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1737, 09-10
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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROT.
SEPTEMBRE. 1737.
AT
SPARGIT
CURICOLLIGITI
Papillon
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Rey.
HE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
535603 AVIS.
ASTOR , LOX AND
TILDEN FO
L'
Mercure
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
vis - à- vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
و
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiterent
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur·
L'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
SEPTEMBRE. 1737.
********* ****** *******
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JEU DU BALLON ,
ET SON ORIGIN E.
P Lusieurs Enfans guidés par l'alégresse ,
Et par les Ris et par les Jeux ,
Vrai cortege de la Jeunesse ,
Cherchoient à s'amuser dans un champ spacieur
Le Ciel étoit serein , et Phebus sur le Monde
Répandoit les Trésors de sa clarté féconde ;
Un doux Zéphir qui caressoit les fleurs ,
A ij Tempérok
1
SHP
1894
MERCURE
DE
FRANCE
Tempéroit de l'Eté les cruelles chaleurs ;
Tout sembloit avec eux être d'intelligence,
QuelJeu choisira- t'on ? C'étoit- là le grand point,
C'étoit l'affaire d'importance ;
L'un dit blanc, l'autre noir , on ne s'accorde point,
Enfin le Gouverneur de la Troupe volage ,
Calma cette dissension ;
S'il m'en souvient , Aceste étoit son nom ,
Bon vieillard , qui joignoit l'amour du badinage
Avec la vertu de Caton ;
Il proposa de jouer au Ballon ,
C'est , disoit-il , un exercice honnête ,
Qui fait briller l'adresse et la vigueur ,
Apollon en est l'inventeur ,
Et lorsque dans sa Cour il donne quelque fête ,
Fort souvent le Ballon en remporte l'honneur.
On raconte qu'un Grec qui s'apelloit Physode ,
Auteur vain , s'il en fut jamais ,
Osa s'égaler dans une Ode
A ce Dieu dont les chants nous offrent tant
d'atraits ;
Et même encor plus loin il poussa son audace,
L'Insensé voulut seul regner sur le Parnasse ;
Penetré d'un juste couroux ,
Le Dieu lui cria : téméraire ,
Un châtiment aussi prompt qu'éxemplaire
Va suivre ton orgueil et tes transports jaloux!
Tremble ! ma vengeance est prête ;
ام
SEPTEMBRE. 1737. 1895
Le vent te remplit la tête ;
Tout ton corps dorénavant ,
Vil jouet de la Nature ,
Sous une étrange figure
Ne sera plein que de vent.
L'Ecrivain superbe et frivole
Prétendoit reclamer contre ce grand Arrêt à
Mais sa bouche perd la parole ,
L'homme s'évanouit , et le Ballon paroît ,
Remarquez , poursuivit Aceste ,
Quels sont les fruits d'un chimérique orgueil ;
Conseiller dangereux et Pilote funeste ,
Il nous jette toujours sur quelqu'affreux écueil.
Après cette petite Histoire ,
Nos Ecoliers , au gré de leur sage Mentor ,
Prennent joyeusement l'essor ,
Et courent au plaisir , ainsi qu'à la victoire ;
On convient qu'un repas soit le prix des vain
queurs ,
L'esperance et la crainte aiguillonnent les coeurs .
Déja la Troupe brillante
S'est divisée en deux parts ;
Tous sont armés de brassarts ;
Une ardeur vive et bouillante
Eclate dans leurs regards.
Déja la Scene s'ouvre , et le Ballon rapide
Lancé par Sagaris , vrai descendant d'Alcide ,
Tombe à côté de Diorès.
A iij Diorès
1896 MERCURE DE FRANCE
Diorès le repousse au-dela des limites ,
Qu'à son vol les Loix ont prescrites ;
Mais l'impétueux Pherès ,
D'un coup adroit le ramene
Dans le centre de l'Arene .
Pallas n'est pas moins actif ,
Egaux en force en courage ;
Tous deux ont l'oeil attentif
Sur le plus mince avantage ;
Ils traversent leur Camp de l'un à l'autre bout,
Et le Ballon les rencontre partout.
Aceste, Aceste même échauffé d'un beau zele
S'élance entre les Combattans
Pour prendre part à leur querelle ,
Et pour donner pendant quelques instans
peu de tréve aux travaux importans
D'une étude continuelle :
Un
Quoiqu'il ait vú deux fois trente moissons
Il est encor leste et robuste ,
Bon pied, bon bras , le coup d'oeil juste ,
Autant que tous ses Nourissons.
Comme il en voit plusieurs dont la force épuisée ,
Cede au parti contraire une victoire aisée ,
Qu'avez- vous , leur dit -il , quelle est votre
tiedeur ?
Courez , volez , frapez , faites- vous violence .
Le triomphe est le prix d'une héroïque ardeur ,
On ne l'obtient jamais avec tant d'indolence .
Ainsi
SEPTEMBRE . 1737 1897
Ainsi parloit Aceste , et d'un coup furieux
Il poussa le Ballon qui s'offroit à ses yeux ;
L'Air mugit , les Echos résonnent ,
Les plus braves Joueurs s'étonnent
Et le Globe léger s'éleve jusqu'aux Cieux.
Enfin il paroît , il retombe ,
Sans que dans sa carriere on puisse l'arrêter ;
Nicétas l'entreprend , et Nicétas succombe ;
Personne jusqu'alors n'avoit sçu le dompter.
Jusqu'alors on croyoit qu'il étoit invincible ;
Au rèvers qui l'accable il se montre sensible ,
Il soupire , il gémit , une prompte rougeur
Exprime sur son front sa honte et sa douleur.
Tel sur le Mont Riphée ou dans les Champs du
Scythe ,
Un Lionceau fameux par ses premiers exploits ,
Se débat , s'enflâme et s'irrite ,
Quand un Lion plus fort le soumet à ses loix.
Pendant que Nicétas s'attriste ,
Son Maître par des coups nouveaux
Démonte ses plus fiers Rivaux ;
C'est vainement qu'on lui résiste.
Mais Apollon survient ; un feu celeste et pur
Rayonne autour de son visage ;
Il est assis sur un nuage ,
Où l'on voit éclater l'or , la pourpre et l'azur.
O vous , dit-il , belle Jeunesse ,
Vous que les Jeux badins ont rassemblés ici ,
A iiij
Laissez
1898 MERCURE DE FRANCE
Laissez, puisqu'il le faut , triompher la vieillesse;
Elle s'est exercée , exercez - vous aussi ;
Et soit que sous mes yeux vous cultiviez l'étude,
Soit qu'aux honneurs de Mars vous cherchiez
quelqu'accès ,
Songez que les plus grands succès
Naissent presque toujours d'une noble habitude .
A ces mots le Dieu part , et l'heureux Gouver
neur
D'une voix unanime est déclaré vainqueur,
*
Par M. Du Peron de Castera.
SUITE de l'Essai d'un Traité Historique
de la Croix de N, S. Jesus-Christ , &c.
Quoique l'Evangile eût été annoncé ,
non- seulement aux Juifs , qui avoient
crucifié le Messie , aux Juifs des autres
Contrées du Monde , mais encore aux
Gentils , par le Grand Apôtre , qui avoit
arrosé de ses sueurs et de son sang presque
toute la Terre , le Regne de Satan subsistoit
toûjours , et l'Idolâtrie étoit la Religion
par tout dominante , lors qu'il plut à
Dieu de faire succeder la lumiere aux tenebres
dans tout l'Univers , en abolissant
le Paganisme , pour faire triompher la
Croix
SEPTEMBRE. 1737 1899
Croix du Sauveur , en la plaçant , pour
ainsi dire , sur le Trône des Césars . C'est
ce merveilleux Evenement que j'ai à déveloper
ici , et dont le Narré ne sera pas
la partie la moins intéressante de l'Ou
vrage que j'ai entrepris .
On aprend par l'Histoire de la Reli
gion , que Dieu pour l'accomplissement de
ses plus grands desseins , s'est ordinairement
servi des Puissances de la Terre , de
celles sur tout qui le connoissoient le moins .
C'est ainsi que l'ambition et la vanité d'Atte
guste , qui pour connoître les forces de
l'Empire Romain , fit faire le dénombrement
de tous ses sujets , obligerent Joseph
et Marie de se rendre à Bethleem , Ville de
David , dont ils tiroient l'un et l'autre
leur origine , ce qui donna lieu à la Naissance
du Messie dans la même Ville , et
opéra l'accomplissement des Propheties.
C'est ainsi que l'Empereur Claude ayant
ordonné par un Edit à tous les Juifs de
sortir de Rome , le Prince des Apôtres
obéïssant à sa volonté , fut obligé de quitter
l'Italie, comme tous ceux de sa Nation ,
et vint droit à Jerusalem , où il se trouva
par une disposition particuliere de la Providence
, pour assister au premier de tous
les Conciles , au Concile des Apôtres , et
c'est ainsi que la Révolte et la Tyrannie
A v de
300001
1900 MERCURE DE FRANCE
de Maxence servirent enfin à avancer ,
consommer la Conversion de l'Empereur
Constantin , à délivrer l'Eglise , et à établir
solidement et glorieusement la Reli
gion Chrétienne par tout l'Empire Romain
, ce qui arriva de la maniere que je
vais le raporter.
Il y avoit déja quelque temps que Maxence
, l'homme le plus ambitieux et le
plus vicieux de son temps , qui prétendoit
à l'Empire , comme fils de Maximien Hercule
, s'étoit ouvertement déclaré contre
Constantin , et lui faisoit la guerre , lorsque
ce grand Prince , qui étoit au contraire
le plus vertueux et le plus accompli
de tous ceux qui ont jamais porté la
Pourpre Romaine , mit toute sa confiance
du côté du Cicl : déja il adoroit dans le
coeur le Dieu qu'il ne connoissoit pas encore
, c'est- à- dire , le vrai Dieu . Enfin le
pieux Empereur sentant l'extrême besoin
qu'il avoit de sa protection dans la situation
périlleuse où il se trouvoit , il lui adressa ses
veux, le conjurant de se manifester à lui,
et de le fortifier contre un Ennemi puissant
et impie qui avoit recours aux opérations
de la Magie pour venir à bout de ses
Projets . Sa confiance ne fut pas vaine ; elle
entreit dans les desseins de Dieu & qui
Lauga som ardente priere ; mais il falloit
un
SEPTEMBRE. 1737. 1901
un prodige pour opérer le double Evene
ment , qui en éclairant Constantin , fî
triompher la vraie Religion de l'Idolâtrie ,
Evenement le plus mémorable de tou
ceux qui sont écrits dans les Fastes de l'Eglise;
Je dois ici me taire , et laisser parler à
mes Lecteurs le Témoin le plus respectable
qu'on puisse jamais produire sur un
Fait de cette importance . C'est le fameux
et le saint Archevêque de Cefarée , Eusebe,
le Pere de l'Histoire Ecclésiastique des pre
miers temps , dont toute l'Antiquité Chré
tienne a reconnu la capacité et l'éminent
vertu. Eusebe , dis je , non seulement Hi
é
torien contemporain , mais Prélat honor
de la confiance de Constantin , dont il
écrit la Vie , et qui tenoit de l'Empereu
même le Trait qu'il raporte en ces termes›
L. 1. de cette Vie.
S
» Comme il demandoit cela à Dieu d'u-
»> ne extrême affection , un Signe admira-
» ble lui apparut au Ciel , que si quelque
» autre l'eût publié que le victorieux Em.
» pereur , il seroit difficile de le persuader
; mais lui nous l'ayant assuré avec
>> serment , long-temps après cette appari-
» tion , lorsque nous fûmes honorés de sa
» cognoissance et de sa familiarité ; qui
>> doutera de la verité de cette Histoire ,
A vi
1902 MERCURE DE FRANCE
» vû principalement que le temps en a été
depuis un fidele témoin ? Le Soleil com-
» mençant déja à décliner du midy, il disoie
» qu'il vid manifestement dans le Ciel , au
» dessus du Soleil , le trophée de la Croix ,
» composé de lumiere , avec cette Inscrip-
» tion : Par ceci tu vaincras . Lui et toute
» son Armée qui le suivoit ( car alors il
» marchoit par la campagne ) furent non
» sans grand étonnement , spectateurs de
» ce miracle.Il nous rapportoit encore que
>> la nuit et le sommeil le surprirent , pen-
» sant et discourant en foi-même , quelle
>> pouvoit être cette vision ; et que comme
>> il dormoit , le Christ , Fils de Dieu , lui
» apparutavec le même Signe qu'il avoit vû
» dans le Ciel , et lui commanda d'en faire
» un selon la forme de là , et de s'en
servir comme d'un rempit contre ses
> ennemis.
» Dès le point du jour l'Empereur dé-
>> clara ce secret à ses amis , assembla tous
» les Orfévres et Lapidaires , et séant au
» milieu d'eux , leur décrivit de paroles la
>> figure de la Croix , et leur commanda
» qu'ils en fissent une semblable d'or , et
» de pierres précieuses , que nous avons
» vue depuis. Car l'Empereur , par la mi-
» séricorde de Dieu , nous a tant fait de
»faveur , que de nous la monftrer. Elle
» étoit
SEPTEMBRE. 1737. 1903
» étoit composée de cette façon . Une lance
>> haute et droite, revêtuë d'or , avoit un bois
» qui la traversoit en forme d'une Croix.
» Âu haut de tout cela étoit posée une Cou
»ronne d'or, tissue et enrichie de pierreries,
» en laquelle la marque salutaire du Nom
» de notre Sauveur étoit inscrite , et figu
» rée par les deux premieres Lettres du
» Nom de Christ , entrelassées au mi-
» lieu l'une de l'autre , le P. au milieu
» du X. Depuis ce temps là l'Empereur
ן כ
étant armé , porta toujours ces Lettres
» au-dessus de sa Salade . Du bois traver-
>> sant pendoit un Voile égal à la Croix ,
» en longueur et en largeur , oeuvre vraie-
" ment Royal : il étoit couvert de diver-
» ses Pierreries de grand prix , brillantes
» comme le Soleil 'on y avoit artifi-
>> cieusement i...ces ; entre lesquelles
» paroissoit la Broderie d'or , rehaussant
» le voile de telle sorte , que tous ceux
» qui le regardoient admiroient son incomparable
beauté. La Lance droite et
n haute , dont la partie qui étoit au des◄
>> sous du bois traversant étoit beaucoup
>> plus longue, que celle du dessus ,portois
» sous le Trophée de la Croix , aux bords
20
de la Broderie , les Effigies de l'Empe-
>> reur et de ses Enfans , representées en
» or jusqu'à la poitrine. Constantin se
servic
1904 MERCURE DE FRANCE
servit en toutes occasions de cette En-
» seigne de salut , ainsi que d'un rem-
» part contre ses ennemis , et ordonna
» qu'on en porteroit de semblables audevant
de ses Armées.
»
de
>> Ces choses arriverent un peu après.
» L'Empereur, tout étonné de cette étran-
≫ge
ge vision , resolut au même temps
» n'adorer plus autre Dieu que celui qui
» lui étoit apparu, et d'appeller les Interprètes
et les Docteurs de sa parole et
» de ses mysteres , auxquels il demanda
» quel étoit ce Dieu , et que signifioit la
» Vision de la Croix . Ils lui répondirent
» que ce Dieu étoit le Fils unique du seul
Dieu , et que le signe qui lui étoit apparu
, étoit la marque de l'Immortalité
» et le Trophée , que conversant autre-
» fois sur la terre, il avoit remporté de la
» Mort . Ils lui enseignerent aussi exactement
les causes de son Incarnation ,
» de sa conversation avec les Hommes :
» En apprenant cette Doctrine , ce qui lui
wétoit apparu le ravissoit encore davanta
» ge en admiration : mais conferant sa
» Vision avec ce qu'on lui disoit , il fut
» enfin assuré que la cognoissance de ces
>> choses lui étoit donnée divinement. Au
» même temps il demanda à lire les divins
Escritset approcha de sa Personne
» les
SEPTEMBRE. 1737. 190
W
les Sacrificateurs de Dieu , pour l'ins-
>> truire du service et de l'honneur qu'il
>>vouloit rendre , de tout son pouvoir
au Dieu qui lui étoit apparu.Puis s'étant
» armé de l'esperance qu'il avoit en lui
wil se prépara pour arrêter les menaces ,
» et éteindre le feu des Tyrans.
Tel est le témoignage précis d'Eusebe.
Je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire de
porter ici le Texte Grec de ce célebre
Historien , persuadé qu'une bonne Tra
duction Françoise seroit utile à un plus
grand nombre de Lecteurs ; j'ai emprunré
celle du P. Morin de l'Oratoire , qui
dans son grand Ouvrage , Histoire de la
Délivrance de Eglise Chrétienne par l'Empereur
Constansin , &c. imprimé à Paris ,
1. Vol. in fol. 1630. a mis à la tête la Vie
de ce grand Prince , par lui traduite sur
POriginal Grec ..
Cette aparition arriva l'An 311. de
J. C. sous le VIII. Consulat de Max .
Galere , et le II. de Maximin.
Eusebe , il est vrai , ne marque point
en quel temps précisément , ni en quel
Pays la Croix Céleste aparut à Constantin
; mais la suite de son Histoire , et plu
sieurs solides raisons obligent de croire
que c'étoit la même année , ou la suivan
te , au plus tard , que Constantin passa
les
1905 MERCURE DE FRANCE
les Alpes , pour commencer la guerre
contre Maxence ; ce qui s'accorde avec la
Chronique d'Alexandrie , et avec ce que
dit Sozomene sur le même sujet. Il faut
donc conclure comme * M.de Tillemont,
que c'étoit dans les Gaules , et ajoûter
qu'il seroit inutile d'en demander davantage
, et qu'on ne voit rien de solide dans
les conjectures de ceux qui ont prétendu
déterminer l'endroit des Gaules où l'on
vit cette aparition .
L'Histoire est remplie des grands effers
qu'elle produisit en faveur de la
Religion , et à l'avantage de l'Empire
Romain. Non seulement Constantin touché
et converti , embrassa le Christianisme
, mais il semble que toute la Famille
Imperiale ait suivi son exemple , ce qui
est très-certain de Sainte Helene , son
Auguste Mere , suivant le témoignage
d'Eusebe , qui dit qu'après avoir vécû ,
dans l'ignorance du vrai Dieu , son Fils ,
la rendit Servante de JESUS CHRIST. De
plus l'Empereur Chrétien , resolu d'aller
délivrer Rome, n'hésita point de marcher
contre un Ennemi plus puissant que lui ,
plein de courage et de confiance , parce
qu'il marchoit so is l'Etendart de la Vic-
* Hist. des Empereurs T. IV . Voyez les Notes
28. et 29. sur Constantin,
toire
SEPTEMBRE . 1737 1907
toire promise par le Ciel , la Croix étant
à la tête de son Armée. Il force Suse , défait
les Troupes de Maxence à Turin , à
Bresse , à Veronne. Il arrive auprès de
Rome , et se dispose à donner Bataille au
Tyran , qui sortit enfin de la Ville , et se
mit à la tête de son Armée. Cependant
Constantin , toujours favorisé du Ciel
est averti en songe de faire mettre à ses
Soldats sar leurs Boucliers le nom de
J. C. et d'attaquer ensuite , sans rien
craindre. Il fait executer cet ordre , ensorte
que la Croix et le nom du Sauveur
paroissoient sur tous les Boucliers , même
sur les Casques , et sous ces Auspices
on entame l'Action . La Victoire fut
quelque temps dispurée , mais enfin
Maxence fut entierement défait , et périt
( a ) ce même jour dans le Tibre , où
il étoit tombé avec son cheval durant le
Combat. Son Corps retiré du Fleuve , on
lui coupa la tête , laquelle fut une partie
du Triomphe de Constantin , qui fit son
entrée solemnelle dans Rome le lendemain
aux acclamations d'un Peuple infini.
Je ne suivrai point ce grand Prince dans
toutes les Actions de Justice , de Clémence
et de Générosité qu'il fit ensuite
de cette Victoire ; cela m'écarteroit trop
( a ) 28. Octobre 1312.
de
4908 MERCURE DE FRANCE
de mon sujet; il me suffira de dire qu'il répara
dans l'espace de deux mois presque
tous les maux que le Tyran avoit fait
en six années de temps , et qu'il remit
le calme et la joye dans tout l'Occident.
Après la défaire de Maxence , Constantin
eut la satisfaction de voir le Senat
Romain , qu'il avoit mis en liberté ,
se prosterner devant ses Etendarts , ornés
de la Croix et du Nom de JESU SCHRIST.
L'Empereur alla ensuite au
Palais et au Senat , selon les Auteurs ou
les Panegyristes , qui ont décrit son Entrée
triomphante dans Rome ; mais ces
Aureurs ne disent en aucune façon qu'il
soit monté au Capitole , comme cela se
pratiquoit en semblables occasions sous
les Empereurs Payens. Cela ne convenoit
point à un Prince , qui , selon le fidele
Historien de sa Vie ( Eusebe , ) reconnoissoit
ne tenir que de J. C. la Victoire
remportée sur Maxence , et toutes
ses prosperités , & c.
Quelque temps après il fit ériger sa
Statue dans Rome , laquelle tenoit une
longue Croix dans la main , Monument
public de sa reconnoissance. L'Inscription
gravée sur ce Monument est rapor
tée par le même Historien , et renduë
en ces termes par le P. Morin : PAR CE
SALUTAIRE
SEPTEMBRE. 1737. 1909
SALUTAIRE SIGNE , VRAYE MARQUE DE
VERTU, J'AI DELIVRE VOTRE VILLE DU
JOUG DE LA TYRANNIE , ET AI REMIS LE
SENAT ET LE PEUPLE ROMAIN EN SON
ANCIENNE SPLENDeur et dignite' . Après
avoir ainsi marqué publiquement qu'il
mettoit toute sa gloire dans la Croix , il
la préchoit hautement par tout , et tåchoit
de faire connoître aux Romains let
Dieu à qui ils devoient une délivrance si
heureuse .
و ت
Constantin fit plus peu de temps.
après , en faveur de la vraye Religion
il publia un Edit favorable aux Chrétiens.
Cet Edit fut envoyé à Maximin
leur plus implacable ennemi , qui tenoit
l'Empire d'Orient , et à qui on manda
tout ce qui s'étoit passé depuis l'Apari
tion Céleste , jusqu'à la défaite et à la
mort de Maxence , ce qui obligea Maximin
à faire cesser les persecutions , et de
faire lui- même un Edit à peu près sem
blable , lequel est raporté par Eusebe :
mais ce n'étoit de sa part que politique
et dissimulation pour un temps.
Fomets plusieurs autres Faits qui
apartiennent moins au sujet que j'ai à
traiter qu'à l'Histoire de Constantin , et
qui marquent l'ardeur de son zéle pour
la Religion et pour la défense de l'Eglise,
pour
$ 910 MERCURE DE FRANCE
pour observer avec M. de Tillemont que,
selon quelques monumens , qu'il estime
» être du VI. Siécle » il bâtit à Rome
la Basilique du Palais Sessorien , où il
» mit de la vraye Croix , en 326. au
» plûtôt , ce qui l'a depuis fait apeller
l'Eglise de Sainte Croix , Fait qu'on
poura examiner dans la suite de cet
Ouvrage .
»
Cependant la guerre s'étant allumée
entre Constantin et Licinius , qui partageoient
ensemble tout l'Empire Romain
, Constantin remporta sur son Ennemi
deux signalées victoires , qu'il crut ,
avec raison , devoir à la continuation de
la Protection Divine , qui se déclara visiblement
en faveur de la Croix , toujours
portée sur tous ses Etendards , et
faisant toute sa confiance. L'Empereur ,
dit Eusebe , s'étant armé de pieté au lieu
de cuirasse , opesa à la multitude de ses
Ennemis , la vivifiante et salutaire Enseigne
de la Croix , comme un objet plein de
terreur , et un préservatif de tous maux.

Constantin , après avoir rendu la paix
à l'Empire , plein de reconnoissance , signala
sa pieté envers la Croix . Il en abolit
pour toujours le suplice par un Edit ,
et il défendit de marquer à l'avenir le
Front des Criminels condamnés aux Mines
SEPTEMBR E. 1737. 1911
nes , ou aux Combats du Cirque . Il y a
tout lieu de croire qu'il vouloit faire res
pecter le Front comme le lieu destiné
pour recevoir l'Onction Sainte , aussibien
que le Signe et le Caractere de la
Croix. Cet Edit est inseré dans le Code
Théodosien. Il y a une belle pensée de
S. Augustin sur l'abolition du suplice
» de la Croix. » Jesus- Christ , dit ce
» Pere , qui veut honorer ses Fideles à
» la fin des Siécles , a voulu , par avance
, honorer sa Croix , en faisant dé-
» fendre par les Princes Chrétiens de
⚫ crucifier aucun coupable , et en faisant
que ses Serviteurs , et les Rois mêmes,
» font gloire de porter sur le Front cette
» même Croix , à laquelle les Juifs se
» sont réjouis , avec insulte , de l'avoir
» fait attacher .
»
>
Le P. Morin , qui avoit raporté ce
Passage avant M. de Tillemont , ajoûte
ce qui suit , page 271. de son Ouvrage
cité ci devant. » Quelle aparence y avoit
>> il que la Croix servît d'un infâme su-
» plice, après avoir été érigée comme un
» Trophée céleste sur la tête du grand
» Constantin ? Ce genre de mort , dit saint
» Chrisostôme , en l'Homélie où il
» ve que Jesus- Christ est Dieu , est plus
glorieux que tous les Diadêmes . Car les
Rois
prou1912
MERCURE DE FRANCE
Rois laissent leurs Diadêmes pour prendre
La Croix , symbole de la mori. La Croix
est sur la Pourpre des Empereurs la Croix
est sur les Diademes ; la Croix se fait ès
Prieres la Croix est sur les Armes ; la
Croix est sur la Table sacrée ; la Croix es
par tout le Monde ; la Croix enfin est plu
éclatante que le Soleil. Qu'il me soit per
mis d'ajouter aussi ce que le même élo
quent Pere a dit de la Croix dans une
autre Homélie : Le Monde es pour nou
une Mer , l'Eglise en est le Vaisseau salutaire
, et la Croix est le Gouvernail de es
Vaisseau.
L'Empereur Chrétien signala encore
sa pieté en plusieurs manieres envers la
Croix. Comme il attribuoit toutes ses
victoires à la vertu de la Croix , il fit éle
ver un grand Tableau à la Porte de sor
Palais , où il étoit représenté portant au
dessus de sa tête le Signe salutaire de
notre Rédemption . On y voyoit aussi
l'Ennemi du Genre humain , sous la figure
d'un Dragon , qu'on précipitoi
dans les abîmes. Eusebe s'étend beau
coup sur cette représentation , dont il
explique les symboles , & c.
Et selon Sozomene , Constantin , pour
marquer plus particulierement son respect
pour la Croix , ordonna de cesser
le
SEPTEMBRE. 1737. 1918
le Vendredi , aussi- bien que le Dimanche,
tous les Actes de Justice , et tous les travaux
, pour employer ce jour à la priere,
&c.
La guerre ayant recommencé entre
les deux Empereurs , il se donna une
Bataille , auprès d'Andrinople , avant
que d'en venir aux mains , Constantin
après avoir invoqué le Nom de Dieu , et
donné pour mot à ses Soldats , Dieu nộ-
tre Sauveur , éprouva la force du secours
céleste ; la Victoire suivit la Croix partout
où on la porta l'Empereur Chrétien
у fut blessé , mais il resta plus de
trente mille des Ennemis sur le champ
de Bataille.
Cette Bataille fut suivie d'une autre
dans la Thrace , qui fut aussi heureuse .
Constantin s'y prépara de la même maniere.
Il avoit fait dresser hors du camp.
une espece de Tabernacle pour y placer
la Croix ; et c'étoit - là , dit Eusebe , qu'il
se retiroit , comme un autre Moyse ,
pour adresser à Dieu ses prieres ; il en
sortoit plein de force et de confiance
pour attaquer les Ennemis de son Saint
Nom , ce qui étoit toujours suivi de la
Victoire. Les expressions de l'Historien
font juger que Constantin ne manquoit
jamais à ces pieux exercices quand il
faloit donner une Bataille . Aussi
1914 MERCURE DE FRANCE
Aussi ce grand Prince en reconnoissance
de tant de victoires remportées sur tous
ses Ennemis , depuis l'aparition de la
Croix et la défaite de Maxence , ajoûta
le titre particulier de VICTORIEUX
à ses autres titres , lequel se lit encore
sur plusieurs Monumens . Cette derniere
victoire le rendit en effet Maître de l'Orient
et seul Maître de tout l'Empire
Romain, depuis long- temps divisé entre
plusieurs Princes. Et quelque temps après
l'Eglise vit mourir en la Personne de Licinius
, dernier Rival de Constantin , le
dernier de ses Persecuteurs .
L'ordre des temps me présente ici de
grands objets , par de nouveaux Evenemens
qui doivent enrichir l'Histoire de
la Croix ; sçavoir , la Découverte de ce
Bois sacré sur le Mont de Calvaire , les
suites de cette heureuse Découverte ,
Monumens éternels de la pieté de Constantin
et de sa sainte Mere . On se propose
de faire entrer tous ces Evenemens
dans la plus prochaine Partie de cet
Essay.
STANCES
SEPTEMBRE. 1737. 1915
STANCES.
LA vie est une Loterie ,
Oi l'on tient son lot du Destin
Celui qui jouit sans envie
D'un bon Lot doit être certain.
Nous plaindre , hélas ! seroit folie
Chaque âge a differens désirs ;
On va des peines aux plaisirs ;
C'est le partage de la vie.
Loin des soucis , l'aimable enfance ,
Paroît jouir d'un sort heureux, ;
On voit au sein de l'innocence
Naître les Plaisirs et les Jeux ;
Mais une si douce alegresse
N'enchaîne pas tous ses loisirs ;
Comme un rien fera ses plaisirs ,
Un rien peut faire sa tristesse.
La Jeunesse n'est pas lotie
D'un sort plus doux et plus charmant ;
Chés elle tout est fantaisie ,
Comme tout est égarement.
Son bonheur est toujours extrême ;
B
1916 MERCURE DE FRANCE
Sa peine l'est également.
Son plaisir naît en un moment ;
On le voit expirer de-même.
Dans l'âge mûr , l'homme commenes
A connoître tout ce qu'il est,
Mais trop fatale connoissance !
Son lot n'est pas ce qui lui plaît ;
Vers l'ambition qui l'obsede
Vous le voyez tourner ses pas.
Pour courir à ce qu'il n'a pas ,
Souvent il perd ce qu'il possede.
Des âges la sombre vieillesse
Ressent toute l'affliction ;
De son âge elle a la tristesse
De l'âge mûr l'ambition ;
De la jeunesse l'inconstance ,
Şans en avoir les agrémens ;
Et souvent ses égaremens ,
La mettent au rang de l'enfance,
Enfin chaque âge nous présente
Moins de plaisirs que de douleurs ;
Mais d'un Destin qui nous tourmente
On peut adoucir les rigueurs ;
L'ambition, quand on s'y livre ,
SEPTEMBRE. 1737. 1917
N'a que des apas incertains ;
Sans désirs , on est sans chagrins ;
fans chagrins il est doux de vivre.
DE VALOIS DORVILLE.
EXTRAIT d'une Lettre de M. le
Petit , Lieutenant General de Nemours,
au sujet de la Traduction des Memoires
de M. de Thou, du 3. Août 1737.
C
E n'est que d'aujourd'hui , Monsieur
, que le second Tome du Mercure
du mois de Juin de cette année est
parvenu jusqu'à moi. J'y ai trouvé un
Extrait qui m'a parû mériter toute
mon attention , et sur lequelje ne puis
m'empêcher d'avoir l'honneur de vous
écrire. C'est à la page 1405. où vous
faites part au Public d'une Lettre de
M. Difs le Fils , datée de Caën du 24.
May dernier. Le caractere de l'Auteur
est assurément celui d'un fort galant
homme qui ne redemande que son
bien , et dont l'ardeur et le zcle sont
même d'autant plus loüables , qu'il revendique
la gloire d'un Pere.
M. Difs m'aprend , M. qu'en ce cas
Bij 02
T918 MERCURE DE FRANCE
on ne peut être trop zelé , et je croirois
, à mon tour , me manquer à moimême
, et encore plus à la memoire de
mon Pere , si je ne suivois un pareil exemple.
Le temps presse , à ce que je vois ,
puisqu'il s'agit de restituer dans la nouvelle
Edition de l'Histoire de M. de
Thou , la petite portion de gloire dûë
aux Traducteurs de ses Mémoires. J'entrevois
dans le caractere de M. Difs , un
air d équité qui m'assure qu'il ne touvera
pas mauvais que chacun reprenne son
bien . Il n'instruit le Public que par zele
pour la mémoire de son Pere et par
amour pour la verité ; ces motifs sont
trop beaux pour ne pas me féliciter de
me rencontrer avec lui dans le même
point de vûë. Ce sont donc précisément
ces mêmes motifs qui m'engagent , M. à
aprendre aussi au Public quels sont les
véritables Auteurs de la Traduction des
Memoires de M. de Thou . Il restera assés
de gloire au Pere de M. Difs , quand
on sçaura que l'execution de ce qu'il y
avoit de plus difficile dans cet Ouvrage ,
lui apartient en entier ; c'est à - dire , la
Traduction des Vers , qui certainement
sont rendus avec toute la force et l'énergic
de l'Original . Mais M. Difs le fils
me permettra de l'arrêter lorsqu'il ne
voudra
SEPTEMBRE. 1737. 1919
voudra pas se contenter de ce partage ,
et laisser à mon Pere , qui étoit associé
avec le sien à ce même travail , le peu
de gloire qui lui revient , pour avoir rendu
en François la grande Préface et la
prose des Mémoires .
Voilà , M. l'Anecdote dont j'ai crû à ·
mon tour ne pouvoir me dispenser hon-
Dêtement de faire part au Public , en lui
aprenant que les Mémoires de M. de
Thou , imprimés in 4. et in 12. avec la
grande Préface ; sont de la main de M.
Difs , Gentilhomme de Normandie , et
de celle de M. Jacques - Georges le Petit ,
Secretaire du Roy honoraire ; que l'excellente
Traduction des Vers contenus
en cet Ouvrage , apartient en entier à
M. Difs , et celle de la Prose aussi -bien
que de la grande Préface , à mon Pere ,
qui , sans contredit dans ce partage , n'a
pas pour son lot la gloire la plus flateuse
.
J'espere qu'après cette exposition simple
et nuë de la verité , M M. les Traducteurs
voudront bien aussi faire mention
de cette Anecdote , qui , sans doute ;
n'étoit pas connue de M. Difs le fils ,
lors de la proposition qu'il fait d'un
Avertissement pour la nouvelle Edition
de M. de Thou . Feu M. Difs peut avoir
Bij négligé
1920 MERCURE DE FRANCE
négligé de rendre un compte bien exact
de cette particularité à M. son Fils ; et
comme son zele ne pouvoit être placé
plus à propos , je me flate qu'il ne désaprouvera
pas celui d'un honnête homme
qui a le même interêt à défendre.
Je suis , & c .
ODE
Tirée du Pseaume L I. Quid gloriaris
in malitiâ , &c.
Pourquoi , vain amateur du vice ↓
Chérissez -vous votre malice
Jusqu'à vous en glorifier
Vous qui n'avez d'autre puissance ?
Que celle que la médisance
Vous donne de nous décrier.
Contre l'innocence timide
Pourquoi votre langue homicide
Forme-t'elle de vains complots
Sans cesse votre bouche impure ,
Sur la plus sainte Créature ,
Vomit son poison à grands flots .
M
A
SEPTEMBRE . 1737. 1928
A former un projet damnable ,
Cruel , votre esprit indomptable
S'occupe le jour et la nuit ;
Vous vous mocquez de l'homme sage
Et vous n'aimez que le langage
De celui qui plaît et séduit .
M
Vous ne cherchez , langue assassine y
Que ce qui produit la ruine
Da pauvre à vos pieds abattus
Ainsi qu'un Lion plein de rage ,
Vous ne respirez que carnage ,
Et vous déchirez la vertu.
M
Quoi donc pensez-vous que vos vices
Puissent échaper aux suplices
Dûs à leur infâme noirceur ?
Non , vous qui commettez le crime ,
Bien- tôt vous serez la victime
De la haine d'un Dieu vengeur.
1
Déja je vois ce Dieu terrible ,
Pour vous désormais infléxible ,
Vous écraser dans son couroux ;
Je vois vos fortunes brillantes ,
Soudain foibles et chancelantes ,
Tomber sous le poids de ses coups.
B iiij I
1922 MERCURE DE FRANCE
Il parle , aussi- tôt sa colere
Vous fait rentrer dans la poussiere ,
Vous retombez dans le néant .
Alors foible et sans assistance ,
Vous voyez quelle est l'inconstance
Des biens , des honneurs et du rang.
Erflé d'une trop vaine gloire ,
Vous voulez que votre memoire
Brille dans la posterité ;
Aujourd'hui , bien loin d'y prétendre ,
Un instant vous fera comprendre
Quelle étoit votre vanité.
Sc
Bientôt les Justes , pleins de craintes ,
Vous entendront pousser des plaintes
Et vous verront verser des pleurs ;
Bien-tôt aussi pleins d'alegresse ,
I's riront de votre tristesse ,
Et mépriseront vos malheurs.
M
Ils diront voila ce Coupable ,
:
Qui se croyant inébranlable ,
En lui seul a mis son apui.
De ses richesses abondantes ,
De ses dignités éclatantes ,
Que lui reste-t'il aujourd'hui è
Pour
SEPTEMBRE . 1737. 1923
Pour moi , plein de reconnoissance
En Dieu je inets ma confiance ,
Et je l'y mettrai désormais ;
Ainsi qu'un Olivier fertile ,
Je ferai mon séjour tranquile
Dans la Maison du Dieu de paix.
RECE
Pénétré du feu qui m'inspire ,
J'oserai chanter sur ma Lyre
Les bienfaits reçûs de ses mains.
Seigneur , mon ame inébranlable ,
Espere en ce Nom adorable ,
Qui fait le bonheur de vos Saints.
F. C. A. PICQUET , de Hesdin.
LETTRE du sieur Laberthonye ,
Maître Apoticaire de Toulon en Prom
vence , à un de ses Amis , au sujet d'un
Phénomene arrivé en cette Ville.
V
Ous n'avez peut- être pas fait at
tention , Monsieur , à quoi vous
exposoient l'Aprobation que vous avez
bien voulu donner à mon travail , et
les exhortations que vous me faites de
le continuer. Vous m'avez par - là donné
By Ic
1924 MERCURE DE FRANCE
le droit d'interrompre de temps en temps
le cours , de vos occupations , pour vous
demander le secours de vos lumieres .
J'espere que vous voudrez bien entrer
de moitié avec moi dans mon Ouvrage.
En attendant , M. je dois vous faire part
d'un Phénomene arrivé depuis peu dans .
nos quartiers , et qui donne de l'occupation
à nos Physiciens. Je me suis aussi
mêlé d'en donner une Explication . Mon
Systême m'y a conduit sans peine. Je la
soumets à votre jugement ; vous en ferez
aussi l'usage qu'il vous plaire Voici
ee dont il s'agit.
Il y a environ un mois qu'un Paysan:
travaillant à la terre de M.le Juge de cette
Ville , entendit assés près de lui un bruit
semblable à celui d'un coup de pistolet ;
Hen fut effrayé , d'autant plus qu'ayant
jetté les yeux de tous côtés , il ne vit
personne aux environs , et ne put découvrir
la cause de ce bruit. On auroit
bien de jolies choses à dire , si on vouloit
se mêler de deviner ce qui se passa
alors dans l'imagination de ce bon
Homme.. Je crois que les Sorciers ne furent
pas oubliés. Il se remit neanmoins
au travail après s'être-un peu rassuré ;:
et deux ou trois jours après il s'aperçût
qu'une Plantequ'il avoit toujours vûë de:
la:
SEPTEMBRE . 1737. 1925
la même grandeur et de la même figure ,
avoit poussé une grosse tige , qui sembloit
croître à vûë d'oeil . Surpris de ce
prodige , il en avertit son Maître , qui
aussi -tôt en informa tout le Public. On
courut en foule pour voir cet Arbre
merveilleux ( c'est ainsi qu'on nommoit
la Plante en question . ) J'y fus comme
les autres et je vis que la tige avoit crû
en très- peu de jours jusqu'à la hauteur
d'environ 30. pieds.
Je ne vous dirai rien de la figure de
la Plante. Vous connoissez l'Aloës , et
d'ailleurs les Dictionaires , qui sont entre
les mains de tout le monde , en donnent
une Description assés exacte. Je
m'arrête seulement à la figure de la tige
Elle est très - symétrisée ; elle pousse de
distance en distance des branches artistement
rangées , à peu près comme des
branches de chandelier ; lesquelles se terminent
par un assemblage de boutons
longs comme le doigt et semblables à
ceux du Lys. La tige , qui va toûjours
en diminuant, comme une Pyramide , finit
de - même par un assemblage de ces
boutons.
Ce Phénomene dont toute la ville a été
témoin , justifie tout ce que les Naturalistes
nous disent au sujet de l'Aloës ,
B vj ex .
1926 MERCURE DE FRANCE
et je ne doute point que dans une nouvelle
Ed ton du Dictionaire Economique
, on ne retranche ce qu'on y a dit
de contraire. Il n'y a pas même jusqu'au
Traité des Drogues de l'illustre M.Lémeri
qui ne demande une petite correction
en cet endroit. Venons- en maintenant à
la cause Physique de ce Phénomene . Il
y a trois choses à expliquer. 1 ° . D'où
vient que l'Aloës vit des siecles entiers ?
2 °. D'où vient qu'il fait un si grand bruit
en poussant sa tige presque d'un siecle
à l'autre ? 3 ° . D'où vient que la végétation
de cette tige est si prompte et så
prodigieuse ? Voici mon idée.
L'Aloes a un tissu dur , compacte
et très étroitement serré par un nombre
infini de filamens , dont on peut
faire de la grosse toile , comme on en
fait réellement dans les Pays où il est
commun . Ses feuilles longues , larges ,
très- épaisses , charnus , fermes , armées
de pointes , grasses et pleines de suc ,
conservent leur verdeur dans toutes les
saisons Il s'ensuit évidemment de là
que
les Agens exterieurs , comme l'air , la
pluye , les rayons du Soleil , &c. n'ont
pas grand ingrès dans son tissu , et qu'il
ne se fait que fort peu de dissipation de
son suc nourissier. Voilà la raison pourquot
SEPTEMBRE. 1737. 1927
quoi cette Plante vit des siecles entiers
et conserve en tout temps la verdure de
de ses feuilles , lesquelles par la même
raison doivent être remplies de ce suc
qui ne peut se dissiper.
Il s'ensuit encore évidemment de ce
que je viens de dire , que le suc de cette
Plante ne trouvant presque point d'issue
pour se dissiper , et étant plus que suffisant
pour nourrir et entretenir toutes les
parties de la Plante déja perfectionnées
depuis long temps , il doit s'en faire peur
à peu dans la suite des temps un amas
considerable dans l'intérieur de la Plante;
et pour cela il faut nécessairement qu'il
se forme une barriere ou une croûte
aquelle serve de réservoir à ce suc qui
s'accumule de jour en jour. Aussi quelques
personnes m'ont assuré avoir vu
dans d'autres Plantes d'Aloës une espece
de courge ou grosse tê e au-dsssus de la
racine et entre les feuilles . Or cete croûte
ou pellicule peut se former en deux
manieres, ou par des filamens très étroitement
entrelassés , ou ( ce que je crois plus
vraisemblable ) par les parties sulphu
reuses et résineuses du suc nourissier
lesquelles venant à être rarefiées et exal
tées par la chaleur intérieure , sont ensuite
condensées et raprochées par le froid
extérieur
1928 MERCURE DEFRANCE
extérieur. A mesure donc que ces parties.
sulphureuses ainsi exaltées se raprocheront
, elles s'entrelasseront facilement , à
raison de leurs ramuscules ; d'ailleurs
l'acide nitreux volatile , dont l'air est
empreint , s'y embarassera. Rien n'empêche
encore que les particules d'eau et
de terre , qui environnent cette croûte ,
ne concourent à sa formation. Il se fera
donc de tous ces ingrédiens une croûte
ou pellicule très - compacte et très serrée,
qui servira de réservoir au suc nourissier
de la Plante . Les Physiciens n'auront
pas de peine à comprendre ce que je
viens de dire. Ils sçavent que la
compres
sion de l'air étant égale par tout, la masse
du suc doit nécessairement prendre une
figure sphérique. Revenons ; ce suc ne
manquera pas de circuler dans toute la
Plante, de se digerer , de se cuire et de se
subtiliser par le choc continuel qui s'en
fera à cause de la résistance de cette
croûte ; mais enfin ce suc nourissier s'étant
prodigieusement accrû , et étant
d'ailleurs fortement subtilisé et doüé
d'un ressort considérable , il doit nécessairement
faire effort sur la partie la plus
foible de la croûte , qui est naturellement
la supérieure , et l'obliger à s'ou
vrir pour donner passage à la tige qui
s'estSEPTEMBRE.
1737 1929
s'est formée dans le réservoir . Ajoûtez à
ela que le volume d'air qui environne
foute la croûte , la comprime d'autant
plus fortement par les côtés , que la résistance
de la partie supérieure devient
moindre , à cause de l'effort que la tige
ou le suc nourissier font directement sur
elle
, et voila ce qui l'a fait éclater tout
d'un coup avec grand bruit , comme feroit
une vessie remplie d'air , que l'on
comprimeroit trop.
Enfin il est très- facile de concevoir que
l'air exterieur ne cessant de comprimer les.
côtés de cette croûte, doit nécessairement
obliger le suc nourissier à monter par
la tige comme par un tuyau , parce qu'il
ne lui est fait aucune résistance de cet endroit
là, et qu'ainsi ce suc se trouvant tout
digeré , tout cuit , tout préparé et enrierement
propre pour la végétation , la
tige doit croître comme à vûë d'oeil et
s'élever en fort peu de jours à une hauteur
relative à l'abondance du suc nourissier
qui s'étoit amassé dans le réser
voir..
On m'a assuré que quand les boutons :
des fleurs viennent à s'épanouir , il en
distile une espece de rosée , qu'on pouroir
ramasser , et que les Abeilles viennent
de toutes parts pour la succer et
pour
1930 MERCURE DE FRANCE
pour en composer ensuite leur miel ; ce
qui prouve également et l'abondance at
suc nourissier , et la grande dépuration :
qui s'en est faite pendant un si long esde
pace temps.
Voilà , M. l'idée que j'ai eûë sur ce
Phénomene assés singulier dans nos Pays,
Je m'en ouvris peu de jours après qu'il fut
arrivé , dans un Acte public. Toute l'Asemblée
me fit l'honneur d'aprouver
mon Explication , qui devint bien- tôt
commune dans toute la Ville , sur tout
après que je l'eus donnée par écrit . Au
reste je pourai vous envoyer dans la suite
le Plan et une Description plus étenduë
de cette Plante .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Toulon ce 30. Fuillet 1737.
******************
*
LE DEMENAGEMENT ,
EPITRE A DORIS
Non Doris , ce n'est plus dans le vaste circuis
*.
Du froid carrefour de l'Ecole ,
Qu'est mon Socratique réduit ;
Je vais être à l'abri du bruit
De cette Caverne d'Eole ,
Quartier de Paris , près de la Riviere , &c.
E
SEPTEMBRE. 1737. 1931
Et le fier Aquilon qui regne en cet enclos
Ne viendra plus troubler désormais mon repos ,
Ou n'y viendra que par bricole.
Je démenage enfin , tous mes marchés sont faits,
Déja de robustses Athletes ,
Sur leur dos et sur leurs crochets ,
Transportant balots et paquets ,
Surchargent brancars et charettes
Tandis que des Valets bien plus adroits que forts,
Comme d'autres Atlas portent sans grands efforts
Des petits mondes sur leur têtes.
On part, ils touchent présque à l'endroit destiné,
Quand par un contre- temps étrange ,
Le Char étourdiment mené ,
Accrochant un Fiacre obstiné ,
Verse et culbute dans la fange ;
Les deux Cochers brutaux , de mille conps
poings ,
de
Contre cent coups de foitets , devant trente té◄
moins ,
Font un tumultueux échange.
La dispute finit , les meubles sont remis ,
Mal à leur aise et non sans peine ;
En bloc on en fait un salinis ,
Moitié brisés , moitié salis ,
A
1932 MERCURE DE FRANCE
A mon nouveau gîte on les traîne ;
Heureux qu'en d'autres mains mes balots précieux
Bravent tranquillement le sort injurieux
D'une aussi déplaisante scene .
Avec l'aide du Ciel le tout arrive enfin
Ma voici nouvelle avanture ,
Le Conducteur gauche ou malin ,
Aidé d'une pointe de vin ,
Brise à la porte sa voiture ;
Un des chevaux blessé tombe , s'énanoüit ,
L'autre effrayé du choc saute , ruë et hannit ,
Moins fort que le Cocher ne jure .
Après trente propos en termes du métier
Transporté du feu qui l'irrite ,
Sur l'un et sur l'autre Coursier
Cet impétueux Voiturier
Vomit la rage qui l'agite ;
*
Tel on vit autrefois dans un désordre affreux
Un Dieu qui d'éguillons pressoit les flancs pou
dreux ,
Des Bucefales d'Hipolite.
D'un déluge nouveau pour comble de revers ,
Le Ciel semble inonder la terre >
La foudre éclate dans les airs ,
Parmi
SEPTEMBRE . 1737. 1933
Parmi la grêle et les éclairs ,
Suivis d'affreux coups de tonnerre ;
Four mieux conspirer aux malheurs des balots
Les cruels Elemens par de malins complots ,
Entre eux se déclarent la guerre.
Malgré tout l'embaras les meubles sont montés,
Les voilà sauvés du nauffrage ,
Les balots reçûs et comptés
Non sans avoir été frotés ,
Sont exposés en étalage ,
"
Et préservés enfin des caprices du sort 3
Je les vois à l'abri dans un tranquile port ,
Des fâcheux restes de l'orage.
Après vous avoir fait d'un style assés précis
Ce long détail tragi - comique,
Je passe à l'Hôtel où jadis
Bâtit l'illustre Médicis ,
Une Colomne Astronomique ;
Là cette auguste Reine , aux attraits de la Cott
S'arrachant mille fois , méditoit nuit et jour
Les Mysteres de la Physique .
Je touche à ce Palais où les Jeux et les Arts ,
D'une maniere non commune •
Sont exercés de toutes parts ,
Sans avoir , des gênans égards ,
La
1934 MERCURE DE FRANCE
La sujetion importune ;,
Les aimables Plaisirs , les Graces , les Vertus
Y font leur domicile , et jadis les Plutus
Y logeoient avec la Fortune.
Ne soupçonnez -vous point que les brillans appa
De cette Déesse inconstante ,
Que son fastueux embaras ,
Vers elle a sçû tourner mes pas ?
Non ; elle n'a rien qui me tente ;
Et loin qu'à ses Autels d'un air ambitieux ,
Je coure lui porter mon encens et mes voeux ,
J'en fuis la pompe séduisante .
De tous les biens qu'elle offre aux Mortels
éblouis
Je sçais trop le retour contraire ;
Moins souvent heureux , que trahis
Ils sont aveuglément épris
De son éclat imaginaire ;
Mais ses tristes revers ainsi que ses faveurs ,
Ne font que trop souvent échanger à nos coeurs
La vertu contre une chimere.
L'homme sage en connoît les frivoles attraits ,
Il les méprise , ou s'en défie.
Pourroit-il chérir des bienfaits
Qu'on obtient à prix de forfaits ,
Que
SEPTEMBRE. 1737. 1939
Que l'avidité justifie ?
Trop dangereux appas , impétueux desirs ,
C'est aux solides biens , aux tranquiles plaisirs
Que ma raison vous sacrifie .
Peut-être qu'en secret , de mon fantasque goût
Mes Amis blâment le systême ,
Dussent-ils dire jusqu'au bout,
Obstiné Misantrope en tout ;
Sera- t'il donc toujours le même ?
Oui , sur ce point , Doris , je m'obstine , il ess
vrai ,
Les stoïques vertus dont je veux faire essai ,
Font ma félicité suprême.
Leurs charmes seuls ont droit de séduire mon
coeur ,
Ils en font les cheres délices ;
Ce n'est qu'à leur secours vainqueur
Que je dois le rare bonheur
De sçavoir connoître męs vices ;
J'en retire ce bien , qu'un utile pouvoir
Attache heureusement mon coeur à son devoir ,
Au bord même des précipices.
Pourquoi (me direz- vous ) présomptueux Platon,
Tenir ce frivole langage ?
Tel parle sur le même ton
Et
1936 MERCURE DE FRANCE
Et paroît penser en Caton ,
Qui n'est pas pour cela plus sage ;
Eh de grace laissez le pompeux sentiment ,
Et du juste motif de votre changement ,
Faites un plus simple étalage ,
N'est-ce point inconstancé ? A m'en justifier
Gagnerois-je autant qu'à me taire ?
Voudrez-vous à moi vous fier ,
Si j'ose simplement nier ? ...
Mais non , je veux vous satisfaire ;
Il faut ici , Doris , sur un même niveau
Mettre mon gîte ancien auprès de mon nouveaɛ
Et les étaler sans surfaire.
Là , s'il vous en souvient , par un obscur détroit
On arivoit dans ma Retraite ;
J'y jouissois fort à l'étroit ,
Dans un assez gentil endroit ,
D'un simple Cabinet honnête ,
Mais un jour louche et faux, éclairant ce réduit
En plein midi souvent , de la plus sombre nuit
M'annonçoit la noirceur parfaite.
Doris , pour vous le dite ici confidemment ,
De tel Manoir Dieu vous préserve ;
Dans ce modeste logement
Passemblois mal commodément
Comus
SEPTEMBR E. 1737. 1987.
Comus , Apollon et Minerve ,
Au lieu qu'en celui- ci j'ai de quoi m'aranger ,
Et pour tous mes plaisirs j'y pourai ménages
Un apartement de réserve.
J'y puis dans un beau jour, au gré de mes désirs
D'un Tableau tracer l'ordonnance >
Peindre Flore avec les Zéphirs ,
Et Vénus au sein des plaisirs ,
Fixant la volage inconstance ;
Du d'un noble crayon sous d'héroïques traits
Exposer à vos yeux tout l'éclat d'une Paix *
Qui fait la gloire de la France.
Ici , quand j'ai quitté le docile pinceau ;
Je vais trouver une autre Muse ,
Et sur quelque Ouvrage nouveau
De Campra , le Clair ou Rameau ,
Je me divertis , je m'amuse ,
Ou sur une Epinette entassant mille tons ,
Je mêle accords parfaits , Sixtes , Quintes , Tria
tons ,
Aux dissonances que j'excuse.
Un autre Cabinet me fournit le secours
* ĽAuteur travailloit en même temps à son
Tableau Allégorique sur la Paix , dont il est parlé
dans le Mercure du mois de Juillet , page 1620 .
De
1538 MERCURE DE FRANCE
De l'amusante Poësie ;
Je puis y passer tous les jours ,
Sur des poètiques contours ,
Un quart d'heure de fantaisie ,
Là rimant une Epitre et quelques Madrigaux ,
Du plaisir de pouvoir varier mes travaux
Mille fois je me rassasie.
Dans l'endroit reculé de mon Apartement ;
Séjour de ma misantropie ,
Je passe quelque doux moment
A m'occuper utilement
D'un bien dont je me glorifie ;
C'est l'Art de travailler par des soins assidus
A métamorphoser mes vices en vertus ,
Et mes goûts en Philosophie.
Ce n'est point sans raison, j'en parle sans dé
tours
Que pour le commode et l'utile ,
J'ai fait choix d'un autre séjour ,
Et sans comparer tour à tour ,
Domicile avec domicile ,
Il me suffit , Doris , et je sens qu'il m'est doux
De pouvoir par ce troc , me raprocher de vous ;
Cette raison seule en vaut mille,
Par M. D. B. d'Aix .
OBSERSEPTEMBRE.
1737. 1939
DESPEDIDOSORED:D :apapapag
OBSERVATION de Chirurgie , sur
une espece d'Empieme fait au bas- ventre,
avec succès , en conséquence d'un épanchement
de sang , par M. Vaihe·
Correspondant de l'Académie Royale
Chirurgien Major des
Hôpitaux du Roy, à Besançon .
des Sciences
LE
E 23 Juin 1733 , un Soldat du Regiment
de Normandie , âgé de 23 ans ,
fut aporté à sept heures du soir dans
l'Hôpital de Besançon , blessé d'un coup
d'Epée qu'il venoit de recevoir au basventre
, région Epigastrique , un pouce
au-dessous du Cartilage Xiphoïde , et à
pareille distance de la ligne blanche du
côté gauche.
Le Chirurgien de garde trouvant cet
Homme pris de Vin , & croyant la playe
de peu de conséquence , se contenta de
la panser avec un simple plumaceau trem .
pé dans de l'Eau Vulneraire.
Le lendemain je trouvai ce blessé avec
une fiévre violente , les yeux ardens, une
tension considérable à l'Epigastre , vomissant
du sang , et ayant le Hoquet
M. Dargeat,Chirurgien Major de ce Re-
C giment
1940 MERCURE DE FRANCE
giment , étant venu voir ce Soldat, nous
l'interogeâmes ensemble ; mais il ne put
nous dire dans quelle attitude il étoit
quand il fut blessé , ni comment ce coup
lui avoit été porté. Nous soupçonâmes
par les simptômes qui acompagnoient la
blessure, que l'estomach pouvoit être lesé,
& nous convinmes de faire au Malade de
fréquentes saignées , de lui donner quelques
lavemens , & de lui apliquer des
fomentations émollientes sur le bas- ventre
; il fut saigné six fois dans cette journée
, et trois dans la nuit. Le troisiéme
jour de sa blessure nous trouvâmes tous
les accidens diminués , et le Hoquet
moins fréquent , il y eut encore de nouvelles
saignées de faites , et on continua
d'ailleurs la même conduite.
Le cinquième jour tous les simptômes
fâcheux parurent cesser ; mais nous aperçumes
au toucher ( et c'est moi qui le fis
observer à Mr Dargeat ) une petite du
reté entre la playe et les cartilages des
fausses côtes , laquelle devint très - sensie
ble à la vue le sixième jour. Nous crûmes
alors le Blessé menacé de quelque
dépôt , ou à l'extrémité du Foye , ou entre
les Membranes de l'estomach ; cependant
par le secours de deux saignées cette
grosseur disparut , et de ce jour , dous
ziéme
SEPTEMBRE. 1737 1947
!
ziéme de la blessure , jusqu'au quatorze,
M. Dargeat , M. Bernier , Chirurgien
Major de la Citadelle , M. le Maître
Chirurgien Major des Dragons de Nicolaï,
plusieurs autres de mes Confreres ,
et moi- même nous crûmes le Blessé hors
de danger .
Le 1s j'étois disposé à lui rendre la
diete moins sevére ; mais je trouvai le
Blessé se plaignant d'une petite douleur
dans le ventre , vers la région Hypogastrique
; j'examinai l'endroit douloureux,
et je n'y reconnus rien d'extraordinaire ,
cependant le Malade avoit un peu de fiévre
, et la respiration gênée ; ces nouveaux
accidens m'engagerent à faire saigner
le Blessé pour la quatorziéme fois.
e fis avertir M. Dargeat , qui ne ving
point ce jour là à l'Hôpital , mais le lendemain
seizième de la blessure nous
nous y trouvâmes ensemble ; alors je reconnus
au milieu de la région Hypogastrique
un endroit où il y avoit une legere
tension , et je le fis remarquer à M.
Dargeat. La douleur et la fiévre étoient
plus aiguës , la respiration étoit contrainte
, et le Malade avoit des défaillances
par intervales , nous employâmes de
nouveau les lavemens et les fomentations
, jugeant le Malade trop foible pour
Cij pra
L
1942 MERCURE DE FRANCE
pratiquer la saignée . Je n'hésitai plus à
croire ce qui m'étoit déja venu en pensée;
sçavoir, que c'étoit un amas fait de
sang ou autres fluides échapés des parties
blessées , et capables par leur séjour
de causer la perte du Malade ; M. Dargeat
eut d'abord quelque peine à en convenir
, cependant il se rendit à mon opinion.
Voyant alors ce Soldat dans un
péril évident , je proposai , sans attendre
des signes plus marqués de l'épanchement
soupçonné , de faire une ouverture
au bas - Ventre , et de ne pas différer une
opération, qui, suposé qu'elle fût infructueuse
, ne pouvoit par elle - même faire
périr le Blessé . Je demandai l'avis de
Messieurs Dargeat , Bernier , le Maître,
et Morel , Maîtres Chirurgiens ; les sentimens
furent differens , en ce que les
uns vouloient l'opération sur le champ,
d'autres la vouloient différer jusqu'au
lendemain ( aparemment pour avoir des
signes plus marqués de l'épanchement . )
Je fus celui de mon parti qui opinai le
plus fortement sur la nécessité d'ouvrir
au plutôt cette tumeur , et le Malade
nous pressant de le soulager , M. Dargeat
qui étoit du sentiment de ceux qui
vouloient attendre au lendemain , se joignit
à notre avis, au moyen de quoi , au-
19-
SEPTEMBRE. 1737. 1943
torisé
par M. Dargeat lui- même , homme
très- éclairé , je fis une incision à l'endroit
le plus saillant de la tumeur , un pouce
au dessus de l'anneau du côté droit , &
à quelques lignes du Muscle droit. La
Peau et les Muscles étant ouverts , je
sentis avec le doigt que le peritoine tendu
faisoit effort de dedans en dehors , &
je ne doutai plus de l'utilité de l'operation
; j'ouvris cette envelope membraneuse
à proportion des Tegumens extérieurs
, et il partit un jet de sang noir
grumelé , et de fort mauvaise odeur , à
la quantité d'environ trois chopines ; le
Malade fut sur le champ soulagé , et les
Partisans de l'opération fort satisfaits . Je
pansai le Malade avec un double morceau
de linge plat , comme on le pratique
à l'Empieme ; les accidens diminuerent
à mesure que l'évacuation se faisoit , et
disparurent totalement le troisième jour :
la playe a fourni pendant les cinq ou six
premiers jours de l'ouverture,une liqueur
semblable à la lle de vin , pour la consistance
et la couleur .Ensuite il s'est établi
une legere supuration qui a duré près
d'un mois , et qui s'est tarie peu à peu
par l'usage d'une injection dont je me
suis toujours bien trouvé vers la fin des
supurations ( qui est une dissolution de
C iij
la
1944 MERCURE DE FRANCE
la tête morte de Vitriol ; ) quelques jours
après l'avoir mis en usage , l'écoulement
ceffa , et la playe fut parfaitement guérie
, laissant une cicatrice très- enfoncée .
Le Malade reprit ses forces en peu de
temps , et n'a eu depuis ni ressentiment
de ses blessures , ni aparence de hernie.
Il sortit de l'Hôpital le premier Septembre
pour aller de son pied joindre son
Regiment qui étoit pour lors en quartier
à Colmar.
Je pourois tirer de ce Fait important
des consequences très- utiles pour la
pour la pratique
3 mais j'aprens que M. Petit le Fils
a bien voulu joindre mon Observation
aux siennes , et qu'il a donné à l'Acadé
mie de Chirurgie un Mémoire surdesépanchemens
dans le bas -Ventre , dans
lequel je suis persuadé qu'il ne laissera
rien à desirer sur cette matiere , et je
me contente pour le present de rendre
cette Observation publique , avec des
témoignages autentiques qui la constatent.
On suprime les attestations dont le
Public n'a pas besoin ici ; il suffit que le
Fait soit constaté par diverses Personnes
habiles dans la Profession , & dignes de
foy.
LES
SEPTEMBRE . 1737. 194
*******:*:*******
LES PROGRE'S de l'Art du Genie
sous le Regne de LOUIS LE GRAND,
O DE
Qui a remporté le Prix au Jugement de
Académie Françoise le jour de S. Louis
1737. par le P. RAINAUD de l'Oratoire,
qui a en même temps remporté celui d'Ef
loquence.
E'E S SE , qui dés Arts , ainsi que de la
DE'E Guerre
Epuises les secrets heureux ,
Quand tu tiens le compas , quand tu tiens le tort
nerre ,
Quels sont tes travaux ou tes jeux !
Ici , d'un Boulevard dirigeant la Structure ,
Tu défends du péril , bien mieux que la Nature
Une Cité que tu chéris :
Plus loin , quand tes assauts réduisent tout e
poudre ,
Il ne reste d'un mur qui défioit la foudre ,
Qu'un nom frivole et des débris
*
Confie à mes accords les progrès de tes veilles
Dis-moi quel siécle fortuné-
Ciiij
Τ
946 MERCURE DE FRANCE
T'a vu de toutes parts prodiguer ces merveilles ,
Dont l'Univers est étonné .
Tes Arts ensevelis au sein d'une nuit sombre ;
Gémissoient dès long tems dans l'horreur de
son ombre ,
Peu capables d'un noble essor :
Dans cette obscurité , quelle main secourable
Fouvoit te préparer un triomphe durable ?
LOUIS ne regnoit pas encor.
½
Il regne : ce Soleil dissipe les nuages ;
Déja son Empire est le tien :
Ses regards & ses dons , de tes plus beaux ou
vrages
Sont et la source et le soutien.
Au craïon de Vauban la pierre obéissante
S'éleve , au gré des loix que son génie inventé :
Quels remparts menacent les Cieux !
Si les tiens renaissoient dans le siécle où nous
sommes ,
Tu verrois , Ilion , que l'ouvrage des hommes
L'emporte sur celui des Dieux.
*
Bientôt je vois former des voûtes magnifiques ;
Que l'Etranger vient admirer.
Quels pompeux Arcenaux ! sous leurs vastes
Portiques
Mon plaisir est de m'égarer.
Partous
SEPTEMBRE .
1947 1737.
Partout des mâts épars , des voiles entassées ,
Des dards étincelans , des lances hérissées ,
Lassent et charment mes regards :
Des Cyclopes brûlans que la flamme environne ,
Font sortir, de l'airain et du fer qui bouillonne,
Des foudres inconnus à Mars.
*
Au mépris des travaux de Rome et de la
Grece ,
Les Peuples de nos bords heureux ,
Vauban, vantent les Ports que ta sçavante adresse
Tour à tour a creusés pour eux .
Que vois- je ? Triomphant de leurs bornes pro
fondes
,
Dans un lit étranger tu captives les ondes ,
Dociles à suivre ta voix :
L'humide Souverain que ce Spectacle attire ,
S'aplaudit sur son char d'agrandir son Empire ,
En obéissant à tes Loix.
*
Neptune , quand sa main embellit ton rivage
D'autres prodiges sont éclos :
La Nature est vaincuë : un immortel ouvrage
Confond les routes de tes flots .
Les Rochers et les Monts devant toi , s'aplanis
sent :
Les Fleuves à l'envi se cherchent et s'unissent ,
Tributaires de nos Etats.
C 7 Quel's
1948 MERCURE DE FRANCE
Quels fruits recueillons nous d'un accord si co
lébre !
Les trésors précieux et du Gange et de l'Ebre-
Semblent germer dans nos climats. -
*
Un Art toujours fécond enfanta ces miracles ;
Dans le calme et dans le repos.
Que n'a-t'il pas produit , vainqueur de mille
obstacles ,
Quand la guerre armoit nos Heros ?
Vers des murs menaçans assûrant leur passage-
En obliques détours la Terre se partage :
Que de Cités vont succomber !
Elles s'arment de fear ; mais nos Soldats tranquiles
l'homicide Plomb , sous dés Remparts mos
biles ,
Sçavent encor se dérober
Que la flamme et le fer, que les vents et l'orage
Conspirent pour te garantir
Namur; que peut l'effort de leur cruelle rage
Contre les coups qui vont partir ?
De cent goufres d'airain´ s'élancent dans la nuë
Des globes embrazés , dont la chute imprévuë
Seme l'effroi de toutes parts
Et la Terre bien-tôr , de son sein infideleSEPTEMBRE.
1737.
1949
d Tomissant le Salpêtre , ensevelit sous elle
Peuples , Guerriers , et Boulevards,
*
Mais sur les bords du Rhin quelle heareuse com
quête
S'offre à nos Achilles nouveaux !
L'orgueilleux Philisbourg y brave la tempête ,
Fortifié par nos travaux.
A l'ombre de deux Forts , apui de ses murailles,
Il semble inaccessible au Démon des batailles a
L'aurons-nous en vain menacé ?
Non : l'Art inépuisable en ressources abonde g
D'Asfeld marche au travers de la flamme et de
l'onde ,
Et déja l'Aigle est terrassé.
*
Be ses succès , gravés au Temple de mémoire ¦
Quels temps ne seront point instruits ? *
LOUIS avec Minerve en partage la gloire ;
L'Europe en partagé les fruits.
Contraintes mille fois , et lasses de se rendre
Deja les Nations , d'attaquer , de défendre
Ont apris les secrets divers.
Ainsi , des Demi - Dieux éclate la puissance :
C'étoit peu pour LOUIS d'être utile à la
France ;
I devoit l'être à l'Univers. *
Cvj PRIER
1950 MERCURE DE FRANCE
PRIERE POUR LE ROT
D
Ans tes mains , Dieu puissant , tu tiens les
destinées
Des Souverains et des Sujets ;
D'un Monarque chéri protege les années :
Qu'il conserve une longue paix ,
Sous les Lauriers de la Victoire ;
Que son Regne , des Arts augmente encor La
gloire ;
Que toujours fidele à tes Loix ,
Il soit l'Amour du Peuple et l'exemple des Rois
Quidquid oppugnanı , ruit.
EXPERIENCES curieuses sur la
Glace artificielle.
M
Ettez dans une bouteille de verre
quatre onces de sel Ammoniac réduit
en poudre , séche , très- fine ; bouchez-
la exactement , afin que cette pou
dre ne contracte aucune humidité. Laissez
la dans de l'eau exposée à l'air froi.d
pendant la nuit , pour que le sel Ammoniac
, l'eau et le verre soient également
froids. Le lendemain matin plongez
le Thermometre de Fahrenheit dans
cette
SEPTEMBRE 1737 1951
cette eau , et remarquez à quel degré le
Mercure s'arrête. Versez alors dans douze
onces de cette eau les quatre onces de
sel Ammoniac qu'on a laissé se refroidir
dans la bouteille. Après l'avoir bien mêlé
et bien dissous , plongez votre instrument
dans cette solution , vous verrez
le Mercure descendre de 28 degrés , si
l'air n'a que s1 degrés de chaleur . Donc
une partie de sel Ammoniac dissous dans
trois parties d'eau , augmente le froid de
28 degrés , et par conséquent on peut
toujours faire un froid glacial , pourvûp
que la chaleur de l'air n'excede pas 60.
degrés. En effet l'eau commence à se geler
au 32 degré , suivant le Thermometre
de Fahrenheit. Ainsi plus l'air se
refroidit en déclinant du 60. au 32. degré
, plus il est aisé de faire de la glace ,
parce qu'alors l'eau est plus froide. D'où
il suit
que si elle étoit déja prête à se glacer
naturellement , le mélange dont nous
venons de parler feroit descendre la liqueur
du Thermometre au 4e degré.
Veut on faire un froid bien plus consi
dérable ? il n'y a qu'à mettre dans un
large vaisseau , rempli de la premiere solution
de sel Ammoniac , un autre vaisseau
plus petit plein d'eau ; comme à
mesure qu'il se refroidit , il communique
1952 MERCURE DE FRANCE
que à cette eau le plus grand froid qu'elle
puisse recevoir de ce mélange, il est évident
que si l'on jette de nouveau sel Ammoniac
dans cette eau refroidie, on poura
faire , pendant les plus vives ardeurs
de la Canicule , un froid comparable
celui de l'hyver ; et par conséquent au
défaut de glace on pouroit ainsi rafraî
chir le vin & toutes sortes de liqueurs
durant l'Eté. Cette Expérience qu'on'
peut faire aisément , et à peu de frais ,
est de M. Boheraave (a);
En voici une autre de Fahrenheit , qui
est beaucoup plus surprenante , et qui est
raportée par le même Auteur . Fahrenheit
s'avisa un jour d'hyver(1729 )de répandre
sur de la glace deux onces d'Esprit de
Nitre y ayant aussi tôt plongé son instrument'
, la liqueur descendit quatre
degrés plus bas qu'O. Lorsque cet Esprit
fut aussi refroidi que l'air , qui n'avoit
alors que 16 degrés de chaleur , il en
répandit encore sept onces ; son Thermometre
descendit de 30 degrés , depuist
1 sur O jusqu'à 14 sous O. Il versa une
troisième fois du même Esprit sur le reste
de la glace déja refroidie ; sur le champ
la liqueur du Thermoscope descendit à
29 au dessous d'O. Comme l'Esprit de
(a) Element, Chymia de igne
Nitre
SEPTEMBRE. 1737 1933
Nitre vint à manquer , il eut recours à
l'Esprit de sel Marin , froid de 17 degrés.
Il n'en cut pas plutôt versé sur la glace
fondue , que le Thermometre s'arrêta à¹
8 degrés au-delà d'O ; il en répandit une
seconde fois , le Mercure descendit jus
qu'à 14 sous O. L'évenement piqua la
curiosité de cet industrieux Ouvrier. Il
fit acheter de nouvel Esprit de Nitre ;
mais comme par malheur vint le dégel ,
il ne pensa plus qu'au moyen de consér
ver le froid artificiel qu'il venoit de faire.-
Pour cela il fit faite trois vaisseaux de
cuivre cylindriques , larges de près de 6
pouces et demi chacun , dans lesquels il
mit trois autres vaisseaux de verre cy
lindriques , larges de trois pouces et démi
. Comme il y avoit entre le verre et
le cuivre un pouce et demi de vuide
tout , il eut soin de le remplir exacte
ment de cotton , afin d'émpêcher l'impression
de l'air , et de conserver ainsi
son froid plus long- tems. Ensuite , après
avoir rempli les vaisseaux de verre de la
glace qui étoit en partie fondue , il mit
dans ces vaisseaux des tuyaux de verre
de trois quarts de pouce de largeur pleins
d'Esprit de Nitre temperé de 32 degrés
et de l'eau qui s'étoit separée de la glace
fondue. Il répandit ensuite de l'Esprit
par
de
1954 MERCURE
DE FRANCE
de Nitre sur la glace, à quatre reprises ,
fe Mercure descendit jusqu'à 40 degrés
au dessous O. L'Esprit de Nitre s'étoit
lui -même tellement condensé , en se mê
lant avec la glace fondue , qu'il formoit
des cristaux minces , pointus , longs d'un
demi Est- il rien de si surprenant
pouce.
dans la Nature ! L'an 1709 , durant le
grand hyver , le Thermometre de Fahrenheit
s'arrêta en Irlande au premier
degré. Le 16 Janvier 1729. il ne marquoit
que s degrés dans le Jardin de l'Académie
de Leyde , comme M. Boerhaave
l'a observé. Et voilà un froid artificiel
qui surpasse de 40 degrés le plus
grand froid que la Nature ait produit.
Ajoûtez 40 à 32 degrés où la glace se forme
, vous sentirez une chaleur insupportable.
L'eau est donc devenuë plus
froide de 72 degrés qu'elle n'est ordinairement
, lors qu'elle commence à se changer
en glace. Il y a long- tems que les
Chymistes ont observé qu'on pouvoit
refroidir l'eau par le mélange de certains
sels : mais auroient ils pû prévoir qu'il
eût été possible de faire un si grand froid ?
cependant quel froid plus excessif encore
ne pouroit-on pas produire par d'autres
moyens qui nous sont inconnus ? et que
deviendroit toute la Nature , si son Auteus
SEPTEMBRE. 1737 1958
teur ne lui avoit pas prescrit des bornes
qu'elle ne peut passer?
*******
L'HERMITE.
BOUTS - RIME'S.
Du Monde sensuel je méprise les
U
Je fais à peu de frais un assés bon
Loix
Potage ;
Seul, pauvre, sobre, libre, en mon petit Ménage ,
Je sçais me contenter , n'eussai - je que des Noix.
De mon pain le tamis n'a tiré que le Son
Torture:
L'aprêt ne me met point l'esprit à la
Faut -il aller ? je vais , sans train et sans Monture,
Ajustant un Cantique à l'air d'une Chanson:
Pour garder ma maison nul ne fait la Patrouille;
J'ai du sel , quelques oeufs , du beure, un bout
d'Andoüille ;
Monjardin me fournit des herbes pour le Pot.
Pour un riche gourmand avoir peu , c'est Famine;
Pour moi je vis souvent de lait et de Farine
Et je suis , grace au Ciel , heureux dans mon
Cachot.
QUES
1956 MERCURE DE FRANCE
ketatutut at
QUESTION importante jugée au Parlement
de Paris le 25. Juin 1737.
I dans la Coûtume de Vitry , qui dé-
Sfendau Maritema la Penye quese
vantager , en quelque maniere que ce
soit , un des Conjoints , qui n'a point
d'enfans , peut faire quelque avantage
aux enfans que l'autre Conjoint a d'un
précedent mariage , sans que cela spit
regardé comme un avantage indirect ?
Cette question s'est presentée au Parlement
de Paris, dans une Cause du Rol
le de Champagne , qui fut plaidée pen
dant plusieurs Audiences.
FAIT.
Nicolas Jacobé avoit épousé en 1714
Louise Clement , Veuve de Claude Gillet
; il fit le premier Septembre 1726.
une donation universelle de tous ses immeubles
à Claude Gillet , l'un des Eng
fans du premier lit de sa femme : on convenoit
de part et d'autre que les immeubles
du Donateur étoient presque tous
regis par la Coutume de Vitry , laquelle
en l'article 1136 porte, que la Coûtume eft
selle
SEPTEMBRE. 1737. 1957
telle audit Bailliage , que deux Conjoints
par mariage , Nobles ou Roturiers , ne peuvent
contracter aucunement ensemble , ni eux
avantager par Teftament ni autrement en
quelque maniere que ce soit.
On prétendoit à la verité , mais sang
le constater , qu'il y avoit quelque por
tion des immeubles du Donateur regie
par la Coûtume de Sens , ce qui , en tout
gas , ne changeoit rien à là question ,
parce que la Coûtume de Sens Art. 70.
porte qu'Homme & Femme mariés ensem
ble ne peuvent par disposition testamentaire
, faire un don , legs ou aucun avantage
l'un à l'autre disposition qui n'est pas
moins prohibitive que celle de la Coû◄
tume de Vitry.
Edme Jacobé et consors , héritiers
collateraux du Donateur , ayant deman
dé la nullité de cette donation , les Juges
de Vitry , devant lesquels la cause avoit
d'abord été portée , apointerent les Parties
en Droit : les Héritiers apellerent de
cette Sentence , et présenterent leur Requête
en la Cour , afin d'évocation du
principal.
M. Chauffot , Avocat , qui plaidoit
pour les Apellans , soutenoit que les enfans
des Conjoints sont compris dans la
prohibition qui leur est faite de s'avantagens
1958 MERCURE DE FRANCE
tager. Il apuyoit cette proposition sur
des moyens de Droit , sur le suffrage des
Auteurs et sur laJurisprudence des Arrêts.
Les moyens de Droit consistoient en
deux principes.
Le premier , que les Loix prohibitives
, lorsqu'elles sont fondées sur des
motifs d'interêt public , doivent être
étendues à tous les cas néceffaires pour
en affurer l'execution .
Le second , que les avantages faits aux
Enfans sont censés faits aux pere et mere.
Les Apellans observoient que ces principes
sont établis par le suffrage des Auteurs
les plus éclairés ; que d'Argentré et
du Moulin , si souvent oposés entr'eux
se trouvent reünis sur certe question ;
le Premier sur l'ancienne Coûtume de
Bretagne, art. 218. Gl . 9. n . 7. du Moulin
sur l'art 256. de l'ancienne Coûtume de
Paris. Que c'est aussi le sentiment de Ricard
des Donat. part. 1. ch. 3. sect. 16 .
d'Auzanet en ses Mémoires tit . des Donat.
de tous ceux qui ont écrit sur l'Article
283. de la Coûtume de Paris , et
enfin du dernier Commentateur de la
Coûtume de Vitry.
Ils ajoûtoient que la question a été
ainsi jugée par plusieurs anciens Arrêts
raportés par le Vest, Arrêt 64. Anne Ro
bert
SEPTEMBRE. 1737 1959
bert liv . 2. ch . 3. et par d'autres plus récens
: sçavoir un du 17. Juin 1687. raporté
dans le Journal du Palais , deux
autres , l'un du 26. Avril 1608, l'autre
du 19 : Décembre 1612. raportés dans les
Arrêts de M. le Prestre ; un du 29. Février
1628. raporté par M. Bardet , rendu
sur les Conclusions de M. l'Avocat
Genéral Talon . Deux Arrêts de Reglenent
, l'un du 5. Juin 1729. rendu dans
a Coûtume de Senlis , qui défend aux
Conjoints de s'avantager en quelque malere
que ce soit ; l'autre du 1. Janvier
1734. rendu dans la Coûtume de Châlons
, qui défend aux Conjoints de s'avantager
directement ni indirectement
par personne interposée ; et enfin par deux
Arrêts rendus dans la Coûtume de Vitry,
le premier sans date , raporté par Bro.
deau , lettre D. n. 17. Le second du 30.
Août 1697. qui est dans le Commentateur
de Vitry sur l'Article 100.
? ne
M. Domyné , Avocat , qui plaidoit
pour Claude Gillet , Donataire , renfermoit
sa défense dans trois propositions."
La premiere, que dans la Coûtume de
Vitry , il n'y a guere qu'un seul cas où
un conjoint ne peut donner aux enfans
de l'autre ; sçavoir lorsqu'ils sont en voulthe
ou puissance paternelle , laquelle cesf
SC
1960 MERCURE DE FRANCE
se par l'émancipation ou la majorité de
25. ans ; que les enfans ne sont point
nommés dans la prohibition qui est faite
aux Conjoints de s'avantager , qu'ils ne
seroient personnes interposées , qu'autant
qu'ils seroient en la puissance de leur pe
re ou mere , mais que dans l'espece , le
Donataire étoit majeur , et par consequent
capable de recevoir .
La seconde proposition étoit , que s'il
restoit quelque difficulté , il faudroit la
resoudre par la Coûtume de Paris , ou
par les Loix Romaines ; que par un Arrêt
célebre de 1610. rendu dans la Coûtume
de Paris , raporté par Montholon
ch. 16. la Cour a aprouvé indistinctement
toutes Donations faites par un
Conjoint aux enfans de l'autre qu'en
prononçant cet Arrêt , Mile Premier Président
avertit que la Cour avoit jugé la
question generale après l'avoir communiquée
à toutes les Chambres, et avoir
vû tous les Arrêts donnés tant en la Coûtume
de Paris que dans les autres , ce qui
marque , dit l'Annotateur de M. Due
plessis , que l'intention de la Cour étoit
de faire un Reglement general.
Mornac sur la Loy 3. au Digeste de
donat. inter vir. et ux. rend compte de
cet Arrêt , et le regarde comme étant
fait
SEPTEMBRE. 1737. 1961
2
fait pour toutes les Coûtumes , qui n'ont
pas de disposition particuliere .
L'Article 2. des Arrêtés de M. de Lamoignon
, permet à un des Conjoints de
donner aux enfans de l'autre , soit entre
vifs ou par Testament.
Et suivant la Loy 25. au Code de do
nat. inter vir. et ux. et la Loy 3.au Digeste
de donat. divort. causa , un Conjoine
peut avantager par Testament les enfans
de l'autre Conjoint , et même par donation
entrevifs , pourvû que le Donateur
aît perséveré jusqu'à la mort dans sa premiere
résolution.
La troisiéme proposition du Sieur Gillet
étoit que la question avoit été jugée
plusieurs fois dans la Coûtume de Vitry
en faveur des enfans , et notamment par
deux Arrêts , l'un du 25. Avril 1711 .
l'autre du 14. Juin 1730. rendu en la
premiere Chambre des Enquêtes , au raport
de M. Thomé.
Mais les Apellans firent voir que ces
Arrêts avoient été rendus dans des circonstances
particulieres , et refuterent
pareillement les autres moyens qui leur
Avoient été oposés,
Par Arrêt du 25. Juin 1737. conforme
aux Conclusions de M. l'Avocat Général
Gilbert de Voisins , la Cour mit
l'Apella
1962 MERCURE DE FRANCE
l'Apellation , et ce dont avoit été apellé
au néant , émendant ; évoquant le principal
et y faisant droit , declara la Donation,
dont il s'agissoit , nulle , condamna
le Sicur Gillet aux dépens , et ordonna
que l'Arrêt seroit lû et publié au Bailliage
de Vitry.
htt
'A M. LE CHEVALIER DE ***
LA Muse de Damis sur des sujets divers
Tous les jours lui dictoit des Vers ;
Mais un trop vif antousiasme
De son esprit s'est emparé ,
Et depuis quelque temps en asthme
Il a soudain dégeneré.
Elle ne chante plus , n'est - ce pas grand dommage
?
A ce feu qui toujours brilloit dans tous ses
chants ,
Du bon Damis , bien qu'elle ait l'âge ,
Qui passe quatre- vingt- neuf ans ,
On cût jugé qu'elle est encor dans son Prixè
temps,
OBSERSEPTEMBRE.
1737. 1965
j ƒƒƒƒ ƒ §.
OBSERVATIONS sur la Position
de Vellaunodunum , ancienne Ville des
Senonois . A M. D. L. R.
J
E laisse à Mrs d'Orleans la gloire.de
soûtenir que Cesar pilla et brûla leur
Ville, j'y vois beaucoup d'aparence,quoiqu'en
dise M. le Tors , dans sa Dissertation
, insérée dans le Mercure de France
, Juin 1737. I. vol. mais la Ville de
Genabum fût- elle Gien , qu'on apelloit
anciennement Giemus ou Giemum , cette
Position ne donneroit aucun avantage
à la conjecture nouvelle qui voudroit
identifier Availon et Vellaunodunum .
La bonne maniere de suivre César dans
son Expedition des Gaules , c'est d'avoir
ses Commentaires à la main et de bonnes
Cartes sous les yeux. Nous lisons au 7.
Livre , que César comptant que la Gaule
étoit pacifiée, partit pour l'Italie.Les Gaulois,
gens remuans de tout temps, profite
rent de cette circonstance pour rallumer
la guerre. Les Carnutes commencerent
les hostilités en égorgeant un fort honnête
homme , Chevalier Romain nommé
Fusius- Cotta , qui étoit Intendant
D des
1964 MERCURE DE FRANCE
des Vivres à Orleans. En même- temps
Vercingentorix souleva lesAuvergnacs, on
lui donna le titre de Roy , il mit les
principaux Peuples de la Gaule dans ses
interêts , et entre autres les Senonois ,
chés qui César avoir laissé six Légions
en quartier d'hyver.
Quel remede pouvoit aporter le General
Romain au soulevement des Gaules
? C'étoit de joindre promptement son
Armée , et ce fut aussi le parti qu'il prit.
Il arriva heureusement par les confins
des Eduens , ses Alliés , dans le territoire
de Langres , où il avoit deux Légions ,
deux autres dans celui de Tréves , le
reste étoit à Sens , comme je viens de
l'observer.
César indiqua d'abord un quartier
d'assemblée generale , et ce dut être à
Sens ou auprès , puisque les Senonois
étoient à la tête des Révoltés. Delà ayant
laissé les gros Equipages à Sens avec deux
Légions , il partit avec son Armée . D'où
partit-il ? N'est- il pas visible que ce fut
de Sens ou d'un lieu voisin ? Il arriva le
lendemain à l'ellaunodunum , Ville des
Senonois , qu'il résolut d'assieger et il
l'investit , afin , dit il , de ne point laisser
d'Ennemi derriere lui qui pût lui
couper la communication des provisions
de
SEPTEMBRE . 1737. 1965
de l'Armée. Remarquez ceci, je vous suplie
, Monsieur , vous savez ia guerre ;
César avoit établi son Magazin à Sens ,
il en vouloit à cette Ville du Pays Chartrain
qu'il nomme Genabum , où Fusius-
Cotta avoit été assassiné ; chemin faisant
il assiege Vellaunodunum pour avoir
la communication libre , quelle preuve
plus évidente que Vellaunodunum étoit
entre deux ? C'étoit donc Montargis ou
Château- Landon .
La distance des Lieux convient parfaitement.
Château -Landon est à douze
lieues de Sens, et César dit y qu'il arriva
le lendemain de son départ. Il repart
pour Genabum, afin de continuër sa route
en diligence, Ut quàm primùm iter faceret,
et il arrive le deuxième jour , mais presqu'à
la nuit tombante, Diei tempore exclusus.
De Château - Landon à Orleans , je
compte 16. lieuës et c'étoit bien assés
marcher en deux jours , vû que c'étoit
en hyver . Tout Militaire qui sçait son
César , trouvera en tout ceci l'aplication
des maximes de la guerre.
Mais quel circuit César , partant du
Territoire de Sens auroit il fait , suivant
M.le Tors? Ce Conquérant avoit à coeur
de venger le meurtre de Fusius - Cotta
étoit- ce sa route en partant du Senonois
Dij pour
1966 MERCURE DE FRANCE
pour aller à Genabum , qui sera Gien
pour un moment, de passer par Avallon?
Qu'on jette les yeux sur la Carte du
Royaume , on verta Avallon au Midy
des Senonois à plus de zo. lieues de Sens,
et cependant Vellaunodunum est dans César
une Ville des Senonois qui devoit se
trouver sur la route ou un peu à côté
de Sens à Genabum . Poura- t'on se persuader
qu'Avallon fût une Ville du Senonois
Le Territoire de Sens étoit- il
d'une si grand étenduë ? N'est- il pas plus
exact de concevoir qu'Avallon apartenoit
, comme aujourd'hui , au Pays des
Eduens , qui vrai semblablement étoient
séparés des Senonois au Nord par le
cours de l'Armançon ?
Si la premiere Partie de l'hypothèse
de M. le Tors souffre ces difficultés , la
seconde en fait naître qui paroissent toutà-
fait insurmontables. 1 ° . Il faut que César
aille d'Avallon à Gien , c'est - à- dire
fasse vingt bonnes lieues en deux jours
en hyver , la traite est bien forte pour
une Armée. Et quels chemins militaires
pour l'y conduire ? Si la Carte Topogra
phique que j'ai sous les yeux est fidele, il
faut passer par Aveines pour aller d'Aval
lon & Gien, et entre Avallon et Aveines je
vois des Montagnes escarpées. 2 ° . Su-
9
posong
SEPTEMBRE . 1737. 1967
posons que César prenne cette route
voyons ce qu'il en resultera . Il a laissé
douze mille Hommes à Sens avec les équi
pages de son Armée , dont il a interêt de
conserver une communication avec Sens,
et s'il laisse derriere lui les Villes rebelles
des Senonois qui sont entre Sens et Genabum
, n'est-il pas visible que sa communication
sera coupée ? Or il se seroit
mis dans ce cas en passant par Avallon
donc il n'a pas dû y passer.
Qu'on ne dise point que César en
partant de Sens n'en vouloit point à Genabum
, qu'il n'avoit point d'autre but
que d'arriver à grandes journées en Berry
, il vouloit l'un et l'autre , et il falloit
Fun et Pautre. S'il n'avoit été question
que d'entrer en Berry , il n'avoit qu'à al
ler en droiture de Sens à Briare , le second
jour il auroit passé la Loire , et sa
route eut été bien plus courte pour aller
à Bourges. Mais par là , il laissoit derriere
lui toutes les Villes de la Sologne , Orleans
et les Places des Senonois situées
entre Orleans et Sens , ainsi la communication
avec Sens auroit été coupée ;et
de plus il étoit important , pour la gloią
re du nom Romain , de tirer une vengeance
prompte et signalée des Chara
trains , qui avoient égorgé Fusius Cotta
D`iij dans
1968 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ville de Genabum.
Je Crois , M. qu'une longue Dissertation
sur cette matiere n'éclairciroit pas
davantage la chose ; ces points de critique
ne sont pas moins du ressort d'un
Homme de Guerre , que d'un Homme de
Lettres , ainsi je ne sçaurois soûmettre
mes observations à un Juge plus competant
que vous , Monsieur ; si elles sont
de votre goût , je vous prie de les publier,
non comme une critique de la Dissertation
de M. le Tors , dans laquelle je reconnois
qu'il y a beaucoup d'érudition
mais comme une exposition simple du
sentiment ordinaire auquel je crois qu'il
faut se tenir . Ainsi Agendicum sera Sens ,
Vellaunodunum Château -Landon , Gena-
-bum Orleans.
A. G. le 26. Juillet 1737.
VERS.
Rojets flateurs de séduire une Belle ,
Pointconcertés de lui faire sa cour ,
Tendres écrits , sermens d'être fidele ,
Airs empressés , vous n'etes point l'amour .
Mais se donner sans espoir de retour
>
Par
SEPTTEMBRE . 1737. 1969
Par son desordre annoncer que l'on aime ,
Respect timide avec ardeur extrême ,
Perseverance au comble du malheur ,
Dans sa Philis n'aimer que Philis même
Voilà l'amour , mais il n'est qu'en mon coeur.
******* ***
LETTRE de M. A. G. B. D. A.
A. P.sur le temps auquel on a commencé
en France de se servir de Carosses .
P
Ermettez moi , Monsieur , de vous
communiquer quelques remarques
que je viens de faire sur le commencement
de l'usage des Carosses , en cherchant
quelques autres Faits Historiques.
Le R. P. de Montfaucon dans ses AntiquitésTome
IV. part. 1. Liv. 6. chap . 5 .
p. 162. et suivantes , a fait la description
des Chars de Triomphe , dont se servoient
les Grecs , les Romains et les autres.
Nations : dans la seconde partie du même
Tome , Liv . 1. ch . 6 , p . 190. et suivantes
, il indique les diverses especes de
Chariots et autres voitures roulantes à
deux et à quatre rouës , tirées par deux ,
quatre , six ou huit Chevaux , dont se
servoient les Anciens pour transporter
leurs armes , bagages , ustenciles et marchandises.
D iiij Toutes
1970 MERCURE DE FRANCE
Toutes cs voitures roulantes , à l'exception
des Chars de triomphe , que l'on
accordoit
par honneur à ceux qui avoient
vaincu les ennemis , et des Chars sur
lesquels les Generaux d'Armée étoient
montés dans les batailles , n'étoient établies
que pour l'utilité & non pour la
mollesse et l'ostentation : il n'y avoit
point alors de Carosses , les hommes
moins effeminés que ceux d'aujourd'hui
et par conséquent plus robustes, faisoient
toutes leurs courses à pied ou à cheval .
Sous les Empereurs Romains , les Gens
opulents et sensuels commencerent à se
servir de Litieres, non pas seulement lorsqu'ils
alloient en voyage , mais aussi pour
se faire transporter d'un quartier de la
Ville dans un autre. Ces Litieres n'étoient
pas portées par des Mulets , comme
celles dont on se sert aujourd'hui en
France , elles étoient portées par des Esclaves
: ensorte qu'il y a aparence qu'el
les étoient faites à peu près comme nos
Chaises à Porteurs , avec cette difference
seulement qu'il falloit qu'elles fusent
plus grandes , puisqu'au lieu de s'y tenir
assis comme l'on fait dans nos Chaises à
Porteurs , on y étoit couché nonchala
ment sur des coussins de plume et de duvet
, et que quelque fois on y dormoit ,
ainsi
SEPTEMBRE . 1737. 1971

ainsi que l'observe Juve al Satire III.
Vers 242.
Namque facit somnum clausâ lecticâ fenestra.
D'ailleurs ces Litieres étoient portées
par deux , quatre , six et jusqu'à huit Esclaves
, soit qu'elles fussent effectivement
si pesantes qu'il fallût huit hommes pour
les porter , soit que ce fût par vanité et
pour paroître avec plus de cortege .
On ne trouve point que ces sortes de
Litieres ayent jamais été en usage dans les
Gaules ; car l'établissement de nos Chaises
à Porteurs , qui y ont quelque rapport
, n'est pas à beaucoup près si ancien
, n'étant guere connu avant l'année
1645.
Les Gaulois , les François même
sous les deux premieres Races de nos
Rois et sous une partie de la troisiéme
avoient bien des Chareres ou des Chariots
pour transporter leurs bagages , out
marchandises ; mais il n'avoient pour
leur commodité ni Litieres , ni Carosses ,
ils ne se servoient que de Chevaux , même
dans les ceremonies les plus pompeuses
, comme aux Entrées des Rois et
des Reines.
Les Reines , les Princesses et les Da
mes de condition montoient sur des Che
Dv vaux
1972 MERCURE DE FRANCE
vaux bien dressés qui alloient l'amble
et que l'on nommoit Haquenées ou Pale
frois,
Les Magistrats , les Medecins et au
tres graves personnages montoient sur
des Mules pour aller par la Ville : c'est
de là que l'on dit d'un Valet qu'il ferre la
Mule , lorsqu'il trompe son Maître en
lui rendant compte de la dépense , parce
que lorsqu'on se servoit de Mules ,
certains Valets peu fideles , comptoient
un peu trop souvent à leur Maître tant
pour avoir fait ferrer la Mule c'est aussi
de là qu'est venue cette autre façon de
parler ,garder le Mulet , pour dire , attendre
en s'impatientant , comme faisoient
ordinairement les Valets des Magistrats
qui gardoient dans la Cour du Palais les
Mules ou les Mulets de leur Maître .
. Une preuve que l'on
C
"
peut encore aporter
qu'il n'y avoit point alors de Carosses
et sur tout que les Medecins n'en
avoient point , c'est que la principale
Porte d'entrée duLieu où sont leurs Ecoles
publiques , ruë de la Bucherie , bâties
en 1472. n'est pas assés large pour qu'un
Carosse y puisse passer , quoique cette
Poite fur une des plus grandes que l'on
fit alors ; et dans la Cour de cette Maison
au lieu de remises , ont voit encore
autour
SEPTEMBRE . 1737. 1973
autour des murailles des anneaux de fer ,
où l'on attachoit les Mules des Medecins.
On reconnoît la modestie de nos Ancêtres
à cette simplicité : encore étoit - ce
plûtôt par nécessité , que par un esprit
de faste , qu'ils se servoient de Mules
pour aller dans Paris : car on sçait
que cetteVille a tiré son nom Latin , Lu
tetia , à Luto , à cause de la quantité de
boues qu'y causoit la proximité des deux
bras de la Seine entre lesquels étoit renfermée
la Cité: le terrain étant anciennement
bien moins élevé qu'il ne l'est aujourd'hui,
le pavé de cette Ville n'ayant été
commencé que sous Philipe Auguste en
1180. les rues étoient si étroites et si sa
les , que d'honnêtes gens un peu bien
mis ne pouvoient pas aller a pied.
Le P. de Montfaucon dans ses Monumens
de la Monarchie n'a point marqué
que l'on se servît anciennement en France
de Chars ou de Carosses ; il paroît au
contraire par les descriptions et representations
qu'il nous a données des Entrées
des Rois et des Reines , et autres Ceremonies
, que dans ces occasions les personnes
les plus distinguées , même les
Rois , les Reines , les Princes et Princesses
, étoient montés sur des Che
D vj
vaux
1974 MERCURE DE FRANCE
vaux , Haquenées ou Palefrois ; il ne
parle que d'un seul Char dont il donne
la Figure Tome 5. p. 11. sçavoir le Char
du Koi Henri II . lorsqu'il fit son Entrée
dans Roüen le 2. Octobre 1550. ce Char
n'est qu'une espece de Traineau , sans
rouës , tiré par deux Chevaux accolés ,
ce qui a fort peu de raport à nos Ca
rosses d'aujourd'hui .
On prétend cependant que ç'en est là
l'origine , et qu'en 1550. il n'y avoit encore
en France que trois Carosses , sçavoir
celui du Roi , celui de Diane de
Poitiers Duchesse de Valentino's , et celui
de René de Laval , Seigneur de Boisdauphin
, Pere du Maréchal de France.
"
M. de Valois ( Valesiana, p . 95. et 96. )'
dit que les trois premiers Carosses qu'on
ait vûs dans Paris furent ceux de Cathe
rine de Médicis , de Diane Duchesse
d'Angoulême, et de Christophe de i hou,
Premier President du Parlement , encore
que ce dernier ne le prit que par necessité
et à cause de la Goute dont il étoit si
incommodé , qu'il ne pouvoit plus se tenir
sur sa Mule , et que tous les Grands
d'Epée et de Robe ensuite en voulurent
faire autant.
J'ai cependant vu une piece authentique
qui supose qu'il y avoit dép plusicurs
SEPTEMBRE. 1737. 1975
sieurs Carosses long- temps auparavant
l'année 1550.
9
C'est une Ordonnance de Philipe le
Bel de l'an 1294 qui est à la Chambre des
Comptes au folio 44. d'un petit Livre
lequel contient les Ordonnances faites
par S. Louis , pour la tranquillité du
Royaume et qui se trouve aussi dans le
Registre noir du Châtelet de Paris : elle
est même raportée dans les Notes et
Observations de la Thaummassiere sug
les Coûtumes de Beauvoisis , p. 371.
› Cette Ordonnance est intitulée , l'Or
donnance que li Roi Philippe le Bel afait
faire des superfluités oster de toutes personnes
l'an 1294.
Le premier article est conçu en ces
termes , Premierement nulle Bourgeoise n'au
ra Char.
Quoique ce mot Char soit aussi enrployé
dans la même Ordonnance article
XIV. pour exprimer les viandes qui se
servoient sur Table , il ne peut certaiment
pas être pris en ce sens dans l'article
premier , car dans cet article et les
douze suivans , il n'est question que de
la reformation des Equipages , Habits
Ameublemens , et ce n'est que dans l'article
XIV qu'est le Reglement pour la reformation
de la trop grande somptuosité
des Tables. Cr
1976 MERCURE DE FRANCE
Ce mot Char, ne peut pas non plus
signifier en cet endroit une Charete
Chariot , ou autre voiture destinée à
transporter des Marchandises ou bagages
: car quelle auroit pû être la raison
de défendre , et sur tout aux Bourgeoises
en particulier , ces sortes de voitures ,
qui loin d'être établies pour la pompe ,
sont utiles et necessaires ?
Les Chars dont parle l'article premier,
étoient donc des Equipages dont on se
servoit alors pour plus grande commodité
, et pour la pompe : ce nom de Chars
qu'on leur donnoit, peut faire présumer
qu'ils étoient à peu près faits comme nos
Phaetons découverts .
Je m'imagine bien que ces Chars
étoient forts simples , et peut être même
grossiers ; mais enfin c'étoient toujours
des voitures roulantes , montées sur quatre
roues et tirées par des Chevaux , voitures
que la sensualité et le luxe avoient
introduites , ainsi c'étoient proprement
des Carosses , non pas encore tels que les
nôtres , mais du moins les premiers Carosses
; que l'on a ensuite perfectionnés .
Il falloit même que ces sortes de Chars
ou Carosses , commençassent dèslots à
se multiplier , puisque de simples Bourgeoises
en avoient : et l'on ne peut pas
dire
SEPTEMBRE . 1737. 1977
dire qu'ils ayent cessé alors d'être en usage
jusqu'au temps d'Henri II , car Philipe
le Bel ne les aayant defendus qu'aux
Bourgeoises , il y a toute aparence que
les Kois , les keines , les Princes et les
Seigneurs qui en avoient , continuerent
de s'en servir comme auparavant cette
Ordonnance.
L'induction , qui se tire naturelle
ment de la même Ordonnance , paroît
difficile à concilier avec les Livres d'Antiquité
, l'Histoire et la Tradition . Tout
ce qu'on peut dire pour soutenir qu'il y
avoit peu de Carosses du temps d'Henri
II. c'est que les hommes , alors moins
délicats , faisoient toutes leurs courses à
cheval qu'il n'y avoit tout au plus
que quelques femmes qui se servoient
de ces sortes d'Equipages . et que c'est
peut être pour cela que Philipe le Bel
S
ne defendoit les Chars qu'aux Bourgeoises
et non pas aux Bourgeois en general ,
comme étant inutile de les défendre aux
hommes qui ne s'en servoient pas.
Ce qu'il y a de certain c'est que les
Carosses étoient encore en si petit nombre
du temps d'Henri IV. que suivant
une certaine Tradition , ce grand Prince
n'en avoit qu'un seul pour lui et pour la
Reine son Epouse : en effet, j'ai oui dire
à
1978 MERCURE DE FRANCE
à un homme de condition qu'on conservoit
dans sa famille une Lettre écrite par
Henri IV . à un de ses Ancêtres qui étoit
de sa Cour er en faveur , par laquelle le
Roi lui mandoit , je ne scaurois vous aller
voir aujourd'hui , parce que ma femme se
sert DE MA COCHB , pour dire de mon
Carosse.
On ne doit pas s'étonner si le Roy
nommoit Coche son Carosse , car c'est
ainsi que Fon nommoit les plus beaux
Carosses de ce temps- là , qui étoient effectivement
faits , comme nos Coches ou
Carosses publics , pour aller d'une Ville
à une autre , lesquels furent établis en
1571. les nôtres ont retenu la forme et le
nom des Carosses de ce temps- là .
Le luxe et la vanité ont fait depuis
bien du progrès et en peu de temps : nonseulement
les Carosses se sont multipliés
au point que dans Paris seul on en compte
actuellement près de 12000 ; mais ce
qui paroît plus étrange , c'est que des
Gens de la condition la plus obscure , dès
qu'ils ont gagné quelque argent , ne
comprennent plus que l'on puisse aller
à pied d'un quartier de la Ville à l'au
et louent des Carosses pour se faire
conduire à leurs affaires , à la promenade
, à leurs visites ; d'autres en assés
3
grand
SEPTEMBRE. 1737. 1979
grand nombre, ont chez eux des Carosses ,
ee qui a fait dire avec raison à un celebre
Académicien du dernier siécle : » Que les
» Empereurs n'ont jamais triomphé à
» Rome si mollement , si commodé-
>> ment , contre le vent , la pluye , la
» poudre , le soleil , que le Bourgeois
» sçait à Paris se faire mener par toute la
» Ville , &c . Je suis , Monsieur , &c.
19. Mars 1737-
VERS CONTRE L'AMOUR
A Madame B.... Far M. d'Arnaud.
V
Ous demandez
l'Amour ;
> B.... ce que c'est que
Ah ! croyez-moi , craignez de le connaître ;
C'est un Enfant ingenu , sans détour ,
Qui demain sera votre maître.
VERS du même sur L'HYMEN
Quand l'Amour ,de l'Hymen , allume les
Jeunes coeurs , craignez de vous rendre
L'instant où le Plaisir a des charmes nouveaux,
Est le moment où l'on doit- se défendre.
LETTRE
1980 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M..... à M.....
sur de nouvelles Inventions d'Horlogerie.
LE goûtque vous avez pour les beaux
,
Arts , Monsieur , m'engage à vous
informer , que le 30 Juillet dernier
M. Thiout l'aîné , Maître Horloger , à
Paris , présenta à l'Académie Royale des
Sciences trois nouveaux Ouvrages de sa
façon qui ont été aprouvés , auxquels it
avoit joint un Mémoire qui en contient
la Description , avec les Figures nécessaires
pour l'intelligence de la Méchanique
et des effets des Piéces qui composent ces
Machines en voici le précis et l'abrége.
Le premier de ces Ouvrages est une
Montre , de moyenne grosseur , qu'en
termes de l'Art on apelle , Piece à trois
parties. Cette Montre sonne naturellement
ou d'elle- même , les Heures et les
Quarts , comme nos Pendules Françoises ;
et lors qu'on le veut , les Heures à chaque
Quart. Elle répete aussi les Heures
et les Quarts , à la maniere ordinaire ,
en poussant le Bouton ou le Pendant de
la Montre. On peut la faire répeter aussi
souvent qu'on veut , sans craindre que
le
SEPTEMBRE . 1737. 1981
le Ressort de la Sonnerie se dévide ,
parce qu'il se remonte à chaque fois
qu'on pousse le Bouton ou Pendant ,
ce qui remédie à l'inconvénient qu'ont
de pareilles Piéces qu'il faut remon
ter plusieurs fois par jour , quand on
les fait repéter trop souvent : Et elle
est à Tout-ou-rien. Elle n'a qu'un rouage
de Sonnerie , dont le nombre est disposé
à l'ordinaire , c'est - à - dire pour trente
heures . Il n'y a que deux marteaux , deux
limaçons &c. pendant que d'autres ont
le double de toutes ces Pieces , ce qui
diminue dans celle- ci l'Ouvrage de moitié
, et le rend par conséquent plus solide
, plus sûr , et moins sujet à manquer.
Par le moyen d'un petit bouton qu'on
change de place , à volonté , cette Montre
sonne l'Heure courante à chaque
Quart , ou ne la sonne point : et par un
autre petit bouton qu'on nomme communément
Piéce de silence , on fait cesser
toute cette Sonnerie des Heures et des
Quarts , jusqu'à ce qu'on remette ce petit
bouton , où il étoit. Pendant ce temps il
n'est pas besoin de remonter le Ressort
de la Sonnerie pour faire agir la Répéti
tion , c'est encore une nouvelle proprieté
dans cette Montre.
Le second Ouvrage est une Montre à
Répétition
1982 MERCURE DE FRANCE
Répétition ordinaire , au Balancier de
laquelle l'Auteur a apliqué deux Ressorts
spiraux, dont les dilatations et les contractions
se font en sens contraires , suivant
la méthode et l'idée proposées par Mr.
Bernoulli , Associé Etranger de l'Académie
Royale des Sciences , dans ses Recherches
Physiques et Géométriques sur la
Question : Comment se fait la Propagation
de la Lumiere.
Le troisième est une Pendule à cercle
d'Equation , qui différe des autres de mê
me espece , en ce que son Cadran est
plus simple ; qu'elle sonne naturellement
les Heures du Temps - vrai ; que l'Aiguille
des Heures suit éxactement le Tempsvrai
; et que la maniere de placer cette
Pendule à l'Equation du jour , est plus
simple et plus facile à toutes sortes de
personnes , ce qui fait qu'on préfere de
beaucoup cette nouvelle construction de
Pendule à celles qui sont à Cercle ; ·P'Auteur
y joint une Table d'Equation de
deux jours en deux jours , en Minutes
seulement , pour l'usage de cette Pendule.
Par ce moyen et par sa construction
, on a la précision et la solidité des
Pendules à Cercles mobiles: celle- ci marque
le Temps - vrai distinctement, et sans
que rien embarasse la vue. Elle sonne
les
SEPTEMBRE.
1737. 1983
, et
les Heures du Temps- vrai sans être plus
composée que les Pendules simples ordinaires.
L'Aiguille des Heures et celle
des Minutes suivent naturellement
faccordent toujours avec le Temps - vral,
Et le Cadran de cette Pendule n'est point
chargé ni embarassé deCercles,deChiffres
et d'Ecritures , ce qui permet d'avoir de
plus grandes divisions pour les Heures ;
pour les Minutes et pour les Secondes.
Cette nouvelle construction est si sim
ple et si avantageuse , qu'on peut facilement
l'apliquer avec succès et sureté , à
toutes sortes de Pieces d'Horlogerie
même aux Montres , ce qui seroit d'un
grand secours pour la facilité de les regler.
·
Ce seroit à présent , M , le lieu de
vous faire la Description des Pieces de la
Quadrature du premier et du dernier de
ces Ouvrages , telle que l'Auteur l'a donnée
dans son Mémoire , pour vous faire
sentir la Méchanique de leurs diférens
effets mais c'est ce qui ne se peut faire
sans l'inspection des Figures qui ne se
peuvent joindre ici. Pour vous en dédommager
, vous pouvez vous adresser
à l'Auteur qui demeure présentement
Quay Pelletier , près la Grève ; il se fera
un honneur et plaisir de vous satisfaire :
:
Et
1984 MERCURE DE FRANCE

Et pour que vous jugiez quel peut être
le succès qu'on doit attendre de ces diférens
Ouvrages , j'ajoûte encore ici l'Extrait
de la fin de son Mémoire , avec celui
du jugement qu'en ont porté Messieurs
de l'Académie,
Voilà , Messieurs , en abregé ce qui
» concerne les effets , la construction et
» la Méchanique de ma Montre. Vos gran-
» des lumieres et votre sagacité suplé-
» ront facilement à ce que j'ai omis pour
» n'être point prolixe , et au défaut de
» netteté dans mon stile et dans mes ex-
» pressions. A l'égard de la qualité et du
fond de l'Ouvrage , je le soûmets en-
» tierement à votre jugement. Je vous
» prie même , Messieurs , d'en faire un
» examen des plus éxact et des plus ri-
» goureux , afin que le Public de qui il
est connu avant que d'être né,le reçoive
» avec plus de confiance . C'est ce que
produira votre Aprobation , s'il peut
» la mériter ; et ce qui fera connoître à
» ce même Public , qu'un pareil Ouvrage
» fait honneur à son Auteur , comme il
» l'auroit fait à tout autre qui l'auroit
» exécuté.
» A l'égard de la nouvelle Invention
» proposée par M. Bernoulli , je ne
» vous
SEPTEMBRE . 1737. 1985
» vous dirai rien ici , M. du bon ou du
» mauvais succès qu'on peut en esperer,
» puisqu'à l'égard de nous autres Artis-
» tes , nous n'avons que les épreuves et
» les expériences pour guides de nos jugemens.
Comme je n'en ai encore fait
» aucune sur celle-ci , je remets à vous
» en rendre compte , après que je l'aurai
» examiné de toutes les manieres que je
me propose. Si j'ai l'honneur de vous
la présenter aujourd'hui , c'est seule-
» ment pour vous faire connoître que je
» ne néglige rien de tout ce qui peut
» tendre à perfectionner notre Art , et
» pour , au cas que cette invention réussisse
, pouvoir produire Acte , s'il en
» étoit besoin , que je suis le premier
» qui l'a exécuté .
19
Extrait des Registres de l'Académie Royale
des Sciences, du Mardi 30. Juillet 1737.
» Messieurs de Mairan et Dufay , qui
» avoient été nommés pour examiner
>> trois Ouvrages d'Horlogerie présentés
» par M. Thiout l'aîné & c.... en ayant
» fait leur raport, la Compagnie a jugé
» Sur la premiere Montre ; qu'elle n'é-
» toit guere plus composée que les Mon-
» tres ordinaires à Répétition ; qu'elle
étoit d'une construction nouvelle à
>> plusieurs
1986 MERCURE DE FRANCE
plusieurs égards , et très ingénieuse.
» Sur la seconde : Que M. Thiout
» étoit le premier qui eût profité de l'i-
» dée de M. Bernoulli , et l'eût mise
en éxécution.
» Et sur la Pendule , qu'on pouvoit
dire qu'elle n'étoit pas plus compo
» sée que celles à Cercle d'Equation ,
» ou que les Pendules sonnantes ordi-
» naires , et que ces diférens Ouvra
» ges donnolent de nouvelles preuves
» de l'intelligence de M. Thiout , et
de son aplication à tout ce qui peut
» perfectionner son Art. En foi de quol
j'ai signé le présent Certificat. A Paris
» ce 9 Août 1737. Signe FONTENELLE,
Secretaire perpetuel de l'Académie
» Royale des Sciences .
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du Mercure d'Août sont , les Lunettes
, Chapeau , Echalote et Socrate. On
trouve dans le premier Logogryphe ,
Chape , Peau , Cape , Eau. Dans le troisiéme
, Cartes , Carte Géographique ,
Sacre , Sort , Rase , Ecart , Est , Troc ,
Acte Sorbonique , Arc , Rats , Sot , Rot,
Roc , Art , Car , Rost , Rate , Coste , Sert,
Ecot , Rose, Corse , Torse , Cor , Sac , Soc,
Or , Ocre , Os et Atre. SONNET
SEPTEMBRE . 1737. 1987
SONNET
ENIGMATIQUE ;
Dont les Rimes ont été données dans le
ENnemi de la
Je sers à former la
Mercure.
Pauvreté ,
Richesse .
Je fais faire mainte Prozesse
Et souvent mainte
Lâcheté.
Je tiens lieu d'esprit , de Noblesse
Et jamais Dame Humilité
Ne
passera sans
Vanité
Auprès de moi que pour Bassesse
Je corromps le coeur
Masculin
De-même que le
Féminin ,
Et le Chapeau comme la
Juppe;
Mais finissons par 1e
Chapeau ,
Tel qui le voit en est la
Duppe
J'ai le droit de rendre
Par le sieur H ***.
"
Tout beau,
E LOGO .
1988 MERCURE DE FRANCE
LOGOGRYPHE en Réponse à un
Logogryphe du Mercure de Juin 1737;
premier volume.
QUoi , l'on trouve dans Charlatan ,
Char , Chat et Car , Rat , Art et Cran !
Joignez- y Chate , Archet , Tare , Auche
Chant , Crâne , Nacre , Carte , Tanche ,
Arc , Race , Tache , Tâche , Tan ,
Arche , Atre , Carne , Rache , Tranche
Arne , Acre , Ath , Anet , Etna , Caën
Ache , Rate , Rach , Ecart , Antre ,
Ancre , Trace , Ane , Nate , Ecran ,
Vous les trouverez tous dans C * *.
Julie de Brulé.
AUTR E.
Suis- je pesant ? suis-je leger ?
Je n'en sçais rien,
Ce que je sçais , c'est qu'en hyver
On ne m'aime pas bien ;
Je conviens en été ; j'y suis plus nécessaire ,
Voici tout le mystere .
Neuf lettres font mon nom ,
Qui donnent des mots à foison ,
Mon
SEPTEMBRE. 1737. 1989.
Mon existence enfin est foisonnable ,
( Ce terme seroit - il souffrable ? )
Commençons par deux Elemens
Contraires , ravageans :
Tu vois chés moi chose legere ;
Ce que jeunes gens n'aiment gueres
Deux Saints du Paradis,
Qui deux pour un , font Temple dans Paris ;
Un homme leger à la course ;
Un Oiseau qui vole vers l'Ourse ;
Un oignon d'Horace maudit ;
Un Arbre sant fleur et sans fruit ;
Une Ville et Comté de France ;
Un terme ou mot de répugnance ;
Ce que l'on compte en voyageant ;
Ce qu'on atrape en cheminant ;
Deux belles Notes de la Gamme ;
Le nom Latin dont on fait une femme.
Un Oiseau commun dans les Bois.
Un Royaume en Latin bien connu des Françoiss
Ce qu'il faut que tout corps occupe ;
Un membre de Poulet , de Perdrix ou de Hupe.
AUTRE.
E suis un instrument utile aux Gens de Let-
JE
tres ,
Il renferme cinq mots qu'il faut que tu penetres,
Ne vas pas , cher Lecteur , t'alambiquer l'esprit;
Voici tout uniment ce que mon nom produit ;
Eij Le
1990 MERCURE DE FRANCE
Le Fils aîné du premier Pere ,
Le Synonime de Sincere ,
Un arbre toujours verd ; ce qui comprend les
mois ;
Plus un ton musical ; tu me tiens cette fois .
Par M. Desnoyers , Lieutenant Parti
culier en la Prévôté d'Estampes .
LOGOGRY PHUS.
PArtibus è septem conflor , miscere potențes
Abjectis novi ; sceptra , pedumque tego.
Tolle caput membrumque sequens . En utile mons-
1
trum.
Tertia cum pedibus , scrinia , scripta voro.
Tertia , cor , cervix , pedibus jungantur utrisque ;
Qua doceor ; linguâ reddere non valeo.
In capite et scapulis prodit conjunctio. Tollas
Cor , caudam ; et vertas ; sordida terra patet.
NOUSEPTEMBRE
. 1737. 1991
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & c.
D'Etablissement de laReligion Chré-
ISSERTATION sur l'Epoque de
tienne dans le Soissonois , et ses progrès
jusqu'à la fin du quatriéme Siècle. Les Noms
des premiers Evêques de Soissons , le temps
la durée de leur Episcopat jusqu'à la fin
du même Siècle. Qui a remporté le Prix dan's
Académie Françoise de Soissons en l'année
1737. Par M. LE BEUF , Chanoine et
Sous-Chantre d'Auxerre, 1. vol. in 12. à
Paris chés J. B. Delespine . 1737.
C'est pour la seconde fois que l'Académie
de Soissons publie plusieurs Dissertations
. réunies ensemble , afin que les Lecteurs
puissent juger du mérite des Picces
qui ont concouru , aussi bien que de
celle qui a remporté le prix . En 1736. la
premiere Piece étoit de M. Biet , Abbé
de Saint Leger la seconde , de M. le
Beuf , Chanoine et Sous . Chantre d'Auverre;
la troisiéme de M. Ribault , Avocat à
Gannat en Auvergne. En cette année
1737. nous trouvons à la tête du Recueil
E ijj
le
1992 MERCURE DE FRANCE
le nom de M. le Beuf , comme Auteur
de la Piece qui a remporté le Prix : la se
conde est du Pere du Perret , de l'Oratoire
, Professeur de Philosophie au College
de Soissons ; mais l'Académie n'en a
fait imprimer que la premiere Partie. La
derniere Dissertation est encore de M.
Ribault , elle est en Langue Latine , ainsi
que celle que le même Auteur composa
l'an passé , avec cette difference qu'autant
que l'année derniere sa Piece étoit
courte et succincte , autant celle de cette
année est diffuse et trop étendue.
M. le Beuf, Auteur de la Dissertation
victorieuse , a fait profession de ne suivre
, en démontrant l'époque de la Naissance
du Christianisme dans le Soisso
nois , que ce que les plus habiles Critiques
du Royaume avoient discuté dans
le dernier Siècle , à l'occasion de la Mission
de Saint Denis , et des autres Apôtres
de la Belgique , c'est-à- dire , qu'il n'a
fixé l'établissement de la Foy Chrétienne
à Soissons que sur la fin du troisiéme
Siècle. Il se fonde sur la Legende de la
Vie de S. Sixte, premier Evêque de Soissons
et de Rheims , pour marquer sa
Mission , après le Martyre de SS. Crespin
et Crespinien. Il découvre l'origine
de l'erreur qui a fait attribuer à S. Pierre
l'envoi.
SEPTEMBRE.
1737
7
1993
l'envoi de tant d'Evêques dans les Gaules.
Il fait sur quelques Manuscrits conservés
à Paris , des observations qui auroient
pû être de quelqu'utilité à Messieurs
de Launoy , de Tillemont et Baillet
, et dont les Sçavans Continuateurs
de Bollandus pouront faire usage.
Dans la seconde Section il dit peu de
choses sur les premiers Evêques de Soissons
, et sur la durée de leur Episcopat ,
parce qu'on n'en sçait que très- peu de
circonstances , et qu'il vaut mieux se taire
que d'inventer. Mais il n'oublie point
de leur donner pour Cooperateur un
S. Fronton , Patron de la petite Ville du
Soissonois , dite Neuilly- Saint Front , de
laquelle il a été amplement parlé dans
le Mercure de Mars 1732. à l'occasion
de ce même Saint.
Il s'est un peu plus étendu dans la troisiéme
Section de son Ouvrage , qui est
sur le progrès de la Religion Chrétienne
dans le Soissonois depuis son établissement
jusqu'à la fin du quatriéme
Siécle.
Il cite d'abord un Vers du Poëte Severus
Endelechius qui a écrit en 377. lequel
suposoit comme veritable que de
son temps il n'y avoit que J. C. qui
fût honoré dans les grandes Villes. Ce
Poëte
E iiij
1994 MERCURE DE FRANCE
Poëte connoissoit la Belgique où est
Soissons , puisqu'il en nomme les Peuples
dans un autre Vers. 11 raporte ensuite
plusieurs preuves de la destruction
de l'Idolâtrie dans Soissons , et de l'accroissement
de la Religion Chrétienne
dans cette Ville. Une de ces preuves qui
fait le plus de plaisir , est l'examen qu'il
fait d'une Croix singuliere qui sert de
décoration à un tombeau du quatrième
Siècle , conservée à Notre-Dame de Soissons
, et qu'il prétend être l'origine du
concours qu'il y a eu durant plusieurs
Siécles en ce lieu là , lorsqu'on devoit se
battre en duel ou autrement. Il faut voir
ce qu'il dit pour être dissuadé que ce
soit la devotion envers S. Drausin Evêque
du septième Siècle , qui eut fait naître
cette coûtume . Il y a en cet endroit
et presque par tout l'Ouvrage des notes
sçavantes qui doivent exciter la curiosité
des Lecteurs.
Le P. du Perret dont il n'y a que la
premiere partie de la Dissertation qui paroisse
, a fait remonter la Mission de
S. Sixte , premier Evêque de Soissons au
premier Sécle . Il se fonde sur la Vie de
S. Menge de Châlons , quoique les copies
n'en soient pas uniformes , ainsi qu'.1
paroît par la premiete Dissertation , et
suc
SEPTEMBRE. 1737. 19° 5
sur le langage de Foulque , Archevêque
de Rheims , au dixième Siècle , quoique
ses propres paroles démontrent con bien
peu ce. Prélat étoit au fait de l'Antiqu té
Ecclesiastique , et il conclut d'une Sen
tence du P. Honoré de Sainte Marie Carme
, que c'est sur certains textes des Anciens
qu'il faut reformer nos idées , et non
pas conformer les textes à ces mêmes idées .
On ne voit cependant pas que les Critïques
des derniers temps ayent alteré aucuns
textes , ni qquuee ppaarr leurs differencesils
méritent d'être qualifiés de Sectes ',
comme l'Auteur les désigne à la page 935
On voit au contraire de nos jours que
dans tous les nouveaux Breviaires qui ont
de la réputation , on suit le sentiment
qui a été soûtenu par le P. Sirmond , par
Messieurs Delaunoy,
Tillemont et
Bailler , quoique toutes les raisons , qu'il
allegué contre ces quatre Sçavans , ayent
été connues des Auteurs des Legendes
dé ces Breviaires. Le P. du Perret ne refuse
pas de se joindre à eux” en partie,
lorsqu'il soûtient que le premier Evêque
de Soissons et de Rheims n'a Pis été naar
tyrisé.
Comme il n'est que tróp vrai que,malgré
la connoissance parfaite que l'on a en
France de la Langue Latine, on n'st gue-
Ev rex
1996 MERCURE DE FRANCE
re porté de soi - même à lire les Ouvrages
qui sont en cette Langue , à moins qu'il
ne s'agisse d'anciens Manuscrits origi
naux , &c. nous croyons devoir exciter le
Lecteur à jetter la vue sur la Dissertation
de M. Ribault. Quoiqu'elle convienne
dans le fond en bien des choses avec celle
'du P. du Perret , elle renferme cependant
quelques particularités curieuses , mais
que nous ne croyons pas superieures aux
raisonnemens du P. Sirmond et de M.
de Launoy .
L'Académie de Soissons a fait imprimerà
la tête de ce Recueil un Avertisse -
ment dans lequel elle déclare que , quoiqu'elle
couronne telle ou telle Dissertation
, elle ne prétend point qu'on croye
pour cela qu'elle embrasse le sentiment
ou le systême des Auteurs , mais qu'elle
leur décerne les honneurs de la victoire
simplement , parce que leur Dissertation
lui paroît avoir mieux rempli les condi
tions portées par l'affiche.
DE ANTIQUIS ECCLESTE RITIBUS ,
Libri collecti et exornati à R. P. D.
Edmundo Marrenne , Presbytero et Momacho
Benedictino è Congregatione S. Mauri,
Editio secunda ab eodem Autore , tertiam
ultra partem ancta, et novis Indicibus exor-
BATA.
SEPTEMBRE. 1737 1997
mata. Antuerpia , Typis Joan. Bapt. De la
Bry , 1736 et 1737 .
Cette seconde Edition d'un Ouvrage
important de Dom Martenne, comprend
trois volumes in- folio , dans lesquels on
a fait entrer tout ce que ce sçavant Re
ligieux a écrit sur les Sacremens , sur les
Bénédictions , et sur l'ancienne Discipline
de l'Eglise dans les Offices Divins.
L'Auteur y a fait des Additions qui sont
marquées par une main mais les augmentations
les plus considérables sont
celles qu'il a fait mettre dans l' Appendix ,
à la fin du troisiéme Tome. On y voit
d'abord l'ancienne Regle de l'Abbaye de
Saint Victor de Paris , de laquelle le Public
n'avoit presque point eu jusqu'ici
de connoissance. Elle est publiée sur la
- foi d'un Manuscrit de cinq cens ans ,
qui a servi à l'Abbaye de saint Euverte
d'Orleans , collationné sur celui de saint
Victor de Paris. Suivent les Statuts de la
même Abbaye de saint Victor de l'an
1349 , les Constitutions de l'Abbaye de
saint Denis de Rheims, Ordre des Chanoines
Reguliers.
Celles d'une Maison de Chanoines
Reguliers du Diocèse de Bâles les premieres
Constitutions de l'Ordre de Prémontré
, qui sont fort étendues ; les
E vj Coû
1998 MERCURE DE FRANCE
Coûtumes de l'Abbaye d'Oigny en Bourgogne
, Ordre des Chanoines Reguliers,
écrites en 1250 , avec les Constitutions
de la même Maison de l'an 1405. Une
autre Addition des plus amples et des
plus intéressantes , qui précede l'Appendix
, est celle qui est ainsi intitulée à la
page 623 Antiqua Statuta Ecclesia Lugdunensis
à Guichardo Archiepiscopo , saculo
xij. renovata. Ex Ms. Domini de
Montvert Dapiferi Ecclesia Lugdunensis.
Ces Statuts paroissent contenir des choses
très curieuses , et entrer dans un
grand détail .
-
Le premier volume de cet Ouvrage
est dédié à M Alberic Simonetta , Evêque
de Côme dans le Milanez : le second
à M. l'Abbé de saint Victor de Milan ;
avec le Portrait en Estampe de ces deux-
Personnages ; et le troisiéme volume est
dédié à la Societé de Sçavans qui a entrepris
le Recueil et la Publication des
Ecrivains Historiques d'Italie sous le titre
de Rerum Italicarum Scriptores , à la
tête desquels est l'illustre M. Muratori.
TUSCULANES DE CICERON , traduites
par Messieurs Bouhier et Dolivet ,
de l'Académie Françoise , 2. vol . in- 12.
REMARQUES Sur les Tusculanes de Ciceran

SEPTEMBR E. 1737. 1999
ron , avec une Dissertation sur SARDANA
PALE, dernier Roy d'Assyrie . 1. vol. in- 12 .
A Paris , chés Gandouin , Quay des Augustins
, à la descente du Pont- neuf , à la
belle Image , 1737.
Les deux illustres Noms que l'on voit
paroître à la tête de cet Ouvrage , annoncent
quelque chose de grand. La lec
ture ne trompera point l'attente du Public
, qui charmé de voir de nos jours
des productions si parfaites , ne manquera
pas de donner aux Auteurs les justes
aplaudissemens qu'ils méritent. Il
falloit pour
traduire un Auteur du premier
ordre , des plumes aussi éloquentes
que celles de M. le Président
Bouhier et de M. Dolivet. Il est des
Ecrivains dont les Ouvrages sont tellement
faits pour la Langue et pour le siécle
où ils ont paru , qu'ils perdent toute
leur beauté et tout leur ornement quand
plusieurs siècles après on les fait paroître
dans une autre Langue. Les Tusculanes
du Prince des Orateurs Latins n'ont plus
désormais à craindre de perdre en François
la grace , l'énergie et la solidité qui
fait leur apanage dans la Langue dans
laquelle elles ont été écrites ; tout ce qui
les faisoit admirer en Latin a été si- bien
conservé dans la Traduction , que l'on
peut
2000 MERCURE DE FRANCE
peut bien dire à présent , sans craindre
de blesser la verité , que notre Langue
ne cede plus en rien à la Latine..
Quelle surprise pour le Public éclairé ,
satisfait d'une si belle Traduction , lors
qu'outre cet Ouvrage , il verra paroître
dans un troisiéme volume les sçavantes
Remarques d'un homme aussi distingué
dans la belle Litterature que l'est M. le
Président Bouhier ! Il est rare de voir un
homme de son âge et de son rang , si la
borieux. On peut esperer que l'exemple
d'un Sçavant de son mérite réveillera en
France le goût de la Critique et de l'Erude
; et que Ciceron , qui est à présent
comme exilé dans les Colleges, redeviendra
comme il a deux cens ans ,
y les délices
de ce qu'il y a en France de plusdistingué
dans la Robe , dans le Clergé
et même dans l'Epée . Suit une Dissertation
sur Sardanapale , qui ne laisse rient
à désirer , et que nous n'entreprenons:
point d'extraire . Elle merite trop d'être
lae dans son entier.
LA GEOGRAPHIE DES LEGENDES,
ou Table Geographique des noms de Pro
vinces , Villes et autres Lieux qui se rencontrent
dins les Martyrologes , les Legendes
des Saints , et à la tête des Ca-
Mons
SEPTEMBRE . 1737 2005
nons des Conciles et des nouveaux Conciles
de France, en Latin et en François
avec les Contrées , Provinces ou Royaumes
, où ces mêmes Lieux sont placés .
Ouvrage necessaire à toutes les Personnes
qui recitent le Breviaire ou qui lisent
les Martyrologes. Brochure in 12. A Paris.
chés la veuve d'Antonin Des Hayes , et
Claude Simon 1737.
L'étendue du Titre de cet Ouvrage
nous dispense presque de dire ce qu'il
contient . On sent bien que ce n'est qu'un
simple Catalogue de Noms Latins rendus
en François , sans autre examen que
celui qu'on supose avoir été fait par plu
steurs Geographes , comme M. Baudrand
dans son Dictionaire , M. Chastelain
dans son Martyrologe , M. Baillet dans
sa Topographie , les Bollandistes dans
leurs Acta Sanctorum. Mais quelque simple
que soit certe Liste de Noms , elle a
paru avec raison nécessaire dans ce tempsci
, où la reforme des Legendes a fait revivre
dans les Breviaires plusieurs Noms
locaux qui étoient presque ensevelis dans
Poubli. Cependant on ne peut pas prétendre,
comme le Titre le dit, que cet Ouvrage
soit nécessaire à toutes les personnes qui
recitent le Breviaire , ou qui lisent les
Martyrologes ; parce que dans ce nombre
2002 MERCURE DE FRANCE
bre il y en a qui sont assés instruites pour
connoître tous ces noms propres de Lieux.
L'Auteur auroit donc pû se dispenser dedéclarer
ce Livre d'une necessité si genérale.
Sa proposition est plus recevable
de la maniere dont elle est conçûë à la
fin de sa Préface. Sa Méthode Alphabétique
paroît au reste très bien éxécutée
il n'en dit pas trop ; mais il en dit assés
pour fixer le Lieu qu'il indique. Il seroit
à souhaiter que l'Edition se fût trouvée
sans fautes d'impression , ou que toutes
les fautes fussent marquées dans l'Errata.
Il paroît , par exemple , que c'en est une
à la page 45 , d'avoir mis Donchery et
Sedan dans le Pays Châlonois , page
51 , en disant Fontenay- les - Bains près de
Paris , on a voulu dire aparemment
Fontenay près Bagneux . Noviomentums
est mis page 83 pour Novigentum , ancien
nom de la ville de S. Cloud . Page 118. la
qualité de Ville est donnée à Verneuil sur
Oise en Beauvoisis , qui n'est qu'un Village
. On en passe beaucoup dd''autres , on:
en trouve jusque dans la page des Additions
par exemple , Arce en Senonois
est qualifié d'Hermitage , tandis que c'est
un vrai Village.
DISSER
SEPTEMBRE. 1737. 2003
DISSERTATION SUR LES CANAUX
Brochure in-4°. A Paris , de l'Imprimerie
de Claude Simon , ruë des Massons , 1737-
Cette Dissertation , qui a merité l'Aprobation
de M. d'Hermand , Chevalier
de S. Louis , Colonel d'Infanterie , l'un
des plus habiles Ingénieurs du Roy , sur
laquelle Aprobation M. le Lieutenant
General de Police a permis de la publier ,
contient tout ce qu'on peut souhaiter de
sçavoir sur une matiere également curieuse
, utile , et intéressante. L'Auteur paroît
surtout d'une grande capacité dans la pratique
de la Construction des Canaux , et
démontre la grande difference qu'il y a
entre cetre Pratique et la simple Théorie,
ou la Science du Cabinet , qui a fait
échouer plusieurs Projets de Canaux , dont
la prétendue solidité a disparu dans l'Examen
ou dans l'Exécution .
L'Auteur examine particulierement et
assés au long dans sa Dissertation , lequel
des deux Canaux nouvellement projettés,
l'un nommé Canal par le Beaujolois , et
F'autre Canal de Bourgogne , doit avoir la
préférence pour l'éxécution , et après une
discussion des mieux raisonnée , il se déclare
pour le Canal de Bourgogne , à la
construction duquel il prouve que
se trouve très intéressé .
l'Etat
Pour
2004 MERCURE DE FRANCE
Pour rendre plus sensibles et à la portée
de tout le monde , les raisons de cette
préference , notre Auteur a fait un Plan
très - éxact de ce Canal , tel qu'il doit être
dans son éxécution ; et ce Plan se trouve
à la fin de la Dissertation parfaitement
bien gravé. Il est intitulé CANAL de Bourgogne
pourfaire la communication des deux
Mers par le centre du Royaume , en passant
parLyon et Paris. Cette Communication se
fera par le moyen de deux grandes et prin
cipales Rivieres , sçavoir , la Seine et la
Saone , entre lesquelles doit être construit
ce magnifique Canal , dont le Projet a été
fait par M. de Lespinassi , Gentilhomme
Provençal , Auteur de la Dissertation .
CATALOGUE de tous les Livres que Mre
Nicolas- Anthonin O Kenny , Abbé d'Ana
dune , Prêtre , Docteur en Droit , de la
Faculté de Paris , Juge ordinaire et Protonotaire
Apostolique , a écrits en faveur
de la Religion Catholique.
1º. L'Ordinaire de la Messe , ou Manuel
, avec les Pricres du matin et du soir
pour toute l'année , en Latin et en Anglois
, chés Berthon , ruë S. Victor , près
S.Nicolas du Chardonnet, au bon Pasteur.
2. Le Catéchisme de Gallway en Anglois
, par demandes et réponses , 1725.
3°. Le
SEPTEMBRE. 1737. 2005
3°. Le Missionaire Irlandois , en François
, 1725.
4. La Clef Dogmatique de la Bible ou
Fintroduction à la parfaite connoissance
d'icelle , en Anglois, par demandes et par
réponses.
5. Preparatio ad Missam , et gratia-
Tum Actio post Missam , 1734.
6°. Le Trésor de l'Eglise , ou les Points
fondamentaux de la Foi Catholique , Discipline
et Ceremonies , fidelement extrait
et tiré de la Bible , des Conciles et des
Canons , 1735 .
79. La Concordance de la Bible en
Anglois , 1735.
89. Les Messes propres de tous les Pa
trons qui sont originairement du Royaume
d'Irlande , avec les Messes propres des
neuf Choeurs des Anges , composées à l'usage
des Filles de la Croix , en Latin et
en François , 1735+
9°. L'Histoire abrégée de tous les Hé
résiarques , leurs noms , surnoms et Pays,
et leurs systêmes réfutés , 1737.
10°. L'Histoire abrégée de la Constitu
tion , en Anglois , en Manuscrit.
11° . Le Courtisan converti.
-12 °. L'Institution des Notaires et Pro
tonotaires Apostoliques , avec leurs Privileges
et Prérogatives , en Latin .
13". Sen
2006 MERCURE DE FRANCE
13. Sentences et Jugement spirituel ,
tirés des Peres de l'Eglise , avec plusieurs
autres Pieces fugitives.
14. L'Alphabet de la Sapience de la
Croix de N. S. J. C. tiré de l'Evangile :
le tout publié avec privilege et permission
PROSPECTUS NOVI OPERIS in quo
Isaaci Nevvtoni Principia Philosophia naturalis
Mathematica , perpétuis commentariis illus
trantur.
Communi studio PP. Thoma le Seur et Francisci
Jacquier , Ordinis Minimorum in Regio
Sanctissimæ Trinitatis de Urbe Conventu .
Quam utilta sint Mathematica clarissimi Newtoni
principia , usu atque experimento norunt
Mathematici omnes, famáqu : publicâ audierunt
in rebus philosophicis non omninò hospites et
peregrini; sed quam ardua sit et recondita eximii
operis materia , in ipso aditu experiuntur qui
tam utilem ingredi volunt Lectionem . Eas ob
causas , ne tam præclara summi viri Philoso➡
phia , suâ magnitudine et sublimitate laborans ,
in suis quasi incunabulis periret , aut paucis duntaxat
primi subsellii geometris nata foret , doctissimi
et toto orbe erudito celeberrimi viri , Dâvid
Gregorius , Wisthonus , Keillius , Gravesandius
aliique plures , eam commentariis explanarunt
, et tam fructuosi laboris difficultatem allevarunt.
In transactionibus Anglicanis , in Actis Lipsiensibus
, in Commentariis Parisiensibus et Petropolitanis
, hûc et illuc dispersæ reperiuntur
Bonnullæ propositiones-Newtonianæ à clarissimis
SEPTEMBRE . 1737 . 2007
is Mathematicis illustrate , generalioribus Al
gebræ formulis expressæ , vel etiam aliquandò
Censoriâ virgulâ notatæ. Verùm hæc omnia præstantissimorum
.Mathematicorum commentaria
licèt præclara , et omni laude celebranda , longè
tamen ab opere quod aggredimur differunt .
Si singulos percurramus Newtonianæ Phi
losophiæ interpretes ; alii varia tantùm explicarunt
Newtoniani operis fragmenta ,suoque velificantes
ingenio , clarissimi Authoris demonstrationibus
sese minimè adstringunt , sed alias pro lubitu
substituunt ; alii autem systema Newtonianum
ad Geometrarum vulgus accommodare sibi pro.
ponentes,Newtonii vestigiis perpetuò instare non
potuerunt , sed ut suum assequerentur scopum ,
difficiliores propositionum et calculorum ambages
tractare noluerunt, Nos verò Newtonum per
omnes et singulas Philosophiæ ipsius propositiones
ac demonstrationes pressis vestigiis persequi,
& quidquid in illâ occurret ad intelligendum
difficile in bono Lumine collocare meditamur.
Newtoniane Philosophiæ obscuritas ex trip ! ici
poussimum causâ oritur .
1º. Ex ipsâ sublimitate rerum quæ haud vulgarem
exigunt Mathescos notionem , gravemque
volunt aniini contentionem , summam constantiam
et firmitatem .
2. Ex ingenti idearum copiâ , mirabili propositionum
ubertate , et laconicâ stili brevitate
quâ fic ut plures ferè veritates menti exhibeantur
quam oculis voces .
3. Ex multarum propositionum ommissione
à quibus tamen demonstrationum nexus atque
intelligentia necessariò pendent,
Hanc triplicem obscuritatis causam sequentibus
Lemeaits curare conabimur.
2008 MERCURE DE FRANCE
° . Continuo authoris textui nostros subjiciemus
commentarios , geometricâ , quâ Newtonus
utitur , adhibitâ methodo . Asperrimam tam sublimis
Philosoph viam , nostrâ interpretatione
complanabimus ; ne autem in planâ viâ aliquando
hærere videamur , ea quæ per se vel ex
anterioribus nostris demonstrationibus perspicua
erunt , intacta relinquemus.
2º. Propositiones quæ in singulis Newtoni
demonstrationibus supponuntur nec indicantur ,
eas omnes accuratè ex ordine suo citabimus,
non solum cum jam ab Authore vel à nobis demonstratæ
fuerint , sed etiam cum in aliis authoribus
demonstrationes erunt inquirendæ. Foecundas
mirabilique rerum varietate plenas Newtoni
propositiones evolvemus, quem usum præbuerint
, quanta in singulas Matheseos partes
redundaverit utilitas , ostendemus.
30. Hiatus quibus demonstrationum nexus
abrumpitur , Jemmatis interpositis explebimus ut
magis continua sit propositionum series ; Ex prælaudatis
doctissimorum Mathematicorum com
mentariis nonnulla aliquandò decerpere et in
usum nostrum convertere non gravabimur. Newtonianas
propositiones à celeberrimis quibusdam
Geometris atro carbone notatas designabimus ,
observationibusque nostris illustrabimus .
Hæc omnia meliori insignium Mathematicorum
criterio subjecta sunto.
REMARQUES CHRONOLOGIQUES sur l'Ancien
Testament , proposées à l'examen
des Sçavans , avec le Plan d'une explication
des Saintes Ecritures. A Paris chés
Rollin , fils , Quay des Augustins , 1737.
Vol. in - 12 . LES
SEPTEMBRE. 1737. 2009
LES DEUX NIECES , Comédie en Vers
et en cinq Actes de M. de Boissy , representée
sur le Théatré François , le 17
Janvier 1737. A Paris , chés Prault , Pere,
Quay de Gêvres au Paradis , 1737.
Brochure de 124 pages.
RECHERCHES Physiques et Geométri
ques sur la question , comment se fait la
Propagation de la Lumiere . Piece qui a
remporté le Prix de l'Académie Royale
des Sciences , proposé pour l'anée 1736.
selon la fondation faite par M. Rouillé de
Meslay , Ancien Conseiller au Parlement
, par M. Jean Bernoulli , Docteur
en Droit. A Paris de l'Imprimerie
Royale , 1736. in - 4 ° . de 66. pages .
,
SUITE des vrais Principes de la Musique
, continués par leçons er en gradations
, avec un nouveau Systême facile à
concevoir et à exécuter , par lequel l'Auteur
fait voir que l'on peut se restraindre
à trois signes de Mesures pour exécuter
toutes sortes de Pieces , composé
par M. de la Chapelle , Livre second. A
Paris , chés la Veuve Boivin , rue S. Honoré
; Le Clerc , rue du Roulle , & c .
1737• grand in- 4°.
des
2010 MERCURE DE FRANCE
ELEMENS DE GEOMETRIE , aved
un Abregé d'Arithmétique et d'Algebre.
Nouvelle Edition , revûë et considérablement
augmentée. Par M. Ri
vard , Professeur de Philosophie en l'Université
de Paris . A Paris , ches Henry,
ruë de la Harpe , au coin de la Place
de Sorbonne , in 4. 1738 .
LETTRE de M. Astruc , Medecin Consultant
du Roy , et Professeur Royal en
Medecine , à M. N.... Docteur en
Medecine de la Faculté de Montpellier ,
sur un Ecrit intitulé second Mémoire
pour les Chirurgiens , 1737. Brochure
in 49. de 22 pages .
LA VIE de Chimene de Spinelli , Histoire
veritable , divisée en deux Parties ,
la premiere de 128 pages , sans compter
trois especes d'Epîtres dédicatoires adressées
au Public , suivies d'un Avertissement
; et la seconde de 138 pages , par
M. le Chevalier de Mouly. A Paris ,
chés Ribou , ruë S. Jacques au coin de la
ruë de la Parcheminerie , 17,7 . 2. Vol.
LETTRES de M l'Abbé Duguet , sur
divers sujets de Morale et de Pieté . A
Paris
SEPTEMBRE . 1737. 2011
Paris,chés Guillaume Cavelier , ruë saint
Jacques , au Lys d'or , Tome neuvième ,
1737. in- 12.
TRAITE' DU VERTIGE , avec la description
d'une Catalepsie Historique , et
une Lettre à M. Astruc , dans laquelle
on répond à la Critique qu'il a faite d'u
ne Dissertation de l'Auteur sur les mala.
dies Vénériennes , par M. de la Mettrie
Docteur en Medecine , 1737. in - 12 . A
Rennes , chés la Veuve Garnier.
Pierre Humbert d'Amsterdam a
sous Presse un Ouvrage dont il a reçû le
Manuscrit de Berlin ; il est intitulé Dacatiana
, ou Remarques de feu M. le Duchat
, sur divers sujets d'Histoire et de
Litterature , recueillies dans ses Manus .
crits , et mises en ordre par M. F. Il est
divisé en deux Parties qui feront deux
Volumes in-8 . La premiere contient les
Remarques détachées , et celles qui concernent
le Dictionaire de Bayle . La seconde
renferme des Remarques sur divers
Auteurs , et sur les Proverbes François.

On mande de Londres que Jean Brindley
, Libraire du Prince de Galles , débi »
F te
2012 MERCURE DE FRANCE

te une seconde Edition du Livre du Duc
de Newcastle , intitulé : Methode et Invention
nouvelle de dresser les Chevaux
&c. traduite de l'Anglois de l'Auteur par
son commandement
, et enrichi de plus
de 40. belles Figures en taille douce . 1737 .
grand in -fol. Cet Ouvrage qui étoit devenu
rare , parut pour la premiere fois en
1657. A Anvers.
LEÇONS DE PHYSIQUE , Contenant les
Eleniens de Physique déterminés par les
seules loix des Méchaniques , expliquées
au College Royal de France par Joseph-
Privat de Moliere , Professeur Royal en
Philosophie , de l'Académie des Sciences ,
et Membre de la Societé Royale de Londres
. A Paris , chés la Veuve Brocas
rue S. Jacques, au Chef S. Jean ; Muzier,
à l'entrée du Quay des Augustins , à
l'Olivier ; et Joseph Bullot , ruë de la
Parcheminerie , à l'Image Saint Joseph
1737. Vol. in.12.
EXPO.
SEPTEMBRE. 1737. 2013
EXPOSITION de Tableaux, Desseins
, Sculptures , Gravures , et autres
Ouvrages des Peintres , Sculpteurs et
Graveurs de l'Académie Royale établie
à Paris , fous la protection du Roy.
Coût, et qui a duré jusqu'au 5 de ce mois,
dans le grand Salon du Louvre , avec un concours
prodigieux , avoit été ordonnée , suivant
l'intention de Sa Majesté , par M. Orry , Conseiller
d'Etat , Controlleur Général des Finances
, et Directeur Général des Bâtimens , Vice-
Protecteur de l'Académie.
Ette Exposition , qui a commencé le 18
L'usage d'exposer les Ouvrages des Peintres ,
des Sculpteurs &c . à la critique du Public , est
très-ancien et très utile par les Observations
sensées que l'on fait pour la perfection de l'Art,
dont les Esprits dociles et les Hommes qui ont
du talent , sçavent profiter ; mais plus encore.
par la noble émulation , et par l'ardeur naturelle
qu'on a de s'élever et d'acquérir de la réputation.
Cet usage s'observe très- éxactement
à Rome , où l'Académie de S. Luc fait à cer
tains jours un pompeux étalage de ses Produc
tions , ce qui attire toûjours un grand concours ,
et ouvre un vaste champ aux réfléxions et à la
critique des Artistes , des Connoisseurs et des
Gens éclairés et de goût , sins parler de l'amour
des Beaux-Arts que cela fait naître dans le coeur
des Particuliers , et peut - être dans tel , qui , sans
un pareil secours , n'auroit peut- être jamais fait
aucun usage des heureux talens qu'il a reçus de
la nature pour y exceller.
Fij L'A
2014 MERCURE DE FRANCE
L'Académie Royale de Peinture et Sculpture ,
fit une Superbe Montre de ses Ouvrages en 1699,
dans la grande Galerie du Louvre , laquelle
fit beaucoup d'honneur à l'Ecole Françoise , et
dès ce temps- là lui donna la superiorité sur
toutes les autres , au jugement même des Etrangers
; jugement qui fut confirmé il y a douze
ans dans le même Salon du vieux Louvre , où
les jeunes Peintres et Sculpteurs de l'Académie
exposerent leurs Quvrages , auxquels le Public
rendit justice , en les honorant d'un concours
prodigieux pendant dix jours.
L'Exposition qui donne lieu à cet Article
duré presque le double , et le concours n'y a
pas été moins grand ; car quoique le Lieu soit
spacieux et vaste , il y a cû des temps , où la
foule étoit telle , que malgré les bons ordres
donnés , on ne pouvoit y aborder , ce qui marque
l'amour et le goût de la Nation pour les
Beaux- Arts , et à quel point de Perfection l'Académie
de France les a portés : rien ne manque
à sa gloire , si on s'en raporte au témoignage
des Spectateurs , qui pleins d'admiration
et de reconnoissance , ne pouvoient se lasser de
louer ceux qui ont contribué à donner à cette
Capitale un Spectacle si pompeux , si aimable
et si varié . Les Etrangers sont tous convenus ?
sans hésiter , qu'on ne pouvoit voir tant de belles
, ni de si heureuses productions qu'en France
: ce sont les sentimens du Public que nous
exposons ici et nous osons ajoûter que ce sont
les nôtres , sans crainte que l'amour que nous
avons pour les Arts , que nous célébrons avec
joye dans toutes les ocasions qui se présentent ,ét
Peut-être quelque discernement et quelque goût
sur ces matieres , nous exposent à des reproches
fondés.

Nous
SEPTEMBRE . 1737. 201
Nous n'avons garde de manquer aujourd'hui
à nos engagemens avec le Public , en lui traçant
une idée de la magnifique Décoration du grand
Salon du Louvre par une Description Sommaire
, pour en conserver la mémoire , servir
de Note pour les Morceaux qui auront été exposés
publiquement , et donner lieu aux Curieux
qui n'ont pas été à portée d'en pouvoir juger
de s'en former au moins une juste idée .
>
On ne fera point d'Observations sur les beautés
ou les défauts , qui ont fait louer ou censurer
diversMorceaux. On n'est point assés certain des
Remarques du Public , pour entrer dans ce détail
; nous craindrions d'ailleurs de donner atteinte
à l'exacte impartialité , dont nous nous
piquons ; mais on n'omettra point ce qu'on
sçait d'absolument notoire , d'historique , d'instructif
ou caracteristique sur les Ouvrages , et
sur les Auteurs , pour servir un jour de Memoires
à l'Histoire des Beaux Arts et à écriré
la Vie des Illustres qui composent aujourd'hui
l'Ecole de France .
Dans les Ouvrages dont on va parler , on n'a
prétendu , dans l'arrangement des Articles
donner aucun rang ni préférence entre les Aueurs
qui ont exposé leurs Ouvrages à l'admiration
, et à la critique publique. On a vû en effet
pendant cette magnifique Exposition , un con-
Cours infini de Spectateurs de toutes conditions ,
de tout sexe et de tout âge , admirer et critiquer
, louer et blâmer ; mais il faut rendre justice
à la verité , la Critique n'a nullement prévalu
, le nombre des belles choses l'a de beaucoup
emporté sur les médiocres , le Triomphe ,
de l'Académie à été complet , et s'il a manqué
quelque chose à la parfaite satisfaction des Cu-
Fij rieux,
2016 MERCURE DE FRANCE
rieux dans cette Exposition, c'est de n'y pas voir
des Ouvrages de Mrs Coustou,de Largilliere, Rigauit
, & c. Mais ces Illustres n'ayant plus rien à
ajoûter à leur réputation , et contens de celle dont
jis jouissent , ils ont abandonné genereusement
au jeste de l'Académie la portion de gloire qui
leur seront revenuë.
On distribuoit à la porte du Salon un Livret
sous ce Ture : Explication des Peintures , Sculp
tures , et autres Ouvrages , &c. En parlant des
Articles contenus dans ce petit Ouvrage , nousne
suivrons pas l'ordre qui y est observé , n'étant
pas nécessaire que le Lecteur soit informé
de quelle maniere chaque Merceau étoit situé ;
ils ne l'étoient pas tous avantageusement , pour
le dite en passant , on perdoit beaucoup de
ceux qui étoient trop exhaussés , quoique fort
grands , ainsi que des Tableaux de chevalet ,
placés directement vis - à - vis des croisées , ou
sur les trumeaux , entre les croisées . Quoique
ce Salon soit foit beau , rien n'st comparable à
la grande Galerie du Louvre , pour la beauté du
jour , égal par tout , et où aucune place ne peut
avoir de préférence sur l'autre les Ouvrages y
plaideroient , pour ainsi dire , contradictoirement
, à armes égales , et la Décoration seroit
incomparablement plus belle par tout . Mais revenons
à notre Livrer , rédigé par M. Lepicié ,
Secretaire de l'Académie , qui a mis cet Avantpropos
à la tête.
::
La protection singuliere dont le Roy a toûjours
honoré l'Académie Royale , et son goût decidé pour
les Beaux- Arts , ne pouvoient mieux se manifester
que par les ordres qu'il a donnés de faire une
Exposition de Tableaux et Sculptures , dans le
grand Salon du Louvre. L'attention de ce sage
Monarque,
SEPTEMBRE. 1737.
Monarque , pour entretenir l'émulation entre les
habiles Peintres at Sculpteurs de son Royaume , est
Pefet et la suite d'un Ministere qui fera à jamais
l'ornement de l'Histoire , comme il fait le bonheur
des Peuples . Le Public , aussi éclairé qu'équitable,
en prenant part à la celebrité de la Fête , reverra
avec plaisir les travaux des excellens hommes qui
ont déja mérité ses suffrages , et connoîtra par
les
progrès successifs de leurs talens , qu'ils ont formé
ceux dont les Ouvrages paroissent pour la premiere
fois dans ce Lieu consacré aux Muses.
CATALOGUE des Ouvrages de
Mrs les Peintres , Sculpteurs et Graveurs
de l'Académie , aujourd'hui vivans
exposés au le Salon .
De Mrs DE TROY , de Paris. 1º . L'Evanouissement
d'Esther devant Assuerus , grand
Tableau. 2 Un Cerf aux abois . 3. Un Déjeuné -
de Chasse , pour le Roy, 4 Un Deshabillé de Bal .
5. Toilette de Bal . 6. Une petite Liseuse . Ces
Ouvrages sont bien dignes de la réputation de
M. de Troy.
OUDRY , de Paris . 1. Un Cerf arrêté par
les Chiens , grand Tableau. 2. Le Gland er la
Citrouille. 3. Un Buffer 4. Un Dogue combattant
contre un Cigne . 5. Paysage avec des Moutons
sur le devant . 6. Le Lion et le Moucheron,
Fable. 7. Un Loup pris au piege.
TREMOLIERES , Poitevin . 1. L'Assomption
de la Vierge , en hauteur , grand Tableau .
2. Diane désarmant l'Amour . 3. Minerve qui
enseigne une Nymphe à faire de la Tapisserie.
4 Sujet tiré des Caracteres de Théophraste. Le
Public
E
MERCURE DE FRANCE
ublic a jugé que ce jeune Peintre , Eleve de
M. Vanloo l'aîné , promet beaucoup.
DU MONT. I. S. François prêchant devant
le Soudan d'Egypte ; grand Tableau en large.
2. Joseph avec la femme de Putiphar.
CAZES, de Paris. 1. La Naissance
de Venus .
2. Léda et Jupiter transformé
en Cigne.
DOLOBEL , de Paris. 1. Le Martyre de S.Etrope,
Premier Evêque et Apôtre de la Saintonge ; grand
Tableau. 2. Allégorie sur la réunion de la Loraine
à la France sous le Ministere du Cardinal de Fleury,
Esquisse. 3. Tableau de Famille . 4. Portrait
du Duc de Chartres en Buste . f. De M. Salior,
6. La Naissance de Vénus.
LE CLERC , de Paris. 1. Moyse trouvé sur
Tes Eaux par la fille de Pharaon . 2. Mardochée
montant le Cheval du Roy , revêtu d'habits
Royaux et conduit par Aman dans les Places de
la Ville de Suze . 3. Hecube , faisant présenter
au Palladium une de ses plus belles Robes , pour
implorer la protection de Minerve sur la Ville
de Troye. 4. Vertumne et Pomone. 5. Zéphire
et Flore.
DESPORTES , le fils , de Paris . 1. Un Singe
qui renverse un panier de Figues , quantité
d'autres Fruits et du Gibier. 2. Une Fontaine et
un Bassin de pierre , dans lequel un Chien boit,
des Fleurs de Pavot , une botte d'Asperges et du
Gibier , &c.
VANLOO l'aîné , Provençal , 1. Madame de
Montmartel en Vestale, 2. Christ en Croix , de
8. pieds de haut . Ce Peintre auroit bien pû enrichir
le Salon d'un plus grand nombre d'Ouvrages.
On connoît sa fécondité et son heureux.
talent pour la Peinture , comme dans tous ceux
qui portent son nom.
CARLES
SEPTEMBRE. 1737. 2019
CARLES VANLOO , le jeune , 1. Déjeuné
de Chasse , ceintré haut et bas , pour le Roy. Ce
Tableau a attiré un très- grand nombre de Spectateurs
. 2. Concert qu'un Seigneur Turc donne
sa Maîtresse. 3. Autre Seigneur Turc , faisant
peindre sa Maîtresse . 4. Jupiter et Junon.
à
> DUMONT LE ROMAIN de Paris. 1. Le
Baptême de J. C. par S. Jean ; grand Tableau:
seintré. 2. Abraham prosterné devant les Anges.
3. Rebecca donnant à boire à Eliezer . 4. L'éducarion
de l'Amour.
DESPORTES , le pere. r Un Bassin de vermeil. 2 .
Un Bas- Reliefen Marbre . 3. Un autre en Bronze,
et un troisiéme en Bronze doré. 4 Basse de Viole
sur un Tapis de velours , du Gibier , du Fruit et
fond de Paysage . s . Cheval richement orné ,
Conduit par un Negre ; Animaux , Poissons ,
Plantes Fleurs et Fruits des Indes , grand Ta.
bleau. 6. Bas-relief à fond de Lapis, avec un Tapis
vert , orné de figures , de Vases , de Fleurs ,
Fruits , &c. 7: Deux Tableaux de Fleurs , Fruits;
Vaisselle et Gibier . 8. Deux autres Tableaux représentant
des Légumes et Animaux Etrangers..
5. Deux Déjeunés, l'un en gras, l'autre en maigre..
CHARLES COYPEL , de Paris . 1. Sacrifice
d'Iphigenie. 2. Joseph faussement accusé
par la femme de Putiphar. 3 Roland aprenant
par les Bergers la perfidie d'Angelique et sa fuite
avec Médor. Le mérite et l'heureuse composition
de ces trois grands Morceaux ont fait
grand plaisir au Public intelligent .
GALLOCHE , de Paris. 1. Enée chés Didon ,
à laquelle il se découvre. 2. Le moment où Didon
caresse l'Amour sous la figure d'Ascagne.
3: Paysage ceintré de tous côtés .
LOUVENET , de Normandie. 1. Portrait dè
Ev M..
2020 MERCURE DE FRANCE
M. Henain . z . Da Pere Augustini , Carme. 3 .
De Mad . Jouvenet , sa femme , et le sien .
CHRISTOPHE , de Paris. 1. Daniel dans-la
fosse aux Lions. 2. Sainte Familie , où un Ange
tient des Cerises , que S. Joseph présente au
petit Jesus. 3. Le charitable Samaritain .
;
AUTREAU , le fils , de Paris , divers Potraits.
CHARDIN , de Paris. 1. Deux Tableaux
dans l'un, une Blanchisseuse debout,un Enfant au
bis faisant des bouteilles de savon . 2. Dans l'autre
, une Cuisiniere , tournant le robinet d'une
fontaine. 3. Jeune homme s'amusant à faire un
Château de cartes . 4. Un Chimiste dans son Laboratoire.
5.Petit Garçon debout , avec son Tambour.
6. Petite Fille assise , badinant avec deux
Cerises . 7. Autre Fille jouant au volant . 8 Basrelief
peint en Bronze. Les Curieux du premier.
ordre et même des Personnes de grande distinction,
ont trouvé que ces Tableaux se soûtenorent .
auprès de ceux des plus grands Maîtres , et on
a été d'autant plus surpiis , qu'on sçavoit bien
que M. Chardin excelloit à peindre des Animaux
morts et vivans , d'une maniere aussi
vraye que singuliere , mais on ne sçavoit pas
que son talent s'étendît plus loin , il a fait voir
le contraire d'une maniere très- heureuse pour sa
réputation , et les figures qu'on a vû à cette occasion
dans tous ses Ouvrages , ont été fort
aplaudies par les Connoisseurs les plus difficiles .
NATOIRE , de Paris . 1. Io enlevée par Jupiter.
2. Deux Sujets Champêtres , ceintrés , pour
le Roy 3. Amphitrite sur les Eaux . 4. Bain de
Diane. f Le Siege de Bordeaux par Clovis.
Grand Tableau .
DE FAVANES. 1. Des Nayades . z . Telemaque
declare imprudemment son ainour à Eucharis
SEPTEMBRE . 1737. 20I
charis. 3. Télemaque prend l'Amour pour un
Enfant ordinaire ; il ressent son pouvoir , ainsi
que Calipso et ses Nymphes 4. Thétis , après s'être
changée en Lion , en feu et en diverses autres
figures , pour s'échaper des liens de Pelée , est
forcée enfin à l'épouser.
PAROSSEL , de Paris . 1. Alte de la Maison
du Roy , dont les Grenadiers à Cheval font
le principal sujet , pour le Roy 2. Un Officier qui
rallie sa Troupe . 3. Une Garde avancée de Cavalerie.
4. Camp de Soldats aux Gardes Suisses ;
un de leurs Officiers conduisant des Dames. fo
Combat de Cuirassiers , faisant le coup de Pistolet
, heureusement exprimé . Cet habile Artiste
ne dégenere point de la grande réputation que
son pere a laissée après lui.
RESTOUT , digne Eleve et neveu de l'illustre
Jean Jouvenet. r. Apollon , qui montre à
jouer de la Lyre à l'Amour. 2. Le Baptême de
J. C. par S. Jean ; très- grand Tableau. 3. Le Seeret
et la Prudence . 4.S. Paul Hermite . 5. Abdolonime,
travaillant dans son Jardin , qu'on vient
chercher pour mettre sur le Trône de Sidon
conquis par Alexandre.
JAURAT , de Paris. 1. Noce de Daphnis er
Chloé ; grand Tableau. 2. La Rencontre d'Esau
et de Jacob ; Laban qui cherche ses Dieux,
3. Nymphes Tutelaires présentant Daphnis er
Chloé à l'Amour. Ce Dieu les touche d'un dard
eo les destine à garder les Troupeaux . Grand Tableau.
4. Diane surprise au Bain par Acteon. f.
Christ en Croix .
A VED , Hollandois . 1. Portrait du Duc de
Bisache. 2. De M Caron. 3. De M. Dupleix ,
Fermier General . 4. De Mlle Loys , en Laitiere ..
Un Philosophe. 6. Mlle de Seine, du Fresne ,
E vj COURTIN
2022 MERCURE DE FRANCE
COURTIN. I. La sainte Vierge avec l'En-- -
fant Jesus. 2. Melchisedech sacrifiant au Seigneur
du pain et du vin. 3. Femme badinant avecun
Ecureïl. 4. Femme regardant deux Serins .
5. Adoration des Rois . 6. Présentation au
Temple.
GEUSLIN , de Paris . 1. Un Marchand de
Médailles , en Pelerin . 2. M. l'Abbé de Thesu..
3. L'Abbé de sainte Geneviève . 4. M. de Villemur
, Fermier General , son Epouse et son Fils .
FM de Creil , Commandant des Grenadiers à
Cheval. 6. M. Gautier. 7. M. Bertin. 8. M.-
Poisson Comédien en Crispin.
Bouys , Provençal. 1. Portrait du Recteur
de PUniversité , avec ses habits de ceremonie ..
1. Une Servante qui écure de la vaisselle d'argent.
3. Deux Colations. 4. Deux Servantes revenant
du Marché ,
ALLOU. 1. Le Frere Hilarion , Récolet ,.
Oculiste. 2. Mad. Allou , dessinant une figured'Optique.
3. M. Moreau , représentant le Dessein
, tenant un Portefeuille . 4. M. Deschamps .
Géometre. 5. M. le Moine , Sculpteur , avec.
les attributs de la Sculpture . 6. M. Mercier ,.
Maître Ecrivain . 7. Le Chevalier Domergue , en:
pied..
GOBERT T Portrait en petit de la Duches--
se Douairiere de Bourbon en veuve. 2. La Famille
du Duc de Valentinois. 3. Portrait de las
Duchesse de Gontaud.
*
ADAM l'aîné , Lorain. 1. Groupe en Modele;.
an Chasseur prenant un Lion dans des filets . 2 ..
Grand' Groupe en Modele , où l'on voit Neptu
ne et Amphitrite. Tritons et Monstres Marins ;
pour Versailles , au milieu du grand Bassin , à la
Horte di Dragon. 3. Deux: Elemens , Bustes ,
dont
SEPTEMBRE . 1737. 2025
dont un en Marbre . 4. Deux autres , le Feu et la
Terre , Bustes moulés. Tous ces Ouvrages ont
fait beaucoup de plaisir aux Spectateurs.
LAMI. I. Christ qu'on met au Tombeau
Latone qui alaite Apollon et Diane..
> DROÜ ALS de Normandie. Portrait de
Mile Gautier. Quatre autres Portraits en Mi ·
niature.
MASSE. I. L'Enlevement d'Europe . 2. Venus
sur les Eaux. 3. Le Baptême de J. Č.
LEPICIE' , de Paris , Secretaire et Historiographe
de l'Académie. Dix Estampes ; Sujets
gravés par lui , d'après differens Maîtres , aves
grand soin.
MOYREAU , de Paris . Quatre Estampes ,
gravées par lui d'après Ph . Wauvermans.
29
CARS , de Paris. Deux Estampes , très - henreusement
gravées par lui .
DUPULS , de Paris . Trois Estampes , gravées
par lui .
.
DE LA TOUR. Le Portrait . de Mad. Boucher
et celui de l'Auteur , en pastel. Ces deux
Morceaux faisoient un grand effet.
EDME BOUCHARDON . I. Buste du Cardinal
de Polignac en marbre. z. Athlètes dont l'un
dompte un Lyon et l'autre un Ours , en terre
cuite. 3. Un Enfant assis , modele en terre cuite.
4 Fêtes de Palés , célebrées chés les Romains
par les Gens de la campagne , pour demander
la conservation des Troupeaux. Dessein à la San--
quine. 5. Fêtes Lupercales en l'honneur de Pan
en usage dans l'ancienne Rome. Deux jeunes
Gens armés de Courroyes , prises dans la peau.
des Victimes , couroient nuds par la Ville, frapant
les Eemmes qu'ils rencontroient , dans la
confiance qu'elles deviendroient fécondes. Des-
>"
sein.
2014 MERCURE DE FRANCE
sein à la Sanguine. 6. Les Vendanges célebrées
dans les campagnes d'Athenes mises en grand
d'après la fameuse Cornaline antique du Cabinet
du Roy , connue sous le nom de Cachet de
Michel- Ange. 7. Tête de Vieillard plus grande
que nature. A la Sanguine . 8. Deux autres Têtes
, aussi plus grandes que nature , des Enfans
de M. Mariette ; l'une d'un Enfant qui rit ; l'autre
d'une petite Fille en bagnolette . A la Sanguine.
Ces Ouvrages ont attiré un très - grandnombre
de Spectateurs.
LE MOINE , le Fils , de Paris . 1 Tête de
Vestale couronnée de fleurs. Modele en terre
auite. 2. Une Nymphe sortant du bain , à demi
couchée , autre modele d'une très - heureuse
execution .
FRANCIN. I Christ attaché à la Colonne en
Plâtre 2. Un Enfant , dormant sur un oreiller ,
en terre cuite. 3. Deux Portraits en Buste de terre
cuite.
VERBECK. Minerve qui anime et couronne
les Arts
" Le Chevalier SERVANDONI , Florentin . 1. Piramide
et Architecture . 2. Sujet d'Architecture
et Ruines. 3. Autres Ruines. 4. Autre sujet
d'Architecture. 5. Deux autres Tableaux de
Ruines et Antiquités.
NATTIER. I. La Justice qui chatic l'injustice.
2. La Princesse de Lambesc en Minerve, armant
et destinant le Comte de Brionne , son
Frere , au mêtier de la Guerre . Grand Tableau .
3. Portrait de la Marquise d'Ussé . 4. Malemoiselle
de Clermont en Déesse des Eaux de la
Santé. Dessein.
CHAVANNE , de Paris Deux Paysages , une
Moisson , Amusement Champêtre.
HULLIOT
SEPTEMBRE. 1737. 2025
HULLIOT. La Fable du Coq avec un Pot de
Fleurs . Deux Sujets de Fleurs et de Fruits. Un
Buffet.
COLIN DE VERMONT. I. Une Descente de
Croix . 2. La Maladie d'Antiochus , causée par
l'amour qu'il portoit à Stratonice , sa Bellemere
. 3. Les Dieux qui coupent les aîles à l'Amour
, pour l'empêcher de remonter au Ciel.
4 Renaud et Arimide . 5. Pirame et Thisbé . 6.
Adieux d'Hector et d'Andromaque. 7. Les Nôces
de Thetis et de Pelée , où la Discorde jette
la Ponime , & c. 8. Le Jugement de Salomon ,
et 21. Sujets de l'Histoire de Cyrus . Esquisses .
DE LYEN , Flamand. r . Portrait Ovale de
Mile de la Haye . 2. L'Epouse du Sieur Noël
Araignon. 3. Deux Portraits des Enfins de M.
Delestre. Le Portrait de M. de Lyen par
lui- même.
4.
M. DE LA JOUE , de Paris . 1. Paysage et Architecture
, 2. Clair de Lune. 3. La Famille de
M. de la Jou . 4 Retour de Chasse . Esquisse.
TocqUE' , de Paris . 1. Portran de la Marq itse
de Thibouteau . 2. D. M. Massé. 3. De M.
Rinivel , jouant de la Viole. 4. DMN rault.
. De la Comtesse de Margenville. 6. De Mað.
Naux. Tous ces Portraits ont elé vús avec grind
plaisir.
LE LORRAIN.
Une Fille qui Frise son
Amant. Petit Groupe en terre cuite 2. Jeune Fille
tenant un apin qu'un jeune Homme veut
lui arracher : un Amour auprès. 3. Un Ficuve
aussi en terre cuite , d'une grande et bille exe
cution.
DANDRE BARDON , Provençal, y. I es Bonnes
vres des Filles de Saint Thomas de Villeneu
ve , leur Protecteur . Très-grand Tableau . 2 S.
Charles
2026 MERCUREDE FRANCE
Charles Borromée en priere. 3. Anachorettes en
priere . 4. Allegorie. La France sur le sein de laquelle
repose la Victoire , voit avec joye descendre
du Ciel la Paix , que la Sagesse lui procure.
La Discorde y paroît enchaînée à la porte
da Temple de Janus , et la Renommée annonce
à l'Univers le glorieux évenement du Regne de
Louis XV .
LE MOINE , Pere . Le Buste de M. de Largilliere
, en terre cuite , dont le mérite est fort
connu.
""
BOUCHER , de Paris , digne Eleve de feu M. le
Moine. 1. Quatre Tableaux chantournés , representant
divers Sujets Champêtres. Pour le
Roy. 2. Les Quatre Saisons , Ovales.
D'ULIN. I. Saint Claude , Archevêque de Be--
sançon , ressuscitant un Enfant qui lui est presenté
par sa mere . 2. Notre Seigneur sortant du
Lac de Génézareth , guérit plusieurs Malades.
3. Saint Charles Borromée en priere pour la
Peste de Milan. 4 Notre Seigneur guérissant la:
Belle- mere de S. Pierre .
·
LANCRET , de Paris. 1. Festin de Nôces de
Village, ceintré haut et bas . Pour le Roy. 2. Une
Danse au Tambourin . 3. Un Colin Maillard.-
4 Sujet Champêtre. Les Ouvrages de ce Peintre,
faits avec très grand soin , font toujours beau
coup de plaisir.
BOISOT. I L'Homme entre deux âges. 2. Le
Petit Chien secoüant les pierreries , Contes. Ovales,
3. Ixion foudroyé par Jupiter.
TOURNIERE. I Portrait du Dac de Brissac..
2. De M. de Sauroy , le Fils. 3. De Mad . Tif
fet , jouant de la Vielle. 4. De M. de Villette ..
Une Dame et son Fils. 6. Mad. Baron des
Brosses. LA
SEPTEMBRE. 1737 202
LA DATTE. I. Louis XV . Figure en pied
bronzé. 2. Groupe de Renaud et Ärmide , aussi
en bronze, 3. Une Flore , en terre cuite . 4. Deux
Groupes d'Andromede et de l'Education de l'Amour
sur la même selle , en terre cuite.
COCHIN. Trois Estampes d'après Watteaur ,
le Moine et M. Restout , dont la 1. est une Fête
de Village , et les deux autres , Rebecca et Laban
; dont le Burin à beaucoup piqué la curiosité
du Spectateur.
SURUGUE. Sept Sujets en Estampe , très- bien
gravés .
THOMASSIN. Quatre Sujets en Gravure , sçavoir,
les Pelerins d'Emmaüs , d'après Paul V'eronese.
La Mélancolie , d'après Dominique Fetti.
Une Vierge d'après M. de Troy. Et le Portrait de
M. Thierry d'après M. de Largilliere , que le
u blic a vu avec plaisir.
DUVIVIER , Liegeois. Diverses Médailles , et
plusieurs Modeles de Têtes , en cire , d'après napure
, avec beaucoup d'intelligence.
ALLEGRAIN. Paysage avec des Bergers et des
Troupeaux.
ROETTIERS . Plusieurs Modeles en cire ; sça
voir , du Roy, du Comte de Clermont , du Cardinal
de Fleury , du dernier Ambassadeur de
Constantinople , diverses Têtes et revers de Mé
dailles , gravés en creux avec beaucoup d'art.
LARMESSIN. Quatre Sujets gravés d'après
differens Maîtres.
LE BAS. Deux grands Sujets gravés d'après
D. Teniers , faisant Pendans. Fête de Village et
Réjouissances Flamandes.
ADAM , le jeune. 1. Clytie , figure en pied de
terre cuite . 2. Sainte Victoire , Vierge et Martyre.
Bas - relief pour une des Chapelles du Roy
à Versailles .. Le
2018 MERCURE DE FRANCE
les soins de M. Stiemar ,
Le
Académicien
.
tout décoré par
L'ACADEMIE DE SOISSONS, dans son Assem
blée publique du Luhd . 14. Avril 1738 délivr ra
un Prix qui sera une Medaille d'or de la valeur
de 3co. livres , donnée par M. l'Evêque de Soissons.
Elle l'adjugera à une Dissertation Historique
d'une heure ou d'une heure et demie de
lecture. Elle propose pour Sujet . 1 °. Clovis eut il
une demeure fixe à Soissons ? 2 ° . Eut-il sur la
Partie des Gaules qu'il avoit conquise , une autorité
au ssi indépendante des Romains qu'il l'avoit
sur les Francs ? 3 °. Les Francs étoient ils exempts:
de toute imposition? Clovis en levoit - il sur les Gau
lo s? 4°. Avons nous des Médailles de Clovis et
de ses Prédecesseurs Rois des Francss Quelles étoient
leurs Monnoyes Les anciens Suessonnois en avoient
ils de particulieres &
et
Et pour donner plus de temps et de facilité
aux Auteurs , elle propo e pour Sujet de la Dissertation
de 1739. 1 ° . En quel temps le Nom de
France fut il donné à une partie des Gaules
quelle en étoit alors l'étendue 2 ° . Quelle étoit
Pétendue du Royaume de Clovis , lors de sa mort ?
3. Quel fut le partage des Etats de Clovis entre
ses Enfans Et quels furent les motifs de la division
telle qu'elle fut faite entr'eux.
?
Dans l'examen des Ouvrages on aura égard
non seulement au nombre et à l'étendue des recherches
, mais encore à la pureté du stile , et à
la beauté du langage .
Les Auteurs sont avertis de mettre à la marge
, ou à la suite de leurs Ouvrages les preuves
des faits qu'ils auront avancés , et les sources ou
ils les auront puisés . On
SEPTEMBRE. 1737. 2019
O prie ceux qui envoyeront des Disserta
tions Latines, de mettre aussi en marge les Noins
François des Personnes ou des Lieux dont ils
feront mention , parce que souvent la signification
de ces Noms anciens est sujette à contestation
entre les Sçavans .
101
On adressera à M. de Beyne , Président au
Présidial de Soissons , et Secretaire perpetuel de
l'Académie , port franc , et avant le premier Fevrier
, les Ouvrages destinés au Concours , sans
quoi ils ne seront point retirés .
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au
bas de leurs Ouvrages , mais seulement une Sentence
, et en les envoyant ils indiqueront à
M. le Secretaire une Adresse sous laquelle il leur
fera tenir son Récepis ‹ é .
Ils sont priés de prendre les mesures nécessaires
pour n'etre point connus jusqu'au jour de
la décision , et de ne point signer les lettres
qu'ils pouroient écrire à M. le Secretaire , ou à
tout autre de Messieurs les Académiciens ; on
les avertit que s'ils sont découverts par leur faute
, ils seront exclus du Concours .
L'Auteur qui aura remporté le Prix viendra
le recevoir dans la Séance publique de l'Acade
mie du 14. Avril 1738. sinon il envoyera à une
Personne domiciliée à Soissons une Procuration,
qui sera remise à M. le Secretaire , avec le Récepissé
de l'Ouvrage.
La Piece qui a remporté lé Prix cette année
est de M. le Beuf, Chanoine et Sous- Chantre
d'Auxerre. Elle est imprimée.
Programe de l'Académie Royale des B lles-
Lettres , Sciences et Arts de Borde ux.
L'ACADEMIE propose à tous les Sçavans
de
2010 MERCURE DE FRANCE
de l'Europe un Prix , fondé à perpetuité par feu
M. le Duc DE LA FORCE . C'est une Médaille
d'Or de la valeur de trois cent livres .
On en distribuera deux le 25. Août 1738 Un
de ces Prix est destiné à celui qui expliquera le
plus probablement la Cause de l'Opacité et de la
Diaphanéité des Corps ; et l'autre à celui qui donnera
l'explication la plus probable de la Cause
de la Fertilité des Ferres.
Les Dissertations pour le Concours ne seront
reçûës que jusqu'au premier de May prochain.
Il sera libre de les envoyer en François ou en
Latin on demande qu'elles soient écrites en ca
racteres bien lisibles.
la
On avertit les Sçavans qu'il y aura aussi deux
Prix à distribuer l'année suivante 1739. que l'um
de ces Prix sera destiné au meilleur Ouvrage sur
question : Si l'air de la respiration passe dans
le Sang : et l'autre à celui qui expliquera avec le
plus de probabilité la Cause de la Chaleur et de
la Froideur des Eaux Minerales .
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
, et l'Auteur mettra dans un Billet séparé
et cacheté la même Sentence , avec son nom, son
adresse et ses qualités , d'une façon qui ne puis-"
se pas former d'équivoque .
Les Paquets seront affranchis de port , et adressés
à M. SARRAU , Secretaire de l'Académie ,
ruë de Gourgues , ou au Sieur BRUN, Imprimeur,
Aggregé de l'Académie , rue S Jâmes.
Le Prix de cette année , sur le Mouvement
musculaire , a été remporté par M. ALEXANDRE
STUARD , Ecossois , Medecin ordinaire de la Reine
d'Angleterre , et Membre de la Societé Royale
de Londres.
A Bordeaux , le 25. Août 1737~
PRIX
SEPTEMBRE. 1737. 203ª
PRIX de l'Académie de Chirurgie ,
pour l'année 1738.
LE
E Sujet proposé pour le Prix de l'année
1736 , étoit : Si l'on doit amputer le Carci
home des Mammelles , vulgairement nommé Cancer
.
Quoique l'Académie ait trouvé dans plusieurs
Mémoires , et notamment dans celui qui commence
par ces mots : Le Corps humain n'est que
vaisseaux , des regles judicieuses pour la pratique
, cependant elle n'a pas cru devoir adjuger
le Prix , parce que l'aplication de ces regles ne
s'étend pas à tous les cas , et qu'elles sont fondées
sur une théorie trop conjecturale.
L'Académie a néanmoins aperçu dans ces
Memoires d'assés bonnes choses , pour être en
droit d'en esperer de meilleures , si des "Auteurs
veulent se donner la peine de traiter cette importante
question d'une maniere à leur faire
honneut ; c'est pourquoi elle propose de nouveau
le même Sujet pour l'année 1738. Le Prix
sera double , c'est - à - dire , que celui qui au jugement
de l'Académie aura fait le meilleur
Ouvrage sur le Sujet proposé , aura deux Médailles
d'or , chacune de la valeur de deux cent
hivres , ou une Médaille et la valeur d'une autre,
au choix de l'Auteur.
Ceux qui ont composé en 1736 , pouront
faire à leurs Mémoires tels changemens , ou les
mettre sous telle forme nouvelle qu'ils voudront
, et les renvoyeront écrits de nouveau.
Ils auront soin d'adresser leurs Ouvrages
francs de port , à M. Morand , Secretaire de
YAcadémie de Chirurgie à Paris , ou les lui
ferent remettre entre les mains. La
2032 MERCURE DE FRANCE
La Chirurgie et le Public ont fait une perte
considerable en la personne de . . . . Petit , Chirurgien
-Juré de Paris , Chirurgien Major des
Camps et Armées du Roy , et Démonstrateur
Royal en survivance , Fils de l'illustre M. Petit,
dont la réputation est si connuë en France , et
chés divers Souverains de l'Europe . Il mourut à
Paris dans la 27e année de son âge , le 20 du mois
dernier , generalement regretté , non - seulement
par les progrès et la réputation solide qu'il s'étoit
déja faite dans sa Profession , mais par la
douceur de son caractere , et par les grandes
qualités de son coeur et de son esprit.
Les Membres de l'Académie Royale des
Sciences , qui avoient été envoyés par le Roy
dans le Nord , pour trouver la Figure de la Terre
, ont rendu compte à l'Académie de leurs
Observations , par lesquelles il est décidé que
la Terre est un Spheroide aplati vers les Poles ,
ainsi que Mrs Huygens , Newton , et plusieurs
autres grands Geometres l'avoient pensé d'après
la Théorie.
M. l'Abbé Nollet nous a priés d'avertir qu'im
médiatement après la S. Martin il recommencera
ses Leçons de Physique expérimentale .
L'accueil favorable que le Public fait à ce nouvel
Etablissement , la présence et les aplaudissemens
d'un grand nombre de personnes de la
premiere distinction qui ont assisté à ses cours ,
ont excité son émulation , et soûtenu son zéle ;
les voyages que la Cour lui a fait faire en Angleterre
et en Hollande , où la Physique est trèsbien
cultivée , lui ont procuré des correspondances
utiles et des lumieres nécessaires , en
conseSEPTEMBRE
. 1737. 2033
consequence il ac onstruit depuis peu une grande
quantité de nouveaux Instrumens par le moyen
desquels la Théorie la plus difficile , devient
sensiblement intelligible aux Personnes les moins
capables d'une aplication sérieuse ; cet assortiment
de machines plus parfait et plus complet ,
qui n'a pû se faire qu'à grands frais , et avec le
temps , le met en état de varier les Expériences,
et de prouver les mêmes verités par différentes
opérations en faveur des Personnes qui prennent
goût à ces sortes d'Exercices , et qui font
plusieurs Cours.
>
Comme il s'est trouvé plusieurs Personnes qui
auroient souhaité qu'un aussi grand nombre
d'Expériences se fit en plus de temps , afin qu'on
les pût expliquer d'une maniere plus détaillée
et qu'on les put suivre par la lecture des Livres
qui traitent des principes ; M. l'Abbé Nollet
qui ne souhaite rien tant que de rendre ses Expériences
aussi utiles qu'agréables , donne avis.
qu'il commencera immédiatement après Pâques,
un Cours de Physique, qu'il suivra pendant trois
ou quatre mois , les Mercredis et Samedis, depuis
onze heures du matin jusqu'à midi et demi
cette heure et ces jours conviendront sans doute
aux Ecoliers de l'Université , qui font leur Philosophie
, et aux jeunes Seigneurs étrangers que
l'amour des Sciences fait voyager en France ;
il faudra se faire inscrire pendant le Carême ,,
et lire quelque Traité de Physique d'un bon
Auteur , ceux de Mrs Rohault , Muschenbrock,
er Sgrawesande peuvent suffire , les Dames ne
pouront point assister à ces leçons particulieres,
parce qu'on sera souvent obligé de s'expliquer.
en Latin , pour les personnes qui n'entendront
pas suffisamment le François.
Cadran
,
2034 MERCURE DE FRANCE
Cadran Astronomique , Geographique et Lunai.
re ; avec une Description des Pays désignés dans
les Lignes Horaires , qui ont correspondance en li-
-gne perpendiculaire aux Etoiles fixes du Firmament
; Et une Table des jours de la Lune pour
connoître l'heure de la Nuit par l'ombre qu'elle
formera sur le Cadran. Par le R. P. Emmanuel
de Viviers , Capucin Prédicateur , Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences de Paris . A
Toulouse , de l'Imprimerie de N. Caranove , et
se vend chés Jean Salabert , 1737. in 8° pp . 20
Le prix est de dix sois . L'Auteur connu depuis
long-temps par divers Ouvrages de cette nature,
fait esperer qu'il donnera incessamment une
Sphere ou machine qu'il a composée , où l'op
verra la correspondance des Etoiles par leurs
noms , aux Parties de la Terre en ligne perpendiculaire
, les dispositions des Planetes entr'elles
, leurs aspects , leurs Eclypses , tant à
l'égard des Planetes , que des Etoiles fixes . A
Fégard du Cadran qu'il publie présentement ,
il est seulement à l'usage de Toulouse , où il
fait sa résidence , et ce n'est qu'un abrégé du
Systême qu'il a adopté dans le Calendrier qu'il
a fait pour la présente année 1737 , et qui se
vend aussi chés Salabert. On trouvera dans ce
Cadran Pirrégularité de la Lune corrigée , et
fixée en quelque façon , ce que personne n'avoit
encore fait ; dans l'Avertissement que P'Auteur a
mis à la tête , il fait observer , que les douze
Signes du Zodiaque s'étant avancés d'Occident
en Orient de 29 degrés , 32 minutes , 18 secon
des , avec tout le Firmament sur les Poles de
' Eclyptique , les places qu'on leur attribuoit
dans l'usage ordinaire , ne conviennent plus aux
Constellations , les Poissons ayant pris la place
du lu Belier, le Belier celle du Taureau,&c. O
SEPTEMBRE. 1737. 2035
On avertit le Public que le Calendrier choisi
, dont l'impression avoit été suspendue depuis
quelques années , est actuellement sous presse
pour l'année 1738. On yny trouvera le Lever et
le Coucher du Soleil et de la Lune pour tous
les jours , le Lieu du Soleil et sa Déclinaison de
10. jours en 10. jours, les Phases de la Lune , et
une Table de l'Equation de la Pendule, avec plusieurs
Cartes et un nouveau Plan de Paris . Ce
Calendrier se vendra à Paris , rue S. Jacques ,
chés Jean Villette , Fils , Libraire , à S. Bernard,.
´et la Veuve Spé , Marchande de Tailles Douces a
la Visitation .
On continuë de débiter le Cours du Danube ,
du feu P. Placide , chés les Augustins Déchaussés
de la Place des Victoires.
La suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes Illustres , continue de paroître
avec succès , chés Odieuvre , Marchand d'Estampes
, Quay de l'Ecole . Il vient de mettre en
vente , et toujours de la même grandeur.
CHARLES XII. Roy de Suede , né le 27. Juia
1682. mort le 11. Décembre 1718. dessiné par
Boizot , et gravé par Schmit.
B. H. VINCENT DE PAUL , Instituteur de la
Congregation des Missions , né à Pou près
d'Acqs en 1576. mort à Paris le 27. Septembre
If60 .
MADEMOISELLE LE GRAS , Fondatrice et Premiere
Superieure de la Charité , Servante des
pauvres Malades , décédée à Paris le 15. Mars
1660. âgée de 68. ans , gravée par G. D. C...
Le Samedi 14 , de ce mois , à huit heures du
matin, M. le Controlleur General, Directeur General
des Bâtimens , et Vice- Protecteur de PAcadémie
Royale de Peinture et de Sculpture , alla
G y pren .
2036 MERCURE DE FRANCE
y prendre Séance pour la premiere fois , et fit
la distribution des grands Prix , sçavoir :
Le premier Prix de Peinture au sicur Fournier
le premier de Sculpture au sieur Marchand
; le second de Peinture au sieur Vanloo ,
Fils de M Vanloo l'aîné ; et le second de Sculp
ture au sieur Sallis.
Le Sicur Baradelle , Ingenieur du Roy pour
les Instrumens de Mathématique , qui a publié
le mois de Juillet dernier deux Cadrans verticaux
, qui s'orientent sans le secours de la Boussolle
,l'un pour Paris et ses environs , et l'autre
pour Lyon et ses environs , et pour les autres
Villes indiquées dessous la même élevation ,
vient d'en construire deux autres , l'un pour
Amiens et ses environs , et l'autre pour deux
Brest et ses environs ; ils s'orientent comme les
premiers sans le secours de la Boussolle ; on
a mis aux deux côtés du Cadran deux Echelles
qui contiennent les douze Mois de l'Année de
5.jours en 5. jours, ainsi il sera facile de trouver
par proportion le point qui doit répondre au
jour courant. Il y a une soye qui est toujours
dans le centre du Çadran , avec une Perle qui
coule au long , afin de l'ajuster au jour du mois.
On a pratiqué une Pinule qui se couche et se leve
lorsqu'on veut faire usage du Cadran . La Pinule
étant levée , on expose le tranchant de ce
Cadran au Soleil , et l'on fait ensorte que l'ombre
de la Pinule soit exactement le long de la
ligne d'espace marquée dans la partie supericure
; alors la petite Perle qui coule au long de la
soye qui se trouve toujours verticale , par le
moyen d'un petit plomb qui est attaché au bout,
fait que la Perle marque l'heure cherchée.
Ce Cadran se leve et se baisse à toutes les heurts
SEPTEMBRE. 1737. 2017

*
res du jour comme fait le Soleil sur l'Horison.
Quoiqu'on ait indiqué ce Cadran pour Amiens,
et ses environs , cependant il peut
servir autour
de la surface de la Terre en suivant le parallele
du Globe , c'est- à - dire , par toutes les Villes
dessous la même élevation , qui sont Dieppe,
Petone , S. Quentin , Guise, Vervin , Aubenton ,
Charleville et Mayence. Cependant comme un
quart ou un tiers de degré ne peuvent faire aucune
difference sensible , il peut servir également
pour les endroits suivans : Abbeville , Dourlens,
Bapaume, Cambray , Landrecy , Avesnes, Charlemont
, Mariembourg , Mondidier , Arques ,
Neuchâtel.
Le Cadran pour Brest et ses environs , peut
servir , ainsi que l'autre , pour les Villes sous
la même Latitude, comme, Daoglas , Fougeres ,
Mayenne , Alençon , Chartres , Nemours , Sens ,
Troyes , Vienne en Autriche .
Ce Cadran peut aussi servir pour S. Brieux
Dinan , Rennes , Dol , Mortagne , Bar - sur-
Aube , Nogent- le- Rotrou , Estampes , Melun
Provins , Nogent - sur-Seine , Montreau.

L'Auteur espere en construite encore d'autres
pour les plus considerables Villes du Royaume
; le prix est de 40. sols ; ils sont aisés à por
ter dans la poche , étant de 6. pouces et demi
de hauteur , et de large 4. pouces et demi , d'épaisseur
raisonnable .
Sa Demeure est toujours Quay de l'Horloge du
Palais , à l'Enseigne de l'Observatoire , à Paris .
Le Sieur Gerfaint , Marchand , Pont Notre-
Dame , attend incessamment beaucoup de Curiosités
qu'il raporte d'Hollande ; il prépare aux
Amateurs pour enrichir leurs Cabinets une
2
Gij Vente
2038 MERCURE DE FRANCE
Vente pour la fin de Novembre , et pour piquer
davantage les Curieux , il y joindra plusieurs
choses singulieres qu'il a acquises à Paris depuis
son retour , entr'autres une collection des plus
nombreuses , d'Estampes des mieux choisies , des
plus grands Maîtres Italiens , François , Flamands
, &c. avec plusieurs Desseins exquis,
Depuis long- temps il ne s'est point fait de Vente
d'un si grand amas d'aussi belles choses en ce
genre : il espere satisfaire les gens de goût , par
la varieté et la perfection des morceaux que
contiendra cette Vente ; outre les Estampes
et les Desseins , il y aura aussi des Mineraux et
des Coquillages rares et singuliers , des Agathes
arborisées, des Madrepores et autres Plantes Marines
, des Animaux en liqueur , de figures singulieres
, de la Porcelaine ancienne : des Tasses
et Boetes de verny du Japon , des Pierres antiques
, gravées en relief et en creux , montées et
non montées , des ouvrages en Cire et plusieurs
autres choses dont on connoîtra mieux le détail
par un Catalogue qu'il se propose de donner incessament
à la sollicitation des Curieux qui le
lui ont demandé. Il a aussi raporté plusieurs Ta.
bleaux des meilleurs Maîtres Flamands et Hollandois
, qu'il vendra à la main . On aura soin
d'avertir lorsque le Catalogue se distribuera .
REMEDE contre la Rage. Extrait
d'une Lettre écrite de Londres le 15 Juil
let 1737.
Je crois , Monsieur , que c'est travailler pour
le bien Public , que de vous prier d'inserer dans
Votre Journal un Remede éprouvé contre la fu
neste
SEPTEMBRE. 1737 .
2039
néste Maladie de la Rage . Tout le monde sçait .
ici que que le Docteur Meed , Medecin de réputation
, a gueri parfaitement plus de cinq cent
Malades par ce seul Remede. Voici en quoi il
consiste.
Il faut d'abord que le Malade se fasse titer 9,
ou 10. onces de sang du bras . Prendre ensuite
une demie once de l'herbe appellée en Latin Lis
chen Cinereus Terrestris , proprement sechée et
mise en poudre fine : du Poivre noir mis en poudre
, deux drachmes : mêler bien le tout ensemble
et partager la dose en quatre parties égales,
qu'il faut prendre à jeun dans un demi septier
de Lait de Vache , pendant quatre jours consécutifs
.
Après cela il faut que le Malade se baigne
dans de l'eau froide de Riviere ou de Source
tous les matins à jeun pendant un mois ; tout
le corps Plongé dans l'eau , et la tête une demy
minute seulement. Ensuite il ne se baignera pluspendant
quinze jours que trois fois chaque scmaine
.
Le temps de cueillir le Lichen , est dans les
mois d'Octobre et de Novembre en Angleterre
en France on peut le cueillir un peu plutôt .
L'Aprobation que les Médecins de la Faculté
de Paris ont donné à un Remede de Mademoiselle
de Rezé , aujourd'hui Madame de Lestrade,
après avoir vu la guérison des Dartres d'une
Princesse qui avoit employé quantité de Remedes
, sans en avoir reçû de soulagement , et
d'une infinité de personnes attaquées de la même
Maladie , qui ont été guéries depuis , jusques
dans les Pais les plus éloignés , les Colonies er
les Ports de Mer étant tout remplis de Dartres,
G iij &C.
2010 MERCURE DE FRANCE
&c. M. Chicoyneau, Conseiller d'Etat et Premier
Médecin du Roi , ayant vû la guérison d'un
grand Prelat , des Rougeurs et Dartres qu'il avoit
au visage depuis plus de huit ans , et ayant apris
qu'elle traitoit ces Maladies depuis plus de quarante
ans avec succès et aplaudissement , a bien
voulu donner son Aprobation à la bonté de ces
Remedes , et la liberté de les débiter : c'est une
Eau contre les Dartres vives et farineuses , boutons
, rougeurs , taches de rousseur et autres Maladies
de la peau , et un Baume blanc , en consistance
de Pomade , qui ôte les cavités et les
rougeurs après la petite Verole , les taches jaunes
et le hâle , unit et blanchit le tein d'une maniere
visible et naturelle. Lesdits Remedes SC
gardent tant que l'on veut , et peuvent se transporter
par tour. Les bouteilles de cette Eau sont
de 2 , 3 , 4 , 6 livres et audessus , selon la grandeur.
Les pots
de Baume blanc 3 livres ro sols ,
et les demi Pots 1 livre 15 sols .
3.
Madame de Lestrade demeure à Paris ruë de la
Comedie Françoise , chés un Grainetier , su pre
mier Apartement. Il y a une Affiche audessus de
la Porte.
Le Sieur Deveaux connu depuis long temps.
par les guérisons qu'il a faites , et qu'il fait journellement
, ses Remedes étant aprouvés de Mrs
le Premier Medecin et Chirurgiens du Roy , et
autres très éclairés dans la Profession , et autorisés
pai le Brevet du 3 Septembre 1737. pour
les Tumeurs Scrofuleuses , Humeurs troides ,
Ecroüelles Humeurs chancreuses , Ulceres , et
pour toutes les autres Maladies de ce geure ,
Demeure à Paris , vis - à - vis la Croix des pe
tits Champs , chés Aille Joli, Lingere.
Le
SEPTEMBRE. 1737. 2041
Le Sieur Rofa , Chirurgien de l'Hôpital de-
Sainte Marie-Neuve à Florence , reçû Chirurgien
Hernieré à S Cosme à Paris , et naturali-
François , donne avis qu'il guérit parfaitement
les Ruptures et Descentes de Boyaux , tant pour
hommes que pour femmes et les enfans , sans
faire aucune incision , ni operation , mais par
des Remedies ' souverains qu'il aplique sur les,
Partics malades , et sans prendre aucun Remepar
la bouche , et sans être obligé de garder
i la chambre,
de
le lit
Il guérit les hommes et les femmes en six
mois de temps , tout au plus , et les enfans en
six semaines.
Ce Remede est dans la famille du Sieur Rosa
, depuis plus de quatre cent ans.
Lui seul possede la maniere de faire plusieurs
sortes de Bandages et Suspensoirs , sans fer ,
lesquels n'incommodent jamais,quelque exercice
qu'on puisse faire , et quant aux Descentes qui
ne peuvent se guérir , il les soulage au moyen de
ses Bandages.
Il fait encore un autre Bandage particulier
de métal qui tient seul , sans causer aucun embarras
entre les cuisses , il les donne à l'épreuve
et les garantir.
Il a une adresse particuliere et de grand secours;
c'est de tirer les Corps des pieds avec leur racine
, comme aussi les Poireaux des mains ou ail →
leurs , sans qu'ils reviennent , et les ongles
qui entrent dans la chair , sans se servir de fer
tranchant , ni qu'il en sorte une goutte de sang,
et les guérit en trois minutes de temps.
Sa demeure est ruë de Bussy , à la Boëte aux
Lettres.
G. iiij Le
2042 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Briart , qui demeuroit ruë Cardinale,
vis - à - vis le Bailliage , demeure à present ruë
Abbatiale , vis - à - vis le côté du Palais , et toujours
dans la Cour Abbatiale de Saint Germaindes-
Prez à Paris.
Il continue avec succès à faire la veritable Essence
de Savon à la Bergamote , et autres odeurs
douces dont on se sert pour la Barbe au lieu de
Savonnette. Les Dames s'en servent aussi pour
se laver le visage et les mains. Il en a de deux
prix, à cinq et à 8. sols l'once . Il avertit que les
bouteilles ont toujours été cachetées ; autour du
Cachet on y lit son Nom et sa demeure. Il y a
une Bouteille dans le milieu du Cachet où il y
a le nom de la Liqueur.
Il fait depuis peu une Essence d'ogni fiori ou
de toutes fleurs d'une odeur agréable , on en
mer quelques goutes dans l'eau dont on se lave ,
après avoir été rasé , elie blanchit l'eau ; les Dames
s'en servent pour se décrasser ; elle rend la
peau douce et unie , et ne nuit point au tein .
Les plus petites Bouteilles sont d'environ 5.onces
, on la vend 15. sols l'once.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Rasoirs
, avec lesquels il ne faut point de Pierre à
aiguiser. Il les vend depuis 40. sols jusqu'à 60.
sols à un côté , et à deux côtés differens , depuis
4. livres jusqu'à 8. liv. Il donne les manieres de
s'en servir.
Peromet , qui demeuroit dans la ruë de Eurstemberg
, demeure à present rue Cardinale , visà-
vis le Bailliage de l'Abbaye de S. Germaindes-
Prez , à Paris . Il fait une Cire propre pour
dégarnir la trop grande quantité de Poil des
Sourcils et du Front. Le Prix des Bâtons est de
5. sols et de 10. sols . Il donnera la maniere de
s’cn
SEPTEMBRE . 1737. 2043
s'en servir. Il fait aussi des Chignons pour les
Dames , pour petites et grandes Coëffures.
Le sieur du Tartre fait graver actuellemen
une Cantate de sa composition à voix seule
dont voici les paroles , qui sont de M. L * * ,
Delagarde .
LA VOLUPTE.
Fille du tendre Amour , charmante Volupté ;
Pour prix des voeux que je t'adresse ,
Communique à mes Chants la douce activité
Du feu que dans mon ame allume ton yvresse
Par le plus doux ravissement ,
Qu'excitent d'aimables délires ,
Signale le pouvoir charmant
Des sons divins que tu m'inspires
Que les Graces , les Ris , les Jeax ,
Pour toi vont faire des conquêtes !
L'Amour de concert avec eux ,
Prépare de brillantes Fêtes .
Mais quel effet magique ! od suis-je transporté
Quel Spectacle enchanteur ! quels Concerts.
d'allegresse !
Sur ce Trône de fleurs quelle Divinité
Rassemble sous ses Loix une vive Jeunesse ?
Au trouble délicat dont je suis agité ,
Des doux plaisirs je connois la Déesse.
?
Gy J'aperçois
2044 MERCURE DE FRANCE
J'aperçois sous ses pas
S'embellir la Nature ;
Flore de ses apas
Releve la parure,
Le Zéphir amoureux
Voltigeant autour d'elle ,,
Dans l'éclat de ses yeux
Puise une ardeur nouvelle .
Et le Dieu des Combats
Environné de gloire ,
Vient goûter dans ses bras
Les fruits de la victoire..
Déja d'un charme séducteur
Je sens la douce violence ,
Et mon ame en secret cede à l'attrait vainqueur
D'une favorable puissance..
Flateuse illusion , tendres égaremens ,
Brolongez à jamais ces fortunés momens.
Qu'une heureuse folie
Chasse loin de ces lieux
Le poison dangereux
De la Mélancholie.
Ne suivons point les Loix
De l'austere Sagesse ;.
C'est là sombre tristesse
Qui parle par sa voix,
Contre
THE
NEW
Y
PUBLIC
LIPPAN
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONE
,
ARY
CEN
FO
NDS
AND
SEPTEMBRE. 1737. 2045.
Contre la volupté
Pourroit-on se défendre ,
Quand on trouve à s'y rendre
Tant de félicité ?
CHANSON.
M Ercure , Mars et le Maître dès Dieux ,
Assis à table dans les Cieux ,
Entre la poire et le fromage ,
S'entretenoient d'amour, de combats et d'orage;
Bacchus les écoutoit et se mit de l'écot .
Les ayant enyvrés du Nectar de son pot ,
Au Dieu Mars il ôta l'épée ,-
A Mercure son Caducée ,
Et fit promettre à Jupiter ,
Par l'Eau du Stix , serment étrange ;
De ne faire gronder son Tonnerre dans l'air
Que pour meurir la Vandange.
SPECTACLE S.
E P. de la Sante , Jesuite , Professeur de
Réthorique
à Paris , fit représenter le 7. Août , la Tragédie
intitulée Regulus. Elle fut fort aplaudie , sur tout
G. vj dans
2046 MERCURE DE FRANCE
la
dans la Repetition generale qu'on en fit le 4. La
grandeur d'ame de Regulus , les tendres sentimens
d' milius , son Fils , la vertu Romaine ,
fierté Carthaginoise , parurent dans tout leur
jour ; la conduite de l'Action , donna lieu à plusieurs
situations avantageuses et à divers coups
de Théatre des plus frapans.
Pour donner quelque idée de cette Piece , qui
ne cede en rien aux excellens Discours et aux
Ouvrages Dramatiques de Théatre du même Auteur,
nous nous servirons des propres termes dont
est composé le Prologue .
On va faire , Messieurs , revivre sur la Scene
Un exemple éclatant de constance Romaine ;
Un Héros invincible aux plus affreux revers ,
Un Captif triomphant jusqu'au milieu des fers .
C'est le grand Regulus dont le noble courage
Brava tous les tourmens de la fiere Carthage ,
Et qui pour se venger des outrages du sort ,
Sçut s'immortaliser en volant à la mort :
De Conquérant , Esclave , il s'acquiert plus de
gloire
Par sa captivité que par une victoire :
Vaincu par la Fortune , il se rend le vainqueur
Des tendresses du sang, de son propre malheur ;
Et dompte mieux Carthage, en gardant sa parole,
Qu'en la traînant captive au pied du Capitole.
Citoyen
SEPTEMBRE . 2047 1737.
J
Citoyen sans égal , Prisonnier glorieux ,
De l'Univers entier il étonne les yeux ,
Et fait voir ce que doit un Brave à sa Patrie ,
Services , bien , repos , liberté , sang et vie ;
Tout grand coeur d'un tel sort devroit être jaloux,
Ce qu'il fit sans exemple , en est un grand pour
nous.
Les principaux Acteurs furent MM. Thoy➡
nard , Boisgibault , Soumar , le Marié , Baron ,
d'Hilliers , Pelerin.
Presque tous ces Rôles furent remplis avec
beaucoup de feu et d'intelligence .
Le P. de la Sante joignit à cette Tragédie le
Ballet de la Curiosité , Sujet aussi agréable qu'interessant
, le dessein est moral et des plus ingenieux
. On s'y propose de corriger ce que la curiosité
a de vicieux et de blâmable. La division
embrasse ce qu'il y a de plus marqué dans cette
passion . On y découvre le principe , l'espece , le
cours et les suites du mal. Ainsi ,
19. Les sources d'où naît la curiosité .
2. Les objets auxquels elle s'attache .
3º. Les périls où elle s'engage.
4°. Les punitions dont elle est suivie , four-

nissent les quatre Parties de ce Ballet. Nous
nous contenterons d'indiquer ici en abregé les
principaux traits de chaque Acte.
Après l'ouverture où la Curiosité est représentée
comme une Déesse , qui n'a pas moins d'yeux,
d'oreilles et de bouches que sa sccur la Renommée,
et où elle se donne en Spectacle à des Voyageurs
de diverses Nations , qui lui viennent rendre
2048 MERCURE DE FRANC
dre hommage , et se laissent enchaîner à so
Char , on représente successivement les quat
Parties suivantes .
PREMIERE PARTIE
Sources ordinaires de la Curiosité..
1º . Humeur volage. 2 ° . Esprit inquie
3°. Vie oisive.
Dans la premiere Entrée de cette Partie , pa
rut une Troupe de Thessaliens folâtres qui dor
noient plusieurs marques d'humeur volage , dan
un Divertissement champêtre , donné par le Ro
Admete , pour celebrer la bienvenue d'Apollon
Chef de sts Bergers . On écarte bien vîte ces Cu
rieux qu'on regarde comme autant de trouble
fêtes . Cette Bergerie fut des plus gracieuses e
parfaitement executée par les Pensionnaires .
La seconde Entrée présentoit un exemple d'es
prit inquiet dans des Seigneurs Turcs curieux de
penetrer le secret de l'Etat , pour détrôner leur
Maître. Le Sultan Amurat leur fait servir des Liqueurs
exquises ; dont la vapeur leur arrache
Paveu de leur complot . On saisit les coupables ;
on les punit. Cette Scene eut un succès complet.
Les Maîtres à danser se signalerent en cette Re-
Présentation :
La troisiém Entrée fut dansée par des Crieurs
de Curiosité , qui montfoient au Peuple la Merveille
des merveilles . De petits Bourgeois oisifs ,
des Artisans desoeuvrés , s'occupent à ce frivole
amusement , où se glissent quelques Filoux qui
Y font leur main. Ceux-cy prennent leur temps
pour cela , pendant qu'on chante un Vaudeville
auprès de la Boëte de la Rareté. Les Paroles de ce
VaudevilleSEPTEMBRE.
1737. 2019
Vaudeville sont du P. de la Sante , et la Musi
que de M.Campra . En voici les paroles qui ré--
jouirent fort les Spectateurs.
LE CRIEUR
DE RAKETE' , DE CU IOSITE
VAUDEVILLE NOUVEAU. -
ON voit dans ma Boete Magique
La Rareté , la Rareté .
Rien qui ne flate et qui ne pique
La Curiosité.
Le Monde en peinture mouvante
Par mon verre se montre aux yeux ;
Et sa figure est si parlante
Qu'elle fait dire aux Curieux , »
1
O la Merveille
Sans pareille !
Ty fais voir un Grand sans Caprice ,
La Rareté , la Rareté .
>
Un Courtisan sans artifice
La Curiosité.
>
Une Cour où Dame Fortune
Ne trouble pas les plus beaux jours ,
Et n'ait pas , ainsi que la Lune ,
Et son croissant et son decours ,
Ola Merveille , &e.. UB
2050 MERCURE DE FRANCE
Un Seigneur sans faste et sans dettes ,
La Rareté , la Rareté.
Un Commis riche et les mains nettes ,
La Curiosité .
Un Crésus chés qui l'Industrie
Enfante la Prosperité ,
Sans que dans l'éclat il oublie
Ce que ses Peres ont été ,
O la Merveille , &c.
M
Un bel efprit sans suffisance ,
La Rareté , la Rareté.
Un grand Joueur dans l'opulence ;
La Curiosité.
Un ami qui dans ma disgrace
M'aime autant que dans mon bonheur ,
Et quand le sort m'ôte ma place ,
M'en conserve une dans son coeur ,
O la Merveille , & c.
Un Breteur qui jamais ne fuye ,
La Rareté , la Rareté-
Un Conteur qui jamais n'ennuye
La Curiosité .
Un Tartuffe à lui - même austere ,
Et qui sous la douceur du miel
Ne déguise pas le mystere
D'HB
SEPTEMBRE. 1737.
D'un coeur amer et plein de fiel ,
O la Merveille , & e.
Mari d'accord avec sa femme ,
La Rareté , la Rareté.
Deux coeurs qui ne fassent qu'une ame ,
La Curiosité.
Paisible et vertueux ménage ,
Ou sans cesse d'heureux enfans
Trouvent d'une conduite sage
Le modele dans leurs parens ,
O la Merveille , & c,
Un Petit-Maître raisonnable 9%
La Rareté , la Rareté .
Un Plaideur qui soit équitable ,
La Curiosité .
Un modeste et sage Critique ,
Qui sans mélange d'âcreté ,
Assaisonne d'un Sel Attique
que le bon sens a dicté , Ce
O la Merveille , &c.

Mérite à Pabry de l'Envie ,
La Rareté , la Rareté.
Plaisir sans trouble dans la vie ,
La Curiosité.
2052 MERCURE DE FRANCE
Ún coeur où n'ait jamais d'empire'
Nul soucy contraire à ses voeux
Mais qui toujours se puisse dire
Je suis content , je suis heureux ,
O la Merveille , &c.
"
Un grand coeur exempt de foiblesse
La Rareté , la Rareté ,
Un coeur fier sans nulle bassesse
La Curiosité .
Politique sans tromperie ,
Courage sans témerité ,
Prudence sans Pédanterie ,-
Jeunes apas sans vanité ,
O les Merveilles
Sans pareilles !
Grand Spectacle , où tout divertisse
La Rareté , la Rareté.
Fête où tout le monde aplaudisse
La Curiosité..
Chanson badine et satyrique ,
Dont les couplets soient d'un goût fin ,
Dont chaque mot , sans blesser , pique , ·
Et prépare un heureux refrein ,
Ola Merveille , &c.
SECONDE
SEPTEMBRE . 1737. 20538
SECONDE PARTIE.
Objets principaux de la Curiosité .
10. Nouvelles . 2 ° . Spectales . 3 °. Livres.
L'Entrée des Nouvelles consistoit en plusieurs
Couriers qui aportoient au Bureau de la Poste
des nouvelles de la Paix. Là, se trouvoient plusieurs
Nouvellistes de Province , qui , de concert
avec le Peuple curieux , érigoieni divers Monu
mens à la gloire du Monarque Vainqueur paci
fique. La magnificence des Monumens décora
fort cette Entrée. Celle des Spectacles étoit composée
de differentes Troupes d'Acteurs Tragiques.
et Comiques , qu'on suposoit jouer leurs Rôles
dans une Foire celebre , où la Curiosité avoir
conduit une Compagnie de Petit -Maîtres embarrassés
de leur loisir. Leur air dédaigneux irrite
les Acteurs , qui contrefont les grands airs de
ces jeunes étourdis. Là , se fit une Scene de Pan
tomimes , dont le Comique neuf et gracieux
plut infiniment , et se trouva joint avec toute la
décence convenable à la dignité d'un Théatre si
noble .
Certe Entrée fut suivie de celle des Colpor
teurs , qui débitoient sous le manteau des Livres
de contrebande , que plusieurs sortes de Curieux
achetoient avec empressement. Le sel dont cette
Scene étoit assaisonnée se fit sentir aux Connoisseurs.
Comme les bornes d'un Extrait ne nous permetrent
pas de nous éréndre sur les deux autres
Parties qui restent , nous nous en tiendrons aux
seuls Titres de chacune d'elles , et nous n'en di-
Fons qu'autant qu'il en faut pour faire voir la
suite
2054 MERCURE DE FRANCE

suite et la liaison du dessein d'après le Placard
imprimé.
TROISIEME PARTIE
Périls de la Curiosité.
Péril pour le bon sens ... Péril pour
Religion. Péril pour la Fortune.
la
Le Péril pour le bon sens étoit exprimé dans
une Scene de Partisans de l'Astrologie Judiciai
re , qui fixant trop curieusement leurs Lunettes
sur la Lune , s'imaginent qu'elle est entrée dans
leur cerveau . Leur bon sens paroît troublé jusqu'à
leur faire croire que la tête leur tourne ,
comme les Globes lumineux tournent sur leur
tête.
Le Péril pour la Religion fut représenté par
P'Empereur Julien , qui trop curieux de percer
Pavenir , livre sa confiance à des Devins , Augu
res , Magiciens , dont il employe l'art maudit à
évoquer les Mânes. L'aspect de plusieurs Monstres
et Spectres infernaux , le jette dans un trouble
affreux . Cette Représentation fut vive et
pleine d'objets propres à inspirer la terreur.
Le péril pour la Fortune fut sensible dans les
opérations de quelques Chimistes curieux de
trouver la Pierre Philosophale. Après plusieurs
tentatives inutiles pour changer les autres Métaux
en or, il reconnoissent enfin le péril de leur
fortune et deviennent sages à leurs dépens , &c .
QUA
SEPTEMBRE. 1737. 2055
QUATRIEME PARTIE.
Punition de la Curiosité.
Quelques traits de la Fable et de l'Histoire
en fournirent des exemples.
Celui des Compagnons d'Ulisse , trop curieux
de voir ce que renfermoient les tonneaux pleins
de vents, donnés par Eole à leur Roy , servit dans
la premiére Entrée à représenter la punition que
mérite la curiosité témeraire .
La Curiosité passionnée punie aux Enfers dans
Orphée , Chantre de Thrace , qui se presse trop
de regarder sa chere Eurydice , sert de fond à la
seconde Entrée.
La folle Curiosité d'un Solitaire d'Allemagne ,
lequel oubliant son état , se poste sur une éminence
pour y être spectateur d'un rude choc entre
deux Armées , est punie par un boulet de
canon qui lui emporte la tête ; c'est la matiere
de la troisiéme Entrée .
Le Ballet general montre que comme il est
une Curiosité digne de blâme et de châtiment , il
en est une digne d'éloge et de récompense . Telle
est celle qui forte l'esprit à se nourrir de bellesjer
utiles connoissances. La Fable préte encore ici ses
agrémens à la danse, et dispose à la distribution
des Prix , par où finit ce grand Spectacle.
Les Eleves du College qui ont été Acteurs dans
le Ballet sont Mrs Guerin , Marquet , Reding
d'Argenson , l'aîné , le Chevalier d'Argenson ,
Dervillé, de Bourbon Busset , le Chevalier de
S. Aignan , le Blond d'Entreygues , de Chavan.
nes , Damoiseau , Diaz de Torrenueva , Des Touches
, Hermant , d'Erneville , de Marcade , de
Moncé
2016 MERCURE DE FRANCE
Moncé , de Collandre , d'Avesnes , de Farey desc
Granges , Connock d'Albiville , Bronod , de Lopriac
de Donges , Chabannon . Ces jeunes Messieurs
se sont distingués plus que leur âge ne
sembloit le permettre devant une brillante et
nombreuse Assemblée . Le Prince de Conty , le
Cardinal de Polignac grand nombre de Prélats
et d'Ambassadeurs , le Prince d'Elbeuf et plu
sieurs autres Princes et Seigneurs , tant François,
qu'Etrangers , ont assisté à cette Fête , et en ont
fait l'éloge
L'execution du Ballet a parfaitement répondu
à l'invention , par les soins de M. Malter , l'aîné,
qui depuis plusieurs années est chargé des Pas et
de la composition des Danses , dont il s'aquitte
avec la satisfaction et l'aplaudissement du Public.
Toute l'action fut terminée par l'Eloge du
Roy , Fondateur des Prix . M le Marié le
prononça avec beaucoup de grace .
Le total du Spectacle mérita le suffrage des
Spectateurs , sur tout par sa varieté , par sa noblesse
, par le juste assortiment de ses Parties et
par le beau temps , par l'ordre et la tranquilliké
qui en furent les accompagnemeus.
EXTRAIT et Observations sur la
Tragédie de Cadmus et Hermione ,
remise au Théatre le 22. Aout 1737 .
Prince des Poëtes Lyriques François dans
ce premier Opera de Quinault , on ne sçauroit
s'empêcher de prévoir ce qu'il devoit être un
jour , dans le Prologue de Cadmus , l'allégorie
du Serpent Python , suscité par l'Envie contre
le Soleil, est des plus justes et des plus frapantes.
Voici l'ordre des Scenes . Palès
SEPTEMBRE. T37. 12357

Palès , Déesse des Pasteurs et Melisse, Divinité
des Forêts et des Montagnes assemblent
tous leurs Sujets , et les invitent à celebrer la
gloire du Soleil. Pan et sa Suite viennent prendre
part à la Fête. Pan s'exprime ainsi :
Que chacun se ressente
De la douceur charmante ,
Que le Soleil répand sur ces heureux climats ;
Il n'est rien qui n'enchante
Dans ces lieux pleins d'apas ;
Tout y rit , tout y chante ;
Eh ! pourquoi ne rirons - nous pas
Le Théatre s'obscurcit , l'Envie sort de son
Antre ; elle évoque le Monstrueux Serpent Python
, qu : paroît dans un Marais bourbeux ; et
parle en ces termes :
C'est trop voir le Soleil briller dans sa cariere;
Les rayons qu'il fance en tous lieux
Ont trop blessé mes yeux,
Venez , noirs ennemis de sa vive lumiere
Joignons nos transports furieux :
Que chacun me seconde.
Paroissez , Monstre affreux ;
Sortez vents souterrains des Antres les plus
creux ;
Volez , Tyrans des Arts ; troublez la Terre et
POnde
Répandons la terreur ;
Qu'avec nous le Ciel gronde ;
Que
2058 MERCURE DE FRANCE
Que l'Enfer nous réponde ;
Remplissons la Terre d'horreur ;
; Que la Nature se confonde
Jettons dans tous les cours du monde
La jalouse fureur
Qui regne dans mon coeur
Cette invocation et ce qui la suit est également
aplaudi , par raport à la Musique , à la versification
et à l'execution de l'Acteur qui représente
l'Envie. Le Serpent Python s'élance contre le
Soleil et lance contre lui des tourbillons de feu ;
mais le Soleil dardant sur lui des feux plus ardens
, le contraint de s'abîmer avec toute sa
Suite,
Le Soleil reparoît plus brillant qu'auparavant;
il annonce le Spectacle qui doit suivre son triomphe
, et dit à ses fiueles Sujets en les quittant ;
Tandis que je suivrai mon cours
Profitez des beaux jours .

Palès , Melisse et Pan , ordonnent de nouveaux
jeux mêlés de danses et de chants.
Acte premier, Cadmus, Fils d'Agenor er Frere
d'Europe , ouvre la Scene dans une Place publi
que avec un Prince Tyrien. Il fait connoître qu'après
avoir parcouru tout l'Univers pour chercher
Europe sa soeur , et pour punir son Ravisseur ,
dont il ignore le nom il fixe sa course dans
cette contrée de la Grece , pour obéir aux Oracles
des Dieux , il déclare son amour pour Hermione
, fille de Mars et de Venus ; on aprend
dans cet e exposition qu'Hermione est sous la
puissance de Draco, Géant et Roy d'Aonie , que
,
ars
SEPTEMBRE. 1727 20.19
.
Mars favorise et à qui ce Dieu de la guerre l'a
promise . Cadmus n'est point étonné des périls
que le Prince Tyrien lui annonce , et le fait bien
voir par cette reponse.
Th bien ! je périrai , si le Destin l'ordonne ;
Je veux délivrer Hermione ,
Et si je l'entreprends en vain ,
Je ne sçaurois périr pour un plus beau dessein .
Arbas Afriquain de la suite de Cadmus , vient lui
aprendre que tout est prêt pour le divertissement
qu'il a ordonné pour Hernione. Cadmus voyant
aprocher Hermione , se retire après avoir dit :
S'il ne m'est pas permis de lui parler moi-même,
Et d'oser dire que je l'aime ,
Du moins , nos Afriquains , par leurs chants lee
plus doux ,
Pourront l'entretenir de mon amour ext.ême
En dépit d'un Rival jaloux.
Hermione se plaint de son sort à Carite , sa
Confidente et sa Nourice.
Les Afriquains viennent celebrer la Fête que
Cadmus leur a ordonnée ; cette Fête est des
plus brillantes ; rien n'est plus beau que la Chaconne
qu'on y danse , et le Trio , Suivons l'Ameur
, qu'on y chante ; l'aimable simplicité qui
y regne , paroît infiniment préferable à cette
prétendue science dont on fait tant de bruit et
si grand cas aujourd'hui.
Après la Fête , le Geant fait une déclaration
d'amour , très - mal reçûë d'Hermione , à qui elle
est adressée ; les menaces qu'il fait à cette mal-
H heureuse
2060 MERCURE DE FRANCE
heureuse Princesse , animent plus que jamais
Cadmus à se perdre pour l'affranchir de ses tyxaniques
loix ; Junon et Pallas paroissent chacune
dans un Char . Junon menace Cadmus de
er Pallas lui promet son secours. son couroux
Acte II . Le Théatre représente un Jardin or
né de Statues sur leurs piédestaux.
Arbas et Carite, commencent ce second Acte;
ils font connoître que Cadmus est résolu à xemettre
Herinione en liberté par la défaite du
Dragon qui veille à sa garde ; nous suprimons
cette Scene , qui n'a point d'autre défaut que
d'être déplacée On en a suprimé d'autres par la
même raison ; nous ne décidons pas si l'on a
bien ou mal fait , c'est au Public qu'il faut s'en
raporter. Cadmus et Hermione viennent attendrir
les Spectateurs par leurs adieux . Voici ce
que dir Cadmus.
Je vais partir , belle Hermione ;
Je vais executer ce que l'Amour m'ordonne,
Malgré le péril qui m'attend ;
Je vais vous délivrer ou me perdre moi-même ;
Je vous vois , je vous dis enfin que je vous aime;
C'est assés pour mourir content.
Hermione lui répond :
Ah ! Cadmus , pourquoi m'aimez- vous ?
Pourquoi vouloir chercher une mort trop
taine a
Eh ! que peut la valeur humaine
Contre le Dieu Mars en couroux ?
cer-
Voyez en quels périls votre amour vous entraîne ;
J'aurois
SEPTEMBRE. 1737. 2059
J'aurois mieux aimé votre haine.
Ah ! Cadmus , pourquoi m'aimez-vous ?
Cette Scene est des plus tendres qu'il y ait sur
le Théatre Lyrique ; elle est bien executée ; on
auroit pourtant souhaité que Cadmus y eût mis
un peu moins de pathétique et qu'il eût rassuré
Hermione par une noble fermeté.
L'Amour descend sur un nuage ; il fait auprès
d'Hermione ce que son Amant auroit dû faire ;
sa présence anime les Statues ,qui ornent le Lieu
de la Scene , et qui par leurs danses et par leurs
chants , forment la plus brillante Fête , après
laquelle l'Amour dit à Hermione qu'il vole au
secours de son Amant .
Acte III. Le Théatre représente un Désert
et une Grotte. Arbas , avec deux Afriquains , vient
s'acquiter du soin dont Cadinus son Maître l'a
chargé, il s'agit d'un Sacrifice qu'on va offrir
au Dieu Mars ; Arbas ordonne aux deux Africains
qui le suivent , d'aller puiser de l'eau dans
la Grotte . Un Dragon s'élance sur eux et les entraîne
; Arbas donne aux Spectateurs une Scene
comique de peur , qu'on nous permettra de suprimer
encore. Cadmus le trouvant tout tremblant
, lui demande la raison de son effroi ; le
Monstre reparoît . Cadmus le combat , le tuë et
lui arrache les dents , pour Arbas , il a sagement
pris la fuite , il revient quelque temps après pour
faire encore rire les Spectateurs ; on vient enfin
commencer le Sacrifice . Mars paroît sur son
Char et finit ce troisiéme Acte par ces paroles :
C'est vainement que l'on espere`
Que d'inutiles voeux apaisent ma colere ;
Je ne révoque point mes loix .
Hij
Si
2062 MERCURE DE FRANCE
Si Cadmus veut me satisfaire ,
Qu'il acheve , s'il peut , de mériter mon choix,
Un vain respect ne peut me plaire ;
On ne satisfait Mars que par de grands exploits.
Les Furies , à l'ordre que Mars leur en donne
, brisent l'Autel .
Acte I V. et V. Il y si peu d'action dans ces
deux derniers Actes , que nous avons crû ne pou
voir mieux faire que de les réduire à un seul .
Dans le quatriéme le Théatre représente le
Champ de Mars . Cadmus se dispose à ex cuter
ce que les Oracles lui ont ordonné. Il s'agit de
semer les dents du Dragon , qui produiront autant
d'ennemis à combattre , l'Amour vient le
secourir par le don qu'il lui fait d'ure espece de
Grenade , laquelle se brisant en plusieurs éclats,
les remplit d'une fureur qui les excite à s'entreégorger;
ce n'est pas tout , il faut encore triompher
du Géant et de sa Suite ;Pallas vole au secours
de Cadmus et découvrant son Bouclier aux yeux
de ses nouveaux Ennemis,elle les pétrifie;Hermio
ne se présente à lui ; mais ce n'est pas pour longtemps
; Junon paroît sur un Paon , et à son ordre il
s'éleve un nuage de laTerre qui envelope l'Amante
et laisse l'Amant désesperé; le Théatre change et
représente un Palais que Pallas vient de construire
pour les Noces de nos deux fideles Amans; Pallas
aprend à Cadmus que Junon s'est enfin renduë
aux prieres de Jupiter et qu'el'e consent à son
bonheur Jupiter descend , suivi de l'Hymen et
de sa Cour Celeste. Cadmus et Hermione sont
unis à jamais ; leur Hymen est celebré les
par
Dieux et par les hommes , qui forment la Fête
de ce dernier Acte.
EXTRAIT
SEPTEMBRE. 1737. 2063
EXTRAIT d'une Comédie nouvelle
en Vers et en trois Actes , sous le Titre
de L'A **** , précedée d'un Prologue
rep ésentée le 17 Août sur le Theatre Italien
, et reçue très -favorablement .
L
E Prologue a pour objet la Supression du
Titre de la Piece ; c'est un Dialogue entre
le sieur Romagnesi et la Dlle Thomassin . Cette
derniere trouve très mauvais qu'on cache au
Public le Titre d'une Piece soumise à sa censure ;
son Camarade soutient que l'Auteur a agi trèsprudemment
, et finit pár ces quatre Vers qu'il
adresse au Public :
Et si d'avoir un nom , l'Ouvrage vaut la peine ,
Ce soin vous apartient . On a beau declamer ,
Le Titre est de votre domaine ;
Et , qui juge la Piece , a droit de la nommer.
Acteurs de la Comédie.
La Dlle Silvia.
La Marquise , jeune veuve ,
Le Baron Oncle de la Marquise , Le Sr Romagnesi .
Le Chevalier Damon , Amant de la Marquise
déguisé en Femme de Chambre , sous le nom
de Marton , Le Sr DesHayes.
Leandre , Amant de la Marquise , déguisé de
même sous le nom de Finette, Le Sr Riccoboni.
La Comtesse , Amie du Baron et de la Marquise
,
La Dlle Belmont.
Nison, Coëffeuse de la Marq. La Dlle Riccoboni.
Arlequin , Valet de la Marquise.
1
La Scene est dans la Maison de Campagne
de la Marquise.
H iij Le
2064 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier Damon , déguisé en Femme de
Chambre , sous le nom de Marton , ouvre la
Scene , et fait connoître qu'il a été introduit
sous ce déguisement par une Brodeuse qu'il a
mise dans les interêts de son amour ; il attend
sa chere Maîtresse , pour la coëffer , et c'est là
son premier embarras , attendu qu'il n'y entend
rien. La Marquise vient , pour se mettre à sa
toilette, mais elle en est empêchée par l'arrivée
du Baron son oncle , qui lui dit qu'il est temps
qu'elle renonce à l'état de veuve , et qu'elle
songe à se remarier ; elle a beau lui montrer
toute son aversion pour un second Hymen ; il
persiste dans son dessein , et lui dit d'un ton
absolu , qu'il veut avoir des héritiers de sa façon,
ou qu'il se mariera lui-même , si elle në
se détermine promtement à faire choix d'un
Époux.
"'
La Marquise est fort al'armée de ce que son e's
Oncle vient de lui prescrire , elle se met à sa
toilette ; la fausse Femme de Chambre s'acquite
si mal de son devoir , que la Marquise ne peutlui
cacher sa surprise sur son peu d'expérience .
Nison sa Coëffeuse vient à son secours , t lúi
amene une nouvelle Femme de Chambre , plus
adroite que la pr.miere c'en est encore une de
la façon de l'Amour ; c'est Léandre sous le
nom de Finette , il répond avec tant d'esprit aux
demandes que la Marquise lui fait , qu'elle la
retient sur le champ à son service , au grand
regret de Damon , qui sans reconnoître un Rival
, ne laisse pas d'ètre piqué de la préférence
que la Marquise donne à cette nouvelle Femme
de Chambre. Cette derniere commencé d'entrer
en fonction de Coëffeuse , et le fait avec
autant d'adresse , que l'autre a fait voir d'embarras
SEPTEMBRE. 1737. 2055
barras. Nouvelle préférence de la part de la'
Marquise , et nouvelle jalousie de la part de
Marion.
La Marquise étant achevée de coeffer , pro
pose une partie de Bal à ses deux Suivantes
qui ne manquent pas de paroître oposées l'une
; l'autre sur le choix des travestissemens ; la
Marquise leur fait entendre qu'elle voudroit
bien qu'elles fussent toutes deux travesties
en hommes ; le Chevalier Damon l'accepte avec
plaisir , et se fate de la préférence sous cer
habit ; Leandre s'en flate de même . La Marquise
étant sortie , les deux Rivaux travestis se
livrent à leur antipathie secrette , et en viennent
à un éclat qui oblige la Marquise à revenir
, et à leur dire qu'elle veut absolument
qu'on vive en paix chés elle , et qu'elle congédiera
celle des deux qui lui désobéira ; Damon
ne peut s'empêcher de lui laisser entrevoir la
répugnance qu'il a à exécuter ses ordres sur ce
point ; elle s'en irrite , et lui défend de paroître
devant elle jusqu'à nouvel ordre ; Damon cede
la place à Leandre , quoi qu'à son grand regret.
La Marquise est si charmée des manieres engageantes
de la fausse Finette , qu'elle lui ouvre
son coeur au sujet des intentions de son Oncle
la fausse Finette combat son aversion pour le
Mariage ; elle lui demande si cette aversion
n'est pas occasionnée par quelque engagement
secret nouvelle confidence de la part de la
Marquise ; elle lui confesse qu'elle a vû dans
un Bal un Cavalier déguisé en Espagnol qui lui
a paru aimable , elle ajoûte pourtant qu'il n'a
fait sur elle qu'une impression passagere ;
à ce
récit Leandre est charmé de se reconnoître,
H
et
;
2066 MERCURE DE FRANCE
et se propose d'en profiter . Voilà à peu près ce
qui fait Pction principale du premier Acte.
Passons au fecond.
et
;
La fausse Finette et la Coëff use , par qui
elle a été introduite chés la Marquise , commencent
ce second Acte . Finette remercie l'officieuse
Nison du bonheur qu'elle lui a procuré ;
Nison lui aprend , que la prétendue Marton
est un Rival secret , qui s'apelle Damon ,
qu'elle l'a reconnu ; elle l'exhorte à ne point
faire d'éclat , Leandre le lui promet , et la charge
d'une Lettre pour la Marquise ; il se retire
voyant aprocher Damon . Ce dernier qui s'est
douté que la fausse Finette est un homme comme
lui , en fait des reproches à son introductrice
, qui d'abord nie le fait ; mais qui enfin ,
pour lui imposer silence , lui déclare qu'elle le
reconnoît pour Damon , et qu'elle révélera tout ,
s'il est assés imprudent pour faire du bruit
elle se retire voyant aprocher la prétenduë Marton
la conversation entre ces deux Amans déguisés
est d'abord assés vive ; mais ils finissent
tous deux par se prometre un secret réciproque.
Damon se flate de l'emporter quand if
sera sous sa veritable forme ; Leandre s'y attend
aussi , de quelque maniere qu'il ait à combattre
son Rival. Leur conversation est interrompue
par le Baron , Oncle de la Marquise , qui vient
prier Marton d'accompagner une Dame de ses
Amies qui doit aller à sa Terre ; au refus de
Marton il s'adresse à Finette , qui s'en excuse à
son tour ; Marton est d'autant moins disposée à
quitter la Marquise , qu'elle voit que son Rival
secret a commencé à se faire préférer par une
nouvelle robe dont la Marquise vient de luf
faire présent , et la fausse Finette ne veut pas
laissag
SEPTEMBRE 1737. 2067
laisser sa victoire imparfaite après de si heureux
commencemens ; le Baron ne comprend rien à
ce nouveau genre de jalousie , et les traite toutes
deux de folles ; la Marquise sa Niéce survient
, à qui il réitere la priere qu'il lui a
faite dès le premier Acte , de se déterminer à se
marier , si elle ne veut qu'il se marie lui- même.
Le Baron s'étant retiré , Marton se plaint &
la Marquise de la préférence qu'elle, a donnée
à la derniere venue , par la robe dont elle lui a
fait présent ; ses plaintes sont si vives , que la
Marquise la congédie une seconde fois , et ne
lui promet de lui pardonner , qu'après qu'elle
aura apris à lui mieux obéir. Marton se retire ,
non sans ménacer Finette. La Marquise n'en
fait que rire , et continuant à ouvrir son coeur à
sa chere Finette , elle la consulte sur une Lettre
qu'elle vient de recevoir de la part du Masque
Espagnol , dont elle lui a déja parlé à la premiere
confidence ; Finette prend trop d'interêt
à cette Lettre que la Marquise lui donne à lire,
pour ne la point exhorter à y répondre ; la Marquise
le refuse par bienséance , mais la fausse
Femme de chambre la détermine enfin , et s'offre
à écrire la Réponse en question . Cette Lettre
fait un très-beau coup de Théatre ; les Critiques
ont beau dire , que c'est une Imitation
de la Lettre de la Pupille , cela ne lui ôte rien
de son merite ; le fameux Cigognini , Poëte comique
Italien , en a été l'Original avant nos
deux Auteurs François , dans une de ses Comédies
qui a pour titre la Femme de quatre Ma
ris , et peut-être n'étoit-il lui - même qu'imitateur
de quelque Auteur plus ancien ; quoi qu'il
en soit , cette derniere Scene a paru très ingé
Hy nicase
J
2068 MERCURE DE FRANCE
nieuse , quoi qu'elle n'air produit dans la Piece
que le plaisir secret de tirer un tendre aveu , et
de le faire signer par la personne aimée . Le
second Acte finit par cette Lettre si injustement
critiquée.
Avant que d'entrer dans le troisième et dernier
Acte , on sera peut- être surpris de n'avoir point
encore entendu parler d'Arlequin dans les Actes
précedens ; nous avons crû devoir suprimer le
peu d'action que l'Auteur lui donne dans les
Scenes qu'il joue , mais qui ne laissent pas de
plaire , graces à l'habileté de l'Acteur ; revenonsnotre
Piece . Les deux fausses Femmes de
chambre sont toujours Rivales . Marton , pour
prendre sa revanche sur Finette , lui fait croire
que la Marquise vient de lui donner un Bracelet
, auquel son Portrait estattaché ; nous omet
tons ici quelques Scenes peu importantes , pour
hâter le dénouement. La Comtesse Amie du
Baron et de la Marquise , vient remplir ellemême
la commission dont elle avoit chargé le
Baron ; elle est très surprise de reconnoître son
Fils sous les habits de l'une des deux Femmes
de chambre qu'elle a fait demander pour Paccompagner
à sa Terre ; Leandre ne sçait com--
ment excuser ce travestissement aux yeux d'une
Mere si vertueuse ; il lui avoïe son amour pour
la Marquise ; la Comtesse lui fait une reprimande
très sevére , et lui ordonne de réparer sa
faute par une prompte retraite ; Leandre a bien
de la peine à laisser le champ de bataille à son
Rival ; il aprend à sa Mere qu'il a un complice
de son crime dans la personné de Damon , et
la quitte pour aller reprendre son habit de Cavalier.
La Comtesse prend le parti de déclarer
ce qui se passe au Baron Oncle de la Mar-
އ
quise
SEPTEMBRE . 1737 2069
ton ;
à
;
quise , cette derniere voyant aprocher Damon
en Cavalier , le méconnoît d'abord pour Marà
peine Damon s'est-il fait connoître
à elle , que Finette s'offre à son tour ses yeux
en Cavalier ; elle prend cela pour un jeu , ét
pour la Mascarade qu'elle a projettée elle-même
; les deux Rivaux font de leurs mieux pour
lui plaire sous leurs nouveaux habits mais
Leandre se fait toujours préferer à Damon. Le
Baron et la Comtesse viennent enfin tirer la
Marquise d'erreur , elle est vivement piquée du
tour qu'on lui a joué , mais avec cette difference
, qu'elle n'apelle qu'imprudence dans Leandre
, ce qu'elle traite d'outrage dans Damon
le Baron lui fait entendre que , toute innocente
qu'elle est , sa gloire n'est pas en sûreté , si elle
'impose silence à la médisance par le choix
d'un Epoux ; elle se détermine enfin en faveur
de Leandre , et congédie Damon. Le Baron
et la Comtesse donnent les mains à cet Hymen,
par où finit la Comédie qui est parfaitement
bien représentée par tous les Acteurs , et suivie
d'un trés joli Divertissement Chinois , composé
par les sieurs Riccoboni et Deshayes , et dansé par
les mêmes Acteurs. La Musique du Divertisse
ment est de la composition du sieur Blaise , Basson
de la Comédie Italienne , et très bien carac--
térisée. Au reste cette Piece a été très - suivie et
fort goûtée. On en donna lame Représentanon
le Samedi 28. dè ce mois: Tout le monde
convient qu'elle est très-bien versifiée , et qu'elle
mérite les aplaudissemens dont le Public Pho
pore. Elle paroît très -bien in primée , chés Praule
le pere , Quai de Gevres , au Paradis , Brochure
de 117 pages , 17 37.**
H. vj A
2070 MERCURE DE FRANCE
A M. DE BOISSY sur la + ***
Du Public enchanté le suffrage unanime ,
De l'Auteur du Secret rend les soins superflus:
Sa Piece le décelle , on ne l'ignore plus.
Le talent décidé , peut - il être anonyme ?
Par M. PESSELIER .
Le 3. Septembre , le sieur Verodak , natif de
Strasbourg , débuta sur le Théatre Italien , et
joua le Rolle d'Arlequin dans la Comédie d'Arlequin
Aprenti Philosophe. Le même Acteur a
joué encore le même Personnage dans deux autres
differentes Comédies , où il n'a pas été plus
goûté que la premiere fois.
Le r . on remit au Théatre la Comédie de
Timon le Milantrope , dans laquelie un nouveau
Chanteur parut pour la premiere fois , il chanta
, avec aplaudissement , differens Airs dans les
Divertissemens de la Piece .
3
Le 18. Les mêmes Comédiens remirent au
Théatre une petite Piece d'un Acte , en Vers
de M. de Boissy , qui a pour Titre : l'Apologie du
Siécle ou Momus corrigé , jouée dans sa nouveauté
en Avril 1734. et dont on a donné Ex
trait dans le Mercure de May de la même année.
L'Auteur y a ajoûté une Scene nouvelle dans
laquelle Momus vante fort les talens de la nouvelle
Actrice du Théatre François. Il y a ajoûté
aussi d'autres Scenes tirées d'une Comédie du
même Auteur , intitulée : La Critique , representée
sur le Théatre Italien en Février 1732
Toutes ces Scenes anciennes et nouvelles , plei
nes d'esprit et de traits brillans , ont été parfaitement
SEPTEMBRE. 1717. 2071
tement bien representées et très - aplaudies da
Public.
VERS extraits de Momus Corrigé
sur le début de Mlle. Dumesnil
à la Comédie Françoise.
Dans son b.illant Essai qu'aplaudit tout Paris ,
Le supréme talent se dévelope en elle ;
፡ Et prenant un essor dont les yeux sont surpris
Elle ge suit personne , et promet un modele .
Le 4. de ce mois , la Dlle. A. Froment
autre nouvelle Actrice , parut au Théatre Fran
çois dans la Tragédie de Médée de feu M. de
Longepierre , et y joua le principal Rôlle. Elle a
joué depuis celui d'Ariane dans la Tragédie de
Thomas Corneille , et celui de Roxane dans la
Tragédie de Bajazet de Racine ; et les aplaudissemens
dont le Public l'a honorée prouvent
le cas qu'il fait de ses talens .
YERS à Mlle Gaussin , representant
le Rolle de la Pupille . Par M. d'Arnaud.
En ce jour , Pupille adorable
Que ne suis-je votre Tuteur !
Un seul mot, un soupir , un regard enchanteur,
Ce silence éloquent , cet embarras aimable
Tout m'instruiroit de mon bonheur ;
Vos yeux , en m'aprenant leur secrete langueus,
M'embrazeroient d'un flamme innocente .
U ne Pupille aussi charmante
Mérite bien le droit de toucher son Tuteur.
LI
2072 MERCURE DE FRANCE
Le 14. Septembre , l'Opera Comique donna
la suite de la Parodie de Cadmus , deux Pieces
Nouvelles , d'un Acte chacune , avec des Divertissemens
; la premiere a pour Titre : Le Revenant
; et l'autre , La Muse Pantomime. Cette
derniere Piece a été très - goûtée . Elle est suivie
d'un Concerto dansé par les meilleurs Sujets de la
Troupe , lequel a été aplaudi. H est très-bien
executé.
Le 21.on'donna encore une petite Piece nouvelle
d'un Acte ,intitulée La Bequille , qui a étégoû
tée. Elle est précedée de la Parodie de Cadmus et
de La Muse Pantomime dont on vient de parlert-
***************
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
N mande de Constantinople que plusieurs
des Pachas qui assisterent au Divan assém
blé le 27. Juin dernier , representerent que, malgré
l'esperance de pouvoir remporter quelques
avantages en faisant la guerre aux Moscovites ,
il seroit toujours important de conclure la paix
avec la Czarine , afin de pouvoir remedier aux
maux causés par la longueur de la guerre de
Perse. Il fut résolu que la Porte envoyeroit de
nouvelles instructions à ses Ministres Plenipo
tentiaires , pour les autoriser à lever les obstacles
qui avoient retardé jusqu'à présent l'accommodement
entre les deux Puissances , et à propo
ser une suspension d'armes , pendant laquelle on
put convenir des conditions préliminaires de cet
accommodement
AUSSIT
SEPTEMBRE. 1737. 2073
RUSSIE.
Na apris de Petersbourg que le General
nommé Atz Oba , sur le bord du Golfe de Jeftorin
, il avoit trouvé an gué par lequel il pou ~~
voit faire traverser ce Golfe son aimée ; que
le 13. les Moscovites avoient commencé à le
passer , et qu'on esperoit que toutes les troupes
seroient le 17. de l'autre côté du Golfe.
On a apris en même temps que les Kans Jefremoff
etKresnoschokow, que General Lescy,
avant que de décamper d'Adzis , pour se rendre
Atz Óba , avoit envoyés à la découverte, cha
cun avec un Corps de Cosaques et de Calmouques
, ne sont retournés à son camp qu'aprèsavoir
brûlé plusieurs Villages le long de la Riviere
de Kerasso , et après avoir enlevé une
grande quantité de bestiaux. Environ soe. Co--
saques de l'Ukraine et du Pays de Grusinski,
qui avoient été faits prisonniers par les Tartares,
on profité de l'occasion pour s'échaper, et pour
atler joindre les Moscovites. Le Kan Jefremoff
dans sa course a emporté d'assaut un poste gardé
par 200. Tartares ; il a fait 47. prisonniers.
La Czarine , qui avoit été informée par un
des couriers précedens , que la Flotte du Grand
Seigneur avoir canonné l'Escadre Moscovite , a
apris par les dernieres lettres du General Lescy
le détail suivant touchant cette entreprise du Ca--
pitan Pacha.-
Le 8. Juillet la Flotte Turque , composée de
rois Vaisseaux de guerre et de 77. autres Bâtimens
, jeu a l'ancre près de l'endroit où étoit
campé le Corps commandé par le Major General
Lewacoff , et les Vaisseaux de guerre ainsi
que les Galeres , canonnerent pendant tout le
jour
1
2074 MERCURE DE FRANCE
jour les Lignes dans lesquelles ee Major Gene
ral étoit retranché. L'Escadre Moscovite s'étant
apro hée du Camp la nuit suivante , à la distance
de sept Werstes , les ennemis leverent
l'ancre le lendemain et allerent se poster à
qua
the Werstes de l'Escadre , qui fit toutes les dispositions
nécessaires pour se défendre .
La nuit du 9. au 10. il s'éleva une violente
tempête , et que ques Bâtimens de l'Escadre, laqu'elle
n'étoit que d'un côté à l'abri du vent ,
furent considérablement endommagés. Une Galere
et deux Caravelles des Turcs furent brisées
contre la côte .
Le 11. à midi , la Flotte du Grand Seigneur
s'avança sur deux lignes , les Galeres et les
Praames formant la premiere ligne , et les Vaisseaux
de guerre étant au centre de la seconde ,
et elle canonna jusqu'au soir l'Escadre de Sa
Maj . Cz. mais le grand feu que firent les Moss
covites obligea enfin les ennemis de s'éloigner
de la côte.
On a publié à Petersbourg , par ordre de Sa
M. Cz; une Relation du Siege d'Oczakow ,
par laquelle il paroît que les Assiegeans n'ont
perdu qu'un Colonel , deux Lieutenans -Colonels
, deux Majors , 75. Officiers , et environ
980. Soldats , et que du côté des Assiegez il y a
eus . Pachas et 1700 hommes de tués , sans y
comprendre ceux qui se sont noyés , ou qui ont
éré ensevelis sous les ruines des magazins àà pou
dre qui ont sauté en l'air.
Le Comte de Munich a mandé depuis qu'après
avoir laissé une garnison de sooo . hommes
dans Oczakow , il avoit marché le 21
4. Werstes font une lieuë de France.
Juillet
SEPTEMBRE. 1737. 2075.
Juillet dernier pour s'aprocher de Bender , et
que le lendemain il avoit été rejoint par le Gé̟-
néral Leontiew .
Selon les Lettres du même Général , le 23 .
Juillet les équipages du Prince- Antoine-Ulrich
de Beveren furent attaqués par un détachement
des Troupes Ottomanes , lequel fur forcé de se
retirer après avoir fait une perte considerable.
Trois cent cinquante Hommes que le Comté
de Munich avoit envoyés , sous les ordres du
Colonel Ferner et du Lieutenant- Colonel . Lieven
, pour reconnoître un Camp qu'il avoit dessein
d'occuper , furent envelopés par 5000
Turcs ; M. Ferner ayant fait d'abord mettre
pied à terre à sa troupe , et en ayant formé un
Bataillon quarré , se défendit avec tant de valeur
, qu'il donna le temps au Conte de Munich
de faire marcher deux Regimens à son secours,
l'Officier Général qui commandoit ce renfort
mit les ennemis en déroute , et les Moscovites
n'eurent en cette occasion qu'un très - petit nom
-bre d'hommes de tués ou de blessés .
1.
L'Officier qui a remis à la Czarine ces dépêches
, a presenté en même temps à S. M. Cz.
les Drapeaux et les Queues de Cheval qu'on a
pris dans Oczakow , et il a conduit à Petersbourg
les principaux Prisonniers faits dans cette
Ville , du nombre desquels sont le Seraskier
Saghia , Pacha à trois Queues, gendre du dernier
Grand Visir ; Mustapha Pacha Gouverneur
d'Ozakow, Pacha à deux Queuës , et Osman
Bey , qui commandoit les 3000. Bosniens
que le Grand Vizir avoit envoyés pour
renforcer la Garnison. La Czarine a ordonné
qu'on arborât les Drapeaux et les Queues de
Cheval dans la Salle des Victoires , et qu'on loget
2076 MERCURE DE FRANCE
geat convenablement les Prisonniers de distinc
tion , lesquels ont la liberté de se promener dans
la Ville avec des Gardes.
On a apris le détail suivant par les dernieres
lettres du Général Lescy : Toutes les Troupes
Moscovites qui sont sous les ordres de ce Gé- "
néral , ayant achevé le 19. Juillet de passer le
Golfe de Jeftorin , il continua sa marche , et fit
piller et bruler tous les Villages et toutes les Habitations
qui étoient sur les bords des Rivieres de
Kerasso , de, Kasar , de Salgir et d'Invel.
Le 23. le Kan de Crimée, à la tête d'un Corps
considérable de Tartares attaqua les Moscovites
près de la Ville de Bassar, et il les chargea avec tant
de vivacité que ceux - ci furent d'abord mis en dé
sordre , mais s'étant ralliés, ils repousserent les
ennemis, qui furent poursuivis pendant près de 3 .
lieues par les Cosaques et par les Caimouques.
L'Armée se reposa le 24. pour se remettre un
peu des fatigues d'une marche aussi longue que
penib e , mais les Cosaques et les Calmouques allerent
en course du côté de la Ville de Bassar , et
ils amenerent au Camp un grand nombre de
prisonniers et une grande quantité de butin .
Le 25. le Général Lescy détacha pour aller reconnoître
unCorps de Troup sTurques de 12000 .
hommes , qui étoit campé dans les environs de
la Ville de Bassar , le Comte de Douglas , Lieutenant
- Feldt- Maréchal , lequel défit 1 500. Tartars
qui vouloient lai couper le chemin. Le
Général Lescy s'étant avancé lui - même à une
très - petite distance de la Ville , et à la vue des
ennemis , il fit marcher deux Regimens de Dragons
et tous les Cosaques pour les attaquer. Les
Turcs , après une assés longue resistance , abandonnerent
leur Camp , et les Moscovites ayant
donné
SEPTEMBRE. 1737. 2077
donné l'assaut à la Ville , s'en rendirent maît
tres. Tous les Turcs qui s'y sont trouvés ont
été massacrés les seules Femmes ont été
épargnées ; la Ville a été pillée , et elle a été
entierement reduite en cendres.
2
Il y avoit dans Bassar deux Eglises Grecques
et une Armenienne , une Synagogue , 38. Mos "
quées , 27. Magasins , 8000. Maisons de pierre,
et environ 1300. de bois. Le Général Lescy
ayant donné ordre aux Calmouques de ruiner
toutes les habitations que les Tartares avoient
dans les montagnes , retourna sur ses pas , paree
que l'Armée manquoit de fourages , et que
les défilés des montagnes voisines du Lieu où Bassar
étoit située , sont si étroits que quatre hom
mes ne peuvent y passer de front .
Le 26. L'Armée fut à peine arrivée dans la
plaine sur le bord du Fleuve de Karass , que les
ennemis qui étoient campés de l'autre côté du
Fleuve , s'avancerent en ordre de batail e , et
canonnerent pendant long temps les Moscovites.
Les Cosaques et les Calmouques de ' Armée
de la Czarine passerent le Karass, malgré le grand
feu des Tartares , leur enleverent un Drapeau ,›
et firent prisonniers deux de leurs Mursts. Com
me le Général Lescy ne jug a pas à props de
tenter le passage de ce Fleuve , il rapella les
Troupes qu'il avoit détachées , et il continua sa¹
marche , et le Brigadier Général Kolekotzow
demeura avec 7000. homines pour garder les
équipages qui ne pouvoient marcher aussi vîte
que l'Armée.
Le 2. Août , les Moscovites étant arrivés sur
le bord de la Riviere de Sangurski , et ayant
commencé à passer cette Riviere , le Kan de
Crimée , qui avoit été joint par un Corps de
200000
2018 MERCURE DE FRANCE
20000. Turcs , venus depuis peu de Caffa , s'a
procha de l'Armée à la distance d'une Werste
et demie , mais il se retira après avoir soûtenu
pendant plus de quatre heures le feu de l'Artille
rie du Général Lescy . On assure que dans la
route que ce Général a faite pour se rendre de
la Riviere de Karass à celle de Sangur ki , it a
fait bruler plus de mille Bourgs ou Villages.
On a apris en dernier lieu que les Ministres
Plenipotentiaires qui assistent de la part de la
Czarine au Congrès de Niemirow , ont mandé
à S. M. Cz. que l'ouverture de ce Congrès s'étoit
faite le 27. Juillet dernier , et que les premieres
Conferences ayant été employées à regler
ce qui regardoit le Cérémonial , on n'avoit
point encore travaillé à examiner les moyens
de parvenir à la paix .
Les mêmes avis portent que les Ministres
Plenipotentiaires de l'Empereur et ceux du
Grand Seigneur montroient un égal empresse
ment d'y contribuer , et que les derniers avoient
reçû de la Porte de nouvelles instructions par
lesquelles Sa Hautesse les autorisoit à proposer
une suspension d'Armes , pendant laquelle on
pût convenir des Articles préliminaires.
L
POLOGNE .
Es Lettres de Niemirow marquent que les
Ministres Plenipotentiaires du Grand Seigneur
s'y étant rendus de Spidow le 25. du mois
de Juillet dernier , ils y avoient fait leur Entrée
publique , et que la Marche s'étoit faite dans
P'ordre suivant : La Noblesse du Palatinat de
Braclaw ; un détachement de 120 Dragons ,
commandé par M. Knobelsdorf; 12 Pages du
Reys
SEPTEMBR E. 1737. 2079
Reys Effendi , premier Miniftre Plenipotentiaire
; Chevaux de main avec de magnifiques
caparaçons le premier Interprece de la Porte ,
accompagné de ses domestiques ; 80 Chatirs ou
Valets de pied des deux autres Ministres Plénipotentiaires
; leurs principaux Domestiques et
leurs Pages , 10 Palfreniers à pied , qui condui
soient un pareil nombre de chevaux , dont les
selles et les housses étoient brodées d'or , et
semées de perles ; Metipey Effendi , troisiéme
Ministre Plénipotentiaire , précedé de 10 Agas ;
plusieurs Instrumens Militaires ; douze Agas et
un Mola ou Docteur de la Religion Mahometane
; Mustapha Effendi , second Ministre Plénipotentiaire
; un grand nombre de jeunes Turcs
vêtus d'habits fort riches , les Chatirs du Reys
Effendi , douze de ses Pages ; trente Cavales Arabes
conduites chacune par un Palfrenier , et dont les
harnois ne cedoient point en magnificence à
ceux des chevaux qui précedoient. Le Reys Effendi
venoit ensuite , et il étoit entouré de ses
Agas et de plusieurs Turcs de distinction. La.
Ma che étoit fermée par 400 personnes de la
suite des Ministres Plénipotentiaires, et par leurs,
Equipages , qui consistent en 200 chariots , 150
chameaux , et 200 autres bêtes de charge.
Les Ministres Plenipotentiaires , en entrant
dans la Ville , furent salués d'une triple décharge
de toute l'Artillerie , et le Général Mir , aprés
les avoir complimenté de la part de la Repu
blique , les conduisit au Camp qui avoit été pré
paré pour eux et pour les Ministres Plénipoten
tiaires de l'Empereur et de la Czarine . Ce Camp
est coupé en deux par la riviere de Niemirow .
Les Ministres Plénipotentiaires de l'Empereur
et ceux de la Czarine , ont leurs téntes sur le
bord
2010 MERCURE DE FRANCE
bord de cette riviere , du côté de la Pologne ,
et ceux du Grand Seigneur sont campés sur
Pautre bord du côté de la Turquie . Ces der
niers occupent avec leur suite 170. tentes, dont
Al en a 9. remarquables , tant par leur extrême
grandeur , que par la richesse des étoffes cont
elles sont doublées.
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne , " que depuis la levée
Oda Sage de Balaguuck , plusieurs Partis
des Troupes Ottomanes étoient entrés dans cette
Province , et dans la Servie imperiale , et qu'ils
y commettoient beaucoup de désordres.
Les memes Lettres portent qu'un Corps de
1500 hommes d'Infanterie et de 1000 hommes
de Cavalerie des Ennemis avoit passé la Morave
pour s'emparer du Poste de Rominiza , et que
M. Cisser , qui le gardoit avec un Détachement
d'Infanterie , n'ayant pas jugé à propos d'atten
dre qu'il fut attaqué , s'étoit retiré avec son
Détachement dans le Fort d'Isatak r . Sur ces
nouvelles , l'Empereur a envoyé ordre de faire
assembler dans la Servie et dans l'Esclavonie
tous les Paysans qui sont en état de porter les
armes.
Le Comte de Seckendorf a mandé à S. M. I.
que le Lieutenant Colonel du Regiment de Preffenkorn,
lequel avoit éte détaché avec 300.chevaux
par le General Schmettau , étoit tombé
dans une embuscade des Turcs , et qu'il avoit
été tué avec so. Cavaliers.
Selon d'autres avis , le Pacha de Widden à
qui l'on avoit envoyé un Officier pour le sommer
de se rendre , ayant fait réponse qu'il étoit
résolu
SEPTEMBRE. 1737. 2081
ésolu de se défendre jusqu'à la derniere extrémité
, le Comte de Kevenhulier envoya le 14
Août dernier un Lieutenant Colonel avec foo
Cuirassiers , pour reconnoître le dehors de la
Place. Comme ce Détachement s'avança avec
trop pu de précaution , il fut attaqué par 2009
hommes de Cavalerie Turque , et il auroit couru
risque d'être envelopé , s'il n'avoit été secouru
promtement par un Corps de Dragons et de
Hussards. Il y a eu du côté des Impériaux cent
hommes de tués , du nombre desquels sont M •
Schwantner , C pitaine du Regiment de Lanthieri
, et un Capitaine de Hussars.
Quelques heures après cette action , le Comte
dc Kevenhuller arriva devan Widden et il commença
le même jour à former le Blocus de la
Ville , qu'il a fait entierement enfermer du côté
de la Terre par une ligne de circonvallation . ,
Le Comte de Wallis est retranché vis- à - vis
de cette Place , sur l'autre bord du Danube ; et
sur l'avis qu'on a reçû que 3000 Turcs s'étoient
embarqués à Nicopolis , pour tâcher de se jetter
dan Widden , le Comte de Kevenhuller a posté
des Troupes et du Canon sur les deux bords du
Danube , dans les Endroits où ce Fleuve est le
us étroit , au dessous de la Ville , afin d'empecher
les Assiégés de recevoir ce secours.
Les derniers avis reçûs de Bosnie portent que
le Pacha de Tabernick avoit fait massacrer les
Habitans de quelques Villages de cette Province,
qui s'étoient soumis à l'Empereur , et que
3000 Turcs avoient forcé un Corps de Rasciens
qui étoit campé à Targoman , d'abandonmer
ce Poste , et de repasser la riviere de Trin
ITALIE
2082 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
E Duc de S. Aignan , Ambassadeur du Roi
I de France à Rome, a fait sçavoir au Conte
de Bielk , Senateur Romain , que § . M. T. C.
avoit accordé à ce Senateur une Pension de six
mille liv . sur l'Abbaye de S. Germain des Prez .
Les Lettres de Naples marquent qu'on y avoit
reçu avis de Massa Lubrense , que le Grand
Vicaire qui y résidoit , avoit éte inhumainement
traîné dans les rues par des Sbirres qu'on
avoit envoyés pour l'y arrêter et que cet Ec
clésiastique étant prêt d'expirer entre leurs
mains , ils n'avoient permis à un Prêtre de lui
donner l'Absolution , que parce qu'ils y avoient
été contraints par les cris de tout le peuple.
Ces Lettres ajoûtent , que vers la fin du mois
dernier , le feu prit aux Bois des Camaldules ,
près de Naples , et que le grand vent qui soufoit
, fit faire aux flammes des progrès si rapides,
qu'en peu de temps elles gagnerent plusieurs Vil
lages voisins , lesquels auroient été réduits en
cendres , s'il n'étoit survenu une pluye abondante
, qui jointe au prompt secours qu'on
aporta , arrêta la violence de l'incendie .
On écrit de Malte du 22 Juillet dernier que
dans les premiers jours du mois de May dernier
, il aborda en cette Isle un Bâtiment François
, dont le Patron qui venoit de Barbarie ,
rendit une Lettre au Grand Maître . Cette Lettre
étoit du Bey de Tunis , lequel après avoir
fait le détail d'une révolte considérable arrivée
en cette ville , dont il a été contraint de s'en-
. fuir , et de se retifer à Souza , sollicitort les secours
de l'Ordre contre un grand nombre de
Bâtimens ,
SEPTEMBRE. 1737. 2083
*
1
Bâtimens , par lesquels le nouveau Bey , que
les Séditieux avoient élú en sa place , faisoit
bloquer le Port de Souza , pour empêcher qu'on
n'y portât du secours et des vivres.
Le Grand Maître et le Conseil ordonnerent
aussi-tôt à M. le Bailly de Vignacourt , Général
des Galeres de l'Ordre, de se rendre sur la Côte
d'Affrique, avec son Escadre et trois Vaisseaux ,
afin de profiter des divisions survenues entre les
Barbaresques. Ce Général mit à la voile ; mais
la nouvelle de son départ ayant dissipé les Bâtimens
qu'il alloit chercher , il ne trouva sur la
Côte où il arriva qua re jours aprés , qu'une
seule Polacre , mâtée en Vaisseau , montée de
seize Pieces de Canon et de trente six Prerriers,
et armée de deux cent cinquante hommes. Eile
prit chasse dès qu'elle eût aperçu les Galeres qui
la poursuivirent , et sentant sa perte inévitable ,
elle alla s'échouer et s'enfoncer dans des Basfonds
, dont toute la Côte est remplie Les Galeres
s'en étant aprochées, autant qu'elles le pû
rent sans risque pour la canoner , les 250.
hommes qui la montoient en débarquerent
promptement , et y mirent le feu . M. le Bailly
de Vignacourt , après avoir vu consumer toutà-
fait le Bâtiment , vint mouiller dans le Port
de Souza , d'où cinq heures après il partit pour
aller croiser sur les Côtes de Sicile , où il acheva
sa campagne. Cette Expédition a tait beaucoup de
bruit dans toute la Barbarie . L'ancien Bey de
Tunis a envoyé une Ambassade à l'Ordre , pour
le remercier et lui faire part des esperances qu'il
a de remonter bien- tôt sur le Trône .
On aprend de Génes que les dernieres Lettres
de M. Rivarola marquent , que dans le temps
qu'il étoit prêt de faire partir le Bâtiment , par
I Jequel
2084 MERCURE DE FRANCE
lequel on les a reçues , le bruit s'étoit répandu
la Bastie , que le principal Chef des Rebelles
étoit revenu dans l'isle de Corse , et qu'il y
avoit fait débarquer des armes et des munitions.
Avant l'arrivée de ces Lettres , on avoit apris
que ce Chef avoit touché sur les Côtes de Por
tugal , et qu'il s'étoit rendu à Lisbonne , où il
avoit demeuré incognito pendant quelques jours.
On a reçu avis en même temps , que pendant
son séjour en cette derniere Ville , il avoit écrit
à la Comtesse de Schaffemberg , Dame d'honneur
de la Reine de Portugal , pour la prier de
lui procurer une Audience de leurs Majestés
Portugaises ; mais que cette Dame ayant fait
réponse qu'elle ne pouvoit se mêler de cette
affaire , et qu'il devoit s'adresser au Cardinal
Motta , il avoit pris le parti de sortir promptement
de la Ville et de se rembarquer.
La précaution que les Rebelles ont prise de
faire soûtenir leurs Moissonneurs par un grand
nombre de troupes , a empêché que les troupes
de la République ne les inquiétassent pendant
la Moisson. Depuis que leurs grains sont serrés
, ils ont formé le Blocus d'Ajaccio. Leurs
Détachemens commettent beaucoup de désor
dres dans la Calenzana , et ils ont ruiné les habitations
de divers Particuliers , qu'ils soup-
Connoient d'entretenir des intelligences secretes
avec la République.
On a reçû avis de Genêve , qu'il y a eu dans
la derniere émeute environ trente personnes de
le
tuées ou de blessées , tant du côté des Habitans
que de celui de la Garnison , et que
Syndic de cette Vile , pendant qu'il étoit occupé
à faire cesser le désordre , a reçû un coup de
fusil dont il a eu une main percée et un doigt de
pautre emporté. Les
SEPTTEMBRE. 1737. 2085.
Les Magistrats s'étant adressés à M. de la Clo
sure , Résident du Roy de France , pour quil
contribuât par ses bons offices à calmer l'agitation
des Habitans ; il est parvenu à leur faire
quitter les Armes. Depuis que la sédition a été
apaisée , il est arrivé à Genève deux Députés.
chargés par le Canton de Berne de travailler à
concilier les deux partis et à ménager entre eux,
un accommodement durable.
Ces Députés ont eû de fréquentes Conférences
avec les Magistrats et les principaux d'entre les
Citoyens ; ceux -ci exigent qu'à l'avenir les Magistrats
qui seront élûs , soient confirmés
par le
Peuple , et que la Garnison soit reduite à 540 .
hommes , et il forment 59. autres demandes
dont les Magistrats refusent de leur accorder la
plus grande partie , parce qu'ils prétendent que
presque routes ont pour but de donner au Peuple
un pouvoir qui seroit préjudiciable à la République,
et que les autres tendent à embarrasser tellement
les procedures criminelles , que rarement
les coupables pouroient être punis.
Les trois Habitans qui ont été condamnés
au bannissement , et dont la Sentence à causé la
derniere émeute , ont été convaincus non-seulement
d'avoir fait en public plusieurs déclamations
indécentes contre la maniere dont les affaires
de la République étoient administrées ,
mais encore d'avoir rendu de faux témoignages
et d'avoir suborné des témoins contre le second
Magistrat de Genêve .
On a apris depuis que le Canton de Zurich
y a envoyé des Députés pour travailler conjointement
avec ceux du Canton de Berne , à rétablir
l'union entre les Magistrats et les Citoyens. Cet
derniers continuent d'en être les maîtres abso-
I ij lus
2086 MERCURE DE FRANCE
fus , et ils ont emprisonné ou chassé plusieurs
personnes du parti qui leur est oposé , après être
entrés de force dans leurs maisons et en avoir
enlevé les Armes. M. Mestrezat , premier Commis
de la Chancellerie , a été tué dernierement
par les Séditieux , ainsi que le nommé Siordet ,
Caporal d'une Compagnie de 'la Garnison . Quelques
Habitans ont blessé de plusieurs coups de
feu M. Toureille , et M. Massé , Citoyen , lequel
fut poursuivi si vivement , qu'il fut contraint de
se jetter dans le Rhône.
Depuis la derniere émeute , le Prince Frederic
de Hesse Cassel , plusieurs Etrangers de distinction
, et près de 2000. habitans , du nombre
desquels sont cinq Conseillers du petit Conseil et
la plupart de ceux du Conseil des 200. se sont
retirés dans les Villes voisines. Les Magistrats et
les autres personnes de leur parti , qui ont quitté
cette Ville , ne veulent y rentrer qu'après que la
Bourgeoisie aura remis à la Garnison la garde
des Portes et celle de l'Hôtel de Ville ; qu'elle
aura rendu les Armes à tous ceux à qui elle les
a enlevées , et que les Députés des Cantons de
Berne et de Zurich se seront rendus garands des
articles d'accommodement dont les deux partis
seront convenus. La Bourgeoisie demande qu'il
soit stipulé dans ces articles , qu'à l'avenir l'Hôtel
de Ville ne soit gardé que par les Habitans ,
et que les Capitaines des Compagnies de la Gars
Mison soient confirmés dans leurs Emplois pag
Le Conseil General .
ESPAGNE,
E 27. du mois dernier plusieurs Vaisseaux
Lde la Flotille arriverent à Cadix , et ils y farent
joints le 28. par les autres Bâtimens qui
SEPTEMBRE . 1737 イ2087
s'en étoient séparés . Cette Flotte , composée de
13. Vaisseaux et commandée par Don Manuel
Lopez Pintado , Lieutenant General das Armées
Navales de S. M. C. a aporté la valeur de 14 .
milions 100 mille piastres en argent non monle
Roy
noyé dont il y a un douziéme pour
;
119950. piastres , tant en or qu'en argent monnoyé
; 642875. livres de Cochenille ; 254000 .
de Vanille , 237. quintaux de Cuivre ; 2000. de
bois de Jalap 950. livres de Rhubarbe ; 2175 .
de Baume ; 1400 de racines de Méchoacan
3475. de Salsepareille . 9239 5o . de Sucre de la
Havane ; 800175. de Tabac , dont 600000
apartiennent à S. M. 6845. Cuirs tannés , 65000.
quintaux de bois de Campêche , dont 10000 .
sont pour le Roy; 81250. livres de Coquillages ;
2932. pains de Cacao, 2975. de Laine de Vi
gogne ; 2300. livres de Nacre. On compte que
la charge des 13. Vaisseaux monte à dix - sept
millions de piastres.
Le Marquis de Caylus , Chevalier de la Toi-
Son d'or et Capitaine Géneral des Armées du
Roy , a été nommé Viceroi du Royaume de Valence.
On a apris de Cadix , que le Marquis d'Antin-*
y étoit arrivé le 31. du mois dernier , et qu'il
avoit ramené sur les Vaisseaux de son Escadre
75. Esclaves François , que les Religieux Mathurins
et ceux de la Mercy , de la Rédemption
de France , ont rachetés dans le Royaume de
Maroc.
Le Pere la Caze , Religieux de la Mercy ,
Député pour cette Rédemption , est mort des
fatigues du voyage à la Rade de Salé.
I iij MORTS
87
2018 MERCURE DE FRANCE:
洗洗洗
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
>
N mande de Madrid que la Mere Marie-
Anne da Fé mourût le 17 Juillet à Santa--
rem dans le Monastere de Sainte Claire , âgée
de cent neuf ans , étant née en 1628. Elle avoit
pris l'Habit de Religieuse dans ce Monastere à
l'âge de 45 ans.
Le .... Août, Sophie Chrétienne , Märgra--
ve Douairiere de Brandebourg Culmbach , née
Comtesse de Wolffstein , mourut ay Château de
Freidensbourg en Dannemarck , dans la 70ean--
née de son âge , était née le 24 Octobre 1667. -
Elle étoit fille d'Albert Frederic , Comte du Saint
Empire Rom . et de Wolffstein , Seigneur d'O--
bern- Sultzberg , et de Pirbaum , mort le 6: No--
vembre 1693 , et de Sophie-Louise , née Com--
tesse de Castel- Remlingen , morte le 19 Juillet
1717. Elle avoit été mariée le 14 Août 1687
avec Christian Henri , Margrave de Brandebourg-
Culmbach-Weverlingen , Général Major
des Armées du Roi de Prusse , et Colonel d'un
Regiment de Cavalerie à son service , né le 19 %
Juillet 1661 , et mort le 26 Mars 1708. Elle en
avoit cu 14 enfans , dont 7 sont morts en bas
âge , et les 7 autres sont :
1. Georges Frederic- Charles , dont on parlera
ci-après.
2. Albert Wolfang , Margrave de Culmbach ,
né le 8 Decembre 1689, Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , et Général Feldt - Maréchal de Camp
a service de l'Empereur , et Chevalier de l'Orate
de l'Elephant..
3.Do..
SEPTEMBRE. 1737 , 2089
1
3. Dorothée-Charlotte , née le 4 Mars 1691 ,
mariée le 8 Juillet 1711 avec Charles Louis
Comte de Hohenlohe- Weiexersheim , et morte
lé 2 Avril 1712 :
4. Sophie -Magdeleine , née le 28 Novembre
1700, mariée le 7 Avril 1721 avec Chrétien VI .
Roi de Dannemarck et de Norvegé , actuelle
ment regnant.
5. Frederic Ernest , Margrave de Culmbach
né le 1 Decembre 1703 , Chevalier de l'Ordre
de l'Elephant, Gouverneur et Commandant Général
des troupes Danoises dans les Duchés de
Holstein et de Schleswich , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie de la Province de Jutlande
marié le 26 Dec. 1731. avec Christine Sophie ,
fille d'Ernest Ferdinand , Duc de Brunswick.
Wolfenbutel- Bevern , née le 22 Janvier 1717 .
6. Sophie- Caroline , née le 31 Mars 1707 ,
mariée le 8 Decembre 1723 avec Georges- Albert
, Prince d'Ost -Frise , et restée veuve le 12
Juin 1734
7. Frederic- Christian , Margrave de Culmbach
, né posthume le 17 Juillet 1708 , Colonel
au service de Dannemarck , et marié le 26 Avril “
1731 avec Victoire Charlotte , fille de Victor-
Amedée - Adolfe Prince d'Anhalt Schaumbourg,
née le 25 Septembre 1715 , dont il a eu Chrétienne
Sophie Charlotte , née le 15 Octobre
1733•

-
-
Georges - Frederic Charles , Margrave de
Brandebourg Culmbach , puis de Bareith en
1726, Chevalier des Ordres de l'Aigle noir , de
P'Aigle blanc , et de l'Elephant , fils aîné de la
Margrave qui vient de mourir , étoit né le 19
Juin 1688. Il mourut à sa résidence de Bareith
le 17 Mai 1735. Il avoit été marié le 17 Avril
I iiij´1709 '
2090 MERCURE DE FRANCE
1709 avec Dorothée , fille de Louis Frederic ,
Duc de Holstein - Beck , née le 24 Novembre
1685 , avec laquelle il fit divorce le 3. Decembre
1716 , ayant eu d'elle 1° Sophie - Chrétienne-
Louise , née le 4 Janvier 1710 , mariée le
-11 Avril 1731 , avec Alexandre - Ferdinand
Prince héréditaire de la Tour - Taxis ; 2° .„ Frez
deric , Margrave , Regent de Brandebourg Bareith
, né le 10 Mai 1711 , Colonel d'un Regiment
de Dragons au service du Roy de Prusse
et marié le 20 Novembre 1731 avec Frederique
Sophie- Guillelmine ,fille aînée de Frederic- Guillaume
, Roy de Prusse, Margrave de Brandebourg
, Electeur du S. Empire Rom. née le 3
Juillet 1709 , de laquelle il a eu Elizabeth - Sophie
Frederique , née le 1. Septembre 1732-
3. Guillaume Ernest , Prince de Bareith , né l
25 Juillet 1712 , Colonel d'un Regiment Imperial
, mort de la petite verole à Mantouë le 7
Nov. 1733 4. Sophis Charlotte -Albertine ,
née le 27 Juillet 1713 , mariée le 7. Avril 1734
avec Ernest Auguste Duc de Saxe -Weimar ;
et . Sophie- Guillelmine , née le 8 Juillet 1714
et mariée le 25 Mai 1734 avec Charles Eizard
Prince d'Osifise , son Cousin Germain , né le
19 Janvier 1716:
-
-
Le 30 Août Fabien Comte de Vurangel, que
Pon prononceWrangle, Suedois d'origine , Feldt-
Maréchal de Camp Général des armées de l'Empereur
, et Gouverneur de la Ville de Bruxelles
en Brabant , y mourut à l'âge de 86 ans , dont
il en a emploré 47 au service de la Maison
d'Autriche , ayant été fait Colonel en chef d'uns
Regiment d'Infanterie Haut Allemand , dans les
Pays- Bas , au service du Roi d'Espagne Charles
AI. cu 1690. Le lendemain son corps fut porté
sans
SEPTEMBRE. 17375 2091
Bans aucune pompe , conformément à son testament
, dans l'Eglise des Capucins , où il fut
inhumé le 7 Septembre dans un caveau qu'il
avoit fait construire , au bruit de trois déchar
ges de douze pieces de canon , et de toute la
Mousqueterie de la Garnison..
༡་ Le 3r Août , l'Epouse de Robert Vvalpole
Baron et Pair d'Angleterre , Chevalier de l'Or
dre de la Jarretiere , premier Commissaire de la
Trésorerie , et Chancelier de l'Echiquier , premier
Ministre d'Etat d'Angleterre , mourut en
sa maison à Chelsea , après une courte maladie,
Le nom de famille de la défunte étoit Shorter.
On mande de Londres , que le r1 Août , la
Princesse de Galles étoit accouchée au Palais de
S. James d'une Princesse ; qu'on y avoit tiré le
canon du Parc et de la Tour , et sonné toutes
les cloches de la Ville , les Eten darts furent ar
borés le même jour aux endroits accoûtumés ,
et le soir il y eut des illuminations, par toute la
Ville.
I
FRANCE.
Nouvelles de la Cour, de Paris , &c.
Ez de ce mois on célébra avec les Céré
monics accoûtumées , dans l'Eglise de l'Ab
baye Royale de S. Denis , le Service solemnel
qui s'y fait tous les ans , pour le repos de l'ame
du feu Roi Louis XIV , et l'Evêque de Bayeux
La V Y
2092 MERCURE DE FRANCE
y officia pontificalement. Le Prince de Dombes,,
le Comte d'Eu , et plusieurs Seigneurs de la Cour
y assisterent.
Le même jour , un Poëte Florentin s'étant :
trouvé à Saint Denis , exprima ainsi ses senti--
mens ::
SONET TO...
Vi giaci dunque Augusto , Invitto , ee
Forte
Eroe de' Franchi , o Re LUIGI , o Grande ,,
Che per L'opre tue insigni , e memorande :
Trionfi pur del Tempo , e della Morte ! :
Ah , mel dicean queste lugubri , e smorte e
Reali spoglie , ond' alto orror si spande : :
Ma nol credea ; che viver le ammirande
Tae virtudi , nel Mondo avea già scorte..
Drposta ai sol qui la terrena salma ,.
Gran Re : ma viviancor , che in pace , e in s
guerra:
Mostra LUIGI in se la tua grand'Alma..
A questa Tomba , che il tuo cener serra ,
Venga , un'altro Alessandror, e Lauro , e
Palma
Age consacri , o anovo Achille in Terra. 2
De S:5 Gio, Francesco Nescie .
SEPTEMBRE. 1737. 2093
Le3 Septembre , le Baron Guedda , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede eut son Audience
publique de congé du Roi , et ensuite de'
la Reine , de Monseigneur le Dauphin et de
Mesdames de France . Il fut conduit à ces Au→
diences par le Chevalier de Saintot , Introducleur
des Ambassadeurs , qui étoit allé le prendre
dans les Carosses du Roy et de la Reine ,
er après avoir été traité par les Officiers du
Roy , il fut reconduit à Paris dans les Carosses
de leurs Majestés par le même Introducteur.
1
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy revêtu du Grand Collier
de l'Ordre du saint Esprit , entendit la Messe
dans la Chapelle du Château de Versailles , et
Sa Maj . communia par les mains de l'Abbé
de Gistelle , Aumônier du Roi en quartier. Le
Roy toucha ensuite un grand nombre de malades.
Le même jour , la Reine communia par les
mains du Cardinal de Fleury son Grand Aumô,”
nier.
L'après-midy , leurs Majestés entendirent les
Vêpres qui furent chantées par la Musique .
3
Le 9. Septembre , M. de Blamont , Sur - Intendant
de la Musique du Roy en Semestre , fit
chanter au Concert de la Reine les deux derniers
Actes de l'Opera de Roland , dont les premiers
avoient été éxécutés au mois de Juiller ,
et interrompus par les couches de la Reine .
Les in , 15 , et 17. on concerta l'Opera de
Thetis et Pelee. Les Rôles du Prologue furent
remplis par la Dil Dhamel et par le sieur L
I j Begie
с
e
2094 MERCURE DE FRANCE
Begue. Les Diles Erremens et Deschamps chanterent
dans la Puce les Rôles de Thetis et de
Doris et les sieurs d'Angerville, Dubourg, Chassé
et Jeliot ceux du Grand-Frétre , de Jupiter , de
Neptune et de Peléc.
Le 20 , le Concert fut composé d'une suite
de Simphonie de M. de Blamont , d'une Cantate
chantée par la Dlle Erremens , suivie de
plusieurs suites de Pieces de feu M Couperin ,
d'un Air Italien, chanté par la Dlle Deschamps
et de quelques. Simphonies pour la Musente. Le
Concert fut terminé par deux Cantatilles de M..
de Blamont , avec une grande Simphonie parfaitement
bien exécutée.
Le 16 de ce mois , les Prêtres de la Congré
gation de la Doctrine Chrétienne , assemblés en:
leur Maison de S. Charles , élûrent le Pere An--
toine Jaume pour Supérieur Général de leur
-Congrégation ..
Le 23 , le Roy partit de Versailles pour aller
à Fontainebleau , où S. M. arriva le même jour..
Le 26 , la Reine arriva à Fontainebleau , et
Monseigneur, le Dauphin le 25.
M. l'Abbé Descors , Aumônier du Roy de
Pologne Duc de Loraine , prêcha le 15 Août
Fête de l'Assomption , dans l'Eglise de S. Sauveur
; il rappella dans son Discours le voeu de
Louis XIII, et parla avec beaucoup d'éloquence
et de dignité des succès des armes de la
France , et de la Paix glorieuse qui en a été le
fruit. Son Discours et ce Morceau en particu
lier,, fut fort goûté de son Auditoire ...
INCENDIE
SEPTEMBRE. 1737. 209
L
INCENDIE.
A nuit du premier au deux Août à minuit
le feu prit à l'Hôtel- Dieu de Paris dans un
Grenier que l'on apelle le Grenier du Chiffon ,
regnant depuis la Salle Saint Denis jusqu'au
Pont aux Doubles ; le feu se communiqua ensui
te dans un grenier voisin apellé le second grenier
du Chiffon , qui servoir de dépôt pour les
Toiles , Coutils , Ecoffes , Couvertures , Tapisseries
, laines , Plumes et autres provisions ; delà
il gagna le grenier qui sert à faite sécher le
linge , et qui pour-lors . en étoit tout rempli ;
de sorte que cela causa subitement un embrasement
general. dans toute l'étendue de la charpente
des greniers et le feu étoit si violent
qu'en peu de temps il consomma toute cette
charpente qui tomba sur les planchers de l'apartement
où étoient logées des Filles que l'on
apelle Filles de la Chambre , et elles n'eurent que
le temps de se sauver sans pouvoir emporter aucun
de leurs effets .
>
Le grand feu dura près de sept à huit heures
avec une violence terrible , les fummies sortoients
par plus de vingt croisées , tant du côté de la
riviere que des Cours de la Cuisine ; et sans le
prompt secours que l'on y aporta par plusieurs
Religieux mendians , par plusieurs détachemens
des Gardes Françoises et Suisses , et par un grand
nombre de personnes charitables , toute la mai
son auroit été consumée..
Malgré le travail penible et assidu de tant de
personnes , qui s'exposoient courageusement , l'or
s put parvenir à arrê er le feu que dans l'en
droit où étoit l'Horloge , dont la charpente à
éré presque totalement brulée. On coupa aussa
d
2396 MERCURE DE FRANCE
du côté de l'Archevêché où le feu commençoit
à communiquer dans la charpente du bâtiment
du Rozaire , construit sur le Pont aux Doubles.
Sur les six heures du matin une Lucarne de
pierres de taille , calcinée par le feu, se détacha ;
sa chûte fit enfoncer quatre planchers , er vint
tomber, partie dans l'Office aux habits sur une
Religieuse nommée la Mere S. Eloy , qui fut
écrasée , et l'autre partie dans la Boucherie de
la Cuisine , où un Pompier de la Ville et un
Garçon Vitrier furent aussi écrasés .
On compte en tout environ`30. Personnes
blessées et sept de mortes, sçavoir , les trois dont
on vient de parler , et les quatre autres mortes
après leurs blessures .
Les Bâtimens brulés sont le Grenier du Chiffon
et celui de l'Essuyement , qui contiennent
environ 21. à 22. toises de longueur , les Apartemens
qui étoient au- dessous ont été brulés, la
Salle de S. Cosme a été enfoncée ; celles de S.
Thomas et de S. Denis sont très - endommagées,
mais pas un seul malade n'a été blessé , tant ils
ont été promptement secourus . On présume que
cer incendie à été causé par quelques étincelles
de feu restées après des linges ou torchons
safes , que l'on a coûtume d'étendre sur des perches
dans le Grenier aux Chiffons . Le feu ayant
commencé le jeudi avant minuit , n'a été entierement
éteint que le samedi 3. Août après midi
Il n'est pas possible d'exprimer ici l'ardeur et
e courage d'une infinité de Gens de tous états ,
qui accablés de fatigue et de lassitude , s'empres
pient encore à Penvi ; non seulement à entreprendre
ce qui se présentoit à faire de plus perible
et de plus difficile , mais encore à braver
is plus grands perils: A la verité leur charié
viva
SEPTEMBRE. 1737. 20977
?
vive et sans bornes étoit animée par la presence
et l'activité des Magistrats , dont la capacité , la
prudence et le zele infatigable , prévoyoit touc
et encourageoit par des largesses considerables ,
tout le Peuple d'Ouvriers qui travailloient sous
leurs ordres .
Un des premiers soins , tandis que le plus
grand nombre étoit occupé à arrêter le progrès
des Aammes , fut de faire dresser une quantité
convenable de lits dans la Nef de l'Eglise Notre-
Dame et dans la grande Salle de l'Archevêché ,
on on transporta les Malades et les Blessés au
nombre de près de 2500. et cela fut fait avec
tant de diligence dans la matinée du vendredi
que les alimens , les remedes et les pansemens pe
furent pas retardés de plus de deux heures , sans
qu'aucun Malade ait reçû la moindre blessure.
A l'égard des Bouillons pour les Malades , et.
de la subsistance pour ceux qui les secouroient, s
et des autres qui travailloient à l'incendie , PArchevêque
de Paris , dont on a connu dans tous
les temps le coeur tendre , charitable et verita
blement genereux , donna des ordres qui furent
promptement executés , et les Cuisines n'étant
point suffisantes , on alluma du feu dans diver~~
ses Cours de l'Archevêché pour preparer tout
ce qui étoit nécessaire pour un aussi grand e
un aussi pressant besoin . Tout le Chapitre s'ese
signalé par les oeuvres les plus pieuses ,
M. l'Abbé d'Harcour , Doyen de cet illuste
Corps , qui a , pour ainsi dire , donné le tor ,
merite toutes les benedictions qu'on lui a dạ-
Bées Car ce fur lui qui dès le commencemnt
de Pincente , envoya le jeudi avant minut ,
chés plusieurs Bouchers ; et donna des ordess
chés dui pour queles : Malades ne manquasent
Pas
"
2098 MERCURE DE FRANCE
pas des alimens convenables ; tandis que son
zele et sa charité travailloient à leur procures
d'autres secours.
MANDEMENT de l'Archevêque
de Paris. Du 13. Août.
CHA
HARLLS Gaspard- Guillaume de Vintimille
, des Comtes de Marseille du Luc ,
par la Misericorde Divine , & c.
Le dommage qu'a souffert l'Hôtel-Dieu de
cette Ville , par l'incendie arrivé la nuit du pre
mier au second de ce mois , est un objet bien
capable d'exciter notre compassion.
он
Malgré l'activité ét les soins infatigables des
Magistrats qui , dans ce malheur , ont donné les
preuves les plus éclatantes de leur zele pour Pinterêt
des Pauvres et du Public , le feu a ruiné
une partie des Bâtimens de cet Hôpital ,
quelques Personnes sont peries , et plusieurs autres
ont été dangereusement blessées : il a réduit
en cendres une grande quantité de Meubles ,
d'Etoffes et de Linges destinés àl'usage des Ma
lades , et de ces picuses Vierges, qui se dévouent
avec tant de courage au service des Membres
souffrans de JESUS CHRIST .
Il faut néanmoins avouer que dans ce déplo
able évenement , le Seigneur nous a donné des
arques sensibles de sa bonté et de sa protecron
sur nous. Un souffle de sa colere pouvoit
peter dans plusieurs autres Lieux de cette Capiale
, ces tourens de fammes dont la vûë avoit
jeté 'effoi et la consternation dans tous les
coeurs , et les crimes qui se commettent chaque
jou , n'avoient que trop mérité ce surcroît de
Chatiment et de malheur : il sembloit même
que
A
SEPTEMBR E. 1737: 2099
que la fureur de l'embrasement devoit nécessai
rement avoir de plus funestes effets que ceux
qu'elle a produits.
:
Gloire soit rendue au Dieu de toute consolation
dans le temps qu'il paroissoit le plus irri
té contre nous , if s'est souvenu de sa misericorde
: il a beni les efforts qu'on a employés pour
éteindre un feu , qui menaçoit non- seulement
beaucoup de maisons voisines ou peu éloignées ,
mais même cette vénérable Métropole , dont la
conservation doit nous être infiniment précieuse..
Rendons-lui donc de très - humbles actions de
graces , de ce que , touché de notre affliction ,
if a fait ceder les droits de sa Justice , au penchant
qui le porte à pardonner les crimes , et à
épargner les coupables.
Mais n'oublions pas que si nous avons été déc
livrés d'un si grand peril , une maison consa →
crée à la charité , utile et nécessaire au Public a
souffert des pertes très - considérables. A Dieu ne
plaise que nous nous bornions à une sterile comes
passion dans des conjonctures où la charité de
JESUS CHRIST nous presse de secourir cette
Maison , pour la mettre en état de continuer à
fournir à tant de miserables , à tant de pauvres
de tout âge , de tout Sexe et de toute Nation ,
un azyle , des alimens et des remedes dans les
maladies dont le Seigneur les afflige.
Profitons de cette précieuse occasion que le
Seigneur nous offre de racheter nos péchés par
nos aumônes , et de nous amasser dans le Ciel
des tresors , que ni aucun accident , ni l'injusti
ce des hommes ne sçauroient nous enlever.
A CES CAUSES , après en avoir conferé avec
nos Vénérables Freres , les Doyen , Chanoines
19
2700 MERCURE DE FRANCE
et Chapitre de notre Eglise Métropolitaine,Nous
ordonnons qu'il sera célébré dans ladite Eglise ,
lundi dix - neuviéme du present mois , une Messe
solemnelle d'actions de graces , pour remercier
Dieu d'avoir préservé de l'incen lie la plus gran
de partie
de l'Hôtel Dieu , et les différens Lieux
qui étoient en peril : que le lendemain dudit
jour il sera pareillement célébré , pour le même
sujet , une Messe solemnelle dans l'Eglise dudit
Hôtel-Dieu , et que le soir de ce jour on dira
dans cette même Eglise , et dans les Eglises Paroissiales
de la Ville et des Fauxbourgs , un Sa- ´
lut du Saint Sacrement , où l'on recitera les
Prieres marquées ci- après.
Enjoignons aux Curés de la Ville et des Faux
bourgs d'exhorter leurs Paroissiens à contribuer
par leurs liberalités , à la réparation des dommages
que cet Hôpital a ' soufferts , et de lest
avertir qu'il y aura dans chaque Paroisse des
Personnes préposées pour y faire des Quêtes et
recueillir leurs aumônes, lesquelles seront ensuite
remises au Receveur charitable dudit Hôpital.
Et sera notre present Mandement lû aux Prônes
des Paroisses , &c. ·
Prieres ordonnées pour le Salut du Saint
Sacrement.
En exposant le très - Saint Sacrement , on
chantera O salutaris Hostia : le Répons Homo
quidam: 'Hymne Pange lingua : P'Antienne O
sacrum : le Cantique Magnificat , et l'Oraison ' .
Deus qui nobis . Ensuite Domine non secundùm :
le Verset Misericordia Domini , et le Répons
Zuia non sumus consumpti : les Oraisons Deus
ujus misericordia non est numerus , et Deus qui
culp
SEP TEMBRE. 1737. 2tor
alpa offenderis , le Sub tuum prasidium : le Dos
mine salvum fac Regem , avec les Versets et les
Oraisons ordinaires.
Arrêt du Parlement , du 15. Août
Vû par la Cour , la Requête présentée par le
Procureur General du Roy , contenant que la
Gour est instruite de P'Incendie dont l'Hôtel-
Dieu de cette Ville a été affligé depuis quelques
jours , qui a consumé non-seulement un corps
de Logis vaste , contenant plusieurs Salles, mais
encore une grande quantité de provisions , qu'u
ne perte aussi considerable est l'objet le plus important
que le Procureur Général du Roy puisse
proposer à la Cour pour prdonner une Quête
publique , comme la Cour a jugé à propos de le
faire dans de pareilles occasions. A ces causes
requiert le Procureur General du Roy qu'il plaise
à la Cour ordonner qu'il soit fait dans toutes
les Paroisses de cette Ville et Fauxbourgs de Pá →›
ris , une Quête generale par Personnes qualifiéesdans
l'étendue de chaque Paroisse , dont la Liste
sera arrêtée au Bureau dudit Hôtel - Dieu, pours
subvenir aux besoins d'icelui ; et seront les aumônes
remises és mains du Receveur general de
P'Hôtel- Dieu , dont il sera tenu par lui Re---
gistre , qui sera cotté et paraphé sur chaque pa...
ge de l'un des Administrateurs dudit Hôtel Dieu ;
ladire Requête signée du Procureur General du
Roy : Oui le raport de Maître Elie Bochart ,
Conseiller . Tout consideré
La Cour ordonne qu'il sera fait dans toutes
les Paroisses de cette Ville et Fauxbourgs de
Paris , une Quête generale par Personnes qualifiées
dans l'étendue de chaque Paroisse , dont l
Liste sera arrêtée au Bureau de l'Hôtel - Dieu
pow
2102 MERCURE DE FRANCE
"
pour subvenir aux besoins d'icelui ; et seront
les aumônes remises ès mains du Receveur
general de l'Hôtel Dieu , dont il sera tenu par
Tui Registre qui sera cotté et paraphé sur chaque
page de l'un des Administrateurs dudit Hôtel-
Dieu
Extrait des Registres du Bureau de l'Hôtelà
Dieu de Paris , du Lundy 19. Août .
En l'Assemblée generale tenue à l'Archevêché,
assistant M. l'Archevêque , M. le Peletier , Premier
Président , M. le Procureur General , M.
le Prévôt des Marchands , Mrs Daportault ,
Garnot , Vigneron , Thiroux et de Tiliere ."

Sur ce qui a été dit par M. Duporsault , que
la perte considérable cau'ée par P'Incendie arrivé
dans l'Hôtel - Dieu la nuit du premier an second
du mois d'Août , demandant un secours prompt
et efficace , pour pouvoir réparer les Bâ mens
et remplacer les provisions pour plusieurs an
nées de Linge, d'Etoffes et autres Ustenciles consommés
par le fen , on ne peut trop tôt se mete
tre en état de profiter de la permission qui vient
d'être accordée de faire des quêtes dans toutes
les Paroisses de Paris ; que pour cet effet , ikest
nécessaire de faire une Liste de toutes les Dames
qu'an espere qui voudront bien se préter à
cette oeuvre de charité , et faire les quêtes dans
chaque Paroisse , après que chacun de Messieurs
a fait part de ses connoissances à cet égard :
A été arrêté, que les quêtes seront faites au plû
or dans les maisons de chaque Paroisse par
les
Dames charitables nommées dans la Liste , lesquelles
seront priées de vouloir bien s'en donner
i peine , et remettre ce qui sera provenu
uêtes à M. Angot, Receveur charitable de l'Hô
tel-Dieu
1
des
SEPTEMBRE. 1737. 210g
tel-Dieu , demeurant rue S. Louis dans l'Isle ,
qu'à cet effet la Liste sera imprimée incessamment
avec la présente Délibération, pour en être
remis des exemplaires à chaque Dame,
TERRIER , Greffier.
Cette Liste contient les Noms de 392. Dames
des plus qualifiées de chaque Paroisse.
1
L
MORT S.

3
Ef Août D. Catherine Nicole de Tardieu
veuve de Louis du Mesniel , Seigneur , Pa
tron et Marquis de Sommery , en Normandie ,
Election de Neufchatel , Generalité de Rouen ,
avec lequel elle avoit été mariée le 16 Octobre
1685 , mourut en son Château de Sommery
âgée d'environ 8 , ans . Elle étoit fille de feu
Charles-Gabriel de Tardieu , Marquis de Ma
leyssie , Conseiller du Roy en ses Conseils d'E
tat & privé , et Maréchal de Camp de ses Armées
, et de Genevieve Hebert du Buc. Elle
laisse des Enfans . Antoine - Nicolas du Mesniel ,
Marquis de Sommery , son Fils aîné , épousa.
en 1718 Jeanne-Thérese Carrel , troisiéme fille
de Louis Carrel , Président en la Chambre des
Comptes de Normandie , et de Jeanne . Therese
de Becdelievre de Quévilly.
+
Le 8. D. Marie - Jacqueline de la Baume
de Montrevel , Marquise d'Antigny , âgée de
près de 70 ans , mourut en la Ville de Trévoux
en Dombes , où elle a été inhumée dans l'Eglise
des Carmelites . Elle étoit fille de Charles de la
Baume de Montrevel , Marquis de S. Martin ,
Вагод
2104 MERCURE DE FRANCE
Baron de Pesmes , de Caromb et de Montmár
tin , Seigneur de Romain-Bourguignon , Colonel
du Regiment de Bourgogne au service de
l'Espagne , et Gouverneur de Dole en Franche
Comté , et de D. Thérese- Anne- Françoise de
Trasignies , sa seconde femme . Elle avoit épousé
au mois d'Avril 1684 Joseph- François Damas ,
Marquis d'Antigny , Comte de Ruffey , Baron
de Chevreau , Gouverneur de la Souveraineté de
Dombés. Elle en avoit eu Anne - Thérese Damas.
Jacqueline Damas , Dame Chanoinesse de Neuville
en Bresse , Joseph-François Damas , apellé
le Comte de Damas , aujourd'hui Colonel du
Regiment de Boulonnois , et feu Joseph- Fran
çois Damas , Marquis d'Antigny , qui étoit l'aî
né , et qui avoit été institué heritier universel
par ses pere et nere . L'on a raporté sa mort
dans le Mercure de Juin 1736. vol . 1 .
P. 1236.
On ajoûtera ici qu'il a laissé pour enfans Jacques
François Damas , Gouverneur de Dombes,
Louis - Charles Damas , Alexandrine Victoire-
Eleonore, et Marie- Judith Damas , tous quatre
en bas âge. Les Maisons de la Baume- Montre
vel et de Damas , sont trop connuës pour avoir
besoin d'en faire ici l'éloge. On en trouve les
Généalogies dans l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne . Celle de la Baume - Montrevel
est raportée dans le tome 7. p. 42. et celle de
Damas dans le tome 8. page 3 17.
TABLE.
PL
ICBS
FUGITIVES . Le Jeu du Balon
et son origine , 1893
Essay d'un Traité Historique sur la Croix de
J. C. Suite , &c. 1898
Stances , 191 ;
Lettre au sujet de la Traduction des Mémoires
de M de Thou ,
Ode ,
Phénomene arrivé à Toulon ,
Le Démenagement , Epitre ,
1917
1920
1923
1930
Observation de Chirurgie , sur une espece d'Empiéme
,
1939
Les progrès de l'Art du Génie , Ode , & c. 1945
Expériences curieuses sur la Glace artificielle ,
L'Hermite , Bouts- Rimés ,
1959
1955
Question importante , jugée depuis peu , 1655
Vers à M. le Chevalier ***
Observations sur Vellaunodunum , &c.
Vers à * * *
.1962
1963
1968
Lettre sur le temps où l'on a commencé à se
servir de Carosses ,
Vers contre l'Amour ,
1969
1979
Lettre sur de nouvelles Inventions d'Horlogerie
,

Enigme , Logogryphes , & c.
1980
1987
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
Dissertation sur l'Etablissement du Christia
nisme dans le Soissonois , &c. 1991
De Aniiquis Ecclesia , &c. A. R. P. D. bd,
Martene , & c.
Tusculanes de Ciceron ,
La Géographie des Legendes , &c.
1996
1993
2000
Dissertation sur les Canaux , &c. 2003
Catalogue de tous les Livres de N. A. O Kenny
Abbé d'Anadune , &c. 2004.
Cuvres de M. Newton , Prospectus , &c. 2006
Exposition de Tableaux , &c. 2013
Académie de Soi : sons,Programme pour le Prix de
1738.
2018
Programme de l'Académie de Bordeaux , 2017
Prix de l'Académie de Chirurgie , 2031
Leçons de Phisique expérimentale , & c . 2033
Cadran Astronomique , Géographique , & c. 2304
Remede contre la Rage ,
Chanson notée ,
2038
2045
Spectacles. Tragédie et Ballet des Jésuites , ibid.
Cadmus , Tragédie , Extrait , 2056
Extrait de la **** Comédie nouvelle , 2063
Vers adressés à l'Auteur de cette Piece ,
Autres Vers aux Diles Gaussin et du Mesnil ,
2070
3
2071
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Russie
De Pologne Allemagne et Italie ,
D'Espagne ,
Morts des Pays Etrangers
2072
2078
2086
2088
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Incendie de l'Hôtel - Dieu , Mandement de M.
l'Archevêque, Arrêt du Parlement, &c. 2095
Morts , &c.
Fautes à corriger dans ce Livre.
2103
Plecticà fenetra , lisez , clausâ lectica fenestrá.
Age 1971. ligne 3. Vers Latins , clausa
Page 2036. ligne 16. deux , ôtez ce mot,
La Chanson notée doit regarder la page 2045
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1 .
DÉDIÉ AU ROT.
OCTOBRE. 1737 .
COLLIGIT
SPARGIT
Papillon
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervirde cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir par tre leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Ini indiquera.
PRIX XXX. Sats.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROY.
OCTOBRE. 1737.
*************************PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
L'ESPRIT FORT ,
A
O D E.
Veugle erreur , vain fanatisme,
Qu'enfanta l'orgueil des Mortels
Monstre , de qui le Paganisme
Eut même abhorré les Autels ;
Jusqu'à quand res fausses maximes ,
Consacrant les plus affreux crimes ,
Lafecteront - elles les coeurs ?
Aij Year-to
2106 MERCURE DE FRANCE
Veux-tu sur les tristes ruines
D'un culte saint , des Loix divines ,
Etablir tes sombres fureurs
*
Avant toi, l'Athéïsme impie
Exerçoit son regne imposteur,
Plus hardi que l'Idolâtrie ,
Il nioit un Dieu Créateur .
Devant lui marchoit l'ignorance ;
Que suit toûjours l'indépendance ;
Et le désordre à ses côtés ,
Conduisoit le mépris farouche ,
Et le désespoir , dont la bouche
Ne sçait vomir qu'impietés.
*
Il n'est plus de cette manie
L'homme a senti l'égarement ,
Mais où l'emporte son génie !
Quel plus horrible aveuglement !
o Il a dit : ce superbe Ouvrage ,
» L'Univers , n'est point un langage
Qui soit sombre et mysterieux;"
» Pour reconnoître en sa structure
» Un Dieu l'Auteur de la Nature ,
Il nous suffit d'ouvrir les yeux.
*
Mais quels hommes vains et rustiques ,
Du
OCTOBRE . 1737. 2107
Du fond de leurs Antres sortis ,
Annoncent ces loix fanatiques
A leurs prétendus Convertis
Quel faux zele ou quel artifice
Prescrit un culte , un Sacrifice ,
A vet Etre supérieur ?
Vaines chimeres ! `sa puissance
N'exige pour reconnoissance
Qu'un retour de l'intérieur.
*
Hommes dont la délicatesse
Caractérise les Ecrits ;
Que devient donc votre sagesse ?
Quel charme enchante vos esprits
Quoi ! cetté prudence éclairée
Pour toujours s'est elle égarée ?
N'êtes - vous aveugles et sourds ,
Que quand des loix pures et sages
Assignent de justes hommages
Au Conservateur de vos jours ?
*
Les Nations les plus grossieres
Dressent des Autels à leurs Dieux,
A ses Déités potageres
Memphis rend un culte pieux.
Combien de temps toute la Terre
Prosternée aux pieds d'une pierre ,
A iij Aux
2108 MERCURE DE FRANCI
Aux parfums mêla ses accens ?
Et toi coeur injuste , insensible ,
Tu connois le seul Dieu visible
Et lui refuses ton encens.
*
Tu crois un Cesar , un Hercule ,
Tu ne doutes point d'un Solon.
Pour de pareils . Héros crédule ,
Tu respectes jusqu'à leur nom .
De CHRIST on t'aprend les Oracles-
On te constaté ses Miracles "
On t'instruit dans sa verité
Orgueilleux , tu n'en veux rien croire
Tu les braves et tu fais gloire
D'une impie incrédulité,
*
Mais , par cette force apparente
Loin de nous laisser entraîner
Voyons quelle raison puissante
Du vrai bien put le détourner .
Est -ce la vertu ? l'innocence ?:
Coeur infecté dès ton enfance
Qui te fit abhorrer nos loix ?
Et te voit en quittant nos Temples
Par de plus austeres exemples ,
Excuser ton indigne choix a
*
No ,
OCTOBRE. 1737 . 2105
Non , je t'ai suivi dans ta fuite ,
Qu'elle m'a présenté d'horreurs !
J'en frémis ; ma mémoire évite
De rapeller tant de fureurs.
Ciel ! les esprits les plus sublimes
Livrés aux funestes maximes
D'un Pétrone ou d'un Arétin' ,
Courent à d'infâmes délices ;
Et sans crainte au milieu des vices-
Attendent les coups du Destin !
*
Poursuivez ; mais qui vous arrête ?
Quel prompt revers vous convertit
Dieu s'est lassé ; sur votre tête
Son bras vengeur s'apesantit ,
Tant que sa paisible Clémence-
Eaissa regnet votre licence ,
Vous osiez braver ses decrets.
Au moindre mai qu'il vous envoye ,
Votre foiblesse se deploye ;
On n'entend plus que vos regrets,
*
Ce fut donc l'amour invincible
Des plaisirs les plus corrompus ,
Qui seul vous fit trouver horrible
Une loi , mere des vertus.
Elle auroit encor vos suffrages ,
A inj Si
2110 MERCURE DE FRANCE
Si ses préceptes , ses usages ,
Toleroient des coeurs criminels .
Détruisez l'élement des crimes ;
Vous viendrez chargés de victimes
Gémir aux pieds des saints Autels .
DISCOURS de M. Le Beuf,Capitaine
de Milice Bourgeoise de la Ville de
Joigny , sur les Avantages que le Merite
tire de l'Envie.
I
L semble que ce soit avancer un para
doxe , que de dire que le mal produit
le bien , que les ténébres engendrent la
lumiere , et que la ruine soit cause de l'élevation.
C'est ce qui paroît cependant
naître de l'Envie. Sans cesse elle fait ses
efforts pour détruire , ou du moins pour
humilier le mérite ; mais les ruines qu'elle
essaye d'accumuler , deviennent le fonde
ment d'un nouvel Edifice de gloire : elle
voudroit l'ensevelir dans une nuit éternelle
, et la nuit qu'elle produit se change
en un jour éclatant. Cette odieuse passion
a cela de singulier , qu'elle produit presque
toûjours le bien par le mal qu'elle a
eu intention de faire ; ensorte qu'on peut
dire
TUBRE. 1737 2111
dire , qu'à l'égard du merite elle est un
mal avantageux
.
Le premier des avantages que le merite
tire de l'Envie , est qu'elle sert à le faire
connoître plus universellement; le faux que
vomit continuellement la bouche d'un
Envieux , ses impostures sont des ombres
que le crépuscule dissipe , lors qu'il chasse
la nuit et ramene le jour. Qu'on recherche
l'origine de tout ce que se permet
l'Envie on trouvera que sa haine
procede des avantages d'autrui ; c'est là
l'indice le plus assuré des talens de l'Esprit
, le coin où sont marquées les qualités
supérieures ; enfin c'est le sceau de la
vertu. Ce qui a donné occasion à un bel
Esprit ( a ) du dernier siecle , de dire :
Si sur la terre aucun ne vous croit digne
D'être haï , c'est unfort mauvais signe.
Il est constant que pour n'avoir pas d'Envieux
, il faudroit n'avoir pas de vertu ,
être malfait et misérable ; car quiconque
a de la bonne fortune , du mérite et de la
vertu , a infailliblement
des ennemis. La
preuve de ceci ne demande aucune recherche
; il n'est besoin que d'une legere attention
sur soi pour s'en convaincre ,
(a) Voiture.
A v ou
2112 MERCURE DE FRANCE
ou pour mieux dire , il ne faut que jetter
un regard sur l'Histoire de l'Esprit humain
pour se le persuader. Parmi une infinité
d'Exemples de cette verité , les effets .
que produisit l'Envie en l'Ostracisme des
Grecs ( a) peuvent fraper. Si nous descendons
chés les Romains , nous trouverons
les Annales de ce Peuple vainqueur.
des Nations , remplies d'Evenemens à peu
près semblables . Je ne parlerai que du
Capitaine Lucullus , rapellé après avoir
défait Mitridate. Ce Général n'étoit pas
le premier à qui l'on eût ravi une gloire:
acquise , et des Lauriers déja cueillis . Metellus
s'étoit trouvé dans le même cas
On peut attribuer ce procedé injuste des
Romains à ces premiers tems , où le Peuple
l'emportoit par la force ; ou plutôt
un peu plus de diligence eût fermé la bou
che à ceux qui cherchoient l'occasion de
nuire à ces célébres Personnages. Osons
le dire les cruelles atteintes que le mérite
souffroit au milieu des aplaudissemens
d'un peuple inconstant , n'ont servi qu'à
mieux graver le souvenir des Faits glorieux
de ces Grands Hommes .
ན་
On établira encore mieux ce principe ,
en se rapellant , entre tant de differens
{ Themistocles , Cimow, Miltiades et Aristides₂-
Minis
Ministeres de divers Peuples , celui de
deux illustres Cardinaux en France ; sans
les difficultés et les obstacles qui s'oposerent
à leurs desseins , la profondeur et la
beauté de ces Génies heureux eut moins
brillé . Nous voyons que l'habileté d'un
Pilote se connoît mieux au milieu des orages
et des tempêtes que pendant le calme
et la bonace : mais ce qui est incomparablement
plus glorieux au mérite , c'est ,
d'être reconnu par l'Envie même pour un
bien ; en effet , plus la langue d'un Envieux
s'efforce de le décrier , mieux elle
fait l'aveu honteux , qu'elle ne possede
point ces talens de l'esprit , ces Sciences
ou cette valeur , qu'elle tâche continuellement
d'affoiblir par ses traits malins
car si le regret que l'Envieux a de ne
point posseder ces qualités , excite ses fureurs
, ce sont autant de déclarations que
sa haine fait en faveur du Merite. -
Quoique ces avantages paroissent grands,
ils sembleront cependant peu considerables
, lors qu'ils viendront à être compa
rés avec l'utilité et le profit que le Merite
tire de l'Envie . Parcourons quelques
unes des conditions des hommes , où se
rencontrent souvent les talens de l'Esprit,
la conduite ou la valeur dans un degré
éminent nous trouverons dans tous
A³vj less .
2114 MERCURE DE TRANCE
,
les états de la vie des utilités , que l'Envie
procure au Merite . Un vertueux en butte
à ses traits se tient avec vigilance sur ses gar
des ,pour ne point donner de prise sur sa con
duite ; il ne se permet pas même tous les
plaisirs innocens à quoi son inclination le
porte , parce qu'il conçoit que l'Envic
pouroit les interpréter mal : il s'abstient
de quantité de choses , parce qu'il n'ignore
pas que la malignité trouveroit le moïen
de les faire soupçonner de vices ; il regle
ses démarches de sorte qu'il se met à
couvert de tout soupçon , il se corrige de
tout ce que son attention , qui l'oblige à
un examen rigide , lui peut reprocher ;
enfin il est devenu un sevére censeur de
toutes ses actions : aussi la pureté de sa
conscience lui fait trouver par tout des
lieux de sûreté , et parmi les plus affreux
monstres , il mene une vie paisible ; c'est
en cet état que l'homme pieux reconnoît
que l'Envie , qui l'a obligé de réfléchir sur
lui -même est un bien , dont il a tiré de
grands avantages , puisqu'elle l'a aidé à
mener une vie irrepréhensible : on ne peut
donc moralement douter de cette maxi
me : Virtus non exercita , virtus inanis.
>
On voit ordinairement que ce sont les
Critiques qui font d'un Sçavant , un Auteur
accompli ; mais s'il retranche de ses
Ecrits
UDNE. 1737. -2115
Ecrits tout ce qui lui a paru défectueux ,
il le fait pour éviter les traits de l'Envieux ;
s'il prend toutes les mesures imaginables
pour ne rien avancer qui puisse être taxé
d'erreur , s'il a choisi des Sujets dignes de
l'attention du Public, s'il n'a hazardé aucune
de ses productions sans y avoir mûrement
refléchi ; n'est -ce pas aussi pour lui fermer
la bouche ? avec tous ces soins , son goût
s'eft perfectionné , il n'estime que ce qui
eft réel et solide , et ne peut plus rien souffrir
ou de faux ou de frivole : il en faut convenir
, l'Envie est l'aiguillon du Merite .
Cette passion fait à peu près les mêmes
effets sur les devoirs d'un Magistrat ; il fe
retranche de ses divertissemens , afin que
l'Envie n'ait point de prise sur lui , ni
sujet de lui reprocher , qu'il perd en ses
plaisirs un temps précieux , qu'il doit tout
entier à rendre la Justice ; et s'il étoit capable
de pancher tant soit peu la balance,
l'oeil de cet ennemi suffiroit pour l'en détourner.
Peut - être les mains nettes de ce
Juge eussent été soüillées , si le souvenir
des ravages que fait l'Envie , ne fût venu
détourner ses yeux
, pour
de la vanité qui peut corrompre le coeur
le plus droit et le plus disposé à rendre
Justice . Ce monstre réveillera aussi les attentions
d'un Général d'Armée , et acà
son secours
croîtra
2:10 MERCURE
+ croîtra sa valeur. Il semblera à ce Chef.
que tous ses pas étant comptés par cet
Ennemi , il ne peut se conserver les bonnes
graces de son Prince , s'il omet d'éxecuter
de point en point la moindre de ses
volontés. Il n'oubliera rien de ce qui peut
donner le gain d'une Battaille : s'il est heu
reux , il profitera de tout , conserverá ce
qu'il poura , s'il ne l'est pas , et laissera
toûjours quelque ressource pour une meilleure
fortune ; on lui verra faire la guerre
avec plus d'avantage pour son Prince , que
pour sa réputation. Dans quelque Science
et quelque Art que ce soit , l'Envie fait
un bien ; je dirai simplement , que ceux
qui y excellent , éprouvent qu'ils lui sont
redevables d'une partie des connoissances
qu'ils y ont acquises. Combien d'Artistes
se sont élevés par une aplication assiduë à
la plus haute connoissance de leur Profession
, pour éviter ses traits ? Dans ces
vuës -le Peintre , le Sculpteur et le Musi
eien se sont souvent perfectionnés , ils
ont pris soin d'ajoûter de nouveaux agrémens
à leurs Ouvrages , et d'en suprimer
les défauts : il arrive qu'un Citoyen d'é--
lite , persécuté par l'Envie , quittera son
Pays ; loin d'y perdre , elle lui procurera
les moyens de profiter dans ses voyages de
ce qu'il y remarquera d'important et de
rare ,
OCTUBRE. 1737. 2117
rare. Les habitudes et la communication
qu'il aura avec les Sçavans de toute espece
, lui enseigneront des choses qu'il n'auroit
pû aprendre de lui- même. Il connoîtra
les moeurs et les Coûtumes des Pays
où il voyagera , et plusieurs particularités
intéressantes , soit pour les Fortifica--
tions , soit pour les Antiquités ; en un
mot , pour ce qu'il y verra de plus beau ,,
de plus curieux et de plus cons dérable .
Je ne ferai pas de difficulté de me servir
des fictions que les Poëtes ont semblé
avoir imaginé pour nous représenter cette :
verités celle des Travaux d'Hercule semble
être une image vivante de ce Sujet. Elle
fait un Tableau énergique de ce que peut
la vertu d'Emulation . En vain la jalouse
Junon veut perdre ce Heros encore au
berceau , sa valeur étouffe les deux effroya-
Eles serpents que sa vengeance lui envoye.-
Cet Exploit surnaturel d'Hercule encore
Enfant , fait juger que ce sera un jour un
Dompteur de Monstres. Il exécute bientôt
les genereux desseins qu'il a entrepris
aussi facilement qu'il les a conçus : mais
outre ses douze principaux Travaux , il
en fir d'autres qui marquent autant et plus
encore sa valeur..
Disons quelque chose de plus : Empruntons
de l'Histoire des Faits qui ne
puissent
2118 MERCURE DE FRANCE
puissent être révoqués en doute ; tirons
du triomphe même de l'Envie les avantages
que le mérite en reçoit. Le plus célébre
exemple qu'on puisse proposer des trophées
de l'Envie, est, ce semble, l'infortune
du Général d'Armée , Belisaire ; sa disgrace
néanmoins n'a pû donner atteinte à sa
gloire ; n'avoit-il pas des témoins irrécu
sables de sa valeur et de son expérience
en l'art de faire la guerre ? ou plutôt ses
Victoires récentes ne justifioient - elles pas
son zele et sa fidelité ? Tel est le mérite :
il s'éleve au- dessus des horreurs de l'Envie
; il vient un temps que le Public
hausse la voix , et le venge de ses attentats.
A Joigny , ce 1. Juillet 1737.
MADRIGA Ld'un Etudiant en billo
sophie à l'un de ses Freres , dans le temps
qu'il se préparoit à soutenir une These.
ENEn dépit de mes études , N
Et de mes inquiétudes ,
Je passe quelquefois d'agréables momens :
Il est vrai qu'ils sont courts et mêmes peu
quens ;
fré-
Mais je vous jure aussi que j'en fais bon usage,
Et
OCTOBRE. 2119 1737.
Et qu'ils me paroissent bien doux .
Als le seroient pourtant encor bien davantage ,
Si mon coeur les pouvoit partager avec vous.
Par un Philosophe du College D
LETTRE écrite de Bourgogne le 27 .
Août 1737. au sujet de la Guerison remarquable
d'une Personne taillée de la
Pierre.
E profite , Monsieur , de la liberté
que vous donnez dans vos Mercures ,
pour vous envoyer le Mémoire ci joint ,
dont je vous prie de faire part au Public.
Ce qui y est exposé a paru si rare , par
la quantité de pierres , et si extraordi
naire par une si prompte guerison à mon
âge de soixante- trois ans , que j'ai cru
qu'il étoit à propos de faire connoître
l'adresse de M. Callot , très- habile en
tout ce qui regarde la Médecine et la
Chirurgie , et particulierement pour l'o
fération de la Pierre et pour la Cataracte.
Le 20. May dernier il m'a tiré, en moins
d'un
quart d'heure , treize Pierres , de la
grosseur d'une grosse Muscade chacune
et ce qui est encore plus surprenant ,
c'est
120 MERCURE DE FRANCE
c'est que trois semaines après j'ai été par
faitement guéri , comme s'il n'avoit ja
mais été question de Pierres ; un mois
après l'operation j'ai vacqué à mes affaires
de Ville et de Campagne , et me suis
toujours bien porté.Dans le même temps ,
le même Sieur Callot fit encore deux
operations de la Pierre qui ont très bien
réussi ; elles furent faites à l'Hôpital sur
deux Pauvres , mais ils n'en avoient
qu'une, chacun. Pour ne vous laisser aucun
doute sur l'Exposé ci -joint , je l'ai
fait attester par les trois Chirurgiens qui
étoient presens à mon operation , et qui
ont aidé à me panser durant les trois semaines
que j'ai gardé le lit. J'ai l'honneur
d'être , Signé , LE MULIER , Secre
taire du Roy Honoraire au Château de Semur
en Auxois , Province de Bourgogne.
A la Lettre est joint le Mémoire qui
suit.
M. Callor , Médecin à Tonner
re , et ci -devant Chirurgien en la même.
Ville , a le vingtiéme May dernier fait
l'operation de la Pierre à M. Le Mulier ,
Secretaire du Roy Honoraire , demeurant
à Semur , Ville Capitale de l'Auxois
en Bourgogne , Diocèse d'Autun ; il est
âgé d'environ soixante- trois ans , il souffroit
cruellement depuis trois ans. Ledit'
sieur
OCTOBRE. 1737. 2727
sieur Callor lui tira treize Pierres comme
de grosses Muscades , et toutes égales.
Quoique l'operation dût être longue et
laborieuse , à cause du nombre extraordinaire
de Pierres , elle ne dura cepen
dant pas un quart d'heure , quoiqu'elles
fussent tirées les unes après les autres.
Elles pesoient, toutes ensemble , six onces
et plus; ledit sieur Le Mulier n'a gardé le
lit
que trois semaines après l'operation ,
au bout desquelles il se promena encore
Huit jours dans la chambre , et le vingt
Juin suivant , jour de la Fête de Dieu ,
il se trouva à toutes les Cérémonies de
l'Eglise. Depuis ce temps - là il est allé
tous les jours par la Ville, et a monté à
cheval pour ses affaires , comme quand il
n'étoit pas attaqué de cette cruelle mala
die. Outre l'operation ci -dessus , ledit
sieur Callot en fit encore deux à l'Hôpital
de Semur qui ont bien réussi . Ce fut
à un Homme de quarante ans et à un
enfant de six à sept ans ; ils n'avoient
chacun qu'une Pierre.
» Nous soussignés , Maîtres Chirurgiens
de la Ville de Semur en Au-
» xois , declarons avoir assisté à l'Opera-
» tion qui a été faire par ledit sieur Cal-
» lot audit sieur Le Mulier le 20. May
» dernier , auquel on a tiré treize Pier-
» ros
2122 MERCURE DE FRANCE
» res de la grosseur d'environ une bonne
» Muscade , l'ayant aidé à le panser l'es-
» pace de trois semaines , après lequel
» temps il a commencé à se bien
porter,
» et nous nous sommes soussignés audit
» Semur ce vingt - six Août 1737. Signé ,
» L. MONETO . F. PRUDHOM , Doyen , J.
PRUDHOM , Chirurgien Juré.
EPIGRAMME
L'Abbé Florus frequente les ruelles ';
Il a l'art de bien débiter
Des fleurettes , des bagatelles.
sçait divinement se mettre , s'ajuster ;
Les Dames le vont consulter
Sur toutes les modes nouvelles.
Il s'offre à leur choisir un habit d'un bon goût,
Et des couleurs assortissantes ;
Il en fait son affaire , il se charge de tout ,
Des Coeffures , des Engageantes ,

Des Gands , des Bas , de l'Evantail ,
Et du reste de l'attirail.
Des nouveautés il est le receptacle
H vient le premier annoncer
Qu'on va donner une fête , un spectacle
se charge du soin de vous faire placer :

OCTOBRE . 1737. 2123
Mest le rendés-vous de tous les bruits de Ville;
Il change les faits , les grossit ,
Et n'omet rien dans son recit
CA
Du détail le plus inutile.
Hi se pique aussi de sçavoir
Des nouvelles sans la Gazette .
De bonne part il aprit hier au soir
Que le Turc avoit fait un grand don à Lorette,
Et que Roxane , sa cadette ,
Epousoit un Eunuque noir :
Qu'on tenoit que le Moscovite
Yenoit de déclarer la guerre au Portugal ,
Au sujet de quelque limite ,
Et que Xerxès , son Général ,
Avoit déja traversé le Cocyte .
Par M. *** de Tulle en Limousin:
tatatatatat tet
LETTRE de M. R.... Avocat an
Parlement de Paris , sur l'Arrêt de TIL
LET , rendu le 7. Septembre 1737. qui a
jugé une Question singuliere .
E Parlement vient , Monsieur ,
de
> Lendre un Arrêt sur les Questions
de sçavoir : 1º. Si M. le Procureur Général
peut former oposition à un Arrêt
rendu sur ses Conclusions. 2 °. Si un Par.
ticulie
2124 MERCURE DE FRANCE
ticulier , qui a laissé passer le temps accordé
pour purger une Contumace, peut
se présenter pour la purger , sans avoir
obtenu des Lettres du Prince . 3º. Enfin ,
si après le laps de 30. ans , il est receva,
ble à la purger
.
Cette derniere Question faisoit plus
de difficulté que les deux premieres ; interessante
d'ailleurs par sa nouveauté ,
par la réputation de ceux qui l'ont discutée
, et par les principes qui ont formé
sa décision , les conséquences du Jugement
qui devoit intervenir, la rendoient
encore extrémement importante ; aussi
a-t-elle fixé l'attention du Barreau et celle
du Public, Voici les faits qui ont don
né lieu aux trois Questions jugées par
l'Arrêt.
Au mois de Janvier 1688. le Curé du
Village d'Acheux en Picardie , fut étranglé
et volé. Les Juges du Bailliage d'Amiens
firent arrêter le Vicaire, la Servante
et le Valet du Curé ; ils décreterent aussi
de prise de corps le Fils aîné du Seigneur
de la Paroisse. C'est le principal personnage
de l'affaire. Son nom est le Sieur
Tillet.
Par Sentence rendue au mois de May
1688. le Vicaire , la Servante et le Valet
du Curéfurent déchargés de l'accusation ;
Je
OCTOBRE . 1737. 2125
le sieur Tillet , qui avoit passé dans les
Pays étrangers , fut condamné à mort
par contumace , et la Sentence executée
par effigie.
.
Le sieur Tillet a été absent pendant
10. ou 12. ans ; il est ensuite revenu en
France : on prétend qu'il y a servi le Roy,
en qualité de Cavalier , sous le nom de
Delcourt. Enfin en 1713. il fit demander
par le sieur de la Boissiere , l'un de ses
freres , des Lettres de grace à M. le Chancelier
Voisin , qui ne voulut pas en ac
corder .
Dans la suite , après que les 30. ans ;
qui mettoient le sieur Tiller à couvert
de la peine de mort , furent revolus , il
revint dans sa famille , se maria , et en
171. demanda le partage des biens de
ses Pere et mere tous deux décédés .
Ses Freres lui objecterent la Sentence
de 1688. qui l'avoit condamné à mort
et ils lui declarerent qu'il n'avoit rien
prétendre dans la succession de leurs Pe
re et mere , parce qu'un des effets de la
mort civile , qu'il avoit encouruë, étoit
de priver de toute succession,
Ici , M. il est nécessaire de vous dire
que
dans la Picardie les Aînés nobles ont
un droit d'Aînesse sur leurs Freres cadets
, et que ce droit consiste à absorber
la
126 MERCURE
DE FRANCE
la plus grande partie des biens de leurs
Pere et Mere.
Le Puisné du sieur Tillet , devenu
,
l'Aîné de la famille , par la mort civile
de son frere , s'étoit mis en possession
des biens déférés à l'Aîné ; il vint à décéder
; celui qui le suivoit prit à son
tour possession des mêmes biens , qui
furent enfin contestés au sieur de la Boissiere
,lors de la mort de son second Aîné;
par
ces biens lui furent aussi contestés le
sieur de Catigny , qui lui oposa l'exis
tence du sieur Tillet , leur frere aîné .
Le sieur de la Boissiere soûtint que le
sieur Tillet , mort civilement , étoit nonrecevable
, et il le fit declarer tel par Sentence
du 9. Février 1735. renduë au
Bailliage d'Amiens ; le sieur Tillet en interjetta
Apel.
Sur l'Apel de cette Sentence , on a
amplement traité la Question de sçavoir :
Si la Prescription de 30. ans pouvoit faire
cesser la mort civile operée par une Sentence
de mort. Il y a eu à ce sujet des Mémoires
imprimés , faits par M. de Saint Aubin
pour le sieur Tillet , et par M. Sicauld
pour
le sieur de la Boissiere.
a.eu
Dès que les Mémoires de ce dernier
ont été distribués , et que l'Instance , au
raport de M. Severe , a été vûë de Commissaires
OCTOBRE. 1737. 2127
missaires devant M. le Premier Président,
le sieur Tillet s'est constitué Prisonnier
en la Conciergerie du Palais , pour purger
la Contumace , et le lendemain il a
obtenu Arrêt sur Requête , par lequel
il a été ordonné qu'il seroit rransferé
-dans les Prisons du Bailliage d'Amiens .
Les Juges d'Amiens l'ont d'abord admis
à purger la Contumace , et ils lui
ont fait subir interrogatoire. Quelques
jours après ils ont declaré nulle l'information
sur laquelle la Sentence de 1688 .
est intervenue , et ils ont ordonné que
l'on informeroit de nouveau.
Le sieur Tillet ayant apellé de la seconde
partie de cette Sentence , et sur
son Apel ayant intimé M. le Procureur
Général , la Cause a été plaidée solemnellement
à la Tournelle Criminelle entre
le sieur Tillet et M. le Procureur Général
, qui de sa part a formé oposition
à l'Arrêt du s . Juin dernier , et a interjetté
Apel de tout ce qui a été jugé à
Amiens en execution de cet Arrêt.
M. Simon , pour la défense du sieur
Tillet , a soûtenu que M. le Procureur
Général ne pouvoit pas former oposition
à un Arrêt rendu sur ses Conclusions ;
que d'ailleurs sa Partie devoit être regardée
comme innocente , qu'il n'y avoit
B plus
2128 MERCOR DE FRANCE
plus contr'elle aucun soupçon de crime ,
dès lors que les informations de 1688 .
avoient été declarées nulles ; il soûtint
sur ce fondement , que sa Partie n'avoit
pas été contumacée , ne l'ayant pas été
valablement ; il soûtint d'ailleurs que ,
pour purger une Contumace , il ne fal
loit point de Lettres du Prince , et qu'enfin
les Condamnés par Contumace pouvoient
être admis à se justifier en tout
temps , l'innocence , la liberté , l'honneur
étant imprescriptibles.
M. l'Avocat Général Daguessau a
établi de sa part 1 ° .que quand il s'agissoit
de l'intérêt public , M. le Procureur
Général étoit toujours en droit de former
oposition même aux Arrêts contradictoires
rendus avec lui , ne pouvant
être question , à cet égard , que de sça
voir , si ses moyens d'oposition sont
justes.
Il a établi , en second lieu , que les
Condamnés par Contumace , au terme de
l'article 29. du Titre 17. de l'Ordonnance
de 1670. étant réputés morts civilement
du jour de l'execution de la Sentence
, lorsqu'il ne s'étoient point constitués
prisonniers , ou qu'ils ne s'étoient
pas representés dans les cinq ans de la
Contumace, ne pouvoient après ce temps ,
suivant
OCTOBRE. 1737. 2129
suivant les Articles 18. et 28. du même
Titre , suivant les anciennes Ordonnances*
,
les Arrêts rendus avant et après l'Or.
donnance de 1670. et le sentiment unanime
des Auteurs , se presenter pour se
purger sans avoir des Lettres du Prince-
Troisiémement enfin , il a prouvé que
les Condamnés par Contumace ne pouvoient
; après les 30. ans , être admis à purger
la Contumace , par la raison qu'on
ne peut les condamner au moyen de la
Prescription de l'accusation , acquise par
le laps de 30. ans. Il dit à ce sujet qu'en
tout temps M. le Procureur General s'oposeroit
à ce qu'un Condamné à mort
renon ât à cette Prescription , parce qu'il
n'étoit pas le maître de sa vie ; il apliqua
à cette proposition cette Maxime : Nemo
auditur perire volens. Et cette autre :
Qui non potest condemnare , non potest abë
folvere.

Après quatre audiences est intervenu
Arrêt le 7. de ce mois , par lequel , après
un Déliberé , M. le Procureur General
» a été reçû Oposant à l'Arrêt du 5. Juin,
» et Apellant de tout ce qui a été fait au
» Bailliage d'Amiens en execution dudit
» Arrêt ; faisant droit sur le tout,, sans
» s'arrêter à l'Apel du sieur Tiller , évoquant
le principal , et y faisant droit, a
Bij » déclaré
2130 MERCURE DE FRANCE
» déclaré ledit sieur Tillet non receva-
» ble dans sa demande à fin de purger la
» Contumace , et en consequence a or-
» donné que les prisons lui seroient ou
» vertes .
Après la prononciation de l'Arrêt , en
l'absence de M. l'Avocat General , M. Simon
demanda qu'il fut reservé à sa Partie
de se pourvoir par Lettres de Ré,
vision .
On opina là dessus , et il fut prononce
: Sauf à la Partie de Simon à se pours
voir comme et ainsi qu'il avisera.
Nous venons de recevoir le Mémoire qui
suit au sujet d'un autre Arrêt rendu pres
que en même temps. En voici la teneur,
Messieurs de Bruc de Montplaisir,
avoient formé une demande en 1736.
qu'ils faisoient monter à 12. ou 13, cent
mille livres , contre M. et Mad . la Marquise
de Coëtenfao , sur les biens de la
Maréchale de Crequy ; ils en avoient été
déboutés par Sentence du Châtelet , laquelle
a été confirmée par Arrêt du Par
lement le 6. Septembre 1737. Ainsi la
Marquise de Coëtenfao reste seule heritiere
de sa grande Tante et du défunt
Comte de Rougé , Enfant de son Frere ;
l'ancienneté et la distinction de la Maison
OCTOBRE. 1737. 213Ï
son de Rougé sont si fort connues qu'on
n'en parlera ici que sommairement , et
seulement pour ce qui a raport au grand
procès qui avoit été intenté.
Jacques de Rouge , Marquis du Plessis
Belliere , Capitaine General , Commandant
les Armées du Roy en Italie
où il fut tué à la Bataille de Castellamare
en 1654. avoit épousé Suzanne de
Bruc , Fille de Jean de Bruc et de Marie
Vainier , laquelle étoit Fille de François
Vainier , Doge de Venise .
De ce Mariage sont issus Henry - Fran
çois de Rougé , Marquis du Plessis- Belliere
, et Catherine de Rougé , Epouse
de François , Sire de Crequy , Maréchal
de France , dont sont sortis le Marquis
de Crequy , Lieutenant General des Armées
du Roy , tué à la Bataille de Luza
ra , et le Marquis de Blanchefort , Maréchal
de camp , mort sans avoir été marié
. Le Marquis de Crequy avoit épousé
la Fille du Duc d'Aumont dont les Enfans
sont décédés.
2
Henry François de Rougé , Marquis
du Plessis Belliere , Maréchal des Camps
et Armées du Roy , Gouverneur des
Villes de Suze et de Carmagnole , avoir
épousé Françoise Petronille Jegou de
Kvillio , dont est issu Jean - Gilles de
B iij Rougé
2132 MERCURE DE FRANCE
Rouge , Colonel du Régiment d'Angoumois
, mort à Saragosse en Espagne.
Il avoit épousé Florimonde - Renée de
Lantivy du Cosero , dont sont nés Louis
de Rougé , Marquis du Plessis- Belliere ,
Colonel du Regiment Vexin , et Innocente-
Catherine de Rougé , qui a épousé
Jean - Sebastien de Querhoent de Kgournadech
, Marquis de Coëtanfao.
·
Louis de Rougé , Marquis du Plessis-
Belliere , avoit épousé Marie Therese
d'Albert de Chaulnes , donr elle est veuve.
De ce mariage étoient nés plusieurs
Enfans , dont le dernier Marie Charles
François , Comte de Rougé , est mort à
Paris en bas âge au commencement de
F'année 1735. Messieurs de Rougé ont
perdu, en moins de 80. ans . 5. Regimens
de Pere en Fils , le Capitaine General en
avoit deux , son Fils , le Maréchal de
Camp, un , son Petit Fils, un , et Louis
de Rougé , Marquis du Plessis Belliere,
le cinquième.
Suzanne de Bruc , Marquise du Plessis
- Belliere à vécu dans trois siècles ,
étant née à la fin du siecle 15oo . ayant
vécu pendant tout le siecle 1600. et est
morte au commencement de celui où
nous sommes , ayant conservé jusqu'à la
fin tout son bon esprit.
OCTOBRE. 1737 2133
akakakakakai િ
A Madlle *** , qui ne répondoit que par
des détours aux Déclarations de son
Amant.
Doux Objet de ma tendre Envie
Beauté sans fard , aimable Magdelon ,
Pourquoi refusez- vous à mon ame ravie
Le simple aveu d'oüi , de non ?
Nature en vous fait briller tous ses charmes }
De l'Amour les plus fortes armes
Ne valent pas les traits que lancent vos beau
yeux ;
Sans soin , sans art vous plaisez en tous lieux
Pourquoi donc parlez - vous d'une adroite Co
quette
Le Langage artificieux ?
Quoi ? n'est- il point d'autre Interprete
D'un Coeur qui de mes Voeux fait le plus cher
objet ,
Qu'une Langue qui ne se plaît
Qu'en paroles complimenteuses ?
Dieu charmant qui regis les flammes amou
reuses ,
Tu sçais que la Sincerité ,
La Candeur , la Franchise , et la Fidelité
Bij On
2134 MERCURE DE FRANCE
Ont de tout temps fait mon plus beau
tage ;
par-
Au doux Objet dont je suis enchanté
Inspire mêmes feux , aprends même langage.
*******FIXX:XXXX*****
SUITE d'une Lettre sur la Peinture ,
inserée dans le Mercure de France du
mois de Juin 1737 , écrite à M. Dargenville
, Maître des Comptes.
L'sieur ,de voirquelques fragmens des
'Empressement que vous avez , Mon-
Mémoires du Peintre à qui apartenoit le
Recueil dont je vous ai entretenu , me
détermine à vous envoyer trois Pieces de
Vers qui étoient attachées aux Portraits
des grands Maîtres dont elles tracent le
caractere. Si tous ceux qu'il avoit ramassés
étoient accompagnés , comme on n'en
peut presque point douter , de semblables
Inscriptions , la Collection en étoit des
plus intéressantes.
La délicatesse de votre goût , Monsieur
, ne s'accommodera peut -être pas
d'une Versification qui lui paroîtra negligée
en plusieurs endroits. Je crains
même, qu'accoûtumé à juger de tout selon
les regles d'une raison sevére , vous
ne trouOCTOBRE.
1737. 2135
ne trouviez en particulier dans l'Eloge
du Giorgion , quelque chose qui vous
fera paroître l'imagination de l'Auteur
un peu plus qu'échaufée .
Il étoit Peintre , je vous l'ai dit , Monsieur.
Un double feu doit naturellement
fournir un peu d'éfervescence. La Peinture
et la Poësie sont deux Soeurs qui
se traitent assés froidement en Fran,
ce ; on diroit même qu'à peine se connoissent-
elles , tant elles y ont peu de
relation l'une avec l'autre ; leurs tendres
liaisons sont tout autrement sensibles en
Italie. Elles n'y songent qu'à se prêter
mutuellement des secours , elles s'y apliquent
volontiers à s'immortaliser reci
proquement.
Notre Peintre François qui avoit passé
la moitié de sa vie dans un Pays où l'on
parle si passionnément de ce qu'on aime,
en avoit pris l'esprit et le stile. Il se
croyoit permis de dire en sa langue ce
qu'un Italien avoit dit dans la sienne, ent
consacrant à la mémoire du Giorgion le
Sonnet cité par Ridolfi , page 90 de l'E
dition de Venise.
Pinsi nel ,Mondo , e fu si chiare il grido
Della mia Fama in queste parti , e in quelle,
Che
2136 MERCURE DE FRANCE
Che glorioso al par di Zeusi , e d'Apelle ,
Di me risuona ogni remoto Lido..
In Giovanile Etade il Patrio nido
Lasciai per acquistar grazie novelle:;:
Indi al ciel m'envolai fra l'auree stelle
Ové ho stanza migliore , albergo fido..
Qui fra l'Eterne , ed immortali menti ,
Ide e più belle ad Emulare io prendo
Di grazie adorne , e di bei lumi ardenti..
E or del mio Pennel l'opre riprendo ,.
Che vanneggio coll' ombre tra' viventi ,
Mentre. nel Ciel forme.divine apprendo..
Caractere du Giorgion:
Je peignis autrefois , et la toile prit vie ,
Mon Maître (1) fut jaloux de mes premiers tra
vaux
De honte et de dépit je vis frémir l'Envie-
Au pied de mes Tableaux. -
Da Golfe Adriatique au plus lointain rivage .
La Déesse à cent voix fit retentir mon nom ,
Quiconque des beaux Arts sçait parler le langage,
Connoît Giorgion,
(G)Yian Belling. Statori
OCTOBRE. 1737.
2137
Si-tôt que sur mon front brilla l'Adolescence ,
Des Lares ( 2 ) paternels je quittai le séjour ,
L'insipide mollesse eut mon indiférence ;
La Gloire , mon amour.
Venise s'aplaudit de la Grace nouvelle
Dont je sçus rehausser le prix de la couleur ,
Quand dans son riche Sein , de Zeuxis et d'A
pelle
Jo partageai l'honneur.
Du plus charmant des Arts j'atteignois l'excel ·
lence ,
Et même au Titien je servois de flambeau ;
Quand l'Amour( 3 )et la Mort tous deux d'intel
ligence
Creuserent mon Tombeau.
Lieu , Máis d'un Essor leger franchissant la Barriere
Mon ame s'envola dans cet auguste
Ou libre , intelligent , investi de lumiere ,.
L'homme voit tout en Dieu.
Là , de mon Créateur pénétrant les Idées ,
Je vois comme il forma les traits de la beauté..
(2 ) Castel Franco-
( 3 ) ` Giorgion prit la peste en fréquentant´une?
Dame Venitienne qui en étoit frapée. Il mourunt
âgé de 341 ans , l'an 15911
Bvii Esprit
2138 MERCURE DE FRANCE
Esprit , où ne vont point les forces secondées
Par la Divinité ?
A mon goût épuré , l'Auteur de la Nature
A permis l'Examen des merveilles des Cieux ,
Tout ce qui sux la Terre échape à la Peinture
dévoile à mes yeux.
S'y
Les ardens Seraphins m'y servent de modéles ,
Mon Pinceau glorieux imite leur splendeur ,
Mes sublimes Desseins des formes éternelles
Saisissent la Grandeur.
Au Terrestre séjour offusqué de nuages
Je ne fis qu'exquisser une ombre de leurs Traits;
Aujourd'hui, dans le goût des célestes Ouvrages,
Je traite mes Sujets.
Amis , ne pleurez plus ma perte irréparable ;
Que par vous mon bonheur àjamais soit chanté:
Vous direz , que je peins la Beauté veritable
A sa propre clarté.
Caractere d'Andrea Schiavon.
Sous l'Etoile d'Trus , Schiavon prit naissance
Et malgré les efforts de son hardi Pinceau ,
Il me put écarter Pinportune indigence
Qui le suivit jusqu'au tombeau.
La ForOCTOBRE
. 1737 2139
La Fortune pour lui n'eut que des vents contraires
,
Il- enfut contredit , affligé , combatu ;
Presque sous le fardeau des soins et des miseres
Il vit succomber sa vertu.
On sent également dans sa fiere Pratique
Son Esprit lumineux , et son Coeur agité ,
Quelquefois ses contours de son destin inique
Offrent l'extrême dureté.
Mais toujours sa couleur , fidele à la nature
D'un Dessein peu correct rachete les défauts ,
Er du Mazuoli, dans plus d'une figure,
Releve les traits les plus beaux .
Schiavon l'imita , dès sa rendre jeunesse
De son goût enchanteur il reconnut le prix ,
Et sçut rendre avec art l'ondoyante mollesse
Dont les Curieux sont épris.
Telest l'aveuglement de la mortelle engeance !
De l'Ecole des Arts les plus dignes Sujets ,
Vivants sont accablés de son indiférence ,
Sont-ils morts ? ils ont ses regrets.
Schiavon sans credit,sans nom ,sans récompense,
Trop souvent éprouva ces regards dédaigneux ,
Par lesquels l'insensé fier de son opulence,
Insulte au sage malheureux.
Fut- il
2140 MERCURE DE FRANCE
Eut-il dans le tombeau ? pour ses moindres ou
vrages
Les Rois firent paroître un vif empressement ,
Et ce qu'il destinoit aux plus communs usages ,
Des Palais devint l'ornement.
Vous qui de son Etoile éprouvez l'influence ;
Vous que le Monde ingrat , brusque et laisse
périr ,
Avez-vous ses talens ' imitez sa constance ',,
Et ne craignez pas de mourir."
Caractere du Bassan..
L'Homme se peint dans ses Ouvrages ::
Je fus ami de la Candeur 2
Et mes Tableaux sont les images
De mon Esprit et de mon Coeur.
Jamais l'ambition ne troubla mes pensées ,
Les Projets fastueux , les Brigues insensées
Ne m'ont point conduit à la Cour , (1)
Et par l'excès de la dépense ,
Des Richesses à l'indigence
Je n'éprouvai point le retour..
Dans un commode Domicile
(1) Egli non volle cangiar la Picciola sua casa²
etio Palagi reali.. Ridolfi,
Dess
OCTOBRE. 1737. 2141.
Des Talens de mes Fils . ( 2) empruntant le se
` cours
Goutant de mes Voisins le Commerce facile ,
Je me vis filer d'heureux jours.
Du Pont de Bassano l'attrayant point de vuë ,
Dans une riante Etenduë ,
Des Champs Arcadiens m'offrit tous les objets
Et mon ascendant Bucolique
Me fit de la Muse rustique
Donner le goût à mes Sujets.
Je vous aimai , Graces naïves ,
Qui parez les quatre Saisons ,
Je vous aimai , charmantes Rives,,
Ou je vis paître les Moutons.
Bergers , Laboureurs , Villanelles-
Vous fûtes les plus beaux Modéles
Dont ma simplicité fit choix.
Vos.Portraits , ceux de vos Ménages ,,
De vos travaux” , de vos usages
Firent les délices des Rois. (3)
Patriarches ! Héros antiques ,
Vos Filles sont les Nations>>
Vous fondâtes les Republiquess
(2 )François et Leandre..
( 3 ) A Ridolfo II. Imperadore mando i dodici
mesi , ne' quali erano divisate tutte quelle opera
zioni , che occorrono per l'anno¿
Ridolfi
Yous
2742 MERCURE DE FRANCE
Vous peuplates les Regions.
J'ai représenté vos Voyages ,
Vos Pavillons , vos Pâturages ,
Votre champêtre Majesté :
Quiconque a lû vos avantures
Dans ces naturelles Peintures
En retrouve la verité .
Moi-même Imitateur fidele
De votre foi , de votre zele ,
Je vous (4 ) étudiai dans les Livres Divins.
Des Auteurs inspirés je suivis les maximes ,
Et marchant pas à pas sur vos traces sublimes ,
Du Ciel je m'ouvris le chemin.
J'eus part à votre récompense
Une pieuse Mort couronna mes travaux
Et celui qui des Coeurs seul a la connoissance ,
Retrouva dans le mien les traits de l'innocence >
Que j'exprimai dans mes Tableaux.
Vous trouverez , Monsieur , dans votre
Collection des Desseins dautant plus
propres à verifier ces Caracteres , que
leurs Auteurs les ont faits dans les instans
où l'Entousiasme Pittoresque laissoit
agir leur génie avec le moins de contrainte.
(4) Passava Egli virtuosamente la vita , stance
dal dipingere , leggendo in particolare la Scrittura
Santa
Ridolfi.
Vous
OCTOBRE . 1737. 2143
Vous avez un Portrait du Giorgion
fait avec deux crayons , avec un goût ,
dans lequel on reconnoît toute la force
et la moëlle de son Coloris . Les griffonnemens
qui le suivent, pétillent d'un feu
qui indique son Imagination vive et féconde
; et les deux Etudes de Paysage
qui les accompagnent , prouvent combien
il sçavoit reffentir et choisir les
beautés de la nature.
Qui douteroit si le Schiavon a réelle
ment bien peint dans le goût du Parme
san , en seroit bien- tôt persuadé par les
deux Têtes que vous avez du premier ,
sur tout par celle de la Femme , et l'Adoration
des Mages du Bassan ; l'Exquisse
d'un Ménage Rustique et d'un
Chasseur , semblent faites exprès pour
apuyer chaque partie de son Eloge . Vous
seriez peut-être fâché , si j'avois borné
mes Recherches à trois Peintres Venitiens
. Je leur ai donné plus d'étenduë ,
je souhaite avoir bien tot l'occasion de
vous en convaincre . J'ai l'honneur d'être
, & c.
LIAIGLE
2144 MERCURE DE FRANCE
L'AIGLE ET LE ROSSIGNOL,
FABLE.
Par M. le Comte d'E *** Duc de G **
Pensionnaire au College de Louis le
Grand , pour le louer de son goût pour
la Poësie
Our louer votre goût , je me sers d'une
Fable ; Po
Le vrai sous de voile agréable
Parut toujours moins affecté ;
Le mensonge à la verité
N'ose refuser cet hommage.
Les Ris viennent aussi ; quelques traits sérieux }
Sans chasser leur troupe volage ,
Temperent leurs aimables jeux ;
La Reine des Oiseaux aimoit la mélodie ;
Serins abondoient dans sa Cour :
L'honneur nourrit les Arts , et le royal séjour
Ne voyoit fin à l'harmonie ;
Quiconque chés les Grands prétend se faire
aimer "
A leur goût doit se conformer.
Philomele bientôt sortant de son boccage ,
Vint de ses doux accens rendre le tendre hom
mage
Toujours
OCTOBRE .
2145 1737.
Toujours pleine de ses douleurs ;
De ses charmans Concerts les attraits invincibles
Rendirent tous les coeurs sensibles
Au doux récit de ses malheurs.
Du mérite d'autrui l'implacable ennemie
Fit à ce nouveau Chantre un crime de sa voix ;
Mais à tous les Hôtes des Bois
L'Aigle le préferant , sçut confondre l'envie .
D'E ** , dans les beaux Arts les talens sont diversĝ
Si c'est une faveur de faire de bons Vers ,
Ce n'en est pas une petite ,
Que le talent de les aimer ;
Aux uns Dieu donna le mérite ,
Et l'art à quelques Grands de sçavoir l'estimer.
C. X. Del **.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris
par M. l'Abbé M. à M ... à Avran
ches , au sujet des Oiseaux de Passage
dont il est parlé dans la Feuille cxxxiv.
des Observations sur les Ecrits Mo
dernes.
L
E Systeme singulier sur les Oiseaux
de passage , dont vous me demancompte,
Monsieur, est d'un Anglois ,
et un pareil Ouvrage convient parfaitedez
ment
# 146 MERCURE DE FRANCE
ment au génie de sa Nation , qui donne
volontiers dans l'extraordinaire , er éleve
souvent ses idées au dessus des
Nuës.
·
L'Auteur , après avoir fait une énumération
des Oiseaux de passage , et s'être
étendu assés au long sur la génération
, la naissance et l'éducation des
Coucous , qui sont , dit - il , l'emblême
de l'infidélité des femmes et de la hon,
te des marts , recherche la raison pour
laquelle ces animaux changent aussi de
demeure dans certaines saisons , et l'a
tribuë , avec fondement , à la tempera
ture de l'air , à la diversité du chaud
du froid et à l'inclination naturelle à
produire et à élever des petits. Mais
que deviennent- ils lorsqu'ils nous quit
tent ? C'est ce qu'on examine ensuite
avec soin.
Notre Anglois réfute d'abord l'opinion
de ceux qui prétendent que les Oiseaux
en question passent les Mers , pour
aller dans d'autres régions où regne la
saison qui leur convient. Il assure que
personne n'a jamais vû dans aucune partie
du Monde depuis le mois de Septem
bre jusques au mois de Mars, cette quantité
prodigieuse d'Oiseaux de tant d'especes
, qui disparoissent de nos climats
pendant l'Hyver et l'Automne.
OCTOBRE. 1737. 2147
Il se moque ensuite de ceux qui croyent
avec Olaus Magnus , fameux ' Voyageur ,
que dans le Pays du Nord les Pêcheurs
tirent souvent par hazard des Hirondelles
emmoncellées comme un gros peloton
, attachées bec à bec , aîle à aîle
et patte à patte , dans les Mers et les
Rivieres au fond de l'eau , Elément cependant
si contraire à leur Nature , qu'un
jour des enfans ayant porté cette masse
d'Hirondelles dans une Etuve , elles se
détacherent par la chaleur et commencerent
à voler. Quelle aparence que des
Animaux qui ne peuvent vivre que dans
les chaleurs du Printemps ou de l'Eté ,
s'aillent ainsi ensevelir elles- mêmes sous
un Element aussi froid que l'eau ?
L'arrivée , dit- il , de certains Oiseaux
de passage est si subite , que c'est précisément
comme s'ils tomboient du Ciel
sur la surface de notre Globe . Ils semblent
venus en une nuit. Quoique la
veille on n'en eût pas vû un seul , le
lendemain matin il en paroît presque
dans chaque taillis et chaque buisson , et
cela , par exemple , dans l'étendue de
toute la Hollande. Tels sont les Rossignols
, Beccasses, les Cicognes et quelques
autres ; or s'ils venoient de quelque
partie de notre Globe , comment
SC
2148 MERCURE DE FRANCE
se pouroit- il faire qu'il en parût dans
un endroit en même temps que dans l'autre
, éloigné du premier de cinquante
ou soixante lieuës ? Il faut certainement
à un Oiseau , quelque rapide que soit
son vol , du temps pour faire so. ou
60. lieuës. Ceci prouve , dit l'Auteur
que ces Oiseaux ne viennent pas de
quelque contrée particuliere du Globe
de la Terre, mais qu'ils tombent du Ciel.
Il observe ensuite qu'on sçait par expérience
que la plupart des Oiseaux évitent
les Mers , loin de les passer , comme
ils y seroient obligés s'ils alloient en
Afrique ou en Amérique ; que le Coule
Rossignol et quelques autres
Oiseaux , ont un vol si court , qu'il
n'est pas probable qu'ils viennent horisontalement
de quelque Pays très éloigné
, ou d'au- delà des Mers. L'Auteur
ne craindra pas tantôt de les faire passer
jusques à la Lune , et leur vol , quoique
court , n'y mettra , selon lui aucun obstacle
, quelque difference qu'il y ait entre
les deux trajets .
cou ,
Après ce début , il établit pour principe
, et avec raison , que ce qui est le
plus facile à déduire des Obervations et
de l'experience , es ordinairement le plus
probable et le plus vrai , d'où il conclur
OCTOBRE.
1737. 2149
clut
que
le passage des Oiseaux de la
Terre dans le Globe de la Lune er de
cette Planette dans notre Globe , étant
le plus conforme aux Observations et
à l'expérience , doit l'emporter sur toute
autre opinion. Il a jusqu'ici tâché
d'infirmer les autres sentimens , il ne
songe plus qu'à établir le sien.
Toutes les Experiences et les Observations
qu'on a faites jusques ici , prouvent
, dit l'Auteur , que les Oiseaux de
passage prennent leur essor en haut
quand ils partent , et qu'ils descendent
d'enhaut quand ils reviennent. Il seroit
trop long de le suivre dans tous les détails
où il entre ici , je vais seulement
vous raporter succinctement une Expé
rience assés particuliere dont il parle
pour prouver son sentiment.
Les Cicognes , sorte d'Oiseaux qui
tous les Erés abondent en Hollande et
qui y font leurs nids , s'assemblent sur
la fin de Septembre proche Amsterdam ,
dans un Marais nommé Haërlem Meer;
pendant quelques jours elles font beaucoup
de bruit pour s'apeller les unes les
autres. Lorsqu'elles sont toutes assemblées
il se fait un grand silence pendant
quelque temps, après quoi elles s'élevent
en haut en une si grande troupe qu'elles
obscur2150
MERCURE DE FRANCE
et
obscurcissent l'air . Elles font en s'élevant
plusieurs ronds , plusieurs cercles
cette multitude d'Oiseaux diminue à la
vûë, à proportion qu'elle s'éleve droit en
haut, jusqu'à ce qu'elle ne paroisse pas
plus grosse que la main et qu'elle disparoisse
enfin entierement. Ces Oiseaux
ne paroissent plus qu'au mois d'Avril sui.
vant , où en une nuit , en un matin ,
chaque Ville , chaque Village s'en trouve
plein , quoiqu'il n'y en eût pas un
seul le jour précedent ; il n'y a point ,
dit-il , d'Enfant en Hollande qui ne sçache
cela. Il assure la même chose des
Hirondelles , des Beccasses , et conclut
que s'ils passoient en d'autres Pays , ils
voleroient horisontalement et ne s'éleveroient
pas perpendiculairement, comme
on remarque qu'ils font. Il aporte
encore quelques autres raisons et même
il s'apuye sur l'Ecriture. Il s'agit ensuite
d'expliquer physiquement comment les
Oiseaux en question peuvent parcourir
le vaste espace qui se trouve entre notre
Globe et celui de la Lune. Voici comme
il s'y prend .
10. Toute gravité ou pesanteur vient,
selon lui , du magnetisme ou de l'attrac
tion de la Planete où sont dirigés les
Corps graves . Ce principe est de M.
Newton
OCTOBRE. 1737 215-
Newton ; on peut le lui passer , parce
qu'en suposant que la gravité vienne de
Fimpulsion , cela revient au même pour
la question dont il s'agit . 2. Plus un
Corps est proche du Globe qui l'attire ,
plus l'attraction est forte et a de prise
sur lui, 3 °. Plus l'air est proche de la
circonférence de chaque Athmosphere ,
plus il est subtil et leger.
4. La matiere qui est entre l'Athmosphere
de l'air qui entoure la Terre et
celui qui environne la Lune , est encore
plus subtil et ne fait aucune résistance
bien sensible au mouvement progressif."
On peut encore lui passer tout ceci ;
seulement ne perdez point ses principes
de vûë. Il en conclut que le plus grand
effort que font les Oiseaux dans leur
voyage d'ici à la Lune , ils le font en
s'envolant d'abord , que plus ils avancent
, moins ils trouvent de résistance ,
qu'arrivés au - dessus de l'Athmosphere de
notre air , ils n'en trouvent presque plus ;
que descendus dans celui de la Lune , ils
n'ont qu'à se laisser tomber , attirés qu'ils
sont par le Globe de la Lune , selon le
premier principe . Nous dirions , nous au
tres , poussés qu'ils sont par la matiere
celeste , qui agit sur les Corps graves ,
ce qui s'entend un peu mieux et revient
C серед
2152 MERCURE DE FRANCE
cependant au même. Ils reviennent à peu
près comme ils sont allés , ne trouvent
de résistance considérable que lorsqu'ils
commencent à s'élever , parcourent aisément
ensuite l'espace compris entre la
Lune et la Terre , et tombent ainsi au
mois d'Avril sur les Régions Terrestres
qui leur conviennent , conduits , sans
doute par leur instinct.
On a toujours remarqué, dit il ensuite,
que ces Oiseaux sont fort gras lorsqu'ils
nous quittent , c'est que cette graisse suplée
au défaut de nouriture qu'ils ne trou
vent point dans leur route , ( comme les
Ours blancs du Groëland, qui vivent pendant
l'Hyver de l'embonpoint qu'ils ont
acquis pendant l'Eté , ) et lorsqu'ils reviennent
à nous ils sont extremement
maigres.
Tel est le Systême de ce Physicien,dont
je ne vous donne ici qu'une legere esquisse
, suffisante cependant pour vous mettre
en état d'en parler et d'en porter
votre jugement ; entre plusieurs . objections
qu'on pouroit lui faire , en voiçi
une qui m'est venuë d'abord à l'esprit.
On remarque que lesOiseaux, aussi bien
que tous les autres Animaux , ne peuvent
souffrir le second coup de piston de la Machine
Pneumatique , parce qu'il leur ôte
l'air
OCTOBRE. 1737. 2153-
,
l'air et par consequent la respiration , et
que l'air qui est contenu au - dedans de
leurs corps et qui fait toujours effort
pour se débander et sortir au travers des
pores , ne trouvant plus de résistance au
dehors , sort avec vehemence , les fait
enfler , cause par conséquent un dérangement
general dans la Machine , dont
il emporte avec lui les esprits vitaux ,
d'où suit nécessairement sa destruction.
Il est certain d'ailleurs que plus on s'éloigne
de la Terre , plus l'air devient
subtil ; cela est si vrai , qu'à peine , à
moins d'y être né, on peut vivre sur les
Montagnes un peu élevées ,
élevées , et il est probable
qu'il n'y a plus de cet Element
à quelques lieues de la Terre. Je deman
de donc comment nos Oiseaux de passage
pouront vivre depuis l'extrémité
de notre Athmosphere jusqu'à leur atrivée
dans celui de la Lune ? Je demande
encore comment cette Experience
s'accorde avec ce que semble dire l'Au
teur , que ces Oiseaux transpirent peu
dans ce long trajet , et que par conséquent
l'embonpoint qu'ils ont acquis
avant que de partir , leur tient lieu de
nouriture pendant leur voyage? mais loin
de leur servir à quelque chose , il se dissipera
dans le moment , de-même que
Cij tous
754 MERCURE DE FRANCE
tous les sucs et les esprits qui pouroient
servir à entretenir au dedans
la vie animale pendant quelque temps.
Avant que de finir cet Extrait , jas
joûterai une refléxion qui me vient encore
à l'esprit au sujet de ce que dit notre
Auteur à l'égard de la descente des
Oiseaux dans la Planette , objet de leur
voyage. Il assure qu'ils n'ont qu'à s'y
laisser tomber sans avoir pour lors bésoin
d'employer leurs forces , ce qui
leur épargneroit véritablement bien de
la peine, s'ils le pouvoient faire sans s'exposer
à être écrasés. En effet , comme
la Physique nous aprend que la vitesse
avec laquelle tombent les Corps graves,
s'augmente à proportion que le lieu d'où
ils tombent est plus élevé ; si les Oiseaux
de passage se laissoient ainsi entraîner
par la cause de la gravité , leur chute
devenant trop précipitée , pouroit leur
devenir très -funeste. Ils ont donc be
soin de toutes leurs forces pour soûtenir
les efforts redoublés de la cause de
la pesanteur , qui augmentent à proportion
qu'ils descendent. Leur épuisement
devant être extrême après un si long
trajet , comment pouront ils résister à
une force aussi supérieure? Ainsi je ne
ois pas où est la grande facilité que
l'Auteu
OCTOBRE. 1737. 2153
L'Auteur dit qu'ils ont à faire leur voyage
, & c .
***
PARODIE LIBRE du Sonnet de
M. Esnault :
Toi qui meurs avant que de naître , &c.
Sur tous les mauvais Livres en general.
Toi, qui meurs avant que de naître ,
Assemblage confus de riens et de discours ,
Triste Avorton , Livre sans cours
Rebut de qui sçait s'y connoître,
Oses-tu bien paroître au jour
Fruit d'un ignorant qui s'estime
Que fait évanouir le mépris à son tour ;
Ouvrage d'un aveugle Amour ,
De la haine juste victime
Ne redouble point mon ennui ,
Dans le sein du néant plongé jusqu'aujourd'hu
Ne croi pas en sortir au gré de ton envie.
Deux cruels Ennemis ont décidé ton sort',
Un Auteur ignorant veut te donner la vie ,
Un Lecteur éclairé veut te donner la mort.
Par Mlle d' Auteterre,de Riom en Auvergne
*Amour propre.
Gii) LETTRE
2156 MERCURE DE FRANCE
XX:XXXXXXXXXXXX *
LETTRE de M. Gauteron , Docteur
en Médecine , de la Faculté de Montpellier
, et Secretaire de la Societé Royale
des Sciences , écrite à M. Bouiller
Docteur en Médecine de la même Faculté
, Professeur des Mathematiques , et
Secretaire de l'Academie des Sciences et
· Belles Lettres de la Ville de Beziers.
L
E Plan de l'Histoire generale des
Maladies , que vous m'avez fait
l'honneur de m'adresser , Monsieur, me
paroît si beau et si bien conçû , qu'il ne
peut en resulter qu'un bien très conside
rable pour la connoissance des causes des
maladies , et pour le soulagement des
malades.
Ce sujet est d'une très- grande étenduë
, mais le bon ordre que vous vous
étes prescrit , le rendra si interessant, par
la liaison des matieres , qui seront comme
des consequences l'une de l'autre , que
ceux qui seront déja initiés en Médecine
ne pouront le lire qu'avec plaisir , et
pouront reformer sur vos idées , et sur
celles des plus grands Maîtres , autant la
Théorie de la Médecine que la Pratique.
On
OCTO BR Ë. 1737. 2157
,
2
On se plaint depuis long- temps de la
quantité des Systêmes hypothétiques que
chacun a imaginés pour expliquer les dérangemens
qui arrivent au Corps hu
main. On peut pourtant les reduire
comme vous le dites , à l'examen des Liquides
et des Solides ; mais encore, combien
de supositions contraires les unes
aux autres , n'a - t-on pas fait pour déterminer
les Figures insensibles des Parties
qui les composent , et combien de déa
monstrations differentes n'a- t on pas mis
en avant sur la force des Solides les uns
les faisant agir avec une force infinie , les
autres avec une force infiniment petite ?
Il est aisé , Monsieur , de voir que vous
avez senti tous ces défauts : Heureux
si vous pouvez nous donner quelque
chose de fixe , et faire une espece de
concordat , qui regle pour toujours la
Théorie et la Pratique de la Médecine .
Je n'en desespere pas , connoissant votre
capacité et votre discernement , dont
vous avez déja donné beaucoup de preuves.
En mon particulier , je souhaite que
vous ayez assés de loisir pour finir un
Ouvrage aussi utile .
J'ai l'honneur d'être , Monsieur, avec
une estime respectueuse , votre , &c.
Cilij
LET
2158 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Bouillet , écrite de
Beziers le 22. May 1737. en réponse
à la Lettre précédente.
Je n'ai pû , Monsieur , jusqu'ici répondre
à votre obligeante et sçavante
Lettre du 5. d'Avril dernier , et j'ai eu
1 honneur de vous marquer les raisons
qui m'en ont empêché. Je m'acquite aujourd'hui
de ce devoir avec d'autant plus
de plaisir , que je me sens infiniment honoré
de votre suffrage , et que je souhai❤
te ardemment de remplir l'idée avantageuse
que vous avez conçûë de mok
Quoique le Plan que je vous ai envoyé
ne mérite pas l'éloge que vous en faites ,
et que je n'aye ni la capacité, ni le discer
nement dont vous voulez me flater , je
n'ai pas laissé de ressentir une très- vive
joye , en voyant qu'une personne consommée
comme vous , M. dans l'étude
et dans la pratique de la Médecine , juge
si favorablement de mon entreprise et
de mes forces. Si quelque chose peut
m'encourager dans l'execution d'un si
grand Projet, c'est d'un côté l'aprobation
qu'il
u'il a déja reçûë de M. le Premier Médecin
du Roy , et de l'autre le desir que
j'ai de contribuer en quelque chose à l'utilité
du Public.
Je
P
SU
9
Pa
fo
OCTOBR E. 1737. 2159
Je ne sçaurois , Monsieur , vous mieux
marquer le cas que je fais de votre suffra
ge , qu'en vous exposant ce que je pense
sur la maniere d'agir des Parties dont
notre Corps est composé , ou en étendant
ce que je n'ai fait qu'indiquer dans
mon Plan , et qui a donné occasion à la
belle Lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire . Voici enfin ma réponse
, j'espere que vous aurez la bonté de
l'examiner , et de la communiquer à votre
illustre Compagnie.
Il est vrai , Monsieur , que dans le
Systême des Fluides on a fait bien des
supositions contraires les unes aux autres
pour expliquer nos fonctions et leurs dérangemens
, et que vouloit les accorder
ensemble , ces supositions , ce seroit entreprendre
l'impossible . Il est vrai aussi
que pour et contre le Systême des Solides ,
on a produit bien des démonstrations qui
paroissent absolument incompatibles . Enfin
il est vrai , et vous pouviez l'ajouter ,
M. que ceux qui ont fondé leur Théorie
sur les Fluides , n'ont regardé les Solides
que comme des instrumens purement
passifs , et ne leur ont accordé d'autre
force que celle leurs donnoient les
Fluides ; que ceux qui ont embrassé le
Systême des Solides , ont prétendu que
que
Cv Las
2160 MERCURE DE FRANCE
les Fluides n'avoient par eux - mêmes aucune
force , et qu'ils n'étoient mûs que
par les Solides ; et que ceux qui ont voulu
allier les deux Systêmes , ne se sont pas
mis en peine d'en marquer les limites, ou
de fixer les droits des Solides et des Fluides
. Tel est l'état où se trouve encore aujourd'hui
la Théorie de la Médecine.
Dans une conjoncture si délicate , voici
, Monsieur , le parti que j'ai resolu de
prendre. Je prétends rejetter tout ce qui
n'est que purement hypothetique , tout
ce qui n'est apuyé que sur des supositions
arbitraires , quelque bien imagi、
nées qu'elles paroissent , et je ne veux
fonder ma Théorie que sur la structure
connue des Solides et des Fluides du
Corps humain , et sur leurs mouvemens
averés et reconnus de tout le monde.
C'est à la verité se priver du plaisir d'enfanter
de nouvelles idées , d'imaginer des
configurations , des mouvemens , & c.
C'est se restreindre à un petit nombre
de principes fondamentaux . Mais aussi
tout ce qu'on établira de cette façon sera
bien établi , et l'on ne poura desormais
qu'élever plus haut cette Théorie , à
mesure qu'on fera de plus grands progrès
ans Anatomie et dans les Méchaniques.
Selon la regle queje me suis prescrite ,
js
OCTOBRE. 1737. 2161
je ne reconnois dans le sang que trois
sortes de parties integrantes ou sensibles
, et deux sortes de mouvemens ; et
je crois par là pouvoir non seulement ex .
pliquer toutes les proprietés ou affections
de ce Fluide , mais montrer encore
qu'il a de son fond ou en lui-même
une force réelle.
Vous sçavez , Monsieur , mieux que
moi , quelles sont ces parties integrantes
, quelle est leur configuration , quels
sont leurs mouvemens ; et je me suis
déja expliqué là - dessus dans un Mémoi
re que je lûs à notre Compagnie en
1734. et dont je vous envoyai dernierement
un Fragment. Mais je vais de nouveau
vous exposer ici ce que j'ai eu déja
l'honneur de vous mander à ce sujet, pour
vous épargner la peine de relire mes Lettres
précédentes.
Le Sang est un Eau dans laquelle nagent
deux sortes de Globules de blancs et
de rouges. J'apelle Globules blancs la partie
fibreuse du Sang ; car , quoi qu'après
la saignée et dans l'Analyse
Physique du
Sang , cette partie ne se manifeste
pas
sous la forme que je lui donne, et qu'elle
ne represente
qu'un rézeau composé
de
plusieurs
filets , il suffit qu'elle soit élas
tique , comme on en tombe d'accord ,
Pour € vj
2162 MERCURE DE FRANCE
pour comprendre qu'elle ne s'étend ainsi
que parce que ses filets se débandent
et se déployent , et que dans les vaisseaux
où elle est ' contrainte , où elle est
repoussée de tous côtés , ses filets doivent
se courber , se rouler , se replier , s'accrocher
ensemble , et former par leur
réunion des Globules ou des Molecules
rondes. A l'égard des Globales rouges ,
tout le monde en convient , on les aperçoit
avec le Microscope , on en détermine
la grosseur , qu'on dit être 25. mille
fois au - dessous de celle d'un grain de
sable ; on les trouve fort mols ,. flexibles ,
pesants , composés chacun de plusieurs
autres Globules plus petits , et on les
voit tourner sur leur centre.
11 y a donc dans le Sang trois sortes de
parties séreuses ou aqueuses , des parties
fibreuses ou lympathiques , et des parties
rouges ou globuleuses. Ce ne sont point
ici des supositions arbitraires . De très habiles
Observateurs ont vû de leurs propres
yeux toutes ces parties , et l'on peut aisément
se convaincre soi- même de leur existence.
Le Sang composé de parties telles
qu'on vient de représenter , a , de l'aveu
de tout le monde , un mouvement progressif
, par lequel il va sans cesse du
Coeur
OCTOBRE. 1737 2163
Coeur aux extrémités du Corps , et par
lequel il revient aussi sans cesse des extrémités
du Corps au Coeur. Mais il seroit
aisé de prouver qu'un fluide composé
de globules pésants et élastiques ,
ne peut se mouvoir en rond , ou circuler
avec un certain degré de vitesse ;
que ses globules ne se meuvent sur leur
centre avec d'autant plus de vitesse que
le fluide qui les entraîne trouve plus
d'obstacles à son mouvement progressif.
C'est donc une suite nécessaire de la circulation
du Sang , que ses globules tournent
sur leur centre , et qu'ils ayent un
mouvement de rotation , d'autant plus.
vîte que le Sang perd plus de son mouvcment
progressif au sortir du Coeur
puisque par les loix du choc des Corps
élastiques , la plus grande partie de sa
vitesse doit passer aux globules dont il
est composé , et que ces globules ne
peuvent obéir à toute l'impulsion qu'ils
reçoivent , qu'en tournant sur leur certre
avec beaucoup de rapidité.
Voilà donc dans le sang d'un animal
vivant un double mouvement , l'un progressif,
de toute sa masse , et l'autre de
rotation ou de tourbillon de la plupart de
ses parties. A l'égard du premier mouvement,
tout le monde en convient. Pour
le
2164 MERCURE DE FRANCE
le second , il est certainement une suite
nécessaire du premier , et quiconque
sçaura bien les Regles des Méchaniques
et celles du choc des Corps élastiques
, n'en doutera nullement. Il y
a plus. Ce n'est pas uniquement par induction
qu'on prétend constater ce second
mouvement. L'observation est ici
d'accord avec l'induction. On voit à
l'oeil les globules sanguins tourner sur
leur centre et l'on ne peut qu'être surpris
qu'on n'ait fait jusqu'ici nulle attention
à ce mouvement. Ce n'est donc
point une simple hypothese que le tournoyement
de ces globules ; c'est une réalité
, un fait qui ne peut être contesté.
On peut même , connoissant quelle est
la vitesse absolue du Sang au sortir du
Coeur , ou dans tel vaisseau du Corps
qu'on voudra choisir , déterminer assés
précisément quelle doit être la vitesse
du tournoyement des globules du Sang,
soit au sortir du Coeur , soit dans le vaisseau
proposé.
Jusques-là , je ne vois rien , Monsieur ,
qui ne soit solidement établi , rien qui
ne soit fondé dans la Nature même. Il
ne s'agit maintenant que d'en faire l'aplication
Ici l'on peut , il est vrai , ne
pas fraper juste au but , en n'attribuant
qu'à
OCTOBRE. 1737 2169
qu'à ce qui nous est connu , ce qui peut
dépendre , du moins en partie , de ce
que nous ne connoissons pas encore touta
fait. Mais l'erreur , s'il y en a , ne
sçauroit être considérable : Elle ne peut
pas même legitimement nous être imputée.
En attendant que la Nature se
soit entierement dévoilée c'est assés
pour nous , si nous tirons de ce qui est
connu , tout ce qui en découle necessai
rement.
J
J'ai dit que le Sang est une Eau dans
Laquelle nagent deux sortes de globules ;
mais il est plus que vrai semblable qu'il y
a dans le Sang plus de deux sortes de glo
bules . Cependant , si l'on n'en veut pas
reconnoître davantage , on ne peut disconvenir
1 °. que dans chaque espece de
ces globules il n'y en ait de plus gros et
de plus pesants les uns que les autres.
2°. Que chaque globule ne soit lui - même
formé par la réunion de plusieurs
autres globules . C'est du moins ce que
nous aprend le Microscope.
c'étoit
J'ai dit aussi que ces globules tournoient
sur leur centre , et que
autant de petits tourbillons composés
eux-mêmes d'autres tourbillons encore
plus petits d'où il suir qu'ils doivent
avoir une force de ressort proportionnée
à la
2166 MERCURE DE FRANCE
à la vitesse avec laquelle ils font leur révolution
sur eux-mêmes. De là , et de
l'action des Solides dont nous allons parler
, on déduira fort aisément la chaleur
du Sang, sa rarefaction , sa condensation
et la formation des differentes humeurs
qui s'en séparent . On poura aussi rendre
des raisons beaucoup plus plausibles que
celles qu'on a données jusqu'ici des différentes
couleurs sous lesquelles le Sang
se fait voir dans les vaisseaux sanguins.
Enfin on verra que le Sang tant qu'il
circule , doit avoir une force de ressort ,
une force qui résulte de la rotation ou
du mouvement de tourbillon de ses globules.
Mais en voilà assés sur cet article ;
venons aux Solides.
>
Par la même Regle dont j'ai parlé cidessus
, je ne reconnois dans les Solides
que ce que l'Autopsie anatomique nous
aprend de leur structure , de leur masse ,
de leur situation , de leurs cavités , de
Feurs divisions et subdivisions , de leurs
courbures , de leurs circonvolutions , de
leurs mouvemens alternatifs ou de leur
Systole et de leur Dyastole , de leurs allongemens
et de leurs accourcissemens
et je ne leur attribuë d'autre force que
celle que l'expérience et les Regles de la
Statique bien apliquées forcent d'admettre
OCTOBRE. 1737. 2187
mettre je ne leur attribuë, dis je , qu'une
force proportionnée à leur masse , et à
la vitesse de leurs battemens alternatifs
eu de leurs oscillations.
Il est vrai , et vous l'avez fort bien remarqué
, Monsieur , que les uns font
agir les Solides avec une force infinie , et
les autres avec une force infiniment petite
. En effet le célébre Borelli attribuë ,
par exemple , au coeur une force équivalente
à un poids de 180000 livres , et le
fameux Pitcarne en donne à l'estomach
une de 117088 livres , tandis que M. Keill
ne reconnoît dans le coeur qu'une force
de S à 8 onces , et que M. Astruc prétend
que celle de l'Estomach est infiniment
petite . Mais il est aisé de voir qu'ils
se sont trompés les uns et les autres ; et
la simple notion de ce qu'on appelle
Force en Méchanique , prouve démon
strativement que la force du Coeur et de
l'Estomach n'est ni infinie , ni infini
ment petite .
Vous sçavez , Monsieur , et je crois
l'avoir suffisamment prouvé ailleurs (*),
que la force d'un corps est le produit
de sa masse par sa vîtesse ; et qu'ainsi un
corps dont la masse est finie , ne peut
avoir une force infinie , à moins qu'il
(*) Recueil de l'Acad. de Besiers. p. 34 et. suivi.
n'ait
2168 MERCURE DE FRANCE
n'ait une vitesse infinie , ni une force
Infiniment petite , à moins que sa vîtesse
ne soit infiniment petite. Mais la vitesse
n'étant que le raport de l'espace parcouru
par le corps qui se meut, au temps
employé à le parcourir , la vitesse ne
peut 10. être infinie , à moins que dans
un temps fini , l'espace parcouru ne soit
infini , ou que l'espace étant fini , le
temps employé à le parcourir , ne soit
infiniment petit (*) . 2 ° . Elle ne peut être
infiniment petite , à moins que l'espace
étant fini , le temps employé à le parcourir
ne soit infini , ou que le temps
étant fini , l'espace ne soit infiniment
petit.
Cela posé, à ne considérer dans le Coeur
et dans l'Estomach d'autre force , que
celle qu'ils employent pour presser ce
qui est contenu dans leurs cavités , ou ,
ce qui revient au même , à ne considérer
que la force avec laquelle les parois du
Coeur et de l'Estomach s'aprochent les
unes des autres , il est visible que cette
force ne peut être ni infinie , ni infiniment
petite. Car la masse de ces Organes
étant finie , l'espace que leurs parois
parcourent étant fini , aussi bien que le
temps employé à parcourir cet espace ,
·( * ) V. la Geom. de l'Infin. p. 5170
comme
OCTOBRE. 1737. 2169
comme on n'en peut disconvenir , si on
examine le jeu de ces Organes , ou si l'on
veut bien en croire ceux qui l'ont examiné,
on aura pour leur force le produit d'une
quantité finie par une autre quantité
finie, ou un tout fini , et non le produit
d'une quantité finie par une autre infinie
ou infiniment petite , ou un tout infini
ou infiniment petit ; ce qui est trop évi
dent pour qu'il soit besoin de s'y arrêter
davantage.
D'où vient donc , me direz vous, Monsieur
, que les Borelli et les Pitcarne don
nent au Coeur et à l'Estomach une force
presque infinie , et que les Keill et les
Astruc ne leur donnent qu'une force infiniment
petite? Voici là - dessus mes Réfléxions
que je soumets à votre judicieuse
Critique.
M. Borelli voyant qu'il n'en étoit pas
du Coeur , comme de beaucoup d'autres
Muscles , dont la force extérieure ou apparente
peut être déterminée par expérience
ou par les poids qu'on leur voit
soulever , jugea fort bien qu'on ne pouvoit
avoir la force actuelle du Coeur que
par analogie , ou en la comparant avec
la force connuë de quelque autre Muscle
, dont la masse fût égale à celle du
Coeur et voyant encore que l'un des
Muscles
2170 MERCURE DE FRANCE
Muscles temporaux et l'un des Masseters
égaloient ensemble la masse du Coeur,
il crut pouvoir avancer avec assés de
vrai semblance que la force actuelle et extérieure
du Coeur étoit égale à celle qu'exercent
ces deux Muscles , qui avec les
deux Pterygoïdiens , qu'il neglige , font
mouvoir la mâchoire inferieure . Ensuite
sçachant par expérience , que ces Muscles
soutiennent un poids de plus de
150 livres , il conclut que l'effort total
et extérieur du Coeur doit être de plus
de 150 livres.
Jusques là tout paroît assés bien amené,
fout paroît fondé sur l'expérience et sur
une Analogie très - recevable . Mais Borelli
poursuit , et en vertu de certaines
Jupositions ayant trouvé que l'effort
intérieur que la Nature fait pour faire
raccourcir le Masseter et le Temporal ,
et pour leur faire soûtenir un poids de
Iso livres , seroit capable de tenir en
équilibre un poids de plus de 3000 livres ,
il conclut que l'effort intérieur que fait
la Nature dans la contraction du Coeur,
est aussi de plus de 3000 livres . Il n'en
demeure pas là , il prétend que le Coeur
surmonte une résistan- .
ce plus grande , que n'est l'effort inté
sieur que fait la Nature pour en faire
en se resserrant >
resserrer
OCTOBRE . 1737 2171
resserrer les parois , et il ajoûte qu'en se
resserant , le Coeur surmonte une résistance
plus grande que ne seroit celle
d'un poids de 180000 livres.
Mais il est visible , Monsieur , qu'outre
qu'il ne s'agit ici que de la force ac
tuelle et extérieure du Coeur , qu'on peut
fort bien évaluer à 150 livres , et non
de l'effort intérieur que la Nature fait
dans la contraction de cet Organe , tout
ce que Borelli déduit de ses supositions
n'est pas démontré , et doit être regardé
comme d'autant plus suspect , qu'on sçait
d'ailleurs que tout effet doit être proportionné
à sa cause ; ce que Borelli n'a
pas manqué de sentir , comme il est aisé
d'en juger par les paroles suivantes qu'on
trouve à la fin de ses Démonstrations :
Stupenda profectò, ajoûte - t- il, est tam vasta
vis , et incredibilis omninò esset , nisi
adesset energia percussionis , qua ex sui naura
superare potest quamcumque finitam resistentiam.
Je passe sous silence une réflé
xion que fait M. Keill au sujet de la résistance
M. Borelli prétend que le
Coeur surmonte : réfléxion qu'on pou
roit apliquer ici avec les restrictions
que
nécessaires .
Pour M. Pitcarne , il ne fait monter si
baut la force de l'Estomach , que parce
qu'il
2172 MERCURE DE FRANCE
qu'il supose mal- à-propos , 1. Que la
force actuelle et extérieure du Fléchisseur
de la derniere articulation du pouce est
de 3720 liv.
au lieu que cette force n'est
que de 124. liv . comme la fort bien re
marqué M. Senés de la Societé Royale
des Sciences , dans un Memoire auquel
je donnai autrefois occasion , et qui a
été imprimé à la fin du Volume de l'Académie
Royale des Sciences de l'année
1715 2°. Que toute la masse de l'Estomach
est musculeuse , tandis qu'il n'y a
guere que les deux tiers de cette masse
qui le soient,et que le poids moyen de ce
Viscere est de 8 onces , au lieu qu'il n'est
que de 5 ou de 6 onces tout au plus ,
comme je l'ai verifié : 3. Que la contraction
de l'Estomach est totale et simultanée
, au lieu qu'elle n'est que partiale
et successive. D'où il suit qu'il y a beaucoup
à rabattre du calcul de M. Pitcarne,
et que sans entrer même , comme a fait
M. Astruc , dans la distinction de la
force de la contraction d'avec celle de la
pression , il s'en faut beaucoup que la
somme des efforts partiaux et successifs
des fibres charnues ou musculeuses de
l'Estomach , ne soit telle que M, Pitcarne
prétend .
, י
A l'égard de M. Keill , on a lieu d'être
étonné
OCTOBRE . 1737. 2173
étonné qu'un aussi sçavant Mathématicien
ait décidé si cavalierement que la
force actuelle et extérieure du coeur n'est
capable de contrebalancer qu'un poids
de- s. à 8. onces , et qu'il n'ait pas pris
garde , 1 ° . que le sang est une liqueur
compressible , et que la force avec laquelle
il sort du ventricule gauche à
chaque battement du coeur , n'est que
l'excès de la force avec laquelle ce ven
tricule se resserre , par dessus la force
avec laquelle le sang contenu dans ce
ventricule est comprimé autant qu'il le
peut être. 2 °. Que la cavité de ce ventricule
étant beaucoup plus grande que
l'ouverture de l'Aorte , où entre le sang
qui sort du coeur , l'impulsion que reçoit
ce sang n'est pas égale à l'effort que
font les parois de ce ventricule pour le
chasser , et que cette impulsion n'est à
l'effort exterieur de ces mêmes parois
que comme la grandeur de l'orifice de
P'Aorte , est à la grandeur de la surface
interne de ces mêmes parois . C'est à quoi
neanmoins il falloit nécessairement avoir
égard pour tirer une conclusion juste
du principe sur lequel cet Auteur fonde
l'estimation qu'il a faite de la force du
coeur, Ainsi , quand même ce principe
seroit exactement vrai , ce qu'on n'examinera
2174 MERCURE DE FRANCE
minera pas ici , la conséquence qu'en
tire M. Keill , devient tout- à- fait caduque,
par le défaut des Observations dont
je viens de parler.
Il ne me reste maintenant qu'à examiner
la fameuse Démonstration de M.
Astruc car quoique M. Senés , dans le
Memoire dont j'ai parlé ci- dessus , ait
démontré bien clairement que les forces
qui agissent latéralement , comme celles des
Cordes ou des fibres qui pressent , sont capables
d'un grand effort ; et qu'il résulte
de là , que toutes les raisons que M. Astruc
tire de la Géométrie et des Méchaniques ,
ne donnent pas la moindre atteinte à la
pression latérale des fibres ; neanmoins
comme M. Senés ne s'est pas attaché à
découvrir les défauts de cette Démonstration
, ceux qui ne voudroient pas ou
ne seroient pas en état d'aprofondir ses
raisons , pouroient encore rester en suspens
à cet égard. Voyons donc en quoi
principalement péche cette Démonstra
tion. D'abord il est visible qu'elle prouve
trop; car il s'en ensuit que le coeur, les
arteres , l'estomach , les boyaux , & c. ne
pouroient presser aucunement les matie
res contenues dans leurs cavités , ni par
conséquent les chasser jamais au - dehors.
Cette Démonstration est donc démentie
OCTOBRE. 1737. 2175
tie en premier lieu par l'expérience . 2º.
Cette Démonstration n'est fondée que
sur deux fausses supositions ; et 1 °. M.
Astruc prend deux côtés infiniment petits
du Polygone qui représente une fibre
circulaire pour la force de lá contraction
de cette fibre , qu'il reconnoît
être fort considerable et pour le moins
finie ; mais il est trivial qu'il n'y a que
des lignes finies qui puissent en Méchanique
représenter une force finie , et
qu'on ne supose des lignes infiniment
petites , que pour désigner des forces
infiniment petites . 2º . M. Astruc ne conla
contraction de ces deux
sidere
que
M
F
E
H
A
N
L
G
P
D côtés
2176 MERCURE DE FRANCE
côtés infiniment petits du Polygone , au
lieu qu'il est constant que tous les points
F , C , D , L , & c. de la circonférence
d'une fibre circulaire s'aprochent tous
à la fois du centre A. par la contrac
tion soudaine et simultanée de tous ses
côtés FC , CD , DL , &c. comme je
l'ai fait remarquer dans l'Avertissement
qui est à la tête de ma Dissertation sur
les Ferments. Enfin M. Astruc prétend
que la force avec laquelle le point C ,
tiré par les côtés CD , CF , s'aproche
du centre A , et presse le corps qui lui
résiste , doit être représenté par CE,
sinus verse de l'angle du Polygone , en
quoi certainement il se trompe , tous
ceux qui ont traité des Méchaniques
la force avec la ayant démontré que
quelle le point C. est tiré vers A ,
par les côtés CD , CF , est comme la
diagonale CH du parallelogramme
CDHF ; ce qui dérange furieusement
la figure sur laquelle M. Astruc établit
sa Démonstration , et renverse totalement
la conclusion qu'il en prétend
tirer.
Par tout ce que je viens de dire , Monsieur
, et par bien d'autres preuves qu'il
seroit inutile d'entasser ici , il conste que
tant les fluides que les solides du corps
humaia
OCTOBRE. 1737. 2177
humain ont une force réelle, mais déterminée
, et qu'ils sont capables les uns de
condensation et de dilatation ou de
compression
et d'expansion , et les autres d'allongement
et de racourcissement ou d'extension et
de resserrement, le tout dans un degré fini
et déterminé ; et qu'ainsi ce sont les
deux ressorts qui donnent le branle à
toute notre Machine. Les solides en se
resserrant font avancer les fluides , les
pressent et obligent les globules , dont
ceux ci sont composés , à tourner sur
leur centre. Les fluides en roulant se
dilatent par la force centrifuge de leurs
globules et repoussent les solides , qui
commencent à s'étendre ou à se relâcher
; et c'est à ce bandement et à ce
débandement alternatif et perpetuel de
ces deux ressorts , que nous sommes redevables
de la circulation continuelle
de nos humeurs pendant la vie , et de
toutes les autres fonctions qui dépendent
de cette circulation .
Voilà , Monsieur , le fond de ma
theorie,qui embrasse , comme vous voyez
le systême des solides et celui des fluides
, mais qui ne prend dans l'un et dans
l'autre que ce qu'il y a de plus sensible
et de mieux constaté. Voilà l'alliance
que je prétens faire de ces deux Sys-
Dij têmes
2178 MERCURE DE FRANCE
que
temes .Je ne sçais si c'est - là donner quelchose
de fixe; du moins n'est- ce point
avancer de suposition arbitraire , n'estce
point faire d'hypothese qui puisse
être contestée , et c'est à quoi j'ai crû
devoir m'attacher uniquement,
Je n'ajoûterai point que toutes nos
parties solides n'ont pas la même force
pour se resserrer , ni tous nos fluides
pour se dilater ; cela saute assés aux yeux
de quiconque connoît la structure des
solides et les differens dégrés de vîtesse
des fluides. Je ne m'attacherai point aussi
à faire voir la fécondité des principes que
je viens d'établir , ni la facilité avec laqueiic
on en déduit tous les Phénomenes,
tant dans l'état de santé que dans celui de
maladie;cela me meneroit trop loin et conviendra
mieux à l'ouvrage que j'ai entrepris
et dont j'ai donné le plan . C'est - là
encore où je me réserve de m'expliquer
sur la maniere dont je conçois qu'on
peut fixer en quelque façon les principes
de la pratique. Cette Lettre n'étant déja
que trop longue , je finis en vous assurant
que je recevrai toujours avec beaucoup
de soumission les avis que vous
voudrez bien me donner , soit de votre
part , soit de la part de la Societé Royale
, dont j'ai l'honneur
d'être
Correspone
dant
OCTOBRE . 1737. 2179
dant depuis long temps . Je suis , Monsieur
, & c.
P. S. Si je n'ai fait aucune mention
des esprits animaux reconnus par la sçavance
Antiquité sous le nom de τὰ ὁρμῶντα
ἐνορμῶυντα , πνεύματα ce n'est point qure
je prétende , avec quelques Modernes ,
en nier l'existence ; mais c'est que j'ai
crû pouvoir les comprendre sous le nom
general des fluides , et leur apliquer, toute
proportion gardée , ce que j'ai dit du
sang. Car enfin il y a bien de l'aparence
que les Esprits animaux ne sont que la
partie la plus subtile du sang , c'est àdire
un fluide composé de globules, dont
la petitesse et l'élasticité surpassent peutêtre
la petitesse et l'élasticité des globules
du sang , autant que le diametre
des vaisseaux sanguins surpasse le diametre
intérieur des nerfs ; du moins on
peut par là rendre fort bien raison de
tout ce qu'on attribuë à cet Agent invisible
, mais très - puissant.
Vous devez aussi penser , Monsieur ,
que si je n'ai point parlé de l'ame , de
cette substance immatérielle que le Créateur
a unieà notre corps et qui fait la meil
leure et la plus sublime partie de l'hom
me , ce n'est point que je la croye tout
à- fait oisive dans le corps humain . Les
Diij maladies
2180 MERCURE DE FRANCE
maladies de l'esprit que j'ai annoncées ,
font assés comprendre que je reconnois
les droits et le pouvoir de cette substance
; mais c'est que je n'ai pas prétendu
embrasser ici mon sujet dans toute son
étendue et que je me suis borné à faire
voir que tout ce qui se passoit en nous
de purement méchanique , pouvoit fort
bien s'expliquer par l'action de deux
ressorts , par la force des solides et par
celle des fluides.
Quant à cette puissance de l'ame qu'on
a apellé Nature, Archée, Esprit de l'ie, et
qui selon les Anciens et quelques Modernes
, fait tout ce qui est nécessaire
pour la conservation du corps humain ,
je ne vois nulle nécessité de l'admettre;
seulement je reconnois que par les loix
de l'union de l'ame avec le corps ,
arrive quelquefois des dérangemens dans
les mouvemens méchaniques du corps
à l'occasion des mouvemens violents de
l'ame , et réciproquement , sur quoi j'espere
m'expliquer plus au long à la premiere
occasion. Je suis , &c.
il
SUR
OCTOBRE. 1737. 2181
SUR UN BOUQUET.
FLore de tous les temps fut unie à l'Amour
De Zéphire pour elle il fixa l'inconstance ;
Aujourd'hui par reconnoissance ,
Flore sert l'Amour à son tour.
ssssss SS
LETTRE de M. de Ramainvilliers ,
Ecolier de Seconde du College d' Harcourt,
écrite au R. P. Poisson , Provincial des
Cordeliers , le 18. Septembre 1737.
J
E suis charmé , mon R. P. que l'on
vous rende justice , et que M. *** ,
dont vous parlez dans votre Lettre du
2. Août 1737. vous sçache bon gré de
vos particularités Litteraires. Vous n'entreverrez
pas en moi , comme vous l'avez
fait en lui , la petite et innocente
malice avec laquelle ce Monsieur a voulu
vous engager à rechercher ce que les
Sçavans avoient écrit sur le nom de Ma
drid . Je ne suis pas grand , mais je ne
suis ni innocent ni malicieux , et je vous
dirai, franchement que si voulez avoir
mon suffrage et celui du Public , il fau-
D ilij dra
2182 MERCURE DE FRANCE
dra dans la suite un peu plus d'exactitude
, car je n'en trouve pas beaucoup,
lorsque vous avancez que Madrid est ,
sans difficulté , la Ville que les anciens
nommoient Mantua , Mantua Carpetas
na, Mantua Carpetanorum.
Voici en peu de mots ce qu'on m'a
apris , peut- être pouriez - vous en faire
usage dans vos Recherches curieuses.
On m'a assuré que cette ancienne Mantoue
étoit située à trois mille , c'est - àdire
à une grande lieuë de France de
Madrid au lieu où est à présent Villa-
Manta , et que les Maures ayant conquis
toure l'Espagne après la défaite de
Roderic , raserent Mantouë et bâtirent
Madrid des ruines et des débris de cette
ancienne Ville.
Voilà , M. R. P. ce qui a engagé les
Historiens Espagnols et les Rois d'Espagne
dans leurs Edits , à donner à Madrid
le nom de nova Mantua Carpetanorum
, que je vous prie de ne pas confondre
avec l'ancienne Mantua Carpetanorum
dont il s'agit , et qui n'est
plus qu'ur. Village. Tout ceci est incontestable
, et vous vous êtes trompé ou
mal expliqué. Eh bien vengez - vous et
faites voir à M. Maillart , Avocat au
Parlement, et à M.le Tors ,Lieutenant Cri
mincl.
OCTOBRE . 1737. 2183
minel d'Avalon , que Genabum , dont
il est parlé dans les Commentaires de
César , n'est pas Gien mais Orleans , qui
ne quitta le nom de Genabum qu'en l'an
163. lorsque Marc- Aurele l'augmenta et
la nomma de son nom Aurelic. Vengezvous
sur M. de Frasnay, et dites - lui après-
Ortely , qu'il n'y a jamais eû qu'une Gergovie
, et qu'elle est apellée dans Strabon
Gergovia Arvernorum , que cette Ville a
été détruite et qu'on en voit des restes
au Mont Gergoie , près de Clermont, et si
vous ne pouvez prouver l'un et l'autre
invinciblement , vous aurez toujours l'avantage
d'avoir pour vous le plus grand
nombre , les meilleurs Critiques et les
plus habiles Géographes , ou plutôt ,
M. R. P. restez tranquille , car ces sortes
de questions ont été si souvent re
battues , qu'il est presqu'impossible de
nous donner quelque chose de nouveau .
Ce ne seroit jamais que du réchauffé et je
n'aime pas ces sortes de ragoûts. Faites
moi réponse au Marais , ou si votre Com
missionnaire ne trouve point le logis de
mon cher-pere , vous la ferez inserer
dans le Mercure. Je n'en serai pas moins,
M.-R. P. votre &c.
Dv EPITRE
2184 MERCURE DE FRANCE
EPITRE à un Ami qui avoit priẻ
l'Auteur de lui envoyer des Volans pour
sa Cousine.
Es Volans que je t'envoye
Ne sont point de plumes d'oye ;
Ami , si tu t'y connois ,
Tu verras bien à leur mine
Que d'une plume divine
On les a faits tout exprès
Pour ton aimable Cousine ;
Mais sçais- tu de qui ? Devine.
C'est un présent de l'Amour.
De leurs plumes les plus belles ,
Pour faire ce joli tour ,
Lui- même a privé ses aîles :
Il n'a plus affaire d'elles
Depuis qu'il est à sa Cour.
Heureux , dit-il , en ce jour
Si cette Métamorphose
Plaît à celle qui la cause !'
Daignes -y remarquer tout ,
Car de l'un à l'autre bout
Tout exprime quelque chose.
Par exemple , la blancheur
D'une plume naturelle
Représente la candeus
De l'ame
OCTOBRE. 1737. 2185
De l'ame de cette Belle',
Et de son tein la couleur.
De cette autre l'Ecarlate
Nous peint sa joue incarnate ;
Azile de la Pudeur ;
Ou plutôt c'est le symbole
D'an trait teint du sang
Que le
d'un coeus
pauvre Amour immole
Vainement en son honneur.
Leur baze rouge et solide
Est le coeur que de vingt dards
De ce Dieu l'Arc homicide
A percé. de toutes parts .
La façon dont on pelote ,
De son suprême pouvoir
Est un fidele Miroir.
C'est ainsi qu'Amour balotte
Entre la crainte et l'espoir.
Et moi , quand par un devoir
Qui , contre son gré , m'aplique
Sur un rien philosophique ,
Mon esprit est ennuyé ,
Passant d'envie en envie
Sans jamais être lié ,
Ainsi je me désennuye ;
Ainsi dans un même jour
Par des noeuds galans j'allie
Le sérieux tour à tour
D vj Ayes
2186 MERCURE DE FRANCE
Avec la plaisanterie.
Aprouveras tu ces jeux ?
Aprouve ou blâme ma vie ,
Nomme moi fol , si tu veux , -
Crois -tu que je m'en soucie ?
Sois sage , toi , pour nous deux
Si tu peux..
Au reste je te défie
De prendre cette saillie
Sur un autre qu'un bon pié ;
Pour toi , jusqu'à ma folie ,.
Tout est marque d'amitié.
Par un Philosophe du College D ...
::
LETTRE de M. D. R. sur Art
D
Militaire..
Epuis très- long- temps , Monsieur,.
je connoissois le préjugé aussi injuste
que désavantageux aux Militaires,
en vertu duquel le Public croit qu'avec:
du courage et un corps bien constitué,
tout homme peut devenir un bon Offcier
; que toute science est inutile à cette
Profession , que l'ignorance est communément
le partage de ceux qui la suiwent
er que la débauche et le libertinage.
sont
OCTOBRE. 17378 2187
'sont les apas qui les y retiennent , mais 3
malgré la trop grande unanimité de
cette façon de penser , je ne pouvois
pas imaginer qu'il se trouveroit un jour
quelqu'un capable de la confier àl'impression.
Cependant au commencement de 1735--
je trouvai que dans la mauvaise Préface
d'un très- bon Livre , l'Editeur voulant
relever la gloire de son Auteur
dit , qu'il n'étoit pas du nombre des Officiers
qui font profession d'ignorances
Ce propos n'excita en moi que de la
pitié mais aujourd'hui qu'un homme
qui s'est fait un nom dans la Républi
que des Lettres , se met sur les rangs
pour parler le même langage , je ne puis:
plus avoir la même modération .
;
Dans la feuille des Observations Litteraires
du 7. Septembre dernier , page:
15. il y a une Note en faveur de l'Historien
des Rats , dont voici les propres
termes qui forment la matiere de la contestation
présente
.
tre
ans et
L'Auteur qui n'a pas encore vingt - qua
qui a embrassé le parti des Armes
dans un Corps où la valeur et la figure:
sont plus requises que l'erudition et le ta-
*
Memoires des Expeditions Militaires , &c .
rie S.
Jacques
, à laScience..
lens
2188 MERCURE DE FRANCE
lent d'écrire , a le nécessaire et le superflu
de son Métier.
Après tout ce que M. l'Abbé des Fon
taines a dit à la gloire de l'Histoire et
de l'Historien des Rats , nous aprendre
par une Note qu'il n'a pas 24. ans , c'est
donner le dernier coup de pinceau et
j'en trouve l'éloge parfait. Mais tout ce
brillant s'évanoüit dès qu'il nous annon
ce qu'il est Officier.
S'il nous l'avoit représenté comme un
homme extraordinairement apliqué à son
métier , à qui les Ordonnances du Roy
sont si familieres , qu'on ne peut lui en
imposer sur aucun article, qui sçait l'His
toire desGuerres des trois derniers siecles,
qui en détaille toutes les Actions avec
une justesse et une précision qui ravit
tout le monde , qui forme même des
projets de guerre , accompagnés des détails
de toutes les munitions nécessaires
à leur execution , dont les Officiers les
plus consommés sont dans l'admiration ,
et que cette Histoire n'est que le fruit
de ses amusemens , il auroit enchanté
tout le monde ; mais sans cela à quel
propos nous dire qu'il est Officier ?
Je le répete , âgé de 24. ans , son Ou
vrage me charme , Officier , il me fait
de la peine ; j'avoue , comme il le dic
luiOCTOBRE.
1737 .
1737. 2189
lui- même , que c'est dommage qu'avec
tant d'esprit il n'en fasse pas un plus
solide usage , et je soûtiens que toute
Etude étrangere à notre état , si elle ne
sert de délassement de celles que nous
devons suivre pour nous y perfectiondevient
une prévarication dans nôtre
Emploi.
Il est Officier , dit- il , dans un Corps
où la valeur et la figure sont plus requises
que l'Erudition et le Talent d'écrire.
Quelle est l'utilité , et que signifie cette
partie de sa note ?
Il n'y a point de Corps en France où
l'on souffre un Officier sans valeur ; il
n'en est point non plus où la figure soit
la condition nécessaire à l'obtention des
Emplois. S'il avoit dit la naissance ou la
noblesse du Sang , il auroit accusé plus
juste , et tout ce qu'il a parfaitement
prouvé par cet article , est qu'il ne connoît
point du tout le Corps dont il parle
si cavalierement ; car s'il pouvoit acquérir
cet avantage , il seroit aussi pénétré
de repentir que de respect.
Cet Officier , ajoûte t'il , a le necessaire
et le super flu de son métier.
Voilà le but de M. L. D. F. et toute
cette note n'est faite que pour arriver à
cette brillante définition.
Il
2198 MERCURE DE FRANCE
;
Il borne le nécessaire à la valeur et à la
figure. Je suis d'accord avec lui
pour le
Soldat mais l'Officier qui doit servir
le Roi bien plus de la tête que du bras ,
doit avoir en lui des qualités beaucoup
plus éminentes, et ne cesser de chercher à
acquerir des connoissances pour soûtenir
convenablement la dignité du Grade
dont il est honoré .
Quant au superflu de son métier , je
conviendrois encore avec lui qu'il auroit
raison ; mais ce seroit dans la partie où
il croiroit avoir tort. Car s'il est question
de cette Erudion pedantesque , qui
ne roule la plupart du temps que sur des
mots, ou de celle qui est livrée à la pure
bagatelle , je conviens de la justesse de
l'aplication du superflus mais une Erudition
solide et mâle convient parfaitement
au métier , et lui est très- essentielle:
Il n'est point de Science qui n'ait quelque
raport à l'Art Militaire , et dont il
ne puisse tirer avantage , et il y en
a beaucoup qui sont indispensablement
nécessaires à ceux qui veulent suivre le
parti des Armes ; c'est de quoi M. E.
D. F. peut aisément s'instruire s'il
veut prendre connoissance d'une Profession
sur laquelle il prononce trop legerement.
OCTOBRE . 1737. 2191
rement. Je vais lui en donner une foible
exquisse , car je me garderai bien d'entrer
dans un détail aussi étendu que cet
examen le mériteroit.
Je commence par la plus legitime de
toutes les Etudes , qui est celle de la
Religion , dont l'homme de Guerre doit
être instruit , et donner l'exemple par
son éxactitude à la pratiquer. Car il ne
faut pas juger de lui selon ce Poëte Romain
, qui nous mit en si mauvaise réputation
de son temps , que je l'ai toujours
regardé comme la premiere source
du préjugé contre lequel je réclame.
Delà , je passe à l'Eloquence. Elle est
aussi nécessaire à l'homme de Guerre
qu'à aucun Etat , quoique nous ne soyons
plus dans le temps des Harangues ; mais
il commande dans des Postes et dans des
Provinces où cet Art peut le mettre en
état de rendre de grands services à son
Maître , et il se rencontre mille occasions
dans le cours d'une Guerre où un
Officier qui a acquis ce talent , est em
ployé utilement pour ménager des Princes
neutres , les engager à donner ou refuser
des Passages , à fournir des vivres ,
des voitures , et une infinité d'autres
choses pour lesquelles un Général est
obligé d'entrer en négociation , comme
nous
2792 MERCURE DE FRANCE
nous l'avons vû souvent dans la préce
dente Guerre d'Italie.
Rien n'étoit si commun chés les Romains
, que des Militaires Eloquens ; ils
alloient du Camp au Bareau , et se faisoient
autant admirer dans l'un , qu'ils
s'étoient fait redouter dans l'autre.
A
Si la Philosophie aprend l'Art de
dompter les passions , personne n'en a
si grand besoin que le Militaire : les
siennes étant plus vives , par l'erreur où
il est ordinairement , en entrant au Service
, de croire qu'il lui est permis d'y
donner un libre cours ; mais plus on a
d'authorité , plus on doit travailler à
acquerir de la modération et de la sa
gesse.
On ne disconviendra pas , je crois , de
Putilité que retireroit celui qui possederoit
les Langues des Peuples qui nous
environnent , lorsque la Guerre nous
mertroit en action contre eux.
L'Histoire , tant des Grecs , des Romains
, que de notre Nation ; fournit
des leçons , des modéles et des ressources
; elle nourit l'esprit , elle échauffe
l'imagination , entretient l'ame dans le
goût des Actions éclatantes , et sa lec-
Ture doit faire une des occupations essentielles
de l'Officier.
Il
y
OCTOBRE . 1737. 2193
fly a de plus beaucoup d'excellens Livres
sur le métier , dont l'étude ne doit
point échaper à celui qui a envie d'aprendre
car quiconque n'est pas dans
ce sentiment , doit prendre un autre
parti , à moins que son ambition ne se
borne à passer sa vie dans les derniers
rangs de son Etat.
Parmi ces Livres , je n'en connois
point de si solidement instructifs que
les Mémoires de M. de Feuquieres . Cet
Auteur , après avoir servi dignement
l'Etat , a encore voulu former des Officiers
par la lecture de ses Ouvrages , et
je les recommanderois par préférence aux
personnes auxquelles je prendrois interêt.
La Géographie sera t'elle regardée comme
superfluë , pendant que la plupart
des projets sont formés sur les Cartes
des Pays où l'on fait la guerre ? Plus la
connoissance que l'on en pouroit avoir ,
seroit parfaite , plus on trouveroit de
facilité à dresser les Plans des marches
d'Armées , à déterminer la position des
Camps , et à assurer les chemins qui y
doivent conduire toutes sortes de provisions
, lorsqu'ils sont établis ; cela forme
, à la verité , une espece de Géogra
phie raprochée, qui regarde particuliere
meng
2194 MERCURE DE FRANCE
ment les Provinces Etrangeres qui nous
environnent , et celles de nos frontieres
qui les touchent ; car il n'est pas moins
essentiel de les connoître que celles de
l'Ennemi .
Je ne finirois pas , si j'entrois dans le
détail des differentes parties des Mathematiques
, dont l'Etude est nécessaire à
l'Homme de Guerre ; Dessein , Géométrie
, Fortifications , Forces mouvantes ',
Algebre même , et une infinité d'autres
Sciences ; celui qui en acquiert davantage
, acquiert aussi plus d'ouverture et
de pénétration pour son métier , ce qui
le met en état de décider par lui - même ,
et ses lumieres ne sont point subordonnées
, ce qui , souvent avec beaucoup
de bonne volonté , fait faire de grandes
fautes:
que
Il faut encore , en finissant , faire voir
le Talent d'Ecrire n'est point super-
Au aux Officiers , puis qu'il sert à mettre
dans un plus grand jour les Services
de ceux qui sont sous leurs ordres , pour
leur procurer les graces qu'ils méritent ,
à rendre compte au Roi , à ses Généraux
et à ses Ministres , de ce qui se
passe dans les Postes qui leur sont confiés
, et enfin à transmettre à la Posterité
dans leurs Mémoires les Faits Militaires
OCTOBRE . 1737: 2195
taires dont ils sont Acteurs, ou témoins ,
et qui ne sont jamais si intelligiblement
détaillés que par les Ecrivains du métær.
Quoique je puisse encore ajoûter à la
gloire du Militaire , que je pourois citer
un grand nombre d'Officiers , depuis les
moindres Emplois jusqu'aux Dignités les
plus éminentes , qui employent le loisir
de la Paix à une Etude continuelle pour
servir utilement l'Etat pendant la Guerre
, je ne me flate pas de détruire le préjugé
, ni même de faire revenir M. l'Abbé
Desfontaines de son erreur par cette Lettre
; mais j'espere qu'elle poura exciter
l'Emulation de la Jeunesse à concourir
à l'éxécution de mon Dessein , et je vous
suplie de l'insérer dans le Mercure , et
d'être persuadé que j'ai l'honneur d'être,
Monsieur , & c.
***
*********
MADRIGAL.
Pour un Baiser , être implacable !
Charmante Iris , y pensez - vous ?
Eh ! quel crime est plus pardonnable ,
Quand le principe en est si doux ?
Songep
2196 MERCURE DE FRANCE
Songez donc , Belle inexorable ,
Songez , Juge trop rigoureux ,
Que je ne serois point coupable ,
Si j'eusse été moins amoureux ,
Et si vous étiez moins aimable.
Par un Philosophe du College D...
LETTRE d'une Dame Allemande à
une de ses Amies , sur les Ouvrages de
M. de Marivaux . Ecrite de Berlin ,le
premier Mars 1737
V
Ous voulez donc , ma chere Amie,
que je justifie mon zele pour Marivaux
, et pour ses Ouvrages ; il vous
sçauroit peut - être mauvais gré de la
commission que vous me donnez ; les
Grands Hommes ne veulent être loüés
que par des gens , dont le suffrage Alate
leur amour propre , et je n'ai rien qui
puisse chatouiller la sienne , ni sçavoir ,
ni réputation ; il demanderoit volontiers
de quoi je me mêle. Je crois cependant
qu'il m'auroit obligation , s'il sçavoit à
quel point je m'intéresse pour lui , et
combien je désirerois de l'entendre penser
de plus près ; cette envie seroit déja
НЕ

OCTOBRE. 1737. 2197
un titre de recommandation pour moi
elle aime mes Ouvrages , diroit- il , elle
a donc du goût , la conclusion est toute
naturelle , pour peu qu'il soit content
de ses productions , et ce seroit le premier
Auteur qui n'en auroit pas bonne
opinion , et par contre- coup de ceux qui
en font cas. Au fond Moliere ne dédaignoit
pas l'aprobation de sa Servante ;
il vouloit en être entendu et goûté : après
cela je puis bien hazarder mon sentiment.
Qu'en dites -vous , ma chere Amie ?
La difficulté consiste à l'autoriser à vos
yeux.
Il est ordinaire d'entendre vanter des
Piéces , se récrier sur leurs beautés , et
si vous demandiez au plus grand nom
bre , sur quoi ils se fondent , vous les
embarasseriez beaucoup . S'ils étoient sincéres
, ils répondroient ingénuëment , je
suis l'écho d'un tel , sa renommée est
grande , il ne peut se tromper. Et moi
qui ne vis , ou du moins qui ne pense
que depuis deux jours , vous éxigez que
je prouve , que je donne des raisons ; En
verité vous n'y pensez pas . J'ai envie de
faire comme ces ignorans , et citer des
gens de mon Parti , dont les noms prou
veront pour moi , ce seroit le plus commode
, mais vous n'êtes pas d'humeur
de
2198 MERCURE DE FRANCE
3
de vous en payer , ni moi , je vous l'avoue
, d'entrer dans ce détail. Eh bien
donc , comment s'y prendre ? Le voici ;
lisez le Paisan parvenu et Marianne
c'est , je crois , le moyen le plus efficace
pour vous gagner ; avec la pénétration
que je vous connois , je serai bien - tôt
justifiée de me déclarer en faveur de
Marivaux. Pour quelques endroits criti
quables ( car je ne nie pas qu'il n'y en
ait , et même plusieurs dans chaque par
tie , vous trouverez certainement des
pensées origi ... les , des manieres de s'exprimer
qui surprennent l'esprit , et frapent
agréablement l'oreille ; des portraits
si bien touchés , qu'ils vous font
connoître les gens comme si vous les
aviez vus toute votre vie ; des récits dont
les circonstances sont ménagées si habilement
, qu'il vous semble être présent
à tout , vous êtes témoin des moindres
choses , rien n'échape à votre imagination
et cela sans faire le moindre
effort ; vous n'avez qu'à la laisser aller
vous voyez les lieux , les physionomies ,
je dirois presque les attitudes ; bien plus,
vous lisez dans l'ame de chaque Acteur :
aucun des mouvemens qui l'agitent ne
vous est inconnu . Et ses Réflexions chemin
faisant , on les critique , elles sont
>
dit- on ,
OCTOBRE . 1737. 2199
dit-on , trop fréquentes . Pour moi , je ne
puis me figurer qu'elles vous lasseront , et
je suis sûre qu'à quelques unes près , elles
vous paroîtront venir à propos , vraies ,
bien exprimées ( generalement parlant
car quelquefois je voudrois moins de paroles
) vous murmurerez peut- être en
pesant celles que j'excepte , mais passezles
vite , et j'ose vous promettre que la
suite vous dédommagera. Je trouvai l'au
tre jour une Lettre , où l'on jugeoit les
caracteres de Marivaux, dignes d'être mis
en Suplément à ceux de la Bruyere ; en
un sens on préferoit même les nouveaux
comme étant plus à la moderne , et cette
Lettre étoit d'un homme d'esprit assuré
ment.
Il en est de Marivaux comme d'une
belle Personnes en l'épiloguant et l'examinant
trait par trait , on lui trouve des
imperfections , même des défauts réels
si vous voulez , mais en petit nombre , le
tout cependant fait quelque chose de
charmant , et qui réunit le général des
voix on peut critiquer les meilleures
choses et avec fondement. D'ailleurs notre
cher Anatomiste du Coeur humain , doit
être exposé plus que personne . Il découvre
sans ménagement combien nous sommes
petits , foibles , vains , et il le fait
E avec
2200 MERCURE DE FRANCE
avec esprit. Je ne m'étonne donc plus qu'il
ait des Ennemis et des Envieux . Que
mon amour propre seroit flaté , ma chere
Amie , si vous entriez dans mes idées !
je me croirois alors suffisamment autotisée
à les conserver , et je doute qu'en
ce cas personne m'en fît démordre ."
Je suis Sempre al solito
V.T. H. et T.O.S. Eugenie.
Cette Lettre spirituelle a donné occasion
à un jeune Gentilhomme, Ami d'Eugenie
, de lui adresser les Vers suivans ,
c'est son premier coup d'essai ; et , en qualité
d'Allemand , il espere quelque Indulgence
de ceux qui se distinguent sur le
Parnasse François.
Aimable Marivaux ,
Tu possedes bien l'Art de peindre !
Le coeur le plus caché, le plus habile à feindre
Se voit dévelopé dans tes brillants Tableaux .
L'Esprit est satisfait de ces traits de Morale ,
Que tu répands dans tes Ecrits ;
Ton admirable Coloris
Peint à nos yeux l'orgueil que l'amour propre
étale ,
Et l'expose au mépris.
1
Le
OCTOBRE. 1737. 2201
Le Critique ignorant , possedé par l'Envie ,
A tes rares talens suscite des Rivaux ;
Pourois-tu résister à leur noire manie
Si par les soins de l'aimable Eugénie
De tes Ecrits les morceaux les plus beaux
Rassemblés , exaltés , apuyés de ses graces ,
Soûtenus de son goût exquis ,
Ne gravoient dans nos coeurs les plus profondes
traces
De leurs beautés et de leur prix?
Quel secours plus puissant , quelles plus fortes
armes
Pouvois -tu souhaiter , pour enlever nos coeurs
Nous sommes tes admirateurs ,
Nous nous soumettons à ses charmes.
Ne crains plus la Critique et ses traits impuis
sans >
C'est en vain que l'Envie excite ses serpens ,
Eugenie est pour toi , t'aplaudit et t'estime ,
Tout cede à ses attraits , jusques à tes Rivaur
Et l'on vante en tous Lieux d'une voix unanime ,
L'aimable Marivaux.
A. de C:
On prie très - humblement M. D. L. R;
de vouloir bien insérer dans son Mercure
les deux Piéces qu'on lui envoye , il obli-
Eij
gera
1202 MERCURE DE FRANCE
gera sensiblement une petite Societé de
jeunes Gens qui cherchent à s'amuser et
à s'instruire. On poura dans la suite lui
en faire tenir d'autres , ne fût-ce que
pour faire connoître en France que le
bon goût n'est pas aussi rare en Allemagne
qu'on se l'imagine.
A Berlin , le 23. Mars 1737.
EXPERIENCES Physiques sur le
Lait, tirées du second Tome de la Chymie
de M. Boerhaave , par M. de la Mertrie
, Docteur en Médecine.
1 .
4
PREMIERE EXPERIENCE.
Si
I l'on jette quelques goutes de lait danst
l'oeil , qui est la partie la plus sensible de
tout le corps , il n'en souffre aucune irritation ;
ce qui prouve assés clairement que le lait ne
contient rien qui soit acide , alkali ou salė. On
juge de la même vérité par l'odeur et le goût du
lait. 2. Versez dans du lait chaud un alkali pur
volatil et fixe , il se troublera à la vérité et s'épaissira
un peu , mais il ne manifestera la présence
de l'acide par aucune effervescence
. 3 °.
Quelque espece d'acide qu'on y mêle , il ne faiɛ
que se coaguler et s'épaissir , sans donner aucune
marque d'effervescence
, par conséquent il n'a
rien d'alkali . 4° . Si l'on mêle le lait dans lequel
on a versé de l'huile de tartre par défaillance
arce
OCTOBRE. 1737. 2203
avec celui dans lequel on aura mis de l'huile de
Vitriol , il en naît sur le champ une effervescen
ce très - violente et bien plus considerable si
que
l'on eût seulement mêté ensemble la même quantité
de cet acide et de cet alkali purs. 5º . Si l'on
distile du lait de vache récemment tiré à un feu
d'environ 60. dégrés, on voit s'élever une liqueur
aqueuse qui ne participe en rien de la nature des
esprits fermentés des vegetaux , qui ne contient
ni acide ni alkali , ni même rien de salé, comine
PExperience le démontre ; il reste au fond du
vaisseau une matiere grasse , épaisse , jaunâtre ,
d'une douceur assés agréable au goût. Quelques
essais qu'on fasse sur cette matiere , on ne peut
aussi jamais y découvrir rien d'acide , d'alkali
ou de salé. On est donc en droit de conclure
que le lait ne contient rien qui soit acide , alkali,
spiritueux ni salé .
Telle est la nature de cette liqueur qui a été
produite par la simple nouriture de végétaux
délayés avec de l'eau pure et en même temps
par le concours du jeu des solides et du mêlange
des humeurs ; car avant que le lait parvienne
aux mamelles , il faut nécessairement qu'il passe
par le ventricule , par les intestins , le mésenter ,
le canal thorachique , le coeur , les poulmons ,
&c. il faut qu'il se mêle avec la salive , la mucosité
de la bouche , du gozier , de l'æsophage ,
de l'estomach , des intestins , avec la bile du foye
, et de la vesicule du fiel avec le suc Pancréatique
, Mésentérique , avec la lymphe du canal
thorachique , avec le sang , et enfin avec toutes
les humeurs du corps. D'où l'on peut inferer que
tant que nos humeurs sont saines , on n'y trouve
jamais ni acide ni alkali , puisque le lait qui
a circulé long-temps avec elles ne contient ni
iij Pun
2204 MERCURE DE FRANCE
P'un ni l'autre . C'est une verité que j'aurai occasion
de déveloper plus clairement une autre
fois.
On tire le lait des vaches deux fois par jour
et il n'est ni crud , ni corrompu ; le lait n'employe
donc que 12. heures à subir toutes les coctions
dont il a besoin pour se perfectionner
mais s'il séjourne plus long-temps dans les
tuyaux lactiferes , sa couleur , qui est naturellement
blanche , devient jaune , ce qui dénote que
la nature du lait commence à s'alterer et à se
corrompre. Ce que je dis du lait de vache peut
s'apliquerau lait de femme ; la difference des alimens
en produit si peu dans le lait , qu'on peut 3
peine s'en apercevoir lorsqu'il est frais . Il est
ridicule de prétendre qu'il y air dans le lait un
acide caché , quoiqu'il ne s'y manifeste point
par les seules Expériences qui peuvent l'y surprendre.
L'acide est relatif à nos sens , c'est-àdire
il n'est censé exister que par les effets sensibles
qu'il produit.
SECONDE EXPERIENCE.
Le lait se grumele et se coagule aussi - tô : qu'on
y verse du vinaigre , de l'Esprit de Nitre , de l'Esprit
de Sel ou de l'huile de Vitriol. 212. degrés
de feu ne peuvent empêcher cette coagulation .
Elle se fait aussi par tous les autres acides , tels
que le jus d'oseille , d'épine - vinette , de Citron ,
la crême de Tartre , le verjus , les groseilles , les
Tamarins , le Tartre et même le lait déja coagulé
par des acides quels qu'ilssoient.Cette coagulation
consiste en ce que les parties les plus grasses et les
plus épaisses du lait se rassemblent et se séparent
ainsi de sa sérosité , qui est alors bien plus claire
et plus fuide que n'étoit tout le lait avant cet efOCTOBRE.
1737. 2205
fet des Acides. Voici maintenant l'usage qu'on
peut faire du lait coagulé. 1 °. Il sert à coaguler
d'autre lait , sans qu'il soit nécessaire d'employer
d'autres acides. 2. Si l'on prend tous les
grumeaux de lait et qu'on les presse fortement
entre deux linges fort serrés , on en fait un fromage
gras , qui n'est qu'un composé de la crême
du lait et de sa partie casc use , proprement
dite. Ce fromage , loin de devenir acide , dégenere
avec le temps en une nature presque alkaline
, si âcre et si piquante , qu'il enflamme
souvent la bouche. Veut- on faire un fromage
très- sec, qui devienae aussi dur que la corne, qui
brûle au feu et répande comme elle une odeur
fétide On enleve toute la crême du lait avant
que de le coaguler , et on presse fortement la
partie grumelée , comme je viens de le dire . Cette
métamorphose surprenante d'une liqueur aussi
fluide que le lait , ne pouroit - elle pas faire conjecturer
que tous nos solides en sont formés
D'ailleurs pour mieux apuyer cette conjecture ,
il n'y a qu'à considerer qu'on peut vivre trèslong
temps en ne prenant que du lait pour toute
nouriture, comme l'expérience nous l'aprend;
par consequent le lait contient en soi le princi-
De matériel de toutes les parties de notre corps ,
et il est assés probable que les vaisseaux , les
membranes , les cartilages et les os mêmes n'en
sont pas moins formés que le serum , le sang, la
limphe et les autres humeurs .
Remontons à l'effet des acides sur le lait , et
voyons quelles conséquences on en peut déduire.
Le lait se coagulant par des aigres dans les tuyaux
lactiferes , sa sérosité fine sort par les papilles ,
tandis que sa partie la plus dense séjourne dans
les mamelles et s'y épaissit de plus en plus. Ce,
E iiij qifi
2206 MERCURE DE FRANCE
qui cause des duretés , des tumeurs, des schirres ,
des cancers , &c. les mêmes accidens peuvent arriver
dans les glandes chiliferes du mesentere.
Il est à propos
de remarquer
que le lait coagulé
par des acides
conserve
toujours
sa couleur
blanche
, au lieu qu'il devient
jaune
lorsqu'on
le
mêle avec des alkalis
, comme
on le voit dans
P'Expérience
suivante
.Il n'est donc pas surprenant
que les personnes
qui sont remplies
d'acides
(soit
pour avoir pris des matieres
argres
ou disposées
à le devenir
, soit parce
qu'elles
n'ont pas assés
de bonnes
humeurs
, ni des fibres assés fortes pour
convertir
les alimens
en liquides
bien conditionnés
, tels qu'ils sont dans la santé ; ) il n'est pas
surprenant
, dis- je , que ces personnes
fassent
du
chyle et du lait d'une blancheur
si permanente
,
qu'elle
se perd à peine , quand
ces deux humeurs
se changent
en sang; au lieu que dans l'état sain,
le lait et le chyle , suivant
Lower
, celebre
Médecin
Anglois
, perdent
leur couleur
naturelle
12. heures
après le dernier
repas. On connoît
par- là l'origine
des pâles couleurs
, il est aisé
d'en expliquer
tous les phénomenes
et de guérir
radicalement
ce genre de mal .
On donnera la suite de ces Experiences .
le mois prochain.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du Mercure de Septembre sont
POr ; Chantre ; Feüillage ; Canif et Tumulus.
On trouve dans le second Logogryphe
Feu , Eau , Füille , Age , Leu ,
Gille , Agile , Aigle , Ail , If, Eu , Fi,
Liene ,
OCTOBRE. 1737. 2207
Liene , Galle , Fa , La , Filia , Geai ,
Gallia , Lieu , Aile ; et dans le quatriéme
on trouve Mulus , Mus , Mutus ,
Tùm, et Lutum.
Lecteu
ENIGM E..
Ecteur , je suis formé par une habile main
D'une infinité de parties ,
Vils Excremens, du Genre humain ,
Inégalement assorties.
Chés le Roi , chés le Souverain
Je tiens la plus auguste place ;
Mais par un malheureux Destin
De ce degré de gloire où l'on me place ,
Je tombe bien- tôt , par disgrace ,
Dans les mains d'un certain crasseur,
Qui pour quelque nouveau service ,
Me fait souffrir , au gré de son caprice :
Les tourmens les plus rigoureux.
JEE
LOGO GRYPHE
2E suis un Nom François ,,
Er suis Ville de France,
EV. De :
2028 MERCURE DE FRANCE
De dire le Canton , Lecteur , qui que tu sois ,
La chose est de peu d'importance ;
Il suffit que huit Mots Latins ,
Que je renferme dans ma Sphere
Te feront trouver le Mystere ;
Allons donc à nos fins.
Un Afriquain d'abord je te propose ;
Ou bien un Saint Abbé , car c'est la même
chose :
Le tiens-tu ? tu tiens tout :
D'une Ville l'Enceinte :
Je n'entends point ici de feinte,
On ne la trouve pas par tout.
Un Personnage du Parnasse ,
Qui neuf Soeurs à la fois embrasse :
Un séjour agréable , et Lieu réjoüissant,
En Automne , en Eté , mais sur tout au Printemps
:
Une sale et vilaine bête :
Une autre plus legere et de petite tête :
Achevons donc notre Entretien ,
Encore deux noms , et plus rien.
Certaine Ville de Judée ,
Dont parle Mere Eglise à la fin de l'année
La Portion d'un Arbrisseau ,
Me font, Lecteur , Ville et Château.
Par Duchemin , Musicien à Angers.
'AUTRE.
OCTOBRE. 1737 ;
2209
AUTRE.
E suis assés souvent d'une ovale figure :
Je sers à l'humaine Nature , JE
Je suis le Confident de ses plus grands Secrets ,
En pouroit-on trouver de plus discrets ?
Hors du Logis je suis bien moins de mise,
Si ce n'est par fois à l'Eglise ,
Où l'on se sert de moi comme d'un Ornement,
Mais alors je suis fait un peu differemment .
J'ai deux moitiés dont la premiere
Exclut toute méchanceté ,
Vous aurez beau secouer la derniere
Vous n'y verrez que propreté .
A mon Chef retranché substituez ma queuë
J'enferme une Liqueur qui n'est verte ni bleuë ,
On me met au cachot , on me perce le flanc , '
Les plus humains sont même altérés de mon
sang :
Avant 3. 2. et f. j'étois bien peu d'usage ,
Et le Mortel n'en étoit que plus sag
Après 2. mettez 6 , 3. et 5. conservés ,
Alors 6.2 . et 4. aisément vous trouvez ,
Quand vous aprenez la Musique-
2. et 3. n'est qu'un sot . Je finis : qu'on m'ex
plique.
Par un Chanoine de S. Jean de Chartres
Evi AUTRE.
2110 MERCURE DE FRANCE
AUTRE.
ENtier , je suis blanc comme Ivoire .
Lecteur mets en deux parts mon Nom ;
Tu vois un digne Humain de la Bretonne His
toire
Accompagné de laide Passion .
Prends ensuite Lettre pour Lettre
On frémit à l'aspect de ce qui fait mon Etre.
***** X * XX * XX XXXXXXXX
LOGOGRYPHUS.
STagnantes undas limoso gurgite totus
Contineo : claudus mox liquor albus erø.
Cor de ventre trahas , accendo corda virorum.
Truncus foemined procreo mira manu.
NOC
De S. Jean de Chartres
ALTER .
Oscere vis totum ? divina Volumina nosce
Scriptornamque facri pradicor eloquii.
Truncus , nunc rutilo in Calis , nunc tendor in
hostem :
Sit caput ante pedes , pradaque felis ero.
Pro capite insumas ventrem , tunc exulo ab urbe:
In solo vocum nomine quanta seges !
Parti
OCTOBRE . 1737. 2217
Parti si prima caudam conjungere noris ,
Ecce Planeta , Deus , mensis et una dies .
Huic abscinde caput , nihil est me doctius ; alman
Suppleo naturam ,fingo , decoro , colo.
Par le même.
akak akik ak akikikikika
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
T&
RAITE' de la veritable Religion
contre les Athées , les Déïstes , les
Payens , les Juifs , les Mahometans, et tou
tes les fausses Religions. A Paris , chés
Hipolite- Louis Guerin , rue Saint Jacques
, à Saint Thomas d'Aquin . 1737
in- 12. cinq Volumes. 3e. Partie.
RELATION des deux Rebellions arri
vées à Constantinople en 1730. et 1731 .
dans la déposition d'Achmet III . et l'élevation
au Trône de Mahomet V. composée
sur des Mémoires originaux , reçûs
de Constantinople. A la Haye , etse
trouve à Paris chés Jacques Clousier.
1737. Vol . in 12. de 164. pages.
La Relation de ces évenemens futfaite
dans les Mercures de Janvier
1731
2212 MERCURE DE FRANCE
1731.p.150.deMai p.1157.de Juin p.13.6.4
et de Novembre suivans , sur les Lettres
originales qui nous vinrent alors de
Constantinople , &c .
LETTRES de M. B ** sur differens
Sujets de Morale et de Pieté . A Pa
ris , chés Charles Osmont , rue S. Jac,
ques , à l'Olivier. 1737. Vol. in- 12 . de
408. pages.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES sur le Sacrement
de Mariage , avec les Prieres de
l'Eglise et de l'Ecriture , qui y ont raport.
A Paris , chés Louis Ganeau , vise
à - vis Saint Yves , à Saint Louis ; et Savoye
, à l'Esperance , rue Saint Jacques
1737-in-18.
Pr
LETTRE d'un Mathematicien à un Abbé
, où l'on fait voir que la Matiere
n'est pas divisible à l'infini . 2 °. Que parmi
les Etres créés il ne sçauroit y avoir
d'infinis en nombre et en grandeur 3 .
Enfin , que les Metaphysiciens qui pensent
autrement , abusent des Mathematiques
, &c. A Paris , chés Jombert , ruë
Saint Jacques. 1737. Brochure in - 12 .
pages $ 6.
HISTOIRE
OCTOBRE . 1737. 2213
"
HISTOIRE du second Royaume de
Bourgogne , du Comté de Bourgogne
sous les Rois Carlovingiens ; des III . er
IV. Royaumes de Bourgogne , et des
Comtes de Bourgogne , Montbeliard et
Neufchâtel . Avec une Description du
Comté de Bourgogne , et plusieurs Généalogies
. Tom. II. Par M. F. J. Dunod,
ancien Avocat au Parlement , et Professeur
Royal en l'Université de Besançon.
A Dijon , chés de Fay , Imprimeur des
Etats, de la Ville et de l'Université , 1737
Vol. in-4°. de 635. pages sans la Préface
et la Table.
COUTUMES des Pays , Comté et Bail
liage du grand Perche, et des autres Terres
et Seigneuries régiès et gouvernées
selon iceux , imprimées sur l'Original ,
signé et scellé du Scel de Messieurs les
Commissaires qui ont procedé à la rédac
tion d'icelles Coûtumes . Avec les Apostilles
de M. Charles Dumoulin , et autres
, contenant plusieurs Arrêts donnés
en interprétation des Articles desdites
Coûtumes et autres pareilles. Nouvelle
Edition , augmentée de nouvelles Observations
, et d'une Table des Matieres . A
Chartres , chés Nicolas Doublet , Libraire
, rue des Changes , aux Armes de la
Ville. 1737. in- 4° .
SENTI
42T4 MERCURE DE FRANCE
SENTIMENS Sur l'Amour de Dieu , ou
les trente Amours Sacrés , pour chaque
jour du Mois. Par le R. P. Avrillon , Religieux
Minime. A Paris, chés la Veuve
le Mercier , vis à vis Saint Yves , à Saint
Ambroise. 1737. in- 12.
.
TRAITE' DES EAUX MINERALES
Bains et Douches de Vichy , augmenté
d'un Discours Préliminaire sur les Eaux:
Minerales en general ; avec des Observations
sur la plupart des Eaux Minerales
de France , et en particulier sur celles de
Bourbon l'Archambault , et du Mont
d'Or en Auvergne . Par Jacques François
Chomel , Conseiller- Medecin du Roy ,
Intendant des Eaux Minerales de Vichy.
AClermont-Ferrand , chés Boutandon, seirl
Imprimeur du Roy, de M. l'Evêque , dà
Clergé , & c. in 12. Quoique cet Ouvrage
porte dans le Titre la date de 1734. on
doit le regarder comme n'ayant paru que·
cette année , le Privilege n'étant que da.
mois de Février dernier.
SECONDE LETTRE de M. Astruc , Mê--
decin Consultant du Roy , et Profes
seur Royal en Medecine de la Faculté
de Montpellier , sur un Ecrit intitulé :
Second Mémoire pour les Chirurgiens. Broehure
in-4, de 26. pages. Pierre
OCTOBR E. 靠
2311 1737 .
Pierre Debats, Libraire au Palais , dans
la Grand'Salle , au septième Pilier , visà-
vis la Cour des Aydes , à l'image Saint
François , débite les Coûtumes du Pays et
Duché d' Angoumois , Aunis et Gouverne
ment de la Rochelle , avec les Commentaires
de M. Jean Vigier , & c. Derniere
Edition , in fol. On trouve aussi chés le
même tous les Livres nouveaux sur toutes
sortes de Matieres tant de France
que des Pays Etrangers.
EXPLICATION d'une Médaille d'Aléxandre
le Grand , singuliere par son Ty
pe , et très rare , laquelle se trouve dans
le Cabinet des Antiques de Frideric, Due
de Saxe- Gotha . On y a joint le projet
d'un Recueil des Opuscules ou Dissertations
de divers Sçavans sur les Médail
les les Pierres gravées , et les Inscriptions
tant Grecques que Romaines. Par
Jules-Charles Schlager. A Hambourg chés
Jean- Georges Fischer. 1736. in 4. de 68.
pages , 4. Planches détachés. L'Ouvrage
est en Latin.
TRAITE' DU PURGATOIRE , de la Ri
gueur des tourmens que souffrent les
Ames qui y sont détenuës , de la compassion
que les Vivans doivent leur por2216
MERCURE DE FRANCE
1
ter , des Obligations et des Moyens qu'ils
ont de les secourir , et de ce qu'il faut
faire pour ne pas tomber dans les mêmes
suplices . Par M. Roubault , Curé de S.
Pair sur la Mer. A Avranches , chés
J. B. Bernard. 1737. in - 12.
L'Auteur est connu par quelques au •
tres Ouvrages de la nature de celui - ci ,
comme la Paraphrase sur les sept Pseaumes
de la Pénitence , sous le Titre de Miroir
de la Pénitence ; les Quatre fins de
l'Homme , et les Abregés des Vies de saint
Gaud , Evêque d'Evreux ; de S. Pair
Evêque d'Avranches , de S. Scubilion
Abbé de S. Senier, aussi Evêque d'Avranches
, et de S. Aroaste , Prêtre ; avec une
Instruction sur la maniere dont on doit
honorer les Saints.
y
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Insectes. Par M. de Réaumur , de l'Académie
Royale des Sciences , Commiandeur
et Intendant de l'Ordre Royal et
Militaire de Saint Louis . Tome III . Histoire
des Vers mineurs des feuilles ; des
Teignes ; des fausses Teignes ; des Pucerons
; des Ennem's des Pucerons ; des
Faux Pucerons ; et l'Histoire des Galles
des Plantes , et de leurs Insectes . A Paris
, de l'Imprimerie Royale. 1737.in - 4°.
de
OCTOBRE . - 1737. 2217
de 532. pages . Planches détachées 47 .
TRANSACTIONS PHILOSOPHIQUES de la
Societé Royale de Londres , traduites en
entier ou par extrait . Par M. de Bremond.
Année 1736. A Paris, chés Piget, Quay
des Augustins , à l'Image Saint Jacques.
1737. in 4. Pages 46.
TABLE des Titres des Mémoires imprimés
dans les Transactions Philosophiques
de la Societé Royale de Londres ,
depuis 1665.jusqu'en 1755 par M.de Bremond.
A Paris , chés le mêine Libraire ,
1737. in-4°.
Les Transactions Philosophiques de
la Societé Royale de Londres sont le Recueil
périodique d'une Nation entiere ;
d'une Nation sçavante , exacte , laborieuse
et née pour observer. Elles sont composées
de Dissertations sur toutes les Parties
de la Physique , de l'Histoire Narurelle
; de la Médecine ; des Mathématiques
; de l'Antiquité , de la Chronologie;
des Belles Lettres, &c. Ces Morceaux
sont toujours remplis d'experiences extrémément
curieuses , et de recherches
très utiles ; mais comme ils sont en Anglois
, ceux qui s'apliquent en France au
même genre d'étude , sont privés des
connoissances qu'ils en pouroient tirer.
Les
2218 MERCURE DE FRANCE
Les Transactions Philosophiques one
commencé en 1665 , et ont toujours con
tinué depuis . M. de Bremond a entrepris
de donner ce grand Ouvrage au Public ,
et pour rendre son travail plus utile , il
fait paroître les deux derniers numero
des Transactions qui sont pour les six
premiers mois de 1736. et il continuera
de donner le courant lorsqu'il paroîtra ,
afin de faire connoître à nos Physiciens
l'état present de la Physique en Angleterre.
Il espere donner en même temps
les années précedentes des Transactions
Philosophiques pour cela il ira en rétrogradant.
On imprime actuellement
l'année 1735. et tous les trois mois nous
en pourons avoir une année entiere. Cet
angement paroîtra bizarre à ceux qui
ne sentent point que les derniers Volumes
sont remplis de Mémoires beaucoup
plus interessans , et d'experiences bien
plus neuves que les premiers ; car les
anciennes experiences et observations ont
passé dans les Livres de Physique des An.
glois, et de- là sont revenues dans les nô
tres.
Pour que les Gens de Lettres puissent
dès à present connoître les Matieres examinées
dans les Transactions Philosophiques,
M. de Bremond a commencé à donner
OCTOBRE. 1737. 2219
mer le Volume des Tables depuis 1665 .
Les Tables des 11. premieres années paroissent
à present , et tous les trois mois
il en paroîtra 1c. autres années, lorsque
la Table Chronologique aura été continuée
jusqu'en 1735. On donnera aussitôt
une Table générale par ordre de Matieres
, et une Table Alphabetique des
Auteurs.
Pour rendre la Table Chronologique
plus utile , on a cité en marge les Journaux
des Sçavans de Paris et les autres
Journaux , où se trouvent des Extraits
ou des Traductions des Mémoires des
Transactions Philosophiques.
TABLE pour le premier Trimestre des
Transactions Philosophiques de 1736 .
Physique Générale. Experience sur les
Vibrations des Pendules , par feu Monsieur
Derham.
Lettre de M. Iones à M. Furin sur la
haute Marée de la Tamise le 16. Février
173 .
Anatomie. Description d'une Substan- -
ce osseuse considerable , trouvée dans la
Matrice d'une Femme , et presentée à la
Societé Royale le 17. May 1733. par M.
Hody.
Maladie singuliere de la Peau par M.
Vater. Botanique.
2220 MERCURE DE FRANCE
Botanique. Catalogue de so Plantes
du Jardin de Chelsea par M. Rand.
Experiences sur la fécondation des Semences
des Plantes , par M. Logan ,
Ecuyer..
Astronomie. Tables des Immersions et
Emersions des Satellites de Jupiter en
1737. calculées au Méridien de l'Observatoire
Royal de Gréenvvich , par M.
Hodgson.
Tables des Immersions et Emersions
des Satellites de Jupiter , visibles à Londres
en 1707. par le même.
Observations d'Eclipses des Satellites
de Jupiter , faites à Sontvvick , par M.
Lynn , Ecuyer.
Dioptrique. De la Combinaison des
Lentilles transparentes avec des Plans qui
refléchissent la lumiere , par M. Hadley,
Ecuyer.
des
Géographie. Construction et usage
Cartes Géographiques Spheriques , par
M. Colson.
TABLE pour le second Trimestre des
Transactions Philosophiques de 1736.
Antiquités. Copie d'un ancien Acte
par lequel on fait la cession d'une partie
d'un Tombeau , écrit sur un Marbre
aporté depuis peu de Rome , avec des
Observations de M. Gale , Ecuyer.
Physique
OCTOBRE . 1737. 2221
*
Physique Générale. Derniere Lettre de
M. Gray sur les Revolutions que de petits
Corps suspendus font par électricité
d'Occident en Orient , au tour d'autres
Corps plus considerables , de la même maniere
que les Planettes tournent au tour
du Soleil.
Extrait d'une Lettre de M. de Lisle
sur la Construction d'un Thermométre
de Mercure.
Extrait d'une Lettre de M. Logan , sur
la Figure courbe et anguleuse des Eclairs
dans les grands Tonnerres .
Observations de l'Aurore Boréale faites
en Angleterre par M. Celsius .
Observations Astronomiques , Physiques
et Méteorologiques , faites à Vitemberg
en 1733. par M. Vveidler.
Anatomie. Experiences sur l'ouverture
de la Poitrine , et ses effets dans la respiration
, par M. Houston.
Experiences faites avec du Mercure
sur des Chiens enragés , par M. James.
Astronomie . Observations des Eclipses
des Satellites de Jupiter , faites à Petersbourg
en 1731. et 1732. par M. de Lisle.
Histoire Naturelle. Suite de l'Extrait
del Histoire Naturelle de la Caroline et
des Isles Bohama de M. Catesby , par M.
Mortimer
LES
2222 MERCURE DE FRANCE
LES CARACTERES DE THALIE, Co
médie en trois Actes , avec un Prologue et un
Divertissement. Par M. Fagan , représentée pour
la premiere fois par les Comédiens François le
18. Juillet dernier . A Paris , Quay de Conty :
1737. chés Prault , fils , in 8. de 133. pages.
>
L'empressement que nous avons eû de remplir
nos obligations envers le Public , nous a portés
à prévenir l'impression de cette Comédie , et à
ne donner au Lecteur qu'une idée de la simétrie
Théatrale . Nous nous sommes aperçûs à la lecture
de l'Ouvrage imprimé , que nous n'avions
pas suivi bien exactement l'ordre des Scenes; on
ne doit imputer cette faute qu'à notre memoire,
et d'ailleurs la transposition des Scenes n'aporte
pas beaucoup de dérangement à la conduite de
l'action principale. Il ne nous reste donc que
d'extraire quelque Morceaux de la Piece en question
, pour rendre à son ingénieux Auteur la justice
qui lui est due , et pour faire voir au Public
qu'il n'excelle pas moins dans la maniere d'écri
re, que dans l'ordonnance des Scenes qu'il traite.
Nous avons déja dit que le Prologue n'est pas
ce qu'il y a de meilleur dans ce Poëme ; cependant
il ne laisse pas d'être bien écrit. En voici
un petit échantillon ; c'est l'Auteur de la Piece
qui parle.
Je m'avise defaire trois Actes ; l'un d'intrigue ;
Pautre de Caracteres , et le troisiéme à Scenes épisodiques
; et attendu que ce sont- là à peu près les
genres qui différentient nos Comédies , je rassemble
ces Actes sous le titre pompeux des Caracteres de
Thalie. Cela annonce du parfait , il semble que je
prétende avoir fait trois chefs - d'oeuvres , et que je
les propose pour modeles ; il falloit donc du moins
mettre un Prologue , pour excuser l'orgueil de ce
sitrea
OCTOBRE. 1737 2223
thre , et où j'eusse demandégrace ... Un Prolo
que ! Il n'y a peut étre au monde rien de plus
anisible , de plus traitre , de plus détestable qu'un
Prologue. Si l'Auteur veut faire pressentir les beaués
de son Ouvrage , on le traite de fat; s'il annonce
que ce qu'il a fait est médiocre , on est porté a
L'en croire sur sa parole; et puis , quel est le but que
nous nous proposons dans la Comédie ? A quoi l'art
de l'Auteur s'aplique- t'il ? C'est , je crois , à si bien
peindre une Action , que le Spectateur séduit, s'imagine
la voir d'après nature . Or les précautions que
P'on prend dans un Prologue , ne semblent- elles pas
avertir que ce qu'on va représenter n'est qu'une
Fable ? Un conte forgé à plaisir Et n'affaiblissentelles
pas d'avance cette douce illusion l'on prend
tant depeine à faire naître par la suite ? Non , non,
point de Prologue , s'il vous plaît ; j'ai fort bien
fait de n'en point faire : encore si l'on n'étoit pas
plus difficile aujourd'hui que ne l'étoient les Anciens,
et qu'un seul Personnage , comme l'Areture,
Mercure cu un autre , vint exposer uniment de
quoi il s'agit ; si un Acteur François en étoit quitte
pour venir dire simplement : Messieurs .
que
....
De- là l'Auteur prend occasion d'annoncer
aux Spectateurs les trois differentes Pieces qu'il
va donner.
L'INQUIET. Dès la premiere Scene on
fait le Portrait de l'Inquiet , donné sous le nom
de Piece de Caractere . Voici comment l'Auteur
fait parler Marton , Suivante de Lucile , dont
Timante est amoureux .
Pour moi , je ne vous le dissimule point; je trem
ble pour ma Maîtresse , en la voyant prête à former
un pareil engagement; je conviens que Timan
te a toutes les qualités qui font un honnête homme
que sa figure est encore agréable ; qu'il est passable
F
2224 MERCURE DE FRANCE
ment riche ; mais n'est ce pas trop risquer que d'épouser
un homme, qui , dans une inquiétude perpétuelle
, va , vient et revient cent fois en une heure
sur les sujets les plus frivoles ; timide jusqu'au rafinement
, mal- adroit par excès de précaution ,
trouble par des délicatesses chimériques , jamais sûr
de lui , oubliant l'objet présent qui le satisfait ,
pour s'occuper de l'objet éloigné qui le tourmente,
et qui enfin ne jouissant jamais d'un instant de
tranquillité avec la femme la plus chérie , portera
les allarmes jusque dans le sein des plaisirs. Ce
ne sera point un jaloux qu'un Mari comme celuila
, mais je crains bien que ce ne soit quelque chose
de plus insuportable.
La Piece finit par un aveu que Timante fait
lui- même de ce qu'il y a de détectueux dans son
Caractere ; voici comment il s'exprime.
Je perds Maîtresse , Ami; jusqu'aux valets, tout
m'abandonne , le seul espoir qui puisse me soutenir
c'est que de si grands coups me corrigeront d'un
Caractere , que j'avoue moi - même ne pouvoir être
suporté.
L'ETOURDERIE, Pour donner une idée
de l'art avec lequel l'Auteur sçait dialoguer ,
nous ne pouvons mieux faire que d'extraire
quelques fragmens de deux Scenes qui ont parû
les mieux travaillées de cette seconde Piece qui
a pour titre l'Etourderie. Mondor , qui en est le
Héros , a pris Madame Cléonte pour Mademoiselle
Cléonte , sa belle- soeur ; Monsieur Cléonte,
à qui il a fait l'aveu de son amour pour sa prétenduë
soeur , le laisse avec sa femme , dont il
l'exhorte à obtenir le consentement ; voici com
ment ces deux Personnages , qui sont dans la
même erreur , s'entretiennent,
Monder
OCTOBRE. 1737. 2225-
Mondor,
Vous voulez , trop aimable Personne , vous voulez
m'éprouver , je le vois ; ce ne peut être qu'uæ
semblab e motifqui vous fasse tenir ce langage; la
Ciel vous a- t'il donc faite pour tant de défiance ?
Si je pouvois par moi -même être soupçonné de légereté,
les charmes qui m'ont séduit ne détruiroientils
pas ce soupçon ? Et ne sont - ils pas garants qu'on
ne sçauroit guérir de la blessure qu'ils ont faite z
Madame Cléonre.
Et bien , par exemple , je ne puis m'empêcher.s
Mondor.
Eh ! quoi donc ? encore ?
Madame Cléonte.
Oui , encore. Je vous avoue que ces exagerations
me sont suspectes , et le paroîtroient à toute autre.
Les charmes que vous vantez ont pú vous toucher
jusqu'à un certain point ; mais j'aurois crû qu'une
autre espece de mérite , comme la conduite ,
gesse , l'esprit même , étoit ce qui devoit faire le
plus d'effet sur vous.
la sa-
Enfin , Madame Cléonte persuadée de l'amour
de Mondor , le console par ces paroles :
Il faut se rendre à vos raisons . Vous vous justifiez
avec tant de force , qu'il est difficile de ne
vous pas ajouter foy , &c. Oui , à présent je puis
vous dire que vos propositions ne peuvent être reçûës
quefavorablement , &c. Tant de modestie ne
sert qu'à vous rendre plus recommandable. Mais
je vois venir ma belle- soeur ; parlez-lui ; cette conversation
ne sera pas assurément la moins nécessaire
; assurez-vous de son consentement ; vous
voulez bien que je vous laisse avec elle.
Voici une autre Scene , qui n'est pas dialoguée
avec moins d'art. Dans la précédente les deux
Fij
Interlo
2226 MERCURE DE FRANCE
Interlocuteurs étoient dans la même erreur ; au
lieu que dans le milieu de celle - ci , il n'y en a
qu'un qui y persiste .
Mondor
L'Assesseur vient de se jetter à vos pieds ; que
J'ai sujet de craindre que cet ancien Amant ne
ous ait touchée par ses regrets !
Madame Cleonte.
Il est vrai qu'il est dans un état pitoyable ; ja
no l'ai qu'aperçu , mais il m'a fait compassion,
Mondor.
Et vous n'hésitez point à me le dire !
Madame Cléonte .
Cela ne doit pas vous inquieter ; votre bonheu
n'est- il certain ?
pas
Mondor.
Il est certain ! Quoi ? Quand un autre a le se
cret de vous toucher.
Madame Cléonte.
Cette compassion n'empêche pas qu'on ne le con
gédie,
Mondor.
N'est-ce pas l'aimer que de le plaindre ? Et puisje
compter vous obtenir quand je n'obtiens pas ve
tre coeur ?
M'obtenir !
Madame Cléonte.
Mondor.
Oui ; si votre coeur est partagé , et plainti
tendrement un Rival , pouvez- vous dire
bonheur soit certain ?
Macane Cléonte.
que ma
Je vous avoue que je ne vous entends point.
¿
Mondo
OCTOBRE . 1737. 2227
1
Mondor.
Ah! je vois bien que rien n'est plus incertain
que ce bonheur. Dès la premiere conversation que
vous m'avez accordée , je n'ai que trop aperçu que
votre coeur étoit naturellement éloigné de moi , &c.
Madame Cleonte
Tachons de nous entendre ; on a bien voulu me
consulter et me demander mon aven ; je l'ai donné
après m'ètre assurée de la sincerite de vos sentimens ;
je nem'en repens point ; mais quelle étrange délicatesset
Dites - moi donc encore une fois , pourvû que
votre mariage s'accomplisse , que vous importe ce
que vous avez cri voir dans mes yeux ?
Mondor.
Achevez , cruelle , achevez ; joignez la'raillerie
à l'outrage ; dites moi donc à votre tour : peuton
marquer de la froideur , et aimer en méme-
·temps ?
Madame Cléonte.
Comment vous exigez que je vous aime ?`
Mondor.
Non , je ne l'exige point ; c'est, à vous entendre,
une injustice à moi de l'exiger. Eh quoi ! tout ceci
est-il un songe ? Je n'aurai point recours à l'autorité
de ceux qui semblent me favoriser ; non ,
cruelle , puisque c'est une témérité à moi de demander
du retour, je vous aurai víë , je vous aurai
aimée ...
Madame Cléonte .
Vous m'aurez aimée ! ¿c . Y pensez - vous ?·
Quel del.re ! ¿ e.
que
LES ORIGIN AUX, troisiéme Piece . Dès- la
premiere Scene de cette Comédie , PAuteur
apelle dans son Prologue Piece à Scenes Episodiques
, la Marquise , Mere du Marquis , dont
Fj
les
1228 MERCURE DE FRANCE
les dérangemens sont l'objet des differentes Sc :-
nes , expose le caractere de son Fils à un de ses
Amis , qu'elle a prié de la seconder dans le dessein
qu'elle a de corriger son Fils par des exemples
vivans , comme faisoient autrefois les Lacédémoniens
. Elle s'exprime en ces termes .
il
Si vous aviez autant d'interêt que moi qu'ilfût
parfait , vous verriez en lui tout ce que je croisy
voir. Je vous l'ai déja dit , Chevalier , esclave des
faux airs , adorateur des travers les plus outrés ,
adopte si avidement les ridicules que nos jeunes
gens mettent à la mode , qu'il semble que lui seul
les auroit tous créés , si , pour le malheur de la societé
, on ne l'eût dès long-temps prévenu . Du ridicule
au vice , la pente est bien facile ; et ce que
vous apellez traits de jeunesse , n'est que trop_souvent
un mauvais présage pour les moeurs . Enfin
vous savez quel parti je lui destinois ; vous sçavez
avec quelle ardeur je désirois de le voir uni à Hortense.
Il a d'abord paris sensible à ses charmes ; il a
senti quel étoit le prix d'une union aussi avantageuse
; mais aux aproches d'un engagement , L'esprit
de dissipation , un faux amour de la liberté, et
pour ainsi-dire , la honte de bien faire , l'ont fait
frémir , &c.
Voici ce que cette tendre Mere dit elle- même
ason Fils. Ce seroit grand hazard que vos défauts
vous eussent échapé ; car à vous parler avec franchise
, vous êtes , mon Fils , emporté , intempérant,
peu instruit , indiscret , orgueilleux , volage , mocqueur
et médisant , & c. Cette nécessité d'être médisant
ne peut être donnée que comme une plaisanterie
de votre part , mais comment justifierez- vous
ces emportemens , cette hauteur , qui fait qu'un
mot dit sans dessein , une raillerie innocente vous
révolte contre vos meilleurs amis ? Ce feu qui vous
entraîne ,
OCTOBRE . 1737. 2239
entraîne , et qui dans les querelles , comme dans
les plaisirs , vous porte aux dernieres extremités ?
La modération , mon Fils , est une vertu si beareuse,
qu'elle nous fait paroître avoir les vertus mê..
me que nous n'avons pas.
Nous avons cru que ces Morceaux que
Nous avons pris au hazard dans chacune des
Pieces , suffiroient pour persuader à nos Lecteurs
que l'Auteur des Caracteres de Thalie écrit
aussi bien qu'il inigine. Nous nous fatons
qu'on ne nous sçaura pas moins de gré de ce
que nous allons extraire du Divertissement par
où cette charmante Piece a fiai.
Air.
Que nous voyons dans la vie
De ridicules differens !
Chaque siecle a sa manie ,
Ses usages extravagans ;
Mais l'amoureuse folie
Est de tous les temps.
L'Auteur déclare que ces paroles sont de plusieurs
Personnes d'esprit , qui ont bien voulu
enrichir ce Divertissement .
Menuet.
Tel Amant croyoit tout facile ,
Qui ne reçoit que des mépris ,
Et dont l'espoit est inutile ;
Quel chagrin de s'être mépris !
Tel autre qui n'osoit s'attendre
A la plus legere fav.ur ,
Fij
Est
2230 MERCURE DE FRANCE
Est mis au comble du bonheur ;
Qu'il est heureux de se méprendre ?
Colin choisit , pour être Pere ,
Colette dont il est épris ;
Au bout de six mois elle est Mere ;
Quel chagrin de s'être mépris !
Au Benêt on sçait faire entendre
Que six mois c'est terme complet ;
Colin se croit Pere en effet ;
Qu'il est heureux de se méprendre !*
Pour se venger d'une Coquette ,
Un jour on instruit son Epoux ,
Qu'avec le beau Damon seulette.
Souvent elle est en rendez -vous ;
Le Mari qui veut les surprendre ,
Suit de sa femme tous les pas ;.
I la surprit avec Licas ,
Et se méprit , sans se méprendre..
Vaudeville.
Est-on ridicule , est- on sage ,
De vouloir se mettre en ménage e
Je vais vous décider le cas :
Pour goûter des douceurs parfaites .
Mariez-vous , jeunes Fillettes ;
Garçons , ne vous mariez pas.
L'un sans l'autre , ne se peut faire ;
J'en
OCTOBRE .
2231 1737.
Jen conviens ; mais c'est votre affaire
De tendre et d'éviter le lacs .
Pour gouter , & c .
Au Parterre.
Si l'on voit qu'une Comédie
Soit par le beau Sexe aplaudie ,
Le Critique parle plus bas ;
Pour rendre nos douceurs parfaites ;
Aplaudissez , jeunes Fillettes ;
Messieurs , ne nous critiquez pas.
La Musique est de M. Mouret , et le Ballet
est de M. d'Angeville.
ENTRETIENS LITTERAIRES
et galans...
Et Ouvrage est divisé en dix Conférences
; elles sont tenues par quelques
Amis , qui se trouvant à la Campa.
gne , cherchent à se désennuyer , en s'entretenant
sur des Matieres instructives.
La premiere Conference roule sur les
différens Caracteres et la Préeminence :
des Langues ; on y a donné en passant
quelques préceptes pour bien traduire .
Les quatre suivantes forment un Traité
, où l'on a tâché de rassembler rout :
divers Auteurs , tant Grecs que :
F.v Latins,,
ce que
2232 MERCURE DE FRANCE
,
Latins , François , Espagnols , Portugais
et Italiens , tels que Lucien Denys
d'Halicarnasse , Ciceron , Vossius &c.
ont dit de mieux sur l'Art d'écrire l'Histoire
; on y a joint quelques Réfléxions
nouvelles ; enfin l'on s'est apliqué à ne
rien oublier de ce qui peut être utile
dans un genre si nécessaire et si noble.

9 Dans les quatre , qui viennent après
on a répondu aux Critiques , que Mrs
les Abbés Prévôt , et Desfontaines ont
publiées contre la Traduction du Camoens
, faite par l'Auteur du présent
Ouvrage.
La derniere Conférence n'a point d'objet
fixe ; elle ne contient que quelques
fragmens des plus fameux Poëtes Italiens
, traduits en Vers François : en celal'Auteur
s'est proposé de confronter plusieurs
Pensées justes et naturelles , avec
une de ces Pensées fausses , mais brillantes
, qui ont fait si long-temps les
délices des Ecrivains d'Italie.
Tous ces dix Entretiens sont parsemés
de Vers François , traduits ou paraphrasés
d'Homere , de Virgile , d'Horace
& c. que l'Auteur a cités , quand il avoit
besoin d'apuyer ses sentimens ; il y a
joint aussi de temps en temps des Vers
de sa façon , tant pour varier son Ouvrage
,
OCTOBRE . 1737. 2233
vrage , que pour en écarter l'ennui , le
plus qu'il lui seroit possible.
Comme la matiere des Entretiens est
presque toute dans le genre Didactique
' Auteur a cherché le moyen d'égayer
son Sujet , persuadé que , pour un Lecteur
sérieux , qui ne lit qu'à dessein de
s'instruire , on en trouve cent autres ,
qui n'aiment les Instructions qu'avec le
sauf-conduit de quelque amusement ;
c'est pour ne point rebuter les Esprits
de cette derniere espece , qu'on a pris le
parti de joindre à chacune des Conférences
un Livre de l'Histoire de Don
Palmerin , qui est tirée partie d'Ambro .
sio Marini , Noble Génois , et partie de
Lupercio d'Argensola .
Mais pour rendre l'amusement mê
me de quelque utilité , on a eu soin premierement
de n'y mettre aucune Imagequi
puisse blesser la plus scrupuleuse
bienséance. En second lieu on s'est apliqué
à l'orner d'exemples de toutes les
Vertus Morales , qui concourent au bien
de la Societé ; les Rôles des diférens
Personnages y conduisent naturellement,
ou à faire détester le crime , ou à faire
aimer la vertu . Don Alfonse Roi d'Espagne
, surnommé le Catholique , offre
le Modéle d'un grand Prince , plein de
F vj
2234 MERCURE DE FRANCE
tendresse et d'attention pour les besoins
de son Peuple ; prudent et sage dans son
Conseil , intrépide au milieu des Combats
, modeste dans la prosperité , ferme
dans la mauvaise fortune , et se soûtenant
dans l'une comme dans l'autre par
le secours de la Religion : Ormizinde.
son Epouse n'est pas moins respectable
par son attachement pour lui et par sa
bonté pour les malheureux.L'Infante Isabelle
leur fille , enlevée dès son enfance , et
nourie chés les Maures dans les superstitions
de Mahomet , rentre enfin dans
sa Patrie , et dans le sein du Christianis -
me , qui met le Sceau aux Vertus humaines
, dont elle étoit parée ; Don Palmerin
forme le Tableau d'un fidele Sujet ,
qui joint la Probité à la Valeur , et qui
aime la gloire sans ambition. Le Duc.
Ernest , après une disgrace des plus
cruelles , s'éloigne de la Cour , et va
chercher la Solitude ; il y trouve une
consolation parfaite dans la pratique de
la Pieté. Le but de toute l'Histoire en
général est de montrer que la Vertu est
l'unique moyen qui puisse nous rendre
veritablement heureux , et nous assurer
de grands honneurs , au lieu qu'ils ne
sont jamais stables , lorsque le vice et les
talens équivoques nous en ouvrent la
carriers. Par
OCTOBRE. 1737 223
Par M. Du Perron de Castera , et se
vend ches la veuve Pissot , Libraire , à la.
Croix d'or , à la descente du Pont Neuf,
Quay de Conti.
Il paroît un Poëme intitulé La Conquête de la
sainte Couronne par S. Louis. Poëme Héroïque.
On ne pouvoit guére choisir de Sujet plus di-,
gne d'un Poete Chrétien , et plus susceptible du
feu de la belle Poësie : l'Auteur l'a traité noblement.
On en jugera par ce Morceau du com →
mencement, suivi de deux ou trois autres .
Tor qui préviens les Voeux du Mortel qui
t'adore ,
Inspire- moi , Seigneur , c'est toi seul que j'im
plore .
Eclaire mon Esprit , soutiens ma foible Voix ;
Je chante un saint Guerrier , le Modéle des
Rois.
Grand Dieu , tu le guidas de Victoire en Vic
toire ;
Il combattoit pour toi , tu pris soin de sa gloire
Heros dans les Combats , vertueux dans Paris ;
Ennemi des fateurs , bon Roi sans Favoris ; ··
Formidable aux méchans , aux malheureux pro
pice ,
Pardonnant par penchant , il punit par justice.
Invincible , mais bon , il sçut être à la fois ,
L'effroi des Sarrazins , le Pere des François..
& c.
Dans la suite Meledin , Sultan d'Egypte
consterne
2236 MERCURE DE FRANCE
consterné par les Exploits du S. Roy parle.
ainsi à ses Sujets armés :
Vous que le sort soûmit à ma vaste Puissance ,.
Vous qui peuplez les bords ou le Nil (*) . ptend .
naissance
Jusqu'à ceux où la Mer le reçoit dans son sein ,
Je vais vous dévoiler un illustre dessein..
Les François sont Vainqueurs , leur fureur sanguinaire
Les a conduits déja près des Portes du Caire..
La Mer vomit ici leurs nombreux Bataillons ,
Er nos Champs sont couverts de leurs fiers Pâe
villons ;
Guerriers , réveillez - vous , & c.
Conservez ce Trésor aporté dans Memphis
Par ce Grec que Sircon adopta pour son Fils ;:
Peuples , vous le sçavez , la superbe Byzance
En perdant ce Trésor a perdu sa Puissance.
Le François triomphant veut nous ravir ce:
Bien ;
Mon Trône chancelant tombe sans ce soutien
& c.
::
Une Note mise au bas de la Page 2. aprendi
que ce Trésor est la sainte Couronne . Sirion ,
dit l'Auteur , regnoit en Egypte avant Meledin.
( *) Le Sultan n'étoit pas le Maître des Lieux
où le Nil prend naissance , mais la Poësie autorise
ces expressions.
Sircon
OCTOBRE. 1737. 2227
Sircon fit la Guerre aux ( * ) Byzantins . Whe
ancienne Tradition promettoit à ceux - ci qu'ils
ne seroient jamais vaincus , tant qu'ils conserveroient
la sainte Couronne dans Constantinople.
Un Esclave Grec l'enleva de cette Ville , et
l'aporta en Egypte. Sircon pour le récompenser
l'adopta pour son Fils .
Le Discours du Sultan est suivi de l'ouverture
des Canaux du Nil , pour empêcher l'Armée :
Chrétienne d'avancer vers le Gaire : l'inondation
est ainsi décrite :
La Terre disparoît , les Arcs , les Javelots
Roulent dans les sillons entraînés par les Flots
Les Soldats rougissant d'un courage inutile ,
Courent sur les Palmiers chercher un sûr azile ,
Mais les flots mugissans l'un par l'autre classés,
Entraînent avec eux les Palmiers renversés.
& c.
Dans cette extrémité le Monarque Chrétien
leve les mains au Ciel , fait ainsi sa Priere.
» Destructeur des Tyrans , Protecteur des bons
Rois ,
» De ton Trône enflamé , Seigneur , entends ma
voix .
»Les François vont périr ; un Peuple qui t'ou--
trage
Sur des Chrétiens soûmis aura t'il l'avantage
Quandjadis les Hebreux gémissoient dans les fers,
( * ) L'Auteur a voulu dire les Grecs. Dans ces
temps là il y avoit déja plusieurs siecles que Byzance
et les Byzantins avoient changé de nom,&c.
Pour
2238 MERCURE DE FRANCE
"
Pour les sauver, Seigneur, tu separas les Mers.
& C.
La Priere est suivie d'un Prodige marqué dans
P'Histoire. La Peste dans une seule nuit fit périr
presque tous les Habitans du Caire .
Le Seigneur à nos Voeux accorde la Victoire ;
Arnons -nous , dit LOUIS , combattons pour :
sa gloire ;
Ils entrent dans le Caire , ô surprise ! ô terreur ! !
La guerre leur offrit moins de sujets d'horreur .
Les Soldats expirans abandonnent les Portes ,
Ils ne rencontrent plus ces terribles Cohortes
&c.
+ Le Poëme finit par ces deux Vers :
Louis marche en Vainqueur vers les Augustes
Lieux ,
Ou le Temple cachoit le ( * ) Bandeau précieux.
( * ) La Sainte Couronne.
LIVRES que Cavelier , Libraire , ruë
S. Jacques , à Paris , a nouvellement
reçus des Pays Etrangers.
Hoffmanni ( Frid . ) Medicina Rationalis Systematica
Tomi IV . Pars quarta , sive Tomus
septimus, 4°. Hala Magd . 1737.
Ejusdem Opuscula Medico-Practica , 4 ° .
Hala , 1736..
Acta
OCTOBRE.
1737. 2239
Acta Physico Medica Acad . Naturæ Curioso--
rum Volumen quartum , 4°. cum Figuris 1737
Norimberga
Bruckmanni Epistolæ Itinerariæ XLVIII . 4°.
cum figuris 1736 .
Breithaupti Ars decifratoria , seu Scientia occultas
Scripturas solvendi , in 8 °. 1737. Helms-
1at.
Barthii de Culice Dissertatio in- 4. Ratisbone .
1737.
Pertsch Tribunal Reformatum , seu de Iniquitate
Torta æ, in . 8. Gueph. 1737.
Raidelii Commentatio Critico Litteraria de
Ptolomæi Geographia, in -4. Norimberge , 1737-
Medicorum Silesiasicorum Say. Specimen
11. et 111. in 8. Lipsie , 1737.
Selecta Medica Francofurtensia Volumen secundum
, in 8. Ffirth. 1737 .
Schelhorai Amoenitates Litterariæ Ecclesiasricæ
in 8. Lipsia , 1737.
Beck Schediasma Litterarium de Elementis Euclidis
, in 4. Lipsia , 1737:
Boerhaave Praxis Medica , seu Commentariorum
in Aphorismos , accessit Historia Plantarum
Horth. Lug. Batav . 7. vol. in 12. Londini
1731 .
Hypocratis Aphorismi , studio Almeloveen in-
24, Lug . Bat. 1732 .
Jackson Enchiridion Med. Chym . Practiin
12. Amft. 1693. cum
Havers Observationes de Ossibus,, in 8. cum
Figuris , Lug Bat. 1734.
Vesalii Opera omnia Anatomica et Chirur
gica , curâ Boerhaave et Albini , fol . vol.cum
Figuris, Lug Bat. 1725 .
2 .
Courper The Anatomy of Hamani Bodies
with.
2240 MERCURE DE FRANCE
with Figures , fol. Leyden , 1737.
Nevuton Arithmetica universalis , in 4. fig.
Lug. Bat. 1732.
Linnai
1736 .
Bibliotheca Botanica , in 8. Amft.
Mead Mechanica Expositio venenorum , in 8.
Lug, Bat. 1737.
Ridley Observationes de Asthmate et Hydrophobia
in 8 , Lug. Bat. 1737.
Blondel Dissertation Physique sur la force
de l'imagination des femmes enceintes , sur le
Foetus , in 8. Leyde , 1737.
er
La Medecine Naturelle vuë dans la Pathologie
vivante ; dans l'usage des Calmans et des ditlerentes
Saignées des Veines et des Arteres rouges
et blanches , spontanées ou artificielles ,
dans les substituées par les Sang- suës , les Scarifications
, et les Ventouses. Par M. Hecquet , an
cien Doyen de la Faculté de Medecine de Paris ,
2. vol. in 12. chés Cavelier ruë saint Jacques--
Paris , 1738 .
*
re-
TABLE CHRONOLOGIQUE DES OPERA
présentés à Paris depuis l'établissement de l'Académie
Royale de Musique jusques à present , 3.
en 32. colonnes , contena it les années , les mois ,
les jours des Représentations , les Titres , le
Genre des Pieces , le nombre des Actes ou Entrées
, les noms des Auteurs des Paroles et de
la Musique , se vend à Paris , au Palais Royal ,'
au Caffé de la Marine , ruë , Croix des Petits-
Champs , et chés Dudoigt , à la petite Vertu ,
rue des Arcis. Prix 30› sols..
Nous avons apris que M Nenci , dont nous
avons donné un Sonnet Lalien dans le dernier
Mercure ,
OCTOBRE. 1737. 2241
Mercure , se propose de donner bien- tôt au Public
un Recueil de ses Poësies, dont les unes sont dans
le Stile Héroïque , et les autres dans le Stile
Burlesque parmi les premieres on trouvera
celles qu'il a eu l'honneur de présenter à la
Reine , et dans les autres , la Description de la
Maison de M. le Contrôleur Général à Bercy ,
adressée à M. l'Abbé ** * . et une Epitre à M.
de Voltaire , in terza rima.
On a imprimé à Rome , en plusieurs Volumes
in-folio , un trés-grand Ouvrage , et inté
ressant pour notre Nation ; en voici le Titre ,
en attendant que nous soyons en é : at d'en pou
voir donner l'Extrait.
5 0

le voci
LA CRUSCA PROVENZALE , overo
frasi ,forme , e maniere di dire , che la Gentilissima
, e celebre Lingua Toscana ha Prese della
Provenzale , arricchite , e illustrate , e difese con
motivi , con autorità e con esempj. Aggiuntevi
alcune Memorie notizie intorno agli antichi-
Poeti Provenzali Padri della Poesia volgare ,
particolarmente circa alcuni di quelli , tra gli altri
molti , che furono di Nazione Catalana , cavate
da' Mss Vaticani , Laurenziani , e altrove . Opera
di Don Antonio Bastero Nobile Barcellonese
Dottor in Filosofia , e nell'una , e l'altra Legge
Canonico , e Sagrestano Maggiore della Cattedrale
di Girona , ed Esaminatore Sinodale della
medesima Diocesi , dettofra gli Arcadi IPERLD &
BACCHICO.
..
On mande d'Hanover , que le 17. du mois.
dernier on avoit fait à Gottingen l'ouverture
des diférentes Ecoles de l'Université que le Roi
de la Grande Bretagne y a fondée depuis peu ,
et que
2241 MERCURE DE FRANCE
Je, moitié avec simphonie, et l'autre moitié sans
simphonie , chantés au Concert Spirituel , prix
1. liv. 10. s. chacun.
On trouvera tous ces differens Ouvrages ,
Paris , chés l'Auteur , Place du Pont S. Michel ,
chés le sieur Chauvin , Chirurgien à la Regle
d'or, chés la veuve Boivin , rue S. Honoré ; chés
le Clerc, rue du Roulle , à la Croix d'or , et chés
Ballard , au Mont Parnasse.
Estampes Nouvelles.
Nous avons à annoncer une très- grande Plan
che en largeur , d'une Composition riche , judicieuse
et abondante , y ayant près de 900. figures
, et d'une Exécution admirable pour la Gravure,
qui est de M. C.N. Cochin , le Fils , jeune
homme d'une très grande esperance . Ce magnifique
Sujet a pour Titre : Préparatifs du grand
Feu d'artifice , que S. E. M. le Cardinal de Polignac
fit tirer à Rome , dans la Place Navonne ,
le 30. Novembre 1729 , pour la Naissance de
MONSEIGNEUR le Dauphin . Le Tableau en
a été peint à Rome par Paul Panini , celebre
Peintre de l'Académie de S Luc , et dessiné par
J. Dumont , le Rom. Professeur de l'Académic
Royale de Paris.
Cette Estampe se debite avec beaucoup de suc
cès , -ruë saint Jacques , chés Cochin , Graveur
du Roi.
La 27e. Estampe gravée d'après Ph . Wauvermans
, par le sieur Moyreau , paroît et se vend
chés lui , ruë Galande , vis -à -vis S. Blaise. Le
Tableau original de 12. pouces de large sur 9 .
de haut , se conserve dans le Cabinet de M.
Halée ,
>
4
OCTOBRE. 1717. 2245
Hilée , et c'est un des plus piquans de ce ceicbre
Auteur : ce sont des Baigneurs dans un beau
Paysage découvert.
11 paroît depuis quelque temps deux moyennes
Estampes en hauteur , dont les Sujets sont
Léda et Danae , gravées par le sieur Fessard ,
d'après les Tableaux originaux du sieur Pierre .
On lit au bas de la premiere ces deux Vers de
M. Lenfant.
Belles , du Dieu d'Amour redoutez le pouvoir ;
Ce qu'il ne peut de gré , de ruse il sçait l'avoir.
Et sous la Danaé, on lit du même Auteur :
Dès que Plutus s'en mêle , on fait de vains efforts;
Et jusqu'à la vertu , tout cede à ses trésors .
Ces Estampes se vendent chés le sieur Fessard,
ruë S. Denis , au grand S. Louis , près le Sépulcre.
On trouve aussi chés lui la Suite des Estampes
gravées d'après les Tableaux de M. de
Troy.
Le sieur Fessard vient de mette en vente une
nouvelle Estampe en large , d'une très - heureuse
composition , dont le Sujet est Alphée , et Arethuse
, d'après M. Trémolieres , de l'Académie
Royale de Peinture , qui , par la finesse de l'expression
juste et naturelle , a rendu bien sensible
le secours de Diane pour Arethuse qui l'implore
contre le Chasseur qui poursuit cette
Nymphe.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , continuë de paroître avec succès
chés
2246 MERCURE DE FRANCÈ
chés Odieuvre Marchand d'Estampes , Quay de
P'Ecole , il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur :
ANNE D'AUTRICH , Reine de France ,
morte à Paris le 20. Janvier 1666. âgée de 64.
ans , peinte par Vanloo , et gravée par G. F.
Schmidt.
GABRIEL NAUDE' , né à Paris le 2. Février
1600. mort à Abbeville le 29. Juillet 1653◄
dessiné et gravé par Claude Mellan
CHARLES DE FIEUX , Chevalier de
Mouhy , né en 1701. peint par Latinville , cs
gravé par Et. Fessard,
Le Catalogue des diverses Curiosités dont nous
avons parlé dans le Mercure précedent , e dont la
vente se doit faire le 2 Décembre prochain, parotra
vers le milieu du mois de Novembre , et se distribuëra
chés le sieur Gersaint , Marchand , Pont
Notre- Dame , chés qui se fera la Vente. Les Curieux
pouront aller voir ces Raretés , tant de la
Nature que de l'Ait , pendant le courant de la
Semaine qui précederà ceite Vente. Le sieur
Gersaint prie les Amateurs d'y venir pendant le
jour , afin qu'ils puissent mieux examiner les
choses qui pouroient leur convenir , le moment
de l'adjudication n'étant pas le plus souvent suffisant
pour cet examen . Cette Vente se fera avec
Ja nême droiture et la même bonne foi que
l'on a toujours reconnue dans les précédentes.
Le Public est averti que le veritable Suc de
Reglisse et de Guimauve blanc , si estimé pour
toutes les maladies du Poulmon , inflammations,
et enrouëmens, toux , rhumes , asthmes , foulmonies,
pituites, continue à se débiter depuis plas
de
*
T W YORK
LIBRARY
.
ASTOR
. LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
1.
&
PUBLIC
LIBRAR
ASTOR
, LENOX
, AND
TILDEN
FOUNDATION
US
25 A
OCTOBRE. 1737 224
rente ans , de l'aveu et aprobation de M. le
nier Médecin du Roy , chés Mlle Desmou
, qui est la seule qui en a le secret de défunte
eGuy , quoique depuis quelques années des
:iculiers ayent voulu le contrefaire . On peut
servir en tout temps , le transporter par tout
le garder si long- temps que l'on veut , sans
ais se gâter , ni rien perdre de sa qualité.
ille Desmoulins demeure Fauxbourg S. Gerin,
ruë Mazarine, vis - à- vis la ruë Guenegaud.
CHANSON.
U défaut de brillantes fleurs ,
evez mes voeux , Célimene
us qui regnez sur tous les coeurs ,
yez-en toujours Souveraine.
e l'aimable Dieu des Amours
jamais vous prête des Armes ;
isse le nombre de vos jours
aler celui de vos charmes.
Ces Paroles ont été mises en Musique par
sieur Morizot , Page de la Musique de 1:
hambre du Roy.
C
SPECTA
1
2248 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES
LETTRE de Mad. de ......
à M. de ...... sur la Comedie de
l'Ecole de l'Hymen .
E vous ai déja fait connoître , Monsieur
, par ma précedente Lettre
quelle fut ma surprise , quand vous m'informâtes
du mauvais accueil que le Public
avoit fait à la premiere Keprésentation
de l'Ecole de l'Hymen.Je vous priai
alors de recueillir toutes les Objections
bonnes cu mauvaises , qu'on faisoit, pour
avilir une Piéce qui m'avoit si fort séduite
à la lecture que l'Auteur en fit
chés moi ; vous avez satisfait ma curiosité
; j'ai reçu dans votre derniere Lettre
toutes les diférentes Critiques qui sont
venues à votre connoissance ; je les al
trouvées si deshonorantes pour un Ouvrage
qui m'avoit prévenuë en sa faveur , que
j'ai pris le parti , tant pour la gloire de
l'Auteur, que pour la mienne, de défendre
mon premier jugement. Pour ne rien.
faire qu'avec connoissance de cause , j'ai
écrit à l'Auteur qu'il me feroit plaisir de
m'envoyer
OCTOBRE. 1737. 2:49
m'envoyer sa Piéce. Il a bien voulu me
la confier ; et c'est , l'Ouvrage à la main ,
que je réponds à toutes les Ŏbservations
qu'on a faites , et que je tiens de vous.
10. On dit que le Titre est très- mal
imaginé , et que par l'Ecole de l'Hymen
on ne s'attendoit à rien moins qu'à voir
un Mari infidele , qui pour séduire sa
Maîtresse , lui fait entendre qu'il est
garçon , et lui fait esperer qu'il l'épousera
.
Je réponds à cela , que par ce Titre
qu'on attaque , et que chacun accommode
à l'idée qu'il s'en est faite , l'Auteur
a seulement prétendu , que lors qu'un
Mari s'égare , une Epouse prudente doit
plutôt le ramener par la douceur , que
par la colere. Telle est l'Héroïne de la
Comedie en question . Je le prouve par
ces paroles , que l'Auteur lui fait dire
parlant à Marton sa Suivante ,
Sors d'erreur , je ne veux que le rendre jaloux.
Valere est galant homme ; il verra par lui - même
Combien il est affreux de perdre ce qu'on aime
Par son trouble naissant , il jugera du mien ;
Pour douter de son coeur , je le connois trop
bien.
Au reste , je ne prétends pas ici justi
fier le piége que Valere tend à sa Maî
Gij tresse
2250 MERCURE DE FRANCE
tresse ; mais il n'y auroit point de Contraste
dans une Piéce , si tous les Personnages
étoient éxactement vertueux . Valere
se dément si fort dans le premier
Acte , que son Valet ne peut s'empêcher
de lui dire :
Vous êtes , je l'avoue , un peu répréhensible
Mais enfin une Femme est - elle si terrible?
Araminte ne s'est pas trompée , quand
elle a dit que son Mari étoit galant hom
me ; il le fait bien connoître lui même
par la réponse qu'il fait à son Valet : la
voici ,
Non ; son juste couroux n'est pas ce que je
crains.
Ce Coeur toujours ouvert , ces Yeux toûjours
serains ;
De cet air prévenant Pinévitable charme ,
Voilà ce que je crains , voilà ce qui m'allarme,
&c.
Et de tant de bontés quel est l'injuste prix ?
L'inconstance ! Eh ! par où l'a - t'elle meritée ?
En bravant le peril d'être désheritée ?
De perdre tout pour moi ? de tout abandonner
Tandis que je n'avois qu'un Coeur à lui donner?
2. On s'est récrié sur le Lieu de la
Scéne ; une Mere intéressée , a - t'on dit ,
et une
OCTOBRE. 1737 225
et une Fille qui se donne pour vestale ,
logent dans la maison d'un Amant ;
quelles moeurs !
L'Auteur n'a t'il pas prévenu cet injuste
reproche dès la seconde Scene du
premier Acte ? Marton parlant à Ara
minte , lui dit , que la vertu de Celimene
se dément , lors qu'elle consent à lo
ger dans la maison d'un Amant ; voici
ce que la sage Araminte lui répond :
= C'est ce qu'elle ignoroit ; et j'ai sçu que Valere
A trompé sur ce point et la Fille et la Mere
1
Valere fait connoître la même chose
en termes plus précis , quand il dit à
Araminte dans le même Acte.
D'une maison d'Auteuil je propose l'azile
On arrête le prix , et je fais prudemment
Car on ne l'auroit pas acceptée autrement ;
Jugez si je leur cache avec un soin extreme
Que la maison n'a point de Maître que moi
même ,
On m'en a fort grondé quand on l'a découvert
& c.
Dira t'on que dès la première décou
verte on a dû en sortir 2. L'éxacte bienséance
l'auroit éxigé , et c'est d'après
cette éxacte bien - séance que Celimene
prend la liberté de dire à sa Mere dans le
dernier Acte :
Giij
Chés
2252 MERCURE DE FRANCE
Chés un Amant !
Chés qui logeons- nous ?
Madame Argante, sa Mere a beau s'excit
ser par cet hemistiche ,
En lui je crus voir un Epour)
Sa vertueuse Fille lui répond :
Eh ! Madame , est- ce assés pour sauver notre
gloire
Et quand nous le dirons , voudra- t'on nous en
croire ?
Vous sçavez qu'aprenant que nous logions chés
jui ,
Je conçus le dessein qui m'occupe aujourd'hui ;
Je voulus en sortir ; mais , sourde à ma priere ,
L'espoir d'un prompt Hymen vous occupoit en-
+
tiere.
3°. On s'est révolté contre le caractere
de Mde Argante ; on l'a regardée comme
une Mere qui vouloit donner , ou
plutôt vendre sa Fille au plus offrant.
Pour moi je n'ai rien trouvé dans toutes
ses actions ni dans toutes ses paroles , qui
ait pû donner lieu à un si injuste reproche.
C'est une Mere qui s'occupe toute entiere
de l'établissement de sa Fille ; quoi
de plus ordinaire dans le monde ? Suiyons-
la pas à pas dans toutes ses démarchcs,
OCTOBRE. 1737. 2253
ches. Voici comme elle parle à sa Fille .
Ces sentimens sont beaux
Mais le manque de biens est le plus grand des
maux ;
C'est un bonheur pour vous que l'Hymen de
Valere , & c.
J'aipour unique objet votre établissements
Je ne veux qu'un Epoux et non pas un Amant ;
& c.
Songez dans quel éclat j'élevai votre Enfance ;
Tous vos jours , tous les miens couloient dans
l'opulence ;
Que nous est-il resté d'un partage si beau ?
Tout avec votre Pere entra dans le tombeau.
Comment s'explique- t'elle , parlant à
Valere , qui se plaint qu'on lui préfere
le plus riche Rival ? Voici les Vers que
l'Auteur lui met à la bouche , en présen
ce de sa Fille , qui garde le silence :
Valere , à son défaut , souffrez que je réponde:
Nous vivons dans Auteuil , loin du bruit et de
monde ;
A ne voir que vous seul , bornant tous nos
desirs ,
Nous avons fait divorce avec tous les plaisirs .
De quoi vous plaignez - vous mettez - vous en
ma place ;
J'ai ma Fille à pourvoir ; que faut-il que je fasser
Giiij En
2214 MERCURE DE FRANCE
En s'offrant à mes yeux , un riche Ameuble
ment
Nous promet un Epoux dans le plus tendre
Amant ;
Car s'il n'étoit qu'Amant , vous devez nous
connoître ,
It ses présens et lui n'auroient qu'à dispa♣
roître.
En verité ,
Monsieur , peut - on dire
que ce soit là un caractere
repréhensible ?
n'est ce pas là le train
ordinaire du monde
comme la vertueuse
Celimene le dig
à sa Mere :
Voilà comme l'Hymen se traite dans le mondes
On calcule , on suppute , et rien ne se résout ,
Que l'interêt ne marche à la tête de tout ..
4°. Le Parterre s'est élevé contre les
vivacités de Marton , qui , par un zele
trop ardent pour sa Maîtresse , manque
de respect à son Maître. Dans combien
de Pieces ne voit on point le même
défaut , si c'en est un ? Moliere même
n'a -t-il pas donné les mêmes emportemens
à ses Suivantes ? On n'a qu'à lire
le Tartuffe pour s'en convaincre ; d'ailleurs
, l'Auteur de l'Ecole de l'Hymen n'apas
pris la précaution d'établir , dès
premier Acte , le caractere de Marton
el qu'il paroît dans tout le reste de la
t- il
le
Piece ?
OCTOBRE . 1737. 2255
Piece ? ne dit elle pas à Araminte, qui lui
recommande la modération dans le piege
innocent qu'elle va tendre à son Epoux :
!
Est-ce - là ce qu'il faut à Marton ?
Des pieges guerre ouverte , & c.
Oui , c'est pour les brouiller que nous sommes
venues ;
Mais n'aurai- je en ces lieux point d'autre fonc
tion ?
Au feu qui me dévore il faut de l'action ,
Madame , vous sçavez à quel point je suis vive
Pour agir de sang froid , faut - il que je captive >
Cet esprit remuant , mutin , séditieux ?
Laisserai -je languir des dons si précieux ?
Que de talens perdus ! c'est une conscience..
2
Je passe sous silence , Monsieur , mille
autres mauvaises critiques , où je ne vois
pas l'ombre du sens commun; telles sont
celles qui roulent sur des expressions
qu'on a prises à contresens : en voici une
seule que je veux bien citer par complai■ -
sance...
3
Jabandonne des Lieux qui m'ont deshonorée
On a pris le terme de deshonoré dans
un sens , où il n'y a pas la moindre vrai
semblance ; on n'a qu'à lire , pour sortird'erreur
, les Vers précedens ; c'est Celi--
mene qui parle à. Valere :
Valeres
2256 MERCURE DE FRANCE
Valere , vos soupçons ont offensé ma gloire ;
Prêts à nous séparer , perdons en la mémoire,
Vous avez accusé d'un sentiment trop bas
Un coeur que dans le fond vous ne connoissiez
pas.
J'abandonne des Lieux qui m'ont deshonorée ,
Mais je veux en sortir, comme j'y suis entrée ;
Ainsi donc permettez que je laisse chés vous
Ce riche ameublement qui vous rendit jaloux.
Ces Vers peuvent - ils laisser la moindre
équivoque sur le terme de deshonorer?
Eh ! quelle aparence y a t-il qu'une Fille ,
fût-elle aussi vicieuse, que Celimene est
vertueuse , déclarât sa turpitude en presence
de la Soeur de son Amant ?
Au reste , voici la remarque la plus
sensée : Araminte , a - t - on dit , doit- elle
être bien sûre du repentir de son Mari ,
lorsqu'il ne revient à elle que par l'impossibilité
qu'il trouve à réussir auprès
d'une Maîtresse , qui non seulement ne
l'aime pas , mais qui lui avoue de bonne
foi qu'elle en aime un autre ?
,
L'Auteur se fit ce reproche à lui- mêle
jour qu'il me lût sa Piece : mais
je fus la premiere à dissiper ses scrupu
les , et à lui faire entendre que , quoique
son dénouement ne fût pas tout-àfait
satisfaisant pour les Spectateurs , il
ne
OCTOBRE . 1737 . 2257
ne laissoit pas de l'être pour Araminte ;
en effet , peut elle douter de la sincerité
des sentimens de son Epoux, quand elle
le voit renoncer pour elle aux offres
brillantes qu'on lui fait dans une lettre
des plus tendres ?
Voici comme elle lui parle , pour sçavoir
si elle doit compter sur le retour de
son coeur.
On vous aime , Valere , et tout ce que je voy
Me fait plus que jamais douter de votre foy.
J'avois une Rivale , et j'en vois naître une autre,
Trop digne de fixer un coeur tel que le vôtre, &c .
Les biens qu'elle vous offre ont plus de quoi flater ,
Que ceux dont quelque jour nous devons heriter
Voici la réponse de Valere .
Valere vous tint lieu de tout les biens du monde;
En générosité souffrez qu'il vous seconde ;
Pour moi seul, je le vois avec des yeux jaloux,
Vous avez tout quitté ; ferai - je moins pour
vous ? & c .
Votre coeur me tient lieu de toutes les richesses ;
Non , rien ne doit borner mes soins reconnoissans
;
Quels remords ! ô foiblesse ! ô surprise des sens! ´
Ainsi tant de vertus étoient récompensées !
Ne vous souvenez plus de mes erreurs passées, &c.
Sur le coeur leplus tendre et le plus magnanime ,
G vj Je
2258 MERCURE DE FRANCE
Je l'avoue à ma honte, un malheureux amour: ¿
N'en parlons plus .... Sensible à mon heureux
retour ,
Puissiez-vous pour jamais en perdre la mémoiret
Mon crime n'a servi qu'à vous combler de gloires
Agité , furieux , avec quelle douceur
Vous avez rétabli le calme dans mon coeur !
Après de si tendres protestations , Ara
minte peut elle douter un seul moment
du parfait retour de Valere ? Pour moi
je vous avoue , Monsieur , que plusje lis
cette Piece , et plus je suis surprise du
mauvais accueil que le Public lui a fait ;
on m'a dit qu'il n'y a que les Scenes Comiques
qui ont fait plaisir. L'impression
poura supléer à ce défautsje l'attends avec
impatience , et je me flate qu'elle ferarendre
à l'Auteur la justice que le Public
zumultueux lui a refusée . Je suis , &c.
Cette Lettre , que nous donnons telle
qu'elle a été envoyée , ne nous dispense
pas de donner une Analyse de la Comé
die en question. C'est à quoi on satisy
fera dans le prochain Journal.
EXTRAIT
OCTOBRE. 1737
2283
EXTRAIT de la Tragicomedie d'A
chille dans l'Isle de Scyros , en trois
Actes et en Vers , par M. Guyot de
Merville , représentée pour la premiere.
fois par les Comédiens François le 10 .
Octobre 1737. et favorablement requë din
Public.
E Sujet de cette Piece est là reconnoissance
Letl'enlevement d'Achille , déguisé en fille
la Cour de Lycomede, Roi de Scyros , où Thé
tis , sa Mere , l'avoit fait cacher , parce qu'elie
avoit apris des Oracles , qu'il seroit tué au Siege
de Troye. C'est Ulysse ; Roi d'Ithaque , qui eser
chargé de le découvrir , et de l'amener dans l'armée
des Grecs , parce qu'ils avoient aussi apris
qu'ils ne pouroient prendre Troye sans Achille .
Le plus grand obstacle qui s'opose à l'entreprise
d'Ulysse est l'amour d'Achille et de Deidamie
Fille de Lycomede , et c'est ce qui fait le noeud
de la Piece..
Le Theatre représente un Portique orné de
Statues , de Groupes , et de quelques Travaux et
Amours d'Hercule. On voit la Mer dans l'é
loignement.
La Scéne s'ouvre par Deidamie et Doris sa
Confidente , qui sont allarmées de la Colere
d'Achille , à l'occasion du dessein que Lycomede
a conçu de donner sa Fille en mariage à
Théagene , Prince de Calcide. Deidamie rapelle
à Doris la maniere dont son coeur s'est laissé
urprendre par Achille, et les précautions qu'elle
aprises avec Doris même , pour sauver sa vertu
de tout soupçon. Achille sous le nom d'Eucht_
ris
2260 MERCURE DE FRANCE
ris , entre encore irrité. Deidamie , qui' craint
de le perdre , s'il venoit à être découvert , l'apaise
par de nouvelles assurances de sa tendresse
et de sa fidelité , et l'engage à réprimer
les transports guerriers qui lui échapent à tout
moment . Avant la fin de la Scene , il paroît un
Vaisseau qui s'aproche de l'Isle. Les enlevemens
arrivés depuis peu dans la Grece , et sur - tout
celui d'Helene , se présentent à l'esprit de Deidamie.
Elle veut emmener Achille , et pendant
qu'il résiste à ses instances , arrive Nearque,
Gouverneur de ce Prince , qu'elle avoit envoyé
chercher pour calmer le couroux d'Achille . Elle
le prie d'arracher d'un lieu si dangereux Achille
qui refuse de la suivre , et elle sort avec Doris .
A la vue d'Ulysse , qui paroît sur le Vais
seau , l'ardeur d'Achille pour la gloire , se réveil
dans son coeur . Il se reproche le honteux
état où il se trouve . Nearque lui opose en vain
la douleur où il va plonger Deidamie , s'il la
quitte. Achille n'écoute alors que la gloire . Cependant
un soupçon , qui naît dans son esprit ,
que le Guerrier qu'il a vû sur le Vaisseau est
peut- être Théagene , ranime son amour . Il veut
P'aller trouver ; mais Nearque , qui craint qu'Achille
ne se découvre , l'arrête par un faux avis
qu'il lui donne de la prétenduë arrivée de Théa
gene à la Cour , et Achille sort pour aller punir
ce Rival chimérique. Nearque , qui reste seul
sur la Scene , expose les raisons du déguisement
d'Achille , et la crainte où il est que ce Prince
ne détruise par ses violences toutes les mésures
de Thétis . Il voit entrer Ulysse et le reconnoît.
Ulysse le reconnoît aussi , et lui fait des Questions
auxquelles Nearque , qui a changé de
nom , répond par des faux-fuyans , après quoy
Nearque
OCTOBRE. 1737. 2265
Nearque sort pour aller avertir Lycomede de
Parrivée d'Ulysse.
Cet heureux commencement donne de grandes
esperances à ce Prince , qui aprend à Arcade
son Confident , qu'il a vû Nearque à la Cour
de Pelée , Pere d'Achille , et il l'envoye s'infor
mer de lui. Alors Achille qui n'a point trouvé
Théagene à la Cour , vient trouver Ulysse
pour éclaircir ses soupçons. Ulysse , après lui
avoir déclaré qu'il n'est point Théagene , lui dit
qu'il vient demander à Lycomede des Vaisseaux
et des Soldats pour la Guerre de Troye.
Deidamie , d'auprès de laquelle Achille s'est
échapé , vient le chercher ; et comme Achille
s'échauffe au récit qu'Ulysse fait de l'expédition
des Grecs , elle le force à la suivre ; ce qu'A
chille fait avec peine. Ulysse resté seul , soupçonne
qu'Eucharis est Achille. Le raport qu'Arcade
vient lui faire , le confirme dans ce soupçon
; et là-dessus , sans lui dire les raisons qu'il
a de le penser , il assure Arcade qu'Achille le
suivra.
L'audience que Lycomede donne à Ulysse
'Ambassadeur des Grecs , ouvre le second Acte,
Le Roi accorde à ce Prince tout ce qu'il demande
, et sort pour exécuter ses promesses . Arcade
raconte à Ulysse , que , suivant ses ordres , il a
mêlé des Armes parmi les Présens destinés à
Lycomede. Il ajoûte qu'il a tout disposé pour une
querelle simulée et un combat feint entre les soldats
qu'Ulysse a pris en passant dans quelques
Isles de la Mer Egée et qu'il a fait débarquer,
Achille à qui Deidamie a défendu de
parler à Ulysse , vient pour se livrer du moins
au plaisir de le voir . Ulysse profite de cette occasion
pour remuer le coeur et l'esprit d'Eucharis
1262 MERCURE DE FRANC
charis , qu'il soupçonne être Achille ; et sans
faire semblant de le voir , il examine les Statuës
dont le Portique est orné , et fait éclater alors
tous les sentimens héroïques que lui inspire un
pareil Spectacle. Cet endroit a été extrémement
aplaudi. La premiere sur laquelle il fixe ses re→
gards, tst Hercule qui terrasse le lion de Nemé
et après avoir remarqué qu'Eucharis écoute attentivement
, il se tourne d'un autre côté. Il
voit Hercule enlevant Anthée . Il exalte le cou→
rage d'Hercule . Achille se trouble , et parle :
Ulysse s'en aperçoit , et le voyant ébranlé , il
Jui porte le dernier coup par les regrets qu'il .
laisse échaper à la vue d'Hercule déguisé en
fille aux pieds d'Omphale. Achille confus entre
en fureur , et s'avance pour parler à Ulysse
qui en fait autant pour le joindre , et dans la
moment on voit entrer le Roi qui les separe.
Achille sore , au désespoir de ce contretemps ,
et Ulysse fâché d'avoir manqué son coup , envoye
Arcade chercher les Présens , et tâcher de
ramener Eucharis avec la Princesse.
Lycomede aprend à Ulysse que ses Vaisseaux
et ses Soldats seront bientôt prêts. Alors on
aporte les Présens sur une table. Deidamie et
Achille une Lyre à la main les précedent. Ulysse
dit à Lycomede , surpris de cette vûë , que ce
sont des Présens qu'il lui doit pour l'hospitalité
qu'il lui donne. Lycomede et Deidamie admi➡
rent , l'un une Etoffe de Pourpre , et l'autre les
Pierreries dont cette Etoffe est ornée. Achille
n'est point frapé de pareils objets ; et laissant
tomber sa Lyre , il considere une Epée dont la
vûë le charme. Deidamie s'opose à ce transport
, lui en fait des reproches , et sur ce qu'elle
Jui ordonne de reprendre sa- Lyre , er de joindre :
ร สด
OCTOBRE . 1737. 12263
a voix aux sons de cet Instrument , Achille indigné
aime mieux sortir que de lui obéir. A peine
est- il dehors que le bruit.des Combattans se fair
entendre. Arcade vient annoncer à Ulysse la
querelle et le combat de ses Soldats .. Ce Prince,
qui n'a fait jouer ce ressort que pour découvrir
Achille , veut aller le rejoindre sous prétexte de
réprimer l'insolence de ses Soldats. Mais le Roi
s'y opose , ne voulant pas qu'il les punisse , eg
en y allant lui même , il fait sortir sa Fille d'un
Lieu si tumultueux . Ulysse , qui ne veut pas perdre
le fruit de son stratagême , est sur le point.
de sortir , lorsque voyant Eucharis . rentrer sur
la Scéne ou le bruit la ramene , il se retire au
fond du Theatre avec Arcade examiner.
pour.
les mouvemens d'Eucharis. Le courage d'Achille
s'enflâme , il entre en fureur , il veut aller
combattre ; et comme il va prendre les armes
sur la table , il aperçoit sa Lyre qu'il y a laissée.
Cet objet réveille son indignation ; il la jette à
terie , prend à son bras le Bouclier se saisit
de l'Epée , et la tire. Ulysse alors s'avance , cg
lui dit :
"
?
Qui seroit ce Guerrier , s'il n'étoit pas
Achille
Ulysse lui découvre les desseins des Dieux a
son égard , et l'esperance que les Grecs fondent
sur son courage . Achille consent à le suivre.
Mais l'Amour le retenant , Ulysse employe
toute son éloquence pour
Achille le gagner.
sede enfin à l'amour de la gloire , et s'emportant
contre un habillement indigne de lui , if
sort pour aller se revêtir de l'habit de Guerrier.
Nearque entre et l'arrête en l'appellant Euchas
. Ce nom ranime la fureur d'Achille ; il´ dẻm
fead
;
2264 MERCURE DE FRANCE
fend à Nearque de le jamais prononcer , et le
quitte après l'avoir chargé de ses adieux à Deidamie.
Nearque témoigne le chagrin où il est
de voir qu'Achille va lui échaper . Deidamie
cherchant Achille , aprend de Nearque qu'il est
découvert , et qu'il va partir. La Princesse livrée
à la douleur , s'emporte contre Ulysse ,
et sort dans le dessein de s'oposer au déparr
d'Achille,
Achille en habit de Guerrier commence le
troisième Acte avec Ulysse , qui le loue et le felicite
de cet heureux changement. Achille lui
marque sa joye , et l'impatience qu'il a d'aller
laver sa honte dans le sang des Troyens . Arcade
leur annonce que tout est prêt pour le départ ,
et dans le moment qu'ils sortent pour aller
s'embarquer , Deidamie entre et arrête Achille.
Cette Scéne est un violent combat d'Achille entre
la gloire et l'amour. Ulysse d'un côté et
Deidamie de l'autre , Pentraînent tour à tour ,
et il est prêt enfin à partir , lorsque Deidamie
s'évanouissant , fait pancher la balance de son
côté. Ulysse toûjours prudent , mais qui ne se
rebute jamais , cede un moment à cet orage ,
et va trouver Lycomede à qui il aprend qu'A –
chille étoit dans sa Cour déguisé en fille sous le
nom d'Eucharis ; et après les tendres reproches
et les regrets amers de Deidamie à Achille resté
auprès d'elle , le Roi entre surpris de ce qu'il´
vient d'entendre. Ulysse lui declare que les
Dieux et les Grecs demandent Achille que Thétis
avoit caché dans sa Cour , et que l'Amour
y retient auprès de Deidamie. Lycomede étonné
demande à sa Fille si elle aime Achille . Elle
se jette à ses pieds , et le Roi irrité dit :
Levez- vous , quelle audace !
Ile
OCTOBRE . 2265 1737.
Ils s'aiment .... Par ce coup mon esprit abatu..◄
Qui peut justifier de tels feux ?
Achille.
Sa vertu.
Achille irrité à son tour , défend Deidamie ;
et dit à Ulysse qu'il ne partira point , si le Roy ,
pour réparer l'affront qu'il fait à la Princesse , ne
la lui donne pour Epouse . Ulysse presse le départ
d'Achille ; mais sans insister sur le mariage. Le
Roy consent à l'un et à l'autre , et les Amanscomblés
de joye ne sortent de la Scéne que pour
aller se jurer une foi éternelle .
Cette Piece est fort bien représentée , les Rôles
d'Achille et de Deidamie , sont remplis par
le sieur Dubois et par la Dile Conel , et ceux
d'Ulysse et de Lycomede , par les sieurs de Montmenil
et Fierville.
Immédiatement avant la premiere Scene , le
sieur de Montinenil , s'avança sur le bord du
Théatre et prononça ce Compliment , qui fug
beaucoup aplaudi.
MESSIEURS ;
Quelque préjugéfavorable que doive faire naître
une Piece représentée à la Cour Impériale dans une
ceremonie auguste , et quelque impression avantageuse
que la Traduction Françoise , qui en a été
imprimée depuis peu , ait faite sur des Connoisseurs
très-difficiles , celui qui va l'exposer à votre critique
éclairée , a néanmoins senti qu'un pareil Ouvrage
ne convenoit qu'à une saison que vous avez coй-
tume de regarder comme un temps d'indulgence.
La nouveauté du Sujet , la singularité des situations,
la bardiesse des incidens , les habillemens
même
2266 MERCURE DE FRANCE
même , et sur tout la foiblesse du Poëte et des Ac
teurs , tout exige de vous , Messieurs, une bienveil
lance égale à nos besoins . Ce n'est pas que le nouvel
Auteur n'ait employé tout son art pour réduire cette
Piece aux bienséances , que la solidité de vos le.
çons , et l'étude de la belle Nature , ont établies sur
notre Théatre. Mais malgré tant de précautions né
cessaires , on est encore obligé d'avouer , que l'on
risque toujours beaucoup à produire même des beau
tés lorsqu'elle ne sont pas d'usage ; et comme ces sort
tes de traits demandent plus d'examen pour être
apréciés , nous vous suplions , Messieurs , de vouloir
bien suspendre votre jugement , jusqu'à ce que
l'action finie vous laisse le loisir de le prononcer
avec cette équité et cette justesse qui fixe le goût
public et notre destinée particuliere.
Les Comédiens François ont remis au Théatre
la Comédie de Démocrite amoureux , par feu M.
Renard ; elle est très -bien représentée , malgré
Pabsence d'une grande partie des Comédiens qui
sont à Fontainebleau , sur tout la Scene de la
Reconnoissance entre Strabon et Cléantis , joüée
par le sieur Poisson et par la Dile Dangeville, done
les talens sont généralement connus .
Le 27. Septembre , l'Académie Royale de
Musique executa , après l'Opera de Cadmus, une
Piece de Symphonie nouvelle , de M. Rebel , le
pere , intitulée les Elemens ; dansée par les Diles
Sallé et Mariette , et par les sieurs Dumoulin ,
Dupré, Malter et Javilliers. Ce Divertissement ,
qui a été parfaitement bien executé , et trèsaplaudi,
est orné d'un Décoration qui caracterise
fes Elemens, et fait un grand effet.
Le Jeudi 24. Octobre , on donna là premiere
Repré
OCTOBRE. 1737.
1737. 2287
Représentation de Castor et Pollux ,nouvel Opera,
dont la Musique est de M. Rameau , et le Poëme
de M. ***, Cet Ouvrage a été extremement
aplaudi. Nous en parlerons plus au long.
Le 29. Septembre, l'Opera Comique fit la clô
ture de son Théatre de la Foire S. Laurent , par
Jes Pieces dont on a déja parlé , et par quelques
Scénes épisodiques qui ont été ajoutées et fort
aplaudies par une très- nombreuse Assemblée.
Ces differens Divertissemens furent terminés par
le Compliment qu'on fait ordinairement à la
clôture du Théatre ; ce Compliment a été dialogué
et chanté en Vaudevilles par les Diles De
lisle , Jolie , Angelique et Cheret , en voici le
Sujet et quelques - uns des Vaudevilles qui ont
fait le plus de plaisir.
Toutes les Actrices de ce Théatre s'étant disputé
l'honneur de complimenter les Spectateurs,
une d'entre elles chanta sur l'Air : Tout roule
Anjourd'hui dans le Monde , &c,
Il vaut mieux garder le silence
Les Complimens sont dangereux ;
Il se trouve de la distance
Entre le succès et les voeux ;
En vain la matiere est féconde ;
On se mocque de tout cela ;
Tout roule aujourd'hui dans le Monde
Sur la Béquille à Barnaba ,
Après quelques contestations elles se retirerens
toutes
2268. MERCURE DE FRANCE
foutes , hors une seule ; c'est la Dlle Angélique
qui dit : Les voila parties ; c'est ce que je demandois
; ces babillardes là n'auroient jamais pu s'accorder;
c'est à moi présentement à haranguer l'Assemblée
; mais , par où m'y prendre ? Nous n'avons .
bon succès ; je risque d'être mal regar- un trop
dée du Public. Elle chante sur l'Air : de Barnaba
pas
ей
Pour nous il est fâcheux
Que pendant cette Foire ,
Nous n'ayons par nos Jeux
Mérité quelque gloire ;
Rien ne plaît , rien ne brille
Tout va cahin , caha ,
Jusques à la Béquille
Du pauvre Barnaba.
Ce premier Couplet est suivi de plusieurs au
tres sur divers Airs , dont voici le dernier , sur
l'Air : Tout est dit.
Eh ! que pourois- je dire encore ,
Pour haranguer le Spectateur ?
Il vient nous voir , il nous honore ;
Chérissons son aspect flateur ;
Mais c'en est fait , quelle est notre tristesse ☀
Il faut quitter , et c'est notre dépit ;
La Foire cesse ;
Tout est dit.
Par M. de Valois Dorville.
NOUT
OCTOBRE . 1737. 2269
***************
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE ET PERSE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Constantinople le 29. Juillet 1737-
ABulla d'en au,gPmaecntheardlea Garnisonaypaanrt tu un Détachement
de Bosnaques , ce secours arriva le 11
de ce mois , et entra dans la Place , à la faveur
d'une sortie que firent les Assiegés , et dans la
quelle ils tuerent environ 5oo. Moscovites ,
dont les têtes furent exposées sur les remparts
le Grand Visir a fait embarquer sur la Mer
Noire , quantité de provisions de guerre et de
bouche pour ravitailler cette Place .
Le 17. il arriva au Camp du G. Visir , un
Courier aportant la nouvelle que le Sultan des
Tartares du Budjiac avoit enlevé un convoi destiné
pour l'Armée du Général Munich , Ce Cou
rier raportoit que l'Armée Moscovite étoit extrémement
fatiguée , parce que les Bâtimens destinés
à transporter sur le Boristhene les provi
sions et le bagage , n'ayant pû franchir les cata
ractes de ce fleuve , à cause que les Eaux en
étoient trop basses , les Troupes avoient été
obligées de traîner tout ce qui devoit être transporré
par ces Bâtimens ; il ajoûtoit qu'il regnoit
parmi elles une maladie épidémique , et on se
fatoit sur ces nouvelles que sans en venir avec les
Moscovites à une action générale , on pouroit
bic
2270 MERCURE DE FRANCE
Bien réduire leur Armée dans une situation aussi
iste que celle qui les obligea l'année passée
d'abandonner la Crimée.
Les Nouvelles de la même date confir
ment que les Moscovites ayant joint les Bâtimens
qu'ils avoient fait descendre de Veronitz
par le Tanais, à ceux qu'ils avoient déja à Azoph,
toient venus en Crimée , que leur Flotte étoit
entrée dans le Golfe de Ribat ; que Selictar Me
hemet , Pacha de Caffa , s'avançoit de ce côté- là
pour empêcher les progrès des Moscovites ; et
que le Capitan Pacha avec sa Flotte étoit entré
dans les Palus Méotides, de sorte qu'on se Alatoit
que les Moscovites , qui avoient fait une descente
en Crimée , se trouveroient enfermés par
Mer et par Terre .
Lorsque les Moscovites aprocherent d'Oczakow
, qu'ils ont pris depuis , ils envoyerent un
petit détachement reconnoître les environs de la
Place ; il y eut ‚ à cette occasion une escarmouche
dans laquelle les Turcs prirent un Etendart
et firent quelques prisonniers Moscovites ; le
G. Visir en envoya deux au Sultan , qui leur
fit trancher la tête entre les deux Portes du
Serrail le 22. de ce mois.
Le G. S. a envoyé au Camp son Capiglar
Kiayassy , ce qui avoit donné lieu au bruit qui
s'êtoit répandu qu'il y auroit bien- tôt du chângement
dans le Ministere ; cet Officier du G. S.
est parti d'ici le 16. de ce mois.
Le 24. on a fuit lever à la hâte dans Constan
tinople 12. mille hommes de Milices qui ont été
sur le champ embarqués pour Issauksa , d'où ils
äront joindre l'Armée du Grand Seigneur.
Le 27. on a cû des nouvelles certaines que les
Troupes Imperiales étoient entrées en Valachie ,
OCTOBRE. 1737 . 2271
paroît même ici une Lettre que le General Val
lis a écrite au Prince de Moldavie , pour qu'il ait
à lui payer dans trois semaines cent cinquante
Bourses de contribution.
Le Kaïmacan Kupruli a été fait Séraskice
pour commander du côté de Vidden les Troupes
du G. Seigneur , que l'on prétend oposer aux
progrès des Impériaux . Le Kiaya de ce Kaïmasan,
qui étoit en même- temps grand Douannier,
vient de recevoir les trois Queües de cheval , et
■ été fait Kaïmacan à la place de Kupruli .
D'autres Lettres portent qu'un Seigneur Per
san , que Thamas Kouli- Kan a envoyé à la Porte
avec le titre de son Ambassadeur Extraordinaire ,
cut,vers le mileu du mois d'Août dernier, uneAudience
particuliere du Grand Seigneur , auquel il
remit de magnifiques présens . Les marques de distinction
avec lesquelles ce Ministre fut reçû de Sa
Hautesse , donnent lieu de croire que la Commission
dont il est chargé est fort agréable à la
Porte. Il assura que Thamas Kouli- Kan tenoit
assiegé dans la Capitale de la Province de Candahar
le Chef du Parti qui avoit refusé de le rea
connoître , et que les diférens avantages que
Thamas Kouli- Kan avoit remportés sur ce Par
ti , avoient tellement abattu le courage de ceux
qui le composoient , que la plupart s'étoient dé
terminés à se soumettre.
On a apris par ce même Ministre , que le
Grand Mogol voyant le Royaume de Perse prêt
a jouir d'une parfaite tranquillité , tant au- dedans
qu'au-dehors , et perdant l'esperance de
pouvoir , à la faveur des troubles , recouvrer les
Provinces que les Persans lui ont enlevées , il
avoit nommé un Ambassadeur pour féliciter
Thamas Kouli- Kan sur son avenement au Trône
H
2272 MERCURE
DE FRANCE
et pour lui donner des assurances du désir qu'il
avoit d'entretenir la Paix avec lui. ,
le Depuis l'arrivée de l'Ambassadeur Persan ,
Grand Seigneur a envoyé ordre à 10. mille hom
mes , qui étoient demeurés sur les Frontières de
la Perse , d'en partir incessamment pour aller
joindre ses Troupes qui sont en Europe .
Sa Hautesse ayant crû que , comme le Grand
Visir avoit sous ses ordres une Armée fort supérieure
à celle des Ennemis , on ne devoit attri
buer qu'à l'esprit timide et irrésolu de ce Premier
Ministre la prise d'Oczakow et les progrés
des Moscovites , elle l'a déposé et elle lui a don,
né pour Successeur le Séraskier de Bender.
DE RUSS I E.
Na apris par un Courier dépêché par le
Comte de Munich , qu'outre les 80. Pieces
de Canon qui étoient sur les Remparts d'Oczakow
, les Moscovites en ont trouvé dix- huit
ou vinge , lesquelles étoient sous les terres que
feur Artillerie avoit fait écrouler. Il a raporté en
même-temps qu'à en juger par le grand nombre
de corps morts qu'on avoit retirés des décombres
des Magasins à poudre qui ont sauté en
l'air et des autres endroits ruinés par le Canon
ou par les Bombes , plus de 1000. personnes
avoient péri sous les ruines des Edifices publics
You des Maisons particulieres.
La Czarine a reçû avis de Niemirow , que ses
Ministres Plénipotentiaires étant convenus avec
ceux de l'Empereur et ceux du Grand Seigneur,
de tout ce qui regardoit le Cérémonial , et les
"uns et les autres ayant reglé qu'ils commenceoient
le 16. du mois d'Août dernier à déliberer
Sur
OCTOBRE. 1737. 2273
sur lesmoyens de parvenir à la Paix , ils s'étoient
assemblés ce jour-là pour cet effet ; que les Ministres
Plénipotentiaires de l'Empereur s'étoient
-rendus les premiers à la Saile préparée pour les
Conférences , et que ceux de S. M. Cz. les ayant
suivis, les Ministies Plénipotentiares de Sa Hautesse
y étoient arrivés peu de temps après eux ,
et s'étoient placés sur des carreaux vis- à-vis des
autres Ministres Plénipotentiaires qui étoient
dans des fauteuils ; qu'après que chacun eût
- pris sa place , le Comte d'Ostein , premier Ministre
Plénipotentiaire de l'Empereur avoit lû les
propositions de S. M. I. que le Reys Effendi
savoit renouvellé les assurances du désir sincere
que le Grand Seigneur a de voir la Paix rétablie
entre les trois Puissances , et que la Séance avoie
-été terminée par un Discours , dans lequel le
Baron de Schaffiroff , second Ministre Plénipo
- tentiaire de la Czarine avoit exposé sommairemene
les motifs qui l'avoient engagée à déclarer
la gue e à la Porte.
Les [ inistres Plénipotentiaires se rassemble-
-rent le 7. et ceux de S. M. Cz . ayant déclaré
dans cette Conférence , qu'il convenoit de stipuler
pour premier article préliminaire , que
chaque Puissance garderoit les Places qu'elle
possedoit actuellement , les Ministres Turcs ré-
-pondirent qu'ils n'étoient point autorisés par
leurs instructions à accorder cet article , et que
-si ceux de Moscovie avoient reçû ordre de leur
Cour de ne se point relâcher sur ce point , il
falloit attendre , pour continuer la négociation
l'on fût instruit des intentions du G. S.
Comme on ne peut guere esperer de voir la
Paix conclue avant l'hyver , et que le séjour de
Niemirow seroit très- incommode pour les Mi-
Hij nistres ,
que
5.
2274 MERCURE DE FRANCE
nistres Plénipotentiaires pendant cette saison , le
bruit court que le Congrès pouroit être transferé
à Braklaw , autre Ville de Pologne.
On assure que la Czarine , qui paroît persisser
dans sa premiere résolution , a chargé ses Ministres
Plénipotentiaires de déclarer qu'elle n'acsorderoit
de délai à la Porte que jusqu'à la fin
d'Octobre , pour se déterminer à accepter les
Conditions qu'elle a fair proposer , dont la premiere
est que Sa Hantesse consente qu'on stid
pule pour premier article préliminaire que l'une
et l'autre Puissance garderont les Places qu'elles
possedent.
Le peu d'aparence qu'il y a que le Grand
Seigneur Paccepte , fait que la Czarine prend
toutes les mesures nécessaires pour continuer la
guerre . Elle a ordonné qu'on fît une nouvelle levée
de 40. mille hommes pour remplacer le
grand nombre de Soldats que le Comte de Munich
a perdus au Siege d'Oczakow , ou qui lui
ont été enlevés par maladies. Afin de former ce
nombre de recrues , on prendra le 125 homme
de tous ceux qui sont en état de porter les Armes
, et les Religieux même au - dessus de 18.
ans et au- dessous de 40. ne seront point dispen
sés d'aller à la guerre .
Il a été reglé à cette occasion , que ceux sur
lesquels le sort tombera , seront obligés de servir
en qualité de Soldats dès qu'ils en recevront
l'ordre , et qu'après la guerre ils auront la liber.
té de reprendre l'habit Monastique , s'ils n'ai
ment mieux continuer d'exercer la Profession
Militaire,
POLOGNE
OCTOBRE . 1737 2275
POLOG N E.
Es avis reçus de Niemitow, portent que les
Ministres Plénipotentiaires du Grand Sei-,
gneur ont déclaré à ceux de l'Empereur et de la
Czarine , que la dignité de Sa Hautesse ne lui
permettant pasde traiter de la Paix dans le temps:
qu'on lui faisoit la guerre , elle comptoit que si
les Puissances qui la lui ont déclarée , désiroient
sincérement de parvenir à un accommodement ,
elles ne feroient aucune difficulté de convenis
avec elle d'un suspension d'armes , pendant laquelle
on regleroit de part et d'autre les articles
préliminaires du Traité , et que c'étoit - là le
premier point sur lequel ils avoient reçû ordre
d'insister.
Ces avis ajoûtent qu'on avoit dépêché à cette
occasion des Couriers à Vienne et à Petersbourg,
pour sçavoir les intentions de S. M. Imp. ct de
S. M. Cz.
Les Ministres Plénipotentiaires de ces deur
Puissances ayant assuré qu'il leur étoit prescrit
par leurs instructions de ne point continuer les
négociations si l'on ne posoit pour base du Traité
, non-seulement que l'Empereur et la Çzarine
demeureroient en possession des Places qu'ils
avoient conquises , mais encore que le Grand
Seigneur les indemniseroit des dépenses que leurs
Majestés Imp. et Cz . avoient été obligées de faire
pour soûtenir la guerre , et que Sa Hautesse feroit
remettre en liberté le grand nombre de leurs
Sujets qui ont été conduits Esclaves en Turquie,
le Reys Effendi a envoyé l'Interprete Gigas à
Constantinople , afin d'instruire Sa Hautesse des
prétentions des Cours deVienne et de Petersbourg .
H iij Ол
2278 MERCURE DE FRANCE
On s'attend d'autant moins à voir le Grand
Seigneur accepter ces Propositions , que depuis.
que les Ministres Plénipotentiaires ont apris
que les Troupes Impériales et Moscovites
étoient considérablement affoiblies , que les
unes avoient été obligées de lever le Siége de Balagnuck,
et d'abandonner le Blocus de Widden ,
et que les autres n'étant plus presque en état de
tenir la campagne , avoient repassé le Bogs,
ils laissent entrevoir que Sa Hautesse aura
même de la peine à ceder Asoph»à la Czas
sine.
LE
ALLEMAGNE..
E Duc de Loraine eut le lendemain de son
arrivée à Vienne un accès de fiévre , mais ›
son indisposition n'a eu aucune suite , et le ro.
Septembre il accompagna l'Empereur à la chas
se. On assure que ce Prince a résolu de se rendre
dans peu en Toscane , pour y passer quel
que tems , et divers préparatifs auxquels on
travaille par son ordre , donnent lieu de croire
que ce bruit n'est pas sans fondement. Le Prin
ce Charles son Frere , qui est parti de l'arméer
peu de jours aprè lui , pour retourner à Vienne,
a été obligé de s'arrêter à Presbourg , l'état de
sa santé në lui ayant pas permis de continuer sa
route. 4
On a apris le détail suivant par les Lettres
dont étoit chargé le dernier Courier dépêché à
S. M. I. par le Comte de Seckendorf. Le 28 .
Août toute l'Infanterie de l'Armée , commandée
par ce Général , se mit en marche pour aller
occuper le nouveau Camp tracé à Dubliza sur
la Morave. Le même jour , le Comte de Seckendorf
OCTOBRE. 1737. 2277
< kendorf fit sçavoir à M. Bethun , qui commande
à Piros , et qui avoit demandé qu'on
renforçat les troupes de ce Poste , qu'il ne devoit
compter que sur un secours de 100. Hus
sards qu'on lui envoyeroit le lendemain , et il
lui manda en même tems ; qu'en cas qu'il ne
se trouvât pas en état de se défendre contre le
Corps de Troupes Turques qui marchoit pour,
l'attaquer , il pouvoit se retirer à Mehemet,
Pálanka.
Le Comte de Seckendorf envoya ordre le
29. au Comte de Kevenhuller d'abandonner le
Blocus de Widden , et de se raprocher des,
bords du Timok.
"
Le 30 , ce Général reçut avis , que le Colonel
Lentulus , après avoir fait raser les Fortifications
de Novi Basar , s'étoit avancé le 19. à
la portée du canon de la petite Ville de Penitz
; que le 20. il en avoit formé le Blocus
qu'ayant commencé le jour suivant à faire les
dispositions nécessaires pour attaquer la Place ,
le Gouverneur Turc avoit capitulé le 22 , et
que suivant les conditions dont on étoit convenu
avec les Assiégés , la Garnison avoit été
conduite à Scopia.
La Cavalerie qui étoit restée au Camp de
Wresina , se rendit le 31. à celui de Dubliza
et l'artillerie y arriva le même jour,
Le 6 Septembre , le Comte de Seckendorf
continua sa marche vers la Bosnie , et il comp:
toit d'entreprendre le Siege de Zwornick . II
laissa un Détachement considérable de Troupes
auprès de Nizza , pour empêcher les Turcs
de faire des courses dans les environs , et il a
écrit au Comte de Kevenhuller d'envoyer six
Regimens au Général Wallis , lequel depuis
Hij qu'on
2278 MERCURE DE FRANCE
qu'on a abandonné le Blocus de Widden est
allé en Walachie , pour observer les mouvemens
d'un Corps de Troupes Turques , qui ese
entré dans cette Province.
Depuis que le Colonel Lentulus s'est rendu
Maître du Poste de Penitz , 4000. Rasciens ,
sujets de la Porte , se sont rendus à son Camp
et ont offert de servir l'Empereur . On a divisé
une partie d'entr'eux en Compagnies Franches ,
et on a incorporé le reste dans les Milices de
Servie , qui sont commandées par M. Stanizza.
Ce Colonel a donné avis que plusieurs Familles
iches de la Nation Greeque se disposoient auffi
quitter la Servie Turque , pour se retirer avec
leurs effets daus la Partie de cette Province ,
soumise à l'Empereur , et que quelques- unes
devoient se rendre à Belgrade , afin d'y demeuler
jusqu'à la fin de la guerre. Pour favoriser
leur dessein , on a donné ordre dans tous les
Bureaux établis sur la Frontiere , de les laisser
passer librement , et de n'éxiger aucune sorte
de droits sur leurs effets .
Le 1. Septembre , 900. Granitzzes , espece
de Paysans qui habitent le long du Danube , et
qui sont fort propres à la guerre de Parti , se
rendirent à Sabacz près de Belgrade , et le lendemain
il en arriva 5. ou 600. au même Lieu .
Comme ils ont tous montré beaucoup de désir
d'être employés contre les Ennemis , on en a
formé un Corps , dont plusieurs Détachemens
ont été envoyés en course .
On a reçu avis qu'un Détachement de 1000
Turcs de la Garnison d'Uschika ayant attaqué
le Fort de Czardac- Melim , 110. Heyduques
et 12. Paysans qui étoient dans ce Poste ,
avoient été tués ou faits prisonniers par les En-
1
nemis ,
OCTOBRE. 1737. 2279
xemis ; qui ont mis le feu à ce Fort ; et qui
n'ont perdu que sept hommes dans cette Expédition.
Le 3. Septembre , le Comte de Secken
dorf aprit que le Colonel Lentulus avoit
marché de Penitz à Caramofze , d'où il comp
toit de se rendre à Csaczak et qu'un Déra
chement de 1000. Janis aires et de 500. Spahis
de la Garnison d'Uschika , étant allé en
course du côté de Baranovieri , avoit attaqué
600. Rasciens , qui , malgré la superiorité des
Ennemis , s'étoient défendus avec tant de valeur
, qu'ils n'avoient perdu que très- peu de
monde.
Le Comte Esterhasi , Ban de Croatie
donné avis à l'Empereur , qu'ayant pris la ré
solution d'assiéger une petite Ville qui apar
tient au Grand Seigneur , située sur les frontieres
de la Bosnie , il avoit détaché quelques
troupes pour investir la Place ; mais que sur
la nouvelle de la marche d'un Corps de Trou
pes Turques qui s'en étoit aproché , il avoit
jugé à propos de renoncer à son entreprise . '
તે
La plus grande des Mosquées que les Turcs
avoient à Nissa ; a été donnée aux Jésuites ,
qui ont commencé à y célébrer l'Office Divin.
On écrit de Vienne que la santé du Duc de
Loraine ; Grand Duc de Toscane , étant entiérement
rétablie , ce Prince se rendit le 24 .
du mois passé avec l'Archiduchesse son Epouse
et le Prince Charles son Frere à Halbturn.
Suivant les dernieres Lettres écrites par le
Comte de Seckendorf , l'Armée que ce Général
commande , et qui arriva le 14. Septembre
dernier à Technitza , près de la frontiere de la
Bosnie , y étoit encore. campée le 16. Le 15 .
Hr
2280 MERCURE DE FRANCE
ce Général reçut un courier , par lequel le
Prince de Saxe - Hildburghausen lui faisoit sçavoir
, que conformément aux ordres de l'Empereur
il s'étoit remis en marche avec 10. Bataillons
et 2000. Chevaux , pour s'aprocher de
la Bosnie , et qu'il comptoit se rendre le 25
à Ratscha.
Les dernieres Lettres de Vienne portent que
le Comte Philippi avoit investi la Ville d'Usitza
, dont le Comte de Secrendorf se disposoit
entreprendre le Siége , et dont la prise seroit
d'autant plus importante, qu'elle ouvre l'entrée
de la Bosnie.
Un Détachement des Troupes Ottomanes
ayant attaqué le Poste de Piros en Bulgarie
le Commandant après s'être défendu pendant
quelques heures , a été obligé de capituler , er
les Turcs l'ont fait conduire avec sa garnison
à la Place la plus voisine , occupée par les Impériaux.
Le Comte Ghilani ayant été attaqué par
3000. Turcs , s'est défendu avec tant de valeur,
qu'il les a obligés de se retirer , et qu'il a même
fait sur eux quelques prisonniers.
M. Orfelsti que le Comte Ghilani avoit démaché
pour aller à la découverte , est tombé
dans une embuscade des Turcs , et il a été tué ,
ainsi que la plupart des Officiers et des soldats
qu'il avoit avec lui.
ITALIE.
Na aprisdeRome, Na apris de Rome, que ne s'étant présenté
personne le 28. Juin dernier , veille de la
Tête de s. Pierre et de s, Paul , pour payer le
Txibut annuel des Royaumes de Naples et de
Sicile ,
OCTOBRE. 1737. 228 :
'Sicile , le Pape fit protester de nullité contre
cette interruption ; et que l'Agent d'Espagne remit
le lendemain au Greffe de la Chambre Apostolique
une Contre- Protestation , portant en substance
: Qu'ayant été informé que le Commis
saire de la Chambre y avoit fait enregistrer une
Protestation contre l'omission de payement du Tribut
que le S. Siege prétend à la charge des Royau.
mes de Naples et de Sicile , comme de Fiefs qui
en relevent ; lui Agent de S. M. C. et chargés
des Ordres du Roi des deux Siciles , proteste de
nullité contre ladite Protestation , et contre las
prétention qui y est contenue , en ce qu'elle ne
pent être alleguée avec justice à la charge de Sa
M. Sicil. pendant et aussi long- temps que le Saint.
Siege n'aura pas reconnu en Elle les Titres et les,
Droits de Possesseur actuel des Royaumes de Naples
et de Sicile ; et ne lui aura pas accordé em
cette qualité les Investitures ordinaires.
Le 2.2 Septembre , on célébra dans l'Eglise
de saint Louis à Rome un Service solemnel
pour l'Anniversaire de Louis XI V. et il a été
reglé qu'à l'avenir on y célébreroit tous les ans
le premier Septembre un pareil Service pour le
repos de l'ame, de ce Prince..
Le is. le Prince Vaini fut reçu Chevalier des
Ordres du Roi Très - Chrétien par le Duc de
Saint Aignan , Ambassadeur Extraordinaire de
Sa Majesté , dans l'Eglise de saint Louis , qui
avoit été ornée pour cette Cérémonie avec
beaucoup de magnificence , et où l'on avoir
élevé pour les Cardinaux , les Dames et la Noblesse
, deux grandes Tribunes qui regnoient
des deux côtés de la Nef. Les Prélats étoient ,
placés séparément sur des banquettes au- dessus
de ces Tribunes. Le Duc de S. Aignan , avant
Hvj
1
3.
quenc
1282 MERCURE DE FRANCE
que de sortir de son Palais , y donna l'Ordre
de saint Michel au Prince Vaïni , et il le conduisit
ensuite à l'Eglise de saint Louis.
Ambassadeur étoit accompagné d'un très - nombreux
Cortege , et il avoit fait habiller de neuf
toute sa Livrée .
Cet
On publiera incessamment une Relation de
la Cérémonie , laquelle se fit après la grande
Messe , qui fut célébrée par l'Evêque d'Halicarnasse
.
Le soir , le Duc de Saint Aignan fit exécuter
ane Cantate dans le grand Salon de son Palais ,
qu'il avoit fait décorer d'une maniere qui eut un
aplaudissement général . Le Chevalier de Saint
Georges et les deux Princes ses Fils y assisterent
, ainsi que douze Cardinaux , et un grand
nombre de Dames et de Seigneurs ,et le Duc de
Saint Aignan leur fit servir des rafraichissemens
en grande abondance .
4
Le bruit couroit à Naples sur la fin du mois
dernier , que le Roi avoit résolu d'instituer um
Ordre de Chevalerie en l'honneur de saint Janvier
, et que cet Ordre seroit composé de 60,
Chevaliers , du nombre desquels seront les
deux Infants d'Espagne , Freres de Sa Majesté.
Edit publié à Florence le 1.5 . Fuillet
dernier.
OUS ,FRANÇOIS IIK Ja
Nde Dieu ,Duc de Loraine et de Bar , &c.
Sçavoir faisons par les Présentes , que certaines
dispositions ayant été faites il y a quelques
années , au sujet de la Succession du Grand
Duché de Toscane , au cas de défaut d'Enfans
mâles
OCTOBRE. 1737. 2282

mâles de la Maison de Medicis , il a été arrêté
dans les Articles Préliminaires de Paix conclus
à Vienne le 3. Octobre 1735. entre l'Empereur
et le Roi Très- Chrétien , pour terminer.
la guerre si funeste à la Chrétienté , et particu
fierement à l'Italie , de changer les arrange--
mens faits ci devant dans le cinquiéme Article
de la Quadruple Alliance , et entre autres choses
convenu expressément , que pour indemni
niser notre serenissime Maison de Loraine de
la cession , tant du Duché de ce nom que de
celui de Bar , elle devoit entrer en possession
et proprieté du Grand Duché de Toscane
aussi-tôt après la mort du Prince qui vivoit
pour lors , et en avoit la possession ; et comme
les Etats du S. Empire assemblés à la Diette de
Ratisbonne , ont non- seulement acquiescé auxdits
Articles Préliminaires , et à tout ce qui y
étoit contenu , mais qu'ils ont aussi donné
pouvoir à S. M. I. de les faire mettre à exécu
tion , tant en leur nom qu'en celui de l'Empire
, et de faire généralement tout ce qui seroit
necessaire pour conduire à sa perfection le
salutaire Ouvrage de la Paix ; les Actes solemnels
de cessions et . renonciations respectives
ayant été consignés et délivrés de la part des
Parties intéressées à la Succession dudit Grand
Duché , l'Empereur notre très honoré Beau-
Pere nous en a enfin accordé l'Investiture éven→
tuelle par les Lettres dont la teneur s'ensuit
A
:
NOUS CHARLES VI. par la grace
de Dieu , élú Empereur des Romains , c. sçavoir
faisons et attestons par ces Présentes , qu'en vertu
des Articles Préliminaires du Octobre 1735. il
♦ été reglé que lès Duchés de Loraine et de Bar
3.
passeroient
2284 MERCURE DE FRANCE
que
passeroient ', sçavoir , celui- ci à la signature desdits
Articles , et celui de Loraine immédiatement après
La mort du Grand Duc de Toscane , au Sérenissime
Roy de Pologne et Grand Duc de Lithuanie
Stanislas I. pour être incorporés l'un et l'autre à
perpétuité après sa mort à la Couronne de France
et que la Maison de Loraine auroit en proprieté et
pour indemnité desdits Duchés le Grand Duché de
Toscane aussi tôt après la mort de celui qui en est
actuellement possesseur ; le tout sous la garantie de
toutes les Puissances qui prendront part à la Paix;
es comme l'époque de la cession du Duché de Loraine
a été avancée depuis par la convention du
11. Avril dernier , il est non- seulement de la justice
et de l'équité , mais encore de la bonne foy
le Sérenissime Duc de Loraine et de Bar , ses
descendans , boirs et successeurs soyent indemnisés ;
c'est pourquoi Nous , tant par notre Puissance Imperiale
, qu'en vertu du consentement à Nous don
né par les Etats du S. Empire , donnons et accor
dons en notre nom , et en celui des Empereurs nos
successeurs , l'investiture éventuelle du Grand Duché
de Toscane et de ses dépendances au susdit Sérenissime
Duc de Loraine et de Bar François III.
notre très- cher Gendre et à ses descendans mâles
à l'infini , et au défaut de ceux - cy au Prince
Charles , son frere , et à ses descendans mâ'es aussi
à l'infini , et à leur défaut au Prince mâle et
plus proche heritier de la Maison de Loraine , ac
tuellement regnante , et encore au défaut du der
nier , et dans le cas de totale extinction des Princes
males , aux Princesses de ladite Maison ; le tout
selon le droit d'aînesse , pour en jouir de la même
maniere que la Maison de Médicis , et le Prince
de cette même Maison actuellement regnant.
A CES CAUSES , ordonnons et enjois
gnons
OCTOBRE. 1737 2285~
20
gnons à toutes personnes dépendantes de notre do♣ -
mination d'avoir égard à notre disposition et ferme.
volonté , et en consequence de ne troubler en aucu
ne maniere ledit Sérenissime Duc de Loraine et de
Bar , ni ses Hoirs et ses Successeurs , mais plutôt ,
de les maintenir et défendre , de leur procurer
de l'aide dans tout ce qui concerne nosredite disposition
, et d'empêcher qu'il ne leur soit fait aucun
trouble. Mandons et Enjoignons en particulier a
tous et chacun les Lieutenans , Conseillers , Préteurs
du Grand Duché de Toscane et de toutes les
Villes , Châteaux , Forteresses , Lieux et Terres :
qui en dépendent ; au Gonfalonier de Justice , au
Senat et au Peuple de Florence ; aux Colonels de
la Milice , aux Capitaines , Sergens , Caporaux-
Soldats et generalement à toutes personnes de quelque
état , rang , prééminence et dignité qu'elles
soyent, qu'immédiatement après le décès du présent
Grand Duc ils ayent à reconnoître ledit Duc de :
Loraine , &c. pour leur propre , vrai et légitime
Prince et Seigneur, et à se conduire en conséquence :
à son égard , nonobstant l'investiture éventuelle en
faveur du sujet nommé dans le Traité de la quadruple
Alliance , auquel Nous dérogeons en ce
point ; le tout sous peine de notre indignation et de
celle du S. Empire contre les contrevenans , et en a
outre d'une amende de 400. marcs d'argent pour
shaque fois qu'ils entreprendront de faire quelque
Acte à ce contraire, Donné à Vienne le 24. Janvier
1737
Notre droit se trouvant fondé sur des titres si
forts et si incontestables, en vertu desquels Nous
pouvons entrer en pleine possession dudit Grand
Duché , aussi- tôt que la ligne masculine de la
Maison de Médicis viendra à manquer par le dés
sès dudit Grand Duc , Nous avons résolu de
faire
2286 MERCURE DE FRANCE
faire valoir nos droits et raisons , ledit cas avemant
; et attendu l'instabilité des choses humaines
,Nous avons jugé à propos de pourvoir d'avance
à ce qu'il conviendra de faire dans le cas
où , contre notre esperance et nos désirs , ladite
ligne masculine viendra à s'éteindre en notre
absence par une mort inopinée. A l'eff t de quoi
nous avons muni de nos Pleins pouvoirs l'Illustrissime
notre très - cher Cousin le Prince de
Craon , pour faire en pareil cas tout ce qui sera
nécessaire , en vertu des Lettres desdits Pleins
pouvoirs que nous lui avons accordés .
à
En conséquence , vous mandons et enjoignons
tous et chacun cy - dessus nommés du Grand Du
ché de Toscane , que ledit cas de mort inopinée
survenant , vous ayez nous reconnoître
pour
votre vrai et légitime Seigneur et Prince , et à
nous prêter en cette qualité l'hommage ordinai
re et le serment de fidélité et nous rendre obéïssance
comme de fideles Vassaux et Sujets le doivent
à leurs vrais et légitimés Seigneurs et Princes;
et que pour cette fin vous vous conformiez
en tout en ce qui vous sera enjoint en notre nom
par notre susdit Ministre Plénipotentiaire , jusqu'à
ce que par Nous il en ait été ordonné autrement.
Donné à Laxembourg le 18. de May 1737. #
Selon les derniers avis reçûs de Genes , les Rebelles
commettent beaucoup moins de désordres
dans l'Isle de Corse , depuis qu'ils ont apris que
Is Roy de France paroissoit déterminé à prendre
des mesures pour rétablir la tranquillité dans
cette Isle , mais ils tiennent toujours étroitement
bloquées quelques-unes des Places que les Ge
nois y ont conservées , et les vivres y sont d'a→
ne cherté extraordinaire,
Lee
OCTOBRE. 1737. 2287
Les mêmes Lettres portent qu'on croyoit que
Te principal Chef des Rebelles étoit sorti encore
une fois de l'Isle de Corse.
On a apris de Genêve , que le parti oposé aux
Magistrats, lequel n'avoit voulu jusqu'à présent
se relâcher d'aucune de ses demandes , ni accep
ter la médiation des Députés des Cantons de
Berne et de Zurich , paroît être plus disposé à
un accommodement, depuis que le Roy de Franee
a témoigné qu'il vouloit bien prendre interêt
à cette affaire.
S. M. T. C. a fait écrire à M. de la Clozure ,
son Résident à Genève , par M. Amelot , Mimistre
et Secretaire d'Etat, ayant le département
des affaires étrangeres ; qu'elle avoit apris avec
beaucoup de peine la division qui regne entre les
Magistrats et une partie des Citoyens , et qu'elle
désiroit de voir bien-tôt la tranquillité rétablie.
M. Amelot ajoûte dans sa Lettre , que le Roy
de France a extrêmement aprouvé la conduite
que M. de la Clozure a tenue à l'occasion de la
derniere émeute , et qu'il y a lieu d'esperer que
la confiance que les deux Partis ont témoignée à
ce Résident , le mettra à portée de procurer une
entiere pacification .
Depuis que M. de la Clozure a reçû cette Lettre
, par laquelle M. Amelot lui recommandois
d'engager les Chefs des deux Partis à commencer
par calmer l'agitation , en se procurant une sûreté
réciproque , en rapellant tous les habitans
qui sont sortis de la Ville , sur tout les Membres
du Petit et du Grand Conseil , et en défendant
sous le peines les plus séveres toutes voyes de
fait , toutes vexations et tous discours injurieux ,
il est arrivé de Paris un Courier chargé pour
i de nouvelles dépêches . M. de la Clozure leg
2288 MERCURE DE FRANCE
J
a communiquées aux Magistrats qui l'ont assu
ré qu'ils concourroient toujours de tout lear
pouvoir à rétablir la Paix dins la Ville , et
qu'ils n'avoient d'autre but que de prévenir l'Anarchie
; qu'on ne pouvoit leur reprocher avec
justice d'avoir voulu s'arroger un pouvoir qui,
für contraire aux Loix , que la Déclaration du ,
27.-Novembre de l'année derniere ; signée par
M. Tarretin , en étoit une preuve , puisque les
Magistrats y ont déclaré formellement , que
leur intention étoit , comme elle l'avoir toujours
été de maintenir le Gouvernement tel qu'il a eté
établi par les Loix , auxquelles personne ne
pouroit donner atteinte sans se rendre coupable,
er qu'ils n'employeroient jamais leur pouvoir
que pour faire observer ces mêmes Loix et pour
punir les Infracteurs ; que par raport au dessein
odieux qu'on leur imputoit de vouloir perpetuer
1 Syndicat dans leurs Familles , ils s'en étoient
pleinement justifiés par leur conduite , par les
protestations faites publiquement par leur Corps .
aux Citoyens sur ce sujet et par les démarches
qu'ils avoient faites auprès des Habitans qui
vouloient exclure les Citoyens de la Dignité de
Syndic , pour leur représenter l'injustice et les
inconvéniens de cetre prétention.;
M. de la Clozure , ayant apris le 19. du ,
mois dernier que Sa Majesté Très - Chrétienne
avoit résolu d'employer sa médiation , conjointement
avec les Cantons de Berne et de
Zürich , pour terminer les differends des Magistrats
avec la Bourgeoisie , il en donna part aux
Députés de ces Cantons , er aux Magistrats qui,
ont accepté la médiation proposée.
Le 24. ce Ministre fi; sçavoir aux Chefs des
Compagnies Bourgeoises qu'il désiroit de leur
}
parler,`,
OCTOBRE: 1737 2289
*
parler , et comme ils s'excuserent sous divers
prétextes , de se rendre chés lui , il leur manda
qu'il ne leur donnoit que deux jours pour se déterminer
sur l'acceptation de la médiation que
le Roy de France leur offroit.
Le lendemain , dix des Compagnies Bourgeoisses
envoyerent des Députés au Résident de France,
pour l'assurer qu'elles acceptoient avec respect
la médiation de S. M. T. C. et leur exem--
ple fut suivi le 26 par six autres Compagnies.
Une seule des dix -sept persista pendant quelques ·
jours à ne vouloir accepter aucune médiation
mais enfin elle prit le parti convenable , et deux
Députés qu'elle envoya à M. de la Clozure l'as
surerent qu'elle se conformoit aux intentions du
Roy de France .
On attend à Genêve le Comte de Lautrec , Ma
réchal des Camps et Armées de S. M. T. C. le--
quel doit s'y rendre pour travailler à pacifier les
troubles..
ESPAGNE.
COPIE d'une Lettre écrite par un
Ministre du Roy Catholique à la nouvelle
Espagne , datée du Mexique le
Mars dernier.
J
5.
Ai a vous donner une nouvelle importantes .
Dieu a fait découvrir à notre Viceroy , homme
véritablement heureux, du côté de Sonera, dans
un Lien ou Village qu'on nomme Cordeguachi , une
Campagne d'argent , sans aucun mélange de terre,
mais avec une veine d'or considerable , entre deux
Forêts , on n'a d'autre peine que celle de ramasser
Pargent entre les pierres et de l'emporter où l'on:
weut, On en a levé une espece de planche d'argens
d'unes
2290 MERCURE DE FRANCE
une seule piece , qui ayant été présentée à la Ro
maine , s'est trouvé peser 180. arobes , le Viceroy
prend les mesures nécessaires pour la faire aporter
ici, et l'envoyer entiere au Roy ; cela ne sefera pas
sans beaucoup de temps, de peine et de dépense, mais
on en viendra à bout . On est parvenu à découvrir
ce trésor par l'observation qu'on a faite , que plusieurs
Indiens venoient dans le Chef lieu de cette
Jurisdiction pour se pourvoir au Marché des choses
nécessaires , pour lesquelles ils donnoient en troc de
petites pierres d'argent. On les a interrogés plusieurs
fois sur le Lieu où ils trouvoient ce Métal , sans
pouvoir le leur faire déclarer ; ce qui a déterminé
l'Alcade Major à les faire observer par des Espions
de confiance , qui sont enfin parvenus à découvrir
l'endroit où ils puisoient leurs richesses .
Cette nouvelle a été confirmée par un grand
nombre de Lettres du Mexique, aportées en Europe:
sur la Flotte de la nouvellè Espgne , qui est arrivée
à Cadix le 27. Août dernier. L'Arobe d'Espagne
pese 25. livres poids de marc ; ainsi les 180. Arobes
que pese la planche d'argent dont on vient
de parler , pesent 9000. marcs , qui , à s。. livres :
chacun, argent de France , produisent 450000. liv.
L
+
GRANDE - BRETAGNE.
"'
E Roy fit communiquer le 22. du mois
dernier à tous les Ministres Etrangers par
le Chevalier Clement Cotterel Maître des
Cérémonies , le contenu du Message , qu'il
avoit envoyé la veille au Prince de Galles par
le Duc de Grafton. Le lendemain on porta de
part de S. M. à tous les Pairs et aux autres
Personnes qui ont quelque Emploi à la Cour ,
une Lettre circulaire , relative ce Message.
la
Depuis
OCTOBRE. 1737. 2297
"
Depuis que le Prince de Galles a reçu da
Roi ce Message , la Comtesse d'Effingham et
la Vicomtesse de Torrington ont donné leur
démission de leurs places de Dames de la
Chambre de la Princesse de Galles , et M. Jacques
Pelham , Membre du Parlement pour
Newrock , Secretaire du Grand Chambelan de
la Maison du Roy , et Premier Secretaire du
Prince de Galles , a prié ce Prince de trouver
bon qu'il se retirât de son Service. Quelques
Personnes qui avoient des Emplois à la Cour
les ont aussi remis à Sa Majesté. Le Lord Arclubald
Hamilton , un des Commissaires do
P’Amirauté , a résigné sa place , et l'on aseure
que son exemple sera suivi par le Dug
de Montagu , qui vient d'être fait Comman
dant de la Coinpagnie des Gentilhommes Pen-
1
sionnaires.
Le Message que le Roy envoya le 22. Septembre
au Prince de Galles, dont on a parlé au
commencement de cet article , porte que le
Roi ayant sujet de se plaindre de ce que ce
Prince , sans la participation de Sa M. avoit
fait partir la Princesse son Epouse du Château
de Hamptoncourt , pour la conduire au Palais
de saint James , dans une circonstance qui ne
permettoit pas à cette Princesse de voyager
sans un extrême danger pour Elle , et pour la
jeune Princesse il avoit jugé à propos de lui
ordonner de sortir du Palais de saint James, dès
que cela se pouroit faire sans incommoder la
Princesse de Galles , à laquelle il vouloit bien
laisser la Princesse sa Fille jusqu'à ce qu'il fût
temps de pourvoir à son éducation.
Le Prince de Galles prépare une Réponse à
Le Message , et l'on assure qu'elle sera renduo
publiqua
14292 MERCURE DE FRANCE
publique dans peu de jours. Ce Prince ayant
fait sçavoir le 30. du mois passé au Lord Maire
qu'il se rendroit à Londres le 3. de ce mois,
pour recevoir l'Adresse de félicitation du Corps
de Ville , au sujet de la Naissance de la Princesse
Auguste , le Lord Maire , les Aldermans
et les Scheriffs allerent en Corps ce jour- là à
desa Maison ruë de Pelmall , où ils lui présenterent
leur Adresse.
LORAINE.
De Luneville , le 6. Septembre 1737.
L
E Prince d'Elbeuf arriva à Luneville le pre
mier Septembre , et eut ce jour-là l'honneur
de saluer L. M. qui le reçûrent très -gracieusement.
Le 4. le Roy se rendit dès les six
heures du matin à l'Hôtel des Cadets , établis
depuis deux mois en cette Ville , et y resta
jusqu'à 4. heures après midy : Ces Cadets qui
forment deux Compagnies , Pune de Palonois ,
Set l'autre de Lorains , ne peuvent être reçus
J dans ce Corps qu'ils ne prouvent quatre Degrés
de Noblesse dont ils font le cinquième ,
et on ne les y admet qu'à l'âge de 15. à 20.
ans. Ils sont nouris , logés et entretenus généralement
de tout aux dépens de S. M. Leur
Uniforme est jaune galonné d'argent : ils ont
des Mattres gagés du Roi pour les Langues
Françoise et Allemande , pour les Mathémati
ques , P'Histoire et la Géographie , pour le
Manége , le Fait des Armes et la Danse. Leurs
Officiers les exercent tous les jours aux Evolutions
Militaires ; neuf de ces Cadets montent
journellement la Garde à l'Hôtel , et il y en
a six
OCTOBRE . 1737. 2.295
six qui sont chaque jour d'Ordonnance chés
le Roy. Ils sont commandés par un Capitaine
en Chef , qui l'est des deux Compagnies par
deux Capitaines-Lieutenans , un Ayde-Major,,
un Enseigne , 4. Brigadiers , 4. Sous- Brigadiers.
Ils ont un Aumônier pour les instruire dans les
Exercices de Pieté , et 24. Laquais à la Livrée
et aux Gages du Roy pour les servir . Les Tá-
⚫bles sont divisées par Brigades : il y a à chacune
un Officier à la tête avec un Brigadier et
un Sous-Brigadier. Pendant que Sa Majesté fut
à PHôtel , Elle voulut que chacun des Maîtres
donnât aux Cadets des Leçons en sa présence :
Elle les interrogea Elle-même sur les Sciences ,
afin de juger du progrés qu'ils avoient fait , et
leur fit faire à diverses reprises l'Exercice Militaire.
Le Roy en fut si content , que pour
témoigner sa satisfaction au Baron de Schack
Capitaine Commandant , il lui fit présent d'un
des beaux Chevaux de ses Ecuries.
Le Regiment de Navarre ayant été relevé le
5. de ce mois par les nouveaux Gardes à pied
de Sa Majesté , partit le même jour pour sa
rendre à Verdun en Garnison .
MORT'S DES PAYS ETRANGERS:
LE
E 22. Septembre , Pierre Montemajor, Com
mandeur de Villa Escusa de Haro , dans
P'Ordre de saint Jacques , Lieutenant Général
des Galeres d'Espagne , mourut à Carthagene à
l'âge de 84. ans, dont il en avoit passé 65. dans
de Service , sans aucune discontinuation .
Le
2294 MERCURE DE FRANCE
Le 24. D. Alvare de Bazan et Benavides ,
septiéme Marquis de Santa Cruz , du Viso , et
de Baïone Grand d'Espagne Chevalier des " 2
Ordres de la Toison d'or , et du Saint Esprit ,
Commandeur de Alhambra , et la Solona dans
l'Ordre de saint Jacques , Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Lieutenant Général de ses
Armées , et Majordome Major de la Reine
d'Espagne regnante , mourut à l'âge de 67. ans.
Il avoit été nommé Chevalier de la Toison
le 15. Janvier 1724. par le Roy Philippe V.
avant son abdication . Il en reçut le Collier le
6. Août suivant des mains de Louis -I. Il fut un
des cinq Seigneurs que celui ci désigna pour
remplir l'une des Places dont Sa Maj . Tr. Chr.
lui avoit laissé la disposition . Il fut proposé en
conséquence dans le Chapitre de l'Ordre du
S. Esprit , tenu le 3. Juin 1724 , et ses preuves
furent admises le 20. Mai 1725 , mais il
n'en reçut la Croix et le Collier que le 22
Mars 1736. Il étoit Fils de François Diégue
de Bazan et Benavides , Marquis de Santa-Cruz,
Capitaine Général des Galeres d'Espagne , mort
en 16 o , et de Françoise de Velasco et Ayala ,
Fille de Bernardın , Comte de Fuensalida . Il
avoit épousé en 1696. Marie Villela et Alava
, Fille d'Antoine , second Comte de Lences ,
et Triviana. Le Marquis de Santa Cruz étoit
de la Maison de Benavides , dont la Généalogie
est raportée par J. G. Imhoff dans son Corpus
Historia Genealogica , Italia et Hispania, p. 168.
Henri de Benavides , Ayeul du Marquis de
Santa Cruz , é ousa Mencie Pimentel , Fille de
Jerôme Pimentei , premier Marquis de Baïone ,
et de Marie-Eugenie de Bazan , Marquise , hezitiere
de Santa-Cruz , et du Viso. On a confond
OCTOBRE. 1-37. 2295
fondu dans le Suplément du Dictionaire Universel
de 1731 , à l'Article des Chevaliers du
Saint Esprit avec le Marquis de Santa - Cruz ,
qui vient de mourir , le Marquis de Santa-
Cruz , qui fut tué devant Oran le 21. Novem
bre 1732. Celui- ci étoit d'une F mille diférente.
Il se nommoit Alvare de Navia Osorio
et étoit Marquis de Santa- Cruz de Marcenado.
On trouve son Eloge dans le même Suplément
sous le nom de Santa - Cruz.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E 25. du mois dernier , Monseigneur le
Dauphin arriva à Fontainebleau . Comme
c'est le premier Voyage que ce Prince y fait ,
les Bourgeois en grand nombre , ayant leurs
Chapeaux et Boutonnieres garnis de Cocardes.
et de Rubans , portant chacun une branche de
Laurier à la main , allerent au- devant de Mon.
seigneur , à deux lieues de Fontainebleau , précédés
de huit Violons , quatre Hautbois et six
Tambours , et conduisirent le jeune Prince
avec cette Symphonie , jusqu'au Château , devant
lequel ils firent le soir un feu de joye ,
et tirerent beaucoup de Fusées volantes.
Le 29. Septembre , le Roi fit, yendre à l'Eglise
de la Paroisse de Fontainebleau les Pains
Bénits , qui furent présentés par l'Abbé de la
Fare d'Alais , Aumônier du Roi en quartier.
I Maximilien

296 MERCURE DE FRANCE
Maximilien de Chalvet , Seigneur de la Roche
de Vernassal en Auvergne , Commandeur
de l'Ordre de saint Louis , Lieutenant Gégéral
des Armées du Roi , Gouverneur de Rocroi ,
et Lieutenant d'une des Compagnies des Gardes
du Corps de S. M. ayant demandé la permission
de se retirer , Joseph Prunier de S. André ,
de Dauphiné , Chevalier de Malthe de la Langue
de Provence , Maréchal de Camp du premier
Août 1734. et Enseigne des Gardes da
Corps , en a été fait Lieutenant. «Et …….
Chalvet de Vernassal , le Fils
Exempt , en a été Enseigne.
de
, qui étoit
Le premier Octobre , M. Bonnedame ,
Docteur de Sorbonne , fut élú Syndic de la
Faculté de Théologie , à la place de M. de
Romigny , qui l'a été pendant près de 20. ans.
Le Comte de S. Severin , que
le
Roy a
nommé son Ambassadeur auprès du Roy de
Suede , est parti le trois de ce mois pour se
rendre à Stockolm .
Le 4. la Reine accompagnée des Dames de sa
Cour , alla à l'Hôpital de la Sainte Famille
, à Fontainebleau , entendre les Vêpres et le
Salut.
Le 6. la Reine fit rendre à l'Eglise de la
Paroisse de Fontainebleau les l'ains Benits qui
furent présentés par l'Abbé d'Alegre , son Aumônier
en quartier.
S, M. a accordé un Brevet de Duc au Comte
de Roussy.
Le 7. Université alla en Procession
I'Eglise des Religieux Célestins , où l'Abbé
de
OCTOBRE. 1737. 2297
-de Langle , Docteur de Sorbonne , et Curé de
Pantin , prononça un très-beau Discours Latin,
suivant l'usage ordinaire.
Le 15. la Reine accompagnée des Dames
de sa Cour , alla au Couvent des Basses - Loges,
à Fontainebleau , où 5. M. entendit les Vêpres
et le Salut.
Le 13. Monseigneur le Dauphin fit rendre
à PEglise de la Paroisse les Pains Benits , qui
furent présentés par l'Abbé d'Andelot , Aumô
nier du Roi en quartier.
La Rentrée du Châtelet se fit le 21. de ce
mois avec les Cérémonies accoûtumées , et
M. Gilbert de Voisins , Avocat du Roi , Fils
de M. Gilbert de Voisins , Avocat Général du
Parlement , fit la Harangue, avec beaucoup de
Dignité et d'Eloquence.
?
Le Roy de Pologne , Duc de Loraine et de
Bar a accordé au Duc de Fleury , Mestre do
Camp , Lieutenant du Regiment Royal Dra➡
gons , le Gouvernement de la Loraine , que Le
Roi lui a ordonné d'accepter.
Le premier Octobre , les Comédiens Fran
çois jouerent pour la premiere fois à Fontaines
bleau la Tragédie de Zaire , et la petite Piece
du Dédit.
Le Les Caracteres de Thalie.
3 .
Le 8. Phedre et Hipolite , et la Nouveauté.
La Dile Dumesnil , dont on a déja parlé , joüa
le Rôle de Phedre avec beaucoup d'aplaudissemens
, et fut reçuë le même jour dans la Trou
pe du Roi.
Le 10. La Coquette , et la Comtesse d'Escar
agnas.
Iij
Le
2298 MERCURE DEFRANCE
Le is . Le Comte d'Essex , et le Medecin
malgré lui. La Dlle Dumesnil joua le Rôle
d'Elizabeth dans la premiere Piece , avec beau
coup de feu et d'intelligence.
Le 17. Le Bourgeois Gentilhomme , avec tous
ses agrémens. Le sieur La Lauze qu'on a vu
avec plaisir , il y a deux ans , danser sur le
Théatre de l'Opera , dansa dans les Divertissemens
de la Piece avec aplaudissement .
Le 22. La Tragédie d'Andronic , et le Triple
Mariage,
Le 24. La Comédie de la Magie de l'Amour ;
après laquelle les Comédiens Italiens représen
terent Arlequin Sauvage.
Le 29. L'Ambitieux et l'Usurier Gentil
homme,
Le 30. Septembre , les Comédiens Italiens
représenterent aussi pour la premiere fois , à
Fontainebleau , la Comédie de la Feinte inuvile
, et celle du Bailly Arbitre.
Ee s. Octobre , les Fées , et les Enfans Trouvés
, Parodie de la Tragedie de Zaire.
Le 12. La Fille Arbitre , et les Mascarades
Amoureuses ,
Le 26 , La Comédie intitulée , la ****
et la Silphide. Le sieur La Lauze , dont on
vient de parler , dansa dans les Divertissement
des deux Pieces , et fit beaucoup de plaisir.
ATTAQUE d'un Fort construit à
Saint Cloud.
*
Il a été construitdansionParc deSt.Cloud on
Ouvrage de Fortification pour l'instruction
de M. le Duc de Chartres , dont on a fait ensuite
Pattaque
OCTOBRE. 1737 2199
T'attaque. Cet Ouvrage est un front de Pentago
ne de la petite Fortification , dont le côté exte
rieur est de 140. toises. On a pratiqué deux Gavaliers
dans les demi - Bastions , pour commander
à des hauteurs qui environnent la Place. La
Courtine est couverte , comme à l'ordinaire
d'une demi-lune , qui communique au corps de
la Place par une Caponniere , le tout enveloped'un
chemin couvert palissadé.
La fortification étant achevée , Monseigneur
le Dauphin alla à S. Cloud pour la voir , et y
fut reçu par M. le Duc de Chartres , qui l'ac
compagna dans la visite qu'il en fit. M.
Guyol de Guiran , Commissaire Provincial de
l'Artillerie, Commandant à l'Ecole de Grenoble ,
chargé de la conduite de cet Ouvrage , eut l'hon
neur d'en expliquer toutes les parties à Monsei
gneur le Dauphin , qui l'écouta avec beaucoup
d'attention ; M. le Duc d'Orleans a aussi visité
le Fort plusieurs fois et en a paru très - content
l'ou-
Toutes les dispositions étant faites pour
verture de la Tranchée devant ce Fort , M. le
Duc de Chartres en fixa le jour au 10. Septembre,
et s'y rendit sur le soir , avec les jeunes Seigneurs
de sa Cout , qui , pendant le Siege , ont
servi de Travailleurs dans toutes les manoeuvrés
que ce Prince a faites ; il visita et examina les environs
de la Place et planta les Repaires pour le
tracé de la Tranchée. Ensuite il se retira sur une
hauteur, par laquelle on arrive au terrein de l'attaque
, où l'on a pratiqué un Entrepôt couvert
d'un Epaulement ; on fit distribuer aux Travailleurs
les fascines et outils nécesaires.
A l'entrée de la nuit M. le Duc de Chartres
déboucha de cet Endroit , suivi de tous les Tra
wailleurs, défilants un à un et portant leur fasci
I iij
ne
2300 MERCURE DE FRANCE
me et outils. Le Prince traça la premiere parallele
er le boyau qui y communique , en posant luimême
les fascines à terre , selon l'alignement
marqué par les Repaires,.
Dès que la Tranchée fut achevée d'être tracée,
on donna Pordre pour commencer le Travail, et
aux premiers coups de proches , la Place fit un
grand feu de Canon , de Bombes en de Mousqueterie
, qui continua pendant toute la soirée.
Le lendemain 11. on perfectionna la premiere
parallele , qui par la situation du terrain, n'étant
qu'à environ 120. toises de la Place , doit être
consideréé comme la seconde ; on traça sur cette
parallele les Batteries de Canon et de Mortiers
destinées à ruiner les défenses. M: le Duc de
Chartres en marqua l'emplacement et les vit
commencer , on déboucha en même- temps pour
cheminer sur la capitale de la demi - lune , et la
Place fit pendant ces manoeuvres un feu conti
nuel d'Artillerie et de Mousqueterie.
Le rz. au matin , on travailla à achever les
Batteries et leurs boyaux de communication , et
l'on en poussa un en retour à la sape , toujourt
en cheminant sur la Capitale . M. le Duc de
Chartrés s'étant rendu sur le soir au Fort avec
la Reine d'Espagne , qui étoit venuë voir l'atta
que de ce jour , après avoir fait placer Sa Majes
té Catholique , ce Prince traça un boyau en sape
volante , pendant lequel temps la Place redoubla
son feu ordinaire , auquel la Tranchée répondit
très-vivement. On tira quantité de Bombes, dont
l'effet amasa beaucoup la Reine d'Espagne.
Le 13. on poussa la sape jusque sur le bord
du Glacis , et l'on forma la derniere parallele .
Le 14. on s'avança sur l'angle saillant du che
min couvert , en cheminant en double sape, puis
C
OCTOBRE. 1737. 2301
a
en sape tournante à droite et à gauche , le long"
des branches qui couvrent les faces de la demi
lune , jusques aux places d'arme rentrantes ; ensuite
on déboucha sur l'épaisseur des traverses
de la Place d'arme saillante , dans laquelle on se
logea , et on commença les Batteries destinées à
battre la demi-lune en breche.
Ces Batteries ayant fait aux faces de la demi-
Jane des breches pratiquables, on résolut de se lo
ger sur son angle , et cette manoeuvre fur l'obe
jet de l'attaque du Lundi 16. elle s'executa à
l'ordinaire sur le soir ; M. le Duc de Chartres)
ayant lui-même formé le logement en posant
les Gabions qui lui étoient remis par les Travailleurs.
L'Artillerie et la Mousqueterie furent
servies de part et d'autre avec beaucoup d'ordre
er de vivacité. M. le Duc de Chartres étant
parti le lendemain 17. pour Versailles , on suspendit
les attaques jusques après le départ de la
Cour pour Fontainebleau , et l'on n'a pu les
prendre qu'au commencement d'Octobre , 2 canse
des mauvais temps. Dans cet intervale on a ce--
pendant continué à avancer les Travaux , ayant
achevé le logement du chemin couvert sur tout
le front , perfectionné celui de la demi -lune, fait
les descentes et passages du fossé de la Place , er`
construit les Batteries nécessaires pour battre en
breche, et ruiner les flancs.
"
re-
M. le Duc de Chartres étant venu à S. Cloud !
le Vendredi 4. Octobre ce Prince fixa la derniere
taque au Lundi 7. on prépara pendant ce temps
une mine de deux fourneaux formant le T. sous
la face du Bistion de la droite pour y faire breche
, et l'on acheva le passage du fossé devant de
Bastion.
Le Lundi matin on chargea la mine , et M. le
Iiij Duc
2302 MERCURE DE FRANCE
Duc de Chartres étant revenu l'après midi à
S. Cloud , alla au Fort à 5. heures , où il visita
avec son attention ordinaire , les derniers Tra➡
vaux , et particulierement la mine , sur laquelle
il fit beaucoup de questions très- raisonnées ; il
se plaça ensuite pour en voir l'effet , et l'on commença
l'attaque par un grand feu qui se fit de
part et d'autre ; après qu'il eut duré quelque
temps M. de Guiran vint prendre l'ordre du
Prince et fut mettre le feu à la mine , qui réüssir
parfaitement. M. le Duc de Chartres fut en visiter
la breche qui se trouva très - bien formée. Le
feu dura encore quelques momens , après quoi la
Place battit la chamade et capitula.
Le Prince , qui a suivi avec une grande attention
la construction et l'attaque de l'Ouvrage ,
a donné à M. de Guiran des marques de la par.
faite satisfaction qu'il a cuë de la façon dont ces
Officier a conduit Pune et l'autre; et l'on a d'autant
plus lieu d'aplaudir à cet Ouvrage , que tout
s'y est passé avec un ordre infini.
Le Plan de cet Ouvrage et des Attaques , a été
gravé , et se trouve chés le sieur Jombert , Li-
Braire de l'Artillerie , ruë S. Jacques , à l'Image
Notre-Dame,
BOUQUET.
A Madame de Brunville
JE ne sçais pas si , de mon zele ,
Charmante Iris , cette preuve nouvelle ,
Au gré de mes voeux les plus doux ,
Va vous paroître assés digne de vous.
Mais
OCTOBRE: 1737. 2303
Mais j'ai reçû ces fleurs des mains de Flore même
Apollon m'a dicté ces Vers ,
Et cet aimable Dieu dont le pouvoir suprême
Régit les Cieux , la Terre et les Enfers,
L'Amour , en ma faveur s'engage
De vous présenter mon hommage ,
Et de vous exprimer les tendres sentimens ,
Qui, de mon coeur reglent les mouvemens -
Eh , qui peut mieux vous le décrire ,
Qui peut mieux les prouver qu'un Dieu qui les
inspire ?
Heureux si vous- même en ce jour ,
Vous lui laissiez choisir ma récompense
Et le chargiez à votre tour
Du soin de me marquer votre reconnoissance !
*******
MORTS, NAISSANCES
L
& Mariages.
E 22. Juillet , Mathurine Meslet , mouru
dans la Paroisse d'Azé,près de Châteaugontier
en Anjou , âgée de roz . ans 8. mois et 3.
jours , étant née le 18. Decembre 1635.
Le 7. Août , Dame Marie- Loüife d'Eu , veuve
depuis plus de 80. ans de M. Paul le Bel , Seigneur
de Bussy et des Maisons-Neuves , Lieute
nant Colonel du Regiment de Vervins , et Ma
réchal de Bataille des Armées du Roy, mourut à
Poitiers âgée de 111. ans . C'est un accident qui
causé sa mort : elle s'avisa de vouloir porter
I v un
2304 MERCURE DE FRANCE
un pannier , et s'y étant pris le pied en descendant
un escalier , la premiere fois qu'elle le por
ta , elle tomba et se cassa la cuisse ; elle en mou
rut une quinzaine de jours après.
Le 24. Dame Julie-Chriftine-Regine Gorges.
d'Antraigues , Dame du Palais de la Reine , et
épouse de Paul- François de Bethune , Duc de
Bethune - Charost , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitaine d'une Compa
gnie de ses Gardes du Corps , et Lieutenant General
de ses Armées , Marquis d'Ancenis , ancien
Baron , Pair et President né de la Noblesse
aux Etats de Bretagne , Comte Engagiste de
Crecy en Brie , Gouverneur des Ville et Citadelle
de Dourlens , et en survivance Gouverneur
de Calais et du Fort Nieulay , et Lieutenant Ge-
-neral au Gouvernement des Provinces de Picardie
, Boulonnois , anciennes Conquêtes du Hainault
, Gravelines , et Pays reconquis, mourut à
Paris , âgée de 48 ans 11. mois et 2. jours ,
étant née le 22 Septembre 1688. On a marqué
de qui elle étoit fille dans le Mercure de
Jaillet dernier p. 1673. en raportant la mort
de Chrétien - François Gorges de Roise , Conseiller
au Parlement de Paris , son frere consanguin.
Cette Dame , qui avoit été mariée le 3.
Avril 1709. ne laisse qu'un fils apellé le Duc
d'Ancenis , dont le mariage est raporté dans le
Mercure du mois d'Avril dernier *
› P. 829. et quelques
filles , dont une fut mariée au mois de Mars 1734 avec Paul - Antoine
de Quelen d'Es- suer de Caussade
, Comte de la Vauguion
, Mar- quis de Saint Megrin , fait Colonel
du Regiment de Beauvoisis
, par Commission
du premier
.
Decembre
de la même année 1734. et une autre mariée le 26. Octobre
1735. avec René - Marie
de
x
OCTOBRE. 1737. 2305
de Froulay , Marquis de Tessé , Colonel du Regiment
d'Infanterie de la Reine , et son Premier
Ecuyer.
Le 28. Maximilien Noël , Sieur de Saint - Denis
, cy-devant Seigneur du Tilloy , Vaudoy ,
&c. aucien Conseiller en la Cour , et Commissaire
aux Requêtes du Parlement de Paris , ou
il avoit été reçû le 18. Avril 1685. mourut âgé
de 80. ans 4 mois. Il étoit fils de Jean Noël ,
Sieur de Saint - Denis , Seigneur de la Mothe .
Vitry , du Tilloy , Vaudoy , &c. cy - devant
Commissaire General des Suisses et Grisons , er :
du Regiment des Gardes Suisses du Roy , er de
Dame, ... Alleaume du Vaudoy , sa femme.
·
Le 29. Dame Claude Henriette Donneau de `·
Vizé, veuve depuis 1730. de Jean Goujon ,
Seigneur, Baron de Chasteauneuf , d'Iville , & c.
Conseiller du Roi en ses Conseils , ancien See
cretaire ordinaire de son Conseil d'Etat , Di
rection et Finances , et auparavant Receveur v
General des Finances de Metz , mourut dans un ›
âge fort avancé , laissant pour enfans Louise-
Henriette Goujon , mariée le 9. Fevrier 1713.70
avec Alfouse Jubert de Bouville , Brigadier des .
Armées du Roi , et ci -devant Mestre de Camp
d'un Regiment de Dragons ; et Jean - Prosper
Goujon , Seigneur de Gasville et de Coutes ,
Baron de Chasteauneuf et d'Iville , Maître des
Requêtes honoraire de l'Hôtel du Roi , ci-devant
Intendant de la Generalité de Rouen depuis
1715. jusqu'en 1.732 , qui a été marié le 26. juin
3713. avec Anne de Faucon de Ris , fille unique
de Charles-Jean-Louis de Faucon , Seigneur de
Ris , premier Maître de la Garderobe du Duc
d'Orleans , frere du Roi Louis XIV. et mort les
8. Fevrier 1730. et de Françoise de Bar , de Bu-
1 vj s ranlure
&
...
2306 MERCURE DE FRANCE
zanlure , morte le 6. Septembre 1727. Il ena
deux garçons et une fille nommée Marie - Anne
Goujon de Gasville , remariée au Château de
Ris le 19. Mai 1733. avec Pierre de Marolles
Comte de Rocheplatte , Seigneur d'Aunay , et
des Greves en Gastinois , Brigadier des Armées
du Roy , et Lieutenant pour Sa Majesté en la
Province de la Marche , ci - devant Major des
Gardes du Corps du feu Duc d'Orleans ,
Régent. Elle avoit été mariée en premie
res nôces le 6. Juin 1728. avec Charles - Auguste
le Tonnellier de Breteüil , Baron de
Preuilly , Seigneur d'Azay- le - Feron , Fombaudry
et Tournon , Capitaine de Cavalerie , mora
le 13 Juin 1731. duquel elle a deux enfans em
bas âge. La Dame Goujon , qui vient de mourir
, étoit fille de Henry Donneau de Vizé ,
Gentilhomme servant du Roy , de la Reine Mere
et du Duc d'Orleans , et de. . . . de Riviere , eg
Cousine germaine de Jean Donneau de Vizé ,
Historiographe de France , Auteur du Mercure
Galant , qu'il donna au Public tous les mois sans
discontinuation depuis le mois de Mars 1677
jusqu'à son décès arrivé le 8. Juillet 1710
Elle étoit aussi tante à la mode de Bretagne de
Jacques Donneau de Vizé , Brigadier des Armées
du Roy du premier Fevrier 1719. Chevaliet
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , et:
Gouverneur de la Vile , Fort et Citadelle de
Longwy depuis 1733. et auparavant Capitaine
au Regiment des Gardes Françoises pendant 24.
ans , dont le fils est depuis 1733 , Lieutenant au
même Regiment , dans lequel il est entré ent
1719.
Le 7. Septembre , Philibert - Bernard Moreau
de Mantour, Conseiller du Roi , Doyen des Au
diteurs
OCTOBRE: 1737 2307
fiteurs de la Chambre des Comptes de Paris , cr
Pensionnaire vétéran de l'Academie Royale des
Inscriptions et Belles Lettres , mourut âgé d'environ
83. ans , ayant fs . années d'exercice de
sa Charge , à laquelle il avoit été reçû le 21 .
Mars 1682. Il étoit connu depuis long - temps
dans la Republique des Lettres. Sa famille est
originaire de Bourgogne , er alliée à la plupart
des meilleures familles de Dijon. Il avoit eu
pour pere et mere Etienne Moreau , Conseiller
du Roy , Auditeur de la Chambre des Comptes
de Bourgogne et Bresse et Dame Catherine
Rozerot , et il étoit veuf de Jeanne Françoise de
Bourgogne , morte le 6. Juin 1731. âgée de 77.
ans , et fille de François de Bourgogne , Seigneur
de Mautour en Brie , Capitaine au Regiment de
Ja Reine Mere du Roy Louis XIV . et de Dame
Françoise de Villers. Il en avoit eu Jean - Baptiste
- Louis Moreau de Mautour , Commissaire
ordinaire de l'Artillerie mort à Strasbourg le
14. Mai 1706. à l'âge de 24. ans d'une blessure
qu'il avoit reçue à la tête d'un éclat de pierre au
Siege d'Haguenau en Alsace ; Philibert-François
Moreau de Mautour , Prieur Commandataire de
Marbos et de Montiers en l'Isle ; et Charles
Moreau de Mautour , Chevalier des Ordres de
N. D. du Mont Carmel et de Saint Lazare de
Jerusalem , et ancien Capitaine dans le Regiment
de Toulouse , Infanterie..

Le même jour, mourut en son Château de
Cernay , Paroisse d'Armon , près de Montmo
rency , dans la 79. année de son âge , Dame
Henriette Brinon , qui avoir été mariée au mois
de Juin 1686. avec Melchior de Blair , Ecuyer
Seigneur de Cernay , autrefois Fermier General
des Fermes unies du Roi , dont elle a eu
Louis
2308 MERCURE DE FRANCE

Louis - François de Blair , Seigneur de Cernay ,
Courtemanche, &c. reçu Conseiller au Parlement
à la troisiéme Chambre des Enquêtes le
30. Janvier 1709. veuf de Dame Catherine-
Jeanne de Gars de Boisemont , morte le 168
Août 1721. de laquelle il a Louis Guillaume de
Blair , reçû Conseiller au même Parlement à la
cinquiéme Chambre des Enquêtes le 9 .. Août
1735. et une fille mariée avec Henry le Grand ,
Seigneur de Vaux , Maître ordinaire en la Cham
bre des Comptes de Paris ; 2. feuë Marie- Anne
de Blair , morte le 8. Juillet 1718 laquelle
avoit été mariée le 2. Avril 1713. avec Charles-
François le Févre de Laubriere , Seigneur dudir
lieu , Baron de la Haye Joullain , de Briançon ,
&c. Conseiller au Parlement de Paris , qui étant e
resté veuf d'elle embrassa l'Etat Ecclesiastique ,
et est aujourd'hui Evêque de Soissons depuis
1731. Il en a un fils et une fille nommée Jeanne-
Henriette le Févre de Laubriere , mariée le 28..
Août dernier avec..... de Røgres , Baron de
Champignelles , Capitaine dans le Regiment des
Cuirassiers ; 3. Loüise de Blair , Religieuse en
l'Abbaye Royale de Maubuisson ; 4 Antoinette
de Blair , Religieuse au Couvent des Filles de S.
Thomas à Paris ; et 5. Renée - Françoise de
Blair , épouse d'Antoine d'Asprémont , Vicom
te d'Horte. La Dame de Blair , leur mere, étoit
fille de Philipe Brinon , Ecuyer , Sieur de
Toury , et niéce de la Dame Brinon , qui avoit e
été Superieure des Filles Damoiselles de Noisy,
qui ont été depuis transferées , et fondées à Saint
Cyr près de Versailles.
Le 12. Louis de la Tour de Montauban , Evê➡·
que et Seigneur de Toulon , Abbé Commandasaire
des Abbayes de Saint Guillem du Desert ,
O..S. B
OCTOBRE 1737 230977
Ordre de Saint Benoît, Diocese de Lodeve , ed
d'Aniane , du même Ordre , Diocese de Mont- -
pellier , et Docteur en Theologie , mourut dans «
son Diocese , âgé de plus de 60. ans. Ilétoit a
fils d'Alexandre de la Tour de Montauban
Marquis de la Chau , Maréchal des Camps et
Armées du Roi , et de Lucrece du Puy de Montbrun.
Il avoit été autrefois Vicaire General de
l'Evêque d'Apt. Il fut nommé à l'Evêché de
Toulon le 15. Août 17 12. et sacré le 6. Novembre
suivant dans l'Eglise de Lisieux par l'Evêque
du lieu, assisté des Evêques de Condom,l'ancien ,
et de Séez . Il assista en qualité d'un des Députés
de la Province d'Arles , à l'Assemblée Gene---
rale du Clergé de 1715. et en dernier lieu à celle
de 1735. Il étoit Titulaire de l'Abbaye de Saint
Guillem du Desert depuis le 14. Août 1698, et a
de celle d'Aniane depuis le 17. Octobre 1723 ..
Le 16. Antoine- Denis Peletyer , Auditeur or
dinaire en la Chambre des Comptes de Paris ,
Charge en laquelle il avoit été reçû le 13. Septembre
1695. mourut âgé de plus de 60. ans. Il
avoit épousé Susanne- Therese le Noir , soeur de
Jean- Ch. Joseph le Noir, Lieutenant Particulier
du Châtelet de Paris , et en avoit en feuë Jeanne-
Therese- Antoinette Peletyer , fille unique ,
mariée le 26 Fevrier 1726 avec Louis- Anne
Seguier , Conseiller au Parlement de Paris , et
morte le 3. Juin 1734. laissant des enfans .
Le 18. Adrien - Louis de Thumery de Baissise
Prieur Commandataire de Saint Hilaire de Cassan
, en Poitou , Diocese de la Rochelle , qui
étoit paralytique depuis quelques années, mourut
à Paris dans la 59 année de son âge , étant
né le 25. Mai 1679. Il étoit second fils de Ger
main - Christophe de Thumery , Seigneur de
Boissise
a
3
2310 MERCURE DE FRANCE
*
Boissise , le Vé , &c. President en la seconde
Chambre du Parlement de Paris , mort le premier
Septembre 1714. et de Dame Magdeleine
le Tellier de Morsan , morte le 11. Decembre
1730.
"
Le 19. Antoine Huet , Seigneur d'Ambrun ¿
ancien Mestre de Camp de Cavalerie , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis, mourut
subitement au Château de la Ferté- Arnaud
chés le Duc de Saint Simon , à l'âge de 68. ans ,
Jaissant des enfans de Marie-Angelique Pecquot
de Saint Maurice sa seconde femme , fille de
Pierre Pecquot , Seigneur de Saint Maurice ,
Conseiller Honoraire en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris , et de Marie- Claude Dappougoy.
Il l'avoit épousée le 10. Septembre
1725. étant veuf d'Anne Froment , fille de Laurent
Froment de Villeneuve , Seigneur de Sucy,
Conseiller - Secretaire du Roi , et de ses Finances
, et de Marguerite Bellés . Il avoit été marié
avec cette premiere le 17. Fevrier 1719. elle
mourut sans enfans au mois d'Août 1724.
Le même jour N. Gigault de la Boul-
Laye , fils premier né de Charles-Bernardin- Godefroy
Gigault , Marquis de Bellefont et de la
Boullaye , Gouverneur des Château , Parc et
Gouvernement de Vincennes , et Colonel da
Regiment de la Marche , et de Dame Marie-
Susanne-Armande du Châtelet , mariés le 22 .
Juin 1733. mourut dans son sixième mois,étant
né le 2. Avril dernier.
Le 24. Guy Gueau de Pouancey " , Secretaire
General du Conseil de Commerce , mourut âgé
d'environ 68. ans , laissant veuve sans enfans
Anne Angelique de Fontettes , fille de feu Charles
de Fontettes , Chevalier , Seigneur de Vaule
4
main
OCTOBRE. 1737. 2312
main et de Lincourt dans le Vexin François , es
de Dame Anne- Louise de Boulainvilliers , dont
on a raporté la mort dans le Mercure de Fevrier
1736. P. 390.
Le 27. Dame Gilberte - Albertine Rosalie de
Gaucourt , épouse d'André - Abraham de Lescoux
, Seigneur de Saint Bohaire près de Blois ,
| et auparavant veuve du Seigneur de Salvert en
Auvergne , mourut à Paris âgée de 47. ans. Elle
étoit fille de feu Charles de Gaucourt , Lieutenant
de Roy en Berri , Seigneur de Cluys et de
Boüesses , dans la même Province , mort le 20.
Mai 1713. et d'Albertine Brigide de la Baume
Montrevel de Saint Martin .
*
Le 28. Dame Cdmée- Catherine- Baltasar de
Grandmaison , veuve depuis quelques mois d'Edme
Bonnet , Sieur de Saint Leger , Chevalier
de l'Ordre de Saint Lazare , Grand Maître des
Eaux et Forêts de France au département du
Poitou , Premier Valet de Chambre du feu
Duc d'Orleans , Regent , avec lequel elle
avoit été mariée le 15. Mai 1794. mourut à
Paris , laissant pour fille unique Edmée- Marie-
Jeanne Bonnet de Saint Leger , mariée avec
François Nicolas Raffy , Seigneur de Bazoncourt
, Conseiller , Maître d'Hôtel ordinaire du
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de Saing
Loüis , et ancien Capitaine de Cavalerie au Regiment
Royal Roussillon.
·
Mar- Le 6. Octobre , Jean Aimard Nicolai ,
quis de Goussainville , Seigneur d'Amy , Vilbourg
, Sove, &c. Premier Président honoraire
de la Chambre des Comptes de Paris.
mourut âgé de 79. ans. Il étoit le 7e de sa famille
, qui de Pere en Fils possedoit cette
Charge depuis Jean Nicolai , son se . Ayeul ,
qui
2312 MERCURE DE FRANCE
qui y fue reçu le 25. Octobre 1506. Il l'avoit
exercée pendant 48. années entieres , y ayant
été reçu le Mars 1686 et ne s'en étant démis
qu'au commencement d'Avril 1734. #l
avoit été dabord dans le Service mais ayant
perdu un Frere aîné en 1677; il prit le parti
de la Robe , et fut reçû Avocat Général en la
même Chambre le 27 Janvier 1680. Il avoir
épousé en premieres nôces , le 26. Juin 1690.
Marie- Catherine le Camus , morte âgée de 25.
ans , le 11 Mai 1696 , laquelle étoit Fille uni
que de Jean le Camus , Maître des Requêtes
honoraire de l'Hôtel du Roy , er Lieutenant
Civil du Châtelet de Paris , et de Marie- Cathe
rine du Jardin et 20% le 26. Novembre 1705.
Françoise-Elisabeth de Lamoignon , Fille de
Chrétien François de Lamoignon , Marquis
de Basville , President du Parlement de Paris ,
et de Marie- Jeanne Voysin. Cette derniere
mousut le 27. Avril 1733. dans la 55. année
de son âge . Il avoit cu de la premiere Antoine
Nicolas Nicolai , Marquis de Goussainville ,
Conseiller au Parlement de Paris , et reçûnen
survivance à la Charge de Premier Président
de la Chambre des Comptes , mort sans alliance
le 15. Juin 1731. dans la 3f. année de son
âge et Marie- Catherine » Elizabeth Nicolai ,
morte fille le 12 Octobre 17168 dans la 13.
année de son âge , le Président Nicolai laisse de
son second Mariage Marie Elizabeth Nicolai ,
née le 28. Janvier 1707 , et mariée le 23. Février
1723. avec Louis- Charles de la Châtre ,
Comte de Nançay , Gouverneur du Fort de
Pecquais en Languedoc , Colonel da Regi
ment de Bearn , et Brigadier des Armées de
Roy, tué à la bataille de Parme le 29. Juja
17330
OCTOBRE. 1737. 2313.
5733. Françoise- Christine Nicolai , née le re..
Février 1708. mariée le 9. Juillet 1725. avec
Michel de Forbin , Marquis de Janson , Gou
verneur d'Antibes , Mestre de Camp du Regiment
de Cavalerie de Bretagne , et Brigadier
des Armées du Roy ; Aimard- Jean Nicolai ,
Marquis de Goussainville, né le 10. Avril 17090-
d'abord Mestre de Camp d'un Regiment de
Dragons par Commission du 15. Août 1727.
et depuis reçû : Conseiller au Parlement de-
Paris , et Commissaire aux Requêres du Palais,
le troisiéme Août 1731. ec installé le cinquiéme
Avril 1734. par la démission de son Pere en
la Charge de Premier Président de la Chambre .
des Compres , à laquelle il avoit été reçu en
survivance le 18. Decembre 1731. Son Mariage
avec Magdeleine - Charlotte Guillelmine- Leontine
de Vintimille du Luc est raporté dans le
Mercure de Mars 1733. pag. 609. Il en a
deur garçons Antoine Chrétien Nicolai ,
Chevalier de Malthe , né le 12. Novembre
1711. Mestre de Camp du Regiment de Dra…."
gons de Nicolai , à la place de son Frere , par-
Commission du 2. Juillet 1731 , et Aimard-
Chretien François- Michel Nicolai , destiné às
Etat Ecclésiastique , et qui est encore aux
Etudes.
Le 7 François Coquebert , Ecuyer , Seigneur
de Montbret , mourut subitement d'une
attaque d'apoplexie à Soisy-sur- Estiolle. Il étoit
fils aîné de feu Jean- Baptise Coquebert , Scigneur
de Montbret , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris, mort le 17. kés
vrier 1711. et de défunte Marie Roland , morte
le 30. Janvier 1745. Il laisse de feuë Charlotte--
Herbinot , sa premiere femme , morte le 185 .
• Avril
2314 MERCURE DE FRANCE
Avril 1713. à l'âge de 35. ans . et fille de Fran â
çois Herbinot , Conseiller au Châtelet de Paris ,
et de Charlotte Cousinet , 2. fils , dont l'aîné est
Auditeur en la Chambre des Comptes de Paris.
Le Défunr étoit cousin germain maternel de feu
Nicolas- Jérôme de Paris , Conseiller au Parlement
de Paris , dont la mort est raportée dans
le Mercure du mois d'Août dernier , p . 1889 .
Le même jour Denis du Val , Prêtre, Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maison
Royale de Navarre , du 17. Avtil 1714. et
Curé de la Paroisse de S. Hypolite au Fauxbourg
S. Marceau , depuis 1733. mourut dans
son Presbitere , âgé de s§ . ans ; les Chanoines de
Notre-Dame se rendirent le lendemain matin à
S. Hypolite pour l'enterrer , comme étant un des
Beneficiers de leur Eglise.
Le 11. Charles - Gabriel Bory , Ecuyer , Chevalier-
Commandeur des Ordres de Notre- Dame
du Mont Carmel et de S. Lazare de Jerusalem ,
Grand-Maître des Eaux et Forêts de France att
Département d'Orleans et de Montargis, et Lieut
tenant de Roy au Gouvernement du Comté de
Bourgogne , mourut subitement à Paris , âgé
d'environ 55. ans. Il étoit fils de feu Pierre Bory,
Conseiller- Secretaire du Roy , Maison Couronne
de France et de ses Finances , Contrôleur Ge
neral des Restes de la Chambre des Comptes et
Bons d'Etat du Conseil de S. M. et auparavant
Avocat au Conseil , et de Catherine Apoil ; et il
avoit été marié le Novembre 1715. avec
Jeanne Flory de Lessart , fille d'André Flory ,
Seigneur de Lessart , Trésorier de France , et
General des Finances au Bureau de la Generalité
de Paris , et d'Andrée Charlotte Huet ; il en
Jaisse des enfans. $
La
OCTOBRE. 1737. 2375
Le 12. D. Marie - Anne de la Vergne de Guille .
vagues, Dime du Palais de feuë Madame la Dauphine
, Mere du Roy , et veuve depuis le 17 .
Mars 1728. de Gabriël - Claude d'O , Marquis,
d'O, et de Franconville, Chevalier Grand - Croixde
l'Ordre Militairé de S. Louis , Lieutenant Ge«.
neral des Armées Navales du Roy , Menin de
feu Monseigneur le Dauphin , Pere du Roy , ets
Premier Gentilhomme de la Chambre du Comte
de Toulouse , dont il avoit été Gouverneur
mourut à Paris , âgée d'environ 80. ans . Elle ,
étoit fille de feu Gabriel-Joseph de la Vergne ,
Seigneur Comte de Guilleragues , Premier Président
en la Cour des Aydes du Parlem.nt de
Bourdeaux , Secretaire de la Chambre et du Ca→
binet du Roy Louis XIV. et son Ambassadeur à
la Porte Ottomane , et de D.Anne-Marie de Pontac
. Elle avoit été mariée avec le feu Marquis
d'O , le 14 Janvier 1686. à Galata de Constan
tinople pendant l'Ambassade de son Pere . Elle,
avoit cû pour enfans Marie- Anne d'O, née à Paris
le 14 Octobre 1687. mariée le 15. Avril 1705.
avec François d'Espinay , Marquis de Boisgue .
roult , faite Dame d'Atours de S. A. R. la Du
cesse d'Orleans en 1718. et morte le 4. Avril
1727. dans la 40. année de son âge ; Gabrielle-
Françoise d'O , mariée à l'âge de 17. ans le 7.
Avril 1706. avec Pierre - Gaspard de Clermont
d'Amboise , Marquis de Gallerande , aujour
d'hui Chevalier des Ordres du Roy et Premier
Ecuyer du Duc d'Orleans ( après la mort de la
Marquise d'Espinay , sa soeur , elle fut faite Da-,
me d'Atours de la Duchesse d'Orleans , dont
elle étoit Dame d'Accompagnement ) et Gabriel-
Simon d'O , Marquis d'O , Colonel-Lieutenant
du Régiment de Toulouse , Infanterie ,
et
2316 MERCURE DE FRANCE
set Brigadier des Armées du Roy , mort le 27.
Octobre 1734. dans la 37. année de son âge , étant
euf d'Anne - Louise de Madaillan de Lesparre
de Lassay , morte le 2. Octobre 1723. dans la
27. année de son âge , ayant eû d'elle Adélaïde-
Genevieve Félicité d'O qui fut mariée le 27.
Août 1731. avec Louis de Brancas , Duc de Lauraguais
, Pair de France , fait Colonel du Régiment
d'Artois en 1734. Elle mourut âgée de 19.
ans le 26. Août 1735. 12. jours après être accouchée
heureusement d'un fils , comme on l'a
raporté dans le temps.
On a omis de marquer en son temps l'Article
qui suit : Louis-Joseph , Comte de Beaumont, Marquis
d'Autichamp , Seigneur de la Roche Saint
Rambert &c. reçû en survivance à la Charge de
Lieutenant de Roy des Ville et Château d'Angers
, fils d'Antoine de Beaumont , et de défunte
D. Jeanne Olympe Dinet de Maudifray , èpousa
le 26. Juin 1737. D. Celestine -Perrine Locquer
de Grandville , fille de Charles Locquet,
Seigneur de Grandville , &c. et de D. Marie-
Celeste Gaubert.
Le 2. Septembre Messire Jean- Gabriel de la
Porte du Theil , Conseiller du Roy en ses Conseils
, Secretaire de la Chambre et du Cabinet de
Sa Majesté, et cy- devant son Ministre Pléniporentiaire
près l'Empereur épousa Dile Jeanne-Benjamine
Angelique Faucard de Beauchamp , fille
de Messire Antoine - François Faucard de Beauchamp
, Conseiller du Roy , Maître ordinaire en
sa Chambre des Comptes de Bretagne et de D.
Magdeleine Berthelier.
10
TABLE.
IECES FUGITIVES. L'Esprit fort , Ode, 2108
P Discours sur les avantages que le mérite tire
de l'envie ,
Madrigal ,
2110
2.118
Lettre sur la Taille de la Pierre , guérison remarquable
,
Epigramme ,
2119
2122
Questions singulieres, jugées au Parlement, 2 123
Vers à Mlle ,
Suite d'une Lettre sur la Peinture , & c.
2133
2134
Caracteres du Giorgion , d'André Schiavon et
du Bassan ,
L'Aigle et le Rossigol , Fable
2136
2144
Lettre au sujet des Oiseaux de Passage, &c. 2145
Sur les mauvais Livres , Parodie du Sonnet , Tos
qui meurs , &c.. 2155
Lettre sur le Plan de l'Histoire generale des Maladies
, et Réponse , &c. 2156
Bouquet , 2180
Lettre de M. de Ramainvilliers au R. P.
Poisson , ibid.
Epitre en Vers ,
2184
Lettre sur l'Art Militaire , 2186
Madrigal , 2195
Lettre sur les Ouvrages de M.de Marivaux, 2196
Experiences Physiques sur le Lait ,
Enigme , Logogryphes , & c.
2202
2207
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,
&c. 2211
Transactions Philosophiques de la Societé Royale
de Londres , traduites en François , & c 2217
Les Caracteres de Thalie, Comédie nouvelle, 2228
Entretiens Litteraires et galans , 2231
La
La Conquête de la sainte Couronne par S. Loui
Poëme , 2235
Table Chronologique des Opera , & c . 2240
La Crusca Provenzale , & c. 2241
Les Plaisirs Champêtres , &c. 2243
Estampes nouvelles , 2244
Chanson notée , 2247
Spectacles, Lettre sur l'Ecole de l'Hymen , 2248
Extrait de la Tragédie d'Achille , &c.
Les Elemens , Symphonie et Ballet ,
2259
2266
L'Opera Comique , et Couplets , &c. 2267
Nouvelles Etrangeres , Lettre de Constantinople,
&c. 2269
De Russie , de Pologne et Allemagne , 2272
D'Italie , & c. 2280
Edit publié à Florence
2282
D'Espagne , et Lettre du Méxique , 2289
Grande Bretagne et Loraine , 2290
Morts des Pays Etrangers , 2293
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 2295
Attaque d'un Fort construit à S. Cloud , 2299
Morts , Naissances et Mariages ,
Errata de Septembre.
Age 1901. ligne 10. Saint , lisés Pieur.
PP. 2020. 1. 30. de Paris , l. de Nimes.
1.
P. 2097 l. 5. le , l. ce.
Fantes à corriger dans ce Livre.
2305
Age 2181. ligne 2. du bas , si voulez , lisez
si vous voulez . PA
·P. 2235. 1. 2. se vend , l. se vendra,
La Chanson notée doit regarder la page 2247
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le