennemies
Notre agile Bête avertie ,
Voit le coup , et l'esquive en sautant à l'écart,,
Pas si bien cependant , que la hache qui
part ,
En faisant son chemin ne lui coupe la queuë .
On dit qu'elle en parut
Que cela soit ou non ,
de rage , toute bleuë :
ce n'est rien que cela.
Pour le conte il suffit , que jaune , bleuë , ou
brune
Sautant au coû d'Osmin , elle vous l'étrangla ,
Et que comme aux Pachas , cette fin est commune
, ( 11 )
Lui qui vouloit tant l'être , au moins le fut
par-là.
Le Serpent le suçoit encore avec délices ,
Quand plusieurs Passagers courant deçà - delà ,,
Io. Val..
Vinrent
2626 MERCURE DE FRANCE
Vinrent fort échauffés offrir de vains services
Il n'en étoit plus temps : déja de son étui.
L'ame du Scelerat , qu'escortoient tous les viè
ces ,
Au fond des Enfers avoit fui.
Quelqu'un le reconnut , on l'emporta chez luis
Ou tous les voisins se rendirent :
C'étoit de la maison l'esperance et l'apui ;
On peut s'imaginer ce que dirent , et firent
Ses Parens désolés dans leur premier transport ;
Jamais douleur ne fut plus vive .
Mais tandis qu'en hurlant , ils deploroient son
sort ,
Voici qu'à point nommé , Maître Mahmoud
arrive.
Quel Spectacle pour lui ! quel retour ! quel
abord !
Il en tombe presqu'en foiblesse :
Du peu qu'on sçait du cas on lui fait le raport
Et chaque mot qu'on dit , le pénetre si fort ,
Qu'il s'arrache le poil , et rugit de détresse.
Vrai - Dieu , quel bon Papa ! Voyez quelle
tendresse !
Se disoient les voisins. Ils n'étoient pas au
fait :
Lui seul sçait où le bât le blesse :
Na que saintement fol
, par un zele indiscret ;
Qui fournira peu de copies ;
Et comptant sur son fils , qu'il croyoit si par
fait ,
1. Vol
DECEMBRE. 1737. 2627
El ne lui restoit rien de tout son petit fait ,
L'ayant tout mis en oeuvres pies .
De sorte qu'accablé de regrets infinis
> De ne voir dans ses sacs si dodus à la mine
Que des colifichets , et des haillons benis ,
Qu'il avoit raportés du Tombeau de Medine ,
Il plaint bien moins le mort , qu'il ne fait les
vivans ;
> Car pour lui , pour sa Femme et neufou dix
Enfans ,
Tout cela mis au pot , eut fait maigre cuisine
Que devenir d'orénavant ,
Avec sa nombreuse Famille ,
Si son bienfaicteur le Serpent ,
Ne la nourit , et ne l'habille ?
Après donc quelque temps passé dans les douleurs,
A ses dépens plus sage , enfin il les surmonte ;
Va devant l'Animal répandre force pleurs ;
Lui porte du laitage enjolivé de fleurs ,
Croyant y bien trouver son compte`,
Et s'informe de tout ; l'Animal lui raconte ;
Juste de point en point : puis faisant le plon
geon ,
=
Plante-la mon pleureur avec sa courte honte.
Mahmoud au desespoir d'un si dur abandon ,
En vain prie , et gemit , tendrement le rapelle
Traite son Fils d'ingrat , de monstre , d'in
fidele,
Maudit sa mémoire et ses jours.
I. Vol.
Mai
2628 MERCURE DEFRANCE
Mais moi pauvre innocent , qui t'honore , qu
t'aime ,
Pourquoi , lui crioit-il , me fuis-tu comme un
Ours ?
Nous étions tant amis , soyons - le encor de
même ,
Et de notre marché , renouvellons le cours.
Le reptile infléxible à tous ses beaux discours
'Aussi sou de le voir , que dégouté de crême ,
Par ce trait simple et vif,s'en défit pour toujours.
Amis ! soit , j'y consens ; mais au moins d'une
lieuë.
Car pour de près , vois - tu, croi ce que je te dis.
Tant qu'il te souviendra , que j'ai tué ton fils ,
Et que je penserai qu'il m'a coupé la queuë ,
Nous ne pourons jamais être de vrais amis,
Dès que la confiance est une fois perdue ,
Ne comptez plus de la ravoir.
On peut par amitié , réelle ou prétenduë ,
En montrer le Phantôme et le faire valoir :
Mais que du fond du coeur , elle soit bien
renduë ,
Cela passe l'humain pouvoir.
NOTE S.
*KAÏMAK
, mot Turc de trois syllabes
, qui signifie Crême ou Fleur
de lait. C'est une espece de laitage ou de
L. Vol. fromage
DECEMBRE . 1737. 2629
fromage mou , très en vogue en Turquie
, on en fait de lait de Bufle et de
Brebis. Ce premier est plus agréable , તે
cause de son goût sucré , mais l'autre est
plus sain. On prend pour le faire , une
sorte de chaudiere fort large , dont les
bords n'ont de haut que deux travers de
doigt. On y met bouillir du lait à petit
feu pendant un quart d'heure on le
laisse refroidir , et quand il est bien pris,
on en enleve le dessus , que l'on apelle du
Kaïmak , et qui est un fort bon manger.
( 1 ) ( A Prusse en Bythinie , ) cette
Ville qui depuis s'est apellée Burse , et
qui s'apelle Brousse à present , est encore
une grande Ville de l'Asie Mineure,
fituée au pied du Mont Olympe . Elle est
fort recommandable par la bonté et la
beauté de ses Eaux froides et chaudes
et par quelques Manufactures , entr'autres
de Velours . Son Territoire est abondant
en Muriers , et produit une Soye
d'une grande blancheur , qui n'a d'autre
défaut que celui d'être trop fine
beaucoup d'Ouvrages ,.
pour
( 2 ) (Musulman ) les Auteurs sont partagés
sur la veritable éthimologie de ce
mot . L'idée générale qu'on en a , est
qu'il renferme un Titre que les Mahométans
se font autant de gloire de por-
1. Vol. ter
2630 MERCURE DE FRANCE
ter , que nous celui de Chrétien , et qui
signifie , selon eux , vrai Croyant , vrai-
Fidele , un Elu , un Prédestiné , enfin
un homme sauvé par la Profeffion qu'il
fait de la Religion de Mahomet ...
(3 ) (L'Alcoran ) Livre qui contient la
Religion des Mahometans , et qui est
comme leur Bible . Il y a des Dévots
parmi eux qui se font une étude particuliere
de l'aprendre par, coeur tout entier
, et qui le recitent comme des Peroquets.
C'est par ces ' sublimes Génies
qu'on sçait que ce Livre contient 77639 .
mots , et 323015. lettres .
(4 ) ( Sequin ) Monnoye d'or qui a
grand cours dans le Levant. Il y en a
de differens Païs , et de differente valeur
; les plus hauts à present reviennent
à une pistole de France,
(5 ) ( La Mecque et Medine ) M.l'Abbé
de Vertot, dans son Histoire de Malthe ,
place ces deux Villes dans l'Arabie Petrée
, contre le sentiment de , tous les
Auteurs , qui les mettent dans l'Arabie
Heureuse. Quoi qu'il en soit , elles sont
en extrême vénération aux Mahométans,
parce que, suivant l'opinion la plus
commune , Mahomet naquit à la Mecque
, et mourut à Medine , où l'on voit
effectivement son tombeau.
1. Vol.
(6) (Par
DECEMBRE. 1737. 2631
(6) ( Par l' Hymen enchaîné ) Quoique
Mahomet ordonne à tous ses Sectateurs
en général , d'aller au moins une fois en
leur vie en Pelerinage à la Mecque, il en
exemte cependant en particulier les infirmes
, les gens mariés , et ceux qui sont
ou employés à la guerre pour la défense ,
ou occupés aux grandes affaires de l'etat.
Mais il se trouve des Dévots zelés de
toutes conditions , qui se font un pieux
mérite , de ne pas jouir de cette dis
pense.


(7) (0 laliks ; ) noms qu'on donne aux
Concubines du Grand Seigneur . Les
Particuliers ont aussi des Odaliks , c'està
dire , des Esclaves , et il leur est permis
d'en avoir en aussi grand nombre
qu'ils en peuvent entretenir.
(8) (Serrail, ) mot qui vient du Persan.
Il signifie Maison , Hôrel ou Palais de
Gens considerables par leurs Dignités , ou
par leurs biens. On le dit par excellence
du Palais qu'habite le Grand Seigneur રે
Constantinople
.
(9 ) ( Un les premiers Pachas ) . Malgré
le grand nombre d'Auteurs , qui depuis
peut-être 200. ans , semblent s'être presque
tous donnés le mot pour écrire Bassa
ou Bacha , au lieu de Pacha ,, et malgré
toutes les décisions portées sur cet arti-
1. Vol. E cle
2632 MERCURE DE FRANCE
cle dans les Dictionaires et autres Ouvrages
concernant la Langue Françoise
, l'usage constant et fondé en
raison , tant parmi les Interpretes des
Ministres Etrangers à Constantinople ,
que parmi les Turcs mêmes , est 1º . De
ne jamais dire Bassa pour désigner qui
que ce soit. 2 °. De dire sévérement Pacha
, quand il s'agit des Visits , des Gou
verneurs de Provinces, ou d'autres grands
Officiers de l'Empire , comme le Capitan
Pacha , le Pacha du Caire , de la Morée,
& c. Et 3 ". de ne se servir du terme de
Bacha que quand on parle des Janissaires
ou autres Milices , à qui il est particulierement
affecté , quoique par extension
on l'aplique aussi quelquefois à des gens
du peuple ; car cette dénomination de
Bacha en Turc , revenant à notre expression
de Maître un tel , ( en sorte que les
Turcs apellent les Janissaires , et que
eux-ci s'apellent de même entr'eux Ali-
Bacha , Osman Bacha &c. comme nous
apellons chés nous les Païsans et les pe
tits Artisans Maître Pierre , Maître Jacques
, il s'ensuit qu'il est ridicule de
confondre ces deux mots , et de s'en
servir indifferemmenr , puisque Pacha
désigne ce qu'il y a de plus élevé dans
L'Empire Ottoman après le Grand Sei-
1. Vol.
gneur,
DECEMBRE 1737. 2633
gneur , et que Bicha au contraire , dési
gne ce qu'il y a de plus abject , où tout
au plus des Soldats .
:
"
( 10) ( Beiram ou Bairam ) fignifie en
Turc Fête solemnelle. Il n'y en a que
deux mais le plus considérable , quoiqu'en
disent les Auteurs , est celui
qu'on apelle Buyouk Beiram , Grand
Beiram , qui dure trois jours , qu'on regarde
comme la Pâque des Turcs , et
qui vient au bout de leur Ramazan ou
Carême. L'autre arrive 70. jours après
celui-ci , et est nommé Cutechuk Beiram
, petit Beiram , pendant lequel se
fait le Courban , c'est-à dire le Sacrifice
des Moutons , en commémoration du
Bélier qu'Abraham immola à la place
d'Isaac.
3
(11 ) ( Cette fin est commune . ) Il y a
bien peu de Pachas qui meurent dans
leur lit , et de leur mort naturelle . L'en
vie de s'emparer des grandes richesses
qu'ils n'amassent à la verité ordinairement
qu'à force d'extorsions et de concussions
: les soupçons et les craintes de
revolte que donne à la Porte , ou au
Grand Visir l'ambition ou le trop de
crédit de quelques uns , ou la jalousie que
le merite des autres inspire, les font presque
tous périr par la main des boureaux
1. Vol. E ij Leg
2634 MERCURE DE FRANCE
Les mots de l'Enigme et des logogryphes
du Mercure de Novembre sont ,
les Gans , Jurisprudence , Nicolas , Atropos
et Amor. On trouve dans le premier
Logogryphe Jus , Ris , Irus , Prude , Ruë
Nuë , Cep , Sein , Prend , Rend , Prise
Crise , Jure , Pur , Pie Pié , Pus , Sire ,
Ruine , Cure , Ride , Nid , Epine , Rude,
Dur , Prudence , Rien , Rune. Et dans le
quatriéme on trouve Roma , Mars et
Mora,
ENIGM E,
S Uis- je au monde devant ma mere ?
Ou ma mere est - elle avant moi ?
Ce nouveau Paradoxe en soi
Présente un étrange mistere
Encore inconnu du sçavant.
Ma figure est celle du Monde,
De plus mon essence féconde
Peut soutenir l'homme et l'enfant ;
Quoiqu'il en soit ( ce trait peut me faire cons
noître )
Je ne suis plus au même instant
Qu'un autre de moi reçoit l'être.
Par E. M. J. D. L. de Meaux.
DECEMBRE
2835 5737.
******* XXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
S Ept lettres forment ma structure.
Je prépare aux Humains certaine nourriture,
Commune aux petits comme aux grands,
Dont on use une fois chaque jour en tout temps,
Dans un froid estomach qu'aucun vice n'altere
A l'aide du feu je digere
Bien des sortes de crudités ;
Combinez bien , vous trouverez
Dans mon nom ce que beaucoup prise
Au fond du coeur l'Homme d'Eglise
Un imperceptible animal
Qui fait toujours beaucoup de mal ;
Un nom d'honneur chés un peuple à Mosquée;
Note en Musique repetée
Ce qu'une fille avec ardeur attend
Un trésor qu'on a rarement ;
Chose offensive et défensive
Instrument de peine afafflictive
Ce que cherche mauvaise dent ;
Receptacle d'un Element ;
Mot jadis usité dans la tendre Eloquence ,
A présent commun à l'Enfance
Enfin ce que forme en secret
Contre le Prince le Sujet.
1. Vol
Par M. Charron.
E iij
AUTRE
2572 MERCURE DE FRANCE
1
P
AUTR E.
Ar mes cinq pieds de suite je comprends
La Terre , l'Air et tous les Elemens ;
Prenez 2. 4. et 5. je suis ce que l'on chante ,
Otez le trois , je suis chose changeante ,
Et sans mon chef une chose coulante ,
4. S. 1. 2. 3. suivant le mot écrit ,
Vous marqueront un très-mauvais esprit ,
4: 2. I ets, ce qu'on contemple
Dans un Fauxbourg au -dessus d'un beau Temple
M
AUTRE.
Es cinq membres font une Ville
D'un Païs qui n'est pas lointain ;
Transposez-les , je deviens mot Lacin ,
Et suis à l'aveugle inutile.
Si vous ôtez mes deux extremités ,
Bienheureux avec moi qui suit le petit nombre 3
En quatre , de la nuit je sçais dissiper l'ombre ,
Et suis un animal tout des plus entêtés .
Par Mad. Marguillier.
LOGOGRYPHUS.
Quinque meum pedibus nomen componitur | arbor >
Cernitur alta , suum condit in astra caput¿
Si totum invertas , Monstrosi Bestia fatus ,
Qua pede securo calcat onusta viam.
Ambos scinde pedes , incommodus incola paret ,
Ædibus , insidiis sapiùs ille perit.
I. Vol. NOUDECEMBRE.
1737 2837%
NOUVELLES LITTERAIRES
D
DES BEAUX ART S.
ISSERTATION Historique et
Critique sur l'Origine et l'Ancienneté
de l'Abbaye de S. Bertin , et sur la
Superiorité qu'elle avoit autrefois sur
l'Eglise de S. Omer ; où l'on répond à
la Critique publiée depuis quelque temps
contre les Titres de cette Abbaye. Par
un Religieux de l'Abbaye de S. Bertin.
A Paris , de l'Imprimerie de Jacques
Guerin , Quai des Augustins , 1737. in-
12. de 400. pages, sans compter l'Avant-
Propos.
Cette Dissertation a été écrite pour refuter
les Auteurs de deux Memoires qui
ont été publiés l'année derniere , en faveur
de M. l'Evêque de S. Omer et du
Chapitre de la Cathedrale. Ces Auteurs
ont paru à celui qui a composé cette
Dissertation , très mal instruits touchant
l'origine de cette Eglise , et il croit qu'ils en
raportent les commencemens autrement
qu'ils ne sont. Le but de l'Ouvrage est de
mettre, autant qu'il est possible, la verité
I. Vol. E iiij
en
2638 MERCURE DE FRANCE
en évidence , et de faire voir que l'Eglise
Cathédrale de S. Omer a une origine qui
lui a été commune avec plusieurs autres
Eglises , qui de Monasteres sont devemues
Cathédrales.
L'Avertissement mis à la tête de la
Dissertation , et qui est qualifié d' Avantpropos
, renferme une pleine justification
contre les imputations de relâchement
que l'Historien de l'Eglise de S. Omer a
faussement attribué aux Moines de Saint
Bertin. La nullité de ce reproche étant
bien prouvée , le Lecteur se trouve plus.
disposé à rejetter les accusations de Faussaires
que les Auteurs des Memoires de
S. Omer avoient intenté en general contre
les Moines , et cela avec d'autant
plus d'avantage , qu'on trouve souvent
ces Auteurs en contradiction , et qu'il
est prouvé dans la Dissertation , qu'ils ont
cité leurs garants d'une maniere peu
fidele.
L'Ouvrage est rempli de Discussions.
curieuses. On peut en juger par ce que
l'Auteur dit d'abord de la Collection de
Surius ; elle contient une Vie de S. Omer,
qui est sujette à révision , comme plusieurs
autres du Recueil de ce même
Chartreux , et à laquelle Vie l'autorité
des Chartes authentiques ne doit
I. Vol.
pas
être.
soû
DECEMBRE. 1737. 2839
soûmise. Les Historiens peuvent se trom
per par de faux raports , leurs Ouvra
ges peuvent être souvent altérés ou interpolés,
mais il n'en est pas de même des
Chartes. On voit plus bas , que par Xenodochium
dans les Auteurs de la moyen
ne Latinité , il ne faut pas entendre précisément
un Hôpital de Pauvres ,
un Hôtel - Dieu , mais en general une
Maison d'Hospitalité pour les passans. It
s'étend ailleurs sur les exemples qui prouvent
qu'on inhumoit les Fideles dans les
Eglises dès le siécle de S.Gregoire, d'où il
conclut que S. Omer a pû demander à
être ainsi intrumé et c'est ce qui détruic
une des suspicions de fausseté que le
Critique de l'Eglise Cathédrale a euës au
sujet de la Charte de Fondation .
C
Il prouve l'étendue de l'usage our
étoient les Evêques du septiéme siecle
de se qualifier de Pécheurs ou d'Evêques
indignes dans leurs signatures. Il vient
ensuite à prouver la barbarie qui regnoit
dans le style des Actes du même siecle :
c'est un fait notoire , et qu'il est surprenant
qu'on ait contesté . Il n'est pas moins:
étonnant qu'on ait osé avancer , p. 175 .
que les Annales de S. Bertin , recueillies
par Duchêne , paroissent avoir été dres
sées par un Moine de cette Abbaye , et
1. Vol Ev qu'elles
2640 MERCURE DE FRANCE
qu'elles entrent dans un grand détail des
Évenemens arrivés à Sibiu. Ces deux .
faits sont très faux , par les raisons qu'aporte
l'Auteur , et par d'autres encore ,
qui ne se sont pas présentées à son
esprit. On peut consulter là - dessus le
Mercure du mois de May 1737. pag. 837.
et sur tout la page 845.
La seconde Partie de cette Dissertation
, qui est beaucoup moins étendue
que la premiere , contient une Refutation
du Systême des Auteurs des Memoires
de M. l'Evêque et du Chapitre de
S.Onier ,sur l'origine de leur Eglise , et
sur sa prétendue préeminence au dessus
de ceux de S. Bertin . On seroit trop long
d'en donner lExtrait , il vaut mieux renvoyer
à l'Ouvrage même.
HISTOIRE GENERALE DES DROGUES
simples et composées , par Pomet. Nouvelle
Edition augmentée , 2. vol . in 4*.
avec Figures. Chés la veuve d'Etienne Ganeau
, ruë S. Jacques.
DEFENSE DES PROPHETIES de la
Religion Chrétienne , par le R. P. Baltus
de la Compagnie de Jesus . A Paris
chés Didot , près le Pont S. Michel , à la
Bible d'or, 3. vol. in- 12.
1. Fol. LEGONS
DECEMBRE. 1737. 2641
LEÇONS DE PHYSIQUE , expliquées
au College Royal de France. Tome
troisiéme , qui contient une Description
des principales Opérations de la Chymie
, et l'Explication Méchanique des
effets qu'elles produisent ; une Explication
Méchanique des Metéores ; une
nouvelle Explication du Magnétisme ,
et des Phénomenes merveilleux de l'E
lectricité. Par Joseph Privat de Molieres ,
Professeur Royal en Philosophie , da
l'Académie des Sciences , et Membre de
la Societé Royale de Londres. A Paris
chés la veuve Brocas , rue S. Jacques ;
la veuve Musier , Quai des Augustins ;
& Joseph Bullat , ruë de la Parchemine
rie , 1737.
LETTRE à M. Louis Riccoboni ;
au sujet de celle qu'il a écrite à M.
Muratori , touchant la nouvelle Comédie
de M. De la Chaussée. A Paris
chés la veuve Pissot , Quai de Conti , à
la Croix d'or ; Moreau , ruë Galande , à
la Toison d'or ; et De Bats , Grand'Salle
du Palais , à S. François , 1737 , Brochure
de 39. pages . Prix 12. S.
REPONSE à la Lettre de M. R . ::
sur la Comédie de l'Ecole des Amis .
A Paris , chés Le Breton , Quai des Au-
1.Vol. E vj gustins,
2642 MERCURE DE FRANCE
gustins , au coin de la rue Gist- le coeur
à la Fortune , 1737. prix 12. s.. Brochure
de 40. pages.
ABREGE' de la Carte Générale du
Militaire de France , sur Terre et sur
Mer , jusqu'en Décembre 1737. divisé
en trois parties ; avec la suite du Journal
Historique des Fastes de Louis XV.
augmenté des mutations des Gouverneurs
, Lieutenans Généraux , et Commandans
dans les Provinces , et des Officiers
des Etats Majors des Places , nommés
dans le Livre des Plans du premier
Juillet 1736. Presenté au Koy , par
M. Lemau de la Jaisse , de l'Ordre Royal
de S. Lazare ; le prix est de une livre
qu tre sols en brochure , et de une liv.
seize sols relié en veau. A Paris , ches
Gandouin , près les Grands Augustins
Prault , Pere , Quai de Gevres , Lamesle,
ruë de la vieille Bouclerie , Didot , près
le Pont S. Michel , Morel le Jeune ,
Grand'Salle du Palais , Guerin , ruë du
Hurpoix , Briasson , rue S. Jacques , et
de Nally , Grand'Salle du Palais 1737.
TRAITE' ou Reflexions tirées de la
Pratique , sur les Playes d'Armes à feu.
Par M. le Dran , Maître Chirurgien . A
Paris , chés Charles Osmont 1737. in 12,
La Vol. METHODE
DECEMBRE: 1737. 2643
METHODE pour bien cultiver les .
'Arbres à fruit , et pour elever des treilles
, par Mrs. de la Riviere et du Moulin.
A Paris , ches Didot , Quai des Augustins
, près le Pont S. Michel , à la
Bible d'or. 1738. in - 8 ° . de 319. pages.
ESSAYS sur la nécessité et sur les
moyens de plaire . A Paris , Quai de
Conti , chés Prault Fils 1738. in- 12. de
290. pages .
M. Danchet , Censeur de cet Ouvra
ge en porte ce jugement . Je l'ai trouvé ,
dit il , rempli de sentimens délicats , et de
preceptes très sages :je crois que l'impression
n'en sera pas moins utile qu'agréable..
PROJET DE LA MESURE DE LA
TERRE EN RUSSIE , lû dans l'Assemblée
de l'Académie des Sciences de S.
Petersbourg , le 21 Janvier 1737. par M ..
de Lisle , Premier Professeur de l'Astronomie..
A Petersbourg , de l'Imprimerie
de l'Académie des Sciences 1737. brochure
in -4° . de 20. pages.
Cet écrit a été traduiten Russe et en
Allemand .
LA MEDECINE UNIVERSELLE
vûë dans la Pathologie vivante , dans l'uage
des Calmans er des differentes sai-
I. Vola gnées
1644 MERCURE DE FRANCE
gnées ; des veines et des artéres rouges et
blanches , spontanées ou artificielles , et
dans les substituées par les sang- suës ,
les scarifications , les vantouses . Par M.
Hecquet Ancien Doyen de la Faculté
de Paris. A Paris , chés Guillaume Cavelier
, rue S. Jacques , au Lys d'or ,
1738. in- 12 . 2. vol.

SENTIMENS sur l'amour de Dieu ;
partagés en trente lectures pour le Mois,
par le Pere Avrillon Minime , connu par
un grand nombre d'Ouvrages de Pieté.
Il se vend à Paris , chés la Veuve le
Mercier , rue S. Jacques , vis- à- vis S.
Yves , à St. Ambroise. in 12.
EPITRES ET EVANGILES , avec
des Explications par demandes et
par réponses
, pour les Dimanches et Fêtes de
l'année , les Féries du Carême et les Quatre
temps 1737. in 12. trois volumes. A
Paris , chés P. J. Mariette , rue S. Jacques
, aux Colonnes d'Hercule .
LETTRES DE M. LEIBNITZ Sur
divers Sujets de Théologie , de Droit ,
de Médecine , de Philosophie , de Mathématique
, d'Histoire , et de Philolo
gie , tirées des Manuscrits de l'Auteur , et
publiées pour la premiere fois , par M.
Chrétien I. Vol.
DECEMBRE . 1737. 264
Chrétien Kortholt, Assesseur de la Facul
té de Philosophie , dans l'Université de
Leipsic, &c. A Leipsic, aux frais de Bern.
Christoph. Breikorpf 1734. Vol . in- 8 ° .
de 467. pages. L'Ouvrage est en Latin.
LE LIVRE DE LONGUE VIE, pour
se multiplier les jours; par un Catéchisme
de la Philosophie naturelle qui est la Clef
de la Medecine universelle , pour rétablir
les forces perdues par la vieillesse , et
se maintenir en santé. Composé par M.
dela Sablonniere- Morel. A Rennes , chés
Joseph Vatar , Imprimeur- Libraire, Place
du Palais, aux Etats de Bretagne, 1737-
Vol in- 12. de 124. pages.
L'ENFANT PRODIGUE , Comé
die en Vers Dissillabes , representée sur
le Théatre de la Comédie Françoise le
10 Octobre 1736. Le prix est de 1 div.
10 sols. A Paris , chés Prault , Fils ,
Qual de Conty, vis - à- vis la descente dur
Pont Neuf , à la Charité , in- 8 . 1738 .
REMARQUES sur les Tusculanes
de Ciceron , avec une Dissertation sur
Sardanapale , dernier Roy d'Assyrie . A
Paris , chés Gandouin , Quai des Augustins,
à la descente du Pont- Neuf, à la
Belle Image 1737. in- 12. de 560. pages
A Vol Cavelier
2746 MERCURE DE FRANCE
Cavelier , Libraire , ruë S. Jacques à Paris ,
vient de recevoir , Rega ( Jos . ) accurata Medendi
Methodus quantum fieri potest ab omni
hypothesi abstracta in tres partes divisa Patho
logiam universalem , particularem , et The ropejam
, per Aphorismos proposita , in 4. Lovani,
1737.
De Villers ( Aug. ) Institutionum Medicaruin
Libri duo complectentes Phisiologiam e Hygiei
nen veterum placitis , Legibus Hydraulicis, prinpiis
Mechanicis , Recentiorum Invertis , nec
non solidis ac demonstrativis inde deductis ratiociniis
innixi , in 4. Lovani , 1736.
VOLUPTAS INSIDIOSA.
F
Orte senex , puero comitante
amnem
sedebat ad
Pronus , et indutos epulis fallacibus hamos
Subjectas facili dextrâ mittebat in undas.
Nec mora pisciculus medio qui fluminis alveo
Ludebat , tremulo motu invitatus aquarum
Adnatat , et visam rictu patulo arripit escam :
Dumque capit , capitur fatalem abrumpere setam
Nititur incassum et presso trahit ore trahentem .
Può magis obluctans refugit , magis implicat hamo
Viscera , et ima latens descendit in il:aferrum.
Jamque malus prado natali educitur unda
Pendulus è canna , et virides projectus in herbas
Ter , quater, imbelli se tollit in aëra saltu :
Quem puer arripiens manibus risùque maligno
L.. Vol.
Captivum
DECEMBRE. 1737. 2647
Captivum increpitans ; ludorum desine , dixit ,
Non hoc ista sibi permittit ludicra tempus .
Stulte quid absorbes oblatam improvidus escam?
Non decuit tentare priùs fraudis-ne lateret
Sub dape tectum aliquid quod te malè perdere possetz
De'icias quaris lepidissime , sed mihi de te
Deliciasfacies , nostra pars optima coena.
Talia jactaniem puerum strictoque minantem
Dente senex placidè compellat. Jure gulosum
Increpitas , nimius quem perdidit ardor edendi ;
Sed cave neperdat quoque te malè suada Cupido,
Mox erit ut tentans omnes dulcedine sensus ,
Mille modis miserum trahat insidiosa voluptas.
Hei mihi quàm metuo ne gaudia prava secutus
Oblatam arripias incautis faucibus escam ,
Admittasque simul lethalem in viscera pestem.
Ergo si quis amor vita, si cura salutis ,
Sperne voluptatem : new te trabat illa , caveto.
* C. P.
Le 17. Novembre , M. le Hoc , Médecin ordinaire
du Roy au Châtelet de Paris , Docteur
Régent de la Faculté et Professeur du Cours ,
prononça un Discours Latin à l'occasion de la
Rentrée des Ecoles de Médecine. Il exposa dans
ce Discours à ceux qui se destinent à cette Profession
, tous les désagrémens et tous les avantages
qui se rencontrent dans l'exercice de la
Médecine. Le sçavant Médecin traita cette matiere
avec beaucoup d'éloquence et de délicatesse
I. Vol Tous
2648 MERCURE DE FRANCE
Tous les Auditeurs en furent contens et parurent
désirer qu'un Discours aussi beau et aussi
instructif , fût rendu public par l'impression.
On donne avis, au Public, et en particulier aux
Personnes qui ont souscript pour le Traité de
Stereotomie et Coupe des Pierres , de M. Frezjer
qu'on délivrera le second Tome au commencement
de Janvier , chés les Libraires qui ont reçû
les Souscriptions , excepté à Paris , où il fau
dra s'adresser à M. Jombert , rue S. Jacques , à
PImage Notre Dame , au lieu de M. Guerin
Paîcé. Le troisiéine Tome , qui est sous presse ,
poura être distribué au mois de Juillet prochain,
Ecole de Composition de Musique.
M. Rameau , donne avis aux Amateurs de
Musique , qu'il va établir une Ecole de Composition
trois fois la semaine , depuis 3. heures
jasqu'à 5. pour douze Ecoliers seulement , à un
Louis d'or chacun par mois , pouvant les enseigner
tous ensemble et même davantage , s'il en
étoit besoin , il sera libre d'ailleurs à un moindre
nombre de s'associer pour la totalité.
Il assure que six mois au plus suffiront pour
se mettre au fait de la science de l'Harmoni : et
de sa pratique , dans tous les cas où l'on voudra
l'employer , quani même on ne sçauroit
qu'à peine lire la Musique ; à plus forte raison
encore si l'on étoit plus avancé.
C'est pour satistaire à l'empressement de quel
ques personnes qui se sont deja aggregées dans
cette Classe , que M. Rameau'a crû devoir en
faire part au Public , esperant que par ce moyen
le nombre en seroit plutôt rempli, ainsi ceux qui
I. Vol. souhaiteront
DECEMBRE. 1737-
2649
souhaiteront s'y joindre , auront la bonté de lui
envoyer leur nom et leur demeure par écrit , તે
l'Hôtel d'Effiat , rue des Bons Enfans . pour
qu'il puisse les avertir du jour auquel on commencera.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le sieur Mayreau , rue Galande , vis- à-vis
S. Blaise , vient de mettre en vente la 28. Es-*
tampe qu'il a gravée d'après Ph. Wauvermans
intitulée , Quartier de rafraichissement ; on y
voit un très-beau Paysage , des Tentes de Vivandiers
, quantité de figures à pied et à cheval
, &c. Ce Tableau original de 24. pouces de
large , sur 18. de haur, que la Comtesse de Verrue
a possedé fort long-temps , est aujourd'hui
dans le Cabinet de M de Ravanne , Grand
Maître des Eaux et Forêts d'Orleans.
EVRARD TITON DU TILLET , Maî
tre d'Hôtel de feue Madame la Dauphine
Mere du Roy , Commissaire Provincial des
Guerres , Aureur du Parnasse François , executé
en bronze l'an 1718. Le Portrait de cet illustre
et zlé Amateur des Arts et des Sciences , est
très bien gravé par le sieur Petit , d'après M. de
Largilliere 1737.Cette Estampe ne se vend point.
Autre Estampe qui ne se vend point , c'est la
représentation en large de l'Illumination du Few
d'artifice , donné à Monseigneur le Dauphin à
Meudon , le 3. Septembre 1735. gravée par C.
N. Cochin , fils , d'après M. de Bonneval . Cette
Fête , ordonnée par M. le Duc de Gêvres ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy , a été conduite par M.
I. Vol. de
2010 MERCURE DE FRANCE
de Bonneval , Intendant et Contrôleur Generat
de l'Argenterie , menus plaisirs et affaires de la
Chambre de S. M.
Il paroîr deux nouvelles Estampes du borin da
sieur le Bas , Graveur du Roy , d'apie, deux
Tableaux de M Parocel , dont l'un représente
un Détachement de Cavalerie , et l'autre une Alte
des Gardes Suisses . Chacun de ces deux Morceaux
est de 14. pouces de haut , sur 19. de large
; ils font honneur au burin de l'habite Grayear
qui a sçû rendre avec beaucoup d'art et de
précision les divers caracteres sçavamment exprimés
dans les Tableaux que le Public a hono
rés de son suffrage dans l'exposition faite au
Louvre , et dont nous avons parlé fort au
long au mois de Septembre dernier Ces deux
Etampes sont dédiées à M. de Julienne
Ecuyer, Chevalier de l'Ordre de S. Michel. Le
prix est de deux livres chacune . Elles se vendent
chés le sieur le Bas , à Faris , au bas de la ruë de
la Harpe , vis - à- vis le Soleil d'or.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , continue toujours avec succès
chés Odieuvre, Marchand d'Estampes , Quar
de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , de la
même grandeur
CLAUDE FLEURY , Prieur d'Argenteuil,
Confesseur du Roy , de l'Académie Françoise ,
né à Paris le 6. Décembre 1640. mort le 14
Juillet 1723. peint par Roussel , et gravé par
D. Sornique.
JEAN - PAUL BIGNON , Abbé de Saint
Quentin , Doyen des Conseillers d'Etat , Biblio-
I. Valo
thequaire
DECEMBRE. 1727. 2451
thequaire du Roy des Académies Françoise ,
des Sciences , des Belles- Lettres , &c . né à Paris
le 19. Septembre 1662. peint par Hie. Rigaud
et gravé par F. G. Schmidr .
MARIE DE RABUTIN CHANTAL ,
MARQUISE DE SEVIGNE' , nee le 5. Février
1626. morte au Château de Grignan en
Provence en 1696 peinte par Ferdinand , et
gravée par G. F. Schmidt.
Le sieur Langlois , Marchand , rue S. Jacques,
à la Renommée , vis à- vi, la Fontaine S. Seve
rin , avertit qu'il a inventé et gravé un nouveau
Jeu de Thavagniol , en dix Planches de 120 .
Cartouches en camayeux de toutes couleurs ,
avec les mêmes figures qui sont sur les dix Planches
, réduites en petits personnages , avec Is
mêmes Numeros et les mêmes Devises , servant
de Bilet pour mettre dans les Boules , et qu'il a
tou l'assortiment pour servir à ce Jeu l'avertit
aussi que c'est chés lui qu'on trouve les plus
belies Découpures d'Allemagne . Il vend aussi
toutes sortes de Meubles et Toilettes garnis de
ces Découpures.
Le sieur Tardieu , donnera au commencement
de l'année prochaine le Recueil d'Estampes de la
Vie de N. S. et des Actes des Apô res , à quoi il
travaille depuis plusieurs années . Il espere par 13
satisfaire la louable curiosité des personnes qui
aiment à méditer les Mysteres de J. C. et procurer
aussi aux enfans une occasion de s'en instruire
par recréation , n'ayant rien omis pour avoir
des Desseins des meilleurs Maîtres et ayant fait
choix des plus beaux Tableaux qui soient dans
Eglise de Notre- Dame de Paris et ailleurs
pour rendre son Recueil parfait.
2652 MERCURE DE FRANCE
I demeure toujours rue S. Jacques , près la
Sue des Noyers , à l'Image S. Antoine.
Comme ces Estampes conviennent à plusieurs
Livres in 12. ou in 8. aux Missels , Nouveau
Testament , & c. on n'a pû marquer sur chaque
Estampe la place où elle se doit raporter , mais
on donnera en même-temps un Catalogue qui y
supléra.
Nicolas Verkolje , à Amfterdam , a dessiné et
fait graver par les plus habiles Maîtres les Tableaux
du fameux G. de Lairesse , qui se trouvent
dans la Chambre de Justice de la Cour de
Hollande. On peut avoir ces Desseins à Amsterdam
, chés N. Verkolje , Covens , et Mortier ,
Pierre Mortier , et G. De Broen ; à Dordrecht ,
chés J. Van Braam ; à Rotterdam , chés J. D.
Beman ; à Delft , chés R. Boitet ; à la Haye ,
ala
chés J. Svvart , et G. Blok ; à Leyden , chés A.
Kallevvier ; à Haarlem , chés W. van Kessel ;
et à Utrecht , chés H. Besseling.
Le Sieur Jacob , Graveur , rue S. Jacques ;
vis à vis la ruë de la Parcheminerie , dans la
maison de Simart , Libraire au fond de
la cour , chés le sieur Gallot , au troisième ,
vend depuis peu plusieurs Morceaux nouveaux
, le Printemps , l'Eté , l'Automne , l'Hiver
, la Curiosisé , le Rendez- vous au bain , la
Fille prudente , la belle Pisseuse l'aimable Découpeuse
, l'Accolade du Meûnier , la belle Balanceuse
, l'Ecole , d'après plusieurs bons Auteurs .
Le même vend le Portrait de Mlle Pélissier , la
belle Cuifiniere , les Venus , d'après Mrs Boucher
, Le Moyne , Noël , Nicolas Coypel , et autres.
I. Vol. QA
DECEMBRE . 1737. 26.58
On a apris d'Allemagne que le sieur de Geof,
Originaire d'Anvers , Sculpteur en chef de S.
A. E. de Baviere , fameux par ses Ouvrages , a
fait depuis peu la Statue du Prince Electoral de
Baviere , en argent, de hauteur naturelle, et pesant
autant que lui . On assure que c'est un
chef- d'oeuvre pour la ressemblance , l'attitude ,
et le travail , qui est au dessus de tout ce qu'on
a vû de mieux depuis très long- temps. C'est un
Væa que P'Electeur de Baviere a fait à Notre-
Dame d'Althenestien , et cette Statue y fut
portée le 10. Août dernier. Ce fameux Sculpteur
a aussi fait toutes les belles Statues et Vases
de Bronze doré qui sont dans les Jardins
de S. A. E. Il travaille en Or , Argent , Porphire
, Marbre et Bronze dans une égale perfection
, et il n'a pas son pareil pour les Portraits,
Mr le Chevalier Servandoni , Peintre et Architecte
du Roi , travaille dès - à - present
dans le Château des Tuilleries à la Représentation
de l'Eglise de S. Pierre de Rome , avec tous
ses Ornemens , pour être exposée au Public
pendant les trois Semaines du Temps Paschal ,
dans la grande Salle des Machines des Tuilleries
, selon la permission que le Roi a bien
voulu lui en accorder.
Carte réduite de la Mer Mediterranée , pour
servir aux Vaisseaux du Roy , dressée au Dépôt
des Cartes , Plans et Journaux de la Marine ,
1737. par le sieur Ballin , Ingénieur au Dépôt
des Plans de la Marine ,
Cette Carte est en trois feuilles . Mais comme
elle est extrémement differente de toutes celles
1. Vol.
qui
2654 MERCURE DE FRANCE
4
qui ont paru jusqu'à present , soit Françoises ,
Angloises ou Hollandoises ; on y joint un Me
moire en forme d'Analyse , qui rend compte
des principales Observations dont on s'est servi
pour sa Construcrion . Elle se vendra à Paris
ches le sieur Jarliot Geographe du Roy , Quai
des Augustins, on en trouvera à Toulon et à Maiseille
.

Un Particulier logé dans le Temple à Paris ,
avertit le Public qu'il a plusieurs Remedes salutaires
pour la guérison de differentes maladies
En premier lieu , une poudre qu'on prend par
la bouche , laquelle guérit en moins de trois
semaines toutes maladies provenant de la corruption
de la masse du sang , et même les maladies
Veneriennes , quelque invetcrées qu'elles
puissent être. Ce Remede agit imperceptiblement
sans aucune évacuation sensible , sans
être obligé de garder la chambre , et sans presque
changer la maniere de vivre . Il a un se
cond Remede qui guérit en quinze jours par la
respiration d'une Odeur gracieuse les mêmes
maladies ci-dessus ; et enfin par un autre Re
mede il guérit radicalement l'Epi epsic.S'adresser
au sieur Baran , Chirurgien dans le Temple.
BUREAU DE CORRESPONDANCE generale ,
ruë de la Verrerie, entre la rue Bardubec et celle
des Billettes , établi par M. Brehamel et Compagnie
, en vertu d'Arrêt et Lettres Patentes du
5. Juin 1725. pour faciliter aux Particuliers
qui le requereront , soit qu'ils résident à Paris
ou qu'ils soient domiciliés dans les Provinces
, la recette des Rentes , Gages , Augmentations
de Gages , Pensions et autres Detres de
I. Vol.
quelque
>
DECEMBRE. 1737. 2555
quelque nature qu'elles soient , et en faire toucher
les deniers aux Proprietaires dans le plus
prochain de leur domicile ,moyennant une reinise
de quatreecdeniers pour livre , atribuée à la .
dite Compagnie.
L'on avance aussi audit Bureau de Correspon
se Générale , partie desdites Rentes et autres Ef
fets exigibles qui se trouvent sans difficultés , et
ce sans autre remise que celle de quatre deniers
pour livre pour tout droit d'avance et de commission.
Les Particuliers qui résident en Province ;
doivent faire charger et affranchir les ports de
Lettres et Paquets qu'ils adresseront audit Bureau
, faute de quoi lesdites Lettres et Paquets
seroient mis au rebut.
Le sieur Neilson , Chirurgien Ecossois , reçû
à S. Côme , pour la guérison des Hernies ou
Descentes , traite ces Maladies avec beaucoup de
succès , par le secours des Bandages Elastiques
qu'il a inventés pour hommes , femmes et enfans.
Ces Bandages sont fort aprouvés , non seu-
1ement à cause qu'ils sont très legers et commodes
à porter jour et nuit , mais aussi parce qu'ils
sont très- utiles par raport à leurs ressorts , qui
compriment la partie malade, ferment exactement
l'ouverture qui a permis la Descente et résistent
aux impulsions que font les parties interieures
soit à cheval ou à pied. En envoyant la mesure
prise sur l'Os Pubis , et marquant le côté malade
, on est assuré de les avoir justes.
t
Il donne son avis , et selon l'âge et le tempérament
il prépare des Remedes qui lui sont particuliers
et convenables à ces Maladies .
Il a aussi inventé des Bandages Elastiques très-
I. Vol. F légers
2656 MERCURE DE FRANCE
légers , commodes et nécessaires à porter pendant
les exercices violens , pour se garantir des
maux et prévenir les incommodités qui arrivent
tous les jours.
Sa demeure est à Paris , rue Dauphine , au Cocq
or , au premier Apartement. Il ne reçoit point
de Lettres sans que le port en soit payé.
Il se débite à Paris dans la Cour du Jardin de
l'Hôtel de Soissons , derriere les Remises , à la
Boutique de la veuve Regnier , des Tablettes de
Caffé qui viennent du Levant et qui portent leur
sucre comme celles de Chocolat , ce qui est d'u
ne grande facilité pour avoir en tout temps , en
tous lieux et sans aucun embarras de cette utile
et agréable Liqueur ; pour chaque Tasse il
faut une demie once de ces Tablettes , qui se
fondent dans l'eau ou le lait bouillant , comme
la poudre de Caffé ordinaire ; après un ou deux
bouillons on les laisser eposer.et on le sert.
Pour la commodité du Public il y en a de
tout po.ds, qui se vendent 3. liv . 5. sols la livre ,
Le sieur Tabut , distribue une Liqueur au
Chocolat d'Espagne , de sa composition , dont
la vertu est de fortifier et rétablir les estomachs
foibles et délabrés , et d'aider à la digestion. On
peut en user ainsi que des autres Liqueurs , le
matin et après les repas.
Pour la facilité du Public , on en trouvera chés
Jui des Bouteilles de pinte , de chopine et de demi-
septier , qu'il vendra sur le pied de 8. livres
la pinte.
Sa demeure est à Paris , dans l'Abbaye S.Gera
main des Prés , ruë Cardinale , près le Puits.
I. Vol.
1
AIR
AN
DATIONS
THE
NEW
YORKE PUBLIC
LIBRARY
. ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
DECEMBRE. 1737. 2657
Q
AIR.
Ue ne dois je pas à Bacchus !
C'est lui qui termine ma peine
Je triomphe d'une Inhumaine ;
Par le secours de son aimable jus.
Pour prix de la tendre victoire
Que par le Dieu du vin je remporte en ce jour ,
Sur de nouveaux Autels élevés à sa gloire ,
Je veux qu'il soit encensé par l'Amour.
SPECTACLE S.
L'A
' Académie Royale de Musique donna
24. Octobre la premiere Kepré
sentation de la Tragédie de Castor et
Pollux ; le concours des Spectateurs fut
des plus complets , atrendu la célébrité
de l'Auteur de la Musique les aplau
dissemens que M. Rameau s'étoit attirés
dans ses deux premiers Opera , donnoient
une grande idée du troisiéme
I. Vol. Fij ce
;
68 MERCURE DE FRANCE
ce n'est pas à nous à juger si cette idée a
été remplie ; le Public n'est point encore
d'accord sur ce point , et ce n'est
que par lui que nous devons nous déterminer
: d'ailleurs nos Extraits n'ont
ordinairement que le Poëme pour objet.
Ce sera donc uniquement sur ce qu'on
apelle les paroles que nous nous arrêtes
rons,
Le Theatre représente au Prologue divers
Portiques ruinés par les ravages de
la Guerre les Arts y sont abandonnés
, on y voit des Berceaux renversés ;
sur lesquels les Plaisirs paroissent inanimés
, &c. Minerve et l'Amour ouvrent la
Scene après un coeur plaintif, par lequel
les Plaisirs et les Arts implorent le se-
Cours de Venus ; la Déesse des beaux
Arts prie l'Amour de leur rendre sa Mere
favorable. Elle s'exprime ainsi.
<
Implore , Amour , le secours de ta Mere
On détruit mes Autels , on t'insulte à Cythere
1
Lance tes traits vainqueurs sur un Dieu ree
douté ;
C'est à Venus d'écarter nos allarmes ;
Qu'elle éprouve aujourd'hui le pouvoir de ces
charmes
Qui lui donnent sur moi le prix de la Beauté.
7. Vol.
'L'Amour
DECEMBRE. 1737. 2659
f
L'Amour implore Venus , et finit sa
priere par ces Vers :
Unis dans tes regards tous les feux que
j'inspire
Rends le Tyran du Monde esclave dansma'
Cour ;
Tout terrible qu'il est , qu'il aime , qu'il
soûpire ;
Qu'il adore Venus , qu'il respecte l'Amour.
Minerve ajoûte encore ces quatre Vers :
Venus , que ta gloire réponde
A l'espoir qui nous a flaté ;
Triomphe ; c'est à la Beauté
De faire le bonheur du Monde."
Venus descend des Cieux avec Mars ;
que les Amours ont enchaîné à ses pieds.
Mars promet à Venus de calmer la Terre
én sa faveur ; tout s'embellit par la présence
de la Mere d'Amour ; on invite la
Paix à descendre des Cieux ; les Arts et
les Plaisirs forment la Fête dur Prologue
par leurs Chants er par leurs Darises ' ;
Minerve annonce la Tragédie , qui doit
le suivre , par ces derniers Vers :
Pan Spectacle nouveau que la pompe s'am
prête ;
1. Voli Fiij Minerve
2660 MERCURE DE FRANCE
Minerve à l'Amour va s'unir :
Les Arts vont préparer la Fête s
L'Amour va l'embellir.
Le Public n'ayant pas trouvé le carac
tere de Minerve assés décemment rendu,
l'Auteur docile a substitué le Dieu des
Arts à celle qui en est réputée la Déesse.
Le Theatre représente au premier Acte.
de la Tragédie , un Lieu destiné à la Sepulture
des Rois de Sparte ; on y voit
les aprêts de la Pompe funebre de Castor.
,
Après un Choeur de . Spartiates , qui
pleurent la mort de Castor , Fils de Tindare
et de Leda , Telaire , Fille du Soleil ,
s'avance précipitamment vers le Tombeau
qui renferme les cendres de son Amant ;
Phebé , Princesse de Sparte , l'en détourne
, et tâche de la consoler ; ces deux
Princesses exposent le Sujet , et font
connoître que Castor a été tué par Lyncée
, son Rival , et que Pollux , Fils de
Jupiter et de Leda , combat actuellement
contre Lyncée , pour venger la
mort de Castor son Frere ; on aprend
dans la même Scene que Phebé aime
Pollux . Phebé s'étant retirée , Telaïre
exprime ses regrets, par ces Vers ;
I.Vol. Tristes
• DECEMBRE. 1737. 266 .
Tristes aprêts , pâles flambeaux ,
Jour plus affreux que les tenebres ,
Astres lugubres des tombeaux
Non , je ne verrai plus que vos clartés funé
bres,
Toi , qui vois mon coeur éperdu ,
Pere du jour , ô Soleil , ô mon Pere ,
Je ne veux plus d'un bien que Castor a perdu ,
Et je renonce tå lumiere a
Tristes aprêts , &c.
Un bruit de trompettes annonce la victoire
que Pollux vient de remporter sur
Lyncée , ce qui donne lieu à une Fête de
Guerriers , et change le deuil en joye ;
Pollux annonce à Telaïre la mort de
Lyncée il déclare son amour à cette Princesse
, qui ne laisse pas d'éxiger de lui
un plus grand effort , c'est d'obtenir de
Jupiter son Pere que Castor revienne
jouir de la clarté des Cieux ; elle sent
toure la grandeur du Sacrifice qu'elle lui
demande , et le fait bien connoître par
ces Vers.
D'un Frere infortuné ressusciter la cendre ,
L'arracher au tombeau , m'empêcher d'y descendre.
I. Vol.
Fiiij
Triompher
2662 MERCURE DE FRANCE
Triompher de vos feux , des siens être l'apuy ,
Le rendre au jour; à ce qu'il aime ,
C'est montrer à Jupiter même
Que vous êtes digne de lui.
Pollux dans un court Monologue se
détermine en faveur de la gloire à lag
quelle Telaire vient de l'inviter.
ACTE II. Le Theatre représente le
Vestibule du Temple de Jupiter. Pollux
commence l'Acte par ce Monologue .
Nature , Amour , qui partagés mon coeur
Qui de vous sera le vainqueur
De Jupiter ici mon destin va dépendre ;
L'amitié brûle d'obtenir
Ce que l'Amour frémit d'entendre
Et , quelque Arrêt que le Ciel puisse rendre ,
Il va parler pour punir
L'Ami le plus fidele , ou l'Amant le plus ten
dre.
Nature , Amour , & c.
Ce Monologue dans la premiere Représentation
étoit suivi d'un Dialogue
entre Pollux et Telaïre ; mais comme
cela ne faisoit qu'une Scene doublée ,
1. Vol. l'Auteur
DECEMBRE . 1737. 2663
PAuteur toûjours docile aux corrections
du Public , l'a retranché .
Le Grand Prêtre de Jupiter vient an
noncer à Pollux que le Maître des Cieux
va descendre , et les Cieux avec lui ; il se
retire avec sa suite , et Pollux reste seul
sur le Theatre.
Pollux prie Jupiter son Pere de retirer
Castor des Enfers ; Jupiter lui annonce
que le Destin n'y consent qu'à une condition
, qui est qu'il remplira lui-même
la place de ce cher Frere dans les Enfers
; Pollux frémit d'un Arrêt qui le
condamne à ne plus voir Telaïre , mais
il ne balance pas à subir cette loy ; il
s'explique ainsi .
Non , je verrai Castor ; il verra Telaire ;
Il est aimé , c'est à lui d'être heureux ;
Chaque instant qu'ici je respire-
Est un bien que j'enleve à son coeur amou→
reux.
Jupiter; pour distraire Pollux son Fils
d'un soin aussi fatal que genereux, ordonne
auxPlaisirs célestes ,de ne rien negliger
pour retenir Pollux dans les Cieux.
Les Plaisirs font iei une Fête très- gacieuse
, à laquelle Pollux paroît insensi--
Is. Fol By bles
2664 MERCURE DE FRANCE
ble ; un Plaisir céleste chante ces paroles
sur un air très - tendre :
Voici des Dieux
L'heureux azyle ;
Goûtez des Cieux
La paix tranquille.
Plus de plaisirs
Que de desirs
Des chaînes
Sans peines ;
Et de beaux jours ,
Comptés toûjours
Par les Amours.
Si l'on soupire ,
C'est sans martyre ;
Est-on charmé ?
On plaît de même ;
On dit qu'on aime
On est aimé.
Malgré tout ce que les Chants et les
Danses des Plaisirs Célestes ont de plus
attrayant ; Pollux persiste dans le noble
dessein d'aller prendre la place de son
Frere dans les Enfers.
ACTE III . Le Theatre représente
l'Entrée de l'Enfer . On y voit une ca-
Verne qui vomit sans cessé des flammes.
Phébé invite les Spartiates , dont elle
I.Vol.
est
DECEMBRE. 1737. 2665
est suivie , à empêcher Pollux , leur Roi,
de descendre aux Enfers ; elle anime les
Spectres et les Démons qui gardent cet
affreux passage , à le fermer à son Amant.
Pollux vient ; Phebé n'oublie rien pour
le détourner d'un projet si funeste ; Télaïre
survient , et fait entendre au Frere
de son Amant le succès qu'il doit attendre
d'une entreprise si glorieuse ; voici
comme elle s'explique , en s'adressant à
Pollux.
Aux pieds de ses Autels j'ai consulté mom
Pere ;
Et le sombre avenir a puru devant inoi
Cher Prince , à vos destins livrez-vous sans
effroy ;
Ecoutez ce qu'un Dieu permet que l'on espere.
Son Char a reculé tout à coup à mes yeux ;
J'ai vu la Nuit , l'Erebe , et ses affreux rivages ;
Mais soudain mille éclairs ont percé ces nuages;
Et du fond des Enfers j'ai vu de nouveaux
Dieux
Passer au dessus du Tonnerre ;
Un coup de foudre est tombé sur la terres
Mais j'ignore quel Sang a coulé dans ces Lieux.
Pollux , malgré Phebé et ses Peuples ,
veut remplir son Projet ; les differens
F vj I. Vol.
interêts
2666 MERCURE DE FRANCE
interêts des deux Princesses , joints à celui
du Prince , donnent lieu à un Trio
generalement aplaudi ; en voici les paroles
:
Phebe:
Sortez , sortez d'esclavage ;
Combattez , Démons furieux
Pollux et Telaire.
Tombez dans l'esclavage ;
Arrêtez , Démons furîeux
Phebe.-
Fermez- lui cet affreux passage ,
Et redoutez le Fils du plus puissant des
Dieux.
Pollux et Telaire.
Livrez-moi ,
Livrez-lui •}cet
cet affeux passage
Et respectez le Fils du plus puisant des Dieux.
Le Choeur qui repete ces mêmes pareles
, répond à la beauté du Trio.
Pollux , par le secours de Mercure ; .
descend dans les Enfers ; Phebé fait entendre
qu'elle l'y suivra guidée par son
désespoir , quoi qu'elle vienne d'être instruite
de l'amour de ce Prince
laïre ..
pour
Te-
I. Vole
Асти
DECEMBRE. 1737. 2667
ACTE IV. Le Theatre représente les
Champs Elisées ; on y voit une troupe
d'Ombres heureuses . Castor ouvre la
Scene , et fait entendre que malgré la
félicité qui regne dans ces lieux , l'absence
de Telaïre le rend malheureux. Les
Ombres heureuses invitent Castor à
jouir du bonheur qu'elles goûteat ; une.
d'entre elles lui parle ainsi :
Sur les Ombres fugitives
L'Amour lance encor des feux ;.
Mais il ne fait sur ces Rives
Qu'un Peuple d'Amans heureux' ;
Les plaisirs les plus aimables
Naissent plûtôt que leurs voeux ;
ils sont durables .
Ils sont purs ,
Les chants et les danses des Ombres-
Heureuses sont troublés par l'arrivée de
Pollux ; il les rassure ; il cherche Castor
; ils se reconnoissent tous deux avec
un plaisir extréme de part et d'autre.
Pollux aprend à Castor qu'il vient prendre
sa place parmi les Ombres , pour le
rendre à sa chere Telaire Castor s'y
opose autant quil peut par un motif d'amitié
et de reconnoissang Pollux lui
aprend qu'il est son Rival . mais que
Telaire n'en est pas moins fidelle à sess
L.Vol. premiere
2668 MERCURE DE FRANCE
premiers feux ; cette Scene a paru trèsbelle.
Castor se détermine enfin à revoir Te
laïre , mais jouissant par avance du privilege
de l'immortalité que Pollux veut
bien lui ceder , il fait ce serment , en par
lant de Telaïre :
Je jure par le Styx , qu'une seconde Aurore
Ne me trouvera pas au séjour des Mortels
Je ne veux que la voir , et l'adorer encore ;
Et je te rends le jour , ton Trône , et tes
Autels . #
Les Ombres heureuses prient Castor
de revenir parmi elles.
ACTE V. Le Theatre représente une vûë
agréable des environs de Sparte.
Nous ne ferons que parcourir l'action
de ce dernier Acte , pour ne pas allonger
cet Extrait ; voici l'ordre des Scenes
; on a retranché la premiere , com
me peu nécessaire ; Phebé ne fait plus
de Monologue , on la supose descendue
auxt nfers pour aller joindrePollux , comme
elle l'a fait pressentir dans la dernie
re Scene de l'Acte précédent ; Castor er
Telaire ouvrant la Scene ; Castor annonce
à sa Princesse , qu'il à juré d'aller
retirer son Frere des Enfers , elle ne
peut consentirà le perdre une seconde
I. Vol fois
DECEMBRE. 1737. 2669
fois ; Castor malgré ses tendres plaintes ,
et les prieres de ses Peuples , veut remplir
son serment le Tonnere gronde
pour annoncer la descente de Jupiter
mais Castor et Telaïre croyent que c'est
pour les punir tous deux d'un parjure
prétendu ; Jupiter descend des Cieux
sur son Aigle et rassure ces tendres
Amans par ces vers qu'il adresse à
Castor :
Les Destins sont contens ; ton sort est arrêté
Je te rends à jamais le serment qui t'engage
Tu ne verras plus le Rivage
Que ton Frère à déja quitté.
Il vit , et Jupiter vous permet le partage
De l'immortalité.
Voici comment il regle aussi le destin
de Télaïre.
Et vous , jeuneMortelle , embellissez les Cieus
Le sort accomplit ses promesses ;
C'est la valeur qui fait les Dieux ,
Et la beauté fait les Déesses.
Pollux revoit son Frere avec Telaire ,
sans en être Jaloux ; il a triomphé de
son amour pour se livrer tout entier à
l'amitié qui l'unit à Castor. Ces deux
Princes sont placés dans le Zodiaque
1. Vol.
9
SOUS
2670 MERCURE DE FRANCE
sous le nom de fumeaux ; le Ciel s'ou
vre à la voix de Jupiter ; le Zodiaque
paroît ; des Globes de feu en descendent
et les Génies qui y président forment
la Fête de ce dernier Acte , qui finit par
ces quatre Vers :
Que les Cieux , que la Terre , et l'Onde
Brillent de mille feux divers
C'est l'ordre du Maître du Monde
C'est laFête de l'Univers .
On donna le Dimanche 8 de ce mois fa
21 représentation de cet Opera , et on
reprit le Mardy suivant , celui de Persée
, qu'on avoit donné au Mois de
Février dernier , et qui a été joué près de
trois Mois, cette Tragédie avoit été fort
goûtée , et le Public paroît bien aise d'en
revoir encore quelques representations .
On joue les Jeadis le Ballet des Amouts
des Dieux en attendant Atys.
Le quatorziéme Décembre , les Comédiens
Italiens donnerent la premiere
représentation de Castor et Pollux , Parodie
nouvelle de l'Opera dont on
vient de donner l'Extrait ; cette Pie--
ce qui est de la composition des Srs Romagnesi
et Ricoboni est en Vaudevilles,
Is.Vol.
CE
DECEMBRE . 1737. 2671
et a été très bien reçûë du Public ; elle
est ornée de differens divertissemens es
de Décorations de Theatre , très bien
caracterisés. On en parlera plus au long
dans le prochain Journal.
Le 2 Décembre, les Comédiens Frans
çois remirent au Theatre la Tragédie
d'Andromaque, dont le principal rôle est
joué par la Dlle Gaussin , celui d'Her
mione par la Dlle du Mesnil , et ceux
de Pyrrhus et d'Oreste par les Srs du Fresne
et Grandval ; cette Piece attire de gran
des assemblées par la perfection avec laquelle
elle est représentée. LeSr duFresne
surtout y remplit son personnage avec
toute la dignité et l'intelligence possibles ,
ce que le Public voit sans en être surpris;
il a droit de s'y attendre . Il n'en est pas
de même de la Dlle du Mesnil , qui est
extrémement aplaudie dans un rôle qu'el
Te n'avoit jamais joüé ni vû joüer.
Les mêmes Comédiens ont aussi remis
au Theatre la Coquette,Comédie en Prose
en cinq Actes , qu'on trouve dans les
oeuvres de feu M. Baron , mais dont
on prétend que M. d'Alegre est le véri
table Auteur ; elle est excellemment
joüée par les Dlles Gaussin , Grandval ,
1. Vol. et
2672 MERCURE DE FRANCE
et Quinaut , et par les Srs du Fresne ,
Dangeville , Duchemin , Armand , la
Torilliere et Grandval.
On donna sur le même Théatre le 11
de ce mois , la premiere représentation
de la Tragédie de Lisimachus , Ouvrage
posthume de feu M. de Caux , à laquel
le on croit que le Public n'a pas rendu
toute la justice qu'elle mérite ; elle est
écrite dans le vrai Style du grand Cothurne
, et il y a plusieurs beaux caracteres
nous pourons en parler plus au
long et raporter les sentimens des Criti
ques sensés.
aik akak akak akak kakakakakakak
NOUVELLES ETRANGERES ,
SE
TURQUIE.
Elon les Lettres de Constantinople , la réso
lution que la Porte a prise de continuer la
guerre , a causé beaucoup de joye parmi le
Peuple , qui paroît souhai.er avec une extrême
ardeur qu'on profite de la retraite des Moscovites
en Ukraine pour reprendre Oczakow . On ne´
doute presque plus que le Pacha de Caramanie
n'ait reçû ordre d'entreprendre incessamment le
Siege de cette Place , et il y a aparence que l'Armée
commandée par le Grand Visir , n'entrera
point en quartiers d'hyver.
Comme les Janissaires sont les Troupes sur
I. Vol. lesquelles
DECEMBRE . 1737. 2673
lesquelles on compte le plus , on employe tou
tes sortes de moyens pour les engager à bien remplir
leur devoir ; on a augmenté leur paye de sept
aspres par jour.
On a envoyé une somme considerable d'argent
pour être distribuée aux Corps de Troupes , qui
se sont le plus distingués depuis le commencement
de la guerre.
TRADUCTION de la Lettre écrite
par un Officier de l'Armée Ottomane
au sujet de la Déposition du Grand Visir
et du sort de son Kiaya.
A
De Kartal le 8. Août 1737.
Hmed-Aga, Grand- Ecuyer de Sa Hautesse,
arriva au Camp de Kartal le 6. de ce mois
et fut descendre à la Tente du Janissaire Aga.
Le Kiaya Bey , qui en fut d'abord, averti , alla
éhés le Grand Visir , croyant lui en porter la
premiere nouvelle. Ce Ministre dit au Kiaya :
Vous ne m'aprenez rien de nouveau , je sçais
qu'Ahmed Aga est arrivé, et le sujet de sa mission
vous regarde plus particulierement que moi ;
wvous êtes un traître , car c'est vous seul qui avez
porté les choses , par votre mauvaise conduite , au
point où elles sont , vous mériteriez que je vous fisse
couper la tête sur le champ , mais rendez graces as
Seigneur de ce que je n'ai jamais aimé le sang , le
vôtre mérite d'être versé par les mains des boureaux
; cela ne sçauroit vous manquer tôt ои tard.
Là dessus le Grand Ecuyer arriva , suivi du Janissaire
Aga; il présenta au G. V. un Katcherif
Ou Commandement Impérial , dont la substance .
I. Vol. étoir
674 MERCURE DE FRANCE
étoit que S. H. satisfaite des services que sos
Janissaire Aga lui avoit rendus , vouloit l'en ré
compenser en Phonorant de la qualité de Pacha
à trois queues , bien entendu qu'il continueron
de faire les fonctions d'Aga des Janissaires,
Le G.V.après avoir baisé et porté sur son front,
par marque de respect , l'ordre de son Maître ,
fit revetir le Janissaire Aga en qualité de Visir
d'une Pelisse de martre Zibeline que l'on apelle
Seraser.
Cette cérémonie qui se fit en présence de tous
les Officiers de l'armée , dans le Pavillon Impérial
étant finie , et le Janissaire Aga étant prêt
à monter à Chéval , tous les Grands , à ex-"
ception du Visir , formerent une espece de cer
cle dans lequel fut lû un second Katcherif ,
dont le contenu étoit que le G. S. avoit depo
sé le G. V. Mehemed Pacha` à qui il donnoit
le Gouvernement de Negrepont , et qu'il nom
moit en l'absence du nouveau Visir , l'Aga des
Janissaires , pour en qualité de Kaimakan , faire
les fonctions de cette importante charge ; après
la lecture de ce Katchérif, le Kapidjiler, Kia-
Kiasi , par procuration , revêtit le Janissaire
Aga d'une seconde Pelisse de Samour qui ´est la`
Pelisse du Kaimakan , après quoi le nouveau
Pacha accompagné des Grands fut conduit dans
sa Tente au Camp Imperial des Janíssaires .
Cette fonction finie , er de laquelle je parle
comme témoin oculaire , le Kiahia sortit de la
Tente du G.V. pour passer dans la sienne ; nous '
vîmes ce Ministre passer comme à l'ordinaire ,
suivi de ses Gens : mais les horreurs de la most
peintes sur son visage , cependant il n'étoit en
core question de rien sur son sujet , et plusieurs
croyoient même que cette disgrace ne regar
I Vol doir
DECEMBRE. 1727 2675
*
?
doit que le G. V. dont les Gens n'eurent pas
plûtôt sçû la déposition qu'une confusion épouvantable
se mit parmi eux chacun se saisit indifferemment
du meilleur Cheval qu'il pût rencontrer
et des effets du Vizir dans l'intention
sans doute de piller , et ensuite de s'enfuir ,
mais on y mit bon ordre , car on fit fermer le
Pont, et des Compagnies de Fusilliers les firent
bien-tôt rentrer dans leur devoir.
Cependant le Kiahia restoit tranquille dans
son Pavillon , et ses amis non seulement le
voyoient comme auparavant ; mais c'étoit en
aparence lui qui ordonnoit toutes choses pour le
depart du G. V. ce qui confirmoit tant le
monde dans l'opinion que le Kiaya resteroit en
place , et il y en avoit qui alloient jusqu'à dire
que le Bul de l'Empire lui étoit destiné. Les
choses resterent sur ce pied jusqu'à cinq heures
que l'on fit partir le G. V. Je le vis passer , il
étoit precedé des Principaux Officiers de la
Porte , entouré de ses Gardes et de ses Tchokadars
, quasi comme lorsqu'il étoit en place , il.
étoit suivi de toute sa Maison . Ce Vizir s'essuyoit
de temps en temps , les yeux avec son
mouchoir. Ce n'est point ma deposition qui me
fait jetter des larmes , disoit - il , c'est mon Mai
Are , ce sont les malheurs de l'Empire que je
pleure.
Une heure après le depart du Vizir , Je fus
de nouveau dans le quartier du Kiaya . On me
dit qu'il étoit avec le Jannissaire Aga et le Tefterdar
dans la Tente du G. V. occupé à se faire
rendre compte des effets laissés par ce Ministre.
J'entrai un instant dans la Tente d'Ibrahim
Aga son Kiaya , il me parut assez gai et content
, je m'en revins chés moi , je fis seller mon
Cheval et m'en fus dans le quartier des Ispahis
chés N. *** à peine y fus-je arrivé qu'un
J Vol
Tchokadag
2676 MERCURE
DE FRANCE
Tchokadar du Kiahia vint dire qu'on venoit
d'arrêter son Maître et qu'on l'avoit conduit
chés le Muhsac Aga , de même Suleiman
que
Efendi Kapikiahia de Jahia Pacha , que le Kiahia
eux do le conjuroit par l'amitié qui étoit entre
venir lui parler , ayant quelque chose d'important
à lui dire . N. *** monta sur le champ à
Cheval et fut lui parler dans la prison , le Kiahya
lui dit :
-
Je vous ai envoyé chercher , pour vous dire que
le Kaimakam m'a communiqué un Katcherif
par lequel le G. S. ordonne que l'on m'étrangle ,
je vous demande en grace de prier le Kaimakam
de faire suspendre la sentence de mort jusqu'à l'arrivée
du G. V. et si vous ne pouvez rien obtenir
pour moi , je vous prie de rendre témoignage de
mon innocence, et de faire sçavoir ma derniere volonté,
qui est que je donne la liberté à tous les Esclaves
des deux sexes qui m'apartiennent et je laisse
à chacun de mes Gens qui sont ici un Cheval de
mon écurie avec leurs harnois , et une récompense
proportionnée au rang qu'ils ont tenu auprès de moi.
Après avoir parlé de cette maniere à N. ***
et à trois autres Personnes qu'il avoit envoyé
chercher pour le même sujet , ces Mrs furent
trouver le Kaïmakam et se jetterent à ses pieds ;
mais les ordres de sa Hautesse étoient trop précis
pour pouvoir y rien changer ; enfin l'heure de
sa mort prescrite par le Katcherif étant venuë
il fut étranglé dans laTente da Muhsac Aga. On
traîna son Cadavre devant celle qu'on apelle
Lei ekchadiry où se font ordinairement ces sortes
d'exécutions . Ce fut là qu'on separa la tête
de son corps , on lui ôta le masque , c'està
- dire la peau depuis la tête jusqu'au col ,
conservant la barbe ( ce que les Turcs font très
I.Vol. habilement ,)
DECEMBRE . 1737. 2677
habilement ; ) et après l'avoir salée , on l'enfer
ma dans une boëte avec du coton et le lendemain
qui étoit le 7. on expédia un Selekhdar à
Constantinople pour la porter au G. S.

Son corps et sa tête décha née que l'on avoit
mise sous son bras ne furent exposés aux yeux
du Public qu'une demi journée. Le Kaimakam
fit venir les Domestiques du défunt , et leur
donna la permission d'enlever le corps , il fournit
même le bois d'Aloës et l'ambre pour le parfumer
, le Cadavre fut mis dans un Carosse et
porté au Village de Kartal où on le lava ',
Suivant la coûtume des Musulmans , et il fut eng
terré proche le grand chemin à cinquante pas
de ma Tente.
A Constantinople le 25. Septembre 1737;
E Grand- Seigneur ayant résolu d'apeller
Ldans cette Valle Impériale , le Prince Ra- .
·
du
gozki , qui depuis son arrivée demeuroit à
Rodosto , ancienne résidence du feu Prince son
Pere , la Porte envoya le 12 du courant , urt
Visit- Agasi ( ce sont des Courtisans , et comme
des Gentils hommes du Grand - Visir ) avec
commission d'inviter le Prince de la part
Sultan , à se rendre ici avec toute sa Maison .
Le Visir- Aga arriva à Rodosto le 13. et fit ause
sitôt part au Prince , du sujet de sa mission ;
surquoi , il se disposa à partir dans quelques
jours , avec toute sa suite. Mais deux jours
après l'arrivée du Visit- Aga , le Prince reçue
par un Courier Tartare , une lettre du K ima
kam Mélumet Pacha qui , en l'absence du
Grand-Visir , fair ses fonctions auprès du Sulzan
, et commande dans cette Ville.
I, Vol.
2678 MERCURE DE FRANCE
Il marquoit au Prince , l'empressement qu'avoit
la Porte de son arrivée. Ce Courier avoit
ordre de ne point revenir , qu'il ne l'eût vú en
marche ; et en même temps de repartir aussitôt
qu'il se seroit mis en chemin , pour en venir
donner avis à la Porte ; sur cette seconde missive
, le Prince résolut de partir le même jour;
n'emmenant avec lui , que ses Gentils - hommes
et les Equipages les plus nécessaires , laissant ses
ordres , pour que le reste de sa Maison le sui
vit peu-a - près , ce qu'elle fit le sur-lendemain.
Le.Visir-Aga étoit chargé des ordres de la
Porte , pour faire fournir les Chevaux, Chariots
et Batteaux nécessaires , ce qui fat ponctuellement
executé. Le Prince partit donc de Rodosto
le 16. sur les cinq heures du soir. Le 20. au
matin , quand il fut à une lieuë et demie de
cette Ville à l'Hasnadar , Chiflik , il arriva
auprès de lui le Habergi , ou Porteur de
nouvelles , avec le Vexil du Koulagous Tchaoux
Officier qui marche toujours devant ) de la part
du Tchaoux - Bachi , Chef des Haissiers ,
Grand- Maître dés cérémonies , pour inviter le
Prince au Zia fet , ou festin , dont la Porte le
régaloit au Chiflik de Béiram Pacha.

et
Le Tchaoux - Bachi , le Spaïlar- Agasi , et
Sclictar Agasi Commandans de la Cavalerie
des Etendards rouge et jaune , le Spailar - Kiafa .
Yéry , avec leurs Tchaoux ; le Divan- Tchaoux
Emini , et le Tchaouslar - Kiatib , le Mecter-
Bachi , ou Chef de la Musique guerriere , et
divers autres Officiers , tous en habits et bonnets
de cérémonie , 60. Tchaoux du Divan , et
le Kiaïa des Ecuries , conduisant 40. Chevaux
dont un pour le Prince , étoit de l'Ecurie parti
culiere du Grand- Seigneur.
I. Vol. Tous
>
DECEMBRE. 1737 2679
Tous ces Officiers de la Porte s'étoient rendus
au Chiflik de Beïram Pacha , où le festin étoit
préparé il y avoit aussi deux Orta, ou Gardes
de janissaires , leurs Officiers en tête avec leurs
bonnets de cérémonie . Sçachant que le Prince
aprochoir , ils allerent au devant de lui ;
et le Tchaoux Bachi lui fit compliment au
nom du Grand-Seigneur , et du Kaïmakan .
Ceux qui mangérent avec le Prince , sont , le
Tchaoux - Bachi, le Spaïlar , et le Silictar - Agasi.
·
Après le repas , ce Cortege se mit en marche
, et conduisit le Prince jusqu'au Quartier
apellé du Fanal , dans un Palais apartenant au
Grand- Seigneur , et qui avoit été auparavant
au Kurgi - Bachi , ou premier Pélissier. C'est
une grande Maison située sur le Port, et dans un
beau point de vûë . La Porte en avoir fait meubler
quelques Apartemens. On avoit aussi destiné
d'autres Maisons pour la suite du Prince.
LeKaïmakan le fit complimenter sur son arrivée,
en lui envoyant un régal de fruits , fleurs et
sorbck.
Le 22. après midi , le Prince reçut en présent
du Grand- Seigneur , par un * Asseki , deux
Chevaux de ses Ecuries , avec des harnois , Jer
des housses en broderie d'or sur des fonds de
velours noir , et tabis damassé. On a sçû d'ail-
Jeurs , que le Grand -Seigneur avoit lui - même
ordonné à l'Imbrahor- Aga , ou Grand- Ecuyer,
de choisir pour le Prince ces deux Chevaux . Ce
présent étoit accompagné de 12. * bourses ,
aussi de la part du Sultan . On lui a donné le
Taïm , ou Pension du Prince son Pere. La Porte
a laissé auprès de sa Personne, le Visir- Agasi
* Officier de l'intérieur du Serail,
Chaque Bourse est de son écus.
I.Vol. fai
2680 MERCURE DE FRANCE
qui lui avoit été envoyé ; et on a mis pour
sa garde , un Tchorbagi , ou Colonel de Ja
missaires , avec son Orta. *
EXTRAIT de diverses Lettres de
Constantinople , et du Camp de Kartal ,
Octobre 1737.
du IIS..
dullah Pacha , c'est le Tchaoux Bachi qui a
fait la fonction de Kiahia . On vient de nommer
à cette Charge Kalib-Effendi , ancien Teskeredgi.
ces gens
Le 12, Septembre , le Gr. Visir fit étrangler
un rebelle nommé Dely- Regheb , qui , à la tête
de 2000. hommes , sétoit érigé en Tyran dans
les Pays qui sont aux environs de Bender ; on
Pattira au Camp par des promesses avantageuses
; mais il y vint à la tête de mille hommes
bien armés et gens résolus : cette façon d'obéir
intrigua d'abord les Ministres de la Porte , qui
avoient été informés que Regheb avoit disposé
de maniere à être à portée de venir à
son secours , si on vouloit lui faire violence
quand il iroit rendre visite au Gr . Visir. Mais
on rompit les mesures qu'il avoit prises , en lui
mettant la corde au col dans le moment même
qu'il mit le pied dans la tente de ce premier
Ministre , sans lui donner le tems de tirer un
des pistolets qu'il avoit caché sous sa Pelisse ,
et qui devoit être le coup du signal . Cinquante
Satellites qui suivoient ce Rebelle , le voyant
étranglé et mort avant qu'ils se fussent mis
en état de le défendre , prirent la fuite , et
étant retornés à leurs tentes , monterent à cheval
avec leurs camarades , regagnerent les camagnes
, où l'on apréhende qu'ils ne continuent
Cars brigandages.
DECEMBRE. 1737. 268I
Les Ministres du Congrez de Niemirovu , sça- ·
voir , quatre de la part des Turcs , deux de cele
de l'Empereur , et trois de celle des Moscovites
, se sont assemblés quatre fois . L'endroit de
la Conference est une espece de grange , dans
laquelle on a pratiqué trois portes , par où les
Ministres Plenipotentiaires entrent tous à la fois,
chacun de son côté , les Plenipotentiaires Turcs
s'assoient sur un canapé , et les Ambassadeurs
Chrétiens sur des fauteuils ; les Drogmans étant
tous debout. Celui de la Porte interprete ce
que lui disent les Turcs ; le Drogman d'Allemagne
explique ce que lui disent les Plenipotentiaires
de l'Empereur , et un certain Mustapha-
Effendi , Originaire Persan , est l'Interprete des
Moscovites, C'est M. le Comte d'Hostein qui
porte la parole dans les Conferences , et M, Neplief
du côté des Moscovites.
En consequence des Conferences qui ont été
tenuës à Niemirovv , le Drogman de la Porte a
été expédié au Grand Visir , et il arriva le 30 ..
Août au Camp de Kartal ; il y fut suivi par Raguib
- Effendi , un des Plenipotentiaires Turcs ;
ce dernier après avoir rendu compte au G. Visir
de l'état de la Negociation , avoit eu ordre de
venir à Constantinople ; mais des ordres contrales
émanés du Serail, qu'il reçût sur sa rouse
l'ont obligé de retourner au Camp .
Le Drogman de la Porte en est reparti pour
Niemirovu , où on dit qu'il a ordre de passerl'hyver
avec les autres Plenipotentiaires , à la
reserve de Raghib-Effendi , que l'on se propose
de laisser auprès du Grand Visir , pur l'aider
de ses conseils .
Le 4 Septembre on pendit à Constantinople
Un Grec nommé Manolaki , Chef des Pelissiers
1. Vol.
Gij
2682 MERCURE DE FRANCE
ou Foureurs, qui avoit cû part à la confiance du
Kiaya qui a été décapité.
Le même jour on arrêta le sieur Seletzkovitz
, Drogman d'Allemagne , chargé des affaires
de cette Cour depuis le départ de M. Talman
; il fut conduit au Bagne , où il est encore
détenu.
Le 15. Septembre le Comte de Bonneval
partit de Constantinople pour aller au Camp du
G. Visir. Le Kathcherif ou Commandement
Imperial du G. Seigneur , par lequel il a été
fait Pacha à trois queües , a été signé et envoyé
au Camp quelques jours avant son départ.
La Porte ayant envoyé à Rodosto un Kapidgi
Bachi , pour conduire à Constantinople le
Prince Joseph Ragotzky , ce Prince arriva en
cette Capitale le 20. Septembre , et y fit une Entrée
publique. Le G. S. le lendemain de son arri
vée, lui fit present de deux chevaux superbement
harnachés, et de douze Bourses d'argent. Les Seigueurs
Hongrois ou Transylvains qui avoient
suivi la fortune du feu Prince Ragotzky, ont aussi
reçu des Subsides. Le Prince a eu le 7. Octobre
Audience publique du Kaimakan , qui lui a
fait present d'un très- beau cheval harnaché , et
il l'a fait revêtir d'une magnifique Pelisse de
Samour ; il doit avoir dans quelques jours son
Audience du Grand Seigneur.
Le 14. Septembre on reçut au Camp du Gr.
Visir des Lettres du Pacha de Viden , portant
en substance que le Duc de Loraine avoit fait
passer à une partie de son armée le Pont qu'il
avoit fait construire quatre lieuës au- dessus de ..
cette Place , que ce Prince avoit reçû ordre de
se rendre au plutôt à Vienne ; que le General
Vallis s'étoit aussi retiré avec un autre Corps
1. Vel, de
DECEMBRE . 1737
2683
de troupes , et avoit pris la route de Belgrade ,
que le 11. Septembre la Garnison de Viden
étoit sortie pour reconnoftre le Camp des ennemis
, que lui Pacha , avoit pris la précaution de
faire armer plusieurs Galiotes et autres Bâtimens
, sur lesquels il avoit fait embarquer dés
troupes et de l'artillerie ; que ce Détachement
étant arrivé proche du Camp des Imperiaux
avoit trouvé que le reste de l'Armée passoit le
Pont , chaque cavalier ayant un fantassin en
croupe ; que les Turcs attaquerent ceux qui n'étoient
pas encore passés , qu'il y eût à cette
Occasion une action assés vive , dans laquel
le entr'autres un jeune Turc nommé Os
man , âgé de douze ans , tua un Cuirassier de
l'Empereur , et porta sa tête et sa cuirasse au
Pacha ; que pendant ce combat les Bâtimens
que Mehemet Pacha avoit fait armer , firent de
frequentes décharges d'artillerie sur le Pont , et
parvinrent enfin à le rompre , qu'un très grand
nombre d'Allemans avoit péri dans le Danube
, et que les Turcs s'étoient rendus maîtres
de deux Bâcimens et de quelques provisions et
de bois de construction dont ils se servoient
pour faire eux mêmes construire dans un autre
endroit , un Pont dont ils avoient besoin , pour
faciliter le transport des munitions dans la
Place. ,

La satisfaction que les Ministres de la Porte
ont eû de ces nouvelles , a augmenté à l'arrivée
du Bach-Tchoadar ou Maître de la Garderobe
d'Aly - Pacha, qui a aporté le détail des avantages
remportés sur l'Armée Impériale en Bosnie. Certe
Armée étoit partagée en trois differens Corps ,
mais peu éloignés les uns des autres , le Corps
principal faisoit le Siege de Bagnaluca , et avoit
I. Vol. Ginj
Some
2684 MERCURE DE FRANCE
sommé les habitans de se rendre , les mana çare
de ne faire quartier à personne en cas de résistance
, lors qu'Aly Pacha vint attaquer les Imperiaux
à la tête des troupes qu'il avoit pú
xamasser à la hâte , des Villes , Bourgs et Villages
circonvoisins.
Les Serdemghetchtis , qui sont comme les Enfans
perdus , furent les premiers à la charge ;
mais il leur fut impossible de pénetrer dans le
Camp qui étoit entouré de chevaux de frise , et
extrémement fortifié , de sorte qu'ils furent repoussés
avec perte ; mais se voyant soûtenus par
Jes Bosnaques , ils revinrent à la charge avec
eux , en poussant de grands cris , et pénétrerent
dans les retranchemens des Allemans , qui
gagnerent le Pont qu'ils avoient jetté sur le
fleuve appellé Verbas , et ils le repasserent en de
sordre une partie des Bosnaques passa aussi le
Pont pêle-mêle avec eux , ce qui obligea les Impe
iaux de mettre le feu au-Pont, par où ils sacrifie
rent quelques troupes, en leur coupant la retraite.
On n'a cependant donné à Constantinople , ni
au Camp aucune démonstration publique de
joye pour le succès des Armes du Grand Sei
gucut.
O
DE RUSSIE.
N aprend de Pétersbourg de la fin du mois
dernier , que le Grand Seigneur ayant
mandé au Grand Visir d'assieger Oczakow malgré
les obstacles qui pouvoient détourner de cette
entreprise , le Grand Visir a détaché 600co.
hommes de l'Armée Ottomane , sous les ordres
du Seraskier Gentzi Ali Pacha , lequel s'étant
avancé avec ces Troupes dans les environs de la
I. Vol.
Place,
}
DECEMBRE . 1737. 2685
Place , a été joint par 20, mille Tartares , com
mandés par le nouveau Kan de Crimée.
Ce Seraskier , après avoir envoyé divers partis
reconnoître les dehors d'Oczakow , fir marcher
la nuit du 8. au 9. Octobre un détache
ment considérable , pour emporter une redoute
que les Moscovites ont construite près de l'endroit
où le Dnieper se jette dans la Mer Noire ,
mais la Garnison ayant été avértie de l'aproche
des Turcs , elle eut le temps de se préparer à les
recevoir , et elle se défendit avec tant de valeur
qu'elle les obligea de se retirer.
Le 15. une partie de l'Armée de Gentzi Ali
Pacha , s'aprocha d'Oczakow , à deux portées
de Canon , et le lendemain le General Turc se
rendit avec le reste de ses Troupes devant la
Ville , qu'il investit du côté de la Terre ,
Les Ennemis pousserent le 17. leurs aproches
assés près de la Contrescarpe , à la faveur d'un
grand feu de leur Artillerie et de leur Mousqueterie
, et Gentzi Ali Pacha ayant posté.7 ou
8 mille hommes entre Kimburn et la Redoute
qu'il avoit voulu surprendre la nuit du 8. au 9. '
il tenta , mais inutilement , de chasser des Ouvrages
exterieurs les Assiegés . Il ne fut pas plus
heureux les deux jours suivans , et il fut repous
sé dans toutes ses attaques.
Le 20. les Janissaires s'avancerent tambour
battant et Enseignes déployées , avec des échelles
et quelques Pieces de Canon , pour donner
Passaut à la nouvelle Redoute , et cette tentative,
eut encore moins de succès qus les précedentes ,
car le Major General Stoffeln , qui commande
dans Oczakow , ayant fait une sortie , il combla
une partie des travaux des Assiegeans , encloua
quelques- uns de leurs Canons , leur prit quatre
I. Vol.
Gj Drapeaux
1686 MERCURE DE FRANCE
Drapeaux et leur tua environ 260. hommes.
Depuis ce jour jusqu'au départ du Courier qu
a aporté ces nouvelles , les Turcs n'ont donné
aucun autre assaut , et ils se sont contentés de
pousser leurs aproches.
O
DE POLO GNÉ .
Na reçu avis à Warsovie que quelques
Caders du Régiment de Mir ayant quitté
ce Régiment pour passer chés les Turcs , et que
le General Mir ayant envoyé un Détachement
pour se saisir d'eux avant qu'ils eussent quitté le
Royaume , ce Détachement les a joints sur la
Frontiere, mais que les Cadets ayant apellé à leur
secours une Garde de Janissaires qui n'étoit pas
éloignée de l'endroit où ils avoient été arrêtés ,
les Janissaires , non - seulement les ont tirés des
mains des Polonois qui les conduisoient , mais
encore ont emmené avec eux un Soldat du Dé
tachement.
D'ALLEMAGNE.
Ar un Courier arrivé à Vienne le 14. No
Pvembre,on a apris que les Ennemis ayang
coupé la retraite au Comte Ghilani , qui après
avoir abandonné les postes qu'il occupoit dans
la Valachie Turque , se disposoit à aller rejoindre
l'Armée Impériale , et que le Comman
dant de Krojova étant allé à son secours avec
2. mille hommes de la Garnison de cette Place
ce Commandant avoit été attaqué par un Détachement
des Troupes Ottomanes , qui étant su
perieur en nombre aux Impériaux , les avoit
défaits , et que le Régiment de Vasquez avoir
été fort maltraité. LO
DECEMBRE. 1737. 2687

Le Comte de Konigseg et le Comte Palfi s'étant
excusés d'être du nombre des Commissaires
donnés au Comte de Seckendorf , on croit
que l'Empereur nommera les Comtes de Welseck
et de Daun , Commissaires à leur place , et
que le premier de ces deux Seigneurs présidera
a la Commission.
En attendant que la Commission s'assemble ;
le Conseil Aulique a envoyé au Comte de Seckendorf
un nouveau Mémoire , présenté par le
Comte de Kevenhuller , que S. M. I. avoit
fait revenir de l'Armée pour tirer de lui divers
éclaircissemens au sujet des plaintes qu'il a faites
contre ce Feldt-Maréchal.On assure que plusieurs
Officiers Genéraux seront envelopés dans la disgrace
de ce dernier.
L'Empereur a mandé au Comte Philippi de
revenir à Vienne , et le Comte de Kevenhuller
doit commander l'Armée à la place de ce
Général.
Le Comte de Seckendorf , dans sa réponse au
Mémoire que le Conseil Aulique lui a fait remettre
, assure qu'après avoir réfléchi sur la
conduite qu'il a tenue , depuis que l'Empereur
lui a confié le commandement de l'Armée Imperiale
, il ne trouve aucun sujet de se reprocher
d'avoir manqué à son devoir ; que S. M. a
aprouvé le projet qu'il lui avoit proposé pour
les operations de la Campagne , et qu'il a suivi
avec toute l'exactitude possible ce qui étoit mar
qué dans ce projet que s'étant fait une loi de
ne rien entreprendre sans les ordres précis de
l'Empereur , il se fate que S. M. I. voudra bien
se rapeller toutes les occasions dans lesquelles il
a cû recours à Elle , pour sçavoir de quelle maniere
il se conduiroit ; qu'à mesure qu'il a fair
I. Vol.
quelques GY
2638 MERCURE DE FRANCE
?
quelques mouvemens ou formé quelques entreprises
, il en a informé la Cour ; que par raport
au reproche qu'on lui fait d'avoir trop précipité
la marche de l'Armée avant la prise de Nissa , il
a crû devoir faire alors une marche forcée , sans
laquelle il ne seroit point arrivé assés à temps devant
cette Place , pour pouvoir s'en rendre maî→
tre sans en faire le siége , qu'on ne peut l'accuser
d'avoir divisé mal à propos les Troupes
puisque la Servie étant environnée de gorges et
de défilés , la division des Troupes en plusieurs.
Corps étoit absolument nécessaire pour occuper
ces differens passages , et pour être en état de
faire des courses sur les Terres de l'Ennemi ; que
si les premiers avantages remportés par l'Armée
Impériale peu après l'ouverture de laCampagne ,
D'ont pas été suivis des succès qu'on esperoit ,
ce n'est pas à lui qu'on doit en imputer la faute,
mais aux difficultés presque insurmontables qu'il
a rencontrées dans l'exécution des ordres qui lui
avoient été donnés ; qu'à l'égard des autres accusations
par lesquelles on s'efforce de lui nuire
auprès de l'Empereur , il lui sera facile de se
justifier par le compte de l'emploi des sommes.
qui lui ont été envoyées.
S. M. I. paroît déterminée à prendre , avant
qu'on commence à instruire dans les formes le
Procès du Comte de Seckendorf , les avis d'une
partie des Officiers Généraux de l'Armée , sur
les Mémoires qui ont été presentés contre .
lai.
·
Le Major Général Doxat ayant été accusé
d'avoir rendu Nissa contre le sentiment de plu
sieurs des principaux Officiers de la Garnison
le Gouvernement a envoyé ordre au Comman--
dan de Belgrade de faire àrrêter cet Officier , et
I: Vol . d'assembler :
.
DECEMBRE. 1737.
1737. 2689
d'assembler un Conseil de Guerre pour exami
per si cette accusation est fondée .
On assure que l'Empereur a ordonné auss
d'arrêter le Colonel Salhausen qu'on dit avoir
été cause de l'échec que le Commandant de
Krojova a souffert dernierement , en allant au se-
Cours du Comte Ghilani . Le bruit court que ce
Colonel , qui avoit marché en avant par ordre
du Commandant de Krojova pour aller à la découverte
, avoit été averti de l'aproche du Corps.
de Troupes Ottomanes , qui avoit envelope ce
Commandant , et qu'il avoit negligé cet avis.
Le Duc de Modene doit partir incessamment
pour aller prendre possession de ses Etats en
Italie. L'Empereur l'a nommé Major Général
de ses Troupes.
Des Lettres de la fin du mois dernier marquent
que le bruit couroit à Vienne que le Major
Général Doxat s'est sauvé de Belgrade, avans
que l'ordre qu'on avoit envoyé au Gouverneur
de la Place , de le faire arrêter , y fut arrivé . On
assure aussi que le Colonel Salhausen , a pris la
fuite, et que le Commandant de Krojova s'étant
rendu suspect en laissant évader cet Officier , on
a résolu de s'assurer de sa personne.
Les Protestans établis à Ratisbonne ayant fait
signifier aux Jesuites , qui y demeurent , un or
dre de l'Empereur , d'abandonner la Maison et
l'Eglise qu'ils y possedoient et dont les Protestans
prétendoient qu'ils jouissoient injustement ,
les Jesuites , qui ont regardé cet ordre comme
suposé , ont refusé d'y obéir. Leurs adversaires
se sont attroupés à cette occasion , et ayans
obligé les Jesuites de sortir de leur Maison , ils
s'en sont emparés. Les Jesuites ont informé la
IsVoll Gy Cours
2690 MERCURE DE FRANCE
Cour Impériale de cette violence , et ils ont demandé
justice.
O
D'ITALIE.
N écrit de Rome que la Congrégation des
Rites s'assembla le 26. du mois dernier , et
qu'on y délibera sur ce qui concerne la Béatiffcation
de la Vénérable Mere Françoise Fremrot
de Chantal , Religieuse Françoise.
Un Bâtiment arrivé de l'Isle de Corse à Genes
, a raporté que le Commandant d'un Fort,
que les Rebelles ont construit près de l'kola
Rossa , avoit livré ce Fort aux Troupes de la République
, et que les Rebelles pour se venger de
lui , avoient mis le feu à une Maison de Campagne
qu'il avoir dans les environs .
M. Peloux , que le Roy de France a envoyé à
Genés pour regler ce qui concerne les logemens
et la subsistance des Troupes Françoises destinées
à passer en Corse , revint le 9. de certe Isle
où il étoit allé afin d'avoir à ce sujet une conference
avec M. Rivarola , et peu de jours après
s'embarqua pour retourner en France.
On compte que le Quartier general des Troupes
Françoises sera établi à la Bastie . Les Habitans
de cette Place et ceux de San- Fiorenzo et de
Calvine pouvant fournir pour ces Troupes le
nombre de lits demandé par M. Peloux , le
Gouvernement a donné ordre qu'on travaillât à
Genes à en préparer 1200 .
On écrit de Naples que les differends de cette
Cour et de celle de Madrid avec le Saint Siége
ét ant terminés , Sa Majesté a ordonné qu'on
remît en liberté les Habitans que les Espagnols.
I. Vol. ayoiens
DECEMBRE. 1737. 2697
avoient enlevés d'Ostie et de Velletri , et que
avoient été conduits dans les Prisons de Gaëte
et l'on compte que le Nonce du Pape reviendra
dans peu à Naples.
On a publié à Genève l'Ordonnance suivan
te , de la part des Magnifiques et très - Honorés
Seigneurs Syndics, Grand et Petit Conseil.
Osdits Seigneurs n'ont pu voir qu'avec une
N extreme douleur les Dissentions qui ont agi
té cet Etat , et leur plus ardent désir a toujours été
de chercher tous les moyens propres à ramener au
milieu de nous la Paix et la Tranquillité , et à p
faire renaître une confiance reciproque , si necessai
re pour notre conservation.
>
Pleins de laplus respectueuse reconnoissance envers
S. M. T. C. à qui nous avons l'honneur d'etre
Alliés , et en particulier des soins genereux que
se donne le très illustre et très excellent Seigneur le
Comte de Lautrec , fon Ministre Plenipotentiaire
et leurs Excellences les Seigneurs Representans des
Louables Cantons de Zurich et de Berne , nos trèsshers
Alliés et Confederés . Four parvenir à ce but
salutaire , ils ont estimé sur Pinvitation desdits
Seigneurs Médiateurs , et autorisés de leurs Avis
devoir par un préalable ordonner , ainsi qu'ils ordonnent
, Que tous les Faits qui ont occasionné le
Trouble dans cet Etat , dès la Déclaration du 27.
Novembre 1736. seront mis en oubli , et qu'à cet
égard tous et un chacun seront irre berchables
pour tout ce qui s'est dit , écrit ,fait , et passé ¡ usqu'à
ce jour , tant sur ce qui est connu que sur ce
qui pouroit venir à connoissance dans la suite
n'entendant néanmoins par les Presentes deroger
aux Jugemens qui ont été rendus ; défendant tous
mouvemens et pratiques contraires à l'Edit , tous
Jakdla reproches
1
2692 MERCURE DE FRANCE
reproches de part et d'autre , tous noms de Parti , et
autres actes qui pouroient renouveller le souvenir
de nos précedentes Divisions ; comme encore d'imprimer
, faire imprimer , tant dans cette Ville
qu'ailleurs , aucun Ecrit ou Mémoire concernant
nbs Dissentions , et d'introduire aucun desdits imprimés
, à peine contre les Contrevenans d'être punis
suivant l'exigence des Cas ; invitant tous les
Particuliers à une sincere et entiere réunion . Et
afin que personne ne l'ignore , les Presentes devront
êtrepubliées et affichées .Cepremier Novembre 1737 .
Signé , TURRETIN .

DISCOURS prononcé à Genêve par
M. Grenu , membre du Petit Conseit
, en Réponse à celui du Comte
de Lautrec , Ministre Plénipotentiaire
de S. M. T. C.
TRES ILLUSTRE ET TRES EXCELLENT SEIGNEUR
Ten ne peutêtre plus consolant et plus satis-
R faisantpour nous dans la triste situation où
!
se trouve encore noire Ville , que les assurances que
Votre Excellence vient de nous donner de la Protection
et de la Bienveillance dont S. M. nous honore
: Nous en avons reçû les marques les plus précieuses
depuis son Avenement au Trône , mais particulierement
dans ces dernieres occurrences 2
d'abord par les instructions que S. M. a fait don
ner à M. le Résident , et ensuite par l'envoy d'un
Mhistre Plénipotentiaire , autant distingué par sa
buté naissance et ses rares talens que l'est votre
Excellence. Qu'il est heureux , et qu'il est glorieux
par nous , qu'un si grand Monarque veuille bien
Ir Vols
regardır?
DECEMBRE. 1737 2673
regarder notre petite Republique comme son Alliée
et en cette qualité s'interesser avec des sentimens
si pleins de bonté à sa conservation ! Nous prions
Votre Excellence d'étrc persuadée que nous en sommes
penetrés de la reconnoissance la plus respectueuse
, et que nous tâcherons de meriter par notre
attachement inviolable à la Couronne de France
La continuation des faveurs et des graces de S M.
et nous esperons de la grandeur d'ame de Votre
Excellence et de son affection pour notre Etat, qu'el
le voudra bien y contribuer par ses bons et genereux
offices. Nous croyons avoir d'autant plus de raisons
de nous enflater , que nous avons éprouvé depuis
san arrivée dans notre Ville , combien elle est sensible
à nos malheurs , et quel est son zele pour en ar
rêter le cours. Nous prions Dieu qu'il benisse ses
soins et ceux des Illustres Seigneurs Médiateurs
qui y travaillent de concert avec votre Excellence.
Nous lui réiterons les assurances que nous lui avons
déja données de notre entiere deférence à leurs de
sirs et sages avis : Nous n'avons jamais rien desiré
avec plus d'ardeur que de voir la Paix ,
La tran
quillité et l'union se rétablir dans notre l'ille ; Les;
illustres Médiateurs verront par les effets, que nous
Seconderons en cela leurs vûës salutaires , et qu'il
De tiendra pas à nous que notre Etat ne reprenne
son ancien lustre. Au surplus , très illustre et très
excellent Stigarur nous aurions souhaité de donner
à votre Excellence de plus grandes preuves de
notre joye et de notre extrême satisfaction à son ar2
rivée en cette Ville , le devoir et notre reconnoissance
nous y engageoient , et nous nous félicitons de
ce que voire Excellence a bien voulu prendre en
bonne part , ce que l'état present de notre lille nous
permis defaire. Nous renouvellons nos voeux les
plus ardens au Ciel pour la conservation de la Per-
I. Kola. sonne
2694 MERCURE DE FRANCE
sonne Sacrée du Roy , pour celle de la Reine , de
Monseigneur le Dauphin et de toute la Famille
Royale : Nous enfaisons aussi de très sinceres pour
la prosperité de votre Excellence , et pour l'heureux
succès de tous ses desseins .
Les Etats Généraux des Provinces unies
ont écrit à la République de Genêve une Lettre
dans laquelle ils la felicitent sur la résolution
que le Roy de France et les Cantons ds Zurich
et de Berne ont prise d'employer leurs bons
offices pour pacifier les troubles dont eile a été
agitée , et ils l'exhortent par cette Lettre à profiter
de la médiation de S. M. T. C. et à tâm
cher de rétablir la tranquillité dans la Ville de
Genêve une confiance mutuelle entre ses Habitans.
ON
DE
LORAINE.
N célebra à Luneville le zo . du Mois
d'Octobre avec magnificence l'Anniversaire
de la Naissance du Roy : on chanta à cette
occasion dans la Chapelle du Château , la gran
de Messe en Musique et le Te Deum , et le soir
il y eut des Feux de joye et des Illuminations
par toute la Ville , mais il n'y eut point de Bal ,
parce que la Reine garde encore la Chambre
quoique S. M. se porte mieux.
Le 24 , le Roy alla prendre le divertissement
d'une grande Chasse. Tous les Seigneurs en habits
uniformes y accompagnerent S. M. de même
que la plupart des Dames de la Cour .
M. Hulin , Ministre du Roy à la Cour de
France , partit pour Fontainebleau après avoir
reçû de nouvelles instructions de S. M.
Le Chevalier de Belac , a fait depuis peu à
Metz l'épreuve d'un Canon d'une construction .
I.Vol.
singuliere,
DECEMBRE. 1737 2695
singuliere , et qui tire 22. coups en moins de
deux minutes et demie.
Le 28 , l'Evêque de Toul après avoir célébré
Pontificalement le service divin , fit à Luneville
la cérémonie en presence du Roy, de benir les
Etendarts des Gardes du Corps de S. M. Le len
demain , il benit les Drapeaux des Gardes à pied
et le 30 ceux des Compagnies des Cadets . !!
prononça ce discours .
A
SIRE.
Utant que Dieu est liberal et magnifique dans
ses dons , autant il se plaît à voir ceux qu'il
en a le plus enrichis , les raporter aux pieds de son
Trône , et reconnoître humblement en sa presence
qu'il ne les tiennent que de lui : autant il veut
qu'ils élevent sans cesse vers lui leurs coeurs et
leurs voix , pour lui demander la grace defaire un
saint usage des biens dont il les a comblés . Votre
Majesté , dont chaque jour est marqué par de nouweaux
traits de pieté , remplit aujourd'hui aux
geux de toute sa Cour , ce double devoir de reconnoissance
envers Dieu , et de confiance dans son
secours. En presentant ces Etendarts au Seigneur
à la face des saints Autels , en mettant sous sa
Protection ces signes éclatans de votre Puissance
Souvera.ne vous adorez , SIRË , la source sa
crée dont cette Puissance est émanée , vous lui en
rendez un Hommage public , vous la soumettez
aux Loix de så Justice , vous implorez son assistance
sur votre Personne Sacrée et sur l'exercice de
votre Autorité , et vous faites connoître de plus en
plus que vous ne perdez point de vûë cette Maxima
dictée par le S. Esprit au plus sage des Hommes,
que les Rois ne regnent que par lui , et que s'ils
usent avec justice du pouvoir de donner des Loix
"
I. Vol
2696 MERCURE DE FRANCE
Aux autres Hommes , c'est à lui seul qu'ils en sont
redevables . Rempli des sentimens qui animoient le
Prophée Roy , lors même qu'il étoit à la tête des
plus formidables Armées , vous ne connoissez de
veritable courage que celui que Dieu inspire , ni
d'apuy solide que sur la force de son bras ; et la
louange la plus agréable qu'on puisse vous donner
est de publier votre confiance en lui , votre reconnoissance
de ses bienfaits , et votre zele pour sa
gloire.
Ces saintes pensées , dont le grand coeur de V.
M. est si vivement pénetré , ne peuvent y demeurer
cachées en aucun temps . Vous venez , SIRE ,
de les manifester avec un nouvel éclat , en offrant
au Roy des Rois votre Couronné et votre Sceptre
a fin que toute la Terre scache que voire Regne
n'est autre que celui de Dieu , et que tout ce qu'il
vous donne de pouvoir , est consacré à le faire craindre
et reverer , autant que vous le faites aimer par
le puissant attrait de vos Exemples . A la vûë d'un
objet si édifiant , combien vos Peuples , qui en sont
les admirateurs ne sont- ils pas en même temps
excités à benir le jour heureux qui leur a donné un
Roy si propre à attirer sur eux les faveurs du Ciel !
Avec quellefoi ne les verrons - nous pas se prosterner
devant le Trône de la Divine Misericorde , y chercher
des ressources assurées dans leurs besoins , et
de solides consolations dans leurs maux , et y mettre
sous la Protection du Très - Haut leurs Personnes
, leurs Familles , leurs biens , leur vie , et leur
salut ! Et de quelle confiance ne devons - nous pas
être animés nous - mêmes , lorsqu'en remplissant le
devoir que notre Ministere nous impose d'interceder
auprès de Dieu pour le Troupeau , qu'il nous
a confié , nous pourons le conjurer de n'être point
@rrêtés par la vie de notre indignité , et de ne pas
I: Vol considere
1
DECEMBRE. 1737. 26-97
sence ,

considerer nos iniquités , mais de jetter un regard
favorable sur son CHRIST humilié en sa préde
benir à cause de D A VID son Sera ".
viteur, et le Peuple, qu'il s'est choisi pour héritage,
de faire prosperer sans fin avec le Regne de V. M.
celui de la Religion , de la Justice et de toutes les
vertus Chrétiennes ? Heureux ceux qu'une Naissance
Illustre , une valeur et une conduite éprou
vées , et encore plus, le sage discernement de V.M.
ent apellé à tenir les premiers rangs dans votre
Cour , et à porter en votre Nom ce glaive redou
table que vous n'avez pas reçû en vain ! En des
mains si fideles et sous de și beureux auspices , il
ne sera jamais employé qu'à exécuter les volontés
de l'Auguste Maître qui les en a faits les Depositaires.
Jamais ce Glaive , que nous pouvons apeller
le Glaive du Seigneur , ne connoitra d'autre
usage que celui de faire respecter la Majesté Divine
dans la Personne du Souverain qui en est sur.
La Terre l'Image vivante , d'affermir la Paix et
la tranquillité de l'Etat , d'y maintenir l'ordre , de
proteger l'innocence , et de bannir , par une juste
terreur, la violence , l'iniquité , et le vice . C'est
ainsi cés coeurs nés
que
la véritable Gloire , et
tour
si sensibles au desir de l'acquerir , sanctifieront leur.
ambition , en lui proposant des objets dignes d'elle
C'est ainsi que non seulement ils recueilleront en cé
Monde lesfruits de leur zele ponr le Service de V.
M. et d'une bravoure reglée par une obéissance in
violable aux Loix de Dieu , mais qu'ils s'assureront
encore pour la vie future une gloire sans
comparaison plus parfaite , et plus desirable , je
veux dire , cette Couronne incorruptible , qui est
Le prix du Sang de J. C. et qu'il a meritée à ceux
qui lui serontfideles jusqu'à lafin.
L. Vol. GRANDE
2698 MERCURE DEFRANCE
E
GRANDE - BRETAGNE.
I ARoy dePortugal a fair proposer par Don
Antoine-Marc Azevedo , son Envoyé Extraordinaire
à Londres , au sieur Daniel Wood ,
fameux Horlogeur une pension de 250. liv. sterlings
pour l'engager à aller s'établir à Lisbonne,
Un Gentilhomme de la Province de Donegal ,
dans le Royaume d'Irlande, a établi depuis peu à
un endroit qui se nomme la Pointe de S. Jean , et
qui est situé au Nord de ce Royaume , une Pêche
de la Baleine. Il fournit actuellement à plusieurs
Provinces voisines toute l'huile de Baleine
dont elles ont besoin ; et comme dans certaines
Saisons de l'année on trouve un grand nombre
de Baleines sur les Côtes de l'Irlande , il compte
d'être en état dans la suite , non seulement
de faire la fourniture de toute la grande Bretagne
, mais encore de faire un grand commer
ce dans les Pays Etrangers.
Le Roy d'Angleterre a permis au sieur Blackburne
, de sortir de la prison de Newgate , ou
il étoit détenu depuis quarante ans pour avoir
ta part à une conspiration contre le Roy Guil
Jaume III.
O
HOLLANDE ET PAYS - PAS.
Na reçu avis de la Haye , que les Trowpes
Turques qui avoient formé le Siege
d'Oczakow , ayant été repoussées par la Garnison
avec une perte considerable dans un assaut
general qu'elles avoient donné à la Place le 8. du
mois d'Octobre , elles avoient levé le Siege la
muit du 9. au 10. après avoir mis le feu à leur
J.Vol.
Camp ,
DECEMBRE. 1737. 2699
Camp , et qu'elles s'étoient retirées avec tant de
precipitation , qu'elles avoient fait près de 40.
Weistes de chemin en 36. heures.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 19. Novembre D. Angelique d'Aragon ,
LE12: No Dobre De
Cameriere de la Reine d'Espagne Regnante, depuis
1715. mourut à Madrid , à l'âge de 72 .
ans. Elle étoit fille de Louis Ramon- Folch-d'Aragon
Cordouë et Cardonne , 6c. Duc de Segorbe
et de Cardonne , Marquis de Denia , de
Comares et Pallas , Comte d'Ampurias et de
Prades , Grand d'Espagne , Chevalier de l'Ordre.
de la Toison d'or , mort le 13. Janvier 1670.
et de Marie-Therése de Benavides de San-Estewan.
Elle avoit épousé en 1684. Louis de Moscoso
Ossorio- Mendoze et Roxas , 8e Comic
d'Altamire , de Monte- Agudo et de Lodose ,
Marquis d'Almazan et de Poz , Seigneur de Villalobos
, Grand d'Espagne , mort le 23. Août
1701. à Rome , où il étoit Ambassadeur pour
Sa Majesté Cath. Elle avoit eu de lui D. Antoine
Ossorio de Moscoso Phelipès de Gusman - Mesia
d'Avila Mendoze Roxas Manriquez de Zu-,
niga-Velasco , et Aragon , 9e Comte d'Altamire
, Marquis d'Astorga , Duc de San - Lucar
la Grande , Marquis de Leganez , de Velada ,
d'Almazan , de Poze , d'Ayamonte , de Villemanrique
, de Mairena et Morata , Comte de.
Tristamare , de Lodoz , de Ste Marie de Niéva ,
et d'Aziarcolar , Seigneur de Billatoro , Sergent
I. Vol. Major
200 MERCURE DE FRANCE
.
ge
Major de la grande Garde de S. M. C. Cha
noine de la Ste Eglise de Leon , Regidor perpetuel
de toutes les Villes et Bourgs, ayant droit
de voter dans l'Assemblée des Etats , Capitaine
d'une Compagnie d'Hommes d'armes de
Castille, Alcade de la Maison Royale et du Parc
du Buenretiro , et Sommelier du Corps de Sa
M. C. mort à Madrid le 3. Janvier 1725. après
avoir eu la jambe droite coupée , dans la trente,
cinquième année de son âge , laissant posterité.
Il étoit un des cinq Seigneurs Espagnols , qui
furent proposés le 3..Juin 1724. par sa Majesté
Très- Chrétienne , sur la présentation du Roy
' Espagne , pour être Chevaliers de l'Ordre du
S. Esprit.
- Le 23. Antoine Felix Zondodari , Siénois ;
Cardinal , Prêtre de l'Eglise de Rome , du tí
tre de Ste. Praxede , Préfet de la Signature de
Grace , Protecteur de l'Ordre des Camaldules
de l'Ordre des Celestins , de la Nation Siénoise ,
des Religieuses de la Purification , et du Colledes
Maronites à Rome, mourut à Sienne , sa
patrie , âgé de 71. ans 11. Mois , et 10. jours
étant né le 13. Décembre 1665. Il avoit été
d'abord Vice-Légat de Bologne , et ensuite Gouverneur
d'Ancone au Mois de Novembre 1697.
le Pape Innocent XII . le choisit au Mois de
Novembre 1698. pour aller en qualité de Nonce
recevoir sur les Confins de l'Etat Ecclésiasti➡
que , Marie Casimire de la Grange d'Arquien
Reine Douariere de Pologne , qui se retiroit
Rome sous le Pontificat de Clement XI. Il fut
declaré le 22. Novembre 1701. Nonce Extraor
dinaire en Espagne pour la Paix , et l'Archevêché
Titulaire de Damas ayant été proposé pour
lui dans un Consistoire le s . Décembre suivant
1. Vol il
DECEMBRE . 1737. 2701
Il fut sacré le 18. du même Mois par le Cardi
nal Paulucci . Il se rendit ensuite en Espagne , ou
il fut déclaré Nonce ordinaire le 17. May 1706.
Clement XI. le déclara Cardinal à la promotion
du 18. May 1712. Il ne revint à Rome que le
7. Juin 1715. il y fit son Entrée publique le 11.
suivant , et reçut le Chapeau dans un Consistoire
public leis . Le Pape fit le 8. Juillet suivant
la cérémonie de lui fermer la bouche et le
23. Septembre celle de la lui ouvrir , et lui assi
gna en même temps le Titre Presbiteral de Ste .
Balbine. Clement XII . Pape regnant le déclara
Préfet de la Signature de Grace le 22. Juiller
1730. il quitta son ancien titre et opta celui de
Ste. Praxede , dont il prit solemnellement possession
le 22. Avril 1731. ce Cardinal étoit Fre
re puîné de Marc - Antoine Zondodari , Grand-
Maître de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem,
mort à Malthe le 16. Juillet 1722. âgé de 63 .
ans . 7. mois et 15. jours , ayant Siégé 2. ans
5. mois et 3. jours , et Frere aîné d'Alexandre
Zondodari , né le 25. Décembre 1669. et Archevêque
de Siénne depuis le 20. Janvier 1715.
Ces trois Freres ont eu pour Mere une Soeur de
Flave Chigi , Cardinal neveu du Pape Alexandre
VII. qui vint en France en 1664. en qualité de
Legar pour faire satisfaction au Roi de l'insulte
faite par les Corses à son Ambassadeur à Ro
me , et qui mourut le 13. Septembre 1693. Le
Pape a disposé de la Place de Préfet de la Signature
de Grace en faveur du Cardinal Firrao ,
et de celles de Protecteurs des Ordres des Celestins
et des Camaldules en faveur des Cardinaux
Riviera et Spinola .
Le premier Décembre Guillelmine Dorothés
Caroline , Reine de la Grande Bretagne , Duż
I. Vol. chesse
2702 MERCURE DE FRANCE
chesse de Brunswich- Lunebourg- Hannover , et
Electrice du S. Empire Rom. mourut à Londres
dans le Palais de S. James , après 11. jours de
maladie , âgée de 54. ans , 8. mois , 18. jours ,
étant née le 8 Mars 1683. elle étoit Fille de
Jean Frederic , Margrave de Brandebourg Anspach
, mort le 22. Mars 1686. et de Leonore
Erdmuth Louise de Saxe Eisenach , sa seconde
Femme , morte le 9 Septembre 1696. et elle
avoit été mariée le 2 Septembre 1705. avec le
Roy de la Grande Bretagne , Georges Auguste
II. du nom , qui n'étoit alors que Prince Electoral
de Brunswich - Hannover , elle passa avec
lui d'Allemagne en Angleterre , le 24 d'Octobre
1714. et le Prince son Epoux , étant monté
sur le Trône , elle fut couronnée à Londres
avec lui le 22 Octobre 1727. elle a été Regente
du Royaume en Pabsence et pendant les voyages
du Roy dans ses Etats en Allemagne en
1729. 1732 1735. et 1736. cette Princesse a
cû pour Enfans 1. Frédéric
Louis Prince de
Galles , et Comte de Chester , Prince Electoral
de Brunsvvich
Hannover
, Chevalier
de l'Ordre
de la Jarretierre
, né en Allemagne
le 31 Janvier
1707. et marié à Londres le 8 May 1736 .
avec Auguste
de Saxe - Gotha , née le 29.
Novembre
1719. seconde Fille de feu Frederic
II. du nom , Duc de Saxe- Gotha , Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant
, mort le 23. Mars
1732. dans la 56. année de son âge, et de Mag
deleine Auguste d'Anhalt -Zerbst , sa Veuve ; de
ce mariage est née le 12. Août dernier une Fille
nommée
Auguste.
2. Anne Princesse Royale d'Angleterre née en
'Allemagne le 2. Novembre 1709. et mariée à
Londres le 25. Mars. 1734. avec Guillaume
I.Vol. Charles
DECEMBR E. 1727 2703
Charles Henri Frison , Prince d'Orange , et de
Nassau-Dietz , Stadthouder , et Capitaine et
Amira Général de Gueldres , et du Comté de
Zutphen , Stadthouder Héré titaire , et Capitaine
Général de la Frise , aussi Stadthouder et
Capitaine Général de Groningus et des Ommelandes
, et du Pays de Tvvent , et Drenthe , né
le premier Septembre 1711.
3. Amelie Sophie Eleonore née à Hannover
le 10. Juillet 1711. vivante .
4. Elisabeth Caroline , née en Allemagne le
10 Juin 1713. vivante.
5. Un Fils mort en naissant à Londres , le 20
Novembre 1716.
6. Gorges Guillaume né à Londres le 13.
Novembre 1717. mort à Kinsington , le 17 Février
1718 .
7. Guillaume Auguste , Duc de Cumberland
, Marquis de Berkhamstead , Comte de
Kinnington , Vicomte de Trématon , et Baronde
l'isle d'Alderney , Chevalier des Ordres de
la Jarretiere , et du Bain , né à Londres , le 26
Avril 1721. vivant .
8. Marie , née à Londres , le 5. Mars 1723 .
vivante.
9. Et Louise , née à Londres , le 18. Décembre
1724. aussi vivante .
Le corps de la Reine sera placé dans le tombeau
que le Roy fait construire à Westminster
dans la Chapelle du Roy Henry VII. pour les
Princes et Princesses de la Maison Regnante ;
et les corps des deux Princes , Fils du Roy et
de la Reine et qui sont morts en 1716. et en
1717. seront tirés de l'ancienne sepulture des
Rois pour être transportés dans ce tombeau.
I. Vol. H ADDITION
2704 MERCURE DE FRANCE
ADDITION
Aux Nouvelles d'Allemagne et d'Italie,

N écrit de Vienne qu'il a été décidé que le
Comte de Harrac présideroit à la Commission
établie pour déliberer sur les accusations
formées contre le Comte de Seckendorf, et que
les Generaux de Cordoue et de Wurmbrandt
M. Kesler , Conseiller du Conseil Aulique de
Guerre , et M. Lerwald , Conseiller de la Cour
d'Autriche , ont été nommés pour remplacer les
Commissaires qui se sont récusés. Le bruit court
que cette Commission fera incessamment l'ouverture
de ses Séances , et qu'elle communiquera
le résultat de ses délibérations au Conseil Auli
que de Guerre, qui en fera ensuite raport à l'Em
pereur.
Le Conseil de Guerre , tenu à Belgrade pour
juger le Major General Doxat , qui a été arrêté
pendant qu'il s'enfuyoit , l'a condamné à être
passé par les armes , mais on croit que l'Empefeur
adoucira cette Sentence.
à
Le Colonel Salhausen a été aussi condamné
mort , et on assure que S. M. I. a envoyé ordre
au Prince de Lobcxowitz , General en Chef
des Troupes Imperiales dans la Transilvanie ,
de faire executer le jugement prononcé contre
cer Officier .
D'ITALIE
Na reçu avis que le 20. Décembre , le
Pape avoit tenu un Consistoire et que' Sa
Sainteté y avoit fait une Promotion de sept
Cardinaux , dont elle a réservé le septième in
I. Vol.
pettaa
DECEMBRE . 1737. 2705
petto . Les six Cardinaux que le Pape a déclarés
sont l'Archevêque de Vienne pour la France ;
le Patriarche de Lisbonne , pour le Portugal
l'Evêque de Passau , pour l'Allemagne ; le Gouverneur
du Conseil de Castille , pour l'Espagne ;
l'Evêque de Cracovie , pour la Pologne , et M.
Rezzonico , Auditeur de Rote , pour Venise.
2
On a apris de Modêne , que le Duc de Modêne
y étoit arrivé de Vienne le 2. Décembre
et que le Prince Héreditaire de Modêne , accompagné
de la Princesse sa soeur aînée et des
Princesses Benedictine et Amélie, soeurs du Duc
étoit allé au - devant de lui jusqu'à Buon - Porto.
Ces Lettres ajoûtent , que l'Empereur a déclaré
le Duc de Modêne , General de l'Artillerie des
Places que S. M. I. possede en Italie.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour, de Paris , & c.
LE
,
E premier de ce mois , premier Di
manche de l'Avent , le Roy et la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Versailles , la Messe chan
par la Musique , et l'après midi Leurs
Majestés assisterent à la Prédication du
Pere de la Neufville , de la Compagnie
de Jesus .
tée
Le Roy prit le deüil le 4. pour la more
1. Vol. Hij du
1706 MERCURE DE RFANCE
du Comte de Toulouse ; S. M. le quicta
le 24. et le reprit le lendemain pour
mort du Duc de Modêne.
la
S. M. a donné au Duc de Penthievre
la Charge de Grand Veneur de France .
S. M. lui a aussi accordé le Régiment
d'Infanterie et celui de Cavalerie qu'ayoit
le feu Comte de Toulouse , son pere,
Le 8. second Dimanche de l'Avent
Leurs Majestés entendirent dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe
chantée par la Musique. La Réine
communia le même jour par les mains
du Cardinal de Fleury , son Grand Au
mônier.
Le lendemain , Fête de la Conception
de la sainte Vierge , le Roy et la Reine
assisterent dans la même Chapelle à la
Messe chantée par la Musique , et
l'après midi Leurs Majestés accompagnées
du Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres , du Prince de Dombes et du
Comte d'Eu , entendirent le Sermon du
Pere la Neufville , de la Compagnie de
Jesus , et ensuite les Vêpres.
Le 15. troisiéme Dimanche de l'Avent,
le Roy entendit dans la Chapelle du Château
de Versailles la Messe chantée par
1. Vol.
la
Musique
DECEMBRE 1737
2707
Musique. L'après midy Leurs Majestés
accompagnées du Duc d'Orleans et du
Duc de Chartres , assisterent au Sermon
du Pere la Neufville , de la Compagnie
de Jesus. Le Roy se rendit ensuite à
P'Eglise de la Paroisse du Château , où
les Prêtres de la Congrégation de la
Mission celebroient l'Octave de la Cano
nisation de S. Vincent de Paul , Institu
teur de leur Ordre , et S. M. y entendit
les Vêpres , les Complies et le Salut, auquel
l'Evêque de Langres officia pontificalement.
La Reine accompagnée des Dames de
sa Cour , alla le 12. à la même Eglise ,
et S. M. y assista à la Prédication de M.
Brillon , Curé de sainte Opportune de
Paris ; ensuite aux Vêpres et au Salut ,
après lequel le Cardinal de Polignac donna
la Benediction du S. Sacrement .
Le 16. Monseigneur le Dauphin y entendit
le Salut , et Mesdames de France
les deux aînées , l'y entendirent le
lendemain.
Le 19. de ce mois , dernier jour de
P'Octave que les Prêtres de la Mission
ont celebrée pour la Canonisation de saint
Vincent de Paul , Instituteur de leur
Ordre , le Roy se rendit à l'Eglise de
la Paroisse du Château de Versailles ,
I. Vola
Hij et
2708 MERCURE DE FRANCE
et S. M. y entendit le Salut , après lequel
l'Evêque de Valence donna la Benediction
du S. Sacrement.
Le 22. quatriéme Dimanche de l'Avent
, le Roy et la Reine assisterent
dans la Chapelle du Château à la Messe
chantée par la Musique , et l'après midy
Leurs Majestés , accompagnées du Duc
de Chartres et du Comte d'Eu , entendirent
le Sermon du P. la Neufville ,
de la Compagnie de Jesus.
- Le 25. Fête de la Nativité de N. S.
Leurs Majestés , qui avoient entendu
trois Messes à minuit , assisterent le matin
à la grande Messe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Evreux. Monseigeur
le Dauphin entendit la même
Messe dans la Tribune.
L'après midy , la Keine assista à la
Prédication du P. la Neufville , et en
suite aux Vêpres , auxquelles le même
Prélat officia.
La Reine avoit entendu la veille les
premieres Vêpres dans la même Chapelle .
Le 24. le Marquis de Stainville , Envoyé
Extraordinaire du Duc de Loraine,
eut son Audience publique de congé du
Roy , et ensuite de la Reines de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de
I. Vol France
DECEMBRE. 1737. 2709
France. Il fut conduit à ces Audiences
par le Chevalier de Saintot , Introducteur
des Ambassadeurs , qui étoit allé le
prendre dans les Carosses du Roy et de
la Reine ; et après avoir été traité par
les Officiers du Roy , il fut reconduit à
Paris dans les Carosses de leurs Majestés ,
avec les Cérémonies accoûtumées .
Le 4. Decembre , les Religieux Mathurins
et ceux de là Mercy , Redemption
des Captifs , firent en cette Ville
une Procession solemnelle à l'occasion de
soixante quinze Captifs que ces Religieux
ont rachetés au mois d'Août dernier
, dans le Royaume de Maroc. Cette
Procession , où tous les Captifs assisterent
, se rendit en l'Eglise des Religieux
Celestins , où la Messe fut célebrée avec
beaucoup de solemnité.
Le lendemain 5 , la même Procession
se rendit avec les mêmes Captifs et dans
le même ordre dans l'Eglise des Jacobins
de la rue S. Honoré , où la Messe
fut aussi célébrée et chantée par un excellent
Choeur de Musique.
Le 8. Decembre , Fête de la Conception
de la Vierge , le Concert spirituel
du Château des Thuilleries , commença
I.Vols Hiiij par
2710 MERCURE DE FRANCE
par une suite de Simphonies du sieur As
bert , qui fut suivie du Motet Deus noster
de M. Cordelet , et du Beatus vir de M.
Gervais , Maître de Musique de la Chapelle
du Roy ; le Concert fut terminé
par le Motet Exultate justi de M. de la
Lande , précedé de quelques Pieces de
Simphonies , exécutéees par les sieurs Bla
vet et Guignon.
Le 25., Fête de Noël , on exécuta au
même Concert une suite des plus beaux
Airs de Noëls anciens et modernes , qui
furent suivis de l'Exurgat Deus et du
Dixit, Motets de M. de la Lande , et de
deux petits Motets à voix seule des sieurs
.Mouret et du Bousset. Le Concert finit
par un troisiéme Motet de M. de la Lars
de , précedé de l'exécution de plusieurs
excellentes Pieces de
Simphonies.
Les Prêtres de la
Congrégation de la
Miffion ont célébré dans leur Eglise de
S. Lazare , avec beaucoup de solemnité ,
POctave de la Canonisation de S, Vincent
de Paul , leur Instituteur , et celui
des Filles de la Charité Servantes des
Pauvres malades . Le 15 du mois d'Octobre
, premier jour de l'Octave , le
Chapitre de l'Eglise
Metropolitaine s'y
rendit
processionellement , et y chanta
la
DECEMBRE. 1737. 27TE
la Messe qui fut célébrée pontificalement
par l'Archevêque de Paris . Plufreurs
Evêques y ont officié les jours suivans
, et le 22 , dernier jour de l'Octave
, le Cardinal de Polignac , Archevêd'Auch
que , y officia ..
BENEFICES DONNE'S.
E Roy a nommé à l'Evêché de Toulon
l'Abbé de Choüin , Grand - Vi
caire de l'Evêché de Nantes.
A l'Abbaye d'Userche , Ordre de saint
Benoît , Diocèse de Limoges , l'Abbé
d'Aydie , Aumônier du Roy.
A l'Abbaye Reguliere de Bucilly ,Ordre
de Prémontré Réformé , Diocèse de
Laon , le Pere Nicart.
A l'Abbaye de Moncey , Ordre de Cîteaux
, Diocèse de Tours , la Dame de
Bellefond .
Le Roi a aussi donné l'Abbaye de saint
Sauveur de Marseille , Ordre de saint
Benoît , à la Dame de Ginestous de Vernon
, Religieuse du même Ordre , également
recommandable par sa naissance
et par sa pieté.
"
La Maison de Ginestous , originaire du
bas Languedoc , est illustre et très - ancienne.
1 Vol
Hvi En
2712 MERCURE DE FRANCE
En 1225. et le quatre des Calendes do
Septembre , Pierre Bermond Danduze ,
Petit- Fils par sa Mere de Raimond VI.
Comte de Toulouze , et arriere - Petit-
Fils , aussi par sa Mere , de Louis le
Gros , Roy de France , fit autoriser en
sa présence , assisté de son Connétable
dans le Château de Galan , près de Sumene
, l'émancipation de Begon de Ginestous
, Fils de Raymond , Seigneur du
Château de Galan , Sumene , et autres
Lieux. Hist. de Languedoc .T. III.
Depuis ce temps - là la Maison de Ginestous
fait la preuve de dix- huit Géné
rations , par Testamens , Contrats de
Mariages , et autres Titres autentiques ,
et a contracté des Alliances considérables
en Languedoc et dans le reste du
Royaume.
Begon de Ginestous , Damoiseau , Seigueur
de Galan , et Fils de Raymond I
eur pour Fils Valentin de Ginestous
Chevalier , qui fut Pere de Raymond II.
de Ginestous , lequel en 1281. épousa
Aigline , Dame et heritiere du Château
de Mondardier près le Vigan , où cette
Maison a subsisté de mâle en mâle près
de cinq cent ans , et s'est alliée avec les
Maisons de Gallan , de Montesquiou
d'Azemar , de Popien , de Thezan , de
Yoizin 1.Vol.
DECEMBRE. 1737. 2713
Voizin , de Capluc , de Vabres , de Bonnail
, de Rochemore , de Roquefeuil et
de Miral.
Ceux de la Branche aînée , qui sub
sistent aujourd'hui , sont Henry de Gi
nestous , Seigneur de Castelet qui a des
enfans de la Dame de Loziere . Pierre de
Ginestous , Chevalier , Seigneur d'Argentieres
, Rogues Madieres , Lassaury ;
Denages , et autres Lieux , qui a aussi
des Enfans de la Dame de Daudé , ' et
pour Freres , Charlesde Ginestous , Seigneur
des Gravieres , Mestre de Camp
de Cavalerie , et Lieutenant Colonel de
la Cornete- Blanche , le Chevalier d'Ar
gentieres, Capitaine au même Regiment,
et Jean de Ginestous d'Argentieres
Capitaine d'Infanterie , et Ecuyer de S.
A. S Madame la Duchesse Doüairiere .
D: cette Branche aînée de la Maison
de Ginestous Mondardier, est sortie celle
de Ginestous Montolieu , d'où descend
Louis de Ginestous , Baron de Saint
Etienne et autres Lieux , dona la Soeur
est mariée avec le Marquis Desvignoles.
C'est de cette Branche qu'est sortie
celle de Ginestous la Tourette en Viva
rais , Marquis de la Tourette et de Durfort
, Baron des Etats de Languedoc , et
celles de S. Cierge et de Vernon , dont
I. Vol. Hvj descend
1
2714 MERCURE DE FRANCE
descend la Dame de Ginestous de Vernon
, qui donne lieu à cet article , et
dont le Frere Guillaume de Ginestous ,
Chevalier , Comte de Vernon , vient de
marier son Fils avec D. . . . .. de Villeneuve
, Fille du Marquis de Villeneuve
Ambassadeur du Roi a la Porte ; et une
Fille avec le Baron de Campredon , du
Comté Venaissin . Toutes ces differentes
Genealogies sont justifiées par l'Histoire
de Languedoc , & par des Titres , dont
la preuve a été faite aux Etats de cette
Province , et à Malthe. Cette Maison..
porte pour armes , d'or , au Lion rempant
de gueules armé et lempassé de sable
pour suport deux lions de même.
et
Les Comédiens François représente⇒
rent à Versailles , le Mardy 26. Novembre
l'Ecole des Amis , et le Rival Sacre-
Laire.
Le 28. Mithridate et l'Esprit de contra
dition.
Зім Le 3 Decembre , L'Ecole des Maris et
Georges Dandin.
Ls.
proque
5. Andromaque et l'Epreuve recia
Le 10. Le Malade Imaginaire.
Rhadamiste et Zénobie et PA Le
veugle clairvoyant.
La
DECEMBRE . 1737 2715
Le 17. Les Folies amoureuses et les Plaideurs.
Le 19. Le Distrait et le Double Veur
vage.
Le 30. Cinna et l'Eté des Coquétes..
Le 27. Nouembre , les Comédiens.Ita
liens représenterent à Versailles les Quatre
Semblables , et la petite Piece de Mo
mus Corrigé , avec un nouveau. Divertism
sement.
Le 4 Decembre , la Double Inconstan
ce et la petite Piece des Paysans de Qua
lité.
7 Le 11. L'Heureux Stratagême et la pe
tite Comédie des Billets doux.
Le 18 , on représenta pour Monsei
gneur le Dauphin Arlequin poli par l'Amour
, la Sylphide , et Arlequin toujours
Arlequin..
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Jofe
gny le 5. Octobre 17.7 . sur la reception
de Ni. Le Duc de Villeray.
M
R le Duc de Villeroy , Comte
de Joigny , fût reçu avant - hier
en cette Ville avec de grandes démonstrations
de joye , il avoir passé en Postę
la veille, allant à sa Terre de Charmeau,
L. Vol
4716 MERCURE DE FRANCE
la Ville , le fit saluer de 15 coups de
Canon,
Le jour de sa Reception , une Compagnie
leste de Cadets en bas et veste
rouge s'assemblerent à la Place par les
soins de M. le Maire , et partit à Cheval
pour se rendre à Charmeau , Terre distante
de z lieuës , doù elle accompagna
M. le Duc de Villeroy jusqu'en son Châ
teau de Joigny.
Dès qu'on l'aperçut , le Canon com
mença à tirer , et continua jusqu'à ce que
ce Seigneur mit pied à terre. A 7 heu
res du matin les Compagnies Bourgeoi
ses se mirent en grand nombre sous les
armes au milieu de la Place de l'Hôtel de
Ville , marcherent en Ordre avec leur
Drapeaux , Fiffres et Tambours hors la
Ville au devant de ce Seigneur , et se mirent
en haye sur le Pont , par où il de
voit passer. La premiere Compagnie
commandée par M. le Beuf , étoit suivie
de Violons ; de Hautbois & c. M. le
Duc à son entrée dans la Ville fut salué
d'une décharge générale de Mousqueterie
des Compagnies qui marcherent
ensuite après lui jusqu'en son Château
, où les Officiers de Ville , le reçu
rent au bas de l'Escalier.
M. le Maire le complimenta , et le pris
I. Vol d'agréer
DECEMBRE. 1737. 2717
d'agréer le présent de la Ville , et de lui
accorder sa protection &c. A un bon
nombre de differentes pieces de gibier ,
on avoit joint les meilleurs vins de Cham
pagne et de Bourgogne : les Compagnies
Bourgeoises précedées de la Symphonie
se formerent en bon ordre dans la Cour du
Château . De làM.leDuc fut conduit en la
Grand'Salle de ce Château , où tous les
Corps de la Ville vinrent lui rendre leurs
devoirs , le Bailliage , la Prévôté , la
Grurie , l'Election , le Grenier à Sel , les
Officiers de la Bourgeoisie. Le Bailly le
harangua, et chaqueCorps lui fit son compliment
particulier. Ce Seigneur parut
fort satisfait des attentions de la Ville
et invita à souper les Principaux des dif
ferens Corps.
La Compagnie des Cadets fut se rejouir
à l'Hôtel de Ville , où il y eût pres
qu'autant de bouteilles de bûes que de
verres cassés ; après plusieurs décharges
les Compagnie Bourgeoises furent priées
à manger chés leurs Capitaines , qui
avoient fait dresser chacun deux Tables .
de 45. couverts chacune ; où fut servi
un repas mélangé ; on y but plusieurs
fois la santé de M. le Comte de Joigny
avec acclamations. M. le Duc vit faire ce
jour- là l'adjudication des Bois de son
La Vol Comté
2718 MERCURE DE FRANCE
Comté de Joigny . Pendant le souper
la Ville , fit tirer quantité de fusées
dont les coups de Canon étoient le
signal , et les Capitaines de Bourgeoisie
firent commander une garde de zo . hommes
aux Portes de son Château . Si ce
Seigneur avoit fait quelque séjour , on
lui auroit donné plusieurs divertissemens
qu'on a été obligé de suprimer.
Je saisirai , Monsieur , cette occasion
pour vous entretenir de notre Ville . Joigny
premier Comté de Champagne , a
de grandes mouvances , il apartenoir cidevant
à feu M. le Duc de Villeroy , Pe
re de M. le Duc d'à présent , et avant à
Madame la Duchesse de Lesd guieres , qui
F'avoit eu par succession du Duc de Rets
son Pere , auquel il avoit été substitué
par le Cardinal de Gondy..
Cette Ville est dominée de hautes
Montagnes couvertes de Bois , qui font
partie de la Forest d'Ote , cette Forest
a 16 lieues de long , et, s'étend depuis
Villeneuve le Roy , jusqu'aux Portes de
Troyes ; elle est fort ancienne Nitard
en parle dans le 2 , Livre de son Histoire.
Joigny renommée pour ses bons vins
est située au midy , sur le penchant d'une
Coline , au pied de laquelle passe la
Riviere d'Onne : elle a près d'une de
J. Vol . mic
DECEMBRE. 1737. 2219
mie lieuë de circuit , la vûë en est belle
le Ciel serein et le sol fecond ; elle est
du Diocèse de Sens , du Gouvernement
de Champagne , et de la Généralité de
Paris ; elle est regie par la Coûtume de
Troyes et du ressort de Montargis depuis
1642. elle est d'ailleurs ancienne,
comme son nom Latin Foviniacum ,
semble le témoigner ; quelques Auteurs
l'ont apellée aussi fovinium , et ce nom
lui vient , au sentiment de M. Davier
Avocat , qui en a écrit un Abregé d'Histoire,
de Flavius Jovinus dont parle. Ammion-
Marcellin . C'est aussi le sentiment
de M. deVallois dans sa Notice des Gaules
; Joviniacum à Flavio Jovino , Nation
ne gallo viro Consulari , qui magister equitum
, apud Catalaunos VI. Alamannorum
millia , in acie cecidit. L'Avocat que je
viens de nommer , trouve surprenant ,
que cet illustre Géographe qui devoit
posseder les Tables de Peutinger, n'ait pas
fait remonter encore plus haut les origines
de Joigny ; il veut que dès le temps.
que ces Tables Géographiques furent
dressées , il subsistât entre Sens et Auxerre
à moitié chemin , une petite Ville
apellée Bandritum, c'est , dit-il , ce qui ne
peut convenir qu'à Joigny. Cela posé ,
Jovin n'en seroit que le Restaurateur ,
I. Vola
2726 MERCURE DE FRANCE
et ne pouroit passer pour Fondateur ,
que parce qu'il auroit donné son nom
aux Edifices nouveaux . Cette Ville a pu
changer de place ; la Tradition et les
ruines des vieilles murailles qu'on trous
ve de temps en temps sur une Colline
contigüe apellée foigny la Ville , porteroient
à le croire : cependant l'opinion
la plus recevable de la position de la Vil
le , lors de sa Fondation, est qu'elle fut
bâtie sur le Terrein de la Coline , qut
compose aujourd'huy l'étenduë de la
Paroisse S. Leu .
Clarius , Moine de Sens , fixe l'Epoque
de l'année où fut bâti l'ancien Château ;
il dit en sa Chronique de l'Abbaye de
S. Pierre le vif , que Raynard le vieux
Comte de Fons , le fit bâtir en 599 .
* Le Titre du Prieuré fondé par Geoffroy
Comte de Joigny , porte qu'il étoit bâti
extra muros , hors la Ville , ce qui rend
Popinion la plus recevable assés certaine
Ce titre est de 1080.
Le plus ancien témoignage , qui nous
reste de l'antiquité de Joigny , après celui
de sa Fondation , est l'Histoire de la
Translation des Reliques de S. Thibaut,
faite l'an 1075-
Glabre Radulf en parle aussi , dans le
10. Chap. du 2. liv. deson Histoire , en
1. Vol
raportanc
DECEMBRE . 1737. 27ET
raportant un prodige qui arriva vers l'an
roos. ou 1940. au plûtard. Deux Auteurs
du 12. Siecle qui ont écrit la vie
de S. Bernard en font aussi mention.
En 1429. les Anglois chassés de devant
Orleans voulurent prendre Joigny par
escalade , mais la Ville fut preservée
par une protection particuliere de la Ste.
Vierge de la maniere que ce Fait est raporté
au long en une Inscription qui est
au Prieuré de Joigny.
Le 12. Juillet 1530. la Ville fut ( for
tuitement brûlée) le feu fut si vehement,
qu'il brûla les Bateaux qui étoient sur la
riviere.LeRoyFrançois I. par cette consideration
les déchargea de toutes imposi
tions le 13. Mars 1531. et augmenta
pour un temps l'octroy, que les Habitans
avoient sur le Sel . Le plus grand com
merce de Joigny consiste en vin , en bois
et en écorces de chênes qui sont les meilleurs
du Royaume , et en charbon qui se
voiture à Paris par l'Yonne .Joigny fut le
Theatre de quelques actions considerables
pendant les Guerres Civiles; j'aurai l'honneur
de vous en parler dans une autre
, occasion.
1. Vol MORTS
1722 MERCURE DE FRANCE
sbst:st
MORTS
J
NAISSANCES
• et Mariages.
-
E 25. Octobre , Dame Elisabeth – Jeanne
Guy , épouse de Claude- Philipe Roussel ,
Conseilier , Secretaire du Roy , Maison , Cou
ronne de France et de ses Finances , avec lequel
elle avoit été mariée le 30. Juil et 1708. mou.
rut dans la 48. année de son âge , étant née le
9. Juillet 1690. elie laisse trois fils , dont l'aîné
Charles-Claude Roussel de Maurevert , fut reçu
Consenter au Parlement de Paris à la 2º .
Enquêtes le 29. Decembre 1735.
LE -
des
Le 28. Jacques François Briçonnet , Chevalier
Protès de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
mourut dans la 61 , année de son âge , étant né
le 3. Juin 1677. Il avoit d'abord été reçu Cha
noine de l'Eglise Métropolitaine de Paris en 1695.
mais depuis il entra dans la Religion de Malthe ,
et fut presenté au Grand Prieuré le 2.4 Decembre
1697 , Il étoit fils de François Briçonnet ,
Comte d'Auteuil , Marquis de Rozay , Presi
dent de la 3e. Chambre des Enquêtes du Parle
ment de Paris , mort le 14. Février 1705. âgé
de 65. ans , et de Genevieve Courtin , heritiere
de Rozay , morte le 17. Janvier 1697.
Le 1. Novembre , Louis d'Ornaison , Comte
de Chamarande , et de la Bastie , Seigneur d'Estrechy
, Lieutenant General des Armées du Roy,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Gouverneur des Ville et Château de Phalzbourg
et Sarbourg , ci-devant premier Maître d'Hôtel
I.Vole de
DE CFMBRE 1737 2723
Ze la Reine , et auparavant aussi premier Maître
'Hôtel , en survivance , de feue Madame la
Dauphine , Ayeule du Roy , mourut à Paris
âgé d'environ 77. ans. Il étoit fils de feu Clair-
Gilbert d'Ornaison , Comte de Chamarande ,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel , et de l'Ordre
de Notre Dame du Mont Carmel , et de S. Lazare
de Jerusalem , Gouverneur de Phalzbourg et
de Sarbourg , premier Valet de Chambre du feu
Roy , et premier Maître d'Hôtel de feuë Mada❤
me la Dauphine , mort le 25 Janvier 1699. âgé
de 78 ans et de Marie- Anne de Trelon . Le Comte
de Chamarande , qui vient de mourir , avoir
commencé à servir dès sa premiere jeunesse. Il se
trouva en 1679. à la défaite des Brandebour
geois sous Mindeu. Il eut en 1684 , le Régi- ,
ment de Perigord , à la tête duquel il servit en
Fiémont , et se trouva à la Bataille de Staffarde
en 1690. I obtint au mois de Mars 1693. le
Régiment de la Reine Infanterie , et fut fait Brigadier
le 30. du même mois. Il fut employé en
cette qualité en Allemagne jusqu'à la Paix de
Risvvick. Il fut fait Maréchal de Camp le 29.
Janvier 1702. et nommé au mois de Mars suivant
pour être employé en cette qualité dans
l'Armée de Flandres , d'où il passa en Allemagne
, où il se distingua à la tête de l'Infanterie
dans la Bataille de Fridlingue le 14. Octobre.
L'année suivante il servit au passage de la Forêt
noire , et se trouva le 20. Septembre au premier
combat d'Hochstect . Il fut fait Lieutenant General
le 10 Fevrier 1704. et combattit le 13. Aoûr
Suivant à la seconde bataille d'Hochstet. Il eut
en 1705. la Croix de l'Ordre de S. Louis. En
1706. il servit au siége de Turin , dont il ouvrit
la tranchée , et dont il cut au commence,
I. Vol ment
724 MERCURE DE FRANCE
ment la conduite en l'absence du Duc de la
Feuillade, qui s'étoit mis à poursuivre le Duc de
Savoye. En 1707. il servit à la défense de la
Ville de Toulon , et les années suivantes jusqu'à
la paix d'Utrecht . Il fut employé dans l'Armée,
de Dauphiné. La Charge de premier Maître
d'Hôtel de la Reine étant venue à vaquer par la
mort du Marquis de Villacerf , elle lui fut donnée
au mois de Mars 1733. il s'en démit au
mois de May 1735. en faveur de Louis de Talaru
, Marquis de Chalmazel , Brigadier des Ar
mées du Roy , son neveu et son heritier , fils
de feu François Hubert de Talaru , Marquis de
Chalmazel , et de Marie- Anne d'Ornaison de
Chamarande sa soeur , morte en 1735. âgée de
8. ans . Le Comte de Chamarande étoit veuf de
Genevieve Scholastique d'Anglure de Bourlemont
, fille de Nicolas d'Anglure , Comte de
Bourlemont , Marquis de Busancy , & c. Lien
enant General des Armées du Roy , Gouver
neur des Ville et Citadelle de Stenay , et Grand
Bailli du Comté de Stenay , mort le 24. May
1706. à l'âge de 86. ans , et d'Anne Thibault; il
l'avoit epousée le 7. Juin 1681. elle mourut le
13 May 1717. Il avoit eu d'elle Louis - Nicolas
d'Ornaison , Marquis de Busancy , tué au
siége de Turin le 16. Juillet 1706. à l'âge de 23.
ans , étant Colonel du Regiment de la Reine , et
non marié ; et Auge - François d'Ornaison , Marquis
de Chamarande , mort de la petite Vérole
le 15. Septembre 1716. étant Capitaine de Cavaferie
, et non encore marié.
-
Le 6. François Moreau , Ecuyer sieur des
Raviers , des Rivaux , des Vachez les Bonny
les Bosnes , &c . Ancien Officier du Roy , mouzut
dans sa Maison de S. Amand en Puisage, âgé
J. Vol.
de
DECEMBRE. 1737. 2725
de 72. ans , et veuf de Magdelaine Chicoyneau ,
qu'il avoit épousé en 1698. et laquelle mourut
le 24 Août 1716. âgée de 33. ans . Le Memoire
par lequel on nous aprend cette mort , ne spé
cifie pas quel Office avoit chés le Roy le défunt,
dont la famille suivant ce même Memoire porte
écartelé aux premier et 4. d'argent , à une tête
de More de sable tortillée d'or , et aux 2. et je
de gueules à trois faces ondées d'argent.
>
Le 7. Pierre Alain de la Vigerie , Seigneur du
dit lieu , et du Bourg de Clam , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , depuis
1718. et Conseiller honoraire au Grand Conseil,
où il avoit été reçu le 25. May 1689. mourut
à Paris , âgé de 70. ans sans posterité . Il étoit
fils de Jean-Vincent Alain de la Vigerie , Seigneur
dudit lieu , du Bourg de Clam , et des
Trappes , Conseiller au Parlement de Guienne
mort à Paris , à l'âge de 52 ans le 30. Août
1690. et de D. Jeanne de la Crompe . Il laisse
une veuve âgée de 32. ans , qui est D. Marie-
Charlotte de Bragelongne , fille unique de feu
Etienne de Bragelongne , Brigadier des Armées
du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S.
Louis , ancien Capitaine au Régiment des Gar
del Françoises et ancien Inspecteur d'Infanterie,
et de Jeanne-Marie Hector de Marle . Il l'avoit
épousée le premier Septembre 1727. étant veuf
de.Marie- Angelique Favieres , morte le 16. Jan
vier 1708. fille de feu Etienne Tranquille Favie
res , Correcteur en la Chambre des Comptes de
Paris , et de Marie - Anne François. Il avoit été
marié avec celle- ci au mois de Juin 1697 .
Le 9. Soeur Catherine Margueritte de Fiesque
Abbesse de l'Abaye de Notre - Dame de Soissons,
de l'Ordre de S. Benoît , mourut en ce Monas
I. Vol.
2726 MERCURE DE FRANCE
gere , dans la 9o. année de son âge. Elle avoit
été nommée à cette Abaye en 1693. étant alors
Prieure de celle de Jouare , et elle avoir été bénite
le 3. Juin 1694. dans l'Eglise des Jesuites
de la rue S. Antome , par François de Harlay,
Archevêque de Paris . Elle étoit fille de Charles
Léon , Comte de Fiesque , d'une Maison origi
naire de Genes , où elle subsiste encore
Gillonne a'Harcourt Beuvron .
>
et de
Le 12. Adelaïde
- Celeste
de Rochechouart
, Dlle
de Jars , fille aînée
de feu Alexandre
de Rochechouart
, Marquis
de Jars , Capitaine
des Gardes
du Corps
de la Reine
seconde
Douairiere
d'Espagne
, mort
de la petite
Vérole
le 12. Août
1731.
à l'âge de 53. ans , et de défunte
D. Anne
Marie
Angier
de Loheac
de Crapado
, morte
au
mois de Fevrier
dernier
, mourut
à Paris
, de la
petite
Vérole
, en trois jours
de maladie
dans la
37. année
de son âge , étant
née le 17. Mars
1701.
Julie-Sophie
de Rochechouart
, sa soeur
cadette
, fut mariée
le 23. Août
1728.
avec Bertrand
Vicomte
de Rochechouart
, de la branche
des Seigneurs
de Bâtiment
.
Bourguy,
Le même jour ,, `
du Canton de Fribourg , Brigadier des Armées
du Roy , de la Promotion du premier Fevrier
1719. et Colonel d'un Régiment Suisse de son
nom , ci- devant Hessy , par Commission du
30. Novembre 1729. et ci-devant Capitaine , et
Major du Régiment des Gardes Suisses , mouut
à Paris , âgé de 65. ans.
Le 13. D. Marie - Magdelaine de Durfort - Duras
, épouse d'Emanuel Dieudonné de Hautefort
, Marquis de Hautefort , de Surville et de
Sarcelles , Comte de Montignac , Vicomte de
Segur , Baron de Thenon , &c. Colonel Lieute-
I. Vol. nant
DECEMBRE. 1737 2727
ד י

nant du Régiment de Condé , Infanterie , et
Brigadier des Armées du Roy , mourut en son
Château de Champien en Picardie dans la
vingt-quatrième année de son âge . Elle avoit
été marié le 20. Octobre 1727 er avoit eu pour
fils Jean- Louis - Emanuel de Hautefort , né le
17. Septembre 1728. Elle étoit soeur puînée de
Victoire-Felicité de Durfort-Duras , Duchesse
d'Aumont , et Doüairiere de Fitz-James , et fille ·
de Jean-Baptiste de Durfort , Duc de Duras ,
Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant Gene.
ral de ses Armées , Gouverneur du Château-
Trompette à Bordeaux , et Commandant en
Chef pour S M. dans le Comté de Bourgogne ,
et de D. Angelique- Victoire de Bournonville.
Le même jour mourut à Paris Pierre Ga-
Loubie , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Michel
, ci -devant Capitaine des Gardes de défunt
son Altesse Charles Henry de Loraine Prince
de Vaudemont et Souverain de Commercy ,
Gouverneur de Milan : le Sieur Galoubie avoit
été depuis Gouverneur de M le Duc de la Tremoille
, il étoit natif de Clermont en Auvergne
et âgé de 89. ans passés , fort spirituel et agréable
dans la conversation , faisant d'assés bons
vers , ayant conservé son bon sens jusqu'à sa
mort subite arrivée rue Hyacinte Porte S. Michel
; il avoit servi dans les Troupes de Terre
et dans la Marine , et il étoit Pensionaire du
Roy et de M. le Duc de la Tremoille .
Le 20. Novembre Pierre de Chabannes de Curton
, Prêtre du Diocêse de Clermont , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de S Pierre de
Vienne en Dauphiné , de l'Ordre de S. Benoît
qui lui avoit été donnée le 22. Avril 1713.
mourut à Paris , âgé de 76. ans , il étoit troi-
I. Vol. I siéme
12718 MERCURE DE FRANCE
siéme fils de feu . Cristophe de Chabannes , Marquis
de Curton, Comte de Rochefort , & c . et de
Gabrielle Françoise de Rivoire du Palais , et oncle
de Jacques de Chabannes , Marquis de Cur-
,.Maréchal de Camp des Armée du Roy de
Ja Promotion du 20. Fevrier 1734 °
ton ,.
Le 25. Louis de Bernage, Seigneur de S. Mau
rice , Vaux la Vallée , Chaumont , &c. ancjen
Conseiller d'Etat ordinaire , mourut à Paris dans
la 75e. année de son âge , étant né le 3. Mars
1663. Il avoit été d'abord reçu Conseiller au
Grand Conseil , & grand Raporteur & Correcteur
des Lettres en la grande Chancellerie de
France le 5. Mars 1687. aussi Commissaire de
la Chambre Royale établie à l'Arsenal pour
l'ordre de S. Lazare , puis Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi le 15. Decembre
1689. Il fut nommé à l'Intendance de Limoges
au mois de Janvier 1694. et transferé à celle de
Franche- Comté au mois de Novembre 1702.‚à
celle de Picardie et d'Artois , au mois de Juin
1708. et enfin au mois de Fevrier 1718. à celle
de Languedoc , qu'il exerça jusqu'en 1724. Il
avoit été fait Conseiller d'Etat au mois de Decembre
1718. Il quitta cette place en 1734 Il
étoit fils de Jean de Bernage, Seigneur de S. Maurice
, Vaux la Vallée & Chaumont , Doyen des
Conseillers au Grand Conseil , mort en sa Terre
de S. Maurice , au mois de Juin 1689 , et de
Magdeleine de Voyer de Paulmy d'Argenson ,
tante de feu Marc René de Voyer de Paulmy
Marquis d'Argenson , Ministre d'Etat, et ci- devant
Garde des Sceaux de France . Louis de Berpage
qui vient de mourir , avoit épousé au mois
Avril 1686. Anne Marie Rouillé , fille de Louis
Rouillé , Seigneur de Fontaine- Guerin , Conseil-
Vols
:
ler
DECEMBRE. 1737 2729
Ter Secretaire du Roi , et de ses Finances , Controlleur
General des Postes de France , & de Marie
Orceau. Il en laisse deux fils , qui sont Louis
Basile de Bernage , Seigneur de S. Maurice , actuellementIntendant
en Languedoc depuis 1724.
Greffier Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , & Conseiller d'Etat depuis le
mois de Novembre 1734. veuf de Marie Anne
Moreau , morte au mois d'Octobre 1725. fille
de feu Jean Moreau , Secretaire du Roi , et Controlleur
général de la Chancellerie , & d'Anne
Gouault sa seconde femme. Il en a des enfans ;
et Louis Antoine de Bernage, Seigneur de Chaumont
, Capitaine Lieutenant de la Compagne
des Chevau- Legers de Berry depuis le mois de
Mars 1734 et auparavant Sous - Lieutenant de
celle des Gendarmes d'Anjou : celui ci fut marié
le 7. Decembre 1728. avec Anne Louise Martin
de Vaucresson, fille de François Guillaume Martin
, Sieur de Vaucresson , Trésorier général
de France au Bureau des Finances de Paris , et de
feuë Louise Marguerite de la Porte.
Le 26 D. Louise Simonne Noblet de Romery
épouse de Claude Olivier Boucher , Conseiller
au Parlement de Paris en la premiere Chambre
des Enquêtes , avec lequel elle avoit été mariée
le 7. Decembre 1730. mourut des suites d'une
couche , âgée de 23 ans , laissant 4 filles . Elle
avoit eu un fils qui mourut au mois d'Octobre
dernier dans la quatrième année de son âge . La
`défunte étoit fille de feu Jean Antoine Noblet
Seigneur de Romery , Conseiller au Parlement de
Paris , mort le 9. Avril 1728 , et.de Louise Catherine
de la Salle sa veuve.

Le 29. Antoine de Caumont , Marquis de Cas
telnau , troisiéme fils d'Armand Nompar de
J. Vol. I. ij Crav
2730 MERCURE DE FRANCE
Caumont , Duc de la Force , Pair de France , et
de D. Anne Elizabeth Gruel de Boismont , son
épouse , mourut à la Force en Perigord , d'un
coup de fusil qu'il a reçu par accident à la chasse,
Il étoit dans la 17e année de son âge , étant né
le 10. Juin 1721 .
Le premier Decembre à § . heures après midi
Louis Alexandre de Bourbon , Prince Légitimé de
France , Comte de Toulouse , Duc de Damville
de Penthievre , de Châteauvilain , & de Rambouillet
, Pair , Amiral et grand Veneur de France,
Chevalier des Ordres du Roy,& de l'Ordre de la
Toison d'or , Lieutenant General des Armées de
S. M. & Gouverneur & Lieutenant General de
la Province de Bretagne , mourut en son Château
de Rambouillet , après une longue & pénible
maladie , âgé de 59. ans 5. mois 24. jours ,
étant né le 6. Juin 1678. Les grandes qualités .
qui formoient son caractere lui avoient acquis
Festime générale , & le font regretter universel-
Jement. On se dispensera de parler ici de ses actions
et de ses services . On en trouve le détail
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne
tom. 1. p. 176. & dans le suplément du
Dictionaire Historique de 1735. sous le nom
de France . Il avoit été marié le 22. Fevrier 1723.
avec Marie Victoire Sophie de Noailles , née le
6. Mai 1688. veuve de Louis de Pardaillan d'An
tin , Marquis de Gondrin , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , et Brigadier des Armées du
Roy, mort le Fevrier 1713. et fille de feu Anne
Juls de Noailles , Duc d'Ayen, Pair & Maréchal
de France, Chevalier des Ordres du Roy, Capitai
ne de la premiere Compagnie de ses Gardes du
Corps , &c. & de Marie Françoise de Bournonwille,
sa veuve. Il laisse d'elle Louis Jean Marie de
I. Vol.
Bourbon
DECEMBRE. 1737. 2731
Bourbon , Duc de Penthievre , né au Chateau
de Rambouillet le 16. Novembre 1725. auquel
le Roy accorda le premier Janvier 1734. la survivance
de la Charge d'Amiral de France , & le
premier Janvier dernier la survivance du Gouvernement
de la Province de Bretagne. S. M. vient
de lui donner la charge de grand Veneur de
France , & les deux Regimens, l'un d'Infanterie,
& l'autre de Cavalerie qu'avoit le Comte de
Toulouse.
Le même jour D. Marguerite le Bret , veuve
depuis le 12. Septembre 1693. de Robert François
Veydeau de Grammont , qui avoit été
Capitaine dans le Regiment de Picardie , mourut
à Paris , âgée de 87. ans . Elle étoit fille de Julien
le Bret , Seigneur de Flacourt, & du Mesnil- Aubourg
, Conseiller au Parlement de Paris , et de
Marie Sublet, elle avoit eu pour fils unique Cardin-
Germain Veydeau da Grammont. Son corps
fut porté le 2. au soir , de S. Paul sa Paroisse , au
Cimetiere des SS. Innocens , lieu de la sépulture
de ses ancêtres
Le 4. D. Marie Magdeleine Choart , épouse de
François Bonnardy , Sieur de Crecy , Con
seiller au Parlement de Paris de la seconde Cham
bre des Enquêtes , où il a été reçu le 10. Juillet
1733. mourut , âgée de .. ans . Elle étoit fille
de Louis Choart , Ecuyer , Seigneur de Magny,
S.Loup, des Brosses, Cornillon, &a. Receveur General
des Finances de la Genéralité de Bordeaux ,
et de défunte D. Marie Magdeleine Basset, morte
âgée de 48. ans , le 10. Juillet dernier .
Le 17. D. Jeanne Henriette Augustine de
Fourcy , épouse de Jacques de Chastenet , Marquis
de Puisegur , Comie de Chessy , Seigneur de
Buzancy , Bernouille , &c, Maréchal de France ,
1. Vol. I iij
et
2732 MERCURE DE FRANCE
et Gouverneur de la Ville de Condé , mourut à
Paris , après avoir souffert l'opération de là
fitule , âgée de 45 ans 1. mois et 8. jours ,
étant née le 9. Novembre 1692. Ele étoit fille
aînée de feu Henry -Louis de Fourcy , Seigneur
Comte de Chessy, Chalifer , Jablines , &c . Mattie
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi ,
mort le 22. Janvier 1713. âgé de 49. ans , et de
feuë D. Jeanne de Villers morte le 19. Novembre
1727. âgée de 59 ans . La Maréchale de Púšsegur
, qui avoit été mariée le 3. Octobre 1714 .
laisse pour enfans Jeanne Henriette de Chastenet
de Puisegur , née lẻ 29. Août 1715. et mariée
lé 20. Mars 1736. avec .... de Nettancourt
Passavant, Comte de Vaubecourt ; François Jac--
ques de Chastenet , Marquis de Puisegur , né le
22. Septembre 1716. qui a fait ses premieres cam .
pagnes dans la derniere guerre en Allemagne en
qualité d'Aide du Maréchal General des Logis de
PArmée ; Marie Anne de Chastenet de Puisegur,
née le 21 Septembre 1719. et Helene Adelaide
de Chastenet de Puisegur , née le s . Fevrier
1726.
La nommée Magdeleine Voisiere , veuve d'Etienne
Basin , Maître Fondeur , mourut à Paris
sur la Paroisse de S. André des Arcs le 25. Déc
cembre âgée d'environ 104. ans.
Le 16. Août naquit Anne Joachim , fils
de Joachim Louis de Montaigu , Marquis de
Bouzols , Seigneur de Lempede , Hiuterive, Landrevie
, du Vilars , Baron de Viverols , de Monravel
, &c. Lieutenant- General en survivance au
Gouvernement de la Province du Bas - Auvergne,
et Pays de Combrailles, et Colonel du Regiment
de la Ferre Infanterie , et de D. Laure Anne Fitz
I Vol.
James
DECEMBRE. 1737. 2733
James son épouse , Dame du Palais de la Reine , er '
fille du feu Marechal Duc de Berwick , mariés,
II. Mais 1732. le
Le 21. les cérémonies du baptême furent supléées
à François Alexandre , né le 28. Decembre
1736. fils de feu Jean Pierre de Fontanges,Scigneur
du Chambon , & de feue D. Marie Anne
de Heere son épouse , Dame d'accompagnement
d'Elizabeth Alexandrine de Bourbon , Damoiselle
de Sens , qui a été la maraine. L'on a ra -`
porté dans le Mercure de Janvier dernier p. 159.
la mort des pere & merè de cet enfant.
Le 23. fut ondoyée une fille nouvellement née
de Jean - Baptiste Joseph de Sade , Comte de la
Coste , et de Mazan dans le Comté Venaissin ,'
Capitaine dans le Regiment de Condé de Dragons,
et de D. Marie Eleonore de Maillé de Carman
son épouse , Dame d'honneur de la Du
chesse de Bourbon la jeune . On a raporté leur
mariage dans le Mercure de Novembre 17336'
Pr2528.
-Le 13. Septembre naquit François Marie , fils
de Charles Joseph Robert, Comte de Lignerac, en
Auvergne, Mestre de Camp de Cavalerie , et pre-'
mier Guidon de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , grand Bailli , Lieutenant-
General , et Commandant pour S. M. au Gou
vernement du Haut Pays d'Auvergne , et de Dame
Marie Françoise de Broglio son épouse , ma→
riés le 18. Août 1732 .
Le 20. Octobre naquit à Paris Elizabeth Pau- "
line , fille d'Alexandre Maximilien Baltazar de
Vvillain de Gand , Comte de Middelbourg , Ma
réchal des Camps & Armées du Roy , et Gouverneur
de la Ville de Bouchain , er de D. Louise
IsVol.
I iiij Mar
2734 MERCURE DE FRANCE
Marguerite Pauline de Roye de la Rochefou
caud de Roucy , son épouse. C'est leur premiere
fille , et troisième enfant .
Le 30. naquit Denis Jean , fils premier né de
Denis François de Mauroy , Seigneur des Châtellenies
de Pugny , le Breuil- Bernard , Longueville
, Dhuyson & Garencieres , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , Mestre de Camp
de Cavalerie à la suite du Regiment Dauphin ,
Brigadier des Armées du Roy , er Gouverneur
des Ville et Château de Tarascon , et de Dame.
Genevieve Françoise de Pleurre , mariés le 23 .
Janvier dernier. La mere du nouveau- né est fille
de Jean Nicolas de Pleurre , Seigneur de Romil- '
ly , Conseiller Honoraire au Parlement de Paris ,
et de feuë Marguerite Françoise de la Porte , sa
premiere femme , morte le 15. Avril 1713. âgée
de 31. ans.
Le 3. Novembre est né à Paris Charles Marie
, fils de Jean- Baptiste René , Marquis de las
Vieuville , Comte d'Ablois , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , ancien Colonel d'Infanterie
, et de D. Anne Charlotte de Creil , son
épouse.
>
Le 19. Louis Armand François de Roye de la
Rochefoucaud , Duc d'Estissac, Brigadier des Armées
du Roy , Gouverneur de Bapaume , ancien
Colonel Lieutenant du Regiment de Conty Infanterie
, âgé de 43. ans connu ci- devant sous
le nom de Comte de Roucy, er auparavant sous
celui de Comte de Marthon , fils de feu Charles
de Roye de la Rochefoucaud , Comte de Blanzac
, Lieutenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de Bapaume , mort le 4. Septembra
I. Vol. 1732
DECEMBRE . 1737. 2735
1932. et de feuë D. Henriette d'Alloigny de Ro
chefort, Dame du Comté de Gien , de la Vicomté
de Meaux , de la Baronie de Villemort , et de
S. Liébault , Marquise Douairiere de Nangis ,
morte le 19. Septembre 1736. épousa Dile
Marie de la Rochefoucaud , seconde et derniere
fille d'Alexandre Duc de la Rochefoucaud ,
et de la Rocheguyon , Pair de France , Prince de
Marsillac , Marquis de Barbezieux , Comte de
Durtal , &c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Grand- Maître de sa Garderobe , et Brigadier de
ses Armées , et de D. Elizabeth Marie Louise
Nicole de Bermond du Caylard de Thoiras d'Amboise
, Comtesse d'Aubijoux , son épouse.
Le 17. Louis Hubert de Champagne Villaines ,
apellé le Comte de Champagne,veuf sans enfans
de D. Françoise Judith de Lopriac de Coëtmadeuc
, morte le 17. Juin 1735. âgée d'euviron
36. ans , épousa avec dispense Dlle Bonne Judith
de Lopriac , niéce de sa premiere femme, et
fille de Guy Marie de Lopriac , Comte de Donges
, Marquis de Coëtmadcuc , et de D. Magdeleine
Marie Louise de Roye de la Rochefoucaud
son épouse. La mariée est niéce du nouveau Duc
d'Estissac , dont on vient de raporter le mariage.
ARRESTS NOTABLES .
RREST du Conseil du 9. Juillet , pour
ARouverture de l'Annuel de l'année 1738 .
par lequel il est dit que l'ouverture des Bureaux
pour le payement du prêt et annuel pour l'année
1738. tant dans la Ville et Generalité de
I. Vol. I v Paris ,
2736 MERCURE DE FRANCE
Paris , que dans les autres du Royaume , où les
Bureaux sont établis pour le ressort de leur Generalité
, se fera le premier Novembre 1737. et
continuera jusqu'au dernier Décembre inclusivement
de ladite année , pendant lequel temps
tous les Officiers , tant de Judicature , Police et
Finance , qu'autres , qui y sont assujettis par
les Déclarations des 9. Août 1722. et 22. Juil--
let 1731. y seront reçus , & c.
DECLARATION DU ROY , pour
faciliter la perception des Arrerages des Rentes
des Tontines. Donnée à Versailles le 23 Juillet
1737. Registrée en Parlement le 13. Août . Dont
la teneur suit :
Etant informés des difficultés survenuës dans
Ja perception des arrerages des Rentes des cinq
Tontines établies sur PHôtel de Ville de notre
bonne Ville de Paris , par les differentes interprétations
que l'on donne aux Edits de Création,
soit au sujet des portions d'arrerages et d'accrois
semens , prétendues par les héritiers des Rentiers
décédés , soit par raport aux Actionnaires
négligens , qui demeurent plusieurs années sans
reclamer ce qui leur est dû , soir à l'occasion des
fractions de deniers qui ont été repartis jusqu'à
present par les Listes annuelies des accroisse- -
mens, et qui causent des embarras continuels
non seulement dans les quittances , mais encore
dans les payemens , et dans l'examen des comptea
des Payeurs ; Nous avons résolu de faire un
Reglement général qui puisse éclaircir et accelerer
toutes les operations qui ont raport auxdites
Tontines , qui excite l'attention des héris
tiers , par des avantages dont ceux qui seront
régligens demeureront privés ; enfin qui expli-.
I.. Vol .
ques
DECEMBRE. 1737 2737
que nos intentions d'une maniere si précise sur
toute cette matiere , qu'à l'avenir il n'y ait aucun
des Actionnaires ou de leurs héritiers , qui
ne soient à portée de connoître par lui - même
son sort et la verité des repartitions des accrois,
semens. A ces causes , et autres à ce Nous mouvans
, de l'avis de notre Conseil , et de notre
certaine science , pleine puissance et autorité
Royale , Nous avons dit , declaré et ordonné , et
par ces Presentes signées de notre main , disons,
déclarons et ordonnons , voulons et Nous plaît,
ce qui ensuit.
?
ART.. I. Aprés le décès de chacun des Ac
tionnaires desdites Tontines , ses héritiers serong
tenus de faire signifier son Extrait mortuaire au
plus tard dans quatre mois , à compter du jour
du décès , au Syndic onéraire de sa Classe , en
faisant mention au dos dudit Extrait mortuaire
de la Classe et de la Division ; au moyen de quoi
ils jouiront en entier des arrerages du quartier
courant , en quelque temps d'icelui que le décès
soit arrivé ce qui commencera du premier
Janvier de la presente année 1737. pour les quatre
premieres Tontines, et seulement du premier
Juillet pour la cinquième , attendu que n'ayant
pû être fait jusqu'à present aucune repartition
d'accroissement pour ladite Tonin , les héritiers
des Rentiers décedés ont déja touché les
portions d'arrerages qui se sont trouvées dûës
jusqu'au jour du décès.
II. Outre les arrerages du quartier courant,
si le décès arrive dans le quartier de Janvier , il
sera payé aux héritiers une somme pareille au
quart
de l'accroissement dont le Rentier aura
pú jouir pour l'année précedente ; s'il meurt dans
le quartier d'Avril , les heritiers auront la moitié
I Vo I'vj ' dudicic
2738 MERCURE DE FRANCE
Audit accroissement ; s'il meurt dans le quartier
de Juillet , ils auront les trois quarts ; et si le'
décès arrive dans le quartier d'Octobre , ils re
cevront une somme égale à celle que l'Action-
Laire décedé aura pu toucher pour accroisse
ment , suivant la derniere Liste ; toutes lesquel
les sommes seront payées , sans attendre la confection
de la Liste de l'année du décès du Rentier
: et sera observé par raport à ladite cinquiéme
Tontine , que le payeinent desdites portions
d'accroissement ne commencera d'avoir
lieu , que pour les héritiers des Actionnaires qui
décederont dans le courant de l'année prochaine
, par la raison expliquée par l'Article pré
cédent.
III. Ceux des Héritiers qui n'auront pas fait
signifier lesdits extraits mortuaires aux Syndics
onéraires des Classes , dans le terme , ci- dessus
prescrit , demeureront privés de toutes les portions
d'arrérages et d'accroissemens accordés
par les deux Articles précedens , et même de tout
ce qui pouroit n'avoir pas été reçu par le Rentier
décedé , pour les années anterieures , dont
la distribution sera faite avec le surplus du fond
annuel de la plus prochaine répartition aux Ac➡
tionnaires survivans de la même Classe .
IV. Si les Héritiers qui auront fait signifier
lesdits Extraits mortuaires , demeurent une année
, à compter du jour du décès , sans raporter
les grosses des Contrats , et sans fournir et faire
viser leurs quittances , les fonds qui leur auront
été réservés , en consequence de ladite significa
tion , seront pareillement repartis aux Actionnaires
survivans ; aptès toutes lesquelles repartitions
, lesdits Héritiers ne pouront prétendre
aucun retablissement, sous quelque prétexte que
ce soit.
DECEMBRE. 1737. 27: 9
V. Lorsque le décès d'un Actionnaire sera
connu et constaté , si les Héritiers ont laissé
passer le terme de quatre mois , sans faire signifier
l'Extrait mortuaire , il sera procedé à la re
partition des actions éteintes par son décès , en
verta d'une Déliberation de l'Assemblée des Syndics
honoraires , qui se tient audit Hôtel de
Ville tous les mois , laquelle Déliberation visée
du Prevôt des Marchands de ladite Ville , tiendra
lieu de l'Extrait mortuaire dans les comptes
du Payeur.
VI. Quant aux Héritiers qui auront fait signifier
les Extraits mortuaires dans les quatre
mois , s'ils trouvent dans les successions des Actionnaires
des embarras tels qu'ils ne puissent
être levés pendant le cours de l'année du décès,
ils pouront expliquer avant l'expiration de ladi
te année , par un Memoire qu'ils presenteront au
Prevôt des Marchands , les raisons du retarde..
ment, et après qu'elles auront été discutées dans
une des Assemblées desdits Syndics honoraires ,
le délai poura êtreprorogé par une Déliberation
unanime de ladite Aemblée pour le temps qui
paroîtra convenable et suffisant.
VII. Les Actionnaires qui auront laissé passer
trois années consecutives sans avertir les Syndics
onéraires par des Actes autentiques , des
raisons qui les empêcheront de fournir leurs
quittances , perdront tous les arrerages et ac-
Croissemens qu'ils auroient pû toucher pour les
dites trois années et autres subsequentes , dont
la repartition sera faite dans chacune des Classes
, ou subdivisions , de la même maniere que
´si leurs actions étoient éteintes ; et ne pouront
lesdits Rentiers négligens, esperer aucun rétablis
pement de jouissance , qu'à commencer du pre-
1. Vol mser
2746 MERCURE DE FRANCE
mier jour de l'année où ils feront connoître leur
existence actuelle .
VIII. Toutes les Parties non reclamées ; et
le's portions de Parties éteintes , dont les fonds
auront été repartis comme tels par les Listes
d'accroissemens desdites Tontinės , en execution
de ce qui est ci- dessus ordonné, seront passées
et allouées , et les souffrances déchargées
dans les Comptes des Payeurs , en raportant les
dites Listes ; et sera fait par lesdits Payeurs recette
distincte , par Classes et Subdivisions, dá
montant desdites Parties dans les Comptes des
années où la repartition en aura été faire , et
employé en dépense , conformément auxdites
Listes
"
IX. Il ne sera plus fait aucune repartition
annuelle de deniers par les Listes desdites Tontines
, mais lorsque le fond de chacune des Classes
ou Subdivisions aura été partagé en livres
er en sols , à proportion du nombre des Actions
subsistantes , le surplus demeurera en reserve ,
pour être joint à la repartition de l'année suivante
, et ainsi d'année en année , jusqu'à l'extinction
de chacune desdites Classes st Subdivi
sions ; après laquelle extinction , les Héritiers
du dernier Rentier décedé ne pouront rien pré
tendre au-delà des portions d'arrerages et d'accroisemens
échus au jour de son décès.
X. Voulons au surplus que les Edits d'établissement
desdites cinq Tontines , sorent executés
selon leur forme et teneur , en cè qui n'est
point contraire aux Présentes &c .
DECLARATION DU ROY , concernant le
Port d'Armes ; donnée à Versailles le 25. Août
1737. registrée en Parlement le 6. Septembst
dont voici la teneur.
suivant ,
DECEMBRE 1737. 2741
Les Rois nos prédécesseurs ont regardé dans
tous les temps la Police de notre bonne Ville de
Paris comme un objet digne de leur attention et
de leurs soins ; c'est dans cette vûë qu'ils ont
fait en different s occasions des Reglemens également
importans ; et que le feu Roy notre tréshonoré
Seigneur et B saycul auroit pourvû par .
Edit du mois de Decembre 1666. à la sûreté des
Habitans de cette. Ville , en renouvellant les dé--
fenses portées par les anciennes Ordonnances sur -
la fabrique , le debit , port et usage des Armes
prohibées , et en prévenant par differentes dispo
sitions les abus qui-se pouroient faire des Armes
dont la fabrique est autorisée , et dont le port est
permis à quelques- uns de nos Sujets. Les dispositions
de cet Edit reglent aussi la discipline qui .
doit être observée par raport à la sûreté publi
que , par les Soldats des Regimens de nos Garde's
Françoises et Suisses ; mais comme l'esperance .
de l'impunité a introduit divers abus contraires à
l'esprit de ces Reglemens , qui d'ailleurs n'ont
pas pourvû à tous les cas sur lesquels il est no
cessaire de faire connoître nos intentions , Nous
avons crû , en renouvellant des Loix dont l'ob
servation est si nécessaire , devoir Nous expliquer
encore plus précisément , tant sur ce qui
concerne l'ordre public , que sur les peines qui
doivent être prononcées contre les contrevenans
,&c
né-
ART. I. Aucuns des Soldats de nos Gardes-
Françoises et Suisses ne pouront vaguer la nuit ,
hors de leur quartier ou Corps de Garde , avec.
épées ou autres armes , à commencer à fix heures
du soir depuis le jour et Fête de la Toussaint ,
età neuf depuis le jour et Fête de Pâques , le
tout à moins qu'ils n'ayent un ordre par écrit de.
I...Val... leur
2742 MERCURE DE FRANCE
leur Capitaine; faute de quoi ils seront condamnés
aux Galeres pour trois ans.
II. Dans les autres heures du jour ne pouront
lesdits Soldats marcher en troupe , ni être ensem..
ble hors de leur quartier en plus grand nombre
que quatre avec leurs épées , sous les mêmes peines
.
III. Les Cavaliers , Dragons et Solda's des
autres Regimens ou Compagnies de nos Troupes
qui se trouveront à Paris , ne pouront pareillement
vaguer la nuit avec épées ou autres armes
dans aucun lieu ou quartier de notredite Ville
au-delà des heures cy- dessus marquées , ni être
même de jour avec leurs épées ou autres armes en
plus grand nombre que celui de quatre , sous les
mêmes peines.
IV. Faisons très-expresses inhibitions et dé-'
fenses , tant auxdits Soldats de nòs Gardes Françoises
et Suisses , qu'à ceux des autres Regimens
de nos Troupes , et à tous Particuliers de quelque
état et condition qu'ils soient , de faire le
racolage ni aucun engagement forcé , fous quelque
prétexte que ce puisse être , à peine du Carcan
et des Galeres .
V.. Ordonnons à tous Officiers et autres char、
gés de faire des Recrues à Paris , de laisser la li
berté aux Soldats qu'ils auront engagé ; leur défendons
de les tenir en chartre privée , ce qui
sera obfervé fous les mêmes peines et autres
prescrites par les Ordonnances.
VI. Défendons pareillement à tous Aubergistes
, Cabaretiers , Logeurs en Chambres garnies
, et à tous autres Particuliers , de recevoir et
retenir chés eux en chartre - privée aucuns Cavaliers
, Dragons et Soldats , fous quelque prétexte
que ce foit , à peine d'être pourfulvis ex-
1. Vol. traordinai
DECEMBRE. 1737. 2743
traordinairement , et punis fuivant la rigueur:
des Ordonnances .
9 VII. Ne pouront les Sergens , Cavaliers
Dragons et Soldats de nos Troupes, faire aucun
engagement sans y être autorisés par une per-,
mission expresse et par écrit de leurs Capitaines
et pour les Regimens dans lesquels ils ferviront ,
à peine de nullité desdits engagemens ; Voulons
que sur les simples Procès verbaux qui auront
été dressés de la contravention au present Article
les coupables soient condamnés à garder ,
prifon par forme de correction pendant tel tems,
que nos Juges arbitreront , même pourſuivis ex--
tr. ordinairement s'il y échet.
VIII. Enjoignons aux Officiers , Sergens ,
Cavaliers , Dragons et Soldats , et à tous autres.
Particuliers qui auront commission de faire des
Recruës à Paris , d'en faire préalablement leur
déclaration au Lieutenant General de Police , à
peine de nullité des engagemens.
Cava- IX . Seront tenus les Sergens
liers , Dragons et Soldats de nos Troupes
qui auront permission de rester à Paris , d'y
porter l'habillement uniforme de leur Regiment
et en cas de contravention pouront être con
damnés par forme de correction à garder prison
sur les simples Procès verbaux qui seront dressés,
de la contravention , conformément à l'Article
VII. ci - dessus , et pour tel tems qu'il fera arbiré
par nos Juges.
X.'Ne pouront aucuns Soldats de nos Troupes
servir dans des Maisons particulieres en qualité
de Domestiques , à peine des Galeres ; Enjoignons
sous les même peints à ceux qui pouroient
actuellement servir en ladite qualité dans
notre bonne Ville de Paris , de se retirer sous
I. Vol.
2 leum
2744 MERCURE DE FRANCE
leur Drapeau huit jours après la publication de
notre presente Déclaration.
XI. Faisons défenses à tous Particuliers de
quelque qualité et condition qu'ils soient , autres
que les Officiers du Guet , et autres préposés
pour la garde et sûreté publique , de porter der
jour ou de nuit dans la Ville et Fauxbourgs de
Paris , aucunes armes à feu , sous quelque pré.
texte que ce puisse être , même de la défense de
leurs personnes ; ce qui sera exécuté , à peine de
confiscation desdites armes , et de deux cent li→
vres d'amende. '
XII. Seront au surplus l'Edit du mois de Déctmbre
1666. et notre Déclaration du 23. Mars¹
1728. exécutés selon leur forme et teneur ,
tamment en ce qui regarde le port d'armes
fabrique et debit d'icelles.
no-
XIII. Enjoignons à tous ceux qui arriveront"
dans ladite Ville et Fauxbourgs de Paris , et qui
n'auront ni qualité ní droit pour porter l'épée ,
ou autres armes , de les déposer dès le jour de
feur arrivée entre les mains de leurs Hôtes ,
qui en chargeront leurs Registres , pour en donner
leur déclaration aux Coinmissaires de leurs
quartiers , lesquels seront tenus de veiller à empê
cher les contraventions et abus qui pouroient
arriver à cet égard.

XIV . La connoissance de l'exécution de notré
présente Déclaration , et des contraventions
qui pouroient y être faites , apartiendra au
Lieutenant Général de Police de notredite Ville ,
sauf l'apel en notre Cour de Parlement.
DECLARATION DU ROY , du 17 :
Août , registrée en Parlement le 28. dudit , qui
❤rdonne aux Curés des Paroisses dépendantes du
L. Vol. Châtelet .
DECEMBRE . 1737. 2745
Châtelet de Paris , de faire incessamment parapher
par le Lieutenant Civil dudit Châtelet ou
autre Juge par lui commis , un double Registre
pour la présente année de Baptêmes , Mariages.
et Sépultures , conformément à la Déclaration
du 9. Avril 1736;
dui
23.
SENTENCE DE POLICE
qui défend aux Garçons Tailleurs et à tous autres
, de former des Logis , ni aucunes Assemblées
ou Associations ; et à tous Aubergistes ,
Hôtelliers , Cabaretiers et autres de les recevoir.
AUTRE du quatorziéme Septembre , qui
défend toutes fortes d'Associations , & notamment
celle des Freys - Maçons , & à tous Traiteurs
, Cabaretiers & autres de les recevoir ;
& qui condamne le nommé Chapelot en mille
livres d'amende , & à avoir fon Cabaret muré
pendant fix mois , pour y avoir contreven .
Sur le Raport à Nous fait à l'Audience de la
Police par Maître Jean Delefpinay , Confeiller
du Roy , Commiffaire en cette Cour ; Qu'ayant
été informé qu'au préjudice & contre les dispo
sitions précises des Ordonnances du Royaume
& des Arrêts du Parlement , qui défendent les
Affemblées & toutes sortes d'Affociations non
autorisées , il fe devoit tenir une Assemblée trèsnombreuſe
chés le nommé Chapelot , Marchand
de Vin à la Rapée , à - l'Enseigne de S. Bonet
fous la dénomination de Societé de Freys - Mafons
; lui Commissaire s'y feroit transporté le
dixiéme du présent mois sur les neuf heures et
demie du soir avec le sieur Vieret , Exempt de
Robe courte , audit lieu de la Rapée chés ledit
Chapelot ; où étant arrivé vis à - vis la Porte de
L Vol
sa
2746 MERCURE DE FRANCE
sa Maison , il auroit vu un très-grand nombre
de personnes , la plupart desquelles avoient tous
des Tabliers de peau banche devant eux , & un
cordon de soye bleue qui passoit dans le col ,
au bout duquel il y avoit attaché aux uns une
Equerre, aux autres une Truelle, et à d'autres un
Compas et autres Outils servans à la Maçonǹerie
, une Table dressée dans un grad Salon , o
il a remarqué de loin qu'il y avoit une trèsgran
e quantité de Couverts , très- grand nombre
de Laquais & de Carosses , tant Bourgs ois ,
de Remise , que de Place. Que s'étant adressé
en premier lieu à quelques-unes desdites person
nes ayant lesdits Tabliers , & lui Commissaire
leur ayant fait entendre le sujet de son transport
, et representé que ces sortes d'Assemblées
n'étoient pas permises ; une d'elles à lui inconnue
lui auroit répondu que lui et ceux qui
tompofoient ladite Assemblée ne croyoient pas
faire mal : ayant ensuite fait avertir ledit Cha
pelot qui étoit dans sa Cuisine de venir lui
parler , et y étant venu , il lui auroit demandé
le sujet pour lequel il recevoit chés lui une pareille
Assemblée contre les Loix du Royaume ,
les intentions de Sa Majesté et les Arrêts du
Parlement ; et l'auroit interpellé de lui décla
rer les noms et qualités de ceux qui étoient de
ladite Assemblée , à quoi il auroit répondu
qu'un Particulier à lui inconnu étoit venu commander
ledit Soupé sans lui dire pour qui ;
Qu'il y avoit dans son Salon de dressé pour eux
une table de cinquante couverts : qu'il ne sçavoit
les noms , ni les qualités des personnes qui
étoient chés lui , qui composoient ladite Assembiée
, et qu'elles fussent défenduës ; Que si cela
avoit été à sa connoissance , il se seroit bien
1. Vol. donné
DECEMBRE 17 :7. 2747
donné de garde de les recevoir , dont du tous
lui Commissaire auroit dressé ledit jour Procès
verbal , du contenu auquel Nous ayant référé le
lendemain onze dudit mois de Septembre , Nous
aurions ordonné que ledit Chapelot seroit assi
gné ce jourd'hui Samedi à l'Audience de Police,
à la requête du Roy , pour répondre sur le ra.
port qui seroit fait contre lui ; en execution de
laquelle Ordonnance lui Commissaire a fait
assigner ledit Chapelot à comparoir à cette présente
Audience , par Exploit de Joseph Agnus ,
Huissier à Verge audit Châtelet , en date du
jour d'hier : Surquoi , NOUS , après avoir oui
ledit Commissaire Delespinay en son raport , et
Noble Homme M. Maître d'Aligre Avocat du
Roy en ses Conclusions avons donné défaut
contre ledit Chapelot non comparant , quoique
dûement apellé , et pour le profit disons que
les Arrêts du Parlement , Sentences et Reglemens
de Police seront executés selon leur forme
et teneur ; et en consequence faisons défenses
à toutes personnes de tel état , qualité et condition
qu'elles soient , de s'assembler , ni de former
aucune Association , sous quelque prétexte
et sous quelque dénomination que ce soit
notamment sous celle de Freys- Maçons
sous les peines portées par lesdits Arrêts et Reglemens.
Faisons pareillement très- expresses in-
= hitions et défenses à tous Traiteurs , Cabaretiers,
Aubergistes et autres de recevoir lesdites Assemblées
de Freys- Maçons , à peine de mille livres
d'amende et de fermeture de leur Boutique pour
la premiere contravention , et d'être poursuivis
extraordinairement en cas de récidive . Et pour
par ledit Chapelot avoir reçû dans sa Maison
une Compagnie de Freys- Maçons , le condam-
I. Vol.
{
et
et ce
поле
2748 MERCURE DE FRANCE
nons en mille livres d'amende envers le Roy ;
disons que son Cabaret sera fermé et muré pen
dant six mois , ce qui sera executé à la requête
du Procureur du Roy , poursuite et diligence du
Receveur des Amendes , dont Executoire lui sera
délivré ; sur les Deniers provenans de laquelle
Amende , avons adjugé audit Agnus , Huissier
cent sols pour l'Assignation par lui donnée. Et
sera notre présente Sentence , executée nouobstant
opositions ou apellations quelconques , et
sans préjudice d'icelles , imprimée , lúe publiée
et affichée par tous les carrefours et lieux ordinaires
et accoûtumés de cette Ville et Fauxbourgs
de Paris , et notamment à la Porte dudit
Chapelot , &c .
ARREST du Conseil du 10. Septembre , qui
révoque les permissions accordées par les Airêts
des 6. Decembre 1735. 10. Janvier , 24- Avril
et 18. Septembre 1736. et 16. Avril 1737. de
transporter les grains et farines des Provinces de
Picardie , Artois , Flandre , Haynault , des trois
Evêchés de Metz , Toul et Verdun , et de la
Province de Languedoc , dans les pays étrangers.
Le second volume du Mercure est actuellement
sous presse et paroîtra incessamment,
APROBATION.
'Ai lú par ordre de Monseigneur le Chanle
premier volume de
ce du mois de Décembre, et j'ai cru qu'on pouvoit
en permettre l'impression. A Paris , le 10. Janvier
1738.
HARDION.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Ode ,
PR
2530
Raisons Physiques , & c. sur les Sutures du
crâne de l'Homme , 2532
Les Moineaux , Ode , 2561
-Lettre sur le Cabinet de Médailles de feu M. le
Bret , 2564
Ode sur la Paix ,
2578
Discours sur l'Architecture Civile ,
2584
Sonhaits pour l'année prochaine , 2592
Réponse de M. le Tors ,à M.Maillart,sur la Ville
de-Gien , Genabum , &c.
2594
Prose Rimée au Cardinal de Fleury , &c. 2598
Reflexions sur le Mariage , &c.
La Confiance perduë , Fable Turque ,
Enigme , Logogryphes , &c.
2604
2613
2634
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c. Dissertation sur l'Abbaye de S. Bertin ,
>
2637
Voluptas Insidiosa , 2646
Ecole de Composition de Musique , 2648
Estampes nouvelles , & c. 2649
Chanson notée , 2657
ibid.
2672
Otto-
2676
2678
Spectacles , Castor et Follux , Exrait ,
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , & c.
Lettre écrite par un Officier de l'Armée
mane ,
Leure de Constantinople , &c.
Extrait de diverses Lettres du Camp de Kartal ,
2680
De Russie , de Pologne et d'Allemagne , 2684
D'Italie , de Genêve , de Loraine , &c . 2690
Discours prononcé à Luneville , 2694
De la Grande Bretagne , Hollande et Pays- Bas ,
2698
Morts des Pays Etrangers ; 2695
Addition aux Nouvelles d'Allemagne et d'ltalic
2704
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Benefices donnés ,
2705
2711
Réception du Duc de Villeroy à Joigny , 2715
Morts , Naissances et Mariages ,
Arrêts Notables , &c.
Errata de Novembre.
2722
2735
Age 2331. ligne 23. salvus , lisez , salvo,
P. 2333. l . 13. cita , l. cite,
P. 2526. 1. 28. retourna , 1. alla.
P. 2536. 1. 2. altrond , I. altronde.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 2599. ligne 4. par , lisez , pas.
La Chanson notée doit regarder la page 2617
MERCURE
1
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT
DECEMBRE. 1737.
SECOND VOLUME.
CURICOLLIGIT
SPARGIT
Chés.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques .
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. D C C. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE. 1737.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JUSTE ,
O D E.
Par M. le Quin de L'OR, à Salins .
'Homme qui dès son enfance
L A pris Dieu pour son soutien ,
Jouit de son innocence
Du repos et du vrai bien
Vainqueur du Monde et du vice ,
Il n'aime que la Justice ,
11. Vol.
>
A ij
2750 MERCURE DE FRANCE
Il est exempt de remords ,
Et le plus grand Sacrifice
Ne lui coûte point d'efforts.
*
Toujours maître de lui- même ,
Rien ne sçauroit l'amolir ;
La perte d'un Diadême
Ne peut le faire pâlir ;
Aux désirs inaccessible ,
A la douleur insensible ,
Il brave les passions ,
Et goûte un bonheur paisible
Parmi les tentations.
*
Qe la malice et l'envie
Versent sur lui leurs poisons ,
Qu'un fourbe attente à sa vie
Par de noires trahisons ;
Que le Ciel , l'Air et la Terre
Réunissent leur Tonnerre ,
Que l'Univers conjuré •
Enfin lui fasse la guerre ,
A tout il est préparé.
*
Tel un Roc inébranlable ,
Assis au milieu des Mers ,
Soûtient le choc redoutable
II. Vol.
DECEMBRE. 1737. 275 1
De mille orages divers ;
les
nuages ,
Les flots , les vents ,
Exercent sur lui leurs rages ;
C'est un invincible Ecüeil ,
Où par de fréquens naufrages ,
Ils vont briser leur orgueil.
Les plus mortelles atteintes
Troubleroient -elles son coeur ?
Il ne connoît d'autres craintes
Que celle du Créateur ;
Attentif à sa parole ,
Avec elle il se console ,
Et se remplit de sa Loy ;
Les maux d'un Monde frivole
Ne font qu'épurer sa foy.
*
Pleia de zele pour ses freres ,
Il leur prodigue ses soins ,
Et sensible à leurs miseres
Il partage leurs besoins ;
Chés lui le triste Pupile
Cherche une défense utile
Contre un lâche usurpateur ;
Le pauvre y trouve un azile ,
La veuve un Consolateur.
II. Vol
*
A iij Set
2752 MERCURE DE FRANCE
Ses plaisirs sont véritables ,
Ils naissent de ses vertus ;
Abondans , entiers , durables ,
Ils ne sont interrompus
C
Ni par la frêle opulence ,
Ni par l'aveugle inconstance
Du sort cruel et jaloux ;
Pour la tranquille innocence '
Est-il de transports plus doux ?
*
Témoin d'un bonheur si rare
L'Impie en est - il touché è
A son naturel barbare
Le voit - on moins attaché ?
Son coeur ce Juge rigide ,
>
Frape , tonne , l'intimide ,
L'arrache au crime un instant :
Bien-tôt son penchant perfide
L'entraîne comme un torrent.
11. Vol. SUITE
DECEMBRE . 1737 2753
SUITE DES RAISONS PHYSIQUES
de la difference que Vesale et
d'autres Anatomistes ont remarqué qu'il
ya entre les Sutures externes et les Sutures
internes du Crane de l'Homme ; où l'on
examine uneDissertation de M.Hunauld ,
Médecin de la Faculté de Paris , imprimée
dans les Memoires de l'Académie des
Sciences de l'année 1730. page 545. Par
M. Clausier.
J
E ne voulois faire imprimer cette
Dissertation que dans un Ouvrage
qui y a raport , qui n'est pas encore
fini . Mais l'ayant communiqué à quel-
-ques amis , ce qu'elle contient a tellement
changé de face en passant de bouche
en bouche , qu'on m'en a parlé comme
d'un Libelle que j'avois fait contre
M. Hunauld. Je ne voudrois jamais en
faire contre personne ; si j'avois à parler
de lui , je ne sçaurois faire que son Pa
négyrique. Cette Dissertation n'est donc
pas même une Critique , bien loin d'être
un Ouvrage diffamatoire contre ce
Médecin que j'estime . Mais si l'on n'osoit
penser ni parler autrement que les
11. Vol. A iiij Auteurs
2754 MERCURE DE FRANCE
Auteurs qu'on estime , la Philosophie seroit
restée éternellement dans son enfance
, puisque les premiers Philosophes
étoient tous fort estimables. Et quand
je ferois même une Critique dans les
formes de l'Ouvrage de M. Hunauld ,
il est trop galant homme pour le trouver
mauvais , parce que ceux qui ont
le plus de mérite , sont toujours ceux
qui souffrent le plus aisément qu'on les
reprenne , comme le remarque Pline. *
Bien plus , je n'en veux pas même à
son Ouvrage ; car je n'examinerai point
s'il a rempli l'objet du titre de son Mémoire
, dans lequel il s'excuse même
d'avoir été trop long , et dit qu'il passe
néanmoins bien des choses qu'il nomme
petites et leurs détails inutiles et toujours
ennuyeux , lorsqu'une saine théorie ne les
accompagne pas , page ..... sans nous
dire qu'elles sont ces choses qui ne méri
tent pas notre curiosité dans la machine
du corps humain , ainsi qu'on l'a remarqué
dans l'endroit du Journal des
Sçavans , qu'on a cité au commencement
de cette Dissertation . Je connois bien
des gens qui l'auroient fort volontiers dispensé
dans ces petites choses de cette
#
* Nulli patientius reprehenduntur quàm qui
maxime laudari merentur . Epist. 140. Lib. 7ª.
14. Vol. saine
DECEMBRE. 1737. 2755
saine théorie , qui depend peut - être du
concours de quelque partie qu'il ne connoît
pas encore assés . Je n'examinerai
donc pas
si la premiere partie de son
Mémoire est une découverte , ni si la seconde
en est aussi une , ou mérite d'être
donnée comme telle , je n'examinerai
pas non plus la maniere dont il tâche de
remplir l'objet de son Ouvrage ; mais
pour ne pas aller au de là de l'étendue du
titre de cette Dissertation , je me bornerai
uniquement à raporter les raisons
qu'il croit les plus fortes pour apuyer
son sentiment , comme des objections à
résoudre dans le mien , ainsi que je l'ai
déja dit. Ces raisons seront marquées en
Lettres Italiques dans ses propres termes ,
et leurs réponses seront après chacune
de ces preuves , dans le caractere de
mon Ouvrage , comme vous l'allez
voir.
Le sentiment de M. Hunauld est déja
suffisamment détruit par le raisonnement
général du commencement ; par
ce que ses raisons n'ont pas lieu pour
la Table externe où les dents des sutures
diminuent aussi , sans que , de son
aveu même , les dents s'y perdent dans
la chair.
Si l'on supose que toutes les Pieces d'une
II, Vol. A v voute
2756 MERCURE DE FRANCE
voute , dit M. Hunauld , fassent égale
ment effort pour s'agrandir selon toutes leurs
dimensions , la pression de ces Pieces les
unes contre les autres sera plus forte vers la
surface concave que vers la surface convexe;
ces idées simples apliquées à ce qui se pas .
se dans l'augmentation du crane , fourniront,
je crois , la raison que je cherche, page 546.
Quand cet Anatomiste supose que
toutes les parties d'une voute fassent également
effort pour s'agrandir , il entend sans
doute , proportionellement , par ce terme
également , puisqu'il ne peut pas dire
qu'elles fassent effort pour s'augmenter
précisément autant en épaisseur qu'en
circonference , dans la comparaison qu'il
en fait avec le crane humain , ni dans
toute autre. Mais un crane qui croîtroit
proportionellement , ne souffriroit pas
plus d'écartement dans une Table que
dans l'autre , et par conséquent si l'on
y supose de la pression , elle ne peut
pas non plus être plus grande au dedans
qu'au dehors , en suposant , comme M.
Hunauld , qu'elles croissent proportionellement
. Ainsi voilà encore une fois
le fondement de son opinion parfaitement
détruit. Ce n'est pas tout ; on à
démontré que la Table interne souffroit
* Dans la preuve du deuxiéme Théor.
II. Vol.
*
du
DECEMBRE . 1737. 2757
*
>
du moins le plus souvent de plus grands
écartemens dans l'enfance que la Table
externe ; ce qui éloigne bien sa pression .
Et comment une telle pression pouroit-
elle se faire dans le corps humain ,
où les solides et les fluides sont toujours
dans un état si aprochant de l'équilibre
qu'il suffit à tout âge de saigner du pied
pour dégager la tête , dans les maladies
qu'elle a Néanmoins cet Auteur apuie
tellement sur sa pression , qu'il semble
en quelque endroit , qu'il voudroit dire
que la cavité du crane diminuât au
lieu d'augmenter , comme à la page 550 .
où il dit : Lorsque les dents de la Table interne
sont effacées et que les sutures ont disparu
au dedans du crane , les os qui le
composent , ne laissent pas encore quelquefois
de s'étendre. Le diploë en s'épaississant
de nouveau écarte les deux Tables : ces Ta-
·bles même augmentent en épaisseur aussi
voit-on dans les sujets d'un certain âge et
sur tout dans ceux dont les cranes soni fort
épais , que les dents n'occupent point la
moitié de l'épaisseur des os.
Je ne dirai rien pour prouver que
la
cavité du crane ne diminuë pas, comme
ces expréssions semblent le signifier ,
puisqu'on voit assés que cela est impos
* Théor. 2 .
II. Vol,
A vj
sible
2758 MERCURE DE FRANCE
sible dans l'état de santé , sans compter
que le battement des arteres de la dure
Mere s'opose à un tel accroissement, aussi
bien que la résistance des fibres qui
n'ont pas plus de facilité à croître en largeur
qu'en longueur et même encore
moins ; mais la raison pour laquelle
les sutures ne sont éffacées que jusque
vers la moitié de l'os dans les cranes
fort épais d'un certain âge ; c'est qu'y
ayant aparence que les cranes fort épais
croissent toujours proportionellement
en épaisseur , les sutures ne peuvent
s'effacer qu'en diminuant petit-- petit
par la Mechanique qui est expliquée
dans le premier Théorême et ses Corollaires,
et par la raison que les sutures étant
plus petites en dedans elles s'y trouvent
plûtôt devenues des lignes irrégulieres,
Et encore à la page 546. Les os du crane
se pressent les uns les autres à mesure que leur
étendue augmente , et comme en même temps
leur épaisseur devient plus considerable , il
faut nécessairement que les dents ayent moins
de longueur à la Table interne qu'à l'externe.
Si le crane augmentoit proportionellement
, comme il semble que M. Hea
nauld ne peut pas vouloir dire autre
chose ici , quand il seroit augmenté du
* Théor. 2
11. Vol.
double
DECEMBRE. 1737. 2755
double dans toutes ses dimensions , il faudroit
nécessairement croire que les dents
des sutures seroient aussi augmentées du
double , puisqu'on croira toujours que
quand le tout sera doublé dans toutes
ses parties , chacune de ses parties sera
aussi devenuë double de ce qu'elle étoit
avant l'accroissement.
Mais faisons plus ; suposons avec M.
Hunauld un moment , que
pour
la calo.
te du crane croisse tellement en épaisseur
, que quand elle aura augmenté
du double en superficie , elle se sera
agrandie en épaisseur du quadruple ,
et s'il vouloit même du centuple et
encore plus suposé que la concavité
du crane se fût étendue de quelque
chose , ne fût - ce que d'une ligne , par
exemple , et qu'une dent des sutures fût
la centiéme partie de cette superficie intérieure
, encore cette dent seroit - elle
agrandie de la centième partie de cette
ligne d'augmentation dans toute la surface
interne , dans le sentiment même de
M. Hunauld. Il faudroit donc pour que
son sentiment fût soûtenable , que la
cavité du crane diminuât autant que nous
avons démontré qu'il falloit qu'elle s'étendît
, et que le crane d'un gros hom
me de quarante ans , par exemple , eût
II. Fol, aussi
2760 MERCURE DE FRANCE
aussi peu de concavité que celui d'un
enfant de huit ans , quoi que l'expérien
ce montre qu'il en a plus .
Voilà donc déja les dents moins longues,
continue til , et les échancrures moins profondes
à la Table interne qu'à l'externe ;
mais il faut encore quelque chose de plusi
car avec l'âge les échancrures se remplissent
et les dents y disparoissent entierement.
Lorsque les os de la calote du crane commencent
à se presser réciproquement par
l'augmentation de leur étendue , la partie
de la pointe des dents qui apartient à la Table
interne , pressée contre les échancrures de
l'os oposé , trouve moins de résistance vers
la substance spongieuse du diploë que contre
la Table interne des échancrures où ces
dents sont engagées cette partie de la pointe
des dents qui apartient à la Table interne
, se dirigera donc vers le diploë. Le pen
d'épaisseur de la Table interne favorisera
cette détermination plus facile ; la Table inrerne
de la dent , en se portant ainsi vers
le diploë , forme un talus et perd le niveau
du dedans du crane . Mais la Table interne
du fond de l'échancrure en profite bien - tôt
en s'avançant sur le talus de la dent oposée ;
et elle s'y avance d'autant plus , que les os
faisant plus d'effort les uns contre les autres
vers leur surface concave , qu'ailleurs

,
II. Vol.
DECEMBRE . 1737. 276
leurs , ils sont plus disposés à s'étendre vers
l'endroit où ils trouvent ane diminution de
résistance.
Pour achever donc de raporter ce
qu'on citera du Mémoire de M. Hunauld,
il dit encore à la page 549. Il arrive souvent
par un effet de cette pression plus forte
à la Table interne qu'à l'externe , que la
partie de la dent qui s'est déterminée vers
le diploë , devient plus longue que la parà
tie de la dent qui est à la surface convexe ;
et à la page. ssc. Pour revenir aux sutures
, les dents qui les composent ne sont pas
toutes de la même longueur. Les petites dents
qui ne sont séparées que par de petites échancrures
, disparoissent les premieres. Plusieurs
dents d'une longueur inégale,placées à côté les
unes des autres, se confondent et n'en font plus
qu'une d'une largeur considérable , lorsque les
interstices qui les séparoient sont remplis ; il
se trouve encore des dents beaucoup plus longues
que les autres celles - ci disparoissent
plus tari , ou ne disparoissent même jamais
entierement.
1°. On voit , que par tout M. Hu
nauld , ne parle que d'une pression qui
ne se fait pas, et qui , quand elle se feroir;
ne pouroit servir qu'à épaissir le crane
et non pas à produire l'effet qu'il s'en
promet , à moins que sa concavité ne
11. Vola diminuât
2762 MERCURE
DE FRANCE
diminuât , ainsi qu'on l'a vû dans la
réponse précédente : et de plus , la pression
empêcheroit
que plusieurs dents ,
ne pûssent s'unir ; et par leur union devenir
une seule dent d'une largeur considérable
, à moins qu'elles ne se soudassent ,
ce qu'il ne prétend pas lui-même qui se
fasse , que dans un âge fort avancé
page..
....
2. Cette pression suposée n'agit pas
où elle devroit le plus agir , c'est - àdire ,
sur les dents fort longues , que leur longueur
rend plus foibles , et qui ne disparoissent
pourtant presque jamais entierement.
3°. Le peu de dents qui se jettent dans
le diploë , ne suffit pas pour faire regle . C'est un accident dont il est inutile de
dire ici la cause qu'on trouve aisément.
La raison pour laquelle elles y deviennent
fort longues , est que les coudes
des fibres étant alors moins pressés le
long de la solidité de la dent , le suc
nourissier
passe plus aisément jusqu'à
la pointe.
4°. Les dents qui se perdent dans le
diploë , ne peuvent pas contribuer à faire
disparoître les dents des sutures : car si
cela étoit cela ne pouroit arriver , que parce que leur écartement laisseroit ra.
11. Vol. procher
DECEMBRE . 1737 2763
procher davantage les os les uns des autres
, dans la suposition de la pression ;
or , les os ne se raprochent pas plus les
uns des autres , puisquece la feroit changer
la configuration du crane , par ce
que si l'on coupe un cerceau qui ait longtemps
servi , en plusieurs parties
que l'on coupe de plus quelque chose
de chacune de ces parties , ces parties
après cela remises au bout les unes des
autres , ne pourònt plus former un cerceau
rond ; il est impossible que le crane
change de configuration dans l'état de
santé.
S
et
On a démontré ce qui fait diminuer et
disparoître les dents des sutures du crane
, et on a répondu aux plus fortes ob
jections qu'on pouvoit proposer contre
cette Démonstration ; ce qui est tout
ce qu'on s'étoit proposé de faire.
EPITRE
A une jeune Demoiselle qui avoit en læ
petite Verale.
DE'sl'Aurore de vos jours ,
J'ai crû voir finir leur cours ,
Ou du moins périr vos charmes ;
II. Vol Ah i
2764 MERCURE DE FRANCE
Ah ! si vous sçaviez , Iris ,
Combien j'ai versé de larmes ...
Heureux , malgré tant d'allarmes ,
D'en être quitte à ce prix !
Enfin les Dieux attendris ,
Ont exaucé ma priere ;
Par un merveilleux retour
Vous revoyez la lumiere ;
Et ce qui doit encor , si j'en crois mon amour,
Paroître à votre paupiere
Plus précieux que le jour ,
Vous me revoyez fidele ;
Cela vous étoit bien dû.
>
Mais moi , l'aurois-je attendu ≥
Je vous retrouve plus belle.
Oui , vous avez plus d'attraits
Que vous n'en eûtes jamais.
De cette lepre funeste
Qui des plus aimables traits ,
Et des Amours est la peste ;
Par qui nous voyons flétris
Tant de Roses et de Lys ,
Les vôtres , je vous proteste ,
Sont parfaitement guéris ;
Ou tout au plus il n'en reste
Que deux trous des plus petits ;
Qu'ont creusés les mains coquettes
Du galant fils de Cypris ,
11. Vol.
Fo
<
8
DECEMBRE
1737. 2769
Pour loger en ces retraites
Gracieusement les Ris.
Par un miracle visible ,
Vous n'avez changé qu'en beau .
Ce qui sembloit impossible,
De votre nouvelle peau ,
La blancheur surnaturelle
Brille d'un éclat nouveau ;
Mon coeur pour être au niveau
Brûle d'une ardeur nouvelle ;
Ainsi dans cet heureux jour ,
Grace au puissant Dieu d'Amour ;
Nous n'avons plus rien à craindre
Et du bout de son ciseau
La Parque au lieu de l'éteindre ,
N'a que mouché son flambeau.
Par un Philosophe du College D.
R£fff&
DIFFICULT E' concernant le mon
venent de la Terre et des Planettes ,
proposée par M. Ramazzini , à M.
l'Abbé Mariette .
Ous avez si bien débuté , Mon-
Vsieur ,dans les Mercures des années
dernieres, que je ne crois pas pouvoir
mieux II, Vol.
1766 MERCURE DE FRANCE
mieux m'adresser qu'à vous pour avoir
la solution de la difficulté Physique que
voici .
Il est constant par l'Astronomie que
toutes les Planettes et la Terte en particulier
, tournent sur leur centre dans
un sens contraire par le bas , à la Sphere
qui les emporte et au mouvement du Soleil
. Mais dans le Systême Carthésien
réformé , ce Phénomene me paroît inexpliquable
; car dans cette hypotese
le Soleil est le principe du mouvement
et du grand Tourbillon et des petits , et
la matiere y a d'autant plus de vitesse
et de force qu'elle est plus voisine du
centre des Tourbillons. Cette matiere
centrale doit donc faire suivre sa déter
mination à la portion soit de Globe ,
soit de Tourbillon qu'elle touche , et
la faire tourner dans son sens.
Le fameux M. Villemot , tâche de satisfaire
à cette objection, Il prétend même
que sa preuve est une démonstration
, mais vous allez voir cette Démonstration.
Le centre K. de la Terre , dit- il , doit
suivre le mouvement f. F. moyen entre
le mouvement M. N. qui va plus vite
et le mouvement P. Q. qui va plus lentement.
C'est pourquoi la Terre allant
II. Vol.
plus
P १
70%
M
с
b
H
a
K
B
ei
n
DE
N
2768 MEKUURE DE FRANCE
plus lentement que le fluide qui la joint
en C. B. lui fait obstacle et le fait refluer
vers C. H. où la Terre allant plus vîte
que le fluide qui la joint le long de l'Arc
C. H. laisse un vuide à remplir ; de même
la Terre allant plus vite que le fluide
qui joint l'Arc H. D. pousse ce fluide
et le fait refluer du côté D. B. or le fluide
qui joint l'Arc D. B. allant plus vîte
que la Terre , laisse encore un vuide à
remplir. C'est ainsi qu'il se fait une cit
culation du fluide autour de la Terre
dans le sens H. D. B. C. or le centre de
cette circulation est le même que K.
centre de gravité de la masse de la Terre...
Donc il n'est pas possible qu'elle ne
tourne avec le fluide qui reflue autour
d'elle , et dans le même sens contraire
en B. au cours du grand Tourbillon M.N.
ou f. F.
Non seulement cette Démonstration ,
si je ne me trompe , est évidemment
fausse , mais on peut encore la rétorquer
contre la proposition même de l'Auteur,
en faveur de la contradictoire .
Le centre K. de la Terre doit suivre le
mouvement f. F. moyen entre le mouvement
M. N. qui est plus vîte et le mouvement
P.Q.qui est plus lent.Ce mouvement
moyen suposé , nous avons 1º . au-
II. Vol. dessus
.
dessus de ce courant la moitié H. K.
du Globe ; laquelle va plus vîte que la
matiere celeste P. Q. cette matiere par
conséquent lui fait obstacle en Q. randis
qu'il reste en P. un espace vuide ou
au moins sans résistance. 2º. Nous avons
au dessous de f. F. la moitié K. B. du
Globe , laquelle a moins de vitesse que la
matiere M. N. par conséquent la portion
posterieure M. de cette matiere qui a plus
de vitesse , poussera fortement devant
elle la partie basse b. a. du Globe qui lui
répond , tandis que la portion anterieure
N. L. de la même matiere devancera ,
s'il est possible, B. o. m. du Globe qu'elle
a derriere où elle laissera un espace , si,
non vuide, au moins sans résistance.Considerant
maintenant le diametre H. B.
comme un levier dont K. est le point fixe
, nous avons derriere son extremité
inférieure B. une force I.M. qui le pousse
de B. en D. et devant son extremité
supérieure H. un obstacle Q dont la direction
est en H. C. donc le levier H. B.
est déterminé par ces deux puissances à
tourner sur K. de B. en D. et de H. en
C. D'autres parts les Regions P. N. oposés
à ces puissances , ne leur offrent
qu'un vuide , suivant M. Villemot , ce
qui doit produire une espece d'attraction
11. Vol.
qui
2770 MCNUURE DE глансЕ
qui rendra encore leur action plus efficace.
Donc par toutes ces causes le levier
H. B. doit tourner dans le sens B. D.
H. C. Donc suivant la propre hypothese
de M. Villemot , la Terre , que ce levier
représente , doit tourner sur son centre dans
le même sons parle bas que le cours de la
Sphere qui l'entraîne.
M. Villemot dans une addition inserée
à la fin de son Livre , insiste sur
son reflux de matiere éthérée autour de
la Terre , pour la faire tourner par le
bas dans un sens contraire au Soleil ,
mais cette Démonstration ne me paroît
pas plus heureuse que la premiere ; et il
nous sera encore très - aisé d'établir un
cours circulaire de matiere éthérée contraire
au sien , en suivant ses propres
supositions . Il dit que le fluide qui choque
l'Arc C. B. pressant plus la Terre
en a. qu'en b. et plus en b. qu'en c. doit
refluer du côté où il trouve moins de
résistance , c'est-à - dire , selon lui , d'a
en b. &c. conclusion visiblement fausse .
De-même , dit- il , l'Arc H. D. pressant
plus le fluide en d . qu'en e. et plus en
e. qu'en i . doit le faire influer de d. en
c. &c. d'où il conclut qu'il doit se faire
une circulation de cette matiere selon
a. b. c. d. e. i. et que la Terre doit sui e
Ce torrent. Mais
DECEMBRE. 1737. 2775
Mais qui est ce qui ne voit pas que
le côté où le fluide M. trouve le moins
de résistance , est l'Arc L. N. où il y a ,
selon M. Villemot , un vuide qui doit
nécessairement forcer le fluide M. de
s'y rendre ? Qu'en B ce fluide parcourt
une tangente du Globe , et ainsi n'a rien
qui puisse l'arrêter ou le dispenser de se
précipiter dans le vuide L.Le fluide I M.
doit donc être entraîné vers le même
vuide L. par trois causes , sçavoir par
le vuide ou l'espece d'attraction de la
Région 1. par la plus grande vîresse de
B et enfin par le plan oblique E. B. et
la tangente B. qui favorisent cette direction
, et qui, si l'on suposoit un obstacle
invincible en L. feroient bien couler la
matiere vers N. mais jamais ne la feroient
refluer vers C. P. quelque défaut
de résistance qu'il s'y trouvât. Il en faut
autant dire du fluide Q. que le mouve
ment progressif de la Terre de C. en D.
l'inclinaison de l'Arc i . e. d. vers H. et le
vuide P. déterminent nécessairement à
couler vers H C.
Donc en suivant le Systême Carthésien
réformé par M. Villemot, et suivi par les
Auteurs les plus récens , on ne peut admettre
une circulation de la matiere
Etherée autour de la Terre et un mouve-
II. Vol. B ment
2772 MERCURE DE FRANCE
ment de ce Globe en conséquence , que
dans le sens c . b . a. i. e. d. contraire au
reflux de M. Villemot , et dans le même
sens par le bas que le Tourbillon Solaire.
Donc ce Sistême , non seulement ne
peut expliquer , ou au moins n'a pû expliquer
jusqu'ici la cause du mouvement
des Planettes sur leur centre , mais encore
est en contradiction avec ce mouvement
, au moins de la façon dont s'y
prend M. Villemot.
pre
Je ne suis donc pas étonné que M.
de la Hire n'ait pas été content de la
miere Démonstration , comme l'insinuë
l'Auteur cité , dans sa Préface , mais je
doute fort qu'il l'ait été davantage de la
seconde , ajoûtée exprès pour lui. Au reste
ce Sçavant a- t'il écrit sur l'une ni sur
Pautre ? C'est ce que j'ignore,
C'est de vous , M. que j'attends la solution
de mes difficultés et l'éclaircissement
de mes doutes sur cette matiere.
Supléez , je vous prie , au défaut de M.
Villemot.
A Paris ce 10. Septembre 1737.
11., Vol.
DES
DECEMBRE . 1737. 2773
Fat that
DESCRIPTION de l'Orage qui arriva
à .... Campagne de l'Auteur ,
le 28. Juillet 1737 .
Q
ODE
Uel vent souffle ici sa rage !
Quel bruit gronde dans les airs !
Quel
épouventable
Qrage
Bouleverse
l'Univers !
Dieux , que vois- je ! la nuit sombre
Voile déja de son ombre
Le Ciel au milieu du jour ,
Et nos Sépulchres funebres,
Sont moins noirs que les tenebres
Qui couvrent son vaste tour.
*
Sous les voutes azurées ,
Un Tonnerre menaçant
Roûle ses vapeurs souffrées ,
Et fait frémir le Passant ;'
Une grêle impitoyable
Grave sa chûte effroyable
Par tout où frapent ses coupe ,
Et dépouille la Nature
De l'opulente parure
Dont elle s'ornoit pour nous.
II. Vol.
Bij La
$774 MERCURE DE FRANCE
La pluye inonde nos ruës ,
Et nous glace de terreur ,
Mille feux partent des nuës
Pour en éclairer l'horreur ,
Bien-tôt un Torrent pufide
Brisant de son cours rapide
Nos plus solides pourpris
Dans ses Ondes implacables
Entraîne parmi ses sables
Nos cffets les plus chéris,
*
Cet impétueux Déluge
Traînant d'horribles limons ;
Nous marque notre réfuge ,
Sur les plus orgueilleux Monts ;
Il se répand , il traverse ?
Il déracine , il renverse
Et nos arbres et nos murs ;
A ses vagues frémissantes
Les Digues les plus puissantes
Sont des obstacles peu sûrs,
Loin d'un si cruel ravage
Pan retire ses Troupeaux ,
Et dans un autre pascage
Leur assure le repos ;
Cerès se trouble et soupire
II, Vol.
DECEMBRE.
1737 2778
De voir ses dons sous l'empire
De ce désastre orageux ;
Bacchus deserte nos côtes ,
Et des Forêts les plus hautes
Cherche le sein ombrageux.
*
L'Animal le plus sauvage
Quittant son trou tenebreux ,
Etonne le voisinage
De ses hurlemens affreux
Le Gibier prompt et timide ,
Au gîte où la Paix préside ,
Reste de peur engourdi ;
Les Serpens sifflent de rage ,
Et d'un venimeux outrage ,
Menacent le plus hardi.
*
Au fond de l'arêne humide ,
Loin du Rivage agité ,
Le Poisson de quelque vuide
Emprunte la sûreté ;
Tapis sous d'épais branchages ,
Les Oiseaux de leurs ramages ;
Cessent les charmans Concerts
Et le plus foible Reptile ,
Se creuse en terre un azile
Coupé de sentiers divers.
11. Vol B iij
2776 MERCURE DE FRANCE
De cris perçans et funestes
L'Air frissonne et retentit
A l'aspect des tristes restes
Que le hazard garantit ;
Les fils conduits par les peres ,
Yont déplorer leurs miseres
Dans tous les climats prochains ;
Les meres échevelées
Menent leurs filles troublées ,
Gémir dans les Temples saints.
*
A ce spectacle terrible ,
Tout tremble et pâlit d'effroi ,
Le Mortel le plus paisible
Semble n'être plus à soi ,
Et par un désordre extrême ,
Osant de l'Etre Suprême
Braver les saintes fureurs
Il l'accuse d'injustice ,
Et sa derniere malice :
Met le comble à ses erreurs.
*
>
Dieu juste ! Dieu redoutable !
Calme ton divin courroux ;
Oui , l'infortuné coupable
Sent qu'il mérite ces coups a
I adore tes vengeances
II. Vol.
DECEMBRE. 1737.
2777
It déteste ses offenses
Dans le profond de son coeur
Dieu puissant ! sois - lui propice ;
Rends le désormais du vice
L'infatigable Vainqueur.
C. B. Lh....
Ce 18. Août 1737.
LETTRE de M. l'Abbé le Beuf;
Chanoine et Sous - Chantre d'Auxerre ,
à M. D. L. R. sur un Manuscrit Liturgique
de la Bibliotheque du Mont
Cassin , faussement attribué à S. Mamert
, Evêque de Vienne.
I
L'est juste , Monsieur , de vous rendre
compte du contenu d'un Manuscrit
, dont la copié m'est venuë d'Italie
par vos soins. Mais permettez - moi qu'auparavant
je vous fasse ressouvenir de ce
que j'en ai écrit dans le Mercure du
mois de Juin 1725. à la page 1157. Dans
ce Journal , où je prouve l'utilité dont il
seroit dans le Royaume d'y faire un Catalogue
general des Manuscrits . Je marque
que l'Abbé de Pontigny , qui fic
II. Vol. Biiij écrire
2778 MERCURE DE FRANCE
écrire sur la fin du douziéme fiecle le
Catalogue des Livres de son Monastere ,
prit aussi un très grand soin qu'on y
marquât ce qui étoit contenu dans chaque
volume. J'ajoûte que c'est par là
que j'ai apris qu'il existoit une Litur
gie sous le nom de S. Mamert , Evêque
de Vienne . En effet , dans le détail d'un
volume de Pontigny , qui contenoit six
Sermons d'Ives de Chartres , il y a ensuite
Ordo S. Mammerti Viennensis Episcopi
, de his qua ad Officium Missa pertinent
, et de expositione ejusdem. On voit
dans le même Catalogue que ce Manuscrit
avoit été prêté à une des Maisons
de Pontigny , située dans la Hongrie
et qu'il en étoit revenu. J'avois cherché
ce Livre parmi ceux qui restent à Pontigny
, sans l'y trouver , et j'avois donné
avis au Pere le Brun de l'Oratoire , de
cette petite découverte , qui me paroissoit
importante pour son Ouvrage sur
la Liturgie ; ensorte qu'il en fit mention
à la fin de son second Volume.
Ce Sçavant croyoit comme moi , que
cet Ordo devoit être un Exposé de l'ancienne
Liturgie Gallicane , à peu près
dans le goût de celui qui porte le nom
de S. Germain , Evêque de Paris , dans
le Pere Martene. Fomo v . Thef. Anecdot
C'est 11. Vol.
1
DECEMBRE. 1737. 2779
C'est ce qui nous faisoit souhaiter ardemment
de retrouver le Manuscrir de
Pontigny , ou un semblable. J'ai compté
Ï'avoir trouvé en Tralie. En parcourant
le Catalogue des Manuscrits du Mont-
Cassin , que Dom Bernard de Montfaucon
va donner avec un très grand nom
bre d'autres , j'y ai reconnu un Volume
qui contient des Sermons d'Ives de
Chartres, et ensuite , Ordo Mamerti Viennensis
Episcopi. Les Religieux de ce célebre
Monastere , cedant aux prieres d'un
illustre Voyageur , ont bien voulu lui
accorder une copie de cet Ordo . Ils l'ont
accompagnée d'un modele du caractere
du Manuscrit qui désigne le treziéme:
siecle , et ont revêtû cette copie de toutes
les formalités qu'on peut souhaiter
pour rendre une Piéce authentique.
Ce n'est pas la faute des Sçavans Solf
taires du Mont- Cassin , si ce Manuscrit
ne contient pas ce qu'on croyoit . Je suis
obligé de leur marquer ma reconnoissan→
ce , comme si c'étoit véritablement uni
Ouvrage de St Mamert , Evêque de
Vienne , mais il faut convenir que ce n'em
fût jamais un. Il est vrai qu'il commence
par ces mots. Incipit Ordo Mamerti
Viennensis Episcopi. Et c'est tout ce qui
peut induire le Lecteur à croire que
LL. Fol By Ouvrage
2780 MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrage étoit un détail de la Liturgie
Gallicane :mais dès le commencement on
y reconnoît un style qui n'est point du
cinquiéme siecle. Missa juxta sanctorum
Patrum instituta, horâ tertiâ celebranda est;
ipsâ enim horâ crucifixus est Salvator noster
linguis Judæorum , sed secundum consuetudinem
communem potiùs horâ sexiâ , quia
in eâ passus estmanibus persecutorum. L'Auteur
entre ensuite dans un détail des cérémonies
qui n'est autre que celui de
l'Ordre Romain , non pas dans les termes
de celui que Dom Mabillon a done
né comme le plus ancien dans son Musaum
Italicum , Tomo 2. non pas même
comme dans ceux à qui il a donné le
second et le troisiéme rang ; mais dans
un langage qui paroît être du dixiéme
ou même du onzième siecle, et qui est entremêlé
de pieuses reflexions , felles que
Amalaire , Remi d'Auxerre , connu sous
le nom d'Alcuin , et tant d'autres mirent
par écrit dans ces moyens siecles.
La confrontation que j'ai faite autrefois
de tous ces premiers Ordo Romanus
m'est encore assés présente pour vous
assurer que le gros
de tout ce qu'ils contiennent
se trouve dans le Manuscrit du
Mont- Cassin atribué à S. Mamert . J'y
vois le Livre de l'Evangile porté par le
II. Vol
Soûdiacre
DECEMBRE. 1737 2781
Soûdiacre à l'Introïte de la Messe et mis
sur l'Autel ; le Diacre et le Soûdiacre embrassés
dans le Sanctuaire par le Prêtre,
avant qu'il monte à l'Autel pour y baiser
le Texte Saoré. Les Acolytes déposant
leurs Chandeliers à terre au commencement
du Kyrie. Après l'Oraison les
Chandeliers placés à terre sont changés
de disposition . Les Cierges des Aco-
Jytes éteints après l'Evangile , puis
r'allumés à l'Agnus , le Diaere et tous
les Ministres humblemeut inclinés
depuis le Te igitur, jusqu'à Sed libera nos
à malo. Je n'y trouve rien de notre an
cienne Liturgie Gallicane , que la Lecture
des Propheties avant les Epitres de saint
Paul aux Messes de Noël.
Le Compilateur de ces Rits parcourt
aussi les Fêtes de l'année , suivant l'Usage
Romain ; il y cite des Conciles et des
Peres bien posterieurs à S. Mamert , entre
autres S. Gregoire , Pape. On y raconte
que S. Mamert de Vienne a institué
les Rogations , à - peu - près dans les mêmes
termes que les Auteurs du neuviéme
siecle et des suivans ont puisé dans
Gregoire de Tours. L'Auteur revient
ensuite à une récapitulation sur les céré
monies de la Messe , toujours selon le
Rit Romain de son temps : et quicon
II. Vol. Bvj que
2782 MERCURE DE FRANCE
que a lû Beleth ou Durand ne peut manquer
d'apercevoir que cet Anonyme
avoit puisé dans les mêmes sources.
qu'eux.
Mais comment, dira t'on , a t'il pu se
faire , que des Copistes ayent été assés
peu instruits ppoouurr atribuer à un Evêque
des Gaules du cinquième Siècle , une Liturgie
qui portoit avec elle tant de marques
d'un temps bien posterieur ? Cela
peur venir de la même cause qui a fait
atr buer à Saint Protade Evêque de
Besançon du septième Siecle , un Ordinaire
qui doit lui être posterieur de deux
cents ans au moins. Si l'Ordre Romain
eut des Protecteurs dans le temps qu'il
fut proposé en France , il eut aussi des
adversaires ; ce ne fut qu'avec certaines
mesures qu'on pût l'introduire , er en
laissant aux Eglises la liberté de retenir
ce qu'elles voudroient du Rit Gallican
Quelques Siecles après cette reception
les épaisses tenebres qui couvrirent
la Science de l'Histoire et surtout celle
de l'origine des Rits , porterent à croire
qu'on avoit toujours pratiqué ce qu'on
voyoit pratiquer alors. Ainsi à Besançon
ou l'on avoit quelque idée qu'un S.
Protade avoit dressé un Cérémoniel , on:
lui atribua celui qu'on voyoit pratiquer
11.Vol
2
DECEMBRE 1737. 2783
au dixième et dans l'onziéme * siecle ;
de même à Vienne sur le Rhône ou l'om
S. Mamert et:
Claudien son Frere avoient fait des ar
rangemens dans le service divin , on crut
pouvoir atribuer à S. Mamert l'établis→
sement du Rit que l'on voyoit subsister
lorsqu'on eut perdu de vûë la vraye origine
de son établissement. Je suis plus
porté à croire que telle a été la cause de
la méprise , que d'imaginer que le fond
de l'Ouvrage seroit de S. Mamert . Nom
encore une fois il n'y a pas une seule
ligne qui soit de ce Saint , et les connoisseurs
en jugeront , si jamais j'ai occasion
de publier cet opuscule Litur
gique.
tenoit par Tradition que
Je sçais qu'il y a à Orleans un culte spe
cial de S. Mamert Evêque de Vienne
dans l'Eglise Cathedrale de Ste Croix ou
son corps a été transferé ; Mais on ne s'y
sera jamais avisé de penser que ce Saint y
soit venu regler la Liturgie, et je ne crois
pas non plus qu'en y recevant son corps.
on se soit imaginé qu'il étoit à propos
d'admetre une Liturgie dont il serois
crû l'Auteur.
Selon moi la méprise des Copistes , ou
* Voyez cet Ordinaire Tom. 1. de l'Histoire:
s Sequanois de M. Dunod. preuves, page xvII .
LI.. Vola de
2784 MERCURE DE FRANCE
de ceux qui ont fait copier l'Ouvrage en
question , n'a pas été jusqu'à atribuer à
S. Mamert tout ce petit Traité, mais seulement
le fond du Texte sur lequel un
pieux Auteur auroit fait les réflexions
morales qui lui servent d'ornement. Cet
Auteur au reste , que je panche à croire
du onzième siècle , est un excellent témoin
de la foy de son temps sur le dogme
de la Présence Réelle . Sacerdos igitur,
dit-il , Dominicum corpus consecratum et
sanctificatum vivum et verum in tres partes
in altari super patenam dividit &c . Et sur
la fin de son Traité , Postquam Sacerdos
in compunctione cordis et spiritu humilitatis
incipit sancta sanctificare , hæc sub silentio
dicens: Te igitur , clementissime Pater&c.
Sacramentum enim est signum ubi aliud intelligitur
, et aliud ostenditur , sicut ibi
non panis super altare cerritur sed esse
Christi caro subintelligitur , undè Dominus:
Panis quem ego dabo caro mea est pro mundi
via. Et plus bas , Hic enim spiritualiter
ad Dominum assumimur , et in ipsum traducimur
et ipse in nobis , cujus sue carnis
substantiam inter nos metipsos suscipimus et
ejus sanguine saginamur.
Voilà M. un compte exact du Manuscrit
du Mont Cassin dont vous m'avez
procuré une copie , accompagné de
II. Vol.
quelques
--DECEMBRE . 1737. 2785
quelques réflexions. Quoique ce Manus
crit ne contienne pas ce que je croyois ,
je suis très sensible à la maniere gracieu
se , et exacte avec laquelle la copie a été
expédiée. Je suis , Monsieur , &c.
A Paris les Septembre 1737-
AJAX TELAMONIUS amoré
vindicta insaniens.
E Loquio postquam cessit mavortia vittus ;
Armaque Pelide sibi quæ Telamonius Ajax
Debita crediderat , retulit facundus Ulysses
Arbitrio Danaum , non jam contendere lingua
Sed pugnare manu státuit fortissimus Heros :
Et quia non potuit Graïûm suffragia ferre ,
Vulnera ferre parat , se judice , debita Graïs ,
Patrassetque nefas , oculos ni cauta furenti
Prætenta nebulæ densâ caligine Pallas
Eriperet , dextramque Argivûm in funera versam
Verteret imbelles in oves , quas fervidus ense
Persequitur nudo , facilique in cæde triumphato
Donec luminibus nubes objecta recessit
D
Nec demissa neci patuerunt fortia Graïûm
Corpora,sed pecudum truncata cadavera passing
O pudoret vili fumantes sanguine campi ;
II. Vde Calis
1786 MERCURE DE FRANCE
Cadis ad aspectum pallet sibi redditus Ajax ,
Ac veluti mixtus si quando turbine nimbus
Eripuit lucem ex oculis , et grandine sævâ
Arboribus teneros repetito verbere fructus
Excutit , et segetes latè prosternit in agris.
Ut desolate fulget lux reddita terræ ,
Et fædam ostentat discussâ nube ruinam ,
Attonitus damnis obtutu immobilis hæret
Agricola infelix , et spes deplorat inanes ,
Non secus obstupuit visu Rivalis Ulyssei ,
Ereptosque sibi gemit indignatus Achivos ,
Et quamvis cecidit rabido data multa furori
Victima , quæ possit læsum placare tonantem ,
Non tamen ultrices deponit mitior iras ,
Sed magis atque magis rabie fera corda tumes
sunt ,
Scilicet humanum si quando fervet ab irâ
Postulat humano satiari sanguine pectus ;.
Dumque Jovem iratum communis . victima
placat ,
Non hominem iratum communis victima flectit
At quoniam imprudens animum vindicta fefellit,
Nec manus argivo rubuir decepta cruore ,
Mizta pudore subit mentem vesania , et ardet
In sua lerhiferum convertere viscera ferrum .
Continuo furiis ardens Telamonius , ensem
Corripit Hectoreum , munus fatale , nec hosti
Exitiale tamen , si non se perderet hostis ,.
IL Vol 邀
DECEMBRE . 1737. 2787
Et quem non potuit justo certamine quondam
Vincere Priamides , Ajacem vinceret Ajax.
Ergo manu gladium versans et lumine torvô
Respiciens , nobis, ait , arma negantur Achillis,
Hectoris arma mihi prosint et ab hoste petamus
Auxilium duris rebus , finemque malorum.
Este mihi faciles , precibusque advertite mentem
Ultrices Furiæ , perjuram evertere Trojam
Atridis si fata dabunt , si deinde Mycenas
Incolumes repetent , Ithacam si fortè revisat
Perfidus Eolides , ipsos bellique marisque
Casibus ereptos tranquillâ pace potiri
Ne sinite , ast illos manibus mactate suorum ,
Qui me, qui propriâ cogunt occumbere dextrâ,
Vosque Internales Superi , vos ace , Minos ,
Et Rhadamante , datis qui jura silentibus umbriss
Auditisque dolos , et tristem vertitis urnam ,
Respicite Ajacem' , quem Graïúm injuria perdit ,
Et quoniam terris expulsa recessit iniquis
Justitia , humanas justis expendite causas
Lancibus , accipiat per vos sua præmia virtus ,
Et meritas referant per vos scelera impia poenas
Sic ait , et lateri imperterritus implicat ensem ,
Obvia quà patuêre magis præcordia ferro.
Non aliter forti gladius se pectore condit
Hectoreus , quam si manus Hectoris inferat ipa
sum
Viribus usa suis , manat de vulnere sanguis
* II. Val.
Spumcus
788 MERCURE DE FRANCE
Spumeus , et mixtos atro cum flumine fumos T
Agglomerans , iram invisas expirat in auras.
Labitur exhaustum generoso sanguine corpus ,
Ad Ph egetonteas anima indignata sub umbras
Præcipita spernesque animarum ignobile vulgus,
Nobilis umbra uni sociam se jungit Achilli.
*kkkkkkkkkkkkkkak
DISSERTATION sur la vanité
des Horoscopes à M. le Chevalier
de ***
V
Ous m'avez permis , Monsieur ;
d'entrer en lice avec vous , et quoi
que la qualité de Philosophe Chrétien ,
me donne le droit d'apeller à mon secours
la Théologie , je ne veux point
cependant me servir de cet avantage ; nos
Armes seront égales , et c'est par le seul
raisonnement , et le raisonnement le plus
naturel que je prétends vous démontrer
la vanité des Horoscopes et l'imposture
de ceux qui les tirent ; daignez m'honorer
de votre attention : j'entre en
matiere .
-A quoi sont attachées les prédictions
de vos Astrologues ? à un instant déterminé
qui fait paroître les Astres au Ciel
II. Vol. dans
DECEMBRE. 1737. 279
dans une certaine situation de laquelle
depend la destinée de celui dont ils font
l'Horoscope.
Vous dites avec eux , que les Astres
sont l'unique cause des divers évenemens
qui doivent partager votre vie ,
sans avoir égard au temperament que
reçut votre corps au point qui acheva
sa formation , ou qui lui fit prendre naissance
; car si une fois Vous y aviez égard
les Astres ne seroient plus que des causes
générales , dont l'influence seroit diverse
selon la diversité des sujets , comme
l'est celle de la pluye sur les Plantes differentes
d'un Jardin ; vous ajoutez que
cette cause fatale n'étant pas simple, mais
composée de plusieurs Astres qui sont
dans un mouvement perpetuel elle
change d'activité à tout moment comme
çeux ci changent de situation , d'où
yous concluez qu'il n'est pas extraordi
naire qu'il faille étudier chaque instant
de ce mouvement avec une diligence et
un soin très grand , mais aussi que
quand vous l'avez rencontré vous vous
faites fort de me dire tout ce qui me
doit arriver.
"
Merveille étrange , sept Planettes et
quelques Etoiles fixes dont assés souvent
la meilleure partie est absente ou cachée
II. Vol Sous
1790 MERCURE DE FRANCE
sous l'horison , font dans un instant toute
ma destinée.
Par tout ailleurs je vois que les causés
materielles ont besoin de quelque temps
pour agir , mais les Astres plus habiles
font tout dans un moment , je dis tout
ce qui concerne la durée d'une vie lon
gue et diversifiée de mille incidens , si leur
action se terminoit à un seul effet , present
comme seroit, par exemple , la foi
blesse ou la force du corps , je pourois
vous accorder , pour ne point avoir de
querelle avec vous , que comme le fer
qu'on rougit au feu prend la trempe aussi-
tôt qu'il est jetté dans l'eau , de mê
me le corps de l'enfant sortant du ventre
de sa Mere comme d'une fournaise
ou il a reçu la chaleur vitale , prend son
temperament particulier aussi tôt qu'il.
respire l'air et qu'il y reçoit l'impression
des Astres qui n'agissoient pas si librement
sur lui tandis qu'il étoit renfermé
dans son obscure prison .
Mais en verité , Monsieur , est-il
croyable , qu'à ce premier instant les
Astres jettent les semences de tout ce
qui doit arriver à cet enfant durant plu
sieurs années , et si l'opinion de S. Thomas
est vraie , qu'après un vie longue il
ne reste pas une seule partie des semen-
II. Vol.
CCs
DECEMBRE. 1737. 2791
ces qu'on a reçû de sa Mere , il faudra
donc ou que ces influences passent d'un
sujet à un autre , ou quelles soient inutiles
à prédire le temps et le genre de mort.
Je vous croirois peut -être , si ces Agens
souverains n'apliquoient leur action qu'à
un seul enfant , mais puis- je croire qu'u
ne quinzaine ou une vingtaine d'Astres,
soit capable de faire la destinée de plusieurs
milliers d'enfans qui viennent en
même temps au monde ; encore s'ils n'ayoient
tous qu'une même destinée , mais
quandje vois que chacun d'eux a la sienne
particuliere , quand je vois que vous
voulez qu'au même instant indivisible
ces mêmes Astres fassent encore la destinée
d'une infinité d'Animaux et de Plantes
, je vous avoue que je suis transporté
et que j'ai peine à revenir de mon
étonnement .
Je sçais que l'Arithmetique donne des
regles pour connoître au vrai toutes les
conjonctions possibles des 23 Lettres de
l'Alphabet , et qu'elle les porte jusqu'à
8388 38 4, mais je n'ignore pas qu'elle
termine celle des sept Planettes à 120,
qui ne peuvent arriver que successivement
, aussi bien que celles qu'ils ont
de temps en temps avec les Etoiles fixes.
Comment donc pouvoir trouver dans une
II, Vol. seule
1792 MERCURE DE FRANCE
le con onction d'Astres toutes les con
jonctions qui entrecoupent la vie , non
seulement d'un homme, mais de tous ceux
qui naissent en même temps en divers
endroits de la Terre ; et quand même cet
instant de conjonction entre les Astres
pouroit faire la destinée de plusieurs
hommes , votre Astrologie n'auroit pas
sujet d'en tirer avantage pour l'établis
sement de ses prédictions.
Pourquoi , me direz-vous ? Le voici
C'est que quelque diligence qu'elle apor
te elle ne sçauroit le connoître ; les Horloges
ne peuvent rendre un service bien
sûr en cette occasion : les Astrolabes sont
sujets à plusieurs défauts qui en rendent
la fabrique exacte assés rare ; outre cela ,
de milleHoroscopes à peine en trouverez-
Vous quatre où ce dernier Instrument
ait été employé , puisque la plûpart ne
sont dressés que sur le raport d'une femme
, qui pour porter le nom de sage ne
laisse pas de pouvoir et vous tromper et
être trompée. Je veux encore que l'Astrologue
soit lui - même dans l'attente
pour s'en servir ; il ne faut qu'une nuée
pour troubler tous ses préparatifs ou
quelqu'autre malheur assés ordinaire et
qui est sans remede quand il arrive .
Le Zodiaque a de grands vuides entre
IL Vol. - les
DECEMBRE. 1737 2793
les douze signes dont il est marqué , il
ne sçauroit à chaque moment faire pa-
Foître des Etoiles , sans elle , cependant'
comment tirer un parfait Horoscope ?
Le mouvement de ces Etoiles est aussi
rapide que l'action de vos plus habiles
Astrologues est lente ; pour peu qu'ils
employent de temps à les speculer , elles
changent leurs aspects et consequement
leurs influences , d'où vous infererez
aisément , que dans cette suite de momens,
tous differemment critiques , il est
presque impossible qu'on ne prenne l'un
pour l'autre et qu'on ne laisse échaper le
véritable ; c'est ce que Nigridius expliquoit
par la comparaison de la roue d'un
Potier , sur laquelle on ne sçauroit marquer
deux points au même endroit avec
quelque promptitude qu'on travaille , si
la roue est dans le fort de son mouvement
, car après qu'elle sera arrêtée , on
les verra assés éloignés l'un de l'autre.
C'est pour cela que tous les soins
qu'on
se donne
pour
trouver
ce moment
fatal
se terminent
à un environ
, qui les rend
inutiles
et qu'après
avoir
marqué
l'année
, le mois
, la semaine
, le jour
et
l'heure
de la naissance
, on est contraint
de terminer
certe
gradation
en disant
que
cette
heure
est avancée
d'environ
11. Vol,
tant
2794 MERCURE DE FRANCE
>
tant de minutes , ce qui est la même
chose que si l'on disoit de bonne foi
qu'on ne trouve rien d'assés sûr pour
pouvoir établir un Horoscope , puisqu'il
depend non seulement d'une minute
mais d'un instant déterminé qu'il n'est
pas possible de connoître.
Je vais plus outre , la connoissance de
ce moment est inutile , si elle n'est
precedée ou accompagnée de celle d'un
autre qui lui sert comme de fondement
c'est celui de la naissance ou de la conception
de l'enfant.
و
Le temps précis de la conception est
fort incertain les Meres se trompent
fort souvent et la formation de leur fruit
ne se fait pas dans un instant ; la connoissance
qu'on peut tirer de la naissance
n'est pas moins incertaine , les diverses
parties du corps de l'enfant sortent l'une
après l'autre , et à divers instans , et ainsi
, les Astrologues ont tort d'attacher
leurs productions à un seul instant qui
ne pouroit donner la destinée qu'à la tête
, puisqu'elle paroît ordinairement la
premiere ; car de vouloir atendre le moment
auquel l'enfant commence à respirer
, c'est soûmettre les influences du
Ciel à un peu d'air sans autre raison que
celle d'un caprice opiniâtre.
II. Vol. La
DECEMBRE .
1737.
2795
La tête ne
sçauroit
trouver toute sa
destinée dans le temps qui lui est affec-
-té, puisque les deux yeux qui sortent, au
-même instant quelle , en ont une si differente,
que l'un est souvent net et clair ,
sain et
vigoureux
jusqu'à la mort , et
l'autre est inutile, par
quelque accident,
- dès le
commencement de la vie.
pas Mais si le premier instant ne fait
la
destinée générale , il n'y a guere d'aparence
que les autres soient ou plus
puissans ou plus favorables .
Il y a ,. dites
-vous
, des
Astres
qui
président
aux
grandes
revolutions
et
qui
en
diverses
rencontres
l'emportent
sur
les
influences
des
autres
, qui
ont
dominé
à la
naissance
des
Personnes
particulieres
;
ainsi
dans
un
naufrage
les
Horoscopes
des
-Particuliers
qui
portoient
que
les
uns
mourroient
par
le
glaive
, les
autres
par
, le feu , les autres dans leur lit , cedent à
celui du
vaisseau qui a cû un Astre plus
fort ;je vous passe cette
suposition ; après
cela
comment vos Docteurs ont- ils l'éfronterie
de vouloir rien predire de certain
pour les
Particuliers ,puisque au même
instant qu'ils
s'apliquent à faire un
Horoscope
particulier ils ne
sçauroient
étendre leurs pensées jusqu'à la
destinée
universelle du genre humain, et quand ils
11. Vel C le
2796 MERCURE DE FRANCE
le pouroient,cette connoissance suffiroicelle
pour attacher à l'instant de la naissance
d'une Personne tous les évenemens
de sa vie , si en même temps ils ne
devinent ce que quantité d'autres dont
ils n'ont jamais eû connoissance ,doivent
contribuer par une libre élection , ou à
un évenement particulier , ou à l'enchaînement
qui les lie tous ensemble c'est ce
qui est évident quand ils prédisent la
Papauté à un homme qui ne sçauroit y
arriver que par le consentement de plusieurs
autres.
Ce n'est pas tout , il faudroit que
tout ce qui s'est passé depuis le commencement
du Monde eût une connexité de
dépendance avec l'Horoscope d'un seul ,
puisque cette diversité d'évenemens, qui
partagent les jours de sa vie , supose les
rencontres de diverses Personnes à qui
il a affaire , et ces Personnes ne se trouveroient
pas dans les conjonctures qui
produisent ces Evenemens , si elles n'y
avoient été portées par d'autres qui y
ont été successivement engagées par d'autres
à leur tour , et sic processus in infinitum,
Ce que j'ai dit jusqu'à présent suffiroit
pour vous détromper , mais vos Astro-
11. Vol logues
DECEMBRE . 1737. 2797
logues vous en ont imposé et par leurs
grands mots et par leurs expériences ; je
vais tâcher de refuter les uns et les autres
, donnez - moi encore un moment
d'attention .
Ne vous étonnez point de ces mots
pompeusement farouches dont ils tâchent
de couvrir les mysteres de leur
ignorance .
Ils vous disent que la figure qu'ils tracent,
est la plus auguste que la Mathematique
ait inventé, parce qu'étant composée
de six cercles qui se coupent en deux
points oposés, elle fait la division de tout
le Ciel en 12 Maisons entre lesquelles on
fait passer pour la premiere , celle qui
étant toute cachée,a commencé à paroître
au moment de votre naissance , aussi estelle
nommée la Maison de la vie , parce
qu'elle marque la complexion et les autres
accidens du corps ; celle qui suit s'apelle
la porte d'enfer , mais sous ce nom
effroyable est cachée l'esperance des richesses
que vous pourez acquerir par vctre
propre industrie, on donne àla troisiéme
le nom de Déesse , elle contient tout
ce qui concerne les forces que la Nature
vous donnera,les petits voyages que vous
ferez , les autres ont des noms autant et
plus extravagans que ceux - ci.
Cij Après 11. Vola
2798 MERCURE DE FRANCE
Après avoir distribué les Planettes ou
leurs Maisons avec quelques Etoiles des
plus illustres , vos Astrologues vous parlent
des directions qui font marcher une
Planette ; ils font retentir bien haut ces
mots mysterieux d'Hylée et d'Alcochoden
et alia id genus qu'ils n'entendent
pas eux-mêmes.
Sans aller plus loin, il me suffit de vous
faire remarquer que cette division du
Ciel plûtôt en douze Maisons qu'en
huit , est un effet de la bizarrerie des Astrologues
qui n'ont encore pû s'accorder
à prendre les deux points des intersections
de ces cercles , ou aux Pôles du
Zodiaque , ou à ceux de l'Equateur , ou
la section du Méridien et de l'Horison ;
et quand même ils s'accorderoient , toutes
leurs remarques seroient inutiles pour
nos antipodes et pour ceux qui habitent
sous les Poles, parce qu'ils n'ont pas les
mêmes aparitions des signes du Zodiaque
et des Planettes que nous avons , ainsi
la plus belle qualité qu'ait la Science qui
est d'être universelle , manque à l'Astrologie
, quand elle se separe de l'Astronomie
pour faire bande à part.
Venons aux Expériences : l'Histoire
des Empereurs Romains vous est favorable
; vous m'alleguez avec emphase
11. Vol
l'Astrologue
DECEMBRE 1737. 2799
PAstrologue Spurina qui marqua à Jules
César les Ides de Mars comme fatales à
sa vie.
Vous m'alleguez Nigidius qui faisant
l'Horoscope d'Auguste naissant , le des
tina à l'Empire du Monde ; l'élevation
de Neron et la mort de sa Mere , toutes
deux prédites et verifiées par l'effet.
L'Histoire des derniers siecles vous en'
fournit que vous avez oublié .
L'incomparable Pic de la Mirande
n'eut point d'autre réfutation des douze
Livres qu'il a écrit contre les Astrologues
, que la prédiction de l'année de sa
mort dont l'évenement ne fut que trop
- veritable.
Je veux bien vous aprendre encore
qu'un Astrologue ayant prédit à Galeas
Duc de Milan , qu'un de ses Vassaux le
tüeroit dans une grande Assemblée de
Peuple, et l'Astrologue étant forcé de découvrir
lui-même ce qu'il avoit apris de
son Horoscope particulier , il répondit
qu'il mourroit aussi en bonne compa
gnie de la chute d'une poutre ; l'un et
Pautre arriva , le Duc pour rendre la
prédiction du Devin fausse , le fit conduire
au gibet , lorsqu'il passoit sous une
Four pour aller au suplice , une poutre
se détache et l'écrase ; le Duc entrant
II.Vol. C iij - dans
2800 MERCURE DE FRANCE
dans l'Eglise de S. Etienne qui étoit
pleine de Peuple à l'occasion de la Fête
du Saint , est poignardé par une maininconnue.
Vous triomphez , Monsieur ,
je vous ai moi - même prêté des armes.
contre moi ; souffrez donc que je pren
ne un second pour me défendre ; c'est
S. Augustin .
1°. Ces prédictions ne sont pas les
effets de la science des Astrologues , mais
de l'intelligence qu'ils ont très souvent
avec le démon ; le démon ne sçait pas
l'avenir , mais il fait part de ses conjectures
à ceux qui lui vendent leurs anies.
2º. La Providence Divine permet quelquefois
que les démons rencontrent , en
prédisant , pour punir ceux qu'une longue
chaîne de crimes entraîne à vouloir
pénétrer l'avenir , et qu'enfin elle préci
pite dans l'abîme du libertinage ; trompés
par l'éclat imposant de ces prédic
tions qui ont leur effet , ils quittent la
souveraine verité , et s'abandonnent au
Pere du mensonge ; en un mot , Dieu
se venge d'eux , en permettant que ce
qu'on leur prédit arrive , quand il est
funeste ou empêchant qu'il n'arrive
quand il est favorable.
و
3 °. Que si le démon n'a aucune part
à ces prédictions , la seule sagacité na-
II. Vol. turelle,
DECEMBRE. 1737. 2801
turelle , qui est ordinairement accompagnée
de beaucoup d'impudence dans
un Faiseur d'horoscope , se hazarde aisément
à prophetiser après qu'elle s'est curieusement
instruite de l'humeur , des¹
Parens , et de la vie de la Personne qu'elle
prend pour objet.
·
N'avez-vous pas remarqué qu'il est'
bien difficile de jouer long- temps au dez
sans amener enfin un bon Point, de même
il ne faut pas s'étonner que parmi un grand
nombre de prédictions fausses , il s'en
rencontre quelques unes de veritables.
Aux Réponses de S. Augustin permettez-
moi , Monsieur , d'ajoûter deux
ou trois Avis , dont vous ferez l'usage
qu'il vous plaira.
Si tout ce que j'ai l'honneur de vous
dire n'est pas capable de vous desabuser
avant que de permettre aux Astrologues:
de faire l'horoscope de votre vie , faites
celui de leur science ; il n'est pas besoin
de consulter les Astres , mais de les consulter
sur les Astres ; interrogez -les sur
l'essence de ces corps lumineux , et en
particulier sur celle du Soleil et de la
Lune , qui sont les plus visibles ; parlez
leur des macules de l'un et de l'autre, des
Excentriques et des Epycycles , et souvenez-
vous que le tribut que payoient
II. Vol. G iiij. autres
2802 MERCURE DE FRANCE
autrefois les Astrologues dans Alexandrie
, s'apelloit le tribut des Sots ; parce
que , dit Suidas , reconnus ignorans , ils
n'étoient consultés que par des ignorans.
S'ils sont en état de vous répondre ,
soyez persuadé , qu'eux - mêmes alors
connoissent fort bien l'imposture de
leurs prédictions , et qu'ils ne défendent:
l'Astrologie que comme une Mere paus
vre tâche de défendre l'honneur équivoque
d'une fille qui la nourit de ses débauches
et de son libertinage.
Enfin , raisonnez là-dessus comme ce
Philosophe si chéri de l'EmpereurAdrien.
Si les prédictions des Astrologues vous
sont favorables , ou elles seront fausses
et elles vous tourmenteront , en vous,
faisant attendre un bien qui n'arrivera
jamais ; ou elles seront veritables , et elles
vous feront languir dans l'attente ,
pour vous ôter la fleur , pour ainsi dire ,.
du plaisir à l'arrivée du bien attendu ;
si elles sont désavantageuses , et qu'elles
soient fausses , une longue crainte vous
fera autant et plus de mal que le mal
même ; si elles sont veritables , vous serez
malheureux en effet , après l'avoir
été long- temps en idée ; et concluez de
tout ceci que l'incertitude de l'avenir est,
II Vol. un
DECEMBRE. 1737. 2803-
un des grands biens que Dieu ait fait à
l'homme ; toutes les richesses de Crassus,
toute la gloire des premiers triomphes
de Pompée , n'auroient servi , dit Ciceron
, qu'à les affliger davantage et durant
toute leur vie , s'ils eûssent sçû le
genre de mort qui les attendoit. Je suis
Monsieur & c.
J. B. PoNCY , Jésuite.
ÉLOGE D'ARLEQUIN
C Elestes Déités dû Pinde , et du Parnasse
Qui formâtes le goût de Virgile , et d'Horace
Et dú celebre Auteur de l'heureux art d'aimer ,
Et leur fîtes le don du grand Art de charmer,
Inspirez en ce jour un aprentif Poëte ,
Qui dans la lice entrant , comme un nouvel
Athlete ,
Implore avec ardeur votre secours divin ,
Pour chanter les talens du fameux Thomassina
Get Acteur fait exprès pour la Scene Comique ,
Excellent entre tous dans le genre Italique ',
Jouant avec esprit le rôle de Balour ' ,
Charme par ses façons et la Ville, et la Cour.
Entre-t- il sur la Scene ? aussitôt le Parterre ',
Le Robin , le Bourgeois , le Clerc , le Mousquetaire
,
G-y D'ue
2804 MERCURE DE FRANCE
D'une voix unanime , et d'un esprit content ,
Lui prodigue à l'envy son aplaudissement.
Que de Muet par crainte il remplisse le rôle ,
On admire son geste , autant que sa parole ;
D'une attitude fine , au défaut de sa voix,
Il fait parler ses mains , il fait parler ses doitgs,
Que de talens divers il nous fait voir ensemble,
Quand dans la même Piece avec art il rassem
ble
Des rôles differens et semble être en effet •
Tout à la fois Enfant , Statie , et Peroquet.
Voyez le Misantrope , ou l'Arlequin sauvage ,
Quand dans l'un ou dans l'autre il fait son personnage.
Dans tous ses entretiens quelle naïveté !
Dans tous ses mouvemens quelle dexterité !
Soit qu'avec Pantalon follement il badine ,
Soit qu'avec ses enfans il danse l'Arlequine ,
On n'aperçoit en lui que graces , qu'agrément
Et de tout le spectacle il fait l'amusement .
Que dirai-je de plus dans la Scene Comique
De son Predecesseur le fameux Dominique ,
Au goût du plus habile et plus fin connoisseur
,
A juste titre il est le digne Successeur.
Illustres Compagnons de ce rare Comique ,
L'honneur et le soutien du Théatre Italique,
Je vous joins avec lui : prenez part à ces Versi
Que vos noms à jamais , brillent dans l'Uni-
Vers Que
DECEMBRE.
1737. 2805
Que pour perpetuer sûrement votre gloire
Ils soient gravés ensemble au Temple de Memoire
!
EXTRAIT d'un Mémoire sur le
Phosphore.
N
Ous avions promis dans notre der
nier Mercure de donner un Extrait
circonstancié du Mémoire sur le
Phosphore de Kunckel , que M. Hellot
lût dans la derniere Assemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences ; nous
nous acquitons aujourd'hui de cette promesse.
Ce Phosphore , connu à présent
sous le nom de Phosphore d'Angleterre,
parce qu'il n'y a que M. Gotfritch Hantkuit
, Chymiste de Londres , qui en prépare
pour le débit , est bien different
des Phosphores en poudre. Celui - ci se
fond dans l'eau chaude comme de la cire
et reprend une consistance dure et
transparente en refroidissant , d'où l'on
voit qu'il peut être moulé sous telle for--
me que l'on veut , proprieté que n'ont
pas les autres Phosphores quels qu'ils
soient. De plus , dans ce Phosphore c'est
l'acide du Sel Marin qui est uni avec la
PI. Vel Cvji matiere:
2806 MERCURE DE FRANCE
matiere grasse et inflammable , au lieu
que dans les Phosphores en poudre, c'est
l'acide vitriolique de l'alun qui se con
centre dans cette matiere. A l'égard du
Phosphore de Balduinus qui n'est que
lumineux et point inflammable , c'est là
concentration de l'acide du Nitre dans .
une terre de la nature de la craye qui lui
donne cette proprieté. Nous ne nous
étendrons pas davantage sur les autres
caracteres qui distinguent le Phosphore
de Kunckel des autres Phosphores ; un
pareil détail nous meneroit trop loin.
Le premier Chymiste qui eut le bon
heur de faire cette découverte en 1677.
fut un nommé Brandt , Bourgeois de la
Ville d'Hambourg ; il cherchoit toute
autre chose , puisque l'objet de son
travail étoit la chimere de l'ancienne
Chymie , c'est- à- dire ce souffre philo
sophique qui conduit à la perfection du
grand oeuvre. Le hazard lui fit trouver
dans l'urine ce que sans doute il n'y cher
choit pas , cette lumiere , ce feu concentré
qui éronna tous les Chymistes et tous
les Physiciens de l'Europe ; cependant la
découverte du Phosphore de Balduinus
avoit précedé celle - ci de quelques mois,,
mais comme celui de ce dernier est d'un
autre genre , ainsi que nous l'avons dit ,
II. Vol Brands
2
3
DECEMBRE . 1737. 28071
12
Brandt eut toujours la gloire d'être le pre
mier qui pût faire voir une matiere trans
parente , froide au toucher , et qui par
le plus petit frotement , ou à l'aproche
de la moindre chaleur , s'allume et met
le feu à tous les corps.combustibles qu'elle
rencontre.
Kunckel vit ce Phosphore , mais ne
put faire l'acquisition du secret , l'infie
delité d'un de ses amis en fut la cause.;.
il sçut seulement qu'il étoit tiré de l'urine
; retourné chés lui il travailla avec
tant d'obstination sur cette liqueur, qu'il
eut le Phosphore , même plus parfait que
celui de Brandt. On peut voir ce qu'il
dit de sa découverte dans le 44. Chap.
de son Laboratoire Chymique. It sçut si
bien la faire valoir , qu'on oublia pres--
que en Allemagne le nom du premier
Inventeur , et que le Phosphore n'y a
porté depuis que le nom du second.

En 1679. Kraft, autre Chymiste Allemand
, qui débitoit le Phosphore de
Brandt, en porta un morceau à Londres
pour en faire des expériences devant le
Roy et la Reine d'Angleterre ; M Boyle
lè vit et sçut qu'il étoit tiré d'une liqueur
apartenante au corps humain. Il conçût
que cette liqueur devoit être l'urine , il
travailla et découvrit le secret des deux
I! Vola- premiers
,
2808 MERCURE DE FRANCE
premiers Inventeurs ; ainsi il doit être
regardé comme le troisiéme Auteur de
la découverte . Il est même demeuré ,
pour ainsi dire , le seul possesseur du se
cret , puisque M. Gotfritch Hantkuit ,
qui est l'Eleve de ce celebre Physicien , a
été jusqu'à présent le seul Chymiste connu
qui en sçût faire en assés grande
quantité pour en fournir à tous les Curieux
de l'Europe.
Il n'y a presque point d'Auteur de
Traité de Chymie qui ne décrive une
préparation du Phosphore ; M. Hellot
ne veut pas les soupçonner d'en avoir
imposé , mais il croit qu'ils n'ont vû que
des vapeurs lumineuses dans leur réci
pient , ou que s'ils ont eû quelque
petite quantité de Phosphore en forme
concrete , selon le langage des Chymistes
, cette quantité ne leur a pû donner
qu'une simple preuve de la possibilité
de l'opération . En un mot , selon lui ,
la réussite complette et réelle du procedé
dépend d'un tour de main qui n'a
été sçû ou avoüé par aucun Auteur , en '
sorte qu'il est inutile de risquer la pénible
opération du Phosphore , sans sçavoir
ce mot dé l'énigme . Cette circonstance
, essentielle à l'opération , est un
petit trou dans la partie la plus enflée
1.1. Vol.
du
DECEMBRE. 1737. 2809
du Balon ou récipient , et ce vaisseau
doit être placé de telle maniere que ce
petit trou se trouve à 4. ou 5. pouces
au-dessus de l'eau dont on a rempli le
tiers du vaisseau . M. Hellot démontre :
P'utilité du petit trou placé dans cet endroit
, mais nous ne pouvons le suivre
dans ce détail . Il ajoûte que le succès de
l'opération dépend aussi du choix des .
cornuës ; que jusqu'à présent on ne con--
noît que celles de Hesse- Cassel , qui puissent
résister à la violence extrême du feu,.
qu'il faut employer pour la distillation
du Phosphores que cette violence ex--
trême du feu dépend de la construction
du fourneau , qui dans une espace assés
petit , doit donner autant ou plus des
chaleur qu'un four de Verrerie. Il pro--
met dans son Memoire la description et
le dessein du profil et de la coupe de
ce fourneau , car dans les opérations difficiles
il ne faut rien négliger de ce qui
peut ou doit contribuer à leur succès .
On jugera aisément de la difficulté et du
pénible de cette opération par le détail
suivant. Pour préparer l'urine qui doit
donner le Phosphore , il faut évaporer
4. à 5. muids de cette liqueur fermen--
tée et la réduire en une matiere dure
noire et à peu près semblable à de la
11. Vol.-
suye
8io MERCURE DE FRANCE
suye`de cheminée. Cette quantité n'en
laisse que 38 livres ou environ ; c'est- àdire
à- peu - près ce qu'il en faut pour
trois opérations à faire dans des cornuës
de la capacité de 4 à 5 pintes.
Ce n'est pas tout , il faut calciner cétte
matiere noire , pour en chasser le sel
volatile, inutile à l'operation , et une partie
de l'huile foetide. L'évaporation et la
calcination doivent être faites en grand
air,sans quoi l'odeur désagréable qui s'en
exhale , pouroit interesser la santé. La
calcination réduit ordinairement cette
matiere au deux tiers de son poids ; on l'arrête
quand il n'y a plus de fumée, et qu'on '
aperçoit une odeur de fleurs de pêcher.
On déssale ensuite cette matiere calcinée
en versant dessus assés d'eau chaude:
pour enlever une telle quantité du sel qui
y est resté fixe, que le résidu desseché ,
ne pese que la moitié de ce qu'il pesoir
avant que d'être lessivé.
On prend 3 livres ou 3 livres et demi
de ce résidu desseche , on les mêle avec
la moitié de son poids de gros sable jaunâtre
qui ne soit pas sable de Riviere , et :
avec 4 ou 5.onces de poudre de charbon
de hêtre; on met le mélange dans la cor
nurë , on place cette cornuë dans le fourneau
, on y adapte- le Balon préparé dont'
H.Vol il
-
DECEMBRE . 1737. 2817
il a été parlé , avec toutes les précautions)
qui dépendent de l'adresse du Chymiste,
et qui sont connuësde tous ceux qui sont
en état d'entreprendre les opérations dif➡
ficiles : ce qui nous dispense de les décri
re plus au long.
Cette opération dure 24 heures , sçavoir
six heures à chaleur douce ; 6 heu
res à un feu qui puisse rougir obscurément
le fond de la cornue ; 6 heures par
un feu augmenté qui rende cette cornuë
d'un rouge de cerise et enfin 6 heures à
un feu extrême pendant lequel le dedans
du fourneau et la Cornue doivent
paroître blancs, sans qu'on puisse les distinguer
l'un de l'autre. Une seule remarque
donnera une idée de la violence de
ce feu; c'est que dans les 6 ou 7 der
nieres heures , on doit consumer dans un
foyer de 10 pouces en quarré et de 18
pouces de haut , plus de deux voyes de:
charbon de la mesure de Paris.
Pendant ces 24 heures, il sort de la cor.
nue differentes matieres : d'abord un ex
cedent d'huile foetide ; ensuite un sel
volatile qui ne peut- être chassé que par
un grand feu ; puis un , sel ammoniacal
encore moins volatile ; après ce sel , des
vapeurs blanches , précurseurs du Phosphore
, et qui comme lui ont une odeur
11..Vol.
d'ail
2812 MERCURE DE FRANCE
d'ail ; enfin le Phosphore lui - même , d'abord
volatile et cherchant à sortir par le
petit trou du Balon ,où l'on voit un petit
jet de lumiere bleuâtre qui dure jusqu'à
la fin de l'opération , et ensuite distillant
comme une cire fondue.
La plupart de ces matieres sortent
avec une telle violence que la conduite du
feu demande sans cesse la présence d'un
Artiste experimenté , sans quoi les Vaisseaux
se briseroient en mille pieces ; et
ce n'est que par le moyen du petit trou
du Balon qu'on peut conduire ce feu
parce que c'est lui qui indique le plus ou
le moins de raréfaction de l'air renfermé
dans les Vaisseaux.
,
Nous en avons dit assés , pour faire
connoître que c'est la premiere fois que
cette curieuse opération a été exactement
détaillée. Aussi est-ce la premiere fois
qu'elle ait été exécutée en France avec
succès. Ce fut le 22. Août dernier , que
l'on rassembla de ce Phosphore fusible
plus beau même que celui d'Angleterre ,
six petits cilindres de 4 poulces et demi
de long pesant ensemble , gros et
quelques grains. L'opération a été repetée
depuis , et a réussi de même.
C'est au Ministere encore plus qu'au
Chymiste , qui a fait l'opération , que le
11. Fola Public
DECEMBRE . 1737 2813
Public est redevable de ce détail . On a
toujours fait gloire en France de mettre
au rang des depenses nécessaires de l'Etat,
tout ce qui peut contribuer au progrés
des Sciences et des Arts.
ODE ANACRE'ONTIQUE
L'A
Sur une Rose.
' Amour de tout temps
En enfant badin déguisé ,
homicide ,
Tendant son Arc , d'un trait perfide
Osa percer mon coeur timide
Trait que ses mains ont aiguisé.
*
Une Rose blanche et nouvelle
Devint l'objet de mes plaisirs ;
Hélas je l'aimois , au tour d'elle
Comme un Amant tendre et fidele ,
J'exhalois mes chastes soupirs .
*
Non , l'Aurore près de Céphale
Ne sentit jamais tel transport.
Contre tous les trésors d'Attale ,,
II. Vol
**
Contro
2814 MERCURE DE FRANCE
Contre ceux que l'Asie étale ,
Je n'aurois pas changé mon sort
*
Mais c'est en vain que l'homme espera
De goûter un parfait bonheur ;
Sa vie est un miroir sincere
Ou plutôt une source amere,
Et d'infortune et de douleur.
He
En vain je bénissois la Terre
D'avoir produit cetre Beauté ;-
Et ma fortune imaginaire
Ayant le faux éclat du verre ,
Eut aussi sa fragilité.
Puis-je me rapeller encore
Ce triste et cruel souvenir
Sur le fertile sein de Flore
Un même jour la vit éclore ,
En même jour la vit mourir.
Par M. Last , à Aixe
II. Vol. LE
DECEMBRE
1737. 2815
Skakakakakakakakakakakakakak
> LE REVEIL de Roger Bon- temps
ou Lettre écrite au sujet de Maître Roger
de Collerye , Poëte peu connu , qui vivoit
sous François I. et qui paroît avoir
donné occasion au Proverbe de Roger
Bon - temps.
continuez , Monsieur , à me
Vfaire des reproches de ce que je ne
donne plusaux Auteurs du Mercure des
Pieces aussi facétieuses que celles que je
fournissois il y a quatorze ou quinze ans.
Je vous ai laissé dire jusqu'à présent , et
je reprends ce que j'avois interrompu,
Mais quoique je vous envoye un Recueil
de Remarques qui a du raport avec ces
anciennes Pieces , je ne me flate pas de
pouvoir continuer lang temps sur le
même ton. Les Histoires de l'espece dont
vous les souhaitez , ne se trouvent pas
dans tous les temps ni dans tous les Pays,
Il faut se contenter de ce que l'on rencontre
en ce genre , comme sur d'autres
sujets.
Le Mercure du mois de Juillet 1725.
après avoir traité de l'Abbas Cornardorum ,
a fait mention à la page 1597. d'un Abbé
11. Vol. des
2816 MERCURE DE FRANCE
des Foux , qu'on élisoit chaque année
dans l'Eglise d'Auxerre. Je me ressouviens
que vous ne regardâtes point ce
Fait comme singulier,à s'en tenir au nom
d'Abbé. Il y a,dit on , à Rhodez un Abbé
qu'on appelle l'Abbé de la Male-gouverne
, qui est aussi un reste de la Fête des
Fous ; il y a aussi cû à Viviers un Abbé
du Clergé qu'on établissoit avec les céré
monies les plus ridicules ,dont il est parlé
dans le septiéme Tome des Memoires de
l'Académie des Belles - Lettres , pag. 255.
et l'on connoît de petites Villes entre
Paris et Auxerre , où les Vignerons mê
me ont un Abbé qu'ils se créent entreeux
pendant le mois de Janvier. C'est
une saison où le travail ne les incommode
pas beaucoup. Cet Abbé , ajoûtet'on
, décide des causes ; il regle les diffi
cultés qui naissent parmi ses Confreres ,
ou que l'on fait naître à dessein : car la
décision se fait en Public dans les Places
de la Ville aux Lieux où étoit autrefois
l'Orme pour les Jugemens , soit des
vant les Eglises , soit ailleurs : c'est une
espece de Saturnales.
,
On lit donc dans le Mercure , à l'endroit
cité, que dans ces siecles gothiques,
tels
que le quatorziéme et le qinziéme ,
et même encore une partie du seizième ,
II. Volo
fon
DECEMBRE. 1737. 2819
on se plaisoit à rimailler sur ces impertinentes
Séances . C'est au sujet de ces anciennes
Versifications , que je veux vous
regaler d'un plat de Poësie du Regne de
François I. Si la rareté donne du merite
aux choses , le Livre dont je vais tirer ce
qui suit , doit être un Livre de merite ,
car on croit qu'il ne subsiste plus dans
Paris,que l'Exemplaire, qui est depuis peu
à la Bibliotheque du Roi .
>
Il a pour titre : Les Oeuvres de Maistre
Roger de Collerye , homme très- savant
natif de Paris , Secretaire de feu Monsieur
d'Auxerre , lesquelles il composa en sa jeunesse
, contenant diverses matieres plaines
de grant recréation et passetemps. On les
vend à Paris, en la ruë neufveNostre -Dame,
à l'enseigne du Faucheur. Avec Privilege
pour deux ans. M. V. XXXVI .
Le contenu du Livre est marqué au
folio verso. D'abord se présente Une Satyre
pour l'Entrée de la Royne à Auxerre.
L'Auteur entendoit par Satyre un Dialogue
divertissant. En effet il yfait parler
les Vignerons d'Auxerre, à peu près dans
le même langage qu'ils tiennent de nos
jours sur les usuriers , &c. Vers la fin du
même Livre est une Ballade ainsi intitu
lée : Cry pour l'Abbé de l'Eglise d'Aust
serre et ses Supposi , je n'avois cité en
11. Vol.
1725
2818 MERCURE DE FRANCE
1725. que quatre misérables Vers François
que l'on debitoit il y a deux cent
ans , au sujet de l'Assemblée qui se renoit
chaque année sous l'Orme , devant
la Cathedrale , le 18. Juillet , pour l'Election
de l'Abbé des Fous ; et je n'en
sçavois alors pas davantage : mais le
Seigneur Roger de Collerye , qui vivoit
alors , et qui avoit vû plus d'une fois
la tenue de cette Assemblée nous fait
comprendre par ce qu'il dit , que toute
la Ville assistoit à cette Assemblée de la
même maniere qu'on pouvoit aller aux
Représentations publiques, et que l'Abbé
et ceux qu'il appelle ses Supôts , y te
noient quelques Dialogues pour exciter
la Compagnie à rire .
Il débute ainsi :
Sortez , saillez , venez de toutes parts ,
Sottes et sots plus prompts que liépars
Et écoutez notre cry magnifique ,
Laissez Chasteaux , Murailles et remparts,
Et vos Jardins et vos Clos et vos Parcs ,
Gros Usuriers qui avez l'or qui clique ,
Faictes fermer , Marchans , votre boutique
Grans et petiz destoupez voz oreilles ;
Car par l'Abbé , sans quelconque trafique ,
Et ses Supposts orrez demain merveille,
IL Vol
N'y
DECEMBRE. 1737 2819
N'y faillez pas , Messieurs dela Justice ,
Et vous aussi , Gouverneurs de Police ;
Vous y viendrez sans flaccons et bouteilles
par l'Abbé ( sans pórter ses lunettes ) Car
Et ses Supposts orrez demain merveilles.
Marchans , Bourgeois , vous , gens de tous mestiers
,
Bouchers , Barbiers, Cordonniers , Savetiers ,
Trompeurs , Fluteurs , Joueurs de chalumeaux ;
Trouvez-vous-y aussi Menestriers ,
· Couratiers
Et apportez de vos bons vins nouveaux.
Vous , Vignerons , laissez vignes et treilles ;
Car par l'Abbé , sans troubler vos cerveaux ,
Et ses Supposts , orrez demain merveilles.
Fait et donné en ung beau Jardinet ,
Tout au plus près d'un joly cabinet ,
Où bons Buveurs ont planté maint rosier
Scellé en queue , et signé du signet ,
Comme il appert , de Desbride-gozier.
Comme les noms sont arbitraires , et
que celui d'Abbé commença à être suranné
au dernier siecle , et la cérémonie
suprimée, il n'en subsista plus qu'un trèsleger
vestige dans le nomde leur General,
qui fut donné à celui qui avoit tous les
calens qui l'eussent fait élire Abbé dans
II. Vol. D les
2820 MERCURE DE FRANCE
les siecles précedens. Les deniers feuillets
de ce volume in 12. contiennent des Epitaphes
de la composition de Maistre
Roger. Comme j'ai vû dans ce petit
Livre le mot de Bon temps assés souvent
repeté , je croirois volontiers que ce se
roit à son occasion que l'on auroit pris
la coutume de dire un Roger Bon - temps.
Remarquez sur tout cet endroit-ci , duự
siziéme feüilletje compte les feuillets
par mes doigts , car chose singuliere , ce
Livre n'est chiffré dans aucune page. )
Vive le Roy , vive le Roy ,
Et tous bons compagnons et moy ;
suis Bon- temps , qui d'Angleterre
Suis ici venu de grant erre
En ce Pays de l'Auxerrois.
J'ai gouverné Princes , Ducs , Rois ;
Deçà , delà , en plusieurs Lieux ,
Et ai vu des cas merveilleux .
J'oubliois de vous dire que Bon - temps
est un des Acteurs de la premiere Piece
dont je tire ceci , qui est la Satyre pour
Entrée de la Reine,
Il paroit bien , au reste , par diverses
gentillesses de ce petit Livre , que Monsieur
de Collerye étoit un vrai Roger
Bon temps. Nous avons eu deux de
II. Vol. Dinteville
DECEMBRE . 1737 2821
Dinteville ,
successivement Evêques d'Auxerre
, c'est du premier , mort en 1530.
que Maistre Roger avoit éte Secretaire :
et c'est aussi plus
probablement de ce
premier dont a voulu parler Rabelais
quoique les Notes qu'on a faites sur ses
Ôeuvres
déterminent le second du nom .
Vous jugerez encore mieux , Mon,
sieur , de la Poësie de Maistre Roger ,
lorsque je vous aurai envoyé une Epitaphe
de sa façon , qui est ainsi intitulée :
Epitaphe de Bachus , Chanoine Tortryer en
P'Eglise d'Auxerre. En attendant je suis ,
& c.
DEFINITION DE L'AMOUR
demandée par &c.
MADRIGAL.
P Rojet fateur
d'enchanter une Belle ;
Soins concertés de lui faire la cour
Galants écrits , sermens d'être fidele ,
Airs empressés , vous n'êtes point l'Amour.
Mais se donner sans espoir de retour
Par son desordre annoncer que l'on aime
Respect timide avec ardeur extrême ,
II' Vol.
Dij
Perseve2822
MERCURE DE FRANCE
Perseverance au comble du bonheur ,
Dans sa Philis n'aimer que Philis même ,
Voilà l'Amour , mais il n'est qu'en mon coeur
AUTRE.
Il n'en est plus , Themire, de ces coeurs L
Tendres , constans , incapables de feindre ,
Qui d'une Amante épuisant les rigueurs ,
Vivoient soumis et mouroient sans se plaindre
Les traits d'Amour alors étoient à craindre
Mais aujourd'hui les feux les plus constans
Sont ceux qu'un jour voit naître et voit s'é
teindre ,
Helas ! faut- il que je sois du vieux temps ?
Certain
AUTRE.
Amour qu'avec crainte on caresse
Et qu'on connoît à son malin souris ,
Court en tous lieux précedé par les Ris ,
Mais bien souvent suivi de la tristesse.
Dans le coeurs des humains il entre avec sou
plesse ,
Habite avec fierté , s'envole avec mépris.
Il est un autre Amour , fils craintif de l'estime ;
Soumis dans ses chagrins , constant dans ses
desirs ,
Que la vertu soûtient , que la candeur anime
Qui résiste aux rigueurs , et croît par les plaisirs,
II. Vol. De
DECEMBRE.
1737. 2823
De cet Amour le flambeau peut paroîtte
Moins éclatant , mais ses feux sont plus doux.
Voilà le Dieu que mon coeur veut pour Maître
Mais il ne veut le servir que pour vous.
MEMOIRE HISTORIQUE
sur la Seigneurie de sainte Geneviève des
Bois.
L
A Seigneurie de sainte Genevieve
des Bois est située dans le Pays de
Hurepoix à six lieuës de Paris , à une
lieuë de Montlhery , et à deux de Cor
beil.
+
Elle a pris le nom de sainte Geneviève ;
de ce que l'Eglise Paroissiale du Lieu est
dédiée à cette sainte , et on lui a donné
le surnom des Bois , parce qu'elle est environnée
de la Forêt de Sequigny , sur
nommée aussi de sainte Geneviève , des
Bois de Long - Pont , et du Bois des Ro
ches .
Cette Seigneurie s'étend sur la Paroisse
de Ville - Moisson , une partie du
Fief du Perray , le Hameau de Liers , le
Parc-Pierre , la Cossoneric
de fort belles mouvances :
II. Vol.
et elle a
D iij Elle
2824 MERCURE DE FRANCE .
Elle a aussi Haute , Moyenne et Base
Justice , dont la premiere concession
doit être fort ancienne , puisque par des
Lettres Patentes données à Paris au mois
de Décembre 1611. Registrées en la
Chambre des Comptes , le 3 Juin 1630.
le Roy rétablit dans cette Terre le droit
de Haute , Moyenne et Base Justice :
ces Lettres sont à la Chambre des Comptes
au 3. Vol . des Ordonnances de
LouisXIII . côté 3.D. fol . 258. et il en est
fait mention dans le recueil Chronologique
des Ordonnances par Blanchard
tom. 2. p. 1430.
La grosse Tour ronde qui est à l'une
des encoignûres de l'Avant Cour du
Château , et dont le haut sert de colom
bier , est un Edifice fort ancien et curieux,
tant pour la solidité avec laquelle il
est bâti , que pour la disposition des logemens
qu'on y a pratiqués .
Cette Tour qui est environnée d'un fossé
plein d'eau étoit autrefois le Château
de sainte Geneviève , et les Seigneurs le
trouvoient alors assés vaste pour eux.
Il y a d'abord au rez de chaussée la
Prison un peu au dessus il y avoit une
petite Chapelle , mais qui est détruite
depuis que l'on a bâti celle qui est dans
le nouveau Château .
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1737. 282
Dans les trois étages au dessus sont des
logemens que le Seigneur habitoit avec
sa Famille et ses Domestiques ; il y a une
cheminée construite de maniere qu'elle
sert à quatre chambres .
Du côté du Nord , il y a deux Tou
relles avec des galeries de communica
tion de l'une à l'autre accollées à la grosse
Tour
Dans les combles et la lanterne étoient
les pigeons , comme il y en a encore
actuellement.
Du haut de la lanterne on découvre les
Hauteurs des environs de Paris , quand
le temps est serein .
L'avant-cour et la Basse- cour qui formoient
l'enceinte de cet ancien Château
sont entourées de murs fort épais et terrassés
, aux encoignûres desquels il y a
quelques Tourelles et Pavillons qui servoient
pour la défense du Château .
Pour ce qui est de la grosse Tour , il
y en a en quelques endroits de pareilles
qui servent actuellement de colombiers,
lesquelles pouroient bien avoir aussi
été anciennement des Châteaux : car
alors les Seigneurs moins fastueux que
ceux d'à-présent y habitoient avec leurFamille
, ce qui suffit à peine aujourd'hui
pour loger leur Concierge et leurs pi
II Vol. Cij geons.
1
2816 MERCURE DE FRANCE
geons ; et c'est peut - être de cette forme
des anciens Châteaux que les colombiers
à pied sont devenus dans l'usage la marque
extérieure des Fiefs .
Le nouveau Château qu'habitent actuellement
les Seigneurs de sainte Geneviéve,
a été bâti par Antoine Boyer Con
seiller au Parlement de Paris , dont le
Portrait en buste est placé au dessus de
la porte du vestibule.
Le Château , la seconde cour et le
parterre sont entourés de fossés revêtus
de pierres , qui étoient autrefois pleins
d'eau vive , mais on en a laissé perdre
ces .
Il y a dans le Château une grande
chambre , que l'on nomme la chambre
du Roy , parce qu'en effet Louis XIV .
en allant et revenant de Fontainebleau
y a couché plusieurs fois du temps du
Marquis de Noailles , qui avoit épousé
Dlle Louise Boyer, Fille d'Antoine Boyer
Seigneur de sainte Geneviève , lequel
Marquis de Noailles fut fait depuis Duc
et Pair : on tient aussi que ce fut pour
le passage du Roy , lors qu'il alloit à sainte
Geneviève , que l'on fit le chemin pavé
qui traverse la Forêr.
Il y a au bout du parterte un porẻ
tique sur les piliers duquel on a re
II. Vol.
présenté
DECEMBRE. 1737. 2827
représenté en demi bosse des Nymphes
qui versent de l'eau de leurs Urnes ; on
assure qu'elles sont du celebre Jean
Gougeon qui a fait la Fontaine des SS.
Innocens à Paris en effet ces deux
Ouvrages sont dans le même goût , ce
qui merite bien d'être remarqué , puis
que le Cavalier Bernin , qui étoit bon
connoisseur , disoit qu'il n'avoit rien vû
de si beau que les bas reliefs de la Fon
taine des SS. Innocens.
Il y a aussi dans le Parc plusieurs Statuës
et autres morceaux de Sculpture , et
dans deux Pavillons des Peintures à Fres
que , qui paroissent d'une bonne main :
mais le temps et les injures de l'air ont
fort dégradé tous ces beaux Ouvrages .
On ne doit pas omettre ici un fait assés
singulier concernant sainte Geneviéve
. Le Sieur Monerot qui avoit acheté
cette Terre à vie de M. le Maréchal de
Noailles , ayant fait faire de son temps la
garenne forcée qui est au bout du Parc ,
il se trouva dans le terrain qu'il fit enfermer,
quelques Terres apartenantes au
Sieur Bardon de Moranges, Seigneur du
Fief de Launoy- S . Michel qui est près
de là .
¡ Le Sieur de Moranges ne ceda ces
Terres qu'à deux conditions. L'une, que
II. Vol. Dy le
2828 MERCURE DE FRANCE
le Seigneur de sainte Geneviève seroit
tenû à perpetuité d'envoyer à l'offrande
de la grand' Messe qui se celebre en l'Eglise
Paroissiale de S. Michel sur Orge
le
jour
du
Patron
, Fête
qui
arrive
le
29
.
Septembre
,
un
Cierge
de
cire
blanche
d'un
certain
poids
, et
un
lapin
blanc
.
L'autre condition , que le lendemain
de S. Michel le même Seigneur seroit
tenû aussi à perpétuité de faire dire en
l'Eglise de S. Michel une grand'Messe
et Service des Morts pour le repos de l'ame
de Hugues Capet , Tige de la 3. Race
de nos Rois..
Ces deux conditions s'observent enco
re ponctuellement , excepté qu'on ne
porte plus le lapin blanc à l'offrande
mais à la Sacristie.
Il y a dans la Cour du Château de
sainte Geneviève , une Chapelle où l'on
dit tous les jours la Messe , elle a été
bâtie par M. Boyer qui a fondé 1.50. liv..
pour l'entretien du Chapelain..
L'Eglise Paroissiale de sainte Geneviéve
est fort ancienne ; on y voit l'Epitaphe
en marbre de Dame Louise Boyer
Duchesse de Noailles , Dame très vertueuse
qui y fut inhumée : l'Aiguille du Clocher
est bâtie toute de pierres de taille.
L'Eglise de Morsan qui est à une lieuë de
11. Vol.
lุ.
DECEMBRE. 1737 282.9
là , est une Succursale de sainte Geneviéve.
Certe Terre a apartenu successivement
au Maréchal de Noailles , Pere , à
Jean Emanuel Marquis de Noailles son
Fils , à M. le Maréchal Duc de Noailles :
et elle apartient à présent à Madame la
Présidente Amelot de Gournay.
DIALOGUE DES OMBRES.
Damon , Antoine.
Q
Damon.
Uoi c'est toi , Maître Antoine §
Antoine.
Oui , Monsieur , c'est
moi-même
Que du Destin la volonté suprême
Envoye ici quelques jours après vous
Damon.
Tu me parois bien gay !
Antoine.
Monsieur , nous devons tous
Ou plus tôt ou plus tard faire ce grand voyage.
Quelqu'un est - il exempt de venir en ces lieux
Et soit dit entre nous , le parti le plus sage
Est de vouloir ce que veulent les Dieux,
II. Fol Dvj Damon
2830 MERCURE DE FRANCE
Damon.
Quoi tu n'es pas fâché d'avoir quité la vie
Antoine.
D'en prendre aucun chagrin je n'eus jamais
d'envie ;
Et quel plaisir avois- je au séjour des Humains &
Je vivois chaque jour du travail de mes mains
Avec beaucoup de fatigue et de peine ,
Sans goûter un moment la douceur du repos ;
A peine avois - je au bout de la semaine
De quoi m'entretenir et payer les impôts.
La mort a fini tous mes maux ,
Et je viens dans ces Lieux , puisqu'il plaît à la
Parque ,
Passer l'inévitable Barque ,
Tranquile, gay , gaillard , dispos
Et libre de ma conscience ,
Subir d'Aique et de Minos
Le Jugement et la Sentence,
Mais vous , Monsieur , à ce que je puis voir ,
Vous venez à regret dans ce sombre manoir.
Je vous vois tout rêveur , sombre et mélancho
lique ,
Comme un homme saisi d'une terreur panique ;
Yovs vous donniez pourtant là haut bien du
bon temps ,
Dans les plaisirs , les divertissemens ,
Les jeux , les ris , la bonne table ,
Yous meniez chaque jour une vie agréable,
II. Vol Fils
DECEMBRE . 1737. 2831*
Fils d'un bon Usurier, possesseur d'un gros bien,
Riche comme unCrésus vous ne manquiez de rieng
Fille jolie et femme aimable ;
Sçavoient prévenir vos désirs ;
Jamais Plutus , dit - on , ne trouva d'inhumaines,
Que manquoit- il à vos plaisirs ?
Damon.
Eh ! voilà, mon ami , le sujet de mes peines.
Jeune , riche , bien fait , à l'âge de trente ans ,
La Mort me fait sentir son atteinte mortelle ,
A peine suis-je au monde , à peine ai - je le temps
De me connoître ; hélas ! cette cruelle
M'oblige de quitter dans le même moment
Ce que je possedois de doux et de charmant.
Encor si cette inexorable
M'eût averti , mais non , ainsi qu'un miserable ;
Elle m'enleve et m'entraîne en ces Lieux .
Pouvez- vous le souffrir , grands Di´ux !
Que le faquin et l'homme d'importance ,
Soient traités de même façon ,
Et que la Mort n'y mette aucune difference ?
Antoine.
Votre plainte, Monsieur , n'est pas trop de saisong
Car enfin après tout , dans votre voisinage
N'avez - vous jamais vû mourir
Amis ou parens de votre âge !
Damon.
Dans leur printemps j'ai vû périr
II Vol. Agle ;
2832 MERCURE DE FRANCE
Eglé , Philis , Climene et le jeune Philindre ,
La belle Hebé , la blonde Iris ,
Le tendre Lisimon et le vaillant Atis «
Antoine.
De quoi pouvez-vous donc vous plaindre
La mort de ces amis , à parler franchement ,
Etoit pour vous un avertissement
Que l'on meurt à tout âge.
Damon.
Hélas ! dans la jeunesse
Des exemples pareils font peu d'impression ,
Y fait-on seulement la moindre attention ?
C'est le temps des plaisirs , des jeux , de la texè
dresse ,
I en faut profiter.
Antoine.
J'en demeure d'accord ,
Mais convenez aussi que vous seul avez tort.
Vous deviez être prêt , car la Mort , à bien direj.
Ne surprend que celui qui veut être surpris.
Ces exemples récens de parens et d'amis
Sont suffisans pour nous instruire.
Et de- là je conclus que l'éclat , la grandeur ,
La richesse , les biens , tout ce qu'à de flâteur-
La fortune la plus brillante ,
Ne sont pas tant à souhaiter ,
Puisqu'on n'en jouit pas au gré de son attente ,
Et qu'il en coûte tant quand il les faut quitter.
Par E. M. J. D. E. de Meauxe
DECEMBRE . 1737 2838
"
REPONSE aux Observations sur la
position de Vellaunodunum , ancienne
Ville des Sénonois , inserées dans leMer
cure du mois de Septembre 1737. par M..
le Tors , Lieutenant Criminel au Bail
liage d'Avalon..
J
P
E crois que ce que j'ai dit dans ma
Lettresur Vellauno dunum etGenabum ,
et dans ma réponse à M. Maillart , peut
suffire pour exposer les raisons
les raisons que j'ai
eû de ne pas faire partir César d'Agendicum
, mais du Pays de Langres où son:
Armée étoit assemblée , pour aller au se
cours des Bofens :
L'Auteur des Observations prétend que
César est parti d'Agen licum , parce que·
c'étoit sa Place d'Armes , si c'étoit uneraison
, il auroit du y aller d'abord , et
en faire le rendez - vous de son Armée ;
cette convenance qui ne s'accorde pas
avec le Texte de César , ne m'en paroît
pas une dans le cas pressant où il étoit
et sans aucun beso n de recourir en personne
à sa Place d' Armes:
J'ai fait faire à la verité une route plus
forte à César , que celle qu'il lui faict
11. Vol.. faire,,
2834 MERCURE DE FRANCE
faire , en le faisant partir de Sens , qu'il
prend pour Agendicum , et passer par
Château - Landon , qui est selon l'Auteur
Vellaunodunum , pour arriver à Or
leans Genabum. Mon idée a été d'accorder
la marche ordinaire du Soldat Romain
avec une marche forcée , et j'ai
pris,suivant ce que m'ont paru valoir les
termes de César , cette marche forcée ,
pour moins considerable que ces grandes
marches que César dit avoir faites ,
et je lui fais faire en celle - ci , trois lieuës
et demie ou environ , plus que la marche
ordinaire.
Il ne faut pas faire entendre que César
soit parti absolument dans l'Hyver
puisqu'il dit que c'étoit sur la fin , et
qu'il doutoit s'il feroit sortir les Légions
trop tôt de leurs quartiers , sin maturius
ex hybernis educeret , ce qui pouroit obliger
à ne pas prendre les choses à la rigueur
; je les y ai cependant prises , et
en suivant la regle de donner quatre cent
minures ou cinq heures d'été au Soldat
pour faire six lieuës et demie , n'aura t'il
pas eû pendant l'Hyver même un temps
suffisant pour faire dans le reste de la
journée trois lienës et demie de plus ?
LeSoldat qui faisoit ces six lieuës et demie
en cinq heures d'été , les aura faites
II. Vol.
en
DECEMBRE . 1737. 2835
en six heures deux tiers d'Hyver ; il y
aura mis plus de temps , si on veut ,
mais il faut toujours convenir , qu'au
moins dans un cas nécessaire , il aura pû
faire dix lieuës. J'ay pû d'autant mieux
apliquer à l'Hyver la mesure de ces marches
, quoique prise sur la durée des
heures d'Eté, que l'on sçait qu'on peut
dire d'une grande heure , hora astiva
comme on peut dire d'une petite heure
hora hyberna , puisque c'est la duré : qui
les distingue , quoiqu'elles sapliquent
aux saisons.
Jai fait sentir , comme l'Auteur des
Observations , que les deux premieres
journées que César employa , pour arri❤
ver du Lieu de son départ à Vellauno
dunum, étoient moins fortes que les deux
qu'il mit pour aller de Vellaunodunum a
Genabum , puisque j'ai dit qu'Avallon
que je propose pour Vellauno lunum , à
dû être à peu près à égale distance de
Genabum Gien , que du Lieu d'où César
partit , du Pays de Langres.
·
Le même Auteur combat un inconvenient
que mon Systême ne lui a pas
présenté , quel circuit César , partant du
Territoire de Sens, auroit- il fait suivantM.
le Tors ? Et je ne fais pas partir César
du Territoire de Sens , mais de celui de
Langres L'Auteur
2836 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur demande ensuite si on poura
se persuader qu'Avallon,qui est à plus
de vingt lieues de Sens , fut une Ville des
Sénonois ; si leur Territoire avoit une si
grande étendue qu'il est plusexact de conce
voir qu ' Avallon apartenoit comme aujourd'huy
aux Eduens , qui vraisemblablement
étoient separés des Sénonois au Nord par le
cours de l'Armangon .
Il est très difficile de donner précisé
ment la véritable étendue au Pays de
chaque Peuple des Gaules du temps de
César , et je ne crois pas qu'on me conteste
le principe que j'ai déja avancé
de n'en pas juger par les divisions dos
Diocèses Ecclésiastiques , au moins pour
ce temps là Quand on en jugeroit
par ce que nous en pouvons sçavoir ,
on ne peut donner là dessus rien de fixc
ces Peuples avoient des guerres assés fré◄
quentes , et leurs Frontieres changeoient
suivant leurs succès.
Le Pays des Sénonois suivant l'état ac
tuel de la Métropole du côté des Eduens,
n'est éloigné que de trois lieuës d'Avallon
, le Diocèse d'Auxerre finissant au
Village de S. Moré , et celui d'Autun à
celui de Voutenay , quoique le Bailliage
d'Avallon ait pour bornes de ce côté là
leTerritoire de Serniselle avec Voutenay,
II. Vol.
DECEMBRE 1737. 1837
et que Voutenay soit du Diocèse d'Au
tun et du Bailliage d'Auxerre mais
comme Voutenay est une des Terres du
Chapitre de Vezelay ,
elle est sortie
avec Vezelay du Pays Avallonois , Pigus
Avalensis dont elle dépendoit , Hist.
Viz. Spicil. F. 2. pour passer dans le
Bailliage d'Auxerre. C'est la division du
Nivernois d'avec la Bourgogne , qui a
fait perdre à l'Avallonois Vezelay , et
plusieurs autres Cantons qui sont aujourd'huy
du Nivernois ou de l'Auxerrois ,
pour le ressort.
Enfin on voit dans la vie de S. Didier
Evêque d'Auxerre T. 1. Bibl . Manus
Labb. p. 425. Que les Pays d'Auxerre
et d'Avallon finissoient à un endroit
commun : Simulque Novam Villam tam
in Pago Avalense quam in Autissiodorense,
Je crois que ce Nova - Villa peur être
Nailly près S. Moré à trois lieuës et demie
d'Avallon , et que la Riviere de Cure
sur laquelle il est situé, faisoit le parë
tage des deux Pays.
Mais il importe peu pour mon Syste
me en quel endroit on fixe l'ancienne li
mite des deux Pays , puis qu'étant contigus
, il sera toujours vrai de dire, qu'en
atribuant Avallon au Pays des Sénonois
, on ne doit pas s'en former l'idée
II. Vol comme
2838 MERCURE DE FRANCE
comme d'un Pays beaucoup plus étendu ,
puisqu'il ne s'agit que de trois lieuës de
plus , et qu'il n'a pû être question de
reculer bien loin la Frontiere du Sénonois,
quelque part qu'on la fixe.
Enfin César ayant pris Vellaunodunum
sur les Sénonois pour ne pas la laisser
deriere lui , et quo expeditiore re frumenta
ria uteretur , semble l'avoir attribuée aux
Eduens , puis qu'elle leur procuroit une
facilité de lui conduire les vivres ; c'est
une question de sçavoir si on peut proposer
une place actuellement du Sénonois
pour Vellaunodunum ; il semble
qu'on devroit prouver en ce cas qu'elle
a été restituée à leur Pays , étant fort
naturel de penser qu'après la guerre fi-

nie les Eduens furent mieux traités
que les vaincus , et qu'ils retinrent une
Place dont- ils n'avoient fait usage pendant
les troubles que pour rendre servi
ce à César.
Ce qui étoit arrivé à Genabum de la
part des Carnutes , et sa prise par César ,
font bien voir qu'il en vouloit à cette
Ville , mais il ne se seroit pas mis si tôt
en Campagne , au milieu de tant de périls
et de difficultés , s'il n'avoit été ques
tion que de cette vengeance , et si le motif
de secourir les Boïens n'avoit été alors
11. Vol. le
DECEMBRE.
1737. 2839
le principal et le plus pressant ; il lui
étoit facile de remettre une vengeance à
quelques mois , et à la saison de faire la
guerre , mais l'obligation de secourir des
Alliés foibles et assiegés, ne souffroit pas
de retards ainsi s'il prend Genabum avant
que d'aller au secours de Gergovia , c'est
que c'étoit son chemin, il ne pouvoit faire
autrement.
L'Auteur demande par quels chemins
Militaires César aura été d'Avallon à
Gien ; on peut lui répondre avec Bergier
L. 1. C. 9. n. 5. et 6. S'il y avait
quelques grands chemins semblables avant
Auguste , je crois qu'ils étoient bien rares
ayant été celui qui prit à bon escient cette
matiere à coeur, d'agrandir et d'alloncher les
anciens chemins d'Italie et d'enfaire de nonveaux
par les Provinces .
Et au même Livre ch. xv. n. 5. Que si
nous venons aux Provinces , nous trouve,
rons qu'Auguste César a quasi fait travailler
par tout mais specialement en la Gaule
par Agrippa son gendre et en Espagne
par lui même
Il ne faut donc pas toujours prendre
les chemins Romains pour suivre César
dans ses routes , puisque peut-être tous
lui sont- ils postérieurs ; la consruction
de ces chemins ne ressemble en rien à la
II. Vol.
manier
2840 MERCURE DE FRANCE
J maniere de bâtir des Gaulois et.on
sçait qu'ils ont les Romains pour Auteurs
; mais César avoit d'autres affaires
sur les bras , qui ne permettent pas
qu'on lui atribue ces chemins , qui demandent
la tranquillité de la paix , et un
temps.considérable , pour être portés à
la perfection où nous voyons qu'ils
ont été.
Ainsi ces Traditions de chemins
de César et de passages qu'on lui fait
faire par certains Pays , sont bien peu
fondées. Le nom de César est devenu si
grand , qu'il a été depuis celui des Empereurs
, et il n'aura pas manqué d'être
apliqué par erreur ou par flaterie à celui
dont la gloire l'aura fait porter à tant
d'autres et l'opinion qui atribue à Jules
César l'Itineraire connu sous le nom
d'Antonin ; aidoit peut- être autant ces
Traditions , qu'elles en étoient apuyées.
******* : * :*******
E
ENIGM E.
En tour Pays je suis utile
Au Berger comme au plus grand Roy ;
Par tout on me porte avec soi ,
A la Cour , aux Champs , à la Ville,
11. Vol.
Jo
DECEMBRE. 2845 1737.
Je suis mauvaise , je suis bonne ,
Je fais du mal , je fais du bien ,
Suivant que mon Maître l'ordonne ;
Je vaux beaucoup , ou ne vaux rien
Enfin telle est ma destinée ,
Qu'en prison toujours enchaînée
On ne plaint point mon triste sort
Et qu'assés souvent l'on me mord.
?
LOGOGRYPHE EN SONNET
A Rche , Caen , Chien , Arc , Chaise ,
Ancre , Franc , Cire , Crin ,
Aire , Chair , Scie , Sein ,
Anis , Haire , Cher , Fraise
Crane , France , Nicaise ,
Chaire , Sire , Caïn ,
Chaîne , Chine , Serin ,
Char , re , fi , fin , ais , aise ,
If, Nice , rien , écran
Ane , Sina , craie , an ,
Fa , nacre , farce , Frise ,
Riche , Car , Cran , race , air ,
11. Vol.
Niche
2842 MERCURE DE FRANCE
Niche , ris , anche , fer ,
Se trouvent dans F......
Par Du Chemin Musicien;
AUTRE.
L Ecteur , je porte dans mon nom
En six Lettres , Chair et Poisson ;
Peché qui met l'homme hors de soi- même ,
Dont tantôt il rougit , tantôt il devient blêmes
Ce qu'on remarque au Ciel , lorsqu'il est peu
serain ;
Ce que mérite un Roy qui remporte Victoite :
Pierre dont on se sert dans certain Territoire ;
L'Ouvrage d'un Ancien fait ( dit- on ) de sa
main ;
Le travail de l'Abeille ; un Ruisseau Poitevin,
Par le même
AUTRE.
Lecteur , je suis certaine maladie ,
Qu'on atribue à la Cavalerie..
Ne vas pas , cher ami , t'alambiquer l'esprit ,
Voici tout uniment , ce que mon nom pre
duit :
Un des Enfans du premier Pere ,
Le Sinonyme de sincere ,
Un arbre toujours verd : ce qui comprend les
mois ; Plus
DECEMBRE . 1737.
2843
Plus , un ton Musical : tu me tiens cette fois.
SI

Par le même.
LOGOGRYPHUS.
I septem gradiar pedibus , sum doctor ,
ecce
Si mihi sex dentur , finem inter utrumque locabor.
Si tantum sunt quinque , ero gens antiqua. Datur
nunc
Pronomen , si sint mihi quatuor . At pede tantum
Denique si trino gradiar , mox bestiafiam.
Per E. M. J. D. L. Meldæum.
NOUVELLES
LITTERAIRES
DES
BEAUX ART S.
ETTRE de M ..... au sujet du
Livre intitulé DE
LITURGIA ROmani
Pontificis in solemni
celebratione
Missarum, Libri duo, ubi Sacra
Mysteria
ex antiquis
Codicibus ,
præsertim Vaticanis
, aliisque
Monumentis
plurimùm
illustrantur curâ et studiô D. Georgii
II. Vol. Rha- E
2844 MERCURE DE FRANCE
Rhodigini Præfecti Bibliotheca J. Renati
IMPERIALIS S. R. E. Presbyteri
Cardinalis Ampliss. 1 , vol. in-4. Roma
MDCCXXXI .
Quoique je sois assés attentif à lire
tous les Journaux qui s'impriment en
France , et les Nouvelles Litteraires qui
y sont jointes , je ne me souviens pas ,
M. d'y avoir aperçu aucune annonce
du Livre de M. l'Abbé Dominique Geor
gés De Liturgia Romani Pontificis in solemni
celebratione Missarum & c. imprimé
à Rome en 1731. Ce Livre cependant
meritoit d'être annoncé avec distinction
, non seulement à cause du sujet
qu'il traite , mais encore par raport à
l'Auteur qui s'est déja distingué par une
Dissertation qu'il a écrite en Langue
Italienne l'an 1724. contre l'usage trop
frequent , à ce qui lui paroissoir , où
étoit le Pape, de porter la Chappe rouge à
longue quenë.
·
A la premiere inspection de cet Ouvrage
, j'ai reconnu par les citations qui
y sont en grand nombre , que l'Auteur
n'a pas rendu inutile l'avantage d'être le
Bibliothequaire d'un Cardinal , et d'un
Cardinal résident à Rome , où la Biblio
theque du Vatican suplée à tout ce qui
peut manquer aux autres, Il m'a paru
11. Vol,
,
que
DECEMBRE . 1737. 2845
que l'usage qu'il a fait de tous les Livres
imprimés en France sur la Liturgie , revient
à la gloire de l'Eglise Romaine ,
dont il prouve l'antiquité des Cérémonies
. Comme tous les Catholiques , &
même tous les François ne sont pas d'accord
sur certaines Antiquités Écclesiastiques
, l'Auteur penche aussi tantôt
pour l'un , et tantôt pour l'autre. Les
Menard , les Mabillon , les Labbe , les
Thomassin , les Martene y sont souvent
cités. André Bocquillot , Chanoine d'Avallon
, y est quelquefois loüé , quelquefois
attaqué, Bellote, Doyen de Laon,
et Grancolas , nommés pour garants de
certains points ; mais Dom De Vert , ni
le Pere le Brun , ni M. de Moleon n'y
sont non plus cites , que s'ils n'avoient
jamais écrit.
Après cette Notice generale de tout le
Livre , je suis bien aise de me borner
en cette premiere Lettre à vous parler
de la Disquisition préliminaire , et de
vous marquer ce qui m'y paroît être à
retoucher. Dans cette Disquisition de sa
cro Ministerio , c'est- à- dire , sur les Vases
sacrés , M. l'Abbé Georges fait valoir
extrémement l'Inventaire des dons que
S. Didier ( Desiderius ) fit à l'Eglise d'Auxerre,
dont il étoit Evêque au commen-
II. Vol.
E ij.
cemen
2846 MERCURE DE FRANCE
cement du vII. siecle , et qu'il n'y a
point de Chapitre où il n'en rapelle
quelque chose. Il faut voir ce que j'en
ai dit dans le Mercure de Janvier 1726.
p.17.oùje ne regarde point cesVases comme
sacrés , mais comme une garniture de
buffet et des meubles précieux , dont le
Saint fit hommage à son Eglise , parce
qu'il étoit très- opulent ; je ne prétends
pas cependant que quelques-uns de ces
Vases ne pussent avoir servi à l'usage
sacré , s'ils étoient auparavant sanctifiés
par la Priere ; mais quel usage , par
exemple , pouvoit - on faire de fourchettes
dans les Mysteres du Christianisme ?
Cela étoit bon chés les Juifs. M. Georges
ne prouve pas bien l'usage Ecclésiastique
des fourchettes , page cxii.
On a pû conserver dans le Trésor de
S. Tron qu'il cite , de petites fourchettes
par curiosité. Les Epées servent- elles
dans l'usage des SS. Mysteres ? et néanmoins
on en montre dans les Trésors.
Je connois un Trésor d'Eglise Métropolitaine
, où l'on conservoit ces années
dernieres un couteau , qui n'étoit pas
certainement là pour couper & partager
les Eulogies. Je parlerai plus bas de
T'usage auquel il avoit servi. Si S. Didier
d'Auxerre offrit de grandes Pieces d'ar-
I,Vol. genDECEMBR
E. 1737. 2847
genterie à son Eglise , ce fut pour les
convertir à l'usage des pauvres et pour
les réparations , et afin d'en avoir des
ornemens et autres décorations pour la
même Eglise , tant durant sa vie qu'a
près sa mort.
1
J'ai observé en second lieu que M.
Georges ne nous donne pas une idée
tout-à - fait exacte de la situation des images
dont il est parlé dans la Vie de Leon
IV. Il auroit dûr faire un tour en France
pour y voir comment les Anges y sont
situés à l'Autel.Ce n'est point sur l'Autel
même qu'il faut s'imaginer qu'ayent été
placés ces Anges , comme il le dit dans
le Titre du Chapitre xxix. mais autour
de l'Autel . C'est ce qui paroît visible
ment dans toutes les Cathedrales où l'on
a conservé les anciens Autels; il y a ordinairement
quatre ou six colomnes de
cuivre auprès de l'Autel , et sur ces colomnes
sont des Anges de cuivre ou
d'argent , selon la faculté des Lieux .
Quelquefois ces Anges tiennent les Instrumens
de la Passion , quelquefois c'est
un cierge qu'ils ont à la main , ou bien
tous les deux ensemble . S'il est utile aux
François de voyager quelquefois en Italie
pour se mettre au fait de plusieurs
Antiquités profanes , il pouroit être éga-
II. Vol. E iij lement
2848 MERCURE DE FRANCE
lement utile aux Italiens , et surtout aux
Romains , qui ne voyent presque plus
chés eux que des Eglises nouvelles , er
des Décorations assés récentes , de voyager
enFrance, où il paroît qu'on est plus
attaché à la conservation de l'Antiquité
Ecclesiastique.
Par la même occasion il eût appris ce
que peuvent être les Ostia et les Ostiola,
dont il fait mention à la fin du même
Chapitre, et que M.Du Cange n'a pas expliqués.
Comme M. Georges se dispense
de cette explication, je crois pouvoir produire
ce que je pense de ces deux termess
je dis donc que ce sont des voiles , autrement
apellés rideaux ou courtines. Les
Italiens sont surpris quand ils voyent
nos anciens Sanctuaires de France déco
rés de voiles ou rideaux comme un lit.
C'étoit l'ancien usage , et cet usage se
perd peu à peu . Il y avoit aussi des Tombeaux
qui étoient parés de même ; et ce
n'étoit pas une idée fort extraordinaire ,
que d'orner un Tombeau à la maniere
d'un lit , ou de le parer de pieces d'étoffes
qui pouvoient se tirer comme on falt
les portieres des salles . Ainsi Ostium signifioit
ouverture , et lorsqu'on tiroit
ou levoit les rideaux , la porte étoit cen .
II. Vol. sće
DECEMBR È. 1737. 1849
sée ouverte. M. Du Cange ayant mis ce
mot dans son Dictionaire de la basse Latinité
, l'a crû employé à l'occasion du
Tombeau de S. Riquier , dans un sens
extraordinaire ; et c'est ce qui fait pour
P'explication que je lui donne car s'ik
signifie des portes ou des guichets qu'on
ouvroit pour regarder au dedans d'un
Tombeau ou sur sa superficie , Ostium
ne seroit plus hors de sa signification
commune et ordinaire.
J'ai promis de vous parler d'un cou
teau conservé dans un Trésor d'Eglise
parmi l'argenterie , sans que ce soit un
couteau sacré , et sans qu'il ait servi à
couper le Pain Beni ou les Eulogies . Ce
couteau étoit au mois de May 1734. dans
une des armoires parmi les Reliquaires
de l'Eglise de Notre-Dame de Paris , où
Pon me le fit voir ; la lame en est pointuë
, le manche en est d'yvoire ; et je
lûs sur ce manche cette Inscription gravée
en caractere capital qui me parut
êrre du douzième siecle : Hic cultellus
fuit Fulcheri de Buolo per quem Wido dedit
areas Drogonis Archidiaconi Ecclesie sancte .
Marie ante eand. Ecclesiam sitas pro Angiversario
matris sue. Il est évident par
cette Inscription que ce couteau étoit un
couteau profane , dont Foulcher de Bueil
II. Vol.
£ iiij
Se
2855 MERCURE DE FRANCE
se servit pour la formalité de la dona
tion qu'il fit de quelques places de devant
Nôtre- Dame. Un couteau qui a
servi à marquer l'investiture d'un bien
ayant été conservé dans un Trésor . parmi
les Ornemens et les Vases sacrés , il
me semble qu'il en faut conclure que
tout couteau dénommé dans un Inventaire
d'argenterie d'Eglise , ne doit pas
pour cela être jugé avoir servi à couper
les Eulogies . Je suis , &c,
A Paris , J. L. B. P. C. A. 1737
*
LE NOUVEAU JEU DU QUADRILLE,.
venu des Indes Espagnoles , apellé au,
Roy venda , pour prévenir toute contestation
, et pour l'intelligence de ceux
qui sçavent jouer l'ancien. A Paris , chés
Langlois , rue S. Etienne d'Egrès , au Bon
Pasteur , 1738. in- 8ª .
EPITRE
A M.de Claville sur la troisiéme Edition
de son Traité du vrai Mérite.
LAVILLE , cher Ami , ton excellent
CLA
Traité
Fait honneur à ton coeur autant qu'à ton génie,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1737 2851
Le Public en est enchanté ,
Et le succès t'éleve au dessus de l'envie .
Peut-être que blâmable en son retardement ,
Ma Muse avec empressement
Devoit plutôt sur cet Ouvrage
"Que tu viens d'enrichir de nouvelles beautés ,
T'envoyer un nouveau suffrage ,
En Vers par l'estime dictés ,
Mais Saugrain ton heureux Libraire
Qui se fait un Perou de tes rares talens ,
Par trois Editions qu'il débite en trois ans ,
Te préconise mieux que je ne pourois faire.'
Il paroît , sans nom de Libraire , sur'
la permission de M. Herault , une ODE"
SUR LA MORT DE S. A. S. M. LE C. DE
TOULOUSE . Cette Piece est de M. Desforges
Maillard , si avantageusement connu
par le Recueil de Poësies , imprimé sous le
nom de Mlle Malcrais de la Vigne . Cette
nouvelle production n'est pas moins digne
que les meilleures de cet Auteur ,
des Eloges dont les plus fameux Poëtes
et les plus éclairés Connoisseurs de ce
siecle les ont honorées .
L'idée du Poëte est des plus nobles et
des plus heureuses , et elle est parfaiteent
remplie. Il supose que Neptune
instruit par la Renominée de la mort de
I. Vok
Ev
2852 MERCURE DE FRANCE
,
ce Prince , se livrant aux plus justes regrets
, rapelle tout ce qui peut lui faire
mieux sentir la perte qu'il vient de faire ,
en décrivant toutes les vertus du Héros;
sa douleur ne s'apaise qu'en jettant les
yeux sur le sort du Fils et du digne Heritier
de ce Prince : la gloire dont il prévoit
que son jeune Successeur se couvrira
les vertus pacifiques et guerrieres
qu'il doit faire éclater , et dans lesquel
les il sera affermi par les soins et les
exemples de son auguste Mere , et d'un
Oncle aussi illustre que le Maréchal de
Noailles ,sont les seuls soulagemens qu'il
peut trouver dans un si grand malheur.
Mais pour mieux mettre nos Lecteurs en
état de rendre à cet Ouvrage la justice
qui lui est duë , il faut en raporter quelques
morceaux : voici comme Neptune
commence à parler du Prince.
TOULOUSE ne vit plus , la vertu soupi
rante
Frémit et se couvre de deuil
La fidelle Amitié , la Douceur expirante ,
Se jettent avec lui dans l'ombre du cercueil ;
Soutien des malheureux, il prenoit leur défense ;
Tendre , compatissant , prompt à les soulager ,
Ses bontés prévenoient la timide indigence
C'étoit , pour son grand Coeur , s'enrichir ,
qu'obliger.
11. Vol. Ensuite
DECEMBRE . 1737. 2853
Ensuite ce Dieu , à l'occasion du combat
de Malaga , s'exprime ainsi :
Mais un Bourbon peut tout : sa valeur signalée
Par des Exploits laborieux ,
A travers les écueils de la Plaine salée ,
Fit triompher des Lys l'étendart glorieur./
Epouvanté moi- même au bruit de son Tonnerre
Dont les feux redoublés imitoient les éclairs
Je crus que Jupiter me déclaroit la guerre ,
Et venoit me ravir le Royaume des Mers.
Quel transport different s'empara de mon ame
Quand de mon vain trouble remis ,
"
Je vis envelope de fumée et de flamme ,
Son Vaisseau foudroyant * deux Flottes d'Ennemis
j
Leurs Poupes en désordre évitoient sa pour
suite ,
Comme on voit l'Aquilon ; de ses Antres gla
cés
S'élançant avec fougue , écarter , mettre en
fuite
Les Nuages dans l'air vainement amassés.
La façon dont le Poëte fait parler Neptune
du voyage que leRoy cut la bonté de
faire pour aller de Fontainebleau à Ram-
* M le Comte de Toulouse montoit le Fou
droyant, qui portoit 104. pieces de canon et 90%
bouillet ,
hommes.
II.Vol. E vj
2854 MERCURE DE FRANCE
bouillet , voir le Comte de Toulouse ,
n'est pas moins glorieuse pour le Monarque
que pour le Sujet.
De son rang jusqu'à lui franchissant l'intervalle
,
Son Maître l'alla consoler :
On vit , malgré les ans et l'Automne inégale
Sur ses pas avec zele un Ministre voler .
LOUIS , un tel honneur rejaillit sur toi- mê
me :
י ד
Payer d'un prix si beau l'amour qu'il eut pour
toi ,
C'est unir , sans blesser la Majesté suprême ,
Les sentimens de l'homme , à la Grandeur du
Roi.
Voici une Description vraiement poëtique
que fait l'Auteur , lorsque Neptu
ne ayant fini l'éloge du Prince , s'arrête
pressé par ses sanglots.
Alors , les yeux en pleurs , les pâles Nercides ,
Le coeur vivement attendri ,
Brisérent l'ornement de leurs tresses humides ,
Les Tritons allarmés ne formerent qu'un cri.
Une funébre horreur sur les ondes tranquilles
Peigait affreusement l'image de la mort ,
* L'Auteur entend ' ici par l'Automne ; la
Déesse de cette Saison , sans quoi il auroit dit
'Automne inégal..
DJ Vol . Les
DECEMBRE. 1737 2855*
Les Sirenes sans voix , surprises , immobiles ,
N'eurent que des soupirs pour accuser le sort.
Nous finirons cet Extrait par la belle
comparaison qui désigne le Duc de Penthievre.
Ainsi , quand sur la rive , à la tempêtte en butte ; ›
Un Oranger cede à ses coups ,
Les Nymphes et Protée affigés de sa chute ,
De l'Aquilon cruel détestent le courroux : ·
Mais un beau Rejetton qui croissoit sous son
ombre ,
Déployant dans les Airs son feüillage Acuri ,
Les console , s'éleve , et par des fruits sans nom
bre ,>
Promet de remplacer cet arbre si chéri .
T
Prault , pere , Quay de Gêvres , a imprimé
depuis peu une Piece du même
Auteur à la louange de l'inimitable Mlle
Sallé. C'est une Allegorie très- ingenieuse
où le Poëte donne la Genealogie de cette
célébre Danseuse , telle qu'Apollon vient
de la lui aprendre. C'est ainsi qu'il raconte
comment ce Dieu l'assura que malgré
l'opinion commune , il avoit triomphé
de la belle Daphné . C'est Apollon ·
qui parle ::
Le sombre éloignement , la jalouse imposture
11 Vol
De
856 MERCURE DE FRANCE
De l'infidelle Antiquité ,
De cent faits differens masquent la verité ,
Aux yeux de la Race future,
Saisis du Merveilleux , dupés par de faux bruits
Les Poëtes , souvent Echos fort mal instruits
Ont alteré mainte avant̃ute .
L'imagination change , ajoûte , embellit ,
Et le fard délicat lui donne du crédit,
La mienne avec Daphné par eur fut mal cont
tée ,
Quand avec Ovide ils ont dir
Que sa fuite précipitée
Fit qu'à mes voeux elle échapa ,
Et que la Belle me trompa
En Laurier metamorphosée.
La Conquête , il est vrai , ne m'en fut point
aisée ;
Je volai sur ses pas , je la suivis long temps ,
Sa jupe qu'agitoient les vents
De desirs en desirs égarant ma pensée
Se prit heureusement aux branches d'un Buisson
,
Et parmi les Haliers , sa jambe embarassée ,
Fit couler tout son corps sur un lit de gazon.
Farrivai , je priai , je fléchis la cruelle ,
Et quoi qu'ait chanté Fontenelle
Dans un Sonner un peu railleur
* Sonnet de M. de Fontenelle qui commence par
de Vers: suis , crioit jadis Apollon à Daphné.
II.Fol. Jc
DECEMBRE. 1737. 2857.
Je triomphai de sa rigutor
De leur secret Hymenée vint une fille.
C'étoit d'agilité le plus rare prodige ;
Sur un champ d'Epics mars , sans en courber
la tige,
Oh la voyoit courir avec vivacité :
La Chasse l'occupoit sans cesse`,
Et sa prompte velocité
Des Chevreuils et des Cerfs devançoit la vi
tesse ;
On la nomma Legereté.
Celle- ci fut éprise d'un Berger nommé
Gracieux, et de leur union naquit la Dans
se ; la Danse fut mariée avec le Goût
dont sortit une Nymphe pleine de graces
et de talens , accomplie en tout , de
qui l'austere sagesse désoloit une foule
d'adorateurs jaloux l'un de l'autre , qui
mettoient en vain à ses pieds les dons les
plus rares et les bijoux les plus précieux 3
douée enfin d'un esprit solide , délicat et
vif , ce qui la fit nommée Sallé. Un Berdu
sang d'Adonis l'aima et l'obtint.
Apollon poursuit ainsi :
ger
C'est de là , c'est de moi que descend cette Ac
trice ,
La moderne Sallé , sur qui la main des Dieux
H. Vol
Répandit
288 MERCURE DE FRANCE
Répandit tous les dons qui paroient ses yeux ;
Et son coeur ennemi du vice ,
Montre assés qu'elle a pris sa source dans les
Cieux .
L'Univers la connoît ; Albion enchantée
Loüa , récompensa ses talens précieux.
L'amour de son Pays lui fit quitter ces Lieux ; ·
Quand Opera perdit la Camargo vantée ;
Et ce Spectacle désolé
Ne se fut jamais consolé ,
of P'illustre Sallé ne l'avoit remplacée .
Sallé dont l'air divin ne peut être imité,
Dont la Danse legere , aisément cadancée ,
Brille par sa noblesse et sa vivacité ,
Est toujours à la Cour , à la Ville admirée ;
Et tous les Envieux n'ont jamais condamné
Que sa sagesse réverée . &c.
"
On peut juger par ces fragmens du
reste de la Piece , qui est remplie de fi
nesse , de délicatesse , de legereté et d'a
grémens.
L'ARCADIE DE SANNA ZA R , tra
duite de l'Italien. A Paris , chès Nyon ,
fils , Quai des Augustins , près le Pont
S. Michel , à l'Occasion , 1737% in - 12 . 1
JOURNAL des Audiences et Afrêts
IL Vol du
DECEMBRE . 1737. 2855"
du Parlement de Bretagne , rendus sur
les questions les plus importantes du
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public , in- 40 . Tome premier , contenart
les Arrêts rendus avant la Saint
Martin 1735. A Paris , chés la veuve
Ganeau , rue Saint Jacques , aux Armes
de Dombes .
QUESTIONS ET OBSERVATIONS
sur les Matieres Féodales , par raport à
la Coûtume de Bretagne , par feu M.
Pierre Hevin , Ancien Avocat au Parle
ment de la même Province. La suite des
Consultations du même Auteur. Les
Actes de Notorieté donnés au Parquet
depuis 1721. jusqu'à - present, et les Cons
titutions des Ducs Jean II . et Jean III
avec les Edits de création du Parlement
et des Présidiaux . Vol. in - 4 ° . Ce Recueil
et le Volume précedent ont été imprimés
à Rennes , mais on en trouve des
Exemplaires à Paris , chés la même Libraire.
Il paroît un nouvel Ouvrage perio
dique , intitulé , Nouveaux amusement
de l'esprit et du coeur , qui s'imprime à
la Haye chés Zacharie Chastelain . C'est
11.Vol un..
1860 MERCURE DE FRANCE
4
un Recueil choisi de Piéces fugitives
tant en Prose qu'en Vers , de la même
forme que le Glaneur , et l'on peut as
surer que ce choix est très bien fait. On
y trouve des Piéces de nos plus excellens
Poëtes.

L'Auteur promet d'avoir attention
d'offrir à ses Lecteurs tout ce qu'il
pourra recueillir de plus rares et de plus
amusant dans ces deux genres , et il
paroit par sa seconde Brochure qu'il
se met en devoir de tenir parole : aucune
des Pieces qui la composent , n'avoit
encore paru imprimée , au lieu que
dans la premiere, la plupart quoi qu'ex◄
cellentes étoient déja connuës ; telles que
le Temple de l'amitié , PEpitre sur la Paresse
de M. de B..... le Poëme de la
Pucelle , la Cocarde & c. Il y en a pourtant
d'autres dans cette premiere Par
tie qui ont les graces de la nouveauté , et
qui ne tirent pas tout leur honneur d'ê
tre placées à côté de celles que nous ve
nons de nommer : Il y a entre- autres
des contes très naifs et d'une bonne
main , et des Vers de M. Koy , sur un
Collier,très dignes de son Auteur.
On trouve aussi dans la seconde de
très-jolis contes et plusieurs Piéces de Me
de Voltaire qui ne sont point dans son
II. Vol. Recueil
DECEMBRE. 1737. 286
Recueil un premier Entretien sur la
Géométrie naturelle qui fait attendre la
suite avec impatience ; une Historiette
très bien écrite , enfin des Couplets , des
Epigrammes , des Fables , des Epitres ,
en un mot tout ce qui peut former un
Recueil plein d'agrément et de varieté
et qui se fera rechercher s'il est continué
avec le même goût et le même soin , ce
que l'on doit esperer de son commencement.
La troisiéme Partie qui se fait
atendre avec empressement, arrivera bientôt
, et sans doute ne satisfera pas moins
le Public. Cet Ouvrage se trouve chés les
Libraires qui vendent les Feüilles Periodiques.
Nous rendrons un compte exact
des suites qui paroîtront. Chaque Bro
chure ne se vend que 12 sols.
QUESTION
à résoudre.

est aimé. Il est avec eux à la Campagne
an assassin vient par derriere lui porter un coup
d'épée. Damon tombe : l'un de ses fils poursuit
l'assassin et le tuë , l'autre étanche le sang qui
coule de la playe de son Pere , le troisième sai
si de douleur s'évanouit. On demande qui des
trois a marqué dans cette occasion plus d'a
mour pour son Pere.
II. Vol. EXPRESSÆ
2862 MERCURE DE FRANCE
EXPRESSE Coloribus imagini
D *. *** subscriptum Carmen.
Ulla hic pictura , Nulla hic mendacia
N frontis ,
Idem mentis erat quifuit oris honos.
Aspice , mixta rosis in vultu lilia rident ,
Ornabat roseus candida corda pudor..
-Scilicet hoc fuerat corpus tali hospite dignum ,
Hospitio tali mens quoque digna fuit.
Hen decor ! heu virtus ! viridi succisajuventá
Occidit; at sponsi pectore vivit amor.
Vers mis au bas du Portrait de Mad. ***
D'Iris cette peinture est l'image fidelle ,
Son coeur est peint dans ses attraits ;
Les Roses et les Lys brillent en tous ces traits ;
Mais la vertu rendit son ame encor plus belle ;
Et plus digne de nos regrets.
Cette ame à ce beau corps merita d'être unie ,
Ce corps. incomparable en fut digne à son tour,
Et si dans son Printemps la mort nous l'a ravie',
Elle retrouve une autre vie
Dans le coeur d'un Epoux fidele à son amour.
On avoit annoncé au Public que le
premier Registre en un Volume de l'Armorial
général , qui contient aussi un
Abregé II. Eol
DECEMBRE. 1737. 2863
Abregé Historique des Familles nobles
du Royaume , de leur ancienneté prouvée
, de leurs alliances, de leurs emplois ,
et de leurs services , devoit paroître dès
le mois d'Août dernier . Mais les titres
successivement fournis , ayant été suffisans
pour faire deux Volumes de ce
premier
Registre , on a jugé qu'il étoit
plus convenable de les mettre au jour en
même temps .
Ces deux Volumes sont actuellement
imprimés , et il ne reste plus que la Préface
et la Table , ainsi l'on compte être
en état de présenter au Roy ce Premier
Registre dans les premiers jours de
Mars 1738. et de le distribuer ensuite.
Le prix en sera fixé pour les deux Volumes,
en petit papier à 72 liv. eten grand
papier à 96 liv. et chacun sera libre de
'se les assurer d'avance , soit dans les Bureaux
du Juge d'Armes de France , soit
chés le Sieur Colombat Imprimeur agréé
pour cet Ouvrage .
Pendant la distribution de ce Registre
il en sera imprimé un particulier des
noms , surnoms et Armoiries des Personnes
les plus notables , qui sans être
nobles ont obtenu des Commissaires du
Roy la permission , ou ont acquis- le
Privilége de porter des Armoiries , et on
II. Vol.
2864 MERLUKE DE FRANCE
a crû devoir donner cet Ouvrage séparément
; avec d'autant plus de raison que
ces Familles non nobles , ignorant peutêtre
les Armes qui leur ont été reglées ,
pouroient passer dans l'état de la Noblesse
et s'atribuer des Armes differentes
sous le prétexte d'un même surnom ,
nonobstant l'Arrêt du Conseil du 9.
Mars 1706 , qui défend à toutes Personnes
de s'en aproprier d'elles - mêmes, sans
le réglement du Juge d'Armes de France
, auquel sa Majesté a permis aussi par
le même Arrêt de réformer celles qui
auroient été mal données ou mal expliquées
dans l'Armorial général ordonné
en 1696.
- En mêmetemps que l'on imprimera
I'Armorial général des Privilégiés , on
travaillera au second Registre de la Noblesse
dans le même Ordre alphabetique
que le premier , c'est - à-dire depuis
l'A jusqu'au Z. Mais comme il est arrivé
dans l'impression du premier Registre
, que plusieurs Gentilshommes ont
désiré que l'on refît des feuilles pour les
y comprendre d'une maniere plus étendue
, et que cette opération a retardé le
Cours de l'Ouvrage , on avertit la Noblesse
que l'on remettra pour le troisiéme
Registre les Articles de ceux dont
¿. 11. Vol. les
DECEM DK E. 1737. 2865
les Titres seront fournis après que le rang
de leur Lettre dans le second Registre
sera passé.
On prie aussi ceux qui ont négligé de
fournir les preuves de leurs emplois et
de leurs services,ensemble les Enregistremens
des Lettres d'Erection de leurs Ter
Tes , ou d'autres Lettres sujettes à être
Registrées , de les envoyer exactement
au Juge d'Armes de France , ainsi que
les Titres des Evenemens arrivés depuis
dans les Familles , soit par Mariages ,
Baptêmes , Decès &c. afin qu'il puisse
en faire mention.
EXTRAIT d'une Lettre sur les Ob
servations des Académiciens François
faites au Perou.
J
E crois , Monsieur , que vous seréz
fort aise d'aprendre des nouvelles des
Académiciens qui sont partis pour le
Perou il y a deux ans et demi , et dont on
n'avoit point de Lettres depuis le 31
Août 1736.
Je viens de voir entre les mains de M.
du Fay une Lettre de M. de la Condamine
, datée de Lima du 16 de Mars 1737.
étoit parti depuis six semaines de Quito
pour aller prendre à Lima les fonds
11. Vol. dont
2866 MEKUURE DE FRANCE
dont la Compagnie avoit besoin , ils sont
tous en très bonne santé , leur base est
mesurée proche de l'Equateur , et ils ont
déja plusieurs triangles de faits. M. de la
Condamine a joint à sa Lettre plusieurs
Observations Astronomiques et Physiques,
que M. du Fay doit lire incessament
à l'Académie , il y a tout lieu d'esperer
que ce Voyage sera aussi heureux que l'a
été celui du cercle Polaire, Comme vous
aimez les Sciences , et que vous êtes touché
de ce qui peut interesser l'utilité publique
, je vous fais part de cette nouvelle
avec très grand plaisir . J'ai l'honneur
d'être , Monsieur , & c.
A Paris ce 30. Décembre 1737.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Rochelle le 22. Decembre 1737.
L
'Académie des belles Lettres , fidelle
aux Loix qu'elle s'est prescrite , a
tenu cette année deux Assemblées publiques
, l'une le premier May et l'autre le
20 Novembre.
M. l'Abbé d'Hillerin , Trésorier du
Chapitre , Directeur , ouvrit la premiere
Séance par un Discours à la louange
du Roy , dans lequel il rapelle les principaux
11. Vol.
DECEMBRE . 1737. 2867
cipaux Evenemens de la derniere guerre ,
terminée par une Paix que la générosité
de ce Monarque a donnée à l'Europe ; il
fait sentir en particulier les bontés du
Roy pour cette Ville par le rétablissement
de son Port ; il finit par l'éloge du
Prince Protecteur de l'Académie.
M. Vaslin , Avocat , continua par un
Discours,dans lequel il examina les causes
qui rendent les bonnes Critiques si rares
Le dernier Discours fut un parallele
de la Poësie , et de la Peinture , prononcé
par M. Richard Trésorier de France :
l'Ouvrage a été rendu public.
Le même Académicien devenu Directcur,
fit l'ouverture de la seconde Assemblée
par un Discours sur l'Education de
la Jeunesse dans la premiere partie , il
recherche les causes de la mauvaise éducation
par raport aux moeurs ; dans la
seconde il découvre les causes de la mauvaise
instruction par raport à l'étude
des Langues nécessaires aux Sciences .
M. l'Abbé de la Vau , Prieur d'Aytré ,
lut ensuite un Discours sur l'étude de la
Langue Françoise , dont voici le Plan.
Rien de plus digne d'un bon Citoyen ,
d'un amateur des belles Lettres , et même
d'un honnête homme , que l'étude de la
Langue Françoise; c'est notre Langue , c'est
AI. Vol
F une
2868 MERCURE DE FRANCE
une Langue des plus parfaites , c'est une
Langue que les Etrangers cultivent à l'envi
. Čes motifs doivent nous piquer de la
plus vive émulation pour peu que nous
soyons sensibles à l'amour de la Patrie , à
l'amour des Ouvrages d'esprit , et à l'exemple
de presque tous les Peuples de la Terre.
On peut prouver la perfection de la
Langue Françoise en deux manieres ; par
les Ouvrages qu'elle nous a, donnés , et
par les caracteres qui la distinguent . M.
de la Vau ne touche ici que la premie
re preuve , il se propose de déveloper la
seconde dans un Discours particulier.
Le Pere Valois , Jésuite , termina la
Séance par une Dissertation sur l'utilité
de l'Histoire, et sur les qualités d'un bon
Historien . L'Histoire , dit ce Pere , plaît
aux Lecteurs , elle immortalise les gran
des actions , elle instruit tous les hommes.
Le Pere Valois réduit les qualités d'un
bon Historien à deux points principaux ,
une exacte et judicieuse Critique dans les
recherches , une droiture impartiale dans
les récits . J'ai l'honneur d'être & c.
NOUVEAU Préservatif contre la Rage.
I on
L résulte des Expériences qui ont été
faites depuis peu en France et en Angleterre
, que le Mercure est un souve--
11. Vol. rain
DECEMBRE. 1737. 2869
rain remede contre la rage. Quant à la
maniere de se servir de ce remede , M.
de Sault Docteur agregé au College des
Médecins de Bordeaux , qui l'a employé
le premier , en vûë de préserver de cette
horrible maladie , s'est servi du Mercure
crud apliqué extérieurement en forme
d'onguent ; et le Docteur James Méde
cin Anglois , qui dans la même vûë a eû
recours aussi à ce remede , s'est servi
du Mercure preparé et pris intérieurement
, sçavoir du Turbith mineral . Ces
deux Methodes ayant eû des succès également
heureux , il semble qu'on ne
sçauroit mieux faire que de les joindre
ensemble , de les accompagner des précautions
dont on a accoutumé d'user en
pareille occasion , et d'en composer une
methode en quelque façon générale et
propre à satisfaire à tous les cas qui peuvent
arriver après la morsure d'un Ani
mal enragé.
Pour donner une idée de cette methode
, nous ne l'apliquerons qu'à deux
cas , persuadés que cela suffira à des Lec
teurs intelligents .
Premier cas. Suposons qu'une Personne
vienne demander du secours immé
diatement après avoir été morduë par un
Animal enragé. D'abord on pressera la
Fij partie II. Vol.
2870 MERCURE DE FRANCE
>
partie mordue , et l'on en fera couler autant
de sang qu'il se poura : on fera même
au plûtôt de profondes scarifications sur
la playe , afin de faire couler avec le sang
une partie de la salive que l'Animal enragé
y a déposée. Cette précaution , quoi
qu'en dise M. de Sault , ne sera pas inutile
, puisqu'une Personne qui vit encore
et qui fut morduë d'un Chien enragé
il y a environ quarante six ans , se garantit
de la rage , en partie par la force
de son imagination , et en partie pour
avoir bien exprimé le sang de sa playe
et pour l'avoir même fortement sucée,
On lavera aussi la playe avec de l'eau où
l'on aura fait dissoudre du sel commun ,
et l'on prendra s'il se peut le bain de la
Mer. Après quoi on frotera la partie
mordue avec une ou deux drachmes
d'onguent mercuriel , et l'on continuera
ces frictions jusqu'à ce qu'on ait employé
deux onces d'onguent , en laissant d'une
friction à l'autre des intervales convenables
, afin de ne pas provoquer la salivation
, Cependant on employera les jours
d'intervale le bain domestique , si on
le juge nécessaire , on aura même , s'il
est besoin , recours à la saignée , et en
ças d'indigestion , de dégoût , & c. on
vuidera le malade par le moyen du Ture
II. Vol. bith
DECEMBRE . 1737 2871
bith mineral, pris depuis trois jusqu'à six
grains, réïterant ce remede selon le besoin
et donnant les jours d'intervale une prise
de la poudre de Palmarius décrite
dans la Pharmacopée de M. Lemery sous
le nom de Pulvis contra rabiem.
Second cas. Suposons une Personne
morduë depuis quelques jours par un
Animal enragé. Alors , soit que
là playe
soit encore ouverte , ou non , il paroît
plus convenable de recourir prompte .
ment au Turbith mineral , tant pour
corriger le venin qui s'est insinué dans le
sang , que pour évacuer celui qui peut
s'être déja séparé avec les humeurs digestives.
Il faut même dans l'espace de
18. à 20. jours , réïterer trois ou quatre
fois ce remede , en le proportionant , à
l'âge , aux forces , au temperament et
au besoin plus ou moins pressant du malade
.On ne manquera pas aussi de frotter
par intervales la partie mordue avec
un peu d'onguent mercuriel , et d'avoir
recours au bain domestique ou à celui
de la Mer , à la poudre de Palmarius & c.
On observera de tenir s'il se peut la
playe ouverte pendant quinze , vingt
ou trente jours.
Ceux qui souhaiteront un plus grand
détail sur cette matiere , pouront lire la
II. Vol.
Ciij Disser
2872 MERCURE DE FRANCE
Dissertation de M. de Sault sur la rage ,
imprimée à Paris chés Jacques Guerin
en 1734. ou l'ample Extrait qu'on en a
donné dans le dernier Journal des Sçavants
de 1736 , et les Transactions Philosophiques
de la Société Royale de
Londres pour les mois d'Avril , May et
Juin 1736. de la Traduction de M. de
Bremond , en attendant que M. Bouillet
donne le grand Ouvrage de Médecine
qu'il a promis , l'Histoire générale des
maladies que nous avons annoncée dans
le Mercure de France du mois d'Août.
dernier.
M. Duplessis de la Daviere , Ancien Avocar
au Parlement de Paris , se propose de continuer
le Journal du Palais .
Ce Journal est composé des Décisions émanées
de toutes les Cours du Royaume depuis
l'année 16co . jusqu'à celle de 1700. M. Augeard
a donné depuis 3 Volumes in -4 ° . d'Arrêts
notables , que l'on peut regarder comme une
continuation du Journal du Palais.
Ces Ouvrages ont été abandonnés. M. Duplessis
s'est fait des correspondances dans presque
tous les Tribunaux du Royaume pour pouvoir
coutinuer ces sortes de Journaux , qui paroissent
assés negligés depuis quelque temps.
Pour remplir son Projet il se propose de suivre
le Plan que Mrs. Blondeau et Gueret ont tracé .
Suivant ce Plan , dit-il , dans son projet , on
feroit tous les deux ou trois mois , tous les mois,
ou tous les quinze jours , suivant l'abondance
II. Vol.
des
DECEMBRE. 1737. 2873
des matériaux , paroître un Journal de la grosseur
à peu- près du Journal des Sçavans de Pa
ris. Ainsi , par exemple , on exposeroit en Janvier
1738. prochain le Journal de Décembre 173 7
et ainsi de suite .
Il promet aussi de fournir , en rétrogradant
lès Arrêts de 1737. mais en conservant toujours
la préférence au courant .
M. Duplessis travaille actuellement sur l'an
née 1737.Mrs ses Confreres ,notamment M.Normant
, Cochin , Aubry , et Laverdy , lui ont
remis leurs Cartons de cette année dès le mois
de Septembre dernier. "
L'Auteur du Journal projetté a composé des
Dissertations Civiles , Coutumieres , Canoni→→
ques et Criminelles , pareilles à l'Essay sur les
secondes Nôces , dont on a donné l'Extrait dans
le Mercure d'Août 1737. et on donnera l'Extraig
de son Journal toutes les fois qu'il conviendra
de le faire.
On trouvera chés M. Cavelier, Libraire
rue S. Jacques , des Exemplaires , du Recueil
de l'Académie des Sciences , et Belles
Lettres de Beziers , par le même
M. Bouillet que nous avons annoncé
dans un de nos precedens Journaux .
Le premier de ce mois , premier Dimanche
de l'Avent , le P. Cugny , Jésuite
, prêcha dans la Chapelle du Châreau
de Luneville en présence du Roy
de Pologne , et finit son Sermon par le
Discours suivant , qu'il adressa à S. M.
II. Vol. Fiiij SIRE,
2874 MERCURE DE FRANCE
SIRE.
3
La Providence vous doit une espece de
justification sur bien des Evenemens dont
1. M. faisoit l'objet de ses adorations
tandis que toute l'Europe enfaisoit celui de
ses Murmures ; mais , j'ose le dire , elle y
pourvû dans les ressources de la Religion
qui animent V. M. plus fécondes que toutes
les épreuves où elle vous a mis : dans la
destination de l'unique Princesse , que le
Ciel vous a laissé , au premier Trône du
Monde pour en être l'apuy par les précieux
traits de sa fécondité , et la gloire par l'éclat
de ses Eminentes vertus , en sorte qu'elle
étoit dans son Royaume et ses Etats lorsqu'elle
s'y regardoit peut être comme dans
ne Terre Etrangere : dans cette retraite
miraculeuse , et qui seraplus celebré : que la
plus insigne de nos Victoires , lorsque la
Providence seule avec V. M. lui faisoit un
passage au milieu des Ennemis , et la rendoit
invisible à leurs youx : dans la substi➡
tution d'une Couronne Hereditaire à une
Couronne Elective , comme si la Providence
avoit voulu perpetuer ses dons dans votre
Royale Posterité , et les étendre au delà des
limites de votre vie. Peut être même qu'à
ce moment elle lui prepare quelque nouvelle
gloire , que la prudence humaine ne sçu-
11. Vol. roit
DECEMBRE . 1737. 2875
roit prévoir. Quoiqu'il en soit , en la suivani
ainsi pas à pas au milieu des Routes
les plus mysterieuses , nous en verrions déja
l'Apologie et la justification bien ébauchées;
mais , SIRE , elle sera pleine et entiere
au jour de la manifestation , quand le Seigneur
tirera des profondeurs de son Conseil
le raport et l'enchaînement de tout ce qu'il a
permis , avec votre sanctification ; du secret
de votre coeur , les Sacrifices Heroïques
qu'il vous a donné occasion de lui faire; de
ses Trésors ; enfin la Couronne qui en sera
le prix et qui effacera toutes celles qus
V. M. aura portées sur la Terre.
Le 2 Décembre , Joseph Bourgoing de
Ville Fort,connu dans la République des
Lettres , mourut à Paris , âgé de 83. ans ,
et fut inhumé ainsi qu'il l'avoit souhaité
dans le Cimetière de S. Jean le Rond ;
sa Paroisse . Il avoit toujours mené une
vie très retirée et même cachée , mais ses
Ouvrages l'avoient manifesté. Il est Auteur
entr'autres d'une Traduction des
Lettres de S. Bernard , d'une Traduc
tion des Oraisons de Ciceron en 8. Vol,
in- 12. d'une vie de Sainte Therese , if
étoit né dans la Paroisse de S. Germain
l'Auxerrois , et Fils d'un Juge Garde de
la Monnoye de Paris .
II. Vel
Fv OF
2876 MERCURE DE FRANCE
On aprend de Lisbonne , que le 19 .
Novembre dernier , on pêcha dans le
confluent des Rivieres de Vade et de Lima
, un Poisson monstrueux , qui avoit
Palmes de longueur et 19. et demie
de grosseur.
3 I.
M. d'Anville , Géographe ordinaire du
Roy , a fait imprimer une Dissertation
sur les Pays de Jeço , et de Kamtchatka ,
en réponse d'un Ecrit inseré dans le
Journal de Trévoux du mois d'Août der--
nier. Ce petit Ouvrage ne se vend point.
ESTAMPES NOUVELLES.
La seconde Suite d'Etudes prises dans le bas
Peuple, ou les Cris de Paris , d'après M. Bouchardon
, paroît et se vend rue Saint Denis , au
grand Saint Louis , près le Sépulchre , chés
Fessard , 1737. Ce sont 12. Morceaux en hau---
teur , pareils à ceux de la premiere Suite ; les
caracteres y sont rendus d'une maniere aussi précise
que vraie et sçavante . On y trouve une
Laitiere , un Tisanier, une Vendeuse de Poisson,,
un Aveugle , une Huitriere , un Rémouleur , un
Tonnelier ,
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , continue à paroître avec succès
Clés Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quay.de
L.I.. Vol . P'Ecole,
DECEMBRE . 1737. 2877
I'Ecole , il vient de mettre en vente , de la même
grandeur :
> de la
NOEL - ETIENNE SANA DON
Compagnie de Jesus , né à Rouen le 16. Février
1676. mort à Paris le 22. Octobre 1733. dessiné
par L. Cars , et gravé par G. F. Schmidt.
HENRY VERSEURE , Peintre , né à Gorcum
en 1627. mort près de Dort le 26. Avril
1690. peint par lui même , et gravé par B. Lé- -
picié.
ANTOINETTE DE LA GARDE , veuve
de Guillaume de la Fon de Boisguerin , Seigneur
des Houlieres , morte à Paris le 17. Février
1694. âgée de 56. ans , peinte par Eleonore - So--
phie Cheron , et gravée par G. F. Schmidt.
CAMILLE PERICHON , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Conseiller d'Etat ordinaire et
Prévôt des Marchands à Lyon , né à Lyon le 8.
Février 1679. peint par Grandon , et gravé par
G. F. Schmidt.
Lc Chevalier Servandoni , Peintre et Architecte
du Roy , travaille sans relâche à donner au
Public la réprésentation de l'Eglise de S. Pierre
de Rome , avec toutes les parties et tous les ornemens
qui la composent , comme Nefs , Dômes,
Autels , Bas- Reliefs , Tableaux , Statuës , Dorures
, Mosaïques et generalement tout ce qui
peut être aperçû dès l'entrée principale de la
grande Porte de cette Eglise, d'où l'Auteur prend
son point de vue pour ne rien laisser à désirer à
ceux qui pouroient être curieux de connoître ce
magnifique Edifice , elle sera partie en Perspecti
ve et partie en relief.
La voûte de la Nef, dans cette Représentation ,
aura réellement 70. pieds de haut , et tout les
reste dans la même proportion .
Bvj, Les II. Vok
2878 MERCURE DEFRANCE
Les Figures qui seront placées dans l'Egese , la
feront paroître aussi grande qu'elle l'est réellemeat.
Le sieur Servandoni , qui l'a mésurée lai- même
sur les Lieux , a suivi de plus avec la derniere
exactitude , les Plans et Profils que le Cavalier
Carlo Fontana , Architecte de cette Eglise en a
donnés dans son Histoire du Temple du Vatican,
imprimée à Rome en 1694.
Cette Représentation sera exposée au Public
'dans la grande Salle des Machines du Palais des
Tuilleries , pendant les trois semaines du Temps
Paschal , conformément à la permission que le
Roy lui en a donnée .
Les Curieux et les Amateurs de la bellé et de
la haute Antiquité , seront , sans doute bien aises
d'aprendre qu'il doit arriver incessamment à Paris
un Morceau précieux dans ce genre , connu
sous le nom de Taurobole , qui fut trouvé en
1705. dans le Jardin d'un Particulier à Lyon.
Ce Monument respectable , qui passe chés les
Connoisseurs pour le plus ancien et le mieux conservé
qui soit parvenu jusqu'à nous , est un Autel
d'une espece de Marbre , de quatre pieds de
haut et de 16. pouces de large, sur lequel on voit
un Bas- relief de très bon goût et une Inscription
sur le sujet de ce Sacrifice Taurobolique, qui fut
fait à Rome pour la conservation de la santé
de l'Empereur Antonin le Pieux , l'an 160. de
l'Ere Chrét. Les Dissertations Françoises , Angloises
et Italiennes qui parurent lors de sa dé-
Couverte , ne nous permettent pas d'en dire davantage
. M. de Boze n'ayant rien laissé à désirer
sur cet article , par ses curieuses et sçavantes
Kecherches imprimées dans le second volume de
IL. Pol. P'Histoire
DECEMBRE. 1737 2879
'Histure de l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres .
Nous ne manquerons pas d'informer le Public
de l'endroit où l'on poura voir ce grand et rare
Monument lorsqu'il sera arrivé ici ; on ne sçait
pas à quel dessein le Proprietaire P'y fait transporter,
mais il seroit fâcheux de le voir passer
chés l'Etranger.
Nicolas Wloughels , qu'on prononce Wlougles
, Chevalier de l'Ordre de S. Michel , ancien
Professeur de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , et Directeur de l'Académie de Peinture
que le Roy entretient à Rome , y mourut
te 10. de ce mois , âgé d'environ 70. ans. Il avoit
succedé dans cette place de Directeur de l'Académie
Françoise de Peinture à Rome , à Charles
François Poerson , mort le premier Septembre
1725. dont il étoit survivancier. Il étoit natif de
Paris , fils de .... Wloughels , Peintre estimé ,
Allemand de Nation . Celui qui donne lieu à cet
Article s'étoit fait une réputation pour les petits
Tableaux de Chevalet d'une composition féconde
et ingenieuse , poëtique et raisonnée , mais
souvent un peu implexe et trop abondante . Il a
fait très-peu de Tableaux de dévotion .
M. de Troy , Professeur de l'Académie , dont
on connoît l'heureux génie , la legereté du Pinceau
et l'abondante imagination pour toutes
sortes du Sujets, a obtenu la place que M. Wloughels
laisse vacante;
LETTRE sur une nouvelle Machine
Hydraulique.
Omme votre Mercure est destiné , Monsieur
, à faire part au Public , non - sculement
de ce qui peut servir à perfectionner les
II. Velo Sciences
2880 MERCURE DE FRANCE
Sciences et les Arts , mais encore de tout ce qui
peut plaire et être agréable , nous avons crû que
vous ne nous refuseriez pas d'inserer dans le
premier qui paroîtra , un détail succint d'une
nouvelle Machine qui se voit actuellement à Paris ;
tout y agit par la seule force de l'eau , qui après
avoir réjoui la vûë par un très grand nombre de
Jets d'eau, va se distribuer dans la Machine et lui
donne le mouvement avec une exactitude merveilleuse
. Les Billets imprimés avec permission .
en donnent une idée assés juste ; c'est pourquoi
nous en avons joint ici le précis . Cet Ouvrage a
cû le bonheur de plaire à plusieurs Personnes
distinguées , tant par leur rang, que par leur
science et leur goût.
Nous osons de plus assurer les Personnes cua
rieuses , que nous sommes en état d'exécuter
cette Machine ou toute autre dans le même ordre
, selon leur volonté , en plus grand volume
et dans tel endroit que l'on voudroit choisir
comme pour orner un Jardin , une Ménagerie
un Parc , &c . et d'y former des Jets d'eau d'un
goût tout nouveau et de toute espece . On en sera
convaincu quand on aura vû la Machine
dont la composition représente les quatre Ele--
mens en deux Parties , qui ensemble portent 15 .
pieds de face et 10. de hauteur , où les quatre
Elemens sont représentés par des Figures ornées
de leurs attributs . L'ouverture de la Partie ou
sont les Figures , se fait par la seule force de
l'eau. L'Element de la Terre y est représenté par
quatre Figures qui passent l'une après l'autre ;-
on y voit un François suivi d'un Cheval , pourdésigner
l'Europe . L'Afrique se connoît par un
Turc , suivi d'un Chameau . Un Sauvage , suivi
d'un Lion , désigne l'Amérique. L'Asie est re-
IAI -Vok présentée
DECEMBRE . 1737. 2881
présentée par un Chinois , suivi d'un Elephant.
Ensuite l'on voit une Fileuse tourner son rouet
d'une main et tirer le fil de l'autre . Une Paysanne
traire sa Vache , et une autre battre le beure .
Un Negre battre des Timbales , et un autre jouer
du Timpanon , en remuant les yeux et se regardant
l'un l'autre comme s'ils vouloient s'accorder.
Une Ravaudeuse et un Savetier , qui travaillent
chacun de leur métier. Une Femme qui se
verse à boire et porte le verre à la bouche .
Un homme qui présente à manger de temps en
temps à un petit enfant. L'Element du Feu est
représenté par Vulcain et sa forge , ou trois Cyclopes
frapent sur une enclume , un autre souffe
le feu et un autre lime à un étau . On voit aussi
un Canonier qui boure un Canon , et qui remuë
les yeux Uu Rémouleur qui aiguise un outil , un
autre tourne la meule en regardant la Compagnie
, pendant cela Vulcain remue la tête et les
yeux. L'Element de l'Air est représenté par un
Jupiter qui descend et qui remonte au bruit du
Tonnerre et des Eclairs. Un Moulin à vent qui
tourne ; le Meunier vient de temps en temps à
la porte et la Meuniere à la fenêtre . On voit
aussi une Perspective qui s'ouvre , ou passent 16.
Figures qui représentent les Divinités attribuées
à la Terre et à l'Air ; les quatre Saisons de l'andée
, et les quatre Partics du Jour.
Toutes ces Figures sont au nombre de 41. à
qui il ne manque que la parole , et qui toutes
font leurs differens mouvemens par la seule force
de l'eau , sans que personne y touche. Les
Eaux qui représentent leur Element, avant que de
se distribuer à la Machine , sont occupées à re--
Présenter un grand nombre de Jets d'eau , inse-
LI Vol Iés
>
2882 MERCURE DE FRANCE
rés dans l'autre Partie qui forme une Grotte oxnée
de beaux Coquillages. Cet Ouvrage , unique
en Europe , n'a point encore paru , et fera sans
doute , l'admiration du Public . Il n'y a rien qui
blesse l'honnêteté ni qui puisse faire aucune mauvaise
impression.
On prend 24. sols aux premieres places, et 12 .
sols aux secondes . Cette Machine se voit à quatre
heures et à huit heures du soir. On sera toujours
prêt à satisfaire les Compagnies qui souhaiteront
Ja voir en particulier . Si quelques Personnes sont
curieuses d'en voir la Méchanique à découvert
pendant que la Machine sera en mouvement ,
on les satisfera aussi . C'est à l'Hôtel de Picardie ,
rue S. Honoré, vis-à- vis le Cul- de -Sac de l'Opera.
LETTRE au sujet d'un Ouvrage de
Sculpture en cire , d'un goût et d'une
invention singuliere.
E zele que vous témoignez , Monsieur , à
faire connoître les differens Ouvrages qui
partent des mains des grands Maîtres , donne
lieu d'esperer que vous voudrez bien annoncer
au Public un Paysage en Relief , qu'on doit exposer
à la Foire S. Germain. Il sera orné de
tous les divers objets que l'Art et la Nature peuvent
offrir à la vûë dans une espace d'environ
dix lieues , Figures en cire, d'hommes , de femmes
et d'animaux de toutes especes ; Villes ,
Bourgades , Maisons , Chaumieres , Masures ,
Arbres , Rivieres , Vallées , Montagnes , Campagnes
, rien n'y sera oublié , et chaque Piece
sera placée avec l'intelligence , l'ordre et les proportions
nécessaires pour tromper agréablement
la vûë.
II. Vol. L'objec
DECEMBRE 1737. 2883
L'objet principal , auquel tous les autres sont
subordonnés et se raportent , est la Naissance
du Sauveur . On y verra donc Jesus - Christ dans
une Crêche , vûë dans une ruine d'Architecture
d'Ordre Dorique et Ionique ; autour seront la
sainte Vierge , S. Joseph , quelques Animaux
et plusieurs Bergers , dont les uns adorent l'Enfant
Jesus , et les autres accourent pour s'acquitter
de ce devoir. Dans une Gloire , relle qu'il
est possible de se la figurer , paroîtront differens
Choeurs d'Anges en action de chanter les louanges
du Rédempteur, Comme les distances seront
observées selon les regles de l'Optique , que l'atitude
des Personnages sera extrêmement variée,
les Draperies toujours nouvelles et convenables ,
les couleurs vives et naturelles , en un mot , que
chaque chose y sera dans sa vraie place ; on espere
que le coup d'oeil , en faisant voir une trèsgrande
multitude d'objets contrastés avec art ,
et un Pays immense , produira autant d'étonne
ment que d'admiration .
D'un côté l'Horison sera éclairé par un Soleil
levant , qui jettera des rayons , de l'autre
il sera terminé par des Collines et des Nuages
parfaitement imités . Ce Spectacle , pour être
pieux , n'en sera pas moins curieux et fournira
des plaisirs aussi vifs qu'innocens.
M. de Gourné , Prêtre , qui , en vertu d'un Pri
vilege du Roy , fait graver ses Tables Géographi
ques pour faciliter l'intelligence de l'Ecriture
Sainte , des Historiens et des Poëtes , et serviz
d'introduction à la Géographie ancienne et moderne
, distribue actuellement son Europe , dédiée
à M. Herault , Conseiller d'Etat et Lieutenant
General de Police . Le prix est de 25. sols.
II. Vol. Ceux
2884 MERCURE DE FRANCE
Ceux qui en désireront n'auront qu'à s'adresser
à Paris , chés l'Auteur , ruë S. Martin , à la seconde
maison du côté et de- là le Cadran Pelletier
, vers S. Nicolas des Champs . On y mettra
l'adresse des Libraires des Colleges de Province
qui voudront en distribuer , et on les leur donmera
au prix Marchand.
Le sieur le Carlier , gendrè de défaut sieur
Porcheron , continuë la même Pommade , composée
de Simples , autorisée par Lettres Patentes
du Roy , accordées à défunt Porcheron et à ses
Successeurs , enregistrées au Parlement , aprou
vée de M. le Premier Médecin du Roy , de M.
Helvetius Médecin ordinaire de S. M. et Premier
Medecin de la Reine , de Mrs les Doyen
et Docteurs de la Faculté de Médecine de Paris ,
lesquels ont eux - mêmes guéri par le seul liniment
et frotement de cette Pommade , plusieurs Mala
des de Rhumatismes inveterés , gouteux, douleurs.
de nerfs, nerfs retirés, Sciatiques , Paralysies, Enquilauses
dans les boëtes des genoux , qui ne
cédoient point aux Remedes ordinaires ; elle
guérit aussi les playes abandonnées , le lait répandu
aux femmes , et enflures de jambes ; elle faittranspirer
l'humeur au dehors sans aucunes cicatrices
, elle ne se corrompt jamais et se peut
transporter en toutes sortes de Pays. La même
Pommade guérit les maux de tête , les fluxions
et les hémoroïdes . Il donne la maniere de s'en
servir. Les Pots sont de cinquante sols et de cent
sols , cachetés de son cachet.
Il demeure à Paris , rue Pavée, quartier S. Sau
eur , derriere la Comédie Italienne , proche la
rue Françoise , au premier Apartement , où son
Tableau est exposé.
II Vol SPEC
DECEMBRE. 1737. 2885
22222
SPECTACLES.
la
LA GOUVERNANTE , Comedie en
Vers , en trois Actes représentée pour
premiere fois sur le Théatre Italien le 25
Novembre 1737. de la composition de
M. Avisse.
ACTEURS.
le Sieur Romagnesi.
Orgon , Vieillard.
Geronte , Ami d'Orgon. le Sieur Mario.
Jacinte , Gouvernante
d'Orgon . la Dile
Silvia
Celie, Parente d'Orgon . la Dlle Riccoboni.
Damis , Amant de Celic. le Sieur Riccoboni.
Lisette, Suivante de Celie. la Dlle Thomassini
Frontin , Valet de Damis. le Sieur Des-
Un Notaire.
LA
La Scene est chés Orgon .
bayes.
A Scene s'ouvre par Celie et sa Suivante
Lisette, qui témoigne à sa Maîtresse
la surprise où elle est de la voir
passer si subitement du chagrin à la joye :
Celie lui en explique le sujet , qui esc '
11.Vol. l'arrivée
2885 MERCURE DE FRANCE
l'arrivée de Damis son Amant , dont elle
n'avoit point de nouvelles ; et le Mariage
projetté entr'eux par Orgon leur parent
commun , et apuyé du consentement de
la Gouvernante : ce qui donne occasion à
Lisette de faire le Portrait de Jacinte ,
pour détruire dans l'esprit de Ceiie la
prévention qu'elle a pour cette mechante
femme ; elles font interrompues par l'ar
rivée de Facinte , qui après quelques ordres
donnés aux domestiques , demande
à Celie , si elle est contente de l'hymen
proposé entr'elle et Damis ; Celie sans
s'expliquer davantage , lui en témoigne
sa reconnoissance ; à quoi Jacinte répond
par une feinte modestie , que Lisette releve
par quelque traits ironiques. Les
éclats d'une toux cassée annoncent l'ar
rivée d'Orgon ; Celie & Lisette se retirent
, Orgon demeuré seul avec Jacinte,
explique dans un à parte l'intention qu'il
a d'éprouver cette femme , et se sert de
l'occasion d'une Lettre qu'il vient de recevoir
de sa soeur , qui marque qu'elle
est très -mal , et qu'elle laisse à Damis de
grands biens , ce qui lui laisse la liberté
d'en disposer en faveur d'une Personne
de merite ; ce discours paroît tomber directement
sur Jacinte , qui y répond avec
beaucoup de désinteressement : le vieil
II. Vol. lard
DECEMBRE. 1737. 2887
lard en est si charmé , qu'après avoir
ayoüé la feinte dont il s'est servi pour
l'éprouver , il lui dit ;
Je te donne ....
Facinie.
ch ! Monsieur ,
Orgon.
Oui .. toute mon estime;
Il ajoûte cependant qu'il ne s'en tiendra
pas- là , et sort. Jacinte dans un Monologue
découvre qu'elle est au fait de ce
qu'il veut lui donner ; mais qu'elle a sçu
le rendre genereux malgré lui. Frontin
arrive , elle lui demande quand viendront
le Notaire et le Medecin. A quoj
Frontin répond :
Ils ne tarderont guere
Sur tout votre Notaire ; il me paroît actif ,
D'une humeur enjoüée , et fort expeditif,
Obligeant un chacun , quand on paye sa peine
Aussi-tôt qu'il m'a yû, " je vois ce qui t'amene,
Le pauvre Orgon se meurt. Quel est son as
sassin ?
J'ai compris qu'il vouloit parler du Medecin,
Je ne me trompois pas ; à peine je le nomme
Que , comme un éfaré , vous auriés vû mon
homme ,
Courir de tous côtés , et le visage en feu ,
11. Vol. Endossant
2888 MERCURE DE FRANCE
Endossant son manteau , s'ecrier » Têtebleus!
» Partons vîte : je sçais comme il les les expedie:
» Ennemi d'un Notaire , autant que de la vie ,
‚» Un malade avec lui n'a pas beaucoup de tems ;
Cet homme- là m'a bien souflé des testamens.
Frontin qui est le valet de Damis , et
qui s'est introduit dans cette maison ,
pour épier les actions de Jacinte , feint
dans cette Scene de s'affliger du
peu de
confiance qu'elle lui témoigne , ce qui
paroît engager cette femme à lui faire la
proposition de voler pendant la nuit le
porte- feuille d'Orgon , dans lequel il y a
pour 30000 écus de Billets au Porteurs
Frontin , après avoir fait voir quelque
répugnance , consent enfin à se charger
de la commission ; Jacinte lui fait part de
l'inquiétude où elle est de ce que Damis
n'arrive point on vient alors lui dire ,
qu'un homme se présente pour remplacer
le Maître- d'Hôtel qu'elle a chassé :
Frontin fait entendre qu'il vient de sa
part , et ménage adroitement cette circonstance
, pour engager Jacinte à faire
passer cet homme pour Damis ; ce que
Jacinte accepte : on vient l'avertir qu'Orgon
veut lui parler ; elle sort , et Damis
entre ; ce qui donne le temps à Fronin
d'expliquer à son Maître ce qu'il
11. Vol.
$caic
DECEMBRE . 1737. 2889
C
sçait des intrigues de cette femme ,
et ce qu'il vient de proposer pour lui
épargner les indécences d'un long déguisement
: Damis à son tour fait part à son
valet du chagrin que lui cause la perte
d'un objet qu'il aime , sur quoi Frontin
dit :
Quelqu'Amour en campagne , où je n'ai point
de part ?
Damis.
Frontin.
Tu venois de partir.
C'est un amour bâtard ;
Je lui donne , par grace , encore un jour à vivre.
. . .
Frontin ajoûte que Damis trouvera
dans ce Logis de quoi s'en consoler , et
que Celie.... A ce nom de Celic et sur
quelques explications , Damis reconnoît
que c'est la même Personne dont il veut
parler ; il veut sur le champ l'aller trouver
; Frontin l'en détourne , en lui montrant
le tort que cela pouroit faire à ses
interêts. Damis se rend à ses raisons et
sort.Frontin lui dit d'un ton emphatique:
Allez , et meritez les peines que je prens.
- Ce valet resté seul , et qui n'a osé
parler à son Maître de la proposition du
vol , s'interroge lui - même sur une démarche
11. Vol.
2890 MERCURE DE FRANCE
marche aussi hazardeuse ; et comme il a
intention de rendre tout à son Maître ,
il conclut par ces Vers :
Oui , mon intention , mon but me justifient ;
C'est là que l'honnête homme et le fourbe s’allient
;
Qu'on peut, quand on en fait un usage aussi
bon ,
Se résoudre par fois à devenir fripon.
و
Au second Acte , Orgon charge son
ami Geronte d'un paquet cacheté qui
contient un don de mille écus en Billets,
en faveur de sa Gouvernante , et qu'il
prie cet Ami de lui remettre après sa
mort: Geronte promet de s'en acquiter,
et sort. Orgon fait part à Jacinte qui
arrive , du dépôt qu'il vient de faire à
Geronte , et dont elle doit avoir connoissance
, puisque c'est elle- même qui
en a fait le paquet ; il lui fait valoir
beaucoup l'importance de ce don , et lui
dit qu'il est charmé d'avoir fait sa fortune
; Jacinte qui reste seule , dit qu'il
parle mieux qu'il ne pense , et qu'en éfet
un coup de main heureux vient de rendre
le vieillard genereux malgré lui. Elle
demande à Frontin qui survient,des nouvelles
du vol ; ce valet déplore le peu
de succès de cette entreprise , par un
11.Vols récit
DECEMBRE . 1737.
2851
recit qu'il lui fait de la sorte :
Mais comment faire ? Orgon ne dormoit
d'un oeil ,
que
Et l'autre étoit ouvert fixement sur l'armoire ;
J'ai- moi même eu d'abord quelque peine à le
croire ,
J'ai voulu voir de près : tous deux s'étant ouverts
,
Ont formé sur ma face un regard de travers.
.. chargé d'une grosse épi-
Un ; que veut ce ....
thete ,
Etant alors sorti de sa bouche indiscrete ;
J'ai senti tout mon sang se retirer au coeur ;
E: cru que sur le champ je trépassois de p ur ;
Ayant l'instant d'après fermé les deux par pieres
,
J'ai tenté l'avanture , et de toutes manieres ,
Ce maudit wil s'ouvrant sembloit faire le guet ,
Et j'ai craint par ma foi d'être pris sur le fait ,
Et qu'interprétant mal le but de notre zele ,
Des Juges ignorans ne nous fissent querelle.
Jacinte lui demande des nouvelles de
l'autre Projet , qui est la
Métamorphose
du Me. d'Hôtel en Damis ; Frontin dit
que tout ira à merveille : en effet Jacinte
en est satisfaite en le voyant paroître :
elle veut lui aprendre à jouer le rôle de
Damis devant Orgon ; mais dans le temps
qu'elle commence à l'instruire , le vieil-
II. Vol. G lard
2892 MERCURE DE FRANCE
lard les surprend ; Jacinte pousse dehors
Damis , afin qu'il ne paroisse point encore
; mais Damis fait semblant de s'en
aller , et reste : il vient un moment après
saluer son Oncle , ce qui cause beaucoup
d'embarras à Jacinte , et cet embarras augmente
encore à chaque question qu'Orgon
fait à son Neveu au sujet de la Lettre
que sa Mere lui a écrite , à quoi Damis
qui se fait un plaisir de l'embarras de
cette femme , répond ingenuëment ce
qu'il en sçait Jacinte voyant le bon
vieillard tout ému des discours de son
Neveu , et craignant que ses fourberies
ne soient découvertes , dit en interrompant
Damis , et en criant plus haut que
lui :
Voyez en quel état le pauvre homme est rég
duit !
Vous lui rompez la tête. Eh ! rentrez , mon bon
Maître ,
Voilà ce cher Neveu que vous vouliez connoître.
Elle emmene le Vieillard malgré lui.
Frontin qui reste avec Damis , lui demande
le sujet de cette brusquerie , à
quoi Damis répond :
La verité ne peut s'exprimer d'autre sorte ;
Elle a des traits hardis ; on s'y laisse emporter ;
11, Vol. A
DECEMBRE. 1737 2893
A l'horreur du Tableau pouvois-je resister a
Mon Oncle d'un côté dans le cas déplorable
De n'oser se livrer qu'à cette miserable ?
De l'autre se couvrant d'une feinte douceur ,
La traîtresse à mes yeux triompher de mon
coeur?
Ainsi trop convaincu que si quelqu'un l'abuse
C'est elle absolument qu'il faut que j'en accuse
Les murmures du sang et l'indignation
M'ont causé cette vive et juste émotion ,
Et de moi- même enfin faisant le Personnage
Etant en même temps le masque et le visage ,
J'ai donné libre essor à mon ressentiment...
Frontin découvre dans cette Scene le
vol qu'il a fait du Portefeuille ; il le
donne à Damis , qui l'ouvre avec précipitation
; il est fort étonné de n'y trouver
que de simples Lettres , et entr'autres la
Lettre suposée de la part de sa Mere ;
Frontin reste confus de ce qui pro quo ,
et devine aisément le tour que Jacinte
lui a joué ; cependant il engage son
Maître à le laisser agir , et aperçevant
Lisette , il lui dit de se retirer et de ne
-point voir encore Celie. Lisette qui voit
sortir Damis , qui ne le connoît point
et qui le prend pour le Maître d'Hôtel ,
est étonnée de le voir si bien mis ; Frontin
cherche à s'amuser de son ignorance,
II Vol. Gij
et
2894 MERCURE DE FRANCE
et lui assure qu'on le destine pour Epoux
à Colie , et sur ce que Lisette se fâche de
ce que l'on veut faire épouser un Domestique
à sa Maîtresse Frontin lui dit
d'un air grave :
Parlez avec décence ,
Et sçachez qu'en amour , aussi bien qu'en finance
"
Mes pareils n'ont jamais besoin de leurs ayeux
Et se font un bonheur qu'ils ne tiennent que
d'eux.
Il lui avoue pourtant à la fin que ce
Maître d'Hôtel est Damis lui - même ;
Celie paroît, et Frontin court avertir son
Maître. Lisette continue avec Celie la
feinte de Frontin , ce qui la met au̟
desespoir , et la résoud à fuir . Damis
arrive , la suit , se jette à ses genoux et
se fait connoître ; ils se témoignent réci
proquement la joye qu'ils ont de se voir,
quand ils sont interrompus par l'arrivée
de Jacinte Celie qui n'est prevenuë de
rien , court au devant de cette Femme
la remercie de ses soins et lui declare
leur tendresse mutuelle, avant qu'ils fussent
destinés l'un à l'autre , malgré les
discours que Damis lui tient et les signes
qu'il lui fait de ne point s'ouvrir à cette
Femme . Jacinte interrompt Celie
II. Vol
et
leur
DÉCEMBRE . 1737. 2895
leur dit froidement que puisqu'ils s'aiment
, elle va travailler à les unir. Day
mis emmene Celie pour lui expliquer
le sujet de cette froideur , et Frontin
sortant avec eux leur dit :'
Que le Diable à présent vous tire de ce pas .
Jacinte seule dit qu'elle vient de dé
couvrir la fourberie de Frontin ; mais
qu'elle sçaura bien s'en venger.
Orgon arrive en pleurant et se désesperant
au sujet du vol qu'on lui a fait dë
son Portefeuille ; Jacinte découvre par
là la fausseté du recit que Frontin lui a
fait , elle s'en plaint dans un à parte; mais
le Vieillard entendant nommer Frontin
lui dit en pleurant :
Et oui , c'est lui qui m'a veillé.
Hélas ! jamais si bien je n'avois sommeillé !
Je ne sentois alors toux , gravelle , ni goute ,
Le Diable s'en mêloit , et me berçoit sans
doute.
Jacinte prometà Orgon de lui faire
rendre ses billets , cette assurance augmente
encore sa confiance pour cette
Femme et lui fait dire en sortant avec
elle.
Oui plus je t'examine` ,
Et plus en tå faveur mon coeur se détermine.
II. Vol.
Ģij
Celic
2896 MERCURE DE FRANCE
-
Celie et Damis au troisiéme Acte ,
après s'être plaints de l'embarras où l'excès
de leur amour vient de les jetter
demandent conseil à Frontin qui d'abord
ne paroît être occupé que du danger
qu'il court lui - même ; mais enfin
pressé par Damis il lui dit ,
....

Nous n'avons , pour sortir d'embaras
Qu'un moyen , qui , je crois , ne reüssira pas .
Il propose cependant à Damis d'aller
trouver Geronte , ami d'Orgon et de
lui découvrir ce qu'ils sçavent des intrigues
de cette Femme , ils y consentent ,
et sortent : Jacinte arrive qui cherche à
avoir un éclaircissement avec Frontin &
persuadés tous les deux qu'ils ne cherchent
qu'à se tromper , ils se parlent
avec une reserve et une douceur affectée;
mais on découvre ce qu'ils pensent l'un
de l'autre par ces deux àparte.
Facinte ,
Ah! le Coquin.
Frontin ,
Ah ! la Chienne !
Jacinte qui n'a d'autre vûë que d'intimider
Frontin et de l'éloigner , lui fait
voir beaucoup d'inquiétude sur le malheur
qui le menace depuis la découver-
II. Vol. te
DECEMBRE . 1737. 2897
te du vol dont Orgon le soupçonne ,
après quelques reproches du secret qu'il
lui en a fait, elle lui dit d'un air de douceur.
Allons , rends les effets , Frontin ,'
Frontin.
En conscience
Dame Jacinte sçait que je ne les ai pas .
Ce Valet a beau lui dire qu'elle sçait
mieux que personne ce qui en est et protester
de son innocence , elle ne veut
point l'écouter , et le force de s'évader
pour éviter le danger , en l'assurant de
l'air le plus tendre de l'intérêt qu'elle
prend à ses jours . Frontin étonné de la
malice de cette Femme dit en sortant :
Quelle ruse du Diable ! •
Elle me feroit pendre , elle en est bien capable
Portons- en au plûtôt la nouvelle à Damis.
Jacinte seule se félicite de s'être défaite
du Valet , mais elle redoute le Maître
qui est prêt de se faire connoître et d'éclater
contre elle ; elle dit cependant
qu'elle a imaginé un dernier moyen qui
la mettra à l'abri de tout . Orgon arrive
et lui demande si elle a retiré de Frontin
ses billets , Jacinte lui répond qu'ils sont
on sûreté , et comme le Vieillard insiste
11. Vol. Giiij pour
2898 MERCURE DE FRANCE
pour les avoir sur le champ , elle luirepond
qu'il les aura avant la fin du jour,
ce qui tranquilise le bon homme. On
vient lui annoncer que son Notaire le
demande ; il promet à Jacinte de ne
s'en point tenir au don qu'il lui a fait ,
de la mettre sur son Testament , et se retire
sous pretexte de chercher quelques
papiers dans son Cabinet , mais en effet
pour écouter leur entretien qui roule
sur ce que Jacinte est en droit de se fairenommer
Légataire universelle ; mais
cette Femme s'aperçevant qu'Orgon les
écoute , change de ton : le Notaire continue
toujours à la presser d'accepter le
bien qu'Orgon veut lui faire et lui:
propose de s'unir ensemble pour le partager.
Orgon surprend le Notaire et le
veut chasser de chés lui . Après quelque
résistance il dit bas à Jacinte en sortant :
,
Soyez habile à succeder ,
Et je serai , ma belle , habile à posseder.
Orgon reste avecJacinte charmé de son
désinteressement ; c'est dans cette Scene
où elle employe tout son art pour faire
réussir le grand moyen qu'elle a projetté
; elle commence d'abord par refuser.
le bien que son Maître veut lui faire et
elle apuye son refus sur ces raisons .
11. Vol.
Jacinte
DECEMBRE . 1737. 2899
... .Jacinte , diroit- on ,
Pat sa ruse a séduit le trop facile Orgon ;
Dans sa Succession partage au préjudice
De ses vrais héritiers fondés sur la Justice.
Que sçais- je ! un jour peut- être indignés conte
moi
Ces mêmes heritiers , recourant à la Loi,
Aux pieds d'un Tribunal je me verrái traînée ; "
A toute leur fareur alors abandonnée ,
D'un mordant Orateur mille traits indécens ,
Donnant un titre infâme à des soins innocens
Feront trop bien valoir sa funeste éloquence ;
Et condamnée enfin , dans un honteux silence
Je verrai sans pouvoir survivre à ma douleur ,
Par un cruel arrêt diffamer mon honneur.
Le Vieillard a beau vouloir la rassurer
elle dit que pour prevenir ce malheur elle ,
n'a d'autre parti à prendre que celui - ci,
De vivre retirée ,
Dans une Solitude et du Monde ignorée;
Si pour y subsister mes gages de dix ans
Au service amassés , ne sont pas suffisans ,
Du travail de mes mains l'innocente industrie -
Poura me procurer les besoins de la vie.
Jacinte après avoir attendri le Vicillard
par ce discours lut fait entendre que
ses héritiers travaillent à le faire interdi
re ; le Vieillard paroît enflâmé de cole-
II. Vol Gay [e
2900 MERCURE DE FRANCE
re , et ne trouve d'autre moyen pour se
préserver de ce danger que d'épouser
Jacinte : elle en rejerte la proposition
avec tant de modestie que le Vieillard
en est charmé ; il veut lui baiser la main :
elle le refuse , ce refus le transporte , il
tombe à ses genoux . Tous les autres Acteurs
arrivent et le surprennent danscette
posture ; son ami Geronte lui en
fait des reproches ; mais il déclare hautement
qu'il persiste dans le dessein d'épouser
Jacinte. Aperçevant Frontin il lui
redemande son Portefeuille , Frontin le
lui rend . Orgon est étonné de n'y point
trouver ses effets , Frontin , montrant
Jacinte , s'excuse par ses vers.
Elle a pris les Oiseaux et m'a laissé la cage ..
Orgon n'en veut rien croire ; Geronte
indigné de son obstinatlon , dit qu'il
veut rompre tout commerce d'amitié
avec lui , et commence par lui remettre
le dépôt qu'il lui a confié . Orgon décachette
le paquet , et est bien surpris
d'y trouver les 30000. écus volés , et est
réduit au point de ne pouvoir accuser
de ce vol d'autre que Jacinte , puis
qu'elle même en a fait le paquet . Celie
et Damis profitent de cette occasion pour
découvrir ce qu'ils sçavent des fourberies
LI. Vol. de
DECEMBRE. 1737. 29or
`de cette Femme. Jacinte convaincue
pousse son caractere d'éfronterie jusqu'au
bout , et après avoir tâché de se justifier
par les traits les plus hardis, elle se retire
en disant à Orgon :
Aprenez que les soins que j'ai pris

Sont vos premiers parens et vos premiers amis.
Orgon ayant dit à Damis et à Celie
qu'il va travailler à les unir ensemble
et que désormais il s'abandonne à leurs
bons soins finit la Comédie par cette
refléxion qu'il adresse au Public" :
,
Malheureuse vieillesse !
Mon exemple fait voir jusqu'où va ta foiblesse ;
Trop heureux, si restant gravé dans votre esprits '
Quelqu'un en me voyant sçait le mettre à profit !
L'Académie Royale de Musique remettra
au Théatre l'Opera d'Atis le 7.
Janvier . Il avoit été donné dans sa nouveauté
en 1676, et il n'avoit pas été repris
depuis la fin de l'année 1725. On peut
voir dans le second Volume du Mercure
de France du mois de Decembre de la
même année , ce que nous en avons dit.
Nous croyons devoir raporter ici les sen--
timens de M. de Freneuse , sur le Poë
me et la Musique de cette Piece ..
11. Vol
Gvj | Lo
2902 MERCURE DE FRANCE
Le titre qu'on en trouve , dit- il , danз
les vicilles Editions peut servir d'une
définition assés juste du Poëme de l'Opera.
Le premier Acte de celui ci fut trouvé
sans doute le plus beau . On doit convenir
même qu'il est trop beau par raport.
aux autres. La Scene d'Atis et de Sangas
ride , inspire aux Spectateurs des sentimens
qui s'affoiblissent necessairement
ensuite ; l'attention se refroidit , pirce
qu'on retourneroit toujours volontiers
à cette Scene.
Un bel air de Basse au deuxième Acte,
qui fait grand plaisir , est : Quand on
aime bien tendremen , & c. et cet air d'Hau
te-contre . à la fin du troisième . Acte .:
Espoir si cher et si doux &c.
Quelques gens de bien , ont été choqués
dans le deuxième Acte , de cet endroit
, où Atis après avoir été reconnu.
Pontife par le Peuple , dit humblement.
Indigne que je suis 1. & c.
En effet ce recit et toute la cérémonie
qui l'accompagne sont trouvés trop beaux
en ce qu'ils sont trop touchants et trop.
conformes aux Mysteres de la Religion.
Quelle modestie ! quels tons affectueux..
Les Cabales qui se formoient alors
contre Quinault ne l'empêcherent pas.
Il .Vol.. de
DECEMBRE 1737. 2905
de donner Atis , qui fut representé pour
la premiere fois devant le Roy , ˆ à S.
Germain en Laye , le 12 Janvier 1676 *
Toute la Cour en fut charmée ; la Scene
d'Atis et de Sangaride passa pour un
chef d'oeuvre : elle est encore aujour
d'huy admirée de tous les connoisseurs
qui n'ont point fait difficulté de dire ,
qu'elle ne cede en rien à ce que les Anciens
ont fait de plus beau dans le Genre
Lyrique ; et personne n'á aprouvé l'Abbé
de Villiers lors qu'il a dit :
Mais on rit à coup sûr quand on les voit sou
dain
Changer leur triste Scene en Spectacle badin ;.
Et finir le recit de leurs peines secretes ,
Par les gaillards refrains de fades Chansonetess
Ce sont deux Amans malheureux ;
quoi qu'aimés, qui ont leurs raisons pour
feindre , et de changer de langage , de
crainte que leur secret ne se découvre. Il
ya de la témerité , dit M. le Brun , a
vouloir attaquer des endroits dont les
beautés sont presque inimitables .
La descente de Cybele a toujours pas
sé pour un chef- d'oeuvre : le sommeil?
y regne avec tous les charmes d'un
Enchanteur. Le recitatif est parfaitement
11. Kok beau ,
2904 MERCURE DE FRANCE
beau , et plusieurs Scenes sont d'une Musique
fort galante et fort agréable ; mais
c'est cependant à Atis , dit M. de S. Evremond
, qu'on a commencé à connoître
P'ennui que nous donne un chant continué
trop long- tems .
Les Comédiens François ont reçû une
Tragédie nouvelle sous le Titre de Maximien.
Ils vont donner au premier jour
la Metromanie , Comédie nouvelle de
M. Piron , en vers et en cinq Actes , dont
les répetitions font attendre un très
grand succès.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre la Tragédie de Bajazet , dans
laquelle la Dlle Damesnil joue le rôle de
Roxane avec des aplaudissemens bien
merités .
ELOGE en Acrostiche à Mlle Gaussin
, Actrice de la Comédie Françoise.
raver dans tous les coeurs l'empreinte de ses
charmes ,
doucir par sa voix un severe Cènseur ,
oir à ses sons touchans le Spectateur en larmes
,
atisfaire à la fois et les yeux et le coeur ,
ur son front presenter innocence et candeur
miter de Venus la galante parure ,
Z'est- ce pas de Gaussin une foible peinture ?
N- OU 11..
DECEMBRE . 1737. 2905.
XXXXXXX:X :XXXXXXX
NOUVELLES ETRANGERES ,
A
TURQUIE.
DU CAMP de Kartal le 12 .
Octobre 1737.
Ly Aga , Bach Backi Kouly , est arrivé
·
velle des avantages remportés sur les Imperiaux,
par les Troupes qui sont sous le commandement
de Mimich - Pacha ; voici les particularités
de cette action .
Le 30. Septembre , Mimich - Pacha qui commandoit
un corps de 12000. hommes tint un
conseil de guerre dans lequel il fût resolu de
passer le fleuve Timog , sur lequel les Turcs
avoient jetté un Pont , et d'attaquer l'Armée :
Imperiale qu'on ne croyoit forte que de dixmille
hommes , et qui l'étoit en effet de 21 .
mille ; sçavoir , un corps de 11. mille hommes
qui s'étoit détaché de la grande Armée , et
qui n'avoit pas passé le Danube , et dix mille
hommes d'Infanterie qui avoient joint par un
autre chemin. Cette Armée étoit campée avan
tageusement sur une colline , ayant derriere elle
un bois fort épais , dans lequel les Imperiaux :
avoient placé leur artillerie ; les Turcs resolus
de passer le lendemain le fleuve Timog , curent
avis dans la nuit que les Ennemis s'étoient rendus
maîtres de leur pont , y avoient mis le feu ›
et s'étoient emparés du bord de la riviere . Les
II. Vol. ävis
2965 MERCURE DE FRANCE
avis s'étant trouvés veritables , Mimich - Pacha
tine un second conseil de guerre ; t dans le temps
que l'on étoit irrésolu sur le parti qu'on devoir
prendre , on vînt avertir que l'on avoit aperçu
de l'autre côté de l'eau beaucoup de Turbans ,
et que les Musulmans en étoient déja aux mains
avec les Infideles ; il n'en fallut pas davantage
pour encourager les Turcs , ils vinrent à toute
bride au bord du fleuve et virent qu'effectivement
quelques centaines de Turcs avoient passé
l'eau , et qu'ils se battoienr le sabre à la main
avec les Houssards de l'Empereur ; il se trou
vá dans ce temps là , au bord de la riviere , deut
Paysans qui enseignerent un gué aux Turcs , de
sorte que le reste de la Cavalerie ayant chacun
un Janissaire en croupė , passa l'eau sans aucun
danger. Les Allemans voyant le nombre des
Ennemis augmentés et s'avancer courageusement '
vèrs eux , firent un grand feu de leur artillerie
et de leur Mousqueterie ; la Cavalérie Allemande
composée la plupart des Cuirassiers et des
Houssards , vint en ordre de Bataille sur celles
des Turcs ; ce fut pour lors que le combat s'échauffa
, et après avoir duré six heures, la Cavaléri
Allemande rejoignit son Infanterie qui n'avoit
pas encore eu part à l'action ; les Turcs entferent
pêle - mêle dans le Camp et encloüerent '
quatre grosses pieces de Canon , qu'ils ne purent
pas pourtant enlever ; les Janissaires qui
n'avoient pû être jusqu'alors que simples specta--
teurs , entrerent dans le Camp et en vinrent aux
mains avec l'Infanterie Allemande ; les Imperiaux
qui n'avoient pas eû le temps de se retrancher
, craignant sans doute une entiere déroute ,
abin donnerent leurs tentes et leurs bagages et ge--
uralement tout ce qui pouvoir les embarrasser
I.I.Vol . dans
DECEMBRE. 1737. 2907
dans leur retraite ; à l'exceptiou de l'artillerie
les Turcs se rendirent maîtres de tout , et il y a
eu tel Soldat qui a eu pour sa part jusqu'à quatre
pavillons , comme c'étoit l'heure du souper ,
les tables étoient dressées , et les Turcs profiterent
de ce que l'on avoit preparé pour les Officiers
er pour les Soldats ; les Turcs en avoient grand
besoin pour se refaire , car Mimich - Pacha ne
leur avoit permis de prendre que six biscuits
pour chaque homme , et une seule ration pour
un Cheval.
Aly Aga dit , qu'il compte , que sans exage
ration , il y a eu au moins 3000. hommes de .
tués de la part des Allemans , et un pareil nombre
faits esclaves , en y comprenant environ
mille femmes en especes de Vivan dieres habillées
en Amazones , dont tous les Camps Imperiaux
sont remplis . On parle diversement sur la perte
que les Turcs ont faite , mais il y a lieu de
penser qu'elle aura été considerable .
Le lendemain on se mit à la poursuite des
Imperiaux , dans leur retraite , l'Infanterie se tenant
fort serrée marchoit la premiere et étoit
soutenue de la Cavalerie qui faisoit de temps en
temps volte face , pour faire tête aux Turcs ,
qui les harceloient à tout moment et qui les
poursuivirent de cette maniere , jusqu'au delà
de Fethi- Islan , c'est - à-dire ,quatre ou cinq lieuës
au delà du Timog , et brûlerent en s'en retour.
nant deuxVillages où étoient les caves des Imperiaux
,où on répandit tout le vin et l'eau de vie qui
y étoient en quantité , et les Turcs s'y rendirent
maîtres d'environ 5. à 6 mille fusils et pistolets
qui étoient destinés , à ce que l'on dit pour la
Garnison de Nissa, ou pour armer des sujets rebelles
du G. Seigneur. La plupart des Cuirassiers
II.Vol.
de
2908 MERCURE DE FRANCE
de l'Empereur abandonnerenr leur Cuirasse eg
leur Casque pour être plus legers dans leur retraite
, quelques Turcs se rendirent maîtres dans
le Camp Impérial d'une Canone magnifique dans
laquelle étoit un Officier général, qui étoit sans
doute malade ; il fit signe que l'on lui conservât
la vie , donnant à entendre qu'il pouvoit
être utile aux Turcs ; mais un jeune homme
de Viddin , lui coupa la tête d'un coup de
sabre.
Cette victoire fut annoncé le onzieme au
Camp par plusieurs décharges de Canon et de
Mousqueterie.
Un Turc qui étoit à cette action , a eu trois
Aigrettes pour avoir coupé lui seul quatre têtes;
une de cesAigrettes lui a été donnée par Mimich-
Pacha , l'autre par le Pacha de Viddın , et la
troisième par le Grand Visir. Les Serdens
Guethdi , les Capigis- Bachis , les Bign- Bachis ,
et toutes les Troupes que le Grand- Seigneur
avoit envoyé de Constantinople à l'exceptiondes
Bostangis , qui ne sont arrivés que deux
jours après , ont eu part à cette action , et ont
donné , de mêine que les Janissaires , de grandes
marques de bravoure.
LETTRE écrite de Constantinople le
29 Octobre 1737.
N écrit du Camp de Kartal , que le premierde
ce mois le Grand- Visir avoit reçû
des Lettres d'Ahmed- Pacha- Kiuprugly , portant
que le Seraskier avoit battu un corps de
Troupes Allemandes , qui gardoient un defilé
apellé Dragaman-Bogany , qu'il s'étoit emparé
II.Vol. de
DECEMBRE. 1737 2909
de Djiar- Kieuy dont la garnison composée de
600. hommes avoit capitulé ; qu'il avoit ensuite
battu 400. Allemans qui venoient au secours
de cette Place , et qu'il alloit attaquer Mehemet-
Pacha- Palanka , qui n'est éloignée que
lieues de Nissa.
de
On ajoûte que le 8 on avoit amené au Camp
deux Cuirassiers de l'Empereur que l'on disoit
être les seuls qui eussent échapé de 400. qui
avoient été surpris auprès de Nicopolis , par
des Troupes que le Musselem et le Vaivode de
cette Ville avoient ramassés àla hâte pour venir
fondre sur eux .
par
On marque encore que le r2 . on avoit reçû
la nouvelle que 12000 hommes commandés
Mimich - Pacha , ayant passé la riviere de Timog
, avoient attaqué un corps considérable de
l'Armée des Imperiaux campée au delà de cette
riviere que les Allemans avoient été obligés
d'abandonuer leur Camp et tout leur bagage, et
avoient perdu dans le combat ou dans la retraite
f . à 6. mille hommes tués ou fait prisonniers
. Cette Victoire fut annoncée au Camp ,
par une décharge générale de l'Artillerie et de la
Mousqueterie ; mais on ne donna à Constantinople
aucune demonstration publique de joye à
cette occasion ; Ce n'a été que le 23 de ce mois ,
qu'on y a fait faire une décharge de Canons , du
Serail , de Topana et de l'Arcenal , sur la nouvelle
que l'on y a reçû de la reprise de Nissa til y
avoit quelques jours que l'on sçavoit que le
Gouverneur de cette Place avoit capitulé et qu'il
attendoit l'arrivée du Seraskier Ahmed - Pacha
Kiuprugly, pour lui en remettre les clefs : comme
le Commandant Turc, lorsqu'il rendit cette
Place n'avoit voulu la consigner qu'au Comte.
de Seckendorf , le Commandant Allemand a
II. Vol: voulu
2910 MERCURE DE FRANCE
voulu ne la remettre aussi qu'au Seraskier Achmed
Kiuprugly.
On prétend que le General Munich a envoyé
un nouveau Corps de Troupes , pour renforcer
la Garnison d'Oczakow , et que ce General étoit
occupé à faire construire trois Forteresses , l'une
sur le Bog , la seconde sur le Fleuve Enghil ,
et la troisiéme à Casixirman sur le Boristhene.
Le Capitan Pacha , avant que de retourner à
Constantinople avoit écrit au Grand Visir
que de 464. Bâtimens , dont la Flotille Mosco
vite étoit composée , il en avoit péri 450 par
les differentes tempêtes qu'elle avoit essuyées, et
qu'il en avoit pris dix , de sorte que suivant ce
calcul , il ne se seroit sauvé de cette Flotte que 4
Bâtimens.
Fety Guiran , Kan des Tartares déposé , est
parti de Crimée , sur la Galere du Kalga Sultan
, pour se rendre au lieu de son exil . Bengly
Guiran , Kan des Tartares regnant , partit le 7.
de ce mois du Camp, du Grand Visir , et prit lä
route de Bender , avec le Fils du Grand Visir ,
qui accompagne ce Prince ; quelques - uns disent
qu'il doit se rendre à Ackirman , pour passer
delà par mer en Crimée.
Le Comte de Bonneval arriva le 2.. de ce. mois
au Camp du Grand Visir , le lendemain il rendit
visite aux Ministres de la Porte ; le G. Visir
lui fit present d'un cheval enharnaché.
Le Prince Joseph Ragotzky n'a point encore
été à l'Audience du Grand Seigneur ; il ne jouit
pas d'une trop bonne santé , et il est actuellement
au Village de Bellegrade pour y changer .
d'air.
II. Vol D'
DECEMBRE. 1737. 2918
L
DE RUSSI E.
E Major general Stoffeln , qui commande
dans Oczakow , mande que le 8. Novembre
les Ennemis , après avoir fait une fausse attaque
près de l'endroit où le Dnieper se jette dans la
Mer Noire , et après avoir fait sauter deux Mines
, qu'ils avoient pratiquées sous le Bastion de
Lewendahl , avoient porté tout d'un coup leurs
forces du côté de la Porte d'Ismaïloff , et que
tous les Janissaires soutenus de cinq mille
Spahis, avoient donné un assaut general au Chemin
couvert ; qu'en très peu de temps ils s'étoient
avancés d'un côté jusqu'au Fossé , et de
l'autre jusqu'à la Porte voisine de l'embouchure
du Dnieper , mais qu'il étoit venu enfin à bout
de les repousser , et qu'ayant fait jouer en mê
me-temps deux Mines qui étoient près des
Casernes , il les avoit obligé de se retirer .
Il ajoute que le lendemain les Assiegeans
avoient continué de faire feu de toutes leursBatteries
, et qu'on s'attendoit à les voir livrer un
second assaut à la Ville , lorsque tout - à- coup ils
avoient pris le parti de décamper pendant la
nuit avec une extrême précipitation . Gentzi-
Ali-Pacha , leur General , a abandonné une par
tie de ses Batteries et de ses munitions , et il a
laissé dans son Camp les morts et les blessés ,
dont on a fait monter le nombre à plus de six
mille hommes.
La Czarine a fait chanter le Te Deum en ac
tjons de graces d'un avantage aussi important
que la levée de ce Siege et elle a déclaré le
Major General Stoffeln , Lieutenant Feldts
Maréchal .
II. Vol,
2912 MERCURE DE FRANCE
DE POLOGNE.
La été résolu dans l'Assemblée qui s'est te
nue à Dantzick , tant de la part du Roy et
de la République de Pologne , que de la part de
la Czarine et du nouveau Duc de Curlande , que
le Duc de Curlande en qualité de Feudataire du
Roy et de la République de Pologne, sera obligé
de se rendre àWarsovie pour prêter serment de foi
et hommage à S.M.et qu'il s'engagera à ne se soumettre
à aucune Puissance Etrangere; à maintenir
les Duchés de Curlande et de Semigalle, réunis, àn'en
aliener aucune partie sous quelque prétexte
que ce puisse être , et à acquitter toutes les dettes
dont sont chargés les Biens Domaniaux er
Allodiaux de ces deux Duchés , et des Fiefs qui
en dépendent , sans être jamais en droit de prétendre
aucun remboursement ni aucune indemnité
à cet égard . Non seulement l'exercice public
de la Religion Catholique sera permis en
Curlande et dans le Duché de Sémigalle , mais
les Personnes qui la professent auront droit de
rebâtir leurs anciennes Eglises et d'en construire
de nouvelles. Les Biens Ecclesiastiques seront
exempts de tous impôts et de toutes charges publiques
, et les Catholiques pouront aussi bien
que les Protestans , prétendre aux Charges et
aux Emplois. On fera restituer aux premiers
deux Eglises , dont ils ont demandé qu'on les
remît en possession , et on leur fournira les sommes
nécessaires pour en bâtir une à Libau .
Lorsque la République de Pologne sera en
guerre avec quelqu'une des Puissances voisines ,
les Duchés de Curlande et de Semigalle lui fourpiront
roo. hommes d'Infanterie et 200. de Ca-
II. Vol,
.
valeric
DECEMBRE. 1737 2913
valerie. On reglera , de concert avec la Czarine ,
de nombre des Troupes qui seront mises dans
ces deux Duchés , et les quartiers qu'elles y occuperont.
Les Gentilshommes de Pologne et de
Lithuanie , qui possedent des biens dans les deux
mêmes Duchés , joüiront de tous les Privileges
des Curlandois , et ils auront dans tous Procès
Civils ou Criminels , le droit d'apeller au Roy
et à la République de Pologne. Tous les Polonois
et Lithuaniens , détenus prisonniers en Cur-
Fande ou dans le Semigalle , seront remis en liberté
, et on ne poura continuer les Procédures
intentées contre eux , ni former aucune prétention
à leur charge.
Le Duc de Curlande n'accordera à personne
le droit de Naturalité , mais il renvoyera à la
Diete Generale de Pologne ceux qui désireront
d'obtenir ce droit. Laconvention faite en 1685.
entre Etienne Battori , Roy de Pologne et Fréderic
II. Roy de Dannemarck , au sujet de la
conservation des franchises attachées au District
de Piltyn , sera executée . La Czarine , voulant
favoriser le Duc de Curlande , consent que les
Habitans de Curlande et du Semigalle , ayent la
proprieté de la moitié de la Riviere de Dwyna ,
et qu'ils y jouissent paisiblement de la Pêche du
Saumon . S. M. Cz . est aussi disposée à rendre
les Isles de Roon et de Spielhorn et les autres
Isles qui sont dans le Golfe de Livonie , et dont
les Etatsde Curlande ont demandé la restitution ,
comme de Fiefs qui ont fait autrefois partie du
Domaine des Ducs de Curlande. Le Duc pro
met de son côté à la Czarine de ne point troubler
la Navigation des Vaisseaux Moscovites ,
et de moderer les droits qui se perçoivent en
Curlande sur les Marchandises de Moscovie.
II. Vol. D'AL
1914 MERCURE DE FRANCE
D'ALLEMA G N E.
L'Empereur a nommé le ComtedeKonigseg
pour commander son Armée en Hongrie
l'année prochaine , et l'on assure que le Comte
Olivier de Wallis et le Duc d'Aremberg y servi
ront , et que le premier aura le Commandement
d'un Corps de Troupes.
Les Commissaires chargés de déliberer sur
l'affaire duComte de Seckendorf, s'assemblerent
le 15 de ce mois pour regler la maniere dont
ils procederoient à l'examen de cette affaire , et
ils deciderent qu'ils tiendroient leurs Séances
dans l'Hôtel même de ce Feldt- Maréchal , afin
d'être plus à portée de tirer de lui les éclaircissemens
dont ils auroient besoin.
Le Rescript que l'Empereur a envoyé à Ratis
bonne au sujet de ce Feldt- Maréchal a été rendu
public. S. M. I. dit dans ce Rescript que son
amour pour la Justice est un sûr garant que le
Comte de Seckendorf obtiendra dans le cours
de son Procès tout ce qu'il poura desirer avec
quelque droit; qu'il n'y a rien de plus temeraire
que les bruits qui ont été repandus par quelques
personnes,que la mauvaise conduite de ce Général
étoit moins la cause de sa disgrace , que la
haine et la jalousie que ses qualités d'Etranger
et de Protestant lui ont attirées , et que de pareilles
allegations sont pleinement refutées par
le simple exposé de ce qui s'est passé dans la
derniere Campagne ; qu'il a été constaté par les
Etats que le Comte de Seckendorfa envoyés luimême
à l'Empereur , que les Magasins avoient
été abondamment pourvus de toutes les munitions
necessaires pour la subsistance de l'Armée,
II. Vol. CE
DECEMBRE . 1737. 2913
er que si l'on n'a pas toujours trouvé les fournitures
prêtes dans les endroits où l'on en avoit
besoin , la faute en deit être imputée précisément
et uniquement à ce Général , que non seu
lement il a eu part à toutes les dispositions
qu'on a faites , mais encore qu'on lui en a confié
l'arrangement et l'exécution ; que le Comte
de Seckendorf ayant insisté plus que personne
sur la necessité de ne point s'éloigner du Danube
, les Magasins ont été établis conformément
à ce Plan , et qu'on s'est pareillement reglé làdessus
pour ce qui concernoit la distribution
des chevaux et des chariots destinés au transport
des provisions et de l'Artillerie ; que cependant
ce Général a marché du côté de Nissa
où l'Armée auroit infailliblement péri faute de
subsistance , si la Garnison Turque qui étoit
dans cette Place avoit attendu l'arrivée de la
grosse Artillerie pour se rendre ; que d'ailleurs
les ordres donnés au Comte de Seckendorf portoient
de tenir ses forces unies le plus qu'il lui
seroit possible , mais que non content de désobeir
à ces ordres , il avoit causé un préjudice
considerable à l'Armée , en formant ses détachemens
de Troupes tirées de divers Regimens ,
de sorte que les Colonels ne sçachant le plus
souvent où étoient leurs Soldats , ne pouvoient
lour faire tenir l'argent , les remedes et les autres
choses necessaires ; que les Lettres même
des Ennemis , qui ont été interceptées , confir
ment,qu'il n'a tenu qu'au Comte de Seckendorf.
de s'emparer de Widdin , mais qu'au lieu de
faire marcher en diligence le Comte Philippi
vers cette Place, comme celui -ci l'avoit proposé
, il ne l'avoit fait bloquer que long - temps
après par Comte de Keyenhuller , auquel il n'a-
11. Vol H yoit
2916 MERCURE DE FRANCE
voit fourni que des secours lents et insuffisans ,
qu'après s'être arrêté inutilement près de Nissa
pendant sept semaines , et après avoir consumé
presque toutes les provisions qu'on avoit trouvées
dans cette Place , il avoit enfin decampé
mais justement dans le temps que les Troupes
ne pouvant plus rien entreprendre , les Ennemis
avoient la facilité de réunir toutes leurs forces
; qu'ensuite il s'étoit tellement éloigné de
Nissa , que si les Turcs étoient venus alors se
présenter aux Portes de cette Place , la Garnison
auroit été obligée de se rendre prisonniere de
guerre , d'autant qu'elle n'avoit point de pain ;
qu'il est vrai que le Comte de Seckendorf depuis
avoit introduit dans Nissa des provisions
pour six semaines ; mais que ce Général n'en
est pas moins inexcusable d'avoir quitté les environs
de certe Place , sans en remplir les Magasins
; que la marche forcée qu'il a fait faire
aux Troupes pour assiéger Usitza , est encore
moins pardonnable , attendu qu'il pouvoit avec
beaucoup plus de facilité marcher à Zwornick
dont la prise auroit compensé avantageusement
les pertes qu'on faisoit d'ailleurs ; enfin que
depuis l'ouverture de la Campagne jusqu'au
temps auquel le Comte de Seckendorf est parti
de l'armée , c'est - à - dire pendant cent vingtcinq
jours , il en a employé cinquante-trois en
marches et contre-marches inutiles , sans avoir
pris auparavant les mesures nécessaires pour fai
re subsister les Troupes ; qu'on comprend aisément
, que toutes les dispositions ayant été faites
sur le Plan proposé par lui - même , de ne
point s'éloigner du Danube , il a été impossi
ble de pourvoir aux besoins de l'Armée dans
un Pays dont les Habitans se sauvent dans les
II. Vola
Montagnes
DECEMBRE. 1737. 2917
Montagnes à l'aproche du moindre Corps d
Troupes ; que le Comte de Seckendorf changeoit
continuellement de résolutions ; qu'il revoquoit
le soir les ordres qu'il avoit donnés le
matin , ou qu'il les donnoit si tard qu'ils n'ar-`
rivoient presque jamais dans le temps propre
pour
les exécuter et qu'il vouloit ensuite rendre
les autres Généraux responsables de ses propres
fautes.
Le Major General Doxat ayant demandé
que son Procès fût revu par le Conseil Aulique
de guerre , l'Empereur lui a accordé cetre grace
, et cet Officier doit se rendre à Vienne pour
rendre compte des raisons qui l'ont obligé de remettre
la Ville de Nissa aux Turcs.
L
D'ITALIE.
Es Lettres de Naples de la fin de ce mois
portent que le Roy des deux Siciles a declaque
son Mariage étoit conclu avec la Princesse
Marie Amelie , Fille aînée du Roy de Pologne
Electeur de Saxe,
3
On mande de Modene que le Duc de Modene
avoit donné ordre de lever dans ses Etats
un Regiment d'infanterie pour le service de
l'Empereur.
Ces Lettres ajoûtent que ce Prince avoit declaré
Conseillers d'Etat , les Marquis Louis et
Thadée- Rangoni , le Comte-Jean Bellincini et
M. Giacomacci , et qu'il avoit accordé la Charge
de Président de sa Chambre des Finances au
Marquis Levizani , et celle de Capitaine de ses
Gardes du Corps au Marquis de Sainte Christine.
On aprend de Genêve que les 34 Députés de
II. Vol. Hij la
2918 MERCURE DE FRANCE
7
la Bourgeoisie y ont prononcé le Discours sui
vant adressé à S. E. M. le Comte de Lautrec
par la bouche de M. Jacques- François de Luc, le
Mercredy premier jour de l'an1738 . à onze heu
res du matin .
TRES ILLUSTRE ET TRES EXCELLENT SEIGNEUR
La sincerite ne dicte pas toujours les souhaits
que le devoir et la bienséance exigent dans des jours
comme celui-ci. Mais les rares vertus de votre Excellence
qui lui ont acquis l'amour et le respect de
tous nos Concitoyens , sont un gage assuré que
Jeurs coeurs s'expriment par ma bouche dans les
voeux que nous adressons à l'Etre Supreme en faveur
de V. E. Oui , Très Illustre et très excellent
Seigneur , nous le prions avec tout le zele et
toute l'ardeur dont nous sommes capables , qu'il
lui plaise affermir la santé de V. E. et prolonger
des jours qui seront en benediction à nous et à no
tre posterité ; que ses jours s'écoulent aussi heureusement
, qu'ils sont utiles dans le Monde. Die
veuille accompagner d'une efficace salutaire, les pènibles
mais vertueux travaux de votre Excellence,
pour établir la Paix et l'union dans notre Patrie.
Nous sommes d'autant plus sensibles aux soins
généreux de V. E. à cet égard , que nous sen
tons notre impuissance à les reconnoître . Mais ce
qui nous console , c'est que vos éminentes vertus
portent avec elles leur récompense ; en effet qui peut
mieux que V. E. éprouver la douce verité de cette
maxime du Sage que le Coeur du Juste est un
f.stin continuel. C'est ainsi, Très Illustre et très
excellent Seigneur , que vous devez goûter les
premices d'une felicité dont Dieu couronnera
un jour le digne usage que vous faites des gran
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1737. 2919
des lumieres dont il à enrichi V. E. Amateur du
vrai vous voulés que toutes vos décisions soient
fondés sur la Justice ; cette heureuse disposition du
soeur raproche les hommes de la Divinité.
"
Quelles actions de graces ne devons- nous point
au plus grand des Monarques , d'avoir bien vonlu
faire briller au milieu de nous , par le ministere
de V. E. un des rayons qui émanent de son
Trône de Justice ? Quels voeux ardens et sinceres
n'adressons- nous point au Ciel pour la constante
prosperité d'un Regne aussi bienfaisant qu'il est
juste et glorieux ? Dieu veüille faire abonder le,
Trésor de ses benedictions sur la Personne sacrée de
Sa Majesté , sur la Reine son Auguste Epouse ,
sur Monseigneur le Dauphin et sur toute la Famille
Royale. Dieu veüille conserver à la France ,
encore longues années l'Eminentissime Cardinal
de Fleury , le plus grand et le plus vertueux de tous
LesMinistres, dont l'incomparable administration sera
celebrée à jamais .VotreExcellence qui merite par
raport à nous les mêmes éloges , nous fait éprouver
combien les Peuples sont heureux quand les Mi
nistres des Souverains participent à leur vertu .
1
On a apris depuis , que les Magistrats ont
reçu une Lettre que les Etats Generaux des Provinces
Unies ont écrite à la République au sujet
de la pacification des troubles qui l'ont agitée.
Cette Lettre porte que les divisions qui on regné
dans cette Ville , ont fait trop d'éclat pour que
le bruit n'en soit pas parvenu jusqu'aux Etats
Generaux , que la distance des Lieux est cause
qu'ils en ont été informés un peu tard , et que
peut-être ils ne l'ont pas été exactement ; qu'ils
en ont été vivement touchés , et qu'ils ont envisagé
avec bien de la douleur et de l'apréhension"
II. Vol.
Hij les
2920 MERCURE DE FRANCE
les dangers et les malheurs auxquels la discorde
pouvoit exposer un Etat dont les interêts leur ont
toujours été si chers et pour lequel il ont toujours
cû et conservent encore une affection sincere ,
que la part qu'ils prennent à tout ce qui concerne
cette République et le désir qu'ils ont de la
voir jouir d'une tranquillité durable , les enga
ge à lui témoigner la satisfaction qu'ils ont res
sentie , en aprenant la bonté du Roy Très-
Chrétien , et l'empressement des Cantons de Zurich
et de Berne dans les bons Offices qu'ils ont
employés pour ramener à la concorde les esprits
divisés ; qu'il n'y a point lieu de douter que la
Médiation de S. M. T.C. et de ces deux Cantons ,
ne produise l'effet qu'on en attend , et que selon
les aparences les Magistrats et les Citoyens y
contribuëront , les uns par leur prudence et les
autres par leur docilité.
1
Les Magistrats de Genêve ont écrit aux Etats
Generaux des Provinces- Unies des Pays - Bas j
pour les remercier de la part que la République
de Hollande a prise aux dissentions des Habitans
de cette Ville , et ils assurent dans leur réponse
, qu'ils regardent comme une preuve particuliere
de la bienveillance des Etats Generaux
les Conseils salutaires que ces derniers veulent bien
leur donner dans les circonstances présentes. lis
ajoûtent qu'ils sentent combien le retour de la
Paix et de la tranquillité est nécessaire pour la
sûreté de cet Etat , et que cet avantage ayant toujours
été l'objet de leurs voeux les plus ardens, ils
n'ont rien négligé pour y parvenir et pour engager
les Habitans de cette Ville à entrer dans
les mêmes vûës , qu'il y a lieu d'esperer que la
Médiation du Roy de France et des Cantons de
Zurich et de Berne , produira cet heureux effer
II. Vol
qu'ils 黍
Y DECEMBRE . 1737 2921
qu'ils sont disposés à se conformer aux résolu
tions de S. M. T. C. et de ces deux Cantons , et
qu'ils ne manqueront pas d'informer la Répu
blique de Hollande de ce qui se sera passé
à cet égard ; qu'ils demandent avec tout l'empressement
dont ils sont capables , la continua →
tion des marques de l'affection des Etats Generaux
, et qu'ils les prient de charger leur Ambassadeur
à la Cour de France de témoigner
dans les occasions qui pouront se présenter, l'inberêt
qu'ils daignent prendre à ce qui concerne
cette Ville..
Les Magistrats ont remis au Comte de Lautrec
et aux Représentans des Cantons de Zurich
et de Berne , quatre Memoires pour servir de
réponse à ceux de la Bourgeoisie. Le premier est
un simple exposé de la nature et de la forme du
Gouvernement de la République , et des Privileges
dont jouissent les differens Corps de l'Etat.
Dans le second , les Magistrats entreprennent de
réfuter les allegations du parti qui leur est oposé
, et de montrer la fausseté de ses prétentions.
Ils donnent dans le troisiéme un détail circonstancié
des contestations qu'il ont eures depuis
quatre ans avec les Citoyens et ils y joi
gnent le récit de ce qui s'est passé dans l'émeute
arrivée le 21. du mois d'Août dernier. Le quatriéme
contient le projet arrangemens qu'ils
jugent les plus propres à rétablir la tranquillité.
des.
GRANDE - BRETAGNE.
Na apris de Londres , que la nuit du 27
au 28. Decembre , le Corps de la Rei
ne fut porté du Palais de S. James à l'Abbaye de
Westminster. Le Char, dans lequel étoit le Corps,
II. Vol Hiiij
étoit
2922 MERCURE DE FRANCE
était couvert de velours de couleur de pourpre ,
et il étoit tiré par huit chevaux , dont les Capafaçons
étoient de velours de la même couleur. Il
étoit escorté par des détachemens des Gardes du
Corps et des Hallebardiers de la Garde , et préeedé
de plusieurs Carosses de deuil , chacun à six
chevaux. Autour du Char étoient les Valets de
pied de la Reine. , qui portoient des flambeaux
et la marche étoit fermée par les Timbaliers et
les Trompettes de la Maison du Roy.
9
Le Char et le Cortege qui l'accompagnoit
ayant traversé le Parc de S. James , en sortirent
par la Porte de Buckingham , et on entra dans
P'Abbaye de Westminster par la Cour de la Chancellerie
.
Le lendemain au matin , seize cent Soldats des
trois Regimens des Gardes à pied occuperent les
Cours et tous les dehors de l'Abbaye , dont les
dedans étoient gardés par des détachemens des
Compagnies des Gardes du Corps . D'autres détachemens
des mêmes Compagnies et de celles
des Grenadiers à cheval , furent postés à midy à
P'entrée des rues qui conduisent à Westminster.
Tous les Pairs de la Grande Bretagne , qui
étoient à Londres, les Chevaliers des Ordres de la
Jarretiere , du Chardon et du Bain , et les autres
Personnes de distinction qui devoient assisrer
aux Funerailles de la Reine , s'étant rendus
l'après midy dans l'Apartement où le Corps étoit
en dépôt , la Marche commença vers les six
heures du soir , et elle se fit dans l'ordre sui
vant.
Un détachement des Hallebardiers de la Garde
; un grand nombre de Domestiques de livrée
de la Reine , qui portoient des flambeaux ; les
Officiers de ses Qffices , de ses Ecuries et de sa
II. Vol. Chambre
DECEMBRE . 1737. 2923-
Chambre , en longs manteaux de deuil , un
Timbalier , quatre Trompettes , et un détache- "
ment des Gardes du Corps, les Pages , les Chambelans,
et quelques-uns des principaux Officiérs
de la Reine ; les Colonels des trois Regimens
des Gardes à pied, précedés des Capitaines de ces
Regimens , les Capitaines et les autres principaux
Officiers des Gardes du Corps , et des Grena
diers à cheval ; un Timbalier et quatre Trom
pettes des Gardes du Corps ; les Grands - Juges ; -
un détachement des Gardes du Corps , les Chevaliers
des Ordres du Bain et du Chardon , re…
vêtus des Colliers de leurs Ordres ; les Conseillers
du Conseil Privé ; les Pairs de la Grande
Bretagne , et les Chevaliers de l'Ordre de la
Jarretiere , ces derniers en habit et en long
manteau de l'Ordre , le Collier par - dessus.
"
Huit Hallebardiers de la Garde portoient le
Corps , et le Poële étoit soûtenu par les Ducs
de Richmond , de Montagu , d'Aargyle , de S
Albans , de Manchester , et d'Hamilton .
La Princesse Amelie , conduite par les Ducs
de Dorset et de Grafton , marchoit après le
Corps , et la queue de sa Mante étoit portée
par six Duchesses et par le Lord Harvey, Vice-
Chambelan de la Couronne. Cette Princesse
éroit suivie des Epouses et des Filles des Pairs ,
ainsi que des Dames du Palais , et des Demoiselles
d'honneur de la Reine , toutes en longues
Mantes de déuil.
Pendant la marche et jusqu'à la fin de la Céré• ´
monie des Funerailles , les Canons de la Tour
rirerent sans discontinuer. L'Evêque de Roches
ter , Doyen du Chapitre de Westminster , à la
rête des Chanoines en Eroles et en Chasubles ,
reçut le Corps à la porte de l'Eglise de l'Abbayr
REVol Hy es
2924 MERCURE DE FRANCE
et après les Prieres accoûtumées , le Corps fue
porté à la Chapelle de Henry VII où il fut
placé avec ceux des deux Princes Fils du Roy er
de la Reine , morts en 1716 et en 1717 , dans
le Tombeau que le Roy a fait construire pour
les Princes et Princesses de la Famille Royale.
Après la Cérémonie , le Roi d'Armes cria a
haute voix , suivant l'usage : Cy gist Très -Haute
Très Puissante etTrès-Excellente Princesse Caroline
Dorothée , Epouse de Très- Haut , Très Puissant et
Très- Excellent Prince Georges II. par la Grace
de Dieu Roy dela Grande Bretagne , à qui Dieu
veuille accorder toutes sortes de biens spirituels es:
temporels..
SEXXLEKE† EE : FEZI ****
MORTS DES PAYS ETRANGERS .
P
du 13
Ar des Lettres de Barbarie
Novembre
dernier , on a apris que le Baron de
Ripperda étoit mort à Tetuan quelques jours
auparavant ; ce Gentilhomme , dont les vues
avoient été si vastes , étoit né en Gueldres , une
des sept Provinces de Hollande. Il étoit d'origine
Espagnole , et se nommoit Jean Guillaume,,
libre Baron de Ripperda , Seigneur de Jensema,
Engelenburg , Poelgeest , Koudekent , et fervert
, Juge hereditaire de Humsterland et Cam
pen. Il avoit été nommé au mois de Janvier
1715. Ambassadeur de Hollande à la Cour d'Espagne
. Son Ambassade étant finie , il retourna
en Hollande , mais il revint à Madrid vers le
mois d'Août 1718. dans le dessein de s'y établir
, ayant pour cet effet embrassé la Religions
Catholique. Il y demeura presque inconnu jus-
L.I. Vola qu'au
DECEMBRE. 1737. 2925
qu'au commencement de l'année 1725. qu'il fut
envoyé à Vienne chargé d'une Commission du
Roy d'Espagne , pour traiter d'un accommodement
entre les deux Cours. Il termina sa Negociation
, et il signa le 30 Avril 1725. au Châ❤
teau de Laxembourg avec les Ministres Plenipotentiaires
de l'Empereur , un Traité de paix et de
Commerce entre S. M.L. et le Roy Cat. en qualité
de son Ministre Plenipotentiaire et Ambassadeur
special à cet effet. Le Roy d'Espagne lui accorda
la Grandesse de la troisiéme classe, avec le Titre
de Duc de Ripperda pour lui et ses Successeurs.
H le declara en même temps son Ambassadeur
Extraordinaire auprès de l'Empereur. Il reçut ses
Lettres de creance en cette qualité le 13. Juin
et il fit le 22. Août son Entrée publique à Vien
me. Il eut le lendemain 23% au Palais de la Favorite
sa premiere Audience publique de l'Empe
reur , et celle de congé le 7 Novembre. A peine
fut-il arrivé à Madrid qu'il fut déclaré le 12.
Decembre Secretaire d'Etat des Dépêches Universelles
, ou des affaires étrangeres . La Secretairerie
des Dépêches de la guerre fut réunie à son
département au mois de Janvier 1726 , ainsi que
Fadministration generale des Finances
Le 14. Mai 1726 au soir , il reçut un Decret
du Roy , par lequel S. M. C. le déchargeoir
entierement des differens Emplois qui lui avoient
été confiés depuis son retour de Vienne , et lui
accordoit en considération de ses services une
pension de 3000. pistoles , pour en jouir sa vie
durant par tout où il lui plairoit. Le Duc se refugia
le lendemain chés l'Ambassadeur d'Angleterre
, d'où on conséquence d'une délibéra
tion du Conseil Royal de Castille , il fut enlevé
par un détachement des Gardes du Corps le 25
I.L. Vol. . Hvi da
2926 MERCURE DE FRANCE
du même mois de Mai , et conduit avec escortes
au Château de Segovie ,pour y être, détenu prisonnier.
Il y resta jusqu'au 2. de Sept. 1728,
qu'ayant trouvé le moyen de s'évader , se re
tiga déguisé en Portugal , d'où il passa en Apgleterre
, où il séjourna jusqu'au 24. Octobre
1730. qu'il partit de Londres , pour se rendre
en Hollande , où la vie tranquille et retirée qu'il
menoit à la Haye , fit croire dabord qu'il avoit
dessein d'y finir ses jours. Mais son humeur inquiete
lui fit prendre un autre parti . Il partic
tout à-coup de Hollande , et se rendit en Barba
rie auprès de Muley - Abdallah , Souverain de
Maroc, vers le fin de l'année 1731.Il s'employa de
tout son pouvoir en 1732. pour engager ce Prin
ce à armer à Salé une petite Escadre pour courir,
sus aux Espagnols. Il se donna aussi de grands
mouvemens à l'occasion du Siege de Ceuta , que
les Maures voulurent recommencer. Le Roy,
d'Espagne revoqua pár un Decret donné à Seville
le 16. Juillet 1732. celui par lequel il lui
avoit accordé le Titre de Duc et la Grandesse.
Les désagrémens que le Baron de Ripperda
éprouva dans la suite , causés par la jalousie des
Premiers du Païs , le déterminerent à quitter
Maroc , et à se retirer en 1734 au Port de Teoù
il fixa son sejour. I l'a continué jus➡
qu'à sa mort , qu'on dit avoir été causée par
une maladie de langueur , qui étoit l'effet du
chagrin , que sa situation lui donnoit depuis
quelque temps . On ajoûte qu'il ne paroît pas
qu'il soit most riche , et qu'on n'a trouvé chés
tuan ,
que peu d'argent comptant, et d'effets consi
derables : Le. Pacha ou Gouverneur de Tetuan
s'est emparé de tout , conformément à l'usage .
établi dans les Etats du Souverain de Maroc . -
ELAHol
La
DECEMBRE: 1737 2927.
Le Baron de Ripperda avoit eu deux Fils , que..
des Memoires marquent s'être noïés à la côtede
Bi y , en voulant passer d'Espagne en
Angleterre.
Le Prince Jacques- Louis- Henry Sobiesky, Chevalier
de la Toison d'or , et Gouverneur de la
Stitie pour l'Empereur , mourut à Zolkiew -le
Decembre , âgé de 70. ans un mois et 15. jours,
étant né le 2 Novembre 1667. Il étoit Fils.de
Jean Sobiesky , Roy de Pologne et Grand Duc
de Lithuanie , lequel étant Grand Général dé la
Couronne , avoit été élû Roy le 22 Mai 1674
sous le nom de Jean III. et qui est mort à Villa-
Nova le 17. Juin 1696 : et de Marie Casimire,
de la Grange , Fille de Henry de la Grange ,
Marquis d'Arquien , depuis Cardinal , et veuve
de Jacques de Radzivil , Prince de Zamoisky ,
Palatin de Sandomir , morte à Blois le 30. Janvier
1716. Le Prince Jacques- Louis Henry Sobiesky
avoit épousé dans le mois de Février
1691. Hedwige- Elizabeth- Amelie de Baviere-
Neubourg , Fille de Philipe- Guillaume Electeur
Palatin , née le 18. Juillet 1673. et morte
le 9. Août 1722. et il a eu de ce mariage Jean
Sobieski né le 21. Octobre 1699 , mort au mois
de Juillet de l'année 1700. Marie- Leopoldine
Sobieska , née le 29. May 1693 , morte le 12
Juillet suivant Marie-Casimire Sobieska , née
le 20. Juin 1695. morte le 18. May 1723 ; Ma
rie- Charlotte Sobieska , née le 15 Novembre
1697 , mariée en premieres nôces le 20. Sep
tembre 123. à Frederic Maurice Casimir de la
Tour de Bouillon , Prince de Turenne , mort
le 1. Octobre suivant , et en secondes nôčes le
1.Avril 1724. au Duc de Bouillón , Frere de
so: premier Mari ; Marie- Clementine Sobieskaj
1. Vol's nég
2928 MERCURE DE FRANCE
née le 18 Juillet 1702 , mariée à Rome le 3.
Septembre 1719. avec le Chevalier de Saint
Georges , norte le 18. Janvier 1735. et Marie-
Magdeleine Sobieska , née le 4 Août 1704.
morte en bas âge.
ETRENNES
N ce premier jour de l'An
A la charmante Gréban
Je souhaite pour Etrennes ,
Qu'elle ait autant de plaisirs,
Qu'elle me cause de peines
Et me donne de desirs.
- Que toûjours à cette Belle
Dieu donne autant de santé
Que je sens d'amour pour
Et qu'elle a de cruauté
elle
Pour l'Amant le plus fidele.·´
Que , jusques à ses vieux ans ,
Ses jours soient des jours de Fête :
Que le nombre des Amans
Qui brigueront sa conquête
Egale ses agrémens ,
Ou les cheveux de sa tête.
Que , dignes des doux atraits
Qui m'ont mis le coeur en cendres ,
Ils soient tous beaux et bienfaits ,
Beaucoup plus que moi parfaits : .
II. Vol.
DECEMBR E. 1737. 292
Er , s'il sé peut , aussi´tendres.
Que la Celeste bonté >
Aussi long- temps que ma chaîne ,
Fasse durer la beauté
De cette aimable Inhumaine.
Son empire rigoureux
Fera , sans doute , à mes yeux
Répandre encor bien des larmes
Mais ces tristes yeux , du moins
De la perte de ses charmes
Ne seront pas les témoins.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour, de Paris , &co
E 31. Decembre le Roy quitta le
deuil qu'il avoit pris pour la mort du
Duc de Modéne , et S. M. le prit le premier
de ce mois pour la mort de la Reine:
d'Angleterre.
Le Roy a nommé Conseiller d'Etat
M. Poulletier , Intendant de Lyon .
Le 2. et le 14. Decembre , M. de Bla
mont , Sur- Intendant de la Musique du
Roy , fit chanter au Concert de la Reines
Lila Fol
L'Opera
1936 MERCURE DE FRANCE
POpera d'Iphigenie en Tauride , dans le
quel les Diles Antier , Lenner , Des →
champs et Drugis chanterent les principaux
Rôles , les autres furent remplis
par les Srs Chassé , Dubourg et Jelior .
Le 16. on concerta la Pastorale Heroi
que d'Endimion ; les Dlles Mathieu , Deschamps
, et le sieur Dangerville executérent
les principaux Rôles , les autres
furent faits par les mêmes Sujets du Concert
précedent.
Le 25. Fête de Noël , M. de Blamont
donna an Souper du Roy un Concert de
Simphonie de sa composition , mêlé de -
Noëls , dont la Musique et l'éxecution
firent beaucoup de plaisir.
D
ETRENNES
Ans ce jour solemnel où chacun fait des
voeux
"
Pour ce qu'il aime le mieux ;
$
Aimable Clai embaut ,.je brûle aussi d'en faire
Mais de quelque côté que je tourne les yeux ,
Je ne vois rien pour vous à demander aux Dieux.
Ils vous ont prodigué tout ce qu'il faut
plaire :
Et , contre leur ordinaire ,
Sans vouloir s'en tenir à de simples dehors ,
pour
11. Vole
Use
DECEMBRE . 1737 2971
Its vous ont fait l'esprit aussi beau que le corps. '
Il est cependant qu'avec ces avantages
Qui causent dans mon coeur de si tristes ravages,
( Belle , daignez me pardonner ,
Si je vous parois trop sincere, )
On trouve qu'il vous manque un point fort nes
cessaire
Et dont je voudrois bien pouvoir vous étrenner:
Car des Dieux ce n'est plus l'affaire ,
Un Mortel doit vous le donner.
En vain en ferois- je un mystere ;
Il est aisé de deviner
Que pour être en tout point parfaite
Deux ou trois grains d'amour sont tout ce qu'il
vous faut :
Charmante Clairembaut ,
Mon coeur vous les souhaite ;
Ah ! 'si vous l'aviez crû vous seriez sans défaut
f ff f f f f
MORTS ET NAISSANCES..
L
E 10 Decembre , Dame Françoise - Marie
de Clere , Marquise Douairiere de Menou ,
mourut en son Château de Nanvignes dit de
Menou , près de Cosne en Nivernois , âgée de
94. ans ; elle étoit fille de Charles , Marquis de
Clere et de Beaumetz , Seigneur de Goupilliere,
II. Vol. Châtelain
1932 MERCURE DE FRANCE
Châtelain de Prunay le Gillon , Tourny , Tallemontier
, le Quesnoy , &c. et de Charlotte de
Boursault Viantais , et elle avoit été mariée au
mois de Septembre 1664. avec Armand - François
de Menou , Seigneur , Marquis de Charnisay ,
de Nanvignes , d'Aubeterre , Neronde , S. Michel
, & c. mort en 1703. âgé de 74. ans , elle en
avoit eû entr'autres enfans , outre deux filles Rea
ligieuses , cinq fils dont il ne reste plus que
Louis de Menou de Charnifay , Chevalier Bailly,
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem,
né le 20. Juillet 1672. Augustin - Roch de Me→
nou de Charnisay , Evêque de la Rochelle depuis
1729. né en 1681. et André de Menou
Comte de Charnisay , Seigneur de S Michel des
Landes , Bois volier , qui ayant quitté la Croix
de S. Jean de Jerusalem , se maria le 23. Octobre
1720. avec Marie- Angelique Brisson , veu
ve . Le fils aîné de la défunte , mort le 13, Juin:
171. n'a laissé que des filles dont on a parlé
dans le Mercure de Juin 1736. 1. Vol . en raportant
la mort de la Dame leur mere , p. 1235 .
Le 21. Jean François Chaban de la Fosse , Conseiller
au Parlement de Paris , de la premiere
Chambre des Enquêtes , reçu le 28 , Mai dernier
" et auparavant Avocat du Roy au Châtelet
de Paris depuis 1735. , mourut du Poulmon , âgé
de 26 ans , sant avoir été marié . Il étoit frere
de Charles Nicolas Chaban de la Fosse , Conseiller
Clerc au même Parlement , de la deuxiéme
Chambre des Enquêtes , où il a été reçû le
18. Fevrier 1735. Leur pere est François Chaban
de la Fosse , premier Chirurgien de la Reine
, Chirurgien ordinaire du Roy , et Juré de S.
Cosme.
Le 23. Dame Marie-Henriette Colbert de Mau-
II. Vol. leuriet
DECEMBRE . 1737. 2933
Levrier , époufe de Charles-François d'Estaing ,
Marquis de Saillans , Vicomte de Ravel , Mos
sat , Montegut , Espirat , Reinat , &c . apellé
le Marquis d'Estaing , Lieutenant General des
Armées du Roy , avec lequel elle avoit été ma,
riée le 22. Août 1722. mourut à Paris , après
une maladie de fept à huit mois , dans la 3 5. année
de fon âge , étant née le 21 , Septembre
1703. elle étoit fille de feu François Edouard
Co bert , Marquis de Maulevrier et de Chollet ,
Comte de Chemillé , & c. Colonel du Régiment
de Navarre , et Brigadier des Armées du Roy ,
mort le 2. Avril 176. à l'âge de 31. ans , et de
Dame Marthe- Henriette de Froullay de Tessé sa
veuve , fille du feu Maréchal de Tessé .
Le 27. Victor- Marie Duc d'Estrées , Pair ,
premier Maréchal & Vice -Amiral de France
Grand d'Espagne , Cote de Nanteuil le Hau
douin , Marquis de Coeuvres , Vicomte de Soissons
, Prince en partie de la Principauté de Tin
gry , Seigneur de Tourpes , & c . Premier Baron
du Boulonnais , Chevalier des ordres du Roy ,
Viceroi de l'Amerique Françoife , Gouverneur
des Ville et Château de Nantes , Lieutenant General
du Comté Nantois, Commandant en Chef
pour Sa Majesté dans la Province et Duché de
Bretagne , Ministre d'Etat , Lieutenant du Prince
de la Mer pour le Roy d'Espagne , l'un des
40..de l'Académie Françoise , Honoraire des
Accadémies Royales des Inscriptions et Belles
Lettres et des Sciences , Protecteur de celle de
Soissons , ci - devant President du Conseil de Marine
et Conseiller au Conseil de Regence ,
mourut à Paris , âgé de 77. ans acomplis le 30.
Novembre dernier , étant le dernier mâle de sa
Maison , n'ayant point eû d'enfans de son ma→
LI. Vol riage
>
2934 MERCURE DE FRANCE
riage avec Dame Lucie- Felicité de Noailles qu'il
laisse veuve . Il laisse seulement deux soeurs , qui
sont Dame Marie- Anne- Catherine d'Estrées
veuve de Michel - François le Tellier , Marquis
de Courtanvaux , Colonel des cent Suisses de la
Garde du Roy , et Elisabeth-Rosalie d'Estrées ,
Demoiselle de Tourpes , fille. On trouve l'Eloge
du Marechal d'Estrées dans le septiéme tome
des grands Officiers de la Couronne , p . 649. et
la Genealogie de sa ' Maison dans le quatrième
tome du même Ouvrage , p. 96. ainsi que dans
le Dictionaire Historique. Le Maréchal d'Estrées
avoit été déclaré Ministre d'Etat au mois de
Novembre 1733. Il laisse une très noinbreuse
Bibliotheque.
Le 29. François Guynet , Conseiller d'Etat
ordinaire , mourut à Päris dans la 76. année de
son âge , sans laisser d'enfans. Il avoit été d'abord
reçû Conseiller au Parlement de Paris , le
18. Juillet 1687 fur depuis Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy en 1692.Intendant
de la Generalité de Caen en 1711. et enfin
Conseiller d'Etat en 1722 : Il étoit fils aîné dể
feu Jean Guyner , Seigneur d'Arthel , Soffin et
Authiou , Maître ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris , mort le 23. Mai 1700. âgé
de 73 ans , er de Catherine Pourfour , morte
Je 23. Janvier 1716. et il étoit veuf d'Anne→
Françoise du Bois de Guedreville , morte à l'âge
de 58. ans le 16. Mars 1728. il l'avoit épousée le
11. Janvier 1691. et elle étoit fille de Sebastien
du Bois , Séigacur de Guedreville , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy et Presi
dent au Grand Conseil , et de Marie Thierfault,
François Guynet laisse pour unique heritiere
Marie-Angelique Dufour de Nogent , sa niece ,
II. Vole
épouse
DECEMBRE . 1737. 2935
épouse de Louis de Bannes , Comte d'Avejan
Capitaine-Lieutenant de la premiere Compagnie
des Mousquetaires de la-Garde et Maréchal de
Camp des Armées du Roy.
Le 30. mourut Dame Charlotte- Marie Ar
rault , veuve depuis le 5. Juillet 1725. de Pierre
Vesin , Seigneur de S. Leu , Conseiller Secre .
taire du Roy , Maison Couronne de France et de
ses Finances , Ancien Avocat au Parlement de
Paris , et ancien Batonnier , Administrateur de
P'Hôtel- Dieu et des Hôpitaux des Incurables et
des 100 filles Orphelines de la Misericorde
Elle étoit soeur aînée de feuë Marie- Marguerite
Arrault , femme de François Magueux , Ancien
Avocat au Parlement de Paris , laquelle mourut
le 27. Janvier dernier.
-Le même jour mourut Joseph Saurin, Pensionnaire
vétéran de l'Acad . Royale des Sciences de
Paris pour la Géométrie, âgé d'environ 80. ans,
Le 31. Philippe Pigné , Avocat au Conseil
du Roy , depuis 1712. Conseiller Secretaire de
S. M. Maison Couronne de France et de ses Finances
depuis 1723. Controlleur des bons d'Etats
du Conseil , depuis 1724. et Procureur Général
des Economats de France , mourut subitement
d'une attaque d'apoplexie , âgé de
60. ans,
-Le 16 Nov.nâquit Gabrielle- Louise Geneviève,
3.Fille de Louis de Bouschet ,Marquis de Sourches,
Mestre de Camp de Cavalerie , Cornette de la
Compagnie des Chevau - Legers de la Garde ordinaire
du Roy , Prevôt de l'Hôtel de S. M. et
grand Prevôt de France et de D. Charlote
Antonine de Gontaut de Biron , son Epouse ,
anariés le 8 Février 1730.
II. Vol
LE
2936 MERCURE DE FRANCE
Le 5. Decem. nâquit Louis-Charles , Fils de
Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres ,Vicomte
d'Auchy , Colonel du Régiment d'Anjou Infanterie
, et Brigadier des Armées du Roy , cidevant
premier Gentilhomme de la Chambre du
feu Duc d'Orleans , petit Fils de France , Regent
du Royaume , et de De. Adélaïde Jeanne
Françoise Bouterouë d'Aubigny , son Epouse ,
mariés le 27Avril 1733.
>
Le 10. les Cérémonies du Baptême furent
supléées dans l'Eglise Paroissiale de S. Roch à
Paris par Henri Oswald de la Tour d'Auvergne
Archevêque, et Comte de Vienne, premier Aumonier
du Roy , et Chevalier de ses ordres & c.
à Jean-Bretagne - Charles-Godefroy de la Tremoille
, Prince de Tarente , né le 4. Février der.
nier , Fils premier né de Charles Armand René
de la Tremoille , Duc de Thouars , Pair de
France , Comte de Laval , Baron de Vitré , &c.
premier Gentilhomme de la Chambre du Roy
Brigadier de ses Armées , et Colonel du Régiment
de Champagne ; et de Marie-Hortense
Victoire de la Tour de Bouillon son Epouse
mariés dès le 29 Janvier 1725. il a été tenu sur
les Fonts de Baptême au nom des Etats de la
Province de Bretagne , par l'Evêque de S. Brieu ,
Deputé du Clergé, le Comte, de la Riviere, Deputé
de la Noblesse et M. de Beauvais ,
Deputé du tiers état. La Maraine Olive-
Catherine de Trantes , veuve de Frederic Jules
de la Tour de Bouillon , apellé le Prince d'Auvergne.
2.
>
Le 26. nâquit au Château de Montal dans la
Haute Auvergne, le second fils de Joseph-Bonaventure
d'Escars , Marquis de Montal , la Roquebrou
, Baron de Carbonnieres , Itrac , S. Jean
de
DE CEMBRE . 1737. 2937
de Lépinasse , &c. et de D. Elizabeth de Lastic
de Sieujeac , son Epouse , mariés le 11. Novem-
1732, il doit être tenu sur les Fonts de Baptême
par François de Lastic, Vicomte de Murat , Baron
de Prantinhac, &c. Exempt des Gardes du Corps
du Roy , et par D.Marie- Anne d'Escars , sa Tante
paternelle , Epouse de Jacques- François de Sales
d'Hautefort , Marquis de S. Chamans , Mon
ceaux , Baron d'Envals , Cornil , la Cassaigne ,
& c. On a fait mention dans le Mercure de May
1735. page 1018. de la Maison d'Escars , en raportant
la Mort de D. Françoise de la Fon de
Jean de Saint Project , Mere du Pere du nouveau
né , dont la Mere est fille ( comme on l'a marqué
alors) de François deLastic, Marquis de Sieujeac
, et de Marie de la Roche- Aymon , soeur de
Charles Antoine de la Roche-Aymon , Evêque
de Tarbes , depuis le mois d'Octobre 1729. qui
avoit été sacré sous le titre d'Evêque de Sarepte
in partibus infidelium , le 5. Août 1725. Ce Prélat
est aussi Abbé Commandataire de l'Abbaye
de S. Jean de Sordes , Diocèse d'Acqs , depuis le
mois de Juillet 1731.
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conseil du premier Octobre
dont la teneur suit.
Vi par le Roy, étant en son Conseil, le Procèsverbal
des Syndic et Adjoints des Libraires et Imprimeurs
de la ville de Paris , du premier Août
de la presente année , par lequel il paroît que
s'étant transportés dans l'Imprimerie du nommé
Valeyre, Imprimeur de cette Ville , pour en faire
12
2938 MERCURE DE FRANCE
Aa visite , ils y ont trouvé sous presse quatre mille
Exemplaires de la derniere feuille d'une Edition du
Nouveau Testament traduit en François , que ledit
Valeyre faisoit imprimer en vertu d'un Privilege
inseré dans cette feuille , lequel a été accorpour
huit années à Quillau fils en 1726. et qui est
expré le 16. May 1734 sans que ledit Privilege
ait depuis été renouvellé : Et Sa Majesté voulant
reprimet un abus qui n'est pas moins contraire à
Pauthorité du sceau , qu'aux Reglemens de la
Librairie . Oüy le rapport Sa Majesté étant en
son Conseil , de Favis de M. le Chancelier , a
ordonné et ordonne que les Declarations, Arrêts
et Reglemens concernant la Librairie et Impri
merie , et notamment les Articles CI. CII . CIII.
CIV. et CV. du Reglement du 28. Fevrier 1723 .
'seront executés selon leur forme et teneur ; et en
consequence , que tous les Exemplaires de la
feuille mentionnée audit Procès -Verbal , seront
suprimés , et qu'à cet effet ils seront mis au
pilon dans la Chambre Syndicale , en presence
audit Valeyre : Condamné ledit Valeyre en cinq
cent livres d'amende , et luy fait deffenses de recidiver
, sous plus grandes peines . Enjoint Sa
Majesté aux Syndic et Adjoints des Libraires de
la Ville de Paris , de tenir la main à l'execution
du present Arrest &c.
AUTRE du même jour, qui éteint, amortit
et annulle au profit de Sa Majesté , et à la décharge
du fieur Olivier Receveur General de la
Chambre de Justice , tous les Contracts de rentes
sur l'Hôtel de Ville de Paris Quittances
de finance pour jouir de divers droits et augmentations
de gages, provisions et quittances de
finance d'offices suprimés , et autres semblables
,
effet
DECEMBRE. 1717. 2939
effets remis ès mains dudit sieur Olivier, et à lui
donnés en payenient des taxes de la Chambre de
Justice, ou par forme de consignation sur lesdites
taxes,
AUTRE de la Cour des Monnoyes , du 16
qui confisque des sois de Loraine, trouvés sur le
nommé Louis Cure !, entrant dans Paris par la
barriere de Montreüil ; et le condamne en trois
mille livres d'amende . Et fait deffenses d'exposer
et recevoir en payment,des Especes de billon et
de cuivre de Loraine , ou autres de fabriques
estrangeres , à peine de confiscation et de cinq
cent livres d'amende ; et de faire entrer lesdites
Especes dans le Royaume , à peine de pareille
confiscation , et de trois mille livres d'amende.
SENTENCE de M. le Lieutenant Civil,
du 19. qui ordonne que les Curés des Parois.es
dépendantes du Ressort de la Jurisdiction du
Châtelet , qui n'out pas encore satisfait à la
Déclaration du Roy du neuf Avril 1736. concernant
les Registr s des Baptêmes , Mariages et
Sépultures , seront tenus d'y satisfaire incessamment.
ARREST du Conseil , du 11. Novembre
dont la teneur suit.
Le Roy étant informé qu'il se repand dans le
public , quelques Exemplaires d'un Ouvrage imprimé
sans nom d'Imprimeur , sans Privilege ni
Permission , sous le titre d'Instruction Pastorale
de M. l'Evêque Duc de Laon , &c sur l'authorité
que Jesus-Christ a donnée à son Eglise, du 20 Avril
1737. dont la simple lecture fait voir , que soit
par l'affectation avec laquelle on entreprend d'y
II. Vol. I renou2940
MERCURE DE FRANCE
renouveller ces disputes dangereuses sur les limites
des deux Puissances , que Sa Majesté a cru
devoir étouffer dès leur naissance , soit par des
comparaisons , et des aplications qui paroissent
aussi odieuses que temeraires ; cet Ouvrage merite
une attention encore plus serieuse que les
differens Ecrits qui ont paru jusqu'icy sous le
même nom : Sa Majesté auroit jugé à propos
de le faire examiner par des personnes digues de
sa confiance , afin que sur le compte exact qui
lui en sera rendu , Elle puisse prendre les résolutions
qu'Elle estimera les plus convenables
pour prevenir les suites d'une pareille entreprise ,
en arrêtant , dès à present , le cours d'un Ecrit si
capable d'émouvoir les esprits , et de troubler la
tranquillité publique à quoi voulant pourvoir,
Sa Majesté ordonne que ledit Ouvrage imprimé
sous le nom d'Instruction Pastorale deM.l'Evêque
Duc de Laon, &c. sur l'authorité que Jesus - Christ
a donnée à son Eglise , sera remis entre les mains
de ceux que Sa Majesté jugera à propos de
choisir incessamment dans son Conseil , comme
aussi dans l'Ordre Episcopal , pour y être par
Elle pourvû sur leur avis , ainsi qu'elle estimera
le devoir faire pour le bien de l'Eglise , et pour
le maintien du respect dû à son authorité ; Et
cependant fait très expresses inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
et autres , de quelque état , qualité et condition
qu'ils soient , d'imprimer , vendre , débiter ou
autrement distribuer ledit Ecrit. Enjoint à tous
ceux qui en ont des Exemplaires de les remettre
incessamment au Greffe de son Conseil ; le tout à
peine d'être procedé contr'eux suivant la rigueur
des Ordonnances , Sa Majesté reservant à sa Personne
la connoissance du contenu au present Arrêt,
DECEMBRE 1727. 294T
fet , et l'interdisant à toutes ses Cours et autres
Juges &c .
AUTRE du 17. Novembre , dont la teneur
suit.
Le Roy s'étant fait représenter un Ouvrage
imprimé qui commence à se repandre dans le public
, sous le titre d'Histoire de la Constitution
Unigenitus , par Messire Pierre François Laffiteau .
Evêque de Sisteron , cy-devant chargé des affaires
du Roy auprès du Saint Siege , tome premier , à
Florence , chés Joseph Manni Imprimeur Libraire.
1737. S. M auroit reconnu d'abord , que dans
l'Instruction Pastorale qui est à la tête de cette
Histoire,il semble que l'Auteur ait voulu y don➡›
ner plus de poids , en l'apuyant sur de préten- >
dues Observations faites à la Cour , dont il ne
réste aucune idée à ceux à qui il auroit dû les
demander , pour authoriser veritablement son
Ouvrage. Et comme d'ailleurs la premiere lecture
du reste de ce Livre est suffisante pour faire
craindre à Sa Majesté que , soit par la vivacité :
et la véhemence du stile , soit par l'imprudence
ou le défaut d'exactitude dans le recit de plusieurs
faits secrets , et dans la maniere susp &te et équivoque
d'énoncer des propositions dont on peut
abuser contre les maximes de la France , cet
Ouvrage ne serve à rallumer le feu des disputes
que Sa Majesté travaille à éteindre dans son
Royaume , Elle auroit jugé à propos de le faire
examiner plus exactement , et d'en arrêter dès à
present le cours et le débit ; à quoi voulant pourvoir.
S. M. a fait très - expresses inhibitions et
défenses à toutes personnes , de faire entrer dans .
le Royaume ledit Livre intitulé , Histoire de la
Constitution Unigenitus , par Messire Pierre-Fran-
I ij fois
2942 MERCURE DE FRANCE
sois Laffiteau Evêque de Sisteron , cy- devant chargé
des affaires du Roy auprès du Saint Siege , tome
premier,à Florence,chés Joseph Manni Imprimeur-
Libraire. 1737 Comme aussi à tous Imprimeurs
Libraires, Colporteurs , et autres de quelque état,
qualité ou condition qu'ils soient , d'imprimer,
vendre , débiter , ou autrement distribuer ledit
Ouvrage. Enjoint Sa Majesté à tous ceux qui en
ont des Exemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil, le tout à peine d'être
procedé extraordinairement , suivant la rigueur
des Ordonnances , contre ceux qui contreviendroient
au present Arrêt. Sa Majesté se reservant
au surplus de pourvoir ainsi qu'il apartiendra ,
ce qui concerne ledit Ouvrage , sur le compte
qui lui en sera rendu. &c,
LETTRES PATENTES concernant
la signature des Expeditions de l'Amirauté, que
l'Amiral a droit de signer.
Louis , &c.Notre très- cher et très-amé Cousin
Louis Jean-Marie de Bourbon , Duc de Penthievre
, se trouvant actuellement par la mort de notre
très- cher et très amé Oncle le Comte de
Toulouse , en possession de la Charge d'Amiral
de France , dont Nous l'aurions pourvû en survivance
par nos Lettres de Provifions du premier
Janvier 1734. et reçû son serment le 4. dudit
mois : mais n'étant pas encore en état , à cause
de son âge , de subvenir à toutes les signatures
du grand nombre d'expeditions qui doivent être
signées par l'Amiral , Nous aurions , à l'exemple.
de ce qui s'est pratiqué en 1683. fait graver le
nom de notredit Cousin le Duc de Penthievre ,
pour , avec ladite estampe , ou caracteres gravés,
signer toutes les Expeditions de l'Amiraute

par
DECEMBRE. 1737 2943

par celui qui en sera par Nous rendu dépositaire).
A Ces Causes , après avoir vû les Lettres de Pro
Visions de ladite Charge , dont copie dûëment
collationnée est cy- attachée sous le contre- scel
de notre Chancellerie , Nous avons dit et ordonné
, et par ces Presentes signées de notre main ,
disons et ordonnons , voulons et Nous plaît , que
tous Congés , Passeports , Commissions , Attaches
et autres Expeditions de l'Amirauté , et que
Amiral a droit de signer , soient signés de l'estampe
dont l'empreinte est imprimée en ces
Presentes , et contient les caracteres qui ensuivent
: L. J. M. DE BOURBON pour y
avoir recours quand besoin sera , quoi faisant
lesdites Expeditions ainsi signées desdits caracte
res , vaud.ont et seront reconnues dans tous les
Ports , Havres et étendue de notre Royaume ,
Teres et Pays de notre obéissance , Mers de
notre domination , et par- tout ailleurs où be
soin sera , sans difficulté , et tout ainsi que si elles
étoient signées de la main de l'Amiral ; et afin
qu'aucun abus ne puisse être fait de ladite estampe
ou caracteres gravés , Nous avons ordonné et ordonnons
, voulons et Nous plaît que ladite estam
pe soit mise et déposée entre les mains du Secretaire
général de la marine , pour signer avec
fesdits caracteres gravés , toutes les Expeditions.
de l'Amirauté , et ce jusqu'à ce que par Nous il
en ait été autrement ordonné . Si donnons en
mindement à nos amés et feaux Conseillers , les
Gens tenans notre Cour de Parlement de Paris
Sieges de l'Amirauté et à tous autres nos Officiers
et Just ciers qu'il apartiendra , que ces Pré
sentes ils ayent à faire registrer , et le contenu
en icelles garder et observer selon leur forme et
I iij tencur ,
2944 MERCURE DE FRANCE

reneur , cessant et faisant cesser tous troubles e
empêchemens contraires : Car tel est notre plai
sir ; en temoin de quoi Nous avons fait mettre
notre Scel à cesdites Presentes Données àVersail
les le huitième jour de Décembre , l'an de grace
1737. et de notre Regne le vingt - troisiéme . Registrées
au Parlement le 31.dudit mois &c.
EDIT DU ROY , portant établissement
d'une Loterie Royale,pour procurer l'extinction
de partie des Capitaux de Rentes sur l'Hôtel de
Ville de Paris . Donné à Versailles , au mois
de Decembre 1737. Registré en Parlement le
19 dudit mois , Par lequel Sa Majesté ordonne
l'exécution des 18. Articles contenus audit Edit ;
sçavoir ,
ART. I. Qu'il soit ouvert au 20. du present
mois de Decembre , une Loterie , dont Nous
avons fixé et fixons le fonds à la somme de treize
millions de livres.
*
II. Ladite loterie sera composée de la quantité
de vingt mille billets , que Nous avons fixés et
fixons à la somme de six cent cinquante livres
payables , sçavoir , cent cinquante livres en argent
, et cinq cent livres en principaux de rentes
au denier quarante sur nos aydes et gabell s.
III. Voulons que tous nos sujets , de quelque
âge , sexe, qualité et condition qu'ils puissent
être , même les Etrangers , soit qu'ils demeurent
dans notre Royaume , pays , terres et Seigneuries
de notre obeissance , ou en d'autres
Etats soient admis à ladite loterie.
IV. La recet e particuliere des billets de ladite
loterie , sera faite par les sieurs Dutartre er Bouron
, Notaires au Châtelet de Paris , que Nous
avons
DECEMBRE. 1737. 2945
avons pour ce commis et commettons : et les
deniers comptans seront par eux remis chaque
jour au Garde de notreTresor Royal en exercice
au moyen de quoi Nous les avons déchargés et
déchargeons de rendre compte de leur maniement
, autrement que par bref état , audit Garde
de notre Tresor Royal, qui se chargera en recette
, du montant total dudit maniement.
V. Il sera formé vingt registres de mille numero
chacun , pour les billets de ladite loterie,
lesquels registres seront cotés et paraphés par le
sieurs Prevôt des Marchands , ou par l'un des
Echevins de notre bonne Ville de Paris , et dans
lesquels seront écrits les noms , mots ou devises
Sous lesquels les billets auront été fournis aux
acquercus.
VI Pour parvenir au payement de la portion
`desdits billets payables en rentes sur nos Aydes et
Gabelles , il sera par ledit Garde de notre Tresor
Royal en exercice fait remboursement desdites
rentes . jusqu'à concurrence de la somme de dix
millions de livres de capital seulement , à ceux qui
voudront convertir leurs Contracts en billets de
ladite Loterie, en lui fournissant , avec les grosses
ou ampliations desdits Contracts , les titres de
proprieté , les certificats du Conservateur des hypotheques
, portant qu'il n'y a point d'oposition
, et les quittances et décharges necessaires,
usitées dans tous les cas de remboursement , pour
en operer la validité ; pour valeur desquels Contracts
, il sera fourni aux Proprietaires , des a signations
du Tresor Royal sur ladite Loterie
lesquelles seront reçues dans le payement desdits
billets.
VII. Les arrerages des rentes qui seront ainsi
I i
rembourg
?
2946 MERCURE DE FRANCE
remboursées , seront retranchés de nos Etats , a
compter du premier Janvier de l'année prochaine
1738. et les capitaux desdites rentes seront éteints
et suprimés , ainsi que Nous les éteignons et
suprimons , jusqu'à concurrence de dix millions
de livrs , à l'effet de quoy lesdits Contracts seront
déchargés du control.c .
VIII. I y aura dans ladite loterie mille Lots,
dont neuf cent quatre- vingt - size payables en argent
, sçavoir , trois cent cinquante de mille livr's
; trois cent de deux mille livres : deux cent
de trois mille livres , cinquante de cinq mille livres
; trente de six mille livres , vingt de neuf
mille livres ; vingt de dix mille livres ; dix de
quinze mille livres dix de vingt mille livres ;
trois de trente mille livres ; deux de cinquante
mille livres chacun , et un de cent mille livres ; et
quatre autres lots de cinq mille livres de rentes
viagere chacun ,
IX. Les billets auxquels il ne sera point échứ
de lot , seront , après le tirage de la Loterie , convertis
en rentes viageres , au profit des Porteurs
desdits billets , à raisou de vingt livres de rente
viagere pour chaque billet .
X. Pour fournir aux interessés en ladite Lote
rie les rentes viageres qu'ils doivent avoir selon le
sort de leurs billets , Nous avons créé et créons
quatre cent mille livres de rentes viageres , que
Nous avons assigné et assignons sur nos droits
d'Aydes , gabelles et cinq grosses Fermes , que
Nous avons par privilege , même par preference
à la partie de notre Trésor Royal , affecté et
hypothequé au payem- nt desdites rentes à
F'effet de quoi voulons et ordonnons , que par
les Commiffaires de notre Conseil qui seront
;
par
DECEMBRE . 1737.
2947
,
par Nous à ce députés
lesdites quatre cent
mille livres de Rente soient inceffament venduës
et alienées , à nos chers et bien - amés les Prevôt
des Marchands et Echevins de notre bonne
ville de Paris.
XI. Ladite Loterie sera tirée le ro, du mois
de. May prochain ; dans la grande Salle de l'Hotel
de notre bonne Ville de Paris , en la forme et
maniere , et ainsi qu'il a eté jusqu'à present pratiqué
pour les autres Loteries que nous avons
ordonnées ou permises ; et ce en presence des
Prevôt des Marchands et Echevins de notredite
Ville et les lots qui seront échûs , seront acquittés
sans délay .
:
XII. Tous les billets de ladite Loterie seront,
après le tirage, raportés au Garde de notre Tresor
Royal en exercice , pour être acquités à leur presentation
, ou au plûtard dans le courant de l'année
, à compter du jour du tirage de ladite Lòterie
, et ce à peine de nullité desdits billets : Ordonnons
en outre que les billets , avant d'être
presentés au Garde de notre Tresor Royal ,
soient visés par celui des receveurs particuliers
qui les aura signés , et que sur chacun d'iceux il
soit fait mention du sort desdits billets.
XIII. Les lots payables comptant , seront
acquités en especes , par ledit Garde de notre
Tresor Royal , à la déduction seulement de trois
pour cent , qui seront employés aux frais indispensables
de la Loterie. Quant aux lots payables
en rentes viageres , et aux billets auxquels il ne
sera point echû de lot , mais pour lesquels il doit
être constitué des rentes viageres , à raison de
vingt livres de rente par billet , ledit Garde de
motre Tresor Royal en fournira ses reconnois-
LV
sances
2948 MERCURE DE FRANCE
>
sances , pour chaque billet séparément , ou pour
plusieurs confusément , au choix des Porteurs
pour tenir lieu de quittance de finance desdites
rentes ; lesquelles reconnoissances contiendront
les numero et sommes portés auxdits billets
ainsi que les Rentes qu'ils devront produire
suivant le sort desdits billets , le tout en lui remettant
lesdits billets visez , ainsi qu'il est cydessus
ordonné : pour sur lesdites reconnois- !
sances , qui seront ensuite enregistrées au Controlle
General de nos finances , être par Irsdits
Prevôt des Marchands et Echevins , passé contrat
de constitution au profit des y dénommés;
et lesquels billets seront , après la converfion
totale , remis à ceux qui les auront fignés ,
lors du compte qu'ils rendront audit Garde de
notre Tresor Royal , conformément à l'article
IV du present Edit : au moyen de quoi edirs
Garde de notre Tresor Royal ne fera recette du
montant desdi es reconnoissances , que par ad
vertatur seulement , dans l'état au vrai et compte
de son exe cice de adite present année.

XIV . Les Constitutions particulieres desdites
rentes ne pou ont être moindres de la som
me de vingt res de jouissance annuelle , et les
Contrats en seront passés pardevant tels Notaires
que les Porteurs desdits billets vou'ront choi
sir
qui feront tenus de leur délivrer lesdits
Contrats , sans frais , et auxquels il sera par
Nous pourvû de salaire raisonnable.
XV. P rmettons à ceux auxque s il sera echû
des lots en rentes viageres, ensemble aux Porteurs
de plusieurs billets auxquels il ne sera point echu
de ot de constituer lesdites rentes en tel nombre
de parties , au profit , ou sous te nom qu'ils avi--
seront
DECEMBRE. 1737. 2949
stront , Pour en jouir par eux, ou ceux qu'ils désigneront
, leur vie du ant seulement, après quoi
lesdites rentes demeureront éteintes à notre profit
: mais jusqu'au décès de chacun des Rentiers ,
les arrerages desdites rentes seront payés à leurs
veuves , enfans , héritiers ou ayans cause .
XVI. Voulons , relativement à l'Article III,
de notre present Edit , que ceux qui lesdites
rentes viageres seront échûës, de quelque qualité
et con ition qu'ils soient , même les Etrangers
demeurant en nôtre Royaume ou en d'autres
Etats , en jouissent en vertu des Contracts qui
feur en auront été delivrés , sans qu'elles puissent
être retranchées ni reduites , sous quelque pretexte
que ce puisse être : Voulons aussi qu'elles
soient exemptes de toutes confiscations , represaillès
, marque et contren arque , dont Nous les
avons dechargées et dechargeons ; renonçant à
cet affet à tous droits d'aubaine , bâtardise , des--
hérence , et à tous autres qui pouroient Nous
apparten r ..
XVII. Les arrerages desdites rentes come
menceront d'avoir cours à compter du premier
Janvier prochain , et seront payés à bureau ou
vert , en l'Hôtel de notre bonne Ville de Paris
de six en six mois , par les ayeurs des autres
rentes , en la maniere accoutumée.
99
XVIII. Assujettissons lesdites rentes à toutes
et chacunes les formalités prescrites jusqu'icy
pour la perception des rentes viageres , par differens
Edi's , Déclarations , Arrêts ou Reglemens
que nous avons , quant à ce , renouvellés et renouvellons
& c..
Ilvi APRO
APROBATION.
Icélier ,le second volume du Mercure deFrance
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chandu
mois de Décembre , et j'ai crû qu'on pouvoit
en permettre l'impression, A Paris , le 30. Jan-
Février 1738..
HARDIO N.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Juste, Ode, 2749
Suite des Raisons Physiques , sur le crane Puice sur crane
2753 humain ,
Epitre à une Dile sur la petite verole , 2763
Difficulté concernant le mouvement de la Terre,
Description d'un orage , Ode ,
2765
2773.
Lettre sur un Manuscrit Liturgique de la Bibliotheque
du Mont-Cassin , faussement attribué
& c.
AjaxTelamonius amore &c.
2777
2785.
Dissertation sur la vanité des Horoscopes. 2788-
2803
Extrait d'un Memoire sur le Phosphore , 2805
Eloge d'Arlequin ,
Ode sur une Rose
Le Reveil de Roger Bon-temps &c..
Définition de l'Amour ,
2813
2815
2821
Memoire Historique sur la Seigneurie de Ste ..
Geneviève des Bois , 2823
Dialogue des Ombres ,. 2829,
Reponse aux Observations sur Vellaunodunum ,
& c .
2833
Fnigme et Logogryphes & c.
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS ›
28414
c. Lettre au sujet du Livre do Luturgia Roma→
ni Pontificis &c. 28.43'
Epitre sur la troisiéme Edition du Traité du vrao
merite ,
2.850
Ode sur la mort du Comte de Toulouze , 285 }
Généalogie allegorique , Vers à Mlle Sallé & c .
Nouveaux Amusemens du coeur et de
Question à résoudre
2855
l'esprit ,
2859
2861
Expressa Coloribus imagini D ***, &c. 2862
28631
Extrait de Lettre sur les Observations des Académiciens
François au Perou , 2865
Registre de l'Armorial general &c.
Extrait de Lettre écrite de la Rochelle sur l'Académie
des Belles Lettres de cette Ville, 2866
Préservatif contre la Rage ,
Journal du Palais ,
2869
2872
Discours adressé au Roy de Pologne Duc de
Lorraine ,
Mort d'un Sçavant ,
Nouvelles Estampes ,
2874
2875
2876
Vue en perspective de l'Eglise de S. Pierre de
Rome ,
Taurobole fameuse Antique
2877
2878
Mort du Directeur de l'Académie de Peinture à
Rome 2
Machine Hydraulique , Spectacle ,
2879
ibid.
Ouvrage de Sculpture en cire d'un goût nouveau
,
28828
L'Europe , nouvel Ouvrage de M. de Gourné ,
Spectacles , la Gouvernante Comédie ,
L'Opera d'Atis & c.
Acrostiche & c.
Kartal ,
2883
2885
2901
2904.
Nouvelles Etrangeres , Turquie , du Camp de
2905
Lettre de Constantinople , 2908
De Russie , Pologne , Allemagne , 2911
D'Italie , de Genêve , Discours adressé au Comte
de Lautrec , 2916
Grande - Bretagne , Convoy et Obseques de la
Reine ,
Morts des Pays Etrangers ,>
Etrennes ,
2921
2.24
2928
France , Nouvelles de la Cour de Paris , & c .
Errennes ,
Morts , Naissances
Arrêts Notables ,
2925
2930*
2931
2937
Errata d'Octobre:
Page 2162, lignes 9. et 10. lisex , à l'égard
des Globules rouges leur condition n'est pas
douteuse , on les aperçoit , &c.
Ibid. 1. 19. et 20. lisez trois sortes de Parties,
s Parties sereuses ou aqueuses , &c.
Ibid. 1. 29. lisez de les representer ,
Pág. 2163 , 1. 9. lisez , et cela avec d'autant
plus de vitesse .
Ibid. 1. penult. et dern. lisez , le premier mou.
vement est unanimement reconnu .
Pag. 2172. lign . penult . lisez , le prétend .
Pag. 217. Il faut suposer les côtés du Polygo
ne égaux , plus petits et en plusgrand nombre qu'on
ne les a representés dans la figure.
Pág. 2179. 1. 5. lisez , sous les noms , &c.
Errata de Noven bre.
P: Age 2427 : ligne 1. Passons l'Extrait , lisez,
1.
Passons à l'Extrait . P. 2432 1. 2. la Calade
S. Paolo , l . la Cala de S. Paolo . P. 2435.
L'on connoît & c. ces deux mots doivensi
ommencer un Articles
TABLE GENERALE
De l'Année 1737.
* ( 1 ) Comédie
A Abbé des Foux ,
Abus ( Traidé de l'´)
Académie Françoise ,
Des Sciences ,
Des Belles - Lettres ,
Des Jeux Floraux ,
·De Soissons ,
De Bordeaux
1839. 2065
2815
911
109.326 °
986. 1137 2032. 246r
109. 557.985. 2459
1-170 1410
985. 1410 2028
De Marseille ,
De la Rochelle , ·
De Pau ,
De Béziers ,
2029
2457
116. 2866
984
512. De Peinture
De Chirurgie ,
996. 1409. 1619 : 2035 °
De Madrid ,
De Guimaraens*,
De Petersbourg ,
2031
1170
560
1170
2259
Achille dans l'Isle de Scyros , Tragi - Comédie ,
Accommodement imprévû ( 1 ) Comédie, 2496
Accouchement extraordinaire ,
Agapit , Tragédie ,
Aloës ,
Ambnieux ( 1 ) Comédie ,
Ame , 1881. Des Bêtes ,
1413
773
19233
11855
852. 1596. 1766
Amour ( 1 ) Censeur des Théatres , Comédie
795
TABLE
Apel comme d'abus ,
Amusemens du coeur et de l'esprit , 86. Sérieux
et comiques , 1798. Nouveaux Amusemens du
cteur et de l'esprit ,
'Antiquités ,
Architecture Civile ,
2859
22. 346.2878.
278
2584
Arrêt , 341. 488. Burlesque 724
'Armorial general ,
2862
Arosiane ( la Congrégation ) 1523
Art Militaire ,
2186.
2447
Atis , Opera , 2901
Avallon ,
Avantager. Si l'un des Conjoints peut avantager
les Enfans du premier lit de l'autre Conjoint ,
1558.
Aurore Boreale ,
Auteurs Classiques
B.
1956
2242
2454
Bardet ( Pierre )
BillyArbitre ( le ) Comédie , 1640. 1836 1268
Baronius , 2454
Bastie ( Joseph Bimard de la ) SST
Berroyer ( Claude ).
1277
Bertin ( Annales de S. 】837.2637
Bertoldo , $60*
Bibliotheque Italique & 1382. 2420
Bibliotheca Hispanica , 1408
Boïens >
1707
Borghese ( Camille des Ursins ) 1820
Bossuet ,
2456
Bourgoing de Villefort ( Joseph Y
Bouquet , 156. 1296. 1649. 1652. 2181. 2302 .
2875
Bout- Rimés ,
Bretigny
2367.2395
1955
42.472
C.
DES MATIERES.
C.
Admus , Opera , 1839.2056
Cadran , 1623. Astronomique , 2034 2036
Canaux ,
Catherinot ( Denis )
Caux son origine ,
Charles XII.
Cantate ,
Caracteres de Thalie (les ) Comédie , 1439 . 1628.
2003
Canon ( nouvelle espece de J 1170
60-498 1455 , 1664. 2317
1840.2222
1969
2035. 2653. 288
Carosses ,
Cartes Geographiquts ,
Castor et Pollux , Opera , 2267. 2657. Parodie.
Causes Celebres ,
X
2670
1265
756
2
627
Chemins Romains , 1558
Childeric , Tragédie , 519
Christianisme dans le Soissonnois 1991
Cire ( Ouvrages en )
2882
Collery ( Roger de )
2817
Comete , 336.991
Constance des deux Sexes . 63
Conte ,
246
Contumace 2123
Cours de Phisique ,
J404
Croce ) Jules- Cesar ) 560€
Croix de N. S. 205. 1898
Esroches ,
Crusca Provenzale ( la )
D Deux Nieces ( les ) Comédie , 134 363
Diodore de Sicile
Diplomes défendus ,
Discours Evangeliques
959
1383
1398
Divertisse
2241
D.
627
TABLE
Divertissement sur la Paix ,
Ducatiana ,
1369
Dufresne ( Jean )
Dunum ,
Dupré ( D. Claude )
2011
1281
924
1357
E,
FChers
; 2340
Ecole des Amis ( l' ) Comédie , 361. 1001 .
De l'Hymen , Comédie
Églogue ,
Elegie ,
Empieme ,
Encre simpatique ,
2248. 2479
263 , 849. 1524
235.929
1939
992
Enigme , 80 293. 508. 727. 93′3 . 1147. 1375 •
1580. 1789. 1987. 2207. 8411. 2634. 2810
Entretiens Litteraires
Epigramme ,
> 2231
2440
1368. 1677. 1784. 2122
Ephrem ( @uvres de S. )
Epithalame ,
Epitre en Vers , 197.
Estampes , r23 . 346.
900
392. 733. 1129. 1607.
2184. 2763. 28500
561. 762 997. 1176.
1409. 1622. 1823. 203 5. 2244. 2473. 2649%
Etrennes ,
2876
1081. 2592. 2826.2928
F.
FAble , 462. 723. 1049 1532. 1576, 21446 2633
Famille ( la ) Comédie , 544
Favier .
96 Fausse confidence ( la ) Comédie , 577
Fievre vermineuse
Fille Arbitre (la ) Comédie ,
465
135
Froland ( Louis 969
G.
DES MATIERES.
G
G.
Elais ( Louis François du Bois de S. ) 990
Gelée ( effets de la ) sur les Vegetaux , 994
Genabum , 1051. 1762. 2183. 2594
Geneviève des Bois ( sainte )
Géographie des Légendes ,
Géométrie ,
Gergovia Boiorum ,
Germain ( S. )
Gibert , Canoniste ,
Glace artificielle ,
2823
2000
250
17112183
545
737
1950
Glossaire de la moyenne et basse Latinité , 339
Gouvernante ( la ) Comédie ,
Grégoire ( S. )
Gueret ( Gabriel )
Guidonis ( Bernard )
H.
Arangue ,
2497.2885
343
1288
2320
1871, 1875
2496 Hand Berger ( 1 ) Comédie ,
Histoire ( Principe de l' ) 329.955. FI59 . 1379'
Généalogie critiquée ,
-Des Evêques de Nîmes ,
Des Maladies ,
335
< 2373
1812. 2156. 2872
2788
Horlogerie, 290. 319. 456.482. 761-1333.1980
Horoscopes ( vanités des )
I.
Jephté , Opera ,
Apon(Histoire du )
529.738
789
Jettons ,
124
Imitation de J. C.
963
Imprimerie ,
1399
Impromptus de l'Amour ( les ) Comédie , so
Incendie , 396. 1020. 1426. 1430. 1641. 1661.
1843. 2095
250
TABLE
lofini ,
Joigni ,
Journal des Audiences ,
Islin ( Christophe )
1
Italien marié à Paris ( 1 ) Comédie
Jurisconsultes ( la Vie des )
1127
2718
1608
1412
1420
949
Jurisprudence ( Recueil de) 296. (Journaux de)
1261
Justin , voyez Favier.
L.
L Largesse
2202. 2362
Lettre ,
Largesse des Romains ,
Le Clerc ( Laurent- Josse ).
Lisimachus , Tragédie ,
sso. 1318. 1755.2865
Liturgia Romani Pontificis ,
Logogryphe , 81 . 294. 508. 728. 934. 1148.1376 .
1581. 1790. 1988. 2207. 2412 , 2635. 2845
Louis ( S. )
1474
267
2672
2843
238. 412. 1338.
Louis XIV . 2452
M.
Achine ,
M
Madrid' ,
Madrigal , 472. 1659. 1968. 2118. 2195. 2410.
2821
Mamert , Manuscrit faussement attribué à ce
-767. 1254. 2879
1877.2182
Saint .
2777
Marais ( Mathieu ) 1412
Marbre ; 1618
Marivaux 2196 ,
Marseille ( Eloge de )
674
Mascarade ( la ) Comédie , 1827
Mathématiques ( Elemens de ) 945
Médailles , 558.2564.
Mercure
f
DES MATIERES.
Mercure ( à l'Auteur du )
Merite tire avantage de l'envie ,
Mine d'argent ,
>
2110
2289 )
1410
2070
1493. 1682
326
N
Moine ( François le )
Momus corrigé . Comédie .
Montlhery ,
Musique ( Traité de )
N
Newton ,
2249
2006
937
1817
2396
342
Enci ,
Niceron ,
Noces ( secondes )
Noms de Provinces , Villes et leur étimologie ,
Nouvelles Litteraires de Rome ,
Ο
Bstacles de la Penitence ,
523
Odesur la Paix , 33. 175. 621.833 . 2578
' L'infidelité' , 451. Sur la Guerre , 646. L'Himen
, 670. A Bacchus , 870, Le Parnasse
1116. L'Orgue d'Albi , 1487. La parole Divine
, 1510. Le Sommeil , 1702. Les Progrès
du Genie , 1945. L'Esprit fort , 2105. Le
Printemps , 2338. Les Moineaux , 25,61 . Le
Juste , 2749 Orage , 2773. Sur la mort du
C. de Toulouse 2851
Anacreontique ,
Latine ,
>
1 +
288. 1764. 2813
2379
Tirée des Pseaumes , 26. 256. 409. 1339.
1336. 1747. 1759. 1940. 2537
Oiseaux de Passage ,
Okenny ( les Ouvrages de Nicolas Anthonin )
2145
2004
Orateur (1 ) de Ciceron traduit , 749
Ordonnances
TABLE
Ordonnances des Rois de France ;
Orgues ,
Ouragan ,
P
Adoue ,
P
Papier et Parchemin timbré
Paul ( S. ) n'a point abordé à Malthe ,
Persée Opera , 353. 562 , Parodie ,
Pervigilium veneris ,
Pheniciens ,
Phosphore,
IIS
1487.1750
381. 1208
2435
1082. 1616
2427
776
325
2805
Pierre représentation de l'Eglise de S. ) 2877
Pierre ( Opération de la )
Pivardiere ,
2119
1611
Poëme , Musaum nummarium , 304. De Petrone
323. Le Phenix , 1481. Les Serins , 1585.
Conquête de la sainte Couronne ,
Poësie Françoise ,
Poisson ( le P. )
Poncy de Neuville ( Jean Baptisse )
Porte ,
2235
2381
527
1223
28
Procureur General peut-il s'oposer à un Arrêt
rendu sur ses conclusions ,
Pseaumes ,
2123
499
Uestions , 688. 762. 896. 1529. 2353
Q
Quien ( le P. le )
R
R
Age ,
Reflexions sur le Mariage ,
Ouvrages de Litterature ,
Regulus Tragédie ,
Reveil de Roger Bon - temps ,
Revolution au Caire ,
Riperda le Baron de )
2861
634
2038.2869
2604. sur les
S16. 982
2045
2815
654
2992
Ritibus
DES MATIERES.
Ritibus de Antiquis Ecclesiæ )
Rival Secretaire ( le ) Comédie ,
Rome ( durée de la Monarchie de )
Rondeau ,
Roüet à filer ,
S

Savoyards ,
S.
1996
2496
1537
174. 1522
1821
2161
260
Sciences ( état des ) depuis Charlemagne , 1800
Senecé ( Antoine Bauderon de }
Solides ,
874
2166
Son ,
1137
Sonnet , 1578, 2092. 2155 2535
Sophie ( sainte )
1300
Stances ,
18.485. 1915
Sutures du crane , 2540. 2753
T.
T
Ableaux , 1179. 1619. 2013
Tasse , 905
Terrasson ( OEuvres de Mathieu )
Terre ( mouvement de la )
These ,
753
2765
337
Thibaut ( Chansons de 1720
Thiboust ( Claude- Louis ) 1617
Thiroux ( le P. Etienne ) SOL
Thomas d'Aquin ( S. ) 1804. Du Louvre , 122
Thou ( de ) 1403. 1917
Tiers et Danger droit de } 967
Toscan ,
$77
Transactions Philosophiques ,
2217
Tremblement de Terre , 1175
Triomphe de l'Harmonie ( le ) Ballet , 1018.
Turcs Religion des )
Tusculanes ,
1185
1149
1998
TABLE DES MATIERES
U.
Vaumoriese (Pierre Dortigue de )
An- mour ( Jean- Baptiste } 1173
937
488
Vellaunodunum , 1051. 1762 , 1963. 2595.2833
Vente ( droits de )
Vers. Le Nouvel An , 1. Sentimens d'une ame
pénitente , 275. Dépit Poëtique , 477. Traits
d'Histoire , 685. A M. de Lamée , 694, A M.
Nattier , 762 A Mad. la Duchesse , 814 A,
M. Silva , 81. L'Esprit et la Beauté , 1257-
Au C. de F ... 1315. A M. Albert , 1351 .
Au P. Arcere , 1448. Les Fourmis , 1469. Au
Pape , 1557. Le Triomphe de la Beauté, 1579.
A M. 1614. A 1677. La Vieillesse , 1718. La
Présomtion punie. 1796. Eloge de S. Thomas
d'Aquin , 1807. A M. Chapelain , 1875. Le
Balon , 1893. Le Démenagement , 1930. Au
Chevalier de , 1962. Contre l'Amour , 1979.
Sur l'Hymen , ibid. A M. de Boissy , 2070 , A
Mlle Gaussin, 2071 2604. A Mile….. 2133. Sur
quelques Peintres , 2134. A M. de Marivaux,
2200. Le Portrait de l'Amour , 2350. Reproches
, 2361. Prose Rimée, 2598. Voluptas insidiosa
, 2646 Ajax, 2785. Eloge d'Arlequin,
2803 Dialogue des Ombres , 2829. A Mile
Salié , 2855. Sur un Portrait ,
Vesuve ,
Victrice ( S. )
2862
1175. 1433. 1822. 2242
546.917
Vieillesse extraordinaire , 401 407 605. 817 .
1026. 1033. 1037. 1224. 1231 .
1858. 2088. 2.32.2303
Vierg- d'Autun ,
Voltaire .
Voyage interrompu ( le )
Wloughels ( Nicolas )
1274. 1440.
2523. 2732
582
342. 627
1798
2879
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le