→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1737, 01-02
Taille
15.80 Mo
Format
Nombre de pages
449
Source
Année de téléchargement
Texte
Presentedby
John
Bigelow
to the
Century
Association
DA
Mercure



*I*
E
1

MERCURE
DE FRANCE ,
1. 1.
DEDIE AU ROT
JANVIER 1737.
SPARGIT
OUR
COLLIGITIS
Papillo
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
t
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
J
Uin et Juillet 1721. 2. vol.
Août , Septembre , Octobre , Novembre
et Decembre ,
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
s. vol.
16. vol.
Année 1723
Année 1724. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
le mois de Decembre double, 13. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
Année 1725. les mois de Juin , de Septembre
et Décembre doubles ,
14. vol.
If. vol.
cembre doubles ,
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De-
14. vol.
tembre et Deceinbre doubles ,
Année 1729. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1730. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
14. vol
et de Decembre doubles ,
Année 1732. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
cembre doubles ,
Année 1733. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1734. les mois de Juin et Dé-
14. vol.
cembre doubles ,
cembre doubles ,
Année 1735. les mois de Juin et de Dé-
14. Vola
cembre loublesEW YORK!
Année 1736. les mois de Juin et Dé-
14. vol.
14. vol.
Janvier 173BLIC LIBRARY
I. vol.
2 222. vol.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
R
IVILEGE
DU RO r.
LOUIS,par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarre à nos Amés & Feaux Confeillers ,
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand-Confeil,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & auares
nos Jufticiers qu'il apartiendra : SALUT. Notte
cher & bien amé ANTOINE DE LA ROQUE , Ecuyer,
ancien Gendarme dans la Compagnie des Gendarmes
de nôtre Garde ordinaire , & Chevalier de notre Or
dre Militaire de Saint Louis , nous ayant fait remonrer
que l'aplaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE, cy-devant apellé le Mercure Galant, compofé
depuis l'année 1672, par le fieur de Vifé , & autres
Auteurs , nous a fait croire que le fieur Dufreni , Ti
tulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne con
vient pas que le Public foit à l'avenir privé d'un Ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux
étrangers : c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur de la Roque , nous
J'avons choisi pour compofer à l'avenir , exclufive .
ment à tous autres , ledit Ouvrage , fous le titre de
MERCURE DE FRANCE , & nous lui en avons à cet effet
accordé nôtre Brevet le 17. Octobre 1724 pour l'execution
duquel il auroit obtenu nos Lettres de Pri
vilege , en date du 9. Novembre enfuivant . qui fe
trouvant expirées , nous a fait fuplier de lui en ac
corder de nouvelles en forme de Brevet fur ce nécef
faires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feuille
imprimée & attachée pour modele fous le contrefcel
des Préfentes ; A CES CAUSES , voulant traiter favo
rablement ledit fieur Expofant , & étant informé de
fes affiduités , des foins & dépenses qu'il fait pour
la perfection dudit Mercure de France , dont nous
femmes content , & dont nous voulons lui donner des
marques de notre entiere fatisfaction; Nous lui avons
permis
Preic ste
compoter
à luifeul
- France,
is velve
i à cc.
quang
donnés
permis & permettons par ce
& donner au Public à l'avenir cous
exclufivement à tous autres , dit
qu'il poura faire imprimer en
mes , conjointement ou fepartment,,
que bon lui femblera , chaque mois , & a
dre & débiter par tout notre Royaume
& Scigneuries de notre obéiſſance , per
& efpace de douze années confecutis
du jour de la date defdites Preſences
néanmoins que chaque volume portera fo
expreffe de l'Examinateur , qui aura été co
effer , & en outre nous avons révoqué &
tous autres Privileges qui pouroient avoir
cy-devant à d'autres qu'audit fieur Expola ; Failore
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire
d'impreffion ou gravure étrangere dans aucun Leu
de notre obéiffance , comme auffi à tous Libraires ,
Imprimeurs , Graveurs , Imprimeurs , Marchands en
Tailles - douces & autres , d'imprimer, faire imprimer,
graver ou faite graver , vendre , faire vendre , débiter
ni contrefaire ledit Livre , ou Planches , en tout ni
en partie, ni d'en faire aucuns Extraits, fous quelque
prétexte que ce foit , d'augmentations , corrections ,
changement de titre , ou autrement , fans la permiffion
expreffe & par écrit dedit fieur Expofant , ou de ceux
qui auront droit de lui ; le tout à peine de confiſca
tion . tant des Planches que des exemplaires contre.
faits , & des uftanciles qui auront fervi à ladite con
trefaçon , que nous entendons être faifis en quelque
fieu qu'ils foient trouvés ; de six mille livres d'amende
contre chacun des contrevenans , dont un tiers à
Nous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , & l'autre
tiers audit fieur Expoſant , & de tous dépens , dom .
mages & interefts ; à la charge que ces Prefentes fe
ront enregistrées tout au long fur le Regiftre de la
Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris ,
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impref
fion de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , &
non ailleurs , & que l'Impétrant fe conformera en
tout aux Reglemens de la Librairie , & notamment à
celui du 10..Avril 1725. & qu'avant que de l'expoſer
en yente , le manuſcrit ou imprimé qui aura fervi de
copic
copie à l'impreffion dudit Livre , fera remis dans le
même état où les Aprobacions y auront été données ,
ès mains de nôtre très-cher & Feal Chevalier, le fieur
CHAUVELIN , Garde des Sceaux de France, Comman
deur de nos Ordres, & qu'il en fera enfuite remis deux
Exemplaires de chacun dans nôtre Bibliotheque publique
, un dans celle de nôtre Château du Louvre , &
un dans celle de nôtredit très-cher & feal Chevalier
le fieur CHAUVELIN , Garde des Sceaux de France ,
Commandeur de nos Ordres ; le tout à peine de nullité
des Prefentes , du contenu defquelles Vous man.
dons & enjoignons de faire jouir ledit fieur Expos
fant , ou ſes ayans cauſe , pleinement & paisiblement ,
fans fouffrir qu'il leur foit fait aucuns troubles ou
empêchemens, Voulons que la copie defdites Preſentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre , foit tenue pour dûëment figni
fiée, & qu'aux copies collationnées par l'un de nos
Amés & Feaux Confeiliers & Secretaires , foy foir
ajoûtée comme à l'Original ; commandons au premier
notre Huillier ou Sergent , de faire pour l'execution
d'icelles tous Actes requis & néceffaires , fans de
mander autre permiffion , & nonobftant clameur de
haro , Chartre Normande & Lettres à ce contraires ,
Car tel eft notre plaifir. Donné à Verſailles le feptié
me jour de Décembre , l'an de grace mil fept cent
trente-fix & de notre Regne le vingt -deux . Par le
Roy en fon Confeil , Signé SAINSON , avec grille
& paraphe, Et au dos eft écrit. Regiftré fur le Regif
tre neuf de la Chambre Royale & Syndicale des Li
braires & Imprimeurs à Paris , Nº . 393. F. 354 con
formément au Reglement de 1723 qui fait défenses
Article IV. à toutes Perfonnes de quelque qualité
qu'elles foient , autres que les Libraires & Imprimeurs
de vendre , débiter & faire afficher aucns Livres pour
les vendre en leurs noms , foir qu'ils s'en disent les
Auteurs ou autrement ,& à la charge de fournir à ladite
Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs
de Paris , les huit Exemplaires prefcrits par
P'Article 108. du même Reglement . A Paris ce dix
Décembre mil fept cent trente fix . Signé , G. MARTING
Syndic , avec Paraphe.
A iij LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
Toulouse , chez Forest , er Hénault.
Bordeaux , chez Raymond Låbottiere , er chee
Chapui , fils , au Palais , ci à la Poste.
Nantes , chez Nicolas Verger .
Rennes, chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar , et la veuve Garnier.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon.
Rouen , chez Herault.
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze.
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , shez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
t
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux .
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier. "
Besançon , chez Briffaut , et à la Poste.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
A Vitry- le- François , chez Vitalis
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval .
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure.
'Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne- sur- Mer , chez Parassol.
Nancy, chez Nicolas.
1
AVERTISSEMENT
AVERTISSEMENT.
Oici le deux cent ving-deuxième volu
me du Mercure de France , que nous
avons l'honneur de présenter au Roy et d'offrir
au Public, depuis le mois de Juin 1721 .
que nous travaillons à cet Ouvrage , sans
qu'il ait souffert aucune interruption. Nous
redoublerons nos soins et notre aplication
pour que la lecture en soit encore plus utile
et plus agréable.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur de
mandons toujours quelque indulgence pour
les Endroits qui leur paroîtront négligés. Le
Lecteur judicieux fera , s'il lui plaît , refle→
xion que dans un Ouvrage comme celui- cy ,
il est très-aisé de manquer , même dans les
choses les plus communes , dont chacune en
particulier est facile , mais qui ramassées ,
font ensemble une multiplicité si grande ;
qu'il est mal aisé de donner à toutes la même
attention , quelque soin qu'on y aporte , sur
tout quand une telle collection est faite en si
peu de temps : l'Auteur du Mercure, chargé
du pénible et la borieux employ de donner
chaque
AVERTISSEMENT.
chaque mois un volume au Public , ne peus
jamais avoir le temps de faire sur chaque
Article tes refléxions qu'y feroit une personne
qui n'a que cet Article en tête, le seul
auquel elle s'interesse , et peut-être le seul
qu'elle lit. Une chose qui paroît un peu
injuste , c'est qu'on nous reproche quelquefois
des inattentions , et qu'on ne nous sçache
aucun gré des corrections sans nombre
qu'on fait et des fautes qu'on évite.
;
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres ou des Listes pour les
'annoncer dans le Mercure d'en marquer
le prix au juste cela sert beaucoup,
sur tout dans les Provinces , aux personnes
qui se déterminent là- dessus à Les
acheter , et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres personnes
qu'elles chargent de leurs commissions , qui
souvent les font surpayer.M. Moreau, poura
même se charger de faire les Envois au prix
coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Ou
vriers qui ont quelques nouvelles Modes, soit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajustemens
, Perruques , Coeffures , Ornemens de
tête et autres Parures , ainsi que de Menbles
, Carosses , Chaises et autres choses ,
soit pour l'utilité , soit pour l'agrément , d'en
donner
AVERTISSEMENT.
donner quelques Memoires pour en avertir
le Public , ce qui poura faire plaisir à divers
Particuliers et procurer un débit avantageux
aux Marchands et aux Ouvriers.
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , envoyées
pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites qu'on ne peut les déchiffrer , et pour
cela elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes
à quelques égards et défectueuses à d'autres.
•·Lorsqu'elles peuvent en valoir la peine , nous
les retouchons avec soin ; mais comme nous
ne prenons ce parti qu'avec répugnance
nous prions les Auteurs de ne le
pas trouver
mauvais , et de travailler leurs Ouvrages
avec le plus d'attention qu'il leur serapossible.
On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines , que nous avons omises , ne les
croyant pas tout-à-fait du ressort de ce Journal.
Cependant , par l'avis de quelques Personnes
habiles et de goût , nous avons crû
n'en devoir pas exclure la bonne Poësie Latine
, pourvû que les Pieces soient toujours
bien et ingenieusement composées , qu'elles ne
soient pas longues , et que les moeurs y soient
respectées. Les Dames n'y perdront rien , si
Les bons Poëtes François continuent de traduire
celles qui leur plairont le plus , et de
nous faire part de leur travail , comme cela
est déja arrivés à quoi nous les invitons.
Les Sçavans et les Curieux sont priés de
A v vouloin
AVERTISSEMENT.
vouloir bien concourir pour rendre ce Livre
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers,
qui peuvent instruire et amuser. Aucun genre
de Litterature n'est exclus de ce Recueil
où l'on tâche de faire regner une agréable.
varieté : Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes
dans les Arts et dans les Sciences;
Morale, Antiquités, Histoire Sacrée et Profane
, Voyages , Historiettes , Mythologie
Physique et Métaphysique , Pieces de Théa
tre , Jurisprudence , Anatomie et Médecine
Botanique, Critique , Mathématiques, Mémoires
, Projets , Traductions , Grammaires .
Pieces amusantes et récréatives, &c. Quand
les Morceaux d'une certaine considération
seront trop longs , on les placera dans un va
lume extraordinaire et on fera ensorte qu'on
puisse les en détacher facilement , pour la
satisfaction des Auteurs et des Personnes qui
ne veulent avoir que certaines Pieces.
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourons , de
faire part au Public des Questions importantes
, nouvelles ou singulieres , qui se présenteront
et qui seront discutées et jugées dans
les differens Parlemens et autres Cours Supérieures
du Royaume , en observant l'ordre
et la méthode que nous avons déja pratiqués
en pareil cas , sur quoi nous prions Messieurs
bes
AVERTISSEMENT .
les Avocats et les Parties interessées , de vou
loir bien nous fournir les Memoires nécessaires.
Il n'est peut-être point d' Article dans
ce Livre qui regarde plus directement le Bien
public que celui-là , et qui soit plus recher
ché de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers ,
rejettés par bonnes raisons , ont souvent don
né lieu à des plaintes de la part des Personnes
interessées ; mais on les prie de considerer
que c'est toujours malgré nous que certaines
Pieces sont rebutées ; nous ne nous en raportons
pas toujours à notre jugement dans le
choix que nous faisons de celles qui méritent
l'impression . On nous reproche avec raison
que nous n'avons que trop de complaisance à
cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
faire mettre un Avis à la tête de chaque
Mercure,pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste ,
dont
le port ne soit affranchi , il en vient cependant
quelquefois qu'on est obligé de rebuter.
Ceux qui n'auront pas pris cette précaution
ne doivent pas être surpris de ne pas voir
paroître les Pieces qu'ils ont envoyées , lesquelles
sont d'ailleurs perdues pour eux , s'ils
n'en ont point gardé de copie .
Les Personnes qui désireront avoir le
Mercure des premiers , soit dans les Provinces
AVERTISSEMENT
vinces ou dans les Pays Etrangers , n'auront
qu'à s'adresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis-à-vis la Comédie Françoise
à Paris , qui le leur envoyera par la voye la
plus convenable et avant qu'il soit en ventes
Les Amis à qui on s'adresse pour cela,ne sont
pas quelquefois fort exacts ; ils n'envoyent
gueres acheter ce Livre precisément dans le
temps qu'il paroît. Ils ne manquent pas de le
lire , souvent ils le prêtent et ne l'envoyent
enfin quefort tard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas parû plûtôt.
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on nous envoye des
Pieces , soit en Vers , soit en Prose , de les
faire transcrire bien lisiblement, chaque Pie
ce sur un papier séparé et d'une grandeur
raisonnable , avec des marges pour y placer
les additions ou corrections convenables .
que les noms propres , sur tout , soient éxactement
écrits , et que la ponctuation n'y soit
pas négligée, comme cela arrive presque toujours
, ce qui contribue à multiplier les fautes
d'impression et quelquefois à défigurer
certains Ouvrages .
. Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas se faire
connoîtres mais il seroit bon qu'ils donnas
sent une adresse , sur tout quand il s'agit de
quelque. Ouvrage qui peut demander des
éclaircisAVERTISSEMENT.
éclaircissemens ; car souvent , faute d'un tel
secours , des Pieces nous restent entre les
mains sans pouvoir les employer.
ne ,
Nous prions ceux qui par le moyen de
leurs correspondances , reçoivent des nonvelles
d'Asie , d'Afrique , du Levant , de
Perse , de Tartarie , du Japon , de la Chides
Indes Orientales et Occidentales, et
d'autres Pays et Contrées éloignés ; les Capitaines
, Pilotes et Officiers des Navires et
les Voyageurs , de vouloir bien nous faire
part de leurs fournaux , à l'Adresse generale
du Mercure. Ces Matieres peuvent
rouler sur les Guerres présentes de ces Etats
et de leurs Voisins ; les Révolutions , les
Traités de Paix ou de Tréve : les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples ,
leurs Cerémonies , Coûtumes et Usages , les
Phénomenes et les productions de la Nature
et de l'Art , &c . comme Pierres préeieuses
, Pierres figurées, Marcassites rares,
Pétrifications et Crystallisations extraordinaires
, Coquillages , &c. Edifices anciens
et modernes , Ruines , Statues , Bas- Reliefs,
Inscriptions , Pierres gravées , Médailles ,
Tableaux , &c. Le caractere de chaque
Nation , son origine , son Gouvernement
sa Religion , ses bonnes et ses mauvaises qualités
, le climat et la nature du Pays , ses
principales richesses et son Commerce ; les
>
Manufactures
AVERTISSEMENT.
Manufactures , les Plantes , les Animaux
&c. Les moeurs et Coûtumes des Peuples
leur maniere de se nourrir , de s'habiller et
de s'armer, &c.
D
Nous serons plus attentifs que jamais
aprendre au Public la mort des Sçavans
et de tous ceux qui se sont distingués dans
les Arts et dans les Mechaniques ; on y
joindra le détail de leurs principales occupations
, de leurs Ouvrages et des plus con.
siderables actions de leur vie. L'Histoire
des Lettres et des Arts doit cette marque
de reconnoissance à la memoire de ceux qui
y sont rendus celebres , ou qui les ont cultivés
avec soin. Nous esperons que les Parens
et les Amis de ces illustres Morts
aideront volontiers à leur rendre ce devoir,
par les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non- seulement Paris , mais encore
toutes les Provinces du Royaume et les Pays
Etrangers , qui peuvent fournir des Evenemens
considerables , MMoorrttss , Mariages ,
Actes solemnels , Fêtes et autres Faits dignes
d'être transmis à la Posterité, en observant
d'écrire exactement et lisiblement
les noms propres , & c .
3
On a fait au Mercure et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer ; c'est une
gloire qui manquoit à ce Livre. On a beau
dire
AVERTISSEMENT.
dires nous ne changerons rien à notre me
thode , puisque nos Lecteurs la trouvent
passablement bonne. Un Ouvrage de la nature
de celui- cy , ne sçauroit plaire égale
ments à tout le monde , à cause de la multiplicité
et de la varieté des matieres , dont
quelques-unes sont lues par certains Lecteur
avec plaisir et avidité , et par d'autres
avec des dispositions contraires. M. du
Freni , avoit bien raison de dire que pour
que le Mercure fut généralement aprouvé
il faudroit que comme un autre Prothée , il
put prendre entre les mains de chaque Lecteur
une forme convenable à l'idée qu'il s'en
est faite.
C'est assés pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose à l'instruction
et à l'amusement des Citoyens . Le Mercure
ne doit rien prétendre au-delà. Nous
sçavons , il est vrai que la critique outrée
on la médisance plus ou moins malignement
épicée fut toujours un mets délicieux
beaucoup de Lecteurs mais outre que nous
n'y avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon coeur , à la dangereuse
gloire d'être lûs et aplaudis aux dépens
de personne.
و
;
Pour
Nous serons encore plus retenus sur le
louanges , que quelques Lecteurs n'ont pas
généralement aprouvées , et en effet nous
nous
AVERTISSEMENT.
nous sommes aperçus que nous y trouvions
peu d'avantage ; au contraire on s'est vit
exposé à des especes de reproches , au lieu
de témoignages de reconnoissance , surtout de
la part des gens à Talens ; car tel qu'on loïë
ne doute nullement que ce ne soit une chose
qui lui soit absolument dûë , souvent même
il trouve qu'on ne le loue pas assés , et
ceux qu'on ne lone point ou qu'on loue
moins , sont très- indisposés , et prétendant
qu'on loue les autres à leurs dépens , ils sont
doublement fachés.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent
sur les Théatres de Paris , et nous faisons
quelques Observations d'après le jugement
du Public , sur les beautés et sur les défauts
qu'on y trouve la crainte de blesser
la délicatesse des Auteurs , nous retient quelquefois
et nous empêche d'aller plus loin ;
nous craignons d'autre part , si nous sommes
plus sinceres , qu'on ne nous accuse de partialité.
Si les Auteurs eux-mêmes vouloient
bien prendre sur eux de faire un Extrait
ou Mémoire de leurs Ouvrages , sans dissimuler
les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus
severes , et le Lecteur leur en sçauroit grés
is n'y perdroient rien par les remarques ,
à charge et à décharge , que nous ne manquerions
AVERTISSEMENT.
querions pas d'ajoûter , sans oublier de faire
observer l'extrême difficulté qu'il y a de
plaire aujourd'hui au Public , et le péril
que courent tous les Ouvrages d'esprit qu'on
lui présente. Nous faisons avec d'autant plus
de confiance cette priere aux Auteurs Dramatiques
et à tous autres , que certainement
Corneille , Quinault, Moliere, Racine, &c.
n'auroient pas rougi d'avouer des défauts
dans leurs Pieces.
Nous tâcherons de soutenir le caractere de
moderation , de sincerité et d'impartialité
qu'on nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Pieces seront toujours placées
sans préference de rang et sans distinction
pour le mérite et la primauté. Les premieres
reçûës seront toujours les premieres employées,
bors le cas qu'un Ouvrage soit tellement du
temps , qu'il mérite pour cela seulement la
préference.
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis plus de 15 :
ans que nous y travaillons , non -seulement
de toute satyre , mais même de portraits trop
ironiques , trop ressemblans et trop suscepti
bles d'aplications. On aura toujours la meme
delicatesse pour tout ce qui poura blesser
ou désobliger , mais nous admettrons. très- volontiers
les Ouvrages dans lesquels une plume
Legere s'égayera , même vivement , contre dia
vers
1 MERCURE DE FRANCE
ƒ ƒį ƒ ƒ ƒ ƒ ƒ :į į į į į į į į i̟ ! !
SUITE de la Dissertation de M. Clerot ,
Avocat au Parlement de Rouen , sur
P'origine des Peuples du Pays de Caux.
COMMERCE DES PHENICIENS.
L'objet de leurs Voyages de long
' Angleterre étoit pour ces Peuples
cours , cela n'est pas douteux;tous les Anciens
assurent que les fameuses Villes de
Tyr et de Sidon , au hazard des dangers
d'une longue et périlleuse navigation , enyoyoient
leurs Vaisseaux dans la partie
occidentale de cette Isle , ou dans les
autres Isles Britanniques , apellées alors
Cassiterides , et en enlevoient du Plomb ,
de l'Etain , des Bestiaux , des Chiens de
Chasse , et des Peaux ; mais puisque ces
Peuples ne pouvoient naviger qu'avec
la précaution de ne pas s'écarter des Côtes
, parce que la Boussole n'étoit point
encore découverte , que leurs Vaisseaux
étoient moins forts que les nôtres , et
que la Navigation n'étoit pas au point
où elle a été depuis , cette Isle étoit leur
retraite lors de la tempête , sur tout dans
Cette Mer › que nous nommons la Manche
JANVIER 1737.
che , et que Tacite trouve si terrible.
Jusques en quel endroit poussoient- ils
leur navigation , avant que de passer
vers les Côtes de la Grande- Bretagne ?
C'est ce qui n'a point encore été parfaite
ment dévelopé, et c'est par conséquent ce
qui semble demander au moins des conjectures
: Si on fait atention à l'état des
choses dans ces premiers temps , les objections
seront faciles à résoudre . Selon l'Ecriture,
les Marchands de Tyr étoient regardés
dans le Monde entier comme des
Princes ; ils étoient si riches , qu'un Prophete
les représente comme couverts de
Saphirs , d'Escarboucles et d'Emeraudes ,
répandant l'or jusqu'au point , que celui
qu'ils avoient procuré à Salomon ,
lorsqu'il éleva le Temple du Seigneur ,
l'avoit rendu à Jérusalem plus commun
que les pierres. On se persuadera donc
aisément qu'ils n'auront rien oublié pour
se procurer les commodités du Commerce
, par conséquent qu'ils auront éta
' bli des Lieux de retraite sur ces Côtes,
et des Comptoirs dans ces Lieux , ce qui
aura formé les differens Ports apellés
dans la suite Stations , Refuges , Plages ,
Degrés , &c. ce qui se seroit même étendu,
à l'égard de notre Pays de Caux, si l'on
en croit quelques Auteurs , • presque
às
tous
MERCURE DE FRANCE
tous les Lieux , où l'on peut aborder.
En effet , M. de Louvigni , Intendant
de la Marine au Havre , prétendit avoir
découvert en 1696. sur les bords de la
Mer , une très - ancienne Ville nommée
Dam ; le P. Fournier , Jésuite , dans son
Hidrographie , fait une autre Ville de
Iport , s'efforçant de montrer dans un
Chapitre exprès , que c'est le Port Iccius
de Cesar. Le même Auteur en trouve
une troisiéme aux Grandes Dalles , assurant
même qu'il y en a encore des vestiges
: enfin une Tradition de ce Pays, et
qui est reçue et fortifiée par le même P.
Fournier , veut que Pourville , qui est sur
la Riviere de Scie , où elle se jette dans
' la Mer , ait été autrefois un Port celébre
, à quoi je joins l'ancienne Talovv.
Tel a été le commencement des habitations
fixes dans les Gaules : la suite demande
quelque attention .

Dans des temps beaucoup posté
rieurs aux premiers , on regardoit les
Morins ces Peuples voisins de notre
Pays de Caux , comme des Peuples des
extrémités de la Terre , ce que vous pou
vez voir dans Virgile au VIIIe . Livre
de l'Enéide , dans Pomponius Mela , Livre
3. Ch . 2. et même dans les Lettres
de S. Paulin à S. Victrice , notre Archevêque
JANVIBR: 1737.
3
vêque , au temps même de Cesar , temps
encore beaucoup postérieur à celui dont
nous parlons , ceux du Rivage Nervien ,
dont les Morins ont fait partie , ne vou
loient absolument point souffrir d'Etrangers
chés eux , et regardoient comme
faisant partie de leur territoire toutes
les Côtes maritimes , jusques au lieu où
est présentement le Port de Dieppe ou
Arques , d'où il est aisé de juger que ce
Port étoit comme le non plus ultrà de la
navigation des Phéniciens , et que comme
ils exprimoient toute fin ou extremité
par le mot Thal ou Tel , ils lui auront
donné une semblable dénomination , ce
qui pouroit convenir avec le Portus ulterior
de Cesar , si les conjectures de quelques
Géographes étoient admises . Mais
sans répeter ce qui a été déja dit , il est
certain que tout concourt à reconnoître
dans Arques l'ancienne Ville de Talovu,
et c'est ce qu'il me reste à prouver.

S'il est vrai , comme on n'en peut pas
douter , que les Germains et les Belges
se sont imaginé avoir été l'objet des
voyages d'Hercule , il ne seroit pas surprenant
que des Marchands aussi spirituels
que ceux de Tyr ou de Sidon ,
eussent inventé quelque Histoire capable
de favoriser cette opinion , afin de
donner
MERCURE DE FRANCE
donner à des Peuples aussi curieux d
nouveautés , que l'étoient les Gaulois
l'envie d'en venir aprendre les circonstances
dans ce Port , et par- là y avoir
quelque correspondance pour le Com
merce. Mais ce qui semble interesser
plus particuliérement cette Extrémité de
nos Gaules , est , qu'il paroît qu'on a
ajoûté à l'Histoire d'Hercule , que ce
Héros y a fini ses Courses. C'étoit un artifice
assés commun chés les Phéniciens
que
de rendre les Lieux , où ils s'établissoient,
venérables par quelque Tradition ,
et comme le mot Thal ou Tel , qui signifie
Extrémités , Limites , signifie aussi
Tombeau , Sepulchre , ils ne manquoient
jamais d'avoir quelque Tombeau de Hé
ros à proposer pour entretenir la dévotion
des Peuples. C'est ainsi que dans
la Palestine même ils avoient de certai
nes Montagnes escarpées , qui étoient
leurs Limites , et dont ils faisoient , en
les représentant comme la sépulture de
certains Héros , tout à la fois des Lieux
de Commerce et de dévotion. C'est ainsi
qu'ils ont multiplié dans plusieurs de
leurs Etablissemens l'opinion de la possession
du Tombeau d'Hercule , ce qui a
fait donner à ces Etablissemens même le
nom d'Hercule ; que sçavons - nous ? Ar
3
chelles
JANVIER. 1737. 7
1
es , qui est un petit Lieu tout proche
de l'ancienne Talovv , est peut-être moins
n diminutif du nom d'Arques , que le
Don même de ce Héros.
En un mot , c'étoit l'usage chés les
Phéniciens d'élever des Temples vers
qelque Montagne escarpée , ou singubre
, sur les confins des Territoires ou
s Régions ; et ils avoient soin de désigner
ces Extrémités par une dénomition
qui en marquoit la nature et la
onsécration , ce que les Latins ont apellé
nes templares,ou Fines sacrificales , parce
de les Voyageurs s'y arrêtoient , y of
oient des Sacrifices , et y faisoient des
bations . Il est donc évident que l'ancienne
Talovv étoit dans le temps du
Commerce de Tyr , une de ces Extrémi
s saintes. Elle a été d'abord le centre
Ma Commerce de cette partie de la Gaule ,
qui se prouve par le Privilége de
donner à toute la France les vrais Originaux
, les Matrices des Poids et Me
sares , qui ne lui avoient pû être aportés
que par les Phéniciens , premiers inventeurs
de ces Poids et Mesures : elle
La pu , comme je l'ai fait voir , prendre.
nom de Talovv , que parce qu'elle étoit
à l'extrémité de quelque Région , ou à
la fin de quelques Courses ; et enfin elle
B étoit
8 MERCURE DE FRANCE
étoit le terme de plusieurs Lieux vené
rables aux Gaulois , que les Phéniciens
auront voulu par- là rendre encore plus
recommandables . Vous pouvez voir dans
le sçavant Livre de M. Bochard , page
616. Edition de Caën, la Description d'u
ne ancienne Ville , nommée En-tel , par
la même raison que celle- ci a été nom
mée Tel ovv ; vous y trouverez unę
situation toute semblable à celle d'Ara
ques ; vous ne serez point surpris de
voir que les anciens Auteurs , cités par
M. de Vallois sur le mot Juliobona , en
la confondant avec Dieppe , ayent di
qu'elle étoit un Port fameux avan
qu'elle eut été détruite par les François ,
Portum famosissimum , et Villam opulentis◄.
simam. Not. Gall.
>
Il n'est pas concevable combien la
superstition Phenicienne s'accrut en ce
point dans le monde , et particulierement
chés nos Gaulois. Ils ne bornerent pas
leur culte à ces extrêmités des Territolres
, ils consacrerent aussi les limites des
Lieux qui leur étoient venerables , des
Domaines , dont ils commençoient à s'ac
commoder , et de leur Jurisdiction sur
de certaines choses ; ce qu'ils faisoient
en prenant pour bornes tantôt de certaines
élévations de terre 2 ou cer
tains
JANVIER.
و
1737
1
tains monceaux de pierres , apellés ter
men , tantôt de certaines figures grossie
res de bois ou de pierre , que les Ro
mains apellerent depuis Herme , et enfin
ces Montagnes ou Collines venerables
aux Phéniciens , et qu'on nomma
Tumb , par la même raison que ceux - ci
les nommoient Tel , ou Thal.
été
Tout cela posé , comme j'ai demontré
qu'il y avoit dans les premiers temps plu
sieurs portions de Forêts consacrées d'abord
sous le nom de Alb, ensuite sous
celui de Div. Alb. Ig. et enfin sous ce➡
lui de sanctum Albinum vers les Rivieres
de Scie et d'Arques ; on peut croire
que la superstition phenicienne ayant
promptement embrassée en ces Lieux,
les Habitans auront élevé des Termes à
ces objets de leur dévotion , lesquels seront
devenus également respectables , ce qui
aura formé le nom de Tella , donné à
la Riviere , où il y avoit plusieurs de ces
bornes sacrées , et ce qui sert à expliquer
les expressions des anciennes Chartres ,
qui mettent ainsi le nom de cette Ri
viere au nombre pluriel , piscatoriam in
Tellis ....in Pago Tellau , juxta Fluvios
tellas et VVarennam.
J'ai remarqué qu'il y avoit à l'extrê
mité de la Riviere du Bourg dun , à l'en-
Bij
droit
16 MERCURE DE FRANCES
droit où elle se jette dans la Mer , und
autre portion de Forêts , consacrée aussi
d'abord sous le nom de Alb , ensuite
sous celui de Dilv alb Igen , puis sous
celui de Divum albinum. Il est presque
évident que ce Lieu venerable à aussi
eu quelque borne sacrée. Et c'est cette
borne que je soupçonne avoir été une
des Montagnes qui sont vers le Bourg
Dun , qui aura donné à ce Bourg même
le nom de Thal ou Tel , et à la Riviere
celui de Tala, Oderic Vital qui nous assure
que cette Riviere a porté ce nom
là , désigne trop bien les autres Rivieres
de notre Pays de Caux, pour croire qu'il
ait parlé sans principes à l'égard de celle-
ci . Reste à sçavoir pourquoi cette Riviere
a porté depuis le nom que lui donne
cet Auteur , Talam que dummodo dicitur.
S'il est vrai que dans les premiers tems
de l'établissement des Phéniciens dans
nos Gaules , la Borne sacrée dont nous
venons de parler , ait eu le nom de Tel
ou Thal, et qu'ensuite elle ait été apellée
indistinctement Tal et Tumb , parce que
ce que les Phéniciens apelloient du nom
de Tal , étoit apellé par nos Gaulois du
nom de Tumb , on se persuadera aisé
ment qu'à la fin ce nom de Tumb aura
ριένα ,
JANVIER 1734:
prévala , nom que les Saxons auront
adouci depuis par la transposition du T
en D. avec le retranchement du b . et
que cette même Borne devenue depuis
le Bourg- Dun , n'ayant plus été connue
que sous le nom de Dum, la Riviere qui
l'arrosoit aura pris le même nom ; et il
en est arrivé de même à la plupart des
Rivieres de cette Province , qui ont
changé de nom quand les principaux
Lieux qu'elles arrosent, en ont changé.
Le Bourg a pû en effet quitter plutôt le
nom de Tal ou Tel, pour ne prendre que
celui de Tumb , adouci en celui de Dum :
parce que la Montagne vénérable qui
fui donnoit son nom , étoit toûjours sensible
, et portoit une figure du Tombeau
de quelque Héros . Car les Gaulois éle
voient de grands monceaux de Terre sur
les Sépulchres de leurs Ancêtres , et quand
il s'agissoit de révérer les cendres d'un
Héros , il ne leur falloit pas moins qu'u
ne Montagne. La Riviere , dis je , a pû
conserver plus long temps l'ancien nom
de Thal , ou n'avoir même que celui- là¸
parce que cette Riviere n'offroit pas par
elle-même une figure semblable .
Au reste , pour se convaincre sûre
ment que le nom de Tumb a été donné
par nos Gaulois aux Montagnès que les
Bilj Phéni
12 MERCURE DE FRANCE
Phéniciens apelloient du nom de Tel ; il
ne faut qu'examiner quelques Titres ou
quelques anciennes Histoires de l'Abbaye
du Mont S. Michel , et on trouvera
certainement que ce nom de Tumb
étoit celui de ce Mont avant l'Erection
de l'Abbaye , in monte qui dicitur Tumba.
On verra même qu'une autre Montagne
qui en est peu éloignée , n'est apellée
Tumbelaine , que parce que c'étoit une
Montagne consacrée à la Lune sous le
nom de Tumb ne hel Jun ( nehalenia ) ou
à la Lune ancienne , sous le nom de
Tumb hel Jun , comme qui diroit , Lumiere
passée.
Ne soyons donc point surpris de voir
en même-temps et dans une même chose
deux noms différens : nos Habitans du
Pays de Caux ont toûjours été constans
à conserver leurs anciens Usages , et ceux
de l'intérieur du Pays se sont toûjours
distingués de ceux qui ont habité les
Ports de Mer , ou le Rivage de la Seine ,
soit par leur Dialecte , soir par leurs Loix ,
soit même par la Religion; si on en veut
quelque preuve pour ces temps reculés ,
on peut voir les Chartres de l'Abbaye
de Valmont , et on trouvera que ce lieu
qui étoit encore un lieu dévoué à la vénération
Gauloise , est apellé Walmont,
Gal- mont
JANVIER: 1737. 13
Gal-mont, comme qui diroit le Mont des
Gaulois. Il est assés singulier qu'une
Montagne ou un Côteau , soit ainsi apellé
le Mont Gaulois , dans la Gaule même:
mais le génie de nos Anciens étoit
de faire toûjours une difference entre ce
qui étoit le propre de la Nation et ce
qui étoit le propre des Etrangers , quoique
situé dans le même Pays. C'est ains
si qu'en rendant leur culte à la Lune
sous le nom de Wen ou Oen dans l'ancienne
Terre d'Enneval , ( ce Vidamé
dont j'ai parlé , et qui est à deux lieuës
de la Seine sur la Riviere que j'ai apellée
dur clair , ) ils ajoûtoient au nom de
cette espece de Divinité , l'épithete de
Wal, comme pour signifier que leur
Wen ou Oen , étoit une Déesse Gauloise
qu'on devoit distinguer de l'Oannes Phé
nicienne ou Syrienne , quoiqu'au fond
elle fût la même chose , c'est- à-dire , un
objet religieux fixé dans les Marais , et
au milieu des Roseaux.

Ce n'est pas ici une idée prise au ha
zard : il est évident que la Terre d'Eneval
, qui est maintenant Pavilly , à
quatre lieues de Rouen , et qui apartient
à M. le Président de ce nom , étoit
dans les premiers temps un lieu consacré
au Confluant de deux Ruisseaux
B iiij
'3
l'un
12 MERCURE DE FRANCE
د
Phéniciens apelloient du nom de Tel ; il
ne faut qu'examiner quelques Titres ou
quelques anciennes Histoires de l'Abbaye
du Mont S. Michel , et on trouvera
certainement que ce nom de Tumb
étoit celui de ce Mont avant l'Erection
de l'Abbaye , in monte qui dicitur Tumba.
On verra même qu'une autre Montagne
qui en est peu éloignée , n'est apellée
Tumbelaine , que parce que c'étoit une
Montagne consacrée à la Lune sous le
nom de Tumb ne hel Jun ( nehalenia ) ou
à la Lune ancienne , sous le nom de
Tumb hel Jun , comme qui diroit , Lumiere
passée.
Ne soyons donc point surpris de voir
en même- temps et dans une même chose
deux noms différens : nos Habitans du
Pays de Caux ont toûjours été constans
à conserver leurs anciens Usages , et ceux
de l'intérieur du Pays se sont toûjours
distingués de ceux qui ont habité les
Ports de Mer , ou le Rivage de la Seine,
soit par leur Dialecte ,soit par leurs Loix ,
soit même par la Religion; si on en veut
quelque preuve pour ces temps reculés ,
on peut voir les Chartres de l'Abbaye
de Valmont , et on trouvera que ce lieu
qui étoit encore un lieu dévoué à la vénération
Gauloise , est apellé Walmont,
Gal-mont
JANVIER: 1737. 13
:
,
Gal- mont, comme qui dirolt le Mont des
Gaulois. Il est assés singulier qu'une
Montagne ou un Côteau , soit ainsi apellé
le Mont Gaulois , dans la Gaule même
mais le génie de nos Anciens étoit
de faire toûjours une difference entre ce
qui étoit le propre de la Nation et ce
qui étoit le propre des Etrangers , quoique
situé dans le même Pays. C'est ains
si qu'en rendant leur culte à la Lune
sous le nom de Wen ou Oen dans l'ancienne
Terre d'Enneval , ( ce Vidamé
dont j'ai parlé , et qui est à deux lieuës
de la Seine sur la Riviere que j'ai apellée
dur clair , ) ils ajoûtoient au nom de
cette espece de Divinité , l'épithete de
Wal, comme pour signifier que leur
Wen ou Oen , étoit une Déesse Gauloise
qu'on devoit distinguer de l'Oannes Phénicienne
ou Syrienne , quoiqu'au fond
elle fût la même chose , c'est- à- dire , un
objet religieux fixé dans les Marais , et
au milieu des Roseaux.
>
à
Ce n'est pas ici une idée prise au haë
zard : il est évident que la Terre d'Eneval
, qui est maintenant Pavilly
quatre lieues de Rouen , et qui apartient
à M. le Président de ce nom , étoit
dans les premiers temps un lieu consa
cré au Confluant de deux Ruisseaux.
B iiij
l'un
2
14 MERCURE DE FRANCE
l'un nommé Saffimbec , des mots Alf
Jun- Bec , et l'autre Enneval , des mots
Oen-Val, ou Wen Val. Il est constant
que les anciens Seigneurs de cette Terre,
Ancêtres du Magistrat dont je viens de
parler , sont nommés dans les vieux Titres
, et dans les anciennes Histoires , de
Wen Val, Wen Vas , Oen- Val , et Enneval
, ce qui est un nom à peu près semblable
à l'Onnava des Celtes et il est
constant que cette Terre , qu'on démontre
avoir toûjours été dans la même famille
depuis plus de mille ans, a été autrefois
, et est encore en partie environnée
de Bois , et au milieu des Eaux ; que le
Bourg qui y a été bâti depuis, a été vraisemblablement
nommé Pavilly , en langage
du Pays , ou Pauliacum en Latin ;
du mot pavve , ou poul, ou poel , qui en
Langue Belgique signifie Marais , et de
la Particule Ig. dont j'ai parlé. Ce qui
semble marquer que ce Bourg est un Lieu
originairement Marais. Mais puisque
nous voici vers les Rivages de la Seine ,
voyons par quelle raison ce Rivage n'a
point été habité au - dessus du Territoire
, que j'ai démontré avoir été consacré
comme celui- ci , à la Lune , sous le nom
de Wen, et qui en a pris le nom de Gem
mieges.
II
JANVIER .
1737. IS
Il y a aparence que l'Embouchure de
la Seine parut quelque chose de terrible
à nos Phéniciens ; car si au raport de
Tacite les Romains regardoient l'Océan ,
qui baigne nos Côtes , comme une Mer
presque impraticable , les Phéniciens la
regardoient au moins comme très - dangereuse
, et ils devoient avoir de l'Embouchure
de la Seine une idée encore
plus désavantageuse . En effet, la variation
ou mobilité des Bancs de Sable , et
l'impétuosité de ses flots , qui allarment
encore nos meilleurs Mariniers , ne pouvoient
que les effrayer ; d'ailleurs cette
Barre qui vient de la Mer toutes les douze
heures , et qui souvent épouvante encore
les Riverains , les avoit sans doute
rebutés. Aussi depuis le Lieu où cette
Barre vient se briser , je ne vois le long
du Rivage vers notre Pays de Caux , que
des Lieux dont les noms marquent l'idée
qu'en avoient les Phéniciens : et à commencer
par le Ruisseau de S. Vvandril
Ic ,il est évident que du nom de Cald ;
You Caled , ou Kaled, qui selon Camden ,
signifie rude , difficile , joint au diminutif
de pach , ou bach , ou bec , qui signifie
Ruisseau , on a formé celui de Caldebe
• quet , qu'a porté ce même Ruisseau de
S.Vvandrille , et de Caudebecquet , petit
Bv Lieu
16 MERCURE DE FRANCE
peut
Lieu où il entre dans la Seine , ce qui
être dit de la Riviere et de la Ville
de Caudebec sur le même rivage , qui
sont apellées dans les anciennes Chartres
de l'Abbaye de S. Vandrille , Calpack
Caldbec , Celedbec , et Calidobec ; enfin
cela peut encore être dit de la Riviere et
de la Ville de Lilebonne , quatre lieuës
plus loin sur le même Rivage. Car si
Lilebonne a été apellée Caletus ou Caletum
, comme quelques anciens l'ont prétendu
, qui doute que ce mot ne soit venu
de Kaled , le t . étant facilement substitué
au d ? En un mot Harfleur même,
qui étoit le dernier lieu de ce Rivage , a
dû avoir un nom de la même signification
, que nos Saxons auront accommodé
à leur langue , ou Hard-Floet ne signifie
autre chose que cette Barre terrible
dont je viens de parler. Le mot de
Hard désignant certainement quelque
chose de rude ou d'indomptable. En effet
, les noms de Bern Hard , de Leon
hard , et autres semblables , ont toûjours
marqué un Seigneur rédoutable : le nom
de Hardi a la même origine.
Enfin , M. je dois vous faire observer
que cette extrémité du Rivage de la Seine
, presente une Etimologie bien semblable
à celle des Côtes de l'Océan , qui
sont
JANVIER . 1737 17
·
sont vers l'Ecosse Septentrionale , et
que le mot Caled ou Kaled qu'on assure
être de l'ancien Breton , étant d'origine
Phénicienne , comme quantité d'autres ,
qui sont restés en la grande Brétagne ,
ce qui favorise mon sentiment ; et s'il est
permis de croire avec certains Auteurs ;
que le nom de Seyd ou Said , a quelque
raport avec celui de l'ancienne Sidon , je
trouverois encore du Phénicien dans les
noms de Seda et de Sedana , donnés aux
Rivieres de Scie et de Saane , vers l'ancienne
Talow. Au reste , si j'avois besoin
de plus grandes preuves du Commerce
des Phéniciens dans la Gaule , je rapelle
rois ici quelques anciens Monumens qui
ont été donnés depuis peu au Public ,
dans lesquels on trouve quantité de figures
habillées à la Phénicienne Il y en a
même des Assyriens , parce que Tyr et
Sidon furent enfin soumis , comme les
Juifs , aux Rois de Babilone , ce qui dé
montreroit que le Peuple Phénicien faisoit
encore quelque figure dans nos Villes
au temps des Rois de la premiere Race,
La fin pour un autre Mercure
W
Bvj STAN
18 MERCURE: DE FRANCE
Skakaks jkakakakakakak
STANCES SUR LA FOY,
A Mgr. L. C. D. P.
VII Esclave des sens , et courbé vers la terref
L'Homme en tes mains , Seigneur , allume
Tonnerre
Il blesse tes regards , il viole ta Loy ;
L'insensé chaque jour insulte à ta Puissance
D'où naît cette licence
Pécheur audacieux , l'Homme n'a plus de foy-
*
O foi de nos Ayeux , active , obéissante ,
Revenez enfemmer notre ame languissante
'Aprenez -nous à croire , et non à discourir ;
Nous sçavons disputer sur nos profonds Mys
teres ,
Nous parlons , er nos Peres
Pour défendre tes droits , ne sçavoient que
mourir..
La Foy régnoit alors ; par combien de pres
tiges ,
L'Enfer
JANVIER 1737 19
L'Enfer jaloux veut- il combattre ses prodigest
La Foy triomphe , elle ouvre et ferme les Tom
beaux ;
Dans le sang des Martyrs tout s'unit pour l'é
teindre ;
Mais la Foy sans rien craindre
Aux feux de leurs Buchers rallume ses Flam
beaux .
*
En cent Climats divers , elle étend son Empire
:
Sous des Cieux plus serains l'innocence respire
Les Saints foulent aux pieds , les grandeurs , les
trésors ;
Ils rejettent loin d'eux la Coupe enchanteresse ,
Dont la fatale yvresse
Endormant la raison étouffe les remords
*
Un Antre ténébreux , sépulture vivante ,
Est le Temple , où des uns la pieté fervente
Sacrifie au Seigneur les jours de leur Printemps
Athletes généreux, contre eux - mêmes en lice
D'autres sous le Cilice
Meurent victorieux de l'Enfer et du temps.
M
L'Enfer les craint ; le temps éternise leur
gloire ;
Su
20 MERCURE DE FRANCE
Sur les Tombeaux des Rois, célebres dans l'His
toire
Le Marbre n'offre aux yeux que des Vertus em
pleurs :
Le Marbre périra , mais le Cercueil du Juste ,
Plus simple et plus auguste ,
Voit les Cyprès changés en immortelles Fleurs,
Je puis avec la Foy transporter les Monta
gnes ;
Jusques au sein profond des liquides Campa
gnes ;
Je puis faire jaillir les torrens sous mes pas
Au milieu des revers si j'ai cette Foi vive ,
Si rien ne la captive ,
L'Univers ébranlé ne m'ébranlera pas.
Contre mes Ennemis plus ferme que ce sage ,
Dont Zénon nous a peint le superbe courage ,
Je ne cherche qu'en Dieu ma force et mon sou?
tien
Je vois à mes côtés leurs Fléches ménaçantes ,
Retomber impuissantes ;
Le Héros véritable est le Héros Chrétien.
*
Accordez
JANVIER. 21 1737.
Accordez- moi , Seigneur , cette Foi magna
nime
Que soutient l'esperance, et que l'Amour anime
2
Mes Voeux vous sont connus ; daignez les acd
complir ;
Fuyez , Monde imposteur , je sens l'immense
vuide
D'un coeur toûjours avide ,
Plus immense que lui , Dieu seul peut le remplir
*
Nous portons sur nos fronts un sacré caractere,
Cessons de prodiguer un hommage adultére
A des Dieux comme nous fragiles et mortels ,
Ces Dieux ne valent pas de si nobles Victimes ;
C'est partager leurs crimes ,
Qu'offrir un pur Encens sur leurs impurs Autels.
Illustre Cardinal , agréez pour hommage
De la Foy généreuse une imparfaite image ;
Les traits dans votre coeur en sont bien mieux
gravés :
Et si le Ciel propice à l'ardeur qui m'inspire ,
M'avoit permis d'y line ,
Ceux qu'a tracés ma main seroient plus achevés.
Par M. l'Abbé Poncy - Neuville.
EXTRAIT
27 MERCURE DE FRANCE
***************
EXTRAIT d'une Lettre Anonyme
au sujet de la Gravûre insérée dans le
premier volume du Mercure de Décembre
dernier.
J
'Avois déja vú , Monsieur , dans votre
Cabinet l'Original de la Gravûre
qui vient de paroître dans le Mercure ;
c'est , comme on l'a dit , le Couvercle
'd'une Boëte d'yvoire , sur lequel on a
sculpté un Ecusson avec divers ornemens,
et on lit au tour ces mots , qui paroissent
sortir du Bec d'une Colombe. Bon
nes nouvelles au Guré de Montfort . L'Ouvrage
est fort proprement fait . Je tiens
cette espece d'Enigme assés difficile à
expliquer , par raport à l'Ecusson , n'en
ayant point vû de semblable dans les
Livres de Blazon que j'ai parcourus , ni
dans les neuf volumes de Généalogies
de France du P. Anselme , &c. nouvelle
Edition .
J'observe d'abord que les dix Coquil
les dont cet Ecu est chargé , n'étant marquées
d'aucun coup de Burin , paroissent
d'argent sur un champ d'or , ce qui
est contre les Regles du Blazon. Les Coquilles
JANVIER : 1737 : 231
quilles sont placées 4. 3. 2. 1. ayant le
dos en face ; car celles qui l'ont en dedans
s'apellent , non des Coquilles , mais
des Vannets.
Après bien des Recherches , je n'al
trouvé que la Maison de Cissé , qui ait
quelque chose d'aprochant dans ses Armes
, car elle porte d'azur à deux che
vrons d'or , chargés de dix Coquilles de
gueules ; mais si le nombre des Coquilles
convient avec celui du Couvercle , leur
situation et les autres pieces , font des
Armes differentes.
La Maison de Bourbon , avant qu'un
Fils de France en eût épousé l'Héritiere ,
portoit huit Coquilles dans l'orle de son
Ecu .
Celle de Laval portoit pour Armes
cinq Coquilles. Mais Mathieu de Mont
morency ayant épousé Emme , Héritiere
de la Maison de Laval , Guy de Montmorency-
Laval , issu de ce Mariage , en
conservant les Armes de Montmorency ,
porta aussi celles de Laval , en chargeant
la Croix des premieres de cinq Coquilles
d'argent.
Ce Seigneur mourut en 1267. Dans
la suite des temps une Fille qui en des
cendoit , nommée Anne de Montmorency-
Laval , seule Héritiere de la même
Maison
24 MERCURE DE FRANCE
Maison , épousa en Janvier 1404. Jean
de Montfort en Bretagne , Seigneur de
Kergorlay , lequel en recueillant la riche
succession de Laval , fut chargé par le
Contrat de porter le nom , le cri et les
pleines Armes de Laval , qui sont la
Croix de Montmorency , &c. chargéo
de cinq Coquilles d'argent.
Voilà déja un Montfort , situé en Bretagne
, au Diocèse de S. Malo . Ce Lieu ,
selon le Dictionnaire de la France , n'a
que 316. Habitans; il devoit n'avoir qu'un
Curé, apellé absolument le Curé de Mont
fort , et c'est de ce Montfort dont Jean
de Montfort étoit Seigneur. Ne pouroiton
pas dire là-dessus que la succession
de Laval , qu'une Fille unissoit à celle de
Montfort , ne pouvoit qu'être une bonne
et grande nouvelle au Curé du Lieu ,
par la part qu'il prenoit au bien public ,
et peut- être par raport au sien particu
lier. La Colombe qui la lui annonce ,
seroit le symbole de cette illustre Fille
et le tout une galanterie de la part du
Seigneur qui l'épousoit , lequel envoyoit
dans la boëte en question , quelque présent
à son Curé à l'occasion de ce Ma.
riage. Les Lettres de l'Inscription Bon-
NES NOUVELLES AU CURE' DE MONT
FORT , sont du Gothique du XVe. siecle ,
CE
JANVIER. 1737. 29
ce qui favoriseroit assés mon idée. Il est
vrai que le nombre des Coquilles de
l'Ecu la contredit d'ailleurs , mais il se
peut faire que l'Ouvrier qui a mal bla
zonné , en mettant , comme je l'ai dit ,
contre les regles , argent sur or , sça
chant que les Armes de Laval sont ori
ginairement des Coquilles , il en aura
rempli tout l'Ecu ..
Voyez , Monsieur , si ce qui sult , tiré
d'un Livre intitulé le Roy d'Armes
pouroit vous donner une plus juste idée .
Ce Livre est du P. Marc Gilbert de Varennes
, de la Compagnie de Jesus , imprimé
à Paris 1640. » Les Coquilles , dit- il , p.
204. témoignent par fois la grande pie
» té de nos Ancêtres , qui faisoient des
»Pelerinages aux saints Lieux de Jéru-
» salem , de Lorette et de S. Jacques en
» Galice , afin de se souvenir du retour
»heureux que Dieu leur donnoit >>
Sur ce principe on peut dire que la Co
lombe hierogliphe de celle du Déluge au
temps de Noé , et les Coquilles de notre
Couvercle y sont employées pour
signifier l'heureux voyage de quelque
Seigneur , parti de Montfort pour faire
le voyage d'outre Mer , et qu'étant ar
rivé à la Terre Sainte , il voulut en don
ner des nouvelles à son Curé , en lui
envoyang
28 MERCURE DE FRANCE
envoyant aussi dans la Boëte quelque
présent de dévotion ; mais reste à sça
voir de quel Montfort il faut entendre
cette derniere pensée . Je soumets l'une
et l'autre à votre critique .
T
ODE imitée du Pseaume XLVI. que
David composa quand il fit transporter
l'Arche sur la Montagne de Sion.
PEuples,frapez des mains , voici le Roi de
gloire
Votre joye en ce jour doit sur tout éclater .
Chantez , mais que vos chants soient des chants
de victoire ;
C'est Dieu qu'il faut chanter.
*
Celebrez sa grandeur , celebrez sa puissance ;
Jusqu'où ne s'étend point la douceur de ses loixa
L'Univers est rempli de sa magnificence ;
Il est le Roi des Rois.
*
Il régit à son gré le Ciel , la Mer , la Terre ;
Son bras a foudroyé nos plus fiers Ennemis ;
Rien n'a pû résister aux coups de son Tonnerre;
Il nous a tout soumis.
JANVIER : 1737 27
Sa bonté nous donna cette Terre en partage ;
L'infidele Moab n'y fait plus son séjour.
Quel bonheur ! tu nedois , Jacob , cet avantage
Qu'aux feux de son amour
*
Le voilà, ce Dieu fort, il marche à notre tête
Tout Israël le suit , l'Arche est son Pavillon .
Parmi nos cris de joye , au bruit de la trompette
Il monte sur Sion,
*
O Lévites heureux ! ô Ministres fideles !
Le soin de le loüer est votre unique emploi ,
Consacrez désormais vos Chansons immor
telles
A l'honneur de mon Roi,
*
il commande en tous Lieux , il n'a point de
limites ;
La voix ne suffit pas , pour chanter sa grandeur ;
Joignez-y le respect , sentez ce que vous dites
Faites parler le coeur.
;
*
#
L'Empire de ce Dieu , que la Judée adore ,
Dans les Murs de Sion n'est pas tout resserré ;
Du Midy jusqu'au Nord , du Couchant à l'Aug
rore ,
Son Nom est révéré,
28 MERCURE DE FRANCE
1
Que vois-je ! les Gentils sont aux pieds de sor
Trône ,
Ils le célebrent tous comme leur Souverain .
Le changement du coeur , aussitôt qu'il l'ordonne
,
N'est qu'un jeu de sa main.
MANUEL, de la Doctrine Chrétienne.
Ststotatio
1 Ie. Lettre de M. de la F. à M. D.
L. R. sur un sujet de Litterature.
Sc
I tous ceux dont les Ouvrages sont
critiqués , recevoient comme vous
Monsieur , les avis souvent utiles qu'on
leur donne , la paix qui doit régner dans
le monde Litteraire , ne seroit jamais
troublée par ces disputes , qui dans leur
commencement paroissent se contenit
dans les bornes que prescrivent la po
litesse et la moderation , mais qui bien
tôt après dégenerent en injures et en in
vectives ; on cesse de combatre le sen
timent d'autrui , ou de défendre le sien ,
on attaque la personne, et souvent on ne
respecte ni ses moeurs , ni sa probité.
Quoique je n'aye pas l'honneur de
vous connoître personnellement , le ca
ractere de vos Ecrits qui m'amusent ;
d'autant
JANVIER: 1737 29
d'autant plus qu'ils m'instruisent , m'a
persuadé , Monsieur , que je ne ferois
rien qui vous déplût en critiquant votre
sentiment sur l'origine du mot LA POR
TE , et la réponse que vous avez jugé à
propos de faire à ma premiere Lettre
m'a affermi dans ma premiere pensée ;
car vous y avoüez de bonne foi que vous
commencez à entrevoir la vérité ; cet
aveu peut-être auroit eu quelque chose
de plus , mais vous avez voulu sans
doute me fournir un moyen d'éxercer
ma Plume encore timide , en me met¬
tant dans l'obligation de vous adresser
une seconde Lettre. Pour entrer dans
vos vûës , je vais suposer que les Passages
, quoique décisifs , de Xénophon et
de Plutarque , que j'ai pris la liberté de
vous communiquer , n'ont pas été suffi
sans pour vous convaincre entierement
que l'usage du mot LA PORTE , pour di
re la Cour, étoit connu long- temps avant
le Mahométisme, d'où vous croyiez qu'il
s'étoit introduit ; et dans cette suposie
tion je vais vous raporter encore un Pas
sage de Xenophon , qui seul pouroit fai
re décider la question.
» Ainsi mourut Cyrus , dit cet ( a) His:
(a) Xenophon. Retraite des dix mille , L. 13
pag. 358,
» torien
go MERCURE DE FRANCE
» torien éxact ; entre tous les Perses qui
» ont succedé au grand Cyrus , il n'y en
a point qui ait possedé si éminemment
» toutes les qualités réquises à un Roy ,
» et qui ait été plus digne de régner.
» C'est le jugement qu'en ont porté
tous ceux qui ont été à portée de le
» bien connoître. Dès son enfance il
» surpassoit dans toutes sortes d'exerci
» ces son frere , et les enfans qui étoient
» élevés avec lui ; car tous les enfans des
Seigneurs Persans sont élevés à LA PORTE
du grand Roy , πάντες γαροι τῶν Α ' είσων
Περσῶν πᾶδες ἐν ταῖς βασιλέως θύραις πως
σονται .
Mais , M, votre doute , s'il vous en
reste encore , ce que je ne puis croire ;
n'est- il point fondé sur la signification
du mot Jupa ? Si c'est là ce qui vous empê
che de voir clairement la verité , le nuage
va bien-tôt disparoître , car Henry
Etienne qui n'est pas sujet à se tromper,
lorsqu'il s'agit de donner le véritable
sens , la propre signification d'un mot ,
me prête des secours capables de dissi
per ce qui peut rester d'obscurité.
Ce sçavant et laborieux ( a ) Ecrivain
nous assure que LA PORTE est la propre
(a) Henry Etienne dans ses Notes sur Xenophon
pag. 27.
signi ;
JANVIER: 1737.
3r
signification du mot Jupe , qu'on trouve
Souvent dans Xenophon , et soutient que
par ce mot LA PORTE , il faut entendre
la Cour; il ajoûte que son explication ne
doit choquer personne , puisque » tout
le monde sçait que la Cour de Turquie'
est apellée encore aujourd'hui LA PORTE
, sed quid multa aulam Turca hodie-
Portam nominari notissimum est ; cette
explication avoit été donnée avant Henry
Etienne. Leunclavius a traduit le mot
Júpa par le terme Regia , et Janus Lascaris
a cru avec raison que ce même mot
Júpa , répondoit à notre terme François,
la Cour.
que
A des preuves si claires , si décisives ,
je joindrai , s'il vous plaît , le sentiment
de nos Auteurs modernes qui ont eu occasion
de parler de la Cour du Roy de
Perse ; car je suis bien aise de vous faire
connoître de plus en plus que Dablancourt
n'a point cherché à brillerpar un terme
de songoût aux dépens de la vérité.
M. Charpentier de l'Académie Fran
çoise, qui nous a donné la Cyropoedie en
François , traduit les mots on Júpays par
la Cour. Mon Pere , répondit Cyrus à
Mandane , qui lui demandoit qui il trouvoit
le plus beau ou du Roy de Perse ,
ou du Roy des Medes , est le plus beau
C de
32 MERCURE DE FRANCE
de tous les Perses, et Astyage est leplus beau
de tous les Medes que j'ai vûs , soit sur le
chemin , soit A LA COUR , L. I. C.
P. 15 .
32
M. Dacier qui , comme vous sçavez,
M. a traduit les Vies de Plutarque , se
sert en plusieurs endroits du mot LA
PORTE , et surtout dans les Vies de Thémistocle
et de Pelopidas. Ce Traduc
teur toûjours animé du desir de faire con
noître l'Antiquité , a dit dans une des
Notes dont il a accompagné sa Traduc
tion (c) : Qu'on apelloit LA POrte la
Cour du Roy de Perse comme nous apellons
encore celle du Grand Seigneur.
A l'égard de Dablancourt , vous jugerez
, M. si son sentiment , parfaitement
.conforme à celui de Henry Etienne, mérite
ce que vous avez jugé à propos d'en
dire ..
J'ose me flater , Monsieur , que vous
rendrez justice aux sentimens d'estime et
de consideration avec lesquels j'ai l'honneur
d'être , & c.
(c ) M. Dacier dans ses Notes sur la Vie de
Themistocle.
A Versailles ce 1. Décembre 1736.
M
Par
JANVIER: 1737. 33
akakak
Ar un petit Mémoire joint à l'Ode
PAe
t à l'Epitre qui suivent , on nous
aprend que l'Auteur , Fils de M. de Lamée
, Conseiller au Parlement de Thoulouze
, n'a que dix huit ans , et qu'il a
déja composé deux Comedies qui ont
été representées avec succès dans les Provinces.
L'une a pour titre l'Opinion , et
l'autre le Siècle. Le jeune Auteur par
les agrémens de sa Poësie a trouvé le
moyen d'y faire goûter la Philosophic
la plus austere ,
& c.
ODE
Sur la Paix.
FRoids Ariftarques du Parnasse ;
Qui , dans vos languissans travaux ,
Dédaignez la sublime audace
Des Pindares et des Rousseaux ,
Je ris de vos pointes brillantes ,
Et de vos graces pétillantes
Je méprise les vains éclairs.
J'opose à vos Vers didactiq ues.
Mes transports , mes fougues lyriques :
Cij
Osez
34 MERCURE DE FRANCE
Osez me suivre dans les airs,
$12
Le fougueux Démon des orages
Vient troubler l'Empire des Mers
La Foudre sous de noirs nuages
Fait briller ses pâles éclairs ;
La vague s'enfle , écume , gronde ,
Le jour fuit ; une nuit profonde
Cache les Rochers , les écueils ;
Une Montagne mugissante
S'ouvre , et de tous côtés présente
L'abîme des Mers pour cercueils,
Mais quel est ce sage

Pilote
Qui pendant le couroux des flots ;
Malgré les vents conduit sa Flote
Contre l'espoir des Matelots a
Il contemple ; ses mains agissent,
Tandis que les airs retentissent
Des cris des pâles passagers. ..
Les Vents ralentissent leur rage ;
Les Vaisseaux touchent au Rivage ,
Qui seul les dérobe aux dangers.
M
Ainsi , quand la Guerre sanglante
Déployoit ses noires horreurs ,
François ,
JANVIER 1737 $1
François , une main bien-faisante
S'armoit pour calmer ses fureurs.
Les Rois déposent leur tonnerre ;
L'Aimable Paix vient sur la Terre ;
Vos Ennemis sont terrassés ;
Reconnoissez à ces miracles
Un Roi qui soumet les obstacles
FLEURY travaille , c'est assés.

La Guerre poura toujours plaire
Au farouche Vainqueur d'Hector :
Elle est un fleau nécessaire
Aux
yeux du ftoïque Nestor .
Flateurs, dans ces Rois sanguinaires
Chargez de dépouilles guerrieres
Vous admirez des Conquérans
Le Roi vit , voilà votre Idole :)
Le Roi meurt , sa gloire s'envole
C'étoit le premier des Tirans.
Ecoutez-moi, Rois de la terre',
Un Dieu m'inspire , je le sens s
Devez-vous toûjours par la Guerre';
Chercher des titres éclatans ?
Un Roi , que son Peuple environne ,
Dont l'équité soutient le Trône ,
Vit-il dans un lâche repos ?
Ciij
Tan
37 MERCURE DE FRANCE
Tandis que vos Lauriers fleurissent ,
Souvent vos Provinces gémissent
Sous le fardeau de vos Impôts.
Que vois-je Sion allarmée
Rampe sous le joug du Romain !
Déja sa rédourable Armée
Peuple les deux bords du Jourdain.
Quoi ! ce Guerrier , fier et sauvage ,
Qui porte par tout le ravage
Sera le modéle des Rois !
Non , Titus ne fut un grand homme ,
Que lorsque de retour à Rome
1 fit régner ses douces Loix,

Avec la force et la prudence ,
Souvent on ne triomphe pas
Des Dieux , la suprême puissance
Décide du sort des Combats.
*
Cyrus pour venger Astyage ,
Eût en vain montré son courage
Sans la justice de ses droits.
Et dans la Paix , et dans la Guerre ;
Cambise envoya Cyrus pour secourir son beaupere,
contre les Peuples qui vouloient lui enlever
ca Couronne.
Comme
JANVIER.
1737 37
Comme les Rois jugent la Terre ,
Les Dieux sont les Juges des Rois .
M
La Discorde écumant de rage ,
Fait siffler ses affreux serpens ;
Le Vainqueur volant au carnage
Foule aux pieds les Vaincus mourans.
Que vois - je ! un Roi couvert de gloire
Méprise une illustre victoire
Teinte du sang de ses Sujets ;
Et sous ses Palmes héroïques ,
Touché des misères publiques ,
Son coeur soupire après la Paix.
Arrêtez-vous , Rois sanguinaires,
Une barbare illusion ,
Sous des vertus imaginaires ,
Nous cache votre ambition.
Ouvrez les yeux , voyez vos pertes ,
Craignés les Couronnes offertes
Par l'affreux démon des Combats.
Lorsque vous forcez des murailles ,
Lorsque vous gagnez des Batailles ,
Vous perdez vos meilleurs Soldats ,
Ciiij Semblables
MERCURE DE FRANCE
Semblables à ce monstre * horrible
Formé par le couroux des Dieux ,
Qui fier dans sa course terrible
Soufle un venin contagieux :
Rien ne peut l'arrêter. Les Villes
N'ont que des Remparts inutiles
Pour conserver leurs Habitans.
Bien- tôt sa rage dévorante
Des bras de la Mere mourante
Arrache les fils expirans.
M
Où suis-je ! quelle barbarie !
'Arrêtez , cruels , arrêtez ,
Quelle impitoyable Furie"
Vous rassemble de tous côtés !
Le fer brille , l'allarme sonne ,
Le terrible signal se donne.
Vous triomphez dans un instant.... à
Quel spectacle ! Dieux ! quelle rage !
Le Soldat fumant de carnage
Expire sur son Chefmourant.
Ainsi sous ces vastes Mazures ,
De l'orgueil témoins superflus ,
On voit les tristes sépultures
La Peste
Off
JANVIER. 32 1737
On Rome dans Rome n'est plus.
Là , César , Marius , Emile ,
Le Consul , Le Peuple , l'Edile ,
Confusément sont enterrés :
L'on voit sous leur Tombe commune
Les favoris de la fortune ,
Et ceux qui les ont adorés.
Qu'attendez-vous, Guerriers sauvages
Pour le prix de vos cruautés
Vos noms vivront dans tous les âges
Mais ils y seront détestés.
Manes des Héros magnanimes
Barwic , Villars , vos noms sublimes
De tous les temps seront vainqueurs
Mieux que l'Airain et que l'Histoire
Vous éternisiez leur mémoire
Quand vos bienfaits gagnoient les coeurs,
Les Dieux ne sont point infléxibles
Mortels , leur couroux doit finir.
Armés de leurs Foudres terribles
Ils sont fâchés de vous punir.
Un jour plus serain vient d'éclore ;
La nuit fuit ; une douce aurore
Vous annonce tous leurs bienfaits
Et la Guerre la plus cruelle
C v Amene
40 MERCURE DE FRANCE
Amene souvent après elle ,
Les douceurs d'une longue Paix,
Quel feu me penetre et m'enflâme !
Je cede à mes divins transports ;
Apollon éclaire mon ame :
Il regle mes sacrés accords.
Que tout l'Univers se reveille
;
Princes , Peuples , ouvrez l'oreille :
Il m'inspire , je vais parler.
Vents ; tàisez -vous , que tout ressente
Un respect rempli d'épouvante ,
L'avenir va se dévoiler.
C
Je vois dissiper les orages
Dont mon coeur étoit allarmé.
Le Ciel se montre sans nuages ,
Le couroux des Dieux est calmé .
Ainsi , que du haut des Montagues
Un Fleuve vient dans nos Campagnes
Promener son paisible cours ;
La Paix descend de l'Empirée ;
Janus sur la Terre épurée ,
Revient nous donner de beaux jours .
!
Au sein de ses Dieux domestiques
Le
JANVIER... 1737. 41
Le Laboureur en sûreté ,
Sous des Astres plus pacifiques
Peut respirer en liberté ;
Il ne craint plus que les Batailles ,
Par de sanglantes funerailles
Soüillent le champ qu'il a semé ;
Et dans ces temps remplis de charmes
L'épouse oubliera ses allarmes
Dans les bras d'un époux aimé.
1
M
Peuples , voici les jours tranquiles
Presentés aux premiers Mortels ;
La Paix dans le sein de vos Villes
Releve ses sacrés Autels.
Descends du Ciel, Vierge sacrée,
Ramene ces Vertus qu'Astrée
Offrit à nos premiers Ayeux.
A quoi serviroit l'abondance
Sans la candeur , sans l'innocence ;
Les Hommes seroient -ils heureux ?
L'Epitre pour le mois prochain.
C vi MEMOIRE
42
MERCURE DE
FRANCE
MEMOIRE
HISTORIQUE
concernant le Village de Bretigni , sous
Montlhery. Par M. A. G. B. D. A. I
A. P.
I
Lya en differentes Provinces du
Royaume plusieurs Villages du nom
de Bretigni ; sçavoir : 2
Bretigni en Bourgogne , Diocèse de
Langres , Parlement , Intendance , Bailliage
, Grênier à Sel et Recette de Dijon.
Bretigni en Franche Comté , Diocèse ,
Parlement et
Intendance de
Besançon ,
Bailliage et Recette de Beaune.
Bretigni en
Normandie , Diocèse de
Lizieux ,
Parlement de Rouen , Intendance
d'Alençon , Election de Bernay.
Bretigni , Hameau , de la Paroisse de
Sours , dans le Pays Chartrain , Diocèse
de Chartres ,
Parlement de Paris , Intendance
d'Orleans , Election de Chartres
dans lequel Lieu fut concluë la Paix dite
de Bretigni en 1360. selon Froissart ,
Duchesne et les
Collections du P. Mar
tenne.
Bretigni , Prieuré , Diocèse de Soissons
près d'Averzy-sur-Oise , entre les Villes
de
Chauny et de
Noyon .
Bretigni
1
JANVIER 1737.
43
P
Bretigni , Diocèse de Poitiers. C'est
une Châtellenie unie au Village de la
Valette et de S. Leger , situé sur la Riviere
de Palud , entre Bonnivet et saint
Leger.
Bretigni , ou S. Martin le Noir , au
Diocèse de Bourges , dépendant de l'Abbaye
ruinée de Limeux , incorporée à
S. Germain des Prés de Paris.
રે
Enfin le dernier et le plus celebre de
tous est le Bretigni sous Montlhery , Capitale
du Pays de Hurepoix , dans le
Gouvernement de l'Isle de France , Dio
cèse , Parlement , Intendance et Election
de Paris.
Thomas Corneille en son Dictionnaire
Géographique , le nomme en Latin Bretiniaca
; dans quelques anciens Titres il
est nommé Britiniacam.
Ce Lieu est situé sur la Riviere d'Orges
le Village est bâti dans un fond arrosé
de plusieurs petits Ruisseaux et Fontai
nes , et c'est sans doute , de cette disposition
naturelle du Lieu que s'est formé
son nom François.
En effet Brayum , terme de la basse Law
tinité , et Bray ou Bré en vieux Gaulois ,
signifioient Marécage , et on a donné
Le nom de Bray à beaucoup de Lieux
marécageux, ou situés auprès de quelque
Riviere
44 MERCURE DE FRANCE
Riviere ou Etang , comme Bray , Pays
situé aux Frontieres de la Normandie et
de la Picardie ; Bray sur Seine, Ville dans
Ja Champagne , Bray dans la Norman,
die , Election de Gisors , Bray en Bourgogne
, à quatre lieues de Mâcon . Le
nom de quelques - uns des Lieux qui
sont ainsi situés , commence par Bray ou
Bré , comme la Bretagne , qui est ainsi
nommée , parce qu'elle forme une presqu'Isle
entourée de la Mer , la Bretonniere
, près Arpajou ; Bretteville , sur l'Odon
en Normandie , Diocèse de Bayeux, &c.
Cette étimologie du nom de Bretigni
est d'autant plus vrai semblable , que
suivant la Tradition du Pays , il y avoit
anciennement au - dessous de ce Village
un assés grand Etang , qui depuis a été
détruit , et dont le lit est actuellement
un Pré ; on en voit même encore la Chaussée
derriere le petit Hameau de S. Antoine
, dont la Fontaine alloit se rendre
dans cet Etang , c'est de- là que ce Pré
se nomme encore à présent le Pré de l'Etang;
on trouve une autre preuve qu'il
y a eû autrefois un Etang en cet endroit
, et qu'il étoit renommé pour être
très- poissonneux , c'est dans la grande
Bible des Noëls , Ouvrage fort ancien
dans lequel il y a un Cantique assés connu
JANVIER. 1737 45
nu , qui commence par ces mots , le's
Bourgeois de Chastres et de Mont-le- beri ;
dans quelques nouvelles Editions faites
depuis 1720. on a mis les Bourgeois d' Arpajon
, au lieu des Bourgeois de Chastres ,
à cause que feu M. le Marquis d'Arpajon
, qui étoit Seigneur de ce Lieu , avoit
obtenu des Lettres Patentes au mois d'Octobre
1720. confirmées par d'autres Lettres
du 3. May 1723. qui ont érigé la
Ville de Chastres avec quelques Terres
voisines,sous la dénomination de Marqui
sat d'Arpajon ; on a crû devoir en passant,
faire remarquer ce petit changement
qui se trouve dans les nouvelles Editions
du Recueil des Noëls anciens , afin qu'on
y reconnoisse le Cantique dont il s'agit
ici aussi bien que dans les anciennes Editions
.
Ce Cantique où regne une regne une pieuse naïveté
, paroît avoir été composé par quel
que Ecclesiastique des Environs de Bretigni
, qui par zele pour l'honneur du
Pays , sans s'embarasser de l'ordre des
temps et des lieux , a crû pouvoir ind
troduire à la Crêche les Habitans de
Bretigni , de Chastres , de Mont lheri ,
de S. Yon et autres Lieux des Environs ; .
il fait aporter à chacun des Pelerins leur
offrande , et dit dans une des Strophes :
Vous
46 MERCURE DE FRANCE
Vous cussiez vu venir tous ceux de S. Yon ,
Et ceux de Bretigni, aportant du Poisson ,
Les Barbeaux et Gardons ,
Anguilles et Carpettes ,
Etoient à bon marché , voyez,
Acette journée là , la la ,
Et aussi les Perchettes.
Ce qui supose que l'Etang de Brettgni
subsistoit encore lorsque l'Auteur
de ce Cantique écrivoit , qu'il étoit renommé
pour être fort poissonneux et
sur tout abondant en Barbeaux , Gardons
, Anguilles , Carpes et Perches ,
puisque le Poëte en fait aporter par les
Habitans de Bretigni pour leur offrande,
comme quelque chose qui venoit particulierement
du lieu de leur demeure.
Indépendamment de ce grand Etang,
Bretigni étoit autrefois un Lieu considérable
, comme il est facile d'en juger
par les deux Eglises Paroissiales , qui sont
toutes deux hors du Village , l'une dédiée
à S. Pierre , éloignée de 3.ou 4 cent
pas et bâtie sur le haut d'une butte ,l'autre
dédiée à S. Philibert , bâtie au - dessous
de cette butte ; il y a dans ces deux Pa
roisses plus de 400. Habitans.
La Seigneurie de Bretigni a haute ,
moyenne
JANVIER 1737. 47
moyenne et basse Justice , avec Titre
de Châtellenie ; cette Justice ressortissoit
autrefois à la Prévôté Royale de Montlheri
, suivant le Procès verbal de réfor
mation de la Coûtume de Paris en 1580.
mais depuis , le Prévôt de Corbeil ayant
prétendu que cette Justice étoit dans
son Ressort , il a été ordonné que par
provision elle ressortiroit au Châtelet de
Paris , ce qui est encore actuellement en
cet état , la contestation d'entre le Prévôt
de Corbeil et celui de Montlheri
n'ayant point été jugée.
Le Village de Bretigni a été anciennement
fermé de murailles ; on en voit
encore des vestiges du côté du nouveau
Château , où , à l'entrée du Village il y
a deux Piliers d'une porte ronde , dont
le ceintre n'est tombé que depuis 4. ou
5. ans ; il y a aussi quelques restes de
deux Tours rondes , qui défendoient
cette Porte.
La Maison nommée le Château des Al
liés , qui est au bout du Village , étoit
anciennement le Château de Bretigni
qui étoit aussi fortifié à la maniere de
ce temps-là , comme on en peut juger
par une vieille Tour qui est au milieu
et par les fossés dont il étoit entouré ,
qui subsistent encore ; il falloit que l'en
ceinte
1
48 MERCURE DE FRANCE
ceinte de ce Château fûr assés grande ,
puisque suivant la Tradition du Pays , le
principal corps de logis de la maison voisi
ne,qu'on nomme le Pavillon , n'étoit qu'un
Pavillon de ce Château , du moins un
Pavillon bâti au bout du Jardin , tel
qu'on en voit aux encoigneures de certains
Parcs ; il ne reste plus dans l'emplacement
de cet ancien Château , qu'un
logement de Paysan ; les Seigneurs de Bretigni
se sont fait bâtir un autre Château
au dessus du Village dans une plus belle
exposition.
Quoiqu'on n'ait point d'époque cerà
taine du temps auquel les murs de Bretigni
et le Château des Alliés furent bâ
tis , on pouroit croire qu'ils le furent
sous Louis XI. à l'occasion de la Ligue
des Princes , dite du Bien public ; en effet
ce Pays fut alors le Théatre de la guerre,
puisqu'en 1465. se donna la fameuse
Bataille de Montlhery , entre Louis XI .
et le Comte de Charolois , qui commandoit
l'Armée du Duc de Bourgogne son
Pere ; il se pouroit même faire que le
surnom des Alliés , donné à l'ancien Châ
teau de Bretigni , eût tiré son origine
de cette Ligue , et que ce sont les Princes
Alliés qui ont fait bâtir ce Château
et fermer Bretigni de murailles, pour s'y
retirer
JANVIER. 1737. 49
retirer dans l'occasion , ou pour mettre
couvert ceux de leur parti.
Mais on estime plus communément
que ces murailles et ce Château ne futent
bâtis que sous Charles IX. ou Hen
ry III. à l'occasion des ravages que firent
alors les Religionaires , en sorte que
leur fondation ne sçauroit être que depuls
1560. jusqu'à 1589. aussi est- ce à
peu près dans ce temps - là que furent
fortifiées la plupart des petites Villes et
Bourgades qui n'étoient point aupara
vant fermées de murailles.
Les restes des murailles et de l'ancien
Château de Bretigni sont peut-être ce
qui a induit quelques Historiens à attribuer
à ce Bretigni le Traité de Paix
fait sous le Roy Jean , entre la France
et l'Angleterre , le 8. May 1360. connu
communément sous le nom de Traité de
Bretigni.
.
Corneille , en son Dictionnaire Géographique
, au mot , Bretigni est un
de ceux qui ont donné dans cette erreur
, et elle a été suivie dans les Mémoires
de Trévoux de l'année 1706 .
page 1312.
Mais dans les Mémoires de la même
année , p. 2104. et suivantes , il y a une
sçavante Dissertation qui établit que
c'est
Jo MERCURE DE FRANCE
1
c'est à Bretigni , près Chartres , que fut
conclu le Traité de, Paix du 8. May
1360. ce qui est conforme au témoignage
de Froissart , de Duchesne , et aux Collections
du P. Martenne.
Et dans le Mercure de France du mois
de May 1735. p . 917. et suivantes , il
ya une Lettre de M. Maillart , celebre
Avocat , écrite à M. de la Roque , où il
confirme que ce n'est point à Bretigni
sous Montlhery qu'il faut raporter le
Traité de Paix de 1360. que c'est au Hameau
de Bretigni près Chartres où s'est
conclue cette Paix ; il détermine en
même temps la position de ce Bretignt
qui est dans la Paroisse de Sours , et
raporte la Tradition du Pays sur ce sujet .
Quand on parle de Bretigni devant
certains Rieurs , ils ne manquent pas de
dire , sans sçavoir pourquoi , que le vin
de ce Lieu fait danser les Chevres , plaisanterie
qui est sans fondement , ou qui
doit être apliquée à quelqu'un des autres
Bretigni , car pour celui de Montlhery
, il n'y a proprement ni vin , ni
Chevres , on ne voit auprès que quelques
arpens de vigne qui y ont été plantés
depuis peu d'années ; on sçait d'ail
leurs que la plaisanterie ne doit pas être
prise à la lettre ; on dit en effet dans le
Pays
JANVIER: 1737 31
Pays qu'un Habitant de Bretigni nom
mé Chevre , quand il avoit un peu trop
bû , faisoit danser sa femme et ses filles,
que c'étoit-là sa folie ordinaire , et que
c'est ce qui fit dire en riant que le vin de
Bretigni faisoit danser les Chevres.
La Baronie du Plessis - Paté , qui n'est
qu'à un quart de lieue ou environ de
l'Eglise de S. Pierre de Bretigni , étoit
anciennement de cette Paroisse ; les Seigneurs
du Plessis se prétendoient même
Seigneurs du terrain sur lequel elle est
bâtie , et y joüissoient en cette qualité de
tous les droits honorifiques , entre autres
du droit de Banc et de Sépulture
dans la premiere place du Choeur du cô
té de l'Evangile ; ils se fondoient pour
cela sur ce que les Armoiries d'un Seigneur
du Plessis se trouvent sur la clef
de la principale voûte du Choeur et sur
les Cloches , et ils soutenoient que les
Seigneurs de Bretigni n'étoient que sim
ples Seigneurs de Fief.
Mais par Arrêt du 13. Janvier 1603 .
raporté par Maréchal , en son Traité des
Droits honorifiques , rendu entre François
Martel , Chevalier , Sieur de Fontaine-
Martel , Seigneur de Bretigni et des Fiefs
de S. Pierre et de S. Philibert dudit Lieu ,
et Louis de Montbron , Seigneur de Fontaine
T MERCURE DE FRANCE
taine-Challendray et du Plessis - Paté.
» La Cour adjugea au sieur Martel les
» premiers rangs et honneurs dans les
» Eglises de S. Pierre et de S. Philibert
» de Bretigni, et particulierement ès prie-
» res qui se font en icelles, fit inhibitions
» et défenses audit Montbron de le trou-
» bler et empêcher en la joüissance desdits
rangs et honneurs , et le condamna
» ès dépens de l'instance , sans autres dé
» pens , dommages et interêts .
»
C'est ce qui engagea Geoffroy de Laigue,
Conseiller d'Etat, Seigneur du Plessis-
Paté , à fonder dans ce Lieu une Paroisse
, laquelle y fut érigée par un Decret
du 26. Juillet 1657. à la charge que
ce seroit sans diminution au Curé de
Bretigni , ses Successeurs et autres Déci
mateurs de ladite Paroisse , de leurs Dixmes
et autres revenus , et que pour re
connoissance de la distraction et séparation
du Plessis d'avec la Paroisse S. Pierre
de Bretigni,les Curés ,Habitans , et Paroissiens
de la nouvelle Eglise du Plessis-
Paté iront tous les ans en Procession le
jour de S. Pierre , au mois de Juin , dans
l'Eglise de Bretigni et assisteront à la
grande Messe , qui sera dite et célebrée
par le Curé où son Vicaire , et qu'il
sera payé par chacun an au Curé de Bretigni
JANVIER 1737 33
#igni et ses Successeurs vingt livres tour
nois , et à l'Oeuvre et Fabrique douze
livres aussi Tournois , par les Marguil
liers de la nouvelle Paroisse du Plessis
Paté , lesquelles charges s'acquirent ens
core actuellement.
Il reste à parler ici d'un Fair singulier,
par raport à notre Bretigni , sçavoir d'une
Dame inhumée dans l'Eglise de S. Pierre
de Bretigni , dont le corps a été trouvé
entier et sans corruption 123. ans après
sa mort.
Le Pere Anselme , en ses Genéalogies
des Maisons de France , nomme cette Dad
me Anne de S. Berthevin ; dans le Pays
on ne la nomme , suivant la Tradition
que Anne de Berthevin.
Elle vivoit dans le courant du seizième
siecle : ses parens ne sont pas connus ;
on pouroit seulement conjecturer que le
nom de S. Berthevin, qu'elle portoit, étoit
le nom de quelque Terre qui lui apar
tenoit , ou à sa famille , parce qu'il y a
deux Bourgs de ce nom dans le Maine ,
au Diocèse du Mans , l'un à une lieuë de
Laval , l'autre dans l'Election de Maïenne
: elle épousa Jean Blosset , Seigneur,
Baron de Torcy le grand et Torcy
le petit ; du Plessis - Paté &c. Conseiller
d'Etat , Capitaine de cent hommes d'armes
54 MERCURE DE FRANCE
mes des Ordonnances du Roy : ce Jean
Blosset fut aussi Lieutenant- General au
Gouvernement de Paris et de l'Isle de
France , suivant des Lettres du 16. Août
1577. et il fut fait Chevalier des Ordres
du Roi le 31. Decembre 1578. par Henry
III. lors de la premiere promotion
qu'il fit des Chevaliers du S. Esprit ;
dont il venoit d'instituer l'Ordre. Il étoit
fils de Jean Blosset , Baron de Torcy , ec
d'Anne de Cugnac : il épousa en premieres
nôces Anne de Berthevin , avec laquelle
il venoit de temps en temps à sa Terre
du Plessis- Paté.
La Tradition du Lieu porte que cette
Dame étoit fort pieuse , qu'elle pansoit
elle-même les malades , et faisoit beau
coup de bien aux pauvres : elle fut mar
raine d'une des Cloches de l'Eglise de
S. Pierre de Bretigni , sa Paroisse , où
elle et son mari joüfssoient de tous les
droits honorifiques , parce que c'étoit
avant l'Arrêt de 1603. raporté par Maréchal
, qui a jugé que les honneurs de
cette Eglise apartiennent aux Seigneurs
de Bretigni
. La date de la Benédiction , le nom du
parrain et celui de la marraine sont gravés
sur cette Cloche , qui subsiste encore
, et que l'on nomme Anne¸du nom
de
1
JANVIER. 1737.
55
de sa marraine , ce qui constate d'une
maniere authentique le temps auquel vivoit
cette Dame .
Elle mourut sans Enfans l'an 15873 son
corps fur mis dans un cerceuil de plomb ,
et placé dans un caveau construit dans
le Choeur de S. Pierre de Bretigni , du
côté de l'Evangile , près le banc du Seig
gneur.
Son mari se remaria quelque temps
après avec Marie de Riants , fille de Denis
de Riants , Seigneur de Villeray au
Perche , Président à Mortier au Parlement
de Paris , et de Gabrielle Sapin :
elle étoit alors veuve des Seigneurs du
Plessis -Marolles et de Vou - de- Bures : il
n'eut pas non plus d'Enfans de cette se
conde femme , et mourut le 26. Novembre
1592 ; son corps fut enterré à Bretigni
, auprès de la premiere , dans un
cerceuil de plomb , et son coeur fut mis
dans la Chapelle de Riants aux grands
Cordeliers de Paris , où il y a deux Epitaphes
, l'une pour lui , l'autre pour Marie
de Riants et sa famille , dans lesquelles
il est nommé Jean du Blosset ; il eut
pour heritieres ses deux soeurs , Clande
Blosset, Dame de Torcy , femme de Louis
de Montberon , Seigneur de Fontaine-
Challendray, et Françoise Blosset ,Mere de
D François
8 MERCURE DE FRANCE
François d'Orleans , Bâtard de Longue
ville , Marquis de Rothelin , et femme
de Jean de Briqueville , Seigneur de Colombieres.
La mémoire de la Dame de Berthevin
étoit toujours en grande veneration
quoiqu'il n'y eut plus personne de sa famille
, ni de celle de son mari , dans le
Pays : on n'avoit pas oublié qu'elle avoit
été inhumée à S. Pierre de Bretigni ,
mais on ne se souvenoit plus en quel
endroit de l'Eglise c'étoit on retrouva
par hazard le lieu de sa sépulture plus
d'un siecle après , et voici comment,
>
Charles Martel , Comte de Fontaine-
Martel , Seigneur de Bretigni , Chevalier
des Ordres du Roi , et Lieutenant General
de ses Armées , étant decédé au
mois d'Avril 1706. le sieur Ducarouge ,
qui étoit alors Curé de S. Pierre de Bretigni
, fit foüiller dans le Choeur de l'Eglise
, à côté du banc du Seigneur
pour y faire construire un caveau , et y
mettre le cerceail du Comte de Fontaine
Martel.
>
A peine les ouvriers curent- ils commencé
à travailler , qu'ils trouverent une
voute , et l'entrée d'un caveau que l'on
ne connoissoit point ; ils l'ouvrirent , et
y trouverent deux cerceuils de plomb ,
qui
JANVIER. 1737. 57
qui étoient ceux du sieur Blosset et de
La Dame de Berthevin , son Epouse : leurs
noms et qualités étoient gravés sur ces
cerceuils ; sur celui de la femme il y
avoit cy gist Anne de Berthevin , Dame
vertueuse de ce lieu , décedée Pan 1587 & c.
Plusieurs personnes vinrent voir ce
caveau et les deux cerceuils que l'on
venoit de découvrir : en soulevant ces
cerceuils pour les ranger , on fut étonné
d'en trouver un beaucoup plus pesant que
l'autre ; c'étoit celui de la Dame de Berthevin.
La curiosité porta les assistans à ouvrir
ces deux cerceuils, pour voir d'où pouvoit
venir une difference si considérable entre
leur pesanteur ; ils le firent sur le
champ , même sans en avertir le sieur
Ducarouge , Curé. Un d'eux alla prendre
chés lui un grand couteau de culsine
, avec lequel il dessouda les deux
cerceuils , ils ne trouverent dans celui
du sieur Blosset qu'un peu de cendres
humides .
1
Dans celui de la Dame de Berthevin
ils trouverent son corps sain et entier ,
sans aucune corruption ; sa chair étoit
fraîche et vermeille , comme si elle eut
été vivante ; on tira un de ses bras qui
étoit flexible , en un mot , elle ne paroissoit
que comme endormie : le ruban-
Dij qui
18 MERCURE DE FRANCE
qui lioit ses cheveux avoit encore conservé
sa couleur , et n'étoit point gâté :
son linceul étoit un peu roux , mais du
reste il étoit propre et entier on remarqua
seulement que la deffunte avoit
le bout du nez un peu noir , comme
s'il eut été meurtri , ce que l'on attribua
à quelques coups que l'on avoit peutêtre
donné sur son cercueil en voulant
l'ouvrir,
On peut aisément juger quelle fut
la surprise des Assistans de trouver ainsi
ce corps sain et entier 123. ans après
qu'il avoit été inhumé : le bruit s'en étant
répandu , il accourut aussi tôt une grande
foule de peuple , tant du Lieu , que des
environs , qui fut témoin de ce Fait extraordinaire
, le Peuple avoit même tiré
le cerceuil hors du caveau , et avoit exposé
dans l'Eglise le corps de la Dame
de Berthevin à visage découvert , ce qui
resta dans cet état pendant plus de 15.
jours , sans que le corps de la Dame de
Berthevin s'alterât aucunement.
Le sieur Ducarouge , Curé , qui s'étoit
oposé à tout cela inutilement , prit le
sage parti d'en donner avis au Cardinal
de Noaïlles , son Superieur ; ce Prélat
ordonna aussi- tôt de remettre le corps
de la Dame de Bertheyin dans son cerceuil
JANVIER. 1737.
39
teuil , et de le renfermer dans le caveau ,
où on l'avoit trouvé : ce qui fut exécuté
sur le champ , et le cerceuil du Comte
de Fontaine- Martel fut placé entre celui
de la Dame de Berthevin , et celui de
son mari.
En 1732. la Comtesse de Fontaine-
Martel , Dame de Bretigni , étant decédée
à Paris , et son corps ayant été aporté
à S. Pierre de Bretigni dans un cerceuil
de plomb , on fit faire pour elle un caveau
à côté de celui de la Dame de Berthevin
, de maniere que le mur de l'ancien
caveau est mitoyen avec le nou?
veau le jour qu'on devoit inhumer la
Dame de Fontaine Martel , il accourut
beaucoup de peuple tant du Lieu , que
des environs , dans l'esperance qu'on ou
vriroit le caveau de la Dame de Berthevin
, nrais on n'y toucha point.
La Marquise d'Estaing , Dame de Bretigni
, après la Dame de Fontaine Martel
, sa mere , étant aussi décedée en 1732.
elle fut inhumée à Paris , dans l'Eglise
de S. Paul , sa Paroisse ; ensorte que depuis
1706. jusqu'à présent , on n'a point
r'ouvert le caveau de la Dame de Berthevin.
On a seulement fait poser au dessus
de ce caveau une pierre quarrée sur la
Diij quella
7 MERCURE DE FRANCE
1
** {
quelle est gravée cette Inscription ,
gist Anne de Berthevin , Dame vertueuse
de ce Lien , décedée l'an 1587. et trouvée
entiere et sans corruption le 30. Avril 1706.
C'est à présent M. le Marquis de Languetot
, Chef d'Escadre des Vaisseaux
du Roi , qui est Seigneur de Bretigni
comme heritier de la Marquise d'Escaing.
Quoique l'incorruptibilité du corps ,
dont il est parlé dans cette Lettre , ait
de quoi surprendre , on ne peut que
louer la conduite du Curé de Bretigni ,
et sa prompte obéissance aux ordres de
son Supérieur. C'est le moyen le plus.
assuré d'écarter l'illusion , et de donner
des bornes à la crédulité populaire. Nous
exhortons de lire sur ce sujet , la Dissertation
de M. Capperon imprimée
dans le Mercure d'Août 1728. p. 1758 ,
3
LA DE FAITE DE GOLIATH,
D
CANT AT E.
Es plus braves Guerriers du Camp Israëlite,
Goliath chaque jour outrageoit la valeur ;
Sur son effroyable grandeur ,
Ses insolens defis fondoient leur réüssite ;
Reposeza
JANVIER. 17373
Reposez -vous sur moi , dit-il aux Philistins
De votre sang n'arrosez plus la Terre ;
Laissez à mon bras seul le sort de cette guerre
Et je vous réponds des destins ;
S'il est un brave Juif, qu'il vienne ? . . je l'apelle
Vous verrez finir la querelle
En un instant entr'eux et nous ;
Malheur à qui voudra se livrer à mes coups.
La grandeur , la force , l'audace ,
Ne sont pas les garands du coeur ,
Et l'Ennemi qui nous menace
N'est pas toujours notre vainqueur.
Un orgueilleux qui nous outrage ,
Nous excite à lui résister
Il anime notre courage
Lorsqu'il croit nous épouvanter 4
Du terrible Géant , qui sera l'adversaire ?
Chefs des Juifs, si quelqu'un contre ce témeraire
D'un combat seul à seul redoute le danger :
Je le vois , vous craignez bien moins pour votr
vie
Que pour le sort de la Patrie. ...
Laissez au Tout - Puissant le soin de vous venger
Pour vaincre Goliath il ne veut qu'un Berger.
C'est par vous seul , Dieu des Armées ,
Que de foibles mains animées
D iiij Triomphens
MERCURE DE FRANCE
Triomphent de leurs Ennemis ;
Le Guerrier court à la victoire ,
Dès qu'il combat pour votre gloire ;
A ses Armes tout est soumis.
David pour Israël animé d'un saint zele ,
S'offre , presse , il obtient , et bien- tôt la nouvelle
De son combat , du lieu , du temps
S'annonce et surprend les deux Camps.
Saul lui- même émû de secrettes allarmes ,
Offre au Berger ses propres Armes;
La fronde suffit à son bras.
Goliath
en rougit , contre David s'avance ;
D'un coup sûr que le Berger lance
L'énorme Colosse est à bas.
Eclatez , bruyante Trompette ,
Elevez vos sons jusqu'aux Cieux ,
Annoncez par tout la défaite
De ce Géant audacieux . De
David , célebrez la puissance
Du Dieu Protecteur d'Israël ,
Juifs , marquez la reconnoissance
Que vous devez à l'Eternel .
Par M. D .... X... de l'Académie
Royale d'Angers.
RE'PONSE
JANVIER 1737. 63
REPONSE de Mlle Archambault ;
à la Réplique de M. Simonnet , inserée
dans le Mercure d'Octobre 1735. sur la
Constance des deux Sexes.
E sens , comme je le dois , la grace
que me fait M. Simonnet , en entreprenant
de me dessiller les yeux , pour
me faire connoître clairement lequel des
deux Sexes est le plus capable de constance,
mais il mepermettra de lui dire que
les raisons qu'il donne pour persuader
que l'homme surpasse la femme de ce
côté- là , me paroissent plus propres à
éblouir l'esprit qu'à l'éclairer.
Qu'on cite , dit M. S. » quelque exem-
» ple de constance que l'on voudra pour
>> les femmes , je soutiens qu'il s'en trou-
» vera toujours au moins de semblables
» et en bien plus grand nombre pour les
» hommes : j'accorde l'affirmative pour
le nombre dans les fonctions Militaires,
dans le Gouvernement et dans la Magistrature
, je sçais que dans ces Emploist
éclatans il s'est trouvé plus d'hommes
constans que dé femmes constantes
il faud roit même que je fusse dépourvûë
Dv de
64 MERCURE DE FRANCE
..
de bons sens pour le contester , puisque
les femmes en ont presque toujours été
excluës. Mais si l'on veut rendre la chose
égale , comme il est nécessaire , afin
de décider sainement la question et faire
le parallele des vertus des deux Sexes
lorsqu'ils se sont trouvés dans les mêmes
occasions et dans les mêmes circons-
Lances , je soutiens à mon tour qu'en
general les hommes n'ont point égalé les
femmes. Il ne faut qu'examiner la diférente
éducation qu'on leur a donnée pour
en être pleinement convaincu et juger
si l'on peut , après cet examen à quel
point de perfection seroient arrivées les
femmes , si on avoit autant pris de peine
à les former qu'on en a pris pour former
les hommes , puisqu'elles ont porté l'héroisme
au plus haut degré et qu'elles.
ont atteint au point où ceux-ci n'ont
fait qu'aspirer. Les exemples que j'ai cirés
ailleurs en sont de suffisantes preuves.
Il ne me sera pas plus difficile de prou-
ود
ver que Salomon ne croit pas les femmes
fortes plus rares que les hommes courageux
; qu'il fait seulement entendre
qu'elles sont ce qu'il y a de plus excellent
dans l'Univers , et je ne comprends
pas ce qui peut porter M. S. à dire que
* Réponse à la Réfutation.
c'en
JANVIER. 1737. 65
4
c'én est assés pour les hommes. Ce qui
fait le prix et l'excellence des choses que
l'on va chercher si loin , dit- il , c'est la
rareté ; si de telles femmes n'étoient pas
plus rares que des hommes forts et constans
, Salomon auroit- il pû demander
qui en trouvera une seule ?
Mais demande- t'il qui en trouvera ?
Dit-il qu'il la faut aller chercher jus
qu'aux extrémités du Monde ? Non sans
doute , il dit simplement , qui trouvera
úne femme forte ? Son prix passe tout
ce qui vient des Pays les plus éloignés ,
et pour nous montrer qu'elle peut fort
bien se trouver dans tous les temps et
dans tous les Lieux , il marque
autre Endroit que c'est Dieu qui la donne
à l'homme , donc il ne s'agit que dé
bien consulter le Seigneur dans le mariage
pour trouver la femme forte.
dans un
On sent bien que je ne pense pas que
fe Sage ne l'a formée que dans son imagination
, et qu'il doute qu'elle se puisse
trouver dans la Nature , comme on voudroit
nous le faire croire , c'est aussi ce
que jamais aucun Interprete n'a avancé ;
selon M. de Saci , une femme forte est
celle qui est ornée de toutes les vertus ,
telles qu'ont éte les Saintes de l'Ancien
et du nouveau Testament ; selon le Pere
D vj Calmet
66 MERCURE DE FRANCE
Calmet , celle qui a toutes les perfec
tions qui conviennent à son Sexe , la
sagesse , &c. lorsque ce Monarque si éclairé
parle de l'homme , dit encore M. de
Saci , il s'énonce bien d'un autre ton
Il n'hésite point , il ne doute point , il
prononce absolument ; l'homme sage est
fort et courageux. Il est remarquable ,
continue t'il, que selon l'Ecriture , c'estla
sagesse qui inspire le courage vraiment
chrétien , et qui aprend à n'aimer et à
ne craindre que Dieu.
Ce n'est pas le Sexe qui fait les personnes
vaillantes , dit S. Ambroise , c'est
la vertu. La sagesse et le courage , dir
aussi S. Grégoire , sont deux dons du
S. Esprit. Donc les hommes ne doivent
pas se glorifier de ce Passage de l'Ecriture
à notre préjudice . Mais pour faire
connoître que l'homme sage est aussi rare
que l'homme foible est commun &
dans la pensée même de Salomon , voyez
ce que dit le Pere Calmet avec tous les
Interpretes , sur le Chapitre 7. de l'Ec
clesiaste .
La femme a donc grand tort de vouloir
usurper les avantages de l'homme .
elle doit , sans doute , se contenter de
ceux que l'Auteur de la Nature lui a
si liberalement accordés ; mais aussi ik
faut
'
JANVIER. 1737. 67
faut que l'homme reste dans sa Sphere
prétende point l'emporter par les
qualités de l'esprit sur un Sexe qui a
de tout temps été destiné à l'aider , le
secourir , et dont les fonctions sont ,
pour ainsi dire , plus spirituelles que
corporelles. J'avoue que le danger d'être
humilié n'est pas pour les hommes qui
ne font que soutenir leurs droits et leurs
justes prérogatives , aussi n'ai - je entendu
parler que de ceux qui veulent s'enorgueillir
d'une superiorité qu'ils n'ont pas
et à laquelle ils ne peuvent naturellement
atteindre , parce que tôt ou tard ,
lorsque la vérité se manifeste, on est obligé
d'y soumettre ses préjugés, quelqu'anciens
qu'ils soient , puisqu'il n'y a pas de prescription
du côté de l'esprit et de la vérité.
M. S. me permettra aussi de lui dire
qu'il se trompe en croyant que la constitution
du corps de la femme n'est pas
aussi bonne celle du que
de l'homcorps
me ; On convient , dit il , de la foiblesse
et de la fragilité du corps de la femme ; or
l'esprit dépend tellement de la bonne constitution
du corps , qu'il ne manque gueres
d'être foible dans un corps foible , &c. c'est
ce qui se voit dans les Enfans , les Vieillards
et les Malades.
Est-il possible qu'un homme aussi
rempli
38 MERCURE DE FRANCE
;
rempli de bon sens , qui raisonne avec
tant de justesse sur toutes sortes de ma
tieres , ait pû penser de la sorte sur celleci
? De bonne for a- t'on jamais révoqué
en doute que le temperamment de la
femme ne fût en géneral au moins aussi
excellent que celui de l'homme , quoiqu'il
ne soit pas aussi fort ? Et la comparaison
est d'autant moins juste , que
dans les Enfans le tempéramment n'étant
pas formé, il n'arrive gueres que l'es
prit le soit dans les Malades l'esprit.
souffre ordinairement avec le corps , et
dans les Vieillards il s'affoiblit à mesure
que la machine se dérange et se détruit ;
or rien de tout cela ne peut servir contre
les femmes , leur constitution , loin
d'être moins bonne , semble au contraire
être meilleure que celle des hommes,
puisque chés certains Peuples ce sont
elles qui cultivent la terre , qui sement ,
qui moissonnent , en un mot , qui font
les Ouvrages les plus pénibles . Les
Germaines, non- seulement nourrissoient
leurs enfans , les soignoient jour et nuit,
mais suivoient encore leurs Maris à la
Guerre , et on étoit si persuadé qu'elles
pouvoient résister à tant de fatigues
à la fois , qu'on leur donnoit pour présent
de Nôces un Cheval tout bridé
un
JANVIER: 17378
in Bouclier , une Epée et une Lance
Je ne doute point que cela ne paroisse
surprenant , mais il le doit paroître bien
davantage que des hommes , et des hommes
les plus raisonnables , puissent soû
tenir qu'un Sexe ait plus de force d'esprit
que l'autre , à moins qu'ils ne veüil,
lent nous faire voir jusqu'où peut alles
la licence du Paradoxe ; car le bon sens
même se révolte contre cette opinion ,
Si la raison nous dit que les ames de
même espece ont de semblables mouvemens
, que l'ame seule est capable de
vertu , et que la vertu consiste dans une
résolution ferme et constante de faire ce
qu'on juge le meilleur , selon les diffe
rentes occasions qui se présentent , cette
raison nous dit aussi clairement que let
corps étant l'organe de l'ame , la délicatesse
de cet organe fait que l'esprit est
plus dégagé de la matiere , et par conséquent
qu'il agit avec beaucoup plus de
facilité , suivant sa résolution ; FAnato
mie la plus exacte ne nous montre d'autre
difference dans la tête des deux Sexes
qu'une plus grande délicatesse dans les
organes du second , et l'expérience que
nous avons du plus grand nombre des
Grands Hommes qui ont été très déli-
Cats, nous prouve sensiblement que l'esprits
o MERCURE DE FRANCE
prit est souvent plus fort et plus solide
dans un corps foible que dans un corps
robuste et materiel.
Si M. S. veut bien éxaminer de sangfroid
, et sans prévention , les raisons que
je viens d'alléguer , pour soûtenir les
droits de mon sexe , j'espere qu'il me
rendra plus de justice , et loin de penser
que je parle en personne piquée , il conviendra
que j'ai eû uniquement en vûë
de rendre à l'homme et à la femme ce
qui leur étoit dû à chacun en particuliers
au lieu qu'en remontant , comme il fait ,
jusqu'à notre premiere origine , et s'apuyant
sur l'exemple qu'Adam et Eve
nous ont donné dans leur chûte , on ne
pouroit trouver dans l'homme que legereté
, foiblesse , inconstance , et dureté .
M. S. convient lui-même qu'Adam ne
fût pas trompé , mais que vaincu par
l'amour qu'il portoit à sa Femme , il
mangea du Fruit sans considerer le malheur
où il se jettoit avec elle . Or s'il fut
vaincu par l'amour qu'il portoit à sa
Femme , il faut nécessairement que sa
passion l'ait emporté sur sa raison ; et
si cette passion fût assés forte pour le
forcer à lui obéir préférablement à son
Créateur , comment pût il sans la plus
monstrueuse inconstance , connoissant le
malheur
JANVIER. 71 1737.
malheur où il s'étoit précipité , rejetter
sur elle tout le crime , et l'abandonner
totalement pour se sauver lui seul ?
Si d'ailleurs nous voulions nous en
raporter aux éxemples que nous fournis
sent toutes les Histoires , ne penserionsnous
pas que la plus grande partie des
hommes n'ont raisonné que par hazard ?
sans parler de ceux , qui , comme les
Orientaux , tiennent leurs femmes prisonnieres
toute leur vie , de ceux qui
obligeoient les meres de devenir Escla
ves de leurs enfans mâles après la mort
de leurs maris ; de ceux qui ne daignoient
écouter leurs femmes qu'elles ne fussent
prosternées à leurs pieds. Voyez l'extrê
me dureté qu'avoient pour elles les Ro
mains , ces hommes qui se piquoient de
la plus grande moderation dans la victoire
, qui ne songeoient qu'à faire oublier
aux Vaincus leurs disgraces , tenoient
les femmes dans une tutelle aussi
longue que leur vie , et les laissoient inhumainement
succomber sous le poids
de la servitude , et ce qui paroît inoui ,
c'est que ces mêmes hommes qui agis
soient si cruellement avec leurs femmes,
connoissoient parfaitement qu'elles é
toient très- superieures à eux du côté de
l'esprit. Il n'en faut point d'autre preu-
VE
MERCURE DE FRANCE
ve que la crainte qu'ils avoient qu'elles
ne rentrassent dans leurs droits . Si
les femmes sortent de tutelle , disoit Caton
, nous y entrerons nous- mêmes. La
main qui les déliera nous enchaînera ,
et je conseille à l'homme , s'il veut être
libre , de ne rien relâcher des anciennes
Loix qui ont pour jamais asservi la femme.
Ce fameux Censeur , cet Oracle des
Romains , pouvoit il mieux faire sentir
qu'il étoit plus que persuadé de l'inferio
rité de l'esprit de son sexe , et que sa su
periorité ne consiste que dans la force du
corps ? Mais ne se trompoit - il pas grossierement
, lorsqu'il pensoit qu'en donnant
aux femmes la liberté d'agir de leur
propre mouvement , elles ne s'en serviroient
que pour dominer sur les hommes
, puisque dans tous les temps les
femmes bien élevées ont fait plus d'honneur
à leur sexe que les hommes n'enont
fait au leur ?
On voit d'abord le premier monu→
ment de l'Orgueil et de la Foiblesse des
Hommes dans l'entreprise témeraire de
la Tour de Babel , de la jalousie dans-
Caïn , de l'ambition dans Nemrod , de
L'Idolâtrie dans Mesraïm , &c. Je prie
M. S. d'observer que jusqu'ici je ne
me
JANVIER 1737. 7%
me suis servie d'autres Armes pour com
battre les hommes , que de celles qu'ils
m'ont fournies eux- mêmes je le prie
aussi de ne pas trouver mauvais que je
profite des lumieres qu'il me donne pour
assurer le gain de ma Cause. S. Augus
tin , dit- il, entend que l'Orgueil qui fit
sécoüer le joug de la Loy de Dieu à nos
premiers Peres , les rendit également
coupables à ses yeux , et les envelopa
dans une égale condamnation ; il ne
prononce point pour cela sur le degré de
foiblesse qui fit tomber l'un et l'autre.
Ils furent également orgueilleux ; mais
dans le temps de leur chûte avoient-ils
une égale force ? La femme n'eut- elle
point plus de foiblesse que l'homme ?
S. Augustin laisse la Question indécise .
Si ce grand Docteur ne la décide pas , M.
S. a-t'il bien pû oser la décider lui -même
comme il fait en faveur de son sexe ?
re ,
Au reste , lorsque M. S. avance que la
femme n'est qu'un suplément à la Natu
il ne fait pas refléxion que par là il
nous la fait regarder comme étant la perfection
de cette nature ; car un Ouvrage
parfait n'a pas besoin de suplément .
L'homme , continuë- t'il¸ étoit déja dans
le Paradis terrestre , quand la femme fut
formée. Il est vrai , mais il n'y vint qu'après
.
74 MERCURE DE FRANCE
près sa création , et elle y fut créée .
les
Je demande à mon tour à M. S. ce
qu'il répondroit si on lui objectoit que
les Anges qui sont plus parfaits que
hommes , furent créés au Ciel, la femme
au Paradis terrestre , et Phomme hors du
Paradis ; et que Dieu forma de la Terre
tous les Animaux ?
dis-je que
Qui lui soutiendroit
l'homme est moins parfait que la femme,
parce que le Limon d'où il fut tiré étoit
une chose morte , vile et difforme , et
que la Côte dont la femme fut formée &
faisoit partie d'une parfaite Créature
animée d'une ame raisonnable ? Ne pou-'
roit-on pas aussi dire à M. S. qu'il a tort
de soûtenir que tout ce que la femme a
de perfections , elle le tient en quelque
sorte de l'homme , puisque par les notions
les plus claires , on peut
démontrer
le contraire ?
En effet , Dieu ne permit pas que celui-
ci contribuât en la moindre chose
à la perfection de celle -là ; il voulut luimême
perfectionner la Femme avant que
de la présenter à l'homme. Il est vrai
qu'Eve reçût son nom de son Mari , mais
elle ne pouvoit pas le recevoir d'un autre
; au lieu que ce fut elle qui le donna
tous ses Enfans préférablement à lui .
On
JANVIER. 1737 75
On doit encore observer que Dieu ne
bénit l'Homme qu'après la création de
la Femme .
» Mais , dit M. S. comment la Femme
» auroit- elle plus , ou même autant de
» perfections , que celui pour qui elle a
» été faite ? Le voici : De même que
Dieu a créé les Anges pour sa propre
Gloire , il en a cependant destiné une
partie à la garde des hommes , pour les
aider , les sécourir , & c. On ne peut pas
aussi disconvenir qu'il a fait les Femmes
à son image et ressemblance , premie
rement pour participer à sa Béatitude ; et
qu'il en a destiné une partie au Mariage
afin d'aider les hommes tant dans le
Temporel que dans le Spirituel ; et de
même que l'autre partie des Anges fait
au Ciel toutes leurs fonctions , aussi les
Vierges , comme dit S. Paul , ne s'em
barassent de rien sur la Terre. On peut
par là comprendre lequel des deux sexes
doit être le plus parfait.
Venons enfin aux raisons de M. S.
qui paroissent les plus solides : » Supo-
» sons , dit-il , que la Femme eût les mê
» mes passions à combattre et à détruire,
» les mêmes vertus à pratiquer au même
» dégré, il ne s'ensuivroit pas qu'elle eûr
» le même dégré de force et de solidité
» il
78 MERCURE DE FRANCE
il suffiroit qne Dieu l'eut mise dans un
état où elle pût véritablement combat-
» tre ces passions , et pratiquer ces ver-
» tus , quoiqu'avec moins de force et de
» courage que l'homme ; les secours ne'
» sont pas toujours également puissans
où il y a égalité de passions à combat-
» tre , et de vertus à pratiquer.
le
Si cela est vrai , ce n'est pas dans le sens
que l'entend M. S. on pouroit même
prouver que la Femme par son état , a
besoin de plus de force d'esprit que
l'Homme , pour surmonter ses passions,
L'agitation et le cours des différentes occupations
, entraînent souvent celui - ci
avec une rapidité qui ne lui laisse pas
temps de refléchir ; et la longueur du
temps affoiblit ordinairement ses passions
, au lieu que l'inutilité , la bagatelle
dans laquelle on éleve les femmes ;
loin d'être un secours contre ces mêmes
passions , les fortifient de telle sorte qu'il
faut à celles ci une force et une solidité
des plus grandes pour les déraciner .
D'ailleurs, continuë M.S. est - il bien vral
que la Femme ait à pratiquer toutes les
mêmes vertus que l'homme , et en même
dégré ? L'homme en qualité de Chef n'ae'll
pas des vertus qui lui sont propres et
nécessaires pour le commandement et le
gouvernement ? Il
JANVIER:
17373 +
Il est incontestable que Dieu ayant
destiné l'homme pour être Chef , il lui a
donné les qualités convenables ; mais il
n'est pas moins certain que la femme est
obligée de pratiquer les mêmes vertus
lorsqu'elle se trouve dans les mêmes occasions.
Or si elle y est obligée , elle en
est très- capable ; bien plus , c'est que
l'expérience nous prouve qu'elle les praz
tique avec plus de facilité.
Si la Nature n'a mis aucune distinc
tion entre les deux sexes , que leur condition
soit la même ; l'homme , dit encore
M. S. ne sera plus en droit d'exiger
aucune soumission de sa femme ; il seroit
un injuste usurpateur s'il prenoit
sur elle la moindre autorité , et l'on au
ra eu tort jusqu'ici de faire honneur à
quelque Dame d'avoir des inclinations
mâles , et supérieures à leur sexe.
Je n'ai jamais dit que toutes les femmes
en particulier fussent fortes et courageuses,
comme je ne crois pas non plus
qu'on le prétende des hommes : mais je
soûtiens , sans craindre de donner dans
l'hyperbole, qu'il est impossible, suivant
la raison et la Religion , qu'en général
elles soient moins fortes et moins solides
que les hommes.
Les Anciens Latins, disent les Sçavans,
дом
78 MERCURE DE FRANCE
nommoient les femmes Vira , on a employé
dans la même Langue Virago , pour
signifier femme forte , et d'un courage
mâle. Je ne doute point que sur l'origine
de ce nom on ne soit tenté de me faire
quelque objection ; mais comme la réponse
se présente naturellement à l'esprit
, il n'est pas nécessaire d'en dire davantage
sur ce sujet.
A l'égard de la soumission dont parle
M. S. il n'y a point de femme raisonnable
, quelque supérieure qu'elle soit à
son mari , qui prétende sécoüer un joug
qui lui est imposé par la Loy Divine , et
qu'elle doit regarder comme faisant partie
de sa pénitence ; et comme on ne s'avise
point de dire qu'un Religieux qui
se soumet à son Superieur, qui lui obéït
en tout , est inférieur à lui , on ne doit
pas non plus s'imaginer qu'une femme
que la Loy du Mariage engage à soumettre
sa volonté à celle de son mari , lors
qu'elle est juste , lui doit être inférieure
en quelque chose. On me dira peut-être
que le Religieux n'obéit que pendant un
temps , qu'il occupe quelquefois par son
mérite la place de son Supérieur , et que
son Supérieur même devient à son tour
son inférieur , ( privilege qui n'a jamais
été accordé aux femmes. ) Je répondrai
3. que
JANVIER. 1737.
que de même qu'un Pere ne devient jamais
inférieur à son Fils , quelque mérite
que celui- ci ait , et que ce fils ne paroît
agir de son chef qu'après la mort de
son Pere , tant qu'il est sous sa domination
, de même la femme ayant été tirée
de l'homme , quelque supérieure qu'elle
lui soit du côté de l'esprit , elle lui doit
donner la gloire de tout ce qui se fait de
bon , elle ne doit pas même se l'attribuer
en la moindre chose.
Selon M. S. si je prétends que la fem
me soit aussi capable de constance que
l'homme , et que même elle le surpasse
en ce point , il s'ensuivroit qu'elle de
vroit être communément employée , du
moins également , comme les hommes ,
dans les affaires les plus importantes de
l'Etat et du Gouvernement ; mais il ne
fait pas attention que pour la beauté et
l'harmonie du Monde , elles ne doivent
avoir la voix de conseil et de remon
que
trance. Ne sçait- on pas que dans un Etat
bien policé , quoique plusieurs soient
capables des mêmes Emplois , le bon ordre
veut que chacun en particulier en
exerce un différent , sans se mêler de celui
de l'autre , à moins qu'il n'y ait de la
nécessité?
A Laval , le 8. Fevrier 1736.
E
O
to MERCURE DE FRANCE
On a dû expliquer l'Enigme et les
Logogryphes du Mercure de Décembre
I. Volume , par Perfide , et Are ; on
trouve dans le premier Logogryphe ,
Pere et Diepe ; et dans le second , la par
ticule Car.
L'Enigme et les deux Logogryphes
du II . Vol. de Décembre , sont le Sel ;
Panier et Liévre . On trouve dans le premier
Logogryphe , Pan , Pie , Nape ;
Raie , Jean , Ane , Air , Pain , Pin , Ire,
Rien , Pane et An ; on trouve dans le
second , Lie , Livre , Liere , Ivre , Vie ,
Vire , et Lire.
ENIGM E.
J'Ignore dans quel temps l'Homme me fit
paroître ,
Mon Pays , et le nom de qui me donna l'Etre ;
Il n'importe au surplus , il suffit que je suis
Utile aux grands aussi -bien qu'aux petits ,
Què les premiers de moi font plus d'usage ,
Et que je suis enfin un meuble de ménage.
Mon véritable logement
Est en lieu chaud de peur de Rhume ,
Juché ;
JANVIER. 31
1737.
*
Juché , cloué fort inhumainement.
Sur un Lit qui n'est pas de Plume ,
J'ai beau crier dès qu'on me fait agir,
De mes tourmens sembler gémir ,
On ne me traite pas avec moins de rudesse ;
Je dois encor marcher d'une égale vitesse ,
On m'y force , Lecteur , mais devinez par ou
C'est en pendant une Pierre à mon cou.
**
J
J...... de Paris.
********************
LOGOGRYPHE.
E porte Gain , je porte Gan ,
Je porte Pain , je porte Pan ,
Je porte Per , je porte Rang
Que suis - je , Lecteur ? P. ....
AUTR E.
Loin de moi des Auteurs la bizarre manie
Qui vous fait d'un objet faire l'Anatomie ?
Sur le Parnasse nous tenons
Que tous les renverseurs de noms ;
S'ils n'ont pas la veine insensée,
Ils ont la tête renversée :
Ne t'imagine pas que pour me deviner
E ij

MERCURE DE FRANCE
[[ te faille beaucoup pêner
Placer et déplacer la Syllabe ou la Lettre ;
Je me présente mieux pour me faire connoître}
Lis- moi depuis mon chef jusqu'au bas de mon
tout
Et tu me trouveras tout de suite à ton goût ;
Huit lettres dans un mot présentent ma figure
Et trois syllabes font ma parfaite structure.
Je vais te présenter sous de differents traits
Ce que je veux t'offrir de differents objets.
Mon chef est ce trésor après lequel soupire
L'Amant qui se déclare , et qui toûjours désire
Et pris différemment il est un mal fâcheux
Qui s'irrite souvent , et devient douloureux ;
Dans un troisiéme sens une meute il excite
A pousser dans un Bois la Biche la plus vîte.
Joins mon ventre à mon chef , et tu me trous
veras
Peut - être sur ta tête : ou , si je n'y suis pas
Tu n'as qu'à me chercher dans une Boucherie ,
Ou près du Ratelier de quelque Métairie.
Mes deux tiers t'offriront une pâte à manger,
Et si mes divers sens tu sçais bien ménager
Tu sçauras m'ajuster avec une Ecritoire ,
Pentens d'un Ecolier ) et si tu veux m'es
croire ,
Je suis toujours utile à des jeux de hazard
Qu'on joiie bien souvent tête à tête à l'écart ; 2
Enfin
JANVIER 1737
Enfin pour deviner le mot énigmatique
Dans deux lignes voici l'objet Logogryfique
Du beau Sexe on me voit relever les attraits
Et dans un Escadron ne me cacher jamais.
Par M. de C. C. D. M.
LOGOGRYPHUS:
INteger , in Coelis habito
Nteger , in Calis habito , cum nomime
magno ,
Cor de ventre trahas, Anglia terra mea est :
Invenies animal , nec fallor ) mite , qui
tum :
Et tibi parebit foemina , sed vetula.
XXXXX :XXX* XX *XX: XX *
NOUVELLES LITTERAIRES,
H
DES BEAUX ARTS, &c
ISTOIRE ROMAINE , depuis la fon
dation de Rome , jusqu'à la translation
de l'Empire par Constantin , traduite
de l'Anglois de Laurent Echard ,
nouvelle Edition , revûë et corrigée. 6 .
vol. in- 12. chés Gabriel Martin.
CONTINUATION de l'Histoire Romai
E iij ne
84 MERCURE DE FRANCE
ne , jusqu'à la prise de Constantinople
par les Turcs ; traduite de l'Anglois du
même Echard. 1736. chés le même Gabriel
Martin. 6. vol . in- 12.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES sur les
Mysteres de N. S. J. C. et sur les principales
Fêtes, où sont expliqués les Evangiles
et Epîtres des Dimanches de l'année
, &c. 1736. in- 12 . A Paris chés Rollin
, fils , Quay des Augustins à S. Athanase.
PoëME DE PETRONE Sur la Guerre civile
entre César et Pompée , avec deux
Epîtres d'Ovide , le tout traduit en Vers
François , avec des Remarques et des
conjectures sur le Poëme intitulé : Per
vigilium Veneris , à Amsterdam , chés
Changuion . vol in- 4.
L'ESPRIT DE S. PAUL , ou les Pensées
de ce grand Apôtre sur la Vie Chrétienne ,
pour tous les jours du mois , et pour une Retraite
de dix jours . 1. vol. in - 16. de
166. pp. A Paris, chés P. G. le Mercier,
rue S. Jacques , au Livre d'Or. M. DCC.
XXXVII.
Après la Vie de S. Paul , donnée depuis
peu au Public , on ne pouvoit faire
aux
JANVIER.
1737. 85
aux gens de bien de présent plus agréa
ble que de lui offrir les Pensées et l'Es
prit de cet Apôtre , dans un Ouvrage séparé
, lequel, quoique très petit , est audessus
de tous les Eloges.
LE LEGS , Comedie en un Acte , de
M. M. A Paris , chés Prault , fils ,
Quay de Conty. 1736.
LA PAÏSANNE PARVENUE , ou les Mémoires
de Madame la Marquise de L. V.
par M. le Chevalier de Mouhy , septiéme
Partie , prix 24. sols , chés le mê
me Libraire.
HISTOIRE SECRETE des Amours de
Henry IV. Roy de Caftille , surnommé
P'Impuissant. A la Haye , chés Mathieu
Roguet , et se trouve à Paris chés Pranlt
fils. 1736.
HISTOIRE DE MONCADE , dont les
principales Avantures se sont passées au
Mexique ; avec l'Histoire du Marquis de
Leyva , Nouvelle Espagnole . 2. vol . in.
12. A Paris , chés Prault , pere , Quay
de Gêvres 1736.
LETTRES EDIFIANTES ET CURIEUSES
E iiij écrites
36 MERCURE DE FRANCE
écrites des Missions Etrangeres , par
quelques Missionnaires de la Compagnie
de Jesus. Recueil XXII . A Paris , chés
Nicolas le Clerc , ruë de la Bouclerie , à
S. Lambert , et chés P. G. le Mercier
ruë S. Jacques , au Livre d'Or. 1736 .
in 12. pag. 480.
AMUSEMENS du coeur et de l'esprit ;
ouvrage périodique , à Paris , Quay des
Augustins , chés Didot. 1734.
Dès le
commencement de la premiere
feüille , je sens , dit l'Auteur ,
dit l'Auteur , la portée
de mon génie , et en même temps , la
difficulté de plaire tout à la fois par la
raison et par le sentiment ; aussi n'esperais
- je y réussir qu'auprès de ces
Lecteurs , qui ne lisent que dans l'inten
tion de s'amuser , & c.
J'ai lû avec plaisir , poursuit l'Auteur
plus bas , les deux differentes feüilles qui
courent Paris , et l'envie m'a pris de
me mettre en tiers ; sans prétendre au
pair je sçais rendre justice à ce qui sort
de ma plume , et c'est peut- être le seul
mérite qui ne me sera pas disputé. Les
Auteurs de ces feüilles les écrivent si
bien , que j'ai crû pouvoir me joindre
à eux sans déplaire au Public , fondé
sur la fantaisie qui porte les hommes
à
JANVIER: 1737. 87
å se délasser du beau par le mediocre.
Si ces sentimens sont sinceres , on contestera
encore moins la modestie à cet
Ecrivain .
Le plan de son ouvrage est de donner
d'abord quelques morceaux de Mo
rale , qui sont suivis d'une ou de plusieurs
Lettres sur divers sujets , et chafeüille
est terminée par quelque peque
tit ouvrage de Poësie.
On lit ce trait de Morale à la page 10 .
Le plaisir devient un besoin plus pressant
après les peines et les fatigues . Plus
il nous a manqué de temps , plus nous
le desirons avec ardeur ; et voila la source
de cette grande vivacité qu'il acquiert
par les peines passées : car ce n'est pas
la sensation agréable , qui fait précisément
le plaisir , c'est l'ardeur avec laquelle
on a desiré , qui lui donne le goût
de la volupté.... Nous jouissons moins
des momens du plaisir , que nous ne
retournons sur ceux , où nous l'avons
desiré.
Dans la seconde feüille , une de ces Lettres
d'une Dame finit ainsi : joignez
je vous prie , M. votre aprobation à celle
que je suis indispensablement obligée de
me donner à moi-même ; je vous en ai
merai davantage , et j'en serai de meil
Ev leure
88 MERCURE DE FRANCE
leure humeur. S'il vous vient quelques
refléxions sur la modestie qui accompagne
mon amour propre , ne m'en dites
mot. Je ne veux point me.corriger ;
-il faut être si modeste dans le monde
sur tout avec les Sots , qu'il doir nous
être permis de parler de nous à nos amis ,
comme nous parlerions d'un autre , &c .
La troisiéme feuille finit par une Cantate
, et la quatrième par quelques morceaux
de Poësie , fort bien tournés. A la
76e. page de celle- ci , on lit des observations
critiques , fort méthodiques et
fort bien raisonnées sur la Tragedie de
de Sabinus de M. Richer.
Dans la cinquième feüille , page 110 .
il y a encore quelques traits critiques
sur la Tragedie de Pharamond. On lit
dans cette feuille deux Lettres de Me
*** écrites fort vivement et fort naturellement
avec des portraits , &c.
Au commencement de la sixiéme feüille ,
on lit une Critique de la Comédie nouvelle
de l'Enfant prodigue . On aperçoit dans
cette feuille une main plus hardie et plus
sûre , et cette hardiesse se fait sentir dans
un nouvel article de Remarques Litteraires
, où il s'agit de Critique et de contre-
Critique. Cette feuille est encore ornée
de Refléxions morales , de Vers , et
d'une
JANVIER. 1737. 8of
d'une se . Lettre de Mad . de ... laquelle
s'exprime en cette maniere vers la fin
de sa Lettre un coeur droit ne veut
point être soupçonné : ne comprendrezvous
jamais qu'il est imprudent de faire
connoître à une femme que l'on craint
son inconstance , et que lui temoigner
de la jalousie , c'est le moyen de la rendre
infidelle ? Faites-y vos refléxions. Le
dépit pouroit me faire prendre des résolutions
et des engagemens qui vous
seroient desagréables . Kassurez-vous contre
ces frayeurs. La Vertu m'est chere
elle et vous , occupez toute l'étendue de
mon coeur. Mon esprit se joue , s'amuse ,
se divertit , se dissipe . Eh bien ! M. permettez
à mon esprit ces petits délassemens.
Il faut l'occuper l'oisiveté lui
fourniroit trop d'empire sur mon coeur ,
et trop d'occasions de le séduire . 11 ne
me laisseroit peut - être pour vous qu'une
estime froide et languissante , et je
sens qu'il faut à mon bonheur toute la
tendre amitié qui m'attache à vous .
Comment ai -je la foiblesse de vous faire
cet aveu ? Abuserez- vous encore de mes
bontés ? Ne me persecutez plus , si vous
ne voulez pas m'entendre dire que je
vous hais . Que je suis folle ! Je voudrois
vous intimider , et je vous donne con-
E vj LIE
90 MERCURE DE FRANCE
tre moi des armes , dont vous sçaurez
bien vous servir.
La septiéme feüille commence par des
Refléxions assés délicates , dont nous ne
nous chargerons pas de faire l'aplication ..
Suit une Lettre contenant l'Eloge du
Vin , & c..
On lit avec plaisir dans la huitiéme
une Ioe. Lettre de Mad. de *** En
Voici un fragment.
La parfaite confiance que j'ai en vous
exige pour retour les avis les plus fi
deles , qu'un véritable ami puisse donner
dans les cas périlleux. Je vous exe
pose mon coeur et ses sentimens. Je ne
vous dissimule rien , assurée de votre
discretion , et déterminée à suivre vos
conseils , je vous prie de me dire si je
puis écouter S. Far.... ou si je dois
L'éloigner ; s'il m'est permis de songer
à un Etablissement , ou s'il faut persister
dans mes idées de liberté et d'indépen
dance. C'est vous dire assés nettement
que , dans l'état fâcheux auquel je suis réduite
, je présume peu de la force que
vous m'avez. connue , & c.
La neuvième et derniere feüille , qui a
paru de cet Ouvrage , contient un grandi
Extrait de la vie de Gassendi , par le R.
P. Bougerel de l'Oratoire Ouvrage nou

veau
JANVIER. 1737 ar
veau , et qui peut dédommager le Public
de quantité de mauvais Livres , & c.
TRAITE' DE L'ABUS et du vrai sujet
des Apellations , qualifiées du nom d'Abus;
par Charles Fevret , Seigneur de S. Me-
&c. Nouvelle Edition corrigée et aug-
J
mentée de sçavantes Notes. On y a joint
ALTASERRÆ Ecclesiastica Jurisdictionis.
Vindicia & c. II.Vol. fol. Lyon , chés Du
plain. MDCCXXXV I.
se. Cette nouvelle Edition , qui est la
que l'on a faite de cet Ouvrage , a commencé
à paroître sur la fin de 1736. Elle
étoit d'autant plus nécessaire , que non
seulement la quatrième Edition , faite
il y a près de 6o . ans , étoit épuisée
mais aussi à cause qu'il falloit ajoûter à ce
Traité de nouvelles Notes fondées sur
les Ordonnances , Edits , Déclarations , et
Arrêts de Reglemens , survenus depuis
la mort de l'Auteur , arrivée à Dijon
le 12 Août 1661. et même depuis la 46 .
Edition.
En effet , ces nouvelles Loix ont aporté
des changemens considérables , et fi
xé la Jurisprudence sur plusieurs points
importans de l'Abus .
C'est pour remplir cet objet , que M.
Brunet Avocat au Parlement de Paris
connu
L
92 MERCURE DE FRANCE
connu par plusieurs Ouvrages donnés
au Public , a fait les Notes à longues lignes
, dont est enrichie cette nouvelle
Edition au bas des pages : elles sont distinguées
des anciennes Notes , qui sont à
courtes lignes. Ces differentes Notes
rendent cette nouvelle Edition plus am
ple que les precédentes .
>
Le premier Volume , qui est composé
de 567. pages , contient 1º . la Préface
de l'Auteur , 2 ° . un Extrait de sa vie
composé par M. Papillon , Chanoine de
l'Eglise Collégiale de la Chapelle aux
Riches à Dijon ; laquelle vie fait partie
de sa sçavante Bibliotéque des Auteurs
de Bourgogne
.
3. L'Epitaphe Latine de l'Auteur, faite
par son fils , 4. un Poëme Latin , composé
par l'Auteur même , dans lequel il
raporte les principales circonstances de
sa vie , s . ta Table des Livres et des
Chapitres contenus dans ce Tome , 6.un
Avis sur cette nouvelle Edition , 7°, les
5. premiers Livres du Traité de l'Abus ,
avec les Notes , tant anciennes que nouvelles
.
con- Le second Tome de 606. pages ,
tient 1 °. la Table des Livres et des Chapitres
du reste du Traité de l'Abus , 2 °.
les 6e. 7e . 8c. ct 9e. Livres de ce Traité ,
39.
JANVIER. 93 1737.
3. les Remarques faites par une personne
de mérite , que M. le Garde des
Sceaux avoit chargé de l'examen de cet
ouvrage , lorsqu'il parut pour la premiere
'fois en 1654. Cet Examinateur ne peut
-être M. Antoine le Vaillant , sçavant
Avocat , et Canoniste , ainsi qu'on le dit ,
puisqu'il ne fut reçû Avocat qu'en 1650 .
Ces Remarques furent communiquées
-à M. Fevret même, qui y fit ses réponses.
y
4°. Une Table generale par ordre alphabétique
de toutes les Matieres contenuës
jusques- là dans les deux Tomes
5 ° . de nouvelles Remarques sur le Traité
de l'Abus , sans nom d'Auteur , 6º. une
Table par ordre alphabétique des Matieres
contenues dans ces nouvelles Notes
, 7 ° . le Traité de M. d'Hauteserre
Professeur de Droit à Toulouse , en faveur
de la Jurisdiction Ecclésiastique
le Titre de ce Traité est Ecclesiastica
Jurisdictionis Vindicia adversus Carolum
Fevretum de Abusu , ab Antonio Dadino
Altesserra J. V. D.
On voit par la Préface de ce Traité
que le Clergé de France engagea M.
d'Hauteserre à écrire ce Traité contre ce-
- lui de M. Fevret.
Le Traité de M. d'Hauteserre se trouve
accompagné des Notes du même M.
Antoine
94 MERCURE DE FRANCE
Antoine le Vaillant et fur imprimé
pour la premiere fois in 4. à Orleans ,
chés de Vaulx . 1702.
l'Index Le second Volume finit par
du Traité de M. d'Hauteserre , dont le
12e. Livre n'a pas été imprimé , quoiqu'il
se trouve en Manuscrit dans des
Bibliotéques .
On peut encore observer 1 °. que l'Ou
vrage de M. Fevret avoit aussi été attaqué
par Antoine Charlas , Chanoine de
Pamiers , dans son Traité Latin de Libertatibus
Ecclesia Gallicana , imprimé à Lieg
chés Hovius , in- 40. 1684. ge ,

Le Livre XII. de ce Traité , est de Appellationibus
tanquam ab Abusu : Charlas
y critique aussi la Concorde de M. de
Marca , Libro 4. Cap. 19. 20. et 21. où
ce Prélat avoit sçavamment traité la matiere
de l'Abus.
20. Que par Déclaration du 8. Janvier
1719. le Roi a rétabli l'usage des Apels
comme d'Abus , au Parlement de la Flandre
Françoise , séant présentement dans
la Ville de Douay.
Pendant que ces Pays étoient sous la
Domination Autrichienne , on y pratiquoit
la voye des Recours au Prince , la
quelle étoit usitée dans l'Empire Romain
, depuis l'établissement du Christianisme
JANVIER. 1737 94
tſanisme , d'où elle étoit passée en Franse
, où elle s'étoit maintenue jusqu'à l'in
troduction de l'Apel comme d'Abus ,dont
le plus ancien vestige se trouve dans un
Arrêt du Parlement du 7. Juin 1404-
TRAITE' de la Dissolution du Mariage
pour cause d'impuissance , avec quelques
Piéces curieuses sur le même sujet. A
Luxembourg. 1735. in 8.
DISSERTATION Sur la veritable Epoque
de l'Etablissement fixe des Francs dans
les Gaules , sur la verité ou la fausseté
de l'expulsion de Childeric , de l'élévation
d'Egidius en sa place , et de son ré
tablissement sur le Trône par l'adresse
de Guyemans ; sur l'espece et l'étendue de
l'autorité d'Egidius , et de Siagrius , som
fils , dans le Soissonnois , et Pays circon
voisins , et sur le Lieu , où s'est donanée
la fameuse Bataille de Soissons ; qui
a remporté le Prix dans l'Académie Françoise
de Soissons en l'année 1736. par
M. Biet , Chanoine Régulier de la Con
grégation de France , Abbé de S. Leger
de Soissons. A Paris , chés J. B. Deless
pine. 1736. in- 12.
TRAITE' Physique de la Lumiere et des
Couleurs
98 MERCURE DE FRANCE
Couleurs , avec un Traité sur le son et
les differens tons ou systême nouveau
sur la Lumiere et les Couleurs , sur le
son et les differens tons , dans lequel on
traite par occasion de plusieurs Questions
de Physique , dédié à S. A. S. M.
LE DUC DE CHARTRES , par M. J. Banieres
, a . vol. in- 12. A Paris , chés la
veuve Mazieres , ruë S. Jacques , à la
Providence. 1737.
ABREGE' de la Géométrie , à l'usage des
Pages de la Grande Ecurie du Roy , où
l'on donne ce qui est le plus nécessaire
pour entrer dans l'étude des Fortifications.
Par M. le Blond , Professeur de Mathématiques.
A Paris , chés Joseph Bullot
, rue de la Parcheminerie , à l'Image
S. Joseph , et chés Jombert , rue S. Jacques
, à l'Image N. D. 1737. in-12.
FUNESTINE , Conte des Fées. A Paris ;
chés Prault , pere , Quay de Gêvres , au
Paradis. in 12. 1737. de 292. p.
NOUVELLE TRADUCTION de
l'Abregé Historique de Justin , avec deux
Cartes Géographiques des Pays dont parle
cet Auteur ; ensemble un petit Dictionnaire
de ces mêmes Pays , suivant
l'ancienne
JANVIER. 1737 97
l'ancienne et moderne Géographie , dédié
à Son Eminence M. le Cardinal de
Fleury , Grand Aumônier de la Reine et
Ministre d'Etat. Par M. l'Abbé Favier ,
Prédicateur du Roy , et Prieur de Sainte
Vaubourg , 2. vol . in 12. prix 5. livres.
A Paris , chés P. G. le Mercier , Imprimeur-
Libraire ordinaire de la Ville , ruë
S. Jacques , au Livre d'or 1737.
L'Auteur de cette Traduction est assés
connu par son talent pour
la Prédication
, pour exciter la curiosité des Lecteurs
. Nous avons même déja de lui un
Panegyrique de S. Louis , qu'il prononça
à l'Académie Françoise en l'année
-1716 . et que l'on trouve dans le Recuell
des Pieces Académiques de l'année 1717.
Outre cela deux Oraisons Funebres , l'une
de Louis XIV. qu'il prononça à Metz
au mois de Décembre de l'année 1715 .
et qui y fut imprimée chés Brice Antoine
, et l'autre de Monseigneur le Duc
de Berry, qu'il prononça au mois d'Août
de l'année 1714. dans l'Eglise princi
pale de la Ville d'Alençon , Capitale de
l'Apanage de ce Prince ; celle- ci fut im
primée à Paris , chés Etienne Papillon.
On lui attribue aussi plusieurs Ou
vrages anonimes dans d'autres genres.
1. Une Dissertation sous le titre de
Lettre
98 MERCURE DE FRANCE
Lettre d'un Abbé à un Académicien su
le Discours de M. de Fontenelle , au su
jet de la question de la prééminence en
tre les Anciens et les Modernes. Il falloi
que l'Auteur, fût fort jeune quand i
donna ce petit Ouvrage au Public , ca
Il fut imprimé pour la premiere fois à
Paris en l'année 1699. chés Jean- Baptiste
Coignard , Imprimeur de l'Académie
et réimprimé à Rouen en 1703. chés
Besogne.
20. Trois Epitres en Vers à l'Auteur
du Poëme sur la Grace. M. l'Abbé Favier
Joua beaucoup dans sa Préface les Vets
de l'Auteur du Poëme ; mais dans ses
Epitres il contredit fortement les principes
du Systême qu'avoit embrasse son
Adversaire. Ces Epitres furent imprimées
à Paris en 1724. chés la veuve Garnier
et Jacques Chardon , ruë Galande , près
la Place Maubert.
Enfin on lui attribue encore trois
Lettres, qui parurent aux mois d'Octobre
et de Novembre de l'année 1731. les
quelles servirent considérablement à dessiller
les yeux du Public sur un fait sin
gulier de ce temps -là. On dit qu'elles
avoient été imprimées à Paris,chés Chanbert
, à l'entrée du Quay des Augustins.
Quoi qu'il en soit , venons à la Traduc
tion
JANVIER 1737 99
don qui fait ici notre objet.
Elle est dédiée à son Eminence M. le
Cardinal Ministre. On peut dire que l'E
pitre Dédicatoire est un morceau des
plus éloquens , et qui se fait lire avec
d'autant plus de plaisir , qu'on n'y trou
ve rien qui sente la flaterie. C'est un
Portrait au naturel , dont les traits expri
més avec une grande délicatesse , forment
une parfaite ressemblance. Tous
ceux qui l'ont lûë en ont porté ce jugement.
Cette Epitre est suivie d'une Préface }
où le Traducteur entre dans une Criti
que exacte de l'Abregé de Justin . Cet
Auteur , qui vivoit probablement sous
le Regne de l'Empereur Antonin , a écrit
en Latin , d'un stile très- pur et très- élégant
, beaucoup au- dessus de celui de
son siecle. Ce qui y a contribué en par
tie , c'est que son Histoire n'est qu'un
abregé de celle de Trogue Pompée , qui
étant un Homme de condition , avoit
écrit avec toutes les graces naturelles
aux Gens de qualité , et avec toute la
pureté de langage de son siecle. Or Trogue
Pompée vivoit sous Auguste. Il falloit
cependant, remarque judicieusement
M. l'Abbé Favier , que fustin eût le gé
pie naturellement élevé pour imiter si
beureu
880401
Too MERCURE DE FRANCE
heureusement l'Auteur qu'il abregeoir
On a beau écrire d'après quelqu'un , si
la Nature n'a pas donné un certain goût,
un certain talent pour le grand et pour
le beau , quelque parfait que soit e mos
dele qu'on a devant les yeux et quelques
efforts qu'on fasse pour l'imiter, a
mais on n'y réussit . Qu'on adopte tant
qu'on voudra de ses expressions ,
il y
aura mille endroits , où , forcé d'y mettre
du sien , le génie naturel paroîtra
et fera sentir la disproportion entre le
caractere de l'Original et celui de l'Abréviateur.
Mais dans Justin tout se sou
tient ; c'est par tout même netteté , mê
me élegance , même force.
Y
Le Traducteur venge ensuite Justin
du reproche qu'on lui a fait d'avoir suprimé
la grande Histoire de Trogue , Pom
pée. Cette accusation n'a aucun fondement
; mais quand Justin-auroit voulu
suprimer cet Ouvrage pour faire valoir
le sien , l'auroit-il pû ? Une chose de
cette nature dépend- elle d'un Particu
lier ?
N
L'Abregé de Justin comprend ce qui
s'est passé de plus interessant dans l'Univers
depuis Ninus , où il a commencé
son Histoire , jusqu'à Auguste . On sçait
assés l'utilité des Abregés , et M. l'Abbé
Favier
JANVIER. 1737 101
Favier fait à ce sujet plusieurs reflexions
très-judicienses. A l'égard de sa Traduc
tion voici ce qui l'y a déterminé et les
regles qu'il y a suivies . » Comme j'ai aimé
» les Belles Lettres , dit- il , dès ma plus,
» tendre jeunesse , et que j'ai vécu assés
» longtemps pour éprouver ce qu'en dit
» Ciceron , qu'elles sont utiles aux jeunes
» gens pour former leur goût et aux per-
» sonnes d'un âge avancé pour leur tenir
lieu d'un honnête amusement , je les al
» toujours cultivées avec plaisir , et leur
nai toujours sacrifié au milieu de mes
» occupations les plus sérieuses , quel
» ques- uns de ces momens de loisir où
» il est permis de se délasser.
>>Le hazard fit donc il y a environ six
ans, que Justin me tomba sous la main.
» Je ne l'avois point lû depuis ces pre-
» miers temps de l'étude , où l'on cher
» che tout au plus à entendre un Auteur
, et où l'on n'est gueres en état
» d'en démêler les beautés. Je jettai les
» yeux dessus , j'y remarquai d'abord une
grande pureté dans le stile , beaucoup
» de noblesse dans les expressions, et tout
» le reste dont j'ai déja rendu compte.
J'admirai dans la suite comment dans
» un si petit volume il avoit pû rassem-
»bler un si grand nombre de faits diffe-
» rens
02 MERCURE DE FRANCE
rens , et je pensai que ce ne seroit pas
rendre un office désagréable au Public
que de lui en donner une Traduction
M. l'Abbé . expose ensuite les regles
qu'il y a suivies. La premiere est la fidé-
Tité au sens , mais il y a une autre sorte
de fidélité plus délicate et bien plus diffi-
'cile à attraper , c'est de conserver dans
une Traduction le génie et le caractere
particulier de l'Original. » J'ai observé ,
» dit M. l'Abbé F. de faire mes phrases
aussi courtes que celles de Justin , et
» il en est très- peu qui soient plus lon-
» gues. Si je ne les ai pas toujours ren-
» duës mot à mot , j'ai fait ce que dit Ciceron
; je me suis attaché à connoître
la valeur des expressions et à en conserver
la force ; car selon cet excellent
Maître dans l'art de bien dire , et selon
» le bon sens , il n'est pas nécessaire
» quand on traduit , de rendre au Lecteur
les paroles par compte , il suffit
» de les lui rendre, pour ainsi - dire , au
poids. Non ea me annumerare Lectori
putavi oportere , sed tanquam appendere.
Il ne nous reste plus qu'à mettre le
Lecteur en état de juger du mérite de
cette Traduction , en lui en faisant lire
quelque morceau. Nous choisirons le parallele
de Philippe et d'Alexandre.
Texte
JANVIER. 1737. 103
Texte Latin.
Huic (Philippo ) Alexander Filius successit,
et virtute et vitiis Patre major. Itaque
vincendi ratio utrique diversa . Hic aperè ,
ille artibus bella tractabat. Deceptis ille gan
dere hosubus , hic palàm fusis . Prudentior
ille consilio , hic animo magnificentior. Iam
Pater dissimulare, plerumque etiam vincere ,
hic ubi exarsisset , nec dilatio ultionis
nec modus erat. Vini nimis uterque avidus ,
sed ebrietatis diversa vitia. Patri mos erat
etiam de convivio in hostem procurrere ,
manum conserere , periculis se temere offerre
: Alexander non in hostem , sed in suos
saviebat. Quamobrem Philippum sapè vulneratum
prelia remisere ; hic amicorum interfector
convivio frequenter excessit . Regnare
ilie cum amicis nolebat ; hic in anicos
regna exercebat. Amari Pater malle, hic
metni.
20
Traduction .
»Son fils Alexandre lui succeda. Ce
» Prince eut de plus grandes qualités ,
»mais en même temps de plus grands
deffauts que son Pere. Leur route pour
»arriver à la Victoire , fut differente.
Alexandre faisoit la guerre à force ou-
» verte , Philipe à force de ruses . Celui-
F ci

04 MERCURE DE FRANCE
» ci aimoit à tromper son ennemi ; cels:
» lui-là à le battre en pleine campagnes
» L'un l'emportoit par sa sagesse dans
»ses projets ; l'autre par sa valeur dans
» les combats. Le Pere sçavoit dissimuler
ses ressentimens ; souvent même il les
» étouffoit : le Fils , dès qu'une fois la co-
»lere l'avoit saisi , se vengeoit à l'ins
» tant , et ne gardoit plus de mésures .
>> Tous deux furent extrémement sujets
» au vin mais l'yvresse de l'un et de
»
l'autre étoit caractérisée par des def-
»fauts differens. On a vû souvent Phi
» lipe quitter la table pour aller à l'en-
» nemi , lui livrer bataille , et s'exposer
temérairement à toute sorte de périls :
» Alexandre au contraire ne tournoit
» point sa fureur contre l'ennemi , mais
» contre ses propres Sujets . De- là vient que
» Philipe revenoit souvent blessé d'une
» bataille , et qu'Alexandre sortoit sou-
» vent de table après avoir tué quelqu'un
de ses favoris . Celui -là ne vouloit
point faire sentir le poids de son
» autorité à ceux qu'il consideroit ; celui-
ci se plaisoit à l'apésantir sur ceux
» qui lui étoient le plus attachés. Le Péte
» préferoit d'être aimé ; et le Fils d'ê-
» tre graint.
Texte
JANVIER. 1737. 105,
Texte Latin .
Litterarum cultus utrique similis . Solertia
Pater majoris , hic fidei : verbis atque oratione
Philippus ; hic rebus moderatior. Parcendi
victis Filio animus et promptior et ho
nestior. Frugalitati Pater, luxuria Filius magis
deditus. Quibus artibus Orbis Imperiis
fundamenta Pater jecit, operis totius gloriam
Filius comsummavit.

»
Traduction.
>> En tous deux un goût égal pour les
Belles Lettres . Le Pere , d'un esprit plus
» rusé ; le Fils, d'un caractere de meilleure
foi. Philipe paroissoit plus moderé, dans
ses discours ; Alexandre l'étoit plus
» dans les effets ; son grand coeur le portoit
plus volontiers à pardonner à ses enne-
» mis , et il le faisoit toujours d'une façon
plus gracieuse, Le Pere aimoit la fru-
» galité,et le Fils les excès . Enfin si le
pre-
» mier eut l'habileté de jetter les fon-
» demens d'une Monarchie universelle
» le second eut la gloire d'en consom-
>> mer l'oeuvre entiérement . <«<<
L'Ouvrage est terminé , comme porte
le Titre , par un Dictionnaire des Pays ,
dont parle Justin , où ces Lieux sont
éxactement designés suivant la Géogra-
Fij phie
06 MERCURE DE FRANCE
phie ancienne et moderne. Ce petit Dictionnaire
est fait avec beaucoup de soin.
ADELAIDE , REINE DE LOMBARDIE , 340
partie des cent Nouvelles Nouvelles de
Mde. de Gomez , chés de Maudoüit
Quay des Augustins , à S. François.
LETTRE de M. l'Abbé Dan . *** à une
Dile de condition , au sujet de la politesse ,
chés le même.
LIVRES nouveaux qui se trouvent à Paris
, chés Prauli fils , Libraire , Quay de
Conry , vis - à vis la descente du Pont-
Neuf, à la Charité. 1737.
D
Iscours sur la Bible , par M. Saurin , conti
nués par M. Rocques , Tom. 3. 4. et 5.
qui comprend le Nouveau Testament ; ce Livre
ainsi qu'on l'a vû par les premiers Volumes ,
est orné de très - belles Figures d'après les Desseins
de B. Picart , et autres fameux Dessinateurs
d'Hollande. On le trouve chés le même
Libraire de quatre Papiers différens , qui sont
Papier Médian , Papier Royal , Papier super-
Royal , et Papier Impérial. On vend tous les
volumes séparément.
LA HENRIADE , Poëme , par M. de Voltaire ,
nouvelle Edition très - belie , donnée par l'Auteur
même , duquel on a joint au commencement
le Portrait gravé d'après le Pastel de M. de la
Tour. Cette Edition est d'autant plus préférable
, qu'il s'y trouve plus de 100. Vers tant de
corrections que d'augmentations qui ne sont
dans
JANVIER . 1737. 107
dans aucune autre , et qui n'ont jamais paru.
Childeric, Tragedie , par M. de Morand.
La Vie de Marianne , par M. de Marivaux
septiéme Partie.
La Paysanne parvenuë , par M. le Chevalier
de Mouhy , huitiéme Partie.
Le même Libraire a actuellement sous Presse,
P'Histoire de M. de Cleveland , par M. l'Abbé
Prevost , Tomes 6. 7. et 8. qui sont et la suite ,
et la fin de cet ouvrage. Il avertit qu'il en fait
en même- temps une petite Edition de ces trois
derniers Volumes pour ceux qui ont celle d'Hold
lande .
Les égaremens du coeur et de l'esprit , par M.
de Crebillon le fils , 2. ct 3. Partie.
Les Mémoires d'une Femme de qualité , écrits
par elle même. 1. vol. in 12
LA FILLE Arbitre , Comédie du Théatre
Italien , en 3. Actes en Prose. Par M. Romagnesy.
LETTRE sur le Gou : et sur le Génie , et de l'us
tilité qu'on peut tirer des Regles. Par M. Raimond
de S. Mard, Brochure in 12.
Cavelier, Libraire , rue S. Jacques , à Paris, a
nouvellement reçû les OEuvres Diverses de M.
Pierre Bayle , Professeur à Rotterdam , contenant
tout ce que cet Auteur a publié , qui n'est
point compris dans son Dictionnaire Historique
et Critique ; on trouve dans cette Edition
plusieurs Ouvrages qui n'ont point été encore
imprimés , 4. vol . in fol. la Haye. 1737.
Le même Libraire a sous Presse le Journal du
Palais. in -fol. 2. vol .
MEMOIRES pour 'Histoire Naturelle du Languedoc
, par M. Astruc , in- 4. avec Figures.
LES CAUSES CELEBRES et interessantes , Tomes
9. ct 10. F iij Tous
T08 MERCURE DE FRANCE
Tous ces Livres qui s'impriment chés le me
me Cavelier, seront achevés pour le mois prochain.
LIVRES que Ganeau Fils , Libraire , ruë
S. Jacques , vis - à vis S. Yves , à Sains
Louis , a reçûs depuis peu.
Fleau des Démons et des Sorciers. in - 8,
Niort. 1616.
L'Ambassadeur et ses fonctions , par de Wicquefort.
in-4. 2. vol. Cologne . 1718.
Histoire générale des Plantes , par Dales
champs , in-fol. 2. vol . Lyon . 1693 .
Commentaires de Mathiole sur l'Histoire des
Plantes de Dioscoride. in fol. Lyon. 1680 .
Théologie ou Religion des Turcs, par Echialle
Mufti , avec la Profession de Foy de Mahomet
, fils de Pir- Aly . in - 12 . 2. vol . Bruxelles.
1704.
Speculum Monasticum , in- 12 . 2. vol. Lugd.
1687 .
Oeuvres mélées du Chevalier Temple. in - 12
2. vol. Utrecht. 1693 .
Mémoires du Comte de Brienne , in- 12. 2 .
vol. Amst. 1720.
Du Comte de Grammont . in - 12 . Cologne.
1715.
Compilation du Droit Romain , du Droit
François , et du Droit Canon, in - 12 . 4. vol .
Lyon. 1688.
Discours de S. Grégoire de Nazianze contre
Julien l'Apostat. in- 12 . Lyon. 1735.
Testament politique du Duc de Lorraine. in-
12. Leipsic. 1697.
Dialogues spirituels du P. Surin .. in- 12 . 4. vol.
2721
Vies
JANVIER: 1757. 109
Vies des Saints , recueillies des meilleurs Au
teurs , avec des Réflexions. in - 12. 4. vol. Lyon,
1726.
Pensées Morales de Marc- Antonin , Empe
teur , de soy et à soi - même . in - 12 .
Solitude Chrétienne. in- 12. 3. vol.
Histoire du Maréchal Fabert , in- 12 .
De la Guerre de Flandre , trad. du Latia
de Famien Strada. in - 12 . 6. vol.
M. le Clair , dont les Ouvrages sont très -con
nus du Public , va donner un petit Oeuvre en
Trio, d'une éxecution facile, et en même temps
deux de ses grands Concerte , qu'il continuera
de donner deux à deux , jusqu'à un nombre
suffisant , pour former un OEuvre , ainsi que du
petit Oeuvre en Trio . Il travaille actuellement
un Livre de douze Sonates à Violon seul , et
six Sonates à deux Violons , qui seront donnés
Phyver prochain.
Le sujet du Prix que l'Académie Royale des
Inscriptions et Belles Lettres distribuera à Pâques.
1738. consiste à marquer , quelles étoient
les Loix de l'Isle de Crete ; si Licurgue en fit usage
dans celles qu'il donna à Lacedemone , et quel
raport il y a entre ces Loix. Les Pieces affranchies
de tous ports , doivent être remises entre les
mains de M. de Boze , Secretaire de l'Académic,
avant le premier Décembre 1737.
E 10.
L & Janvier M. de Foncemagne de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles Lettres
, qui avoit été élû pour remplir la place
vacante à l'Académie Françoise , par le décès de
l'Evêque de Luçon , y prit séance , et prononça
Fiiij un
ITO MERCURE DE FRANCE
un fort beau Discours , auquel Mr. l'Abbé de
Rothelin , Directeur , répondit au nom de l'A
cadémie avec son éloquence ordinaire . Nous
allons raporter quelques traits de ces Discours ,
qui mériterent les aplaudissemens d'une nom
breuse Assemblée.
Le nouvel Académicien commença par remer➡
cier MM de l'Académie Françoise , de la grace
qu'ils lui accordoient en la optant dans leur illustre
Corps grace qui réunit , dit il , tout ce
qui peut satisfaire l'ambition d'un homme de
Lettres , et toucher un coeur sensible. Puis ve
nant à l'éloge de M. l'Evêque de Luçon , son
Prédecesseur , il s' xprima en ce's termes..
» Combien de Vertus aimab es se rassembloient
» dans sa personne ! beauté d'esprit , Litterature
choisie et variée goût delicat ; critique
» d'autant plus sûre , que la connoissance des
» régles éclairoir le sentiment ; étude aprofon
» die des finesses de notre Langue ; douceur de
» moeurs , qui , le rendant toujours égal à lui-
» même , lui assujetissoit dans les autres cette
inégalité , qu'on apeile humeur , politesse no-
» be , aussi eloigrée du vain cérémonial , qui
en usurpe le nom , que du rafin ment d'orgueil
qui en affecte les dehors , charme de la
conversation , cont l'art consiste plus à sçavoir
plaire , qu'à vouloir briller : que dirai -je
enfin science du monde , naturelle , il est
» vrai , aux personnes d'une haute naissance ,
» mais qu'il n'est pas donné à tous d'assaisonner
des graces , qui la rendent la plus aimaable
des Sciences.
"

L'Orateur fit ensuite sentir que les bontés
qu'eut pour lui cet illustre Prélat , lui ont attiré
les regards de la Compagnie , et la grace
qu'elle
JANVIER . 1737. II
»
*
qu'elle lui fait . Mais pour justifier son choix
il avoua modestement qu'il n'a d'autre Titre à
faire valoir auprès d'elle , que l'avantage d'être
Associé à une Compagnie sçavante , qui s'est
aplaudie plus d'une fois de lui avoir fourni des
Sujets dignes d'elle . Quoique je n'eusse pas
lieu , dit il , de me compter parmi ceux qui
» vous étoient destinés , j'ai senti de bonne heu-
» re combien il importe pour l'Erudition Litteraire
, qu'une Académie particulierement dévouée
à la cultiver , continuë d'entretenir
avec vous l'utile correspondance qui a subsisté
depuis son établissement .
35
ל כ
5J
Et un peu après : » Lui seroit- il donc per-
» mis d'oublier que les recherches les plus pro-
» fondes, et les découvertes les plus interessantes,
empruntent leur principal mérite de l'Art qui
les met en oeuvre , de cet Art précieux , qui
sçait arranger avec choix , exposer avec clarté
, orner avec sagesse , en un mot de l'Art
s d'écrire, dont vous seuls dictez les préceptes...
Que l'on ne reproche plus à la Langue Françoise
sa prétendue disette. Depuis que par
» d'exactes définitions vous avez fixé le sens de
tous les termes , depuis que par des distinc-
» tions délicates vous avez démê é les nuances
de ceux qui avoient en aparence une même
valeur,la Langue exprime avec précision tout
» ce que l'esprit a conçu avec netteté : et de l'a
bondance que vous lui avez assurée, non en lui
prêtánt des richesses étrangeres , mais en dé
velopant celles qui étoient cachées dans son
sein , non en multipliant les mots , mais en
» nous enseignant la proprieté de ceux que
* L'Académie des Belles Lettres.
FV nous
112 MERCURE DE FRANCE
»
» nous avions , est née cette merveilleuse jus
tesse , qui fait le caractere particulier de la
Langue Françoise .... Telle est la liaison des
» idées avec les mots , que la justesse de la Lan-
» gue semble avoir produit à son tour la justesse
de l'esprit. On voit ici que la justesse de
la Langue et celle de l'Esprit , sont véritablement
le propre de l'Auteur de ce Discours .
Il s'étendit ensuite sur les louanges du Cardi
nal de Richelieu , et du Chancelier Seguier
louanges souvent repetées , et toûjours écoutées
avec un plaisir nouveau. L'éloge de Louis XIV.
vint ensuite , et en rapellant les grandes qualités
dont ce Prince incomparable étoit orné , il
forma le Portrait de Louis XV. dans lequel on
reconnoît son auguste Bisayeul. Son exemple
ses admirables instructions , et surtout ses dernieres
paroles , si énergiques et si mémorables ,
font les Maximes fondamentales de l'heureux
Gouvernement sous lequel nous vivons .
» Un Ministre sage , dit l'Orateur en finissant
, aussi moderé dans l'exercice de son
» pouvoir , que désinteressé dans l'usage qu'il
» en fait ; un Ministre ami de la Vertu et des
Lettres , également cher à son Maître , qui a
» mis en lui toute sa confiance , aux Peuples qui
bénissent son nom , et aux Puissances Etran-
» geres dont il a mérité d'être l'Arbitre , pro-
» cure la Paix à l'Europe , dans un temps où la
» France seule paroissoit n'avoir aucun interêt
» de la désirer . Déja nous goûtous les douceurs
» de cette Paix glorieuse , avant qu'elle nous
» soit annoncée. J'aprendrai de vous , MM . à la
» la célébrer le bonheur public sera l'objet des
" premieres leçons d'éloquence que je vais recevoir.
Pouvois - je être admis parmi vous
» sous
JANVIER 173.7. 113
sous des auspices plus favorables ?
M. l'Abbé de Rothelin , en répondant à ce
Discours, se félicita d'abord que le sort l'eût des
tiné deux fois dans la même année à remplir la
fonction de Directeur , puisque le choix de l'Académie
, en couronnant les vertus et les talens
de M. de Foncemagne , a fait , dit- il , d'une
Charge pénible une fonction digne d'être enviée.
Il fit ensuite un digne éloge du nouvel
Académicien , et y joignit celui de l'Académie
des Belles Lettres et en lui adressant la parole,
il s'exprima ainsi . » Au reste , M. ne croyez
pas devoir seulement à vos Ecrits la place
que vous remplissez parmi nous. Il n'est per-
» mis à personne d'ignorer que cette Compagnie
, plus jalouse encore des qualités qui for-
» ment l'honnête homme , que de celles qui
» font l'homme sçavant , n'a jamais prétendu
récompenser les talens , que dans ceux dont
> elle honoroit les Vertus.
L'Orateur fit ensuite le portrait de M. l'Evêque
de Luçon. » Si le lien de la Societé , dit - il,
est le plus doux plaisir de la vie , quels éloges
ne mérite point celui qui possedoit éminemment
toutes les qualités , et tous les charmes
qui rendent la Societé aimable ? Tel étoit M.
l'Evêque de Luçon , affable , prévenant , généreux
, tous les bons offices qu'il pouvoit
rendre , il laissoit à peine le temps de les désirer
, jamais celui de les solliciter.... Une
as politesse noble sans hauteur , une complaisance
extrême sans fadeur , une attention conti-
» nuelle sans contrainte , une plaisanterie fine et
enjoüée , sans satire , formoient en partie son
caractere. Bon Juge , Admirateur et Protec-
» teur des talens d'autrui , il sembloit ignorer
F vj » les
114 MERCURE DE FRANCE
»
les siens propres. Dirai - je qu'il parloit éla
» quemment ? Ce ton de la bonne compagnie ,
plus aisé à sentir qu'à définir , régnoit souverainement
dans ses discours ; son entretien
» n'avoit rien d'étudié , jamais son stile n'étoit
» aprêté , sa conversation toûjours coulante, fa-
» cile , simple , néggée ; mais il charmoit , il
persuadoit , il entraînoit . Si tratton des
" Questions épineuses , les épines disparois-
" soint s'agissoit- il de Sciences relevées ? elles
» conservo nt leur sublime , et perdoient
» leur obscurité ; en un mot , tout s'éclaircissoit,
➜ tout s'emb.llassoit entre ses mains ; mais dans
» une éxacte proportion avec le plus ou le
moins de portée des esprits de ceux qui l'écou
» toient , &c. Qu'un semblable caractere est es
timable !
L'Illustre Directeur dit ensuite à M. de Foncemagne
» Hâtez-vous de joindre votre voix
aux nôtres , pour célébrer dans le Pacificateur
de l'Europe , le Pere des Lettres et des Scien-
>> ces ; et en continuant un court éloge du Roi,
il fit sentir la protection singuliere et constante
que ce grand Prince donne aux Lettres : » Soit ,
» dit il , en embélissant le Palais qui renferme
» ses trésors Litteraires, soit en n'y attachant
des Sçavans , dont les veilles et la politesse
» rendent facile aux Etrangers , comme à nous
a la jouissance de tant de richesses , &c II
» y a peu d'années qu'il envoya en Orient >
dans l'esperance de sauver encore quelque
» reste de la docte Antiquité ; et le succès
» de ceux qui s'acquitterent de cette honorable
Commission , succès égal à leur capacité
, et à leur zéle , répondit au vif empres-
» sent de noue Roy.
» Mais

JANVIER. 1737. Iff
Mais , continua M. l'Abbé de Rochelin , le
progrès des Lettres n'auroit il point été arrê
ㄉ ré par le tumulte des Armes ? Non , MM . les
» soins importans , et les frais immenses de la
Guerre , n'ont pu ni empêcher , ni suspendre
» l'éxecution des magnifiques projets que Louis
» XV . avoit formés en leur faveur . Et tandis
que nos fréquentes Victoires donnoient lieu à
» nos voisins de douter s'il restoit quelques
François dans le Monde , qui ne fût point sur
le Rhin ou sur le Pô ; des Astronomes et des
» Géometres,choisis dans l'Académie des Scien-
» ces , partoient avec l'ordre pacifique de pé--
» nétrer les uns sous la Ligne , et les autres sous
» le Pôle , pour y consommer un Ouvrage , ` le
» seul peut être dont l'utilité reconnuë , soit
» commune à tout le Genre Humain .
30
Ces Hommes Illustres , dit - il en finissant,
qui en se dévouant à une si noble entreprise ,
ont gravé pour jamais leurs noms dans les
» Fastes de l'Univers , auront apris aux Peuples
qui habitent la Zone glacée , et les Cli-
» mats brûlans , non que les François sont invincibles
; en quels Lieux n'a point retenti le
bruit éclatant de leurs Exploits ? mais qu'il ré-
ท gue en France aujourd'hui un Monarque, donz
» les vues bien-faisantes embrassent du même
» coup d'oeil les extremités de la Terre que la
Nation qui reconnoît ses Loix , avide de toute
espece de gloire , et surtout de celle de lui plaire
, quit avec un succès égal , manier le Te
lescope et l'Epée , et n'affronte pas moins cou-
« rageusement les périls les plus rédoutables ,
sous les Etendarts de Minerve , que sous ceux
» de Mars.
L'Académie
116 MERCURE DE FRANCE
L'Académie Royale des Belles - Lettres de la
Rochelle , tint son Assemblée publique le 21. du
mois de Novembre dans la Salle du Gouvernement
, en présence de M. le Gouverneur . Le P.
Jaillot , Prêtre de l'Oratoire, Curé de S. Sauveur,
étant pour lors Directeur , entreprit d'exciter
l'émulation , en proposant pour modeles les
Grands Hommes qui dans l'enceinte et aux environs
de cette Ville , se sont rendus recommandables
par l'amour et par l'étude des Sciences et
des Belles- Lettres . Il commença en ces termes.
Messieurs , si tout l'avantage des Belles - Lettres
se réduisoit à procurer aux gens oisifs d'agréables
amusemens , il ne conviendroit qu'à des
gens, oisifs eux- mêmes, d'en inspirer l'amour et
d'en recommander l'étude ; mais persuadé par
d'illustres exemples du secours qu'elles prêtent
à la vertu et du besoin que nous avons d'elles
pour remplir toute sorte d'états et de conditions ,
je leur rendrai volontiers le tribút qu'elles méri
tent , sans craindre qu'on le trouve indécent et
déplacé dans ma bouche. Ce tribut ne consistera
cependant pas , Messieurs , dans un Discours
destiné à prouver l'utilité des Belles - Lettres . Pour
exciter efficacement à l'étude de l'Eloquence , il
faudroit en être soi - même un modele . La Place
où le sort m'a mis , l'éxigeroit de moi ; mais en
imposant les devoirs , la place ne donne pas les
talens nécessaires pour les remplir. Cette nobleémulation
que je ne pourois inspirer par mon
discours , je serai peut - être assés heureux pour
l'exciter par les exemples , et ceux que j'ai à proposer
sont d'autant plus capables de procurer cet
heureux effet que l'amour propre même est interessé
à les faire valoir . Ce ne sont point de ces
modeles qui par la malignité du coeur humain ,
irritent
JANVIER. 1737. 117
ritent plus souvent l'envie qu'ils n'animent le
ourage ; ce sont des hommes qui n'ont plus rien
démêler avec nous ; on peut les admirer sans
crainte et les louer sans flaterie; eh ! que leur importent
notre admiration et nos louanges ; l'hon
neur que nous faisons à leur memoire tourne
tout entier à l'avantage de leur patrie , et qu'on
ne s'imagine pas que,parlant aujourd'hui de ceux
qui dans l'enceinte et aux environs de cette Ville,
se sont distingués par leur esprit et par leurs ta
lens , je veuille vous parer , Messieurs , de tour
Péclat de leur gloire ; ce seroit tomber dans le
ridicule que se donnent les gens de fortune , qui
pour couvrir leur naissance , se cherchent d'illustres
Ancêtres dans l'Antiquité la plus reculée.
Nous sommes , à la verité , les derniers venus
dans la République des Lettres ; mais la noblesse
Litteraire ne peut s'acquerir que par le mérite
personnel , et la réputation des Ancêtres sçavans
fait plus de honte que d'honneur à leurs Descen→
dans, lorsqu'elle ne devient pas entre leurs mains
la semence d'une nouvelle gloire . On sçait à quel
degré de puissance le Commerce et la Navigation
ont autrefois élevé cette Ville . On sçait en
core qu'obligés de se défendre par leurs propres
forces , ses anciens Citoyens avoient toujours les
armes à la main, jusques - là que leurs délassemens
mêmes étoient des Exercices Militaires . Peut- être
plaît-il à quelques-uns d'ignorer qu'en une infinité
d'occasions ils ont signalé leur courage et
leur fidélité dans des expeditions de Terre et de
Mer , que leur attachement pour la France leur
a fait entreprendre de leur propre mouvement ; -
mais ce qu'on ignore communéinent, c'est que la
Rochelle ait produit des Sçavans et des Gens de
Lettres ; et plût à Dieu que ce fût - lâ le préjugé
le
118 MERCURE DE FRANCE
+
le plus désavantageux que nous cussions à co
battre. Comme pour se former , les talens o
besoin d'un loisir et d'une tranquillité qui ne se
trouve gueres au milieu du tumulte des Armes et
des occupations du Commerce , on a peine à se
persuader qu'un Ville distinguée par le Commerce
et par les Armes , le soit aussi par le goût
et par l'amour de l'étude. Il est , Messieurs , de
l'honneur de votre Patrie de désabuser les Etrangers
sur ce point. Mais si quelques - uns de ces
Citoyens mêmes couvroient leur oisiveté de ce
prétexte , il seroit encore plus de son interêt
qu'on les convainquît par l'experience de plusieurs
siecles , que s'il est des climmars plus favorables
aux Sciences les uns que les autres , celuici
du moins ne leur a jamais été contraire.
Pour mettre quelque ordre dans ses preuves le
P. J. distingue ceux qui par leurs talens cultivés
par l'étude se sont éleves aux dignités les plus
éclatantes , ou se sont rendus iliustres dans des
Etats intérieurs , d'avec ceux qui ont fait connoître
leur capacité par leurs Ouvrages , soit manuscrits
soit imprimés.
1
Il cite parmi les premiers Jean Merichon , sieur
d'Ure, Conseiller du Roy, son Chambellan, cinq
fois Maire , et enfin Gouverneur de la Rochelle'
que Louis XI honora de sa confiance , Pierre
Doriok , Chancelier de France , Raimond Perault
, devenu Evêque de Saintes , puis de Gurck,
enfin Cardinal , après avoir été Maître d'Ecole
a Rochelle . La Famille de Jacques Olivier, qui
a donné un Premier Président au Parlement de
Paris , à Angers un Evêque celebre par son érudition
et sa pieté , et à la France un Chancelier
docte et éloquent. Caillaut , qui de l'emploi de
Précepteur , s'éleva de degré en degré jusqu'à la
Charge
JANVIER. 1737. 119
(
Charge de Président au Parlement de Paris.
André Marchand , Jean Besnard , Mainard
et le Roy, se sont distingués dans la Charge de
Conseilers au Parlement, dont ils ont été honorés.
Joubert a été choisi par François I. pour
être Conseiller et Maître des Requétes de son
Hôtel au Présidial de la Rochelie ; on remarque
entre autres Pierre d'Ang'ters , Président , André
Caillereau et François Baudouin , Conseillers ;
Jean- Pierre, Lieutenant , et Jean Gachoi, Avocat.
Le soin que les Rochellois ont eû pendant un
long temps de faire venir des Pays les plus éloignés
les hommes les plus sçavans dans le Grec
et dans l'Hébreu , est encore une preuve que les
Langues sçavantes n'ont pas été si négligées dans
leur Ville qu'on se l'imagine ordinairement.
Pierre Loumé sçavoit parfaitement l'Hébreu à
l'âge de dix ans
Le P. J. passe ensuite aux Auteurs. M. Richar
lest un de ceux qui ont composé des Ouvra
ges sans les donner au Public , il avoit commen
cé à travailler à l'Histoire de la Rochelle , pour
laquelle il avoit rassemblé tous les Mémoires
qu'il avoit pu trouver et en particulier les recherches
qu'avoit fait Pierre Mervault , son parent,
connu par sa Relation du dernier Siege de la Rochelle
, il a fait plusieurs Traduct ois et a écrit
les Relations de ses voyages. Amos Barbor.
Bailly d'Aunis , a aussi coinposé des Mémoires
pour servir à l'Histoire de la Rochelle, qui n'ont
point été imprimés . Les Auteurs connus par leurs
Ouvrages sont Joannes Loesius Imbert . Lieutenant
Criminel à Fontenat , Jacques Esprinchard
, Pau Colomés , Elie Bouhereau , Etienne
Huet , le Médecin Venette , Daniel de Superville
, et les deux Abbés Tállemant.
>
Ensuite
120 MERCURE DE FRANCE
13
Ensuite M. Valin , Avocat , lut un Dialogue
en Vers , qui a pour titre le Triomphe des Beaux-
Arts, ou la Réconciliation d'Apollon et de Plutus.
Ce titre annonce que la Piece fait allusion à l'établissement
d'une Académie dans une Ville de
Commerce , et l'Auteur s'est proposé en même
temps de justifier la Devise de l'Académie que
quelques personnes ont désaprouvée; mais il falloit
un objet plus étendu . Ainsi l'Auteur après
avoir fait l'Histoire abregée des Beaux- Arts , et
après avoir montré de quelle utilité ils sont dans
un Etat par les connoissances qu'ils procurent
et par les sentimens de vertu qu'ils inspirent, répond
aux préjugés de ceux qui ne les regardent
que comme un amusement frivole , quelquefois
même dangereux par l'abus qu'on en peut faire.
Pour en donner une idée plus particuliere , il
faudroit entrer dans un trop grand détail et en
raporter plusieurs traits ; je me bornerai aux
Eloges de Louis XIV. et du Roy , qui amenent
naturellement les principaux Evenemens de la
Guerre , suivie de l'heureuse Paix dont nous
goûtons déja les prémices .
Apollon après avoir déploré le malheur de
ces siecles d'ignorance qui affligeoient la Nature,
et marqué le retour des Beaux- Arts par les soins
de François Premier , continuë ainsi .
C'en est fait , j'aperçois sous un nouvel Auguste
Un Regne plus brillant , plus renommé , plus
juste ;
Ses Vertus , ses Exploits , le rendent tour - à-tour
L'effroi de ses Voisins , l'objet de leur amour .
Pour désarmer son bras , plus craint que le Ton-
Berre , Ce
JANVIER.
1737. 121
Ce que n'a pu l'effort des Enfans de la Terre ,
( D'un vainqueur modéré, témoignage éclatant )
Le cri de leurs malheurs le fait dans un instant
En vain l'ambition irrite son courage ;
Le soin de ses Sujets le touche davantage ;
Et juste Estimateur d'un sang si précieux ,
La victoire à ce prix ne peut plaire à ses yeux.
Je le vois dans la Paix, modele des bons Princes
Ramener l'abondance au sein de ses Provinces
Protecteur des Sçavans , apui de la vertu ,
Relever par ses dons le mérite abatu ;
Faire fleurir les Arts , honorer les Sciences
Ne punir qu'à regret , hâter les récompenses ;
Et toujours du Héros conservant la grandeur ,
Lui seul de son Etat soutenir la splendeur.
Parque trop inhumaine ! arrête et considere ..
Pouras - tu sans frémir ! ... inutile priere ,
Il n'est plus . Mais que dis - je ? il revit dans Louis,
L'honneur, l'espoir , l'amour de l'Empire des Lys:
Mêmes traits de grandeur ,même esprit de Justice;
Même amour de la gloire et même horreur du
vice ,
Comme lui , du devoir il respecte la Loi ,
Comme lui , de son Peuple il est Pere , il est Roy;
Comme lui , sa vertu réveille enfin l'envie ...
Le P. Valois , Jésuite et Professeur d'Hydrographie
, termina la Séance par un Discours sur
Je Stile Epistolaire ; en voici le Plan. Ce doit
être
12: MERCURE DE FRANCE
être un stile quelquefois noble , souvent ingenieux
, toujours naturel , un stile noble , qui ait
de la dignité et de l'elevation sans endure , un
stile ingenieux , qui ait de la délicatesse sans affectation
; un sule naturel , qui ait de la simplicité
sans bassesse.
M. l'Abbé Larcher , Chanoine de S. Thomas
du Louvre , si connu par son amour pour l'Ar
chitecture , qui a contribué à former le nouveau
Quartier de la Grange Batelliere , et à decorer
le Fauxbourg Montmartre , par la supression
de l'Egour découvert , vient d'obtenir du
Roy la somme de cent- cinquante m lie livres
pour être employée à rebârir à neuf l'Eglise de
S. Thomas du Louvre , dont la démolition a été
odonnée , étant en périf imminent.
Cite Eglise est un ancien Monument de la
pié de nos Rois , elle a été fondée en 1188.
sous l'invocation de S. Thomas , Martir , Arche
vêque de Cantorbery. Son Chapitre , qui est le
seul dans Paris de Fondation et Collation Roya
le, a été composé d'un Doyen électif, confirmatif,
et de onze Chanoines jusqu'en l'année 1727.
où la dignité de Doyen a eté suprimée et les reyenus
de la Manse Décanalle , réunis à la Manse
Capitulaire, au moyen de laquelle union ce Chapitre
n'est à présent composé que de onze Chanoines
dont quatre , apellés Anciens Royaux ,
sont toûjours à la nomination du Roy, et les sept
autres sont alternativement à la nomination du
Roy et de M. l'Archevêque de Paris.
L'ancien Chanoine a la qualité de Doyen
et préside aux Chapitres sans aucunes autres
prérogatives
Les fonctions Curiales , qui étoient anciennemeng
JANVIER. 1737. 123
ment atachées à ta Diguité Décanalle , sans aucun
droit ni émolument , sont depuis l'union
exercées par un des Chanoines qui en est chargé
par M. PArchevêque de Paris , sur la présenta
tion du Chapitre . Les droits Curiaux et autres
émolumens de la Çure , apartiennent à la Manse
Capitulaire et font partie de ses revenus .
Ce Chapitre doit son rétablissement à la pieté
du Roy et Ja protection de son Eminence
M. le Cardinal de Fleury,
Les sieurs Dupuis et Ravenet , ont entrepris de
graver un petit nombre de Sujets de l'Histoire
de Dom Quichotte , composée par Mrs Parocel ,
Boucher , Tremoliere et autres habiles Peintres
ou Dessinateurs faisant suite avec ceux qui ont
été gravés d'après les Tableaux de M. Coypel ; il
en paroît actuellement deux , dont l'un représente
Sancho , berné dans l'Hôtellerie , et l'autre
Don Quichotte , qui se bat contre un Troupeau de
Moutons , qu'il prend pour une Armée .
Il paroît une fort belle Estampe, représentant
le Portrait en pied de Marie- Françoise Perdri
geon , Epouse d'Etienne Paul Boucher , morte à
l'âge de 17. ans , peinte en pied en 1733. par
J. Rooux , de l'Académie Royale de Peinture.
Elle est en Vestale qui artise le Feu Sacré. L'Estampe
est en hauteur , gravée par C. Dupuis en 1736.
La quatriéme Vûë de Paris , prise de la haurteur
de Belleville , dessinée d'après Nature , par
le sieur Milcent, Ingénieur du Roy pour la Marine
, er gravée par lui- même , vient de paroftre.
Cette Vue est d'une grande précision et fait voir
la Ville de Paris dans sa plus grande étendue ,
aussi
24 MERCURE DE FRANCE
aussi- bien que ses Fauxbourgs. Il a donné les
années dernieres les trois autres Vûës de la même
grandeur , l'une prise du Clocher de l'Eglise
de Chaillot ; l'autre de la Terrasse du Château
de Meudon , et l'autre de la pointe de l'Arcenal s
Ces quatre Morceaux font voir les plus beaux
aspects de la Ville de Paris ; ils sont dessinés
très-exactement et ont chacun trois pieds de
long , sur un pied de haut. Il a mis aussi au
jour la Vue en perspective de la nouvelle Place
Royale de Bourdeaux , et plusieurs Vûës de Mald
the , prises d'après Nature. Le même Auteur espere
de donner bien- tôt une Suite de Vûës de
Villes et Ports de Mer, dessinées sur les lieux par
la même main.
On trouvera ces Ouvrages chés le sieur Des
rochers , Graveur du Roy et de son Académie de
Peinture et Sculpture , rue du Foin , près la ruë
S. Jacques .
Ledit sieur Desrochers continuë de
graver ac
tuellement les Personnes Illustres en tout genre ,
'dont il peut fournir plus de 700. Portraits ; ils
sont ornés de Vers , qui font ensemble un Recueil
de Poësie en ce genre. Il vient de mettre au
jour tous les Portraits des Rois et Reines de
France , avec les Grands Hommes qui ont servi
sous chaque Regne, le tout en grandeur d'infolia
et in quarto,
JETTONS frapés pour le premier jour
de Janvier M. DCC XXXVII.
P'Explication des Types , &c.
I. TRESOR ROYA L.
AVEG
Des Abeilles qui aportent à la Ruche le suc
qu'elles ont tiré des fleurs. Le Roy des Abeilles
dessus,

ETTONS DE L'ANNEE 1737
SECURA
QUIES.
PRINCIPIS
ER
ARIUM
TRESOR ROYAL
1737
ERARIUM
POPULI
MINISTRAT
MUNE
HIC
IV
PARTIES CASUELLES
& 737.
NOTA
DOMI
BELLOQUE
FIDES
REX
STAI
CHRIST
TANISS
CHAMBAUX DEN.
1737.
ULTRI
NIGORE
IX
D.Sornique Sculp .
ORDINALRI
DES CURARES
1757
PATRIO
ANTILLERIE
1757
FULMINA
MITTIT
OBSEQUIUM
GALERES .
1737.
TRAT
VII
CELERES
BASTIMENS
DU ROY
ITST
VI
MAJOR
UM
DOMO
VIII
QUO
DES
170
GUERRES
PROC
TA
MARINE
1737
FIRMIUS
MAISON DE
LA RBINE
1737.
HERET
JANVIER. 1737 125
Bessus. Principis Ærarium , Ærarium Populi.
II. PARTIES CASUELLES.
Des Vaisseaux dans le Port. Hic secura Quies
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Un Prêtre faisant bruler de l'Encens sur un
Autel. Divis ministrat munera Divum.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES.
Un Essain d'Abeilles qui accompagnent leur
Roy. Nota Domi Belloque Fides.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Vulcain forgeant des Traits. Ultricia Tela,
VI. BATIMENS DU Roy.
Le Soleil parcourant les Signes du Zodiaque ,
apellés les Maisons du Soleil, Illustrat superum
Domos.
VII.
ARTILLERIE.
Un grand Aigle qui s'envole au plus haut du
Ciel , plus bas un jeune Aiglon tenant la Foudre
qui lui a été résignée . Victore Patrio Fulmina
mittit.
VIII. MARINE.
Une Boussole. Immota procellis.
IX. GALERES.
Des Fleches dans un Carquois . Ad obsequium
celeres .
X. MAISON DE LA REINE.
Un Sep de Vigne attaché à un grand Orme.
Major quofirmius heret.
Le
126 MERCURE DE FRANCE
Le Roy vient de marquer la protection qu'î
donne au Commerce en la personne du sieur
Jean de Jullienne , Entrepreneur des Manufactures
Royales des Draps et des Teintures en Ecarlate
des Gobelins , S. M. lui a accordé des Lettres
de Noblesse et la Croix de son Ordre de
S. Michel , en considération de ses services et de
ceux des sieurs N. Glucq et François de
Jullienne , ses Oncles , qui ont établi de leurs
propres fonds ces Manufactures sous le Regne
de Louis XIV. et sous le Ministere de M. Colbert.
Ces deux grands Etablissemens ont été réus
nis en la personne du sieur Jean de Julienne , par
Arrêt du Conseil d'Etat du 30. Août 1721 et
confirmé depuis par Lettres Patentes du 8. Janvier
1730. et 26. Avril 1734. Registrées en Par
lement.
Cet Etablissement est aujourd'hui un des plus
considérables qu'il y ait dans le Royaume , et
l'on peut assurer que M. de Jullienne, qui donne
lieu à cet Article , a porté ses Manufactures à un
si haut point de perfection , que le Commerce qui
se fait de ses Draps et de ses Teintures en Ecarlate
, tant dans l'interieur du Royaume , que
chés l'Etranger , produit un bien considerable
à l'Etat,
On lit sur le Chef des Pieces de Drap fabriquées
aux Gobelins , ces mots : De Jullienne ,
Manufacture Royale de Paris. Et les Teintures
en Ecarlate sont marquées d'un Plomb doré , en
forme de Médaille , où sont empreintes d'un côté
les Armes du Roy , et au revers ces mots ;
Teinture Royale par Privilege , aux Gobelins à
Paris.
Le Roy et la Reine de Pologne ayant souhaité
entendre
JANVIER. 1737. 127
entendre le nouveau Ballet de M. de Blamont ,
Sur Intendant de la Musique de la Chambre , on
fit dans les derniers jours de l'année , un détachement
de la Musique du Roy , pour se rendre
à Meudon et y exécuter ce Ballet , il fut extrémement
aplaudi par Leurs Majestés .
Il paroît depuis peu un Livre de Pieces de
Clavecin , composées par le sieur de Bury le fils .
C'est un jeune Auteur doüé de beaucoup de talens
, au sentiment des Connoisseurs ; on verra
par l'Epitre Dédicatoire qu'il passe à peine 15.
ans ; elle est adressée à M. de Blamont ,
Sur-
Intendant de la Musique du Roy, et dictée par la
reconnoissance. Cet Auteur est en effet Eleve de
M. de Blamont , ayant été Page de la Musique
de la Chambre. Ce Livre est composé de quatre
grandes Suites , et gravé par le sieur Huë. Il se
vend chés la veuve Boivin , rue S. Honoré , à la
Regle d'or , et chés le sieur le Clerc , rue du
Roule , à la Croix d'or. Le prix en blanc est de
6. livres.

Les Interessés dans les Mines d'Auvergne ;
avertissent le Public qu'ils viennent d'ouvrir la
Vente de leur Antimoine , qui a été reconnu
après les Epreuves des plus habiles Chimistes ,
supérieur à celui de Hongrie. Il se débite , tant
Mineral que fondu , à Brioude , chés le sieur de
Mellore , leur Directeur , à 20. liv . le Quintal ;
Paris , chés le sieur Goujon , Marchand Epicier ,
rue et Porte S. Antoine , à 25. liv . le Quintal ; à
Rouen ,chés le sieur Courtin,Marchand Droguiste,
à 22. liv. le Quintal . On poura aussi s'adresser
de la Province et pour de grosses parties,
àleur Bureau general , rue Coquilliere , chés le
sieur Leonard , à Paris.
G Le
128 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Lordelle , Ingénieur pour les Instrumens
de Mathématiques , demeurant dans saint
Denis de la Chartre , a inventé depuis peu une
Machine très- ingénieuse pour diviser les circonférences
de Cercle , en tel nombre de parties
égales que l'on voudra , soit en nombre pair ou
impair , premier ou composé ; sortes de divisions
dont les Horlogeurs ont souvent besoin
sur leurs plattes formes.
4
Il fait aussi le faux Axe , nouvellement inventé
par M. Depairieux, Maître de Mathématiques, et
aprouvé par Mrs de l'Académie Royale des
Sciences , pour trouver facilement et par une
seule opération , la Soustilaire sur toutes sortés
de Plans , au moyen de quoi l'on en a aisément
la déclinaison . Instrument très commode
pour ceux qui ne sçavent pas le calcul de la
Trigonométrie Sphérique , parce qu'ils ne seront
plus obligés de se servir de plusieurs autres
pratiques, qui, quoique vrayes dans l'esprit , sont
très-fautives dans l'exécution ; et sur tout pour
ceux qui se servent de la Boussole pour trouver
la déclinaison du Plan , car l'on sçait assés que
cette Méthode , jointe à l'ignorance de ceux qui
s'en servent , sont les seules raisons pourquoi
l'on a tant de mauvais Cadrans .
AVIS concernant la Loterie Royale
de Turin.
Ce que nous avons dit de cette Loterie dans
les Mercures de l'année derniere , nous engage à
placer ici l'Avis nouvellement donné au Public
sur la Loterie , dont jusqu'à ce jour nous avons
vû que les Tirages ont été faits avec la derniere
exactitude , conformément aux Listes qui en ont
été rendues publiques. Le
JANVIER . 1737. 129

·
Le prix d'achat de cinq Billets assurés , qui
composent une Societé de ladite Loterie, et celui
de toutes les Nouritures en argent comptant
montant à soixante- quinze Louis d'or , et plusieurs
personnes ayant souhaité de s'interesser
pour une somme moins forte , et d'être déchargées
du soin de payer les Nouritures , on avertic
que l'on peut s'interesser pour un 75º , pour un
Soe et pour un 25e dans cinq Billers assurés, qui
forment une Societé de ladite Loterie , le 75e
coûte un Louis d'or pour le prix d'achat et pour
celui de toutes les nouritures. Le soe coûte un
un Louis et demi , et le 25e trois Louis d'or.
M. Crevon , Notaire , et Receveur General de
la Loterie , delivre des Reconnoissances pour les
gre , foe et are portions ci - dessus ; il est dépositaire
des Billets et est chargé de payer toutes
les Nouritures . Il payeia de Tirage en Tirage
les portions de Primes et de Lots , et si la
somme qui lui est remise en payement des Reconnoissances
qu'il délivre n'est 'consommée en
Nouritures , il rendra à chaque Porteur de Reconnoissance
ce qu'il aura payé de trop .
Chaque Interessé pour un 75e dans une des
Societés qui gagnera un des Lots de 200. mille
écus , recevra pour son 75e
Les Interessés pour un soe, recevront
7200 liv.
chacun 10800 liv .
cevront chacun
21600 liv.
Et les Interessés pour un 25e re-

Et pour tous les autres Lots et Primes à proportion.
Nota. Qu'outre le Lot qui vient de droit à
chaque Societé de cinq Billets , on peut encore
gagner plusieurs Primes.
M. Crevon , Notaire à Paris , dans la Place
Gij du
130
MERCURE DE FRANCE
du Palais Royal , délivre les Subdivisions sus
dites ; ceux qui voudront en acquerir , s'adresseront
à lui , et dans les Provinces , aux Rece
veurs qui y sont établis .
RECONNOISSANCE d'un soixante
quinzième d'interêt dans une Societé de
cing Billets de la Loterie Royale de Turin.
E reconnois avoir en dépôt cinq Billets assu
rés , qui composent une Societé de la Lotetie
Royale de Turin , dont les Numeros sont &c,
Et je payerai toutes les nouritures qui doivent
être faites en argent comptant , conformement
à la Déclaration du 10. Mars 1736. Je déclare
que le Porteur est intéressé pour un soixante
quinziéme dans ladite Societé , et qu'il m'a payé
un Louis d'or pour sa portion de l'achat et des
nouritures. Je promets lui payer la soixante
quinziéme partie de tout ce que ladite Societé
gagnera par les Primes et Lot qui lui échéront, et
au cas que le Louis d'or ci- dessus n'eut été entiérement
consommé par le prix d'achat et par celui
des nouritures , je rendrai ce qui en restera , le
tout conformement au plan er aux déclarations
de ladite Loterie.
On nous prie d'avertir les Curieux que la
vente qui avoit été commencée après le décès
de Mde de Malezieu , et intérompuë , sera
continuée dans le mois prochain , et se fera dans
les Salles des grands Augustins ; elle sera indiquée
par des Affiches. Cette vente consiste principalement
en nombre de Tableaux originaux
des plus grands Maîtres , et des mieux choisis
·
CA
JANVIER 1737. 137
in Bronzes , Bureaux , Commodes et Pendules
Foyers d'un goût nouveau et des meilleurs Ou
vriers , garnis de bronzes , dorés d'or moulu ; en
Porcelaines et Cabarets de la Chine et des Indes
garnis d'argent et de bronze doré d'or moulu ,
Bijoux d'or , Diamans , Pieces de Toiles fines,
et autres Effets .
Le sieur le Carlier , Gendre de deffunt sieut
Porcheron , continuë la même Pommade com
posée de Sinples , autorisée par Lettres Patentes
du Roy , accordées à deffunt Porcheron et à ses
successeurs , enregistrées au Parlement , aprou→
vée de M. le premier Médecin du Roy , de M.
Helvetius , Médecin ordinaire de S. M. et premier
Médecin de la Reine , de Mrs les Doyen
et Docteurs de la Faculté de Médecine de Pa
ris ; lesquels ont eux- mêmes guéri par le seul
finiment et frottement de cette Pommade , plusieurs
malades de Rhumatismes gouteux inve
terés , douleurs de nerfs , Nerfs retirés , Sciaques
, Paralysies , Enquilauses dans les boetes
des genoux , qui ne cedoient point aux remedes
ordinaires : elle guérit aussi les playes abandonnées
, le lait répandu aux femmes , et enflu
res de jambes ; elle fait transpirer l'humeur au dehors
sans aucunes cicatrices : elle ne se corrompt
jamais , et se peut transporter dans toutes sortes
de
pays. La même Pommade guérit les maux
de tête , les fluxions , les hemoroïdes . I donne
la maniere de s'en servir. Les Pots sont de so.
sols , et de 100 sols , cachetés de son cacher.
Il demeure à Paris , rue Pavée , quartier Saint
Sauveur , derriere la Comédie Italienne , proche
la rue Françoise , au Premier Appartement , où
son Tableau est exposé.
Giij Le
132 MERCURE DE FRANCE
"
Le sicur Neilson , Ecossois , reçû à S. Cômes,
Expert pour la guérison des Hernies ou Descentes
, demeure au Coq d'or , ruë Dauphine , ass
premier Apartement , à Paris.
Il traite ces sortes de maladies d'une façon para
ticuliere , et sans que le Malade soit empêché
de vaquer à ses affaires .
Il donne aussi son avis et ses Remedes à ceux
qui sont dans les Provinces ; soulage les Hernies
les plus inveterées ; rend cette incommodité suportable
, et en empêche les mauvaises suites.
Il a aussi inventé de nouveaux Bandages pour
P'un et l'autre sexe d'une façon méchanique à
ressort toute singuliere et la plus propre pour
retenir les Parties , et en faciliter la guérison ,
sans embarras , ni incommodité , tant ils sont
legers , minces et aisés à porter.
Toutes personnes , sans avoir des Descentes ,
pendant qu'ils font des exercices violens , com
me jouer à la Paume , courir la Poste à
Cheval ou en Chaise , aller à la Chasse , &c.
auroient besoin de ces Bandages pour se garan¬
tir de pareils accidens.
**
Ceux qui en auront besoin dans les Provin→
ces , pouront envoyer leur mesure en la prenant
précisément au- dessus de l'Os Pubis et
s'ils ont des Hernies ou Descentes , marquer de
quel côté , et s'ils en ont des deux côtés , indiquer
celui qui est le plus malade. Il ne reçoit point
de Lettres sans que le port en soit payé.
MUSETTE
JANVIER.
1737 133
***********************
MUSETTE.
A L'ombre d'un Hêtre ,
Le Berger assis ,
Sans avoir apris
Chante sur un Pipeau champêtre
L'objet dont son coeur est épris ;
Un fol Amour lui sert de Maître.
Pour moi je chante le Seigneur ;
Son amour prend soin de m'instruire
A ce doux Vainqueur
Je laisse conduire
Et ma voix et mon coeur.
La Musique est de M. l'Abbé Morel
de Montpellier.
VAUDEVILLE.
UN Philosophe téméraire
Dit jadis que la Vérité ,
Peu sensible à notre misere ,
Dans un puits cachoit sa clartés
*
Mais pour détruire son sistême ,
Verse- moi , Bacchus , de ton jus divin ;
Et bien tôt elle- même
Viendra se loger dans mon sein.
A Par M. de S. R. Giiij SPEC134
MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
E Samedi 12. de ce mois , les Co-
Lenédiens François remitent au Théatre
et donnerent la 23e. Représentation
de l'Enfant prodigue , avec un concours
prodigieux. Cette Comédie avoit été interrompue
par l'indisposition d'une Actrice.
Nous avons apris que cette Piece
est de M. de Voltaire , et qu'elle paroî
tra bien- tôt imprimée.
Le 21. les mêmes Comédiens donnerent
la 28e. Représentation de cette Comédie
; et le 24. ils représenterent pour la
premiere fois une Comédie en Vers et en
cinq Actes , sous le Titre des deux Nié
ces , ou la Confidente d'elle - même , Piece
pleine d'esprit , très - bien écrite , et qui
a été extrémement aplaudie ; nous en par
lerons plus au long.
On vient de remettre sur le même
Theatre la Tragédie d'Ariane , de Thomas
Corneille , qu'on n'avoit pas joüée
depuis la retraite de Mlle Duclos , celebre
Actrice , qui en a rempli le principal
Rôle avec tant d'éclat pendant trèslong-
temps . Ce personnage est remplacé
aujourd'hui
THE
NEWYORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
CLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONG
ܺܐ
JANVIER. 1737. 139
aujourd'hui par la Dlle Balicour , qui le
joue avec beaucoup d'intelligence.
On donnera le mois prochain une Comédie
nouvelle en Vers et en cinq Actes
, de M. de la Chaussée , qui a pour
Titre P'Ecole des Amis . Nous en rendrons
un fidele compte à nos Lecteurs .
On continue à l'Opera, et toujours avec
le même succès , les Représentations de
la Tragédie de Medée et du Ballet des
Indes Galantes. On répete l'Opera de Per
sée pour le mois prochain.

Le Vendredi , 18. de ce mois , la Dlle
Antianme , nouvelle Actrice , dont la
voix est une des plus belles et des plus
étendues qu'on ait entendues à l'Opera ,
chanta le Rôle de Melpomene , dans le
Prologue de Medée et Jason , et fut gé
néralement aplaudie.
>
L'ouverture du Carnaval s'étant faite à
Rome le 7. de ce mois , on donna sur le
Theatre della valle la premiere Représentation
de l'Opera intitulé la Délivrance
de Jonathas , qui fut fort aplaudi.
Le 14. Janvier , les Comédiens Italiens
donnerent une Comédie nouvelle
en Prose , et en trois Actes , suivie d'un
Divertissement ; la Piéce a pour Titre ,
Gv La
136 MERCURE DE FRANCE
La Fille Arbitre. Elle est de la composition
de M. Komagnesi , et a été reçûë
très favorablement du Public.
ACTEURS.
M. Sterlin , riche Commerçant de Londres
, Le Sr Romagnesi.
Me Varneton , Veuve et future Epouse
de Sterlin , La Dlle Riccoboni,
Clitandre , François , er Caissier de Sterlin
, Le 3r Deshayes.
M. Robinson , Ami de Sterlin , Le Sr
Mario.
Mlle Robinson , Fille de Robinson , La
Dlle Silvia.
Midelette , Suivante de Mlle Robinson ,
La Dlle Thomassin.
Arlequin , Valet de Sterlin.
Comme le sujet de cetre Comédie a
été pris selon toutes les aparences dans
le septiéme Tome du Pour et Contre ; nos.
Lecteurs nous sçauront peut être bon gré
de leur retracer ici en peu de mots ce
que l'ingenieux Auteur de cet Ouvrage
Périodique y a inseré .
Un Bourgeois de Londres avoit eû
d'une Femme , dont il étoit demeuré
veuf , une Fille qui lui étoit chere , mais
qu'il ne se trouva pas en état de pourvoir
JANVIER . 1737. 137
voir avantageusement , quand elle fut
devenuë nubile ; il est aisé de suposer
que cette Fille étoit aimable , puisqu'elle
avoit un grand nombre d'Amans . Son
Pere attentif à lui procurer un mariage
qui la mit à son aise , s'avisa d'un stratagême
qui lui réussit. Le voici .
Assuré de l'obéissance de sa Fille , qui
par bonheur n'avoit point encore pris
d'engagement de coeur , il fit une partie
chés un Traiteur ; il choisit pour Convives
cinq Amans de sa Fille ; le répas fut
des plus agréables ; chacun de ces cinq
Amans fit éclater son ardeur pour l'aimable
Fille de celui qui les avoit assemblés.
ес
Ce fut à la fin de ce répas que notre
Bourgeois, profitant des dispositions des
cinq Rivaux , leur ouvrit son coeur ,
leur fit entendre que sa Fille ne pouvant
être qu'à l'un d'eux , et qu'aucun des cinq
Concurrens n'étant assés riche pour lui
faire un sort heureux : il avoit imaginé
une espece de Loterie , dont la possession
de l'objet aimé , seroit le gros lot.
Remettez , leur dit il , votre bonheur
entre les mains de la Fortune : que chacun
de vous risque trois cent Guinées , et qu'on
tire au dez à qui les quinze cent apartiendront
, j'y en ajouterai trois cent de ma part
pour G vj
138 MERCURE DE FRANCE
pour
achever la dot de ma Fille ; je la ma◄
rierai à celui qui amenera le plus de points ;
surcroit je lui assurerai ma succes
et par
sion.
merçant ,
La proposition est unanimement ac
ceptée ; on aporte la somme prescrite ,
et le sort se déclare pour un des cinq ,
lequel étoit Caissier d'un riche Commerçant
de Londres. Ce dernier se trouva
trop heureux , pour pouvoir contenir sa
joye ; il fit part de son bonheur au Comil
lui fit même un portrait de
l'objet dont il venoit de gagner la possession
, en des termes si expressifs , que
son Maître conçut un violent désir de.
connoître un objet si digne d'être aimé .
Sa curiosité lui coûta cher ; l'Amour ne
le manqua pas ; il devint le plus passionné
des Amans ; il se flata que son Commis
voudroit bien lui ceder l'objet aimé
en gardant les quinze cent Guinées pour
lui ; le Commis lui jura qu'il ne faisoit
cas de cette somme , que parce qu'elle
lui assuroit le prix de son Amour . Le
Commerçant irrité de son réfus , lui tendit
un piége dans lequel il donna. Il lui
demanda où il pouvoit avoir pris les
trois cent Guinées qu'il avoit mises au
jour ; le Commis trop ingénu , lui avoua
qu'il les avoit prises dans sa Caisse , sauf
de
. ་་
JANVIER 1737. 139
de les lui restituer sur quelques années
de ses gages ; c'étoit là que son Rival
l'attendoit. Vous n'avez gagné , lui répondit-
il , que sur mon Argent , donc le
gain m'apartient , et doit me dédommager
du risque de la perte . Cela fait aujourd'hui
la matière d'un grand Procès , dans
lequel le Public prend parti , selon la
maniere dont chacun l'envisage , et selon
l'inclination de chaque particulier.
Après cette espece d'argument ; il est
temps d'examiner la maniere dont M.
Romagnesi a traité un sujet si singulier
et si Théatral ; nous n'en allons donner
qu'un Extrait des plus succincts .
ACTE I. M. Sterlin , riche Commerçant
de Londres , ouvre la Scene avec Arlequin
, son Valet : on y expose que Madame
Varneton doit arriver le même jour
dans cette Maison de Campagne , lieu de
la Scene , assés près de Londres , pour y
célébrer son mariage avec M. Sterlin .
Madame Varneton arrivée , M. Sterlin
la reçoit avec assés de politesse ; mais il
s'en faut bien qu'il soit aussi passionné
pour Mad. Varneton qu'elle le paroît
pour lui ; simple bienséance d'un côté
véritable amour de l'autre ; voilà quelle
est leur différente situation .
Clitandre , François de Nation , et
Caissier
140 MERCURE DE FRANCE
Caissier de Sterlin , vient lui faire pare
de sa joye , il lui aprend à peu près ce
que nous avonsexposé dans l'Arguments
il est éperdûment amoureux de sa future
Epouse , Fille de M. Robinson
Bourgeois de Londres . Sterlin lui témoi
gne beaucoup d'amitié , et lui fait entendre
qu'il le mettra en état de vivre splendidement
avec l'aimable Epouse qu'il
vient d'obtenir des mains de la Fortune.
Clitandre lui annonce que Mlle Robinson
doit arriver incessamment avec son
Pere , et que cette même Maison de
Campagne servira à un double Mariage,
s'il veut bien y consentir ; Sterlin lui
témoigne qu'il en sera ravi, et lui fait de
nouvelles protestations sur le soin de sa
fortune .
M. Robinson arrive avec sa charmante
Fille , que Clitandre présente à M.
Sterlin ; ce dernier est si frapé de sa beauté
, qu'il ne peut s'empêcher de porter
envie à son Caissier ; plus il la voit , plus
il prend d'amour pour elle . Robinson et
sa Fille vont se réposer , Clitandre veut
les suivre ; mais Sterlin l'arrête .
Sterlin fait tout ce qu'il peut pour
empêcher Clitandre d'épouser Mlle Robinson
, il lui fait entendre qu'avec les
biens que son amitié lui destine , il peut
aspirer
JANVIER. 1737. 141
aspirer aux plus riches partis ; Clitandre
lui répond que la seule Robinson peut
faire sa félicité Sterlin ne pouvant le détourner
de son dessein , lui déclare enfin
sa passion pour la Fille de Robinson , et
le conjure au nom de l'amitié qu'il a toujours
cûë pour lui , de la lui ceder ; Clitandre
est mortellement frapé de trouver
un Rival dans son Bienfaicteur ,
mais il proteste toûjours qu'il ne sçauroit
renoncer à l'objet de son Amour , quelques
offres brillantes que Sterlin lut
fasse.
ACTE II. Sterlin n'ayant pû déterminer
Clitandre à lui ceder sa Maîtresse
s'adresse à Robinson . Ce dernier lui témoigne
, qu'il voudroit bien pouvoir accepter
l'honneur qu'il lui fait de lui demander
sa Fille en mariage , mais que sa
probité s'y opose , et que sa parole est
inviolable , et prévaut aux plus douces
amorces des richesses ; après cette géné
reuse réponse , il se retire.
Sterlin ne laisse pas de perséverer
dans son projet ; il se flate que Clitandre
ne poura résister à l'apas des nouvelles
offres qu'il va lui faire.
Clitandre vient prendre congé de Sterlin
, qui en paroît surpris , et lui répond
qu'il faut avant que de le quitter , qu'il .
lui
142 MERCURE DE FRANCI
.
>
il
lui rende compte de sa Caisse. Clitan.
dre lui dit que ce compte est déja rendu ,
et qu'il n'y a rien de plus clair que ce papier
qu'il lui présente , attendu qu'il ne
manque
dans sa Caisse que trois cent
Guinées qu'il lui aporte en même temps.
Il ajoûte que n'ayant pas cette somme
pour entrer en concurrence avec ses Riil
étoit allé la chercher dans la
bourse d'un de ses Amis , mais que cet
Ami l'ayant remis au lendemain
avoit été obligé de la prendre dans sa
Caisse ; l'éxactitude du Caissier ne tou
che point l'amoureux Commerçant ; i
lui dit , que , s'il avoit eû le malheur d
perdre à cette Loterie amoureuse
Ami ne lui auroit pas tenu parole pou
le lendemain ; d'où il conclut que le lo
devoit lui apartenir , attendu qu'il avoi
été gagné par un fond tiré de sa Caisse
Clitandre le quite très - mal satisfait d
cette chicane. Robinson arrive , et c
nouvel incident dégageant sa parole ,
ne balance plus à donner sa Fille au plu
riche.
>
SOI
ACTE III . Nous suprimons ici tou
ce qui est purement accessoire , pour n
nous attacher qu'au principal. Les Scene
entre Arlequin et la Suivante , sont de c
premier genres on les a trouvées amusantes
JANVIER 1737 148
tantes , il n'en faut pas davantage pour
avoir le dégré de bonté qui leur convient.
Revenons au principal.
2
On est convenu dans l'entr'Acte }
qu'on s'en raporteroit à Mlle Robinson ;
elle a paru assés indifférente dans toute
la contestation , pour pouvoir éxercer dignement
la qualité d'Arbitre ; elle n'a
accepté cet emploi qu'avec peine , ne
voulant point faire de malheureux ; elle
veut même y renoncer ; mais son Pere
lui ordonne absolument de prononcer
entre Sterlin et Clitandre. Sterlin fait
un dernier effort avant que l'Arrêt se
prononce ; il offre la moitié de son bien
à son Rival , pourvû qu'il lui cede l'objet
de son Amour ; Clitandre a la géné
rosité de réfuser une offre si atrayante ;
cette noblesse d'ame et cet excès d'Amour
, font pancher la balance de son
côté : Voilà ma main , lui dit Mlle Ro
binson , celui qui réfuse est plus généreux ,
que celui qui donne. Son Pere ne peut
apeller d'un Arrêt si équitable ; Sterlin
lui - même admire son Caissier , il luf
rend toute sa bienveillance ; il se reconcile
avec Mad. Varneton , et le double
Mariage est célébré dans le même jour.
La Piece est suivie d'un très joli Divertissement
de la façon de M. Mouret. On
X
144 MERCURE DE FRANCE
y danse une Entrée composée de deux
Matelots et deux Matelotes , dansée par
le Sieur Deshayes et par les Diles Tho
massin , qui a été très aplaudie.
akakakakakakakak kakik siksik
NOUVELLES ETRANGERES
RUSSIE.
Mcour deVienne,a donné avis à S. M
R Lanzinski , Ministre de la Czarinne à la
Czarienne, que plusieurs des Ministres du Grand
Seigneur désiroient que l'Empire . Othoman put
jouir de la Paix , après la longue Guerre qu'il a
soutenue contre la Perse ; mais que quelques uns
étoient d'avis qu'on n'écou : ât aucune proposi
tion d'accommodement de la part de la Czarine ;
qu'ils vouloient que sans faire dépendre du succès
d'une négociation incertaine , la restitution
d'Asoph , on employât pour recouvrer cette
Place la force des Armes , comme un moyen
plus sûr et plus glorieux , et que bien loin de
songer à satisfaire S.M. Czarienne sur les sujets
qu'elle prétend avoir de se plaindre des Tartares
de Crimée , on prit de promptes mesures
pour venger ces derniers des dommages qui leur
ont été causés par les Moscovites.
Selon les Lettres du même Ministre, M. Dahi
man a mandé à l'Empereur que Sa Hautesse
malgré l'oposition de ceux de ses Ministres qui
tâchent de le porter à la Guerre , consentiroir
volontiers à terminer ses differends avec la Czarine,
JANVIER: 1737 145
rine , pourvû que la Paix pût être conclue à des
conditions qui n'interessassent point l'honneur
de la Porte.
On ne doute pas non plus que S.M Czarienne
ne soit disposée à moderer ses prétentions ,
pour parvenir à un accommodement , et l'on
continue d'assurer qu'elle a résolu de faire les
premieres propositions . Le bruit court même
qu'Elle les a envoyées à M. Dahlman , et qu'Elle
auroit deja nommé des Ministres Plénipotentiaires
si l'on avoit pû lever les difficultés survenuës
au sujet du lieu où le Traité sera signé , et
du temps dans lequel les Ministres Plénipotentiaires
du Grand Seigneur s'y rendront .
Comme S. M. Czarienne a sçû qu'il continuoit
d'arriver d'Allemagne et d'autres Pays à
Riga beaucoup d'Officiers et d'Ingenieurs qui
venoient demander de l'emploi dans ses Troupes
, et comme Elle veut , à l'exemple du Czar
Pierre 1. se servir de tous ceux dont le mérite
sera connu , de quelque Nation et de quelque
Religion qu'ils soient ; elle a fait écrire au Comte
Musin Puskin , Gouverneur de Riga , de
fournir à ceux qui présenteroient des Certificats
suffisans de leur valeur et de leur bonne conduite
, des Passeports et de l'Argent pour se rendre
à Petersbourg , et de les traiter avec tous les
égards possibles.
ALLEMAGNE.
Les Articles du Contrat de Mariage de la
Princesse Elizabeth de Lorraine avec le Roy de
Sardaigne sont reglés , et le dernier Courier
arrivé de Turin a raporté la signature de ce
Prince.
ITALIE
148 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
N écrit de Naples que le 26. du mois der
nier , le Bailly Hector Marully , Receveur
de l'Ordre de Malthe , présenta six Faucons à S.
M. de la part du Grand Maître de la Religion ,
qui a coûtume d'en envoyer tous les ans un pafeil
nombre aux Rois des deux Siciles , en forme
de tribut , depuis que l'Empereur Charles V..
a donné l'Isle de Malthe aux Chevaliers de Saint
Jean de Jérusalem .
Don Juan de Chinchillo et Don Antoine de
Morales , Colonels dans les Troupes du Roy
d'Espagne , dépêchés par le Duc de Montemar
pour aporter au Roy l'Original de l'Acte , par
lequel l'Empereur renonce aux Royaumes de
Naples et de Sicile , et aux Places de gli Presidii,
dans la Toscane , et par lequel il les cede à S.
M. arriverent le 9. de ce mois à Capriati . Dès
qu'ils eurent remis au Roy l'Acte de cession de
Empereur , ils repartirent pour aller joindre
à Gênes le Duc de Montemar , et pour retourner
avec lui en Espagne, Le Roy leur a accor
dé le Titre de Marquis pour eux et pour leurs
descendans.
On aprend de Livourne que le Baron deWach
tendonch , et le Comte Mariani , Commissaires
nommés respectivement par le Comte de
Kevenhuller et par le Duc de Montemar , pour
l'échange des Actes de cession , que l'Empereur,
le Roy d'Espagne et le Roy des deux Siciles ,
devoient se remettre réciproquement , firent le
5. de ce mois cet échange à Pontremoli. Aussitôt
après que le Duc de Montemar en eut reçû
la nouvelle à Sarzana où il étoit depuis quelques
jours
JANVIER: 1737 147
fours , il envoya à Lixourne ses ordres pour
l'embarquement des Troupes Espagnoles , les
quelles partirent le 9. de ce Port sur 26. Bâtimens
, escortés par sept Vaisseaux de Guerre
de S. M. C. Le Duc de Montemar ayant été informé
que la Flote destinée à transporter ces
Troupes en Espagne avoit mis à la Voile , se
rendit de Sarzana à Lerici , où il s'embarqua
pour Gênes à bord de la Galere que la République
de ce nom avoit envoyée au-devant de lui,
Le 12. Le General Breitewitz , que le Comte
de Kevenhuller a chargé de prévenir le Grand
Duc sur l'entrée des Troupes Imperiales en Toscane
, et de regler avec les Ministres de ce Prince,
ce qui concerne le logement de ces Troupes er
leur subsistance , arriva à Florence , et le même
jour il fut admis à l'Audience du Grand Duc et
à celle de l'Electrice Palatine Douairiere.
On assure qu'il a été décidé que l'Empereur
ne feroit entrer que 6000 hommes de ses Troupes
dans cet Etat , et que ces 6000. hommes seroient
distribués dans cette Ville et dans celles de
Pise et de Porto Ferraio. On travaille avec toute
la diligence possible à rétablir les Chemins par
lesquels doivent passer ces Troupes, dont la premiere
colonne est en marche depuis le 2. et a pris
sa route par Fornuovo.
Les Lettres de Gênes portent que le 10. de ce
mois , le Duc de Montemar arriva en cette Ville
à bord de la Galere que la République lui avoit
envoyée à Lerici , et qu'il fut salué en débarquant
de 31. coups de canon. Ce Géneral s'étant
rendu au Palais de Don Félix Corneco , Envoyé
de S. M. C. il y fut complimenté au nom du
Doge et du Sénat par sept Nobles députés pour
cet effet . Il séjourna à Gênes le 11. et le len
demain
14 MERCURE DE FRANCE
demain il s'embarqua sur une Galere de la République
pour se rendre à Antibes , d'où il retournera
par terre en Espagne.
Le Sénat a fait publier un Decret par lequel il
promer 2000. écus de récompense à ceux qui livreront
mort ou vif quelqu'un des Chefs des
Rebelles de l'Isle de Corse ,, ssoit de ceux qui sont
→ actuellement dans cette Isle , soit de ceux qui
s'en sont sauvés.
M. Rivarola , Commissaire de la République
dans la même Isle , a donné avis que le sieur Or
zicone , un des Chefs des Rebelles , lequel étoit
parti il y a quelque temps de Livourne , y avoit
débarqué en un endroit nommé Paragiola , et
qu'il étoit allé joindre le sieur Ornano à Rossino.
GRANDE - BRETAGNE.
E Gouvernement a accordé à M. Jonathas
L'Huil , Inventeur d'une Machine pour faire
sortir du Port un Vaisseau sans le secours du
vent et de la Marée, le Privilege d'employer seul
cette Machine dans tous les Ports de la Grande
Bretagne pendant quatorze ans.
MORTS DES PAYS ET RANGERS.
Grand-
Antoine Manuel de Vilkenna ,
DMaître de l'Ordre de Malthe ,mourut le
12. Décembre dernier , âgé de 74. ans , six mois
et quatre jours. Il étoit Portugais de Nation. Il
avoit succedé à Don Marc- Antoine Zondodari ,
et il avoit été élû le 19. Juin 1722. Don Raymond
de Espuig , de la Langue d'Arragon ,
Bailly
JANVIER . 1737.
149
Bailly de Mayorque , a été élû le 15. Décembre
d'un consentement unanime pour lui succeder .
Le 22. Antoine Tasca , Noble de la Cité de
Chieti , Archevêque titulaire de Gerapoli dans la
grande Phrygie, Chanoine de la Basilique de saint
Pierre de Rome , Ponant de la Congrégation de
la Fabrique de la même Basilique , &c. mourut
à Roine à l'âge de 66 ans . Il avoit été autrefois
Chanoine Théologal de Eglise Métropolitaine
de Chieri , Abréviateur de la Nonciature
Apostolique en Portugal , Aumônier secret,
et Garderobe du Pape Innocent XIII . et ensuite
Referandaire de l'une et l'autre signature , et
Prélat Domestique du Pape Benoît XIII. qui lui
donna le Titre Archiepiscopal de Gérapoli , le
16. Décembre 1726. et qui le sacra le 26. suivant
. I le déclara aussi Evêque Assistant au
Trône le 6. Janvier 1727 .
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Let
E premier de ce mois , les Princes
et Princesses du Sang et les Seigncurs
et Dames de la Cour eurent
l'honneur de complimenter le Roi et la
keine sur la nouvelle Année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à Leurs Majestés , à
Monseigneur le Dauphin, et à Mesdames
de France. Le
Iso MERCURE DE FRANCE
Le même jour , les Chevaliers , Com
mandeurs , et Officiers de l'Ordre du
S. Esprit , s'étant rendus dans le Cabinet
du Roi , S. M. tint Chapitre dans
lequel le Duc de Villeroy , le Maréchal
Duc de Biron , le Duc Ossolinski , le
Prince Vaïni , et le Marquis Monti , furent
nommés Chevaliers. Le Roi alla
ensuite à la Chapelle du Château de Versailles
, étant précédé du Duc de Bourbon
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Prince de . Dombes , du
Comte de Toulouze , et des Chevaliers ,
Commandeurs , et Officiers de l'Ordre.
Le Roi , devant qui les deux Huissiers
de la Chambre portoient leurs Masses ,
étoit en Manteau , le Collier de l'Ordre
par- dessus, ainsi que les Chevaliers . S. M ..
entendit la Grande Messe chantée par la
Musique , et à laquelle l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit , officia pontificalement .
La Reine et Monseigneur le Dauphin entendirent
la même Messe dans la Tribune.
Le 2. le Roi , accompagné comme le
jour precédent , se rendit vers les onze
heures du matin à la Chapelle du Château
, et S. M. assista au Service qui fut
celebré pour le repos des ames des Chevaliers
de l'Ordre du S. Esprit , morts
pendant
JANVIER. 1737. Isr
pendant le cours de l'année derniere :
l'Archevêque de Vienne , Prélat Commandeur
de l'Ordre , y officia.
Le 31. du mois dernier , la Reine entendit
la Messe dans la Chapelle du Châ
teau de Versailles , et S. M, communia
par les mains de l'Archevêque de Rouen ,
son premier Aumônier.
Le 13. de ce mois , le Duc de Penthievre
prêta serment entre les mains.
du Roi , pour le Gouvernement de Bre
tagne , que S. M. lui a accordé en survi❤
vance du Comte de Toulouse , son Pere.
Jean Bonaventure Lelay , Seigneur
de Guébriant , Président en la premiere
Chambre des Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , à obtenu l'agrément de
la Charge de Lecteur de la Chambre
du Roy.
Achilles , Chevalier de Broglio , Chef
d'Escadre , du 27. Mars 1723. Gouver
neur d'Avenes depuis 1722. a été fait
Lieutenant General des Armées Navales
du Roi.
Le 10. Janvier , Etienne Leaureaut de
Foncemagne , Membre de l'Académie des
Inscrip
H
152 MERCURE DE FRANCE
·
Inscriptions et Belles Lettres , depuis
1722. fut reçû l'un des 40. de l'Acadé
mie Françoise , à la place vacante par la
mort de Michel Celse Roger de Rabutin
de Bussi , Evêque de Luçon.
Le 21. de ce mois , le Commandeur
Solar , Ambassadeur du Roi de Sardaigne
, eut une audience particuliere du
Roi , et il présenta la Lettre par laquelle
le Roi de Sardaigne donne part à S. M.
de son mariage avec la Princesse Eliza
beth de Lorraine . Le Commandeur Solar
eut ensuite audience de la Reine , ét
il fut conduit à ces audiences par M. de
Verneuil , Introducteur des Ambassa
deurs.
Le 22. M. Delci , Archevêque de Rhodés
et Nonce du Pape , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il présenta
à S. M. M. Tempi , Archevêque
de Nicomedie , nommé Nonce de Sa
Sainteté à Bruxelles , et qui a passé en
France pour s'y rendre. Il fut conduit
à cette audience par M. de Verneuil
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'audience de la Reihe
, et à celle de Monseigneur le Dauhin
et de Mesdames de France.
Le
JANVIE R. 1737. 153
Le premier jour de l'An , les Hautbois
de la Chambre jouerent au lever du Roy
plusieurs Aits de M. de Lully , et les
vingt - quatre exécuterent au diner de
S. M. des Symphonies de la composition
de M. Destouches , sur- Intendant de la
Musique de la Chambre en semestre.
Le lendemain , la Reine entendit dans
son Salón un Concert mêlé de Cantates
et de Sonates.
Le 7.on chanta devant la Reine le Prologue
et le premier Acte de l'Opera d'Issé
, qui fut continué le 9. et le 14. Le
principal Rôle fut exécuté par la Dile
Mathieu avec beaucoup d'aplaudissement
, ainsi que celui de Philemon par le
sieur Perillot. Les sieurs d'Angerville et
Dubourg chanterent les Rôles d'Hilas
et du Grand Prêtre de Dodone à la satisfaction
de toute la Cour.
Le 16. on concerta le Prologue et la
premiere Entrée du Ballet des Elemens
qu'on continua le 21 ; et le 23. on chanta
le Prologue de Marthesie pour joindre
à l'Entrée de Pomone. La Dlle d'Aigremont
y fit le Rôle de Venus avec
beaucoup de précision ; et la Dle Erremens
ceux de Junon , d'Emilie , et de Cy
bele dans le Prologue de Marthesie. Les
Dlles Mathieu et Lenner chanterent les
Hij
Rôles
154 MERCURE DE FRANCE
Rôles de Leucosie et de Pomone , et les
sieurs Tribou er Jeliot ceux d'Arion et
de Vertumne le reste fut parfaitement
bien exécuté.
Le 8. Janvier , les Comédiens François
représenterent à la Cour , l'Enfant prodigue
et le Port de Mer.
Le 10. la Tragédie nouvelle de Chil
deric , qui eut un très-grand succès , et
Crispin Rival.
Le 15. l'Ecole des Maris , et Pour
seaugnac.
Le 17. le Cid et le Dédit.
Le 22. Amphitrion , et le Cocu ima
ginaire.
Le 14. Bajazet , et la Serenade,
Le 29. le Joueur , et le Mari retrouvé,
Le 31. Britannicus , et le Legs.
Le s , les Comédiens Įtaliens représen
terent à la Cour les Amans réunis , et la
petite Piece d'Arlequin toujours Arlequin.
Le 12 , le petit Maître amoureux , qui
fut suivi du Ballet pantomime de Pigmalion
et de la petite Comédie du
Portrait,
?
Le 19. les Amours anonimes , et les Pays
sans de qualité,
Le 26. Arlequin aprentif Philosophe
et Arlequin valeur.
Dans
TANVIER: 1737 153
Dans le Mercure du mois d'Octobre
dernier , article des réjouissances faitesà.
Avalon sur la naissance du Prince de
Condé , il est dit que les Capucins donnerent
de l'argent aux pauvres. Cet endroit
du Mémoire , envoyé d'Avalon mê
me pour le Mercure , n'est pas éxact. Ce
qu'il y a de vrai , à ce qu'on nous a écrit
depuis , c'est que le jour même que le
feu d'Artifice fut tiré , il y eût un souper
magnifique donné à la plus grande
partie des gens de considération de la
Ville , et aux Capucins , par M. l'Abbé
Chartraire de Givry , Conseiller au Parlement
de Dijon, dont la famille, particulierement
et absolument attachée et dévouée
à la Maison de Condé , a toujours été honorée
de la protection et de la confiance
des Princes de cette Maison , à
cer par le Grand Condé . Avant le souper
, M. l'Abbé de Givry distribua luimême
de l'argent à tous les pauvres qui
se présenterent à la porte des Capucins.
Le 20. Septembre , le P. Boyer , Professeur
de Rhétorique du Collège des Peres
de la Doctrine d'Avalon , prononça sur
la naissance du nouveau Prince , un Discours
fort éloquent , et qui fut beaucoup
aplaudi.
commen-
Hiij BOUQUET
156 MERCURE DE FRANCE
BOUQUET pour M. l'Abbé G. ** ĺo
jour de S. Antoine , son Patron.
LEE Saint que l'on fête en ce jour .
S'amusa sur la Terre un siecle et davantage
Avant que de se rendre au celeste séjour.
Le bon Patriarche fut sage :
Puissiez -vous arriver au Ciel à votre tour ,
Et faire un aussi long voyage.
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
E 21 Decembre 1736 , N. le Cocq,
Chanoine de l'Eglife S.Marcel ,l'une
des quatre , dites de M. l'Archevêque ,
mourût à Paris âgé de 82. ans . Le Mé
moire qui nous apprend cette mort ,
porte , que M. le Cocq étoit le plus an
cien des Chanoines de Paris , et qu'il
n'a jamais eû durant sa vie d'autre maladie
que celle qui a terminé sa carriere.
Le 22 , Louis - Auguste-Marie Tambonneau
, qui avoit été autrefois Capitaine
au Regiment des Gardes Françoifes
, mourut à Paris dans la cinquantetroiJANVIER:
1737. 157
>
troisième année de fon âge , étant né
le 16. Février 1684. Il n'a point été
marié . Il étoit fils aîné de feu Michel-
Antoine Tambonneau , Préſident en la
Chambre des Comptes de Paris et
Ambassadeur pour le Roi en Suisse , et
de feue D. Marie- Angelique de Voyer
de Paulmy de Doré. L'on a rapporté
dans le Mercure du mois d'Août dernier
la mort de Claire Diane Tambonneau,
Soeur de celui qui vient de mourir.
On ômit alors de marquer qu'elle avoit
auffi pour Frere Urse Victor Tambonneau
, Chevalier-Profès de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem , né le is Fevrier
-1687 .
- LLee 23. du même mois Charles-François
de Montholon , Fils premier né de
Charles - François de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Conseiller au
Parlement de Paris , et de De Jeanne-
Louise le Cousturier , sa seconde femme
, mourut à l'âge de 15. mois.
Le 28. De Anne-Louise Verani de
Varenne , Epoufe de Louis Barré , Conseiller
au Parlement de Paris , mourut
en couches , âgée de 35. ans .
Le premier Janvier 1737 , Jean Silveftre
de Durfort , Marquis de Boiffieres
, ancien Colonel d'Infanterie , mou-
H iiij
ruc
18 MERCURE DE FRANCE
tut à Paris , âgé de 80. ans. Il étoit fe
cond fils de défunt Armand de Durfort
, Seigneur et Baron de Boiffieres ,
et de Marie Sil veftre de Crusy de Marsillac
, et il avoit épousé une Dlle de
Clermont- Vertillac de Piles d'auprès de
Bergerac en Saintonge. Il en a eû entr'autres
deux fils , dont l'aîné apellé
le Marquis de Durfort-Boiffieres , cidevant
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, a été fait Maréchal de Camp
le premier Août 1734 ; et le fecond
a pellé le Comte de Clermont , a été
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
Colonel General. Les Durfort-
Boissieres font une Branche de la Maison
de Duifort-Duras , dont la Généalogie
se trouve dans le cinquième volume
de l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne .
Du même jour , Denis-Henri Vallon
de Couvrelle , Seigneur de Chastignonville
en Beausse , Chevalier des Ordres
Roïaux et Militaires de S. Louis et de
S. Lazare de Jerusalem , Colonel d'Infanterie
à brevet , ci- devant Gouverneur
du Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France , mourut d'une goute
remontée à Paris , âgé de 57. ans , et
fans avoir été marié . Il étoit fils de feu
Henri
JANVIER. 1737. 159
Henri Vallon , Seigneur de Couvrelle
en Picardie , Lieutenant de Roi de la
Ville de Bouchain , et de Geneviève-
Madeleine le Boistel , et il avoit été
institué Legataire universel par feu De
nis le Boistel , Seigneur de Chastignonville
, son grand oncle maternel , mort
en 1707.
Le 3. du même mois , De Marie-
Anne de Héere , Epouse de Jean-Pierre
de Fontanges , Seigneur du Chambon ,
Candecorps , & c. et Dame de Com
pagnie de Mademoiselle de Sens , Prin
cesse du Sang , mourut à Paris des suites
de ses premieres couches , dans la
36. année de son âge , étant née le 6.
Août 1701. Elle avoit été mariée le 13 .
Octobre 1735 , comme on l'a raporté
dans le Mercure du même mois page
2334.On a depuis apris par des lettres
de Limoges , que le Mari de cette Dame
y avoit été tué le 26. Decembre dernier
par son cheval , qui se cabra , et se
renversa sur lui , en allant rendre viſite
à un Gentilhomme de son voifinage .
Les . Germain-Louis - Anne Chauvelin,
fils de Jacques-Bernard Chauvelin , Maître
des Requêtes ordinaire ' de l'Hôtel
du Roi , Intendant de Justice , Police ,,
Finances , et des et des troupes de S. M. en
Hv Picar
160 MERCURE DE FRANCE
Picardie , Artois , Boulonnois , Païs
conquis et reconquis , et de De Marie
Oursin son Epouse , mourut dans la se
année de son âge , étant né à Amiens
le 21. Juillet 1732 .
Le 6 Henri Feydeau , Baron de Bour
denay , Seigneur de Trancault , Conseiller
du Roi en ses Conseils , Prési
dent en la quatriéme Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris , où il
avoit été reçu Conseiller à la troifiéme
des Enquêtes le 29 Août 1714 , et ensuite
Président le 25 Avril 1722 , mourut
après une longue maladie de langueur
,
à l'âge de
étant né en
44. ans ,
1692. Il étoit le dernier des fils de feu
François Feydeau , Seigneur du Plessis ,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , et Intendant de la Genera
lité de Pau en Bearn , où il mourut en
1692 , âgé de 47 ans , et de Marie le
Févre d'Ormesson , Dame d'Estrelles
morte les Novembre 1704 , âgée aussi
de 47 ans. Le Président Feydeau , qui
n'a point été marié , laisse pour heri
tiers les Enfans de feu Charles Simon
Feydeau , son frere , Seigneur d'Estrel
les et des Agneaux , mort en 1735 , à
l'âge de 58 ans , et de ... le Febvre de la
Barre , sa veuve, et ceux de feu Antoine
Bon
JANVIER. 161 1737.
Conseiller Bon du Mas , au Parlement
de Paris , mort en 1727 , et de Marie-
Antoinette Feydeau , sa veuve , Soeur
du Président Feydeau .
Le même jour, Pierre Chol deTorpanne,
Chancelier de la Souveraineté de Dombes
depuis 1727 , et Secretaire des
Commandemens du Prince de Dombes,
et auparavant du feu Duc du Maine ,
mourut à Paris d'une apoplexie , dont
il avoit été attaqué le 2. précedent à
Versailles , en rendant fes respects à la
Comtesse de Toulouse . Il étoit dans la
-73. année de son âge , et avoit épousé
Marie-Marguerite Rigollot , fille de feu
Pierre Rigollot , Maréchal des camps
et armées du Roi , et Lieutenant General
de l'Artillerie , mort le 24 Decembre
1726 , âgé de go ans . Il laiffe d'elle
Jacques -Felix Chol de Torpanne , reçu
Conseiller au Parlement de Paris le 16
Juillet 1727 , et marié le 22 Septembre
suivant avec Jeanne-Françoise Julliet
, fille de feu Guillaume Julliet
Conseiller-Secrétairé du Roi , et Recèveur
General des Finances de Lyon , et
de Marie-Jeanne Robin de Lisle .
Le Jacques- Michel Levy , Tréfotier
Payeur des gages des Officiers de la
Chambre des Comptes de Paris,Charge
H vj
en
162 MERCURE DE FRANCE .
en laquelle il avoit été reçu le 8 Janvier
1700. mourut subitement âgé de plus de
60. ans , laissant un fils unique , nommé
Jean - Baptiste - Michel Levy , Lieutenant-
General des Eaux et Forêts à la
Table de marbre du Palais à Paris depuis
1729 , et auparavant Conseiller
au Châtelet , et plusieurs Filles , entre
autres une mariée le 21 Janvier 1728
avec Cesar-Marie de la Croix , Maître
des Comptes à Paris , Maître d'hôtel
de la Reine , et Commissaire ordinaire
de Marine à Toulon ; une autre mariée
le 4 Fevrier 1728 avec Pierre Poterat
Conseiller au Grand Conseil ;une troisiéme
mariée avec Augustin Guillier
Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris , &c.
Le R. P. Fr. Mathurin Baccarere ,
Supérieur General de la Congrégation
des Prêtres de la Doctrine Chrétienne:
mourut à Paris en leur Maison de Saint
Charles , dans la 79. année de son âge.
Il avoit été élu Supérieur General de
cette Congrégation le 26 Mai 1733 ,
étant alors premier Assistant pour la
troisième fois..
Le même jour Charles-Nicolas Tcard
de Porignan , Diacre , Conseiller au Par--
lement de Paris , où il avoit été reçu le
JANVIER. 17378 16%
11.Août 1733 , après avoir été Conseiller
au Châtelet depuis 1726 , mourut
d'une maladie de poitrine , âgé de
32 ans accomplis , étant né le 30 Decembre
1704. Il étoit feul fils de Charles
Ycard , Conseiller - Secretaire du
Roi , Maison , Couronne de France et
de ses Finances , et Avocat ès Conseils
de S. M. Maître de la Garderobe de la
Reine , et de feuë Dame Anne Guy.
Le 1o. De Madelaine - Hiacinthe
Le Ragois de Bretonvilliers , veuve depuis
le 31. Décembre 1718. de Louis Bechameil
, Seigneur Marquis de Nointel
, Noyelle , & c. Conseiller d'État
ordinaire, et auparavant Intendant dans
les Provinces de Touraine , de Champagne
, et de Bretagne , avec lequel
elle avoit été mariée au mois de Mars
1679. mourut au Château de Nointel ,
âgée d'environ 76. ans ; elle étoit seconde
fille de feu Benigne le Ragois ,
Seigneur de Bretonvilliers , Saint Dié
Villemonble , Averon , Noisy - le - Sec
& c. Président en la Chambre des Comp
tes de Paris , mort le 15. Janvier 1700 .
à l'âge de 78. ans , et de Claude- Eliza
beth Perrot de Saint- Dié ,, morte le 23
Décembre 1710. âgée de 79. ans . Elle
laisse pour enfans Louis - Claude Be
chameil
164 MERCURE DE FRANCE
chameil , Marquis de Nointel , Maître
des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du
Roy , ci - devant Intendant à Soissons ;
Louis- Hiacinthe Bechameil , Comte
de Noyelle , ci -devant Officier au Régiment
des Gardes Françoises ; Hiacin
the-Sophie Bechameil de Nointel , veuve
de Charles- Auguste d'Allonville
Marquis de Louville , Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Espagne ,
mort le 28. Août 1731. et Anne- Julie
Bechamel de Nointel , qui a été mariée
le 7. Juillet 1718. avec Louis-Joseph
de Madaillan de Lesparre , Comté
de Chauvigny , ci-devant Sous- Lieute
nant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy.
Le 12 , M Gabriel Cyprien Benard de
Rezay , Evêque d'Angoulême , Abbé
Conimandataire de l'Abbaye de la Grace-
Dieu , O. de C. Dioc . de la Rochelle,
et Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris du 25 MMaaii 11668822 , mourut en
son Diocèse dans la 86 année de son
âge. Il avoit été d'abord Chanoine de
P'Eglise de Paris par la résignation de
Guillaume Benard de Rezay son oncle,
Conseiller au Parlement le 10. Mai
1684. Il fut ensuite nommé à l'Evêché
d'Angoulême le premier Nov. 1689.
Il
JANVIER. 1717. 165
Il ne fut sacré que le 24 Août 1692 ,
et il fut Député en cette qualité à l'Assemblée
Generale du Clergé , tenue en
1695. L'Abbaye de la Grace-Dieu lui
fut donnée le 22 Mars 1704. Il étoit
fils de Cyprien Benard , Seigneur de
Rezay , la Boiche & c mort Sous- Doïen
du Conseil d'Etat du Roi le 10 Decembre
1702 à l'âge de 87 ans , & de Marie
Françoise Méliand , morte le 14 Août
1694-
Le même jour Jean- Louis Ronillé,
Seigneur d'Orfeüil , Maître des Requê
tes ordinaire de l'Hôtel du Roi, depuis
le 18 Janvier 1729 ; ci-devant Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du
Palais du Parlement de Paris , où il
avoit été reçu le 29 Mars 1726 , et auparavant
Avocat du Roi au Châtelet ,
mourut de la petite verole , agé d'environ
32 ans , laiffant une veuve agée de
22 ans , avec 3 enfans. Elle est fille de
Gafpard de Caze , Ecuïer , Trésoriergeneral
des Postes de France , et Fermier
general des Fermes du Roi , et de
feue Marie- Henriette Watelet . Il l'avoit
épousée le 23 Août 1731. Il étoit
fecond fils de feu Jean Rouillé de Fontaines
, Seigneur de Marly-la - Ville
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô
tel
166 MERCURE DE FRANCE
tel du Roi , ancien Intendant du Com
merce , mort le 12 Août 1728 , et de
Marie- Jeanne le Rebours , morte le 7
Octobre 1721.
> ,
Le 13. Dile Marie- Anne de la Cropte
de Saint-Abre , Dile de Rochefort ,
fille de deffunts Jean- Isaac-François
de la Cropte , Marquis de Saint-Abre ,
Comte de Rochefort , Vicomte de Ro
chemaux Baron d'Aixe , ci-devant
Gouverneur des Ville et Château de
Salses ; et de D. Marie-Anne de la Rochefoucault-
Bayers , mourut à Paris ,
âgée de so . ans paffes. Sa soeur aînée
mourut le 19. Août 1735. ainsi qu'on
l'a raporté dans le Mercure du mois
de Septembre suivant , p. 2116 .
Le r4. Jean- Baptiste Roberge , ancien
Païeur des Rentes de l'Hôtel de
Ville , assignées sur le Clergé de France
, mourut à Paris , âgé de 84. ans ,
Taissant de feue Christine Grondeau sa
femme , morte le 17. Janvier 1730.
Louis Roberge de Boismorel , Païeur
des Rentes de l'Hôtel de Ville , assi
gnées sur le Clergé de France , et Marie-
Christine Roberge , laquelle étant
veuve de Jean-Baptiste de Saint - Maisens
, Ecuïer , Sieur de la Maillerie
Conservateur des Saisies et Opposi
tions
JANVIER. 1737. 157
tions au Trésor Roial , s'est remariée
le 20. Décembre 1735. avec Nicolas
Jean-Baptiste Saveton , Ecuier , Sieur
de la Martiniere , Sous - Brigadier des
Gardes du Corps du Roi.
Le même jour , Urbain de la Barre
Seigneur de Cerçay , Maître ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris ,
Charge en laquelle il avoit été reçû le
23. Novembre 1731. mourut après une
maladie de plus de six mois , âgé de 60 .
ans. Il avoit été d'abord Auditeur en la
même Chambre des Comptes depuis
1719. jusques en 1726. qu'il se démit
de cette Charge.
>
Le 16. Dame Marguerite de Choifeul,
veuve de Pierre de Pont Seigneur
Comte de Rennepont , de Roche , & c.
Maréchal des Camps et Armées du
Roi , et auparavant Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , avec le
quel elle avoit été mariée en 1673 .
mourut en son Château de Roche , près
de Chaumont en Bassigny , âgée à ce
que l'on prétend , de 98 ans. Elle étoit
fille de François de Choiseul , Baron
de Meuze , de Meuvy , et de Forcy ,
Colonel d'Infanterie , et de Cavalerie
au service de Lorraine , mort au mois
d'Août 1669. et de Catherine- Margue
rite
8 MERCURE DE FRANCE
rite de Florainville . Cette Dame avoit
eu plusieurs enfans , entr'autres cinq
garçons , dont l'aîné appellé le Marquis
de Pont- Rennepont , qui avoit été
fait au mois de Mars 1705 , Mestre de
Camp du Régiment de Cavalerie qu'ayoit
son pere , et dans lequel il étoit .
auparavant Capitaine , fut tué le 9 Septembre
1706. au combat de Castiglione
delle Stivere en Italie. Le second
appellé M. de Senlis de Rennepont , qui
eut en 1706. le Régiment vacant par
la mort de son frere. Un troisiéme Ĉapar
pitaine dans le même Régiment ; et
deux autres Chevaliers de Malthe , dont
un nommé Pierre de Pont de Rennepont
, après avoir quitté la Croix , épousa
au mois de Mai 1711. Charlotte-
Françoise de Choiseul , héritiere de
Praflin.
Le même jour Louis le Besgue de Majainville
, Prêtre, Docteur en Théologie
de la Faculté de Paris , du 30. Mai
1692. Abbé Commandataire de l'Abbaye
de Val-Chrétien , Ordre de Prémontré
, Dioceſe de Soiffons , depuis
1693. Chantre & Chanoine de l'Eglife
Collégiale de saint Honoré à Paris ,
mourut dans la 73e année de fon âge ,
étant né le 22. Juillet 1664. Il étoit
frere
JANVIER . 1737. 1169
frere de Charles le Besgue , Seigneur
de Majainville , son aîné , Conseiller
en la Grand-Chambre du Parlement
de Paris , & de Claude le Besgue de
Majainville , fon cadet , Docteur en
Théologie de la Maison & Societé de
Sorbonne , aussi Conseiller au Parle
ment de Paris, depuis 1726.et ci-devant
Chanoine de l'Eglise de Chartres. Ils
sont fils de feu Charles le Besgue , Seigneur
de Majainville , Trésorier Géné
ral des Maison et Finances du Duc
d'Orleans , et auparavant Trésorier Général
des Bâtimens du Roi , mort le 4
Juillet 1704.et d'Anne Fougeu des Cu
res , morte le 29. Mai 1729 verget
J
Le 20. D. Marie Foullé , veuve depuis
le 9. Janvier 1699 sans enfans de
François Desmadrits , Conseiller du
Roi en ses Conseils , et au Parlement
de Merz , Intendant de Justice , Police
, et Finances , et des Troupes en
Flandres au Département de Dunker
que et d'Ypres , mourut à Paris au
commencement de la 8 6e année de son
âge , étant née le 3. Décembre 1651 .
Elle étoit fille d'Etienne Foullé , Seigneur
de Prunevaux , Maître des Re
quêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , er
Intendant des Finances, mort en 1673 .
ct
170 MERCURE DE FRANCE
et de Marie - Madelaine de Lespinay
sa seconde femme , morte le 19. Dé
tembre 1686. cette Dame a fait des
legs à tous ses domestiques , et a institué
son Légataire universel le Marquis
de Braffac , son neveu , Capitaine de
Cavalerie , fils de François-Alexandre
de Gallard de Bearn , Comte de Brassac
, Baron de la Rochebeaucourt , et
de Marthe-Madeleine Foullé de Pru
hevaux .
Le 21. Louis de Montesquiou d'Artagnan
, Seigneur de Montpertuis , Fontaine
, Archere , &c. Maréchal des
Camps et Armées du Roi , et Souslieutenant
de la premiere Compagnie des
Mousquetaires de la Garde ordinaire
de S. M. mourut d'une fluxion de poitrine
à Paris , âgé d'environ 61. ans.
Ses services et les différens Emplois
Militaires , qu'il a remplis , sont men
tionnés dans la Généalogie de Montesquiou
, qui se trouve dans l'Histoire
des Grands Officiers de la Couronne
tome 7. p. 262.On en a aussi parlé dans
le Mercure du mois de Décembre
1734. second vol . p. 2844, dans la Lis
te des Maréchaux de Camp de la promotion
du premier Août 1734. le def
funt étoit neveu de Pierre de Montesquion
JANVIER ; 1737. 171
quiou , Maréchal de France , mort le
12. Août 1725. et veuf sans enfans de
Louise-Alfonsine de Bergues , Princes
se de Raches, Il a fait son Légataire
universel Pierre de Montesquiou , Che
valier d'Artagnan , son frere puîné , Enseigne
de la premiere Compagnie des
Mousquetaires.
Le 23. Armand de Bethune , Comte
d'Orval,Prince Souverain d'Henriche
mont , et de Boisbelle , Marquis de
Conti, Vicomte de Breteuil et de Fran
castel , mourut à Paris , âgé d'environ
81. ans . Il étoit fils de François de
Bethune , Duc et Pair de France , nom
mé Comte d'Orval , de Muret , et de
Villebon , Marquis de Nogent-le -Ro-
Baron de Courville , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Géné
ral d ses Armées , et au Gouverne
ment du Païs Chartrain, premier Ecuier
de la Reine Anne d'Autriche , mort
7. Juillet 1678. âgé de 80. ans ,
d'Anne de Harville - Palaiseau , sá se
conde femme , morte le 18. Novem
bre 1716. Le Comte d'Orval avoit été
long-temps dans l'état Ecclésiastique ,
et avoit possedé en Commande les
Abbayes de Senenque , Diocese de Cavaillon
; de saint Pierre de Poultieres
Dio772
MERCURE DE FRANCE
Diocese de Langres ; et de Blanche
couronne , Diocèse de Nantes ; mais
s'étant trouvé le plus proche héritier
paternel du Duc de Sully , mort le 2 .
Février 1729. Il remit ses Abbayes entre
les mains du Roy , et se maria le
Mai de la même année 1729. avec
Françoise Aubery de Vatan. H laiffe
d'elle Maximilien-Antoine-Armand de
Bethune , Prince d'Henrichemont , fils
unique , né le 18. Août 1730.
14.
Le 7. a été baptisée à S. Eustache Charlote-
Hyacinte , née le s , précedent , Fil
le de Louis de Mailly ,Comte de Rubempré
, Premier Mestre de Camp de Cava
lerie , et Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecossois , Commandant
la Gendarmerie de France , et
de D. Anne- Françoise - Elizabeth Arba-
Jeste de Melun , son Epouse , mariés en
3. le Parain a été Charles Godefroy
de la Tour , Duc de Bouillon , d'Albret
et de Châteauthier , Vicomte de Turenne
, &c. Pair et Grand Chambellan de
France , Gouverneur du haut et bas Auvergne
, et la Maraine D. Louise - Françoise
de Mailly , tante de la baptisée ,
veuve de Jacques- Antoine de Bauffremont
, Marquis de Listenay, Chevalier
10
de
JANVIER . 1737 173
de l'Ordre de la Toison d'Or , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , Mestre de
Camp d'un Regiment de Dragons , grand
Bailly d'Aval , Chevalier d'Honneur au
Parlement de Besançon , Seigneur du
Duché de Pondevaux , Marquis de Marnay
et de Mirebeau , Baron de Scey sur
Saonne , Durne , de Traves , de Montsaugeon
, et de Poligny.
Le même jour M. François- Gabriel-
Benigne Chartraire , Marquis de Bour
bonne , Président à Mortier au Parlement
de Dijon , Fils de feu M. François Chartraire
, Comte de Montigny et de Biere,
Conseiller honoraire au même Parlement,
et de D. Benigne de la Michodiere
épousa Dlle Jeanne Guillemette Bouhier,
Fille de M. Jean Bouhier , Marquis de
Lansenay , Président à Mortier honorai
re au même Parlement , l'un des Quarante
de l'Académie Françoise , et de D.
Claude Marie Bouhier. Le Mariage a été
célebré dans la Chapelle du Palais Epis,
copal de Dijon.
SUN
174 MERCURE DE FRANCE
SUR LE MARIAGE
[ DE DAMON ET CLORIS.
RONDE AV.
Damon , Cloris par un doux Himenée
Vont pour jamais unir leur destinée :
Charmans plaisirs , amusemens des Dieux ,
Quittez l'Olimpe , et venez dans ces lieux
Pour embellir cette grande journée.
Par les Vertus P'Epouse couronnée
Devant l'Autel par l'Amour est menée ,
Et l'on entend élever jusqu'aux Cieux
Damon , Cloris.
L'Epoux, dont l'ame est dignement ornée ,
Reçoit la Foi que lui -même a donnée ,
Le Dieu des coeurs éclate dans ses yeux .
Amour , Hymen , par des traits précieux ,
Multipliez , avant qu'il soit l'année
Damon , Cloris..
L'AFFICHARD.
ODE
JANVIER.
1737. X75
ODE.
A la Paix , par le sieur R ***
Paix aimable Paix , secourable Inmor
telle !
Fille de l'Harmonie et Mere des Plaisirs ,
Que fais-tu dans les Cieux , tandis que de Cybelle
Les Sujet désolés t'adressent leurs soupirs ?
Si par l'ambition , de la Terre bannie ,
Tu crois devoir ta haine à tes profanateurs ;
Que t'a fait l'innocence injustement punie
De l'inhumanité de tes persecuteurs ?
*
Equitable Déesse , entends nos voix plaintives ,
Voi ces champs ravagés , voi ces Temples bru
lants ,
Ces Peuples éplorés , ces Meres fugitives ,
Et ces enfans meurtris entre leurs bras sanglants.
*
De quels débordemens de sang et de carnage
La Terre a - t'elle vú ses flancs plus engraissés è
Et quel Fleuve jamais vit border son rivage
D'un plus horrible amas de mourans entassés ?
*
Telle autour d'Ilion la Mort livide et blême ,
I- Mois
6 MERCURE DE FRANCE
Moissonnoit les Guerriers de Phrygie et d'Argos,
Dans ces combats affreux où le Dieu Mars luimême
De son sang immortel vit boüillonner les flots.
*
D'un cri pareil au bruit d'une Armée invincible
Qui s'avance au signal d'un combat furieux ,
Il ébranla du Ciel la voûte inaccessible ,
Et vint porter sa plainte au Monarque des Dieux.
*
Mais le grand Jupiter , dont la présence auguste,
Fait rentrer d'un coup d'oeil l'audace en son devoir
,
Interrompant la voix de ce Guerrier injuste ,
Par ces mots foudroyans confondit son espoir.
*
Va , * Tyran des Mortels , Dieu barbare et fu
neste ,
Va faire retentir tes regrets loin de moi.
De tous les Habitans de l'Olympe Celeste ,
Nul n'est , à mes regards , plus odieux que toi.
*
Tygre, à qui la pitié ne peut se faire entendre ,
Tu n'aimes que le meurtre et les embrasemens,
Les remparts abatus , les Palais mis en cendre ,
Sont de tes cruautés les plus doux monumens.
* Iliade , L. V.
JANVIER. 1737. 177
La frayeur et la mort vont sans cesse å ta suite,
Monstre nourri de sang , coeur abreuvé de fiel ,
Plus digne de regner sur les bords du Cocite ,
Que de tenir ta place entre les Dieux du Ciel .
Ah! lorsque ton orgueil languissoit dans les
chaînes ,
Où les fils d'Alous te faisoient soupirer ,
Pourquoi , trop peu sensible aux miseres hu
maines ,
Mercure , malgré moi , vint- il t'en délivrer ?
M
La discorde dès-lors avec toi détrônée ,
Eût été pour toujours releguée aux Enfers ,
Et l'altiere Bellone au repos condamnée ,
N'eût jamais exilé la Paix de l'Univers.
#
La Paix , l'aimable Paix fait benir son Empire ,
Le bien de ses Sujets fait son soin le plus cher ,
Et toi ,Fils de Junon , c'est elle qui t'inspire
La fureur de regner par la flamme et le fer.
$3
Chaste Paix, c'est ainsi que le Maître du Monde
Du fier Mars et de toi sçait discerner le prix .
Ton Sceptre rend la Terre en délices féconde ,
Le sien ne fait regner que les pleurs et les cris.

(
I ij Pourquoi
178 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc aux malheurs de la Terre affligée
Refuser le secours de tes divines mains ?
Pourquoi du Roy des Cieux chérie et protegée,
Ceder à ton Rival l'Empire des Humains ?
Je t'entends, c'est en vain que nos voeux unanimes
De l'Olimpe irrité , conjurent le courroux ,
Avant que sa justice ait expié nos crimes ,
Il ne t'est pas permis d'habiter parmi nous,
M
Et quel siecle jamais mérita mieux sa haine
Quel âge plus fécond en Titans orgueilleux ?
En quel temps a - t'on vu l'impieté hautaine
Lever contre le Ciel un front plus sourcilleux ?

La
peur de ses Arrêts n'est plus qu'une foiblesse ,
Le blaspheme s'érige en noble liberté ;
La fraude au double front en prudente sagesse ,
Et le mépris des Loix en magnanimité.
Voilà , Peuples , voilà ce qui sur vos Provinces
Du Ciel inexorable attire la rigueur ,
Voilà le Dieu fatal , qui met à tant de Princes
La foudre dans les mains , la haine dans le coeur
Des
JANVIER. 1737. 179
Des douceurs de la Paix , des horreurs de la
Guerre
Un ordre indépendant détermine le choix
C'est le courroux des Rois qui fait armer la
Terre ,
C'est le courroux des Dieux qui fait armer les
Rois.
C'est par cux que sur nous la suprême vengeance
Exerce les fleaux de sa séverité.
Lors qu'après une longue et stérile indulgence
Nos crimes ont du Ciel épuisé la bonté,
Grands Dieux si la rigueur de vos coups
légitimes
N'est point encore lassée, après tant de malheurs,
Si tant de sang versé , tant d'illustres Victimes
N'ont point fait de nos yeux couler assés de
pleurs
-
M
Inspirez nous du moins ce répentir sincere
Cette douleur soumise , et ces humbles regrets ,
Dont l'hommage peut seul en ces temps de colere
Fléchir l'austerité de vos justes Décrets.
Echauffez notre zéle , attendrissez nos ames
I iij Eleven
80 MERCURE DE FRANCE
Hlevez nos esprits au celeste séjour.
Et remplissez nos coeurs de ces ardentes fâmes
Qu'allument le devoir , le respect , et l'amour.5
Vn Monarque Vainqueur , Arbitre de la
Guerre ,
Arbitre du bonheur de ses plus fiers Rivaux ,
N'attend que ce moment pour poser son Tone
nerre
Et pour faire cesser la rigueur de nos maux,
Que dis-je ce moment de jour en jour s'a
vance ,
Les Dieux sont adoucis , nos voeux sont éxaucés
D'un Ministre adoré l'heureuse providence
Veille à notre salut , il vit , ç'en est assés.
Peuples , c'est par lui seul que Bellone asservie
Va se voir enchaîner d'un éternel lien.
C'est à votre bonheur qu'il consacre sa vie ,
C'est à votre repos qu'il immole le sien,
Reviens donc , il est temps que son voeu
consomme ,
Reviens , divine Paix , en receuillir le fruit ;
SUR
JANVIER. 1737 181
Sur ton Char lumineux fais monter ce grand
Homme , 5
Et laisse toi conduire au Dieu qui l'a conduit.
Ainsi du Ciel calmé rapellant la tendresse.
Puissions- nous voir changer par ses dons souverains
Nos peines en plaisirs , nos pleurs en allegresse
Et nos obscures nuits en jours purs et serains.
ARRESTS NOTABLES.
de la
Lierreet Bonie de Mauleon en Duché et
ETTRES Patentes portant érection
Pairie de Chastillon.
Louis par la grace de Dieu , Roy de France
et de Navarre : A tous présens et à venir. SALUT.
La premiere attention des Rois doit être de reconnoître
d'une façon digne de la Grandeur
et de la Majesté Royale , les services qu'ils ont
reçus de leurs Sujets , et de proportionner les ré
compenses à l'importance des services et à la
qualité de ceux qui les ont rendus. Entre les
Dignités dont nous avons coutume de décorer
les Personnes de notre Royaume de la plus haute
naissance et les plus distinguées par leurs qualités
personnelles , nous n'en connoissons pas de
plus éininentes que celle de Pair de France , et
nous ne pouvons en faire une aplication plus
iii conve
182 MERCURE DE FRANCE
:
convenable à nos vûës , qu'en la deférant à notre
cher et bien amé cousin Alexis - Magdelaine Rosalie
Comte de Chastillon , Gouverneur de no –
tre cher fils le Dauphin , Chevalier et Commandeur
de nos Ordres , Lieutenant -General de nos
Armées , Grand-Bailly d'Haguenau , Mestre de
Camp General de notre Cavalerie Legere . Les
monumens les plus respectables de l'Antiquité
fournissent des preuves éclatantes de l'acienneté ,
de la grandeur et de l'illustration de la Maison
de Chastillon sur Marne , qui dans tous les
temps et dans les siecles les plus reculés a successivement
donné à la France les plus grands
exemples de valeur , d'attachement et de fidelité
ces monumens remontent jusqu'au neuviéme
siecle , dans lequel on voit un Ursus de
Chastillon , Pun des descendans duquel apellé
Guy de Chastillon eut l'honneur d'épouser en
1156. Alix de Dreux , fille ainée de Robert de
France , frère du Roy Louis le Jeune ; cette
premiere alliance dans la Maison Royale a été
suivie de beaucoup d'autres . Les Histoires nous
aprenent que Gaucher de Chastillon épousa
en 1236. Jeanne , fille de Philipe , Comte de
Clermont , oncle de S. Louis ; qu'une Jeanne
de Chastillon épousa en 1263. Pierre de France,
Comte d'Alençon, cinquiéme fils de S. Louis,
qu'un Guy de Chasttillon épousa en 1298. Marguerite
de Valois , soeur du Roy Philipe VI .
qu'une Mahault de Chastillon fut mariée en
1308 avec Charles de France , Comte de Valois
, frere de Philipe le Bel ; qu'une Jeanne de-
Chastillon épousa en 1335. Jacques de Bourbon
, Comte de la Marche , duquel nous descendons
en ligne directe ; qu'un Louis de Chastillon
épousa en 1383. Marie de Berry , fille de
Jean
JANVIER. 1737. 183

Jean de Erance , lequel étoit pere de Charles
V. qu'une Marie de Chastillon épousa en 1360.
Louis de France , Duc d'Anjou , Roy de Na →
ples et de Sicile ; qu'un Olivier de Chastillon
épousa en 1406: Isabeau de Bourgogne , fille
de Jean Sans peur , Duc de Bourgogne , Comte
de Flandres et d'Artois , et plusieurs autres Alliances
dans la Maison Royale . On trouve d'ailleurs
que cette Maison a toujours été alliée avec
ce qu'il y avoit de plus considérable dans les
Maisons Souveraines ; avec la Maison de Luxembourg
qui a donné des Empereurs à l'Allemagne
par le mariage d'une Mahault de Chastillon
avec Guy de Luxembourg duquel descendit
une fille mariée à François de Bourbon
Comte de Vendôme , grand - pere d'Antoine de
Bourbon , Roy de Navarre , notre cinquiémet
ayeul ; avec les Empereurs de Constantinople
les Rois d'Angleterre , de Castilie , d'Antioche
et de Naples et de Sicile ; avec les Maisons de
Haynault , de Brabant , de Flandres , de Nevers ,
de Gueldres , de Berry , de Bretagne , de Bourgogne
, de la Tour - Boulogne , d'Albret ; avec
celles de Savoye et de Lorraine , les Princes
qui composent aujourd'hui cette Maison , étant
fous descendus de Marie de Chastillon mariée
en 1334. avec Raoul Duc de Lorraine . On voit
même que le Duché de Bretagne a passé dans
la Maison de Chastillon sur la tête de Charles
de Chastillon par le mariage qu'il fit en : 337.
avec l'héritiere de Bretagne ;- enfin que dans
tous les temps la Maison de Chastillon a rempli
les Emplois les plus importans et les Charges
les plus distinguées du Royaume , que Jean
de Chastillon qui vivoit en 1271. s'y acquit
une telle considération , qu'il fut substitué
I Pierre
184 MERCURE DE FRANCE
Fierre de France , son gendre , pour la tutelle
des enfans du Roy Philipes le Hardy , et pour
la Régence du Royaume ; que Gaucher de Chase
tillon acquit en 1302 à la Bataille de Courtray,
dans laquelle il signala sa valeur , l'épée de Cons
nêt ble de France. Qu'Hugues de Chastillon
fut fait Grand-Maître des Arba.êtriers en 1 ; 640
Jacques , Amiral de France en 1405. Autre Jacques
,
Grand-Pannerier de trance en 1432. Jean
Second , fils du Connêtable , rand Queux en
1328. et Grand Maître de France en 1 3 ( 0. Gau~
cher , son fils , aussi Grand- Maître de France et
Souverain Réformateur des Eaux et forêts du
Royaunie ; que le fils et petit fis de celuici
, desquels notredit cousin descend en ligne.
directe , ont été successivement›› Chambellans
des Rois nos Prédecess urs. Quant aux faits de
Guerre , les Ancêtres de notredit cousin ont
donné dans tous les temps des marques du même
zéle , de la même pudence et de la meme
valeur que nous trouvons en lui ; entr'autres
Gaucher de Chastillon , Comte de S. Paulqui
après avoir suivi le Koy Philipe Auguste à la
Terre-Sainte , od il acquit la réputation d'un
grand Capitaine , se croisa contre les Albigeois
et se signala à la prise de Beziers ; il eut der
puis le Commandement d'une Armée que Philipe
Auguste envoya en Bretagne , avec laquel❤
leil força en peu de jours le Fort de Carple ;
il commanda ensuite l'Armée en Flandres, repris
les Villes de Tournay et de Mortagne , dont
les ennemis s'étoient emparés ; il se rendit maît
tre de presque tout le Pays ; il donna des mar» »
ques singulieres de son courage et de son ex- i
perience à la Bataille de Bouvines , où il s'acquir
aves it witoa wapnee jou al skundži
(I
T
JANVIER. 1777. 185
fier à
une gloire immortelle . Ses deux fils Guy et Hugues
soutinrent dignement sa haute réputation.
Le premier , Comte de S Paul , fut tué au Siege
d'Avignon , et devint l'objet des regrets d'une
Armée dont il avoit fait l'admiration Le se
cond , Comte de Blois , se croisa avec St Louis ,
et parut à la revûë generale de l'Armée , à la
tête de cinquante Chevaliers portant Banniere.
Gaucher , fils de Guy , prit aussi la Croix , et
eut à l'âge de 22. ans le commandement de l'arriere
garde à la sanglante retraite , ou St Louis
fut fait prisonnier , il eut la gloire de se sacripour
procurer son maître le temps de se
sauver , il mourut couvert de fléches en deffendant
seul un passage contre une Armée des Sarrazins.
Un autre Guy de Chastillon fut employé
successivement à la Guerre et dans les Négo
ciations , il fut chargé des inte êts de la France
dans le Traité d'Alliance qui se conclut à Stras
bourg entre le Roy Philipe le Bl et l'Em-s
pereur Albert d'Autriche , et dans la Bataille
de Mons en Peuille , il eut la gloire de con
tribuer à tirer Philipe le Bel du pls pressane
danger , avec les Comtes de Valois et d'Evreux ,
freres du Roy qu'il avoit l'honneur d'accom
pagner. Gaucher , son cousin , après avoir reçû
P'pée de Connétable , contraignit le Comte de
Bar d'implorer la clémence d Roy , fit couronner
le Roy de Navarre Louis Hutin , fils aîné de
Philipe le Bel , fut élû Tuteur de Enfan qui de-ti
võit naître de la Veuve de Louis Hutin , et Chef
du Conseil des Grands , auquel fut confié le
Gouvernement de l'Etat pendant Pinterrege ;
il contribua beaucoup à maintenir la success on
légitime à la Couronne de France , et l'exécution
de la Loi Salique , Enfin il termina ses
I vj travaux
186 MERCURE DE FRANCE
travaux en suivant à l'âge de 82. ans Philipe
de Valois à la Guerre , et mit le comble à sa
gloire dans la fameuse journée de Montcassel.
Dans le Regne suivant , Louis de Chastillon
après avoir servi avec la plus grande distinction
dans toutes les Guerres de son temps , fut
tué au côté du Roy dans la journée de Crecy
et Jacques de Chastillon , Amiral de France , fut
tué à la Bataille d'Azincourt. Ces grands exeinples
de courage et de vertu ont été les modeles
sur lesquels se sont formés les autres des
cendans du Connétable , et particulierement notredit
Cousin le Comte de Chastillon , qui depuis
trente- trois ans qu'il est à notre service
et à celui du feu Roy , notre Bisayeul , n'a pas
cessé de marcher sur les traces de tant d'illustres
Ancêtres. Il a donné dans la Guerre
terminé la Paix d'Utrechê , et dês´ sa preepar
miere jeunesse , des marques de sa valeur , de
sa vigilance , de son activité et de son attacheinent
inviolable à notre service et à celui de l'Etat
. Nous avons reçû de nouvelles preuves de
son courage , de son experience et de son zéle
dans la Guerre que nous venons de suspendre ,
ayant reçu une blessure considérable à la Bataille
de Guastalle , et nous l'avons vû se comporter
en tout d'une maniere digne de sa naissance
er de la gloire de ses Ayeux ; aussi dès mil- sept--
cent douze , le fau Roi le fit Brigadier de ses
Dragons , n'ayant pas encore vingt- deux ans ;
il lui donna en 1713. l'expectative du grand Bailliage
d'Haguenau , et en 1714. des Provisions
de la Charge de Commissaire General de la Cavalerie-
Legere , avec l'Inspection generale de la
Cavalerie et des Dragons . Nous-mêines en rant
dans les mêmes vúcs lors de notre avenement à
la
JANVIER. 1737. 187
la Couronne , nous lui accordâmes en 1716 lat
Charge de Mestre de Camp General de notre
Cavalerie- Legere , en 1719. le grade de Maréchal
de Camp , en 1731. le Collier de nos Ordres
, et en 1734 le pouvoir de Lieutenant General
de nos Armées . Enfin nous ne pouvions
lui donner des marques plus essentielles de la
parfaite satisfaction que nous avons de ses services
, de l'estime singuliere que nous faisons de
sa personne , et de l'entiere confiance que nous
avons crû devoir à ses vertus personnelles , que
-par le choix . que nous en avons fait pour prési
der à l'éducation de celui qui doit combler nos
voeux par l'esperance qu'il nous donne de faire
un jour le bonheur de nos Peuples ; et voulant
de plus en plus témoigner à notredit Cousin des
sentimens qui lui sont si justement acquis
Nous avons résolu de lui conferer et à ses des
cendans mâles le Titre et Dignité de Duc et
PAIR DE FRANCE et à cet effet d'ériger en
Duché- Pairie sa Terre , Seigneurie et Baronie
de Mauleon , ses circonstances , dépendances et
annexes , situées dans notre Province de Poitou;
relevante de nous à cause de notre Comté de
Poitou , Tour de Maubergeon , sous le nom de
Duché de Chastillon , Pairie de France, A CES
CAUSES , et autres considerations à ce Nous
mouvant , de notre grace speciale , pleine puissance
et autorité Royale , avons par ces Presentes
signées de notre main , créé et érigé , créons
et érigeons ladite Terre et Baronie de Mauleon ;
ses circonstances , dépendances et annexes si→
tuées dans notredite Province de Poitou , apartenante
à notredit Cousin , mouvante et relevan →
te de nous à cause de notredit Comté de Poi
tou , Tour de Maubergeen , en titre , nom , di-
"
guite ,
8 MERCURE DE FRANCE
>
gnité , et prééminence de Duché- Pairie de Fran
ce. Voulons et nous plaît que ladite Terre ainsi
ér gée soit dorénavant apeilée Duché de Chastil
on , Pairie de France , à l'effet de quoi nous
avons commué le nom de Mauleon , tant pour
ledit Duché que pour la Ville de Mauleon en
dépendante,en celui de Chastillon ; voulons qu'à
l'avenir ladite Ville de Mauleon , ainsi que ledit
Duché , soit apellée Ville de Chastillon
pour par notredit Cousin Alexis - Magdelaine-
Rosalie de Castillon , ses hors mâles et descendans
de lui , Proprietaires dudit Duché- Pairie
de Ch stillon , jouir du nom , titre , qualité
e dignité de Duc et Pair de France , aux
honneurs , autorités , rangs , séances privileges
, prérogatives , prééminences , franchises li
briés , et a tres droits qui apartiennent à la
dite qualité et dignité , et dont les autres Ducs
et Pairs de France ont joui ou dû jour de tout !
temps et ancienneté , tant en Justice , Jurisdiction,
séance en notre Cou de Parlement de Pa
ris , et autres nos Cours , pour y avoir voix déliberative
en toutes occasions comme aussi dans
les Assemblées de Noblesse , faits de Guerre , et
autres lieux et Actes d'honneur , de séance et
de rang. Voulons que ceux des enfans et descendans
mâles en loyal mariage de notredit .
Cousin qui se trouveront engagés dans les Or- 1
dres sacrés ne puissent succeder audit Duché 1
et Pairie , qui apartiendra à celui qui le suiva
par ordre de primogeniture dans chaque ligne.
et dans chaque branche . Vou ons cependant que
si le seul et dernier descendant mâle de notre dices
Cousin étoit engagé ans les Ordres sacrés , ika
puisse succeder audir Duché. Voulons et nous
plaît que toutes les Causes civiles et orimineltes,
}
mixtes
MAAN VOTER 17 :7. 189
mixtes et réelles qui concerneront , tant notredit
Cousin et ses successeurs Ducs de Chastil
lons, que les droits dudit Duché et Pain ,soient
traités et jugés en notre Cour de Parlement en
premiere Instance , et que les Causes e . Procès
d'entre les vassaux et Justiciables dudit Duché
et Pairie se sortis nt par apel nuement et directement
en notredit Parlement ; à l'effet de
quoi avons distrait et exempté , distrayons et,
exemptons ledit Duché u ressort de tous juges
et Jurisdictions où les ape lations desdits Officiers
: pouvoient ressortir auparavant sans préj
dice néanmoins des cas Royaux , dont la conno
ssance demeurera à nos juges qui avoient
coûtume d'en connoître , et à la charge d'indemniser
les Officiers devant lesq eis pouvoient.
cy-devant ressortir lesdites apellations. Voulons
que notredit Cousin et ses successeurs tiennent
ledir Duché et Pairie de nous mement et
en ple n Fief, à cause de no're Couronne , et
qu'il releve de notre Tour du Louvre sous une
seule Foi et Hommage ; à l'effet de quoi Nous.
avons distrait la mouvance de ladite Terre ainsi
érige de notre Comté de Poitou , Tour de Maubergeon
, duquel elle re evout cy devant pour
attacher ladite mouvance à rotredite Tour du
Louvre , à cause de laquelle la Foi et Hommage
nous en sera faite,et les Aveux et Dénombremens
nous en seront donnés à l'avenir. Voulons aussi
que tous les Vassaux de notredit Cousin , ¿
cause de sondit Duché le reconnoisse t comme
Duc de Chastillon et Pair de France , et lui rendent
en cette qualité les devoirs dont is sont tenus
envers lui. Voulons par illement que Jui et
ses successeurs audit Duché puissent etablir un
Siége de Duché Pairie audit lieu de Chastillon's.
cy
?
2
190 MERCURE DE FRANCE
B
cy-devant dit Mauléon , dans lequel il aura tous
les Officiers nécessaires pour l'administration de
la Justice . N'entendons qu'en conséquence de
la presente Erection ledit Duché-Pairie de Chastillon
, ses dépendances et annexes puissent au
défaut d'enfans et descendans mâles de notredit
Cousin , être par nous et nos successeurs réunis
à la Couronne , nonobstant les Edits , Déclarations
et Ordonnances des années 1566. 1579.
1582. 1587. et autres concernant l'Erection des
Duchés- Pairies , auxquelles et aux dérogatoires
des dérogatoires y contenus, nous avons dérogé
et dérogeons par ces Présentes en faveur de notredit
Cousin et de ses successeurs , que nous
avons dispensés et dispensons de la rigueur des
dits Edits , Déclarations et Ordonnances ; mais
à la charge qu'au défaut d'hoirs mâles et descendans
de notredit Cousin , le Titre de Duché
sera éteint , et que la Terre qui le compose re
tournera à sa premiere nature , titre et qualité
à l'exception de la mouvance et du ressort . Sr
DONNONS en mandement à nos amés et feaux
Conseillers les Gens tenans nos Cours de Parlement
et Chambres des Comtes à Paris , et à tous
autres Officiers et Justiciers qu'il apartiendra ,
chacun en droit soi , que ces Présentes nos Lettres
d'Erection de Duché et Pairie de Chastillon
ils fas ent lire , publier et enregistrer , et du
contenu en icelles jouir et user not edit Cousin
Alexis- Magdelaine-Rosalie de Chastillon , ses
enfans mâles , et descendans mâles en loyal ma
riage , successeurs audit Duché- Pairie , pleine
ment , paisiblement et perpetuellement , cessant
et faisant cesser tous troubles et empêchemens ,
nonobstant toutes choses à ce contraires , auxquelles
nous avons dérogé et dérogeons par
>
GS
JANVIER. 1737 191
X
zes Présentes . CAR tel est notre plaisir , et afir
que ce soit chose ferme et stable à toûjours
nous avons fait mettre notre Scel à cesdites Présentes
. DONNE'ES à Versailles au mois d'Avril
l'an de grace mil sept cens trente- six , et de notre
Regne le vingt-uniéme, Signé , LOUIS, Et
plus bas . Par le Roy. Signé , PHELYPEAUX. A
côté est écrit , Visa. Signé , CHAUVELIN. Et
au-dessous .
Registrées , oui le Procureur Général du Roy ,
pour jouir par ledit Impetrant , ses enfans mâles
en ligne directe , nés et à naître en loyal mariage,
Proprietaires dudit Duché- Pairie de Chastillon
de l'effet et contenu en icelles , et être éxecutées selon
leur forme et teneur, suivant l'Arrêt de ce jour,
A Paris en Parlement le vingt- six Avril mil sept
cens trente-six. Signé , Y SABEA U avec paraphe.
Et en conséquence desdites Lettres , ledit Sieur
Duc de Châtillon a été reçû en la qualité et dignité
de Duc et Pair de France , fait le serment
accoûtumé , et juré fidelité au Roy , suivant l'Arrêt
de ce jour. A Paris en Parlement le onze May
mil sept cens trente- six. Signé , YSABEAU,
ORDONNANCE du Lieutenant General de
Police , du 28. Novembre , qui condamne à l'amende
plusieurs Particuliers et Particulieres ,
pour avoir été trouvés vétus d'Indienne.
DECLARATION du Roy du 4. Décembre ,
Registrée en Parlement le 22. qui ordonne que
le droit de dix sols par chaque voye de Bois à
bruler , qui sera vendu sur les Ports , Quais er
Chan192
MERCURE DE FRANCE
on
Chantiers de la Ville de Paris , continuëra d'êtrÉ
perçu pendant le courant de l'année 1737. au
profit ue l'Hôpital Général .
ARREST du même jour , qui interprete celu
du 3. Février 1688. et regle les formalités à obe
server pour empêcher es abus qui se commer
tent à l'occasion de la restitution des droits a’en»
trée et de sortie sur les Cires jaunes venant de
l'étranger , et qui sortent du Royaume après y
avoir été bianchics.
AUTRE du même jour , qui ordonne que les
quatorze partie de rentes viageres de la Tontine
créées par Edit du mois d'Août 173a
énoncées en
l'état annexé audit Arièt , seront remboursées.
DECLARATION du Roy , du 6. enregistrée
au Parlement le 22. du même mois , portant
Reglement pour ceux qui obtiendront à l'avenir
des Degrés dans les Universités du Royaume.
SENTENCE de M. le Lieutenant Criminel, du
même jour , pour désabuser le Public du faux
bruit qui s'est répandu, qu'il en coûte cent un écus
pour la reconnoissance des Cadavres qui song
aportés à la basse Géole du Châtelet.
ARREST du 8. dont la teneur suir,
Le Roy s'étant fait représenter un nouveau
Libelle qui paroît depuis peu dans le Public , sans
nom d'Imprimeur , sans Privilege ni permission ,
Sous le titre de Copie de la Lettre de M. de Laon
à M. l'Evêque de *** du premier Septembre 1736.
Sa Majesté auroit reconnu que cet Ecrit , qui
n'est qu'un tissu d'invectives et de déclamations
injurieuses
JANVIER 1737. 103
injurieuses , porte les mêmes caracteres d'artifice
dans l'exposition des faits , d'équivoque dans les
expressions , d'abus dans les maximes , que les
Ouvrages dont on y entreprend la défense , et
dont S. M, a ordonné la supression par ses Arrêts
des 2. Janvier , 15. May , 17 Juillet 173 Se
et 27. Juin 1736. Qu'an hien de respecter l'au
torné de ces Arrêts et la sagesse des motifs qui
les ont inspirés , on continue d'attaquer témefairement
l'usage que le Roy fait de son pouvoir
pour affermir d'un côté l'obéissance et la soumission
qui sont dûes aux décisions de l'Eglise
et pour prévenir , de l'autre , les suites dange
reuses d'un faux zele , qui par des moyens indi
gnes de la cause qu'il veut détendre , ne tend
qu'à répanore le trouble et la division ; et com
me le Roy ne sçauroit réprimer trop prompte
ment la licence avec laquelle on ose s'ekever
contre des Arrêts rendus dans cet esprit , pour
maintenit la tranquillité publique , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne que
led , Imprimé de meurera suprimé, comme renouvellanter
soutenant des propositions et des expressions
téméraires, séditieuses, contraires au respect
qui est dû au Roy et à son autorité, attentatoires
aux maximes du Royaume, tendantes à émouvoir
les esprits et à troubler la tranquillité publique.
Enjoint S. M. à tous ceux qui en ont des Exemplaires
, de les remettre incessamment au Graffe
du Conseil ,• pour y être lacerés , fait défenses à
tous Imprimeurs, Libraires , Colporteurs et au
tres , de quelque état , qualité ou condition qu'ils
soient , d'en imprimer , vendre , débiter ou autrement
distribuer , à peine de punition exemplaire
, &c.
AUTRE
194 MERCURE DE FRANCE
*
AUTRE du 11. portant Reglement pour ema
pêcher dans l'interieur des Provinces de la Fer
me , les versemens de Tabacs qui sortent de celle
d'Alsace .
AUTRE du 18. qui proroge pour trois ans , a
compter du premier Janvier 1737. la perception
du droit d'un demi pour cent , ordonné par la
déclaration du 10. Novembre 1727. être levé
sur les Marchandises venant des Isles et Colonies
Françoises de l'Amérique.
AUTRE du même jour , qui ordonne que les
Caffés provenant des plantations et cultures des
Isles Françoises de l'Amérique , jouiront dans les
Ports désignés par l'Article premier du Reglement
du 29.May 1736. du benefice de l'entrepôt
pendant un an , au lieu des six mois fixés par
I'Article IV . dudit Reglement.
DECLARATION du Roy , du 23. Registrée
en Parlement le 29. qui permet aux Boulangers
de la Ville et Fauxbourgs de Paris , d'acheter des
Bleds et Farines au Marché de la Ville de Brie
Comte-Robert.
ORDONNANCE du Roy , du 26. pour
Parrangement des Carosses aux entrées et sorties
des Spectacles à Paris.
Sa Majesté étant informée des contestations
et querelles qui s'élevent journellement aux entrées
des Spectacles des Comédies Françoise et.
Italienne à Paris , au sujet des places que les Co
chers des Seigneurs , tant François qu'Etrangers
et autres personnes de distinction , croyent avoir
droit d'occuper ; ce qui , outre les embarras et
dangers
JANVIER. 1737. 195
Aangers évidens qui en résultent , tant pour les
Carosses et autres Voitures , que pour les personnes
, peut même occasionner quelquefois des
démêlés entre les Maîtres. A quoi S. M. désirant
remedier , elle veut et entend qu'il n'y ait
aucune préséance ni place marquée pour les Carosses
, et qu'ils ayent tous , sans aucune excep
tion ni distinction , à se placer à la file les uns
des autres , au fur et à mesure qu'ils arriveront
aux entrées des Spectacles des Comédies Françoi
se et Italienne , sans pouvoir même doubler ni
embarrasser le devant desdits Spectacles , qui sera
réservé libre pour la facilité du défilé , de façon
que la voye publique ne puisse être embarrassée
; et qu'à l'entrée et à la sortie desdits
Spectacles , les Cochers soient tenus de prendre
la file , sans en former plusieurs , ni se couper
les uns les autres , pour quelque cause que ce
soit . Ordonne S. M. d'emprisonner les Cochers
contrevenans , défendant très expressément à
toutes personnes de quelque qualité et condition
qu'elles soient , de s'oposer directement ni indirectement
à ce qui est cy- dessus ordonné , er
d'empêcher par la force ou autrement , que ceux
qui y contreviendront pe soyent arrêtés et conduits
en prison , &c .
#
ARREST du premier Janvier 1737. qui
ordonne que l'imposition et levée du Dixième ,
ordonnées par la Déclaration du 17. Novembre
1733. cesseront à commencer du premier Janvier
1737.
Le Roy s'étant fait représenter la Déclaration
du Novembre
17. 1733. qui ordonne la levée du
Dixième du revenu de tous les biens - fonds du
Royaume , et qui contient , entre autres dispo
sitions,
To MERCURE DE FRANCE
sitions , que cette imposition cessera trois mois
après la publication de la Paix ; S. M. auroit reconnu
qu'aux termes de cette Déclaration, il seroit
nécessaire de proceder à la confection de
nouveaux Rôles pour l'imposition du Dixiéme
pour l'année 1737. à quoi l'on ne pouroit se dis
penser de satisfaire , s'il n'y étoit autrement
pourvû. Et voulant donner à ses Sujets des márques
de la satisfaction qu'elle a du zele qu'ils lui
ont témoigne dans tous les temps, et récemment
pendant le cours de la derniere guerre , et contribuer
à leur soulagement le plutôt qu'il lui
est possible , en faisant cesser l'imposition du
Dixiéme, même avant la publication de la Paix.
Vu ladite Déclaration , oui le raport du sieur
Orry , Conseiller d'Etat , et Ordinaire au Conseil
Royal, Contrôleur General des Finances, sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que l'imposition et levée du Dixième, ordonnées
par la Déclaration du 17. Novembre
1733. cesseront à commencer du premier Janvier
de la présente année. Veut et entend S. M.
que ce qui reste dû de ladite imposition pour les
années 1734. 1735. et 1736. soit incessamment
perçu par les préposés audit recouvrement , pour
qu'au plus tard dans les six premiers mois de la
présente année les comptes en puissent être rendus
, & c.
TABLE.
Atalogue general des Mercures de France.
Privilege au Roy.
Liste des Libraires qui débitent le Mercure
Avertissement qu'on doit lire. !
Piccas
Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Le nouvel
An ,
Suite de la Dissertation sur l'Origine des Peu
ples du Pays de Caux ,
Stances sur la Foy ,
I
2
18.
Extrait de Lettre sur la Gravure inserée dans le
premier volume du Mercure de Décembre
dernier ,
Ode ,
22
26
Deuxième Lettre de M. de la F. sur un sujet de
Litterature ,
Ode sur la Paix ,
28
33
Memoire Historique sur le Village de Bretigni ,
Défaite de Goliath , Cantate ,
Réponse de Mile Archambault , sur la Constance
des deux Sexes ,
Enigme , Logogryphes , & c.
60
63
80
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS,
& c.
83
L'Esprit de S. Paul , ou les Pensées de cet Apôtre
, &c.
Amusemens du coeur et de l'esprit , &c.
Traité de l'abus , & c.
84
86
91
Nouvelle Traduction de l'Abregé Historique de
Justin , &c.
La Henriade , nouvelle Edition ,
Euvres Diverses de Bayle , & c.
46
106
107
Discours et Réception à l'Acad. Françoise , 109
Assemblée publique de l'Académie de la Rochelle
, &c. 116
Nouvelle Eglise de S. Thomas du Louvre , 122
Estampes nouvelles , & c.
Nouveaux Jerrons trapés ,gravés en taille -douce,
Manufacture des Gobelins ,
Loterie de Turin , Avis ,
123
125
126
128
Muzette et Vaudeville notés ,
Spectacles ,
La Fille Arbitre , Comédie nouvelle ,
133
134
136
146
148
Nouvelles Etrangeres, de Russie et Allemagne, 144
'D'Italie et Grande- Bretagne ,
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour, de Paris , & c. 149
Bouquet à M. l'Abbé * * *
Morts , Naissances et Mariages ,
156
ibid.
Rondeau sur le Mariage de , & c,
༢ ་
174
Ode à la Paix , 175
Arrêts Notables ,
182
Errata du second volume de Décembre .
Page 2955. ligne 4. du bas , car, ôtez ce mot.
P. 2959. 1. 2. du bas , de Contantinople ,
ôtez ces mots.
P. 2964. ! , 18. pofter , 1. préter.
7
P. 982. 1. 25. lo , l. ie .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 30. ligne 15. japés , lisez , yap 81.
Ibid. 1. 14. mayoorly , lisez wasdevorlar.
P. 214. 1. 27. n'y , l`y
P. 138. 1. antepenultiéme , jour , l . jeu.
Les Jettons gravés doivent regarder la page
La Chanson notée , lapage
129
133
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER 1737.
QURICOLLIGIT
SPARGIT
Papillo
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVII.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
#
L
,
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
bni indiquera.
PRIX XXX, SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AV ROT.
FEVRIER. 1737.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
E' PITRE
'A MAD. LA MARQUISE DE **
En lui envoyant un Arrêt de Momus
qui casse les mauvais Auteurs -
de son Régiment.
Τα
Oi , que les mains de la Sagesse
Ornerent des dons précieux ,
Qui de la plus haute Noblesse
Relevent l'éclat glorieux ;
Lorsque ma Muse , encor sauvage ,
A ij Craignoic
198 MERCURE DE FRANCE
Craignoit de paroître à tes yeux
Tu sçûs animer son courage
Dar l'accueil le plus gracieux.
Mais dès qu'au foible badinage,
Que ma jeunesse avoit dicté ,
Tu donnas ton flateur suffrage ,
Tu chassas ma timidité.
Frapé du charmant avantage
Que recevoit ma vanité ,
Je crus devoir à mon Ouvrage
Ce que je tiens de ta bonté.
Souvent on devient témeraire ,
Lorsqu'on se livre à son penchant ;
Dans le doux espoir de te plaire
Un Auteur s'égare aisément.
Bien-tôt abandonnant les graces
Qui suivent un doux enjoûment
t
Je voulus marcher sur les traces
De ceux qui chantent gravement ;
Chargé de Sentences frivoles ,
Préferer de vaines paroles
A la beauté du Sentiment ;
Et te loüant à chaque Stance ;
Enfin lasser ta patience
Par quelque fade compliment,
Mon audacieuse Minerve
Tentoit d'inutiles efforts ;
Pour livrer ma timide Verve
FERVIER
i 1737 199
Aux plus magnifiques transports ;
Lorsqu'un doux rayon de lumiere
Vint éclairer mon froid cerveau
Bien-tôt la raison salutaire
Arracha mon fatal bandeau ,
Je vis dissiper ma chimere
Aux feux sacrés de fon flambeau.
Arrête , insensé , me dit-elle ,
Esperes- tu que ton Pinceau
Retrace une image fidele
D'un inimitable Tableau ?
Les Dieux , par le rare assemblage
Que tous leurs dons font éclater ,
Veulent faire admirer l'Ouvrage
Sans permettre de l'imiter .
A ces mots je quittai la Lyre
Que je faisois si mal sonner ,
Et riant de mon yain délire ,
Je me remis à badiner.
Abandonnant l'exactitude ,
Je recherchai la liberté ;
Et je fis ma plus chere étude
D'une aimable ingenuité.
Sans vouloir charger mon Ouvrage
De froids grands mots mis à dessein ,
Je parsemois sur mon passage
Les fleurs qui naissoient sous ma main,
Je préfère au choix de la rime
A iij L'heureux
200 MERCURE DE FRANCE
L'heureux tour de l'expression ;
Et toujours ma Muse s'exprime
Sans un air d'affectation ,
Qui prend le bon sens pour victime
Du mot qui rend le plus beau son.
Je ris d'un esprit qui se gêne
A rimer toujours ' richement :
Pour lui les Vers sont une peine
Pour moi c'est un amusement
Il cherche à fraper les oreilles ,
Je ne veux que toucher les cours ;
Sa Muse enfante des merveilles ,
Je plais par des riens féducteurs .
Je méprise ces froids Poëtes ,
Ces petits Pédans à lorgnettes ,
Qui tous vuides de sentimens ,
Nous font bâiller par leur bon sens
Tous ces Egreffins du Parnasse ,
Qui pensent imiter Horace
Par tous leurs transports languissans:
Il cede au beau feu qui l'inspiré ;
Chés lui c'est un docte délire ,
Chés eux ce n'est qu'un vain jargon
Que l'on siffle au sacré Valon .
Un Auteur en suivant Pindare ,"
Va bien loin dans peu de momens ;
Et Quand ce fol dit , je m'égare , ´
Il est perdu depuis long- temps.
Pour
FEVRIER: 1737. 201
Pour moi qu'un sage frein arrête ,
Et qui sçais borner mes travaux
Je laisse la fière trompette ,
Et j'embouche les chalumeaux ;
De séduisantes rêveries
Me conduisent loin des Cités ,
Couché sur l'émail des Prairies ,
J'ouvre mon coeur aux voluptés ;
L'aimable Reine de Cithere ,
Au pied des mirthes enlassés ,
M'y dévoile le doux mistere
Qu'une sagesse trop sévere
Dérobe à mes voeux empressés.
Saisi d'une amoureuse yvresse ,
Je bannis les tristes loisirs
Dans mon amour , dans ma tendresse }
Je sçais placer tous mes plaisirs
Euterpe à mes désirs fidele ,
Y fait passer devant mes yeux
Ces Bergeres dont Fontenelle
Forma les atraits gracieux ;
Lui-même , assis au pied d'un Hêtre ,
Leur donne de tendres leçons "
Et de leur chalumeau champêtre ,
Sçait radoucir les aigres sons .
Dans ces beaux Lieux tout nous inspire
Une aimable simplicité ;
Notre main n'ose point écrire
A iiij Que
For MERCURE DE FRANCE
Que ce que le coeur a dicté ;
Notre esprit y dit ce qu'il pense
Mais il l'explique simplement ,
D'une vive reconnoissance
Mon coeur se pénetre aisément
Mais je méprise l'éloquence
D'un insipide compliment ;
Une charmante négligence
De tous mes Vers fait l'agrément.
J'évite la noble imposture
Que cache un Vers plein de clinquant &
Des mains de la seule Nature
Le mien reçoit son ornement.
J'aperçois dans mes rêveries
Les Papillons toujours légers ,
Aux seules fleurs de nos Prairies ;
Prodiguer leurs tendres baisers ;
Jamais leur troupe ne s'arrête
Sur les Chênes audacieux ,
Qui semblent vouloir jusqu'aux Cieux
Elever leur superbe tête.
'Ainsi dans mes foibles Chansons ,
Je chante les Bois , les Moutons ;
Et c'est sur la simple Musette
Que je vais former tous mes sons.
Jamais une ardeur téméraire
Ne guide mon vol orgueilleux ;
Tel dit , qu'il fuit loin du vulgaire ,
Qui
FEVRIER:
203 1737
Qui rampe toûjours à nos yeux,
Tantôt peignant le doux murmure
D'un Ruisseau qui fuit lentement ;
Les Frés reprennent leur verdure ,
Les fleurs naissent dans un moment.
la Rive Orientale Dès
que
Se peint des plus vives couleurs ,
Et que l'Amante de Céphale
Vient embellir les Prés de fleurs ,
Que les Zéphirs fendant la nuë
Devancent son Char dans les airs
célebrer sa venuë
Y Que pour
Leur souffle anime l'Univers ,
Comme la Trompette bruyante
Rassemble les Enfans de Mars ,
Aux Lieux où la guerre sanglante
Vient déployer ses Etendarts.-
Ici la Musette charmante
Annonce une Fête galante`;
Echauffe , anime tous les coeurs
Par ses accords les plus fateurs.
Le Berger conduit sa Bergere ,
Le seul Amour guide leurs pas ;
Sous leurs pieds foulant la fougere ,
Ils forment des jeux pleins d'apás.
Tantôt des baisers pleins de flames ,
Sont les garans de leurs ardeurs ;;
L'Amour occupe seul leurs ames
204 MERCURE DE FRANCE
Il leur prodigue ses douceurs.
Si- tôt que l'amour est extrême ;
On sçait trouver un doux instant ;
Avec un tendre Amant qu'elle aime ,
La beauté s'égare aisément.
Cependant du haut des Montagnes
L'Ombre descend dans les Vallons
Et le Soleil dans nos Campagnes
Répand ses languissans rayons ;
Ainsi couché sur la fougere ,
J'attends un aimable repos ;
Bien- tôt sur ma foible paupiere
Le sommeil verse ses pavots .
Alors d'agréables mensonges
Viennent enchanter tous mes sens
Mes esprits sur la foi des songes
Goûtent des plaisirs séduisans.
Bien-tôt recevant la marotte
Des mains du Dieu de l'agrément
Ma Muse arbore la calotte ,
Et badine légerement .
Il me berce de la chimere
Que j'obtiendrai facilement ;
Si j'ai trouvé l'art de te plaire ,
Un Emploi dans le Régiment.
SUITE
FEVRIER.. 1737 205
******* :X:XXXXXXX
SUITE de l'Essay d'un Traité Histo
rique de la Croix de Notre Seigneur
J
JESUS CHRIST. -
E m'étois proposé , comme je l'ai die
en finissant la premiere Partie de cet
Essay , d'exposer briévement , avant que
d'arriver au temps destiné par la Provi
dence au triomphe de la Croix , ce que
l'on peut sçavoir des autres Croix dont
celle de J. C. a été la premiere cause et
l'Exemplaire des Croix , dis - je , de
quelques Martyrs qui ont fini leur vie
de la même maniere que le Sauveur :
mais un Sçavant du premier ordre , ( le
R. P. Tournemine ) qui a vû mon premier
Projet , et dont je me fais un
devoir de suivre les avis , m'a conseillé
d'omettre ce détail , et de ne parler
dans ce Traité que de la Mort de
S. Pierre et de S. André Apôtres , qui
certainement ont été crucifiés , ce qu'on
lit de quelques autres Saints qui ont
souffert de la même maniere , n'étant pas
si certain , ni tout -à- fait exempt de récits
apocryphes et fabuleux.
A vj
DE
206 MERCURE DE FRANCE
4
DE LA CROIX DE S. PIERRE.
Quoique Jesus-Christ ait assuré tous
ses Apôtres qu'ils boiroient son Calice et
qu'ils seroient lavés de son Batême , c'està-
dire , qu'ils donneroient tous leur vie
pour la défense des Vérités Evangéliques ,
il paroît que le Sauveur a voulu distin
guer S Pierre des autres Apôtres , com
me il l'avoit véritablement distingué en
pouvoir et en prééminence dans l'Apostolat
, par les paroles raportées dans le
xvie. Chapitre de S. Matthieu v . 17. et
suivans il paroît , dis - je , que le Sauveur
a voulu que Pierre mourût d'une
Mort semblable à la sienne. Il lui en fit
la prédiction en ces termes , après lui'
avoir demandé trois fois de suite s'il l'aimoit..
En vérité en vérité je vous le dis : lorsä
que vous étiezplus jeune vous vous ceigniez
vous-même , et vous alliez où vous voulie
mais lorsque vous serez vieux , vous étendrez
vos bras et un autre vous ceindra , et
vous menera où vous ne voulez pas. S.Jean
Chap. xxI . v. 18 .
L'Evangéliste ajoûte tout de suite : Or
il dit cela pour marquer par quelle mort il
devoit glorifier Dieu et après avoir ainsi
Parlé ,illui dit: Suivez moi. v. 19. ce quis
estr
FEVRIER. 1737. 207
est l'explication la plus vraye , la plus
claire et la plus respectable des Paroles
qui précedent.
Empruntons ici le langage d'un sçavant
Commentateur moderne qui a puisé
dans les sources les lumieres dont if
nous fait part. » Les expressions du Sau
» veur , dit le R. P. Dom Calmet , dési
gnoient le martyre que cet Apôtre de-
>> voit souffrir environ 34 ans après.
» S. Pierre fut mis en prison et conduit
» au suplice , comme le Sauveur l'avoit
» prédit. Il étendit ses bras pour être enchaîné
, et ensuite pour être crucifié
>> car il mourut sur la Croix , comme le
témoignent les Anciens. ( Lactante ,
S. Chrysostome , Clement d'Alexandrie ,
Prudence , Eusebe , Origene . )
»Le martyre , ajoûte D. Calmet , est représenté
, non comme un suplice , mais
» comme un moyen de glorifier Dieu.....
» C'est le témoignage le plus glorieux
»que l'Homme puisse rendre à la verité
wet à la Divinité, que celui qu'il scelle de
'son propre sang.S.Pierre s'estima si glo-
» rieux , qu'il pria les Bourreaux de le
crucifier la tête en bas , ( Suivant Eu
sebe , Prudence , S. Chrysostûme , S. Au
wgustin ) ne se croyant pas digne de
mourir dans la même posture que son
n Diew
208 MERCURE DE FRANCE
Dieu. ( Théodoret , Saint Maxime . )
Et sur ces paroles de J. C. à S. Pierre;
Suivez- moi. » Et en même temps le Sau-
➜veur se mit à marcher , et S. Pierre à le
suivre. Il vouloit marquer par cette
>> action que Pierre le suivroit au suplice
»de la Croix. ( S. Chrysostôme , S. Cyrille
Tolet , Maldonat , &c. )
Enfin sur le Verset 22. du même
Chap. xx1 . de S. Jean : Je veux qu'il demeure
ainsi jusqu'à ce que je vienne ; que
vous importe ? Dom Calmet remarque que
S. Augustin et quelques autres ont pris
ce Passage fameux par raport à l'état de
S. Jean &c. dans le sens que voici.
» Je veux qu'il demeure en ce Monde
» jusqu'à ce que je vienne l'enlever par
>> une mort naturelle , que vous importe
? Pour vous , parlant toûjours à Saint
n Pierre , suivez- moi , et attendez - vous
» de mourir comme moy sur la Croix .
»C'est là votre partage.
Les Prédictions d'un Dieu , ainsi que
ses Promesses , sont toûjours infaillibles.
Lorsque les momens furent arrivés , le
Sauveur voulut , pour ainsi dire , confir
mer à S. Pierre l'assurance qu'il lui avoit
déja donnée de mourir sur une Croix ;
et il en ménagea l'évenement de la maniere
que le raporte S. Ambroise , Serm.
Après LXVIII
FEVRIER . 1737. 209
Après la victoire de S. Pierre ( Tillemont
, Histoire de l'Eglise , Tome I. ) sur
Simon le Magicien , dit le S. Docteur
les Chrétiens le prierent de se retirer ,
sçachant qu'on le cherchoit. Il se retira
durant la nuit ; et il étoit déja à la Porte
de Rome , lorsqu'il vit JESUS- CHRIST
qui entroit par la même Porte. Il lui demanda
: Seigneur , où allez - vous ? Je viens
à Rome , lui répondit J. C. pour être crucifié
de nouveau. S. Pierre comprit aussitôt
le sens de cette parole , retourna sur
ses pas , raconta cette vision aux Fidéles ,
et ayant bien- tôt été pris , il glorifia
J. C. par sa Croix et par sa Mort.
M. de Tillemont observe que ce que
J.C. dit alors à S. Pierre , Je viens à Rome
pour être encore crucifié , est cité dans le
Commentaire sur le Pseaume CI. v. 2 .
attribué à S. Grégoire , ou plûtôt à Gregoire
VII.
S. Pierre , dit le même Historien , fut
crucifié ou attaché à un Poteau , selon
l'expression de quelques Grecs , ce qui
ne signifie que la même chose. Il fut
crucifié la tête en bas , comme il l'avoit
demandé lui- même aux Executeurs. I
souhaita d'être ainsi crucifié pour augmenter
encore la douleur de la Croix,
et de peur qu'on ne crût qu'il affectoit
14
la
to MERCURE DE FRANCE
fa gloire de J. C. s'il eût été crucifié de
la même maniere que lui , il étendit ses
mains sur la Croix. Il fut attaché avec
des clous , selon plusieurs Peres . Tertulien
dit avec des cordes. On peut avoir
fait l'un et l'autre.
péc
Et plus bas : Le 29. Juin fut le jour
auquel S. Pierre et S. Paul glorifierent
J. C. l'un par la Croix , l'autre par l'E
Deux saintes Femmes , Basilisse
et Anastasie , eurent soin de leurs
Gorps , selon le Ménologe des Grecs.
Elles furent décapitées pour ce sujet . Les
Grecs et les Latins en font la mémoire le
15. d'Avril.
Theodose le jeune dans sa Loy du 1.
Février CCCCXXV. met la Mémoiredu
martyre des Apôtres entre les Jours
qui étoient célébrés par tout le Monde ,-
consacrés à la Priere , &c. * Défense de
donner aucun spectacle..... Le Code de
Justinien y défend de plus tous Actes de
Justice même les Arbitrages volontaires
.
Enfin notre Historien observe que S.
Pierte , mort , comme il l'a déja dit , le
29. Juin de l'an 66. peut avoir siégé 240
* Cette circonstance mérite une réfléxion para
ticuliere par raport à ce qui se passe aujour
bui.c.
ans,
FEVRIER: 17370 211
ans , ayant environ 70. on 75. ans .
On peut consulter sur le même sujet
du crucifiment de S. Pierre le se
Tome
des Actes des Saints du mois de Juin
P. 403. et suivantes. Les Recherches des
sçavans Auteurs nous aprenent que le
martyre des deux S S. Apôtres fut particuliérement
occasionné par l'embrasement
de la Ville de Rome , arrivé l'ant
64. de l'Ere vulgaire , le même dont Tacite
Liv. XV. et Suetone Liv. XVI.
font mention , embrasement dont on accusa
les Chrétiens. Ce martyre arriva
selon nos Auteurs , en Pannée 40. de
Neron.
Leurs Recherches nous aprenent encore
quelques circonstances , qu'il est
bon de raporter ici dans les mêmes termes
qu'ils ont employés .
Et accedens ad Crucem rogavit , ut Crucis
inversis vestigiis figeretur , eâ reverentia ne
ita servus crucifigi videretur ut Dominus.
Quod ubi factum est , cepit de Cruce ad 'Po
pulum loqui. Oratio Petri in Cruce , &c.
Et cum magna voce omnis Populus respondisset
Amen, emisit spiritum. Cujus corpus
Marcellus , unus ex Discipulis ejus , nullius
expectans sententiam , propriis manibus de
Cruce deposuit , et pretiosissimis Aromatibus
conditum in suo ipsins Sarcophago collocavis

212 MERCURE DE FRANCE
in Loco qui dicitur Vaticanus ,juxtà Viam
triumphalem.
Et dans le VIe. Tome des Actes des
Saints du même mois de Juin , on trouve
ce qui est raporté dans le Martirologe
d'Usuard , en ces termes : III. Kal. Jul.
die 29 Junii : Roma Natalis beator. Apostol
Petri et Pauli , qui passi sunt sub Nerone
Casare , Basso et Tusco Coss. avec la Note
qui suit , au sujet de ce Consulat , qui
emporte une erreur de Fait.
Bassi et Tusci Consulum nominibus perà
peram cum Nerone Casare connexis , utpote
à quo totis fermè duobus saculis sejungunturà
ut clarè intelligas Translationem seu depositionem
alteram , & c. sur quoi ils renvoyent
à M. de Tillemont ,qui a éclairci
ce Point de Chronologie dans le Ier.Vol.
de son Histoire de l'Eglise.
Il ne faut pas douter que la Croix de
S. Pierre n'ait été en grande venération
chés les premiers Fideles . Selon Moladans
son IIIe Liv . Ch . 22. des Stes
Images , plusieurs Eglises de Rome prétendent
en avoir quelque portion , qu'el
les conservent précieusement.
nus ,
DE LA CROIX DE S. ANDRE'.
L'Apôtre S. André , Frere de S. Pierre,
cû un avantage particulier ; c'est d'avoir
FEVRIER. 1737. 213
voir été le premier des Apôtres et des
Disciples de JESUS- CHRIST dans l'ordre
de leur vocation , et d'avoir été pour
ainsi dire , l'instrument de celle du
premier
Chef visible de l'Eglise. André d'abord
Disciple de Jean Baptiste ( S. Fean
ch. 1. v. 36. 37. 41. 42. ) entendant le S.
Précurseur apeller J. C. l'Agneau de
Dieu , & c. suivir sur le champ ce Divin
Maître , et peu de temps après , ayant
trouvé son Frere Simon , et lui ayant dit
qu'il avoit trouvé le Messie , le Christ , il
le mena à Jesus , qui l'ayant consideré
lui dit ces grandes paroles : vous êtes Simon
, Fils de fona , & c.
Un autre privilége d'André , c'est d'avoir
été honoré d'une seconde vocation ,
lorsque (S. Matth. ch. 4. v. 18. 19. 20. )
Jesus marchant le long de la Mer de
Galilée , vit Simon et André , son Fre
re , qui jettoient leurs filets dans la Mer,
et leur dit suivez moi , &c. :
De plus S. Mathieu et S. Luc , en par
lant de l'Election que fit J. C. de ses
douze Apôtres , mettent à leur tête Pierre
et André. Quelques temps après , le
Sauveur demandant à ses Disciples comment
on pouroit donner à manger à cinq
C'est l'Epithete que les Grecs lui donnent ordinairement
Πρω1όκλητος .
mille
214 MERCURE DE FRANCE
mille Hommes qui l'avoient suivi dans
le Desert , André prit la parole le premler
, et dit à J. C : Seigneur , il y a ici
cinq pains d'orge et deux poissons ; mais
qu'est-ce que cela pour tant de monde ?
Et il fut témoin avec les autres du grand
Miracle qui suivit cette réponse. Le même
Apôtre toujours plein de zele pour
faire connoître le Messie , présenta à J. C. {
quelques Gentils que S. Philipe lui avoit
adressés . Enfin André , qui avoit entendu
de sa bouche la prédiction de la ruines
du Temple , lui demanda quand arrivefoit
le temps de cette destruction ? A
quoi J. C. fit une réponse conforme à sa
sagesse et aux desseins de son Pere. Et
c'est à- peu près tout ce que nous aprend
l'Ecriture au sujet de S. André.
Eusebe dit , après Origéne , qu'il a prê
ché dans la Colchide ; selon Théodoret
il a prêché dans la Gréce ; selon S. Grégoire
de Nazianze, particuliérement dans
l'Epire ; et selon S. Jérôme , dans l'Achaye.
Enfin dans les Additions que So
phrone a faites , aux Oeuvres de S. Jérôme,
après avoir traduit en Grec plusieurs-
Ouvrages de ce S. Docteur , dont il étoit
contemporain ; on trouve que S. André
a prêché dans la Scythie , la Sodgiane
et à Sébastople dans la Colchide . Mais તે
ces
FEVRIER: 1737 215
ces Additions ne paroissent pas d'un
grand poids à M. de Tillemont ; quoiqu'il
soit très - possible que notre Apôtre
ait parcouru plusieurs Régions , et
qu'il ait annoncé l'Evangile à plus d'un
Peuple.
Les nouveaux Grecs, dit M. de Til. luf
attribuent la fondation . de l'Eglise de
Contantinople, apellée alors Byzance, ce
qui ne paroît pas connû des Anciens, non
plus que tout ce que disent aujourd'hui
les Moscovites de divers Endroits de
leurs Etats , où ils prétendent que cet
Apôtre a prêché.
S. André , continue le sçavant Historien
, confirma les verités qu'il avoit prê
chées par le sang qu'il répandit à Patras
en Achaye , ayant été condamné à être
crucifié par Egée , Proconsul de la Province
. S. Pierre Chrysologue , qui a fait
un Sermon de cet Apôtre , prononcé le
jour de sa Fête , dit qu'il fut crucifié à
un Arbre : nous avons une Hymne en
son honneur , attribuée au Pape Damase
où il est dit seulement qu'il avoit
été crucifié .
>
On prétend que la Croix qui a servi
d'instrument à son martyrę , se conserve
encore à S. Victor de Marseille , et qu'elle
a la même figure que celle de N. S. On
ne
216 MERCURE DE FRANCE
ne dit point d'où vient que les Peintres
la représentent de cette maniere X.
Les particularités de sa mort sont dé
crites plus amplement , ajoûte M. de T.
dans une Lettre, attribuée aux Prêtres
et aux Diacres d'Achaye , ses Disciples ,
témoins oculaires ; mais il y a lieu , ditil
, de croire qu'elle est apocryphe , &c.
Quoiqu'elle soit reçûë par Baronius et
par le P. Alexandre , il reconnoît cependant
pour certain que ce qui est dit
2 dans cette Lettre de l'amour de S. André
pour la Croix , est bien digne d'un
Apôtre , et que ces paroles ont été relevées
par P. Damien , par S. Bernard et
par d'autres , qui ont fait des Sermons
celebres sur S, André , à l'imitation de
plusieurs Grecs. M. de T. convient seulement
qu'il y a lieu de croire , au moins ,
que les mêmes sentimens , exposés dans
la Lettre d'Achaye , ont été gravés dans
le coeur de cet Apôtre.
Il finit en observant que tous s'accor-
'dent à célebrer sa Mémoire le XXX . No-
.
et
vembre , que le temps de son
martyre
est incertain , qu'il fut enterré à Patras
puis transporté
à Constantinople
,
qu'on a suposé un faux Evangile
à S.
André , comme on lui a attribué des Ac
tes , fabriqués par des Héretiques
.
On
FEVRIER: 1737 217
On sçait que M. de T. a ajoûté de
Sçavantes Notes à la suite des sujets qu'il
-a traités. Ces Notes sont souvent des
Dissertations entieres où il y a beau
coup à aprendre . Telle est la Note II.
Intitulée , Examen des Actes de S. André,
dont je me contenterai d'ajoûter ici le
précis.
» Nous avons , dit il , des Actes du
» martyre de S. André , dont le Titre
» porte qu'ils sont écrits par les Prêtres
» et les Diacres d'Achaye , témoins ocu-
» laires de ce qu'ils raportent , et adres
» sés à toutes les Eglises du Monde , Pie-
» ce la plus ancienne et la plus autenti-
» que , après les Ecritures , pourvû que
» ce Titre soit véritable .
L'Auteur entre là - dessus dans une lona
gue critique , avoüant après tout que la
Piéce est conforme à tout ce que les Anciens
nous ont apris de la mort de Saint
André , et qu'elle est suivie par l'ancien
Missel des Gaules , & c. citée dans le IXe.
siécle par Remy d'Auxerre , puis par
Lanfranc , par Pierre Damien , par Yves
de Chartres , par S. Bernard , &c. Baronius
, comme on l'a déja vû , reçoit ces
Actes comme légitimes , suivi en cela
par le P. Alexandre.
» Mais , dit M. de T. des habiles
gens
» ont
18 MERCURE DE FRANCE
» ont peine à lui donner une entiere au-
» torité , et croyent que , suposé mê-
» me que l'Histoire de la mort de Saint
» André ait été écrite par ses Disciples
» nous ne l'avons pas dans sa pureté , au
» sentiment de M. de Sainte Beuve . Dès
» le commencement de l'Eglise il y a eû
» des Actes composés ou publiés par des
» Héretiques.
par
Là- dessus le sçavant Auteur continuë
sa Critique , et fait remarquer quelques
differences entre les Menées des Grecs ,
et la Lettre de l'Eglise d'Achaye . On lit
dans les Menées que S. André fut cloüé
à la Croix , pornλra , au lieu que la
Lettre porte qu'Egée ne voulût pas qu'on
le clouất ; mais qu'afin qu'il souffrit plus
long-temps , il le fit lier et étendre
les pieds et par les mains , comme sur le
Chevalet ; ce qui peut , dit notre Crisi
que , avoir donné occasion de peindre la
Croix de S. André comme une X. Cette
derniere remarque me paroît mériter at
tention . Enfin , selon la Lettre de l'E
glise d'Achaye, l'Apôtre vêcut deux jours
en Croix , instruisant toûjours le Peuples
et selon l'expression des Grecs dans les
Menées , S. André auroit été crucifié la
tête en bas.
Jacques Chifflet , Médecin, ajoûte M.
de
FEVRIER.
de T. avoit , dit on , prépare
sur la forme de la Croix de S.
mais tout fondé sur les Sculptur
Peintures. Je n'ai point vû , dit- il , co
que M. du Saussay a fait sur le mêm
Apôtre. On ne sçait point le temps de
son martyre. Patras , où il a souffert ,
étoit une Colonie Romaine depuis Auguste
, qui la rebâtit , sur quoi il cite
Wheler dans son voyage de Grece Il dit
enfin que le Corps de S. André fut porté
à Constantinople sous l'Empereur
Constantin , ou Constance.
Il y auroit ici quelques Réflexions à
faire sur la Critique de la Lettre de l'Eglise
d'Achaye , peut -être un peu trop
poussée par M. de Tillemont ; Critique
qui ne décide rien : mais ces Réflexions
pouront être placées ailleurs. Je dois
pour ne point exceder certaines bornes ,
toute la place qui me reste à une Piece
qui regarde directement notre sujet ,
qui en est la suite naturelle , et qu'on ne
sçauroit employer plus à propos.
* M. de Tillemont reconnoît ailleurs qu'au sen
timent de plusieurs , c'est sous l'Empereur Domitien.
Ax
B LETTRE
MARE DE FRANCE
ye S. Victor de Marseille , de
1220
M
de
M.
l'Abbé
le
Fournier
;
je Royale des Belles Lettres de
é , au sujet de la Croix de S.
répondre , Monsieur , à ce que
I vous souhaitez de moi , sur le Monument
qui est conservé depuis plusieurs
siècles dans notre Abbaye , je vous
avouërai d'abord avec franchise , qu'après
bien des recherches , je n'ai trouvé
aucun Titre , aucun Mémoire qui aprenne
d'où nous est venue la Croix de Saint
André. Tout ce qu'en ont écrit Mrs de
Ruffy , le P. Guesnay Jesuite , et autres ,
n'est fondé , selon moi , que sur des Traditions
populaires , accompagnées de circonstances
manifestement fausses . Nous
ne pouvons citer en notre faveur qu'une
longue possession , er l'Axiome du Droit
commun , Possideo quia possideo , possession
d'autant plus assûrée , qu'elle ne
nous a jamais été contestée , que je sçache.
Cette précieuse Croix du martyre de
S. André , est dans une Chapelle de l'Eglise
inferieure de S. Victor , et dans le
bas
FEVRIER. 1737. 221
bas d'une Tour très ancienne , dont le
haut sert de Vestibule à l'Eglise supérieure
. C'est là que dans une grande Armoire
à droite on conserve cette véne
rable Croix , dont la figure est à présent
en sautoir X. et couverte de Lames d'Argent
, des liberalités de feu M. de Jarente
, Camerier de l'Abbaye , Gouverneur
de Laurette , lequel par son Testament
donna toute sa Vaisselle d'Argent pour
être employée à cette Décoration. Feu
M. Emery son successeur dans l'Office
de Camerier , et ensuite Sacristain de
l'Abbaye , son Ami intime , eut le soin
de cet Ouvrage , c'est lui qui a changé
la disposition de cette Croix. De droite
qu'elle étoit , comme celle du Sauveur
il l'a mise en sautoir ; peut-être pour fai
re plaisir à la Famille de Jarente , qui
porte un Sautoir de gueules pour Armoi
ries. Je crois , dis-je , qu'il eut plutôt
cette raison en vûë , que celle de suivre
la coûtume où l'on est de représenter de
cette maniere la Croix de ce saint Apôtre
: on en sera encore plus persuadé en
lisant l'Inscription que M. Emery a fait
graver aux extrémités de la Croix , contenue
dans deux Cartouches ; l'un à droi
te , et l'autre à gauche. Voici cette Inscription
.
Bij
In
22 MERCURE DE FRANCE
In hanc pretiosam Crucem , olim laminis
ferreis obteciam, nunc argenteis axornandam
ad perpetuum Monumentum singularis Fa
rentorum pietatis , ejusdemque crucis vexil
lum pro insigni Gentilitio , omnem summam
ex argento vasorum , moriens Illustriss. et
Reverendiss . DD. Petrus Dominicus-Joseph
de Farente, la Bruyere Cabanes , Patricius
Avenionensis , hujus Monasterii Camerarius
: ac Alma Domus et civitatis Laureta
in obiit die XXVIII. Augusti
qua na ,
An
.
MDC
.
LXXXXII
,
Gubernator
ac
Visitator
Apostolicus
.
1694
,
Benigne annuentibus venerabilibus DD:
Magno Priore , Religiosis , ac Capitulo bujus
celebris Massiliensis Monasterii. Cus
rante Agnato Amatissimo pranobili DD.
Foanne Baptista de Jarente , Domino de Venellis
, Carry et Rouet , Capellania in hoc
Altare fundata , Patrono. 1694.
,
Cette réparation s'étant faite quelques
années avant mon arrivée à Marseille , je
ne puis vous raporter que ce que j'ai
apris de nos Messieurs ; sçavoir , qu'ils
avoient toûjours vû cette précieuse Croix
droite , et faite comme celle du Sauveur,
qu'elle étoit couverte de Lames de Fer
plus venerable sans doute avec ces sim-
J
ples
FEVRIER: 1737 : 223
ples
ornemens
, qui
marquoient
plûtôt
le
soin
qu'on
avoit
pris
de
sa
conserva
tion
, que
de
son
embellissement
, le
Fer
étant
moins
exposé
à l'avarice
des
hommes
qu'un
Métal
plus
précieux
. Il y avoit
vers
le
bas
de
la
Croix
une
ouverture
pour
contenter
la
dévotion
du
Peuple
qui
venoit
en
grande
foule
honorer
et
baiser
cette
Croix
.
J'ai
encore

un
des
batans
de
la petite
Porte
de
fer
qui
fermoit
l'ouverture
. Les
Lames
de
fer
de
l'extrémité
du
haut
et
du
bas
paroissoient
avoir
été
blanchies
, aparemment
pour
quelque
Inscription
que
le
temps
avoit
effacée
.
Quand on cût enlevé les Lames de
Fer , attachées sur une Caisse de Bois ,
qui renferme toute la Croix , comme un'
Etuy , on vit dessus une Peinture ancienne
à demi effacée , qui représentoit le
saint Apôtre attaché à la Croix . On distinguoit
fort bien la tête d'un venerable
Vieillard à barbe blanche et longue. Le
reste du corps étoit presque tout effacé.
Je n'ai pû sçavoir de nos Messieurs , témoins
oculaires , si dans cette Peinture
les mains et les pieds étoient attachés
avec des Clous , ils n'y firent pas attention
, ou les extrémités étoient peut -être
trop effacées pour faire le discernement ;
Biij.
124 MERCURE DE FRANCE
on n'examina pas non plus assés exacte➡
ment de quel bois est la Croix . Il n'est
pas aparemment fort dur et incorruptible
, puisque l'extrémité d'en bas , plus
longue que les autres , celle sans doute
qui avoit été enfoncée en terre , étoit cariée
, et à demi pourrie. Il paroît même
encore aujourd'hui à travers un Chiffre
de Vermeil qui est au milieu de la Croix,
qu'elle est vermouluë en quelques endroits.
J'ai cherché dans la Chapelle qui renferme
ce Monument , si je ne trouverois
pas quelque Inscription , ou quel
ques Figures anciennes du Saint , mais
inutilement. Il n'y en a qu'une à la clef
de la voute sur la porte de la Chapelle ,
qui le représente , tênant sa Croix un
peu penchée , mais cette figure ne me
paroît pas ancienne. Le Tableau de l'Autel
, d'une assés bonne main , est moderne.
On m'a assuré que toute la voute
étolt anciennement ornée de Mosaïque ,
dont on avoit vû quelque reste ; mais je
n'en ai pû découvrir aucun vestige.
Vous avez , sans doute , vû , M. ce qui
est dit de S. André dans les Mémoires de
M. de Tillemont , qui assure n'avoir
rien trouvé qui puisse déterminer la disposition
de la Croix de cet Apôtre. Mo-
.
lanus
FEVRIER. 1737. 225
fanus L. IIIe de son Hist. des Images ,
croit qu'elle étoit comme celle du Sauveur.
Vossius dans son Harmonie Evangelique
, est du sentiment contraire
ainsi que Juste Lipse dans son Traité de
la Croix , du moins selon l'Edition que
j'ai de l'année 1597. qu'il a depuis augmentée.
Je ne me souviens pas de ce qu'en
dit Galonius , dont je n'ai pas le Livre de
Martyrum Cruciatibus. Il est inutile de
citer d'autres Auteurs , qui se copient
très-souvent.
· •
Vous trouverez des choses plus curieu
ses dans les Acta Sanctorum des sçavans
Bollandistes T. I , du mois de May. Ils
citent entr'autres choses , les paroles suivantes
d'un Auteur . Gloriantur Mosci
Terram Russia esse baptisatam à B. Andrea
Christi Apostolo crucemque
suam illic collocasse. Vous y trouverez
aussi un Martyrologe ou des Ephemerides
ornées de figures qui sont fort curieuses.
Notre S. Cassien n'y est pas oublié
. Je ne me souviens pas de quelle
maniere S. André est representé. Ils disent
aussi qu'ils ont un Livre Manuscrit
De forma Crucifixionis S. Andrea , composé
par Jean- Jacques Chifflet , Méde
sin de Besançon , connu par d'autres Ou-
Biiij vrages,
26 MERCURE DE FRANCE
vrages. Je n'en ai pas grande opinion ,
s'il n'a pas de meilleurs garans que ceux
qu'il cite dans son Histoire de Besançon ;
sçavoir Paradin , le P. Guesnay , & c.
Je n'ai point vû Paradin de statu and
tiquo Burgundia ; je ne sçai d'où il a pris
qu'en l'an 401. un Etienne , Roy de
Bourgogne , mit la Croix de S. André
dans l'Eglise de S. Victor de Marseille.
Remarquez , s'il vous plaît , cette époque
, et voyez si on peut se fier à de pa- .
reils Auteurs : Cassien , comme vous le
sçavez , n'est venu à Marseille qu'après
la mort de son cher Maître , S. Chrysostome
, arrivée l'an 409. et sûrement on
n'avoit pas encore bâti de Basilique sur
le Tombeau de S. Victor , lequel étoit
alors , selon toutes les aparences , encore
dans la Grotte du Cimetiere public ;
où on l'avoit déposé après son martyre :
In Crypta nativo in saxo operosè ac decenter
excisa , disent les Actes composés par
S. Honorat , Evêque de Marseille . De
plus , on ne trouve point cet Etienne
parmi les Rois de Bourgogne , lesquels
en ce temps- là étoient encore fort attachés
à l'Arianisme , et Ennemis déclarés
des Catholiques .
L'Histoire raportée sur ce sujet par le
P.
FEVRIER 1737 227
P. Guesnay , n'est pas plus certaine ;
sçavoir , que le Bienheureux Hagues , Sacristain
de S. Victor , avoit trouvé cette
sainte Croix cachée dans les ruines de
l'Eglise des Religieuses , bâtie sur les
bords de la Riviere d'Uveaune. Car si
ces Religieuses , comme vous l'allez voir,
n'ont jamais demeuré dans ce Lieu là
que deviendra l'Histoire en question ?
J'en ai la preuve en main : c'est l'Acte
de la fondation faite par Reynier Evê
que de Marseille , l'an 1204. en faveur
Religieux Prémontrés. Cet Acte est
raporté dans l'ancien Gallia Christiana',
dont les Auteurs ont mis Raymond pour
Reynier. Pour ce qui est des Religieuses
fondées par le saint Abbé Cassien
, dont le Monastere est aujourd'hui
dans la Ville , et porte le nom d'Abbaye
de S. Sauveur , ces Religieuses , dis -je ,
étoient établies plus près de S. Victor
vers le fond du Port , au lieu à peu près
où est aujourd'hui l'Hôpital des Forçats,
et où étoit cy-devant le Monastere des
Capucines , où l'on voit encore quelques
ruines de l'ancien Bâtiment.
La preuve en est encore plus sûre dans
notre grand Cartulaire , où on lit ce qui
suit. Non longè ab Ecclesia S. Petri foris
portam qua vocatur Paradisi , circa viam
By publicam ·
228 MERCURE DE FRANCE
publicam que venit ab Ecclesia S. Tirci
( cest à present S. Loup ) et vadit in Por:
tu Massiliensi hic positè , sunt vinee , habemus
ibi quartairada dimidiaque fuit Gui
raldo Blanca Lancea qui dedit Deo et S:
Victori terminat eam ab Oriente via de
Laureto ...... à Septentrione terra Ste
Marie , vel Sanctimonialium non longe à
ripa portus supra dicti in coenobio quod Pater
fundavit Cassianus , ab occidente terminat
via de Gardia. Ce qui est repeté
plusieurs fois dans le même Acte.
Jugez par là , M. de la capacité et de
l'exactitude de pareils Ecrivains. Je ne
sçais qui a le premier inventé cette Fable,.
elle est peut être fondée sur ce que les
Religieuses de S. Sauveur possedent la
Chapelle , dite de l'Uveaune , avec quel
ques Domaines qui en dépendent , qu'elles
n'ont eû que des Religieuses de Sainte
Paule , fondées par la Reine Joland
l'an 1403. laquelle les dota des biens qui
avoient apartenu aux Prémontrés. Voïez
sur ce dernier article le Cassianus Illustratus
du P. Guesnay ; mais pour les autres
vous pouvez vous en méfier je
m'étonne que ce Pere qui avoit vû les.
mêmes Actes que j'ai cités , ait donné si
facilement dans les erreurs populaires ,
sans
FEVRIER.
1737. 229
sans éxaminer si elles avoient au moins
quelque fondement .
Je ne sçais si quelques petites Figures
qu'on voit sur le Tombeau du B. Hugues
de Glatinis , ou de Glaine , Sacristain de
S. Victor , dont j'ai déja parlé , si ces
Figures , dis- je , assés mal gravées en
bois dans l'Histoire de Marseille de M.
de Ruffi , ne sont pas l'origine de toute
cette Histoire de la découverte de la
Croix de S. André. On voit sur ce Tombeau
le B. Hugues avec sa Chasuble à
l'antique , auprès d'un Autel sur lequel
est un Calice , et au- dessus une petite
Croix. A côté est une plus grande Croix
à huit pointes comme celle de Malthe
entre deux Chandeliers. Ensuite est le
Portail d'une Eglise sur le milieu duquel
est une Tour avec des Cloches . Ce Tombeau
est tout proche de la Chapelle de
S. André. De-là on a peut- être inventé
eu conjecturé que le Seigneur avoit revelé
à ce bon Sacristain , pendant qu'il
étoit à l'Autel , l'endroit où la Croix du
saint Apôtre étoit cachée ; sçavoir dans
ce prétendu Monastere des Religieuses
dUveaune , endroit dont on avoit perdu
la connoissance , toutes les Religieuses ,
ajoûte -t'on , ayant été mises à mort par
des Barbares. Cependant l'Inscription
Bvj. qui
230 MERCURE DE FRANCE
qui est sur le Tombeau du B. Hugues ,
et qui est raportée par les Historiens que
j'ai cités , ne nous aprend rien de tout
cela.
.
Mais il ne seroit peut- être pas impossible
d'entrevoir à travers ces nuages
d'erreur , quelque lueur de la verité
obscurcie par des recits fabuleux fabriqués
dans des temps d'ignorance. Qu'il
me soit du moins permis , M. de yous
proposer une conjecture , un doute , que
mes recherches ont fait naître , et qui
n'a rien d'incompatible avec la Découverte
de la Croix de S. André par notre
B. Hugues mais qui ne supose rien de
fabuleux , ou de témerairement hazardé,
je m'explique...
Parmi un certain nombre de Chapel
lés qui étoient autrefois aux environs de
l'Abbaye de S. Victor , une des plus
considerables étoit celle de S. André .
Les Religieux de cette Abbaye y venoient
faire la Benediction des Palmes le
jour des Rameaux. L'Auteur Anonyme
des Miracles de S. Victor, nous en a conservé
la mémoire en ces termes: Die Dominica
illa scilicet , dicitur Palmarumque
can populus ad Ecclesiam B. Andree >
postoli ad flores benedicendos sicut ea die
fri solet cum processione exiret , et Sancti
Victorisa
FEVRIER: 1737 23
+
Victoris caput cum magna devotione , ac
veneratione in lignea theca differret , &c.
La Charte que j'ai citée au sujet des Religieuses
fait aussi mention de cette Eglise:
Ab occidente habens Gerrenum fluvium
Ibidem una simodiata de vineaque est de
Ecclesia S. Andree. Deux lignes plus bas
on lit encore l'Eglise de S. André . Gre
goire VII. Urbain II . et plusieurs autres
Papes , dans les Bulles de confirmation
des Abbayes et Eglises dépendantes do
S. Victor, n'oublient pas cette Eglise parmi
celles qui étoient aux environs de
cette Abbaye. Cum Capellis circum jacentibus,
videlicet S. Petrique vocatur ad Paradisum,
et S. Andree Sti . Ferreoli & c.Cela.
suffit pour prouver l'existance et la situation
de la Chapelle de S. André .
Mon idée est que peut être la Croix
de S. André étoit originairement conservée
dans cette Eglise , que S. Victor et
toutes les Eglises des environs ayant été .
ruinées par les Barbares dans le IXe . siécle
, le B. Hugues toûjours zélé pour la
gloire de Dieu , et pour la Décoration
de ses Temples , comme il paroît par
Inscription de son Tombeau , avoit reparé
presque entierement celle de saing
Victor , que ce pieux Sacristain , dis je ,,
en réparant aussi l'Eglise de S. André ,,
auroits
232 MERCURE DE FRANCE
auroit trouvé le précieux Instrument de
son suplice , qui y avoit été caché lors
de l'irruption des Barbares.
Nous ignorons absolument la vie et
les mérites de ce B. Hugues , dont la sainteté
a été reconnue par tant d'endroits ,
qu'on a mis son Corps dans l'Eglise infe
rieure de S. Victor parmi ceux des Mar◄
tyrs , des Confesseurs et des SS . Vierges .
La dissipation de notre Bibliotheque
nous a privé de tous les Mémoires que
nous pourions avoir sur son sujet. J'al
trouvé par hazard une feuille , vrai semblablement
de quelque Chronique ; car
d'un côté est l'arrivée à Marseille du Pape
Innocenr II. qui revenoit de Lyon ,
où dans le Concile il avoit déposé l'Empereur
Frederic : et de l'autre côté est un
Fait qui concerne notre B. Hugues. Il
paroit qu'il avoit traité à Montpellier
avec les Chanoines de Narbonne , préposés
pour la construction de l'Eglise de
S. Just , pour quelque chose dont il
avoit payé 302. livres de Royaux couronnés
, et 30. deniers , que le Prieur de la
Mourguié , dépendant alors de l'Abbaye
S. Victor , avoit donné 42. livres Melgo
roises , et thesaurum supradictum de mani
bus eorum suscepit . La suite ne se peut lire
en entier , la Piéce étant déchirée en
deux
FEVRIER. 1737. 233
....
deux endroits où la chose étoit expliquée.
Voici avec les lacunes les mots qui
restent Ugo de Gladinis apud Massilia
fideliter .... hoc anno Domini MCC L.
de Gladinis recepit thesauru .....
Monast. S. Victoris Massiliens. On ne
peut deviner quel est ce précieux trésor
que Hugues avoit reçû des Chanoines de
S. de Just de Narbonne , et qu'il avoit
mis dans l'Eglise de S. Victor. On ne
peut pas penser que ce soit la Croix de
S. André car on en auroit quelque connoissance
à Narbonne , ce fait n'étant
pas d'une si grande ancienneté.
Les Peres Dominicains de Marseille:
disent qu'il s'est conservé dans leur Mai
son une Tradition , que cette précieuse
-Croix étoit dans l'Eglise de S. André
dont il est parlé ci - dessus , laquelle leur
fut donnée par l'Abbé , et le Chapitre de
S. Victor , quand leurs Predecesseurs s'établirent
à Marseille , ils avoient , ajoûtent-
ils , un Reliquaire , qui contenoit
quelque Relique de ce S. Apôtre. Tout
cela favorise ma pensée . Depuis que ces
Religieux eurent la possession de cette
Eglise , le Chapitre de S. Victor y alloit
tous les ans celebrer la Fête de ce S. Apô
tre, comme on le voit dans un ancien Li
wre de leurs Comptes en ces termes. 30 .
Novembris
134 MERCURE DE FRANCE
Novembris in Festo S. Andrea , fecir Offi
cium Sacrista Monasterii S. Victoris , dedit
pitanciam soror Cecilia de Monte Mo
nialis Ste Clare.
J'avoue , M. que ce ne sont ici que
des conjectures , fondées sur quelques
Traditions , peu assurées , si l'on veut s
mais qui pouvoient avoir quelque fondement
. Comme nous ignorons d'où et
en quel temps la Croix de S. André nous
est venue , excusez - moi , si , à travers
tant de tenebres , j'ai tâché de découvrir
ce qu'il y avoit de plus aparent , la véẻ
ritable Tradition ayant été obscurcie par
des circonstances fabuleuses, qui en ont
fait perdre le fil et la réalité.
J'oubliois de vous dire que j'ai vû
dans un Procès verbal de visite de M.
de Vic , Archevêque d'Auch , que ce
Prélat avoit trouvé dans une Eglise de
Campagne un morceau de la Croix de
S. André , qui avoit été aporté de Marseille
.
> Le silence au reste , de Roger de
Hoveden sur cette Croix , en faisant mention
des autres Reliques de S. Victor
peut faire soupçonner qu'elle n'y étoit
pas en l'année 1190. voyez Rerum Anglicarum
Scriptores post Bedan , imprimé
à Londres , l'an 1596. cet Auteur vous
feral
FEVRIER:
1737 235
fera plaisir. Je suis , Monsieur , &c
A Marseille , le 25. Fanvier 1736.
Quelques mois après , je reçûs encore
une Lettre de M. l'Abbé le Fournier sur
d'autres sujets de Litterature Ecclésiasti
que , dans laquelle il y avoit encore ce
mot sur la Croix de S. André . » J'ai
» oublié de vous marquer dans ma der-
» niere Lettre qu'à l'occasion du Siege de
Marseille par leConnétable de Bourbon ,
General de Charles - Quint en l'année
» 1524 on pourvût à la sûreté de la Croix
» de S. André avec une attention particu
liere , en la transportant dans l'Eglise de
» N. D. des Acoules , votre Paroisse . Les
" Religieux de S. Victor faisoient alors
» l'Office dans l'Eglise de S. Jaume , apa
» remment l'inferieure , sur laquelle celle
» des R. R. Peres Jesuites est bâtie. «
ELEGIE.
PRête à fuir pour jamais ce funeste séjour,
Où j'ai vu commencer et finir ton amour ,
Je t'écris , cher Licaste , et j'ose me promettra
Que si tu te résous à lire cette Lettre ,
La pitié s'emparant de ton barbare coeur ,
Malgr
138 MERCURE DE FRANCE
Malgré toi- même hélas ! tu plaindras mon mal
heur.
Eh quoi ! c'en est donc fait, tu m'as abandonnée ;
'A ne te plus revoir je suis donc condamnée ,
Et tel est , cher Amant , mon déplorable sort ,
Que me priver de toi c'est me donner la mort.
Qui l'eût dit, que brulant pour une autre Ma
tresse ,
Tu porterois ailleurs tes voeux et ta tendresse ,
Qu'oubliant mes bontés, qu'oubliant tes sermens,
Tu pourois loin de moi passer d'heureux mog
mens ?
Je n'aurois jamais crû que , si - tôt infidele ,
Tu serois des ingrats le plus parfait modele ,
Que méprisant mes pleurs,un perfide aujourd'hui
Pour prix de mon amour m'accableroit d'ennui,
Rapelle toi ce jour ou trop foible et trop tendre,
Pour la premiere fois je voulus bien t'entendre ;
» Hélas ! me disois- tu, que de plaisir pour moi,
Si daignant aprouver et mes voeux et ma foi ,
» Vous deveniez sensible à ma tendresse extrême!
» On n'aimera jamais autant que je vous aime...
Licaste , je ne sçais par quel enchantement ,
Mon coeur , mon lâche coeur te crut si promptement
;
18
Il fut pour m'attendrir complice de tes charmes.
Dieux que depuis ce temps j'ai répandu de
larmes !
Hélas ! trop atentive à tes discours trompeurs ,

FEVRIER. 1737. 237
Je goutois les plaisirs , sans prévoir les douleurs
Tu me peignois si bien ton ardeur amoureuse
Qu'avec toi j'esperois être toujours heureuse ,
Et me croyant l'objet de ta félicité ,
Je n'osois t'accuser d'une infidelité .
Sur tout je me flatois que bien- tôt l'hymenée
A ton sort fortuné joindroit ma destinée ;
Je t'aimois trop, cruel, pour en pouvoir douter..
Malgré ton changement j'ose encor m'en flater ;
Car enfin qu'ai - je fait pour mériter ta haine ?
Quelqu'ingrat que tu sois , quoiqu'auteur de ma
peine ,
As-tu vu dans mon coeur quelque ressentiment &
Ai-je jamais cessé de t'aimer un moment ?
Je suis toujours la même , et ton indifference
N'engagera jamais Cephise à l'inconstance ;
Oui , lorsqu'à chaque instant tu hâtes mon
trépas ,
Je devrois te hair , et je ne le puis pas .
Mon infidele Amant m'oublie et me méprise ,
Le traitre est insensible aux larmes de Cephise ,
Licaste , toutefois je rendrois grace aux Dieux ,
Si tu daignois encor te montrer à mes yeux ;
Mais épris des attraits de ta nouvelle Amante,
Tu ne la quittes plus , tu la trouves charmante
Elle est comme j'étois l'objet de tes désirs ;
C'est elle maintenant qui fait tous tes plaisirs ;
Tu ris entre ses bras de mon inquietude ...
138 MERCURE DE FRANCE
Je fremis quand je songe à ton ingratitude
Hélas ! fut-il jamais un plus funeste état
Je hais l'ingratitude, et j'adore l'ingrat.
Par M. Michault de Dijon.
St
LETTRE de M. l'Abbé te B. à M.
Bailly , Curé des Invalides , touchant
quelques particularités d'un Manuscrit
de la vie de S. Louis , en lui envoyant ,
le chant des premieres Vêpres de l'Office
de ce Saint
E vous envoye , M. les premieres Vê
pres de S. Louis , que vous m'avez
prié de mettre en chant , pour rendre
complet l'excellent Office de cet Augustě
Saint , qui se trouve dans le nouveau
Breviaire de Paris . Je souhaite avoir modulé
d'une maniere qui fasse plaisir aux
amateurs du chant d'Eglise , les belles
paroles que vous avez choisies pour ces
premieres Vêpres , et qu'on les fasse reten
tir à perpetuité dans la magnifique Eglise
que Louis le Grand a fait élever sous
Finvocation de ce S. Roy. Vous devez
avouer , M. avec tous les connoisseurs
que les Passages de l'Ecriture Ste conviennens
FEVRIER: 1737 239
lennent infiniment mieux dans ' l'Office
Divin , et ont un plus grand air de Noz
blesse , que toutes ces rimailles que l'on
composa en l'honneur de S. Louis ( a ) et
d'autres Saints sur la fin du 13e siecle.
Et quelle est la matiere sur laquelle les
Livres saints , sur -tout ceux de l'ancien
Testament soient plus feconds , que sur
les Rois et les Princes de la Terre ? S. Agos
bard , Archevêque de Lyon au ge siecle ,
traitoit de fols et d'insensés ceux qui
préferoient les pensées humaines à ce qui
est fidelement tiré des Livres sacrés ( b )
:
( a) Les Antiennes et les Répons rimés que
P'on fit en l'honneur de S. Louis , ne furent pas
les plus mauvaises compositions de ces tempslà.
A la bonne heure , lorsque c'étoit une pa
raphrase de l'Ecriture Ste mais la rime étois
une chose très-gênante , et qui obligeoit de s'en
tirer comme on pouvoit . Gerard , Moine de S
Quentin en l'Isle , ne fit pas tant de façons dans
l'Office qu'il composa de Ste Elizabeth de Hongrie
selon Tritheme la premiere Antienne des
secondes Vêpres telles qu'on les trouve dans les
anciens Antiphoniers de Paris , étoit ainsi tournée
: In secundis Vesperis Chorus noster gaude:jubila
cum Superis in Ducissa laude . Voila ce qui
sapelle faire chanter les lettres rouges , malgré
qu'on en ait.
(b) Quis ita contentiosus , immo insanus et ab
omni veritatis ratione aversus est , ut non hoc recpius
et convenientius ac salubrius fateatur in Dei
Vous
240 MERCURE DE FRANCE
Vous avez lû le Chapitre de la Vie de
S. Louis , écrite par Géoffroi de Beaulieu
, son Confesseur , intitulé Qualiter
memoria Josia memoria ejus adoptetur.
( Duchesne T. III. p.465 . Vous avez dû
aussi remarquer ce que l'Anonyme de
S. Denis écrit à l'occasion de la difficulté
qui arriva entre les Bourgeois de Paris
et les Etudians de l'Université. ( Duchesne
, ibid. p. 397. ) Il marque qu'à ce
sujet le saint Roy déclara que la science
étoit un trésor qui méritoit la préférence
sur toute autre chose , et que les richesses
n'étoient rien en comparaison .
Ce Passage , tiré des Livres Sapientiaux ,
fit gagner la cause aux Etudians ; et les
Sçavans Auteurs du nouveau Bréviaire
ont eû grande raison de le placer à la
Fête des saints Docteurs. Le même Anonyme
de S. Denis nous fait remarquer
la raison pour laquelle ce grand Roy
faisoit si souvent d'heureuses aplications
de l'Ecriture Sainte ; c'est qu'il en faisoit
sa méditation , comme David ; Habebat
enim , dit-il , Bibliam glosatam ...
et alios sacros Libros in quibus legebat et
sultibus decantari , quod ex divinis Dictis et Libris
videat fideliter assumi ? S. Agobardus Lug.
lib. de correct. Antiphonarii ad Clerum Lugd.
girca finem.
legi
FEVRIER. 1737 241
Legi
coram se multoties faciebat . (pag 396. )
J'omets ce qu'il dit des Ouvrages de
S. Augustin.
Mais M. vous ne serez peut- être pas
faché d'aprendre que l'Ouvrage Latin de
ce Moine de S. Denis n'est qu'une Traduction
et un abregé de la Vie de saint
Louis , écrite en François par un Franciscain
, nommé Frere Guillaume , qui avoit
été Confesseur de la Reine Marguerite
de Provence,Femme de S. Louis . C'est un
Personnage que M. Maillart , Avocat ;
vient de faire connoître au Public. Com
me il m'a communiqué gracieusement
le Manuscrit de ce Cordelier , j'ai eû le
loisir de verifier que l'un n'est qu'un
précis de l'autre ; mais si l'Ouvrage du
Franciscain ést écrit dans un langage qui
est assés barbare pour le temps où nous
sommes , il est aussi superieur à celui du
Benedictin , en ce qu'il nomme les Lieux
où saint Louis fit la plûpart de ses pieuses
actions . C'est un détail qui est interessant
pour ceux qui occupent ces Lieux. Chacun
est bien aise de sçavoir que saint
Louis est venu dans son Pais , et d'aprendre
ce qu'il y a fait. Je ne vous
parlerai point de l'Abbaye de Chaalis
proche Senlis , sur laquelle cet Ecrivain
s'étend le plus , parce que c'est le sujet
d'une
242 MERCURE DE FRANCE
d'une Lettre que j'ai écrite à un Religieux
de cette Maison . Mais qu'auroitil
coûté au Moine de S. Denis de dire
après le Cordelier , que S. Louis ayant
fait bâtir à Senlis l'Eglise de S. Maurice,
il y mit environ ving- trois corps des
Compagnons de ce Saint , tirés de l'Abbaye
du Vallais . ( c'est à la page 45. du
Manuscrit du Cordelier. ) Qu'à la réception
de ces Reliques , il voulut porter
sur ses épaules la derniere Châsse
avec Thibaud , Roy de Navarre , en disant
que ces Saints étant Chevaliers de
Jesus - Christ , il convenoit qu'ils fussent)
portés par des Chevaliers. Qu'une fois
il alla à pied de Nogent-le- Rembert jusqu'à
l'Eglise de Notre- Dame de Chartres
, éloignée , dit il , de cinq lieües ; ce
qui l'incommoda , quoiqu'il se fût apuyé
sur un de ses Chevaliers . ( Pag. 140. il
apelle ainsi Mrs les Gens du Roy. ) Qu'étant
à Orleans pendant la tenue du Chapitre
des Freres Prêcheurs à la Fête de la
Nativité de Notre- Dame, ( Page 117. ) il
mangeoit auRefectoire avec deux centReligieux
environ ; et que sur la représentation
qu'il fit qu'il convenoit mieux d'envoyer
une Lettre Circulaire à la mort de
chaque Religieux , que de ne faire qu'une
Lettre generale pour tous les Morts de
l'année
FEVRIER. 243 1737.
T'année , on fir un Réglement conforme
à sa proposition. Ceci ne doit pas être
suspect dans l'ouvrage d'un Franciscain .
Au reste,soyez persuadé que je ne confonds
point ce Religieux avec Guillau
me Dominicain d'Evreux , dont Duchêne
nous a aussi donné l'ouvrage . Etant
un jour à Chatel - neuf sur Loire , dit ailleurs
le même Franciscain , ( pag. 93. )
et voulant aller s'esbattre au bois , il aima
mieux aller avec son Confesseur voir arri
ver des Prescheurs qui alloient par la Riviere
à Orleans. Ces Religieux qui avoient
dessein d'aller coucher à Gergeau au nombre
de 18. furent retenus par son ordre à
Château- neuf. Il alloit quatre fois l'an
à Puiseaux en Gatinois , ou dans un autre
Lieu qu'il croyoit encore plus pauvre
: ( pag. 91. ) Et après y avoir fait
rassembler deux cent pauvres , il leur servoit
lui même du poisson , leur donnoit
à chacun douze deniers parisis et deux
pains . Etant au cimetiere de l'Eglise
paroissiale de Vitry , et y voulant entendre
le Sermon de Frere Lambert de l'Ordre
des Freres Prêcheurs , il s'assit aux
pieds ( page 164 Ce doit être Vitry proche
Paris. ) du Prédicateur ; et après avoir
ordonné qu'on fit taire ceux qui faisoient
du bruit dans un cabaret voisin
C il
244 MERCURE DE FRANCE
il s'informa quel étoit le Seigneur du
Lieu, ne voulant pas s'arroger les Droits
Seigneuriaux particuliers. Cet Ecrivain
marque un peu après un acte de fermeté
de la part de ce Saint Roy. Le Comte de
Joigny avoit fait arrêter en sa Terre un
Bourgeois du Roy , et le Bourgeois étoit
mort en prison , Saint Loüis fit venir le
Comte en Parlement , et le fit renfermer
pendant quelque temps au Châtelet.
( page 168. ) Si vous voulez quelques
faits racontés dans le style de ce Cordelier
, voici ce que je lis à la page 56.
» S'étude il mettoit à lire les Stes Ecrip-
» tures , car il avoit la Bible glosée et
»
Originaulx de S. Augustin et d'aultres ,
» et aultres Livres de Ste Ecripture esn
quiex il lisoit , et faisoit lire moult
» de fois devant lui et temps d'entre di-
» né et l'heure de dormir ; c'est à sşa-
>> voir quand il dormoit de jour ; mais
pou il arrivoit que il dormist à telle
» heure..... Après Complies de la Cha-
» pelle estant retiré en sa chambre , étoit
allumée une chandoile de certaine lon
» gueur ; c'est à sçavoir de trois pieds ou
environ , et en dementieres que elle
» duroit , il lisoit en la Bible ou en un
» aultre saint Livre ; et quant la chan-
» doile estoit vers la fin , un de ses Cha-
»
pelain s
FEVRIER. 1737.
245
pelains étoit apellé , et lors il disoit
» Complies avec lui. « Il ne paroît pas
que les Horloges fussent alors fort communs.
La durée d'un cierge en tenoit
lieu . page 135. » Jaçoit que li Benoist
» Royls manjast volontiers grans Pois-
» sons , nom pourquoi il laissoit molt de
fois les grands qui ly étoient aportez
» et faisoit aporter pour sa bouche de
>> petits poissonez desquez il menjoit.
»pag. 136. Quant on luy portoit rost ou
» aultres viandes et saveurs délicieuses
» il mettoit de lieaue en la saveur , di-
» sant qu'il l'aimoit mieux ainsi , « Je finis
par un endroit dont je n'ai pris que
la substance. Il avoit une maladie qui
le prenoit deux, trois ou quatre fois l'an
alors il ne pouvoit manger ni dormir ,
mais étoit toujours dans les gemissemens .
Cette maladie le tenoit trois jours . Quand
il en guérissoit , la jambe droite , entre
le gros de la jambe et la cheville , devenoit
rouge comme du sang et enflée.
Un jour qu'il regardoit cette jambe la
nuit , continue l'Historien , Jehan la
Guette qui couchoit en la Chambre , l'éclairant
avec de la chandelle de cire ,
laissa tomber un lumignon dessus le
S. Roy le souffrit , et se contenta de lui
dire que son ayeul l'avoit mis hors de
Cij SON
:
246 MERCURE DE FRANCE
son Hôtel pour moindre chose. Il y a
plusieurs autres curiosités dans cette vie
de S. Louis , soit par raport aux usages ,
soit par raport aux noms propres
le
tout , quoiqu'écrit avec une grande simplicité
, peut servir à augmenter la matiere
du Panegyrique de ce grand Koy.
Je ne vous dis rien des charmes qu'il
trouvoit dans le Chant Gregorien , tous
les Ecrivains de sa vie ont fait la remarque
.... Je suis &c.
A Paris ce 22. Juillet 1736.
LE MARI IMPRUDENT.
IL
CONTE.
L est de certaines matieres ,.
Dont les plus ignorans sont les plus satisfaits
Le petit Conte que je fais ,
si
Vaut mieux que dix preuves entieres .
Un Mari pour sçavoir, après maints embarras,
sa Femme , un peu trop d'humeur à vouloir
plaire ,
Ne l'avoit point fait le Confrere
De force honnêtes gens que je ne nomine pas .
E nfin
FEVRIER . 1737. 24%
Enfin après dix ans d'étude
A se tirer d'inquiétude ,
Sans pouvoir contenter sa folle passion ;
S'avisa d'une invention
Qui l'éclaircit d'un point à son repos funeste.
Ce curieux un soir entrant dans sa maison ,
Leve les mains au Ciel , il soupire ... et le reste,
Sa Femme veut d'abord en sçavoir la raison ,
Vous pouvez bien juger qu'elle vint au plus vite
Tâter le pouls de l'hypocrite .
Non , ma Femme , dit le Mari ,
Je n'ai ni fievre , ni migraine ,
Plut au Ciel ! j'en serois plus promptement guéri
Que du chagrin qui fait ma peine.
Il pleure là - dessus , elle veut tout sçavoir ,
Elle le flate , elle le prie ,
Pleure avec lui de compagnie ,
Et feint le plus grand désespoir ,
Hé bien , vous le sçaurés, dit alors le bon - homme,
Il est arrivé ce matin
Un Devin important que par tout on renomme
Comme le plus sçavant des secrets du Destin.
Chacun va pour le voir , & l'affluance abonde ;
Enfin , mon coeur , pour trancher court :
Voyant que tout le inonde y court
Je me laisse entraîner à la foule du monde ,
Mais helas ! nous voyant en grand nombre assemblés
,
C iij Jettant
248 MERCURE DE FRANCE
Jettant les yeux sur près de mille ,
Tremblez , nous a- t'il dit , tremblez ;
Je viens de consulter l'Astre de votre Ville.
On crut qu'il annonçoit la récolte sterile
Et de nos Vins et de nos Bleds ;
Helas ! Non , c'est bien autre chose
Que le Devin nous a prédit.
Il nous a menacés d'une Métamorphose,
Et voici comme il nous l'a dit :
Ceux dont , par l'influence aux Maris trop fatale
,
Les Femmes ont fait breche à la foi conjugale ,
Auront ..... .... ah ! qu'auront-ils , lui dit sa femme
? Eh bien !
Ici la force m'abandonne ,
Poursuit-il , ces Maris , avant que Minuit sonne,
Auront , helas , auront une tête de chien.
Est - il vrai l'étrange prodige !
Dit-elle tremblante d'effroy ;
Mais après , revenant à soy ,
Qu'avez- vous tant qui vous afflige ?
Ingrat , doutez - vous de ma foy ?
Non ; répond le Mari , je ne crains pas pour
: moi ;
A mes yeux votre vertu brille ,
Je me vois dans tous mes enfans ;
Mais si cela touchoit quelqu'un de nos parens ;
Quel deshonneur pour la famille !
Que
FEVRIER. 1737. 149
Que diroient les honnêtes gens
Le reste du discours ne fait rien à l'affaire.
Ils se couchent à l'ordinaire ;
Si le Mari dormit , l'histoire n'en dit rien ,
Mais pour la Femme, on sçait qu'en lui touchant
la tête
Son ambulante main faisoit frequente enquête .
Le sujet , vous le voyez bien.
En faut-il dire davantage ?
C'étoit pour voir si son visage
S'allongeoit en museau de chien.
Tandis qu'elle mesure , et voit si ses oreilles
Sont encore aux siennes pareilles ,
L'homme remüe , et la femme d'abord
Se retire ; fait l'endormie ,
Et fait si bien qu'elle s'endort ;
Sans songer à la prophetic,
Elle dormoit profondément ,
Lors que l'homme vint justement
Lui porter l'effroi dans l'oreille
Par un surprenant aboyement .
La Pauvrette en sursaut s'éveille ,
Saute du lit legerement ,
Crie à l'aide , misericorde ,
Dans la crainte qu'il ne la morde ,
Et réfléchissant sur le cas ,
Qui lui fait voir sa honte toute prête ;
Elle soupire , et dit à demi bas ,
C iiij
Faut250
MERCURE DE FRANCE

Faut-il que par ma faute , helas !
Mon Mari soit devenu bête
Le bon homme en sçut plus qu'il n'en vouloit
sçavoir.
Heureux , s'il eut toujours resté dans l'igno
rance !
Cette histoire nous fait bien voir
Qu'il est certains secrets dont mal nous prend
d'avoir
La trop entiere connoissance.
************************
LETTRE sur les Elemens de Geometrie,
Da
Ans mes heures perduës j'ai travaillé
à un Ouvrage qui a eû le bonheur
d'être aplaudi de quelques Sçavans de
ce Païs ,qui me conseillent et qui me pressent
de le donner au Public : ce sont des
Elemens de Geometrie auxquels je me suis
encore apliqué , ayant mieux reconnû
l'utilité de cette Science dans toute sorte
d'états, ce qui m'a engagé à y travailler ,
ne songeant qu'à l'avantage que j'en pourois
tirer pour moi , c'est que dans tous
les Elemens qui me sont tombés entre
les mains , et qui sont réputés les meilleurs
, il me semble qu'on n'observe pas
assés
FÉVRIER. 1737. 251
pas
, si
assés cet ordre naturel et cette méthode
si charmanté qui fait la clarté , ainsi que
la beauté des Mathématiques. Je n'entre
ici dans le détail du dérangement que
je crois remarquer dans les Elemens que
j'ai pu voir pour plusieurs raisons . En
premier lieu , je suis persuadé que les Sçavans
que je veux consulter s'en sont apperçus
eux- mêmes. En second lieu je n'ose
pas , foible Ecolier que je suis encore
m'ériger témérairement contre ces grands
Maîtres qui ont enrichi la République des
Lettres de leurs travaux ; enfin un tel détail
me meneroit trop loin. Au reste
on ne voit pas ce désordre que je crois remarquer
, je suis prêt à le faire voir . Sans
doute ces grands Maîtres enlevés par
la force et la pénétration de leur génie ,
ont regardé une exactitude si scrupuleuse
, comme une chose au - dessous
d'eux et indigne de leur attention ;
mais moi que mon peu d'esprit et ma foi
blesse dans ces matieres , obligent à étudier
sérieusement ce que ces grands hommes
voyent d'un coup d'oeil et sans étude
, je m'imagine , pour l'utilité des commençans
, qu'il seroit bon qu'un petit
génie attentif à tout , travaillat à ce que
ces grands Maîtres ont jugé indigne de
leur travail. Je serai satisfait si j'ai le bon
Су heur
252 MERCURE DE FRANCE
heur de voir mon projet aprouvé des
Sçavans zelés pour l'interêt et l'avancement
de ceux qui cherchent à les suivre
dans la belle carriere des Mathématiques.
Voici l'ordre que je voudrois suivre.
:
Une idée générale , mais nette , de la
nature de la ligne , tant droite , que circulaire
, suivroit la distribution de mon
Ouvrage. Après cette idée générale viendroit
la disposition des lignes droites ,
entre elles , leur perpendicularité , obliquité
et parallelisme. La position des lignes
circulaires entre elles , suivroit celle
des lignes droites celle - ci se trouveroit
suivie de la position differente de la ligne
droite à l'égard du cercle , où l'on verroit
par ordre les differentes proprietés
des cordes secantes et tangentes : L'Angle
de proprieté de la rencontre des lignes
succederoit à cette position , et en
premier lieu , celui dont le sommet se
trouve au centre du cercle. Ensuite celui
dont le sommet n'est pas au centre. Après
la considération de l'angle , viendroit l'angle
consideré avec sa base , ou le triangle
consideré quant à ses côtés et ses angles :
après le triangle ainsi consideré, on trouveroit
les lignes , tant directement que
réciproquement proportionnelles , avec
leurs corollaires : de là on passeroit à la
conFEVRIE
R. 1737. 253
considération des cotés et des angles des
figures , où l'on verroit leur similitude
et les conséquences immédiates qu'on en
peut tirer après quoi l'inscription et
circonscription des figures , tant au cercle
, que les unes aux autres , se trouve
roient expliquées avec les proprietés qui
s'ensuivent. A ces considérations succe
deroit la mesure des surfaces avec leur rais
son , tant simple , que composée , et les
proprietés qu'on peut tirer de cette der
niere : cela fait, on verroit la ligne droite
disposée avec le plan , ainsi que les plans
entre eux .
L'examen des surfaces planes se trouveroit
suivi naturellement de celui des
solides ; là j'expliquerois , 10. La formation
des solides irréguliers , renfermés
par des plans réguliers , et en même temps
celle de la sphere et du cube , que j'examinerois
par tout avec ces corps irrégu
liers.
2º. La maniere de mésurer leurs sur
faces et leur solidité , comme aussi celle
de tout corps irrégulier , quel qu'il soit.
Le corps régulier suivroit l'irrégulier ; là
on verroit , 1º . Les proprietés de l'angle
solide dont je n'aurois pas besoin plûtôt,
2º. Les raports que les cotés des corps
irréguliers ont entre eux , et avec le dia
C vj merre
254 MERCURE DE FRANCE
metre de la sphere , où ils sont inscrits .
3 °. La maniere de les inscrire à une sphere
donnée , et les unes aux autres ; enfin
la maniere de mésurer leur surface et leur
solidité.
Après avoir examiné dans cet ordre
les proprietés générales des trois dimensions
, j'expliquerois la nature des grandeurs
incommensurables , tant lignes
que surfaces et solides , qu'on ne trouve
pas , ou peu , et par lambeaux , et toujours
déplacées dans les autres Elemens :
enfin un petit Traité de Trigonometrie et
de pratique , finiroit mon petit Ouvrage.
Voilà l'arrangement général de mon
petit plan , qu'on ne trouvera pas peutà
moins d'examiner la chose de
près , aussi different qu'il l'est de celui
qui se trouve dans beaucoup d'Elemens :
au reste , le merite de mon plan , s'il en
ne consiste pas dans cet arrangement
;
mais à ce que chaque chose se trouve dans
son ordre naturel sans confusion ; de
sorte qu'il se trouve une liaison naturelle
entre toutes les proportions , que tout ce
qui regarde chaque dimension en partic
culier , se trouve dans le Traité de cette
dimension ; et non seulement dans ce
Traité , mais encore dans l'article qui lui
convient ; et cela de telle sorte qu'il est
enchassé
a ,
,
FEVRIER. 1737. 255
enchassé de maniere avec les autres proportions
, qu'on l'en croiroit inséparable,
si on ne l'en trouvoit pas séparé dans tous
les Elemens. Par exemple, quand il s'agit
des surfaces , soit par raport à leurs cótés
et à leurs angles , soit par raport à
leur mesure , leur raison simple ou composée
, ce dont il s'agit se trouve dans
son article respectif , avantage qui me
semble manquer à tous les Elemens , où
l'on trouve souvent les proprietés des lignes
mêlées avec celles des surfaces et des
solides,ainsi que celles des surfaces mêlées
avec les proprietés des solides ; et enfin
les proprietés de chaque dimension , quoiqu'essentiellement
differentes , mêlées les
unes avec les autres , ce qui cause un embarras
qui arrête non seulement les commençans
,mais même ceux qui sont un peu
avancés comme chacun a pû l'éprouver,
soit en soi - même , soit dans les autres .
Un petit discours préparatif autant net
que court , qui se trouve au commencement
de tous les articles , me paroît un
nouvel avantage dans mon petit plan .
Voilà l'idée que je puis donner de ces Elemens
, sans communiquer le plan en forme
de These que j'en ai fait , et qui est
trop long pour pouvoir le communiquer
aux Sçavans par la voye du Mercure : Je
les
256 MERCURE DE FRANCE
les suplie très humblement de vouloir
bien m'honorer de leur sentiment sur ce
que j'ai l'honneur de leur proposer ; si
j'ai le bonheur d'en être aprouvé , je me
ffate que la démonstration nette et précise,
sans abréger cependant , que je croispouvoir
donner de toutes mes propositions
, répondra parfaitement au plan ;
après quoi , si ma démonstration plaît au
Public , je donnerai le Traité de la grandeur
en général dans le même goût : j'ose
me flater qu'avec le secours de mes Elemens
, les Commençans n'auront pas
tant besoin du secours des Maîtres et
avanceront mieux .
'
ODE
Tirée du Pseaume VI. Pour une personne
qui se repent d'avoir offensé Dieu .
G Rand Dieu , dont le Trône adorable
A pour apui PEternité ;
Toi , dont le souffle redoutable ,
Confond , détruit l'iniquité ,
Dans les transports de ta colere
Dessus ma tête tributaire ,
Ne lance jamais tes regards ;
Que
FEVRIER.
1737. 257
Que ma craihte , ma confiance ,
Contre la voix de la vengeance
1
Puissent me servir de remparts.
Dès l'Orient de mes années
La foiblesse me fait la loi ,
Brise mes chaînes obstinées ,
Seigneur , je n'unplore que toi.
Mon mal se neurit de mes peines ,
Et je sens courir dans mes veines
L'activité de son poison.
Dieu juste , à qui je dois ma vie ,
Souffre qu'à ta bonté chérie
Je doive aussi ma guérison .
7
Les épines de la tristesse
Troublent , déchirent mon repos ,
Une vive douleur me presse ;
Sa rage ébranle tous mes os ;
Ne differe pas davantage ,
Etends enfin sur ton ouvrage ,
Grand Dieu , ton solide secours ,
Ne permets pas que la mort sombre
Ensévelisse dans son ombre
Les restes pâles de mes jours.
Non , ceux que ta Justice efface
Du
258 MERCURE DE FRANCE
Du Livre des vivans nombreux ;
Ne chanteront pas de ta grace
Les prodiges ingénieux ;
Ta gloire et tes bontés sacrées
Ne seront jamais honorées
Dans la cendre des Monumens.
La seule vie a l'avantage
D'offrir un légitime hommage
A tes divins Commandemens.
>
Ne viens donc point bruler la trame
Des jours que tou doigt m'a tissus
Joins le bienfait que je reclame ,
A ceux que j'ai déja reçûs ; ·
Et pour fléchir ta main armée ,
Regarde mon ame oprimée ,
Par ses remords intérieurs ;
Immolée à l'inquietude ,
Elle se fait une habitude
Et des souffrances et des pleurs
Mais que vois-je , une main propice
Aparoissant du haut des Airs ,
Empêche que je ne périsse
Accablé
par mes maux soufferts ;
Seigneur , dans ta bonté fertile ,
Je trouve un favorable azile ;
Ton
FEVRIER. 1737. 259
Ton oreille écoute mes cris.
De mes chagrins les noirs nuages ,
Ressemblent aux songes volages ,
Par le réveil anéantis .

Mortels dont la bouche coupable
Sacrifie à l'impiéte ;
Vous qui du vice détestable
Suivez l'étendart empesté s
Désormais , à la honte en proye ,
De vos levres chassez la joye
Que vous inspire ma langueur ;
Le Ciel a reçû ma priere ;
Je vois du sein de ma misere
Sortir mon plus ferme bonheur.
Par M. Last , à Aix.
EXTRAIT
160 MERCURE DE FRANCE
******;
EXTRAIT d'une Lettre de M ***
à M *** sur le progrès de l'Etablissement
commencé depuis peu pour les
Savoyards qui sont dans Paris . Seconde
Partie , imprimée chés J. B. Coignard ,
Imprimeur du Roy , ruë S. Jacques , à la
Bible d'or , M. DCC. XXXV 1 I.
L
A premiere Partie de cet Ouvrage
parut en 1735. chés le même J. B.
Coignard , et fut très bien reçûë du Pablic
; l'Auteur des Observations Critiques
sur les Ecrits modernes en a parlé
avec éloge , et l'on ne peut effectivement
trop louer le zele infatigable du pieux
et illustre Ecclesiastique qui a formé
un projet si édifiant pour instruire les
Savoyards dans la pieté, On voit dans
cette seconde Partie les progrès de cet
Etablissement sur lequel le Seigneur réde
plus en plus ses benedictions.
*
On y aprend qu'on a uni aux Savoyards
tous ceux , qui , comme eux, sont réduits
à gagner leur vie , et que cette union a
rendu les Catéchismes beaucoup plus
nombreux. Qu'après quelques troubles
* M. l'Abbé de Pontbriant.
cités
FEVRIER. 1737. 261
excités par la jalousie , si ordinaire parmi
les gens de la même Profession , entre
les Savoyards , les Auvergnats et les Normands
; le calme ayant été rétabli entre
eux par des moyens inspirés également
par la sagesse et la charité , on eût le
plaisir de voir regner une union parfaite
parmi des Enfans, qui jusqu'alors avoient
cû les uns pour les autres l'antipathie la
plus forte.
On fait , pages 7. 8. 9. et 10. une mention
aussi juste qu'honorable , des soins
que s'est donné M. le Curé de la Magdeleine
, Fauxbourg S. Honoré , pour
établir dans sa Paroisse un Catéchisme
pour les Savoyards ; ceux qu'ont pris
Mrs de la Communauté de Lisieux , et
Mrs des Missions Etrangeres , pour plus
de cent vieux Savoyards , Auvergnats et
Normands qui n'avoient pas encore reçû
la Confirmation , n'y sont pas oubliés .
On parle à la page 11. des Retraites
que l'on donne chaque année aux Chefs,
a la Toussaints et à Pâques , on a joint
depuis à ces Chefs dans ces Retraites si
utiles et données par des Ecclésiastiques
dévoués spécialement à cette grande oeuvre
, un très grand nombre d'Ouvriers ,
Crocheteurs , Porteurs d'eau , &c. Nous
renvoyons le Lecteur à la page 13. et
suivantes ,
1
262 MERCURE DE FRANCE
suivantes , et on y trouvera un détail
très -consolant.
*
Plus de mille Ouvriers assisterent l'an
passé à ces Retraites , sans compter un
grand nombre de personnes de tout état
et de toute condition , qui vinrent le
soir entendre les Instructions et recevoir
la Benediction du Très- Saint Sacrement.
Mrs les Curés , toujours attentifs à ce
qui peut procurer le plus avantageusement
la gloire de Dieu et le salut des
ames , n'épargnerent rien pour donner
à ces saints Exercices , tout l'éclat et
toute la solemnité qui dépendoient de
leur zele ; des Prélats même distingués
par naissance et encore plus par leur
vertu , voulurent bien assister à la renovation
des voeux de Baptême , qui se fit
le dernier jour , &c. pag. 27..
L'Ouvrage finit , p . 29. par une Ob .
servation qui remet sous les yeux en
peu de mots tout le plan du Projet que
l'Auteur s'est formé ; on y donne une
idée parfaite de l'établissement entrepris,
dont le but est de contribuer à l'instruction
de tous les Enfans et de tous les Ouvriers
de Paris . Quel objet plus digne
du zele et de la charité chrétienne !
* A S. Sulpice , S. Benoit , S. Merry , S. Sau
veur et la Magdelaine.
L'Auteur
FEVRIER. 1737. 263
L'Auteur fait là - dessus des Refléxions
aussi touchantes que solides , et son Ouvrage
est écrit avec autant de netteté
que d'onction .
IDYLLE.
Clytas , Tircis.
Clytas.
L n'est donc plus d'hyver , et la saison nou
velle
>
Va rendre à nos désirs l'aimable Philomele ,
Il ne s'offre à nos yeux que verdure que fleurs ;
Ces prés sont émaillés des plus vives couleurs ;
Voi,Tircis , ces Bergers , l'un près de sa Bergere,
S'abandonne aux transports d'un amoureux.
mystere ;
La houlette à la main conduisant ses troupeaux ;
L'autre fait de ses chants retentir ces cûteaux ;
Tous sont contens ; toi seul à ta tristesse en
proye ,
Tu n'oses prendre part à la commune joye ;
Toujours sombre , réveur , solitaire , inquiet ,
Tune vois nos douceurs, nos plaisirs, qu'à regret,
Autrefois , cher Tyrcis , il m'en souvient encore ,
Par tes joyeux accens tu devançois l'Aurore ;
Aux Fêtes le premier , le premier à nos jeux ,
Chacun t'aplaudissoit , tu te croyois heureux.
264 MERCURE DE FRANCE
Tircis.
Je l'étois , cher Clytas , et ma tendre jeunesse
Ne connoissoit alors ni chagrin ni tristesse .
Souvenirs accablants ! Ah regrets supeiflus !
Cet heureux temps , Clytas , cet heureux temps
n'est plus .
Clytas.
Ce discours , cher Tircis, a de quoi me surprendre ,
Dans ces termes obscurs je ne puis rien compren
dre ;
Quoi ! plein de noirs soucis , consumé de regret ,
Tircis à son Clytas en garde le secret ;
Sont - ce- là donc les fruits de cette confiance ,
Qui regna parmi nous dès la premiere enfance ?
Quelque Berger , dis - moi , t'auroit il insulté ?
Courons tirer raison de sa temérité ;
Tu ne me réponds rien ! mais ce même silence
Ne me parle , Tircis , qu'avec plus d'éloquence ;
Ouy,ces yeux abbatus , ces soupirs douloureux ,
Tout enfin me le dit , Tircis est amoureux .
Tircis.
Si mon coeur ressentoit un flâme ordinaire ,
>
Un tel aveu , Clytas , ne me coûteroit guere ;
Mais aprends, cher ami , l'excès de mon malheur ,
Tu prendras part sans doute , à ma juste douleur ;
Aprends donc que Tircis adore une inhumaine ,
Une cruelle ; aprends qu'il adore Climene.
Ciytas
FEVRIER: 1737. 265
Cytas.
Climene que dis- tu ? Berger infortuné ,
A quel aflieux tourment te vois je destiné ?
Climene , je le sçais , Cimene est adorable ,
Mais C imene ne peut faire qu'un misérable ;
Elle est sage , constante , elle a donné son coeur ,
Un coeur tel que le sien ne connoît qu'un Vainqueur.
Je conserve toujours présente à ma mémoire
De s.s fameux malheurs la déplorable histoire ;
Chacun sçait qu'autrefois dans un rang glorieux
Elle goûtoit un sort digne de ses ayeux.
Mais bien - tôt dans sa Aeur l'impitoyable Envie
Voulut empoisoner une si belle vie ;
Climene , qui l'eut cru ? sans suport , sans amis ,
Dans ses proches trouva ses plus durs ennemis ;
C'est alors que suivant le parti le plus sage ,
Detestant ces ingrats et cedant à l'orage ,
Elle tourna ses pas vers nos prés , vers nos Bois ,
Se fit Bergere , et vint se ranger sous nos Loix .
Sa douleur à ses traits ajoûtoit mille graces ,
Quel Berger n'eut voulu partager ses disgraces ?
Mais pour toucher son coeur leurs efforts furent
vains ;
Tous pour prix de leurs feux , n'eurent que des
dédains.
Un coeur , quoiqu'abaissé dans la vile poussiere,
A peine d'oublier la fortune premiere ;
Cette
266 MERCURE DE FRANCE
Cette Bergere aussi dans ce dernier état
Se ressouvint long- temps de son premier éclat -
Mais il est un moment qu'il faut rendre les
armes ,
Lycidas sçût lui plaire , il essuya ses larmes;
Lycidas dans un corps charmant , quoique petit,
A le coeur le plus grand , le plus aimable esprit :
Depuis ce temps rous deux n'ont qu'un coeur
n'ont qu'une ame ;
Prétendrois- tu troubler une si belle flâme ?
Quand tu le prétendrois , quel seroit ton espoir ?
Tircis.
Je n'en ai point, Clytas , et n'en veux point avoir
Mais toi , de mon secret le seul dépositaire ,
Toi , de qui j'attendois un conseil salutaire ,
Tranquille spectateur de mon égarement ,
N'a-tu point de remede à mon aveuglement ?
Clytas.
Parler contre l'amour n'est pas chose facile ,
Le coeur contre lui- même est rarement docile ;
Mais , puisqu'il faut parler , va , fui loin de ces
Lieux ,
Tu ne peux qu'en fuyant , être victorieux,
Tircis.
Il suffit , je t'entends; dans cet avis sincere ,
J'admire d'un ami le rare caractere ;
Furons puisqu'il le faut , oublions pour toujours
Climene, ses attraits , et nos folles amours.
ELOGE
FEVRIER. 1737. 267
E LOGE de M. Le Clerc par M.
Lme
C. L. C.
Aurent Josse le Clerc fut le troisié
me enfant de Sebastien le Clerc , fameux
Graveur du Cabinet du Roy. Il
naquit à Paris le 22. Aoust 1677. Les plus
heureuses dispositions du côté de la vertu
et du côté des Sciences le distinguerent
dans le cours de ses Etudes , & le déterminerent
à embrasser l'Etat Ecclesiastique. Il
s'attacha au Séminaire de S.Sulpice , où il
continua d'étudier en Sorbonne : il y fut
reçû Licencié au commencement de l'ans
née 1704. Destiné ensuite par ses Supérieurs
à enseigner la Théologie , il la
professa au Séminaire de Tulles pendant
trois ans , & à celui d'Orleans pendant
treize autres années.
Il s'acquita de cet Emploi avec un a
plaudissement extraordinaire , aussi joignoit-
il à un fond de sçavoir surprenant,
formé par une lecture presque universelle
, & à une mémoire des plus brillantes,
une clarté & une netteté dans l'expres
Ision , qui répandoient la lumiere sur
Foutes les matieres qu'il traitoir , même
D les
268 MERCURE DE FRANCE
1
les plus obscures. Il s'écarta dans celles
de la Grace des deux sistêmes qui partagent
les Ecoles Catholiques ; & croyant
entrevoir dans tous les deux quelque
chose qui blessoit également la bonté de
Dieu , il s'en forma un particulier , tel à
peu près que celui qu'avoit soutenu le
fameux Pere Thomassin,
Des occupations si serieuses , et où M.
le Clerc sembloit par le succès , s'être livré
tout entier , ne l'empêcherent pas de
cultiver un goût décidé pour les Lettres,
avec lequel il étoit né , et sur tout pour,
cette érudition critique , qui consiſte dans
la connoissance des Livres , du temps où
ils ont paru , de leurs Auteurs , et des
circonftances de leur vie , érudition d'une
nécessité absolue dans la Republique des
Lettres , pour démêler le vrai d'avec le
faux , et pour fixer chaque chose à sa
place.
Il fit paroître en 1719. des Remarques,
fur differens articles du premier volume du
Dictionnaire de Moreri , Edit. de 1718.
C'eft un in- 8.imprimé à Orleans, mais
sans nom de Lieu .
La Préface contient une idée generale
des principaux défauts de ce Dictionnaire
, et des moyens d'y remedier . Le corps
de l'ouvrage renferme les remarques au
nombre
FEVRIER. 1737. 269
nombre de mille. M. le Clerc y releve
= Moreri et ceux qui l'ont suivi dans son
entreprise de plusieurs fautes considera-
= bles , soit du côté de la justesse des dates
qu'ils raportent , soit dans la narration
même des Faits .
Cet ouvrage fut attaqué par Dom Merri
, Benedictin de la Congrégation de S.
Maur. Il fit paroître en 1720. une brochure
sous le titre de Difcussion Critique,
et Théologique des Remarques de M....Sur
le premier volume du Dictionnaire de Moreri
de l'Edit. de 1718. Il s'y déguisa sous
le nom de M. Thomas de Louvain. Le
Critique ne touche qu'à vingt- trois ou
vingt -quatre Endroits des Remarques ,
ce qui eft peu de chose par raport à leur
grand nombre. M. le Clerc qui ne cherchoit
que la verité, etqui se trouvoit avoir.
encore presque tous les Exemplaires de son .
ouvrage , corrigea lui- même à la main les
Endroits où il reconnut qu'il s'étoit trompé
, et les diftribua dans cet état.
Il continua toujours son travail, et fit
imprimer la même année 1720 ses Remarques
sur le second volume de Moreri
; et l'année d'aprés il en publia de nouvelles
sur le troisiéme . Il a depuis ache
Ivé son ouvrage sur les autres volumes
de ce Dictionnaire , mais sans en faire ,
Dij imprimer
170 MERCURE DE FRANCE
imprimer davantage. Le tout fut com
muniqué à celui qui prit soin de l'Edia
tion qui en fut faite en 1724. et on en
tira un nombre de corrections très - considerable
, qui servirent beaucoup à lạ
perfectionner.
Ce fut à la fin de 1722.que M. le Clere
fut envoyé à Lyon en qualité de Direc
teur du Séminaire que Mrs de S. Sulpice
ont dans cette Ville. Il y a demeuré jus
qu'à sa mort. Ses Remarques sur Moreri
lui donnerent bien tôt occasion d'entreprendre
un ouvrage encore plus utile.
Il y avoit avancé que Bayle dans son
Dictionnaire et souvent critique peu
exact et critique très-prévenu ; un de ses
amis trouva qu'il n'avoit pas assés ménagé
cet Auteur , et lui écrivant à ce sujet ,
lui fit une espece de défy de soûtenir ce
qu'il en avoit dit. M. le Clerc qui avoit
parlé preuve en main , répondit à son
ami de maniere à lui fermer la bouche.
Diftrait ensuite par d'autres occupations,
it demeura quelques années sans rendre
sa lettre publique.
.
Ce fut dans cet intervale qu'il travailla
à sa Bibliotheque de Richelet , ou Abreé
de la Vie des Auteurs , cités dans ce Dictionnaire.
Elle eft remplie de recherches
très - curieuses dans le goût de ses autres
ouvrages
FEVRIER:
1737 271
buvrages. Elle se trouve à la tête du pre
mier volume de l'Edition de Richelet de
1728.
Il donna encore vers ce tems - là une
brochure sous le titre de Dissertation sur
Auteur du Symbole , Quicumque , & c.
par un Licencié de Sorbonne. Il y prouve
par de bonnes raisons que c'eft S. Atha
nase.
Ayant ensuite revû sa Lettre sur Bay
le , il la fit imprimer sous le titre de Let
tre critique für Bayle , à la Haye 1732. H
démontre plus clair que le jour sur un
nombre d'articles choisis dans le Dic
tionnaire , que Bayle y eft en faute d'un
bout à l'autre par raport à l'exactitude
des faits , et ce qui eft bien plus mauvais,
qu'il y abandonne absolument les regles
d'une critique équitable , en se laissant
entraîner à chaque pas par une prévention
visible en faveur des Proteftans.
M. le Clerc persuadé de l'utilité de son
entreprise , pour détromper un certain
Public trop favorable à ce Livre dangereux
, la poursuivit , et poussa son tra
vail de façon qu'il fut en état de fournir
une très grande quantité de Remarques
pour la nouvelle Edition de ce Diction
naire, faite en 1734. à Trevoux sous le
nom d'Amfterdam . Elles sont sur le mê-
D iij
ΠΟ
272 MERCURE DE FRANCE
me plan et de la même solidité que la
Lettre critique. On les a rangées à la fin
de chaque volume.

Cependant la santé de M. le Clercs'affoiblissoit
, et l'étude continuelle , jointe
à un temperament délicat , l'ayant consumé
insensiblement , il passa les deux
dernieres années de sa vie dans une espece
de langueur , qui ne lui permit gueres
d'autre travail que celui qui étoit de
son ministere. On voulut même l'engager
à s'en abftenir tout- à - fait , mais il répondit
toujours que son état demandoiť
qu'il travaillât , et que la Providence disposeroit
du reste.
Il ne laissa pas encore d'avoir quelque
part au nouveau Suplément de Moreri,
imprimé en 1735. et d'adresser deux let
tres aux Journalistes de Trévoux pour
en faire part au Public . Dans la premiere
qui se trouve au second Journal d'Avril
1736. il y prend la défense de Sebastien
le Clerc son Pere , accusé par M. d'Alleman
, Ingenieur , d'avoir pris de Villalpande
l'ordre François qu'il a donné dans
son Traité d'Architecture , comme de
son invention.
*
La seconde a pour titre Lettre de M .:
Prêtre du Diocéfe de Riez , à M... Chanoine
d'Arles ,fur ce qui eft dit des Saints
Fauste
FEVRIER. 1737.273
Fauste de Riez & Cesaire d'Arles dans
Hiftoire Litteraire de la France. Notre
Auteur entreprend d'y justifier Fauste du
Pelagianisme qu'on lui impute. Cette
Lettre est inserée dans le Journal de Juil
let 1736. et ce fut là son dernier ouvra
ge. Un Sermon qu'il fit à l'occasion d'une
Retraite d'Ecclesiastiques , la veille du
jour qu'il tomba malade , hâta sans doute
l'inflammation de poitrine qui l'emporta
au bout de huit jours. Il mourut
dans les plus grands sentimens de pieté
le 6. May 1736. à l'âge de 59. ans commencés.
Outre les ouvrages imprimés dont on
a parlé , il en a encore laissé plusieurs
manuscrits , comme une Histoire des Papes
, une Chronologie de nos Rois de la
premiere race , un Abregé de la Vie de
-son Pere , avec un Catalogue exact de
-ses ouvrages , et un Traité du Plagiat Lit
-teraire .
Qui ne connoîtroit cependant M. le
Clerc que par ses ouvrages , ne le connoîtroit
pas du côté le plus avantageux ;
les qualités du coeur surpassoient chés
-lui les talens de l'esprit . Une pieté tendre
et affectueuse , une bonté compatissante
et une douceur inaltérable for
moient le fond de son caractere . De- là
D iiij CCI
274 MERCURE DE FRANCE
cet art merveilleux qu'il possedoit de ga
gner les coeurs , et de faire goûter la vertu
; de- là encore cette modestie et cette
simplicité de moeurs , qui faisant comme
disparoître en lui l'Homme de Lettres et
le Sçavant , ne laissoient entrevoir que
l'homme ordinaire et le pieux Ecclesiastique
Aussi n'y eût il jamaisSçavant moins
enflé de ses connoissances , et moins entêté
de ses sentimens. Ami du vrai , er
ennemi déclaré de la chicane des dispu
tes , il étoit toûjours le premier à se condamner
lui - même dès qu'on lui faisoit
sentir qu'il s'étoit trompé. M. le Clerc
eut encore en partage cette qualité si rare
aux génies supérieurs , qui consiste à sçavoir
se plier au besoin , et se mettre au
niveau de tous les esprits. On le voyoit
oubliant son cabinet , passer les heures
entieres avec des gens de la lie du peu
ple , les écouter , entrer dans leurs peines
, les consoler , mais c'étoient des consolations
accompagnées d'aumônes abondantes
, car jamais homme ne pratiqua
mieux le précepte de la charité. Se trouvant
attaché à une Maison où on lui fourmissoit
le nécessaire , tout ce qu'il pouvoit
avoir , de son patrimoine , du revemu'd'un
petit Bénéfice dont il étoit pouryu,
et du produit de ses Livres, tout, sans
Exception
FEVRIER : 1737. 275
Exception, étoit le partage des Pauvres.
Des qualités si rares ne pouvoient
manquer de procurer à M. le Clerc d'illustres
amis , et c'est dignement ferminer
son Eloge que de les nommer . Parmi
ceux qui sont morts avant lui , on peut
compter M. de la Monnoye de l'Acadé
mie Françoise , le P. le Long de l'Oratolre,
et le P.Echard Dominiquain.Ceux
qui
vivent encore sont, à Dijon, M. le Président
Bouhier, aussi de l'Academie , M.
l'Abbé Papillon et le P. Oudin Jesuîté.
En Dauphiné , M. le Baron de la Bastie,
et à Lyon , M. Dugas et le P. Decolonia
Jesuite .
sikakaka
SENTIMENS d'une Ame Pénitente.
VOus qui reglez le cours des brillantes Etoiles ,
Qui de l'éternité percez les fombres voiles ,
Le centre de la terre & le gouffre des mers ,
Dicu Saint , pour qui des coeurs les ſecrèts ſom
ouverts ,
Daignez percer du mien l'abîme impénétrable p
Venez y faire luire un rayon favorable ,
Répandez -y l'odeur de ces parfums si dour,
Bont on fuit les attraits en s'unissant à vous ?
Ces attraits dont vos Saintséprouvent les délices
yeux les mérites par de vrais facrifices ,
DY Sace
276 MERCURE DE FRANCE
Sacrifices de l'Homme à la Divinité ;
Car souvent on immole un vice à d'autres vices ;
Mais pour cet Holocauste ayez des yeux propices
,
Soutenez la Victime, en marchant à l'Autel;
La Nature se trouble & craint le coup mortel ,
Secourez sa foiblesse , animez son courage ;
Puissai-je conformer mes moeurs à mon langage:
J'aspire à la couronne , & je crains les combats ,
Instruit de mon devoir, je ne le remplis pas.
- Faut-il donc que mon ame inquiete , agitée,
De steriles remords sans cesse tourmentée ,
Se borne à des souhaits traîne jusqu'au tombeau
D'une foy sans vertu l'inutile flambeau ?
Cette Ame est devant vous dans ce séjour de
larmes ,
Comme un captif en proye aux plus vives allarmes,
Comme un frêle vaisseau sans voile & sans Nochers
,
2
Un Voyageur errant au milieu des rochers ,
Dans un bois dont par tout les routes ambiguës
N'offrent à ses regards que des ronces aiguës ,
Des sables enflammés , & des antres affreux
De monstres , de brigands, repaires dangereux,
Un étranger absent des lieux qui l'ont vu naître,
Un enfant éloigné de l'Auteur de son être,
Une triste cité dont les foibles remparts
Ди
FEVRIER. 1737. 277
Au feu des ennemis s'ouvrent de toutes parts.
Seigneur,contre les miensembrassez ma défense ,
Soudain j'humilirai leur superbe insolence ,
Je vaincrai le Lyon , je braverai l'Aspic ,
Et les dents du Dragon , & l'oeil du Basilic .
Malgré les flots unis aux fureurs de l'orage ,
Vainqueur , j'aborderai ce fortuné rivage ,
Où d'un bien éternel tranquilles possesseurs ,
Vos Saints sont enyvrés de célestes douceurs ;
Je sçais que j'ai long-tems lassé votre clemence
Je l'ai dit , c'en est fait , aujourd'hui je com-j
mence ;
Je n'oposerai point à mon Juge en courroux
Ces traits, ces traits divins que j'ai reçûs de vous ;
Le crime en effaça l'empreinte respectable ,
Mais j'opose le sang de ce Fils adorable ,
Qui pour le Genre humain a voulu s'immoler.
C'eft la voix de ce sang qui pour moi va parler
Ecoutez-la , Seigneur , rendez- vous-y propice ;
Celle du sang d'Abel pressoit votre justice :
Mais vôtre Fils mourant sur un infame bois ,
Presse votre bonté d'en revoquer les loix.
Je ne puis oublier que mon Juge est mon Pere ;'
Quels que soient mes forfaits , c'est en vous que
j'espere.
En pleurane à vos pieds je goûte des plaisirs
Dont le monde jamais ne flatta mes désirs .
Ah ! si ce monde aveugle en connoissoit les
charmes D vj
Il
278 MERCURE DE FRANCE
Il les préféreroit , ces trop heureuses larmes ,
A ces ris effrenés , à ces jeux séducteurs ,
Qu'un jour doivent payer d'éternelles douleurs
Par M. L. Pongy Neuville.
QUESTION NOTABLE jugéepar
un Arrêt rendu en l'Audience de la
Grand'Chambre du Parlement de Paris
le 31. Fuillet 1736. qui déclare des Cal
lateraux non- recevables en l'Apel comme
d'abus, pareux interjetté , d'une Sentence
de l'Official de Sées , laquelle avoit
prononcé la nullité des voeux d'un Relis
gieux.
LE
FAIT.
Es Sr et Dame Clopustre de Bourgneuf
avoient eu de leur mariage plu
seurs Enfans , dont il ne leur étoit resté
que deux : sçavoir René Alexandre , et
Charlote Susanne , mariée au Sr Charles
de Bonvoust, Chevalier , Seigneur du
Plessis.
La Dame de Bonvoust étoit l'unique
objet des complaisances des Sr et Damer
de Bourgneuf ; René- Alexandre leur fils
n'éprouvoit de leur part que de mau-
*
vais
FEVRIER:
1737 279
vais traitemens : on lui faisoit entendre
par des gens affidés qu'il n'avoit d'autre
parti à prendre que celui de se faire Rollgieux
, qu'autrement il devoit s'attendre
à des maux encore plus grands que
ceux qu'il avoit déja soufferts.
Cette situation violente obligea le S.
René- Alexandre de Bourgneuf d'entrer
dans la maison de S. Eloy de la Ville de
Mortagne , Convent de l'Ordre des Mathurins.
Il y prit l'habit régulier le 13.-
Avril 1726. Mais au lieu de le faire passer
par des épreuves austeres , du moins régulieres
, pendant l'année de son Noviciat
, on mit au contraire tout en usa--
ge pour lui faire trouver son état
agréable ; rien ne lui fut épargné ; chaque
jour son Pere et sa Mere , sa soeur
d'autres femmes même avoient la liberté
de pénétrer jusques dans sa chambre , et
de jouer avec lui.
1
Malgré tous ces amusemens pratiqués
pour l'engager à faire profession , il dé
claroit toujours qu'il n'avoit point dessein
de se faire Religieux enfin le 20.-
Avril 1727. jour pris pour la Profession ,
il redemanda ses habits séculiers , er die
à son Pere qu'il vouloit sortir du Monastere.
Le Pere essaya d'abord de le gagner par
la
280 MERCURE DE FRANCE
la douceur ; mais voyant que son fils resistoit
toujours , il prit un ton d'autorisé
, et lui dit que s'il n'obéissoit pas , il le
feroit enfermer pour le reste de ses jours
dans un lieu où il seroit reduit au pain
et à l'eau .
A cette menace le fils traîné aux pieds
des Autels , prononça d'une voix tremblante
des voeux dans une langue qu'il
n'entendoit pas ; on lui présenta ensuite
l'Acte qui dévoit le lier malgré lui , pour
le signer ; il crut se ménager une voye
de restitution en ne signant que Bourgneuf,
mais on lui fit mettre en interligne
Clopustre.
Depuis ce fatal moment , que le frere
de Bourgneuf regardoit comme le plus
malheureux de sa vie , il ne fut occupé
qu'à prendre les moyens de rompre l'engagement
qu'on lui avoit fait contracter.
Chaque jour il vouloit reclamer contre
ses voeux . Mais la crainte d'être traité encore
plus rudement le retenoit toujours .
PROCEDURES.
Une maladie dangereuse fit rentrer le
Pere en lui-même : alors le fils voyant que
ses parens reconnoissoient leur faute ,
crut que c'étoit le moment favorable pour
rompre ses liens , il fit devant Notaire son
acte
FEVRIER. 17378 281
acte de protestation le 28. Février 173 2 .
Il étoit encore dans les cinq ans : sa protestation
fut signifiée le 4. Mars suivant
au Prieur de la maison de S. Eloy,et il obtint
, en l'Officialité de Sées le 26. Août
1732. une Sentence favorable , qu'il fir
signifier à ses Pere et Mere, à sa soeur, à
son beau frere , et au Prieur de S. Eloy
Ayant depuis fait attention que sa soeur
et son beaufrere ne manqueroient pas
d'incidenter là- dessus , il fit une nouvelle
Procedure pour rectifier les défauts qui
auroient pû être dans la premiere ; et pour
se conformer à l'usage , il obtint en Cour
de Rome un Bref de réclamation de voeux
le 17 Mars 1734.
Il présenta ensuite sa Requête à M.
l'Evêque de Sées , aux fins de nommer
dans le ressort du Parlement de Paris, un
Official pour se faire relever de ses Voeux:
la Commission accordée et acceptée , il
présenta sa Requête à l'Official nommé,
et demanda Acte de ce qu'il se désistoit
de sa premiere Procedure.
L'Official rendit son Ordonnance pour
faire assigner les Parties interessées , il
ordonna en même temps que le Frere de
Bourgneufse retireroit chés les Capucins
de Mortagne, ce qu'il executa ; et il continua
pendant la contestation de porter
l'habit régulier,
Les
182 MERCURE DE FRANCE
Les Assignations données au Prieur
des Mathurins de Mortagne , aux Pere
et Mere du Religieux , et aux Sieur et
Dame de Bonvoust' , on interrogea sur
faits et articles le Frere de Bourgneuf et
ses Pere et Mere : ces derniers ne purent
s'empêcher d'avouer la violence dont ils
avoient usé pour obliger leur fils à se fai
re Religieux' ; et le Frere de Bourgneuf
fit une Enquête qui se trouva si favorable
pour lui , que ses Pere et Mere consenti
rent par Acte du 28 Aout 1734. à l'ena
rerinement du Rescrit obtenu en Cour
de Rome .
Le Frere de Bourgneuf avoit aussi ob
tenu une Ordonnance pour faire interro
ger sur les faits de violence le Prieur et
Jes Religieux de S. Eloy , et les Sieur et
Dame de Bonvoust , lesquels garderent
le silence , et laisserent rendre contre eux
deux Sentences par défaut , portant que
les faits étoient tenus pour confessés et
averés. Ils ne formerent aucune oposi
tion à ces Sentences.
C'est en cet état , que conformément
aux Conclusions du Promoteur , l'Omì
cial rendit sa Sentence le 11 Décembre
1734. par laquelle il déclara les Voeux du
Frere de Bourgneuf nuls , comme faits
per vim &¹metum : La-Sentence fut signi
fice
FEVRIER.`_1737. 287
fée à toutes les Parties ; le Général des
Mathurins et les Religieux de S. Eloy y
acquiescerent par Acre du 2 Mars 1735.
Les Sieur et Dame de Bonvoust interjetterent
Appel comme d'abus , 1 ° . De
la Sentence renduë par défaut contre eux
en l'Officialité le 26 Août 1732. 2 ° . Du
Brefde Cour de Rome. 3. De la derniere
Sentence du 11 Decembre 1754
M. Cochin plaidoit pour le Sieur de
Bonyoust ; et M. Messager pour la Dame
son épouse: ils proposerent cinq Moyens
d'abus.
Le premier consistoit à dire que le
Rescrit étoit subreptice , qu'on n'y avoit
pas exposé deux faits importans , Puny
que les Voeux avoient déja été déclarés
nuls par un Jugement de l'Official qui
subsistoit, l'autre, que l'Intimé étoit sorti
du Monastere , et qu'il avoit quitté l'ha
bit de l'Ordre.
Ils tiroient le second Moyen de ce que
la Commission portée par le Rescrit pour
juger de la validité ou invalidité des
Veux , étoit adressée à M. l'Evêque de
Sées , à l'Official et au Supérieur du Religieux
, et que l'Official seul avoit ins
truit et jugé : qu'il apartient neantmoins
au Supérieur d'être Juge conjointement
avec l'Ordinaire,que le Concile de Tren-

284 MERCURE DE FRANCE
te y est formel. Sess. 25. ch. 19 de restit. et
que telle est la jurisprudence des Arrêts.
Le troisiéme Moyen d'abus étoit que
la Commission portoit bien que l'Official
feroit l'Information sur la validité ou invalidité
des Voeux , et en conséquence
tout ce qui seroit juste et raisonnable
mais qu'elle ne lui donnoit pas le pouvoir
de juger.
Le quatrième Moyen étoit qu'on avoit
commencé la seconde Procedure , avant
que la premiere eût été déclarée nulle ,
que tout ce qui avoit été fait jusques- là
devoit être déclaré nul , n'étant pas permis
d'accumuler deux Procedures sur un
même objet.
Le cinquiéme Moyen consistoit en ce
qu'il n'y avoit aucune preuve de violence
pratiquée de la part du sieur de Bourgneuf
Pere , pour obliger son fils à se faire
Religieux que les menaces et les violen
ces qu'il lui avoit fait , n'étoient que
pour l'empêcher de quitter par legereté
un Etat qu'il avoit lui- même choisi , et
qui lui couvenoit , que la déclaration des
Sieur et Dame de Bourgneuf étoit concertée
avec leur fils.
M. Joly de Fleury qui plaidoit pour
le sieur de Bourgneuf , oposa d'abord
aux Intimés deux fins de non - recevoir ;
FEVRIER. 1737. 285
la premiere, tirée de leur qualité de Coflateraux
, il fit voir que l'état des hommes
ne doit pas dépendre du caprice des
Collateraux , sur tout lorsqu'ils agissent
sans interêt comme dans le cas où se
trouvoit le Sieur de Bourgneuf.
Le défenseur du Sieur de Bourgneuf
tira sa seconde fin de non recevoir , non
seulement du silence des Pere et Mere
mais encore du consentement qu'ils
avoient donné à la réclamation , et de
l'acquiescement du Général et des Religieux
de S Eloy à l'enterinement du
Bref ; il fit voir que c'etoient là les seules
Parties intéressées , et que l'on pûr .
écouter dans une réclamation de Voeux;
que l'on ne pouvoit citer un seul exemple
, où des Collateraux , dans de pareilles
circonstances, eussent été admis à contester
l'état de leurs parens.
Pour réponse au premier Moyen d'abus
, il établit qu'on ne peut alleguer la
subreption,que quand on a dissimulé un
fait dont l'aveu auroit pû faire refuser la
grace ; que dans l'espece le fait de la premiere
Procedure , non plus que celui de
la sortie du Monastere , n'avoient pas été
capables de faire refuser le Bref de réclamation,
qui est un bref de justice , et non
de grace , et qui ne peut jamais être refusé.
Pour
36 MERCURE DE FRANCE
Pour réponse au second Moyen , il fit
voir que dans le fait le Bref n'étoit adressé
qu'à l'Evêque seul. Que la prétenduë
adresse aux trois Commissaires , n'étoit
que sur le revers du Bref , sans aucune
signature ni autenticité ; que dans le droit
le Pape ne pouvoit faire une pareille
adresse , qu'elle seroit abusive , l'Official
du Diocèse étant en France le seul Juge
qui puisse fulminer les Brefs; que l'Evêque
et son Official ne sont qu'une même per
sonne , que d'ailleurs l'Evêque ne peut
exercer sa Jurisdiction contentieuse
qu'à l'égard du Prieur il ne pouvoit con
noitre , comme Juge de la réclamation
de Vaux. Que le Concile de Trente veut
qu'on s'adresse à l'Ordinaire ; que si Fon
apelle quelquefois le Supérieur du Religieux
, c'est moins pour être Juge , que
pour défendre l'interêt qu'il a dans la
réclamation : qu'aucun des Arrêts allégués
par les Sieur et Dame de Bonvoust ,
n'avoit jugé que le Supérieur d'un Reli
gieux soit Juge de la réclamation de
Voeux.
.
Au troisième Moyen d'abus le défen
Beur du Sieur de Bourgneuf répondit qu'il
étoit illusoire de dire que l'Official n'avoit
pas
eû le pouvoir de juger , puisque
Evêque , en le commettant pour faire
L'ing
FEVRIER: 287
1737
5
L'information , et pour faire en consé
quence tout ce qui se trouveroit juste e
raisonnable , lui avoit par là donné le
pouvoir de juger.
Il répondit au quatrième Moyen d'a
bus , qu'il n'étoit pas nécessaire que la
premiere Procedure du Sieur de Bourgneuffut
déclarée nulle , avant qu'il coms
mençat la seconde , parce qu'en la com
mençant , il avoit déclaré formellement
qu'il abandonnoit la premiere
Enfin , pour réponse au cinquléme
Moyen,, que quand la Cour voudroit elle
même juger la réclamation des Voeux ;
elle ne la jugeroit pas differemment de
POfficial , que les violences pratiquées
pour obliger le Sieur de Bourgneuf à entrer
dans le Convent , étoient certaines
que les Pere et Mere en étoient convenus
dans leur interrogatoire ; que les Témoins
attestoient le même fait dans leurs
dépositions , que les Religieux de S.
Eloy convenoient tous que l'on n'avoit
pas fait observer au Sieur de Bourgneuf
la Régle de l'Ordre pendant son Noviciat
, d'où il résultoit qu'il n'y avoit
point eû proprement de Noviciat , et
que par conséquent la Profession étoit
nulle.
ей
M. Daguesseau Avocat Général , qui
porta
288 MERCURE DE FRANCE
porta la parole dans cette affaire , après
Pavoir discutée avec autant de clarté
que d'exactitude , conclut en faveur du
Sieur de Bourgneuf ; et le moyen par lequel
il se détermina , fut qu'il n'y avoit
point eû de veritable Noviciat , ce qui
entraîne la nullité de la Profession.
La Cour jugea conformément à cés
Conclusions ; et par son Arrêt du 31
Juillet 1736. déclara les Parties de MM .
Cochin et Messager non - recevables en
feur Apel comme d'abus.
CHANSON ANACREONTIQUE , *
D'une Nymphe de la Mer, métamorphosée.
en Berger du Pays d'Astrée. A Mile P**
Nymphe des Rives de Lignon. Sur l'Air :
du Dialogue François et Provençal :
Ecoute-moi , ma charmante Sylvie ,
Agascias me , parla , come devez, bici
LE doux Printemps a ranimé nos Plaines ;
Zéphire et Flore enfin sont de retour ;
Faut-il toujours vous parler de mes peines ,
Quand les Oiseaux ne chantent que l'amour?
* Cette Chanson a été faite au mois de Mag
dernier.
A
F
L
FEVRIER.
289
1737.
A quoi vous sert cette aimable figure ?
Pour qui sont faits des yeux si pleins d'apas ?
C'est abuser des dons de la Nature ,
Aimable Iris , que de n'en user pas.
Flateuse erreur ! j'ai crû cette nuit même ,
Que vous étiez favorable à més voeux ;
Vous me disiez , cher Tirsis , je vous aime ;
Vous étiez prête à couronner mes feux.
Un prompt réveil écartant le mensonge ,
Ne m'a laissé qu'un frivole regret's
Soyez pour moi plus inhumaine en songe ,
Et devenez plus humaine en effet.
Cüeillons les fleurs , que la saison nouvelle
Fait doucement éclore sous la main ;
La Rose passe et cesse d'être belle ,
Quand on remet son usage à demain,
$
LETTRE
90 MERCURE DE FRANCE
*******: X : XXXXXXX
LETTRE de M . *** à un de ses
Amis sur une nouvelle Montre
Equation.
C
Omme vous n'êtes pas à portée ,
Monsieur, de sçavoir ce qui se passe
de nouveau et de curieux dans les Beaux
Arts , et que je vous ai promis de vous
en faire part, autant que les choses viendroient
à ma connoissance , voici une
nouvelle découverte dans l'Art de l'Hor
logerie , qui est d'autant plus belle , que
l'Auteur , qui est fils du celebre M. Ďu̸-
tartre , dont vous avez oui parler tant
de fois , a sçû faire accorder par la Mé
chanique de son Ouvrage , le mouvement
irrégulier aparent du Soleil , avec
le mouvement régulier et uniforme ,
diférence que vous sçavez qu'on apelle
Equation.
+
C'est une Montre qui a parû dès le
mois de Février de l'année derniere ,
et qu'il a présentée à la Societé des Arts ;
où il remplit la place de feu M. son Pere
le 13. May suivant, Cette Montre qui
marque les heures , les minutes et les
secondes , conduit elle seule , par l'ingénieuse
FEVRIER. 1737. 291
génieuse construction de ses Machines ,
ane seconde aiguille des minutes , qui
marque sur son Cadran tous les jours
de l'année la différence qu'il y a du
temps vrai au temps moyen ; de sorte qu'il
y a des jours et des mois où cette aiguille
varie du nombre de minutes qu'elle marque
, conformément aux irrégularités
aparentes du mouvement du Soleil dans
le Zodiaque.
Toute la Machine est si bien exécutée ,
que lorsque le jour est venu , où la minute
d'Equation que cette aiguille mate
que , doit changer ; on n'y aperçoit pas
quatre secondes d'erreur.
Pour donner à cette Equation le plus.
de précision qu'il est possible ; la courbe
ou l'Ellipse , qui est la principale piece
de cette Machine , est taillée sur une Table
des variations du Soleil,des quatre années
de suite , dont on a fait une année
moyenne , qui sépare également la difference
qui se trouve dans l'Equation de
chacun des jours et des mois de ces quatre
années. Par ce moyen la difference
d'une demie minute , qui se trouve dans
certains jours d'une année à l'autre , se
trouve suprimée.
Pour fournir la preuve de la précision
de l'Equation que marque cette aiguille,
E l'Auteur
242 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur a fait graver une Table sur la
quelle on trouve les variations de l'Equa
tion , minute par minute , pour tous les
jours de cette année moyenne. Outrel'u
tilité de cette Table pour regler les Montres
et les Pendules , on y trouve aussi
dans de petits Cartouches qui l'environ
nent , plusieurs remarques et instruc
tions curieuses et interessantes , pour
gouverner et pour conserver ces sortes
d'ouvrages.
Cette Table est des plus agréables à la
vûë , par sa disposition , par les figures
et par les ornemens qui l'accompagnent;
elle n'a que sept pouces , ou environ en
quarré , ce qui la rend d'une plus grande
commodité. Il est facile de juger de sa
propreté , en disant que c'est le Sr le Baş
qui l'a gravée.
Voilà , Mr , ce que j'avois à vous an
noncer , et qui doit vous paroître d'autant
plus curieux , que cette Montre est
la premiere de son espece , et la seule et
Punique qui ait encore parû, Le mêine Au
teur compte , dans peu , donner quelques
autres productions nouvelles; lorsqu'elles
paroîtront je vousen ferai également part,
Si vous souhaitez une de ces Tables , ou
je vous l'envoyerai , ou vous pouvez vous
adresser à l'Auteur ; il demeure sur le
Quay
FEVRIER. 295 17378
Quay des Orfévres à Paris , à l'Enseigne
de l'Etoile. Je suis , &c.
en!
Les mots de Enigme et des Logo
gryphes du Mercure de Janvier 1737.
sont , Tournebroche , Perpignan , Cornette
et Angelus . On trouve dans le troisiéme
Logogryphe , Anglus , Agnus et Anus. N
dikakakakakakakakakakakakakak
SONNET ENIGMATIQUE.
D
"J
Aus le tour d'un Compas j'enchaîne l'Unis
vers.
Du Lever au Couchaut, du Midi jusqu'à l'Ourse,
Je trace aux Curieux une facile course ,
Et fais franchir à l'oeil mille climats divers.
Je fixe dans mon sein l'Eau , la Terre et les
Airs.
Ambitieux Humains , quelle vaste ressource §
Jusqu'aux bords ênflaminés , où le jour prend sa
source duSY,
Je déploye à vos yeux l'immensité des Mers
Toute-fois aux Césars je servis de frontieres ,
Alexandre , à regret serré dans mes barrieres ,
Pleura de ne pouvoir donquerit au delà
E ij Mais
294 MERCURE DE FRANCE
Mais depuis ces Héros que de terres nou
velles !
Mes traits sont plus nombreux , plus justes, plus
fidelles ,
Et j'ai rendu fameux l'Amant de Dalila.
N. Bourdas.
·
LOGOGRYPHE.
L'Afrique m'a donné le jour s
Je suis un Animal terrible , épouventable;
Et ma figure redoutable
Inspire un sentiment bien contraire à l'amour.
1 2 3 4. Un Fleuve renommé
Dans ces lettres est renfermé.
12'54 et 3. d'un fameux Roi de France
Je possedois jadis toute la confiance.
45 3 et 8. Je suis une couleur
Symptôme de tristesse et marque de douleur :
89 10.7. Je suis une Fleur agréable ;
8 9 10 3 7 1. Cet arbre me produit ;
625. Paugmente et redouble le bruit
D'une façon presque incroyable.
ets 4et 7. Jesuis terme usité
* En Science Géométrique; }
#2 37 et 4. Animal domestique

FEVRIER. 1737.
29]
sers un maître avec fidelite.
387. Je suis d'un grand usage"
Bien plus en Hyver qu'en Eté
2789 et 4. Oiseau très - redouté,
Je fais la guerre à ceux de mon plumage.
Enfia en moi Pon trouve un Saint de grand
renom ,
Dont un endroit porte à Paris le nom ;
De plus un fameux Patriarche ,
De plus celui qui bâtit l'Arche :
Un habile Prédicateur ,
Une Princesse , un Enchanteur ,
Un Fleuve , un Animal paisible -
Un autre presque imperceptible.
Une part double au corps humath ,
Un Hebreu que la terre engloutit dans son seinë”
Un instrument propre à la chasse.
Une note , une énorme masse :
Un arbre , une ville , un oiseau.
Ce qu'on fait avec le fuseau.
Un mouvement cruel & sombre.
Quelque chose de moins qu'un atôme et qu'ang
ombre.
Un nom grand et majestueux.
Un métal rare et précieux :
La moindre part de la journée ,
Ce qui marche avec l'hymenée .
Ce qu'on entend dans les combats ,
E iijas U
296 MERCURE DE FRANCE
Un nom qu'on donne aux Potentats,
Un mot de la Langue Latine.
Ce que tous les Chevaux portent sur leur échine,
Mais c'est assés , Lecteur , te tourmenter l'esprit;
Devine , si tu peux . c'en est fait , j'ai tout die.
b:
T
AUTRE.
Oi qui sçais ton plein- chant dans un dégrė
suprême , 7
Cite-moi , cher Lecteur , un Saint du Paradis ,
Dont le nom en Latin , que l'on chante en Cas
rême
Fait de ton st, re, mi , trois sons bien accomplis.
LOGOGRYPHUS.
Mni spiranti vitam dare , totius est dos. ~
Scinde caput , reliquæ reptile me faciunt :
Septimâ cum quintâ , primâ , sum bestia foeda ;
Auribus oblongis , si movear , quadrupes.
************:***
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
ECUEIL de Jurifprudence du Pays
R de Drait Ecrit & Coûtumier, par Ordre
alphabétique , par Me Guy du Rousseau
FEVRIER: 1737 197
> seau de la Combe , Avocat au Parlement
1. vol. in-4. de 476. pp. Paris , 1736, chés
Mesnier , Libraire- Imprimeur , rue S. Se
verin , au Soleil d'Or , & chés Fean de
Nully, Libraire , grande Salle du Palais ,
à l'Ecu de France & à la Palme:
3
Ce Livre contient par Ordre alphabé
tique les principaux termes particuliers
aux matieres de Jurisprudence , tant dư
Pays de Droit Ecrit , que du Pays Coûtumier.
A la tête des Matieres qui ont quelque
étenduë , il y a des Sommaires qui annoncent
la division de l'article en plu
sieurs Paragraphes , avec des Titres parriculiers.
Sur chaque Matiere l'Auteur pose som
mairement les principes les plus connus
et les plus certains pour les apuyer ,
it
raporte , ou du moins il cite et indique
les Loix , les Coûtumes , les Ordonnances
, Edits , et Déclarations , les Arrêts
de Reglemens et autres Arrêts anciens
et nouveaux , tant ceux qui sont raportés
par les Auteurs , que ceux qui n'étoient
encore raportés dans aucun livre;
les divers sentimens des plus célebres
Auteurs , enfin tout ce qui peut au
toriser les principes qu'il établit. Ila mê
me remarqué les principales exceptions
des principes.
E iiij L'inter
298 MERCURE DE FRANCE
L'intention de l'Auteur dans cet ou
vrage n'a pas été de traiter les Matieres à
fond , ni de faire des Dissertations ; il
s'est au contraire attaché à rassembler
avec beaucoup de briéveté ce qui concerne
chaque matiere; ensorte que son Ouvrage
est moins un Traité de Jurisprudence
, qu'une utile indication des principes
et des sources où l'on peut puiser
des autorités pour la décision des Questions.
Ily Il y avoit déja plusieurs repertoires quí
avoient à peu près le même objet , entr’-
autres les oeuvres de Despeisses et le
Dictionnaire des Arrêts de Mrs de lá
Ville et Brillon . Mais le premier de ces
Ouvrages n'est point disposé par Ordre
alphabétique , il n'ont ni l'un ni l'autre
la briéveté de celui ci , et d'ailleurs le
Recueil de M. de la Combe comprend
ce qui est survenu depuis l'Edition des
autres repertoires .
On ne peut douter que cetOuvrage ne
soit le fruit d'un long travail , puisque
M. de la Combe observe dans son Aver
tissement , que son Recueil contient plus
de quarante mille Citations . de
Ce Recueil est fort propre à soulager
ceux qui ont des recherches à faire , párseque
les Citations qu'il contient renvoyent
FEVRIER: 1737 299
voyent précisément auxLieux où les matieres
sont traitées , et que par ce moyen
on ne perd point de tems à chercher dans
une foule de Livres , au hazard de n'y
rien trouver : ces secours sont aujourd'hui
d'autant plus nécessaires , que les
Livres, et sur-tout ceux de Jurisprudence
sont multipliés à l'infini , la vie d'un
homme n'étant pas assés longue pour
pouvoir les lire tous.
TRAITE' DE LA VERITABLE RELIGION
contre les Athées , les Déistes, les Payens ,
les Juifs , les Mahometans et toutes les
fausses Religions. A Paris , ruë S. Jacques,
chés Hyp. L. Guerin , 1737. §. vol. in- 12.
JOURNAL des principales Audiences
'du Parlement , avec les Arrêts qui y ont
été rendus , et plusieurs Questions et Reglemens
placés selon l'ordre des tems ,
depuis l'année 1700. par Me Nicolas Nupied
, Avocat au Parlement. Tome V. à
Paris , au Palais , chés Théodore le Gras ,
Grand'Salle , à L. couronnée. 1736. infol.
pp.1068.
LES GENEALOGIES HISTORIQUES des
Empereurs et de toutes les Maisons Souveraines,
qui ont subsisté jusqu'à present,
E v exposées
305 MERCURE DE FRANCE
exposées dans des Cartes Généalogiques
tirées des meilleurs Auteurs , avec des Ex
plications Historiques et Chronologiques,
dans lesquelles on trouvera l'établisse
ment , les révolutions et la durée des
differens Erats du Monde ; l'Origine des
Maisons Souveraines, leurs Progrès, Alliances
, Droits, Titres , Prétentions et Ar¬
moiries , avec figures. Tome second. A
Paris , chés P. F. Giffart, ruë S. Jacques,
à Ste Therese. 1736. in 4.
LA VIE de Marianne , ou les Avan
tures de Madame la Comtesse de ***
Par M. de Marivaux. Septieme Partie.
A Paris , chés Prault , Fils , Quay de
Conti , vis- à - vis la descente du Pont-
Neuf, à la Charité. 1737. in-12.
HISTOIRE DE LIDERIC I. Comte de Flandres.
Nouvelle Historique et Galante. A
Paris , Quay des Auguftins , chés Didot
Vol. in- 12.
MESURE CONJECTURALE DE LA TERRE
sur l'Equateur, en conséquence de l'éten
duë de la Mer du Sud . Par M. d'Anville ,
Geographe Ord. du Roy. A Paris, chés
Chaubert, Quay des August. à la Renommée
et à la Prudence. 1736. in 12.de
275
FEVRIER. 1737.
for
75. pages , en comptant l'Avertissement
sur la Carte Géographique mise à la tête
de ce Volume.
HISTOIRE du Prince Titi . A. R.Tome
troisiéme, A Paris , chés la Veuve Pissot,
Quay de Conti , à la Croix d'Or. 1736.
in- 12 . de 240. pages.
MEMOIRES DE LITTERATURE , tirés des
Registres de l'Académie Royale des Ins
criptions et Belles Lettres , depuis l'année
173.1 . jusques et compris l'année
1733. Tomes ix . et x. A Paris , de
PImprimerie Royale. 1736. in 4. pp. 751.
DISSERTATION SUR LA GOUTE , et la
Methode de la guérir radicalement , avec
une Dissertation sur les Maladies dépendantes
du défaut de la Perspiration , Par
Pierre de Sault , Docteur en Médecine ,
Aggregé au College des Médecins de Bordeaux.
A Paris , chés Jacques Guerin , LIbraire
et Imprimeur , Quay des Augus
rins. 1735. de 397. pages.
LE PARTERRE Géographique et Historique
, ou nouvelle Methode d'enselgner
la Géographie et l'Histoire , dé
pouillée de la contrainte des Methodes
ordinaires , et réduite en forme d'amusement
302 MERCURE DE FRANCE
ment simple et facile. Dédié à Monsei
gneur le Dauphin A Paris , chés Nyon ,
Fils , Quay des Augustins , près le Pont
S. Michel , à l'Occasion.
EXERCICES DE LA PIETE' CHRETIENNE
pour retourner à Dieu , et lui demeurer
fidelement attaché. 6e Edition. Par le R.
P. Buffier, de la Compagnie de Jesus .
A Paris , chés le Clerc et Lamesle , ruë
de la Vieille Bouclerie , et chés la Veuve
Mercier et Bordelet , ruë S. Jacques. 1737.
in- 12.-
EPITRE de M.Gresset,écrite de la Campa
gne au Pere *** A Paris , chés Prault
Pere , Quay de Gévres , au Paradis. Brochure
de 32. pages 1737.
,
LES LETTRES d'Héloïse et d'Abaillard,
mises en Vers François. Troisiéme Edition
, revûë , corrigée et augmentée de
quelques Ouvrages qui ne se trouvent
point dans la seconde Edition . Par M. de
Beauchamps. A Paris , chés le même Libraire.
1737. in - 12. de 197. pp. sans l'Epître
et la Préface..
LA MOCHE , ou les Avantures de M.
Bigand, traduites de l'Italien, par le Che
I
valier
FEVRIER 1737
1737 303
valier de Mouby. Tome quatrième. A
Paris, chés Louis du Puis, ruë S. Jacques,
près la Fontaine S. Severin , à la Fontaine
d'or. 1736. in- 12.
DICTIONNAIRE HISTORIQUE , Chrono
logique , Critique , sur l'Origine de l'Idolatrie
, des Sectes des Samaritains , des
Juifs , des Héresies , des Schismes ,
des
Antipapes , & de tous les principaux Héretiques
et Fanatiques qui ont causé quelque
trouble dans l'Eglise. Vol. in-4. A
Paris , chés Pralard , Cloître S. Julien , à
Occasion. Didot, Quay des Augustins ,
à la Bible d'Or , et Quillan , ruë Galande,
à l'Annonciation .
DISSERTATION SUR LA PHTISIE. Par
Pierre de Sault , Docteur en Médecine ,
Aggregé au College des Médecins de
Bordeaux. A Paris , chés Jacques Guerin,
Libraire & Imprimeur , Quay des Augustins.
1734. in 12. pp. 112.
ESSAI sur la Critique. Par M. Pope.
Ouvrage traduit de l'Anglois. A Paris
chés Alix , ruë S. Jacques. 1736. in- 12,
Pp. 81. sans la Préface.
OPERA Joannis Francisci le Fevre
Bisuntini
304 MERCURE DE FRANCE
Bisuntini. D. M. In Academia Vesuntina,
Medica Facultatis Professoris Regii ; duobus
voluminibus comprehensa, scilicet , inTomo 1 ° .
Canones de usu missionis Sanguinis, ac aliarum
artificialium sanguinis evacuationum ;
& cautiones in abusum ; quibus accessit
Tractatus de Natura , usu & abusu Caffé
Thé , Chocolata et Tabaci. In Tomo 2 ° .
Physiologia Medica , in qua ventilantur
fententia veterum ac recentiorum Anatomi-
CO-·Physiologorum , circà omnes Mentis et
Corporis humani functiones . Cum figuris ,
Tomus primus. Vesuntione , apud Joannem-
Baptistam Charmet , Bibliopolam, in
vico magno , fub Signo Scientia. 1737. Et
se vendent à Paris chés Cavalier , Libraire
, ruë S. Jacques.
MUSEUM Nummarium Carmen. Autore
Georgio Vionnet , è Societate Jesu
Lugduni , apud Henricum de Claustre.
MDCCXXXIV.
Nous ne concevons pas comment il se
peut faire que ce Poëme n'ait encore été
celebré par aucun Journaliste, après plus
de deux années d'impression , et après
rout le bien qui nous en est dit par des
Connoisseurs qui l'ont vû naître , et qui
surpris d'un oubli , que l'Ouvrage ne mésite
assurement point , ont bien voulu
nous
FEVRIER: 1737. 308
nous l'envoyer depuis peu de temps.
Le Poëme est dédié par une Epitre en
fort beaux Vers latins , à M. Lebret
Conseiller d'Etat , premier Président du
Parlement d'Aix , Intendant et Commandant
pour le Roi en Provence, qu'on
peut dire avoir été l'un des plus grands
Antiquaires , er des plus riches en Médailles
, de son temps.
:
Il ne s'étoit peut être pas encore présenté
un plus grand sujet , et plus suse
ceptible des beaux traits de la Poësie
que celui- ci il nous paroît , après une
Exacte lecture , et par le plaisir qu'elle
nous a fait , que l'Auteur l'a dignement
traité ; les Poëtes et les Antiquaires d'un
certain ordre en jugeront encore mieux
que nous. Il faut être l'un et l'autre pour
en bien juger , comme il a fallu necessairement
être Médailliste consommé , et
excellent Poëte pour remplir cette carriere
avec succès .
L'Auteur expose d'abord son dessein
avec une noble simplicité.
Prisca laborano eternum signata metallo
Tempora , spiranti vivos in imagine vultuss
Et laudes et facta virúm , redivivaque seris
Perpetuo historia monumenta numismate secliss
Quâjuvet arte sequi , expediam.
Après
308 MERCURE DE FRANCE
Après une invocation generale , notre
Poëte s'adresse particuliérement à la Di
vinité qui préside aux temps , et qui les
forme.
Jamque adeo qui fata sacrá de culmine rupis
Prospicis , aternumque , procul terrestribus auris ,
Nomina clara jubes et facta vigere per avum ,
Phoebe Pater , mea digna tuo sint numine , Fastis
Sint,precor,Aoniis mea Carmina digna , novumque
Da tibi Carminibus monumentum accedere nostris ?
Vera loquar , vanisque prius non dicta Poëtis.
Et tout de suite il fait sentir avec énergie
l'effet de cette invocation .
Annuit ; increpuitque Lyram Deus. Ardua Mem
phis ,
Roma potens , doctaque simul latantur Athena,
Furritosque movent sublimi in vertice crines.
Suit la division generale de l'ouvrage ;
et l'exposition des differentes choses qui
y sont traitées,ce qu'on ne sçauroit mieux
exprimer , ni plus brièvement ni avec
plus d'énergie , que par ces Vers- ci.
Qui parat antiquis mecum decus addere rebus,
Et veteri patrios augere numismate census
Noverit excusi laudes formamque metalli :
Debita qua variis series , que gratia nummis
Discat , et infidas , germana haud inscius artis ,
Delegat

FEVRIER. 1737 307
Detegat imprimis , si quos quis adulterat , artes.
Il entre ensuite dans sa premiere Par
tie , et après avoir bien établi la Tête et
le Revers de chaque Médaille , et ce que
ces deux côtés font voir ordinairement
il s'étend sur la commodité , l'agrément,
P'utilité de l'étude des Médaillesqui apre
nent les Evénemens les plus mémora
bles , en amusant le Maître d'un riche
Cabinet.
divesque supellex
Innumeris Reges Urbesque ac Numina signis ,
Luminibus lustrare dabit mirantibus , horas
Cum facilifalles studie , Nummisque libebit
Instructas avidd scrutari mente Tabellas,
Elles aprenent aussi avec la mênie facilité
l'ancienne Chronologie , l'Histoire
des plus fameuses Villes , la fondation
des Colonies , & c. la décadence de l'Empire
Romain , &c.
quo tempore primum
attollere muros •
Oppida nascentes cooepere
Inspicies latus; jam quo sub sidere sedes
Civibus immutare datum migrantibus , hostes
Cum visum domitos missis franare Colonis ,
Eximere aut gravidam Populis undantibus Urbem!
Quin et Olympiacos versari in pulvere currus ,
Surgen
368 MERCURE DE FRANCE
Surgere Romano sub Principe Consule Fasces ,
Deindepati Dominosfacilemmirabere Romam&t';
Après avoir dit dans la seconde Partie
de fort belles choses , et des choses
vrayes , sur l'origine et les progrès des
Monnoyes et des Médailles Romaines
qui n'ont vraisemblablement été qu'une
même chose ; le Poëte parle de l'altération
qu'il y a eû dans leur fabrique
cette altération a été differente , et a occasionné
les differens termes dont se servent
aujourd'hui les Antiquaires , pour
qualifier les Médailles ainst fabriquées.
On ne peut s'exprimer là- dessus avec
plus de facilité , plus d'énergie et plus
de clarté,
Quid referam ut miris fuerint diversa metallo
Juncta metalla modis , aratogue nummo
Gratia , compacto seu candida ( 1 ) tegmine vestit
Bractea ;fulgenti seu tantum argenteus ( 2) humor
Tinxerit ara lacu ? Nec vos , ingloria turba ,
Prateream , argento tenui ( 3 ) vix pallida , non voš
Plumbea non ipso conflata Numismataferro ,
Quaque Corinibiaco laudem servastis ab igne ,
Si tamen hoc unquam nummifuit usus ab are.
( 1 ) Médailles fourrées.
( 2 ) Médailles saucées.
(3 ) Médailles de Billon.
Sape
FEVRIER. 309
1737.
Sape etiam as axi jussum (4) canlescere , quorum
Alterum ad extremas aliud complectitur oras.
Et tout de suite et avec la même heureuse
facilité , il décrit les Médaillons et
les Médailles contourniates.
Vosque nefas siluisse , nota majore perennem
Jussa ( 5 ) virum in Populos vulgare Numismata
famam ,
Sulcato imprimis qua margine ( 6 ) torta recusis
Planafere signis , grajos heroas , et ipsam
Ludicra Victorum celebratis pramia , palmam.
Il entreprend ensuite de décrire la
grande variété des Médailles Romaines ,
en commençant par les premiers temps
de la République . Puis il passe aux Médailles
Impériales , par cette transition
qu'un Lecteur intelligent sçaura mettre
à profit.
Ast ubi Casares libertas concidit armis
Qui domitas timuit Gentes Dictator inique
Perpetuus pressisse jugo , non Casaris ausus
(4 ) Médailles de deux cuivres.
(s ) Médaillons d'unegrandeur extraordinaire,
Piéces qui n'étoient point Monnoyes courantes & c.
( 6 ) Contourniates , pour exprimer la maniere
dont ils sont frapés , ouvrage qu'on attribuë aux
Grecs , pour honorer la mémoire des Grands Homwes
inc.
Effigien
gro MERCURE DE FRANCE
Effigiem , prudens (7 ) Elephantem excudit , ut ipsi
Casaris ambiguum faceret vox Punica nomen.
.
La flaterie donna bien- tôt d'heureu
tés suites à ce premier symbole , et on
prodigua enfin les Titres les plus fase
tueux , souvent les moins merités , aux
successeurs du premier Cesar.
Le Poëte dépeint ensuite les diverses
maniéres de représenter les Empereurs
Romains sur les Médailles , les differens
ornemens qui leur sont donnés , ce qu
est beaucoup plus aisé de voir et d'admirer
sur les Originaux , comme il le
dit lui- même , que de décrire..
Vidissemagis quam dicerepromptum .
Les ornemens changerent dans les dif
ferens temps , et à mesure que l'Empire
vieillissoit. Il décrit tout cela avec un ordre
et une netteté qui fait plaisir. Il n'ou
blie pas de décrire aussi la maniere de
représenter sur les Médailles les Rois et
les Reines des diverses Regions de l'Orient
, avec les ornemens qui leur sont
propres. Il nous parle enfin dans ce mê-
The endroit des curieuses Médailles où
l'on voit deux Têtes accolées , dont les

27 )Jules Cesar n'osa pas d'abord sefaire res
présenter sur les Médailles : mais il y mit la figurè
d'un Elephant , dont le nom en Langue Punique
σε Καισάρο
FEVRIER: 1737. 311
Antiquaires font un cas particulier, Illes
caractérise par ces Vers.
Quid quòd et adversum fuerit seuforte jugatum ;
Idem uno nummus geminum caput aquorejunxip
Crevit et ex numero multis laus altera fignis.
Les Médailles les plus dignes du Cabinet
d'un Sçavant Antiquaire, sont cel
les qui marquent l'époque de la Fondation
d'une Ville , d'une Victoire célébre,
de quelque Evenement glorieux : celles
où l'on trouve empreints les divers Attributs
des Dieux , &c. Mais particulierement
les marques qui distinguent les
Rois, leurs Femmes et leurs Enfans, par
les differens attributs.
Le Poëte parle ensuite avec justesse de
la Legende et de l'Exergue des Médailles ,
A cette occasion il rapelle la mémoire
du célébre P. Hardouin , dont il voudroit
prendre des leçons , et il regrette sa perte
d'une façon pathétique.
Hardovine meos fi te authore licebit
Fingere praceptis , meditor dum talia, versus! &es1
Quelquefois les lettres des Legendes
n'expriment que le commencement des
motscomme S. C. signifient Senatus Con
sultum ; ainsi des autres. Les Antiquaires
varient cependant sur la signification de
ces
312 MERCURE DE FRANCE
ces lettres. Le détail mérite d'être lû dans
le Poëme même.
Il se présente souvent de la difficulté
dans la connoissance des Médailles auxquelles
la fraude a ôté quelque lettre , on
en a uni plusieurs ensemble.
Atquam multiplici seplurima cogat in unam
Fraude notam , inc.
Les qualifications de Pere de la Patrie,
Auguste, de Ron Prince, d'Heureux , de
Pieux, &c. sont ensuite décrites dans des
Vers qui n'ont rien de la sécheresse dú
sujet.
La troisième partie traite de l'arrange
ment qu'il faut donner aux Médailles . On
les divise en général en Médailles anti
ques , et en Médailles modernes.
Antiqua vetustis
Secla vigent rediviva , novis novasecla metallis..
Après, viennent les Médailles frapées
depuis l'Ere Chrétienne. A l'égard des
différentes Langues de leurs Inscriptions:
la Langue Grecque , fait les Médailles
Grecques ; la Langue Latine , fait les Médailles
Latines ; la Langue Punique don'
ne son nom aux Médailles Puniques ; et
la Gothique à quelques unes.
Trois Métaux sont entrés dans la fabrique
FEVRIER. 1737.
brique des Médailles , l'Or , l'Argent et
le Cuivre. Les dernieres ont été divisées
en trois especes , grand , moyen et petit
bronze , ce qu'expriment ces deux Verse
Era modo majora, modo appellare minora ,
Aut media as inter majusque , minusque solemusi
On trouve ensuite une Description
brillante et détaillée de tout ce qui doit
composer un riche Cabinet de Médailles. ,
Les Goltzius , les Vaillants , les Hardouins,
y sont traités avec toute la justice due à
leur mérite. Ce grand morceau est di
gne d'une lecture réfléchie , il perdroit
trop à être abrege. On ne citera ici que
la juste comparaison d'un Antiquaire
dont les Tablettes sont bien garnies, aveo
un riche Laboureur , dont les soins mete
tent à couvert de toute insulte les ruches
des Abeilles.
Qualis ubigravidis reserans alvearia ceris
Infestes apibus properat pratendere fumos
Rusticus , in tectis moles operosa favorum;
In que favis mirus cellarum apparuit orde.
La beauté , la grace , l'extérieur avantageux
des Médailles font le sujet de lá
quatrième partie de notre Poëme.
Premiere qualité d'une Médaille ,qu'elle
soit veritablement antique et non pas
contre
314 MERCURE
DE FRANCE
1
contrefaite ; Séconde, qu'elle soit entiere
et bien conservée ; . que la tête ni le revers
, ni les Types , ni les Ornemens , ni
les Lettres ne soient point endommagés ;
non plus que le greneris et les bords. De
puis que les fameux Maîtres Cauvin de
Padone et Laurent de Parme ont imité
avec tant d'art les Médailles antiques les
plus recherchées , on doit être en garde
contre la beauté aparente de quantité
de Médailles qu'on trouve tous les jours .
Integrâ praclarus imagine nummus
Interdum suspectus erit . Patavine , dolosos
Parmensisque, typis mendacibus indere vultus ;
Atque novum potuistis opus, donare vetustâ
Effigie ; miráque oculis illuderefraude.
La troisiéme qualité d'une Médaille ;
est qu'elle soit un peu rare : si elle est
commune et se trouve presque par tout ,
elle ne fait que nombre sans exciter l'admiration
des Connoisseurs. La quatriéme
, qu'elle soit couverte d'un coloris
antique , appellé vernis ( il y en a de
differentes sortes ) qui ne vienne point
de l'artifice mais de la qualité de la terre,
où une Médaille aura vieilli plusieurs
siécles ; et qui sans cacher les traits les
plus fins des figures , y laisse apercevoir
ce qu'il y a de plus délicat , embelli
d'une
1
1
FEVRIER. 1757. 315
'une espece de bleu céleste , ou d'un
brun ou d'un jaune poli , dont elle est
toute couverte & c. ,
Le Poëte traite ensuite des Médaillos
incuses ou non -frapées.
Quis modus incusi tandem, qua causa metalli .
Dicite Pierides , &c.
Et il s'en acquite avec beaucoup d'erdre
et d'habileté .
Enfin , pour cinquième partie du Poëme
, on donne les differens moyens de
distinguer les Médailles veritablement
antiques, d'avec les contrefaites. Les Gra
xeurs ont quelquefois abusé de leur habileté
pour en imposer aux plus Sçavans ,
et ont fabriqué des Piéces qui ont un air
tout-à- fait antique.
La Pierre de touche des Médailles , c'est
le dommage qu'elles ont reçû du temps,
qui n'épargne pas même l'argent , et encore
moins le bronze ; mais qui en dérobant
à une Médaille quelques traits de
beauté , laisse cependant entrevoir la yerité.
On ne doute guere d'une Piéce dont
la rouille a rongé les bords , ou dont les
caractéres commencent à s'effacer , pourvû
que ce ne soit pas l'effet de l'artifice
ou de l'eau forte : ce que les bons Antiquaires
sçavent ordinairement discerner.
F Un
816 MERCURE DE FRANCE
Un Connoisseur en effet n'est guere
trompé dans les Médailles fausses ou artificielles.
Le Moderne porte toujours
avec soi quelque chose de récent , et n'a
le relief , la fierté , la délicatesse , le
pas
coloris , et encore moins le poids de l'An
tiquité.
Le Poëte décrit ensuite la façon de ré
parer les Médailles par le Burin , et de
leur apliquer du ciment dans le même
esprit.
Quid qui nil dubitant reparare numismata coele
Exesisque quasi signinum impingere formis
3
Lentum , apprima tenax , supplendis scuptile signis
Injectamque jubent super indurescere foecem.
Il parcourt avec la même agilité de
Pinceau tous les differens moyens ,
moyens , dont
on s'est servi pour tromper les Curieux ,
et prescrit quelques Régles pour discer
ner le vrai d'avec le faux,
Il finit par un Endroit victorieux , à la
suite de la comparaison avantageuse de
nos Médailles Modernes avec les Romaines
; et il fait valoir avec tous les charmes
de la Poësie , l'utilité et l'invention
du Balancier. La citation ne peut que fais
re plaisir .
Ille typis tantus nostris labor additus , ex quo
Inventum ut nummos versante volubile dextrâ
Fortins
FEVRIER. 1737 317
ô
Fortius excudat valido libramine pondus.
Tanta molis opus , Lodaix & magne , triumpha
Et titulis signata tuis monumenta petebans.
iç.
Le Poëte invite enfin Vulcain et les
Cyclopes à travailler sans relâche à fondre
, à travailler , à préparer les Métaux
pour fraper des Médailles à la gloire de
nôtre Auguste Maître ; et il couronne son
Poëme en décrivant la maniere dont ce
grand Prince , au- dessus de tous les Eloges
,y doit être représenté.
Majestas oculos Frontemque serenet
Omnia victorem referant , magnum omnia Regen
Etpateat vultu vivens sub pectore virtus:
Addite dilectumque suis , hostique tremendum
Seu paci , felix quâ Gallia nuper ovabat ,
Indulget bonus ; attonitam seu Fulmine bellê
Concutit Europam , soceri Fortissimus ultor
Nous avons dit au commencement de
cet Extrait , que le Poëme est adressé à
M. Lebret , P. Président , et Intendant en
Provence , qui possedoit alors l'un des
plus beaux Cabinets du Royaume. Ce
Magistrat étant depuis décedé , son Cabinet
de Médailles a été transporté à Pa-
Fij ris
318 MERCURE
EE FRANCE
ris , comme nous l'avons dit dans l'un de
nos Journaux. Nous saisissons cette oc
casion pour corriger deux erreurs qui regardent
ce même Cabinet.
La premiere est dans le premier Volu
me du Mercure du mois de Decembre
dernier, où se trouve un Etat général des
differentes suites de Médailles du Cabinet de
M. Lebret On a omis à la page 2742 .
après l'article des Médaillons Grecs et
Latins 192. de placer ces deux autres Articles
.
Suite des Empereurs en grand bronze,
1648 .
Autrefuite des Empereurs en grand bronz
Ff. 504
L'autre erreur est dans une note au
bas de la p. 2624. du 1. Vol , du mois de
Décembre 1735. Il est dit que la Mé
daille d'Herode le Tetrarque n'est jamais
entrée dans le Cabinet de M. Lebrer , et
que M. Rigord à qui elle apartenoit ,
la donna en 1689. à M. Begon . L'Auteur
de la Note ignoroit alors ce qu'il a apris
depuis sçavoir , qu'après la mort de M.
Begon , ses heritiers rendirent cette Médaille
à M. Rigord ; et que par la vente
du Cabinet de ce dernier , la Médaille a
passé dans celui de M , Lebrer.
Cette Médaille au reste,qui ne se trou
FEVRIER. 1737. 19
,
We point , comme il est dit dans la Note
parmi les Médailles rares du Cabinet de
M. Lebret , gravées deux fois , et qui ne
s'est point présentée à ceux qui ont
fait l'Inventaire de ce Cabinet
a fait
de la peine à quelques Sçavans . Le P. de S.
Just , Jesuite , fit imprimer en 1690. où
1691. une Dissertation Latine , sous le
nom du même M. Lebret , alors fort jeune
, et dont il dirigeoit les Etudes , dans
Jaquelle il proposoit ses doutes et ses
soupçons sur cette Médaille , qui avoit
fait la matiere d'une Dissertation de M.
Rigord. D'un autre côté on a une Lettre
originale de M. Begon écrite au
fameux Aveugle de Marseille , M. Ma
laval , dans laquelle la Médaille soup
çonnée et attaquée , se trouve deffenduë.
REGLE ARTIFICIELLE DU TEMPS . Traité
de la Division naturelle et artificielle du
Temps , des Horloges et des Montres de
differentes constructions , de la maniere
de les connoître et de les régler avec jus
resse. Par M. Sully , Horloger de Monseigneur
le Duc d'Orleans , de la Societé
des Arts , Nouvelle Edition , corrigée et
augmentée de quelques Mémoires sur
Horlogerie , par M. Julien le Roy , de la
F iij même
320 MERCURE DE FRANCE
même Societé. A Paris , chés Gregoire
Dupuis , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Or. 1737
La principale Partie de cet Ouvrage ,
qui est un in 12. de 433. pag. sous le Titre
de Régle Artificielle du Temps ,
a été imprimée à Vienne en Autriche en
l'année 1714. et débitée en partie à Paris
en 1716. mais comme l'Auteur ne sçavoit
pas encore parfaitement la Langue
Françoise lorsqu'il la composa , on a cor
rigé son stile,sans s'écarter de ses vûës qui
tendent directement à faire connoître aux
Personnes curieuses les Ouvrages d'Horlogerie
, à s'instruire de leur construction
à s'en servir , et à en tirer le meil
leur usage qu'il est possible ; pour cela il
a donné d'excellentes Instructions ou Ré
gles contenues en onze Chapitres dont
les Titres pouront indiquer en partie ce
qu'ils contiennent ; sçavoir ,
>
De la construction des Horloges et des
Montres en général .
Des differentes espéces d'Horloges et
de Montres , et quels dégrés d'exactitudè
on doit attendre de chacune en parti
culier , selon la nature de leur construction.
Des raisons , tant Physiques , que Mé
chaniques, pourquoi les Montres ne peuyent
FEVRIER: 1737. 32
vent pas aller aussi régulierement que
les Pendules , quelque perfection que les
Horlogers du premier ordre puissent leur
donner.
- De la Division Naturelle et Artificielle
du Temps.
Du Temps aparent , et du moyen de
le trouver sans erreur sensible.
Du Temps égal , et de la maniere de
le trouver par les Etoiles fixes.
De la maniere de se servir du Temps
aparent et du Temps égal , pour bien
régler les Horloges et les Montres .
Remarques qui pouront être de quel
que utilité dans le choix des Montres.
Des Causes principales pourquoi l'on
ne peut pas bien juger de la bonté d'une
Montre par l'essai ; et des Régles pour
aprendre à en juger en deux jours , autant
qu'il est possible.
De l'usage du Ressort spiral dans les
Montres , avec des Régles ou Instructions
necessaires pour les faire avancer
ou retarder.
Quelques Régles générales pour le ménagement
des Montres , avec quelques
Réfléxions sur l'importance de l'Art de
les racommoder , et sur les abus qui s'y
commettent.
A la suite de ces Chapitres qui termi
F iiij
nent
327 MERCURE DE FRANCE
nent le Traité de la Régle Artificielle du
Temps , sont deux petits Ouvrages du
même Auteur , lesquels sont également
curieux et intéressans : L'un qu'il a lû à
P'Académie Royale des Sciences , contient
la Description d'une Montre de nouvelle
construction. L'autre est un Ouvrage
posthume qui a pour Titre : Histoire cri
tique de differentes sortes d'échapemens
de Pendules et de Montres.
Après ces deux Ouvrages on trouve une
Préface de M. Julien le Roy , et sept Mé
moires sur l'Horlogerie , dont six sont de
lai , le septième est de M. Pierre Gaudron
. Ces Mémoires contiennent de nou
velles Inventions d'Horlogerie , excepté
un seulement , qui est aussi du Sieur le
Roy , sur une nouvelle maniere de construire
les Cadrans Orisontaux , et dont
nous avons fait mention au mois de .....
1735. lequel a été traduit en Anglois
par un Membre de la Societé Royale de
Londres , et lû sur la fin de Janvier de
la présente année à cette même Societé :
Voici les Titres de ces Mémoires.
Mémoire Historique sur la Montre de
M. Sully , et sur un nouveau Moyen de
supléer aux Réservoirs , &c.
Nouvelle construction de rouage de
sonnerie et de réveil.
Nou
FEVRIER. 1737. 323
Nouvelle maniere de construire les
grosses Horloges.
Nouvelle maniere de placer les Cadra
tares des Pendules à répétition .
Mémoire pour servir à l'Histoire de
l'Horlogerie &c.
Mémoire lû à la Societé des Arts , pat
M. Gaudron:
Ce Mémoire termine le Livre ; il con
tient la Description d'une Pendule dont
le Mouvement va par un poids remonté
par un ressort , et que M. Gaudron Hor
loger de feu M. le Régent , a inventé
pour ce Prince.
On a tout lieu de se persuader que ce
dernier Mémoire , ceux de M. le Roy ,
et les deux petits Ouvrages de M. Sully ,
tendant directement aux progrès de
P'Horlogerie , seront aussi utiles aux Hor
logers , que curieux pour les amateurs :
des nouvelles productions de cet Art ;
d'ailleurs ce Livre est orné de cinq Planches
, deux ont raport aux Ouvrages de
M. Sully , deux autres à ceux de M. le:
Roy , et une au Méntoire de M. Gau
dron .
*
POEME DE PETRONE fur la Guerre Cia
vile entre César et Pompée , avec deux Epi
tres d'Ovide. Le tout traduit en Vers Fran
gois avec des Remarques et des Conjectures :
By suri
324 MERCURE DE FRANCE
sur le Poëme intitulé PERVIGILIUM VENE
RIS. A Amsterdam , chés François Changuion.
1737 .
L'Auteur , dont une trop grande modestie
nous cache ici le nom , mais qui
est dévoilé par une profonde érudition et
par des talens qui lui sont propres : l'Auteur,
dis je , fait voir dans sa Traduction :
la verité de ce qu'il avance dans sa Préface
, sçavoir que c'est à la contrainte de
la Rime que nous devons une partie de
ces traits neufs et lumineux qui nous saisissent
d'admiration dans la Poësie. On
voit en effet avec plaisir de ces traits lumineux
dans certains endroits qui , tout
au moins , égalent le Latin , s'ils ne le
surpassent. La Poësie n'est pas néces
saire à l'homme : ce n'est que pour l'ínstruire
et pour le divertir qu'elle a été inventée.
Quelques personnes ont voulu
dépouiller notre Poësie de la Rime , et
priver l'oreille de cette douce harmonie ,.
qui l'enchante malgré elle. L'Auteur, en
combattant cette nouveauté, prouvebien
qu'il
est né Poëte. En effet on reconnoî- -
tra sur tout dans la Traduction de l'Epirre
de Leandre à Hero , une grande douceur
de stile une admirable facilité , en
un mot, tous les charmes de la Poësie mis
dans leur plus beau jour. Le Lecteur intelligent
"2
FEVRIER: 1737. 325
telligent doit porter le même jugement
sur l'imitation de la premiere Elegie du
premier Livre des Tristes d'Ovide , aussi-
bien que du Poëme de Petrone de la
Guerre Civile , & des sçavantes Remar
-ques qui éclaircissent le Texte.
1
S
Quant au dernier Ouvrage , connu
sous le fameux titre de Pervigilium Veneris
, on ne peut guere s'empêcher de juger
comme l'Auteur , & de croire qu'il
faut distinguer les temps que cette
Piéce n'avoit d'abord été composée que
de vingt- deux Vers, ou de quarante - quatre
, si on les coupe en deux . Les Manuscrits
seroient inintelligibles à moins
qu'on ne prît ce parti , puisqu'on y
lit que cet Ouvrage contenoit vingt- deux
Vers. Sunt vero versus xxij. Ces vingt
deux Vers ont souffert des Additions , "
que le Sçavant Auteur a très bien démê
lées de l'ancien Texte. Quelques Poëtes y
ajoûtérent des Vers qui leur sembloient
mieux correspondre à la nature du Ti
tre, que ne faisoient les anciens . D'autres ,
qui firent attention que ce Chant étoit¹
fait pour la saison du Printemps , y inse
rétent aussi un Eloge de cette Saison.-
Ceux- là pûrent lui donner le Titre De
Vere, que le P. Sanadon dit avoir vu dans vû
quelques Manuscrits.
Fivij Au !
316 MERCURE DE FRANCE

Au reste ces Cantiques furent du nor
bre de ceux que le Christianisme fit cesser
peu à peu, & contre lesquels les pieux
Evêques , comme S. Cesaire d'Arles , s'éleverent
en disant : Nullus Cantica diabolica
exerceat ; Cantica Gentilium fieri vetate.
Une Personne , versée dans l'origine
du Chant Ecclesiastique , nous a fait remarquer
que les Chants Trochaïques en
forme de Rondeau furent établis parmi
les Chrétiens pour la Saison du Printemps
, au moins dès le sixième Siècle ,
& que les Evêques oposerent aussi dans.
la même Saison trois veilles de Pieté , à
ces trois veilles des Payens , marquéos
dans ces Vers du Pervigilium.
Tam tribus Choros videres Feriatos Noctibus.
Cette Personne ajoûte que de temps
immémorial dans les Gaules , chacune de
ces veilles est terminée par un Chart
en forme de Rondeau d'une mélodie des
plus touchantes . C'est ainsi que du Profane
on passe quelquefois heureusement
au Sacré..
TRAITE DE MUSIQUE , sous le Titte
de Génération Harmonique. Par M. Rα--
meat. 1 Vol. in. 8. L'Auteur, sous le T- 1,
Tre
FEVRIER. 1737. 32
tre de Génération Harmonique , qu'il fon
de 1º . sur une Hipothese où il supose
l'air divisé en une infinité de particules
qui ont chacune leur ton particulier , et
dont la premiere idée a déja parû dans
les Mémoires de l'Académie Royale
des Sciences 1720. 2 ° sur une expé
rience déja reçue , où tout corps sonore
mis en mouvement, fait résonner , ou
tre le son de sa totalité , ceux de ses
parties aliquotes , parmi lesquelles se dis
tinguent principalement ceux de sa mcitié
, de son tiers , et de son cinquième ,
qui forment son octave , sa quinté et sa
tierce majeure , et qui composent tous
ensemble l'accord apellé Parfait ; 3 ° . sur
plusieurs autres expériences , où l'on voit
que ce même corps sonore fait aussi frémir
ses multiples 1. 2. 3. 4. &c, que si
l'on n'en distingue pas les sons , cela
ne vient que de la foiblesse de nos organes
, &c. de sorte que
l'Auteur prouve
par - là que ce corps sonore , auquel
donne à juste titre le nom de son fonda
mental, a une puissance réciproque sursos
parties aliquotes et aliquantes ; de-là naissent
les progressions et proportions Har
moniques , Arithmétiques , et Géométri
ques , les 2. premieres pour ce qui doit êtseensemble,
et la derniere pour ce qui doit se
.
succeder
28 MERCURE DE FRANCE
succeder ; par exemple , ut. sol. re. , où sol.
3
I. 3.
9.
3.
est sensé le corps sonore qui fait resonner
sa quinte à l'aigu ré. et sa quinte
au grave ut donnent une proportion Géométrique
, qui constitue les trois sons
fondamentaux du mode naturel , d'où
naissent tous les systêmes de Musique ,
tánt anciens que modernes , le Genre
Diatonique , la raison des Temperamens,'
soit pour la voix , soit pour les Instrumens
, en un mot , toutes les Régles
de l'Art , où l'on est assuré que l'arbitraire
ne regne plus , on y découvre aussi
l'origine des Genres Chromatiques et
Enharmoniques , celles des Dissonances,.
leur usage , et il y est demontré que la
science de la Musique avoit été ignorée
jusqu'à présent , puisque tous ne sont
partis que d'une seconde conséquence ,
pour ne pas dire d'une troisième , sçavoir
du Genre Diatonique , de l'Octave
ut ré mi fa sol , &c. de sorte qu'on y a
donné les accidens pour Principes , l'effet
pour la cause . le dérivé pour le Genera- ·
reur , ce qui rejaïllit sur les Regles de
PArt , qui sont presque toutes fausses ;
attendu qu'aucune n'y porte sa juste définition
; on y attribue à un objet ce qui
apar
FEVRIER. 1737 : 324
apartient à un autre , en un mot , tout y
est confondu .
Ce Livré a été présenté par l'Auteur
à Mrs de l'Académie des Sciences , qui
Pont aprouvé.
On vient de publier le Prospectus d'un
nouvel Ouvrage de M. l'Abbé Lenglet
du Fresnoy , intitulé : PRINCIPES de l'Histoire
, pour l'éducation de la Jeunesse , par
années et par Leçons. 6. vol . in - 12 1736.-
et 1737. voici le précis de cette annonce.
Cet Ouvrage est également utile à deux »
sortes de personnes ; aux jeunes gens ,
pour commenter à se former dans la lecture
de l'Histoire , aussi - bien qu'aux per-``
sonnes qui l'on déja étudiée , pour la repasser
en peu de temps. "
Quoiqu'on l'ait divisé en 6. vol . ou
6. années pour l'accommoder au Cours
des Etudes que l'on fait faire aux jeunes
gens , on peut néanmoins l'aprendre en
beaucoup moins de temps.
Les jeunes qui ont du goût et quel
que aplication pour ce genre de Lecture,
pouront en moins de deux ans sçavoit
exactement cet Ouvrage. Il leur suffira
d'en étudier une leçon par jour , ce qui
fait tout au plus quatre ou cinq pages
d'un assés
gros caractere.
Ces
330 MERCURE DE FRANCE
Ces Leçons ainsi aprises ne fatigue
ront pas la mémoire , et au bout de dix
Kuit mois , ou environ , un jeune homme
qui fera ses études ordinaires , se trouve
ra muni d'une connoissance generale de
P'Histoire; il sçaura plus , car il aprendra
même par ce Livre les divers caractères
des Gouvernemens , aussi bien que l'usage
qu'il faut faire de l'Histoire pour la
conduite de la vie , toutes choses qu'il
est honteux d'ignorer.
Les personnes plus âgées , qui se sont
déja formées dans la lecture de l'Histoire ,
se font un plaisir d'en rapeller les éve
Remens ; c'est ce que leur facilite cet
Ouvrage . Tous les Faits essentiels y sont
raportés succinctement à la verité, parce
que c'est un Abregé , mais cependant
avec un détail qui fera toujours souvenir
de leurs circonstances essentielles ; on z
Besoin à tout moment de ces sortes d'A
Bregés:
Afin que les jeunes gens ou autres per
sonnes voyent ce qu'ils peuvent acheter
pour chaque Classe , en voici l'ordre,
TOME I. Ou Ire A -NNE'E.
Le Tome I. des Principes de l'His
toire qui convient aux jeunes gens , qui
ettent dans la sixiéme Classe , contient
Histoire
FEVRIER. 1737. 332
Histoire sainte ; comme c'est l'Histoire
de la vraye Religion , c'est aussi par- là
qu'il faut commencer l'étude de l His
toire. On y voit ensuite l'Histoire d'E
gypte , avec celle d'Assyrie , des Medes
et des Perses. On a dégagé ces Histoires
de l'obscurité et de l'embarras , dont elles
sont chargées. Ce volume coûte 2. liv
relié en veau.
TOME. II. ou Ile. ANNE'E.
Le Tome second convient à ceux qu
entrent en cinquième , et comprend l'His
toire des Grecs, depuis l'origine de la Nat
tion jusqu'à l'extinction de leur Royaume
par les Romains. Dans cette Partie
entre aussi l'histoire de la Fable , ou des
Divinités du Paganisme , partie nécessaire
pour la lecture des Poëtes ,
L'Histoire de la République Romaine
suit dans le même volume , depuis que
l'Italie commença d'être habitée , jusqu'à
la mort de Jules Cesar . Ce volume qui
peut se relier en deux parties, coûte 2. 1.
Io. s . en un seul vol . ou 3. 1. en deux.
TOME III ou IIIe. ANNE'S.
Le Tome III. propre à ceux qui sont
dans la quatrième Classe, continue l'Histoire
Romaine : mais ce n'est plus sous
332 MERCURE DE FRANCE
"
la forme de République , c'est sous celle
de Monarchie ou d'Empire. Cet Empire
même est plein de bizarreries , soit dans
la maniere de succeder , soit dans la ma '
niere d'être élû Empereur.
La trop grande étendue de cette Monarchie
lui devient à charge. Il faut pour
qu'elle se soutienne , la diviser entre l'Orient
et l'Occident : ' et cependant c'est'
par cette même division qu'elle s'est ruinée.
L'Empire d'Occident tombe le premier
au cinquiéme siecle , et donne lieu
à l'établissement des nouvelles Monar
chies , dont la plupart subsistent aujour
d'hui avec éclat .
L'Empire d'Orient se soûtient plus long.
Temps , mais il se voit contraint de plier
et de succomber même sous la Puissance
Othomane , dont l'Histoire est continuée
jusqu'à ces derniers temps .
Nous y avons joint l'Histoire de l'Empire
d'Occident , tel qu'il a été rétabli
par Charlemagne , Roy des François
jusqu'au vertueux Empereur Charles
VI qui regne heureusement aujourd'hui
. Ce troisiéme volume se vend pa
reillement deux livres relié en veau.
2
+
Tome
FEVRIER . 1737.- 339
TOME IV. ou IVe ANNE'E.
Le Tome IV. devient une nouriture
plus forte et convient aux jeunes gens
qui sont dans la troisiéme Classe des
Colleges , formés par les Histoires précédentes
, et ils peuvent goûter facile
ment l'Histoire de France, détaillée dans
ce volume , qui comprend un abregé de
P'Histoire des Gaules , avec des Remarques
sur l'origine des François ; ensuite
Histoire generale de France ; après quoi
vient l'Histoire des grands Fiefs . Ce sont
toutes matieres utiles , aussi bien que
les Remarques qu'on y a données sur le
Gouvernement et sur les grandes Char
ges ou Dignités du Royaume. Ce cin
quiéme volume se vend pareillement
2. liv. relié en veau .
TOME V. ou Ve ANNE'E.
Le Tome V. qui servira pour la se
conde Classe , contient tout le reste de
l'Histoire Etrangere. Il s'est passé de si
grands évenemens chés nos voisins et
dans les Pays éloignés , qu'il ne conviendroit
pas de les négliger , parce qu'ils
reviennent souvent dans le discours . Ainsi
dans ce volume on parcourt historiquement
toute l'Europe , d'où l'on passe à
décrire
34 MERCURE DE FRANCE
décrire succinctement les Royaumes d'Asie
et d'Afrique , avec les découvertes
de l'Amérique. Ce volume , curieux par
sa variete , se vend aussi 2. liv. relié en
veau .
TOME VI Ou VIe ANNE'E.
Ce V I. volume finit cet Ouvrage com
me il a été commencé. On a présente
aux jeunes gens l'Histoire de la veritable
Religion avant J. C. et celui - ci donne
l'Histoire de la véritable Religion après
J. C. C'est par là qu'il faut commencer,
c'est par là qu'il faut finir ses travaux .
Les grands évenemens qui doivent nous
confirmer dans la Foy et dans la Morale
Chrétienne y sont mis dans leur jour.
La Religion ne défend pas l'usage d'u
ne sage politique , et on en donne dans
ce volume les principes tirés de l'His
toire même.
Enfin comme il est utile de sçavoir qui
sont ceux qui nous gouvernent , et depuis
quand ils ont l'auguste pouvoir de
nous commander ; c'est ce qu'on dévelope
dans l'origine des Maisons Souveraines
de l'Europe , traitée dans ce volu
me , qui ne coûte pas plus que les autres.
Chaque volume est accompagné de
Tables Chronologiques , qui rendent
Histoire sensible aux yeux.
FEVRIER. 1737. 333
A Paris , Quay des Augustins , chés
Musier , Pere , Rollin , fils , et Debure ,
l'aîné.
Les deux premiers volumes paroissene
depuis environ deux mois. Le troisiéme
depuis quinze jours. Le 4e et le se paroî
tront dans ce mois , et le 6e sera publié
dans le mois de Mars.
REMARQUE de M. Maillart , Avo
eat au Parlement , sur un Endroit de l'Hise
toire Généalogique , & c. Par le R. P. Sim
plicien.
On lit dans l'Edition de 1726. p. 238 .
ce qui suit, Marguerite de Bourgogne ,
» mariée à Cambray le 9.Avril 1385.avec
» Guillaume de Baviere IV. du nom ,
» Comte de Hainault , de Hollande et de
» Zelande, est enterrée dans l'Eglise des Ja-
» cobins du Quesnoy.
1º. Guillaume de Baviere est décedé le
31. May 1416. 2 ° . La Princesse son Epouse
mourut le 8. Mars 1440. 3 ° . Il n'y
a jamais eû de Jacobins au Quesnoy en
Hainaut. Cette Princesse y avoit fait bâ
tir dans l'Eglise Paroissiale de Notre-
Dame , une Chapelle , dans laquelle elle
fit des Fondations , qui subsistent acruellement.
C'est là qu'elle fut inhumée
qu'on célebre tous les jours des Messes
37 MERCURE DE FRANCE
à son intention , et que l'on fait exactement
son Anniversaire le huitième jour
de Mars.
L'Académie Françoise délivrera le 25. du mois
d'Août prochain , Fête de S. Louis , le Prix de
l'Eloquence , fondé par M. de Balzac , et elle
propose pour Sujet : Qu'il est avantageux de n'ètre
ni pauvre ni riche , conformément à ces paroles
de l'Ecriture Sainte : Mendicitatem et divitias
ne dederis mihi. Le même jour elle donnera le
Prix de Poësie , fondé par le feu Evêque de
Noyon, dont le Sujet sera : Les progrès de l'Art
du Génie sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
Le Dimanche 17. de ce mois , M. de Cassini ;
Astronôme de l'Académie Royale des Sciences
alla à Versailles pour informer le Roy que le
soir précédent , peu de temps après le coucher
du Soleil , il avoit aperçu pour la premiere fois,
une Comete à peu de distance de Venus , du côté
de l'Occident . Le Roy ordonna à M. de Cassini de
rester à Versailles pour la lui faire observer , ce
qui fut fait entre six et sept heures du soir. Ce
Phénomene a continué de paroître à la même
heure.
Le Mercredy 20. Février , le Pere de la Sante,
Jésuite , l'un des Professeurs de Rhétorique au
College de Louis le Grand , prononça un Discours
Latin , où il examine , quelle sorte de Po
litique doit être mise au rang des Vertus Royales ,
en présence de M. le Cardinal de Polignac , de
M. le Nonce , d'un grand nombre de Prélats et
de Personnes de la premiere distinction.
FEVRIER. 1737. 337
Si ce Discours paroît imprimé , comme ily a
lieu de l'esperer , nous comptons en donner
L'Extrait , &c.
LETTRE de M. l'Abbé de B ...
à un autre Abbé de ses Amis , sur la
These de M. l'Abbé de Fler A Paris
ce 8. Février 1737.
Nfin , mon cher Abbé , je m'acquitte de la
E párole que je vous avois donnée de vous ins
truire de tout ce qui se passeroit de nouveau à Pas
' ris . Toute la France s'est interessée à la nouvelle
que je veux aujourd'hui vous aprendre , elle
touche de près un des plus grands Ministres que
nous ayons jamais eûs , et je vous crois trop bon
François pour n'être pas persuadé que vous y
prendrez toute la part que vous devez y prendre
C'est la Thèse de M. l'Abbé de Fleury dont je
veux vous rendre le compte le plus exact qu'il
me sera possible. Il eut une Assemblée digne de
lui , il fit l'admiration de M. le Cardinal son
Oncle , de M. le Comte de Clermont , de Mrs
les Cardinaux de Polignac et de Bissy , de
M. le Nonce , de M. l'Archevêque , et de
quantité d'autres Prélats . Admiration d'autant
moins suspecte que les Personnages illustres qui
composorent l'Assemblée , étoient , par l'éducation
que leur a procurée une naissance distinguée
, plus en état de juger du mérite de celui à
qui ils donnoient si justement leur Aprobation .
Mais le prétendu peu de connoissance des matieres
dans les Aprobateurs , n'étoit pas le seul
soupçon que put faire naître l'envie , il en étoit.
un autre beaucoup plus dangereux encore pour
M. l'Abbé de Fleury ; la superiorité de son génie
38 MERCURE DE FRANCE
1
mie le dissipa - bien- tôt , la netteté et la précision
de ses réponses , firent assés connoître que l'Assemblée,
dans les aplaudissemens qu'elle lui don
noit , ne suivoit d'autre regle que son bon goût
naturel , et que l'interêt et la flaterie n'avoient
aucune part dans un jugement que l'équité seule
rendoit. M. 1'Archevêque de Rouen présida ; ses
Argumens furent clairs et précis , sans que la
clarté ôtât rien à la force , il ne ménage point
le Soutenant , il parut même dans le choix des
Argumens , qu'il avoit voulu montrer que M.
l'Abbé de Fleury avoit de toute sorte d'esprits.
up
Le premier Argument sur la certitude des Conclusions
Théologiques , que le Soutenant préferoit
aux Conclusions des Sciences les plus certaines
, fit sentir combien le Président et le Sou
tenant avoient l'esprit Métaphysique .
Dans le second Argument , l'Illustre Président
proposa avec beaucoup d'art ce qu'on peut oposer
de plus aparent à l'universalité de la Rédemption
par Jesus-Christ ; le Soutenant dévelopa
ces difficultés avec une dexterité , une solidité
une intelligence de l'Ecriture et des Peres , qui
promet à l'Eglise un Défenseur victorieux.
Enfin les expressions de Tertullien sur la Trinité
, ficent la matiere du troisiéme Argument ;
le Soutenant perça les tenebres , dont le Docteur
Affricain s'envelope , et il le justifia . Il répondit
avec la même netteté aux autres Argumens. Mais
pourquoi m'étendre si long- temps avec vous sur
les succès de M. l'Abbé de Fleury mieux que
moi , vous devez en être instruit . Les rares et
précieux talens que vous découvrâtes en lui pendant
les deux années que vous donnâtes tous
deux sous le même Maître , à l'étude de la Philosophic
, dûrent dès -lors vous faire pressentir
quel
FEVRIER. 1737. 339
quel succès il pouroit avoir un jour , et l'heu
reuse inclination que vous remarquâtes en lui à
faire un bon usage de ces mêmes talens ,, doir
vous faire connoître aujourd'hui combien glorieuse
fut pour lui une journée où toute la
France aplaudit à son triomphe. Je me rétracte.
donc et reconnois ne vous avoir rien mandé
de nouveau en vous entretenant des aplaudissemens
qu'il reçut hier , je promets en conséquence
de m'informer mieux à l'avenir de ce qui peut
être nouvelle pour vous , afin de vous témoigner
par mon empressement et mon exactitude à vous
en faire part , combien je suis sincerement vo¬
tre serviteur et votre ami , l'Abbé de B ...
AVIS aux Gens de Lettres qui voudront
contribuer à la perfection du Suplément au
Glossaire de la moyenne et basse Latinité.
Les mots employés dans les Chartes ou par les
Auteurs des bas temps , soit Latins , soit François,
ceux même dont se sont servis les bons Au
teurs Latins , mais qu'on trouve dans une signi
fication differente de la premiere , font le fond
du Glossaire de la moyenne et basse Latinité.
Ce qui rend cet Ouvrage plus interessant et ce
qu'on doit recueillir avec plus de soin et d'exactitude,
c'est 1°. les Usages et Coûtumes des Pays
qui peuvent servir à éclaircir l'Histoire Civile et
Ecclesiastique.
2. Tout ce qui peut faire connoître la disci
pline des differentes Eglises.
3º. Les Monnoyes de nos Rois et des Barons,
tant Ecclesiastiques qué Séculiers.
4. Tout ce qui concerne les Fiefs.
Les noms des Provinces , Villes , Lieux et
Rivierese
326 MERCURE DE FRANCE
Rivieres, lorsqu'ils sont singuliers et peu connus,
16 ". Les noms des Grands Officiers de la Cou
ronne , comme Bouteilliers , Camériers , Chânceliers
avec leurs Notaires , Connétables , Sénéchaux
, sous le nom de Dapiferi , Grands Queux,
Premiers Médecins , Archichapelains ou Grands-
Aumôniers , & c.
7 Les Palais ou Maisons Royales , d'où les
Chartes sont datées ; ce qui se remarque lorsqu'on
trouve : Acuum apud Compendium Palatium
; ou Actum apud Crispiacum Villam Regiam
ou publicam ; ou Actum apud Fontem Bliaudi astantibus
in Palatio , &c. ou Actum apud Gavarciacum
fiscum regium ; ou Actum publicè apud
Silvanectum. Il y a d'autres indices qui font connoître
les Palais de nos Rois , que les Personnes
attentives peuvent observer aisément.
Dans les Extraits qu'on aura la bonté de faire,
il faut avoir l'attention , 1º. de copier très-fidelement.
2°. De donner une phrase qui fasse
un sens. 3. De marquer l'année de la Charte et
le nom de celui qui en est l'Auteur .
Lorsqu'on prévoit qu'un mot doit embarasser
l'Auteur , il prie qu'on s'informe du vrai sens
de ce mot dans le Pays où il est en usage ; ou si
P'on n'a rien de certain , de marquer au moins
les conjectures les plus vraisemblables qui se présentent
sur son explication.
On adressera les Paquets au R. P. Dom Carpentier
, Religieux de l'Abbaye de S. Germain des
Prés , à Paris.
70
EXTRAIT
FEVRIER . 1737. 341
EXTRAIT de l'Arrêt du Conseil
d'Etat Privé du Roy , du 4. Février
1737.
ST
Ur la Requête présentée au Roy en son Con
seil , par Emery , Saugrain et Martin , Libraires
à Paris , &c. Le Roy en son Conseil , de
l'avis de M. le Garde des Sceaux , ayant égard à
la Requête desdits Emery , Saugrain et Martin ,
Libraires à Paris , a ordonné et ordonne que
tous les porteurs des Souscriptions des Livres intitulés,
Dictionaire de la Bible , par le R. P. Don
Augustin Calmet , Religieux Benedictin , c. en
deux volumes in-folio . Suplément au Dictionaire
de la Bible , par le R. P. Dom Augustin Calmet
c. en deux autres volumes in- folio. Commen
taire Litteral sur tous les Livres de l'Ancien et du
Nouveau Testament , ¿c. par le même Auteur, en
neuf volumes in- folio . Histoire de l'Ancien et du
Nouveau Testament et des Juifs , &c. par le même
Auteur , en sept volumes in- douze . Dictionaire
Universel de la France , ancienne et moderne, cio
en trois volumes in- folio, Les Moeurs des Sauvages
Américains comparées aux Meurs des premiers
temps , c. en deux volumes in--quarto , seront
tenus de retirer les Exemplaires desdits Livres
mentionnés dans lesdites Souscriptions , en sa
tisfaisant aux clauses et conditions y portées , et
ce dans six mois , à compter de ce jourd'hui ,
passé lequel temps , lesdites Souscriptions seront
et demeureront nulles et de nul effet , et lesdits
Emery , Saugrain et Martin , quittes et déchargés
de tous engagemens , pour raison d'icelles ;
et ledit temps de six mois passé , à eux permis
de disposer de tous les Exemplaires desdits -
Gij
viages
342 MERCURE DE FRANCE
rages, ainsi qu'ils aviseront bon être, sans qu'ils
puissent en être aucunement inquietés ni recherchés
, sous quelque prétexte ou cause que ce
puisse être , &c.
1
Etienne Ledet et Compagnie , et Jacques Desbordes
, Libraires à Amsterdam, avertissent qu'ils
ont sous presse une magnifique nouvelle Edition
de toutes les Euvres de M. de Voltaire, revues et
augmentées par lui- même .
Les mêmes Libraires avertissent qu'ils ont aussi
sous presse : les Elemens de la nouvelle Philosophie
de M. Nevuton mis à la portée de tout le Monde
, par M, de Voltaire.
On aprend de Rome, que le sieur J.B. Gaddi
Patricien de Forli , et Camerier d'honneur du
Pape , a fait imprimer un Ouvrage qui a pour
titre : Roma nobilitata nelle sue Fabriche ed il
Compidoglio illustrato.
LETTRE écrite de Rome , contenant
pusieurs Nouvelles Litteraires . Du 27.
Ja.. vier 1737.
la Lettre que vous m'avez fait la grace de
m'écrire le 26. Novembre ; ç'a été un peu tard ,
à cause que j'ai fait un plus long séjour à Florence
que je n'avois projetté. J'y ai trouvé bien
des Manuscrits de nos Troubadours , et divers
Documens de notre ancienne Langue ; Grammaire
, Dictionaires , &c. qui m'ont fort occupé
pour les faire transcrire. Si je continuë sur le
même ton , je reviendrai assés riche d'Italie sur
sette matiere.
FEVRIER. 1737. 343
Je ne suis ici que depuis la veille des Rois . On
tant de choses à voir , qu'on est presque offusqué
, et qu'on ne sçait par où commencer.
J'ai déja lié des Relations à la Sapience , et
je pourai dans peu vous rendre raison sur le Manuscrit
Arabe dont vous me parlez. Je vais demain
prendre jour pour voir la Bibliotheque
Vaticane.
Vous me ferez plaisir d'annoncer avec quelque
distinction le Livre suivant , qui le mérite
bien , aussi bien que son Auteur , que j'ai connu
à Florence , et que je voudrois obliger.
S. PATRIS nostri Gregorii Episcopi Nyssani
Epistola Septem. Primo latinè vertit , & c.nonnullis
- que animadversionibus adjectis . J. B. Carraciolus,
C. R. in Pisano Lycao Publ. Philosophis Professor.
I. vol. in 4. Florentia , 1731. apud Tartinium et
Franchium , pp. 108.
Alexandre Zaccagni , Bibliothequaire du Vatican
, avoit publié XIV . Lettres de S. Grégoire
de Nysse , qui n'avoient pas parû. Le P. Carra
cioli , Théatin , en publie ici sept nouvelles , tirées
d'un Manuscrit en parchemin de la Bibliotheque
de S. Laurent de Florence , qui avoit
apartenû à Scipion Carteromachus , et qu'on
croit du XIVe siecle , coté N° . 13. du Pluteus
86. et il les enrichit de sçavantes Notes. Les
deux dernieres Lettres de ce Pere Grec sont les
plus importantes. La Vie adressée à un Heretique
Héraclien , traite du Mistere de la Trinité
mais la V I le est encore plus curieuse , le saint
Evêque y trace à un Amphilochius , le Plan d'un
Oratoire ou Chapelle , qu'il faisoit construire ;
et à cette occasion l'Editeur , dans son Commentaire
, épuise tout ce que l'on trouve
dans l'Antiquité Ecclesiastique sur ces sortes
Gij d'Oratoires
344 MERCURE DE FRANCE
d'Oratoires , nommés en Latin Sacellum , et en
Grec xpier. Et pour en faciliter l'intelligence
à ses Lecteurs , il en donne le Plan sur les di-'
mensions marquées dans la Lettre , ce qui n'avoit
encore été fait par aucun Auteur.
Le P. Carracioli donne ensuite un petit Ouvrage
de S. Maxime , qui n'avoit pas parû , tiré
d'un Manuscrit de la même Bibliotheque. C'est
une Apologie de S. Grégoire de Nysse , sur un
Point particulier, concernant le dernier état des
Ames . L'Ouvrage est terminé par un Jugement sur
les XIV . Lettres publiées par Zaccagni, et les va
rictés des Leçons tirées du Manuscrit de S. Laurent,
qui servent beaucoup à corriger son Edition.
Je ne crois pas qu'on connoisse encore à Paris
le Livre suivant . COLLECTANEA Antiqui➡
satum Romanarum quas 100. tabulis aneis incisas,
et à Rodulphino VenutiAcademice Etrusco cortonensi
notis illustratas exhibet Antonius Boriani . I. vol.
in-fol. Roma M. DC C. XX x v I. C'est un beau
Recueil bien gravé, divisé en trois Classes.Statuës
en Bronze , en Marbre , Gravûres qui forment
Ja plus grande partie de l'Ouvrage , et Lampes ,
Lucerna . Tous Monumens qui n'avoient pas encore
paru. Les Explications sont courtes et précises
.
On ne paroît pas être trop content de l'Edition
du Terence du Vatican , qui n'a pas été bien
executée, et qu'on vend à un prix exorbitant. Je
ne l'ai pas encore vûë , pour en juger par moimême.
Il paroît ici un Livre nouveau rempli d'érudition
ancienne et qui descend un peu jusqu'à
celle du moyen âge. OCTAVIANI Gentilii ex
Dominis Travelloni , Patricii Septempedani de Patriciorum
origine varietate , prastantiâ , et juribus
Libri
FEVRIER. 1737 345
Libri IV. I. vol. in 4. Rome, Typ . Anton. de
Rubeis , M. DCC , xxxvi. Personne n'avoit
traité ce Sujet ex professo.
On vient , M. de faire une grande Découverte
en fait d'Antiquité. On a trouvé in Villa Hadriani
, près de Tivoli , la Statue d'un Centaure, très-belle et assés entiere , car on a les morceaux
qui ont été cassés , et il sera aisé de la restituer
parfaitement. Elle est de Marbre brun , tirant sur le noir. Le Centaure a les mains liées derriere le
dos avec une peau de Tigre. Un trou qui est au
milieu de la croupe du Cheval , vis - à vís des
mains liées , fait présumer qu'il y avoit un petit
Cupidon qui lioit les mains au Centaure , sym
bole de la puissance de ce Dieu , qui dompte les
Sujets les plus féroces . Sur la Baze de la Statue
on lit le nom du Sculpteur APICTEACKẠI
MANIAC A&POAEICEIC.
Grande dispute , au reste , parmi les Curieux,
qui doit avoir la préférence, ou de la nouvelle Sta
tue, ou de celle du Centaure de la Villa Borghese,
qui a assés de raport avec celle-cy pour fonder
un parallele . C'est tonjours un très - beau More
ceau ,
On fait à Venise une nouvelle Edition de toures
les OEuvres du P. de Graveson , où sera en tête
son Eloge Historique assés étendu. Il est inconcevable
tout ce qu'on imprime dans cette Ville ;
mais on le fait avec si peu d'éxactitude , que
toutes ces Editions sont très peu estimées en Ita
lie , et qu'on se fair un honneur et une Loy de
ne les point
admettre dans les bonnes Bibliotheques.
Il me reste à vous parler d'un Ouvrage d'une
Personne de ma connoissance. Le P. Cajetan
Marie Merati , Théatin , Consulteur de la Con-
Giiij grégation
346 MERCURE DE FRANCE,
grégation des Rites depuis 18. ans , donne une
nouvelle Edition de Gavantus. Thesaurus Sacrorum
Rituum ; avec des Notes fort étendues. Le
1. Tome a parû à Rome in 4. de l'Imprimerie
du Vatican , en 1736. On travaille à trois autres
volumes . Le même Auteur nous promet une
grande Collection de toutes les Liturgies d'Occident
, en plusieurs volumes in folio.
J'assistai dernierement aux Obseques du Cardinal
Impériali ; c'est une grande perte pour le
Sacré College , dont il étoit l'ornement par sa vie
réguliere, apliquée à ses devoirs et par les grandes
aumônes qu'il faisoit . On assure que selon ses
dernieres dispositions , sa belle Bibliotheque ,
dont on a le Catalogue imprimé , va être rendue
publique. Je suis , Monsieur , & c .
Nous ajoûterons ici quelques circonstances
contenues dans un Memoire particulier , au sujet
de la Statue du Centaure , nouvellement décou
verte près de Rome,
Sa matiere est proprement de Pierre de touche.
Elle apartient au Prélat Furietti , qui l'a
fait transporter à Rome pour la réparer , et on
croit que le Pape l'achetera pour en orner la
principale Sale du Capitole. Elle est actuellement
chés Charles Napoleono , fameux Sculpteur ,
qui doit travailler à sa réparation.
On aprend aussi qu'on a trouvé dans le même
Lieu une Colomne d'une Pierre rare et précieuse
, ayant rs. palmes de hauteur , de plus une
autre Statue de Centaure , mais toute mutilée.
Et enfin que les Habitans de Trivoli ayant fait
creuser dans un autre endroit , on en avoit tiré
diverses Statues de Divinités Payennes , & c .
Il paroît depuis peu une très-gracieuse Estam→
-PC
FEVRIER 1737. 347
pe , gravée par C. N. Cochin , d'après M. de
Troy. Ce sont deux jeunes personnes assises sur
le gazon , dont une lit un Roman , et un Cavalier
auprès , attentif à la lecture. Toute la com
Position et les expression's vrayes et naïves, font
beaucoup rechercher ce Morceau, qui a un grand›
débit chés l'Auteur , Place des Victoires , et chés
le sieur Duchange , rue S. Jacques.
Nous croyons faire plaisir aux Curieux de
donner ici la Liste des Ouvrages gravés d'après
M. de Troy .
La Peste de Marseille.
Bethsabée.
Suzanne.
La Vierge.
La Mort d'Hypolite
Calisto,
Leda.
Le Pied-de- Boeuf.
La Fontaine.
La Lecture , nouvelle Estampe
La Marine.
Le Portrait de Monseigneur le Dauphin .
La vingt- troisiéme Estampe d'après les Ta
bleaux de Philipe Wauvremens , gravée par le
sieur Moyreau , paroît et se vend chés lui , ruë'
Galande , vis- à-vis S. Blaise: On s'aperçoit dans
celle- ci que le burin de l'habile Ouvrier acquiere'
tous les jours de nouvelles perfections. C'est une
composition charmante, caractérisée par ce titre.-
Départ pour la Chasse aux Chiens couchants.L'Estampe
est gravée d'après le Tableau original du
Cabinet de M. de Fontpertuis , qui a 24 pouces
de large , sur 17, de haut 1737.
2
6 w LE
348 MERCURE DE FRANCE
Le sieur le Bas , Graveur du Roy , demeurant
à Paris , au bas de la rue de la Harpe , a mis au
jour plusieurs Estampes d'un très- bon goût ;
sçavoir , la Tentation de S. Antoine , le bon Pere,
le bon Mari , le Vieillard content , l'Ecole du bon
goût , le Berger amoureux , les Joueurs de Boules ,
les cing Sens de Nature , les quatre Elemens et les
Réjouissances Flamandes , d'après le fameux D.
Teniers.
La Foire de Venise , les Quatre Heures du
jour , les Haltes des Gardes Françoises et Suis
ses , la Danse à l'Italienne et le Départ pour la
Chasse , d'après M. Parocel , Peintie du Roy ;
S.Antoine prêchant aux Poissons, d'après Salvator
Rosa , S. Antoine prêchant aux Oiseaux , l'Amant
aimé , Temps mal employé , Pierrot et sa
progéniture , les Belles Vendangeuses , et les Gensilles
Villageoises ; un Livre de Païsages pour
aprendre à dessiner à la plume , et un Livre de
Griffonnemens de son invention . De ces Estampes
il y en a 23. qui peuvent se rélier , étant sur
le même papier , et pour lesquelles il y a un
Frontispice . On les vend néanmoins séparément
quand on le souhaite ; la plupart sont tirées des
Cabinets de M. le Duc de Valentinois , de Mad .
la Comtesse de Verruë , de M. Hickman , er de
M. de Vaux.
Le même Graveur vient de faire paroître une
sainte Therese , à qui un Ange darde une fleche,
peinte et gravée à l'eau forte par feu M. N. Coy.
pel , et terminée par lui.
La Suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes lustres dans les Sciences et dans
les Arts , se continue toujours avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , Quay de l'Ecole
, vis-à-vis la' Samaritaine. Il vient de met-
LEG

་ ་
TILDEN
FOUND
--
FEVRIER. 1737. 349
Tre en vente , et toujours de la même grandeur :
ABEL- LOUIS DE SAINTE MARTHE,
Général de la Congrégation de l'Oratoire, mort
à S. Paul aux Bois , près Soissons , le 7. Avril
1697. âgé de 77. ans , gravé par Marie Horthemels.
JEAN MESNARD DE LA NOE , Direc
feur du Séminaire de Nantes , mort le rs. Avril
1717. âgé de 66. ans , gravé par la même.
On imprime actuellement le Catalogue des Livres
des Bibliotheques de Mrs les Abbés Delagrange
et Detrianon , qui se distribuëra chés M.
Guichard, Huissier Priseur , demeurant ruë des
Marmouzets ; ces Bibliotheques sont compo
sées de Livres rares et curieux ; la vente en sera
faite au plus offrant, au Convent des grands Augustins;
elle commencera le Lundy 18. Mars
1737. et se continuëra les jours suivans de relevée.
AIR A BOIRE,
D'Anstous les malheurs
Qui troublent ma vie ,
Je noye de pleurs
Ma mélancolie ;
Dure à jamais mon chagrin ,
S'il me fait verser des larmes ,
Elles ont pour moi des charmes
Ce sont des larmes de vin ,
Et je suis un Héraclite
Plus joyeux que Démocrite.
Gvi SPECTA
352 MERCURE DE FRANCE
Les attraits
M'ont assailli pour jamais :
Se livrer au badinage
C'est être sage ,'
Ton air timide et honteux
Ne fait qu'irritet mes tendres feux
Tout rit à mes voeux
Je vois dans tes yeux]
Que je vais être heureux .
Par Mr Carolet.
Le 3 Février , l'Opera Comique fit
Fouverture de son Théatre de la Foire S.
Germa in et y représenta trois Pieces
,
nouvelles d'un Acte chacune en Vaudevilles
avec des Divertissemens ; la premiere
, intitulée le Vaudevilles la seconde
la Piece sans Titres et la troisième , Ma-
`rianne.
Le s. le Lieutenant General de Police'
ft l'Ouverture de la même Foire , avec
les cérémonies accoutumées. Ce Magistrat
avoir rendu son Ordonnance le 25.
Janvier , concernant ce qui doit être ob
servé par les Marchands qui y sont établis
, et qui renouvelle les deffenses des
Jeux , &c.
Le 13. l'Opera Comique donna une
FEVRIER. 1737. FIF
Piece nouvelle en trois Actes en Vaudevilles
, et un Divertissement , intitulée :
Argenie , Piece Tragicomique. Elle fut
suivic d'un Ballet nouveau mêlé de Scenes
, qui a pour titre : l'Art & la Nature
Il a été très - goûté du Public par l'execu
tion et par les differentes danses qui juseifient
le Titre du Baller. Le Mariage de'
l'Art et de la Nature termine ce Diverissement
qui a été fort aplaudi , comme
aussi le Vaudeville chanté par les deux
nouveaux Epoux . La Musique qui est
toujours dé M. Gilliers n'a pas fait moins
de plaisir.
·
Le 8. Février , l'Académie Royale de
Musique donna la vingt- troisiéme et dérniere
Représentation de l'Opera de Medée
et Jason , qu'on n'a joué que les Vendredis
depuis le 11. Janvier. Le Ballet
des Indes Galantes fut joué pour la derniere
fois le Mardi 14 de ce Mois , er
toujours avec un grand concours.
>
Le 14. la même Académie remit au
Théatre l'Opera de Persée avec un concours
prodigieux , et avec tout l'éclat et
la pompe dont cette magnifique Piece est
susceptible. Cet Opera dont le Poëme est
de Quinault et le douzième que Lully
mis en Musique , avoit été don
$54 MERCURE DE FRANCE
né au mois de Novembre 1722. Le Roy
honora de sa présence la premiere Repré
sentation à son retour de Rheims . Nous
parlerons plus au long des superbes Décorations
qui ont été faites à cette occa →
sion , et des Acteurs et Actrices qui ont
rempli les principaux Rolles qu'on trou
ve très-bien distribués , et l'Opera en gé
néral parfaitement bien remis.:
Tous les Habits qui ont été faits à neuf,
ont été trouvés d'un très - bon goût , et
aussi riches que bien caracterisés ; ils ont
été executés sur les deffeins et la conduite
du Sieur Perronnet , qui est fort entendu
pour ces sortes d'ouvrages , qui demandent
beaucoup d'attention , pour varier les förmes
et en imaginer de nouvelles , et pour
assortir les couleurs des differentes étoffes
, avec les ornemens convenables à
chaque caractere.
Le Mardi 26 de ce mois le Sieur Noy
zeux , jeune homme de Paris d'une
belle espérance , et qui n'avoit jamais
chanté en Public , remplit le Rolle, de
Mercure , et fut fort aplaudi. C'est une
voix de Haute- contre,d'une grande éten
duë, et dont les Cadences sont admirables.
Cette Tragédie fut représentée pour la
premiere fois par l'Académie Royale de
FEVRIER . 1737. 353
Musique le Samedi 18 Avril 1682. Le Pu
blic souhaitoit avec d'autant plus d'ardeur
de voir cet Opera, que n'ayant point
été pour lors représenté pour le Roy ,
comme la plupart de ceux que Lully don
noit , ce fât un spectacle tout nouveau .
Monseigneur le Dauphin et leurs A. R.
Mr et Madame honorerent de leur présence
cette premiere Représentation .
Au Mois de Juin suivant , Persée fut
représenté à Versailles devant le Roy.
Ce Prince avoit dit que lorsqu'il voug
droit voir cet Opera , il en feroit avertir
quelques jours auparavant , afin qu'oneût
le temps de s'y préparer , er de dresser
un Theatre dans la cour du Château ,
qui étoit le lieu destiné pour ce Spectăcle.
Cependant le temps s'étant mis tout
d'un coup au beau , et Sa Majesté voulant
que Madame la Dauphine eût part à
ceDivertissement avant qu'elle accouchât,
on n'avertit de se tenir prêt , que vingtquatre
heures avant la Représentation
ainsi on ne pût travailler au Théatre que
le jour même. Il se trouva fort avance
sur le midi ; mais le vent ayant changé
la pluye qui tomba tout le matin , fie
assés connoître qu'elle continueroit le
Leste du jour. Le Roy étoit prêt de re
mettre l'Opera à un autre temps , lors
!
356 MERCURE DE FRANCE
,
qu'on lui promit qu'il y auroit pour le
soir même un autre Théatre dressé dans
le Manège couvert de la Grande Ecurie ;
et en effet , à huit heures et demie du
soir , le lieu où l'on travailloit encore
des Chevaux à midi sonné , parût avec
un brillant inconcevable. Théatre , Orquestre
, Haut- Dais , rien n'y manquoit.
Un très grand nombre d'Orangers d'une
groffeur extraordinaire , très- difficiles à
remuer , et encore plus à faire monter
sur le Théatre , s'y trouverent placés.
Tout le fond étoit une feuillée composée
de veritables branches de verdure coupées
dans la Forêt. Il y avoit dans le
fond , et parmi ces Orangers , quantité
de Figures de Faunes et de Divinités ,
et un fort grand nombre de Girandoles,
Beaucoup de personnes qui sçavoient de
quelle maniere ce lieu étoit quelques heures
auparavant , eurent peine à croire ce
qu'elles voyoient. Ce fut dans Persée ,
que Mlle Desmatins fit son essai pour le
Chant et pour la Danse , en quoi elle a
réussi depuis avec tant de succès.
"
Ce ne fut point tant la promptitude
avec laquelle ce Théatre se trouva prêt ,
que la beauté de la Piece qui causa la surprise
de toute la Cour. If y eût cepend
dant quelques Dames qui ne purent se
FEVRIER. 1737. 357
résoudre à aprouver quelques endroits.
Le sentiment de Phinée qui dit :
J'aime mieux voir un monstre affreux
Dévorer l'ingrate Andromede ,
Que la voir dans les bras de mon Rival het
reux , &c.
Leur parut trop cruel . Elles deman
doient s'il étoit d'un veritable Amant
de dire qu'il aime mieux voir sa Maitresse
dévorée par un Monstre , qu'en
tre les bras de son Rival . Cette Question
fut tellement agitée par les beaux
Esprits , et les Critiques de ce tems - là,
que les Mercures se trouverent remplis
des réponses que l'on y fit. En voici un
petit fragment des moins mauvais.
Voilà ce que Phinée a dit dans sa colere ,
Et ce que tout autre auroit dit.
Qu'on ne s'y trompe pas ; un Amant qu'on
trahit
Est en droit de tout dire , est en droit de tout
faire.
Et sans crainte d'en user mal ,
Peut voir avec plaisir périr une infidelle .
Ce n'est pas que cela se doive à cause d'elle
Mais seulement pour faire enrager son Rival
Nous ne devons pas manquer d'ob .
338 MERCURE DE FRANCE
server dans cette Piece un Trio très
touchant et très - flateur , et qui a fait
beaucoup d'honneur à cet lustre Mu
sicien. C'est
O Dieux qui punissez l'audace , &c.
Aussi - bien que celui ,
Ah que l'Amour cause d'allarmes ! &c,
Tous deux dans le premier Acte .
Le Choeur, Defcendens sous les ondes ,&c.
dans la sixième Scene du quatrième Acte
de cet Opera passe pour un des plustravaillés
qu'ait fait Lully : toutes les
Parties en sont presque également belles ;
c'est un morceau vrayment scavant. Cependant
, selon M, de Freneuse , il cause
plus d'admiration sur le papier , qu'il ne
fait de plaisir à l'oreille.
Le même Auteur admire , à l'égard du
Poëte , la maniere dont cet Opera conm
nçe. C'est Cephée qui parle.
Je crains que Junon ne refuse
D'apaiser sa haine pour nous :
Je crains , malgré nos voeux, que l'affreuse Méduse
Ne revienne servir son funeste courroux , & c.
En effet , tout le sujet de la Piece est
exposé dès le Frontispice , ensorte que
cela répand une grande clarté & beaucoup
FEVRIER. 1737. 359
coup d'intelligence pour tout le reste du
Poëme.
Le Duo de la seconde Scene du quatriéme
Acte entre Phinée & Mirope
Les vents impetueux , &c.
est très- sçavant & très difficile ; il fait un
fort grand effet quand il est bien exécuté.
L'extrême attention des Spectateurs et
leur immobilité pendant qu'on le chante
en est une marqué bien sûre .
On admire encore dans Persée ce Sacrifice
Hymen , & doux Hymen , sois propice à noo
voeux , &c.
L'Hymen qui est un Dieu flateur et
gracieux , qu'on apelle aux noces d'un
Amant, d'une Epouse contente , est traité
ici avec une douceur charmante.Quels
tons mélodieux aisés, coulans & c. Tout
le monde rend aujourd'hui justice à la
beauté du Poëme & de la Musique de cer
Opera , si on en excepte un petit nombre
, un peu trop affectés , peut- être , de
certaine Musique moderne.
PARODIE
360 MERCURE DEFRANCE
PARODIE de la Polonoise. Air du
Prologue du Ballet des Indes Galantes .
FAis comme moy .
Boy ;
Sois , Simon ,
Mon second ,
Verse à nous
tous .
Fort bien ,
Vien ,
Tien ,
Reçois ce coup de ma main
J'en ai mis bas ,
Sans être las ,
Dans un banquet
sept.
Quoi que vieux
plein.
Et gouteux ,
Je bois mieux
Que jamais ,
Mais
Avec moi
Boi ,
Tope à toi ,
Ba
FEVRIER:
36х 1737.
Boi , mon Roi ,
Voi
Mon sens froid,
Etes- vous , amis ,
Déja gris ?
L'un s'endort ,
L'autre sort
Tout d'abord
Est mort.
Quelle honte
De mon temps ,
Mes Enfans ,
On tenoit table long- tems.
Moi qui compte
Soixante ans ,
Pauvres Gens
Je me sens
Moins vieux
Qu'cuk.
,
La Piece de M. de la Chaussée , que
nous avons annoncée dans le dernier
Mercure, fut representée pour lapremiere
fois , et avec un très- grand concours
sur le Théatre François , le Lundi 25. de
ce mois, sous le Titre de l'Ecole des Amis.
Elle fut beaucoup aplaudie, er fit un extrê
me plaisir.Nous ne manquerons pas d'en
rendre
62 MERCURE DE FRANCE
!
rendre un compte fidele à nos Lecteurs;
et nous raporterons uniment les sentimens
du Public , et les diverses rematques
que nous aurons recueillies.
On a apris de Naples que le 20. du
mois dernieron y representa Didon abandonnée
, Opera nouveau; qui fur honoré
de la presence du Roy , au Théatre de
S. Barthelemi . Toure la Salle étoit tenduë
de Damas , et éclairée d'un grand nombre
de lumieres. La Loge du Roy étoit
tapissée de Brocard d'or,
>
Le 29. du même mois, on representa à
Rome , sur le Théatre de Tordi- nona
l'Opera de Cyrus , pour la premiere fois ,
et il fut fort aplaudi
LETTRE de Madame la Comtesse
de *** à M. le Chevalier de * * *
J D
E me garderai bien , Monsieur , de
m'exposer une seconde fois aux re
proches que vous m'avez faits au sujet
de la Comédie de l'Enfant Prodigue ; restez
tranquillement dans votre Solitude,
et regretez y plus que jamais la décadence
du Théatre François . On vient de
nous
FEVRIER. 1737. 363
nous donner une Piece qui n'est rien
moins queThéatrale . Elle est intitulée Les
deux Nieces , Titre aussi vague.qu'il en
fut jamais. Cette nouvelle Comédie , ou
soi disant telle , est en cinq Actes , qui
pouroient être reduits à un , ou qui en
pouroient comporter trois tout au plus.
Il faut d'abord rendre justice à l'Auteur
du côté de l'esprit , qui y petille jusque
dans la bouche du Valet et de la Suivante
; en un mot , c'est toujours l'Auteur
qui y parle , sans avoir égard à la portée
de ses Interlocuteurs . Vous voyez , Monsieur
, par cette reflexion que je fais en
passant , si j'ai bien profité des regles
que vous m'avez cent fois prescrites au
sujet du Poëme Dramatique ; c'est à- dire
qu'il y faut mettre plus de corps que
d'esprit ; la Piece en question est partout
sémée de Traits , de Portraits et de
Maximes ; tout cela est beau dans un Livre
, ou dans un Ouvrage purement Didactique
; mais dans une Comédie , au
dans une Tragédie , il faut de l'action ;
c'est là ce que j'apelle Corps . Je ne puis
mieux vous prouver combien cette Piece
en est dénuée , qu'en vous traçant en
trois ou quatre lignes le Plan et le Corps
de l'Ouvrage ; deux Amans , deux Maîtresses
, un Oncle , un Valet et une Sou-
H brette
364 MERCURE DE FRANCE
"
brette , voilà quel est le nombre des Personnages
, dont les derniers pouroient
encore être retranchés , attendu le peu
d'emploi qu'ils ont. Cet Oncle, le meilleur
oncle qui ait jamais été , n'aporte
aucun obstacle au bonheur de ses Nieces
; ainsi point de Noeud ; les Amans
pouroient être heureux dès le premier
Actes voilà donc quatre Actes surperflus;
mais ces quatre Amans se font des Monstres
pour
les combattre ; plus de nécessité
théatrale ; en un mot , à bien
parler de la Comédie des deux Nieces.
On doit dire qu'elle est précisément le
contrepied de l'Esprit de Contradiction
de feu M. du Frêny. Dans cette excellente
Piece , qui n'étoit cependant qu'en
un seul Acte , l'Amante avoit à se défier
d'une Mere contredisante , au lieu que
dans celle-ci , qui usurpe superbement le
Titre de grande Comédie , les deux Nieces
ont affaire à un oncle qui ne souhaite
que leur bonheur, et qui le leur fait connoître
d'une maniere à ne pouvoir s'y
méprendre l'Auteur le fait annoncer ,
comme un homme sujet à des brusqueries
. Vous allez juger par ce trait de
quelle nature sont ces prétenduës brusqueries
; piqué au vif de la dissimulation
de celle de ses deux Nieces qui s'apelle
Lucile
FEVRIER. 1737. 36.5
·
Lucile , il la menace d'un ton de colere ,
pour la punir du peu d'ouverture de
coeur qu'elle a pour lui , de la faire sa
Légataire universelle , et de lui donner
un mari , jeune , bienfait , riche , &c.
Croiroit on , Monsieur , que l'Auteur
eût fait sérieusement une si nouvelle
menace , si on ne la voyoit avec tout
Pétalage que peut donner l'esprit, quand
il ne se pique pas de consulter le juge .
ment ? Permettez , Monsieur , que je
passe aux caracteres des autres Personnages
; celui qui m'a paru le plus raisonnable
, c'est le Baron , Amant de Lucile ,
l'une des deux Nieces, qui ont donné le
nom à la Piece ; il aime avec toute la
constance qu'on peut exiger d'un veritable
Amant; mais on lui impose une
contrainte qui l'empêche de se déclarer
ouvertement , et de demander Lucile
en mariage ; cependant sur quoi est
fondé ce long silence ? Sur une défiance
de sa Maîtresse qui s'est imaginé,
que son Oncle le veut marier avec la
Marquise sa Cousine : elle croit même
que la Marquise est sa Rivale , sans autre
fondement que quelques paroles dictées
par la curiosité , qui sont échapées à Finette
, Suivante de la Marquise. Cette
derniere aime le Chevalier ; mais comme
Hij elle
366 MERCURE DE FRANCE
,
elle a apris par l'indiscretion de son Va
let la Fleur , que ce Chevalier lui fait
une infidelité et qu'il brule en secret
pour Lucile , elle a chargé sa Suivante de
tâcher de découvrir si sa Cousine répond
à son amour . Marton n'a pû remplir sa
commission sans donner des soupçons à
Lucile , qui a bien voulu en prendre , et
qui n'a point douté qu'on ne voulut pénétrer
dans son coeur , pour lui enlever
l'objet de son amour.
Venons au caractere du Chevalier ; il
débute d'une maniere à faire croire qu'il
va jouer un rôle très - raisonnable; le Baron
lui ayant d'abord reproché le talent
qu'il a pour la Poësie , parce qu'un Che
valier , dit- il , ne peut faire des Vers sans
déroger ; il lui répond très -sensément
que c'est- là le langage des Petits - Maîtres,
qui condamnent ce qu'ils ne connoissent
pas , confondant un galant Homme qui
sçait faire des Vers , et qui n'en fait que
pour s'amuser , avec des Pédans qui sont
Poëtes en titre d'office. Cependant ce mê
me Chevalier donne bien-tôt dans les
travers des plus insensés Poëtes , et porte
la frenesie jusqu'à prendre Marton
pour Lucile , dans un enthousiasme que
Jui inspire mal à propos un sujet qui n'en
demande point . Voici de quoi il s'agit :
H
FEVRIER. 1737. 367
if á récité à Lucile une Fable qu'il a faite
sar un Serin et sur une Linote; cetre Fable'
est très -joliment versifiée ; Lucile qui ne
l'écoute que parce qu'elle ne peut s'en
E dispenser , porte la complaisance jusqu'à
feindre de la trouver interessante le
Ghevalier se prévaut de cette espece d'attendrissement
; Vous voyez , lai dit- il en
se jettant à ses genoux , vous voyez le Se
rin aux pieds de la Linote. Lucile continue
si bien sa feinte , que le Chevalier la
prie de faire une réponse aux Vers qu'il
vient de lui reciter ; Lucile s'en excuse
en lui disant qu'elle ne sçait point faire'
de Vers , et qu'elle croiroit dégrader ceux
qu'elle vient d'entendre , si elle n'y répondoit
qu'en Prose ; le Chevalier lui
= dit qu'on peut lui prêter du secours , et
Equ'il se charge de la réponse , pourvû
qu'elle veuille bien l'adopter et y mettre
,
son nom . Lucile y consent elle sort
pour laisser le Chevalier en liberté de
versifier ; et voila ce qui produit si mal
à propos l'enthousiasme dont je viens
de vous parler.
C'est icy précisément , c'est -à- dire, au
quatriéme Acte, que l'on voit naître de
Faction , Lucile copie la réponse que le
Chevalier a faite pour elle , et pour le
punir de sa fatuité elle l'envoye au Ba-
H iij
ron
368 MERCURE DEFRANCE
ron , après l'avoir signée ; le Baron char
mé des Vers qu'il vient de recevoir , prie
le Chevalier d'y répondre. Le Chevalier
lui dit d'un ton insultant, qu'il doit bien
voir par le besoin qu'il a de sa plume ,
que la Poësie n'est pas si méprisable , et
qu'elle peut être bonne à quelque chose.
Le Baron en convient , et lui remet entre
les mains les Vers auxquels il le prie de
répondre ; mais quel est l'étonnement ,
eu plûtôt le désespoir du Chevalier quand.
il voit que ce sont- là les mêmes Vers que
Lucile lui a fait esperer d'adopter , de
copier et de signer en sa faveur ! Voilà ce
qu'il y a de plus Théatral dans la Piece
des deux Nieces ; encore dispute- t- on à
l'Auteur la gloire de l'Invention ; en voici
le dénouement en peu de mots ; la
Marquise persuadée de l'infidelité du
Chevalier , n'a point d'égard à son repentir
: elle refuse hautement sa main
et prie son oncle de consentir à l'Hymen
du Baron avec Lucile . Ne vous attendez
pas , Monsieur , que j'entre dans
un plus long détail ; c'est ici tout ce que
j'ai pû retenir d'une premiere Représentation
, qui ne m'a pas excitée à en voir
une seconde ; j'aurai soin de vous en envoyer
un Exemplaire dès qu'elle sera imprimée
, elle gagnera sans doute à la lec
ture
FEVRIER. 1737. 369.
ture ; il y a trop d'esprit pour n'y avoir
pas un meilleur succès qu'au Théatre . Je
suis , Monsieur , avec une très- parfaite
estime , & c.
Comme l'Auteur de la Comédie des
deux Nieces ne s'est pas encore nommé,
il ne doit pas trouver mauvais que nous
ayons inseré ici cette Lettre ; s'il y a
quelque peu d'amertume dans la critique,
il jouit du imoins de la justice qu'on
rend à sa maniere d'écrire , qui est sans
contredit des plus brillantes et des plus
ingenieuses.
NOUVELLES ETRANGERES.
LE
DE RUSS. I E.
E Prince Jefremow , Chef des Cosaques qui
habitent les bords du Tanaïs , a dépêché à
des
Sa Majesté Czarenne un Courier ; par lequel
on a sçû que ce Prince et Donduck Ombro ,
Kan des Calmouques Tributaires de la Czarine,
avoient entierement défait l'Armée des Tartares
du Cuban , et les Lettres de ce Courier contiennent
le détail suivant. Donduck Ombro , lequel
avoit joint le 30. du mois de Novembre de l'année
derniere , le Prince Jefremow , campé près
de la Riviere d'Egorliks, ayant apris par quelques
prisonniers que l'Armée des Tartares du Cuban
Hiiij avoit
370 MERCURE DE FRANCE
avoit quitté les Montagnes où elle s'étoit retiréo, -
et qu'elle s'étoit aprochée de la Riviere de Cuban
; ce Sultan engagea le Prince Jefremow à
envoyer un détachement de Cosaques pour reconnoître
le Camp des Ennemis. Ce Détachenient
arriva de nuit à la portée du fusil d'un des
principaux postes des Tartares , et après avoir'.
mis pied à Terre et surpris une Garde avancée ,
il attaqua ce poste . Les Troupes qui le défendoient
, firent une vigoureuse résistance ; mais
les Cosaques en ayant passé la plus grande partie
au fil de l'épée , er les Ennemis ayant perdu
leurs plus braves Soldats et quatre de leurs principaux
Chefs , ceux- cy furent obligés de prendre
la fuite et de se retirer derriere les lignes où étoit
campé le reste de l'Armée . Dès que le Prince
Jefremow et le Kan Donduck Ombro , curent
reçû la nouvelle de cet avantage , ils marcherent
avec toutes leurs Troupes contre les Tartares
dont ils attaquerent le Camp par divers endroits,
et ils les forcerent dans leurs retranchemens. Un
nombre considérable des Ennemis , dont la plupart
pour se sauver entreprirent de traverser laRiviere
de Cuban à la nâge , périt dans cette Riviere,
dont les eaux étoient extremement hautes et les
bords gélés. On assure que la perte que lesTartares
ont fait en cette occasion , monte à plus de vingt
mille hommes que les Calmouques et les Cosaques
ont fait dix mille prisonniers , et qu'ils
ont enlevé environ vingt mille chevaux , et une
grande quantité de bestiaux. Après cette victoire
les Chefs de ces derniers diviserent leur Armée
en plusieurs corps , et ils ravagerent toute
l'étendue de pays qui est le long de la Riviere de
Cuban depuis Clanckeczu jusqu'à la Mer d'Asoph
. La Nation des Tartares d'Etikuli a été
presque
FEVRIER. 1737 3710
Presque totalement exterminée , leur Kan a été
fait prisonnier , et quelques - uns des Kans , ses
Vassaux , n'ont obtenu la vie et la liberté qu'à
condition de payer un tribut à la Czarine. Don
duck Ombro s'est emparé de la Ville de Kapil ,
Tieu de la résidence du Sultan Backtigirey , Kan'
des Tartares du Cuban , laquelle a été pillée et
brulée , et où les Calmouques ont fait un butin
très-considérable . Les Cosaques et les Calmouques
ont remporté tous ces differens avantages ›
én quatorze jours. Depuis l'arrivée du Courier
qui en a aporté la nouvelle à la Czarine , S. M.
Czarienne a reçu une Lettre de Donduck Om
bro , qui lui confirme tout ce que le Prince Jefremow
lui avoit écrit , et qui lui donne avis
qu'aussi - tôt après que la Riviere de Cuban sera
gelée , il la passera pour attaquer une seconde
fois les Tartares qui se sont retranchés de l'autre
côté . Il ajoûte dans cette Lettre , que comme
il étoit embarassé de la grande quantité de butin
qu'ont fait ses Troupes , il l'avoit fait conduire
en lieu de sûreté .
ITALIE.
enavisde l'Isle de Corse,
tachement de la Garnison de Calvi , ayant
attaqué un Corps de 600. Rebelles , il l'avoit enfierement
défait , et qu'il avoit pris le nommé
Vincent- Antoine de Montemagior , un de leurs
Chefs . Un Coutier arrivé quelques jours après
celui par lequel on a sçu cette nouvelle , a ra
porté que les Troupes de la République avoient
Brulé plusieurs Villages occupés par les Rebelles,
et leur avoient enlevé une grande quantité de
Bestiaux . Les Rebelles paroissent toujours comp
H tex
372 MERCURE DE•
FRANCE
ter sur le retour de ceux de leurs Chefs qui se
sont absentés , quoiqu'ils n'en ayent aucune
nouvelle , et qu'ils ignorent le lieu où ils se sont
retirés.
On a apris de Florence , que le Comte de Kevenhuller
avoit écrit au Grand Duc , pour l'assurer
que les Troupes Imperiales qui seroient
introduites en Toscane, dépendroient absolument
de ce Prince , que ni elles ni le Baron de Vachtendonch
, qui les commande , ne feroient aucune
démarche sans son consentement ; que tous
les Officiers de ces Troupes seroient entierement
occupés du soin de marquer au Grand- Duc
leur profond respect et leur parfait dévoiement
, et qu'il suplioit ce Prince d'être persuadé
que ses sentimens à cet égard ne cédoient
point aux leurs.
Le Grand Duc a répondu à la Lettre de ce
General , qu'il avoit vû avec plaisir le Baron de
Breitewits , qui lui avoit promis que les Troupes
Impériales observeroient une exacte discipline
dans ses Etats , qu'elles y vivroient
de maniere à n'être point à charge à ses Sujets ,
et qu'elles payeroient tout ce qui leur seroit
fourni pour leur subsistance ; qu'il comptoit
sur ces promesses et sur les assurances du
Comte de Kevenhuller ; qu'il commençoit à
en voir l'execution par le bon ordre que le General
Vachtendonch avoit fait observer aux premieres
colonnes , et que cette conduite lui donnoit
lieu d'esperer que ses Sujets recevroient les
Impériaux comme des amis .
Le Grand Duc ajoûte dans sa Lettre qu'il désireroit
, en cas que le service de l'Empereur n'en
souffrit point , qu'on differât de faire entrer un
plus grand nombre de Troupes de Cavalerie en
Toscane ,
FEVRIER. 1737. 373
Toscane , à cause de la rareté des fourages , mais
qu'il ne prétend cependant prescrire sur ce sujet
rien qui soit contraire aux intentions de S. M. I.
Les mêmes avis portent , que les Régimens de
Veterani , de Neuperg , d'Hildburghausen et de
Palavicini , étoient actuellement en Toscane , et
qu'on y attendoit incessamment celui du Baron
de Vachtendonch. Ces avis ajoûtent que le 12.
Janvier ce Baron étoit arrivé à Pise avec un Bataillon
du Régiment de Neuperg , que le 24. il étoit
allé à Livourne , où il avoit été reçû par le Marquis
Caponi , Gouverneur de la Ville, et que s'étant
rendu le 29. à Florence , il avoit été admis
le lendemain à l'audience du Grand Duc.
On mande de Venise , que les Capitaines de
quelques Bâtimens arrivés depuis peu du Levant,
avoient raporté que le bruit y couroit que le
Grand Seigneur et la Czarine avoient nommé
des Ministres Plénipotentiaires qui devoient s'as
sembler à Soroka en Moldavie.
Ο
ESPAGNE.
N écrit de Madrid , que le 29. du mois dernier
, le Roy reçut un Courier , par lequel
S. M. aprit que le s . du même mois le Baron de
Wachtendonch , Commissaire de la part de l'Empereur
, avoit remis au Comte Mariani , Commissaire
de cette Cour et de celle de Naples ,
PActe par lequel S. M. I. cede à Sa Majesté Sicilienne
les Royaumes de Naples et de Sicile , et
les Places d'Egli Presidii en Toscane.
S. M. a été informée depuis par un autre
Courier que suivant les ordres qu'elle avoit envoyés
au Duc de Montemar en conséquence de
sa renonciation et de celle du Roy des deux Siciles
374 MERCURE DE FRANCE
ciles aux Etats de Toscane , de Parme et de Plai
sance , ses Troupes avoient évacué les Places de
Livourne et de Porto Ferraio, et que la Flote sur
Jaquelle elles se sont embarquées pour revenir
dans ce Royaume , avoit mis à la voile le 9.
sous l'escorte de sept Vaisseaux de guerre .
Les Lettres de Lisbonne marquent qu'on y
avoit reçû avis d'Afrique , que le 16. du mois de
Novembre de l'année derniere , la Cavalerie quiest
dans la Ville de Mazagam , en étant sortie
pour faire un fourage et pour couvrir des Ouvriers
chargés de couper le bois nécessaire à
l'aprovisionnement de la Place , un Corps de
600. Maures avoit attaqué si brusquement les
Portugais , que ces derniers avoient cû à peine
Je temps de monter à cheval pour se retirer, que
cependant les Ennemis n'avoient pû faire aucun
Prisonnier, et que les Portugais , après s'être
ralliés au pied du glacis de la Place, et après avoir
été renforcés par un Détachement d'Infanterie
que Don Bernard Pereira de Berredo , Gouvezneur
de Mazagam , leur envoya , avoient chargé
à leur tour les Maures avec beaucoup de valeur ;
que ceux- cy après un combat qui avoit duré
environ une heure et demie , avoient pris la fuite,
qu'ils avoient cû onze hommes de tués eg
un grand nombre de blessés , et que du côté des
Portugais il n'y avoit cú que quatre Cavaliers de
blessés.
U
GRANDE - BRETAGNE..
Ne indisposition causée par un grand rhume
, ayant empêché le Roy d'aller le 12.
de ce mois à la Chambre des Pairs , les Lords
nommés. Commissaires par S. M. pour faire en
son
FEVRIER. 1737. 375
Jon nom l'ouverture du Parlement , se rendirent
en cette Chambre , et après qu'on cut mandé
celle des Communes , le Lord- Chancelier fit le
Discours suivant :
MY LORDS , ET MESSIEURS ,
En vertu de l'autorité qui nous a été confiée par
la Commission du Roy , scellée du grand Sceau de
ce Royaume , nous devons vous déclarer les raisons
qui ont déterminé S. M. à assembler ce Parle-
› ment , et vous rapeller en premier lieu qu'elle vous
fit sçavoir l'année derniere qu'elle avoit donné conjointement
aver les Etats Generaux , son aprobation
aux Articles Préliminaires convenus entre
PEmpereur et le Roy de France pour rétablir la
Paix en Europe ; que ces deux Puissances, Lui
avoient communiqué une convention signée depuis,
afin d'en accelerer l'execution , et que les differentes
Puissances engagées dans la derniere guerre continuoient
leurs négociations dans le dessein de procurer
la Pacification generale . Le Roy nous commande
à présent de vous informer que les Actes
mutuels de cession étant échangés et les ordres étant
donnés pour l'évacuation et la possession des differens
Pays et Plaves par les Puissances interessées ,
suivant l'arrangement et la disposition des Articles
Préliminaires , le grand ouvrage du rétablissement
de la tranquillité génerale est fort avancé. S. M.:
croit cependant qu'il est de notre prudence d'être attentifs
à observer la conclusion de ce nouveau Reglement
d'Etats , qui sont des parties si considérables
de l'Europe. Il y a lieu d'esperer que le rétablissement
de la Paix sera suivi d'une tranquillité
génerale et durable , et que le renouvellement d'amitié
et d'alliance entre les Princes et les Puissances
de l'Europe , pour conserver cette tranquillité,
préviendra tous les dangers et toutes les craintes
qu'on
$76 MERCURE DE FRANCE
qu'on pouroit concevoir de nouveaux troubles ; mais
Le Roy apréhende qu'une indolente sécurité et une
trop grande inatention aux évenemens futurs ne
puissent causer des malheurs auxquels il seroit
moins facile de remedier qu'il ne l'aurait été de les
prévenir , et qu'il seroit très - imprudent de nous
mettre dans un état si dépourvû de défense , que
cela pût encourager à des entreprises que les ennemis
de la Paixpeuvent avoir vainement suggérées
et du succès desquelles ils pouroient se flater.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
S. M. a ordonné que l'on vous remit les Etats
pour le service de l'année courante. Aussi-tôt que
les circonstances l'ont permis , le Roy a bien voulu
faire une réduction des dépenses publiques pour le
soulagement de son Peuple , autant qu'il a été convenable
à la tranquillité et à la sûreté de ses Royau
mes , à la conservation du commerce , à l'honneur
et à l'interêt de la Nation.
MY LORDS ET MESSIEURS.
et
Il a plû à S. M. de nous ordonner de vous faire
sçavoir que c'est avec une très -grande satisfaction
qu'elle a vu l'aplication infatigable de ce Parlement
à établir de sages Loix pour assurer la prosperitées
la conservation du bien de ses fideles Sujets ,
qu'un des principaux soins de S. M. a été de les
faire observer exactement avec tous les égards possibles
pour les droits et les biens de son Peuple , dont
les ennemis les plus malins du Gouvernement na
pouroient sous aucune couleur ni prétexte lui suggerer
la moindre infraction .
Le Ray ne peut s'empêcher de vous faire remar
quer que tous les véritables amateurs de la Patrie
ont lieu d'être surpris et touchés de voir les diffe .
rentes menées et entreprises qu'on a faites en differoutes
manieres ĝet en plusieurs endroits , pour 5'0-
poser
FEVRIER. 1737 3.77
poser tumultueusement à l'execution des Loix es
pour troubler la Paix du Royaume . Ces perturba
teurs du repos public , convaincus que les interêts
du Roy et ceux de son Peuple , sont les mêmes , et
voyant la bonne harmonie qui subsiste heureusemet
entre S. M. et son Parlement , se sont soulevés
contre tous les deux , et dans leurs dernieres
violences se sont directement oposés ou du moins
ont tâché de rendre inefficaces quelques Actes du
pouvoir législatif. S. M. croit dans sa grande sagesse,
qu'on ne peut penser sans chagrin jusqu'où
peuvent aller ces pratiques témeraires , si on ne les
réprime de bonne heure et qu'elles ne requierent pas
peu d'atention , si on refléchit qu'elles pouroient
troubler les Particuliers dans la paisible jouissance
de leurs biens , ainsi que la Paix generale et le bon
ordre du Public. Le Roy se persuade qu'il est inutile
de s'étendre sur un sujet de cette nature . C'est
pourquoi S. M. nous a commandé seulement d'en
faire mention à son Parlement , qui par toute sa
conduite a montré qu'il regarde l'apui de l'autorité
Royale et la sûreté de son administration , comme
inséparables du maintien de la tranquillité publique
et de la conservation du Peuple.
Le bruit court à Londres , que dans peu une
Escadre de 14. Vaisseaux de guerre , ira relever
celle qui est a Lisbonne.
Au commencement de ce mois on aprit qu'on
avoit découvert sur le Banc de Sable de Godwin
nn Vaisseau qui y avoit échoué ; que plusieurs
Bâteaux de Déal & de l'Isle de Thanet étant allés
à son secours , l'avoient trouvé sur le cóté
& qu'on en avoit tiré 60. bariques de Tabac
et une grande quantité du Cuirs et d'Etoffes de
laine, mais qu'on n'avoit pû avoir aucunes nouvelles
de l'équipage,
9
478 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs presenterent le 13 au Roy
Keur Adresse , qui porte que si le devoir et la
reconnoissance les ont engagés en plusieurs autres
occasions à rendre à S. M. leurs très-humbles
actions de graces , de ce qu'il lui a plu de
conserver à ses Sujets les avantages de la Paix ,
ils doivent à present lui marquer la joye qu'ils
ont d'aprendre que l'ouvrage du retablissement
de la tranquillité générale est fort avancé ; que
quelque bonheur dont la sagesse du Roy , aidée
de la Divine Providence , puisse faire jouir ses
Royaumes , il étoit impossible à la Nation de
n'être pas touchée des malheurs auxquels la guer
re exposoit d'autres Peuples de la Chrétienneté ,
et qu'ainsi l'esperance de voir toutes les craintes
de nouveaux troubles heureusement dissipées
lui est infiniment agréable. Que comme S. M.
a toujours , en tout ce qui dépendoit d'elle, montré
sa tendresse paternelle pour son Peuple , le
Parlement seroit coupable de l'ingratitude la plus
condamnable , s'il donnoit le moindre signe de
vouloir se tenir dans une indolente securité, que
la Chambre des Pairs suplie le Roy de vouloir
être persuadé que ses fid les Sujets n'auront jamais
la pensée de se mettre hors d'état de dé
fense , et qu'ils seront toujours prêts à prendre'
de concert avec S. M. toutes les mesures nécessaires
pour soutenir l'honneur et la sûreté de
son Gouvernement et les interêts de la Grande
Bretagne , que l'aprobation que le Roy a daigné
donner à la conduite du Parlement remplit de
consolation , et redouble le courage de tous ceux
qui le composent ; que la vigilance du Roy à
faire executer les Loix avec justice et impartialité
, et à proteger les droits et les biens de ses
Sujets , pénétre leurs coeurs de la plus vive- reconnoissance
FEVRIER. 1737. 379
Connoissance , et que les Seigneurs , sensibles
comme ils doivent l'être aux obligations qu'a la
Nation à S. M ne peuvent assés détester les séditions
et les tumultes , que des personnes ennemies
du bon ordre , et de la tranquillité publi
que ont excités en differens endroits ; que chaque
démarche des Séditieux est aussi déraisonnable
qu'elle est criminelle , et qu'ils n'ont montré
de la prudence qu'en paroissant convaincus
que les interêts du Roy et ceux de son Parlement
sont étroitement unis ; que le devoir du Parle
ment , aussi bien que sa sûreté , l'oblige indispensablement
de donner de nouvelles marques
de cette union, en témoignant qu'il pense comme
S. M. que des menées si audacieuses doivent
être réprimées dès leur naissance , que la Chambre
des Pairs est persuadée que l'autorité du Roy
sera employée avec sagesse et avec vigueur pour
une fin si nécessaire , et qu'elle proinet à S. M.
de faire tous ses efforts pour soutenir l'autorité
Royale , et pour procurer la sûreté et la tran➡
quillité de la Nation.
Le Roy répondit :
Mylords , je vous remercie de cette Adresse
qui me prouve votre reſpect et votre fidelité. L'affection
que vous y marquez pour ma Personne et pour
mon Gouvernement , me donne la plus grande satisfaction
. Mon principal foin sera d'assurer à mon
Peuple les avantages de l'entiere et paisible jouissance
de tous leurs Droits Civils et Religieux , et
de conferver la tranquillité et le bon ordre du
Royaume , la continuation de la bonne harmonie
entre moi et mon Parlement , me mettra en état dė
parvenir à unefin si grande et si souhaitable.
Le même jour , la Chambre des Communes
presenta aussi au Roy son Adresse , dans laquelle
1.
So MERCURE DE FRANCE
quelle , après avoir témoigné le plaisir que lut
donne l'esperance de la prochaine conclusion de
Ja Pacification générale de l'Europe , elle assure
S. M. qu'elle levera avec autant de promptitude
que d'efficacité les Subsides nécessaires pour le
Service de l'année courante ; qu'elle contribuëra,
toujours de tout son pouvoir à fournir au Roy
les moyens de conserver la tranquillité du
Royaume , de procurer la sûreté du Commerce,
et de soûtenir l'honneur et les interêts de l'Etat,
et qu'elle n'aura pas moins d'empressement
que la Chambre des Pairs à s'oposer à des entreprises
sediti uses qui tendent à saper les fondemens
de la Constitution du Gouvernement , CE
à détruire la Liberté , dont les Factieux ne feignent
de
pronare la défense , que pour micua
Jéussir dans leurs projets criminels.
S M. fi la réponse suivante.
Messieurs de la Chambre des Communes , ja
vous remercie de cette Adresse remplie des marques
de votre zele de vatre respect. Je regarderai
toujours votre afection pour ma Personne et pour
mon Gouvernement , comme la plus précieuse et la
plus agréable récompense des efforts par lesquels
j'ai toujours cherché à rendre cette Nation heureu
se et florissante tant au dedans qu'au dehors du
Royaume. Je fais fond sur la sagesse de mon Parlement
, comptant qu'il portera les Loix nécessaires
pour maintenir mon autorité, pour assurer la tranquillité
publique , et pour conferver les droits et les
biens de man Peuple , et mes fidelles Communes
peuvent être persuadées que je ferai executer cea
Loix avecjustice & avec exactitude.
HOLLANDE
FEVRIER. 7737- 380
HOLLANDE ET PAYS- PAS.
E 3. de ce mois , il y eut dans la Province
L'Hollande cu dans les Pays voisins , un vionerre
,
lent Ouragan , accompagné de grêle et de ton-
´, qui a causé des dommages considerables'
en plusieurs endroits , particulièrement à Deurne
, à Endhoven , à Deu : exom , à Herenthals
à Emin rick , à Desbourg , à Vianen , et a
Arendonck.Le tonnerre étant tombé sur la prin
cipale Eglise de cette derni re Ville , cette Eglise
a été entierement ré luite en cendres. La Fleche .
de l'Eglise de Deurne a été aussi détruite par le
feu du Ciel , et les Cloches ont été fonduës . A
Zwol , Capitale de l'Overissel , plusieurs personnes
ont été tuées par le tonnerre , qui est
tombé sur la Tour de l'Eglise , mais qui ne l'a
point endommagé,
LORRAINE.
LETTRES PATENTES enforme d'Edit,
pour la prise de possession du Duché
de Bar ; données à Meudon le 18 Janvier
1737.
TANISLAS , par la grace de Dieu , Roy
S de Pologne , Grand Dus de Lithuanie , Rus
sie , Prusse , Mazovie , Samogitie, Kiovie , Volhinie
, Pololie , Podlachie, Livonie , Smolensko,
Severie , Czernickow , Duc de Bar , Marquis de
Pont-à Mousson . A tous présens et à venir.
SALUT : Les Traités et conventions qui ont été
signés par les Ministres Plenipotentiaires du Roy
Très Chrétien, notre très cher, et très-amé Frère
18 MERCURE DE FRANCE
A
ét Gendre, et par ceux de l'Empereur , que nout
avons accepté , Nous ayant affuré la Souveraineté
des Duchés de Lorraine et de Bar , et transmis
la Souveraineté et Proprieté actuelle des
Duchés de Bar , et Marquisat de Pont- à - Mousson
, Terres , Fiefs et Seigneuries qui en dépendent
, connoissant le fidele attachement que nos
nouveaux Sujets ont eû jusqu'à présent pour les
Ducs nos Prédécesseurs ; et esperant que Dieu
qui destine à son gré les Sceptres et les Couronnes
, disposera les coeurs des Sujets qu'il Nous a
soumis , à Nous rendre avec zele et fidelité l'obéissance
qu'ils Nous doivent , comme à leur
Soul et legitime Souverain ; notre premier soin est
de leur donner des marques de notre affection paternelle,
en déclarant dès- à - présent que notre inention
est de conserver les Privileges de l'Eglise,
de la Noblesse , et du Tiers Etat les Anoblissemens
, Graduations et Concessions d'honneur
faites par les Ducs de Lorraine nos Prédecesseurs
, notamment les Privileges et immunités
de notic Université de Pont à Mousson ; le tout
conformément à la co . vention du 28. Août de
Pannée derniere . A ces causes , de l'avis de notre
Conseil , de notre certaine Science , pleine
Puissance et Autorité Royale , voulant én vertu
des Articles Préliminaires de la Paix , arrêtés et
signés le 3 Octobre 1735. par les Ministres Plénipotentiaires
de notredit Frere et Gendre , et
ceux de l'Empereur , et les Traités et Actes faits
en conséquence ks11 Avril et 28 Août de l'Anné
derniere , Nous mettre en possession actuelle.
et réelle , comine de fait Nous déclarons par
ces Présentes , que Nous prenons actuellement
et réellement possession du Duché de Bar , Marguisat
de Pont - à- Mousson , Terres , Fiefs et
Seigneuries,
FEVRIER. 1737. 383
13
Seigneuries , Droits et Revenus qui en dépen
dent , sans aucune exception , pour les posseder
en Souveraineté , ainsi et de même que les Prin
ces de la Maison de Lorraine en ont joui et du
jouir , Nous avons donné Nos pleins pouvoirs
au Sieur de la Galaiziere , Conseiller ès Conseils
du Roy Très - Chrétien , notre très cher er
très- amé Frere et Gendre , Maître des Reque
tes ordinaire de son Hôtel , et au Sieur de
Meckec , Maréchal de notre Cour , à l'effet de
se transporter incessamment en notre bonne
Ville de Bar , pour y recevoir en notre nom le
Serment de fidelité des Président , Conseillers ,
et Gens tenans notre Chambre des Comptes
Baillifs de Bar , Saint Mihiel , Pont- à-Mousson,
Etain , du Bassigny , et autres , auxquels Nous
avons ordonné de se rendre en personne en ladite
Ville de Bar , au jour qui leur sera indiqué
par nosdits Commissaires : Voulons que quant
à présent les Officiers de Notredite Chambre ,
ceur des Bailliages , Prevôtés , Gruries et aus
tres Jurisdictions comme aussi , les Receveurs
particuliers des Finances , Notaires , Tabellions,
Garde- Notes , et tous autres Juges et Officiers
actuellement établis dans notre Duché de Bar
pour l'administration de la Justice , Police et
Finances , en Titres d'Offices ou par Commissions,
continuent d'exercer sous Notre Autorité
les fonctions de leurs Charges , Offices ou Commissions
, jusqu'à ce qu'il en soit par Nous autrement
ordonné , et de jouir des honneurs ,
profits et émolumens qui leur sont attribués ,
sans être tenus de prendre de nouvelles Provisions
, Commissions ou autres Lettres , dont
Nous les dispensons quant à présent : Enjoignons
aux juges et autres nos Officiers , dans
>
Jous
384 MERCURE DE FRANCE
tous les cas sur lesquels nos intentions n'auront
pas été expressément déclarées par nos Edits ,
Declarations et Arrêts de notre Conseil , de se
conformer aux Ordonnances et Reglemens des
Ducs nós Prédecesseurs , notamment à ceux de
notre très-cher et très-amé Frere le Duc de Lorraine
, et à ceux du Duc Leopold son Pere de
glorieuse memoire , Coûtumes , Stiles et Usages
jusqu'à present observés dans notre Duché de
Bar ; Voulons au surplus que les Traités et Concordats
faits entre les Ducs nos Prédecesseurs et
les Princes et Etats voisins soient observés et
executés selon leur forme et teneur et que les
differens ordres de notredit Duché de Bar continuent
de jouir des prérogatives , immunités et
autres distinctions dans lesquelles ils ont été jusqu'à
présent maintenus et gardés . Si Donnons
en Mandement à nos amés et feaux Conseillers ,
les Gens tenans notre Chambre des Comptes en
*notre bonne Ville de Bar , Baillifs , Lieutenans-
Generaux et Gens tenans nos Bailliages de Bar ,
Saint Mihiel , Pont-à- Mousson , Etain et du
Bassigny , séants à Bourmont , et Saint Thiebaud
, Prevots , Gruyers , et à tous autres Juges ,
Officiers , Justiciers , Hommes et Sujets qu'il
apartiendra , que les Présentes ils fassent lire ,
publier , registrer et afficher par tour où besoin
sera , et leur contenu garder et observer inviolablement
, cessant et faisant cesser tous troubles
et empêchemens à ce contraires. CAR AINSI
NOUS PLAIST : En foi de quoi Nous avons
à ces présentes Lettres signées de notre main , et
contresignées par le Secretaire de nos Commandemens
, fait aposer notre grand Sceau. Donné
à Meudon le 18 Janvier 1737. Signé Stanislas
Roy: Et plus bas , par le Roy , Simon Siruc.
Vau Conseil , Chaumont.
FEVRIER. 1737.- 385
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lendiris Messe dans la Chapelle du
E premier de ce mois , la Reine en-
Château de Versailles , et S. M. communia
par les mains du Cardinal de Fleury ,
son Grand- Aumônier.
Le lendemain , Fête de la Purification
de la Ste Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
et Officiers des Ordres du Roi,
s'étant rendus vers les 10. heures du matin
dans le Cabinet de S. M.le Roi tint un
Chapitre dans lequel le Duc de Villeroy,
le Maréchal Duc de Biron , le Duc Ossolinski
et le Marquis Monti , qui avoient
été proposés le 1er du mois de Janvier
dernier pour être nommés Chevaliers ,
furent admis après que l'Abbé de Pomponne
, Chancelier des Ordres du Roi
cut raporté qu'ils avoient satisfait à ce
prescrit par les Statuts. Le Chapitre
érant fini , les quatre Chevaliers qui venoient
d'être admis , et qui s'étoient rendus
dans l'apartement du Roi en habits
de
86 MERCURE DE FRANCE
le de Novices , furent introduirs par
E Marquis de Breteuil , Prevôr et Maîtte
des Cerémonies des Ordres du Roi , dans
le Cabinet de 5. M. er ils y futent reçûs
Chevaliers de l'Ordre de S. Michel..

Le Roi sortit ensuite de son Apartement
pour aller à la Chapelle : S. M. étoit
precédée du Duc d'Orléans , du Dac de
Bourbon , du Comte de Clermont , du
Prince de Couty , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Comte de Toulou
se , er des Chevaliers , Commandeurs et
Officiers de l'Ordre. Les quatre Novices
marchoient deux-à- deux entre les Che
valiers et les Officiers. Le Roi devant le
quel les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Manteau
, le Collier de l'ordre par dessus ,
ainsi que les Chevaliers. Le Cardinal de
Polignac et le Cardinal de Bissy marchoient
derriere S. M. Le Roi assista à
la Benédiction des cierges , à la Proces
sion qui se fit dans la Cour du Château ,
et à la Grande Messe à laquelle l'Arche
vêque de Vienne , Prélat Commandeur
de l'Ordre du S. Esprit , officia ponti
ficalement.
Après la Messe , le Roi quitta son Prie
Dieu , et monta à son Trône auprès de
l'Autel , où S. M. reçut les nouveaux
Chevaliers
FEVRIER. 1737. 387
:
Chevaliers deux à deux avec les cerémonies
ordinaires. Le Marquis de Brancas
et le Duc de Châtillon furent Parains
du Duc de Villeroy et du Maréchal Duc
de Biron le Marquis de Livry , et le
Comte de Matignon le furent du Duc
Ossolinski et du Marquis Monti. Les
nouveaux Chevaliers ayant pris leurs
places suivant leurs rangs , le Roy sortit
de la Chapelle , et S. M. fut reconduite
dans son Apartement en la ma
niere ordinaire.
La Reine , Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France , entendirent la
-même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy entendit le Sermon
du Pere Julien , Récolet , et ensuite
les Vêpres chantées par la Music
que , auxquelles la Reine assista,
Au commencement du mois de Janvier
D. Françoise Louise de Guiry, épouse
de M. de Sabrevois d'Escluselle , Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment du
Maine , à present S. Simon , fut nommée
par la Duchesse du Maine , Dame
d'Honneur de Mademoiselle du Maine ,
sa Fille , à la place de D. Marie de Male
zieu , sa Mere, épouse de Louis de Guiry,
Seigneur de Ronçieres , et d'Enencourt ,
Į Lieute
388 MERCURE DE FRANCE
Lieutenant General de la Province d'Auf.
nis, Ville et Gouvernement de la Rochelle
, &c. Ce choix a été agréé par le Roy.
On a parlé de la Noblesse et ancienneté
de la Maison de Sabrevois dans le Mercure
de Novembre 1731. p. 2686. à l'occasion
du Mariage de la De , qui donne lieu
à cet article. A l'égard de la Maison de
Guivy , qui est fort connue, il en est fait
mention dans plusieurs Mercures
entr'autres dans celui du mois de May
1731. P. 1176.
,
et
Le premier Fevrier , M. Piat Recteur
de l'Université , accompagné des Doyens
des Facultés et des Procureurs des Nations
, se rendit à Versailles , et il eut
l'honneur , suivant l'ancien usage , de
presenter un cierge au Roy , à la Reine ,
et à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour le P. Duverney , Commandeur
du Couvent du Marais des Religieux
de la Mercy , accompagné de trois
Religieux de cette maison eut l'honneur
de presenter un cierge à la Reine ,
pour satisfaire à une des conditions de
leur établissement , fait à Paris en 1615 .
par la Reine Marie de Medicis.
Le 28. Janvier , M. Destouches , Sur-
Intendant de la Musique du Roy , fit
chanter
>
FEVRIER . 1737. 389
chanter chés la Reine le Prologue & le
premier Acte de l'Opera de Melée et fason
, qu'on continua le 30. et le 4. Fevrier.
Les principaux rolles furent remplis
et exécutés avec un aplaudissement
general par la Demoiselle Aptier , et les
Sieurs Tribou et Chassé . Cet Opera ,mis
en musique par le feu Sieur Salomon , reçût
à la Cour les mêmes aplaudissemens
qu'il avoit reçû à Paris.
Le 9. et le 11 , la Reine entendit le
Ballet des Indes Galantes de M. Rameau
l'exécution en fut vive et très brillante.
Le 16. 18. & 23 , on chanta devant
la Reine , l'Opera d'Omphale de M. Destouches
. Les Demoiselles Antier et Lenner
, & les Sieurs Chassé et Petillot se
distinguerent dans l'exécution des principaux
rolles.
Le 25 , on concerta le Prologue & le
premier Acte de Tarsis et de Zelie , de la
composition des Sieurs Rebel et Francoeur.
il
Le 2. Fevrier Fête de la Purification ;
y eut Concert Spirituel au Chateau des
Tuilleries on y chanta un Motet à
grand choeur , du Sieur du Luc; il fut suivi
d'une nouvelle suite de Simphonie du
Sieur Aubert qui fit beaucoup de plai-
I ij
!
sir.
390 MERCURE DE FRANCE
sir. On exécuta ensuite deux grands Mo
rets des Sieurs Cheron & Cordeler qui
furent suivis de deux Concerto très bien
exécutés par les Sieurs Guignon & Blavet,
le Concert fut terminé par le Cantate
Domino de M. de la Lande.
Les . Fevrier , les Comédiens Frans
çois joüerent à Versailles , les deux Nićces
, et l'Epreuve.
Le 7. Ariane , et le François à Londre.
Le 12 , Le Grondeur , et les 3. Confines.
Le 14. Mitridate , et le Médecin malgré
lui.
Le 19. D. Japhet d'Arménie , et la Mas
gie de l'Amour.
Le 21. Radamistbe et Zenobie , et le
Mariageforce.
Le 26. L'Esprit Folet , et l'Avocat Paselin
R T
Le 28. Childeric , et la Comteſſe d'Ef❤
carbagnas. Cette Tragédie que la Reine
avoit demandé , et que S. M. a vû pour
la seconde fois , a reçû encore beaucoup
d'aplaudissement à la Cour.
Le 6. Fevrier , les Comédiens Italiens
representerent à Versailles en presence
de la Reine et de Monseigneur le Dauphin
,la Dame Invisible. Comédie Ita-i
lienne en trois Actes , remplie de Jeux
de
FEVRIER 1737.
397
-de Théatre &c, elle fur joüée en François,
& fut suivie de la petite Piéce d'Arlequin
Hulla.
Le 13. La Fille Arbitre , et la Verité
Fabulistes
Leo. La Surpriſe de la Haine , et ta
perite Piece nouvelle des Impromptus de
PAmour.
Le 27. Le Prodigue puni et les Mafca-.
rades Amourenfes.
Le 20. de ce mois , le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , alla par ordre
du Roy , chez M. Chauvelin Garde des
Sceaux de France , Ministre et Secretat
re d'Etat ayant le département des affaires
Etrangeres , lui redemander lesSceaux
etilles raporta à S. M. Le même jour , le
Roy les donna à M. Daguesseau , Chan
celier de France .
Le 21. Le Roy a nommé Ministre et
Secretaire d'Etat au département des affaires
Etrangeres M. Amelot , Intendant
des Finances , et S. M. a donné la charge
d'Intendant des Finances à M. Orry de
Fulvy , Maître des Requêtes.
Le 23. M. Amelot , prêta Serment de
fidélité entre les mains de 9. M.
I iij
LETTRE
יד
392 MERCURE DE FRANCE
LETTRE écrite de Paris à M. Bolome
Apoticaire du Roy.
Toujours zèlé , toujours fidele .
Tu te rends Bolomet , où ton devoir t'apelle
Tu cours vers ton auguste Roy ,
Dont l'aimable service est ton unique Loy;
Et n'écoutant pour lui que ta juste tendresse ;
Tu quittes d'un air d'allegresse ,
Tes enfans , ta chere moitié ,
Et ceux qui dans Faris te sont joints d'amitiés
L'Astre sujet à l'inconstance ,
La Lune aura six fois parachevé son cours ,
Et la Terre roulant dans une espace immense ,
Sur son axe aura fait trois fois soixante tours ,
Avant que nous puiffions jouir de ta présence
On ne te verra de long- tems
Au fond de ton Laboratoire
Opérer par ton Art , en augmenter la gloire
Par un travail plein de bon sens .
Cependant rien ne peut si bien me satisfaire ,
Que de te voir agir dans ce lieu curieux ,
Qui de tous côtés offre aux yeux
L'agréable et le nécessaire ;
Où l'on trouve un utile amas
D'Alembics, de vaisseaux nommés Circulat oires,
De Cucurbites , de Matras ,
Et
FEVRIER .
1737 393
Et de verres séparatoires ,
De Retortes et de Jumeaux ,,
De Récipients et de Fourneaux ;
Le tout placé d'une main sage
Suivant son different usage.
C'est là que tantôt d'un feu lent ,
Et tantôt d'un feu violent ,
Tu distilles , tu fonds , tu résous , tu calcines
Méraux , Bois , Minéraux , gommes , Fleurs eg
Racines :
Là tu sçais cout réduire aux premiers élemens ;
Tu sçais décomposer , et combiner chaque être ,
Y faire d'heureux changemens ;
De la Nature enfin tu te montres le maître ,
Tu la fais obéir à tes commandemens ;
Et cette antique Souveraine
Prend la forme à l'instant que tu veux qu'elle
prenne ,
Les poisons les plus véhémens
Devenant auffi -tôt de doux médicamens.
Auffi plein de respect , j'admire , je révere
Comme une espece de mystére ,
La moindre action que tu fais
Pour exécuter tes projets ;
Et n'en déplaise à la Chymic ,
Tes prompts et merveilleux succès
Me la font croire une Magie.
Que j'aime à voir que ton génie
I iiij
s'éloigne
394
MERCURE
DE FRANCE
S'éloigne des chemins qui sont trop fréquentés ,
Et qu'on doive à ton industrie
De précieuses nouveautés !
L'Hydrocelle et l'Hydropisie
Menacent en vain notre vie •
Si nous avons recours à ton Souffre de Mars.
Lorsque par de fâcheux hazards ,
Nous recevons quelque blessure
Ou qu'un cruel coup nous meurtrit,
Toujours victorieuse et sûre ,
Ton Eau de Palme nous guérit .
Qu'on aplique à propos ta Poudre vulneraire
Ne produit- elle pas un effet salutaire ?
Qu'on soit en proye à la fureur
D'une colique néfrerique ,
Par sa qualité balsamique
Ta Teinture Céleste en calme la douleur.
Perd-on cette noble liqueur ,
Qui coule en nous de veine en veine
Et prend sa source dans le Coeur ,
Ta Conferve arrête sans peine
D'une telle perte le cours
Et prolonge celui des jours.
Tu ne bornes pas ta science
A rétablir notre santé ,
Tu rends encore le fruit de ton expérience
Avantageux à la beauté :
Ton
FEVRIER. 1737. 395
Ton Eau d'Egypte en est une preuve évidente
On voit par son moyen avec étonnement
La Blonde en couleur trop ardente
Devenir Brune en un moment ,
>
Et bien-tôt les cheveux de la blanche vieillesse
Imiter ceux de la jeunesse.
Je paroîtrois parler peut-être avec excés ,
Et je pourois blesser l'oreille de l'Envie ,
Si je voulois compter tous les heureux effets
Dont sans cesse en ton Art ta prudence est suivie
Ainsi par raison je me tais ,
Et je me contente de dire
BOLOMET , reviens promtement
Le Malade inquiet te souhaite ardemment ,
4
Et plus d'un ami te désire.
M
Par M. Moraine:
M. Bolomer demeure à Paris
Ste.Avoye
rue

On écrit de Toulouse , qu'à l'Hôtel Prieurar
de Malte , aussi tôt qu'on y cut apris la nouvelle
de la mort du Grand - Maître Dom Antoine
Monoel de Vilhena , et l'Election de Dom Ray
mond Despuig , M. le Commandeur de Parizot
ordonna que Fon fit un Service pour l'Ame du
Défunt le 14 Fevrier , et pour cet eff t ' Eglise
fut ten tvé d1: noi , et illuminée , l'Office ' se fir
suivant usage ordinaire. YA
Le 17, au matin on chanta le Te Deum aut
Fy bruis
396 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et de la Mousqueterie ,Mu→
sique Militaire et fdigne de cet Ordre ; ensuite
il y eut un dîner auquel tous les Chevaliers de
la Ville et des environs furent invités , et le soir
son illumina la Tour et la Façade de l'Hôtel avec
des lampions et des falots aux Armes du nonveau
Grand- Maître , dont on ne peut trop honorer
le merite.
LETTRE écrite de la Fere le 11. Fé
vrier 1737. au sujet d'un Incendie, & c.
Ous avez été si satisfait , dites- vous , Mon-
Vsicur, de la Relation que je vous ai envoyée
de la Fête de Sainte Barbe , que vous exigez encore
celle de l'Incendie qui vient d'arriver à la
Fere : Jubes renovare dolorem ; Je vais cependant
vous en faire le triste détail.
Il s'éleva la nuit du ze au 4e de ce mois sur
les 11. heures , un vent impetueux accompagné
de grêle , de nége et de pluye ; on voyoit de
tems en tems briller au Sud de la Ville des eclairs
éblouissans, mais les Tonnerres qui les suivoient
paroissoient assés éloignés , et ne nous pas trop
menacer , le vent soufflant presque à nôtre Nordest.
Cependant un coup affreux éclata vers 11 .
heures et trois-quarts ; la foudre tomba sur la
Flêche du Clocher de la Collegiale , s'y arrêta ,
et mit le feu au Globe d'où naît la Croix qui en
forme la pointe. Ce Globe d'environ deux piés
de Diametre , fut d'abord enfâmé , et la flâme ,
aprés avoir fondu le plomb qui le revêtoit , se
communiqua aux chevrons et à l'Aiguille de la
Flêche qui n'étoit que d'ardoise.
L'homme préposé pour sonner le Tocsin , en
cas d'incendie, et que l'on apelle ici le Gueteur,
parce
FEVRIER. 1757. 397
parce qu'il passe la nuit au guer , cet homme
dis-je , quoiqu'il fut logé dans la Flêche même,
et qu'il eut senti la secousse de la charpente , lorsque
la Foudre la frapa , ne voyoit point ce qui
se passoit sur sa tête , ensorte que le feu eut tout
le temps de gagner la longueur de sept à huit piés
avant qu'il en fut averti. Le Gueteur n'eut pas
plûtôt donné le sigual , que l'Officier de Garde
de la Place , après avoir pris les mesures qu'exige
en de pareils cas l'exactitude du Service , fit
battre la Générale ; dans l'instant le Bataillon
fut allerte au quartier ; on n'a point encore vû
ici de Troupes mieux disciplinées. Le Commandant
et ceux d'Artillerie se rendirent vers le lieu
incendié , pour y donner les ordres nécessaires;
ils y furent joints par les Magistrats de la Ville,
qui ordonnerent à leur Tainbour d'apeller dans
les rues , afin d'avertir les Bourgeois. Ceux-ci
y accoururent en foule , mais il paroissoit impossible
d'arrêter le progrès de la flâme ; la
consternation étoit générale. On tint sur le
champ une espece de Conseil pour prendre les
précautions les plus convenables dans une occasion
si pressante.
Quelques-uns furent d'avis de placer à la Loge
du Guet , éloignée encore d'environ trente
piés de la flâme , un barril de poudre de cent livres,
au milieu de trois ou quatre tonneaux pleins
d'eau ; l'idée singuliere étoit que le feu prenant
à la poudre écartât par sa violence les chevrons
allumés , et que la fumée humide de l'eau éteignît
le reste. Mais il y avoit à craindre que ces
pieces de bois n'enfonçassent les toits des maisons
voisines , et que les étincelles poussées par
l'effort de la poudre , et portées par le vent , DE
Causassent ailleurs un plus fâcheux incendies
D'autres
I vj
3-8 MERCURE DE FRANCE
D'autres conseilloient de rompre, les Cloches
pour en conserver le métail , de peur que venaut
à fondre , il ne se perdit dans les cendres et les
décombres. La frayeur dans les maux extrêmes
ne suggere que des remedes violens. Enfin les
voix se réunirent à l'opinion qu'on ouvrit d'abattre
la Fleche à coups de canon.
3
On commanda pour cela quarante Canoniers
qui placerent trois Pieces , deux de quatre , et
une de seize entre le Château et le Convent des
Religieuses , on ne peut pointer plus juste qu'on
le fit , il n'y eut point de boulet qui ne portât :
s'ils eussent été ramés ou à chaînes , on auroit
mieux réussi dans le dessein projetté. Il y avoit
néanmoins des inconveniens à aprehender. Les
chevrons embrasés pouvoient embraser les autres
chevrons et la charpente de l'Eglise , sur laquelle
ils seroient tombés , et des boulets échapés endommager
les maisons des Villages voisins , ainsi
qu'il arriva à Danisi et au Corps de garde du Poi.
Ligone. J'avois oublié de vous dire que le Cha
pitre avoit eu la précaution de transporter d'a
bord les Vases sacrés à l'Hôtel- Dieu , et de remettre
les Reliques en dépôt chés les PP. Capucins.
On avoit aussi posé une Garde de huit hommespour
veiller à la sûreté des Ornemens de l'Egli
se : des gens mal intentionnés profitant ordirairement
de ces momens pour faire leur profir
, &c.
Cependant la nuit commençoit à finir: le jour
en donnant la clarté donnoit aussi de la hardiesse
, et le vent s'étant mis à l'Ouest , s'étoit de:
beaucoup apaise. La partie de la Flêche ou le
pied de la Croix étoit lié étoit toute consumée.
Cette Croix de trente pieds de hauteur et
de quinze par le travers , avoit en s'en séparant
GUVER
FEVRIER. 1737 399
ouvert la pointe de l'Aiguille , enfoncé la voure
de la Sacristic et blessé la Sentinelle qu'on y
avoit posée , alors les Bourgeois se raniment ,
les uns montent à la Loge du Guet , coupent
chemin au feu , randis les que autres fournissent
avec des seaux de l'eau pour l'éteindre ; les Ca
pucins aiderent avec une ardeur digne de leur
zele ; des Canoniers commandés écarterent les
Spectateurs inutiles . Enfin les allarmes cesserent ;
la flame s'éteignit , eril ne reste plus actuellement
que la douleur de voir reduite en cendres
cette Flêche superbe , l'admiration des Etrangers
et l'ornement de la Fere.
le
Voilà , Monsieur , un fidele compte du ravage
que le Tonerre a causé dans cette Ville ;
feu a dévoré plus de neuf toises de nôtre Clocher
en moins de quatre heures . On travaille ac
tuellement à couvrir la Loge du Guet , en atten
dant les fonds suffisans pour la construction des .
la Flèche . Vous serez bien aise d'aprendre encore
que le Chapitre alla processionnellement le
Dimanche suivant reprendre les Reliques et les
Vases facrés qu'il avoit déposé dans deux Mo
nasteres. Le Chanoine officiant fit sur ce sujet un
discours pathétique , auquel répondit avec beaucoup
d'onction le R. P Gardien des Capucins
qui lui presenta l'Eau benite à la tête de sa Communauté.
Ces Religieux reconduisirent jusqu'à
la Collégiale la Procession , suivie des Officiers à
de Justice , de Guerre et de Ville , et de presque
toute la Bourgeoisie. On chanta le Te Deum a
Pissuë de la Messe , et on a établi une Neuvai
me en Actions de graces, Je suis , &C.
Le
400 MERCURE DE FRANCE
Le Chapitre Métropolitain de N. Dame des
Doins d'Avignon , qui a commencé avec suc
cès les réparations des grands Escaliers , des
Avenues , et de la Façade de son Eglise , a obtenu
de M. le Vicelegat , le Privilege d'une Lo
terie sur le modele de celle de Turin , dont on
a donné le Plan dans le Mercure du mois de Seprembre
1735.
Les opérations & les regles de cette Loterie
sont en tout point les mêmes ; elle ne differera
dans le nombre et la valeur des Billets et
des Lots.
que
Elle ne sera composée que de roooo . Billets
de 24. sols. La nourriture de chaque Billet ne
sera d'abord que de 6. deniers , et n'augmentera
de 6. deniers de tirage en tirage jusqu'au
centiéme.
Il y aura 1000 Primes, c'est - à- dire 10. par
Tirage un Lot pour chaque Societé de s . Billets
, c'est- à-dire 2000. Lots , dont les principaux
seront de 20000. et de 30000. livres : et
271. Lots de Consolation , dont la distribution
commencera au 13e Tirage.
Nous n'inserons ici que l'Etat des Primes et
des Lots. Ceux qui souhaiteront prendre des
Actions dans cette Loterie, en trouveront le Plan
et le Détail
A Paris , chez M. & c .
A Lyon , chez M. Leger, près la Doüanne
S. Antoine.
A Avignon , chez M. Girou , Imprimeur
de S. S. et autres .
Qui auront un Bureau de Distribution de Billets
, et feront lire aux Curieux un Etat imprimé
et très circonstancié de toutes les opéra
sions de cette Loterie,
ET AT
FEVRIER. 1737. 401
ETAT DES PRIMES.
rooo. Primes de differente valeur , à ro . par
Tirage, montent à la Somme totale de 204000 le
ETAT DES LOTS.
1000. Lots de
100. 1.
100. Lots de
170000.
liv..
200. 1. 20000. liv. 100. L. de
300. 30000. So. L. de
500. 25000.
27. L. de 1000. 27000.
10. L. de
1500 . 15000.
6. L. de
3000. 18000..
3. L.
2. L.
de 5000*
15000.
de
10000. 20000.
1. L. de 20000,
I. L. de 30000.
2000. Lots pour 2000. Societés . - -
Total des Lots 390000 1.
Etat des Lots de Consalation.
271. à 100. liv. chacun . 27100
6211001
MORTS , NAISSANCES ,
& Mariages.
est
L
E nommé Jean le Fergue , Laboureur ,
mort il y a quelque temps dans le Village de
Lisle- Bouson Diocèse de Lectoure , âgé de
104 ans.
?
LS
462 MERCURE DE FRANCE
Le 25 Janvier , Alexandre Sigismond , Evêque
d'Augsbourg , Prevôt de l'Eglise de Constance
, Chanoine d'Aichstaedt , Prince du S. Empife
Romain , Comte Ralatin du Rhin , Duc de
Baviere , &c. mourut à Augsbourg dans la 74€
année de son âge , étant né le 16, Avril 1663 ..
Il étoit frere puîné , et heritier présomptif de
Charles Philipe , Electeur , Comte Palatin du
Rhin, et fils de Philipe - Guillaume Duc de Nubourg
, Electeur Comic Palatin du Rhin , mort
le 2. Septembre 1690. et d'Elizabeth- Amelie de
Hesse- Darmstadt , morte le 4. Août 1709. It
avoit été élû Coadjuteur d'Augsbourg en 1581 .
en étoit devenu Titulaire le 1. Avril 1690. par
la mort de Jean - Christophe , Baron de Freyberg,
son Prédecesseur. Ce Prince , à cause de ses indispositions
continuelles , avoit été privé pendant
quelque temps de l'administration du spi
rituel et du temporel de son Evêché , mais il fur
remis en possession de l'un et de l'autre par un
Decret du 14. Fevrier 171-8 . rendu à Rome par
une Congrégation particuliere , en conséquence
des témoignages que l'on produisit du rétablis
seinent de sa santé. L'Empereur lui donna ensuite
l'Investiture du temporel de son Evêche le
18. Juillet 1719.
;
Par la mort de ce Prince , Jean François
Schenck , Baron de Stauffenberg , Evêque de
Constance , du z Juillet 1704. devient Evêque
d'Augsbourg , dont il avoit été élû Coadjuteur
15. Juin 1714. Ce Prelat est âgé d'environ
79. ans , étant né en 1658 ་ ་ ་ ་་ ་ ་
Le 26 Janvier , Thomas- Etienne , fils d'Erienne
Rivié Seigneur de Marines et de Rique
bourg , Baron de Chars Grand- Maître des
Eaux et Forêts de l'Ile de France , et du Sois
sonni, true De Françoise- Anne- Agathe- M
FEVRIER. 1737 40 %
guerite de la Riviere de Paulmy , mourut dang
la 10. année de son âge , étant né le 30. Août -
1727.
Le Sieur Claude Deshayes , resté seul- des 2600
Rentiers qui composoient les seconde et quatriéme
Divisions de la onzième Classe de la seconde
Tontine établie par le feu Roy , mourut à
Rouen le 1. Fevrier , âgé de 91. ans. Il avoit
réuni sur sa tête les 1088. Actions dont ces
deux Divisions étoient composées , et qui montoient
ensemble à 32730. liv. de Rente viagere,
ét il avoit joui seul de la seconde Division de
vingt mille dix livres de rente , depuis le 24
Avri 1734. et de la quatriéine Division de
12720. liv . de rente , depuis le 4 fanvier 17,6.
Le même jour Louis- Philipe de Menon , Scigneur
, Marquis de Turbilly , Chevalier de l'Or .
dre Militaire de S. Louis , Maréchal des Camps
er Armées du Roy , mourut en son Château de
Turbilly , Paroisse de Vauxlandry en Anjou ,
âgé d'environ 64. ans Il étoit fils puîné de feu
François Urbain de Menon , Comte et Seigneur
de Turbilly , de Bresteau et de Semur , et de
feue Louise de Picher. Il avoit embrassé dans sa
jeunesse l'état Ecclesiastique , qu'il quiera en
suite pour prendre le parti des Armes. Il fut fait
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de nouvelle
levée le 7. May 1702. à la têre duquel il
servit jusqu'à la Paix d'Utrecht , après laquelle
son Regiment ayant été licentié , il obtint sa
Réforme dans celui de Tallard. Il fut fait Briga
dier le 1. Fevrier 1719. et en dernier lieu Maréchal
de Camp avec rang , du 20. Fevrier 1734.
Il avoit été marié le 26. May 1726 avec Elizabeth
Rouillé , Fille de Pierre Rouillé , Seigneur
de Beauvoir , Conseiller Secretaire du
Roy , Maison Couronne de France et de ses
>
404 MERCURE DE FRANCE
Finances honoraire , et d'Anne Pajot.
Le même jour Philipe Jacques Durand
Ecuyer , Conseiller du Roy , Trésorier Genera
des Ligues Suis es , Grisons et Alliés , et ci devant
Consul Resident pour le Roy à Tripoli et
Alger , mourut à Paris dans un âge fort avancé.
Il est parlé de lui dans le Mercure de Decembre
1730. 1. Vol. p . 2747 à l'occasion de la mort
d'Antoine -Gabriel Durand , son frere puîné , ard
rivée le 8 Octobre précedent à Alger , où il
étoit Consul et Resident pour le Roy. Celui
qui vient de mourir avoit épousé au mois de
Novembre 1704. Louise- Marguerite Sonnet ,
fille de feu Louis Sonnet , Seigneur de la Tour,
Trésorier General des Ligues Suisses , Grisons
ét Alliés , et de feuë Marguerite Bourlon . Il
laisse d'elle Louise - Magdeleine Durand , fille
unique , né le 29. May 1709. et mariée le 19.
Juin 1729. avec André le Beuf , Ecuyer , Conseiller
Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de ses Finances , ainsi qu'il est ra
porté dans le Mercure du même mois de juin
1729. Vol , r. p. 1472 .
Le 2.
avec
De Marie Catherine Pichon , femme de
Pierre Barthelemi Rolland, Seigneur de Champbaudouin
et de Charmont , Conseiller en la
Grand'Chambre du Parlement de Paris
lequel elle avoit été mariée le 25. Juin 1727.
mourut après une longue maladie de poitrine ,
dans la 25. année de son âge , étant née le 12 .
May 1712. elle laisse 4. enfans. Elle étoit fille
unique de Denis Pichon , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , et de Marie
Rouillé .
Le même jour De. Marie - Catherine Lebas de
Girangy , Epouse et Cousine germaine de Char-
Yes Lebas , Seigneur du Plessis , Conseiller au
FEVRIER . 1737. 405
Parlement de Paris , mourut huit jours après
être accouchée dans la trentiéme année de
son âge , étant née le 30. Octobre 1707. Elle
avoit été mariée le 6. Avril 1726. et etoit fille
aînée de feu Louis Lebas , Ecuyer , Seigneur de
Girangy , ci- devant Trésorier General des Gar
des du Corps et Grenadiers à Cheval, mort le 16.
Decembre 1722. et de Marie - Catherine Quan➡
tin , à present sa veuve .
Le 3. Augustin de Feriol , Comte du Pont de
Veyle , Baron d'Argental , Président à Mortier
honoraire du Parlement de Metz , mourut à Paris
, âgé de 75. ans. Il avoit éré autrefois Trésorier
, Receveur General des Finances de Dauphiné.
Il fut ensuite reçû Conseiller au Parle
ment de Metz , le 16. Avril 1701. et Président ,
le 20 Août 1720. Il étoit frere puîné de feu
Charles de Feriol , Baron d'Argental , ci - devant
Ambassadeur Extraordinaire de France à Cons→
tantinople , mort âgé de 70. ans le z6 . Octobre
1722. et fils de Jacques de Ferio! Conseiller au
même Parlement de Metz , et Commissaire à la
Chambre de Justice en 1662. mort en 1666 .
dans la 45. année de son âge , et de Marie de
Silvecane . Le President de Feriol étoit veuf depuis
le 2. Fevrier de l'année derniere 1736. de
Marie -Angelique Guerin de Tencin , Soeur de
l'Archevéque d'Embruu. Il laisse d'elle Antoine
de Feriol de Pont de Veyle , Lecteur du Roy ,
et Charles- Augustin de Feriol d'Argental , Conseiller
au Parlement de Paris à la 4 Chambre
des Enquêtes , où il a été reçû le 21. Fevrier
1721.
Le 5. Frere Antoine le Febvre de la Malmai
son , Chevalier Profès de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem ( du Grand Prieuré de France , où il
avoit été reçû le 17- Janvier 1689. ) Comman
400 MERCURE DE FRANCE
deur d'Auxerre , mourut subitement à Paris dans
la 65e. année de son âge , étant né le 26. Avril
1672. Il étoit fils puîné de fu Antoine le Febvre ,
Seigneur de la Malmaison et de Bissy , nort
Doyen de la Cour des Aydes de Paris , le 30.
May 1713. et d'Anne-Marguerite Auzannet déccdée
le 23. Janvier 1716.
Le 8. D Marie Charlotte le Texier Epouse
de Jean Claude Pro per Héron de Villetofle
Conseiller du Roy , Receveur General des Finances
de la Généralité de Champagne , et Sex
cretaire des Commandemens de S. A. S. Mademoiselle
de Clermont , mourut à Paris , des
suites de ses dernieres couches , âgée de 27. ans
et demi. Elle étoit fille de la Dame le Texier ,
d'Orleans.
*
ety
Le douze , Nicolas le Clerc de Leffeville
Seigneur du Mesnil Durand , de Thun , &c.
Conseiller du Roy en ses Conseils , et d'Hons
neur en sa Cour de Parlement de Paris ,
Grand'Chambre d'icelle , et ancien Président de
la cinquième Chambre des Enquêtes , mourut
âgé de 9 ans , 1. mois et 8. jours , étant peute
être de plus ancien Magistrat du Royaume ,
ayant été reçû dabord Conseiller au
Chatelet en
1666 et ensuite en la Cour des Aydes , le 12.
May 1672. depuis il fut reçû le 4. May 1677. à
POffice de Président des Enquêtes , créé par
Edit du même mois , et enfin fait Conseiller .
d'honneur par Lettres du 3: Juin 1704. ayant
pris séance en cette qualité le 18 du même mois.
Il étoit fils de Nicolas le Clerc de Leffeville
Seigneur de Thun , le Mesnil - Durand , Incourt ,
Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes y
-de Paris , mort le fr . Decembre 162. et de
Marguerite Magdeleine de Suramond , morte
le
1
FEVRIER. 40% ་
1717.
le 6 Novembre 1690. Il avoit été marié deux
fois , la premiere le 21. May 1671. avec Maries
Marguerite Lallemant , fille d'un Conseiller aug
Parlement de Paris , morte le 31. Janvier 1691 .
et la seconde avec Marguerite Louise Vaillant
de la premiere il reste un fils , Chanoine Régu
lier de la Congrégation de France , et une fille ,
non mariée. De la seconde outre quelques filles
Religieuses il avoit eu fenë Anne le Clerc de
de Lesseville , morte le 30. Janvier 1728 , à l'âge
de 36 ans , laquelle avoit été mariée le 20 Septembre
1718. avec Claude François Bidal , Mar. »
quis d'Asfeld , alors Lieutenant General des armées
du Roy , Directeur general des Fortifica-
Lions de France ' , Commandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Chevalier de l'Ordre de la
Toison d'Or et en 1734. Maréchal de France ,
et Gouverneur de Strasbourg , duquel mariage
il reste deux fils et deux filles .
Le Fevrier , De.Anne - Marie Angier de Lohéac
de Crapado, Veuve depuis le 12 Août 1731.d’Alexandre
de Rochechouart , apellé le Marquis
de Jars, Capitaine Colonel des Gardes du Corps
de la Reine seconde Douairiere d'Espagne , mou
rut à Meudon , âgée d'environ 60 ans , laissant
pour fille Julie Sophie de Rochechouart, mariée
le 23. Août 1728, avec Bertrand , Vicomte de
Rochechouart , de la branche des Seigneurs du
Bastiment. La deffunte qui avoit été mariée le
8. Feyrier 1701 étoit fille de feu Henri Albert
Angier de Lohéac , Marquis de Crapado , dans
l'Evêché de Nantes en Bretagne, er de De Louise
du Chastellier.
Vincent Delpey , Natif de Linroux , autrefois
Officier d'Artillerie , et depuis employé dans les
Fermes à Bordeaux , y mourut le 15. Fevrier
gé de 99 ans 7 mois.
J
"
2

408 MERCURE DE FRANCE
Le dix-sept à 4 heures du matin , De. Anne-
Louise-Françoise du Pré , épouse de Jean- Baptiste
Paulin d'Aguesseau de Fresne , Conseiller
d'Etat , et Maître des Requêtes honoraire de
l'Hôtel du Roy , mourut après être acouchée le
12. précedent d'une fille , son premier enfant.
Elle avoit été mariée le premier Mars de l'année
derniere , et elle étoit dans la 18. année de
son âge , étant née au mois d'Août 1719 .
Le dix - neuf De. Elisabeth Avoye Desponty,
épouse de Philipe François de Ricouart , Chevalier
de l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis,
ancien Capitaine dans le Régiment de Toulouse
Infanterie , mourut des suites de ses secondes
couches , âgée d'environ 32 ans . Elle avoit été
mariée en 1734. et étoit seconde fille de Michel
Desponty, seigneur du Plessis Ste Avoye , ancien
Payeur des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
et de De. Geneviève le Mazier.
>
Le 20. Janvier , naquit à Paris Charles Alexis,
fils de Charles Brulari Marquis de Genlis ,
Diocèse de Noyon, et de Louise Charlotte Fran
çoise d'Allencourt de Dromesnil , son épouse ,
mariés en 1726.
Le 27. du même mois de Janvier est aussi
née à Paris Elisabeth Celeste Adelaide , fille de
Cesar Gabriel de Choiseul de la Riviere , apellé
le Marquis de Choiseul , Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous- Lieutenant de la Compagnie des
Chevau- Legers Dauphins du 25. Mars 17 ; 4. et
auparavant Cornette de celle des Chevau - Legers
de Berri , et de D. Anne-Marie de Champagne
de Villaines , son épouse , mariée le 30.
Avril 1732
TABLE .

197
IECES FUGITIVES. Epitre à Mad . la
Marquise de ,
Suite de l'Essai d'un Traité Historique de la
Croix de 3. C. de la Croix de S. Pierie et de
S. André , &c .
Lettre sur la Croix de S. André ,
Elegie ,
205
220
235
Lettre de M. l'Abbé le Beuf , touchant la Vie de
S. Louis , & c .
Le Mary imprudent , Conte ,
238
246
Lettre sur les Elemens de Géométrie , & c. 250
Ode ,
256
Extrait de Lettre sur le progrès de l'Erablissement
pour les Savoyards qui sont dans Paris , 260
Idylle ,
Eloge de M. le Clerc ,
Sentimens d'une Ame Pénitente ,
263
267
275
Question notable jugée au Parlement de Paris ,
& c.
Chanson Anacréontique ,
Nouvelle Montre à Equation , & c.
Enigme , Logogryphes , & c.
278
288
290
293
296
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c. Recueil de Jurisprudence ,
Poëme Latin du P. Vionnet , sur le Cabinet de
Médailles antiques du Cabinet de M.Lebres, 304
Regle artificielle du Temps , & c. 319
Poëme de Pétrone sur la Guerre Civile, &c. 325
Traité de Musique , & c. 326
Principes de l'Histoire pour l'éducation de la
Jeunesse ,
Remarques sur un Extrait de l'Histoire Généa
logique , &c.
329
335
Prix
Prix de l'Académie Françoise ,
Comete ,
$36
ibid.
Lettre sur la Thèse de M. l'Ab . de Fleury , 337
Avis pour le Suplément du Glossaire de la
moyenne et basse Latinité , 339
Extrait d'Arrêt du Conseil sur le Dictionaire de
la Bible du P. Calmet ,
341
Nouvelles Litteraires,Lettre écrite de Rome, 342
Nouvelles Estampes , & c.
Air à boire noté ,
Spectacles. Le Petit Maître ,
L'Opéra Comique ,
Persée , Tragédie , &c.
347
349
350
352
353
Parodie de la Polonoise , Air du Balet des Indes ,
Lettre sur la Piece des Deux Nieces , &c.
Nouvelles Errangeres , de Russie ,
D'Italie et d'Espagne ,
Grande Bretagne ,
360
362
369
371
374
D'Hollande , de Lorraine , Prise de possession
du Duché de Bar. Lettres Patentes, & c. 381
France , Nouvelles de la Cour , de Paris, & c . 385
Lettre en Vers ,
Incendie à la Fere ,
Loterie d'Avignon ,
Morts, Naissances et Mariages ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 260. ligne 19. ré , lisex , répand.
392
396
400
401
P. 262. 1. 16. par naissance ,. par leur
naissance.
La Chanson notée doit regarder la page
349
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le