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1736, 07-08
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John
Bigelow
to the
Century
Association
DM
Mereure



Mucure
* DM•

MERCURE
DE FRANCE ,
1 1.
DEDIE AU ROT.
JUILLET
1736.
OUR
COLLIGIT
SPARCIT
Chez.
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXVI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
365 : 58 A VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
"
LA
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUILLET . 1736 .
*********
PIECES FUGITIVES ,
en Verset endorse.
L'OISI VETE
+
U suis-je autour de quelle Idole
Sont prosternés tous ces Mortels ?
Quelle erreur ! chacun d'eux immole
Le Temps aux pieds de ses Autels :
Orgueilleuse de sa Victime,
Aij Rien
1476 MERCURE DE FRANCE
SHP
Rien ne lui semble illégitime ,
Elle ose braver jusqu'aux Dieux :
Mais & Ciel je frémis , je tremble ,
Je vois tous les crimes ensemble
Naître de son sein odieux .
C'est l'Oisiveté, Sous sa chaine ,
Ses Sujets comme ensevelis
N'ont plus qu'un vain reste d'haleine ,
Par son poids énorme affoiblis .
En cet état , à pleine coupe ,
Ce Monstre abreuve cette Troupe
De son doux et subtil poison.
Quelle effroyable létargie !
Le noir Démon de la Magie
Vient- il de troubler leur raison ?
M
Dieux ! combien d'encens , de victimes
Vous destine la pieté ,
Que par ses coupables (maximes
Sçait vous ravir l'Oisiveté !
A l'ombre des sacrés aziles ,
Quels sont tous ces Mortels tranquilles
Attentifs à suivre ses Loix ?
Ce sont . . , mais non ... Muse , silence
Ne mettons point dans la balance
Les Ministres du Roy des Rois .
Elle
JUILLET. 1736 1477
CE
Elle avilit ton Sanctuaire
Par son détestable pouvoir ,
Thémis , et de ton ministèré
Elle anéantit le devoir.
Mais que vois - je ? de tes organes
Elle fait des Monstres profanes
Sans yeux , sans oreilles , muets.
Ainsi le crime et la licence ,
Malgré ton glaive et ta balance ,
Regnent souvent par ses forfaits.
En vain le plus puissant Monarque
Croit porter jusques au tombeau
Le Sceptre , cette illustre marque ,
Que le sort donne , ou le berceau :
Si la verité ne le guide ,
Si contre ce Serpent perfide
La vertu ne défend son sein ,
A la honte du rang suprême ,
Il laissera tomber lui- même
Ce Sceptre affermi dans sa main.
La mort triomphe sur ce Trône ,
Quelle foule de Conquerans ,
A mes yeux soudain l'environne !
Pour un Peuple , que de Tyrans !
A iij Que
41
1478 MERCURE DE FRANCE
Que de sang inonde la Terre !
Le flambeau du Dieu de la guerre ,
Va-t'il embraser l'Univers ?
Contemple cet affreux ravage ,
Oisivevé , c'est ton Ouvrage
Son héritier est dans tes fers.
M
Ton aspect fait trembler Bellone
Pour ses plus valeureux Guerriers ,
C'est en vain qu'elle les couronne
Ton soufle flétrit leurs Lauriers.
Rome , du Monde Souveraine ,
Sous l'effort d'un grand Capitaine ,
Alloit voir crouler ses Remparts ;
Mais il t'encense dans Capoüc
C'en est fait , son projet échouë.
Et les vainqueurs sont des fuyards.
Tel souvent un fameux Pilote
Des vents et des écueils vainqueur &
De Mers en Mers conduit sa Flote ,
Et brave Neptune en fureur.
Mais le Port frape- t'il sa vûë ,
Ta voix parle à son ame émuë ;
Il t'abandonne ses Vaisseaux.
La foudre gronde , & Ciel ! l'orage
Fand
JUILLET. 1736. 1479
Fond sur sa tête ; il fait nauffrage ;
Tu restes seule sur les Eaux .

Ainsi dans une nuit obscure
Tu fais couler nos plus beaux jours ,
Ainsi par ta douce imposture ,
Tu sçais en abreger le cours .
Du Nil , le trompeur Crocodile
Trouble bien moins l'Onde fertile ,
Que n'obscurcit ton noir venin
Ce trait de lumiere sublime ,
Dontla Nature , échauffe , anime
L'homme encor caché dans son sein.
M
O toi , qui ne vis que de flammes ,
Dieu cruel , tu lui dois le jour ,
Et le vaste empire des ames ;
Bien plus qu'à la Mere d'Amour.
C'est de son sein qu'on te voit naître ,
Seule elle prend soin de ton être ,
Forme à son gré tes faux apas ;
Et forge les Armes perfides
Dont blessent tes mains homicides
Ceux qui languissent dans ses bras.
龍DIG
Jusques à quand , Mere des vices ,
A iiij Tes
74 % MERCURE DE FRANCE
Tes Enfans dans nos coeurs déçus
Par leurs odieux artifices ,
Immoleront- ils les vertus ?
Filles du Ciel , Vertus divines ,
De vos immortelles ruines
Serous nous toujours les tombeaux ?
Et oi , Reine de la Nature ,
Verras -tu toujours sans murmure ,
Ton sceptre aux mains de leurs boureaux
Arts divins , sublimes Sciences ,
Vous éprouvez sa cruauté ,
Par son poison , de vos semences
Le germe en nous est infecté .
Tel près de Virgile ou d'Horace ,
Sur l'Héicon auroit pris place ,
Qui ne connoît pas Apollon .
Tel auroit avec Uranie ,
Du Monde reglé l'harmonie ,
Qui ne sçait pas même son nom.

Va , Tyran , chés les Euménides ,
Va charmer la punition
Et des cruelles Danaides ,
Et de Sysiphe et d'Ixion .
Par le travail , par la sagesse ,
Arrachons- nous à ton yvresse ,
Fuyong
JUILLET. 1736. 1481
Fuyons tes sentiers trop battus ;
Immolons en toi tous les vices ;
Et désormais nos Sacrifices
Ne seront que pour les Vertus.
Par M. de S. R. de Montpellier.
SUITE de l'Origine et Antiquité des
Hotelleries , & c. par M. Beneton de
Perrin.
Our revenir aux marques qui assu-
P
roient l'hospitalité dans les Lieux où
l'on passoit, elles consistoient , les unes en
des bagues ou anneaux , ou en des Pieces
de Monnoyes , lesquelles choses se donnoient
entieres ou se partageoient entre
les Contractans , chacun alors retenoit
sa demi marque pour la rejoindre à l'autre
moitié , quand l'un des deux Porteurs
de ces deux moitiés demandoit à loger
chés son Allié ; Tacite ( L. 17. ) dit que
les Habitans de Langres donnerent à
beaucoup de Soldats Romains de petites
Pieces qui avoient pour empreinte la
figure d'une main en signe d'assistance
qu'ils leur promettoient dans le besoin ;
les Cabinets des Curieux nous conser-
A v vent
1482 MERCURE DE FRANCE
"
vent encore de ces Pieces , et la main
qu'elles contiennent étoit dès - lors comme
à présent , l'allégorie de la foy sincere
qui doit être gardée dans les Confédérations
, nous symbolisons encore la
probité et la bonne foy par deux mains
jointes ensemble , et la Justice par une
main élevée ; c'est de - là que les Juges
font lever la main aux personnes qui
s'obligent devant eux de dire verité .
Childeric , Roy de France , rejetté de
son Peuple , partagea une Piece d'or, et
en donna la moitié au seul Sujet qui
lui fût demeuré fidele , et convint avec
lui que quand il lui renvoyeroit sa demi
marque, il connoîtroit par- là qu'il seroit
temps de rentrer dans son Royaume .
Outre les marques de métal , il y en
avoit d'autres de bois , d'yvoire et d'une
infinité de formes , les unes contenoient
les noms des personnes contractantes
, les autres faites pour être partas
gées ; des demi-lettres , des chiffres coupés
et d'autres taillades qui sembloient
ne rien représenter dans leur disjonction ,
mais dont les deux moitiés étant jointes
formoient des noms parfaits et des nombres
entiers , ce qui faisoit à peu près
l'effet des Tailles à l'usage de nos Marchands
qui marquent, dessus les Matchandises.
JUILLET. 1736. 1483
C chandises qu'ils livrent à crédit. Les premiers
Actes que les hommes contracterent
ensemble , et dont il falloit laisser
memoire , n'étoient qu'en semblables
marques , comme des osches ou des trous
dans du bois , ou bien des noeuds sur
des cordons , ensuite ils écrivirent sur
des Ecorces d'arbres , sur de petites planches
enduites de cire , et enfin sur du
parchemin et du papier , avec des couleurs.
Lors de la découverte de l'Amérique
, les Nations les plus policées de ce
grand Continent, comme les Mexiquains
et les Peruviens , n'avoient point d'autres
moyens de transmettre la connoissance
de leurs Annales , que par de sembla
bles cordons remplis de noeuds et par des
petits morceaux de bois enfilés comme
les grains de nos chapelets.
D'autres de ces marques d'hospitali
té étoient faites en cubes ou en boules
à plusieurs facettes , celles- cy d'usage
pour plusieurs contractans , parce que
sur chacune de ces facettes se mettoit
la lettre initiale du nom de chacun de
ces Contractans , et toutes ces choses qui
s'apellerent Tessera , Cubus , Alea , Ta
lus , Astragallus , servirent ensuite ou à
joüer ou à la divination ; c'est pourquoi
les unes s'apelloient Tessera lusoria ,
E
A v Ou
1484 MERCURE DE FRANCE
ou Talorum lulus , vel Jactus , d'où sont
venus nos Dés et nos Osselets.
Les autres furent nommés Astralis
Imago , parce qu'étant un composé de
differens métaux , chacun desquels avoir
une prétendue analogie avec la Planette
qui le dominoit , on croyoit delà pouvoir
par le moyen de ces Talismans se
procurer du bonheur ou la réussite des
choses que l'on souhaitoit.
Les differentes manieres d'exercer l'hospitalité
occasionne les differens noms
qu'ont porté les Lieux où elle s'exer
çoir , car dans les uns on éroir reçû grataitement
quand on en avoit acquis le
droit , et dans d'autres il falloir payer
on donner le présent apellé Xenia , c'est
delà que ces Lieux eurent les noms dont
je vais donner succintement l'Ery mologie
.
Les Hôtelleries pour les riches , les
Hospices pour les Pelerins , et les Hôpitaux
pour les pauvres , tirent leur dénomination
des termés . latins Huspes ,
Hospitium et H spiralis.
Les Tavernes , de Taberna , qui vient
de Taba, les premiers logemens des hommes
étant des planches.
Les Cabarets peuvent venir du mot
Grec Kane , qui signifie manger , d'où
on
JUILLET. 1736. 1485
on a dit en Latin Capatum , Caparetum ,
puis Cabaretum , changeant le p. en b.
Cabaret pouroit encore venir des mots
Celtes Cab , qui vouloit dire tête , et de
Aret , qui signifioit un Belier , d'où les
Latins ont fait leur Aries ; et si tout le
monde étoit du sentiment du Pere Pezeron
, que la Langue Celtique s'est conservée
presque toute entiere dans le Bas
Breton , on en pouroit conclure que c'est
chés les Bretons qu'on a commencé à
apeller Cabarets les maisons où se vendoit
le vin en détail et où l'on ne falsoit
que boire , pour distinguer ces maisons
d'avec les Auberges , et que le premier
de ces Cabarets fut ainsi nommé ou à
cause de son Enseigne qui étoit un Bellier
, ou par un sobriquet injurieux , pour
désigner les vins fumeux et frelatés qui
s'y vendoient ; delà nous est venue l'expression
de Cab- breton , qui a été apli
quée sur un crû de vins recommanda
bles , et qui peut servir encore à la désignation
de tous les vins qui donnent
dans la tête , ou qui égayent et font
sauter comme un Belier.
Les Auberges viennent du vieil mot
François Heberger ou Alberger , qui venoit
de Ber ou Berg , autre mot Celtique,
qui vouloit dire une Montagne.Les
Anciens
1486 MERCURE DE FRANCE
Anciens distinguoient les logemens
champêtres des pays de Plaines d'avec
ceux des Pays de Montagnes ,apellant les
premiers des Mapales et les seconds des
Gapales selon Virgile , le lieu où fut
Carthage étoit d'abord rempli de Cabanes
qu'il apelle Mapales ; on montoit
souvent de ces petites Cabanes sur des
roues , cela faisoit le même effet que les
Caissons ou petites Logettes où couchent
encore nos Bergers près des parcs de
leurs moutons , et on couchoit dedans
en voyageant ; on voit dans Apulée , que
les Galles , Prêtres de Cybelle , promenoient
de Ville en Ville le Simulacre de
cette Déesse , enfermé dans une de ces
Logettes roulantes , et gagnoient de l'argent
à la montrer.
Le mot de Mapales se forma des deux
termes de Mappe et de Pales , unis ensemble,
Pales étoit la Déesse des Champs
et des Troupeaux , et il convenoit fort
aux logemens de la Campagne d'être
apellés du nom de la Divinité qui y dominoit
; pour les Gabales leur nom venoit
de Gebel ou Gabel , mot chés les
Hébreux synonime du Berg ou Berghen
des Germains et Teutons , pour signifier
une Montagne ; delà les François
apellerent ces logemens des Berges et Ber
geries,

JUILLET. 1733. 1487
geries,et celles de ces Bergeries où les Errangers
trouvoient outre le logement , la
nourriture, furent apellées Hébergeries , Albergement
, et enfin Auberges , car les
Voyageurs étoient également traités de
Bergers , de Pasteurs et de Forestiers. Il
ne faut donc pas croire que ces noms
n'ayent été propres qu'à gens qui avoient
la conduite des Troupeaux et quand
'Histoire ancienne nous parle des Pasteurs
qui s'établirent en Egypte , il net
fautentendre par ce nom que des Erran
gers qui entrerent dans ce Pays les armes
à la main.
Tous ces noms de Logemens publics
ne venoient donc que ddeess usages diffesens
qui s'y pratiquoient à la réception
des Voyageurs , et quant à l'établissement
de ces Logemens , on tenoit les
Crétois pour être les premiers qui bâtirent
dans les Villes de leurs Isles des
Hospices ; mais si on en croit les medernes
Commentateurs de l'Ecriture , ce
Peuple venant d'Asie , et ayant une ori
gine commune avec les Philistins , de
là il faudra conclure que la pratique de,
Phospitalité a commencé en Phénicie
qu'elle se communiqua aux Egyptiens
et aux Grecs , et que les Romains l'eutent
de ces derniers. A l'égard des an-
1
ciens
1488 MERCURE DE FRANCE
ciens Peuples du Nord , comme les Cel
tes , les Scytes et les Germains qui pratiquoient
cette vertu , elle leur venoit
aussi d'Asie, mais elle avoit pris une autre
route que celle de la Grece pour parvenir
jusques à eux ; les anciens Perses
l'avoient , et Hérodote , L. 7. parle d'un
certain Pythius , Lidien , qui lorsque Xerxes
menoit son Armée en Grece , reçuɛ
chés lui ce Roy , le régala splendidement,
lui , sa Cour et son Armée , et lui donna
outre cela beaucoup d'argent en présent
on aprend du troisiéme Livre des
Offices de Ciceron , que les Romains.
étoient de grands Hospitaliers , les Grecs
ne le furent pas moins ; les Lucaniens ,
Peuple de Grece , venus en Italie avant les
Romains , recevoient à loger si - tôt que
Soleil étoit couché , toutes sortes de personnes
, sans s'informer de ce qu'elles
étoient , suivant que le dit Elien , cité
par Varron ; mais sans disputer lequel
de ces Peuples fut le plus recommandable
sur cela , mon sentiment seroit de
donner à l'Hospitalité une plus haute
origine et de la faire commencer chés
chique Peuple dès qu'il y a eû une
forme de Gouvernement .
le
Lorsque les hommes réunirent leurs
Habitations pour vivre ensemble en Societé
,
UILLET. 1736. 1489
cieté , ce qui fit les Villes , ils eurent en
chacune de ces Villes une Place pour
être le lieu des Déliberations generales
sur ce qui regardoit le bien de la Societé
; c'étoit dans ces Places que les Magistrats
qu'ils se firent et à qui ils confierent
le soin de les gouverner , rendoient
leurs Jugemens , mais comme le temps
ne permettoit pas toujours de rendre ces
Jugemens à découvert , il y avoit au milieu
ou proche de ces Places , des Loges
ouvertes de tous côtés comme nos- Halles
d'à- présent , pour s'y assembler dessous
, la Justice s'y rendoit dans les mau
vais temps, et elles n'avoient simplement
que la couverture , pour ne point faire
perdre le souvenir qu'il est de l'essence
de la bonne Justice , d'être administrée
en lieu où tout un Peuple puisse être témoin
de la maniere dont on le gouver
ne ; d'autres de ces Loges apuyées contre
un mur et qui n'étoient ouvertes que
par devant en forme d'Arcades , furent
apellées Portiques , ce furent là les premieres
maisons communes des Villes
car ces Lóges et Portiques , après avoir
servi les matins à rendre la Justice ,
étoient le reste de la journée les Lieux
'Assemblées où la plupart des Habitans
e trouvoient , les uns pour y traiter
d'affaires
"
1490 MERCURE DE FRANCE
d'affaires de famille , et les autres pour
y parler de Commerce , de Sciences ou
de nouvelles ; le Portique d'Athénes donna
origine à une Secte de Philosophes ,
et les habitans de cette Ville étoient d'un
naturel si curieux et aimoient tellement
les nouvelles , que beaucoup d'entre eux
passoient la journée entiere sous leur Portique
et dans les Places publiques pour en
aprendre, ils alloient même jusqu'au Pyrée
, qui étoit le Port de leur Ville , pour
guêter les Vaisseaux qui y abordoient , et
causoient avec les Passagers qui débar
quoient; ainsi un Voyageur chés ce Peuple
, de même que chés la plupart des
autres , pour peu qu'il eût le talent de
parler , étoit certain de trouver à loger
dans les endroits où il arrivoit, quoiqu'il
n'y connût personne ; car sur le Port à la
descente du Vaisseau , ou bien en s'avançant
vers les Places publiques et les Porques
communs , il étoit sûr de trouver
de ces Nouvellistes affamés qui lui offroient
le logement ; dans d'autres Villes
où les Habitans auroient été moins curieux
, un Etranger arrivant sous le Por
tique , étoit toujours assuré de trouver de
ces personnes que j'ai dit se plaire à exer
cer l'hospitalité en faveur de tous venans
dont il n'auroit pas manqué d'être accueil
li
JUILLET. 1736. 1491
li, et si par hazard il ne se fut point trouvé
de ces personnes , les Magistrats en char
ges auroient fait traiter cet Etranger aux
dépens du Public , dans la Maison commune
de la Ville , qui devenoit l'azile
de ceux qui n'en avoient point ; ainsi
Jans faire de grandes recherches pour
découvrir qui sont les premiers Peuples
ont eû des Hospices , on conviendra
qu'il a pû se passer bien des temps
avant qu'on ait eu besoin de Cabarets ,
puisque chaque Ville avoit en sa Maison
communc un Hospice , outre les Maisons
Bourgeoises , en la plupart desquelles
les Etrangers riches et pauvres étoient
également reçûs , à la distinction près du
itement qui s'y faisoit selon la condition
de ceux qu'on traitoit , et on n'eut
besoin de ces Cabarets que quand il se fut
formé de grands Etats , car les Capitales
de ces états devenant des flux et reflux
d'Etrangers qui y abordoient continuellement
comme à Rome , depuis que les
Romains eurent vaincu Carthage et porté
leurs Armes bien avant dans les trois
Parties du Monde connu , pour lors il
fallut des Auberges où les Etrangers logeassent
pour leur argent sans être gêés
ni gêner personne dans un semblable
lieu, où ces Etrangers n'étoient point
connus
4
!
1
1492 MERCURE DE FRANCI
connus et où le grand abord du mond
obligeoit les Citoyens de leur côté à s
renfermer dans leurs maisons pour n
point s'embarasser de cette foule d'E
trangers qu'ils regardoient avec quelqu
espece de mépris et comme leurs Cliens
et par ce moyen chacun vécut plus li
brement .
De cet ancien usage dont je viens di
parler , de faire servir d'Hospices le
Maisons communes des Villes , s'es
conservé celui qui dure encore dans plu
sieurs Villes d'Allemagne , et d'Italie
où un pauvre Etranger qui passe par ce
Villes ne sçachant où loger , s'adresse au
Magistrats Municipaux , qui après l'exh
bition des Passeports de cet Etranger:
ou des enseignemens qui font connoîtr
qu'il est honnête homme , lui donner
de quoi payer son gîte. En France le
Magistrats des Hôtels de Villes ne for
presentement largesse que pour honore
les Personnes de grande condition
autorité , qui entrent pour la premier
fois dans leurs Villes , ils portent à ce
Personnes des confitures , et du vin , c
les complimentent en faisant leurs pr
sens, ce qui ne laisse pas d'être encore u
reste de l'Hospitalité publique , pratique
anciennement par ceux qui gouvernoier
les Villes .
O
C
JUILLET. 1736. 1495
Ces anciens Portiques que je vienr de
dire avoir été les premieres Maisons
communes des Villes , ont subsisté encore
long- temps en Italie , après qu'il y
a eu des Hôtels de Villes établis , indépendamment
d'eux ; les Familles nobles
de Florence , et de Pise avoient chacune
sa Tour , et son Portique , qui restoient
en commun dans ces Familles Republiquaines
, comme choses qui dénotoient
leur Puissance et leur Noblesse . Dans
Hstoire de la Maison de Gondy
par Corbinelli , le Portique de cette Maison
y est representé , et ces mêmes Portiques
dans les Villes Marchandes où il
s'en trouve encore , sont apellés Bourses ,
et lieux du Change , parce qu'au lieu de
servir à present , pour l'Assemblée des
Citoyens oisifs , les Marchands s'y rendent
pour traitter de leur Negoce,
La fuite pour un autre Mercure,
2.1
t
ODE
1494 MERCURE DE FRANCE
O DE VI.
Tirée du Pseaume XXXI. Beati quorum
remissa sunt iniquitates , & c.
Heureux Eureux celui que ta clemence
'Affranchit des liens de son iniquité !
Dont le crime caché dans l'ombre et le silence,
A la clarté du jour n'a jamais éclaté !
Heureux , à qui ta grace en a remis la peine !
Dont le coeur simple et sans détours,
Sent pour le mal la juste haine
Qu'il fait paroître en ses discours 1
*
Seigneur , de cette paix parfaite
Je n'avois point encor éprouvé la douceur ;
Loin de te découvrir ma misére secrete
Je te cachois toujours la lepre de mon coeur.
Mais plus je m'obstinois à garder le silence
Et plus mes cris & mes sanglots
Découvroient par leur violence
Quel étoit l'excès de mes maux,
*
2.
Pa
JUILLE T. 1736. 1495
Par un châtiment salutaite
Tu m'obligeas , Seigneur , à retourner à toy :
Ta main tout à la fois charitable et severe ,
Voulut bien par pitié s'apésantir sur moy ,
J'ouvris les yeux alors , je vis que mes offenses
M'avoient attiré ton courroux ,
Je me tournai, dans mes souffrances ,
Vers la main d'où partoient les coups.
*
Aussi-tôt j'avoüai mon crime ,
Et l'avoüai , percé des plus vives douleurs ;
Pour détourner les maux dont j'étois la victime,
Je ne fus point tenté d'y chercher des couleurs .
Au Seigneur , m'écriai - je , en ma douleur amere,
J'avouerai mes iniquités ;
Je le fis ; cet aveu sincere
Désarma ta severité.
*
Après la faveur immortelle ,
Dontla main du Seigneur , m'a comblé dans ce
jour ,
Dans les loisirs d'un tems plus propre à votre
zele ,
Jacob, par vos transports signalez votre amour.
Ce Dieu , dont la bonté dans ces tems déplorables
,
A jusqu'ici veillé sur moy ,
Prendra
1496 MERCURE DE FRANCE
Prendra pour vous des soins semblables
A ceux qu'il prend pour votre Roy.
X
O toi , qui fais ma seule joye ,
Ne souffre pas qu'un Roy dont tu fis tout l'es
poir ,
D'un superbe ennemi se voye enfin la
proye.
Seigneur en le perdant signale ton pouvoir.
Tu ne nous fis jamais de promesse frivole
Confonds d'infideles sujets
Ne dis qu'un mot , et ta parole
Dissipera tous leurs projets,
*
Vous , qu'anime un transport farouche ,
Ecoutez mes conseils, et laissez - vous toucher s
J'affermirai vos pas , Fils de l'Homme , et
bouche
eu
Vous aprendra la voye où vous devez marcher,
Gardez- vous d'imiter ces animaux stupides ,
Qui n'agissant jamais par choix ,
De leurs sens , leurs uniques guides ,
N'écoutent que la seule voix.
*
Votre perte est inévitable ;
Envain vous vous flatez de vous y dérober
;
Dans les malheurs affreux , réservés au coupable.
Pécheurs
JUILLET. 1736. 1497
Pécheurs , un jour viendra qu'on vous verra
tomber ,
Pendant que l'innocence à vos yeux triom¬
phante ,
Verra descendre le secours ,
Qu'a promis à sa foy constante
Un Dieu qui veille sur ses jours.
*
Vous , que l'on vit avec constance
Bruler pour l'équité d'un zele ardent et pur¿
Et qui dans ses sentiers malgré la violence ,
Avez toujours marché d'un pas fidele et sûr ;
stes aux doux transports d'une sainte allegresse
,

17 Ouvrez aujourd'hui votre coeur
Et qu'à l'envi chacun s'empresse ,
D'en beair à jamais l'Auteur.
De Bologne , Mousquetaire du Roy.
B LETTRE
1498 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXX :XX *
>
LETTRE écrite à M. Abbé du Quefne,
Vicaire Général du Diocèse du Puy
Député de la Province de Bourges ,
l'Assemblée générale du Clergé , au sujet
d'un nouveau Breviaire.
V
Bourges ,
Ous avez resté si pen de temps å
Bourges , Monsieur , et les Affaires
de l'Assemblée Provinciale vous y ont
tellement occupé , que vous n'avez pû
parcourir qu'à la hâte le nouveau Breviaire
de ce Diocèse . Cependant vous en
avez porté un jugement si avanta
geux , et en même temps si équitable ;
que vous m'avez fait naître l'envie de
voir cet Ouvrage , dont vous faites tant
de cas. Je l'ai lû , et je vais vous dire
ingenûment ce que j'en pense , puisque
vous me l'ordonnez , en soûmettant tous
tefois mon sentiment à vos lumieres.
M. l'Archevêque de Bourges , qui fait
les délices de son Clergé et de son Peuple
, voyant que toute l'Edition du Bre
viaire de son vaste Diocèse étoit épuisée,
et que
d'ailleurs ce Breviaire étoit rempli
de fautes grossieres , a voulu signaler les
premieres années de son Episcopat , par
une
JUILLET. 1736. 1499
une Edition plus correcte , et plus digne
de la majesté de son illustre Eglise , où
l'on célébre les Divins Offices avec tant
de devotion et de dignité. Ce Prélat , qui
est d'un goût si exquis , ne pouvoit choisir
une personne plus habile que M. l'Ab
bé Cheret , si connu par le beau projet
du Breviaire qu'il a donné au Public . Ce
Sçavant a répondu aux desirs de M. de
Roye de la Rochefoucaud , avec zele ,
et d'une maniere si prompte , qu'on seroit
surpris de ce que le Breviaire de
Bourges a été publié en si en si peu de temps ,
sion ne sçavoit que M. Cheret l'avoit
déja composé pour l'Eglise de Chartres ,
dont il est Chanoine.
Il ne faut donc pas regarder cet Ouvrągecomme
une Edition prématurée. L'Auteur
a sçû profiter des défauts que sa
sagacité lui a fait remarquer dans les nouveaux
Breviaires des principales Eglises
de France ; il a eu soin de les éviter , et
il en a recueilli ce qu'il y a réconnu de
meilleur et de plus solide. Les Antiennes,
les Répons , les Versets , les Capitules
&c. sont tirés de l'Ecriture Sainte , et
Paplication en est heureuse. On remar
que sur tout dans les Répons un concert
admirable du Nouveau Testament avec
l'Ancien , un charmant accord des figue
Bij
res
sco MERCURE DE FRANCE
res avec la realité , et un parfait accomplissement
des promesses par la verité des
Evenemens. On a suivi avec scrupule le
Texte Sacré , et on n'en a fait l'aplication
que d'après les Saints Peres et les
meilleurs Interpretes.
Et comme on ne peut pas lire tous les
Livres de l'Ecriture Sainte durant le cours
de l'année , on a choisi de chacun ce
qu'il y a de plus instructif, de plus moël
leux , et de plus édifiant , On trouvera
donc dans les Leçons du premier Nocturne
, et dans les Capitules de quoi éclairer
P'esprit , et de quoi échaufer le coeur. Il
n'y a pas un seul de ces Livres Sacrés ,
d'où l'on n'ait extrait , pour ainsi dire , la
quinte- essence , sur tout des Livres Moraux
, et de ceux des Prophetes. Pour ce
qui est des Livres Historiques , on a fait
un choix de ce qui peut être le plus utile
aux fideles pour leur conduite ; même
choix pour les Discours et les Homelies
des Saints Peres ; On a consulté les Editions
les plus correctes et lesplus exactes,
on a rejetté leurs Ouvrages suposés, et même
les douteux ,
M. l'Abbé Roger , Doyen de l'Eglise
de Bourges , qui est un des plus Sçavans
Théologiens de l'Eglise de France , ft
fort versé dans l'Histoire Ecclésiastique
sans
JUILLET, 1738. 1501
sans parler des Langues Hebraïque et
Grecque qu'il possede parfaitement , et
de l'étude des Belles Lettres qu'il a sçû
unir à celle des hautes Sciences ; Ce Sçavant
homme , dis e , a été chargé par
son Illustre Archevêque , de composer
les Leçons du II . Nocturne , ou les Legendes
des Saints ; travail épineux dans
un siécle aussi éclairé et aussi délicat que
le nôtre. Ce Docteur s'en est acquité
avec la critique la plus severe et la plus
exacte , sans outrer cependant la matiere.
C'est ce même Docteur qui a dressé le
Calendrier, qui est à la tête du nouveau
Breviaire , et qui est très - exact pour
la
Chronologie.
C'est à lui pareillement que le Berry
est redevable de ce qu'on a inseré dans
le Breviaire , l'Office ou la Mémoire de
plusieurs Saints qui ont illustré le Diocèse
par leur naissance et par leur mort,
par leurs Vies et par leurs Miracles. Il a
aussi rétabli les Rites de l'Eglise de Bourges
, qui sont respectables par
leur antiquité.
C'est aussi par son conseil qu'on a pris
des anciens Sacramentaires les Collectes
ou Oraisons , et qu'au lieu de celles qu'on
a trouvées trop plates , on en a composé
de nouvelles, où l'on a scû joindre la gra
Bij vité
T502 MERCURE DE FRANCE
vité avec la simplicité de l'ancien stile.
On apelle Office du Chapitre les Prieres.
que l'on fait après la Lecture du Martyrologe
, parce qu'on les faisoit anciennement
dans le lieu communément apellé
Chapitre , où les Chanoines et les Moines
s'assembloient après Prime , ce qui est encore
en usage dans plusieurs Monasteres
de l'Ordre de S. Benoît , où l'on lit un
Chapitre de la Regle de ce grand Patriarche.
Les Chanoines y lisoient les Canons
des Conciles , et le vigilant Pasteur de
l'Eglise de Bourges a rétabli ce pieux
usage dans son Diocèse. On trouve dans
le nouveau Breviaire un Canon pour
chaque jour de l'année . Ils sont tirés des
Conciles Généraux de l'Eglise , où des
Provinciaux des autres Diocèses , et sur
tout de celui de Bourges . On y a ajoûté
quelques Statuts du Diocèse , et ce qu'il y
a de plus essentiel dans les Lettres Pastorales
des anciens Archevêques de Bourges.
Dans les autres nouveaux Breviaires on
trouve ces Canons en forme d'Appendix,
à la fin de chaque Tome ; on a jugé qu'il
seroit plus commode de mettre un Canon
chaque jour à la fin de l'Office de Prime,
ou après les Laudes , et , ce qu'on ne sçauroit
trop loüer , c'est que chaque Canon
convient au temps auquel on en fait la
lecture
JUILLET. 1736. 1503
lecture ; par exemple , en Carême , on
trouve des Canons qui prescrivent le
Jeûne et la Pénitence ; au temps Pascal il
y a des Canons propres à ce saint Temps ;
les Dimanches, on en trouve qui ordonnent
la santification de ce jour consacré
au Seigneur, et de même aux principales
Fêtes de l'année .
Il seroit à souhaiter , Monsieur , que
dans votre Diocèse du Puy , et dans les
autres dont les Evêques sont Suffragans
de la Métropole de Bourges , on fit la
lecture de ces saints Canons. C'est un
moyen infaillible , d'aprendre insensiblement
et sans gêne ce que les Conciles
ont ordonné de plus important pour le
Dogme et pour la Discipline . Il seroit
aisé , et à peu de frais , de faire imprimer
dans un cahier les Canons du Breviaire
de Bourges , en y ajoûtant les Statuts particuliers
de chaque Eglise .
Les pieux usages rétablis , ou établis
de nouveau dans notre Eglise Patriarchale,
par les soins du digne Pasteur qui la gouverne
, sont très - propres à reveiller la
pieté et l'attention de son cher Troupeau ,
par le nouvel ordre qu'on a donné aux
divers degrés des Fêtes et des Offices des
Saints. On trouve dans les Solemnités
des Mysteres l'accomplissement des figu-
B iiij
res
1504 MERCURE DE FRANCE
res et des promesses de l'ancienne Loy.
Dans les Fêtes des Saints on propose ,
comme par dégrés , leur naissance , leurs
saintes actions , leur mort , leurs miracles
sans oublier ce qui a précedé leur
naissance , s'il y a eu quelque chose de
miraculeux ; ou ce qui a suivi leur mort ,
comme leur Translation , et le culte que
l'Eglise leur a rendu .
On a gardé à proportion le même ordre
dans l'Office du Commun des Saints,
et les Passages de l'Ecriture me paroissent
bien adaptés. Outre les Offices du Commun
des Apôtres , et des autres Saints
qu'on trouve dans le Breviaire Romain
on voit dans celui de Bourges les Offices
pour le Commun de plusieurs Saints
Pontifes , des Saints Docteurs , des Saints
Prêtres , des Saints Clercs , des Saints Abbés
, Moines , Coenobites , et Anachoretes
, des Saints Laïques , des Saintes Moniales
ou Religieuses , des Saintes Veuves,
et des Saintes Femmes Martyres. Ce dernier
Office est different de celui des Vierges
Martyres , et chaque Ordre de ces
Saints a ses Hymnes particulieres.
Outre les Hymnes de Santeuil , de M.
Habert , Evêque de Vabres , de M. de
la Brunetiere , Evêque de Saintes , &c .
le R. P. Henry Griffet a enrichi ce nouvean
JUILLET. 1736. 1505
veau Breviaire de 44. Hymnes de sa façon
, et pour en donner une haute, mais
juste idée , il suffit de sçavoir que M. le
Cardinal de Polignac a comparé les Hymnes
du P. Griffet à celles de Santeüil. Ce
sçavant Jesuite a donné quelques autres
Poëmes , qui sont d'une grande beauté ;
tels sont , Cor humanum , Jofeph , et sur
tout , Lachryma , qu'on regarde comme
un chef d'oeuvre. Le R. P.
est de la même Compagnie , marche
glorieusement sur les traces de son Frere
aîné , on en peut juger par un Poëme ,
intitulé , Cerebrum , et par d'autres excellens
Vers qu'il a composés . Ces deux Jesuites
sont petits Neveux du R. P. Megret
, Principal du C..... qui , &c.
qui
Outre quelques Hymnes des Mysteres
du Seigneur, et de la très - Sainte Vierge,
le P. Henry Griffet a fait des Hymnes particulieres
pour Matines , Laudes , et vê
pres ,
de chaque jour de la Semaine , et
pour les Petites Heures de la Ferie . Vous
serez bien aise , Monsieur , d'en voir ici
deux ou trois strophes ; vous en jugerez
par vous même. Voici le commencement
de l'Hymne qu'on chante à Vêpres
le Jeudy.
Superba gens mortalium ,
Fastu profane quid tumes è
BV Quod
1506 MERCURE DE FRANCE
Quodcumque rectum perficis ,
Dei faventis munus est.
Ni viribus debes tuis ;
Nil , fons falutis , gratiæ,
Tuos labores provehat ,
Nil vana virtus efficit.
Dat velle , dat rectum sequi ;
Dat ipse , quodjubet , Deus :
Dùm nos coronat et sua
Simul coronat munera.
Mais voici ce que je trouve de plus excellent
dans le Breviaire de Bourges , et
ce qui le distingue de tous les autres :
C'est la distribution des Pseaumes pour
chaque jour de la Semaine.
Le Saint jour du Dimanche on propose
aux Fideles le repos que le Seigneur prit
après la Création du Monde , et on honore
la glorieuse Resurrection du Sauveur
, après sa Passion et sa Mort , afin
d'exhorter les Fideles à sanctifier le jour
du Dimanche , et d'allumer dans leurs
coeurs un desir ardent de ce Sabat , de ce
Repos éternel qui est reservé au Peuple
de Dieu. Sabbatismus relinquitur Populo
Dei. Hebr. iv . 9.
La Ferie seconde , où le Lundy on
expose à la Méditation des mêmes Fideles
la
JUILLET.
1736. 1507
la Toute Puissance du Créateur. Le Mardy
, la Bonté et la Providence de ce Pere
Celeste. Le Mercredy , la Sagesse de ce
Souverain Legislateur. Le Jeudy , on
entre dans la consideration des Sacremens
et de la Grace de la Loi nouvelle
et de tous les autres puissans secours que
JESUS CHRIST nous donne pour
mériter la gloire qu'il nous a acquise par
l'effusion de son Sang ; Et comme le Vendredy
est specialement consacré à sa
Mort et Passion , on s'attache à celébrer
sa misericorde , par laquelle nous avons
été delivrés de l'esclavage du Démon ,
pour entrer dans la liberté des Enfans de
Dieu .
Enfin le Samedy , depuis les Matines
jusqu'à Vêpres , on nous propose la récompense
qui est promise aux Justes ;
pour nous éloigner de la voye des Pé
cheurs et des Impies , qui conduit à la
perdition éternelle . L'Office des Vêprés
du Samedy on expose les Rites que les
Juifs observoient le jour du Sabat , qui
n'étoit que la figure du saint jour de
Dimanche , dont l'Eglise commence la
solemnité par les premieres Vêpres.
Voilà le plan de la distribution du
Pseautier , qu'on recite tout entier chaque
Semaine. L'execution en est admirá
B vj
ble i
1508 MERCURE DE FRANCE
ble l'Invitatoire prépare et dispose au
sujet proposé pour chaque jour : Ce
sujet se dévelope insensiblement par les
Antiennes et par les Pseaumes . On a
choisi pour cet effet ceux qu'on a jugés
les plus propres , excepté aux Petites
Heures du Dimanche , où l'on suit
l'ancien usage de dire le Pseaume CXVIII.
Beau immaculati , où le Prophete nous
inculque sans cesse l'amour et la pratique
de la Loi de Dieu : On n'a rien
changé à la disposition des Pseaumes
des Vêpres du Dimanche , afin de donner
au Peuple de Dieu la consolation d'e
pouvoir unir sa voix avec celle des Ministres
sacrés , comme il avoit accoûtumé
de faire avant le nouveau Breviaire.
Les Pseaumes des Complies sont différens
pour chaque jour de la semaine ,
et on a fait un bon choix de ceux qui
conviennent à la Priere du soir , où l'on
fait l'examen des péchés que l'on a cu
le malheur de commettre pendant la journée
, et l'on en demande très- humblement
pardon à Dieu .
Le R. P. Griffet , qui est entré admis
rablement bien dans les vûës de son digne
Prélat , a composé des Hymnes , qui
expriment parfaitement les divers motifs
que
JUILLET. 1736. 1509
que l'on propose dans ce Breviaire pour
chaque jour de la semaine , afin de réveiller
l'attention de ceux qui sont obligés
de le réciter , et la dévotion de ceux
qui assistent à l'Office Divin.
On ne s'est pas contenté de garder
un ordre si admirable pendant le cours
de la semaine , l'illustre Archevêque a
voulu qu'on en usât de même durant
le cours de l'année . Pendant l'Avent ,
on propose tout ce qui peut inspirer des
désirs ardens de la venue du Messie
et on expose les promesses faites aux Patriarches
, les prédictions des Prophetes ,
et les soupirs des Justes de l'ancienne
Alliance. Depuis la Fête de la Circoncision
du Sauveur , jusqu'à celle de sa
Présentation au Temple , on honore les
vertus de sa divine Enfance , et ensuite
celles de sa vie cachée.
L'Office du saint temps de Carême
ne nous prêche que la mortification et
la penitence , et celui de la Passion nous
excite vivement à nous unir aux souf.
frances de notre doux Redempteur . Enfin
dans l'Office du temps Paschal , on
établit la verité de la Résurrection de
J. C. on nous exhorte à une véritable
résurrection spirituelle , et on tiche de
nous y animer par l'espérance d'une résurrection
1510 MERCURE DE FRANCE
surrection glorieuse à la fin du monde
On peut dire la même chose des Offices
de l'Ascension , de la Pentecôte et des
autres Mysteres .
Notre grand Prélat a poussé son zele
plus loin. Toujours attentif à l'instruction
et à l'édification de ses Enfans , il
a ordonné que l'Office de tous les Dimanches
de l'année , et des Feries pri
vilegiées , sur tout de celles du Carême,
eût quelque raport à l'Evangile du jour,
et qu'il lui servît comme d'explication.
Ainsi dans le nouveau Breviaire les Collectes
sont comme un précis de l'Evangile
, et dans le nouveau Missel l'Introït,
l'Epitre et les autres Antiennes , quadreront
avec l'Evangile du jour.
Vous voyez , M. les grands avantages
du Messel et du Breviaire de Bourges .
Non- seulement le Peuple y trouvera
abondamment de quoi s'instruire et s'édifier
; mais les Prédicateurs y trouveront
aussi une doctrine saine , un choix
des Passages de l'Ecriture , qui sont les
plus propres pour faire le Prone et pour
pliquer l'Evangile , une juste Critique
de la Vie des Saints dont ils voudront
faire le Panégyrique , purgée des Fables
que l'on trouve dans les vieilles Légendes
, et qui ne peuvent rendre
que méprisable
JUILLET. 1732. 7517
prisable la narration que le Ministre de
la parole en pouroit faire dans la Chaire
de Verité.
Les Ministres des Autels ne trouve
font pas un moindre avantage en satisfaisant
à l'obligation de réciter l'Office ;
puisque cet ordre , cet arrangement des
Prieres , des Leçons et des Pseaumes du
Breviaire , est d'un grand secours pour
enrichir leur mémoire des Passages choisis
des Livres Saints pour nourrir dans
leurs coeurs le feu de l'amour divin ,
pour s'entretenir dans la méditation des
choses Celestes , et pour se préparer par
la Priere vocale à la mentale , qui doit
être la principale occupation d'un bon
Prêtre .
Ainsi ce Breviaire n'est pas seulement
à l'usage du Clergé de Bourges ; les Ecclesiastiques
, et même les Laïques des
autres Diocèses y trouveront la matiere
de leurs lectures spirituelles , et des
Prieres très - propres à entretenir leur dévotion.
Il seroit à souhaiter pour la satisfaction
des Laïques , qu'on fit imprimer
à part le petit Office de N. Dame
celui des Morts , les Pseaumes de la Pénitence
, avec les Litanies des Saints et.
celles du très - saint Nom de JESUS , et
de la sainte Vierge , parce que ces Prieres
*
sont
12 MERCURE DE FRANCE
sont beaucoup plus correctes que celles
que
l'on trouve dans les Manuels et dans
les Heures ouLivres de Prierés ordinaires .
Au reste , l'impression de ce Breviaile
res en 4. Tomes , est fort nette , pa
pier en est bon et la relieure propre.
Il a été imprimé en 1734. à Bourges ,
chés N. Toubeau , veuve de Jacques
Boyer et chés Jean- Baptiste Cristo. Voilà,
M. ce que je puis vous dire en general
des beautés que je trouve dans ce Bré
viaire qu'on m'a prêté pour peu de jours.
Si j'étois assés riche pour l'acheter , je
pourois entrer dans un plus grand détail
et peut - être y remarquerois- j : quel
ques fautes , étant presque impossible
qu'il ne s'en glisse dans un Ouvrage de
cette nature . Excusez je vous en prie
celles que vous avez trouvées dans la
lecture de ma Lettre , et souvenez - vous
que je ne vous l'écris que pour vous
marquer le respect avec lequel j'ay l'hon
Bur d'être , &c.
T. J. B. B
LE
K395 』
JUILLET
.
1736.
1515
***************
LE CABINET.
EPITRE A DORI S
Uy , Doris , ma Muse docile ,
De mon modeste domicile
Vous trace ici les premiers traits ,
Et va , d'une plume discrete ,
Après avoir peint ma retraite ,
Yous raconter ce que j'y fais.
Près du vaste Quay de l'Ecole ,
Théatre du fougueux Eole ,
Est un assés grand Carrefour ,
C'est dans ce quartier incommode
Où les vents tiennent leur Synode ,
Que le sort fixe mon séjour .
Là , par une juste mesure ,
Honnête et propre sans parure ,
Mon logement est limité ,
Livres , Peintures et Musiques ,
Quelques meubles Philosophiques
L'ornent avec simplicité.
Azile d'un vrai Solitaire ,
1514 MERCURE DE FRANCE
Qui , satisfait du nécessaire ,
Yborne son ambition ,
Et qui sagement insensible ,
Cede le moins qu'il est possible
Aux attraits de l'opinion.
Né pour
les douceurs de la vie ,
A l'aimable Philosophie
Je consacre tous mes désirs ;
Ce n'est qu'en ses vertus modestes ,
Exemples de suites funestes ,
Que je cherche les vrais plaisirs
Mon Cabinet est un licée
Où mon ame moins abusée ,
Ne s'exerce qu'à réfléchir ,
Qu'y fais - je , hélas ! que m'y combattre ,
Ce qu'ailleurs j'aime et j'idolâtre ,
Là je ne fais que le chérir.
Des plus salutaires maximes
Respectant les Loix légitimes ,
J'y suis la raison qui m'instruit ,
Et par une amusante étude ,
Des ennuis , de l'inquiétude ,
Je guéris mon esprit séduit.
Loin de la grandeur importune
Qu'entraîne
JUILLET. 1736. ITIS
Qu'entraine après soi la fortune ;
> Coulant la moitié de mes jours
Je crois y vivre avec moi - même
Et j'y goûte ce bien suprême ,
Qui chés autrui me fuit toujours.
C'est là que mon coeur s'étudie ;
Qu'il s'éprouve et qu'il s'humilie
Au milieu des refléxions ;
Effrayé de l'horreur des vices ,
Il abhorre les précipices
Où l'entrainent ses passions.
C'est-là qu'il voit et qu'il déteste
Cet amour propre si funeste
Dont il n'est que trop revêtu ,
Et qu'envers lui - même sévere ,
Il peut sans honte et sans mystere
Rougir de manquer de vertu.
Dans ma Solitude chérie ,
D'une utile misantropie
Je suis la despotique loi ;
Mais de quelque nom qu'on me nommé ,
Chés mes amis je suis tout homme
Quoique Philosophe chés moi .
Ne croyez- pas qu'un air sauvage

De
118 MERCURE DE FRANCE
De mon Socratique Hermitage
Rende le séjour inhumain ;
Souvent les jeux , les Ris , les Graces ,
Ont vû les Plaisirs sur leurs traces
Y faire luire un jour serein .
On n'y respire la Morale
Que dans le trop rare intervale
Où ma raison parle à mon coeur ,
Y suis je en bonne compagnie
Il n'y regne que le génie
Qui sçait présider au bonheur.
La liberté , la complaisance
Tous les plaisirs de bienséance
Y trouvent un facile accès
La sincerité , la franchise ,
Tout ce que l'honneur autorise ,
Ne s'y produit qu'avec succès.
L'amitié prend soin d'introduire
Les égards qui ne peuvent nuire ,
Tout ce qui plaît est de son choix ;
Elle souffre que l'Amour même
De son imperieux systême
Y vienne humaniser les Loix .
Jamais foiblesses excessives ,
Jam
JUILLET. 1736. $ 512
Jamais vaines prérogatives
N'y troublent la felicité t
La vertu regle la tendresse
Et c'est au sein de la sagesse ,
Qu'on y goûte la volupté,
C'est ainsi
que dans mon azile ;
Joignant l'agréable à l'utile ,
Je travaille à me rendre heureux ;
J'y cherche ce que je désire ,
Et dans mon stoïque délire ,
Je crois trouver ce que je veux,
Tout m'y charme , rien ne m'y gêne
Tel , je crois , vit- on Diogene
Vivre content dans son tonneau ;
Jamais fâcheux ni témeraire ,
Du jour tranquille qui m'éclaire¸
N'y vint obscurcir le flambeau..
J'y suis maître ; y deviens- je Esclave?
A la passion qui me braye
J'opose de sages efforts ,
Et moi-même je m'intimide
Plus par l'équité qui me guide ;
Que par la crainte des remords.
:
Je me rends justice à moi - même ,
Je
1518 MERCURE DE FRANCE
Je me hais autant que je m'aime ,
Je -me cherche autant que je puis ,
Et m'occupant à me connoître ,
Je vois si ce que je dois être ,
Est en effet ce que je suis.

C'est alors que l'ame confuse
De la folle erreur qui l'abuse
Connoît les dangereux apas ,
Et fixant mon esprit volage ,
Je joins au désir d'être sage
Le regret de ne l'être pas.
Tel je vis dans ma Solitude ;
J'y fais ma principale étude
De rendre mes soins fructueux ;
Et trop honteux de mes foiblesses ,
Des passions enchanteresses ,
J'y crois fuir l'attrait dangereux.
Enfin c'est-là que je m'aplique
A faire l'éxacte Critique
Des égaremens de mon coeur ,
Et la vertu que j'y révere ,
M'instruit , me reforme , m'éclaire ;
Et m'y rend .mon premier bonheur.
Je me trompe , quand elle y trace
Sus
JUILLET. 1736. 1519
Sur une flatcuse surface
Les traits de la félicité ;
Elle ne m'y peint qu'une Idole
Dont l'éclat ou l'ombre frivole
Me déguisent la verité,
Serois je contraire à moi - même ì
Me livrai-je au caprice extrême
D'un esprit qui se méconnoît ;
Ah ! dans mon embarras funeste ,
J'éprouve trop qu'où l'homme reste
Le Philosophe disparoît ,
Raison , Réflexions , Morale ,
Vous ne m'offrez qu'un noir dédale ,
Où se perd mon coeur abatu ;
Aveugle en sa course incertaine ,
Il erre , il accorde sans peine
Sa foiblesse avec sa vertų.
C'est en vain que je sacrifie ;
Au gré de la Philosophie ,
Mes soins , mes plaisirs les plus dour ;
Hélas ! daus le plus cher azile ,
Comment vivre heureux et tranquile ,
Doris , quand on y vit sans vous ?
Par M. D. B. d'Aix en Provence.
LETTRE
tsio MERCURE DE FRANCI
8888888
› LETTRE de M. Maillart ancien
Avocat au Parlement de Paris , à M.
l'Abbé le Beuf, Chanoine et sous- Chantre
de l'Eglise d'Auxerre ; sur le Vellaudunum
de Cesar, Livre 7 de Bello
Gallico . N. 2 , Edition de 1544.
J
que E suis persuadé , M.
Vellan -dunum
est la Ville de Château- Landon
en Gâtinois , Diocèse de Sens .
Un sçavant Géographe auroit souhaité
placer Vellau- dunum , à Beaune en Gâtinois
, même Diocèse de Sens. Il y étoit
porté , non seulement par l'analogie de
noms en effet Vellaudunum n'est pas
éloigné de Belna ; ) mais encore par les
vestiges existans entre Ceaux et Batilly
près de Beaune , sur la longueur d'environ
4 lieuës , d'une voie militaire Romaine
, nommée actuellement Chemin de
Cesar , ou Chaussée , ou Chemin haut.
L'amour que j'ai , M. pour tout ce
qui regarde la venerable Antiquité , m'a
donné lieu d'écrire , à ce sujet , tant à
Beaune , qu'à Château- Landon ; et tout
ce qui m'en est revenu détermine la position
de Vellau- dunum à Château Landon,
ainsi qu'a fait M. Sanson,
Voici
JUILLET. 1736.
Voici le Local actuel :
d'Agendicum Se-
1521
nonum , Sens , à Genabum
Carnutum , il
ya environ 25 à 26 lieuës.
,
Route de Sens à Orleans . Sens , S. Valerien
,
Montachey , Jouy , Bransle , le
Moulin de
Grouleau ,
Verdeau , le Pont
de
Dordives sur la Riviere de Lwin
Lupa
Chapelle Bezard .
Préfontaine , la
Grange
Maigrette. Mont - Cheny. Ceaux
sur le
Ruisseau de Fuseau ou de Fusin.
Batilly , à une lieuë de Beaune. Chémaux
, Nancré.
" Delà , ce Chemin chaussé entre dans
h Forêt
d'Orleans , où ,
d'espace en espace
on
découvre des vestiges de cette
voie
militaire , aussi-bien que dans le
Marais de Ceaux : la largeur est d'environ
6
Charieres , ou de 3
Charettes de
front .
Le Sol
superficiel est de 3 rangs de
pierres , posées non sur le plat , mais sur
le champ , ou hauteur.
с

La Ville de Château - Landon est éloignée
de celle de Sens
d'environ II
lieuës : elle est située sur le Kuisseau de
Fuseau , dont la source est au- dessus de
Ceaux, et qui entre dans la Kiviere de
Iwin , vis-à - vis l'Abbaye de Cercanceaux
, et au dessous du Pont de Dordives
, qui est bien reparé
présentement.
C Lo
1522 MERCURE DE FRANCE
Le Nord de Château- Landon , est une
vaste Campagne , terminée au Midy par
une Colline , dont le pied est moüillé
par le Ruisseau de Fuseau .
L'Etymologiste Serick , compose le
nom de Vellaudunum , de deux mots Celtiques
: Veld , Campagne , ou Plaine ; et
dunum , hauteur,
Comme il n'y a de la Ville de Sens
à Château -Landon , qu'environ 11 lieuës ;
Cesar peut bien être parti de Sens un
jour , et être arrivé le lendemain à Châ
reau- Landon , qu'il assiégea , et qui se
rendit le ze jour à composition : " delà
il continua son chemin pour Orleans ,
où il arriva le second jour , et dont il
se rendit maître , et marcha en Berry.
Voici le Texte de Cesar , concernant
Veliaudunum. » Itaque cohortatus He
duos , de supportando comeatu , præ
» mittit ad Boios , qui de suo adventu
doceant , hortenturque ut in fide ma
» neant , atque hostium impetum magno
animo sustineant .
» Duabus Agendici legionibus , atque
» impedimentis totius Exercitûs relictis ,
»ad Boios proficiscitur .
» Altero die ad Oppidum Senonum
» VELLA U - DUNUM venisset , ne quem
post se hostem relinqueret quo expe
ditiore
JUILLET. 1736. 1323
ditiore te frumentariâ uteretur , oppu
"gnare instituit.
>>>
Idque biduo circumvallavit ; tertio
die, missis ex Oppido Legatis , de deditione,
arma conferri , jumenta produci
sexcenta , Obsides dari jubet : ea qui
conficeret , C. Trebonium Legatum reliquit.
» Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur , qui
tùm primùm allato nuntio de oppugnatione
Vellanduni , cum longiùs eam
"rem ductum iri existimaret, præsidium
* Genabi tuendi causâ , quod eo mitte-
» rent , comparabant. Huc biduo Cesar
» pervenit , et Castris ante Oppidum positis
, diei tempore exclusus , in poste
rum oppugnationem differre ....
Du Château- Landon à Orleans, il y a
environ 15 lieuës.
La lecture de ce passage , M. apli
qué au Terrain que je vous ai indiqué ,
Vous rend sensible l'identité de Vellandunum
avec Château- Landon . Donc , ce
n'est pas Beaune , et encore moins votre
Ville d'Auxerre , comme quelques-uns
l'ont avancé.
Sur cette voie militaire , et sur ses
vestiges , vous pouvez , M. lire le Pere
Morin en son Histoire du Gâtinois ,
Cij Edition
.
7524 MERCURE DE FRANCE
Edition de Paris , in 4º , 1630. pages
162. 163. 281. 282. et 283. Cet Auteur
marque , que cette voie militaire
sortant d'Orleans , continue par Sens ,
et par Troyes ; qu'elle va jusqu'à S. Nicolas
en Lorraine .
;
Je vous observe , M. qu'au Nord du
Chemin de Cesar , éxistant entre le Village
de Ceaux et la Ville de Beaune ,
sont deux Paroisses nommées Aussy , et
Egry que la tradition locale est qu'Aussy
avoit été destiné par Cesar , pour y
mettre les Troupes auxiliaires , et de réserve
; qu'Egry avoit été destiné pour
mettre les Malades et Blessés de son
Armée .
On m'a écrit aussi qu'à 200 pas de
Beaune , et le long de ce Chemin de Ce
sar , on avoit trouvé une Colomne mili
taire , de figure ronde.
Je n'ai garde , de m'introduire dans
la discussion litteraire , que je vois s'e
lever entre vous , M. et le sçavant Dom
Tousssaints du Plessis , Benedictin , au sujet
du mot Dunum ; est- ce une Vallée
comme le soutient ce Religieux , ou une
Elevation au dessus de la superficie de la
terre , ainsi que vous le prétendez ?
A mon égard , j'ai toujours été persudé
que Dunumétoit une Elévation,
JUILLET. 1736. 1525
Mais vous pouvez l'un et l'autre voir
beaucoup de noms terminés en Dunum ,
à la page 43 du Trésor des Antiquités
Gauloises , par Borel , in 4º .
>
Si vous avez quelques autres notions
sur le Vellau dunum Senonum , je vous
prie de m'en faire part , et de croire que
je suis toujours , M. & c .
A Paris , le 27 Mars 17361
LA GLOIRE DE LOUIS XV..
Dans la Guerre et dans la Paix.
O D E.
A LOUIS LE GRAND.
Par M. l'Abbé DE ROSAY , Grand
Archidiacre de l'Eglise de Soissons .
DEE LOUIS ombre triomph ante ,
Ta gloire t'évoque en ces lieux ;
Parois ; la France florissante
Offre un doux spectacle à tes yeux :
Ton grand coeur a vaincu la Parque ;
Il vit dans un jeune Monarque ,
Et nous comble encor de bienfaits :
€ iiij Si
1526 MERCURE DE FRANCE
Si , sur tes traces , dans la
guerre
Ce Roy fut l'effroi de la Terre ,
Il en est l'amour dans la Paix.
Ici mon esprit se rapelle
Ce tendre adieu , digne de toi ,
Ou tu lui traças le modelle
Du vrai Héros et du grand Roy :
13
Qu'à vos Conseils la Paix préside ;
Bien mieux que la valeur d'Alcide ,
» Elle rend les Peuples heureux :
22 Image du Souverain Etre ,
» Mon Fils , plus en Pere qu'en Maître ,
» Aprenez à regner sur eux.
Grand Roy , cette riche semence
A germé selon tes désirs :
LOUIS en fit dès son enfance ,
Et son étude et ses plaisirs :
Quel Roy , quel homme est sans foiblesse
Pour lui , guidé par la Sagesse ,
De ses penchans il est vainqueur :
Vois , avec l'Europe étonnée ,
La Vertu qu'il a couronnée ,
Seule Maîtresse de son coeur.
En vain sa prudence attentive
Aux intérêts de ses Etats ,
Tient
JUILLET. 1736. 1527
Tient encor sa valeur captive ,
Et craint d'apésantir son bras :
Bien -tôt d'une Cour trop puissante
La politique menaçante
Brave sa clémence et ses droits
Elle aprendra, triste victime
Du courroux le plus lég time ,
Si LOUIS sçait venger les Rois.
;
Partez , Guerriers , portez la foudre
Du plus grand Roy de l'Univers ,
Mettez Kell et Trarback en poudre ,
Et leurs Défenseurs dans les fers :
BARWICK
, apelle la victoire
D'EUGEN
amené par la gloire
Fais échouer les fiers projets :
Et toi , vôte , Hector invincible ,
Que dans Milan , ton bras terrible
Donne à deux Rois d'autres Sujets.
VILLARS , plein de gloire et d'années ;
Court s'immoler aux Champs de Mars ;
Du Pô les rives consternées
Ont cra voir encor les Cesars }
Déja sa valeur furieuse
Fondant sur l'Aigle imperieuse ,
Change ses Lauriers en Cyprès :
Et sous un Héros que Mars guide ,
A iiij Le
528 MERCURE DE FRANCE
Le François menace , intimide
Mantoue au fond de ses marais.
Muse , rends ici sur ta Lyre
Ce Combat funeste aux Germains ,
Ces Guerriers , soutien de l'Empire ,
Vaincus sans en venir aux mains ;
L'air s'obscurcit , le bronze tonne
Quelle furear saisit Bellone !
De feux quel déluge nouveau !
De MERCY qui frémit de
De ses Braves qu'il encourage ,
La Parma devient le tombeau.
rage
Contre COIGNY , viens en Ulisse ,
Dans un combat tenter le sort ,
Viens , KONIGSEG , qu'à l'artifice
Succede un courageux effort :
Du François connois la vaillance ,
Et sûr de sa prompte vengeance ,
Désormais crains de l'exciter;
Crains le , même quand il sommeille
C'est un Lion dès qu'il s'éveille ,
Fatal pour qui l'ose irriter.
D'un Siege , centre de la Guerre ,
Dis- nous , Mars , les faits inouis ;
Qu'il est terrible ton tonnerre
Lancé
JUILLET. 1736.
·IS29
Lancé par le bras de LOUIS !
Contre le destin de la France ,
Philisbourg a pour sa défense
EUGENE et le Rhin en courroux :
François , pour vaincre tant d'obstacles
La valeur féconde en miracles ,
En Héros vous transforme tous.
>
Oui , la gloire est votre partage ,
De Lauriers je vous vois couverts
Mais vous les devez au carnage ,
Aux pleurs de cent Peuples divers :
Si , soigneux de sa renommée ,
LOUIS , à l'Europe allarmée
Fit craindre ses prosperités ,
Jaloux , dans son pouvoir suprême ;
Des coeurs de ses Ennemis même
Il les vaincra par ses bontés.
Parois , délices de la Terre ,
Divine Paix , comble nos voeux ;
De LOUIS retiens le tonnerre ,
Il aime à faire des heureux :
De Janus il ferme le Temple ,
Que l'Aigle qui suit son exemple ,
Dans ses Neveux le craigne encor !
Par lui la Gloire et l'Abondance.
CY Ont
1530 MERCURE DE FRANCE
Ont fait une étroite alliance ,
Qui nous ramene l'âge d'Or.
Qu'un Conquerant si pacifique
Des Cieux est un riche présent !
J'ai connu ton coeur héroïque ,
LOUIS , par ton coeur bienfaisant :
Quand j'ai vu les Villes tremblantes
Tomber sous tes mains foudroyantes ,
Ma voir t'a voué ses accens ;
Je t'admire quand tu t'arrêtes
Dans l'heureux cours de tes Conquêtes
Et t'offre alors tout mon encens.
Ces Alexandres formidables ,
( Fleaux du Monde épouvanté )
Presque toujours heureux coupables ,
Usurpent l'immortalité :
Tel Héros que vante l'Histoire ,
Se trouve au sein de la Victoire
Vaincu par mille passions ;
"
Le mien est un Roy magnanime ,
Qui fait sa gloire de l'estime ,
Et du bonheur des Nations.
De la France , Dieu Tutelaire ,
Grand Roy , dans ce nouveau Titus
De tes Lauriers Dépositaire ,
Jouis
JUILLET. 1736. 1531
Jouis long-temps de tes vertus :
A l'Héroïsme , aux Loix fidelle
Son Regne du tien nous rapell ,
Et la sagesse et la grandeur ;
Tandis que l'Arbitre du Monde
FLEURY , par une Paix féconde ,
De nos Lys accroît la splendeur.
2222
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
du Théatre , specialement à la Vie
des plus célébres Comédiens , et entre
ceux- ci , des Acteurs qui ont été mis aw
nombre des Saints.
Q
·
Uoique la qualité de Comédien
soit très suspecte de mauvaises
moeurs , on a vû des Comédiens qui
étoient très - honnêtes gens ; et qui même
quittant cette Profession sont devenus
des Saints que l'Eglise revére , comme
entre les autres sainte Pelagie célébre
Comédienne d'Antioche , au V. Siécle ,
dont on fait la Fête le 8. d'Octobre. M,
Bailler , en sa Vie des Saints , en parle en
ces termes :
D
Un jour qu'elle passoit en habit de
Comédienne devant l'Eglise du Martyr
C vj S₂
1532 MERCURE DE FRANCE
S. Julien , Maximien et les autres Evêques
en furent scandalisés , à l'exception
de Nonnus Evêque d'Heliopolis , en
Syrie , qui fit sur ce sujet cette refléxion
morale , qu'il craignoit que cette femme
qui avoit pris tant de peine à se parer
pour plaire aux hommes , ne fut un jour
la condamnation des Chrétiens , qui ont
si peu de soin de se rendre agréables à
Dieu.
Le lendemain , qui étoit un Dimari
che , Pelagie qui avoit été Cathécu
mene vint à l'Eglise , lorsque Nonnus
y prêchoit , fut touchée de sa Prédication
, lui écrivit qu'elle vouloit se con--
vertir , le vint trouver , et lui demanda
le Baptême. Nonnus la baptisa , et suivant
l'usage la confirma.
Ensuite Pelagie distribua tout son bien
aux Pauvres , sortit d'Antioche , et se retira
sur la Montagne des Oliviers , près
de Jerusalem , ou déguisée en homme ,
et se faisant apeller Pelage, elle mena une
vie très -austere.
Le Concile qui étoit assemblé à Antio
che étant fini , Nonnus retourna à son
Eglise d'Heliopolis ; et ayant entendu
parler du Solitaire Pelage , chargea son
Diicre Jacques , qui alloit en Pelerinage
à Jerusalem , de s'informer des nouvel-
Ies
JUILLET. 1736. 753
les de ce Solitaire . Il le visita dans la
Cellule où il étoit reclus , et lui parla de
Nonnus. Pelagie sans se découvrir se recommanda
aux Prieres de ce S. Evêque?
Elle mourut de
peu temps après , et on
réconnut son sexe après sa mort.
S. GENEST de Rome , Comédien du
temps de l'Empereur Diocletien . Il joüioit
souvent les Mysteres des Chrétiens sur
le Théatre , pour plaire à l'Empereur *
tau Peuple. Un jour il entreprit de representer
les Cérémonies du Baptême
et fit dans cette Piéce le personnage de
celui qui vouloit être baptisé ; mais lorsque
le Prêtre et l'Exorciste se présenterent
pour faire la Cérémonie du Baptême ,
il fut inspiré d'embrasser en effet le
Christianisme. Il déclara qu'il vouloit
recevoir la grace de J. C. et renoncer au
culte des Idoles , ce que l'on prit pour
une feinte. On pratiqua sur lui toutes
les Cérémonies , et on le revêtit d'une
robe blanche ; puis des Soldats parurent
comme envoyés de la part de l'Empereur
pour se saisir de lui , en qualité de Chré
tien , et le menerent devant celui qui
faisoit le Juge de Théatre , où l'on avoit
préparé une Statuë de Venus , pour la lui
faire adorer ; mais Genest protesta haute.
* Surius Tome IV. 1
ment
# 534 MERCURE DE FRANCE
ment qu'il étoit Chrétien , qu'il adoroit
le vrai Dieu , et non pas des statues de
pierre. L'Empereur crut d'abord qu'il ne
faisoit ces protestations que pour mieux
jouer son personnage ; mais enfin voyant
que Genest parloit en Chrétien , et non
pas en Comédien,il le fit battre de verges
en presence de tout le Peuple , et l'envoya
ensuite à un Préfet nommé Plautien . Ce
dernier l'apliqua d'abord sur le Chevaler,
puis lui fit déchirer le corps avec des ongles
de fer , et brûler les côtés avec des
Hambeaux ardens : Enfin ne pouvant
vaincre sa constance , il en écrivit à l'Empereur
, lequel ordonna qu'on lui tranchât
la tête , ce qui fut executé le 25.
Août de l'année 303.
ARDALEON , Comédien d'Alexan
drie ; ce fut un de ceux qui jouerent sur
le Théatre les Mysteres des Chrétiens
pour les rendre ridicules , mais il fut
converti tout à coup , et souffrir le Martyre
pour la Foy de J. C. sous l'Empire
de Maximin - Galere , Mart. Rom. 14.
Avril.
S. Por PHYRE , Comédien d'Andrinople
, s'étant fait baptiser par moquerie
devant l'Empereur Julien l'Apostat
, fut éclairé d'une lumiere celeste , et
declara publiquement qu'il étoit Chrétien
JUILLET. 1736. 1333
tien. Il eut aussitôt la tête tranchée , et
gagna ainsi la Couronne du Mar
tyre.
*
* Martyrologe Romain , le vs. Septembre:
L'AMOUR MEDECIN
Nous
CONTE.
Ous sommes en naissant sujets de Proserpine
;
Riches, et Gueux subissent même sort
Et jusqu'ici la Medecine
N'a pú nous exempter des rigueurs de la mort
Philis , au printemps de son âge,
Cedant à l'ordre du Destin ,
Alloit en lugubre équipage ,
Descendre au monde souterain ;
Vainement nos Docteurs avoient mis en pra
tique ,
Tous les secrets de leur Art chimerique ,
En vain les meilleurs Medécins
Des Corps , honnêtes assasins ,
"
Avoient par maintes Ordonnances ,
Augmenté de L .. le livre et les Finances,
Pour soustraire Philis , au tribut de Pluton ;
Rier
536 MERCURE DE FRANCE
Rien n'operoit sur ce jeune tendron .
Des Curieux diront , peut- être que j'oublie
De leur narrer le fait de cette maladie .
Sur la propre cause du mal
Nos Medecins étoient d'avis contraire
Tous pensent en sçavoir le sujet principal ,
Mais aucun n'en pouvoit découvrir le mystere
Cependant d'un commun accord ,
Ils décident en leur langage ,
Que pour passer le sombre bord ,
Philis devoit plier bagage.
De cet arrêt définitif
L'un d'eux fut annoncer le court dispositif.
Que faire en ce moment , sinon que d'y sous-
Tandis
crire ?
Pour nous tirer du noir Empire ;
Il n'est dans notre Region ,
D'Esculape ( a ) , ni de Chiron ( 6 )
que les Patens de la jeune Pucelle ,
Près de son lit fondent en pleurs ,
Accusant le Destin , et la Parque cruelle ,
D'être injustes dans leurs rigueurs
Amour prend pitié de la Belle ,
(a ) Esculape , Dieu de la Medecine , ressuscita
Hypolite
( b ) Chiron le Cantaure , fameux dans l'a
connoissance qu'il eut des Simples ; ce fut lui qui
enseigna la Medecine à Esculape.
Quitte
JUILLET: 1936.
8537
Quitte Paphos , vôle vers elle ,
Et copiant les traits de son cher Clidamant ,
Vient servir la Malade , en veritable Amant ,
Lui donne un composé des Simples de Ci
there ,
Qui sur Philis aussi - tôt fait effet ;
Euphrosine paroît dans ce charmant objet ,
Et l'Amour réconnoit les attraits de sa Mere,
De cette promte guerison
Le bruit se répand dans la Ville ,
Chacun en fait le Conte à sa façon ,
Du matin jusqu'au soir , on en fait plus de mille ,
Cependant nos Docteurs prônent en leur jargon,
Que sans le secours Empirique
De la science Galenique
Philis alloit passer le triste Phlegeton.
On les croit , on les congratule ,
Oh ! voilà comme , un Public trop cred
dule ,
Fort souvent attribue à la force de l'Art
Ce que produit l'Amour ou le hazard,
B...... de Nevers .
Lie
E fameux
College
de Navarre
, dont
les Bâtimens
tomboient
en ruine
,
ayant
été réparé
et augmenté
par
Ordre
du
1538 MERCURE DE FRANCE
du Roy , qui a ajoûté de nouveaux bienfaits
, &c. l'un des meilleurs Poëtes Latins
de l'Université a composé là- dessus une
très - belle Piéce Allegorique , dans laquelle
la KELIGION promet à l'Auguste
Princesse JEANNE de France , Reine
de Navarre , Fondatrice de ce College
un Magnifique Restaurateur , en la Personne
du Monarque qui gouverne aujourd'hui
l'Empire François , &c. La
seule longueur de cette Piéce s'opose au
plaisir que nous aurions de la donner ici .
Nous nous contenterons d'orner notre
Journal d'une autre Piéce du même Poëte
et sur le même sujet , mais beaucoup
moins longue , adressée à son E. M. le
Cardinal de Fleury , à qui dans cet Evenement
la Maison de Navarre a de si importantes
obligations .
HE E E F F F
EMINENTISSIMO
Gallici
D. D. CARDINALI
DE FLEURY.
Regni Administro .
´Allici columen , decusque regni ,
Per quem laurigeris revecta bigis ,
'Amat Pax solito nitere vultu ,
Et terras solitis beare donis ,
Nostra
JUILLET. 1736.
7539
Nostrarum columen decusque rerum
Per quem ruderibus suis Fesurgens ,
Jam tollet nitidum caput Navarra ,
Pristinumque novo decore vincer ,
Quod olim dederat decus Joanna ,
Dum Florze , tuum fatentur esse
Ovantes , studio favente , cives
Quod jam Gallia splendidi triumphos ,
Belli , splendidiore pace mutet ,
Et nos quod rigidos situ Penates ,
Jam mutare nitentibus licebit ,
Tui muneris hoc fatemur esse
Et qui post aliis erunt in annis ,
Etas sera fatebitur Nepotum ,
Te cives columen decusque dicunt;
Festis vocibus , alterumque dicent
Eternum , ab Lodoice te parentem ,
Et nostros quoque civium secundis
Plausus jungere plausibus juvabit ,
Regibusque parentibus superba ,
Alumnoque Navarra Rege felix
Jam , Florae, tuum addidisse nomer ,
Regum nominibus sacris parentum
Gestiet memor , alterumque dicet
Eternum , ab Lodoice te parentem.
LETTRE
540 MERCURE DE FRANCE
***************
LETTRE à M. l'Abbé Philippe ,
du 25. Juin 1736. au sujet de la maladie
de l'Auteur .
L
' Interêt que vous prenez , Monsieur ;
à la vie d'un jeune homme que vous
bonorez de votre amitié , ranime les feux
d'une Muse expirante. Elle trace dans un
intervalle que lui laisse un accès fugitif ;
ces Vers, Enfans plutôt de la reconnoissance
que du travail.
Succombant sous les coups d'une fiévre ho
micide ,
Brulant des mêmes feux ,
Qui sur le Mont Eta consumerent Alcide ,
Ami , c'est dans ce trouble affreux ,
Que je t'écris ces Vers , derniers fruits de ma
veine .
Déja le jour se dérobe à mes yeux ,
Déja je n'entens plus qu'à peine ,
Les tristes sons de Melpomene ,
Et les mâles accens du sublime Lycas ;
C'en est fait , le Destin ordonne mon trépas ;
L'Arrêt est prononcé ; je l'attends sans me
plaindre i
Qui
JUILLET. 1736. 154%
Qui sçait mourir , sçait ne rien craindro,
Je touche à ce fatal moment ,
Où , revenu de son égarement ,
L'homme commence à se connoître ,
Et paroît tel qu'il doit paroître.
Des remords inconnus s'élevent dans son coeur
Il déteste le crime , il pleure son erreur ;
En vain la volupté d'un poison détestable ,
Veut enyvrer et son ame et ses sens ,
Il reconnoît ses charmes impuissans ,
En se reconnoissant coupable.
Mais quelle horreur tout à coup me saisit ?
Quel voile ténébreux fait pâlir la lumiere!
J'expire , je descends dans l'éternelle nuit :
Cher ami , si jamais Lysimon sçût te plaire ','
S'il fut fidele aux loix d'une sainte amitié.
De son sort malheureux daigne prendre pitié ,
Viens recueillir ma cendre ,
Viens , où Daphnis poura te prévenir .
Par ces rimes instruis les siècles à venir ,
Qu'il fut chez les François un coeur sincere er
rendre :
Cy gît un mortel bienfaisant ,
Il fut François , et sçût être constant.
Ce n'est qu'à regret que je fais mau
Epit aphe
2542 MERCURE DE FRANCE
Epitaphe , je vous accuse ingénuëment ma
foiblesses quitter le monde ! la pensée m'en
fait frémir. Je ne tiens point aux plaisirs 3
mon corps est aguerri aux assauts d'une pénible
maladie. Mon ame seule soupire sur
la perte des douceurs que l'on goûte à cultiver
les beaux Arts , et sur la séparation de
mes guides dans les Sciences. Quoi ! me suisė
je dit , plus d'une fois.
·
Faut- il abandonner cet illustre V.
Cet Enfant du bon goût , Citoyen de
Cythere ,
Dont les accens mélodieux ,
Le mettent même au rang des Dieux ?
Faut- il quitter Apollon , et le Pinde ?
Faut-il mourir et ne pas voir Clorinde ?
>
Voilà quelques- unes des pensées qui me
venoient dans de fréquens délires ; je supri-
Monsieur, celles que vôtre affection
pour moi inspiroit à un coeur penetré ; car il
pense quelquefois mieux que l'esprit , et on
me l'étourdit
pas
j'étois occupé de ces douces réflexions , quand
le sommeil me surprit , graces à mon lutin
farouche.
sur un vrai mérite. Hier
De ses voiles épais la nuit couvroit les Cicax ,
J'avois
JUILLET 1736. 1543
J'avois fermé ma tremblante paupiere ;
Lorsqu'un Vieillard vint s'offrir à mes yeux.
Un tel aspect , je ne le sçaurois taire ,
Glaça mes sens , et de crainte et d'effroi,
Sous son menton flotoit un rabat à l'antique ;
Quelle fut ma terreur ! qnand s'aprochant de
moi ,
Il prononça ces mots d'une voix fatidique.
Je suis Esculape , ce Dieu
Qui reçoit de l'encens et des voeux en tout lieu
Obéïs à mes.Loix , aprends à me connoître ,
Par moi tu peux perir , par moi tu peux re
naître ,
Je te rends aux mortels , révis , mais crains
un jour ,
...
Et le Dieu du Parnasse ; et le Dieu de l'Amour
Déja , Monsieur , je me familiarisois
avec Seigneur Esculape , je m'aprétois à lui
faire quantité de questions sur la Medecine
et ses doctes Supôts ; mais je me réveillai en
sursant , pour mon malheur, j'aurois sans
doute apris de curieuses Anecdotes dont le
Public auroit été instruit. Bien tôt je m'aperçûs
de l'illusion que m'avoit fait un songe
imposteur , la fiévre me réprit , et je connus
La fausseté des promesses de la Divinité qui
s'étoit présentée à votre ami. Peut- être aussi
est- ce un effet de la colere d'Esculape : Il a
sondé
x544 MERCURE DE FRANCE
sondé les replis de mon ame , il y a découvert
les dispositions sinceres où je suis d'écouter
avec docilité les leçons des Muses
sçavantes. Sansy penser ma Lettre devient
longue ; Finissons , c'est assés badiner sur
un sujet trop sérieux : J'oublie que je suis
malade , etje ne m'en ressouviens que par le
sentiment des écarts de mon cerveau déreglé.
Je suis avec toute la considération que
méritent vos rares talens, et la plus vive reconnoissance
de votre affection , Monsieur
, &c.
Ba. *** d'Arnaud.
FABLE.
L'Aigle et la Pie.
UN homme en oiseaux curieux ,
Avoit chez lui Margot la Pie ,
Dame d'un caquet ennuyeux ;
Elle avoit tout va dans sa vie ;
Elle jasoit de tout à tort et à travers ,
Et puis de Prose et puis de Vers ,
On l'eut prise à l'oüir vanter mainte proüesse ,
Pour le Phenix de son espece :
Le même curieux avoit en sa Maison ,
UB
JUILLET .
7548 1736.
Un Aigle, grave Personnage ,
Morne , silentieux , et dans qui la raison
Avoit beaucoup devancé l'âge ;
Qui l'eut vu l'eut pris pour un sot ,
On n'en pouvoit tirer un mot ,
Ou d'une gravité Chinoise ,
Il parloit , mésurant tous ses mots à la toise.
Differens animaux , qu'eut- on dit à vous voir
Des deux défauts quel est le pire ,
Ou beaucoup sçavoir sans rien dire ,
Ou beaucoup parler sans sçavoir.
C. X. J. de Loiré.
*************** 米米
SEANCE PUBLIQUE de
l'Académie Royale de Chirurgie.
L'Academic
E mardy d'après la Trinité 29 May
l'Académie Royale de Chirurgie ,
tint dans la Grand '- Salle de S. Côme ,
son Assemblée publique , à laquelle M.
la Peyronie présida .
M. Morand , Secretaire de l'Acadé
mie ,commença par annoncer les changemens
arrivés depuis la Séance publique
de 1735 , sçavoir la mort de Mrs.
D Coste
546 MERCURE DE FRANCE
Coste premier. Daibour , le pere. Botentuit
, l'aîné , et Montaulieu , le fils .
M. Coste , pendant plusieurs années , a
rempli , avec un aplaudissement general,
la place de Démonstrateur en Anatomie
et Chirurgie , au Jardin du Roi.
M. Dalibour a occupé long- temps et
avec distinction , le poste de Chirur
gien Major de la Gendarmerie , où il s'étoit
rendu très - recommandable la
par
grande pratique qu'il y avoit acquise
dans tous les differens cas qui se présen
tent à un Chirurgien d'une grande répu
tation , engagé depuis long- temps à servir
dans les Troupes .
,
M. Botentuit s'étoit particulierement
apliqué au traitement des fractures et
des luxations , et il s'étoit fort distingué
dans cette partie de la Chirurgie.
M. Montaulieu étoit Chirurgien Ayde
Major de l'Armée d'Italie ; son merite
le fit bien- tôt connoître ; il se signala par
les cures merveilleuses , qu'il fit sur les
Blessés aux Combats de Parme et de
Guastale ; les Generaux en ont souvent
écrit en Cour avec des témoignages si
glorieux pour lui , que le Roi y fut ate
tentif , et le fit remarquer d'une maniere
qui fait beaucoup d'honneur à sa mémoire
; car il daigna lui - même en faire
l'éloge
t
JUILLET. 1736. 1547
l'éloge lorsqu'il aprit sa mort j'ai perdu
dit il, un bon Chirurgien en Italie. L'Académie
de Chirurgie pense qu'un tel Eloge
peut bien réveiller l'émulation des
Médecins , jusqu'à leur faire envier le
mérite des Chirurgiens d'Armée , mais
non pas jusqu'à les porter à faire des
Théses pour les décrier , comme a fair
envain M. Maloët ; car ses efforts n'ont
eu d'autre effet que de leur attirer de
la part du Ministre , un témoignage public
, qui a détruit toutes les fausses
allégations , que la jalousie avoit produit
imprudemment contre eux.
·
L'Académie n'a pas cru devoir adjuger
le Prix de l'année derniere 1735 ,
par des raisons qui furent exposées ,
et que l'on peut voir dans le Programme,
qu'elle vient de publier.
M. Arnaud le fils , lut ensuite un Mémoire
sur les Hernies , divisé en deux
parties. Dans la premiere , il donne l'histoire
de ces maladies , à commencer par
ce qu'Hypocrate en a dit , et fait voir
combien la Chirurgie moderne a fait de
progrès en cette matiere. Il detaille toutes
les méthodes cruelles que les Anciens
mettoient en usage , et il en fait connoître
l'insuffisance et le danger. Il tâ
che de mettre le Public en garde contre
Dij
les
548 MERCURE DE FRANCE
les Avanturiers qui pratiquent encore
quelques- unes de ces pernicieuses méthodes
, malgré la sagesse des Loix quf
les proscrivent . Entre plusieurs Exemples
qu'il donne , des désordres que
causent ces sortes de Charlatans , il raporte
celui d'une jeune fille , qui fut condamnée
en 1733 là être fustigée et bannie
de la Ville de Reims , pour avoir
châtré cinq cent enfans dans l'espace de
onze années aux environs de cette
Ville.
: M. Arnaud ne se contente pas de faire
connoître combien de pareilles manoeuvres
sont odieuses dans des Etats bien.
policés ; il fait encore sentir que l'usage
des mauvais bandages ou brayers sont
presqu'aussi à craindre que ces opérations
, et qu'il ne devroit y avoir que de
vrais Chirurgiens qui se mêlassent de
faire ces sortes de machines , qu'on ne
peut bien exécuter sans une connoissance
parfaite de l'Anatomie . et des maladies
auxquelles elles conviennent.
Mais ce n'est pas seulement par la
Cure radicale de ces maladies , que M.
Arnaud trouve de grandes ressources
dans la Chirurgie. Il en trouve encore
de très- importantes pour remédier aux
accidens affreux , dont elles ne sont que
trop
JUILLET. 1736. 1549
trop souvent suivies . L'opération du Bubonocele
suffic pour faire remarquer
ces heureuses découverte. M. Arnaud
prouve que la perfection de cette opéra-
,
tion a été entierement réservée à la Chirurgie
modernes ce n'est que du commencement
de ce Siecle qu'il date les Cures
singulieres qui ont été faites en ce genre.
Les especes de Hernies nouvelles , que
l'on a découvertes , et que l'on découvre
tous les jours par la connoissance éxacte
de l'Anatomie , et par une plus grande
attention dans les Observations ont
conduit les Chirurgiens à corriger les
méthodes d'opérer , prescrites par les Auteurs
des derniers Siecles. Ils sont revenus
du préjugé que l'on avoit à l'occasion de
l'Artere Epigastrique dans les Hernies inguinales.
Ils ont apris à ménager les vaisseaux
spermatiques dans les Hernies cru
rales . Ils opérent avec succès sur les Hernies,
quelques compliquées qu'elles soient
d'adhérence. Ils ouvrent l'intestin dans
les cas de necessité , ils en emportent
même des portions ; ils vont chercher
dans l'interieur du ventre des étranglemens
cachés toutes nouveautés
dont on est redevable à la Chirurgie
moderne.
Après avoir renvoyé aux preuve
Diij évidente
1550 MERCURE DE FRANCE
évidentes de ces Cures merveilleuses ,
que le Peuple , dit - il , régarderoit comme
surnaturelles , si on ne l'avoit insensiblement
familiarisé avec ces Miracles de
P'Art. Il conclut en disant , que le paral
lele de la Chirurgie des Anciens sur cette
partie , comme sur bien d'autres , avec
celle des Modernes , ne seroit ni juste nį ,
suportable.
Dans la seconde partie de son Mêmoire,
M. Arnaud déraille toutes les dif
ferentes especes de Hernies nouvelles ,
qui ont été reconnues depuis le commencement
de ce siecle ; mais l'attention des
Chirurgiens Modernes , dit- il , ne s'est
pas bornée à considerer ces especes de
Hernies , elle les a portés à rechercher
les parties qui sont capables de serrer
l'intestin et de l'étrangler ; ils ont observé
que dans la passion iliaque qui dépend
des Hernies , l'étranglement peut se faire
par le peritoine , lorsque ces Hernies sont
parvenues à un degré d'accroissement un
peu considerable ; car alors la pression
des parois de l'anneau sur la portion du
peritoine qui forme le sac herniaire , en
raproche le tissu , et y fait un francis pareil
à celui d'un doigt de gant que l'on
passeroit dans une bague fort étroite ; et
si le sac reste long- temps dans cette ouverture
JUILLET.
1736. * 55%
verture , sans aller plus loin , ce froncis
se durcit de façon , qu'il est en état de
faire étranglement, S'il arrive d'ailleurs
que par un nouvel effort les parties soient
poussées plus bas , et qu'elles restent un
certain temps encore dans un même endroit
, il peut se former un second
retrécissement capable de rendre la Hernic
compliquée de deux étranglemens
il peut de même s'en former un troisié
me , et davantage . M. Arnaud raporte
l'observation d'une Hernie compliquée
de deux étranglemens de cetre espece ,
qu'il réconnut par un sillon qui separoit
la Hernie en deux portions bien marquées
; les endroits du peritoine qui
sont rétrécis , le peuvent être plus ou
moins , suivant les differens degrés de
compression et d'inflammation , que le
sac peut souffrir , ils peuvent être rétré
cis aussi dans un espace plus ou moins
long ; toutes ces variations lui font faire
des remarques très - essentielles pour la
pratique.
M. Arnaud ayant expliqué les causes
de cet étranglement , en donne avec exactitude
les simptômes et les signes diagnostics.
A l'égard de l'operation , elle
differe de la methode ordinaire par des
particularités qui varient , suivant les
Diiij diffe
1552 MERCURE DE FRANCE
differens cas qui se rencontrent : l'Obser
vation suivante en est une preuve.
Au mois de Février dernier , M. Ara
naud fut mandé pour voir un homme de
40.ans , à qui on avoit fait rentrer depuis
six jours une Hernie inguinale , et auquel
il restoit un étranglement de l'intestin
par le peritoine . Ayant bien réconnu
la maladie , M. Arnaud lui fit
l'operation ; lorsqu'il eut mis l'anneau à
découvert, il fit tousser le malade pour
pouvoir saisir le sac herniaire qu'il ouvrit
par sa partie inferieure , il porta
son doigt dans le sac , qui avoit la figure
d'un cône de trois pouces et demi d'étendue
, l'extremité du sac qui étran
gloit l'intestin , et qui avoit besoin de
l'operation , étoit la plus enfoncée dans
le ventre , ce que M. Arnaud fit remar
quer à plusieurs Chirurgiens qui étoient
présens , et qui s'en assurerent , en y introduisant
le doigt ; il dilata l'anneau
de trois ou quatre lignes , pour attein
dre plus facilement à l'endroit de l'étranglement
où il falloit opérer ; car il
n'étoit pas possible de le raprocher de
l'anneau , parce que la Hernie étoit adhe
rente interieurement; à la faveur de cette
dilatation , il porta le doigt jusqu'à
cette partie du sac qui étrangloit l'ing
testin
JUILLET. 1736. 15.53
testin , et conduisit sur ce doigt un
bistouri mousse , en prenant toutes les
précautions necessaires pour ne pas blesser
l'intestin ; lorsqu'il eut introduit son
instrument dans le ventre jusqu'à l'étranglement
, il dilata cet étranglement
avec toute la circonspection et avec toute
l'adresse qu'exige une opération aussi délicate
, pratiquée dans un endroit où
l'Opérateur est fort géné , et où les yeux
ne peuvent le conduire.
Le malade qui n'avoit point eu d'éva
cuation du ventre depuis dix jours , en
eut après cette opération de copieuses ,
avant même que l'apareil fut entierement
apliqué , ce qui prouva que l'étranglement
étoit bien débridé ; le malade fut
guéri au bout de trois semaines .
Après le Mémoire de M. Arnaud , M.'
Foubert a raporté l'Histoire de six tailles
faites par une Méthode dont il est l'inventeur
; M. Foubert opére sans le se-
. cours de la sonde dans la vessie , mais il
a besoin de trouver cette partie pleine
d'urine ; pour cela il fait beaucoup
boire le malade le jour de l'operation ,
et lui retient les urines dans la vessie
par un bandage propre à les retenir.
Le malade est placé pour l'opération
à peu près dans la situation ordinaire ;
D V
1554 MERCURE DE FRANCE
un Serviteur lui comprime le ventre
avec une pelote ; M. Foubert introduit
le doigt index de la main gauche dans
l'anus , pour porter l'intestin conjointement
avec l'uretre vers le côté droit
ensuite il prend de la main droite un
Trocart , renfermé dans une canule en
goutiere , il plonge le trocart à gauche
entre l'anus et la tuberosité de l'ischion
jusques dans le corps de la vessie , qu'il
perce entre son col et l'uretere gauche ;
il juge que le trecart est entré dans la
vessie par les urines qui coulent le long
de la goutiere de la canule ; alors il retire
le poinçon de quelques lignes afin
que sa pointe n'excede pas le bout de
la canule , il glisse dans la goutiere de
certe canule un couteau un peu long ,
mince et tranchant d'un côté. Avec ce
couteau il fait d'abord une incision le
long du muscle érecteur de bas en haut,
puis il incise la vessie dans une étendue
plus ou moins grande , et il juge de cette
érenduë par la grosseur du jet d'urine
qui en sort. En retirant le couteau
du dedans au- dehors , il étend l'incision
des tegumens autant qu'il le croit
nécessaire ; il ôre le couteau et glisse
encore à la faveur de la goutiere de
la canule , un gorgeret dans la vessie ,
sur
JUILLET. 1936. 1555
sur le gorgeret une tenette , et enfin tire
la pierre.
M. Foubert s'est préparé à cette Opé
ration par un grand nombre d'épreuves
faites sur des cadavres , en présence de
plusieurs de ses Confreres , et ensuite il
l'a entreprise sur les vivans ; sçavoir , en
1731. sur un jeune homme de 14 ans
qui fut guéri au bout d'un mois , en
1732. à Soissons , sur un autre de 17.
ans qui fut guéri en 18. jours . La mê
me année , sur un hommie de 60. ans ,
qui fut guéri en six semaines . En 1735 .
sur un garçon de 28. ans , à qui il tira
une pierre murale fort grosse , et qui
fur guéri en 36. jours ; enfin cette année
1736. sur un jeune homme de 18 .
ans , dont la Cure a été difficile , et sur un
autre de 17. ans , qui a été guéri en trois
semaines .
M. Foubert avoue qu'une de ces dernieres
opérations fut laborieuse , et dit
que la vessie n'étant pas assés pleine , il
fut obligé , pour achever l'operation ,
d'avoir recours à une Sonde canelée
conforme à celle qu'employoit M. Rau.
M.Garengeot donna ensuite l'histoire d'une
Taille laterale qu'il a faite avec succès à
Mantes en 1733. Par les recherches que
M. Garengeot , et M. Quesnay avant lui ,
D vj avoien
1556 MERCURE DE FRANCE
avoient faites avec la sonde dans la vessie
d'un enfant de 7. à 8. ans , ils avoient en
quelque sorte soupçonné que la pierre
étoit enkistée. Les Observations des pierres
ainsi enkistées , qui se trouvent dans les
Auteurs , entr'autres celles de M.Houster,
avoient fourni à M. Garengeot des idées
qui le préparerent pour l'entreprise de
cette Opération , ensorte qu'il se tint
prêt à faire ce qui conviendroit . En conséquence
il fit l'incision latérale , en tei
nant lui - même la sonde canelée et introduisit
le gorgeret dans la vessie, et sur
le gorgeret son doigt , alors il toucha
deux pierres qui lui parurent être derriere
l'os pubis ; il tira aisément la
plus petite , mais il ne put ébranler
la plus grosse, qui faisoit résistance lorsqu'elle
étoit saisie avec la tenette ; ayant
porté une seconde fois le doigt dans la
vessie , il reconnut 1 ° . que cette pierre
étoit presque entierement envelopée
dans une poche particuliere. 2 °. que
cette poche étoit derriere l'os pubis et
contre la paroi anterieure de la vessie.
3 °. qu'elle étoit adhérante. 4 ° . qu'elle
étoit ouverte à l'endroit qui permettoit
de toucher la pierre . 5. que la vessie
étoit large , molette et saine.
Dans cet état il falloit faire une in
cision
JUILLET. 1736. 7557
4
cision dont on n'a pas besoin dans le cas
des pierres flotantes ; pour cela M. Gárengeot
porta le doigt index de la main
gauche dans la vessie , et il glissa sur son
doigt un bistouri étroit et convenable
jusqu'à une membrane qui résistoit au
toucher , et qui formoit une espece de
bourlet à l'ouverture du sac ; ayant fait
une incision de quelques lignes à ce
bourlet, il retira le bistouri pour détacher
avec l'index de la main droite les lambeaux
du sac , alors il sentit la pierre
dans une plus grande surface, raboteuse,
tenant encore assés pour résister aux
mouvemens qu'il lui donnoit pour l'ébranler
; persuadé cependant que l'obse
tacle principal à l'extraction étoit surmonté
, il eût continué son Opération ,
si l'état du malade l'eût permis . Il pric
donc le parti de le faire mettre dans
son lit , lui prescrivit les remedes nécessaires,
et trois jours après , ayant aper
çû que la pierre vacilloit , il la tira
sans beaucoup de peine ; elle étoit de la
grosseur et figure d'un oeuf de poule ;
le malade jouit actuellement d'une bon
ne santé.
M. Puzos termina la Séance par la
lecture d'un Memoire sur les Dépots
laiteux qui arrivent aux femmes , tant
dans
1558 MERCURE DE FRANCE
dans les grossesses , qu'après les accouchemens
; il donne des regles pour con
noître ces sortes de dépots , et les moyens
qui lui ont le mieux réussi pour les guérir
; mais avant que d'entrer en matiere ,
M. Puzos crut devoir expliquer quelles
sont les causes des dégoûts , des vomissemens
, des anéantissemens et des goûts
dépravés qu'ont ordinairement les femmes
dans le commencement des grossesses.
Après avoir expliqué ces causes , il
établit que l'humeur laiteuse domine
dans le sang des femmes enceintes par
plusieurs preuves , dont les principales
sont que la couleur du sang des femmes
grosses differe de celles du sang des femmes
qui ne le sont pas , et que l'on remarque
sur le sang dans la palette un
mêlange de vert et blanc , qui n'est autre
chose que certe humeur laiteuse ou
chileuse , plus legere que la partie rouge.
La seconde preuve est qu'il sort souvent
du lait des mamelles des femmes
grosses , et si l'enfant périt dans la matrice
, il s'échape en bien plus grande
quantité par ces parties. Enfin la troisiéme
est tirée des dépôts laiteux qui
se font même durant la grossesse.com/ne
après l'accouchement , ainsi qu'il va le
dire.
Après
JUILLET. 1736. ISS
Après avoir prouvé qu'il y a du lait
ou une surabondance de chyle dans le
sang des femmes grosses , il passe aux
maladies que le lait peut causer. Les unes
ne font point de dépots sensibles , elles
se déclarent toujours dans les premiers
jours des couches , et se terminent en
un , deux , trois , quatre et cinq jours
ou environ ; il est rare que ces maladies
se continuent au - dela du neuvième .
M. Puzos fait remarquer la nécessité
de les distinguer de la fievre de lait ordinaire
il en donne les moyens et recommande
de ne point rester ; à l'égard
de ces maladies , dans la sécurité où l'on
est sur la fievre de lait , de craindre de
perdre un temps précieux qui ne se retrouve
plus quand l'inflammation est à
un certain degré ; les autres font des dépots
M. Puzos s'étend beaucoup sur
leurs differences , leurs causes , leurs si
gnes et leurs curations , il prétend avoir
trouvé des moyens aussi sûrs pour les
guérir , que le sont peu ceux que la Méde
cine employe pour les premieres , et
beaucoup d'Observations raportées dans
son Memoire , con firment ce qu'il avance.
La terminaison la plus heureuse de ces
dépôts est la résolution à laquelle on
parvient presque toujours quand on attaque
50 MERCURE DE FRANCE
taque la maladie dès son commencement,
et qu'on y employe des remedes tels
que ceux dont M. Puzos s'est toujours
servi avec succès ; mais si l'on perd du
temps pour n'avoir pas connu d'abord la
maladie , ou pour n'avoir pas employé les
remedes avec la promptitude qu'éxigent
ces dépots , tel qui auroit dû se dissiper
peu à peu , prend la voye de la supuration
, et s'il ne fait pas périr la malade
avant l'évacuation de la matiere ,
la guérison en est du moins très - longue.
L'Auteur raporte des exemples sur toutes
ces differentes terminaisons , entr'
autres , quatre guérisons de dépots laiteux
par résolution à des femmes grosses
, sans qu'elles ayent accouché avant
leur terme : une autre à une femme ,
qui , au bout de six semaines de couche
s'étant promenée et assise mal - à - propos
sur un gazon pour y chercher du frais ,
eut un dépôt horrible sur une extrémité
inférieures les grandes et promptes évacuations
, faites d'abord , dissiperent les
premiers accidens , le dépôt passa néanmoins
à l'autre jambe , mais elle fut
guérie par la continuation des remedes
ainsi que l'avoit été la premiere.
Ces Observations se trouvent suivies
de plusieurs autres d'une espece diffe.
rentes
JUILLET. 1736. 1560
tre ;
rente ; ce sont des dépots dans le venmanifestés
par des tumeurs très
grosses , qui tous ont été guéris par la
résolution , à l'aide des grandes saignées
et des remedes , dont les uns ont agi
par les selles , d'autres par les urines et
d'autres par des sucurs abondantes .
Après ces maladies guéries par la résolution
, vient l'histoire de pareils dépots,
qui , pour n'avoir pas été connus , ou
pour avoir été négligés dans le commencement
, ont pris la voye de la supuration
après un temps considerable et après
avoir causé des accidens sans nombre.
L'Auteur passe ensuite aux dépots qui
se forment à la superficie du corps. IL
a vû arriver à la peau des boutons qui
ont supuré, et qui étoient trois fois aussi
gros que ceux de la petite verole , laissant
après eux des marques qui ne se
sont effacées qu'un an après. D'autres
se sont déclarés sous la forme d'une teigne
laiteuse sur toute la partie cheve
luë de la tête , lesquels on n'a pû secher
qu'après six mois de remedes , ou à la
faveur d'une nouvelle grossesse. On voit
encore des dépots laiteux qui attaquent
le genre nerveux , ou qui gênent le cerveau
dans ses fonctions. Enfin M. Puzos
, persuadé que le lait feroit moins
de
1562 MERCURE DE FRANCE
de ravage si les femmes nourrissoient
leurs enfans , il les exhorte à prendre
ce parti , comme le plus sûr pour leur
conservation et le plus conforme aux intentions
de la Nature .
PRIX proposé par l'Académie de
Chirurgie , pour l'année 1737 .
Lrurgiepour prix de l'académieétoit
E Sujet proposé par l'Académie de Chi-
Déterminer le caractere distinctif des Playes faites
par armes à feu, et le traitement qui leur convient.
L'Académie ayant trouvé que ceux qui ont
répondu avec succès à la premiere Partie de la
proposition , sur le caractere distinctif des Playes
faites par armes à feu , ont trop legerement traité
la seconde , sur le traitement qui leur convient ,
n'a pas crû devoir- adjuger le Prix .
Une matiere aussi importante mérite bien
d'être aprofondie dans tous ses points . Comme
beaucoup de ceux qui auroient pû apuyer leur
théorie sur des faits de pratique interessans ,
étoient employés dans les Armées , et qu'un
temps plus tranquille poura leur permettre de
faire usage des matériaux qu'ils auront amassés
sur cela , l'Académie a jugé devoir proposer de
nouveau le même Sujet pour l'année 1737.
Le Prix sera double , c'est - à - dire , que celui
qui au jugement de l'Académie , aurà fait le
meilleur Ouvrage sur le Sujet proposé, aura deux
Médailles d'or , chacune de la valeur de deux
cens livres , ou une Médaille et la valeur d'une
autre, au choix de l'Auteur.
Ceux
JUILLET. 1736. 1563
Ceux qui ont composé en 1735. pouront
faire à leurs Memoires tels changemens , ou les
mettre sous telle forme nouvelle qu'ils voudront
, et les renvoyeront écrits de nouveau.
On prie les Auteurs d'écrire en François ou
en Latin , autant qu'il se pouta , et d'avoir attention
que leurs Ecrits soient fort lisibles .
Ils mettront à leurs Memoires une marque
distinctive , comme Sentence , Devise , Paraphe
ou signature , et couvriront cette marque d'un
papier blanc collé ou cacheté , qui ne sera levé
qu'en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ils auront soin d'adresser leurs Ouvrages , francs
port , àM. Morand , Secretaire de l'Académie
de Chirurgie , à Paris , ou les lui feron: remettre
entre les mains.
de
Les Chirurgiens de tous Pays seront adinis à
concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Le Prix sera délivré à l'Auteur même , qui se
fera connoître , ou au Porteur d'une Procuration
de sa part ; l'un ou l'autre réprésentant la
marque distinctive , avec une copie nette dy
Memoire.
>
Les Ouvrages seront reçûs jusques au dernier
jour de Décembre 1737. inclusive ment et PAcadémie
à son Assemblée publique de 1738. qui
se tiendra le Mardy d'après la Trinité , procla
mera la Piece qui aura mérité le Prix.
RONDEAU
4584 MERCURE DE FRANC
RONDEAU
Adressé de Bretagne à une Dlle , nomméa
FELICI
FELICITE' .
ELICITE' , que vous êtes charmante !
Que j'aime en vous cette image vivante
D'une vertu , d'une beauté sans fard ,
Qui par le vrai , sans le secours de l'Art ,
Va droit au coeur , le ravit et l'enchante !
Sur tout d'une ame égale et bienfaisante ,
L'attrait vainqueur m'attache à votre char ;
Dans ces vertus je vois la plus touchante
FELICITE'.
Sur tous vos traits , la nature riante ,
Répand un sel , une grace piquante ,
Tout charme en vous , discours , geste , régard.
Agrez donc à jamais de ma part ,
Que vous servir fasse ma plus constante
FELICITA'.
Yo
1
3
A
V
EPITRE
JUILLET. 1569 1736.
EPITRE à la même , de la part du
même Cavalier , sur ce que dans la prémiere
lecture de M. de Marivaux , il lui
avoit trouvé plus d'esprit que de senti
ment.
Sur votre aveu , relisant Marivaux ;
Felicité , j'ai senti ce qu'il vaut.
Des tours heureux , du sentiment , de l'ame ş
Vices , vertus , indifference , flamme ,
Tout est frapé dans ses brillants portraits ,
Au coin du vrai , par d'admirables traits ,
Dont l'élegante et naïve peinture ,
Fait presque agir , et parler la nature ,
Et nul n'a sçû joindre plus finement ,
Avec l'esprit le noble sentiment.
Je reviens donc de mon erreur premiere
Sur Marivaux , et c'est à la lumiere
De votre esprit , dont le discernement ,
Et la justesse égale l'enjoüement.
Eh ! que ne puis- je içi sans vous déplaire
Avec l'Esprit peindre le caractere.
Je sçaurois bien sans être Marivaux ,
De votre coeur faire un charmant tableau ,
Et pénétrer jusqu'au fond de votre ame ,
Four y chercher la vertu qui m'enflamme
Mais vous louer c'est vous désobéïr 2
566 MERCURE DE FRANCE
Je le sçais trop au moins puis -je obtenir ,
Qu'en vous trouvant ce bien si désirable ,
Ce vrai , sans quoi rien de beau , d'estimable ,
Par vous l'aspire à la Felicité ,
Que m'offre en vous l'aimable Verité.
Les mots des Enignes du Mercure de
Juin , premier Volume , sont le Rasoir ,
Penna , et ceux des Log gryphes sont ,
Maine , Rocambolle ; On trouve dans le
premier, Main , An , Mai , Mine , Jean,
Ane , Mi , Mein , Aine , Mic , Ami ,
Ame , Amen , et Manie ; On trouve dans
le second , Crabe , Rable , Rome , Orle ,
Amble , Ame , Carme , Marc , Bloc , Marolle
, Cable , et Bec.
Le mot des deux Enigmes du second
Volume de Jin , est , Cizeaux. On a
dû expliquer les Logogryphes par Pampelune
, Trouver , Ortie. On trouve dans
le premier , Pape , Lune , Lampe , Ane ,
Epaule , Mule , Meule , Plume , Pan ;
Mal , Mâle , Melun , Nappe.
On trouve au troisième , Or , Rot ;
Rotie.
ENIGMA
JUILLET.
1736. 1567
jik sik siksik aikakakakakakakakakak
J
ENIGM E.
E suis d'une figure étrange , et fort bizare ;
Tête , et jambes sans pieds , mais deux maîtresses
dents ,
Quoique je n'en sois pas plus grasse , ni plus
rare ;
J'assiste volontiers aux démenagemens ;
Dût-on me soupçonner d'aimer beaucoup le
trouble ,
Je suis presque toujours avec gens à grand
bruit ;
Il faut qu'à cet endroit l'attention redouble ,
Je fais peu de fracas , et même pour la nuit,
Nos Messieurs les Filous me trouvent très- com
mode ,
Ce trait doit mettre à fin ma longue periode,
D. de Paris.
J
LOGOGRYPHE.
E suis nombreuse Compagnie ,
Je fais souvent parler les morts ;
Et suivant differens raports
1568 MERCURE DE FRANCE
On aplaudit , on jure , on crie ,
Deux tiers sont contre le silence ,
L'autre, contre la verité :
En mon Logís , plus qu'on ne pense.
L'un et l'autre est executé .
Tu verras un Terme , une Perle ,
Pere , Mere , Parent , et Merle :
La Mer qui donne tant d'effroi ,
Se trouve en plus d'un sens chés moi,
N
AUTRE.
Lecteur .
E disons mot ,
Observons un profond silence ;
On n'aime point un grand jazeur ,
Sur tout en fait de consequence.
Un Monosillabe
est mon nom :
Je suis chose bien desirable.
Mon oposé , n'est nullement traitable ;
Moi , tout court que je suis , ne tends qu'à
P'union .
Tranche mon chef , c'est un autre mystére ;
Je suis en bon François , Ville des Provenceaux.
Oui ; mais renverse moi , c'est en Latin sur
Terre ,
Autant que dans les Cieux , un des meilleurs
pivots :
Mon tout doit te fournir, dans le même langage,
Un des suplices de nos Saints.
U
JUILLET. 1736. 1736. 1539
Un mot en adjectif te donne femme sage.
Ce sont autant de mots Latins ;
Renverse-moi ce personnage ;
C'est un insecte , aimé de tous humaine
AUTR E.
Non , ce n'est point Padožie ;
Mais c'est Mantoüe ,
Lecteur , qu'il faut trouver ,
Dans les trois derniers mois de ton Calendrier
AUTR E.
NEaf lettres me font Militaire ,
Lecteur mon nom est général
Me deviner , est ton affaire ;
M'attraper n'est pas un grand mal.
Je porte
de l'ail dans mon ventre,
A mes cotés un bon baton ,
Qui ne peut à qui chés nous entre ,
Faire aucune contusion.
Une Ville connue en France :
Ce qui prévient un Sacrement ;
Des Riches la réjouissance ,
Ce qui nous lie sans serment.
Une grosse mouche piquante ;
Un homme du vieil Testament ;
1
A
570 MERCURE DE FRANCE
Une femme en ce temps vivante ;
Ce qu'en marge on voit bien souvent,
Une défectueuse piéce ;
Mot Anglois autant que François ;
Un noble Jeu de la jeunesse ;
C'en est assés pour cette fois .
AUTRE..
MA premiere moitié me fait un Diet
Champêtre ;
Ma derniere endurcit l'écume de la Mer.
Quel penses-tu , Lecteur , que mon total doive
être ?
Une Ville assés près d'un soupirail d'Enfer.
NOUVELLES LITTERAIRES,
P
DES BEAUX ARTS, &c.
RINCIPES DE L'HISTOIRE
pour l'Education de la Jeunesse , par
années et par leçons , à l'usage des Colleges.
Premiere Année. Par M. l'Abbé Lenglet
Du-Fresnoy , in 12. Paris 1736. , ' chés
de Bure l'aîné, Quay des Augustins.
On prend beaucoup plus de soin aujourd'hui
I
JUILLET. 1736. 1371
jourd'hui de former la Jeunesse , que
l'on ne faisoit autrefois ; comme il semble
que les esprits deviennent de jour
en jour plus prématurés , on a raison
de se servir de ces heureuses dispositions
pour avancer les jeunes gens dans les
Etudes , et les rendre capables de bonne
heure de s'apliquer aux Affaires , ou
d'entrer dans les Charges. Depuis plus
de 20. ans on a rectifié tout ce qui regarde
l'éducation de la Jeunesse. On ne
Paplique pas seulement à la science des
mots , on cherche encore à lui donner le
goût des choses utiles et necessaires . C'est
ce qui a produit beaucoup de bons Livres
à la portée des Jeunes gens.
Il manquoit une Géographie succinte ,
M. l'Abbé Lenglet Du- Fresnoy l'a donnée
dans la Géographie des Enfans , qu'il
a publiée au commencement de cette
année , et qu'on réimprime actuelle
ment.
Le même Auteur continue l'Histoire
sur le même Plan , qui est goûté du Public
, parce que rien ne détermine tant la
mémoire des Enfans que la forme des
Demandes et Réponses. Leur imagination
est fixée par la Demande , et ils trouvent
une sorte de soulagement dans la
juste niesure de la Réponse , qui n'est ni
E ij trop
1572 MERCURE DE FRANCE
trop longue , ni trop courte. Les natures
d'Histoires que M. l'Abbé Lenglet traite
dans ce Volume , sont , l'Histoire Sainte
de l'Ancien Testament , avec celles d'Egypte
,d'Assyrie , et de Perse.
Quoique l'Histoire Sainte ait déja été
mise en forme de Demandes et de
Réponses , on ne l'avoit pas fait cependant
avec autant de précision , sans néanmoins
rien obmettre des faits essentiels.
Pour les autres Histoires marquées dans
ce Volume , elles n'avoient pas encore
été mises dans cette forme . Ainsi les Jeunes
Gens qui aprendront cette portion
d'Histoire, ne seront pas étonnés quand
ils entendront parler des Royaumes d'Egypte
et d'Assyrie. Ils en sçauront , en
entrant dans le monde, ce qu'on ne doit
pas en ignorer , et dans le besoin ils auront
lieu de s'avancer dans la connois
sance de ces Histoires par les Instructions:
que l'Auteur met à la fin de chaque nature
d'Histoire qu'il a traitée ; et ces Ins
tructions peuvent tenir lieu d'une Méthode
abregée pour aprendre ces Histoires
dans un plus grand détail .
M. l'Abbé Lenglet qui publie ce Velume
pour la premiere année d'éducation
, ou sixième Classe des Colleges, con
tinuera à faire imprimer les cinq années
qui
JUILLET. 1738. 1973
qui suivent , et qui formeront un corps
d'Histoire universelle , jusqu'à ces derniers
temps , où tous les faits principaux
seront rapellés.
Les Libraires qui impriment cet Ou-
Evrage , et qui vont en faire paroître la
continuation , avertissent le Public , que
pour concourir de leur part au bien de
l'éducation , ils se contenteront d'un
gain modique , et qu'ils donneront ce
Livre et les suivans au meilleur marché
qu'il leur sera possible.
PARAPHRASES sur le Psaume 118;
ou Reflexions Morales d'une Ame qui
s'éleve à Dieu à chaque Verset de ce beau
Cantique , pour entrer dans le veritable
sens , et s'en faire à soi - même une apli
cation salutaire .
Ouvrage très- utile aux Personnes Ecclésiastiques
et Religieuses , obligées par
la sainteté de leur état de reciter les Heures
Canoniales , où l'on trouvera de quoi
s'entretenir amoureusement avec Dieu ,
et à psalmodier dans un parfait recueillement
d'esprit et de coeur. Dediées à
son Altesse Madame de Rohan , Abbesse
de l'Abbaye Royale d'Origny- Sainte-
Benoîte . Par le R. P. Jean - Chrysostome de
Bethune , Prêtre, Capucin. A Paris, chés
E iij
De
· 1574 MERCURE DE FRANCE
·
De- Lusseux , Imprimeur Libraire de
Monseigneur le Dauphin , rue et Porte
S. Jacques 1736. in 12. de 288. pages,
sans l'Epître Dédicatoire , et l'Avertissement.
La matiere de ce Livre paroît excellente
dans les Reflexions , le stile est
tendre et affectueux , propre à convertir
les Pecheurs , et à fortifier les Justes dans
la vertu .
REVELATIONS CABALISTIQUES d'une
Medecine universelle , tirée du vin ,
avec une maniere d'extraire le Sel de rosée
; et une Dissertation sur les Lampes
Sépulchrales , in 12. Par M. Gosset ,
Medecin à Amiens. A Paris , chés de
Bure , le Pere, Quay des Augustins , à Sa
Claude.
BIBLIOTHEQUE DES AUTEURS ECCLE
SIASTIQUES , du dix huitième Siècle ,
pour servir de continuation à celle de
M. Dupin. A Paris , chés Pralard , à
l'Occasion , et Quillau, à l'Annonciation ,
1736. in 8 °. 2. Vol. Tom. I. pages 672.
Tom . II . pages 648. sans la Préface et les
Tables.
JOURNAL des principales Audiences
du
JUILLET. 1736. 1575
du Parlement , avec les Arrêts qui y ont
été rendus , et plusieurs Questions et Reglemens
, placés selon l'Ordre des temps ,
depuis l'année 1700. jusqu'en 1710. Par
M Nicolas Nupied , Avocat au Parle
ment , 1736. in fol. A Paris , chés Sau
grain , Fils , Grand'Salle du Palais , à la
Providence.
Ce Volume qui est le cinquième de la
nouvelle Edition du Journal des Audiences
, fait le sixième de l'ancienne Edi
tion .
ANALYSE de plusieurs Polychrestes
Ultramarins , leurs Usages et Proprietés,
qui explique les differentes especes de
Bezoarts , tant Orientaux , Occidentaux ,
que Composés ; leur Formation , la maniere
de les connoître et de les distinguer,
les Maladies où ils sont propres , et leur
dose avec des Remarques sur plusieurs
Simples efficaces des Regions éloignées
de nôtre Hemisphere. Par M. L. J. C.
D. C. A Paris , chés Musier , Quai des
Augustins , du côté du Pont S. Michel , à
POlivier , 1736. in 12. de 105. pages.
C'est avec raison que
l'Auteur espere
que le Public lui aura obligation des soins
qu'il s'est donné dans les Pays Etrangers ,
pour lui procurer des soulagemens et
E iij
des
1576 MERCURE DE FRANCE
des remedes dans les Maladies les plus
perilleuses.
Les Operations qu'il a faites pour parve
nir à une connoissance certaine de la For
mation du Bezoart , de ses Proprietés
et de distinguer le vrai du faux ; outre
qu'elles font connoître son goût pour la
Physique , elles font l'éloge de son zele
pour le bien public. Il donne avec précision
les moyens d'avoir ces remedes
precieux , en désignant les lieux où ils
se trouvent , leur valeur , leurs vertus
et leur doze , pour chaque Maladie.
La Description qu'il fait de la Pierre de
Candar, où Pierre carrée , ( qui n'est
pas inconnue aux Curieux , ) est trèsutile
par des qualités que l'on n'avoit
pas encore découvertes en cette Pierre ,
et qu'il manifeste .
L'explication du Chancre d'Aynon ,
peu ou point connu en nos Climats , of
fre à la Medecine une nouvelle Décou
yerte ; ainsi que le moyen qu'il donne
de connoître la Pierre de Serpent de Dio
de distinguer la vraye de la fausse , rendra
l'usage de cette Pierre plus certain
et son mérite plus recherché.
Son examen sur la Féve , nommée du
nom du Patriarche des Jesuites , guérira
les scrupules de ceux qui ont oui parler
des
JUILLET. 1577 7 1736.
des préjugés que les Naturels du Pays
ont sur ce fruit , et facilitera un remede
à plusieurs Maladies .
Les connoissances nouvelles qu'il don
ne de la Pareira brava , augmentera de
beaucoup le crédit qu'elle a.
Le Coco -de- Maldive , qui est si rare ;
poura devenir plus commun , et trèsutile
au Public par la Description que
l'Auteur en fait , et les Proprietés qu'il
lui attribue.
Sa Dissertation sur la matiere de l'Ambre-
gris , mérite l'attention des Physiciens
; ce qu'il en dit paroît probable ,
fa maniere avec laquelle il refute l'opinion
de ceux qui en ont parlé avant lui , est
très-modeste ; les combinaisons de son
raisonnement , avec l'experience , parois
sent convainquantes , et la notion qu'il
donne des Proprietés de l'Huile qui en
est tirée , d'une grande utilité.
Il termine son Ŏuvrage par l'explication
qu'il fait de la Corne de Licorne, en prouvant
évidemment le faux de ce Cheval
bien moulé , avec une corne au milieu du
front , dont la fiction des Poëtes, des Pein
tres ,et de quelques Voyageurs peu exacts,
ont abusé de la crédulité de plusieurs personnes
et en faisant connoître quelle
est la Corne à laquelle proprement ce
Ev nom
1578 MERCURE DE FRANCE,
nom convient ; après avoir prouvé que
celle du Poisson, nommé Empereur , n'est
celle à laquelle on doit l'attribuer . pas
Il y a plusieurs simples que l'Auteur
analyse dans cer Ouvrage auquel on
renvoye le Lecteur ; il y trouvera de quoi
s'amuser , s'instruire , et profiter , sur
tout pour ceux qui sont amateurs de la
Physique naturelle, et de la Medecine .
MEMOIRES de M. le Marquis de
Fieux , par M. le Chevalier de Mouby ,
troisiéme Partie. A Paris , chés Antoine-
Gregoire Dupuis , Grand'Salle du Palais
au S. Esprit , 1735. in 12 .
SYSTEME
DE LOGIQUE abregé
son Auteur , avec une Préface sur
Para
l'usage et l'abus des abregés . Par M. de
Crousas , à Lausane, chés Jean Zemmerli
1755. in 12.
C
DISSERTATIONS du P. E. Souciet
de la Compagnie de J. Tom. III . contenant
l'Histoire Chronologique de Pytho
doris , Reine de Pont , de Polemon I
son Mari , et de Folemon 11. son Fils,
2º. L Histoire Chronologique des Rois
du Posphore Cimmerien & c . A Paris ,
chés Rollin , le Fils , et de Bure , l'aîné ,
Quai
JUILLET. 17 : 6. 1579
Quay des Augustins , 1736. vol. in. 40.
de 87. pages.
PROJETS PROPOSE'S pour la réfor
mation des Coûtumes d'Artois, autorisés par
les Conferences des Coûtumes voisines , les
Maximes du Droit Coutumier , et les Ordonnances
; avec des Reflexions et Disser
tations importantes , suivies de quelques
Arrest et Declarations sur divers sujets..
Par T. Brunel, Avocat en Parlement.
Ouvrage in 8 °. Imprimé à Dinay , chés
Willerval , au S. Esprit ; et se vend à
Paris , chés Cavelier , ruë S. Jacques , au
Lys d'or, 1735.
t
Cet Ouvrage paroît fort utile , nonseulement
pour l'Artois , et Pays circonvoisins
, parce qu'il renferme une espece
d'Institution Coûtumiere sur les
Usages de ces Pays en particulier , mais
encore pour d'autres Pays de Coûtumes ,
comme contenant les Regles du Droit
François en général sur les principales
Matieres du Droit Coûtumier , suivant
lequel les Coûtumes d'Artois doivent
s'interpreter. C'est pourquoi ces Matieres
s'y trouvent méthodiquement expliquées
dans leur ordre naturel , par des Kegles
apuyées sur les Maximes tirées des Coûtu
Evj mes
1580 MERCURE DE FRANCE
les mieux redigées , et de la plus saine
Jurisprudence.
L'Auteur de cet Ouvrage renvoye
souvent à un autre Ouvrage qu'il a aussi
donné au Public en 1724. Intitulé
Observations notables sur les Regles et
Principes du Droit Coûtumier , touchant
Les Matieres les plus importantes , &G
Imprimé à S. Omer , chés Fertel , et se
vend aussi à Paris , chés ledit Gavelier.
Entre les Matieres contenues dans ces
Ouvrages , celle des Propres s'y trouve
traitée avec beaucoup d'étendue , et en
même temps reduite aux vrais principes
nonobstant la grande varieté d'opinions
et de Jurisprudence , y remarquée .
TRACTATUS de Sacramentis ad
usum Seminariorum. 3. Vol. in 12. Paris.
Apud viduam Florentini de Laulne , via
Jacobea , sub signo Imperatoris. M. DCC.
XXXVI.
C'est un Oeuvre posthume de Mi
l'Herminier , si connu pour les Matieres
de Théologie. La réputation de cet Auteur
assûre assés le mérite du Livre , sans
qu'il soit besoin d'en donner d'extraits.
Nous nous contenterons de rassembler
ici à cette occasion tous les Ouvrages de.
ce Sçavant Maître. Son
JUILLET. 1736. 7581
> Son Traité des Attributs de la Sainte
Trinité , et des Anges , est celui qu'il miť
le premier au jour. Differens Traités
touchant les principaux raisonnemens
de la Théologie ont paru ensuite , et cet
Ouvrage a été si bien reçû du Public ,
qu'on en a multiplié les Editions. On a
encore de lui une Lettre intitulée : » Lettre
d'un Docteur de Sorbonne à un
*jeune Abbé , en forme de Dissertation ,
où l'on examine quelle sorte de dis-
» tinction il faut admettre entre les At-
> tributs de Dieu. » En 1709. il publia
son Traité de l'Incarnation , et celui de ta
Grace , et de la Justification ; celui des
Actions humaines , et des Loix ; un autre ,
touchant les Péchés , et le dernier qui
parut de son vivant , touchant la Foi
l'Esperance , et la Charité , furent mis au
jour les années suivantes.
Une grande netteté , une simplicité
majestueuse soutenue de la solidité des
raisonnemens , fondés sur une Doctrine
pure et reglée , font le principal mérite
de ces Ouvrages.
On les trouve tous chés la veuve De
laulne , ruë S. Jacques, à l'Empereur.
HISTOIRE OU DESCRIPTION GE'N'ER ALE
du Japon , où l'on trouvera tout ce
qu'on
84 MERCURE DE FRANCE
premier Livre , qui contient l'Histoire
naturelle , et certaines Descriptions qui ,
n'ont point proprement de place mar
quée. Le neuvième et dernier, est rempli
par un Catalogue raisonné desAuteurs qui
ont écrit sur le Japon ; par les Fastes Chro
nologiques de toutes les découvertes et
des principaux Etablissemens qui ont été
faits par les Européens , depuis le milieu
du quinziéme Siéclejusqu'à present , dans
l'Asie , l'Afrique , et l'Amerique , et
par une Table générale des Matieres , qui
paroit faite avec beaucoup de soin.
LA VIE DE SAINT PAUL , Apô
tre des Gentils , et Docteur de l'Eglise ,
éclaircic par PEcriture Sainte , par l'His.
toire Romaine , et par celle des Juifs. A
Paris , chés Delespine , le Fils , ruë Saint
Jacques , à la Victoire , 3. Vol. in 12
Prix , 7. liv . relié.
HISTOIRE de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres ; avec
les Mémoires de Litterature , tirés des
Regitres de cette Académie , depuis l'année
1731. jusques et compris l'année
1733. Tomes IX. et X. A Paris de l'Im,
primerie Royale , 1736. in 4 ° . 2 Vol .
Tom. I. de 260. pag, pour l'Histoire
de
fme
JUILLET, 17366 1585
'de 450. pag. pour les Mémoires . Tome
11. de 751. pag. Planches détachées ,
XVIII.
RETHIMA , ou la Belle Georgienne
, Histoire veritable ; cinquième Partie.
A Paris , chés Musier , Pere , Quay des
Grands Augustins , à l'Olivier.
On donnera incessamment la sixième
et derniere Partie de cet Ouvrage , qui a
été goûté du Public.
TRAITE' des Principes de la Foy
Chrétienne , chés Guillaume Cavelier
ruë S. Jacques , 1736. 3. Vol. in 12 .
NOUVEAU LIVRE D'EGLISE ,
reformé suivant le nouveau Breviaire de
Paris , contenant l'Office des Dimanches
et Fêtes de l'Année , avec les
Pseaumes et les Cantiques de l'Eglise ,
en Latin et en François , à l'usage de
Rome et de Paris , 1736. A Paris , chés
Lamesle , Valleyre , et Gissey , tuë de
la Vieille- Bouclerie , Lottin , ruë Saing
Jacques , et Quillan , rue Galande.
HISTOIRE DU THE'ATRE FRANÇOIS ;
depuis son Origine , &c. A Paris , chés
fe Mercier , tuë S. Jacques , et chés Flabank
1585 MERCURE DE FRANCE
bauit , au Palais , 1735. Tome second .
Nous allons donner encore un Extrait
de ce second Volume , qui le mérite
bien par les choses interessantes qu'il
contient . Nous le commencerons par le
Catalogue Chronologique et Extraits des
Mysteres , depuis leur origine jusqu'en
1548. qu'ils furent suprimés.
Mystere de la Passion , en 1380. représenté
sur le Théatre construit dans une
Salle de l'Hôpital de la Trinité à Paris.
Long- temps après , Jean Michel , Foëte
et Médecin d'Angers , entreprit de
faire quelques changemens à ce Mystere,
qui fut joué à Poitiers et à Angers au
mois de Juillet et d'Août 1486. avec
beaucoup de magnificence. Le bruit des
préparatifs que l'on fit pour cette der
niere Représentation , attira des Spectateurs
de toute la France ; les personnes
les plus qualifiées d'Angers , y voulurent
jouer un Rôle. Le Doyen de saint
Martin y représenta celui de JESUS ,
et l'on croit que Jean Michel fit celui
de Lazare. Les Acteurs changeoient de
Rôle à chaque journée.
Le Théatre étoit construit au bas des
Halles. Il y avoit cinq Echaffauts à plusieurs
étages , couverts d'ardoises ; le Paradis
, qui étoit le plus élevé , contenoit
deux étages, On
JUILLET. 1736. 1987
On employa quatre jours à la répetition
de ce Mystere , et autant à le représenter.
Le premier jour de la Représentation
on célebra une grande Messe
dans le lieu même , et l'on trouve dans
les Registres de la Cathédrale d'Angers ,
qu'on fut obligé d'avancer la grande
Messe et de retarder les Vêpres , afin
que les Chanoines et les Chantres pussent
assister à cette fameuse Représen
tation .
Dans le compte rendu à la Nation
d'Anjou en 146. par Jean Binel , Maire
d'Angers , et depuis Professeur de Droit,
on trouve la somme à laquelle monta
la dépense que cette Nation fut obligée
de contribuer pour sa part. Pro Miste
rio Passionis Jesu Christi Anno presentis
computi , Andegavi per personagia manifestato
, data fuit , ex parte Nationis , summa
decem librarum , ad onera hujusmodi
Misterii supportanda.
MYSTERE DE GRISELIDIS , Ou Histoire
de la Marquise de Saluces , & c. 1395 .
Mystere de la Résurrection , l'an 1400 ,
Mystere de la Conception , 1404 .
Mystere du Vieil Testament , 1406.
La Création du Ciel , de la Terre et
des Anges , d'Adam et d'Eve , du Délude
la Tour de Babel , d'Abraham ..
de
1988 MERCURE DE FRANCE
de Melchisedech et de la délivance de
Loth. Dans ce Mystere , Sara fâchée de
n'avoir point d'Enfans , propose à son
Mari de prendre Agar , pour se procurer
un heritier. Abraham y consent , et
Sara ayant tiré cette fille à part , lui dé
clare son intention et lui ordonne d'obéïr
sans réplique.
SARA.
Accomplissez à son désir
Obtemperez à sa demande.
Se quelque chose vous commande ,
Gardez - vous bien de l'esconduire.
Agar lui promet une pleine soumis
sion .
De la destruction de Sodôme et Go
more.
Du Sacrifice d'Abraham. Ce Mystere
fuit joué à Paris à l'Hôtel de Flandres,
devant le Roy François I. en 1539. Ex
voici un fragment.
Abraham.
Aditu , mon Fils.
Isaac.
Adieu , mon Pere
Recommandez - moi à ma Mere ;
Jamais je ne la reverrai.
Abraham
JUILLET. 1736.
Abraham.
Adieu , mon Fils.
Isaac.
Adieu , mon Pere ;
Bendé suis , de bref je mourrai.
Le Mariage d'Isaac et de Rebecca .
Comme Jacob et Esaü furent nés. Com
ment Isaac bailla la benediction à Ja
cob au lieu d'Esau .
De la Servitude de Jacob , & c.
De Joseph , qui exposa les Songes , et
de sa vendition .
De Pharaon , Roy d'Egypte , et de sa
cruauté. De la Nativité de Moyse, &c .
Du Buisson ardent. De la Mer Rouge ,
où passerent les Enfans d'Israël , et de
la mort de Pharaon .
De Samson le Fort ; de Samuel , du
Regne de Saul ; de Goliath.
De la Mort de Saül , et du Regne de
David , lequel aprenant la mort d'Ab
salon , s'exprime ainsi .
Mon fils Absalon ,
Absalon , mon fils
>
Las perdu t'avon ,
Mon fils Absalon
Il faut que soyon

1590 MERCURE DE FRANCE
En grief deüil confis ,
Mon fils Absalon ,
Absalon , mon fils.
Du Regne de Salomon; de ses Jugemenss
de la Reine de Saba.
Suivent l'Histoire de Job ; de Tobie ;
le Livre de Daniel ; l'Histoire de Suzan
ne ; de Judith ; d'Esther ; d'Octavien et
des Sibilles. Mystere de sainte Catherine.
Mystere de la Vengeance , en 4. journées .
Mystere de la Sainte Hostie.
Mystere des Actes des Apôtres ; le Cri
ou Proclamation et annonce pour la Représentation
de ce Mystere , est curieuse
à lire. Elle fait concevoir une grande
idée de la pompe et de la magnificence
de ce Spectacle. On lit ensuite l'Extrait
de ce Mystere, en neuf Livres. Il est terminé
par le Te Deum , ainsi que la plû
part de ces anciennes Pieces Dramatiques.
L'Acteur qui finissoit l'entonnoit ,'
et les Orgues et les Spectateurs achevoient.
Dans les entr'Actes , les pauses ,
et lorsque les Acteurs cessoient de parler
, les Menestriers ou Joueurs d'Instrumens
et les Orgues , amusoient les
Spectateurs.
La Destruction de Troyes , Mystere divisé
en 4. journées , qui peut contenir
environ
JUILLET. 1736. 1591
environ quarante mille Vers . Comme les
journées étoient fort longues , on faisoit
une pause vers le midi , pour avoir le
temps de dîner , et on continuoit la Représentation
à deux heures jusques vers
T'heure du souper.
Mystere du Trépassement de Notre- Dame.
Du Roy Advenir , en 3. journées.
De l'Incarnation et Nativité de N. S. J. C.
en deux journées , contenant environ
vingt mille Vers. Prologue De Balaam,
en deux journées. De la Résurrection , en
trois jours , contenant environ vingt
mille Vers. De Job , d'environ 7 mille
Vers. De la France , composé sous Louis
XI . De Sainte Barbe , en 5. journées ,
contenant environ 25. mille Vers . De
S. Denis , en trois journées , & c. De
S. Dominique , à 36. personnages , d'environ
2000. Vers. Du Chevalier qui don
na sa femme au Diable , à dix personnages
, environ 1400. Vers. De l'Assomption
, à 38. personnages. De sainte Marguerite
, à 44. personnages . De Notre- Das
me du Puy, à 35. personnages , Le Triom
phe des Normands , traitant de l'Immaculée
Conception , en rimes , par Personnages.
Mystere de Jovinien ; de l'orgueil
et présomption de cet Empereur
19. Personnages . De S. Pierre et S. Paul,
592 MERCURE DE FRANCE
cent Personnages , d'environ 20 mille
Vers ; ce Mystere finit le second Volume
. Nous aprenons que le troisiéme va
paroître.
DESCRIPTION de la Ville et des Environs
d'Orleans, avec des Remarques Historiques,
I. vol. in 8.A Orleans , chés François Rouzeau,
Imprimeur du Roy , de S. A. S. M. le
Duc d'Orleans , et de la Ville , ruë sainte
Catherine , M. DCC . XXXV I. Et se trouve
à Paris , chés R. M. Despilly , ruë
S. Jacques.
Cet Ouvrage paroît d'abord n'interesser
qu'un petit nombre de Lecteurs. C'est
une Description purement Topographique
de la Ville d'Orleans , de ses Fauxbourgs
et de ses Environs. On y voit les
divers accroissemens que cette Ville a
reçus à deux reprises principales ; 1 ..
sous le Regne de Philipe de Valois , qui en
forma la seconde enceinte ; 2 °. sous ceux
de Louis XI. de Charles VIII. et de
Louis XII. auxquels elle est redevable
de la derniere.
Une pareille Description semble ne
devoir flater le goût que des seuls Orleannois.
Si l'Editeur s'étoit contenté
d'en faire part au Public dans l'état où
elle étoit sortie des mains de l'Auteurs
on
JUILLET. 1736. 1593
été en ne pouroit nier
que ce n'eût pas
trop la peine de l'imprimer; mais comme
il est arrivé à la Ville même , qui n'étoit
que fort peu de chose dans ses premiers
commencemens , de croître et de s'embel
lir par succession de temps , laDescription
de la Ville , qui n'étoit dans sa naissance
, pour ainsi dire , qu'un corps maigre
et décharné , vient de gagner aussi par
les soins de celui qui s'est plû à le nourrir
, non seulement de la chair , mais
encore du suc et de l'embonpoint . C'est
ce qui en fait maintenant tout le mérite.
La Description qui n'auroit gueres pû
se faire lire que dans l'enceinte de la
Ville d'Orleans , est aujourd'hui en état
de plaire à tous les Amateurs de la Geographie
, sur tout à ceux qui font leur
étude particuliere de la Géographie Historique
et de nos Antiquités.
Il est vrai que Dom Toussaints du
Plessis , Auteur de cette Description , ne
l'avoit destinée que pour la mettre à la
tête d'une Histoire d'Orleans , à laquel
Dom Toussaints du Plessis , Benedictin de la
Congrégation de S. Maur , Auteur de plusieurs
Ouvrages Historiques , qui ont été bien reçus du
Public. Il travaille actuellement à l'Histoire Generale
du Diocèse de Rouen , c'est- à- dire , à la Partie
la plus importante de l'Histoire de Normandie.
Fla
594 MERCURE DE FRANCE
le il travailloit pendant le séjour qu'il
a fait en cette Ville. Dans ce dessein
comme le remarque l'Editeur , elle devoit
être simple et ne servir , pour ainsi
dire , que d'une Table Préliminaire qui
pût annoncer une partie des Sujets que
l'on alloit traiter. Aujourd'hui que cette
Description est détachée , et que rien de
ce qui devoit la suivre , selon le Plan de
son Auteur , n'a parû , il falloit l'accompagner
de Notes Historiques , qui ,
lui donnant plus d'étendue , pussent aussi
servir à l'éclaircir et supléer en quel
que maniere à ce qui lui manquoit.
M. Polluche , Auteur déja connu par
plusieurs Dissertations sçavantes sur les
Antiquités Romaines et sur quelques
points de notre Histoire , s'est chargé
de ce travail ; et , ce qui ne lui convenoit
pas de dire , on le dira ici hardiment
sans crainte d'être démenti par le Lecteur
judicieux et intelligent , il a réüssi
parfaitement. On s'attendoit cependant
à trouver à la page 15. dans la Note qui
regarde la Bibliotheque publique de Bonne-
Nouvelle, les noms des Bibliothequaires
qui en ont eû le soin depuis son établissement
jusqu'à présent . Il faut croire
que le sçavant Editeur a eû ses raisons
pour les passer sous silence . On va y
supléer
UILLET . 1735. 1595
2.
Supléer en deux mots. Il n'y en encore
eû que quatre ; sçavoir , Dom Philipe
Billoüet , mort dans le Monastere même
des Benedictins de Bonne- Nouvelle , le
Mars 1720. D. François Mery , mort
dans l'Abbaye de Macé en Berry , le 18.
Octobre 1723. D. Toussaints du Plessis
qui fut apellé ailleurs en 1726. er D.
Verninac, qui est actuellement en exer
cice.
Si un Ouvrage de cette nature étoit
susceptible d'Analyse , on se feroit un
plaisir , aussi bien qu'un devoir , d'en
tracer une ici sous les yeux du Lecteur.
Il faut lire l'Ouvrage entier , il est courts
et quand il seroit plus long , on ne per
droit pas son temps à le lire. L'Auteur
de la Description paroît avoir parlé avec
complaisance du Vignoble d'Orleans ;
et l'Éditeur prouve dans une de ses Notes
, que nos Kois Henry I. Louis VIL
et Louis XI. en faisoient leurs délices.
L'Article du Loiret , entr'autdés , est
curieux ; le voici.
La Source du Loiret est peut-être de
tous les environs d'Orleans , ce qui est
le plus digne d'exciter la curiosité des
Voyageurs , et on la regarde , avec justice
, comme une des merveilles de la
France. Cette Source , qui est à une lieue
Fj atl
1596 MERCURE DE FRANCE
au Sud Est de la Ville , a 16. toises ou
environ de circonference , et son bouil
lon ne jette gueres moins d'un poinçon
d'eau dans un quarré , dont chacun des
côtés a près de 9. toises de long. On en
sonda la profondeur en 1583. mais on
y employa 300. brasses de corde sans
pouvoir en trouver le fond . La Riviere
que cette Source produit n'a que deux
lieuës d'étendue et se jette dans la Loire
un peu au-dessous de S. Mesmin , ancienne
Abbaye de l'Ordre de S. Benoît,
possedée aujourd'hui par les Feüillans;son
cours est d'Orient en Occident ; au lieu
que celui de la Loire vers Orleans , décrit
un Arc qui monte de l'Orient au
Nord , et qui descend ensuite du Nord
à l'Occident. Le Loiret a ceci de remar
quable , qu'il ne gele jamais dans les hyvers
même les plus rudes ; ensorte que
les Moulins de la Loire devenant inutiles
, ceux du Loiret ne cessent pas de
travailler , ce qui est d'une extrême commodité
pour la Ville. Il n'y a pas jusqu'à
la Campagne des environs qui ne se
ressente de cet avantage. Le Loiret est
clair et froid en Eté ; mais en Hyver ,
plus le froid est cuisant , plus ses Eaux
fument de chaleur ; et cette fumée engraisse
les terres voisines , et les empêche
JUILLET. 1736. 1597
che de geler. Au reste cette Riviere est
large et profonde , et la Loire seule qui
suffic pour le commerce , l'empêche de
porter bateau. On y pêche Carpes , Brochets
, Perches , Anguilles , Birbeaux ,
Plyes , Saumons , et d'autres Poissons en
abondance. On le passe sur deux Ponts
de pierre , dont l'un est à Olivet , Village
situé vers le milieu de son cours ,
à une petite lieüe au Midy d'Orleans -
et l'autre auprès de l'Abbaye de S. Mesmin.
L'eau du Loiret est très - bonne à
boire le Duc de Pasterane , qui étoit
Ambassadeur d'Espagne en France en
1612. et 1613. en envoyoit chercher de
Paris toutes les semaines dans des barils ;
on la puisoit à la Source même , et il n'en
buvoit point d'autre .
M. Polluche a joint à cette Description
deux Memoires de sa composition .
Dans le premier il recherche en quelle
année la Discipline Monastique s'est introduite
dans l'Abbaye de S. Euverte
d'Orleans . Dans le second , il prouve que
Philipe de France , Fils de S. Louis , n'a
jamais eu la Ville d'Orleans en apanage ;
et tout cela est très - bien traité. Enfin
pour terminer ce petit Volume , on a
réimprimé avec quelques Notes , une
Dissertation que Dom du Plessis avoit
Fiij encore
1600 MERCURE DE FRANCE
que sa copie soit assés naïve pour les
convaincre des beautés de son modele.
Nous croyons cependant que les Sçavans
goûteront un vrai plaisir dans l'Ou
vrage de M. Richer , par la facilité qu'ils
auront de comparer l'Original avec la
copie. Si les suffrages des Lecteurs peu
vent le flater , ce sont , sans doute , ceux
des Lecteurs éclairés , seuls capables d'aprécier
un Ouvrage et de rendre justice
aux efforts qu'il a faits pour leur plaire.
Voilà pour ce qui regarde la Préface.
Elle est suivie d'une Vie de Virgile en
François , la plus complette qui ait encore
paru .
L'Auteur a tiré du P. de la Rue les
Epoques et l'arrangement des faits qui
concernent les Ouvrages du Poëte, et il a
pris dans Donat et dans divers autres Aud
teurs ce qui regarde le Portrait de Virgile,
ses Moeurs,ses Amis , ses Critiques ; c'est ce
qu'il faut lire dans le Livre même . Voici
comment M. Richer termine cette Vie.
Après avoir écrit l'Histoire des Ouvra-
» ges de Virgile et donné une juste idée
» de son caractere ... je ne puis mieux
» finir ce Tableau qu'en faisant men-
» tion des honneurs qu'il a reçus
a reçus dans
» le lieu de sa naissance . Ceux de Man-
» toüe sensibles à la gloire de leur
>
Conci
JUILLET. 1736. 1601
» Concitoyen , qui rajaillissoit sur leur,
Patrie , lui érigerent une Statue dans
» leur Ville; mais Charles Malatesta , Sei-
» gneur de Rimini , Gonfalonnier de l'E-
» glise Romaine , poussé par un vain
» Scrupule de Religion , la fit abattre il y
»a environ 3o. ans.On en a depuis élevé
une autre, à laquelle on a joint ridicules
» ment celle de Jean- Baptiste Mantoüan,
General des Carmes , Auteur d'Eglogues,
qui n'a rien de commun avec Virgile
, que la Patrie , et qui ne ressemble
» pás plus à ce Prince des Poëtes qu'un
singe ressemble à un homme parfait.
>>
"C
Nos Lecteurs attendent de nous , sans
doute , quelques échantillons de la Traduction
, à laquelle M. R. a fait plusieurs
Corrections dans cette nouvelle Edition ;
nous donnerons le commencement de
l'Eglogue IV. intitulée Pollion , page 93 .
» Muses , proposons
champêtres ;
-
nous des sujets moins
On est las d'écouter Tityre au pié des hêtress
Ou bien rendons du moins, en élevant la voix,
n Plus dignes d'un Consul, les Vergers et les Bois,
Par tes soins,Pollion, tout l'Univers tranquille ,
Touche à ces jours heureux , prédits par la Sy
bille ;
« L'ordre des temps renaît , et du séjour des
Dieux ,
FY Astrés
16oz MERCURE DE FRANCE
Astrée enfin revient habiter en ces lieux .
» Ce fameux siecle d'or dont ont joui nos Peres
» Recommence et met fin à toutes nos miseres ;
» Nous voyons cet Enfant que le Ciel a promis ,
» Couronné d'olivier dans le sein de Thémis .
Et plus bas
Auguste et tendre Enfant , à ta naissance il
lustre ,
» Tout se change à nos yeux , tout prend un nouveau
lustre ,
Et la Terre t'offrant ses premieres faveurs ,
»Jusques dans ton berceau t'a couronné de fleurs,

" La Chevre tous les soirs et sans qu'on la rapelle
,
Vient offrir au Berger sa féconde mamelle:
Les Brebis sans péril paissent sur les côteaux ,
Et le Loup moins cruel , laisse en paix , le
Troupeaux.
Il nous reste à parler des Poësies diverses
de l'Auteur ; elles consistent en
cinq Eglogues , cinq Odes , trois autres
Pieces de divers genres , et cinq Epigrammes.
La cinquiéme Eglogue intitulée
Galatée , fut traduite en 1720. par
M. l'Abbé Souchay , de l'Académie des
Belles Lettres et Professeur d'Eloquence
au College Royal . Nous raporterons le
commencement de l'une et de l'autre
(4
Piéce
JUILLET. 1736. 1603
Piéce et nous donnerons la premiere Epi
gramme : c'est par où nous terminerons
cet Extrait,bien fachés que les bornes que
nous nous sommes prescrites , ne nous permettent
pas de nous étendre davantage.
GALA T E' E.
EGLOGUE V.
"Enfin après huit jours coulés dans la tristesse,
» Le Ciel , mon cher Damon , te rend à ma tendresse
,
Tout languissoit ici ; nos chants infortunés ;
»De Flore et de Cérès étoient abandonnés ;
" Privés des tendres sons de ta douce musette ·
» Les Oiseaux de nos Bois quittoient cette retraite
,
Tandis que nuit et jour j'invitois les Zéphirs
» De porter jusqu'à toi mes voeux et mes soupirs;
Aprens-moi par quel charme une terre écartée
Te faisoit oublier la triste Galatée ;
"
» Bacchus de plus beaux dons orne - t'il les Côreaux
?
»Y voit- on dans les Prés couler plus de Ruisscaux
?
Le Soleil plus brillant , égayant les boccages ,
» Voit- il plus de Sylvains danser sur les Rivages?
Les Bergers mieux unis y sont-ils moins jaloux
?
Mais peut-être c'étoit quelque lien plus doux .
F vi › Tu
1604 MERCURE DE FRANCE
de Tu te tais : Ah,grands Dieux ! quelque absence
cruelle ,
Auroit-elle rendu mon Berger infidelle ♬
Voici maintenant la Traducion Latine
de M. l'Abbé Souchay , qui prouve qu'ila
parfaitement senti et rendu la noblesse
des images et la douceur de l'expression
de l'Original.
Ergo post multos gemitus, longosque dolores
Te nobis tandem superum clementia reddit.
Alma Ceres tecum nostris excesserat arvis ,
Floraque purpureos mærens neglexerat hortos ,
Quin etiam volucres te non audire canentem ,
Pertasa , umbrosos nemorum liquere recessus .
Interea ducens imo suspiria corde ,
Mandabam Zephiris tristes tibi ferre querelas.
Dic , age , te nostri quo tellus extera fato ,
Fecerit immemorem ? Num dulcior uva racemis ¿
Carpitur ? An plures fugiunt per gramina vivi?
Latius aut colles frondoso vertice rident ?
Sanctior an teneras vincit concordia mentes ?
Nempe Siles ? Alione calet , proh Jupiter ! igno
Perfidus , ac nostros absens despexit amores ?
RESTITUTION.
EPIGRAMM E.
Robin , pressé du remords qui l'agite
JUILLET. 1736 твой
Se confessoit d'avoir pris un Mouton .
Ah! mon ami , lui dit , haussant le ton ,
Son vieux Curé , l'action est inaudite ,
Si ne rendez , point ne serez absous.
Je l'ai mangé , dit l'homme de Village ,
Du diable donc vous serez le partage ,
Repart le Prêtre , ému d'un saint courroux ;
Dans la Vallée où nous paroîtrons tous
Aux yeux de Dieu , tout jusqu'au Mouton même
A l'Eternel parlera contre vous
Robin répond ; ma surprise est extrême ,
Quoy Le Mouton paroîtra dans ces lieux
Avec Guillot ? vous me rendez joyeux :
De mon salut je ne suis plus en peine ,
Je lui dirai pour lors qu'il le reprenne.
LE TRIOMPHE de l'Harmonie , on
l'Etablissement du Concert de Clermont-
Ferrand. Divertissement composé par M.
Bompart de S. Victor , et mis en Musique
par M. Chupin du Breüil , Maître de
Musique du Concert , Brochure in 4. de
14. pages. A Clermont- Ferrand , de l'Imprimerie
de P. Boutaudon , M. DCG . XXXV .
Nous aurions parlé de cet établissement
de Musique , si nous en avions été
avertis dans le temps. Il nous suffira de
reconnoître ici que l'Allegorie intitulée
le Triomphe de l'Harmonie , est fort bien
imaginée
1608 MER CURE DE FRANCE
Le troisiéme est une Léttre à M. de
Sainte- Bat ...sur la prompte végétation
des Plantes .
Le quatrième est une seconde Lettre
au même , sur la Pêche des Saumons.
Le cinquième est un Eclaircissement
sur les Oiseaux de Mer et sur les Huitres .
Le sixième contient un Eclaircissement
sur les Vers qui rongent le bois des Vais
seaux,avec l'explication de plusieurs Planches
, laquelle est suivie d'une Lettre de
l'Auteur sur une Antiquité Celtique , et
d'Observations sur l'Eau de la Mer et sur
l'Eau douce qu'on embarque dans les
Vaisseaux.
*
Ce Livre se feta lite par toutes les
Personnes qui aiment à trouver l'utile
joint à l'agréable , et les Curieux feront
un cas particulier de la Dissertation sur
le Morceau d'Antiquité Celtique ; Dissertation
dont nous nous réservons de
rendre un compte particulier dans un
autre Journal.
THE NATURAL HYSTORY , of
Carolina &c . London Vol. I. M. DCC. XXXI .
C'est à dire , Histoire Naturelle de la
Caroline , la Floride et les Isles Bahama
; contenant les Desseins des Oi
seaux , Animaux , Poissons , Serpents }
Insectes
JUILLET. 1738. 1609
Insectes et Plantes , et en particulier des
Arbres des Forêts , Arbrisseaux et autres
Plantes qui n'ont point été décrits
jusques à présent par les Auteurs , ou
peu exactement dessinés , avec leur Description
en François et en Anglois ; a
quoi on a ajoûté des Observations sur
l'Air , le Sol et les Eaux , avec des Remarques
sur l'Agriculture , les Grains ,
les Légumes , les Racines , &c . Le tout
est précedé d'une Carte nouvelle et exacte
des Pays dont il s'agit. Par Marc Ca
tesby , de la Societé Royale. A Londres ,'
M. DCC. XXXI. Tome I. et se trouve à
Paris , chés H. L. Guerin , Libraire ruë
S. Jacques.
Tout cet Ouvrage doit consister en
dix Parties , dont chacune contiendra
vingt Planches avec leur Description ,
à raison de deux Guinées chaque Partie.
On délivre à Paris chés led . sieur Guerin
les cinq premieres Parties , qui font le
premier Tome. Le prix est de deux cent
quarante livres , sur grand et fort papier,
avec les Figures enluminées ; ou cent
vingt livres sans être enluminées sur
moyen papier.
On travaille sans relâche au second
Volume , qui doit contenir les cinq dernieres
Parties, dont on délivrera les deux
premieres
4
H
610 MERCURE DE FRANCE
premieres dès maintenant , si les Curieux
le souhaitent ainsi. Il est bon d'informer
le Public que c'est l'Auteur qui grave et
peint lui-même les Planches de ce bel
Ouvrage, et qu'il n'a emprunté pour cela
le secours d'aucun autre Artiste , tant il
est jaloux de la perfection de ce curieux
Morceau de l'Histoire Naturelle .
Depuis l'instruction qu'on vient de
lire et que nous avons tirée d'une feuille
volante , publiée sous le nom de Projet ,
&c. nous avons vû avec beaucoup de
satisfaction la premiere et la plus curieuse
Partie de cet Ouvrage , laquelle doit
faire juger de l'ordre et de la disposition
des Parties suivantes. Celle dont on vient
de parler , et que nous avons parcouruë,
contient en 1. vol . in folio , les Oiseaux
peints au naturel des Pays énoncés dans
le Titre cy-dessus , posés sur les Plantes ,
aussi colorées , dont ces Oiseaux se nourrissent
ordinairement.
A la tête de ce premier volume est
une Préface des plus curieuses et des plus
instructives , imprimée en deux colomnes
, d'un côté le Texte Anglois , er de
l'autre la Traduction Françoise. Le même
ordre est observé dans la Description des
Oiseaux et des Plantes. On s'aperçoit que
la Traduction est de bonne main , c'est,
selon
JUILLE T. 1736. 1611
selon la Préface , un Médecin François
qui en est l'Auteur. On y aprend aussi
que cette magnifique Entreprise a eû de
grands Protecteurs , qui ont beaucoup
contribué à sa perfection ; leurs noms
sont raportés dans une Liste , où l'on
trouve quatre Milords , et entre les Particuliers
on distingue le celebre Chevalier
Hans Sloane , Président de la Societé
et du College des Médecins . Tout
Ouvrage est dédié à la Reine d'Angleterre
par une courte Epitre qui n'est pas
traduite.
Enfin nous aprenons d'une Personne
intelligente qui a vû les autres Parties ,
qui nous sont encore inconnues , qu'on
peut regarder l'Histoire Naturelle de la
Virginie et de la Caroline de Catesby ;
comme l'Histoire du Missisipi ; car dans
cette Histoire on trouve les Plantes , les
Arbres , les Arbrisseaux et les Animaux
qui se trouvent aussi au Missisipi .
6
Livres des Pays Etrangers arrivés a
Paris nouvellement , chés Briasson Li
braire , rue S. Jacques , à la Science.
و
Le Droit de la Nature et des Gens , ou Syste
me general des Principes de la Morale , de la
Jurisprudence et de la Politique , par Puffendorf,
traduit par Barbeyrac , avec des Notes , in 4. 2.
yol. Amst. 17241
cb
1611 MERCURE DE FRANCE
Cl . Æliani varia Historia , Gr . et Lat. cum
Notis variorum et Gronovii , in 4. 2. vol . Amst.
1731.
Cité Mystique de Dieu , ou Vie de la sainte
Vierge , par Marie d'Agreda , in 4. 3. vol. Bru
xelles. Le même Livre en 8. vol in 8.
Anastasius de Vitis Romanorum Pontificum ,
cum Notis variorum et Additionibus. in fol. 3 .
vol. Roma , 1723. 1728. et 1731 .
Colloques d'Erasme, traduits en François , par
Gueudeville, avec des Notes et des Figures , in 12.
6. vol. Leyde.
Anonymi Oratio de Historia Romana , cum noẻ
tis Rodulphi Venuti , in 8. Roma , 1735 .
M. Dadini Alteserra , de Ducibus et Comitibus
Gallia Provincialibus , in 8. fig . 1731.
& c.
Géographie Moderne , Naturelle , Politique
par Dubois , in 4. fig. 4. vol . Leyde , 1729.
Annales Academica Julia , in 8. 15 vol. Bruns
vici.
Amours d'Horace , in 12 Cologne, 1728 .
Hug. Grotius de jure Belli et Pacis , mare libe
rum , et de quitate , indulgentia , et facilitate ,
cum Notis Autoris , Gronovii et Barbeyraci , in 8 .
2. vol. Amst . 1735.
Les Cesars de l'Empereur Julien , traduit du
Grec par M. Spanheim , avec des Remarques ,
des Pieces et des Médailles , in 4. Amst.
Caroli de Aquino Lexicon Militare , in fol . 2.
vol. Roma
Le Héros Chrétien , traduit de l'Anglois de
Stéole , et les Vertus Payennes , par Beaumarchais
, in 12. la Hage , 1728 .
Aurelii Victoris Historia Romana , cum Notis
variorum et Arntzenii, in 4. fig. Amst. 1733 .
Henr. Corn. Agrippa , sur la noblesse, l'excellencs
JUILLET. 1736 . 1613
fence et la préeminence des Femmes , et sur l'incertitude
et la vanité des Sciences , trad . par
Gueudeville , in 12. 3. vol. Leyde , 1726 .
Annales des Provinces- Unies , par Basnage.
in fol. 2. vol. la Haye.
Joannis Launoii Opera omnia , cum Notis Cri
icis, et Autoris Vita,in fol. 10. vol.Geneva, 1733. '
Prault , Pere , Libraire- Imprimeur à Paris ,
Quay de Gêvres , au Paradis , vient d'imprimer
et débite actuellement les Livres suivans :
La Vie de S. François , Instituteur de l'Ordre'
des Freres Mineurs , de celui de sainte Claire et
du Tiers Ordre de la Pénitenos , avec l'Histoire
particuliere des Stigmates et des éclaircissemens
sur l'Indulgence de la Portioncule. Dédiée à la
Reine , par le Pere Candide Chalippe , Récollet .
Nouvelle Edition , revûë et corrigée par l'Auteur.
2. vol. in 12. 5. liv. relié .
Les Panégyriques des Saints, prononcés par M.
P'Abbé Séguy, de l'Académie Françoise , au nombre
de treize , auxquels on a joint l'Eloge de la:
Vie Religieuse , le Sermon sur la Cêne , prêché
devant le Roy , l'Oraison Funebre de M. le Mas
réchal de Villars , et son Remerciment à l'Aca
démie le jour de sa Réception . 2. vol. in 12.
S. livres relié .
Le Code des Curés , ou nouveau Recueil de
Reglemens, au nombre de plus de son. avec près :
de roo. Décisions , concernant les Dixmes , les
Portions congruës, les Fonctions, Droits , Honneurs
et Privileges des Curés , Vicaires Perpe
tuels , Vicaires- Amovibles, et autres Beneficiers,
et la Jurisdiction Ecclesiastique ; ensemble les
Droits Honorifiques, dont doivent jouir les Sei-,
gneurs des paroisses, et Officiers, tant de Sa Ma
jesté à
1
1614 MERCURE DE FRANCE
jesté , que des Cours Superieures et autres Justi→
ces du Royaume ; Ouvrage également utile et
nécessaire aux Curés Primitifs, Desservans , Pa
roissiens, Marguilliers, Administrateurs de Confrairies
, Hôpitaux et Charités , Banquiers en
Cour de Rome, Dévolutaires, Gradués et Indultaires
, Fondateurs et Superieurs des Colleges ,
Séminaires et Communautés Ecclesiastiques et
Religieuses , et aux Personnes qui poursuivent et
qui jugent les Procès en Matiere Beneficiale; avec
une Table Generale des Matieres et une Chronologique
du contenu de tout l'Ouvrage , en 2 gros
vol. in 12. 6 livres relié .
Le Livre des Enfans , ou Idées génerales et
définitions des Choses dont les Enfans doivent
être instruits ; Ouvrage très - utile aux Personnes
chargées du soin de les élever . Nouvelle Edition
, revue , corrigée et augmentée , in 12.
1. livre 4. sols relié .
Le même , in 18. 15. sols relié.
Le Suplément à la premiere Edition de l'Histoire
du Peuple de Dieu , contenant la suite des
Prophéties de l'Ancien Testament , l'Histoire de
Job ; les Cartes nécessaires pour l'intelligence de
'Histoire Sainte ; des Sommaires Chronologiques
fort exacts et une Table Generale des Matieres
qui sont renfermées dans tout l'Ouvrage,
et qui en forme l'abregé , par le Pere Isaac Ber
ruyer,de la Compagnie de Jesus. in 4.10. 1. broché.
La Vie affective de Jesus , composée en forme
'd'actions de Graces et Prieres , in 18. 15. sols
zelié.
Nouvelle Paraphrase sur l'Oraison Dominieale
, avec un Projet de Retraite de dix jours ,
18. 15. sols relié.
Nouvelle Retraite de huit jours, à l'usage des
Personnes
JUILLET. 1819 1736.
Personnes du Monde et du Cloître ; Ouvrage
posthume du R. P. Gonnelieu , de la Compagnie
de Jesus , in 12. 1. livre 10. sols. relié .
Liber Psalmorum , cum Canticis ordine Missæ
et aliis Precibus , nova Editio , argumentis et
versiculis distincta , in 24. 1. liv. 4. sols relié.
LETTRES JUIVES , ou Correspondance
Philosophique , Historique et Critique , entre
un Juif Voyageur à Paris et ses Correspondans
ca divers endroits . Depuis 1735 jusqu'à 1736.
Lettres 27. A la Haye , chés Pierre Paupie.
Pour avoir une idée complette de cet Ouvra➡
ge , il faut lire l'Article 71. du Journal de Tré-
Voux , page 1349. de Juillet 1736. premiere
Partie.
On a imprimé à Francfort , le Catalogue des
Médailles qui ont apartenu à feu M. Antoine-
Philipe Glock , et qui sont présentement à vendre.
Il y en a 3296. avec diverses Antiquités .
La mort de M. Malet suivie de celle
de M. le P. Portail , ayant fait vacquer
deux Places à l'Académie Françoise cette
Illustre Compagnie élût quelque temps
après pour les remplir . M. l'Evêque de
Mirepoix, Precepteur de Monseigneur le
Dauphin et M. de la Chaussée, lesquels y
prirent scéance, et furent reçûs conjointement
le 25. de ce mois . Ils prononcerent
chacun un fort beau Discours , auxquels
M. l'Archevêque de Sens , Directeur de
l'Académie, répondit avec son éloquence
ordinaire,
Nous
1313 MERCURE DE FRANCE
Nous allons donner une idée de ces
trois Discours , qui paroissent imprimés
chés Coignard , rue S. Jacques . M, l'Evêque
de Mirepoix dit d'abord
MESSIEURS ,
Je ne me le dissimule point à moi- même ;
et je me hâte de le publier , par l'interêt que
la réconnoissance m'inspire déja pour voire
gloire. C'est à l'honneur que le Roy m'afait,
que je dois celui que vous me faites aujour
d'hui.
Après un court éloge de M , Malet
et après avoir exposé les motifs qui ont
déterminé le Roy en sa faveur , et ensuite
l'Académie à le recevoir parmi ses membres
; I continua ainsi ....... De si
grandes vûës , Messieurs , justifient votre
choix , et honorent presqu'autant que celui
sur qui il tombe , mais elles n'affoiblissent
point en moi le prix de la grace , que je
reçois , ni le sentiment que je dois avoir de
votre bonté. Fugez de ma reconnoissance par
Pidée que j'ai toujours enë, de ce que doivent
votre Compagnie tous les François qui
cultivent leur esprit , et qui ont quelque
amour pour les Lettres.
Suit une Peinture de l'état languissant
des Lettres lors de l'établissement de
P'Académie , qui les a restaurées.
Cet
JUILLET. 1736. 1617
il
Cet Art , dit- il , de prendre l'homme par
Ini même, et de le ramener à ce qu'il sentpour
lui inspirer ce qu'il doit ; ce grand Art de
la persuasion étoit pleinement ignoré. Tout
alloit à l'esprit et la secheresse toujours inseparable
de ce qui n'est qu'esprit , ne faisoit
de tous les Discours qu'un enchainement
de belles paroles , sans ame et sans vie , que
l'on regardoit , que l'on admiroit comme la
souveraine Eloquence , parce qu'en effet le
goût et les lumieres n'alloient pas plus loin.
Tel étoit l'état des Lettres Françoises, ily a
à peine un Siècle,
L'Eloge du Cardinal de Richelieu ,
qui forma l'Académie, finit par ces mots.
Ce projet étoit- il bien conçû ? a- t'il réussi ?
Laissez-nous répondre , Messieurs , votre
modestie nuiroit à la gloire de votre Fondateur,
à celle même de la Nation.
En effet , continua l'Orateur , quel changement
, et de quoi jouissons - nous aujour
d'hui ! Ce nefut pas seulement la Langue
qui acquit plus depureté et de politesse ; les
Esprits eux-mêmes se polirent , se reglerent ,
et pour parler de la sorte , s'agrandirent.
C'eût été d'abord une assés grande victoire que
de subjuguer le mauvais goût, et de le bannir ;
Académie alla plus loin presque dès sa
naissance. Déja Balzac pensoit plus ingenieusement
Voiture mettoit plus de sel et
G plus
1
1618 MERCURE DE FRANCE
1
plus d'agrément dans ses Ouvrages ; Corneille
s'éleva , et montra toute la Majesté Romains
dans ses Poësies ; Enfin, Racine sentit , et son
admirable talent d'interesser et d'atendrir ,
fit souhaiter qu'il ne se fût jamais exercé
que sur des sujets cù il put toucher les coeurs
sans les allarmer. Bien- tôt on secoua le joug
de l'Esprit , ouplutôt on aprit au coeur à en
avoir... Tout se ressentit de cette
beureuse révolution . Dans la Chaire , dans
le Barreau , jusques aux Lettres et aux
Conversations , qui ont aussi leur éloquence.
tout fut rapellé à la nature ; l'Art ne fut plus
employé que pour la découvrir ou pour
Porner.
>
Vous donniés toujours le ton , Messieurs,
et vos Ouvrages tenoient lieu de preceptes
ou de modeles. Je n'ose me raprocher de nos
jours , la verité ressembleroit trop à la flaterie.
Enfin vous conservâtes le feu sacré :
dans le plus grand danger des Lettres et de
Eloquence Françoise , il y eût toujours
parmi vous des hommes fideles au dépôt de
la vraye et saine Eloquence ; des hommes
qui sçurent se defendre , et défendre les au
tres de la contagion , si on ose le dire , et du
frivole goût de l'esprit ; des hommes assés
fors pour ne chercher que le vrai beau , et
assés éclairés pour ne le trouver quedans le
simple et dans le naturel ; des hommes end
fin
JUILLET, 1736. 1619
I
4
fin , qui par l'aimable caractere de leurs
écrits découvrirent celui de leur coeur ; et que
T'on voulut connoître dès qu'on les eût lus.
Dans la suite , en parlant d'une éducation
, qui interesse si fort , et avec tant
de raison , tout le Royaume , le Docte
Prélat traça en ces termes un portrait
des grandes qualités naissantes de Monseigneur
le Dauphin.
Déja en effet se develope dans l'Auguste
Eleve , tout ce qui brille et charme le plus
dans l'Enfance. Un feu , une vivacité temperés
, et rendus encore plus aimable par
un fonds de douceur et de docilité , de gayeté
même et de joye. Une conception aisée , une
mémoire , qui saisit les choses sans presque
Les aprendre , et qui fait que l'on trouve une
vraye instruction où l'on n'avoit aperçu que
du badinage et du divertissement. Une
curiosité qui s'étend à tout , et ne cesse de
faire des questions , des reflexions , des aplications
du peu qu'il a vu on apris , justes et
promptes , où l'on ne méconnoîtroit pas une
raison déjaformée. Les Princes ne sont point
au-dessus des Loix naturelles ; et en effet dans
Monseigneur le Dauphin , ainfi que dans
les autres Enfans , l'aptitude aux Sciences
se fait remarquer bien plu - tôt que l'amour
et le goût e mais lors même que la secheresse des
premiers Elemens le rebute davantage , et
Gij qu'il
1620 MERCURE DE FRANCE
qu'il le declare ; c'est avec un enjouement es
des graces qui décelent ses dispositions , et
font sentir que les Sciences pour lesquelles il
est né , sçauront bien s'en emparer un jour ,
et que , pour ainsi dire , il sera sçavanı mal.
gré lui....
Que ne point esperer d'un jeune Prince
qui n'est environné que de probité , d'honneur,
de Religion ; dont toute la Maison ,
dans un concert et une union qui se rencontreroit
difficilement dans une Famille , n'a
qu'un même but et un même objet , l'avancement
du Prince , et le succès de son éduca
tion ? Quel sentiment sur tout n'inspirera pas
L'Illustre , le sage Gouverneur , qui a luimême
tous les sentimens de sa naissance , etમ
qui n'en a que les sentimens ; qui ennemi
de tout faste et de toute ostentation , ne connoît
de vraye noblesse que la valeur qui se
sacrifie pour le Service de son Roy , et ba
bonté qui ne se plaît que dans le bien qu'elle
fait aux hommes d'autant plus capable de
conduire un jeune Prince , et de molerer ses
bumeurs naissantes , que dans une continuelle
égalité d'ame et de raison , il semble être në
tout ce qu'il doit être , et n'avoir de passion
que le devoir , qu'il aime même encore sans
passion.....
L'Eloge du Roy , qui suit , est de
main de Maître :
ja
JUILLET. 1736. 1621
de
Je ne lui parlerai point , dit il , de ce
qu'il a à tous momens sous les yeux ; d'un
Pere que la Religion soutient au milieu de
tous les écueils de l'âge et du Rang , et qui
ne cesse de soûtenir lui même la Religion par
ses exemples et par son autorité ; qui ne se
refuse point à une Guerre juste et necessaire
mais qui rend la Paix à son Peuple ,
dès
que sa gloire , ou celle de son Peuple même
permet ; qui reçut , ce semble , dès ses premieres
années le plus grand don qui puisse
être fait aux Rois , le don du discernement
des Esprits , et mit d'abord toute sa confiance
dans un Homme , qui s'attira bien- tôe
celle de toute la France , de toute l'Europe ;
dont le Ministere paisible , et qui ne laisse
à souhaiter que sa longue durée , vengera
enfin la bonne foi et la probité de l'olicuse
estime qu'on fait des rafinemens de la Politique
, aprendra aux Siécles à venir , que
pourgouverner les Hommes , sans cesser d'en
être aimé , il ne faut que les aimer soi-même
avecverité, et leur prouver que l'on n'a point
d'autre vie , d'autre interêt que le bien Public
, et pour ainsi dire , d'autre Famille que
l'Etat et la Patrie.
Nous passons avec regret les beaux
traits qui composent l'Eloge du feu
Roy , suivi de celui du Chancelier Seguier
, et nous venons au dernier article
Giij
d'un
1622 MERCURE DE FRANCE
d'un Discours qu'il faudroit donner tout
entier pour n'en rien obmettre de beau ,
de solide , et d'essentiel .
Quelle joye donc , et qu'il m'est agréable
de pouvoir la répandre dans le coeur de tous
les bons François ! Oui , nous avons tout
lieu de l'esperer sur la foi des dispositions
personnelles , et des exemples domestiques 5
si le Seigneur bénit nos soins ,
et nos
voeux , se prepare et s'éleve un Prince plein
de verité et de douceur. Un Prince éclairé ,
qui sçaura connoître le mérite , aimer les
Sciences , favoriser les Beaux Arts ; -je
l'ajoute avec confiance , Messieurs , ( ma
peine , c'est que vôtre réputation ne laissera
rien à faire à ma reconnoissance :) Un
Prince quisçaura distinguer vos talens , vous
accorder son estime , honorer l'Académie
Françoise de ses bontés et de sa protection.
M. de la Chaussée prit ensuite la
parole , et commença son Discours par
un bel Eloge du grand Magistrat auquel
il succede. Il finit par ce trait- ci le peu
qu'il avoit à dire en Prose :
Que pouvois je desirer de plus doux et de
plus avantageux , que d'être associé à des
Sages , qui renouvellent entre eux l'union et
les merveilles de l'âge d'or , et qui s'enrichissent
mutuellement de tout ce qu'ils ont acquis
1
da
JUILLET. 1736. 1623
de plus rare et de plus précieux ? Dans quel
Partage avez- vous daigné m'admettre ! mon
bonheur me transporte , mes esprits trop contraints
rompent le frein que je leur avois im- '
posé, le genie qui préside aux miracles que
je vois , m'entraine au- delà de moi - même
il meforce à parler ce langage divin .
Ici le nouvel Académicien , emporté
par un enthousiasme heureux et très - bien
placé , entama une Piéce de Poësie , et il
s'exprima , à son ordinaire , avec beaucoup
de noblesse et d'énergie . On en jugera
par ces Vers :
FRANCE ! quel changement rapelle ton
Enfance
Tes Fastes confondus , écrits par l'ignorance ,
Dans un oubli profond seroient ensevelis .
A peine on connoîtroit la naissance des Lys :
Tes Peuples en tous temps étoient faits pour la
gloire ,
Mais ils ignoroient l'Art d'assurer leur Mé
moire.
Ils avoient des Heros qu'ils ne pouvoient vanter ,
Ils faisoient des Exploits qu'ils ne pouvoient
chanter.
A peine ils jouissoient des dons de la nature
Leur langage indigent , sauvage , sans culture ,
Auxbesoins de la vie étoit presque borné ,
G iiij Ei
1624 MERCURE DE FRANCL
Et leur esprit alors n'étoit pas plus orné.
La même aridité leur est toujours commune ,
La Langue et le Génie ont la même fortuné ,
Quels progrès mutuels ont- ils faits à la fois !
Esperoit-on de voir un Parnasse François ! & c
Du langage François telle fut la naissance ,
Et tels sont devenus son cours et sa puissance;
Ministre Souverain du plus juste des Rois ,
ARMAND , vois ton Ouvrage , et reconnois
ma voix ,
Aplaudis comme nous , à ton heureux génie ;
Nous remplaçons enfin la Grece , et l'Ausonie
Ta Langue est triomphante ; aprens tous les
succès ,
Dont tu n'as pú goûter que les premiers essais ,
Chérie également des Muses et des Graces ,
Elle a tous les trésors des deux autres Parnasses }
France , tu peux enfin célébrer à la fois ,
Ton bonheur , tes plaisirs , tes Heros , et tes
Rois :
Rien ne manque à
tes voeux , tu sçais l'Art plein
de charmes ,
D'employer la parole et de vaincre sans armes.
Tu fais aimer ta Langue à cent Peuples soumis ,
Tu la fais adopter même à tes ennemis , &c.
Rapellons-nous les temps de ce nouvel
guste ,
Au- Ац
* Louis XIV,
Dont
JUILLET. 1736. 1625
Dont Armand et Segnier furent les Précur
seurs
Quels prodiges nouveaux n'ont pas vus les neuf
Soeurs !
Heros , qui fus si cher aux Filles de Mémoire ,
Ne crains pas que jamais on doute de ta gloire,
L'avenir , comme nous , croira tes actions ,
Il n'a qu'à parcourir tant de productions ,
Tant d'Ouvrages divers , que ton Regne a fait
naître ;
La gloire des Sujets prouve celle du Maître , &c .
*
Déja nous célébrons vos Fêtes Seculaires ,
Depuis que vous tenez les rênes Litteraires ,
Vingt lustres sont rentrés dans l'abime des
temps ,
Sans qu'on ait vû ternir vos Fastes éclatans :
L'avenir coulera sous les mêmes auspices ,
Vous ne pouvez avoir que des Destins propices.
Non , les Dispensateurs de l'Immortalité ,
N'ont point à rédouter cette fatalité ,
Qui s'exerce à son gré sur tout ce qui respire, &c;
Illustre rejetton du plus grand des Monarques ,
Objet de notre Amour , digne present des
Dieux.
Toi , qu'on n'a pas besoin de nommer en ces
lieux.
** L'Académie fondée en 1635 .
GY Toi
1662 MERCURE DE FRANCE
Toi , qui fais de nos coeurs tes plus belles Con
quêtes ,
Tu n'as pas dédaigné d'assister à nos * Fêtes
Qu'Apollon fut touché de l'honneur éternel ,
Qu'ont reçûs les neuf Soeurs en ce jour soleminel
!
Qu'il fut charmé de voir leur Maître au milieu
d'elles ,
L1
Entendre avec plaisir leurs Chansons immor
telles !
C'est un goût qu'il a joint à l'amour de la Paix.
Minerve l'a rendu sensible à ses attraits :
Elevé dans son sein dès sa plus rendre Enfance ,
Son Disciple a rempli sa plus chere esperance
l'aime , elle est son guide , et son plus sûr apui
Et pour comble de biens , elle regne avec lui.
O vous , Moderateurs du Temple de Mémoire ,
Ministres attachés aux Autels de la Gloire ,
Jouissez de vos droits, et portez jusqu'aux Cieux
Les titres éclatans d'un rang si glorieux ;
Quelle place plus noble et plus digne d'envie
"Quel emploi pouvoit mieux illustrer votre vie !
Qu'ici l'adoption à des charmes fateurs !
C'est l'Eloge éternel de l'Esprit et des Moeurs
Pour moi , puissai -je en tout imiter mes modelles
,
T
* Le Roy honora l'Académie de sa presence en
1719.
JUILLET. 1736. 1627
E me former aux sons de vos voix immortelles.
Vous prenez un éleve ; il sera trop heureux ,
S'il peut justifer un choix si genereux.
La Réponse de M. l'Archevêque de
Sens à ces deux Discours , demanderoit
un long Extrait , non seulement à cause
de cette étendue , que la matiere comportoit,
mais encore par les beautés pare
ticulieres dont elle brille.
Nous n'en raporterons cependant que
quelques traits , pour ne point trop sortir
des regles , que nous sommes obligés
de nous prescrire.
La Mémoire de M. Mallet ne pouvoit
gueres être plus honorée que par cette
remarque, qui finit son Eloge. M. Mallet
a toujours travaillé dans les Finances ,
et cependant il est mort sans Richesses , et
M. le Premier Président Portail ne pou
voit être mieux loué que par ces paroles :
Ni vous , ni nous , ne pouvons enfaire un
Eloge plus éloquent que le furent ces regrets
simples et sinceres , dont ce Peuple immense
qui habite le Temple de la Justice , honora
ses Funerailles.
C'est aussi Monsieur , continua , l'Illus
tre Orateur , en s'adressant à M. de
Mirepoix , par l'Eloquence de vos Sermons ,
que vous avez été connu du Monde
Gvj
dont
vetre
1628 MERCURE DE FRANC
votre sainte retraite vous avoit separé. Vous
le fuyiés , et il vous suivoit ; vous le con
damniés et il vous aimoit : Vous parutes
dans Paris comme un Prophete au milieu
d'Israël. Bien tot la Cour envia à la Ville
le fruit qu'elle tiroit de vos Instructions
les Grands en furent édifiés , et encore plus
de votre humilité , qui donnoit une nouvelle
force à vos Discours , et ils se rangerent en
foule au nombre de vos Disciples.
Vos vertus
Elevé à la Dignité Episcopale , comme
les Saints Pontifes des premiers Siècles ,
c'est-à dire, sans autre apui que vos talens ,
et les voeux du Public , vous
n'avez pas regarde ce rang acquis par un
long travail , comme un titre qui vous don
noit droit au repos. Vous avez soigné les
Brebis confiées à vos soins , avec le même
zele dont la Cour et la Ville avoient été
long- temps édifiées , et vous n'avez pas dedaigné
d'ouvrir assidument pour l'instruction
des Peuples grossiers des Campagnes ,
unebouche accoutumée à annoncer aux Têtes
Couronnées les verités du salut , &c.
La suite de cet Eloge est un veritable
Art de prêcher chrêtiennement et efficacement
, à l'exemple de M. de Mirepoix.
Puis s'adressant à M. de la Chaussée-
Pour vous , Monsieur , c'est avec des talens
differens
JUILLET . 1736. 1629
differens que vous remplacez cet Illustre Ma
gistrat que nous avons perdu ; et ces talens ·
• sont aussi précieux à l'Académie Françoise,
qu'ils ont été applaudis par le Public , & c.
Fe devrois peut-être en qualité de Directeur
d'une Académie , à qui la Poësie est
chere , m'étendre davantage sur le mérite de
vos Comédies : mais l'austere Dignité dont
je suis revêtu , m'oblige à être reservé. N'anrois
je pas même à craindre qu'on me fit un
réproche , si je louois également , et l'Orateur
Chretien , et le Poëte profane , et si je
distribuois à la fois des Eloges , et à celui
qui a préparé des Scenes au Théatre , et à
celui qui a compié les Théatres au nombre
des scandales qui excitoient son zele ? Non,
Monsieur , le reproche seroit injuste. Je puis
sans blesser mon caractere , donner, non aux
Spectacles, que je ne puis aprouver , mais à
des Pièces aussi sages que les vôtres , et dong
la lecture peut être utile , une certaine mesu
re de lounges ; tandis que l'Académie en
vous adoptant , donne à la beauté de votre
génie , et aux graces de vos Poësies , la couronne
qu'elles méritent à ses yeux . Celui- là
en effet mérite sans doute , nême de nous ,
quelque Eloge , qui a banni de sa Scene les
passions criminelles , qui corrompent communément
nos Spectacles , et qui a sçû faire
servir ses fictions Poetiques à donner aux
7
bom
1730 MERCURE DE FRANCE
hommes d'utiles leçons . Ainsi en rendant Jusce
à la sagesse de vos vûës , on poura convenirsans
peine qu'il y a quelque raport entre
celui qui condamne nos Théatres , et celui
qui essaye de les corriger.
Continuez , Monsieur , à fournir à nos
jeunes gens , je ne dis pas des Spectacles ,
mais des lectures utiles , qui en amusant leur
curiosité les rapel'ent à la vertu , à la justice,
aux sentimens d'honneur et de droiture que
la nature a gravés dans le coeur de tous les
hommes , et à répandre un salutaire ridicule
sur les bizares goûts de la jeunesse de nôtre
Siècle. Les Orateurs Chrêtiens trouveroient
moins d'obstacle aufruit qu'ils desirent , si les
Esprits étoient préparés aux veritésChrêtiennes
par les vertus Morales , et par les sentimens
que la raison inspire ; Car , helas !
qu'il est difficile de faire de vrais Chrêtiens
de ceux qui n'ontpas encore commencé d'être
des hommes raisonnables ! Tels sont ceux
que vous avez si bien caracterisés dans les
Préjugés à la mode , & c.
L'Eloge du Roi fût ensuite préparé
par une transition brillante et pathétique .
Nous l'abrégerons le moins que nous
pourons.
L'évenement qui s'accomplit à nos yeux
Pheureux dénouement que le Roi donne à
cette Guerre qui allarmoit nos défiances , mérite
JUILLET: 1736. 1631
rite de nous des éloges nouveaux . Autrefois
j'ai celebré dans ce Lieu ses vertus , si
je l'ose dire , privées et domestiques , qui
seules suffisoient pour lui gagner tous les
coeurs je vous le représentois affable dans
sa Cour , pacifique dans ses desseins , chas
te dans ses plaisirs , équitable dans ses ju
gemens , moderé dans tous ses désirs . Quelle
gloire pour un Roi ! Pouvoir tout ce qu'il
veut , et ne vouloir rien que ce qui est juste !
mais le temps nous develope dans le notre ,
de nouvelles grandeurs , qui doivent consommer
notre amour , et enlever notre ad
miration.
A la mort de LOUIS LE GRAND
mous crûmes toutes les merveilles si épuisées
par son Regne glorieux , que nous nous bor
nions à désirer pour son Auguste Successeur
qu'il put les copier, en marchant sur
la trace de ses victoires . Notre amour nous
trompoit sur notre vrai bonheur ; Dieu nous
en préparoit un plus solide , et un autre ordre
de merveilles dans la modération et la
sagesse de LOUIS XV.

C'est ce que nous présente cette Paix ,
dont nous goons déja les prémices ; Paix.
aussi subite que nos victoires ont été rapides
; Paix dont le plan embrasse toute l'Europe
, la calme et la désarme , et qui , admirable
dans son projet et étonnante dans
3023
1832 MERCURE DE FRANCE
son succès , ne l'est pas moins dans la maniere
dont elle se traite et se conclut , & c.
Voilà, Messieurs , quelque chose des proë
diges nouveaux du Regne de LOUIS
prodiges peu connus jusqu'à nos jours , voilà
ce qu'opere cette intelligence pacifique qui
préside à ses Conseils , & c. Voici quel
est le fruit de ces sages ménagemens ; l'as
mitié et la justice , la confiancé , la droiture
, vous acquierent plus de Provinces que
vous n'en eussiés acquis par les Victoires.
Un Roy si justement aimé et cependant
abandonné si tristement par son Peuple :
sans effusion de sang , rentre dans ses droits,
et il est reconnu par ses Rivaux même : il
sera dédommagé par une Souveraineté plus
gracieuse , des Terres ravagées et désolées
dont il cede le Domaine . Toutes les Nations
de l'Europe reçoivent la Loy , non de
LOUIS XV. et de son Ministre , ils
' ont garde de paroître la donner , mais les
Nations armées la recevront des mains de
PEquié et de la Justice ; LOUIS s'j
soumet lui même par pobité et par moderation.
Toutes les Nations contemes l'admirent
et s'empressent de l'imiter.
Manes du Grand ARMAND , qui
aviés épuisé , ce semble , toutes les merveil .
les d'un Ministere glorieux, venez et voyez.
* Le Roy de Pologne.
Tous
JUILLET. 1
1936. 16F1
Tout Grand
que vous êtes , ces Evenemens,
disons même ces prodiges nouveaux , ne móritent-
ils pas vos regards ? Votre gloire est
incomparable , mais il reste encore des routes
qui menent à une autre sorte de gloire ,
qui aura aussi ses admirateurs.
L'illustre Directeur fit ensuite un pa
rallele des deux Cardinaux Ministres
qui commence ainsi : Le Cardinal DE
RICHELIEU remue toute l'Europe
par l'activité de sa politique .... Le Cardinal
DE FLEURY , paisible dans son
Cabinet , communique sa tranquillité à tonte
l'Europe , sans inquietude , sans s'émouvoir.
.... & c.
Le par llele finit par ces paroles : Je
ne demanderai
pas ici , M M lequel des
deux a le plus d'avantage , je laisse vo❤.
lontiers au Cardinal DE RICHELIEU
tout l'éclat et toute la splendeur de son Ministere.
A Dieu ne plaise que je veuille
diminuer la gloire de notre Fondateur.
FLEURY , le modeste FLEURY , s'offenseroit
si je lui donnois ou la préférence ,
ou même l'égalité. Mais sans porter de jugement
, je dirai simplement ce que mon goût
m'inspire. J'aime mieux la paix que la victoires
la bonne foi que l'intrigue la justice
que les conquêtes : j'aime mieux voir , ex
`un mot , que la puissance de mon Roy s'ac-
L aroisse
1834 MERCURE DE FRANCE
croisse et s'étende sans se faire de jaloux ;
etje le crois plus grand , s'il n'a point d'ennemis
, que s'il les avoit terrassé tous.

Personne ne nous accusera de prolixité
, si nous ajoûtons , en finissant
le trait qui regarde notre Auguste et
Pieuse Reine.
A ces avantages assurés , il en succedera
sans doute d'autres de jour en jour , dont
nous goûterons la douceur sans inquietude
et sans allarme .... Une Reine , modele
de toutes les vertus , les attire par ses prieres.
Elle nous les prépare même par son heureuse
fécondité ..... Vous voudriés encore un
Prince : vous l'aurez ; Dieu l'accordera , non
à vos voeux impatients , mais à la ferveur
d'une Reine selon son coeur .... Vous ver
rez six Princesses assises sur les Trônes de
l'Europe , porter par tout les leçons de sagesse
, de douceur et de bonté qu'elles auront
reçues des exemples .... En Elles et par
Elles LOUIS regnera dans toutes les
Cours , sans détrôner les Rois : il est une
Monarchie universelle , dont l'ambition ne
trouble personne. C'est la seule que LOUIS
veut se procurer et il l'emportera par l'admiration
et par l'amour , & c.
On aprend de Lisbonne que le du
mois
JUILLET. 1736. 163
mois dernier le Docteur Don François
Xavier Leitam , Medecin du Roy de
Portugal , fut reçû Académicien de l'Académie
Royale de l'Histoire , à la place
vacante par la mort de Don Diegue de
Mendoça , Corte - Real , Secretaire d'Etat
. Dans la même Séance l'Inquisiteur
Don Nuno- da - Silva Tellés , fut élu Secrétaire
de l'Académie , et l'on fit la lecture
de deux Dissertations de Don Laurent
Botelho de Souto Mayor , et du Pere
Don Louis de Lima , Clerc Regulier de
la Congregation de la Divine Provis
dence.
L'Académie s'étant rassemblée le 14
elle nomma le Pere Antoine Dos Reys ,
de la Congregation de S. Philipe de Ne
ri , pour remplir la place de Censeur de
la Compagnie. Don François de Almei
da distribua le même jour aux Académiciens
le second Tome de son Livre intitulé
: Apparat de la Difcipline et des Rites
de l'Eglise du Royaume de Portugal.
L'Académie des Sciences , établie à
Petersbourg , ayant fait présent du Re
cueil de ses Mémoires à l'Académie
Royale de l'Histoire , celle - ci doit lui
envoyer les 45. Volumes qu'elles a donnés
au Public.
EXTRAIT
1836 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Moulins , à M. du V....... Avocat
en Parlement.
LE
ER. P. de Kerlean , d'une des plus
anciennes Maisons de Bretagne ,
nous a donné un Spectacle quia extrêmement
plû aux Principaux de cette Ville
et par sa nouveauté , et par la bonne
grace des jeunes Avocats qui ont plaidé
avec beaucoup d'éloquence. Voici
Monsieur , le sujet de la Cause. Cyrus
déja Conquerant , et Heros dans la
Guerre , veut aussi devenir Heros pacifique
, et se distinguer par le plus sage
Gouvernement. Un de ses premiers soins
est de regler le partage des Biens dans
les Familles soumises à son Empire. Parmi
les Coûtumes établies chés les differentes
Nations , quatre principales lui
paroissent mériter une attention particuliere.
Le partage doit- il être égal ou iné .
gal ? Suposé l'inegalité , est- ce à l'Aîné ,
est-ce au dernier Cadet que l'avantage
doit être accordé ? Enfin , doit - on laisser
aux Peres et aux Meres le pouvoir de par
tager
JUILLET. 1736. 1637
tager à leur gré leurs Biens entre leurs
Enfans ?
Quatre des plus fameux Orateurs sont
chargés d'exposer les avantages attachés
à chacun de ces Usages , et un Juge le
plus éclairé et le plus équitable , porte
sur cette Matiere un Jugement décisif ,
qui est aplaudi du Monarque et de toute
la Nation . C'est M. Philibert Simonin ,
de Moulins , Rhetoricien du College de
cette Ville , qui porta ce Jugement , après
les Plaidoyers de quatre de ses Condiscipless
Sçavoir , Gilles- Aug.- Charles Oli
vier Despalivres , Fils du Maire de Moulins
, plaida pour l'égalité. Jean Baptiste
Chabrier , de Pierre- Fite , parla pour les
Aînés ; et Claude - François la Forcade ,
pour le dernier Cadet , plaida sa propre.
Cause ; car il est le Cadet de ses Freres ,
et quoique cette Cause paroisse la plus
foible des quatre , son Discours plein de
force et d'esprit , parûr le plus persuasif
et les Auditeurs sembloient incliner à
lui donner gain de Cause . Denis de Chevany,
de Bourbon l' Ansy , soûtint le choix
du Pere et de la Mere . Cette Piéce a fait
beaucoup d'honneur à leur Professeur le
Pere de Kerlean. Il me semble que ces
sortes de déclamations sont plus utiles
· བསཟླ
1638 MERCURE DE FRANCE
aux Ecoliers , que les Tragédies et les autres
Piéces de Théatre.
Vous sçavez parfaitement , Monsieur ,
les argumens que ces jeunes Avocats ont
pû produire pour soûtenir leur Cause ;
vous en sçavez même plus qu'ils n'en
ont pû dire , pour ne pas passer les bor
nes d'une Déclamation Vous sçavez
encore mieux à quoi il faut s'en tenir ,
et le Jugement qu'il faut porter : Je
vous prie instamment de l'envoyer aux
Auteurs du Mercure ; je ne crois pas
qu'on ose en interjetter apel. J'ai l'hon
neur d'être , & c.
ALLEGORIA.
ADvolat ad dulces imprudens Musca liquores ↓
Et bibit in medio Naufraga lacte necem .
Disce , Puer , mala quanta ferat tibi grata vo
luptas.
Te trahit illecebris , te necat illa suis.
Selon les Lettres de Naples , on a élevé dans
la Plaine de Bitonto une Pyramide de 40. pieds
de hauteur , ornée de trophées et d'emblêmes ,
avec des Inscriptions en diverses Langues , pour
Conserver la mémoire de la Victoire que le Duc
de Montemart remporta le 25. May 1734. sur
LesTroupes de l'Empereur.
Nous donnerons une Description détaillée de
ce
JUILLET. 1736. 1630
ae Monument , ainsi que des Réjouissances , des
pompeux Spectacles , et des Fêtes données à
Naples.
Le premier Samedi de Jaillet , l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture , proceda à
l'Election de quelques Officiers .
M. Christophe , ci devant Professeur , fut
nommé à la place d'Adjoint à Recteur , vacante
par la mort de M. Bertin.
M. Dumont le Romain , passa au rang des
Professeurs, et M. Charles Vanloo,fut fait Adjoint
à Professeur.
Il y eut une Exposition de Tableaux qui attira
un concours considerable de Curieux. M. Dumont
en exposa deux , dont l'un répresentoit
, Notre Seigneur baptisé par S. Jean , cr
l'autre , l'Education de l'Amour.
M. Vanloo , y exposa une Fuite en Egypte à
et Joseph Putiphar.
M. d'André Bardon , exposa un grand Tableau
de 20. pieds de longueur, représentant les bonnes
oeuvres des Filles de S. Thomas de Villeneuve
Ces Demoiselles s'occupent principalement àdonner
l'aumone aux Pauvres , à soigner les Malades
dans les Hôpitaux ; et à l'éducation des jeu
nes personnes. Ce grand morceau est placé dans
l'Eglise des Filles de S. Thomas , ruë de Seve.
Il a été ordonné par M. le Curé de S. Sulpice .
M. Natoire , exposa un Tableau , représen
tant une Fontaine , sous la figure d'une Naïade ,
accompagnée d'unTriton , et de deux petits Enfans
groupés, avec un Dauphin . Ce morceau est
detiné pour la décoration d'un Buffer.
M. Colin de Vermont , exposa une Descente de
Croix , et deux autres petits Tableaux de l'His-
Moire de Telemaque, M.
1692 MERCURE DE FRANCE

en boiserie , dans une des Salles du Château des
Thuilleries , que les Curieux ont été voir avec
beaucoup de satisfaction , et nous sommes persuadés
que ce morceau , où la Peinture , la Scul
pture , et l'Architecture , se trouvent employées
avec beaucoup de discernement et de goût , donnera
en Pologne , où il doit être transporté ,
une idée très-avantageuse du progrès des Beaux
Arts en France, Il est destiné pour être placé
dans un magnifique Château , près de la Ville
Capitale de Varsovie , apartenant au Comte de
Bialinski .
Ce Cabinet , d'une construction absolument
nouvelle , a 17. pieds 3. pouces en carré de tout
sens , en dedans oeuvre , sur 14. pieds de hauteur.
Il est percé de s . ouvertures ; Sçavoir , la
"Porte d'entrée , placée visvis la cheminée , et
quatre croisées, ( deux de chaque côté, ) avec leurs
chambranles , dont le couronnement porte immediatement
sous la corniche , et paroît la soû-
*tenir et former l'architrave .
La face qui se presente en entrant est la che
minée , dont le chambranle est d'un marbre vert
de iner , de forme nouvelle ; au - dessus est une
glace de 8. pieds 6. pouces de haut , sur 4. pieds
et demi de large , richement décoré par des
contours , qui ont leur liaison avec le chambran,
le de marbre , et du milieu desquels les deux bras
de cheminée , ou girandoles , qui sont de bronze
doré d'er moulu , prennent naissance.
La corniche de ce côté- là , fait ressaut en suivant
les mêmes formes qui entourent le haut de
la glace : Aux deux côtés de la chéminée , sont
deux Tableaux de 8 pieds et demi de haut , sur
4. pieds 4. pouces de large ; cette proportion
comme l'on voit , est à deux pouces de largeur
près
>
JUILLET. 1736. 1693
après , la même que celle de la glace dela cheminée
, et se trouve agréablement repetée dans
Les deux autres Tableaux ,dont on doit parler en◄
suite.
De ces deux Tableaux , à côté de la cheminée ,
l'un , represente Venus et Adonis , et l'autre ,
Zephire et Flore , chacun avec leur bordure de
bois doré , et des orillons aux coins qui sont
variés avec goût.
Le lambris d'apui est composé d'un couronnement,
et au -dessous d'un paneau avec un grand
ornement en bas rélief doré , orné de guirlandes
de fleurs , partie Sculpture & partie Peinture ;
+ mélange qui produit un effet singulier ; ) et du
côté des quatre angles principaux , ou encoigneu
res du Cabinet , ce couronnement du lambris
d'apui s'éleve et vient se lier avec le montant des
paneaux de chacun des coins , qui sont pareillement
ornés de Peinture en camayeux , rehaussé
d'or , representant la Geométrie , la Guerre , la
Chasse et la Musique.
Au - dessus du cartelame et du couronnement
du lambris , s'éleve un paneau contourné en forme
de pilastre , terminé par un cartel au niveau
de la frise , qui fait panache sur l'angle rentrant,
auquel on a ménagé un arondissement dans les
quatre coins : Les Peintures en camayeux qui
ornent ce paneau superieur , representent les
quatre Elemens , et le tout se termine par un
rouleau d'ornemens , au- dessus duquel est attaché
un feston de fleurs , qui sert de couronnement
à la corniche et fait ressaut en avant
corps.
Tout ce qui vient d'être expliqué jusqu'ici
de ces ornemens , se trouve également repeté
dans la face oposée à la cheminée , c'est- à- dire ,
Hij pour
1
1694 MERCURE DE FRANCE
Pour les Tableaux et paneaux qui accompagnent
les deux côtés de la Porte d'entrée.
Reste à parler des deux côtés où l'on a placé
les croisées ; il s'en trouve deux dans chaque côté
, ornés de leurs chambranles , et dans l'entredeux
un trumeáu de glace , avec un couronnes
ment qui pose jusques sur la frise de la corniche.
Au bas de chacun de ces deux trumeaux
s'avance une Table de marbre vert de mer ,
avec son pied doré en forme de console ,
un fond enrichi d'ornemens de Peinture , qui
forment liaison avec les consoles.
sur
Le côté de la Porte qui fait face à la chemiminée
, est aussi revêtu de son chambranle , son
couronnement est d'une forme bien imaginée ,
et qui fait aussi liaison avec la corniche.
Les lambris d'apui sont dans le même goût
qu'à la face de la cheminée , et les Tableaux de
ces deux côtés , qui font face aux deux , dont
la cheminée est accompagnée , et dont on a déja
parlé , representent Diane et Endimien , pour
Pun , et Bacchus avec Arianne , pour l'autre ;
le tout de la niême hauteur et dans la même disposition.
3
Cet Ouvrage a été imaginé , dessiné , et con-
„duit par les soins et sous les yeux de M. Mrissonnier
, dont les talens ; qui sont si connus
, lui ont inérité la place de Dessinateur ordinaire
du Cabinet du Roy,
On vient de donner au Public LES: AGRIMENS
CHAMPESTRES , Pastorale mise en Musique par
M. Chauyon , Auteur de plusieurs Ouvrages qui
ont réussi , et d'autres que ses amis de pressent
de publier, Ce Divertissement , qui a été executé
"
JUILLET. 1716. 1695
"
à S. Cloud , en présence de S. A R. et d'une
nombreuse Cour , avec toutes sortes d'aplaudissemens,
s, par la gayeté , la varieté et les nouveautés
dont la Musique est remplie , est à grand
Cheeur , avec Simphonies pour les Violons , Flûtes
, Hautbois , Tymbales , Trompettes , Tambourins
de Marseille , Musettes , Viles , Cors
de Chasse , Violles , Bassons , Violoncelles et
pour toutes sortes de voix ,Lensorte que chacun
peut y trouver de quoi satisfaire son goût ; il
est d'ailleurs propre à former differens Concerts,
étant divisé de façon qu'on peut Pexecuter pat
fragmens. Il n'y est point parlé d'amour ni de
Bacchus qui entrent presque toujours pour quel
que chose dans les paroles Lyriques ; le cont
compose une partition in folio ce 136 pages. Le
-prix en blanc est de 6. livres . Ce Livre se débite
chés le sieur Ballard , rue S. jean de Beauvais ,
au Mont Parnasse , à la Regle d'or , rue S. Honoré
, et à la Croix d'or , rue du Roulie .
Nous avons reçu de Dijon un Imprimé de 8.
pages in 4. intitulé Bibliotheque de Musique à
vendre , dont nous ne pouvons pas donner ici le
détail , qui est extremement long . Ces Livres
dont la plupart sont in 4. et quelques - uns in fol.
contiennent presque tous les Opera - Tragédies ,
les Opera-Ballers , plusieurs Divertissemens ou
Pastorales , Cantares 12. Livres de Motets à
grands Choeurs par M. de la Lande , Concerto ou
grandes Symphonies , &c . Sonates à Violon seul,
&c. Airs Italiens. El y a aussi quelques Instru
mens à vendre.
La Vente commencera à Dijon le 20. de Septembre
736. Il faudra s'adresser à M. Beguillet,
Notaire à Dijon , rue Ghanoine.
Hiij Ise
1696 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Launois , Machiniste de Monseigneur
le Dauphin , qui a cú l'aplaudissement de L. M.
et de toute la Cour , donne avis au Public , qu'il
fait voir une Machine utile et agréable aux Connoisseurs.
Elle est composée de cinq corps de
Pompe sans piston ni frottement, faisant monter
leurs eaux dans differens réservoirs , avec une facilité
surprenante , qui forme plusieurs jets , et
dont l'eau retourne toujours à sa source ; ce qui
représente parfaitement la circulation du sang.
De l'autre côté est un Moulin à poudre à canon
, et au - dessus on y voit un Moulin à
bled , qui tourne à tout vent ,lequel Moulin fair
agir plusieurs leviers et leve un soufflet pour allumer
le feu dans un fourneau à salpêtre , pour
la perfection du Moulin à poudre à canon .
On voit une Figure qui tire de l'eau d'une Ci
terne, par le moyen d'un chapelet à cul- de- hotte.
Ony voit aussi differentes autres Figures mouvantes
, faisant chacune differentes manoeuvres..
Un Carillon , qui pendant tout le courant de
la Foire , jouera ' chaque jour trois airs differens ,
en changera de lui -même d'airs de jour à autre.
Ce qu'il y al de plus surprenant est une Renommée,
qui, au commandement du Maître , obéit de
maniere qu'elle fait mouvoir toute la Machine.
Cette Machine n'a jamais parû , et surprendra
les Curieux , tant par sa grande utilité , que par
ses effets extraordinaires. Le tout Méchanique.
Physique et Hydraulique.
Cet Ouvrage , porté à la plus haute perfection ,
causera aux Curieux une admiration qui ne leur
permettra de détourner la vûë que pour marques
Icur entiere satisfaction .
Cette Machine se voit à la Foire S. Laurent
ruë de la Lingerie , Nº. 489
JUILLET. 1736. 1697
Le sieur Jacques Pastre , établi à Amsterdam ,
proche la Tour de la Monnoye , donne avis
qu'il vient de finir la grande Horloge de 21
pieds de hauteur, pesant 3000. livres , et surpassant
les fameuses Horloges de Strasbourg et de
Lyon. Cette Horloge est à vendre , et on la peut
voir chés lui à toute heure.
Il continue à faire de la Porcelaine de papier,
dont le vernis est très - blanc et la peinture pareille
à celle de la vieille Porcelaine du Japon : Il
en fait de diverses formes et usages . Il racommode
aussi la véritable Porcelaine cassée ,
quand même il y auroit des Pieces perdues , il
en fait de nouvelles , sans presque que cela y
paroisse .
de
et
Il fait aussi des Poupées fines à la mode , avec
des yeux verre , et habillées , comme aussi des
Ouvrages fins de Cire , des Masques fins et des
Nés à moustache au naturel.
XXXXX:XXXXXXX :XXX
CHANSON .
Elle Iris, vos regards pouroient charmer les
B
Dieux ,
En moi vous allumez une secrette flamme ;
Ne pourai - je jamais faire naître en votre ame
L'amour que je prends dans vos yeux ?

On voit les ardeurs les plus belles
Eprouver un sort rigoureux ,

1698 MERCURE DE FRANCE
Et les Amans les plus fideles ,
Sont souvent les plus malheureus.
L
း မှ
SPECTACLES.
' Académie Royale de Musique continse
toûjours avec un très grand
succès les Représentations du Ballet de
l'Europe Galante , et le Public ne se lasse
point d'aplaudir un Ouvrage si parfait.
Le 2. Juillet on donna , par extraor
dinaire pour les Acteurs ( selon la coûtume
) une Représentation des Indes Ga
lantes , avec l'Acte nouveau des Sauvages
, qui fur suivi de l'Acte de la Provegale
, détaché du Ballet des Fêtes de
Thalie.
On prépare un Opera nouveau , sous
le titre de Ballet des Romans , qui sera
foué le mois prochain . Nous en rendrons
compte au Public.
TAMBOURIN de l'Opera d'Achille
et Deidainie , dané par la Dlle Camargo
Parole. Par M. Fuzillier le fils.
Vous , que l'Amour blesse ,
Suivez la tendresse ,
Aux
t 1736.
OR
PUBLIC
ERARY
ASTOR
LENOX
AND
TILDEN
20 பப்பு
DATIONS
.
JUILLET. 1936. 16995
Aux pieds d'une Iris
Soyez toujours épris .
Vivez dans l'Histoire
Volez à la gloire ;
Guerriers , vos travaux
Vous feront des Héros
Suis la fortune •
Toi , qui l'importune.
Pour moi dans le via
Je trouve un heureux destin
Remplis en mon verre ,
Si tu veux me plaire ;
Il n'est qu'à demi ',
Tu n'es pas mon ami :
Est-ce ainsi qu'on verse
Que ton bras s'exerce
Vaide ce facon ,
Je me connois au bon
Le vrai Bourgogne
Peut bien rendre yvrogne 3
Vois - tu sa couleur ?
Ne deviens- tu pas buveur ?
Le 14 , les Comédiens Italiens . don
merent la premiere Représentation d'une
Piéce nouvelle en Prose et en trois Acres,
avec un Divertissement et un Vaudeville,
dont la Musique est de M. Mouret , et
wès- goutée. Cette Piéce qui a pour titre
H v les .
1700 MERCURE DE FRANCE
> les Fées , est de M. Romagnesi : elle est
fort aplaudio ; on en parlera plus au
long.
Le 7 Juillet , l'Opera Comique donna
une Piece nouvelle en trois Actes , en
Vaudevilles , avec des Divertissemens ,
de la composition de M. Carolet , elle
a pour titre les François au Serail , et a
été aplaudie du Public.
Le 19 , on donna encore une petite
Piece nouvelle en un Acte , qui a pour
titre l'Illusion ; elle fut jouée à la suite
de celle dont on vient de parler , avec
un nouveau Divertisement.
Le 30 , ils rejoüerent l'Acte des Ennemis
reconciliés , qu'on avoit donné à
l'ouverture du Théatre ; il fut suivi d'un
nouveau Ballet ingénieusement composé
et très - bien exécuté ; il est intitulé les
Fêtes Galantés.
Les Comédiens François donnerent
le 10 Juin , une petite Piece en prose ,
et en un Acte , intitulée le Legs L'Auteur
de cette Comédie ne s'est pas encore
nommé. On en a jugé diversement ; cependant
tout le monde convient ques
cet Ouvage est plein d'esprit et trèsbien
écrit. En voici un Extrait succint ,
qui
JUILLET. 1736. 1700
qui peut tenir lieu d'Argument.
L'objet principal de l'action théatrale ;
est fourni
par un testament , dans lequel
on legue quatre cent mille francs à un
Marquis , à la charge d'épouser une jeune
fille apellée Hortense , faute de quoi
la moitié du legs sera donnée à cette
même Hortense.
C'est Hortense qui ouvre la Scene avec
un Chevalier qu'elle aime , et dont elle
est aimée ; elle le prépare au Personnage
interessé qu'elle veut joüer ; persuadée
que le Marquis à qui les quatre cent mille
liv. sont leguées , ne l'aime point , et
qu'il aime une Comtesse , parente du
Chevalier à qui elle fait confidence du
piége qu'elle va lui tendre ; elle lui per.
suade que l'amour qu'il a pour elle , ne
court aucun risque ; elle justifie autant
qu'elle peut cette vûë d'interêt , qui pou-
Toit lui faire quelque tort dans son esprit
, en lui faisant entendre que n'étant
pas assés riches l'un et l'autre pour pouvoir
vivre dans une certaine aisance ,
elle ne sçauroit se résoudre à renoncer
àdeux cent mille francs de plus , qu'elle
peut lui aporter en mariage ; le Cheva-
Jiera prouve savruse et se retire voyant
venir Frontin , Valet du Marquis , qui
ne l'aime point , et Lisette , Suivante de
Hvi
10 : MERCURE DE FRANCE
la Comtesse , dont le Marquis est amou❤ .
reux. Hortense commence par payer
d'a
vance Frontin er Lisette pour un sere
vice qu'elle veut exiger de l'un et de
Fautre ; Lisette refuse d'abord Pargent
qu'Hortense lui met entre les mains ;
mais Frontin croiroit déroger à sa qualité
de Gascon , s'il ne prenoit pas ce
qu'on lui donne de si bonne grace. Lisette
veut rendre l'argent qu Hortense
Ini a donné , à la premiere proposition
qu'elle lui fair de porter la Comtesse à
répondre à l'amour du Marquis ; Frontin
au contraire promet à sabienfaictrice de
la servir , et lui dit qu'il a de violents
soupçons de l'amour du Marquis pour
la Comtesse ; Hortense se retire , après
avoir seulement éxigé le secret de Lisette
et dit àFrontin qu'elle accepte ses offres de
service ; Frontin fait une déclaration d'a
mour à Lisette , pour l'engager à servir
Hortense Lisette lui répond qu'elle ne
Paime point , et lui fait entendre qu'elle
se gardera bien de porter sa Maitresse à
se marier avec le Marquis , attendu que
ce mariage nuiroit à sa petite fortune , et
que la Comtesse , si elle venoit à se: mas
rier , ne seroit pas si liberale envers elle ,
qu'elle l'eft dans l'état de veuve .
7
Pendant cette contestation entre Etont
tin
JUILLET . 17: 6.
176
1
tin et Lisette le Marquis , Amoureux
de la Comtesse et Maître de Frontin arrive
, et comme il eft , à ce qu'il die
extrêmement timide , il' prie Eisetre de
vouloir bien fui sauver les risques d'une
declaration d'amour auprès de son aimable
Maitresse ; Li ette , fondée sur son
petit arrangement d'interêr , s'y refuse
er lui fait entendre qu'elle se broüilleroit
et le brouilleroit lui même avec la
Comtesse , si elle lui faisoit connoître
Pamour cu'il a pour elle ' ; le Marquis
perd courage , mais Frontin le rassure
et le prie de venir prendre avec lui des
mesures pour réussir dans ses projets
amoureux .
Lisette persiste dins le dessein d'em
pêcher un mariage qui ne convient point
a ses intérêts. La Comtesse vient ; Li
setre , qui ignore le penchant secret que
sa Maitresse a pour le Marquis , ne lui
parle de la commission dont ce timide
Amant a prétendu la charger , que pour
le rourner en ridicule ; la Comtesse trou-"
ve très mauvais qu'elle lui en fasse une
peinture si désavantageuse , er plus mauvais
encore qu'elle lui ait dit qu'elle lui ait dit que l'Amour
dont il a voulu lui faire parler , le
brolleroir avec elle..
Lisette commence à se douter que le
Marquis
1704 MERCURE DE FRANCE
-
Marquis est mieux qu'il ne pense dans le
coeur de la Comtesse ; Frontin vient annoncer
à la Comtesse que son Maître
lui demande très respectueusement un
moment d'entretien , la Comtesse luit
dit qu'elle est prête à l'entendre , et
congédie Lisette qui voudroit rester
pour nuire au Marquis. Frontin appelle
son Maître , et lui dit tout haut que Madame
la Contesse est prête à lui donner
audience. Le Marquis approche ; il dit
à la Comtesse qu'il voudroit bien la
consulter sur une affaire très importanre
; la Comtesse lui répond qu'elle seroit
ravie de pouvoir lui être bonne à quelque
chose le Marquis lui dit qu'elle
pouroit lui être excellente ; il lui expo-*
se la peine où il eft sur le legs en question
, attendu qu'il n'aime pas la Marquise
, et que ne pouvant se résoudre
l'épouser , il faudra qu'il partage avec
elle les quatre cent mille livres dont il
n'eft légitaire que conditionnellement.
La Comtesse lui dit qu'il vaudroit mieux.
qu'il perdit tout son bien , que de se
marier à une personne qu'il ne sçauroit
aimer ; le Marquis enhardi par les bontes
de la Comtesse , ajoûte que non - seulement
il n'aime pas Hortense , mais qu'il
en aime une autre éperdûment ; la Comtesse
JUILLET. 1736. 1705
tesse pour l'engager à s'expliquer plus
nettement , redouble ses bontés pour
fui ; elle le prie de lui dire quel eft l'ob
jet de son amour ; le Marquis la prie à
son tour de le deviner ; enfin après un
Dialogue où le caractere de bonté d'une
part , et de timidité de l'autre , est trèsingénieusement
peint par l'Auteur , et
par le jeu des Acteurs , le Marquis plus»
encouragé que jamais fait sa déclaration
à la Comtesse ; mais allarmé du ton sérieux
qu'elle prend, pour garder les bien-,
séances que le sexe exige en pareille occasion
, il lui répond brusquement qu'il
ne l'aime pas , puisqu'elle prend si mal
la chose ; le ton de colere qu'il prend ens
gage la Comtesse à renoncer à son caractere
de douceur ; ils sont prêts à se
Broüiller pour toûjours ; Hortense survient
, elle arrête le Marquis prêt à se
retirer ; elle le prie de s'expliquer sur la
disposition du teftament ; elle lui dig
d'un ton fâché qu'il eft bien humiliant
pour elle de faire la premiere démarche
et qu'il auroit dû lui épargner cette hon,
re ; elle lui déclare qu'elle eft aimée du
Chevalier , mais que ce ne sera qu'au refus
de celui à qui le teftament la destine
qu'elle consentira à recevoir sa main ; le
Marquis lui dit sechement qu'il l'épousera
, puisqu'on l'y force. Hortense
1706 MERCURE DE FRANCE
Hortense ne se déconcerte point 3 elle
dit qu'on aille chercher un Notaire à
Paris ; Lisette appelle Frontin , et le
eut charger de cette fâcheuse commission
; Frontin dit au Marquis son Maî
tre qu'il a tout fait préparer pour cette
partie de Chasse qu'il lui a proposée , et
que pour lui Frontin , il s'étoit destiné à
courir le Lievre , et non pas le Notaire
le Marquis ne sçachant comment sauver
les deux cent mille francs , témoigne son
embarras à la Comtesse ; elle lui conseille
d'en proposer la moitié qu'elle lui
prêtera ; l'offre est refusée par
Hortense ,
qui ne veut rien lâcher de sa proye..
Hortense se retire ; le Chevalier qui a
été présent à toute cette altercation veut,
la suivre ; la Comtesse l'arrête , et lui remontre
toute la honte du procedé de la
Marquise ; elle lui dit qu'il lui est hon-,
teux à lui - même de se prêter à des démarches
si interessées ; le Chevalier lui
répond qu'il doit se prêter à tout ce qui
peut faire plaisir à l'objet de son amour ,
et qu'en épousant Hortense , il auroit
un regret éternel de lui avoir fait perdre
une succession dont ils auront be
soin l'un et l'autre .
Le Chevalier s'étant retiré , la conversation
se renouë entre le Marquis et la
Comitesse
JUILLET. 1736. 1707.
Comtesse , moitié colere , moitié amour.
Enfin le Marquis ayant fait connoître à
la Contesse qu'il consentiroit à lâcher
les deux cent mille franes , s'il étoit sûr
dêne zimé de celle à qui il feroit ce sacrifice
, la Comtesse lui avoue que, avilgré
toutes ses brusqueries , il ne laisse pas
d'être aimé , plus qu'il ne mérite de lêtre
le Marquis encouragé lui demande
sa main à baiser , la Comitesse la lui donne
; Hortense et le Chevalier sont charmés
de les trouver dans la situation favorable
, où ils les souhaitoient ; les deux
cent mille livres sont cedées à Hortense,
et le double mariage se fait , du consentement
même de Lisette , qui pendant
le cours de la Piéce , a trouvé le secret
de se raccommoder avec sa Maitresse , er
peut être avec Frontin . Au reste cette
Piéce est parfaitement bien joüée , on la
trouve imprimée et en vente chés le
Breton , Quai des Augustins.
On doit donner sur le Théatre François
, une Tragédie nouvelle qu'on repete
actuellement , sous le titre de Pharamon
Premier Roi de France.
NOU1708
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
O
TURQUIE ET PERSE.
N mande de Constantinople, du commen
cement du mois dernier , que le Comte
d'Osterman , Vice - Chancelier de Moscovie , a
écrit au Grand- Visir , par ordre de la Czarine
une Lettre , dans laquelle il essaye de justifier les
Actes d'hostilité commis par les Troupes de
S. M. Czarienne contre les Turcs.
Selon ce Ministre , la Moscovie en plusieurs
occasions a eu sujet de se plaindre de la Porte
quoique les deux derniers Czars, la feue Czarine
et la Czarine actuellement regnante , ayent toujours
observé les Traités avec toute l'exactitude
possible . Il dit que dans les années 1713. 1714.
1715. et 1716. les Turcs et les Tartares ont
fait plusieurs irruptions dans diverses Provinces
de la Moscovie , qu'ils ont ravagé entierement
celles de Tabun , de Czaritzin , de Jasasse et de
Dmitrow ; qu'ils se sont emparés de celles de
Charkow et d'Isum ; qu'ils ont brulé un grand
nombre de Bourgs et de Villages apartenans à
S.M.Cz. et qu'ils ont fait esclaves plus de 80000
de ses Sujets.
Après avoir raporté le détail de plusieurs autres
entreprises qu'il accuse la Porte d'avoir formées
ou suscitées dans les années suivantes contre
la Moscovie, il ajoûte que les Augantzes et les
Lesgintzes ayant par leur révolte réduit la Perse
à l'extremité , et le Czar Pierre I. à qui il importois
JUILLET. 1736. 1759
portoit de rendre la tranquillité à ce Royaume,
y ayant envoyé des Troupes pour les obliger de
quitter les Armes , la Porte avoit pris ces Rebelles
sous sa protection ; que quoique cette démarche
fut contraire aux Traités conclus antérieurement
entre les Turcs et les Moscovites , le
Czar Pierre I avoit consenti d'en signer un nou
veau , dans lequel on avoit reglé les limites de la
Turquie et de la Moscovie du côté de la Perse, que
bientôt les Turcs s'étoient trouvés trop resserrés
dans les bornes qui leur avoient été prescrites
par ce Traité , qu'ils s'étoient rendus maîtres
d'Ardevil et de plusieurs autres Places , et quesans
l'oposition d'Eschref. Chef des Augantzes,
ils auroient joint Hispahan à leurs autres conquêtes
.
3
Le Comte d'Osterman assure que lorsque la
Porte eut conclu la Paix avec Eschref , et que
Schah- Thamas , après les avantages qu'il rempotta
sur cet Usurpateur , eut déclaré la guerre
aux Turcs , la Moscovie , malgré les efforts de
Schah- Thanias pour l'engager à lui donner du
secours , ne voulut prendre aucun engagement
avec luis que dans la suite la Porte ayant invité
la Moscovie à s'employer de concert avec elle
pour finir les troubles de la Perse , la Moscovie
offrit d'y concourir de tout son pouvoir; que si
les résolutions prises à ce sujet n'eurent point ,
d'execution , ce ne fut que parce que la Porte
déclara qu'elle avoit changé de dessein et qu'elle
ne voulut point qu'aucune Puissance se mêlât des.
differends des Turcs avec les Persans ; que nonobstant
toutes les injustices que les Moscovites prétendoient
avoir éprouvées de la part des Turcs,
la Porte n'eut pas plutôt témoigné qu'elle soup
connoit la Moscovie de vouloir étendre sa dow
mination
1
2
I
1710 MERCURE DE FRANCE
mination jusques dans la Géorgie, que S. M.C.
restitua à la Porte les Places situées sur les Côtes
de la Mer Caspienne , en exigeant seulement
qu'elles demeureroient unies pour toujours au
Royaume de Perse , sans pouvoir être cedées
sous quelque prétexte que ce fût à aucune Puissance
Etrangere , et que S. M. Cz. seroit comprise
dans le futur Traité de Paix entre les Turcs
er les Persans , comme Puissance amie de l'une
et l'autre des Parties contractantes.
Le Comte d'Osterman rapelle ensuite dans
cette Lettre les Actes d'hostilité commis par le
Kan des Tartares de la Crimée, dans le Daghestan
, et ce Ministre finit en disant que la Czari
ne ne pouvoit donner une preuve plus convaincante
du désir qu'elle avoit de conserver la Paix
avec le Grand Seigneur , qu'en demandant d'être
apellée comme Puissance amie à la conclusion
du Traité de Sa Hautesse avec le Royde Perse
après avoir refusé de s'unir à celui- ci contre le
Grand Seigneur ; que Se Hautesse a rejetté la
proposition de S. M. Cz , et a déclaré qu'elle regardoit
les Moscovites comme ses ennemis
qu'ainsi il ne reste plus à la Czarine que
ger à défense.
de
sonsa
propre
Il assure cependant que S. M. Cz. malgré les
raisons qui l'ont déterminée à prendre les Ar
mes , ne fait la guerre que dans l'intention de
parvenir à la Paix et de trouver les moyens de
procurer à l'avenir la sureté de ses Etats et le re
pos de ses Sujets ; que si le Grand Seigneur est
dans les mêmes dispositious et qu'il veuille
nommer des Ministres Plénipotentiaires , elle
fera de son côté toutes les démarches nécessaires
pour contribuer à la fin de la guerre ; qu'au reste
espere que Sa Hautesse vondra bien permetetle
L tre
JUILLET. 1736. 1711
tre à M. de Wisnakow de sortir librement de
Turquie , ainsi que cela se pratique en pareille
occasion entre les Nations civilisées .
EXTRAIT d'une Lettre de Constan
tinople du 13. May 1736 .
E premier de ce mois , les Ministres de la
LB
'Asoph , qui leur confirme que les Moscovites
en avoient formé le Siege depuis le 26. Mars
dernier , la confirmation de cette nouvelle a fait
redoubler l'activité avec laquelle on travailloit
déja aux préparatifs de la guerre. A l'issue d'un
Divan dans lequel il fut résolu que le Grand Seigacur
resteroit à Constantinople et que le Grand
Visir iroit à Andrinople , on fit faire des Prieres
publiques pour la prosperité des Armes de Sa
Hautesse. On a envoyé chercher de tous côtés
des Chevaux que l'on attend incessamment au
nombre de cent mille , tout le monde est en armes
, les chemins sont couverts de Troupes qui
wont au rendės - vous qui leur a été donné à Ba
bada près de Bender , et le Capitan Pacha , qui
depuis le 15. du mois d'Avril étoit sorti du Port
de Constantinople , est entré le 11. de celui - ci
dans la Mer Noire avec une Flote de deux Frégares
de 60. pieces de Canon , de 11. Galeres et
de 7. Gahottes , qui depuis a été augmentée de
3.0 .
Galiottes et de 20. Brigantins ; tous ces Bâtimens
ont été construits , mis en Mer et équipés
en 20, jours de temps , et on en fait encore cons
truire un pareil nombre qui sont destinés également
à aller joindre le Capitan Pacha.
M. Fawkener, nouvel Ambassadeur d'Angleterre
a en ses audiences du Grand $ .igneur ee
du
12 MERCURE DE FRANCE
du Grand Visir , et a reçû et rendu ses visites de
ceremonie à tous les Ministres Etrangers qui
sont en cette Cour.
P. du 29. May 1736.
Les Queues de Cheval furent hier exposées à
la Porte et le Grand Visir doit faire dans peu
de jours sa sortie de Constantinople pour aller
camper un endroit apellé Daout Pacha , qui
à
en est éloigné de deux licuës .
RUSSIE.
Es Lettres de Petersbourg , portent que le18.
Ifui ,tros de
,
que let
Roy de Perse , eut une audience particuliere de
la Czarine , et il lui aprit qu'un Convoy considerable
de munitions de bouche et de guerre que
le Pacha de Tripoly de Sirie conduisoit à l'Armée
Othomane en Perse , avoit été attaqué par
Thamas Kouli Kan , qui s'en étoit rendu maître
après un combat très - vif et très - long.
Depuis l'arrivée du premier courier par lequel
la Czarine a reçû la nouvelle de la prise des
Lignes de Precops , Sa M. Cz . a sçû le détail des
circonstances de cette action par un second
courier , qui l'a informée qu'à l'attaque des
Lignes , le Prince de Hesse Hombourg commandoit
le centre ; que l'aile droite étoit commandée
par le Lieutenant Géneral Sagreski , et
l'aile gauche par le Prince Ismaïloff , que le
Major General de Biron , cousin du Grand
Chambellan de la Czarine , étoit monté le premier
sur le haut du retranchement des ennemis ;
que le Comte de Munich étoit monté immédiatement
après lui , et y avoir planté le premier
le Drapeau ; que ce General aussi - tôt après
avoir
JUILLET. 1736. 1713
2
avoir forcé les Lignes , avoit profité de la consternation
des Tartares , pour s'emparer d'une
Tour qui restoit à prendre ; qu'il avoit détaché
pour cet effet un Regiment d'Infanterie avec
quelques piéces de campagne , et que les Jannissaires
qui la gardoient , l'avoient abandonnée
sans faire la moindre résistance , que le lendemain
le Comte de Munich ayant fait les dispositions
nécessaires pour emporter d'assaut le
Château de Precops , et ayant fait avancer deux
Détachemeris avec ordre de l'attaquer par deux
endroits differens , le Commandant à leur aproche
avoit arboré un Drapeau blanc , et avoit
envoyé deux Officiers pour demander à capituler
; que le même jour au soir on avoit signé
la capitulation ; que le deux du mois dernier ,
Ja garnison composée de 2300 hommes étant
sortie du Château , le Comte de Munich y avoit
fait entrer 800 Grenadiers , et qu'on y avoit
trouvé 80 piéces de canon de fonte et une gran
de quantité de munitions.
Deux autres couriers ont raporté que le
Comte de Munich avoit divisé son Armée en
plusieurs Corps , afin de tenir les Tartares renfermés
dans la Crimée , & de les empêcher de
former aucune entreprise & d'interrompre le
Siége d'Asoph ; qu'il ne laisseroit dans les Lignes
qu'un nombre suffisant de Troupes pour
les garder , & qu'il employeroit le reste de
l'Armée à s'emparer des principales Places du
Pays ; qu'il détacheroit deux Corps de Troupes
pour former le Siége de Caffa & celui de Karasu
, et qu'il alloit marcher avec le gros de
l'Armée vers Bacciesaray , Capitale de la Crimée
; qu'il comptoit de se rendre bientôt maître
de cette Place , mais que le Siége de la premiere
iv 1714 MERCURE DE FRANCE
C
A
3
miere des deux autres pouroit être long , parce
qu'elle étoit défendue par deux Châteaux du
Gôté de la Terre ; qu'actuellement les vivres &
les fourages étoient extremement cares dans la
partie Septentrionale de la Crimée , parce que
le Pays avoit été ruiné par les Tartares & que
c'étoit la raison qui le déterminoit principale
ment à pénetrer dans la partie Méridionale , od
il esperoit de trouver plus facilement des subsistances.
On a apris par les Lettres de la fin du mois
dernier , que le Comte de Munich avoir envoyé
à Petersbourg , sous l'escorte de 200 Cosaques
les principaux Officiers Tartares qui ont été
faits prisonniers à l'attaque des Lignes. Ce Géneral
a envoyé en même temps à la Czarine les
queues de cheval et les timbales qu'on a enlevées
aux ennemis..
Depuis qu'il a quitté le Camp qu'il occupoit
dans les ennirons de Precops , S. M. Cz. n'a
reçu aucune nouvelle de sa marche , ce qui
donne lieu de croire qu'il persiste dans la résomintion
de s'avancer vers Bacciesaray , Cap tale
3. de la Crimée , & que les Tartares n'ont encore
fait aucune tentative, pour s'y oposer. Il y a
d'aurant plus d'aparence qu'ils ne l'inquiéteront
point dans cette marche , qu'ils se sont
retirés du côté du grand desert voisin de la
Romanie , et que le Prince de Hesse Hombourg
assure que les Troupes qu'il commande
ne découvrent plus aucun des détachemens des
ennemis dans les environs des Lignes out elles
sout' retranchées. } y ་ ཞཟེ་ 1
Les Lettres du même Géneral marquent que
•quelques-uns des Cosaques de l'Ukraine qui
étoient soumis au Grand Seigneur , ont acmandé
JUILLET. 1736. 1713
mande d'être reçûs sous la protection de la
Czarine.
>
Le Feldt Maréchal Lesci a mandé à S. M.
Cz. que les Troupes de la Garnison d'Asoph
avoient fait une nouvele sortie et qu'elles
avoient comblé quelques uns des travaux cks
Assicgeans, mais qu'elles avoient été repoussécs
après avoir fait une perte considerable. Tajoûte
, qu'outre trois barteries qu'il venoit d'établir
, il faisoit battre la Vilit par plusieurs piéces
de canon , placées sur neuf Praames qu'il
avoit fait avancer sur le Tanaïs jusqu'à une
pette distance de la Place.
On a apris par les mêmes Lettres , que le
Major General Brili ayanı joint le Feidt - Maréchal
Lesci avec un Corps de 6cco hommes de
Troupes régiées , et avic 4 ou coo Cosaques ,
l'Armée des Assi geans croit actuellement de
plus de 3occo hommes , et que le grand nombre
d'Officiers et de Soldats , que la Garnison
avoit perdus dans les sorties , l'avoit considerablement
affoiblie.

La Czarine ayant été informée que le Grand
Seigneur lui avoit déclaré la guerie , et que le
Grand Vizir devoit partir le 16 du mois passé
pour aller se mettre à la tête de l'Aimée que
Sa Hautesse se propose d'envoyer contre les
Moscovites , et qui sera composée de 60000
hommes , S. M Cz. a ordonné que hunt Régimens
et 20:00 Cosaques ai lent enforcer les
Troupes commandées par le Comte de Mu
nich et par le Prince de Hesse Hombourg.
ont
Les Troupes qui ont été en quartiers pendant
hyver dans le Royaume de Boheme
reçu en même temps ordre de se rendre , avec
plus de diligence qu'il sera possible au
Camp
1714 MERCURE DE FRANCE
Camp du Lieutenant Feldt Maréchal Leonne ,
que le Comte de Munich a detaché avec un
Corps considerable de Troupes , pour aller se
poster sur le bord du Dnieper , afin d'empêcher
que les Tartares de Budziack et de Bielgrood ne
passent cette riviere .
Le bruit court qu'il avoit été résolu dans le
Divan , de faire arrêter & d'envoyer aux Tours
des Dardanelles M. Wisnakow , Résident de la
Czarine à Constantinople ; mais que les représentations
faites au Grand Vizir par quelques
Ministres Etrangers , l'avoient déterminé à se
contenter de le faire conduire sous une escorte
jusqu'à la frontiers.
On aprend par les Lettres du commencement
de ce mois , que Thamas Kouli Kan`a envoyé à
Petersbourg , pour donner part à la Czarine de
la résolution que la Noblesse Persane a prise
de le proclamer Roy , un Ambassadeur extraordinaire
, auquel S. M. Cz . a accordé une Audience
particuliere,
On avoit apris que Donduck Ombro,Kan des
Calmouques soumis à S. M. Cz. avoit attaqué
un Corps de Tartares du Cuban et l'avoit entierement
défait . Les Lettres par lesquelles on
a apris les circonstances et le détail de cette acf
tion ,,
marquent que ce Kan ayant reçu avis
qu'environ 30000 Tartares du Cuban étoient
assemblés sous les ordres de Murse Batyr Asima
, il s'étoit mis en marche le 14 du mois
d'Avril dernier avec 40000 hommes pour s'oposer
à leurs entreprises ; qu'il les avoit joints
↑ sur les bords de la riviere de Cuban dans un endroit
où ils étoient campés très - avantageusement
; mais que leur situation et la précaution
qu'ils avoient cuë de se faire un retranchement
de
JUILLET. 1736 .
de leurs chariots et de leurs bagages ne l'avoient
1715.
pas empêché de les attaquer ; que Gordon
Norma son fils , à la tête de la moitié de l'Ar-
3-mée , avoit
commencé l'attaque ; que la victoire
avoit été fort
longtemps
incertaine , et que les
-Calmouques avoient perdu beaucoup de monde,
-mais qu'enfin ils avoient forcé le retranchement
, et qu'ils avoient passé au fil de l'épée
tous les Tartares qui étoient tombés entre leurs
-mains , n'ayant épargné que les femmes et les
enfans qu'ils ont faits esclaves au nombre de
plus de
1.
1
+
20000.
Le même Kan a donné ensuite avis à la Czarine
qu'après cette défaite il s'étoit mis en
marche pour aller attaquer un autre Corps de
* Troupes de Tartares , qui étoit campé à quelque
distance du lieu où il avoit remporté cette
Victoire : comme la situation du Camp dans
lequel les Troupes étoient retranchées étoit trop
avantageuse , pour qu'on pût esperer de les y
forcer , il s'étoit contenté de les y tenir enfermées
, jusqu'à ce qu'il eût été joint par plusieurs
Kans de Cubardie et de Terki ; que lorsqu'il
cut reçu ce renfort , les Tartares , pour éviter
le sort qu'avoient éprouvé les Troupes de Batyr
Asima , avoit offert de se soumettre à ba
M. Czarienne , à condition qu'elle ne consenti
roit dans aucune circonstance , pas même dans
celle d'un Traité de paix , qu'ils rentrassent
sous la domination du Grand Seigneur. La
Czarine leur a promis ce qu'ils demandoient
elle leur a accordé en même temps une étenduë
considerable de Pays entre les Rivieres de Milk
et de Cuma. Sa M. Cz. voulant marquer sa
consideration à Donduk Ombro , lui a envoyé
le Cafetan et le Sabre, suivant l'usage établi
ni les Princes Mahometans,

I ij
par-
On
1716 MERCURE DEFRANCE
On a apris en dernier lieu des particularités
suivantes du Camp devant Azoph. Le Felde
Maréchal Lisci ayant fait avancer quelques
Troupes pour s'empaler d'un Poste où il avoit
dessein d'établir une nouvelie baterie 2000
Janissaires , soutenus de 3.00 homnses de Cava
lerie , étoient sous de la Place , tavoient attaṁ
qué le détachem at as Moscovits avec beancoup
de valeur , que le détachment : auroit
meine eté oblige de se retirer , si soo Grena➡
diers n'avoient marche à son secours , que les
Turcs , dans la crainte d'être coupés par ces
Grenadiers , avoient pris & paru de entrer, avec
précipitation dans la Villece que les. Draguns
les avoient poursuivis jusqu'aux palissades.
Ces Dépêches ajaûtent que les jours suivans
on avoit achevé les Lignes de circonvallation ,
qu'on avoit fortifiés par plusieurs redoutes ;
que le General Lesci avoit fast construire un
Pont sur le Tanaïs , pour faciliter la communi
cation entre les Troupes campées sur les deux
botas de cette Riviere , et qu'on avoit élevé én
même temps deux Fors à la droite et à la gau
che de son embouchure , dont l'entrée étoit our
are cela def nduë par un grand nombre de Galliotes
armées : desorte que les Assiégés ne paus
voient recevoir aucuns secours apar la Mer
noire.
Que le 12 du mois dernier , toutes les > Batteries
éables par le Felde Maréchal Lesci ,
avoient commencé à tirer , que le même pour
une bomb étoit tombé sur le principal maga,
zin à poudre des Assiegés et l'avoi : fait sauteri,
que la plupart des maisons voisines de ce ma→
gazin avoient été renversées , et qu'un grand
nombre d'habitans et de soldats de la Gar-
Amisoa
JUILLE F. 1736. 1717
י
aison avoient peri dans cette occasion .
Le mê ne Courier a raporté que malgré le
feu continuel et les fréquentés sorties des Assiégés
, les Moscovites avoient , tellement avancé
leurs travaux , qu'ils é oient en état de battre
incessamment le corps de la Flace.
le -On vient de recevoir avis de l'Ugraine , que
premier de ce mois le Pacha qui commandoit
dans Asoph , avoit rendu la Place aux Moscovites
que selon les Articles de la Capulation ,
Je Géneral Lifei avoit fait entrer des Troupes
le même jour dans l'Ouvrage couronné , et que
lelendemain il devoit prendre possession de la
Ville.
eron vient de recevoir avis par un Courier du
Cointe du Munich , que sur la nouvelle de la
marche de l'Armée qu'il commande , la Garni-
Son Turque qui étoit dans Koslow , Ville asses
considerable de la Crimée , et ayant un bon
Port sur la Mer Noire , l'avoir abandonnée et
s'étoit embarquée pour Constantinople , que le
Comte de Munich avoit envoyé des Troupes
pour prendre possession de cette Place , et qu'on
y avoit trouvé 20 picocs de sanon de fonte et
beaucoup de munitions de guerre. ,
Les mêmes Lettres marquent que le Comte
de Munich comptoir d'arriver veis la fin de ce
mois à Bacciesaray , Capitale de la Crimée . On
mande aussi de Petersbourg que le Lieutenant
Feldt- Maréchal Leontiew ayant formé le Siége
du Fort de Kimburne , situé sur le bord du
Dnieper vis - à- vis d'Oczakow , la Garnison de
ce Fort avoit capitulé le 19 du mois dernier , et
qu'on étoit convena que le Gouverneur laisseroir
quelques Otages , qui demeureroient au
Camp jusqu'à ce qu'il eût fait remettre 250
Luj
1718 MERCURE DE FRANCE
Moscovites , qui avoient été faits prisonniers
avant le Siége.
POLOGNE.
7
{
L'cation ,usefàVarsoviete, du mois der-
'Ouverture de la Diette génerale de Pacifi
>
nier par une Messe solemnelle à laquelle le Roy
Auguste assista avec tous les Senateurs Ecclesiastiques
et Séculiers , et les Députés de la Noblesse.
S. M. s'étant rendue ensuite dans la Salle
des Sénateurs , et chacun ayant pris séance , le
Primat fir un Discours pour exhorter la Noblesse
à ne plus écouter aucune haine particu
liere , et à s'occuper uniquement du Bien public.
Lorsque les Députés des Palatinats furent reti
rés dans leur Chambre , le Comte Poninski
Maréchal de la Confédération faite en faveur
du Roy Auguste , prononça un Discours qui
avoit le même objet que celui du Primat , et ib
les invita à proceder à l'élection d'un Maréchat
de la Diette, ce qui a été fait depuis , et le choix ›
est tombé sur le Comte Rzewuski . Le len emain
de cette Election , les Depu és de la Noblesse
furent amis à baiser la main au Roy Au- i
guste.
2
Les Conferences entre le Baron de Keiserling,
Ministre de la Czarine , et les Commissaires ..
nommés par la Republique , pour regler les
limites de la Pologne et de la Moscovie , ont
recommencé sur la fin du mois dernier. Ce
Ministre a déclaré que le Czar Pierre I. n'avoit
promis de restituer la Livonie aux Polonois ,
qu'à condition que la Republique entretiendroit
à ses dépens une Armée de 40000 hommes pen
dant la derniere guerre de la Moscovie avec la
Suede
JUILLET. 1736. 1719
;
Suede que la Pologne n'ayant point rempli cet
engagement , la Moscovie avoit suporté seule
tout le poids de la guerre , et avoit été obligée
de pourvoir en même temps à sa défense et à
celle de la République ; qu'outre la perte que
cette guerre avoit causée à la Moscovie , le Czar
en signant la Paix avec la Suede avoit payé
deux millions d'écus ; et que la Livonie ayant
été l'objet de la guerre , on n'étoit pas en droit
d'éxiger de la Czarine la restitution de cette
Province , avant que les dépensés qu'elle avoit
Occasionnées à la Moscovie , ayent été remboursées
par la Suede ou par la Pologne.
Le Baron de Keiserling ayant ajouté que pour
ce qui regardoit le renouvellement des anciens
Traités , la Czarine laissoit à la Republique
une entiere liberté sur cet article , mais qu'elle
demandoit une décision sur l'affaire de Curlande
; les Commissaires ont répondu qu'ils ne
pouvoient mettre cette affaire en déliberation
sans le consentement unanime de la Republique.
On croit que le Baron de Keiserling ne continuera
point ses instances à ce sujet , et que suivant
la resolution prise il y a quelques années à
Mittau , on attendra la mort du Duc Ferdinand
pour regler les prétentions de la Republique ,
celles de la Czarine , et celles de la Noblesse de
Curlande .
Presque toutes les Séances de la Diere de
Pacification ont été assés tumultueuses , mais
dans celle du 9. de ce mois , les Députés s'étant
accordés sur les principales affaires qui avoient
été mises en déliberation , ils se joignirent au
Senat , et après la lecture des Actes de la Diette,
Roy Auguste accompagné des Senateurs et
"I iiij des
1926 MERCURE DE FRANCE
des Deputés de la Noblesse , se rendit à l'Eglise
de S. Jean , où l'on chanta le Te Deum , au bruit
d'une triple salve de l'Artillerie de la Ville er dy
Château de Varsovie , en action de graces de
Pheureux succès de la Diette.
Les Seigneurs et les Gentilshommes qui compor
soient certe Diette , ont réglé avant de se sépa
rer que l'annistit ne seroit pont générale , eg
qu'on en excepteroit tous ceux qui n'ont point
servi dans les Troupes de la Couronne pendant
les derniers troubles , et ceux qui y ayant servi
ont commis des violences sans necesrité ou sans
un ordre exprès de leurs Commandans , et qu'on
annulleroir toutes les Confederations faites par
les differens Partis , &c . Qu'après la mort dự
Duc Ferdinand , les Etats de Curlance , s'il ne
Jaissoit point d'heritiers mâles , auroient droit
délire un Soverain , lequel seroit confirmé par
Je Roy Auguste.
ALLEMAGNE.
E Comte Joseph Lothaire de Konigseg a été
declaré President du Conseil Aulique de
Guerre , à la place du frú Prince Eugene de Sa
voye. L'emploi de Vice Président du même
Conseil a été donné au Comte de Kevenhuller,,
qui commande les Troupes Imperiales en Italie.
La Princesse Anne Victoire de Savoye , Niece
et Héritiere du feu Prince Eugene , arriva le .
de ce mois à Vienne .
Le 11 de ce mois , on célebra dans l'Eglise
Métropolitaine de Vienne , un Service solemnel
pour le repos de l'ame du Prince Eugene de
Savoye, Le Cardinal Archevêque y officia pone
tificalement
JUILLET. 1936. 17 I
tificalement , et le Duc de Lorraine y assistä,
ainsi que le Prince Charles son Frère : L'Orai
son funebre fut prononcée par le Pere Peckhart,
de la Compagnie de Jesus.
Le 12. et le 13. ou fit encore dans l'Eglise
Métropoli a ne deux autres Services pour lemê
me Prince. La Messé tut célébrée le 12, par M.
Beitenbu her , Evêque d'Antigonie , et le 13
elle le fut par M. Maricon , aussi Eveq e in partibus.
Le C tafalque qu'on avoit élevé dans le
m . ieu de l'Eglist ", avoit 70. pieds de hauteur.
Trepresentoit un Tomb.au soutenu par six fi .
gures allégoriques , ei environné de jouzc col-
Jonnes.
9.
S. M. Timp. a écrit à M. Dahlam , sòn Mi-
' nistre à Constantinople de suivre le Grand
Visir à l'Amée, afin d'ê re à portée ďîmployer
sa médiation pour rétablir la Paix entre la Turquie
er la Moscovic.
On aprend de Berlin , que le Roy de Prusse
se rendit le 9. Juillet à Rosenbourg , pour voir
Acqueduc qu'il a fait construire dans les environs
et qui a une demie lieue de longueur , &c.
Le 11. S. M. visita le Haras de Tarkchmen , un
des plus considerables qu'il y ait actuellement en
Europe,
Selon les avis de Ratisbonne , le Roy de la
Grande Bretagne a écrit aux Electeurs , Princes
e autres Etats de l'empire , de la Confession
Ausbourg , une Lettre par laquelle il les assure
qu'il voit avec beaucoup de plaisir qu'ils apron-
Vent ses démarches pour faire rétablir le
Traité de Westphalie. Îi ajoûte que les disposi
tions dans lesquelles ils paroissent être à ce
sujet , sont également justes et louables ; que
ges sentimens sont si conformes aux leurs , qu'il
est
1722 MERCURE DE FRANCE
est résolu d'employer ses soins de concert avec
les Etats Généraux , afin de faire réussir cette
affaire , selon les souhaits du Corps Evangelique
; que dans cette vûe il s'éforcera d'engager
l'Empereur et le Roy Très - Chrétien , à
suivre dans cette occasion la sagesse et l'équi
té avec lesquelles ils ont coutume de se conduire
dans toutes les autres , et à consentir que,
conformément à la Declaration donnée par
S. M. I. en 1734. et à l'Article XXI , du Traité
d'Utrecht , le Traité de Westphalie soit observé
dans l'Empire , comme une Loi qu'on ne puisse
jamais interpreter dans un sens illusoire. S. M.
Br. finit sa Lettre en disant , que si par ses bons
offices , joints à ceux des autres Puissances Pro
testantes , il peut conduire à une heureuse fin
une affaire qui interesse à un tel point le Corps
Evangélique , il n'aura pas de plus grande joye
que d'avoir pu donner cette marque d'affection
aux Princes et autres Etats qui le composent.
Les Lettres de Stockolm marquent , que le
Roy de la Grande Bretagne a fait proposer au
Roy de Suede , de conclure un Traité semblable
à celui qui fut conclu il Y à deux ans entre l'An
gleterre et le Dannemarck .
ITALIE.
E 27. Juin les Commissaires de la Chambre
du Apostolique s'assemblerent au Palais du
Quirinal pour les redevances des Fiefs qui e
levent du S. Siege : il n'y eut point de protestation
pour ce qui concerne le Royaume de Naples
, et l'ont fit seulement lecture d'un Chirographe
du Pape , avec la clause Tempus et tempora
non currere : à l'égard des Etats de Parme
et
JUILLET. 1736. 1723 "
et de Plaisance , le Fiscal de Rome fit une protestation
laquelle fut admise.
Les Lettres de Venise portent que le Gouver
nement fait fraper une grande quantité de nouvelles
especes d'argent , qui représentent d'un
côté S. Marc , et de l'autre une Galeasse , avec
ces mots : Provinciis maritimis data.
.
On imprime un nouveau Decret , par lequel
le Senat accorde divers privileges aux Sujets de
la République , qui s'apliquent au commerce ,
particulierement à ceux qui négocient dans les
Echelles du Levant.
PORTUGAL ET AFRIQUE.
Sda
Ix Vaisseaux de l'Escadre Angloise qui est
dans la Rade de Lisbonne , sont partis le
mois dernier sous les ordres de l'Amiral Balchen
pour retourner en Angleterre. Il n'y avoit plus
au commencement de ce mois que 13. Vaisseaux
de guerre ou Roy de la Grande Bretagne , en y
comprenant le Rippon , le Centurion et le
Windsor , chacun de 60. piéces de canon , lesquels
sont entrés depuis peu dans ce Port , et qui
se disposent à remettre incessamment à la voile
pour Spithead.
th
On écrit de Lisbonne que Don Bernard Pe
reira de Berredo , Gouverneur et Capitaine General
de Mazagam , a donné avis au Roy
qu'ayant été informé qu'un Vaisseau Corsaire
de Salé étoit à l'ancre dans la Baye d'Azamor
il avoit envoyé deux Barques armées pour s'en
emparer , et que tous les Maures qui étoient
sur ce Bâtiment avoient été faits esclaves ,
à l'exception d'un seul qui s'étoit sauvé à la
mage. I vi
17 :4 MERCURE DE FRANCE
B
On a apris en même temps , que Muley
Abda la étoit remonté une seconde fois sur
Je Tione de Maroc , et que Muley- Ali son
frere , ayant été abandonné par les Noirs
zvoit été obligé de se retirer dans les Montagnes
1.1
Le Pacha Rocci , qui étoit Gouverneur D
d'Azamor , et qui avoit enrbrassé le parti de
Muley- Ali , a passé à Lisbonne pour éviter
les suites du ressentiment de Muley- Abdalla
et le Roy le fait traiter avec beaucoup de distinction.
D'autres Lettres d'Espagne , portent que la
nouvelle révolution arrivée dans le Royaume
de Maroc , ayant empêché M. Linslager d'exe
cuter la Commission dont il avoit été charge
par les Etats Generaux auprès de Muley- Ali ,
ce Capitaine est revenu à Cadix .
Ila raporté que Muley - Abdalla , depuis
qu'il est remonté sur le Frone de , Maroc
fai punir de mort plusieurs des princip.ux d'ens
re ceux qui étoient attich's aux intérêts de
Maley- A 1 : que 1 Pacha Slim Fegüell , Ge
neral de PArmée de ce dernier , avoit été tré
avec ses quatre fils d'une Mosquée où il s étoit
réfugié , lorsqu Multy Ai avoit été abandonné
par les Noirs et que Muley- Abdalla ,
après lui avoir fait souffrir plusieurs tortures &
Pavoit fait tuer à coups de fance ; que le corps
de ce Pasha avoir été traîné ensuite hors de la
Ville , et exposé sur le grand chemin , et que
ses quatre fi's qui avoient été prés us à son
suplice , avoient été menacés d'un traitement
encore plus rigoureux - s'i's ne découvroient pas
où il avoit caché ses trésors.
Le Capitaine Linslager a ajoûté que troisi
Alcades
JUILLET. 1736. 1726
Alcades avoient subi le même sort que Teguelli
qu'il se passoit peu de jours , sans
que Muley- Abdalla fit arrêter quelqu'un de
ceux qui lui étoient suspects , et que le moinre
murmure contre la séverite de son gouverhement
, contoit ordinairement la vic , ou du
moins la libertéa
L
HOLLANDE ET PAYS- PAS.
A Lettre le Grand Visir a écrite aux que
Etats Generaux par ordre de Sa Hautesse ,
porte que les Empereurs O homans ont toujours
observé comme une Loy fondamentale de l'Etat,
von seulement de conserver l'amitié de leurs
Alés , mais encore de contribuer au soutien et
au bonheur de tous les Amateurs de la justice
qu'en conséquence de ce principe , ils ont été
dans tous les temps égalem nt fideles a remplir,
leurs engagemens, et attentifs à obliger les autres
de rempar es leers ; que lorsque l'ignorance ou
la-mauvaise conduite de quelques particuliers ont
donné occision à des d if remis entre la Porte
cr
les Puissances voisines, elle a toujours été la piemiere
à chercher ks moyens de les terminer de
la maniere la plus convenable , que souvent elle
a sacrific des interêts considerabies, à l'amour de
Ja Paix ne se détermine orainairement à
qu'elle
faire la guerre , que lorsqu'il ne lui reste point,
d'autre ressource pour faire écouter à ses Ennemis
la voix de la raison.
"
Le Grand Visir prétend que les Moscovites
n'ont été ni aussi religieux observateurs´ de la
Justice , ni aussi zelés amateurs de la Paix que
les Tures , et que ces derniers leur ont donné
quelquefois sujet de se repentir de leurs entrepri
ses,
1726 MERCURE DE FRANCE
ses. Il rapelle à cette occasion la victoire rema
portée par les Turcs sur les Moscovites près de
la Riviere de Pruth , et il fait l'éloge de la clé
mence dont les Vainqueurs userent à l'égard des
Vaincus . Selon lui les Moscovites n'en ont pas
eû par la suite plus d'attention à ne pas mécontenter
la Porte ; ils ont tenu une conduite
contraire aux maximes établies chés tous les
Princes , et ils ont porté le mépris de la bonne
foi jusqu'à exciter les Persans à continuer de faire
la guerre aux Turcs.
Il ajoute que le Ministre qui réside à Constantinople
de la part de la Czarine , a toujours
répondu lorsqu'on lui a fait des représentations
sur ces manieres irregulieres d'agir , que S. M.
Cz . desiroir de continuer la Paix ; que ce Ministre
a donné plusieurs assurances reïterées que les
Moscovites ne commettroient aucune hostilité
contre les Nations voisines , et que non seulement
les Ministres de la Porte , mais même les
Ambassadeurs des Puissances médiatrices , ont
crû devoir se reposer sur des promesses si solemnelles.
Le Grand Visir se plaint ensuite de l'irruption
faite par les Moscovites dans la Crimée et de
Jeur entreprise sur la Ville d'Asoph . Il dit que le
Grand Seigneur étant réduit à la nécessité de se
défendre , et ayant consulté à ce sujet le Divan
et les Chets de la Milicé , a résolu de déclarer la
guerre à la Czarine.
A la fin de sa Lettre il marque aux Etats Generaux
qu'il la leur écrit pour leur faire connoître
que les Moscovites ont été les agresseurs, et pour
les mettre , en les instruisant fidellement de ce
qui s'est passé , en état de prendre des mesures
pour l'avenir et de déliberer sur la maniere dont
ila
30 JUILLET. 1736. 1727
fis doivent se conduire à l'égard de Sa Hautesse
er de S. M. Cz. Il ajoute que le Grand Seigneur
espere que leur conduite sera conforme à ce
qu'on doit attendre de leur attachement aux de◄
voirs de l'amitié.
GRANDE - BRETAGNE
E quente,des de lucions
N conséquence des résolutions prises dans le
fait publier une Proclamation par laquelle il est
défendu à tous les Sujets du Roy d'entretenir aucun
commerce direct ni indirect avec les Rebelles
de l'Isle de Corse.
ces
Le 25. Juillet , entre deux et trois heures après
midy,pendant que les Cours tenoient leurs Séan
á Westminster quelqu'un jetta à la porte de la
Salle où la Cour de la Chancellerie s'assemble , un
paquet , dans lequel il y avoit une certaine quantité
de poudre enfermée , et y mit le feu . Le paquet
étant sauté en l'air avec un très - grat.d bruit,
i en sortit plusieurs billets imprimés , par lesquels
on avertis oit le Public qu'on bruleroit ce
jour là en plusieuss endroits de la Ville l'Acte
pour autoriser le Roy à emprunter 600000. liv.
sterlings , celui pour mettre une imposition sur
les Liqueurs distillées , et celui pour empêcher
la contrebande. A ces billets étoient joints quel
ques Libelles injurieux contre Leurs Majestés et
contre le Parlement. Le Lord. Chancelier a or
donné au Grand Juré de faire les perquisitions
nécessaires pour découvrir les Auteurs de cet attentat
, et de les poursuivre comme coupables de
haute trahison,
FRANCE.
1728 MERCURE DE FRANCE
Aas it it stattetat
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1
E premier Juillet, la Reine , après avoir entendu
la Messe dans la Chapelle du Château ,
fut relevée de ses couches , avec les ceremonies
accoûtumées par l'Archevêque de Rouen , so
Premier Aumônier.
Le 2. Le Roy alla coucher à la Meute , d'ou
5. M. partit le lendemain pour Chantilly
Le 6. le Roy partit de Chanti ly , et S. M. ar
fiva le même jour au Château de Compiegne .
Le 4.
il Y eut
Concert
chés
la
Reine
.
M. de Blamort
, Sur
Intendant
de la
Musique
du Ro, (en semestre
fit chanter
le Prologue
et
le premier
Acte
du Ballet
de
l'Europe
Galante
,
les trois
Actes
suivans
furent
continués
le 9. et
execusés
dans
la p us grande
perfection
; les principaux
Rôles
furent
remplis
par les Diles
Antier
,
Errements
, aînée
et cadere
, et Lenner
, et pår
les
sieurs
d'Angerville
Chassé
et Trivon
. Tous
ces
beaux
Morceaux
de
Musique
ont
reçu
à la Cour
les
mêmes
aplaudissemens
qu'à
la Ville
.
Leila Reine entendit le Prologe et leˇ premier
acte de Rolland , qu'on continua le 18. er
le 26. Les premieis Roles ont été chantés par les
Diles Dogy, Lennert Fel , ct par les sieurs d'ATgeville,
Tricou , Chassé , Guedon et le Cler.
Le
22 JUILLET, 1736. 17294
Le 15. Monseigneur le Dauphin alla diner au
Château de la Meute, et sur le soir il alla se pros
mener au Cours.
Le 16 la Reine entendit la Messe dans la Chapele
du Château et S. My communia par les
mans de l'Archevêque de Rouen , son Premier
Aumônier.
La Fête de sainte Anne , Patrone de M. de
Vandeuil , Ecuyer du Roy , très connu par kes
excellens Homines de cheval qu'il a formés
été celebrée avec éclat cette année par les Gentilshommes
de l'Académie Royale dont il est le
Chef. On tira un très beau Feu d'artifice dans le
grand Manége découvert , où il y avoit une trèsbelle
Illumination, en prés ne d'une nombreuse
Assemblée de Seigneurs et de Dimes qui y avoient
été invrés. On adinira Pordre et la potesse de
cue je me Noblesse , qui faisoit les honncuts de ,
cene brilante Fête,
LISTE des Benefices que le Roy a
accordés le 27. Juin 1736.
Bbaye Commandataire de S. Honorar de
A Lerns,Oruremetal Benoit , Diocese de
Grasse , à M. d'Antelmy , Evêque de Grasse.
Calle de S. Manouit de Toul , Ordre de S. Benoît,
en faveur de M. Boyer, Evêque de Mirepoix.
Celle de Belleville, Ordre de S. Augustin, Dio- ,
cèse de Lyon , à M. de Narbonne Pellet.
Celle de Fontmorigny, Ordre de Citeaux , Diocose
de Bourges, à M. de Chaumont,
Celle
1710 MERCURE DE FRANCE
Celle de S. Ambroise de Bourges , Ordre de
S. Augustin , à M. Meallete de Fargues.
Celle de Barzelles , Ordre de Citeaux, Diocè
se de Bourges , à M. de Lisle du Gast.
Celle de Fontenelles , Ordre de S. Augustin ,
Diocèse de Luçon , à M. de Quene de Valcourt.
Celle de Trisay , Ordre de Cîteaux , Diocèse
de Luçon , à M. Gaborit .
Celle de Prébenoit , Ordre de Cîteaux , Diocè
se de Limoges , à M Xavier de la Cypierre.
Celle de Valcroissant , Ordre de Cîteaux , Diocèse
de Die , à M. Berger de Malissoles .
Celle de S. Sever de Rustan Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Tarbes , à M. Noguez.
Celle de Noyers , Ordre de S. Benoît , Diocèse
de Tours , à M. le Riche.
L'Abbaye de S. Julien d'Auxerre , Ordre de
S. Benoît , à la Dame de Ragny.
Celle d'Essay , Ordre de Cîteaux , Diocè
se de Setz , à la Dame de Mailly.
Le Prieuré de Lavaudieu, Ordre de S. Benoît, -
Diocèse de S. Flour , à la Dame de Montboissier
Beaufort Canillac.
Du , 18 Juillet 1726.
Le Prieuré Commandataire Conventuel et
Electif de S. Michel de Lodeve , Ordre de Grammont
, à M. de Narbonne Pellet.
*******:* :*******
MORT S.
E 25. Juin Charles - Gafpard Dodun, Marquis
d'Herbault enBlaisois, Commandeur et Grand
Trésorier des Ordres du Roy , Lieutenant-
General
JUILLET. 1736. 1731
General pour S. M. au Gouvernement de l'Ora
leanois et Blaisois mourut après une longue
maladie à Paris , âgé de 57 ans presque accom→
plis , étant né le 7 Juillet 1679. Il avoit été
d'abord reçu Conseiller au Parlement de Paris ,
à la quatrième des Enquêtes le 4. Janvier 1702.
et ensuite Président en la même Chambre le 7
Janvier 1710. H fut nommé au mois de Jain
1720 à l'Intendance de Bourdeaux , qu'il n'accepta
pas; reçu Maître des Requêtes ordinaire de
P'Hôtel du Roy , au mois de Juin 1721 , avec
des Lettres de compatibilité pour sa Charge de
Président , et nommé au mois de Décembre sui
vant l'un des Commissaires des Finances. Le
Roy ayant créé le 22 Mars 1722 quatre nouvelles
Charges d'Intendans des Finances , il en
fut pourvu d'une ; mais le z Avril suivant il
fut déclaré Contrôleur Général des Finances , et
prêta serment le lendemain pour cette Charge.
il l'éxerça jusqu'au 13 Juin 1726 , qu'il en
donna sa démission . Il obtint par Lettres Paten
tes du mois de Mars 723 Pérection en titre de
Marquisat de sa Terre d'Herbault , qu'il avoit
acquise en 1719. Il avoit prêté serment de fide
lité pour la Charge de Grand Trésorier des Or
dres du Koy le 26 Mars 1724 , et pour la Lieu
tenance générale de l'Orléanois et Pays Blaisois
le 13 Septembre suivant . Il étoit fils de feu Char
les-Gafpard Doun , Seigneur du Boulay , d'A
cheres et des Chaises , mort Conseiller hono
raire du Parlement de Paris , le 24. Janv . 1716 ,
et d'Anne-Marie Gayardon , morte le 22 Avril
1682 Il avoit été marié le 10 Juillet 1703 avec
Marie-Anne Sachot , née le 24 Janvier 1683 ;
fille unique de feu Etienne Sachot , Avocat au
Parlement de Paris , celebre dans sa Profession ;
1712 MERCURE DE FRANCE
et de Marie- Valentine Crespin du Vivier ; il la
laisse veuve sans enfans. Il a fait par son Testmint
son Légataire universel ..... Gayardon
de Levignent , Conseiller au Parlement de Paris
son Cousin germain , et fils de Jean Baptiste-
Jacques Gayardon , ci devant Seigneur de Berz
et de Levignent , Receveur Général des Finan
ées de Soissons , et actuellement l'un des Intendans
du Commerce .
2.
Le Baron dElz Maréchal de Camp des Armes
du Roy , er Commandeur de l'Ordre Koval
et Militar de S. Louis , mourut près de Thion
ville. Il étot Allemand de nation et de même
Maron que Philipe Char es Baron 'Eltz , actuel
Arch vêque de Mayence, Grand- Chancelier dans
Ja Germanie , et Electeur du S. Empire Romain
depuis le 9. Juin 1732. Il avot été a trefois
Capitaine dans le Regiment d'Infanterie de Sil-
Jery ; et aprés s'être distingué au Sége de Fonn
en 1-03 ile ut une Commission de Colonel
d'Inifertere , et fut depuis rétorné à la suite du
Régiment de Saxe Allemand , et fait Brigadier le
premie Fevrier 1719, et enfin Maréchal de Camp
le 20 Fevrier 1734. Il avoit été employé en cette
qualité en Allemagne pen ant les deux dernieres
Campagnes de 17.4 et 173 .

Blaise Lafargue , natif de Florence , mourut
vers la fin du mois de Juin , âgé de 108 ans
à la Tefte de Bush , dans le Département de
Bordeaux. Il a été Garde de la Patache des Fermes
du Roy pendant ans , ayant conservé
jusqu'à sa mort, toute la présence d'esprit possi
ble , employant chaque jour plusieurs heures à
la lecture , et il a rempli les fonctions de son
Emploi , quoique pénibles , avec l'éxactitude
d'un homme de 40. ans,
1
Le
JUILLET. 1736. 17:4
Ge
Le...Juin...de Marbeuf Gentilhomme de
Bretagne , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Grand Croix de l'Ordre Militaire de S.
Louis , mourut à Brest où il commandoit. H
avoit été fait d'abord Lieutenant Colonel , et
ensuite au mois de Mars 1705 Mestre de Camp
du Régiment de Dragons de Bretagne. Il fut fair
Brigadier le 29 Janvier 1909 , & se distingua le
26 Août de la même année au combat de Ru
mersheim dans la haute Alsace , où le Général
Comte de Mercy fut défait. Il fut nommé Maré❤
cha de Camp le premier Février 1719 ; et enfin
déclaré Lieutenant general leo Octobre 1734-
avec rang du premier Août précedent .
L'Evêque d'Acas ou de Dax , mort nouvellement
, se nommoit François d'Andigné , et étoit
du Diocèse d'Angers , d'une Famille noble . I
avoit été Vicaire General du Diocèse de Luçon ,
& l'Abbaye de Fontenelles O. S. A, dans le même
Diocèse lui avoit été donnée au mois de Novembre
1716. 11 fut nommé à l'Evêché d'Acqs
Suffragant d'Auch le Avril 173 ;, & sacré le
22 Novembre de la même année dans la Chapelle
du Seminaire de S. Sulpice à Paris par le
Cardinal de Polignac son Métropoli ain.

Le 26 l'Evêque de Castres qui s'étoit rendu à
Arles en Provence , sa Patris , pour le rétablisse
ment de sa santé , y mo rut'une fluvion de poitrine
dans la sre année de son â e. Il a été enterré
dans l'Eglise des Dom nicains de la même
Ville , lieu de la sépulture de sa Famille. Ce Prélat
se nommoit Honoré de Quiquer in de Beaujeu,
et étoit d'une Famille noble et très - ancienne en
Provence , et fis puîné de Honoré de Qui
queran de Beaujeu , & de Thérese de Grille , qui
étoit alle de Charles de Grille , Seigneur de
Roubiac
734 MERCURE DE FRANCE
Roubiac et d'Estoublon , Viguier de la Ville d'Arles,
et de Blanche de Forbin de Soliers . L'Evêque
de Castres avoir été d'abord de la Congrégation
de l'Oratoire , et ensuite Prieur de S. Clement
ide Barles , Diocèse de Digne , et Chanoine de
J'Eglise , et Vicaire General du Diocèse de Nîmes.
Il fut nommé le 11 Avril 1705 à l'Evêché
de Castres , Suffragant d'Alby en Languedoc , et
fut sacré le 25 Octobre suivant , dans l'Eglise
idu Noviciat des Jesuires à Paris , par l'Archevêque
d'Auch , son Métropolitain , assisté , des Evéques
de Condom l'ancien et le nouveau . Il fut
-Député de la Province de Languedoc pour le
Clergé , et harangua le Roi en cette qualité le
-17 Août 1711. Il assista à l'Assemblée generale
du Clergé de France en 1715. étant Député de
ila Province de Languedoc , et ce fut lui qui prononça
l'Oraison Funebre du feu Roi Louis XIV.
au Service qui fut celebré à S. Denis en France
pour ses Obseques, le 23. Octobre 1715. Il étoit
Associé veteran de l'Académie Roïale des Ins-
-criptions et Belles Lettres , en laquelle il avoir
été admis en 1701 , lorsqu'elle fut renouvellée.
Ily a eu dans le 16e siècle de la même Famille
de Quiqueran un Evêque de Senez nommé Pierire
de Quiqueran de Beaujeu , qui , quoique
mort à l'âge de 24 ans en isso , s'étoit acquis
inne grande réputation dans la République des
-Lettres . Son éloge fe trouve dans le Dictionnaire
Critique de Bayle sous le nom de Quiqueran.
On ade lui un Ouvrage sous le titre de Petri
Quiquerani Bellojocani , Episcopi Senecensis de
Laudibus Provincia libri tres , et de adventu Annibalis
in adverfam ripam Arelatenfis agri bexametri
centum. in fol . Parifiis . Dodu. 1539. in
4. Parifiis 155.1. Lugduni en 1565 , & 1614
in
JUILLET. 1736. 1735
in 8. Ce livre a été donné en François fous le
titre de la nouvelle Agriculture , ou la Provence
traduite du Latin de Pierre Quiqueran par Pier
re de Niny de Claret , Archidiacre d'Arles , in 8 °
Arles 1613. Tournon 1616.
TABLE.
IECES FUGITIVES . L'Oisiveté, Ode, 1475
De l'origine et Antiquité des Hôtelleries.
Suite , & c.
1481
Ode Sacrée , 1494
Lettre au sujet d'un nouveau Breviaire , 1498
Le Cabinet , Epitre à Doris , 1513
Lettre sur le Vellaudunum de Cesar , 1f20
La Gloire de Louis XV . Ode , & c.
1525
Memoires pour servir à l'Histoire du Théatre ,
1931
L'Amour Médecin , Conte , ∙ 1535
College de Navarre , nouveau Bâtiment et Vers
adressés au Cardinal de Fleury , 1537
Lettre à M. l'Abbé Philipe ,. 1940
L'Aigle et la Pie , Fable , 1144
rurgie ,
Séance publique de l'Académie Royale de Chi-
Prix proposé par la même Académie ,
Rondeau et Epitre en Vers ,
Enigme , Logogryphes , & c.
1545
1562
1564
1567
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c. Principes de l'Histoire pour l'éducation
de la Jeunesse , & c . 1570
Paraphrase ou Refléxions Morales sur le Pseaume
118. 1173
Analyse sur plusieurs Polichrestes Ultramarins ,
&c. 1575
Projets

Projets proposés pour la réformation de la Cod.
tume d'Artois ,
Traité des Sacremens , & c.
1579
1580
Histoire ou Description generale du Japon , 1581
Histoire du Théatre François , &c . 1981
Description de la Ville et des Environs d'Orleans
,
1192
Les Eglogues de Vingile , traduites en Vers
François , & c .
Le Triomphe de l'Harmonie ,
1198
3605
Recueil de differens Traites de Physique , 1607
Histoire Naturelle de la Caroline, la Fionde , 1608
Livres des Pays Etrangers , arrivés chés difle ens
Libraires , et autres Livres nouveaux , 1611
Discours prononcés à l'Académie Françoise, 16.15
Cause plaidée à Moulins , &c.
Allegoria , &c.
Tableaux et Estampes nouvelles , &c.
JA; 6
1638
1639
1692
Cabinet construit à Paris , pour être transporté
en Pologne ,
Les Agrémens Champêtres , Pastorale en. Musi
que,
Chanson notée ,
Spectacles. Tambourin , Parodis ,
Le Legs . Comedie , Extrait ,
1694
1697
1698
12.00
Nouvelles Etrangeres. De Turquie et Perse, 1708
Extrait d'une Lettre de Constantinople ,
De Russie ,
De Pologne ,
D'Alemagne et Italie ,
De Portugal et Afrique ,
1711
1712
1718
1720
1723
Hollande , Pays-Bas er Grande Bretagne , 1725
France , Nouvelles de la Cour,de Paris, &c. 1728
Benefices donnés
Morts ,
LaChanson noiée doit regarder la page
1729
1750
1697
MERCURE
DE
FRANCE ,
1
DEDIE AU ROT.
A OUST 1736.
CURI
COLLIGIT
SPARCIT
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIERS
ruë S. Jacques.
Chez La veuve PissOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU ,
Commis au
• Mercure , vis - à - vis la Comedie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commadite
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inflamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Tes envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
.2 DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
238 1)
A OUS T. 1736.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
I'
ILE LAURIER.
M
POEM E.
Uses , rapellez-moi l'immortelle
journée ,
On la terre engloutit la Fille de
Pénée ,
Et fit naître à sa place aux yeux de l'Univers ,
L'Arbre vainqueur des temps et des cruels Hivers .
A Sur
1738 MERCURE DE FRANCE
>
x Sur un gazon Beuri , digne Ouvrage de Flore ,
Daphné se reposoit en attendant l'Aurore ,
Emule de Diane en vertus , en travaux
Elle s'y délassoit dans les bras du repos.
De l'oeil brillant du Jour déja la Méssagere ,
Avec ses doigts de rose entr'ouvre la Paupiere.
A son riant aspect , les volages Zéphirs ,
Folâtrent sur son sein , et poussent des oupirs.
Les Jeux et les Amours , les Ris badins , les
Graces ,
Attendent son réveil pour marcher sur ses
traces ;
Tout semble lui prometre un jour pur et sérein :
Lorsque le Dieu des Vers , conduit par le Destin,
Aperçoit ce séjour , s'en aproche , l'admire ,
Voit la Nimphe , l'éveille ; elle fuit ; il soupire,
Court , vole sur ses pas , lui vantant sa beauté ,
Tous ses talens divers , son immortalité ;
Rien ne peut arrêter cette Nimphe cruelle :
f
C'est en vain qu'il gémit , c'est en vain qu'il
Papelle.
O Ciel la Terre s'ouvre ! ô regrets superflus !
Inutile tendresse , hélas ! Daphné n'est plus !
Pour la Vertu , la Terre eut toujours une place ;
Et ce n'est qu'un Laurier que cet Amant embrasse:
Bien- tôt le germe heureux qu'elle cache en șon
sein.
De vertueux Mortels va produire un essein :
Mais quoi¦ de ce Laurier,Apollon se couronne,
L'Amour
AO U ŠT. 1736. 1739
L'Amour en ceint son front , aussi bien que
Bellone ;
Ils parlent en ces mots aux généreux Mortels :
Chérissez nos travaux , éncenseż nos Autels ,
Désormais pour jouir d'une gloire immortelle ,
Méritez à l'envi cette palme nouvelle ;
Pour couronner nos fronts , nous en avons fait
choix ;
C'est égaler les Dieux , que de suivre leurs Loix.
Ils disent , et tout prend une nouvelle face.
Dans le coeur des Mortels . naît une noble audace ;
Ils ne respirent plus que jeux , travaux , combats.
La gloire est seule arbitre , et guide de leurs pas.
Mille tendres Bergers au milieu de leurs fêtes
Méditent à leur tour les plus belles Conquêtes ;
Pacifiques Rivaux des valeureux Guerriers ,
Non contens de leur Mirthe , ils veulent des Lauriers.
Dans mille jeux soudain inventés par la gloire ,
Des Athletes fameux disputent la victoire.
Ici Maître dans l'art de conduire un coursier ,
Corébe avec éclat triomphe le premier.
A l'instant mille cris qu'enfante l'allegresse ,
Proclament le vainqueur, exaltent son adresse ;
Et le Chantre Thébain par ses divins Concerts,
Entretient sur son front ses Lauriers toujours
verds.
Là, je vois accourir dans de moins grandes Fêtes,
A iij UA
1740 MERCURE DE FRANCE
Un Peuple de Rivaux pour en parer leurs têtes .
Qui , sans Lauriers, c'est vivre sans honneur.
Chacun fait d'en cueillir sa gloire et son bonheur.
'Non loin des murs fameux de la sçavante
Athenes ,
S'élevent avec art de sublimes Arènes ;
On n'y combat jamais que pour la vérité ,
Son flambeau des vainqueurs reçoit plus de
clarté ;
Elle seule en ses mains tient les Palmes sacrées ;
Qui doivent couronner leurs têtes réverées
Ces illustres Mortels remplissent de leur nom
Tour à tour le Licée et le sacré Vallon ;
Philosophes profonds et Poëtes sublimes ,
L'Univers pour ses loix adopté leurs maximes ;
Et malgré la rigueur de la Parque et des temps ,
Ils lui servent encor d'exemples éclatants.
Tels on voit de nos jours sur les bords de la
Seine ,
Ges Mortels , dont Armand fut et Pere et Mé
cêne ,
Rassemblés près du Trône, à l'ombre de ses Lys,
Faire éclore les Arts et celebrer LOUIS.
Mais que vois - je ? un essein d'innombrables co
hortes ,
Du Temple de Janus court enfoncer les portes.
La paix quitte la Terre , et du terrible Mars
Tout l'Univers chérit les sanglants Etendarts.
Déja
A O UST . 1736. 1741
Déjal'ambition au sein de ses Ministres
Porte de sa fureur tous les projets sinistres
Achille , Ajax , Patrocle , Ulisse , Agamemnon
Moissonnent à l'envi les Lauriers d'Ilion ,
Et tout fumant de sang le vainqueur de l'Asie
Unit à ses Lauriers la celeste Ambroisie ;
Tandis que sur son Char la Déesse aux cent voix
Aprend à l'Univers leurs belliqueux Exploits.
Un spectacle nouveau m'offre de doux aziles
Où l'on cueille à loisir des Lauriers plus tran
quiles .
"
La Jeunesse en ces lieux porte seule ses pas .
La vieillesse à regret ne s'en aproche pas.
Là, pour combattre et vaincre on n'a point d'autres
armes ,
Que les tendres soupirs , les soins , les voeux
les larmes .
Sur des Autels couverts de Mirthes et de Fleurs
Le Maître de Paphos reçoit l'encens des coeurs :
Par l'espoir des plaisirs, de leurs flammes fidelles
Il ranime , entretient les vives étincelles ,
Et fait naître à la fin ces instants fortunés ,
Où de ses propres mains on les voit couronnés.
Tout cherche à s'affranchir des` dures loix des
Parques ,
Les plus petits Sujets et les plus grands Monarques
;
Chacun veut voir son front couronné de Lau
rier
13
A iiij L'Amant
1742 MERCURE DE FRANCE
L'Amant, le bel esprit , le Sçavant , le Guerrier
L'élite des Mortels qu'aiguillonne la gloire ,
Ainsi court , vole , arrive au Temple de Mémoires
Et ce fameux séjour aux grands noms consacré,
Du reste des Humains est toujours ignoré.
Par M. de S. R. de Montpellier.
粥粥粥粥粥粥kjkjkjkjk ik
SUITE de l'Origine et de l'Antiquité des
Hotelleries , Auberges et Cabarets.
J
Par M. Beneton de Perrin .
E viens présentement à la manieré
dont un Voyageur étoit reçu dans le
Lieu où il avoit droit de logeren y
arrivant , après avoir produit sa marque
ou son témoin qui lui servoit de P : sseport
, il commençoit , conjointement
avec celui qui le recevoit , d'invoquer
les Dieux Hospitaliers la priere faire on
s'embrassoit et on se touchoit dans la
main. Enée arrivant chés le Roy Anius ,
ancien ami de son Pere . l'un et l'autre
se donnent la main : Jungius hospitio
dextras et tecta subimus ( Eneide Liv. 3 )
ensuite le Voyageur entroit dans la maison
, on lui présentoit du pain du vin
et du sel , on lui lavoit les pieds , c'étoit
PHôte
A CUST. 1736. 1743

>
l'Hôte , ou l'Hôtesse elle même en l'absence
de son mari , qui s'acquittoit de ce
devoir. Homere dans son Odissée , nous
représente Nausicaa , Princesse des Pheaciens
, Helene à Sparte , et Polycaste lavant
les pieds aux Etrangers qui arrivoient
chés elles ; le nouveau venu éroit
habillé proprement pour l'introduire au
festin d'arrivée , où se trouvoient les
principaux Parens du Maître du Logis et
ce festin se terminoit encore par des Libations
et des remercimens faits aux mêmes
Dieux à qui on s'étoit adressé en entrant.
J'ai dit plus haut que la bonne
mine d'unVoyageur étoit seule capable de
le faire recevoir , quoi qu'inconnu ; cela
faisoit que souvent un homme en reve
hant dans sa famille d'un long voyage ,
se plaisoit à laisser ses parens en suspens
sur ce qu'il pouvoit être , pour se procurer
le plaisir de la surprise d'une reconnoissance
subite , ou bien pour voir
s'il étoit assés aimé pour que son absence
causât de la peine , ainsi il discouroit
longtemps avec ses parens comme inconnu
, pour s'instruire à fond des sentimens
où l'on étoit à son égard , et puis
insensiblement il tomboit dans des discours
qui préparoient la reconnoissance.
Ulisse revenu en Itaque , va trouver son
A v Pere
1744 MERCURE DE FRANCE
Pere Laërte qui étoit à la campagne , et
sans se faire connoître d'abord pour son
fils , cause longtemps avec lui de choses
indifferentes ; et ce n'est qu'à la fin
que , par des raports si justes de ce qui
leur étoit arrivé autrefois ensemble , le
Pere reconnoît son Fils. Thesée arrivé
chés son Pere , est introduit au festin de
réception sans qu'on sache qui il est ; et
c'est au milieu de ce festin qu'il se fait
connoître en tirant , comme sans dessein,
son coutelas pour en couper les viandes ,
lequel coutelas étoit la marque que le
Pere avoit autrefois destinée à faciliter la
reconnoissance de ce Fils quand il en
seroit temps.
,
Richard Coeur de Lion , Roy d'An
gleterre , passant incognito par l'Allema
gne , revenant de la Terre Sainte , où il
avoit eu un grand differend avec le Duc
d'Autriche pendant le Siége d'Acre , fut
reconnu à certaines marques , ce qui le
fit arrêter comme il tournoit la broche
croyant par cette action servile se mieux
déguiser .
De toutes ces pratiques observées à la
réception d'un Etranger , sont venuës la ~
plûpart de celles qui s'observent encore
parmi les Chrétiens , et parmi toutes les
autres Nations existantes ; on lave les
pieds
AOUST. 1736. 1749
pieds aux Pelerins qui entrent dans les
Hospices publics , on leur y fait servir à
manger , et on leur donne de l'argent
quand ils en sortent .
Nos Religieux ont entre- eux des affiliations
d'Hospitalité , et les Lettres d'O
bedience qu'ils produisent pour les faire
recevoir gratis dans les Lieux où ils pas➡
sent , tiennent lieu des Tessera Hospita
litatis des Anciens ; ces affiliations Mo
nacales font qu'un Religieux qui man
de Maison de son Ordre sur la route
que
qu'il tient , trouve à loger dans un Con↳
vent d'un autre Ordre que le sien.
130
gens
Le génie different des Peuples a causé
la conservation ou la perte de beaucoup
de ces Pratiques observées à la réception!
des Voyageurs ; dans les Pays chauds on
a conservé le lavement des pieds , et le
parfumement des habits , ces Pays pro
duisant beaucoup d'aromates , et les
qui les habitent étant fort adonnés aux
plaisirs des sens ; au lieu que dans les
Pays froids on a perdu l'observation de
ces deux choses : les habitans du Nord
ont négligé ces sensualités Orientales :
pour s'attacher à présenter plus de bonne-
chere , et marquer par là leur joye
aux Hôtes qu'ils veulent bien recevoir ;
encore voit-on que parmi ces habitans it
24.)
A vj y a
746 MERCURE DE FRANCE
y a encore de la difference dans la ma→
niere de recevoir les Hôtes , et que le
génie influe beaucoup sur cela , comme
je viens de le dire . Erasme dans ses Colloques
décrit assés bien la difference que
les Voyageurs trouvent en voyageant en
Allemagne . en France , et autres Contrées
de l'Europe ; il montre être de
mon sentiment , que chaque Peuple trai
te ses Hôtes suivant son humeur dominante
; dans les Cabarets François on est
reçu poliment , on vous fait faire aussi
grande chere que vous la souhaitez, mais
on vous la fait bien payer.
Les Allemans traitent avec moins de
façon , et en conscience ; ils donnent
beaucoup à manger , mais sans délicatesse
, vous servent avec des manieres
rudes , et n'auroient gueres la patience
de vous faire faire des ragoûts qui ne
seroient point à leur usage. En Espagne
un Etranger est reçû à loger avec fierté
dans une méchante Taverne où il n'y a
pour l'ordinaire ni meubles ni provi
sions , et le maître d'une si bonne Hô
tellerie vous demande gravement de l'argent
d'avance pour vous aller acheter
dehors ce qui manque chés lui .
Le Cabaretier Italien paroît plus polis
mais il n'est pas moins interessé , et avec
des
AOUST. 1738. 1747
des manieres fines , et des complimens
doucereux , il tâche de vous faire trouver
bons de forts méchans ragoûts , et
be Boucone di Cardinale est souvent par
lui répeté , pour persuader à ses Hôtes
que les Grands du Pays n'en mangent pas
d'autres , et ne font pas meilleure chere.
A l'égard des Orientaux d'à- présent ,
leur maniere de vivre fait qu'ils n'ont
pas besoin de Cabarets ni d'Auberges
aussi n'y en a -t il gueres chés eux ; mais
l'amour de l'Hospitalité qu'ils ont mieux
conservée que nous , les porte à faire
construire et à entretenir de grands et
beaux bâtimens dans leurs Villes , et surtout
dans celles de Commerce, pour servir
de Logis communs à tous les Voyageurs ,
et ils apellent ces bâtimens Caravan-
Sarai, c'est à- dire la maison de la Carava
ne; parce que l'usage étant de ne voyager
qu'enCaravane.ccs troupes quelque nom
breuses qu'elles soient , trouvent à loger
dans ces bâtimens publics , où tout est en
sûreté , hommes , bêtes er marchandises.
La charité des Musulmans ne se borne
pas seulement à établir de ces sortes de
Logemens communs , ils font aussi beaucoup
de fondations qu'ils attachent aux
Mosquées , pour qu'on y donne à manger
à certaines heures réglées à tous ceux
qui
1748 MERCURE DE FRANCE
qui en demandent : leur soin charitable
s'étend même jusqu'à pourvoir à la nourriture
des animaux qui n'ont point de
maîtres , et les chiens perdus trouvent à
boire et à manger dans de petites auges
placées aux coins des ruës.
Dans les Indes , il se trouve des gens
qui s'obligent par voeu de passer des
journées entieres sur les grands chemins
avec des cruches d'eau pour donner à
boire gratis aux passans. Mais quels plus
grands Exemples d'Hospitalité pouroiton
donner que ce que raporte le Sieur de
la Mottraye dans son Voyage chés les
Tartares , où un Etranger qui arrive au
milieu d'une de ces Hordes, trouve aussitôt
une infinité de gens qui s'empres
sent à qui l'emmenera loger , et ont mê--
me dispute entre eux pour cela.
J'ai montré plus haut que l'Hospitalité
se pratiqua d'abord gratuitement par
toutes sortes de personnes , riches et
pauvres ; ceux- ci même malgré leur peu
de moyens , ne laissoient pas d'observer
les mêmes pratiques de grandeur que les
riches dans la réception des Hôtes , l'Etranger
en arrivant avoit les pieds lavés ,
et étoit parfumé , et ensuite on lui donnoit
à manger : ces manieres génereuses
souvent faites de
par pauvres gens en
vers
AOUST. 1736. 1749
vers un homme plus riche qu'eux , occasionnoit
ce plus riche de ne point partir
sans vouloir laisser un présent à son
Hôte qui souvent le refusoit , conti
nuant à soûtenir cette génerosité à contre-
temps d'autres de ces pieux Hospi
taliers pour n'avoir pas l'affront de recevoir
le présent , sentant néanmoins le besoin
qu'ils en avoient, pour avoir la facilité
de continuer cette bonne oeuvre , mirent
des boëtes à leurs portes , où l'Etranger
mettoit son présent ; voilà quelle fut
Forigine des Troncs d'Hospitalité : mais
comme les meilleures pratiques dégenerent
, quand une fois on y a fait entrer
l'interêt , on commença bientôt après à
mettre de ces boëtes dans beaucoup de
maisons Hospitalieres , et la plupart de
ceux qui les tenoient , se firent peu - àpeu
de l'Hospitalité une espece de mé
tier , pour se procurer par ce moyen une
vie plus aisée ; même pour que le produit
de leur Tronc s'accrut davantage , ils
mirent de plus une Enseigne ou marque
à leurs portes , pour aprendre plus publiquement
qu'on pouvoit librement
venir loger chés eux , mais en payant les
denrées qu'ils alloient acheter pour leurs
Hôtes , ou en leur vendant celles qu'ils
avoient ; dès- lors cette pratique de piété
changée
1750 MERCURE DE FRANCE
;
changée en pratique d'interest , devint
une profession active pour beaucoup de
ces Hospitaliers dont je parle , qui , ou
tre l'Enseigne mise à leurs maisons
alloient au-devant des pássans pour les
convier à entrer chés eux , et empêcher
par cette manoeuvre que d'autres de même
profession ne leur dérobassent les
chalans ainsi peu à- peu la plupart des
Hospices dégenererent en Lieux où l'on
n'étoit plus reçû qu'en payant , pourquoi
elles perdirent leur nom grec de
wardoxeiwy et d'Hospitalis en latin , pour
prendre dans la premiere de ces langues
ceux de Eerodoxesor , de Kałyoyior , et de
Kuworov , et dans la seconde de Taberna ,
de Diversorium , et de Cabaretum , tous
termes qui revenoient au Bait - alkamer
des Arabess,ignifiant Domus vini , Ales
publica , des endroits où l'on est bien venu
pour boire , manger , et loger pour
son argent.
On voit par les Actes des Apôtres qu'il
y avoit de leur temps des Tavernes dans
Rome , et cela revient à ce que j'ai dit
ei dessus , que c'est l'agrandissement de
cette République qui occasionna l'Etablissement
des Auberges , la preuve de
cet Etablissement se tire encore de la
premiere des Satyres d'Horace , où ce
Poëte
AOUST. 1736. 1751
Poëte montrant, qu'il y a des fripons de
tous états , caracterise le Cabaretier par
ces mots , Perfidus hic caupo , et ainsi
nous aprend qu'il y avoit des Cabaretiers
de son temps , et que ces sortes de gens
étoient aussi trompeurs que ceux d'àprésent
, et sans doute pas moins interessés
; aussi dès lors , l'argent étoit re
gardé comme une chose si nécessaire
pour voyager , qu'on en mettoit jusques
dans la bouche des morts pour payer le
Noli à Caron
Les premieres Enseignes d'Hospices
furent des branches d'arbres et des couronnes
de Lierre , Plante consacrée au
Dieu du Vin , ou bien souvent la représentation
du Monograme de celui qui
logeoit , ou bien encore la représentation
de ce que ce Logeur mettoit sur les marques
d'affiliation d'Hospitalité qu'il donnoit
; on prit ces branches d'arbres et
ces couronnes pour symboles de cette
Hospitalité , parce que ces mêmes choses
avoient servi avant à désigner l'union et
le secours recherché dans tous les cas de
besoin et de nécessité ce qui leur donnoit
beaucoup de raport avec la nécessité
de la pratique de l'Hospitalité ; de tout
temps l'usage avoit été que ceux qui
alloient dans un Pays Etranger comme
Députés
1752 M ERCURE DE FRANCE
Députés de leur Nation , soit pour demander
Alliance , Protection , ou Paix
se mettoient une couronne en tête , et
portoient à la main un Rameau ver
doyant de quelque arbre immortel , pour
signifier que le temps ne pouroit rompre
ni détruire la chose qu'ils venoient demander
; et suposé que ce fût une Alliance
, qu'elle seroit éternelle. Enée abordant
le Latium , députe cent hommes
de chaque ordre de sa Nation , qui
couronnés d'olivier , furent demander au
Roy des Latins un Etablissement dans
son Royaume ; et après la guerre qui
arriva à l'occasion de cet Etablissement ,
le même Roy renvoya des Ambassadeurs
à Enée , qui se présenterent avec des
Rameaux aussi d'olivier :
Jamque Oratores aderant ex urbe Latina ,
Velati ramis olea , veniamque rogantes.
Eneid. L. 7. et 11.
"
Des Envoyés ainsi ornés ne craignoient
rien pour leurs personnes on auroit
violé le Droit des Gens en les insultant ;
et si le sujet de leur Ambassade n'étoit
point goûté , on ne laissoit pas de les
renvoyer avec honneur. Les Poëtes faisoient
prendre des Rameaux à ceux de
leurs Heros qu'ils envoyoient voyager
tout
AOUST. 1736. 1753
tout vivans aux Enfers , comme chose
qui servoit à procurer une entiere sureté
, et ils leur donnoient des Kameaux
d'or , pour signifier qu'un homme bien
fourni de ce métal ne trouve aucupe
difficulté dans ce qu'il entreprend.
Les Nations de l'Amerique ont parmi
elles une certaine marque respectable
apellée Calumet , qui de même que les branches
d'olivier, symboles de paix des Anciens
, sert à faire recevoir amiablement
les Députés d'une de ces Nations , en allant
traiter d'affaires publiques chés une autre.
A l'égard des Monogrames , et autus
Figures Hierogliphiques qui servirent
d'Enseignes aux Hospices , l'usage
s'en ceiinue encore dans nos Enseignes
.de Cabarets , où l'on voit dépeints des
animaux , des parties du Firmament
des chiffres nominaux , et autres figures ,
qui , ainsi que les Rameaux de verdure,
les choux , et les couronnes bachiques ,
dénotent que dans les Lieux dont le
Frontispice est orné de ces marques ,
on y boit et mange pour son argent.
Je grossirois considerablement mon
ouvrage si j'entrois dans le désail d'une
infinité d'Institutions qui tirent leur origine
de l'Hospitalité. Si on entre bien
dans l'esprit qui a porté à instituer pres
que
1754 MERCURE DE FRANCE
que tous nos Ordres Monastiques , on
conviendra aisément , qu'à l'exception
des seuls Anachorettes , qui sont faits
pour vivre dans la solitude et entierement
retirés du monde , tous les autres ,
et surtout les Mandians , n'ont été établis
que pour
la pratique de l'Hospitalité,
il est juste que ceux qui se voüent
à ne vivre que de l'aumône qu'ils reçoivent
, en fassent part aux autres indigens
, et usent de pitié envers ceux au
rang desquels ils se sont mis volontai
rement.
C'est le devoir de l'Hospitalité qui au
temps des Croisades causa l'Institution
de plusieurs Societés Régulieres qui sont
devenues des Ordres de Ciyeralerie.
Plusieurs d'entre les Chrétiens Latins.
qui s'établirent à Jerusalem aprés la
prise de cette Ville par Godefroi de
Bouillon voyant que beaucoup de leurs
freres de differentes Nations de l'Europe
venoient visiter les Lieux Saints , résolurent
d'établir un Hospice pour les
recevoir , et de s'unir en Societé pour
leur rendre tous les services que la piété
exige et comme ces Pelerins se trouvoient
dans trois situations differentes à
avoir besoin de secours , l'une en débar.
quant pour traverser le Pays avec sûreté,
l'autre
A O UST. 1736. 1755.
3
l'autre pour trouver une Auberge en arrivant,
et enfin d'avoir un Hôpital quand
on arrivoit malade , cette Societé d'Hospitaliers
qui se composa indifferemment
de Nobles et de Marchands , se partagea
en trois bandes ; les premiers se voüerent
à accompagner les Pelerins et à combattre
pour leur défense , ce qui a fait dans
la suite l'Ordre apellé Teutonique , parce
qu'il se trouva dans cette bande plus
d'Allemans que d'autres Européens. Les
seconds , qui eurent soin de l'Auberge
placée auprès du Temple , furent nommés
Templiers et les troisièmes , qui se
chargerent du soin des malades et de la
garde de l'Hôpital , ont fait les Mospitaliers
; ceux-ci même se partagerent en
deux branches , car y ayant deux Hôpitaux
, l'un dans la Ville , dit de S, Jean,
où se traitoient les maladies ordinaires ,
et l'autre hors de la Ville , dit de S. La
zare , où se mettoient les malades attaqués
de peste ou de ladrerie , cette portion
d'Hospitaliers partagée en deux ,
I a formé dans la suite les Hospitaliers de
S. Jean, dits à présent de Malthe , et ceux
de S. Lazare qui subsistent encore sous
ce nom . Ceux qui ont écrit de l'origine
de tous ces Ordres , comme entre- autres
Bosio , Naberat et l'Abbé de Vertot
pour
1756 MERCURE DE FRANCE
pour
l'Ordre de Malthe , faute d'avoir
bien saisi le motif de l'Institution de ces
Ordres , n'ont pas senti qu'ils étoient
tous unis en leur principe , ne for
mant qu'une Societé qui avoit pour but
la pratique de l'Hospitalité , dont ils se
partageoient les differentes fonctions , et
cela auroit tiré les Auteurs dont je parle,
de l'embarras de tâcher de trouver une
origine séparée à chacun de ces Ordres ,
ce qui n'est pas possible à moins de
tout broüiller ce qu'ils ont fait en
partie , n'étant pas assés au fait de la ma
tiere qu'ils avoient à traiter , il a fallu
,
que
les Auteurs de la nouvelle Histoire
du Languedoc nous ayent donné la connoissance
d'un Grand - Maître de Malthe,
qui jusqu'alors avoit été oublié dans la
chaîne successive de ces Grands- Maîtres,
quoiqu'il ait regné assés récemment ,
puis qu'il vivoit dans le quinziéme Siécle.
Il faut tendre à simplifier les choses
obscures , pour ne point s'écarter de la
verité , et en donner une connoissance
nette et distincte .
1
Toutes ces Bandes d'Hospitaliers ne
formint d'abord qu'un Corps , étoient
conduites et dirigées par le Patriarche de
Jerusalem qui avoit touté autorité su
elles , ou par un Vicaire Géneral que
leur
A O UST. 1736. 1757
leur donnoit ce Patriarche : il n'y a pas
même d'inconvenient à croire qu'outre
cela chacune de ces Bandes se faisoit un
ou plusieurs Gouverneurs ou Adminis
trateurs , places qui se donnoient au mé-
-rite , sans qu'il fût question de noblesse
pour y parvenir , et dont on ne pouvoit
jouir que par
la confirmation du Patriarche
, et ces choses resterent ainsi reglées
tant que les Chrétiens furent maîtres de
Jerusalem , mais après la perte de cette
Ville les Chrétiens se disperserent , les
bandes d'Hospitaliers le furent de même,
chacune allant tenir Couvent dans les
biens qui leur avoient été donnés , alors
les Administrateurs de chacune de ces
bandes éloignées du Patriarche , qui étoit
le Chef de toutes , devinrent ses Vicaires
Generaux , chacun sur la bande qu'ils
gouvernoient , et se rendant indépendans
les uns des autres , prirent le titre
de Maîtres en chacune de leurs bandes
qui devinrent autant de Societés séparées
; les Rois de Jerusalem , Titulaires
pour lors , favoriserent beaucoup l'entreprise
d'indépendance de ces Maîtres , tant
par privilege que par donation , et confirmation
des biens dont ces Societés
s'emparerent par la force des armes , ce
qui augmenta considerablement la puissance
1758 MERCURE DE FRANCE
sance de ces Maîtres,ces Rois esperant par
leur moyen de mieux soutenir leur Trô.
ne chancelant , mais ils se tromperent ,
et les divisions qui arriverent entre ces
nouvelles Societés par jalousie , chacune
voulant avoir la prééminence , furent
une des principales causes pour lesquelles
les affaires des Chrétiens acheverent de
se ruiner dans la Palestine . .
Chaque Societé , en faisant schisme ;
embrassa l'exercice des trois fonctions
qui avoient commencé à mettre de la
distinction entre - elles , pendant qu'elles
n'avoient formé qu'un seul Corps ; par
exemple , le Templier seulement Aubergiste
avant , devint encore Hospitalier
et Guerrier , soignant les malades qui ve.
noient dans son Hôpital , et défendant
les Pelerins qui venoient pour loger dans
son Auberge ; l'Hospitalier devint aussi
de son côté Aubergiste et Guerrier pour
ceux dont il étoit chargé , c'est delà
qu'à Malthe les maisons communes
où logent les Chevaliers de chaque Langue
, sont apellées Auberges , de façon
que chaque Societé , au lieu d'une fonction
unique qu'elle avoit cûë d'abord ,
s'étant mêlée des trois qui regardent
l'Hospitalité , elles n'eurent plus besoin,
d'entretenir entre elles ces relations qui
les
A O UST. 1736. 1759
les avoient tenuës unies d'abord , et né
dépendirent plus en rien l'une de l'autre.
C'est encore à l'occasion des Croisades
qu'il faut aussi raporter l'origine de plu
sieurs autres Societés de gens , qui dans
les Etats de la Chrétienté se voüoient au
service et à l'assistance des Voyageurs et
Pelerins , non-seulement de ceux qui alloient
à la Terre Ste, mais encore en d'autres
Lieux de dévotion , comme à Rome
et à S.Jacques en Galice il se forma de
ces Societés dans presque toutes les grandes
Villes. Les unes resterent composées
de feculiers , et d'autres , faisant des voeux ,
formerent de vrais Religieux Hospitaliers
, qui existent encore sans s'être changés
en Chevaleries comme les Hospitaliers.
de la Terre Sainte , à l'exception de la
Societé dite du Saint-Esprit , qui , établie
en Languedoc, a contribué elle - même à sa
destruction , ou à l'incertitude de son
état , en voulant s'ériger en Chevaleric ;
car par un mêlange de seculiers et d'Ecclesiastiques
dont elle s'est trouvée composée
, qui tous prirent des Croix et se
disputerent la prééminence pour la possession
des biens , il est arrivé parmi eux
un si grand bouleversement qu'on ne sçait
plus presentement comment on doit traiter
ceux qui sont de cette Societé ou Or-
B dre ,
1760 MERCURE DE FRANCE
dre ; et si on doit regarder cet Ordre
comme propre aux seuls Ecclesiastiques ,
ou si l'on peut faire un mêlange de seculiers
avec eux.
D'autres de ces Societés dont je parle
ne se sont point changées en Chevaleries
aussi facilement que celles de la Terre
Sainte , parce qu'il ne s'agissoit pas en
Pays Chrétien de manier les armes dans
l'accompagnement des Peletins , mais
seulement de pourvoir à les loger et substanter
, ce qui ne leur donnoit pas le
brillant des autres ; ainsi elles demeurerent
dans le rang , ou de Societés regulieres
, ce qui a fait des Ordres Monastiques
, ou dans le rang de Societés seculieres
, ce qui a fait des Confrairies ;
celles qui restent de la premiere de ces
especes en conservant la qualité d'Hospitalieres
en ont entierement perdu la
tique ainsi ces sortes de Societés regu
lieres ne sont plus Hospitalieres que de
nom .
pra
Et à l'égard des Societés séculieres qui
n'étoient composées que de riches Bourgcois
et de gens mariés , elles se sont
éteintes , ou tournées en Confrairies , qui
n'ayant plus le revenu necessaire à la pratique
de l'hospitalité se sont aussi anéanties
; les biens qui avoient été mis dans
CCS
A O UST. 1736. 1761
ces Societés , ont passé à des Ecclesiastiques
que ces Bourgeois avoient introduits
parmi eux pour être leurs Aumôniers et
feurs Conseils , lesquels Ecclesiastiques
prenant le rang au dessus de leurs Bienfaicteurs
, se sont apliqué les biens de
ces Societés à leur propre usage. On a
un exemple de cela dans l'abolition de
l'Hôpital de S. Jacques de la rue S. Denis,
qui vient d'être détruit de nos jours ; cet
Hôpital devoit son commencement à plu
sieurs bons Bourgeois de cette Ville , qui
ayant fait le voyage de S. Jacques en Ga
lice , se cotiserent à leur retour , & acheterent
un fonds où ils bâtirent un Hospice
pour y recevoir les Pelerins qui iroient
ou reviendroient de ce voyage : ce que
res Bourgeois donnerent pour le soûtien
de leur fondation étoit administré par
chacun d'eux tour à tour. Leurs enfans ,
qui succederent à cette pieuse adminis
tration , garderent le même ordre pendant
un long- tems , il se joignit à eux
d'autres personnes , ce qui forma une Confrairie
d'Hospitaliers , dans laquelle s'introduisirent
pour Chapelains des Ecclesiastiques.
Par la suite ces Chapelains s'érigerent
en Chanoines ; et sur le fondement
que le gouvernement de l'Hospice
leur convenoit mieux qu'à une bande de
Bij seculiers
1762 MERCURE DE FRANCE
seculiers sans caractere , sur lesquels ils
devoient avoir toute superiorité par le
leur , ils se rendirent les maîtres de l'Hôpital
, et y continuerent , quoique foiblement
, la pratique de l'hospitalité pour
avoir un plus juste prétexte de se faire des
Prebendes du revenu de cet Hôpital , cela
a duré jusqu'à ces derniers tems , que
ces Chanoines se sont fait unir à l'Ordre
de S. Lazare ; mais n'ayant pas eu tout le
contentement qu'ils esperoient de cette
union , ils veulent aujourd'hui la rompre
, et cela fait presentement la mațiere
d'un procès.
La Dommerie d'Aubrac en Roüergue
est encore une de ces Maisons fondées
pour recevoir les Pelerins de S. Jacques ,
et dont le gouvernement en sortant des
mains des seculiers qui s'étoient unis pour
la desservir , passé en celles des reguliers
: Le Fondateur de cette Maison étoit
Pelerin lui-même , mais n'étoit point Vicomte
de Flandres comme on le fait
quand il plaira à Mrs. d'Aubrac , je leur
aprendrai qui a été leur Fondateur et le
titre de Dom que prend le Chef de cette
Abbaye , abregé de Domnus et Dominus ,
fait voir l'institution seculiere de cette
Maison ,aucunsChefs d'autres Maisons regulieres
n'ayant pris ce titre de Seigneurs
sur
A O UST. 1736. 1763
sur des Religieux , qui auroit été trop hautain
et trop fastueux , on se contentoit de
celui d'Abbas , qui veut dire Pere.
Outre les Confrairies seculieres qui
prenoient soin des Pelerins ; des Bourgeois
dans les Villes , et des Habitans
dans les campagnes , entretenoient de petits
Hospices dins des biens à eux apartenans.
J'ai oui dire à Claude Beneton
mon Pere , que Antoine Sieur de Morange
en Bourbonnois son Pere faisoit recevoir
par le Fermier de son Domaine de
Peyrins dont je porte le nom , fitué dans
la Baronnie de la Tour- du-Pin en Dauphiné
, sur le grand chemin de Lyon en
Italie, tous les Pelerins qui se presentoient
allant à Rome , ou à Notre- Dame de Lorette.
>
TRADUCTION de la I Xe . Satire
d'Horace , Livre I. Ibam fortè viâ
sacra , sicut meus est mos , &c.
JE suivois le chemin sacré ,
Rempli de quelque bagatelle ,
Qui souvent me tient en cervelle ,
Et j'allois rêvant à mon gré ,
Bij Lorsque
1764 MERCURE DE FRANCE
Lorsque, pour mon malheur , un importun m'aborde
,
Que je ne connoissois tout au plus que de nom
Bon jour , dit- il , mon cher Patron ;
Je connus à ce bel exorde ,
Que mon homme étoit un de ceux
Qu'à bon titre on nomme fâcheux .
Comment vous portez- vous , poursuit- il , mon
aimable ?
Fort bien , lui dis - je en bref , pour me débag
rasser
De ce jaseur insuportable ;
Mais point du tout , loin de cesser
Il me saisit la main , m'étourdit et m'accable
De discours si plats et si longs ,
Que je suois jusqu'aux talons.
Yous qui sçavez aisément vous défaire
De gens d'un pareil caractere ,
Oh , Bollanus , que vous êtes heureux !
Que ne puis-je de même en user avec eux !
Horace , ajoûte- t'il , je suis un habile homme
De peur que vous ne l'ignoriés ,
Il est bon que vous apreniés
Qu'on me connoît pour tel à Rome.
Vous en voyez comme moi les beautés ;
Mais pour en bien priser toutes les raretés,
C'est autre chose , il faut , je vous le jure ,
Etre au fait du Dessein et de l'Architecture.
Déja las de l'entendre et ne répondant rien
A O UST. 1736. 1765
A tant de sots discours qu'il croyoit des merveilles
,
Mon babillard s'aperçut bien
Qu'il me fatiguoit les oreilles.
Je marchois tantôt vîte et tantôt lentement ,
Tantôt je m'arrêtois , dans un autre moment
J'apellois mon Valet et feignois de lui dire
Quelque mot en particulier ,
Pour me déliver du martyre ,
De me voir assailli par cet Avanturier.
Quoi donc , me dit -il , il me semble
Que vous êtes fâché que nous marchions ensemble
?
Mon entretien a- t'il de quoi vous rebuter
Je le vois bien , vous voulez me quitter }
Mais vous n'en ferez rien , j'ait fait voeu de vous
suivre
?
Eh ! sans vous, mon cher, peut-on vivre ?
Oui je vous accompagnerai ,
Fut-ce au bout du Monde , j'irai .
Eh ! de grace , j'ai quelqu'affaire
Que je suis forcé de vous taire ,
Gens que vous ne connoissez pas
M'attendent , je vous quitte, il faut doubler le pas,
J'ai parole au-delà du Tibre ,
Tout près des Jardins de Cesar .
Eh bien , dit - il , j'en courrai le hazard ,
Avec moi n'êtes- vous pas libre ?
B iiij Ов
1766 MERCURE DE FRANCE
On ne peut vous quitter trop tard.
* Cet excès d'amitié m'assomme ,
Atlas , du poids de ce seul homme
Eût été , je crois , surchargé.
Le Monde d'importuns devroit être purgé.
Pour me harceler davantage
Cet ennuyeux me fait un étalage
De ses prodigieux talens ;
Car il n'en a que d'excellens.
Je danse , dit-il , et je chante
Mieux qu'Hermogéne , et je me vante
De le rendre jaloux à le désesperer ,
S'il ose à moi se comparer ;
Quand vous me connoîtrez , vous me rendrez
justice ,
Comme à vos bons amis Viscus et Varius ,
Autant qu'eux et peut-être plus ,
Je pourois vous rendre service.
Sçachez que dans tout l'Univers ,`
Nul Poëte ne fait des Vers
Avec plus d'aisance et de grace ,
J'en défierois tout le Parnasse.
Outré de ce raisonnement ,
* Ces quatre Vers de la comparaison d'Atlas ne
sont point d'Horace , j'ay crú la pouvoir substituer
à la place de la comparaison qu'il fait d'un Ane trop
chargé qui baisse l'oreille , qui ne me paroît pas
convenable en François.
Jo
A O UST. 1736.
1767
Je l'interromps et lui dis brusquement ,
Avez-vous encor pere et mere ?
Oncle , cousin ou soeur ou frere ,
Qui prenne soin d'un homme tel que vous?
Non , dit-il , ils sont bien loin tous ,
Et la mort a sçu m'en défaire .
Par Jupiter ! que je les trouve heureux !
Dieux , c'est ici ma derniere heure ;
Achevez- moi vîte comme eux.
J'étois encor Enfant , dans sa sombre demeure
Une vieille Sorciere a compté , suputé
Le jour , l'heure , l'instant de ma nativité ;
Puis après , Horace , dit- elle ,
Ni toux , ni goutte , ni gravelle ,
Ni poignard , ni poison ne te feront périr ;
Mais fuis un importun , il te fera mourir.
Enfin à dix heures sonnantes ,
Nous arrivons au Temple de Vesta ,
Là redoublant ses façons assommantes ,
Pour la vingtiéme fois mon jaseur m'arrêta.
C'est ici qu'il me faut , dit-il , rendre service-
Pour le jugement d'un procès ,
Où je suis Intimé , j'en aurai bon succès
Si vous daignez m'être propice :
Qui moi ! .. comment ? .. ch ! vous n'y pensez
pas }
Je ne le puis , je vous assure ;
Je suis novice en procedure ,
BY F
1768 MERCURE DE FRANCE
Et j'en abhorre le tracas.
Et que ferai-je donc ? dit- il , je n'irai pas y
J'aime mieux manquer l'Audience ,
Je vous donne la préference ;
A perdre mon procès fussai-je condamné ,
Non , quelque chose qu'il m'en coûte
Je me reprocherois , ans doute ,
De vous avoir abandonné.
Il marche, il m'embarasse, et malgré moije cede
A son opiniarreté.
Que gagne- t'on contre un homme entêté ?
La patience est l'unique remede';
Alors nouveaux discours encor plus insensés ;
Comment va Mecenas? me dit mon incommode,
Je sçai que vous le connoissez ,
Et l'on dit qu'il ne s'accommode
Que de gens de bon goût , sçavans et bien senses;
Personne mieux que lui n'usa de la fortune ,
Si vous voulez m'introduire chés lui ,
Py deviendrai bien - tôt votre meilleur apui ,
Et là , tel qui vous nuit ou qui vous importune ,
Si jamais j'y puis avoir pié ,
Sera bien -tôt congédié ;
Je trouverai si bien le moyen de lui plaire ,
De lui devenir nécessaire ,
Que j'ose me vanter que nous serons tous deux
Ses Favoris les plus heureux :
Dieux répondis-je alors, quelle est donc votre
adé ca Que
A O UST. 1736. 1769
Que vous connoissez mal l'homme dont vous
parlez !
Car dans Rome il n'est point de maison mieux
rangée ;
La probité s'y voit au premier rang placée ,
Les plus dignes talens s'y trouvent rassemblés ;
Chacun s'y voit content , d'aucune jalousie
Personne n'est atteint , et je vous remercie.
Que me dites-vous là mon cher , avec raison ,
Votre description encor bien plus m'excite
A voir le Maître et la maison :
Enfin avant que je vous quitte ,
Promettez -moi . .. Non votre seul mérite ·
> ... Doit vous produire , allez oüi , vous aver
raison ,
Je vous crois , je sçaurai m'y prendre
De maniere que Mecenas
De mes empressemens ne poura se défendre ;
Je ne me rebuterai pas ;
On n'a rien sans peine ici bas .
Je veux bien encor vous instruire ,
Mais en secret , de mes projets.
J'ai des expédients tous prêts
Contre ce qui pouroit me naire ,
J'ai les sûrs moyens de séduire
Et les Maîtres et les Valets.
L'argent , l'or , les présens , sçavent nous - intro
duire
Jasques au fond des Cabiners.
B vi Quelle
1770 MERCURE DE FRANCE
Quelle maxime ! et quelle impertinence !
J'allois perdre enfin patience ;
Ariste se présente à nous ,
Il connoissoit le personnage ,
Pour un babillard des plus fous .
Mon cher ami , d'où venez- vous ?
Qui vous amene ici , me dit - il ; ah j'enrage ,
Dis- je en moi même , à mon visage
Ne reconnois- tu pas mon tourment sans égal ,
D'être avec cet original ?
N'osant lui parler haut , je retourne la tête ,
Je lui serre la main , je fais signe des
Mais cet ami malicieux ,
yeux ;
Qui voit bien pourquoi je l'arrête ,
Sourit et s'accordant avec mon ennuyeux ?
C'est aujourd'hui, dit il, des Juifs la grande fête,
Et chacun pour cela s'aprête ,
Tout autre soin , seroit injurieux .
Je prendrai mieux mon temps pour vous parler
d'affaires ,
Alieu... pour aujourd'hui je ne l'ai pas ce temps;
Les jours consacrés aux Mysteres
N'ont que de précieux instans .
Ariste fuit , le cruel m'abandonne
A la merci de mon bourreau ,
Victime du sort qui l'ordonne ,
Je vais tomber sous le fatal couteau .
O jour infortuné toute esperance est vaine ;
Faut- il
A O UST. 1736. 1770
1
Faut-il ceder au malheur qui m'entraîne !
Je succombe , Apollon prêté moi ton secours !
Quoi verras-tu finir mes jours
Sans être touché de ma peine ?
Je n'ai pas achevé , que je vois accourir ,
Sur mon jazeur son adversaire ,
Malheureux , lui dit - il , je te ferai périr ,
Tu vas recevoir le salaire
Des maux que tu m'as fait souffrir ;
D'une voix haute il le menace ,
Il se saisit de lui , le traîne au Tribunal ;
De tous côtés accourt la populace .
Si j'eusse été d'humeur à me venger du mal
Que m'avoit fait son maudit verbiage ,
J'aurois pû contre lui porter mon témoignage ;
Mais trop heureux qu'il m'ait quitté ,
De la foule je me dégage .
Je vous retrouve enfin , ma chere liberté ,
C'est tout ce qu'il me faut , dis - je ... ô Dieu du
Parnasse ,
Combien te dois - je rendre grace !
Apollon , sans toi j'étois mort ;
Tu viens de me sauver du plus funeste sort.
Par M.B .... X ... de l'Académie
Royale d'Angers.
LETTRE
1772 MERCURE DE FRANCE
***************
LETTRE de M. l'Abbé Mariette ,
à M. le G. D S. A. au sujet d'une
nouvelle conjecture sur ia cause du Flux
et Reflux de la Mer.
I
Lest assés commun , Monsieur, de voir
des faiseurs de systêmes ; mais rien ne
me paroît plus rare qu'un bon systême.
Le Flux et Reflux de la Mer va nous en
servir d'exemple. De tout temps cet admirable
Phénomêne a mis l'esprit des
Philosophes à la torture , chacun a voulu
nous en expliquer la cause. On peut dire
que personne n'y a réussi. M. Descartes
est le seul qui ait imaginé une hypothese
qui porte le caractere de vrai semblance ;
mais en l'examinant de près , il faut convenir
qu'il y a bien des défauts.
J'en ai autrefois fait apercevoir quelques
uns , et il ne seroit peut - être pas impossible
d'en indiquer d'autres aussi
dans la derniere Réponse à mes Objections
, dont vous m'avez honoré , vous
*
* Ces Objections se trouvent dans le Mercure
de Mars , et dans le second Volume de Decembre
1734. Les Réponses de part et d'autre sont dans les
Mercures suivans.
dites,
A O UST. 1736. 1773
dites , Monsieur , que vous êtes persuadé
que la Question du Flux de la Mer , est
une de ces Questions Physiques qui sont
fort problematiques , et au sujet desquelles
on peut apliquer à l'esprit humain
ce que la Sainte Ecriture dit de la Mer
elle - même : Vous viendrez jusqu'ici , et
vous y briserez l'orgueil de vos flots.

M. le Car , habile Chirurgien de Rouen,
touché de l'indigence des Physiciens sur
cette matiere , vient d'imaginer un nouveau
systême , qu'il a fair inserer dans le
Journal de Verdun du mois de May dernier.
Prevenu contre le systême Carthesien
; je l'ai apris avec joïe ; mais quelle
a été ma surprise , lorsqu'au lieu de trouver
une explication satisfaisante de ce
mystere de la Nature , elle m'a parû encore
plus déraisonnable que l'ancienne.
Vous en jugerez vous - même par l'Extrair
que je vais vous en donner et les
Remarques que j'y joindrai .
M. le C. en bon Géometre , comment
ce par poser ses principes d'où il tire ses
consequences .
La cause de la pesanteur , dir il , est
l'action de la matiere étherée sur les corps
qu'on apelle pesans.
Celte action est dirigée vers le centre dis
tourbillon.
L'augmen
1774 MERCURE DE FRANCE
L'augmentation ou la diminution dis
mouvement de cette matiere , doit augmenter
ou diminuer la force de son action.
- Mais voici le grand principe , et sur
lequel il se fonde principalement : Les
points d'apui donnent l'efficacité aux forces.
Il en cite plusieurs exemples ; celui do
la Poudre à Canon , bourrée dans un
Fusil , ou exposée à l'air libre , dont les
effets sont si differens ; celui du Nageur
qui perd terre , et de celui qui la touche,
dont les élancemens sont si inegaux . Excellens
fondemens , mais pour tout autre
édifice que celui dont il s'agit ici .
Ecoutons comme il continuë de nous
expliquer sa pensée. On peut suposer ,
dit il , que les rayons de matiere celeste
qui environnent la terre , sont entre- eux
en raison réciproque de masse et de velocité
; qu'ainsi ils pressent sa surface
également de tous côtés.
Cela posé , si on place la Lune , corps
semblable à la Terre , à une certaine distance
de l'endroit où est le Globe Terrestre
, le rayon de matiere celeste qui
sera compris entre ces deux corps , se
trouvera entre deux points d'apui , qui
devront augmenter la force de son mouvement
, suivant le principe ci - dessus
établi , et par consequent donner plus de
viva
AOUS T: 1736. 1775
vivacité à sa vibration ; ainsi la cause de
la gravité étant augmentée en cet endroit
, les eaux s'y trouveront plus pres
sées que dans les autres ; d'où suivra le
Flux et le Reflux de la Mer.
On voit que la base de ce systême est
le principe dont nous venons de parler ,
que les points d'apui donnent l'efficacité ·
aux forces ; principe incontestable , mais
dont on conclut mal- à- propos que le
rayon de matiere celeste compris entre
la Lune et la Terre devient plus fort
que les rayons collateraux . La raison en
est que ce rayon ne peut se servir de la
Lune comme d'un point d'apui , quoiqu'il
soit compris entre elle et la Terre ,
et cela pour deux raisons.
La premiere , parce qu'un corps , dans
l'espece presente , ne peut point se servir
d'un autre , comme d'un point d'apui ,
si , lui étant immediatement contigu , il
en est inseparable. La raison en est ,
qu'un corps dans l'espece dont nous parlons
, pour tirer avantage de son point
d'apui , doit s'en éloigner , comme la
Poudre à Canon et le Nageur , dont il est
parlé ci - dessus , doivent s'éloigner du
point où ils s'apuyent , pour en faire usage
; comment s'en éloigneront- ils s'ils en
sont inseparables ? Or le rayon en question
1776 MERCURE DE FRANCE
tion est tellement contigu au corps de la
Lune , qu'il ne peut en être separé , de
sorte qu'il ne fait avec le rayon superieur
à la Lune qu'un rayon total dont elle
est partie , et elle est si fort inseparable
de ce rayon inferieur , qu'il ne peut s'en
éloigner : parce que , poussée par la cause
de la gravité , elle retomberoit toujours
sur lui , et si on l'ôtoit entierement , sa
masse tombant sur la Terie , écraseroit
ceux qu'elle rencontreroit ; il est donc
incontestable que le rayon dont il s'agit
ne peut se servir de la Lune , comme
d'un point d'apui , pour faciliter son
mouvement.
Mais la seconde raison , et qui est déclsive
, c'est que deux corps , qui ont un
mouvement commun , ne peuvent se
servir mutuellement de point d'apui pour
faciliter ce même mouvement , parce que,
comme tout le monde sçait , un point
d'apui doit être immobile , par raport au
corps à qui il en sert : Or la Lune n'est
pas un corps immobile par raport au
rayon dont nous parlons , puisque le
mouvement de notre rayon vers la surface
de la Terre , mouvement qu'il tâche,
suivant l'Auteur , de se faciliter par le
secours de la Lune , lui est propre à ellemême
, elle y tend comme lui , poussée
par
1
A OUS T. 1736. 1777
par la cause de la gravité qui lui feroit
faire un beau saut , comme je viens de
dire , si le rayon dont il s'agit ne la soûtenoit
; elle n'est donc pas un corps immobile
par raport à ce rayon , elle ne
peut donc lui servir de point d'apui .
,
En effet il est évident que si ce rayon
pouvoit avoir un point d'apui , il ne
pouroit être ailleurs qu'à son extremité
et non pas dans son milieu ,
ou dans quelqu'endroit de sa longueur ,
car ce seroit la même chose que de dire ,
pour me servir toujours du même exemple
, que le Nageur , dont il est ci - dessus
fait mention , a son point d'apui au milieu
de son corps , et non pas à l'extre
mité de ses pieds , qui touchent le fond
des eaux : or ceci seroit absurde . Il en
est de même de notre rayon , puisque la
Lune est comprise dans la longitude , et
que l'extremité est bien au delà de son
corps. Concluons donc que M. le . C. a
tiré de fausses consequences d'un principe
certain , contraire en cela à Spinosa ,
autre faiseur de systêmes ; mais dans un
autre genre , qui nous a donné des principes
de sa façon , presque tous hazardés,
et dont quelques - uns se détruisent mutuellement
; mais dont il a tiré des conse
quences très-justes . Celui- ci est inexcusable
1778 MERCURE DE FRANCE
ble, parce qu'il cherchoit à nous trompet,
l'autre est excusable , en ce qu'il agit sim
plement. Ainsi M. le C. n'a donc point
encore découvert la cause du Flux et Reflux
de la Mer.
En finissant ma Lettre , je trouve dans
le Journal de Verdun , du mois de Juillet
, la suire du Systême de M. le C. ou
plutôt une correction du premier , correction
qui auroit elle - même besoin d'u
ne nouvelle reforme.
Toujours attaché à ses principes , il
fait encore usage de la Lune , pour servir
de point d'apui au rayon intercepté entr'elle
et la Terre ; ainsi ce que je viens
de dire , peut toujours servir à le refuter.
Permettez , je vous prie , Monsieur ,
que nous fassions ici la dissection de ce
nouveau systême.
M. le C. ne veut plus que le Flux et
Reflux de la Mer vienne d'une pression
correspondante à la Lune ; mais plûtôt
d'un défaut de pression de sa part ; il se
fonde sur ce qu'il a observé à Dieppe ,
que le Flux commençoit à monter , dès
que la Lune paroissoit sur notre horison;
que ce Flux étoit à son plus haut dégré ,
avant que cette Planete répondit à nos
côtes , ou à leur Méridien ; qu'il décroissoit
AOUS T. 1736. 1779
soit lorsqu'elle gagnoit la pleine Mer
et qu'il n'étoit jamais moindre, que quand.
ce Globe paroissoit répondre au milieu
de l'Ocean , où tous nos Auteurs fixent
la plus grande hauteur du Flux. Toutes
Observations contraires , suivant lui , à
l'ancien systême de pression de la part
de la Lune , aussi lui en font elles changer .
Il ne craint point qu'on le prenne pour
un inconstant , et se met au - dessus de
cette mauvaise honte , précaution prudente
et sage . Quoiqu'il en soit , de ces
Observations : Voyons comme il s'y
prend pour accorder son Systême avec ses
nouvelles découvertes.
C'est toujours chés lui la cause de la
gravité qui produit tout ce dérangement ;
mais ce n'est plus en pressant les Eaux
de la Mer , au contraire c'est en cessant
de le faire aussi fort qu'elle faisoit auparavant.
Voici l'explication de ce paradoxe.
Le rayon de matiere celeste compris entre
la Terre et la Lune , est intercepté par
le corps Lunaire d'avec le rayon qui lui
étoit joint auparavant , et qui se trouve
contigu à la partie superieure de la Lune ;
ainsi ellefait éclipser , selon lui , en cet endroit
pour la Terre la cause de la gravité ;
eette cause se trouve affoiblie , parce que la
Lune avec son Tourbillon ayant des mouvemens
1780 MERCURE DE FRANCE
mens bien oposés à ceux de la matiere celeste
, rallentit son action.
Le Tourbillon de la Lune ayant beaucoup
d'étendue , il n'y a pas lieu d'être
surpris , dit l'Auteur , si le Flux commence
à monter dès que la Lune paroît
sur l'horison , quoique correspondant
aux Terres fermes , parce que excedant
déja sur les Eaux de la Mer , la pression
de la pesanteur diminuant , les Eaux affluent
necessairement en cette partie. Quand la
Lune est vers notre Midy , une plus
grande étenduë de nos Mers répond à la
colomne d'interception , et nos Côtes étant
plus voisines de son centre , où l'interception
est plus considerable , il doit s'y
faire une plus grande affluence des Eaux ,
ce qui fait la haute Mer , l'éloignement
de la Lune de notre Meridien doit faire
diminuer le Flux , &c.
Ainsi pour s'accommoder à ses nouvelles
Observations , M. le C. dit que la
Lune avec son Tourbillon , qui a beaucoup
d'étendue excedant sur les Eaux de
la Mer , avant que son centré y réponde ,
commence à y ralentir la cause de la gravité,
qu'ainsi le Flux commence à monter dès que
La Lune paroît sur notre horison. Il n'étoit
pas necessaire d'abandonner le systême
de pression de la part de la Lune , pour
s'ac
A OUS T.
1736. 1781
s'accorder avec ce phenomêne ; il n'y est
point contraire ; ceux qui le défendent
vent dire , comme M. le C. que le Flux
commence à monter dès que la Lune pa-.
roît sur notre horison , parce que excedant
par le moyen de son Tourbillon sur
les Eaux de la Mer , avant que son centre
y réponde , elle commence à les presser
et à nous donner le Flux ; cette explication
a du moins autant de vrai - semblance
que celle de M. le C. Ainsi , graces,
à lui, voilà deux systêmes pour expliquer
une même chose. Il y aura bien de la fatalité
si on n'en trouve un qui satisfasse ;
mais par malheur celui qu'il a imaginé
ne peut se soûtenir , je me bornerai à en
saper les fondemens , le reste tombera de
lui -même.
Comment M. le C. peut- il dire que la
Lune nuit à la cause de la gravité , et
qu'ainsi le rayon qui lui est soumis est
affoibli ? Se souvient- il bien d'avoir dit ,
et de soûtenir encore , que servant de
point d'apui à ce rayon , la cause de la
gravité sur la surface de la Terre , ou des
Mers, en reçoit un accroissement de forçes
? Je demande comment la Lune peut
faciliter et nuire en même temps à la
cause de la pésanteur ? Il y a plus ; cette
prétention est entierement contraire aux
loix de la Physique.
Pour
1782 MERCURE DE FRANCE
Pour s'en convaincre , je prie M. le C.
de se souvenir que les mouvemens par
ticuliers ne peuvent nuire aux généraux.
Il sçait bien que tous ceux qui se font
dans nôtre Tourbillon , d'Orient en Oc
cident , n'empêchent point le mouve
ment général de la matiere celeste d'Occident
en Orient , parce que tout a part
à ce mouvement général . Les petits
Tourbillons d'eau qui se font dans le
courant d'une Riviere , ont des mouvemens
tout oposés à ce courant , en estil
pour cela arrêté ou interrompû ? Non,
parce que ces petits Tourbillons sont
eux-mêmes emportés par le courant des
Eaux ; ainsi la Lune aura , si vous voulez,
Elle et son Tourbillon , des mouvemens
tous differens de celui de la cause de la
gravité , attendu qu'elle est susceptible
de son impression , qui la rend extrêmément
pesante , et la ffaaiitt apuyer fortement
sur le rayon inferieur , masse lourde
, qui n'a garde de le rendre plus leger,
elle ne peut par consequent nuire à cette
cause , et on peut dire que la Lune et son
Tourbillon sont par raport à la cause de
la gravité , comme des corps en repos ,
qui ne font par consequent aucune rcsistance
à son impulsion . La Lune ne
peut donc nuire à la cause de la gravité ,
et
A O UST. 1736.
1783
et ainsi affoiblir le rayon de matiere qui
lai est soumis . Le reste de la Dissertation
de M. le C. n'est qu'une suite des
principes que je viens de refuter. J'aurois
, Monsieur , plusieurs autres choses
à vous dire sur ce sujet , mais je m'aperçois
que ma Lettre n'est peut -être déja
que trop longue. D'ailleurs , je vous ennuirois
peut-être en vous parlant toujours
de la même matiere; mais je vous avouërai
que je suis partisan de ceux qui veulent
aprofondir
entierement une Question
avant que de passer à une autre. Je ne
puis goûter ces Genies , qui
entreprennent
toutes sortes de genres, J'ai toujours
pensé que si une seule Science faisoit
l'occupation de chaque Sçavant , on
en porteroit loin la perfection . L'esprit
de
l'homme est trop borné pour porter
ses vûës sur tant de choses à la fois. J'ai
l'honneur d'être ,
Monsieur , &c.
A Paris ce 5. Août 1736.
*
C ODE
1784 MERCURE DEDÉ FRANCE
ODE.
A M. ARROUET DE VOLTAIRE.
Esprit dont la verve se joue
Dans ses audacieux efforts ;
Toi , qui du Cigne de Mantoüe
Imites si bien les accords .
Qui t'instruit de cet Art sublime
Par qui la raison et la rime
Brillent dans tes doctes Ecrits ?
Je brule de suivre tes traces.
Di - moi donc comment tu surpasses
L'essor des plas rares Esprits.
*
Le Poëme de la Henriade.
Quand de la Trompette héroïque
Tu nous fais entendre les sons ,
Le sublime , le magnifique ,
Vont se placer dans tes Chansons.
Contre une Ligue téméraire ,
On te voit armer la colere
D'un Roi, le modele des Rois ;
Et dans cet immortel ouvrage
Achille admire son courage ;
Homere reconnoît sa voix.
Dans
AOUS T. 1736. 1785
Dans une agréable peinture ,
Ta main par tout seme les fleurs.
Ce n'est qu'au sein de la Nature
Qu'on te voit puiser tes couleurs.
Comme l'Aigle fuyant la Terre ,
Tu vas au-dessus du Tonnerre
Chercher la source des Bourbons.
Moins habile , dans l'Elisée
Le Chantre du pieux Enée
Plaça la source des Nerons
*
Tragédie d'Echile.
Des effrayantes Euménides
Qu'on vante le Spectacle affreux.
Des Yons et des Euripides ,
Qu'on celebre les noms fameux.
Franc tu produis chaque année
Tout ce que l'Attique étonnée
Admira dans leurs fictions .
Pour toi Voltaire est au Permesse
Ce qu'étoient jadis pour la Grece ,
Les Euripides , les Yons.
*
Zaïre , Tragédie.
Od suis-je de Sion vaincuë
Je vois les Tyrans inhumains :
Cij Quel
1786 MERCURE DE FRANCE
Quel triste objet s'offre â ma vûë !
Un Roy jouet des Sarrasins !
Quelle est cette jeune Princesse ?
Que de vertu !. que de tendresse !
Je ne puis retenir mes pleurs.
Fui , Zaïre , ce lieu profane ...
Que fais-tu , jaloux Orosmane
Acheve ; puni tes fureurs.
*

Alzire , Tragédie.
Qu'entens-je aux rives de la Seine
Accourez , François , accourez.
Alzire paroit sur la Scene ;
Ecoutez , Sçavans , admirez ,
J'aime cette vertu farouche ...
Hélas ! que votre sort me touche ,
Tendres et malheureux Amans ! ..
Voltaire a vengé la Nature.
- Des hommes sans loi , sans culture ,
Font réverer leurs sentimens.
*
Oedipe , Tragédie.
Quels nouveaux Concerts retentissent !
Quelle soudaine illusion !
Les murs Thébains se rebâtissent
Aux chants d'un nouvel Amphion ,
I
A O UST. 1736. 1787
Je vois des infernales rivés ,
Paroître les Ombres plaintives
D'Edipe et de Jocaste en pleurs ;
Et mes yeux , qui poura le croire t
Sont témoins de ce que l'Histoire
Nous raconte de leurs malheurs.
*
Hérode et Mariamne.
Est-ce Voltaire ou Melpomene ,
Qui de cet Epoux furieux
Ressuscite ? .. je perds haleine.
Le Pinde est offert à mes yeux.
Phébus paroît ; il me menace.
Quel orgueil , dit- il , quelle audace !
Tu fais des efforts impuissans.
Cesse de fatiguer ta Lyre ,
Phébus méprise ton délire ;
Voltaire rit de tes accens.
*
» Laisse à mes soins , laisse la gloire
"Du plus cher de mes Nourrissons.
Maître du Temple de Memoire ,
» Je veux y graver ses Chansons.
Tandis que cet heureux génie ,
» Par une douce Symphonie
Charmera l'oreille des Rois.
Cher aux Pâtres des Pyrenées ,

*
C iij » Coule
1788 MERCURE DE FRANCE
» Coule d'inutiles journées
A leur faire admirer ta voix.
*
Non , non , cet Oracle terrible
N'a rien qui puisse m'allarmer ;
Si je te plais tout m'est possible.
Voltaire , je vais tout charmer ;
Je vais par des routes nouvelles ,
Cueillir les Palmes immortelles
Que produit le sacré Vallon .
Je vais à la France étonnée
Offrir ma tête couronnée
De la main même d'Apollon .
DUFAU , Etudiant en Théologie à
Bordeaux.
***************
LETTRE à l'Auteur des Observations
fur les Ecrits modernes,
Ous offrez à M. Maloët , Monsieur ,
d'insérer dans vos Observations ce
qu'il jugera à propos de répondre au Chirurgien
Anonyme qui a réfuté sa Thése.
Je vous prie , Monsieur , d'y insérer aussi
quelques Réflexions que j'ai faites sur le
même sujet , et que je crois necessaire de
rendre
A OUST. 1736. 1789
pour
rendre publiques . Je ne suis ni Medecin ,
ni Chirurgien , je ne prens parti ni
la Medecine , ni pour la Chirurgie . Ainsi
, libre de préjugé , je me crois en droit
de faire sentir leur tort aux Medecins et
aux Chirurgiens , et de les exhorter les
uns et les autres à mieux vivre ensemble.
pour l'honneur de leur profession et pour
leur
propre avantage.
1. Ce n'est point l'amour de la vérité,
ni l'interêt du bien public qui ont engagé
cette nouvelle querelle , mais la passion
et l'animosité personnelle. M. Maloër
attaque toute la Chirurgie, parce qu'il
est fâché contre un Chirurgien . Le Chirurgien
anonymne qui lui a répondu , insulte
toute la Medecine , parce qu'il prétend
avoir sujet de se plaindre de M.
Maloët qui est Medecin 3 excès des deux
côtez , et excès que les Medecins & les
Chirurgiens, s'ils sont sages, doivent également
condamner.
t
Les raisons que le Medecin et que le
Chirurgien alleguent , sont aussi peu raisonnables
que les motifs qui les font agir.
L'un soutient que la Medecine est certaine
, et il croit le prouver en disant
qu'elle a des axiomes incontestables ; sçavoir
qu'il faut détruire la cause du mal
en affaiblir les accidens , conserver et rani-
C iiij
>
Ther
1790 MERCURE DE FRANCE
mer les forces du malade , évacuer les bumeurs
nuisibles , &c. L'autre prétend que
le rideau est presque toujours tiré devant les
Chirurgiens ; et pour le prouver , il ajoûte
que dans les maladies qui font l'objet de
la Chirurgie , les yeux conduisent l'esprit et
la main , et qu'ils montrent les causes des
accidens , leur étenduë , leurs progrès , leurs
remedes , et les dangers qui les suivent . Vaines
déclamations des deux côtés ! De si
mauvaises raisons et de pareilles jactan
ces , loin de persuader de la certitude de
la Medecine ou de la Chirurgie , ne sont
propres qu'à augmenter les soupçons que
l'on a de leur incertitude.
II. Le Chirurgien anonyme me paroît
blâmable en particulier d'avoir employé
une partie de sa réponse à exposer les variations
de la Medecine. C'est une maticre
sur laquelle il a pris plaisir de s'étendre
, d'étaler son érudition, de faire passer
en revûë Hippocrate , Chrysippe, Erasistrate
, Serapion , Philinus , Asclepiade ,
Galien et leurs differens dogmes . Mais
c'est de l'érudition perduë ; il s'en faut.
bien que les variations de la Medecine
soient aussi nombreuses et aussi réelles
que l'Anonyme l'a crû , ni par conséquent
aussi concluantes qu'il se l'imagine mais
je n'ai pas besoin d'insister là- dessus . Si
cet
A O UST. 1736 . 1791
à ce
cet argument a quelque force , c'est à
l'Anonyme lui- même à y répondre . La
Chirurgie toute guidée qu'elle est ,
qu'il croit, par les lumieres de l'Anatomie ,
est sujette aux mêmes variations. Ne nous
arrêtons qu'à un seul exemple. On employe
actuellement pour l'opération de
fa Taille trois methodes differentes , et
chaque Chirurgien soûtient la methode
qu'il employe avec autant d'ardeur , qu'il
en a pour combattre celle qu'il n'employe
pas. Voilà donc la Chirurgie assés miserable
pour être exposée à ce partage d'opinions
et à cette inconstance de pratique qu'on reproche
à la Medecine. Que répond à cela
P'Anonyme ? que c'eft une louable recherche
qui ne marque point l'incertitude de
Art. Un Voyageur , ajoûte- t-il , qui connoît
un chemin sûr , est- il incertain et embarassé
parce qu'il s'occupe à chercher
'un autre chemin plus court ou plus aisé . Cet
te réponse lui paroît- elle bien valable
pour la justification de la Chirurgie ? A
la bonne heure. Que ne l'a- t-il donc employée
pour justifier la Medecine ? Pourquoi
traiter les récherches des Medecins
de variations honteuses , puisqu'il vouloit
faire passer les variations des Chirurgiens
pour des recherches Louables ?
III. L'Anonyme a manqué , sur- tout
C v
de
1792 MERCURE DE FRANCE
J
de prudence , de reprocher à la Medecine
comme des variations , des questions
frivoles de Theorie ou de Physique qui
ont eu quelques cours dans les Ecoles.
Laissons , dit - il , à la Medecine l'empire
de l'acide , de l'alkali , de la fermentation
, de l'effervescence , des oscillations
des copules explosives , de l'attraction , des
premiers principes des mixtes et des causes
primitives. D'un côté l'Anonyme a - t - il
pû croire que ces vaines speculations
ayent jamais apartenu à la Medecine ,
qu'elles en ayent jamais reglé les maxi
mes , ou servi à en former les decisions?
Si cela est , il est bien mal instruit de ce
que les Medecins pensent , de ce qu'ils
croyent , de ce qu'ils enseignent . A-t- il
ignoré d'un autre côté l'avidité avec laquelle
les Chirurgiens courent après ces
phrases vuides de sens , qu'ils estropient
encore et qu'ils employent d'une maniere
pitoyable ? Si cela est , il est bien mal informé
de ce qui se passe chés les Chirur
giens ; car j'entens dire que les Demonstrateurs
de saint Cosme tâchent à l'envi
d'orner leurs discours de ces miserables
haillons que les Medecins abandonnent ,
et que ce n'est plus que chés eux qu'on
parle encore d'acide, d'alkali , de copule explosive
, c. Sile fait est tel qu'on me
.
Pa
A O UST. 1736 . 1793
l'a raporté , c'en cft fait de la Chirurgie :
au lieu d'opérateurs , nous n'aurons plus
bientôt que des raisonneurs , et , ce qui
n'ajoûte presque rien à la premiere idée ,
nous n'aurons que de mauvais raisonneurs
IV. Mais venons au fait , & voyons
quels sont les principes sur lesquels la
certitude de la Medecine peut être fondée.
Ce sont à peu près les mêmes sur
lesquels sont fondés tous les Arts , tous
les Métiers , qui ont pour objet quelque
opération Physique ; c'est- à- dire , differentes
suites de verités d'experiences
qui sont le fruit de plusieurs obser
vations qu'on a faites soi - même , qu'on
a vû faire aux autres , ou qu'on a lû
que les autres avoient faites. Par exem
ple , en quoi consiste le sçavoir d'un bon
Boulanger à sçavoir que de la farine
mouluë de telle façon , passée à travers
un tel tamis , détrempée avec telle
quantité de tel levain , paîtrie de telle
maniere , laissée dans un endroit chaud
pendant un tel tems , cuite à un tel degré
, fait telle ou telle espece de pain.
Pour exceller dans son Art , le Boulanger
n'a pas besoin de sçavoir quels sont
les premiers principes ni de la farine , ni
du levain qu'il y mêle; quelle est la cause
efficiente de la fermentation que le levain
C vj Y
1794 MERCURE DE FRANCE
و
y excite ; quelle est la nature du feu , ou
de quelle maniere il agit pour cuire le
pain . De même quelles sont les connoissances
d'un Laboureur entendu dans l'Agriculture
? Que tel labour , tel engrais
donné à tel ou tel terroir , le met en état
de faire lever et de nourir tel ou tel grain,
semé en tel ou tel tems , & semé de telle
ou telle maniere ; il ne connoît ni la nature
des principes de la terre , ni celle
des sels des engrais , ni les causes ni le
mechanisme de la vegetation ; qu'est- ce
donc aussi que la science d'un Medecin
habile , sçavant , experimenté ? Que tek
ou tel remede donné à telle ou telle dose
dans telle ou telle circonstance , opere tel.
ou tel effet , et produit par-là tel ou tel
soulagement , c'est à lui à bien distinguer
l'identité des remedes , des doses , des circonstances
, ou du moins de s'assurer d'une
aproximation qui revienne presque à
l'identité. Avec cela ses decisions auront
la même certitude que celles du Boulanger
et du Laboureur ; & c'est déja beau→
coup ; disons mieux , elles auront toute
la certitude qu'on peut attendre dans les
operations Physiques.
Il me semble que je vois les Medecins se
fâcher contre moi , et m'accuser de chercher
à avilir leur profession par ces comparaisons
;
AOUST. 1736. 1795
paraisons ; mais je me ris de leur ignorance
, s'ils ne sentent pas que ce que je
dis est exactement vrai , et je me ris de
leur delicatesse , si , le sentant, ils ne com
prennent pas que la noblesse du sujet suz
lequel ils travaillent , et l'importance de
l'objet qu'ils se proposent, suffisent pour
relever leur profession et la mettre hors
de pair .
V. Qu'on ne conclue pourtant pas que
la théorie soit inutile ou nuisible dans la
Medecine. Cela peut être vrai d'une théorie
vaine , arbitraire , hypothétique , fondée
sur des opinions frivoles et sujettes
aux variations de la mode ; mais cela ne
-sçauroit regarder une théorie sage , prudente
, circonspecte , dont le but est de
fixer l'état & les circonstances de chaque
maladie , d'en distinguer les differences
fines & presque imperceptibles , d'en
marquer,pour ainsi dire, jusqu'aux moindres
nuances,de s'assûrer, en un mot , que
l'état de la maladie qu'on a à traiter , est
précisément le même que celui où le remede
a communément réussi. si l'on
ne peut pas être sûr de l'identité parfaite
, ce qui est rare en effet , pouvoir se
répondre du moins qu'on en aproche de
si près , que la diference ne sçauroit être
d'aucune conséquence pour le succès .
Pour
1796 MERCURE DE FRANCE
Pour acquerir cette théorie , il faut
connoître la conformation des parties du
corps , le mechanisme des fonctions naturelles
, les derangemens qui peuvent y
survenir , la qualité et la nature des humeurs
, les vices dont elles sont susceptibles
, les signes qui indiquent le siege
de chaque maladie et qui marquent le
caractere de chaque mal , & c. et ces connoissances
; on doit les puiser , non pas
dans des questions frivoles , subtiles , métaphysiques
, mais dans des faits simples ,
clairs , certains. C'est ainsi qu'un Boulanger
excelle dans son Metier , quand
il joint à la routine qu'il a aprise , la
connoissance que ses observations lui ont
donnée de la nature de l'espece de bled
qu'il met en oeuvre , de la qualité des farines
sur lesquelles il travaille , de l'activité
des levains qu'il employe , du degré
de fermentation que chaque pâte demande
dans les differentes saisons , du degré
de cuisson qui convient à chaque qualité
de pain pour être cuit à propos . C'est ainsi
qu'un Laboureur a sur l'Agriculture des
idées plus nettes quand il a apris à distinguer
par des signes certains la qualité et les
défauts de chaque Terroir , la nature et les
proprietés de chaque espece d'engrais , les
effets de chaque labour , et les amandemens
A O UST. 1736. 1797
mens qu'ils procurent , les maladies de
chaque plante et les moyens de les prevenir
ou d'y remedier.
VI. On comprend bien sans que je le
dise , qu'après tout , ces connoissances
ne peuvent pas donner aux Medecins les
plus attentifs , une certitude toûjours entiere
dans l'exercice de leur profession .
Ils ont beau faire , la Medecine sera toujours
conjecturale ; je ne crains point que
les Medecins m'en desavouënt. Mais les
Chirurgiens ont -ils droit de faire là - dessus
quelque reproche à la Medecine ? La
Chirurgie n'est-elle pas conjecturale aussi
: Comme elle fait partie de la Medecine
, elle n'a pas des principes plus assûrés
qu'elle , et ses decisions sont fondées de
même sur des suites de verités d'experiences
qui aprennent aux Chirurgiens.
et l'état du mal qu'ils ont à traiter , et la
pature des remedes qu'ils doivent y apli
quer Heureux les Malades dont les maladies
sont aisées à connoître , et dont le
traitement se trouve fixé par des observations
invariables !
Malheureusement il y a dans la Chirurgie
, de même que dans la Médecine
des maladies obscures , compliquées, dont
le caractere est équivoque , et dont la curation
est peu certaine et malheur alors :
aux
1798 MERCURE DE FRANCI
aux Malades qui tombent entre les mains
de Medecins et de Chirurgiens peu instruits
de toutes les circonstances de ces
maux , peu accoûtumés à distinguer les
differens cas qui se ressemblent , peu certains
de la valeur precise et du juste emploi
de chaque remede. La petite verole
par exemple , est une maladie de cette espece
pour les Medecins , comme la gan
grenne pour les Chirurgiens dans ces
maladies , la cause du mal est également
cachée , le diagnostic également difficile
le prognostic également incertain , et la
curation également variable , à cause du
grand nombre de differentes methodes ,
qui ont chacune leur autorité : en un mot,
dans ces cas tout est égal pour les Medecins
er pour les Chirurgiens , et la Chirurgie
se trouve aussi conjecturale que la
Medecine .
VII. Je conviens pourtant que la Chirurgie
l'est communément moins ; il faut
que les Medecins me pardonnent cet
aveu ; les maladies qui sont du ressort de
la Chirurgie sont ordinairement plus sensibles
, plus évidentes , moins compliquées.
Pour en decider , il faut joindre
peu de reflexions , combiner peu d'ob.
servations, peser peu de differences , comparer
peu de remedes. C'est tout le contraire
AOUST. 1736. 1799
traire dans la Medecine , où presque tout
est obscur , compliqué , équivoque , infini
; où les causes et les signes des maladies
sont très difficiles à distinguer , où
les observations paroissent souvent oposées
, où les manieres de traiter sont en
grand nombre , et ne tendent pas toûjours
au même but, La Chirurgie est ,
pour ainsi dire , l'A. B. C. de l'art de guérir
, et c'est aparemment pour cela qu'on
l'a confiée aux Chirurgiens. La Medecine.
au. contraire , est ce qu'il y a dans cet Art
de plus abstrait et de plus difficile ; et delà
vient aparemment qu'un sçavant Medecin
disoit autrefois , qu'il y avoit ✶
beaucoup de Medecins de nom , et peu d'effet
, ce qui pouroit bien être vrai encore .
Qu'il me soit permis d'éclaircir ma pensée
par une comparaison. Je regarde le
Chirurgien comme un Ecolier d'Arithmetique
, qui sçait faire passablement
l'addition , et le Medecin comme un Maî
tre d'Arithmetique qui sçait faire l'extraction
des racines quarrée et cubique ; ou ,
si l'on veut, des exemples plus nobles , jo
compare la Chirurgie à la Géometrie élémentaire
des lignes , des angles , des cercles
; et la Medecine à la Géometrie trans-
1
* Quoique la Chirurgie ſoit plus facile , y mi
t- il plus de Chirurgiens d'effet
cendante ,.
1800 MERCURE DE FRANCE
cendante , à la Géométrie à l'infini , aux
calculs differentiel et integral . Cet aveu
doit contenter les Chirurgiens . Voilà la
Chirurgie plus claire , plus facile , plus
sûre que la Medecine. On sent bien que
ce n'est pas un Medecin qui parle.
VIII. Mais je ne prétens pas non plus
que les Chirurgiens s'enorgueillissent
trop. Leur Art est ordinairement moins
conjectural que la Medecine ; je l'ai dit ,
et je ne me retracte point Mais cela n'est
vrai qu'en considérant la Medecine et la
Chirurgie en elles - mêmes et sans aucun
raport à leurs objets . C'est tout autre cho
se,si la qualité de l'objet entre dans la comparaison
; car alors la Medecine devient
plus certaine , vû l'obscurité de son ob
jet , que la Chirurgie ne l'est , vû la clarté
du sien ; et un Chirurgien qui n'hesi
teroit , qui ne se tromperoit qu'une fois
en sa vie , est moins excusable qu'un
Medecin qui hesiteroit , qui se tromperoit
vingt fois.
*
Que les Chirurgiens cessent donc d'e-
* Jeprête ici des armes aux Chirurgiens pour fe
défendre contre les Dentistes, s'ils s'avifoient de
prétendre que leur Art est plus certain que celui des
Chirurgiens , & que le rideau est toûjours tiré
devant eux , au lieu qu'il ne l'est presque toû
jours que devant les Chirurgiens.
xagerer
A O UST . 1736. 1801
xagerer l'évidence des maladies qu'ils ont à
traiter . qu'ils cessent de nous dire que
dans ces maladies les yeux conduisent l'esprit
et la main. Ne comprennent- ils pas
que c'est là ce qui fait contre eux? Quand
je les vois reprocher aux Medecins leurs
lenteurs , leurs doutes , leurs incertitudes ,
ou pour me servir de l'expression indécente
de l'Anonyme , leurs ténebres , il me
semble voir un Ecolier d'Arithmetique
qui , glorieux de faire l'addition sans hesiter
, ose reprocher à son Maître de tâtonner
dans l'extraction de la racine quarrée
ou cubique , ou bien un Aprentif
Geometre parvenu enfin à entendre tant
bien que mal quelques Livres d'Euclides ,
qui , fier de la clarté et de l'évidence des
démonstrations qu'il sçait , insulte témérairement
aux Bernouillis, aux Newtons,
aux Fontenelles , comme à des gens
gés de revenir quelquefois sur leurs principes
pour en reprendre le fil , toujours
étonnés et souvent déconcertés du nombre
et de la sublimité des verités qu'ils
ont à démêler .
obli-
IX. Voilà donc la question décidée ; et
si les deux partis sont raisonnables , ils
doivent être tous contens ; d'un côté la
Chirurgie s'occupe d'un objet plus facile,
plus palpable , et en soi , ses decisions
sont
1802 MERCURE DE FRANCE
sont ordinairement plus certaines. Les
Medecins sont forcés d'en convenir. De
l'autre , les décisions de la Medecine ,
toutes incertaines qu'elles paroissent être,
ont plus de certitude encore que cellesde
la Chirurgie ; vû l'obscurité de l'objet auquel
elles ont raport , sans compter que
c'est la Medecine qui a fait la Chirurgic
et les Chirurgiens. Les Chirurgiens ne
sçauroient disputer ces deux faits. Que
chacun jouisse donc de ses avantages , et
aprenne à s'en contenter .
Il me semble qu'on peut comparer les
dissensions qui agitent depuis long- tems
les Medecins et les Chirurgiens , à celle
qui divisa autrefois à Rome les Patriciens
et les Plebeïens . Je regarde M. Maloët
comme le vieux Appius , qui aigrit
le Senat contre le Peuple ; le Chirurgien
Anonyme me paroît être un second Sicinius
qui souleve le Peuple contre le Senat.
Me sera- t- il permis de faire ici le
rôle pacifique de Menenius Agrippa , et de
representer aux deux partis que les avantages
et les honneurs sont également partagés
dans le corps politique , de même
que dans le corps humain ;mais que malgré
cette inégalité , l'interêt oblige également
les membres du corps politique , et les
membres du corps humain , à vivre dans
l'intel
A O UST. 1736. 1803
l'intelligence et dans la subordination :
Que la Medecine et la Chirurgie ont cha
cune leur merite , leur valeur , leur certitude,
dont il faut que ceux qui les exercent
scachent jouir en repos , sans faire des
comparaisons toujours inutiles , et ordinairement
injustes ; qu'il faut que les Medecins
ayent de leur côté pour les Chirurgiens
des menagemens et des égards ?
Les Chirurgiens sont associés à une partie
de leurs travaux , ils doivent l'être à
une partie de leur gloire ; il est juste
que les Chirurgiens ayent à leur tour de
la déférence , et même du respect pour
les Medecins ; ce sont leurs Maîtres , ils
sont chargés de la partie la plus difficile
et la plus noble, de l'art de guerir ; ils se
sont conservé un droit d'inspection et
de superiorité sur la portion qu'ils leur
ont cedée. Si chacun sçavoit ainsi se tenir
à sa place , si chacun ne songeoit qu'à
remplir ses obligations , les Medecins et
les Chirurgiens , loin de scandaliser le Public
par des libelles réciproques , travailleroient
de concert au bien de leur Patrie,
ce qui doit être pour d'honnêtes gens le
premier et le principal de tous les motifs;
et ils auroient en même - tems l'avantage
de remplir leur Profession avec plus de
gloire et plus de distinction , ce qui doit
être
1804 MERCURE DE FRANCE
être pour des gens sensés un second
motiftrès-pressant , quoique subordonné
au premier.
tatatatt
IMITATION de la treiziéme Ode
du premier Livre des Odes d'Horace,
Pastor cum traheret , &c.
Lorsque sur un Vaisseau rapide ,
;
De Priam le fils odieux ,
A travers la plaine liquide
Conduisoit l'objet de ses feux
Sortant de ses Grottes profondes
Nerée ordonne aux fieres Ondes
De jouir d'un triste repos ;
L'on obéït , ce Dieu nuisible ,
Organe d'un esprit terrible ,
Prononça ces funestes mots.
C'est sous de malheureux auspices
Que tu menes dans ton séjour ,
Celle qu'au conseil de tes vices ,
Tu ravis au sein de sa Cour ;
Ne croi point que le Ciel avare,
Des chatimens qu'il te prépare ,
Seit complice de tes desseins.
Les
A O UST. 1805 1736.
Les Grecs s'arment , leur bras s'aprête
A former la juste tempête
Qui doit tomber sur les Troyens.
Ces Plaines près de Troye , où Flore
Etale ses douces faveurs ;
Ces vastes Plaines que l'Aurore
Comble de ses humides pleurs ,
Par un fer meurtrier ravagées ,
Seront de tout côté chargées
Des pâles moissons de la mort ;
Déja Pallas prend son Egide ,
Son Char part , la rage le guide
Tout va plier sous cet effort .
C'est en vain , indigne Adultere ,
Qu'ébloui du foible secours
Dont la Déesse de Cythere
Honore tes folles amours ,

Malgré le remords qui te presse ,
Du Luxe , enfant de la molesse ,
Tu suivras les pas séduisans ,
Et que sur ta fragile Lyre ,
Aux objets que ton coeur admire ,
Tu prodigueras ton encens.
En vain , lorsqu'un sommeil tranquille
Te couvrira de ses pavots ,
Ta
1806 MERCURE DE FRANCI
Tu croiras jouir d'un asile
Contre le fer des javelots ;
De la Mort la main ennemie ,
Mais un peu tard pour ta Patrie ,
Tranchera le fil de tes ans ;
Et ton nom exempt du nauffrage
Vivra pour n'avoir d'âge en âge
Que le mépris des Descendans.
Hélas ! si la nuit répanduë
Sur les secrets de l'avenir ,
Dévoiloit à ta foible vûë
Les maux qui doivent te punir ,
Tes yeux verroient entrer Ulisse ,
Auteur d'un heureux artifice ,>
Dans ces murs , construits par les Dieux ;
Tu verrois la flamme en colere ,
Répandre sa fureur sévere
Sur les Palais de tes Aycux.
Le Ciel par cette triste image
Ne veut point troubler ta raison ;
Mais dans ce calme , crains l'orage ;
Crains le courroux de Mérion ;
Diomede , qui de Bellone ,
D'une valeur que rien n'étonne ,
Affronte les périls divers ,
Brule du desir redoutable
De
A OUST. 1807
1736.
De venger un Epoux loüable ,
En te plongeant dans les Enfers.
Tu n'auras recours qu'à la fuite
Pour éviter ses rudes coups ;
Tel un Cerf que la crainte agite ,
Tremble , fuit à l'aspect des Loups;
Est- ce le fruit de la promesse
Dont tu nourrissois la tendresse
De l'Idole qui t'a soumis
Loin du danger , ton bras menace,
La peur éteindra cette audace ,
Aux aproches des Ennemis .
La haine de tout temps nourrie
Dans le silence et dans l'horreur ;
Ce Monstre dont la bouche impie ,
Distile un poison séducteur ,
Se frayant un chemin facile
Dans les replis du coeur d'Achille ,
Suspendra les pleurs des Troyens ;
Mais enfin l'innocente Troye ,
A la vengeance , au meurtre en proye ,
Verra périr ses Citoyens.
Par M. Last , à Aix.
"D LETTRE
1808 MERCURE DE FRANCE
į į į ƒ ƒ ƒ į į į į į £2
LETTRE écrité par M. l'Abbé de
Tasque , le 4. Juin 1735. à M. l'Abbé
Simon , au sujet d'un coup de foudre extraordinaire.
J
en
E ne sçai , mon très cher Cousin , si
la nouvelle de mon funeste accident
est parvenue jusqu'à vous ;
voici le détail. Me trouvant Mardy der
nier 29. May , au Château de Pouydra
gum , où je devois souper avec le Curé
du Lieu , et M. Candau , Mª Chirurgien ;
en attendant qu'on preparât le souper ,
je sortis dans le Jardin , vers les cinq
heures , pour aller dire mes Vêpres , mais
une petite pluye qui commençoit à tomber
, sans aucun signe aparent d'orage ,
m'obligea de rentrer ; je montai l'Esca-
Jier , et me mis contre la Fenêtre qui est
au bout de cet Escalier , les vitres étant
fermées. Je commençai mes Vêpres ; à
peine en eus- je dit la moitié , que j'entendis
comme un coup de pistolet tiré sur
moi , je vis passer au même instant devant
mes yeux un petit globe de feu¸
comme une grosse bale de mousquet ,
qui me donna au dedans du bras droit
CE
AOUS T. 1737. -
1809
et sur le ventre du même côté , suivant
la situation de mon bras , et de la main ,
tenant mon Diurnal. Je tombai à ce coup
sur le côté gauche , apuyé sur mon coude
; la douleur vive que je sentis au ventre
, me fit croire d'abord que je l'avois
ouvert et très- endommagé . Cependant ,
comme je n'avois pas perdu connoissance,
je fis mes efforts pour me remettre sur
mon séant , et je portai ma main gauche
sur la partie affligée , je n'y trouvai pas
de blessure considerable ; ayant jetté les
yeux sur mon bras, je le crus entierement
perdu , de même que le pied droit ;
l'un et l'autre étant sans aucun mouve
ment.
J'apellai du secours ; mais comme ceux
qui étoient dans la Maison étoient euxmêmes
très épouvantés de l'Eclair , et du
feu qu'ils avoient vû , on fut quelque
temps à venir à moi . On me porta enfin
sur un lit, et m'ayant ôté mes habits
qui étoient réduits en menus haillons ;
le Chirurgien visita les parties affligées ,
et reconut que le feu n'avoit donné , comme
je l'avois senti , entre le bras droit et
le côté du ventre , que sur la superficie
des chairs ; dans le bras il y a une grande
playe depuis le ply du coude jusqu'au
poignet , au ventre une autre playe consi
Dij
dera
1810 MERCURE DE FRANCE
peau
derable , et en rond ; le même feu a brû
lé le long du dehors de la cuisse la
et les chairs , de la largeur de plus di
quatre travers de doigt , et la même playe
continue jusqu'au-dessous du jaret , d'où
l'effet du feu paroît se diviser ; une partie
prend au-dessous du gras de la jambe
dans la partie interieure , et laisse une
grande rougeur depuis la cheville jusqu'au
talon , sans aucune playe ; l'autre
partie coule sur l'os de la jambe , décend
par le col du pied , et fait une petite
cicatrice au ply du pied , et sur le gros
de l'orteil.
Mes blessures ayant été pansées , je fus
saigné sur le champ , et mes pieds qui
étoient comme morts , et d'une couleur
cadavreuse , furent ranimés par de l'Eaude
vie ; il n'y a , Dieu merci , rien d'offensé,
toutes mes playes supurent abondam
ment , et tout est dans de bonnes dispositions
, au moyen d'un onguent fait
exprès.
A voir l'état où sont mes habits , on
ne pouroit jamais croire que mon corps
ne soit pas plus endommagé , la manche
du juste- au- corps et celle de la veste sont
reduites en lambeaux , la manche de la che
inise de même , le devant de l'habit qui
couvre le ventre est emporté totalement,
A O UST. 1736. 1817
et le reste en chifons ; la veste est entierement
déchiquetée , la chemise dans
cette partie a été réduite en charpie ; la
culotte fait horreur à voir dans la partie
du devant , elle est depuis la ceinture
coupée par petites aiguillettes ; les poches
en sont toutes brisées ; le petit gousset
j'avois ma montre a été percé par dessous,
d'un trou à Y mettre le pouce , le verre
a été cassé , et le cerle d'argent qui le tenoit
paroît avoir commencé à fondre ,
sans que la montre , chose étonnante
ait eû aucune altération dans son mouvement
.

>
L'impression de ce feu sur mon jaret
paroît jusques dans la roulure de la culotte
et du bas , qui sont entierement brisés ,
aussi - bien que la jarretiere ; les differens
endroits par lesquels il a couru sur ma
jambe paroissent par le bas , on voit par
là qu'il a coulé depuis la roulure par la
partie interieure de la jambe entre le bas
et la chaussette , et qu'il est entré audessous
de la cheville du pied dans le
soulier , qui est entierement crevé, aussibien
que le bas dans tout le pied ; l'autre
partie du feu qui a coulé sur le dos de la
jambe , et qui y a imprimé une petite
raye rouge , a passé aussi entre le bas et
la chaussette , et est entré par le col du
Ď iij pied
1812 MERCURE DE FRANCE
la
pied dans le soulier , dont il a rompu
boucle , qui est toute brisée , sans avoir
en rien endommagé le chausson.
Ayant pû me lever le lendemain , je
reconnus que dans la place où j'étois , et
directement où j'avois posé le pied droit,
il y a dans le plancher un trou que le feu
en sortant de mon soulier y a fait , et que
delà il est descendu sur la Porte d'entrée,
qui est au - dessous, l'a entierement brisée,
ébranlé les gons , et enfin décarrellé dans
un petit Office tout le pavé. On reconnut
aussi que de ce même coup de feu
qui aparemment se divisa en tombant
sur une des girouettes du Pavillon ; une
partie étoit tombée sur moi , et que l'autre
a entierement ravagé le Pavillon , et
fort endommagé les quatre Chambres
qui se trouvent de ce côté-là.
Je passe sous silence tout le détail des
effets extraordinaires qui paroissent sur
les Murailles , sur les Meubles , les Tapisseries
, les bois de Lits , et sur les Piéces
principales de Charpente que ce feu a reduites
en petits copeaux ; sans parler de
cinq croisées qu'il a mis hors d'état de
pouvoir jamais servir .
J'ai eu bien de la peine à dicter cette
Lettre ; je vous prie d'en envoyer une
Copie à Mes Freres , et de me croire
, &c. La
AOUS T. 1736.
1813
La Lettre qu'on vient de lire nous est
envoyée par M. l'Abbé le Fournier , de
I'Abbaye S. Victor de Marseille , et de
l'Académie Royale des Belles Lettres de
la même Ville , lequel a ajoûté l'Instruction
suivante. L'Auteur de la Lettre à
qui ce funeste accident est arrivé , est
M. Nicolas Simon , Religieux de Saint
Victor de Marseille , et Abbé Regulier
de l'Abbaye de Tasque , Ordre de Saint
Benoît , Diocèse de Tarbes , depuis l'année
1752. par la Nomination du Roy . La
Lettre est écrite à M. l'Abbé Simon , Archidiacre
d'Angles , Chanoine de Sainte
Marie d'Auch , et Official. Les Freres de
M. l'Abbé de Tasque sont , Mrs de
Solemy et de Palmas Le premier est
Lieutenant Colonel du Regiment de
Conty , et le second est Ingenieur du
Roy , Directeur du Canal Royal de
Languedoc.
:
Dans la Lettre particuliere que M.
l'Abbé le Fournier nous fait l'honneur
de nous écrire à cette occasion , il y a un
Article curieux sur l'Abbaye de Tasque ,
et sur d'autres sujets d'érudition Ecclé
siastique , dont nous pourons faire part
au Public en temps et lieu.
D iiij EPI
1814 MERCURE DE FRANCE
*********.
EPIGRAM ME.
Pope l'Anglois , ce Sage si vanté ,
Par sa morale au Parnasse embellie ,
Dit
que les Biens , les seuls Biens de la vie ;
Sont le Répos , l'Aisance , la Santé ;
Il s'est mépris ; quoi ? dans l'heureux partage ;
Des Présens faits au terrestre séjour ,
Le triste Anglois n'a pas compté l'Amour !
Pope est à plaindre ; il n'est heureux ni sage.
REMARQUES au sujet du Livre intitulé
Mémoires et Avantures d'un
Homme de qualité , &c . Extrait d'une
Lettre de M. Le N.....
'Auteur du Pétit Journal hebdoma
L'daire intitulé Le Pour etContre , qui
est aussi Auteur des Mémoires d'un
Homme de qualité , & c. dit , Nombre xc.
page 353. avec beaucoup de raison , en
parlant de quelques Livres , qui sont un
mélange de vrai et de faux, c'est-à- dire ,
de
A O UST. 1736. 1815
de quelques verités ornées de beaucoup
d'imaginations , et de jeux d'esprit , qu'on
peut mettre ces Livres au rang des Romans
; et parlant ensuite de plusieurs de
ses propres Ouvrages , il déclare qu'ils
sont de même genre. » Je ne fais pas ,
dit- il , plus de grace à quelques Ou-
» vrages du même genre que j'ai com-
»posés en divers temps ; quoiqu'il n'y
en ait pas un qui n'ait pour
qui n'ait pour fondement
un assés grand nombre de verités . J'a-
» youë que ne m'étant proposé que de
»faire goûter quelques Maximes de Mo-,
» rale , a la faveur d'une Narration agrea-
» ble , j'y ai mêlé quantité de choses
» pour lesquelles je ne demande point
» d'autre foi que celle de l'imagination ,
» &c. Les Mémoires d'un Homme de
qua
lité et leur suite , Cleveland , le Doyen
» de Killerine sont autant de Livres inu-
» tiles pour l'Histoire , &c.
Je tiens , Monsieur , que cette déclaration
de l'Auteur offense le Public , et
vous l'allez voir. Les Mémoires d'un
Homme de qualité retiré du monde
parurent , du moins le premier Volume ,
en 1728. Quand on les donna au Public
on s'efforça de les faire passer pour
véritables , et on donna tant de preuyes
, que plusieurs les crurent tels . Au-
D v jour1816
MERCURE DE FRANCE
jourd'hui que l'Auteur du Pour et Contre
nous déclare qu'ils sont faux et qu'ils
sont de lui , le Public n'a-t- il pas droit
de se plaindre qu'on l'a trompé ? Je m'en
raporte à vous , Monsieur ; mais pour
vous mettre mieux en état de juger ,
permettez- moi de m'expliquer un peu
davantage.
Je ne me plains point que dans cet Ouvrage
on ait mêlé ensemble les fictions
et la vérité. Je sçai que beaucoup de
gens , sans compter les Femmes , qui ne
font pas le moindre nombre, ne sçauroient
se plaire à un récit du vrai
simple et uni , qui n'a pas ce piquant qui
se trouve dans les rêveries qu'un Ecrivain
spirituel sçait lier avec les vérités
de quelques faits , qu'il embellit et qu'il
farde. On veut aujourd'hui de la
parure
par tout , et de la parure qui brille er
qui éblouisse. Mais , quoique le plus
grand nombre pense ainsi , il se trouve
cependant encore quantité de Personnes
qui aiment le vrai et le simple , et qui le
recherchent.
Ce sont donc ces sortes de Personnes qui
ont droit de se plaindre , et qui se plaighent
nent en effet , qu'on les ait trompées au
ujet des Mémoires d'un Homme de quaité.
Elles ne trouvent point mauvais ,
encore
A O UST. 1736. 1817
encore une fois , qu'on y ait fait un mélange
du vrai et du faux . L'Auteur a
voulu plaire à ceux qui sont dans ce
goût : mais on se plaint avec raison qu'il
ait voulu les faire passer pour être essentiellement
vrais .
Si en les mettant au jour on eût averti
le Public qu'ils sont un mélange de fictions
et de vérités , il n'y auroit rien à dire;
si même l'Auteur eût gardé un profond
silence sur la fabrique de ces Mémoires
laissant à deviner s'ils sont vrais , en tout
ou en partie , passe encore.
Mais d'attester de leur vérité par quan
tité de preuves que l'on en donne ; et que
l'Auteur dans le cours des Mémoires
assure et répère à chaque circonstance
qui paroît peu croyable , que cependant
la chose est vraie : Enfin d'avoir mis en
euvre tout ce que peuvent employer
de plus fort ceux qui n'écrivant que la
pure vérité , veulent qu'on les croye , je
dis que c'est tromper le Public , et qu'il
a droit de se récrier qu'on abuse de sa
bonne foi ,
Pour mettre la justice de cette plainte
dans une entiere évidence , je produirai
ici le commencement de la Préface du I.
Tome , intitulée Avis de l'Editeur. Cet
D vj
Ous
1818 MERCURE DE FRANCE
*
» Ouvrage me tomba l'Automne passé
» entre les mains , dans un voyage que je
fis à l'Abbaye de
où l'Auteur
s'est retiré. La curiosité m'y avoit con-
»duit. J'étois bien aise de connoître un
Homme si digne de compassion par ses
» malheurs , et si estimable par la fer-
>> meté d'ame avec laquelle il les a supor
» tés. Tous ceux qui ont quelque com-
» merce avec les Peres ne sçau-
»roient ignorer le nom de cet illustre
» Avanturier je serai néanmoins fidele
Ȉ la promesse que je lui ai faite de ne
>> pas mettre son nom à la tête de son
» Histoire. Je ne l'ai obtenuë de lui qu'à
cette condition . et l'honneur ne me
permet pas d'y manquer.
"
Voilà , certes , un début si simple et
si sérieux , qu'il n'y a personne qui ne le
puisse croire sincere et véritable en tout.
De plus , le Marquis de que l'on
dit avoir écrit ces Mémoires , les commence
ainsi .

» Je n'ai aucun interêt à prévenir le
» Lecteur sur le récit que je vais faire des
>> principaux évenemens de ma vie. On
»lira cette Histoire , si l'on trouve qu'-
* Observez que l'Auteur des Mémoires , et celui
qui lespublie , sont ici deux Personnes différentes.
elle
A O UST. 1736. 1819
Delle mérite d'être lûë. Je n'écris mes
malheurs que pour ma propre satisfaction.
Ainsi je serai content si je retire
>> pour
fruit de mon ouvrage un peu
» tranquillité dans les momens que j'af
» d'y employer.
de
Dans le cours des Mémoires le préten
du Marquis proteste tant de fois de la
vérité de ses récits , que l'on ne peut , ce
semble , se dispenser de l'en croire : d'au
tant plus qu'il montre des sentimens si
génereux , si nobles , si sinceres , que
tout cela ensemble dispose à lui donner
une entiere créance.
• • •
Le Ve. Volume présente une Préface
encore plus séduisante en voici lest
principaux traits. La mort de M. le Mara
quis de Pillustre Sujet de ces
Mémoires , me donne la liberté d'en
donner la derniere Partie au Public. II
l'a toujours tenue sous la clefde son vi
vant ; et quand je le pressois de la don➡
ner au Public , il me ditoit pour raison
qu'il se repentoit d'avoir montré dans
la 1te Partie ses foiblesses et ses malheurs;
et qu'il craignoit de se rendre coupable,
en révelant les irrégularités de la conduite
d'autrui. La sincerité d'un récit,
ajoutoit- il , ne le rend pas toujours Juste
et innocent. De plus , il disoit deque
puis
1810 MERCURE DE FRANCE
puis qu'on avoit vû la Ire. Partie de ses
Mémoires , la curiosité de le voir , ou
de le connoître , lui avoit attiré une foule
de visites et de Lettres , dont il étoit
importuné ; et que pour éviter cela , il ne
vouloit point publier le reste de son vivant
, & c.
Quel air de sincerité et de verité tout
cela n'a - t- il pas ? Dans cette derniere.
Partie des Mémoires , le Marquis dans le
fort de ses Avantures , se donne soixante
ans lors de son voyage d'Angleterre , et
de l'amour qu'il y prit pour Milady..
Cette avanture , celle de le Milady
de la Princesse de .... et bien d'autres
aussi extraordinaires , il les atteste vraies.
Cependant aujourd'hui l'Auteur du Pour
et Contre se déclare l'Auteur de ces mêmes
Mémoires , et il nous déclare en
même temps qu'ils peuvent être mis au
rang
des demi-Romans , dont cependant
le fond est vrai,
Mais lors même qu'il y veut conserver
encore quelque reste de vérités, il sappe,
pour ainsi dire , ces vérités par les fondemens
, puisqu'il ne fait point de différence
d'Editeur et d'Auteur , et qu'au
contraire il se dit être lui - même le véri
table Auteur des Mémoires . Il s'ensuit
donc qu'il est ce prétendu Marquis ; mais
làA
O UST. 1736. 1824
là dessus quelle étrange contrarieté !
Ce Marquis avoit déja 60. ans avant
que d'écrire ses Mémoires , puisqu'il ne
les a écrits que depuis sa retraite : il
étoit donc bien plus âgé en les écrivant.
De plus, dans la Ve .Partie de l'Ouvrage
on le dit mort ; et non seulement on
allegue cette raison pour publier ses Mémoires,
mais on parle même des regrets
et des larmes de tous ceux qui l'ont connu.
Et aujourd'hui ce prétendu Marquis,
c'est-à-dire l'Auteur du Pour et Contre ,
puisqu'il est l'Auteur des Mémoires , se
trouve vivant , et dit dans une de ses
Feuilles Périodiques qu'il est âgé de 37.
ou 38. ans.
>
Quel prodige, Monsieur ! leMarquis de...
mort il y a plus de sept ans se trouve
aujourd'hui ressuscité , et avec environ
30. ans de moins qu'il n'avoit quand il
est mort. Est il permis , encore une fois
d'abuser le Public jusqu'à ce point ? Et
si dans des faits aussi simples que ceux
que je viens de vous exposer on l'a
trompé jusqu'à cet excès , que sera - ce
de tant d'avantures extraordinaires que
contient l'Ouvrage entier ? Et où est
Edonc , en un mot , cette verité que l'on
e prétend en être la base ? Il falloit , ce me
semble , ne donner ces Mémoires que
>
pour
1822 MERCURE DE FRANCE
pour un Mélange où la fiction dominoit;
fiction , si l'on veut , instructive et amusante
ou du moins , puisque l'Auteur
avoit trouvé le secret de leur donner un
air de vérité si ressemblant , que le Public
y a été trompé de bonne foi , il ne
falloit pas lever le voile ; il eût été , sans
doute , mieux de le laisser dans une erreur
qui ne pouvoit lui nuire , que de donner
occasion , et avec raison , de se défier à
l'avenir de tout ce qu'on poura dire
et publier de plus véritable.
Le Public a , sans doute , droit de demander
là - dessus une Réponse, un Eclaircissement
, de la part de l'ingenieux Auteur
du Pour et Contre par la même voye,
s'il le juge à propos , dont je me suis
servi pour lui signifier cette juste plainte.
A Paris le 15. Mars 1736.
akik kakak kakakakakakakakak
MEMOIRES pour servir à l'Histoirt
du Théatre , et specialement à la vie
des plus celebres Comédiens .
EAN DE SERRE , c'est le premier
Comédien de notre Nation , dont nous
ayons quelque connoissance . Il étoit excellent
A O UST. 1736 . 1823
cellent Joueur de Farces , selon Clement
Marot , qui nous en a conservé la mémoire
, dans l'Epitaphe qu'il fit à la
mort de cet Acteur , dans laquelle on
voit son portrait et son caractere. La
Voici .
EPITAPH E.
CY dessous git , et loge en serre
Ce très gentil fallot Jean Serre ,
Que tout plaisir alloit suivant
Et grand joueur en son vivant ,
Non pas joüeur de dez , ne quilles ,
Mais de belles farces gentilles :
Auquel jeu jamais ne perdit ,
Mais y gagna bruit et credit ,
Amour , et populaire estime,
Plus que d'écus , comme j'estime,
Il fut en son jeu si adextre ,
Qu'à le voir on le pensoit estre
Yvrogne , quand il s'y prenoit ,
Ou Badin , s'il l'entreprenoit ;
Et n'eust sçeu faire en sa puissance
Le sage : car à sa naissance
Nature ne lui fit la trogne
Que d'un Badin , ou d'un Yvrogne.
Toutesfois je crois fermement ,
Qu'il ne fit oncq si vivement Le
1824 MERCURE DE FRANCE
Le Badin qui rit, ou se mord,
Comme il fait maintenant le mort.
Sa science n'étoit point vile ,
Mais bonne : car en certe Ville
Dés tristes tristeurs destournoit ,
Et l'homme aise en aise tenoit.
Or bref, quand il entroit en Salle
Avec une chemise sale ,
Le front , la joue , et la narine
Toute couverte de farine ,
Et coiffé d'un beguin d'Enfant ,
Et d'un haut bonnet triomphant ,
Garni de plumes de chappons ,
Avec tout cela je respons ,
Qu'en voyant sa grace niaise ,
On n'estoit pas moins gay ny aise,
Qu'on est aux Champs Elysiens.
O vous , humains Parisiens ,
De le pleurer pour recompense
Impossible est ; car quand on pense ,
A ce qu'il souloit faire et dire ,
On ne se peut tenir de rire.
Que dis- je ? on ne le pleure point :
Si fait- on : et voici le point :
On en rit si fort en maints lieux ,
Que les larmes viennent aux yeux.
Ainsi en riant , on le pleure.
Et en pleurant rit- on à l'heure.
Or pleurez , riez votre sáòul ,
Tout
AOUST. 1736.
1825
Tout cela ne lui sert d'un soul :
Vous feriez beaucoup mieux , en somme
De prier Dieu pour le povre homme,
HENRY LE GRAND dit BELLEVILLE , OU
Turlupin ; il prenoit ce dernier nom
pour la Farce. Il étoit si facétieux , que
son pom seul attiroit les Spectateurs et
les mettoit en train de rire. Il s'étoit
rendu très- recommandable dans la Comédie
facétieuse , ou pour mieux dire
la Farce qu'on jouoit de son temps , qu'il
porta où elle n'avoit jamais été avant
lui , secondé par Gautier Garguille , Gres
Guilleaume , et Guillot Gorju ses contemporains
aussi illustres que lui , dont on
parlera. Ils sont enterrés tous quatre
dans 1 Eglise S. Sauveur à Paris.
Quand cet Acteur paroissoit sur le
Théatre avec ses Camarades , c'étoit assés ;
ils n'avoient que faire de parler pour exciter
des éclats de rire. On peut juger de
là du plaisir que faisoit leur Dialogue
et leurs Scenes , mêlées de Lazzis et
de Jeux de Théatre , en quoi ils étoient
veritablement très - habiles , et consommés
dans le métier ; car Turlupin a
joué la Comédie pendant plus de so .
ans.
La plupart des Farceurs de ce temps
avoient
826 MERCURE DE FRANCE
avoient trois noms ; l'un de Famille ,
l'autre de sobriquet , et un troisiéme de
Comédien . Celui - ci s'apelloit dans le
monde Henry le Grand , son sobriquet
étoit Belleville , et son troisiéme nom ,
Turlupin . Il étoit rousseau , mais bel
homme , il étoit bien fait et avoit bonne
mine.
L'Habit qu'il portoit à la Farce " étoit
pareil à celui de Briguelle , qu'on a tant
admiré sur le Théatre du Petit- Bourbon.
Ils se ressembloient en toutes choses ,
aussi bien ailleurs que sur le Théatre .
Ils étoient de même taille , à peu près le
même visage tous deux joüoient le
Personnage du Zany , qu'on regardoit
comme le facetieux de la bande. Ils portoient
un même masque ; et on ne
voyoit d'autre difference entr'eux que
celle qu'on remarque en un Tableau entre
un Original et une excellente Copie.
Jamais homme, au reste , n'a composé ,
joué , ni mieux conduit la Farce que
Turlupin . Ses rencontres étoient pleines
d'esprit , de feu , et de jugement. Il lui
manquoit cependant un peu de naïveté ,
nonobstant cela il passoit pour n'avoir
pas son pareil dans ce bas - Comique ;
car dans le Comique raisonné et de bienséance
, il y avoit des Comédiens de son
temps
AOUST. 1827 1736.
j
temps qui étoient fort au - dessus de lui,
D'ailleurs il étoit adroit , fin , dissimulé
, et fort agréable en conversation ,,
Il monta sur le Théatre de l'Hôtel de
Bourgogne dès qu'il commença à parler ,
et n'en descendit que pour entrer dans le
Tombeau. C'est assés dire que la passion
de jouer la Comédie ne l'abandonna jamais
, et qu'il l'a porta à l'excès . L'amour
des femmes le tirannisa aussi , mais ce fut
avant que de se mettre en ménage . Il fut
marié deux fois , et laissa peu de biens à
ses Enfans , qui embrasserent la même
Profession de leur Pere ; Sa Veuve se remaria
à Dorgemon , le meilleur Comédien
de la Troupe du Marais .
On voit son Portrait en Estampe en
pied , en Habit de Théatre , gravé par
Greg. Huret , avec six Vers au bas , qui
ne sont pas assés bons pour être raportés
.
EPITAPH E.
De Jacques Mernable , Joueur de Farces.
TAndis que tu vivois , Mernable ,
Tu n'avois ni Maison , ni Table ,
E
1828 MERCURE DE FRANCE

·
Et jamais , Pauvre , tu n'as ven
En ta Maison le pot au feu ;
Ores la mort t'est profitable ;
Car tu n'as plus besoin de Table ,
Ni de Pot ; et si desormais ,
Tu as Maison pour tout jamais.
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Juillet est la Tenaille ; ceux des Logogryphes
sont , Parlement , Paix , Automne,
Bataillon , et Naples. On trouve dans le
second , Aix , Axi , Pix , Pia , Apis
Et dans le troisième , Ail , Bâton , Laon ,
Ban , Bal, Bail , Taon , Laban , Lia ,
Nota , Billon , Billon , Bill , et Ballon ; Et
dans le quatrième , Pan , et Sel.
*****:******* : ***
ENIGM E.
LIs , Passant, cet écrit, il t'aprendra mon sort,
Je n'apréhende pas d'exciter ton envie ,
Je me repus de vent , et je donnai la vie
Mainte fois à l'ingrat qui m'a causé la mort,
Desgranges , de Paris.
AUTRE
AOUST. 1736. 1828
AUTRE.
N'Ai- je pas bien raison d'accuser la Nature?
La maratre , il est vrai , m'a bien donné des yeux,
Mais quel étoitson but , si je n'y vois pas mieux
Un tel présent me fait injure ,
Je ne puis me conduire : on me tient à la main
Afin de m'employer , et pour tout mon salaire ,
Lorsque je n'ai plus rien à faire ,
On me fait , comme on dit , passer le goût du
pain ;
Le dirai-je ? on me pend ; j'ai la peau fort tannée,
Ce n'est pas d'être à la fumée ;
Mes aîles me feroient passer pour un oiseau ,
Si je pouvois en faire usage ;
Encor un Vers et puis je finis ce Tableau ,
L'asthme me fait mourir, Nature est-elle sage
Desgranges
, de Paris.
LOGOGRYPHE.
****
IEcteur,jesuis le nom d'un de tes plus grands
Et qui jamais ne va sans compagnie ;
Mes deux extremités sont deux termes latins ,
Qui peut- être feront le noin de ton amie ,
Si tu les joins ; mais si de ce total
Deus
1830 MERCURE DE FRANCE
Deux est dré , ce n'est qu'un animal ;
Tu vas en faire un terme d'Evangile ,
Si de moi tout entier tu prens en homme habile
Trois pour mettre à la fin de ce terme trouvé,
Le milieu de mon tout est un terme aprouvé
Pour marquer le mépris , la haine , la bassesse ,
Dont un Amant pourtant, ainsi que sa Maîtresse
Se servent mutuellement ;
Il arrive aussi bien souvent
Qu'en un Discours Chrétien et dans un bon
Poëme ,
On s'ensert en parlant aux Princes,à Dieu même,
Trois , quatre , deux , ce qui presque toujours
Fait tout , dit-on , dans tes discours ;
Joins y six , sept, un meuble aux Vignerons utile,
6. 1. 2. 3. et 7. en France est une Ville ;
A certains riches Artisans ,
3. 1. 2. est denrée nécessaire.
6. 4. 3. et 7. fait tous les agrémens
D'un Art dont le but est de plaire,
2. i. 3. 7. fournit également
A Pun un lit , à l'autre un ornement.
AUTR E.
NEufmembres de mon tout composent la
substance ;
Des neuf ôtez- en six , reste un Duché de France ;
5. 4. 8. 7, l'homme éprouve ma rigueur ,
A O UST. 1736 . 1831
5. 6. 8. le plus brave a souvent de moi peur ;
font un rimeur antique ,
1.2. 8. 4. et 7.
Mettez 8. avec 6. c'est un ton de Musique.
8.2. 5. avec
6. je ne sers
que
sur
l'eau
,
Mais
mon
nom
renversé
se voit
daus
un Hameau
.
7. 4. 5. I. 6. mon
gîte
est dans
l'Eglise
,
4. 8.un
métail
qu'on
recherche
et qu'on
prise
.
3. 2. 7. c'est
le nom
d'un
petit
animal
.
de Guerre
1. 4. 7. 7. 6. je sers pour le Cheval .
2. 3. 5. `avec 6. c'est dans un temps
Où mon emploi souvent se trouve necessaire ,
7.6. 8. 8. et 6. forment un Element ;
Devine , cher Lecteur , tu le peux aisément.
L. A. G.
LOGOGRY PHUS.
Tota sinistra vocor , terras mea cauda dealbat,
Et caput est sine quo vivere nemo potest :
Altera si quartam sequitur , si sexta secundam
Littera , sunt tenebra , nec micat ulla dies.
A LIU S.
Totius hac dos est ; hominesque ferasque fai
tigo.
Si caput abscindis , sum fera foeva , fugè :
E In
1832 MERCURE DE FRANCE
In partes distingue duas , interrogat una ,
Altera seligera est Bestia , foeda tamen.
A Ham. 10. Janvier 1736.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
P
ANEGIRIQUES des Saints , par
M. l'Abbé Seguy , Predicateur dú
Roy , Abbé de Genlis , Chanoine de
Meaux , l'un des 45. de l'Académie Françoise.
A Paris , chés Prault , Pere , Quay
de Gêvres , au Paradis , 1736. 2. Vol. in
le premier de 504. pages , le second
12 ,
de 518. pag.
LA
f.
PAYSANNE PARVENUE ,
ou les Mémoires de Madame la Marquise
de L. V. Par M. le Chevalier de
Mouky , sixiéme Partie , prix 1. liv .
A Paris , chés Prault , Fils , Quay de
Conty , vis -à - vis la descente du Pont
Neuf, à la Charité 1736. in 12.
4 .
HISTOIRE de la derniere Guerre et
des
A OUS T. 1736. 1833
des Negociations pour la Paix , enrichie
des Cartes necessaires pour servir de suite
à l'Histoire de la Guerre presente ; avec
la Vie du Prince Eugene de Savoye . A
Amsterdam , cchhééss FF.. HHoonnoorréé , 3. Vol.
in 8°.
LES INTERESTS PRESENs , et les
prétentions des Puissances de l'Europe ,
fondés sur les Traités , depuis celui
d'Utreck inclusivement , et sur les preuves
de leurs Droits particuliers . Par M.
F. Rousset , de la Societé Royale des
Sciences de Berlin . A la Haye , ches
Adr. Moetsjens , 3. Vol . in . 4º . On trouve
chés le même Libraire un petit Suplement
à part pour ceux qui ont la premiere
Edition .
MEMOIRES de M. le Marquis de
Fieux . Par M. le Chevalier de Mouhy.
Quatrième et derniere Partie . A Paris "
chés Gregoire- Antoine Dupuis , Grand'
Salle du Palais , au S. Esprit , 1736. in 12 .
de 154. pages .
TRAITE' des Principes de la Foy
Chrétienne, Trois Vol . in 12. A Paris .
chés Guillaume Cavelier , au Lys d'or,
H.-Louis Guerin , à S. Thomas d'Aquin ,
E ij
et.
1834 MERCURE DE FRANCE
et Barthelemy Alix , au Griffon , ruë S.
Jacques , 1736.
OBSERVATIONS sur la Comédie ,
et sur le Génie de Moliere , par Louis
Riccoboni. A Paris , chés la Veuve Pissot ,
Quay de Conty , à la Croix d'or , 1736.
in 12. de 348. pag, sans l'Epitre Dedicatoire
, la Préface , et la Table des Matieres.
Ce Livre est dedié au Prince de Modene
, dont l'Auteur implore la protection
, pour la reforme du Théatre Italien ,
tombé depuis un siécle dans une affreuse
decadence . Pour ce qui régarde l'Art du
Théatre , dit il , je presente aux Auteurs
le plus excellent modéle qui ait jamais
été. Les Ecrits de Moliere sont non- seulement
une Poëtique complete sur la
Comédie , mais encore une Poëtique
convenable au siécle où nous vivons ; et
si les Poëtes Italiens se donnent la peine
de les examiner , ils réconnoîtront que
la pratique d'un si grand Maître , est la
seule qu'ils doivent étudier et suivre.
Je prétens montrer dans cet Ouvrage ;
-poursuit l'Auteur , comment en lisant
Moliere , on peut aprendre à le suivre
dans la carriere difficile qu'il a parcouruë
avec tant de gloire , et à juger du progrès
qu'y
AOUST. 1736. 1835
qu'y font ceux que l'on voit tous les jours
s'efforcer de l'atteindre.
Je suis bien éloigné de penser que més
reflexions puissent être de quelque utilité
aux Auteurs qui ont déja travaillé pour
le Théatre . Les uns sont instruits de tout
ce que je pourois leur dire , et les autres
ne montrent que trop , par le goût dans
lequel ils composent , qu'ils cherchent à
s'écarter de l'ancienne maniere qui leur
paroît trop simple , et qui ne convenoir,
selon eux , qu'à des Spectateurs peu intelligens.
C'est donc uniquement ceux qui
aiment le Théatre , qui suivent les
Piéces nouvelles , et qui veulent en juger
, que j'ai en vûë. Je leur indiquerai
les moyens de ne se pas méprendre dans
leurs jugemens , aux premieres Représen
tations , et de s'épargner le désagrément
d'une retractation toujours humiliante ,
dès qu'elle est necessaire .
J'ose encore me Alater , poursuit l'Au
teur , que ceux- là même , qui , par un
motif de Religion évitent le Théatre , ne
desaprouveront pas mon travail : l'Apologie
que je fais de Moliere n'allant point
jusqu'à le défendre , ni même à l'excuser
dans les endroits qui pouroient être li
cencieux.
E iij Le
1836 MERCURE DE FRANCE
Le premier Livre traite des Parties de
la Comédie : On commence par les moeurs
qui varient selon les tems et selon les
Nations , Dans le même Pays on les voit
quelquefois varier d'un siècle à l'autre ;
et comine les moeurs influent sur les caractéres
, dit M. Riccoboni , le Poëte est
forcé alors de subir la loy du changement,
et de representer les hommes , non tels
qu'ils étoient , mais tels qu'ils sont devenus.
Les principales Parties dont la Comédie
est composée , depuis Moliere , sont
l'Intrigue ,le Caractere ,les Incidens ou coups
de Théatre, et le Dialogue ou la Diction .
Comme l'intrigue est la base du genre
dramatique, c'est aussi la partie qui merite
une plus grande attention . Sans intrigue
il n'y a point de Comédie.... Il n'est pas
surprenant qu'après plusieurs siècles les
Auteurs et les Spectateurs se soient lassés,
les uns d'imaginer , et les autres de voir
des intrigues qui n'étoient soutenuës d'aucune
grande passion. L'amour de la nouveauté
leur a , sans doute, inspiré l'idée de
construire des Fables , dans lesquelles
l'intrigue fût tout à fait subordonnée au
caractére ; et les Poëtes François sont , je
crois , les inventeurs de ce nouveau genre
de Comédies.
Les
A OUST. 1736. 1837
Les Pieces de caractere sont plus goûtées
aujourd'hui que les Pieces d'intrigue,
non seulement , parce que les premieres
ont sur les secondes l'avantage de la nouveauté
; mais encore parce que celles - ci
ne sont que l'ombre de la verité , et que
les autres en sont une image fidelle . Et ,
bien que l'imagination du Poëte se fasse
également sentir dans ces deux genres de
Comédies , il est vrai cependant qu'elle
brille moins dans l'une que dans l'autre.
Le mouvement , ou l'action théatrale
apartient aux Piéces de caractere et à celles
d'intrigue ; mais on peut dire que la
nature et la verité sont le partage des Piéces
de caractere ; l'illusion qu'elles produisent
est plus forte , et le coeur en est
plus aisément touché c'est un miroir
dans lequel on aperçoit la naturelle et vivante
image de ceux qui nous environnent
; au heu que dans les Piéces de pure
intrigue on ne jouit tout au plus que
de l'art d'une conduite ingenieuse.
:
L'Auteur ajoûte sur la fin de cet Article
des caractéres , qu'une passion , si elle
est parvenue à un certain degré, est pour
l'ordinaire accompagnée d'autres vices ,
et tout au moins de plusieurs défauts. Le
Glorieux , par exemple , est presque toûjours
fat , menteur et méprisant ; le
E iiij Joüeur
,
1838 MERCURE DE FRANCE
Joueur prodigue et libertin ; le Jaloux
colere et insociable ; et ces passions que
l'on peut apeller grands ou principaux
caractéres , fournissent assés à l'intrigue
avec les défauts qui les suivent , sans
avoir recours aux caractéres épisodiques.
Plaute dans sa Comedie de l'Aulularia
nous a donné l'idée du caractere de l'Avare
, mais il n'a pas , au sentiment des
Modernes , tiré de son sujet tout l'avantage
dont il étoit susceptible ; au lieu que
Moliere qui connoissoit parfaitement le
coeur humain , a donné dans sa Comédie
de l'Avare deux compagnes à l'avarice
qui sont la défiance et l'usure ; et comme
elles en sont presque toujours inséparables
, elles ont naturellement fourni à
cette Piece les épisodes necessaires.
Pour inspirer au Spectateur l'horreur
d'un vice , il faut le peindre avec les
couleurs et les traits les plus capables de
bien caractériser ce même vice ; mais on
doit bien prendre garde qu'il doit tou
jours être présenté par le côté ridicule et
comique , et non par le côté bas et sérieux
les hommes se corrigent moins
aisément des vices que des ridicules.
La Diction , comme les autres parties
de la Fable , est assujettie aux loix du
Poëme Dramatique. La nature et la
vraisem
A O UST. 1736.
1839
vraisemblance devant regler et conduire
l'action de la Fable , sans perdre un moment
de vûë l'intrigue , le dénouement ,
les caracteres , et toutes les autres parties
; elles ne doivent pas moins l'une et
l'autre présider sur la Diction ; si elle
s'éloignoit de la nature et de la vrai
semblance , une Piéce , quelque parfaite
qu'elle fût d'ailleurs , seroit défectueuse
par cela seul , et ne pouroit peut - être
soutenir ni la lecture , ni la Représen
tation .
On ne cherche , on ne demande au
jourd'hui que ce qu'on apelle de l'esprit,
soit par la difficulté de faire du beau
simple , soit par une corruption de goût
qui a passé insensiblement jusqu'aux
Spectateurs ; et plus cet esprit vise à l'extraordinaire
, et mieux il est reçû . Cependant
, et voilà ce qui doit paroître
bizarre , ces mêmes Spectateurs estiment
les Ouvrages de Moliere ; ils sentent que
personne n'a mieux traité les passions
des hommes , ni plus sensiblement exprimé
leurs différens caracteres, ni rendu
plus heureusement les usages de sa Nation
. Quel autre en effet a jamais présenté
ses idées avec des expressions plus
naturelles , plus comiques , plus intelligibles
même aux Spectateurs les moins
E v éclairés
1840 MERCURE DE FRANCE
éclairés ? Aussi le genre d'esprit qu'il a
mis dans ses Piéces , étoit le plus convenable
au Theatre ; ses idées justes et
vraies , en même temps qu'elles peignent
au naturel , et qu'elles combattent les
ridicules des hommes , sont exprimées
avec une simplicité noble et convenable.
:
La Nature qui sembloit avoir épuisé
ses dons en faveur de Moliere , parut en
être avare pour les Poëtes qui vinrent
après lui on négligea la perfection des
plans et de l'intrigue , on dédaigna les
caractéres , on abandonna la noble simplicité
de sa diction ; et soit incapacité ,
soit indolence dans les Auteurs qui suivirent
ce grand Homme , ses Ouvrages
occuperent longtemps seuls le Théatre
François , avec la superiorité et la justice
qui leur étoient dûës ; enfin les Spectateurs
lassés d'attendre un génie capable
d'imaginer avec l'art de Moliere des Fables
nouvelles , d'imiter aussi heureusement
celles des Anciens , ou de profiter
des idées des Nations voisines , refuserent
leurs aplaudissemens à des Comé
dies qu'on leur présenta , parce qu'elles
étoient ou dénuées d'intrigue , ou qu'elles
en étoient trop chargées. Alors les Auteurs
incertains sur le parti qu'ils devoient
prendre ,
A O UST. 1736. 1841
prendre , chercherent à ébloüir le Spectateur
par des saillies d'esprit , et des
pensées brillantes ; la Nation Françoise
naturellement portée à ce genre d'esprit,
s'y prêta , le goûra , et lui donna par son
aprobation le moyen de s'emparer en peu
de temps de la Scéne . C'est ce même genre
d'écrire qui a passé jusqu'à nous , mais qui
révolte ceux qui ont sçû se préserver de la
contagion ; ces esprits justes , ces esprits
vrais ne souffrent qu'avec peine que l'on
préfere aujourd'hui des Comédies composées
simplement de Saillies et d'Epigrammes
, aux Comédies qui n'ont qu'u
ne intrigue soutenuë d'une diction simple
et naturelle. Il y a même des Piéces
d'une grande réputation , dont l'action
et le mouvement , quoiqu'elles soient en
cinq Actes , suffiroient à peine pour soutenir
un Acte seul ; c'est moins une action
véritable , qu'une aparence d'action,
ou plutôt c'est un simple assemblage d'autant
de Scenes qu'il en faut pour donner
à une Piéce la durée ordinaire des Représentations
; c'est un remplissage de dialogue
semé de bons mots , de traits satyriques
qui séduisent le Spectateur par
leur brillant , et l'empêchent de remar
quer
le vuide et le défaut d'action . On
ne sçauroit cependant disconvenir que
E vj ces
1842 MERCURE DE FRANCE
ces sortes de dialogues ne soient ce qu'on
apelle communément de l'esprit ; mais
on devroit , ce me semble , distinguer
l'esprit qui convient au Theatre , d'avec
celui dont on peut faire parade dans un
Discours Académique.
Nous donnerons un second Extrait de
cet Ouvrage.
DESCRIPTION Geographique , Historique
, Chronologique , Politique et
Physique de l'Empire de la Chine et de
la Tartarie Chinoise , enrichie des Cartes
génerales et particulieres de ces Pays ,
de la Carte génerale et des Cartes particulieres
du Thibet , et de la Corée , & c.
ornée d'un grand nombre de Figures et
de Vignettes gravées en Taille douce.
Par le R. P. J. B. Du Halde, de la Compagnie
de Jesus . Tome I. A Paris , chés
P.G. Le Mercier , Imprimeur Libraire
rue S. Jacques , au Livre d'or. 1736. infol.
de 556 pages , sans l'Epitre , la Préface
et la Table des matieres. Les trois
autres Volumes aussi in-fol. sont ausst
considerables .
و ت
Quoique tous les Journaux de France
et des Pays Etrangers ayent parlé de ce
grand Ouvrage nous croyons qu'on
peut encore glaner dans un si vaste
champ ,
AOUST. 1736. 1849
champ , et présenter aux Lecteurs du
Mercure de France des Tableaux Chinois
dignes de leur curiosité. Avant que do
nous mettre en route pour amasser les
choses singulieres et d'un détail curieux
que nous nous proposons , il nous sera aisé
de donner une idée génerale et précise de
tout l'Ouvrage ; nous n'avons pour cela
qu'à emprunter les termes du Censeur
Royal , qui s'exprime ainsi .
dit
Cette Description & c. est si ample ,
M. l'Abbé Raguet , qu'on peut assurer
que presque aucun Pays , même de l'Eu
rope , ne sera desormais mieux connu
que la Chine , la Tartarie qui lui est soumise
ou alliée , et que quelques autres
Etats considerables qui les touchent immédiatement.
C'est avec une confiance
bien fondée que dans cet Ouvrage on
s'instruit , non seulement de la véritable
étenduë d'une si vaste portion de l'Univers
, mais aussi de tout le détail qui regarde
les plus importans objets qu'elle
renferme. On y prend aussi une idée
juste de la Nation Chinoise et de ses
Souverains on y dévelope son caracte
re , les richesses qu'elle fournit à l'Eupe
, et celles qu'elle en tire . La principale
de ces dernieres est sans doute l'heureuse
connoissance de la véritable Religions
du
1844 MERCURE DE FRANCE
du culte sincere que tous les Hommes
doivent à Dieu , et que la seule Eglise
Catholique , Apostolique et Komaine
enseigne par toute la Terre .
Des Ministres zelés , sortis de plusieurs
Nations Fideles , et de divers Ordres
Religieux , ont , depuis la découverte
des Indes Orientales , porté à la Chine
la lumiere de l'Evangile en marchant sur
les traces du Grand Xavier. Il est vrai
que ce Thaumaturge fut borné par la
Divine Providence à en montrer le chemin
; mais ses Freres le suivirent bientôt
, et y remplirent ses vûës Apostoliques
.
Parmi eux les Jesuites François se sont
extrémement distingués. Leurs talens
naturels , et leurs lumieres acquises ,
employés par l'esprit de Religion au progrès
de l'Evangile , avoient fait naître
en leur faveur un merveilleux concours
de protection entre les deux plus grands
Princes du Siècle , le Roy Louis XIV.et
Empereur CANG HI. Durant la vie de
ces deux Monarques , une nombreuse et
florissante hrétienté s'est heureusement
soutenue à la Chine ; mais cette Chré
tienté est à présent en danger d'être absolument
anéantie.
Le R. P. Du Halde a déja commencé
de
AOUST: 1936.
1845
de rendre compte de cette triste révolu
tion dans le vingt- uniéme Recueil de ses
Lettres Edifiantes et Curieuses. C'est à ce
sçavant et laborieux Ecrivain qu'on est
maintenant redevable de cette magnifique
Description de l'Empire Chinois Ouvrage
très complet , dont je suis persuadé
que le Public lui sçaura beaucoup
de gré.
Nous avons déja parlé , lorsque le Programme
de cet Ouvrage parut , de la
grande propreté des Cartes , de la beauté
de l'Impression , et des ornemens de
bon goût qui l'enrichissent , et qui répondent
parfaitement au mérite et au
travail immense de l'Auteur. L'execution
a parfaitement réüssi ; le papier , les
caracteres , la gravure , tout est exquis ;
et sans parler des lettres grises , culs - delampes
, &c. les vignettes sont heureusement
traitées , et gravées au mieux . Celle
qui est à la tête de l'Epitre au Roy, où le
Buste de cet Auguste Prince paroît entre
la Religion et la Justice , &c. est fort
au gré des connoisseurs , ainsi que celle
où l'on voit le Portrait de l'Empereur de
la Chine Cang- Hi.
Dans le choix que nous allons faire
ce qui poura servir au progrès des Arts
en Europe , sera préferé ; l'Arbre du
Vernis
1846 MERCURE DE FRANCE
Vernis Tsichu , page 17. nous paroît propre
à entrer dans ce Projet : il n'est ni
haut , ni touffu , ni étendu ; son écorce
est blanchâtre : sa feüille ne ressemble
pas mal à celle des Cerisiers sauvages . La
gomme qu'il distille goute à goute , ressemble
assés aux larmes du Térébinthe.
Il rend beaucoup plus de liqueur si on
lui fait une incision , mais il périt aussi
plûtôt.
On dit ordinairement que cette li
queur tirée à froid , a je ne sçai quelles
qualités venéneuses , dont on n'évite les
mauvais effets , qu'en tâchant de n'en
pas recevoir la vapeur , quand on la change
de vase , ou qu'on l'agite. C'est aussi
une précaution qu'il faut prendre quand
on la cuit .
>
Quoiqu'il en soit , il est certain que ce
Vernis n'en est pas moins estimé et
qu'il est continuellement mis en oeuvre
par une infinité d'Ouvriers. Il prend
toutes les couleurs qu'on veut y mêlers
et s'il est bien fait , il ne perd rien de son
lustre , et de son éclat , ni par les changemens
de l'air , ni par la vieillesse du
bois où on l'a apliqué.
Mais pour le bien faire , il faut du
temps et du soin ; car une ou deux couches
ne suffisent pas , il y faut revenir
plusieurs
A O UST. 1736. 1847
plusieurs fois , attendre que la couche
qui a été mise égale et mince , soit séche
sans être durcie ; prendre garde si celle
qu'on met est plus forte , ou d'une couleur
plus foncée ; et tâcher de venir pen
рец
à peu à un certain temperamment , qui
seul rend l'ouvrage solide , uni et écla
tant ; c'est ce que l'experience seule
aprend aux habiles Ouvriers.
Comme il faut mettre quelquefois
Pouvrage dans des Lieux humides , quelquefois
même le tremper dans l'eau , et
enfin le tourner et en disposer à son gré,
on en fait rarement de gros ouvrages ,
comme seroient des colomnes arrêtées
sur des bases de pierre , dont les
bitimens Chinois sont soutenus ,
celles
de la grande Salle de l'Empire ,
et celles de l'Apartement de l'Empesont
reur ; toutes ces colomnes ne
point enduites d'un vrai vernis , mais
d'une autre liqueur qu'on nomme Tongyeou.
L'Arbre qui porte le Suif est de la
hauteur d'un grand Cerisier. Le fruit
est renfermé dans une écorce qu'on
apelle Yen kion , et qui s'ouvre par le
milieu quand il est mûr , comme celle
de la châtaigne. Il consiste en des grains
blancs de la grosseur d'une noisette , dont
la
1848 MERCURE DE FRANCE
la chair a les qualités du Suif ; aussi en
fair on de véritables chandelles , après
l'avoir fait fondre , en y mêlant souvent
d'huile ordinaire , et trempant
les chandelles dans la cire qui vient sur
P'Arbre , il s'en forme autour du suif
une espece de croûte qui l'empêche de
un peu
couler.
Les ouvrages de vernis , les belles porcelaines
et ces differentes étoffes de soye
si bien travaillées , qui nous viennent de
la Chine , prouvent assés l'adresse et
l'habileté des Ouvriers Chinois : ils ne
travaillent pas moins délicatement tou
tes sortes d'Ouvrages d'Ebene , d'Ecaille,
d'Yvoire , d'Ambre et de Corail : leurs
piéces de Sculpture , de même que les
ouvrages publics , tels que sont les Portes
des grandes Villes , les Arcs de triomphe
, leurs Ponts et leurs Tours , ont
quelque chose de grand et de noble :
enfin ils réussissent également dans tous
les Arts qui sont nécessaires aux usages
ordinaires de la vie , ou qui peuvent contribuer
à une certaine propreté ; et s'ils
n'ont pas atteint le degré de perfection ,
que nous voyons dans plusieurs Ouvrages
d'Europe , c'est qu'ils sont arrêtés
par la frugalité ou la modestie Chinoise ,
qui a mis des bornes aux dépenses des
Particuliers. Les
A O UST. 1736. 1849
Les principaux Ornemens dont les
Apartemens des Maisons des Seigneurs
des Mandarins , & c . sont embellis , one
un grand air de propreté . On y voit de
grosses Lanternes de soye, peintes et suspendues
au plancher ; des Tables , des
Cabinets , des Paravents , des Chaises de
ce beau Vernis noir et rouge , qui est si
transparent, qu'au travers on aperçoit les
veines du bois , et si clair qu'il paroît
comme une glace de Miroir ; diverses
Figures d'or et d'argent , ou d'autres
couleurs peintes sur ce Vernis , lui donnent
un nouvel éclat ; de plus , les Tables
, les Buffets , les Cabinets , sont ord
nés de ces beaux Vases de Porcelaine que
nous admirons , et qu'on n'a jamais pu
imiter en Europe .
Dans les Provinces Septentrionales on
dresse des briques crues en forme de lit ,
qui est plus ou moins large , selon que
la Famille est plus ou moins nombreuse ;
à côté est un petit Fourneau , où l'on met
le charbon , dont la flamme et la chaleur
se répandent de tous côtés par des
tuyaux faits exprès , qui aboutissent à un
conduit , lequel porte la fumée jusqu'audessus
du toît. Chés les Personnes de
distinction le Fourneau est percé dans
la muraille , et c'est par dehors qu'on
l'allume
180 MERCURE DE FRANCE
l'allume . Par ce moyen le Lit s'échauffe ;
et même toute la Maison . Ils n'ont pas
besoin de Lits de plumes comme en Eus
rope ceux qui craignent de coucher
immediatement sur la brique chaude , se
contentent de suspendre sur ces Lits de
briques une espece d'estrapontin il est
fait de cordes , ou de rotin , qui a le même
effet que les sangles dont on se sert
pour les Lits d'Europe.
Le matin tout cela disparoît , et on
met à la place des Tapis ou des Nattes
sur lesquelles on s'assied . Comme ils
n'ont point de Cheminées , rien ne leur
est plus commode ; toute la Famille y
travaille sans ressentir le moindre froid ,
et sans qu'il soit nécessaire de prendre
des Habits fourés de peaux : C'est à
l'ouverture du Fourneau que le menu
Peuple fait cuire sa viande ; et comme
les Chinois boivent toujours chaud , il y
fait chauffer son Vin , et il y prepare son
The. Les Lits sont plus grands dans les
Hôtelleries, afin que plusieurs Voyageurs
y trouvent leur place .
Les Barques Imperiales dans lesquelles
les Mandarins et les Seigneurs voyagent
sur les Canaux larges et profonds , dont
la Chine est toute coupée , sont de trois
ordres differens , et d'une grande propre
té :
A O UST. 1736. 1851
té : Elles sont peintes , dorées , historiées
de Dragons , et enduites de vernis en
dedans et par dehors. Les médiocres dont
on se sert plus communément , ont plus
de 16. pieds de large , sur environ 80. de
long , et . de hauteur de bord . La forme
en est quarrée et platte , excepté la prouë
qui va en s'arondissant.
Outre l'Apartement du Patron de la
Barque , qui a sa Famille , sa Cuisine ,
dex grandes Places , une à l'avant , et
l'autre à l'arriere , il y a une Salle haute
de 6. à 7. pieds , et qui en a 11. de largeur
, ensuite une Antichambre , et 2 .
ou 3. Chambres , avec un réduit sans
ornemens , tout cela de plein pied : C'est
ce qui fait l'Apartement du Mandarin .
Tout est vernissé de ce beau Vernis de
la Chine , blanc et rouge , avec quantité
de Sculptures , de Peintures , et de Dorures
au platfond et sur les côtés . Les
Tables et les Chaises sont vernissées de
rouge ou de noir.
La Salle a des deux côtés des Fenêtres ,
qui peuvent s'ôter quand on le juge à
propos. Au lieu de vîtres on se sert d'écailles
d'Huitres fort minces , ou d'étoffes
fines enduites d'une cire luisante , et enrichies
de fleurs , d'arbres , et de diverses
figures : le Tillac est environné de Gale-
,
ries
1852 MERCURE DE FRANCE
ries , où les Matelots peuvent aller et venir
, sans incommoder ceux qui y sont
logés .
Les Voiles sont faites de nattes , qui se
replient de même que les feuilles d'un
souflet : Chaque Voile est divisée en plusieurs
quarrés oblongs , lesquels étant
étendus , forment la Voile ; lorsqu'on la
plie elle n'occupe presque point de
place.
La Fête des Lanternes , qui dure trois
ou quatre jours , est fort agreable à lire ,
pag. 195. du 2. Vol. Il n'y a personne dans
les Villes et à la Campagne , sur les Côtes
et sur les Rivieres , qui n'allume des Lanternes
peintes , et diversement façon.
nées ; point de Maisons , quelques pauvres
qu'elles soient , qui n'en ayent de sus
pendues dans les Cours et aux Fenêtres.
Les Mandarins et les Seigneurs en ont
qui coûtent jusqu'à trois et quatre mille
livres . Mais ce qui donne un nouvel éclat
à cette Fête , dont le détail nous meneroit
bien loin , ce sont les feux d'Artifice
qui se font dans presque tous les quar
tiers de la Ville. Nous raporterons seule
ment la Description de celui-ci.
Une treille de raisins rouges étoit re
présentée ; la treille brûloit sans se consumer.
Le sep de la vigne , les branches,
les
A OUS T. 1736. 183
les feuilles , et les grains ne se consumoient
que très- lentement . On voyoit les grapes
rouges , les feuilles vertes , et la couleur
du bois de la vigne y étoit aussi re
présentée si naturellement qu'on y étoit
trompé.
Plusieurs Montagnes sont celebres par
leurs Mines ; on y en trouve d'or , d'argent
, de fer , d'airain , d'étain , de cuivre
blanc , de cuivre rouge , de mercure , de
la pierre d'azur , du vermillon , du vitriol
, de l'alun , du jispe , des rubis , du
cristal de roche , des pierres d'aimant ,
du porphire , et enfin des Carrieres de
differens marbres.
·
Nous passons à regret une infinité d'arbres
et d'arbrisseaux très singuliers ,
mais il n'est pas possible de ne rien dire
de la fameuse Plante de Gin - Seng , dont
on fait tant de cas dans tout l'Empire,qui y
est d'un très grand prix , et que les Medécins
Chinois regardent comme le plus
excellent cordial . Elle ne croît que dans
la Tartarie ; car celle qui croît dans la
Province de Se Tchuen , ne mérite pas
qu'on en parle ; c'est en dressant la Carte
de ce Pays - là , par ordre de l'Empereur
que le P. Jartoux eût l'occasion et le loisir
de bien examiner cette Plante , qu'on
lui aporta fraichement cueillie , de la
dessi1854
MERCURE DE FRANCE
dessiner dans toutes ses dimensions , et
d'en expliquer les proprietés et l'usage .
Les plus habiles Medecins de la Chine,
dit ce Pere , la font entrer dans tous les
remedes qu'ils donnent aux Grands Seigneurs
; car elle est d'un trop grand prix
pour le commun du Peuple , Ils prétendent
que c'est un remede souverain pour
les épuisemens causés par des travaux excessifs
de corps et d'esprit , qu'elle dissoût
les flegmes , qu'elle guerit la foiblesse
des poulmons , et la pleuresie ,
qu'elle arrête les vomissemens , qu'elle
fortifie l'orifice de l'estomach , et ouvre
l'apetit , qu'elle dissipe les vapeurs ,
qu'elle rémedie à la respiration foible et
précipitée , en fortifiant la poitrine ,
qu'elle fortifie les esprits vitaux , et produit
de la lymphe dans le sang ; enfin
qu'elle est bonne pour les vertiges et les
éblouissemens , et qu'elle prolonge la vie
aux Vieillards.
On ne peut gueres s'imaginer que les
Chinois et les Tartares fissent un si grand
cas de cette racine , si elle ne produisoit
constamment de bons effets. Ceux même
qui se portent bien , en usent souvent
pour se rendre plus robustes, On en
prend l'infusion à peu près comme du
Thé , et en machicatoire.
Les
A O UST. 1736. 1855
Les Ouvrages de Vernis qu'on fait à
la Chine sont fort inferieurs à ceux qu'on
fait au Japon , soit pour la beauté , soit
pour l'usage . Ce n'est pas que les Ouvriers
n'y employent le même Vernis et
la même dorure ; mais c'est qu'ils travail
lent ces sortes d'Ouvrages avec trop de
précipitation , et que dès qu'ils plaisent
à l'oeil des Européens , ils s'en contentent.
Un Ouvrage d'un beau Vernis doit être
à fait loisir , et un Eré suffit à peine pour
lui donner sa perfection Il est rare que les
Chinois en tiennent de prêts et qui soient
faits de longue main : Ils arrendent
presque toujours l'arrivée des Vaisseaux
pour y travailler , et pour se conformer
au goût des Européens.
Ce Vernis qui donne un si beau lustre
aux Ouvrages , et qui les fait si fort rechercher
en Europe , n'est point une
composition , ni un secret particulier ,
comme quelques - uns se le sont imginé.
Pour les dérromper , il suffit de faire
connoître d'où les Chinois tirent leur
Vernis , et ensuite la maniere dont les
Ouvriers l'apliquent.
Le Vernis que les Chinois nomment
Tsi , est une gomme roussâtre qui découle
de certains arbres par des incisions
qu'on
F
1856 MERCURE DE FRANCE
qu'on fait à l'écorce jusqu'au bois , sans
cependant l'entamer . Ces arbres se trouvent
dans les Provinces de Kiang- Si ,
et de Se Tchuen. Ceux du Territoire
deKan Tcheon , Ville des plus Méridionales
de la Province de Kiang- Si, donnent
le Vernis le plus estimé.
Pour tirer du Vernis de ces arbres , il
faut attendre qu'ils ayent 7. ou 8. ans.
Celui qu'on en tireroit avant ce tems là
ne seroit pas d'un bon usage. Les troncs
des arbres les plus jeunes , dont ont commence
à tirer le Vernis , ont un pied
Chinois de circuit ; et ce pied Chinois
est beaucoup plus grand que le pied de
Roy ne l'est en France .
On dit que le Vernis qui découle de ces
arbres , vaut mieux que celui qui découle
des arbres plus vieux , mais qu'ils en don
nent beaucoup moins : On ne sçait pas
sur quel fondement cela se dit ; car dans
la pratique les Marchands ne font point de
difficulté de mêler l'un et l'autre ensemble.
L'Eté est la seule saison où l'on puisse
tirer le Vernis des arbres : il n'en sort
point pendant l'Hyver ; et celui qui sort
au Printemps ou en Automne , est toujours
mêlé d'eau : d'ailleurs ce n'est que
pendant la nuit que le Vernis coule des
arbres ; il n'en coule jamais pendant le
to ur,
Pour
A O UST. 1736. 1857
Pour tirer le Vernis, on fait plusieurs incisions
de niveau à l'écorce de l'arbre autour
du tronc , qui selon qu'il est plus ou
moins gros, peut en souffrir plus ou moins.
Le premier rang de ces incisions n'est éloigné
de terre que de 7. pouces . A la même
distance plus haut , se fait un second rang
d'incisions, et ainsi de sept en sept pouces,
non-seulement jusqu'au haut du tronc
mais encore jusqu'aux branches qui ont
une grosseur suffisante.
>
On se sert pour faire ces incisions d'un
petit couteau fait en demi cercle. Chaque
incision doit être un pèu oblique de baş
en haut , aussi profonde que l'écorce est
épaisse , et non pas davantage.
Celui qui la fait d'une main , a dans
l'autre une coquille , dont il insere aussitôt
les bords dans l'incision autant qu'elle
peut y entrer ; c'est environ un demi
pouce Chinois. Cela suffit pour que
coquille s'y soûtienne sans autre
apui . Ces coquilles fort communes à la
Chine , sont plus grandes que les plus
grandes coquilles d'Huitre qu'on voye
en Europe . On fait ces incisions le soir ,
et le lendemain matin on va récueillir
ce qui a coulé dans les coquilles . Le soir
on les insere de nouveau dans les mêmes
incisions , et l'on continuë de la même
Fij ma
1858 MERCURE DE FRANCE
maniere jusqu'à la fin de l'Eté.
·
Ce ne sont point d'ordinaire les Proprietaires
de ces arbres , qui en font tirer
le Vernis ; ce sont des Marchands , qui
dans la saison traitent avec ces Proprie
taires , moyennant cinq sols par pied.
Ces Marchands louent des Ouvriers ,
auxquels ils donnent par mois une once
d'argent , tant pour leur travail , que
pour leur nourriture ; ou s'ils se déchargent
de les nourrir , ce qui est rare , ils
leur donnent trois sols par jour. Un de
ces Ouvriers suffit pour cinquante pieds
d'arbre .
Il y a des précautions à prendre pour
garantir les Ouvriers des impressions malignes
du Vernis , & c.
Le Vernis de la Chine , outre l'éclat
qu'il donne aux moindres Ouvrages auxquels
on l'aplique , a encore la proprieté
de conserver le bois , et d'empêcher que
l'humidité n'y penetre. On peut y répandre
tout ce qu'on veut de liquide ;
en passant un linge mouillé sur l'endroit,
il n'y reste aucun vestige , pas même
l'odeur de ce qui a été répandu . Mais il
de l'art à l'apliquer , et quelque
bon qu'il soit de sa nature , on a encore
besoin d'une main habile et industrieuse
pour le mettre en oeuvre. Il faut
sur
AOUST 1738. 1859
Bur tout de l'adresse et de la patience dans
l'Ouvrier pour trouver ce juste tempéramment
que demande le Vernis , afin
qu'il ne soit ni trop liquide ni trop épais,
sans quoi il ne réussiroit que médiocrement
dans ce travail .
Le Vernis s'aplique en deux manie
res , l'une qui est plus simple , se fait
immédiatement sur le bois. Après l'avoir
bien poli , on passe deux ou trois
fois de cette espece d'huile que les Chinois
apellent Tong- yeon ; quand elle est
bien seche , on aplique deux ou trois
couches de Vernis . Il est si transparent
qu'au travers on voit toutes les veines
du bois . Si l'on veut cacher toute la ma-.
tiere sur laquelle on travaille , on mul
tiplie le nombre des couches de Vernis ,
er il devient alors si éclatant qu'il ressemble
à une glace de miroir . Quand l'Ouvrage
est sec , on y peint en or ou en
argent diverses sortes de figures, comme
des fleurs , des hommes , et animaux , des
oiseaux , des Arbres , des Montagnes , des
Palais , & c . sur lesquels on passe encore
une couche de Vernis , qui leur donne
de l'éclat et qui les conserve.
L'autre maniere qui est moins simple ,
demande plus de préparation , car elle se
fait sur une espece de petit mastic qu'on
Fiij a
1860 MERCURE DE FRANCE
a auparavant apliqué sur le bois . On com
pose de papier , de filasse , de chaux et
de quelques autres matieres bien battuës
une espece de carton qu'on cole sur le
bois , et qui forme un fond très- uni et
très -solide , sur lequel on passe deux ou
trois fois de l'huile dont j'ai parlé , après
quoi on aplique le Vernis à differentes
Couches qu'on laisse secher l'une après
l'autre. Chaque Ouvrier a son secret par
ticulier , qui rend l'Ouvrage plus ou
moins parfait , selon qu'il est plus ou
moins habile .
Il arrive souvent qu'à force de répan
dre du Thé ou des liqueurs fort chaudes
sur des ustenciles de Vernis , le lustre
s'en effice , parce que le Vernis se
ternit et devient jaune. Le moyen , dit
un Aureur Chinois , de lui rendre le noir
éclatant qu'il avoit , c'est de l'exposer
une nuit à la gelée blanche , et encore
mieux de le tenir quelque temps dans,
la neige.
Dans un second Extrait on parlera de
la Porcelaine & c.
EUVRES D'ARCHITECTURE de Vincent
Scamozzi , contenues dans son idée de
PArchitecture Universelle , avec les Planches
originales. On y a joint plusieurs
nouveaux
AOUST. 1736. 1861
nouveaux Desseins des plus beaux Edifices
de Rome , dont l'Auteur parle dans
son Ouvrage. A la Haye , chés Pierre
de Honde , 1736. vol . in folio .
CAUS plaidée en François , par les Rhé
toriciens du College de LOUIS LE GRAND,
le Samedi 18. Août 1736. à trois heures précises
après midy.
SUJET.
Un Seigneur Anglois , Ami et Protecteur des
beaux Arts , mais sur tout passionné pour les Maximes
de Gouvernement répandues dans la Répu
blique de Platon , dont il s'est fait une étude particuliere
, forme le Projet d'une Académie qu'il veut
établir dans la Capitale de la Province dont il est
Gouverneur. Il préte d réunir dans cette Acadêmie
tous les Genres ade Litterature et toutes les
des
.
Sciences partagées entre les autres Académies . Un
seul point l'embarasse dans ce nouvel établissement;
c'est de sçavoir si les Poëtes seront admis au rang
Académiciens. Ce qui lui fait naître un tel doute
c'est l'autorité de Platon, son Auteur favori, qui les
exclut de sa République . Cette menace d'exclusion
allarme tous les Poëtes du Pays . Tous ceux du
Royaume prennent fait et cause pour leurs Associés,
et se récrient contre l'outrage fait à leur Profession .
Ils portent leurs plaintes jusqu'au pied du Trône.
La Cour fait droit sur leur Requête , et nomme des
Commissaires pour entendre les raisons des Interessés.
Cette Commission composée des plus habiles
Connoisseurs qui se trouvent à Londres , est présidée
par un Milord des plus intelligens en fait de
Belles Lettres.
Cing Poëtes , députés par leur Corps , viennent
Fiiij plaider
1864 MERCURE DE FRANCE
P. de Mareuil , Jésuite , a jugé à propos de terminer
chaque Chapi re par un Entretien interieur
qui en renferme le précis avec
conforme à ce qu'il contient.
une Priere
Au regard des Opuscules que le même Traduc
teur a joint au corps de l'Ouvrage , on ne peut
pas dire qu'ils ne soient précisément que des
hors-d'oeuvres , puisqu'ils tendent au même but
que l'Auteur des Obstacles de la Pénitence s'est
proposé , d'ailleurs ils sont de main de Maîtres
dans la science des Saints.
On écrit de Rome, que le Cardinal Aquaviva,
a fait peindre en petit par un des plus habiles
Peintres de l'Académie de S. Luc , pour la Reine
d'Espagne , le Siege de Gaëtte et les autres Evenemens
les plus remarquables de la Conquête
des deux Siciles .
་ ་
Il paroit depuis peu le Portrait fort ressemblant
de RENE' ANTOINE FERCHAULT
REAUMUR , de l'Académie Royale des Sciences ,
généralement connu par ses Recherches et son
profond sçavoir sur ' Histoire Naturelle . Il est
gravé par Ph. Simoneau , d'après A. S. Belle ; et
se vend chés l'Auteur , Graveur du Roy , ruë de
Bièvre.
Voici encore deux nouvelles Estampes en large
, gravées par M. le Bas , d'après deux Ta-,
bleaux d'une agréable composition , de M. C.
Parossel , qui n'ont nul besoin d'être loüées . Il
ne faut que des yeux et le sens commun pour en
sentir le mérite et l'agrément . Elles sont intitulées
, l'une Danse à l'Italienne , et l'autre , Départ
pour la Chasse à l'Italienne . On lit ces Vers
***de
1
A O UST. 1865
1736.
de M. Moraine , au bas de ces deux Estampes ,
qu'on vend ruë de la Harpe , chés le sieur le Bas
à la Rose Rouge
Il vous est doux , Iris , que tous ces Spectateurs
De vos pas gracieux aprouvent la cadence ,
Et deviennent pour vous autant d'admirateurs ;
Mais d'un plaisir plus grand j'aurois lajouissance,
Si vous aplaudissiés aux tendres mouvemens
Qu'inspirent à mon coeur vos divins agrémens .
Allez au rendez- vous, partez, jeunes Chasseurs ;
Mais songez qu'avec vous vous emmenez Climene,
Et quejamais les chiens pressés par les Piqueurs
Ne pousserent un Cerfau travers de la Plaine
Plus vivement qu'Amour va poursuivre vos coeurs ,
Pour les lui présenter comme à leur Souveraine.
Les héritiers de feu M. Bernard Picart , à Amsterdam
, donnent avis que vers le mois de Novembre
prochain , ils feront une vente publique
des Estampes et Desseins étrangers que M. Picart
avoit amassés pendant sa vie . On annoncera
dans quelque temps le jour précis de cette
vente . On peut acheter dès à présent chés les
héritiers , les Desseins , Planches et Estampes
dessinés et gravés tant par B. Picart que sous sa
direction , aussi bien que quantité de Tableaux
Originaux qu'il avoit amassés.
Vers le milieu du mois dernier , N. Pater ;
Peintre de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , natif de Valenciennes , Compatriote
F vj Сс
866 MERCURE DE FRANCE
et Eleve de l'illustre Antoine Watteau , dans la
maniere duquel il s'étoit fait une réputation ,
mourut à Paris , âgé de 41. ans ou environ . Il
étoit estimable , sur tout par son coloris.
Le sieur Denielles Chirurgien ordinaire de l'Hô
tel de Ville de Paris , a fait la découverte depuis
quelques années d'un Remede immanquab e pour
la guerison des Ecioù les qui attaquen : a gorge,
sans faire d'ouverture ; son Remede est un Fondant
qui se prend intein urement ; il purifie la
masse du sang , tond es gandes , tant celles du
mésentere que celles de la gorge; quand celles de
la gorge supurent , le Malaie en guérit plutôt
que de celles qui ne supurent pas . Ce Remede est
aisé à prendre , n'etant pas plus gros qu'un grain
de poivre ,on le prend jusqu'à parfaite guérison,
sans alterer la santé ni le tempcramment . Il n'est
pas propre aux poulmoniques . Ce Remede peut
s'envoyer par la poste dans tous les Pays du
Monde , sans risque d'être alteré de sa qualité.
Plusieurs Particuliers croyent qu'on ne peut pas
guérir cette maladie quand on y a fait des ouver
tures avec les Instrumens de Chirurgie , c'est
une erreur ; le sieur Denielles en a guéri un qui
avoit cette maladie depuis dix- huit ans , dont
plusieurs habiles et sçavans Chirurgiens avoient
fait l'ouverture de tous cô és , sans le pouvoir
guérir , le sieur Denielles l'a guéri par son Remede
en sept mois , il est en état de le faire voir
aussi bien que plusieurs autres qu'il a guéris de
même. Les personnes qui voudront lui écrire ,
auront la bonté d'affranchir les ports de lettres et
de marquer l'âge , le sexe , le temperamment et
le temps de la maladie.
Le sieur Denielles demeure rue du Martrois .
devant legrand Portail de S.Jean ex Greve à Paris.
MUSETTE.
THE
NA 2 4
NUSVIC
LIENARY
.
ABTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
1
1
1
t
1
W
YORK
JBLIC
LIBRARY
. ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
A OUST, 1736.
1867
MUSETTE.
C Her
Philene ,
Que de peine
J'éprouve étant loin de toil
Inquiete ,
Je souhaite
Un sûr garant de ta foi.
Mon coeur soupçonneux et rendre ,
Veut que tu n'aimes que moi.
Dieu d'Amour , daigne m'entendre ,
Rends si constant , mon Berger
Qu'il ne puisse point changer ;
Sous tes Loix fais- lui comprendre
Qu'on ne peut se dégager.
L
Cher Philene , &c.
MENUET.
Oin d'ici froide indifference ,
Ta triste présence
Ne peut qu'ennuyer un coeur ,
Dont l'Amour est vainqueur ;
De Thémire
J'aime l'Empire ,
Plus cent fois que la liberté.
L'avantage
1868 MERCURE DE FRANCE
L'avantage
D'être volage ,
Ne vaut pas ma captivité
hhxh
SPECTACLES.
Ers la fin de Juillet les Comédiens
François ont rémis au Théatre Athenais
, Tragédie de M. de la Grange
Chancel ; c'est son troisiéme Poëme Dra.
matique , fait à l'âge de 16. ou 17. ans.
Cette Piéce n'avoit pas été réprise depuis
1699. qu'elle avoit été joüée pour la
premiere
fois , le Vendredy 20. Novembre.
Elle cut beaucoup de succès dans sa nouveauté
mais 36. ou 37. ans d'interruption
semblent lui avoir acquis le droit
des Piéces nouvelles, et nous imposer la
loy de satisfaire à nos engagemens envers
le Public ; c'est pourquoi nous avons
cru ne pouvoir nous dispenser d'en
donner au moins un Extrait succinct.
;
Leontin , Pere d'Athenais , à laquelle on
a dor né le nom d'Eudoxe , en la faisant
Chrétienne , dit à Paulin son Confident,
qu'il a mindé cette Fille si chere , pour
préparer son coeur contre des évenemens
funesA
O UST. 1736. 1869
funestes qu'il prévoit dans l'avenir.
L'exposition dont cette premiere Scéne
est ornée , est très- conforme à l'Histoire.
L'Auteur convient dans sa 'Preface , que
P'Amour de Varanès , Fils d'Isdigerdes ,
Roy des Persans , et Tuteur de Théodose,
est un Episode que la Calprenede lui a
fourni dans son Roman de Pharamond :
Il justifie le caractere qu'il a donné à ce
Prince , par la ferocité qui avoit autrefois
obligé son Pere à le faire voyager
dans la Grece , pour y polir ses moeurs :
Ce fut pendant ces Voyages , que dans
une visite qu'il rendit à Leontin , célébre
Philosophe d'Athenes , il eut le malheur
de devenir amoureux d'Athenaïs ; Leontin
auroit été très honoré de cet amour ,
s'il avoit eu l'hymen pour objet ; mais
voyant que ce Prince emporté n'avoit que
des intentions criminelles , il déroba sa
Fille à ce danger par un prompt départ ;
il se retira à Bisance à l'insçû de Varanès,
et ce fut dans cette Capitale d'Orient que.
Théodose prit pour Athenaïs cet amour
violent , qui le détermina à l'élever au
rang d'Imperatrice , par les conseils de la
sage Pulcherie sa Soeur , &c.
Athenaïs étant venue au lieu où son
Pere l'attendoit ; ce sage Philosophe lui'
fait des leçons dignes de sa reputa
tion.
1870 MERCURE DE FRANCE
tion. En voici quelques traits :
Ma Fille , aprochez- vous . Sur tout ce qui vous
touche ,
Il est temps que mon coeur s'explique par ma
bouche ;
Et qu'avant que chacun flechisse sous vos Loix ,
Il s'ouvre encore à vous pour la derniere fois.
Au milieu des Grandeurs que le Ciel vous envoye
,
Ce coeur , autant qu'il peut , s'abandonne à la
joye ,
Quand je voi le moment qui vous comblant
d'honneurs ,
Doit allier mon Sang au Sang des Empereurs ,
Et répandre sur vous la gloire sans seconde ,
D'élever votre sort au premier rang du Monde ;
Mais aussi quelle crainte agite mes esprits ,
Quand je vois ces honneurs de tant de maux
suivis ,
"
Qu'il vous faudra garder avec un soin extrême ,
De toute votre Cour , et sur tout de vous - même ;
Et qu'enfin votre coeur sur le Trône monté
N'a jamais eu besoin de tant de fermeté , &CJ
Vous allez être en butte aux fureurs de l'Envie
Tremblez pour votre honneur , tremblez pour
votre vie ;
Ceux qu'on tiendra le plus dans tous vos interêts
;
Vous tendront tous lesjours mille piéges secrets ;
Yous
A O UST. 187N 1736.
Vous verrez les honneurs , vous verrez les délices,
Vous cacher mille écueils , et mille précipices.
C'est-là qu'un front ouvert , un visage serein ,
Renferme au fond de l'ame un funeste venin ;
Sous le nom d'amitié la vengeance est couverte
Tel vous flaté et vous rit , qui trame votre perte ,
Et tel dans la faveur , vous vient importuner ,
Qui n'attend qu'un revers , pour vous aban
donner.
Mr de la Grange a bien fait voir par
ce Portrait , qu'il avoit étudié la Cour ,
pendant qu'il étoit Page de la Princesse
de Conty.
Leontin , après avoir instruit et em
brassé sa Fille pour la derniere fois , se
retire ; cette Scéne a toujours été genétalement
aplaudie. Passons aux autres ,
qui consistent plus en action qu'en beautés
de détail , beautés dont on fait un si
grand cas aujourd'hui , et qu'on prefere
injustement au fond de la Tragédie.
Athenais , ou Eudoxe fait connoître à
Rhodope , sa Suivante , qu'elle sera trésdocile
aux conseils d'un Pere si sage et
si tendre ; elle ajoûte qu'elle avoit autrefois
eû quelque sensibilité pour Varanès,
mais que l'outrage que ce Prince lui avoit
fait , en lui declarant un amour illegitime
1872 MERCURE DE FRANCE
time , le lui avoit rendu odieux. Camille,
Suivante de la Princesse Pulcherie ,
croyant trouver Leontin avec Eudoxe ,
fait entendre qu'elle le cherchoit , pour
lui annoncer que l'Ambassadeur de Perse
vient d'entrer dans Bisance , et que le
Prince Varanès est avec lui ; elle ajoûte
que Pulcherie s'en étonne , et qu'elle
veut communiquer ce qu'elle en présume
à Leontin , qu'elle consulte sur toutes les
affaires politiques .
Camille s'étant rétirée , Eudoxe témoigne
sa crainte à Khodope ; elle tremble
que ce Prince jaloux et irrité ne vien.
ne traverser son hymen avec l'Empereur.
Elle finit ce premier Acte par ces
deux Vers :
Et toi qui vois ma crainte , ò Ciel ! pour m'é
xaucer ,
Inspire-moi les voeux que je dois t'adresser.
Leontin , qui commence le second
Acte , est étonné de l'arrivée de Varanès
, et souhaite que le nom d'Eudoxe
lui fasse prendre le change sur l'hymen
d'Athenaïs qu'on va célébrer . Pulcherie
qui l'a mandé arrive . Cette Scene délibérative
entre Pulcherie et Leontin est
remplie de traits historiques , mais elle
ne paroît fondée sur rien , et ne sert propre
A O UST. 1736. 1873
prement qu'à fournir à l'Auteur une occasion
de faire un grand étalage d'érudi
tion. On a trouvé mauvais que Pulcherie
soupçonnât d'ambition un Philosophe
que Leontin . Voici comme elle a expliqué
ce soupçon injurieux au sujet de
l'hymen prétendu entre cette Princesse
tél
et Varanes :
Je vous entends. Malgré votre vertu severe ,
Peut-être cet hymen auroit de quoi vous plaire ,
Puisqu'en quittant un rang qui fait tant de
jaloux ,
Je n'y pourois laisser que votre Fille , ou vous :
Mais du soin de l'Etat mon Frere m'a chargée ;
Aconserver ses droits je me suis engagée ,
Et sans
is porter
ailleurs
mes voeux
ni mes régards

Je veux vivre
et mourir
au Tiône
des Césars
.
Malgré cette réponse , qui met en évidence
, l'ambition dont l'Histoire a taxé
Pulcherie, cette Princesse ne laisse pas de
prêter l'oreille aux conseils de Leontin
quoi qu'elle n'ait pas lieu de présumer
qu'elle puisse être aussi absoluë en Perse
qu'elle l'est dans Bisance ; Elle charge
Leontin d'achever ce grand Ouvrage au
près du Prince de Perse.
Théodose et Varanès paroissent pour la
premiere fois ; après quelques compli
mens
1874 MERCURE DE FRANCE
;
mens de part et d'autre , on laisse Varanès
, sous pretexte qu'il a besoin de repos.
Ce déplacement de Scéne a surpris
tous ceux qui connoissent bien M. de
la Grange , d'autant plus que nous
n'avons gueres d'Auteurs qui possedent
mieux le Théatre ; l'exposition dont il
avoit besoin auroit pû venir un peu plus
tard , sans déranger son Acte. Varanès
demande à Mitranes , si dans les Courses
qu'il a entreprises par son ordre , il n'a
rien pû découvrir au sujet de sa chere
Athenaïs Mittanes le desespere , en luî
aprenant qu'il l'a cherchée par tout inutilement
; le Prince fait entendre qu'il ne
sçauroit vivre sans elle , et se reproche
de l'avoir outragée, en lajugeant indigne
de partager un jour avec lui le Trône
dont il doit heriter ; mais qu'elle est sa
surprise de voir Leontin dans la Cour
de Théodose ! il s'avance vers lui tour
éperdu , et lui demande des nouvelles de
sa Fille. Leontin le rejette dans le desespoir
, en lui disant , qu'il ne doit point
songer à Athenaïs , et qu'il fera bien
mieux d'adresser ses voeux en lieu plus
haut. Varanès ne pouvant rien obtenir
de lui par la priere a recours à la menace ;
Leontin lui répond , qu'il n'a rien à
craindre dans la Cour de Théodose , et
lui
AOUS T. 1736. 1875
lui dit d'aller porter ce transport chés
Pulcherie , qui est Arbitre souveraine du
sort d'Athenaïs . Varánès finit cet Acte
par ces Vers adressés à Mitranes :
croit par ces discours ralentir mon ardeur
Mitranes suises pas ; je cours vers l'Empereur ,
Le prier qu'en faveur de son bonheur extrême ,
Varanès , comme lui , possede ce qu'il aime.
Nous passons legerement sur les premieres
Scénes du troisiéme Acte , qui ne
de servent que de préparation au coup
Théatre surprenant qui les suit. On annonce
le prochain hymen d'Eudoxe ;
Théodose témoigne le plaisir qu'il a de
la recherche qu'il croit que Varanès fait
de sa Soeur Pulcherie ; On lui vient annoncer
que ce Prince demande à lai parler
; il ne doute point que ce ne soit pourlui
demander Pulcherie ; Varanès entre
et confirme Théodose dans sa pensée
par ces Vers qui presentent deux sens :
6
Seigneur , si mon abord n'a point paru répondre
A toutes vos bontés, qui devoient me confondre
Je me trouve à present assés de liberté ,
Pour venir partager votre felicité ;
Oui , ces lieux terminant ma tristesse mortelle ,
Ont fait prendre à mon sort une face nouvelle ;
Моп
1876 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur long-temps en proye aux plus vives
douleurs ,
A trouvé près de vous la fin de ses malheurs ;
Et si vous l'aprouvez , cette illustre journée,
Ne s'achevera point par un seul Hymenée.
Théodose doit vrai- semblablement entendre
par ces Vers équivoques que
Varanès plongé depuis long- temps dans
une grande mélancolie , est devenu tout
à coup amoureux de Pulcherie , et a trouvé
dans ses yeux un prompt remede à sa
langueur. Varanès à qui l'Empereur veut
faire l'honneur de célébrer en même
temps ce double Hymen, lui répond qu'il
n'a qu'à achever le sien avec Eudoxe , et
que pour lui , il doit attendre le retour de
Pulcherie , qui aparemment est occupée
au Temple. Voici comme il s'explique :
'Achevez votre hymen ; je parlerai , Seigneur ;
Il faut à votre aveu celui de la Princesse ;
C'est d'elle que dépend l'objet de ma tendresse;
Souffrez , sans me presser , avant la fin du jour,
Que pour me déclarer j'attende son retour,
Quoique les termes qui font durer la
méprise soient un peu forcés , on n'en
chicane point le choix à l'Auteur , en faveur
de la situation frapante qu'ils produisent.
A O UST. 1736.
1377
duisent . En effet Eudoxe paroît pour
aller au Temple avec l'Empereur ; Varanès
la reconnoît pour Athenaïs , trompé
par le changement de nom ; Théodose le
prie de venir au Temple , pour y être rémoin
de son bonheur . Varanès mortellement
frapé , lui répond :
Qui , moi je vous suivrai ! ..
que mes yeux
vous voulez
Soient témoins d'un Hymen.... Ah ! plutôt ...
jastes Dieux !
Sous quel plus rude cour que celui qui me tuë ,
Pouviés-vous voir tomber ma constance abatuë?
"Théodose se trouble à son tour ; la jalousie
s'empare de son coeur ; Athenaïs lui paroît
embarassée ; Varanès enfin ne le laisse
plus douter du malheur qu'il craint , par
ces Vers qu'il lui adresse en se retirant :
Oui , je vous l'avoüerai , je ne suis plus à moi ,
Le trouble , les transports que cet objet m'ins
pire.
Malheureux Varanès ! .... Seigneur... je
me retire ;
Quand de mon sort affreux j'envisage l'horreur,
Je sens que ma raison fait place à ma fureur,
Varanès s'étant retiré , Théodose interroge
Eudoxe sur tout ce qui vient de
se passer ; Eudoxe lui avoue que Varanès
l'a
1878 MERCURE DE FRANCE
l'a aimée autrefois ; Ce Prince lui fait un
crime du secret qu'elle lui a fait de cet
amour , et en tire des consequences qui
lui sont injurieuses ; Il ordonne à Eudoxe
d'aller attendre ses ordres.
Resté scul , il s'abandonne à toute sa
fureur ; Pulcherie arrive ; elle est juste
ment étonnée du trouble où elle le trouvė;
Théodose lui aprend qu'Eudoxe est infidele
; Il veut que Varanès sorte dès ce
même jour de ses Etats ; Pulcherie feint
d'abord d'aprouver son ressentiment ;
mais elle le ramene par l'ascendant qu'elle
a pris sur lui , et le porte à ne rien précipiter.
Voici comment cette sage Prin
cesse finit ce bel Acte ;
Eh bien , de ce dessein laissez moi la conduite ;
Attendez sans éclat qu'elle en sera la suite ;
Si sa vertu paroît , il faut la couronner ,
Si l'on connoît son crime , il faut l'abandonner
, & c.
Comme nous nous sommes proposé de
ne donner qu'un Extrait succint de cette
Tragédie , nous n'en dirons plus que ce
qui concerne l'action Théatrale.
Le soupçon de Théodose sur la
vertu d'Athénaïs étoit trop mal fondé ,
pour subsister long- temps ; un moment
d'eng
A O UST. ·1736. 1879
Pentretien avec Leontin a remis le calme
dans le coeur de ce jeune Empereur ; il
repare la faute qu'il qu'il a faite , par une
generosité qui lui rend toute sa gloire ;
il ne veut pas que Varanès puisse l'accuser
de se prévaloir de son autorité , pour
lui enlever Athenaïs ; il consent qu'elle
soit libre dans le choix d'un Epoux ; il
la laisse avec Varanès , qui , pour reparer
l'outrage qu'il lui a fait dans sa premiere
declaration d'amour , lui pro
met de l'élever au Trône de Cyrus.
Eudoxe refuse ses brillantes offres , et
lui fait entendre que Théodose obtiendroit
la preference dans son coeur
dans quelque basse condition que la
Fortune , ou la naissance l'eussent placé;
elle le quitte dans cette ferme disposition
; Varanès ne prend plus conseil,
que de son désespoir ; il ne laisse pas
pourtant de témoigner quelque reste de
vertu, à la proposition que Mitranes lui
fait d'enlever Eudoxe ; cependant son
amour l'emporte sur sa vertu ; il finic
cet Acte en disant à Mitranes :
Je m'abandonne à toi , fais ce que tu voudras.
Varanès ignore ce qui peut s'être passé
pendant la nuit au sujetd'un enlevement,
auquel il a témoigné ne vouloir point
G avoir
1880 MERCURE DE FRANCE
و ا
avoir de part ; cet enlevement a dû
se faire , à la faveur des ombres . Théodose
qui en a été instruit , et qui a
donné ses ordres pour en empêcher
l'effet , en fait des reproches à Varanès ,
Ce dernier y répond avec fierté ; Paulin
vient annoncer à l'Empereur , que les
Ravisseurs ont été dissipés , et que leur
Chef , couvert de coups est en sa puissance
; mais que cependant on ne trouve
point Eudoxe dans le Palais. Les deux
Princes Rivaux en sont également sur
pris , ils ne peuvent comprendre quel
peut être ce nouveau Ravisseur ; Leon :
tin vient , et leur dit , que c'est lui - même
, qui pour soustraire sa Fille aux malheurs
qu'il a lûs dans les Astres , vient de
la faire conduire dans un Temple pour se
consacrer au culte des Autels ; Pulcherie
vient calmer la douleur de Théodose,
en lui ramenant sa chere Eudoxe , dont
elle a empêché la retraite ; Leontin
frapé de ce succès , qu'il apelle disgrace ;
s'impose un exil éternel , pour n'être pas
témoin des malheurs qui lui ont été and
noncés ; Varanès feint de se conformer à
l'ordre des Dieux , pour mieux cacher le
dessein qu'il à de se tuer,Théodose l'a plau
dit de ce trait de vertu ; Varanès lui répond
:
>
E
AOUST. 1736. 1881
1
Attendez le succès pour m'en remercier ;
Et quand je me résous à cet effort extrême ;
Voilà comme un Amant doit ceder ce qu'il
aime.
A ces mots , l'impetueux Varanès se
plonge un poignard dans le sein. C'est
ainsi que finit cette Tragédie , dans laquelle
on découvre à travers les défauts
qui en peuvent obscurcir l'éclat, le germe
des belles Piéces dont l'Auteur a enrichi
le Théatre dans un âge plus mur.
> Les Rôles de Leontin , de Varanès , de
Théodose, & de Paulin , furent joüés d'original
par les Sieurs Champmeslé , Beaubourg,
Baron le Fils , et Guerin ; et ceux de
Pulcherie et d'Eudoxe , ou Athenaïs , par
les Diles Beauval et Raizin . Ceux qui
jouent dans ces Rôles aujourd'hui sont
les Sieurs Sarrazin , Grandval , Fleury ,
le Grand , et les Dlies Balicour et Conel.
Les Dlles Poisson et Conel , dont nous
I avons eû occasion de parler plusieurs
fois , ont été reçûës dans la Troupe des
Comédiens François.
Gij EXTRAIT
1882 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT de la Comédie des Fées ,
de la composition de Mrs Romagnesi et
C *** , représentée pour la premiere
fois à l'Hôtel de Bourgogne le 14. Juil .
let dernier.
La Princesse
Le Prince ,
ACTEURS.
La Dlle Silvia.
Le sieur Romagnesi,
La Dlle Belmont ,
La Dlle Thomassin, La Fée Bruyante ,
La Fée Agatine ,
Lysandre, Amant de la Princesse, Le Sr Deshayes,
Silvaine , Suivante d'Agatine , La Dile la Lande.
Alcine , Suivante de la Fée Bruyante , La Dll
Thomassin, cadette.
Arlequin , Valet du Prince ,
L'Aniour,
Cette Comédie a été reçûë du Public avec un
aplaudissement general , Rien de plus riant que
l'idée qu'elle présente d'abord aux yeux, sçavoir,
que la beauté fait naître l'amour ; mais que c'est
à l'esprit à le faire subsister long-temps dans un
coeur ; les Auteurs ne pouvoient exprimer plus
ingénieusement cette vérité que par ce Couplet
qu'on chante à la fin de la Piece , qui est en prose,
T.:
Du premier jour de l'Himenée
La Beauté fait tous les frais ;
De cette agréable journée
Elle ordonne les aprêts ;
Ce jour passé , ce n'est plus son affaire' ;
A O UST. 11773366.. 1883
On ne reconnoît plus son pouvoir souverain ;
Et c'est l'esprit qui doit faire
Tous les honneurs du lendemain .
vérité
Voici la fiction qui a servi à mettre cette v
dans tout son jour. Une Fée apellée Bruyante ,
pour se venger de n'avoir pas été priée de la
Nôce d'une Princesse qu'elle avoit protegée dans
ses amours , entreprend de rendre malheureux le
Fils qui est né de cet hymen, où elle n'a pas éré
apellée , il faut convenir que la vengeance passe
de bien loin l'offense , mais on ne doit pas examiner
si scrupuleusement un Conte de Fée ; voici
quelle est la vengeance de la Fée Bruyante , elle
rassemble tout ce qu'il y a de plus difforme dans
la Nature, pour rendre odieux le jeune Prince qui
doit servir de victime à sa fureur.
! Sa difformité fut telle , qu'il fut obligé de se
confiner dans une affreuse solitude, mais en vain
il crut par cet exil rendre son malheur plus suportable;
son implacable Ennemie le poursuivit
dans sa retraite , il trouva un jour à son réveil
le Portrait d'une Princesse qui étoit un chefd'oeuvre
de beauté , avec ces mots : Elle r'attend
dans le Palais des Fées.
Le Portrait produisit tout l'effet que la Fée vin
dicative s'en étoit promis ; le Prince devint éperdûment
amoureux ; il s'arracha malgré lui de sa
solitude et courut se livrer aux traits qui l'attens
doient dans le Palais que l'écrit lui indiquoir. Le
voilà donc arrivé dans le Palais des Fées à peine y
a-t il mis le pied, qu'il aprend que la Fée Bruyan
te va marier la Princesse en question à Lysandre;
c'est un neveu de cette même Fée, aussi beau que
que le Prince est laid ; mais aussi lourd d'esprit
Gij
que
1884 MERCURE DE FRANCE
que son malheureux Rival est léger et ingénieuz
La Princesse ne laisse pas d'aimer ce magot ,
parce qu'elle est aussi bête que lui . Nous ne ferons
que passer sur ce premier Acte.
Le Prince est présenté à la Princesse par une
autre Fée , qui l'a pris sous sa protection , et qui
dans sa naissance , l'a non - seulementt doué de
beaucoup d'esprit , mais lui a accordé le pouvoir
d'en donner à qui il voudroit , à cette premiere
entrevûë il a le malheur d'éprouver de la part de
la Princesse Flore , toute l'aversion qu'un Monstre
peut inspirer , tandis que son Rival en est
adoré. La Fée Bruyante goûte à longs traits tout
le plaisir de sa vengeance , et pour achever de
désesperer le Fils de son Ennemie , elle va presser
l'hymen de sa Princesse , pour l'en rendre
témoin voilà à peu de chose près ce qui se passe
dans le premier Acte ; nous prions le Lecteur
de nous dispenser de l'instruire de ce qui se passe
entre Arlequin , Valet du Prince infortuné , er
une Fée , qui est devenuë amoureuse de lui , pour
faire contraste ; cette seconde idée est si inferieure
à la premiere, qu'on ne perdra rien à n'en
être pas instruit .
On vient de dire que la Fée Agatine avoit
donné au Prince la faculté de communiquer l'es
prit dont elle avoit pris soin de le doüer en naissant
; elle prétend mettre ce don à profit , pour
détruire le charme de la Fée Bruyante. Elle fait
entendre à ce Prince que son Rival n'est aimé de
la Princesse , que parce qu'elle est aussi bête que
fuí , elle ajoûte qu'elle rougiroit de son amour
si elle pouvoit connoître quel en est l'indigne
objet ; elle fait souvenir le Prince de la faculté
qu'il a de donner de l'esprit , et l'invite à faire
Pessai de cette faculté sur la Princesse aussi bête
que
AOUST. 1736. 1885
belle. Le Prince lui rend
que
d'un conseil
graces
si salutaire ; la Fée Agatine lui en fait esperer un
heureux succès ; elle y ajoûte cette précaution ,
est de ne lui donner de l'esprit que par degrés;
elle ne dit pas la raison de ce second conseil
mais les Spectateurs lui en sçavent bon gré ,
parce que cela doit servir à ménager leur plaisir
A peine le Prince a t'il donné de l'esprit à la
Princesse , qu'on s'en aperçoit par un regres
qu'elle vient témoigner à la Fée Agatine . Voici
comment s'exprime cet esprit qui ne fait que de
naître ; c'est la Princesse qui parle :
Je viens de me souvenir de quelque chose qui me
fâche ; j'ai peur d'avoir mal parlé tantôt , et d'a❤
voir fait de la peine à quelqu'un:
La Fée Agarine lui demande si c'est au Prince
Lisandre ( c'est le nom du Prince idiot ) la Prins
cesse lui répond avec une ingénuité qui n'a plus
rien de grossier : Oh 1 non ; ce n'est pas à lui ;
car je lui dis toujours qu'il est beau , et cela ne
l'offense pas ; mais c'est à cet autre Prince que vous
m'avez amené ; je lui ai reproché qu'il étoit laid.
et cela n'est pas bien , n'est- ce pas , Madame ?
On voit par ces réponses plus raisonnables que
spirituelles , que le Prince a executé à la lettre ce
que la Fée Agatine lui a conseillé , c'est- à -dire,
que l'esprit ne doit se distribuer que par dégrés
nous en verrons bien- tot l'accroissement. Le
Prince vient , par l'ordre de la Fée bienfaisante ,
recevoir les excuses que la Princesse lui veut faire;
il en est si charmé , qu'il juge à propos de redoubler
ses libéralités; elle souhaite entendre des
Contes, parce qu'Arlequin lui a dit que son Maître
en sçait faire qui sont les plus jolis du mon
de le Prince ne balance pas à la satisfaire , et
lui conte sa propre histoire sous des noms em-
Giiij pruntés
1886 MERCURE DE FRANCE
pruntés ; voici le prétendu Conte qu'il lui fait

La plus belle Princesse de l'Univers ( Flore n'en
faisoit pas encore l'ornement) la plus belle Princesse
de l'Univers étoit menacée de causer la mort au
plus tendre et au plus fidele de tous les Amans.
Dans le nombre infini d'Adorateurs que ses charmes
lui attirerent , il se trouva un Prince si éperdûment
amoureux d'elle , qu'il sentit aux mouvemens
de son coeur que C'étoit sur lui que la prédiction de
voit tomber. Oui , disoit- il en lui- même, c'est moi ,
belle Princesse , qui dois être votre victime ; mais
la mort que vous me préparez me sera chere
puisqu'elle doit vous prouver que de tous vosAmans
je suis le plus tendre et le plus fidele. Rien ne put
l'empêcher de courir au péril qui le menaçoit ; il arriva
à la Cour de la Princesse , fut introduit chés
elle ; mais le premier regard qu'elle jesta sur lui le
changea en un oiseau d'une figure affreuse . L'oiseau
infortuné s'envola par les fenêtres , etalla cacher
dans le fond d'un bois sa honte et son désespoir ; la
Princesse fut frapée de ce prodige ; la plus sombre
mélancolie s'empara de ses esprits. Deux jours après
cet évenement , étant assise sous un Cabinet de
verdure , elle entendit se plaindre et soupirer sans
voir personne ; c'étoit lui- même , Madame ; elle
s'effraya ; rassurez- vous , lui dit l'Oiseau , je suis
le Prince dont vous avez causé la métamorphose ,
le plus passionné de vos Amans doit mourir au bout
de trois jours , après avoir éprouvé ce sort , et ce
n'étoit que sur moi qu'il devoit tomber ; il n'en est
qu'un remede , c'est de m'aimer , belle Princesse ; la
Fée qui me poursuit doit me rendre la vie et ma
figure naturelle à cette condition , parce que la
ruelle croit la chose impossible ; je n'ai plus qu'un
jour à respirer ; voyez si vous pouvez vousfaire
cet effort , ma destinée est entre vos mains.
La
A O UST. 1736. 1887
La Princesse Flore , pendant tout ce récit
avoit témoigné de l'attendrissement; elle demanda
enfin au Prince si ce malheureux Amant n'avoit
pas obtenu de sa Princesse l'amour qu'il lui
demandoit , et qu'elle croyoit indubitablement
qu'elle devoit lui avoir accordé , le Prince ayant
voulu sçavoir d'elle - même si elle l'auroit aimé ,
elle lui répond
Les malheureux ont un grand ascendant sur les
coeurs compatissans , et je crois que je ne sçaurois
refuser la pitié la plus tendre à un Prince quej'au
rois mis en cet état.
Le Prince repartit : Ah ! Madame , suivez ces
genereux sentimens ; c'est mon histoire que je viens
de vous raconter.
Quoique l'attendrissement de Flore soit d'un
heureux augure pour l'amour du Prince ; il n'est
pas encore parvenu à ce bonheur , Flore persiste
toujours dans ses premiers engagemens avec le
Prince stupide , elle ordonne au Prince qu'elle
vient de plaindre , de se retirer , en lui disant :
Craignez mon ressentiment si vous n'obéissez
votre amour , tout respectueux qu'il est , donne atteinte
à ma gloire ; songez que je dois épouser Lisandre.
་ ་
Le Prince est mortellement frapé de ces der
njeres paroles ; mais la Fée Agatine calme son
désespoir par ces mots :
Redoublez la dose d'esprit ; elle ne sera peut- être
pas si scrupuleuse. "
Le Prince se retire ; mais il veut achever de
Pattendrir , en Tui disant :
Madame , vous venez de me fraper d'un coup
de foudre mon amour offense votre gloire , ah !
sa pureté seule m'a donné la hardiesse de vous en
faire l'aven ; c'en estfait , vous meprivez de vô-
G
9
I
1888 MERCURE DE FRANCE
1 tre présence ; j'aurois respiré jusqu'au moment de
votre mariage, mais vous ordonnez que je meure
sur le champ , vous allez être obéic.
A ces mots le Prince se retire ; l'attendrissement
de Flore redouble , la Fée Agatine lui porte un
nouveau coup , elle lui fait entendre que l'esprit
a fait naître en elle les sentimens , et que c'est à
ce même Prince qu'elle vient de condamner à
mourir , qu'elle est redevable de cet esprit quí
vient de l'arracher à la stupidité et à l'insensibilité
, ce motif de reconnoissance produit un si
grand changement dans son coeur , qu'elle fait
rapeller ce Prince pour lui détendre de mourir
elle va plus loin , et peut- être un peu trop ; on
en jugera par ce qu'elle exige du Prince.
Prince , lui dit- elle , je veux que vous me promettiés
de vivre, que vous me le juriez par moimême,
ou l'arteste le Ciel que votre mort sera suivie
de la mienne.
L'amour peut - il s'exprimer d'une maniere
plus tendre c'est là ce qu'on a reproché aux
Auteurs; il n'auroit fa lu que de la pitié et de
la reconnoissance dans ce second Acte : passons
au dernier.
Les Spectateurs sembloient n'avoir plus rien
à désirer après le dernier aveu de la Princesse
Flore, l'objet principal de la Piece paroissoit
rempli , puisque l'esprit l'avoit emporté dans son
coeur sur Is charmes de la beauté , mais les Autears
ont réveillé la curiosité par un coup de
Théatre , qui d'abord a fair prendre le change
aux Spectateurs, ils ont crû que la Princesse étoit
retombée dans sa premiere bêtise , les pluséclairés
n'y ont pas été trompés, et les moins penetrans
se sont vantés d'avoir fait la même découverte.
tant l'amour propre a de pouvoir sur le coeur
"
des
A O UST. 1736. 1889
des hommes. Quoiqu'il en soit , on a été agréa
ablement surpris de voir que l'esprit que le Prince
avoit donné à son imbécille Maîtresse , lui
ait suggeré ce tour d'adresse pour suspendre la
fureur de la Fée Bruyante , à peine Flore s'estelle
trouvée en liberté de s'expliquer avec son
Amant , qu'elle l'a rassuré par ces mots : Cher
Prince , est-il possible que vous ayés été abusé comme
les autres se peut - il que celui de qui j'ai apris
à penser et à sentir , se connoisse si peu aux mouvemens
du coeur et de l'esprit ne vous êtes - vous pas
aperçû que ce retour d'imbécillité étoit un effet de
ma tendressedc. Oži , Prince , je vous aime, et je
ne rougis point de vous le dire ; mon amour est
d'autant plus fort qu'il a vaincu tous les préjugés 3
mes yeux d'abord , je vous l'avonë , ont décidé en
faveur de votre Rival , et vous devez me pardonner
cette erreur ; je ne sçavois alors que regarder
et voir ; mais depuis que par votre don j'ai été capable
de penser et de connoître , l'esprit a déterminé
le coeur; la raison a fait naître les sentimens , et
La reconnoissance les a perfectionnés. Nous n'employerons
pas davantage de Citations , de peus
d'être trop longs.
-
Nous ne finirions pas si nous · mettions
dans cet Extrait tout ce qui peut relever
le mérite de la Piece. C'est dommage que les
Auteurs n'ayent pas pu la dénouer d'une maniere
moms ordinaire ; ils ont été obligés d'employer
une Paissance supérience contre la Fée
Bruyante , et cette Puissance supérieure a été
PAmour personifié ; n'a- t'on pas lieu de récuser
une pareille Divinité dans un sujet viréd'un Conte:
quoiqu'il en foit, l'Amour arrive fort à propos
pour meure pos Amans à couvert de la fureurde
leur persécatrice la Fée Bruyante est contrainte
Gvj
1890 MERCURE DE FRANCE
de lu iobéir, et de laisser en paix les victimes de sa
colere : Il ne nous reste plus qu'à parler de la Fête
par laquelle certe Piece est terminée ; les Auteurs
ne pouvoient mieux assurer leur gloire .C'est l'Amour
même qui l'ordonne ; voici par où elle
commence :
Amour , ta derniere victoire
Vient de déchirer ton bandeau;
Jouis d'un triomphe si beau ,
Rien n'en peut obscurcir la gloire.
Lorsque tu te soumets un coeur
Par le seul pouvoir de tes Armes ,
On ne jouit que d'un commun. bonheur
Tu n'es souvent qu'un Dieu de tumulte et d'al
larmes ;
Mais peut-on trop chérir tes charmes ,
Lorsque l'esprit te rend vainqueur ?
Voici quelques Couplets du Vaudeville.
Tout roule aujourd'hui dans le Monde
Sur l'Esprit et sur la Beauté ;
Tout sur ces deux objets se fonde ;
Emploi , crédit et dignité,
Tout roule aujourd'hui dans le Monde
Sur l'Esprit et sur la Beauté.
Gros Commis , de peur qu'on ne fronde
Votre trop grande habileté ,
Prenez femme qui vous seconde
EA
A O UST. 1736. 1891
En cas de quelque adversité ;
Tout roule , &c.
Arlequin au Parterre.
Messieurs , qu'aucun de vous ne gronde
Voici le moment redouté ,
Notre espérance ne se fonde
Que sur votre seule bonté ;
Car nous ne roulons dans le Monde
Sur l'Esprit ni sur la Beauté .
Cette Piece imprimée chés le Breton , Quay
des Augustins , se débite avec beaucoup de succès-
Le 4. Août , les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piece nouvelle en Vers et en un Acte,
qui a pour titre , les Mascarades amoureuses , de
la composition de M. Guyot de Merville , er son
premier Ouvrage pour le Théatre Italien . Cette
Piece est très- bien reçue du Public ; nous en
donnerons l'Extrait le mois prochain.
Le 23. l'Académie Royale de Musique donna
la premiere Représentation d'un nouveau Bailes
Héroïque , composé d'un Prologue et de trois
Entrées , qui a pour titre , les Romans ; le Poëme
est de M .... et la Musique de M. Niel ; nous
ne manquerons pas de rendre compte le mois
prochain de cet Ouvrage , qui a été reçû favo→
rablement du Public.
.
Le 11. Août , l'Opera Comique donna une
Piece nouvelle d'un Acte en Vaudeville , intitu
lée,le Mary Préferé , précedée d'un Prologue
nouycaug
1892 MERCURE DE FRANCE
nouveau , qui a pour titre , la Fée bienfaisante;
ces deux Pieces sont suivies du nouveau Ballet
des Fêtes Galantes , dont on a déja parlé.
Le 25. ils donnerent encore deux Pieces nouvelles
, la premiere en un Acte , qui a pour titre
Le nouveau Parnasse , et l'autre en deux Actes ,
intitulée, la Dragonne. Ces Pieces , qui sont ornées
de Divertissemens , de Chants et de Danses,
ont été aplaudies du Public.
Le 26. le lendemain de la Fête de S. Louis ,
on donna sur le même Théatre , à onze heures
du soir , un Bal public , à l'occasion de la Fête
du Roy. On avoit construit un plain pied au
niveau du Théatre , qui contenou roure la longueur
de la Salle , laquelle fut très bien décorée
et fort éclairée. On y dansa toute la nuit , avec
un grand concours,
NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUIE.
Es avis qu'on a reçus à Constantinople, des
Acres d'hostilités commis par les Troupes
de la Czarine dans la Crimée , ayant déterminé
Le Grand Seigneur à y envoyer une Armée pour
s'oposer aux progrès des Armes de S. M. Cz. la
Déclaration de la guerre contre les Moscovites ,
s'est faite avec les formalités ordinaires . L'Eten- ·
dart de Mahomet a été porté dans les principa
les rues de cette Ville , et le Mufti , accompagné
des Scheics de la Famille de ce Législateur et
des anciens Docteurs de la Loy , a fait dans la
Place
AOUST. 1738 .
Place qui est vis - à - vis le Sérail , les Sacrifices
usités en pareille occasion .
On a ensuite arboré la Queuë de Cheval dans
Certe Place , au bruit des acclamations réiterées
du Peuple. Deux jours après cette cerémonie
tous les Corps de Métiers s'étant assemblés dans
la Place die A.meidan , se sont rendus au Sérait
en l'ordre suivant : le Grand Prévôt à la tête de
ses Gardes , un Char tiré par des boeufs et con
duit par un homme , qui , selon une coûtume
qu'on observe lorsque le Grand Seigneur ou le
Grand Visir part pour l'Armée , répandoit dus
grain autour de lui , un Scheich tenant un Exemplaire
du Livre de l'Alcoran er marchant entre
24. Molas ou Docteurs de la Loy , et les differens
Corps de Métiers , au nombre de 65. Chaque
Corps de Metier étoit précedé de divers instrumens
, et suivi d'un Char , sur lequel on
voyoit les attribuis de la Profession des Artisang
auxquels il apartenoit..
Lor que tous ces Chars eurent passé sous les
fenêtres d'où le Grand Seigneur voyoit cette
Marche , les Troupes destinées pour la garde
du Grand Visir , lesquels étoient rangées en
Bataille dans la Place , vis - à vis le S rail , firent
une Salve générale de leur Mousqueterie , Le
Mufti récita les Prieres accoûtumées pour la
prosperité des Armes de Sa Haute sse , et la premiere
colonne des Troupes dont l'Aimée doit
êire composée , partit sous les ordres du Kiaya-
Beg . pour se rendre au Camp que cer Officier
avoit tracé quelques jou.s auparavant à Daout
Pacha , près de Constantinople.
Cette premiere colonne y a été jointe les "
jours suivans parla seconde , et par la troisiéme,,
taprès que toutes les Troupes y ont été assemblées
1894 MERCURE DE FRANCE
blées , le Grand Visir a pris congé de Sa Hautesse
, et s'est rendu au Camp. Il y a demeuré
plusieurs jours , tant pour faire la revûë des
Troupes , que pour donner Audience aux Ministres
Etrangers qui sont allés lui souhaiter un
heureux Voyage ; il se mit le 18. Juin der
nier en marche avec toutes les Troupes qui
étoient campées à Daout- Pacha. Un autre Corps
de Troupes encore plus considerable que celui
avec lequel il est parti de ce Camp , l'attend
dans les environs de Bender , où est le rendésvous
général de l'Armée , qui sera de 100000
Hommes , sans y comprendre les Tartares et
les Cosaques.
De Constantinople le 22. Juin 1736.
IE 31.May le Kiaya, ou Lieutenant du G.V.
porta une des Queues de Cheval , qui étoient
exposées à la Porte de ce premier Ministre depuis
le 28. à Daout- Pacha , pour y marquer le
Camp.
Le z. Juín , PHourdy sortit de Constanti
nople , cette Marche étoit d'environ vingt mille
Hommes , en 72. Corps de Métiers ; chaque
Corps composé d'une Milice à pied , formée par
les Aprentifs ou Compagnons , et d'une Milice
à Cheval formée par les Maîtres , le tout entremêlé
de diverses mascarades , qui avoient ra-
L'Hourdy , c'est la Marche de tous les Corps
de Métiers qui vont accompagner ceux d'entre eux
qui doivent suivre PArmée ; Il y en a une
Description fort détaillée dans les Mémoires impri
més de M. de la Croix.
porr
A OUST. 1736. 1895
port aux Métiers des Corps dans lesquels elles se
trouvoient confondues.
Le même jour il arriva à Constantinople un
Envoyé de la Cour de Russie , Porteur d'un Manifeste
ou Declaration de Guerre. Après que cet
Envoyé se fut acquitté de sa Commission , il fut
remis au Resident de Russie , qui le dépêcha de
nouveau à Petersbourg. Ce Resident n'a pas été
mis aux sept Tours , il doit suivre l'Armée, sous
Pescorte ou garde d'une Compagnie de Janissaires
Oa dit qu'il sera ensuite conduit jus
qu'aux Frontieres de cet Empire , et qu'on lui
laissera enfin la liberté de se rendre à sa Cour. )
:
On a envoyé à Erzerum un Salahor , ou E➡
cuyer du G. S. pour faire venir à Constantinople
l'Ambassadeur de Thamas - Kouli - Kan ,
qui avoit cu ordre de s'arrêter dans cette
Ville.
La Porte envoye en Perse Kesserely - Achmet-
Effendy , pour y résider en. qualité d'Ambassa
deur auprès de Thamas - Kouli- Kan . Cet Effen
dy étoit Favori du Hislar Aga , ou Chef des
Eunuques ; et on regarde la Commission qu'on
vient de lui donner comme une espece de disgrace.
Le 3. Juin l'Aga des Janissaires se rendit au
Camp avec environ dix - huit mille Hommes de
cette Milice ; les Dgebedgis s'y rendirent le 5. les
Topigis le 6 , et le G. V. le 7. avec les Spahis,'
Ou Cavalerie , et les Grands Officiers de l'Empire
destinés à suivre l'Armée , ce qui formoit,
une Marche de plus de vingt mille Hommes.
Le 4. Kupruli Achinet - Pacha , fut nommé
Kaimaxam, pendant l'absence du G. V. Il est
*
Lieutenant Général , et à la tête de toutes les
Affaires de l'Etat. Neven
1896 MERCURE DE FRANCE
Neveu d'Abdoullah- Pacha- Kupruli , qui far cué
dans la derniere Bataille que les Furcs ont perduë
en Perse.
Le 9. M. le Marquis de Villeneuve , Am¬
bassadeur de France , alla rendre visite au G V.
sous ses Tantes. Son Exc. étoit precedée par an
Tchaoux que le G. V. avoit envoyé au devant
de lui ; par sa Maison , dont plusieurs Pal
freniers menoient en main des Chevaux richement
harnachés à la Françoise et à la
Turque , suivie de ses Secretaires , et d'une par
tre de la Nation Françoise , ce qui formoit un
Cortege de plus de 130. Personnes à Cheval , et
très-bien montées.
Tous les autres Minisres allerent aussi les 11.
32. er 13 Juin rendre visite au G. V.
Le 9. Les Janissaires décamperent de Daout
Pacha , ils furent suivis le lendemain par les
Dgebedgis , deux jours après par les Topigis ,
et le 16. à la pointe du jour le G. V. partit
avec les Spahis, la Caisse Militaire , le Kiaya, le
Reys-Effendy , le Defterdar , ou Trésorier de
l'Armée, et tous les Seigneurs de l'Empire quidoi
vent suivre l'Armée; Il alla coucher à Ponté Pico
lo, qui est à quatre lieuës de Constantinople , le
G. S. alla trouver le G. V. dans son Camp , une
demie heure avant qu'il en partît , et l'accompagna
avec toute sa Cour jusqu'à Ponté Picolo
où il lui remit l'Etendart de l'Empire.
Les Troupes Ottomanes sont pleines d'ardeur
, et extrêmement animées contre leurs
Ennemis ; mais il y a lieu de croire que la Porte
ne pense qu'à faire la Paix , si on là lui offre à
des conditions raisonnables.
Le Résident de Russie partit le 17. de ce mois
de Constantinople ; celui d'Allemagne se pro-
Poss
1
A O UST. 1897 1736.
#
pose aussi à suivre l'Armée Turque , lorsqu'il
- en aura eu la permission de sa Cour.
On ne sçait rien de fort précis sur la situa
tion du Siége d'Asoph , mais bien des gens assurent
que les Moscovites s'en sont rendus maîtres
; on a apris qu'ils s'étoient avancés vers la
Crimée , que le Kan des Tartares s'étoit posté
au-delà d'Orca pi , qu'il atendoit un renfort
de Tartares du Boudgiak , que le Sultan
Ilam Ghiray devoit lui amener , et que suivant
toute aparence , il y auroit bientôt une action
entre les Tartares et les Moscovites.
On a apris que le Capitan - Pacha , ou Amiral,
étoit arrivé à Caffa , mais que les Galeres , les
Galiottes,et les Brigantins, qu'on avoit fait partir
d'ici aprés lui pour la Mer Noire , ne l'avoient
pas encore joint.
M. l'Ambassadeur de France a eu hier sa premiere
Audience du Kaimakam, avec les Ceremo
-nies ordinaires.
RUSSIE.
R. Lesci que le Feldt- Maréchal
son Pere a Mdépêché
à la Czarine
,a raporté
que la Garnison
Turque qui étoit dans Asoph , devoit selon
la Capitulation qu'elle a obtenue être conduite à
Cuban , et que les Officiers et les Soldats s'étoiena
engagés par serment à ne point porter les Armes
pendant un an contre les Moscovites.
On a sçu par le même Officier , que cette
Garnison avoit perdu près de 1000. hommes
dans les differentes sorties qu'elle avoit faites pen
dant le Siége .
Le 6. Juillet il arriva à Petersbourg un Coursier,
par lequel le Comte de Munich envoya à
18 MERCURE DE FRANCE
la Czarine une Relation de ce qui s'est passé tu
Crimée depuis la prise des lignes de Precops. Ce
- Général mande à S. M. Cz. qu'après avoir mis
dans ces lignes er dans la Ville de Precops an
- nombre suffisant de Troupes pour les garder , il
avoit décampé le 4. du mois de Juin , dans le
dessein de marcher vers la Partie Meridionale
de la Crimée , et qu'il n'avoit rencontré les deux
jours suivans que quelques Partis des Ennemis ,
qui avoient harcelé son Armée au passage des
Rivieres et des défilés .
Le 7. il y eut entre les Moscovites et les Tari
tares une Action qui fut très vive de part et
d'autre , et dans laquelle les premiers remporterent
l'avantage.
Le Comte de Munich étant arrivé le 8. au
défilé de Baltschika , par lequel il falloit que
l'Armée passât pour aller à Koslow , les Ennemis
entreprirent de lui disputer ce passage , et
après avoir mis en déroute les Troupes de l'avantgarde
, ils s'emparerent de plusieurs Chariots ,
mais les Moscovites se rallierent, et les obligerent
de se retirer avec précipitation .
Sur l'avis qu'on reçût le 9. au soir que les
Tartares étoient campés assés près de l'Armée ,
le Major Général Hein marcha toute la nuit
- avec un Corps considerable de Cavalerie.

Le 10. à la pointe du jour il surprit dans lear
Camp les Ennemis qui eurent à peine le temps
de prendre leurs armes , er qui se sauverent ca
desordre. Les Tartares perdirent beaucoup de
monde en cette occasion , et le Sultan Calga y
- fut tué.
L'Armée qui continua sa marche le 12. passa
le 15. par
deux Villages apartenans à la Mere
du Kan de Crimée , et alla camper à une lieuë de
Koslow. On
A O UST . 1736. 1899
? On détacha le 16. tous les Grenadiers avec
ane partie de l'Artillerie , pour s'emparer de
cette Place , dans laquelle on ne trouva que
des Marchands Grecs et Armeniens , parce qu'à
l'aproche de l'Armée la Garnison s'étoit embarquée
pour Constantinople , et les Tartares'
s'étoient retirés avec leurs meilleurs effets .
Le 18. l'Armée fut jointe par le Major Géneral
Lesci, qui n'étoit parti de Précops qu'après
le Comte de Munich ,
Le Corps de Troupes que ce Major General
avoit sous ses ordres , avoit été attaqué la veille'
par un Corps considerable de Tartares , mais il
s'étoit défendu avec tant de valeur , que les Enne
mis avoient été repoussés.
.
Le 21. Le Comte de Munich quitta les envi
rons de Koslow , et l'Armée s'étant renduë le
22.à Camunriu , le Prince Ismaïloff fut détaché
avec quatre Régimens d'Infanterie , deux de Dragons
, un Corps de Cosaques , et huit Pieces de
Canon,pour aller chasser les Ennemis de quelques
Villages dans lesquels les Tartares s'étoient retranchés
. Les Ennemis , après une assés longue
résistance , abandonnerent ces postes , et ils ne
purent emmener leurs bagages.
On a apris depuis que le Comte de Munich
en quittant le Camp de Camunriu avoit marché
vers Bielogrood , Ville située sur le bord de la
Mer noire , et éloignée d'Asoph de près de cent
lieuës
.
Les Moscovites ont mis à contribution tout
le Pays par lequel ils ont passé , ils ont ruiné
les environs des lieux od les Tartares auroient
pú former quelques nouveaux Camps , ils ont
brulé un grand nombre de Villages , et ils ont
pris sur les côtes de la Crimée plusieurs Bâtimens
1900 MERCURE DE FRANCE
mens , sur lesquels les principaux Tartares
avoient fait embarquer leurs effets les plus précieux,
pour les envoyer à Constantinople.
Le Kan de Crimée a fait conduire ses femmes
et ses trésors à la Forteresse de Mancop, et il a
rassemblé toutes ses Troupes sous le Canon de
Bacciesaray. Ce Prince paroît résolu d'y attendre
l'Armée Moscovite , de donner une nouvelle
Bataille, et si la victoire se declare encore contre
lui , de s'enfermer dans la Place , pour la défendre
jusqu'à la derniere extremité.
On a apris presqu'en même temps que l'Ar
mée Ottomane , composée de 100000. Hommes
s'avançoit vers l'Ukraine Moscovite , sous les
ordres du Grand Visir.
*
On vient de recevoir avis que le Kan de Crimée
ayant quitté les environs de Bacciesaray ,
pour aller joindre l'Armée , commandée par le
Grand Visir ; le Comte de Munich s'étoit rendu
maître de cette Place , et qu'il étoit rétourné
ensuite à Precops , parce qu'il craignoit que son
Armée ne manquât de vivres et de fourages , s'il
la faisoit tmarcher plus avant dans le Pays.
I'
POLOGNE .
La été resolu dans la derniere Diette , qu'à
l'avenir les Ministres Etrangers seroient obligés
de s'éloigner de Warsovie lorsqu'on tiendroit
les Diettes de convocation , et que pour
maintenir la liberté des suffrages dans les Elections
des Rois , les Seigneurs et les Gentilshommes
qui seroient convaincus d'entretenir quel
que liaison avec les Ministres Etrangers pendant
les interregnes ne seroient point admis à denner
Icure voix.
AOUS T. 1736 1901
On est aussi convenu , que le Pape conserveroit
le Droit de nommer aux Bénefices dans le
Royaume de Pologne , à l'exception des Evêchés
dont le Roy disposera selon la coûtume , et des
Abbayes Regulieres qui seront remplies par les
Sujets que les Chapitres et les Communautés Re
ligieuses éliront.
ALLEMAGNE.
>
3
N mande de Vienne que l'Empereur a accordé
à la Princesse Anne-Victoire de Savoye
la jouissance de la Terre de Hoff , que le
Prince Eugene posse doit en Hongrie . Cette
Princesse jouira aussi de la Maison que le Prince
Eugene a fait bâtir à Vienne , et S. M. I. lui a
fait present de tous les Meubles et autres Effets
qui s'y sont trouvés , à l'exception de la Bibliotheque
, qui a été transferée au Palais .
On a reçû avis de Hambourg , que quelques
Officiers de la Garnison de Parchim , dans le
Meckelbourg , ayant voulu enrôler des hommes
par force , les Bourgeois avoient pris les Armes
et chassé la Garnison de la Ville.
L
ITALIE.
E 13. Juillet le Pape envoya en present à
LM. Mocenigo , Ambassadeur de la Republique
de Venise , un Corps Saint , et un fort
beau Tableau en Tapisserie , répresentant l'Evangeliste
5. Marc..
Sa Sainteté a accordé au Cardinal Ottoboni
la permission de se demettre de son Titre de
Grand Prieur d'Irlande , en faveur du Fils du Duo
de Fiano , âgé seulement de deux mois.
1952 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Florence , qu'on y a publié un
Edit portant ordre à tous les Officiers de Justi
ce de faire arrêter les Déserteurs Impériaux , et
défense à tous les Sujets du Grand Duc , sous
peine des Galeres , de leur piêter aucun secours,
et de leur acheter ou vendre aucune Marchandise.
De Naples. Le Roy ayant fait sçavoir au Pape
que certaines circonstances exigeoient qu'on dé.
tachât quelques Troupes du Royaume de Naples
pour les envoyer en Toscane , et qu'il esperoit
que S. S. leur feroit fournir les Etapes et les logemens
lorsqu'elles traverseroient l'Etat Ecclesiastique
; le Pape a donné avis à S. M. qu'il
avoit fait expedier des ordres pour cet effet dans
tous les Lieux où ces Troupes devoient passer.
Quatre des Galeres de Malthe ont conduit à
Pozzuolo le Vaisseau Algérien dont elles se sont
emparées , et qu'on dit être le Vaisseau Amiral
l'Alger ; ce Vaisseau est de 70. Pieces de Canon
et de 600. hommes d'équipage.
Le Roy s'est fait représenter un Etat de ses
Finances , suivant lequel il paroît que cette année
la recette excedera de trois millions la dépense.
Sa Majesté a fait mettre dans son Trésor
B00000 . ducats en monnoyes d'or frapées à son
Coin.
On a publié à Venise depuis peu un Decret en
faveur des Négocians qui feront construire des
Vaisseaux assés forts pour se défendre contre les
Corsaires. Le Gouvernement promet de leur fournir
gratuitement du Canon et des Soldats , de
leur vendre à un prix modique les munitions de
guerre dont ils auront besoin , et de leur accorder
une diminution considérable sur les droits
d'entrée et de sortie des Marchandises. Il s'enga
AOUS T. 17 :6. 1903
gage aussi à payer pendant trois mois vingt des
Ouvriers qu'ils employeront à la construction de
chaque Ba ument , et à leur donner un certain
nombre de pieces de bois à un demi ducat la
piece
On aprend de Genes , que M. Rivarola ayant
envoyé un Détachement sous les ordres de M.
Marchelli , pour donner la chasse à quelques
Troupes d. Rebelles , qui s'étoien avancées dans
les envifons de la Bastie , ce Détachement les
avoit attaquées et les avoit mises en fuite , que
trente des Rebelles , qui avoient été coupés par
les Genois , s'étoient réfugiés dans une Tour où
ils s'étoient défendus pendant près de cinq heures
con re 60. hommes du Détachement de M.
Marchelli , et qu'on avoit été obligé de mettre
le feu à la Tour pour les en faire sortir , que
malgré les efforts des Genois pour n'en laisser
échaper aucun cinq s'étoient sauvés , que 15 .
avoient péri les Armes à la main , et que les dix
autres avoient été faits prisonniers.
Selon les dernieres Lettres , le Chef des Rebelles
envoya le 20 du mois dernier un Tambour
aux Habitans du Bourg de Calenzano , sur la
Frontiere de la Province de Balagna , pour les
sommer de se rendre . Il fit dire en même - temps
aux Magistrats et au Cuté , qu'il sçavoit qu'ils
avoient contribué par leurs discours à la résolution
que les Habitans avoient prise de demeurer
fideles à la République , et qu'il trouveroit moyen
de les taire repentir de leur conduite s'ils retusoient
de se ranger de son parti . Le Tambour
lui ayant raporté pour réponse que les Habitans
de Calenzano , peu intimidés par ses menaces ,
étoient déterminés à se détendre s'il les artąquoit
, il s'avança ve.s ce Bourg avec un Deta-
H chement
1904 MERCURE DE FRANCE
chement de so . Cavaliers et de 400. hommes
d'Infanterie . Tous les Habitans en état de porter
les Armes , s'avancerent dans la Campagne dès
qu'ils furent avertis de sa marche, et s'étant ranges
en bataille dans un poste avantageux, ils y attendi
rent les Rebelles . Quoique ceux - cy fussent supé
rieurs en nombre , les Habitans de Calenzano firent
feu sur eux , et ils combattirent avec tant
d'ordre et de valeur, qu'il les mirent en déroute.
Le Commandant des Ennemis , après avoir rallié
une partie de ses Troupes, retourna à la char.
ge; mais les Habitans de Calenzano ayant été
joints par quelques Compagnies que le Gouver
neur de San- Fiorenzo envoya à leur secours ils
disperserent entierement les Rebelles , et leur
Chef ne put retenir près de lui que quatre des
siens , qui l'accompagnerent dans sa fuite ; 40 .
des Rebelles ont été pris dans cette occasion et
conduits à la Bastie , où la plupart ont été condamnés
à mort. Ce mauvais succès a achevé d'ỗ-
ter à leur Chef la confiance d'un grand nombre
de ceux de son parti. Un des principaux d'entre
eux lui ayant fait des reproches , tant sur diverses
fautes qu'il l'accusoit d'avoir commises , que
sur le peu d'effet dont ses promesses avoient été
suivies, ils se sont tenus réciproquement plusieurs
discours offensans,
Leur differend a été suivi d'une division entre
les Rebelles qui se sont déclarés , les uns pour
leur Chef , et les autres pour son Adversaire . Il
s'est élevé entre eux une espece de guerre civile ,
et is en sont venus plusieurs fois aux mains,
Leur Chef, en eux ou trois occasions , a couru
risque d'être assassiné , et un des siens lui tira
dernierement un coup de fusil qui a tué le nommé
Fabiani , cy - devant General des Rebelles,
(
OD
A O UST. 1736. 1905
On n'est pas instruit précisément du lieu où leur
Chef s'est retiré ; mais le bruit court que ceux
du parti qui lui est oposé , l'ont obligé de s'enfermer
dans un Château , et qu'ils l'y tiennent
bloqué. Depuis qu'il a éprouvé ces differentes
disgraces , les Habitans de la Province de Nebbio
, qu'il avoit contraints d'abandonner le parti
de la République , ont envoyé demander leur
pardon à M. Rivarola , qui ne le leur a accordé
qu'à conditions qu'ils lui remettroient un certain
nombre d'ôtages à son choix , et que tous ,
sans aucune distinction de rang , seroient désarmés.

On aprend par les dernieres Lettres de Genes,
que la division continue de regner parmi les Rebelles
de l'Isle de Corse ; que. leur principal
Chef auroit été presque entierement abandonné
des siens , si Ciaferri ne lui fût demeuré attaché
et que les nommés Pievano , Astelli , Marc- Aurelio
Raphaëli et Hyacinte Paoli , étoient devenus
ses ennemis les plus redoutables .
***************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L'Empereur de la Chine mourut à Peckin la
Il se nomindit Yong Tchin ; il étoit âgé de 54.
ans ou environ , étant né en 1682. et il étoit
Empereur de la Chine depuis l'année 1622 .
La veuve Marie de Oliveira mourut à Lis
bonne le 20. Avril 1736. âgée de 106. ans .
Le 23. Juin , Sultan Achmet II I. du nom ,
cy devant Empereur des Turcs , mourut à Constantinople
d'une attaque d'apoplexie , à l'âge de
H ij 74
1006 MERCURE DE FRANCE

сод
74. ans , étant né en 1662. Il étoit second fils
de l'Empereur Mahomet IV. qui fut déposé à
cause de ses mauvais succès dans la
guerre
tre les Chrétiens au mois de Novembre 1687.ct
qui mourut en prison le 4 Janvier 1693. Achinet
III étoit monté sur le Trône au mois de Septembre
1793. après la déposition du Sulian Mus
tapha II du nom son frere aîné ; mais après
un Regne de 27. ans, il fut lui - même déposé le
premier Octobre 1730 par un soulevement gé
neral des Janissaires . Nous avons donné le dérail
de cette révolution dans un extraordinaire du
mois d'Avril 1731. Le Sultan Achmet avoit cu
plusieurs enfans. Ils sont raportés dans les Souverains
du Monde , tome Edition de 1734.
page 197. au nombre de 14. dont 7. fils , tous
morts jeunes , excepté le dernier , né le 8. Mars
1728. mais il y a des nouvelles qui portent qu'il
est mort quelque temps avant son Pere.
5.
Les nouvelles d'Allemagne marquent que Chrétien
Duc Régent de Saxe - VVeissenfels , Chevalier
des Ordres de l'Elephant et de S. Hubert , mourut
à sa Résidence de Damm , dans la basse
Lusace , sur la fin du mois de Juin dernier. Ce
Prince qui étoit dans la 55e année de son âge ,
étant né le 23. Février 1682. avoit succedé dans
la Régence de Weissenfels au Duc Jean Georges,
son frere aîné , mort sans posterité masculine le
16. Mars 1712. il n'a point eû d'enfans de Louise-
Christine , fille de Christophe , Comte de
Stolberg , et veuve de Jean - Georges , Comte de
Mansfeld , Artern , née le 21. Janvier 1675. et
qu'il avoit épousée le 11.May 1712 de sorte que
Jean Adolphe , Duc de Saxe- Weissenfels , son
frere puîné , Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
blanc , Géneral Feldt-Maréchal Lieutenant des.
Armées
A O UST. 1736. 1907
Armées de l'Empereur , et Général en chef des
Troupes de l'electorat de Saxe, né le 4. Septembre
1685. lui a succedé dans la Régence de son
Erat. Celui- cy est veuf aussi sans enfans , de
Jeanne Antoinette Julienne de Saxe - Eisenach ,
morte le 13. Avril 1726. il ne reste plus de mâles
de cette brauche de Weissenfels que lui et
Georges Albert , Duc de Saxe- Weissenfe's- Barby
, son cousin germain , né le 9 .
Avril 1694.
et qui a été marié le 18. Février 1721. avec Auguste-
Louise , fille de Chrétien Ulric , Duc de
Wurtemberg Oels , née le 11. Janvier 1698 .
Le 7. Juillet , D. Ferdinand Luxan et Silva ,
Marquis de Almodovar . Chevalier de l'Ordre
d'Alcantara , Majordome du Roy Catholique ,
son Conseiller dans le Conseil suprême des Indes
, Grand- Maréchal des Logis de S. M. mourut
à Madrid , à l'âge de 54. ans , ayant rempli
ces differens Emplois et les autres qui lui avoient
été confiés, avec tout le zele , l'aplication et le désinteressement
qu'il convenoit à un homme de
sa condition.
Le 14. Thomas Fane , Comte de Westmorland,
Baron Despenser et de Burghersh , Pair de la
Grande- Bretagne , Conseiller du Conseil Privé
de S. M. B. et Seigneur Lieutenant du Comté de
Northampton , mourut au Château de Mereworth
, dans le Comté de Kent , sans laisser de
posterité , de sorte que ses titres et ses biens passent
au Lord Fane de Catherlough , son frere
unique Colonel et Capitaine d'une Compagnie
du Régiment des Gardes à cheval.
Le 15. Dona Françoise-Xavier , Infante de
Portugal , soeur du Roy regnant , D. Jean V. et
fille de D Pierre I I. du nom , Roy de Portugal,
et des Algarves, mort le Décembre
9. 1709
H iij
et
de
1908 MERCURE DE FRANCE
de D. Marie Sophie- Elizabeth , née Duchesse de
Baviere Neubourg , morte le 4. Août 1699. sz
seconde femme , mourut à Lisbonne sans avoir
été mariée et dans la 38e année de son âge, étant
née le 38. Janvier 1699.
Le 16. mourut à Madrid D. Jacques - Augustin
Riol , le plus ancien des Secretaires de S. M. C.
Garde des Archives du Cabinet et des Secretaireries
des Dépêches universelles , et Agent general
du Domaine Royal.
Le 28. Nicolas Leake , Comte de Scarsdale ,
Baron de Deincourt , & c . Pair de la Grande-
Bretagne, mourut à Wesminster, sans posterité , de
sorte que son titre se trouve éteint , mais ses biens,
que l'on fait monter à plus de 7000. livres sterlings
de rente , passent à sa soeur unique , qui
n'est point encore mariée . Ce Seigneur a laissé
une somme de 1000. livres sterlings pour faire
ériger à sa memoire un Monument dans l'Eglise
de Sutton , dans la Province de Darbi , où son
corps a été porté .
Le 30. Anne-Marie , née Comtesse de Sintzen-
'dorff , veuve depuis le 13. Avril 1716. de Leon ,
Comte d'Uhlfeld , Conseiller Intime actuel d'ɛtat
de l'Empereur , Géneral Feldt - Maréchal et
Commandant de ses Armées en Catalogne , Capitaine
des Archers de la Garde du Corps de
S.M I. et Colonel d'un Régiment de Cuirassiers,
mourut à Bruxelles , dans la 64. année de son
âge , étant née le 25. Avril 1673. elle étoit depuis
1725. Grande - Maîtresse de la Maison de
P'Archiduchesse Gouvernante des Pays - Bas Autrichiens
et elle avoit été cy- devant Gouver
nante des Dames de la Cour de l'Imperatrice regnante
, pendant qu'elle étoit à Barcelonne . Son
Corps , après avoir été exposé le 31. sur un Lie
de
A OUST. 1736. 1909
de parade dans sa chambre , où on a celebré des
Messes à deux differens Autels a été porté le premier
Août au soir , dans l'Eglise des Jesuites, son
Convoi ayant éte accompagné par le Comte
d'Unifeld , l'un de ses fils , Major du Régiment
de Warmbrandt , par le Comte de Harrach ,
Grand- Maître , par les Dames de la Cour , par
les Chambellans de l'Archiduchesse , et par un
grand nombre d'autres personnes de distinction .
La Défunte étoit fille de Rodolfe , Comte de
Sintzendorff- Ernstbrunn , Conseiller de la Cour
Aulique , et Ambassadeur de l'Empereur en
Dannemarck et en Hollande , mort le 2. Septembre
1677. et d'Eve - Susanne , née Comtesse
de Sintzendorff Pottendorff , morte le 29.
Janvier 1709.
·
Le 31. Lucie Hollis de Pelham, veuve depuis le
18. Septembre 1718 de Henry Clinton , Comte
de Lincoln , Baron de Clinton , Pair de la Grande
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
Membre du Conseil d'Etat et Privé du Roy,Trésorier
de sa Maison , Seigneur- Lieutenant et
Garde des Rôles du Comté de Cambridge , &c.
mourut à Londres après une longue maladie . Elle
étoit soeur de Thomas Hollis de Pelham , Duc
de Newcastle , actuellement Secretaire d'Etat
de la Grande - Bretagne , Chevalier de la Jarretiere
, &c . Les Lettres de Londres portent que
cette Dame étoit Mere de l'actuel Comte de
Lincoln ; cependant on a vû dans les nouvelles
des années précedentes que des deux fils que le
feu Comte de Lincoln avoit laissé d'elle , l'aîné
mourut à Montpellier , dans la 13e année de son
âge , en 1730. et que le second étant aussi mort
dans les Pays Etrangers le 7.Avril 1731. avoit eû
pour successeur dans son Titre de Comte de
Hij Lincoln ,
1910 MERCURE DE FRANCE
Lincoln , Georges Clinton , son oncle, Capitainė
d'un Vaisseau de guerre.
La nuit du 10 au 11. Août , Philipe Prince
de Hesse Darmstadt , Lieutenant- Feldt Maréchal
de Camp general des Armées de l'Empereur ,
Gouverneur de Mantonë'Colonel d'un Régiment
Impérial de Cuirassiers , &c . mourut à Vienne,
âgé de 65. ans , 22. jours , étant né le 20. Juillet
1675. Il étoit fils puîné de Louis Landgrave
de Hesse- Darmstadt , mort le 24. Avril 1678. ,
et d'Elizabeth - Dorothée de Saxe Gotha , sa seconde
femme , morte le 24. Août 1709. et frere
consanguin d'Ernest - Louis Landgrave , actuel
lement Régent de Hesse- Darmstadt . Il avoit
embrassé la Religion Catholique à Bruxelles en
1693. et étant entré au service du feu Empereur
Leopold , le Gouvernement de Fribourg en Brisgau
lui fut donné le 20. Août 1698. Il eut au
mois de May 1708. le commandement des Armées
dans le Royaume de Naples , et au mois de
Mars 1713. le Géneralat des Troupes Imperiales
en Italie . Il fut nommé au mois de May 1715 .
Gouverneur de la Ville et Duché de Mantouë ,
où il commanda jusqu'à la fin du mois de Février
1735. qu'il en partit pour se rendre à
Vienne, où il étoit apellé par l'Empereur.Il avoit
été marié le 25. Mars 1693 avec Marie Ernes
tine Josephe de Croy , fille de Ferdinand - François-
Joseph , Duc d'Havré et de Croy , Prince
et Maréchal du S. Empire , Grand d'Espagne ,
Chevalier de la Toison d'or ; et de Marie- josephine-
Barbe de Hallwin de Wailly , elle mourut
le 20. Mars 1714. Il laisse d'elle Joseph , Prince
de Hesse Darmstadt , né le 22. Janvier 1699.
qui étoit en 1729. Prêtre , Chanoine des Eglises
de Cologne , de Liege et d'Ausbourg ; Théodore
dg
A O UST. 1736. 1911
de Hesse- Darmstadt , née le 6. Février 1706. et
qui fut mariée le 23. Février 1727. avec Antoine
Ferdinand de Gonzague , Duc de Guastalla , et
de Sabionette , dont elle est restée veuve sans enfans
le 19. Avril 1729. et Leopold , Prince de
Hesse-Darmstadt , né le 11. Avril 1708 ; celuicy
est Colonel dans le Régiment de Cuirassiers
de son pere. Le Prince de Darmstadt qui vient
de mourir , s'étoit remarié le 30. Décembre
1718. avec Eleonore - Louise de Gonzague , née
le 13. Novembre 1685. veuve de François-Ma
rie de Médicis , Prince de Toscane , mort le 3 .
Février 1711. et fille de Vincent de Gonzague
Duc de Guastalla , mort le 28. Avril 1714. et de
Marie-Victoire de Gonzague , sa cousine , mais
ce Mariage avoit été cassé et déclaré nul en
1721. c'est ce que l'on aprend dans l'Ouvrage
intitulé les Souverains du Monde , imprimé à
Paris en 1734. in 12. vol . 2. pag. 170. et vol. 4.
pag. 130 ainsi ceux qui ont avancé dans le Suplément
de Morery de 1735. que ce Mariage
n'a jamais été fait , se sont trompés .
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.·
E 31. Juillet , M. Daguesseau , Chancelier
de France , auquel le Roy a accordé la Charge
de Commandeur et Grand - Trésorier de ses
Ordres , vacante par la mort de M, Dodun ,
prêta serment de fidelité entre les mains de S. M.
Le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat ,
Hv ayant
1912 MERCURE DE FRANCE
· ayant été pourvû depuis , sur la démission de
M. Daguesseau , Chancelier de France , de la
Charge de Commandeur et Grand - Trésorier des
Ordres du Roy , S. M. a accordé celle de Commandeur
et Secretaire des mêmes Ordres , qu'avoit
le Comte de Maurepas , à M. Chauvelin ,
Garde des Sceaux de France , Ministre et Secretaire
d'Etat , lequel prêta serment le 2. Août au
matin entre les mains du Roy.
Le 4. Août , le Comte de Saint Florentin ,
Secretaire d'Etat , prêta serment de fidelité entre
tes mains du Roy , pour la Charge de Commandeur
et Secretaire des Ordres du Roy , que
S. M. lui a accordée , sur la démission de M.
Chauvelin , Garde des Sceaux de France , Minis ,
tre et Secretaire d'Etat.
Le s. Monseigneur le Dauphin dîna au Châreau
de la Meute , et l'après midi il vint se promener
au Cours et aux Thuilleries.
Le 8. les Députés des Etats de Languedoc eurent
Audience du Roy . Ils furent présentés à
S. M. par le Prince de Dombes , Gouverneur de
la Province , et par le Comte de Saint Florentin,
Secretaire d'Etat , et conduits par le Marquis de
Dreux , Grand- Maître des Ceremonies ; la Députation
étoit composée pour le Clergé , de l'Evêque
de Montauban , qui porta la parole ; du
Comte du Route pour la Noblesse ; de M. Lamouroux
, Maire de la Ville de S. Papoul , de
M. de S. Maximin , Maire de la Ville d'Alais ,
Députés du Tiers-Etat, et de M. de Montferier,
Syndic Géneral de la Province.
Le Comte de Casteja , Ambassadeur du Roy
CA
A O UST . 1736. 1913
en Suede , ayant obtenu la permission de se démettre
de la Charge de Sous - Lieutenant de la
Compagnie des Chevau- Legers d'Orleans , S. M.
en accordé l'agrément au Marquis de Jonsac
Enseigne de la Compagnie des Gendarmes d'Orleans
; M. Trudaine , Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne , a obtenu l'agrément
de la Charge d'Enseigne de la Compagnie
des Gendarmes d'Orleans , et le Marquis de la
Guiche a été nommé Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne.
Le 15. Fête de l'Assomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
; il commença par le Lauda Jerusalem , Motet
de M. de la Lande , il fut suivi d'un autre
petit Motet du sieur du Bousser , chanté par la
Dlle Fel , avec beaucoup de précision . Un jeune
homme , âgé de 17. ans , Eleve du sieur le Clair,
executa sur le Violon un Concerto , avec toute
la vivacité et la justesse imaginable , et fort audessus
d'un homme de son âge ; le Concert finit
par le Te Deum de M. de la Lande , avec Timballes
et Trompettes , dont l'execution fut trèsaplaudic.
Le même jour , le Roy entendit dans l'Eglise
de la Paroisse du Château de Compiegne , la
grande Messe , célebrée pontificalement par l'Evêque
de Soissons.
L'après midi , le Roy se rendit à l'Eglise de
l'Abbaye Royale de S. Corneille , où S. M. entendit
les Vêpres , auxquelles le même Prélat officia
. Le Roy y assista à la Procession et au Salut.
Le même jour , la Reine entendit la Messe
H vi dans
1914 MERCURE DE FRANCE
dans la Chapelle du Château de Versailles , et
S. M. communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , son premier Aumônier.
Le même jour , la Procession solemnelle qui
se fait tous les ans à pareil jour , ca execution
du voeu de Louis XIII. se fit à Paris avec les
cerémonis ordinaires ; l'Archevêque de Pa
ris y officia pontificalement ; le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aydes et le
Corps de Ville y assisterent .
Le 16. dans l'Assemblée génerale du Corps
de Ville , le Président Turgot fut continué Prévo:
des Marchands ; M. Coucicault , Quartinier,
et M. Levesque , furent élus Echevins.
Le même jour , Fête de S. Roch , le Corps de
Musique de l'Eglise Métropolitaine , auquel se
joignirent quantité d'autres bons Musiciens et
Symphonistes de la Ville , se rendit , suivant la
coûtume , dont nous avons déja parlé ( Mercure
de Septembre 1735. page 2105. ) dans le Choeur
des Religieux de la Chartreuse de Paris , et àla
fin de Vêpres y chanta en Contrepoint ; l'Antienne
du saint Fondateur de l'Ordre , Laudan
dus Bruno : et tout de suite un Te Deum à grand
Choeur , de la composition de M. Homer ,
Maître de Musique de Notre- Dame. Il y eut
une grande affluence de monde , qui remplit
toute l'Eglise , et une partie du Monastere.
Les Connoisseurs et les Curieux en grand
nombre , donnerent de justes aplaudissemens à
cette Musique , qui fut executée par plus de
quatre-vingt Personnes , et avec grande Symphonic
de toute sorte d'Instrumens , Tymbales
Trompettes , Hautbois , &c,
>
L
A O UST. 1735. 1915
LeConcert d'Instrumens que l'Académie Roya
le de Musique donne tous les ans au Château des
Tuilleries , à l'occasion de la Fête du Roy , a
été executé le 24. veille de S. Louis , par un
grand nombre d'exceliens Symphonistes de la
même Académie , qui jouerent differens beaux
Morceaux de Musique de Lully, et d'autres Maî
tres modernes.
L'Académie Françoise celebra le 25. de ce
mois la Fête de S. Louis dans la Chapelle du
Louvre. On chania pendant la Messe un trèsbeau
Motet en Musique , de la composition du
sieur Dornel. M. l'Abbé Billard prononça le
Panégyrique du Saint Roy fort éloquemment.
Le même jour , l'Académie des Inscriptions
et Belles - Lettres , et celle des Sciences , auxquelles
présidoit M. le Cardinal de Polignac ,
celebreront la même Fête dans l'Eglise des
RR . PP. de l'Oratoire. El y eut aussi un beau
Motet pendant la Messe , de la composition du
sieur du Bousset , après laquelle M. l'Abbé
Poncy de Neuville , prononça avec beaucoup
d'éloquence le Panéyrique de S. Louis. Nous
en pailerons dans le prochain Mercure .
FESTE donnée à la Reine par S.A.R.
Madame la Duchesse d'Orleans ,
le Mercredi 8. Août 1736.
Lagede Chaillotpics Paris , un beau Sallon
A Reine ayant projetté d'aller voir au Vilque
S A. R. a fait construire du côté de la
Seine , au bas du Jardin des Religieuses de Sainte
Marie , S. M. y arriva accompagnée des Officiers
de sa Maison , et des Dames de sa Cour à
six
1916 MERCURE DE FRANCE
six heures du soir. S. A. R. accompagnée de la
Princesse de Conty sa fille , de Madame de
Lorge , Prieure du Monastere , à la tête de sa
Communauté , reçut S. M. à la Porte du Convent.
La Reine se rendit tout de suite à l'Eglise
, et on y chanta le Salut , après lequel
elle considera avec plaisir la belle vûë de cette
Maison . S. M. s'arrêta aussi pour voir plusieurs
petits Cabinets de verdure que S. A. R. a fait
construire dont la vûë est tout à- fait charmante.
La Reine entretint quelques momens
Madame de Lorge , et toutes les Religieuses reçurent
aussi des marques de sa bonté , de même
que les Pensionnaires que S. M. voulut voir .
>
La Reine descendit ensuite par le Jardin des
Religieuses dans celui de S. A. R. qui en est
séparé par un mur. S. M. s'y reposa quelque
temps pour considerer cette heureuse situation ,
que S. M. trouva encore plus admirable en arrivant
dans le Sallon de S. A. R. lequel , quoi
que bâti d'une maniere simple , est d'un goût
tout-à -fait nouveau et singulier .
Ce Jardin est tout en terrasse , et fait face
dans toute sa longueur à la Riviere , n'en étant
séparé que par le chemin de Versailles ,
sur lequel regne le Balcon , où est le plus
beau point- de-vûë . S. M. s'arrêta dans ce Sallon
pour en voir la sculpture et les autres ornemens
dont le goût le dispute à la richesse .
Elle entra , pour ainsi dire , dans une nouvelle
admiration , en découvrant tout - d'un - coup par
la refléxion des glaces qui y sont placées avantageusement
comme dans autant de Tableaux ,
non seulement la Ville de Paris , Montmartre ,
&c. mais encore toute la Campagne des enviions
de l'autre côté de la Riviere , laquelle étant
séparée
A O UST. 1736. 1917
séparée en cet endroit en deux bras , forme l'Isle
des Cignes , où l'on avoit dressé un grand nombre
de Tentes disposées en ligne circulaire , qui
formoient une espece de Camp , où s'étoient
rendus quantité de Seigneurs et de Dames les
plus qualifiées , sans parler d'un nombre innombrable
de Peuple , sur le bruit qui s'étoit répandu
que la Reine honoreroit de sa visite S. A. R.
à Chaillot.
S. M. passa du Sallon sur le Balcon , pour
voir encore plus commodément cette Isle , entierement
couverte de monde jusqu'aux bords
de la Riviere , qu'on avoit unis en glacis , ce
qui formoit un grand Amphiteatre , varié de
toute sorte de couleur , par la difference et la
richesse des habits et des coeffures des Personnes
qui le remplissoient , sans compter que la
Riviere à droite et à gauche étoit pareillement
couverte de Peuple , soit dans les Batteaux ,
Ponts de Batteaux faits exprès , Galiotes , &c .
ce qui faisoit un coup d'oeil qu'on ne sçauroit
décrire , et dont les Spectateurs ne perdront pas
si tôt le souvenir.
La Reine entra ensuite avec S. A. R. dans un
petit Cabinet à côté du Sallon , orné de peintures
et de très - belles glaces. Ce Cabinet a aussi
un Balcon séparé , dont la vûë s'étend du côté
du Château de Meudon ; on servit alors toutes
sortes de rafraîchissemens , des glaces , et les
plus beaux fruits de la saison .
Cinquante huit Batteliers des plus lestes , légerement
vétus en blanc , avec des bonnets peints
de diverses couleurs , commencerent une Joûte
sur l'Eau , au bruit des Trompettes , Timballes
et Tambours , dans laquelle ils firent tous leurs
efforts pour rendre cet exercice agréable aux
yeux,
1918 MERCURE DE FRANCE
yeux , par leur force , leur adresse , leurs culebutes
dans l'eau , & c.
Il y avoit dans quatre
Batteaux quatre diffé
rens Corps de Musique ; le premier de Musique
Allemande , le second de Musique champêtre ,
le troisième étoit composé des principaux Symphonistes
de l'Academie Royale de Musique , et
le quatrième d'une Musique Guerriere . Cependant
malgré toutes les mesures prises pour pla
cer ces quatre Batteaux dans une situation convenable
, et qui eût donné le plaisir d'une surprise
agreable , il y avoit une telle quantité de
Batteaux , qu'on ne put pas jouir long - temps
d'un si agréable spectacle.
S. M. trouva bon que la Musique , dont on
avoit déja entendu d'excellens morceaux , malgré
le bruit confus d'un Peuple infini , fut placée
au voisinage du Sallon de S. A. R. afin
qu'on pût i'entendre plus commodément pendant
le soup-r. Le Sieur Chauvon , l'un des
Huissiers du Cabinet de S. A. R. et Homme
fort entendu , avoit été chargé de l'arrangement
et de l'execution de ce superbe Concert , et on
peut dire qu'il y a très bien réussi .
Les Paysans et les Paysannes des environs de
Chaillot en grand nombre, vétus proprement en
blanc, avec des Bandolieres. Cocardes, Fontanges
et Rubans de la Livrée de la Reine,vinrent passer
sous le Balcon avec des Violons à leur tête ;
S. M. leur ordonna de danser des contre- danses
et des danses en rond , après lesquelles ils
passerent dans l'Isle pour donner le mème plaisit
au Peuple , et pour rendre ce grand Spectacle
plus brillant et plus animé.
On vit arriver ensuite sous le même Balcon
où étoit la Reine avec S. A. R. une Troupe de
Sauteurs
C
AQUST 1736 1919
Sauteurs masqués très proprement , et differemment
habillés , qui executerent toutes sortes de
Danses Comiques , parmi lesquels il y avoit
aussi des Sabotiers , des Pierrots et autres Personnages
Pantomimes , qui divertirent beaucoup
la Reine et toute sa Cour. On avoit couvert le
pavé qui est sous le Balcon , et sous toute la
longueur de la Terrasse , d'herbes odoriferantes
qu'on avoit eu soin d'artoser pour empêcher la
poussiere et le grand bruit.
A la nuit , le Sallon et le Jardin parurent illu
minés d'une maniere aussi ingenieuse que brillante
, et les dedans d'une grande quantité de
Bougies , dont les glaces multiplioient le nombre
: le dessus du Pavillon l'étoit aussi tout autour
en grosses Bougies dans des verres , avec
des girandoles en piramides , qui produisoient
un effet surprenant , et faisoient voir le dessus
du Pavillon tout en feu.
La Reine al a ensuite dans le Jardin , et se
promena tout le long de la Terrasse pour en
voir les Illuminations , aussi bien que celle du
Sallon et de l'Isle des Cygnes ; car toutes les
Tentes qui y étoient dressées , furent aussi éclai
rées par de grosses Lanternes de taffetas .
S. M. rentra dans le Sallon , où S.A R. fit servir
un Souper aussi magnifique que délicat ,
pendant lequel les Musiciens , dont on a parlé
formerent un Concert des mieux entendus et des
plus singuliers par la varieté d'excellens morceaux
de Musique qu'ils executerent au gré de
la Reine , et aplaudi de toute sa Cour. Il ne
faut pas oublier que dans le Corps de Musique
Allemande , la Dame Dorothée Spurnin joüoit
du Luth , son mari sonnoit du Cor de Chasse ,
Et le Sieur Ignatio joüoit du Hautbois avec
toute
1920 MERCURE DE FRANCE
"
toute la perfection qu'on leur connoît.
Après le Souper , on aperçut dans la Riviere
des Dragons enflammés , des Fusées sans nomé
bre , qui en tombant se joignoient avec l'Artifice
qui étoit sur l'Eau , ce qui produisit un effet
dont la singularité , le goût et l'agrément surpassoit
encore la magnificence.
Il y eut une Table très - bien servie pour le
Chevalier d'Honneur de la Reine , et pour les
autres Seigneurs de sa Cour ; il y en eut plusieurs
autres servies avec la même profusion , et
où les vins les plus exquis et les plus beaux fruits
de la saison ne furent pas épargnés.
La Reine partit de Chaillot à minuit pour s'en
retourner à Versailles avec toutes les Dames de
sa Cour. S. M. témoigna beaucoup de satisfaction
à 5. A. R. du plaisir qu'Elle lui avoit procuré
par cette galante Fête , qui a été géneralement
aplaudie de tous ceux qui ont eu le plaisir
de la voir , tout s'étant passé sans la moindre
confusion , par l'exacte attention qu'on a cuë à
bien executer les ordres de S. A. R.
Toute l'Illumination dont on vient de parler ,'
qui a produit un coup-d'oeil aussi surprenant
qu'agréable par l'arrangement et la symetrie des
lumieres , a été executée par le sieur Berthein ,
Illuminateur ordinaire des Plaisirs du Roy.
HON
A O UST. 1736. 1921
i
HONNEURS FUNEBRES rendus à
M. le Duc du Maine par la Ville
d'Argentan en Normandie. Extrait
d'une Lettre de M. du Châtel Lautour,
Avocat en Parlement.
J
E suis persuadé , Monsieur , que la mort de
S. A. S. Monseigneur le Duc du Maine a
touché tout le Royaume ; mais c'est dans les
lieux de ses Domaines qu'elle s'est fait sentir
avec plus de poids ; et l'ose avancer que de tous
ces Lieux , c'est notre Ville d'Argentan où l'on en
a reçû la nouvelle avec le plus de douleur . Nos
Habitans frapés d'un malheur , qui en leur
enlevant un si bon Seigneur et un si bon Maître,
leur ravissoit un grand Protecteur , ne se sont
pas bornés à pousser des soupirs. Ils se sont
rassemblés pour adresser leurs voeux au Ciel , et
pour rendre à la mémoire de ce grand Prince
tous les devoirs dont ils étoient capables. Mesurant
plus l'entreprise à leur zele qu'à leur
pouvoir , ils se sont surpassés dans la Pompe
funebre qu'ils lui ont fait faire . La principale
Eglise , qui est un très - beau vaisseau , étoit ornée
d'une double Litre de velours , sur une tenture
de deuil qui regnoit du haut en bas . On
construisit dans le Choeur un magnifique Catafalque
, qui s'élevoit presque jusqu'à la voûte.
L'obscurité qui naissoit de tout ce lugubre apareil
, n'étoit réparée que par la multitude de
cierges et de flambeaux dont tout étoit éclairé.
Les Armoiries du Prince s'y trouvoient multipliées
et mêlées aux attributs de la mort , pour
annoncer la grande perte qu'on venoit de faire ;
ex
1922 MERCURE DE FRANCE
et la triste et funebre Musique qui se fit en-
-tendre pendant le Service , affligeoit tous les
coeurs.
Les Maire et Echevins , qui avoient ordonné
ce Service , y asisterent en Robes de cérémonie.
Ils étoient suivis de tous les differens
Corps de Justice qui sont dans la Ville et
tour cela étoit préc‹ dé , suivi et accompagné
dans la forme la plus pompeuse.
L'essentiel auoit manqué à cette triste céremonie
, sans l'Oraison F. nebre du Prince qui ea
étoit l'objet . Le digne Pasteur de cette Viile ,
( M. Bonel ) dont la haute réputation avoit été
connue de S. A. S. fut prié d'entreprendre cet
Ouvrage. Cet Orateur distingué , le seul dans le
Pays , capable de composer une tele Piece , e
seul capable de la dignement prononcer , s'en
chargea agréablement. I prit pour texte ces
paroles du 49. Chap, de l'Ecclesiast que : In diebus
peccatorum , corroboravit pietatem . Dans des
jours de péché , il s'est affermi dans la piété . Et
Voici sa division .
La Piété l'a préservé dans les jours de sa vie qui
pouvoient le plus le dissiper. La Piété l'a soutenu
dans les jours de sa vie qui pouvoient le plus l'é
branler et l'abatre.
Une Eloquence toujours victorieuse , ne pou
voit pas manquer de l'être dans ce jour de tristesse
. L'Oraison étoit parfaite , la déclamation
touchante ; elle frapa des coeurs déja attendris ,
et acheva de tirer des larmes .

On n'en est pas demeuré - là : l'affliction a été
si génerale , que les Communautés Religieuses
ont aussi voulu signaler leurs regrets. Chacune
d'elle s'est fait un devoir de marquer tour à tour
son zele et sa douleur par des Services solemnels.
Mais
A O UST . 1736. 1923
Mais il faut compter entre ceux qui s'y sont le
plus distingués , ies Chapelains de l'Eglise de
S. Thomas . Comme ils étoient de la nomination
de cet Auguste Prince , ils se sont montrés
très sensibles à la perte de leur Bienfaicteur.
Pour rendre le Service qu'ils lui ont fait faire
plus célebre , M. Hérouard , Archidiacre du Dio ,
cèse de Séez , le même qui par distinction avoit
officié à celui de la Paroisse , fut invité d'en faire.
la céremonie ; ce qui s'est fait avec tant de poinpe,
que pour ce qui regarde la Tenture , le Mausolée
, l'Illumination et la Musique , le Spectacle
a presque égalé celui de la grande Eglise,
A Argentan le 4. Août 1736,
MORTS , NAISSANCES
Lde Chatonges , Matire ordinaire en la Cham-
E 26. Juin , Jean - François Anger , Seigneur
bre des Comptes de Paris , reçû à cette Charge
le 13. May 1723.et auparavant Procureur du Roy
en la Sénechaussée et Siege Présidial de Nantes
en Bretagne , mourut à Paris .
Le s. Juillet , D. Therese Pelagie d'Albert , née
Princesse de Grinberghen , Epouse de Marie-
Charles-Louis d'Albert , Duc de Chevreuse , se
qualifiant Prince de Neutchatel et de Vallengin
en Suisse , Comte de Dunois , de Tours et de
Noyers , Baron de Freteval , Marchenoir et Lucheux
, Seigneur des Châtelenies de Coulomiers
en Brie , Ayrenes , Beauquesne . Bonneuil , & c .
Brigadier desArmées du Roy, et Mestre de Camp
Général
1924 MERCURE DE FRANCE
Général des Dragons de France , mourut à Su
renne , près de Paris , après une longue maladie
de poitrine , dans la 18e année de son âge . Nous
avons raporté son Mariage dans le Mercure de
Janvier 1735. page 189. où nous avons marqué
de qui elle étoit fille . Elle etoit seule présompti
ve héritiere de ses Pere et Mere. Elle ne laisse
point d'enfans , le fils dont elle étoit accouchée
le 14. Octobre dernier , étant mort deux heures
après sa naissance.
Le 8. D. Renée- Thérese d'Abon , Epouse de
Jean-Baptiste de Rouvroy , Seigneur , Marquis
de Rouvroy , du Puy , de Froissy , & c. Lieutenant
General des Armées Navales du Roy , et
Commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de
S Louis , mourut à Paris dans la 78e année de
son âge , étant née le 16 Février 1659. elle avoit
été Fille d'Honneur de feuë Marie- Anne d'Orleans
, Duchesse de Savoye , auprès de laquelle
elle avoit été élevée pendant la jeunesse de cette
Princesse , et elle étoit fille de Jacques- Auguste
d'Abon , Ecuyer , Seigneur des Boulays , Chevalier
de l'Ordre du Roy , et de Magdeleine -Thérese
de Laigneau , Sous- Gouvernante de la même
Duchesse de Savoye . Elle avoit été mariée
en 1687. et avoit eû pour enfans Jean Auguste
de Rouvroy , mort subitement le 13. Novembre
1729. à l'âge de 39 ans , laissant une fille
unique, âgée à présent de 9. à 10. ans ; et Marie-
Louise- Adelaide de Rouvroy , qui fut mariée le
22. Juillet 1719. avec Nicolas de Blottefiere ,
Marquis de Vauchelles , Lieutenant de Roy au
Gouvernement de Picardie, et Mestre de Camp de
Cavalerie ; elle mourut sans enfans le s . Janvier
1723. dans la 34e année de son âge .
Le 18. D. Elizabeth Doumengin , veuve depuis
AOUST. 1736. 1925
le 17. Avril 1731. de Jacques Barberie , Marquis
de Courteille, Conseiller honoraire au Parlement
de Paris , Maître des Requêtes ordinaire honoraire
de l'Hôtel du Roy , et cy- devant Intendant
des Géneralités d'Alençon et du Berry , avec lequel
elle avoit été mariée le 13. Juillet 1694.
mourut à Paris en son apartement aux Incurables
, âgée d'environ 68. ans . Elle laisse deux
fils , qui sont Dominique - Jacques Barberie ,
Marquis de Courteille , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , depuis 1732. et auparavant
Conseiller au Parlement de Paris , qui
a épousé le 31. Mars de la même année 1732 .
la Dlle Savalette , fille du Fermier Géneral de ce
nom ; et Michel - Antoine Barberie , de Courteil
le , Abbé Commandataire de l'Abbaye de Beaulieu,
Ordre de S. Augustin , Diocèse de Boulogne,
depuis le mois de Novembre 1730. La Dame leur
mere étoit fille puînée de Jacques Doumengin ,
Seigneur d'Elize , Auditeur en la Chambre des
Comptes de Paris , mort le 29 Novembre 1691 .
et de Marie Gorillon , morte le 29. Août 1707 .
La défunte laisse aussi une petite -fille , qui est
Marie- Dominique Peirenc de S. Cyr , qui fut
mariée le 14. Septembre de l'année derniere
1735. avec Jean- Baptiste de Baral , Conseiller
au Parlement de Dauphiné , et qui est fille de
Louis Peirenc de S. Cyr , Gentilhomme ordinaire
de la Maison du Roy , et de feuë Marie - Jeanne
Barberie de Courteille , morte à l'âge de 24 ans
le 17. Juin 1723 .
Le 19. D. Marguerite Gilbert , Dame de Saint
Lubin des Joncherets, Diocèse de Chartres, et de
Nonancourt , Passy , et Ezy , Diocèse d'Evreux ,
Veuve depuis le 1. Avril 1705. de Louis Blin ,
Seigneur des mêmes Lieux, Conseiller Secretaire
du
1926 MERCURE
DE FRANCE
du Roy , Maison Couronne de Franc et de ses
Finances , et ancien Fermier General mourut à
Paris âgé de 88. ans , sans laisser d'enfans ; ses
héritiers , sont Joseph Jean Baptiste G1 b.rt de Saint Lubin , Président en la Chambre des
Comptes de Paris , Jeanne- Henricue Gilbert ,
Epouse d'Antoine - Joseph de la Vove , Marquis
de Tourouvre , et Therese Fleuriau d'Armenonville
, Veuve d'Henry de Fabry , Comte d'Autrey
, Colonel du Régiment de la Sarre ,
Neveu et Nieces.
ses
Le 29 Pierre Jacques Brillon , Ecuyer , Avocat
au Parlement , immatriculé le 7. Août 1696.
Auditeur
Ancien Echevin de la Vile de Paris ,
Général des Bandes Suisses , Conseiller au Constil
Souverain de Dombes , Intendant Général
des Maisons , Affaires , Domaines et Finances
des Princes de Dombes , et Comte d'Eu , et cidevant
du feu Duc du Maine , mourut dans la
66e année de son âge , étant né le 15. Janvier
1671. Il s'étoit fait connoître d'abord par'quelques
petits Ouvrages d'Esprit , et ensuite par
son Dictionaire des Arrêts , où la Jurisprudence
universelle des Parlemens de France , dont ils
donna en 1727. une seconde Edition en 6. gros
Volumes in folio ; c'est ce qui lui avoit fait donner
une place dans le Dictionaire Historique de
Morery , dans lequel se trouve son loge. Il a
aussi lui - même parlé de lui dans son Dictionaire
des Arrêts , où il a inseré un Article expiès qui
le concerne , sous le nom de Brilion.
t
Le même jour Loüis - Denis Seguin , Baron de
Souancé , Seigneur de Montdoucet , les Hayes ,
la Rosete , &c. Conseiller du Roy en ses Con
seils , Président en sa Chambre des Compres de
Paris , Charge en laquelle il avoit été reçu le 7
May
A O UST. 1736.
1927
May 1698. et auparavant Conseiller en la Cour
des Aydes , où il avoit aussi été reçû le 22 .
vier 1693 mourut après une longue maladie ,
Jan
âgé de 63. ans 7. mois , sans avoir été marié ,
laissant une riche Succession , il a fait des legs
considérables par son Testament , entr'autres un
de 100000. liv. en faveur de l'Hôtel - Dieu , et
de l'Hôpital Général ; Il laisse à Julien- Denis
Coignet , Conseiller au Parlement de Paris , son
Cousin du 4. au se degré du côté et ligne des
Seguin , et à Jean- François le Váyer de Marsilly,
aussi Conseiller au même Parlement, son
Cousin du 4. au 6e degré du côté et ligne des
le Vayer , ( le Testateur, étant petit Fils d'Anne-
Marie le Vayer , ) à chacun d'eux la somme de
150000. livres , à la charge de payer par chacun
d'eux une pension annuelle et viagere , sa
vie durant , à D. Marguerite Felix , Veuve de
Jean -Baptiste Proust , Seigneur du Martraict er
de Houilles , vivant Lieutenant Particulier au
Châtelet de Paris , & c.
Le s. Août François - Auguste de Rohan , Comte
de Tournon , mourut d'une fièvre maligne au
College des Jesuites , à Paris , où il étoit Pensionaire
, âgé de 14. ans 11. mois , étant né le
7 Septembre 1721. Son Corps fut porté le 6 .
au soir à P'Eglise de S. Benoist, Paroisse de ce
College , et delà transf ré en celle des Religieux
de la Merci , lieu de la Sépulture de la Maison
de Rohan Soub se. I é oit le ze des Fils de feu
Louis-François - Jules de Rohan , Prince de Soubise
,
Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des
Gendarmes de la Garde ordinaire du Roy , et
de feue Anne- Julie- Adelaide de Melun d'Espinoy
,
Gouvernante des Enfans de France , tous
deux morts de la petite veiole , lui le 6. et elle
1
}
1928 MERCURE DE FRANCE
le 18. May 1724. dans la 28e année de leur-
Age.
On écrit de Caen , du 6. Août , que Madame
la Comtesse de Reviers , Soeur de M. l'Abbé de
Saint Pierre , Dame fort distinguée par son Esprit
et par sa vertu , y mourut le jour précedent
, âgée de 88. ans et 6. mois.
Le 8. Pierre-Jean- Baptiste Taignier , Prêtre
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris ,
du 6. Juillet 1702. Archidiacre , et Chanoine
de l'Eglise , et ancien Vicaire Général du Diocèse
de Châalons sur Saône, mourut à Paris, après
une longue maladie , âgé d'environ 63. ans. Il
étoit Fils de feu Pierre Taignier , Conseiller-
Secretaire du Roy , Maison Couronne de France
et de ses Finances , et de défunte Marie- Anne
Cappe.
Le 13. Dame Marie Anne Duché , Epouse de
Jean-Antoine de la Roche , appellé le Comte de
Fontenilles , ci- devant Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Jerusalem , et Capitaine dans le Regiment
de Navarre, dont le Marquis de Rambures,
son Frere aîné , Brigadier des Armées du Roy ,
est Colonel , mourut à Paris 7. jours après être
acouchée d'un garçon , son premier enfant , qui
n'a vêcu que deux jours. Cette Dame , qui étoit
Niéce de Louis- Auguste Duché des Tournelles ,
actuellement l'un des Fermiers Généraux des
Fermes du Roy , avoit été mariée en premieres
nôces le 25. Août 1733. avec Paul - Gui Briçonnet
, Seigneur d'Oisonville , Congerville , et
Baudreville en Beausse , Capitaine dans le Régiment
du Roy , Infanterie , qui fut tué à la Bataille
de Parme , le 29. Juin 1734. Elle étoit ré
mariée depuis le 27. Juillet de l'année derniere ,
es elle avoit environ 36. ans,
Le
A O UST. 1736. 1929
Le dix - septiéme Août Dile Claire - Diane
Tambonneau , mourut à Paris sans avoir été
mariée , dans la 2e année de son âge , étant née
le 27. Février 1685. Elle laisse deux Freres , qui
sont , Louis Auguste- Marie Tambonneau , cidevant
Capitaine aux Gardes , et Guillaume-
Egon Tambonneau , Prêtre Chanoine de l'Eglise
Métropolitaine de Paris , et Prieur de Con-
Hans Sainte- Honorine. Ils sont tous trois Enfans
de feu Michel- Autoine Tambonneau , Président
en la Chambre des Comptes de Paris , le
cinquième de Pere en Fils , qui avoit été revêtų
de cette Charge, et ci - devant Ambassadeur ordinaire
auprès des Suisses er Grisons , mort le 3 .
Novembre 1719. et de défunte Angelique Voyer
de Paulmy de Doré , morte le 17. Octobre
3724.
et
Le 21. Louis , Marquis d'Arpajon , Lieu
tenant Général des Armées du Roy , Gouverneur
Général pour Sa Majesté , de la Province
et Duché de Berry , Bailly et Gouverneur particulier
des Villes de Bourges , d'Issoudun ,
d'Arpajon , Chevalier né de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , Chevalier de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , et de l'Ordre de la Toison
d'or , mourut après une longue maladie , en son
Apartement au Palais du Luxembourg à Paris ,
âgé de 67. ans. Il avoit commencé à servir fort
jeune , s'étant trouvé en 1691. au Siége de Mons ,
en 1692. à celui de Namur , et en 1693. à la Bataille
de Nerwinde. Il fut fait en 1695. Colonel
du Régiment Infanterie de Chartre en 1703.Ilfut
fait Brigadier le 2. Avril ; se trouva le 20. Sep
sembre à la premiere Bataille d'Hochstet , et au
mois de Decembre à la prise d'Ausbourg en
1704. Il se trouva encore à la seconde Bataille
I ij d'Hochstet ,
1930 MERCURE DE FRANCE
' Hochstet , et en 1995. il obtint la Croix de
$. Louis. Il fut fait Marécha de Camp le 20.
Mars 1709. et fut nomnie en même temps pour
être employé en cette qualité en Espagne , où il
continua de servir jusqu'après la Paix Unrecht ,
y ayant eu presque toujours le Commandement
en chef de Camps volaus considerables. Il s'y
distingua en 1711. par la Prise des Chateaux
d'Arens , de Venasque , dont il fit la Garnison
Prisonniere de Guerre , de Castelleon , et de
Solsonne , et par la Réduction des Pays de Ribagorça
, et de Valdaran. Le Roy d'Espagne
pour reconnoî re des Services si importans , lui
envoya l'Ordre de la Toison d'or. Il servit encore
au Sége de Barcelonne en 1714. Il fut
pourvû le 12. Août 1715. du Gouvernement de
Berri , sur lequel il obtine un Brevet de retenuë
de 200000 liv . et il fut fait Lieutenant Généralle
8. Mars 1718. Ses Terres et Seigneuries
de Châtres sous - Monttheri , de la Bretonniere ,
et de S Germain , furent érigées en sa faveur on
Titre de Marquisat , sous la dénomination d'Arpajon
par Lettres Patentes du mois d'Octobre
1720 lesquelles sont raportées dans le se Tome
des Grands Officiers de la Couronne , pag. 884.
et suivies de la Généalogie de cette Maison , où
nous renvoyons pour l'Alliance et les Enfans du
feu Marquis d'Arpajon ; nous ajoûterons seulement
qu'il ne lui restoit plus qu'une Fille , qui
est encore en bas âge . On trouve dans le Mercure
du mois de May , 1919. pag. 29. deux Decrets
du Grand Maître de Malthe , concernant le
Privilege singulier accordé à la Maison d'Ar
pijon , par le Gran Maître Jean - Paul de Lase
Coris , et le Convent de l'Ordre , le 30. May
1645. d'ajoûter à leurs Armes la Croix de
Malthe
AOUST. ་ 6 ཉྙ་ 1716.
Malthe , et qu'un des descendans de cette Mai
son , pour une fois seulement , au choix du Pare,
seroit Chevalier en naissant et Grand Croix à
l'âge de 16. ans .
- ·
ג
Le 25. Dame Anne Baillon , Epouse de
Jean Baptiste François de Verthamon, Com
te de la Ville - aux - Clercs , Seigneur de Chazelet,
Chat Saint Grimont , Luzeré , ci - devant Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hotel du Roy
mourut à Paris âgée d'environ 45. ans . Cette
Dame étoit Fille de François Baillon de Blainpignon
, de S. Malo , Conseiller Secretaire du
Roy , et de ses Finances , et Chevalier de l'Ordre
Royal de S. Michel , et Soeur de Jean Baillon
de Cervon , Sénéchal de Rennes en Bretagne de
puis 1732. et auparavant Conseiller au Parle
ment de Paris ; de Dame Jeanne Baillon , Epouse
de Gaston- Jean Baptiste de Levis , Marquis de
Leran , ci -devant Sous- Lieutenant des Gendarmes
de la Garde du Roy ; et Dame Anne
Thérese Baillon , Epouse d'Antoine- François de
la Tournelle , Seigneur de Leugny , d'Angée ,
et de Senan , apellé le Comte de la Tournelle ,
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , et ancien Capitaine
de Cavalerie
Le 29. Barthelemy - Nicolas Huault de Bernay ,
ci -devant Conseiller au Parlement de Paris , où
il avoit été reçû le 9. Juillet 1717. et Seigneur
de Bernay en Brie , Richebourg , Arcis , &c.
mourut à Paris dans la 42e année de son âge
étant né le 13. Février 1695. Il avoit été marié
en la Paroisse de S. Jean en Greve , le 15 de
Septembre 1732. avec Marie Marguerite du
Temple , Fille de Jean du Temple , Greffier en
Chefde l'Election de Rosoy en Brie,, et de Marguerite
Moulin , sa Femme , il la laisse Veuve
tiij
1932 MERCURE DE FRANCE
êt Mere de deux Filles , qui sont , Marie -Cathè
tine Huault de Bernay , et Anne Huault de
la Frette ; par la mort de leur Pere , l'ancien
ne Famille de Huault , établie à Paris dès
la fin du 15e Siècle , et connue sous lės
noms des Seigneurs de Vaires , de Bersay , et de
Montmagny , se trouve entierement éteinte ,
Pexception des deux Filles que laisse le défunt.
On en peut voir la Généalogie fort bien détaillée
dans le Dictionaire de Moreri , Edition de t725.
ēt 1732 .
Le 5. Juillet nâquit à Montry en Brie , Diotèse
de Meaux , Louise- Julie- Adelaide , Fille dé
Joseph- Ferdinand Langlois , Ecuyer , Seigneur
des Hautes- Maisons , de Montry , Capitaine de
Cavalerie,et de D.Marie -Anne Deniset, son Epousé
, ayant été nommée au Baptême par Louis-
Constantin de Rohan , et par Dame Lôüise Gabrielle-
Julie de Rohan , Epouse d'Hercules Me.
riadec de Rohan , Prince de Guimené , Duc de
Montbazon , Pair de France , Seigneur Baron
de Coupevray en Brie , ses Parain et Maraine.
L
Naissance du Prince de Condé.
E 9. de ce mois à 5. heures du matin , la
Duchesse de Bourbon acoucha d'un Prince
son premier Enfant . C'est le quinziéme Prince
de la Maison de Bourbon , aujourd'hui vivant.
Cet évenement a causé une grande joye à l'Hô→
tel de Condé , dont les Officiers et les Domesti➡
ques ont témoigné à Fenvi , avec beaucoup d'are
deur , leur empressement et leur zele , par des
Fêtes très- brillantes . Diverses personnes particulierement
attachées à la Maison de Condé, one
aussi
A O UST. 1736. 1921
aussi fait paroître leur joye d'une maniere éclatante
; ensorte que pendant plus de huit jours on
n'a vû qu'Iliuminations , Feux d'Artifices , et
autres marques de joyé dans une partie du Fauxbourg
S. Germain. Le Duc de Bourbon a donné
à ce Prince , de l'agrément du Roy ,le Titre de
Prince de Condé .
ODE ,
Sur la Naissance du Prince de Condé.
Descends , grand Maître de la Lyre ,
Toi , dont les chants harmonieux
;
Sçavent par un charmant délire
Emouvoir et fléchir les Dieux ;
Viens sur les rives de la Seine
Change ses eaux en hypocrene ;
Inspire moi dans ce beau jour .
Le Chantre éloquent de la Thrace
Auroit sur ce nouveau Parnasse
Fixé pour jamais son séjour .
Fut-il de plus justes alarmes ?
Caroline en proye aux douleurs !
Ciel , devient sensible à nos larmes
Ses maux font nos propres malheurs.
k
Accourez , hâtez- vous , Déesse ,
Lucine , servez la Princesse ,
C
I iiij
E
934 MERCURE DE FRANCE
Et ses beaux jours seront vainqueurs.
De l'Amour même Elle est l'image ;
A les sauver tout vous engage ,
Elle a pour Elle tous les coeurs.
Les Dieux se déclarent propices ;
Nos voeux enfin sont exaucés ;
Pour leur offrir nos sacrifices ,
Mille Autels sont déja dressés.
Un Fils de BOUR BON vient de naître ,
Le Grand CON DI' va réparoître ,
Bellone l'annonce aux Guerriers .
Victoire , prends part à la Fête ,
Tu dois un jour ceindre sa tête
Du plus brillant de tes Lauriers.
Conduit par l'ardeur la plus tendre
Peuple , vous desiriés ce Fils ;
Mais les Héros se font attendre ;
Les grands biens sont long-tems promis.
Vous brulez de lui rendre hommage ,
L'Amour vous ouvre le passage ,
Et vous conduit à son Berceau.
Phoebus finit - il sa carriere ?
Vos jeux nous rendent la lumiere ,
La nuit devient un jour nouveau .
Quel feu s'empare de mon ame
Et
AOUST. 17388
1933
Et me transporte dans les Cieux ?
Dieu des Vers redouble ta flamme ;
Soutiens mon vol audacieux .
Je vois une brillante Aurore ,
Un nouvel Astré doit éclore ,
Aux yeux de l'Illustre CONDI'.
France à sa Couche glorieuse ,
A son E' POUSE vertueuse ,
Un second PRINCE est accordé.
M. Abbé Carrier.
VERS présentés à S. A. S. M. le Duc,
sur la Naissance de son auguste Fils.
P Rince , tous les coeurs sont à toi ,
Ton Fils naissant le justifie
Par le Peuple content ta Cour est embellie ;
Du plaisir de te voir il se fait une loi.
De pareils Courtisans n'ont rien qui ne te flate
La sincerité fait le prix de leur ardeur ;
Tu permets que leur joye éclate ;
Tu sçais qu'elle est l'éloquence du coeur.
Que pour toi cette joye est d'un heureux augure !
Tu donnes un Heros à l'Empire des Lys ;
Ces Condés si fameux renaissent dans ton Fils ,
Ton Sang est le garant de sa grandeur future. >
Qu'ilvive quelque tems dans les bras de l'Amour
Et sous les yeux de son aimable Mere ;
JV Ce
1936 MERCURE DE FRANCE
Ce plaisir si charmant ne l'occupera guére ;
Il est Bourbon , la gloire aura bien- tôt son tour
Carolet.
GENETHLIAQUE
DE l'Ast E l'Astre qui préside au bonheur des Héros,
Uranie à grands flots
Epanchant sur Condé la féconde influence ,
Mettoit déja sa gloire à former son Enfance
Il est à moi , dit Mars, son sort est en mes mains,
C'est à moi des Bourbons à regler les destins..
A mon Héros naissant , tout rit , tout aplaudit,
Du grand nom de Condé l'Hélicon retentit ;
Vénus accourt au bruit pour célebrer sa Fêtes
Le petit Dieu malin , voltigeant sur sa tête ,
Lui montre en souriant sa fleche et son carquois
Les Muses , à l'envi , lui consacrent leurs voix ;
Nymphes de Chantilly , Nayades de la Seine ,
D'un roseau verdoyant ombragez son Berceau
Au doux bruit de votre Urno pleine ,
Endormez mon Héros.
Mais quelle est mon erreur ! fuyez Troupe badine,
Fuyez Mars va paroître , à ses traits , à sa mine :
Condé le reconnoît et Condé lui sourit.
Dans le sein de Bellone il se jette et s'enfuit ;
Le Dieu lui rend les mains , la Déesse l'embrasse;
Des
A Õ U.S T. 1936. 1937
Des Héros ses Ayeux ils lui montrent la trace ,
Tandis que sur les pas de ces nobles guerriers
Il va faire éclater son courage et sa gloire ,
Vous, folâtres Amours, vous, Filles de Memoire,
Pour son auguste front , aprêtez -vos Lauriers.
REJOUISSANCES des Habitans
de Chantilly et des Environs. Sur l'Air :
Ces filles sont si sottes , lon , la , &c.
Compare, entre dans mon Taudis ,
Il faut parcer mon bon vin gris ,
Boire à notre Duchesse ;
Alle viant d'accoucher d'un Fils ;
Morgué qu'eule allegresse , lon la !
Morgué qu'eule allegresse !
M
bit
An dit que c'est un bel Enfant ;
bise
Et quoiqu'il soit aussi charmant
Que Madame sa Merë ,
Il a l'air d'être un jour vaillant
Comme son Grand Grand- Pere , lon la ;
Comme son Grand Grand- Pere.
Fra f 4
M
Tatigué que dans Chantilly,
On fête avec charivary ,
L'Enfant qui viant de maître ;
Ivj Monsient
1938 MERCURE DE FRANCE
Monsieur de Sarobart , * ravy .
Fait peter le Salpêtre , lon la ,
Fait peter le Salpêtre. ~
M
Nan boutera des Lamperons
Pour enluminer les Maisons ;
Mais nous , en bons yvrognes ,
Sçais-tu bian ce que je ferons ?
Enluminons nos trognes , Ion la ,
Epluminons nos trognes.

Il faut ébaudir nos esprits ,
Lorsque les CONDE's ont des Fils ;
Cest une bonne chance ;
Ils sont l'effroy des Ennemis
Et l'apui de la France , lon la ,
Et Papui de la France .
Compare , fay comme je fay;
Pisque j'avons le coeur tant gay ,
Faut le faire paraitre
Célebrons ce biau coup,d'essay
Qui vaut un coup de Maître , lon la
Qui vaut un coup de Maître.
Gouverneur de Chantilly.
bis:
I
Lis
bise
HâtonsA
O UST. 1736. 1939
Hatons-nous de boire du bon ,
Et que chacun dans ce canton
Chante sur la vardure :
Vive le Grand Duc de Bourbon
Et sa progéniture , lon la ,
bis.
"
Et sa progéniture.
Le Maire.
LETTRE écrite de Montbard , le 16:
Août 1736. Par M. D.
J
' Ai apris , Monsieur , avec le plus grand plai
sir que vous vous disposiés à cheminer
du côté de la Bourgogne ; mais je pense
que l'envie vous doit prendre en mêmetemps
de venir rendre un hommage de reconnoissance
au vieil Pégase de notre Ville ; vous
avez éprouvé qu'il vous a été favorable il y
deux ans , et vous avez grande raison de vou
loir le revoir , car vous trouverez l'antique ha
bitation des venerables Bardes tout - à- fait chan
gée ; le cahos du vieux Château s'est débrouillé
le Dieu des Jardins a regardé l'emp.acem n
d'un oeil favorable , et les choses sont en éra
d'y pouvoir attirer les Muses et les Graces eme
, par vos chants. Venez donc , et m'izitez
plus l'empressement qu'on a de vous voir.
}
M. de B.... vous attend avec la plus gonde
impatience , et vous sçait mauvais gré e ne
vous être pas pressé davantage. Vous aur és éré
témoin des Réjouissances qu'il a faites au sujet
de la Naissance du Prince de Con lé . Il en reçût
la nouvelle Dimanche dernier 12. Août à sept
heures

1940 MERCURE DE FRANCE
heures du matin; l'entier attachement qu'il a pour
Ja Maison de Condé, le porta aussi- tôt à marquer
sa joye par tout ce qu'on pouroit imaginer de
Béjouissant dans une petite Ville. Son premier
mouvement fut d'abord de rendre l'heureux événement
public ; il fit transporter les Canons de
la Ville dans les Jardins du Château , et l'on en
fit trois décharges , au bruit de plusieurs Tambours
et d'une grande mousqueterie qu'on avoit
assemblée , ce qui fut repeté jusqu'à dix - huit
fois dans toute la matinée . Ces salves réïterées
parurent si extraordinaires dans tous les Villages
des environs , que la plupart des Paysans
vinrent à la Ville, croyant que ce fût l'arrivée
du Prince ou la publication de la Paix.
Sur le midi il fit rassembler tous les Instrumens
de la Ville et des environs , qui dans ce
Pays , où le goût de la Musique ne prévaudra
jamais sur celui du vin , ne laisserent pas que
de former trois troupes de plusieurs Instru
mens chacune. On en plaça une partie au Châ
reau et le reste devant sa Maison , qui est , comme
vous sçavez , Monsieur , dans l'endroit te
plus aparent et le plus fréquenté de la Ville' :
Tout le Peuple s'y assembla pour danser en
es -grand rombre.
1
A cinq heu es on disposa par une fenêtre au
have de la grande Porte une Fontaine de vin' ,
et cet Article ne fut pas le moins plaisant de la
Fête elle coula abondament et sans discontinuer
jusqu'à près de minuit , et le bon Jus attira
-maintefois des acclainations ce Vive le Roy , leurs
A. S. et le Prince nouveau né. Grand souper
ensuite , où se trouvą ce qu'il y avoit de mieux
à la Ville la Compagnie étoit nombreuse ,
aussi falut il pl ble. On y a bû ên
pais Bourguigus
A
·་
1941 AOUS T 1738.
A l'entrée de la nuit la Maison fut illuminée
dans toute la façade , avec tout ce qu'on put
rassembler de Torches , Flambeaux , Lampions
Pots de gaudron ; on employa jusqu'aux creusets
du Laboratoire . *
Après le Souper on fir devant la Maison un
essai du Feu d'artifice sur le Perron que vous
connoissez et autour de la Porte étoit une Illu
mination singuliere , composée de Soleils et de
Lances à feu , on tira ensuite des Grenades et
quelques Fusées , et en même temps on jetta par
les fenêtres partie des Desserts au Peuple , quanrité
de fruits qu'on avoit rassemblés pour ce
sujet , et entr'auties choses une fournée entiere
d'échaudés , alors les acclamations recomment
cerent , jugez aussi si l'on s'y battit
Sur les dix heures la Compagnie monta at
Château ; elle étoit préce lée de tous les Instrumens
et suivie de toute la Ville en si grand nom
bre , qu'on eut grande peine à garantir les Jardins
de l'affluence.
Le Feu étoit disposé sur un Belveder que
vous n'avez pas encore vu , mais que vous pou
vez juger propre à la chose , puis qu'il est en
vue de la Ville , et des beaux Vallons dont vous
avez paru si charmé : là s'élevoit encore une
Estrade qui soutenoit en son milieu une grande
Pyramide , autour de laquelle étoit rangé tout
Artifice , que l'on avoit préparé plusieurs semaines
auparavant , dans l'attente de l'heureuse
nouvelle. Il réussit si bien , que j'aurois grande
envie de vous le décrire : Enaginez vous grand
nombre de longues et belles Fusécs , Etoiles,
CES
-
* M. de Bufon est de l'Académie des Scien
et travaille àla Chimica,
anla
Aigrettes
TH
1942 MERCURE DE FRANCE
Aigrettes , Grenades , Soleils , Lances et Pots à
Feu , en un mot tout l'art que vous nous connoissez
sur cet Article : il dura plus d'une heure
, au bruit des Canons et de la Mousqueterie ,
au son de tous les Instrumens et d'un plus grand
nombre d'Echos ; après quoi le Bal et la Collation
terminerent la Fête , que l'on célebra encore
le lendemain d'aussi bon coeur , mais un
peu plus tranquillement . J'ai l'honneur &c.
Le Dimanche 11. Août 1735 , à cinq heures du
soir , le Curé de Rumigny , Baronie , Membre
du Duché de Cuise , ayant apris la naissance du
Prince de Condé , fit sonner toutes les cloches
des deux Eglises de ce Bourg , et jouer tous les
violons qu'il put trouver les carillons et les
sérenades furent continués fort avant dans la
nuit. Et le 15 , jour de l'Assomption , après la
Procession pour le Roy faite à la fin des Vêpres,
le Sieur Avocat et Procureur Fiscal de S. A. S.
fit chanter le Te Deum au son des cloches et
des violons , pendant lequel la Bourgeoisie et la
Jeunesse rangées en haye autour de l'Eglise ,
Tambours battans , Enseignes déployées , commandées
par les Gentilshommes Vassaux de Son
A. S. firent plusieurs décharges , qui furent secondées
par celles de l'Artillerie de la grosse
Tour du Château , et à l'entrée de la nuit il fit
tirer un Feu de joye avec les mêmes décharges
plusieurs fois réitérées , aux acclamations de
Vive le Roy et Son A. S. Les hommes jettans
leurs chapeaux en l'air , les Dames , les Bourgeoises
et les filles à portée de tout voir , témoi
gnant leur joye , firent aussi voler leurs bonnets
: le vin n'y fut point épargné , les carillons,
les sérénades et le bruit de l'Artillerie durerent
toute
A OUS T. 1736. 1943
:
foute la nuit , et avec beaucoup d'ordre cette
Réjouissance s'est continuée dans tous les lieux
de la Baronie de Rumigny.
Le Commandeur de Thyanges , qui est actuellement
à sa Commanderie de Villefranche près
Romorantin , y a donné une très jolie Fête à
l'occasion de la naissance du Prince de Condé.
Le onze Août au marin , ayant reçu la nouvelle
de l'heureux accc chement de Madame la Duchesse
, il envoya prier les Gentilshommes et les
Dames , tant de Romorantin que des environs ,
de venir chés lui ; le soir gran illumination ,
et feu de joye qu'une Dame de la Compagnie
alluma. Les Habitans des Paroisses dont il est
Seigneur , étoient sous les armes , il y eut plusieurs
décharges de Fauconneaux et de Mousqueterie
, ensuite on tira un Feu d'Artifice qui
fut suivi d'un grand Souper , et le Souper d'un
Bal qui dura jusqu'au jour . On perça plusieurs
Piéces de Vin pour le Peuple , et le lendemain les
mêmes Réjouissances furent continuées avec
tant d'ordre et tant de goût , que l'on a peine à
concevoir comment en un espace de temps si
court, le Commandeur a pû en venir à bout. On
ne doit pas moins louer son zele , qui lui a fait
trouver tout possible , que les ressources de son
: imagination , et son goût.
Le 12. de ce mois on chanta solemnellement
dans l'Eglise des PP. Cordeliers de Vernon un
Te Deum , en réjouissance de la Naissance du
Prince dont Madame la Duchesse est accouchée,
au bruit de plusieurs salves de Boëttes et de
Mousqueterie. Il y eut le soir un grandFeu , et des
Illuminations sans nombre. Toute la Noblesse
de la Ville et des environs étant assemblée ,
soupa
1944 MERCURE DE FRANCI
soupa dans une belle Maison destinée pour la
Fête , et il y eut un Bal qui dura bien avant dans
la nuit. Le lendemain et les jours suivans , quantité
de Dames et de jeunes Gentilshommes menerent
le soir au Cours de cette Ville plusieurs
Violons ; on dansa , et il y eut un grand concours
de Masques ; ce qui a formé des Bals qui
ressembloient fort à ces fameuses Assemblées
Nocturnes du Cours de Paris , dont on a parlé
il y a quelques années . Les Embellissemens dont
M. le Comte de Belleisle a orné les dehors de
notre Ville , n'ont pas peu contribué à rendre
ces Spectacles encore plus brillans.
Le 21. on représenta sur le Theatre du Col
lege , autant pour la Distribution des Prix , que
comme une continuation de la Fête , La Mort
de César , Tragédie de M. de Voltaire , la même
qui fut représentée l'année derniere au Col
lege d'Harcourt. Elle fut suivie d'une Comédie
en trois Actes , qui avoit pour titre Les Impor
tans , tirée de la Comédie sans titre de M. Boursault
, dont on avoit retranché toute l'Intrigue
amoureuse, ét changé plusieurs Scenes. M. D***
Auteur de la Piéce , ajoûra un Prologue en vers ,
qui en exposoit agréablement le sujet et le dénouement.
On dansa à chaque Intermede des
Entrées ; et les Acteurs furent fort aplaudis , tant
pour la Déclamation , que pour la Danse , par
une très belle et très- nombreuse Assemblée.
ARRESTS
A O UST. 1736. 1949
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ARRESTS NOTABLES.
ETTRES PATENTES DU ROY ,
Ldu 19 Février ,portant Reglement pour les
Toiles apellées Bretagnes , qui se fabriquent dans
la Province de Bretagne , et qui ordonnent l'eecution
des 49. Articles contenus audit Regle
ment Registrées au Parlement de Rennes le
22. Mars.
AUTRES du même jour , portant Reglement
pour les Toiles apellées Crées et Envelopes,
qui se fabriquent dans la Province de Bretagne ,
qui ordonne pareillement l'execution des 53.
Articles contenus audit Reglement . Registrées
au même Parlement de Rennes.
DECLARATION DU ROY , portant défenses
de porter sur les habits des Boutons de
drap , de tissu de rubans de soye , fil ou crin , nị
d'or ni d'argent , faits au métier , sous les peines
portées par ladite Déclaration . Donnée à Versailles
le 15. May 1736. Registrées en Parlement
le 27. Juin.
LETTRES PATENTES du Roy , sur le Reglement
fait et arrêté le 8. May 1736. pour les
Fabriques de Toiles de la Généralité de Lyon ,
du 18. May 1736.Enregistrées en Parlement le
13. Juillet , par lesquelles S. M. confirme et autorise
ledit Reglement contenant 68. Arti
cles pour les Toiles de fil et coton , Toiles
de
1916 MERCURE DE FRANCE
de coton , Siamoises , Futaines , Basins et Peluches
, qui se fa riquent , tant dans la Ville et
Fauxbourgs de Lyon , que dans les Provinces dé
Lyonnois , Forest , Beau,oliois , Charlos ,
Maconois , Bresse , Bugey , Valromey et Pays
de Gex.
ARREST du 26. Máy , qui ordonne la supression
du Bureau de Fabrique étab i dans la
Ville de Roye , et l'établissement d'un Bureau
de Fabrique dans la Ville de Mondidier , fixe l'étendue
des Bureaux de Tucot et de Montdidier
pour la visite et la marque des Serges qui s'y fabriquent
et porte reglement pour la fabrication
des Serges qui se font dans l'étenduë du Bureau
de Montdidier.
LETTRES PATENTES du Roy , portant
Reglement pour les Toiles apellées Nantoises ,
de Clisson , façon de Clisson, hauts et bas Brins de
Dinan , de Saint- George , Beurieres , Peltres ,
Brins communs de Fougeres , de Vitré , de balle
et d'emballage , et autres differentes sortes de
Toiles apellées fortes ou d'usage , sans autre dénomination
particuliere , qui se fabriquent dans
la Province de Bretagne . Données à versailles
le 29. May, Registrées au Parlement de Rennes
le 14. Juin suivant ; ordonne S. M. l'execution
des 60. Articles contenus audit Reglement.
ORDONNANCE DU ROY , du même jour,
qui interdit l'usage du filet nommé Ret Traversier
ou Chalut , sur les Côtes de l'Amirauté de
Grandcamp , jusqu'à-ce qu'il en ait été autrement
ordonné par Sa Majesté.
ARREST
A O UST. 1735. 1947
ARREST du même jour , portant Reglenent
sur les Caffés provenant des plantations et
cultures des Is Françoises de l'Amérique , par
lequel S. M. permet à tous les Négocians du
Royaume , à l'avenir et à commencer du prémier
Octobre prochain , d'introduire dans les
Ports de Dunkerque , Calais , Dieppe, du Havre,
de Rouen , Honfleur S. Malo , Nantes , la Rochelle
, Bordeaux , Bayonne , Cette , et Marseille,
les Caffés provenans du crû des Ifs Franço es
de l'Amérique , pour être consommés dans le
Royaume , la charge de payer pour droit d'entrée
dans les Bureaux des Formes , pour quelque
dest nation que ce soit , dix livres par cent pesant
desdits Caffés , poids de marc brut , même
pour ceux provenans de la traite des Noirs
à quoi S. M. a réduit et fixé tous les droits désdits
Caffés , locaux et autres , et sans être sujets
aux quatre sols pour livre , à l'exception néanmoins
des droits dûs au Domaine d'Occident, qui
continueront d'être perçus comme le passé , &c .
3
AUTRE du même jour , qui condamne les
sieurs Langelet et de Chauffour , solidairement
en trois mille livres d'amende ; et ordonne la
confiscation de plusieurs Pieces de Drap , trouvées
chés eux sans aucun Piomb de Fabrique ,
de Contrôle , ni de la Halle,
QUATRE ORDONNANCES de Police , des
29. May , 9. Juin, 3. et 9. Juiller , qui condamnent
à l'amende plusieurs Particulieres , pour
avoir été trouvées vétués d'Indienne et d'Etoffes
des Indes,
ARREST du Parlement du premier Juin
rendu
1948 MERCURE DE FRANCE
renda sur l'Apel d'une Sentence du Bailliage de
Guise , lequel confirme M. le Duc de Bourbon
au Droit de Terrage contre quelques Habitant
du Nouvion.
AUTRE de la Chambre des Comptes ,
concernant les Payeurs des Rentes Viageres assignées
sur les Aydes et Gabelles . Du 9. Juin.
Il est dit que conformément à la Déclaration
du Roy de 1710. les Payeurs des Rentes Viageres
demeureront pendant trois années dépositaires
des parties de RentesViageres non reclamées;
après lesquelles trois années ils seront tenus de
porter 1 S fonds desdites Rentes au Trésor
Royal , &c .
ORDONNANCE DU ROY , du 14. pour :
faire executer dans les Régimens de l'Armée
d'Italie, à leur arrivée aux Garnisons aux Quar
tiers qui leur sont destinés , les réductions por
tées par ses Ordonnances du 16. Avril dernier.
ORDONNANCE DU ROY , du même jour,
Portant supression et réduction des Compagnies
Franches de Dragons , par laquelle 5. M. or
donne l'execution des 16. Articles qui y sont
Contenus.
AUTRE du même jour , portant supression er
réduction des Compagnies Franches d'Infanterie
, par laquelle S. M. ordonne pareillement
Pexecution des onze Articles qui y sont contenus.
ARREST du 19. a qui regle les salaires des
Notaires pour les Déclartions qui doivent être
passées au Terrier de Versailles , Marly , Meudon

A OUS T. 1726.
19'9
on et S. Germain ; les Cens qui doivent être
yés , et la remise qui poura être faite sur les
roits Seigneuriaux
dûs à Sa Majesté.
AUTRE du même jour , qui exempte les
abacs entrant dans Paris pour le comte du Ferier
, du droit de sept sols par cent pesant , préndu
par les Officiers Plancheyeurs , Gardesatéaux
, Metteurs- à- Port et Gardes- nuit et de
us autres droits.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Laurier , Poëme , 1737 .
De l'origine et Antiquité des Hôtelleries,
1742
Traduction de la IXe Satyre d'Horace , 1763
ettre au sujet du Flux et Reflux de la Mer, 1772
de à M. de Voltaire
1788
1784
ettre à l'Auteur des Observations sur les Ecrits
modernes , &c.
anitation de la XIIIe Ode du premier Livre des
Odes d'Horace , 1804
Coup de Tonnerre extraordinaire , & c. 1808
1814
Epigramme ,
Remarques au sujet d'un Livre intitulé , Memoires
et Avantures d'un homme de qualité , & c.
ibid
Memoires pour servir à l'Histoire du Théatre ,
Epitaphe ,
Enigmes , Logogryphes , & c.
1822
1827
1828
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c,Observations sur la Comédie et sur le génie
de Moliere , &c.
**
1834
Description
Description de la Chine , & c. 184
Cause plaidée au College des Jésuites , &c. 186.
Obstacles de la Pénitence , &c. 1869
1864
1867
1868
Estampes nouvelles , Fortrait de , &c.
Chansons notées
Spectacles , Tragédie d'Athenaïs , &c .
Les Fées , Comédie , Extrait , 1882
Nouvelles Etrangeres, De Turquie et Perse, 1892
De Russie , de Pologne et D'Allemagne , 1897
D'Italie ,
Morts des Pays Etrangers ,
1901
1907
France , Nouvelles de la Cour,de Paris , & c. 19 .
Fête donnée à la Reine , &c.
Honneurs funebres rendus au Duc du Ma
'& c.
Morts , Naissances ,
Naissance du Prince de Condé ,
Ode sur la Naissance , & c .
Vers presentés à S. A. S.
Genethiaque ,
Rejouissances à Chantilly , Couplets ,
Autres Réjouissances , &c.
Arrêts Notables , & c .
3
1
]
1
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 18 10. ligne 12. col du pied , lisex ,
coup de pied.
P. 1861.1 . 16. préte dréunir , l. prétend réunir
Ibid. 1. 17. Genresade , l . Genres de.
P. 1920. 1. 2. du bas , Bert hein , l. Berthelin .
Les Chansons notées doivent regarder la page 1867
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le