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1737, 07-08
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MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1737-
SPARGIT
QURICOLLIGITS
Chés.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
385201 A VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN UNDATIONS
LA
و
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
P'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Ini indiquera,
PRIX XXX, SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET. 1737.
************* *******
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
LES FOUR MIS,
I DILLE.
Par M. Chabaud , de l'Oratoire.
D
Iligentes Fourmis, prévoyans Ania
maux ,
Que j'aime à contempler l'ardeur
de vos travaux !
ux loix de votre instinct vous n'êtes point rebelles
;
A ij Tandis
1470 MERCURE
DE FRANCE
Tandis qu'à la raison nous sommes infidelles .
Quand la blonde Cerès a jauni ses moissons,
En foule vous quittez vos obscures maisons.
Durant cet heureux temps ,pour vous si favorable
Vous courez au travail d'un pas infatigable ;
On ne vous vit jamais dans ces jours précieux ,
Sensibles aux douceurs d'un repos captieux.
Mais ,pour nous , insensés,durant la fleur de l'âge
Des ans et des hyvers sans craindre le ravage ,
Dans le sein du repos , dans le sein du plaisir ,
Nous osons prodiguer un précieux loisir.
la vieilless Ah! que ne songeons - nous,avant que
Ait métamorphosé
notre force en foiblesse
A former notre esprit , à munir notre corps
Pour pouvoir soûtenir ses terribles efforts !
intraitabl La vieillesse est pour nous un tyran
Elle nous fait porter un joug qui nous accable.
Oui, l'Epoux d'Orithie et les fougueux Autans
Font moins de mal aux fruits qu'à nous le poid
des ans.
Notre vigueur se perd, notre beauté s'efface ,
Notre esprit s'obscurcit , et notre sang se glace,
Ce Rayon émané de la Divinité ,
La raison ne luit plus dans la caducité ;
Notre corps déperit , cette frêle machine ,
Après cinquante hyvers , penche vers sa ruine
Nous pourions cependant écarter tant de maux,
Si nous vous imitions , innocens Animaux ,
* Vents dangereux.
JUILLET. 1937 1478
i sous le joug des Loix courbant son col docile
,
L'Homme ne vivoit point dans un repos sterile.
Au Printemps de son âge , esclave des plaisirs,
Il use sa santé pour suivre ses desirs .
Que n'est-il convaincu que ces belles journées
A l'Etude des Arts doivent être données !
Que c'est alors pour lui le temps de recueillir!
Qu'il doit à son esprit le soin de l'embellir !
E: que loin du sentier des excès er des vices ,
Il doit de la Vertu cherir les exercices !
L'Age mûr nous arrache aux erreurs du Printemps
:
Mais de nouveaux desirs deviennent nos tyrans .
De ses besoins naïssans la voix trop importune
Sollicite l'Avare à suivre la Fortune.
Rien n'étanche sa soif : rien n'arrêté ses pas.
Cette soif le conduit aux plus lointains climats.
Jouer de sa fureur, malheureux , il immolè
Son repos, l'honneur même à sa nouvelle idole
Son trafic usuraire apauvrit l'Orphelin ,
Qui gémit oprimé , mais qui gémit en vain."
Loin de suivre les loix du simple nécessaire ,
Sans relâche il accroît ses tresors , sa misere.
Ses biens sont moins pour lui que pour ses Héa
ritiers.
Pour vous , sages Fourmis , remplissant vos
greniers ,
Vous voulez seulement combattre l'indigence,
A iij
E
1472 MERCURE DE FRANCE
Et non que vos enfans vivent dans l'abondance
Sans se voir obligés à courir dans les champs ,
Pour faire aux Laboureurs des larcins innocens
Ces vols industrieux n'apauvrissent personne ,
Le grain que vous prenez , le Maître vous le
donne ;
Il admire étonné l'ordre de vos convois ,
Quand , chargés de butin , vous regagnez vo☛
toîts.
Il reçoit à l'instant le prix de sa sagesse ,
En observant de près votre innocente adresse.
De glu , quand vous craignez un triste éboulement
,
Vous enduisez la terre, ainsi que d'un ciment.
Vos petits magazins, d'une aimable structure ,
De vos foibles enfans enserrent la pâture ;
Un double toît défend aux eaux d'y pénétrer,
Comme les pucerons, tout grain y peut entrer.
Vos heureux Nourrissons trouvent dès leur nais
sance ,
Tout l'Etat attentif aux soins de leur enfance.
Helas ! qu'il s'en faut bien que notre Nation
N'ait pour nos Rejettons la même attention .
Lorsqu'une d'entre vous dans son ardeur s'efforce
De traîner une masse inégale à sa force,
Celles qui de sa peine ont été les témoins ,
Volent à son secours et partagent ses soins .
Heureux les Citoyens de votre République !
Le bien commun est seul l'interêr qui les pique,
Et
JUILLET.
1473
1737
Et le luxe et l'envie accredités chés nous ,
N'ont point encor trouvé d'azile parmi vous
Le vice a respecté vos retraites heureuses :
Vous n'avez à punir que quelques paresseuses ;
Paresseuses ..
... mais non quelque retardement
Doit- il leur attirer ce nom , ce traitement ?
Daignez à leur égard vous montrer moins
cruelles ,
Nous loûtrions un Mortel , s'il travailloit com◄
me elles .
Les loix que la Nature eut soin de vous dicter,
Vous les suivez encor sans y rien ajoûter.
Pour nous , nous gémissons sous cet amas funeste
De Coûtumes, de Loix , de Codes, de Digestes ;
Sous vos toîts souterrains regnent l'égalité ,
L'innocence , la paix et la frugalité.
Les vices oposés , qui désolent la terre
Livrent à ces vertus une éternelle guerre.
Des Brigands affamés les nocturnes assauts
Ne vous enlevent point le fruit de vos travaux.
Yos nuits , sans que le Guet chés vous fasse la
ronde ,
Coulent , comme vos jours dans une pair proj
fonde.
Gardez-vous d'envier le destin des Humains ,
Jamais les jours pour eux ne se levent sereins.
Leurs plaisirs sont trompeurs , et leurs douleurs
sinctics.
A iiij La
1474 MERCURE DE FRANCE
La mort n'est pas toujours la fin de leurs mi
seres ;
S'ils vivent à la fois criminels , malheureux ,
Ils meurent pour subir des châtimens affreux.
LETTRE du R. P. le Pelletier , Chanoine
Regulier , sur les Largesses des Romains
, écrite à M ***
Es charités que vous répandez ,
Monsieur, dans le sein des Pauvres
avec autant de liberalité que de sagesse ,
rapellent en ma mémoire les largesses
des Magistrats et des Empereurs Romains.
En les imitant, vous les surpassez
Infiniment par le motif d'une grandeur
d'ame vraiment Chrétienne , ainsi je n'ai
garde de vous comparer à eux de ce côté
là on sçait que la source de leurs largesses
étoit ou une compassion toute humaine
, ou la vanité ,
ou un interêr particulier
, qui souvent étoit contraire à
Finterêt de la République . Ces recherches
pouront fournir aux sçavantes conversations
qui font aborder chés vous un
grand nombre de Personnes curieuses
et qui en éloignent certaines Gens dont
l'esprit vain et superficiel a horreur de
tout
JUILLET. 1737. 1479.
Yout ce qui regarde lErudition .
Mon dessein est de ne parler que des
liberalités qui étoient publiques et ordinaires
: J'en trouve le commencement
dans la Loy de Caius Gracchus , Tribun
du Peuple, qui ordonna qu'on distribuât
au Peuple du bled à très vil prix. Cette
Loy , qui tendoit à diminuer l'autorité
du Senat , et à augmenter celle des Tri
buns , reçut de grandes contradictions .
On se plaignoit qu'elle épuisoit le Tresor
Public , et qu'elle feroit tomber le
Peuple dar.s là paresse. Ciceron loüe M.
Octavius d'avoir modéré et rendu suportable
la Loy de Gracchus , qu'il apel
le Sembronienne : C.Saturninus ne laissa
·
pas de retablir cette Loy malgré les opo.
sitlons de ses Collegues et du Senat :
mais quelles plaintesfne dût- on pas faire de
la liberalité du Tribun Clodius , qui dư
consentement des Consuls , fit distribuer"
gratuitement le bled au Peuple ? Ciceron
lui reproche d'avoir ôté par sa Loy
à la République presque la cinquième
partie des impositions qu'elle avoit coû
tume de lever ; la chose cependant en
demeură -là jusqu'au renversement entier
de l'Empire Romain. On se contenta de
faire de temps en temps des Loix pour
regler ces largesses.
Av Liec
1476 MERCURE DE FRANCE
Le nombre de ceux à qui on distri
buoit du bled , sous J. César, étant monté
indiscretement jusqu'à 3 20. mille
Hommes , il voulut qu'on n'en donnâɛ
qu'à 150. mille. Il y avoit à craindre que
le Peuple se reposant trop sur ces largesses
ne négligeât l'Agriculture , et que
cela ne causât la disette de bled. C'est ce
qui donna la pensée à Auguste d'abolir
entierement ces distributions publiques ;
il n'executa point son dessein , prévoyant
que l'amour de la gloire et l'envie de
s'attirer l'amitié du Peuple les feroit un
jour rétablir ; il se fit même honneur de
faire monter ceux à qui on donnoit du
bled à plus de 200. mille Hommes. Ce
nombre ne faisoit que la vingtiéme partie
des Citoyens Romains , puisque dans
ce temps-là on y comptoit jusqu'à quatre
millions d'Habitans. Cette affluence
de Citoyens à Rome, faisoit que le reste
de l'Italie étoit désert ; le dénombrement
entier de tous les Citoyens
Romains répandus dans tout l'Empire
n'alloit au plus sous Auguste qu'à
4077000.
Ces distributions se faisoient tous les
mois,ou même dans la suite tous les jours:
des Officiers destinés en particulier à cette
fonction, donnoient de certaines marques
pour
JUILLET. 1737-1477
pour
aller ensuite chercher du bled , ou
au lieu de bled du pain , comme on voit
que c'étoit déja l'usage du temps d'Aurelien.
Ce pain se distribuoit en differens
lieux élevés de la Ville de Rome.
Tibere, Trajan et les autres Empereurs
étendirent tellement les largesses publiques
dont nous parlons , que non seulement
les petits Enfans , mais les Affranchis
et les Criminels même y avoient
part. La cruauté dont on accuse Aurelien
, ne l'empêcha pas d'être sensible
aux besoins du Peuple : au moins , il fit
gloire d'augmenter les distributions publiques
d'une once ; ainsi il paroît qu'on
donna depuis ce temps - là au Peuple chaque
jour deux livres de pain. On augmenta
de même la distribution d'huile ,
dont l'établissement perpetuel est dû à
l'Empereur Sévere. Outre cela Aurelien
fit distribuer au Peuple de la viande de
Porc , ce qui continuoit au temps de Vopisque
, qui écrivoit l'Histoire d'Aurelien
vers l'an 306. Le même Empereur
voulut encore se rendre agréable au Peu
ple en lui donnant du vin gratuitement ,
mais la mort prévint l'execution de son
dessein , ou , selon d'autres , il en fut détourné
par le Préfet du Prétoire , qui lui
dit que si on donnoit du vin au Peuple
A vj Romain
1478 MERCURE DE FRANCE
Romain, il ne restoit plus qu'à lui donner
des Poulets et des Oyes . Ce Pain que'
faisoit distribuer Aurelien étoit de pure
farine ; mais du tems de Valentinien premier
, il étoit sale et bis , du poids de
so. onces. Ce Prince ordonna de faire des
Pains de pur Froment , et d'en distribuer
gratuitement. 36. onces , c'est- à - dire
trois livres Romaines , à ceux d'entre le
Peuple dont le nom étoit marqué dans
les Tables publiques.
Le grand Constantin signala sa liberalité
pardes Loix dignes d'un Prince Chrétiens
je parle de celles par lesquelles il
ordonne au Vicaire du Préfet du Prétoire
, anx Gouverneurs et autres Officiers
des Finances d'entretenir aux dépens du
Tresor public , et de ses propres Revenus
, les Enfans dont les Párens pauvres :
étoient embarrassés . Les Empereurs Trajan
, Adrien et Antonin n'avoient point
poussé si loin leur attention ; ils s'étoient
Contentés de comprendre les Enfans dans
les Largesses publiques. Les libéralités
de ces Princes ne regardoient pas seulement
Rome , comme celles dont nous:
avons parlé ; mais elles étoient aussi pour
l'Italie et l'Afrique. L'intention de Trajan
, de Constantin et des autres Empe--
eurs étoit d'empêcher que les Paren
r
n'exposasse ty
JUILLET. 1737. 1479'
'exposassent , ou ne vendissent, ou mê
me ne tuassent les Enfans , qu'ils ne pouvoient
nourrir ni vétir ; ils vouloient ausst
par- là élever des hommes qui aimassent
d'autant plus l'Etat, qu'ils lui auroient
de si grandes obligations . Cons
tantin ayant bâti la Ville de Constantinople
voulut la rendre aussi celebre que
Pancienne Rome : les Bâtimens et les
Eglises qu'il y fit bâtir , le Senat qu'il y'
établit , les Statuts dont il orna să nouvelle
Ville , lui promettoient de la voir
bientôt surpasser en magnificence et en
splendeur Rome même : cela dut d'autant
plus humilier ces superbesRomains , qu'u
ne partie des Ornemens de Constantinople
étoit les dépouilles de leur Métropo
fe . Ils se virent même privés d'une partie
du Bled qui n'étoit avant ce temps - là des
tiné que pour Rome. L'Orient et l'Egypte
devoient , selon les Loix nouvelles de
Constantin aporter leur Bled à Constantinople
, et l'Afrique seule continua de'
porter son Bled à Rome. On peut juger
par là combien les distributions ordinaires
et gratuites de Pain , en faveur du
Peuple Romain diminuerent . Constantinople
au contraire étoit comblé de fa-
Veurs: Constantin y faisoit distribuer au
Peuple tous les jours du Pain , et outre
ccla
F450 MERCURE DE FRANCE
cela du Vin , de la Viande, de l'huile et
du Bled. Ce qui continuoit encore au 15 .
Siècle. Lorsqu'il arrivoit à Constantinople
des disettes de Pain , les Empereurs y
aportoient un prompt
remede par la sagesse
de leurs Loix. Valentinien , comme
nous avons déja vu , et les Empereurs
suivans firent aussi plusieurs Loix , afin
qu'on ne manquât pas de bled à Rome, et
qu'on en donnât une certaine quantité au
Peuple.
La chute de l'Empire Romain fit cesa
ser les liberalités publiques : on voit cependant
encore une de ces distributions
gratuites faite par ordre de Theodoric,
Roy des Ostrogots , et ensuite d'Italie à
la fin du cinquième Siècle de l'Eglise.
L'Auteur n'a pas manqué d'indiquer
par tout les differentes sources dans lesquelles
il a puisé tous les Fairs qu'il raporte
dans sa Dissertation , ce qui a produit
un fort grand nombre de citations :
mais il nous a été impossible de les imprimer
en marge. Elles autoient presque
absorbé le texte , sur quoi nous prions les
Auteurs à longues et frequentes citations ,
de vouloir bien à l'avenir les faire entrer
dans le texte même , en les enchassant à
propos ,
ou en les mettant à la fin de
chaque Article , & c.
EPITRE
JUILLE I. 1737. 1481
EPITRE
Sur le Poëme suivant à M***
Mon
On auguste Mecene , accepte cet homë
mage 3
Abaisse tes- regards sur ce timide Ouvrage ,
Qu'un travail assidu s'éforca de polit ,
Et qu'à toi seul enfin ma Muse veut offrir.
Du Phenix sur sa Lyre elle a chanté l'Histoire
Si son stile te plaît , c'est assés pour sa gloire:
Le suffrage *** par ta bouche dicté ,
Me promettra celui de la Posterité ,•
Pourai-je mériter ce succès favorable,
Je ne m'en fate pas , ma Muse est équitable ,.
Je connois que le Dieu qui nâquit à Delos
Ne m'a jamais conduit , près des bords de cess
Eaux ,
Où l'on trouve ces Fleurs , ce Fen , cette Har
monic ,
Qui donnent à la rime , etla force et la vie
** Rien dans mes Vers n'est digne de ton Nom
1
Le desir de te plaire est mon seul Apollon.
LE
1481 MERCURE DE FRANCE
LE PHENIX..
Près de
POEME..
Rès de ces bords rians , où l'Aurore naissante
Chasse du front des Cieux la nuit qu'elle épous
vante ,
Lorsque, las du repos, le brûlant Dieu du jour
Sort des bras d'Amphitrite , et commence son
tour
S'éleve une Forêt à ce Dieu consacrée ;
Deux Dragons aux Mortels en défendent l'ens
trée ,
Forêt , où le Printemps , prodiguant ses faveurs ;
Aux baisers des Zephirs abandonne les Fleurs-
Où revit l'Age d'Or , où le froid sagitaire
Ne couvre point les Champs des fruits de sa co◄
lere ,
Où le Vainqueur de l'Inde et dès sombres soucis
,
Arróse de sa main ses Tyrses reverdis , :
Où Pomone et Cerès , de roses couronnées.
Font renaître à l'envi de fertiles années ,
Dans ce lieu fortuné dans ce climat seräin ,
Regne l'heureux Phenix par Arrêt du destin ;
Il vit en méprisant les secours salutaires -
Des Alimens divers aux :) x humains necessaires ";
Lee
JUILLET. 1737. 1483
Le Dieu de la clarté chaque jour, de son corps;
Anime , fait mouvoir les durables ressorts ;
Sur sa tête jamais l'inconstante nature ,
Ne répand le poison des maux que l'Homme endure
;
Protegés par le Ciel ,ses jours coulent heureux 5
Dans le sein des plaisirs tout surpasse ses voeux.
Calliope, descends du Mont de l'Aonie ;
De ses liens cachés délivre mon genie ;
Pénetre mon pinceau de tes vives ardeurs;
Et seme mes Ecrits de tes plus nobles Fleurs ,
Fais , dis-je, que sans peine au Temple de Még
moire
De l'Oiseau que je chante on reçoive l'Histoire-
Du Phenix le plumage a diverses beautés ;
Plus on le considere et plus les yeux Autés
Rencontrent de couleurs rares et mémorables,
Qui plaisent par l'accord des Nuances aimables.
Je dois avertir le Lecteur que quelques
endroits de ce Poëme sont faits à
Fimitation de celui de Claudien qui com
mence par ces Vers .
Oceani summo circumfluus aquora Lucus
Trans Indos Eurumque viret , &c..
De l'yvoire son bec éface la blancheur ;
De la pourpre ses pieds étalent la couleur ;
1484 MERCURE DE FRANCE
Ses yeux jettent un feu qui n'est pas moins ter
rible ,
Que les éclairs suivis du Tonerre nuisible ;
Et ses aîles du Ciel parcourent les Deserts ,
Plus vite que Borée échapé de ses fers :
Cet Oiseau ne doit pas et son sort , et sa vie ,
A la fecondité d'une Mere cherie ;
De ses jours reproduits il est lui - même Auteur ,
Lui-même en périssant recouvre sa vigueur ;
Ees Cyprès de la Mort , ces sources de nos lar
mes ,
Changés en des lauriers n'ont pour lui que des
charmes.
Lorsque l'Astre enflammé qui regle les Saisons
A fait cent fois le tour de ses douze Maisons ,
Le Phenix chancelant sous le poids des années ,
Voit enfin déperir ses Roses consternées.
Le plaisir , l'enjoû ment s'envolent loin de lui,
Et livrent sa Vieillesse aux rigueurs de l'ennui ;
Il change ; telle on voit une Fille de Flore ,
Qui remplit la Campagne au lever de l'Aurore
De Parfums précieux , et des legers Zephirs ,
S'attire les regards , les voeux et les soupirs ,
Vers le soir se fléttir , et sa tête accablée
Se pancher tristement sur la Terre brûlée ,
Ainsi l'Oiseau divin , se desseche , pálit ,
L'espoir d'un sort plus doux , le soutient , le
1
nou rrit
Rapel
JUILLET. 1737. 1485
Rapellant sans tarder , ses forces épuisées ,
Et se servant encor de ses aîles lassées
Il se leve , il fend l'Air ; rempli de son dessein ,
Il adresse son vol vers le côteau prochain ;
Là , son bec ramassant des branches dessechées
Par le soufle du temps des Arbres arrachées ,
Forme , éleve un Bucher ; dépouillé de frayeur,
Il apelle la Mort , sûr d'en être Vainqueur ;
Là , de sa voix tremblante il fait encor usage ;
Au Dieu qui nous éclaire , il offre cet hommage
Implore son secours , dans sa seule bonté
Fonde le doux espoir de sa felicité.
Le Soleil élevé sur son char de lumiere
Du Phenix affoibli reçoit l'humble priere ,
Arrête ses coursiers , et prononce ces mots
Que reperent au loin les bouches des échos :-
Toi , qui sur ce Bucher immolant ta Viellesse
» Vois éclore les Fleurs d'une aimable jeunesse ,
Phenix , Ami des Dieux , reprends un Corps
nouveau ;
" Pour revivre,descends dans l'horreur du tom
beau :
Il dit , et par son ordre un rayon favorable ,
Sorti du sein brûlant de son char redoutable ,
Vole , atteint le bucher, l'enflamme , le détruit
L'Oiseau semble couvert de l'éternelle nuit ;
Dans ce moment fatal , on sent trembler la terre,
Et les Airs sont troublés par le bruit du Ton
nerre
;
La
1484 MERCURE
DE FRANCE
Ses yeux jettent un feu qui n'est pas moins terrible
,
Que les éclairs suivis du Tonerre nuisible ;
Et ses aîles du Ciel parcourent les Deserts ,
Plus vite que Borée échapé de ses fers :
Cet Oiseau ne doit pas et son sort , et sa vie ,
A la fecondité d'une Mere cherie ;
De ses jours reproduits il est lui- même Auteur
Lui-même en périssant recouvre sa vigueur ;
Les Cyprès de la Mort , ces sources de nos lar
mes ,
Changés en des lauriers n'ont pour
charmes.
lui que des
Lorsque l'Astre enflammé qui regle les Saisons
A fait cent fois le tour de ses douze Maisons ,
Le Phenix chancelant sous le poids des années ,
Voit enfin déperir ses Roses consternées.
Le plaisir , l'enjoû ment s'envolent loin de lui ,
Et livrent sa Vieillesse aux rigueurs de l'ennui ;
Il change ; telle on voit une Fille de Flore ,
Qui remplit la Campagne au lever de l'Aurore
De Parfums précieux , et des legers Zephirs ,
S'attire les regards , les voeux et les soupirs,
Vers le soir se fléttir , et sa tête accablée
Se pancher tristement sur la Terre brûlée ,
Ainsi l'Oiseau divin , se desseche , pâlit ,
L'espoir d'un sort plus doux , le soutient ,le
nou rrit
Rapel
JUILLET. 1737. 1485
Kapellant sans tarder , ses forces épuisées ,
Et se servant encor de ses aîles lassées ,
El se leve , il fend l'Air ; rempli de son dessein
Il adresse son vol vers le côteau prochain ;
Là , son bec ramassant des branches dessechées,
Par le soufle du temps des Arbres arrachées ,
Forme , éleve un Bucher ; dépouillé de frayeur,
Il apelle la Mort , sûr d'en être Vainqueur ;
Là , de sa voix tremblante il fait encor usage ;
Au Dieu qui nous éclaire , il offre cet hommage
Implore son secours , dans sa seule bonté
Fonde le doux espoir de sa felicité.
Le Soleil élevé sur son char de lumiere
Du Phenix affoibli reçoit l'humble priere ,
Arrête ses coursiers , et prononce ces mots ,
Que reperent au loin les bouches des échos :-
Toi , qui sur ce Bucher immolant ta Viellesse
»Vois éclore les Fleurs d'une aimable jeunesse ,
Phenix , Ami des Dieux , reprends un Corps
nouveau ;
» Pour revivre, descends dans l'horreur du tom◄
beau :
Il dit , et par son ordre un rayon favorable ,
Sorti du sein brûlant de son char redoutable ,
Vole , atteint le bucher, l'enflamme , le détruit
L'Oiseau semble couvert de l'éternelle nuit ;
Dans ce moment fatal , on sent trembler la terre,
Et les Airs sont troublés par le bruit du Ton
nerre ;
La
1486 MFR CURE DE FRANCE
La Nature soupire , elle craint que ce jour
Ne moissonne à jamais l'objet de son amour.
Bientô: elle se voit de crainte delivrée ,
Par un souris flateur du Dieu de l'Empirée ,
De ce Dieu qui sans cesse , avec la même loy ››
Juge , condamne, absout , et l'esclave et le Roy
La cendre que l'Oiseau produit par sa ruine
Renferme pour lui seul une source divine ,
Qui verse un jeune sang par de secrets canaux »
Dans son corps renaissant,orné d'apas nouveaux.
Les Habitans de l'air en voyant reparoître
Cer Oiseau que le Ciel leur a donné pour Mai
tre ,
Cessent de s'affliger , rendent graces aux Dieux ✔
La Forêt retentit d'un chant harmonieux ;
Le Phenix penetré d'un respect estimable
Ramasse les débris de sa cendre adorable ,
* Il couvre ce tresor d'un voile précieux ,
Et le porte soudain dans ce Pays heureux ,
Qu le Ciel , répandant une douce influence ,
Pare le front des Prés d'une moisson immense
De l'Encens , qui , brûlé sur les Sacrés Autels ,
Rachete les forfaits des coupables mortels.
Dans ces lieux est construit un Temple de vera
dure ,
Qui doit ses fondemens aux mains de la Natureg
Au fond du sanctuaire un Autel écarté
Soutient le Dieu du jour en Or répresenté ;
C'est
JUILLET. 1737 1487
C'est là, que le Phenix vient immoler ses restes,
Qui sont anéantis par les fummes celestes.
Par M. Last , à Aix.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Alby
le 27. May 1737. par M. l'Abbé de
Panat de Peyrabrune , Auteur de l'Ode
qui suit,
J
E vous envoye , M. une Ode que j'ai
composée à l'occasion d'une nouvelle
Orgue que M. l'Archevêque d'Alby
vient de faire construire dans son Eglise
Metropolitaine de Ste . Cécile . L'Auteur
est le Sieur Christophe Moncherel , de
Toul en Lorraine , déja fort connu par
d'autres Ouvrages de cette espece ; ses
Talens ne se bornent pas là , il est aussi
Fondeur de Caracteres d'Imprimerie ,
et Inventeur d'une maniere nouvelle de
Moules , avec lesquels il peut fondre trois
Caracteres à la fois , au lieu que les Moules
ordinaires n'en rendent qu'un ; il
tourne de plus dans la derniere perfection
, possede l'Architecture et travaille
en Ménuiserie. Nous avons vû ici les
preuves les plus convaincantes de tous
SCs
488 MERCURE DE FRANCE
ses Talens . Pour l'Orgue de notre Eglise ,
des Connoisseurs qui ont beaucoup voyagé
, et qui l'ont vuë , assurent qu'elle est
Ta plus belle qui soit en France , pour la
perspective , le Dessein , la Sculpture , et
l'une des meilleures pour l'Harmonie.
C'est un double seize pieds ; le grand Corps
a cinquante pieds de large et autant de
hauteur : elle a neuf tourelles , et huic
faces plates. Le positif est un huit pieds
et a vingt - cinq pieds de large , cinq
tourelles et six doubles faces plates.
Elle a été entierement construite en
moins de deux ans. Je suis persuadé
M. que vous vous ferez un plaisir de faire
connoître un homme de ce mérite, & c.
ODE.
SUR la nouvelle Orgue de l'Eglise Metropolitaine
d'Alby , construite par l'ordre
de M. Pierre- Armand de Lacroix de
Castries , Commandeur de l'Ordre du
Saint Esprit , Archevêque et Seigneur
d'Alby.
Q
Uel bruit quelle douce harmonie
Flate , éleve , enchante mes sens l
Euterpe ,
JUILLET.
1489 1737.
Euterpe , Clyo , Polymnie ,
Suspendez vos sons ravissans ;
Dans le doux transport qui m'agite ,
Par vos sons mon ame séduite ,
M'échape et vole dans les Airs :
Mortels , abandonnez la Terre,
C'est dans le sejour du Tonnere,
Qu'on entend ces divins Concerts,
Où suis- je ! ô Murs sacrés ! ô Temple!
Lieu Saint, des Anges respecté !
Mon oeil sans cesse te contemple ,
Toujours frapé de ta beauté :
Mais pour mieux l'ébloüir encore
De l'ornement qui te décore
Tu reçois un éclat nouveau ;
Le fameux Temple de Solyme ,
Dans sa beauté noble et sublime ,
N'offroit à l'oeil rien de plus beau,
O Ciel ! quelle magnificence !
Quel goût ! quelle varieté !
Dans le dessein quelle élegance !
Quelle noble simplicité !
Ici la sçavante Scalpture
Pour embellir l'Architecture ;
Redouble
1490 MERCURE DE FRANCE
Redouble ses heureux efforts
Le bois insensible respire ,
Entraîné par un doux délire ,
Marque le nombre et (a) les accords
Disparoissez, Forêt antique ,
Vous , dont les Chênes sourcilleux ,
Si j'en crois une erreur publique ,
Rendoient des sons harmonicux :
Mieux que la Forêt de Dodonne ,
Cet Ouvrage qui nous étonne ,
S'anime et parle au gré des Vents ;
Par une plus grande merveille ,
L'étain qui charme mon oreille
Produit des sons plus éclatans ,
Ici l'impétueux Eole ,

Au gré de l'Art qui le conduit ,
Soupire , gémit et s'envole ,
Par lui même se reproduit ;
Captif, son haleine docile ,
Sous les loix d'une main habile ,
Enfante mille accords divers ,
Mille fois il se multiplic ,
(a) On voit des Têtes qui paroissent chanter
te genio de la Musique qui bat la mesure.
JUILLET. 1737 1491
Et variant son harmonic ,
Mille fois il frape les Airs.
Toi ! dont un voile impenetrable
Cache aux yeux des foibles mortels
L'accord , l'assemblage adorable
De tes attributs éternels ;
De la gloire qui te couronne ,
Du nuage qui l'environne ,
Je revere la profondeur
Ton être et sa gloire infinie
Brille , se peint dans l'harmonie ;
Et´se rend sensible à mon coeur.
Lorsqu'une Trompette bruyante
Entonne ses sons éclatans ,
Mon ame éperdue et tremblante
Croit entendre tes jugemens.
Contre ta foudre redoutable
Ta bonté toujours secourable
M'inspire l'espoir le plus doux ;
Des clairons la vòix ravissante ,
Des Flûtes la douceur touchante ,
Semblent apaiser ton couroux.
Ici de ta divine essence , }
J'admire la simplicité ,
De
1492 MERCURE DE FRANCE
De mille attributs l'existence
N'en divise point l'unité ;
Et mille sons que l'Art marie
Unis dans la juste harmonie
Ne produisent qu'un même son ;
Ainsi le profane vulgaire
S'élevant jusqu'à ce mystere ,
Semble en découvrir la raison .
Des Anges la troupe immortelle ,
Vient- elle se joindre aux humains 》
Le zele et l'amour qui l'apelle ,
L'unit à nos Cantiques (a ) Saints ,
Mais non ; cette Voute (b ) azurée
Paroît l'écho de l'Empirée ,
Par une aimable illusion ;
Et l'Art qui notre voix imite ,
Semble disputer au Levite ,
La gloire de louer ton nom,
M
Ton nom , ingenieux Dedale ,
Ira chés la Posterité ,
(a) Le jeu de Voix humaine est un des plus
beauxjeux qu'on ait jamais entendu.
(b) L'Eglise est toute peinte en Or et en £zurė
Le
JUILLE T. 1737. 1493
Le poison que l'er vie exhale
T'assure l'immortalité.
Malgré les traits ( e ) e l'imposture ,
Ton nom chés la Race future
Vivra près de celui d'Armand ;
De ce nom l'immortelle gloire ,
Du tien assure la mémoire ,
Et son mérite est ton garant.
ᎣᎣᎣᎣ
MEMOIRE HISTORIQUE
Sur la Ville , Comté , Prévôté et Châtellenie
DE MONTLHERY . Par M. Bou
cher d'Argis , Avocat au Parlement.
ARTICLE PREMIER . Idée généralo.
de cette Ville et de son Antiquité.
M
ONTLHERY est une petite Ville
le France , érigée depuis plusieurs
Siécio en Comté, avec une Justice Royale
, qui a le Titre de Prévôté et de Châtellenic.
Il y a dans cette Ville environ 1100 .
Habitans elle est la Capitale du Hurepoix
, petit Pays , compris dans le Gou-
(c) L'Auteur de cet Orgue a déja éprouvé les
traits de l'envie et de lajalousie.
Bij verneme
1494 MERCURE DE FRANCE
vernement de l'Isle de France , et du Dio
cèse , Parlement , Intendance , Election ,
Coûtume , Prévôté et Vicomté de Paris.
Sa Situation est à six lieuës de Paris
et à trois de Corbeil : elle est assise au
bord du grand chemin de Paris à Orleans
, et bâtie sur le penchant d'une petite
colline , sur la cime de laquelle étoit
autrefois le Château , dont il ne reste
plus à present qu'une Tour , qui est si
haute qu'on la voit distinctement de six
ou sept lieuës et singulierement de
Paris.
>
Une petite Riviere nommée la Re
niancle , qu'on passe vers Montlhery , se
joint près de là à la Riviere d'Orge,
,
\Il ne faut pas confondre la Ville de
Montlhery , dont il est ici question , avec
un Fief qui porte le même nom et qui
est aussi dans la Coûtume de Paris . Ce
Fief de Montlhery est situé en la Paroisse
de Presles auprès de Tournam en Brie:
il releve de la Seigneurie et Châtellenic
de Nangis - le - Châtel ; il est dans le
Kessort du Bailliage de Melun , et néanmoins
il n'est pas régi par la Coûtume de
ce Bailliage , mais par la Coûtume générale
de la Prévôté et Vicomté de Paris ,
et par la Coûtume particuliere de la Prévôté
de Tournam , dans le Ressort de laquelle
JUILLET. 1737. 1495
quelle il est assis . C'est ce qui fut representé
par le Seigneur de ce tief lors de la
Réformation de la Coûtume de Paris en
1580. ainsi que le Procès verbal de Réformation
de cette Coûtume en fait foy.
Mais revenons à notre Ville de Mont-
Thery.
Anciennement on écrivoit Montlheric,
Du Mont le Heric , aujourd'hui l'on prós
nonce et l'on écrit Montlhery. Quelques
Historiens raportent l'étimologie du nom
de cette Ville à un certain Lederic, qu'ils
lui donnent pour Fondateur , et que
d'autres apellent aussi Letheric , Lideric
ou Luderic , differences de nom , qui ne
sont sans doute venuës que des diverses
manieres de le prononcer ces mêmes
Historiens observent que c'est de - là
qu'en Latin cette Ville est apellée Mons
Letherici , ou Mons- Lethericus.
Suivant cette étimologie , la Fonda?
tion de Montlhery seroit fort ancienne ,
car ce Letheric , qu'on lui donne pour
Fondateur , vivoit vers l'an 580. il étoit
Fils unique de Salvart, Prince de Dijon ,
et fut élevé par Clotaire II . Roy de France
à la dignité de Premier Forestier ou
Gouverneur de la Forest Chambroniere,
ce qui est apellé aujourd'hui le Pays de
Flandre , selon du Tiller.
B iij Ily
$496 MERCURE DE FRANCE
Il y a encore eu depuis un autre Le beric
ou Lideric II . du nom , Prince de
Buc , auquel on pouroit aussi attribuer
la Fondation de Montlhery , et quand
même cette Ville n'auroit que ce dernier
pour Fondateur , elle ne laisseroit pas
d'être ancienne puisque ce Letheric
II. étoit Grand Forestier de Flandre
sous les Kegnes de Charlemagne et de
Louis le Débonnaire , son Fils .
Mais cette Origine n'est fondée que
sur les Généalogies d'Heninge , abusé
par Frere Jacques de Guise , Jean le
Maire , Richard et Wassebourg et les
Historiens moins crédules , tels qu'Aubert
, le Myre de Comit. Flandria , et
Sainte Marthe Hist . Généal. de France ,
se sont inscrits en faux contre ces Généalogies.
L'étimologie la plus simple et la plus
vraisemblable du nom de Montlhery,,
est que cette Ville a été ainsi nommée à
cause de la disposition du Lieu , qui est
un côteau assés escarpé, sur- tour du côté
du Château ; en effet , en Langage
Celtique Mont-le - Hery fignifioit une
Montée rude et difficile.
L'époque la plus ancienne que l'on
puisse donner pour certaine de l'existence
de Montlhery est de l'an 1015. temps
auquel
JUILLET. 1737 1497
auquel Thibaut , surnommé File- étoupes,
fir bâtir le Château de Montlhery : mais
il ne laisse pas de résulter de ce fait
qu'il falloit que la Ville fût déja bâtie , et
même qu'elle fût déja considerable , puisque
dès lors on donnoit à ce Thibaut Fie
le- éroupes la qualité de Seigneur de
Montlhery, et qu'il est à présumer qu'il
ne fit construire le Château que pour
défendre la Ville , et pour y retirer les
Gens et les effets du plat pays.
Quoiqu'il en soit quand même l'épo
que de la Fondation de cette Ville ne remonteroit
pas plus haut , et qu'elle auroit
été bâtie par Thibaut File- toupes l'an
1015. en même temps que le Château
elle a du moins plus de sept Siécles d'antiquité
, qu'on ne sçauroit lui dispu
ter , et elle a toujours eu l'avantage d'avoir
pour Seigneurs des Personnages distingués
par leur naissance et par leur mérite
personnel , qui ne l'ont pas moins
rendue considerable que sa situation importante.
ARTICLE II. Des anciens Seigneurs
de Montlhery,
La Maison des anciens Seigneurs de
Montlhery étoit une Branche cadette de
celle de Montmorency . Biiij Bou1498
MERCURE DE FRANCE
Bouchard I. de ce nom , Baron dè
Montmorency , qui vivoit en 955. étoit
un des plus considerables Seigneurs de
son temps . Il épousa Ildegarde , Fille de
Thibaut I. dit le Tricheur , Comte de
Blois , de Chartres , &c. dont il eut , en
tr'autres Enfans , deux Fils .
>

Le premier fut Bouchard II . dit le
Barbu , qui continua la Branche de
Paîné.
Le second fut Thibaut , surnommé
File étoupes , Sieur de Bray , et premier
Seigneur particulier de Montlhery , T
ge des anciens Seigneurs , dont la Maison
portoit le nom de cette Ville , et qui
donnerent autrefois tant de peine à nos
Rois par les factions qu'ils exciterent
dans le Royaume.
Celui- ci fut Forestier du Roy Robert,
et vers l'an 1015. il bâtit le Château de
Montlhery , dont il reste encore une
Tour et quelques ruines des murailles ,
ainsi que des six autres Tours , dont l'enceinte
étoit flanquée : la situation avan
tageuse de ce Château , jointe à la solidité
de ses murs et à la hauteur des Tours ,
rendoit cette Place une des plus fortes et
des plus importantes qu'il y eût alors dans
le Royaume: Thibaut File- étoupes eur un
Fils nommé Guy de Montlhery , lequel
JUILLET. 1737. 1499
en fut Seigneur après la mort de son
Peré.
Ce Guy de Montlhery , I. du nom ,
fut en grande estime et réputation du
temps du Roy Henry I. Il fonda le Prieuré
de Notre- Dame de Long Pont , Otdre
de Clugny , près Montlhery , Diocèse
de Paris , dans lequel , suivant l'Institu
tion , il devoit y avoir vingt - deux Religieux
, y compris le Prieur ; ce qui est à
present réduit à sept.
Il épousa une Dame vertueuse nom
mée Hodierne , dont il eut sept Enfans ,
sçavoir deux Fils et cinq Filles. Les Fils
Miles ou Milon I. dit le Grand , et Guy'
II. dit le Rouge. Les Filles furent 1. Milesende
ou Melissende , mariée à Hugues ,
Comte de Rethel. 2. Alix ou Adelice
mariée à Hugues , Seigneur du Puiset en
Beauce . 3. Ñ. .. .. mariée à Gautier ,
Seigneur de S. Valery sur Somme , II.
du Nom. 4. Melissende la jeune , surnommée
Chere Voisine , qui épousa le
Seigneur de Pont sur Seine , et donna aux
Religieux de Long Pont là Terre qu'elle
avoit à Ver. 5. Elisabeth , seconde
Femme de Josselin de Courtenay . La
Comtesse Hodierne mourut quelque'
temps avant son Mari ; elle fut inhumée
dans le Choeur de l'Eglise de Long - Pont,
Bv
SSOLO

1500 MERCURE DEFRANCE
où l'on voit encore sa Tombe.
Après la mort de cette Dame , Guy I.
son Mari , qui étoit alors fort âgé , se
rendit Religieux dans le même Prieuré
de Long- Pont , qu'il avoit fondé , laissant
la Seigneurie de Montlhery à Miles
ou Milon 1. dit le Grand , son Fils aîné.
Il mourut dans ce Monastere , et y fut
aussi inhumé.
Miles I. ayant succedé à la Seigneurie
de Montlhery , épousa une riche Héritiere
nommée Lithuise ou Lithieuse, Vicomtesse
de Troyes , dont il eut deux
Fils , sçavoir Guy Troussel ou Gauthier´
Trousseau , et Milon II. du nom : du
consentement de sa Femme et de ses Enfans
, il confirma au Prieuré de Long-
Pont , et à l'Abbaye de Bourgueuil en
Anjou, les biens qui leur avoient été donnés
par Guy I. son Pere.
Guy Troussel , Fils aîné de Miles le
Grand , lui succeda à la Seigneurie de
Montlhery ; Il fut Ministre d'Etat sous
Philipe I. et épousa Mabile , du consentement
de laquelle il fit aussi du bien au
Prieuré de Long- Pont ; il n'en eut qu'une
Fille nommée Elisabeth.
Ce Seigneur , ainsi que ses Ancêtres
et ses Successeurs , fit bien de la peine au
Roy Philipe 1. étant toujours le premier
à exciJUILLET.
1737. 150F
exciter ou entretenir des Factions : le
Roy avoit employé toutes sortes d'arti
fices pour se rendre maître du Château
de Montlhery, sans avoir pu y parvenir,
et il avoüoit que l'inquiétude qu'il en
avoir eu pendant presque toute sa vie ,
l'avoit fait vieillir avant le temps : lorsqu'il
y pensoit le moins une occasion
favorable lui mit cette Place entre les
mains Guy Troussel ayant pratiqué le
mariage de sa Fille Elisabeth avec Philipe
, Comte de Mante , Fils de ce Prince
et de Bertrade de Montfort , Comtesse
d'Angers , le Roy , pour calmer les esprits
des Seigneurs de Montlhery , agréa
ce mariage , à condition qu'on lui livreroit
le Château de Montlhery ; à quot
Guy Troussel consentit , et Philipe I. lui
donna en échange de la Terre de Mont-
Ihery, celle de Mchun- sur- Yevre en Berty
, qu'il avoit euë par confiscation .
Tant que ce Roy vécut il fut le maître
de Montlhery ; mais après sa mort ,
sous le Regne de Louis VI. dit le Gros,
son Fils , Guy Troussel tâchant d'y ren
trer par force , le Roy fit démolir le Château
à la reserve de la Tour , qui
subsiste encore , et qui marque la grandeur
et l'antiquité de cette forte et importante
Place.
J
B vj Milon
1502 MERCURE DE FRANCE
Milon II. Vicomte de Troyes , Fils
puîné de Miles le Grand , se plai -
gnit , avec raison , de ce qu'on ne lui
avoit pas reservé au moins sa légitime ;
il se mit en campagne , et vint assieger
Montlhery , mais Guy II . dit le Rouge,
son Oncle , l'obligea de se retirer.
Ce Guy de Montlhery II. du nom ,
surnommé le Rouge, étoit Fils puîné de
Guy I. et d'Hodierne , et Frere de Miles
le Grand , Pere de Guy Troussel. Il fut
Comte de Rochefort en Iveline , et Seigeur
de Gournay sur Marne.
Il eut beaucoup de part à la faveur du
Roy Philipe I. dont il étoit principal
Ministre , et quoique la Famille de ce
Guy lui eût été fort contraire , le Roy
lui témoigna toujours beaucoup d'estime,,
et l'éleva à la Dignité de Sénéchal de
France l'an 1095 .
Il épousa une Dame nommée Alix ou
Elisabeth , dont il eut Guy III. Comte:
de Rochefort , Hugues de Montlhery
Sieur de Crecy , une Fille mariée à Anseau
de Garlande , et Luciane ou Lucine
de Montlhery.
Lors de la premiere expedition des Princes
. Chrétiens contre les Infideles , l'an
1097. Guy le Rouge passa dans la Palestine,
et à son retour , comme il avoit toute
sorte
JUILLET. 1737. ISO
sorte de pouvoir sur l'esprit du Roy Philipe
I. il fit si bien que le Prince Louis , queleRoy
avoit déja fait couronner, et qui fut
depuis le Roy Louis VI. dit le Gros
fiança sa Fille Luciane , qui n'étoit enco
re âgée que de dix ans .

Mais depuis en 1107. ce mariage n'étant
point encore consommé , fut annulé
pour cause de Parenté, dans un Concile
que le Pape Paschal II . tint à Troyes
Champagne. en
Guy le Rouge, mécontent de ce pro
cédé , se retira de la Cour , et se joignit
à Thibaut , Comte de Blois et de Chartres
, qui étoit aussi mécontent ; mais il ne fur pas heureux
dans
cette entreprise
,
et mourut
peu
de temps
après
vers
l'an
1108.
Son
Corps
fut inhumé
dans
l'Egli
.
se du Prieuré
de Gournay
sur Marne
,
qu'il
avoit
fondé
.
Pour Luciane , sa Fille , elle prit une
seconde alliance avec Guichard III. du
nom , Sieur de Beaujeu .
Hugues de Montlhery , Sieur de Crecy
, de Gomets et de Châteaufort , Fils
puîné de Guy le Rouge , fut Sénéchal
de France, et signa, en cette qualité, une
Charte du Roy Philipe I. en faveur du
Prieuré de S. Eloy de Paris : il épousa
Luciane , Fille d'Amary II. Sieur de
Montfort
504 MERCURE DE FRANCE
Montfort l'Amaury et de Richilde de'
Haynaut , mais il n'en eut point d'enfans:
c'étoit un esprit inquiet et remuant,
qui portoit toutes choses à l'extréme : il
ne vit qu'avec chagrin la dissolution du
mariage de sa Soeur Luciane avec le Roy,
et mit tout en usage pour venger cet affront
; il forma un parti de divers Seigneurs
mécontens , dans lequel il engagea
Guy III. Comte de Rochefort en
Iveline , son Frere aîné , et Milon II.
son Cousin , qui avoit des prétentions
sur la Seigneurie de Montlhery .
Guy III . ne vit pas la fin de cette
entreprise , et mourut sans posterité vers
l'an 1.ou 1112 .
Pour Hugues de Crecy , il porta le fer
et le feu par- tout avec une fureur extré
me , et se rendit si redoutable , qu'il
ébranla, pour ainsi dire , le Trône par les
divers mouvemens qu'il causa dans l'Etat,
comme le témoigne l'Auteur de la Chro
nique de l'Abbaye de Morigny .
Le Roy resista en Prince habile et courageux,
employant tantôt la force et tantô:
l'adresse pour dissiper le Parti ; il se
rendit maître de Montlhery , qu'il donna
à Milon II. qui y avoit quelque
droit , que le Roy fit valoir , et il retira
ainsi ce Seigneur du Parti des Conféderés
JUILLET. 1737. Iso's
federés à leurs dépens même.
Hugues de Crecy fit tous ses efforts
pour l'y rengager , et n'en ayant pû venir
à bout , il le surprit par trahison à
Rochefort ; ensuite , après l'avoir longtemps
promené par divers Châteaux ,tou
jours lié comme un malfaiteur , ne sçachant
où le garder sûrement , craignant
que le Roy ne le délivrât , et n'osant le
mettre en liberté de crainte qu'il ne se
vangeât , il le fit enfin étrangler la nuit
à Gomers. Quelques uns disent même
qu'il eut la cruauté de le faire mourir de
sa propre main. Quoi qu'il en soit , il fit
jetter son corps par une Fenêtre , pour
faire croire qu'il s'étoit tué lui même en
voulant se sauver , mais le crime fut dé-
Couvert.
Le Roy vint aussi -tôt assieger Gomets,
et condamna Hugues à se justifier parun
Duel , comme c'étoit alors l'usage ; Hugues
n'eut pas le courage de s'exposer à
ce hazard , et se voyant convaincu , il
vint se jeter aux pieds du Roy pour lui
demander pardon , lui remit sa Terre , et
entra dans l'Ordre de Clugny pour y faire
penitence.
ARTICLE
1506 MERCURE DE FRANCE
ARTICLE III. De plusieurs Droits aequis
au Roy sur Montlhery, et autres
Evenemens.
En Décembre 1205. Baudouin de Pa
ris et sa Femme vendirent à Philipe II.
un Droit de Péage qu'ils avoient sur
Montlhery , ce qui fut confirmé par Frideric
de Paloiseau , duquel ce Droit re
levoit en Fief , et par Hesselin de Linas
, duquel il relevoit en Arriere - Fief
Dupuy , des Droits du Roy , p. 582 .
En 1227. lors de la conspiration des
Princes contre le Roy S. Louis et la Reine
Blanche , sa Mere , le Roy , s'étant
mis en chemin pour aller à Vendôme ,
où le Duc de Bretagne et le Comte de
la Marche avoient promis de lui faire satisfaction
, il aprit que ces Rebelles faisoient
avancer secretement des Troupes
jusqu'à Etampes et à Corbeil pour l'enveloper
il étoit déja à Châtres sous
Montlhery, lorsqu'il en fut averti par
Thibaut , Comte de Champagne , ce qui
l'engagea à se retirer dans le Château de
Montlhery. La Tradition du Pays est
qu'il se cacha dans un soûterrain dont
l'entrée est à quelques pas de la Tour.
On voyoit autrefois ce soûterrain , qui
subsiste même encore, mais dans la suite
on
JUILLET. 1737. 7507
on en a fait boucher l'entrée, à cause que
ce lieu étoit devenu une retraite de vagabonds,
& c. on distingue seulement encore
par dehors la porte qui y condui
soit.
Quelques Historiens prétendent que
ce fut par le conseil de la Reine Blanche
que S. Louis se retira dans le Château de
Montlhery. Quoi qu'il en soit , elle anima
tellement les Parisiens , qu'ils prirent
les armes et allerent au devant du Roy
jusqu'à Montlhery , et le renfermant
dans le centre de leurs Bataillons , ils le
ramenerent en sûreté dans sa bonne Ville
de Paris.
C'est ce même Saint Roy qui fonda le
Prieuré d'Herbelay, dont la Chapelle est
auprès de S. Germain en- Laye et de
Poissy , et qui donna au Prieur le Droit
de Pintage et de Minage , qu'il a dans le
Marché de Montlhery , lequel lui pros
duit environ 3000. liv , de rente ; mais le
Prieur de S. Laurert de Montlhery a un
onzième dans ces Droits.
En 1316. et le 13. Juin , Philipe la
Convers , Chanoine de Paris , donna son
Manoir de Montlhery et tous les Jardins
à Philipe , Comte de Poitiers et de Bour
gogne , Palatin et Sire de Salins , qui fut
depuis Roy de France , nommé Philipe
Te
1508 MERCURE DE FRANCE
le Long , ce qui fut confirmé le 1. Août
1316. Dupuy , des Droits du Roy , p.s582.
>
En 1317. le 26. Mars , Philipe , Archidiacre
d'Eu en l'Eglise de Rouen
Clerc du Roy et Seigneur de l'Hery,
donna à Jeanne , Reine de France et de
Navarre,en qualité de Comtesse de Bourgogne
, tout le Manoir et le Fief qu'il
avoit à l'Hery. Dupuy. Ibid.
En 1318. Philipe V. dit le Long, étant
en l'Abbaye Royale de Maubuisson près
de Pontoise , rendit une Ordonnance
portant révocation de tous les dons faits
par les Rois précedens, depuis S. Louis
Cette Ordonnance est au Tresor des Chartes
, Registre coté 55 et 18. folio 43 ver-
30 , et au Registre A de la Chambre des
Comptes , feillet 114. et il est dit dans
le Registre du Tresor que cette Ordonnance
fut envoyée à Simon Deville
Billy de Senlis , à Me Jehan de Courriaus,
à Philipe Dupont , et à Quinot de
Montihery , pour la mettre à execution .
Recueil des Ordonnances des Rois de la
3e Race. Tom. 1. p. 665. et les Notes ibid.
En 1319. le 20. Aoûr , la Reine Jeanne
donna ce même Manoir de l'Hery , ses
apartenances et dépendances , dont elle
avoit l'usufruit , pour en jouir après son
décès , à Isabelle de France , sa troisiéme
Fille
JUILLET. 1737. 7509
Fille , qui avoit été accordée à Alphonse
Roy d'Espagne , et qui épousa en premieres
noces Guigue , Comte d'Albon
Fils de Jean Dauphin de Viennois, et en
secondes nôces Jean , Baron de Faucougney.
Dupuy , ibid.
L'an 1330 Agrès la Marcelle , Fille
de Guillaume Tristan , vendit au Roy
Philipe de Valois , 10. livres de rente sur
la Châtellenie de Montlhery pour la
somme de 80. i res. Dupuy, ibid. p. 583.
とLe 8 Décembre 1,55 . le Roy Jean
rendit une Ordonnance faire en conséquence
de l'Assemblée des trois Etats des
Pays de la Languedoil ou Coutumiers ;
ensuite est une Liste des Villes qui en
demanderent des Expeditions , où il est
dit : Similis Chara reddita fuit pro Villa
Mantis Letherici , signata per Blanchet.
Cette Ordonnance est au Tresor des
Chartes , Registre 84. pour les années
1354. 1355. et 1356. Piece 626. Recueil
des Ordonnances des Rois de la ze Race
Tem . III. p. 687. et 688 .
Au même lieu du Tresor des Chartes
et du Recueil des Ordonnances , p 91 .
est une Ordonnance en Latin donnée
par
Charles,Fils aîné de France , et Lieutenant
du Roy Jean , son Pere , qui confirme le
Privilege qu'ont les Habitans de Tour-
Day
1510 MERCURE DE FRANCE
may de recevoir dans leur Ville , comme
dans un lieu de réfige et d'immunités ,
les meurtriers involontaires du Pays de
Haynaut ; donnée au Camp devant
Montlhery. Datum in castro de Monteletherici
anno Domini 1356. mense Novembris.
Et dans les Notes du sçavant Editeur
M. Secousse , il est dit qu'on trouve
dans la Chronique de S. Denis , folio 170.
D. col. 2. &c. que le Duc de Normandie
ayant rompu l'Assemblée des Etats e
lendemain de la Toussaint en 1356. alla
le jour suivant à Montlhery.
L'an 1379. Chicard Raoul , Epicier
à Paris , vendit au Roy Charles V. 10.
livres de rente à prendre sur la Prévôté
de Montlhery , pour la somme de 100
livres.
La suite pour un autre Mercure.
ODE
Sar la Parole Divine. A M. l'Abbé D***
IL estun mets délectable
Préparé par l'Eternel ;
C'est la Parole adorable
Doni
JUILLET.
1737. 1538
Dont il nourrit Israël.
Heureuse l'Ame choisie
Que le Seigneur rassasie
De ce mets délicieux !
Malheur au coeur indocile ,
Pour qui le saint Evangile
N'est qu'un Pain fastidieux 1
*
Jadis parmi les Miracles ,
Et les prodiges divers , ( a )
Les douze sacrés Oracles
L'offrirent à l'Univers.
On vit alors le mensonge
Fuir devant eux comme un songe
Qui disparoît au réveil ;
Ou comme l'ombre légere ,
Qui fuit dès que l'Hémisphere
Voit arriver le Soleil.
*
Oublîrons - nous votre rage ,
Sanguinaires Empereurs ?
Que de morts et de carnage ,
Signalerent vos furcurs !
Qu'est-ce qu'un effort injuste
Contre la Parole auguste
Qui s'opose à vos combats
( a )Les douze Apôtres.
Le
1512 MERCURE DE FRANCE
Le sang coule en abondance !,
Mais il devient la semence ( a )
De mille nouveaux Soldats !
*
Rien n'arrête l'efficace
De ta Parole , grand Dieu !
L'Univers change de face ,
Et l'on t'invoque en tout lieu.
Cette Ville triomphante ,
De qui la Terre tremblante
A long-temps porté les fers ,
Rome , brûle ses Idoles
Et ses Déités frivoles
Ne regnent plus qu'aux Enfers,
*
Parole victorieuse !
Son vivant puissante voix ê
Quelle Lyre harmonieuse
Celebrera tes Exploits ?
Héros toujours invincible ( b )
Du coeur le plus insensible
Tu triomphes quand tu veux ....
( a ) Sanguis Martyrum semen est Christia
norum .
(b. Omnipotens sermo tuus Domine exiliens de
Coelo à Regalibus Sedibus venit durus debellator.
Sap. 18.
JUILLET. 1737.
Isra
· O champ jadis si fertile
N'est-tu plus qu'un champ sterile
Dans ce siecle malheureux ?

Orateurs dont l'Eloquence
N'est qu'un raisonnant airain,
L'Evangélique semence
Se desseche en votre main.
Que peut votre Rhéthorique ?
Et cet accord didactique
De vos discours séducteurs ?
Troupe vaine et mercenaire ?
Vous ne songez qu'à nous plaire ,
Quand il faut briser nos coeurs,
*
Est-ce ainsi , pieux D ***
Que tu profanes ta voix ?
Te couronnes- tu toi- même
De la gloire de la Croix ?
Ah ! loin de toi cet outrage !
Tes discours sont le langage
De la pure Charité ;
Le zele , P'horreur du crime
Et le devoir seul t'anime
A prêcher la vérité.
*
Maitre
14 MERCURE DE FRANCE
Maître dans l'Art de bien dire ,
Tu sçais par combien d'attraits
L'habile Rhéteur inspire
L'esperance ou les regrets.
Pour animer le Fidele ,
De sa Couronne immortelle
Tu fais voir toutes les fleurs ;
Et pour fraper le coupable ,
De l'Enfer impitoïable
Tu fais sentir les horreurs.
*
Ton élégance condamne
La vaine ostentation ,
Dont un Orateur profane
Surcharge sa Diction.
Dans les saintes Ecritures ,
De tes naïves peintures
Tu puises le coloris .
Ainsi jadis Chrisostôme ,
Ambroise , Augustin , Jerôme ,
Enrichirent leurs Ecrits.
34242
Voilà , voilà les modeles
Qu'il vous faut suivre toujours ,
O vous , Ministres fideles ,
Dont Dieu bénit les discours,
Soyez élevés , sublimes ,
Tonnée
JUILLET. 1737. ISIS
Tmnez , foudroyez les crimes ,
Faites trembler les Pécheurs.
Mais sur tout fuyez du stile
L'enflure vaine et futile ,
Et tout le fard des couleurs.
Dufau , Etudiant en Théologie à Bordeaux.
LETTRE écrite par M. D. R. \
au Sujet du Mercure.
ME
E permetrez- vous , Monsieur , de
vous faire part d'une remarque
que beaucoup de gens , qui lisent votre
Mercure , ont fait comme moi ; je ne me
détermine à vous la communiquer que
parce que des Personnes d'un goût sûr
et éclairé , m'y ont engagé ; c'est au sujer
de ce qui est inseré dans votre Mercure
deMay p.953.où vous parlez en ces termes
au sujet de l'Auteur des Additions mises
à la fin desVies desCélébres Jurisconsultes
composées par M. Taisand . Il anroit
pû aussi , à l'exemple de M. Taisand,
être plus moderé sur les Eloges qu'il a donnés
à la plupart des Jurisconsultes ; un Auteur
peut bien , quand il n'écrit que la Vie
d'un seul Homme, lui donner quelques loï ‹ñ-
C
ges,
1516 MERCURE DE FRANCE
ges , s'il les mérite 3 mais dans un Ouvrage
qui contient les Vies de plus de 600. Jurisconsultes
, et dans lequel , si on veut lower ,
on est exposé , presque à chaque page, à repeter
les mêmes Eloges , il semble que
l'on doive être plus reservé sur cet article ,
parce que quand les Elages sont prodigués
à tous ceux dont on parle , ils deviennent
insipides , et font moins d'honneur à ceux
auxquels ils sont donnés. Cela n'empêche
pas qu'on ne rende aux Grands Hommes toute
la justice qu'ils méritent ; mais la meilleure
maniere de les louer est de raporter les
Faits mémorables qui les ont distingués du
commun des Hommes , ce sont les Faits même
qui louent. Acta virum probant.
On a été charmé de voir que vous
blâmiez les Eloges trop souvent repetés
ou trop généralement répandus dans un
Ouvrage ; mais on prétend que vous ne
faites pas toujours assés d'attention à ce
principe , qui est excellent par lui même,
et dont l'aplication ne peut que faire
honneur à votre discernement , à votre
bon goût et à votre équité,
Presque tous les Acteurs , si on en
croit le Mercure , jouent avec un feu , une
intelligence , une finesse , une précision
qui ne laisse rien à désirer ; peu d'Aueurs
dont les Productions ne soyent admirables
JUILLET. 1737. 1517
mirables , ou si le goût du Public les a
presque entierement reprouvées , vous
adoucissez sa décision au point qu'on est
incertain de son jugement ; mais au contraire
, pour peu qu'un Ouvrage soit
aplaudi , vous l'élevez dans les termes
les plus forts , et avec les expressions les
plus vives , mais qui ne sont pas toujours
aussi sinceres et équitables qu'ingenieu
ses et variées.
Je n'entre pas dans le détail de ce qui
regarde les Peintres , les Graveurs , &c.
chaque Art trouve distinctement dans
votre Livre des Eloges , dont souvent le
Pulic n'est pas d'accord avec le Mercure;
ou dumoins le Public , dont vous prétendez
raporter le jugement , est quelquefois
un Public très- particulier, peu nom
breux , admirateur de toute nouveauté ,
et indulgent jusqu'à l'excès.
Je comprens aisément que vous craignez
le Titre d'Auteur Satyrique ; c'est
un Talent redoutable et redouté , que
vous avez raison de ne point ajoûter à
beaucoup d'autres plus estimables , dont
vous êtes en possession . Vous ne voulez
point qu'on puisse dire du Mercure ,
Castigat ridendo. Eh bien , à la bonne
heure: mais devez vous craindre de pas .
ser pour un Censeur équitable ? ne sont-
Cij CC
1518 MERCURE DE FRANCE
ce pis
3
les droits de l'Auteur du Mercu
re? Et comme on ne trouve pas mauvais
qu'un Historien raconte , sans partialité
, le bien et le mal qui ont raport
à son Histoire , et qu'au contraire on au
roit lieu de se plaindre , s'il alteroit tant
soit peu la verité la plus exacte , pourquoi
l'Auteur du Mercure , qui est l'Hisforien
de ce qui arrive chaque mois de
curieux dans les Belles Lettres , ou dans
les Arts , ne blâmera- t- il pas ce qui mé
ritera d'être censuré , avec autant de liberté
et de vivacité qu'il aura de bonne foy et
d'équ té pour loüer ce qui sera veritablement
estimable ? Une consideration pour
les Auteurs trop indulgente , doit- elle
retenir sa plume ? Et la crainte d'un ressentiment
ou d'une censure injuste doitelle
l'empêcher de faire son devoir ? II
ne peut être trop scrupuleux à louer comme
à blâmer , puisqu'il est comptable au
Public de ses décisions , et que ceux qui
ne sont pas à portée de voir les Ouvrages
, dont il fait mention , s'en raportent
à son jugement , et l'en croyent sur
sa parole; mais enfin , si les inconveniens
qu'entraîne après soi la Critique également
juste et sévere , empêchent un Au
teur de reprendre ce qui est digne de
blâme avec autant de liberté et de faci .
lité
JUILLET. 1737. 1519
lité qu'il en a pour faire des Eloges , il
doit du moins s'abstenir de l'un et de
l'autre ; et s'il renonce au Personnage de
Censeur , il doit encore moins faire celui
de Panegyriste. Pourquoi , dit- on , puisque
parmi tous les Ouvrages qui paroissent
, il y en a toujours plus de mauvais
ou de médiocres , que de bons ou d'excellens
? Pourquoi le Mercute est il toujours
rempli d'Eloges pour les Auteurs , sans
qu'on le voye presque jamais en blâmer
aucun , quoiqu'un grand nombre assurément
mérite la critique la plus sévere?
Voilà , Monsieur , quelques reflexions
que des Personnes éclairées , qui vivent
avec moi dans ma retraite , m'ont prié
de vous communiquer ; celles que vous
av z faites sur les Additions à l'Ouvrage
de M Taisand y ont donné lieu , et
il n'est aujourd'hui question que de vous
prier de vous en souvenir. La justesse
de votre façon de penser , ne me laisse
pas lieu de craindre que vous soyez blessé
de mes representations ; elles n'ont
pour but que l'avantage du Mercure, qui
peut, si vous voulez bien y faire quelqu'attention
, être lû avec encore plus
de plaisir.
Je suis , Monsieur , très parfaitement
votre très humble et très -obéissant Servi-
Cij REPON- teur , D. R....
1520 MERCURE DE FRANCE
L
REPONSE .
A preuve la moins équivoqe que
nous puissions vous donner , Monsieur
, du cas que nous faisons de votre
discernement et des raisons expliquées
dans la Lettre que vous nous avez fait
l'honneur de nous écrire , c'est de l'inserer
ici toute entiere , sans y rien changer,
dussions nous rougir des Eloges
trop frequens que vous nous reprochez ,
et plus encore de ceux que vous voulez
bien donner à notre Ouvrage.
·
Nous saisissons l'occasion de vous en
remercier publiquement , et notre re
connoissance nous en fait un devoir d'autant
plus pressant , que nous ignorons
entierement à qui nous en avons l'obligation
. Ce sera toujours une espece de
satisfaction que les Amateurs des Talens
et des Caracteres sensés partageront
avec nous , de leur faire connoître votre
goût et la droiture de votre coeur.
Oi , Monsieur , nous profiterons , à
plusieurs égards , de vos lumieres et de
la justesse de vos réflexions , nous pouvons
quasi nous flarer d'en avoir anticipé
la preuve ; ct si vous avez pris la
peine de lire un petit Avertissement inseté
JUILLET. 1737- 1521
té au commencement du premier Volume
de Juin , vous aurez dû nous
croire extrémement disposés .
a
Si vous vous interesseż , comme il y
lieu de le croire , à une plus ample justification
de notre part , vous trouverez
aussi dans l'Avertissement du premier
Mercure de cette année , quelques motifs
qui semblent autoriser la methode que
nous avons suivie jusqu'à present , soit
à l'égard des Eloges trop souvent repe
tés, soit au sujet des critiques trop dures
desobligeantes. ou
Quoi qu'il en soit , Monsieur , vous
ne pouvez écrire avec autant d'esprit ,
sans entrer un peu dans nos peines , et
sans concevoir que nous avons souvent
affaire à des Auteurs qui se plaignent
encore ou d'être repris , ou d'être loüés
trop modestement. C'est l'amour des
Arts , et du progrès des Letres , qui peut
seul avoir dicté vos Observations ; ce
motif toujours respectable ne laisse presque
jamais rien à repliquer ; aussi , Monsieur
, c'est sans aucune restriction que
nous avons l'honneur d'être , & c.
C iiij
RONDEAU
7522 MERCURE DE FRANCE
***************
RONDE AU
A une Dame qui en vouloit un absolument
de lafaçon de l'Auteur.
D Es Vers le Dieu Tutelaire
Dans ma Verve témeraire
M'a quelquefois protegé ;
Sous ses Drapeaux engagé ,
L'Ode parfois sçut me plaire.
Mais Rondeaux n'ont pû m'attraire ;
Qui les aime est enragé ;
Micux vaut renoncer à faire
Des Vers.
Refrein en pareille affaire
Par le bon sens arrangé ,
N'est pas ouvrage ordinaire ;
Entre mille un seul prospere ,
Et tout le reste est rongé
Des Vers.
Par le Poëte de Limeil.
1
EXTRAIT
6
. 1737. 1523 JUILLET:
akakakak kakijijikk
EXTRAIT d'une Lettre de M. Maillart
, Avocat en Parlement. Remarque
sur un Fait Historique , &c.
E les anciens Mercures , j'ai trouvé
N faisant quelque recherche dans
dans celui de Mars 1705. à l'occasion du
Bron de Leyen , qui avoit été élû Evêque
d'Aich- Stel , ce qui suit.
» Il descend d'une ancienne Famille
» d'Allemagne , dans laquelle il se con-
» serve une vieille tradition que le Car-
>> dinal de Preneste ( Conon ) Fils d'Egi-
» non , Comte d'Urrak en Allemagne ,
et un de ceux qui établirent la CONGREGATION
AROSIANE , de l'Or
» dre de S. Benoît , étoit petit fils d'une
Camille Knobel de Katzenellebogen.
Cela me donne lieu d'observer , 1º .
que la Congregation d'Aroaise n'est pas
de l'Ordre de S Benoît , et qu'elle est de
l'Ordre des Chanoines Reguliers de S,
Augustin. 2°. Que l'Abbaye d'Aroaise,
qui en est le Chef- Lieu , est située au
Diocèse d'Arras sur les limites d'Artois ,
et de Picardie , à l'Est du chemin conduisant
de la Ville de Bapaume, à celle de
CY Peronne
,
1524 MERCURE DE FRANC❖
Peronne , et nommée dons les anciens
Manuscrits : Via Sanctorum.
3°. La Forêt d'Aroaise en latin Arida
Gamantia Silva , commençoit à Encre
et alloit diagonalement joindre la Forêt
des Ardennes : Sylva Carbonaria . 4. Au
Sud-est , et sur le Territoire de l'Abbaye
d'Aroaise est le fameux Tronc Berenger :
BERENGARII TRUNCUS.
La tradition est que c'est le Tombeau
de ce Voleur insigne , qui détroussoit les
Voyageurs qui passoient par ce Grand-
Chemin Romain , cette Chaussée de
Brunehaut , ou Voye Militaire.
5°. L'Etymologie d'Arida Gamantia est
1Terra Sicca ; car la racine de Gamantia est
e mot Celtique Gavv . Terra . solum.
En effet , tout l'aspect de la Forêt d'Aroaise
, est au Sud - est.
LE CHARM E.
EGLO GUE.
P Réparez cet Autel , diligence Climene ,
Chargez-le de Laurier , de Treffe et de Verveine,
Qu'un fil de trois couleurs , trois fois regne 1
l'entour ,
Et repetez trois fois , c'est l'Autel de l'Amour .
Exciton 3
JUILLE T. 1737. 1525
Excitons chés Mirtille une flamme mourante ,
Qu'il vienne , malgré lui , rechercher son
Amante ;
L'Autel est préparé; prononçons promptement
Les mots mysterieux qui font l'enchantement.
Contrainte par ces mots Phebé vient sur la
Terre ,
Et leur pouvoir arrête , ou conduit le tonnerre ;
A ces mots enchanteurs le Serpent étonné
De son propre venin demeure empoisonné ;
Climene , sans tarder que ce bûcher s'allume !
Jettez-y promptement le sel et le bitume ,
Le Laurier , la Verveine et le Treffe allumés
Seront par le bitume aisément consumés
Donnez - moi ces Portraits et d'argile et de cire
Jettez -les dans la flamme ; Hécate me l'inspire
;
La cire dans le feu se fond en un moment ,
L'argile se durcit par le même élement ,
Faisons ce double effer sur le coeur de Mirtille ,
Qu'il soit pour moi de cire , et pour d'autres
d'argile.
C'est- là l'unique but de mes charmes puissans;
Qué l'Amour pour jamais s'empare de ses sens ¿
Comme l'on voit souvent l'imprudente Génisse,
Conduire par les feux d'un Amour peu propice;
Elle cherche par tout un Vainqueur qui la fuit ,
Et reste dans les bois sans songer à la nuit :
Qu'ua feu pareil ag sien , Mirtille, te possede
C vj Que
15 6 MERCURE DE FRANCE
Que ce feu soit chés toi , sans fin et
• mede ;
sans ft-
Climene, donnez- moi ces poudres, ces poisons,
Que Méris aporta, lorqu'il passa les Monts ;
Par ces poudres , Méris , l'Histoire n'est pa
vaine .
s: transformoit en Loup , et couroit dans la
plaine ;
Il fit passer chés lui le lait de nos Troupeaux ,
Et souvent évoqua les Ombres des tombeaux :
Climene, vous tardez ! Quoi ? vous perdez courage
!
Un moment de repos peut détruire l'ouvrage ;
Hâtez-vous, servez mieux mes funestes amours,
De ce charme dépend le bonheur de mes jours;
Jettons sur cet Anneau , de Mirtille heureux
gage ,
Un sort qui pour jamais m'assure son hommage
;
Je tiens deux Bracelets, l'un fait de ses cheveux,
L'autre des miens ; qu'ils soient dévorés de ces
feux ;
J'aime à les voir brûler d'une flamine commune,
Nos coeurs n'auront-ils pas cette heureuse fortune
!
Portez , en reculant , vers ce ruisseau vos pas,
Jettez y cette cendre , et ne regardez pas .
Tout est calme ; tout dort , je suis scule en allarmes
Mittille, je le vois, se moque de mes charmes g
Co
JUILLET. 1737 1827
Ce feu languit , ce feu s'agite foiblement ,
Je doute du succès de mon enchantement ;
Hécate, triple Hécate , et toujours redoutable ,
Aux voeux de mon amour rendez - vous favorable
!
Je vais vous découvrir le secret de mes feux ,
Ce recit coûtera des larmes à mes yeux.
Dans le Hameau voisin , ce fut un jour de fête,
Je vis Mirtille , helas ! son maintien, sage, honnête
,
Son air tendre , discret , sa beauté , sa douceur
Furent les traits puissans qui percerent mon
coeur ;
Ce Berger me suivit jusques dans le Village ,
I devoit faire moins , ou tenter davantage ;
L'ingrat fut insensible à mes jeunes a traits ,
Je sentis de l'Amour toute scule les traits ;
Depuis ce temps fatal j'ai soupiré sans cesse ;
J'ai nourri dans mon coeur une vaine tendresse ,
J'ai langui dans les feux , sans espoir de secours,
Et j'ai versé des pleurs et les nuits et les jours;
Je touchos à ma fin , l'imprudente Climene
Va chercher mon Berger , et bientôt me l'amene
:
En le voyant soudain, j'ai senti dans mon coeur
La crainte et le desir , les feux et la foideur ;
Le Perfide sçut bien déguiser sa pensée ,
Mes sentimens , dit -il , vous avoient dévancée ,
Je comptois de venir chargé de riches dons ;
J'attendois
1528 MERCURE DE FRANCE
J'attendois à regret la fin de nos moissons ,
Mais le don de mon coeur que l'Amour vous
prépare ,
Est de tous les presens , le present le plus rare
Ce Berger aussi - tôt tombant à mes genoux ,
Me pressa de l'aimer par les noms les plus doux ;
Je ne pus modérer l'excès de ma tendresse ;
Il s'aperçut bientôt de toute ma foiblesse ,
Et mettant à profit ma crédule bonté ,
Sans peine il triompha de ma facilité ;
Helas ! tout mon amour n'a fait qu'un infi˜
delle ;
Depuis plus de deux mois en vain je le rapelle ;
Je n'espere plus rien de son empressement ;
Où l'Amour ne peut rien , que peut l'Enchantement
?
Mais plus rapidément la flamme enfin s'élance ,
Le Charme a réüssi contre mon esperance ;
J'entends déja du bruit autour de ces remparts ,
Et les Chiens allarmés courent de toutes parts ;
Hylax aboye , il est à tromper peu facile ,
C'est Hécate qui vient, ou bien mon cher Mirtille.
Pierre Defrasnay.

REPONSE
JUILLET . 1737. 1529
រះ ដាំ
REPONSE à la Question du Mercure
d'Avril.
'Explication qu'on demande sur la
Question qui a été proposée dans le
dernier Mercure , ne soufre , ce me semble
, aucune difficulté ; si toutefois j'ai
bien compris le sens dans lequel elle est
établie. J'ose là-dessus hazarder mon
sentiment.
On demande donc que deviendroit
une parcelle d'un grand Globe rempli
d'air , détachée de la voute intérieure de
ce même Globe . Peut - être qu'en suivant
à la rigueur les principes de la Physique
, je devrois commencer par nier le
suposé de la Question , mais ce seroit
vouloir trop tôt finir , je dis nier le suposé
car posant que ce Globe soit bien
rempli d'air , on pouroit assurer que le
moindre corpuscule de la voute intérieure
globulaire ne peut pas se détacher, par
la raison que cet air renfermé , non seulement
soûtient chaque partie de la voute
concave du Globe, mais même la comprime
et la resserre avec les autres : il en
est de même, par exemple , des corps
qui
IS30 MERCURE DE FRANCE
qui se soûtiennent sur la surface de la
terre sans y être contigus ; car ce n'est
pas précisément , comme on le dir , parce
qu'ils ont une inclination vers le centre
de la terre, et pour se servir des vrais
termes , quod tendunt versùs centrum terræ,
qu'ils y restent c'est le tourbillon de
l'air qui , environnant la terre de toute
part avec une égale quantité de colomnes
, les y tient comme attachés ; car
suposant , par impossible , qu'on pût
détruire l'Atmosphere de l'air et son
tourbillon , certainement tous les corps
qui sont sur la terre , et la terre elle même,
tomberoient dans ce vaste néant que
nous presente et qu'occupe l'immensité
des airs . Kien ne prouve mieux ce que
je viens de dire , que la gravité ou la pesanteur
des corps ; par exemple. On sçair,
et c'est le sentin ent le plus suivi dans la
Physique moderne , quod gravitas corporum
non est intrinseca corpori , que la pesanteur
des corps leur est extérieure ou,
pour mieux dire extrinseque ; car en
Soulevant une masse , par exemple , ce
n'est pas elle , pour ainsi dire , que vous
soulevez , c'est la colomne d'air qui la
comprime , et qui impinge sur son extension
, c'est elle qui est la seule cause
des efforts qu'on fait. Mais revenons au
vrai
JUILLET. 1737· 1531
vrai point de notre Question , à laquelle
tout ce que j'ai dit a quelque liaison,
Je dis donc que , suivant l'hypothese
faire ci- dessus , la parcelle ou le corpuscule
de la voute intérieure du Globe de
la partie superieure , par exemple , tomberoit
, sans contredit , dans la partie
inférieure , et une quantité d'air égale
au volume du cor uscule iroit aussi - tôt
occuper la place qu'il auroit laissée . Je
dis aussitôt, parce qu'il n'est aucun vuide
dans la Nature ; peut être opinera - ton
que ce corpuscule détaché devroit
s'arroter et se fixer au centre et au milieu
du Globe et le lair qui y est renfermé
, mais cela ne pouroit être parce
que quelque grand et immense que fût
c Globe on admet sans doute l'atmos,
ph. re de l'er au dessus , qui malgré la
voure du Globe , quelque épaisse qu'elle
soit , auroit toujours son effet tel que je
l'ai expo é ci - dessus . J'aporte ici la comparaison
du Barometre , qui reçoit autant
d'in pression de la colomne d'air
lorsqu'il est dans la chambre , où le toit
qui la couvre devroit , ce semble , être
un obstacle à la pression , que lorsqu'il
en est dehors .
Si cependant dans l'hypothese ci- dessus
on supose encore , par impossible ,
ce
1532 MERCURE DE FRANCE
ce Globe si immense, qu'il ne puisse point
y avoir de colomnes d'air par- dessus ,il est
certain que ce corpuscule détaché de la
voute intérieure , se fixeroit-et resteroit
au milieu de l'intérieur du Globe er de
l'air , qui y seroit inclus ; il en est de
même de la terre, à la disproportion près,
qui demeure suspendue au milieu de
l'immensité de l'air qui l'environne , et
qui, la soûtenant de toute part également,
la rend immuable ; je dis immuable res--
pectivement à la place qu'elle occupe ,
car il est bien évident qu'elle a un mouvement
de tourbillon sur son Axc,
DES BARBALIERES.
A Versailles le 21. May 1737.
FABLE.
Le jeune Sansonnet , la Pie , les deux
Corbeaux et le Rossignol.
UN Sansonnet avoit un Fils
Des plus mignons , des plus gentils ,
Qui dans sa petite posture .
Paroissoit fait en mignature ;
Vif avec modération ,
Sage
JUILLET. 1737.
1533
Sage sans affectation ;
Déja les délices d'un Pere ,
Qui dès -lors , et non sans raison ,
Se promettoit un jour d'en faire
La gloire et l'apui de son nom.
Dans ce temps-là , certaine Pie ,
Tenoit chés elle Académie
De maint Oiseau de qualité.
Le Sansonnet Y fut gîté ,
Et pour le bien de la jeunesse ,
D'un Fils si cher , le Pere alors
Fit enfin taire sa tendresse.
Il en coûta bien des efforts ;
Mais il le fit. Un Pere sage
Fait tout céder à l'avantage
D'une heureuse éducation ;
Pour l'aider dans sa Pension ,
Pour tenir la main , pour instruire ;
Seule ne pouvant point suffire >
La Pie avoit pris deux Corbeaux ;
Deux Corbeaux ! Ciel ! qu'elle aparence y
Pour former de jeunes Oiseaux ,
Pouvoit-on sur semblable engeance ,
Jetter les yeux et que peut- on
De pareils Animaux attendre ?
N'ayant rien de beau, ni de bon ,
Il est clair qu'on ne peut aprendre
Sous la ferrule d'un Corbeau ,
Ni
131 MERCURE DE FRANCE
Ni rien de bon , ni rien de beau ;
Pour jaser sans cesse et sans ordre ,
Et pour babiller en désordre ,
La Pie en eût bien fait leçon ;
Mis chanter c'étoit autre affaire ;
Cependant pour le Nourrisson
C'étoit-là le point nécessaire ,
Et de plus , l'ordre exprès du Pere ;
Il failur donc avoir recours
A quelque Oiseau de connoissance ,
Qui voulût bien par son secours
Supéer à leur ignorance .
Le Rossignol fat apellé ;
Dès qu'il s'agit d'un bon office ,
On le trouve toujours propice ,
Toujours ardent , toujours zelé ,
Toujours prêt , et son caractere
Ei genereux , si bien fair
Que le plaisir le plus pa fait
Qu'il puisse goûter , c'est d'en faires
Dans son Eleve il rencontra
Des dispositions charmantes ;
Il en profita , s'y livra ,
Et sçat par des leçons fréquentes
Le former aux sublimes sons
De ces héroïques Chansons , *
Dont les traits vifs et pleins de flammes
La Tragédie.
Font
JUILLET.
1535
1737
Font passer par les sens surpris ,
La lumiere dans les esprits ,
Et l'heroïsme dans les ames ;
de
temps
Le Sansonnet en peu
Fit des progrès si surprenans ,
Qu'on ne se lassoit pas d'entendre
De son gosier moeleux et tendre
Les inimitables accens :
Quelques mois écoulés, le Pere
Quitta tout, et crut devoir faire
Un voyage pour voir son Fils ,
par lui - même reconnoître
Ce qu'il pouvoit avoir apris.
Vous vous imaginez peut êt e
Qu'aussi tô qu'on le vit paroître ,
Et
Le Rossignol en eut avis ;
Oh que nenni ! peste , on n'eut garde i
Car si la Pie est babillarde ,
Elle est rusée , et nos Corbeaux ,
Avec elle d'intelligence ,
Firent bien voir que les plus sots
Ne sont pas si sots qu'on le pense,
Notre Trio sçut à propos
Profiter alors de l'absence
Du Rossignol bien éloigné ,
De craindre cette manigance ,
N. de se croire ainsi berné.
Le Pere fit en sa présence
Yenit
1536 MERCURE DE FRANCE
*
Venir son Fils ; le Fils chanta ;
C'est trop peu dire , il enchanta ,
Chacun croyoit entendre un Ange ,
Et l'on donna tant de loüange ,
Tant aux Maîtres qu'au Sansonnet ,
Que nos Corbeaux l'ame ravie ,
S'en aplaudissoient en secret ,
Et que de son côté la Pie ,
Pour garantir son coeur flaté
Du poison de la vanité ,
Eut de toute sa modestie
Besoin dans cette occasion.
Venons à la conclusion ;
Gardez- vous des sots dans la vie ,
Un sot ( c'est là sa maladie )
Veut toujours avoir de l'esprit ,
Il s'aplique à mettre en crédit
Son ignorance et sa bêtise ,
Aux dépens de l'esprit d'autrui ;
Mais un coeur droit , plein de franchise ,
Vient- il d'être dupe aujourd'hui ?
Demain encore il sera dupe ,
Et qui plus est dupe des sots.
Le bien est tout ce qui l'ocupe ,
Il ne songe pas aux paneaux.
Le Rossignol de notre Fable
Dans son humeur fléxible , affable ,
Se sent né pour être trompé ,
JUILLET. 1737. 1537
n'est esprit ni rien qui tienne
Un trompeur sort, qu'un autre vienne
Le voilà de nouveau dupé.
Cette Fable est de la composition
de M. Masson , de la Ville d'Arras
Auteur de plusieurs autres Pieces de
Poësie .
REMARQUES sur la durée de l'Etat
Monarchique de Rome , pour justifier
la Chronologie de M. Newton , tirées
d'une Histoire Romaine écrite en
Anglois , qui va paroître incessamment
»
à Londres.
Q
Uand les Grecs et les Romains ,
dit le Chevalier Newton , page
» 120. formerent leur Chronologie arti-
» ficielle , il y avoit de grandes disputes
» sur l'Antiquité de Kome . Les Grecs la
» soûtenoient plus ancienne que les
» Olympiades : quelques uns la croyoient
» bâtie par Enée ; d'autres par Romus
» Fils ou petit- fils de Latinus, Roy des
Aborigenes ; d'autres par Romus , Fils -»
» d'Ulisse ,
1538 MERCURE DE FRANCE
d' lisse , ou d'Ascagne , ou d'Itale :
plusieurs Romains , adoptans l'opinion
» des Grecs , soûtenoient qu'elle avoit
» été construite par Romulus , tils , ou
" petit Fils d'Enée ; Timée, de Sicile écrit
» qu'elle avoit été bâtie par Romulus , le
» petit Fils d'Enée plus de cent ans avant
» l'institution des Olympiades. Nævius,
» le Poëte pense de même , il avoit vingt
» ans plus qu'Ennius , et servit dans la
» premiere Guerre Punique , dont il écri-
» vit Histoire. Jusqu'alors rien n'étoit
» certain ; mais environ cent quarante ou
» cent cinquante ans après la mort d'Alexandre
le Grand , les Grecs et les Ro-
» mains commencerent à dire que Ro-
» me avoit été bâtie une seconde fois par
» Romulus dans le quinziéme âge ,
» après la destruction de Troye : ils en-
» tendoient par âges les Regnes des Rois
des Latins à Albe ; ces quatorze Regnes
montoient à 432. ans , et les Regnes
» suivans des sept Rois de Rome à 244 .
ans , en tout à 676. ans depuis la prise
de Troye. Ce calcul est contraire au
>> cours ordinaire de la Nature , et fait
» remonter la Fondation de Rome à la
» sixième ou septiéme Olympiade : or je
»ne trouve point d'exemple dans l'Histoire
d'aucune Nation depuis la fixa-
» tion
JUILLET. 1737. 1539
7
tion de la Chronologie, ou 7. Rois tuês
» pour la plûpart , ayent regné 244. ans
» sans aucune interruption , en donnant
20 ans au Regne de chaqueRoy , les 14 .
» Regnes des Rois des Latins ne montent
» qu'à 280. et ces années, en comptant depuis
la prise de Troye , finissent dans la
38. Olymp. Les 7. Regnes des Rois de
» Rome, dont 4. ou 5. furent tués et un
déposé, peuvent monter par un modeste
calcul à 119. ans, en les faisant regner
» l'un portant l'autre , 15. 16. ou même
» 17.ans , lesquelles en remontant depuis
l'exil des Rois , atteindront la 38. Olym
» piade , qui fera l'Epoque de la Fonda-
» tion de Rome ; les 280. ans et les 119.
» joints ensemble font 399 ; nous trou-
» vons le même nombre en donnant 19.
» années au Regne de chacun des vingt-
» un Rois d'Albe et de Rome. Or en re-
» montant depuis le Regifuge , qui arriva
» dans la premiere année de la 68 Olynpiade
, on trouvera que Troye fur pri
» se environ 74. ans après la mort de Salomon
( qui , selon M. Newton , arri-
➡ va 979. ans avant l'Ere Chrétienne. )
Ne peut- on point trouver dans les
Poëtes et dans les Historiens anciens plusieurs
traits qui favorisent cette suputa
tion du Chevalier Newton , et qui con-
D tredişent
H
1540 MERCURE DE FRANCE
tredisent leur systême de Chronologie?
1. Virgile a placé Enée et Didon dans
le même Siècle. Est-il croyable qu'un
Poëte Philosophe dont le caractere étoit
la justesse et la plus scrupuleuse exactitude
, eût fait contre la vraisemblance
l'Anachronisme monstrueux que l'on
met sur son compte,en raprochant deux
personnes qui vivoient à 300. ans de distance
Souffriroit- on aujourd'huy un
Poëte qui confondroit les temps de
Charles Martel avec ceux de Guillaume
le Conquerant ? Selon le calcul du Chevalier
Newton , Troye fut prise 74. ans
après la mort de Salomon , et cette mort
suivant le même calcul , arriva 979. ans
avant l'Ere Chretienne , et par consequent
Troye fut ruinée environ 905. ans avant
l'Incarnation ; et comme leChevalier Newton
place la Fondation de Carthage dans
l'année 883. avant Jesus-Christ , il n'y
aura que 20. ans de difference entre ces
deux évenemens , de sorte que le Poëte
a pû , sans blesser les regles , suposer
l'entrevûë de Didon et d'Enée.
11°. Les Historiens anciens font durer
le regne de Romulus 37. ou 38. ans : cependant
par les évenemens qu'ils racontent,
ce Prince paroît n'avoir regné que
17. ans, En voici les preuves .
11
7
JUILLET. 1737. 1541
I
Il est clair par le témoignage de Plutarque
que le Triomphe de Komulus sur
les Veïens concourt à peu près avec la
17. année de son regne. Cet Auteur raporte
tout de suite et la prise de Fidênes
par Romulus et l'envoy d'une Colonie
Romaine dans cette Ville vers les Ides
d'Avril ; il ajoute que bientôt après la
Peste se fit sentir à Rome , et qu'avant
qu'elle cessât, les Cameriens firent une ir
ruption dans le pays , que Romulus marcha
contre eux sans délai , les défit , prit
Camerie, transporta la moitié de ses Habitans
à Rome , et y envoya un double
nombre de Romains vers les Calendes
d'Août ; tant le nombre des Citoyens Romains
étoit accru pendant 16. ans depuis
la Fondation de cette Ville. C'étoit donc
avant la 17. année de Rome selon Plutarque
que Romulus reduisit Fidênes et Camerie.
Le même Auteur raporte immédiatement
après que les Veïens allarmés
par l'accroissement de la puissance Romaine
prirent le prétexte de la Conquête
de Fidênes , pour recommencer la guerre
: ils redemanderent Fidênes comme
une Ville qui leur apartenoit , et ceste
demande ayant été rejettée ave mépris ,
ils assemblerent des troupes , et les partagerent
en deux Corps , dont l'un atta-
Dij qua
1542 MERCURE DE FRANCE
qua la garnison de Fidênes avec succès ,
l'autre marcha contre Romulus , et fut
défait par lui. Une Bataille de plus mit
fin à la guerre : Romulus obtint une victoire
décisive , et triompha vers les Ides
d'Octobre. Plutarque ne marque pas l'année
, mais il n'y a rien dans son recit, ni
dans les circonstances de la guerre qui
fasse croire qu'elle fut d'une longue durée,
ou qui nous oblige de placer le triomphe
de Romulus plus tard que la 17. an
née de Rome , où Pighius l'a placé dans
son Edition des Tables Capitolines, Onuphrius
Panvinius dans son Commentaire
sur le cinquiéme Livre des Fastes , page
347. ayant cité l'autorité de Plutarque
pour placer le Triomphe de Romulus
sur les Cameriens dans la 16. année de
Rome , et son Triomphe sur les Veïens
aux Ides d'Octobre, déclare qu'il ne peut
pas deviner dans quelle année Romulus
fit ce dernier Triomphe. Il paroît cependant
par le recit de Plutarque sur le
commencement et les progrès de cette
guerre, que Panvinius n'avoit pas de raisons
suffisantes pour placer cette guerre
si tard que la vingt- uniéme année de Rome
, comme il a fait dans le 1. Livre des
Fastes p. 1.
Non seulement Plutarque , mais Demis
JUILLET . 1737. 543
nis d'Halicarnasse et Tite- Live font la pri
se de Fidênes le prétexte de la guerre des
Veïens , ils parlent de cette guerre com
me commencée bientôt après la reduction
de la Ville , et aucun des trois ne dit
tien qui fasse croire que cette guerre fut
d'une longue durée ; ainsi puisque la
prise de Fidênes arriva dans la 16. année
de Romulus , il n'y a aucune raison de
rejetter la conjecture de Pighius , qui
place le Triomphe de Romulus sur les
Veïens dans la dix - septième année de
Rome.
D'ailleurs il paroît par Denis d'Hali
carnasse , Tite Live et Plutarque , que la
réduction des Verens fut le dernier exploit
militaire de Romulus.
Denis d'Halicarnasse ayant raconté les
particularités de la guerre des Veïens , la
Victoire décisive de Romulus et son
Triomphe dans cette occasion , finit ainsi
: Telles sont les guerres remarquables de
Romulus. Une mort prématurée , lorsqu'il
étoit au point de sa gloire , l'empêcha de
subjuguer aucune autre Nation voisine.
page 114.
Tite-Live , après avoir parlé de cette
guerre conclut de la même façon que De
nis d'Halicarnasse . Tels furent les exploits
au dedans et au dehors pendant le Regne de
Diij Romulus
1544 MERCURE DE FRANCE
Romulus : et ensuite il raconte sa mort.
Plutarque dit expressément que cette
guerre avec les Veïens fut la derniere de
Romulus.
En accordant donc ces deux points ,
que la guerre contre les Veïens fut la
derniere de Romulus , et que cette guer
re finit dans la dix- septième année de
Rome , il s'ensuivra évidemment que s'il
a regné 37. ans , il passa les vingt dernieres
années de sa vie dans une paix
parfaite. Mais est- il croyable qu'un Prince
d'une ambition si démesurée , et d'un
esprit si actif et entreprenant, ait passé
20. années en paix avec ses voisins qu'il
avoit fort irrités , et qui avoient tant de
raison d'être jaloux de la puissance naissante
de Rome ? D'ailleurs , si les Romains
, quand ils envoyerent offrir leur
Royaume à Numa, avoient passé en paix
20. années entieres , comment ce Prince
auroit- il pû , avec quelqu'aparence de justice
, apeller les Romains , dans sa réponse
aux Députés , un Peuple d'un esprit
inquiet , toujours engagé dans la
guerre , et insatiable de Conquêtes . Plutarque
dit que quand Numa monta sur
le Trône, les Romains s'étoient endureis
par
la guerre , et que ce Prince crut que
la Religion seule pouvoit adoucir ces esprits
JUILLET. 1737. 1545
prits féroces . Tite- Live les apelle Animos
militia efferatos . Il n'y a donc rien dans
les Historiens qui autorise la suposition
que Rome ait joui de zo . années de paix
pendant la vie de Romulus.
Si nous ajoûtons aux 20. dernieres an
nées de paix suposées sous Romulus , les
43. années pacifiques sous Numa , il faut
dire que les Romains avoient joui de la
paix 63. ans lorsque Tullus Hostilius
monta sur le Trône ; si cela étoit , comment
Hostilius auroit il pû rendre ses
Concitoyens si subitement Guerriers
après une si longue paix ? Cette facilité
avec laquelle Hostilius fit revivre l'esprit
martial à Rome, fait douter si le Regne
de Numa , qui fut un Regne pacifique
sans interruption , a duré réellement 43 .
ans.
Enfin ne peut- on pas conclure des trois
Historiens mentionnés que la victoire de
Romulus sur les Veïens étoit non seule
ment le dernier exploit militaire de sa
vie ,mais encore un exploit qui précéda de
peu sa mort , ou du moins qui ne la précéda
pas de 20. ans? On a déja remarqué
que Denis d'Halicarnasse et Tite-Live
passent immédiatement de la conclusion
de la guerre avec les Veïens , à l'assassinat
du koy . Plutarque parle de même :
Diiij Cct
15.46 MERCURE DE FRANCE
Cer Auteur , aussi- bien que Denis d'Halicarnasse
, supose que l'affront que Romulus
fit aux Senateurs, quand il rendit,"
sans les consulter, les so . ôtages donnés
par les Veïens, pour assurer l'accomplis
sement du traité de paix , avoit été l'une
des principales raisons qui porterent les
Senateurs à l'assassiner ; et cette offense
est racontée comme un fait qui précéda
immédiatement sa mort. Ildisparut bientôt
après , dit Plutarque , et cette mort précipitée
fit naître de violens soupçons contre
le Senat.
Le même Plutarque raporte un autre
sujet de plainte faite par le Senat : Le
Roy , dit-il , par sa seule autorité partagea
parmi les Soldats les terres conquises . Or il
seroit tout à fait déraisonnable de suposer
que les terres conquises , dont Romulus
recompensa ses Soldats , ne furent
données que vingt années après la
conquête.
III °. Le cinquiéme Roy de Rome ,
nommé Tarquin l'Ancien , ne paroît pas
avoir pû regner pendant 38. ans , ni en
vivre 80. selon le recit des Historiens
Anciens.
Denis d'Halicarnasse a montré combien
il est absurde de suposer que ce
premier Tarquin fut le pere de Tarquin
le
JUILLET. 1737 1547
et
le Superbe . Cependant il nous dit que
telle étoit l'opinion de Fabius Pictor ,
de tous les Historiens , hors Lucius Piso.
Tite Live ajoûte que ce point n'est
pas clair ; mais qu'il croit , comme la
pluralité des Historiens le raconte , que
Tarquin le Superbe étoit fils de l'Ancien ,
et non pas son petit fils. Plutarque se
déclare indécis sur cette question , quoi
qu'il eût vû les raisonnemens de Denis
d'Halicarnasse .
D'où vient que Tite . Live adhere à une
opinion si pleine d'incongruités , et que
Plutarque en doute , si ce n'est que les
autorités pour cette opinion étoient trop
imposantes pour être rejettées . ?
Les absurdités dont Denis d'Halicarnasse
charge cette opinion , viennent du
trop grand nombre d'années que l'on
donne aux Regnes et à la Vie de quelques-
uns des Rois ; de sorte que si nous
abregeons ces Vies et ces Regnes , avec
le Chevalier Newton , la difficulté s'évanouira
, et l'ancienne et la commune
opinion reprendra toute sa force.

La substance des raisonnemens de De
nis d'Halicarnasse, est que Tarquin l'Ancien
avoit 80. ans quand il mourut, après
un Regne de 38. Sa Femme Tanaquil
, qui vint avec lui à Rome d'Étru
Dv
rie ,
1548 MERCURE DE FRANCE
et
rie , à l'âge de 25. ans , et qui lui survé
cut, n'avoit que 5. ans moins que lui , er
par conséquent ave it 75. ans à sa mort.
On ne peut suposer qu'elle ait eu des
enfans après so . ans. Aruns , le frere de
Tarquin le Superbe , avoit 2. ans moins
que lui ; si par consequent Tarquin étoit
son fils , elle n'avoit que 48 ans quand elle
accoucha de lui . Tarquin le Superbe avoit
donc 27. ans quand son pere mourut , et
comme Servius Tullius , à qui Tarquin
succeda, regna 44. ans , Tarquin en avoit
71. lorsqu'il monta sur le Tione ; et puisqu'il
regna 25. ans , il étoit âgé de 96.
ans lorsqu'il fut banni ; et puisqu'aprèsson
exil il continua la guerre contre les
Romains pendant 14. ans , où il parut
roujours à la tête des Armées ; il a dû
continuer les Exploits militaires jusqu'à
F'âge de 1ro. ans . Or , dit Denis d'Halicarnasse
, Tanaquil auroit - elle placé sur
le Trône un Etranger qui n'avoit que 3 .
ans plus que son fils , préférablement à
ce fils , si elle en avoit eu un en âge de
gouverner ? ou Tarquin , qui avoit tant
de valeur , l'auroit il souffert ?
Peut- on suposer que Tarquin à l'âge de
71.ans eût assés de force pour prendre Servius
Tul.par le milieu du corps , l'emporter
dans ses bras , traverser la Sale du Sénat,
er
JUILLET .
1737. 1549
et le précipiter du haut du Perron?
Est-il croyable que Tarquin , à l'âge de
96. ans, ait paru à la tête des Armées faisant
toutes les fonctions d'un Général ,
comme il les fit au Siége d'Ardée , dans
le temps qu'il fut détrôné ? Peut - on enfin
suposer que depuis l'âge de 96. ans
jusqu'à l'âge de 11o . il ait , toujours faic
la guerre lui- même , et ait toujours été
present à chaque action considerable ?
Toutes ces circonstances , dit Denis
d'Halicarnasse , sont incroyables , et c'est
ainsi qu'il combat l'opinion de ceux qui
soûtiennent que le second Tarquin étoit
le fils du premier . Or on est donc forcé
d'abreger la Vie de Tarquin l'Ancien , et
le Regne de Servius Tullius. Denis d'Halicarnasse
semble favoriser ce sentiment,
il nous dit , au commencement de l'Histoire
du Regne de Servius Tullius , que
les Patriciens , mécontens de ce que Servius
, après avoir pris les Rênes du Gouvernement
comme Regent , voulut leur
donner la Loy en Souverain , resolurent
la premiere fois qu'il assembleroit le Senat
de l'obliger à déposer les Faisceaux
et toutes les autres marques de la Royau
té , et de procéder à une Election juridique
d'un Successeur à Tarquin ; que Servius
ayant apris ce dessein , tâcha de
[D vj
s'assurer
1550 MERCURE DE FRANCE
s'assurer les suffrages du Peuple , en faveur
duquel il institua le Cens , ou cette
celebre division des Citoyens en Classes
et en Centuries. Division qui fit retomber
le poids des subsides sur les Grands
et sur les Riches.
Comme le Senat refusa avec obstination
de confirmer les suffrages du Peuple
en faveur de Servius , et que Servius
avoit besoin de son apuy pour se soûtenir
, est il probable qu'il eûr differé 24.
ans à remplir sa promesse ? si le Cens qui
devoit être renouvellé tous les 5 ans, et se
terminer toujours par un Lustre fut insti
tué au commencement du Règne de Servius,
d'où vient que,selon les Marbres Capitolins,
Val .Max . L.4. et Pighius , p . 48. il
n'y a eu que 4. Lustres pendant les 44--
années du Regne de ce Prince ? Servius auroit-
il négligé l'observance de son propre
établissement , et d'un établissement
qui avoit été le Chef-d'oeuvre de sa Politique
et sa principale gloire ? S'il n'y a
eu donc que quatre Lustres dans le Regne
de Servius , ces quatre Lustres ne
demandoient que 16. ans , ou tout au
plus 20. en suposant qu'il est mort immédiatement
avant le cinquième ; et si
nous plaçons le premier vers la cinquiéme
année de son Regne , comme
Denis
JUILLET. 1737. rssr
Denis d'Halicarnasse semble l'insinuer
nous pouvons retrancher 20. années des
44. assignées à son administration.
On peut objecter que le premier Lustre
commença dans la 11. ou 12. année
du Regne de Servius ; c'est- à dire dans.
l'année 36. ou 187. de Rome ; car Onuphrius
Panvinius nous dit que dans le
Livre de Censorinus , de die natali cap.13 .
on trouve qu'il y avoit 640. ans entre
le premier Lustre et le 75. qui arriva
l'année 826. de la Fondation de Rome,
Or la difference entre 186. et 826. est
645. et ce calcul , ajoûte Panvinius , est
confirmé par le témoignage de Tite- Live
, qui place l'établissement du Cens
immédiatement après la victoire que Servius
remporta sur les Etruriens . Car ,
comme il l'observe, le second Triomphe
de Servius sur ce Peuple est marqué dans
les Tables Capitolines l'année 186.
Mais l'autorité de Tite- Live servira au
tant pour faire placer le premier Lustre
immédiatement après le premier
Triomphe de Servius , ( lequel , selon les
Tables Capitolines , étoit dans l'année
182. c'est-à-dire la 7. de Servius ) que
pour le placer après le second Triomphe.
Cela est si vrai que Pighius et le
P. Rouillé se servent de la même autorité
1552 MERCURE DE FRANCE
rité pour le placer après le troisiéme
Triomphe sur les Etruriens , et environ
20. ans avant la mort de Servius , qu'on
dit avoir regné 44. ans.
Il faut remarquer que Panvinius , Pighius
, et le Pere Rouillé panchent tous
à croire que les quatre Lustres du Regnet
de Servius se suivirent tous successivement
, et que le Cens fut renouvellé tous
les cinq ans. Panvinius dit expressément
qu'il est probable que Servius observa
dans les premiers Lustres l'ordre que luimême
avoit établi ; comme il place donc
le premier Lustre dans la douziéme année
de ce Prince , il place aussi le quatriéme
dans la vingt septième année du
même Regne ; et par consequent il faut
nécessairement de beaucoup abreger le
Regne de Servius , à moins que nous ne
suposions que ce Prince ait négligé , par
un oubli volontaire , sa propre institution
,
Comme le retranchement de ro. ans
du Regne de Servius , et l'addition de ces
années à celui de Tarquin le Superbe ,
pourroit diminuer les difficultés sur le
pe.
tit nombre de Lustres arrivés du temps
de Servius , il sera à propos d'examiner
la raison qu'il y a de faire une sembla
ble soustraction et addition.Panvinius dit
qu'il
JUILLET . 1737. 1553
qu'il y a quelque dispute entre les Auteurs
sur la durée du Regne de Servius
il cite d'un côté Denis d'Halicarnasse
Tite Live et Solin , et d'un autre côté
Messala Corvinus , Sextus Rufus , Eutrop
us, Eusebe, Cassiodore et Bede . On
s'imagineroit d'abord que ces six derniers
Auteurs , qui donnent seulement
34. ans au Regne de Servius , et 35. à
celui de Tarquin , étoient six autorités
differentes ; mais elles se reduisent toutes
à celle de la Chronique d'Eusebe , que
Cassiodore et Bede ont copié. Quant à
Messala Cornus , Vossius Lib , r° .
eap. 18. de Historia Latina, observe que
le Livre de Augusti Progenie, où il est parlé
du Regne de Servius et de Tarquin ,
est faussement attribué à Messala. Quant
à Sextus- Rufus et Eutropius , Panvinius
s'est mépris , puisque ces deux Auteurs
suivent Denis d'Halicarnasse et Tite- Live
dans ce point.
Nous n'avons donc aucun Auteur à
oposer à Denis d'Halicarnasse et à Tite-
Live que le seul Eusebe, mais nous osons
soûtenir qu'il ne donne aucune raison
solide pour s'être départi du sentiment
de ces deux Historiens , et sans feuilleter
ses Ecrits nous devons le conclure , puisque
Scaliger en supose une , et prétend
qu'Eusebe
¥ 554 MERCURE DE FRANCE
qu'Eusebe n'a donné 69 , ans au Regne
de Servius et de Tarquin, que parce qu'il
ne pouvoit pas autrement ranger sous les
Regnes de ces deux Kois certains évenemens
racontés par les Historiens L'autorité
donc d'Eusebe seule ne diminue
en rien celle de Denis d'Halicarnasse , qui
abrege le Regne de Tarquin l'Ancien .
Voyez Scaliger in Chron.
IV . Le sistême du Chevalier Newton
satisfait à une autre difficulté qui ernbarassa
Denis d'Halicarnasse , Tite- Live et
Plutarque . Ces trois Historiens remarquent
que c'étoit une opinion communément
reçûë que Numa et Pythagore
étoient contemporains , et que le Roy
Romain profita des rares lumieres du
Philosophe Samien. Ils nient tous cette ancienne
Tradition; il y a néanmoins des raisons
très-fortes pour la soûtenir , puisque
Plutarque , plûtôt que de l'abandonner ,
supose qu'il y eut un autre Pythagore ,
qui vécut du temps de Numa. Denis
d'Halicarnasse rejette cette suposition
comme chimerique , et declare qu'il ne
connoît aucun Auteur accrédité, ni Grec,
ni Romain , qui fasse mention de ce Py
thagoreprétendu.
La raison pour laquelle ces trois Histo
riens nient que le Roy Romain ait été le
Disciple
JUILLET. 1737. 1555
Disciple du Philosophe Samien , est l'anachronisme
manifeste où cette suposition
Les auroit engagés.
Tite- Live dit que Pythagore le Samien
rint une Ecole à Crotône 100. ans après
Numa , sous Servius- Tullius. Plutarque
assure que Pythagore vécut cinq âges
après Numa ; c'est- à - dire cinq Regnes
de Rois. Denis d'Halicarnasse prétend
qu'il vécut
quatre Générations , ou 14e.
ans après Numa , puisque, selon lui Numa
commença son Regne vers le milieu
de la seizième Olympiade , et Pythagore
n'enseigna en Italie qu'après la cinquantiéme.
Or si nous fixons avec le Chevalier
Newton la Fondation de Rome à
la trente huitiéme Olympiade , et que
nous donnions au Regne de Romulus
20. ans , ou cinq Olympiades , l'aveneg
ment de Numa au Trône arriva dans la
quarante troisiéme Olympiade , duquel
temps jusqu'à la cinquantiéme Olympiade,
il y aura 28. ans; de sorte que Numact
Pythagore auront été contemporains , eg
l'anachronisme attribué à l'ancienne Tra
dition s'évanoüira.
La source donc de toutes les erreurs
sur cette matiere vient de l'attachemer
des Historiens à leur Chronologie arbi
traire; calcul dont Plutarque paroît quel
quefois
1556 MERCURE DE FRANCE
quefois
faire peu de cas , comme
dans le
passage suivant.
>> » Quelques uns , dit cet Historien , Vie
» de Solon , croyent devoir , par les regles
de la Chronologie , rejetter com-
» me fabuleuse la Conférence de Solon
» avec Croesus; mais un fait si important,
» vérifié par tant de témoins , si confor-
» me aux moeurs de Solon , et si digne
de la grandeur de son ame et de sa sagesse
, ne doit pas être rejetté sur cer-
» tains Canons Chronologiques que cent
>> Auteurs ont tâché de corriger sans
» pouvoir établir rien de fixe . Le Chevalier
Newton ajoûte à ces paroles qu'il
cite : Quant à la Chronologie des Latins ,
elle est encore plus incertaine que celle des
Grecs. Plutarque et Servius parlent des grandes
incertitudes qu'il y a dans les Livres
originaux de Rome . Les anciennes Annales
des Romains furent brulées par les Gaulois
120. ans après l'exil des Rois , et 64.
ans avant la mort d'Alexandre le Grand ;
Quintus Fabius , le plus ancien Historien
des Latihs , vécut 100. après ce Conquerant
, et emprunta tout de Diocles Peparethius
, Auteur Grec
Concluons de tout ceci que les suputations
du Chevalier Newton , fondées
sur l'experience et le cours de la nature ,
justifient
JUILLET. 1737 1557
·
justifientVirgile d'un anachronisme inexcusable
; rendent le recit des Historiens,
concernant le Regne des Rois de Rome,
plus croyable et moins contradictoire
nous débarassent de l'absurdité qu'il y a
de suposer que le premier Peuple Romain
, féroce , avide et impétueux ait
passé 64. ans dans une paix continuelle ;
justifient les anciens Historiens Latins
qui rendent Tarquin l'Ancien Pere de
Tarquin le Superbe ; détruisent l'objec
tion qui naît de la suposition que Servius
négligea sa propre insitution , et
concilient enfin avec la vraie Chronologie
l'ancienne Tradition sur le syncronisme
ou la contemporaneité de Numa
et de Pythagore.
VERS présentés au Pape , au mois de
May dernier , par M. de L. M. à
l'occasion desquels Sa Sainteté l'a benoré
de deux Médailles d'or.
CORSIN ORSINI , j'ai vu les Arts
Renaissans sous ton Empire ,
Rassembler de toutes parts ,
L'Etranger qui les admire ;
La jalouse Antiquité ,
Tremblante
1558 MERCURE DE FRANCE
Tremblanté pour ses prodiges ,
N'ose paroître à côté
Des travaux que tu dirigès ;
Tout dans Rome est florissant ;
Tout est heureux ou doit l'être ,
Le Peuple reconnoissant ,
Respecte et chérit son Maître,
On n'a point vû tes Neveux ,
Affectant le Despotisme ,
Oprimer les malheureux ,
Sous le poids du Népotisme.
Ton Regne est celui des Loix ;
Tendre ami , Prince Sévere ,
On voit , dans ton caractere ,
Sixte et Titus à la fois.
急急急急急急急央央失业失业费急急急急荣点燒燒文
DISSERTATION de M. le Tors,
Lieutenant Criminel au Bailliage d'A
vallon , sur quelques Chemins Romains
qui sont aux Environs de la Ville d'Avallon
& 6.
L'tonin ,et les Tables des
Peuttingers ,
'Itineraire qui porte le nom d'Ana
placent Avallon entre Saulieu et Auxerre
, sur la grande route de Lyon à Boulogne
sur Mer , ou au Pas de Calais ; car
les
JUILLET. 1737. 1559

les Sçavans sont partagés pour sçavoir
lequel des deux est Gessoriacus ou Porius
Iccius . Ce Chemin , suivant Bergier , L.
1. C.29 . N.7.étoit le plus long de tous, et
traversé par un plus grand nombre d'autres
Chemins . De tout ce qui est resté de
ces Chemins auprès d'Avallon , il n'y eņ
a point de plus entier et de mieux conservé
que celui qui celui qui a été découvert en
1734. à l'Orient de cette Ville , du côté de
Dijon.Ce fut en foüillant dans les champs
pour chercher des pierres pour la construction
du nouveau Chemin , que les
Particuliers qui en sont chargés par l'Ordonnance
de M M. les Elus de Bourgogne
, sont obligés de faire jusqu'au Pont
de Salces , Sarces , ou comme on prononce
aujourd'hui de Serces , et qui conduit
à Dijon, en passant par Curly , Espoisses,
Semur et Viteaux , et par l'autre Chemin
, qui est un peu plus court , qu'on
a formé depuis parRouvret et qui se joint
à l'autre à Viteaux. On a continué jusqu'à
présent de détruire cet ancien Chemin
, pour en employer les matériaux
sur le nouveau , en les plaçant sur la
Terre qu'on a élevée et tirée des fossés
qui bordent ces Chemins modernes.
Les Curieux regretteront , sans doute,
la destruction d'un aussi bel Ouvrage ,
dont
1560 MERCURE DE FRANCE
nouveau ,
dont la construction et l'ancienneté méritoient
d'être épargnées. On auroit même
pû s'en servir pour le dessein qu'on avoit,
puisque , partant d'Avallon , au même
Endroit le
que
celui- ci couvre
l'ancien,et qu'ils ne se séparent que four
aboutir tous deux sur le grand Chemin
de la Diligence. Il est cependant vrai
que l'ancien chemin auroit obligé à faire
un circuit plus long de quelques pas ; et
pour dire tout ce qui peut ici excuser , le
nouveau étoit déja commencé et a donné
lieu à la découverte de l'ancien .
Il seroit à désirer à l'égard des nouveaux
Chemins, que l'on fit des Parapets
aux Ponts que l'on a été obligé de faire en
plusieurs endroits de ces Chemins , parce
que l'Arcade en est plus étroite que la
largeur des Chemins.
Je remarquerai encore à cette occasion
, qu'il ne seroit pas moins utile de
faire des Parapets sur les Chaussées des
Etangs n'y a- t'il pas le même danger à
craindre que s'il n'y en avoit pas sur les
Ponts qui sont sur les Rivieres ? Il y a
d'ailleurs de ces Chaussées qui sont si
étroites , qu'une voiture en occupe presque
toute la largeur , les accidens que j'y
ai vû arriver et ceux dont j'ai oui parler,
répondent à toute objection .
La
JUILLET. 1737 1568
La noblesse d'un dessein aussi utile
que celui de rendre les Chemins commodes
, fait pour jamais l'éloge de ses Auteurs
et de ceux qui en ont la direction ;
s'ils n'imitent pas en tout les Romains
pour l'execution , c'est pour épargner
ceux qui sont chargés d'y contribuer , et
parce qu'on ne peut pas avoir les mêmes
secours ; il ne faut juger des Chemins
qu'après que l'usage les aura rendus plus
solides, et qu'un entretien suivi les aura
portés à la perfection que M M. les Directeurs
ont en vûë. Si on en est si satisfait
dès le commencement de l'entrepri
se, que sera- ce quand ils seront achevés ?
Et n'est-ce pas une attention loüable
de ne pas précipiter l'Ouvrage pour le
rendre plus solide ? Je ne crois pas que
les observations que j'ai faites puissent
choquer personne , puisqu'elles entrent
dans les vûës de ces Messieurs .
Pour revenir à l'ancien Chemin , j'y
allai dès que j'eus sçû qu'il avoit été découvert
, je fis foüiller dans un endroit
où on n'avoit pas travaillé , et on alla
jusqu'à la terre ferme , qui se trouva si
dure et si bien battuë , que l'homme que
j'y employois eut beaucoup de peine à
l'entamer avec la pioche,
On avoit dabord posé sur ce solide un
lit
1562 MERCURE DE FRANCE
lit de pierres grises , telles qu'elles se trouvent
sur le lieu même , qui étoient placées
les unes sur les autres et si fortement
liées avec de la chaux , quoiqu'en petite
quantité , qu'il étoit difficile de les separer.
Un autre, lit de pierres de Morven *
de toute figure , et posées en tout sens
servoit de seconde couche et de ruderation
, ces pierres devoient avoir été
aportées d'un peu plus loin , et on les
avoit employées au lieu de celles de la
premiere couche , parce qu'étant moins
dures , elles étoient plus faciles à se lier.
Le troisiéme lit , que Bergier apelle
Nuclius puls et offa , étoit de la Roche
pourrie , comme elle se trouve dans le
Morven , c'est un ciment gras et rougeâtre
, qui lie d'autant mieux , qu'à proportion
qu'il seche il devient , étant ainsi
pressé , comme la pierre , et qu'étant
humide il est comme la chaux.
Cette couche de ciment étoit couverte
par un lit de cailloutage gris de l'épais
seur de huit pouces , dont il y avoit des
cailloux aussi petits que des noyaux de
prunes et de cerises, les plus gros ne Fé
toient pas comme des oeufs de pigeon . "
On n'a pas trouvé ce cailloutage sur le
Heu ; si on en voit dans les champs aug
On dit dans le Pays Pierres Morvendelles.
four
JUILLET. 1737 1563
tour de ce Chemin , c'est ce que la Charuë
en a enlevé et parsemé avec le Soc qui
penetre jusqu'au Chemin , lequel n'étoit
pas couvert d'un pied de terre.
Ce Chemin étoit convexe et élevé au
milieu , ensorte qu'il panchoit des deux
côtés pour favoriser l'écoulement des
eaux ; il étoit bordé et soûtenu par de
grosses pierres alignées , qui étoient posées
sur un massif fort dur et fort solide .
Tout l'Ouvrage pouvoit avoir un peu
plus de deux pieds et demi d'épaisseur,
et vingt- sept pieds de largeur.
On trouva dans un endroit sous ce
Chemin un puits qui étoit couvert avec
des pieux croisés et de grosses pierres , il
avoit , sans doute , servi à détremper le
mortier et le ciment , à désalterer les
Ouvriers , et peut être ne l'avoit- on pas,
comblé , afin qu'il reçûr les eaux qui
pouvoient incommoder le Chemin par
les côtés , le terrein étant assés bas .
On découvrit en le détruisant une
grosse pierre longue et quarrée , sur laquelle
il y avoit, me dit on,une Inscription
Latine de plusieurs lignes; elle avoit
été mise en pieces quand j'allai pour l'examiner,
Ce Chemin conduisoit au Pays
de Langres et aboutissoit près d'Avallon,à
celui qui venoit de Lyon par Autun et
E Saulieu ,
1564 MERCURE DE FRANCE
Saulieu ; on voit encore au Nord d'Avallon
un reste de Levée qui s'est affaissée
ou qui a été coupée , dont les deux extremités
sont séparées par l'Etang- aux Moines.
C'étoit l'usage dans les Lieux bas ,
( Bergier , L. 2. C. 17. ) entre deux Collines
, d'élever par dessus un amas ou
comble d'arene , conduit et continué de
l'une à l'autre de même niveau que les
Collines , ce que Strabon apelle Exagerare
Valles.
. A l'une des extremités de cette Levée,
on prend le Chemin qu'on apelle encore
le vieux Chemin de Girolle , et on y voit
en plusieurs endroits les restes de la Levée
, qui est en partie couverte de broussailles
, et en partie par les terres des
champs ; ce Chemin paroît quelquefois ,
et on le voit plus distinctement de Gi
rolle à Sermiselle , mais je l'ai vu encore
mieux à Sermiselle , où ce Chemin fut
ouvert il y a quelque temps , près du
Châreau , et je remarquai que la structure
n'en étoit pas différente de celui dont
je viens de parler , excepté que les materiaux
avoient été pris sur le lieu , et en
partie tirés de la Riviere de Cure ( Cora
amnis ) qui est à côté. On le trouve ca
plusieurs endroits jusqu'à Auxerre , mais
il faudroit des Ponts pour faire usage de
че
JUILLET. 1737. 1565
se Chemin , parce qu'il évite les Montagnes
et les hauteurs ; il seroit à souhaiter
que cela fût possible , car je crois qu'on
doit, autant qu'on peut , réparer les Chemins
Romains , plutôt que d'en faire de
nouveaux ; cela seroit très - utile pour ces
deux Villes qui ont un grand commerce
catre elles , et de fort mauvais Chemins
pour leur communication.
M. le Maréchal de Vauban , qui aimoit
à se dire d'Avallon , étant né dans le voisinage
de cette Ville , avoit eû dessein de
rendre la Riviere navigable, et ce n'a pas
été la difficulté du succès qui en a empêché
l'execution , mais il faudroit quelqu'un
qui , avec les moyens nécessaires
cut un coeur comme le sien pour qu'on
pûr esperer un pareil avantage , qui porteroit
à Auxerre le commerce de l'Au
xois et du Morven.
Il y a encore quelques restes de Chemins
Romains dans le Morven à Villersles-
Pautots, il y en a un espace qui se détruit
tous les jours et qui pouvoit avoir
il y a quelque temps 380. pieds de longueur,
et qui,à un quart de lieuë de Quarrée-
les-Tombes , a le double de cette lonfaut
gueur ; il ne pas douter qu'on n'ca
frouvât davantage si on prenoit la peine
de les suivre et d'en faire la recherche.
E ij
A
566 MERCURE DE FRANCE
ut
A Rouvret il y a une Levée bien conservée
, dont on voyoit la suite auprès du
Village de sainte Magnance , avant la
construction des nouveaux Chemins ;
Héric , Moine d'Auxerre , a fait mention
de ce Chemin de sainte Magnance , à
l'occasion de la Sépulture de la Sainte qui
étoit auprès , et de celles des autres Saintes
avec lesquelles elle fit le voyage d'ltalie
pour accompagner le Corps de saint
Germain d'Auxerre , qui étoit mort à
Ravenne ; il y en eut trois d'enterrées sur
le grand Chemin des Lieux où la fatigue
les fit mourir ; Harum tres his vocabulis
Magnantia , Palladia , atque Camilla ,
singula ipso itinere divinitùs evocata , diem
clansere novissimum , in publico aggere nobilem
accepere sepulturam. C'est peut- être
la seule vérité qu'il y ait dans la Légende
qui porte le nom de cette Sainte , que
son Corps fut trouvé sur le grand Chemin
, avant que d'être porté à l'Eglise
qui porte son nom ; les Fables dont cette
Piece est remplie , la rendent indigne
d'être lûë dans l'Eglise et de faire partie
de l'Office de cette Sainte ; c'est la même
Piece que Dom Viole , Auteur de la Vie
de S. Germain d'Auxerre , a citée sous le
titre deMS. Augustod.de Vita S.Magnantie.
Il y a encore dans l'Eglise la plus
grande
JUILLET. 1737 .
1567
grande partie du Corps de cette Sainte ,
ayant eû des distractions faites en faveur
des Moines de Moustiers- S.Jean , del.Collegiale
d'Avallon , &c. et même de quelques
Particuliers , ce qui a quelquefois.
donné lieu aux Paysans de se soulever.
C'est une attention que les Officiers
Royaux devroient avoir d'empêcher ces
sortes de transports , comme ils en ont
le droit. ( M. Talon , 3. Dissert. p. 215
de l'Aut. des Rois , &c. )
Quoiqu'il y eût , comme je viens de le
dire , des Chemins Romains bien travaillés
dans le Morven , puisque celui d'Autun
qui étoit le plus celebre , y passoit ,
il n'étoit cependant pas communément
praticable pour une armée , sur tout en
temps de guerre, puisque Ammien Marcellin
, L. 16. raporte que Julien, qut
n'étoit alors que Cesar , étant arrivé à
Autun , que les Allemans venoient d'assieger
, tint conseil et délibera si pour
aller à Troye il passeroit par l'Armorique
, qui étoit la route la plus longue
mais la plus assurée , ou par Saulieu , qui
étoit la plus courte , mais la plus exposée,
parce que les Ennemis couroient encore
le Pays. J'ai traduit le mot Arborosam
par Armorique , et je ne crois pas avoir
besoin de rendre compte des raisons qui
E iij m'y
1568 MERCURE DE FRANCE
m'y ont déterminé . Ainsi ce Chemin
d'Autun par Saulieu , Avallon , où Julien
dut passer pour aller à Auxerre et àTroye,
n'étoit pas bien assuré , puisqu'on a regardé
comme une témérité de sa pare
d'avoir tenté cette route dans un Pays
montueux , couvert de forêts , dont les
habitations sont encore aujourd'hui si
éloignées les unes des autres , qu'il y a
des Villages qui ont autant de circuit que
de grandes Villes ; l'Armée qui ne passoir
qu'à la file le long de ce Chemin , pou-
Voit être surprise par des gens cachés et
donner dans des embuscades .
Fortunat , Auteur de la Vie de S. Ger
main de Paris , qui avoit étudié à Avallon
et qui y fit depuis des Miracles , donne
une idée bien affreuse du Morven , qut
est le Pays entre Avallon et Autun , et
qui s'étend dans une partie du Nivernoist
il raconte que les démons que le Saint
chassoit du corps des possédés , le sui
voient quand il passoit par le Morven
pour aller à S. Symphorien d'Autun , où
sa dévotion pour ce Saint lui a fait faire
plusieurs voyages , même depuis qu'il fut
Evêque de Paris ,ajoûtant qu'ils le prioient
de leur laisser ce Pays pour retraite ,
lui
criant : Vir Sancte , si de locis cultis nos
inconsiderenter repellis , vel habitare contecta
Sylvarum
JUILLET. 1737. 1569
Sylvarum per salitudinem , ut liceat miseris
per deserta securos errare ; ante tuos oculos
nec corpora nos celant , nec nemora , qui
deflentes et sancti non tolerantes presentiam,
admotâ ejus dexterâ de obsessis corporibus
passim vertebantur in fugam et de salute po
puli projecta Damonia lamentabantur.
Ce Pays à Diables étoit , au raport du
même Auteur , le Pays des Ours , dont
le même Saint fit miraculeusement une
grande destruction , dans un voyage qu'il
fit à Cervon , par où il passa pour aller
à S. Symphorien.
Heric Liv. 1. ch. 2. apelle le Morven
Morvernici Salius ; et en parlant
des Eglises bâties dans ce Pays , en l'honneur
de S. Germain d'Auxerre, dont plusieurs
Villages portent le nom entr'au
tres S. Germain de Montdeon , où l'on
montre de ses Reliques , il regarde comme
un Miracle de ce Saint de faire trouver
la bonne route à ceux qui , frequentant
le grand nombre d'Eglises élevées à
son honneur ne sortent pas de leur
vrai chemin pour aller de l'un à l'autre ;
donnant par là l'idée d'un Labyrinte
dont le Saint fait trouver les issues Ita
Germanus Beatissimus foelici patrocinio pravioque
ducatu itinera dirigit , vias comperit
, gradientibus subvenit , &c.
E iiij Ce
1570
MERCURE DE FRANCE
Ce Pays fut la Thébaïde de S. Eptade
né aux environs presque vers le milieu du
Ve Siécle ; l'éclat de sa Sainteté étoit si répandu
, que le Grand Clovis exigea ,
pour une condition du Traité qu'il fit
avec Gondebaud , Roy de Bourgogne
qu'on lui donnât ce Saint Homme, qu'il
destinoit pour remplir le Siege d'Auxerre
; mais l'humilité d'Eptade le porta à
prendre la fuite , et à préferer à l'Episcopat
la vie cachée dans les deserts du
Morven , où il se retira dès qu'il en sçut
la nouvelle , et où il est mort sans qu'on
ait pû découvrir le Lieu . Labb . Bib.
nov. T. 2. in Append. Il s'est conservé
dans le Comté de Chastellux quelque
Tradition de ce Saint , que je crois démêler
au milieu de la superstition qui en
a alteré le Culte , et de la prononciation
qui en a défiguré le nom. Les bonnes
Gens du Pays avoient coûtume de porter
en Procession une figure de bois qu'ils
disoient être d'un Saint Ata , qui étoit
dans une petite Chapelle ruinée apellée
du même nom , et je crois , avec fondement
, trouver notre Saint caché sous ce
nom là . Un jour qu'ils n'avoient pas obtenu
la pluye qu'ils désiroient , ces mêmes
Gens peu éclairés, formerent une espece
de sédition , et jetterent dans la
riviere
JUILLET. 17370
iviere la Figure en question .
Il est bon à present d'observer que l'Itineraire
d'Antonin et la Carte de Peuttinge
placent Avallon à vingt - quatre
mille ou seize lieues de Saulieu , et à
trente trois mille ou vingt-deux lieuës
d'Auxerre , quoiqu'on ne compte que
dix lieuës d'Avallon à Auxerre , et sept
à huit d'Avallon à Saulicu.
Cette difference vient de ce que la
fieuë Gauloise étoit beaucoup plus petite
que notre lieuë commune d'aujourd'hui;
elle avoit de longueur un mille et demi
Romain , et par consequert 1500 pas ,
mais comme ces pas n'étoient pas si longs
que nos pas géometriques , qui sont de
cinq pieds , chaque pied ayant douze
pouces , et chaque pouce douze lignes ,
pour connoître la proportion de là lieuë
Gauloise avec la nôtre , il faut sçavoir
au juste la veritable mesure du mille
Romain .

6
M. Cassini , Mémoires de l'Acad. des
Scien. Ann. 1721 p. 79. avoit , dit- on
invinciblement prouvé que le mille Romain
est de sept cent soixante six ,
sept cent soixante sept toises de Paris ,
laquelle est de six pieds de longueur.
ou
Mais dans le Mercure de France du
mois d'Août 173-1 . on a inseré un Mé-
Ev moire
KEDE FRANCE
moire de M. de la Bastide , Gentilhomme
de Languedoc , où il fait la description
de plusieurs Milliaires qui existent
encore entre Beaucaire et Nismes , et qui
n'ont pas été déplacés ; il a mesuré , ditil
, la distance de l'une de ces pierres à
l'autre , et il a trouvé que la mesure précise
du mille Romain est de sept cent
cinquante deux toises quatre pieds.
Si la distance de ces pierres a été exactement
mesurée , comme on le présume ,
le mille Romain ayant sept cent cinquante-
deux toises quatre pieds , la lieuë
Gauloise portoit onze cent vingt - neuf
toises de Paris , ou mille trois cent cinquante
pas géometriques, et quatre pieds
de plus.
Et comme la licuë commune de France
est de deux mille deux cent quatrevingt-
deux toises et demie, mesure de
Paris , les seize lieuës Gauloises d'Avallon
à Saulieu , d'onze cent vingt- neuf
toises chacune , reviennent à sept de nos
lieuës , et deux mille quatre- vingt six,
toises et demie de plus ; desorte qu'il ne
s'en faut que cent quatre vingt quinze
toises trois pieds qu'il n'y ait huit lieüës ,
à la mesure qui est aujourd'hui en usage.
En faisant la même operation pour la
distance d'Avalon à Auxerre , qui est
.
de
e vingt- deux lieuës Gauloises , ou de
trente trois mille pas Romains , on trouve
qu'Avallon est éloigné d'Auxerre de
dix lieues communes de France, et deux
mille toises de plus ; desorte qu'il s'en
manque deux cent soixante neuf toises
et demie qu'il n'y ait onze lieuës.
Il ne sera pas inutile de remarquer ici
que cette fixation du Mille Romain a
sept cent cinquante-deux toises quatre
pieds , conduit à reconnoître que les pas,
les pieds et les pouces Romains étoient
differens des pas , des pieds et des pouces
géometriques qui sont en usage parmi
nous ; car puisque mille de ces anciens
pas ne faisoient que sept cent cinquante
deux toises et quatre pieds à no
tre mesure , il falloit que ces pas fussent
beaucoup moindres , et conséquemment
les pieds et les pouces qui les composoient.
Les Auteurs sont d'accord, Bergier Lo
3. ch. 11. que les Mille de l'Itineraire
d'Antonin sont moindres que ceux dont
on se sert aujourd'hui en Italie , et qu'il
en est de même du Stade des Grecs et
on observe aussi que le pas commun des
Komains de deux pieds et demi , ne revient
qu'à deux pieds quatre pouces de
Paris. Mem. de l'Acad. des Sciences , Année
1721, p. 60.
E vj Mais
1574 MERCURE DE FRANCE
Mais il faut que cette mesure soit encore
un peu moindre , car si le mille Romain
ne contenoit que sept cent cinquante
deux toises quatre pieds de Roy , qui
font quatre mille cinq cent seize pieds
ou neuf cent trois pas géometriques de
cinq pieds chacun , et un pied de plus, à
raison de cinq pieds par pas , douze pouces
par pied , et douze lignes par pouce ,
il s'ensuit que le pied Romain ne pouvoit
avoir que dix pouces dix lignes , à
peu de chose près ; desorte qu'il y a environ
quatorze lignes de difference entre
le pied de Roy et le pied Romain.
Cette Observation peut servir à raprocher
de la vraisemblance plusieurs
faits qu'il semble qu'on ait voulu donner
pour merveilleux . On trouve dans.
Vegece , comme je l'ai cité ailleurs , qu'un.
Soldat Romain , en cas de nécessité , fai
seit vingt ou vingt- quatre mille pas par
jour , quoiqu'il fût chargé du poids de
ses armes et de provisions pour plusieurs
jours ; mais si on fait attention que vinge
mille pas Romains ne faisoient qu'envi
ron six lieuës et demie , et que vingt
quatre mille pas n'en faisoient pas tout-àfait
huit, nous nous trouverons plus pro
ches des Anciens que nous ne croyons
puisque nos Soldats font souvent aujourd'hub
JUILLET. 1737 1575
jourd'hui de pareilles marches , et quelquefois
même de plus longues et de plus
penibles .
J'ai aussi lû quelque part que l'on
donnoit comme quelque chose de rare
d'avoir des Armées composées d'Hommes
de 6. pieds de haur ; mais ces 6.pieds
reduits à notre mesure, reviennent à cinq
pieds cinq pouces , ce qui ne doit pas pa
roître si extraordinaire dans un Empire
aussi étendu que l'Empire Romain , et
en ne prenant pas tout- à- fait les choses
à la lettre.
S.Maximilien, qui vivoit au troisiéme
Siécle , avoit la mesure suffisante pour
entrer dans la Milice , il avoit cinq pieds
dix pouces ; V. les Actes des Martyrs. )
ces cinq pieds dix pouces ne reviennent
qu'à cinq pieds quatre pouces deux lignes
de notre mesure ; si on reduit pareillement
à la mesure de notre usage , et
que l'on ote à l'expression poëtique de
Sidonius Apollinaris ce que l'exageration
a pú y ajoûter , nous ne regarderons pas
nos Anciens Bourguignons comme des
Geans , quoique cet Auteur veüille nous
en donner l'idée par l'épithete de Septi
pedes.
Il en est de même de l'élevation des
Edifices de l'Ancienne Rome , de la
grandeur
1576 MERCURE DE FRANCE
grandeur et du circuit de plusieurs Vil
fes , et de quantité d'autres faits qui dépendent
des mesures qu'on trouve le
moyen de concilier , quand on reduit ces
anciennes mesures à leur juste valeur.
Il est vrai que c'est une question de
sçavoir s'il n'y avoit pas deux sortes de
mesures en usage , l'une pour l'Arpenta-
P'Architecture
, quesge
et l'autre
pour
tion qui n'est pas de mon sujet.
LA QUEUE DU CHEVAL
FABLE.
Par M. DES- FORGES MAILLARD.
D
Ans la saison où la neige fonduë
Change en bourbiers profonds et dangereux
Sentiers , chemins ; un Procureur d'Evreux ,
Frian d'écus , la volon é tenduë
Vas Pinterêt , le plus grand de ses Dieux ,
Allost songeant d'exploits litigieux.
Chemin faisant son cherif Quadrupede ,
L'un portant l'autre avec lui dans un creux
Se fourvoya , de façon que tous deux
Pour en sortir ne voyoient nul remede.
VA
1737. 1577
Uu Manant passe ; helas ! dit-il , à l'aide ,
Si du prochain tu prends quelque souci
De
par
Saint Yves arrache- nous d'ici.
Le Villageois sensible à sa misere ,
Pour mieux agir se met à la légere ,
Prend par la queue , et tire avec effort
Le Rossinante , ( il avoit bonne sérre }}
Il tire adonc , bref il tira si fort ,
Qu'à quatre pas il culbuta par terre ,
Et que la queue à la main lui resta.
Par la douleur la Mazette excitée ,
Se travaillant , hors du bourbier sauta,
Le Chicanoux la voyant écourtée ,
N'en sonna mot > et comprima son mal.
Mais de retour il chargea d'un message
Harpin , Sergent , vers l'Homme de Village ,
Pour le sommer de payer son cheval.
Le paya- t-il ? Je n'ai point sçû la chose ;
Mais je sçais bien que souvent on s'expose
Au repentir , quand on ne connoît pas
Les Gens qu'on sert. Le Monde est p'ein d'in-

grats .
L
E Sonnet qui suit ne peut pas manquer
d'être aplaudi des Connoisseurs
, et des Amateurs des Beaux Arts.
Il mérite aussi l'attention de quelque bon
Poëte François , qui obligeroit le Public
en
en le mettant à la portée d'un plus grand
nombre de Lecteurs.
8 8 8 8 8 8 ******
SONETTO
In Lode della Signora Grognetti
Ballarina , Francese.
Elsina sempre cara à l'Alme suore
Dimmi, qual è costei si dotta e bella
Che à gli occhi appar è Terpsicore novella
Co' i lietti balli and' ell' alletta il cuore.
Donna che in se dimostra alta valore ,
Simil già mai ne vide sol ne stella ,
Forma questa co' gesti la favella ,
E con l'agile piede un grato errore.
Quanto pensa la mente , o prova il seno
Scorgi nel dolce attegiamento , e credi
Che i penelli sian vinti e parlin meno.
A la Gallia le grandi opre tuchiedi ,
Di quei Pittor che già Ti Tolse , e apieno »
Te ne compensa , e in lei tu li rivedi.-
LE
JUILLET. 1737. 1579
iki akakakakakakakakakakakak
LE TRIOMPHE DE LA BEAUTE'.
C'est à la charmante Desveau
Que l'Univers doit rendre hommage }
Lajeunesse en sa fleur brille sur son visage ,
Et chaque jour lui donne un agrément nouvea☎
Les Graces et les Ris se disputent la gloire
D'embellir ses aftraits naissants ,
Et de lui préparer une sûre victoire
Par les charmes les plus puissants.
L'Amour , cet Amour témeraire ,
Si fier de tant d'exploits fameux ,
Est prêt d'abandonner Cythere ,
Pour lui consacrer tous ses voeux…
De douleur Venus en soupire ,
Et convient que dans son Empire
Ilarion paru de si beau ,
Mais son Fils calmera cette allarme cruelle
Dès qu'il lui répondra que l'aim ol Desveau
N'est pas moins sage qu'elle est belle.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du Mercure de Juin , premier Vol.
sont , les Dents , Mé lecine et Charlatan.
On trouve dans le premier Logogryphe,
Mede
1580 MERCURE DE FRANCE
Mede , Medée, Eden , Mie, Nicée , Mi,
Decime , Cid , Nid , Decie et Mine.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du second Volume du Mercure de
Juin sont , le Sommeil , Simon , Cordonnier
et Rubor.
On trouve dans le second Logogryphe ,
Inde , Ciron , Corde , Non , Nord , Coré ,
Creon , Neron , Orne , Ord , Or , Conjonction
, None , Ordre , Ire , Or , Coridon
, Cire, Cidre, Cor, Don , Ride , De , Rire,
Cone , lo , Ino , Dione , Rien , Ronce,
Onde, Dion, Once , Nid, Re , Cri , Cordier,
Cordon, Roc, Nonce , Diner, Jonc, Nië, On,
Rond, Ode , Ronde , Corne , Corner , roder
Dire , Ordonner , Ronder , Orner , Nier ,
Crier , dorer et donner ; outre qu'on y
Brouve 36. Mots Latins
=
ENIGME
Envoyée de Quimper- Corentin
MEs Arrêts sont irrévocables
Les Justes comme les Coupables
Se jugent à mon Tribunal ;
Je suis Témoin , Juge et Partie ,
Même
JUILLET.
1737. 1581
Même le Bourreau qui châtie
Le criminel qui fait le mal
M.C .... Des Car.... de Quimper.
LOGOGRYPHE.
Ix lettres font mon nom , on me voit tous
les ans Six
Pendant long espace de temps ,
Etre un mets des plus à la mode ,
A peu de frais , et très - commode ,
Car on peut me manger sans aprêts , sans con
vert ,
Et j'aporte avec moi le plat où l'on me sert.
Ote mon dernier tiers , alors je te presente ,
Ami Lecteur , un nombre pair.
Ce tiers remis et ma premiere absente ,
Sans que des vents , ni du froid on s'y sente
Chés toi je te ferai voir clair .
Combinons maintenant en cinq ; fatal aux
Mouches :
La Femelle d'un Animal
Hideux , dégoûtant et brutal y
D'une Bête des plus farouchés
En quatrel'on trouve le chef :
Plus ; un adverbe équivalant à bref:
Celui de qui Bacchus a troublé la cervelle :
Lieu qu'aborde barque ou nacelle :
Petit
1581 MERCURE DE FRANCE
Petit reduit pour un reclus :
Un jour qui ne reviendra plus :
Le simbole de l'esperance :
Et petite Ville de France.
En trois ce qu'on quitte à regret :
Chemin espece de filer :
Usage d'Eglise reptile
Et Cité dont parle Virgile.
Én deux on trouvera deux noms
Qui de l'art de Lulli vous expriment deux tons
T
L. C.
AUTR E.
U trouveras pour tout ce qui t'est cher,
Une Epithète favorite
Dans un seul mot mise deux fois de suite ,
Si tu veux tant soit peu t'apliquer à chercher
B. M. C.
LOGOGRYPHUS.
U No complector diversum nomine sensum ':
Nam primò sudor , me veniente , fugit
Prisca dehinc fine me celebrari sacra nequibant
Me sine nunc etiam missa hodierna nequit
Primaque cum sociâ tollatur littera ; finis
Sum tunc cunctarum, Lector amice, precum:
De G..... de Bordeaux .
JUILLET. 1737. 1583
NOUVELLES LITTERAIRES,
E
DES BEAUX ARTS , &c.
LEMENS des Mathématiques contenant
les Elemens de Géometrie
d'Arithmetique , d'Algebre et d'Analyse
. Par le P. Duclos , de la Compagnie de
Jesus , Professeur des Mathématiques au
College de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts A Lyon , chés Claude Perrot,
rue Confort, à l'Epée Royale. 1737. in- 8,
L'ETAT des Sciences en France depuis
la mort de Charlemagne , jusqu'à'
celle du Roy Robert. Par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital
, A Paris , chés G. Martin , J. B.
Coignard , P. J. Mariette , H. L. Guerin
et J. Guerin , Libraires. Cette Dissertation
a remporté le Prix de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles Lettres
de cette année.
LES METAMORPHOSES D'OVIDE traduites
en François , avec des Remarques
et des Explications Historiques, Par M.
l'Abbé
1584 MERCURE DE FRANCE
l'Abbé Banier , de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles Lettres , nouvelle
Edition , augmentée de la Vie d'Ovide
, et enrichie de Figures en Tailledouce.
A Paris , chés Armand , ruë §.
Jacques , à S. Benoît , et Compagnie.
RECUEIL d'Observations de Cures
faites par l'idée de la perspiration violée.
A Paris , chés Jacques Guerin , Libraire
et Imprimeur, Quay des August. 173 S.
Vol. in 12. de 200. pages. Par M. de
Sault , Docteur en Médecine , Aggregé
au College des Médecins de Bordeaux.
CONCORDE des Livres de la Sagesse
, ou la Morale du Saint Esprit. A
Paris , chés les Veuves Rondet et Labottiere
, ruë S. Jacques , près la Fontaine
S. Severin au Compas. 1737. in- 12 .
THEOLOGIE MORALE à l'usage
des Curés et des Confesseurs . Par le R.
P. Antoine , de la Compagnie de Jesus.
A Paris , chés Ganean , Libraire , rue S.
Jacques à S. Yves. Nouvelle Edition en
Volumes in- 12 . On trouve chés le
4 .
même Libraire la THEOLOGIE SCHOLASTIQUE-
DOGMATIQUE du même Auteuren
7. Volumes in- 12.
LA
JUILLET. 1737. 1585
LA VIE de Dona Camille , Princesse
des Vrsins Borghese. in 12. chés le
même Libraire.
·
CATALOGUE des Livres de M. ***
Avocat au Parlement. Brochure in- 12.
de 446. pages, Chés G. Martin , ruë S.
Jacques. La vente s'en fera vers la mi-
Août à Paris. On en sera averti par des
Affiches.
ACANTHIDES CANARIE , sive Spini ,
Gallicè LES SERINS Carmen. Authore
Joanne-Ludovico Clairambault , Rhetort
ces Alumno , in Regio LUDOVICI Magni
Collegio Societatis Jesu. Parisiis , apud
C. C. Thiboust. M. DCC . XXXVII.
Brochure in-8.
Ce Poëme offre les Prémices d'une jeune
Muse. L'Auteur est un Rhetoricien
Fils de M. Clairambaut , Consul de la
Morée , Resident pour le Roy , et pour
le Commerce de France à Modon , et de
D. Magdelaine Durand , Soeur de feu M.
Durand , Trésorier Général des Ligues
Suisses , ci- devant Consul d'Alger ; et
proche Parent de MM. Clairambault ,
Généalogistes de l'Ordre du S. Esprit.
L
Le jeune Poëte , né à Modon en Grece
, arriva à Paris au mois d'Août de
l'année
1.586 MERCURE DE FRANCE
l'année 1732. âgé de douze ans , il entra
aussi-tôt au College de Louis LE GRAND
en qualité de Pensionnaire du Roy. I
n'avoit aucune teinture de la Langue
Françoise , encore moins de la Latine ;
cependant en moins d'un an il se rendit.
ces deux Langues si familieres , que le R.
P. Lavau , si distingué dans sa Compagnie
par la réunion de toutes les belles
qualités du coeur et de l'esprit, alors Recteur
de ce College , le regardoit déja
comme un prodige. Il'acheve actuellement
sa Rhetorique ; de sorte qu'en s .
ans il se trouve avoir rempli cette carricre
d'études , que les plus apliqués ne terminent
ordinairement guere qu'en huit
années entieres.
Il passa les Vacances dernieres à Sceaux
dans la maison de campagne de la Dame
Lebeuf. Là , curieux de s'instruire sur
toute sorte de sujets , il s'apliquoit à examiner
les differens soins qu'on prenoit
pour élever et nourrir des Serins ce qui
le conduisit à admirer la manoeuvre de
ces Oiseaux accouplés dans leurs cabanes,
C'est ce qui lui fit naître enfin l'idée
de composer le Poëme en question .
Il mérite l'attention de ceux qui , se
piquant de bon goût , aiment à voir revivre
dans les Modernes ce qu'ils admireat
JUILLET. 1737. 1587
rent dans les anciens Auteurs , sur tout
cette noble simplicité et cette délicatesse
de stile à laquelle ne poura jamais
atteindre quiconque négligera de puiser
dans ces excellentes sources. Il paroît que
notre jeune Auteur , persuadé de cette
verité , l'a bien mise en pratique , et
qu'il a étudié avec soin ces beaux Mode
les de l'Antiquité , et sur tout son Virgile
, duquel il a emprunté cette douceur.
et cette aménité dont parle Horace.
འ Molle atque facetum
Virgilio annuerant gaudentes rure camena.
Le Poëme est dédié à M. le Comte de
Maurepas , Ministre et Secretaire d'Etat,
par une Epitre en Vers Phaleuques, trèsingenieuse
et parfaitement assortie au
sujer.
Voici comment il propose ce sujet au
commencement du Poëme.
Dum siler armorum fremitus , dum bellica
cessant
Fulmina , dum terras pax exoptata revisit ,
Nos quoque, temporibus bene conveniente quietis
Carmine , pacificæ mores describere gentis
Nitimur ; exiles ausus , timidique Poëtæ
Prima rudimenta , et lusus puerilis avenæ.
Quæ Spinis sit origo , canam : quæ patria , quæ
sint
F Divers
1588 MERCURE DE FRANCE
Diverse species , cantus , connubia , victum
Dein soboli quæ sit cura impendenda tenelle,
Morbosque , et morbis quæ sit medicina , dos
cebo.
Le Poëte adresse ensuite son Invocation
aux Serins mêmes.
Vos nostri cantus , 6 Acanthides, Argumentum,
Suppeditate mihi dignas in carmina voces ,
Et versus teneros vestro indulgete Poëtæ.
Après une belle Description des Isles
Fortunées , origine de nos Serins , il eatre
heureusement en matiere par cette
fiction.
Hic olim, ut fama est , vultu spectanda decoro
Nympha fuit , Nympha ante alias pulcherrima
Nymphas ;
Nomen Acanthis erat ; stabili sibi junxerat illam
Connubio Juvenis , Spinus cognomine dictus,
Ambo ætate pares , ambo fluitante decori
Cæsarie , teneros ambo docti edere cantus.
Sacra Dea Veneri ; lætis celebranda Choreis
Fortè dies aderat : studio mora nulla videndi,
Par juvenum ad festas Diva se contulit aras.
Dein virides penetrant hortos, ubi Myrtea Sylva
Limitibus distincta suis gratam efficit umbram .
At non quas teneris Amor insidiosus alumnis
Amperat , effrænes juvat exercere choreas :
Nescit
JUILLET. 1589 1737.
Nescit in obscoenos guttur se solvere cantus ;
Dumque alii insanis implent concentibus auras,
Hi casto innocuas alterno carmine voces.
Venus indignée de la retenuë de ces
chastes Epoux , et peu accoûtumée à des
Airs si modestes , engage Cupidon à lui
en fatre justice. Ce Dieu malin obéït , il
est prêt de leur décocher une fleche.
Jaculoque parat configere corda ,
Corda cupidineos non unquam experta furores.
Achantis effrayée demande du secours
aux Dieux , qui , touchés de sa vertu , la
changent en Oiseau.
Numina .
Votum audivere precantiso
Et toto aureole fulgent in corpore plumæ.
Spinus au desespoir d'avoir perdu so
chere moitié , s'adresse de même aux
Dieux : il se trouve aussi changé en Oiseau
, et vole , à tire d'aîle , après l'objet
de ses voeux.
Spínus at amisså mærebat conjuge , nondùm
Factus avis Spinus , raptos et flebat amores .
Ergo ne , ait , vivam , ô Superi , sine conjuge
conjux ?
Reddite vel sponsam mihi, vel me reddite sponse .
E ij
Dixerat
1590 MERCURE DE FRANCE
Dixerat , et formâ simul attenuatur eâdem
Corpus , et enatis velantur pectora plumis ,
Gilvaque Cæsaries , gilvas mutatur in alas ;
Seque novam miratus avem secat æthera pennis
Arduus, et charam repetit per inania sponsam.
Voilà l'origine des Serins. Suit une
exposition de leurs differentes especes ,
et de leur musique,

Sunt queis cineraceus alas
Est color hos commune vocant genus ; acrios :
ollis
-Voxque virilis inest . Sunt et quos aurea vestit
Pluma ; illi blando fundunt modulamine cantus,
Denique sunt , quibus immixtos variante colores
Vellere nigrantes plumas discriminat aurum ,
Participans ab utroque genus ; magis omnibus
unum
Expetitur :
On distingue les Sexes par la voix
c'estce qui est exprimé par ces beaux Vers
Sexum etiam vario poteris dignoscere cantu.
Foemina languidula modulatur carmina voce ,
Atque incomposito tinnit malè garrula cantu.
Mascula vox maribus , cantus numerosior , ingens
Spiritus est, plepoque fluit de gutture carmen, i
Les
JUILLET . 1737. 1591
Les Serins chantent jusqu'à la mort
et meurent , pour ainsi dire , en chantant
, comme les Cygnes.
Nec si concentibus auras
Mulcet olor moriturus ad udi stagna Cayci ;
Sic etiam Spinis Dii concessere canorâ
Morte frui , et liquido prævertere funera cantu
Enfin un petit trait sur l'état present
de la France , et d'autant plus fin qu'il
est moins attendu , termine cette partie.
Le voici.
At , vos , ô placida Volucres , cur usque per
auras
و ل
Obstrepere , et tanto placet indulgere tumultu ?
Quid vos nempè juvat circumvolitare frementis
Virgea septa domus ? atqui decet esse quietas.
Communi gaudete bono , quod Maximus orbi
Induisit LoDoix , non jam fera cornua Martis
Terrebunt animos , & pectora nescia belli .
Nunc patula ambroso recubans sub tegmine
Fagi
Pastor , inæquali modulatur arundine carmen ,
Securasque jubet gramen tondere capellas .
Eia agite, et vestras ultrò conjungite voces ;
Et dum pacificis resonant concentibus agri ,
Pacificis resonent vestræ quoque cantibus ædes 3
Aprés avoir si bien décrit la beauté , et
Fiij le
1592 MERCURE DE FRANCE
le chant des Serins , il falloit , sans doute
, ne pas oublier la maniere de nourris
et de conserver ces aimables Oiseaux .
C'est ce que fait ici notre Poëte par des
préceptes courts , mais énergiques et suffisans.
Lucem quoties Aurora reducir ,
Tu milium teres , atque salubria semina napi
Objicies ; si consuetum fastidia granum
Fortè movet , prisco miscebis sacchara victu
Lactucasque dabis , suavemque ( a ) Anagallida,.
(b) Papumque
Et (c ) Nardum Italicam , mellitaque crustula
fassas
Quæ recreent stomachi vires , placeantque palato.
Parcus , at hæc ægro præbe irritamina ventr
Ne geminata nimis , ferventia viscera flammâ
Interiore urant , et serpat in ossibus ignis.
Mais ce n'est pas assés de bien nourrir
les Serins , il faut encore remédier aux
maladies aux quelles ils sont sujets , comme
la fiévre , la goute , la muë , &c. On
diroit que notre Poëte a passé plusieurs
années auprès de ces Oiseaux , à voir la
précision et la verité des préceptes qu'il
donne tant pour détourner que pour
(a) du Mouron. (b ) du Seneçon. ( c ) de
Aspic.
guéric
JUILLET. 1737. 15:3
guérir toutes ces maladies. Nous ne nous
arrêterons point sur les Vers qui contiennent
ces préceptes , et qui sont frapés
au même coin que les autres ; hâtonsnous
de passer à l'endroit où il décrit la
maniere dont les Serins font leurs nids.
Cet endroit ne laisse rien à désirer.
Vere novo , cum læta sinus natura resolvit ,
Afflatuque almo Zephiris mulcentibus auras
Parturit omnis ager , volucris quoque parturit
omnis.
Nec mora , pan volucrum quas nomen dulce
parentis
Titillat , nidum efficiunt . Idem ardor utrasque
Urget aves , ambæ pedibus rostrisque laborant
In commune bonum , et teneræ cunabula prolisy
Aspicis , ur passim tereti lanam ore ferentes
Ad nidum properent ? ut cant red antque vie
cissim
Utque leves paleas , et fila sequacia ducant ?
Haud aliter fingit tenues apis Attica cellas.
Cum redit ex alto florentis vertice Hymetti ,
Atque in tecta refert collectos undique succos.
Quin etiam paleæ si desinr , protinds illæ
Corpore de toto proprias sibi vellere plumas ,
Vulsasque urceolis cum lege reponere parvis .
Jebris.
* Mons Attica notissimus , suis Apibus perce
Fiiij. Dum
1594 MERCURE DE FRANCE
Dùm loquor , extructo jam jam parit ova coebili
Mater amans fieri, nidoque recumbit Achanthis.
Tunc quàm sollicitum tenet anxia cura mari
tum',
Ne sponsam cogant fastidia longa cubantem
E nidis exire suis , pullique , calore
Deficiente , ipso pereant in limine vitæ .
Si stómacham extimulant vacui jejunia ventris,
En famulo conjux dat idonea pabula rostro
Osque ori immittens, suavem mas ingerit escam,
Atque laborantem curat nutrire maritam .
Sed cum lassa suum vult sponsa relinquere nidum
,
Continuo sponsus subit ecce vicarius , alis
Ova sinuque fovet, nec de statione recedit ,
Impigra ni charos repetat matercula foetus.
Tantus amor sobolis , tanta est quoque cur
maritæ !
A la fin de l'Ouvrage on voit paroî
tre un Vieillard Acantitrophe : Ce Morceau,
l'un des mieux traités , et où le badinage
des Serins est representé à merveille
, fait oublier que l'Auteur n'est
encore qu'Ecolier.
Vidi ipse ostiolis exire patentibus omnem
Turbam avium , et magno circumvolitare tu
multu .
14
Hæc sola ingenti secum spaciatur in aulâ :
Altera
JUILLET. 1737.
1595
Altera concussa sibi verberat ilia pennâ,
Hæc humeris Domini , petaso super insider
illa ,
Ungue fricante caput scalpens ; audacior ista
Gestit in ore senis lymphas sorbere natantes ,
Et suavem in manibus furatur herilibus escam
Ast alia huc illuc saliens , plaudentibus alis ,
Ad Dominum pipitusque suum ; nunc acta
furore
Exstimulantis heri digitum morsu impetit acri ;
Nunc ruit in gremium , seque altâ in veste recondit
;
Nunc se se è gratâ , Domino appellante , la
rebrâ
Proripit , inque manus volitans colludere gese
cit ,
Et facili scandens digiti fastigia saltu ,
Mille ciet ludos , ludis testatur amorem .
Fortunate Senex , qui Spinis natus alendis ,
Exiguum blando imperio Regis usque popel
lum.
Sic tibi nulla lues charos populetur amores
Parvula sic lato niteant aviaria cultu ,
Sic avibus faustos Lucina indulgeat ortus ,
2
Et fæcunda novos numeret Respublica cives,
E v TRAITE
1596 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' de l'Ame des Bêtes , avec
des Refléxions Physiques et Morales . Par
M. l'Abbé Machy. A Paris , chés P. G.
le Mercier, Imprimeur ordinaire de la
Ville , rue S. Jacques , au Livre d'or ,
1737. in 8. de 257. pages , sans la Table
des Matieres . Prix 24. sols broché.
L'Auteur , après avoir fait voir combien
la plupart des connoissances humatnes
sont incertaines , dit que c'est la prévention
qui a engagé les Philosophes a
admettre une ame dans les Bêtes. » Cette
» prévention vient , dit il , de ce que ces
Philosophes n'ont jamais bien distingué
» le corps de l'esprit , ni les proprietés de
» l'un et de l'autre; ils ont vû que les ac-
» tions des bêtes étoient semblables à
» quelques-unes de celles des hommes.
» il n'en a pas fallu davantage à des Phi
» losophes qui ne s'arrêtoient qu'aux aparences
pour conclure , comme ils ont
» fait , qu'il y avoit une ame qui les leur
»-faisoit faire . Ensuite il expose les principes
suivant lesquels nous devons raisonner.
Il promet de faire voir que ceux quis
admettent une Ame dans les bêtes ne raisonnent
point selon ces principes . Après
avoir exposé en peu de mots les differens
sentimens des Philosophes touchant l'Ame
des bêtes , il entreprend de les réfuter
JUILLE T. 1737. 1597
ter les uns après les autres. Il s'attache
principalement à détruire l'opinion de
ceux qui disent que l'Ame d'une bête ne
differe de celle d'un homme que comme
celle d'un ignorant differe de celle d'un
homme sçavant. Il fait voir que les Ames
sont égales dans tous les hommes , qu'elles
sont toujours les mêmes. » Quoique
» l'Ame , dit-il , ne soit pas une portion
de la substance divine , neanmoins com-
>> me on peut dire qu'elle est en quelque
façon une émanation de la divinité
>> elle en conserve encore les traits et les
caracteres. Le Fils de Dieu n'avoit ni plus
ni moins de perfection dans le sein de
» la sainte Vierge , que lorsqu'il prêchoit
>> sur la Montagne ; ni plus ni moins de
» gloire dans la Crêche , que sur le Ta-
» bor; ni plus ni moins de puissance entre
les mains des Soldats , que dans le Ciel
wassis à la droite de son Pere ; la Divinité
»
,
a toujours été la même , quoiqu'elle ait
» été jointe tantôt au corps d'un Enfant,
» tantôt à celui d'un homme parfait , tan
tôt à un corps persécuté et maltraité ,
» tantôt à un corps glorieux et triom-
» phant , de même l'Ame n'est ni plus ni
>> moins parfaite dans le corps d'un en
fant que dans celui d'un homme par
fait ; en un mot , elle est toujours la
F vi » même
1990 MERCURE DE FRANCE
à
» même dans tous les lieux , dans tous les
» temps , dans tous les hommes et dans
» tous les âges. Il fait voir que tous les
differens caracteres que l'on remarque
dans les hommes ne viennent point de
l'Ame , mais seulement des dispositions
du corps , que c'est du tempérament que
viennent les vertus naturelles et les vices
dans l'homme. » Dieu a confié le corps
» la garde de l'Ame , il a voulu que pour
» la conservation de ce corps , elle agît
dépendamment de lui et conformément
à sa disposition et à son tempérament;
» cela étant ainsi , continuë- t'il , il est fa-
>> cile de connoître que la difference que
» l'on remarque dans les hommes , vient
>> des differens tempéramens de leur corps
» et nullement de leur Ame. Il explique
ce que c'est que tempérament , et de là
il prend occasion d'expliquer physiquement
comment il se peut faire que nous
subissions la peine du peché originel . Ensuite
il entre dans un détail assés consi-

de - là
dérable pour prouver que les differentes.
qualités et les differens goûts des hommes
ne viennent que des differentes dispositions
de leurs corps qui dépendent
des parens
, du climât où l'on est né
du régime que l'on a tenu et d'une infimité
d'autres choses . » C'est pourquoi ,
» dit - il
JUILLE T. 1737. 1599
de
wdit- il , il y auroit lieu d'être surpris
»qu'il y eût au monde deux caracteres
parfaitement semblables . Il se passe ,
selon lui , une infinité de choses dans
Phomme , son Ame n'y ayant pas plus
part que si elle n'y étoit point , la
Connoissance qu'elle a de ces sortes d'actions
, n'en sçauroit être la cause physique
, elle est souvent à leur égard comme
un Spectateur est à l'égard d'une Tragédie.
L'Auteur , en réfutant le sentiment
de ceux qui disent que l'Ame d'une bête
est un esprit grossier , dit que c'est en
vain que ces Philosophes veulent aporter
quelque modification aux connoissances
des Bêtes , en disant qu'elles sont plus
grossieres et qu'elles ne font jamais de refléxion
, il prétend qu'en raisonnant selon
les principes de ces Philosophes , on
peut dire que les connoissances des Bêtes
sont beaucoup plus parfaites que celles
des hommes, et qu'elles sont , aussi bien
qu'eux , faites à l'image et à la ressemblance
de leur Créateur, Car ce n'est pas
»par le corps que l'homme est fait à la
»ressemblance de son Créateur ; mais
» c'est à cause de son Ame , qui est spiri-
» tuelle et intelligente . Les animaux ,
dit- il , ont été de tout temps les maîtres
et les Précepteurs des hommes. Il paroît
ça
$600 MERCURE DE FRANCE
en cet endroit porté à croire que c'est
Dieu même qui produit dans les Bêtes ce
que
fait l'Ame dans l'homme , lorsqu'on*
dit que les animaux ont été de tout
»temps les Maîtres et les Précepteurs de
» l'homme , on doit entendre que c'est le
» Souverain Créateur de toutes choses qui
» produit dans les Bêtes , pour leur con-
"servation , des actions que nous devons
nous proposer pour exemple ; que c'est
» lui - même qui , par les effets de sa providence
, a toujours éré le Maître et le
»Précepteur de l'homme , et que les bêtes
ne sont que les instrumens de leur
propre conservation . Sentiment qui pa
roît assés convenir à l'idée que nous avons
de la Providence et de la sagesse infinie
du Créateur , qui est le plus propre à expliquer
les actions surprenantes que l'on'
remarque dans les animaux , et qui sonť ·
infiniment au dessus de la capacité de
l'esprit humain. » Dieu , dit- il , n'est pas
>> moins l'Auteur de la conservation des
» Créatures , que s'il les soûtenoit par un
Miracle sensible . En réfutant l'opinion
de ceux qui disent que l'Ame d'une bête
est matiere , il prouve assés solidement
contre quelques Philosophes, qu'il est impossible
que la matiere soit capable de
penser.
Après
JUILLET. 1737 1601
Après avoir combattu ces divers sen-
Amens , pour prouver que les bêtes net
sont point capables de sentiment , il explique
d'une maniere fort claire et avec
beaucoup de précision , les differentes
sensations des hommes et la manière dont
elles se font. Il entre ensuite dans le détail
des differentes actions des hommes
qu'il divise en trois classes . » Hy en a ,
'dit - il , qui dépendent de son ame , au
» nombre desquelles il faut mettre principalement
celles qui sont spirituelles ,
» comme penser, vouloir, nier, affirmer,
& c. Il y en a d'autres , qui , quoique
produites par les dispositions du corps,
» se font cependant , parce que l'Ame le
veut , comme par exemple , marcher ,
» remuer les doigts , &c . Enfin il y en a
d'autres qui se font par là disposition
» de la machine ; mais indépendamment
» de l'Ame comme la circulation du sang,
» le battement du pouls , la digestion , lat
» formation du sang et des esprits ani-
» maux , &c . Toutes ces actions, dit l'Au
teur, excepté celles de la premiere espece,
se rencontrent dans les bêtes ; mais il prétend
qu'elles sont putement méchaniques.
Il divise les actions de la seconde espece
en actions naturelles et artificielles
ou habituelles: Les actions naturelles
sont
1602 MERCURE DE FRANCE
sont celles qui se produisent dans les
hommes ou dans les bêtes par la disposi
tion naturelle des parties de la machine
et par le mouvement des esprits animaux;
ayant expliqué l'action d'un petit
chien , qui étant sorti du ventre de sa
mere&c.Suposons, dit- il , que cette expli
cation est défectueuse , il s'ensuivra de là
que la chose est mal expliquée ; mais elle
ne cessera pas d'être vraye , et il ne s'ensuivra
pas qu'il y ait une ame dans ce
petit animal. » Il n'y a que l'Auteur de
» cette machine qui puisse connoître tous
» les ressorts dont elle est composée et
» les differentes modifications de mouve-
» ment dont elle est capable. Je voudrois.
» bien , continuë t'il , que ceux qui di-
» sent qu'on ne peut se dispenser d'ac-
» corder des Ames aux bêtes , expliquas-
» sent par le moyen de l'Ame , raisonna-
» ble même l'action d'un enfant qui tette
étant sorti du sein de sa mere ; si cet
enfant étoit capable de parler , n'auroit-
il pas raison de dire à la Nourrice
qui lui présente la mamelle , comment
» voulez- vous que je tette , moi qui bien
loin d'avoir apris à tetter , ne l'ai jamais
» vû faire ? Vous n'ignorez pas qu'on ne
» tette point dans le pays d'où je viens ,
» il n'y a ni Nour rice ni mamelle , et je
ןכ
ן כ
» ne.
展JUILLET. 1737. 160
ne sçais de quoi j'y vivois ; si ma mere
» m'a nourri , je ne sçais comment elle s'y
» est prise , ni ce qu'elle a fait pour cela;
» peut- être ne l'a- t'elle jamais sçû ellemême.
L'Auteur cite ici un Passage de
S. Augustin , que je ne sçaurois m'empê
cher de raporter. Ce n'étoit ni ma mere ni
ma nourrice qui remplissoient leurs mamelles
pour moi , mais c'étoit vous , Seigneur , c'étoit
vous seul qui me donniez ,par leur entremise,
la nourriture dont j'avois besoin , SELON
L'ORDRE QUE VOUS AVEZ ETABLI ,
et selon les richesses de votre bonté, qui étend
ses soins jusques dans les principes les plus
cachés de la subsistance de vos Créatures.
» Cet enfant, dit l'Auteur, ne pouroit-
» il pas dire la même chose de sa mere,
» que ce grand Saint disoit de la sienne
net de sa nourrice , s'il pouvoit expliquer
» sa pensée , pour nous aprendre que ce
» n'est ni par raison ni par connoissance
» qu'il tette , non plus que ce n'est point
" par connoissance que sa mere luf
» prépare la nourriture dans ses mamel-
» les , qu'elle l'a conçû et mis au monnde
? Ce qui fait voir invinciblement
>>> que ces. choses se font par machine et ,
» comme dit S. Augustin , par l'ordre
que Dieu a établi ..... Il faut avoir
» bien peu de connoissance pour croire
»qu'un
1604 MERCURE DE FRANCE
qu'un petit chien en ait , un enfant
» même n'en a pas , tout animé qu'il est
d'une Ame raisonnable. Que Dieu est
admirable, dit- il plus bass cet enfant est
dans l'impuissance de faire par connois
sance et par jugement ce qui est néces-
» saire pour se nourrir, parce qu'il n'a pas
l'usage de la raison ; mais Dieu qui ne
veut pas la lui donner,ne veut cependant
pas que sa Créature périsse : c'est pour
» cela qu'il a disposé les parties du corps
de cet enfant à peu près comme un
Horloger dispose les parties d'une Mon
#tre , et qu'ensuite il a tracé dans son
cerveau des petits conduits par où les es
» prits animaux , auxquels il donne le
mouvement , passent et vont produire
» un mouvement dans les nerfs destinés
par son Créateur a ouvrir sa bouche et
à faire tous les mouvemens qu'il faut
pour tirer de la mamelle de la nourrice
le lait nécesaire à sa conservation .
L'Auteur fait voir que c'est en vertu des
dispositions des parties de son corps , que
Abeille reçoit les differentes modifications
de mouvemens propres à construire
son ouvrage. Il dit , après avoir décrit
le mechanisme de cet ouvrage , que si
cet Insecte agit avec connoissance , it
faut qu'il possede au moins le cinquième
Livre
JUILLET. 1737. 1609
Livre d'Euclide. Après avoir établi ces
principes , il fait voir qu'il est plus diffi
cile d'expliquer les actions des bêres , ent
suposant qu'elles ont des ames , que dans le
systême contraire.» Il nous estimpossible ,
» dit- il , d'expliquer naturellement com
ament notre Ame peut être la cause de
la plupart des actions que nous lui at-
>> tribuons. Est - il facile de concevoir la .
connexion qu'il y a entre l'Ame et le
corps ? Entre un esprit et un morceau de
> matiere ? Conçoit- on bien que des sub
stances si differentes puissent physique
ment participer aux affections l'une de
l'autre Dieu a créé l'Ame séparément
» du corps , elle peut être sans luis et
pour l'avoir jointe à un morceau de
» matiere , il ne la lui a pas ponr cela iden
» tifiée , ainsi leurs interêts n'ont rien de
» Commun. Il explique ici l'union du
corps et de l'Ame; enfin il répond à quel
ques objections , en expliquant les actions
les plus contraires en aparence au
Systême des Automates , où il s'aplique
principalement à détruire un Argument
qu'un Philosophe moderne regarde comme
le coup de mort de ce Systême.
d
Il paroît aussi chés le même Libraire
une nouvelle Edition des REGLES
DROIT
1806 MERCURE DE FRANCE
DROIT FRANçois , de M. Pocquet
de la Livoniere , in 12. trois livres.
Traité du Retrait Féodal et du Retrait
Lignager, Cet Ouvrage est pour tous les
Pays du Droit Ecrit et du Droit Coûtumier
, in 4. six livres.-
DECISIONS NOTABLES sur diver
ses Questions du Droit , jugées par plusieurs
Arrêts du Parlement de Toulouse,
divisées en six Livres , recueillies par feu
M Jean de Cambolas , Conseiller du Roy
en ses Conseils , et Président au même Par
lement, in 4. huit livres.

ARRESTS Notables du Parlement de
Toulouse , donnés et prononcés sur diverses
matieres Civiles Criminelles ,
Béneficiales et Féodales ; recueillis des
Memoires et Observations forenses de
M. Bernard de la Roche - Flavin Sieur
dudit lieu , Conseiller au privé Conseil
du Roy , et Premier Président en la
Chambre des Requêtes au Parlement de
Toulouse. Nouvelle Edition , augmentée
des Observations de M. François Graverol
, Avocat de la Ville de Nîmes , où
l'on voir quelle est la nouvelle Jurispru
dence du Palais ; in 4. huit livres.
" TRAITE' des Curés Primitifs CN
l'on examine leur origine , les differentes
causes qui y ont donné lieu , leurs
Droits
JUILLET. 1737. 1607
Droits , Prérogatives et Charges ; les dif
ferens moyens canoniques pour établir
leurs droits ; la maniere de les exercer ,
et les autres questions sur la même matiere.
Suivant les Decrets des Conciles ,
les Constitutions des Papes , les Chartes
anciennes , les Ordonnances et Déclarations
des Rois , et la Jurisprudence des
Arrêts . Le tout raporté à la derniere Jurisprudence
, fixée par la Déclaration du
Roy du S. Octobre 1726. et celle du 15 .
Janvier 1731 , Par M. Jean Baptiste
Furgole , Avocat au Parlement de Tou
louze , in 4. six livres,
EPITRE à M. Rousseau , par M. L.
C *** . A Paris , chés Prault , Pere ,
Quay de Gêvres , au Paradis , 1737. brochure
de 16. pages.
.j. Pour en donner quelque idée , nous
en transcrirons simplement quelques
Vers.
Ainsi , vainqueur de tous les âges ,
Jusques dans ces climats sauvages ,
Où le Soleil est ignoré ,
Ton esprit toujours admiré ,
Entraînera tous les suffrages ;
Ton nom y sera réveré.
Les Habitans de ces Rivages
1608 MERCURE DE FRANCE
Diront en lisant tes Ouvrages a
C'est cet Auteur ingénieux ,
C'est un de ces Poëtes rares,
Qui dans ses Vers harmonieux
A sçû joindre au fen des Pindares
Le badinage des La Fares ,
Et le naturel des Chaulieux.
C'est lui qu'étonnée et ravie ,
La France a vu naître en søn sein ,
Voilà , Rousseau , comment l'Histoire
Ecrite avec sincerité
Par les mains de la Verité,
Immortalisera ta gloire
Et d'un Eloge mérité
Les traits honorant ta mémoire
Instruiront la Posterité.
JOURNAL des principales Audiences
du Parlement , avec les Arrêts qui y ont
été rendus , et plusieurs Questions et Reglemens
, placés selon l'ordre des temps ,
depuis l'année 1:00 . jusqu'en 1710. par
M. Nicolas Nupied , Avocat au Parle
ment , Tome V. A Paris , au Palais , chés
Denis Moucher , Grand Salle , à la Justice.
Prix 21, livres.
Ce Volume , qui forme un in folio de
1104. pages , est la suite du Journal des
Audiences du Parlement de Paris , commencé
JUILLET. 1737. 1609
mencé par M. Jean Dufresne , et continué
par M. Jamet de la Guessiere , et par
M. Nupied , qui en avoit déja donné un
Volume sur les Mémoires de feu M. de
la Guessiere.
L'avant derniere Edition de cet Ouvrage
étoit en cinq volumes in folio ; la
derniere qu'on en a faite en 1736. à éré
réduite à quatre volumes , ensorte que
le dernier volume que vient de donner
M. Nupied , fait le sixième tome de l'an
cienne Edition , et le cinquiéme de la
nouvelle.
Ces Recueils d'Arrêts sont toujours
fort utiles , tant parce qu'ils indiquent
les Arrêts qui sont dans les Registres du
Parlement , que parce qu'ils contiennent
l'espece des affaires , les Plaidoyers des
Avocats des Parties et ceux de Mrs les
Avocats Generaux , et les moyens qui
ont pû déterminer les Juges , ce que !
ne transcrit plus aujourd'hui dans les
Registres , comme cela se pratiquoit
avant l'établissement du Papier Timbré.
l'on
Ce Journal que vient de donner M.
Nupied , contient les principaux Arrêts
rendus en la Grand Chambre , soit à
l'Audience , soit au Raport ; il contient
aussi quelques Arrêts rendus en l'Audience
de la Tournelle Criminelle , et
même
1608 MERCURE DE FRANCE
Diront en lisant tes Ouvrages a
C'est cet Auteur ingénieux ,
C'est un de ces Poëtes rares
Qui dans ses Vers harmonieux ,
A sçû joindre au fen des Pindares
Le badinage des La Fares ,
Et le naturel des Chaulieux.
C'est lui qu'étonnée cr`ravie ,
La France a vû naître en søn sein , &
Voilà , Rousseau , comment l'Histoire
Ecrite avec sincerité
Par les mains de la Verité ,
Immortalisera ta gloire
Et d'un Eloge mérité
Les traits honorant ta mémoire ,
Instruiront la Posterité.
JOURNAL des principales Audiences
du Parlement , avec les Arrêts qui y ont
été rendus , et plusieurs Questions et Reglemens
, placés selon l'ordre des temps ,
depuis l'année 1:00 . jusqu'en 1710. par
M. Nicolas Nupied , Avocat au Parle
ment , Tome V. A Paris , au Palais , chés
Denis Mouchet , Grand Salle , à la Justice.
Prix 21, livres.
Ce Volume , qui forme un in folio de
1104. pages , est la suite du Journal des
Audiences du Parlement de Paris , com
mencé
JUILLET.
1737. IGOS
mencé par M. Jean Dufresne , et continué
par M. Jamet de la Guessiere , et par
M. Nupied , qui en avoit déja donné un
Volume sur les Mémoires de feu M. de
la Guessiere.
L'avant derniere Edition de cet Ouvrage
étoit en cinq volumes in folio ; la
derniere qu'on en a faite en 1736. à éré
réduite à quatre volumes , ensorte que
le dernier volume que vient de donner
M. Nupied , fait le sixième tome de l'ancienne
Edition , et le cinquiéme de la
nouvelle.
Ces Recueils d'Arrêts sont toujours
fort utiles , tant parce qu'ils indiquent
les Arrêts qui sont dans les Registres du
Parlement , que parce qu'ils contiennent
l'espece des affaires , les Plaidoyers des
Avocats des Parties et ceux de Mrs les
Avocats Generaux , et les moyens qui
ont pû déterminer les Juges , ce que l'on
ne transcrit plus aujourd'hui dans les
Registres , comme cela se pratiquoit
avant l'établissement du Papier Timbré.
>
Ce Journal que vient de donner M.
Nupied , contient les principaux Arrêts
rendus en la Grand Chambre , soit à
l'Audience , soit au Raport ; il contient
aussi quelques Arrêts rendus en l'Audience
de la Tournelle Criminelle , et
même
1610 MERCURE DE FRANCE
même quelques Edits , Déclarations et
autres Reglemens generaux , avec leurs
Enregistremens , le tout y est exactement
rangé selon l'ordre des dates ; le
premier Arrêt est du 10. Janvier 1701.
le dernier du 30. Décembre 1710. en3
sorte que ce Journal comprend les Reglemens
et Arrêts les plus remarquables
intervenus en la Grand'Chambre et en
la Tournelle , pendant l'espace de dix
années.
L'Ouvrage est divisé en deux Parties ,
dont la premiere est subdivisée en quatre
Livres , et la seconde en six ; chaque
Livre contient les Arrêts d'une année , il
ya en tout 451. Arrêts , qui font aurant
de Chapitres mais cette division en
premiere et seconde Partie , en Livres
et Chapitres , n'ajoute aucun ordre particulier
aux matieres , lesquelles n'y sont
rangées que suivant l'ordre des dates ,
ordre qui suffit pour trouver les Arrêts
que l'on cherche ; il y a neanmoins une
Table des Chapitres , et une des Matieres
, pour trouver plus facilement les Arrêts
ou autres choses fugitives , dont on
ne sçait pas la date ni le lieu.
Il seroit à souhaiter que plusieurs de
ces Arrêts fussent raportés moins suc->
cinctement , et que le fait et les moyens
y.
JUILLET. 1737. 1611
ussent un peu plus détaillés ; il y en
a même quelques - uns dont la date du
jour et du mois n'est pas marquée ; mais
aparemment l'Auteur a donné tout ce
qu'il en a pû recueillir.
Il y a quelques affaires qu'il a raportées
d'une maniere plus étendue , et où il a
joint les Plaidoyers des Avocats des Parties
, et ceux des Avocats Generaux ; il y
en a sur tout beaucoup de feu M. Joseph-
Omer Joly de Fleury , Avocat General, eť ·
de M. Guillaume François Joly de Fleury ,
son frere, alors Avocat General , et à préseat
Procureur General.
L'affaire de Louis de la Pivardiere ;
Sieur du Bouchet , est une des plus singulieres
et des plus interessantes de celles
qui sont raportées dans ce Volume;
elle comprend depuis la page 65. jusqu'à
la page 104. En voici les principales cir
constances.
Le sieur de la Pivardiere étoit un Gentilhomme
d'une Noblesse très - ancienne
du Berry, mais peu favorisé de la fortune.
Il avoit épousé en 1,687 . la Dame ....
veuve du sieur de Billy , qui avoit une
petite Terre nommée Nerbonne , où ils
demeurerent er.semble jusqu'en 1692 .
qu'il servit en qualité de Lieutenant
dans le Régiment de S. Hermine.
G En
1612 MERCURE DE FRANCE
En 1695. il quitta le Service , et n
sant revenir dans sa Province à cause de
ses créanciers , auxquels il avoit fait signifier
des Lettres d'Etat , il s'en alla à
Auxerre, et là se trouva réduit pour vivre
à faire la profession d'Huissier. Il pric
la Charge d'un nommé Pillard , dont il
épousa la fille , sous le nom de Louis du
Bouchet.
.
P
Il ne laissa pas d'écrire depuis quel
ques Lettres à la Dame de la Pivardiere,
mais il lui cacha son séjour à Auxerre , il
datoit ses Lettres de Metz , lui faisoit
entendre qu'il étoit toujours au Service
et qu'il ne pouvoit obtenir de congé
de son Colonel .
Au mois d'Août 1697. il revint à Nerbonne.
La Dame de la Pivardiere , qui
avoit quelques soupçons des engagemens
qu'il avoit pris ailleurs , le reçut assés
froidement , ensorte qu'il ne resta que
deux jours avec elle , il laissa son cheval ,
ses bottes et son manteau à Nerbonne .
emporta seulement son fusil , emmena
son chien et retourna à Auxerre .
Son départ précipité et quelques autres
circonstances , ayant fait soupçonner
qu'il avoit été assassiné , les Juges
des Lieux en informerent contre la Dame
de la Pivardiere et le Prieur de Mizeré
,
JUILLET. 1737. 1613
zere , qui étoit dans le voisinage : deux
Servantes de la maison et quelques autres
Témoins , chargerent la Dame de
la Pivardiere , le Prieur et ses Valets ;
ils détaillerent même les circonstances
et les suites de cet assassinat fabuleux ,
et les Accusés étoient déja décretés lorsqu'on
aprit que le sieur de la Pivardiere
étoit vivant et demeuroit à Auxerres
on l'engagea à se représenter pour faire
cesser cette accusation , ce qu'il fit ; il
intervint dans la contestation , déclara
la vérité de tout ce qui s'étoit passé ;
les premiers Juges furent pris à partie ,
Ils soutinrent que celui qui se présentoit
n'étoit pas le véritable de la Pivardiere ,
que c'étoit un avanturier et un imposteur
, et cela quoiqu'il fût reconnu par
sa femme , toute sa famille et une foule
de Témoins.
Il intervint un premier Arrêt en la
Tournelle Criminelle le 23. Juillet 1698 .
qui mit hors de Cour sur la prise à partie
, débouta le sieur de la Pivardiere
de son intervention et le décreta de prise
de corps pour répondre aux Conclusions
que le Procureur General voudroit
prendre contre lui .
Le sieur de la Pivardiere se pourvut par
Requête Civile contre cet Arrêt, et après
Gij avoir
1614 MERCURE DE FRANCE
avoir obtenu du Roy un sauf conduit
et s'être rendu volontairement dans les
prisons pour justifier qu'il étoit le véri
table de la Pivardiere, il intervint un se
cond Arrêt qui lui donna acte de la
reconnoissance de sa personne , ordonna
qu'il seroit élargi , et remit les Parties
au même état qu'elles étoient avant
le précedent Arrêt.
Enfin l'affaire ayant été de nouveau
discutée au fond , et la verité reconnuë ,
il intervint un troisiéme Arrêt qui condamna
une des Servantes de la Dame
de la Pivardiere , pour sa fausse déclaration
, à faire amende honorable , à être
flétrie et à un bannissement perpetuel
hors du Parlement , déchargea le sieur
de la Pivardiere , sa femme , le Prieur
et autres Accusés de l'accusation contre
eux intentée ; sur la prise à partie,
mit les Parties hors de Cour , tous dépens
compensés.
A M... Auteur du Traité du Vrai Merite.
U Ne ingénieuse folie ,
· fut toujours de saison
Jamais l'heureux temps de la vie
Ne fut celui de la raison ;
7
JUILLET. 1737. 1645
Je laisse Paustere sagesse
Au Pere conscript , au Barbon
Ma vive , ma folle Maîtresse ,
Aime trop ma folle jeunesse
Pour s'accommoder d'un Caton .
Loin de moi le fade étalage
De ce prude et sot Jouvenceau ,
Plus composé dans le Barreau
Qu'un Juge de l'Areopage ,
Ou qu'un Pédant en grand manteau ;
Vive ce Télemaque à' table ,
Son plaisir se lit dans ses yeux ,
Il boit , il rit , il est joyeux ,
C'en est assés pour être aimable ,
En est-ce trop pour être heureux ?
Enfant gâté de la Nature ,
Je hais cette vertu trop dure ,
Qu'on a fait prêcher à Mentor ,
Le Dieu Comus est mon Nestor ,
J'ai pour Pédagogue Epicure ;
J'honore d'un parfait mépris
Le nom d'Auteur , ce rien futile ;
Le Laurier du fameux Virgile
Vaut-il les Mirthes de Cypris ?
Enfin , ( pour vernir mon Ouvrage ,
Pour me peindre tel que je suis )
J'ai toujours pensé qu'à mon âge ,
C'est être fou que d'être sage.
Giij
EX1616
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre au sujet
du Papier timbré.
Na vu avec plaisir , Monsieur , dans le
premier volume du Mercure de Juin , la
Dissertation curieuse de M. Boucher d'Argis
sur l'origine du Papier et Parchemin timbrés
dans laquelle il a montré plus qu'on ne devoit
attendre sur une matiere qui paroissoit aussi ingrate
, mais les Connoisseurs ne peuvent lui passer
un fait hazardé à l'Article X I. où il dit qu'on
garde à l'Hôtel de Charny , tous les poinçons
des Timbres de chaque Géneralité ; et que c'est
là que se marquent
tous les Papiers
et Parche- mins pour tout le Royaume
. Puisque
c'est au
Greffe des Elections
( Tribunaux
qui connoissent de cette matiere
) que se déposent
les Matrices
ou Poinçons
du Timbre
, dans les Provinces
,
pour y avoir recours
en cas de falsification
, et
que c'est dans le Chef- Lieu de chaque
Generali- té qu'il y a un Bureau
établi pour le Timbre
des
Papiers
et Parchemins
destinés
à l'usage
de la Province.
La distinction contenue dans l'Article XV I.
page 1103. au sujet des Actes , qui , suivant les
Reglemens , doivent être expédiés en Papier ou
Parchemin timbré est très - claire , et les conséquences
justes , il a cependant échapé à l'Auteur
de la Dissertation un effet , ou plutôt un inconvénient
des Actes qui devant être en Parchemin
timbré , ne sont qu'en Papier. On convient avec
lui que cette raison n'emporte pas la nullité des
Actes ; mais outre les peines auxquelles sont sujets
les Officiers publics en cas de contravention ,
en devoit encore nous dire que les Débiteurs ou
Parties
JUILLET. 1737. 1617
Parties poursuivies en vertu de ces Actes , ob
tiennent sans difficulté , par ce défaut de forma
lité , la main - levée des saisies faites sur eux ,
sauf aux Créanciers ou autres Porteurs de ces
Actes , à se mettre après en regle ; c'est un usage
et une jurisprudence que personne n'ignore au
Palais.
Claude- Louis Thiboust , celebre Imprimeur de
Paris, mourut le 22. Avril dernier , âgé d'environ
72. ans.Il s'est autant distingué par sa profonde
capacité dans les Belles - Lettres , et dans
tout ce qui regardoit sa Profession , que par son
esprit et par sa probité. Il étoit chéri et estimé
des Sçavans , et avoit exercé avec honneur les
Charges de sa Communauté. Il publia en 1699.
lors du renouvellement de l'Académie des Scien
ces , un Poëme , dont voici le titre : Eruditissi
misRegia Scientiarum Academia sociis, ut in suam
Societatem Artem Typorum cooptent , in 4. Typis
Cl. Ludov. Thib. 1699. Le Journal des Sçavans
du 11. Janvier 1700. fait une mention honorable
de cette Piece. ' I fit pour la Chambre
Syndicale des Libraires , ces quatre Vers , qu'on
y lit au- dessus de la Salle où l'on fait la visite
des Livres.
Quos hic praficiunt Pratores, regia servant
Mandata , ut vigeat Relligionis amor.
Charta time prava , interdictave, Lydius aurum,
Ut lapis, hac libros sic Domus aqua probat.1711
Le sieur Faurie , Gentilhomme de S. A. R.
Madame la Duchesse d'Orleans , cy- devant Otage
pour le Roy en Allemagne , et ancien Gouverneur
de Souillac, a fait une Découverte de six
Giiij Carrieres
1818 MERCURE DE FRANCE
Carrieres de Marbres , situées dans le Quercy
et la Vicomté de Turenne , dont la premiere a
été faite en 1722. et 1723. sous les ordres de M.-
le Régent et du Cardinal du Bois , et les cinq
autres sous ceux de Son Eminence M. le Cardinal
de Fleury et M. Orry, Conttôleur General.
Le sieur Faurie , a fait venir cinq Caisses de
Marbres de ces Carrieres qui sont arrivés depuis
peu , lesquelles ont été portées à la Cour pour y
être vûës et examinées , et ces Marbres Y ons
reçu un aplaudissement general.
Ils sont de differentes couleurs et d'une finesse
au-dessus de ce qui a parû jusqu'à present , il y
en a même qui sont à l'épreuve du feu , ce qui
ne s'est point encore vû.
Dans ces cinq Caisses , il y a une Table qui
représente plusieurs figures à ramages couleur
de rose , un autre qui imite le verd d'Egypte , il
y a une de ces Carrieres qui se trouve située sur
une Montagne , dont le Marbre paroît couleur
de paille et couleur de rose , avec des Desseins
des Indes,fruités et feuillés de même. Une autre
dont le Marbre est de couleur Olive à
ramages
Lilla ; une autre de couleur Agathe , à veines
rembrunies ; une autre , fonds griote à veines
blanches , et plusieurs autres de differentes couleurs.
Ces Marbres ont été vûs et examinés par les
Princes , M. le Cardinal de Fleury , M. le Chancelier
et M. le Contrôleur General.
Il se découvre tous les jours des singularités
dans les Blocs que l'on tire de ces Carrieres qui
sont regardées comme très rares , et pouront satisfaire
le goût de ceux qui en désireront , aren-
'du que l'on travaille actuellement à force dans
ces Carrieres à faire toutes sortes d'Ouvrages
*
JUILLET. 1737. 1619
ges en Marbre et dans le dernier goût.
On donnera dans la suite d'autres éclaircisse
mens sur ces Carrieres.
. ་
Le Samedi 6. Juillet , l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , procéda à l'Election
de plusieurs Officiers.
M. Lépicié , Graveur ordinaire du Roy et Secretaire
de l'Académie , ouvrit la Séance par l'énumeration
des Places qu'il y avoit à remplir ,
et dit à la Compagnie :
Voici , Messieurs , le sujet qui vous assemble'et
que j'ai l'honneur de vous exposer , vos décisions
seront d'autant plus justes , qu'elles seront soutenuës
par la connoissance et la probité , et que ne don
nant aucun accès à la prévention, vous allez, en
faisant triompher la justice , écarter les illusions
de l'amour propre, si dangereuses pour le progrès et
Pavancement de l'Académie.
Ensuite la Compagnie , après avoir déliberé
et pris les voix par Scrutin , M. le Lorrain ,
ci - devant Adjoint à Recteur , fut nommé à
la Place de Recteur , vacante par la mort de
M. Halle.
M. Caze , ci- devant Professeur , fut élu Adjoint
à Recteur.
Mrs Carle Vanloo , Boucher et Natoire , passerent
au rang de Professeurs , et Mrs Jeaurat ,
Adam , Dandré Bardon et Tremolieres , furent
faits Adjoints à Professeur.
Il y eut à cette occasion une exposition de
Tableaux , qui attira un concours considérablǝ
de curieux ; sçavoir,
De M. Carle Vanloo , la Ceinture de Vénus, ou
Junon qui engage Jupiter à prendre le parti des
G Y Creos
120 MERCURE DE FRANCE
Grecs contre les Troyens , Sujet tiré de l'Iliade¿
et un Concert.
M. Boucher exposa trois Tableaux de fantaisies,
de Figures , de Paysages et d'Animaux, faits
pour le Roy.
M. Natoire exposa aussi trois Tableaux, aussi ,
faits pour le Roy , représentant un Repos de
Chasse , un Embarquement et une Fête Marine
avec deux autres en rond , dont un Sujet tiré du
Pastor Fido.
>
M. Jeaurat , deux grands Tableaux , dont
les Sujets sont tirés du Roman de Daphnis es
Chloé
M. Dandré Bardon , exposa une Allégorie sur
la Paix , un S. Bruno en méditation et une Esquisse.
M. Tremolieres , deux Tableaux d'une forme
ronde, dont l'un représente Minerve et Arachne,
et , l'autre un Emblême sur les Caracteres de
Théophraste.
EXPLICATION du Tableau
Allégorique sur la PAIX , dont on vient
de parler.
A FRANCE reçoit à bras ouverts la PA1
qui descend du Ciel et que lui procurent la
sagesse et la Prudence du Roy. Elle est à demi
cuirassée , pour marquer qu'elle est toujours
prête à prendre et à poser les Armes aux ordres
de son Prince. L'Epée et la Main de Justice qui
sont à ses côtés groupées avec son Casque , expriment
les justes motifs de la guerre.
LA VICTOIRE qui repose sur le sein de
la
JUILLET. 1737 1621
Ja France , semble se dépoüiller de ses Lauriers
en faveur de la Paix , pour montrer que notre
Monarque a préferé à sa propre gloire le bonheur
de ses peuples , elle est entourée de Trophées
et des Drapeaux de la France , comme aimant
à suivre ses Etendars .
LA SAGESSE qui porte l'attribut de la
Royauté est désignée par l'Egide de Minerve.
Elle est accompagnée de la Prudence , dans le
Miroir de laquelle réfléchissent ses traits . Juste
image de cette intelligence pacifique , qui prési
de aux Conseils du Roy.
LE TEMPS qui semble négliger l'usage de
sa Faulx pour s'occuper du plaisir de l'arrivée
de la Paix , indique que le désir de la Paix a été
de tout temps inséparablement uni avec l'amour
de la justice dans le coeur du Roy .
LI DEMON des Combats enchaîné auprès
du Temple de Janus , et ce Temple fermé par
une fleur de lys , désignent le pouvoir de la
France également maîtresse et de conclure la
Paix et de soûtenir la guerre.La Haine et la Dis
corde dévorent leurs Serpents et font de vains
efforts pour les animer. Ces ennemis communs
du repos de Peuples sont obscurcis et confondus
sous le Trône de la Déesse , formé
pe
de Nuées.
par un
grou-
LA PAIX tenant en main une branche d'O
livier , soutenue par la foi des Traités et suivie
de l'abondance et de la félicité , représente les
circonstances qui l'ont accompagnée et les fruits
avantageux qu'elle nous procure .
Enfin LA RENOM ME'E annonce à tout l'Univers
ce glorieux évenement du Regne de
LOUIS X Va
G vi L'En
1622 MERCURE DE FRANCE
L'Enlevement d'Helene , d'après le Guide
nouvelle Estampe , gravée par M. Desplaces
d'après un des grands Tableaux de la Galerie
de l'Hôtel de Toulouze . Elle se vend chés l'Au¬
teur.
Le sieur Huquier , pour épargner aux Dames
qui aiment à découper , la trop grande vetillerie
dans leurs découpures , a fait dessiner par un
habile Maître , douze feuilles d'Ornemens qu'il
a gravés , et qui assemblées les unes à la suite
des autres , förment deux differentes Bordu→
res de feuilles de Paravent , d'un goût admirable
, ces mêmes feuilles peuvent servir à differens
usages et même à aprendre à dessiner l'Ornement.
Il a aussi gravé d'après les Desseins de
M. Parossel, Peintre du Roy , plusieurs Attitudes
de Cavalerie , qui font un Livre de 12
feuilles.
Il a encore gravé douze feuilles d'Ecrans à
main , dans le goût Chinois , d'une composition
des plus nouvelles et des plus galantes .
Le débit de ces nouvelles Estampes se fait chés
le sieur Huquier , vis - à - vis le grand Châtelet.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
er des Personnes Iilastres , paroît avec succès
chés Odieuvre Marchand d'Estampes , Quay de
l'Ecole , il vient de faire paroître, toujours de la
même grandeur :
FRANÇOISE D'AUBIGNE' , Marquise de
Maintenon, née à Niort le 27.
Novembre 1635 .
morte à S. Cyr le 15. Avril 1719. peinte par
Mignard , et gravée par B. Lépicié.
GABRIEL
JUILLET. 1737.2 1623
GABRIEL- VINCENT THE VENARÐ
Pensionnaire du Roy pour la Musique , né¨ à
Paris le 10. Août 1669. peint par Geuslain , et
gravé par G. F. Schmidt.
Le sicur Baradelle , Ingenieur du Roy pour les
Instrumens de Mathématique , donne avis qu'il
vient de construire deux Cadrans verticaux , l'un
pour Paris et ss Environs , et l'autre pour Lyon
et ses Environs. Ce Cadran s'oriente de lui-même;
on a mis aux deux côtés du Cadran deux Echelles
qui contiennent les douze mois de l'année , de
s.ens jours , ainsi il sera facile de trouver par
proportion le point qui doit répondre au jour
courant , il y a une soye qui est toujours dans le
centre du Cadran avec une Perle qui coule au long,
afin de l'ajuster au jour du mois . On a pratiqué
une Pinule qui se couche et se leve lorsqu'on veut
faire usage du Cadran. La Pinule étant levée ,
on expose le tranchant de ce Cadran au Soleil et
P'on fair ensorte que l'ombre de la Pínule , soit
exactement le long de la ligne marquée dans la
partie supérieure , alors la petite Perle qui coule
au long de la soye qui se trouve toujours verticale
, par le moyen d'un petit plomb qui est ataché
au bout , fait que la Perle marque l'heure
cherchée. Ce Cadran se lève et se baisse à toutes
les heures du jour , comme fait le Soleil sur
l'horison. Quoiqu'on ait indiqué ce Cadran
pour Paris et ses Environs , cependant il peut
servir autour de la surface de la Terre , en suivant
le parallele du Globe , c'est - à - dire par toures
les Villes semblables à la Latitude de Pa-
_ris ; et comme un quart ou un tiers de dégré
ne peuvent faire aucune difference sensible , il
peut servir également pour les Endroits suivans .
Alençon.
1624 MERCURE DE FRANCE
Alençon.
Caen.
Versailles. Boccage.
S. Germain en Meaux.
Chartres. Laye . Evreux.
Lisieux. Bar-le-Duc
S. Denis. S. Malo.
Nancy.
Strasbourg.
Châlons- sur-
Marne.
Avranches.
Falaise.
Comme aussi le Cadran pour Lyon et ses Environs
, peut servir , ainsi que l'autre , pour les
Villes sous la même Latitude , comme ,
Clermont en Venise.
Limoges,
Auvergne. Forest. Saintes.
Genêve . Monbrison. Pont.
Grenoble. Chambery.
Milan. Riom .
Ces Cadrans sont d'autant plus commodes qu'ils
s'orientent sans le secours de la Boussole , dont
P'Aiguille aimantée est sujette à une déclinaison
relle qu'au bout d'une dixaine d'années l'on ne
peut s'en servir.
Le prix est de z . livres . Ils sont aisés à porter
dans la poche , étant de 6. lignes d'épaisseur
4. pouces de large et hauts de 6.pouces. Ils sont
proprement montés et bien gravés ; on les vendra
comme l'on souhaitera , en feuille ou montés
, et sans être montés vingt sols .
Il continuë de vendre avec grand succès de ces
Encriers qui conservent l'encre sans être sujette
à se répandre , en quelque situation qu'ils puis-
'sent être.
Sa demeure est toujours Quay de l'Horloge du
Palais , à l'Enseigne de l'Observatoire , à Paris.
CHANSON
TH
PUBLIC LIE
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS

JUILLET. 1737. 1625
Stot totot -otot
CHANSON,
PHilis , la fleur de nos Brunettes
Vient de se rendre à mon amour ;
Pour célebrer cet heureux jour ,
Jouez Hautbois , chantez Muzettes ;
Ah Tircis , qu'il est doux
D'aimer une Bergere
A qui chacun veut plaire
Et qui n'aime que nous !

En vain le beau Damon s'empresse
A lui donner son tendre coeur ,
Elle chérit trop mon bonheur
Pour me priver de sa tendresse
Ah , &c.
Les Graces volent autour d'elle ,
Les Jeux , les Ris suivent ses pas
Tout fate ses divins apas ,
Et son coeur est toujours fidelle ;
Ah , &c.
Assis
རཱུ
ASTOR
, LENOX
AND
TILGEN
FOUNDAT
#OSTA
,
RANSON
JUILLET. 1737. 1625
P
CHANSON,
Hilis , la fleur de nos Brunettes ,
Vient de se rendre à mon amour
Pour célebrer cet heureux jour ,
Jouez Hautbois , chantez Muzettes ;
Ah Tircis , qu'il est doux
D'aimer une Bergere
A qui chacun veut plaire
Et qui n'aime que nous !
En vain le beau Damon s'empressË
A lui donner son tendre coeur
Elle chérit trop mon bonheur
Pour me priver de sa tendresse ;
Ah , & c.
Les Graces volent autour d'elle ,
Les Jeux , les Ris suivent ses pas ,
Tout flate ses divins apas ,
Et son coeur est toujours fidelle ;
Ah , &c.
Assie
1626 MERCURE DE FRANCE
Assis tous deux sur la fougere ,
Elle me redisoit cent fois :
Berger , ne suivons d'autres Loix
Que celle qu'inspire Cithere ;
Ah , &c.

Regard flateur , tendre langagé ,
Fout veut ici me rendre heureux :
Amour , pour
terminer mes voeux
Amour , acheve ton ouvrage ,
Ah , & c.
Taisez- vous, Raison importune ,
Et vous trop austere Devoir ;
Dússai-je vivre sans espoir ,
Mon coeur n'est fait que pour ma Brune ;
Ah , &c.
P. M. L. A. A. D. A. E. P.
SPECJUILLET.
1737 1627
******* :* :*******
SPECT A CLE S.
E Ballet des Amours des Dieux se
soûtient toujours avec grand succès
sur le Théatre de l'Opera : il sera remplacé
le mois prochain par Cadmus , dont
on parlera en son temps.
Le Friple Mariage , Comédie en prose,
et en un Acte , avec un Divertissement
de M. Nericault Destouches , fut remise aut
Théatre , le jeudi 6. Juin 1737. avec beau
coup de succès.
ACTEURS.
Oronte , Les Sieurs de la Thorillieres
Valere Grandval.
Cleon ,
Dangeville le jeune .
Pasquin
Armand
Lépine ,
Fierville
M. Michaut , Dangeville
l'Oncle.
Isabelle , Les Diles: Grandval
Nérine Quinault.
Javotte ,
La Comtesse
Julie ,
Célimene ,
La petite Deand.
La Motte.
Baron des Brossés.
Certe Piece , imprimée in - 12 . en 1716-
Connel.
chés
628 MERCURE DE FRANCE
2
chés Le Breton , Quay des Augustins ,
fut donnée avec succès dans sa nouveauté
, il y a 1. ans. On se trompe dans la
Recherche des Théatres , tom. 2. p. 499 .
quand on donne 5. Actes à cette Piece.
Le 15. Juillet les Comédiens François
donnerent la premiere Representation
d'une Comédie nouvelle , intitulée les
Caracteres de Thalie , cette Piece est précédée
d'un Prologue , et suivie d'un Divertissement
; les trois differens genres
qu'on y traite , sont 1 ° . la Comédie de
Caractere : 2° La Comédie d'Intrigue :
3 ° La Comédie à Scenes Episodiques. Cet
Ouvrage , qui est de M. Fagan , n'a pas
dégénéré du Rendez- vous et de la Pupil
le , que cet ingenieux Auteur nous a donnés
, et qu'on revoit toujours avec un
plaisir infini ; en voici un Extrait aussi
fidele qu'il nous est permis de le faire
d'après quelques Representations .
Un Acteur qui represente l'Auteur
même de la Piece qu'on va donner , fait
un Prologue , en disant qu'il n'en veut
point faire. Il expose les trois genres de
Comédie , qu'il a inserés dans une seule
Piece ; il établit pour lieu de la Scene sa
Chambre assés mal meublée , comme s'il
prétendoit par là capter la bienveillance
du
JUILLET. 1737 1629
Hu Public , et le rendre sensible à ses
besoins , quoique sa fortune ne soit pas
à beaucoup près reduite à faire pitié . On a
blamé jusqu'ici les Auteurs qui avilissent
leurs Confreres , comme s'ils n'étoient
pas assés décriés dans le Monde ;
mais quoi de plus repréhensible qu'un
Auteur qui se représente lui - même
dans un état d'indigence , quoi qu'il
soit bien éloigné d'y être Du reste
ce Prologue n'est pas des plus brillans
et tout le monde convient que l'Auteur
auroit dû le retrancher dès la seconde
Représentation . Il n'en est pas de même
de la Piece , au dernier genre près ; en
voici les Titres: 1 ° . l'Inquiet. 2 ° . l'Etoura
derie. 30. les Originaux.
L'Inquiet , Piece de Caractere .
La Scene est dans la Maison de Lucile:
c'est
Damis ouvre la Scene avec Marton. Le
premier est ami de Timante ; l'autre est
Suivante de Lucile . Damis vient chés Lucile
pour excuser Timante sur un crime
prétendu ; Marton se doute bien que
quelque nouvelle inquiétude de Timanaussi
peu fondée qu'une infinité d'au
tres qui l'agitent tous les jours ; ce qui
donne lieu à l'exposition du Caractere
en question . Champagne Valet de Tite
,
mante
1630 MERCURE DE FRANCE
mante , survient , et dit tout bas à Da
mis que son Maître est si fâché d'avoir
dit quelque chose de desobligeant à Lu
cile, qu'il en est très malade; et que quoiqu'il
n'ait point de fiévre, il a si bien fait
que le Médecin lui en a trouvé ; Damis
se mocque de la foiblesse de son
Ami , qui par cette prétenduë maladie ,
va differer son mariage , resolu avec Lu
cile ; ils sont bien surpris Marton et lui
de voir sur le champ arriver cet Amant
Inquiet , qui , par une nouvelle inquiétude
, vient dire à Damis que peut être
ila mal pris son temps pour l'excuset
auprès de sa Maîtresse ; Damis lui fait
de nouveaux reproches sur le triste plaisir
qu'il prend à se tourmenter lui - même
; Marton sort pour aller avertir sa
Maîtresse , et promet de l'amener ; Damis
prend ce temps - là pour faire encore
mieux la guerre à Timante , qui ne répond
aux onseils de son Ami que pir
de nouvelles craintes , qui émanent de
son caractere . Lucile vient, Fimante lui
demande pardon de l'avoir offensée ; Lucile
lui demande à son tour quelle est
donc l'offense en question ; Timante attribue
cette feinte ignorance à une dissi
mulation plus fatale que la colere même.
Marton est mise au fait par quelques paroles
JUILLET. 1737. 163
oles qui échapent à Timante ; elle se
apelle que cet Amant inquiet a dit à
a Maîtresse, que la beauté n'étant qu'une
hose
passagere , il falloit en profiter par
un promt hymen ; et dit en plaisantant
qu'aparemment
Timante craint que Lu-
Eile ne se fâche dans trente ans de l'injure
qu'il croit lui avoir faite. Timante
pour justifier ses craintes , fait entendre
sa Maîtresse qu'elle ne lui a encore
donné aucune marque d'amour qui puisse
le rassurer . Lucile lui répond que lut
ayant promis sa - foy , elle n'attend que
l'arrivée d'une de ses parentes , qui lui
est chere , pour lui tenir la parole
qu'elle lui a donnée ; elle ajoûte que cette
Parente arrivera bientôt avec son Fils;
nouveau sujet d'inquiétude pour notre
Inquiet ; il craint de trouver un Rival
dans ce Fils.
Damis et Marton le raillent si fort sur
cette jalousie naissante , qu'il croit que
c'est un nouveau crime que Lucile ne
lui pardonnera jamais ; il -la quitte brusquement
, en lui disant qu'il veut s'épar
gner la honte de se voit banni de sa presence
par elle même. Damis court après
dui pour lui remettre l'esprit.
Quelqu'un , envoyé par Timante pazoît
au fond du Théatre ; Lucile se doute
qa'il
1632 MERCURE DE FRANC
qu'il a à parler en secret à Marton ; ell
charge cette fidelle Suivante de venir lu
rendre compte de tout , et se retire
L'Homme en question , voyant Marto
seule , vient à elle, et lui dit que Timan
te voudroit bien lui parler ; Marton lu
répond qu'il n'a qu'à venir , et qu'ell
est prête à l'entendre. Timante vient ; i
prieMarton de lui être favorable auprès de
sa belle Maîtresse , et pour mieux l'engage
à le servir , il lui coule adroitement un
Boëte d'Or dans la main ; Marton fein
de trouver cela très- mauvais ; Timant
craint de l'avoir offensée , et de se l'êtr
alienée , au lieu de l'avoir mise dans ses
interêts après quelques façons de find
Soubrette , Marton lui pardonne , et lui
promet de le servir . Timante la prie d'ob
tenir de sa Maîtresse un aveu qui lui per
suade qu'il en est aimé. Marton lui pro
met de ne rien oublier pour le satisfaire
A peine Marton est- elle sortie , que no
tre Inquiet , se défiant de sa promesse
veut aller écouter , sans être aperçû , c
ne pouvant rien entendre , il revient su
ses pas . Damis qu'il a chargé d'une com
mission qui n'a nul raport à la Piece
vient lui en rendre compte ; Timante
lui fait part de la promesse que Marton
lui a faite. Damis trouve très - mauvais
e
qu'il
JUILLET . 1737. 1633
qu'il exige de Lucile un aveu qu'on ne
fait jamais, quand on aime veritablement.
Timante n'est que trop allarmé de ce
que Damis lui dit . Cet Ami l'ayant quitré
, il reste seul, frapé de cette nouvelle
reflexion , qu'il ne trouve, pour son malheur
, que trop sensée ; il voudroit empêcher
Marton d'aller plus avant , mais
il n'en est plus temps. Lucile arrive instruite
de ce qu'il desire , elle commence
par de justes et tendres reproches sur sa
défiance ; la perplexité de Timante, malgré
tout ce que Lucile lui dit de plus obli
geant , la force enfin à lui dire qu'elle
l'aime. A ce mot Timante paroît frapé
comme d'un coup de foudre , et dit , en
se laissant tomber dans un fauteuil : Je
suis perdu . Lucile est si frapée à son
tour de cette réponse , qu'elle se retire
avec indignation ; pour surcroît de malheur
, Marton vient lui rendre quelques
lettres qu'il avoit écrites à sa Maîtresse
elle lui défend de sa part de remettre le
pied chés elle , et le prie de l'éviter par
tout où elle pourra se trouver ; la bien
séance , ajoûte- t elle , voudroit queje vous
rendisse aussi la Boëte que vous m'avez
donnée, mais je ne sçais ce que c'est que
d'accabler les gens dans le malheur.
Marton l'ayant quitté , Damis vient
pour
4634 MERCURE DE FRANCE
>
pour lui rendre quelque nouveau compte
sur des affaires qui le regardent ; vous
m'avez perdu, lui dit Timante → par la
reflexion que vous m'avez fait faire tan
rôt. Damis , touché de compassion , lui
promet de le raccommoder avec Lucile ,
mais inutilement ; une nouvelle inquiétude
acheve de le perdre , ou du moins
elle differe son bonheur. Lucile lui dit
qu'elle veut aller pour quelque temps
la campagne , et qu'elle poura consentir
à l'épouser , si , à son retour , elle le trouve
moins déraisonnable. Ce dénouement
n'a pas été goûté , parce que cette der
niere faute de Timante étoit une des
moins légeres de toute la Pieces cela n'at
pas empêché que le tout ensemble n'ait
été très bien reçû du Public .
2
L'Etourderie , Piece d'Intrigue .
La Scene est chés Cléonie.
,
à
Mondor, jeune Amant de Mad. Cleon
te , que son étourderie lui a fait prendre
pour Mlle Cleonte sa belle soeur fait
confidence de sa passion naissance à Cris
pin son valet , et lui dit qu'il a écrit à sa
nouvelle Maîtresse ; Crispin le raille sur
un amour si promptement pris dans une
seale visite. M. Cleonie , surpris de trouwer
chez lui un jeune Cavalier qu'il n'y
a point
JUILLET. 1737. 1635
a point encore vû , lui demande ce qui
Pamene chez lui ; Mondor lui avoie que
c'est l'amour , et qu'il n'a pû défendre.
son coeur contre les beaux yeux de Mile,
Cleonte sa soeur ; M. Cleonte ne peut
comprendre comment sa soeur qui n'eſt
rien moins que belle, et qui a 45 ans bien
comptés , a pû faire naître une passion si
violente ; cependant Mondor lui en
parle avec des expressions si vives , qu'il
se laisse persuader . Au nom de Mondor ,
il lui demande , s'il n'eft pas le neveu de
M. Pirante , son ancien Ami ; Mondor
est charmé d'aprendre que M. Cleonte
est ami de son oncle ; il le quitte pour
aller prier ce cher oncle de consentir
à son mariage avec Mile Cleonte . Mr.
Cleonte est bien aise de la recherche de
Mondor , qui par ce mariage lui fera
pour voir une soeur qui ne s'accorde pas
trop bien avec sa femme. Mad. Cleonte
et Mlle Cleonte viennent en disputant à
leur ordinaire ; la lettre de Mondor dont
on a parlé , adreffée à la soeur , est le
sujet de la dispute avec la femme. Mr
Cleonte finit l'altercation , en disant que
rien n'eft plus vrai , et que Mondor
vient de lui parler de son amour pour
Mlle Cleonte ; cette derniere les quitte
pour aller répondre à son Amant pré-
H tendu .
4634 MERCURE DE FRANCE
pour lui rendre quelque nouveau comp
te sur des affaires qui le regardent ; vous
m'avez perdu, lui dit Timante , par la
reflexion que vous m'avez fait faire tanrôt.
Damis , touché de compassion , lui
promet de le raccommoder avec Lucile
mais inutilement ; une nouvelle inquiétude
acheve de le perdre , ou du moins
elle differe son bonheur. Lucile lui dit
qu'elle veut aller pour quelque temps à
la campagne , et qu'elle poura consentir
à l'épouser , si , à son retour, elle le trouve
moins déraisonnable . Ce dénouement
n'a Pas été goûté , parce que cette der
niere faute de Timante étoit une des
moins légeres de toute la Pieces cela n'a
pas empêché que le tout ensemble n'ait
été très bien reçû du Public.
L'Etourderie , Piece d'Intrigue,
La Scene est chés Cléonie.
Mondor, jeune Amant de Mad. Clean
te , que son étourderie lui a fait prendre
pour Mile Cleonte sa belle soeur , fait
confidence de sa passion naissance à Cris
pin son valet , et lui dit qu'il a écrit à sa
nouvelle Maîtresse ; Crispin le raille sur
un amour si promptement pris dans une
seale visite . M. Cleonte , surpris de trouwer
chez lui un jeune Cavalier qu'il n'y
a point
JUILLET. 1737. 1635
a point encore vû , lui demande ce qui
Pamene chez lui ; Mondor lui avoue que
c'est l'amour , et qu'il n'a pû défendre.
son coeur contre les beaux yeux de Mlle,
Cleonte sa soeur ; M. Cleonte ne peut
comprendre comment sa soeur qui n'eft
rien moins que belle, et qui a 45 ans bien
comptés , a pû faire naître une passion si
violente ; cependant Mondor lui en
parle avec des expressions si vives , qu'il
se laisse persuader . Au nom de Mondor
il lui demande , s'il n'eft pas le neveu de
M. Pirante , son ancien Ami ; Mondor
est charmé d'aprendre que M. Cleonte
est ami de son oncle ; il le quitte pour
aller prier ce cher oncle de consentir
à son mariage avec Mile Cleonte . Mr
Cleonte est bien aise de la recherche de
Mondor , qui par ce mariage lui fera
pour voir une soeur qui ne s'accorde pas
trop bien avec sa femme. Mad . Cleonte
et Mlle Cleonte viennent en disputant à
leur ordinaire ; la lettre de Mondor dont
on a parlé , adreffée à la soeur , est le
sujet de la dispute avec la femme . Mr
Cleonte finit l'altercation , en disant que
rien n'eft plus vrai , et que Mondor
vient de lui parler de son amour pour
Mlle Cleonte ; cette derniere les quitte
pour aller répondre à son Amant pré-
H tendu .
1636 MERCURE DE FRANCE
tendu . M. Cleonte acheve de persuader
sa femme sur une avanture , dont ils sont
également surpris. Mondor revient de
chés son oncle Pirante ; il est charmé de
revoir l'objet de son amour dans la personne
de Mad . Cleonte . M. Cleonte lui
dit qu'il est bon qu'il ait son consentement
, et le laisse avec elle. Cette scene
de qui pro quo est traitée par l'Auteur avec
un art infini , et fait d'autant plus de
plaisir aux spectateurs , qu'ils sont au
fait d'une méprise que les Acteurs ignorent.
Mad.Cleonte persuadée d'un amour
qui s'explique si vivement , et voyant
venir sa belle- soeur , dit à Mondor qu'il
est necessaire qu'il obtienne son aveu ;
puisque j'ai le vôtre , lui répond Mondor
, je suis trop heureux ; et je me flatte
par avance de celui de votre soeur . Cette
seconde Scene n'est pas traitée avec moins
d'art que la premiere ; grace à l'esprit de
l'Auteur , il n'échappe rien aux interlocuteurs
qui détruise le qui pro quo ; · on
vient annoncer à Mlle Cleonte que Mr
l'Assesseur , un de ses Soupirans , demande
à lui parler ; elle ordonne qu'on le fasse
entrer , et dit tendrement à Mondor que
c'eft un sacrifice qu'elle va lui faire ; elle
le prie de sortir , pour n'être pas témoin
de la confusion de son Rival ; elle lui
donne
JUILLET.
1737. 1637
donne la réponse qu'elle a faite à sa lettre
L'Assesseur est au désespoir du congé
qu'on lui donne , Mlle Cleonte le laisse
gémir , et se retire ; Mondor revient
lisant la lettre de Mlle Cleonte ; l'Asses
seur en entend la lecture sans être aper
çu ; il se fait connoître pour le Kival
congedié , et fait entendre à Mondor
qu'il n'a pas moins été favorisé que lui
par des lettres qu'il a reçuës de la même
main. Mad. Cleonte vient parler à l'Amant
prétendu de sa soeur ; mais Mondot
s'expliquant enfin plus clairement avec
elle , elle ne doute plus que cet -Etourdi
n'ait pris le change . Mondor est très surpris
de la voir si fort changée à son égards
l'équivoque subsistant toujours de sa
part , cela produit une Scene des plas
comiques et des plus neuves . M. et Mlle
Cleonté qui surviennent , sont fort scandalisés
des plaintes de Mondor , auxquel
les ils ne comprennent rien . M. Cleonte
trouve fort mauvais que sa femme y ait
donné lieu , et lui dit que Mondor lui
fait honneur en voulant s'allier à lui .
Enfin M Pirante arrive ; l'énigme disparoît
; Mondor reconnoissant son étourderie
, a honte de l'avouer , et se retire ,
en disant à son oncle que Mile Cleonte
ayant des engagemens antérieurs aux.
Hij siens ,
1638 MERCURE DE FRANCE
siens , il ne veut pas lui disputer sa con
quête ; l'Assesseur profite de la conjoncture
, et Mile Cleonte se croit trop heureuse
d'accepter la main qu'il lui offre en
dédommagement de celle de Mondor.
Ce dernier mariage étant arrêté , Mad .
Cleonte dit à son mari , qu'elle prendra
son temps pour le mieux instruire de ce
qui fait le sujet de son étonnement .
Les Originaux , Piece à Scenes épifodiques.
La Scene est chés une Marquise.
Cette troisième Piece ayant paru inferieure
aux deux précedentes , nous en
parlerons plus succinctement. Le plan en
est bon ; mais le choix des Scenes , et la
maniere de les traiter n'y ont pas tout-àfait
répondu : voici quel est le plan . Mad .
la Marquise voulant retirer son Fils de
quelques désordres où sa jeunesse le plonge
, ne croit pas pouvoir mieux l'instruire
qu'en imitant les Lacedémoniens , qui ,
pour faire abhorrer l'yvrognerie à leurs
enfans , faisoient enyvrer leurs esclaves ,
et les exposoient à leurs yeux , dans les
plus grands accès de leur yvresse. La
Marquise reproche à son Fils quelques
défauts dont il ne veut pas convenir ;
elle a donné des ordres secrets , pour faire
paroître devant lui cinq ou six personnes
sujettes
JUILLET. 1737. 1639
sujettes aux mêmes défauts dont elle prétend
le corriger par l'exemple. Elle prie
le jeune Marquis de rester chés lui pour
recevoir les visites de ses parens et de ses
amis au sujet de son mariage avec Hor
tense. Le Marquis obéit à sa Mere ; mais
il témoigne dans un court monologue ,
son éloignement pour le mariage en question.
Les Scenes épisodiques sont d'un
Sénéchal ignorant, d'un Yvrogne, d'une
Médisante , d'un Bréteur , et d'un Dissipateur
Toutes cés Scenes font une si
grande impression sur son esprit , qu'il
proteste à sa Mere de se corriger de ses
vices , et qu'il consent à l'hymen qu'elle
lui a proposé. Cette derniere Piece est
suivie d'un Divertissement , qui a páru
n'y avoir pas grand raport. La compósition
de la Musique est de M. Mouret ;
on l'a trouvé très- jolie , aussi bien que
les danses. L'éxécution de ce Balet a fait
beaucoup de plaisir , et les couplets en
ont été fort aplaudis. On continue de
joüer cette aimable Comedie avec beaucoup
de succès et l'on ne doute point
que la seconde Piece ne reste au Théatre,
comme le Rendez- vous et la Pupille. Le
Public compte extrémement sur ce jeune
et ingénieux Auteur , que les succès ne
peuvent pas manquer d'encourager.
Hij Le
1640 MERCURE DE FRANCE
Le 27. Juillet , les Comédiens du Roi,
qui doivent rester à Paris pendant le
voyage de Fontainebleau , reçurent une
Comédie en Vers et en trois Actes , précedés
d'un Prologue , et suivis d'un Divertissement
, avec des chants et des danses.
Cette Picce est intftulée l'Ecole de
Hymen on en donnera une Analyse
exacte , et on raportera les sentimens
critiques du Public .
Le 21. Juillet , les Comédiens Italiens .
donnerent la premiere Représentation
d'une petite Comédie en un Acte , en Prose
, terminée par un très - joli Divertissement,
elle a pour titre le Bailli Arbitre, de
la composition de M. de la Lande , et son
premier Ouvrage pour le Théatre Italien ,
duquel nous parlerons plus au long.
Le 13. Juillet , l'Opera Comique donna
une petite Piece nouvelle d'un Acte ,
avec des Divertissemens et un Vaudeville
, intitulée Momus oculiste , et le 23 .
on en représenta encore une nouvelle ,
d'une Acte , qui a pour titre l'Epreuve
Amoureuse , qui a été goutée. Les nouveaux
Danseurs Anglois y dansent différentes
Entrées qui ont été fort aplaudies .
Ces deux Pieces sont terminées par le
Ballet Pantomime , dont on a déja parlé
NOUJUILLET.
1737 1641
NOUVELLES ETRANGERES.
L
RUSSIE .
"
Es Députés envoyés à Pétersbourg par les
Etats de Curlande , pour informer la Czarine
que le Comte Jean Ernest de Biron avoit
été élu Duc de Curlande , eurent le 17. Juin
dernier une audience publique de S. M. Cz. et
après qu'elle leur cut témoigné qu'elle aprenoit
avec plaisir le choix que les Etats avoient fait ,
ils furent conduits chés le nouveau Duc à qui ils
donnerent part de son Election , et qu'ils prierent
de vouloir se rendre dans son Duché afin
d'y recevoir les hommages de ses Sujets.
Le nouveau Duc de Curlande se dispose à fai
re son Entrée à Mittau avec beaucoup de magnificence
, et dès que les Equipages , auxquels il
fait travailler , seront prêts , il partira pour s'y
rendre. On compte qu'il n'y demeurera qu'autant
de temps qu'il sera nécessaire pour r
mer divers abus qui s'y sont introduits dans l'ad
ministration de la Justice et des Finances sous le
précedent Gouvernement , et qu'il retournera
ensuite à Pétersbourg.
réfor-
Les derniers avis reçûs de Mittau , portent
que les Etats de Curlande ayant donné part au
Roy de Pologne de l'Election de leur nouveau
Duc , S. M. leur avoit envoyé un Rescript par
lequel elle leur marquoit qu'elle aprouvoit le
choix qu'ils avoient fait .
Le 9. Juin , à dix heures du matin , le feu priz
Hiiij dans
1642 MERCURE DE FRANCE

dans un quartier de la Ville de Moscow , nommé
le quartier de Cremelin , et les flammes y
firent en peu de temps des progrès si rapides
qu'elles se communiquerent bientôt aux autres
quartiers de la Ville. L'embrasement qui dura
tout le jour , ainsi que la nuit suivante ,
beaucoup de violence , ne cessa que le lendemain
à quatre heures du matin. Environ huit mille
maisons furent réduites en cendres , et un grand
nombre de personnes a péri dans les flammes .
avec
La nuit du 14 au 15. le feu prit aussi à Petersbourg
, dans le quartier voisin du Port , et il
y eut quelques maisons de brulées , mais le
prompt secours qu'on aporta , en prévint les
Suites.
Le 24. du mois dernier , la Czarine se rendit
avec la Princesse Anne de Meckelbourg et la
Princesse Elizabeth Petrowna , au Chantier de
l'Arsenal de l'Amirauté , et elle vit lancer à l'eau
un nouveau Vaisseau de guerre de 100. Pieces
de Canon , lequel fut nommé Anne.
Depuis qu'il a été décidé que le Congrès ,
dans lequel on doit regler les conditions de la
Paix entre la Czarine et le Grand Seigneur , se
tiendroit en Podolie , le Comte Potoki , Grand
General de la Couronne de Pologne , qui est
Seigneur de la Ville de Niemirow , où les Ministres
Plénipotentiaires s'assembleront , a écrit
à S. M. Cz. qu'il avoit donné des ordres nonseulement
pour qu'ils y fussent en sûreté , mais
encore pour qu'ils y trouvassent tout ce qui
pouroir contribuer à leur en rendre le séjour
plus commode et plus agréable. Il y a aparence
que la suspension d'armes , dont la Czarine est
convenue avec le Grand Seigneur , afin` que les
Ministres Plénipotentiaires puissent se rendre au
liew
JUILLET. · 1737 . 1643
lieu du Congrès sans avoir rien à craindre des
Nations peu disciplinées qui sont dans les Armées
des deux Puissances , ne sera pas prolongée
comme on l'avoit crt . Le bruit court même que si
la Porte ne consent pas qu'il soit stipulé dans les
Articles Préliminaires , que S. M. Czarienne demeurera
en possession de la Ville d'Asoph , ou
si quelqu'autre obstacle empêche que ces Articles
Préliminaires ne soient reglés dans les premieres
Conférences , le Comte de Munich attaquera
le Corps de Troupes Ottomanes cam-
Fé sous Oczakow.
Le dernier Courier dépêché par ce General
a raporté que l'Armée Moscovite ayant été jointe
par les Troupes que commande le General
Romanzoff , une partie de l'Infanterie s'étoit
embarquée sur le Borysthene pour le descendre
jusqu'à l'endroit où le Bog se jette dans ce Fleuve
, et que la Cavalerie avoit marché avec le resre
des Troupes pour aller passer le Bog au dessus
de son embouchure .
On a apris par le même Courier, que dans le
moment de son départ de l'Armée , le bruit venoit
de s'y répandre qu'un détachement de 200 .
Tartares de l'Armée Ottomane avoit été taillé
en pieces par les Cosaques Calmouques des Troupes
Moscovites , mais la séverité des défenses
que le Comte de Munich a faites au Chef de ces
Cosaques , de commettre aucun Acte d'hostilité
pendant l'armistice , donne lieu de douter de la
vérité de cette nouvelle.
On a apris par les Lettres du General Lesci ,
que l'Armée du Kan de Crimée étoit de 200000
Kommes , et que le Grand Seigneur avoit envoyé
à ce Prince plusieurs Officiers d'experience, afin
de l'aider dans les opérations de la Campagnes
Hv
Ce.
1644 MERCURE DE FRANCE
Ces Lettres ne marquent pas si Donduck me;
bro , Kan des Calmoúques Tributaires de S. M.
Cz . s'est mis en marche pour attaquer une seconde
fois les Tartares du Cuban , qui se sont
réfugiés dans les Montagnes situées au - delà du
Fleuve dont leur Pays tire son nom. Le bruit
court que la conduite que ce Kan tient depuis.
quelque temps a rendu sa fidelité suspecte à la
Czarine.
LE
POLOGNE.
E Roy a envoyé au Grand General de la
Couronne les pleins pouvoirs nécessaires
pour assister de sa part et de celle de la Republique
, au Congrès de Niemirow , et pour egler
avec les Ministres Plénipotentiares de Sa
Hautesse et avec ceux de la Czarine , ce qui re-.
garde les interêts du Royaume de Pologne.
Le Major General Mir , commandera les
Troupes qui seront distribuées dans les environs
du Lieu du Congrès , pour en assurer la tranquillité
, et il a été chargé de faire conduire à
Niémirow , des provisions de toute espece , afin
que les Ministres Plénipotentiaires y trouvent
en abondance tout ce dont ils auront besoin. La
plupart d'entre eux y meneront une suite trèsnombreuse
, et celle des Ministres Turcs sera de
plus de mille personnes. Un de ces derniers est
déja arrivé à Choczim , et les autres étoient encore
à Zoroka en Moldavie , avec M. Dahlman
et les Ministres Plénipotentiaires du Roy de la
Grande Bretagne et de la République de Hollande
La Czarine a envoyé ordre aux siens qui
étoient restés à Kiow , de se rendre incessamment
au Lieu du Congrès..
Le
JUILLET. 1737.. 1645
Le 5. de ce mois , Mustapha Effendi , que le
G. S. a nommé son Ambassadeur Extraordinai
re auprès du Roy , pour le féliciter sur son avenement
au Trône , arriva à Fraustadt , où S. M.
étoit arrivée le jour précédent . Ce Ministre depuis
son entrée en Pologne , est défrayé , selon
l'usage , aux dépens de la République.
Les Lettres de Dantzick , marquent qu'un Bâ
timent Etranger avoit été jetté sur la Côte , à
huit lieues de Spuntske , et qu'on n'avoit trouvé
à bord qu'une seule personne de l'Equipage , laquelle
étoit blessée fort dangereusement , et qui
avoit raporté que les Matelots l'avoient mise
dans cet état , et qu'après avoir tué le Maître et
le Pilote du Vaisseau , ils s'étoient sauvés à terze
dans la Chaloupe.
ALLEMAGNE.
E Grand Visir a fait réponse à la derniere
Letre qui lui a été écrite par le Come de
Konigseg , que le Grand Seigneur voyoit avec
surprise , mais sans apréhension , les grands
préparatifs de guerre de l'Empereur , et qu'il
croyoit que S.M.I.étoit trop équitable pour vou
loir obliger la Porte d'accorder à la Czarine des
conditions que S. M. Cz . n'étoit pas en droit
d'exiger. Ce Ministre ne s'explique pas positivement
dans sa Lettre sur la cession d'Asoph
mais il laisse lieu d'esperer que ce ne sera pas ceg
article qui retardera la conclusion de la Paix .
Le Duc de Loraine arriva à Belgrade avec le
Prince Charles , son frere , le 21. du mois dernier,
il y fut reçû au bruit d'une salve generale de
P'Artillerie des remparts. Le Feldt - Maréchal
Comte de Seckendorf et les autres Officiers Ge-
H`vi neraux
1646 MERCURE DE FRANCE
neraux qui s'étoient rendus à Belgrade de Sémandria
pour se trouver à son arrivée , et qui étoient
allés au--devant de lui à quelque distance de cette
Ville , le conduisirent au Palais qu'on lui avoit
préparé. Ce Prince fut complimenté le même
jour par les Magistrats et par le Corps de Ville, er
il fit souper avec lui le Comte de Seckendorf et
plusieurs autres Personnes de distinction. Le
lendemain il visita la Citadelle , l'Arsenal et les
principaux Magasins.
Le bruit court que le rendez - vous general de
l'Armée Impériale sera à Barakin , et que le
Duc de Loraine y fera le 15. de ce mois la Revue
des Troupes .
Les quatre Galeres
que l'Empereur
a fait construire
à Vienne , doivent partir incessamment
pour Belgrade.-S. M. I. en faisant dernierement
la Revue de leurs Equipages , promit de faire
remettre en liberté , lorsque la Paix sera concluë
, les Esclaves qui servent sur ces Galeres .
Le premier de ce mois , l'Archevêque de Vienne
fit la Cérémonie de les bénir ; on les a nommé
l'Aigle Imperiale , le Lion , le Cheval Marin
et le Triton.
Le soir Leurs Majestés Impériales allerent voir
ces Galeres , et après les avoir considerées d'une
Tente qu'on avoit dressée sur le bord du Danube,
elles monterent sur la Capitane au bruit d'une
salve generale de toute l'Artillerie .
Le 7. Juillet , la Diette de Ratisbonne s'assembla
extraordinairement , et elle éiut d'une
voix unanime le Duc de Loraine pour remplir
ta Charge de Feldt - Maréchal General de l'Einpire
, vacante par la mort du Duc de Wirinberg.
Les dernieres Nouvelles de Vienne , portent
qu'o
JUILLET . 1737. 1617
qu'on y avoit reçu avis qu'un détachement des
Troupes Turques assemblées en Bosnie , étant
entré sur les Terres de la Domination de l'Empereur
, et en ayant enlevé une grande quantité
de bestiaux , le Prince de Saxe- Hildburghausen
en avoit fait aussi - tôt porter des plaintes au Bacha
de la Province ; que , comme il avoit reçû
ane réponse peu satisfaisante de ce Bacha , il
avoir permis au Régiment de Hussards du Comre
de Carolis , de faire des courses sur le territoire
de la Porte , et que ce Régiment avoit pil
lé deux ou trois Villages , situés le long de la
Riviere d'Uana ; que les Turcs avoient fait marcher
un Corps considérable de Cavalerie pour
tâcher d'enveloper les Hussards , mais que ceuxcy
s'étoient retirés avant que les Ennemis les eussent
på joindre.
On a apris par les mêmes Lettres , que plusieurs
Partis de l'Armée Ottomane étoient entrés
en Croatie , où ils commettoient beaucoup
de désordres ; ce qui a eng gé l'Empereur à envoyer
ordre à ses Generaux d'entrer en Campagne
, le Comte de Seckendorf fir le premier de
ce mois la Revûë generale des Troupes assemblées
dans les environs de Barakin , et le lendemain
il décampa pour se rendre à Collar , d'où
il a dû continuer sa marche vers les Frontieres
des Etats du Grand Seigneur.
L
ITALIE.
A Cérémonie de la Béatification du Pere
Joseph de Leonessa , Religieux Capucin ,
se fit le 22. du mois passé dans l'Eglise de Saint
Jean de Latran , où l'on avoit laissé tous les
Ornemens dont elle avoit été décorée pour la
Canonisation
1648 MERCURE DE FRANCE
Canonisation de deux nouveaux Saints . 14. Car
dinaux y assisterent , et en l'absence du Cardinal
Orthoboni , le Cardinal Laurent Altieri fit les
honneurs.
L'Empereur ayant fait représenter au Pape par
M. d'Harrach , son Ministre à la Cour de Rome,
que se trouvant dans des circonstances qui
Pobligent à déclarer la guerre aux Turcs , il esperoit
que Sa Sainteté lui accorderoit la liberté
de tirer du Clergé de ses Etats les mêmes subsides
que les Empereurs en ont tirés, avec le consentement
des Papes dans de pareilles occasions , Sa
Sainteté a répondu qu'elle étoit très disposée à
contribuer de tout son pouvoir à mettre l'Empereur
en état de soûtenir cette guerre , mais
qu'il désireroit que le General qui commandera
les Troupes Impériales sous le Duc de Loraine ,
pût profiter de sa Benediction Apostolique. On
a compris par cette réponse que Sa Sainteté ne
voyoit pas avec plaisir le Comte de Seckendorf,
qui est Protestant , à la tête de l'Armée de l'Empereur.
Quoique les différends entre le Saint Siege et
le Roy d'Espagne , ne soient pas encore entierement
terminés , le Cardinal Aquaviva a fait revenir
à Rome les Soldats destinés pour la garde
du Palais d'Espagne et du quartier qui en dépend
, et l'on travaille par son ordre à quelques
préparatifs,qui donnent lieu de conjecturer qu'on
ne sera pas long- temps sans voir replacer les Armes
de S. M. C. sur la porte de ce Palais.
On écrit de Genes que M. Rivarola a donné
avis au Sénat, qu'un détachement de la Garnison
d'Ajaccio avoit repris la Tour de Fazzana , dont
les Rebelles s'étoient emparés , et qui est un pos
te important , parce qu'elle couvre une étenduë
considerable de Pays. A
JUILLET. 1737 1649
A. M. M. D. L. C. M.
Pour le jour de sa Fête le 15. Juillet
LE
E Soleil fatigué de sa course derniere ,
Se reposoit encor dans les bras de Thétis ,
Et de tous les Mortels les yeux apesantis ,
Donnoient à leur repos une libre carriere ;
Cependant du milieu de son Char argenté ,
La blanche Amante de Céphale ,
Répandant sous les Cieux sa lumiere inégale ,
Dissipoit de la nuit la triste obscurité.
Non loin des bords sacrés de l'Onde Aganippide
L'Amour , le tendre Amour, sur son aîle rapide ,
M'avoit déja conduit dans un riant Jardin.
Là foûlant mille fleurs nouvellement écloses ,
Et couché sur un lit de roses ,
Je m'embrasois pour vous d'un feu pur et divin ,
Et méditant sur votre Fête ,
Jecherchois avec soin dans le fond de mon coeur
De quelle poëtique fleur ,
Je devois aujourd'hui couronner votre tête.'
J'allois enfin rimer lorsque je vis sortir
D'un Bocage voisin une Nymphe legere
Habillée en simple Bergere ,
Dont l'aspect m'empêcha de suivre mon désir;
C'étoit Calliope elle -même .
Le soutien glorieux du Parnasse François ;
En vain
1650 MERCURE DE FRANCE
En vain élle cachoit sa nature suprême ,
Je la reconnus à sa voix.
Arrête , petit témeraire ,
Me dit cette Muse en fureur ,
Arrête , que prétens- tu faire a
Tu brules d'une vaine ardeur.
Pour louer dignement ce Mortel respectable ;
Dont ta profane main , d'un pinceau peu capable,
Voudroit peindre à nos yeux les vertus et les
moeurs ,
Croi moi , les neuf sçavantes Soeurs
Et le grand Apollon leur frere
Auroient peine à trouver d'assés vives couleurs;
Mortel , après cela voi si tu dois te taire?
Elle dit , et soudain plus prompte qu'un éclair ,
Vers le Parnasse elle s'envole ,
Traçant de l'un à l'autre Pole ,
Un sillon lumineux dans l'air.
Pour moi , plein de respect j'écoutai sa parole
Et sans plus long- temps consulter ,
Je quittai le dessein frivole
Que j'étois prêt d'executer.
F. C. A. Picquet.
MORTS
JUILLET. 1737. 1651
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 9. Juillet Jean Gaston de Medicis, Grand
Duc de Toscane , qui étoit depuis plusieurs
années très- valétudinaire , et qui en dernier lieu
avoit été attaqué d'une retention d'urine, mourut
dans son Palais à Florence , âgé de 66. ans 1.mois
et 14-jours étant né le 25.May 1671.Il étoit dans
la 14. année de sa Regence , ayant été proclamé
et reconnu pour Grand Duc le 1 Novembre
1723. à la place de Cosme de Medicis , IIIe du
Nom ,mort le jour précedent dans la 82.année de
son âge. Il étoit second Fils de ce l'rmce et de
Marguerite- Louise d'Orleans , Fille de Gaston-
Jean -Baptiste ,Fils de France Duc d'Orleans , morte
à Paris le 17. Septembre 1721. dans la 77 an
née de son âge. Il avoit été marié le 2. Juillet 1697
avec Anne- Marie- Françoise de Saxe-Lawenbourg
, née le 13. Juin 1672. Veuve de Philips-
Guillaume , Comte , Palatın du Rhin , de la
Branche de Neubourg , mort le 10. Avril 1693 .
et Fille aînée de Jean - François , dernier Duc de
Saxe -Lawenbourg , mort le 29. Septembre 1689.
et de Marie Hedwige- Auguste , Comtesse , Palarine
du Rhin, de la Branche de Sultzbach, morte
le 29. Novembre 1681. Il n'a point eu d'enfans
de cette Princesse , qui est encore vivante ,
et qui s'est retirée depuis long- temps en Bohême
sur les Terres qu'elle a euës de la succession
de son Pere . Le Grand Duc Jean- Gaston ne
laisse qu'une Soeur , qui es Marie- Annt -Louise
de Medicis , née le it . Août 1667 , et Veuve`
sans enfans de Jean- Guillaume , Comte ,
Palatia
162 MERCURE DE FRANCE
tin du Rhin , Electeur du Saint Empire Rom.
mort le 8. Juin 1716. Il avoit eu un Frère aîné
nommé Ferdinand de Medicis , Prince Héréditaire
de Toscane , qui mourut sans enfans le
31. Octobre 1713. à l'âge de 50 ans . Il y avoit
237 ans que la Toscane étoit sous la domination
de la Maison de Medicis . Alexandre de
Medicis , qui avoit épousé Marguerite d'Autriche
, fille naturelle de l'Empereur Charles V.
fut créé Duc de Florence par ce Prince en 1531 .
Ayant été tué le 16. Janvier 1537. Cosme de
Medicis , son Cousin , fut fait Due de Florence.
Le Pape Pie V. accorda à celui - ci en 1569.
le Titre de Grand Duc de Toscane , qui lui fut
depuis confirmé par l'Empereur Ce Cosme ,
premier du Nom , étoit le quatriéme Aycul du
Grand Duc qui vient de mourir , et qui étoit le
huitiéme Duc de Florence , ou de Toscane , de
sa Maison. Par sa mort la Souveraineté de cet
Etat passe , en vertu des derniers Traités , à
François-Etienne , Duc de Loraine , né le 8.
Décembre 1708. actuellement Général en chef
de l'Armée de l'Empereur en Hongrie.
BOUQUET presenté à Madame....
"Supérieure des Dames V.... le jour
de la Sainte Anne.
Pour suivre de ton Dieu la volonté suprême,
N...tu quittas tout , tu te quittas toi - même.
L'illustre Rang de tes Ayeux
Brilla foiblement à tes yeux .
Tu ne comptas pour rien,honneurs, éclat , jeunesse,
Ta
JUILLET. 1653 1737.
Ta vertu te fit tout céder ;
Dès l'aube de tes jours tu cherchas la sagesse ;
L'amour ne sçait point retarder.
Portant de la vertu le brillant caractere
Tu l'inspires par ta douceur ;
Ta bonté nous montre une Mere ,
Dont les soins prévenans captivent notre coeur
Par les ménagemens d'une aimable sagesse
Ton esprit adoucit les loix.
Sams emprunter le ton d'une austere Maîtresse,
La Prudence en tous lieux fait entendre ta voix .
J. B. C. C. de F.
AUTRE.
A Mile M * *
Q
H *
de sa Fête.
>› au jour
U'un autre forme le dessein
D'emprunter le secours de Flore ,
Pour parer aujourd'hui ton sein
Des présens qu'elle fait éclore .
Has-tu besoin qu'un Bouquet te décore ?
L'Amante
1654 MERCURE DE FRANCE
L'Amante de Zéphire a - t'elle des couleurs
Si brillantes que tu n'effices ?
Et sur ton teint vermeil la Jeunesse et les Graces
Ne font-elles pas honte au vif éclat des fleurs -
Oui , la Rose et le Lis brillent sur ton visage ;
Et s'il faut en ce jour à tes charmes vainqueurs
En présenter un digne hommage ,
M **
je rougirois de les cueillir ailleurs.
A la Ferre , par M. d'Oilgobert de
Martigues.
AUTRE.
A Mademoiselle Therese Martin de Sens.
Depuis trois ans hors de la France ,
Er l'esprit occupé de mi le soins divers ,
Martin , avois -je pû te presenter des Vers
Nouveaux garans de ma constance ?
Mais heureusement de retour ,
Le mois qu'on célebre ta Fête
Je te dois ce Bouquet que ma Muse t'apréte
De concert avec mon amour.
En vain mille Beautés , dont brille l'Italie ,
Etaloient
JUILLET .
1737. 165 $
Etaloient à mes yeux leurs charmes séduisans ,
Mars en vain chaque jour à des dangers pressans
M'exposoit dans l'Artillerie , *
Tes attraits à mon coeur étoient toujours presens
;
Je t'aimois en campagne , à Genes , à Pavie ,
Avec la même ardeur qu'à Vareilles , qu'à Sens
Et que je veux t'aimer toute ma vie.
Reçois done aujourd'hui de mes tendres desirs
L'hommage aussi vif que sincere ,
Et pour prix de mes voeux, Therese, vers la Fere
Laisse au moins quelquefois échaper tes soupirs.
D
AUTR E.
Es fleurs qui naissent sur vos traces ,
Mille Bouquets pouroient être tissus ,
Mais , sage et belle Iris , ces soins sont superflus;
Le corps en vous est un Bouquet de graces ,
Et l'ame en est un de vertus.
* L'Auteur est dans l'Artillerie , de la garde de
laquelle il a été chargé à Genes et à Pavie pendant
La derniere Campagne.
FRANCE,
56 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
au
E Roi a donné l'agrément du Regiment
de Cavalerie Royal- Allemand
au Prince de Nassau ; celui du Regiment
de la Marine , dont il étoit Colonel ,
Marquis d'Aubigné ; celui du Regiment
de Normandie au Marquis de Taillerand,
et celui du Regiment de Xaintonge, dont
il étoit Colonel , au Duc d'Olonne .
S. M. a nommé son Ambassadeur en
Suisse M. de Courteille , Maître des Requêtes.
Le 2. de ce mois , après midi , le Roi
fit dans le champ de Mars , près du Château
de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celle
des Grenadiers à cheval , de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde , de la
Compagnies des Chevau - Legers de la
Garde , et des deux Compagnies des
Mousquetaires de la Garde. Le Roi passa
le long de la Ligne formée par ces Com- `
pagnics
JUILLET . 1737. 1657
pagnies qui étoient en bataille , et S. M.
les vit ensuite défiler par Escadrons , par
Brigades , et quatre à quatre. Monseigneur
le Dauphin , Madame , Madame
Henriette et Madame Adelaïde virent
cette revuë.
Le Roi a nommé Commandeur de
l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis ,
le Comte de Chabannes , Brigadier des
Armées de S. M. et Major du Regiment
des Gardes Françoises .
Le 7 de ce mois , les Recolets de la
Province de Paris tinrent à Versailles leur
Chapitre , dans lequel ils élûrent le Pere
Berrier pour Provincial ,
Le 1s de ce mois , vers les dix heures
ét demie du soir , la Reine accoucha
d'une Princesse , qui fur ondoyée par
l'Archevêque de Vienne , premier Aumônier
du Roi , en présence du Curé de
la Paroisse du Château de Versailles.Cette
Princesse fut ensuite portée dans son
apartement par la Duchesse de Tallard ,
Gouvernante des Enfans de France ,
Le 16 , le Lord Waldegrave , Ambassa
deur extraordinaire du Roi d'Angleterre,
eut
1658 MERCURE DE FRANCE
eut une Audience particuliere du Roi ,
danslaquelle il présenta à S. M. M.Horace
Walpool , Ambassadeur d'Angleterre auprès
des Etats Generaux . Il fur conduit à
cette Audience par le Chevalier de Sain
tot, Introducteur des Ambassadeurs .
La Fête de sainte Anne , Patrone de
M. de Vendeüil , Ecuyer du Roi , trèsconnu
par les excellens Hommes de cheval
qu'il a formés , a été célébrée avec
éclat le 27 de ce mois , par les Gentilshommes
de l'Académie Royale dont il
eft le chef. On tira un fort beau feu d'artifice
dans le grand Manége découvert ,
où il y avoit une magnifique illumina
tion . Il assista à cette Fête un très grand
nombre de Seigneurs et de Dames qui y
avoient été invités , et l'on admira l'ordre
et la politesse de la jeune Noblesse ,
qui faisoit les honneurs de cette superbe
Fête.
S. M. a accordé à M. du Theil , qui
a été son Ministre Plenipotentiaire auprès
de l'Empereur , l'agrément d'une
des Charges de Secretaire de la Chambre
et du Cabinet du Roy , en survivance
de M. Dubois.
M, Gerandly , Chirurgien Dentiste
est
JUILLET. 1737. 1659
est parti depuis peu pour la Moscovie ,
où il a été mandé pour une Personne de
grande consideration . Il laisse chés lui
Mademoiselle Calais , que le Public con
noît déja par l'adresse qu'elle a pour redresser
, limer , égaliser , netoyer , arracher
et guérir toutes les maladies qui
viennent à la bouche. Elle se flate de
contenter les Personnes qui voudront
avoir confiance en elle. Elle demeure ruë
de Grenelle Saint Honoré dans le même
Apartement du Sieur Geraudly.
A Mademoiselle de V. sur son heureux
Mariage avec M. le C. de M.
MADRIGAL.
Malgréla cruauté d'un aveugle caprice ,
Ton coeur triomphe , Iris , tout succed
à tes voeux ;
Ton amour généreux , par un noble artifice ,
Va rendre le mérite heureux .
Tu peux , sans allarmer ta vertu , ta nais sance,
De l'Hymen écouter la voix ,
Et soupirer sans violence ;
Themis aplaudit à ton choix.
La Nature , attentive à te rendre parfaite ,
Epuisa pour toi ses faveurs ;
I Fidele
1660 MERCURE DE FRANCE
Fidele à tes amis , tendre , affable , discrete ,
Ta vertu gagne tous les coeurs.
Satisfais tes desirs , acheve ton ouvrage ,
Aprends à la cupidité
Que la vertu , les moeurs , la probité
Sont d'un époux le plus riche apanage.
C'Est
J. B. C. C. de F.
AUTR E.
Est - là , c'est en ce lieu que le sort favo
rable
Offrit à mes regards l'objet le plus aimable ,
Et que de tant d'apas mon coeur trop enchanté ,
Perdit en un instant toute sa liberté.
C'est ici que ma Belle a daigné me sourire.
C'est sur ce vert gazon qu'elle venoit s'asseoir ,
Et que lui racontant mon amoureux martyre,
Je lisois dans ses yeux ce qu'elle n'osoit dire.
Au bord de ce ruisseau , du plus charmant es◄
poir
Elle osa me flater un soir,
Mais , ô Fortune trop cruelle !
Quand tout ici me parle d'elle
Helas ! je ne puis plus l'y voir,
9
Par M. CocQUART.
ADDITION
ADDITION aux Nouvelles
O
Etrangeres.
Na eu avis de Petersbourg que le
feu prit la nuit du 5. au 6. de ce
mois au Quartier des Grecs dans l'Isle
de l'Arsenal , toutes les maisons d'une
ruë furent consumées par les flammes ,
ainsi que l'Apoticairerie de la Cour , dix
ou douze maisons qui étoient bâties sur
le Quay de la Nieva , et la plûpart de
celles qui étoient le long du Canal voisin
des Ecuries du Palais. Une partie de
l'Hôtel de M. Zwart , Ministre de la République
de Hollande a été reduite en
cendres.
On soupçonne que tant d'accidens ,
arrivés par le feu en si peu de temps , ne
peuvent être l'effet du simple hazard et
qu'il y a dans le Pays plusieurs Incendiaires.
Quelques Personnes soupçonnées
d'être du nombre ont été arrêtées en divers
endroits , et l'on a lieu de conjecturer
deux d'entr'elles ont eu part
à l'incendie de Moskow .
que
Suivant le détail qu'on a reçû de cet
incendie , il n'y en a point eu de pareil
en Moscovie depuis le temps du faux
I ij Démetrius
1662 MERCURE DE FRANCE
Démétrius , et le dommage monte à plus
de dix millions de Roubles. Environ
seize mille maisons ont été brulées , près
de douze cens personnes ont peri dans
les Aammes , et la misere à laquelle la
plupart des Habitans sont reduits ne se
peut exprimer .
Les Senateurs chargés de la Régence
de la Ville , ont fait la répartition des
Familles ruinées par le feu , et on les a
distribuées dans les Villages , et les Hameaux
voisins , où on leur fournit du
pain et les autres choses nécessaires. On
travaille avec toute la diligence possible
à enlever les déçombres des maisons abattuës
, et la Czarine a resolu d'envoyer
plusieurs Architectes pour faire rebâtir,
sur un nouveau Plan , la partie de la
Ville qui a été détruite.
Un Courier a raporté que le Comte de
Munich avoit commencé à former le blocus
d'Oczakow , et que le Grand Vizir
marchoit avec toute l'Armée Ottomane
pour aller l'attaquer.
On a apris de Fraustadt que le 17. de
ce mois le Roy Auguste avoit signé le
Diplome pour confirmer l'Election du
nouveau Duc de Curlande .
Les derniers avis reçûs de Hongrie ,
portent
JUILLET. 1737. 1663
n'a
portent que l'Armée Imperiale , qui
pû faire plus de diligence à cause des chaleurs
excessives , étoit arrivée le 12. de
ce mois sur les frontieres de l'Empire
Ottoman , que le même jour le Comte
de Seckendorf avoit fait publier la Déclaration
de guerre contre les Turcs , et
que le lendemain il étoit entré sur les
terres de la domination du Grand Seigneur.
On aprend de Naples que le 4. Juillet
en fit dans l'Eglise de Saint Nicolas des
Pieux Ouvriers , en presence du Vicaire
Général de ce Diocèse , de cinq Abbés ,
et de six Seigneurs nommés par le Roy ,
l'Ouverture du Tombeau du Vénérable
Pere Dom Antoine de Collellis , qui
mourut en 1658. et dont les Napolitains
demandent la Canonization .
On écrit de Florence que le Senat s'étant
assemblé dans la Sale du vieux Palais
aussi -tôt après la mort du Grand Duc,
le Prince de Craon s'y rendit , et qu'il
reçut , au nom du Duc de Loraine , le
serment de fidelité des Senateurs. Les
Grand's Officiers de l'Etat , et les Magistrats
des differens Tribunaux prêterent
aussi serment au Duc de Loraine entre
Fiij
les
1664 MERCURE DE FRANCE
les mains du Prince de Craon , qui après
cette Cérémonie jetta beaucoup d'argent
au Peuple.
Le lendemain de la mort du Grand
Duc , on ouvrit son Corps , et l'on y
trouva plusieurs pierres dans la Vessie ,
et un polype dans le coeur. On l'embauma
le même jour , et il a été exposé pendant
trois jours , sur un lit de Parade ,
avec les Habits de Grand Maître de l'Ordre
de Saint Etienne. Le 13.Juillet il fut
transporté dans la Chapelle de S. Laurent
, pour y être inhumé dans le Tombeau
de ses Ancêtres .
Le Comte de Vachtendonch a fait entrer
dans Florence 800. Hommes d'Infanterie
et soo. Cuirassiers des Troupes
de l'Empereur.
E
CANTATE
Sur le Départ de Themire.
Lle part , l'aimable Themire ,
Qui retientmon coeur dans les fers
Toi qui présides aux beaux Vers ,
Tendre Erato, descends , viens animer ma Lyres
Fais voir , pour te venger du Dieu qui fais
aimer
Q1
JUILLET.
1937. 166
Que ceux qu'il tient sous son empire
Sçavent encor l'art de rimer.
Si ton secours , que je reclame ,
Excitoit autant de transports
Qu'Amour mit dans mon coeur de flâme ,
J'attendrois tout de mes efforts.
Dans mes Vers Ovide et Catulle
Pouroient reconnoître leurs sons ;
J'oserois aux chants de Tibulle
Comparer mes tendres chansons.
Si ton secours , que je reclame ,
Excitoit autant de transports ,
Qu'Amour mit dans mon coeur de flâme,
J'attendrois tout de mes efforts.
Mais , qu'éprouvai -je ? ô Ciel ! Quel froid
soudain me glace ?
Quelle timidité succede à mon audace s
Elle éteint tout-à- coup le beau feu que je sens.
Themire part : ce n'est qu'à ma tendresse
Que se peut comparer l'excès de ma tristesse ;
Je ne puis plus former que de foibles accens.
C'est donc en vain que je t'implore ,
Muse , tu crains de m'enflammer ;
I j Pour
1666 MERCURE DE FRANCE
Pour chanter l'Objet que j'adore ,,
Faut-il que je cesse d'aimer
Dieu des Vers , est- ce jalousie !
Ou pour exprimer les transports
D'une ame tendrement saisie ,
N'as-tu point de sons assés forts.-
Pour aimer la seule Themire
De l'Amour j'ai subi les loix :
Qüi , je l'aime , mais mille fois
Plus que mes Vers ne peuvent
dire..
PARODIE DES MENUETS
M
de M. Blaise.
Ille attraits sont ton partage ;
Jamais les Dieux n'ont rien fait
De si parfait ;
Quand je t'envisage ,
Qu'un tel avantage
Me satisfait !
Un trait violent me blesse”,
Climene , tu m'as ôté
Ma liberté.
L'Amour qui me presse
Sera- t - il sans cesse
Rebuté ?
Ne
JUILLET.
1737. 1667
Ne songe plus à Silvandre ,
Philis a sçû l'engager
A changer ;
Et moi jusqu'au trépas ·
Je ne quitterai pas
Tes
apas.
Daigne , daigne enfin te rendre !!
Qu'un doux aveu
Flate mon feu :
Tu sentiras , en m'aimant,
Qu'on peut aimer sans tourment.
Sans fruit pour tes yeux
Je soupire.
Il faut qu'en ces lieux
J'expire ...
Mais pourquoi veux- je mourir
Il vaut bien mieux penser à me guérir.
Dans le vin
Mon chagrin
Prendra fin
Pour mon repos ,
Dieu des Pots ,
A ton utile secours
J'ai recours.
Que de mon coeur
Ta liqueur
Chasse au plûtôt la langueur .
Lay Puissant
1668 MERCURE DE FRANCE
Puissant Maître de la Treille ,
Quelle merveille !
Déja tu me rends heureux ,
Oui , je vais cesser d'être amoureux.
Ta douce boisson
Bannit le poison
Qui troubloit ma raison .
A. X. H.
LE
MORT S.
E 30. Juin , Jean- Jacques Mithon
de Senneville , Intendant de la Marine
au Département de Toulon , et dans
toute la Provence , depuis le 6. Octobre
1720. mourut à sa terre de la Grange à
son retour des Bains de Bourbon , où il
étoit allé pour le rétablissement de sa
santé. Il laisse une Fille nommée Marie-
Elizabeth Catherine Mithon , et mariée
avec Jean- Pierre de Montleard , Marquis
de Rumont , Gouverneur et Grand Bail.
lif de Nemours , Capitaine de Cavalerie.
Le 2. Juillet , D. Marie - Charlotte de
Rommilley de la Chesnelaye , Veuve depuis
le 2. Février 1704. de Guillaume- François
JUILLET. 1737. 1669
-
çois de Lhospital, Comte de Sainte Mesme
, et d'Entremonts , Marquis de Montelier
, Seigneur d'Oucquet- la - Chaisele
Breau , & c. Gouverneur et Baillif des
Ville et Château de Dourdan , Capitaine
des Chasses, et Maître particulier des
Eaux et Forêts du Comté de ce nom , et
Vice-Président perpetuel de l'Académie
Royale des Sciences , avec lequel elle
avoit été mariée le 10. Juillet 1688. mourut
à Paris , âgée de 66. ans , ayant eu
pour enfans Magdeleine- Elizabeth de
Lhospital , mariée le 9. Octobre 1709.
avec Claude Joseph - François de Chevriers,
libre Seigneur de Saint Mauris , en
Maconnois , Comte du Thil , et morte
le 17. Janvier 1719. âgée de 30. ans ,
Elie Guillaume de l'Hospital , Comte de
Sainte Mesme , mort en son Château de
Sainte Mesme près de Dourdan le 28.
Novembre 1732. âgé de 40. ans , ayant
laissé deux fils de Marie-Anne Huart de
la Poterie , aujourd'hui sa Veuve , fille
de François Huart , Ecuyer , Seigneur
de la Poterie en Vendômois , et de Magdeleine
Fuzée de Charmont Charlotte-
Silvie de Lhospital , mariée le 30. Janvier
1711. avec Claude - Joseph de Che-,
vriers , Seigneur de la Flachere , Magny
et Taney, et Jeanne Antoinette de Lhos-
I vi pital
1670 MERCURE DE FRANCE

pital , morte fille le 11. Juin 1708. à l'âge
de 12. ans . La Dame leur mere étoit
fille de feu Louis de Rommilley , Marquis
de la Chesnelaye, Comte de Mausson
, Gouverneur de la Ville , Château
et Baronnie de Fougeres , Colonel de la
Noblesse de Bretagne , et de Françoise
Bon de Meüillon dite de Montbel d'Entremonts
, sa premiere femme , et soeur
d'Adolphe Charles de Rommilley , Mar
quis de la Chesnelaye , Comte de Maus--
son , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Fougeres , Brigadier
des Armées du Roy , et ci- de-s
vant Colonel d'un Regiment d'Infanted'Alexandre-
Hypolite de Rommilley
de la Chesnelaye , Chevalier non Profés
de l'Ordre de Malthe ; et de Renée de
Rommilley de la Chesnelaye , Duchesse
Douairiere de Gesvres , tous trois enfansda
feu Marquis de la Chesnelaye , et d'Elisabeth
Gabrielle de Bellefouriere de
Soyecourt, sa seconde femme, qui s'étoit
remariée avec Joseph Joachim du Mas ,
Comte du Brossay en Bretagne.
rie
·
·
Le 3. Pierre d'Anviray , Seigneur de
Machonville , Baron de Beaudemont
Pesident en la Cour des Comptes , Aides
et Finances de Normandie , reçû à
cette Charge le 14. Juillet 1704. mourut
A Paris , âgé de 62 , ans ..
S
Le
JUILLET. 1737. 167v
Le 4. D. Pauline Adhemar de Monteil
de Grignan , l'une des Dames d'Accompagnement
de Marie - Françoise de Bourbon
, Duchesse Doüariere d'Orleans , et
Veuve depuis le 23. Février 1718. de
Louis de Simiane , Marquis d'Esparron
et de la Garde , Baron de Chalençon , et
d'Arnajon , Seigneur de Truchenu , Lieutenant
Général pour le Roy au Gouver--
nement de Provence , et premier Gen -1
tilhomme de la Chambre du feu Duc.
d'Orleans , Regent , mourut à Aix en
Provence , âgée d'environ soixante- sixans
, ayant eu 3. filles , dont l'aînée Anne
de Simiane fit profession au Convent
du Calvaire au Marais , au mois de Mars
1720. La seconde , Sophie de Simiane ,
fut mariée au mois de Juin 1723. aveo
le Marquis de Vence , de la Maison de
Villeneuve en Provence , et la derniere
Julie de Simiane , qui avoit épousé le
Marquis d'Esparron , de la Maison de
Castellane,mourut à Aix , à son troisiéme
enfant le 9. Octob. 1728. dans la 24. année
de son âge. La D leur mere étoit fille
de François- Adhemar de Monteil de
Castellan , Comte de Grignan , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant Général
et Commandant pour S. M. en Provence
, mort le 3. Décembre 1714. à l'âge
de
167 : MERCURE DE FRANCE
de 85. ans , et de D. Françoise - Marguerite
de Sevigné , sa troisiéme femme
morte le 13. Août 1705.
Le 10. D. Marie-Magdeleine Basset ;
épouse de Louis Choart , Ecuyer , Seigneur
de Magny , S. Loup , &c . Conseiller
du Roy , Receveur Général des Finances
de la Généralité de Bordeaux .
mourut à Paris , âgée de 48. ans , laissant
des enfans , entr'autres un fils reçû Conseiller
au Châtelet en 1735 .
Le 12. D. Louise Girard , Epouse d'Edme
Sainson , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et
de ses Finances , mourut à Paris , âgée
de 69. ans .
Le 16. Charles de Villars - Chandien ,
Capitaine au Regiment des Gardes Suisdu
27. Août 1717. mourut à Paris ,
âgé d'environ 47. ans.
ses ,
Le même jour, Georges - Claude le Roy,
Ecuyer ,Avocat au Parlement , où il avoit
été immatriculé le 18.Juillet 1712. et où
il étoit fort employé pour la Plaidoirie ,
mourut après une longue maladie de poitrine
, dans le commencement de la 44.
année de son âge , étant né le 6. Juin
1694. Il étoit fils aîné de Georges le Roy ,
Ecuyer , ancien Bâtonnier et Doyen des
Avocats du Parlement de Paris.
Le
JUILLET. 1737. 1673
Le 25. Chrétien - François Gorge , Baron
de Roise , Seigneur d'Antraigues , las
Chapelle , &c. Conseiller en la Grand'-
Chambre du Parlement de Paris , mourut
après de longues infirmités , âgé de
62. ans 2. mois , étant né le 25. May
1675. Il avoit été reçû Conseiller le 28.
Août 1697. et étant Doyen de la Quatriéme
des Enquêtes il monta à la Grand-
Chambre le 21. Janvier 1730. Il s'étoit
acquis la réputation d'un Juge fort integre
et éclairé. Il étoit fils de feu Pierre
Gorge , Seigneur d'Antraigues , Baron
de Roise , &c . Secretaire du Roy et de ses
Finances , et Conseiller au Parlement de
Metz , et de Marguerite de Moley , sa
premiere Femme , et Veuf de Jeanne-
Françoise Joubert de Godonville , morte
le 2. Juillet 1731. dans la 46. année
de son âge. Elle étoit fille de Guillaume-
Alexandre Joubert de Godonville , Conseiller
en la Cour des Aydes de Paris , et
de Marie Issaly . Il n'en laisse point d'enfans.
Ses Héritiers sont Pierre- François
Gorge d'Antraigues , Duc de Phalaris ,
dans l'Etat Ecclesiastique, et Julie-Christine
Regine Gorge d'Antraigues , Duchesse
de Bethune-Charrost , ses frere et
soeur , enfans de feu Gorge d'Antraigues
, et de Feue D. Julie d'Estampes de
Valençay
1674 MERCURE DE FRANCE
Valençay, sa seconde femme.
2
Le 26. Henri Pons de Thyard de Bissy,
Cardinal , Prêtre , du titre de S. Bernard
aux Termes , Evêque de Meaux , Abbé
Commandataire des Abbaïes de S. Germain
des Prez à Paris , et de Trois- Fontaines
, Ordre de Cîteaux , Diocèse de
Chalons sur Marne , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , de la Maison.
et Societé de Sorbonne , Commandeur
des Ordres du Roi , mourut dans son
Palais Abbatial à Paris , d'une fluxion de
poitrine , dont il avoit été attaqué le 17
précedent. Il avoit reçu ses derniers Sacremens
le 20. Il étoit âgé de 80 ans ,
mois et 1 jour , étant né le 25 Mai 1657,
et il étoit dans la 51 année de son Episcopat
, et la 23 de son Cardinalat. Il avoit
eu dès l'âge de 12 ans en 1669 l'Abbaye
de Noaillé, Ordre de S.Benoît , Diocèse de
Poitiers , dont il donna sa démission au
mois de Janvier 1721. Il reçut le Bonnet
de Docteur en Theologie le 25 Janvier
1685 , et il fut nommé au mois d'Avril
1687 à l'Evêché de Toul , qui ne fut préconisé
et proposé pour lui à Rome que
les 3 Février et 10 Mars 1692 , ensuite
dequoi il fut sacré le 24 Août de la même
année. Le feu Roi le nomma le 25-
Decembre 1697 à l'Archevêché de Bourdeaux
,
JUILLET. 1737. 1675
deaux , mais il ne l'accepta pas , ayant
demandé à rester dans son Evêché. L'Ab .
baye de Trois Fontaines lui fut donnée
le i Novembre 1698 , et il fut transferé
le 10 Mai 1704 à l'Evêché de Meaux ,
qui fut préconisé et proposé pour lui à
Rome les 26 Janvier et 9 Février 1705 ,
et dont le Pape lui accorda le gratis entier
des Bulles. Il lui fit la même grace pour
l'Abbaye de S. Germain des Prez , qui
lui fut donnée le 1 Janvier 1715. Il fut
créé Cardinal à la nomination de France ,
à la promotion du 29 Mai de la même
année 1715. Il en reçut le Bonnet des
mains du feu Roi avec les cérémonies
accoûtumées dans la Chapelle du Château
de Marly le 18 Juillet suivant. Après
la mort du Pape Clement XI , arrivée en
1721 , il se rendit à Rome , où il assista
au Conclave , dans lequel Innocent XIII .
fut élu. Ce nouveau Pape fit la cérémonie
le 10 Juin de lui donner le Chapeau ,
et lui assigna le Titre Presbyteral de saint
Quirique et de sainte Julite. Il assista le
25 Octobre 1722 au Sacre du Roi regnant
, y ayant été invité . Il retourna à
Rome en 1724 , et se trouva à l'Election
de Benoît X II I. A son retour en France
il reçut le 1 Janvier 1725 le Cordon
et la Croix de l'Ordre du Saint Esprit ,
dont
166 MERCURE DE FRANCE
dont il avoit été nommé Commandeur
le 2 Février 1724. Il fit un troisiéme
voyage à Rome en 1730 , et assista au
Conclave , dans lequel Clement XII . Pape
regnant , fut élu . Avant que de revenir
en France il quitta son premier Titre ,
et opta le 14 Août celui de S.Bernard aux
Termes , dont il est mort revêtu , Il étoit
troisiéme fils de Claude de Thyard, Comte
de Bissy , Baron de Pierre , de Charney ,
et de Vauvry , Seigneur de Champagne ,
de Fley et de Grandmont , Elu de la Noblesse
de Bourgogne , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant General des
Armées de S. M. et des Duchés de Lorraine
, de Bar , des Deux- Ponts , et de
Luxembourg et Pays de la Saare, et Commandant
en chef dans ces pays, et en dernier
lieu dans les trois Evêchés de Mets,
Toul et Verdun , pays , frontieres et rivieres
de Sarre et Mozelle , Gouverneur
des Ville et Château d'Auxonne , mort
le 3 Novembre 1701 , âgé de 80 ans ,
de feuë D. Leonore Angelique de Nucheses.
3
et
EPL
JUILLET. 1737. 1677
D
EPIGRAMME.
E Socrate & de son Démon
*
Tout ce que l'on te dit te paroît incroyable ,
Ce Philosophe avoit une femme , Damon ;
Peut- on, après cela , douter qu'il eût un Diable.
Par M. MICHAULT , de Dijon.
A une jeune et charmante Demoiselle , qui
avoit la passion de se mirer.
D Es Charmes de votre visage
Un Miroir trop souvent reçoit la douce Image ;
Mon coeur , épris de bien d'autres beautés ,
Reçoit , à chaque instant , la fidelle peinture
De ces aimables qualités
Qui font de votre esprit la divine parure.
Votre enjoument , votre douceur ,
Vos sentimens pleins d'innocence ,
Votre vertu , votre candeur
Dans
1878 MERCURE DE FRANCES
Dans le fond de mon ame impriment leur puis
sance ;
Daignez m'en croire , aimable Enfant,
Ne regardez pas si souvent
Des traits of regne la mollesse ;
Dans mon coeur mirez-vous sans cesse.
ARRESTS NOTABLES .
RREST du 18. Juin , qui ordonne que
Atous les Bestiaux qui viendront des - Pays
Etrangers dans le Royaume , jusqu'au dernier
Décembre 1738. seront exempts des droits
d'entrée,
AUTRE du même jour , qui permet pendant
un an aux Négocians François qui font le
Commerce des Isles etColonies Françoises de l'Amérique
, d'envoyer leurs Vaisseaux directement
en Irlande , pour y acheter non- seulement des
Boeufs et chairs salées , mais aussi des Saumons
salés , Béures , Suifs et Chandelles , et de- là les
transporter auxdites Isles et Colonies Françoises.
AUTRE du 25. qui ordonne que les Pourvûs
en titre , des Offices de Maires , Lieutenans
de Maires , Echevins , Assesseurs , Avocats ét
Procureurs de Sa Majesté , Secretaires , Greffiers
et leurs Contrôleurs , tant en exercice que hors
exercice , ensemble les Maires électifs ou par
commission
JUILLET. 17:37. 1679
commission , auront rang et séance tant dans les
Hôtels de Ville et Maisons communes , que dans
les Ceremonies publiques , avant les Receveurs
et,Contrôleurs des Octrois desdites Villes .
ORDONNANCE du Roy, du 30. portant
Reglement sur les Rations d'étape à fournir
en route aux Officiers de ses Troupes , tant d'Infanterie
, que de Cavalerie et de Dragons , allant
jouir des retraites qu'ils auront obtenues à l'Hô
tel, quelques grades qu'ils ayent eû dans les Corps
d'où ils sortiront ; comme aussi sur celles qui
seront données à ces mêmes Officiers , allant servir
aux Compagnies détachées , et aux Officiers
conducteurs de Recrues ou remontes.
"ARREST du 2. Juilier , qui fait défenses
aux Fermiers de la Marque des fers , de percevoir
aucuns droits sur les Ouvrages de grosse
et menue Quinquaillerie , qui auront été fabri
qués dans les Provinces où les droits n'ont pas
cours , et qui entreront dans le Pays de la Ferme
, sans qu'ils puissent être tenus d'aucune res
titution pour le passé.
ORDONNANCE du Roy , du 1o. qui
fait défenses aux Soldats Miliciens de s'engager
dans les Régimens des Troupes réglées , avant
l'expiration de leur service dans la Milice , sous
peine des Galeres.
ORDONNANCE de M l'Intendant
de la Generalité de Paris , du 17 qui fait défenses
à toutes personnes qui iront d'un lieu à un
autre dans la Campagne , sous prétexte de chercher
de l'ouvrage pour la moisson , de porter
aucuns
1880 MERCURE DE FRANCE
aucuns bâtons ni autres instrumens capables de
faire mal , sous aucun prétexte que ce puisse être
ARREST du même jour , qui condamne
Pierre Coquille , Huissier à Cheval au Châtelet
de Paris , à faire Amende honorable , et aux
Galeres pourneuf années , préalablement marqué
des trois Lettres G. A. L. pour avoir prévariqué
dans les fonctions de sa Charge.
TABLE.
IECES
PIdile ,
FUGITIVES. Les Fourmis ,
Lettre sur les Largesses des Romains ,
Epitre et le Phenix , Poëme
1469
1474
1481
Extrait d'une Lettre écrite d'Alby et Ode, 1487
Mémoire Historique sur la Ville de Mont-
Ode sur la Parole Divine ,
lhery , &c.
1493
1510
Lettre au sujet du Mercure , 1516
Réponse , 1520
Rondeau , 1522
Remarques sur un Fait historique , 1523
Le Charme , Eglogue , 1524
Réponse à une Question proposée , 1529
Fable, 1532
Remarques sur la durée de l'Etat Monarchique
de Rome
,
Vers presentés au Pape , &c.
1537
1517
Dissertation sur quelques Chemins Romains ,
& c.
1558
La Queue du Cheval , Fable , 1576
Sonetto , & c.
1578
Le
Le Triomphe de la Beauté ,
Enigme , Logogryphes ,
1579
1580
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS,
&c.
Les Serins , Poëme ,
Traité de l'Ame des Bêtes ,
Lettre à M. Rousseau ,
1585
1585
1566
1607
1608 Journal des Principales Audiences
A M...... Auteur du Vrai Mérite , Vers
1614
Extrait d'une Lettre au sujet du Papier Timbré
,
Nouvelle Carriere de Marbre ,
Académie de Peinture , & c.
Explication d'un Tableau sur la Paix ,
Nouvelles Estampes ,
Chanson notée ,
Spectacles , &c.
Bouquet ,
1616
1617
1619
1620
1622
1625
1627
Les Caracteres de Thalic , Piece nouvelle, 1628
1641
Nouvelles Etrangeres de Russie et Pologne ,
1642
D'Allemagne et Italie 1646
Vers à M. M. pour le jour da sa Fête , 1650
Morts des Pays Etrangers ,
1652
Bouquet ,
1653
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &ca
1654
Autre Bouquet , 1657
Madrigal , 1658
Madrigal ,
1659
Autre , 1660
Addition aux Nouvelles ,
1661
Cantate ,
1664
Parodie ,
Moris
1666
1668
> 1
1
Epigramme ,
5677
Vers à une jeune Personne , & à son Miroir ,
Arrêts Notables ,
Ibid.
1678
Errata du second Volume de Juin.
Age 1363. ligne 3. de l'Archevêque de
Rouen , ôtez ces mots.
Page 1421. ligne 3. du bas, Corones lifez Coronis.
Page
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 1524. ligne 1. dons , lifez dans.
La Chanson notée doit regarder la page 1625
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AOUST. 1737.
QURICOLLIGIT
SPARGIT
A PARIS
,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
Chés La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
L
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris . Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M, Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire portier sur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
Ini indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU Ror.
A O
UST. 1737.
************************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
CHANSON ANACREONTIQUE
D'une Nimphe de la Mer , métamorphosée
en Berger du Pays d'Astrée. A Mlle
Magdelon P ** Nymphe des Rives
du Lignon , le jour de sa Fête. Sur l'Air ,
Seriez de vos retraites , accourez Dieux
des Bois , &c.
Enez , Flore divine ,
Assortir vos couleurs ,
Portez à ma Corinne
L'hommage de vos fleurs.
Allez rendre les Armes
A ij
AC
1682 MERCURE DE FRANCE
Aux yeux les plus brillans ,
Et prenez , sur ses charmes ,
Modele du Printemps.

N'amenez point Zéphire
Chés Corinne avec vous ,
Croyez ce que m'inspire
Mon coeur tendre et jaloux ;
En la voyant si belle ,
Sort à tous deux fatal !
Votre Amant infidele ,
Deviendroit mon Rival,
tttet:tttetet tetett
SUITE du Memoire Historique sur la
Ville de Montlhery , ARTICLE IV.
De la Bataille donnée sous Montlhery ,
entre Louis XI et le Comte de Charolois.
Mpar
ONTLHERY est encore celebre
par la Bataille qui s'y donna le
Mardi 16. Juillet de l'an 1465. entre le
Roy Louis XI. et .Charles de France ,
son frere , Duc de Berry , dont les Ducs
de Bourgogne et de Bretagne , et divers
autres Princes et Seigneurs , suivoient
le parti , sous prétexte du bien
public. Philipe le Bon , Duc de Bourgogne,
AQUST. 1737. 1683
gne , qui étoit dans ce parti , permit au
Comte de Charolois , son fils , de lever
des Troupes sur ses terres.
Tous ces Princes et Seigneurs ainsi ligués
, élûrent pour leur Chef , Charles
Duc de Berri , Frere unique du Roy , qui ,
de concert avec eux se retira en Bretagne.

Le Comte de Charolois , comme le plus
puissant , et en effet , le Chef de tout le
Parti , prit le titre de Lieutenant Général
du Duc de Berry , et déja far les soins du
Comte de S. Pol , qui fut depuis Connétable
de France , il avoit mis sur pied
14000. Combattans, entre lesquels il y
avoit 1400. Lances et beaucoup d'Artillerie
, sans compter les forces qu'il at
tendoit de Bourgogne , qui devoient être
de 600. Lances , et d'un grand nombre
d'Archers et autres Gens de guerre.
Le Roy , voyant ces mouvemens , et
qu'il n'y avoit plus d'esperance de ramener
les Princes à leur devoir , mit de
son côté en campagne une Armée de
30000. Hommes.
Le Comte de Charolois s'avança , Enseignes
déployées , vers Paris , et prit
en passant plusieurs petites Villes . Il
étoit accompagné du Seigneur de Ravestein
, son Cousin Germain , de Loüis de
A iij Luxem1684
MERCURE DE FRANCE
Luxembourg , Comte de Saint Pol , avec
fes trois Fils , et Jacques de Saint Pol
son Frere , d'Antoine et Baudoin , Fils '
naturels du Duc de Bourgogne , et de
beaucoup d'autres Seigneurs et Chevaliers.
Il escarmoucha pendant plusieurs jours
devant Paris , en attendant les autres Princes
ligués , qui avoient promis de venir
se joindre à lui : et comme ils ne lui tinrent
pas parole , il voulut se retirer un
' peu pour être plus en sûreté ; mais Ro -`
milli , Vice- Chancelier de Bretagne , le
détourna de ce projet , en suposant de
fausses lettres , par lesquelles il paroissoit
que les Ducs de Berry et de Bretagne
s'aprochoient d'eux , et qu'ils étoient déja
arrivés à Etampes .
Sur ce faux avis , le Comte de Charolois
alla s'emparer du Pont de S. Cloud
pour leur faciliter le passage de la Seine;
il envoya le Comte de S. Pol à Montlhery
avec son Avantgarde , et pour lui,
condu sint le Corps d'armée , il demeura
à Lonjumeau , qui n'est qu'à deux
lieues de Montlhery , laissant derriere lui
à égale distance , Antoine , l'un de ses Freres
naturels, avec l'Arriere - garde .
Cependant le Roy s'avançoit à grandes
journées , et vint camper à Châtres,
aujour
AOUST. 1737 1685
aujourd'hui nommé Arpajon , situé sous
Montlhery . Il envoya des Couriers à
Paris pour en faire venir du secours; mais
les Couriers furent arrêtés en chemin
par
les Gens du Comte de S. Pol , ce qui fit
beaucoup de tort à l'Armée du Roy , qui
auroit peut-être été victorieuse , si elle
avoit eu ce secours , au lieu que le sort
de la bataille demeura douteux .
Cette fameuse Journée de Montlhery
fut proprement plûtôt une rencontre
qu'une bataille rangée ; car les Armées
du Roy et du Comte de Charolois , s'étant
rencontrées sans s'être cherchées ,
leurs Chefs n'avoient d'abord aucun dessein
de livrer bataille , parce qu'ils attendoient
de part et d'autre un renfort ; le
Roy du côté de Paris , le Comte de Charolois
du côté de Bourgogne et de Bres
tagne.
Le Roy ayant mis l'affaire en déliberation,
presque tout son Conseil fut d'avis
qu'il falloit charger les ennemis avant
que les Ducs de Berry et de Bretagne
qui étoient déja à Etampe , se fussent
joints à eux.
Pierre de Brezé , Seigneur de la Varenne
, étoit au contraire d'avis qu'il falloit
dabord combattre les Ducs de Berry
et de Bretagne.
A ilij
Оп
686 MERCURE DE FRANCE
On trouva trop de risque à prendre
ce parti , et le Roy se détermina à envoyer
le Comte du Maine avec sept ou
huit cent Hommes d'Armes au devant
des Ducs de Berry et de Bretagne , pour
les empêcher de se joindre au Comte de
Charolois ; et il donna la conduite de
l'Avant garde à la Varenne : quelquesuns
disent même qu'il lui fit porter ce
jour-là ses habits et ses armes.
La Varenne , voulant se justifier des
soupçons que l'on avoit conçus contre lui,
à cause qu'il n'étoit pas d'avis de livrer
bataille , marcha droit vers Montlhery
où étoit le Comte de S. Pol , avec l'Avantgarde
du Comte de Charolois : ce dernier
avoit ordre de se retirer à Lonjumeau ,
où étoit le Corps d'Armée , en cas qu'il
se trouvât trop pressé par le Roy ; mais
ayant été surpris , il manda au Comte de
Charolois qu'il ne pouvoit se retirer vers
lui sans un grand desordre , qu'il etoit
temps qu'il vînt lui-même avec le reste
de son Armée.
Le Comte de Charolois , étonné de
cette nouvelle , fit dabord avancer Antoine
, son Frere naturel , avec une partie
de l'Armée, et le suivit peu après avec
le reste.
Les Royalistes venoient par le chemin
de
AOUS T. 1737. 1687
de la Forêt de Torfou , et arrivoient
déja dans Linas, Fauxbourg de Montlhery
; ils marchoient à la file en assés mauvais
ordre , de maniere que prêts d'attaquer,
ils n'étoient pas en tout 400. Hom
mes d'Armes . Quelques- uns d'entr'eux
s'étanttrop avancés dans Linas ,furent aussi
tôt repoussés par les Bourguignons , qui ,
outre leur retranchement , avoient fortifié
une maison à l'entrée de Montlhery.,
et l'avoient garnie de Gens de Traits ,
qui tiroient à coup sûr sur les François.
De plus , ils mirent le feu à une maison
voisine , et le vent leur étant favorable
, poussoit la flamme et la fumée sur
les pauvres François , desorte qu'ils furent
obligés de se retirer à cette premiere
attaque.
"
Les Bourguignons étoient 14600. Combartans
, compris 1400. Lances . Philipe
de Commines , Seigneur d'Argenton , qui
étoit avec eux , écrit qu'ils étoient en
tout 12 à 14. cent Lances , et 8. à 9.
mille Archers , outre les Gens de pied
qui servoient au charroy et à l'Artillerie,
que de tous ces Lanciers , il n'y en avoit
pas 400. bien armés , et presque tous si
peu adroits qu'ils ne sçavoient pas mettre
leurs lances en arrêt , à cause de la
longue paix qui avoit regné dans les
Av Etats
1683 MERCURE DE FRANCE
Etats du Duc de Bourgogne.
L'Armée du Roy étoit alors de 2200.
Hommes d'Armes , outre les Archers
qui devoient être deux fois autant ; l'Arriere-
Ban du Dauphiné , dont le nombre
n'est pas marqué , et 40. à 50. Gentilshommes
Savoyards volontaires . Philipe
de Commines dit que les François
étoient fort inferieurs en nombre aux
Bourguignons , mais qu'ils étoient beaucoup
plus adroits,

On remarque trois fautes que firent
les Bourguignons sans lesquelles on
croit que l'Armée du Roy cût été entie
rement défaite .
La premiere fut , que les Gensdarmes
mirent pied à terre avec les Archers , à
la maniere des Anglois , qui en usoient
ainsi pour rassurer leurs Archers , par
l'assistance de leurs meilleurs Hommes
d'Armes , lesquels étant armés à crû , leur
servoient comme de rempart . Mais les
Bourguignons , ayant reconnu qu'ils
étoient plus foibles à pied, remonterent
à cheval, ce qui leur fit perdre du temps ,
et laissa leurs Archers dans l'effroi et en
proye à leurs ennemis.
La seconde faute fut , que quoiqu'il eût
été ordonné que leur Armée , partant de
Lonjumeau , feroit alte , et se reposeroit
A O UST. 1737. 1689
roit deux fois en chemin , ayant deux
lieuës à faire , et la chaleur étant fort.
grande ce jour - là , cependant le Comte
de Charolois la mena tout d'une haleine,
et sans s'arrêter , ce qui fatigua beaucoup
les hommes et les chevaux.
La troisiéme faute fut, que la Gendarmerie
allant au combat , passa sur le
ventre à ses propres Archers , sans leur
donner le temps de tirer une seule flêche
, ensorte que les Bourguignons , se
détruisant eux -mêmes , les François , en
profitant de cet avantage , auroient dû
remporter une pleine victoire ; mais il y
eut une perte presque égale de part et
d'autre.
Les Bourguignons étoient retranchés
dans Montlhery , et les François du côté
du Château , qui étoit alors en assés
bon état , et dont la garnison tenoit pour
eux. Il y avoit entre les deux Armées un
long fossé bordé d'une haye épaisse ; les
François arrêtés par cet obstacle, allerent
aux ennemis par les deux bouts du fossé
et de la haye ; les Bourguignons se diviserent
aussi en deux pour les repousser.
Le Comte de Charolois étoit à droite
avec la meilleure partie de son Armée ,
et le Seigneur de Ravestein , son Cousin ,
avec Jacques de S. Pol , à la gauche , et
A vj
marchant
1690 MERCURE DE FRANCE
marchant contre les François , ils passerent
, comme on l'a dit , sur le ventre à
leurs Archers. Quelques Historiens prétendent
néanmoins que ce furent les
François qui repousserent les Archers-
Bourguignons , et entr'autres les Gardes
du Comte de Charolois.
La Bataille se donna dans une petite
plaine qui est entre Montlhery et Longpont
, et qui , à cause de cet évenement
mémorable , est encore apellée dans les
Terriers et Titres du Pays , le Chantier
du Champ de Bataille.
L'afle droite des François , où étoient
Yes Dauphinois et Savoyards, mit en fuiteles
Bourguignons , ce qui fut cause que
le Comte de Charolois , qui avoir l'avantage
de l'autre côté , ne put poursui
vre sa victoire 3 mais par le conseil de ses
Capitaines , il rallia ses Troupes , et sur
le soir , la nuit étant déja close , il chargea
les François qui revenoient en desordre,
de poursuivre les ennemis , croyant
la victoire avoit que été partout de leur
côté.
Le Comte de Charolois , s'étant mêlé
dans ce combat avec plus de valeur que
de prudence , pensa trois fois être tué ; la
premiere d'un coup de Vouge à l'estomac;-
la seconde d'un coup d'estoc à la gorge ,
et
A O UST. 1737 1697-
et la troisième fois , quinze hommes d'Armes
François , entre lesquels on nomme
Geoffroy de S. Belin , et Gilbert de
Grassay, s'étant ralliés , fondirent sur luiavec
de si grands efforts , qu'ils tuerent
son Ecuyer , qui portoit sa Cornette , et
l'ayant arrêté lui-même , de vive force
lul crioient ? Rendez- vous : Monseigneur ,
nous vous connoissons , ne vous faites pas
tuer
Le Comte ne voulut jamais se rendre,
et se défendit avec tant de courage , que
les siens avertis du peril où il étoit, vinrent
le secourir ; on dit que celui qui
contribua le plus à faire quitter prise à
ccs Hommes d'armes, fut un jeune Homme-
d'armes , Parisien , fils de Jean Ca
det , son Médecin , lequel étant robuste
et monté avantageusement , fendit la
presse , et repoussa les François : quelques-
uns le nomment Robert Cotereau
et disent qu'en récompense de ce service
le Comte le fit Chevalier,
Ce qui servit beaucoup au Comte de
Charolois , fur que le Comte de S. Pol.
voyant le Sieur de Ravestein et Jac
ques de S. Pol , son frere , en fuite , se
retira dans la forêt prochaine , oùil ral.
lia les Fuyards , et revint se joindre au
Comte de Charolois , desorte qu'ils
trouveren
1692 MERCURE DE FRANCE
trouverent ensemble 800. Hommes d'ar- )
mes.
La Chronique scandaleuse attribue tou
te la perte des François à la retraite du
Comte du Maine et de Jean de Rohan
Seigneur de Montauban , Amiral de
France , lesquels emmenerent avec eux
800. Hommes d'Armes , ce qui les fit .
soupçonner de trahison . Cependant Philipe
de Commines dit que le Comte du
Maine avoit été envoyé avec cette troupe
au devant des Ducs de Berry et de
Bretagne.
Le Roy de son côté remplissoit tous
les devoirs d'un brave Soldat et d'un
grand Capitaine : il avoit aussi rassemblé
un gros des siens , et s'étoit remis en
bataille , laissant entre lui et les ennemis
la haye et le fossé où ils avoient déja été
le matin. Les ennemis n'ayant point d'Archers
, n'oserent l'attaquer dans ce poste
, de sorte qu'ils demeurerent en ordre
de bataille en presence les uns des autres,
et se saluerent seulement à coups de canon
jusqu'au soir , sans quitter la place
part ni d'autre. de
Cependant le Roy , se sentant le plus
foible , etcraignant que les Ducs de Berry
et de Bretagne ne se joignissent au
Bourguignon , se retira sans bruit à Cor--
beil
A O UST. 1737 1693
beil à la faveur de la nuit ; et les enne-"
mis le croyant toujours present , furent
toute la nuit dans de grandes inquiétudes
, craignant aussi que le Maréchal
Joachim et les Parisiens ne vinssent se
joindre à lui , et ne les taillassent en
pieces.
Ils envoyerent so. Lances pour découvrir
si le Roy s'étoit retiré ; dans ce
moment , le feu ayant pris à un baril
de poudre dans l'endroit où le Roy étoit
la veille , le feu prit aussi à des charettes'
qui étoient le long de la haye. Les Lanciers
, qui en aperçûrent la famme , crurent
que c'étoient des feux allumés au
quartier du Roy , de sorte que sans autre
information , ils raporterent que l'Armée
du Roy n'avoit point changé de
place.
Ce raport fit encore craindre davantage
aux Bourguignons que le Roy ne
reçût du secours du côté de Paris . Ainsi
le Comte , après avoir fait panser ses
playes , assembla son Conseil , qui fut
d'avis que l'on brulât une partie du
charrois , et qu'avec l'Artillerie on prît
le chemin de Bourgogne , dans l'esperance
qu'on avoit de rencontrer en chemin
les forces de ce Pays- là , et pour se procurer
plus aisément des vivres. Le Comte
1694 MERCURE DE FRANCE
te de Saint Pol , le Sieur de Hautbour
din , et tous les autres furent de cet
avis.
Il n'y eut que le Sr de Contay , qui
representa que cette retraite mettroit la
terreur dans leur camp, qu'il falloit, dès
la pointe du jour , attaquer le Roy , s'il
n'étoit pas déja parti , et vaincre ou
mourirles armes à la main .
Le Comte aprouva cet avis , et chacun
s'y rendit plûtôt par honneur que par
excès de courage : on donna aux Troupes
deux heures de repos , avec ordre de
se tenir prêtes pour monter à cheval au
premier son de la Trompette.
Au point du jour on cut avis certain
que le Roy s'étoit retiré , ce qui rassura
beaucoup les Bourguignons ; le Comte,
pour les encourager encore davantage ,
fit paroître un Cordelier, qui assura que
les Ducs de Berry et de Bretagne étoient
près de là, et se joindroient à eux dans la
journée. Romilli Vice Chancelier de
Bretagne , assura la même chose.
Le Comte de Charolois se regarda
comme victorieux , parce que le Champ
de Bataille lui étoit demeuré par la retraite
du Roy , mais c'étoit la seule mar
que qu'il eût de sa prétendue victoire ;
marque bien foible, puisqu'il n'étoit resté
luk
A O UST. 1737 1695
fui même que par nécessité , et aprés
s'être préparé à la fuite . Du reste presque
tous les avantages étoient du côté
du Roy.
Les Historiens disent qu'il y eut environ
2000. Hommes de tués tant de
part que d'autre, et ceux qui en mettent
le plus n'en mettent que 3600. Guaguin
assure que le nombre des Morts étoit
plus grand du côté des Bourguignons .
Ils enterrerent les leurs dans un petit
champ sur le bord du grand chemin de
Paris , lequel champ est depuis ce tempslà
demeuré inculte , et on le nomme encore
le Cimetiere des Bourguignons ; ik
est situé au bout du Cimetiere de la
Ville de Montlhery.
Les Historiens conviennent tous que
les François perdirent en cette journée
plus de Noblesse que les Bourguignons ;
mais aussi qu'ils eurent les Prisonniers les
plus considérables.
Le grand nombre de Troupes de part
et d'autre qui prirent la fuite , fit que
cette Bataille fut moins sanglante. L'effroy
de quelques uns des Fuyards, fut si grand
que du côté du Roy , il y en eut qui
coururent jusqu'à Amboise , éloigné delà
d'environ 5o. lieuës : et un Homme
d'Etat, ainsi que le qualifie Commines
s'enfuis
1696 MERCURE DE FRANCE
s'enfuit jusqu'à Lusignan , 28. lieuës au«
delà d'Amboise , sans prendre aucune
nourriture ; de l'autre côté un Bourgui
gnon s'enfuit jusqu'au Quesnoy- le- Comte
en Haynault , ce qui fait trois bonnes
journées de chemin ; ceux des Royalistes
qui fuyoient , assuroient , en passant
, que le Roy avoit été tué , et que
toute son Armée étoit défaite. Les Fuyards
Bourguignons en disoient autant du Comte
de Charolois ; ce qui fut cause que
ceux qui tenoient le Pont de Saint Cloud
l'abandonnerent ; que ceux de Sainte
Maixence se rendirent au Roy , et que
le Duc de Bourgogne et ses Sujets furent
dans une grande consternation jusqu'à
ce que la vérité se trouvât bien éclaircie.

Entre les Morts du côté des François ,
furent regretés le Seigneur de la Varenne
, dont le Roy avoit eu quelque défiance
; Geoffroy de Saint Belin , dit la
Hire , et Floquet , Bailly d'Evreux .
Du côté des Bourguignons , les Seigneurs
de Lalain et de Hames furent
tués , et les Seigneurs d'Happlaincour ,
d'Aimerics et d'Inchy faits prisonniers.
D'ailleurs il y eut un si grand nombre
de blessés de leur côté, que s'ils se tinrent
pour victorieux , la victoire leut coûta
bien cher , puisque les vaincus avoient
beaucoup
A O UST. 1737- 1697
beaucoup moins perdu que les préten
dus Vainqueurs .
Le Comte de Charolois séjourna encore
un jour entier à Montlhery sans y
souffrir aucun desordre , lui et les siens
payoient tout ce qu'ils prenoient; il nħattaqua
point le Château , qui tenoit encore
pour le Roy , et ne somma même
pas la Garnison de se rendie .
Le jour suivant , le Comte s'en alla
à Etampes , où il fit conduire les blessés
et les malades , qui étoient au nombre de
près de 800. Ce fut- là qu'il se joignit aux
autres Princes ligués , et ils tournerent
ensuite leurs Armes du côté de Paris .
ARTICLE V.
Des derniers Seigneurs particuliers
de Montlhery.
Pendant les troubles de la Ligue en
1562 Montlhery fut pris par le Prince de
Condé, qui étoit à la tête des Religionaires
, Dupuy , des Droits du Roy.
Quelque temps après , ces troubles ayant
été apaisés , Montlhery rentra sous la domination
de nos Rois , & depuis il y est
toujours demeuré : il y a seulement eu en
divers temps des Seigneurs Engagiftes .
Suivant des Lettres Patentes données à
Lusi-
3
1698 MERCURE DE FRANCE
Lusignan au mois d'Avril 1529. avant
Pâques , François I. donna les Terres et
Seigneuries de Tournam , Torcy , Mont-
Thery, & Fontenay- le-Comte, à François
Descars , Seigneur de la Vauguyon , pour
le dédommager des Terres qui lui apartenoient
, et qui furent cedées à l'Empereur
par le Traité du 5 Août 1529. Ces
Lettres furent regiftrées en la Chambre
des Compres le 21 Avril 1530 après Pâques
, et sont au 2 vol . des Ordonnances
de François I. cotté L. fol . 230. Il en est
aussi fait mention dans le Recueil des
Ordonnances par M. Blanchard p . 482.
Vers l'année 1600 le Cardinal de Richelieu
se rendit Adjudicataire de Monte
lhery , comme d'une Seigneurie Domaniale.
En 1619 Louis XIII. la retira de ce
Cardinal , et lui fit donner pour son rem
boursement la somme de 84387 liv. 16 s.
Le Roi acquit aussi du même le Comté
de Limours , lequel avec la Terre et Comté
de Montlhery il unit et incorpora au Du
ché de Chartres qu'il donna à Gaston
Jean-Baptiste de trance , son frere , pour
augmenter son apanage.
Après la mort de Gaston , Marguerite
de Loraine sa veuve , obtint le 19 Juin
1662 des Lettres Patentes données à Paris,
portant
AOUST. 17378 1699
portant don à son profit des Comtés de
Limours et de Montlhery . Ces Lettres
Parentes furent regiftrées en la Chambre
des Comptes le 6 Juillet suivant , et sont
au 9. vol.des Ordonnances de Louis XIV.--
cotté 3. v. fol . 111. Il en est fait mention
dans le Recueil chronologique des Ordonnances
par M. Blanchard .
Le Domaine de Montlhery a été en
dernier lieu engagé à Jean Phelipeaux ,
Conseiller d'Etat , moyennant la somme
de 600co liv. par Contrat du 18. Juillet
1696 , paffé par les Commissaires du Ray
nommés à cet effet. M. Jean Louis Phelipeaux
son fils , surnommé le Comte
de Montlhery , en est aujourd'hui Seigneur
Engagiste. Ce Domaine vaut environ
4000 liv . de rente , sur quoi il y a
des Fiefs et des aumônes à acquitter.
و
ARTICLE V I.
Etat present de Montlhery.
ya
Il y a dans Montlhery plusieurs Eglises
sçavoir , la principale Paroisse de la
Ville , qui est dédiée à la Sainte Trinité
la Paroisse de S. Pierre du Château , ainsi
apellée parce qu'elle est hors la Ville auprès
de l'ancien Château de Montlhery ;
cependant il y a plusieurs maisons de la
Ville
1700 MERCURE DE FRANCE
Ville qui sont de cette Paroisse.
Dans cette Eglise de S. Pierre , il y a
une Chapelle dédiée à S. Laurent , qui
eft un Prieuré simple , dont le revenu
peut monter à 650 liv , de rente.
Il y a aussi dans la Ville une Chapelle
dédiée à l'Assomption de N. D. fondée
par feu M. Bodin Desperiers , Procureur
du Roy de cette Ville. Elle est desservie
par deux Chapelains qui ont chacun 400
liv . de revenu .
Dans Linas , Fauxbourg de Montlhery,
eft l'Eglise Collegiale et Paroissiale dediéc
à S. Merry : le Chapitre eft composé de
deux Dignités , le Doyen et le Chantre ,
et de neuf Canonicats , non compris les
deux qui sont annexés aux Dignités : ils
ont environ 3000 liv . de revenu à parta
ger entre eux tous. C'est M. l'Archevêque
de Paris qui est le Collateur de ces
Canonicats. Les Chanoines sont Curés
primitifs de la Paroisse de Linas , qui est
desservie dans leur Eglise de S. Merry ,
et ils nomment l'un d'entre eux pour
Vicaire perpetuel.
Il y a dans Montlhery un Hôtel - Dieu ',
oùsont huit lits.Par Arrêt du Conseil d'E
tat du 31. Août 1697. et Lettres Patentes
sur icelui , les biens et les revenus de la
Maladrerie de Linas ont été unis à l'Hôpital
A OUST. 1737. 1701
pital de Montlhery : et il a été ordonné
que lesdits revenus et ceux dudit Hôpital,
seront à l'avenir employés à la nourriture
et entretien des pauvres malades qui
seront reçus en cet Hôpital,
Pour ce qui est des Jurisdictions de
Montlhery , la Prevôté est la plus ancienne
; elle étoit déja érigée sous le titre
de Châtellenie en 1330 , et avoit le titre
dePrevôté en 1379. Elle eft composée d'un
Prevôt , de deux Lieutenans de Police
un Commissaire de Police , un Procu
reur du Roy , un Greffier , quatre Notaires
, autant de Procureurs et plusieurs
Huissiers. Il y a aussi dans le même Lieu
úne Grurie ,
Il y avoit autrefois une Capitainerie
des chasses , qui a été suprimée par l'article
second d'une Declaration de Louis
XIV, du 12 Octobre 1699 , registrée en
Parlement le 28 des mêmes mois et an .
Il y a dans Montlhery cinq portes flanquées
de tours rondes , en partie ruinées ;
toute la Ville est encore entourée de murailles;
mais ce ne sont pas par tout les anciens
murs des fortifications de la Ville
qui subsistent , il y a quelques endroits
où les murs des jardins particuliers ont
été continués au-delà de l'ancienne enceinte
de la Ville .
On
1702 MERCURE DE FRANCE
On tient dans cette Ville un Marchéle
lundi et le vendredi , celui qui se tient le
lundi est très considerable pour les grains
qu'on y aporte d'Etampes et de Dourdan
, et c'est un des entrepôts d'où l'on
tire le plus de bleds pour Paris.
LE SOMMEIL.
O DE.
13
Par M. Chaband , D. L. O.
Toi qui dus le jour au sang d'uneGorgone;
Chés les Cimmériens m'as - tu donc transporté?
Que de pavots ! quel calme ! en ce Palais resonne
L'Onde seule du noir Lethé ;
Içi l'oiseau de Mars n'apelle point l'Aurore ;
Nul bruit n'ose éveiller le Dieu que l'on adore
Dans ce solitaire séjour ;
Les soucis vont ailleurs faire des miserables ;
Mais le repos muet , les songes agréables
Ne désertent jamais sa Cour.
Ce Dieu , sommeil, c'est toi ! si -tôt qu'au sein de
POnde ,
* Pégaze.
A. O UST.
1703
1737.
On voit l'Astre du jour précipiter ses feux ,
Tu viens par tes bienfaits aux Habitans du Monde !
Rendre un calme délicieux.
Dvant toi nos besoins et nos maux dispa
roissent ,
Nos larmes , nos soupirs , nos accens plaintif
cessent
Les
criminels sont sans
frayeur ;
Le Captif est sans fers , l'indigent sans miseres
L'Avare sans Vautour , l'Envieux sans Viperes ;
Les Monstres perdent leur fureur. "
M
Lits , que j'aime à presser , gazons tendres , aimables
,
Par de secrets liens vous sçavez m'attacher.
Je goûte du sommeil les douceurs ineffables .
Quand chés vous je vais les chercher.
Là des Chantres ailés , instruits par la Nature ;
D'un liquide cristal l'agréable murmure ,
Font éclipser mes maux cuisans .
Là je trouve à mes soins des ressources certaines ;
Dois je me plaindre encor ? Its rigueurs de mes
peines
Rendent mes plaisirs plus piquans.
Le sommeil m'enrichit ; la honteuse indigence
A pas précipités abandonne mes toîts .
Non, j'éprouve avec elle une heureuse abondance ,
B Pauvre ,
1704 MERCURE DE FRANCE
Pauvre , opulent tout à la fois
Je suis riche sans biens, pauvre sans le connoître,
Un essain de plaisirs que les pavots font naître ,
Me rend heureux en ce moment ;
A mon destin nouveau quel autre est préférable,
Les Mortels goûtent- ils un bonheur véritable
Si ce n'est peut- être en dormant ?
C'est peu de ces faveurs ; ma vie étoit obscure ,
Mais tout à coup mon sang s'épure, s'ennoblit.
Quand mon lit me reçut il reçut ma roture ,
Elle disparoît dans mon lit.
Les songes m'ont fait Roy ; quel courage m'en
flamme !
Quels nobles sentimens s'élevent dans mon ame !
Rien de bas ne peut l'occuper.
A mon bonheur naissant , à ma nouvelle gloire ,
Le plaisir se marie et m'empêche de croire
Qu'ils puissent jamais m'échaper.
E
Ils m'échapent pourtant; Trésors, Sceptre, Noblesse
,
Tout fuit devant mes yeux , rien ne m'est réservé
,
Mon bonheur-fugitif en s'envolant , me laisse
Le regret d'en être privé.
Dans les bras du sommeil une vapeur légere
Me défendoit de voir , de sentir ma misere ,
Hl
A O UST. 1737. 1705
Elle revient troubler mes jours.
Que n'ai- je pú fixer ma fortune inconstante !
Pour posseder lesbiens que le sommeil enfante,
Que ne puis-je dormir toujours !

A l'aspect de ces biens , vante, Dieu des richesses
Les présens que tu fais aux avides Humains !
Pourois-tu comparer à de telles largesses ,
: Celles que dispensent tes mains
Loin d'éteindre la soif, Populence Pallume ,
Plus le trésor s'accroît , plus le
consume ;
L'or est des maux l'Auteur fécond.
coeur se
Loin de nous tes faveurs ! elles nous apauvrissent;
Mais les dons du sommeil , Plutus , nous enri
chissent ,
Tout imaginaires qu'ils sont,

Il en est de réels ; ma force m'abandonne ,
Le travail m'a vaincu , mes pas sont chancelans,
Les festins , les plaisirs n'ont rien qui me redonne
L'usage libre de mes sens.
Des bienfaisans pavots , sommeil , j'ose l'atendre,
Leur aimable fraîcheur est prompte à me le rendre
,
Elle serpente dans mon corps .
Je ne suis point trompé , ma force est revenue ,
Bij
Une
1706 MERCURE DE FRANCE
7
t
Une agile vigueur dans mes nerfs s'insinue ,
Rien ne résiste à mes efforts.

Mais quoi des Elemens qu'en lui mon corps
enserre ,
L'harmonieux accord vient- il d'être détruite .
J'éprouve , malheureux , une intestine guerre ,
La santé loin de moi s'enfuit.
Nul Rival de Chiron , le suc d'aucune Plante
Ne la rend à mes voeux ; mon ame impatiente
Va s'affranchir de sa prison.
Si Morphée ... ah ! je sens l'effet de sa présence,
De la Mort irritée il trompe l'esperance ,
Je renais par ma guérison.
Caron , ne m'atends pas , la bienfaisante Parque
Pour moi consent encor de tourner le fuseau.
Le sommeil te défend de m'admettre en ta Barque,
Fermant sous mes pieds mon tombeau.
Si sa faveur trop lente eût tardé davantage ,
C'étoit fait de mes jours ; j'aurois vû le Rivage
Où regne le Prince Infernal ,
Qui m'auroit interdit le chemin du Cocite ?
Peut- être un Machaon me l'eût fait voir plus vîţe
D'intelligence avec mon mal ,
and mon esprit se livre au désir de connoître,
Une
A O
UST. 1737. 1707
Une trop longue étude enfante sa langueur ;
Mais des pavots féconds je vois bien- tôt renaître
Sa sérenité , sa vigueur .
Que prétends- je, insensé ? Compter les avantages
Que le fils de la nuit dispense à tous les âges ?
Muse , cessons de le tenter !
Dans le sein du repos sans trouble, sans allarmes,
J'aimerois mieux cueillir les doux fruits de ses
charmes ,
Que m'amuser à les chanter.

LETTRE de M. P. de Frasnay , écrite
à M. D. L. au sujet des Boiens.
'Interêt que je prends , Monsieur
à la Province de Bourbonnois , où je
possede une Charge et des Terres , et où
j'ai quelques parens et beaucoup d'amis ,
m'oblige à combattre votre sentiment.
Vous croyez que les peuples de cette Province
, apellés Boïens , et en Latin Boii ,
sont des peuples nouveaux transportés
du Pays de Baviere dans les Gaules , tristes
débris de la défaite des Helvetiens du
temps de Jules César , prisonniers de
guerre , et par conséquent esclaves , ce-
B iij dés
1708 MERCURE DE FRANCE
dés aux Héduens (a ) ses Alliés , et placées
par eux dans des forêts dépendantes de
feur Etat , à la charge de les défricher.
Détrompez-vous , Monsieur , et rendez
justice aux Boïens ; il n'est point , selon
moi , de peuple dans les Gaules plus
ancien ni plus illustre , et l'on peut dire
qu'il ne s'est jamais rien fait de grand
par les Gaulois où ils n'ayent eu bonne
part.
Lorsqu ' Ambigat , Roi des Celtes , qui
tenoit le Siege de son Empire en la ville
de Bourges , envoya Sigoveze et Belloveze
, ses neveux , à la conquête de l'Univers
; les Boïens suivirent les Etendards'
de Sigoveze its traverserent avec tuisla
forêt Herciniene , chasserent les Vindéliciens
, et s'établirent à leur place dans
deux grandes Provinces , apellées aujour
d'hui la Boheme et la Baviere
Cet établissement a été solide ; les au
tres Gaulois passant ensuite dans la Macedoine
et dans la Grece , ont été défaits
e même détruits , de maniere qu'il n'en
reste plus aucuns vestiges ; mais les
Boïens sont toujours restés en possession
des Pays par eux conquis en Allemagne
et les peuples qui habitent aujourd'hui
(a ) Les Héduens sont les Autunois d'aujour
hui.
la
AOUS T. 1737 1709
La Baviere et la Boheme , se glorifient
d'être descendus de nos anciens Boïens
Belloveze n'eut dans son armée aucuns
Boïens , elle fut composée de Berruiers ,
de Sénonois , d'Ambarres , qui sont les
Nivernois , et d'autres peuples ; les Boïens
ne pouvoient pas être par tout , ils suivoient
la fortune de Sigoveze , ils ne
pouvoient pas être compagnons de Belloveze
son frere , qui passa en Italie , où
il fit des Etablissemens considerables ;
mais dans la suite les Boïens ne purént
se dispenser de se mettre de la partie 3
une nouvelle jeunesse de Boïens ayant
entendu parler des hauts faits de leurs
compatriotes , passa les Alpes à différentes
fois ; ceux qui arriverent les premiers
s'établirent sur le Pô , où il y avoit encore
des Pays vacans et non occupés , à
peu près dans l'endroit où est aujour
d'hui le Duché de Modéne.
Les Boïens qui vinrent ensuite ne trouvant
plus de place , traverserent cette
même Riviere avec ceux de Langres , et
après avoir chassé les Toscans et les Umbriens
, s'allerent placer dans le Pays
qu'on apelle les Duchés de Spolette et
d'Urbain. Il est vrai semblable que ces
derniers se trouverent à la conquête de
Rome avec ceux de Séns , dont ils étoient
B iiij voisins
2710 MERCURE DE FRANCE
voisins en Italie ; il est parlé des Boïens
dans toutes les affaires d'éclat qui se passerent
entre les Romains et les Gaulois ;
les Boïens eurent part aux victoires et
aux défaites , avec cette difference que
les victoires remportées sur les Romains
dans la Toscane sous le Consulat de Lucius
Emile , furent l'effet de la valeur des
Boïens , et que la défaite des Gaulois qui
suivit , fut causée par la seule temerité
des Gessates , qui negligeant les armes
défensives , et méprisant leurs ennemis ,
combattirent nuds et sans aucune précaution.
Voilà donc l'antiquité des Boïens prouvée
dans les Gaules ; ce Peuple subsistoit
encore du temps de Jules-César ; vous
voyez dans ses Commentaires que ce Peu
ple refusa des vivres à César , s'excusant
sur sa pauvreté ; en effet les Peuples de
Bourbonnois ne sont pas riches , la steri
lité de leur Pays et le défaut de commerce
ne leur donnent pas le moyen de
s'enrichir ; et c'est cette pauvreté , jointe
à la vivacité naturelle de leur esprit et à
leur valeur , qui les a rendus de tout
temps entreprenans et industrieux , et les
a obligé de chercher chés les autres les
richesses qu'ils ne trouvoient pas chés
eux ; de là viennent ces entreprises fré
quentes
AOUST . 1737. 1771
quentes des Boïens , ces voïages lointains,
ces avantures , et ces Colonies portées en
Boheme , en Bavière et en Italie ; on
voit encore dans les Commentaires de
César , au Livre VII , que lors de la ré
volte générale des Gaules contre les Ro
mains , les Boïens fournirent deux mille:
soldats pour leur part.
A l'égard des Boïens pris par César
dans la Bataille contre les Helvetiens
ces prisonniers venoient de Baviere , où
une Colonie de Boïens s'étoit établie
comme nous l'avons remarqué ; ces prisonniers
furent demandés à Jules- César
pår les Héduens qui étoient bien aises de
les avoir chés eux , et de les incorporer
dans leur Etat , à cause de leur réputation
et de leur valeur : ces motifs sont
exprimés dans les Commentaires . César
les leur accorda , et les établit dans une
Ville de la Jurisdiction des Héduens , et
qui est apellée Gergovia Boïorum , dans le
même septiéme Livre des Conimentaires
; mais quelle est cette Ville ? Comment
la nomme t'on aujourd'hui où estelle
située voilà le point de la difficulté.
Quelques Sçavans ont crû que cette
Ville étoit la Ville de Moulins , mais il
n'y a aucune aparence ; Moulins n'éxis-
B.v. toit
1714 MERCURE DE FRANCE
valeur de ces Boïens prisonniers , les pla
cerent dans une Ville frontiere pour défendre
leur Etat , et cette présom ption
convient parfaitement à la situation que
nous donnons à la Ville dont il s'agit.
Je sçais que Bourbon - l'Archembaut
est apellé dans quelques Itineraires Boïa
Casaris , mais il n'est par surprenant de
trouver une Ville qui ait deux noms , la
succession des tems produit assés souvent
ces changemenssje cite pour exemple no,
treVille de Nevers, qui a dans les Auteurs
quatre ou cinq noms différens ; mais après
tout le nom de Casaris , qui est ajoûté à
celui de Boia , persuade que cette Ville
est la même que celle qui est apellée Gergovia
Boiorum , qui a été fondée par César
a l'occasion des Boïens prisonniers , pour
favoriser les Héduens ses Alliés , qui
étendoient leur territoire et leur Jurisdiction
jusqu'à Bourbon . Cela est si vrai,
que l'on trouve actuellement à la Cham
bre des Comptes de Nevers, une Charte
du mois de Juille 1231 , signée d'Archembaut
de Bourbon , et de plusieurs autres
Barons dépendans du Comté de Nevers
or il est certain que le Nivernois
étoit autrefois un Membre de la République
des Héduens ; il semble par cette :
Charte qu'Archembaut de. Bourbon re
connoît
AOUST. 1737. 1715
connoît la superiorité des Comtes de Ne
vers.
Il ne s'agit plus que de sçavoir quelle
étendue nous donnerons à l'ancien Pays
des Boïens , en quel endroit nous placerons
leur Capitale , et si nous regarderons
ce Peuple comme un Peuple dépen
dant , ou comme un Peuple se gouver
nant par lui même.
La Capitale des Boïens dans les Gaules
s'apelloit Boia , et c'est ce que nous apellons
aujourd'hui Bourbon l'Ancy.
Le territoire des Boïens s'étendoit dans
une partie de la Bourgogne , et dans une
partie du Diocèse de Clermont en Auvergne
, et même dans celui de Nevers.
On peut assurer que du temps de César;
et auparavant lui , ces Peuples se gouver
noient par eux - mêmes , et ne dépendoient
en aucune maniere des Héduens ;
Polibe ,Tite Live , et tous les Auteurs en
parlent comme d'un Peuple et d'un Etat
particulier ; César dans ses Commentaires
en parle de men
point avec les Héduei mais il en fait
par tout une mention separée , ils fournissent
à César des vivres séparément
des Héduens. Lors de la révolte générale
des Gaules contre les Romains , ils envoyent
deux mille hommes pour leur
il ne les confond

contin
1716 MERCURE DE FRANCE
contingent ; enfin ils ne sont point compris
au nombre des vassaux des Auvergnats
et des Héduens , dont César fait le
dénombrement dans ses Commentaires ;
toutes ces raisons prouvent parfaitement
que les Boïens , du temps de César , for
moient un Etat séparé et indépendant.
Ces Peuples , à l'exemple des Héduens
leurs voisins , se donnerent plutôt aux
Romains , dont ils devinrent les Alliés
qu'ils ne furent conquis par eux. Dans la
décadence de l'Empire Romain ils furent
la proye des Bourguignons et des Visigots
, mais ensuite ils furent confondus
dans l'Empire des François .
Lorsque les Seigneuries devinrent héréditaires
en France , ces Peuples souffrirent
bien des démembremens ,mais dans la
suite ils ont eu le bonheur d'avoir pour
Seigneurs des Princes de la Maison de
France , qui ont réuni presque toute la
Nation des Boïens dans un seul Duché ,
que l'on apelle aujourd'hui le Duché de
Bourbonnois. Ces Princes ont fait l'hon
neur à cette Province d'en prendre le
nom , et sont parvenus à la Couronne,
qui étoit dûë autant à leur vertu qu'à
leur naissance ; et c'est pour cela que
quelques Auteurs apellent le Bourbonnois
, le Berceau des Rois qui regnent
aujourd'hui. J'ouAOUST.
1737 1717
J'oublions de dire que le goût des grandes
avantures et des voyages lointains ne
s'est point éteint dans le Bourbonnois
avec le nom des Boïens ; nous voyons
leurs Successeurs s'engager avec ardeur
dans les guerres saintes ; le zele de la Religion
a produit chés eux effet que l'ambition
produisoit chés les anciens Boïens,
et les Archembauts de Bourbon , suivis
de leur Noblesse , ont été de presque
toutes les Croisades .
Le Bourbonnois a été réuni à la Couronne
sous François premier , par la felonie
de Charles Duc de Bourbon , Connétable
; cette Province a été long temps
assignée à nos Reines pour leur douaire ,
M. le Duc de Bourbon jouit aujourd'hui
de cette Province , en vertu d'un
échange que ses Ancêtres ont fait avec
Louis XI V.
La Ville de Moulins est Capitale du
Duché ; Souvignies étoit autrefois Capitale
de la Province ; Moulins a pris sa
place et est la demeure, de l'Intendant
etle Chef- Lieu de la Generalité de Bourbonnois
. On peut dire que cette Ville
est le Siege de la politesse ; ses Habitans
ne peuvent plus se distinguer par des
Colonies et par des avantures guerrieres,
comme firent autrefois les Boïens , leurs
Auteurs,
1718 MERCURE DE FRANCE
Auteurs , la mode en est passée , et ces
Expéditions ne conviendroient point aujourd'hui
, mais ils se distinguent par
leurs bonnes qualités , par les agrémens,
sur tout de leur conversation et par toures
leurs manieres ; cette Province a
d'ailleurs produit quantité d'illustres.
Guerriers et des Sçavans distingués en
tous genres ; j'espere vous en donner un
jour la Liste. En attendant, pensez mieux
des Boïens , rendez justice à ce Peuple
et ne lui enlevez point la gloire qu'il
mérite et que tous les Historiens lui don--
nent. Je suis , Monsieur , &c.
1
A Nevers le 25. May 1737.
VERS DE M. PAVILLON
J
Sur la Vieillesse.
Ene le sçais que trop ; dans le cours du bel âge,
Quand la Nature ardente , échauffant nos désirs,
Nous rend si propres aux plaisirs ,
Il est mal aisé d'être sage.
Cependant malgré tant d'attraits ,
On ne peut trop le dire et le faire connoître ,
En
AOUST. 1737. 1719
En ce temps là même , il faut l'être ,
Ou l'on court grand danger de ne l'être´jamais,
Il n'est pas vrai que la Vieillesse
Ramene chés nous le bon sens.
Ce que l'on y voit de sagesse ,
N'est que l'effet de la foiblesse ,
Qui rend ses désirs impuissans.
En vain elle paroît renoncer aux délices
Qui firent autrefois son crime et son erreur¿.
Rendez à tous ses sens leur premiere vigueur,
Vous verrez aussi - tôt revivre tous ses vices.
C'est à tort qu'un vieux débauché
Sur quelques vains regrets fonde son espe
rance:
Ce remords dont il est touché ,
N'est qu'une fausse pénitence ,
Qui sans expier son offense >
Ne sert qu'a punir son peché.
Dans les pleurs qu'on lui voit répandre
Pour les crimes qu'il a commis ,
1720 MERCURE DE FRANCE
Qui sçait s'il se repent des plaisirs qu'il a pris ,
Ou s'il regrette ceux qu'il ne sçauroit plus
prendre ?
Le Pecheur qui tranquilement
Attend à revenir de son égarement
Qu'il soit au bout de sa carriere ,
Se trompe malheureusement ;
C'est une grace singuliere
Que Dieu ne fait
***:
que rarement.
EXAMEN CRITIQUE des
H storiens qui ont prétendu que les Chan.
sons de Thibaut, Ray de Navarre , Com
te de Champagne et de Brie , Palatin ,
s'a dressoient à la Reine Blanche de Castille
, Mere de Saint Louis.
A
U ton affirmatif dont l'Histoire
parle de l'amour prétendu que
Thibaut I. du nom , Roy de Navarre ,
Comte de Champagne , &c. avoit conçû
pour la Reine Blanche, Mere de S.Louis ,
il
y auroit lieu de croire que cette passion
est un des Faits des plus veritables
des premieres années du Regne de Louis
IX. et qu'elle a été l'Apollon qui inspira
à Thibaut les Chansons amoureuses
que
A OU ST. 1737. 1721
que
l'on connoît sous son nom.
En lisant ces Chansons , j'esperois reconnoître
la Dame pour qui elles ont été
faites , à des traits si marqués , qu'il me
seroit impossible de ne pas dire : La voi
là , c'est- elle. Les voiles dont les Amans
se servent pour cacher l'objet qui les enchante
, ne sont qu'un tissu de gaze, qui
en laisse voir plus qu'il n'en dérobe ; Thibaut
sur-tour , si l'on en croit l'Histoire
( Mezeray Abregé ne s'étant piqué
de galanterie pour la Reine que par une va
nie de Courtisan , me paroissoir incapable
d'avoir gardé constamment les ménagemens
que la prudence et une sage
dissimulation pouroient lui avoir suggerés
d'abord.
Cependant , bien loin de découvrir ce
que je croyois rencontrer , mes recherches
n'ont abouti qu'à me faire voir que
tout ce qui a été dit jusqu'à present de
cet amour , n'est qu'un Roman , qui est
tellement accrédité , qu'il a séduit pres
que tous nos Historiens .
J'i cherché le nom sous lequel norie
Poëte a chanté sa Maîtresse presque
par- tout il ne l'apelle que sa Dume , sa
Douce , sa Belle Dame , titre d'honneur
er de politesse qui ne designe point la
Reine plus particulierement qu'une autre
Dame
}
1722 MERCURE DE FRANCE
Dame. La pluspart des Poëres de ce
temps- là , Gaces Brullez , Blondeau de
Néelle , et les autres ne nommoient point
autrement leur Maîtresse ; differens en
cela des Poëtes Latins , qui avoient leurs
Corinnes , leurs Lesbies , et leurs Lidies .
Thibaut néanmoins , dans une Chanson ,
fait l'amoureux d'une certaine Angle
sans laquelle , dit - il , il ne peut goûter
aucune joye , et dont il préfere un ris
en sa faveur aux plaisirs les plus délicieux
.
9
J'ignore qui étoit cette Aygle , si c'est
un nom feint ou veritable ; mais la Chanson
dans laquelle elle est nommée , qui
est l'une des plus enflammées, ne pouvoit
s'adresser à la Reine Blanche , d'autant
que le Poëte desire que la Belle qui
l'enchante soit éprise pour lui des mêmes
feux , que l'infortunée Thisbé ressentit
pour le tendre Pyrame. Il parle donc à
une Demoiselle captive, contrainte, gênée
sous l'oeil d'une mere sévere ; ce qui net
convient nullement à la Reine Blanche.
Après avoir cherché en vain le nom
de cette Maîtresse , j'ai tâché de réunir ,
comme sur une seule toile , les traits
épars sous lesquels Thibaut l'a presentée.
A la verité il en fait une Beauté des
plus rares de son siécle ; Blonde avec de
vives
A O UST. 1737. 1713
vives couleurs ; Blanche comme neige ,
ayant les cheveux natés en deux boucles,
un front relevé en bosse , des yeux et
un nez admirables , le corps bienfait , la
contenance charmante , Dame , enfin ,
si parfaitement belle , que Dieu ne l'a
mise sur terre que pour ravir ceux qu'elle
favorisera de ses regards .
Ce Portrait pouvoit convenir à la Reine
, dont l'Histoire ( Auteuil. 1. p. 170)
louie la grande beauté , mais après tout ,
il n'y a aucun trait que l'imagination n'ait
pû fournir cent fois aux Poëtes amoureux
, et que tout Amant n'attribuë à sa
Maîtresse , pour peu qu'elle soit d'une
beauté ordinaire ; nul Peintre n'a le pinccau
aussi flateur , le coloris aussi vif et
aussi animé que l'Amour , quand il veut
flater son Idole.
L'attention particuliere qu'a euë Thibaut
à la representer Blonde coulorée , et
de le repeter en plusieurs Chansons , fait
présumer qu'en effet la Beauté pour laquelle
il soupiroit , étoit une Blonde,
Sur ce mot coulorée ,l'un des Manuscrits
( 20 , 7222. ) de la Bibliotheque du Roy,
presente une leçon qui m'a frapé , la
voici La Blonde couronnée peut bien dire
que pour elle Amour s'est hâté. Le mot couronnée
désigne clairement la Reine , et
де
1724 MERCURE DE FRANCE
ne convient qu'à elles il n'y a donc plus
de doute, c'est d'elle dont Thibaut étoit
amoureux . Tel a été mon premier raisonnement
, car je voulois , avec les autres
, que cela fût. En oposant pourtant
cette leçon celles des Manuscrits de
Messieurs de Noailles , Clairambaut et
de Sardiere , qui portent tous le mot
coulorée , en observant que ce même Mar
nuscrit du Roy , dans lequel ce terme se
retrouve plusieurs fois , est conform.c
par tout ailleurs aux autres Manuscrits ,
il a fallu en conclure que couronnée a été
mal écrit en cet endroit ; car comment
concevoir que si notre Poëte eûr voulu
dire que sa Dame étoit couronnée , il ne
l'eût dir qu'une seule fois , et qu'ensuite
n'y ayant plus de secret à observer, il eût
perseveré , en toute autre occasion , à
dire qu'elle étoit coulorée Cela répu
gne d'autant plus , que dans le dessein
de décrire la beauté de sa Dame ,le mot
couronnée n'auroit point été propre à
peindre l'éclat de ses charmes ; il auroit
été absolument déplacé , au lieu que
conlorée , dans l'ancien langage , rendoit
parfaitement une des plus précieuses
parties de la beauté , ces couleurs fines
ces Lys confondus avec les Roses , qu'Ovide
( Metam. lib. 3. ) exprime si délicatement.
>
Spectat
A O UST. 1725 1737.
Spectat et in niveo mixtum candore ruborem.
Present , que la Nature et la Jeunesse
répandent seules sur un beau visage,
et dont la porte n'est qu'imparfaitement
réparée par l'art et par le rouge. Presque
tous les Poëtes du temps de Thibaut ont
employé cette expression au même sens
que lui Guillaume de Loris ( Roman de
14. Rose ) s'en est servi dans la description
do la Beauté naturelle. Le mot couronné
en cet endroit ne peut donc être regardé
que comme une faute de Copiste.
Non seulement ce Portrait n'indique
point que le Poëte ait eu en vûë la Reine,
plûtôt qu'une autre Dame ; mais en
regardant de plus près quelques traits
particuliers , on voit que ce n'est point
d'elle dont il a voulu parler. Il repete en
plusieurs endroits , que sa Dame est jeune.
Une jeune Dame , dit- il , gracieuse
avisée , douce , plaisante , l'a si fort enchanté
, qu'il ne voit et n'entend plus
qu'elle : les Lys , les Roses ne commen
cent qu'à éclore sur son visage , de sorte
qu'il aprehende qu'elle ne manque
d'experience , et que pensant favorable
ment pour lui , elle n'ose le lui déclarer,
Je raporterois , avec plaisir , les propres
expressions de Thibaut ; mais il faudroit
y joindre
1726 MERCURE DE FRANCE
y joindre pour la plupart des Lecteurs,
un Glossaire , afin qu'ils pussent les entendre
; je ne le pourois pas ici.
Thibaut connoissoit donc si fort le
prix de la jeunesse dans l'amour , que
comme il décrit une rencontre qu'il eut
avec une Bergere , il remarque que c'étoit
une aimable enfant, et il ajoûte qu'el
Je ne l'étoit pourtant point tellement ,
qu'elle n'eût quinze ans et demi .
Puisqu'il declare si ouvertement son
goût , puisqu'au milieu des louanges
qu'il donne à sa Dame , il repete avec
un certain aplaudissement , qu'elle est
jeune , sans experience , poura t - on raisonnablement
persister à croire que ces
louanges s'adressoien à la Reine , elle
qui étoit plus ( Auteuil la fait naître vers
Pan 1185. Thibaut nâquit en 1201. ) âgée
que lui de près de quinze ans . Quinze ans
à une Dame de plus qu'à son Amant ,
mettent pour elle ' la jeunesse dans un
lointain , sur lequel elle évite de jetter
ses regards ; le jeune homme , dont elle
est aimée , eesstt eennlleevvéé par d'autres apas ;
il seroit mauvais Courtisan , s'il s'avisoit
de vanter avec affectation dans son
Amante une qualité qui est plus à lui
qu'à elle.

Enfin , si l'on peut en croire les Poëtes
AOUS T
1727 1737.
tes à leur parole , le secret échape en un
endroit à Thibaut , il ne fait plus mistere
que c'est la fille de Perron que son
pere est prêt à marier à un Baron d'un
pays éloigné , qu'il aime et qu'il adore,
Perron ( ou Pierre ) n'est point un nom
inventé, c'étoit le Chambelan du Roy S.
Louis , l'homme du monde , au raport
de Joinville , qui le qualifie de Monseigneur,
auquel le Roy avoit le plus de confiance.
Non que je prétende , par cette
découverte , affirmer que Thibaut ait eu
cette seule Maîtresse , je ne sçais point
construire un semblable Roman ; quelqu'un
( Labare , Antiquités de Corbeil ) a
déja dit que ses Chansons avoient été
faites pour une Dame de Loraine , mais
tout cela est bien incertain ; il me suffit
de démontrer que les traits les plus marqués
de ces Chansons ne peuvent conve
nir en aucune façon à la Reine , d'où il
resultera qu'elle n'a point été l'objet de
ses Poësies , ni celui de ses soupirs .
Je m'en suis convaincu par la maniere
dont il fait la declaration des sentimens
et des troubles dont son ame est agitée.
Dans le General ce sont des lieux communs
à tous les Amans , des expressions
et des sentimens mille fois retournés par
les Poëtes et par les Romanciers anciens
1728 MERCURE DE FRANCE
me ,
et modernes. A peine a- t- il vû sa Dadit-
il , que l'amour s'est emparé de
son ame ; il ne trouve de plaisir sensible
que celui de la voir et de penser à elle ;
il lui est si fort attaché qu'il l'aimera et
la servira toute sa vie : desesperé , accablé
de ses rigueurs , il regrette sa liberté;
d'autres fois un accueil gracieux , un regard
favorable de sa part raniment en
lui l'esperance ; alors rien n'est si doux
que l'amour, au milieu même de ses peines
; tout Amant soumis à son empire ,
ne doit jamais desirer d'en sortir. Il fau
droit transcrire la plus grande partie de
ses Chansons , si je voulois raporter tout
ce qu'il dit sur ce ton . J'observe seule
ment que dans ces transports et dans ces
enthousiasmes , il n'y a rien qui montre
que ce fut la Reine qui les fit naître. Le
langage d'un Amant aux pieds d'une
Reine , ou auprès d'une autre Dame, est
peu de chose près le même ; ce qu'il
dit à l'une , pouroit servir à l'autre ; mais
il y a certaines particularités , quelques
circonstances , des expressions qui font
voir que l'objet dont Thibaut étoit épris
n'étoit point la Reine . Je préfere , dit- il
en un endroit , le plaisir charmant d'être
aimé de vous , et de répeter souvent
votre nom , à celui d'être le Maître du
Royaume de France. Miex
à
AOUST. 1737. 1729
Miex aim de li l'acointance
Le douz non
Que le Roïaume de France,
Quelque emportement que Pon supose
dans sa passion , s'il eûr parlé à la
Régente du Royaume , l'eût-il fait en
ces termes ? On voit par quelqu'une de
ses Chansons , qu'il faisoit peu de cas des
amours de la Cour. Il dit à Philipe , que
je crois être Philipe de Nantueil , que
Joinville met au nombre des bons Chevaliers
du temps de Saint Louis , il lui
dit que depuis qu'il s'est livré à la Cour,
son amour s'est changé en haine , que
les Dames n'y sçavent point aimer . Après
cela peut- on penser qu'il s'agit de la
Reine dans l'amour réel ou imaginaire
que Thibaut chantoit ?
Lorsqu'après les observations que j'ai
faites sur les Chansons manuscrites de
Thibaut , on examinera ce que les Historiens
ont débité de l'amour prétendu
qu'il avoit pour la Reine Blanche , de
quel étonnement sera - t- on frapé ? Les
Chansons , qui sont les interprétes et les
dépositaires de sa passion , doivent , sans
contredit , emporter les suffrages et confondre
nos Historiens , puisqu'elles sont
les premiers et les plus anciens monu-
Cij mens,
1730 MERCURE DE FRANCE
mens , et puisqu'elles contiennent l'His
toire de ses amours , écrite
même.
par
lui-
Suivons de près la découverte de cette
verité , puisqu'aussi bien elle interesse
une Reine recommandable par une pieté
et par
des vertus que nous avons le bonheur
de voir revivre sur le même Trône
, dont elle fut le soutien pendant la
minorité de son Auguste Fils .
Les Historiens les plus judicieux qui
ont parlé des foles amours du Roy
de Navarre , ont pensé que la Reine les
rejettoit , ou dumoins qu'elle n'y faisoit
attention , qu'autant que cet amour pouvoit
être utile à ses vûës et à ses desseins
politiques ; quelques autres plus malins
ou plus téméraires , ont fait croire que
la Reine ne cherchoit point à éteindre
ses feux.
Entre les Historiens contemporains et
les plus anciens , Joinville , l'Auteur de
la Chronique connue sous le nom du
Comte de Montfort , Alberic , l'Auteur
Anonyme des Gestes de Louis VIII.
Nangis , Guillaume Guiart , n'ont rien
dit de cet amour ; leur silence combat et
rend suspect au moins ce que d'autres
en ont avancé .
Mathieu Paris me paroît être l'Inventeur
A O UST. 1737. 1738
teur de cette fable , dumoins je n'ai
trouvé encore aucun Historien qui l'ait
débitée avant lui . Il dit que le Comte de
Champagne , ayant rempli ses quarante
jours de service avec le Roy Louis VIII .
au Siege d'Avignon , demanda à s'en retourner
dans son Comté; le Roy ne voulut
pas le lui permettre ; mais le Comte
passa outre . Il part après avoir donné
du poison au Roy , comme le bruit en
court ( ut fama refert . Manh. Paris . Hist.
Angl. p . 230. ) parce qu'il aimoit la Reine
illicitement, et plus qu'éperduëment .
Il seroit hors de propos de relever toutes
les calomnies accumulées par cet Historien,
je ne m'arrête qu'au prétendu amour:
( Carnaliter illicitè adamavit. )
On sçait que cet Anglois étoit animé
d'un esprit de haine et de partialité contre
la Maison de Philipe Auguste , à cause des
guerres qu'elle fit aux Rois d'Angleterre
et aux Albigeois. Son animosité lui a fait
lancer ces traits si étourdiment , qu'il donne
au Comte le nom d'Henry , au lieu de
Thibaut ; il dit encore que Louis VIII .
s'étoit retiré à l'Abbaye de Montpensier.
Il n'y a jamais eu d'Abbaye de ce nom.
Quels témoins , quelles preuves produitil
d'un fait si grave ? Un oüi-dire vague .
Quand on n'allegue qu'une pareille preu-
C iij ve ,
1732 MERCURE DE FRANCE
ve , n'est ce pas avoüer tacitement qu'on
eft l'inventeur d'une calomnie et d'une
Fable . Si l'on ne veut pas le regarder
comme Auteur de ce bruit , il faut au
moins convenir avec un de nos Annalistes
, ( Belleforest , p. 632. verso . ) qu'il a
saisi bien légerement et avec plaisir les
calomnies , que Pierre de Dreux , dit
Mauclerc , Duc de Bretagne , ennemi declaré
de la Reine , semoit contre elle.
L'Historien anonyme des Gestes de
Louis VIII, lequel étant inconnu , auroit
pûrépandre plus surement de faux bruits ,
parle de la retraite de Thibaut , hors de
l'armée de devant Avignon ; il ne die
point,qu'il l'ait quittée par une impatience
amoureuse , mais seulement pour retourner
dans son Comté.
Il ne me seroit pas difficile de montrer
, si c'étoit ici le lieu , les veritables
raisons de la démarche de Thibaut : l'usage
des Fiefs permettoit cette retraite à
un vassal qui avoit servi quarante jours ,
Thibaut parut fort jaloux de ce privilege
( Preuve du troisiéme Livre de l'Hist.
de Montmorency , p. 86. ) au Siege de la
Rochelle ; il ne s'étoit armé qu'à regret
contre le Comte de Toulouse , ce qu'il
témoigne dans une de ses Chansons , qui
peut être apliquée à 1 guerre des Vau
dois
AOUST. 1737. 1733
dois ; enfin il devint l'arbitre et le conseil
( Catel, Histoire des Comtes de Toulouse,
liv. 2. p. 332. ) de ce même Comte de
Toulouze , quand il fit sa paix avec le
Roy et le Pape ; sa retraite fut donc l'effet
de sa politique , et non point un caprice
et un emportement d'amour , tel que
Mathieu Paris le lui impute.
Les grandes Chroniques de France ont
encore donné plus de cours et plus de foi
parmi nous au conte Romanesque des
amours de Thibaut ; elles racontent que
( To 2. an . 1235. ) s'étant revolté une
deuxième fois , le Roi fit une extrême
diligence , et prévint ses desseins ; la
Reine étoit à l'armée , elle remontra à
Thibaut , combien il avoit eu tort de
leur être contraire , » Le Comte la re
» garda , elle , qui tant étoit belle et sage ,
» que de sa grande beauté il fut tous esbahi
, et lui jura , que son coeur ,
" son
»> cors , et toute sa terre étoient à son
» commandement. Après avoir obtenu
>> son pardon du Roi , il s'en retourna tout
réveur , se rapellant souvent le doux
>> regard de la Reine , et sa belle conte-
» nance &c ..... Quelques sages homes
>> lui conseillerent de s'étudier aux bons
20
sons et aux doux chants des instru
» mens , ce qu'il fit , car il fit les plus
Ciiij » belles
1734 MERCURE DE FRANCE
» belles chansons , les plus mélodieuses ,
» qui jamais furent oües , et les fit écrire
» en sa salle de Provins , et en celle de
Troyes , &c . »
Il n'y a pas un fait , pas une circonstance
dans tout ce récit qui ne sente le
faux , pour peu qu'on l'examine .
Les Chroniques ne sont point l'ouvrage
d'un contemporain , elles ont été compilées
par plusieurs Auteurs , en des tems
différens , et elles ont paru ( Elles furent
imprimées pour la premiere fois en 1476. )
plus de deux cens ans après Thibaut . Ce
que j'observe , afin qu'on ne les regarde
plus comme des monumens du temps , et
qu'on n'y ajoûte pas une foi si aveugle.
Je ne doute presque point , que celui
des Chroniqueurs qui a ajusté l'article du
Comte de Champagne , n'eût lû quelques-
unes de ses Chansons , car j'ai remarqué
, qu'il en a copié presque les
propres termes ; il attribue seulement à
la Reine nommément , ce que Thibaut
dit de sa Dame en général . Son erreur lui
vint aparemment , de ce qu'il avoit lû
dans Mathieu Paris , et de l'interprétation
qu'il donna aux Chansons , dont il
cut communication .
Les faits qu'il raporte sont presque
tous contraires à l'Histoire de ces tempslà.
AOUST. 1737. 1735
là. Je m'arrête aux seules Chansons . Les
Chroniques parlent comme si Thibaut eût
vû la Reine pour la premiere fois dans
ce moment ; lui qui avoit été élevé tout
jeune à la Cour du Roy Philipe Auguste
, qui avoit fait ses premieres armes
avec Louis VIII , et qui avoit toujours
continué de vivre en paix et en amitié avec
ce Roy. Il connoissoit donc la Reine , et
il étoit accoûtumé à la voir , bien avant
le temps de l'entrevuë raportée par les
Chroniques. Dans ce temps la Reine avoit
près de cinquante ans , Thibaut n'en
avoit que trente- cinq , ce ne sont point
là des âges , auxquels la beauté porte
des coups , et fasse des effets aussi soudains
, que les Chroniques le suposent.
On a pû remarquer que Mathieu Paris
fait Thibaut amoureux dès le siege d'Avignon
; les Chroniques ne font naître cet
amqur que plus de sept ou huit ans après
ce siege ; tout cela est bien mal concerté
et difficile à concilier.
L'Auteur des Chroniques ayant dit que
le Comte amoureux avoit fait écrire ses
Chansons dans ses Salles de Provins et
de Troyes , j'ai consulté sur cela les Historiens
de ces Villes ; j'ai écrit aux Curieux
, pour sçavoir la verité de cette
particularité , quelque indifférente qu'elle
Ċ v
soit
1736 MERCURE DE FRANCE
; soit une personne de Provins , très-versée
dans l'étude des Antiquités de cette
Ville , m'a fait l'honneur de me mander
, qu'après avoir examiné les différens
Mémoires manuscrits de Ruffier , Grillon
et Caillot , qui ont recueilli quelques
Antiquités de ce Pays , il a reconnu
qu'il n'y a là- dessus qu'une ancienne Tradition
, qu'il ne voudroit pas garantir. A
Troyes il n'y a pas la moindre notion
ni le premier vestige de ces Chansons
dans la Salle des Comtes , qui subsiste
encore.
J'ai peine à croire , que le Roi de Navarre
n'ait commencé qu'à l'âge de trente
- cinq ans , comme les Chroniques le
suposent , à connoître et à cultiver son
génie poëtique. Il est probable au contraire
, qu'il composa des Chansons beau
coup plûtôt : il y en a quelques - unes qui
sentent la premiere jeunesse sur tout
deux , dans lesquelles il raconte avec une
naïveté digne des siecks du meilleur
goût , les avantures qu'il feint d'avoir
eues avec des Bergeres; ces Chansons annoncent
un jeune homme , qui saisit en
amour toute sorte de fortune.
Malgré les fautes et les inepties , dont
cette tirade des Chroniques fourmille ,
elles sont cependant la source du Roman,
que
AOUST. 1737. 1737
les Historiens plus proches de nous
ont continué à debiter.
que
Fauchet ( Liv. 2. des anciens Poëtes françois.
) dont le suffrage n'est pas d'une
petite considération en fait d'Antiquités
françoises, l'a copié d'une façon , même injurieuse
à la Reine . Il ajoute une conclusion
encore plus puérile et plus fabuleuse
que le reste. Les amours du Comte de
Champagne , dit- il , déplaisant à quelques
Seigneurs de la Cour , un jour
qu'il entroit dans la chambre de la
Reine , Robert frere du Roy lui fit jetter
au visage un fromage mol , dont le
Champenois eut grande honte. Il cite
pour garant de ce beau fait une bonng
Chronique manuscrite , qu'il avoit entre
ses mains. J'imagine que cette bonne
Chronique étoit celle de Philipe ( Hist.
de France manuscrite. ) Mouskes , qui dic
en quelque endroit de son Histoire , que
Robert ordonna à ses valets de jetter des
guenilles , des ordures , des boïaux à
Thibaut , et de couper la queue de son
cheval.
Quelque ancienne que soit l'autorité
de Mouskes , elle n'est ni plus digne de
foi , ni plus recommandable en cet endroit
cet Historien étoit avide de Fason
Histoire en contient plu-
C vj
bles
sicurs ,
1738 MERCURE DE FRANCE
que
sicurs , de l'aveu même de M. Ducange ;
( Histoire de Constantinople , p . 211. ) et
certainement les Halles n'offrent point
de scene plus basse , que celle qu'il fait
jouer aux plus grands Seigneurs de la
Cour , contre un Roy parent de la Maison
Royale de France ; il ne dit point
l'amour ait été le motif des mauvais
traitemens qu'il fait essuyer à Thibaut ;
ce ne fut , dit- il , que parce qu'il avoit
conclu sans le consentement du Roy , le
Mariage de sa Fille avec le Fils du Duc de
Bretagne ; la discussion de ce fait me
meneroit trop loin ; mais ce motifbien
différent de celui dont les autres Chro
niques parlent , fait bien voir , qu'il n'y
avoit qu'incertitude et fausseté dans les
bruits pitoyables que l'on répandoit contre
Thibaut ; de quelles preuves faudroitil
qu'ils fuffent apuyés pour être crus ? le
merveilleux lui- même est suspect de
faux , on doit être plus prêt à le rejetter ,
que facile à l'adopter , s'il n'eft point ate
testé par des témoins irréprochables .
par
Pasquier , si connu par ses recherches ,
a debité de nouveau en deux endroits de
ses oeuvres , tout ce qu'il avoit remarqué
des galanteries de Thibaut ; il en parle
néanmoins avec circonspection pour la
Reine ; il ajuste , il explique les chansons
qu'il
A OUST. 8 1759
1737.
qu'il avoit luës conformément à la prévention
que les Chroniques et Faucher
lui avoient données. Son Livre ( Lettre à
Ronsard , liv. 2. p. 37. Recherches , liv. 7.
ch. 3. p. 690 ) est entre les mains de tout
le monde , je ne copierai point ici ce
qu'il dit.
Il donne un ordre et une suite bien
liés au Manuscrit qu'il avoit vû ; le même
arrangement ne se trouve point dans
ceux que l'on connoît aujourd'hui , ils
renferment un nombre plus considérable
de chansons , j'en ai soixante- six ; celle
qui est la premiere en ordre dans un manuscrit
, est la cinquiéme dans un autre ,
la seconde est la neuvième , la quaran
tiéme est ailleurs la vingt - deuxième , et
ainsi de la plupart des autres ; il est vrai
que Thibaut décrit le plus souvent l'état
et la situation d'un coeur amoureux , mais
il le fait sans suite , et sans qu'une chanson
ait raport à l'autre une chanson amou
reuse en précede une de pieté , il y en a
plusieurs de ce genre ; dans l'une il prêche
la Croisade , celle qui suit ne respire rien
moins qu'un pieux zele.
Après avoir dit , qu'il met tout son
coeur et toute sa pensée en sa Dame , il
chante la bonté de Dieu , lequel sembla
ble au Pelican se tuë de son bec pour
ranimer
1740 MERCURE DE FRANCE
ranimer ses enfans de son propre sang.
Il fait la peinture des vices de son siecle
, puis il revient à ses chants amoureux
; delà il passe à la Ste Vierge , dont
il loue les vertus et les merites ; à cette
Hymne succede le récit des douleurs et
des maux que l'amour cause ; de sorte que
loin d'avoir trouvé dans ses Poësies un
systême suivi , tel que Pasquier l'expose ,
je n'y ai vu que les jeux d'une imagina--
tion poëtique ,qui a saisi et chanté le premier
objet dont elle étoit frapée. Pres
que toutes ses chansons , qui sont assés
régulierement composées de cinq couplets,
finissent par un envoi qu'il adresse
ou à sa Dame ou à Philipe de Nanteuil
son ami , à Thibaut Blazon , à Raoul de
Coucy , à Bernart de la Ferté , auxquels
il vouloit faire part des jeux de son esprit.
Les Notes de Musique accompagnent
la premiere Strophe des Chansons ; elles
sont quarrées , placées sans mesure ni
temps; cette Musique n'étoit qu'un Plain
Chant , tel qu'il est encore en usage dans
nos Eglises.
Pour revenir à Pasquier , la Chanson
entiere qu'il raporte auroit dû le dissua
der , qu'elle avoit été composée pour la
Reine Thibaut la fit au retour de sa
Croisade , dont il est , dit il , tout défait
et
AOUST.
1737. 1741
et tout pâle , car jeune Dame lui a mis
au coeur tant d'amour , qu'il en perd la
vûë et l'oüie. Cette jeune Dame ne pouvoit
point être la Mere de Saint Louis
puis qu'elle avoit alors près de cinquantecinq
ans .
9
Il n'est pas étonnant que ceux qui sont
Avenus après Fauchet et Pasquier , ne se,
soient point méfiés de l'erreur qui s'étoit
établie ; le temps l'avoit presque consacrée
; son antiquité sembloit lui avoir
donné la force de la verité.
Quoique le Texte de Joinville ne fournisse
rien qui puisse faire soupçonner ce
tendre amour , cela n'a point retenu Mé .
nard , qui dit » dans une de ses Observations
( Observation sur Joinville p. 298. )
sur cet Historien , que les » beautés de la
Reine tenoient le Comte de Champagne enlacé
dans ses ress . L'illustre Ducange plus
clairvoyant , a negligé la Fable qui lui
étoit présentée de toutes parts ; son silence
après celui de Joinville , montre en
quelque façon la fausseté de cet amour ;
car en matiere d Histoire , la retenuë
d'un Auteur , qui ne parle point de certains
faits , dont il seroit indubitablement
instruit, s'ils étoient vrais , prouve
contre ceux qui en parlent , qu'ils sont
faux.
Du1742
MERCURE DE FRANCE
Duhaillan , le premier de nos Historiens
qui a mis en un seul corps toute
notre Histoire , ne citant aucun garant
qui lui ait apris ( Hist. de France Liv. x 1. )
Thibaut étoit tant amoureux de Blanche
, qu'elle , lui faisant bonne mine et semblant
de l'aimer , en tiroit cependant ses
commoditez ; je ne m'arrêterai point à le
discuter.
que
Favin ( Hist. de Navarre, liv. 6. p. 300. )
cite deux Vers d'une Chanson , dans laquelle
, dit-il , Thibaut dépeint la beauté
de celle qui le rendoit ésclave de ses perfec
tions , les voici ces deux Vers.
Hé ! Blanche , clere et vermeille
Por vos sont mi grief soupir .
Il ne marque point le Manuscrit ni le
Livre imprimé dans lequel il les a pris.
Le premier de ces deux Vers a été
copié d'une des Chansons de Gaces Brullez
; Favin , en l'adoptant faussement ,
en a encore retranché un et , qui sert à
fiire voir que le mot Blanche , qui s'y
trouve, est une loüange de la beauté et
de la blancheur de sa Dame , et nullement
son nom ; ce Vers est ainsi :
Ha Blanche , et clere et vermoille
De vos sont tuit mi desir , &c. ·
Mais
AOUST . 1737. 1743
Mais puisqu'il n'apartient point à Thibaut
, en faut- il plus pour détruire ce
que Favin a avancé si hardiment ? Les
autres Couplets de Chansons qu'il a raportés
ne prouvent rien et ont été transcrits
mot à mot de Fauchet et de du
Verdier. L'autorité de Favin n'est donc
ici d'aucun poids .
Mezeray (in folio, p. 563. Abregé T. 3.p.
378. ) a copié la fable dans sa grande Histoire
et dans son Abregé. Cependant la
disproportion des âges de Blanche et de
Thibaut l'avoit frapé , malgré cela il
suivi le torrent , c'étoit le parti le plus
commode pour lui. De sorte que bien
qu'il ait vu qu'il y avoit dans cet amour
quelque chose qui se contrarioit , il s'en
est raporté aux Chroniques.
Bayle ( Diction. Art. Thibaut. ) après
Varillas , s'est égayé sur cette Historiet
te ; on pense bien que ce n'est point ici
une de ces Fables que ce Critique cher
choit à dissiper.
Un autre Historien , Filleau de la
Chaise , ( Nouv . Hist. de S. Louis, Liv. I.
Art. 19. Liv. 2. Art. 6. ) plus sérieux que
Bayle, a fait tout ce qu'il a pû pour écarter
les soupçons que les amours de Thibaut
faisoient rejaillir sur la Reine , il
parte avec chagrin des Chansons qui
pouvoient
1744 MERCURE DE FRANCE
pouvoient y donner lieu . » Thibaut, dit-
» il , étoit renommé tout au plus pour
je ne sçais quelles Chansons , lesquel-
»les ne méritoient guére de venir jus-
» qu'à nous . Sans doute il ne les avoit pas
lûës , car quelque sevére qu'il fût , il en
auroit porté un jugement plus favorable;
elles sont naturelles , naïves , Aeuries en
plusieurs endroits , peignant assés heureusement
les differentes situations d'un
coeur amoureux ; mais je ne sçais pourquoi
cet Auteur étoit courroucé contre
Th baur;il le maltraite depuis le commen
cement de son Livre jusqu'à la fin .
Auteuil , dans son Histoire de la Reine
Blanche ; l'Abbé Choisi , ( Liv. 1. p. 12. )
dans celle de S. Louis , n'ont point oublié
le petit Roman . Auteüil ( Prenv.
p. 29. ) s'est apuyé d'une Chronique qui
m'a semblé être l'original de ce que celles
de S. Denis ont raporté de l'amour
et des Chansons de Thibaut ; ce que
j'ai allegué contre celles de S. Denis ,
détruit également celle ci .
Quelque étranger que paroisse ce Fait
à l'Histoire d'Angleterre, néanmoins son
nouvel Historien , ( Rapin Thoiras , Hist.
d'Angl. T. 2. L. 8. p. 320. ) auroit été
fâché de perdre de vûë ou de contredire
en cela son Modele Mathieu Paris ; il
AOUST. 1737. 1745
a parlé des amours de Blanche et de Thi
baut du même ton et dans les mêmes
circonstances que lui ; tant il est vrai
qu'une calomnie , quelque atroce qu'elle
soit , trouve toujours quelqu'un qui
l'adopte avidement et qui la protege ;
tart il vrai encore que les Princes les
plus vertueux sont à plaindre d'être exposés
aux traits dangereux d'un Ecrivain
qui , livré à sa passion , reçoit avec joye
et sans examen les bruits les plus injustes
et les plus faux .
Enfin le Pere Daniel ne s'est point
écarté de la route tracée . » Selon les Mé-
» moires du temps , dit- il , ( Hist. de
» Fran. T. 3. p . 4. ) il n'y a nul lieu do
» douter de l'inclination du Comte de
>> Champagne pour la Reine; mais on n'y
» voit rien qui marque qu'elle y ait cor-
» respondu en aucune maniere,
Si cet Historien n'avoit point eû trop
de confiance aux grandes Chroniques ,
qu'il regardoit comme des Monumens
et des Memoires du temps , non - seulement
il auroit vû qu'il y a lieu de douter
de l'inclination du Comte de Champagne
, mais il l'auroit rejettée comme une
Fable qui s'étoit insinuée dans notre Histoire
sans aucune autorité légitime.
Par cette suite d'Historiens , on voit
que
1746 MERCURE DE FRANCE
que la plupart ont été séduits par les grandes
Chroniques , et les Auteurs de celles ci
par Mathieu Paris , qui ne produit de ce
qu'il allegue qu'un oui dire. Après avoir
détruit ce que l'un et l'autre ont avancé ,
je crois que le Roman ne peut plus subsis
ter . Heureux si cette petite Dissertation
montre à ceux qui écriront dans la suite.
l'Histoire de S. Louis , l'écüeil dans lequel
lesHistoriens sont tombés jusqu'à présent.
Désormais il faudra raisonner tout dif
féremment que l'on n'a fait sur les causes
des grands évenemens qui arriverent
pendant la Régence de la Reine Blanche
, il faudra donner aux services que
Thibaut lui rendit , un motif plus vrai
et plus solide que celui qu'on avoit imaginé
; en un mot il faut renverser toute
la politique des premieres années du
Regne de S. Louis. C'est ainsi qu'une er
reur qui se glisse dans l'Histoire en corrompt
au loin la pureté et la verité.
A Paris ce 1o. Juillet 1737.
ODE
A O UST. 1737. 1747 F
ODE SA CRE' E.
Tirée du Pseaume II . Quare fremuerunt
Gentes , & c.
G Rand Dieu , sur la Terre éperdue
Quels sont ces mouvemens divers ?
Quel spectacle frape ma vûë ?
Quels cris affreux percent les airs ?
J'entends les Peuples qui frémissent ,
Je vois les Princes qui s'unissent,
Et qui forment de vains complots ;
Leve-toi , Seigneur , romps la digue ;
C'est contre ton Christ qu'on se ligue ,
C'est lui qu'on veut combler de maux.
Fuyons , disent ces témeraires ,
Les loix qu'il veut nous imposer ;
Ces loix sont pour nous trop séveres ,
C'est un joug qu'il nous faut briser.
Insensés ! que peut leur audace ?
Celui que leur fureur menace
Se rit de leurs projets pervers ;
Du haut des Cieux il les contemple ,
Et leur chute est déja l'exemple
Qui saisit d'effroi l'Univers.
Partout
1748 MERCURE DE FRANCE
Partout , à sa seule présence ,
Tombent ses ennemis troublés ;
Il parle ; Cieux faites silence ,
Ecoutez , Peuples et tremblez .
C'est à moi , dit ce Roy suprême ,
Qu'apartient seul le Diadême ,
Seul je regne dans Israël ,
J'en ai fait la juste conquête ,
Et l'on voit en moi l'Interprets
Des volontés de l'Eternel.
Il est un jour terrible , immense ,
Sans soir ainsi que sans matin ,
Jour immortel qui ne commence
Et qui n'aura jamais de fin.
Or c'est dans ce jour redoutable ,
Que par ce Dieu Saint , équitable ,
Je fus engendré pour jamais ,
Grand comme lui , de même essence
Je suis son fils , j'ai sa puissance ,
Et j'en partage les effets,
3
Parlez avec un saint courage ,
M'a dit encor le Tout- Puissant ,
Et vous aurez pour héritage
Tous les Peuples du Continent.
Etonnés
A O UST. 1737. 1749
Etonnés de votre sagesse ,
Ils baiseront avec tendresse
La main qui les aura soumis ;
Leur sort par vous sera tranquile ,
Et comme des vases d'argile ,
Vous détruirez leurs Ennemis .
*
Vous donc , que le Dieu du Tonnerre
Etablit pour donner des Loix ,
Aprenez , Princes de la Terre ,
A respecter le Roy des Rois .
Compagne d'une joye heureuse
Qu'une crainte religieuse
Vous suive en tout temps , en tout lieu ;
Vous n'êtes
Et
que ce que nous sommes
pour bien commander aux hommes ,
Il faut bien obéir à Dieu .
*
Qu'il est saint , mais qu'il est terrible ,
Ce Dieu , quand il est en courroux !
Et comment seroit- il possible
Qu'un Mortel sçût braver ses coups ?
Malheur au Pécheur qui l'offense ;
Dans les routes de l'innocence
Il est rare de le revoir ;
Heureux P'homme droit et sincere ,
Qui
1750 MERCURE DE FRANCE
Qui loin d'exciter sa colere ,
Met en lui seul tout son espoir !
P ** Chanoine de l'Eglise de Laon.
LETTRE sur les Orgues , à l'occasion
de ce qui est dit de celles de la Cathédrale
d'Albi , dans le Mercure de France du
mois de Juillet 1737 .
Quelque
que soit l'idée qu'on
Uelque haute
1 voulu donner au Public des Or
gues de l'Eglise Métropolitaine
d'Albi ,
on ne peut se flater dans le Pays que ces
Orgues soient les premieres
où l'Ouvrier
ait poussé l'étenduë
et la capacité de cet
Instrument
à un point qui n'eût jamais été
imaginé. Comme cette matiere est assés
susceptible
de Poësie , M. l'Abbé de Panat
de Peyrebrune
a très bien fait de celebrer
l'Orgue d'Albi par une belle Ode Françoise
. Mais il ne trouvera
pas mauvais
que je lui opose la Poësie Latine d'un Moine
d'Angleterre
, qui fit au dixiéme siecle
la description
et l'éloge des Orgues dont
Ethelvold
, Evêque de Vinton , fut le res- taurateur. Ces Vers contiennent
assés de
singularités
pour pouvoir esperer qu'un i
de
A O UST. 1737. 1751
de nos Poëtes François les accommodera
à notre Langue. Je me serois bien contenté
de renvoyer au cinquiéme Tome
des siecles Benedictins de Dom Mabillon
, page 628. mais tout le monde
n'ayant pas ce Livre , j'ai crû devoir transcrire
ici les quinze Distiques qui suivent .
Wolstan , Moine de Vent , surnommé
le Chantre, parle ainsi à l'Evêque Ethel
vold :
Talia et auxistis hic Organa, qualia nusquam
Cernuntur gemino constabilita solo .
Bisseni supra sociantur in ordine folles ,
Inferiusquejacent quatuor atque decem ;
Flatibus alternis spiracula maxima reddunt
Quos agitant validi septuaginta viri ,
Brachia versantes multo et sudore madentes ,
Certatimque suos quisque monent socios
Viribus ut totis impellant flamina sursum ,
Et rugiat pleno capsa referta sinu.
Sola quadringentas qua sustinet ordine Musas
Quas manus organici temperat ingenii.
Has aperit clausas , iterumque has claudit apertas
Exigit ut varii certa camoena soni.
Confiduntque duo concordi pectore fratres
Et regit Alphabetum rector uterque suum.
Suntque quater denis occulta foramina linguis ,
Inque suo retinent ordine quisque decem.
D Huc
1752 MERCURE
DE FRANCE
Huc alia currunt , illuc aliaque recurrunt
Servantes modulis singula puncta suis.
Etferiunt jubilum septem discrimina vocum
Permixto lyrici carmine semitoni ,
Inque modum tonitrus, voxferrea verberat aures ;
Frater ut hunc solum nil capiat sonitum ,
Concrepat in tantum sonus hinc illincque resultans
Quisque manu patulas claudat ut auriculas.
Haud quaquam sufferre valent propiando rugitum
Quem reddunt varii concrepitando soni.
Musarumque melos auditur ubique per Urbem
Et peragrat totamfama volans patriam.
Que doit- on penser de l'immensité
d'une Orgue qui avoit vingt - six soufflets
pour l'agitation desquels il falloit soixante
hommes , et soixante hommes rorobustes
? Ce que le Poëte apelle quatre
cent Muses , c'est aparemment
quatre
cent Jeux ou quatre cent gros Tuyaux.
Remarquez
que deux Moines étoient
chargés de tirer le Regître de chaque
côté , et que les Lettres de l'Aphabet
servoient à désigner les noms des sons.
Je ne prétends point que les Organistes
de ces temps-là touchassent avec la Science
et la délicatesse dont on use de nos jours,
ni qu'ils eussent à leurs doigts l'agilité ou
la célerité qui se fait sentir et admirer
mainte
A OUST. 1737 1753
I
maintenant ;je conclus seulement de cet,
te Description que l'Orgue de Winton
étoit plus considérable par sa grosseur
et par sa masse que l'Orgue d'Albi. On
en entendoit le bruit , dit le Poëte , par
toute la Ville , c'étoit un bruit de tonnerre,
et il falloit qu'on se bouchât les oreilles
pour soûtenir ce bruit lors qu'on
étoit dans l'Eglise.
Les Anglois ont pû se distinguer en
Orgues, ayant la commodité de la maticre
; mais l'excès en tout me paroît blâmable
. Il en est de cela comme de ceux
qui ayant à discretion la matiere dont
on fait les Cloches , entreprendroient
d'en fondre une qui pesât cent ou deux
cent mille livres ; quel son auroit- elle ,
puisque celui des Bourdons qui ne pesent
pas la moitié, est presque inexprimable ?
La hauteur qu'on a donnée en quelques
Eglises à la Statue de S. Christophe , est
une autre espece d'excès. Il faut en tout
une certaine proportion ; je supose qu'elle
a été observée dans la construction
de l'Orgue d'Albi par raport au vaisseau
de l'Eglise. Car , si c'est parce que
Eglise porte le Titre de sainte Cecile ,
qu'on a voulu se distinguer , on peut
voir dans les Mercures de Janvier 1732 .
et Juin premier volume de la même an-
Dij née,
1754 MERCURE DE FRANCE
née , le peu de raport que cette Sainte
a avec les Instrumens ,
A Paris ce 16. Août 1737.
***************
EPIGRAMME XXXV. de
Catulle, ou Hymne à l'honneur de Diane ::
Dianæ sumus in fide , & c.
J Eunes Filles , jeunes Garçons ,
Nous qui dans nos désirs n'avons rien de profantà
Parmi nos Jeux et nos Chansons ,
Celebrons à l'envi les Vertus de Diane,
Ouvrage charmant de l'Amour ,
Déesse , illustre Sang du Souverain du Monde ;
Toi , que Latone mit au jour
Dans les Bois de Délie en Olives féconde,
Depuis ce temps nos sombres Bois ,
Nos murmurans Ruisseaux , nos Fleuves , nos
Montagnes ,
Reconnoissent toujours tes Loix ,
Et tu fais l'ornemens de nos vertes Campagnes.
Les femmes dans l'accouchement
mplorent ton secours et t'apellent Lucine ,
A O UST. 1737. 1755
Et l'Univers communément
'Adore sous trois noms ta puissance Divine
La nuit tu brilles dans les Cieux ;
Ton cours reglant les mois , mesure les années;
On voit le Laboureur joyeux ,
Quand ton Astre lui rend ses moissons fortunées,
Reçois nos voeux et nos amours ,
Et de quelque façon que partout on te nomme
Sois sainte et conserve toujours
Les successeurs d'Anchus et la Ville de Rome.
***
LETTRE au R. P. du Cerceau par M.
Des- Forges Maillard.
J
E vous souhaite, mon Révérend Pere,
une bonne et heureuse année , accompagnée
de plusieurs autres, avec l'accomplissement
de tous vos souhaits , et le
Paradis à la fin de vos jours. Ah ! diroit
un autre que vous , délicat hors de saison
, l'élegant exorde pour un leve des
Muses ! Ventre Apollon , quel début, suportable
à peine dans les Lettres d'un
Procureur , ou dans les complimens surannés
d'une Grisette de la derniere vo-
Diij lée !
1756 MERCURE DE FRANCE
lée ! Mon Dieu ! mon R. P. comme nous
vivons ! Ce n'est point à faire parler le
coeur avec verité que les Hommes d'aujourd'hui
s'étudient. Mais en revanche
on s'aplique avec travail à faire dire à sa
bouche des termes , qu'un usage trop ordinaire
n'ait point décredités. Quoi ! parce
que notre France est differente de
l'ancienne Athenes , où Aristophane prétend
que le premier venu étoit en état
d'enseigner la Langue du Pays. Quoi ?
parce que le Public parmi nous se sert
de cette Phrase , par cette scule raison ,
je dois la proscrire ? N'est- elle pas toute
énergique par le sens qu'elle renferme ?
et cette maniere de s'exprimer , toute
dépouillée qu'elle est des ornemens les
plus peignés et les mieux ajustés , ne paroît-
elle pas dictée par l'amitié même ?
N'allez pas croire , au bout du compte,
qu'en vous faisant l'Apologie de cette
Kirielle vulgaire , je veüille me dispenser
de vous souhaiter la bonne année en
Vers , suivant ma coûtume. Non , non ;
mon R. P. je le puis , et je le puis encore
avec toute la sincerité de l'amitié la
plus vraye. Sans doute que vous et moi
ne croyons pas que les Bosquets de l'Hélicon
soient toujours les repaires du men
songe.
Qu'à
A O UST. 1737.
1757
Qu'à mes voeux attentif le Ciel puisse à jamais
Faire sur vous de ses bienfaits
Pleuvoir l'abondante
rosée !
Que de tous vos desseins et de tous vos souhaits
La réussite soit aisée ! /
Que de votre tempérament
La vigueur par le mal ne soit point épuisée !
Que cet An coule heureusement
! ..
Que
d'un pareil bonheur cent autres s'entre
suivent !
Et puisque l'Arrêt est certain ,
Qu'il faut tôt ou tard qu'à leur fin
Tous les Humains , Rois et Bergers arrivent ,
Qu'après
avoir rempli votre illustre destin ,
Le Ciel aussitôt vous envoye
D'Anges , cent claires Légions ,
Qui vous conduisent plein de joye
Dans les divines Régions .
Vous voyez , mon R. P. que je vous
repete en Vers ce que je vous avois à peu
près déja dit en prose. Aussi suis - je en
Vers comme en Prose , réellement celui
de tous les Hommes qui vous souhaite
le plus de prosperité
et de satisfaction.
Vale charissime , &c.
Au Croisic le 3. Fanvier 1726.
Diiij
REPONSE
1758 MERCURE DE FRANCE
REPONSE du P. du Cerceau à M
Des- Forges Maillard.
J
E suis très - sensible , Monsieur , à l'hon
neur de votre souvenir , et aux souhaits
que vous voulez bien former en
ma faveur au commencement de cette
Année. N'ayez point de scrupule sur la
simplicité des termes. En fait de pareils
usages les plus simples et les plus communs
, sont , selon moi , les meilleurs ;
et je suis persuadé que le plus brillant
génie ne s'expliqueroit point autrement
que M. Jourdain quand il demande ses
pantoufles à sa Ser vante , et qu'il diroit
comme lui : Nicole , apartez mai mes pan
toufles .
Le petit compliment en Vers que vous
avez joint à la Prose ne la dépare pas, et
la versification m'en a paru naturelle et
aisée Je m'imagine que, quand vous l'avez
fait , vous sortiez de quelque Ser
mon dont vous étiez encore plein , car
vous finissez la tirade par me conduire à
la gloire éternelle . Je ne vous en dédis
pas mais je vous dirai seulement com
me dans mes De profundis. *
* Piece de Vers du P. du Cercean , qui se trouve
dans le Recueil de ses Poësies. Ne
A OUST . 1737.
1759
Ne hâtons point, s'il vous plaît , la besogne.
Vous ne trouverez pas que jaye trop
hâté celle de cette réponse. Mais les com
mencemens d'Année en ce Pays- ci sont
dérangés par tant de devoirs , qu'on n'est
pas maître de faire ce qu'on veut. Mes
complimens , pour être tardifs, n'en sont
pas moins sinceres , lorsque je vous souhaite
en general tout ce qui peut vous
convenir le mieux , et que je vous assu
re de l'estime , & c.
A Paris , ce z. Février 1726:
P
ODE
Tirée du Pseaume CXXVIIL
De profundis , & c.
Ressé du mal qui m'accable ,
Et qui trouble mes esprits ,
Vers ton Trône favorable ,
Grand Dieu , j'éleve mes cris
Rends ton oreille attentive ,
Ecoute la voix plaintive
De mes soupirs gémissants :
Ma yoix du fond de l'abîme ,
¡DY
A
1760 MERCURE DE FRANCE
On m'a fait tomber mon crime ,
Pousse de tristes accents
*
Dans le jour de ta colère ;
Jour des Mortels redouté ,
Si comme un Juge sévere ,
Tu punis l'iniquité ,
>
Si sur ta seule vengeance
Tu mesures notre offense
A qui puis-je recourir ?
Sans le secours ineffable
De ta bonté favorable ,
Je dois m'attendre à périr .
*
Mais près de toi , la justice
Se change en compassion ,
vois ta pitié propice
Plaindre mon affliction.
JC
Déja ta tendre clemence
Réveille en moi l'esperance
De voir la fin de mes maux ;
Bientôt , suivant ta promesse
En bannissant la tristesse
Tu me rendras mon repos
*
Tel , avec impatience,
Celui qui garde une Tour,
>
Dans
A O UST.
1761 1737
Dans le plus profond silence ,
Du jour attend le retour :
'Ainsi mon ame fervente
A mis en Dieu son attente
Avec la plus vive ardeur ;
Ainsi , bannissant ses craintes ,
Ses murmures et ses plaintes ,
Jacob espere au Seigneur.
*
Celui qui , pendant sa vie ,
Du Ciel a tout attendu ,
Ne craint point qu'avec l'impie
Il soit jamais confondu .
Toujours guidé par la grace ;
Il marchera sur sa trace
Sous les yeux de l'Eternel ,
Dont les mains liberatrices ,
En le purgeant de ses vices ,
Racheteront Israël
F. A. C. Picq. d Hesdina
D vj EXTRAIT
1762 MERCURE DE FRANCE
t
EXTRAIT d'une Lettre de M. Maillart
, Avocat au Parlement , à M. le
Tors, Lieutenant Criminel à Avallon .
' Ai lû , Monsieur , avec satisfaction ,
dans le Mercure de France 1737. Juin,
page 1051. votre Lettre sçavante et cu
rieuse sur le l'ellaudunum des Senonoís
et sur le Genabum des Chartrains.
pa- J'ai remarqué , Monsieur , qu'à la
ge 1051. vous placez Vellaudunum “ au
même lieu où est à present votre Ville
d'Avallon ; et Genabum à l'endroit où est
Gien sur Loire.
Je vous observe icf , Monsieur , qu'a
près une exacte aplication de César , de
Bello Gallico , libro 7 capite 2. au terrain
qui est entre Agendicum , Provins , et
Boios , les Bourbonnois , et aux anciens
Itineraires ; je n'ai point trouvé de lieu
plus propre pour placer le Vellandunum
que Beaune en Gâtinois . C'est , Mong
sieur , ce que vous trouverez dans le
Mercure de France 1736. Juillet page
1520.
و ر
Si quelque situation le contestoit à
Beaune , ce seroit celle de Castrum Nantonis
AOUST. 1737 1765
tonis , Château- Landon , car elle est sur
la ligne qui conduit d'Agendicum à Genabum
, Gien : aussi Vigenere a t-il placé
Vellaudunum à Château Landon , position
élevée , et dont le pied est lavé par un
Ruisseau , qui sépare une plaine d'un
terrain aquatique ; ce qui convient à la
position que le sçavant Etymologiste
Scriekius donne au Vellaudunum : Veldan-
dun Campus ad alium collem.
8
Pour ce qui est, Monsieur, du Genas
bum , vous le placez à Gien sur Loire ,
dont l'origine Celtique est , selon Scric
kius Geen abf, la Descente ; ce qui convient
à Gien le Vieil , ou au nouveau ;
puisqu'il y a auprès et au nord, des collines
le long de la Loire.
, je
Outre cette observation locale
trouve Gien sur la ligne qui conduit
d'Agendicum , Provins , ad Bozos , Bourbonnois
en remontant la Loire jusqu'aux
environs de Nevers à l'occident.
Ainsi je ne puis placer Genabum à Or
leans , dont la position n'est pas sur l
même ligne que Gien.
ODE
1764 MERCURE DE FRANCE
jkjkjk kakakakakakakakakaki
ODE ANACREONTIQUE
Dialogue entre l'Amour et Tircis.
Pou
Tircis.
Our t'avoir chanté sur ma Lyre ;
Puissant Dieu de Paphos, m'avois- tu pas promis
D'être au rang de tes favoris ?
Amour , tu m'as trompé ; j'abjure ton Empire!
L'Amour.
D'où naît aujourd'hui ce délire ?
Quel chagrin contre moi , Tircis, peut t'animers
Tu m'as dit : je voudrois aimer.
N'aimes- tu pas , Berger ? qu'as-tu donc à me
dire ?
Tircis.
Oui , j'aime , mais un long martire
M'arrache des soupirs et la nuit et le jour
J'aime sans espoir de retour ;
Amour, tu m'as trompé : j'abjure ton Empire.
L'Amour.
Four toi j'avois formé Célire.
Ses apas sont brillans . Ils ont dû te charmer.
Pourquos
AOUST 1737 1768
Pourquoi refuser de l'aimer
Mérite-t- elle pas que pour elle on soupire ?
Tircis.
Sa beauté me fate et m'attire.
Que ne puis- je y trouver quelque trace d'esprit
Elle en avoit , m'avois -tu dit ?
Amour,tu m'as trompé : j'abjure ton Empire
L'Amour.
Tu penses trop mal de Themire s
L'éclat de ses attraits fait son moindre orne
ment ,
Esprit , goût , justesse , enjoûment ,
Pour t'engager, Tircis, chés elle tout conspire
Tircis.
Elle a des apas que j'admire ;
J'y cherchois sur ta foy , ces tendres sentimens
Qui rendent heureux les Amans.
Amour, tu m'as trompé . j'abjure ton Empire
L'Amour.
Ah ! je vois ou ton coeur aspire.
C'est Iris , c'est Iris que tu voudrois charmerz
Si pour toi je viens l'enflammer ,
Vas-tu me dire encore , j'abjure ton Empire?
Tircis
766 MERCURE DE FRANCE
Tircis.
fris ! à ce nom je soupire s
En faveur de Tircis daigne attendrir son coeur.
Je voue un Hymne à ton honneur.
Pour n'adorer qu'Iris je reprens ton Empire.
De la Ferté Bernard au Maine.
LETTRE de M. l'Abbé Machy à
l'Auteur des Observations sur les Ecrits
modernes , au sujet d'un article touchant
l'Ame des bêtes.
I
Lest bien glorieux pour moi qu'un
homme tel que vous , Monsieur , ait
daigné jetter les yeux sur un Ouvrage
que j'ai eu la hardiesse de présenter au
Public. Vous l'avez traité cet Ouvrage ,
( et je le ressens vivement ) avec une espece
d'indulgence . C'eft une grace dont
je connois tout le prix , et dont je ne
perdrai jamais le souvenir.
J'espere que vous souffrirez avec la
même indulgence que je vous fasse part
de quelques refléxions que votre Lettre
m'a donné lieu de faire.
Vous dites , Monsieur , qu'il n'est pas
difficile
A O UST. 1737 1767
difficile de soûtenir un autre sentiment
que celui des bêtes automates ; que ce
sentiment est admis aujourd'hui par le
plus grand nombre des bons Philosophes ;
qu'il est également conforme à la raison ,
à une espece de révelation naturelle , et
même à la Religion .
Je vous avouë ingénûment , M. que
je suis assés malheureux pour n'avoir eu
en partage qu'un esprit grossier , incapable
de sentir la force des motifs de cette
révélation. Je suis à ce sujet incrédule de
bonne foi. Cela n'a rien qui doive vous
surprendre : mais ce qu'il y a d'étonnant,
c'est que tant de grands Hommes qui
ont paru dans tous les siecles , n'ayent
point entendu assés distinctement cette
voix de la nature , pour embrasser une
opinion qu'il n'est pas ,
selon vous , difficile
de soutenir.
Je suis cependant persuadé que ce
n'est pas d'aujourd'hui que cette voix
s'est fait entendre , et qu'il y a eu bien,
des hommes qui se sont laissé persuader
par cette espece de révelation : mais dans
quel abîme d'erreurs ne les a- t'elle pas
jettés ? Il y a beaucoup d'apparence que
c'est à cette espece de revelation qu'ont
dû leur naissance une foule nombreuse
de Divinités du Paganisme , comme les
Satyres
1768 MERCURE DE FRANCE
Satyres , les Faunes , les Driades , &c. Les
hommes , voyant dans la nature quantité
de choses dont ils ne connoissoient point
la cause , qui leur paroissoient même surpasser
les forces de la matiere , parce
qu'ils ne connoissoient point sa nature
ni toutes ses qualités , ont cru qu'il falloit
attribuer ces effets à des causes qui
ne fussent point matiere , quoi qu'ils
connussent encore moins la nature de ces
causes. Ils ont compris que l'Ame de
l'homme étoit distinguée de son Corps ;
ils ont cru que c'étoit elle qui produisoit
en lui tous les mouvemens que nous y
voyons ; ils n'ont pas fait difficulté d'attribuer
à des Etres d'une nature semblable
tous les effets qu'ils ne pouvoient pas
expliquer par les qualités de la matiere ;
ils ont créé des Génies à l'infini , c'est àdire
, autant qu'il y avoit de choses dont
ils ignoroient la cause ; ils ont divisé en
plusieurs ordres ces fruits de leur imagination
; ils leur ont distribué à chacun
leurs fonctions ; ils ont donné aux uns
le soin de mouvoir les Astres ; ils ont
fait présider les autres aux rivieres , aux
plantes , au feu , & c .
D'autres, dont l'imagination n'étoit pas
si féconde , aimerent mieux attribuer à
des qualités occultes ce qu'ils ne connoissoient
AOUST . 1737 1769
soient point , que d'imaginer des Etres
dont ils ne pouvoient connoître la nature.
Ceux- ci me paroissent plus sincerès
, leurs qualités occultes sont une espece
d'aveu de leur ignorance.
Mais ne seroit- il pas bien fâcheux ;
M. que cette espece de révelation naturelle
vint à nous jetter dans des erreurs
pareilles à celles du Paganisme ? cela est
à craindre plus que vous ne le pensez
car combien de gens prévenus par cette
révelation naturelle , sont persuadés que
c'est un esprit qui fait circuler le sang
dans les veines , battre le pouls ? &c.
Pourquoi ne pouroient - ils pas croire
aussi que c'est un esprit qui fait circuler
la séve dans les Plantes , et qui donne au
feu son mouvement ? Vous voyez quel
malheur peut causer cette espece
de révelation
.
Vous êtes trop- juste , M. pour m'accuser
de douter en aucune façon de l'exis
tence des Esprits , quoique je dise qu'on
n'en connoît point l'Essence . A Dieu ne
plaise que je puisse être soupçonné d'une
pareille impieté ce seroit la plus insi
gne extravagance de l'esprit humain le
témoignage de notre conscience ne nous
permet point d'en douter ; je sçais que
je pense , et que je refléchis sur ma pen-
:
sée
1770 MERCURE DE FRANCE
sée ; je suis persuadé que cette pensée et
cette réflexion ne sçauroient avoir d'autre
cause qu'une substance spirituelle ;
car cette pensée , cette réflexion sont des
acres indivisibles qui ne sçauroient avoir
pour sujet et pour principe une substance
étendue et divisible. D'ailleurs la révelation
divine ne nous permet point de
douter de cette verité ; Dieu a crée l'ame
séparément du corps , il l'a créée à son
image et à sa ressemblance , en ce qu'elle
est comme lui spirituelle et intelligente.
Vous dites , M. que le systême des Bêtes
Automates heurte le sens de tous les
Hommes. Mais ne se pouroit il point
faire que ce que vous apellez le sens de
tous les Hommes ne seroit en effer qu'une
pure prévention ? Un Philosophe qui auroit
sérieusement réflechi sur cette matie
re , ne pouroit il pas dire , sans heurter la
raison , que la matiere- étant infiniment
composée , elle est capable d'une infinité
de modifications , d'où peuvent résulter
une infinité d'effets differens; et que nous
n'avons aucune révelation positive qui
nous assure que les actions des Bêtes ne
sçauroient être les effets d'un pur méchanisme
? Au contraire , nous avons une
espece de révelation naturelle qui nous
prouve que ces actions se peuvent faire
sans
A O UST. 1737. 1771
šans le secours d'une ame , puisqu'il se
produit en nous quantité de mouvemens
semblables , et que nous sommes persua
dés qu'ils ne sont point des productions
de notre ame. D'ailleurs , si vous admettez
un esprit dans les Bêtes , vous ne
sçauriez vous empêcher d'avouer que cet
esprit agit quelquefois d'une maniere plus
parfaite que celui des Hommes ; vous ne
sçauriez disconvenir, par exemple , qu'une
Abeille n'agisse avec bien plus de rai
son qu'un Enfant hébété ou un insensé ,
et que par consequent l'esprit qui l'anime
est plus parfait ; ce qui beurte la Religion
et le sens de tous les Hommes.
D'ailleurs , comprenez vous aisément
comment cet esprit , qu'il est si facile d'ac
corder aux Bêtes , peut produire les effets
que vous lui attribuez ? Ce ne sont
point de semblables actions que je vois
dans l'Homme, qui me prouvent qu'il y
a en lui un esprit qui l'anime : ce n'est
point , par exemple , l'action d'un Enfant
qui tette étant sorti du sein de sa
qui me persuade qu'il a une ame
capable de connoître , quoique cette action
me paroisse une des plus difficiles à
comprendre ; je suis persuadé au contraire
que son ame n'a pas plus de connoissance
de cette action qu'elle n'en
,
-
avoit
1772 MERCURE DE FRANCE
avoit lorsqu'il recevoit la nourriture dans
le sein de sa mere , et que la nourriture
qu'il recevoit alors ne dependoit pas plus
de son ame , qu'il dépendoit de celle de sa
mere de la lui procurer : ce qui assurément
ne dépend pas plus de son ame,qu'il
dépend d'elle
que les dents lui viennent
ou qu'elles lui tombent , qu'il dépend
de l'ame d'un arbre de croître ou de ne
pas croître.
A l'égard de ces actions et autres semblables
, il faut adorer la providence du
Créateur , qui étend ses soins , comme
dit S. Augustin , jusques dans les causes
les plus secretes de la subsistance de
ses Créatures ; qui fait faire par les dispositions
des parties du corps ce qu'il
n'a pas voulu qui se fît par les dispositions
et les qualités d'une ame .
Au reste , M. je ne ressens pas moins
les effets de votre bonté pour moi en cet
endroit ; après avoir dit que le systême
des Automates heurte le sens de tous les
Hommes , vous avez bien voulu prévenir
le Public , que vous aviez trop bonne
opinion de moi pour croire que je voulusse
soûtenir sérieusement un sentiment
qui , comme vous dites dans la suite
est la plus insigne extravagance de l'esprit
humain.
Vous
A O UST. 1737 1773
Vous dites , M. que vous craindriez
d'ennuyer votre Ami , si vous lui répetiez
ces ingenieuses subtilités , si connuës
de tous ceux qui sont un peu initiés dans
le
Carthesianisme. Vous avez raison , M.
suis de votre avis : non cependant, en
ce que ces difficultés soient si connuës
puisque quelques Personnes , très- versées
dans ces sortes de subtilités , m'ont as
suré en avoir trouvé dans cet Ouvrage
qui n'étoient point connuës si generalement
; mais en ce que ces sortes de sub
tilités pouroient fort bien ennuyer une
Personne qui , comme vous , M. est sans
doute versée dans les Sciences les plus
solides et les plus goûtées dans le siécleoù
nous sommes .
Après m'avoir aprouvé en ce que je
supose que Dieu a établi une Loy , par
laquelle l'ame doit aimer son corps ,
qu'elle ne recherche que ce qui est avantageux
à ce corps , et évite ce qui lui est
contraire , & c. Vous faites une objection
qui , étant lûë seulement dans votre Lettre
, est très - capable de fraper le Lecteur
.... » Ne sensuit- il point de ce
»
raisonnement , dites- vous , que l'ame,
> en calmant ainsi les
mouvemens de son
» corps , obéït à la Loy du Créateur
& c. Mais si on veut se donner la
peine
1774 MERCURE
DE FRANCE
peine de lire avec réflexion cette hypothese
dans le Livre dont il est question ,
on verra que la force de votre difficulté
s'évanouit dans l'instant. Il faut faire
attention , M. que ces mouvemens
du
corps , qui nous portent à des excès , sont
ces passions violentes dont je parle , et
que je dis être de funestes fruits du peché
du premier Homme.
Nous réprimons ces mouvemens vio
lens avec le secours de la grace , qui répare
en nous le desordre qu'a produit le
peché . Je regarde ces mouvemens comme
des ennemis que nous devons combattre
avec le secours du Ciel . Je dis
que c'est en domptant ces furieux ennemis
que nous méritons une Couronne
éternelle d'autant plus glorieuse , qu'ils
nous auront livré de plus violents assauts.
que
Vous dites , ensuite , M. que j'expli
la transmission du peché originel ;
permettez- moi de vous faire part ici de
la vive douleur que je ressens de ne
m'être pas expliqué d'une maniere assés
intelligible , puisqu'un esprit aussi pénétrant
que le vôtre n'a pas saisi la pensée
que je voulois exprimer. Mon intention
n'étoit pas de parler du peché originel :
je connois trop la foiblesse de mon esprit
,
A O UST . 1737. 1775
prit , pour ne point regarder cette matiere
comme une chose au dessus de mes
'forces : j'ai seulement prétendu parler de
la peine physique du peché : souffrez
que je raporte ici les paroles dont je me
Il me sers. semble que c'est dans ce
sistême que l'on peut expliquer le plus
naturellement comment il se peut faire
que nous subissions tous la peine du peché
du premier Homme? » Adam , avant
sa désobéïssance ,
étoit exempt
de pas-
» sions violentes et du peché , des mala
dies et de la mort , & c.
N'ayant pas saisi ma pensée , il n'est
pas étonnant , Monsieur , que vous fassiez
une refléxion qui me paroît n'avoir
aucun lieu ; vous dites » qu'en expliquant
ainsi le peché Originel , je me borne
au physique sans toucher au moral qui
» est autre chose , comme j'en dois con-
» venir ; je conviens qu'il y a beaucoup
de difference entre le physique et le moral
; j'ai crû cependant qu'à l'occasion de
l'explication physique que j'ai faite de la
peine du peché , je pouvois faire quelques
refléxions morales , en disant
que
c'est la grace de J. C. qui a réparé en
nous le désordre causé par le peché , et
que c'est par son moyen que nous domptons
la fureur des ennemis qu'il a produits
en nous.
E Il
L
1776 MERCURE
DE FRANCE
Il vous semble , M. que j'entre dans
un détail superflu pour prouver une
chose que personne ne s'avisera jamais
de me contester. . . . . Quelle est donc
cette chose ? Je me fais à moi même cette
question : " Si toutes les Ames sont
» égales , d'où vient donc cette differen-
* ce qui se trouve entre les Hommes ?
" que les uns sont stupides , et les autres
spirituels les uns sont extravagans ,
» les autres sages et judicieux ? les uns
» susceptibles de joye , les autres de tris-
» tesse ? les uns courageux , les autres
» lâches et timides ? & c. .... J'entreprens
d'expliquer ces differentes choses
par le détail qui vous semble superflu.
Personne ne s'avisera jamais , dites- vous ,
de me contester que la difference qu'il y
a entre un Homme sçavant et un igno
rant vient seulement du corps et nullement
de l'ame ; vous suposez que c'est là
la seule chose que je veux prouver par ce
détail prétendu superflu : il seroit facile
de voir par la consequence que j'en tire ,
que ce n'est pas là mon unique objet ,
puisque après avoir fait voir que tous
les mouvemens qui causent les rêves , la
folie , la fureur , &c. sont purement méchaniques
, et seroient également produits
dans le corps de l'Homnie , sans
qu'il
A O UST. 1737. 1777
qu'il y eût une ame , suposé que la machine
fût dans les mêmes dispositions ,
je demande si on ne peut pas dire que
ces mêmes mouvemens se produisent dans
les Bêtes sans le secours d'une ame ?
,
Mais , Monsieur , si vous ne vous avisez
point de me contester que toutes les dispositions
naturelles de l'ame dépendent
de celles du corps , comment pouvez - vous
dire , en répondant à l'objection que vous
Vous êtes fait à vous-même , que l'ame
pouvant par un autre moyen , c'est - à dire
en usant de sa raison , calmer ses passions ,
c'est alors à la loi de notre raison que Dien
veut que nous obéissions ; loi dont il est aussi
l'auteur , & c. La raison n'est-elle pas une
faculté, une dispofition naturelle de l'ame?
Comment l'ame poura- t'elle par une faculté
qui dépend des dispositions naturelles
du corps , calmer les mouvemens
déréglés de ce corps ?
Je n'ai garde cependant , Monsieur ,
d'abuser de votre liberalité , je suis persuadé
que nous pouvons et devons même
par le moïen de notre Raison , éclairée
par la Grace , réprimer les mouvemens
déréglés de notre corps.
D'ailleurs , quand je n'aurois en vuë que
de prouver que la différence qu'il y a en ¦
tre un homme sçavant et un ignorant ,
E ij vient
1778 MERCURE DE FRANCE
vient uniquement du corps , et nullement
de l'ame; êtes- vous bien persuadé que personne
ne s'avisera jamais de me le condites-
tester ? je soupçonne néanmoins ,
vous , que cette explication poura sembler
extraordinaire . Oui , je le soupçonne,
M. et c'est avec raison . Que penseriezvous
, si je vous disois qu'un sçavant du
premier ordre m'a accusé en quelque façon
de témérité , de ce que je l'assurois comme
une chose constante ? il m'a même
proposé à ce sujet des difficultés qui n'ont
pas laissé de m'ébranler. D'ailleurs le Public
n'est pas naturellement porté à admettre
cette proposition : il à même une
espece de revelation naturelle qui semble
le persuader du contraire.
Mais qui peut ignorer , dites - vous , quë
la différence qu'il y a entre un homme sçavant
et un ignorant , vient uniquement
du corps , et qu'il s'imprimie des traces
dans le cerveau à l'occasion des choses
qu'on aprend. Si l'on pouvoit disputer
sur ce point , ce seroit à l'occasion de cette
façon de parler dont j'exprime une verité
si connue. Vous m'auriez fait un senfible
plaisir de dire en quoi cette expression
vous paroît défectueuse . Il est assés facile
de voir que c'est ce mot à l'occasion , qui
beurte votre délicatesse ; cependant il me
sen.ble
A OUST : 1737 1779
semble que suivant mes principes je ne
pouvois guére me servir d'une façon de
parler plus propre à exprimer ma pensée.
Car enfin , M. les objets extérieurs ne produisent
point formellement ces traces
dans le cerveau . Je dis que Il s'imprime des
traces dans le cerveau à l'occasion des choses
que l'on aprend , ces traces se font par
le moyen des esprits animaux , & c . Il
est facile de voir que les esprits animaux
sont mis en mouvement par les objets
; mais ils ne produisent telles ou telles
traces que selon les différentes dispositions
du sujet dans lequel ils sont répandus . Les
qualités de ces traces dépendent donc des
dispositions du corps , et les objets n'en
sont que l'occasion. Cela est fi vrai , que
quoique ces objets soient présens , il arrive
cependant quelquefois que ces traces
ne s'impriment point , et que souvent elles
s'impriment sans le secours de ces mêmes
objets. Enfin , M. il n'est pas moins naturel
de dire qu'à l'occasion de certains objets
il s'imprime de certaines traces dans
le cerveau , que de dire qu'à l'occasion de
certains discours notre bile pouroit s'enflamer
, et produire en nous de certains
mouvemens de colere.
Vous dites ensuite M. que je donne de
fort bons conseils ; c'est , sans doute, parce
E iij que
1780 MERCURE DE FRANCE
و
que j'ai dit qu'après une longue aplication
à l'étude , il faut manger ou dormir
afin de refa re des esprits , d'autant que
par cette aplication il s'est dissipé une
quantité de ces esprits. Mais dans l'instant.
vous paroissez vous repentir de m'avoir
donné cet aplaudissement , parce que
vous prétendiz que cette dissipation n'a
aucune réalité aux yeux d'un bon Philosophe
, qui aimeroit mieux attribuer au
grand mouvement des Esprits , et à l'ébranlement
trop violent des Fibres l'état
où se trouve alors celui qui a étudié trop
long- temps. C'est là , sans doute , votre
sentiment , M. je l'adopterai de tout
mon coeur , si vous le voulez ; mais ce
grand mouvement des esprits , cet ébranlement
trop violent des fibres se peuventils
faire sans dissipation ? ces esprits se
roient ils exempts de la loi commune à
tous les êtres matériels qui ne sçauroient
produire aucune action sans altération ?
Il ne vous seroit pas difficile , M. de me
passer un peu de dissipation de ces esprits
pour me récompenser de la docilité avec
laquelle j'embrasse votre opinion . Je vous
crois trop galant homme pour ne pas être
persuadé que vous m'accorderez de bonne
grace une chose de si peu de conséquence.
On
AOUST. 1737 1781
me On pouroit encore , dites vous
chicaner sur la maniere dont j'explique
les rêves. Je vous proteste , M. que je me
sens une véritable aversion pour la chicane
; et que pour éviter toute dispute à
ce sujet , je me rangerai sans peine du côté
de celui qui ne sera pas de cet avis , et cela
d'autant plus volontiers que je ne risque
pas beaucoup en cette occasion. Il suffic
qu'on m'accorde le méchanisme du sommeil
et des rêves , ce qu'assurément aucun
homme ne me contestera jamais pour peu
qu'il soit initié dans la connoissance du
corps humain. Il m'importe fort peu
de
quelle maniere ce méchanisme s'opére
pourvû qu'il s'opére ; la conséquence que
je tire ne sera pas moins vraye : c'est- à-dire
que dans l'homme , pendant le sommeil , il
se produit quantité de mouvemens sans que
son ame y ait aucune part , et que nous
pouvons en dire autant des animaux , quoi
qu'ils n'ayent point d'ame. Cependant
vous m'auriez obligé de me dire ce qui
vous fait craindre que l'on ne me chicane
sur ce sujet ; j'aurois tâché de répondre
toutefois sans chicaner , aux objections
que vous auricz daigné proposer.
Je tâche à la fin de mon Livre , dites
vous encore de si les bêtes
› prouver , que
ont une ame , et sont capables de connois-
E iiij
sance ;
1782 MERCURE DE FRANCE
sance ; il s'ensuit qu'elles l'emportent sur
nous pour les Sciences , et qu'elles possedent
par infusion les plus difficiles , telles
que la Gcométrie , la Physique et la
Medecine, & c. On sentira aisément, continuez
- vous , que je n'ai tâché qu'à égayer
mon sujet , et à amuser mes Lecteurs.
Souffrez que je vous dise , M. que ce n'est
pas là mon unique objet : ces difficultés
me paroissent réellement assés sérieuses et
capables de faire sentir , qu'il n'est pas si
facile que vous le prétendez , d'admettre
un esprit dans les bêtes , et que ce sentiment
n'est pas si conforme à la raison, que
vous vous l'imaginez . Elles me paroissent
capables de contrebalancer les motifs de
la révélation naturelle dont vous parlez. En
effet , si les bêtes ont une ame spirituelle ,
quelle raison avez vous d'assurer qu'elles
ne l'ont point aussi parfaite que nous ?
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a imaginé
ce Paradoxe . Pitagore ne croïoit pas
trop faire , que de donner aux bêtes des
ames humaines. Selon lui le corps de l'homme
n'étoit pas le poste le plus avantageux
pour l'ame , et la sienne ne s'estimoit pas
moins dans le corps d'un coq , d'une grenouille
même , que dans celui d'un Philosophe.
C'est par leurs actions que vous jugez que
les
A OUST. 1737 1783
les bêtes ont un esprit qui les anime : ces
mêmes actions vous prouvent qu'elles ont
des connoissances plus parfaites que nous.
Quelle prudence dans un oiseau , pour
placer son n d dans un endroit où ses petits
puissent être à couvert des injures du
temps , des ruses des oiseaux de proye , et
des recherches des hommes mêmes ! Quel
discernement pour fournir à ces petits
une nourriture conforme à la foiblesse de
leur estomac ! Mais il est inutile d'entrer
à ce sujet dans un détail superflu,
Vous finissez en disant , qu'après avoir
établi des principes généraux , admis de
tout le monde , je n'en tire qu'un fort
petit nombre de conséquences. Si vous
aviez daigné , M . parcourir le Livre entier,
yous auricz pû remarquer , que je n'établis
aucun principe sans en tirer des conséquences.
Après avoir parlé de l'incertitude de
la plupart des connoissances humaines , je
conclus que ce qui fait que l'on donne des
ames aux bêtes , c'est que l'on n'a jamais
bien connu la nature , ni toutes les qualités
de la matiere , non plus que celles de
l'esprit.Après avoir exposé les principes des
connoissances humaines , je dis que ceux
qui admettent des ames dans les bêtes , ne
raisonnent point selon ces principes. Les
réfutations des différens sentimens des Phi-
E v
losophes
1784 MERCURE DE FRANCE
losophes sont autant de conséquences qui
prouvent qu'il est impossible que les bêtes
ayent des ames ; après avoir expliqué les
sensations , je conclus que des bêtes n'en
sçauroient être capables. Il en est de même
des autres articles , ce que vous auriez,
sans doute , reconnu facilement , si la raison
qui vous a fait craindre d'ennuyer votre
ami , n'avoit fait le même effet sur
vous même. Au reste , quand je n'aurois
tiré que fort peu de conséquences , on ne
doit regarder cette omission que comme
un effet de mon respect pour le Public intelligent.
Il doit suffire d'établir des principes
, je suis persuadé qu'il y a assés de
gens capables de tirer eux-mêmes les conséquences
. J'ai trop de considération pour
le Public , pour m'exposer à blesser sa délicatesse
par une répétition de conséquences
qui ne serviroient qu'à l'ennuyer.
Je finis , en avoüant ingénûment , continuez-
vous , que je ne prétens point que
ce que j'ai avancé soit indubitablement
vrai . Je l'avoue encore , M. je connois
trop la foiblesse des lumieres de l'homme
pour penser autrement ; j'oserois même
accuser de témérité une personne qui parleroit
d'un ton décisif , d'une matiere aussi
difficile que l'est celle dont il est question.
Si
A O UST. 1737. 1785
Si une personne digne d'un profond
respect , tant par sa naissance , que par
les Dignités éminentes que sa vertu et sa
capacité lui ont meritées , mais que je n'ose
ici nommer , veut honorer le Public d'un
Ouvrage qu'elle a fait sur ce sujet ; vous
pourrez voir , M. que votre systême favori
n'est pas le plus conforme à la raison , vous
en pourez reconnoître un autre plus conforme
à la raison , à la Religion , et plus
digne de l'idée que nous devons avoir de
la Providence , et de la Sagesse infinie du
Créateur. Pour peu qu'on lise mon Livre
avec réfléxion , on reconnoîtra facilement
que j'ai été assés heureux pour ne me point
éloigner de ce systême.
Le systême des bêtes automates , ditesvous
dans l'article suivant , est la plus in
signe extravagance de l'esprit humain.
Mais , M. ne craignez- vous point qu'un
Philosophe Cartésien , un peu bilieux ,
( car il s'en trouve parmi ces sortes de
gens qui ne sont pas fort faciles à traiter ; )
ne craignez vous point , dis- je , qu'il ne
vous dise à son tour , que la plus insigne
extravagance de l'esprit humain est le sentiment
de ceux qui admettent des ames
dans les bêtes Il semble même qu'une es
pece de révélation divine autoriseroit en
quelque façon son ame à calmer ainsi les
E vj mou
176 MERCURE DE FRANCE
mouvemens contraires qu'une telle proposition
pouroit produire dans son corps , ( a )
Comment me prouverez vous , vous diroitil,
que l'esprit est plus capable que la matiere
de produire les actions que vous voyez
faire aux bêtes ?
»
Je voudrois bien que vous m'expliquassiez
dans votre systême ce que raporte
faint Augustin de certains petits animaux.
( De quant. anima. ) Il dit qu'un de ses
amis ayant pris un de ces insectes , il le mit
sur une table et le coupa en deux , qu'en
même temps ces deux parties ainsi coupées
, se mirent à marcher , et à fuir fort
vîte l'une de l'autre ; leur mouvement étoit
régulier , et ces parties marchoient avec
autant de justesse que l'animal entier . Lors
qu'on leur oposoit quelque chose, ou qu'on
les touchoit , elles se détournoient vers un
autre endroit. Aristote dit que la même
chose arrive à la plupart des animaux à
plusieurs pieds. En coupant , dit ce Philosophe
, un de ces animaux , les parties , qui
auparavant ne faisoient qu'un animal , deviennent
autant d'animaux d férens.
Cette expérience ravit en admiration
S. Augustin ; de sorte que ce grand Saint
demeura quelque temps sans sçavo r que
penser de la nature de l'ame L's Philoso-
1
(a) Anima corum est in sanguine.
phes
AOUST. 1737. 1787
,
و
il
phes d'aujourd'hui qui prétendent qu'il
est si facile d'accorder aux bêtes des
ames spirituelles , lui auroient été , sans
doute d'un grand secours. J'ignore
cependant ce que vous auriez pû dire vousmême
, M. Je pense que vous n'auriez pas
été moins embarrassé que ce grand Docteur;
car selon le systême, qu'il est si facile
de soûtenir il est aisé de voir que
dans chacune de ces parties de l'insecte ,
y a un principe de sensation ; il faut par
conséquent qu'il y ait aussi un principe
pensant ainsi il faut dire qu'autant qu'il
y aura de parties divisées , autant il y aura
d'esprits dans ces parties. Il reste à sçavoir
si ces esprits sont des parties de l'ame , ou
si c'est la même ame reproduite dans ces
diférentes parties , ensorte que les parties
animées de cet esprit seroient dans le cas
du Sosie de Moliere : l'un et l'autre assu
rément heurte la raison et le sens de tous
les hommes. Si vous dites que l'ame demeure
seulement dans l'une de ces parties,
je dirai que les autres parties qui fuyent
qui par conséquent paroissent sentir , sont
de purs automates. En ce cas je pourai
conclure que l'ame est inutile à cette partie
même , puisque les autres produisent les
mêmes effets sans le secours de cette ame.
Si vous dites que cet animal est un composé
1788 MERCURE DE FRANCE
posé , une chaîne de plusieurs animux ,
la difficulté n'en sera pas moins grande ;
car assurément il ne peut y avoir qu'un
esprit dans cet animal , puis qu'il est facile
de prouver qu'il ne sçauroit y avoir
qu'une volonté. D'ailleurs la difficulté
restera toujours à l'égard de plusieurs autres
insectes , tels sont les serpens , dont les
parties séparées semblent encore capables
de sensation. Voyez, M.ce que c'est que de
se laisser prévenir ; auriez- vous dit qu'il
est si facile d'accorder des esprits aux bê
tes , si vous aviez prévû toutes les difficultés
de ce sentiment? Ne décidons rien dans
ces sortes de matieres , M. et craignons
que des traits que nous lançons au hazard
sur les autres , ne retombent sur nous- mêmes.
Je suis persuadé , M. que vous me pardonnerez
la hardiesse que j'ai prise d'exposer
ici mes sentimens. J'use du droit
naturel , qui permet à chacun de se justifier.
Au reste , je ne doute point qu'il ne se
trouve dans cette Lettre des expressions
qui pourront blesser votre délicatesse ;
mais je vous prie de faire attention que
j'écris en Philosophe , à qui les choses importent
beaucoup plus que les mots.
Je suis , & c.
On
A O UST. 1737. 1789
On a dû expliquer l'Enigme et les
Logogryphes du Mercure de Juiller par
Conscience , Huître , chercher , et Flamen.
On trouve dans le premier Logogriphe ,"
Huit , Vitre , Hiver , Truïe , Hure , Vite ,
Ivre , Rive , Hute , Hier, Vert , Vire ,
Vie , Rue , Ret , Rit , Ver , Tir , Ut , Rea
N
ENIGM E.
Ous sommes deux brillantes Soeurs
Que nos communes destinées
Tiennent l'une à l'autre enchaînées.
Rarement après nos faveurs
Nous voyons courir la Jeunesse
Il n'apartient qu'à la Vieillesse
D'en sçavoir goûter les douceurs.
Par une merveilleuse adresse
Nous ranimons un de ses Sens भ
Et lui faisons pénétrer mille choses ,
Qui , sans notre secours , lui seroient Lettres
closes.
Des témeraires jugemens
Nous ne redoutons point l'outrage ,
Et nous avons cet avantage
Malgré
1790 MERCURE DE FRANCE
Malgré notre fragilité ,
Que nous n'y perdons rien de notre pureté.
Par M. TARABASTANE , à Rouen.
LOGOGRYPHE.
Oir plus souvent que blanc , rouge aussi
quelquefois ,
Utile au Pauvre , au Riche , aux Paysans , aux
Rois ,
Et fait d'assés drôle maniere ;
Sept Lettres font mon nom ; trois devant ,
derriere ,
Une seule este au milieu ,
Dont on se sert pour prier Dieu.
De mon tout composé , rejettez en arriere
La penultiéme et la derniere ,
Et lisez attentivement ,
yous verrez aussitôt un ornement d'Eglise
Usité quand on so'emnise
Office , ou bien enterrement.
trois
Otez le triolet , dont je formois ma tête ,
Reste deux , joignez - y le 6 et puis le 7 ,
Retranchés ci - dessus pour un mot en e muet:
Je suis ce qui souvent ne couvre qu'une bête ,
Chose utile pourtant aux Peuples d'Orient ,
Autant qu'elle peut l'être à ceux de l'Occident.
Jusqu'ici
A O UST. 1795 1737
}
Jusqu'ici mettez - vous l'esprit
à la torture
Tournez , retournez , renversez :
Ami , toujours vous trouverez
Que je ne suis que couverture.
1 3 4 assemblés , je suis une hauteur
Fort connue dans la Marine.
567 , gare la famine ,
Si l'on veut gêner mon humeur.
Car je m'irrite alors , je pousse , je détruis ,
Je renverse , j'abats , j'emporte , je ravage ;
Quand , dans un autre endroit , plus docile eş
plus sage ,
Je m'allonge et m'élance en tortueux replis.
Utile autant qu'aucun autre Etre ,
Et fort facile à deviner ,
Vous toucherez à moi , peut- être ,
Allant à table
D
pour diner.
AUTRE .
Ans huit lettres trouvez Châtel ,
Etole , Echo , Lacet , Hôtel ,
Calote , Lac , Taloche , Cole ,
Chat , Côte , Tache , Cale , Eole.
AUTR E.
A Mi Lecteur , cherche , médite ,
Et devine moi si tu peux.
Mes sept Lettres mises de suite
Font
1792 MERCURE DE FRANCE
Font le nom d'un Grec fameux .
Me transposant d'autre maniere ,
Je suis souvent dans les mains des Joueurs ,
Les Pilotes , les Voyageurs
Me trouvent très nécessaire.
Aux Evêques, aux Rois j'imprime un caractere,
Je sers aux envieux Sorciers ,
Qui font de moi funeste usage.
Je suis ce que font les Barbiers
Quand ils nous tiennent le visage.
Bon ou mauvais, comme il plaît au hazard,
Au Picquet je suis mis à part.
Pour marquer le souffle d'Eole
On me marque sur la Boussole.
Je suis un mot connu chés les Marchands ,
Soit à la Ville , soit aux champs ,
Lorsqu'un échange ils veulent faire.
Papier passé devant Notaire,
En me donnant un autre tour
Docteurs me soutiennent en chaire,
J'arme le bras du Dieu d'Amour
Et les Matous me font la guerre.
Je suis un reproche honteux
Un vent contre la bienséance ;
Aux Vaisseaux écueil dangereux ;
Cultivé des Gens studieux ;
Mot qu'on vouloit proscrire en France.
Sans moi l'on voit peu de repas ;
Je
A OUST. 1737 179%
Je suis le déjeuné des Chats ,
Et l'origine et la matiere ,
Dont fut faite Eve notre mere.
Emploi qui doit faire un Valet ,
Quand il remplit son ministere.
Ce l'on fait au Cabaret ;
que
Agréable Fleur Printaniere ;
Nom d'une Nation entiere ,
Isle d'un certain Continent ;
Ornement dans l'Architecture ;
Je donne certaine tournure
Aux Colomnes d'un Bâtiment
Instrument servant à la Chasse ;
Habit de certains Penitens ;
Fer qui tranche , qui fend les champs
Metal cheri d'humaine Race,
Dans la Peinture une Couleur ;
Ce que la chair de l'Homme couvre ,
Foyer renfermant la chaleur ;
C'est assés dit pour que l'on me découvre,
LE MAIRE.
NOU.
1794 MERCURE DE FRANCÊ
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c,
L
E TROISIE'M E Tome des Mé
moires pour servir à l'Histoire dos
Insectes . Par M. de Réaumur. A Paris ,
chés Lambert, rue S. Jacques. 1737. in 4.
TUSCULANES DE CICERON , traduites
par Messieurs Bouhier et d'Olivet , de
Î'Académie Françoise , avec des R emarques.
A Paris , chés Gandouin , Quay
des Augustins , à la Belle Image . 1737.
Deux Volumes in - 12,
RAISONNEMENS HAZARDE's sur la
Poësie Françoise. A Paris , ches Didot ,
Quay des Augustins , près le Pont S.
Michel , à la Bible d'Or . 1737. in- 12.
HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
et Ecclesiastiques , qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyse et
le dénombrement des differentes Editions
de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
A O UST. 1737 1793
ferment de plus interessant sur le Dogme
, surla Morale , et sur la Discipline
de l'Eglise l'Histoire des Conciles tant
Généraux , que Particuliers , et les Actes
choisis des Martyrs. Par le R. P. Dom
Remy Ceillier , Benedictin de la Con
gregation de S. Vanne et de S. Hydulphe,
Prieur Titulaire de Flavigny . 1737.
in 4. A Paris , chés Philipe - Nicolas Lottsin
, ruë S. Jacques à la Verité . VIe T.
MEMORIAL ALPHABETIQUE de toutes
les Matieres des Eaux et Forêts , Pêches et
Chasses , avec tous les Edits , Ordonnances
, Déclarations , Arrêts et Reglemens
rendus jusqu'à present sur ces matieres
; ensemble les Modeles de tous les
Actes des Grands Maîtres , et des autres
Officiers des Eaux et Forêts , et des Ins
tructions pour les Gardes , &c. Par M.
Noel , ancien Conseiller du Roy , Gref
fier en Chef des Eaux et Forêts de la
Table de Marbre. 1737. in- 4. A Paris ;
chés le Gras , au troisiéme Pilier de la
Grand - Salle du Palais , et Rollin , Fils
Quay des Augustins,
LE VRAI SECRET DES LONGITUDES
DECOUVERT , ou nouvelle et unique Méthode
dont la Pratique est journaliere ,
pour
1796 MERCURE DE FRANCE
pour découvrir , avec la justesse la plus
précise , la Longitude , tant sur terre
que sur mer , sans faire usage des Eclip
ses , sans être obligé de se servir de Pendules
, ou Montres réglées , ni qui
soient même mises sur l'heure présente.
Par M. Seguin , Avocat au Parlement de
Rennes , adressé à toutes les Nations.
A Rennes , chés Julien Vatar , Imprimeur
- Libraire. 1737. Brochure in. 4. de
44. pages.
IMHOFF , de Basle , se propose de
réimprimer , par Souscription , et sous
la direction de M. Bourcard , Professeur
en Philosophie , la derniere Edition
qu'on a publiée en Angleterre de l'Histoire
du Président de Thou. Le prix de
la Souscription ne doit être que de 26.Flo
rins d'Allemagne pour les sept Volumes
dont on payera 8 , en souscrivant , 8. en
recevant les trois premiers Volumes , et
10. lorsqu'on livrera les quatre derniers.
LA PRESOMPTION PUNIE . Allegorie.
Par M. Denesle. A Paris , au Palais , chés
la Veuve d'Hors , sur le Perron de la
Sainte Chapelle , au Soleil levant . 1737 .
Brochure de 1. pages.
Pour en donner une idée succincte ,
nous
AOUS T.. 1737. 1797
nous allons en transcrire quelques Vers .
En parlant de notre premier Pere ,
'Auteur s'exprime ainsi :
Une Beauté , mais sans autre parure
Que les attraits de l'aimable Nature ,
Associée à son destin heureux ,
Etoit l'objet de ses modestes feux.
Le variant et charmant assemblage
Des Animaux , depuis fiers ennemis ,
N'étoit alors rebelle ni sauvage ;
· Mais à la voix d'un Monarque si sage
Il se montroit pacifique et soumis , &c.
Voila du moins une foible peinture
Du sort heureux de la simple Nature ,
Peu ressemblant à ce hideux portrait ,
Que recemment un fol nous en a fait , ( a )
Qui salement place le bien supréme ,
Selon le plan de son grossier systême ;
Dans les plaisirs que l'on goûte à Paris ,
Chés les Coteaux , les Phrinés , les Doris ;
Qui , le coeur plein d'une bile empestée ,
Sous des crayons sottement libertins ,
Des plaisirs purs du Pere des Humains,
Nous travestit l'Histoire respectée . & c.
( a ) Ecrit intitulé : Le Mondain.
TRAITE
1798 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' de l'Acier d'Alsace , ou l'Art
de convertir le Fer de fonte en Acier. A
Strasbourg , chés Jean Renaud Dulsseker ,
in 12. de 115. pages , et à Paris , chés
Cavelier et Briasson , ruë saint Jacques ,
et chés Montalant , Quay des Augustins.
LE VOYAGE INTERROMPU , 2. vol. in 12.
A Paris , chés Pierre Ribou , ruë saint Jac
ques , à S. Louis. M. DCC . XXXVII .
Cet Ouvrage , divisé en deux Parties , la
premiere de 124. pp. la seconde de 135.pp•
est légerement écrit, et peut amuser agréa
blement ceux , qui après des lectures plus sérieuses
, ont besoin d'un utile délassement.
M. l'Affichard a mis à la tête une Epître
en Vers, adressée à Themire, qui ne dépare
point le reste , et prouve que l'Auteur est
Grec dans les deux genres de composition,
Les Amusemens sérieux et comiques ;
( Ouvrage hebdomadaire ) se vendent toûjours
chés Guillaume , Libraire , ruë Dauphi?
ne,du côté du Pont- neuf,et chés Didos, ruë
du Hurepoix. Nous n'entrerons point dans
de détail de ces feuilles périodiques. Il paroît
que l'Auteur veut recueillir des Piéces de
choix en Prose et en Vers , dont la varieté
contribue au plaisir et à l'utilité de ses
Lecteurs. Son dessein est de bon goût ;
mais
AOUST. 1737. 1799
mais il est d'une éxécution bien difficile
dans un siécle si délicat , et où l'on voit
pourtant paroître une petite quantité d'excellentes
choses. On nous a communiqué
que le projet de M. P ***. renfermoit
aussi des Nouveautés fcientifiques , des
Anecdotes litteraires , des Essais sur l'Histoire
ancienne et moderne ; tout cela est
bien loüable. Ce qui intéresseroit d'illustres
Familles , le voici. M. P✶ ✶✶ a
composé plusieurs Vies abrégées des Maréchaux
de France les plus distingués : si
le Public faisoit un accueil favorable à ces
Feuilles , dont l'Auteur fait lui - même la
dépense , et qui jusqu'aujourd'hui l'ont
jetté dans des frais considérables par la
faute d'une Personne qui a manqué d'exécuter
les conventions faites de vive voix ,
on offriroit de tems en tems aux connoisseurs
des morceaux considérables , qui ne
sont que des Tableaux des plus brillantes
actions de chaque Maréchal de France.
Quoiqu'il arrive , on prendra toutes les
mésures convenables, pour réparer les lacues
de cetOuvrage , et le continuer avec tous
es soins possibles. Les dernieres Feuilles
ont remplies de Poësies , dont le mérite
est pas équivoque : il y en a plusieurs
i sont de main de Maîtres du premier
dre.
F TROL
1800 MERCURE DE FRANCE
TROISIE ME LETTRE PHILOSOPHIQUE ,
en Réponse à la seconde , pour rassurer
Univers , au sujet des Réfléxions sur la
premiere , et contre les Critiques du Cône ,
du Parallelepipede , et de la pésanteur dụ
feu. Par M. Pariet Despars , Académicien
de Florence. A Paris , chés Prault , Pere ;
Quai de Gêvres , au Paradis , 1737. Brochure
de 30 pages .
QUESTION DE MEDECINE
These Latine , agitée dans les Ecoles de
Medecine de Paris , le 21 Février 1737 ,
sous la Présidence de M. Chevalier , Docteur-
Regent de la même Faculté , et Professeur
en Pharmacie. Si le Cerveau et la
Dure mere se meuvent par la même cause ?
A Paris , chés Quillau , Imprimeur de l'Université
et de la Faculté de Medecine , in-
4° pag. 7.
DE L'ETAT DES SCIENCES en France
, depuis la mort de Charlemagne , jusqu'à
celle du Roi Robert. Dissertation qui
a remporté le Prix de l'Académie des Belles
Lettres , en 1737 , par M. l'Abbé Goujet
, Chanoine de saint Jacques de l'Hôpipital
. A Paris. Par la Compagnie ds
Libraires associés , à l'impression de la Col
lect on des Historiens de France , 1737
in 12 de 125 pages. L'Au
AOUST. 1737. 1801
L'Auteur fort connu dans la Republique
des Lettres par quantité d'Ouvrages
et de Recherches utiles , a réuni fous
un même point de vue ce qui se trouve
répandu en une infinité de Livres qui peut
concerner l'Histoire Litteraire de la France
, et même de l'Allemagne. Comme on
ne peut pas parler de toutes les Sciences en
même temps ,
il a fuivi pour ce qu'il avoit
à en dire, l'ordre felon lequel Raban Maur
en a parlé dans son Traité De Institutione
Clericorum , sans cependant épargner ce
Prélat , lors qu'il lui paroît avoir eu tort.
Le Livre des Etudes Monastiques de
Dom Mabillon , et ses Disputes avec M.
l'Abbé de la Trappe à cette occasion
avoient fait connoître au Public le grand
nombre d'Ecoles qui fleurissoient autrefois
dans les Monasteres. M. Goujet encherit
dessus , en nommant toutes les Eglises
séculieres où l'on s'apliquoit à l'étude ,
et il nous fait remarquer que le terme de
Grammaticus et de Scholasticus n'étoit point
alors si avili qu'il l'a été depuis ce temps là;
sur quoi l'on peut consulter le Glossaire
de Ducange augmenté , si on ne se con-
Centoit pas de ce qu'il dit. L'Auteur pour
e prouver , après avoir tracé un crayon de
'état où furent dans le neuvième et le diiéme
siècles l'étude de la Grammaire , la J
Fij
Re1802
MERCURE DE FRANCE
Rethorique , la Dialectique , les Mathéma
tiques , la Musique , l'Astronomie , la
Medecine , est fort court sur la Geographie.
Il dit que l'ignorance de cette Science
étoit trop profonde alors . Il aurcit pû en dire
autant de la Science des Médailles . Il ajoûte
quelque chose sur la Peinture , et il déclare
qu'alors elle étoit fort grossiere . Il semble
qu'il auroit dû indiquer quelque Edifice
de ces temps- là , pour faire juger de ce
qu'il dit de l'Architecture . Il parle ensuite
de la Poësie , qui étoit alors le goût géné
ral , ou plûtôt la passion dominante ,
qu'on pouroit peut - être dire encore de nos
jours , à la différence qu'on s'y entend
mieux aujourd'hui , qu'on ne faisoit en ce
temps- là.
ce
L'observation de l'Auteur , que la Lan
gue Latine n'étoit plus vulgaire dès le neuviéme
siecle , le conduit à dire aussi quelque
chose des Glossaires et Dictionaires.
On ne fit , selon lui gueres de plus
grands progrès dans la Theologie , l'His
toire et le Droit , que ceux qu'on avoit
fait dans les Sciences profanes et les Arts.
Il fait ensuite passer en revue les prineipales
Disputes Théologiques des deux
iecles dont il s'agit . Il observe quelqu
chose sur les Écr.vains Liturgistes , sur le
Martyrologes , les Chroniques et l'His
toire ,
A O UST. 1737 1803
toire , et finit par le Droit tant Canonique
que Civil. Ce qu'il dit à la page 29 touchant
les Ecrits du x. siecle , est digne
d'attention. On remarque , dit- il , dans la
plupart des Ec rits qui concernent la Reli
gion , une onction qui semble avoir beaucoup
diminué depuis que l'on s'est accommodé
du stile et du jargon de la Scholastique.
Cette Dissertation est accompagnée
de Notes marginales , dans lesquelles il
y a toûjours quelque chose à aprendre..
Une des plus curieuses est celle de la page
74 , où M. Goujet raporte un trait fort
naïf de la simplicité d'un Ecrivain Allemand
du neuviéme siecle , nommé Otfride.
Il dit que selon la Paraphrase de cet
Auteur sur les quatre Evangiles , lorsque
l'Ange vint à annoncer à Marie , qu'elle
seroit Mere de Dieu , il la trouva tenant
d'une main le Livre des Pseaumes , et filant
de l'autre. Si ce trait n'a pas été adopté
par nos Ecrivains de France , cela peut venir
de ce qu'Orfride avoit composé son
Ouvrage en langage Allemand , et par conséquent
on ne lisoit point ses Poësies parmi
nous.
QUESTIONS et Observations concer-
F iij
nant
1804 MERCURE DE FRANCE
nant les Matieres Féodales , par raport à lá
Coûtume de Bretagne , par feu M. Pierre
Hévin , ancien Avocat au Parlement de la'
même Province . La suite des Consultations
du même Auteur. Les Actes de Notoricté
donnés au Parquet depuis 1721
jusqu'à present , et les Constitutions des
Ducs Jean II et Jean III , avec les Edits
de Création du Parlement et des Présidiaux.
A Rennes , chés Guillaume Vatar
Imprimeur ordinaire du Roy , du Parlement
et du Droit , à la Palme d'or , 1736..
in-4° . pages 550.
LA VIE de S. Thomas d'Aquin , de
POrdre des Freres Prêcheurs , Docteur de
PEglise , avec un Exposé de sa Doctrine
et de ses Ouvrages . Par le R. P. Antoine
Touron , de l'Ordre des Freres Prêcheurs.
i. vol . in 4. d'environ 800 pages. A Paris ,
chés Gissey , Bordelet , Savoye et Henry ,
M. DCC . XXXVII .
Quoique la Vie de S. Thomas ait été
écrite par plusieurs Auteurs , le Public
trouvera cependant beaucoup à profiter
dans celle-ci.
1º . Parce que ce qu'on en a publié jusqu'ici
avec le plus d'éxactitude , n'a pa
encore été mis en rotre Langue.
2. Parce que les Abrégés que nous lisons
A OU ST. 1737. 1805
sons dans les Recueils des Vies des Saints ,
publiés par de célébres Auteurs François ,
sont si courts , et omettent un si grand
nombre de circonstances , qu'après les
avoir lûs , on ne connoît encore le Saint
que fort imparfaitement ; aussi un habile
Critique du dernier siécle ( M. Baillet) ditil
que personne n'a écrit la Vie de S. Thomas
d'une maniere digne de lui. Quelle obligation
n'avons- nous donc pas au R. Pere
Touron , de nous avoir donné une juste
idée , une connoissance parfaite d'un saint
Docteur , dont le nom est si célébre dans
tout le monde Chrétien , si cher aux Ecoles
Catholiques , et si précieux à l'Eglise ?
On ne peut aussi que lui sçavoir bon gré
d'avoir donné un Exposé de sa Doctrine
et de ses Ouvrages ; par là il nous rend
son travail aussi utile qu'agréable. Les ré-
Aléxions judicieuses qu'il a soin de répandre
dans le cours de sa narration , servent beaucoup
à en relever le prix. En général le
stile en est pur , mâle , et bien soûtenu ;
les fources qu'on a consulté sont sûres , et
l'ordre qu'on y a gardé ne peut être plus
clair.
Tout l'Ouvrage est divisé en six Livres.
Les trois premiers contiennent un récit
suivi et entremêlé de Reflexions de la
Vie et des Actions du Docteur Angeli
Fij que
1794 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c,
LETROISIE'ME Tome des Mé- moires pour servir à l'Histoire dos
Insectes. Par M. de Réaumur. A Paris ,
chés Lambert, ruë S. Jacques. 1737. in 4.
TUSCULANES DE CICERON , traduites
par Messieurs Bouhier et d'Olivet , de
Ï'Académie Françoise , avec des R emarques.
A Paris , chés Gandouin , Quay
des Augustins , à la Belle Image . 1737 .
Deux Volumes in- 12.
RAISONNEMENS HAZARDE's sur la
Poësie Françoise. A Paris , ches Didot ,
Quay des Augustins , près le Pont S.
Michel , à la Bible d'Or . 1737. in- 12.
HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
et Ecclesiastiques , qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyse et
le dénombrement des differentes Editions
de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
A O UST. 1737.7 1793
ferment de plus interessant sur le Dogme
, surla Morale , et sur la Discipline
de l'Eglise l'Histoire des Conciles tant
Généraux , que Particuliers , et les Actes
choisis des Martyrs . Par le R. P. Dom
Remy Ceillier , Benedictin de la Cons
gregation de S. Vanne et de S. Hydulphe,
Prieur Titulaire de Flavigny . 1737.
in 4. A Paris , chés Philipe - Nicolas Lottsin
, ruë S. Jacques à la Verité . VIe T.
MEMORIAL ALPHABETIQUE de toutes
les Matieres des Eaux et Forêts , Pêches et
Chasses , avec tous les Edits , Ordonnances
, Déclarations , Arrêts et Reglemens
rendus jusqu'à present sur ces matieres
; ensemble les Modeles de tous les
Actes des Grands Maîtres , et des autres
Officiers des Eaux et Forêts , et des Ins
tructions pour les Gardes , &c. Par M.
Noel , ancien Conseiller du Roy , Gref
fier en Chef des Eaux et Forêts de la
Table de Marbre . 1737. in - 4. A Paris ;
chés le Gras , au troisiéme Pilier de la
Grand - Salle du Palais , et Rollin , Fils
Quay des Augustins,
LE VRAI SECRET DES LONGITUDES
DECOUVERT , ou nouvelle et unique Mé
thode dont la Pratique est journaliere ,
pour
3792 MERCURE DE FRANCE
Font le nom d'un Grec fameux.
Me transposant d'autre maniere ,
Je suis souvent dans les mains des Joueurs,
Les Pilotes , les Voyageurs
Me trouvent très nécessaire .
Aux Evêques, aux Rois j'imprime un caractere.
Je sers aux envieux Sorciers ,
Qui font de moi funeste usage.
Je suis ce que font les Barbiers
Quand ils nous tiennent le visage.
Bon ou mauvais, comme il plaît au hazard.
Au Picquet je suis mis à part.
Pour marquer le souffle d'Eole
On me marque sur la Boussole.
Je suis un mot connu chés les Marchands ,
Soit à la Ville , soit aux champs ,
Lorsqu'un échange ils veulent faire.
Papier passé devant Notaire,
En me donnant un autre tour
Docteurs me soutiennent en chaire,
J'arme le bras du Dieu d'Amour ,
Et les Matous me font la
guerre.
Je suis un reproche honteux ,s "
Un vent contre la bienséance ;
Aux Vaisseaux écueil dangereux ;
Cultivé des Gens studieux ;
1
Mot qu'on vouloit proscrire en France.
Sans moi l'on voit peu de repas ;
A O UST. 1737 179%
Je suis le déjeuné des Chats ,
Et l'origine et la matiere ,
Dont fut faite Eve notre mere.
Emploi qui doit faire un Valet ,
Quand il remplit son ministere,
Ce que l'on fait au Cabaret ;
Agréable Fleur Printaniere ;
Nom d'une Nation entiere ;
Isle d'un certain Continent ;
Ornement dans l'Architecture
Je donne certaine tournure
Aux Colomnes d'un Bâtiment ;
Instrument servant à la Chasse ;
Habit de certains Penitens ;
Fer qui tranche , qui fend les champs a
Metal cheri d'humaine Race,
Dans la Peinture une Couleur ;
Ce que la chair de l'Homme couvre
Foyer renfermant la chaleur ;
C'est assés dit pour que l'on me découvre ,
3..
LE MAIRE.
NOU
1794 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES,
L
DES BEAUX ARTS , &c,
E TROISIE'M E Tome des Mé
moires pour servir à l'Histoire dos
Insectes. Par M. de Réaumur. A Paris ,
chés Lambert, rue S. Jacques. 1737. in 4.
TUSCULANES DE CICERON , traduites
par Messieurs Bouhier et d'Olivet , de
l'Académie Françoise , avec des R emarques.
A Paris , chés Gandouin , Quay
des Augustins , à la Belle Image. 1737 .
Deux Volumes in - 12.
RAISONNEMENS HAZARDE's sur la
Poësie Françoise . A Paris , ches Didot ,
Quay des Augustins , près le Pont S.
Michel , à la Bible d'Or . 1737. in - 12.
HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
et Ecclesiastiques , qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyse et
le dénombrement des differentes Editions
de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
A O UST. 1737.7 1793
ferment de plus interessant sur le Dogme
, surla Morale , et sur la Discipline
de l'Eglise l'Histoire des Conciles tant
Généraux , que Particuliers , et les Actes
choisis des Martyrs. Par le R. P. Dom
Remy Ceillier , Benedictin de la Cond
gregation de S. Vanne et de S. Hydulphe,
Prieur Titulaire de Flavigny. 1737.
in 4. A Paris , chés Philipe- Nicolas Lottsin
, rue S. Jacques à la Verité , VIe T.
MEMORIAL ALPHABETIQUE de toutes
les Matieres des Eaux et Forêts , Pêches et
Chasses , avec tous les Edits , Ordonnances
, Déclarations , Arrêts et Reglemens
rendus jusqu'à present sur ces matieres
; ensemble les Modeles de tous les
Actes des Grands Maîtres , et des autres
Officiers des Eaux et Forêts , et des Ins
tructions pour les Gardes , & c. Par M.
Noel , ancien Conseiller du Roy , Greffier
en Chef des Eaux et Forêts de la
Table de Marbre . 1737. in- 4. A Paris ;
chés le Gras , au troisiéme Pilier de la
Grand -Salle du Palais , et Rollin , Fils
Quay des Augustins ,
LE VRAI SECRET DES LONGITUDES
DECOUVERT , ou nouvelle et unique Mé
thode dont la Pratique est journaliere ,
pour
1796 MERCURE DE FRANCE
pour découvrir , avec la justesse la plus
précise , la Longitude , tant sur terre
que sur mer , sans faire usage des Eclip.
ses , sans être obligé de se servir de Pendules
, ou Montres réglées ni qui
soient même mises sur l'heure présente.
Par M. Seguin , Avocat au Parlement de
Rennes , adressé à toutes les Nations.
A Rennes , chés Julien Vatar , Imprimeur-
Libraire. 1737. Brochure in . 4. de
44. pages.
>
IMHOFF , de Basle , se propose de
réimprimer , par Souscription , et sous
la direction de M. Bourcard , Professeur
en Philosophie
la derniere Edition
qu'on a publiée en Angleterre de l'Histoire
du Président de Thou . Le prix de
la Souscription ne doit être que de 26.Florins
d'Allemagne pour les sept Volumes
dont on payera 8. en souscrivant , 8. en
recevant les trois premiers Volumes , et
10. lorsqu'on livrera les quatre derniers.
LA PRESOMPTION PUNIE. Allegorie.
Par M. Denesle. A Paris , au Palais , chés
la Veuve d'Hors , sur le Perron de la
Sainte Chapelle , au Soleil levant. 1737.
-Brochure de 21. pages.
Pour en donner une idée succincte ,
nous
AOUST. 1737. 1797
nous allons en transcrire quelques Vers.
En parlant de notre premier Pere ,
J'Auteur s'exprime ainsi :
Une Beauté , mais sans autre parure
Que les attraits de l'aimable Nature ,
Associée à son destin heureux ,
Etoit l'objet de ses modestes feux. ...
Le variant et charmant assemblage
Des Animaux , depuis fiers ennemis ,
N'étoit alors rebele ni sauvage ;
Mais à la voix d'un Monarque si sage
Il se montroit pacifique et soumis , &c.
Voila du moins une foible peinture
Du sort heureux de la simple Nature ,
Peu ressemblant à ce hideux portrait ,
Que recemment un fol nous en a fait , ( a )
Qui salement place le bien supréme ,
Selon le plan de son grossier systême ;
Dans les plaisirs que l'on goute à Paris ,
Chés les Coteaux , les Phrinés , les Doris ;
Qui , le coeur plein d'une bile empestée ,
Sous des crayons sottement libertins ,
Des plaisirs purs du Pere des Humains,
Nous travestit l'Histoire respectée . &c.
(a ) Ecrit intitulé : Le Mondain.
TRAITE
1798 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' de l'Acier d'Alsace , ou l'Art
de convertir le Fer de fonte en Acier. A
Strasbourg , chés Jean Renaud Dulsseker ,
in 12. de 115. pages , et à Paris , chés
Cavelier et Briasson , rue saint Jacques ,
et chés Montalant , Quay des Augustins.
LE VOYAGE INTERROMPU , 2. vol. in 12.
A Paris , chés Pierre Ribou , ruë saint Jac·
à S. Louis. M. DCC . XXXVII .
ques ,
Cet Ouvrage , divisé en deux Parties , la
premiere de 124. pp . la seconde de 135.pp.
est légerement écrit, et peut amuser agréablement
ceux , qui après des lectures plus sé
rieuses , ont besoin d'un utile délassement.
M. l'Affichard a mis à la tête une Epître
en Vers , adressée à Themire, qui ne dépare
point le reste , et prouve que l'Auteur est
Grec dans les deux genres de composition.
Les Amusemens sérieux et comiques ;
( Ouvrage hebdomadaire ) se vendent toûjours
chés Guillaume,Libraire , ruë Dauphi
ne,du côté du Pont- neuf, et chés Didot, ruë
du Hurepoix . Nous n'entrerons point dans
le détail de ces feuilles périodiques. Il paroît
que l'Auteur veut recueillir des Piéces de
choix en Prose et en Vers , dont la varieté
contribue au plaisir et à l'utilité de ses
Lecteurs. Son dessein est de bon goût ;
mais
AOUST. 1737. 1799
mais il est d'une éxécution bien difficile
dans un siècle si délicat , et où l'on voit
pourtant paroître une petite quantité d'excellentes
choses. On nous a communiqué
que le projet de M. P *** . renfermoit
aussi des Nouveautés fcientifiques , des
Anecdotes litteraires , des Essais sur l'Histoire
ancienne et moderne ; tout cela est
bien loüable. Ce qui intéresseroit d'illus
tres Familles , le voici. M. P *** a
composé plusieurs Vies abrégées des Maréchaux
de France les plus distingués : si
le Public faisoit un accueil favorable à ces
Feuilles , dont l'Auteur fait lui - même la
dépense , et qui jusqu'aujourd hu l'ont
jetté dans des frais considérables par la
faute d'une Personne qui a manqué d'exécuter
les conventions faites de vive voix ,
on offriroit de tems en tems aux connoisseurs
des morceaux considérables , qui ne
sont que des Tableaux des plus brillantes
actions de chaque Maréchal de France.
Quoiqu'il arrive , on prendra toutes les
mésures convenables, pour réparer les lacunes
de cetOuvrage, et le continuer avec tous
les soins possibles. Les dernieres Feuilles
sont remplies de Poësies , dont le mérite
n'est pas équivoque : il y en a plusieurs
qui sont de main de Maîtres du premier
ordre.
F TROL
1800 MERCURE DE FRANCE
TROISIE'ME LETTRE PHILOSOPHIQUE ,
en Réponse à la seconde , pour rassurer
l'Univers , au sujet des Réfléxions sur la
premiere , et contre les Critiques du Cône,
du Parallelepipedé , et de la pésanteur du
feu. Par M. Pariet Despars , Académicien
de Florence. A Paris , chés Prault , Pere;
Quai de Gêvres , au Paradis , 1737. Brochure
de 30 pages .
QUESTION DE MEDECINE
These Latine , agitée dans les Ecoles de
Medecine de Paris , le 21 Février 1737 ,
sous la Présidence de M. Chevalier , Docteur-
Regent de la même Faculté , et Professeur
en Pharmacie. Si le Cerveau et la
Dure mere se meuvent par
la même cause ?
A Paris , chés Quillau , Imprimeur de l'Université
et de la Faculté de Medecine , in-
4° pag. 7.
DE L'ETAT DES SCIENCES en Fran
ce , depuis la mort de Charlemagne , jusqu'à
celle du Roi Robert. Dissertation qui
a remporté le Prix de l'Académie des Belles
Lettres , en 1737 , par M. l'Abbé Goujet
, Chanoine de saint Jacques de l'Hôpi
pita'. A Paris. Par la Compagnie des
Libraires associés , à l'impression de la Col
Ject on des Historiens de France , 1737
in 12. de 125 pages. L'Au
A
AOUST . 1737. 1801
L'Auteur fort connu dans la Republique
des Lettres par quantité d'Ouvrages
et de Recherches utiles , a réuni fous
un même point de vue ce qui se trouve
répandu en une infinité de Livres qui peut
concerner l'Histoire Litteraire de la France
, et même de l'Allemagne . Comme on
ne peut pas parler de toutes les Sciences en
même temps , il a fuivi pour ce qu'il avoit
à en dire, l'ordre felon lequel Raban Maur
en a parlé dans son Traité De Institutione
Clericorum , sans cependant épargner ce
Prélat , lors qu'il lui paroît avoir eu tort .
Le Livre des Etudes Monastiques de
Dom Mabillon , et ses Disputes avec M.
l'Abbé de la Trappe à cette occasion ,
avoient fait connoître au Public le grand
nombre d'Ecoles qui fleurissoient autrefois
dans les Monasteres. M. Goujet encherit
dessus , en nommant toutes les Eglises
séculieres où l'on s'apliquoit à l'étude
et il nous fait remarquer que le terme de
Grammaticus et de Scholasticus n'étoit point
alors si avili qu'il l'a été depuis ce temps là;
sur quoi l'on peut consulter le Glossaire
de Ducange augmenté , si on ne se contentoit
pas de ce qu'il dit. L'Auteur pour
le prouver , après avoir tracé un crayon de
l'état où furent dans le neuvième et le dixiéme
siécles l'étude de la Grammaire , la
Fij Re1802
MERCURE DE FRANCE
Rethorique , la Dialectique , les Mathéma
tiques , la Musique , l'Astronomie , la
Medecine , est fort court sur la Geographie.
Il dit que l'ignorance de cette Science
étoit trop profonde alors . Il aurcit pû en dire
autant de la Science des Médailles . Il ajoûte
quelque chose sur la Peinture , et il déclare
qu'alors elle étoit fort grossiere. Il semble
qu'il auroit dû indiquer quelque Edifice
de ces temps - là , pour faire juger de ce
qu'il dit de l'Architecture. Il parle ensuite
de la Poësie , qui étoit alors le goût géné
ral , ou plûtôt la passion dominante , ce
qu'on pouroit peut - être dire encore de nos
jours , à la différence qu'on s'y entend
mieux aujourd'hui , qu'on ne faisoit en ce
temps- là.
L'observation de l'Auteur , que la Lan?
gue Latine n'étoit plus vulgaire dès le neuviéme
siecle , le conduit à dire aussi quelque
chose des Glossaires et Dictionaires.
On ne fit , selon lui
gueres de plus
grands progrès dans la Theologie , l'Histoire
et le Droit , que ceux qu'on avoit
fait dans les Sciences profanes et les Arts,
,
Il fait ensuite passer en revue les prineipales
Disputes Théologiques des deux
iecles dont il s'agit . Il observe quelque
chose sur les Écrivains Liturgistes , sur les
Martyrologes , les Chroniques et l'Histoire
2
A O UST. 1737. 1805
toire , et finit par le Droit tant Canonique
que Civil. Ce qu'il dit à la page 29 touchant
les Ecrits du x. siecle , est digne
d'attention. On remarque , dit- il , dans la
plupart des Ecrits qui concernent la Reli
gion , une onction qui semble avoir beaucoup
diminué depuis que l'on s'est accommodé
du stile et du jargon de la Scholastique.
Cette Dissertation est accompagnée
de Notes marginales , dans lesquelles il
y a toûjours quelque chose à aprendre.
Une des plus curieuses est celle de la page
74 , où M. Goujet raporte un trait fort
naïf de la simplicité d'un Ecrivain Allemand
du neuviéme siecle , nommé Otfrid
. Il dit que selon la Paraphrase de cet
Auteur sur les quatre Evangiles , lorsque
l'Ange vint à annoncer à Marie , qu'elle
seroit Mere de Dieu , il la trouva tenant
d'une main le Livre des Pseaumes , et filant
de l'autre. Si ce trait n'a pas été adopté
par nos Ecrivains de France , cela peut venir
de ce qu'Orfride avoit composé son
Ouvrage en langage Allemand , et par conséquent
on ne lisoit point ses Poësies parmi
nous.
QUESTIONS et Observations concer
Fiij
nant
1804 MERCURE DE FRANCE
nant les Matieres Féodales , par raport à la
Coûtume de Bretagne , par feu M. Pierre
Hévin , ancien Avocat au Parlement de la'
même Province . La suite des Consultations
du même Auteur. Les Actes de Notorieté
donnés au Parquet depuis 1721
jusqu'à present , et les Constitutions des
Ducs Jean II et Jean III , avec les Edits
de Création du Parlement et des Présidiaux.
A Rennes , chés Guillaume Vatar ,
Imprimeur ordinaire du Roy , du Parlement
et du Droit , à la Palme d'or , 1736 .
in- 4° . pages 550.
de LA VIE de S. Thomas d'Aquin ,
POrdre des Freres Prêcheurs , Docteur de
Eglise , avec un Exposé de sa Doctrine
et de ses Ouvrages. Par le R. P. Antoine
Touron , de l'Ordre des Freres Prêcheurs.
1. vol . in 4. d'environ 800 pages. A Paris,
chés Gissey , Bordelet , Savoye et Henry ,
M. DCC . XXXVII.
Quoique la Vie de S. Thomas ait été
écrite par plusieurs Auteurs , le Public
trouvera cependant beaucoup à profiter
dans celle- ci.
1º . Parce que ce qu'on en a publié jusqu'ici
avec le plus d'éxactitude , n'a pa
encore été mis en rotre Langue.
2. Parce que les Abrégés que nous lisons
A OU ST. 1737. 1805
sons dans les Recueils des Vies des Saints,
publiés par de célébres Auteurs François
sont si courts , et omettent un si grand
nombre de circonstances , qu'après les
avoir lûs , on ne connoît encore le Saint
que fort imparfaitement ; aussi un habile
Critique du dernier siécle (M. Baillet) ditil
que personne n'a écrit laVie de S.Thomas
d'une maniere digne de lui . Quelle obligation
n'avons-nous donc pas au R. Pere
Touron , de nous avoir donné une juste
idée , une connoissance parfaite d'un saint
Docteur , dont le nom est si célébre dans
tout le monde Chrétien , si cher aux Ecoles
Catholiques , et si précieux à l'Eglise?
On ne peut aussi que lui sçavoir bon gré
d'avoir donné un Exposé de sa Doctrine
et de ses Ouvrages ; par là il nous rend
son travail aussi utile qu'agréable. Les réfléxions
judicieuses qu'il a soin de répandre
dans le cours de sa narration , servent beaucoup
à en relever le prix. En général le
stile en est pur , mâle , et bien soûtenu ;
les fources qu'on a consulté sont sûres , et
l'ordre qu'on y a gardé ne peut être plus
clair.
Tout l'Ouvrage est divisé en six Livres.
Les trois premiers contiennent un récit
suivi et entremêlé de Reflexions de la
Vie et des Actions du Docteur Angelis
Fij que
1806 MERCURE DE FRANCE
que. Le quatrième est specialement destiné
à faire connoître le caractere d'esprit
et du coeur de ce grand Saint , les
sources où il a puisé sa doctrine, les traits
specifiques qui la caracterisent, le systêenfin
du S. Docteur sur les principales
Questions de la Théologie, et la suite de
ce systême par raport à la Morale , ou à
la Pratique des Vertus Chrétiennes . On
a recueilli dans le cinquiéme Livre les
Témoignages des Papes , et les autres
Aprobations que sa Doctrine a reçûës
de la part de l'Eglise ou dans l'Eglise. Le
sixième est destiné à donner le Catalogue
exact des Ouvrages , de S. Thomas .
On distingue ceux qui sont certainement
de lui , d'avec ceux qu'on peut regarder
comme douteux , ou qu'il faut rejerter
comme suposés. Tel est le plan qu'a suivi
le R. P. Touron . Il a ajoute une Dissertation
sur les Versions des Ouvrages
du S. Docteur ; le tout est également
édifiant , curieux et agréable. On se dispense
d'entrer dans un plus grand détail ,
qui excederoit nos bornes Il faut consulter
le Livre même pour être pleinement
instruit de tout ce qu'il contient.
Nous ne sçaurions placer plus à propos
qu'à la suite de cet Extrait la Piece
qui suit , et que nous avons reçûë presque
AOUST . 17373 1807
que en même temps que la nouvelle Vie
de S. Thomas d'Aquin . C'est la Traduction
en Vers François de l'Eloge Latin de
ce grand Saint, dont il est parlé à la fin de
cette Vie , composé par le fameux Pere
Labbe de la Compagnie de Jesus , et im
primé parmi ses Oeuvres.
ELOGIUM S. Thoma Aquinatis.
Thomas Angelus erat , antequam esset Doctor
Angelicus , & c.
T
TRADUCTION.
Homas fut un Ange en vertu
Avant que par la voix publique
Du titre glorieux de Docteur Angelique
Son nom eût été revêtu .
* De Anges le Disciple et presque leur semblable;
De hautes verités s'il leur fut redevable ,
A son tour il eût pû leur en communiquer ;
On diroit que du Ciel Thomas a fait descendre .
Les Oracles divins qu'il veut nous faire entendre,
Les secrets qu'il veut expliquer ,
Ou qu'il a sçus dès cette vie ,
Séjour de son bannissement
Les Mysteres profonds dont la seule Patric
Peut donner l'éclaircissement .
*Quadam Angelos docere potuis.
Faul
1808 MERCURE DE FRANCE
Paul vit de ces secrets le Mystere sublime ; ( a)
Mais par l'ordre du Ciel il le retint scellé ;
Les Ecrits de Thomas ont sondé cet abîme ;
Paul garda le silence et Thomas a parlé.
C'est là que renfermant tout ce qu'on peut sça
voir ,
Cet Ange mortel nous fait voir
L'Esprit , les Sentimens , la Doctrine des Peres-
Thomas les comprend tous , ils parlent par sa
voix ,
Et sa SOM M B est tout à la fois
L'Arbitre de la Foy , l'Oracle des Mysteres .
Au défaut des Docteurs, possedez bien Thomas,
Lui seul vous tiendra lieu du reste ,
Et des Peres unis la Doctrine céleste
Sans lui ne vous suffira pas.
Dans quelque doute obscur dès qu'Augustio
vous jette ,
Si vous voulez fixer votre esprit incertain ,
Consultez bien Thomas ,du vrai sens d'Augustin
Il est le fidele Interpiéte.
Des plus sçavans Docteurs mille doutes nouveaux
Deviennent dans 'Thomas certitude et lumiere
Le premier pas de sa carriere
Est le terme de leurs travaux .
Humble Enfant de la Foy , Thomas la fait connoître
,
(a ) Audivit Apostolus arcana verba, sed ille tacuit.
Qua Paulo a.cere non licuit, hac Thomas dixit.
E
A O UST. 1737. 1809
Et le Disciple parle en Maitre ;
La Foy même s'en aplaudit :
Par lui l'Ecole encor timide
S'essaye avec grandeur , s'éleve et s'enhardit ,
Et devient de la Foy la compagne et le guide.
O vous , Disciples de Thomas ,
Qui par lui voyez clair dans tout ce qu'il faut
croire ,
Quelle lumiere encor rechercher ici bas ,
Sinon la lumiere de gloire ?
A l'entendre parler de la Divinité ,
Avec tant de grandeur et de magnificence ,
Il semble avoir percé de la Divine Essence
L'impénétrable obscurité.
Des Célestes Esprits , de leur Ordre admirable
Il parle en pur esprit.
11 inspire l'horreur des vices qu'il décrit ,
Des vertus qu'il dépeint il rend le joug aimable .
Si du Verbe fait Chair il traite les Mysteres ,
De l'humaine foiblesse il franchit les barrieres ,
Des bornes de l'esprit il méconnoît les loix
On diroit que Thomas , dans sa divine Ecole
Est du Verbe Incarné devenu la Parole , (a)
Comme le Verbe même est du Pere la Voix.
Arrêtez. Saint Docteur , interrompez vos veilles,
Cessez , il en est temps,
(a ) Incarnatum Verbum sic explicar quasi vox
Verbi
Fwj De
18TO
MERCURE DE FRANCE
De vos docres Ecrits les Rayons éclatans
Ne peuvent découvrir de plus hautes merveilles.
De la bouche de JESUS CHRIST
Recevez aujourd'hui pour prix de vos Ouvrages
Le plus grand de tous les suffrages ,
THOMAS, DE MOI VOUS AVEZ BIEN E'CRET.
La vivante splendeur de la gloire du Pere
Veut bien ainsi justifier
Les rayons , les traits de lumiere ,
Que dans tous ses Ecrits Thomas fait admirer
Mortels , restez dans le silence ;
C'est Dieu qui parle ; il loue , il aplaudit.
Tout autre Eloge est interdit ,
Il ne presenteroit qu'une foible éloquence.
Pourois je craindre encor de tomber dans l'er
reur ,
En suivant de Thomas la Céleste Doctrine y
Loin de moi ce soupçon ; la Sagesse Divine
Répond de la Doctrine en loüant le Docteur
Angelique Docteur dans sa prison mortelle ,
:
De quelque grand nom qu'on l'apelle,
Peut- il être assés exalté ?
Que le Chef même de l'Eglise
;
Dans des Brefs solemnels dix fois le préconise,
Qu'il donné à sa Doctrine entiere autorité ;
Que ses décisions soient autant de miracles ,
Ses Réponses autant d'Oracles,
Chaque mot une vérité ;
Qu'il
A O UST. 1737. 1811
Qu'il soit l'oeil des Esprits , lu lumiere des
Sages ,
Le Flambeau de la Foy ;
VOUS AVEZ BIEN E'CRIT DE MOI :
Ce mot dit plus lui seul que tous les témoi
gnages.
Cet Eloge Divin autorise à la fois
La Foy du Saint Docteur, ses Ecrits, sa science;
Mais bientôt sa vertu brillera dans le choix
Qu'il fera d'une récompense.
QUEL PRIX DE VOS TRAVAUX PEUT PAYER
L'IMPORTANCE ?
Reprend encor la même voix .
Eh ! quel choix après tout Thomas cût- il pû
faire ,
Que le choix m me qu'il a fait ?
Il connoissoit un bien immuable et parfait ,
Quel autre que Dieu même eût pû le satisfaire ?
Ah ! si moins génereux dans le prix qu'il
choisit ,
Il eût à d'autres biens donné la préférence ,
L'oserois dire alors avec pleine assurance ,
Que Thomas n'a pas bien écrit. (^)
Par M. L. P. D. L. C.
(a)Malefcripserat , si aliter elegisset.
1
PLAN
7810
MERCURE DE FRANCE
De vos doctes Ecrits les Rayons éclatans
Ne peuvent découvrir de plus hautes merveilles.
De la bouche de JESUS CHRIST
Recevez aujourd'hui pour prix de vos Ouvrages
Le plus grand de tous les suffrages ,
THOMAS, DE MOI VOUS AVEZ BIEN E'CRIT.
La vivante splendeur de la gloire du Pere
Veut bien ainsi justifier
Les rayons , les traits de lumiere ,
Que dans tous ses Ecrits Thomas fait admirer,
Mortels , restez dans le silence ;
C'est Dieu qui parle ; il loue , il aplaudit.
Tout autre Eloge est interdit ,
Il ne presenteroit qu'une foible éloquence.
Pourois je craindre encor de tomber dans l'ere
reur ,
En suivant de Thomas la Céleste Doctrine
Loin de moi ce soupçon ; la Sagesse Divine
Répond de la Doctrine en loüant le Docteur ;
Angelique Docteur dans sa prison mortelle ,
De quelque grand nom qu'on l'apelle,
Peut-il être assés exalté ?
Que le Chef même de l'Eglise
Dans des Brefs solemnels dix fois le préconise,
Qu'il donné à sa Doctrine entiere autorité ;
Que ses décisions soient autant de miracles ,
Ses Réponses autant d'Oracles ,
Chaque mot une vérité :
Qu'il
AOUST 1737. 1811
Qu'il soit l'oeil des Esprits , lu lumiere des
Sages ,
Le Flambeau de la Foy ;
VOUS AVEZ BIEN E'CRIT DE MOI :
Ce mot dit plus lui scul que tous les témoi
gnages.
Cet Eloge Divin autorise à la fois
La Foy du Saint Docteur, ses Ecrits, sa science;
Mais bientôt sa vertu brillera dans le choix
Qu'il fera d'une récompense.
QUEL PRIX DE VOS TRAVAUX PEUT PAYER
L'IMPORTANCE ?
Reprend encor la même voix.
Eh ! quel choix après tout Thomas cût- il pú
faire ,
Que le choix m me qu'il a fait ?
Il connoissoit un bien immuable et parfait ; `
Quel autre que Dieu même cût pû le satisfaire ș
Ah ! si moins génereux dans le prix qu'il
choisit ,
Il eût à d'autres biens donné la préférence ,
J'oserois dire alors avec pleine assurance ,
Que Thomas n'a pas bien écrit. (a)
Par M. L. P. D. L. C.
(a) Male fcripserat , si aliter elegisset.

1
PLAN
1812 MERCURE DE FRANCE
PLAN d'une Histoire Générale
des Maladies.
M
Onsieur BOUILLET , Docteur en Médecine
de la Faculté de Montpeller, Professeur
des Mathématiques , et Secretaire de l'Académie
des Sciences et Belles Lettres de la Ville
de Beziers , a publié depuis peu le Plan d'une
Histoire Générale des Maladies , à laquelle il
travaille actuellement avec une Epître adressée
à M. Chicoyneau, Conseiller d'Etat Ordinaire ,
et Premier Médecin du Roy ; Brochure in-4 de
Io. pages , imprimée à Beziers , chés Jacques-
Antoine Barbut.
L'Auteur expose d'abord les motifs qui l'ont
porté à entreprendre cette Histoire. L'obligation
où j'ai été , dit-il , de consulter un très -grand
nombre d'Auteurs , pour me former dans l'exer
cice de notre Profession ; tes dépenses que j'ai été
obligé de faire pour me procurer les Livres nécessaires
, la peine que j'ai prise de démêler parmi
les differens principes de Théorie qui ont été admis,
ceux qui s'accordent le mieux avec la structure du
Corps Humain , et avec les loix de la Statique
et de l'Hydrostatique ; et parmi les diverses Metho
des de pratique qui ont été proposées , celles qui sont
les plus autorisées par l'usage et par l'experience des
plus habiles Médecins , anciens et modernes : le
temps qu'il m'a fallu employer pour cette espece
d'Analyse. Tout cela , continue- t'il , m'a fait
connoître la nécessité d'un Ouvrage de Médecine
Théorique et Pratique , où l'on trouvât aisément
et presque d'un coup d'oeil , ce qu'on ne trouve qu'avec
beaucoup de travail dans un grand nombre de
Volumes ; et le desir d'épargner aux autres bien
du temps
AOUS T. 1737 . 1813
du temps , de la peine et de la dépense , m'a fait
naitre la pensée d'y travailler.
M. Boulle a sent toute l'étendue de son
entreprise . It convient que , pour en venir heureusement
à bout , trente années de prat que ou
d'étude ne sont pas suffisantes , 11 reconnoît même
qu'il n'a pas toutes les qualités nécessaires
pour l'execution d'un si grand dessein : mais
j'essayerai mes forces , ajoûte - t- il , j'ouvrirai du
moins la carriere , et j'exciterai peut -être quelqu'autre
plus habile que moi ày entrer , et à franshir
les bornes qui m'auront arrêté.
Après cet aveu trop modeste , M. Bouillet dé--
taille la maniere dont il prétend traiter son Sujet..
Elle consiste à recueillir et exposer le plus briévement
, et le plus clairement qu'il poura , tout
ce que les Médecins qui nous ont précedé ont
produit de mieux sur la Théorie et sur la Pra
tique des Maladies ; à profiter de tout ce que
P'Histoire et les Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , les Journaux des Sçavans , ceux
d'Allemagne , et les Actes de Leipsix offrent de
plus interessant sur ce sujet , il yjoindra ses reflexions
et observations de même que celles done
on voudra bien lui faire part , et par le moyen
des principes qu'il établira , il liera le tout en
semble , pour en former un Systême suivi , eg
un Corps le plus régulier qu'il sera possible.
Sur quoi , il observe que son intention n'est pas
d'entrer dans une discussion exacte des diverses
hypotheses dont la Théorie des Maladies esg
comme étouffee , parce que cette discussion ne
serviroit qu'à grossir son Ouvrage , sans mieux
éclairer les Médecins qui se destinent à la Pratique
; qu'il tachera sculement de bien étayer
sa Théorie , et de n'y faire rien entrer qui ne
soig
1814 MERCURE DE FRANCE
soit fondé ou sur l'Anatomie ou sur les Mathé
matiques , ou sur des experiences incontestables.
Qu'il n'aspire point à la gloire de faire de
Systême nouveau , mais que des deux Systêmes,
des Fluides et des Solides , qui jusqu'à present
ont été le plus en vogue , il prendra ce qu'il y
trouvera le mieux établi , et qu'il en formera un
Systême moyen , qui , selon lui , representera le
Corps humain tel qu'il est dans l'un et l'autre
état de santé et de maladie.
Sa methode sera la même à l'égard de la Pratique.
Sans s'arrêter aux differentes methodes
qui ont été proposées pour le traitement de chaque
maladie en particulier , M. Bouillet se contentera
de choisir celle qu'il jugera la plus conforme
à la raison et à l'usage des plus grands
Maîtres en Médecine , et il n'indiquera que des
remedes dont on connoisse bien les vertus , ou
des effets desquels on se sera assuré par des
épreuves réiterées.
L'Ouvrage sera en François , et divisé en
vingt Livres , qui formeront six ou sept Volumes
in 4. ou presqu'autant de Volumes in- 12 .
d'un caractere plus petit. Chaque Livre contiendra
des Discours Préliminaires , qui donneront
une idée générale de la Théorie et de la Pratique
qui y seront exposés. La Description Anatomique
des Parties dont les maladies seront
examinées , fera toujours le sujet de l'un de ces
Discours , les autres expliqueront les fonctions
de ces mêmes Partics , et les dérangemens auxquels
elles sont sujetes .
Quant aux maladies , l'Auteur commencera
par celles du bas- Ventre. Il passera ensuite aux maladies
des Femmes , aux Fiévres , et aux maladies
tant internes qu'externes de toutes les Par
ties
A O UST. 1737- 1811
ties du Corps humain. Puis il traitera des maladies
particulieres aux differens âges , aux dif
ferentes conditions , aux diff rentes saisons , et
aux differens climats. Il dira aussi quelque chose
des maladies de l'Esprit , et il finira par les ma
ladies incurables à quoi il joindra quelques formules
de remedes . Cet ordre lui a paru pretérable
¡à tout autre, en ce que par ce moyen il ira toujours
du plus simple au plus composé , qu'il expliquera
les dérangemens qui arrivent aux fouctions
les plus simples , ou à ce qu'on apclie premieres
Coctions , avant que de toucher aux fonctions
les plus composées , autrement dites les
secondes Coctions , et qu'en un mot il fera mar
cher devant ce qui poura conduire à l'intelligence
de ce qui doit suivre.
il
A l'égard de l'ordre particulier qu'il se pro
pose d'observer dans l'Examen des maladies
avertit qu'il ne suivra point la Methode usitée
dans les Ecoles. Au lieu des définitions qu'on y
donne , et dont la plupart sont fort peu exactes,
il s'attachera simplement à bien décrire chaque
maladie en particulier , en la prenant dès sa
naissance , et la suivant jusqu'à sa fin ; il en assignera
les differentes especes ; il raportera fidcllement
tous les simpromes, remontera jusqu'aux
causes immédiates et éloignées , s'attachera pus
particulierement à celles qu'on nomme évidentes
, et en tirera des consequences pour la Pratique.
M. Bouillet observe encore qu'll se contente
ra de donner succinctement , et sans figures , la
Description des Parties du Corps humain , et qu'à
l'égard de leurs principales fonctions , il tâchera
de les expliquer d'une maniere Physico- Mathematique,
sans aucune figure de Géometrie ,
d'un
1816 MERCURE DE FRANCE
d'un ton uni , c'est- à- dire , sans user de Lent.
mes ou de Théorèmes , ni d'aucune démonstration
abstruse , se reservant d'aoûter au bas des
pages quelques démonstrations géometriques ou
algebriques , lorsque la matiere en sera suscepti
ble , et que cela lui paroîtra absolument nécessaire
.
Il fait esperer que les deux premiers volumes
seront en état de paroître dans le cours de l'année
1738 , et les autres volumes tout de suite ,
un chaque année.
Il prie ceux qui s'interessent pour l'avancement
de la Medecine , er sur tout de la Pratique,
de lui communiquer , le plûtôt qu'ils pouront ,
leurs vûës et leurs observations , tant sur la conduite
qu'ils auront tenuë dans certains cas rares
et difficiles , que sur la maniere de traiter les
maladies même les plus communes , et il leur
promet d'être très - éxact à rendre fidelement au
Public ce qu'ils auront bien voulu lui prêter , ∞
à leur donner dans l'occasion des marques de sa
reconnoissance . Il ne taira point leurs noms ; et
si parmi les Pieces qu'il recevra , il en est qu'il
juge dignes d'être raportées tout au long, il aura
soin de les faire imprimer à la fin du volume aug
quel elles auront raport.
A la suite du Plan que nous venons d'abréger
est P'Extrait suivant des Registres de l'Académie
de Beziers , en date du 20 Decembre 1736 .
> Mrs Cros et Ferrier qui avoient été nommés
pour examiner le Plan d'une Histoire generale des
Maladies de ayant dit qu'il seroit très- avantageux
pour les jeunes Medecins d'avoir réunies en
un même corps et de la même main la Théorie et la
Pratique de toutes les maladies , et qu'il étoit à
souhaiter
AOUST . 1737. 7817
souhaiter que M. Bouillet , qui joint depuis longtemps
l'étude de la Physique et des Mathematiques
à l'étude et à la pratique de la Medecine , et qui
s'est déja fait connoitre par les Prix qu'il a remportés
en 1719 et en 1720 , au jugement de l'Academie
Royale des Belles Lettres , Sciences et Arts
de Bordeaux , et par divers Memoires inserés dans
le Recueil de notre Académie , eût assés de santé
et de loisir , pour exécuter un dessein si loüable et
si utile , la Compagnie a jugé que cet Ecrit méritoit
d'être imprimé.
En voici le Titre en entier : Plan d'une Histoire
generale des Maladies , où par des principes
d'Anatomie , de Physique et de Mathematiques l'on
rend raison de tous le dérangemens qui peuvent
arriver au Corps humain ; et où l'on indique les
moyens les plus prompts et les plus surs que la raison
aidée de l'expérience ait pu découvrir pour remédier
à ces dérangemens.
ESSAI de Dissertation sur les Loix des
fecondes No es , et notamment sur l'article
279 de la Coutume de Paris. A Paris,
chés Gregoire Antoine Dupuis , grand-
Salle du Palais , au S. Esprit, 1737 vol.
in.12. de 200 pages . Prix trente sols
broché.
Quique
J.
sur les secodes Nôces , la nouvelle Dissertation
qui vient de paroître sur cette matière n'en
sera pas moins utile , parce qu'elle contient plu
sieurs Recherches curieu es , de nouvelles Réflé
xions sur les Loix qui concernent les secondes
Noces
1818 MERCURE DE FRANCE
Nôces , et la derniere Jurisprudence à cet égard ,
qui n'étoit encore recueillie dans aucun de nos
Livres.
L'Auteur a eu principalement en vûë d'examiner
deux Questions . La premiere , de sçavoir si
l'article 279 de la Coûtume de Paris établit une
Substitution , ou seulement une Institution légale
de la moitié des conquêts faits avec le précedent
Conjoint.
La seconde , si la disposition de cet article ,
par raport aux conquêts , s'aplique au Mari qui
se remarie aussi - bien qu'à la Femme.
Pour parvenir à la décision de ces deux Questions
, l'Auteur rapelle les principes generaux de
la matiere il parcourt les différentes Loix que
nous avons sur les secondes Nôcs, à commencer
par les Loix Romaines qu'il considere dans leurs
différents progrès ; sçavoir d'abord , pendant les
onze premiers siecles écoulés depuis la fondation
de Rome , temps pendant lequel il étoit encore
permis à ceux qui se remarioient de faire à leur
nouveau Conjoint telle liberalité qu'ils jugeoient
à propos , pouvoir qui fut limité par les Empereurs
Gratien , Valentinien et Theodose , par un
Edit qu'ils publierent le 27 May 382 , et connu
sous le nom de la Loi Foemina , inserée dans le
Code de Justinien , par lequel ils défendirent aux
veuves qui se remarioient , de disposer , au préjudice
des enfans de leur premier lit , des biens
qu'elles tenoient de la liberalité de leurs premiers
maris.
Les mêmes Empereurs , par la Loi Generaliter,
étendirent aux hommes les dispositions de la
Loi Foemina , qui ne concernoit que les tem
mes.
Environ
A O UST. 1737. 1819
Environ cent ans après la Loi Foemina ,
les Empereurs Leon et Anthemius publierent un
autre Edit connu sous le nom de la Loi Hâc
Edictali , par lequel ils défendirent au Conjoint
remarié de donner même de ses propres
biens à son nouveau Conjoint au - delà de la part
de l'enfant du premier lit , le moins prenant
dans la succession du pere ou de la mere remarié,
L'Empereur Justinien , en formant son Code,
changea quelque chose aux dispositions de la
Loi Hâc Edictali , tant par la Loi Quoniam au
Code de secundis Nuptiis , que par ses Novelles
2.et 22.
L'Auteur observe tous ces différents progrès .
du Dioir Romain jusqu'à son dernier état , et
fait plusieurs réfléxions judicieuses sur les dispositions
de chaque Loi.
Il expose dans le même ordre les dispositions
du Droit François sur cette matiere , en commençant
par l'Edit de François I I. du mois de
Juillet 1560,qui est le premier Reglement que nos
Rois ayent tait sur les secondes Nôces ; il fait
l'analyse du préambule de cét Edit , pour en
pénétrer l'esprit et les motifs , explique ses deux
dispositions , et fait mention de l'Arrêt prononcé
en Robes rouges le 16 May 1178 , qui étendit
aux maris la premiere partie de l'Edit qui ne
concernoit que les femmes.
Vint ensuite l'Ordonannce nommée communément
l'Ordonnance de Blois , parce qu'elle y
avoit été commencée dès 1566 , mais qui fut
publiée à Paris en 1579 , et registrée en 1580,
Cette Ordonnance, art. 182 declara nulles et de
nul effet et yaleur toutes liberalités faites par des
yeuves
1
1820 MERCURE DE FRANCE
weuves ayant enfans de leurs premiers maria
ges , aux personnes indignes de leur condition ;
avec lesquelles elles se remarieroient .
L'Auteur examine aussi les dispositions des
Coûtumes sur cette matiere ; il distingue celles
qui avoient été rédigées avant l'Edit de 1560 ,
de celles qui ne le furent que depuis cet Edit ,
telles que celles de Paris et d'Orleans, dont il con
fere les dispositions , pour faire voir en quoi
celle d'Orleans, qui a été rédigée la derniere , a
encheri sur celle de Paris .
Les diverses opinions des Jurisconsultes sont
aussi discutées , quelques- unes même refutées
de solides observations.
par
Enfin l'Auteur rapelle les plus celebres Arrêts
intervenus sur cette matiere , et qui sont déja
recueillis dans nos Livres , et y ajoûte quelques
Arrêts et autres Jugemens plus récents , et qui
forment la derniere Jurisprudence ; il raporte
même ces Arrêts en forme à la suite de sa Dissertation.
La résolution de l'Auteur sur les deux Ques
tions par lui proposées , est que l'article 279 de
la Coûtume de Paris , ne contient point de Substitution
légale , et que la femme n'est chargée
que d'une réserve de succeder à ses conquêts.
Et à l'égard du mari , que la portion de l'article
279 qui concerne les précedents conquêts ,
ne lui peut être apliquée , mais qu'au contraire
il en peut disposer ainsi que de ses autres biens.
La Princesse D. Camille des Ursins Borghese ,
dont on a annoncé la Vie dans le Mercure de
Juillet dernier et dont l'Auteur est le K. P. de
Courbeville , de la Compagnie de Jesus , éroit
fille
A O UST. 1737. 1821
Elle de D. Virginio des Ursins , Duc de Bracciano
et de D. Fulvia Peretti , niece du Pape Sixte
V. et soeur de la Duchesse de Montmorency ,
qui se retira au Monastere de la Visitation de
Moulins , après la mort du Maréchal son Epoux.
y
Cette Princesse nâquit en 1603. et épousa en
1619. D. Marc - Antoine Borghese , Prince de
Sulmone , neveu du Pape Paul V. Elle le perdit
peu d'années après , et demeura veuve jusqu'à
l'âge de 72. ans qu'elle entra au Convent de
P'Annonciade de Rome , qu'elle avoit fait bâtir .
Elle fit Profession et en fut Superieure ; enfin
elle y mourut en 1685. dans une haute estime
de sainteté , elle brilla, dans tous ces divers états,
des plus éminentes vertus du Christianisine . Les
informations juridiques faites pour sa Beatification
, ont servi de Mémoires à l'Auteur , connu
depuis long - temps par un grand nombre d'Ouvrages
de Pieté , de Morale et de Litterature.
L
Cavelier , Libraire , ruë S. Jacques , vient d'a
chever d'imprimer les Métamorphoses d'Ovide ,
traduites en François avec des Remarques er
des Explications Historiques par M. l'Abbé
Banier, de l'Académie des Belles Lettres; nouvel
le Edition , augmentée de la Vie d'Ovide , et enrichie
de figures , 3. vol. in 12. Paris , 1737.
Le même Libraire a reçû des Pays Etrangers '
Regia ( Henr. Jo . ) accurata medendi Methodus
ab omni Hypothesi abstracta, in 4. Lovani , 1737 ,
ROUET d'une nouvelle invention .
2 Madlle Therese de Roman , fille de M. de Roa
man , premier Consul de Gardane , nous écrit
d'Aix en Provence , où elle fait sa demeure
qu'elle
1822 MERCURE DE FRANCE
qu'elle a inventé un Roüet à filer deux ensemble.
Une seule personne d'un côté fait tourner le Rouet
avec le pied en filant , et celle qui est de l'autre
côté ne fait que fournir du fil à la broche par le
chanvre qu'elle tire de la quenouille . C'est un
Rouet ou Tour ordinaire ; il n'y a de difference
sinon que la broche est aussi longue d'un côté
que de l'autre , et qu'il y a une lette ou épinglier
de chaque côté , avec sa bobine pour recevoir le
fil. Le Rouet est à deux cordes , au lieu que les
autres ne sont qu'à une ; il y a aussi deux que-
"nouilles, une de chaque côté du banc , et ces quenouilles
ne sont point comme celles d'ordinaire.
Cette nouvelle invention peut beaucoup soulager
les Demoiselles que le mouvement continuel du
pied incommoderoit. Elles n'ont qu'à s'asseoir
un des bouts du banc et fournir le fil à la broche
, sans être obligées de tenir la quenouille au
côté , elles filent ainsi d'un côté du Roüet sans
mouvement , et à l'autre bout c'est la Servante
qui a toute la peine , parce qu'elle file des mains
et que du pied elle fait tourner le Roüet pour la
Demoiselle et pour elle .
On peut filer à ce Rouer,
non-seulement du chanvre , mais encore du -lin,
de la laine , de la soye,
Le Pape a acheté une très- belle Statuë de
Gladiateur , qui apartenoit à M. Meno , afin de
la faire placer dans la Salle du Capitole , vis- àvis
de celle qui étoit dans le Palais de la Princesce
Piombino,
On écrit de Naples, qu'on a découvert dans
de Mont Vésuve une nouvelle ouverture , par la.
quelle on conjecture que s'est faite la derniere
éruption.
Le
THENE
PUBLIC
HERARY
ABTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
et
D
G
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vis
ce
de l
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Thi
PUBLIC
INERARY
.
ASTOR
, LENOX
ANS
TILDEN
EGENDATIONS
.
A O UST. 1737.
1823
Le sieur Robert , Geographe ordinaire du Roy,
Eleve et Légataire de feu M. Sanson , vient de
donner au Public une Carte de la Géographie
ancienne , en deux grandes Feuilles , pour servir
à la lecture de l'Histoire des anciennes Monar
chies , par M. Rellin , ancien Recteur de l'Université
, avec une petite Table Méthodique qui
désigne toutes les Provinces qui ont composé les
anciennes Monarchies. Il a suivi le plus exacte
ment qu'il lui a été possible , l'excellent Ouvrage
pour la lecture duquel cette Carte a été dres- ,
sée.
Le sieur Robert demeure ruë S Jacques , dans
la maison de M. Delespine , Imprimeur du Roy ,
à l'Image S. Paul . On trouve chés lui toutes les
Cartes et Tables Méthodiques des sieurs Sanson,
dont le fond est de plus de six cent Planches.
M. Moyreau vient de faire paroître sa 26. Estampe
, intitulée le Colombier du Maréchal , d'après
le Tableau original de Ph. vauvremens ,
du Cabinet de M. d'Argenville , Maître des
Comptes , de 20. pouces et demi de large , sur
17. pouces de haut , 1737. Cette Estampe se
vend chés le sieur Moyreau , ruë Galande , vis - à
vis S. Blaise .
On y vend aussi un beau Frontispice , gravé
par le même Graveur , d'après M. de la Joue ,
avec de Riches ornemens dans le caractere et les
divers gouts de Wauvremens , avec son Portrait;
on lit au milieu en beaux caracteres , OEuvres
de Ph. Wauvremens , Hollandois , gravées d'après
ses meilleurs Tableaux qui sont dans les plus fameux
Cabinets , dédiées à son à S A. S. M. l
Comte de Clermont , Prince du Sang.
G L
1824 MERCURE DE FRANCE
$
Le sieur le Bas, Graveur du Roy , vient de
faire paroître une très- belle Estampe , gravée en
large avec toute l'intelligence et le goût possible ,
dont le Sujet est une grande Fête de Village et
une Baterie à coups de coûteaux dans un riche
Paysage , d'après un Tableau ori ginal du Cabinet
de la Comtesse de Verrue , peint par D. Teniers
, et peut être le plus beau qui soit sorti de
son pinceau en ce genre . On lit ces Vers au bas,
Quand du Dieu des Festins les utiles présens
Vous sont offerts en abondance ,
Et que tous les plaisirs viennent flater vos sens ;
Pourquoi n'en sçavoir pas user avec prudence
Quelle fureur ! je vois de criminels coûteaux
Se tirer avec violence .
Toujours l'homme insensé changera - t'il en
maux
Les biens qu'en sa faveur répand la Providence
Certe Estampe se vend chés l'Auteur , au bas de
la ruë de la Harpe , vis-à-vis la ruë Percée , chés
un Fayencier.
La Suite des Portraits des Grands Hommes
et des Personnes Illustres dans les Arts et dans
les Sciences , continuë de paroître avec succès
chés Odieuvre Marchand d'Estampes , Quay de
l'Ecole ; il vient de mettre en vente et toujours
de la même grandeur :
P. DU Bose, Ministre à Caën, né à Bayeur
en 1623. mort à Rotterdam en 1692. tiré du
Cabinet de Mad. le Gendre , sa fille , dessiné pa
Chevalier et gravé par G. F. Schmidt.
PAU
A O UST. 1734 1825
PAUL SCARRON , mort à Paris le 140
Octobre 1660. dessiné par Boizot et gravé par
G. F. Schmidt.
CHANSON,
Le Retour d'un désespoir amoureux.
LEE Berger Tircis
Rongé de soucis
De voir sa Climene
Rire de sa peine ,
Alla se percher
Sur un haut Rocher ,
Voulant finir son suplice
Dans un précipice ;
Mais songeant que ce sant
Etoit bien haut ,
Et qu'on mourroit
Quand on voudroit
Et qu'on vivroit
Tant qu'on pouroit ;
Quelque volage et legere
Que fût la Bergere ,
Il fit nargue à ses apas ,
Et revint au petit pas.
Les Rimeurs Silvains
I
Des Antres prochains ,
Gij Su
826 MERCURE DE FRANCE
Sur cette amourette
Firent Chansonnette
>
Pensant que la mort
Eût fini son sort
Même Pinjuste Climene
En étoit plus vaine.
Pendant que ce Berger ,
Loin de tout danger ,
Bien s'assuroit
Qu'il n'en mourroit ?
Mais qu'il vivroit
Tant qu'il pouroit ;
Et revenant près de sa Belle ;
Il se moqua d'elle ,
Et les Silvains étonnés
En eurent un pied de nez.
On croit que ces Paroles sont de la
Comtesse de la Suze ,
SPECTA
A O UST. 1737. 1827
L
SPECTACLES.
A MASCARADE du Parnasse ,
Comédie en un Acte et en Vers ,
précédée d'un Prologue , et suivie d'un
Divertissement. Par M. Pesselier.
- Cette Piece n'ayant point été representée
, et partant d'une bonne main
mérite d'autant plus que nous la fassions
connoître. Nous allons exposer le précis
de cet Ouvrage en peu de mots.
La Scene du Prologue est dans le Cabinet
de Cleante , Ami de Dimis , Auteur
de la Piece ; Damis la lui ayant remise
entre les mains , pour en disposer ,
il prend le parti , après l'avoir lûe avec
plaisir , de l'envoyer aux Comédiens Italiens
; il l'adresse à un de ces Messieurs ,
c'est au Sieur Romagnesi , qui possede
le double talent d'Auteur et d'Acteur.
A peine l'a - t-il envoyée, que Damis arrive
chés lui dans le dessein de la reprendre
; mais il n'en est plus temps . Cleanţe
le blâme de trop de timidité, et le fair
consentir à laisser jouer sa Piece , pourvû
qu'elle soit anonime. Damis se reproche
d'en avoir fait confidence à un Marquis
:Giij de
1828 MERCURE DE FRANCE
de ses Amis , qu'il ne tient pas pour un
homme bien discret ; ce Marquis arrive,
on lui demande le secret : il répond qu'il
n'en a fait part qu'à trois de ses Amis ,
d'où l'on conclut que le secret ne sçau
roit être en plus mauvaises mains .
La conversation entre ces trois Messieurs
roule sur une Comédie qu'on joüe,
et qui attire tout Paris, quoiqu'on y pleure
comme dans la Tragédie la plus pathé
tique ; une Baronne arrive ; elle vient de
voir representer la Comédie en question
, et la met au- dessus de tout ce qu'on
a jamais joué ; le Marquis se declare ouvertement
contre son goût; il n'en est pas
de même de Cleante et de Damis ; ils respectent
le Sexe , et ne heurtent pas la
Baronne de front , quoique dans le fond
ils condamnent ce nouveau genre de Comédie.
Au reste , ce Prologue est orné
d'une Fable très- ingenieusement inventée
: on y supose que les talens sortis de
la tête de Minerve , allerent chercher à
se loger, Ils furent d'abord chés l'Indo-
Lence , qui les reçût avec de grands helas
! et rien de plus . Peu satisfaits d'une
Hôtesse si mal propre à les faire valoir ,
ils la quitterent pour aller chés la Timi
dité , qui ne les satisfit pas davantage i
nouvel embaras sur le choix du gîte.
Ils
A O UST. 1737. 1829
Ils se déterminent à avoir recours à la
Temerité. Il fallut grimper un Mont escarpé
pour arriver jusqu'à elle , mais ils
furent si mécontens de ses projets audacieux
, qu'ils redescendirent de son
Palais avec autant de plai ir qu'ils avoient
eu de peine à y monter. Ils allerent enfin
chés l'Emulation , qui leur aprit l'art
de paroître avantageusement , et leur
conseilla cependant d'aller implorer
l'Indulgence , dont les plus beaux Talens
ont besoin. Cleante , ayant recité cette
Fable instructive , détermine Damis à
donner sa Piece au Public indulgent.
Passons à la Comédie.
L'Auteur , par une allégorie très fine
et très bien écrite , a eu en vûë de critiquer
le nouveau genre de Comédie qui
s'est introduit , et qui tient un peu trop
de la Tragédie. De peur d'être trop longs ,
nous nous contenterons de donner une
légere ébauche de chaque Scene , selon
F'ordre dans lequel elles ont été mises .
L'Amour et Hebé commencent la Piece
L'Amour felicite Hebé sur la conquêre
du coeur d'Apollon . Hebé lui fait
confidence d'un tour qu'elle veut joiier
à son nouvel Amant ; voici comme elle
s'explique au sujet du bal qu'Apollon
ordonne pour elle.
G iiij Mais
1830 MERCURE DE FRANCE
Mais sur ce Cadeaú sans égal ,
Il doit vous consulter , et vous prier , je pense
De choisir la Salle du Bal.
Ce qui me réjouit le plus dans cette affaire ,
C'est que de cette Fête Apollon voudroit faire
A tout le Parnasse un secret ;
De peur qu'elle ne soit troublée ,
Il doit composer l'Assemblée
D'un Peuple ignorant et discret .
Et moi , sous main , je l'ai fait dire
'A Momus ; vous sçavez qu'il aime fort àrire
Et qu'il jase passablement ;
Il ne manquera pas d'instruire
Les neuf sçavantes Soeurs de ce Cadeau char
mant ;
Je vous les garantis aussi - tôt en campagne ;
Notre Sexe , sans contredit ,
Saisit avidément les nouvelles qu'on dit ;
La curiosité l'inspire et l'accompagne :
Les Muses vôleront aussitôt en ce lieu +
Pour avoir un sujet de critiquer ce Dieu ,
Qui les tient dans la dépendance.
Hebé se retire pour aller donner quelques
ordres sur la malice qu'elle veut
faire à Apollon dans cette Mascarade .
L'Amour plaint Apollon d'être tom
bé en si bonnes mains pour être berné ;
il convient que ses Vers ont souvent relevé
.1
A O UST. 1737 1831
levé la gloire de son Empire , cette réflexion
lui fait dire :
Ne soyons point ingrats , employons tous nos
soins
A lui faire goûtér un avis profitable ,
Et que l'on puisse dire, une fois pour le moins,
Que je suis un Dieu charitable.
Comus vient faire entendre à l'Amour
qu'il va travailler de son mieux pour re
galer Apollon et ses Convives. A peine
Comus est- il sorti , que l'Amour voit pa
roître Apollon lui - même , gesticulant
sautant, et parlant entre ses dents , d'où
ce Dieu malin , qui l'a blessé pour He
bé , conclut que son cerveau est démonté
; Apollon acheve de l'en persuader
dans un Dialogue , où il lui fait voir
tout l'excès de son délire amoureux ; l
Momus vient se joindre à eux pour égayer
la Mascarade , où l'on voit bien que ce
Dieu Railleur veut se signaler aux dépens
du Dieu des Vers.
Melpomene arrive suivie de Thalie &
c'est ici que l'Auteur semble entamer
son sujet , quand il fait dire à Melpome
ne d'un ton tragique :
Quelle barbare main m'a conduit en ces lieux
Je sens qu'on y respire un air contagieux :
Je me meurs..
GV
Cette
1832 MERCURE DE FRANCE
Cet évanouissement est suivi d'un
délire , où Melpomene prend Apollon
pour l'Amour , et l'Amour pour Apollon
; ce dernier ordonne qu'on Femporte
; il ne permet qu'à elle de revenir , et
le défend à Thálie , sous peine d'être
bannie des Lieux de son Empire.
>
Thalie dit à Momus que la défense irrite
son desir , et qu'elle veut être de la
Mascarade à quelque danger qu'elle
s'expose. On voit arriver Euterpe magnifiquement
parée, et parlant d'un ton minaudier
, il y a aparence que l'Auteur
veut critiquer ici les Pastorales du Théatre
François , Italien , ou Forain ; mais
cela ne paroît pas assés prononcé.
Hebé vient témoigner à Thalie le plaisir
qu'elle a de la voir , et la prie d'égayer
Fa Fête qu'Apollon ordonne pour lui
prouver son amour ; Thalie lui promet
d'y venir en bonne compagnie , et se
Betire.
Hebé se sçait bon gré des invitations
qu'elle a pris soin de faire contre le sentiment
d'Apollon , qui vouloit que la
Fête se fit sans éclat.
*
Apollon vient suivi des Jeux et des
Ris il les invite à signaler leur zele
pour son Amante et pour lui ; on frape
à la porte du Bal , Apollon ne veut pas
qu'on
A O UST. 1737. 1833
qu'on ouvre aux Masques , mais il n'en
est pas le Maître ; Hebé veut qu'on laisse
entrer tout le monde.
Thalie , déguisée en Melpomene , et
se couvrant le visage d'un mouchoir , se
jette aux pieds d'Apollon pour lui demander
justice contre un Romain , qui
veut la forcer à lui donner la main ; elle
represente une Sabine enlevée , ou exposée
à l'être : Momus la suit de près , avec
un manteau gris et une longue barbe ;
la prétenduë Sabine le reconnoît pour son
Pere. Elle dit tout bas à Momus.
Rehausser votre style , il jure avec le mien,
Momus lui répond :
Eh morbleu ! taisez-vous ; cela n'y fait de rien
C'est la mode à present , de la badinerie
On vôle au serieux sans nul ménagement ;
Et l'on passe rapidement
Du plus grand Pathetique à la Bouffonnerie.
Voilà l'endroit par où l'objet de la
Piece commence à être plus marqué. Momus
vient annoncer à Apollon qu'on a
volé les habits de Melpomene ; Apollon
Fui répond qu'il est mal informé , puisque
Melpomene est presente avec ses
habits , et qu'elle ne se plaint pas de ce
prétendu vol : Momus lui fait voir son
Gvj erreur
1834 MERCURE DE FRANCE
erreur , et lui dit en regardant Thalie :
Vous vous trompez , ne vous déplaise
Ou cette Femme assurément
De Melpomene aura volé l'habillement.
La fausse Melpomene est reconnuë
pour Thalie ; Apollon irrité la condamne
à s'habiller toujours de même. Il y a
aparence que l'Auteur prétend que c'est
depuis la Mascarade en question qu'Apollon
, pour punir Thalie du vol qu'elle
avoit fait des habits de Melpomene ,
l'a condamnée à mettre ses Pieces sur le
ton tragique , et qu'Euterpe a éprouve
la même punition , pour s'être parée plusmagnifiquement
qu'il ne lui convenait..
Au reste , cette Comédie nous paroît
très-bien versifiée ; nous aurions passé.
les bornes que nous nous sommes prescrites
, si nous eussions cité tous les Vers
qui méritent de l'être . Elle est suivie d'un
Divertissement dont le Vaudeville roule
sur ces deux opositions :
C'est la Mascarade
C'est la Verité.
Ea voici deux Couplets :
VAUDE
AOUST. 1737 1839
Q
VAUDEVILLE.
U'un large mouchoir à la main
Dans une rouchante Tirade
Thalie étale son chagrin ;
C'est la Mascarade :
Mais qu'avec un air de gayeté
Elle débite une Morale
Pure , sensée , et générale ;
C'est la Verité..
M
2
Que d'un ton foible et langoureux
Melpomene , dun amour fade
Tienne les Propos doucereux
C'est la Mascarade..
Aime- t-elle avec dignité ?
Elle captive nos suffrages ;
Quel est le sceau des bons Ouvrages
C'est la Verité.
Cette Piece est imprimée chés Prault ,
Pete , Quay de Gesvres, in - 8 . de 90. pp.
17:37
EXTRAIT
1836 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT de la Comédie du Bailli
Arbitre , Piece en Prose d'un Acte , représentée
sur le Théatre Italien le 21.
Juillet , annoncée dans le dernier Fournal.
M.
Oronte et Mad. Argante , tous les
deux veufs , plaident depuis plus de
vingt ans , et se lassent très fort de chicane
et de procès. Ils projettent de terminer
leurs differends par un double mariage.
Oronte a un fils unique, appellé Palere,
jeune Officier, et Mad. Argante a une fille
fort aimable, nommée Angelique . Ces deux
jeunes personnes ont trouvé le moyen de
se voir et de s'aimer , quoique le projet
d'Oronte et de Mad Argante ne soit pas
de les unir ensemble ; leur dessein est tout
oposé, puisque Mad. Argante offre sa fille
Angelique à Oronte , et celui -ci offre Valere
son fils à Mad, Argante, ils sont même
convenus de ces deux mariages , par l'entremise
du Bailli du Lieu où se passe la
Scene ; et pour autoriser leur raccommodement
, ils lui remettent chacun un blanc
Seing pour terminer finalement tous leurs
différends ; c'est sur ce blanc Seing que
roule toute l'intrigue de la Piece.
Valere et Angelique sont fort constermés
d'un pareil projet ; ils mettent tout en
usage
AOUST. 1737. 1837
usage pour le rompre. L'Epine , soldat de
la Compagnie de Valere , veut absolument
servir son Maître , et empêcher la conclu
sion de ces deux ridicules mariages ; il
trouve le secret de s'introduire chés Mad.
Argante en qualité de Jardinier , sous le
nom de Lucas : il fait connoissance avec
Lisette , Suivante de Mad. Argante , dont
il devient amoureux , et avec Arlequin ,
autre Domestique de la 'Maison. Ils travaillent
tous les trois à brouiller Oronte
avec Mad. Argante, et à rompre les deux
mariages projettés , ils mettent aussi le
Bailli dans leurs interêts , qui d'ailleurs
n'est pas trop porté à favoriser deux ma--
riages si mal assortis .
Pour premiere fourberie , Lucas vient
faire une fausse confidence à Mad. Argante
, et lui dit qu'il a entendu dire à Mr
Oronte , que son dessein est de recommencer
à plaider aussitôt que son fils
Valere sera marié avec elle . Mad. Argante
est fort outrée d'un pareil discours , et
paroît tout-à fait disposée à rompre avec
Oronte. Lisette travaille aussi de son côté
à indisposer Oronte pour son mariage avec
Angelique , et lui fait entendre , dans une
conversation qu'ils ont ensemble , que la
conduite d'Angelique n'est pas des plus
régulieres , et que les nouvelles publiques
en
1838 MERCURE DE FRANCE
en avoient même parlé peu avantageusement.
Oronte donne dans le paneau ,
prend feu , et veut rompre absolumentt
avec Mad. Argante. L'Epine et Lisette ont
mis aussi Arlequin dans leur confidence ;
et dans le temps qu'Oronte et Mad Argante
sont en conversation pour se faire .
réciproquement des reproches , Arlequin
arrive déguisé en Huissier , et leur présente
à chacun un Exploit à la requête ,
de l'un et de l'autre , et se retire. Ce dernier
trait les irrite si fort , qu'ils déchirent
chacun leur Exploit , et se jurent une
haine éternelle. Arlequin qui a quitté son
déguisement , arrive un moment après , et
trouve encore Mad. Argante et Oronte qui
se querellent, il annonce en même temps le
Bailli avec tout l'attirail d'une Noce. Mad..
Argante et Oronte lui disent d'abord que
tout est rompu , et qu'ils ne veulent plusentendre
parler de mariage . Le Bailli leur
fait entendre qu'ils font fort bien de renoncer
aux deux mariages projettés , et à
toutes sortes de procès ; que cependant leur
accommodement n'étoit pas moins conclu,
et que leurs Blancs-seings étoient remplis
en faveur de Valere et de l'aimable
Angelique par un Contrat de mariage quele
Bailli leur remet . La Piece finit par un
rès- joli Divertissement de la composition:
*
AOUST. 1737 ; 1839
tion du sieur Des Hayes , très- aplaudi , eg
parfaitement bien exécuté .
Le 17. Août, les Comédiens Italiens donnereng
la premiere Representation d'une Piece nouvelle
intitulée dans leurs Affiches l'A **** Comédie
anonime , en Vers , et en trois Actes , précédée
d'un Prologue , et suivie d'un très -joli Divertis
sement Chinois . Cette Nouveauté a été reçûë du
Public avec beaucoup d'aplaudissemens , et elle
attire tous les jours de nombreuses Assemblées a
l'Hôtel de Bourgogne . Nous ne manquerons pas,
d'en parler plus au long,
Le vingtiéme, l'Académie Royale de Musique.
donna la vingt- huitiéme Representation du Ballet
des Amours des Dieux , et le 22. elle remit
au Théatre l'Opera de Cadmus et Hermione.
Cette Piece qui n'avoit pas ésé reprise depuis le
mois d'Août 1711. a été reçûë très - favorablement
du Public on en parlera plus au long
dans le prochain Journal.
Quoique Quinault et Lulli soient les Auteurs
de la Pastorale des Fêtes de l'Amour et de Bacchus
, la Tragédie de Cadmus doit être regardée
comme le premier Opera de ces illustres Auteurs.
La Troupe des Comédiens du Roy , établie
dans la Salle du Palais Royal , ayant perdu Mo
liere , qui en étoit le Chef, au mois de Février
1673. Lulli , à qui Sa Majesté avoit fait expé
dier des Lettres de Privilege pour la Represen
tation des Opera , prit possession de cette Salle,
Le premier Opera qui y ait été representé ,.
c'est Cadmus et Hermione. Il parut au mois
d'Avril 1673. On l'avoit déja exécuté , pour la
premiers
1840 MERCURE DE FRANCE
t premiere fois , sur le Théatre de Belair ; et i
fut reçu avec les mêmes aplaudissemens sur celui
du Palais Royal.

Le seul défaut que l'on reprocha à Quinault,
fut d'avoir mêlé du Burlesque dans cette Piece 3
reproche que l'on avoit déjà fait à Perrin , lorsqu'il
donna au Public son Opera de Pomone.
Mais Quinault s'en corrigea dans la suite , et s'a¬
perçût le premier qu'il avoit mal fait en cela
d'imiter les aliens , qui mêlent du Burlesque
dans les Pieces les plus sérieuses pour diversifer
leurs Sujets. Ressource pire que la pauvreté ,
dit l'Auteur de la Vie de Quinauit , et que l'on
ne doit nullement envier.
Le Trio Gardons nous bien d'avoir envie, ¿c.
passoit pour une des plus b lies choses que Lulli
eût jamais faites. Aujourd'hui le Trio et le Choeur
Suivons , suivons l'Amour , &c. fait plus de
plaisir . L'adieu de Cadmius et d'Hermione est
une des plus belles Scenes qu'il y ait au Théatre.
Le Sacrifice au troisiéme Acte est encore
fort admiré par les Connoisseurs.
O Mars ! ô toi qui peux
Déchaîner quand tu veux, ¿c.
On aprend de Naples que le Roy y fait cons
truire une nouvelle Salle d'Opera , et que le Sr
Righini , Eleve du célebre Bibiena , y est déja
arrivé , par ordre de S. M. pour donner les desseins
de l'Architecture et des Crnemens .
La Comédie nouvelle des Caracteres de Than
lie , de M. Fagan se soûtient toujours au Théatre
François , on en donna la dix-huitième et
derniere Representation le 31. de ce mois.
Le
A O UST. 1841 1737.
Le 6.Août les Comédiens François donnerens
une Representation de la Tragedie d'Iphigenie
de Racine , dans laquelle la Dile M .... Dumesnil
, nouvelle Actrice , remplit , pour la premiere
fois sur ce Théatre , le Rôle de Clitemnestre.
Elle fut favorablement reçûë du Public
et généralement aplaudie. Elle est de Paris ,
âgée de vingt- deux ans, et a joué pendant quelque
temps sur le Théatre de Strasbourg . Ses talens
se sont bien plus dévelopés à la seconde Repre
Sentation de cette Piece ; mais dans le Rôle de
Phedre , qu'elle a representé ensuite jusqu'à cinq
fois , ils ont paru dans tout leur éclat , et le Public
en a paru également satisfait et surpris. On
lui trouve la voix nette et flexible , beaucoup
d'intelligence , de feu, de justesse et une expres
sion vive et modeiée .
Le Personnage d'Elizabeth , dans la Tragé
die du Comte d'Essex , qu'elle a joué en dernier
lieu , a confirmé la haute opinion qu'on a conçû
de cette Actrice.
Le 4. Aoust, L'Opera Comique donna, après
la petite Piece de l'Epreuve Amoureuse , dont on
a déja parlé , une autre Piece nouvelle , en un
Acte , intitulée l'illustre Comédienne , suivie d'un
Divertissement qui a pour titre la Fête Infernale,
ordonnée par Fluton et Proserpine. Le nouveau
Danseur Anglois danse dans les Divertissemens ,
les Caracteres de Scaramouche , figurés avec
quatre autres Danseurs en Scaramouches , qui
ont été généralement aplaudis .
Le 19. on donna un nouveau Ballet Pantomime,
dans lequel le nouvel Arlequin Anglois figura un
Rôle de Petit Maître , avec d'autres Danseurs et
Danseuses de la Troupe , sous differens Personnages
1842 MERCURE DE FRANCE
hages. Ce Divertissement , qui a été goûté , er
qui est mêlé de quelques Chansons chantées par
une Actrice Angloise , et dans la Langue de son-
Pays , est précédé des deux Pieces dont on vient
de parler.
Le 25. Fête de S. Louis , on donna , sur le
même Théatre , à onze heures du soir , un Bal
public , à l'occasion de la Fête du Roy . On
avoit construit un plain pied au niveau du Théa
tre qui occupoir toute la longueur de la Salle
laquele fut très -bien décorée , et parfaitement
bien éclairée , on y dansa toute la nuit avec un
très - grand concours.
Le 27. on donna encore une Piece nouvelle
d'un Acré , avec un Divertissement , intitulée la
Princesse de Golconde , de la Composition de M.
Carolet , qui est aussi l'Auteur des deux Pieces
qui ont été données à l'ouverture de la Foire
qui ont pour titre l'Amour Paysan et la Fée
Brochure.
Le 31. on donna une autre Piece nouvelle
d'un Acte , de la Composition du même Auteur,
elle est intitulée Pierrot Cadmus , ou la Parodie
de l'Opera qu'on joue actuellement . On parlera
plus au long de cette Nouveauté , qui a été goû
sée du Public,
NOU
AOUST 1737 1849
NOUVELLES ETRANGERES.
L
DE RUSSIE.
' Incendie de Petersbourg , du 6. de Juillet
dont on a déja parlé dans le précedent Mercure
, ayant commencé pendant la nuit , plusieurs
personnes , qui étoient couchées , ont été
brulées dans leurs lits , plusieurs autres , dont les
maisons donnoient sur la Neva , se sont jettées
dans la Riviere. L'Epouse du General Balke a été
de ce nombre , et elle a été heureusement retirée.
M. Zwart , Ministre de la République de
Hollande , a perdu dans cet Incendie ses papiers,
ses effets les plus précieux , sa vaisselle d'argent,
et la plus grande partie de ses meubles.
. Quoique les recherches que l'on fait pour dé .
couvrir les Incendiaires , eussent dû les intimi
der , on a trouvé depuis dans les rues plusieurs
copies d'une Lettre , par laquelle ils menacent
de mettre incessamment le feu aux quatre coins
de Pétersbourg . On compte qu'il y a cû caviron
mille maisons de brulées.
Les aveux faits par les Incendiaires qu'on a
arrêtés depuis , ont déterminé le Gouvernement
à faire poster des Gardes au coin de toutes les
rues , avec ordre de foüiller les personnes suspectes
qui y passeront, et d'arrêter celles sur les
quelles on trouvera des matieres combustibles .
Depuis , le feu a été mis encore dans deux au
tres quartiers de cette Ville , mais on y a aporté
du secours avec assés de promptitude , pour em
pêches
1844 MERCURE DE FRANCE
pêcher le progrès des flammes. On a trouvé aussi
quelques matieres combustibles répandues auprès
de l'Arsenal et du Bureau d'Artillerie et
dans les environs du Théatre qui est vis - à- vis
le Palais d'Hiver de la Czarine.
On a apris que le General Munich arriva le
2. Juillet devant Oczakow avec l'Armée qu'il
commande , et qu'ayant été informé que les Ministres
Plénipotentiaires du Grand Seigneur ne
s'étoient rendus à Niemirow dans le temps
dont on étoit conyenu , il avoit fait conformé
ment aux Ordres de S. M. Cz . toutes les dispositions
nécessaires pour assieger la Place dans
les formes.
pas
Un autre Courier dépêché par le même Gene?
ral , a donné avis à la Czarine , que s'étant emparé
de tous les Ouvrages exterieurs de la Ville
et ayant chassé le 12. les Enneinis du chemin
Couvert, il s'étoit déterminé le lendemain à donner
un assaut general , parce que les Assiegés attendoient
un secours considérable ; que la Garnison
, composée de 7 à 8000. hommes de Troupes
d'élite , s'étoit défendue avec beaucoup de
valeur, mais qu'elle avoit été attaquée si vivement
par les Moscovites , que le Pacha avoit été enfin
obligé de faire battre la chamade et de se rendre.
Les Assiegeans ont perdu peu de monde , mais
ils ont eu un grand nombre de blessés .Mrs Kalte
et de Lowendahl , Lieutenans Feldt-Maréchaux ,
et le Major General Arrackzies, sont de ce nombre.
Le Prince Antoine Ulrich de Beveren , qui
pendant l'assaut a toujours été auprès du Comte
de Munich , a cû un cheval tué sous lui.
0
On a trouvé dans la Place 86. Canons, dont
40. sont de bronze , 26. Mortiers , environ 12.
nille Fusils et une grande quantité de munitions
de
A O UST. 1737. 1845
de guerre. Le Prince Antoine Ulrich a envoyé à
la Czarine plusieus beaux Chevaux , pris sur les
Turcs , et S. M. Cz . en a donné deux au Duc
de Curlande. Voici d'autres particularités de ce
Siege.
L'avant -garde des Troupes Moscovites arrivá
le premier Juillet devant la Place , et le lende
main elle fut jointe par le Comte de Munich er
par le reste de l'Armée. Le même jour ce General
fit investir la Ville , et les jours suivans furent
employés à établir les batteries et à faire
les autres dispositions nécessaires pour l'attaque.
Le 11. les Moscovites chasserent les Assiegés
de tous les Ouvrages exterieurs . Le Pacha fit le
12. une sortie , et il combla quelques travaux
des Assiegeans , mais ayant été repoussé , il fut
obligé de rentrer dans la Ville et de laisser ses
blessés dans le Camp des Moscovites, Le Comte
de Munich attaqua le même jour au soir le
chemin couvert , dont il se rendit maître.
Le 13. ayant reçû avis que les Turcs attendoient
incessamment un secours considérable , il
prit la résolution de donner un assaut general. Il
monta le premier sur la breche à la tête du détachement
des Régimens desGardes à pied de la Cza
rine, commandé par le Comte de Biron , le plus
jeune des freres du Duc de Curlande , et il planta
sut le Rempart le premier Drapeau de ce Régiment
. Aussi- tôt la Garnison battit la chamade,
et le Pacha vint se rendre au Comte de Munich.
Les Troupes Moscovites entrerent en même
temps dans la Ville, et elles couperent le chemin
aux Troupes de la Garnison , qui vouloient se
sauver à bord de quelques Vaisseaux Turcs qui
étoient dans le Port.
Pendant le Siege l'Artillerie du Comte de
Munich
1848 MERCURE DE FRANCE
Munich a été très - bien servie , et ses batteries
ont mis le feu à deux Magasins à poudre . Elles
ont aussi causé beaucoup de dommage aux Vaisseaux
des Ennemis .
Le Comte de Munich a mandé à la Czarine, que
la Ville d'Oczaków étoit fortifiée de 4. Bastions
revêtus de pierre , que les fossés dont elle étoit
environnée , étoient larges et profonds , et que
la contrescarpe étoit faite à la maniere des Européens.

Ön aprend d'Ukraine , que le Comte de Mumich
avoit reçû avis que lorsque le Contre-
Amiral Bredahl , commandant l'Escadre Moscovite
, étoit arrivé à l'embouchure du Tanaïs ,
le Capitan Pacha Gianum Codgia , s'étoit présenté
avec la Flotte du Grand Seigneur dans le
dessein de l'attaquer , mais que quelques - unes de
ses Sultanes ayant été fort maltraitées par le
gros canon des Praames des Moscovites , il avoit
repris le large sans détacher ses brulots.
Par un Courier du Feldt - Maréchal Lescy , la
Czarine a apris que ce General ayant fait avancer
un détachement considérable de Cavalerie
du côté des nouvelles lignes de Précops , pour
faire croire aux Tartares qu'il étoit dans le dessein
d'attaquer ces lignes , ils y avoient rassemblé
toutes leurs Troupes pour l'empêcher de s'en
mparer , et que pendant que les Ennemis n'étoient
occupés que du soin de pourvoir à la défense
de leurs retranchemens , il avoit fait passer
à son Armée le Détroit de Kosa , dans lequel
sont les guez découverts Pannée derniere par le
Major General Spiegel ; que les Troupes avoient
traversé heureusement ce Détroit et que le 30.
Juin elles étoient entrées en Crimée.
Le Feldt- Maréchal Lescy étoit campé à Arrabat
A O UST . 1737 1847
rabat au départ du Courier. Selon les dépêches
de ce General , le Contre Amiral Bredahi , qui
com nante l'Escaire , a dû débarquer le 31 .
Juin près de Keres , qui n'est éloigné d'Artabat
que de deux lieues . Les mêmes avis portent que
le Kan de Crimée , dès qu'il avoit été instruit de
l'entrée des Troupes de la Czarine dans ses Etats,
étoit sorti de ses lignes , et que n'y ayant laissé
que quelques Troupes pour les garder , il avoit
marché contre les Moscovites avec toute son
Armée , qu'on disoit être composée d'environ
120 mille hommes.
ALLEMAGNE.
Elon les Lettres reçûës à Vienne , l'Armée
Impériale étant arrivée le is Jurler sun te
bord de la Morave , la Cavalerie pissa le lende- .
main cette Riviere , et elle fut suivic le 14. par
P'Infanterie et par les Equipages.
Le même jour , le Comte de Secken lorf alla
Occuper le Camp qu'on avoit marqué p è de
Jagodina , et le Comte Bratta , Capitaine de son
Régiment , porta au Pacha de Nissa , par son
ordre , une Lettre écrite par le Conte de Konigs
g à ce Pach , pour l'informer que l'Empereur
ne pouvoit differer plus long temps de remplir
ses engagemens avec la Czarine , et de dé - ´
clarer la guerre au Grand Seigneur.
Ce General reçut avis le 15. que M. de Valvassonne
, Lieutenant Colonel , qu'il avoit détaché
la veille pour s'emparer du Fort de Ratscha,
ayant fait sominer le Commandant de ce Fort de
se rendre , et le Commandant ayant répondu
qu'il étoit résolu de se défen tre jusqu'à la derniere
extremité , le Détachement de M. de Val-
H vassonne
1848 MERCURE DE FRANCE
vassonne avoit attaqué ce Fort , et l'avoit emporté
d'assaut ; que de 200. hommes dont la
Garnison étoit composée , 4o . avoient été tués
avec le Commandant , que les 160 , autres avoient
été faits prisonniers de guerre , et que les Impériaux
n'avoient perdu que dix hommes en cette
occasion. On a trouvé dans ce Fort so . chevaux,
60. boeufs et environ 150. moutons.
Les Troupes commandées par le Prince de
Saxe-Hildburghausen , après s'être rassemblées
dans l'Esclavonie , entre Brood et Gradiska ,
sont entrées en Bosnie , et elles se sont emparées
d'un Fort situé sur le bord de la Riviere de Verbas
, et dans lequel on a pris 40. ou so. Turcs .
Le Prince de Saxe- Hildburghausen a marché
ensuite vers Balagnuck pour en former le blocus.
Les Habitans d'un grand nombre de Villages
lui ont envoyé des Députés pour demander d'être
reçus sous protection de l'Empereur.
Le Comte de Vallis est en Valachie avec
24000 hommes , et le General Molk est entré
en Moldavie.
Les Troupes Impériales n'ont encore rencontré
aucun Corps de Turcs ou de Tartares qui se
soit présenté pour s'oposer à leur marche , mais
elles ont trouvé tout le pay , .uiné , la plupart
des Villages brulés et les chemins rendus pres.
que impraticables .
Le 2. de ce mois , le Comte de Grun , Colonel
, Commandant le Régiment du Prince Charles
de Loraine , arriva à Vienne , et remit à l'Em,
pereur une Lettre par laquelle le Comte de Seckendorf
donne avis à S. M. I. que le Pacha de
Nissa a rendu cette Place le 28. du mois dernier.
Ce Comte a remis en même temps à l'Empereur
les articles de la Capitulation accordée par le
Comte
A O UST. 17:7. 1849
Comte de Seckendorf à ce Pacha , er par laquel
le on est convenu que la Garnison et les Habi
tans de Nissa seroient traités comme l'avoient
été ci - devant la Garnison et les Habitans de Belgrade;
que la Garnison sortiroit de la Place avec
tous les honneurs militaires ; que les Habitans
pouroient emporter tous leurs effets et emmener
leurs femmes , leurs enfans et leurs esclaves , à
l'exception neanmoins des esclaves Chrétiens , et
qu'on leur fourniroit tous les chariots et les
chevaux nécessaires pour les conduire jusqu'à
Sophie , qui est la Place la plus voisine ; que si
par accident ou autrement quelqu'un de part ou
d'autre tiroit un coup d'armes à feu , cela ne se
roit point réputé une infraction à la Capitulation ;
qu'on feroit restituer fidelement aux Habitans
tout ce qui pouroit leur être enlevé par les Soldats
de l'escorte qui leur seroit donnée , ou qu'on
les en dédommageroit ; que Garniso et les
Habitans n'abandonneroient la Ville que lorsqu'on
leur auroit fourni les chariots et les che
vaux qui leur ont été promis ; et que jusqu'à ce
temps il ne seroit permis à aucun soldat, ni même
à aucun Officier de l'Armée Imperiale, d'entrer
dans la Ville sous quelque prétexte que ce
fût , qu'on laissoit à la Garnison et aux Habitans
la liberté d'acheter tous les vivres dont ils
auroient besoin ; que pendant qu'i s seroient en
marche pour se rendre à Sophie , l'escorte les
leur feroit fournir sur la route , et que l'Officier
qui commanderoit l'escorte , empêcheroit qu'on
ne les leur fit payer au - delà du prix ordinaire ;
qu'après être arrivés à Sophie , ils renvoyeroient
les chariots et les chevaux qui auroient servi à
porter leurs effets et leurs bagages , et que pour
garantie de l'execution de cet article , ils laisso-
Hij ro: en
1
1850 MERCURE DE FRANCEY
roient dans le Camp du Comte de Seckendorf
deux ôtages , que ce General feroit conduire à
Sophie , sous une escorte , aussi - tôt après que
cet article auroit été executé ; que le Pacha et les
Officiers de la Garnison indiqueroient de bonne
foi le nombre des Canons et des Mortiers , la
quantité de munitions de guerre et les Magasins
qui sont dans la Place , qu'ils indiqueroient de
même les mines et les souterrains , et que le jour
que l'Armée Impériale se presenteroit devant
Nissa , on lui consigneroit , selon la coûtume ,
les Portes de la Ville.
Quelques jours après que le Comte de Mi
glio s'est emparé de Rasseim , le Duc de Loraine
et le Comte de Seckendorf , allerent visiter ce
Fort , dans les environs duquel on a formé un
Camp.
Voici le détail qu'on a apris depuis sur la prise
de Nissa. Le Comte Philippi ayant bloqué la
Ville avec le Corps de Troupes qui est sous ses
ordres , et ayant fait sommer le Pacha de se rendre
, ce dernier lui répondit , que comme le
Grand Seigneur n'avoit donné aucune atteinte
au Traité de Passarowitz , et que Sa Hautesse ,
au contraire avoit toujours témoigné qu'elle
désiroit d'entretenir la paix avec S. M. I. il
étoit surpris qu'on eût formé le blocus de Nissa
et qu'on exigeât qu'il la rémît aux Troupes Impériales
qu'il prioit qu'on lui acco - dât un terme
de vingt jours , afin qu'il pû donner avis
au Grand Seigneur de la demande du Comte
Philippi et recevoir les ordres de Sa Hautesse sur
la conduite qu'il devoit tenir en cette occasion ,
La Lettre du Pacha fut envoyée le même jour
par le Comte Philippi au Duc de Loraine et au
Comte de Seckendorf , qui le chargerent de répondre
A O UST. 1737: 1851
pondre que les motifs de la déclaration de guerre
étoient assés amplement specifiés dans le Manifeste
de l'Empereur , que du reste on n'accordoir
à la Garnison que jusqu'au 25. pour se déterminer
sur le parti qu'elle prendroit ; que si
la ville n'étoit pas rendue ce jour-là , on donneroit
l'assaut , et que si elle étoit prise de cet
te maniere on n'épargneroit aucun des Habis
tans , de quelque age ou de quelque Sexe qu'ils
fussent. Le Pacha intimidé par cette réponse
accepta le terme qu'on lui prescrivoit , et le
Cone Philippi ayant fait aprocher de la Place
ses Troupes , l'Archevêque de la Ville vint au
Camp de ce Général avec un grand nombre de
Rasciens. Cet Archevêque raporta que la Garnison
composée d'environ 600. Hommes avoit
été d'avis de se défendre jusqu'à la derniere extrémité
, mais que les Habitans avoient demandé
qu'on n'attendît pas l'affaut.
Le Duc de Loraine se ren lit le 24, au Camp
du Comte Philippi , et trente Turcs qui étant
sortis de la Place , pour reconnoître les dispositions
des Impe iaux , ayant pris quelques picces
de Gibier , les envoyerent à ce Prince.
Le lendemain le Pacha de Nissa capitula, ainsi
qu'il avois é é reglé , et le 26. le Comte de
Seckendorf, pendant qu'il marchoit avec toute
l'Infanterie pour se rendre devant la Place , rencontra
le Cone de Grun que le Comte Philippi
lui avoit dépêché, pour l'informer qu'on éroit
d'accord avec le Pacha sur les articles de la Capitulation,
mais que ce Commandant ni la Garnison
ne vouloient remettre la Place qu'après
qu'elle auroit été investie dans les formes par
l'Armée Imperiale , afin de paroître avoir été
contraint de céder à la superiorité du nombre.
Hiij Le
1852 MERCURE DE FRANCE
Le Comte de Seckendorf ayant consenti à ce
que les Turcs demandoient , il envoya ordre à
la Cavalerie de hâter sa marche , et de faire la
diligence nécessaire pour arriver le 28. devant
Nissa. Ce jour- là de grand matin , la plus grande
partie de l'Armée se mit en ordre de bataille
au pied du Glacis. A huit heures le Comte de
Seckendorf envoya un Interpréte au Pacha pour
lui signifier que, suivant la convention faite avec
la Garnison , non-seulement toute l'Armée Imperiale
s'étoit mise en marche , mais même la
plus grande partie étoit campée actuellement à
la vue de la Place ; qu'ainsi on comptoit que la
Garnison executeroit aussi de son côté sa promesse
, et qu'elle remettroit dans le jour les
Peres de la Ville,
L'Interpréte donna avis sur le midi que la
Garnison étoit resoluë de se conformer aux articles
de la Capitulation ; que le Pacha et les
Principaux Officiers déliberoient actuellement à
ce sujet , et que dès que leurs conferences seroient
terminées , on porteroit au Duc de Loraine
les Clefs des Portes de la Ville et des Magazins
.
L'après-midi vers les quatre heures , l'Interprète
revint au Camp des Imperiaux , et il dit
que les Députés qui avoient été chargés des
Čiefs , étoient déjà sortis de la Ville . Aussi tôt
1 : Duc de Loraine se rendit avec le Comte de
S ckendorf, le Comte Philippi et la plupart des
autres Généraux , près de la Porte de Widden ,
dans les environs de laqueile on avoit posté un
détachement de Cavalerie , et les Députés qui
étoient au nombre de cinq, lui presenterent dans
un Bassin d'argent , couvert d'un Mouchoir de
Soye , les Clefs des trois Portes de la Ville et
celles
AOUST. 1737. 1853
elles des deux Magazins. Le Principal d'entr'eux
dit en même temps à ce Prince que la
Ville se soumetoit par nécessité aux Armes de
l'Empereur , et il demanda l'execution de ce qui
avoit été promis par la Capitulation.
Le Duc de Loraine répondit qu'on avoit
coûtume d'executer ponctuellement tout ce qui
se promettoit au nom de S. M. Imp . et que les
Chariots et les Chevaux nécessaires pour l'éva◄
cution de la Place seroient fournis à la Garnison
et aux Habitans . Les Députés demanderent
ensuite la grace d'un Déserteur du Regiment de
Maruli , et on promit de lui accorder son par
don.
Le même jour , le Prince Charles de Lorai
ne , à la tête de 600. Grenadiers , prit posses
sion des trois Portes de la Ville , qui a été évad
cuée le 29.
Le Comte de Seckendorf, après avoir fait
Occuper cette Place par un détachement des
Troupes Imperiales , fit marcher le Général
Schmettau avec un Corps considerable d'Infanterie
et de Cavalerie du côté de Widden , pour
observer les mouvemens d'un Corps de Troupes
des Ennemis , qui est dans les environs , et
pour mettre la Bulgarie à contribution , et il
donna ordre à ce Général de ne marcher, autant
qu'il seront possible , qu'en ordre de Bataille
afin de prévenir toute surprise . Quoique le Corps
des Troupes Ottomanes assemblé en Bosnie
soit considérable et bien discipliné, il n'a jusqu'à
present porté aucun obstacle aux operations de
I'Armée de l'Empereur.
>
Le Prince de Saxe - Hildburghausen a mandé
à S. M. Imp . que lorsqu'il s'étoit aproché de
Balagnuck , le Pacha de cette Place n'avoit pas
Hiiij voule
1854 MERCURE DE FRANCE
voulu recevoir l'Officier qui étoit allé avec un
Trompette pour le sommer de se rendre , et qu'il
avoit fait tirer sur lui que ques coups de canon,
'dont le Cheval de l'Officier avoit été tué , et
celui du Trompette blessé . Ce Prince ajoute dans
sa Lettre qu'il faisoit les dispositions nécessai
as four assieger la Place ; qu'il avoit emporté
d'assaut un des Forts qui en défendoitot l'aproche
, que tous les Turcs qui étoient en garnison
dans ce Fort avoient été faits prisonniers de
gutre , et qu'on y avoit trouvé 18. pieces de
canon , et des munitions de guerre et de bouche.
L'Empereur a reçû avis par un Courier arrivé
de . Valachie le 5. de ce mois , que le Géné-
Tal Ginlani , ayant été détaché par le Comte
François de Val is , qui commnnde les Troupes
Timperials assemblées dans cette Province, pour
s'emparer de la Ville de Bucharest , où le Hos
podar de Valachie fait sa residence , le Hospodar
avcit abandonné la Ville à l'aproche du
Comte de Ghilani , et qu'il avoit emmené avec
Jui sa Famille et emporté ses trésors .
Le même Courier a raporté que le Comte
François de Vallis avoit imposé à la Valachie
une contribution de 30coco. écus , que le Chancelier
du Hospodar étoit allé trouver le Comte
Ghilani pour couvenir avec lui des termes du
pay ment de cette contribution , et que les cinq
principaux Chefs de la Regence du Pays s'étoient
endus auprès du même Général , et avoient
prêté entre ses mains le serment de fidelité à
PEmpereur.
La joye que ces differentes nouvelles ont causée,
a été troublée par celle de la défaite du Corps
commandé par le Baron de Raunach . Ce Corps
qui étoit composé de 600. Hommes de Troupcs
AOUST. 1737. 1855
pes réglées et d'environ 4000. Hommes de Milice
, ayant été surpris près de Vacap par 7000 .
Turcs , les Troupes de Milice , après une foible
resistance ont été mises en fuite , et les 600 .
Hommes de Troupes reglées qui n'ont point
voulu suivre leur exemple , ont été taillées en
pieces,
ITALIE.
Elon les Lettres de Rome , la récolte a été si
abondante dans la plupart des Provinces de
eet Etat , qu'on a accordé diverses permissions
de faire sortir des Grains , presque toutes demandées
pour des envois en Espagne.
Selon ces Lettres , le Clergé de la Paroisse de
S. Chrisogone in Trastevere , fit le z1 . du mois
dernier la Procession solemnelle qu'il a coûtume
de faire tous les ans à pareil jour , et le Cardinal
Ruspoli envoya plusieurs Estafiers avec des flambeaux
pour marcher devant la Baniere . Un de ces
Estafiers ayant pris querelle avec les Soldats qui
accompagnoient laProcession, et ayant poussé son
flambeau dans le visage de l'un d'eux , celui ci lu
donna sur la tête un coup d'un bâ on ferré.
Tous les Estafiers mirent sur le champ l'épée à
la main et ils attaquerent les Soldats , ce qui
produisit un grand desordre .
Le Pape a accordé une Indulgence pleniere en
forme de Jubilé , et a ordonné des Prieres publiques
pour demander à Dieu qu'il lui plaise de
favoriser les Armes de l'Empereur contre les
Turcs.
Les Lettres de Venise portent qu'on y avoit apris
par les Capitaines de quelques Vaisseaux revenus
du Levant le mois de Juiller dernier, que sur l'avis
que les Troupes Imperiales assemblées en Hon-
Hv gue
1856 ME RCURE DE FRANCE
grie s'avançoient vers les frontieres de l'Empire
Ottoman, le Grand Seigneur avoit envoyé ordre
à tous les Pachas des Provinces qu'il possede en
Europe , de marcher avec les Troupes de leurs
Gouvernemens
du côté de la Hongrie , pour
s'oposer aux entreprises de l'Empereur ; que Sa
Hautesse faisoit donner à chaque Compagnie de
Janissaires so. Tomans par mois au delà de la
paye ordinaire ; que les Ministres de la Porte
avoient de fréquentes conférences avec le Bayle
qui réside à Constantinople de la part de la Kepublique
de Venise , et qu'ils lui avoient témoi
gué que le Grand Seigneur esperoit qu'elle ne se
joindroit pas à l'Empereur pour faire la guerre
à l'Empire Ottoman.
On mande de Genes , que le refus que M. de
Rivarola a tait d'accorder aux Rebelles de l'Isle
de Corse la suspension d'Armes qu'ils avoient
demandée , les a déterminés à masquer la Place
de la Bastie par un détachement considérable de
Troupes , afin d'empêcher la Garnison de faire
des sorties et de les inquieter pendant le temps
de la moisson.
On a reçû avis qu'un Bât ment qui ne portoit au-
Can Pavillon, avoit débarque à Porto-Vecchio de
la poudre etd'autres munition pour les Rebelles.
Les Lettres de Toscane marquent que le 16.da
mois dernier la Garmson de la Ville de Florence
s'étant assemb'éc dans le Château de S. Jean Bapiste
, les Officiers avoient prêté serment au Duc
de Loraine entre les mains du Prince de Craon , ef
qu'après cette cerémonie on avoit distribué aux
Soldats des Cocardes semblables à celles que por
toient les Soldats des Troupes du Duc de Loraine
Ces Lettres ajoutent que les Magistrats et les
Officiers
A OUST .
1857 1737
Officiers de la Garnison de Livourne avoient
prêté aussi serment au commencement de ce
mois à ce Prince , entre les mains du Major Ge
aeral Bretewitz.
On mande de Cagliari,Ville Capitale du Royau
me de Sardaigne , que le 16. Juin dernier , l'Archevêque
avoit celebré pontificalement dans l'E
glise de la Cathédrale , une Messe solemnelle à
plusieurs Choeurs de Musique , suivie d'un Te
Deum , pendant lequel on fit plusieurs déchar
ges
de toute l'Artillerie des Forts et de la Villee,;
à l'occasion du Mariage du Roy , et de l'arrivéc
de la Princesse de Loraine dans ses Etats ; que le
Marquis de Rivarol , Viceroy de Sardaigne, qui
avoit assisté en céremonie à la Messe et au Te
Deum , avoit donné le même jour un magnifique
dié à l'Archevêque , au Gouverneur de la
Vilie , aux Chefs des Magistrats , aux Generaux
de la Milice du Royaume , Colonels , Majors ,
Commandans de differens Corps , &c . que le
soir le Viceroy avoit encore donné un grand
repas , où les Dames de la premiere distinction
avoient été invitées , ainsi que la principale Noblesse
de la Ville , après icquel on vit tirer du
Palais du Viceroy un superbe Feu d'artifice qui
représentoit le Temple de la Paix , avec tous les
attributs convenables dans la conjoncture présente
de la Paix , et du Mariage du Roy avec la
Princesse de Loraine : Le Bal commença dabord
après le Feu d'artifice , et on y distribua avec
profusion toute sorte de rafraîchissemens ; il y eut
aussi differens Concerts dans le grand Sallon du
Palais , et le dernier jour des Réjouissances , on
y représenta un Drame , intitulé , La Pace Promuba
, Dialogue en Vers Italiens entre la Paix
H vj Mars
1858 MERCURE DE FRANCE
Mars et l'Amour , lequel fut executé dans la plus
grande perfection .
Toutes ces différentes Fêres ont été données
et ordonnées par le Viceroy , pendant trois jours
consécutifs , avec de grandes et magnifiques illuminations
, tant en dedans qu'en dehors de
son Palais.
=
GRANDE - BRETAGNE.
N aprend de Londres , que les Officiers de
la Paroisse de sainte Marguerite , font tirer
le Portrait de Marie Patten , qui est retirée depuis
un grand nombre d'années dans la Maison
des Pauvres de cette Paroisse , et qu'on dit être
âgée de 136. ans Cette femme malgré son grand
age , marche encore et elle a conservé l'usage de
tous ses sens .
On aprend aussi que ces jours derniers la Populace
maltraita à coups de bâton et à coups de
pierre , un homme par lequel un Marchand qui
vendoit de l'Eau de- vie de Genêvre en détail ,
avoit été dénoncé , et l'on craint qu'il ne meure
de ses blessures .
LORAIN E.
"
ETAT des principaux Officiers du Roy $
I
de Pologne STANISLAS Premier , Duc
de Loraine et de Bar.
E Duc Ossolinsky , Grand - Maître de la
Maison du Roy.
Le Comte Zaluski , Grand- Aumônier.
Le Comte de Bethune , Grand - Chambellan.
Le Chevalier de Wiltz, Grand - Ecuyer.
Le
A O UST. 1737. 1859
Le Commandeur de Thianges , Grand- Veneur.
Le Comte d'Ossonville , Grand- Louvetier.
Le Marquis de Lamberty , Capitaine en chef des
Gardes du Roy.
Le Marquis d'Heudicourt de Lenoncourt , Grand
Maître de la Garderobbe .
Le Baron de Mecheck , Maréchal de la Cour.
Le Comte de Marsan , premier Maître d'Hôtel-
Le Chevalier de Giuly , Premier Ecuyer.
Gentilshommes de la Chambre .
Le Marquis de Casteja.
Le Comte de Valanglart.
Chambelans ordinaires:
Le Marquis de Meuse.
Le Marquis de Brassac .
Le Comte de Croix .
Le Chevalier de Serinchamp
Le Marquis de Nettencour.
Le Comte de Ligneville.
Chambelans Pensionnaires.
Le Comte Berusiny , Premier Chambelan
Le Comte Dandelau.
Chambelans Honoraires,
Le Marquis de Lamberty,
Le Comte de Tornielle.
Le Marquis des Salles .
Le Comte de Ludre.
Le Marquis de Gustine .
Le Marquis de Choiseuil .
Le Chevalier du Châ clet.
Le Marquis du Châtelet.
Le
1860 MERCURE DE FRANCE
Le Marquis de Bassompierre.
Le Comte de Gournay.
Le Marquis de Bousey.
Le Comte d'Hunolstein .
Gentilshommes ordinaires .
Le Marquis de Casteja.
Le Comte de Valanglart.
Le Comte de Grossoles.
Le Marquis de Massoles.
M. Miascosky.
Le Chevalier de la Roche - Aymon.
Le Marquis de Martigny.
Le Chevalier de Rennel.
M. Horsky.
Le Chevalier de Blac.
Le Chevalier de Pimont.
Le Baron de Maillart.
Genuilshommes d'honneur
M. de Varanges.
Le Chevalier de Sommery.
Le Chevalier de Soupire.
M. de Burges.
M. Wadhary
M. Equery.
M. de Nonsart,
M. de Saint Vincent.
M. de Brilon.
M. de Bouvet.
M. Le Chevalier de Bouvet.
M. Dannonville.
CONSEILS
A O UST. 1737 1861
CONSEILS.
Le Conseil d'Etat ordinaire , établi par Edit
du 27. May , a commencé de s'assembler le 19.
Juillet dernier dans une des Salles du Château de
Luneville , en présence du Roy. Ce Conseil est
composé de
M. le Marquis de la Galaisiere , Chancelier ,
Garde des Sceaux et Chef des Conseils .
Conseillers - Secretaires d'Etat.
M. de Lecey de Changey , Conseiller au Grand
Consci du Roy de France .
M. l'Abbé de Rouvroy , ci -devant Conseiller
Secretaire d'Etat du Duc de Loraine.
Conseillers d'Etat ordinaires .
M. Daniel Conseiller au Parlement de Metz.
M. Gallois , second Président du Bureau des
Finances à Rouen , Procureur General de la Réformation
, et Inspecteur General des Eaux et
Forêts du Département de Ruen.
M. Abram Conseiller de la Cour Souveraine
de Nircy.
M. Trotin de Vulmont , ci - devant Conseiller
d'Etat du Duc de Loraine.
M. Regnault d'Ubexy , ci-devant chargé des
affaires du Duc de Loraine à la Cour de France
et Voyer de la Loraine.
M. Root Conseiller de la Cour Souveraine
de Nancy.
Les Premiers Présidens et Procureurs Generaux
de la Cour Souveraine de Loraine et Barrois
et Chambre des Comptes de Loraine , les
Président et Procureur General de la Chambre
des
1862 MERCURE DE FRANCE
des Comptes de Bar , ont aussi le Titre de Conseillers
d'Etat , voix , séance et rang audit Conseil
, du jour des Commissions qui leur en seront
expediées.
CONSEIL ROYAL des Finances
et du Commerce , établi par Edit du
premier Juin.
Ce Conseil s'assembla pour la premiere fois
le zo. Juillet. Ceux qui le composent , sont :
M. le Chancelier.
M. de Lecey de Changey.
M. Gallois.
M. Protin de Vulmont.
M. Regnault d'Ubexy.
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres.
N aprend en dernier lieu de Russie , que
peu de jours après que les Moscovites étoient
entrés dans Oczakow , les Turcs avoient aban
donné la Forteresse de Kimbur.
On a apris en même -temps que le Comte de
Munich s'étoit mis en marche pour aller former
Je Siege de Bender , et que le bruit couroit à
l'Armée que le Grand Visir paroissoit déterminé
á hazarder une bataille , tant parce que l'Armée
Ottomane commençoit à manquer de vivres
, que pour satisfaire le Kan de Crimée qui
se plaignoit vivement de l'inaction des Turcs , et
qui avoit témoigné qu'il étoit plus convenable
de lui renvoyer ses Troupes , pour qu'il pût les
employer
AUST. 1787. 1863
employer à la défense de son Pays , que de les
retenir dans un Camp où elles n'étoient pas plus
utiles au Grand Seigneur qu'à lui .
Les Lettres du General Lescy du 11. Juillet ,
portent que
la Flotte du Grand Seigneur , composée
de trois Vaisseaux de guerre, de 13. Sultanes
, de 14. Ga eres et de 50. autres Bâtimens,
s'étoit aprochée de la Flotte de S. M. Cz . et
qu'elle l'avoit canonnée pendant plusieurs heures
, mais que l'Artillerie des Galeres et des
Galiotes Moscovites avoit été si bien servie , que
les Ennemis avoient été obligés de se retirer .
1
Un des Prisonniers qui sont détenus dans la
Citadel e de Pétersbourg , a avoué à la torture
qu'il avoit cu part aux deux derniers Incendies ,
et il a déclaré plusieurs de ses complices , qui
sont actuellement en fuite. Quelques - uns de ces.
Scélerats , malgré les préccautions prises par le
Gouvernement pour s'oposer a leurs entreprises ,
ont encore tenté depuis peu de mettre le feu
un quartier de cette Ville , mais la diligence avec
laquelle on aba it les maisons qui brûloient, empêcha
le progrès du feu . On a trouvé au commencement
de ce mois dans le Vestibule du Pa-
Jais en billet qui portoit qu'il étoit inutile de
chercher à découvrir les Incendiaires qu'on n'avoit
point encore arrêtés , et qu'ils avoient pris
de si justes mesures qu'ils ne seroient jamais
connus.
Le 29. Juillet dernier , pendant qu'on celebroit
l'Office divin dans la nouvelle Eglise de
Petersbourg , un inconnu y entra , et s'étant
aproché du Prêtre qui étoit à l'Autel , il lui remit
un papier dans lequel il y avoit de l'argent,
qu'on lui dit être destiné pour les pauvres. II
sortit ensuite de l'Eg ise sans qu'on s'en aperçut.
Après
18 MERCURE DE FRANCE
Après l'Office , le Prêtre ouvrit le papier , et il y
lut qu'on l'avertissoit de sauver les meilleurs effets
de l'Eglise ,parce que dans trois jours on met
troit le feu dans le quartier où elle est située,
L'épouvante se répandit aussi tôt dans tout le
voisinage , et les Habitans du quartier s'empres
serent de mettre leurs effets en sûreté . C pendant
cette menace n'a pas encore cû d'effet , et
on a lieu de croire que la vigilance du Gouvernement
en a empêché l'exécution . Pour préserver
du feu les principaux Edifices , on a donné or
dre d'abatre toutes les maisons de bois qui sont
dans les environs , et les Galeriens sont employés
à ce travail .
On écrit d'Allemagne , qu'un Corps de Troupes
, composé de 3500. hommes , auquel le
Prince de Saxe- Hildburghausen avoit fait passer
la Riviere de Verbas , avoit été attaqué le 4.
Août par les Turcs , et qu'il avoit été entierement
défait. Les mêmes Lettres portent que la
Cavalerie s'étoit retirée en assés bon ordre jusqu'à
la Riviere , mais que le Pont qu'on avoit
construit , ayant été rompu par les Ennemis , et
cette Riviere n'étant point guéable , la plupart
des Cavaliers et des Chevaux s'étoient noyés.
Quatre pieces de Canon que ce Prince avoit fait
conduire au Camp qu'occupoit ce Corps de
Troupes , ont été prises par les Turcs , ainsi que
toutes les Munitions qui y étoient et les bagages
des Officiers et des Soldats . Le Comte de
Hallowed et M. de Prokosok , Colonels , ont
été tués en cette occasion .
Le Prince de Saxe - Hildburghausen , quelques
jours avant cet évenement , avoit été averti que
les Ennemis avoient dessein de le surprendre ,
mais
AOUS T. 1737 1865
aeis il n'avoit pas crû devoir faire plus de cas de
cet avis que de plusieurs autres , qu'il avoit déja
reçûs et qui s'étoient trouvés sans fondement . Ce
Prince ayant été informé dans le même moment
qu'il reçut la nouvelle de cet échec , qu'un autre
Corps de Troupes Ottomanes s'avançoit pour
Pattaquer , et se sentant trop foible pour attendre
l'Enemi , il a pris le parti de lever le Siege
de Ba'agnuck , et il a été obligé par la précipitation
de sa retraite , d'abandonner deux Mortiers,
six pieces de Canon et beaucoup de bagages et
de Munitions .
Pendant que les Impériaux se retiroient , la
Garnifon de la Place a fait une sortie , et elle a
chargé leur arriere-garde dont elle a taillé en
pieces la plus grande partie.
Le s . et le 6. le Prince de Saxe-Hildburghausen
, fit une si gande diligence qu'il a passé
heureusement la Save et s'est retiré en Esclavonie
sous le Canon de Gradiska. La retraite de ce
Prince a obligé le Comte Esterhasi et le Comte
de Herberstein de sortir de la Croatie Turque
avec les Troupes qui sont sous leurs ordres .
Un Courier dépêché par le Comte de Seckendorf
, a donné avis que sur la nouvelle de la
marche d'un Détachement considérable de Trou
pes Turques que le Grand Visir avoit envoyé
pour mettre le feu aux Magasins étab is sur les
bords de la Riviere de Timock , ce General avoit
fait avancer des Troupes de ce côté pour s'oposer
au dessein des Ennemis , et qu'il avoit fait
marcher en même- temps 20. Compagnies de
Grenadiers , et plusieurs Régimens de Cuirassiers
avec six pieces de Canon , pour investir la Ville
de Widden ,dont on dic que la Garnison est com→
posée de sooo . Jannissaires et de 1000.Spahis.
Quel1864
MERCURE DE FRANCE
Quelques Déserteurs de cette Garnison out assuré
que le Grand Visir avoit mandé au Pacha
de la Place , qu'il pouvoit compter sur un secours
con idérable , et que la plupart des Habttans
de la Vile avoient demandé la permission
de se retirer avec leurs effets avant le blocus ,
mais que le Picha la leur avoit refusée .
La Ville de Wilden est beaucoup mieux fortifiée
, mieux pourvue d'Artillerie et de vivres ,
et d'une aproche plus difficile que celle de Nissa,
mais on espere q le peu d'experience des Offciers
et des genieurs des Ennemis dans l'art de
d'fine les Places , leur rendra ces avar ges
inuciles.
Ces Lettres joûtent que plus l'Armée imperiale
avance dos les Etats du Grand Seigneur ,
pls on s'aperçoit que les Turcs n'ont pas eû
toate la prévoyance qu'on leur avoit suposée .
Elle n'a trouvé les chem n difficiles que sur la
frowiere , et si l'on excepte quelques endroits
les Ennemis n'ont point rendu le Pays impraticabe
par des c upares et par des abatis d'arbres ,
come quelques Lettres Pavoient assuré .
On minde de Lisbonne , qu'on y avoit apris
par un Bâtiment arrivé d'Afrique , que le Mar
quis d'Antin crois it à la hauteur de Salé avec
Pescire Françoise dont il a le commandement ,
et qui devoit être jointe par deux autres Vaisseaux
qu'il attendoit se Cadix .
Les avis reçûs de Mequinez , portent qu'il y
avoit eû entre ' Armée de Muley Lariba , Roy
de Maroc et celle de Muley Abdallah , son Prédécesseur
, une bataille , dans laquelle les Troupes
du dernier avoient été battues et mises en
fuite
Ces avis ajoûtent que le Maure qui , à la tête
de
7
A OUST. 1737. 1867
de 30000. Paysans armés avoit obligé les Habitans
de la Ville de Sainte Croix de lui ouvrir leurs
Portes et de lui livrer le Gouverneur de la Place ,
continuoit de faire des courses dans les diverses
Provinces du Royaume de Maroc , sans se déclarer
pour l'un ni pour l'autre parti , et qu'il se disoit
envoyé par Mahomet pour rétablir la tranquillité
dans sa Patrie.
On écrit de Rome que le Cardinal Ottoboni a
fait mettre dans une magnifique Chasse le Corps
de S. Onesime , Evêque Grec , qu'on présume
être le même dont il est parlé dans les Epitres de
S. Pal, et qu'il a envoyé chés le Duc de Saint
Aignan cette Relique dont il fait présent à la Keihe
de France.
On aprend de Genêve que les Magistrats ayant
été avertis que quelques Habitans de cette Ville
prenoient souvent la liberté de faire en public
des déclamations contre la maniere dont les affaires
de la République étoient administrées , ils
avoient fait avertir plusieurs fois ces Habitans
d'être plus moderés dans leurs discours ; que
comme les remontrances ont été inutiles , is se
sont crûs obligés de faire arrêter trois des
principaux , et jugeant qu'un exemple de séverité
étoit nécessaire pour contenir les autres ,
pris le parti de les condamner au bannissement,
Pendant qu'ils étoient assemblés pour prononcer
la Sentence , quelques - uns des amis des prisonniers
exciterent une émeute , et à la tête d'un
grand nombre d'Habitans qui prirent les Armes
et qui se joignirent à eux , ils attaquerent le Détachement
de la Garnison , qui étoit sous les Ar
mes dans la Place vis à-vis l'Hôtel de Ville . Ce
Détachement fit feu sur eux et en tua plusieurs,
ils ont
mais
1848 MERCURE DE FRANCE
mais enfin il fut obligé de ceder au nombre et de
se retirer . Les Habitans forcerent aussi-tôr les
Portes de l'Hôtel de Ville , et ils se saisirent de
quelques Magistrats qu'il conduisirent en prison.
On mande de Bruxelles , que le 26. Août l'Archiduchesse
Gouvernante déclara qu'elle conti
nuëroit d'être chargée du Gouvernement des
Pays- Pas , et que le Duc de Loraine ne se rendroit
point en ce Pays . Ce Prince a envoyé ordre
aux Troupes de sa Maison , qui sont à Mons , de
se tenir prêtes à partir pour la Toscane,
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Lde Saint Germain -des-Prez au Com-
E Roy a donné l'Abbaye Royale
te de Clermont , Prince du Sang , lequel
a remis l'Abbaye de Saint Claude ,
celle de Marmoutier , et celle de Cercamp
.
S. M. a donné la Place d'Intendant
des Classes de la Marine à M. d'Orgeville
, Maître des Requêtes , lequel est
remplacé dans l'Intendance des Isles du
Vent , par M. de la Croix , Commissai-
Général de la Marine.
Le
AOUST. 1737. 1869
Le 4. de ce mois , le Roy prit le Deuil
en violet pour la mort du Grand Duc
de Foscane , et S. M. le quitta le 15.
S. M. a nommé le Comte de Saint Se
verin son Ambassadeur auprès du Roy
de Suede.
Le Roy a accordé à M. de S. Simon ;
Brigadier de Cavalerie , et Mestre de
Camp du Regiment de son nom , la
per
mission de s'en démettre en faveur du
Comte de Saint Simon , son Fils aîné ,
Capitaine dans le même Regiment.
Le vingt , le Corps de Ville se
rendit à Versailles , et il eut audience
du Roy avec les céremonies accoûtumées ,
Il fut presenté à S. M. par le Cointe de
Maurepas , Secretaire d'Etat , et conduit
par le Marquis de Brezé , Grand Maître
des Céremonies. M. Veron , Conseiller
de Ville , et M. Meny , Notaire , qui ›
avoient été élûs Echevins dans l'Assem-.
blée tenue à l'Hôtel de Ville le 16. prê
terent entre les mains.du Roy le serment
de fidélité, dont le Comte de Maurepas
fit la lecture , le Scrutin ayant été
presenté par M. Moreau , Avocat du
Roy du Châtelet , qui fit un très - beau
discours.
Le
1870 MERCURE DE FRANCE
Le même jour le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre ses respects à la Reine
, à Monseigneur le Dauphin , et à
Mesdames de France .
Le vingt - deux , les Députés des Etats de
Languedoc eurent audience du Roy. Ils
furent presentés à S. M. par le Prince
de Dombes , Gouverneur de la Province,
et par le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits par le Marquis
de Brezé , Grand Maître des Céremonies.
La Députation étoit composée ,
pour le Clergé , de l'Evêque de Carcassone
, qui porta la parole , du Baron de
la Farre - Tornac , pour la Noblesse , et
de Messieurs Gilly et Daudé , Députés
du Tiers Erat.
M. le Gendre , Premier Chirurgien
du Roy d'Espagne , qui l'avoit suivi à
Madrid , et qui a toujours servi auprès
de sa Personne , étant mort depuis peu
en Espagne , M. Desprez , natif d'Angers
, Chirurgien établi à Paris , a été
nommé pour remplir sa place .
Le quinze , Fête de l'Assomption de
la Vierge , on executa parfaitement au
Concert Spirituel du Château des Tuilleries
a
A O UST. 1737 - 1871
Teries , une suite de Symphonie du Sieur
Aubert ; elle fut suivie du Motet Exultate
Justi , de M. de la Lande , et d'un
autre petit Motet du Sieur Gaumé, chanté
par deux Basses - Tailles ; la Dile Fel
y a chanté un Air Italien , qui a été suivi
d'un très beau Motet , In exitu Israel,
de M. de Monteclair, qui a terminé le
Concert .
DISCOURS prononcé par l'Evêque
Comte de Valence, en benissant, dans son
Eglise Cathedrale, les Drapeaux du Regiment
DAUPHIN , le 21. Juillet dernier.
' Est une Cérémonie aussi ancienne que la
Religion, etque les plus intrépides Guerriers
se sont faits dans tous les temps un devoir
de remplir , d'offrir aux pieds des Autels leurs
Drapeaux et leurs Etendarts : Et l'Eglise conserve
encore , avec respect , la mémoire de ces Princes
magnanimes , qui venoient dans le Sanctuaire
y recevoir les armes avec lesquelles ils
devoient combattre leurs Ennemis , et qui y raportoient
ces mêmes armes , après les avoir
vaincus.
Avec quelle joye , Messieurs, ne yous voyonsnous
pas , animés du même esprit , renouveller
le même spectacle : Veritables Adorateurs du
Dieu des Armées , venir vous dévouer encore
en sa présence aux besoins de l'Etat , lu ren
voyer toute la gloire que vous venez d'acque
I ri
1860 MERCURE DE FRANCE
Le Marquis de Bassompierre.
Le Comte de Gournay.
Le Marquis de Bousey.
Le Comte d'Hunolstein.
Gentilshommes ordinaires.
Le Marquis de Casteja .
Le Comte de Valanglart.
Le Comte de Grossoles.
Le Marquis de Massoles.
M. Miascosky.
Le Chevalier de la Roche- Aymon.
Le Marquis de Martigny.
Le Chevalier de Kennel.
M. Horsky.
Le Chevalier de Belac.
Le Chevalier de Pimont.
Le Baron de Maillart .
Gentilshommes d'honneur
M. de Varanges.
Le Chevalier de Sommery.
Le Chevalier de Soupire.
M. de Burges.
M. Wadhary
M. Equery.
M. de Nonsart,
M. de Saint Vincent.
M. de Brillon .
M. de Bouvet.
M. Le Chevalier de Bouvet.
M. Dannonville.
3.11 CONSEILS
1
AOUST. 1737. 1861
CONSEILS.
Le Conseil d'Etat ordinaire , établi par Edit
du 27. May , a commencé de s'assembler le 19 .
Juillet dernier dans une des Salles du Château de
Luneville , en présence du Roy. Ce Conseil est
composé de
M. le Marquis de la Galaisiere , Chancelier ,
Garde des Sceaux et Chef des Conseils.
Conseillers- Secretaires d'Etat.
M. de Lecey de Changey , Conseiller au Grand
Cons du Roy de France .
M. l'Abbé de Rouvroy , ci -devant Conseiller-
Secretaire d'Etat du Duc de Loraine.
Conseillers d'Etat ordinaires.
M. Daniel Conseiller au Parlement de Metz.
M. Gallois , second Président du Bureau des
Finances à Rouen , Procureur General de la Réformation
, et Inspecteur General des Eaux et
Foicts du Département de Rouen.
2 M. Abram Conseiller de la Cour Souveraine
de Norcy
M. Trotin de Vulmont , ci- devant Conseiller
d'Etat du Duc de Loraine.
M. Regnault d'Ubexy , ci-devant chargé des
affaires du Duc de Loraine à la Cour de France
et Vover de la Loraine.
M. Root Conseiller de la Cour Souveraine
de Nancy.
Les Premiers Présidens et Procureurs Gene
raux de la Cour Souveraine de Loraine et Barrois
et Chambre des Comptes de Loraine , les
Président et Procureur General de la Chambre
der
1870 MERCURE DE FRANCE
Le même jour le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre ses respects à la Rei
ne , à Monseigneur le Dauphin , et ài
Mesdames de France .
et par
Le vingt- deux, les Députés des Etats de
Languedoc eurent audience du Roy . Ils
furent presentés à S. M. par le Prince
de Dombes , Gouverneur de la Province,
le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits par le Marquis
de Brezé , Grand Maître des Céremonies.
La Députation étoit composée ,
pour le Clergé , de l'Evêque de Carcassone
, qui porta la parole , du Baron de
la Farre - Tornac , pour la Noblesse , et
de Messieurs Gilly et Daudé , Députés
du Tiers Etat .
M. le Gendre , Premier Chirurgien
du Roy d'Espagne , qui l'avoit suivi à
Madrid , et qui a toujours servi auprès
de sa Personne , étant mort depuis peu
en Espagne , M. Desprez , natif d'Angers,
Chirurgien établi à Paris , a été
nommé pour remplir sa place.
Le quinze ; Fête de l'Assomption de
la Vierge , on executa parfaitement au
Concert Spirituel du Château des Tuilleries
,
AOUST
.
1737 - 1871
Teries , une suite de Symphonie du Sieur
Auberts elle fut suivie du Motet Exultate
Justi , de M. de la Lande , et d'un
autre petit Motet du Sieur Gaumé, chanté
par deux Basses - Tailles ; la Dlle Fel
y a chanté un Air Italien , qui a été suivi
d'un très beau Motet , In exitu Israel,
de M. de Monteclair , qui a terminé le
Concert.
DISCOURS prononcé par l'Evêque
Comte de Valence, en benissant, dans son
Eglise Cathedrale , les Drapeaux du Regiment
DAUPHIN , le 21. Juillet dernier.
'Est une Cérémonie aussi ancienne que la
Religion , et que les plus intrépides Guerriers
se sont faits dans tous les temps un devoir
de remplir , d'offrir aux pieds des Autels leurs
Drapeaux et leurs Etendarts : Et l'Eglise conserve
encore , avec respect , la mémoire de ces Princes
magnanimes , qui venoient dans le Sanctuaire
y recevoir les armes avec lesquelles ils
devoient combattre leurs Ennemis , et qui y raportoient
ces mêmes armes , après les avoir
vaincus.
Avec quelle joye , Messieurs, ne vous voyons .
nous pas , animés du même esprit , renouveller
le même spectacle ? Veritables Adorateurs du
Dieu des Armées , venir vous dévouer encore
en sa présence aux besoins de l'Etat , lu ren
voyer toute la gloire que vous venez d'acque
I ri
1872 MERCURE DE FRANCE
rir dans la derniere Guerre , et reconnoître par
cet hommage public , que si c'est vous qui avez
livré les batailles , c'est lui qui vous a donné la
victoire?
Nous l'avons éprouvé , Messieurs : La joye
qui revient des plus grands avantages de la
Guerre , n'est jamais bien pure. Le deuil accompagne
ordinairement les Triomphes . Les acclamations
qui suivent la victoire , sont toujours
interrompues par les cris des femmes d'Israël
qui redemandent leurs époux et leurs fils, Les
Peuples gémissent sous le poids des subsides.
Les vertus et les Arts languissent dans le tumulte
des armes ; et nous achetons toujours trop
cherement le gain des batailles par les pertes
qu'elles nous causent.
Graces en soient rendues à la Divine Bonté !
Nous vivons sous un Prince , qui , convaincu
que les Guerres les plus glorieuses aux Souverains
, ne sont pas toujours les plus heureuses
pour les Peuples , en vient de terminer une qui
lui promettoit d'étendre encore plus les limites
de son Empire. Maître de son coeur , jaloux de
regner sur les nôtres , après avoir vaincu ses
Ennemis , il a voulu , pour ainsi dire , vaincre
la victoire elle- même : Nôtre bonheur l'a em
porté sur les interêts de sa propre gloire . L'Ange
tutelaire de la France est devenu celui de toute
l'Europe ; et nous pouvons aujourd'hui partager
, sans mêlange de tristesse , la gloire et la
felicité du plus puissant de tous les Rois , et du
Meilleur de tous les Maîtres .
La haute réputation , Monsieur , du Héros
qui vous a donné le jour * , ne nous a rendus
que plus attentifs aux premiers pas que vous
Le Comte de Maillebois.
vez
A O UST. 1737. 1873
avez fait dans le chemin de la gloire . Il n'a pas
tenu à vous de lui faire payer bien cher cette
noble audace qu'il vous a transmise avec le sang.
Nous avons plus d'une fois partagé sur vous sa
joye et ses allarmes ; Et si son intrépidité dans
les Combats , nous avoit dit ce que vous deviez
être , les premiers essais de votre valeur nous
annoncent encore plus ce que vous serez un
- jour.
"
Continuez donc , Monsieur, à vous rendre di
gne des regards du jeune Prince dont vous avez
l'honneur de commander le Regiment : Et tan
dis que ces Hommes admirables ** que Dieu
semble avoir choisis pour présider à son éducation
, travailleront de concert à former son coeur
à la vertu , et sur - tout à cette sagesse soumise
et héroïque , si convenable à la sublimité de son
Rang , remplissez de plus en plus le vôtre de ces
principes et de ces sentimens qui font les grands
-Hommes dans le métier de la Guerre ; C'est par
= là que vous mériterez un jour de combattre à
5 ses côtés , d'être associé à ses premiers travaux
militaires , et de lui préparer les lauriers que les
jeux de son aimable enfance nous annoncent
qu'il cueillira un jour dans le champ de la
Victoire.
*
Braves et généreux Guerriers , restes prétieux
échapés à tant de dangers , jouissez , à l'ombre
de vos Palmes , et dans le sein de la Paix du fruit
de vos fatigues et de vos travaux : Dieu vous y
prépare d'autres Couronnes , et vous invite à
d'autres Triomphes.
Que sert de gagner des Batailles , si l'ame du
Conquerant devient la victime de ses succès
** Le Duc de Châtillon . L'Evêque de Mirepoix.
I ij •
La
1874 MERCURE DE FRANCE
La gloire des Armes passe et s'évanoüit avec les
Victoires, et les Trophées , à moins que la Pieté
Chrétienne n'en consacre la durée : Et rien ne
soûtient le caractere de l'Immortalité que ce qui
se fait pour la Religion , qui seule a reçû la promesse
d'être éternelle .
L'Académie Françoise célébra le 25.
de ce mois la Fête de S. Louis dans la
Chapelle du Louvre. On chanta , pendant
la Messe , un Pseaume en Musique
de la composition du Sieur Dornel. Le
R. P. Perusseau , Jesuite , prononça le
Panegyrique du Saint Roy , avec cette
éloquence que l'on admire depuis longtemps.
L'après midi , l'Académie distribua
les Prix d'Eloquence et de Poësie , qui
ont été remportés l'un et l'autre par le
Pere Raynaud , de l'Oratoire .
Le même jour , l'Académie des Inscriptions
et Belles- Lettres , et celle des
Sciences célébrerent la même Fête dans
l'Eglise des RR. PP. de l'Oratoire , il
y cut aussi un beau Motet pendant la
Messe , de la composition du Sieur du
Bousset , après laquelle le Panegyrique
de S. Louis fut prononcé par M. l'Abbé
Chapelain , jeune Homme de 23. ans
Fils du Procureur Général du Parlement
de Rouen , qui , dans ce coup d'essai
fit
A O UST. 1875 1737.
fit voir de grands talens pour la Chaire .
Sur le Panegyrique prononcé par M.
Abbé Chapelain.
Quand j'entendis le Chapelain ,
Orateur courageux et mâle ,
Percer des Loix l'affreux Dédale ,
En faveur du foible Orphelin ,
Roüen devint un autre Athene ;
De ses talens digne héritier ,
Son Fils nous charme et nous entraîne ,
Le Pere égala Démosthene ;
Le Fils effacera Fléchier.
Le 23. Août l'Evêque de Joppé , en
Habits Pontificaux , fit la Bénédiction de
la premiere Pierre de la continuation du
Bâtiment de l'Eglise des Augustins Déchaussés
, près la Place des Victoires
dont la premiere Pierre avoit été posée
par Louis XIII. en 1629. A la fin de
cette Cérémonie , ce Prélat adressa au
Peuple le discours suivant :
Il n'y a aucun de vous , Mes très - chers
Freres , qui ne soit édifié de la Cérémonie
qui nous assemble , et qui n'y prenne part :
La gloire de Dieu en est l'objet , l'utilité es
la sûreté publique en sont les motifs. Cette
Eglise , qui , depuis plus d'un Siècle, four-
I iij
nit
1876 MERCURE DE FRANCE
nit par ses Ministres à la Religion tant de secours
de charité, et de si pieux exemples, doit
son heureux commencement à la liberalité du
Roy Louis XIII. de glorieuse mémoire, et à
la pieré des Fideles : ne trouvera- t elle pas
encore , Messieurs , la même ressource dans
la vôtre pour l'achever Chaque Pierre
élevée dans ce Temple par votre générosité ,
vous servira de titre pour participer aux
Prieres et aux Saints Sacrifices que ces dignes
Religieux offrent tous les jours : Et
cette pieuse Générosité vous fera mériter les
Indulgences que l'Eglise accorde à ceux qui
contribueront.. D'autres motifs peuvent exciter
votre zele ; votre utilité et votre commodité
vous les font apercevoir ; mais nous
ne voulons devoir vos aumônes qu'à votre
Pieté et à votre Religion.
Le 25. Fête de S. Louis , le Concert
d'Instrumens que l'Académie Royale de
Musique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occasion de la Fête du
Roy , a été executé le même jour par un
grand nombre d'excellens Symphonistes
de la même Académie , qui joüerent dif
ferens beaux morceaux de Musique de
M. de Lulli , et d'autres Maîtres mo
dernes.
LETTRE
A O UST. 1737 1877
LETTRE du R. P. Poisson , Provincial
des Cordeliers , du 12. Août 1737.
J
E viens , Monsieur , de lire , avec reconnoissance
, l'Article de votre Mercure
de Mars dernier , sur ma seconde Lettre
: et je veux vous prouver ma gratitude.
Vous me remerciez de vous avoir apris,
dites vous , bien des Particularités litteraires
, par exemple , que , selon Tirin , la
Capitale de l'Espagne étoit autrefois apellée
Mantoue , et que quand les Maures
y eurent établi leurs Ecoles , ils lui donnerent
le nom de Madrid , qui , en leur
langue , signific la Ville des Lettres , ou
la Mere des Sciences. Et vous ajofitez : Il
faut , pour le dire en passant , que ce Nom
moderne ait été angement corrompu de l'Arabe
,puisqu'on n'y voit aucun vestige de
cette Langue. Mais Tirin ne s'est- il point
trompé ?
Malgré tout le bien que vous avez dit
de moi , M. je crois entrevoir dans ces
dernieres lignes , la petite et innocente malice
avec laquelle vous avez voulu m'engager
à rechercher ce que les Sçavans ont
écrit sur le Nom de Madrid : et je vous
I iiij dois
1878 MERCURE DE FRANCE
dois
trop , pour ne pas m'acquitter de
la commission que vous me donnez tcitement
, et avec politesse .
,
Il ne vous paroît aucun vestige du
Nom de Madrid dans la Langue Arabe ;
j'ignore cette Langue : mais François Lo
pez y trouve tout entier le Nom de Madrid
, in Funebribus Hispanicis Imperatricis
, pag. 87. Voilà le garant de Tirin .
Non , Tirin ne s'est point trompé , ou
Il s'est trompé avec tous les Sçavans qui
ont écrit sur le Nom de Madrid. Le
Docte Serarius sur le Chap. I. du Livre
des Juges , dit : Celeberrima Hispania
Regum hodierna sedes Arabico nomine appellata
est Madrid , id est , Mater Scientie
, quia Mauri illic Scholas habuere, cum
olim diceretur Mantua , ut aiunt Funebria
Hispanica Imperatricis , pag. 87. b. ex
Francisco Lopez Tamarid Interprete Linque
Arabice. Notre célébre Jean de la
Haye adopte Lopez et Tirin , Biblia
Magna, et Bibl. Max. Cap. I. Judic.
Vers. II. Corneille de la Pierre, sur Josué,
Chap. 15. Vers . 15. dit : Metropolis Hispania
olim Mantua nuncupata , à Mauris
occupata Africanè vocata est Madrid , id
est , Mater Scientia , quod Mauri in ea
Scholas et Acedemiam suam erexerint , D'Avity
, dans l'Ouvrage intitulé le Monde
A O UST. 1737. 1879
....
entier , Article de la Castille neuve , Editions
de 1636. et de 1643. dit : Ce Nom
de Madrid que les Man lui donnent , signifie
en leur langage , Lieu des bons l'ents,
ou bon air. Notre Sçavant Waddingue ,
Tom. I. de ses Annales , à l'An 1224.
Nomb. 24. dit simplement , Mantuam
Carpentanam aliis Majoritum , vulgò Madritum.
Le Grand Dictionnaire de Moreri
,Edition de Paris 1718. dit : Madrid .…….
dont quelques Auteurs raportent la Fondation
aux Maures ou aux Sarrazins , les®
autres aux Visigoths est la Mantua
Carpentanorum des Anciens.
Vous sçavez , M. que je pourois multiplier
ici les citations des Ecrivains , mais
il suffira de finir par un Auteur qui en
cite vingt - deux pour apuyer son Texte:
c'est le célébre Rodericus Gomesius de Syl
va , dans son Histoire Générale d'Espagne
, Chap. 4. Edition de 1645. où il dit :
que Madrid a été fondé par le Prince
Ocnovianor , Fils de Tiberin Roy des
Latins et des Toscans , l'An 1154. avant
Jesus Christ ; qu'il fut apellé Mantua
en mémoire de Mantus , Mere d'Ocnovianor
; que les Romains le nommerent
Majoritum , ou Mantua Carpentana , qué
les Sarrazins le prirent , et lui donnerent
le nom de Madrid , qui , selon
"
1880 MERCURE DE FRANCE
quelques uns , signifie une Ville de bor
air , de bon vent , et selon d'autres , une
Ville Mere des Sciences,à cause des Ecoles
qui y étoient établies .
:
Après tant d'autorités , M. une simple
réflexion achevera de vous satisfaire.
Le Nom de Madrid n'est point un Nom
Espagnol , puisque tous les Auteurs Espagnols
le font Arabe , et que les Sçavans
des autres Nations suivent en cela
les Espagnols . Les Latins avoient apellé
cette Ville Majoritum ou Mantua , et jamais
Madrid ni Madritum. Cependant,
selon les Sçavans Madrid, ou Madritum
est le Nom vulgaire vulgò Madritum .
Il n'y a que des Auteurs obscurs qui ra➡
portent la Fondation de Madrid aux Visigoths.
D'ailleurs si le Nom moderne
de cette Ville venoit de la Langue Go- .
thique , les Ecrivains Espagnols l'ignoreroient-
ils ? Il faut donc que le Nom de
Madrid soit venu des Maures ou des
Sarrazins , qui possederent long - temps
l'Espagne , et qui donnerent des Noms
de leur Langue, non seulement à Mantua
, mais à la Ville apellée Complutum
par Ptolomée , et que les Espagnols apellent
d'après les Maures , Alcala de Henares
: selon la remarque du Sçavant Auteur
du Grand Atlas , pag. 116. Edition
de
A O UST. 1737 1881
de Hondius à Amsterdam 1619. Ainsi
que plusieurs Cités et Villes d'Espagne
ont encore des noms Arabes .
Je ne puis donc croire , Monsieur
que Tirin se soit trompé ; et vous n'avez
feint de le penser, que pour me donner
l'occupation agréable et glorieuse de
justifier la remarque de cet Ecrivain dont
l'érudition profonde fut toujours exacte .
Vous me pardonnerez aussi , Monsieur,
la franchise avec laquelle je vais vous
representer que la fin de l'Article qui
me regarde dans votre Mercure , me
charge d'une omission que je n'ai point
faite. Je sçais tout votre zele
pour l'Empire
des Lettres : mais je vous connois
aussi tout rempli de droiture et de candeur.
Vous dites , pag. 529. L'autorité de
Marsile Ficin , entr'autres , est très - bien
employée à la pag. 53. mais on a omis l'expression
singuliere et énergique de ce Sçavant
au sujet de l'Ame , qu'il apelle , Caracter
expressus ex matrice Divinitatis.
Omettre , c'est manquer à dire ou à faire
une chose que l'on devoit dire ou
faire. Quelque singuliere , quelque énergique
que soit l'expression d'un Auteur,
si elle est déplacée , si loin de devoir la
raporter , on doit au contraire ne point
en faire mention , ce n'est pas une omis-
Ivi sion
vj
1882 MERCURE DE FRANCE
sion , c'est une justesse d'esprit que de
n'en point parler. Or l'expression singu
liere et énergique de Marsile Ficin au
roit été déplacée dans le plan de ma Lettre
; non seulement je ne devois pas là
citer , mais encore je devois ne la pas
citer. Pourquoi ? Parce que Marsile Fia
cin étoit un Chrétien , un Catholique ,
et que mon plan sur l'Immortalité de
l'Ame et sur la Nature , étoit de ne citer
que des Auteurs Payens. J'ai dit pag . 43 %
Quelles routes de tumiere prendrai-je pour
vous la prouver cette Immortalité ? Je ne
dois vous citer ni les Patriarches anciens ,
ni Moise , ni les Prophetes, ni les Ecrivains
de la Synagogues ni Jesus Christ , ni les
Apôtres , ni les Saints Docteurs de l'Egli
se : vous n'ignorez pas que la certitude d'it
ne autre vie est établie par leurs grands témoignages.
A plus forte raison ne devoisje
pas citer Ficin ; la citation n'auroit
point été assortie , quelque énergique
que soit son expression , je ne l'ai jamais
cité sur la nature de nôtre Ame , non
plus que les Sçavans du Christianisme ,
que lorsqu'ils me fournissoient des autorités
du Paganisme. On ne peut donc
que j'ai omis une expression singuliere
et énergique de Ficin , puisque je
devois n'en point parler . en suivant le
Las dire
nere,.
AOUST. 1737. 18831
J'espere , M. que , pour l'interêt de
la verité , vous voudrez bien admettre
dans votre Mercure la justification det
Tirin , et celle de celui qui est , & c.
Le 25. on tira un très -beau Feu d'arrifice
dans les Jardins de Versailles , à
l'occasion de la Fête de S. Louis , dont
Monseigneur le Dauphin porte le Nom.-
Ce Feu étoit placé sur le Bassin en face
de l'Apartement de ce Prince ; il fut parfeirement
bien executé , et dura une démie
heure ; il étoit composé de plusieurs
Dauphins qui plongeoient de temps en
temps dans l'eau , et en sortant ils rendoient
par la bouche plusieurs traits de
feu qui produisoient un effet admirable3»
Hy eut aussi le même , soir une très -balle
Symphonie dans l'Apartement de ce
Prince,
La Duchesse de Bourbon dont la lon
gue maladie a causé de si vives inquiétu
des , est arrivée des Eaux de Forges dans
la plus parfaite santé.-
Le Roy a nommé à l'Evêché de Meaux
l'Abbé de Fontenilles , Chanoine de l'Eglise
Métropolitaine ; et à l'Evêché de
ix l'Abbé de Chamour , Vicai884
MERCURE DE FRANCE
're Général de l'Evêché de Clermont.
S. M. a donné la Place de Dame du
Palais de la Reine , vacante par la mort
de la Duchesse de Bethune , à la Duchesse
d'Ancenis , sa Belle - Fille.
Le 31. Août , le Roy entendit dans
la Chapelle du Château de Versailles , la
·Messe de Requiem , pendant laquelle le
D: profundis fut chanté par la Musique
pour l'Anniversaire du Roy Louis XIV.
Le même jour la Reine , après avoir
entendu la Messe dans la même Chapelle
, fut relevée de ses Couches avec les
cérémonies accoûtumées , par le Cardinal
de Fleury , son Grand Aumônier .
,
L
MORT S.
qui
E 16. Jaillet , D. Louise de Sabran ,
avoit été mariée le 27. Mars dernier , avec
Michel d'Arcussia , Capitaine dans le Régiment
de Piémont , Infanterie , ainsi qu'on l'a raporté
dans le Mercure du même mois , page 616.
mourut d'une fausse couche à Marseille , âgée
de 19. à 20. ans .
Le 24. N... de Quiquéran de Beaujeu , Evêque
d'Eleuse in partibus Infidelium , et nommé
au mois de Septembre de l'année derniere à l'Eyêché
de Mirepoix , Suffragant de Toulouse , et
dons
A O UST. 1737 1885
dont il n'avoit pas encore obtenu les Bulles ,
mourut à Albi en Languedoc , âgé d'environ 36
ans. Il étoit fils puîné de Paul - Antoine de Quiquéran
de Beaujeu , Gentilhomme de Provence ,
d'un très-ancienne Noblesse , et de Louise de
Portes , son Epouse , et petit neveu et Vicaire
General de défunt Honoré de Quiquéran de
Beaujeu , Evêque de Castres , mort le`26 . Juin
de l'année derniere , et dont on peut voir l'Eloge
dans le Mercure du mois de Juillet suivant ,
page 1733.
Le 28.Antoine- Denis Raudot, Intendant Géneral
des Classes de la Marine , depuis 1710 et
auparavant nommé par Lettres du premier Janvier
1705. pour exercer et faire les fonctions
d'Intendant en Canada , au lieu et place de son
Pere , en cas d'absence et de maladie , mourut à
Versailles , âgé d'environ 58, ans. Il étoit fils de
feu Jacques Raudot , ci - devant Intendant en Canada
, Acadie et Isle de Terre- neuve , Conseiller
honoraire en la Cour des Aydes de Paris , mort
le 10. Février 1728. âgé de 90. ans , et de Françoise
Gioux.
Le premier Août , D. Charlotte- Renée Ladvocat
, veuve depuis le Février 1732 . 9. de Jean
Garde de Vins d'Agoult de Montauban , Marquis
de Vins en Provence , et de Savigny sur
Örge , Baron de Forcalquéret , de S. Savournin ,
de Roussillon , de Castelnau , &c . Lieutenant
General des Armées du Roy , Gouverneur pour
S. M. des Pays , Ville et Citadelle de Brouage
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien
Capitaine- Lieutenant de la seconde Compagnie
des Mousquetaires de la Garde du Roi ,
mourut à sa Maison de Campagne à Nogent
près de Vincennes, dans la 87. année de son âge.
Elle
188% MERCURE DE FRANCE
Elle étoit troisiéme fille de Nicolas Ladvocat
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes-de
Paris , et Secretaire du Roy , Maison Couronne
de France et de ses Finances , mort au mois
de Décembre 1662. et de Marguerite Rouillé ,
morte au mois d'Octobre 1691. Elle avoit été
mariée au mois de May 1674. et avoit en
un fils unique , nommé Simon - César Gardede
-Vins , Marquis de Savigny , qui fut tué à l'âge
de 17. ans , le 3. Août 1692. au Combat de
Steinkerque, à la tête du Régiment de Pomponne
Cavalerie , dans lequel il étoit Capitaine . Les
deux soeurs aînées de la Marquise de Vins , étoient
Catherine -Renée Ladvocat , morte le 31. De
cembre 1711. dans la 75. année de son âge , veuve
alors de Simon - Arnaud Marquis de Pomponne,
Ministre , et ci - devant Secretaire d'Etat;
et Françoise Ladvocat, premiere femme d'André
Pierre- Hébert , Seigneur du Buc , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , morte le
30. Janvier 1672. De la premiere il ne reste plus
qu'Henry-Charles - Arnaui , Abbé de Pompon
ne , Conseiller d'Etat ordinaire , et Catherine-
Felicité Arnaud de Pomponne, Marquise de Torcy
, sa soeur , héritiers de la Dame de Vins , leur
Tante ; et de la seconde , Agnès - Françoise Hé➡
bert du Burc , veuve d'Armand Rolland Bignon ,
Seigneur de Blanzy , Conseiller d'Etat ordinaire
et Intendant de la Généralité de Paris , aussi héritiere
de la Dame de Vins , sa Tante.
Le 2. Pierre - Jérôme de la Martelliére , Comte
de Fay , Seigneur d'Amilly , &c ci - devant Offi
cier dans le Régiment du Roy , mourut à Paris -
d'hydropisie après une longue maladié , dans la
35. année de son âge , étant né le 30. Septembre
1702. Il étoit fils aîné de feu Jean- Baptiste-Pierre
de :
A O UST. 1737. 1387
de la Martelliére , Comte de Fay , Seigneur d'A
milly , d'Agny, Passau , l'Hermitiére et Champguillaume
, Maître des Requêtes ordinaire de
PHôtel du Roy , mort le 9. Avril 1721. dans la
ro. année de son âge , et de D. Anne Angelique
Goujon de Thuisy , sa veuve , soeur de M. de
Thuisy , Maître des Requêtes , dont on a parlé
dans le Mercure de May dernier , à l'occasion
du Mariage de son fils , page 1043. M. de la
Martelliere , qui vient de mourir , avoit été marié
le 18. May 1728. avec Marie Joseph Thi
baut de Tulon , fille de Jean Baptiste Thibaut ,
Cointe de la Roche- Tullon , et de Françoise
Thibaut de Tullon , sa femme et sa cousine germaine
; il la laisse veuve avec trois enfans , qui
sont , Benjamin-Jean - Baptiste- Pierre-Joseph de
la Martelliére , né le 17. Avril 1739. Jérôme
François- Joseph- Bernard de la Martelliére né
le 20. Août 1732. et Marie- Louise-Charlotte
Emilie de la Mar elliére , née en 1734.

Le même jour , Jean Delpech , Seigneur, Vicom
te , Haut- Châtelain de Mérinville , d'Autrui ,
d'Angerville , S. Pere et Montreau en Beauce ,
Conseiller en la Grand'Chambre du Parlement
de Paris , où il avoit été reçû le 13. Juin 1691-
mourut , âgé d'environ 66 ans . Il étoit fils aîné
de feu Pierre Delpech , Conseiller - Secretaire du
Roy, Maison , Couronne de France et de ses Finances
, et ancien Fermier General , mort le 14.
Juillet 1712. âgé de 70. ans ; et de Marie Bazanaier,
morte le 17.Février 1718.et veuf de Marie-
Anne-Genevieve Boisson , morte le 19. Août
1723. Il l'avoit épousée au mois de Janvier 1697.
il en laisse Jean - Michel Delpech d'Angerville ,
reçû Conseiller au Parlement de Paris à la troi
siéme des Enquêtes le 7. Avril 1729. Paul- Marie-
Delpech
1888 MERCURE DE FRANCE
4
Delpech de Montreau , reçû Conseiller au même
Parlement à la cinquième des Enquêtes le 26.
Août 1733. et une fille , veuve de Pierre-Nicolas
Bertin, Trésorier Genera des Revenus casuels
et deniers extraordinaires du Roy , mort le zo.
Décembre 1729. âgé de 37 ans.
Le 4 D. A nés- Magdelaine Trudaine , Epouse
de Jean- Hector de Fay , Marquis de la Tour-
Maubourg , Seigneur de Fay , Sainte Sigolaine ,
Labatie , Clessy , Chassy , &c . Maréchal des
Camps et Armées du Roy , et Inspecteur Gene
ral d'Infanterie , mourut à la Tour - Maubourg ,
près de Lion , âgée d'environ 28. ans. Elle étoit
sa troisiéme femme , et fille de feu Charles Trudaine,
Seigneur de Montigny et de Champigny,
Conseiller d'Etat ordinaire , ancien Prévôt des
Marchands de Paris , mort le 21. Juillet 1721
et de D Renée- Magdeleine de Rambouillet , sa
veuve , Dame de la Sabliere , de Laleu et de la
Jarie.
Le s. Jean- Marc de Tourmont , Conseiller au
Parlement de Paris , en la troisiéme Chambre
des Enquêtes , où il avoit été reçû le 12. Août
1729. mourut à Auteuil près Paris , du poulmon
, après une longue maladie , dans la 28 .
année de son âge , étant né lé 12. Juin 1709. Il
n'a point été marié. Il laisse pour unique héri
tier Henry-Pierre de Tourmont , son frere aîné,
reçû Conseiller au Grand - Conseil , le 13. Αούς
1732. Robert- Henry de Tourmont , leur Pere ,
-Conseiller de la Grand'Chambre , mourut le 2.
Novembre de l'année derniére , comme on l'a
marqué dans le Mercure du même mois , p.2576.
Le 9. Adelaide de la Rochefoucaud , Dainoiselle
de la Rocheguyon , fille d'Alexandre , Duc
de la Rochefoucaud et de la Rocheguyon , Pair
de
AOUST. 1737. 1889
de France , Prince de Marsillac , & c , Chevalier
des Ordres du Roy , Grand- Maître de sa Gar
derobe , et Brigadier de ses Armées , et de Da
Elizabeth Marie - Louise-Nicole de Bermond du
Caylar de Thoiras d'Amboise , Comtesse d'Aubijoux
, son Epouse , mourut à Paris , au Convent
des Filles de Sainte Marie , ruë S. Jacques ,
dans la 16. année de son âge , étant née le 210
Janvier 1722.
Le 15. Henry Boutet , Ecuyer , Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville , ancien Notaire au
Châtelet , et ancien Echevin de Paris , mourut
âgé de 73. ans , laissant de feue Louise Lange ,
sa femme , morte au mois de Septembre 1699%
Henry Gabriel Boutet , Conseiller au Châtelet
de Paris depuis 1718.
Le 16. Nicolas- Jérôme de Paris , d'une famil
le originaire de Rheims , Vicomte de Machaut ,
Seigneur de Branscourt , de Muir et de Romains,
Conseiller au Parlement de Paris , en la premiere
Chambre des Enquêtes , où il avoit été reçû
le 12. Février 1717 mourut à l'âge de 44. ans.
Il étoit frere puîné de François de Paris , qui
avoit embrassé l'Etat Ecclesiastique , et qui
est mort Diacre le premier May 1727. et fils de
feu Nicolas de Paris , Seigneur de Branscourt ,
Machaut, Pasquy , Unchaire , aussi Conseiller au
Parlement de Paris , mort le 13. Mars 1714. âgé
de 55. ans , et de feuë Charlotte Rolland , morte
le premier Avril 1713. âgée de 49. ans . Il avoit
épousé en premieres Nôces Claude - Françoise
Boucot , fille unique de François Boucot , Garde
des Rôles des Offices de France , et de Claude
Doüet. Elle mourut après 5. ou 6. mois de mariage
, le 3. Octobre 1719. à l'âge de 19. ans .
Nicolas - Jérôme de Paris s'étoit remarié avec
1890 MERCURE DE FRANCE
D...... Rogier , veuve en secondes Nôces
de ... Lepagnol . Il n'en a point tû d'enfans. H
laisse pour heritiere de ses biens , qui sont considérables
, Marie de Paris , sa soeur , qui avoit
épousé Michel- Louis de la Grange , Conseiller
au Parlement de Paris , et Seigneur d'Hautevile
en Gâtinois.
NOMBRE des Baptêmes , Mariages,
Enfans Trouvés et Morts de la Ville et
Fauxbourgs de Paris pendant l'année
1736. sçavoir :
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ;*
Morts ,
Dans les Maisons Religieuses
Hommes et Filles ,
18877
3990
2685
18537
369 }
18900
23
r's
114
2704
Partant le nombre de Morts de l'année
1736 excede celui des Baptêmes de
Le nombre des Baptêmes de 1736. est
augmenté de celui de 1735. de
Celui des Mariages est augmenté de
Celui des Morts est augmenté de
Celui des Enfans Trouvés est augmenté de 104
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 16 Juillet , qui exempte des
A droits das au Roy ou à ses fermiers, etdes
droits de péage et autres , les Grains qui seront
transportés des Provinces du Royaume dans cel
lo
AOUS T. 1737. 1891
de de Provence , pendant un an , à compter du
15. Septembre prochain
AUTRE du même jour , qui proroge pour
un an , à compter du 15. Octobre prochain au
15. Octore 1738. l'exemption des droits portée
par l'Arrêt du 23. Septembre 1732. sur les bleds,
fromens et autres grains, farines et légumes qui
seront transportés des Provinces des cinq grosses
Fermes , dans les Provinces réputées étrangeres
, et des Provinces réputées étrangeres, dans
celies des cinq grosses Fermes.
ORDONNANCE DU ROY , du 16.
qui regle que les Commissions des Capitaines de
Compagnies détachées Gardes Côtes, seront enregistrées
par Extrait , sur la simple remise qui
en sera faite aux Greffes des Amirautés , sand
aucune autre formalité.
DECLARATION DU ROY , concernant
les délais accordés aux Payeurs des gages des
Officiers des Chancelleries près les Cours supérieures
qui prennent leurs fonds sur les Fermes
Generales , pour rendre leurs comptes des
années 1734. 1735. 1736. et 1737. Donnée à
Versailles le 23. Juillet 1737. Registrée en la
Chambre des Comptes , le 3. Août suivant.
AKREST du 11. Août qui ordonne que
dans le courant du mois de Décembre prochain
pour dernier délai , les Port urs des Billets des
Trésoriers Géneraux et Particuliers de Pixtraordinaire
des guerres , des années 1717 718 .
et suivantes , des exercices anterieurs à l'année
1723. seront tenus de les représenter au sieur
Montcll
1892 MERCURE DE FRANCE
Monteil , Commis dans le Bureau de M d'Angervilliers
, Ministre et Secretaire d'Etat , ayant
le Département de la guerre , pour être enregistrés
et paraphés par ledit Monteil , faute de
quoi ledit temps passé , lesdits Billets demeure
ront nuls et de nulle valeur.
APROBATION.
J'Ay

par ordre de Monseigneur le Chancelier
, le Mercure de France du mois d'Août,
et j'ay cru qu'on pouvoit en permettre l'imprese
sion. A Paris , le 10. Août 17 37.
HARDIO N.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Chanson Anacreon
Pl tique ,
1681
Suite du Memoire Historique sur la Ville de
Montlhery ,
Le Sommeil , Ode ,
Lettre au sujet des Boïens ,
Vers de M. Pavillon , sur la Vieillesse ,
1682
1702
1707
1718
Examen Critique des Chansons de Thibaud ,
Roy de Navarre , &c . 1720
Ode ,
1747
Lettre sur les Orgues , 1750
Epigramme à l'honneur de Diane , 1754
Lettre au R. P. du Cerceau , 3755
Réponse par M. Desforges , 1758
Ode tirée du Pseaume De profundis ,
.1759
Extrait
Extrait d'une Lettre de M. Maillart ;
Ode Anacréontique ,
1962
1764
Lettre à l'Auteur des Observations , &c. au sujet
de l'Ame des Bêtes , 1766
Enigmes , Logogryphes , 1789
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,
&c. 1794
La présomption punie , 1796
L'Etat des Sciences en France depuis Charlemamagne
,
1800
La Vie de S. Thomas d'Aquin ,
1804
Eloge du même Saint , & c . 1807
1812
Plan d'une Histoire Generale des Maladies
& c.
Essay de Dissertation sur les Loix des secondes
Nôces , &c .
1817
La Vie de la Princesse des Ursins- Borghese ,
&c.
Roüet de nouvelle invention ,
1820
1821
Cartes Géographiques et Estampes nouvelles ,
Chanson notée ,
1823
1825
Spectacles. La Mascarade du Parnasse. Extrait
de la Piece et du Vaudeville ,
Le Bailly Arbitre , Comédie Nouvelle , Extrait,
1827
Actrice nouvelle ,
Nouvelles Etrangeres de Russie ,
D'Allemagne ,
1836
1841
1843
1847
D'Italie , de Venise , de Genêves , de Toscane ,
1855
Fête donnée à Cagliari à l'occasion du Mariage
du Roy de Sardaigne ,
D'Angleterre ,
1857
1858
De Loraine , Etat des Officiers du Roy de Pologne
, lbid .
Addition
Eddition aux Nouvelles Etrangeres , &c, 1864
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1868
Discours prononcé par l'Evéque de Valence .
& c.
1871
Fête de S. Louis , celebrée par les Académies
& c.
1374
Ceremonie faite par l'Evêque de Joppé , ux
Petits Peres ,
Jttre du P. Poisson ,
Morts ,
Arrêts Notables
1375
1877
1884
1890
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1833. ligne 14. Rehausser , lifex , Re-
Phaussez .
La Chanson norée doit regarder la page 1825

Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le