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John
Bigelow
to the
Century
Association




MERGURE
DE FRANCE ,
1 . 1
DE DIE AU ROT
MARS 1736.
COLLIGIT
SPARGI
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER;
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXVI,
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARYĮ
3881964
V I S.
ASTO LENOX AND
L
J
TILDE FORADRESSE generale eſt à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité.
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auroni
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets ,fan's
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU
ROT.
MAR S. 1736.
**** ****** ******
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LES RUSES DE L'AMOUR.
C
E GLOGUE.
Inq Bergers conduisoient leurs
Moutons dans la Plaine ,
Hilas , Tirsis , Damon et Meris
et Philene ,
Ils n'avoient pas encor quatre lustres parfaits,
Et déja de l'Amour ils sentoient tous straits ,
Des plus galans Bergers ils sçavoient la rubrique
Et connoissoicat d'amour et l'art et la pratique,
A ij
Hilase
"
202 MERCURE DE FRANCE
Hilas.
Nous tendons , dit Hilas , des pieges aux oiseaux,
Les poissons n'en sont point affranchis dans les
eaux ,
Pourquoi n'en tendre point aux Bergeres cré
dules ?
Quand l'amour nous maîtrise , est-il quelques
scrupules ,
;
Vous connoissez Robin, Mouton cheri des Cieux,
Mouton que ma Philis aime plus que ses yeux ;
Un jour je m'en saisis , la chose fut secrette ,
J'eus soin dans le chemin d'agiter sa sonnette
Dans des lieux écartés je le promene exprès ,
Ma Bergere aussi- tôt exprime ses regrets ,
Elle apelle Robin dans la Forest prochaine ,
Conduite le
par
elle l'atteint sans peine ,
Au milieu de ces bois , quel fut son embarras
Avec son cher Robin elle rencontre Hilas ,
Je ne ménageai point cette beauté cruelle ;
Elle paya rançon pour Robinter pour elle,
Tirsis.
son ,
Ce tour , répond Tirsis , n'a rien de genereux j
Tirsis en pareil cas sçut modérer ses feux ;
Sur ces Rochers déserts regne un affreux Satyre,
Dans ses reps l'autre jour il surprit ma Delphire,
Le barbare avec force arrache ses habits ,
La traîne dans le bois et là, malgré ses cris ,
Par ses cheveux l'attache aux branches d'un vieur
MAR S.
1736. 40
Je sçûs la délivrer des fureurs de ce traître
Nue elle présentoit les plus charmans apas ,
Je détournai les yeux pour ne l'offenser pas ,
Je fus dans ce moment aussi modeste qu'elle ,
Et je me retirai par respect pour la Belle ,
J'apellai seulement les Nymphes de ces lieux ,
Qui pour la dégager défirent ses cheveux ;
Dieux qu'elle me sçut gré de cette modestie
Je veux m'en souvenir tout le temps de ma vie,
» Dit Delphire , Tirsis deux fois liberareur ,
» A deux fois en ce jour conservé mon honneur,
Par ces soins genereux je brillai , je sçus plaire ,
Et l'Amour en secret m'accorda mon salaire.
Ainsi parla Tirsis , content de son amour ,
Et Damon raconta ses succès à son tour.

Damon .
Pour tromper ma Cloris j'employai l'imposture
De l'Allier, dit Damon, j'empruntai la figure ;
Mes humides cheveux furent ceints de roseaux ;
Une barbe bleüâtre entouroit mes nazeaux ;
Tout marquoit que j'étois le Dieu de la Riviere:
Dans ce bizare habit je m'offre à ma Bergere ,
Et soudain je lui dis en déguisant ma voix ,
ו כ
Je tiens sous mon pouvoir les ondes que tu vois;
» Cloris , je suis l'Allier, pour toi je m'interesse,
Et je veux t'inspirer une heureuse tendresse ;
»De mon ami Damon écoute les soupirs.
A iij Tes
404 MERCURE DE FRANCE
» Tes jours s'écouleront au milieu des plaisirs s
A suivre ce conseil ma Cloris se dispose ;
Le suivre et l'écouter ce fut la même chose ;
Pour obtenir son coeur je ne fis pas grands frais,
Et son amour enfin a comblé mes souhaits .
Méris.
Le Soleil, dit Méris , dans sa course rapide
Faisoit sentir par tout sa chaleur homicide ;
Les troupeaux languissans pour éviter ses traits,
Se rangeoient à l'envi sous les ombrages frais ;
Contre le Dieu du jour Doris trouve un azile ,
Et sous un arbre épais goute un sommeil tran
quille ;
Le Papillon , l'Abeille autour d'elle volans ,
Cherchent de toutes parts de Flore les présens ;
La levre de Doris vermeille , à demi close ,
Représentoit assés l'image d'une rose ;
Une Abeille s'y mit pour y cueillir son miel;
Mais l'ingrate y laissa son aiguillon cruel ; <
;
" La Bergere aussi- tôt sensible à la piquûre ,
Se réveille portant sa main à la blessure
J'accourus entendant ma Bergere crier ,
A ta douleur , lui dis je , on peut remedier,
En disant quelques mots sur la levre outragée,
»Tu seras , j'en réponds, sur le champ soulagée;
La Belle refusa , mais enfin la douleur
Chés elle l'emporta sur l'austere pudeur ;
Que je dois de plaisirs à ma fausse magie !
Jamais
MAR S. 1736. 405
Jamais je n'en reçus de plus grand en ma vie
Je prononçai des mots que je n'entendois pas ,
Je fis ce qu'un Sorcier feroit en pareil cas ;
Sa levre fut long - temps par mes levres pressée ,
Tant qu'elle dit enfin : ma douleur est passée ,
» Finissez ce remede , il est trop importun ;
›› Ce remede a, lui dis - je, un effet peu commun,
» Jamais la guérison ne se montra parfaite
» Et chés moi ta douleur a trouvé sa retraite
» Et qui pis est encor , cette vive douleur
• A passé sur le champ de ta levre à mon coeur.
Philéne. 1
+ Que je hais , dit Philene, un si foible artifice !
Que j'admire un Berger sans ruse , sans malice !
L'innocente candeur a pour moi des apas ;
Au milieu de tant d'art l'amour ne regne pas.
Aussitôt que j'aimai la charmante Silvie,
Je préservai des Loups sa chere Bergerie ,
Souvent avec les miens je gardois ses troupeaux;
Chaque jour je rendois des services nouveaux ;
Dès qu'elle s'éloignoit de cet heureux rivage
Une sombre pâleur me couvroit le visage ;
L'amour la ramienoit dans ces aimables lieux ,
Incontinent la joye éclatoit dans mes yeux ;
Chaque heure , chaque instant je m'éforce à lui
plaire ,
Et lorsque par hazard j'offense ma Bergere
Son courroux à mes yeux paroît un plus grand
mal , A iiij Que
408 MERCURE DE FRANCE
tent de donner aux Peres le pouvoir d'exhéréder
, et elles ne prononcent point de
nullité , parce qu'il y a un véritable Mariage
: mais dans ce qui est tout à la foisd'honniteté
publique , de Police d'Etat ,
et d'Essence du Sacrement ; c'est- à - dire,
le seul cas où le Sacrement est interessé ,
ces sages Ordonnances prononcent la
nullité et l'exhérédation de droit , parce
qu'il n'y a point de veritable Mariage ,
parce qu'il y a un attentat à la Police de
P'Etat , car en France nous ne pouvons
tolerer ni la fraude ni la violence .
Il ne faut pas s'imaginer , dit M. Brehain
, que nos Loix ayent introduit dans
les Familles une autorité qui ne souffre
point de distinction , selon les personnes,
ou qu'elles puissent aprouver le caprice
et la bizaterie : Non , les Legiflateurs
ayant toûjours en vue l'honneur et l'avantage
de la République , ils ont été
mûs par le motif de la conservation de
certaines Maisons distinguées ; et tout le
monde sçait que l'Edit d'Henri II , introductif
de la séverité contre la liberté des
Mariages , fut rendu à l'occasion d'une
Alliance que le Fils d'un des premiers
Officiers de l'Etat avoit contractée citra
consensum Patris avec une Damoiselle d'un
rang inferieur Aussi dès le tems de Cujas
,
MAR S. 1736. 409
jas , qui enseignoit peu d'années après
cet Edit , on ne permettoit pas indistinctement
l'exhérédation ; c'est ce sçavant
Jurisconsulte qui nous l'aprend lui - même
sur la Novelle 18. Filius qui uxorem
duxit citra consensum Patris , hodiè exheredari
indistinctè non potest. Il ne faut pas oublier
que suivant ce même Edit , le Mariage
fait sans l'autorité paternelle n'est jamais
déclaré nul , parce qu'il n'y est question
que de ce qui est d'honnêteté publique.
L'Ordonnance de Blois embrasse les
deux differens cas que nous examinons
ici ; mais elle est bien éloignée de confondre
les objets , comme font les Apellans
; en effet elle remet Art . 40. à
la disposition des Conciles ce qui est de
Phonnêteté publique , et ce que les Docteurs
apellent de necessitate Præceptisc'est- à dire,
ce qui concerne le consentement des Parens
, la publication des Bans ou l'assistance
desTémoins ; et elle permet Art. 41.selon
l'Edit d'Henri II . aux Peres ou Meres
d'exhéréder ceux de leurs Enfans qui se
seront mariés contre leur consentement,
en suposant toûjours une inégalité de
condition , Si Filius ignominiosam duxerit
uxorem , aut filia indigno duxerit :` mais
dans les Art . 42. 43. 44. et 28 1- où elle
condamne comme crime tout ce qui sent
A vj
le
4ro MERCURE DE FRANCE
le rapt et la séduction , elle prononce ellsmême
la nullité ; parce que dans ce cas
on ne peut pas présumer de liberté respectivedans
les deux Contractans , et que cetre
liberté dans les Mariages ,selon l'Eglise,
est absolument de necessitate Sacramenti
Hest vrai que les Ordonnances de
1606 , et de 1629. semblent avoir confondu
ce qui est d'honnêteté publique , de
Police d'Etat, et d'Essence du Sacrement,
en prononçant indistinctement la peine
de nullité sur les Mariages qui se trouveront
faits contre les dispositions des
précedentes Ordonnances ; mais cette
severité n'a été suivie que dans le seul
cas où le Mariage n'auroit pas été fait
à proprio Parocho , par le Curé qui a Juris
diction sur l'un des Contractans ; et c'est
ainsi qu'il faut interpréter les Conci .
les cités par les Apellans ; d'où vient
que le Koy dans l'Ordonnance de 1639.
renvoye à cesConciles ce qui est de l'hon
nêteté publique , mais ordonne que les
Peres et Meres pouront exhéréder ceux
de leurs Enfans , qui se seront mariés
sans leur consentement , à la difference
de ce qui est tout à la fois d'honnêteté
publique , de Police d'Etat , et d'Essence
du Sacrement c'est - à- dire , le rapt de
séduction , ou de violence , où cette OrdonMARS.
1736. 4FV
donnance prononce non seulement la
nullité , mais encore l'exhérédation de
droit contre ceux qui en se mariant seront
coupables de ce crime.
D'
soient
Une preuve que les Ordonnances de
1609. et de 1629. n'ont pas été suivies
c'est que celle de 1639. dont nous ve
nons de parler , et celle de 1697. dont
nous parlerons ci - après , n'en font aucu
ne mention , tandis qu'elles ordonnent
l'execution de celle d'Henri II. et de celle
de Blois en un mot , l'Edit du mois de
mars 1697. leve toute équivoque en admettant
les sages distinctions de l'Ordon
nance de 1639. et en ordonnant que celles
qui regardent la nécessité de la présence du
propre Curé de ceux qui contractent ,
exactement observées ; ce qui est conforme
à la disposition des SS . Canons , qui
étoient en ce point unique le seul principe
des Ordonnances de 1609. et de
1629. Ainsi il n'y a plus de difficulté que
le consentement des Peres ou Meres , la
Publication des Bans , et la présence des
quatre Témoins n'interessent point l'Es
sence du Sacrement : Il faut donc maintenant
, dit l'habile Orateur , démontrer
qu'Elizabeth le Cavelier n'est dans aucun
des cas sur lesquels nos Loix ont ar→
mé leur séverité . Nous démontrerons
ensuite
412 MERCURE DE FRANCE
ensuite qu'en adoptant pour un moment
les raisonnemens des Parties adverses
elles seront encore absolument non-recevables
; desorte qu'à tous égards leurs
Conclusions sont irrégulieres.
dans
Il n'est pas raisonnable de soûtenir
qu'Elizabeth le Cavelier air séduit Pierre
Maquerel , et l'ait tiré de la maison paternelle
, étant mineure elle - même , et à
cent lieuës du Havre de Grace
une Contrée étrangere. Elle ne peut jamais
être présumée avoir pris ce parti : il
n'est pas possible non plus de mettre sur
le compte du Pere de la le Cavelier aucun
dessein de suggestion : Sergent dans la
Colonelle de Louvigny , il songeoit peu
à Pierre Maquerel , avant que celui- ci se
fûr enrôlé , et il ne sçavoit pas même si
ce nouveau Soldat avoit encore son Pere
vivant , outre que la fortune de Maque
rel Pere n'étoit pas ce qu'elle a été depuis,
il est donc constant que la séduction ,
encore moins la violence et le rapt , ne
peut être présumée dans leMariage de la le
Cavelier ; et comme c'est le seul cas où elle
pouroit être susceptible des peines portées
par les Ordonnances en suposant qu'elles
pussent être citées dans cette Cause : il
faut donc dire que l'Apel comme d'abus
des Parties adverses , est un abus même
du pouvoir d'apeller. A
MARS. 1736. 413
A l'égard de l'inégalité des conditions,
motif general des Ordonnances en faveur
de l'autorité paternelle , on ne croit
pas que les Apellans puissent l'oposer :
car la fille d'un Sergent dans la Colonelle
d'un Régiment , est d'une condition pour
le moins aussi relevée que celle d'un fils
de Maître Recarleur du Havre. On ne fait
aucun reproche à la le Cavelier contre sa
vertu ; et il n'y a rien dans sa famille de
repréhensible ; il est donc évident que
F'alliance de Pierre Maquerel fils ne le
deshonore point ; et comme c'est le seul
cas où selon nos Loix l'exhérédation
puisse être suportable , il faut donc dire
que celle qui a été prononcce par Maques
rel Pere ne seroit pas favorable , quand
elle seroit aussi réguliere qu'elle est défectueuse
et nulle . Passons , dit l'Avocat,
à cette nullité , et prouvons-la par trois
moyens invincibles . Sçavoir , que l'Acte
de cette exhérédation , et tout ce qui l'à
suivi a été extorqué ; que cet Acte est
fait après coup et contre toutes les Loix,
que Pierre Maquerel enfin a exhérédé,
moins pour venger son autorité méprisée
, que pour faire des avantages indirects.
C'est déja une présomption bien forte
que le second Mariage de Pierre Maquerel
414 MERCURE DE FRANCE
rel Pere : on sçait que pour l'ordinaire
les Enfans d'un premier lit ne sont pas
favorables dans l'esprit d'une belle- mere
; et que pour peu qu'ils ayent le malheur
de s'égarer , on leur enleve bientôt
toute la tendresse de leur Pere ; c'est
ainsi qu'il faut se représenter le malheureux
Maquerel Fils , exposé aux artifices de
l'Etrangere : cependant quoique son Mariage
ne fût pas ignoré dans la maison
paternelle , on ne put résoudre Pierre
Maquerel Pere à demander la cassation
de ce Mariage par la voye d'Apel comme
d'abus , encore moins à punir ce Fils
par la voye de l'exhérédation , tant il est
vrai qu'il ne le pouvoit pas regardes
comme coupable . Verisimile non est odio
fuisse Parenti Filium , sine causis multis et
magnis et necessariis.
Il faut joindre à cela que Maquerel Fils
a été reçû dans la Maison paternelle avec
toutes les démonstrations qu'on peut
esperer du Pere le plus tendre. En vain
on voudroit insinuer quelques soupçons
contre la verité de ces faits , parce que
les Intimés ayant demandé devant les
premiers Juges à en faire la preuve par
Enquête , ils refusent aujourd'hui d'en,
embarasser ce Procès, Ne trouve-t- on pas
dans les Actes que les Apellans produisent
euxMARS.
1736. 415
eux-mêmes , un témoignage beaucoup
plus sûr que celui qu'on trouveroit dans
une Enquête ? En effet Pierre Maquerel
Pere ignoroit si peu le Mariage de son
Fils , qu'il en marque quelques circonstances
dans l'Acte d'exhérédation , et
qu'il le propose même pour le motif qui
le détermine : cela posé , puisque Pierre
Maquerel Fils a été pendant trois ou
quatre mois , et peu avant sa mort dans
la maison paternelle , comme Fils aîné
en possession de toute la tendresse de son
Pere,puisque les Apellans ne méconnoissent
pas les soins qui furent pris pour
dégager ce Fils cheri , qu'est- il besoin
d'Enquête ?
Enfin Pierre Maquerel étoit si éloigné
de considerer son Fils comme coupable ,
qu'il pleura sa mort : il est vrai qu'il
laissa à la belle- mere la liberté de rejetter
la femme et les enfans de ce malheureux
Fils ; mais il résista toûjours à ce
qui lui étoit suggeré ; et il ne ceda , que
quand l'Hôpital Géneral du Havre lui
demanda une Provision alimentaire.
Concluons de cette résistance , dit M.
Brehain , qu'on a fait faire à ce Pere par
interêt, ce qu'on ne lui avoit pû faire faire
par le raisonnement , et par consequent
que c'est l'ouvrage de la surprise : au
reste
218 MERCURE DE FRANCE
reste s'il y avoit encore quelque doute
sur cela , il ne faudroit que l'Acre même
d'exhérédation , pour prouver la fraude
dans laquelle cet Acte a été extorqué de
Maquerel Pere ; car on le fait parler de
son Fils , comme vivant , tandis qu'il le
sçait dans le tombeau : il ne faut pas
après cela vanter les Actes subsequens ;
quand le pas de l'injustice est une fois
franchi , il ne coûte plus rien d'en suivre
les voyes. Passons à la seconde Proposition
.
Si Maquerel Fils eût été inquieté , soit
par la voye d'Apel comme d'abus , soit
par la voye de l'exhérédation , il eût
recouvrer quantité de témoignages contre
ce procedé extraordinaire , il auroit
fait entendre ceux par l'entremise desquels
il avoit été reçû chés son Pere ; il
sçavoit les Personnes avec lesquelles il y
avoit eu des conferences sur son Mariage
; il connoissoit ceux auxquels ce Pere
en avoit écrit , et tout cela lui auroit
fourni des armes pour se défendre , d'autant
plus fortes , que selon la remarque
du sçavant Hotman sur la Loi 7. au Dig.
De Sponsal, il faut en ce point peu de
chose pour démontrer l'aprobation du
Pere : Consensus tacitus sufficit , nec requiritur
expressus ; sed satis est si non contradicat
, neque apertè dissentiat . 11
MARS. 1736. 41
Il est donc vrai de dire que l'exhérédation
dont nous parlons , est faite après
coup et contre les Loix car ce fut toûjours
quelque chose d'odieux dans l'un
et dans l'autre droit d'attaquer des adversaires
, lorsqu'ils ne sont plus en état de
se défendre. Jamais il ne fut permis
d'exhéréder un homme mort , qui doit
être laissé en paix jamais on ne s'est
avisé de vouloir punir des Enfans pour
le crime d'un Pere que l'on n'a pas voulu
condamner comme coupable ; et enfin
quand Pierre Maquerel Pere auroit encore
été veritablement irrité, Pierre Maque
rel son Fils étant mort après avoir desarmé
la colere de son Pere , ses Enfans ne peuvent
plusêtre attaqués qu'après coup, quia
reconciliatis Patribus nuptia convalescunt.
Mais ce qui auroit pû être proposé
contre le pere de ces malheureux enfans
ne le peut être contr'eux ; car qu'on regarde
le pays où ils sont nés comme étranger
,ou comme une conquête de la France
, il est indubitable qu'ils ne sont point
nés sujets aux Loix de la France , tant,
parce qu'elles n'y étoient pas suivies
que parce qu'elles n'y ont pas été publiées
, et que le seul Concile de Trente
détermine la validité des Mariages ou
la legitimité des Enfans. Cela a été jugé
au
418 MERCURE DE FRANCE
au Parlement de Paris , à l'occasion d'un
Mariage contracté en Lorraine ; et par
l'Arrêt qu'on trouvera dans le Journal
des Audiences , ou dans le Traité de l'Abus
, Liv. 5. ch. 2. on décida que le Mariage
n'avoit pû être argué de clandestinité
, sur le défaut de l'autorité paternelle
, parce que le consentement des Pere
et Mere n'étoit point requis en Lorraine
de necessitate , et que celle qui étoit
attaquée n'étoit pas née sujette aux Loix
de la France .
Que Pierre Maquerel enfin se soit dé
terminé moins pour venger son autorité
que pour faire des avantages indirects ,
c'est ce qui est évident par la conduite
qu'il a tenuë ; en effet , il ne parle ,
il ne se plaint que lorsqu'il est ques
tion de donner de l'argent ; on le voit
à la sollicitation d'une nouvelle Epouse ,
réserver ses filles à partage , parce que
les filles sont toûjours l'objet de l'attention
des Meres ; il ne parle dans son Testament
de l'exhérédation en question
que dans la vûë de rendre la part de ces
filles plus considérable ; en un mot , les
malheureux Intimés ne paroissent indignes
de l'affection de leur Ayeul , que
lorsqu'ils demandent du pain . Est ce là
F'effet d'une juste colere ? N'est- ce pas
plutôt
MARS. 1736. 419
plutôt une suite du dessein de violer les
dispositions de la Loi Municipale , qui
ne permet pas de faire des avantages audelà
de ce qu'elle prescrit ? Tout cela est
bien fort contre l'exhérédation de Pierre
Maquerel ; car il s'en faut bien que ce
soit un Acte aussi favorable que les Apellans
le représentent ; plusieurs Peres de
l'Eglise et plusieurs Docteurs soutiennent
l'exhérédation être de Droit très - positif,
et les Romains la mettoient au nombre
des choses odieuses .
Il ne reste plus que la fin de non- recevoir
contre l'apel comme d'abus des
Parties adverses ; elle résulte du silence
de Pierre Maquerel Pere , lorsqu'il lui a
été libre de parler , de la possession dans
laquelle Pierre Maquerel fils étoit de son
état , lorsqu'il est décédé , et enfin des
dispositions du Concile de Trente , qui
seul peut être objecté aux Intimés . Il est
constant , dit là- dessus M. Brehain , que
le pouvoir d'interjetter apel comme d'abus
de la célébration d'un Mariage , n'est
pas accordé indistinctement à tous , et
spécialement aux Collatéraux , qu'on regarde
toûjours comme étrangers dans un
pareil apel; il n'y a, en effet , que les personnes
auxquelles les prétendus abus sont
relatifs directement , qui puissent le fai420
MERCURE DE FRANCE
re ; c'est-à-dire, les Peres ou Meres , Tuteurs
ou Curateurs , qui seuls sont inte
ressés ou à maintenir l'autorité pater
nelle , ou à conserver l'état de leurs Mineurs
dans la pureté qui convient ; c'està-
dire , les personnes même qui ont contracté
, lorsque leur volonté a été extorquée
par le dol ou par la fausseté , comme
dans l'espece de l'Arrêt du Parlement
de Paris qui a été cité ; et par quelle
grace pouroit- on recevoir des Collatéraux
à apeller comme d'abus de la célébration
d'un Mariage qui n'a point été
désaprouvé par ceux qui étoient seuls interessés
à le faire annuller ?
Cela posé , puisque Pierre Maquerel
Pere , ne s'est point élevé contre le Mariage
de son fils , qu'il l'a même en quel
que maniere aprouvé , salutatione , comestione
, et alloquio , il est indubitable que
des Collatéraux ne sont pas recevables à
faire ce qu'il n'a pas voulu faire , lui qui
étoit seul interessé à venger par ce moyen
son autorité dans le cas où elle auroit été
méprisée ; mais ce qui doit ôter aux Apellans
toute réplique , c'est que Pierre Maquerel
fils est mort en possession de son
état , et que par conséquent celui de ses
enfans ne peut être attaqué , parce que ,
comme l'observe M. l'Avocat Général
Talon
28
MARS. 1736. 421

Talon , dans un de ses Plaidoyers rapor
par Henris , Tome 2. selon la Loi premiere
§ . 2. au Digeste Ne de stain Defunctorum
& c. c'est une espece de crime
d'attaquer les vivans lorsque l'état d'une
personne décédée y est interessé ; et d'ail
leurs les enfans d'un homme décédé
époux légitime , ne peuvent jamais sur
la poursuite de Collatéraux , devenir les
enfans d'un concubinaire , comme la
Cour l'a jugé ces années dernieres en faveur
des enfans du sieur de Dammartin ,
et de ceux du sieur Lambert , quoiqu'il
parût des défectuosités dans la célébration
du Mariage de leur Pere , qui pou
voient même faire présumer qu'il n'avoit
pas été valable.
Enfin il suffit , suivant le Concile de
Trente , de la présence de deux Témoins,
et cela a été observé dans le Mariage de
Pierre Maquerel à Colkerch. Le Concile
se contente de la publication de Bans
et de la célébration du Mariage par le seul
Curé des Contractans , ce qui a encore
été observé dans celui dont il est question
. En un mot , le seul défaut du consentement
des Pere ou Mere , ne peut ,
selon ce Concile , faire annuller un Mariage
, puisque quand même il seroit
clandestin , il faut le regarder comme un
veritable
422 MERCURE DE FRANCE
veritable Mariage à peine d'anathême. Il
n'en faut
pas
bouche à de davantage pour fermer la
reste , quel
personnage font les Apellans en cette
Cause ? Ils viennent troubler le repos des
cendres de leur frere pour un vil intérêt
: Quid insultas funeri ? Quid impetis
sepulturam ? Quid cum mortuo litigas Ainsi
parla M. Brehain .
M. Fallaise pour les filles réservées à
partage , répliqua en Maître de l'art , et
après M. de Villers , qui répliqua pareillement
avec beaucoup d'habileté ; il fit
voir que la Jurisprudence en faveur de
J'autorité paternelle est aussi ancienne
que la Monarchie , qu'elle s'est perpetuée
jusques à nous , soit par les anciennes
Formules , soit par les Capitulaires
de nos Rois , soit par les Coûtumes dont
il nous reste encore quelques vestiges
soit les dernieres Ordonnances ,
par qui
en ce point ont moins fait un Droit nouveau
, que donné une nouvelle force à
l'ancien. Il ajoûta que cette Jurisprudence
n'est point particuliere à la France
mais qu'elle est de tous Pays , et surtout
de la Flandre , que nous pouvons
apeller le berceau de la Nation Françoise ,
et qui étoit notre Conquête lors du Ma
riage de Pierre Maquerel. Enfin il con
tinua
MARS. 1736. 423
tinua en démontrant , autant qu'il étoit
possible , que la même Jurisprudence a
été adoptée par les décisions de l'Eglise ,
sur tout par celle du S. Concile de Latran
, tenu sous Innocent III .

>
Ceci suposé dit l'habile Orateur ;
c'est se tromper que de prétendre fixer
l'Epoque de ce droit , l'apliquer à de
certains cas , et en user selon les Lieux : il
faut au contraire se représenter qu'il est
de tous les tems , qu'il doit avoir lieu
indistinctement pour toutes Personnes ,
et qu'il est de tous les Pays. D'ailleurs
dit- il , nous devons toujours distinguer
les Loix qui regardent les Personnes ,
d'avec celles qui regardent les Biens des
Sujets ; celles qui concernent les Personnes
, suivent le Sujet en quelque Lieu
qu'il aille , d'où vient qu'un Homme
qui est majeur en Normandie à vingt
ans , peut agir comme majeur à Paris ,
quoique la majorité ne soit fixée là qu'à
vingt- cinq de même qu'un Habitant
de Paris ne pouroit pas contracter valablement
en Normandie à vingt ans ,
quoique la majorité y soit fixée à cet
âge. En un mot , ajoûta M. Fallaise
quiconque reclame le Benefice de la Loi,
ne doit point paroître l'avoir enfreinte :
et puisque les Intimés veulent succeder
B selon
424 MERCURE DE FRANCE
selon les Loix de France , il faut que ces
mêmes Loix décident de leur état , non
pas dans les distinctions qu'ils veulent
introduire ;' mais dans les termes mêmes
qui déclarent les Veuves , Fils et Filles
moindres de vingt- cinq ans , qui auront contracté
Mariage contre la teneur des Ordonnances
, privés et déchus par le seul fait ,
ensemble les Enfans qui en naîtront et leurs
Hoirs indignes et incapables à jamais des
Successions de leurs Peres , Meres ou Ayeuls.
Art. II . de l'Ordonnance de 1639 .
M. Foucher , Substitut pour MM. les
Gens du Roi , après avoir raporté les
Plaidoyers des Avocats , avec cette noble
simplicité qui plaît et qui persuade , représenta
que la le Cavelier étoit d'autant
plus dans la bonne foi , qu'elle étoit née
dans le bruit des Armes , et qu'elle contractoit
encore mineure , dans un Pays
qui ne pouvoit pas suivre les Loix de la
France. En effet , dit- il , nos Rois , par
une générosité digne d'eux , accordent
toûjours aux vaincus leurs Loix et leurs
Privileges particuliers ; et puisque dans
nos Provinces même nous ne connoissons
de Loix que celles qui y sont publiées
, ceux qui naissent dans les Pays.
Etrangers ne sont pas de pire condition
ainsi, dès que cette malheureuse Personne
MARS. 1738. 423
a suivi l'usage du Pays où elle étoit , elle
a fait ce qu'elle devoit faire.

Il n'en est pas de même de Pierre Maquerel
son Epoux ; mais le Pere ayant
deux voyes pour venger son autorité ;
sçavoir , celle de l'Apel comme d'abus ,
ou celle de l'exhérédation ; en prenant
cette derniere , il a reconnu le Mariage
valablement contracté ou du moins
il a voulu le laisser subsister , et par consequent
les Collateraux ne sont pas recevables
. Au reste, en ce qui concerne l'exhérédation
, dès que le Pere n'a point
frapé du vivant de son Fils , en un mot ,
qu'il aa voulu épargner le coupable , il ne
peut pas sévir contre des Enfans malheureux
et innocens. En effet , l'état de leur
Pere étoit entier lorsqu'il est décedé , il
est mort mari , il est mort ami de son
Pere , il est mort présomptif Heritier ,
Filius , ergo Hares.
Il conclut à la confirmation de la Sentence
qui admettoit les Intimés à la Succession
de leur Ayeul , et à ce que les
Apellans fussent déclarés non recevables
en leur Apel comme d'abus. Cela fut ainsi
jugé par Arrêt prononcé le 10. Décembre
1735. par M. de Pontcarré , Premier
Président.
Bij TRA
426 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION des Vers Latins
:
de M. Deslandes , inserés dans le Mercure
d'Août dernier , page 1814.
MEs yeux , qui m'êtes cent fois
Plus chers que tout l'or des Rois ,
Plus chers que ma vie encore ,
mes utiles yeux ô mes yeux >
bien aimés ;
Pourquoi me quittez - vous ? Quel crime , je l'ignore
,
M'attire ce malheur , et fait qu'en vain j'implore
Vos secours accoûtumés
A peine cesse l'inclémence
De l'âpre et rigoureux hyver ,
Les vents fougueux tyrans de l'air ,
A peine gardent le silence ; -
A peine la Terre commence
A mettre à profit les chaleurs
Que le doux Zéphir lui dispense
Pour reproduire en abondance
Les feuilles , les herbes , les fleurs ;
Malheureux que je suis ! j'éprouve
D'un triste aveuglement le sort cruel et duri
Je cherche la lumiere , hélas ! et je ne trouve
en tous lieux qu'un cahos obscur ,
Au matin , lorsque je quitte
Mos
MARS. 1736. 427
Mon lit , et qu'en son Char pompeux
Le Soleil paroissant ranime et ressuscite
La Nature par ses beaux feux ,
En proye à des douleurs extrêmes ,
enflés ne peuvent voir ;
Mes
yeux
Dans mes apartemens , les plus éclairés mêmes
Tout , fort long- temps , me semble noir.
Lorsque par mes valets , au soit ,
Les chandelles sont allumées ,
Et que les fenêtres fermées
Ont exclû les rayons du jour prêt à finir ,
Alors que vais- je devenir ?
Que deviendrai -je , helas ! dans ces momens funebres
?
Errant et solitaire au milieu des tenebres ,
Je ne puis pour charmer l'ennui
Où mon ame est ensevelie ,
Ni lire les oeuvres d'autrui ,
J
Ni mettre par écrit quelque aimable saillie.
Chers yeux , quels maux , quel deuil , quel cha
grin , quel souci
Vous ai- je donc causés pour me livrer ainsi
Aux rigueurs les plus violentes ?
Quoi?jamais vous ai-je réduits
A veiller , à souffrir pendant de longues nuits
L'incommode lueur des chandelles tremblantes ;
En lisant tous les Contes bleux ,
Des Arabes rêveurs ou des Grecs fabuleux ?
Biij Quoi ?
428 MERCURE DE FRANCE
Quoi de ces Parchemins , de ces Chartes Go
tiques ,
Et de ces Médailles antiques ,
Sur qui le Temps marqua son pouvoir absolu ,
Nouveau Lyncée , ai - je voulu
A force d'études austeres
Connoître et déchiffrer les obscurs caracteres?
Hélas ! non. A dormir , je passe avec la nuit ,
Bonne part de la matinée ;
De dormir , quand je veux , la faveur m'est donnée
,
Sans l'importunité du tumulte et du bruit.
Si quelquefois l'oisiveté me lasse ,
Alors dans les Ecrits de Catulle , ou d'Horace ,
Je goûte avidement les plaisirs les plus doux.
Eh ! pourquoi donc me quittez- vous ,
Moi qui me fais honneur de paroître sans cesse
Ennemi de l'étude , ami de la paresse ?
Mes chers yeux , que vous m'allarmez !
Quoi donc, pour tant d'égards ; quoi, pour tang
d'indulgence ,
O mes utiles yeux ! ô mes yeux bien aimés ,
Est-ce là votre récompense ?
ENVOY à M. Deslandes.
Aquel plus digne Protecteur ,
Moi, votre indigne Traducteur ,
Pourois-je offrir , docte Deslandes ,
Mon travail moins bon
que mauvais ?
L'offrande
MARS. 1736.
419
L'offrande que je vous enfais
Est la plus juste des offrandes ;
Mais quoi ! (je frissonne à ce mais )
Plus vos Vers ont semblé parfaits ,
Plus mes fautes sembleront grandes .
Votre Latin dans mon François
Perd tout l'éclat de ses guirlandes.
Qu'y faire ? J'ai fait de mon mieux ;
Et votre Latin gracieux
N'est guere imitable , beau Sire.
Partant , je serai bien joyeux ,
Bien content et bien glorieux ,
Si sans peine vous pouvez lire
Mon François avec vos chers yeux
Et si vous daignez m'en instruire ,
Moi , votre indigne Traducteur ,
Et deplus votre Serviteur,
F. M. F.
"
Biiij LET
430 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Maillart , ancien
Avocat au Parlement de Paris , à M.
Claude Thourette , Avocat du Roy
au Bailliage de Montfort l'Amaury .
V
que
l'Article 88.
Ous sçavez , M.
de votre Coûtume , n'autorise les
Dispositions Testamentaires qu'au profit
de Personnes CAPABLES.
Sur cet Article je trouve écrit , en
votre Commentaire , Edition de 1731 .
que la Donation testamentaire est permise
entre Conjoints , jugés capables du legs des
Meubles , Acquêts et Conquêts immeubles
et du Quint des Propres en pleine proprieté.
La raison fondée sur ce qu'il n'y en a
aucune prohibition ni incapacité cottée
par la Coûtume. D'où il s'ensuit que tacitement
elle l'a permise.
L'Article 148. autorise le Don- mutuel
entre-vifs , pour l'usufruit au survivant
; et vous y observez que cette
Donation mutuelle est réputée entre - vifs.
De là suit que ce Don entre-vifs ne
peut
être étendu au Don testamentaire ;
car selon la Loy 20. au Digeste so . 16.
de Verborum significatione verba : con- ;
traxerunt,
1
MARS. 1736.
431
traxerunt , gesserunt , non pertinent ad testandi
jus .
Pour ce qui est du Don. entre- vifs
de Mari à Femme , et de Femme à Mari,
même sans réciprocité ni mutualité , il est
autorisé , quant à l'usufruit , par l'Article
149 .
De ces Observations on infere , M ..
que la Coûtume de Montfort n'autorise
entre Conjoints , que des dispositions
entre- vifs , quant à l'usufruit seulement.
Et par conséquent qu'elle condamne
leurs dispositions testamentaires , soit
sur l'usufruit , soit sur la proprieté. Et
cela suivant la maxime : Inclusio unius
est exclusio alterius.
Conformément à ces Refléxions , un
Arrêt du 23. Juillet 1735. rendu au raport
de M. Boucher , Conseiller à la
premiere des Enquêtes , a déclaré nul et
de nul effet , le Testament conjonctif et mutuel
, passé entre Jean le Roy et Jeanne le
Févre , Mari et Femme , qui n'avoient
pas d'enfans et qui étoient domiciliés
au Hameau du Corner , Paroisse de S.Lubin
de la Haye , Coûtume de Montfort-
Amaury.
Ce Testament , daté du 23 Septembre
1723. avoit été reçû par Hudebine ,
Tabellion de la Forest de Civry. Le Mari
B v étoit
432 MERCURE DE FRANCE
étoit alors malade dangereusement , et
la Femme en santé ; et peut- être cette
circonstance occasionna- t'elle le Testament
conjonctif et mutuel , par lequel
le Prémourant donna au Survivant la
proprieté de sa moitié de communauté
mobiliaire et immobiliaire.
le
Quoiqu'il en soit , la Femme déceda
1727. Et sur la foi du
Testament , au vû et sçû des Heritiers.
Collateraux de la Femme , le Mari resta
en tous les Biens de la Communauté ,
jusqu'à son décès arrivé le .. Juillet
1729. Alors les Heritiers de la Femme
requirent amiablement partage des Biens
de la Communauté , ce qui fut refusé
les Heritiers du Mari ; lesquels , par Requête
et assignation des 16. et 19. Décembre
1729. demanderent délivrance du
Legs universel fait par la Femme au
Mari.
par
Le 17. Février 1730. Sentence rendue à
la Forêt de Civry, qui fit cette délivrance,
dont il y eut Apel au Bailliage de Chevreuse
séant à Montfort, suivi de Sentence
confirmative le 18. Août 1733. Apel
au Parlement , où est intervenu en connoissance
de cause l'Arrêt infirmatif du
23. Juillet 1735.
Ainsi , Monsieur , c'est donc chose jugée
MARS. 1736. 433
gée en votre Coûtume , que les Mariés
ne se peuvent avantager par
Testament
,
de la proprieté de leurs Biens communs.
Je suis persuadé que l'amour que vous
avez pour le Public soumis à la vigilance
de votre ministere , vous excitera
à faire mention de cette décision , dans la
premiere Edition que vous procurerez
de votre sçavant Commentaire .
Suposé que vous trouviés cet Arrêt de
1735. contraire à la Jurisprudence des
Arrêts que vous avez cités , je vous représente
que telle est la vicissitude des
choses morales annoncée Tacite :
par.
Rebus cunctis inest quidam velut orbis , ut
quemadmodum temporum vices ; ita morum
vertantur. Annal.
Je suis & c .
S
De Paris , le 12. Novembre 1735 .
*************
LACRY MA.
LAbentem celebrent alii de fontibus undam ;
Eque latebroso prærupti culmine montis
Per gelidas leni trepidantem murmure valles
Expressum laudent alii sudantibus imbrem
B vj
Side434
MERCURE DE FRANCE
Sideribus , gemmæ qui nobilis emicat instar
Mane novo , et liquidis aspergit graminal accisa
Ille inihi antè alios latices laudabitur humor
Qui gemitus et crebra inter suspiria cordis ,
Ex oculis , gemino tanquam de fonte , volutus ,
Sponte ca dit , guttisque irrorans ora decoris
Per molles hinc inde genas velut unio fulger.
Causa etenim Lacrymæ quoties est pulchra ca⇒
dendi ,
Pulchra cadit toties ; nec habet minds illa de
coris
Casta per ora fuens , quàm gemmea rura pererrans
Limpha , vel in flores è coelo deffuus imber.
Sed nequè cum lacrymis certaverit ulla salubris
Unda , per arcanos sensim quæ fusa meatus
Sulphura , vitalesque sales convectat eundo :
Sit licet illa potens lentuin depellere nervis
Humorem , et lapsas revocare in corpora vires
Major inest lacrymis vis addita namque ubis
mentem
Infecit scelerata lues , fit lacryma menti
;
Certa salus quam nec fontes , nec flumina
labem ,
Nec totam eluerit sociatis fluctibus æquor ,
Gutta vel una cadat , gutta eluet una cadendo.
Nec longè à patriâ , longâ- ve ambage viarum
Est quærenda tibi quæ conferat unda salutem ;
Illa tibi in promptu est , geminoque in fonte
parata
Quem
MARS. 1736. 435
Quem natura dedit : non expectanda per annum
Commoda tempestas : nam lacryma tempore
quovis
Excidat ex oculis , lapsu excidet illa salubri T
Omnis et hora venit flendis accommoda culpis
Nec liquor hic certâ ratione modòque regendus,
Ut certâ medici fontes ratione bibuntur :
Et modus et ratio flendi , cùm noxia mens est ,
Est fere absque modò , et lacrymis permittere
habenas.
Ergò quid dubitas effuso abstergere fletu
Quas animæ inspersit labes malè sana cupido .
Ah ! miser , infirmo si corpore languor inhæret,
Venalem ancipiti mercaris ab arte medelam ,
Et magno empta licet , minimo constare putatur
:
Tam pretiosa tibi est , quam ducis ab æthere ,
vita.
Ecce tuo infixum stridet sub pectore vulnus ,
Vinus acerbum , ingens , solo medicabile fletu
Et tamen usque negas oculis emittere rorem !
Scilicet empta salus lacrymis nimis empta videtur
:
Tam vilis tibi vita , Deo quam ducis ab uno.
G. P.
438 MERCURE DE FRANCE
88888888888888
SECONDE LETTRE du R. P.
Dom Toussaint Du Plessis , au sujet de
la Dissertation de M. le Beuf, sur le
Soissonnois.
Q
UE voulez- vous que je vous dise
Monsieur , sur la Lettre que M. le
Beut vient de vous écrire pour défendre
l'explication qu'il donne au mot de Dun ,
et que vous avez inserée dans le Mercure
de Janvier de cette année ; sinon qu'il me
semble que cet habile et sçavant Antiquaire
s'est un peu trop pressé de répondre
à la difficulté que je lui avois proposée
des Sçavans du premier ordre ont
pensé comme lui , dit il , que Dun dans la
Langue Celtique signifie une Montagne .
J'avois eu l'honneur de lui marquer que
je le sçavois bien : mais que j'attendois de
lui des raisons , et non des autorités , parce
que , quelque habile que l'on soit , on
n'a point tout étudié , et que sur ce que
l'on n'a point étudié , on peut , avec beaucoup
de science d'ailleurs se tromper tout
aussi bien qu'un autre. Ainsi les autorités
de Scaliger , de Casaubon , de Ducange ,
&c. que M. le Beuf aporte ici en témoignage,
MARS. 1736.
437
gnage , prouvent seulement que Scaliger ,
Casaubon , Ducange , &c. ont été de cer
avis là ; mais elles ne prouvent nullement
qu'ils aient eu raison d'en être .
Ce n'est pas que dans des questions de
cette nature , je réclame absolument contre
toute sorte d'autorités . Suetone , par
exemple , nous aprend que Bec , et Coq
signifioient en Langue Celtique ce qu'ils
signifient encore aujourd'hui communément
dans la Langue Françoise . Mais Suetone
étoit contemporain , ou presque contemporain
des Celtes : son témoignage est
recevable . Il n'en est pas ainsi de Scaliger
, de Casaubon , de Ducange , &c .
quatorze ou quinze siecles de diférence
doivent être comptés pour quelque chose.
Encore , si malgré la distance des temps .
on nous citoit ou Davies, ou Boxhorn , ou
Cambden , ou Bochart : ces Sçavans là ont
étudié la Langue Celtique. Peut-être néanmoins
ne l'ont- ils pas sçuë à fond ; mais
enfin ils l'ont étudiée. Scaliger au contrai
re , Casaubon , Ducange même , n'en ont
jamais fait leur étude , ou ne l'ont fait
qu'éfleurer en passant. Et de quel poids
fors qu'il s'agit du sens d'un mot , peut
être le sufrage d'un homme qui ignore la
Langue dont ce mot est tiré ?
Mais que puis-je répondre à l'Auteur
anonyme
438 MERCURE DE FRANCE
anonyme du Traité des Fleuves , inseré à la
fin des Oeuvres de Plutarque ? cet Auteur
, que M. le Beuf m'opose , déclare
expressément que dans la Langue Gauloise
Dun signifie une Montagne, et il s'apuie
en cela sur le témoignage de litophon
, Auteur plus ancien que lui . Clito
phon ? qui est- il cet homme- là ? car pour
l'Auteur anonyme , on n'en tient pas
grand compte.Suetone ne citoit pas ses garans
comme lui . C'est que Suetone voioit
par ses propres yeux , et qu'il sçavoit ce
qu'il disoit , au lieu que l'Anonyme , qui
n'en sçavoit pas tant , étoit obligé de voir
par les yeux d'autrui. Or cet autrui , on
nous dit donc que c'étoit Clitophon . Mais
je ne sçai ni en quel temps ce Clitophon
vivoit , ni s'il étoit bien sûr ou bien instruit
de ce qu'on lui fait avancer M. le
Beuf voudroit il bien nous aprendre une
partie au moins de ce qui en est ? Pour lui
en épargner la peine , j'ai voulu m'instruire
par moi même ; j'ai cherché dans
Vossius , et voici ce que j'ai trouvé : Clitophon
de Rhodes a composé quelques
Traités Historiques sur les Indes sur l'Italie
, et sur la Gaule ; il a composé aussi
un Livre d'Origines , ou dEtymologies :
ces traités et ce Livre sont cités dans les
Oeuvres de Plutarque. C'est là tout ce
que Vossius en sçait. Mais
MARS. 17368 439
Mais 1 ° .il est fort douteux que ces Euvres
de Plutarque , où Clitophon de Khodes
est cité , soient veritablement de Plutarque
. On doute sur - tout que le Traité des
Fleuves soit de lui . Et qui en doute ? C'est
Maussac , celebre Commentateur de Plutarque,
c'est Vossius lui - même. 2 ° . Il est
encore douteux que le Clitophon cité
dans les petits Paralleles ,que l'on conteste
encore à Plutarque , ou dans le dernier
Chapitre du Traité des Fleuves , soit le
même que celui qui a écrit le Livre des
Origines , sur lequel M. le Beuf fonde la
plus forte de ses autorités .
Or de tous ces doutes que résulte-t'il ?
qu'on ne sçait en quel temps vivoit l'Auteur
des Origines , celui qui prétend que
dans la Langue Celtique Dun signifie
une Montagne . Cependant si cet homme ,
soit de Rhodes , soit d'ailleurs , trop éloi .
gné , comme il est bien croiable , ou des
temps ou des Lieux, m'a pas été à portée
de s'instruire sufisamment ; s'il a confondu
, ce qui étoit fort possible à un Grec ,
la Langue Celtique anciennement en usage
dans les Gaules , avec la Langue des
Peuples Germains qui pouvoit fort bien
y être en usage de son temps , quel fonds
peut-on faire sur son érudition ? Que l'on
nous fasse donc voir d'abord que sur la
question
440 MERCURE DE FRANCE
question présente cet Auteur inconnu est
digne de foy , et nous pourons ensuite
l'en croire sur sa parole.
Ce que je dis ici pour infirmer l'autorité
de Clitophon , n'est pas sans fondement.
Je suis fort trompé , ou il n'a pas
sçu la véritable signification de Lug , autre
mot Celtique , qui entre comme celui
de Dun dans la composition du mot Lugdunum
. Selon lui Lug signifie un Corbeau
ensorte que Lugdunum signifie la Monta
gne des Corbeaux. Cependant si on en croit
de fort habiles gens , Lug dans la Langue
Celtique ne signifie rien moins qu'un Corbean.
M. le Beuf ne l'ignore pas ; il a lû
dans Vossius que malgré l'autorité de Clitophon
, la vraie signification de Lag est
demeurée dans l'obscurité : il a vu dans
la Cosmographie de Paul Merula quelques
autres interprétations de ce mot obscur
que le même Merula croit plus soli
des que celle de Clitophon ; il en raporte
même deux de celles-là dans sa Lettre.
Mais en voici une autre que Merula ignoroit
, et qui pouroit bien être encore plus
solide que les siennes. Lug , selon Cambden,
signifie une Tour ; et qui dit Camb
den , dit un homme versé dans la Langue
Celtique . Un autre Auteur , que je citerai
bien- tôt avec honneur , prétend que
Lug
MARS. 1736. 44*
Lug signifie dans sa première simplicité
tout Lieu ceint de murailles , tout Edifice , on
Clôture , propre à garder et à être gardé , ce
qui revient à fort peu de chose près , au
sens que lui donne Cambden . Or si Cli
tophon s'est trompé , comme il y a tout
lieu de le croire,sur la signification de Lug,
qui m'assurera qu'il ne s'est pas également
trompé sur celle de Dun ? En voila assés
sur cet Auteur . Je le recuse , et on voit que
je suis doublement fondé à le recuser.
A qui ea croirons - nous donc ? au venerable
Bede , à Florent de Wigorne , à Josselin
, tous Auteurs Anglois , c'est à- dire
Anglo - Saxons , que M. le Beuf m'objecte
encore ?Que nous disent-ils, ces Auteurs ?
qu'en Angleterre il y a plusieurs noms de
Lieux terminés en Dun,et que Dun dans
ces mots là signifie Montagne. On le sçait ,
et il n'étoit pas neçessaire de passer la Mer
pour recourir à de pareilles autorités.
Nous avons en France des noms de Lieux
tout-à- fait semblables : Châteaudun , Dunle-
Roi , Dunkerque , &c. Tous ces Noms
sont Germains , Francs , ou Teutoniques
d'origine ; et en Angleterre ils sont tirés
de la Langue Saxone , branche de la Teutonique
, dans laquelle il est vrai que
Dun signifie une Montagne. On avoue
tout cela. M. le Beuf prétend il soutenir
>
que
441 MERCURE DE FRANCE
que les noms Anglois Wilfares- Dun ,
Escedun , et autres qu'il étale dans sa
Lettre , sont absolument et sans contredit
tirés de la Langue des Celtes ? si ce
n'est pas là son but , il ne prouve rien .
J'avois emploié dans ma premiere Lettre
le nom de la petite Riviere de Dun
qui arrose le Païs de Caux , non pas pour
prouver que Dun signifie profond , mais
uniquement pour affoiblir un raisonnement
de mon sçavant Adversaire. Dun
disoit -il , signifie si bien une Montagne
, que plusieurs Montagnes en ont
retenu le nom. Dun , repliquois - je dans
la même forme,signifieroit si bien une Riviere
, que plusieurs Kivieres ont pareillement
retenu le nom de Dun . Là dessus ,
je citois le Dun du Païs de Caux , profond
ou non , il n'importe . Je pouvois
citer encore le Dun Riviere d'Angleterre
qui passe à Duncastle , la Duna , Kiviere
de Pologne , le Dun même , autrement
dit le Tanaïs , et quelques autres . Tout
cela étoit suivi , ce me semble , et tendoit
prouver que Dun en general ne signific
rien. J'ajoutois que si on demande ce que
ce mot signifie dans une Langue ou dans
une autre Langue ,il veut dire, à la verité,
une Montagne chés les Germains ou chés
lesFrancs, mais que chésles Celtes il signià
fie
MARS. 1736. 443
fe profond , bas. Il en est de même de cont
autres expressions : Becsignifie une pointe
dans la Langue Celtique , mais dans
eelle de nos premiers François, il veut dire
un Ruisseau.
Il est pourtant vrai que c'est dans le
sens de bas ou de profond que j'interpretois
le nom de la Riviere de Dun ; et suposé
mon étymologie vraie , il n'y a rien
là que de plausible . M. le Beuf m'objecte
que cette Riviere n'est qu'un ruisseau , et
que ce ruisseau n'est pas d'une profondeur
extraordinaire. Mais pour être profond ,
il n'est pas necessaire d'être extraordinai
rement profond. D'ailleurs , c'est moinslà
le nom du ruisseau que celui de la vallée
ou du lieu où il coule. On l'aura apellé
le profond , ou le bas , parce qu'il roule
ses eaux dans un lieu bas et profond . Y
a-t-il beaucoup de vallées dans le Païs de
Caux plus profondes que celle- là ?
Cependant , ajoûte M. le Beuf , ( et
c'est ici où je ne doute pas qu'il ne me
croie fort embarassé , ) le nom de cette
petite Riviere de Dun , loin d'être tiré de
la Langue Celtique , ne lui a été donné
que dans des Siecles bien posterieurs :
l'ancien nom de cette Riviere étoit Tala ,
ou Tal : c'est Orderic Vital qui nous en
assure ; Tala , dit cet Auteur , qua Dun
mode
444 MERCURE DE FRANCE
modo vocatur ; et Orderic Vital est un garant
que je ne recuserai pas. Mais pourquoi
donc n'aurois-je pas droit de le recuser ?
Orderic Vital est tombé dans plusieurs
méprises , et ici sur- tout il n'est pas exact
dans le dénombrement qu'il fait des Rivieres
du Païs de Caux , il devoit les connoître
, il omet cependant la Riviere
d'Eaulne , et celle de Fecan : c'est déja là
un mauvais préjugé contre lui. De plus
Adrien de Valois m'a déja prévenu dans
le parti que j'avois à prendre : il soutient
contre Orderic Vital , et il le soutient avec
raison , que la Tale n'est point la Riviere
de Dun. Il est vrai qu'Adrien de Valois
s'est trompé à son tour ,lorsqu'il a cru que
cette Riviere de Tale n'étoit point diférente
de celle d'Tere. Mais enfin il est toujours
vrai de dire qu'Orderic Vital étoit fort
mal instruit de son côté, et que mal à pro
pos il a confondu le Dun avec la Tale.

Avant que M. le Beuf pensât à composer
sa Dissertation sur le Soissonnois , j'a
vois déja examiné cette question . L'His
toire du Diocèse de Rouen , dont le Clergé
de cette illustre Métropole m'a fait
l'honneur de me charger , entraîne avec
soi necessairement la description du Païs
de Caux. Le Talou , petite Province érigée
dans ce Païs- là par les François de la
premiere
MARS. 1736. 445
premiere Race , fait partie de cette Description
; et vraisemblablement le Talou
a tiré son nom , ou du moins la premiere
partie de son nom , de la Riviere de Tale.
Or dans cette description je crois avoir
prouvé que la Tale ne doit point être distinguée
de la Riviere qui passe à Neuf-
Chatel , et qui se jette dans la Mer à Diep.
pe. Cette preuve résulte d'une discussion
crès-longue , très -épineuse et très- embarassée
; et M. le Beuf , équitable comme
il est , n'exigera pas de moi que je la
détache du Corps de l'Histoire de Rouenpour
la transporter dans cette Lettre.
J'ajouterai donc simplement , comme
par surcroît , après avoir étudié avec soin
tout ce qui regarde cet article d'Orderic
Vital , que l'ancien nom Celtique de la
Riviere qu'il apelle Vitfleur du nom d'un
Bourg considerable qu'elle arrose , est celui
dont nous nous servons aujourd'hui ,
et qui est redevenu en usage depuis plusieurs
Siecles , c'est- à dire , le Durdan, en
Latin Durdo , comme qui diroit Eau basse
ou profonde : que la Riviere d'Eaulne qu'il
a passée sous silence , porte dans tous les
anciens titres latins le nom d'Eldona , ce
qui en Langue Celtique doit signifier encore
Eau profonde ; car dans cette Langue
El et Dour sont deux mots presque synonimes
446 MERCURE DE FRANCE
nonimes. Enfin que la Riviere de Brêle ,
qu'il apelle Au , et Ou , du nom que nos
premiers François lui ont donné , n'en
avoit point d'autre du temps des Celtes ,
que celui de Brisel , dont le mot de Brêle
s'est formés et que dans ce nom de Brisel
on retrouve encore , comme dans ceux
d'une infinité d'autres Kivieres , le mot
Celtique El , qui signifie de l'Eau .
Tout ceci va peut -être confirmer M. le
Beufdans l'opinion où il est, que je recherche
aussi bien que lui les noms Celtiques.
Mais cette recherche est toute faire
par
raport à moi ; et on sçait qu'un autre
genre d'études m'apelle ailleurs . Dom
Louis Pelletier , Religieux de la Congres
gation de S. Maur , decedé depuis quelque
temps à Landevenec , a travaillé pendant
plus de trente années à un Diction
naire Bas - Breton , et nous avons entre
les mains son Ouvrage manuscrit. Ce Religieux
, très capable d'ailleurs de réussir
dans cette entreprise à laquelle il s'est livré
tout entier et sans relâche , a passé
presque toute sa vie en basse Bretagne ; et
on ne doute plus aujourd hui que la Langue
naturelle de cette Province re soit
l'ancien Celtique , à quelques altérations
près , que l'éloignement des temps et la
frequentation des Peuples voisins ont pu
Y
MAR S. 1736. 447
aporter. C'est dans cette source que
j'ai puisé l'interprétation de Lug , que j'ai
emploiée ci - dessus , et celle de Dun qui
nous divise M. le Beuf et moi.
Si , pour user de représailles, cet habile
Antiquaire,dont j'honore sincerement le
merite , recuse à son tour l'autorité de
Dom Louis Pelletier , je le prierai de jetter
les yeux sur le Chanaan de Samuel
Bochart. J'ai trouvé là 1 °. l'opinion commune
que je combats, que Dun signifioit
une Montagne chés les anciens Gaulois ,
comme il le signifie encore aujourd'hui
chés les Germains , les Bretons , et les
Anglois ; 2 °. que Dan ou Doun , qui assûrement
ne doit point être distingué de
Dun ,signifie bas , en latin inferius , chés les
Bretons et chés les Anglois . Il y a là d'abord
une contradiction aparente , qui ne
peut être levée que par le moyen de la
distinction des deux Langues , Celtique
et Germaine ou Teutonique , telle que je
ia propose : anciennement dans la Bretagne
ou dans l'Angleterre , Doun signifioit
bas ou profond ; mais aujourd'hui il
signifie une Montagne , parce que la Langue
que l'on y parle aujourd'hui est dérivée
de la Langue Teutonique . Cependant
si , chés les Bretons anciens , Doun
signifioit bas ou profond , comment se
C реци
448 MERCURE DE FRANCE
peut- il faire,comme le croit Buchart, que
ce même mot signifiât une Montagne chés
les Gaulois ,puisque la Langue des anciens
Bretons et des anciens Gaulois étoit la même
dans le fond ? C'est-là où il est difficile
d'accorder Bochart avec lui - même. En
soutenant que Dun signifioit une Monta
gne
chés les Gaulois , il a suivi le torrent
sans y prendre garde d'assés près . Mais il
m'accorde que ce même mot chés les anciens
Bretons , signifioit bas , ou profond ; et
cela me suffit pour en conclure que selon
lui,malgré lui-même,c'étoit là le véritable
sens de ce mot chés les anciens Peuples
Celtiques.
Vous êtes maintenant en état de juger ,
Monsieur , si les autorités sur lesquelles
je me fonde , puisque c'est par autorités
qu'il faut proceder avec M. le Beuf, ne
sont pas assés fortes pour contrebalancer
celle d'un je ne sçai quel Clitophon , qui
seule pouroit mériter de favoriser l'opinion
contraire. A l'égard de ce que M. le
Beuf observe sur le nom de la Dordogne,
j'abandone sa critique à ceux qui étudient
les Antiquités de la Guyenne, Ou le mot
Dun entre en effet dans la composition
de ce nom , ou il n'y entre pas ; s'il en
fait partie , il ne peut signifier là que
profond , comme je le soûtiens ; et s'il
n'ca
9
MARS. 1736. 449
n'en fait point partie , nous serons de ce
côté-là hors de cour , M. le Beuf et moi,
sans perte ni gain de part et d'autre.
Je finis , car cette Lettre est déja bien
dongue. M. le Beuf prétend non seulement
que son opinion sur la situation de
la Ville de Soissons n'est point différente
de celle de Sanson ; mais qu'il n'a même
fait que confirmer le sentiment de cet
habile Geographe . Or en quoi ces deux
Sçavans sont-ils d'accord ? Le voici ;
c'est que l'un et l'autre placent le Noviodunum
Sueffionum de César dans le Soissonnois.
Et qui seroit assés hardi pour le
mettre ailleurs ? Ceux- là même qui tenoient
pour Noyon , n'auroient pas osé
mettre Noyon dans le Vermandois . Il y
étoit pourtant ; et c'est ce qui a donné
gain de cause à Sanson. Mais Sanson reconnoissoit
le Soissons de César dans le
Soissons d'aujourd'hui ; et M.le Beuf va
le chercher une demie-lieuë plus loin.
Qu'importe , nous dit- il , que Soissons
ait été situé anciennement au lieu même
où nous le voyons aujourd'hui dans la
vallée ou sur la riviere , ou à une demilieuë
de -là sur la montagne ? Il impor
te , sans doute , lorsqu'il s'agit précisément
de cela entre deux sentimens oposés.
Sanson soutient l'un ; M. le Beuf
Cij sou
450 MERCURE DE FRANCE
soutient l'autre. Donc dans le point es
sentiel de la dispute , ils ne sont pas de
même avis. Et que diroient les Parisiens
, si je m'avisois de transferer l'ancien
Paris sur la montagne de Mont- martre
Il n'y a pourtant qu'un pas ; mais enfin
ce pas est le sujet de la question , et jamais
on ne me le passeroit . Je suis & c.
A Paris le 23. Fevrier 1736,
LE PRINTEMPS
CANTAT E.
D Eja dans ses Grotes affreuses į
Eole a renfermé l'Aquilon furieux ,
Et les Pleiades orageuses
Vont se dérober à nos yeux ,
Un essain de Zephirs , suivis de mille Graces ;
Forcent Borée à quitter nos Climats ,
Suivi des vents et des frimats ,
Ce fier tyran des Airs s'envole chés les Thrace
L'Amante de Therée
Annonce dans ses chants }
A la Terre éplorée
Le retour du Printemps.
L'Auror
MARS. 1736. 431
L'Aurore plus vermeille ,
Quitte le sein de l'Eau :
Et l'Amour qui s'éveille ,
Rallume son flambeau.
Le bruit sourd des Torrens qui ravageoient no
Plaines ,
Fait place au bruit Яateur des tranquilles ruisseaux
;
Et le ramage des Oiseaux ,
Joint au murmure des Fontaines,
Va bientôt adoucir les peines
Des coeurs à qui l'Amour fait ressentir ses maux.
La terre s'entr'ouvre ,
Que vois-je , grands Dieux !
Elle nous découvre
Son sein précieux.
Quel charme m'enchante {
La Nature enfante ,
Des Gazons fleuris ;
Et l'herbe nouvelle
Eclate , étincelle ,
De mille rubis.
-Les doux Oiseaux sous ces feüillages ,
Par un heureux Himen vont couronner leurs
feux ,
Déja pour répondre à leurs voeux ,
C iij
Le
452 MERCURE DE FRANCE
Les Arbres de ce bois redoublent leurs ombrages
Témoins de leur fidelle ardeur ,
Les Bergers moins jaloux cessent d'être infideles ;
Et les Bergeres moins cruelles
Cedent au penchant de leur coeur.
Dans ces routes solitaires ,
L'Amour fait voler ses traits ;
Rendez-vous , Beautés séveres ,
Et vous , aimables Bergeres
Livrez-vous à ses attraits.
Dans le printemps de votre âge
Suivez les tendres Amours ;
Les jeux et le badinage ,
Vous seront d'un foible usage ;
Dans l'automne de vos jours.
L.B. R.D.M.
PERS
MARS. 1736: 453
******* :XX:XX*****
PERSPECTIVE de la nouvelle Rape
de M. l'Abbé Soumille , avec la Description
et la Proportion de chaque Piece,
pour satisfaire la curiosité des personnes
qui ne l'ont pas vue , et mettre les Ou
vriers en état d'en faire de semblables.
Com
Omme on a été obligé de représenter
dans un petit espace toutes
les Pieces tant essentielles que surnumeraires
, cette machine paroît d'abord trèscomposée
; mais cependant il est vrai
qu'elle est très -simple dans sa composition
et dans son usage ordinaire.
La Boëte , la Rouë , la grande Poulie
l'Archet , et le Suport du Tabac qui est
pardevant , sont les cinq Pieces essentielles
qui composent cette machine; tout
le reste n'est qu'accidentel . Il y a deux
manieres de raper ; la premiere et la plus
simple ne consiste qu'à mettre la carotte
dans le trou C , que l'on tient avec la
main gauche , et à pousser l'archet avec
la main droite . On parlera plus bas de
la seconde maniere de raper , qui demande
un peu plus d'attention , mais qui a ses
avantages particuliers.
Cij Observation
454 MERCURE DE FRANCE
E
F
B
5
T
N
K
MAR S. 1736. ??
455
Observation.
On supose qu'avant que de raper , on
aura l'attention d'attacher sur une bonne
table ordinaire , la rape par le moyen de
deux vis que l'on donne pour cela ; on
supose aussi que l'on aura choisi une
Lunette convenable au tabac qu'on veut
raper , et qu'on aura attaché l'Archet de
la maniere qu'on le dira plus bas ; ce
qui étant une fois fait , peut rester toujours
à la même place , ou être changé
si l'on veut.
Enfin on supose que le tabac qu'on
veut raper est ficellé exactement , car
s'il ne l'étoit point , on ne sçauroit le
raper selon la premiere maniere , mais il
faudroit le ficeller et le raper selon la
seconde maniere qui va bien- tôt être expli
quée.
Ce qui a été dit jusqu'ici suffit pour
donner à connoître la premiere maniere
d'opérer , en ajoûtant seulement qu'il
faut retirer la carotte toutes les fois que
la roue coupe la corde , couper les bouts
de cette même corde et remettre la ca
rotte comme auparavant , ayant soin de
la faire tourner sans cesse avec la main
gauche pour raper uniment , sans quoi
elle se raperoit par le haut et non pas
Cy par
453 MERCURE DE FRANCE
par le bas. Entrons à présent dans le
détail de chaque Piece , pour ceux qui
ont envie d'y travailler et pour ceux
qui veulent connoître si celles qu'on
leur fera voir seront bien faites.
Description et Proportion de chaque Pieces
La premiere la plus nécessaire, et dans
laquelle consiste presque tout le mérite
de l'Invention , est là roue A: qui est
représentée hors de la boëre pour la rendre
plus intelligible ; elle a 6. pouces de
diametre , sur environ * 16. lignes d'épaisseur
; elle est manchée sur un arbre
de fer d'environ . lignes de diametre
et s . pouces de longueur ; il est quarré par
le milieu et rond par les deux extrémités.
Au milieu de cette roüe , sur le devant
, om creuse un trou rond' d'environ
3. pouces de diamètre et 5. lignes de
profondeur ; après quoi on divise la circonference
A. de la roue en 48 parties
égales , et par les divisions oposées on
trace des lignes que l'on enfonce avec une
scie, faire tout autant d'entailles de pour
Par tout où l'on trouvera ce mot , c'est une
marque que ce qu'on désigne ne demande pas une
précision parfaite pour la mesure , et par tout où ce
mot n'est pas, c'est signe qu'ilfaut précisément la
mesure qu'on cite.
S.
MARS. 1736.
457
3. lignes de profondeur , lesquelles doivent
recevoir les lames de la Rape.
Après avoir ainsi scié cette roue , on
attache au milieu du creux, par le moyen
de 3. vis , une petite roue de bois dur
de 2. pouces de diamètre et de s . lignes
d'épaisseur ; enfin sur le dehors de la
grande circonference , à 2. lignes et demi
d'épaisseur , on fait une petite entaille
tout autour , qui sert à placer un
fil d'archal , pour empêcher les lames de
reculer ou de s'élever. Ces lames ont aussi
en une de leurs extremités , une entaille
pareille à celle de la roüe , et par l'autre,
une pointe qui s'enfonce dans la petite
rouë de bois dur ; c'est de cette façon
que l'on les rend inébranlables en tous
sens.
Parmi les 48. lames qui sont ainsi plantées
sur la roue , il y en a 24. grandes et
24 petites alternativement , c'est - à - dire,
24 qui sont dentées de la longueur de 2
pouces , et 24. qui sont seulement den
tées de la longueur de 17. lignes , à cause
qu'on enleve une partie de leur largeur
superieure du côté du centre de la roue,
cette précaution étant nécessaire pour
que le tabac s'engorge moins dans l'entre-
deux des lames .
Elles ont toutes environ l'épaisseur d'an
C vj écu
458 MERCURE DE FRANCE
écu de 6. livres , deux pouces précisément
de longueur , sans compter la pointe
, qui est de 2. lignes et 8. lignes de
largeur ; les grandes ont ordinairement
30. dents et les petites 24. si l'on y en
met davantage , une telle roüe fera par
elle-même le tabac plus fin , et si on y
en met moins , elle le fera plus gros . Si
ces dents sont bien enfoncées , une telle
roue rapera beaucoup en peut de temps ,
et si elles le sont moins , elle agira plus
lentement; de sorte que toutes les experiences
qu'on a faites pendant un an ,
se réduisent à conclure que la finesse du
tabac dépend du nombre des dents et la
quantité dépend de leur Profondeur.
On doit les tremper à paquet pour
les rendre durables , on poura dans la
suite des temps les retailler plusieurs
fois , puisqu'elles sortent du plan de la
roie d'environ 3. lignes .
B. représente un segment d'une grande
poulie d'environ 6. pouces et demi
de diamètre et de z . pouces d'épaisseur ,
ayant deux rainures jumelles pour recevoir
les deux cordes de l'archet , lesquelles
sont attachées à deux trous qu'on
fait à côté l'un de l'autre , chacun dans
chaque rainure.
Y
Au milieu de cette poulie est un trout
quarré
MARS. 1736. 459
quarré , garni d'une virole de fer ausst
quarrée , qui reçoit l'arbre de la roüc
dans l'endroit que nous avons dit être
quarré. Cette poulie est entre la boëte
et une planche d'apui marquée S. d'environ
10. pouces de hauteur et de la
même largeur que la boëte ; elle en est
distante d'environ 2. pouces et demi . Les
deux trous dans lesquels tourne l'arbre
sont garnis chacun d'une virole de fer
ou de laiton de 8. lignes de longueur
pour empêcher qu'il ne s'use trop vite.
D. E. représentent l'Archet , qui est
un morceau de bois tout droit et soli
de , de la grosseur d'un gros jonc ou
canne ordinaire , et de 3. pieds de longueur.
Il n'est pas necessaire qu'il plie
comme les archets ordinaires , il doit au
contraire être solide , et toute sorte del
bois est propre à cela . On perce un trou
au point E. et deux vers le point D.
pour attacher les deux cordes qui sont
sur la poulie ; elles sont disposées à contre-
sens l'une de l'autre , ensorte que
quand une se met autour de la poulie ,
Fautre s'en ôte , et quand celle -ci revient
l'autre s'en va.
On fait deux trous au point D.pour en
trelasser la corde et la rendre par là plus
facile à régir et à arrêter quand elle est
tenduë,
460 MERCURE DE FRANCE
tendue. Cette nouvelle façon d'Archet
rend l'opération plus sûre et plus commode
que ne feroit un archet ordinaire ,
dont la corde pouroit glisser ; au lieu
que dans celle- cy elles sont fixes et durent
même très long tems , parce qu'elles
ne frottent point l'une contre l'autre.
Cet archet se met au- dessous de la
grande poulie , comme on peut voir par
la figure.
On voit sur le devant une Piece quarrée
longue , garnie de deux crochets en
haut et de deux charnieres en bas , avec
un trou au point C. qui sert à recevoir
la carotte de tabac , G. C. on apellera ce
trou du nom de Lunette , et les differentes
pieces de bois dont on le garnit , du
nom de Lunettes postiches. Ce sont des
pieces de bois qui ont chacune un trou
de differente grandeur pour les differentes
grosseurs des Tabacs. Elles se mettent
en coulisse dans une entaille interieure
qu'on pratique dans l'épaisseur
de cette Piece quarrée - longue, dont il s'agit
ici , laquelle pour cette raison est
environ la moitié plus épaisse que toutes
les autres . On donne pour chaque
Rape 6. de ces Lunettes postiches, dont on
peut voir la figure vers la lettre T.
Cette Piece quarrée- longue qui paroît
Sur
MARS. 1736.
sur le devant , doit avoir 7. pouces de
hauteur , 6. pouces 9 lignes de largeur
et 14. lignes d'épaisseur à cause de l'entaille
en coulisse qu'on y fait dans l'interieur
de la boëte ; cette entaille qui est
aussi quarrée longue , doit avoir environ
4. pouces de largeur et environ 5 pouces:
de longueur sur 4. à 5. lignes d'épaisseur.
Le trou ou lunette C. est ordinairement
de 2. pouces, 8. lignes de diametre:
et commence à 1. pouce au- dessous du
chassis L. X. mais on peut le faire plus
grand , suivant les differens tabacs , en
otant du bois par le bas et non pas par
le haut.
Premiere Observation.
Les differens trous des Lunettes postiches
doivent tous également commencer à
un pouce au dessous du chassis L. X.
afin de tenir toujours le tabac le plus
loin du centre de la roue qu'on ponra ,
parce que les extremités de la roue rapent
beaucoup mieux que les parties qu
aprochent du centre.
Deuxième Observation
C'est pour cette raison que la lunette
C. n'est pas concentrique avec la rože A.
et que l'extrémité superieure de cette
rouë,
482 MERCURE DE FRANCE
roue , quand elle est en place , doit répondre
parfaitement à l'extremité superieure
de la Lunerte C. ensorte que cette
Lunette se trouve entierement renfermée
dans la demi circonférence de la roue ;
ainsi , comme on a dit que la roüe a 6.
pouces de diametre, et que la Lunette C.
commence à un pouce au - dessous du
chassis L. X. il faut nécessairement que
les trous de l'arbre de la roue soient à
4. pouces au - dessous de ce même chassis
, pour que les deux extrémités superieures
de la roue A. et de la Lunette C.
se rencontrent précisément.
Troisième Observation.
"
C'est aussi pour la même raison que
la piece quarrée - longue qui est sur le
devant , doit avoir 7. pouces de hauteur
, afin qu'on puisse tirer et remettre
librement la roue dans sa place , toutes
les fois qu'on voudra , ce qu'on fait
en démontant la charniere , qui n'est
qu'une verge de fil d'archal enfilée sans
arrêt , dans 4. pitons à queue , comme
on peut le voir sur le dessein.
Le reste du devant de la boëte est une
planche de s . pouces de hauteur et de
7 pouces et demi de largeur , qui est
cloüée avec les côtés de la caisse dont
elle
MARS. 463
. 1736.
. •
elle fait partie fixe . Comme elle n'a rien
de particulier , on n'a point employé de
lettres pour la distinguer .
On voit
Corollaire.
que
par là la boëte a un
pied de hauteur depuis le dessus de la
base Q. R. jusqu'au chassis L. X. l'épaisseur
generale de toutes les planches doit
être de 6. lignes , excepté la piece quar
rée longue , dont on a parlé ci - dessus.
Tout est de bois de Noyer , quoiqu'on
y
en puisse employer d'autre. La largeur
du vuide interieur de la boëte est de 6:
pouces 4. lignes et sa profondeur d'un
pouce 11. lignes , on sent assés par là
que sa hauteur est d'un pied .
L. X. représente un chassis qui couvre
le dessus de la Rape pour empêcher
la poussiere du tabac de s'exhaler et d'incommoder
celui qui rape ; et comme il
ne faut pas perdre le tabac de vûë pour
le retirer à propos , quand la corde manque
, il y un verre blanc dans ce chassis
qui permet de voir ce que l'on fait . Ce
chassis s'ouvre par le moyen d'une charniere
qui est au dos , il doit être retenu
par un petit ruban , de peur que se renversant
tout- à- fait sur la grande poulie
le verre ne se casse.
La
464
MERCURE
DE
FRANCE
La Base de la Boëte dont on voit les
deux côtés QR , R V , est une Planche de
la même épaisseur que toutes les autres ,
sur laquelle sont arrêtées les quatre Planches
qui forment les quatre côtés , aussibien
que la Planche d'apui qui soûtient
l'Arbre par derriere. Cette Base a 9. pouces
de largeur en tout sens : sçavoir depuis
R. jusqu'à la Boëte , 1. pouce et demi
, l'épaisseur totale de la Boëte 3. pouces
et demi , l'espace entre la Boëte et la
Planche d'apui 2. pouces et demi , et depuis
cette planche jusques au Point V. 1 .
pouce et demi qui sert pour donner de la
consistance au bois.
De même depuis R. vers Q. la largeur
totale de la Boëte occupe 7. pouces et
demi , et un pouce et demi au - delà vers
Q. font les 9. pouces . Car il faut remarquer
que la Base ne doit point déborder
du côté R V. pour laisser un passage
libre au poids N. dont on parlera plus
bas.
Au devant de cette Base , est une autre
planche de même largeur , dont on
voit les 4. côtés MP , PQ, QR , RM , attachés
à la Base par une charniere , semblable
à celle dont on a parlé dans la
troisiéme Observation.Cette planche sur
laquelle sont attachés deux liteaux de
bois
MAR S. 1736 . 46
bois qui forment la coulisse H , sert à
soutenir le suport F , qui est armé d'un
croissant de fer pour soutenir la carotte.
Car comme on peut raper une carotte
entiere quelque longue qu'elle soit ( sans
être obligé de la couper pour en diminuer
le poids et l'embarras , ) il faut nécessairement
un suport pour la soutenir,
et pour donner la facilité à la main
gauche de l'enfoncer , et de la faire
tourner.
Ce croissant de fer a une tige de 3. à 4º
pouces de longueur , faite en vis , qui
entre dans le suport F , où elle rencontre
un écrou de même métal , pour pouvoir
l'élever ou l'abaisser , suivant que le
tabac est plus ou moins gros ; car on a
remarqué dans la premiere Observation
que les petites carottes ne descendent pas
ibas que les grosses.
Il y a du côté Qun tiroir oblong .
qui occupe toute la capacité de la Boëte,
et qui a environ 3. pouces de hauteur.
C'est-là que tombe le tabac rapé ; et
pour éviter qu'il ne se répande entre les
côtés de la Boëte et ceux du tiroir , on a
soin de mettre tout autour des petites
pieces de bois en talud , qui en couvrent
les bords , et font que toute la poudre
tombe dedans.
La
466 MERCURE DE FRANCË
La figure M. marque une des vis qui
servent à fixer la Rape sur une table ; il
y en a une autre derriere la planche d'apui
, que la perspective ne peut montrer .
Il est bon d'avertir que les seuls doigts
suffisent pour serrer ces vis , et qu'il ne
faut point employer d'autre force étrangere
, comme seroit de passer un clou ou
autre chose dans le trou d'en bas ; la base
est déja si large qu'elle tient assés pour
peu qu'on serre les vis.
1.est une petite poulie sur laquelle on fait
passer la corde du tabac quand on rape
suivant la seconde maniere. On peut se
servir de cette façon de raper , quand on
a du tabac qui se trouve mal ficellé , ou
quand on veut faire le tabac très -fin , et
éviter toute sorte de déchet ; il faut déficeller
le tabac , ( s'il ne l'est déja ) et le
ficeller avec une corde semblable , tout
contre tour , sans noeud , ensorte que la
corde qu'on y met , imite les pas d'une
vis ordinaire. Il faut pour cela arrêter
un des bouts de la corde avec une demiépingle
, qu'on enfonce dans le tabac , et
* On apelle ainsi une épingle ordinaire dont or
a retranché la moitié , et fait une pointe à la moitié
où se trouve la tête , par deux ou trois coups de lime;
ear une épingle de toute sa longueur ne pouroit pas
entrer toute entiere dans une carotte un peu grasse
après
MARS. 1736.
487
iprès en avoir ficellé ce qu'on souhaite
arrêter de même l'autre bout. Mais il
faut observer qu'il doit rester environ 8.
ou 1o . pouces de longueur de la même
corde , que l'on fait passer sur la poulie I.
après qu'on a mis le bout de tabac dans
la Lunette. On attache ensuite à ce bout
de corde un poids N. de 7. à 8. livres qui
sert à serrer continuellement le tabac à
mesure qu'il se rape.
Tout étant ainsi préparé , on régit le
tabac avec la main gauche , et l'on pousse
l'archet avec la droite , et à mesure que
la carotte se fond, et que la corde touche
au point d'être rapée , on tourne insensiblement
la carotte , qui par là sé dé◄
couvre , et met la corde à couvert des
dents de la rouë.
Comme ce poids descend fort vîte , et
qu'il seroit très - ennuyant de le relever
détacher et réattacher toutes les fois qu'il
touche à terre , l'Auteur a imaginé une
espece de cric marqué O. qui porte le
poids N.et qui ne laissant couler la corde
que d'un certain sens , retient ce même
poids N. sur quelque point de la corde
qu'on l'éleve. Ainsi dès que le poids toue
à terre , il n'y a qu'à le relever har
Aiment en saisissant le bout de la corde
et l'ayant élevé aussi haut qu'il peut
aller ;
466 MERCURE DE FRANCE
La figure M. marque une des vis qui
servent à fixer la Rape sur une table ; il
y en a une autre derriere la planche d'apui
, que la perspective ne peut montrer.
Il est bon d'avertir que les seuls doigts
suffisent pour serrer ces vis , et qu'il ne
faut point employer d'autre force étrangere
, comme seroit de passer un clou ou
autre chose dans le trou d'en bas ; la base
est déja si large qu'elle tient assés
peu qu'on serre les vis .
pour
1.est une petite poulie sur laquelle on fait
passer la corde du tabac quand on rape
suivant la seconde maniere . On peut se
servir de cette façon de raper , quand on
a du tabac qui se trouve mal ficellé , ou
quand on veut faire le tabac très -fin , et
éviter toute sorte de déchet ; il faut déficeller
le tabac , ( s'il ne l'est déja ) et le
ficeller avec une corde semblable , tour
contre tour sans noeud ,
و
ensorte la
que
corde qu'on y met , imite les pas
d'une
vis ordinaire. Il faut pour cela arrêter
un des bouts de la corde avec une demiépingle
, qu'on enfonce dans le tabac , et
* On apelle ainsi une épingle ordinaire dont or
a retranché la moitié , et fait une pointe à la moitié
où se trouve la tête , par deux ou trois coups de lime .
car une épingle de toute sa longueur ne pouroit pas
entrer toute entiere dans une carotte un peu grasse..
après
MARS. 1736. *467
après en avoir ficellé ce qu'on souhaite
arrêter de même l'autre bout. Mais il
faut observer qu'il doit rester environ 8.
ou 1o. pouces de longueur de la même
corde ,
, que l'on fait passer sur la poulie I.
après qu'on a mis le bout de tabac dans
la Lunette. On attache ensuite à ce bout
de corde un poids N. de 7. à 8. livres qui
sert à serrer continuellement le tabac à
mesure qu'il se rape.
Tout étant ainsi préparé , on régit le
tabac avec la main gauche , et l'on pousse
l'archet avec la droite , et à mesure que
la carotte se fond , et que la corde touche
au point d'être rapée , on tourne insen
siblement la carotte , qui par là sé dé◄
couvre , et met la corde à couvert des
dents de la rouë.
Comme ce poids deseend fort vîte , et
qu'il seroit très - ennuyant de le relever
détacher et réattacher toutes les fois qu'il
touche à terre , l'Auteur a imaginé une
espece de cric marqué O. qui porte le
poids N.et qui ne laissant couler la corde
que d'un certain sens , retient ce même
poids N. sur quelque point de la corde
qu'on l'éleve . Ainsi dès que le poids toue
à terre , il n'y a qu'à le relever har
Aiment en saisissant le bout de la corde ,
et l'ayant élevé aussi haut qu'il peut
.
alleri
468 MERCURE DE FRANCE
aller , l'abandonner à lui -même ; car les
dents du cric le retiennent par tout
Cette piece rend la remonte du poids si
facile et si prompte , qu'il ne faut que le
temps d'une vibration ou battement d'artere
dans le corps humain , ensorte qu'on n'y
prend presque pas garde.
Le poids N. doit être communément
de sable , ou de limaille de fer dans un
sac de peau , de la corde venant
peur que
à être coupée , il ne tombe sur les pieds
de celui qui rape, et ne les blesse , s'il étoit
d'une matiere dure.
La lettre Y. représente un morceau de
bois fait au tour , d'environ 2. pouces et
demi de diamettre et de 5. pouces de longueur
, apellé du nom d'épargne. Il est
armé de 6. pointes , qui s'élèvent environ
4. lignes , et qui s'enfoncent dans les
bouts de tabac qu'on ne peut déja plus
tenir à la main , pour les achever plus
commodément. Ceux qui font usage de
tabac à petites carottes , doivent raprocher
les pointes vers le centre de l'é
pargne.
Les lettres ZV. niarquent l'épaisseu
de la table dont on n'a pas pû représenter
les pieds , mais ce doit être une tab'
ordinaire ; et quand elle est oblongue c
doit attacher la rape de façon que le côt
M
MARS. 1736. 469
MRV. soit toujours sur l'un des longs
côtés de la table , et le derriere STV , sur
un des petits parce que cette situation
donne plus de force à la table , et plus
d'étendue à l'archet,
Enfin , l'espace KST. n'est qu'un suplément
de table qu'on a mis ici pour
pouvoir y apuïer en perspective les lunettes
postiches T. et l'épargne Y , car la table doit
réellement finir au point V.
Remarques importantes .
L'espace qui se trouve entre les dents
de la rouë , et le plan des Lunettes postiches
, ne doit être tout au plus que de
2. lignes , et la petite poulie I. doit être
placée de façon , que son excavation ou
rainure , réponde parfaitement à cet esafin
que
pace , la corde , qui serre le
tabac , puisse passer entre deux , sans
toucher aux dents de la rouë , qui la couperoient
infailliblement. Si tôt que la
rouë se trouve éloignée de plus de deux
lignes , l'opération devient pénible , parce
que le bout du tabac ( surtout s'il est un
peu mince ) commence à plier legerement
, et se prête assés aux mouvemens
de la rouë pour empêcher une bonne
partie des effets de cette machine.
On doit bien se garder de substituer
une
470 MERCURE DE FRANCE
une manivelle à l'archet dont nous avons
parlé , ( comme quelques Copistes l'ont
fait à Avignon , ) et cela pour trois raisons.
La premiere , est que la manivelle
racle toujours le tabac d'un même sens ;
et par- là , serre ses parties , les échauffe,
et n'en peut raper que fort peu , au lieu
que l'archet , par son mouvement alternatif,
les couche , et redresse successivement
, et les rape d'une maniere plus naturelle.
La seconde raison , est que comme
il faut indispensablement tenir le tabac
avec la main gauche pour le faire tourner
, la droite se trouve dans une situation
gênante pour faire aller cette manivelle.
La troisiéme est , qu'il faut autant
de tems pour faire un tour de manivelle,
que pour pousser, et retirer l'archet ; ainsi
Tandis que la rouë fait un tour avec la
' manivelle , elle en fera deux et demi avec
l'archet , le mouvement de celui - ci est
plus vif , et par là plus propre à raper :
Ï'Auteur avoit commencé son invention
par une manivelle , que l'experience lui a
fait abandonner.
On ne doit pas non plus trouver à redire
sur ce que les lames de la rouë sont
si courtes , que les gros bouts de tabac
descendent un demi-pouce plus bas que
l'armure. C'est encore l'experience qui
2
MAR S. 1736. 471
a porté l'Auteur à retrancher une partie de
leur longueur ; et si on en retranchoit
davantage , une telle rouë feroit davantage
de tabac. La raison de cela est sensible.
Tout le monde sçait que les parties
d'une roue les plus éloignées du centre ,
sont dans un fort grand mouvement ,
tandis que celles de vers le centre languissent
, pour ainsi dire , et ne font ici
qu'émouvoir les parties du tabac sans les
détacher. On répare le défaut de ce vuide
en faisant tourner le tabac , pour que
chaque partie passe à son tour dans les
endroits actifs de la rouë. Nous osons'
dire que si les lames descendoient jusques
au centre , on ne pouroit pas raper
du tout , parce que comme la carotte
doit s'avancer tout à la fois , la partie
d'en bas , qui ne se raperoit pas , empêcheroit
tout le reste de pouvoir avancer
contre les dents superieures.
Avec ce que l'on vient d'exposer , on
peut construire des rapes aussi bonnes
qu'on peut le souhaiter ; et ceux qui en
acheteront peuvent suffisamment s'y con
noître pour n'être pas trompés.
Les Personnes qui voudront trouver de
ces Rapes toutes prêtes , et faites avec toute
laprécision qu'on peut exiger , en trouverons
D
472 MERCURE DE FRANCE
à Paris , chés le Sieur Dulac , Marchand
Parfumeur , rue S. Honoré ,
rue S. Honoré , au Berceau
d'or , proche la rue des Poulies : et à Villeneuve
- lez- Avignon chés l'Auteur , au prix
ordinaire de 30. liv. On trouve aussi chés
P'un et l'autre des Roues séparées, pour ceux
qui veulent les faire monter par leurs Serruriers
et Menuisiers ordinaires , à juste
prix.
CHANSON ANACREONTIQUE.
Pur une Nymphe de la Mer , métamor
phosée en Berger
en Berger du Pays d'Astrée . Sur
Air :les Bergers de notre Village va❤
lent bien tous ceux de la Cour , & c.
Nous n'avons pour Philosophie ,
Que l'amour de la liberté ;
Plaisirs , douceurs sans jalousie ,
Volupté ,
Portez dans notre compagnie
La gayeté.
M
Nous bravons la sotte critique
Des hypocrites en courroux ;
La morale mélancolique
D
MARS.
1736. 473
De ces foux ,
Ne trouvera point de pratique
Parmi nous.

Le Nocher qui prévoit l'orage >
Craint même , quand le vent est bon ;
Eternisons du badinage
La saison ,
On manque , à force d'être sage
De raison .
M
Le fier Caton , quand il se perce
Se livre à de noires fureurs ;
Anacréon , qui fait commerce
De douceurs ,
Attend le trépas et se berce
Sur des fleurs.
Beautés dont mon ame est ravie ,
Vos yeux enflamment ce séjour ;
Bacchus soûrit et s'associe
A l'Amour ,
Tous deux à l'aimable folie
Font la cour.

Que chacun boive à sa Conquête ,
Dij
Ne
474 MERCURE DE FRANCE
Ne vous en fâchez point , Epoux ,
Le sort que la nuit vous aprête ,
Est plus doux ,
Mais vos femmes dans cette fête ,
Sont à nous.

Divine et charmante Comtesse ,
Les Graces volent sur vos pas ,
Vous avez l'air et la noblesse
De Pallas ,
Et de la riante jeunesse
Les apas.
COPIE d'une Lettre écrite de la Rochelle
le 28. Janvier 1736. sur l'Academie
de cette Ville.
L
'Académie de la Rochelle vient
d'associer parmi ses Académiciens
le R. P. de Menou de la Compagnie de
Jesus . Ce Pere , qui a prêché à S. Sulpice,
et à Chambord devant le Roy de Pologne
avec tant de succès , vient de nousprêcher
ici l'Avent ; on n'avoit jamais vû
en cette Ville un si grand concours de
monde , et des effets si extraordinaires
de
MARS. 1736. 479
de l'éloquence Chrétienne. Ce Prédica
teur touche , persuade ; il s'est attiré les
aplaudissemens universels par la solidité,
la justesse et l'onction de ses Discours.
Notre Académie , fondée depuis trois ou
quatre ans par Lettres Patentés du Roy,
et qui a Monseigneur le Prince de Conti
pour Protecteur , M. le Comte de Matignon
, Commandant de la Place pour
Académicien Honoraire , aussi bien que
notre Prélat , s'est associé ce grand Prédicateur
: il fit hier son remerciment par
un Discours fort court , parce qu'on ne
l'avoit averti que de la veille. L'Abbé
d'Argé , Directeur de l'Académie
répondu Je vous envoye ces deux Discours
qui ont beaucoup plû , et qui ne se
ressentent point du peu de tems qu'on a
mis à les composer
.
, ya
REMERCIMENT fait à l'Académie
Royale de la Rochelle le 25. de Janvier
1736. par le R.P. de Menou , de la Com
pagnie de JESUS.
MESSIEURS;
Par où ai-je mérité l'honneur que vous
me faites aujourd'hui , et comment jus
tifierez- vous votre choix aux yeux du
D jij Public?
476 MERCURE DE FRANCE
Public ? Quelques Discours chrétiens ,
composés dans toute la simplicité de l'Evangile
, et prononcés avec le respect qui
convient à la Chaire ont été peut- être
aplaudis dans cette Ville ...
Mais le zele au défaut des talens , seroit-
il donc un titre pour être associé
parmi vous ? Me feriés - vous un mérite
de la piété de vos concitoyens de leur
empressement à entendre la parole sainte
de leur docilité à en suivre les impressions
? Et devois - je esperer que leurs
religieux sentimens tourneroient à ma
gloire ?
Il est vrai , Messieurs , j'aporte ici un
peu de goût pour les Lettres , beaucoup
d'ardeur pour les Sciences , une haute
estime pour les Sçavans , et par là même
une envie extrême de vous connoître
, de vous entendre , de vous imiter ;
mais ces dispositions naturelles que vous
trouveriés dans plusieurs de vos Compatriotes
, avec tant d'autres qualités
acquises , comment ont elles pû
m'attirer une préference qui me surprend
autant qu'elle me flate ; vous m'adoptez
dans une Académie , qui , plus
honorée dès sa naissance que ne le fut
autrefois l'Académie Françoise , a trouvé
d'abord pour Protecteur un Prince vrai
·
Sang
MAR S. 1735. 477
Sing des Armands de Conti et des Louis
de Condé , il a herité d'eux avec la science
des Armes et la valeur des Héros , les
talens de l'esprit et l'amour des Lettres ;
comme eux , dès l'âge le plus tendre , il
a sçû discerner le vrai mérite ; il aime
les Beaux- Arts , il se plaît à proteger les
Sçavans ; par combien de titres n'avezvous
pas droit , Messieurs , de compter
sur sa protection ? Vous m'inspirez presque
la vanité d'y prétendre en m'associant
parmi vous. Vous vous engagez
me faire part de vos lumieres , à m'aider
de vos conseils , à seconder més efforts
, à diriger mes Ouvrages , à vous
interesser à mes progrès , il me sera permis
d'entretenir avec vous un commerce
aussi utile qu'honorable pour moi ; acquiers
le droit de vous consulter , de
profiter de vos recherches , de m'aproprier
vos talens , de partager avec vous
vos succès et votre gloire ; que de bienfaits
réunis en un seul!
à
Par le prix de la grace que vous me faites
, par les avantages que j'y trouve , par
l'honneur que j'en reçois ; jugez , Messieurs
, de la vivacité , de la sincerité et
de l'étenduë de ma reconnoissance .
D iiij RE478
MERCURE DE FRANCE
REPONSE de M. l'Abbé d'Argé ;
Directeur de l'Academie.
MON
REVEREND PERE ;
Vous ne devez qu'à vous-même la pla
ce que vous remplissez aujourd'hui , les
Discours que vous avez prononcés dans
la Chaire nous avoient déja fait voir ce
que vous pouvez pour l'Art que nous
cultivons , et celui que vous venez de
faire,quoique échapé au loisir d'une plume
facile , en acquitant votre reconnoissance
, justifie le choix de la Compagnie.
Vos talens seuls vous en ont procuré
l'entrée,vous venez puiser avec nous dans
les sources de l'Eloquence , et ce qui nous
flate encore davantage , vous meritez cet
honneur par l'Eloquence même , vous
entrez dans l'Académie comme en triomphe
, suivi des acclamations si récemment
meritées par la Course glorieuse que vous
venez de fournir , et où vous avez fait
voir que c'est sur tout dans la Chaire
évangelique,lorsque les Verités de la Religion
y sont traitées avec la force et la
dignité qui leur convient qu'on peut atteindre
la perfection de l'Art , et où se
déploye la vraie Eloquence .
AviésMARS.
1736. 479
Aviés - vous donc pensé , M. R. P. que
vous auriés la liberté de vous dérober
toujours aux empressemens des Muses ?
elles ont trop fait pour vous, pour ne pas
les servir à votre tour , elles attendent de
votre reconnoissance que vous unirez la
Litterature à la Religion . Votre modestie
a été trahie par vos Succès , lors même
que vous ne songiés qu'à convaincre
l'esprit , vous entraîniés les coeurs ; vous
preniés le soin de nous instruire , et nous
cherchions les moiens de vous acquerir ;
nous sentions avec complaisance qu'un
Orateur qui faisoit paroitre une éloquence
véritable et solide avec tous les talens
acquis et naturels , avoit tout le mérite
d'un Académicien .
Que ne nous est- il permis de vous fixer
ici parmi nous nous y gagnerions
doublement ; le lien litteraire qui nous
unit n'auroit point d'autre nom que
celui de l'Amitié qui se fortifie par la
présence; d'ailleurs en vous prêtant à nos
exercices , vous nous inspireriés cette
heureuse facilité , qui , contractée par une
longue habitude , enrichit toutes sortes
de Sujets et y met ces graces nobles ct.
aisées qui plaisent ; ces traits vifs et naturels
qui frapent , et ces tours neufs et
heureux qui charment dans vos Discours.
Dy Aidés
480 MERCURE
DE FRANCE
Aidés de ce secours , nos progrès en seroient
plus rapides , l'esprit de la belle
Litterature mettroit en mouvement tout
le Corps , et votre exemple , en excitant
la lenteur des Muses timides , nous porteroit
à remplir plutôt nos engagemens.
Mais ne me trompai je point sur nos vẻ-
ritables interêts ? l'utilité que nous retirerions
de votre présence ne peut-elle
être compensée par les avantages que
nous procurera votre éloignement ? Les
Orateurs les plus distingués par leurs talens
sont toujours ceux qui se font une
plus prompre réputation ; la Kenommée
qui les devance , annonce leur succès ,
et l'empressement des Peuples à les entendre
, en augmente l'éclat ; si souvent
aplaudi dans la Capitale et dans les Provinces
, ce sont , mon Reverend Pere
ces aplaudissemens qui ont ouvert à
votre zéle un Théatre encore plus briklant
, où vous paroitrez bien - tôt , comme
par tout ailleurs , avec ce don de persuasion
si propre à faire goûter à la Cour
les Verit's - Chrétiennes .
Vous avez sçu , mon R.Pere , nous interesser
, vous nous avez presque associés
à ce glorieux Employ , et en acceptant une
place dans l'Académie , vous avez plus
songé à sa réputation qu'à la votre , ou
plutôt
MARS. 1736. 481
plutôt vous avez cru vous charger d'un
interêt commun , et travailler à votre
gloire en prenant soin de la sienne , puisf'une
et l'autre désormais se trouveque
ront liées ensemble.
Non seulement vous soutiendrez l'honneur
de la Compagnie , mais vous la ferez
connoitre , vous serez l'Interprete de
ses sentimens auprès de son auguste Protecteur
, vous lui parlerez en sa faveur ;
et sans doute qu'il la jugera digne de son
estime lorsqu'il sera instruit de ce que
vous meritez vous- même.
BOUQUET.
A une Dlle nommée Gabrielle.
TEndres Amours , troupe legere ,
Venez seconder mes désirs ;
Accourez des bords de Cythere ,
Suivis des jeux et des plaisirs ;
Mais déja je vous vois ensemble ;
Celle pour qui je vous rassemble
A son gré dispose de vous ,
Et malgré votre humeur volage ,
De lui rendre un constant hommage
Vous faites vos soins les plus doux.
D vj
482 MERCURE DE FRANCE
Et vous , Amante de Zéphire ,
Brillante Déesse des fleurs ,
Que ma voix ici vous attire
Avec vos plus vives couleurs .
Servez mon amour et mon zele ;
Pour la gloire de Gabrielle
Devancez un peu le Printemps ;
Malgré l'hyver qui regne encore ,
En sa faveur faites éclore
Vos plus délicieux présens .
Jamais plus aimable Mortelle
Ne fut digne de vos honneurs ;
Jamais Beauté ne sçût mieux qu'elle-
Le grand art de gagner les coeurs :
Mais Dieux ! quel feu nouveau m'inspire
Apollon , tu m'offres ta' Lyre !
Osons celebrer ses attraits ;
Allons aux rives du Permesse ,
Cuçillir des fleurs pour ma Déesse ',
Qui ne se faneront jamais .
Celebrons sa grace touchante ,
Compagne de ses actions ;
Celebrons sa douceur charmante ,
Inaccessible aux passions ;
Chantons cette égalité rare ,
Vertu que la Nature avare
Aux
MARS.
483 1736.
Aux Belles semble dénier
Qualités vives et paisibles ,
Qui paroissez
incompatibles ,
Elle sçait vous associer.
Ovous qu'une heureuse indolence
Garantit des Traits des Amours .
Qui voulez dans l'indifference
Passer tranquillement vos jours ,
Fuyez loin de celle que j'aime ;
Malgré votre froideur extrême ,
Vos soins se verroient démentir ;
Ses
yeux
1
confondroient votre audace ;
Et fussiés -vous rocher ou glace ,
Ils sçauroient vous assujettir.
Beaux cheveux qui flotés par ondes
Sur un sein plus blanc que les Lys ,
Sur quel trésor vos tresses blondes
N'emportent- t'elles pas le prix ?
L'aveugle Enfant de qui l'Empire
S'étend sur tout ce qui respire ,
N'offre rien de plus séduisant ;
Ceux dont on fit l'apotheose ,
Aux Climats que le Nil arrose ,
Ne le mériterent pas tant.
Ma's
484 MERCURE DE FRANCE
Mais où va m'emporter mon zele ?
Pourai - je finir ce Portrait ?
Et d'une main sûre er fidelle
En rendre jusqu'au moindre trait ?
L'Art oseroit -il entreprendre
De peindre cet air noble et tendre >
Ce souris qui sçait tout charmer ?
Et mille apas plus doux encore ,
Qu'on ne voit point et qu'on adore ?
Comment pouvoir les exprimer ?
Terminons ici notre course ;
C'en est assés ; .volez mes Vers ;
Allez du Midy jusqu'à l'Ourse ,
Faire entendre vos nouveaux airs.
Du fameux Chantre de la Thrace ,
D'Ovide , du galant Horace ,
Je serois aujourd'hui vainqueur ,
Si vous plaisiés à Gabrielle ,
Ou si vos accens dignes d'elle ,
Avoient égalé mon ardeur.
REMARS.
1736.
485
RELATION du funeste Accident
arrivé à Dom Baillimaître , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur , Celerier
de l'Abbaye de Molesme , Diocèse
de Langres : Extraite du Procès verbal
du Bailly de Grancey , et d'une Lettre
d'un Religieux de la même Abbaye.
'Histoire de Dom Baillimaître , que
Lles Religieux deson Abbaye ont tous
crû réellement mort pendant plusieurs
mois , est des plus singulieres , l'Auteur
de la Lettre trouve même qu'elle a quelque
raport avec celle de la Fille Sauvage
de Châlons , dont il est parlé dans le
Mercure de Décembre 1731. vol. I. Ce
détail , en effet , tiré d'un Acte Juridique
et d'une Lettre qui ne mérite pas
moins de créance , nous a parû digne
de l'attention du Public. Voici de quoi
la Lettre et le Procès verbal instruisent.
Le neuf du mois de Septembre dernier
1735. un Garde du Bois de Saux ,
dépendant de la Terre et Seigneurie de
Grancey , sur la Riviere d'Ource , allant
vers les dix heures du matin faire une
tournée dans ce Bois , aperçût de loin
un
486 MERCURE
DE FRANCE
> un homme qui lui parut extraordinaire
érrant et parcourant les broussailles
qui cueilloit des noisettes et marchoit à
petits pas; le Garde craignant que ce ne
fut un voleur , regretta plus d'une fois
de, n'avoir pas pris avec lui son fusil , un
moment après il vit sur son chemin passer
une femme qui alloit vers l'endroit où
étoit cet homme errant , il l'avertit de
prendre garde à elle, et lui dit qu'il apréhendoit
que l'homme qu'elle voyoit ne
fûr un voleur ; mais cette femme , plus
hardie que le Garde , répondit qu'elle
ne craignoit rien et qu'elle connoîtroit
au moins qui c'étoit .
L'homme errant voyant cette femme
qui étoit à cent pas ou environ de distance
, venir à lui , songeoit à s'enfoncer
dans le Bois et à se cacher dans les
broussailles , quand la femme l'apellant
plusieurs fois , il s'arrêta et vint à elle
d'un pas foible ; son habillement singulier
la surprit , il n'avoit point de che
mise , mais seulement un Giblet ( espece
de Camisole ) un bonnet de nuit sur la
tête , une culotte de peau déchirée par
le bas , des bas et des souliers pourris ,
ses mains étoient pleines de Mûres sauvages
, qu'il mangeoit ; la femme lui représenta
que c'étoit là une mauvaise nouriture
,
MARS: 1736. 487
riture , il répondit d'une voix foible et
cassée , qu'il les trouvoit bonnes .
و
n'ê
La Femme , curieuse de sçavoir qui
pouvoit être cet homme , lui fit plusieurs
questions , auxquelles il répondit souvent
, je ne sçai pas , ce qui lui fit connoître
qu'il avoit l'esprit égaré ; elle
lui demanda qui il étoit , il fit la même
réponse , je n'en sçai rien , ni où je suis s
elle lui dit ensuite où allez vous ? il répondit
, au Bois ; elle répliqua
tes-vous pas un Ouvrier ? Il dit que non ;
mais , lui dit cette femme , vous me paroissez
un Enfant de famille , n'êtes - vous
pas marié ou un deserteur ? Il dit que
non . Qu'elles sont donc les causes de
votre affliction et de la triste situation
où je vous vois ? Il répondit qu'il
avoit été volé , et qu'il cherchoit son
cheval.
"
La femme l'ayant examiné avec plus
d'attention , sur tout , son habillement ,
et se rapellant l'avanture du Pere Celerier
de l'Abbaye de Molesme , dont
on étoit en peine depuis quelques mois,
lui dit , ne series- vous pas ce Benedic
tin que l'on cherche depuis si longtemps
: Il répondit que cela se pouvoit
, qu'il y avoit long- temps qu'il étoit
errant dans ce Bois , sans sçavoir où il
étoit.
La
488 MERCURE DE FRANCE
La femme transportée de joye, cria de
toutes ses forces aussi- tôr après le Garde
de Bois qui s'en retournoit , il vint au bruit,
elle lui dit que cet homme étoit certaine
ment le Celerier deMolesme qu'on croïoit
avoir été assassiné dans ce Bois ; le Garde
ayant bien consideré ce Religieux , le rea
connut , et tous les deux le prirent et le
conduisirent dans une Loge de Sabotiers
dans le même Bois , assés proche de cet
endroit ; comme ce pauvre homme y
entroit , il dit qu'il avoit froid ; on le
fit asseoir auprès du feu , et on lui donna
un morceau de pain noir de seigle , qu'il
mangea avec avidité , la tête baissée ,
apuyé sur ses genoux et pleurant après
qu'il eut mangé , il tira de sa poche un
petit Livre où il lût un peu de temps ,
ensuite il demanda à boire .
Le bruit de cette découverte s'étant
répandu dans les Lieux circonvoisins ,
plusieurs personnes se rendirent dans cette
Loge, pour voir et pour examiner par
eux-mêmes un fait si singulier ; les uns
dirent qu'ils avoient vû cet homme avec
ce même habillement dans le Bois il y
avoit plus de quinze jours , d'autres un
mois , quelques- uns six semaines , mais
que ne sçachant qui c'étoit, ils le fuyoient
craignant que ce ne fût quelque Garde
travesti
MAR S. 1736. 489
travesti qui les auroit empêché de couper
du bois.
Environ quinze jours auparavant M.
de Sacy , celui qui a donné un Traité de
Amitié , chassant dans ces Bois , son Domestique
rencontra cet homme errant ,
qui en passant dit qu'il n'avoit pas peur
de lui , et continua son chemin , M. de
Sacy , qui avoit aussi aperçû cet homme,
demanda peu après à ce Domestique qui
il éroit , il lui raporta ses propres paroles,
et ajoûta qu'il croyoit que c'étoit un fous
M. de Sacy eut quelque regret que son
Domestique l'eût laissé ainsi passer .
Le sieur Gabiot , Bailly de Grancey
et Procureur de l'Abbaye de Molesme
à Essoy , ayant été averti , monta sur
le champ à cheval et se transporta , avec
son Greffier , le même jour 9. Septembre
dans le Bois de Saux , et étant entré
dans la Loge des Sabotiers , il trouva
cet homme assis sur une bûche auprès
du feu , la tête couverte d'un bonnet de
laine gris- blanc , vétu d'un Gillet de Serge
blanche , sans chemise , une culotte
de peau , des bas de laine et des souliers
sans boucles ni courroyes , la barbe
et les cheveux grands de plus de deux
pouces , paroissant que la barbe avoit
été coupée par étages avec des ciseaux ,
le
490 MERCURE DE FRANCE
le visage maigre, plombé, entierement défait
, les yeux égarés et enfoncés , d'une
figure triste et taciturne.
Comme il y avoit dans cette Loge
plusieurs personnes que le bruit de cette
avanture y avoit attirées , le Bailly leur
demanda s'ils connoissoient cet homme
assis auprès du feu , la Femme et le Garde
de Bois , dont il est parlé cy - dessus , lui
raporterent tout ce qu'on vient de dire
plus haut.
Le Bailly , sur ce raport et sur les idées
qu'il se rapella , ayant reconnu que cet
homme étoit veritablement Dom Baillimaître,
Celerier de l'Abbaye de Molesme,
lui dit qu'il y avoit long- temps qu'on
étoit en peine de lui , à quoi il répon
dit en pleurant et d'une voix foible ,
que cela se pouvoit ; on lui demanda
ensuite comment il s'étoit trouvé dans
ces Bois , et pourquoi il étoit dépouillé ,
il répondit encore , je n'en sçai rien , ce
qui fit juger qu'il avoit l'esprit affoibli ;
on lui fit prendre un peu de vin , ensuite
on le foüilla , un trouva dans la poche
de sa culotte un petit Nouveau Testament
en Latin , gâté par la pluye , une
Montre non montée , à boëte d'argent,
dont la chaîne et la clef de cuivre étoient
entierement roüillées , et environ quarante
MARS. 1736. 49 %
rante livres en argent , qui étoit la som
me qu'on croit qu'il avoit, quand il sortit
de l'Abbaye ; il ne put dire la valeur
de cet argent , connoissant seulement
Les especes
.
,
Le Bailly étant certain plus que jamais
que cet homme étoit veritablement
le Religieux que l'on cherchoit depuis
si long- temps, la difficulté fut de le rameà
cause de sa foiblesse , dans un
lieu plus commode ; on le fit cependant
monter à cheval du mieux que l'on pût ,
et on le conduisit à petits pas dans la maison
du Bailly à Essoy ; le mouvement
du cheval l'avoit fort dérangé , sur tout
par raport à l'esprit , qui déja n'étoit
guére sain ; on le fit chauffer , on lui
donna une chemise , on lui fit manger
une bonne soupe , et on le mit au lit ;
après quelques heures de repos on le
leva , on lui fit plusieurs questions , mais
le pauvre Religieux avoit oublié les
noms même des choses les plus com
munes.
Le lendemain matin, le Bailly assisté de
son Greffier et de plusieurs personnes ,
monta à la chambre où étoit couché le
Religieux , lequel parut inquiet , tremblant
, demandant si les portes étoient
bien fermées , et s'il n'y avoit point de
voleurs
492 MERCURE DE FRANCE
1
voleurs , après qu'on l'eut rassuré , et
qu'on lui eut fait prendre quelque nouriture
, on lui demanda s'il se reconnoissoit
, il dit d'abord que non : on luf
rapella les idées de son état , et après
quelques réflexions de sa part , il dit qu'il
étoit Religieux , et qu'il se souvenoit d'être
sorti de Molesme à cheval après vêpres
, sans pouvoir dire le temps , le
jour , ni le mois ; qu'il avoit passé à Mussy
, et étoit éntré dans le bois vers la fin
du jour , qu'à peine fat - il entré dans ce
bois , qu'il avoit vû deux hommes armés
chacun d'un fusil , venir à lui , qu'ayant
eû peur , il voulut faire avancer son
cheval pour se détourner d'eux , mais que
le cheval n'ayant point voulu avancer
il fut arrêté par ces deux hommes , dont
l'un se saisit de la bride du cheval , et
l'autre le jetta à terre en le tirant par sa
robe , ne se souvenant point de ce qu'ils
lui dirent , mais seulement qu'ils lui firent
ôter ses habits ; que lui , voyant
ces voleurs occupés , l'un à foüiller dans
les poches de sa robe , et l'autre à tenir
le cheval , il se jetta dans le Bois
qui bordoit le chemin , et courant de
toutes ses forces , il tomba , ne se souvenant
point de ce qu'il a fait depuis , ni
ce qu'il est devenu.
On
MARS. 1736. 493
On lui demanda comment il avoit pu
vivre dans ce bois depuis si long temps ,
il répondit qu'il n'en sçavoit rien , mais
qu'il se souvenoit que , lorsqu'il entendoit
du bruit , ou qu'il voioit quelqu'un ,
il se cachoit , s'imaginant que c'étoient des
voleurs qui vouloient l'assassiner . Il ajoû
ta que depuis quinze jours ou environ , il
avoit senti de grands maux de tête qui
l'obligeoient de marcher , que cette
grande douleur lui ayant un peu reveillé
ses idées,il se souvient avoir vecû de fraises,
de noisettes , de mûres, d'herbes et de
fruits sauvages , on examina ensuite ses
souliers, ses bas , sa culotte de peau , & c.
Tout fut trouvé pourri ou déchiré , &c.
on lui demanda encore pourquoi il avoit
la barbe coupée par étages , et où il avoit
pris le bonnet crasseux qu'il avoit sur la
tête , il répondit qu'il se souvenoit d'avoir
eû des cizeaux dans sa poche , que
sa barbe lui demangeant , il avoit essayé
de la couper , et qu'il avoit perdu
ses cizeaux ; qu'à l'égard de son bonnet
il l'avoit sur sa poitrine lorsqu'il fut arrêté
et qu'il lui avoit été laissé par ceux
qui l'avoient dépouillé ; on lui fit présenter
ses mains et ses pieds , on trouva
les ongles de ses mains grands et pointus
, et ses pieds enflés , noirs et sales ,
avec
494 MERCURE DE FRANCE
avec les ongles grands et pointus .
On croit que ce pauvre Religieux se
retiroit une partie du jour dans des Carrieres
abandonnées , qui se trouvent dans
ce Bois , et que le soir il alloit manger
de l'herbe , des racines et des fruits sauvages
; il paroît sur sa main comme la
morsure d'un animal ; il ne sçavoit pas
quel jour il étoit quand on le retrouva .
Comme on avoit envoyé le même
jour 9. Septembre à l'Abbaye de Molesme
, un Exprès , qui n'arriva que sur les
huit heures du soir , pour donner avis
aux Religieux de cette Maison que leur
Confrere perdu avoit été retrouvé ce
jour- là dans les Bois , à peu près dans
l'endroit où l'on croyoit qu'il avoit été
assassiné , et qu'on l'avoit réfugié chés
leur Procureur à Essoy , lequel est aussi
Bailly de Grancey ; un des principaux
Religieux de cette Communauté , fut
député par le P. Prieur , qui n'y put aller
lui-même pour reconnoître ce cher Confrere
, et ayant pris avec lui un Commis
de la Maison , il se rendit le lendemain
à Essoy chés le Bailly.
En arrivant il trouva le pauvre Religieux
assis auprès du feu , à qui on dit
qui il étoit ; il se leva pour le baiser
Lui dit qu'il l'aimoit bien et alla aussitôt
MARS. 1736. 495
tot se rasseoir en pleurant ,,ce Religieux
lui demanda ce qu'il avoit fait de ses
habits , mais ses larmes l'empêcherent de
répondre ; ce qui engagea le Religieux
député , à tirer à part le Bailly qui lui fit
le détail de tout ce qui est ci- dessus
raportés ce Religieux vint ensuite demander
à son cher Confrere,s'il étoit vrai
qu'il eut encore sa montre et son argent
, il se mit sur le champ en devoir
de les tirer de sa poche , mais il n'en
eut pas la force ; pendant le diné , on
lui fit à peu - près les mêmes questions ,
auxquelles il répondit d'une voix éteinte
et presque mourante : il témoigna plusieurs
fois qu'il souhaitoit être habillé
comme le Religieux qui lui parloit , et
11 auroit voulu dès ce jour se rendre à
Molesme , mais sa foiblesse ne le permit
pas ainsi le Religieux s'en retourna
le même jour à sa Communauté , et rendit
compte au P. Prieur de tout ce qu'il
avoit apris au sujet de la découverte de
leur Confrere.
:
Deux jours après , douze du mois de
Septembre , Dom Bocquet Prieur de Molesme
, et un autre Religieux accompagnés
du sieur Reglé Advocat en Parlement
et Bailly de Molesme , se transpor
serent à Essoy , pour reconnoitre Dom
Bailli E
496 MERCURE DE FRANCE
1
.
Baillimaitre Celerier de leur Maison ,
et étant tous montés avec le Bailly de
Grancey et son Greffier , en la chambre
où étoit le Religieux retrouvé , ils l'aperçurent
en entrant , assis auprès de son
lit , tenant en sa main le nouveau Testament
; on lui demanda s'il connoissoir
le P. Prieur et le Religieux qui l'accompagnoit
, et avec qui il avoit demeuré ,
il répondit d'une voix cassée et éteinte
que ouy , mais qu'il ne se souvenoit pas
de leurs noms ; il reconnut cependant le
sieur Reglé , et le nomma par sòn nom ,
Le P. Prieur l'ayant parfaitement
bien reconnu , lui fit présenter des habits
Religieux qu'il avoit eu soin de faire
aporter à la veuë de ces habits , Dom
Baillimaitre pleura de joye , les reçut
avec actions de graces : ses idées parurent
se fortifier et s'éclaircir , en voiant
ces habits , dont il se revêtit avec empressement.
Et comme sa longue barbe
Î'incommodoit , et n'étoit pas convenable
à son habit , on le fit raser , à l'exception
de la têre , crainte qu'il n'en
fut incommodé en prenant l'air , enfin
ce pauvre Religieux ayant représenté
qu'il se sentoit assés de force pour se
tenir à cheval , le P. Prieur se chargea
de le reconduire en l'Abbaye de Molesme
MARS. 1786. 497
me , ce qui fut exécuté. Depuis qu'il est
dans cette Maison , sa santé se fortifie
de jour en jour , ses idées lui reviennent
et s'éclaircissent ,et excepté l'enflure
de ses jambes , il se porte assés - bien
on croit même qu'il sera bien - tôt en
état de reprendre son Office de Celerier.
Dom François Estienne Baillimaitre ,
qui fait le sujet de cette Relation , est
natif de Fay , Diocèse de Bezançon , âgé
maintenant d'environ 32. ans , il n'a que
12. ans de Profession , l'ayant faite le
29. Novembre 1723. à l'age de dix - neuf
ans.
Le fond de cette Relation étant tiré
principalement du Procès verbal qui y
est cité , on n'a pû lui donner une meilleure
forme ; c'est moins un stile régulier
, que le langage de la Verité.
Le mot de l'Enigme du mois de Fé
vrier est , le Carnaval ; ceux des Logogryphes
sont , Palme , Silence et Langues
On trouve dans le premier , Mal , Lame,
Ame et dans le second , Sel , Isle ,
Lien , Elie , Nil , Ciel , Encens.
E ij ENIG
498 MERCURE DE FRANCE
*******XXXXXXXXX
ENIGM E.
A Mour , vigilance , courage ,
Voilà , dit-on , mes qualités ,
Mais des défauts accompagnent l'usage
De talens si vantés.
Je brusque un rôle de tendresse ;
Je m'émancipe jusqu'aux coups ,
Et chés moi les transports d'une si douce yvresse
Imitent presque le courroux .
Dans les combats si j'acquiers quelque gloire ,
Aussi- tôt par des cris altiers ,
Par des airs insolens je souille ma victoire
Et flétris mes Lauriers .
L'on prône fort ma vigilance ;
Mais je m'en sers mal - à - propos ,
Et tel pouroit chés soi dormir en assurance ,
. Dont ma voix trouble le repos.
Enfin de l'Eternel j'attendris le Vicaire ,
Il m'entend et soudain son coeur est amolli.
Que vous dirai- je encor ? Le Croissant tient au
Caire
La place que j'occupe ici.
P, Bourdas de la Brehandais,
LOMARS.
1736. 499
LOGO GRTPH E.
L Ecteur , je suis Asiatique ,
Un Puissant dans mon sein je loge ; je m'ex
plique .
Quatorze Lettres font mon nom .
Quatorze mots en font raison.
Prenant d'un chacun l'Acrostiche ,
Sans être oiseau , l'on me déniche .
Un homme sage tout d'abord :
Un parent en degré bien fort ;
Un Saint placé dans le mois de Décembre :
Un terme , du Blason excellent Membre :
Une parente en haut dégré :
Une Sainte au suprême état de sainteté :
Un nom Hebreu connu pour grande Fête:
Une couverture ou bien faîte :
Une chose qui dure peu :
Une Ville assés près d'un Mont qui vomit feu :
Une Riviere en Picardic :
Une portion forte ou foible pour la vie
Un animal très-furieux :
Un homme guerrier curieux :
Sans Acrostiche , on me voit toute entiere
Dans ces mots entendus de certaine maniere.
E iij
AUTRE
SCCLES
foo MERCURE DE FRANCE
AV TR E.
Dans mon entier je suis un Enfant haïssable,
Lecteur 1. 2. me font un Fleuve renommé ;
>
3. 4. et 5. une Aeur agréable ;
6. 7. et 8. au Moulin je suis né ;
1. 2. 3. 4. oubliant tout le reste ,
Je suis tout au contraire un jeune homme me
deste.
AUTRE.
Lecteur , je suis oiseau, tant privé que sauvage,
Qui , renversé , montre l'heure qu'il est
Une bête en Latin , qu'on voit au marécage
Occupe mon milieu. Trouve moi , s'il te plaît.
Par Duchemin.
1
******
NOUVELLES
LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , &c.
'I DE'E DE LA RELIGION CHRE
L'H
TIENNE où l'on explique succinc
tement tout ce qui est nécessaire pour
être sauvé à Paris , chés François Jouen ,
ruë S. Jacques. 1735. in 12 .

,
SYNONYMES
FRANÇOIS leurs
diférentes
significations , et le choix qu'il
en
MAR S. 1736.
301
en faut faire pour parler avec justesse.
Par M. l'Abbé Girard. S. I. D. R. Nouvelle
Edition. A, Paris , de l'Imprimerie
de la veuve d'Houry , rue de la Harpe
vis - à - vis la ruë S. Severin , au S. Esprit.
1736. L'excellent Ouvrage dont on don.
ne ici la simple annonce , merite bien
qu'on en parle plus au long .
L'ENVIEUX ou la Critique du Philosophe
marié , Comédie en un Acte.
Par M. Nericault Destouches , de l'Académie
Erançoise. A Paris. Quay de Gesvres
, chés Prault pere. 1736.
>

NOUVEAU TABLEAU des Avocats
au Parlement , leurs demeures , et leurs
bancs au Palais. Mis au Greffe de la Cour,
par Maire Louis François le Poupet , ancien
Avocat et Bâtonnier , le 21. Fevrier
1736. avec les Réglernens et Arrests sur
la Fonction des Avocats. A Paris , au
Palais , chés Paulus du Mesnil , Imprimeur-
Libraire , Grand'- Salle , au Pilier
des Consultations , au Lion d'or . 1736.
J
DISCOURS EVANGELIQUES sur
diférentes Verités de la Religion et
d'autant plus utiles dans chaque Etat ,
que les Sujets et les Desseins en sont
E iiij plus
502 MERCURE DE FRANCE
plus particuliers et plus rarement traités.
Leurs Textes sont pris ordinairement
des Evangiles de l'Avent et du
Carême. Par le P. L. R. D. S. D. Tome
I. in 12. de 269. pp. A Paris , chés de
Billy , le Clerc , Gissey , et Clousier 1735 .
Ces Discours sont au nombre de V II.
Le premier est sur la fermeté dans le
service de Dieu. Le II. sur la maniere
d'honorer le S. Nom de Jesus . Le III.
sur les désirs inéficaces qu'ont les Pécheurs
pour se sauver. Le IV . sur les
moyens d'avoir la tranquillité du coeur .
Le V. sur les remedes contre l'Hypocrisie
. Le V I. sur la charité envers nos
Freres , marquée dans celle de Marie
envers son Fils . Le V II. sur les Ames
du Purgatoire , et les moyens d'éviter
leurs peines.
Avant que d'entamer le premier Discours
, on prie le Lecteur d'observer
pour trouver plus de profit dans cet
Ouvrage , que
, que les Points de chaque Discours
sont tellement oposés , selon la
régle des Divisions , où les membres doi
vent s'exclure les uns des autres , qu'on
peut en tirer diférens sujets d'Entretiens,
d'Instructions , de Méditations , & c.
Il est bon aussi d'avertir le Public ,
qu'il ne doit point se rebuter de ne
trouMAR
S. 1736. 503
trouver pas tout à la fois tous les Volumes
qui composeront cet Ouvrages puisque
n'ayant point de relation , ni de dépendance
entre eux , mais contenant des
Discours detachés , l'Ouvrage est toujours
également parfait , quand même.
il ne devroit jamais paroître d'autre Tome
que celui dont on vient de parler.
>
M. de Marcilly Docteur de la Maison
et Societé de Sorbonne, qui a aprouvé
le premier Volume , nous assure que
ces Discours répondent parfaitement à
leur titre et qu'ils lui ont parû contenir
les Maximes les plus pures de l'Evangile.
Cet Eloge bien merité , et l'Extrait
du même Livre,qui se trouve dans le
Journal des Sçavans , du mois de Decembre
dernier , nous dispensent d'en
dire davantage.
LA MORT DE CESAR , Tragédie
de M. de Voltaire. Nouvelle Edition revûë
, corrigée et augmentée par l'Auteur
, avec un Avertissement et une Lettre
à ce Sujet. Imprimée à Londres
chés Innis , et se vend à Paris chés J.
B. C. Bauche , à la descente du Pont-
Neuf , près les Augustins , à S. Jean
dans le Désert , 1736. in 8 ° . de 70. pp .
Le Frontispice est orné d'une Vignette

Ev504
MERCURE DE FRANCE
où l'on voit le corps sanglant de Cesar
exposé au Peuple Romain. Cette Piece
est d'ailleurs très - bien imprimée.
L'Editeur parle ainsi de cet Ouvrage
dans l'Avertissement. C'est au Public à
l'aprécier ce qu'il vaut ; les louanges des
amis et les critiques des ennemis sont
également inutiles devant ce Tribunal .
Je sçai que bien des gens se récrient
sur l'atrocité de Brutus qui tuë Cesar
quoiqu'il le connoisse pour son Pere .
Mais on les prie de se souvenir que
chés les Romains , l'amour de la Liberté ,
étoit poussé jusqu'à la fureur , et qu'un
parricide dans certaines circonstances
étoit regardé comme une action de
courage et même de vertu . Nous avons
parmi les Lettres de Ciceron , une Lettre
de ce même Brutus , dans laquelle
il dit qu'il tueroit son Pere pour le salut
de la République ; et d'ailleurs la
Tragédie , et sur tout la Tragédie Angloise
, n'est pas faite pour des choses
à demi terribles.
On a ajoûté à cet Avertissement une
Lettre sur la Tragédie de Jules- Cesar
par M. de Voltaire , de M. le Marquis
***. qui à l'âge de 24. ans , est déja regardé
comme un bon Poëte , un bon
Philosophe et un Sçavant . Son estime et
son
MAR S. 1736. 50
son amitié pour M. de V. leur fait hon
neur à tous deux. Cette Lettre est écrite
à M. N... On raportera ici quelquesunes
des Réflexions qu'elle contient.
Il faudroit ignorer qu'il y a une Langue
Françoise et un Théatre , pour ne
pas sçavoir à quel dégré de perfection
Corneille et Racine ont porté le Dramatique
. Il sembloit qu'après ces grands
Hommes , il ne restoit plus rien à souhaiter
, et que tâcher de les imiter , étoit
tout ce qu'on pouvoit faire de mieux .
Désira -t'on quelque chose dans la Peinture
, après la Galathée de Raphaël ?
Cependant la celebre Tête de Michel
Ange dans le petit Farnese , donna l'idée
d'un genre plus terrible et plus fier
auquel cet Art pouvoit être élevé. Il
semble que dans les beaux Arts on ne
s'aperçoit qu'il y avoit des vuides , qu'après
qu'il sont remplis. La plupart des
Tragédies de ces Maîtres , soit que l'action
se passe à Rome , à Athénes , ou à
Constantinople , ne contiennent qu'un
Mariage concerté , traversé , ou rompu.
On ne peut s'attendre à rien de mieux
dans ce genre , où l'amour donne avec
un souris ou la Paix ou la Guerre. Il me
paroît qu'on pouroit donner au Dramatique
un ton supérieur à celui-ci . Le Ju
Evi
les
06 MERCURE DE FRANCE
es Cesar m'en est une preuve ; l'Auteur
de la tendre Zaire ne respirant ici que
des sentimens d'ambition , de vengeance
et de liberté.
La Scene de la Conspiration , dit l'Auteur
sur la fin de sa Lettre , me paroît
des plus belles et des plus fortes qu'on
ait encore vûës sur le Théatres elle fait
voir en action ce qui jusqu'à présent ne
s'étoit presque toujours passé qu'en récit .
Voulant enrichir d'un Morceau brillant
ce petit Extrait , on a déja parlé
plus d'une fois de la Mort de Cesar dans
le Mercure , nous ne sçaurions» mieux
faire que de nous déterminer par le choix
et le goût du Marquis *** en don-
,
nant ici la derniere moitié de cette magnifique
Scene. Voici comme Cassius
parle à Brutus.
Un seul mot de Cesar a- t'il éteint en toi
L'amour de ton Pays , ton devoir , et ta foy
En disant ce secret , ou faux ou véritable ,
En t'avoüant pour fils, en est - il - moins coupable >
En es- tu moins Brutus ? en es-tu moins Romain ?
Nous dois-tu moins ta vie , et ton coeur et ta main ?
Toi, son fils ! Rome enfin n'est - elle plus ta mere ?
Chacun des Conjurés n'est - il donc plus ton frere ?
Né dans nos murs sacrés , nourri par Scipion ,
Eleve de Pompée , adopté par Caton ,
"
Ami
MAR S. 1736. 107
Ami de Cassius , que veux - tu davantage ?
Ces titres sont sacrés , tout autre les outrage.
Qu'importe qu'un Tiran , vil esclave d'amour
Ait séduit Servilie , et t'ait donné le jour ?
Laisse là les erreurs et l'hymen de ta Mere ,
Caton forma tes moeurs ,Caton seul est ton Pere ,
Tu lui dois ta vertu , ton ame est toute à lui .
Brise l'indigne noeud que l'on t'offre aujourd'hui ,
Qu'à nos sermens communs ta fermeté réponde ;
Et tu n'as de Parens que les Vengeurs du Monde.
Brutus.
Et vous , braves amis , parlez , que pensez- vous ?
Cimber.
Juge de nous par lui , juge de lui par nous.
D'un autre sentiment si nous étions capables ,
Rome n'auroit point eu des Enfans plus coupables .
Mais à d'autres qu'à toi pourquoi t'en raporter
C'estton coeur, c'est Bratus qu'il te faut consulter.
Brutus.
Eh bien , à vos regards mon ame est dévoilée
Lisez y les horreurs dont elle est accablée.
Je ne vous cele rien : ce coeur s'est ébranlé
De mes stoïques yeux des larmes ont coulé 4
Après l'affreux serment que vous m'avez vû faire.
Prêt à servir l'Etat , mais à tuer mon Pere ;
Pleurant d'être son fils , honteux de ses bienfaits ,
condamnant ses forfaits
Admirant ses vertus ,
14
Voyant
508 MERCURE DE FRANCE
Voyant en lui mon Pere , un coupable , un grand
'homme ,
Entraîné par Cesar , et retenu par Rome ,
D'horreur et de pitié mes esprits déchirés ,
Ont souhaité la mort que vous lui préparés.'
Je vous dirai bien plus ; sçachez que je l'estime
Son grand coeur me séduit au sein même de
crime ;
Et si sur les Romains quelqu'un pouvoit regner ,
Il est le seul Tiran que l'on dût épargner.
Ne vous allarmez point : ce nom que je déteste »
Ce nom seul de Tiran l'emporte sur le reste .
Le Senat , Rome, et vous, vous avez tous ma foi
Le bien du Monde entier me parle contre un Roi.
J'embrasse avec horreur une vertu cruelle ,
J'en frissonne à vos yeux, mais je vous suis fidele ,
Cesar me doit parler ; que ne puis - je aujourd'hui
L'attendrir , le changer , sauver l'Etat et lui !
Veuillent les Immortels s'expliquant par ma
bouche >
J
Prêter à mon organe un pouvoir qui le touche
Mais si je n'obtiens rien de cet ambitieux
Levez le bras , frapez , je détourne les yeux.
Je ne trahirai point mon Païs pour mon Pere';
Que Pon
aprouve ou non ma fermeté sévere ,
Qu'à l'Univers surpris , cette grande action
Soit un sujet d'horreur , ou d'admiration .
Mon esprit peu jaloux de vivre en la mémoire
Ne considere point le reproche , ou la gloire ;
Toujours
MARS. 1736.
509
Toujours indépendant et toujours Citoyen ,
Mon devoir me suffit , l'Univers ne m'est rien.
Allez , ne songez plus qu'à sortir d'esclavage .
Cassius.
Du salut de l'Etat ta parole est le gage.
Nous comptons tous sur toi , comme si dans ces
lieux
Nous entendions Caton , Rome même et nos
Dieux .
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la Republique des
Lettres , &c. A Paris , chés Briasson , rue
S.Jacques , à la Science . M. DCC. XXXV.
Tomes XXXI. et XXXII.
Le premier de ces deux Volumes présente
d'abord une Table Alphabétique
des Auteurs contenus dans les trente- un
Volumes de ces Mémoires , ce qui ne
peut être que d'une grande utilité . On
trouve ensuite , dans une Table particu
liere , les noms de 33. Sçavans , dont
P'Histoire compose le xxx1e. Tome.Voici
l'ordre de cette Table..
Lancelot Addisson , Joseph Addisson ;
Ferôme Amalthee , Claude de Beauregard
Balthazar Bekker, Robert Bellarmin , Remi
Belleau , Pierre Bertius , Jean Buxtorf Jean
Buxtorf le Fils , Thomas Creech,Jean Mario
Crescimbeni , René Descartes , François
Garasse
to MERCURE DE FRANCE
Garasse , Paganin Gaudenzio , Guil. Gratarole
, Samuel Guichenon , Luc Holftenius ,
Michel de L'hospital , Christian Kortholt ,
Wolfang Lazius , Augustin Lubin , Conrad
Lycosthenes , Franç. Macedo , Emanuel
Maignan, Pierre de Marcaffus , Othon
Mencke , Jean Burchard Mencke , Jean-
Edouard du Monin , Olaus Rudbeck ,Jean
Salmon Macrin , Charles Sorel , et André
Duval.
Nous avons choisi l'Article du Poëte
Remi Belleau , que nous exposerons ici
à nos Lecteurs , d'après l'Auteur des Memoires.
REMI BELLE A U naquit à Nogentle
-Rotrou , Ville du Perche , au commencement
de l'année 1928. Il s'attacha
à René de Lorraine , Marquis d'Elbeuf ,
General des Galeres de France , et le sui .
vit dans le voyage qu'il fit en 1557. en
Italie pour l'expedition de Naples , et en
divers autres Endroits. Ce Seigneur fut
si content de son esprit et de ses talens
qu'il lui confia la conduite et l'éducation
de Charles de Lorraine son Fils , qui fût
depuis premier Duc d'Elbeuf , et Grand
Ecuyer de France .
Belleau s'appliqua avec beaucoup de
soin à la Poësie Françoise , et il y réussit
au goût de son siecle ; ce qui l'a fait
mettre
MARS. 1736. SIX
mettre au nombre des sept Poëtes , dont
on forma la Pleïade Françoise . On admiroit
sur tout sa naïveté et sa facilité à
décrire les choses donc il vouloit parler ,
et l'on trouvoit ses peintures si vives et
si naturelles , que Ronsard avoit coûtume
de l'apeller le Peintre de la Nature.
Mais comme le goût a bien changé depuis
ce temps là , on n'en porte plus le
même jugement.
Il sçavoit le Grec , comme il paroît
par la Traduction qu'il a faite des Odes
d'Anacreon , en Vers François ; mais
quelques louanges que ses contemporains
ayent donné à cette Traduction ,
que quelques- uns même ont osé égaler
à l'Original , on peut dire avec raison
que le Poëte Grec , en passant par ses
mains , a perdu la meilleure partie de
ses graces et de ses beautés ; ce que quelques
Auteurs attribuent à sa trop grande
sobriéré , qui le rendoit incapable
d'entrer dans l'esprit du Poëte qu'il traduisoit
.
Pasquier nous aprend dans le septiéme
Livre de ses Recherches , que Remi
Belleau vouloit bien quelquefois paroître
sur le Theatre , pour représenter les Pieces
d'autrui , et qu'il joua un des principaux
Rôles dans la Tragedie de Cléopatre
,composée par Jodelle.
· Il
312 MERCURE DE FRANCE
Il mourut à Paris dans la maison du
Duc d'Elbeuf le 6. Mars 1577 , ayant à
peine commencé sa cinquantiéme année-
Ses Amis porterent son corps sur leurs
épaules jusqu'à l'Eglise des Grands Augustins
, où il fut enterré avec cette Epitaphe
, dont les Vers François étoient
de Ronsard.
Ne taillez , Mains industrieuses ,
Des pierres pour couvrir Belleau ;
Lui-même a bâti son Tombeau
Dedans ces Pierres précieuses .
Remigii Bellaquei , Poeta laureati , qui
cum pietate et file unde quinquagenariam
pulcherrimè , omnibusque gratissimus vixit
atatem , extincios cineres , Diva Cecila sodalibus
sollicitandos , fupremi Von observantissimi
Curatores , pridie Nonas Manii
1577. moestissimo funere hoc in Tumulo deposuerunt.
Quoiqu'il ait toûjours vécu dans la Re
ligion Catholique , il a laissé échaper
dans sa Comedie , intitulée la Reconnuë
un trait qui a rendu sa foy suspecte à
quelques uns. Cette Piece roule sur une
jeune Fille Huguenote , qui s'étant échapée
du sac de Poitiers en 1562. , fut conduite
à Paris , et confiée à une Femme
Catholique , laquelle lui ayant trouvé
un
3
MARS. 1736. S13
in parti sortable , raisonne ainsi dans la
Scene quatrième du troisiéme Acte.
S'ils sont bien mariés ensemble ช
J'espere qu'ils feront du fruit :
La Fille est bonne , et à bon bruit ,
La Fille est douce et gracieuse ,
Elle n'est fiere ni fâcheuse ;
La Fille n'est pas un brin sotte :
Je crains qu'elle soit Huguenotte
Seulement , car elle est modeste ,
En paroles chaste et honneste ,
Et toujours sa bouche ou son coeur
Pensent ou parlent du Seigneur.
Catalogue de ses Ouvrages.
Les Oeuvres Poëtiques de Remi Belleau.
Paris 1578. in octavo. It. ibid. 1585. indouze.
It. Lyon . 1592. in octavo. It.Rouen .
1604. in douze. deux Tomes . Les Pieces
contenues dans ce Receuil sont les suivantes.
Tome premier.
1. Les Amours et nouveaux Echanges des
Pierres précieuses , Vertus et Proprietés d'icelles.
Ces Pieces de Poësie , à l'exception
des dix dernieres , qui ont parû dans le
Recueil pour la premiere fois , ont été
imprimées un an avant la mort de Belleau
314 MERCURE DE FRANCE
leau , c'est-à- dire en 1576. à Paris , inquarto.
Avec le Discours de la Vanité et
les Eglogues sacrées . C'est l'Ouvrage qui
a le plus fait d'honneur à Belleau .
2. Discours de la Vanité , pris de l'Ecclésiaste
de Salomon . Ce Discours , qui est
une Traduction libre de l'Ecclésiaste , en
Vers , parut pour la premiere fois en
1576. Belleau marque dans une Epitre
qui le précede , et qui est dattée du 30 .
Juillet 1576. qu'il l'avoit commencée
plus de trois ans auparavant , mais qu'une
maladie de langueur , qui l'avoit tenu
deux ans entiers , l'avoit long-temps empêché
de l'achever.
3. Eglogues sacrées , prises du Cantique
des Cantiques de Salomon.Elles sont adressées
à la Reine par une Epitre du 12.
Août 1576.
4. La Bergerie de Remi Bellean , divisée
en une premiere et seconde journée. C'est
un Recueil de diverses Poësies qu'il avoit
faites pour la plupart dans sa premiere
jeunesse , et qu'il a trouvé moyen de lier
ensemble par des Discours en Prose. Elle
a été imprimée séparément à Paris en
1572. in octavo avec une Epitre à Charles
de Lorraine , Marquis d'Elbeuf , datée du
19.Juin de cette année. On trouve dans ce
Recueil quelques Pieces qui avoient déja
paru
MARS.
1736. 515
paru séparément dans la premiere journée:
Chant de la Paix , Paris 1559. in quarto.
Tombeau de M. François de Lorraine , Duc
de Guise , Paris 1556. in-quarto. C'est celui
qui fut tué devant Orleans par Poltrot
l'an 1553. Epithalame de M le Duc
de Lorraine , et de Madame Claude Fille
du Roy Henry II. Paris 1559. in.quarto.
Dans la seconde journée : Larmes sur le
trépas de M. René de Lorraine , Marquis
d'Elbeuf et de Louise de Rieux sa femme ,
Paris 1566. in- quarto. Ode Paftorale sur la
Mort de Joachim du Bellay , Paris 1560 .
in - quarto.
, pa-
5. Les Apparences Celeftes et les Prognostiques
ou Présages d'Arat , Poëte Grec.
Cette Traduction , qui est en Vers
roît ici pour la premiere fois , et l'Auteur
n'y avoit pas mis la derniere main. Il
avoit seulement inseré dans la seconde
journée de sa Bergerie les Apparences celestes
du Soleil et de la Lune . Jean Albert
Fabricius n'a pas connu cette Traduction ,
dont il n'a fait aucune mention dans sa
Bibliotheque Grecque à l'Article d'Arat,
Tome second.
6. Les Odes d'Anacreon , Teien , Poëte
Grec , traduites en Vers françois , et les petites
Inventions du sieur Belleau. Paris
1556. in 12. It. ibid. 1574. in 12. avec
des
16 .
MERCURE DE FRANCE
des augmentations . Il y a dans le Recueil
quelques petites Pieces qui n'avoient
point encore été publiées. La plus considerable
des Inventions de Belleau est
un Poëme en stile Macaronique . intitulé
: Dictamen Metrificum de bello Huguenotico
, et Reistrorum piglamine , ad Sodales.
C'est un chef-d'oeuvre en ce genre.
Il a été réimprimé après l'Ecole de Salerne
, en Vers Burlesques , dans une i.di
tion faite à Paris en 1652 , in quarto.
7. La Reconnuë , Comedie , en cinq Actes
, et en Vers . Elle n'a été imprimée
qu'après sa mort .
Voilà tout ce qui est contenu dans le
Recueil des Oeuvres de Belleau ; il a fait
outre cela les Pieces suivantes .
8. L'Innocence prisonniere , et la Veritė
fuytive. Ce sont deux Poëmes François ,
qui n'ont point été inferés parmi ses autres
Poësies , et dont j'ignore la date. Du
Verdier nous aprend qu'ils ont été traduits
en Latin par Florent Chrétien ; je
ne trouve que la Traduction du second
qui porte ce Titre : Sylva , cui titulus
Veritasfugiens , ex Remigii Bellaque: Gallicis
Versibus Latinafacta à Florente Christiano
, Aurelio . Paris . 1561. in- quarto .
9. Il a fait de sçavans Commentaires
sur la seconde Partie des Amours de Ronsard
MARS.
1736. 517
sard, qui ont été imprimés plusieurs fois
à Paris avec les Commentaires de Muret
sur la premiere .
Nous parlerons du XXXII. Tome des
Mémoires dans le prochain Mercure.
HISTOIRE des Révolutions de Pologne
, depuis le commencement de cette
Monarchie , jusqu'à la mort d'Auguste
II. par M. l'Abbé Desfontaines . 1. vol.
in. 12 le premier , de 243. pages avec
une Préface et une Carte de Pologne.
Le second , de 206. pages avec une
Table des Matieres. A Amsterdam ,
chés François l'Honoré. 1735%
Jacques Guerin , Libraire - Imprimeur à Paris ,
Quay des Augustins , débite actuellement l'Ecole
de Cavalerie , par M. de la Gueriniere , Ecuyer
du Roy.
Cet Ouvrage est divisé en trois Parties . Dans
la premiere on donne le nom et la situation des
Parties exterieures du Cheval , avec leurs beautés
et leurs défauts ; l'âge , la difference des Poils ,
Pembouchure , la ferrure et la selte .
La deuxième Partie renferme les principes pour
dresser les Chevaux , soit pour le Manége , soit
pour la Guerre , pour la Chasse , ou pour le Ca
rosse . On y a joint un Traité des Tournois , des
Joûtes , des Carousels et des courses de Têtes et
de Bague.
La troisiéme Partie contient l'Ostéologie du
Cheval 2
518 MERCURE DE FRANCE
Cheval , la définition de ses Maladies , les reme
des pour les guerir ; avec un Traité des Opera
tions de Chirurgie qui se pratiquent sur cet Ani
mal. On trouve à la fin un Traité des Haras .
Ce Livre est imprimé in -folio sur du grand
papier , et in 8. en deux volumes ; et est orné d
figures gravées par les plus habiles Maîtres d'a
près les Desseins de M. Parrocell , Peintre or
dinaire du Roy. Le prix de l'in -folio est de 24 .
livres en feuilles ; celui de l'in - octavo est de
livres aussi en feuilles.
9.
Jean Villette , fils , Libraire , ruë S. Jacques , à
S. Bernard , vient de faire une nouvelle Edition
des Sentences et Instructions Chrêtiennes , tirées
des Saints Peres , en Latin et en François , avec
l'Abregé des Matieres aux marges , par le sieur
de Laval. 8. volumes in 12. sçavoir :
Des anciens Peres Grecs , 2. vol .
De S. Jean Chrisostôme , 2. vol.
De S Gregoire, Pape, et de S. Paulin, 2 , liv. 10. s
De S. Augustin , 2. vol.
De S. Bernard ,
5. liv.
6. liv.
s. liv.
2. liv. 10.
sa
Ce
Livre
est
un
Extrait
des
plus
beaux
en
droits
de
tous
les
Ouvrages
des
Peres
. On
le dit
depuis
long
- temps
dans
le
l'ublic
d'une
voix
unanime
et
avec
raison
, un
excellent
Recueil
Pour
tous
ceux
qui
veulent
se remplir
de
la bonne
morale
du
Christianisme
. Il fut
composé
anciennement
par
feu
M.
le Duc
de Luynes
, après
sa retraite
. Il fut
dirigé
dans
ce
travail
d'ha- par
biles
Maîtres
, dont
les
Ecrits
seront
toujours
re
cherchés
, et qui
ont
fait
de
celui
- ci un
Ouvrage
parfait
en
son
genre
. On
ne
sçauroit
leur
être
assés
obligé
d'avoir
ainsi
mis
les
Peres
à portée
d'être
MAR S. 1736. 519
.
'être fús de tout le monde ; les Ecclesiastiques,
Docteurs Prédicateurs , Directeurs , Religieux
, Religieuses , jeunes Clercs , Gens du
Monde , tous y trouveront de quoi s'édifier et
s'instruire avec cette lumiere , cette solidité et
cette satisfaction qui sont propres aux sources
pures de la divine parole. Quel bien pour PEglise
, si dans les Séminaires et dans les Colleges
même on accoûtumoit de bonne heure les jeunes
gens à se former le coeur et l'esprit sur de si
saintes maximes ! Après l'Ecriture Sainte il est
sûr que nous n'avons rien qui mérite de leur
être préferé.
Le même Libraire vient de réimprimer l'Histoire
du Vieil et du Nouveau Testament , représen
tée avec des figures et des Explications édifiantes,
par
feu M. le Maistre de Sacy , sous le nom du
sieur de Royaumont , Prieur de Sombreval , in 4.
Tradition de l'Eglise , touchant l'Eucharistie
recueillie des SS Peres et autres Auteurs Eccle
siastiques , divisée en 52. Offices , in 12 .
Montalant , Libraire , Quay des Augustins à
Paris , donne avis qu'il distribuë les nouvelles
Editions des Ouvrages suivans .
R. P Natalis Alexandri Ord . P P. Historia.
Ecclesiastica , veteris novique Testamenti , ab orbe
condito ad annum post Christum natum millesimum
sexcentesimum, et in loca ejusdem insigniora
Dissertationes Historica , Chronologica , Critica
Dogmatica , in fol. 8. vol. Lutetiæ , 1735 .
Recueil d'Arrêts du Parlement de Dijon , pat
feu M.Perrier, Avocat au même Parlement , avec
les Observations de M. Raviot , sur les Questions
les plus importantes. In fol. 2. volumes
Dijon , 1735.
F La
go MERCURE DE FRANCE
La quatrieme Partie des Memoires et Avantures
de Monsieur de ***. Traduits de l'Italien par
dui- même , paroit chés Prault , fils , Quay
de Conti , 1736. brochure in 12. de 198. pages.
La trente -deuxième Partie des Cent Nouvelles
Nouvelles de Mad. de Gomez , paroît chés Mau
douyt , Quay des Augustins , 1736. brochure
in 12. de 137. pages.
Le sieur Dulseker , fils , Libraire à Strasbourg,
avertit les Souscripteurs pour le Traité de la
Coupe des Pierres par M.Frezier , que l'on n'a pas
pú délivrer au mois de Décembre dernier, le premier
Tome de cet Ouvrage , comme on l'ayoit
promis par le Projet de Souscription. Led. sieur
Dulseker s'étant malheureusement adressé à un
Fondeur de Caracteres , qui ne lui a pas fourni
la Fonte qu'il lui avoit commandée dans le
temps prescrit , il s'est vû dans la nécessité d'en
faire faire une autre par un autre Ouvrier , qui
n'a pû la lui fournir qu'à la fin du même mois
de Decembre . Mais afin de réparer ce délai , il
promet d'executer les trois volumes dans le cou
rant de cette année 1736. comme il l'a promis ,
ainsi le retardement ne tombe que sur ce premier
Tome , puisque le tout sera achevé dans le ter
me annoncé.
Les Freres Guerin ont mis en vente les Tomes
III. et IV . des Reflexions ou Memoires politiques
et Militaires du Marquis de Santa - Cruz.
La continuation de l'Histoire des Empires et
des Républiques , se distribue depuis quelques
jours chés Hypolite- Louis Guerin, Jean Villette,
fils
MARS. 17: 6 .
A.
et Charles Delespine le fils , ruë S. Jacques,
as le premier des deux volumes qui paroissent
, l'Auteur , suivant sa Méthode de traiter
chaque Monarchie séparément , ne parle que de
Histoire des Perses , qu'il fait remonter jusqu'
premiere origine , en faisant voir que ces Peuples
sont les mêmes que les Elamites , dont le
Gebre Codorlahomor étoit Roy. Il marque le
temps auquel on a donné à cette Nation le nom
d . Perses , il en fait voir les progrès , les affoiblissemens
et les differens états , sur tout à la fin
du premier Livre , où il éclaircit fort au long
itte espece de contradiction des Anciens , dont
Delques -uns loient les Perses comme des hommes
pleins de vigueur , et les autres en parlent
comme d'un Peuple plongé dans le luxe et dans
la mollesse. On y verra un agréable mêlange de
Histoire Sainte avec la Profane au sujet du
Prophete Daniel , du rétablissement du Temple
de Jerusalem , et de l'Histoire d'Esther. Ce vo-
Jume commence après la Prise de Babylone et
finit à Darius Codoman , le dernier Roy de cette
Monarchie.
Le volume suivant renferme la premiere Partie
de l'Histoire des Macedoniens , qui se termine
à la mort d'Alexandre le Grand . Quoiqu'il ait
près de 700. pages , il ne contient que la Vie de
Philipe et celle de son fils ; mais on verra ces
Vies avec un ordre , des recherches et des cir-
Constances qui n'ont pas encore parû jusqu'ici
dans un même corps d'ouvrage.
Le sieur Osmont , Libraire , distribuë le sixiéme
Tome de la nouvelle Edition du Glossaire de
Du Cange. Ce volume contient les dernieres
Lettres de l'Aphabet , depuis la Lettre S. On au-
Fij roit
522 MERCURE DE FRANCE
roit donné à cet Ouvrage toute sa perfection ;
si la grosseur de ce dernier Tome eût permis d'y
ajoûter les Tables, ou si on n'eût mieux aimé les
réserver pour le Suplément , qui aparamment
en auroit exigé de nouvelles , ce qui auroit causé
de l'embarras à ceux qui peuvent s'en servir.
Quelques considerables que soient les augmentations
de cette nouvelle Edition , il n'est pas
douteux qu'il n'y ait encore bien des omissions ;
les additions qui sont venues depuis l'impression
et qui doivent composer le Suplément , en font
foi. L'Auteur se propose de lire tout ce qui
viendra à sa connoissance , et qui n'aura point
été lû au reste son travail seroit plus assidu ,
son exactitude plus scrupuleuse , qu'il ne pou
roit encore se flater de ne point laisser beaucoup
à désirer , s'il n'étoit aidé par les Gens de
Lettres , à qui ce Glossaire ne doit pas paroître
indifferent , et dont le Suplement sera une Révision
. Les Sçavans sont priés de vouloir bien
communiquer leurs corrections et leurs aditions,
dont l'Auteur leur fera honneur. Les Paquets
être adressés ou à Dom Carpentier ,
pouront-
Religieux en l'Abbaye de S Germain des Prés ,
ou au sieur Charles Osmont , Libraire et Impri
meur , à l'Olivier , rue S. Jacques.
Le même Libraire avertit le Public qu'il a
imprimé un Exemplaire du Glossaire sur Velin.
Cet Exemplaire est unique et parfait ; il est de la
forme du grand papier apellé grand Raisin . 14
poura être relié en douze Volumes. On en fera
bonne composition.
Le 25. Février , le Pere Porée , l'un des Pro
fesseurs de Rhetorique du College de Louis le
Grand, y prononça un Discours Latin très-éloquent
MARS. 1736. 523
quent , dont le Sujet étoit , ce qu'on doit penser
des Romans , et combien ils sont pernicieux aux
Belles-Lettres et aux bonnes Mours . L'Assemblée
étoit composée du Cardinal de Polignac , de
plusieurs Archevêques, et Evêques et d'un grand
nombre de Personnes de distinction .
Le 15. de ce mois M. l'Abbé Seguy , Abbé de
Genlis et Chanoine de la Cathédrale de Meaux ,
ayant été élu cy devant par M M. de l'Acadé
mie Françoise , à la place de feu M. Adam , Secretaire
des Commandemens de S. A. S. M. le
Prince de Conti , y prit séance , et prononça un
fort beau Discours , auquel M. l'Abbé de Rothelin
répondit avec beaucoup d'éloquence et de
dignité. Nous allons raporter quelques traits de
ces Discours , qui ont mérité les aplaudissemens
d'une nombreuse Assemblée.
M. l'Abbé Seguy , après avoir fait en peu de
mots l'Eloge de l'Académie , s'exprima ainsi , en
parlant du Cardinal de Richelieu.... Ce Génie,
fameuse image de l'intelligence qui gouverne l'Univers
, cet ARMAND à qui il fut donné d'enchainer
la Rebellion et l'Erreur , de porter à sa perfec
tion l'Art de régir les Empires , d'être invisiblement
présent aux Conseils de tous les Rois , qu'il
falloit ou faire échouer dans leurs projets , ou faire
entrer à leur insçû dans les siens, de maintenir, en un
mot, ou d'abattre à son gré les Puissances de l'Emrope.
Je le considerais , dis-je , avec transport , s'ocupant
parmi tant de soins , de celui d'établir l'Académie
F. je m'enorgueillissois de ma passion
naissante pour les Lettres , à mesure que je le voyois
montrer tant d'amour pour elles , les cultiver
les enrichir même de ses productions , et jo mè disois
ce que j'ose croire encore pour leur gloire , qu'il eût
Eij voulu
1
524 MERCURE DE FRANCE
voulu être Corneille s'il n'eût été Richelieu , Git.
t
Il continua par l'Eloge du Chancelier Seguier;
puis il parla du plus grand et du plus auguste des
Protecteurs de l'Académie . O nom auguste , s'éeria-
t'il , qui entraînant rapidement toutes les idées
de Grandeur , de Puissance , de Sagesse , rapelle
ici de plus , l'idée de la perfection des Lettres ! Ce ne
sont point des progrès lents et bornés tels qu'on er
a vú sous d'autres Monarques , c'est l'Eloquence ,
c'est la Poësie , presque tout - à - coup devenues fécon
des en merveilles , c'est chaque genre d'écrire enrichi
de modeles achevés , et dans chaque genre un nom
bre surprenant de productions , auxquelles il ne
manque que ce nouveau Prix, que l'éloignement des
temps donne aux Ouvrages . C'est , disons le hardiment
, plus d'une sorte de beautés absolumen
ignorées de l'Antiquité sçavante ; c'est la raison.
étonnée elle -même des graces et des nouvelles forces
que P'Art lui prête ; c'est , pour ne pas oublier des
progrès qui seuls honoreroient assés les Lettres , puisqu'ils
interessent la Religion , c'est la Chaire pur
gée de l'indécente érudition et des subtilités frivoles
que le mauvais goût y avoit introduites , renduë à
force de solidité et de pathetique , plus utile aux
mours , plus digne de la sainteté de nos Misteres
et tous ces avantages vraiment dûs dans leur principe
aux soins, aux bienfaits de LOUIS LE GRAND.
Jamais de tels Orateurs et de tels Poëtes depuis les
beaux siecles de Rome et d'Athènes ; mais aussi jamais
tant d'exercice pour les Poëtes et pour les Orateurs
; ils se plaignent entre eux de l'insuffisance de
leur Art , et les merveilles du Regne de Louis , leur
deviendroient importunes s'ils n'étoient François ,
Loc.
Après avoir dignement rendu à la memoire de
M. Adam , le tribut de loüanges qui lui étoit dû ,.
le
MARS. 1736.
525
le nouvel Académicien , conduit par la liaison
des Evenemens , n'oublia pas le grand Prince de
Conti , que la Pologne souhaita , dit- il , et ne
seût pas neanmoins se donner pour Maître ; Et venant
au temps présent , il parla ainsi sur un Sujet
encore plus auguste.
,
LOUIS XV. est forcé d'apeller la guerre , et
la guerre le venge chaque jour avec éclat . Toutes
les difficultés sont vaincuës , tous les obstacles sont
surmontés
par
la valeur. L'Italie soumise est le
fruit de deux Campagnes ; le Rhin voit des Assiegeans
qu'il assiege eux - mêmes de ses Eaux , briser
ses plus forts remparts . L'Allemagne ouverte à nos
Légions , ne leur offre plus qu'une suite de conquêtes
assurées .... Mais non , si LOUIS est vainqueur
parce que sa gloire veut qu'il le soit , il est vainqueur
sans être Conquerant , parce qu'il triomphe
des passions qui ont fait tant de Conquerans. Deja
même touché des miseres inséparables de la Guerre
la plus heureuse , il médite des pensées de paix ; il
pouroit allarmer l'Europe , et il songe à la calmer
La Discorde va donc rentrer dans les fers . Cette
guerre que la justice a entreprise , que la victoire a
soutenue , la moderation va la finir ; et nos regards
* qu'attiroient les Lauriers renaissans pour nous aux
bords du Pô et du Rhin , vont être constamment
fixés sur un objet bien plus interessant et bien plus
beau : Un Sage sur le Trône dans l'âge des passions ;
un jeune Monarque dont le coeur inaccessible à la
volupté, ennemi de la fausse gloire , dirigé par la
Justice , animé par la Pieté , aime la vertu comme
on aime le plaisir. Vous en transmettre , Mrs ,
Portrait aux Rois à venir . Ce n'est qu'à des hommes
tels que vous , qu'apartient un emploi si noble.
le
Qu'il est doux , continua l'Orateur , pour ce
Ministre, l'objet des benedictions de sa Nation, et de
Fi l'estime
28 MERCURE DE FRANCE
T'estime de toutes les autres , de nous avoir formé
un tel Maitre ! Mais qu'il est doux pour vous ,
Mrs, de le compter parmi vous , ce Ministre ,
qui plus Grand que sa Place , en exerce l'autorité
avec tant de moderation , en soutient avec tant de
sérenité d'ame les soins accablans , et qui , Auteur.
d'une Politique toute fondée sur la droiture , sur la`
Religion , tenant d'une main au Monarque et de
L'autre aux Peuples , ne perd jamais de vîsë les inzerêts
du Souverain Dominateur des Peuples et des
Monarques.
Il faudroit raporter en entier la Réponse que
fit à ce Discours M. l'Abbé de Rothelin pour
n'en rien omettre de beau. L'illustre Orateur
commença le sien par un trait de modestie au sujet
de l'Office de Directeur que le hazard et non
le choix , lui faisoit occuper en ce jour , et après
avoir dit des choses fort obligeantes au nouvel
Académicien , il entama P'Eloge de M. Adam ,
dont nous ne mettrons ici que l'Article qui nous
a parû le plus curieux et qui a raport à l'Histoire
Litteraire .
.... Dans la seule vue de hâter le progrès des
Lettres , ilforma le projet de nous donner une Traduction
correcte d'Athenée, projet qui auroit effrayé
les Casaubons et les Saumaises ; car il n'ignoroit
pas que cet Auteur , dont le Texte est le plus corrompu
de tous ceux qui nous restent de l'Antiquité,
ne pouvoit être rendu en François sans avoir été
auparavant corrigé , et , s'il est permis de le dire
refait en une infinité d'Endroits. Il s'agissoit pour y
réussir , de préparer à la fois deux Editions
P'une Grecque et l'autre Françoise ; notre
Confrere les entreprit avec courage , et s'il
n'a pu conduire à sa fin un travail de tant d'années
, c'est de l'immense difficulté de l'Ouvrage, et
non
MARS. 1736.
527
ain du laborieux Ouvrier , qu'on doit se plaindre:
Cependant lefruit de ses veilles ne sera point perdu
pour le Public. La Traduction est en état de
paroître ; et l'Edition Grecque qui n'a pas , à la
verité , reçû la derniere main , est peu éloignée de
sa perfection. Ily adéjaprès de trois ans que cédant
par politesse à mes instances réitérées , M. Adam
m'avoïa qu'il avoit rétabli plus de six mille Passages
du Texte d'Athenée ; et quoi qu'un si grand
nombre de restitutions semblent presque incroyables,
ceux qui le connoissoient , comme nous , sçavent tous
qu'il portoit jusqu'au scrupule la crainte d'en trop
dire lorsqu'il parloit de lui , et de n'en pas dire assés
quand il parloit des autres .
Au sujet de l'Oraison Funebre de M. le Ma
réchal de Villars , prononcée par M. l'Abbé Se
guy , l'Orateur fit en peu de mots un Panegyrique
parfait de ce Héros , et répandit , pour nous
servir de ses termes , de nouvelles fleurs sur son
Tombeau.
J
Il finit par ce trait l'un des plus brillans et le
plus aplaudi de tout son Discours. Ce que nous
attendons de vous c'est sur tout de nous aider à
transmettre à la Posterité un Portrait fidele de notre
auguste Protecteur. Les vertus dont son ame
est ornée , pour être celebrées dignement , demandent
un Orateur dont l'éloquence aussi noble que
brillante , ait été , M. comme la vôtre , uniquement
consacrée à l'éloge de la verité. Vous direz , et la
France entiere vous aplaudira , que dans un âge
où la Nature semble se refuser à tout ce qui n'a
point l'aparence du plaisir , rien ne peut distraire
notre jeune Roy de l'importante et sérieuse aplicázion
de travailler à notre bonheur Faut- il après
cela s'étonner si l'éclat des victoires ne l'éblouit pas,
si l'apas des conquêtes ne peut le séduire , et si plus
Fy touche
528 MERCURE DE FRANCE
touché du nom de Pere , que flaté du titre de vain
queur, il ne veut recueillir d'autre fruit de la superiorité
de ses Armes que d'assurer par une Paix
glorieuse latranquillité de ses Sujets ?
Heureux les Peuples gouvernés par un Prince que
l'esprit de Religion anime , qui sçait unir par le
plus étroit lien la Justice et la Paix dans son
Empire , et qui sage estimateur de la vrage gloire ;
fait consister principalement la sienne à exercer ces
vertus bien faisantes , qui , plus encore quele
рока
voir supréme , rendent les Rois de la Terre les imas
de la Divinité.
ges
Le Mercredy 21. de ce mois , on présenta à
l'Assemblée de l'Académie Royale des Sciences,
un Garçon fort extraordinaire par sa taille et
toutes les parties de son corps bien formées et
aussi puissantes qu'à un homme de 25. ans . Il
n'a pourtant que sept ans accomplis , étant né
en Normandie dans la Paroisse de Fresnel Bufort
, près d'Argentan , le 19. Mars 1719. Sa
taille a été exactement mesurée à l'Académie , et il
se trouve avoir , sans souliers , quatre pieds 8.-
pouces 4. lignes. Il a de la barbe et le poil fort
rude , sur tout au - dessus de la bouche , car il
n'en a presque point au menton . A l'égard de
l'esprit , il l'a comme un enfant de son âge et le
parler fort niais , mais bien campé sur ses pieds .
et bien fait. Son Pere , Laboureur du même lieu ,
qui produit des Certificats de l'Evêque de Séez
et des Notables de la Paroisse , pour autoriser la
verité de ce fait , qu'on ne doit pas croire en ef--
fet legerement , assure que dans la premiere année
son fils ne prit pas plus de croissance que les
enfans ordinaires en prennent communément
mais que dans les six années suivantes , il a cra
assés
MARS. 1736. 529
assés régulierement de six pouces tous les ans .
On écrit de Boulogne en Italie , que le 29 .
Fevrier dernier , il y eut en l'Université de cette
Ville , un Acte celebre de Médecine , dans lequel
le Docteur Bnslbi parla avec beaucoup de succèssur
l'Anatomie , et en particulier sur l'Ossilation.
La Demoiselle Laure Bussi , âgée de 22. ans et
aggrégée dans cette Faculté , fit aussi un Dis-
Cours Latin et argumenta ensuite , avec l'aplaudissement
d'une illustre et nombreuse Assemblée,
à laquelle se trouverent le Cardinak Légat , l'Archevêque
, le Gonfalonnier , et le Vice - Légac ,
ainsi que le General Kenvenhuller , le Comte de
Lautrec , le Comte de Lokówits , et plusieurs
Officiers François et Allemans.
La SUIT des Estampes du Roman Comique,
vient d'être augmentée de deux nouvelles Pieces ;
sçavoir , Ragotin trouve des Boëmiens dans sai
Maison de Campagne ; gravée avec grande intelligence
par N. Lépicié. Tome II . Chap . 16.
Madame Bouvillen ouvre la porte a Ragotin ,
qui lui fait une bosse au front ; gravée au burin
par Pierre Surugue , fils , en 1735. Tome II .
Chap . 1o. On espere que le Public sera content
de cette Estampe. C'est le premier grand Morceau
que ce jeune homme met au jour , et il y
a lieu de croire qu'il acquerra encore plus d'ha
bileté dans l'Art qu'il professe. Ces deux Estampes
ont été faites d'après deux Tableaux originaux
de M. Pater. Ces Estampes se vendent chés
Surugue,Graveur du Roy , rue des Noyers . Il déli
vre aussi depuis peu la 24e Estampe de l'Histoire
de D. Quichotte , d'après M. Ch . Coppel . Le Sujets
est pris du moment qu'il consulte la Tête enchans
E vj. tée
530 MERCURE DE FRANCE :
tée chés Dona Antonia Merena , Tome 4.Ch. 62.
>
Le sieur Surugue travaille actuellement à un
Ouvrage considerable d'après les Tableaux originaux
de M. Charles Coypel ; c'est un des prin
cipaux Sujets des Opera de Mrs Quinault et Lully.
Le premier qui paroîtra est pris de la Scene
du 4e Acte de l'Opera de Roland. On a saisi le
moment que Roland aprend l'infidelité d'Ange
lique , par les Bergers de la Nôce Champêtre ,
qui forment les Danses de la Fête , à laquelle ils
P'invitent. Il y a lieu de croire que l'execution
répondra à la magnificence du Sujet et à l'élegance
de la composition..
Il paroît une nouvelle Estampe représentant
la Naissance d'Adonis , d'après un Tableau du
Cabinet de Mad. la Comtesse de Verruë , peint
par Ch.Cignani, et gravée par L. Desplaces . Elle
se vend chés Desplaces.
Il paroît depuis peu une troisiéme Vue de la
Ville de Paris , prise de la Terrasse du Château
de Meudon , dessinée d'après Nature , et gravée
par le sieur Milcent , Ingenieur de la Marine,
Cette Vue est d'une grande précision et représente
une vaste étendue de Pays. Le même Auteur
a donné l'année derniere les deux premieres
Vues de Paris de la même grandeur ; l'une prise
du Salon du Pavillon de Madame la Duchesse
du Maine , à la Pointe de l'Arcenal , et l'autre
prise du Clocher de l'Eglise de Chaillot. H pro
met de donner incessamment une quatrième
Vue de cette Ville , prise du côté de Bellevilles
Ces Morceaux ont chacun trois pieds de longueur
, sur un pied de hauteur. Il a mis aussi
au jour la Vûë en Perspective de la nouvelle
Place.
MARS. 1736. 530
Place Royale de Bourdeaux , la même qui paroît
en petit sur le Revers de la Médaille gravée dans
le second Volume du Mercure de Juin 1734. Et
encore deux Vues de Malthe , prises d'après Nature
, et plusieurs autres Morceaux curieux du
même Auteur .
On trouvera tous ces Ouvrages chés le sieur
Desrochers , Graveur du Roy et de son Académie
, rue du Foin , près la ruë S. Jacques.
Ledit sieur Desrochers continue actuellement
de graver les Personnes Illustres en tout genre ,
ensorte qu'il a plus de six cent Portraits déja connus
et estimés du Public , pour en composer
plusieurs volumes , &c.
L'Académie Royale de Peinture et Sculpture
a fait une perte considerable en la personne d'Antoine-
François de Vassé , Sculpteur du Roy , na
tif de Toulon , mort à Paris le premier de Janvier
dernier , âgé de 53. ans , après avoir été
cinq ans malade. Il avoit un talent heureux et
très-abondant pour les Ornemens, Décorations,
& c. Il a fait tous les Desseins et Modeles des
Archivoltes et Trophées des Piliers de la Chapelle
du Château de Versailles , du grand Autely
Chaire à prêcher et les Tribunes du Roy et do
la Reine, le Lutrin, et de plusieurs bas-reliefs . It
fut chargé ensuite de faire les Desseins et Modeles
du grand Autel et du Choeur de l'Eglise de
Notre-Dame de Paris , et du pourtous , avec la
Chaire Archiepiscopale ; les Modeles des Culsde-
Lampes qui portent les Anges , et il a executé
une partie de ces Ouvrages. Il fit depuis la Chapeile
de la Vierge de la même Eglise , et la Figure
deMarbre. Cette Chapelle a été executée.
emierement par lui -
1
532 MERCURE DE FRANCE
Il a fait et décoré pour M. le Comte de Tou
louse , sa grande Galerie en entier , avec les-
Bronzes et autres Ornemens , la Sale des Rois
du même Hôtel , et la Décoration des principaux
Apartemens . En 1715. M. le Comte de
Toulouse le choisit pour remplir la place de Dessinateur
General de la Marine.
Le Portail des Capucines , le superbe Salon de
Petit- Bourg , le Pavillon des Roches à Rambouillet
, le Cabinet de la Chine de l'Hôtel d'Antin
, et la Décoration des principaux Apartemens.
La Chaire des Invalides ; le grand Autel
de l'Eglise de sainte Croix d'Orleans ; les Apartemens
de Son Altesse Royale Madame la Duchesse
d'Orleans , à Versailles , qu'il a décorés ;
le grand Salon du Château de Versailles , dont il
a fair toute la Sculpture ; et quantité d'autres~
Ouvrages qu'il a faits pour les Puissances Etrangeres
, font honneur à sa mémoire ; sans compter
une très grande quantité de Desseins de trèsbon
goût et presque en tout genre .
Le sieur Chedeville , Cadet , Hautbois de la
Chambre du Roy , vient de donner au Public
un sixième Livre de Sonnates pour les Muzettes
et Vielles , intitulé , Amusemens de Bellone , ou
les Plaisirs de Mars ; dédié à M. le Prince
de Conti . Le sieur Chedeville , qui a suivi ce
Prince dans la derniere Campagne sur le Rhin
a très-ingenieusement caracterisé dans ses Airs
les differens mouvemens et situations des Troupes.
Le soin qu'il s'est donné pour perfectior
ner cet Ouvrage , semble l'assurer d'un suc
d'autant plus favorable, que ses précedens Li
ont été parfaitement bien reçûs du Publi
Prix de ce dernier Livre est de 6. livres , at
qu'il contient le double des précedens.
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POUNDATIONA

MARS. 1736.
533
On nous prie d'avertir que M. Lot , Faiseur
d'Instrumens de Musique , donnera dans les
premiers jours dtr mois prochain , une OEuvre
contenant six Sonnates pour deux Flûtes Traversieres
, sans basse , qui conviennent aux Violons
et Hautbois. Il demeure ruë de l'Arbre sec,
au coin de la rue des Fossés S. Germain l'Auxerrois
, chés un Epicier , à l'Olivier de Provence.
CHANSON
Pour un objet charmant en secret je soupire
Sa cruauté bien-tôt causera mon trépas ;
Si la Belle consent à finir mon martyre,
Je sens que je mourrai de plaisir dans ses bras
La mort m'est donc inévitable ,
C'est toi que j'implore en ce jour ;
Fai - moi du moins , puissant Amour
Eprouver la plus agréable .
L'Air est de M. Paulin , Maître de
Musique de S. Honoré , et les Paroles de
M. L. M. D. C.
AUTR E.
Oas prétendez en vain , Rossignols et Fanvettes
,
Par vos ramages amoureux
Calmer mes peines inquietes
EST
534 MERCURE DE FRANCE
Et me faire oublier de trop aimables noeudsj
Non , loin de l'objet que j'aime ,
Płus tendre encore en cet instant ,
Je crois entendre l'Amour même
Forcer mon coeur à demeurer constant.
Ces Paroles ont été mises en Musique
par le sieur Motizot , Page de la Musique
de la Chambre du Roy.
akakakakakakakakakakakakakak
SPECTACLES.
E Samedi 10. de ce mois , l'Acadé-
L mie Royale de Musique remit au
Théatre pour la Capitation des Acteurs
et avec un concours prodigieux , le Ballet
des Indes Galantes ; on y a ajoûté une
nouvelle Entrée , intitulée , les Sauvages.
Les Paroles sont de M. Fuzillier et la
Musique de M. Rameau . Cette nouvelle
Entrée , à la suite des trois premieres ,
est generalement aplaudie. La Scene est
en Amerique.Le Théatre y représente un
Bosquet , voisin des Colonies Françoises
er Espagnoles , où doit se celebrer la
ceremonie du grand Calumet de Paix .
Adario , Commandant les Guerriers
de la Nation Sauvage , amoureux de
Zima, crain : qu'elle ne se laisse attendrir
Par
MARS. 1736. 535
par Damon ou par Don Alvar , Officiers
des Colonies Françoises et Espagnoles ; et
les apercevant , il s'exprime ainsi .
Rivaux de mes Exploits, Rivaux de mes amours,
Helas ! dois-je toujours
Vous ceder la victoire ?
Ne paroissez vous dans nos Bois-
Que pour triompher à la fois
De ma tendresse et de ma gloire ?
Dans la seconde Scene , Alvar se pro
met de triompher du coeur de Zima par
sa constance. Damon répond à ses reproches
sur la legereté françoise , par
ces Vers :
Un coeur qui change chaque jour ,
Chaque jour fait pour lui (l'Amour)des conquê
tes nouvelles ;
Les fideles Amans font la gloire des Belles ,
Et les Amans legers font celle de l'Amour.
Zima , fille du Chef de la Nation Sauvage
, paroît. Elle s'exprime ainsi à ces
deux Amans.
Nous suivons sur nos bords l'innocente Nature ,
Et nous n'aimons que d'un amour sans art .
Notre bouché et nos yeux ignorent l'imposture
Sous cette riante verdure ,
S'il éclate un soupir , s'il échape un regard ,
C'est du coeur qu'il part.
$36 MERCURE DE FRANCE
A cela l'Espagnol fait valoir sa constance
, et le François ajoûte , après bien
d'autres raisons , que l'inconstance n'est
pas un crime , à quoi Zima répond .
Non , mais vous oubliez , ou vous ne sçavez pas
Dans quel temps l'inconstance est pour nous
légitime.
Le coeur change à son gré dans cet heureux sé
jour ;
Parmi nos Amans c'est l'usage
De ne pas contraindre l'Amour :
Mais dès que l'Hymen nous engage ,
Le coeur ne change plus dans cet heureux séjour
assés.
La Scene finit par la décision de Zima
qui dit à l'Espagnol et au François , vous
aimés trop, et vous > vous n'aimés
pas
Ce qui sert de réponse à leurs instances.
Dans la quatriéme Scene , Zima se dé
clare en faveur d'Adario , et lui donne
la main. Cette Entrée est terminée par
une Fête très - brillante.
Ce Ballet fut réprésenté encore le Samedi
17. pour la Clôture du Théatre ,
au profit des Acteurs . La Dlle . Sallé y
dansa sur un air intitulé les Caprices de
l'Amour , et elle fut très- aplaudie. Elle
avoit déja dansé cette Entrée sur le Théatre
de Londres.
TAM
MARS. 1736. 537
TAMBOURIN du Ballet des Indes
Galantes , Parodie , par M. Fuzillier ,
le fils .
Est-il pour les Dieux
Sort plus heureux
Dans les Cieux ?
Vin délicieux ,
Propos joyeux
Et beaux yeux ;
Est- il pour les Dieux
Sort plus heureux
Dans les Cieux ?
Tout flate nos voeux ;
Les Ris , les Jeux ,
Sont en ces Lieux.
Si j'avois du vin
Si fin
Soir et matin ,
J'oublirois et la gloire et la fortune,
Hélas !
Dans un repas ,
Lorsqu'à ce vin gris
La jeune Iris
Met le prix .
Peut-on refuser
De s'embraser ,
De se griser ?
Est538
MERCURE DE FRANCE
Est il pour les Dieux ,
Sort plus heureux
Dans les Cieux !
Vin délicieux ,
Propos Joyeux ',
Er beaux yeux ;
Est-il pour les Dieux
Sort plus heureux-
Dans les Gieux ?
Tout flatte nos voeux';
Les Ris , les Jeux ,
Sont en ces Lieux.
Versez ;
Ce n'est pas assés.
Allons , remplissez ,
Courage , ami , mais quoi ! vous vous lassez
Versez ,
Ce n'est pas assés ,
Ah ! vous balancez ;
Il faut des soins plus empressés,
Chantons ,
Buvons , repetons ,
Entre nous goûtons
Bacchus et l'Amour que nous
Tant
Nos coeurs
fêtons.
N'ont que des douceurs
que nous sentons de ces vainqueurs✨
Les faveurs ,
Versez
MARS.
139- 1736.
Versez ,
Ce n'est pas assés
Allons ; remplissez.
Courage , ami , mais quoi , vous vous lassezi
Versez
Ce n'est pas assés.
Ah ! vous balancez ,
Il faut des soins plus empressés.
Est -il pour les Dieux , &c.
Le Mercredi 14. de ce mois , on donna
la vingtième et derniere Représentation
de la Tragédie d'Alzire , de M. de
Voltaire , qui fut aussi aplaudie que
les precédentes , et même la plus nombreuse
et la plus magnifique. La recette
totale de ces 20. Représentations au
Théatre François s'est trouvée monter à
53640. livres , ce qui prouve bien clairement
un plein et entier succès . On nous
assure que M. de Voltaire, pour marquer
aux Comédiens sa satisfaction et récom
penser leur zele et leurs talens , vient
de leur abandonner sa Piece , avec tous
les profits des Représentations suivantes.
Cette Piece paroîtra incessamment imprimée
chés Bauche , Quay des Augustins.
Le 17..on donna sur le même Théatre
pour la clôture , la Tragédie de Poliencte
de P. Corneille , avec un concours prodigieux
542 MERCURE DE FRANCE
de
talens , il lui reste toujours une espece
pudeur qui l'empêche de se soulever contre
des ouvrages éloignés d'elle par une distance
trop élevée. La Critique seule a droit
sur ces Pieces , ou plutôt elle leur paye
son tribut par un examen scrupuleux et
juste , qui , en marquant des défauts quelquefois
necessaires , fait également discerner
des beautés qui d'abord n'avoient été
aplaudies que par sentiment.
Les Ennemis , les Censeurs et les Eloges
ont toujours été du mérite les prérogatives
les plus flateuses. Le propre des talens supérieurs
, est de dissiper la cabale , de terrasser
l'envie , de mériter la Critique , de
s'attirer votre attention , Messieurs , encore
plus que vos aplaudissemens , et d'exciter
parmi de dignes Rivaux , une noble émulasion
, favorable aux talens et à vos plaisirs.
Ce Discours fut très -bien prononcé or
très-aplaudi du Public , qui a cependant
été surpris qu'on n'ait pas fait une mention
honorable , comme c'est l'usage
des ieces nouvelles qui ont été recûës
favorablement dans le cours de l'année
telles que la Tragédie d'Aben- said , de
M. l'Ab. le Blanc , de celle de Teglis ;
de M. Morand , de la Comédie de l'Amitié
Rivale , de M. Fagan , de la Magie
de l'Amour , de M. Autreau , & c.
1
VERS
MARS. 1736.
543
VERS sur la Tragédie d'Alzire.
Quelques ombres , quelques défauts
Ne déparent point une Belle.
Trois fois je vis la Voltaire nouvelle ,
Et trois fois j'y trouvai des agrémens nouveaux.
Aux Regles , me dit-on , la Piece est peu fidelle
Si mon esprit contre elle a des objections
Mon coeur a des larmes pour elle ;

Les pleurs décident mieux que les refléxions.
Le goût par tout divers, marche sans regle sûre
Le sentiment ne va point au hazard ;
On s'attendrit sans imposture ,
Le suffrage de la Nature
L'emporte sur celui de l'Art.
En dépit du Zoile et du Censeur austere ,
Je compterai toujours sur un plaisir certain ,
Lorsqu'on réunira la Muse de Voltaire
Et les Graces de la Gaussin,
Par l'Auteur du Poëme de Vert vert.
› LES
SAUVAGES , Comédie en un
Acte , representée pour la premiere fois le
S. de ce mois sur le Théatre de l'Hotel de
Bourgogne.
ACTEURS.
Garnement, Gouverneur , la Dlle Silvia
en homme
G
544 MERCURE DE FRANCE
l'Alzire, Femme du Gouverneur, la Dlle.
Riccoboni,
Negritte,Suivante d'Alzire , la Dlle . Thomassin.
Bonhommés , Pere de Garnement , le Sr.
Riccoboni.
Fadaise , Pere d'Alzire , Arlequin.
Romagnesi.
Matamore , Amant d'Alzire , le Sieur
Negrillon ,
le Sieur des Hayes.
La Scene se passe en „Amérique.
Cette Parodie a été très favorablement
reçue du Public. Comme l'action est
précisément la même que celle d'Alzire ,
nous croyons que nos Lecteurs ne trouveront
pas mauvais que nous les renvoyions
à l'argument de la Tragédie que
nous avons inseré dans le Mercure du
mois dernier. Il n'y a presque dans la
Parodie d'autre changement , que celui
du Lieu , et des noms des Personnages.
Il est vrai que ce dernier changement
est une espece de Critique des Caracteres
; on en jugera facilement par les
noms de Bonhommés , de Garnement , de
Matamore et de Fadaise ; on voit bien
que les Auteurs de la Parodie ont voule
faire entendre par ces nouveaux noms ,
qu'Alvarès est un bon homme , qu
Gusma
MARS. 1736. 549
Gusman en est un méchant ; que Zamore
est un gascon , qui prétend toujours
battre , et par malheur est toujours
battu , que Falaise enfin est peu de chose
dans la Piece. On a fait encore un
changement de nation et de lieu les
François ont été substitués à la place des
Espagnols et pour faire voir que le lieu
de la Scene n'etoit pas trop précisément
désigné dans la Tragédie , on l'a établi
d'une maniere plus vague et plus indécise
dans l'Amérique. Les Sieurs Romagnesi
et Riccoboni le font sentir
plus intelligiblement dans la cinquiéme
Scene , où Matamore ayant demandé à
ses Amis , en quels lieux ils sont , l'un
d'entr'eux , qui s'apelle Negrillon , lui
répond sur le ton plaisant.
Personne n'en sçait rien.
Peut-être croyez- vous l'aprendre dans la suite
Mais non ;de la façon que la chose est conduite,
Je leur donne à choisir dans tout le Potosi ;
Quelque
soit cet endroit , il est fort- mal choisi.
Au reste , quoique nous venions de
renvoier nos Lecteurs à l'argument de
la Tragédie , nous allens tâcher de
leur en épargner la peine , en disant en
de mots ce qui concerne l'action
Gi principeu
145 MERCURE DE FRANCE
principale : le voici , Bonhommès : établissant
Gouverneur de l'Amérique , son
fils Garnement , lui fait une petite réprimande
sur ses égaremens passés , lui
conseille d'être tout autre à l'avenir , et
de prendre pour modele , le Comte de
Neuilli , dont la vertu lui a fait tant
d'adorateurs ; Garnement lui répond qu'il
n'en a pas été plus heureux. Bonhommès
prie son fils de mettre en liberté les
six Prisonniers Américains qu'il a pris
ce même jour , et de gagner par cet acte
de clemence , le coeur de l'Alzire qu'il
doit épouser , et qui ne se donne à lui
que par une aveugle obeissance aux ordres
de Fadaise son Pere. Garnement
consent à délivrer les Prisonniers ; Fadaise
promet à Bonhommès de réduire sa
fille , et de l'engager non-seulement à
épouser Garnement , mais à l'aimer ; il
ajoute que sa fille eut toujours de l'amour
de reste ; sa fille , qui arrive après
que Bonhommès s'est retiré , ne confirme
que trop ce qu'il vient de dire ;
elle n'a que trop d'amour pour Matanore
;cependant elle promet , non d'aimer
Garnement , mais de l'épouser ; Garnement
revient sur la Scene ; l'Alzire lui
parle sur un ton à le dégoûter de son
Hymen ; mais il n'en veut pas démordre
MAR S 1 1736. 347
are. Et prenant son parti en homme
qui ne craint point de disgrace conju◄
gale , il dit :
Par les noeuds de l'hymen il la faut engager
Et je l'épouserai , dûssai- je en enrager.
Matamore mis en liberté , se plaint de
son sort avec ses Compagnons ; Bonhommes
vient lui apprendre qu'ils sont
tous libres : il reconnoit Matamore pour
cet Américain qui lui a autrefois sauvé
la vie ; Matamore lui demande des nouvelles
de Fadaise ; Bonhommès lui dit qu'il
va le lui envoyer: Fadaise vient. Matamore
, après l'avoir tendrement embrassé
, le fait souvenir de la promesse
qu'il lui a faite autrefois de lui don
ner sa fille l'Alzire . Fadaise est dans un
très grand embarras ; on vient l'avertir
que tout est prêt pour la Cérémonie
er qu'on n'attend plus que lui ; Matamore
lui demande quelle est cette Cérémonie
; Fadaise n'a garde de lui dire que
c'est le mariage de l'Alzire sa fille avec
Garnement ; il ordonne aux Gardes de
retenir Matamore qui veut le suivre. Le
mariage étant fait , l'Alzire vient s'occuper
du souvenir de son cher Matamore;
ce malheureux Amant vient sans être
Giij instruit
348 MERCURE DE FRANCE
instruit de rien elle lui aprend son
malheur , et lui dit qu'elle vient d'épouser
ce même Garnement , qui lui a fait souffrir
tant de tourments. Bonhommèset
Garnement arrivent ; Matamore accable
son Rival d'injures ; Garnement
ordonne qu'on l'arrête ; l'Alzire , aprés
avoir parlé tout bas à sa Confidente
demande à Garnement la grace de Matamore
; cette grace lui est refusée , elle
fait entendre qu'elle s'y étoit bien attendue
, et qu'elle avoit pris de meilleures
mesures ; en effet Negritte sa Confidente
, à qui nous avons dit qu'elle avoit
parlé tout bas , vient lui dire qu'elle
a gagné un Soldat à force d'argent , qu'on
délivre actuellement son cher Matamore ;
ce dernier vient un moment après , mais
comme l'Alzire ne veut pas consentir à
prendre la fuite avec lui , il prend un
parti violent ; il se retire avec le Soldat
qui l'a délivré , et se couvre de
son habit et de ses armes
assassiner Garnement.
pour
aller
Dans cet endroit la Parodie s'est écartée
de la Tragedie : Matamore n'a pu
exécuter son projet ; il a été fait prisonnier
pour la troisième fois ; on doit
faire mourir l'Alzire avec lui , comme
complice de son projet ; après de tendie.
MARS. 1736. $49
dres regrets de part et d'autre , Garnement
vient faire la peripetie , par ces
vers .
Doucement , s'il vous plait , car c'est moi qui
commande ,
Et je ne prétends point du tout que l'on le pende.
Matamore peut bien n'être pas criminel ;
Peut-être venoit- il m'apeller´en duel ;
Car je ne pense pas qu'une ame bien placée
Pût d'un assassinat concevoir la pensée.
à l'Alzire.
Four vous que vainement on voudroit corriger,
Qui mettiés mon honneur et ma vie en danger ,-
Qui des coeurs vertueux êtes la parodie ,
Trouvez bon, s'il vous plaît , que je vous répudie;
Bien plus; à mon Rival je vous donne aujoudhui,
Non pas dans le dessein de me venger de lui ;
Je n'ai point de rancune et mon coeur lui para
donne.
Matamore témoigne sa surprise sur
ce grand changement , auquel on n'a
voit garde de s'attendre , par tout ce qui
s'étoit passé. Garnement finit la Piece
par ces Vers qu'il adresse au Public :
Quiconque sur ce point voudra se satisfaire
En toute sûreté peut aller voir mon Frere ;
Sur la fin de sa vie il a fait éclater
G iiij Des
50 MERCURE DE FRANCE
Des traits que la critique a lieu de respecter 3
Nous les trouvons si beaux que nous férions
scrupule
De répandre sur eux le moindre ridicule.
Cette Piece , dont la représentation et
la lecture font beaucoup de plaisir , est
très- bien imprimée , chés Prault Pere ,
Quay de Gevres , au Paradis .
Le 16. Mars , les Comédiens Italiens
firent la clôture de leur Théatre par la
Tragi - Comédie de Samson , qui fut sui,
vie de la Parodie nouvelle d'Alzire , ou
les Sauvages , après laquelle le sieur Riccoboni
fit le compliment qu'on fait ordinairement
toutes les années , lequel
fur aplaudi du Public . On représenta
ensuite en Italien la Comédie d'Arlequire
muet par crainte.
Le 24. Mars , veille du Dimanche des
Rameaux , la clôture de la Foire S. Ger-
´main fut faite en la maniere accoûtumée
, et le même jour l'Opera Comique
fit aussi celle de son Theatre par les
Pieces de Pigmalion , de la Mere embarassée
, et du Gage Touché , derniere Piece
nouvelle d'un Acte , elles furent suivies
du Divertissement de la Foire de Besons
avec
MAR 3. 1736. 55%
avec le Vaudeville du Tran tran , qu'on'
a revû avec plaisir . La Dlle Delisle ,
premiere Actrice de ce Théatre , fit un
compliment ( selon la coûtume ) en Prose
et en Vaudevilles chantans , qui fut
très - bien reçû du Public.
NOUVELLES ETRANGERES.
De Constantinople le 19. Janvier 1736.
E Grand- Visir Imaël Pacha , qui fit son
LEntrée en cette ville le 2). Septembre der
nier , fut déposé le 24. Décembre et envoyé en
exil à l'Isle de Méthelin , dans l'Archipel ; ses
biens , qui étoient immenses et qu'on fait monrer
à plus de sept mille Bourses d'argent comp
tant , sans les Pierreries , dont il avoit aussi une
grande quantité , ont été confisqués au profit du
Grand Seigneur. On nomma d'abord après sa
déposition le Selicktar -Aga pour Karmakam ,
et il a exercé cette Charge jusqu'au 9. de ce mois
qu'il a été revêtu de celle de Grand Visir .
La Paix entre les Turcs et les Persans est en
core un Problême dont il n'est pas possible de
donner la solution , au moins de quelque temps,
les uns croyant cette Paix fort prochaine , et les
autres fort éloignée,
M. Fawckener , nouvel Ambassadeur d'Angleterre
, et qui vient relever Milord Kinnoull ,
qui résidoit en cette qualité à la Porte depuis envuon
sept ans , arriva ici le 30 Décembre.
AUTRE
552 MERCURE DE FRANCE
AUTRE Lettre de Constantinople ,
du 23. Janvier.
L
A Pair des Turcs et des Persans ne paroîe™
pas encore prête à se faire ; on l'avoit assurée
faite il y a environ trois mois ; on disoit
que le Traité en avoit été signé entre Thamas
Kouli - Kan et Achmet- Pacha , que ce Traité
avoit été ratifié par le Grand Seigneur , mais il
semble que depuis , ces esperances se sont évanouies
, et l'on prétend aujourd'hui que le General
Persan refuse de l'executer , sur le fondement
de la marche du Camp des Tartares et de son
Armée dans le Daghestan , se plaignant de la
mauvaise foi des Turcs , qui d'un côté , dit - il ,
font la Paix , et dans le même temps envoyent
cent mille hommes pour ravager les Provinces
de Perse . A l'égard du Kan des Tartares , on
parle fort differemment ici de l'endroit où il se
trouve , les uns prétendent qu'il est entré en
Perse , où l'on veut même qu'il ait battu quelques
Détachemens de l'Armée de Thamas Kouli
Kan , d'autres veulent qu'il se soit arrêté dans
le Couban , n'ayant pas pû passer ni même arriver
jusques à Dérbent , par l'oposition des Moscovites
; il y en a enfin qui disent qu'il a repris
la route de la Crimée , et qu'on l'attend incessamment
à Bacchseray ; voilà ce qui se débite
ici sur les affaires de Perse , c'est- à- dire , qu'elles -
y sont dans une très- grande obscurité . Tout ce
que l'on sçait de certain est qu'il a été envoyé
des ordres à tous les Pachas d'Asie et d'Europe
de rassembler dans leurs Gouvernemens le plus
de Troupes qu'ils pouront, et de se tenir prêts à
Marcher dans les premiers jours du Printemps.
Suivant
MARS. 1736.
553
Suivant les dernieres Nouvelles reçûës d'Afrique
, Muley-Aly continue d'occuper le Trône
de Maroc , et d'être Maître de la Ville de Miquenez.
Ce Prince ayant été informé des mesures
que le Gouverneur de Tetuan prenoit pour
se rendre indépendant , il a employé plusieurs
ruses pour l'attirer auprès de lui , mais le Pacha
au lieu de se rendre à Miquenez , a rassemblé
toutes les Troupes soumises ses ordres, et s'est
retiré à Tanger , ou il s'est fortifié. Les sommes
considerables qu'il a distribuées aux Troupes
que Muley- Aly a envoyées pour attaquer cette
Place , les ont engagées à refuser d'en entreprendre
le Siege , et il a profité de cette circonstance
pour faire son accommodement avec Muley- Aly,
qui l'a confirmé dans son Gouvernement de Te
tuan. Le Pacha , pour obtenir cette grace , a promis
de ne donner aucun secours aux Princes qui
disputent le Trône à Muley - Ali , et de lui payer
sous les ans un certain tribut .
RUSSIE.
N écrit de Moscou , que les Tartares se
disposoient à former une Armée de 1 fooo!
hommes , et qu'ils iroient attaquer le Comte de
Munich aussi- tôt après qu'ils auroient reçû les
secours qu'ils attendoient du Grand Seigneur
mais que le Camp des Moscovites étoit situé si
avantageusement et tellement fortifié , qu'il se
roit très-difficile de les y forcer,
On aprend de Petersbourg , que le 8. Janvier
la Czarine dîna en public et qu'elle se servit pour
la premiere fois de la magnifique Vaisselle d'or
qu'elle a fait faire depuis peu , et qu'on dit avoir
Coûté 190000. ducats . La Table de la Czarine
G vj
étoit
554 MERCURE DE FRANCE
étoit dans le fond de la Sale sur une Estrade de
buit marches et sous un Dais de brocard d'ory
soutenu par plusieurs colonnes . Au - dessous de la
Table de S. M. Cz . étoient deux autres Tableschacune
de 65. couverts , pour les Dames et
pour les Seigneurs qu'elle avoit invités . Le soir
Ja Czarine fit représenter un Opera Italien sur le
Théatre du Palais , et la Fête fut terminée par ‹
un grand Bal.
Le froid a été si violent en Moscovie , qu'on
ne se souvient pas d'en avoir senti un aussi vif
depuis un grand nombre d'années Le Port de
Petersbourg est fermé par les glaces , et les Ri--
vieres de Neva et de Dwina , sont entierement>
prises . Plusieurs personnes ont été trouvées mortes
sur les grands chemins , et les Paysans sont
réduits à une si grande misere , qu'on est obligé
de leur fournir les vivres nécessaires pour leurs
subsistance.
ALLEMAGNE.
L'impés,le Comite Olivier deWallis , le Dus
'Empereur a déclaré Feldt - Maréchaux de ses
d'Aremberg , les Comtes d'Hautois et de Seckendof
, et le Prince Lubomiski , Polonois.
ITALIE.
O dernier, le Cardinal'Outhoboni fit repré-
N aprend de Rome , que le 19. du mois
>
senter sur le Théatre de son Palais la Tragédie
de David , à laquelle assisterent les Cardinaux
Olivieri , Fini , Caraffe , Corsini et Aquaviva ,
ainsi que l'Ambassadeur du Roy de France ,
lui de la République de Venise , les Princes et
ce
Princesses
MAR S. 1736.
553
Princesses Corsini , et plusieurs autres Personnes
de distinction .
Selon les Lettres écrites de Toscane , les Come
missaires que le Duc de Montemar avoit envoyés
à Fiorenzuela , ont reglé avec ceux qui
avoient été nommés par le Comte de Kevenhuller
, les limites dans lesquelles se tiendront les
Troupes Imperiales et Espagnoles , et les uns er
As autres sont convenus que le commerce continueroit
d'être libre entre les lieux occupés par
les Troupes de l'Empereur , et ceux où les Trou
de S. M. C. sont en quartiers.
pes

On écrit de Genes , que M. Paul- Baptiste Ri
varola , Commissaire de la République dans
Isle de Corse , a mandé au Sénat , qu'après
avoir visité les Villes d'Aleria , de Corte , de
Calvi et de Balagnia , il étoit retourné à la Bas→
tie , dont les habitans ayant apris qu'on devoit
envoyer
dans l'Isle un nouveau renfort de Troupes
, ont fait des réjouissances publiques pendant
trois jours consécutifs.
Selon les mêmes Lettres du même Commis→
saire , Ciaferri , un des Chefs des Rebelles , s'aprocha
dernierement de la Bastie avec un Corps.
considerable de Troupes , dans le dessein d'essayer
de surprendre cette Place ; mais ayant reconnu
que la garde qu'on y faisoit rendroit son
entreprise inutile , et ayant sçu que M. Rivarola
étoit dans la Ville , dont tous les habitans depuis
le départ de M. Pinelli , étoient portés à la soumission
, il se retira avant qu'on eût eû le temps
d'assembler assés de Troupes pour le poursuivre
Ces Lettres ajoûtent que les Rebelles font payer
indistinctement de fortes contributions aux habitans
qui sont dans leur parti , et à ceux qui
sone demeurés fidelles à la République , et que
les
556 MERCURE DE FRANCE
les habitans des Villes dont ils sont les maîtres,
sont tellement surchargés d'impôts , qu'ils commencent
à regretter la domination légitime.
On a apris par les mêmes Lettres , que deux
Bâtimens qui ne portoient point de Pavillon ,
avoient débarqué à l'Isle de Rossa, près de Gayo
la , des Armes et une grande quantité de Munitions
pour les Rebelles.
Les dernieres Lettres de Genes , portent que
le Sénat avoit reçû avis que M. Rivarola avoit
envoyé M. Ferrandi aux Rebelles de l'Isle de
Corse leur
pour
des conditions avanta
proposer
geuses , s'ils vouloient se soumettre , mais que
bien loin de se disposer à rentrer dans leur dé
voir , ils s'étoient avancés une seconde fois jusqu'à
la portée du Canon de la Bastie, et que s'étant
emparés des principaux postes qui sont entre
Calvi et Balagnia , ils avoient coupé la communication
entre ces deux Places. Le peu d'esperance
qu'on a de voir bientôt la Paix rétablie
dans cette Isle , a déterminé le Sénat à presser
le départ des Troupes qui doivent s'embarquer
pour s'y rendre, et à prendre des mesures poury
envoyer
incessamment un renfort d'Artillerie et
un convoi considerable de Munitions de guerre.
Selon les Lettres de Naples , le Roy des deux
Siciles a créé en cette Ville un Tribunal , qu'on
nommera Chambre du bon Gouvernement , er
qui sera chargé , ainsi que la Congrégation du
bon Gouvernement , établie à Rome , de pourvoir
aux moyens de soulager le Peuple , et de lui
rendre les impositions moins onereuses.
Poz
MAR S. 1736. 557
PORTUGAL.
Es Lettres de Lisbonne , de la fin du mois
L dernier , marquent qu'il y avoit alors dans
la Rade de cette Ville 41. Vaisseaux François , -
71. Anglois , 21. Hollandois , 3. Suedois , 3 .
Malthois et un Hambourgeois. Depuis le premier
du mois de Janvier de l'année derniere jusqu'au
31. Décembre , il est entré dans le Port
de cette Ville 183. Bâtimens de France , 376 .
d'Angleterre , 104 de Hollande , 24. de Suede,
6. de Dannemarck , 5. d'Espagne , un pareil
nombre de l'Isle de Malthe , 4. de Lubec , 3. de
Hambourg , un de Dantzick et 86. apartenans
à divers Marchands de ce Royaume et des Pays
des Indes où la Nation Portugaise a des éta
blissemens.
On aprend de Madrid , que le 11. de ce mois
le Roy d'Espagne fit la ceremonie de donner le
Bonnet au Cardinal Infant
PAYS - BA S.
Na apris d'Ostende , que les vents de
Nord- Ouest , qui ont regné pendant quelques
jours avec beaucoup de violence , ont tellement
agité la Mer , qu'ayant rompu les Ecluses
, elle a inondé tout le plat Pays , qu'une partie
des Fortifications de la Ville et du Port a été
renversée et que l'autre partie est considerablement
endommagée
; qu'on ne peut aller qu'en
bâteau dans toutes les rues de la Ville , et que
dans quelques quartiers les habitaus ont été obligés
de se réfugier au haut de leurs maisons pour
éviter d'être submergés.
GRANDE
558 MERCURE DE FRANCE
A
GRANDE - BRETAGNE.
U commencement de ce mois , le feu prit
aux poudres du Vaisseau le S. Jean et sainte
Marguerite , dans le Port de Falmouth , et il
sauta en l'air avec tout son Equipage , il avoit
relâché dans cet endroit revenant de la Caroline
Méridionale .
Le Lord de Lawar doit allér en qualité d'Am.
bassadeur du Roy , à Saxe Gotha , pour deinander
la Princesse de Saxe Gotha en mariage pour
le Prince de Galles.
MORTS , BAPTES MES
et Mariages des Pays Etrangers.
L
Es. Fevrier Dona Leonore -Marie- Antoi™
nette de Mendoça , veuve d'Antoine- Louis
de Tavora , second Marquis de Tavora , 48
Comte de S. Jean , et 18e Seigneur de la Maison
de Tavora , avec lequel elle avoit été mariée
le 2. Juliet 1676. dans son Palais du Campo
Pequeno , mourut dans la 80. année de son âge ,
étant née le 2. Juillet 1656. elle avoit assisté au
mois de Décembre 1729. à la naissance de son
arriere petit -fils , fils du Comte de la Ribeira-
Grande . Elle a éte inhumée dans l'Eglise du Col
Fege des Religieux Hermites de S. Augustin de
la Ville de Lisbonne. Cette Dame étoit fille de
Henry de Sousa- Tavares , et Silva , premier
Marquis d'Arrochès ; et 3e Comte de Miranda,
et de Marie- Anne de Castro - Mascarenhas.
Lo
7
MARS. 1736.
519
Le 9. Jacques Stanley , Comte de Derby, Vicom
te de Kinton, Baron de Stanley, Strange,Knoking
et Mohun , Pair de la Grande - Bretagne , Souverain
Seigneur et Amiral de l'Isle de Man , ( située
entre l'Angleterre et l'Irlande , pour la
quelle il payoit deux Faucons en hommage à la
Couronne d'Angleterre) Lord ou Seigneur - Lieujenant
, et Gardien des Archives du Comté de
Lancastre , Membre du Conseil privé du Roy de
la Grande-Bretague , & c. mourur en sa Terre
de Knowesley , dans la Province de Lancastre ,
sans laisser d'enfans , du moins des mâles ; de
sorte qu'Edouard Stanley , Chevalier Baronner ,
Membre du Parlement pour le Comté de Lancashire
, prit le titre de Comte de Derby , et Baron
de Stanley de Lathum , se prétendant descendu
du second fils de Thomas Stanley , qui
fut créé Comte de Derby ou Darby , par le Roy
Henry VII . en 1485 .
Le 14. Rme P. Frere Jean de Soto , Ministre
General de l'Ordre de S. François , et en cette
qualité Grand d'Espagne , mourut à Madrid dans
le Couvent de S. François , âgé de 68. ans..
Le 10. Février , l'Electrice de Saxe accoucha
à Warsovie d'une Princesse , qui fut baptisée le
16. dans la Chapelle du Palais , par M. Paulucci,
Nonce du Pape , et qui fut nommée Marie- Elis
zabeth-Apoline - Casimire-Françoise- Xaviere.
MARIAGE du Duc de Lorraine.
E 12. jour auquel l'Empereur avoit fixé la
Ceremonie du Mariage de l'Archiduchesse ,
sa fille aînée , avec le Duc de Lorraine , ce Prince
arriva de Presbourg à Vienne vers les quatre
heures
5 % MERCURE DE FRANCE
heures après midi. Quelque temps après il des
cendit dans l'Apartement de l'Empereur , où les
Seigneurs et les Dames de la Cour s'étoient assemblés
, et à sept heures Leurs Majestés Imperiales
se rendirent à l'Eglise Aulique des Augus
fins Déchaussés dans l'ordre suivant.
Les Pages et les Valets de pied de L. M. 1. et
ceux du Duc de Lorraine , les Gentilshommes ,
les Chambellans , les Conseillers des Conseils
de Guerre et de Finance, les Conseillers Intimes,
les Ministres d'Etat , les Chevaliers de la Toison
d'or , qui sont en cette Cour , en habits et manreaux
de ceremonie. Le Duc de Lorraine , vétu
d'un habit et d'un manteau de drap d'argent ,
garnis de Pierreries , et precedé du Marquis de
Gerbeville ; l'Empereur , devant lequel marchoit
le Comte de Hamilton , Capitaine des Archers
de la Garde , l'Imperatrice et l'Imperatrice Amelie
, entre lesquels marchoit l'Archiduchesse ai
née , vétue d'une robe de drap d'argent , dont la
queue étoit portée par la Comtesse de Fuchs ,
qui avoit sur sa poitrine le Portrait de cette
Princesse et celui du Duc de Lorraine , l'Archiduchesse
Leonore Wilhelmine , seconde fille de
L. M. 1. et l'Archiduchesse Marie- Magdeleine ,
fille de l'Empereur Leopold , suivoient l'Archi
duchesse , et chacune de ces deux Princesses étoit
accompagnée de ses Dames et des Officiers de sa
Maison ; la marche étoit fermée par une grande
quantité de Noblesse qui n'avoit point de rang
marqué dans la Ceremonie.
M. Passionei, Nonce du Pape , accompagné de
plusieurs Evêques , reçut Leurs Majestés Imperiales
à la porte de l'Eglise , et il les conduisit
sous un Dais qui étoit près de l'Autel , du côté
de l'Evangile , le Duc de Lorraine et l'Archiduchesse,
-
MARS. 1736.
chesse , s'avancerent devant le grand Autel , sur
une Estrade , et les deux autres Archiduchesses
prirent leurs places auprès de leurs M. I.
Lorsqu'on cut chanté les Litanies , le Nonce
lût le Bref de dispense , et il demanda en Langue
Latine au Duc de Lorraine s'il vouloit prendre
l'Archiduchesse pour Epouse . Ce Prince ayant
répondu en Latin , je le veux ; et le Nonce ayant
demandé à l'Archiduchesse , si elle consentoit
d'accepter le Duc de Lorraine pour Epoux , cette
Princesse se leva et fit une réverence à leurs
M. I. pour demander leur aprobation ; lorsque
l'Empereur et l'Imperatrice eurent témoigné
qu'ils la lui acordoient , elle répondit aussi en
Latin , je le veux . Alors le Nonce joignit les
mains de ce Prince à celles de l'Archiduchesse
avec une Etole , pour marque de leur soumission
à l'Eglise , et il leur donna la Benediction Nuptiale
au bruit d'une décharge generale de mous
queterie de toutes les Troupes qui étoient sous
les Armes , et d'une salve de 24. pieces de Canon."
On chanta ensuite le Te Deum , pendant lequel
il y eut une seconde salve d'Artillerie et de
mousqueterie.
3
Après la Ceremonie , leurs M. I. accompagnées
comme elles l'avoient été en allant à l'Eglise
, revinrent dans l'Apartement de l'Empe-
Teur , d'où on passa quelque temps après dans la
Sale dans laquelle on avoit préparé le soupé , et
qui étoit ornée et éclairée avec beaucoup de ma.
gnificence ; leurs M. I. avoient à leur droite
PImperatrice Amelie , la Duchesse et le Duc de
Lorraine , et à leur gauche les Archiduchesses
Leonore Wilhelmine et Marie- Magdeleine.
On servit en même- temps dans une autre Sale
plusieurs Tables pour les Grands Officiers de
leurs
162 MERCURE DE FRANCE
feurs Majestés et pour ceux du Duc de Lorraine,
et après le souper , qui finit à onze heures , lé
Duc et la Duchesse de Lorraine furent conduits
dans l'Apartement qui leur avoit été destiné.
Le lendemain matin , le Prince de Craon , accompagné
d'une suite nombreuse de Géntilshommes
, et précedé de 24. Valets de pied et de
plusieurs Coureurs , alla dans les Carosses du
Duc de Lorraine , au Palais , pour remercier leurs
M. I. de la part de ce Prince , de lui avoir accor
dé l'Archiduchesse . L'Empereur et l'Imperatrice
retournerent ensuite avec le Duc et la Duchesse
de Lorraine , et les Archiduchesses , à l'Eglise
Aulique des Augustins Déchaussés où le Nonce;
après avoir celebré la Messe , donna de la part du
Pape, la benediction au Duc et à la Duchesse dè
Lorraine.
Le Duc portoit ce jour là un habit et un man
teau de brocard d'or , ornés ainsi que l'habit du
jour précedent , d'une grande quantité de Diamans
et d'autres Pierres précieuses . Après le dî
ner , auquel le Prince Charles de Lorraine fut
invité , et pendant lequel on observa le même
ceremonial qu'au repas de la veille , l'Empereur
et la Famille Imperiale , virent représenter sur le
grand Théatre du Palais , un nouvel Opera , qui
fut terminé par un Ballet.
Le 14 on celebra la Fête de l'Hôte , qu'on a
coûtume de celebrer tous les ans à pareil jour ;
l'Empereur , qui avoit ordonné que cette Fête
représentât une Nôce de Village , fut l'Hôte ;
l'Imperatrice fut l'Hôtesse ; le Duc et la Duches
se de Lorraine furent les Mariés .

MARS. 563 1736.
XXXXXXX :XX: XXXXXX
FRAN C E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &çi
LE
E Roy a donné l'agrément du Régiment
de Cavalerie d'Anjou , dont
le Marquis de Bissy étoit Mestre de
Camp , au Marquis de Vogué , Capitaine
dans le Kégiment de Dragons d'Armenonville.
S. M. a nommé Colonel du Régiment
des Gardes Suisses , le Chevalier d'Erlach,
Capitaine dans le même Régiment.
Le Roy a accordé à M. de Malezieu ,
Maréchal des Camps et Armées de S. M.
et Lieutenant General de l'Artillerie
l'agrément d'une Compagnie de Cava
lerie pour son Fils.
Le 13. Mars , le Marquis de Stainville ,
Envoyé Extraordinaire du Duc de Lorraine
, eut une Audience particuliere du
Roy dans laquelle il présenta à S. M.
le Comte d'Hunol tein , Maréchal de
Lorraine , qui donna part au Roy du
Mariage du Duc de Lorraine , et qui
Vzemit à S. M. une Lettre de ce Prince.
H
564 MERCURE DE FRANCE
Il fut conduit à cette Audience par
M. Hebert , Introducteur des Ambassa
deurs , qui le conduisit ensuite à l'Audience
de la Reine et à celles de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de
France.
Le 15. Mars , Gilbert de Montmorin de
S. Herem , Evêque et Duc de Langres ,
nommé à cet Evêché le 23. May 1734.
à cause duquel il prêta serment de fidelité
entre les mains du Roy le 6. Mars
1735. et auparavant Evêque d'Aire, sacré
le 7. Novembre 1723. prêta serment et
prit séance au Parlement en qualité de
Pair de France.
Le même jour et dans la même Séance
, Jean- PaulTimoleon de Cossé , Duc de
Brissac , Pair et grand Pannetier de rran
ce , Brigadier des Armées du Roy et
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, prêta serment et prit séance
pareillement au Parlement en qualité de
Pair de France. Il a succedé au Duché
de Brissac par la mort de Charles Timo
leon - Louis de Cossé , Duc de Brissac
son frere , arrivée le 18. Avril 173.2 . conformement
à l'Edit de 1711. touchant les
Pairies , et au moyen de la renonciation
et désistement d'Emanuel Henri Timo
leon
MARS. 1736. 565
leon de Cossé de Brissac,aujourd'hui Evêque
de Condom , son frere jumeau , mais
son aîné, qui de droit devoit succeder au
titre de Duc et Pair. La reception de ces
deux Pairs de France fut honorée de la
presence du Duc d'Orleans , du Duc de
Bourbon , du Comte de Clermont du
Prince de Conti , et de plusieurs Ducs
et Pairs.
Le 25. de ce mois , l'Evêque d'Aire
et l'Evêque de Bayonne , furent sacrés
dans l'Eglise du Noviciar des Religieux
Dominicains par le Cardinal de Polignac,
assisté des Evêques de Leitoure et de
Condom .
M. Jean Couti a été élû Superieur General
de la Congrégation des Prêtres de
la Mission , dans leur Assemblée generale
tenuë le 11. de ce mois dans leur
Maison de S. Lazare.
Le 25. de ce mois , Dimanche des Rameaux
, le Roy , accompagné du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
des Palmes , laquelle fut faite
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique , qui
en
566 MERCURE DE FRANCE
en présenta une à S. M. Le Roy assista
à la Procession, et après l'Evangile adora
la Croix. S. M. entendit ensuite la Messe
celebrée par le même Chapelain et chantée
par la Musique . La Reine et Monseigneur
le Dauphin , entendirent la mê
me Messe dans la Tribune, L'après midys
le Roy entendit la Prédication du Pere
Codolet , Prêtre de l'Oratoire , et ensuite
les Vêpres qui furent chantées par la Musique.
La Reine assista aux Vêpres dans
sa Tribune .
Le 28. Mercredy Saint , le Roy entendit
dans la Chapelle du Château l'Office
des Tenebres , qui fut chanté par la Musique.
Le Jeudy Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne de l'Abbé Tello
après quoi l'Evêque d'Agen fit l'Absoute .
Ensuite le Roi lava les pieds à douze
Pauvres , et S. M. les servit à table. Le
Duc de Bourbon , Grand- Maître de la
Maison du Roi , à la tête des Maîtres
d'Hôtel , précédoit le service : Monseigneur
le Dauphin , le Comte de Clermont
, le Prince de Conty ,le Prince de
Dombes , le Comte d'Eu , et les principaux
Officiers de' S. M. portoient les
plats. Après cette Cérémonie , le Roi se
rendit à la Chapelle du Château où S. M
entendie
MARS. 1736.
5671
entendit la grande Messe , assista à la
Procession , et ensuite aux Vêpres. L'après-
midi , le Roi entendit l'Office des
Tenebres .
Le 26. la Reine communia dans la
Chapelle du Château , par les mains de
l'Abbé d'Alegre , son Aumônier en
quartier.
Le 6. Fevrier , on executa en concert
devant la Reine , le Prologue et le premier
Acte de l'Opera de Thésée , qui fut
continué le 8. et le 13. Les Rolles du
Prologue de Venus et de Mars , furent
chantés par la Dlle . Duhamel et par le
sieur d'Angerville , ceux de la Piece d'Eglé
, de Cleone , de Medée et de Dorine
par les Dlles. Mathieu , Deschamps ,
d'Aigremont et Fel , et ceux d'Egée , de
Thesée et d'Arcas , par les sieurs d'Angerville
, Petillot et Godeneche. La Dlle.
Fel chinta à la fin du Concert , la Cantate
du Triomphe de l'Hymen , de M.
Mouret.
>
Le 20. On concerta le Prologue et la
premiere Entrée des Indes Galantes. Les
Rolles du Prologue d'Hebé , de l'Amour
et de Bellonne , furent chantés par les
Dlles. Rameau , Fel , et par le sieur Dubourg.
Ce même Ballet fut continué le
H 22
$ 68 MERCURE DE FRANCE
22. par la seconde et troisiéme Entrée
et les differens Rolles furent remplis
par les Dlles, d'Aigremont , Rameau
Fel , Mathieu et Deschamps , et par les
sieurs Petillot , Chassé et d'Angerville.
Le 27. On donna l'Opera d'Omphale;
qui fut continué le 29. Les Rolles des
deux Graces du Prologue furent chantés
par les Dlles . d'Aigremont et Mathieu , et
ceux de la Piece , par les Dlles. Mathieu ,
Antier , d'Aigremont et Godeneche , et
par les sieurs Petillot et d'Angerville. Les
sieurs Blavet et Guignon executerent
chacun , à la fin des deux derniers Concerts
, un Concerto avec beaucoup de précision
, sur la flûte et sur le violon .
Le s . Mars , on finit le même Opera
par le quatrième et cinquiéme Actè.
Le 12. On concerta le Prologue et le
premier Acte de Marthesie , mis en musique
par M. Destouches , Surintendant
de la Musique du Roi , ainsi que de ce
lui d'Omphale.
Le 14. On executa dans le Salon de S
M. à l'imitation du Concert spirituel ,
deux Motets à grand Choeur , Deus Deus
meus et Diligam te , de la compostion
du même Aureur. Ces deux Motets coupés
d'une simphonie brillante et variée ;
furent extremement aplaudis , et executés
dans une grande perfection. Le
MARS. 1736. 569
Le 18. Dimanche de la Passion , il y
eut Concert spirituel au Château des
Tuilleries , lequel a été continué diférens
jours de la semaine , jusques et compris
le dernier de ce mois ; M. Rebel a
fait executer les plus beaux Morers à
grand Cheur , de M. de la Lande , et
d'autres Maîtres , et plusieurs autres petits
Motets à une et à deux Voix , de la
composition des sieurs Mouret , le Maire,
da Bousset et Fevrier , les sieurs Ignace et
Brunet ont executé plusieurs fois un Duo
d'Hautbois et de Basson avec beaucoup
de précision . Les Dlles . Erremens , Fel
Largilliere et le sieur Jeliot ont chanté
les diférens récits dans les grands et
petits Motets , avec aplaudissement , de
même que les sieurs Guignon , Aubert ,
Blavet et Lucas , dans les diférens Concerio
qu'ils ont executés sur le violon et
sur la Aute.

Le même Concert doit être continué
La semaine de Pâques.
Le jeudi premier Mars , les Comediens
François représenterent à la Cour ;
la Mere Coquette , Comedie de Quinault ,
et le Galand Jardinier.
ނ
Le 7. ils donnerent sur le même
Théatre , la Comédie du Bourgeois.
Gentilhomme , Comedie de Moliere , or-
Hij
née
570 MERCURE DE FRANCE
"

née d'intermedes , qui fut parfaitement
bien executée. Le sieur Tribou , Acteur
de l'Opera , remplit avec succès le Rôle
du Compositeur , et le sieur Dufresne
ceux du Me enfait d'armes , et du Mufti
, qu'il rendit noblement et dans le vrai
caractere. La Dlle. Antier chanta avec
le sieur Chassé , les airs à boire et ceux
des Intermedes . Le Ballet , de la composition
du sieur Blondi , fut executé
par les Danseurs Pensionnaires du Roi
et de l'Académie Royale de Musique ,
qui tous se surpasserent . Le Roi , la Reine
et Monseigneur le Dauphin eurent
la bonté d'en marquer leur satisfaction .
Le 8. La Tragédie d'Aben -said , de
M. l'Abbé le Blanc , et la Comédie de
la Surprise de l'Amour , de M. de Marivaux,
Le 13. La Comédie du Distrait de Re
nard , et pour petite Piece , la Métamor
phose amoureuse , de le Grand,
Le 15. La Tragédie d'Alzire , de M,
de Voltaire , pour la deuxième fois , qui
reçut encore de grands aplaudissemens.
Et la petite Comédie du Cocher suposé ,
d'Hauteroche.
Le . 3. Mars , les Comédiens Italiens
représenterent aussi à la Cour , le Princè
malade , ou les feux Olympiques , qui fut
1
suivi
MARS. 1736. 371
Suivi de la Comédie d'Arlequin toujours
Arlequin.
Le to. La Comédie nouvelle des Contretemps
, et le Retour de Tendresse.
Le 17. Les Amans réunis , et la nouvelle
Parodie d'Alzire , intitulée les Sauvages
, qui a été aussi aplaudie à la Cour ,
qu'elle l'avoit été à la Ville.
Il nous est tombé entre les mains un Memoire
óu Calcul , qui nous paroît venir d'une main habile
dans la Science des Nombres , et qui sera interessant
pour ceux qui ont pris des Billets dans
la Loterie de Turin, C'est dans cette vûë que
nous l'inserons ici.
L
CALCUL de la Loterie Royale
de Turin.
A Tontine de Paris a fourni la matiere d'un
Calcul curieux . La Loterie Royale de Turin
dont le Plan se trouve dans le Mercure du mois
de Septembre dernier , est l'objet d'un autre Calcul
à peu près semblable. Cette Loterie est effectivement
très- bien imaginée . Elle est composée
dans un goût aussi singulier que nouveau , et
elle ouvre un beau champ aux esperances de ceux
qui en prendront des Billets ; mais peu de personnes
sont en état d'en faire le compte , de voir
ce que le hazard et les combinaisons doivent
probablement produire , et sur quoi leurs esperances
peuvent être fondées . On croit donc leur
faire plaisir en donnant ici la Méthode et le Ré-
Hiij sultat
572 MERCURE DE FRANCE
sultat de ce Calcul. La Méthode plaira à ceux
qui voudront le faire en entier , et les autres
pouront se contenter de ce qui est ajoûté dans le
Résultat.
METHOD E.
D'abord il faut observer que ce n'est pas
des sooo. Primes distribuées en 100. Tirages ,
que le Calcul dépend ; quoiqu'un même Biller
en puisse gagner plusieurs , parce qu'elles n'operent
point l'extinction des Societés , et qu'elles
sont tirées comme les Lots d'une Loterie ordinaire;
mais ce Calcul dépend des 10 mille Lots , et
la maniere ingenieuse dont ils doivent sortir.
Chaque Societé de cing Billets doit necessairement
avoir un Lot , et ce Lot se gagne lorsque la Societé
s'éteint , c'est à - dire , lorsque 4. Numeros
de cette Societé étant sortis une ou plusieurs fois,
en un ou plusieurs Tirages , il arrive enfin que
le cinquiéme Numero sort aussi . Alors ce dernier
gagne le Lot, qui est de soo. liv. pour les 7 mille
premieres Societés , qui s'éteindront ; de 1000 liv .
pour les z mille suivantes, de 2 mille 5.mille,&c.
toujours en croissant pour les autres , comme
on peut le voir dans le Plan. Il est donc question
de trouver combien de Societés doivent probablement
s'éteindre de Tirage en Tirage , ou ce
qui est la même chose , combien de Lots sortiront
probablement à chaque Tirage. Il est certain
qu'ils peuvent sortir en une multitude de
manieres differentes , et plus ou moins à chaque
Tirage , selon que le hazard les distribuera. Mais
entre toutes ces manieres , il y a deux extrémités
oposées et divers milieux . Derechef , entre tous
ces milieux , il en est un juste , également éloigné
des deux extrêmes , et auquel le hazard doit
IEÈS
MARS. 1736.
573

très-probablement se conformer , ensorte qu'on
peut s'assurer qu'il ne s'en écartera pas beaucoup.
Avant de chercher quel est ce juste milieu,
considerons en gros quels sont les deux cas exrêmes.
L'un de ces cas arriveroit , siles 1000. Billets ou
Numeros que l'on sort de la grande Roue à chaque
Tirage , étoient toujours pris cinq à cing
d'une mêine Societé ; ensorte qu'il s'éteignit 200
Societés à chaque fois . En ce cas la Loterie ne
dureroit que fo. Tirages , car au foc toutes les
Societés se trouveroient éteintes , et tous les Lots
sortis . Outre que d'une part la sortie des Lots
seroit ainsi extrêmement accelerée , d'autre côté
les nouritures iroient bien - tôt en diminuant ; car
quoiqu'elles augmentent de 2. s. 6. d. il y auroit
Toujours à chaque Tirage 1000. Billets de moins
à les payer. Si l'on fait le compte de la Loterie
sur ce pied - là , on trouvera qu'elle n'auroit reçû
en tout que 3012 roq . liv. tandis qu'elle auroit
payé 165f5ooo . liv. en Lots et en Primes ; ainsi
elle perdroit 13542500. liv . Mais il y a des millions
de Louis d'or à parier contre un denier
que ce cas n'arrivera point , ni rien d'aprochant,
ainsi cet extrême doit être regardé comme tota❤
lement impossible.
so L'autre extrême auroit lieu si des mille Numeros,
il y en avoit mille au moins ; sçavoir, un
de chaque Societé , qui ne sortissent jamais de la
Roue. En ce cas il ne s'éteindroit aucune Societé,
aucun Lot ne sortiroit et tous les so mille Billets
restant toujours en Loterie , payeroient aussi toujours
la nouriture qui va en croissant de 2. s.
6. d. d'un Tirage à l'autre . Si l'on fait la suputation
de la Loterie sur ce pied-là , on trouvera
qu'au bout des 100. Tirages elle auroit reçû en
Hiiij tout
574 MERCURE DE FRANCE
tout 268 12.500. liv. compris le crédit de 100. liv .
par Billet . Sur quoi prélevant d'abord 3217500.
livres pour les 12. pour cent , ensuite 4500000 .
liv . pour les Primes , et enfin soooooo liv pour
le crédit de 100. liv. par Billet , il resteroit en-
- core de bon 1409 5000. liv. sans aucun Lot a
payer. Mais c'est - là un autre cas extrême , qui
n'est pas moins impossible que le premier ; ensorte
qu'on peut s'assurer qu'il n'arrivera point
ni rien d'aprochant .
Or entre ces deux cas extrêmes , presqu'égale
ment impossibles, il y a divers cas moyens , plus ou
moins possibles , à mesure qu'ils sont plus ou
moins éloignés des extrêmes , et plus ou moins
aprochans du juste milieu qu'il faut trouver et du
quel la Loterie ne s'écartera certainement pas
beaucoup , soit à son avantage , soit à son désavantage.
Pour parvenir à connoître ce juste milieu
il faut chercher deux choses à chaque Tirage.
1 °. Quelle sera probablement la quantité des
Numeros ou Billets qui ne seront encore jamais
sortis de la Roue , ce qui fera connoître aussi le
nombre de ceux qui en seront sortis , une ou plu
sieurs fois , jusques au Tirage calculé inclusivement.
2. Connoissant le nombre de tous les
Billets sortis , on cherchera par son moyen quel
sera probablement celui de toutes les Societéséteintes
jusques à ce même Tirage. Ce nombre
multiplié par 5. donnera celui des Billets exclus
de la Loterie , lequel fera connoître aussi la quantité
des Billets restans en Loterie pour le Tirage
suivant.
Quant au premier article , le Calcul est facile.
Considerez que de 1000. Numeros qui se tirent
chaque fois , il y en aura une partie de ceux déja
sortis aux Tirages précedens , et une autre partie
de
MARS. 1736. 573
de ceux qui ne seront jamais sortis. Or cette derniere
partie sera toujours probablement proportionnelle
au nombre de Billets non sortis ; ainsi
on la trouvera par une Regle de trois , en disant.
Si de tant de Billets restans en Loterie , on en tire
1000. combien en sortira- t'il d'une telle quantité
qui ne sont cucore point sortis ? On aura , dans
le quatriéme terme de cette Regle , le nombre
des Billets qui sortent pour la premiere fois , le
quel étant ôté de la quantité des non- sortis auparavant
, on aura celle des non-sortis après ce
Tirage , et le surplus des so mille sera le nombre
de tous les Billets sortis jusques à ce même Tirage
compris. Observez que dans le quatrième
Terme de la Regle , on aura souvent une frac
tion après le nombre entier. Si cette fraction est
moindre que demi , on la négligera , mais si elle
excede demi , on ajoûtera pour elle un Billet
de plus ; et cela afin d'aprocher davantage du
juste milieu cherché. Tout cela se comprendra
plus clairement par l'Exemple que l'on donnera
cy- après.
A l'égard du deuxième article , qui consiste à
trouver le nombre de toutes les Societés probablement
éteintes jusques à un certain Tirage ,
par le moyen de la quantité trouvée de tous
les Billers sortis jusques au même Tirage , inclus;
c'est en ce point que git la grande difficulté du
Calcul . Ceci dépend du nombre de combinaisons
qui peuvent donner tous les so mille Billets
d'une part , et de l'autre le nombre de tous les
Billets sortis.
Il faut donc chercher premierement en combien
de manieres les 50 mille Birlets ou Nume
ros peuvent être pris et rangés , cinq à cinq.
Pour cet effet , considerez chacun des for
que
HY mille
576 MERCURE DE FRANCE
mille peut être le premier , tandis que chacun des
49999. autres sera le second , tandis que chacun
des 49998. autres sera le troisième , tandis
que
chacun des 49997. autres sera le quatrième , et
tandis que chacun des 49996. restans sera le cinquiéme.
Desorte qu'en multipliant de suite cescinq
nombres soooo. 49999. 49998. 49997.
49996. les uns par les autres , on aura 312.
437. 504. 374. 875. 001. 200. 000. pour la
quantité de toutes les combinaisons et de tous
les changemens d'ordre possibles des ro mille
Billets rangés cinq à cing. Si l'on veut avoir ensuite
le nombre des Combinaisons simples , sans
les changemens d'ordre , il faut diviser le grand
nombre ci - dessus par 120. car les cinq Billets de
chaque Combinaison simple s'y trouvent ensemble
repetées 120. fois , pouvant être rangées
en 120. manieres differentes. En voici la raison ;
chacun des cinq se trouve le premier , tandis
que chacun des quatre autres est le second, tandis
que chacun des trois autres est le troisiéme,
tandis que chacun des deux autres est le quatriés
me , et enfin tandis que le seul restant est le
cinquième. Or en prenant le produit des cinq .
nombres S. 4. 3.2. 1. on trouve 120. pour le
nombre des changemens d'ordre d'une mêine
Combinaison simple. D'où il suit qu'en divisant
par 120. ce nombre prodigieux de Combinai
sons et changemens d'ordre des yo mille Billess
pris cinq à cinq , on aura dans le quotient 2 ,
603 , 645 869, 790 , 625 , 010 , 000. la quantité
des Combinaisons simples des mêmes fo mille
Billets pris cinq à cinq. Or, sur ce grand nombre
de Combinaisons simples , observez qu'il
n'y en a que to mille qui donnent les dix mille
Societés de la Loterie . Pour abreger on nommera:
dans:
- MAR S. 577. 1736 .
dans la suite A. ce même nombre de Combinaisons
simples.
Il faudra ensuite et d'autre côté chercher en
combien de manieres tous les Billets sortis jusques
au Tirage calculé , peuvent être pris cinq
à cinq. Ce nombre de Combinaisons se trouvera
pour chaque Tirage, en la même maniere que celui
trouvé ci- dessus pour les so mille Billets . On
multipliera le même nombre des Billets sortis
par lui même moins l'unité , leur produit par le
même nombre moins deux , leur produit par le
même nombre moins trois , et enfin leur produit
par le même nombre moins quatre ; et ce
dernier produit sera la quantité de toutes les
Combinaisons et de tous les changemens d'ordre
possibles , de tous les Billets sortis pris cinq
à cinq ; laquelle quantité étant ensuite divisée
par 120. on aura dans le quotient le nombre de
Toutes les Combinaisons simples de tous les Billets
sortis. Ce dernier nombre qui variera en
croissant de Tirage en Tirage soit nommé X.
Ce nombre de Combinaisons X. étant ainsi
trouve on connoîtra ensuite par une Regle de
trois celui de toutes les Societés éteintes jusques
au Tirage calculé . Il n'y aura qu'à dire : Si le
nombre A. de Combinaisons renferme 10 mille ,
Societés , combien en contiendra le nombre de
Combinaisons X. La Regle donnera toujours un
quatriéme terme que je nomme Y. lequel varie-,
xa en croissant d'un Tirage à l'autre , et qui sera
le nombre de toutes les Societés éteintes jusques
au Tirage calculé inclusivement. Pour avoir ensuite
le nombre des Societés éteintes , ou des
Lots sortis à ce Tirage seul , il n'y aura qu'à
soustraire de ce nombre Y celui des Societés
déja éteintes auparavant. Pour avoir aussi
Hvj nombre
578 MERCURE DE FRANCE
nombre des Billets exclus de la Loterie après le
même Tirage , il n'y aura qu'à multiplier par
cinq ce nombre trouvé Y. Enfin en ôtant ce produit
5. Y. de so mille , on aura le nombre des
Billets restans en Loterie pour le Tirage suivant'
Observez que dans cette Regle de Trois , le premier
Terme A. et le troisiéme X. sont des nombres
de Combinaisons simples , à la place desquels
on peut mettre les nombres de Combinaisons
et changemens d'ordre 120. A. et 120. X.
parce qu'ils sont en même proportion ; chacun
125. fois aussi grand . Ainsi l'on peut se dispenser
de diviser par 120. ces nombres de Combinaisons
et changemens d'ordre , pour les réduire
à ceux des Combinaisons simples ; ce qui abrege
déja de deux opérations par Tirage .
Soit donc pour abreger nommé B. au lieu de
120. A. le nombre 312 , 437, 504, 374, 875
001 , 200, 000. total des Combinaisous des so
mille Billets . Et soit nommé Z, le nombre 120 .
X. total des Combinaisons de tous les Billets
sortis , lequel va en croisssant d'un Tirage à
Pautre. Alors le nombre constant B. sera toujours
le premier Terme de la Regle de Trois, le
nombre de ro mille des Societés en sera toujours
le second Terme , et le nombre variable Z. en´
sera toujours le troisiéme ; par le moyen duquel
on trouvera le quatriéme Y. qui sera celui de
tous les Lots sortis ou de toutes les Societés
éteintes jusques au Tirage calculé , celui- ci compris.
Après quoi tout le reste se trouvera comme
il a été dit.
On voit bien que s'il faloit faire à chaque fois
cette operation par l'Arithtnetique ordinaire
notre calcul seroit long et fatigant à l'excès , à
cause de la grandeur des nombres B. et Z. Mais:
en
MARS. 1736. $79
én se servant des Tables de Logarithmes on rendra
ce Calcul plus de mille fois moins long,
moins pénible et moins susceptible d'erreur. II
y a même ici un moyen d'abreger de beaucoup
le Calcul par Logarithmes. Par exemple , il est
question de trouver d'abord le Logarithme du
nombre de Combinaisons B. des So. maille Billets.
Pour l'avoir il faudroit , comme on sçait , chercher
les Log. de ces cinq nombres , 50000
49999. 49998. 49997. 49996 puis les ajoûter
ensemble , pour avoir dans leur somme le Log.
cherché du nombre B. Mais observez que dans
les grands nombres au- dessus de 10. mille les
Logarithmes de cinq nombres suivis sont en progression
arithmetique à peu près et sans aucune
erreur sensible , de sorte que le Log. du milieu
comme est ici celui du nombre 49998. étant
multiplié par . est égal à la somme des cinq
Log soit à celui que l'on cherche pour leur produit
, qui est ici B. Il n'y a donc qu'à diminuer
de deux le nombre des Billets , qui est ici so
mille , et l'on aura 49998. dont le Log. cherché
par les Tables et selon la méthode connue , est
4. 6989526. lequel multiplié pár s . donne 23-
4947630. pour Log, du nombre B.
On cherchera de la même maniere le Log. du
nombre Z. Après quoi pour faire la Regle de
Trois par les Logarithmes , il faudroit , selon l'u-.
sage , ajouter à celui du troisiéme Terme Z. ce-
Jui du second 10 mille , lequel est 4 0000000 .
puis retranchant de leur somme le Logarithme
23. 4947630. du premier Terme B. on auroit
dans le reste le Log. du quatriéme Terme
cherché Y. qui est le nombre de tous les Lots
sartis on Sociétés éteintes ; mais observez que l'on:
aura is même reste,et que l'on abregera encore
580 MERCURE DE FRANCE
si l'on retranche d'abord et une fois pour toutes
le Log. 4. ooooooo. qui est celui du ze Terme
du Log. 23.4947630. qui est celui du premier
Terme, et qu'ensuite leur difference 19. 4947630
soit toujours soustraite du Log. trouvé pour le
quatriéme Terme Z car on aura ainsi pour Log.
du quatriéme Terme Y. le même reste que dans
la premiere opération.
Toute la Regle se réduit donc à ceci. Il faut
diminuer de deux le nombre de tous les Billets
sortis , chercher le Log. du surplus , multiplier
ce Log. par 5. et retrancher toujours du produit
ce Log, constant 19. 4947638. Le reste sera tou
jours le Log. du nombre Y. total des Societés
éteintes. En cherchant donc ce dernier Logarithme
dans les Tables , on verra son nombre à côté.
Or , comme on sçait , on le trouvera si l'on veut ,
avec des fractions décimales . Si donc la fraction
excede 5. dixiémes , on augmentera ce nombre de
P'unité , au contraire si elle est moindre que s.
dixiemes on la negligera ; le tout afin d'aprocher
davantage du juste milieu cherché. Voila en
gros et en general la méthode necessaire pour
faire aisément le Calcul de, cette ingenieuse Loterie
; mais pour rendre le tout plus intelligible ,
ils est bon d'en aioûter ici un exemple .
Prenons pour notre exemple le 22e Tirage. Il
se trouve par le Calcul , qu'après le zre Tirage
il reste encore en Loterie 49 mille 750. Billets,
parce qu'il y en a en tout 250. d'exclus , qui
font so . Societés éteintes jusques au 21e Tirage
compris. Après le même Tirage on trouve qu'il
reste encore 32 mille 703. Billets qui ne sont encore
point sortis de la Roue , les autres 17 mille
297. étant sortis une ou plusieurs fois. Là-dessus
il faut donc faire le calcul du Tirage suivante
J
MARS. 1736. 58
Je dis d'abord , si des 49 mille 750. Biller's res
fans on en sort mille , combien en sortira t'if
probablement des 32 mille 703. non sortis . Je
trouve qu'il en sort de ceux-ci 657. et quelque
chose ; mais comme la fraction est moindre que
demi , je la néglige. Observez que si la fractions
avoit excedé demi , il auroit falu ajoûter un Billet
de plus aux 6'57. Ensuite j'ôte ce nombre 657
qui est celui des Billets sortans pour la premiere
fois , des 32 mille 703. non sortis auparavant ,
si j'ai dans le reste 32 mille 46. Billets non sortis
après le zze Tirage. Alors donc sur les so
mille il en sera sorti en tout 17. mille 954
Maintenant il est question des Combinaisons
de ce dernier nombre 17. mille 954. Je le dimi
nuë de z et j'ai 17 mille 952. dont je cherche le
Log. qui se trouve être 4. 2541128. lequel je
multiplie par 5. et il vient 21. 2705640. pour le
Log. du nombre Z. total des Combinaisons que
donnent les 17 mille 954 Billets sortis . Enfin
soustraiant de ce Log. celui - ci 19. 4947630
qui ne varie point , j'ai dans leur diférence 1.
7758010. le Log. que je cherche pour le nombre
Y. total des Societés éteintes après le 22e Tirage.
Après quoi cherchant dans les Tables le
nombre de ce Log. je trouve qu'il est 59. et plus
de 6. dixiémes. Ainsi j'ajoute l'unité et je prens
5. pour le nombre plus aprochant.
Le nombre des Societés probablement éteintes,
jusques au zze Tirage inclus , est donc 6o. d'où
retranchant les so. déja éteintes auparavant , il
reste o. Societés éteintes ou ro. Lots sortis au
zze Tirage. Enfin multipliant les 60. Societés
éteintes par je trouve 300 pour le toral des
Billers exclus après ce Tirage ; desorte qu'il en
Beste encore 49 mille 700 en Loterie pour le Tirage
382 MERCURE DE FRANCE
rage suivant, sur lesquels il y en a , comme on
l'a vû , 32 mille 46. qui ne sont encore jamais
sortis ; et là- dessus je fonde le Calcul du 23e
Tirage , qui se fera par les mêmes Regles que
celui du 22e. Ce que l'on continuera pour les
Tirages suivans , jusques à ce que toutes les So
cietés soient éteintes et la Loterie terminée.
RESULTAT.
Voila ce qu'il y avoit à dire pour l'intelligence
des fondemens et de la Méthode du Calcul de
Cette Loterie combinée . Cela suffira pour mettre
au fait ceux qui aiment ces sortes de matieres ,
et qui voudront penetrer par eux- mêmes l'arti
fice de tout le Plan . Quant au grand nombre de
ceux qui ne sont pas dans ce goût , ou qui ne
veulent pas prendre cette peine , ils trouveront
dans ce qui suit le résultat de tout le Calcul , ou
du moins l'essentiel.
Suivant les principes établis ci - devant , on a
fait tout le Calcul de la Loterie , et trouvé combien
il doit probablement sortir de Lots ou s'éteindre
de Societés à chaque Tirage. Ce nombre
va en croissant , comme il est marqué dans la
Table ci - après , sur laquelle il y adiverses ob
servations à faire .
La Table ne commence qu'au huitiéme
Tirage , parce qu'il ne s'éteindra probablement
aucune Societé dans les sept premiers .
Le hazard poura faire qu'il sortira en quelques
Tirages deux ou trois Lots de plus , et en d'au- .
tres deux ou trois Lots de moins qu'il n'est marqué
dans la Table. Mais probablement le tout
se compensera et se conformera à peu près à ce
que s'y trouve déterminé,
On
MARS. 1736. 583
On y voit qu'il faudra 114.Tirages pour finir
la Lotterie , ensorte que les derniers et plus gros
Lots ne sortent qu'au 114e. Le hazard peut donner
un ou deux Tirages de plus ou de moins ,
mais difficilement ; car selon la plus grande probabilité
le nombre des Tirages sera précisément,
de 1 14.
·
Si l'on prend la somme de tous les Lots sortis
jusques au 98e Tirage compris , on entrouvera
7111. Les 7 mille Lots des cens liv . se
trouveront donc alors absorbés , ensorté que
des 173. qui sortent au 98e Tirage les 62. premiers
sortans neseront encore que des cens
liv. mais les 111. derniers seront de mille liv .
On trouvera de même que les 2 mille Lots de
mille liv. s'épuisent depuis le 98e Tirage jusques
au 10ge ; ensorte qu'entre les 192 Lots qui
sortent au 10ge Tirage , les 55. premiers sortans
sont encore de mille liv. mais les 137. derniers
de 2000 liv. Quant aux autres Tirages
voici ce qu'il faut remarquer. Au 110e les 195
Lots sortans sont tous de 2 mille liv. Au 111е
les 68. premiers Lots sortans sont encore de 2
mille liv. mais les 128. derniers de 3 mille liv . en
tout 196 Lots. Au 112e les 172 premiers Lots
sortans sont encore de 3 mille liv . mais les 26 .
derniers de 4 mille liv. en tout 198 Lots . Au
113e les 74. premiers Lots sortans sont de 4
mille liv, les 76. suivans des mille liv . et les 49 •
derniers de 10 mille liv. en tout 199. Lots. Enfin
au 114e et dernier Tirage les 11. premiers
Lots sortans sont de 10 mille liv . les 30. suivans
de 20 mille liv. les 15. subséquens de 25 mille
liv. les 10. qui les suivront de so mille liv.les .
venans après de 100 mille liv. les 2. penultiémes
de 250 mille liv. et les 2. derniers de 100 mille
liv. en tout 75 Lots au dernièr Tirage .
$84 MERCURE DE FRANCE
Quant à la quotité de la perte que l'on peut
faire sur un Billet de Loterie , elle se trouve val
riée en plusieurs maniéres , et cette varieté dépend
absolument du hazard. Le Billet perdra ou
gagnera plus ou moins , suivant qu'il aura part
ou non à quelque Prime , selon que sa Societé
s'éteindra plutôt ou plus tard , et à proportion'
qu'il aura payé plus ou moins de nouritures.
Les Primes n'ofrent presque rien de certain
dans le calcul du gain ou de la perte. Tout ce
que l'on en peut dire , c'est que le nombre des
Billets qui gagneront par les Primes sera petit.
Plusieurs autres par ce moyen se tireront du
pair ; mais elle ne serviront au plus grand nombre
qu'à diminuer leur perte . On peut cependant
assurer qu'entre 47159 Billets qui sortiront
aux roo premiers Tirages , il y en aura environ
la moitié qui auront part aux mille Primes indiquées.
On peut dire quelque chose de plus certain sur
les Billets qui n'auront part à aucune Prime
ou , si l'on veut , sur tous les Billets , en laissant
les Primes à part. Il y en aura 35 mille , sçavoir
ceux des mille premieres Societés éteintes , qui
n'auront que 100. liv. pour leur part au Lot de
foo. liv. D'entre ceux- ci , à moins qu'ils n'ayent
part à quelque bonne Prime , le plus grand nom
bre perdra et le reste gagnera , mais peu. Ceux
qui gagneront quelque chose sont ceux dont les
Societés s'éteindront avant le 39e Tirage , et se
trouvent au nombre de 2 mille 280. Les uns
gagneront plus que les autres , selon que leurs
Societés s'éteindront plutôt , et qu'ils auront
moins nourri . Les 5. d'entr'eux qui s'éteindront
les premiers , sçavoir au huitiéme Tirage , ga
gneront 90. liv. 1o. s. chacun, parce qu'ils n'auront
MARS. 1736.
} 5 &
font payé que 9. liv. 10. s. Le gain de ceux qui
s'éteindront après , ira toujours en diminuant a
cause des nouritures , et cette diminution durera
jusques au 38e Tirage , où les 200. Billers quí
s'éteindront ne gagneront que 2. liv. 7. s. 6. d.
chacun , parce qu'ils auront payé 97. livres
12. s. 6. d.
Quant au reste des 35.
mille Billets dont nous
parlons , lesquels sont au nombre de 32720 ; ils
perdront tous plus ou moins selon qu'il s'éteindront
plutôt ou plus tard , depuis le 39e Tirage
jusques au 98. Les ro. qui s'éteindront au 39e
Tirage ne perdront que 2. liv. 16. s. parce qu'ils
n'auront payé que 102 liv. 1o. s . mais les suivans
pérdront toûjours toutes les nouritures de
plus , lesquelles vont en croissant ; ensorte que
les 310. qui s'éteindront au 98e Tirage perdront
11. liv. 7. s. 6. d . chacun , parce qu'ils auront
païé pour les nouritures 611. liv. 7 s. 6 d . tant
comptant qu'à crédit. Ceux de ces 310. qui n'au
ront cû part à aucune Prime seront les plus mal
heureux de toute la Loterie ,
6
Les 10 mille Billets qui n'auront part qu'à un
Lot de 1000. liv. perdront tous , sauf les Primes.
Les 555. d'entr'eux qui s'éteindront au 98e Tirage
perdront 411 liv . 7. s. 6. d . chacun . Les
880.éteints au Tirage suivant perdront 423. liv.
15. s. chacun , et les 8565. restans qui s'éteindront
depuis le 100e . Tirage jusques au 109e ,
perdront 436. liv. 5. s . chacun , parce qu'ils auront
payé toutes les nouritures .
Lesort des 2 mille Billets qui auront part à un
Lot de 2 mille liv . sera de perdre 236 liv. 5. S
chacun . Ils s'éteindront depuis le 10ge Tirage
jusques au I Tre. A l'égard des 15 cens Billets qui
partageront un Lot de 3 mille liv.ils perdront en-
⚫ core
386 MERCURE DE FRANCE
core 36 liv. 5 s. chacun , et s'éteindront partie
au 11 Tirage et le reste au 112e . Observez sur
leur ces 4500. derniers Billets perdans , que perte
poura être diminuée , et qu'une bonne partie
poura gagner ; parce qu'après le 100e Tirage
, il y aura probablement un excédent de Recette
, lequel sera reparti en augmentation sur
les Lots restant à tirer , comme on le verra ciaprès.
Tous les Billets restans , qui auront part à des
Lots de 4 mille liv. et au- dessus , et qui sont au
nombre des 15 cens , gagneront tous plus ou
moins selon la valeur du Lot , et plusieurs feront
la fortune de leur Maître . On trouvera ce qu'ils
gagneront en déduisant 636 liv. s . de leur part
au Lot qui leur échera .
En général il résulte de tout cet examen , que
des fo mille Billets , il y en aura 46220. perdans
et 3780. gagnans , ce qui fait environ un Billet
gagnant contre 12 perdans. Mais observez que
le nombre des gagnans sera augmenté , premierement
par les Primes , et en second lieu par une
augmentation trés- probable sur les derniers
Lots. Et cette augmentation de Billets gagnans
par les Lots poura aller à plus de 15 cens Billets
, sans compter ceux des perdans qui gagneront
cependant par les Primes outre qu'une
bonne partie se tireront par là du pair , et qu'un
grand nombre en auront leur perte fort dimi
nuée .
En inventant cette Lotterie combinée , la prudence
de l'Auteur ne lui permettoit pas de l'exposer
à demeurer courte ; comme cela auroit pu
arriver , si d'un côté la Recette en Nouritures
avoit été trop petite , et de l'autre la Dépense en
Prime et Lots trop forte. C'est là un inconvénient
qui
MARS. 1736. 587
qui n'est certainement pas à craindre . On y a
abondamment remédié par la disposition du
Plan. Il n'est pas possible que la Lotterie demeure
jamais sans de gros fonds de reste ; car le hazard
ne sauroit si fort accellerer la sortie des
Lots , que la Recette de chaque Tirage n'en excéde
toujours de beaucoup la Dépense . Or.cot
excédent de Recette à chaque Tirage s'accumu .
lant sans cesse jusques au rooe , la Loterie aura
alors des fonds très - considerables .
Si l'on veut faire le compte de cette Recette et de
la Dépense suivant le juste milieu trouvé ci-devant
, il sera aisé en se servant de la Table des
Lots ci - après. Par exemple ,si l'on veut avoir la
Recette du 68e Tirage , il n'y a qu'à sommer
dans la Table le total des Lots sortis aux 67. Ti
rages précédens. Ce total est 2656 ; lequel mul
tiplié par s . donne 13280 Billets exclus , qui déduits
des roi mille liv . il reste en Loterie 36720
Billets , lesquels payent au 68e Tirage`8 liv . 10 s .
de nouriture chacun ce qui monte à 312125
liv. pour la Recette du 68e Tirage seul . A l'égard
de la Dépense , on tire à ce même Tirage so
Primes valant 45 mille liv , et selon la Table il
sort 111 Lots de cent liv . valant 5 ƒ ƒoo liv .
La Dépense du 68e Tirage seul seral donc en
tout de reosoo liv. par où l'on voit que la Res
cette est plus que triple de la Dépense .
Ayant fait de cette façon le compte de tous
les 100 Tirages, puis sommé le total , il se trouve
que toute la Recette de la Loterie monter aproba
blement 21764480 liv. 2 s . 6 d.tandis que la Dé
pense n'ira qu'à 8 millions 464 mille liv. sçavoir
4 millions mille 1. 100 les mille Primes, 3 pour S
millions foo mille 1.pour les 7 milleLots de fo
1. et464 milleliv.pour 464.des Lots de mille liv.
tout
588 MERCURE DE FRANCE
tout le surplus des Lots n'étant pas encore sorti
probablement.
Ce sera donc à peu près sur ces sommes que sea
fait leCompte qui doit d'abord être régléaprès
le 100e Tirage.On prélevera 12 pour cent sur le
le total de la Recette , où se trouve compris le
crédit de 100 liv. par Billet depuis le 40e Tirage
; car ce crédit se déduisant des Lots et servant
de nouriture , doit être passé en Recette. Or suivant
notre calcul on voit que ce droit de 12
pour cent montera à 2611737 liv, 12 s . laquelle
somme déduite du total de la Recette il reste
19152742 liv. 10 s. 6 d.D'autre côté les mille
Primes et les 7464 Lots déja payés montent ensemble
à 8 millions474 mil.l.Il resteradonc de net
pour les Lots encore à tirer 10688742 l. 10 s.6 d.
Mais le surplus des Lots indiqués dans le plan ne
monte qu'à 8millions 91 mille l . Il y auroit done
core un excédent de 2597742 liv. 10 s. 6. d. et
c'est à cause de cet excédent que l'on fait esperer
une augmentation considérable sur les Lots restans
à tirer après le 100e Tirage.
(
f
Il conviendroit d'employer une partie de cet
excédent à faire des Primes pour les 14 derniers
Tirages , au moins pareilles à celles des 20. précédens.
Il faudroit pour cela 57500 par Tirage
; et pour les 14. 805 mille liv. Après quoi il
resteroit encore 1792742 liv. 10 s. 6 d. pour
augmenter les Lots restans ; ce qui va environ à
21. pour cent l'un dans l'autre. Mais on repartira
sans doute cette augmentation , comme on
le croira le plus convenable. Suposant donc
qu'on l'aplique principalement à augmenter quelques
uns des Lots de 3 mille liv . et au - dessous
de nombre des Billets perdans se trouvera fort di
minué , comme on l'a dit ci-dessus , et celui des
gagnans considerablement augmenté,
MAR S. 1736. 589
On voit par là que la disposition de cette Lo
terie,a été faite avec autant de prudence , que
d'art et de génie. Il s'y rencontre toutefois
un inconvénient , qui résulte du crédit de 100
liv . sur les nouritures de chaque Billet après le
40e Tirage. Il semble d'abord que ce crédit soit
sans danger ; parce qu'un Billet ayant à retirer
au moins 100 liv. pour sa part d'un Lot de
cens liv. et se trouvant au 400 Tirage avoir déjà
payé 107 liv . 10 s. on ne lui fait crédit que du
sien , et de ce qui doit nécessairement lui revenir
pour lemoins. Il y a cependant du péril pour
la Loterie dans ce crédit ; car il se trouvera certainement
divers cas où après l'avoir à peu près
épuisé , on seroit porté par raison et par spécu
lation à ne plus nourir son Billet , mais à l'abandonner
volontairement ; ce qui tourneroit
alors au désavantage de la Loterie , qui doit s'en
charger. Voici l'exemple d'un tel cas : Suposez
qu'un Billet ait payé les nouritures des 40 premiers
Tirages , qui font avec l'achat 107 liv. 10
s. et qu'ensuite nouri par le crédit , on l'ait
poussé jusques au 56e , ce qui fait 97 liv. de
nouritures à crédit. Si ce Billet se trouve alors
ou déja auparavant d'une Societé dont il soit
sorti 4. Numeros , il ne faut plus que la sortie
du cinquième , pour porter le coup de mort à la
Societé , en la réduisant bien - tôt à un Lot de S
cens liv. de mille liv. an plus : Car il est trèsprobable
et presque certain que cette Societé s'éteindra
avant le 100e Tirage. Or le Porteur d'un
tel Billet n'ayant rien à espérer , et ayant déja
jouï par le crédit des 10ó liv. qu'il doit attendre
, seroit engagé par raison à l'abandoner ,
pour ne pas perdre encore,outre les 107 liv 10 s
toutes les nouritures qu'il feroit de plus. Ainsi
190 MERCURE DE FRANCE
cette perte tomberoit sur le dos de la Loterie . Il
est indubitable qu'il se trouvera divers cas pareils
ou aprochans , et le seul reméde à cet inconvénient
seroit de reculer le crédit de 100 liv .
jusques aprés le 92e Tirage ; parce qu'alors il n'y
aura plus que 8. nouritures à fournir montant
à 96 liv. 10 s . c'est- à -dire à une moindre som
me que celle qu'un Billet malheureux doit né
cessairement retirer.
21
La réponse à ces réflexions est de dire qu'il y aura
peu de spéculatifs capables de voir si la situation
de leurs Billets et Societé est telle qu'il leur convienue
de l'abandonner , que d'ailleurs les Tirages
se suivront de si près qu'on n'aura pas le
loisir de spéculer ; et qu'enfin l'espérance aux
Primes , ou à un Lot , qui peut pourtant être
meilleur , engageront à nourir les Billets , aus-"
si bien que l'argent délivré, après lequel on courra
, comme cela arrive aux jeux de hazard . Tout
cela est vrai , mais l'inconvenient du credit trop
tôt fait n'est pas au fond moins réel , quoiqu'il
soit peut- être peu dangereux dans l'usage ; car
si quelqu'un veut faire son compte , en bien des
cas l'espérance même aux Primes , qui est la plus
pausible raison , seroit pourtant encore trop foible
pour l'engager à sacrifier les nouritures d'un
Billet , dont le sort doit être très - probablement
malheureux.
Ce que l'on vient d'expliquer ouvre la porte
à an nouveau genre de calcul , qui consisteroit à
faire l'estimation d'un Billet de Loterie , suivant
les espérances probables qui naîtront des diverses
situations où sa Societé peut se rencontrer
pendant le cours de la Loterie , et sur tout vers
la fin. Suposons , par exemple , qu'un Billet
soit parvenu au 100e Tirage , sans qu'il soit encore
MARS. 1736. 590
core sorti aucun des Numeros de sa Societé.
Il n'y aura aparemment aucun Billet dans ce
cas; mais suposé qu'il arrive , un tel Billet donneroit
de magnifiques espérances. Sa Societé seroit
très- probablement la derniere éteinte ; ensorte
qu'il pouroit s'attendre avec fondement
d'avoir part au plus gros Lot. En comptant
donc le pour et le contre , la valeur d'un tel Bil-
It seroit grande et fort au- dessus des 536 liv. f
s. qu'il auroit couté . On voit par là que la juste
estimation des Billets de Loterie varieroit en
bien des manieres , selon qu'il seroit sorti plus
ou moins des Numeros de leurs Societés , et à
proportion que les Tirages seroient plus ou
moins avancés. Or puisque la valeur des uns
iroit fort haut , celle des autres seroit très - petite
, ou nulle , ou même en certains cas négative;
c'est - à- dire que ces derniers vaudroient moins
que rien , à cause des nouritures à faire et de
Pepuisement de leur crédit. On pouroit même
faire entrer dans cette estimation le plus ou le
moins d'espérance aux Primes ; et il ne seroit
pas trop difficile d'établir les principes de ce nouyeau
genre de calcul ; mais outre que cela nous
meneroit trop loin , il ne seroit utile qu'à ceux
qui voudroient faire un mauvais négoce des Bilfets.
Il vaut mieux finir par un calcul plus aisé,
et voir enfin jusques où pouroit aller l'extrême
bonheur d'une Societé dans cette Loterie .
Supposons que l'un des Numeros de cette Socie
té fortunée , ne sorte qu'au dernier Tirage , et
le dernier ou le penultiéme de tous ceux qui ne
seroient jamais sortis auparavant tandis que les
4. autres Numeros de cette même Societé sorti.
roient à chaque Tirâge et toûjours avec les 4. plus
grosses Primes. Elle gagneroit à chacun des so .
I pre$
92 MERCURE DE FRANCE

premiers Tirages 17 mille liv.en tout pour les so
premiers ces mille t . et à chacun des so. suivans
19 mille liv.ce qui fait pour les 50. 950 mille
liv. De sorte qu'avec un gros Lot de foo mille
liy. elle gagneroit en tout 2 millions 300 mille
liv. A quoi il faudroit encore joindre 266 mille
liv. pour les 4. plus grosses Primes à chacun des
14. derniers Tirages , et enfin 2 mille liv. pour
une cinquième au dernier , car je supose que l'on
assignera des Primes aux 14 derniers Tirages
pareilles à celles des précedens. Ajoutez à cela
que le gros Lot sera peut-être augmenté . Il suic
de là qu'un Biller qui auroit tout le bonheur imaginable
gagneroit à sa part plus de 513600. On
sent bien qu'un accident , qui supose une felicité
si soutenue et si étrange , doit être regardé com
me entiérement impossible. Mais il peut arriver
sans miracle, qu'une Societé heureuse gagnera
plusieurs bonnes Primes , et finira par un gros
Lot. En général et enfin l'on doit conclure que
cette Loterie Royale est composée d'une manière !
pleine d'attraits , pour ceux qui se croyent fa
vorisés du hazard , et qu'elle ouvre une vaste
carriére à leurs espérances .
Le Calcul qu'on vient de lire est démontré
exact par celui que M. de Gamache , Avocat en
Parlement , frere de M. l'Abbé de Gamaché , de
l'Académie des Sciences , a fait pour satisfaire
sa curiosité particuliere . Nous allons l'inserer
ici ; il sera d'autant plus utile aux Interessés à
cette Loterie , qu'il est fait en Monnoye de
France,
TABLE
MARS. 17368
593
TABLE.
De la quantité de Lots qui sortiront
probablement à chaque Tirage.
Tir. Lots Tir. Lots Tir. Lots Tir. Lots:
I 343 2132 5617
9 036 3563 100 90 158
ΤΟ
I 37 38 64 103 91 161
II
I 38 4065 104 91 162
12 2 39 42 66
107 93 164
13 240 45 67 110 94 166
14 2 41
47 68 III 95 168
IS 342 49 69 11496 171
16
4 43 52 170 116 97 171
17 S 44 54 75 I1998 173
18 5445 57 72 120 99 176
19 7.46
59 173 123 100 177
20 8 47 61 74 125
21
9 48 64 75 128 464 1
22 1049 66
7.6 129 ΙΟΙ 179
23 IT! 50
6877 132 102 181
24 1351
7178
134 103
182
25 1552 74 79 135 104
184
26 16 53 76 80 236 105
186
27 18 54 78 81 141 106 187
28
1
19 35 81 82 142 107 190
29 21 56 83 83 144 108 192
30 24 57 85 84 147
109 192
31 25 58 88 85 148 110 195
32 27 59 91 86 151 III 196
33 29 60
93 87 152 112 198
54 3161
95
88 155 113 199
35 34162
97 189 157 1-14 75
343 2132 5617 10000
Lij
Calcul
194 MERCURE DE FRANCE
Calcul de la Loterie Royale de Turin.
Ce Calcul supose la résolution du Problême
suivant .
La Loterie étant composée de so mille Numeros
, qui , pris de suite cinq à cinq , forment
To mille Societés ; on demande le nombre de
Societés qui , tous hazards compensés , doivent
être sorties de la Roue depuis le premier Tirage :
jusqu'à un Tirage quelconque,
Résolution,
Le nombre des Combinaisons possibles del
50 mille Numeros , pris cinq à cinq , donne
50000 * 49999. * 49998 × 49997 × 49996
I X 2
x 3
312437504374875001200000
120
X
4 × S
Or dans ce
2
nombre de Combinaisons il ne s'en trouve que
ro mille qui forment les Societés de la Loterie ,
donc pour déterminer combien de Societés.doivent
être sorties de la Roue après un certain
nombre de Tirages , tous hazards compensés
on doit former cette proportion ; comme le
nombre des Combinaisons possibles de fo mille
Numeros , pris cinq à cinq est à 10 mille , ainsi
le nombre de celles que doit fournir la quantité
des Billets sortis depuis le premier Tirage sera
au nombre cherché.
C'est sur la résolution de ce Problême qu'on
a formé la Table suivante.
Onze colonnes la partagent .
La premiere contient le nombre des Tirages ,
La II. contient le nombre des Billets qui sortent
MARS.
1736. 595
:
7
tent pour la premiere fois à chaque Tirage .
La III. la somine des Biliets sortis depuis le
premier Tirage.
La I V. ceile des Societés sorties.
La V. le nombre des Billets qui restent dans
la Roue.
La VI. la nouriture des Billets restans .
La VII. la somme de la mise primitive et
des nouritures depuis le premier Tirage ou celle
des sommes entrées dans la caisse.
La VIII. contient les Primes qui doivent se
payer à chaque Tifage .
Lá I X. les Lots.
La X la somme des Primés et des Lots payés
depuis le premier Tirage.
Enfin la X I. contient la somme qui reste en
Caisse après chaque Tirage , les Primes et les
Lots payés. Le tout évalué sur le pied de l'argent
de France.
Suivant ces Calculs , la Recepte generale de
toure la Loterie montera à 26. millions IIZ.
mille 792. livres , monnoye de France. La Loterie
retiendra 12. pour cent de cette somme ,
qui étant déduits des 6. millions 26. mille
792 mille livres qui seront en caisse à la fin de
la Loterie , il restera 3. millions 113. mille 257.
livres à distribuer en nouveaux Lots par un seul
Tirage après qu'elle sera entierement finie , aux
Billets dont les Societés se seront éteintes en
perte pendant les 114. Tirages.
Si l'on employoit toute cette somme en Lots
de 3- mille livres , l'on en feroit environ mille
38. et ces Lots mettroient les Proprietaires de
5190. Billets perdans , en gain de dix Louis d'or
au moins , parce que par la déclaration qui
1 iij permer
596 MERCURE DE FRANCE
permet l'assurance ; le degré de la perte possible est
limité à 360. livres par Billet ,
Dans la juste proportion que l'on a établie , il
doit s'éteindre 456. Societés pendant les 38. premiers
Tirages , et les déboursés , tant d'achapt
que de nouritures pendant ces 38. Tirages, étant
inferieurs aux plus petits Lots , ainsi que le Cal
cul qui a parû l'a démontré , il est évident que
les Lots qui écheront à ces 456. Societés , mettront
les Proprietaires de 2. mille 280. Billets
en gain.
Enfin il y a 300. Lots depuis 4. mille 800 liv.
jusqu'à 200. milie écus , et c'est les 1500. Billets
qui gagneront ces Lots qui feront les plus
grands gains.
Récapitulation des Billets heureux
Lots seulement .
par
les
5. mille 190 par les Lots qui seront faits de
P'excedent de la Recepte generale,
2. mille 280. par les Lots que gagneront les
Societés qui s'éteindront pendant les 38. premiers
Tirages.
Mille soo. par les gros Lots à la fin de la
Loterie.
8. mille 970. Billets heureux par les Lots.
Il est donc démontré que des 50. mille Billets
qui composent la Loterie , il y en aura 8. mille
970. qui sortiront en gain par les Lots seulement
et comme les 5. mille Primes doivent encore
faire un grand nombre d'heureux , l'on
peut s'assurer qu'entre cinq il y aura quatre malheureux
et un heureux.
>
Les Interessés à la Loterie Royale de Turin
sont
MARS. 1736. 597
sont avertis que les Receveurs Generaux de ladite
Loterie leur délivreront gratis , une Déclara
tion qui réduit les déboursés , tant de l'achapt
que des nouritures d'un Billet qui demeurera
dans la Roue jusqu'à la fin de la Loterie , à 360 .
liv . 3. sols , monnoye de France , payables de
Tirage en Tirage , conformement au Tarif joint
à ladite Déclaration , et qui détermine le degré de
la perte possible dans le plus haut degré d'infortune
à cette somme , pour ceux qui par convention
libre avec laLoterie voudront conformement
à ladite Déclaration , ceder un dixiéme des portions
de Primes et de Lots qu'ils gagneront ; ct
ce dixiéme ainsi cedé pour ne débourser que
360. livres 3. sols, et pour être assuré et garanti
de ne pouvoir faire une perte plus forte , sera entierement
apliqué après que la Loterie se sera
remboursée des pertes qu'elle aura faites à augmenter
l'excedent de la recette et cet excedent ,
suivant ladite Déclaration , doit être employe a
faire de nouveaux Lots à la fin de la Loterie en
faveur des Billets qui seront sortis en perte . Cette
même Déclaration indique le jour de l'arrivée des
Recepissés de nouritures aux Bureaux de Recette ,
celui de leur cloture , et celui du premier Tirage
, après lequel tous les autres seront faits de
sept jours en sept jours sans aucune interruption .
"
I iiij
MORTS
598 MERCURE DE FRANCE
į į Į Į š š ļ ļ ļ g g ! ! !
MORTS , NAISS ACES
et Mariages.
Lis,dis band -Louis du Plessis de Ri-
E 3. Janvier, Jules Armand- Charles du Ples
>
chelieu , Duc d'Aiguillon , Pair de France , et de
Charlotte de Crússol , mourut âgé seulement de
cinq ans.
13.
Joseph Darnaud, Exempt des Gardes du Corps
du Roy , mourut à Poissy le du même mois ,
âgé d'environ 8 ans . Il étoit d'une des meilleu
leures familles de la Ville de Marseille . Il a servi
le Roy en differens Emplois près de soixante
années avec beaucoup de distinction , de zele et de
valeur. avant rec plusieurs blessures considerables,
comme il paroît sur tout par un Certificat du
Maréchal Duc de Boufflers, le plus détaillé et le
plus honorable qu'on puisse voir du 9 Octobre-
1705
Il commença à servir dès l'année 1679. en
qualité de Lieutenant dans le Régiment Royal
des Vaisseaux . Il fut ensuite en 168. Capitaine
dans le Régiment de Piemont. Une affaire d'honneur
et qui lui merita l'estime et la protection
du Maréchal de Duras , l'engagea d'entrer en
1688. dans la Compagnie des Gardes du Corps ,
que Commandoit ce Maréchal. Il fut fait successivement
Sous Brigadier , Chevalier de S. Louis
et Brigadier. Il eût ensuite commission de Capitaine
de Cavalerie ; enfin en l'année 1717. il
fut
MAR S.. 1736. 599
fut nommé Exempt des Gardes du Roy dans la
Compagnie de Charost .
Il s'étoit retiré à Poissy à cause de son âge
et ses infirmités ; il y a vécu et y est mort d'une
maniere édifiante, aimé et generalement regretté.
M. Darnand a cû plusieurs Freres , dont l'an
étoit Lazare Darnaud , son puisné , a servi long.
temps dans la Marine et est mort en 1721
Commandant les Troupes de la Marine à
Quimper. Il est parlé de lui dans le Mercure
du mois de Juillet mil sept cent trente , page
1510. à l'occasion de son voyage aux Indes
Orientales sur les Vaisseaux du Roy , en qualité
de premier Lieutenant du Commandant. Deux
de ses fils sont aussi morts dans le Service , le
premier tué d'un coup de Canon , âgé seulement
de 19 ans , sous les ordres de M. Hennequin
en qualité de Garde de la Marine ; et le second
mort à Toulon en 1731. Brigadier de la
Compagnie des Gardes de la Marine.
2
Le 14 Fevrier Charles de Cugnac , Chevalier ,
Baron d'Imonville et d'Orinville en Beausse ,
mourut dans son Château d'Imonville , agé d'environ
69 ans. Il avoit épousé en 1699. Marie-
Denise de Fleurigny , Fille de François le Clerc
de Fleurigny , Baron de la Forêt , Seigneur d'Ossainville
en partie , et de Marie de Paviot. Il n'en
laisse que cinq Filles , dont la plus jeune est Religieuse
de N. D. de la Congrégation à Estampes.
Il avoit eû un Fils nommé Charles de Cugnac
, Capitaine d'Infanterie dans le Regiment
de Conti ; mort au mois de Mai 1729. dans la
are année de son âge.
Le 27. D. Antoinette Borey , Fille de feu Antoine
Borey , Conseiller d'Etat , Premier Prési
1 v deur
600 MERCURE DE FRANCE
dent de la Chambre des Comptes , Cour des Ay--
des et Domaine du Roy à Dole , mort le 16-
Mai 1702. agé de 75 ans , et Veuve de N. .. ..
Guy d'Airebaudouse , Seigneur , Marquis de
Clairan , Lieutenant de Roi au Gouvernement de
Besançon , mourut à Besançon dans la 80e année
de son âge , étant née le 6 Novembre 1656.
Elle n'avoit eû que deux Filles ; la premiere ,
Françoise Guy d'Airebaudouse de Clairan , avoit
épousé le Comte du Bessey , Mestre de Camp de
Cavalerie , et mourut en 1717. laissant une Fille
unique , nommée Louise - Magdelaine - Gabriellede
Gentils du Bessey , mariée en 1724. avec Henri-
Joseph de Vassé , Marquis d'Esguilly , Seigneur
de Marsilly , appellé le Comte de Vassé ,›
Mestre de Camp de Cavalerie , et premier Cornette
des Chevaux - legers de Bretagne , dont elle
est restée veuve avec des enfans le 6 Novembre
1733. La seconde Fille de la feuë D. de Clairan
se nommoit Therese Eleonore Guy d'Airebaudouse
de Clairan , et avoit épousé N …….. Petit ,
Sieur de Marivats , Commissaire Provincial , er
Ordonnateur des Guerres en Franchecomté , er
Intendant au dernier Camp de la Saone , Frere
de N .... Petit , Sieur de Boisdonné , Gentilhomme
ordinaire du Roi . Elle mourut à Besan-
Novembre de l'année derniere 1735.
çon le 2
agée de 3 ans , laissant une Fille , mariće
Jean Jacques Pourcheresse , Baron d'Estrabonne
, Conseiller au Parlement de Besançon ; et
un Fils , Lieutenant au Regiment de la Marine.
La Famille de Guy d'Aircbaudouse , est du Diocèse
d'Usés en Languedoc . Elie fut maintenuë
dans sa Noblesse par Jugement du 10 Décembre
1668. aiant prouvé jusqu'en 1554. Elle porte
pour Armes d'Azur à une Gerbe d'or..
MARS. 1736.- 661
Le 29. D. Marie Poulletier , Epouse de Pierre
François Doublet de Bandeville , Seigneur de S.
Aubin sur Yonne , Conseiller au Parlement de
Paris , auquel elle avoit été mariée le 13 Juillet
1734. mourut après être acouchee la nuit précédente
de deux Filles , dont la derniere n'a pas
vécu . Cette Dame étoit agée d'environ 26 ans ,
et Fille de Pierre Poulletier , Seigneur de Ninvil
le , Maître des Requêtes honoraire de l'Hôtel
du Roi , et Intendant de la Généralité de Lyon ,
ci-devant Intendant des Finances ; et de feue D.
Henriette - Guillaume de la Vieuxville: Elle avoit
épousé en premieres Nôces Edme- Louis de Boulogne
, Sieur de Coiseau , Receveur géneral des
Finances de la Géneralité de Tours , dont elle
étoit restée veuve sans enfans au bout d'environ
17 mois de mariage au mois de Décembre
1732.
Le Mars , Jean Maucomble mourut à Sedan
dans la 109e année de son âge. Il étoit un de
ceux qui escortoient leConvoi que le grand Prince
de Condé , qui n'étoit alors que Duc d'Enguien,
introduisit dans Rocroy en 1643. et il étoit Fre
re de la Veuve Creté , qui mourut agée de 111
ans le premier Novembre 173 5. au Château d'Eponne
près d'Alençon , apartenant à René
Hérault , Conseiller d'Etat et Lieutenant géne.
ral de Police de Paris , dont elle avoit été Gouvernante
, de même que de son Pere , et de son
Grand - pere.
Le ... Mars , D. Catherine Charlotte Sevin
de Quiney , Epouse de René Jourdan , Seigneur
de l'Aunay , et de la Bretonniere , Gentilhomme
de Normandie , Gouverneur du Château de la
Bastille à Paris , et Chevalier de l'Ordre Militai
I vj.
7
602 MERCURE DE FRANCE
re de S.Louis,avec lequel elle avoit été mariée en
1721. mourut dans le Couvent de la Raquette
au Faubourg S Antoine , sans laisser d'enfans ,
dans la 37e année de son âge , étant ne
Août 1699. Elle étoit Fille unique de Charics
Sevin de Quincy , Brigadier des Armées du Roi
Lieutenant géneral de l'Artillerie , Lieutenant de
Roi en la Province d'Auvergne , et Chevalier de
S. Louis , et de D. Genevieve Pecquot de Saint-
Maurice.
La nuit du 6 au 7, Lonis -Jean-Julien de Prunay,,
Avocat au Parlement de Paris , immatriculé le 6
Août 1705. mourut d'une fluxion de poitrine
agé d'environ 57 ans , fort regretté à cause de sa
capacité , de sa sagesse et de sa probité. Il étoit»
un des premiers et des plus employez du Barreau
pour la Consultation , ayant renoncé depuis 3 à
4 ans à la Playdoirie, dans laquelle il avoit aquis
beaucoup de réputation . Il étoit dans plusieurs
Conseils , entr'autres dans celui de la Marine ,
et dans celui du Duc de Bourbon. I avoit épou
sé en secondes nôces une Fille de feu Guillaume
Tartarin , Conseiller Secretaire du Roi , celebre
Avocat au Parlement , et Avocat de la Reine ,
mort le 11 Septembre 1732. Il n'en laisse qu'une
Fille .
Le 8 du même mois Baltazard Barbin "
Doyen des Avocats au Parlement de Paris , où
il avoit été immatriculé le 11. Août 1662. mourut
aussi agé d'environ 93 ans ,
Le 11. Jean- Victor Baron de Besenval Bronstatt
, du Canton de Soleure , Lieutenant General
des Armées du Roy et Colonel du Régiment des
Gardes Suisses , mourut à Paris subitement d'ume
apoplexie, dont il fut frapé en dinant. Il étoit
âgé
MARS.
1736.
603
agé de 66. ans. Il avoit été fait
Brigadier d'Infanterie
le 10. Février 1704
Chevalier de l'Or
dre Royal et
Militaire de S. Louis en 1705. Maréchal
Camp le 29. Mars 1710. et enfin Lieutenant
General le
premier
Fevrier1719. après la
aix
d'Utrecht? il fut nommé Envoyé
Extraordi
naire du Roy auprès du Roy et de la
Republique
de Pologne , ou après avoir résidé
plusieurs années
; il obtint son rapel au mois de Fevrier
1721. il fut fait le 11.
Decembre 1722. Colonel
du
Régiment des Gardes Suisses , dont il avoit
obtenu la
Lieutenance
Colonelle au mois de Juin
précedent. Il avoit épousé
Catherine , née
Comtesse de
Biclinsk. Il en laisse
Théodore-
Elisabeth de Besenval -
Bronstatt , qui fut mariée
à l'âge de 14 ans le 12.
Septembre 1733. avec
Charles-
Guillaume- Louis de
Broglio , fils de
Charles-
Guillaume
Marquis de Broglio , Lieu
tenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur
de
Gravelines , et de feuë Marie -
Magdelai
ne Voysin , fille du
Chancelier de France de ce
nom .
La veuve Louise le Maire ,
mourut le 11. dans
la Paroisse
d'Enonville en Beausse , àgée de
101. ans .
Le 14 Charles de Cailhou d'Esignac,
Chevalier
premier Ecuyer de feu S. A. S. Henri de Bourbon
légitimé de France Duc de Verneuil , mourut
à Paris , agé de 5 ans. Il étoit veuf depuis
le 28. Janvier dernier de D. Jeanne Gallois de
Vaudricourt , Dame
d'honneur de feüe S. A. S.
Charlotte Segurer ,
Duchesse de Veineüil , er
morte âgée de 88. ans 3. mois . ainsi qu'on l'a
raporté dans le Mercure du mois de Janvier
dernier,
Le
604 MERCURE DE FRANCE
Le 16. François Procope Couteaux , Sicilien ,
fameux Ma.chand de Liqueurs , établi vis à vis
l'Hôtel des Comediens ordinaires du Roi
mourut dans la 86. année de son âge , étant né à
Palerme en 165 1. Peu d'hommes étoient plus generalement
connus et plus estimés dans sa profession,
à Paris, dans les Provinces, et même dans
les Pays étrangers, à cause de sa probité,de l'étendue
et de la droiture de son Commerce. Il vint
à Paris fort jeune , et peu de temps après l'arrivée
de Soliman Aga , Ambassadeur du Grand
Seigneur en 1669. lequel fit voir pour la premiere
fois du Cafe à Paris . Le sieur Procope fût
un de ceux qui en introduisuirent l'usage public ·
dans cette Ville , et le premier qui établit dans
la Foire S. Germain une Boutique à Café , ornée
et embélie , comme on en a vû depuis plusieurs
autres à son imitation , en ajoutant au Café
bien préparé , du Thé , du Chocolat , et des
Liqueurs de toute espece , &c. Laurent Alexandre
Procope Couteaux , l'un de ses fils , conunue le
même Commerce : il est fort habile et très- recherché
pour les Dessserts d'aparat et pour tout
ce qui regarde l'Office, les Glaces et les autres Liqueurs
fraîches et chaudes , &c . Il a deux Freres
Medecins de la Faculté de Paris .
Le 19. Louis Henri d'Auber de Daubeuf, Chevalier
de l'Ordre Royal et militaire de S.Louis ,
et ancien Capitaine de Cavalerie , mourut subitement
d'une ataque d'apoplexie à Paris , dans
Papartement d'une Dame , à laquelle il étoit venu
rendre visite . Il étoit d'une famille noble de
Normandie originaire du Pays de Caux , ou
est située la Terre de Daubeuf, On en a dit un
mot dans le Mercure de Juillet 1735. P. † ( 99. №
Poccasion
MARS. 1736. 605
Foccasion de la mort de l'Abbé de Vertot ( René
d'Auber ) connu dans la République des Lettres , et
qui étoit de cette même famille . On trouve dans
le nouveau suplement du Dictionnaire historique,
un Eloge de cet Abbé , fort curieux et très- bien
circo nstancié.
Le 23. Jacques Charles de Brisacier , Prêtre ,
Conseiller , Aumônier , Prédicateur de la feue
Reine Marie Thérese ' d'Autriche , ancien Supérieur
du Séminaire des Missions étrangeres , cidevant
Abbé Commandataire de l'Abbaïe de N.
D. de Flabemond , Ordre de Prémontrés , Diocèse
de Toul , mourut à Paris dans le même Séminaire
, dans la 95. année de son âge. Il avoit
succedé tant dans la supériorité des Missions
étrangeres , que dans l'Abbaje de Flabemond , à
Laurent de Brisacier , mort Doien de S. Sauveur
de Blois , le 15 Février 1690. âgé de 80. ans
et qui avoit été Précepteur du feu Roi Louis
XIV. Celui qui vient de mourir est oncle de
Nicolas de Brisacier , Docteur en Théologie de
la Faculté de Paris , Maison et Societé de Sorbonne
, du 7. Août 1696 .
3
Le Mars , D.... Cassini , fille de Jacques
Cassini , Maître ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris , Directeur de l'Observatoire ,
et Membre de l'Académie des Sciences , et Epou
se de Philippe Bregett , Conseiller au Grand
Conseil , Commandeur et Trésorier general des
Ordres de N. D. du Mont Carmel , et de S..
Lazare de Jerusalem , mourut 19. jours après
être acouchée heureusement. Elle étoit mariée
depuis le mois de Novembre 1729.
Le Mars , François Louis le Conte de Nonant ,
Marquis de Nery , fils de Jean François le Conte
de
807 MERCURE DE FRANCE
de Nonant , Marquis de Pierrecourt, Seigneur de
Betteville , Nery , &c. et de De . Marie Luce de
Lancy de Raray, son Epouse,mourut à Paris ,âgé
d'environ 39. ans . Il avoit été marié le 11. Mars
1731. avec Louise Josephine Chevalier , qu'il
laisse veuve à l'âge de 22. ans , étant née le 29 .
Mars 1714. Elle est fille ainée de Jacques Amable
Claude Chevalier , Baron d'Amfernel , Seigneur
de Viessay , ci devant grand Maître des
Eaux et Forêt de France au département de Picardie,
Artois, Boulonnois et Flandres , et de De.
Louise Françoise d'Ailly , son épouse .
Le Mars , De. Marie de S. André , épouse
de Daniel de Joyeuse , Seigneur de Montgobert ,
apellé le Marquis de Joyeuse , ancien Mestre de
Camp de Cavalerie,avec lequel elle avoit été marié
le 7 Février 1707. mourut à Paris , agée de 97 .
ans. Elle étoit fille de Jean de S. André , Seigneur
de Villebouzain , reçu Conseiller Secretaire du
Roi , Maison Couronne de France , et de ses Fi
nances en 1621. et Fermier general de S. M. et
de Marie Courtin , sa deuxième femme , et elle
avoit épousé en premieres noces au mois de Noveinbre
1664. Charles Albert Renart de Fuchsamberg
, Marquis d'Arson , Comte de Moucy,
Seigneur de S. Basle , Rumigny , &c. Grand
Maître et general Reformateur des Laux et Forets
de France , au département de Champagne
, Merz , Toul et Verdun , Luxembourg et
Alsace , et Gouverneur de Bethel , qui testa le:
30. May 1701. Elle laisse des enfans de celuici
.
Le 26 Jacques du Mans , Prêtre , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris . Maison
et Société de Sorbonne , du 17. Avril 1708 .
Abbé
MARS. 1736. 607
1
Abbé Commandataire de l'Abbaye de Barzelles ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Bourges , du s .
Avril 1733. et Conseiller en la grande Cham
bre du Parlement de Paris , mourut subitement
dans son lit , âgé de 66. ans . Il avoit été reçu
au Parlement le s . Juillet 1713. et étoit monté
en la grande Chambre au mois de Novembre
1732. Il y a été remplacé par Louis Charles Vincent
de Salaberi , âgé de 39. ans , Conseiller de
la cinquiéme Chambre aux Enquêtes , où il a
été reçu le 11 Mai 1720 .
Le 27. Louis de Nyert , Marquis de Gambais ,
Seigneur de la Neuville, premier Valet de Chambre
du Roi , et Gentilhomme ordinaire de sa
Maison , Lieutenant de Roi en Franchecomté ,
Gouverneur de Limoges , Capitaine , et Concierge
du Château du Louvre , mourut d'une fu
zion de poitrine , à Paris , en la Capitainerie du
Louvre , âgé d'environ 55. ans . Son fils ainé ,
âgé de 27. ans , étoit mort quatre heures avant
lui , d'une même maladie , et l'un et l'autre furent
transportés ensemble , le lendemain sur le
midi , au Cimetiere des SS. Innocens , où le Pere
avoit ordonné sa sépulture Il avoit épousé la
fille unique de feu Denis de Marsollier , Conseiller
au grand Conseil , mort le 12. Décembre
1708. et de feu Jeanne Durant , morte le 14 ,
Juillet 1733. Il n'en laisse qu'un fils agé de 23 .
ans, et reçu
en survivance
de sa Charge
de premier
Valet
de Chambre
, et deux
filles
, dont
l'aïnée
est Carmelite
, et la cadette
, âgée
seulement
d'eviron
5. ans . Le sieur
de Nyert
étoit
le troi
siéme
de pere
en fils , qui remplissoit
la Charge
de premier
Valet
de Chambre
de S. M.
Dans le mémoire qui a éte envoyé à l'occasion
60% MERCURE DE FRANCE
que

casion de la mort de De . Anne Louise de Bout
lainvilliers , et non de Boulainvillers , comme il
se trouve écrit par erreur, Dame du Vaulmain
raportée dans le Mercure de Fevrier dernier , p.
On a avancé le Chevalier de Fontette , 390.
fils cadet de cette Dame , avoit été tué à la bas
taille d'Hochstet , étant Colonel du Régiment
d'Aunix. Il est bien vrai qu'il fut tué à cette bataille
qui fut donnée le 13. Août 1704. mais il
ne futjamais Colonel du Régiment d'Aunix . C'étoit
le feu Marquis de Lionne , qui étoit alors
Colonel de ce Régiment , qu'il avoit acheté au
mois d'Avril precédent , du Vicomte de Polignac
, qui avoit été fait premier Colonel à sa
création en 1684. On a hazardé encore d'autres
choses dans ce mémoire , où l'on dit , en par-
Jant de la Maison de Trie , que l'on prétend
branche de celle de Gisors et de Chaumont , que
l'une et l'autre sont issues du Sang de nos Rois.
Mais la Maison de Chaumont en Vexin , dont
on fait descendre par conjectures celle de Trie ,
n'avoit rien de commun que le nom , avec les
Seigneurs de Chaumont , puisnés des Comtes
de Vermandois , qui étoient véritablement issus
des Rois de France de la troisiéme race , com.
me il est démontré dans l'Histoire des Rois et
grands Officiers de France , derniere Edit . vol.
1. p. 635. Catherine de Trie , dont il est parlé
dans ce mémoire , n'étoit point fille de Philippe
de Trie , que l'on qualifie Grand Maître des
Arbalêcriers . Elle étoit fille de Jacques de Trie ,
Seigneur de Roulleboise , er de quantité d'autres
Terres,mortle٢٠Octobre1432suivantl'Histoire
des grands Officiers de la Couronne , vol.
6. p. 675. Il n'y a eu de cette Maison que
Renaud
MARS. 1736. 609
Renaud de Trie , Seigneur de Serifontaine , qui
ait été Maître des Arbalêtriers de France. II
exerçoit cet Office en 1394. et 1395. vol. 8. des
grands Officiers p . 61.
EPITAPHE de Mlle Baron
d'Amiens , morte le 8. Mars 1736.
LAcrainte du Seigneur étoit l'heureux partage
De celle qui gît en ce lieu ;
Sa conduite en tout temps fut prudente , humble
et sage ,
Tout son espoir étoit en Dieu.
Veuve avec douze enfans , faire sans
que
richesses
La Providence est un trésor ,
Nous disoit- elle à tous , la vertu , la sagesse
Sont bien d'un autre prix que l'or.
Profités , mes enfans , du temps qui passe vîte,
Respectez la Divinité ;
Scachez que des vertus l'heureuse et douce suite
Est toujours l'immortalité.
Ah !
612 MERCURE DE FRANCE
de Coëtlogon , Vicomte de Loyat , &c . et de
D. Anne Auvril , épousa D. Marie- Magdelaine
de Johanne Delacarre de Saumery , fille de Jean
Baptiste Johanne de Lacarre de Saumery , Maréchal
des Camps et Armées du Roy, cy- devant
Sous-Gouverneur de S. M. et de D. Magdelai
ne Benigne de Lusse.
La nuit du 29. Février au premier Mars , le
Mariage de Jean- Baptiste Paulin Daguesseau de
Fresnes , Conseiller d'Etat , fils de Henry François
Daguesseau, Chancellier de France, et de feuë
De . Anne Lefevre Dormesson , avec Dlle ....
Du Pré, fille de Louis François Du Pré ,Conseil
ler au Parlement , et de D. Anne Louise Robert
a été celebré dans la Chapelle du Château de
Fresne en Bric , par l'Archevêque de Rouen. La
nouvelle Mariée est fille unique , et d'une Fa
mille ancienne , qui descend de Nicole Du Pré
reçu en 1513. dans un Office de Maître de
Comptes , dont fut pourvu en 1527. Nicol
Du Pré son fils, par la résignation et démission
du pere
TABLE.
IECES FUGITIVES. Les Ruses de l'Amour

Eglogue, 40
Suite d'une Question jugée au Parlement de
Roüen ,
406
Traduction des Vers Latins de M.Deslandes, 426
Lettre de M. Maillart à M. Thourette , sur les
Donations , & ,
Lacrima , &c.
430
433
Deuxième

+
Deuxième Lettre du P. D. T. du Plessis , au sujet
de la Dissertation de M. le Beuf , sur le
Soissonnois
436
450
Le Printemps , Cantate ,
Perspective de la nouvelle Rape à Tabac , 452
Chanson Anacréontique , 472
Lettre sur l'Acad . de la Rochelle et Discours , 474
Bouquet à Gabrielle ,
48 I
Relation du funeste accident arrivé à un Religieux
,
Enigmes , Logogryphes , &c.
486
498
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c.
500
5o3
Discours Evangeliques sur differentes verités, so I
La Mort de César , Tragédie ,
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres , & c . 509
520
Ecole de Cavalerie, par M. de la Gueriniere, 517
Sentences et Instructions Chrétiennes, &c. 518
Traité de la Coupe des Pierres , &c.
Continuation de l'Histoire des Empires et des
Républiques ,
ibid.
Nouvelle Edition du Glossaire de M. Du Cange,
7
527
Discours de l'Abbé Segui et de l'Abbé de Rothelin
à l'Académie Françoise , & c. 523
Garçon de 7. ans, qui a près de s . pieds de haut,
528
Acte celebre de Medecine en l'Université de Bo.
Estampes nouvelles ,
logne , 529
ibid.
Morts de Personnes Illustres , &c.
531
Chansons notées , & c.
Spectacles ; Balet des Indes Galantes , Extrait
533
Tambourin du Balet des Indes , Parodie ,
Clôture du Theatre et Discours ', & c .
537
Tragédie d'Alzire , 20e Représentation, &c . 539
540
Vers sur la Tragédie d'Alzire , 543
Les Sauvages , Comedie , &c.
ibid.
Nouvelles Etrangeres , de Constantinople et
d'Afrique , 551
De Russie , Allemagne , Italie et Portugal , 553
Hollande et Angleterre , 559
Morts , Baptêmes et Mariages des Pays Etrangers
,
Mariage du Duc de Lorraine ,
558
559 France, Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 563
Calcul de la Loterie Royale de Turin ,
Mort , Naissances et Mariages ,
Epitaphe ,
571
596
607
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 396. ligne 11. Foumieres , lisez , Four-
P. 559. 1. 4. du bas , le 12. ajoûtez Fevrier,
Za Chanson notée doit regarder la page
Le Sort dela Loterie de Turin , la page
533
392
MERCURE
DE FRANCE ,

1
DE DIE AU ROr
AVRIL 1736.
COLLIGIT
SPARCIT
Chez.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter jur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AVRIL. 1736.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EGLOGUE.
A Mademoiselle D ... pour le jour de
M
P
sa Fête.
Tirsis et Mopsus .
Rofitons , cher Tirsis, du moment
gràcieux ,
Que la fin d'un beau jour nous
accorde en ces lieux.
Chantons ; ma voix n'est pas à chanter indocile
Pour vous , noble Berger, vous primez dans nos
Bois.
A ij Non ,
614 MERCURE DE FRANCE
Non , je n'en connois point dont la main plus
habile
Scache mieux accorder la Musette à nos voix.
T. Mopsus , relevez moins un si foible avantage,
Allons plutôt nous seoir sous ces Pins toujours
verds.
Là cent petits oiseaux par leur tendre ramage ,
Nous invitent d'unir nos chants à leurs concerts;
Levons-nous ; suivez - moi , je vais vous y conduire
.
M. Que votre offre me plaît ; que j'aime vos
Chansons !
Toujours vous les semez d'agreables leçons ,
Toujours vous avez l'art et de plaire et d'instruire.
Chantez Cerès, Pomone, et leurs dons précieux;
Chantez les Aquilons , et le ravage horrible
Que cause dans nos champs leur sifflement terrible
;
Chantez de Flore enfin le retour gracieux.
T. Non , Mopsus aujourd'hui sur un air moins
vulgaire ,
J'ai dessein d'exercer mes foibles chalumeaux .
Hier je l'inventai pour plaire à ma Bergere .
Hélas ! c'est le récit de ses funestes maux,
Daphnis n'est plus , la Parque impitoyable
A coupé le fil de ses jours.
Daphnis n'est plus ! une nuit effroyable
Couvre ses beaux yeux pour toujours .
Tendres Bergers , vous tous qui le connûtes ,
Quels
AVRIL. 1736. 615
Quels furent alors vos regrets ?
Quels tristes sons vos Hautbois et vos Flûtes
Firent repeter aux Forêts ?
Tout gémissoit. Une sombre tristesse
Tenoit tous les coeurs accablés .
Loin de ces lieux les ris et l'allegresse
Sembloient , hélas ! s'être envolés .
Le Rossignol disoit dans son ramage ,
Daphnis succombe avant le temps ,
L'Echo plaintif répondoit du Rivage ,
Daphnis périt dans son printemps.
O destinée affreuse , déplorable !
O jour terrible pour Doris !
De son Berger Doris inconsolable
Fit tout retentir de ses cris.
Au fond des Bois pour se livrer aux larmès ,
Nous la voyons se retirer ;
Son coeur touché ne trouvoit d'autres charmes
Que ceux de toujours soupirer .
Telle à l'écart la tendre Tourterelle
Gémit et s'épuise en règrets
Sur le malheur de son mari fidelle ,
Qu'elle a vû pris dans les filets.
Le jour voyoit soupirer la Bergere ;
La nuit la trouvoit dans les pleurs ;
Tout l'accabloit ; tout croissoit sa misere ,
Tout lui rapelloit ses malheurs .
Lieux retirés , jadis dépositaires
Des feux dont ils étoient épris.
A iij Repetez
616 MERCURE DE FRANCE
Repetez-nous , Boccages solitaires ,
Les plaintifs regrets de Doris.
Daphnis , Daphnis , trois fois s'écrioit- elle
Daphnis ne m'entendez - vous plus
Tendre Berger êtes vous infidelle ?
Vos sermens sont- ils superflus ?
Ah ! j'esperois de votre foi donnée ....
Mais où m'emporte ma douleur ?
Où m'égarai- je , Amante infortunée ?
Le Ciel seul cause mon malheur.
Oui , Dieux cruels , jaloux, inexorables ;
C'est vous qui m'enlevez Daphnis..
Aimez-vous donc , Destins irrévocables
A séparer deux coeurs unis ?
Que n'avez-vos frapé plutôt ma tête ,
Et pour ses jours coupé les miens ;
A les donner pour Daphnis j'étois prête &
Heureuse de sauver les siens.
M. Que vos Chansons, Tirsis, ont charmé mon
oreille !
La pluye est moins sensible à nos sillons brulés
Où l'ombre d'un Platane aux passans accablés.
Non , non ; jamais Glaucus n'eut de grace pareille.
En vain tout retentit des charmes de Glaucus ;
En vain tous nos Bergers lui cedent la victoire ,
Vous seul, si vous l'aimiés , auriés toute la gloire..
T.Ah frivoles honneurs qui ne me touchent plus.
Puissent plutôt ces airs dont vous vantez l'adresse
Adoucir
AVRIL. 1736. 617
Adoucir les rigueurs de l'aimable Doris !
Qu'ils puissent dès ce jour mériter sa tendresse !
Mon coeur pour ses efforts ne veut point d'altre
prix ;
Mais en vain je l'espere ; elle est toujours cruelle.
M. Pour vaincre, cher Tirsis, il faut perseverer.
T. Depuis un an je l'aime et soupire pour elle ,
N'est-ce donc pas , Mopsus , constamment soupirer
?
Je m'anime pourtant. De son aimable Fête
J'attends avec ardeur dans deux jours le retour
Fleurs,vous n'ornerez point ni son sein ni sa tête ;
Mes Vers pour cette fois lui diront mon amour.
Pourquoi Doris trop fidelle ,
Toujours pleurer et souffrir ?
A notre douleur mortelle
Voulez- vous ajoûter celle
De vous voir aussi périr ?
Je sçais , Bergere obstinée ,
Que votre Amant fut parfait ;
Mais las à sa destinée
Par les larmes d'une année ,
N'avez-vous pas satisfait ?
Si sa vertu , si ses charmes
N'ont pû fléchir les Destins ,
Pensez-vous donc que vos larmes
" Seront d'assés fortes armes
Pour l'arracher de leurs mains ?
Cloris triste , miserable ,
A iiij
Pleura
618 MERCURE DE FRANCE

Pleura Damon nuit et jour ;
Le Destin inexorable ,
De son Berger adorable
Accorda- t'il le retour ?
Ah ! si l'exemple est sensible ,
Imirez-le entierement ;
Comme Cloris plus paisible ,
Montrez- vous moins inflexible
Aux soupirs d'un autre Amant.
Daphnis ne vit plus , Bergere ,
Tirsis vous offre ses soins.
Qu'il ait moins de quoi vous plaire ,
Il n'en est pas moins sincere ,
Il n'en aimera pas moins.
M. Que n'inspirez-vous point , Doris trop inhumaine
,
Au Berger qu'une fois vos attraits ont touché
C'en est fait , cher ami , la victoire est certaine ;
Mais cessons ; le Soleil dans les ondes caché
Déja de nos maisons rend les routes plus sombres
,
Déja sur nos Hameaux la nuit répand ses ombres.
J. A. Yvan.
REPLIQUE
AVRIL. 1736. 619
REPLIQUE de M. le Beuf, aux
Observations du R. P. Dom Toussaints
du Plessis , imprimées dans le Mercure
du mois de Mars , touchant le mot Celtique
Dunum , et le Pays de Tellan.
Rouvez bon , Messieurs , que je
Tdende encore une place dans
votre Journal pour la Réponse que je
me vois obligé de faire au R. Pere Dom
Toussaints du Plessis , et que je m'étende
un peu plus que je n'ai coûtume de faire.
Quelque envie qu'ait eû ce sçavant Bene .
dictin de se passer d'autorités dans la
difficulté qu'il m'a faite sur le mot Du
num , il n'a pû se dispenser d'en alleguer
lui-même pour apuyer sa Découverte. Je
ne croi donc pas qu'il puisse être surpris
que je me sois fondé sur le sentiment
des Grands Hommes que j'ai cité . Non
content du suffrage des morts , j'ai crû
devoir consulter d'autres Sçavans qui
leur ont succedé , même en differentes
Provinces du Royaume , lesquels m'ont
assuré que le Celtique du R. P. D. P. leur
paroissoit nouveau et difficile à admettre;
que l'exemple du mot Dunum pour si-
A v guifier
620 MERCURE DE FRANCE
gnifier une Montagne ou une éminence,
étoit un des premiers qu'on citoit ordinairement
à ceux qui demandoient du
Celtique , et que personne n'avoit jamais
révoqué en doute le sens que l'Auteur
Grec lui donne.
Quoiqu'on ne sçache pas précisément
le siecle dans lequel cet Auteur vivoit ,
il suffit qu'il soit très ancien , pour nous
servir de témoin en ce genre. Il est au
moins plus ancien que le Moine Heric ,
qui lisoit les Auteurs Grecs ; que Florus
de Lyon , et que Bede ; plus ancien , selon
Bochart , que Stobeus , Auteur Grec ,
qu'on dit du quatrième ou cinquiéme
siecle. Et il faut qu'on l'ait crû d'un
siecle bien reculé , pour qu'on ait mêlé
ses Ouvrages avec ceux de Plutarque
et qu'on l'ait long - temps cité sous le
nom de cet Auteur. Il est vrai que le
Manuscrit le plus authentique que l'on
ait du Traité des Fleuves , ne porte point
le nom de Plutarque de Cheronée ; mais
au moins le nom de Plutarque se trouve
à la tête de ce Manuscrit dans la Bibliotheque
de l'Electeur Palatin , au raport
de Maussac , et l'on ne connoît point de
Plutarque Ecrivain Grec , qui soit posterieur
au VI . siecle. Eustathius , Archevêque
de Thessalonique au douzième
qui
AVRIL. 1736. 621
qui étoit à portée de connoître les Aureurs
Grecs , cite le Livre des Fleuves
sous le nom de Plutarque dans ses Commentaires
sur l'Iliade d'Homere. Mais
quand même l'Auteur de ce Traité n'au-
Foit écrit qu'au VI. siecle , Clitophon
qu'il allegue rend son témoignage bien
plus autentique , puisque le même
Clitophon étoit anterieur à Plutarque
de Cheronée. (a) Je puis donc esperer
qu'on ne lui fera pas moins de grace
qu'à Fortunat de Poitiers , ou à Isidore ,
qu'on suit, sur ce qu'ils ont crû venir du
Celtique. D'ailleurs l'incertitude sur le
nom d'un Auteur et sur le détail de
sa vie , est- elle une raison suffisante pour
rejetter son témoignage ? Combien y at'il
de faits historiques qui ne sont apuyés
que sur des Ecrivains Anonymes ou peu
connus , sans qu'on traite ces Auteurs
de je ne sçai qui : Dom du Plessis n'en
a-t'il jamais employé et n'en employerat'il
jamais ? Et en demandant une connoissance
si détaillée sur les Auteurs dont
(a ) Clitophon est cité par Plutarque de Cheronée,
dans ses Paralleles , à l'article de Brennus. Dom
D. P. devroit donner des raisons solides pour
ôter cet Ouvrage à Plutarque. On ne trouve rien
dans Vossius ni ailleurs qui tende à dégrader
Clitophon , comme fait Dom du Plessis.
A vj j'employe
22 MERCURE DE FRANCE
j'employe les Ecrits , prévoit - il que je
serai en droit de lui demander la mêmechose
sur les Auteurs qu'il cite et qu'il
citera dans la suite.
Quand même il seroit vrai que Sca
liger et Casaubon n'auroient pas fait une
étude sérieuse du langage Celtique , je
ne sçai si l'on peut croire que M M. de
Valois et Du Cange soient dans le même
cas , non plus que les Auteurs qui
ont donné une seconde Edition du Glos
saire de ce dernier. Il paroît à l'égard
de ceux- cy par l'augmentation qu'ils ont
faite à l'article de Dunum , qu'ils ont voulu
se mettre au fait de la signification de
ce mot. Ce que j'y lis entre deux crochets
marque qu'ils ont eû connoissancede
ce que Dom D.P.a lû dans les Recueilsdu
P. Pelletier ; mais ils n'ont point.
changé pour cela le sentiment de M.
Du Cange , et ils n'ont point affoibli .
les autorités dont je me suis servi après
lui. Ils disent au contraire que la signi
fication du mot Dunum n'est'aucune→
ment douteuse. (a)
Dom D. P. s'étoit déclaré contre les
(a ) Mirum videtur quod Dun nusquam appa→
reat in Britannico idiomate pro colle , seu monte
positum, sed tantum Doûn vel Dwfn profundus.
Ceterum dubia non est vocis Dunum significatio.
Géographes
AVRIL 1736. 615
,
Géographes,et il vous avoit marqué qu'il
les récusoit par avance ; c'est pour cela
que je ne lui en ai cité aucun pas même
Merula , qu'il cite à son tour. Je
me suis même abstenu de lui citer Adrien
Scrieckius , Auteur des Pays - Bas. Je n'ai
rien voulu raporter de Goropius ; auquel
M. Du Cange renvoye . Un Sçavant
plus illustre , est Saumaise, qui dans son
Livre de Hellenistica, attribuë à Dun la signification
d'éminence , parce qu'il croit
ce mot Gaulois dérivé du Grec Jour
qui signifie aussi Eminence, et qu'il prouve
avoir été dit pour Bevés : ce qu'il repete
encore ailleurs. Voyez Menage . M.
de Valois , qui devoit avoir étudié le
Celtique pour écrire sa Notice des Gaules,
y repete une infinité de fois que Du
num signifioit Montagne dans cette Lan
que ; il réfute souvent le Moine Heric ,
dans les Origines ou Etymologies qu'il
donne à certains noms de Villes , Celtiques
;mais il le reconnoît pour bon Ety
mologiste , lorsqu'en parlant de la Ville
d'Autun il a dit :
Augustidunum demum tum coepta vocari
Augusti montem transfert quod Celtica lingua.
Le P. Sirmond ', qui n'étoit pas un
homme
324 MERCURE DE FRANCE
homme superficiel , déclare aussi son
sentiment à l'occasion du Poëme de Florus
de Lyon , adressé à Moduin , Evêque
d'Autun , en ces termes :
Salve , sanete Parens , Christi venerande Sacerdos,
Augusti Montis Pastor in arce potens.
Quia Dunum , dit - il , vetere Gallorum
lingua Montem significat, Modoinum Augusti
Montis Episcopum vocat.
Dom Mabillon étoit si persuadé que
Dunum signifioit Montagne chés les Cel
tes , qu'en deux endroits de ses Siecles
Benedictins , il n'hésite point à traduire
Pseudunum par Semont , ajoutant : Nam
Dunum apud veteres Gallos Montem signi
ficabat , et dans sa Table Onomastique à
la fin du second Tome des mêmes Siecles
, il confirme que Dunum signifioit
Mons par un des passages
de Bede , que
j'ai raporté dans ma premiere Lettre.
Dom Duplessis me dira encore que le
P. Sirmond et Dom Mabillon n'avoient
pas plus étudié le Celtique , que M. du
Cange et M. de Valois.
Il veut , pour être cru sur les ori
gines du Celtique , qu'on ait fait profession
d'étudier cette Langue et cependant,
lors qu'il est évident qu'on en a
fait une étude particuliere, et après qu'on
s'est
AVRIL 1736. 624
s'est expliqué conformement à l'ancien
'ne tradition , D. D. P. recuse encore les
témoignages , tout formels qu'ils sont.
C'est ce qu'il fait à l'égard de Bochart et
de Cambden , et il se réduit à dire qu'ils
ont suivi le torrent. Pour moi il me
semble que s'ils l'ont fait , c'est avec
connoissance de cause. En un mot , tour
le monde sçavant a été si persuadé jusqu'à
présent , que Dun signifioit en Celtique
, Montagne ou Eminence , qu'on
regardoit cela comme une des premieres
notions , qui ne souffroit aucune difficulté
: vulgare est , dit Maussac : ( a) nemo
ambigit, dit Vossius. ( b )
"
Il m'a demandé par sa premiere Lettre
, une discussion grammaticale sur le
Dun des Celtes , et une discussion bien
raisonnée. Il m'a fait l'honneur de m'en
( a ) Cet Editeur de Plutarque s'explique ainsi
dans sa Note , sur la Riviere de Saone , p. 74. Ceterum
Dunum veteri Lingua Celtica et hodierna
Belgica , locum editum aut Montem significare
vulgare est.
"'
(b )Vossius traitant l'article de Clitophon ( de
Hist. Gracis ) lui opose Heric , Moine d'Auxerre
sur la premiere partie du mot Lugdun , et ajoute
deque ca ne hodie quidem convenit , sed de posteriori
nemo ambigit ; et n'exelut pas même Leyde
d'Hollande de l'origine de Dunum dans le sens
de Clitophon.
croire
626 MERCURE DE FRANCE
croire capable : mais en cela , n'a- t il
point demandé l'impossible ? Peut - on
discuter grammaticalement une Langue
périe depuis tant de siecles , une Langue
dont les origines sont encore restées
très- obscures , une Langue en laquelle
on ne trouve aucun écrit , et même , sur
les caracteres de laquelle on n'est pas
d'accord parmi les Sçavans? Il est heureux
d'avoir pu découvrir , comme il le mar
que dans sa premiere Lettre , que les Cel
tes écrivoient Dwrdun . Il restera à voir
si la nouvelle signification qu'il veut
donner à Dun , fera fortune . Je reconnois
par sa seconde Lettre , qu'il ne la
regarde pas comme entierement indubitable
, et qu'il ne la fonde que sur une
différence entre la Langue Celtique et la
Langue Germanique qu'il propose au
Public. Je laisserai aux Sçavans à décider
si c'est là un fondement suffisant.
Supposé que par les Germains , il
entende ceux qui vivoient du temps de
Cesar , il ne sera pas difficile de lui répondre
, que la Langue de deux Peuples
voisins , dont les uns avoient passé
dans les demeures des autres , ne devoit
pas être totalement differente .
-
A l'égard de l'objection qu'il tire du
langage de nos Bretons Armoriques
chés
AVRIL. 1736. 627
:
chés lesquels Dowfn signifie profond , je
ne la crois pas insurmontable. Il me
paroît que ce sont des choses aisées à
concilier , la hauteur et la profondeur`
étant des correlatifs . Il n'y aa de profondeur
que là où il y a des Collateraux
élevés on dit tous les jours , que l'on
sonde la hauteur d'un fossé. Or dans
les choses correlatives , il a été facile d'user
de métonymie , et que des Peuples
d'une même Langue , ayent atribué
dans la suite à l'une des choses plutôt
qu'à l'autre , le nom qui désignoit parmi
eux indiféremment ces deux choses.
C'est ce qui est arrivé dans la Basse Bretagne.
Le P. Pezron qui devoit en sçavoir
un peu le langage et les racines
n'a laissé de dire comme tous les
pas
autres , que Dun en Celtique , signifie
colline. ( a ) Le P. Hardouin né en Bretagne
comme Dom Pezron , et qui avoit
étudié l'ancienne Langue du Pays , dit
aussi que Dun signifie Montagne , dans
le langage des Celtes : il ne rejette que
l'interprétation de Lug , donnée par
Clitophon et par Chorier. L'étymologie
qu'il donne de Lyon dans son Pline ,
est Lucus-montis. ( b )
( a ) p. 425. de ses Tables , à la fin de ses An
tiquités Celtiques.
(b) In Lib. 4. Plinii Puisque
>
628 MERCURE DE FRANCE
Puisque D.P.D. me propose ses dificul
tés , je crois pouvoir aussi lui proposer
les miennes j'espere apuyer par là mon
sentiment du côté de la raison , autant
que je l'ai fait par les autorités . 1º . je
mets une diférence entre Dan et Dun,
Une simple Lettre suffit pour changer
une racine , et la seule quantité même
change quelquefois la signification de
deux mots qui s'écrivent avec les mêmes
lettres. Goropius en raporte un exemple
sensible , et qui vient à merveille au
sujet que je traite. ( a ) Si selon Samuel
Bochart , Dan signifie bas , en latin inferius
, il n'en faut pas conclure que Dun
ou Doun signifie la même chose. Bochart
dit lui- même qu'il faut prendre garde
de s'y tromper : qua sedule sunt distinguenda.
2 ° . Si Dun signifioit chés les
( a )Inter alia quibus Rhellicanus majorem in
modum contendit Gallicum sermonem non eumdem
cumGermanico fuisse , addit et hoc vocabulum Dun ,
aiens id doctissimorum Hominum consensu Montem
vetustis Gallis notasse , et nunc Germanis nom
montem sed tenue significare Scio quidem
Dun tenue denotare , atque in hac significatione
non apud Alemannos tantum sed apud nos etiam in
usu esse quotidiano.Verum et illud scio ad hanc nominationem
indicandam vocali brevi debere pro→
nuntiari , que dum Dun pro monte dicimus ,
ga sentitur. Gorop. l. 1. Gallicor. p. 15.
lon-
Gaulois
AVRIL. 1736. 629
Gaulois et chés ceux de leurs voisins
avec lesquels ils étoient en relation , ce
que nous entendons par l'adjectif inferius
, ainsi que le dit Dom D. P. il s'ensuivra
que quantité de noms locaux
terminés en Dunum , fourniront une idée
fort peu satisfaisante , par la réunion de
cet adjectif avec certains noms propres,
Il faudra rendre Augustodunum ou Au
gustidunum par Augusti-inferius : Juliodu
num par Julii inferius : Camulodunum par
Camuli inferius , et ainsi des autres noms
semblables. Or je ne vois point de justesse
dans un tel assemblage , au lieu
qu'en attribuant à Dunum , l'idée d'un
nom substantif tel que Collis ou Mons ,
il y a visiblement un peu plus de sens .
Sorbiodunum qui est l'ancien nom de Sarisbery
, connu dans l'Itineraire d'Antonin
, deviendra un nom également déraisonnable
, puisqu'il signifiera Siccum
inferius ; ce qui renferme une contradiction
visible; au lieu que Siccus Collis est
une explication très naturelle , et d'ail
leurs autorisée par la description que
diférens Ecrivains anciens ont faite de
Sarisbery. (a) Je ne donne point tous ces
уа
(a ) Castellum aqua penuria laborans. Guill
Malmesbur.
Est ibi defectus limpha , sed copia creta :`
exemples
33 MERCURE DE FRANCE
exemples comme également frapans :
mais au moins doit-on sentir la force
de ce dernier.
Si D. D. P. veut bien avouer que dans
le mot Augustodunum , la derniere partie
signifie Montagne ou Colline , je lui
demanderai à mon tour , comment les
Romains et les Gaulois qui donnerent
à la Capitale des Heduens , ce nouveau
nom , purent l'emprunter des Teutons
ou Germains. S'ils ne l'ont pas emprunté
d'eux , ce fut donc du Celtique et du
Latin que ce nom fut formé . Comment
seroit-il arrivé en effet que des noms
finissant en Dunum , eussent été donnés
à tant de Mortagnes qui l'ont porté
et qui le portent , par des gens dans la
Langue desquels ce nom signifioit un
Lieu bas inferius? C'est cependant ce qui a
dû arriver , puisque ces noms sont attestés
avoir été en usage dans le premier
second et troisiéme Siecle , long temps
avant que les Teutons ou Germains eussent
pû communiquer dans les Gaules
et dans les Isles Britanniques leur Langue
corrompuë ; non seulement les Auteurs
de ces temps là mettent les noms
Savit ibi ventus.Poëta Anonym Guillel . cooevus.
Erat locus ille ventis expositus , sterilis , aridus.
Petrus Bles. in Epist .
terminés
AVRIL. 1736. 635
terminés en Dunum , dans la bouche des
Romains , mais encore les Inscriptions
Romaines des mêmes Siecles , les contiennent.
Telle est celle où est nommé
Camulodunum , dont j'ai déja parlé, qui portoit
le nom du Dieu Mars , apellé quelquefois
Camulus par les Belges et par les
Bretons Insulaires , leurs voisins. Il y en
a où on lit le nom de Seduni , ( á ) d'autres
renferment le nom de Vicani Mino
dunenses. (b)
3. On sera encore bien plus emba-
Lassé pour trouver quelque chose de raisonnable
dans les noms des Lieux terminés
en dunum , qui sont nommés dans
les Commentaires de Cesar. Comment ,
par exemple , reconnoître l'idée que donne
inferius dans la situation d'Uxellodunum
du huitiéme Livre ? L'Historien
qui écrivoit du temps des Celtes , décrit
ainsi cette petite Ville : Oppidum naturâ
loci egregiè munitum , cujus omnes partes
preruptissimis saxis erant munita , quo armatis
ascendere esset difficile. Et plus bas :
Flumen infimam vallem dividebat , quæ pene
totum montem cingebar in quo positum
erat præruptum undique Oppidum Uxellodunum.
Je ne sçai pas ce que signifioit
( a .) V. Gruter.
(b ) Selecta. Gall. Antiq. Maffei Epist. 3 .
au
332 MERCURE DE FRANCE
au vrai le nom Uxello , sinon que je pense
qu'il a signifié chés les Anciens une
espece de promontoire . (a) Mais quelque
chose qu'ait signifié alors le mot Vxell ,
il n'y a aucune aparence de pouvoir apli
quer ici l'adjectif inferius. Donc l'idée
que Dun signifioit un lieu bas chés les
Celtes , est insoutenable. Si c'est dans le
sens de Vallis le P. Pelletier a entendu
l'idée d'inferius , qu'il attribuë à la
racine Dun , l'Uxellodunum des Commentaires
de Cesar ne sera pas plus susceptible
de cette autre idée. La situation
du Lieu y répugne. D'ailleurs Bochart
et les autres habiles gens regardent Nant
dans le Celtique comme consacré à signifier
une Vallée. Il est vrai que quel
ques Anciens ont entendu par Nant un
Torrent ; mais cela revient assés au même
, les Torrens n'étant d'ordinaire que
dans les vallées ; et cela fait voir en passant
, que le raport des choses de l'une
à l'autre leur fait souvent donner le même
nom.
Ce rapport me paroît plus propre pour
(a ) Si Uxell. signifioit excelsus , comme le dit
Canibden , page 26. fondé sur le langage des Bretons
, cela prouvera encore plus clairement que
Dunum n'a pu signifier Inferius . Quelle bizare
idée en effet qu'un bas - haut ou un haut- bas ?
accorder
AVRIL 1736. 633
accorder les contradictions prétenduës de
Bochart , que la difference des deux Langues
Celtique et Teutonique , sur laquelle
mon sçavant Adversaire essaye de
former un systême. Ce n'est pas un petit
embarras , que d'entreprendre de démêler
ce qui est pur Teutonique , et qui
n'a jamais été Celtique , d'avec ce qui a
été Celtique , et qui a passé dans le Teutonique
et dans l'Anglo- Saxon. Jusqu'à
ce qu'on nous cite des anciens Auteurs
qui nous marquent ces différentes filiations
des noms ; je pense qu'on peut , et
qu'on doit s'en tenir à la tradition venuë
de siecle en siecle sur certains mots , tels
que Dunum ; et que ce mot en particulier
a pû se communiquer en differens
endroits de l'Europe , soit à raison de
son antiquité , soit parce que la Langue
étoit la même dans le fond et ne differoit
que par la dialecte , quoiqu'il soit
vrai de dire que c'est dans les Gaules ,
et sur tout dans la partie la plus remplie
de Montagnes , qu'il a été plus commun.
Bochart et d'autres depuis lui qui
en ont fait une longue énumeration ,
paroissent avoir crû qu'il seroit venu
d'une des Langues Orientales , car dans
l'Arabe Tun signifie une colline ou élevation
entre deux choses également basses
634 MERCURE DE FRANCE
"
ses Borel compte environ soixante
Lieux terminés en Dunum , sans y comprendre
ceux qui sont terminés
en
Tunum. On pouroit augmenter
de beaucoup
la liste , si on prenoit la peine de
les rechercher
; et cette collection
confirmeroit
qu'il y avoit toujours quelque
éminence
relativement
au voisinage ,
dans les Villes ou autres Lieux dont les
noms étoient ainsi terminés . J'y mettrois
à la tête le Bourg de la Gaule Narbonnoise
, nommé Crodunum
dans Ciceron , ( a )
nom que les Teutons n'avoient
pas donné
à ce Lieu , ni que les Romains
n'avoient
pas puisé des Teutons. J'y joindrois
Andematunum
Lingonum , qui est
certainement
sur une haute montagne et
qui porte ce nom dans des Inscriptions
et dans des Auteurs des premiers siecles,
(b) anterieurs à tout le Teutonisme
prétendu
des Gaules . Viendroit à son rang
unTauredunum
, dont Gregoire de Tours
a dit : quod super Rhodanum
fluvium in
monte collocatum
erat , et que Marius d'Avenches
apelle Mons validus Tauretunensis
, à l'an 563. ( c ) Un Pseudunum
(a) Or. pro Fonteio.
(b) Sirmond. in Notis ad Concil. Lingon, an;
859. p. 682.
(c) Lib. 4. Cap. 31. Le passage de Marius
du
AVRIL. 1736. 635
du Charollois , connu par les Actes de
la Translation des S S. Florentin et Hi-
Ifer , où on lit Castellum verò in quadam,
montis excelsi planitie constitutum ab antiquis
Pseudunum vocatur , à modernis verò
Blesmoth. ( a ) Je n'oublierois point le
Cervidunum du Diocèse d'Autun , nommé
dans des Chartes du IX . siecle , qui
n'est autre que le Bourg de Cervon sur
une Montagne au - dessus de Corbigny ,
et ainsi des autres. (b)
murs ,
>
à
Dom du Plessis s'appuie sur des Auteurs
qui pensent que tout lieu ceint de
tout édifice ou clôture propre
garder ou être gardée s'appelloit Lug en
Celtique , et il en conclut que si Clitophon
s'est mépris sur la signification de
Lug, il a pû aussi se tromper sur celle de
Dun. Je puis à mon tour recuser ces Auteurs
, et dire qu'ils sont trop recens ;
2.1 Cette
prouve qu'alors on disoit indifferemment Tauretanum
on Tauredunum , et qu'ainsi Andematunum
revient à Andemadunum. et Gorthun à Gordun.
(a) Sac. Bened. ĮV . P. ·Sac. VI. P 2.
Montagne n'est pas en Duemois et ne s'apelle pas.
Sement , comme l'a crû Dom Mabillon mais Suin.
Hugues de Flavigny a mieux déterminé le nouveau
nom . Quod olim Sedunum nunc Blismu-
Bus dicitur.
(b) Gall. Chr. nova T. 4. Instr. Eccl. Eduena.
8.47.
B mais
336 MERCURE DE FRANCE
mais j'en connois qui font attention aux
differentes manieres dont la premiere partie
du nom Lugdun a pu être prononcée,
et qui voyant qu'on a pû dire Lougou
ou Long , ou Lucht , ou Luck , ou Luyt ,
ou Lut, ne sont pas surpris des differentes
interprétations qu'on a pû lui donner,
D'autres qui paroissent avoir étudié les
Langues , disent que Dun signifioit Forteresse
en ancien Gaulois , j'en conviens.
Il ne s'ensuit de là autre chose sinon
que Lug et Dun auroient été des termes
d'une signification assez approchante ;
Mais cela ne détruiroit pas l'idée primi
tive et principale de la racine Dun , c'està
dire , l'idée d'élevation ou d'éminence,
parce qu'il a pû se faire facilement qu'on
ait donné par metonymie à la chose située
le nom de la situation même et qu'il
étoit ordinaire anciennement de voir les
Forteresses et les Châteaux sur des hauteurs.
Si quelques Lieux entourés d'eau
ont eu un nom terminé par Dunum , ce
seroit en ce même sens de Forteresse transporté
de son usage commun par raison de
convenance. Je conclus de- là que Soissons
dans la plaine où on le voit aujourd'hui
, n'a pû mériter chez les anciens.
Gaulois le nom de Noviodunum , puisqu'il
n'auroit eu aucunement l'air de Forteres-
,
SQ
AVRIL. 1736. 637
.
se par sa situation , étant dominé par toutes
les montagnes voisines. Comme cependant
il falloit que Noviodunum Suessionum
fût bâti dans ces quartiers- là , &
qu'on y trouve une de ces montagnes notables
dont le nom est derivé de Noviodunum
, il ne doit pas paroître étonnant
que j'aye regardé cette montagne comme
le lieu de la situation primitive de la Capitale
Soissonoise . Dom du Plessis m'objecte
l'exemple de Paris qu'il seroit ridicule
de soutenir avoir été bâti d'abord où est
Montmartre. J'avoue que cette position
est insoutenable , mais ce n'est pas à cause
de l'éloignement qu'il y a de Montmarcre
à la riviere , c'est parce que les Commentaires
de Cesar marquent positivement
que Lutece étoit dans une Ifle de la
Seine : Si cet Historien avoit marqué de
même que Noviodunum Suessionum étoit
dans une Ifle de la Riviere d'Aine , je me
serois bien gardé de l'aller chercher à
une demie lieue de- là sur la montagne de
Noyan.
>
Je ne reviendrai pas sur les deux exemples
que D.D. m'avoit allegués , puisque
je vois qu'il abandonne assés volontiers
celui de la Dordogne ; mais je lui contesterai
encore celui de Dun au Pays de
Caux. L'édition que Duchesne a donnée
Bij d'Orde38
MERCURE DE FRANCE
d'Orderic Vital porte Dum , et non pas
pas
Dun. Mais quand même il faudroit fire
Dun ,comme porte le manuscrit de Saint-
Evroul , ce ne seroit pas pour la raison
qu'allegue D. D. parce qu'il roule ses
caux dans un lieu bas et profond ; mais ,
comme le dit un Sçavant de Rouen qui
connoît ce Pays - là , ce seroit en ce cas ,
la Vallée qui auroit donné le nom au
Ruisseau , non parce qu'elle est profonde
, mais à cause des côteaux escarpés
qu'on y rencontre à chaque moment. Ne
suffiroit-il pas même que ce fût d'un de
ces côteaux escarpés que coulât la source
de ce ruisseau pour lui donner le nom de
Dun , si veritablement Orderic Vital à
écrit Dun ? Pour moi je regarde Orderic
comme un Historien éxact dans les pe
tits détails géographiques où il entre . ( a )
Je ne lui imputerai pas la faute d'avoir
ômis de parler de la Riviere de Fecam , à
l'endroit qui fait le sujet de notre contestation
. Il ne devoit pas en parler ,
puisqu'elle n'étoit pas sur la toute que
devoit tenir celui dont il rapporte les
voyages. J'avoue que ces voyages de
Cesar ne sont pas bien appuyés : cela ne
(a ) On m'a écrit de Saint-Evroul que le Ma
uferit qu'on y conferve , & qu'on croit être fon
@riginal porte Talam quæ Dun modo dicitur.
AVRIL. 1736 339
doit pas empêcher de croire que les Rivieres
qu'il lui fait passer n'ayent porté
les noms qu'il leur donne , et qu'on ne
doive l'en croire sur ce qu'il dit de l'ancien
nom du Ruisseau de Dun. Dom Ma
billon n'a soupçonné aucune faute en
cet Auteur dont il rapporte le passage en
question fort fidelement, (a ) et il s'en sert
pour rectifier ce qu'il avoit avancé mal
à propos dans le z tome de ses Siecles Benedictins,
sur la situation du Pays de Tellau.
Quelle impossibilité y a t'il en effet
que ce qui s'appelloit Dun de son tems
ne se fût appellé Tala dans les siecles
précedens ? On a plusieurs exemples de
changemens dans les noms des Rivieres.
Dom D. P. cite lui - même celui de la RiviereWirefleda
qu'il assure avoir eu le nom
de Durdon , comme elle p
jourd'hui.Le nom de Tala n'étoit pás rare
dans les anciens tems. Il y a eu une autre
Riviere entre Paris et Rouen dite Tella
dont je parlerai ci - après , il y a une petite
Riviere dans le Berry dite aussi Telas.
Si ce nom étoit dérivé de El , il de
voit être fort commun . Si au contraire
Tal étoit une autre racine celtique , il
pouvoit signifier ce que Dumus signifie
dans le Latin. Cela n'est pas tout à fait hors
( a ) Sec. III. Bened. T. 1. p. 370.
Biij d'ap
encore au
640 MERCURE DE FRANCE
d'apparence. ( a ) Boxhorn qui donne à
cette Syllabe Tal differentes significations
sur les Memoires de Davies , n'oublie
pas celle de Altus , procerus, ce qui reviendroit
assez à l'explication que m'a fournie
un Ecrivain de Rouen que j'ai cité
ci- dessus ce qui est confirmé par la situation
élevée des Lieux dont le nom
Tal. commence par
Dom D. P. veut qu'Orderic ait confondu
avec le ruisseau de Dun une Ri
viere qui est entre Rouen et le Vimeu ,
laquelle il prétend avoir donné le nom
au Pays de Talou . J'espere voir un jour
avec grande satisfaction la Dissertation
qu'il promet sur ce pays de Talou , et y
lire les preuves que c'est la Riviere qui
passe à
à Neufchatel , et qui se jette dans
la mer à Dieppe , qui a donné le nom à
ce Pays , parcequ'elle s'appelloit Tala ;
en attendant je persisterai à croire qu'elle
s'appelloit Deppa , puisqu'Orderic l'assure
, et que ce n'est pas elle qui a don
né le nom au Pays de Tellau , mais une
autre Riviere appellée Tella , laquelle se
jettoit dans la Seine. ( b ) Il est sûr que
( a ) Boxhorne Lexicon antiqua Lingua Britan
n.ca.
( b ) Tellau est dans les titres du VIII. & IX...
siecles , & Talou n'est que dans ceux qui sont bien
pesterieurs. Talou
AVRIL. 1736.
Talou est une corruption de nom , et
que le vrai nom a été Tellau , qui est
formé plus naturellement de Tella , que
de Tala. En soutenant que c'est de ce
Tella qui se jettoit dans la Seine que le
Pays de Tellau a tiré son nom , je lui
donnerai peut- être plus d'étendue que
ne lui en donnera la Dissertation du P.
D. P. Mais je suis fondé sur un titre de
l'Abbaye de saint Denis de l'an 78 2. à l'étendre
même jusqu'à la Riviere d'Epte
qui se jette dans la Seine, et à y comprendre
un Village situé sur cette petite Riviere
: Rem Sancti Dionysii in ipso Pago
Tellao in loco qui dicitur Sonarciaga Villa
super fluvium Itta. ( a ) La vie de saint
Germer et Frodoard ( ad ann. 923. ) donnent
le même nom Itta à la Riviere
d'Epte.
Quoique le plus grand nombre des
Villages connus pour avoir eté du territoire
de Tellau soient du côté de la mer ,
cela n'empêche pas que ce Pays n'ait été
aussi fort étendu vers le rivage droit de
( a ) On croit dans l'Abbaye de Saint Denis que
ee Sonarciaga a pû perdre son ancien nom pour
prendre celui de Saint Clair sur Epte dont le
Prieuré est encore une des dependances de cette Abbaye.
Cepeut aussi avoir été Château neuf - Saint
Denis qui est un peu plus bas sur l'Epte.
Birj la
342 MERCURE DE FRANCE
la Seine et il me paroît plus convenable
de dire qu'il a tiré son nom de la petite
Riviere de Telles , que non pas de la Ri
viere Tala , qu'on ne trouve point dans
les titres , et qui ne paroît dans aucun
Auteur , si ce n'est dans Orderic qui la
place ailleurs . Les Annales de Saint Bertin
font mention de la Riviere de Telles
à l'an 861. en ces termes : Interea Danorum
pars altera cum sexaginta navibus per
Sequanam in fluvium Tellas ascendunt indeque
ad obsidentes Castellum ( Oscellum )
perveniunt. Il est évident par ce passage
que la Riviere de Telles se jettoit dans la
Seine , et que cette jonction n'étoit pas
éloignée de l'Ile d'Oissel qui étoit à trois
ou quatre lieuës au dessus de Rouen .
Ainsi j'ai été surpris que M. de Valois aft
cru que ce devoit être l'lere qui se jette
dans la Mer au dessous de Criel , laquelle
est appellée Era ou Eara par les Anciens.
La chronique de saint Vandrille reconnoît
aussi un Fleuve Tellas dans le Pays
de Tellau . Un titre de saint Denis de l'an
770. ou environ met le Village de Pistes:
in Pago Tellan. Il me semble que tous ces
monumens rassemblés prouvent suffi
samment que la Riviere Telle qui a donné
le nom au Pays de Tellau , ou à làquelle
le Pays a donné son nom , en étoit
une
AVRIL 1736. 643
une qui se jettoit dans la Seine au dessus
de l'Ile d'Oissel , et que ce doit être vraisemblablement
celle qu'on auroit nommé
Delle ou Endelle par corruption . A
ce compte , le centre du Pays de Tellau ,
( suposé qu'une partie du pays de Caux
n'y fut pas compris ) pouvoit être dans
le Canton qu'on appelle aujourd'hui le
pays de Bray , où il y avoit quantité
d'Etangs , et où l'Abbaye de S. Denis
avoit une Pêcherie , selon un Titre de ( a) :
l'an 86 2.
Au reste le nom de Telles est si commun
, qu'il y a encore un Canton du
Diocèse de Beauvais , dont les Villages
portent le nom. On dit , par exem
ple , Fresnoy en Telles , Meru en Telles
. (b ) Ainsi , quelle impossibilté y at'il
que le petit ruisseau de Dun alt
aussi porté le nom de Tala ? et doiton
le confondre avec le Telle du pays
de Tellau , qui n'a été nommé Talou
que fort tard et par corruption ?
Quoiqu'il soit donc vrai qu'Orderica
pû se tromper dans quelques faits trèséloignés
de son temps , qu'il raporte
(a ) Diplom. p. 538. Doublet
p. 795. In pago
Pellau piscatoriam in Tellis.
(6) Louvet , Hist. du Beauvoisis , tome 1:
P : 90. et 91.
Bv dans
644 MERCURE DE FRANCE
3-
dans sa vaste Histoire de Normandie
et sur des Pays éloignés de celui où il
écrivoit , il n'en faut pas conclure qu ' 1
se soit trompé veritablement dans l'é- -
numeration des neuf Rivieres qu'il fait
passer à ce Conquerant Romain . De
même , quoique l'Auteur , connu sous
le nom de Plutarque on de Clitophon ,
ait pû mêler des Fables dans ses Histoires
, et se tromper , si l'on veut
dans la signification du nom de Lug
qui étoit peu usité , et qui étoit équi--
voque , il ne s'ensuit point qu'il se soit
trompé sur celle de Dun , qui devoit
être un nom bien plus commun dans les
langage. Et D. Du Pl. n'est pas plus
recevable à la contester sur son peu de
ressemblance avec le bas Breton , qu'il le
seroit à contester tous les noms que les
Ecrivains des 5 ou 6 1rs siecles disent être S
émanez de la Langue Celtique ou Gauloise,
parce qu'il ne les trouveroit pas aujourd'hui
d'usage dans le même sens parmi
les Bretonsjou qu'il n'y seroient point
du tout. N'est-ce pas plutôt sur ces témoignages
des Anciens qu'il faut decider
Ja Langue des Bretons n'est pas tout-à faic:
si Celtique aujourd'hui qu'on se l'imagine
communément. ( a ) Quoiqu'il y ait des
(a) C'est ici la place d'une des Reflexions de Go-
Aivieres
que
AVRIL. 1736 645
Don ,
Rivieres qui portent le nom de Dun ou
, il ne s'ensuit pas de là que ce soient
ces Rivieres qui doivent fournir la veritable
idée de la signification du mot Dun
Celtique. On connoit dans les Gaules
quatre ou cinq Rivieres qui ont le nom
de Taran ou allongé ou syncope ; dirat'on
pour cela que Taran ou Taram n'a passignifié
chez les Gaulois le Dieu tonnant ?
La conséquence seroit mal fondée . D. D.
P. me permettra done de ne pas regarder
ses raisonnemens comme tout - à fait concluans
. Il n'est pas non plus entierement
certain que Bec en tant qu'il signifie de
l'eau , vienne du Teutonique sans relation .
au Celtique. Il paroît que ce mot a signifié
, comme il signifie encore , la jonction
de deux caux : Or dans cette sorte de
jonction il se forme necessairement une
pointe de terre et par là nous voilà reve
nus à l'idée Celtique de peinte..
Il s'en faut bien que j'aie fait une étude
ropius,qui dit : Multas voces paulatim in désuetudi¹
nem abire,atque idcirco vitiosè colligi , si qua´vox in
gente quapiam sit abolita, eam nunquam extitisse".
Quamvis nec vocabulum Dan in usu nunc esset "..
ex eo nil aliud concludi posset , quam multas voces ›
in vulgi loquendi consuetudine usurpari desiisse ,
quod in omni lingua contingere qui nescit, is ic
aussi:
646 MERCURE DE FRANCE
aussi profonde que D. D. P. de la Lan
gue des Bas- Bretons. Vous sçavez , MM .
que je n'ai jamais frequenté ce Pays- là ,
vous n'ignorez pas que je suis actuellement
occupé à toute autre chose qu'à approfondir
les Racines Celtiques , et que
je ne puis m'y livrer
intervalles. que par
Ainsi contentez - vous du peu que mamémoire
a pû me fournir pour soutenirdeux
Auteurs , que D. D. P. recuse sur
le principe qu'ils ont pû se tromper , prin
cipe selon lequel il se sert de Bochart
contre Bochart même , quoique cet Ecrivain
ne paroisse pas se contredire . Je ne
puis pas vous en dire davantage dire davantage étant éloi
gné de mes recueils , et obligé de me contenter
de ce que je trouve par hazard.
e
J'avois négligé de répondre à D. D.
P. lorsqu'il dit dans sa premiere Lettre
que Nevers est le Noviodunum Heduorum
de Cesar , et qu'il n'y a pas de montagne
dans cette Ville. La derniere de ces deux
propositions n'est pas éxactement vraie .
Nevers est bâti en partie sur une Colli
ne , il y a une Montagne même fort roi-
'de dans la Ville , elle est fort sensible du
côté de l'Abbaye de Notre Dame . Iln'y a
rien qui en approche dans toute la Ville
de Soissons. Mais je ne regarde point encore
AVRIL. 1736. 647
و
core cette Montagne comme une preuve
suffisante que Nevers soit le Noviodunum
Heduerum du VII . Livre de Cesar. Il me
paroît qu'il a dû être plus proche de la
source de la Loire de quelques lieuës.
Une personne qui connoît bien le Boutbonnois
, et qui l'a éxaminé les Commentaires
de Cesar à la main trouvé ce
Noviodunum Hednerum dans un endroit
montagneux du Diocèse d'Autun au
bas duquel passe la Loire . Les preuves
en seroient trop longues à rapporter , et
insensiblement je passerois de question
en question. Les contestations littéraires
le veulent ainsi : mais il est tems de finir
celle - ci . Je suis , & c.
A Paris le 15. Avril 1736-
ODE
638 MERCURE DE FRANCE
పే t:obstutst
O DE
Tirée du Pseaume LXXIII. Di quid
Deus repulisti in finem , & c.
ILL
est temps , hâte-toi , Seigneur , de secourig
Ton Peuple qu'un Tyran accable ;
Si tu ne fais gronder ta foudre redoutable ,.
Ton ennemi triomphe et Sion va périr ;
Venge ton Nom , venge ta gloire ,
Sauve ce Peuple gémissant ;
Sous le glaive mortel que l'impie expirant , ·
Soit forcé d'avouer sa honte et ta victoire.¦
Il cesse de te craindre , et jusqu'à té braver , ‹
Il ose porter son audace ;
Le blasphême à la bouche , il insulte , il menaces.
Il te cherche par tout et voudroit te trouver s
Opose ton bras à sa rage ,
De ses crimes borne le cours ,
Montre en le punissant que ce bras fut toujours
La terieur du Méchant et le soutien du Sage.
M
Quels nouveaux Ennemis ! quel horrible Eten
aari
Arborent
AVRIL. 1736. 642
Arborent-il sur le saint Temple ?
De leurs impietés l'Idole s'y contemple ;
Mais que vois -je ? Le sang coule de toute part
L'effroi , l'horreur et l'épouvante
Se répandent dans tous les coeurs ,
Et la mort est pour nous le moindre des mal
heurs
Que leur sanglante main aujourd'hui nous pré-
(sente.
M
M
Tout leur paroît permis , enfin à leurs forfaits
Grand Dieu ! tu ne mets plus d'obstacle ;
La flamme a dévoré ton sacré Tabernaclè ;
Tes Auvels sont détruits , tes Temples renverséss
Femmes , Enfans , Prêtres , Lévites ,
Tout meurt par un triste destin ;
Le Sacrifice cesse , et pour jamais enfin
Babylone s'éleve , et Sión est détruite.
Seigneur , ce sang versé te demande un vengeurs
Vois nos maux et puis leurs crimes ...
Mais tu ne m'entends point ; de nouvelles vice
times
Assouvissent encor lêur barbare fureur ;
A nos redoutables Mysteres ,
Succedent des jeux criminels ;-
A l'honneur de Baal on bâtit des Autels ,
O Pon brûloit l'encens pour le Dieu de noss
Brest.
Nést
50 MERCURE DE FRANCE
N'es - tu donc plus ce Dieu si jaloux de ses
droits ,
Ce Seigneur , jadis si terrible ,
Toi qui frapas toujours d'un châtiment hor
rible
Tous ceux qui t'offensoient pour la premiere foist
A qui réserves-tu ta foudre ?
N'as- tu plus le même pouvoir ?
Que dis-je ? tu peux tout , tu n'as qu'à le vouloir,
Et tes fiers ennemis seront réduits en poudre,
Oui, tu peux tout ; c'est toi dont la puissante”
main
Cent fois suspendit sur nos têtes
Les feux étincelants , les bruyantes tempêtes;
Tu formas , tu conduits d'un cours toujours
certain
L'Astre qui donne la lumiere ;
Du néant tu nous tiras tous ;
Aux flots impétueux de la Mer en courroux ,
Ta parole a prescrit une sûre barriere.
Tu parlas ; et d'Étkan les Fleuves orgueilleux
Virent jadis tarir leur source ;
Les Torrens les plus fiers arrêterent leur course
Et des déluges d'eaux descendirent des Cieux ;
Ta voix fait gronder le Tonnerre ,
Elle commande aux Aquilons ,
Elle
AVRIL: 1736.
Elle enrichit nos Champs de fertiles moissons
Elle donne la paix ou fait tonner la guerre.
Pour vaincre un ennemi sans force et sans verta
Te faudroit - il plus de puissance ?
Arme- toi seulement des traits de ta vengeance ,
Déja je l'aperçois sous tes coups abattu ;'
Ton bras si fécond en merveille
Va bientôt ... mes voeux sont remplis,
Tremblez à votre tour , barbares ennemis ,
Vous allés tous périr , le Seigatur seréveille !
Je le vois , de la mort , du carnage suivi ; --
Il part ; l'Air gémit , le Ciel tonne ;
Il vole sur un Char que la flamme environne ) ,
Ses ennemis vaincus tombent autour de lui ;
De leur sang la Terre est rougie ; -
Victoire au Seigneur d'Israël ;
Sion releve-toi , rends grace à l'Eternel ,
te délivre enfin d'une race ennemie.
Par J. B. Guis , de Marseille
IN
2 MERCURE DE FRANCE
!! ! ! į į i̟ ! ! ṛ
II. LETTRE de M. D. L&R. écrite
à M. Maillart ancien Avocat aw
Parlement , sur quelques Sujets de Litterature
, &c
J
E reviens , Monsieur , au Sujet important
que j'ai déja traité dans ma
précedente Lettre , je veux dire à l'excelfent
Livre de l'Imitation de Jesus - Christ.
Sujet sur lequel j'ai encore fait quelques
Recherches et de nouvelles Réfléxions
que je soumets à votre critique .
C Vous vous souvenés , sans doute , que
ee qu'on lit dans presque toutes les Préfaces
des Traductions Françoises de ce
merveilleux Ouvrage , sçavoir qu'il fue
trouvé dans la Bibliotheque d'un Prince
Mahometan , traduit en sa Langue , et
extraordinairement estimé de ce même
Prince , que ce narré , dis- je , m'a parû
contenir une espece de Paradoxe , et je
vous ai dit là- dessus une partie de mes
raisons. Voici , Monsieur , ce que j'ai à
ajoûter sur cet Article.
Curieux de sçavoir qui est le premier
Auteur qui a écrit ce Fait singulier,je n'en
al
AVRIL. 173.6. 653
ai point trouvé qui soit anterieur au
P. Henri Sommalius , de la Compagnie
de Jesus. J'ai actuellement dans mon
Cabinet deux differentes Editions de
POuvrage de ce pieux Jesuite , sur l'I
mitation. Elles contiennent l'une et l'autre
le Texte Latin , attribué à Thomas
à Kempis , revû , corrigé , &c. par le
P. Sommalius. Celle que je nommerai
la premiere de ces deux Editions
contient aussi une Version Grecque dur
même , imprimée vis- à- vis du Texte Latin.
L'Auteur de cette Version Grecque
n'est pas nommé. Le tout forme un pe
tit volume in 12. de 424. pages , qui
porte ce Titre : DE IMITATIONE CHRISTI,
Libri quatuor , Autore Thoma à Kempis,
Canonico Regulari , Ord. S. Augustini ad
Autographum emendati , Editio ultima prieribus
castigatior. Augustoriti Pictonum
ex pralo Antonii Mesnerii , Regis et Aca
demia Typographi : L'année de l'impres
sion n'est point marquée , mais l'Epitre:
Dédicatoire qui suit immédiatement , est
datée de Louvain le premier de Janvier
1598. Cette Epitre est suivie d'un
court Avertissement de l'Editeur , le-
C'est le P. George Mario , de la Compagnie
de Jesus , selon l'Auteur cité dans ma premiere
Lettre:
quel
F54 MERCURE DE FRANCE
quel est daté de Gand en l'Année 1600;
L'autre Edition a été faite à Douay en
1621. elle porte le même Titre , avec
la même Epitre Dédicatoire , le mêmet
Avertissement que la précedente , dans
un très- petit volume de 428. pag. in 24.
C'est dans cette Dédicace adressée ,
'Admodum Reverendo in Christo Patri ac
Domino D. Leonardo Bettenio celeberrimi,
apud S. Trudonem Coenobii Antistiti dignissimo
que le P. Sommalius expose le
Fait , qui est l'objet de mes doutes et
de mes recherches. Voici ses termes ori
ginaux , dont je ne vous ai raporté qu'une
Traduction Italienne dans ma premiere
Lettre,
» Referam hic quod nisi gravissimis
#testimoniis niteretur , incredibile vi-:
» deri possit. Cum quidam è Societate
nostra Jesu , ante annos plus minus
» duodeviginti , Argirium Mauritania
»profectus fuisset , pretium redemptio
nis Captivorum laturus : Rex , qui aliquando
Christianus fuerat, eum in suam'
» duxit Bibliothecam varia librorum sup
pellectili instructam. Varios hic illi co-
» dices visendos porrigit , atque in his
» Libellum Thomæ à Kempis , de imi-
» tando Christo , vulgari Turcarum lin-
» guâ conversum. Adjecit autem pluris
ן כ
9.seAVRIL.
1736. 655
se unicum illum facere , quam reliquos
» omnes Mahumetanorum .
Permettez- moi , Monsieur , quelques
nouvelles Remarques sur cet Exposé.
. Selon le P. Sommalius même , le
Fait en question peut paroître incroya
ble , s'il n'est apuyé sur des témoignages
très - graves : Or ces témoignages ne sont
point raportés, la chose le méritoit bien,
et je ne les ai encore vus nulle part.
2º.Dans plusieurs Préfaces des Traductions
Françoises quej'ai vûës , dont la derniere
est celle de M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoy , de l'année 1731. Ce n'est point
à Alger que ce Fait est arrivé. C'est à
Maroc : Un Religieux, y dit- on étant allé
trouver un Roi de Maroc ce Prince le lui
fit voir dans sa Bibliotheque , traduit en
Langue Turque , et lui témoigna le préferer
à tout autre Livre. De ces deux Narrez
quel est le veritable ! Seroient- ce deux
Faits differents , et encore une fois où en
trouve-t'on les preuves ?
9
3 °. Deux Saints et Sçavans Personnages
nez en Espagne , qui ont traduit ce Livre
en Langue Espagnole , n'ont fait aucune
mention d'une Version Turque ou Arabe.
Ils étoient à portée d'en être instruits par
leur proximité de l'Afrique. L'un de ces
Personnages est le P. Louis de Grenade
Domi88
MERCURE DE FRANCE
1580. qu'il cite , rapellez vous , Monsieur,
le Narré du P.Sommalius , que je vous ai
raporté cy- dessus, et en observant les da
tes, vous trouverez que c'est precisément
la même Version dont ce Pere a parlé ,
trouvée dans la Bibliotheque du Roi
d'Alger , &c. ce qui , comme je le prétends,
est fort incertain . Ainsi M. Dupin
ne m'apprend rien là -dessus. Il ne m'ins
truit pas davantage en citant une Version
Arabe , de 1636. qu'il entasse avec
deux autres de différentes Langues , et de
la même année. Il est enfin certain qu'il
n'y a jamais eu de Version Arabe de l'1-
mitation , avant celle du P. Celestin de
Sainte Liduvine , dont je vous ai parlé
dans ma premiere Lettre , laquelle fut
faite à Rome , en l'année 1663 .
En vous rendant compte de cette
Version qu'un heureux hazard me fit
rencontrer à la Doctrine Chrétienne ;
j'ai oublié quelques circonstances par raport
au sujet que je traite ici , et qui
regardent d'ailleurs l'Histoire litteraire
des Sçavans , à laquelle je sçai que vous
vous intéressez.
La premiere est que l'Auteur de la
Version Arabe , après avoir dit dans sa
Préface , que jamais Livre n'a été si sou-
Nent traduit par différens Auteurs, et -ea
differentes
AVRIL. 1736.
ة ر و
*
différentes Langues , sçavoir , en Grec ,
en Italien , en Espagnol et autres semblables
, excepté , ajoûte- t-il , en Langue
Arabe , et dans les autres Langues Orientales
qui sont en usage chés les Mahométans
, si ce n'est ce que raconte un R.
P. de la Compagnie de Jesus , de ce même
Livre , qu'il se trouve en Mauritanie
, traduit en Langue Turque : et làdessus
le P. Celestin fait , en termes équivalens
, le Narré qui est imprimé dans
le P. Sommalius , et il finit par ces mots :
Et hac quantum ad ea , quæ retulit R. iste
Pater de Libro hoc sapido et selecto , qui ad
id quod bonum et rectum est , legentem dirigit.
Cumque prastantiam ejus cognovissem
, et veritatem ipsius considerassem , desiderio
animi flagravi eundem in Arabicum
Sermonem convertendi .
Il est visible par cet Exposé , que le
P. Celestin croyoit que c'étoit véritablement
en Langue Turque , que ce Liyre
avoit été vu dans la Bibliotheque
d'un Prince Mahometan Affricain , qui ,
comme je l'ai déja dit ailleurs , suposant
le Fait véritable , n'y devoit rien
entendre. C'est cependant cette circons-
** Nisi quod quidam R. Pater Soc . Jesu , mentionem
faciat Librum hunc praclarum reperiri in
Mauritania tranflatum in linguam Turcicam, c,
C tance
660 MERCURE DE FRANCE
tance qui aida à déterminer le bon Religieux
à entreprendre sa Traduction
Arabe.
Ce Pere Celestin , au reste , que je n'ai
fait presque que vous nommer , par raport
à sa Personne , est le même dont
il est parlé dans mon Voyage de Syrie
et du Mont Liban , & c. et qui étoit Superieur
des Carmes Déchaux dans cette
Montagne , lorsque le Pieux M. de Chasteuil
s'y retira , et qu'il y mourut en l'année
1644.. Ce Pere prononça même son
Panegyrique en Arabe . J'ai ajoûté que
le P. Celestin s'apelloit dans le Monde
Pierre Golius , qu'il étoit fort sçavant dans
les Langues Orientales , et je n'ai pas oublié
alors sa Version Arabe de l'Imitation
de Jesus Christ , et de dire qu'il étoit
Frere du fameux Jacques Golius , Professeur
en Arabe à Leyde , successeur dans
la même Chaire de Thomas Erpenius . Ce
Professeur fit , aussi bien que son Frere
le Voyage d'Orient. J'ai apris depuis .
qu'ils étoient Neveux de N. Hemelar
sçavant Antiquaire et Auteur d'un bel
Ouvrage sur les Médailles , lequel est
devenu très - rare . Voila toujours des personalités
litteraires que vous serez bien
aise de ne pas ignorer.
Je rentre , Monsieur , dans mon Sujet ,
et
AVRIL 1736. 661
et je finis cette Lettre en déclarant que
je suis bien persuadé que c'est dans
la meilleure . foi du Monde que le
P. Sommalius a raporté le Fait dont il
s'agit ici , sur des témoignages qui lui
ont parû suffisans , mais qui ne nous
étant pas connus , ne peuvent pas aussi
nous engager à leur donner une créance
aveugle. Je suis , Monsieur , &c.

A Paris , le 25. Novembre 1735.
ODE
De M. Linant , à M. de Voltaire ;
sur le succès d'Alzire.
P Ere d'Edipe et de Zaïre ,
Et de tant d'immortels Enfans ,
Tu joüis du succès d'Alzire ,
Que peu de jours ont vû produire
Et qui triomphera des temps.
'Aux traits divins de cet Ouvrage ;
Le froid Critique est confondu ;
Il déride son front sauvage ,
Et t'accorde enfin son hommage ;
Surpris de se sentir ému.
C ij Tá
652 MERCURE DE FRANCE
Ta Muse enrichit notre Scene ,
Des moeurs d'un nouvel Univers ,
Et tout l'or que l'avare améne
Du Potoze au bord de la Seine ,
Ne vaut pas celui de tes Vers,
Poursui ta nouvelle carriere ;
Rend nous heureux par tes travaux ;
Poursuis , échauffe , amuse , éclaire
Le sage , ainsi que le vulgaire ,
La Cour , et même tes Rivaax.
Vainqueurs de ces foibles nuages ,
Des rayons d'immortalité
Couronnent déja tes Ouvrages
De l'honneur du siecle , heureux gages ;
Trésors de la Posterité ,
Le temps dans sa course rapide ,
Loin d'avoir alteré le prix
Des grands Tableaux de l'Eneïde ,
Et du doux Pinceau d'Euripide ,
Leur donne un nouveau coloris ;

Tandis que , Tyran infléxible ;
Il anéantit nos momens ,
Que
AVRIL 1736. 663
Que d'un coup secret et terrible ,
Des Palais destructeur paisible ,
Il ébranle leurs fondemens .
Nous ne pouvons nous empêcher de
remarquer deux choses dans cette Ode ,
la facilité des Vers , qui fait esperer que
le jeune Auteur ira loin , et la reconnoissance
qu'il témoigne à son Bienfaicteur .
Il est au nombre des jeunes gens dont
M. de Voltaire a encouragé les talens ,
et il semble que les Gens de Lettres doivent
sçavoir gré à M. de V. de ce que
non -seulement il contribue à l'honneur
de la Patrie par ses Ouvrages , mais encore
de ce qu'il fait des Eleves ; il avoit
retiré chés lui il y a quelques années un
jeune homme nommé M. le Févre , Auteur
de plusieurs Ouvrages pleins de grace
, qui seront bien - tôt rendus publics .
L
BOUQUET.
Es Jardins trop fatigués
D'un hyver long et barbare ,
Ne semblent pas défrichés
Nature paroît avare.
Cij Flor
664 MERCURE DE FRANCE
Flore à leur aspect gémit ;
Mais ce qui fait son dépit ,
Le vrai sujet de ses larmes ,
Iris , c'est de n'avoir pas
Pû sauver de ces dégâts
Des fleurs dignes de vos charmes
Il en est sur l'Hélicon ,
A l'abri de l'Aquilon ;
Mais la route est difficile ,
Et Pégaze est indocile ;
Qui ne sçait pas le dompter ?
Court risque de s'égarer .
Puisque ma Muse inhabile
Ne peut aller au sommet ,
Je vous offre un coeur docile ,
Iris , pour votre Bouquet.
A. B. M. D. D .A.
MEMOIRES
AVRIL: 1736. 665
MEMOIRES pour servir à l'Histoire.
du Théatre. Des Pelerins qui ont donné
lieu aux premieres Représentations Théatrales
à Paris , & c.
A
Près que les Chrétiens Croisés cu
rent conquis la Terre Sainte , il
y alloit beaucoup de Pelerins , qui en
revenoient , comme l'on peut penser ,
fort peu chargés d'argent . Pour s'attirer
des aumônes , ils chantoient par les ruës
de Paris des Chansons ou Cantiques
qu'ils avoient composés en chemin , sur
la Passion de J. C. et sur les choses met
veilleuses qu'ils avoient vûës dans leurs
voyages ,sur leurs nauffrages , qu'ils représentoient
sur des especes de Tableaux ,
et qu'ils expliquoient dans leurs chants
ou dans leurs récits . Ils se mêloient avec
ceux qui revenoient de S. Jacques de
Compostelle , de N. D. de Lorette , ou
de la sainte Baume. Ils faisoient de petites
Troupes et attiroient la foule dant
les Places publiques . Leurs chapeaux ce
leurs rochets , chargés de Coquilles de
grandeur et de couleurs differentes et singulieres
, leurs gros Bourdons et le reste
C iiij d'un
666 MERCURE DE FRANCE
d'un équipage bizare , qu'ils ornoient encore
dans le goût de ce qu'ils vouloient
paroître , un air sauvage et des manieres
piteuses et composées,tout cela excitoit la
curiosité des yeux vulgaires , et rendoít
leurs récits bien plus imposans . On trouvoit
un merveilleux infini à tout ce que
débitoient des gens qui revenoient de si
loin . On prenoit leurs contes faits à
plaisir pour des visions qu'ils avoient
euës , et Dieu sçait si la crédulité des
bonnes gens étoit avantageuse aux Pelerins
, à qui les aumônes étoient prodiguées
.
Cet usage n'étoit pas nouveau dans
le monde , car chés les Romains ceux
qui avoient fait quelque grande perte ,
ou souffert quelque dommage par nau
frage ou autrement , avoient coûtume
de représenter dans un Tableau le sujet
de leur misere ; ils le pendoient à leur
col , et l'expliquoient par des Chansons
accommodées à leur état de disette et de
pauvreté , pour toucher de compassion
ceux qu'ils rencontroient dans leur chemin
, et pour réparer par la charité des
gens de bien , les pertes qu'ils avoient
faites.
Fracta rate naufragus assem ,
Dum rogat , et pictâ se tempestate tuetur. Juven .
Ils
AVRIL. 1736. 667
Ils plurent si fort au Peuple , que
quelques charitables Bourgeois firent
dresser des Théatres sur lesquels ces pieuses
Troupes représentoient , tantôt un
Chrétien Martyrisé , tantôt quelque action
miraculeuse, ou enfin quelques Mysteres
de notre Keligion .
Comme on avoit de la veneration pour
cette espece de Spectacle , le zele des
Ecclesiastiques leur inspira d'en donner
dans des Processions ; on commença même
à faire de longs pelerinages , pour
exciter , dans les Lieux où l'on passoit ,
la dévotion du Peuple , par la représentation
des choses les plus saintes.
Ce fut à peu près dans ce temps - là
qu'à Aix en Provence on commença à représenter
le jour de la Fête- Dieu tous les
Mysteres du Vieil et du Nouveau Testament
; on n'oublia pas les Danseurs
qui précedoient l'Arche d'Alliance ; mais
dans la suite on y mêla tant de choses
differentes et si peu convenables à la solemnité
de cette Fête , que de très- bonnes
raisons en ont fait suprimer une assés
grande partie.
Ces Représentations étoient regardées
comme des choses si sérieuses
, que
quelques jours avant la Fête - Dieu ,
René , Duc d'Anjou , Roy de Naples et
C v de
768 MERCURE DE FRANCE
de Sicile , et Comte de Provence , ayant
reçû une Lettre , par laquelle le Prince
son fils lui écrivoit de Calabre , qu'il
avoit besoin de secours ; le Roy lui répondit
qu'il étoit trop occupé à ordonner
la marche de sa Procession ( dont il étoit
l'Instituteur ) pour pouvoir penser à autre
chose.
Dans le Royaume de Chypre , on celebroit
tous les ans la Fête de la Présentation
de la Vierge ; on faisoit paroître
sur un Autel une Fille entourée d'Anges
et des Personnages qui déclamoient des
Vers. Quand Philipe de Mezieres , Chancelier
de cette Ifle , revint en France , il
inspira au S. Pere , qui étoit à Avignon ,
et au Roy Charles le Sage , de faire représenter
cette Fête comme en Chypre ,
mais à Paris on ne jugea pas à propos de
donner cette Représentation dans les
Eglises. On éleva seulement des Théatres
dans quelques Colleges . La foule qui
accouroit à ces pieux Spectacles , fit bien
voir que des Pieces d'une autre espece
ne sçauroient manquer de plaire.
Par ce que l'on vient de voir on peut
raisonnablement juger que les Sujets de
Religion ont été les premiers qu'on aic
mis sur le Théatre François , et que ç'a
même été pour ces Sujets qu'on a élevé
des
AVRIL. 1736. 669
des Théatres en France . Aussi M. Despreaux
dit en son Art Poëtique Ch .
De Pelerins , dit- on , une Troupe grossiere ,
En public à Paris , y monta la premiere ,
Et sottement zelée en sa simplicité ,
Joüa les Saints , la Vierge, et Dieu par charité.
る。
Le goût des Pieces pieuses s'est soutenu
dans le progrès , dans la force et dans
l'afoiblissement de notre Poësie Dramatique
; car nous voyons le Martyre de
S. Eustache et de sainte Catherine , par
Rotrou ; Poliencte et Théodore du grand
Corneille ; Esther et Athalie , de Racine;
Judith , de Boyer ; Gabinie , de l'Abbé
Brueis.
Des Confreres de la Passion , les premiers
après les Pelerins qui ont représenté des
Sujets Spirituels sur un Théatre public.
Quoiqu'on convienne assés unanimement
que le Théatre perd tout ce qu'il
a d'agréable dans la représentation des
choses saintes , et que les choses saintes
perdent beaucoup de la religieuse opinion
qu'on leur doit , quand on les met
sur la Scene , néanmoins notre Théatre
pendant plus d'un siecle , n'a été occupé
qu'à la représentation de Sujets Spirituels.
C vj Les
770 MERCURE DE FRANCE
Les Pelerins dont je viens de parler ,
donnerent lieu , vers la fin du treiziéme
siecle , à une Confrerie d'une espece toute
particuliere , qui s'établit à Paris l'an
1402. sous le titre de la Passion de N. S.
Elle avoit pour objet de représenter en
public sur un Théatre ce Mystere de notre
Rédemption , les Actes des Martyrs
et d'autres actions de pieté . C'est ce que
nous témoignent les Pieces de Théatre
qui nous restent d'un Docteur de Sorbonne
, en caracteres Gothiques.
Cette pieuse Confrerie dont ceux qui
la composoient prenoient le titre de
Confreres de la Passion , réünit les droits
du Prince des Sots à sa Communauté , et
acquit en 1543. partie de l'Hôtel de
Bourgogne , où ces Confreres représenterent
les Mysteres de la Passion . Ils ert
firent dans la suite l'acquisition entiere,
et en 1674. cet Hôtel leur apartenoit
encore. Sur une des Portes de cet Hôtel
on voit même aujourd'hui sculptés en
bas- relief sur pierre les Instrumens de
la Passion , &c.
Les dévots Comédiens , dit M. de le
Maire , vinrent à Paris au commencement
du 14e siecle , ce fut le Cardinal
le Moine , Fondateur du College qui
porte son nom , qui acheta l'Hôtel de
Bourgogne
AVRIL: 17361 67%
Bourgogne et qui le leur donna, à condition
qu'ils ne représenteroient jamais que
des Pieces pieuses.LesCuricux conservent
quelques unes de ces Pieces : Il y en a
de si impertinentes et de si ridicules ,
qu'elles aprochent fort de l'impieté.
Du Prince des Sots et de la Fête des Fols
Le Prince des Sots , qui prenoit anciennement
des provisions du Roy , et
dont la fonction étoit de jouer tout le
monde en public et en particulier ( ce qui
avoit assés de raport avec l'ancienne Comédie
Grecque ) marchoit à Paris avec un
capuchon et des oreilles d'Asne ; il avoit
une Loge à l'Hôtel de Bourgogne , qui
étoit le Domaine affecté à sa Principauté ,
et avoit la conduite des Jeux publics , où
il présidoit. Sa conduite scandaleuse et
celle de ses Supôts , les rendit si odieux ,
que l'Eglise ne les admettoit point à la
Communion des Fideles.
Une des plus bizares et des plus ridi
cules coûtumes qui se pratiquoient autrefois
dans l'Eglise de Paris et en plusieurs
autres du Royaume , étoit la Fête des
Fols , qu'on observoit depuis Noël jusqu'aux
Rois , et principalement le pre
mier jour de l'an . Il y avoit un Office
fait exprès , qui se voit encore imprimé.
Les
672 MERCURE DE FRANCE
Les Prêtres et les Clercs alloient en mas
que à l'Eglise , où ils n'édifioient point
par
leur retenuë , et au sortir de- là ils
se promenoient dans des Chariots par
les ruës et montoient sur des Théatres ,
chantant toutes sortes de Chansons , et
faisant toutes les postures et les bouffonneries
des Bâteleurs . Cette Fête a subsisté
plusieurs siecles .
Le Poëme Dramatique , destiné aux
Pieces de Théatre , et qui avoit été dans
une si haute estime chés les Grecs et chés
les Romains , ne parut que fort tard en
France ; la fin du Kegne de Charles V.
en vit , pour ainsi dire , naître les foibles
commencemens , sous le nom de Chant
Royal. Ce ne fut d'abord qu'un long recit
en Vers héroïques , d'un grand Sujet ,
qui étoit souvent tiré de quelqu'un des
Mysteres de notre Religion , avec une
apoftrophe à la fin , au Prince , ou au
Seigneur auquel il étoit dédié . Les Sçavans
dans ce genre de Litterature commencerent
par une espece de combat
d'émulation , à qui d'entr'eux réussiroit.
le mieux. Il se forma sur cela certaines
Societés ou Académies , où l'on jugeoit
du succès , et celui auquel on ad ugcoit
le prix , demeuroit le Chef des autres ,
sous le titre de Roy ; d'où: peut venir
avec
AVRIL 17368 673
avec quelque aparence , que ces Pieces
prirent le nom de Chant Royal.
En 1324. Clemence Isaure , de la Mai
son des Comtes de Toulouse , convoqua
tous les Poëtes et les Trouveres du voisinagé
de Toulouse , et promit de donner
une violette d'or à celui qui feroit les
plus beaux Vers. Elle donna un fonds ,
dont le revenu devoit être employé à ce
Prix ; après la mort de cette illustre
Dame , dont la memoire est si celebre ,
les Magistrats de Toulouse ordonnerent
que tout ce qu'elle avoit institué seroit
exactement observé à l'avenir .
Ceux qui jugeoient des Ouvrages ,
étoient appellés les Mainteneurs de la
gaye Science. Celui qui remportoit le Prix
étoit reçu Docteur en Science gaye : on
demandoit le Doctorat on étoit reçû
et les Lettres étoient expediées en Vers.
Celui qui remportoit le premier Prix ,
étoit honoré du nom de Koy. On faisoit
ordinairement un Chant de trois ou qua
tre Stances ; le dernier Vers de la premiere
devoit servir de refrain aux autres,
et parce qu'on adressoit cet Ouvrage au
Roy , on l'appelloit Chant Royal. On fit
ensuite des Balades qui étoient moins
longues que le Chant Royal Ordinairement
à la fin de ces deux Poëmes on
mettoit
674 MERCURE DE FRANCE
mettoit en cinq Vers un Abregé du Sujet ;
qu'on apelloit Envoy , parce qu'on l'adressoit
au Roy , pour se le rendre favorable.
L'une de ces Sociétés commença à mêler
dans les Pieces différens évenemens
ou Episodes qu'ils distribuerent en
Actes , en Scenes , et en autant de differens
Personnages , qu'il étoit necessaire
la Représentation . pour
Leur premier Essay se fit au Bourg de
S. Maur , près Paris ; ils prirent pour
Sujet la Passion de N. Seigneur , cela
parut nouveau on y courut en foule ;
Mais soit que les bienséances et le respect
dûs à un Sujet si saint , ne fussent
pas bien gardés , soit qu'il y arrivât
quelque désordre , ou pour d'autres raisons
de politique , le Prevôt de Paris
rendit une Ordonnance au mois de Juin
1398 , par laquelle il fit défense à tous
les habitans de Paris , à ceux de S. Maur,
et des autres Villes et Lisux de sa Jurisdiction
, de représenter aucuns Jeux de
Personnages , soit de vie de Saints ou
autrement , sans le congé du Roy , à
peine d'encourir son indignation , et de forfaire
envers luy.
Ils se pourvûrent à la Cour ; et pour
se la rendre plus favorable , ils érigerent
leur
AVRIL. 1736. 675
leur Societé en Confrerie , sous le titre
de la Passion de N. S. Le Roy voulut
voir leurs Spectacles ; ils en représenterent
quelques Pieces devant lui ; elles lui
furent agréables ; ce qui leur procura des
Lettres Patentes pour leur établissement
à Paris , dont voici la teneur :
CHARLES , par lagrace de Dieu , Roi de
France , sçavoirfaisons , à tous presens &
à venir : Nous avons reçu l'humble suplication
de nos bien amés , les Maîtres , Gouverneurs
et Confreres de la Confrerie de la
Passion et Resurrection de N. S. fondée en
l'Eglise de la Trinité à Paris : contenant
que comme pour le fait d'aucuns Mysteres
de Saints , de Saintes , et mêmement du
Mystere de la Passion , qu'ils ont commencé
dernierement , et sont prêts de faire encore
devant Nous , comme autrefois avoient fait,
et lesquels ils n'ont pu bonnement continuer ,
parce que nous n'y avons pas pû être lors
presens , auquel fait et Mystere ladite Confrerie
a moult frayé et dépensé du sien , et
ont fait les Confreres , chacun d'eux proportionnablement
; disant en outre que s'ils
jousient publiquement et en commun , que
ce seroit le proufit de ladite Confrerie ; ce
que faire ils ne pouvoient bonnement sans
notre congié et licence ; requerans sur ce
notre gracieuse provision : Nous qui voulons
676 MERCURE DE FRANCE
lons et desirons le bien , proufit & utilité de
ladite Confrerie , et les droits et revenus
d'icelle être par Nous accrus et augmentés
graces et privileges , afin qu'un chacun
devotion se puisse adjoindre & mettre
en leur Compagnie ; à iceux Maîtres , Gouverneurs
& Confreres d'icelle Confrerie de
la Passion de N. S. avons donné et octroyé
de
par
de
>

>
grace speciale , pleine puissance et autorité
Royale , cette fois pour toutes , et à toûjours
perpetuellement , par la teneur de ces
presentes Lettres , autorité , congié et licence,
de faire jouer quelque Mystere que ce soit
soit de la Passion et Resurrection ou autre
quelconque , tant de Saints comme de Saintes
qu'ils voudront élire et mettre sus
toutes et quantes fois qu'il leur plaira , soit
devant Nous , notre Commun ou ailleurs ;
tant en recors qu'autrement , et d'eux convoquer
, communiquer , et assembler en quelconque
lieu et place licite de ce faire , qu'ils
pouront trouver en notre ville de Paris
comme en la Prevôté, et Vicomté ou Banlieuë
d'icelle , présens à ce trois , deux ou un de
nos Officiers qu'ils voudront élire , sans pour
ce commettre offense aucune envers Nous et
Justice ; et lesquels Maîtres , Gouverneurs
et Confreres dessusdits , et un chacun d'eux,
durant les jours esquels dit Mystere qu'ils
joueront sefera , soit devant Nous , on ailleurs
A VRIL. 1736.
677
leurs , tant en recors qu'autrement , ainsi
et par la maniere que dit . est , puissent aller
et venir , passer et repasser paisiblement ,
vêtus , habillés et ordonnés un chacun d'eux,
en tel état que le cas le desirera , et comme il
apartiendra, selon l'Ordonnance dudit Mystere,
sans détourber ou empêcher : et en pleine
confirmation et seureté. Nous , iceux Confreres
Gouverneurs et Maîtres , de notre plus abondante
grace , avons mis en notre protection
et sauvegarde , durant le recors d'iceux
jeux , et tant comme ils joueront seulement ,
sans pour ce leur méfaire , ou à aucuns
d'eux à cette occasion ne autrement. Si donnons
en Mandement au Prevot de Paris
et à tous nos autres Jufticiers et Officiers
presens & à venir , ou à leurs Lieutenans
et à chacun d'eux ; si comme à lui
apartiendra
, que lesdits Maîtres , Gouverneurs
et Confreres , et à chacun d'eux fassent ,
souffrent et laissent jouir pleinement et paisiblement
de notre presente grace , congié ,
licence , don et octroy deffusdits , sans les
molester , ne souffrir et empêcher , ores et
pour le tems à venir ; et pour que ce soit
chose ferme et stable à toujours , Nous avons
fait mettre notre Scel à ces Lettres ; sauf en
autres choses notre droit et l'antruy en toutes.
Ce fut fait et donné à Paris en nêtre Hôtel
lez S. Pol , au mois de Decembre , l'an de
"
grace
678 MERCURE DE FRANCE
grace 1402 , et de notre Regne le vingtroisieme.
Par le Roy , Messeigneurs Maître
Jacques de Bourbon , Lamiral , Deviculaines
, et plusieurs autres presens , figné Ponpom
, visa , et scellé en lacs de soye de cire
verte ; au dos desquelles Lettres étoit écrit :
Le Lundi 12 jour de Mars 1402. Jean
Aubery , Jean Dupin , et ....
et .... Doise-
'mont , Maîtres de la Confrerie , nommée
Aublanc , présenterent ces Lettres
à Maitre Robert de Thuillieres , Lieutenant
de M. le Prevost , lequel lut icelles
Lettres,octroya que lesdits Maîtres , leurs
Confreres et autres , se pussent assembler
pour le fait de la Confrerie , et le
fait des Jeux , selon ce que le Roy notre
Sire le veut par icelles Lettres ; et pour
être presents avec eux en cette présente
année commis Jean Le Pilleur , Sergent
de la Douzaine , et Jean de Saveneil ,
Sergent à verge , l'un d'eux , ou le premier
autre Sergent de la Douzaine , ou
à verge du dit Châtelet .
Après que les Confreres de la Passion curent
obtenu ces Lettres,il ne fut plus question
que de trouver un lieu commode
pour leurs Représentations. Il y avoit
alors 200. ans que deux Gentilshommes
Allemans , freres uterins , nommés Guillaume
Escuacol , et Jean de la Paslée ,
avoient
AVRIL. 1736. 679
avoient acheté deux arpens de terre
hors la porte de Paris , du côté de S. Denis
, et y avoient fait bâtir une grande
maison pour y recevoir les Pelerins et les
Pauvres Voyageurs qui arrivoient trop
tard pour entrer dans la Ville , dont les
portes se fermoient en ce temps- là Il
y avoit dans cette maison , entr'autres
Edifices , une grande Salle de 21. toises
et demi de long , sur six toises de large ,
élevée du rez - de- chaussée de trois à quatre
pieds , soutenuë par des arcades pour
la rendre plus saine et plus commode
aux Pauvres que l'on y recevoir.
En 1210. les mêmes Fondateurs , avec
la permission de l'Evêque , firent aussi
bâtir au même lieu une Chapelle , sous
l'invocation de la très - sainte Trinité
et y fonderent l'Office de tous les jours ,
par trois Religieux qu'ils y firent venir
de l'Abbaye d'Hermieres en Brie , de
l'Ordre de Prémontré.
Après plusieurs années les Fondateurs
et tous leurs parens étant décedés , cette
oeuvre fut totalement abandonnée ;
et les Religieux , dont le nombre fut
augmenté par leur Abbé , apliquerent
tout le profit à l'utilité particuliere de
l'Ordre, Les Confreres de la Passion ,
qui avoient déja fondé dans cette Eglise
le
680 MERCURE DE FRANCE
le Service de leur Confrairie , loüerent
cette grande Salle , qui se trouvoit vacante
, ils y firent construire un Théatre
et y représenterent leurs Jeux ou
Spectacles ; on ne les nommoit encore
ni Tragédie , ni Comédie , mais simple.
ment Moralités .
Ce premier Théatre Françols a subsisté
en ce lieu , à n'y représenter que
des Pieces de pieté ou de morale , sous
ce titre commun de Moralités , pendant
près d'un siecle et demi. François I. en
confirma tous les Privileges par Lettres
Patentes du mois de Janvier 1518.
On commença à s'ennuyer de ces Réprésentations
sérieuses ; les Joueurs y
mêlerent quelques Farces tirées de Sujets
profanes et burlesques : cela fit beaucoup
de plaisir au Peuple qui a toujours aimé
ces sortes de divertissemens , où il
entre plus d'imagination que d'esprit ;
ils les nommerent par un quolibet vul
gaire , les Jeux des Pois pilés : ce fut ,
selon toutes les aparences , quelque Scene
ridicule qui eut raport à ce nom ,
qui leur en fournit la matiere.
Ce mêlange de morale et de bouffonnerie
déplut dans la suite aux gens
sages ; la Religion ne pût souffrir plus
long- temps cette idée de dévotion, qu'une
A V R 681
ne pieuse simplic ps plus éloignés,
avoit attachée au Théatre, et encore
moins cette profanation de nos principaux
Mysteres , qui en faisoient le plus
Souvent la matiere . La maison de la Trinité
fut de nouveau destinée à un Hôpital
, suivant l'esprit de sa fondation ; le
Parlement par un Arrêt du mois de
Juillet 1547. ordonna que les pauvres
enfans qui auroient pere et mere , y
seroient charitablement reçus , nourris
et instruits dans la Religion et dans les
Arts ; de même que les orphelins l'étoient
dans l'Hôpital du S. Esprit : ainsi
les Confreres de la Passion furent obligés
d'abattre leur Théatre , et d'abandonner
leur Salle.
>
Ils avoient fait des gains considérables,
et ils se trouverent alors assés riches
pour acheter l'ancien Hôtel des Ducs de
Bourgogne , qu'on avoit laissé tomber
en ruine , depuis la mort de Charles le
hardi , dernier Duc de Bourgogne , tuć
au Siége de Nanci , le 5 Janvier 1477 .
Ils y frent bâtir une Salle commode
et un nouveau Théatre , avec les autres
Edifices qu'on y voit encore aujourd'hui.
Le Parlement par Arrêt du mois de
Novembre 1548. leur permit de s'y établir
, à condition de n'y jouër que des
Sujets
682 ME
Sujets prot
très- nes
FRANCE
honnêtes , et
Jieffenses d'y ré
leur
fit
de
très
. RCURE
présenter
aucun
Mystere
de
la
Passion
,
ni
autres
Mysteres
sacrés
: il
les
confirma
au
surplus
dans
la
possession
de
tous
leurs
Priviléges
, et
fit
deffenses
à
tous
autres
qu'aux
Confreres
de
la
Pason
,de
jouer
ni
réprésenter
aucuns
Jeux
,
Bantant
dans
la
Ville
, Fauxbourgs
, que
lieuë
de
Paris
, sinon
sous
le
nom
et
au
profit
de
la
Confrerie
: ce
sont
les
termes
de
l'Arrêt
.
Ce nouveau Privilége exclusif , et
toutes leurs autres prérogatives, leur fu
rent depuis confirmés par Lettres Patentes
de Henry II . du mois de Mars
1559. et de Charles I X. du mois de
Novembre 1563. et ils demeurerent ainsi
en possession de leur Théatre dans l'Hô
tel de Bourgogne , leur nouvelle ac
quisition .
Les Sujets pieux comme les Sujets pro
fanes qu'on représentoit , étoient égale
ment apellés Moralités . Pour en donne
une idée, on raportera ce qui est dit dans
le зе Volume du Mercure Francois , pa
ge 72. au sujet des Fêtes données à Lor
dres en 1612. pour les Nôces de l'Elec
teur Palatin Frederic V , et de la Prin
cesse Elizabeth , fille du Roy de la Gran
de-Bretagne. Après
AVRIL. 1936: 683
E
Après le Banquet Royal il fut représenté
une Moralité devant leurs Majestés
, dans la Salle du Château . C'étoit la
Comédie Morale d'Orphée.
9
Un Orphée tenant sa Lyre , entra sur
le Théatre , suivi d'un Chameau , d'un
Chien , d'un Monton , d'un Ours , et de
plusieurs animaux sauvages, lesquels avoient
délaissé leur nature farouche et cruelle , en
loyant chanter et jouer de sa Lyre. Après
vint un Mercure , lequel pria Orphée de
continuer les doux Airs de sa Musique ;
l'assurant que non seulement les bêtes fa..
rouches , mais les Etoiles du Ciel , danseroient
au son de sa voix. Orphée , pour
contenter Mercure de sa priere , recommença
ses Chansons ; aussi - tôt l'on voit que les
Etoiles d'un Ciel qui étoit sur le Théatre
, commencerent à se remuer , sauter , et.
danser ; ce que Mercure regardant, et voyant
Jupiter avec sonfoudre assis dans une Nuée,
il le suplia de vouloir transformer aucunes
de ces Étoiles en des Chevaliers qui eussent
été renommés en amour pour leur constante
filelité envers leurs Dames. A l'instant on
voit plusieurs Chevaliers dans le Ciel , tous
vétus d'une couleur de flamme , tenant des
Lances noires , lesquels ravis aussi de
la Musique d'Orphée lui en rendirent ung
infinité de louanges. Mercure alors suplia
D des
684 MERCURE DE FRANCE
derechef Jupiter de transformer aussi les
autres Etoiles en mêmes Dames qui avoient
amoureusement aimé ces Chevaliers et per
severe en leur amour jusqu'à la mort ; incontinent
ces Etoiles changées en autant de
Dames furent vûës vétues de la même couleur
que leurs Chevaliers ; Mercure voyant
que Jupiter avoit intheriné toutes ses prieres ,
il éleva derechef ses mains , et le suplia de
permettre que toutes ces Ames Celestes de
Chevaliers avec leurs Dames , descendissent
en Terre pour danser à ces Noces Royales.
Jupiter lui accorda encore cette requête et
les Chevaliers avec leurs Dames descendi
rent dans des nuées sur le Théatre , où au
sen de plusieurs Instrumens , ils danserent
divers Ballets , ce qui fut la fin de cette
belle Moralité.
par-
On donnoit aussi le nom de Moralités
aux Représentations qui se faisoient ans
ciennement aux Entrées de ros Rois et
de nos Reines, sur divers Théatres ,
ce que les Sujets de ces Représentations
étoient tirés de l'Ancien ou du Nouveau
Testament , d'une maniere assés simple,
On représentoit même quelques Paras
boles de l'Evangile.
Dans la suite des temps les Confreres
de la Passion obtinrent la permission de
faire jouer d'autres Mysteres que ceux
de
AVRIL. 1736.
** 5
de la Passion de N. S. et même des especes
de Tragédies et de Comédies , mêlant
le profane avec le sacré , ce qui fit
apeller leurs Représentations , comme
on l'a déja dit , les feux des Pois pilés.
C'est dans ce temps-là qu'on introduisit
sur le Théatre les Personnages grotesques
de Jean Farine , Gille le Niais, Gantier
Garguille , Philippin , Guillot gorgen ,
Michel croupiere, Gros René , Gros Guillean .
me Gorgibus , Fodelet , &c.
*********XXXXXX
LA CHOSE A DECIDER
L'Amo
CONTE.
A Mile de F .....
' Amour un beau matin voulant se marier ;
C'étoit , sans doute , à la plus belle ;
Son Conseil il fit assembler
On décide , on envoye à la Troupe mortelfe
Un Page en ce fort connoisseur ;
Avec titre d'Ambassadeur ;
On dépêcha son Equipage ;
Mille petits Amours se mirent du voyageā
Or il avint aussi que dans le même jour
Apollon voulut à son tour ,
D ij
Cho
686 MERCURE DE FRANCE
Chés les Humains choisir une Maîtresse ;
Il vouloit de l'esprit et beaucoup de sagesse.
On envoya pour ce dans notre Région
Un Député de PHélicon ,
Monté dessus Pegaze , il fut dans l'Idalie ,
Passa chés les Bretons , revint en Italie ,
De l'un à l'autre Pole il court ;
Après bien des détours Pégaze coupa court
Du côté de Paris ; ón dit que cette Ville
En beaux esprits de tout temps fut fertile
Il parcourt mainte fois cette grande Cité ,
Où l'on voit des Beaux Arts briller l'Académie ¿
Sans trouver rien qui pût flater le Dieu des Vers.
Il étoit déja prêt à quitter la Partię ,
Lorsqu'il se ressouvint que le Sexe à Nevers
Est fameux par sa politesse ,
Son esprit , sa délicatesse ;
Du Parnasse le Député ,
Tourna bride de ce côté ;
; Il eut bien-tôt atteint notre Contrée
Dans Nevers il fit son Entrée
Ap commencement de la nuit ,
Et les premiers objets qu'il vit
Etoient deux aimables Bergeres ;
Toutes les deux à côté de leurs Meres
Filoient du chanvre à la clarté du feu
Qu'avec la chenevotte on faisoit en ce lieu,
Il fut les aborder , quelle fut sa surprise
Lorsqu'il
AVRIL. 17368 68%
Lorsqu'il trouva la place prise ?
C'étoit l'Envoyé de l'Amour ,
Lequel sans faire un si grand tour
Etoit venu dans notre Ville ,
Scachant bien qu'en Beautés elle est toujou
fertile.
De vous , Belle Philis , il avoit fait le choix ;
Auroit -il pû ne le pas faire ?
Le nouvel arrivé vous donne aussi sa voix ;
Tous les deux voulurent vous plaire ,
L'un admiroit votre beauté ,
L'autre votre vivacité.
Voici donc un Rival pour le Dieu de Cytheres
Celui - cy vouloit être à Phébus preferé ,
Alleguant qu'il s'étoit le premier déclaré ,
On eût besoin d'un tiers pour décider l'afaire
On eût recours aux Loix ;
Pardevant Jupiter la Cause fut portée ,
Elle fut par ce Dieu devant vous renvoyée ,
Et c'est de vous , Philis, que dépendra le choix .
LETTRE sur l'Education des Enfans.
N Académicien des Ricovrati de
U Madolie, et de l'Académie de Marsciile,
m'a envoyé, Monsieur , les Vers dont
je vous fais part ; le plaisir que vous
Diij prenez
888 MERCURE DE FRANCE
prenez à étendre la réputation de ceux
qui travaillent utilement pour le Public,
me fait juger que vous publierez avec
joye cette Pieces l'Auteur joint au mé
rite de la noblesse , du sçavoir et de la
vertu , une infinité de talens ; il a fait
de profondes refléxions sur l'Education ;
son amour pour les Enfans l'a porté à
combiner tout ce qui peut leur être avantageux
, et dans l'ardeur de son zelė , il
éleveroit volontiers des Statues à ceux
qui travaillent pour la jeunesse ; je l'excire
à mettre au jour ce que sa passion
Jui a fait produire , et qu'il a la modestie
de renfermer dans ses Portefeuil
les , la matiere en est extrêmement interessante
, plusieurs grands Génies l'ont
traitée avec succès dans tous les siecles ,
mais il nous manque de la voir manier par
nn Amateur qui puisse penetrer le Lecteur
des sentimens dont il est animé , er
ôter au Sujet cet air de secheresse didactique
, qui exclut les graces et le
sentiment.
PLus une Muse est animée
Par de vrais aplaudissemens ,
Plus dans sa Grote envenimée ,
L'Envie éprouve de tourments.
Elle fait siffler ses Viperes ;
Des
AVRIL.
1736. 289
Des Satires les plus ameres
Partout elle lance les traits ;
Mais de leur atteinte maudite ,
Les Auteurs du premier mérite
Se ressentiront- ils jamais?
Malgré tant d'aveugles Critiques ,
Ainsi les Rolins , les Dumas , (4)
Verfont leurs OEuvres autentiques
Braver le temps et le trépas .
Le Spectacle (6) de la Nature
Charmera la Race future ,
Quand vos inutiles Ecrits ,
Fiers ennemis de la lumiere ,
S'abimeront dans la poussiere
Sous le poids d'un juste mépris,
Rolin , d'une étude solide ,
Nous démontre l'utilité :
Ingenieux et sage guide ,
Il mene à l'immortalité ;
Chés lui Memphis et Babylone ;
Athenes et Lacedemone ,
Nous permettent de les revoir ;
Et son infatigable zele ,
(a) M. Dumas , Auteur du Bureau Typogra
phique.
(b ) M. Peluche , Auteur du Spectacle de la
Nature.
D iiij Force
so MERCURE DE FRANCE
Force l'ignorance rebelle
A prendre le ton du sçavoir .
Dumas , écartant l'étalage
Et la gravité des Pédans ;
Au goût de notre premier age ;
Accommode des Jeux sçavans **
L'étude n'est plus ennuyeuse ,
Quand sa Méthode industrieuse
Rend les travaux divertissans ;
Et déja le Maître des Anges ,
Perfectionne ses louanges
Dans la bouche de nos Enfans.
Toi (6) dont l'agréable Physique
Décompose les Elemens ,
Et de la terrestre Fabrique
Nous découvre les fondemens ,
Avec prudence , avec adresse ,
Tous les trésors de la Sagesse'
Dans ton Livre sont répandus.
Malheur à l'ingrat qu'il amuse ,
Qu'il instruit et qui te refuse
Les Eloges qui te sont dûs .
(a) Le Bureau Typographique.
(b) M. Peluche , dans le Spectacle de la Natare
en 3. volumes.
INS
AVRIL 1736. 691
jj j j j jij l j j j ƒƒ ƒ ƒ s į s
INSCRIPTION Antique nouvellement
découverte , & c. Extrait d'une
Lettre écrite de Provence le 20. Mars
1736.
J
' Ai reçû depuis peu une
Inscription"
qu'on vient de découvrir sur le chemin
de Tivoli , et qui paroît mérites
vôtre curiosité.
BEATISSIMO
SECULO
DOMINORUM
NOSTRORUM
CONSTANTI
ET
CONSTANTIS
AUGUSTORUM
SENATUS
POPULUSQ
ROMANUS
+
CLIVUM
TIBURTINUM
IN PLANITIEM REDEGIT
CURANTE L. TURCIO
SECUNDO
APRONIANI
PREF. URE. FIL.
ASTERIO. C. V. clarissimo viro
CORRECTORE FLAM. Flaminies
ET PICENI.
On pouroit à l'occasion de cette Ins
ription , rechercher les fonctions de :
Dyi l'Emploi
792 MERCURE DE FRANCE
l'Emploi de Corrector , qui n'est pas trop
connu. Quoique ce soit un nom de dignité
établie dans le Bas- Empire, il ne se
trouve point dans ce sens , dans le nouveau
du Cange . C'étoient des Personnes
qui commandoient dans les Provinces
sous les Présidens . Correctores
quasi Rectores. On peut consulter la
Notice de l'Empire , et les Notes de
Pancirole. On les trouve souvent dans
les Recueils d'Inscriptions de Grutter ,
de Reinesius , de Gudius , & c. Nos Loix
en font aussi quelquefois mention : comme
la Loi de omnibus , §. de Offic. pras ..
et la Loi unic. C. ut omnes Judices. Enfin
la Loi VIII. du Code Théodosien
Tit. de Accusat. et Inscript. , est adressée
ad Maximum Correctorem Tuscia.
J'ai lu avec d'autant plus de plaisis
dans le dernier Mercure de Décembre
la Lettre de M. de la Metrie , sur la Dissertation
de M. Mead , que je l'avois
reçuë depuis peu d'Angleterre . J'y ay
remarqué une legere méprise , en ce qu'il
supose la Dissertation publiée sur des
Ecus frapés en l'honneur de deux Sectes
de Médecine ; car le mot d'Ecu , em .
porte ordinairement l'idée d'une Monnoye
d'argent, et les Médailles dont parle
M. Mead , sont de Cuivre , de moyen
er
AVRIE. 1936. 693
et petit Bronze , et ne sont pas extre
mement rares.
Il paroît par vos Remarques qui suivent
cette Lettre , et que j'ai luës avec
beaucoup de satisfaction , que vous n'avez
pas consulté la Brochure de M.
Mead, qui n'est pas fort connuë : vous auriés
pû donner une Notice des Médailles
qu'elle contient , qui auroit été bien reçuë.
Vous auriés vû, sur tout sur le titre ,
votre même Médaille gravée , avec le
nom d'Hipocrate au nominatif tout
au long , tirée du Cabinet du Roy : vous
pouriés en faire chercher l'Original
pour sçavoir si elle existe réellement ,
et quelle est la grandeur du Cuivre ;
car M. Mead ne le marque pas . Cette
Médaille confirmeroit bien la verité de
vos idées sur celle du Duc de Parme
s'il pouvoit y avoir quelque doute dans
une chose si claire . Au reste , on trouve
encore la Tête d'Hipocrate dans Fulvius
Ursinus , page 71. tirée d'une Mé
daille de Cuivre , qui doit être la même
que celle du Cabinet du Roi , sur quoi
on peut consulter le Commentaire de
Joann. Faber.
Dvj CHANSON
94 MERCURE DE FRANCE
****
CHANSON ANACREONTIQUE.-
Par une Nymphe de la Mer , métamor
phosée en Berger du Pays d'Astrée.
A Mlle P Nymphe des Rives du'
Lignon. Sur l'Air : Tu me quittes , ingrate
Tirsis , tu deviens infidele , & c.
I Ris , [ Ris , Ris , vous donnez de l'amour ,
Même à l'indifference ;
Chacun ici vous fait la cour ,
Et vous dit ce qu'il pense ;
Plus timide et plus amoureux
Je n'ose parler que des yeux.
M
L'Amour vous porta dur berceauS
Dans l'Isle de Cythere ,
Et vous peignit de son Pinceau , ‹
En regardant sa Mère ::
Venus le battit , en courroux
De se voir moins belle que vous-

C'est lui qui coupa ces grands yeux” ,
Et qui fit ces prunelles
Gest lui qui répand en tous lieux ,
Leurss
AVRIL 17366 695
Leurs vives étincelles ;
C'est lui qui vous fit ce souris ,
Dont mon coeur fut d'abord épris

Laissez -moi baiser par pitié ,
Cette main que j'adore ;-
Non , non , ce signe d'amitié
M'embraseroit encore :
Ah ! donnez : puisse le trépas ,
Coler ma bouche sur ce bras !
M
Vous avez fixé de mes voeux
La course vagabonde ;
Je préfere un de vos cheveux "
A tous les biens du Monde :-
J'aime mieux vivre dans vos fers
Que d'être Roy de l'Univers.
Quand le Destin m'apellera
Sur les bords de la Seine ,
Ma Lyre sans cesse y dira
Vos beautés et ma peine : -
Et- les aîles des douxe Zéphirs ;
Yous aporteront mes soupirs.
EXTRAIT
296 MERCURE DE FRANCE
2222252.
EXTRAIT d'une Lettre de M. de Voltaire
à M. de la Mare , Editeur de la
Tragedie de Jules Cesar. A Cirey , le
15 Mars 1736.
J
E me flate , man cher Monsieur
que quand vous ferez imprimer quel
qu'un de vos Ouvrages , vous le ferez
avec plus d'éxactitude que vous
n'en avez eu dans l'Edition de Jules-
Cesar. Permettez que mon amitié se plaigne
de ce que vous avez hazardé dans
votre Préface des choses sur lesquelles .
vous deviés auparavant me consulter.
Vous dites , par exemple , que dans
de certaines circonstances le parricide
étoit regardé comme une action de courage,
et même de vertu chés les Romains:-
ce sont de ces propositions qui auroient
grand besoin d'être prouvées.
Il n'y a aucun exemple de Fils qui ait
assassiné son Pere pour le salut de la
Patrie ; Brutus est le seul , encore n'ester
fl pasabsolument
sûr , qu'il fut le fils de
Cesar.Je croi que vous deviés vous contenter
de dire que Brutus étoit Stoïcien
et presque fanatique feroce dans la
*
vestu
AVRIL. 697 1736.
vertu , et incapable d'écouter la nature
quand il s'agissoit de la Patrie , comme
sa Lettre à Ciceron le prouve.
Il est assés vrai-semblable qu'il sçavoit
que Cesar étoit son Pere , et que cette
considération ne le retint pas . C'est mê
me cette circonstance terrible, et ce combat
singulier entre la tendresse et la fureur
de la liberté , qui seul pouvoit ren
dre la Piece interessante ; car de repré
senter des Romains nés libres , des Senateurs
oprimés par leur égal , qui conju
rent contre un tiran , et qui exécutent
de leurs mains la vengeance publique ;.
il n'y a rien là que de simple ; et Aristote
( qui après tout étoit un très - grand
Génie a remarqué avec beaucoup de
pénétration et de connoissance du coeur
humain , que cette espece de Tragedie
est languissante et insipide ; il Papelle
la plus vicieuse de toutes , tant l'insipidité
est un poison qui tuë tous les plai
sirs.
Vous auriés donc pû dire , que Cesar
est un grand homme , ambitieux , jusqu'à
la tirannie , et Brutus un Heros
d'un autre genre , qui pousse l'amour de
la liberté jusqu'à la fureur.
Vous pouriez remarquer qu'ils sont re
présentés tous deux condamnables , mais à
Blaindro
78 MERCURE DE FRANCE
plaindre , et que c'est en quoy consiste'
l'artifice de cette Piece.
Vous paroissez sur tout avoir d'autant
plus de tort , de dire que les Romains
aprouvoient le parricide de Brutus , qu'à
la fin de la Piece , les Romains nese soulevent
contre les Conjurés , que , lors'
qu'ils aprennent que Brutus a tué son
Pere ; ils s'écrient :
monstre ! que les Dieux devoient exterminer:
ils font donc précisément ce que vous'
avez avancé.
Je vous avois dit , à la verité , qu'il y
avoit parini les Lettres de Ciceron une
Lettre de Brutus, par laquelle on peut in.
férer qu'il auroit tué son Pere pour la caur
se de la liberté. Il me semble que vous
avez assuré la chose trop positivement.
Celui qui a traduit la Lettre Italienne
de M. le Marquis Algaroti , semble être
tombé dans une méprise à l'endroit où
Vous dites que c'est un de ceux qu'on
appelle Doctores Umbratici , qui a fait la
premiere Edition fautive de cette Piece.
Je me souviens que quand M. Algaroti
me lut sa Lettre en Italien , il Y désignoit
un Précepteur, * qui ayant volé cer
Ouvrage , le fit imprimer. Cet Homme:
3.
a même
★ Ce- Precepteur› n'étoit pas dans l'Universités ›
AVRIL. 1736 .
ةروو
a même été puni . Mais par la Traduction
il me semble qu'on ait voulu désigner
les Professeurs de l'Université .
L'Auteur de la brochure qu'on donne
toutes les semaines , sous le titre d'Observations
, a pris occasion de cette máprise
pour insinuer que M. le Marquis
Algaroti avoit prétendu attaquer les Professeurs
de Paris. Mais cet Etranger respectable
, qui a fait tant d'honneur à l'U
niversité de Padoue, est bien loin de ne
pas estimer celle de Paris , dans laquelle
on peut dire qu'il n'y a jamais eû tant
de probité et tant de goût qu'à présent .
Si vous m'aviês envoyé votre Préface , je
vous aurois prié de corriger ces bagatelles.
Mais vos fautes sont si peu de chose,
en comparaison des miennes , que je ne
songe qu'à ces dernieres ..J'en ferois une
fort grande de ne vous point aimer , et
yous pouvez compter toujours sur mok
*******:XX:XXXXXX
REPONSE à M. l'Abbé de P **
qui se plaignoit de la lenteur du Prin
temps à ranimer sesJardins et ses Vergers
DE
E P ** j'ai reçû ta plaintive Elegie ;
Rica , à mon gré , ne peint avec plus d'énergie
Le
Joo MERCURE DE FRANCE
Le bonheur d'un Mortel , dont les voeux sóm
remplis ,
Que le récit naïf des maux dont tu gémis.
Heureux, cent fois heureux ! que ton sort a de
charmes !
Quelques plaisirs de moins font tes vives allarmes
;
Tu te plains d'un Hyver qui ne laisse au Prin
temps ,
Pour orner tes Jardins, que des feux impuissans,
Un nouveau plan tardif t'annonce que l'Automne
Sera lent à marir les doux fruits de Pomone ,
Ét de- là tous tes maux ; des figues et des fleurs
Dont tu seras privé , te font verser des pleurs?
A quoi te servent donc le rang et l'opulence
,
Si tu sens des besoins au sein de l'abondance ?
Pour moi, du Tout-Puissant je connois la bonté,
Et le calme où je suis , fait ma félicité.
Maître des Elémens , que par sa Providence
Il procure aux Mortels les biens ou l'indigence,
Je respecte ses Loix ; par des soins criminels
Je n'aprofondis point ses Decrets éternels.
Loin de former en vain des désirs et des plaintes;
Si je vis sans plaisirs , au moins je vis sans
craintes ;
Je reconnois en tout le pouvoir souverain
D'un Dieu qui des Humains tient le sort en se
main
QUE
AVRIL. 1736. 707
Que fermant pour jamais mes yeux à la lumiere,
Cet Arbitre suprême abrege ma carriere ,
Je pars san's murmurer , et quitte sans regrets
Des biens qui n'ont pour moi que de foibles
attraits.
a V. D. L.
XXXXXXX ********
LETTRE à M. l'Abbé PHILIPPE ,
au sujet des Tragedies de M. de
Voltaire , écrite de Paris le 20. Mars
1736.
C'est vous faire ma cour , Monsieur
que de vous envoyer les Vers que j'ai
= composés au sujet des Tragédies de l'Illusre
M. de Voltaire . La haute estime que
vous
avez pour les Ouvrages d'un homme qui
fait tant d'honneur à sa Patrie par ses tan
lens universels , vous rendra peut- être agréa❤
ble la lecture des foibles essais d'une Muse
naissante:heureux , s'ils méritoient l'aprobation
des personnes qui ont le goût aussi
délicat que le vôtre ! Il se répand dans le
Public depuis quelques semaines , une Epitre
adressée au brillant Auteur d'Alzire &
elle commence par ces mois &
Rare génie , ornement de la France.
On
702 MERCURE DE FRANCE
sont ,
On me l'a attribuée sans fondement 3je
n'y ai aucune part. Cela me feroit -souhai
ter de mettre du jour mes Vers tels qu'il
si vous le jugez à propos. Soumis de
bon coeur à votre décision , j'attends tout de
Votre indulgence. Si c'est mon destin d'êt
imprimé, faites- moi grace de la Prose qui
faisoit partie des Lettres que j'ai eû l'honneur
d'écrire au Poëte incomparable de notr
siecle. Je finis par ce proverbe , Ne mihi
sis Patruus , en vous assurant que je suis
dans les sentimens d'une sincere et tendre vé
neration, M. & c. BA ... D'ARNAUD
A Paris ce 22. Mars 1736.
AVERTISSEMENT au Lecteur
Deja plus d'un rimeur
Se déchaînant contre l'Ouvrage ,
Me donne le Pont-Neuf et les Quays en partagé
Que répondrai-je à ce fâcheux Censeur ,
Dont le ton critique m'outrage ?
Si Damon , ce vieil Orateur ,
Peut , sans reproche à l'audience ,
Faire ronfler son Auditeur ,
Fourquoi ne pas user de la même licence ?
Te puis à dix- sept ans endormir mon Lecteur.
Vers
AVRIL 1736. 703
Vers envoyés à M. de Voltaire le 30 .
Janvier 1736.
Toi , qui de l'amour empruntant le pinceau ,
Traces des passions une vive peinture :
Toi qui conduit par l'Art, formé par la Nature
Retires les Héros de la nuit du tombeau
Et possedes si bien l'heureux talent de plaire ,
Voltaire , qu'Apollon adopte pour son fils ,
Daigne accepter l'essai d'une muse sincere,
Dont la verité fait l'ornement et le prix :
Tandis que tout Paris te donne son suffrage ;'
Reçoisces Vers , reçois mon foible hommage ;
La raison vainement condamne ces transports ,
Sans écouter d'inutiles caprices ,
Je veux te consacrer mes timides accords ,
D'une Muse au berceau te vouer les prémices ¿
Que vois- je ? La critique abattuë à tes pieds ,
Ose encor contre roi lever sa tête altiere ,
Des Censeurs odieux les fronts humiliés ,
Portent leur haine écrite au sein de la poussiere
En vain ces Typhons condamnés ,
Bravent la main qui les tient enchaînés ; 1
En vain Penvieuse cabale
Désaprouve l'honneur qu'ont mérité tes Vers ;
Parle , et soudain cette fiere rivale ,
Confondue à ta voix , rentrera dans ses fers ;
Virgile , Milton et le Tasse ,
Dont les Ecrits presque divins
Les
1
704 MERCURE DE FRANCE
Les placent au- dessus du reste des Humains ,
Partagent avec toi notre encens au Parnasse.
Que ne puis- je exprimer ces charmes séducteurs
Qui touchent à ton gré les esprits et les coeurs?
Quand tu peins , je vois la Nature
Brillante de nouveaux attraits ;
Quand tu feins , l'aimable imposture
De la verité prend les traits.
Sur OEDIP E.
Par un assemblage exécrable ,
Mere , Epouse à la fois ,
Jocaste est d'autant moins coupable ;
Qu'elle obéit aux Loix.
D'Edipe infortuné je plains le sort funeste,
J'estime sa vertu , j'abhorre ses forfaits ,
C'est le crime que je déteste ,
Non le Criminel que je hais.
Sur HERODE et MARIA MNE .
Hérode en proye à mille allarmes ,
Tout injuste qu'il est nous arrache des larmes ;
J'admire de Varus la generosité ,
J'aime dans Mariamne une pudeur si rare ;
Avec l'Epoux je sens l'amour , la cruauté ,
Et j'accuse , avec lui , le Ciel d'être barbare ,
Lorsqu'il connoît le crime où son coeur l'a porte
Sur BRUTUS.
Du courageux Brutus la fermeté stoïque
Inspir
AVRIL.
, ༠
17368
Inspire au Spectateur de nobles sentimens ;
Sa constance héroïque
Fait taire la Nature en ces tristes momens ,
S'il veut être Romain , il cesse d'être Pere ;
L'un et l'autre a ses droits , il veut les satisfaire,
Rome exige du sang, l'amour retient son bras ;
Mais bien-tôt du Consul il prend le caractere ,
Et sort toujours vainqueur de ces rudes combats
Rien ne peut révoquer l'Arrêt inexorable ,
Le devoir a parlé , sa voix seule suffit
Pour armer ce Héros du foudre inévitable
Et sans gémir du joug où Rome le réduit ,
Il ne voit en Titus qu'un Citoyen coupable,
Sur ZAIRE.
Entre l'amour et la Religion ,
Zaïre irrésoluë
Jusqu'à la fin de l'action ,
Tient mon ame tremblante et toujours sas
penduë.
Lusignan , ce vieillard , ce Pere malheureux ,
Fixe des Spectateurs et le coeur et les yeux.
Son destin seul nous interesse ,
On partage avec lui sa joye et sa tristesse,
Orosmane est cruel , mais il est genereux ;
Dans Nerestan je vois un Chrétien plein de zele
Dans son aimable soeur , une amante fidelle ,
Ainsi mon ame tour-à - tour
Va de l'amour au trouble, et du trouble à l'amour.
Sur
706 MERCURE DE FRANCE
Sur CESAR.
Cesar est bienfaisant , vertueux , magnanime,
Et s'il n'étoit Tyran , Cesar seroit sans crime,
Brutus semble aux François un traître , un ins
humain ;
Mais Rome dans Brutus reconnoît un Romain,
Sur ALZIRE.
D'un devoir odieux victime infortunée ,
Alzire a deux Tyrans , l'Amour et l'Hymenée ;
L'un grave dans son coeur les traits d'un tendre
Amant ,
L'autre opose à ses feux la rigueur d'un serment,
Elle ne peut aimer sans se rendre infidelle .
Elle ne peut haïr sans être criminelle ,
L'Amant a sa tendresse , et l'Epoux a sa foi ,
Qui des deux doit donner ou recevoir la Loi ?
L'estime , la nature et la reconnoissance ,
C
Tiennent Alvarès incertain ;
al veut d'un bienfaiteur embrasser la défense ,
Et maintenir d'un fils le glorieux destin.
Zamoré aux yeux du Catholique ,
Est un Payen séditieux ;
Zamore aux Rives du Mexique ;
Est le liberateur d'un Peuple malheureux ,
Plus grand que ses Dieux même , il jouit de sa
gloire ,
Le coeur fait le Heros , et non pas la victoire ,
En vain le fier Gusman attaque son orgueil ,
Ce vengeur de l'Etat , seul apui de l'Empire ,
Sang
AVRIL. 1735. 707
Cans trembler sur sou sort , ne craint que pour
Alzire ,
Et voit d'un oeil serain les horreurs du cercueil ,
Prétextant ses forfaits du titre de courage ,
De sang toujours avide , enyvré de carnage ,
Gusman vit en tyran et meurt en vrai Chrétien
du tombeau le Ciel est son soutien ;
Aux portes
A son Rival ceder le Diadême ,
C'est l'effort d'un grand coeur
Lui ceder ce qu'on aime ,
C'est de soi - même être vainqueur.
Dans Alzire chacun croit voir une Maîtresse ,
L'on ressent four - à- tour la haîne et la tendresse,
Un Epoux plaint l'Epoux , un Amant plaint
l'Amant.
Plût au Ciel qu'on aimât aussi fidelement !
Poursuis , ingénieux Voltaire ,
A ce prix fai couler nos pleurs :
Poursui ta brillante carriere ,
Et regne à jamais sur nos coeurs
Que ton nom , que ta gloire ,
Perce de l'avenir l'épaisse obscurité ;
Puisses-tu remporter victoire sur victoire ,
Et de mille Rivaux confondre la fierté !
C
Et toi jeune Gossin , dont les yeux pleins de
charmes ,
• Te donnent tant d'admirateurs ,
Tu n'as qu'à répandre des larmes ;
P Ex
708 MERCURE DE FRANCE
EL Voltaire bien- tôt par tes attraits vainqueurs ,
A la Critique arrachera les armes.
BA **
Landare parum est , laudemur et ipsi. Ovid.
Le mot de l'Enigme du mois de Mars
est le Cocq ; ceux des Logogryphes sont,
Constantinople , Polisson , et Canard ; on
trouve dans le premier , Caton , Oncle ,
Nicolas , Sinople , Tante , Anne , Noël ,
Toit , Instant, Naples, Oise, Pitance , Lion ,
Espions dans le second , Po , Lis , Son
Polis et dans le troisiéme , Cadran et Rana.
J
ENIGM E.
E ne suis point frileuse et si j'aime le feu ;
Peut-on contester ma noblesse ?
M'accuser de roture et d'être de bas lieu?
Il faudroit , pour le coup , avoir beaucoup d'ag
dresse ,
Je porte l'Ecusson du plus noble des Rois ,
Ou tout au moins celui des Seigneurs et des
Princes ,
Je suis assés vulgaire , on me trouve à la fois
Chés les petits, les Grands,à Paris , aux Provinces,
Je
AVRIL: 1736. 709
Je suis belle, mais noire , et j'ai de la pudeur
Ce n'est pas un si grand malheur.
Des Granges , de Paris.
*****************
LOGO GRYPHE.
SIx membres,quatre pieds font voir également
Ma qualité , mon nom , et mon foible talent ;
Que je suis grand coureur , de legere mémoire ,
Voilà par abrégé , des traits de mon histoire.
Mon chef au volatil est de nécessité
Ma fin ; pour la Musique on voit l'utilité ;
Trois pieds après mon chef , marquent Ville er
Village ;
Retranche le dernier , je loge au bas étage ;
Du tout , raye le trois , on verra mon emploi ;
Les Docteurs , les Marchands , tous ont besoin
de moi ;
Tranche à présent le coeur , je bannis l'ignorances
Autrement d'Apollon j'exprime la science ;
En suprimant le chef, je présente à tes yeux
La triste passion d'un homme furieux ;
Coupe de mon entier , un , trois , autre figure ;
Qui fait confusion à l'humaine nature ;
De ceci ne prenant que deux , quatre avec trois ,
et sers aux vêtemens des
Je suis rampant
Rois ; 10,
E ij
Trois
10 MERCURE DE FRANCE
Trois , un , deux avec six , Lecteur, c'est u
Prophete ;
Un , deux , trois , cinq et six , j'ai conservé la tête
D'un , qui prit malgré lui , gîte chés un poisson
,
Un, quatre , cinq , six , quoi ? Refrain d'une
chanson.
C'en est assés , Lecteur , j'acheve mon ouvrage
Fais Fais à present le tien , și ce plaisir t'engage,
M. de Glat.
AUTRE.
ILL est certain Pays où je suis à la mode ,
Des deux sexes l'un hait , l'autre aime ma més
thode ,
Chacun a ses raisons , si tu ne me comprends ,
Je sçaurai pour t'aider , m'offrir en plusieurs
sens ;
Et prenant tour à tour de mes pieds certain
nombre ,
Tu pouras quelque temps ne tenir que mon
Combre ;
C'est ainsi que je suis gendre de Mahomet ,
Femme d'un Patriarche, et ne devant pas l'être ;
Branche d'arbre honorable art
trompeur et
secret ;
Le doux fruit d'un travail admirable et cham
pêtre ;
??
Le plus dur instrument , feuye au- de - là des
monts ;
Ville
AVRIL 1736. 711
Ville avec Evêché suffragant de Provence ,
De l'Empire de l'Onde un des meilleurs Poissons ;
Lieu d'exercice . En moi ce qui fait que je pense ,
Au Royaume d'un nom qui se termine en an
J'étois des Portugais la Ville Capitale ;
Tu trouveras encor sur le vaste Ocean
Du plus riche Pays la Ville principale ;
Tu te lasses , Lecteur , he bien venons au fait ,
Prises comme elles sont , neuf lettres font la
chose ,
"
Une moins , c'est le nom de celui qui l'a fait ;
Pour le coup c'est assés, adieu ; j'ai bouche close.
AUTR E.
Cinq pieds me font de France un séjour
agréable ;
Lecteur , il faut trouver dans ce que je comprens,"
Vol ,fruit , douleur , rivage , animal redoutable ,
Le tout en mots latins, renversés , differens .
Du Chemin , Musicien à Angers.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
M
EDITATIONS Sur les principales Vé
tités de la Religion Chrétienne ,
suivant les raports qu'elles ont avec le
E iij Mys.
IZ MERCURE DE FRANCE
Myftere d'un Dieu souffrant & crucifiés
rassemblées pour tous les Jours où l'on
expose la vraie Croix. Par M. Gilly , ancien
Théologal de l'Eglise de Bayonne ,
et Doyen du Chapitre Royal de S. Laud.
A Paris, chés Paulus du Mesnil , Grand'-
Salle du Palais. 1736. in- 12 .
LE'S SATURNALES FRANÇOISES . Par
M.... A Paris , chés Prault fils , Quai de
Conti , à la Charité . 1736. in - 12 . 2. vol.
3. livres.
LAMEKIS , ou les Voyages extraordinaires
d'un Egyptien dans la Terre intérieure
, avec la découverte de l'Ifle des
Sylphides , seconde Partie. Par M. le
Chevalier de Mouhy . A Paris , chés Louis
Dupuis , ruë S. Jacques , à la Fontaine
d'or. 1736. in- 12.
NOUVEAU TABLEAU des Avocats du
Parlement , leurs demeures et leurs
Bancs au Palais. Mis au Greffe de la Cour
par Me. Louis-François le Poupet , ancien
Avocat & Bâtonnier le 21. Février 1736.
avec les Reglemens et Arrêrs sur la Fonction
des Avocats . Brochure in- 8 ° . de 61.
pages. A Paris au Palais , chés Paulus du
Mesnil, au Lion d'or . м. DCC , xxxvi .
SUP
AVRIL. 1736. 713
SUPLEMENT au grand Dictionnair
Historique , Généalogique , Géographie
que & c. de M. Louis Moreri , pour servià
la derniere Edition de l'année 1732. er
aux précédentes. A Paris , chés la veuvt
le Mercier , ruë S. Jacques , à S. Ambroisee
Jacques Vincent , rue et vis - à- vis l'Eglis ,
S. Severin , à l'Ange , J. B. Coignard , ee
Antoine Boudet , rue S. Jacques , à la Bit
ble d'or. 1735. in -fol. 2. vol . Tom . I. pp .
799. Tome II . pp . 734. à deux colonnes.
RECUEIL ALPHABETIQUE de Prognostics
dangereux et mortels sur les differentes
maladies de l'homme , précédé d'une
Explication des maladies et de quelques
termes de Médecine , pour servir à Mrs.
les Recteurs et autres ayant charge d'ames
dans l'administration des Sacremens.
Par M....A Paris , chés Coignard , et
Antoine Boudet , rue S. Jacques , à la
Bible d'or. 1736. in- 12.
LEÇONS DE PHYSIQUE,Contenant les Elémens
de la Physique , déterminés par les
seules loix des Mécaniques , expliquées
au College Royal de France par Joseph
Privat de Molieres , Professeur Royal en
Philosophie, de l'Académie des Sciences.
&c. T. II. A Paris , chés la veuve Brocas ,
E iiij rue
14 MERCURE DE FRANCE
ruë S. Jacques , Musier , Quai des Augustins
, et Joseph Bullot , rue de la Par
cheminerie. 1736. vol. in - 12 . de 45 2. pp.
LA JERUSALEM DELIRE'E du Tasse ,
traduite en François , par M. de Mirabeau
, nouvelle Edition , revûë et corrigée
par l'Auteur. A Paris , Quai des Augustins
, chés Barrois fils , 2. vol. in- 1 2.
LA PAYSANNE PARVENUE , ou les Mémoires
de Mad. la Marquise de L. V.
Par M. le Chevalier de Mouby. Quatrième
Partie A Paris , Quai de Conti , chés
Prault fils , 1736. Prix , 24. sols.
LA FAUSSE AGNE'S , ou le Poëte Campagnard
, Comédie en trois Actes , en
Prose . Par M. Nericault des Touches ,
de l'Acad. Françoise. A Paris , chés Prauli
le pere , Quai de Gêvres 1736. avec un
Prologue intitulé , Le Triomphe de l'Au
tomne.
> RHINSAULT ET SAPPHIRA Histoire
Tragique , avec les quatré FFlleeuurrss,, Conte
A Paris , chés Prault , Pere , Quai de
Gêvres , au Paradis . 1736. in 12.
י
RECUEIL de plusieurs Pieces de Poësie
CF
A V RIL. 715 1736.
et d'Eloquence , présentées à l'Académie
des Jeux Floraux , les années 1734. et
1735. avec les Discours prononcés dans
les Assemblées publiques de l'Académie.
A Toulouse , chés Claude- Gilles le Camus,
seul Imprimeur du Roi et de l'Académie"
des Jeux Floraux . Vol . in - 89 . de 298. pp.
QUESTION DE MEDECINE agitée dans
>
les Ecoles de Médecine de Paris le Jeudi
9. Février 1736. sous la Présidence de
M. Jacques- François Vandermonde , Dɔcteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris ; sçavoir , si le Gin - seng convient
pour réparer les forces abbatues des Convalescens
. A Paris , chés Quillau , Imprimeur
de la Faculté de Médecine. in 4.
L'Ouvrage eft en Latin.
HISTOIRE DES PLANTES par Bauhin
avec la représentation des Plantes , par
M. Andry , Docteur Régent de la Fa--
culté de Médecine à Paris , Lecteur et
Professeur Royal . A Paris , chés P. G.
le Mercier , rue S. Jacques , au Livred'or
, 2. vol. in- 12. 6. liv ..
LE BACHELIER DE SALAMANQUE , OU
les Mémoires de. D. Cherubin de la
Ronda , tirés d'un Manuscrit Espagnol..
Par M. Le Sage. A Paris , rue de la
E-v vicilles
716 MERCURE DE FRANCE
vieille Bouclerie , près le Pont S. Michel,
chés Valleyre , fils , à l'Annonciation , et
Gissey , à l'Arbre de Jessé. 1736. in - 12 .
de 378. pages , sans la Table des Chapitres
.
MEMOIRES pour servir à l'Hiftoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres & c. A Paris , chés Briasson , ruë
S. Jacques , à la Science . M. DCC . Xxxv.
Tome XXXIII.
Ce Volume commence comme le précédent
par une Table alphabetique des
Auteurs contenus dans les trente- deux
Volumes des Mémoires , Table , comme
nous l'avons déja dit , qui est d'un secours
très nécessaire pour profiter d'un
pareil Ouvrage , lequel continuë d'être
débité avec succès . Voici les noms des
Sçavans dont l'Histoire est contenuë
dans ce même Volume , selon l'ordre
qu'ils se trouvent arrangés dans une Table
particuliere.
André Alciat , Romulo Amaseo , Eras
me Bartholin , Marguerin de la Bigne ,
Marc- Antoine Bonciari , Jean Alexandre
Brafficanus , David Auguftin Brueys
Symphorien Champier , Louis Dolce , Geor
ge Fabrice , Jean de Gorris , Pierre d'Hozier,
Jean de Launoy , Antoine Loisel,
AVRIL. 1736. 737
Ottomarus Luscinius , J. Baptiste Marino ,
Michel de Marolles , Franç. de Maucroix,
Antoine de Montchrestien Simeon de
Muis , Jean - Isaac Pontanus , Jean - André
Quenstedt, François Rabelais , René Rapin,
Conrad Ritthershusius , et Jean Rutgersius.

En suivant notre coutume , qui est de
raporter un Article de chaque Tome de
cet Ouvrage , nous nous sommes déterminés
pour celui de Pierre d'Hozier .
PIERRE d'Hozier , nâquit à Marseille
le 12. Juillet 1592. d'Etienne d'Hozier
fameux Avocat , natif de Salon , et de
Françoise de Tellier .
Il reçut une excellente éducation de
son Pere , qui l'amena à Paris pour y
faire ses Etudes ; mais il n'y demeura
qu'un an , parce que la foiblesse de sa
vûë ne lui permettoit pas de les continuer
sans danger.
·
Après la mort de son Pere , résolu à
prendre le parti des Armes , il revint à
Paris en 1615. et se mit dans la Compagnie
des Chevau Legers de M. de
Créqui Bernieules , Chef de cette Maison
, qui recherchoit alors sa Généalogie.
L'inclination naturelle de d'Hozier , excirée
par la curiosité de M. de Berniewles
,l'engagea à s'offrir à ce Seigneur pour
F'aider dans ses recherches.
E vj
IL
718 MERCURE DE FRANCE
* Il y travailla avec tant d'ardeur
et tant de plaisir , qu'il hazarda dès lors
de faire la Généalogie de cette Maison.
Ce coup d'essai ayant réussi , lui fit naî--
tre le dessein d'entreprendre la recherche
génerale des principales. Maisons du
Royaume.
Il acquit bientôt en ce genre une gran
de réputation s et les amis qu'il s'éroic
faits , lui conseillerent d'entrer dans la
Maison du Roi , pour être plus en état
de faire valoir ses talens . Profitant der
leur conseil , il se fit pourvoir le 4. Mars
de l'année 1620. d'une place parmi les
cent Gentilshomines de l'ancienne Bande
de la Maison du Koi..
Pendant qu'il demeura dans cette
Compagnie , les occasions qu'il eut de
faire divers voyages , lui faciliterent les.
moyens de recueillir tant de materiaux
pour l'execution de son vaste dessein
qu'il s'attacha depuis uniquement à cultiver
cette partie de l'Histoire.
Il eut l'avantage de joindre une des
plus excellentes mémoires dont on ait
jamais entendu parler , à un travail immense..
Cela fut cause que la Noblesse
la plus qualifiée l'employa pour avoir des
Généalogies dressées de sa main .
Le. Duc d'Orleans , Gaston , qui aimoit
lės
A. V R. IL.
1736 719
Tes
personnes distinguées par des talens
extraordinaires , ayant entendu parler
de sa mémoire prodigieuse , qui lui fai
soit citer sur le champ et sans se tromper,.
les dates des Contracts , les Noms , les:
Surnoms , et les Armes de chaque Famille
qu'il avoit étudiée , lui donna le
12. Janvier 1527. une Charge de Gentilhomme
de sa Suite.
L'année suivante 1628. le Roi Louis-
XIII. l'honora de l'Ordre de S. Michel ,
et lui donna en 1629. une pension de
1.200 . liv.
ge
En 1641. ce Prince lui confera la Char
de Juge d'Armes de France , vacantë
par la mort de François de Chevriers de
Saint-Mauris , Seigneur de Salagni en
Mâconnois , Gentilhomme qualifié , qui
exerça le premier cette fonction en
1614
D'Hozier fut ensuite reçu au nombredes
Gentilshommes ordinaires de la Mai
son du Roi ; & le 31. Décembre 1642. il
furt pourvû d'une Charge de Gentilhom-
The Servant , conjointement avec une
autre de Maître d'Hôtel ordinaire .
Après la mort de Louis XIII. il fat
maintenu dans l'exercice des mêmes
Charges qu'il avoit possedées sous son³
Regne ; & Louis XIV. qui les lui con--
frnist
20 MERCURE DE FRANCE
firma par des Lettres du 5. Juin 1546. le
pourvut aussi , à son avenement à la
Couronne , de la Charge de Généalogiste
de ses Ecuries , qui fut créée en sa
faveur.
Enfin , ce Prince , pour mettre le comble
à ses bienfaits , et à ceux de son Prédecesseur
, le fit Conseiller d'Etat en
1654.
Il mourut le premier Décembre 1660.
âgé de 68. ans , après avoir porté la Science
des Généalogies au plus haut point de
perfection où elle put atteindre. Il portoit
le nom de Seigneur de la Garde.
Il avoit épousé à Lyon le 21. Octobre
1630. Yolande Cerrini , dont il laissa
trois fils , dont deux , Louis , et Charles
ont marché sur ses traces , et se sont distingués
par leur habileté dans la Science
Généalogique.
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Généalogie des Seigneurs de la Dufferie
, sortis de la Maison de Baglioni , Seigneurs
Souverains de Perouse en Italie .
Paris 1622. infol.
2. Généalogies et Alliances de la Maison
des Sieurs de Larbour , dits depuis
de Combauld , sortie autrefois puînée de
La
AVRIL. 1736. 72
la premiere Race de Bourbon non Royale
, dès devant l'année 1200. en aprèsrenduë
aînée d'icelle , par la chute en
femmes des deux branches aînées ; et
aujourd'hui par l'extinction de toutes
les autres , seule restée de la ligne masculine
, justifiée par Titres. Paris 1629.
in- 4.º .
3. Table Généalogique , pour faire voir
que la Maison de S. Simon descend par
les femmes de la Royale Maison de France
, justifiée par Preuves. Paris 1631 .
in -fol.
4. Généalogie de la Maison des Gilliers.
Paris 1631. in fol .
2
5. Les Noms , Surnoms Armes et
Blazons des Chevaliers et Officiers de
F'Ordre du S. Esprit , créés par Louis
XIII. le 24. Mai 1633. Paris 1634.
in-fol.
6. Généalogie de la Maison de Rouvroy.
Paris , in fol.
7. Histoire de Bretagne , jusqu'en 1458.
avec les Chroniques des Maisons de Vitré
er de Laval , par Pierre le Baud , Aumô
nier de la Reine Anne , Doyen de saint
Tugal de Laval. Le Breviaire des Bretons,
ou leur Histoire abregée en Vers. Ensem-.
ble quelques autres Traités servant à la
Be Histoire , & l'Armorial des Mai-
SONS
722 MERCURE DE FRANCE
sons de Bretagne : le tout tiré de la Bibliotheque
du Marquis de Molac , et mis
en lumiere par Pierre d'Hozier. Paris
1638. infol.
8. La Généalogie de la Maison de Rosmadec.
Paris 1644. in-ful.
9. Remarques sommaires sur la Généa
logie de la Maison de Gondy. Paris
1652. in fol.
c. Généalogie de la Maison de Bour-
Honville. Paris 1657. in -folio en une
feuille.
11. La Généalogie et les Alliances de la
Maison d'Amanzé, au Comté de Mâconnois
, par Pierre d'Hozier ; avec les Preuves
et Additions par Pierre Palliot . Dijon
1659. infol.
12. Tables cónténant les noms des Pro-
Vençaux Illustres par leurs actions et
faits militaires , par leur élevation aux
grandes Dignités de l'Eglise , colligées
dè quantité d'Histoires Chrétiennes et
Militaires , imprimées ou manuscrites
Chartes d'Eglise , Archives , Greffes , et
autres Monumens publics ; par Pierre
d'Hozier. Aîx 1677. in-fol.
Quoique cet Ouvrage porte le nom
dè d'Hozier , il n'est point de lui , mais
de Louis de Cormis , Sieur de Beaurecucil,,
Président à Mortier au Parlement d'Aix ,,
quit
AVRIL. 1736. 723
qui a voulu le faire valoir en le publiant
sous son nom .
13. Généalogies des principales Familles
de France , avec beaucoup de Titres servant
de Preuves , rangées par ordre alphabétique
, recueillies par Pierre d'Hozier
, et par Charles d'Hozier son fils .
Ces Généalogies , qui sont en 150. Volumes
in folio se conservent dans la Bibliotheque
du Roi . Les deux d'Hozier
ont travaillé à ce Recueil chacun so . années
; ainsi on peut le regarder comme
L'ouvrage d'un siecle .
>
Le R. P. Niceron nous permettra , s'il
Tui plait , d'ajoûter quelques lignes à cet
Article du fameux Pierre d'Hozier. D'abord
pour rectifier deux dates ; la premiere
sur sa naissance , qui est du 10.
Juillet 1592. la seconde sur sa mort ,
arrivée le 10. Decembre 1665 , selon M.
de Ruffy , Auteur de l'Histoire de Marseille.
Le même Historien aprend que
Pierre d'Hozier ayant été inhumé dans
l'eglise de la Paroisse S André des Arts,
on orna dans la suite son Tombeau d'une
Epitaphe , qui est raportée dans cette
Histoire. La date de sa mort est du premier
Decembre dans l'Epitaphe , ce qui
ne s'accorde pas avec l'Histoire .
Pierre d'Hozier eut trois fils , Henri
Louis.
724 MERCURE DE FRANCE
Louis , et Charles. Henri mourut Religieux
dans l'Ordre des Mathurins. Louis
succeda à la principale Charge de son
pere ; mais étant devenu aveugle , il se
retira avec une pension du Roi de mille
livres. Charles d'Hozier son frere , fut
revétu de la même Charge , qu'il a longtems
exercée , étant mort âgé de quatrevingt
onze ans en l'année 173 2 .
Louis- Pierre d'Hozier de Serigny , fils
'de Louis , a succedé à Charles son oncle
dans la même Charge , qu'il exerce aujourd'hui
avec beaucoup de capacité. IF
est Maître des Comptes et Chevalier de
S. Michel.
On a gravé en grand les Portraits de
Pierre et de Charles d'Hozier . Ce dernier
, peint par le célebre M. Rigaud , a
été gravé par Edelinck .
INSTITUTIONS ECCLESIASTI
QUES ET BENEFICIALES , suivant
les Principes du Droit commun , et les
Usages de France . Seconde Edition , corrigée
et augmentée considerablement ,
dans laquelle on trouvera les Usages particuliers
aux divers Parlemens du Royaume
, et des Observations importantes ,
prises des Memoires du Clergé. Par Jean
Pierre Gibert , Docteur en Theologie et
Juris
AVRIL. 1736. 725
Jurisconsulte. A Paris , chés P. J. Ma
riette , rue S. Jacques , aux Colonnes
d'Hercule. 1736. in - quarto. 2. vol . Tom.I
pages 668. Tom. II . pages 655.
SYNONYMES FRANÇOIS , leurs
differentes significations , et le choix
qu'il en faut faire pour parler avec justesse.
Par M. l'Abbé Girard , S. J. D. R.
Nouvelle Edition. A Paris , de l'Imprimerie
de la veuve d'Houry , ruë de la
Harpe , vis - à - vis la rue S. Severin , au
S. Esprit , 1736. in - douze.
Si cet Ouvrage , pour nous servir de
l'expression modeste de son Auteur , n'a
pas le merite de la perfection , il a du
moins celui de la nouveauté ; car il n'a
copié personne , et il ne croit pas même
qu'il y ait encore eu personne à copier
sur cette matiere. Jamais Livre ne fut
en même temps plus uniforme , et plus
diversifié ; il n'éxige point d'être lû de
suite , ni par ordre ; il n'y a qu'à l'ouvrir
au hazard , on tombera toujours sur
quelque chose d'entier , capable de satisfaire
la curiosité . Nous en dirions davantage
, si ce n'étoit ici la seconde Edition
d'un Ouvrage que le Public a déja
aprouvé , et qui est d'ailleurs beaucoup
augmentée. Nous exhortons sur tout de
lire
726 MERCURE DE FRANCE
Ifte la Préface de cette Edition , qui est
très instructive , et qui , quoique d'une
certaine étendue , plaira à tout Lecteur
sense.
BIBLIOTHEQUE des Auteurs Ecclesiastiques
du xvi11 Siecle , pour servir
de continuation à celle de M. Du Pin ..
A Paris , chés Pralard , à l'occasion , au
Bas de la rue S. Jacques , Cloître S Julien
le Pauvre , et Quillau , ruë Gilande
a l'Annonciation , 1736. in- octavo, 2. vol.
""
CATALOGUE des Livres de feu M.
Robinot , Secretaire du Roy. Brochure in
douze de 67 pages.
>
Ce Catalogue , dressé par une habile
mhain , est rempli de bons Livres , dont
la vente , selon l'avis qui est à la derniere
page , se fera en détail au plus offrant
et dernier encherisseur , en la maison
où ledit sieur Robinot est decedé
ruë neuve S. Eustache , du côté de la
ruë Montorgueil , le Mercredy 11 Avril
1736 , et jours suivans , depuis deux
heures de relevée jusqu'au soir. Les Livres
seront exposés en un certain ordre ,
dont le détail est marqué dans la même
derniere page , où l'on trouve encore
que la Liste pour la semaine suivante se
distri
AVRIL. 17368
729
distribuera le Samedi 14 Avril , chés
Gabriel Martin , Libraire , rue S. Jacques
, à l'Etoile , lequel est aussi chargé
de la distribution du Catalogue.
7
TRAITE'S DES CURE'S PRIMITIFS
, où l'on examine leur origine ,
les differentes causes qui y ont donné
lieu , leur droit , prérogatives , et Charges
, les différens moyens canoniques
pour établir leurs droits , la maniere
de les exercer , et les autres questions
sur la même matiere , suivant les Decrets
des Conciles , les Constitutions
des Papes , les Chartes anciennes , les
Ordonnances et Declarations des Rois
et la Jurisprudence des Arrêts. Le tout
rapporté à la derniere Jurisprudence fixée
la Declaration du Roy du s . par
Octobre 1726 , et celle du 15 Janvier
1731. A Toulouse . Par M. J. B. Furgole ,
Avocat au Parlement de Toulouse. De
Imprimerie de N. Caranove , fils , à la
B.ble d'or. 1736. in quarto.
LA VIE DE MARIANNE , ou les
Avantures de Madame la Comtesse de
***. Par M. de Marivaux. Quatrième
Partie. A Paris , Quay de Conti , chez
Prault , fils , 1736. broch, de 126. pages,
prix 24. sols. Nous
728 MERCURE DE FRANCE
Nous pouvons hardiment assurer le
Lecteur, que rien n'est plus agréable et
plus interessant que la lecture de cette
Brochure ; Portraits , Tableaux charmans
, situations naturelles , naïves et
touchantes , Caracteres soutenus ; et le
tout peint d'un pinceau leger , fin , délicat
et de couleurs vraies. L'heureux talent
de l'Auteur , et jusqu'à sa candeur ,
s'y font sentir par tout. On ne peut que
donner cette idée generale de l'Ouvrage ;
car quel moyen d'abréger et d'extraire
cette Partie de la Vie de Marianne , il
faudroit presque tout copier.
La Trente-troisiéme Partie des cent nouvelles
Nouvelles de Madame de Gomez ,
paroît chés Mandouyt , Quay des Augustins
.
LA VIE et la Doctrine Spirituelle du
P. L. Lallemant , de la Compagnie de
Jesus. A Lyon , chés Pierre Valfray , ruë
Merciere , à la Couronne d'or. 1735. indouze.
Le P. Louis Lallemant , dont il
s'agit dans cet Ouvrage , naquit à Châ
* lons sur Marne vers la fin du xvie Sie
cle ; et après avoir fait ses premieres études
à Bourges , il entra dans la Compagnie
de Jesus en 1605. à l'âge de 18. ans.
Il mourut Recteur du College de Bourgcs
AVRIL. 1736.
729
ges en 1635. Avec sa Vie , qui est plutôt
un Eloge , on donne le Recueil de sa
Doctrine Spirituelle , et de ses Maximes ,
tel que l'a fait le P. Rigoleu , l'un de ses
Disciples « C'est un present , dit l'Edi-
» teur , que j'offre aux ames qui aspirent
» au recueillement interieur , et particu
lierement aux Religieux de la Compa-
» gnie de Jesus , qui y trouveront toute
la perfection propre de leur état. »
TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU ,
necessaire dans le Sacrement de Penitence
, suivant la Doctrine du Concile de
Trente. Ouvrage posthume , composé
en Latin par Mre Jacques- Benigne Bossuet,
Jacques - Benigne
Evêque de Meaux , donné avec sa Traduction
Françoise , par Mr Jacques-Benigne
Bossuet , Evêque de Troyes . A Paris,
chez B. Alix, ruë S. Jacques, au Griffon
1736, in- 12.
LES SEMAINES EVANGELIQUES,
qui contiennent deux Refléxions Morales
sur chaque jour ; l'une sur l'Epitre ,
et l'autre sur l'Evangile : avec des Prieres
qui recueillent l'esprit des Refléxions.
Seconde Partie , qui comprend depuis le
Mercredy des Cendres , jusqu'au troisiéme
Dimanche après Pâques. A Paris
chés
༡༠
730 MERCURE DE FRANCE
ches Lottin , rue S. Jacques , 1736. în
douze.
DISSERTATION PHYSIQUE SUT
deux Experiences de mer , avec la Reponse
aux Objections , présentées à Mrs
de la Societé Royale des Sciences de
Montpellier , par M. Milhau , Chevalier
de l'Ordre de S. Michel , Conseiller au
Sénéchal et Présidial , Correspondant de
ladite Societé , lues aux Assemblées du
rer et 22. Decembre 1735. A Montpellier
, chés Jean Martel , Imprimeur de la
Societé Royale des Sciences 1736. Brochure
in quarto,
TRAITE DE LA GOUTE dans son
état naturel , ou l'Art de connoitre les
vrais principes des maladies , avec plusieurs
Remedes conformes au systême
d Hypocrate , de Galien , et de Wanhelmont
, par M. Aignan , Médecin du Roi ,
et de S. A. S. Monseigneur le Prince de
• Condé , Docteur en Médecine de la Faculté
de Paris , dédié à S. A. S. Monsei
gneur le Duc de Bourbon. in 12. 1735.
A Paris , chés G. le Mercier , ruë S. Jac
ques , au Livre d'or.
,
RETHIMA OU LA BELLE GEORGIENNE ,
Histoire
AVRIL. 1736. 738
Histoire véritable , troisième partie in 12.
à Paris , chés Musier pere , Quay des Augustins
, à l'Olivier. 1736. Cet Ouvrage
que nous avons déja annoncé , s'est fait
lire avec plaisir , et cette troisiéme Partie
paroît encore plus curieuse que la
premiere et la seconde , par la diversité
et la singularité des Avantures. Et quoique
l'Auteur change les noms de ses
principaux Personnages , on y reconnoît
cependant plusieurs évenemens arrivés
à Paris , et même de nos jours . Mais le
fond de morale et de conduite dans la
vie civile , y est également soutenu . Tous
les faits aboutissent à quelque Instruction.
Et c'est en quoi réellement on doit
faire consister la bonté d'un Roman . L'Au
teur va donner incessamment les autres
Parties de son Ouvrage , et ne fera pas
languir le Public , après la conclusion
de son Livre.
DISCOURS EVANGELIQUES Sut
diférentes vérités de la Religion , et d'autant
plus utiles dans chaque Etat , que
les sujets et les desseins en sont plus
particuliers , et plus rarement traités.
Leurs Textes sont pris ordinairement
des Evangiles de l'Avent et du Carême,
Par le P. L. R. D. $. D. Tome premier
F 1
732 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 269. pp . A Paris , chés de
Billy , le Clerc , Gissey , et Clousier. 1735.
HISTOIRE des Empires et des Ré
publiques , depuis le Déluge jusqu'à J.
C. où l'on voit , dans celle d'Egypte et
d'Asie , la liaison de l'Histoire Sainte
avec la profane , et dans celle de la
Grece , le raport de la Fable avec l'Histoire,
Par M. l'Abbé Guyon. A Paris ;
chés Hyppolite Louis Guerin , Jean Vila
lette , fils , et C. J. B. de l'Epine , fils
Libraires , rue S. Jacques. Tomes III
et IV. in 12 .
LE BACHELIER DE SALAMANQUE , où
les Mémoires de D. Cherubin de la Ronda
, tirés d'un Manuscrit Espagnol , par
M. le Sage. A Paris , ruë de la vieille
Bouclerie , près le Pont S. Michel , chés
Valeyre, fils , à l'Annonciation , et Gissey,
à l'Arbre de Jessé . 1736. in 12. de
378. pages. Prix , 2. liv. broché.
>
HISTOIRE DE L'HOTEL ROYAL DES
INVALIDES où l'on verra les secours
que nos Rois ont procurés dans tous les
temps , aux Officiers et Soldats hors d'état
de servir. Par Me Jean Joseph Granet ,
Avocat au Parlement. Enrichie d'Estam
pes
AVRIL. 1736.
733
Campes , représentant les Plans , Coupes
, et Elevations Géométrales de ce
grand Edifice , avec les Peintures et
Sculptures de l'Eglise , dessinées et gravées
par le sieur C. N. Cochin , Graveur
du Roi, et de l'Académie Royale de Peinture
et de Sculpture. A Paris , chés Guil
laume Desprez , Imprimeur et Libraire
ordinaire du Roi . 1736. in fol.
Cet Ouvrage a deux Parties. La pre
miere comprend l'Historique de l'établis
sement de l'Hôtel Royal des Invalides :
Cette Partie commence par des Recherches
curieuses sur les secours que nos
Rois procuroient dans les anciens tems ,
aux Officiers et aux Soldats , que leurs
blessures , ou leur âge avancé , avoient
mis hors d'état de continuer le service.
On y voit,qu'ils les envoyoient dans les
Abbayes et Prieurés de Fondation out
Nomination Royale, pour y être entretenus
leur vie durant , aux dépens de ces
Monasteres. On trouve des Preuves de
cet usage dès le commencement de la se
conde Race ; et on nommoit Oblat l'Officier
, ou le Soldat qui étoit présenté par
le Roi à ces Monasteres.
Comme la liberté de la vie militaire
ne s'accommodoit que difficilement de
celle des Cloîtres , les Béneficiers suppor
Fij toient
734 MERCURE DE FRANCE
toient impatiemment d'avoir chés eux
des Officiers et des Soldats : ceux - ci se
plaignoient de leur côté , de la maniere
dont on les entretenoit dans les Monasteres.
Ces inconveniens donnerent à
Henri IV. et après lui à Louis XIII. l'idée
de former un Etablissement, dans le
quel les Officiers et les Soldats invalides
vivroient en commun ; ces établissemens
furent commencés , mais ils tomberent
faute de fonds suffisans.
Louis XIII. convertit ensuite en une
pension de cent liv . l'entretien de ceux
qui ne voudroient pas aller résider dans
des Monasteres ; mais la plupart des Soldats
qui avoient opté pour la pension ,
en composoient avec les Monasteres , ensorte
qu'après avoir dissipé le peu qu'ils
en avoient reçu , ils retomboient dans la
misere dont on avoit voulu les tirer.
Louis le Grand reprit le projet d'Henri
IV . et de Louis XIII. et forma cet Etablissement
d'une maniere digne de sa
magnificence , et de la superiorité de ses
lumieres. Les revenus qu'il lui destina ,
l'ordre et la police qu'il y établit , pour
tous les secours spirituels et temporels ,
en assurent la durée. De tous les monumens
qu'a laissés ce grand Prince , c'est
celui qui fait le plus d'honneur à sa mé,
moire ;
AVRIL 1736. 733
mhoire ; les autres annoncent sa grandeur
et sa puissance : dans celui- ci on voit un
Prince sensible aux besoins de ses Sujets ,
qui pourvoit à tout , et entrer dans tous
lès détails.Voilà une esquisse de ce qui est
traité dans la premiere Partie .
La seconde est composée de cent quatre
Planches , dessinées et gravées par le
Sieur Nicolas Cochin , Graveur du Roi ,
connu par la délicatesse et la finesse de
son Burin . Ces Planches représentent
lés Plans , les Coupes , les Elevations géometrales
des parties des Bâtimens qui
n'avoient point encore été gravées , et
toutes les parties d'Architecture , de
Peinture et de Sculpture de la grande
Eglise .
Ici les Connoisseurs et les Curieux verront
, avec plaisir , un assemblage des
chef- d'oeuvres des plus fameux Maîtres ;
les Mansards , les de Cottes , les Girardons
, les Coeppels , les Couftous , et une
infinité d'autres , se picquerent de faire
connoître à l'Europe , la grandeur et la
magnificence du Prince , sous les ordres
duquel ils travailloient à un Monument
qui devoit être aussi durable que sa gloire.
Un Ouvrage aussi parfait et aussi curieux,
-soit pour Historique , soit pour le Recueil
des Gravures , ne sçauroit manquer
Fij d'ex
736 MERCURE DE FRANCE
d'exciter l'empressement du Public , et
des Amateurs des Arts.
RECHERCHES Sur les Théatres de Fran
ce , par M. de Beauchamp. A Paris ,
chés Prault , pere , Quai de Gêvres. 3.vol.
in-12. Deuxième Extrait.
,
Par l'Extrait que l'Auteur donne à la
page 295. du premier volume d'une
espece de Farce intitulée la Sotie , on
pourra juger de l'état du Poëme Dramatique
en France vers le commencement
du seizième siecle , par la liberté qui y
regne , et par la satyre picquante et continuelle
qui s'y trouve &c.
Le Discours sur la Comedie Françoise,
à la page 359 , est un morceau travaillé ,
qu'il faut lire dans le Livre même. L'Auteur
y parle de la Tragédie , de la Comédie
, de la Pastorale &c. Les deux Pastorales
Italiennes les plus célebres , dit - il ,
sont le Pastor Fido , et la Philis de Scyre :
il ne parle point de l'Aminte du Tasse,
qui n'est pas la moins estimée.
Nous ne voulions rien dire de ce Discours
; mais la matiere est trop curieuse,
et trop bien détaillée , pour ne pas nous
y arrêter un peu . Nous ne courrons auf
cun risque d'être blâmés .
Quand Moliere vint à Paris ( dit l'Auteur
AVRIL 1738: 737
teur ) il trouva le Théatre en proye à
mille sortes de Monstres ; il eut le courage
de les combattre et la force de les
détruire ; les allusions et les équivoques
furent proscrites , la farce et la mauvaise
plaisanterie , furent chassées de la Scene ,
la Comédie rentra dans tous ses droits ,
une révolution si rapide fut l'ouvrage
d'un seul homme ; tel est le pouvoir du
vrai , il se montre et triomphe.
Il faut avouer que Moliere eut un
grand avantage. La Capitale fourmilloit
de ridicules tout neufs . Ceux qui couroient
la même carriere n'avoient osé
s'en saisir , ou ne s'en étoient point avisés;
son étoile les lui reservoir. Dèslors tout
changea de face à la Ville et à la Cour on
cessa , je ne dis pas , d'être vicieux , mais
on eut honte de parcître ridicule, et c'est
beaucoup pour la Societé , de réduire les
vices à se cacher , ou à s'affoiblir .
Voici en quels termes l'Auteur carac
térise le Partere François : il se prévient
de haine et d'amitié sans sujet , il se
prend de mauvaise humeur , il en porte
l'excès jusqu'au déraisonnable ; tout
le chagrine , tout l'irrite , Auteurs , Acteurs
, Spectateurs même , rien ne peut
se dérober à ses brusques emportemens ;
quelquefois il se prête par malignité ou
Fiiij par
38 MERCURE DE FRANC
par
que
foiblesse aux cabales tumultueuses
forme dans son sein la basse jalousie
de quelque Auteur infortuné. Vous n'entendez
plus alors que des cris redoublés,
que des huées indécentes ; l'esprit de vertige
devient l'esprit dominant. Par bonheur
ces occasions sont rares ; les abeilles
irritées s'apaisent par un peu de poussiere
; il ne faut souvent qu'une belle Scene
, qu'un trait ingénieux pour le faire
rentrer dans lui- même , et tout Auteur ,
indigné contre lui dans la premiere amertume
d'une chûte éclatante , conviendra
dans le flegme de la réfléxion , que c'est
moins sa Critique qui est injuste , que sa
maniere de critiquer. Il se dira qu'on a
voulu l'instruire , et non le décourager ;
il redoublera de défiance et d'aplication ;
enfin il se consolera des dégouts qu'il
vient d'essuyer , par l'espoir presque infaillible
des louanges qui l'attendent ,
quand il aura merité d'en recevoir.
Une autre chose qu'on ne peut par
donner au Partere , c'est sa passion d'être
loüé ce Juge inéxorable et fantasque
veut qu'on éxalte sans cesse son discernement
et son équité . Peut- on sans
rire le voir aplaudir avec transport aux
éloges qu'on lui donne à la fin d'une
Piece qu'il vient de sifler , uniquement
parce
AVRIL. 1736. 739
parce qu'il s'imagine que l'Auteur auquel
il a battu des mains dans son premier
Ouvrage , n'a point surpassé ni même
rempli l'opinion qu'il en avoit conçue
? Quelle bizarrerie ! Tranchons le
mot, le Parterre est un être indéfinissable;
mais les contradictions nous sont familieres
dans nos façons de penser comme
dans nos moeurs.
M. de Beauchamp croit qu'avant et
depuis Moliere , on ne peut citer de Pio
ces de caractere qui ayent eu un plein.
succès , que le Menteur de Corneille , le
Grondeur de l'Abbé Brueys , et le Joueur
de Renard. Il nous permettra de penser ,
qu'on pouroit y ajoûter au moins la Mere
Coquette de Quinaut , les Bourgeoifes à la
mode , le Philosophe marié , et peut être
quelques autres.
Il n'y a qu'un petit nombre de caracteres
principaux qui soient propres au Théatre
, ajoûte l'Auteur , Moliere s'en est
emparé. Par caractere principal, j'entends
celui qui renferme uniquement le défaut
du coeur ou de l'esprit , que son nom présente
à l'imagination .Il faut même que ces
défauts soient nuisibles à la Societé, pour
attacher le Spectateur . On ne s'embarasse
guere qu'il y ait des distraits , des jaloux ,
des fanfarons parce que ces gens- là ne font
F v de
740 MERCURE DE FRANCE
de mal à personne ; mais on a un intérêt
essentiel qu'il n'y ait point de menteurs ,
d'avares et de tartuffes , qui sont des pestes
publiques.
Ce que M. de B. dit de l'Amour et de
l'usage qu'on en peut faire dans le Poëme
Dramatique , merite bien d'être remarqué.
Cette passion demande d'extrêmes
ménagemens , dit - il , il faut qu'elle
soit un des grands mobiles de l'action
principale , il ne faut pas qu'elle en soit
l'ame ; tout Poëme Dramatique qui ne
rouleroit que sur l'Amour , ne réussiroit
pas ; nous avons trop de passions pour
être émûs par une seule , il faut les ébran--
ler l'une par l'autre , et les mettre toutes
en mouvement. ...
Il faut peindre les Grecs et les Romains
tels qu'ils étoient , mais il faut songer
qu'on les peint à des François dont les
passions sont douces ; vous irez au coeur
de vos Auditeurs par la pitié plus sûrement
que par la terreur ; je sçai que quelquefois
il faut étonner le Spectateur ;
mais il faut ménager cet étonnement avec
beaucoup d'art. Les objets terribles , s'ils
ne sont adoucis , nous causent un trouble
qui nous saisit avec trop de violence ,
et qui dégénere en noirceur ; c'est peu
connoître notre ame , que de chercher à
Rémouvoir
A VR IL.
1736. 74
l'émouvoir , et à l'attendrir , sans faire
naître en elle des mouvemens de plaisirs
qui la penetrent et la dévelopent ;
c'est dans ce point que vous devez ramasser
toutes les forces de votre esprit
ou plutôt c'est là - dessus que vous devez
sonder votre coeur. Si vous n'avez nut
raport , nulle simpathie avec ceux qui
vous écoutent , les sentimens que vous
prêterez à vos Heros , ne seront que
vôtres , ils ne toucheront personne ....
les
Que penser de ceux , qui , sans méditation
, sans expérience , hazardent sur
le Théatre des conceptions mal digérées ?
Ils croyent , et l'illusion n'est que trop
commune , que le hazard seul décidant
du bon ou du mauvais succès des grands
évenemens qui nous frapent , on ne risque
rien de leur prêter des motifs arbitraires.....
où donc , s'écria M. de Turenne
à une Représentation de Sertorius
, Corneille a- t'il apris l'Art de la
Guerre , pour nous en faire une si belle
description Par.combien de travaux ,
et à quel âge Corneille merita-t'il cet
éloge du plus grand Capitaine de l'Eu
rope ?
9
Nous passons les détails , quoique
curieux , du premier âge du Théatre
François , depuis Jodelles jusqu'à Gar-
Fvj nier
42 MERCURE DE FRANCE
nier , depuis Garnier jusqu'à Hardi.
Etienne Fodelles, mort en 1573 , Auteur
entr'autres Pieces , de Cléopatre et de Didon
, Tragedies en cinq Actes.
Jean de la Perufe Médée , Trag. en 5.
'Actes . Scevole de Ste Marthe ache va cette
Piece, et passa pour en être aussi l'Auteur.
Charles Teutain ou Teustain Agamemnon
, Trag. tirée de Seneque , en Vers
avec des Chours.
Vigneau Ino , Trag.
Jacques Grevin Cesar , ou la liberté
vangée , Tragedie en cinq Actes.
Les Efbahis, Comedie en cinq Actes, en
Vers.
Melin de S. Gelais , Sophonisbe, 6 Tragedie
traduite de l'Italien de Georges
Trissin , en Prose , les Choeurs en Vers.
Satyres Chrétiennes de la cuisine papale
, in 8 °. 1560. par Bernard Badius , avec
privilege. On trouve dans ce libelle un
colloque que l'on peut regarder comme
unc farce. Il est entre Monsieur notre
Maître Friquandoüille , frere Thibaut , et
Messire Nicaise.On lit ces Vers , page 27.
Passavant et Passepartout
Vont en cuisine l'entrepas.
Puis allans , venans tout de bour ,
N'ont que la foupe pour repas.
Or;
AVRIL
743 1736.
l'heure
Or , badins , n'entendez - vous pas
Que de passer vous presse
Passez , menfonges , à grans pas ,
La vérité toujours demeure .
François le Duchat, Agamemnon , Trag.
tirée de Seneque , Suzanne , Trag.
Jean de la Taille , Saul le Furieux , Tr.
La famine ou les Gabaonites , Trag.
Jacques de la Taille , frere de Jean Darie,
Trag. Alexandre , Trag. Athaman ,
Trag. Progné, Trag. Niobé, Trag. Didon,
Trag. Lefebvre , Achille ,Trag.
Claude Rouillet Philanire
d'Hypolite, Trag. Françoise.
femme
Nicolas Filleul, Achille, Trag.Lucrece ,
Trag.
Antoine Tyron , l'Enfant prodigue ,
Comed. Joseph, Comed .
Louis Desmazures , David combattant
Trag. David fugitif, Trag. David triomphant,
Trag. Josias, Trag.
Andréde Rivaudeau , Aman , Tr. sainte
Florent Chretien, Jephté , ou le vou.
Antoine Verdier, Polixene , Trag.
Jean Antoine de Baif, Antigone, Trage
Robert Garnier,Porcie, Tr.Hypolite, Tr.
Antoine, Tr. La Troade , Trag Antigone
ou la pitié, Trag. Bradamante, Trag. Co
medic. Sedecie ou les Juives Trag
Antoine
744 MERCURE DE FRANCE
Antoine le Devin, Judith , Trag. Esther,
Trag. Suzanne , Trag.
Cave Jules de Guerfans, Panthée , Trag:
Tobie , Trag. Comed.
Charles de Naviere, Philandre, Trag
Pafcal Robin , Arsinoé , Trag.
Gerland Mongommeri , Trag.
Catherine de Paribenay , Holopherne
Trag.
Guy de S. Paul , Neron , Tragedie.
F. François de Chantelouve , Gaspard
de Coligny , Tragedie. Pharaon , Trag.
Louis le Jars , Lucelle , Trag.en Prose.
Guillaume ou Gabriel le Breton , Adonis,
Trag. Tobie , Trag. Carite ou l'Epoleme ,
Trag. Didon , Trag. Dorothée , Trag.
Le Ramoneur , Comédie .
Pierre le Loyer , Nephelococugie , ou
la Nuée des Cocus , Comédie , imitée d'Aristophane.
Adrien d'Amboise. Holopherne , Tragédie
sainte.
François Chappuys , L'Avare cornu ,
Comédie. Le Monde des Cornus , où par
Discours plaisans et agréables , est amplement
traité de l'origine des Cornes ,
especes et effets d'icelles , et enfin démontré
si la femme deshonnête peut faire
deshonneur à l'homme , qu'on dit les
Comédie en Prose et en Vers ,
porter ,
sans
AVRIL. 1736. 745
sans date , composée en faveur des susdits
, par F. C. T, sans nom de Ville et
d'Imprimeur , avec un Avis au Lecteur.
Ces quatre Vers sont au bas de la premiere
page.
Qui voudra voir par le menu
Les merveilleux effets des cornes ,.
Coure par le Monde cornu ,
Mais qu'il n'en passe point les bornes..
Didier Oriet. Suzanne , Tragédie.
Guillaume de la Grange. Didon , Trag.
Nicolas de Montreux, ( sous l'Anagrame
d'Olenyx du Mont sacré. ) Le jeune Cyrus,
Tr. La Joyeuse , Comédie . Hannibal,.
Tr. Cléopatre , Trag. Sophonisbe, Trag.
Camma , Trag. Paris et Enone , Trag..
Jean de Beaubreuil. Régulus, Tragédie .
avec des Choeurs sans femmes.
Pierre de Boussi. Meleagre , Tragédie .
Paul de Volant. Pyrrhus , Tragédie.
François Perrin. Sichem , Tragédie.
Rolland Brisset. Hercule furieux , Trag
Thyeste , Trag. Agamemnon , Trag.
Octavie , Trag. Baptiste , Tragédie.
Jean Godard. La Franciade , Tragédie .
Les Déguisés , Comédie .
Pierre de Laudun Daigaliers . Les Horaces
, Tragédie..
Jean
746 MERCURE DE FRANCE
Jean Hays. Cammate , Tragédie en
sept Actes.
On parlera dans un autre Mercure du
deux et troisiéme volumes qui restent
à parcourir
.
Le Calendrier Perpetuel de M. Sauveur , paroît,
il a été examiné à l'Académie des Sciences , laquelle
y a donné son Aprobation en termes favorables.
Il est fort different de tous les Calendriers qui
ont paru jusqu'à ce jour , et qui sont faits ou
pour un temps ou pour être perpetuels , er ne
contiennent que les années Grégoriennes.
Ceux qui sont faits pour un temps sont trèsbornés
, les années qu'ils renferment étant en
très- petit nombre , par rapport aux années
écoulées et à celles qui s'écoulent , leur usage ne
pouvant s'étendre aux années qui n'y sont pas
comprises.
Ceux qui sont faits pour être perpetuels dépendent
d'un Cycle Solaire , qui est de 28. années ,
et d'un Cycle Lunaire , qui est de 19. années ,
écrit sur le Calendrier , ce qui oblige d'avoir recours
au calcul pour des années anterieures ou
posterieures au Cycle Solaire et Lunaire , écrits.
sur le Calendrier ; et si l'on a besoin d'une année
qui se trouve dans un autre siecle que celui où
a été fait le Calendrier , on est obligé quelquefois
de changer le Cycle Solaire et Lunaire , ce
qui devient embarrassant, et , pour ainsi - dire , les
met hors d'usage pour ceux qui n'entendent pas
ce calcul ; enfin ces Calendriers demandent la
sugestion d'une Table perpetuelle des Fêtes Mobiles
.
Celui
AVRIL 747 1736.
Celui de M. Sauveur est un Livre de peu l'é
paisseur , qui renferme non seulement les années
Grégoriennes , mais aussi les années Juliennes
les Calendes , les Ides et les Nones ; il commence
à la Naissance de J. C. va jusqu'à 1900. et peus
être prolongé tant que l'on voudra . On n'a besoin
d'aucun calcul pour s'en servir; il représente
chaque année complette et sans transposition ,
avec beaucoup de simplicité ; il peut être regar
dé comme un abregé de Clavius , il contient tout
Pusage du Calendrier , sans exiger ni l'embarras
ni la peine du calcul , il met tout le monde en
état de verifier par soi- même quelque datte que
ce puisse être, il dispense les Gens du Palais et les
Sçavans de conserver d'anciens Almanachs , pou
vant seul y supléer , et par consequent il devient
absolument nécessaire pour la verification des
dates , tant aux Etats Catholiques , qu'au Pays
Protestans.
Il se vend chés Barbou , raë S. Jacques , aux
Cigognes , et chés Joseph Bullor , rue de la Parcheminerie
, près S. Severin, à l'Image S. Joseph.
Le prix est de 12. liv . in folio , relié en veau.
Il paroît chés Jean- Baptiste Delespine , le fils,
Libraire , rue S. Jacques , vis - à- vis la rue des
Noyers , à la Victoire , un Livre en trois volu→
mes in 12 intitulé , la Vie de S. Paul , Apôtre
des Gentils et Docteur de l'Eglise , éclaircie par
l'Ecriture Sainte , par l'Histoire Romaine et par
celle des Juifs , avec des Reflexions tirées des
SS. Peres. Quoique Dom Gervaise , ancien Abbé
de la Trape , qui en est Auteur , n'ait point
voulu être connu , on ne laisse pas d'y reconnoître
son stile qui est coulant et gracieux ; ses Re-
Aexions sont très -judicieuses et très - sçavantes ,
quoiqu'à
748 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'à la portée de tout le monde.
Le même Libraire vient de donner les Discours
de la Mere Angelique de S. Jean Arnauld , Abbesse
de Port Royal des Champs , sur la Regle
de S. Benoît , in 12. deux volumes.
Il paroît aussi depuis peu une nouvelle Brochure
en Vers, sous ce titre : M.de Voltaire traité
comme il le mérite. L'équivoque que laissent ces
derniers mots a excité la curiosité du Public ; on
a crû du premier coup d'oeil y entrevoir l'annonce
d'une Critique mordante et détaillée , er
l'on s'est fait un plaisir d'examiner comment il
étoit possible de ravaler des talens presque universels
, et qui se font admirer au- delà même
des bornes de la France.
Ceux qui n'ont lû cette Brochure que par un
esprit de malignité , qui n'est que trop à la mo
de , ont été trompés ( nous n'osons dire agréablement
, car chaque Lecteur a son goût particulier
duquel il ne faut point contester. )
Quoiqu'il en soit , il n'est ici question que
d'éloges bien mérités et d'admiration poussée
quelquefois bien loin ; les succès de la nouvelle
Tragédie d'Alzire en fournissent le principal sujet
, pour nous , qui , suivant l'usage que nous
avons contracté depuis tant d'années , rendons
compte plus volontiers des Ouvrages où le
vrai mérite est reconnu , que de ceux où l'on
s'efforce de lui porter quelque atteinte , nous
croyons ne pouvoir nous dispenser de raporter
quelques traits de celui - cy , quoiqu'il soit entre
les mains de tout le monde .
Au sujet D'ALZIR E.
Un Peuple entier dans la divine Alzire ,
Vicar
AVRIL. 1736. 749
Vient d'aplaudir à l'Auteur de Zaïre .
Qui mieux que lui sçait avec dignité
Faire parler la magnanimité ?
Mettre en son jour avec plus de noblesse ,
Du vrai Héros la sublime sagesse ?
Héros payen , devant cette grandeur
Abaisse ici ta superbe hauteur ...
Il n'apartient qu'au seul Christianisme
De nous montrer le parfait héroïsme ....
'Antiquité , ne t'enorgueillis plus ;
Tu n'eûs chés toi que l'ombre des vertus ;
Ceux que nous peint ta plume mensongere ,
Qu'ont- ils été , qu'une ébauche legere
De ce Héros dont la Religion.
Nous trace ici le fidele crayon ?
Quels sont les noms qui brillent sur la Scene ?
De fiers mortels , dont l'ame altiere et vaine
D'un fol orgueil reçût de justes fers .
Après avoir enchaîné l'Univers ;
Que leur servoient de pompeux díadêmes ;
S'il ont été vils esclaves d'eux-mêmes
Dompter son coeur , pardonner en mourant
C'est-là le seul et le vrai Conquerant :
Vien comparer avec cette noblesse
De tes Héros l'orgueilleuse bassesse .
Au sujet de la HENRIADE.
Mais non moins grand que dans le Dramatique,
Fais- tu parler la Poësie épique ,
On
750 MERCURE DE FRANCE
On voit de près les horreurs des combats ,
Et la discorde ébranlant les Etats ...
Mille Héros entrent dans la carriere ,
Couverts de feu , de sang et de poussiere ,
Et la trompette aux accens belliqueux ,
Jette la crainte et l'allarme en tous lieux.
Plus d'un Guerrier ardent ét magnanime ,
De sa valeur est déja la victime ;
Et de sa faulx conduite par le sort ,
Par tout sévit l'impitoyable mort´.
Est- de un Mortel ou le Dieu Mars lui - même y
Est-ce des Dieux le Monarque suprême
Qui vient sans crainte affronter les hazards ?
Non , c'est Henry...Henry dont les regards
Etincelans de l'amour de la gloire ,
A ses côtés font marcher la victoire .
Par ces regards soutenus , aguerris .
Tous nos Soldats' sont autant de Henris
Mais vainement mon audace s'allume ;
Ces traits sont- ils pour une foible plume ?
Héros François tous vos exploits fameux
Seront transmis à nos derniers neveux ;
Et vous vivrés dans votre Henriade
Aussi long- temps que ceux de l'Iliade ....
Les Lecteurs jugeront par cet Extrait de notre
impartialité et de notre amour pour la justice ,
car il est bon de remarquer que nous la rendons
d'autant plus librement à l'Auteur de ce petit
Ouvrage
9
S
D
K
I
19
h
AVRIL. 1736. 75x
Ouvrage , que nous pourions , sans trop de chagrin,
soupçonner notre Journal d'être amené sur
la Scene assés hors de propos , dans ces deux
Vers , où après avoir loué la Prose de M. de
V ... on s'écrie :
» Mais ce n'est pas comme un Ecrit galand ,
›› Que tous les mois à coup sûr on attend ...
M. de Voltaire n'avoit pas besoin de cette
comparaison ironique pour relever ses talens en
qualité d'Historien , l'Auteur modeste du Mercure
ne s'est jamais mis en parallele avec personne,
encore moins avec les Grands Maîtres , er
nous croyons en particulier n'avoir donné lieu
par aucun endroit à cette Citation déplacée .
L'Auteur paroît trop plein d'équité pour n'en
pas convenir dans le fond de l'ame , mais il faut
passer quelque chose à l'entousiasme , c'est un
privilege accordé de tout temps à la Poësie , et
par cet aveu désinteressé , nous comptons que
C'est concourir de notre part à traiter chacun
comme il le mérite .
Dans le goût où l'on est aujourd'hui des Curiosités
Naturelles , nous n'avons garde de manquer
d'attention pour les Ouvrages qui paroissent
sur cette matiere ; en voici un imprimé à
Dantzick sous ce Titre : JACOBI THEODORI
KLEIN , Secret. Reipublica Gedan. et Societ . Reg.
Lond. Sod. Naturalis dispositio Echinodermatum .
Accessit Lubratiuncula de Aculeis Echinorum
Marinorum, cum Spicilegio de Belemnitis. Gedani.
1734. in 4. En donnant ce petit Traité enrichi
de 36. Planches en taille-douce et contenant deux
Tables, l'une generale et l'autre particuliere pour
Tarangement des Ecailles des Hérissons de Mer,
M
752 MERCURE DE FRANCE
M. Klein a aussi eû en vûë de faire part au Pu
blic de la Description de son Cabinet , qui , à ce
qu'on assure , est l'un des plus beaux trésors de
Curiosités naturelles qui ayent jamais été possedées
par des Particuliers.
On aprend de Leipsick , que Bernard Christophle
Breitkopt, a imprimé un Traité écrit en Al-
Jemand , qui contient une Description de tous les
Ponts du Monde les plus remarquables , et en particulier
du fameux Pont de Dresde , bâti sur l'Elbe
, lequel passe pour un chef- d'oeuvre de l'Art,
par M. Charles Chrétien Schramm , Conseiller
du Comte de Solms , in fol. 1735 .
On aprend d'Allemagne , que M. JEAN - PHIJ
LIPE BARATTIER , jeune Auteur déja connu par
un sçavoir et une érudition extraordinaire à son
âge , dont il a été parlé plus d'une fois dans le
Mercure , fit imprimer à Nuremberg , au commencement
de 1735. c'est- à- dire à la fin de la
15e année de son âge . Anti-Artemonius , seu initium
Evangelii S. Joannis Apostoli ex Antiquitate
Ecclesiastica adversus iniquissimam L. M. Artemonii
Neo- Photiniani , Criticam , vindicatum
atque illustratum , &c. C'est-à- dire , l'Anti-Artemonius
, ou défense du vrai sens du commencement
de l'Evangile de S. Jean contre lá Critique
de L. M. Artemonius , &c. Avec une Dissertation
sur les trois Dialogues attribués communément
à Théodoret. A Nuremberg , chés Jean-
Frid. Rudiger , 1735. in 8. L'Adversaire que
M. Barattier entreprend de combattre est Samuel
Crellius , Docteur Unitaire , qui sous le
nom de L. M. Artemonius , publia en 1726. un
Ouvrage où il prétend prouver qu'au lieu de ces
parotes
AVRIL. 1736. 758
Paroles du commencement de l'Evangile de S.
Jean : Le Verbe étoit Dieu , il faudroit dire , le
Verbe apartenoit à Dieu , ou le Verbe étoit
de Dieu. Les recherches que le jeune Théologien
a été obligé de faire pour réfuter Crellius , Pont
engagé dans un travail beaucoup plus long et
non moins considérable ; c'est un Traité sur les
Anciennes Heresies qu'il se propose de donner
bientôt au Public.
De Londres. Le second Tome du Spectacle de
la Nature , traduit en Anglois , et enrichi de figures
, un volume in 8. se vend actuellement chés
Pemberton , Fraucklin et Davis.
Les deux premiers volumes des Génealogies
Historiques des Maisons Souveraines , se débiteront
vers la fin de ce mois à Paris , chés les sieurs
Giffart et Rollin , fils , Libraires.
On trouve chés Louis- Etienne Ganeau , fils ;
Libraire , ruë S. Jacques , vis - à - vis S. Yves.
Les Epitres et Evangiles des Dimanches er
Fêtes de l'année , de l'Aver et du Carême et des
autres grandes Feries , avec des Refléxions . Nouvelle
Edition , in 12.
Les mêmes in 18. avec les Prieres du matin et
du soir , l'Ordinaire de la Messe et les Vêpres
du Dimanche , & c.
Histoire des Juifs , écrite par Flavius Joseph , et
traduite par M. Arnaud d'Andilly , in 12. 5. vol .
Experiences Physiques , par Polinieres , quatriéme
Edition , revûë , corrigée et augmentée par
l'Auteur , in 12. 5. volumes.
Histoire Sainte , selon l'ordre des Temps , de
puis la Création du Monde jusqu'à Jesus- Christ,
pour
754 MERCURE DE FRANCE
pour
servir à l'édification des Personnes de Picté
, et principalement à l'instruction de la Jeu
pesse , & c. in 12. 2. volumes.
Méditations sur la Concorde de l'Evangile, avec
le Texte de la Concorde des quatre Evangelistes,
partagé pour sujet de chaque Méditation , in 12.
3. vol. Nouvelle Edition , revue et corrigée.
Sur l'Epitre de S. Paul aux Romains , avec
le Texte Latin et François , partagé par Versets
pour sujet de chaque Méditation , in 12. 3. vol .
Discours sur les Vies des Saints de l'ancien
Testament , in 12.6. volumes.
Cailleau , Libraire à Paris , Quay des Augustins
, au coin de la rue Gist- le - coeur , vient
d'imprimer le troisiéme Tome du Livre intitulé :
Collectio Judiciorum de novis erroribus, que M. l'Evêque
de Tulle a donné ay Public ; c'est le dernier
tome de cette importante Collection, Il commence
à l'année 1633. et finit à l'année 1735. inclusiyement.
Dans la premiere Partie on trouve toutes
les Censures de la Faculté de Théologie de Paris,
depuis ladite année 1633. qui concerne le Baïanisme
et le Jansenisme ; l'affaire de M. Arnauld ,
celle du Cas de Conscience ; l'affaire de la Bulle
Unigenitus , et plusieurs autres matieres Dogmasiques
et Morales , dont la Faculté de Théologie
de Paris a pris connoissance jusques aux deux
dernieres Censures de la même Faculté , contre
Jes Livres de la Justice Chrétienne et de la Jurisdiction
,
censurés en 1734 voit avec les Cen-
Dans la seconde Partie , on
et 1735 .
sures des Facultés de Théologie des Pays étran
gers , les Bulles des Papes sur toutes les matieres
jagées par le S. Siege , plusieurs autres Pieces ,
Somme l'Apologie de Bede contre Erasne , que
FOR
AVRIL 1736. 755
Pon trouve difficilement ; plusieurs Extraits des
Assemblées du Clergé , avec les Déclarations du
Roy, qui ont raport aux matieres . Toutes ces
Pieces qui sont imprimées par ordre des Temps
sont essentielles pour avoir la connoissance des
questions agitées de nos jours.
On trouve à la fin de ce troisiéme Tome une
Table Generale pour tout l'Ouvrage , ce qui
mettra le Lecteur en état de satisfaire plus facilement
sa curiosité sur les matieres dont il voudra
prendre connoissance.
On trouvera aussi chés ledit Cailleau les deux
prémiers volumes de cet Ouvrage, et l'Explication
des sept Sacremens de l'Eglise , par M. l'Evêque
de Tulle , 3. volumes in 12.
CATALOGUE des Livres de feu M. Jullien
de Prunay , Avocat au Parlement , dont la vente
se fera en détail au plus offrant et dernier encherisseur
, le Lundi 7. May 1736. et jours suivans,
depuis deux heures de relevée jusqu'au soir , en
sa maison , ruë Pierre - Sarrazin , se distribuë a
Paris , chés Gabriel Martin , Libraire , ruë saint
Jacques , à l'Etoile , 1736. On y trouvera la
Liste de la vente.
Le Mardi 10. Avril , l'Académie Royale des
Inscriptions et Belles- Lettres , tint son Assemblée
publique. M. le Cardinal de Polygnac y
présida . M. de Boze , Sécretaire perpetuel , déclara
d'abord que la Piéce composée par M. -
* M. de Nicolaï , âgé seulement de 20. ans
est fils et petit-fils du Gouverneur de la Ville d'Arles
. Il remporta l'année derniere un pareil Prix
dans la même Académie,
G de
75% MERCURE DE FRANCE
Sur
de Nicolaï , Gentilhomme d'Arles , de l'Acadé
mie Royale des Belles- Lettres de Marseille ,
le sujet proposé par l'Académie dans l'Assemblée
du 19. Avril 1735. avoit remporté le prix :
M. de Nicolaï présent à l'Assemblée s'avança ,
et eût l'honneur de recevoir des mains de S. E.
une très belle Médaille d'or , de la valeur de
400. livres. C'est d'un côté la Tête du Roi couronnée
de Laurier , avec la Légende ordinaire
LUDOVICUS REX CHRISTIANISSIMUS ;
et sur le Revers on lit cette Inscription dans une
Couronne de Laurier : PRÆMIUM IN REGIA
INSCRIPTIONUM ET HUMANIORUM LITTERARUM
ACADEMIA CONSTITUTUM. ANNO
M. DCC. XXXIII.
M. l'Abbé Gedoyn ouvrit la Séance par un
Discours dont l'objet est d'examiner si les Anciens
ont été plus sçavans que les Modernes .
M. Hardion parla ensuite sur les Progrès de
l'Eloquence dans la Grece ,
Et M. l'Abbé Banier termina la séance par la
lecture de ses Recherches sur les diférentes avantures
des Argonautes , pendant leur retour en
Greçe.
Le Mercredi 11. Avril , l'Académie Royale
des Sciences tint son Assemblée publique d'après
la quinzaine de Pâques. Après que M. de Fontenelles
et annoncé que M. Jean Bernoulli ,
l'un des fils de M. Bernoulli , Professeur de Marhématiques
à Bafle , et Associé Etranger de certe
Académie , avoit remporté le Prix , dont le
sujet proposé en 1734. étoit la Propagation de la
Lumiere; M. de Maupertuis lût un Mémoire
qui n'est qu'un extrait de plusieurs autres qu'il a
donnés dans des Assemblées particulieres . Il fit
connoître
AVRIL. 1736. 757
connaître par un détail succint , mais clair ,
quel est l'objet du voyage des Astronomes de
l'Académie vers l'Equateur , et de celui qu'on est
prêt de faire au Cercle Polaire. Cet objet est la
mesure de la terre .
Qutre l'utilité qui résulte de cette mesure pour
la sûreté de la Navigation , cette partie du Public
qui s'interesse au progrès des Sciences , aura
vraisemblablement la satisfaction de voir décider
la fameuse question , sur la figure de la terre
et de connoître le détail , qui sera publié
, des Observations qu'on doit faire cette année
vers l'Equateur , et sous le Cercle Polaire ,
si elle est allongée , ou applatie vers les Poles .
› par
M. de Maupertuis établit d'abord l'état de
cette Question , avant que d'indiquer les moyens
de la résoudre . On connoîtroit , dit - il , la circonference
de la Terre , si tous ces degrés étoient
égaux ; c'est- à- dire , si elle étoit parfaitement
spherique ; mais par la mesure des degrés du
Méridien , qui fut commencée en France en
3669. par feu M. Picart , et achevée en 1718 .
par M. Cassini , on a trouvé entre ces degrés
des différences, qui , quoique peu considerables ,
ont paru cependant trop grandes , pour pouvoir
n'être attribuées qu'aux erreurs des Operations.
Les voici ces differences .
M. Picart avoit mesuré un arc du Meridien ,
compris entre Malvoisine et Amiens , et comparant
cette mesure avec la difference en latitude
qui est entre ces deux lieux , il avoit conclu
que le degré étoit de 57060. Toises .
Cette mesure ayant été recommencée et prolongée
par M. Cassini , on a eu cette fameuse
ligne Meridienne , mesurée d'un bout à l'autre
du Royaume , c'est- à - dire , dans une étendue de
Gij
758 MERCURE DE FRANCE
8. degrés , 31. minutes , 11. secondes . La distance
de Paris à Collioure , prise sur ce Meridien
, a été trouvée de 360614. Toises. On l'a
divisée par la différence de latitude entre Paris
et Collioure , qui s'est trouvée de 6 degrés 18
min . 36 second . d .. Cette division a donné le
degré de 57097 Toises .
:
On a fait la même operation de Paris à Dunkerque
, et on a trouvé que la différence sur la
même ligne Meridienne étoit de 125454 Toises ,
qui divisée par la différence en latitude entre ces
deux Villes , a donné 56960 Toises pour le degré
de cette différence dans les quotiens , on a
cru pouvoir conclure qu'il y avoit quelque dif
férence dans les degrés même du Meridien , lequel
devoit être plus courbe en s'éloignant de
l'Equateur. Cela détermina M. Cassini à donner
à la Terre lafigure d'un Sphéroïde allongé vers
les Poles , dont l'axe surpasse le diametre de l'E
quateur d'environ 34 lieuës .
Dans ce Sphéroïde , un degré du Méridien
vers la latitude de Paris , est plus petit de 31
Toises , que le degré qui lui est contigu vers le
Midi , et plus grand aussi de 31 Toises que le
degré qui lui est contigu vers le Nord. Enfin par
la mesure de l'arc entier du Méridien qui trayerse
toute la France, comparée avec là différence
en latitude de Collioure et de Dunkerque ,
on a trouvé que le degré étoit de 57061 Toises ;
ce qui fait voir de quelle exactitude ont été les
operations , et de M. Picart , et de M. Cassini ,
puisque ce degré mesuré depuis , ne differe de la
premiere mesure que d'une seule Toise .
Aussi M. Newton n'a - t- il pas fait difficulté
d'admettre cette mesure : il n'a jamais douté
qu'elle
AVRIL. 1736. 759
qu'elle ne fut exacte ; mais , quant à la diminu
tion des degrés vers le Pole , il n'a pas crû que
les Observations les mieux faites fussent suffisantes
pour s'en assurer , et n'ayant égard qu'au
degré moyen des deux distances de Paris à Collioure
, et de Paris à Dunkerque , qui se trouve,
comme on l'a dit , de 57061 Toises ; Il conclud
la différence des degrés vers le Nord , par sa
théorie , de la pesanteur et du mouvement diurne
de la Terre. Considerant la Terre comme
Auide , et ayant toutes ses parties en équilibre ,
il trouve qu'elle doit être un Sphéroïde aplati
vers les Poles , formé par la révolution d'un
elypse , dont les axes sont comme 229 à 230 ,
c'est-à - dire , que son axe doit être plus petit que
le diametre de son Equateur d'environ 14 lieuës
; d'où résulteroit ( vers la latitude de Paris )
entre 2 degrés consécutifs du Meridien , une différence
d'environ 16 Toises , dont le degré Nord
seroit plus grand que le degré Sud qui lui est
contigu.
I
M. Huygens regardant la pesanteur comme
une force par tout la même , et dirigée par tout
vers le centre de la Terre , et suposant , comme
M. Newton , que la Terre a été originairement
molle et composée de parties homogenes,
i! la trouve aussi applatie vers les Poles , mais
moins que M. Newton .
Voilà donc la question établie : la Terre est
allongée vers les Poles , selon les Astronomes
François ; elle est applatie vers les Poles , selon
les Anglois .
*
Cette figure de la Terre , poursuit M. de
Maupertuis , est donc une question de fait qui
doit être décidée par des mesures actuelles . Mais
ces mesures ne peuvent donner des différences
G iij plus
760 MERCURE DE FRANCE
plus sensibles que les précédentes , qu'en comparant
ensemble des arcs de Méridien , pris à
de grandes distances les uns des autres . Si l'allongement
de la Terre vers les Poles est réel , et
tel que M. Cassini le prétend , il doit y avoir
entre le premier degré du Méridien , mesuré en
partant de l'Equateur , et le degré terminé par
le Cercle Polaire , uue différence de 1500 Toises.
Si la Terre est applatie , comme le veut M.
Newton , le degré terminé par le Cercle Polaire
sera plus grand de 600 Toises que le premier
vers l'Equateur. Or il est impossible de faire en
observant des erreurs aussi considerables que ces
différences ; Donc la comparaison de ces mesu .
res d'arcs , pris à de grandes distances , est un des
moyens de terminer la question de l'allongement
ou de l'applatissement de la Terre vers les Poles
; par conséquent les deux voyages vers l'Equateur
et vers le Cercle Polaire , étoient necessaires.
Ils ne le sont pas moins si cette fameuse
question peut être décidée par la pesanteur des
corps. C'est ce qui est traité par M. de Mauper
tuis , dans la seconde partie de son Mémoire .
La cause de la pesanteur est inconnuë ; mais
quelle que soit cette cause , on la peut regarder
comme une force inhérente aux corps , qui les
anime , ou qui les détermine à tomber vers la
Terre c'est elle qui retient dans son orbite la
Lune qui tourne autour . L'analogie conduit à
croire que chaque Planette et le Soleil même ont
aussi leur pesanteur capable des mêmes effets.
La pesanteur des Planettes vers le Soleil les poura
donc retenir dans leurs orbites ; sans elle elles
n'auroient pas un mouvement circulaire . Cet .
te force ( la pesanteur ) paroît répanduë dans
tous les corps , à raison de leurs masses : chaque
parcelle
AVRIL. 1736. 61
parcelle des corps possede une partie égale de la
cause qui fait tomber.
Mais il faut distinguer la pesanteur d'un
corps d'avec le poids de ce corps ; car le poids
dépend non- seulement de la pesanteur , mais
encore de la masse du corps , ainsi le poids est
d'autant plus grand, que ce corps est plus grand.
Est - il bien démontré que la pesanteur soit la
même par toute la Terre ? On ne peut s'assurer
qu'elle soit la même en pesant un corps ; par
exemple à l'Equateur , puis en pesant ce même
corps au Nord , parce que la pesanteur affecteta
également les autres corps avec lesquels il est
necessaire de le comparer pour connoître son
poids : il faudroit pour avoir ce poids certain
qu'on cherche , qu'un des bras de la balance fut
l'Equateur , et l'autre au Cercle Polaire .
Mais un pendule simple qui oscile librement ,
oscile avec une certaine vitesse qui dépend de
son poids , et de la force de la pesanteur. Il ne
s'agit que de conserver à ce pendule une même
longueur dans les deux Pays où on le met en
expérience , quelques distants qu'ils soient ; ce
qui est très facile en prenant de certaines précautions
, et en s'assurant d'un même degré de
chaleur dans les deux stations de l'expérience .
Si la même longueur du pendule est exactement
conservée , il n'arriverà de différence dans
la vitesse des oscilations , que de la part de la
pesanteur. Si dans un Païs la pesanteur est plus
grande , les oscilations du pendule seront plus
promptes , si la pesanteur est moindre , elles
deviendront plus lentes.
Dès 1672. elles avoient été trouvées plus lentes
à la Caïene par feu M. Richer : elles ont été
trouvées aussi plus lentes à Saint Domingue qu'à
Giiij Paris ,
762 MERCURE DE FRANCE
Paris , par Messieurs Godin , Boughier , et la
Condamine , pendant leur séjour dans cette Isle.
Voici la raison qu'on donne de ce rallentissement.
Tout corps qui circule fait un effort continuel
pour s'écarter du centre de son mouvement.
Cet effort vient de la force qu'a la matiere pour
perseverer dans l'état où elle se trouve une fois
de repos ou de mouvement ; c'est ce qu'on nomme
vis inertia. Un corps qui décrit un Cercle ,
décrit à chaque instant une petite ligne droite
qui fait partie de sa circonference . Ce corps à
chaque instant fait donc effort pour continuer
à se mouvoir dans la direction de cette petite ligae.
C'est la force centrifuge. Si la Terre tourne
autour de son axe , comme tous les Philosophes
en conviennent présentement , chacune de
ses parties tend à s'écarter du centre de son mou .
vement , et cet effort est d'autant plus grand que
le cercle qu'elle décrit est plus grand ; or le
Cercle que décrit cette partie est plus grand
vers l'Equateur qu'en aucun autre endroit de la
Terre. Cet effort qui tend à éloigner les corps
de la Terre , est oposé à la pesanteur qui tend
à les en aprocher ; il diminue donc une partie
de la pesanteur , et une partied'autant plus grande
que les lieux sont plus proche de l'Equateur.
Si donc la gravité ( c'est la pesanteur primitive
distinguée de la pesanteur diminuée par la
force centrifuge ) étoit la même par tout ; la
pesanteur réduite , c'est - à - dire , la pesanteur actuelle
des corps , se trouvera plus petite vers l'Equateur
, où la force centrifuge est plus grande
, et elle ira croissant vers les Poles où elle ne :
reçoit plus de diminution de la part de la force
centrifuge , parce que les Poles considerés comme
P
da
Co
fai
est
per
tire
de
fis
AVRIL. 1736. 763
me des points , ne participent point au mouvement
de la Terre autour de son axe. Ainsi en
observant la pesanteur dans les Païs Septentrionaux
, ce qui jusqu'ici n'a été qu'une conjecture
, deviendra une certitude , si on trouve vers
de Cercle Polaire la pesanteur plus grande qu'en
France. Ce n'est pas la gravité absolue , mais
cette force déja diminuée et confondue avec la
force centrifuge , c'est-à-dire , la pesanteur ,
qu'on peut mesurer par des expériences ; mais
en la connoissant bien , on peut parvenir à démêler
en elle ce qui apartient à la gravité , et
ce qui apartient à la force centrifuge ; et si par
ce moyen la gravité absolue ou primitive étoit
bien connue , elle détermineroit non-seulement
la figure de la Terre , mais elle démontreroit
encore le mouvement de la Terre autour de son
axe.
Si l'on supose démontré le mouvement de
la Terre autour de son axe ; si d'ailleurs on
connoît la figure de la Terre , les différentes
pesanteurs des corps nous feront connoître
quelle est dans chaque lieu la gravité primitive
; on connoîtra aussi si elle est par tout uniforme
comme M. Huygens le suposoit ; si
elle est différente en différens lieux , et dépendante
de l'attraction des parties de la matiere
comme le prétend M. Newton ; enfin si elle varie
, suivant quelqu'autre loi.
Les Académiciens que le Roi a choisis pour
faire les Observations et les Expériences dont il
、est question dans ce Mémoire , sont M. de Maupertuis
, M. Clairault , et M. le Camus ; ils par
tirent de Paris le 20 de ce mois , accompagnés
de M. l'Abbé Houtier , et de M. le Mosnier le
fils , l'un et l'autre habiles Astronomes . Ils doi-
GY. vent
764 MERCURE DE FRANCE
vent s'embarquer à Dunkerque sur un Vaisseau
qui y a été équipé par ordre de Sa Majesté , et
qui doit les transporter à Stockholm , d'où ils
se rendront à Torno , Ville de Laponie , qui est
sous le Cercle Polaire .
Après que M. de Maupertuis eut fini la lectu
re de son Mémoire , M. Hellot lût un Mémoire
de Chymie sur la couleur rouge des Vapeurs
de l'Eau Forte , et de l'Esprit de Nitre . Nous en
donnerons l'Extrait dans le prochain Mercure.
M. de Reaumur lût ensuite une partie de la
Préface de son second Volume de l'Histoire des
Insectes , qui va paroître incessamment.
La Séance finit par la lecture d'un Mémoire
de M. Winslow , sur les précautions qu'on doit
prendre pour dessiner exactement des figures
Anatomiques.
PRIXproposé par l'Académie Royale des
Sciences pour l'année 1738 .
F
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien Conseila
ler au Parlement de Paris , ayant conçû le
noble dessein de contribuer au progrès des
Sciences , et à l'utilité que le Public en pouvoit
retirer , a legué à l'Académie Royale des Sciences
un fonds pour deux Prix , qui seront distribués
à ceux , qui , au jugement de cette Compagnie
, auront le mieux réussi sur deux differentes
sortes de Sujets , qu'il a indiqués dans son
Testament , et dont il a donné des exemples .
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistême
general du Monde,et l'Astronomie Physique.
Ce prix devroit étre de 2000 livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans .
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne
le
AVRIL. 1736. 765
le donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
de 2000 livres.
Le Sujet que l'Académie avoit proposé pour
le Prix de cette année 1736. étoit : Sur la propagation
de la Lumiere , et le Prix a été adjugé à
la Piece cotée N°. 4. et qui a pour Devise ,
Hunc labor aquus ·
-Provehit , et pulchre reddit sua dona labori .
On a apris qu'elle étoit de M. Jean Bernoulli ,
Docteur en Droit , fils de M. Bernoulli , Professeur
en Mathématique, à Bâle , Associé Etrande
l'Académie.
ger
Entre les autres Pieces , celle qui a le plus aproché
est cotée N° . 2. et a pour Devise , Certò videmus
, sed under detegere palpando conamur, &c.
L'Académie propose pour le Sujet du Prix
de 1738. La nature du Feu et sa propagation .
Les Sçavans de toutes les Nations sont invités
à travailler sur ce Sujet , et même les Associés
Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ouvrages.
. :
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles
, sur tout quand il y aura des Calculs d'Al
gebre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges ,mais seulement une Sentence ou Devise. Ils
G. vj pouront
766 MERCURE DE FRANCE
pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet séparé et cacheté par eux , où seront, avec
cette même Sentence , leur nom', leurs qualités
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piece ait remporté
le Prix .
adresse- Ceux qui travailleront pour le Prix ,
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains . Dans ce second cas, le Secretai
re en donnera en même temps à celui qui les lui
aura remis , son Recepissé , où seront marqués la
Sentence de l'Ouvrage et son numero, selon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au
premier Septembre 1737. exclusivement .
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1738. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Piece qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à celui
qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité.
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire, le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même,
qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que comme elle ne restreint à aucun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
suffrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées , ni de toutes les conséquences qu'on en tire.
Nous avons annoncé au mois d'Avril de l'annéc
AVRIL. 17 ; 6. 767
hée derniere , une Estampe en hauteur , gravée
par M. C. N. Cochin , d'après un Tableau ingénieusement
peint et com posé par M. de Troy ,
dans lequel deux aimables Personnes jouent
au Pied- de -boeuf avec un Cavalier.
Le même Graveur vient de graver , d'après le
méme Maître , une autre Estampe , qui lui fait
pendant et qui a très - bien réüssi ; c'est un Amant
et une Maîtresse auprès d'une Fontaine , avec un
très -beau et riche fonds de Paysage. On lit ces
Vers de M. Danchet au bas.
Fuyez , Iris , fuyez , ce sejour est à craindre.
Tandis que dans ces Eaux vous cherchez la frai
cheur ,
Des discours d'un Amant deffende votre coeur ,
Ils allument un feu difficile à s'éteindre.
Cette Estampe se vend chés l'Auteur , Place
des Victoires , et chés le sieur Duchange , rue
S. Jacques.
Le sieur Huquier , Marchand d'Estampes , visà
- vis le grand Châtelet , a encore mis au jour
quatre nouveaux Morceaux du Roman Comique
de Scaron , par M. Oudry , Peintre du Roy . Le
succès qu'ont eû ceux qu'il a déja donnés , l'engage
à continuer cette Suite. Le premier Morceau
représente le Destin assailli par un fol ; le
second , on lime le pot de chambre au pied de Ragotin
; le troisiéme , Ragotin s'enfuit nud dans un
Rosier , et le quatrième , Ragotin lié par les parens
du fol.
Le sieur Huquier a encore fait graver un Livre
de sept feuilles , de Fontaines , inventées par
Boucher , Peinte du Roy , d'une très - élegante
composition.
11
768 MERCURE DE FRANCE
Il a gravé aussi un Livre de douze feuilles ,
de Trophées de divers genres , inventés par le
sieur R. Charpentier , Sculpteur du Roy , qui ont
une aprobation generale . Comme toutes ces choses
regardent plus particulierement les Gens de
goût et les Artistes , le sieur Huquier les exhorte
à voir ces Morceaux chés lui, où ils trouveront
un nombre de choses à leur usage , tant dans les
Maîtres anciens que dans les modernes.
On trouve encore chés le mêine , une Estampe
en hauteur , intitulée , Pastorale , d'après M.
Boucher, très - ingenieusement composée .
Le sieur Mondon , le fils , jeune homme , dont
la profession est la Sculpture en Bijoux , connuë
sous le nom de Cizelure pour les Montres , Tabatieres
, Pommes de Cannes et autres Ouvrages
enrichis de Diamans , a aussi beaucoup de génie
et de talent pour le Dessein , sur tout pour des
formes singulieres , agréables et ingenieuses ,
comme de Trophées , Rocailles , Cartels , le
tout enrichi de figures groupées naturellement ,
variées et contrastées avec goût . Il vient de
mettre au jour 14. Morceaux en hauteur
gravés par le sieur Aveline , dont le Public paroît
très- content de la composition et de l'execution.
Ce sont , pour la pluspart des Trophées
de Marine, de Jardinage et Bergeries , d'Etude
, de Musique et de Théatre , de Rocailles ,
d'Architecture et autres Ornemens de bon goût.
Dédiés au Prince de Carignan , qui honore l'Auteur
de sa protection ; suffrage d'un grand poids
et qui doit donner une idée très - favorable des
talens , du mérite et des Ouvrages du sieur Mondon,
Ces Estampes se vendent chés lui , ruë §. Eloy ,
à l'Hôtel Pepin , et chés le sieur Aveline , ruë saint
Jacques. Prix 30. sols . Les
AVRIL. 769 1736.
Les deux derniers Portraits que le sieur Odien
vre , Marchand d'Estampes , Quay de l'Ecole ,
a fait paroître de la Suite qu'il fait graver des
Personnes Illustres dans les Arts et dans les
Sciences , sont :
PIERRE BAYLE , né au Carla , dans le Comté
de Foix , le 18. Novembre 1647. mort à Rotter
dam le 28. Décembre 1706.
FRANÇOIS GIRARDON , Sculpteur du Roy ;
né à Troyes , mort à Paris le premier Septembre
1715. âgé de 88. ans .
L
Morts des Hommes Illustres.
E 8 Janvier dern. Emanuel Telles de la Sylva
, troisiéme Marquis de Alegrette , quatriéme
Comte de Villarmayor , du Conseil du
Roi de Portugal , et Gentilhomme de sa Chambre
, Commandeur dans l'Ordre de Christ , et
Secretaire perpetuel de l'Académie Roïale d'Histoire
Portugaise, mourut à Lisbonne à 3. heures
du matin , après une courte maladie , âgé de 54
ans et 3 jours. Il étoit excellent Poëte et élegant
Historien , comme le témoigneront toujours les
deux Ouvrages qu'il a fait imprimer , et qui
transmettront sa memoire à la posterité. L'un
est le Recueil de ses Poëmes et Epigrames latins
imprimé à la Haye en 1723 , et l'autre le Tome
premier de l'Histoire de l'Académie Roïale
d'Histoire de Portugal , écrite d'un beau stile ,
et en langage très- pur , imprimé en 1727. Il a
été inhumé dans la Sacristie du Convent des
Religieux de N. D. du Mont Carmel , fondé
par ses Ancêtres , et où est le tombeau de sa
Maison
770 MERCURE DE FRANCE
Maison. Ce Seigneur avoit été marié le 8 Septembre
1698 avec Eugenie de Portugal de Mello,
fille de Nuño Alvarés de Pereira de Portugal de
Mello , Duc de Cadaval , et de Marguerite de
Lorraine Armagnac , sa troisiéme femme . Elle
mourut le 24 Mars 1724 , agée de 40 ans , lui
ayant laissé 2 fils et 4 filles , qui sont , l'aîné ,
Ferdinand Telles de la Sylva , cinquiéme Comte
de Villarmayor , auquel S. M. P. vient d'accorder
le titre de Marquis de Alegrette. Il est veuf
de Marie - Anne- Françoise - Xavier de Menezes ,
seconde fille de Jean Gomez de la Sylva , Comie
de Tarouca , Mestre de Camp general des armées
du Roi de Portugal , et son Plenipotentiaire à la
Cour de Vienne , et ci -devant son Ambassadeur
en Hollande. Il l'avoit épousée le 13 Juin 1722 .
et elle mourtit le ƒ Novembre 1727.
Nuño de la Sylva Telles , second fils , a été
marié le 12 Juin 1729 avec Dona Marie Joseph
de la Gama , fille unique et heritiere de Vasco
Louis de la Gama , troisiéme Marquis de Niza ,
et septième Comte de Vidigueira , et de Dona
Barbe de Lara et Noronha. Il en a eu jusques
en 1733 une filie et deux garçons.
L'aînée des filles Dona Marguerite de Lorraine
épousa en 1725 Etienne Joseph de Menezes
de la Sylva Comte de Tarouca le fils.
La seconde , Dona Helene de Bourbon , fat
mariée le 1. Sept. 1721 avec Emanuel de Mascarenhas
, Comte d'Obidos.
La troisiéme , Dona Louise de Lorraine a été
mariée le 24 Octobre 1728 avec Joseph de Portugal
, Comte de Vimioso.
--
Et la quatrième , Dona Marie de Lorraine
a épousé le 31 Octobre 1733. Pierre Joseph
de Noronha , fils aîné du Marquis de Angeja
. Le
AVRIL. 1736. 77%
Le Marquis d'Alegrette , dont on raporte, la
mort , étoit fils aîné de Ferdinand Telles de la
Sylva , second Marquis d'Alegrette , troisiéme
Comte de Villarmayor , du Conseil d'Etat et de
guerre du Roi de Portugal , Visiteur de ses Finances
Roïales , Gentilhomme de sa Chambre ,
Commandeur de plusieurs Commanderies dans
l'Ordre de Christ , mort le 7 Juillet 1734. à
l'age de 72 ans. Ce Seigneur qui avoit beaucoup
de vertus éminentes , avoit été député de la Junte
ou Conseil des trois Etats du Royaume de Portugal
, Ambassadeur extraordinaire et Plenipotentiaire
de S. M. P. à la Cour Imperiale , er
Conducteur de la Reine regnante , lorsqu'elle
vint en Portugal. Il s'étoit aussi rendu recommandable
par sa grande érudition , et il étoit
Directeur et Censeur de l'Académie Roïale d'Histoire
Portugaise , et chargé par Elle d'écrire
l'Histoire de l'Evêché d'Elvas .
Le 25. Mars , Michel Godean , Prêtre , Curé
de la Paroisse de S. Côme à Paris , depuis 1718 .
ancien Recteur de l'Université de Paris ; Place
en laquelle il s'est distingué , mourut à Corbeil ,
âgé de 80. ans. Tout vieil qu'il étoit , il travailloit
encore , et il venoit d'achever de mettre en
Vers Latins l'Art Poëtique de Boileau Despreaux,
dont il a donné aussi en Vers Latins toutes les
Satyres et les Epitres , que l'on imprime actuellement
à Paris . Il est aussi Auteur de differentes
Traductions en François , entr'autres des Ouvra
ges de S. Jean Chrisostôme et de l'Abregé des
Maximes de la Vie Spirituelle , écrit en Latin
par D. Barthelemi des Martyrs . Le P. Niceron ,
dans le 8e. Volume de ses Memoires , avoit donné
cette derniere Traducion à Antoine Godeau ,
Evêque de Vence, sur le témoignage de M. l'Ab

774 MERCURE DE FRANC
PRINTEM P S.
T Out renaît dans ce beau séjour ;
L'aimable Flore et sa brillante Cour ,
Vient orner nos Bocages.´
Petits Oiseaux , par yos tendres ramages ,
N'oubliez pas d'en avertir l'Amour ;
Et vous jeunes Amans , de vos peines secrettes
Songez dans ces beaux jours , à dégager vos
coeurs ;
R
Si le Printemps est la saison des fleurs ,
N'est- il pas celle des fleurettes ?
COUPLETS.
Par M. Fuzillier , le fils.
Estons long- tems dans ce reduit ;
Le coeur s'y plaît comme l'esprit ,
Ailleurs est- on de même ?
Ne perdons pas un temps si précieux ,
C'est le plaisir des Dieux
De boire avec ce qu'on aime,
M
Bacchus , Amour , de vos faveurs ,
Enyvrez tendrement nos coeurs ,
Quel
ASTOR. LENOX
TILDEN FRUM

AVRIL
779 1736.
Quel bien est plus suprême ?
Que cet instant n'en fasse qu'un de deux ,
C'est le plaisir des Dieux
De boire avec ce qu'on aime.

Aimons , buvons sans nous lasser.
Finissons pour recommencer ,
Voilà le bon systêine ;
Qui pouroit refuser un coup ou deux à
C'est le plaisir des Dieux
De boire avec ce qu'on aime.
Statutst
SPECTACLES.
LesComédiens Françoisede Polo-
Es Comédiens François réprendront
pée ,dont M. le Chevalier Pellegrin est
Auteur. Cette Piece fut donnée dans le
mois de Juillet 1733. elle eut beaucoup
de succès ; on en interrompit les Representations
au commencement de Septembre
de la même année , pour la remettre
au retour des Officiers. L'Auteur
a joint une petite Comedie en Vers
ibres , qui a pour titre, Momus Apollon;
1 se flate que cette nouveauté marquera
a reconnoissance au Public , pour le
bon
776 MERCURE DE FRANCE
bon accueil dont il a honoré la Tragedie
dans sa naissance.
On doit jouer au premier jour une
Comedie nouvelle en Vers et en trois
Actes de M. Poisson l'Aîné , sous le titre
des Ruses d'amour
POLIEUCTE Martyr , Tragedie
de P. Corneille.
E 10 de ce mois les Comédiens Fran
çois firent l'ouverture de leurThea
are par Polieucte.
La représentation de cette Piece est
consacrée depuis long- tems pour la clôture
du Theatre la veille du Dimanche
de la Passion. Cela se pratique depuis
plus de vingt ans ; on a pourtant quelquefois
dérogé à cet usage , comme nous
l'avons remarqué l'année derniere . Avant
ce tems on ne fermoit le Theatre que
Samedi du Dimanche des Rameaux.
L'ouverture s'en fait toujours le lendemain
de la Quasimodo.
le
Cette Piece fait ordinairement un grand
effet ce jour- là par les beautés qui sont
en elle , et par la perfection du Jeu des
meilleurs Acteurs qui se surpassent ordinairement
, animés par une assemblée
qui est toujours très nombreuse ; quoique
AVRIL: 1736. 777
que souvent les Comédiens augmentent
le prix des Places ce jour- là et les mettent
même au double .
Dans l'Abregé de la vie de Corneille ,
on trouve qu'il s'étoit attiré la censure
des Auteurs graves pour la liberté qu'il
avoit prise de faire monter les Saints
sur le Theatre , et pour y avoir corrompu
les vertus Chrétiennes. Il a prétendu
pouvoir justifier sa conduite non
seulement par l'autorité du Critique
Minturne , qui semble oposé à ceux
qui y sont raportés , mais encore par
les exemples d'Heinsius, de Grotius , de
Buchanan , qui ont composé des Tragedies
saintes. Mais il devoit au moins
suivre un peu plus religieusement , dit
M. Baillet , ces modeles sur lesquels il
dit qu'il a hazardé le Poëme de Polieucte.
Quand il auroit pû obtenir de son
esprit cet assujettissement , on doute
que les Critiques lui eussent youlų
être aussi favorables , qu'ils ont parû l'être
à ces Poëtes Latins , à moins qu'il·
ne se fût renfermé dans les mêmes cir-
Constances.
Il avoue lui - même qu'il s'est donné
des licences que ces trois Auteurs n'ont
pas prises , de changer l'Histoire en
quelque chose , et d'y mêler des Episodee
778 MERCURE
E FRANCE
que
la mades
d'invention ; mais prétend avoir
eu plus de liberté qu'eux , sous prétexte
que son sujet n'est pris que de l'Histoire
Ecclesiastique , qui ne peut être que l'objet
d'une croyance pieuse , au lieu
tiere choisie par les autres , est tirée de
l'Ecriture Sainte , à laquelle nous devons
une foy chrétienne et indispensable ,
qui ne laisse aucune liberté d'y rien
changer . Corneille auroit bien fait aussi
de répondre à ceux qui n'ont pas crû
qu'en qualité de Poëte -même , il eût le
privilege de corrompre l'esprit du
Christianisme , et d'en alterer les maximes
sur son Theatre . C'est toujours Mr.
Baillet qui parle.
Nonobstant le tort qu'il a eu d'en
user ainsi , le succès de la Tragedie de
Polieucte a été très - heureux pour lui , le
stile n'en est pas si fort , ni si majestueux
que celui de Cinna et de Pompée ;
mais il a quelque chose de plus touchant ;
et les tendresses de l'amour humain y
font un si agréable mélange avec la fermeté
duDivin. ( C'est le langage de l'Auteur
) que sa représentation a satisfait
tout ensemble les Dévots à la mode et
les Gens du monde. Corneille ajoûte
qu'à son gré il n'a point fait de Piece
où l'ordre du Theatre soit plus beau ,
et
AVRIL
1736. 779
et l'enchaînement des Scenes mieux ménagé.
L'unité d'action , celle du jour ,
et celle du lieu y ont leur justesse .
Du vivant de l'Auteur , cette Piece
étoit jouée par les Sieurs Baron , Champw
meslé la Fuillerie , Hauteroche , Beau-'
val, Guerin , Hubert , le Conte , et les De
moistles le Conte et Guiot.
Il y a eu quelque changement dans la
Troupe du Roi à cette rentrée ; S. M. a
permis à Marie - Anne de Chateauneuf,
çonnue sous le nom de Mademoiselle
Duclos , de se retirer. Tout le monde
sçait avec quel éclat et quels applaudissemens
elle a joué pendant long- tems
le Role de Pauline , dans la Tragedie
dont on vient de parler. Nous l'avons
celebrée tant de fois dans ce Journal ,
en rapportant ses heureux succès , et
le juste tribut d'applaudissemens dont
le Public l'a honorée pendant plus de
40 ans , que nous avons en quelque façon
contracté l'obligation de consoler les
Amateurs de la Tragedie de sa retraite à
la fin d'une carriere brillante, par les éloges
dûs à ses grands talens . Elle est de
Paris , et n'a jamais joué que sur le Theatre
de cette capitale et à la Cour.
Elle fut reçûé en 1693. ayant débuté
le 27 Octobre de la même année , par le
H Rôle
1
780 MERCURE DE FRANCE
Rôle de Prêtresse de la Tragedie de
Geta. Ce n'est cependant pas là , le Rôle
dans lequel Mademoiselle Duclos a fait
Le plus éclater ses grands talens. Le Rôle
d'Ariane , dans la Tragedie de Thomas
Corneille qui porte ce titre , fit la répu
tation dont elle a toujours joüi depuis.
L'illustre Actrice qui donne lieu à cet
article ; jouit d'une pension de 1000 livres
, sur le Tresor Koyal que le Roi lui
accorda en 1724 et du jour de sa sortie
de la Comedie, ses Camarades lui en feront
une de 1oco livres , comme c'est l'u
sage depuis un tems immemorial.
Nous aurions bien voulu découvrir
l'origine des Pensions à la Comedie ; on
apprend seulement dans le Livre de Chapuseau
, qu'il étoit établi dans la Troupe
du Roi à l'Hôtel de Bourgogne , que
quand l'âge ou quelque indisposition
oblige un Comedien de se retirer , la personne
qui entre en sa place , est tenue
de lui payer sa vie durant une pension
honnête. Le même Auteur assure qu'à
l'Hôtel de Bourgogne , quand un Acteur
une Actrice venoit à mourir , la
Troupe faisoit un présent de cent pistoles
à son plus proche Heritier.
Pour ce qui regarde la Pension duRoi,
Théatre François , page 143.
en
AVRIL. 781 1736.
en 1680. lors de la jonction des deux
Troupes , S. M. fit employer les Comediens
sur l'état de sa Maison , pour douze
mille livres par an , ce qui a toujours
subsisté depuis ; avant ce tems là, chaque
Troupe avoit une gratification particuliere
du Roi qui étoit ordinairement
de six mille livres .
.
A l'égard des Pensions viageres que les
Comediens payent aux Acteurs ou Actrices
qui se retirent par caducité , par
des infirmités ou autres semblables raisons
, elles furent réglées à mille livres ;
par Acte autorisé du Roi passé le se Janvier
1681 .
,
Dans le même Acte il est dit , sçavoir,
si quand un Pensionnaire des Comediens.
mourra , la pension qu'on lui donnoit
tournera au profit général de la Troupe ,
ou bien seulement à ceux des Comediens
qui payent la pension sur leurs parts ,
sur quoi, continue le même Acte , le Roi
yeut que ce soient les Comediens qui
payent mille livres de Pension sur leurs
parts et qu'ils en profitent à la charge que
tous les Comediens s'obligeront , en cas
qu'il en sorte d'invalides , les Pensions
leur seront payées par toute la Troupe
en général.
Par le troisiéme Article du suplemett
Hij fait
782 MERCURE DE FRANCE
fait au Réglement de Madame la Dauphine
au mois d'Avril 1685. il est déterminé
que ceux qui sortiront de la
Troupe volontairement après 20 ans de
service , ou par infirmité , joüiront de la
Pension ordinaire de 1000 livres pendant
leur vie , ce qui est ratifié par un
Contrat passé entre les Comediens ; desorte
que la principale attention d'un
Comedien est ordinairement de mériter
ane Pension de 1000 liv, qui est la juste
recompense ordonnée par le Roi , et autorisée
par divers Arrêts du Parlement.
Quand un Acteur après une longue et
pénible course , survit à sa vigueur et à
ses talens , il trouve dans le travail de
ses Camarades cette consolation à sa
vieillesse , et quelquefois ce soulagement
à sa nécessité.
çû
Le Brevet de Pension du Roi est conen
ces termes ,
Aujourd'hui 24 jour d'Août 1682. le
Roi étant à Versailles , voulant gratifier et
traiter favorablement la Troupe de ses Comediens
Français , en considération des services
qu'ils rendent à ses divertissemens.
5. M. leur a accordé et fait don de la som
me de 12000 livres de Pension annuelle et
viagera , pour en étre payés sur leur simple
Qujitance par les Gardes de son Trésor
Royal
AVRIL. 17360 983
Royal présens et avenir , chacun en l'année
de son exercice , en vertu du présent Brevet,
que S.M. a, pour assurance de sa Volonté ,
-signé de sa main , et fait contresigner par le
Conseiller Secretaire d'Etat et de ses Commandemens
et Finances . Signé , LOUIS ,
et plus bas , COLBERT.
En finissant cet Article , nous aprehons
que le Theatre François vient de
faire encore une des plus grandes pertes
qu'il pouvoit faire en la Personne de
Jeanne- Marie Dupré , Epouse du Sieur
Quinault du Fresne , connue sous le nom
de Mademoiselle de Seine , qui vient de
se retirer , quoiqu'elle soit encore fort
jeune , mais avec une santé fort délican
te. Dès son enfance elle eut de grandes
dispositions pour le Theatre ; elle n'a
jamais joué que sur celui de Paris. Sa
Déclamation est vive , naturelle , pleine
de feu , de sentiment et de noblesse , ér
sur-tout de goût et de finesse . Sa taille
est médiocre , mais elle a une belle tête ,
un geste juste , précis et élegant , surtout
dans les pauses , les silences et les
intervales des Scenes muettes , pendant
lesquelles son visage exprime à son gré
tous les mouvemens de l'ame. Sa voix
est foible , mais peu éclatante pour sou-
Ja violence des grandes passions ; elle
H iij
784 MERCURE DE FRANCE
a des inflexions heureuses et des tons
variés et touchans. Elle fut reçûe avec
beaucoup d'agrément dans la Troupe du
Roi à Fontainebleau au mois de Novembre
1724. après avoir joué le Rôle
d'Hermione , dans la Tragedie d'Andro
maque, et celui de Camille dans les Hora
ces. Voyés le Mercure de ce mois - là.
Le même jour 10 Avril , avant la répresentation
de la Tragedie dont on vient
de parler , le Sieur de Fierville , qui avoit
fait le Discours de la Cloture du Theatre
, raporté dans le Mercure du mois
dernier page 540. en prononça un qui
fut extrêmement aplaudi . Il s'exprima
en ces termes.
MESESSIEURS ,
Après vous avoir fait des remercimens
à la Clôture du Théatre , nous l'ouvrons
aujourd'hui en vous demandant encore vos
bontés . Lorsque nous avons l'honneur de
vous adresser la parole en notre nom , nos
discours ne peuvent jamais rouler que sur
la même matiere , parce que nos besoins ,
vos bontés et notre rèconnoissance sont toujours
les mêmes.
Ce n'est pas , Messieurs , que nous re
sentions tout le prix de vos leçons , loin
d'en
AVRIL. 1736. 785
den être effrayés , nous vous les demandons ,
nous les comptons même parmi vos graces ,
et elles sont celles que vous nous refusés le
moins mais les Critiques les plus éclairés
ne sont pas toujours les moins indulgens.
:
Cet esprit d'exactitude et de lumiere , qui
leur fait remarquer les deffants d'un Óuvrage
, leur en fait connoitre les difficultés :
ils encouragent , ils aplaudissent aux efforts ;
les efforts aplaudis conduisent aux Succès.
Quelque sensibles que nous soyons aux
graces que vous daignés nous faire , nous
le serions encore davantage à la gloire de
satisfaire pleinement le goût le plus seur et
le plus severe. Nous ferions notre bonheur
de vous procurer des plaisirs , sans que
vous fussies obligés de supléer par votre indulgence
, à lafoiblesse de nos talens . L'indulgence
est souvent utile à celui qui en est
L'objet , elle est rarement flateuse.
En attendant les nouveautés que nous
vous préparons , nous allons , Messieurs ,
faire reparoître devant vous , quelques- unes
des Pieces consacrées par vos suffrages . Puissions-
nous fournir la nouvelle Carriere que
nous ouvrons aussi heureusement que nous
avons terminé la derniere. Heureux , si
nous pouvons , Messieurs , justifier vos bontés
passées , en en méritant toujours de nonvelles.
Hiiij
Le
786 MERCURE DE FRANCE
Le 11. On donna sur le même Theatre
, la Tragédie d'Amasis de M. de la
Grange , qu'on n'avoit pas joüé depuis le
mois de Janvier 1731. et que le Public
revoit avec plaisir .
On a aussi remis la Comédie du Double
Veuvage , de Dufresny , qui fait un
extrême plaisir , par le mérite de la Piece
et par le JJeeuu des Acteurs.
Le 10. Avril , l'Académie Royale de
Musique fit l'ouverture du Théatre ,
par le Ballet des Indes Galantes , avec
la nouvelle Entrée des Sauvages , dont
on a donné l'Extrait dans le dernier Jour
nal . La Dlle . Fel , dont la voix a roujours
fait beaucoup de plaisir , a chante
le principal Rolle dans la premiere ,
Entrée , avec aplaudissement.
On doit donner au commencement
de May , un nouveau Ballet , qui a pour
titre , les Voyages de l'Amour , dont le
Poëme est de M. de la Bruere , et la
Musique , de M. Boismortier. C'est leur
premier Ouvrage.
AIR des Esclaves Affricains des Indes
Galantes.
PARODIE .
Sans aller jusqu'à l'yvresse ,
Trinquons ; Mais
AVRIL. 1736. 787
Mais rions , folatrons ,
Que nos Chansons ,
Nos sons
Succedent aux flacons ;
Plaisirs que nous aimons ;
Nous sentons
Qu'Amour nous blesse
Dieux ! que ses traits
Ont pour nous d'attraits !
Ne finissés jamais ,
Coulez , coulez en paix ;
Pour nous vous étes faits :
Sans aller jusqu'à l'yvresse , &c.
Prolongez , Amours ,
Sans vous ,
"
Nos jours
Courts
que ferions nous
Dans la vie ?
C'est vous ',
Dont les momens si douz
Endorment les Epoux ,
Abusent les Jaloux ,
Leur donnent du dessous
Ce sont-là vos bons coups.
Amans , ils sont pour nous
Silvie ,
J'envie
Ce vin , et vos genoux,
Hy Sans
788 MERCURE DE FRANCE
Sans aller jusqu'à l'yvresse ,
Trinquons ;
Mais rions, folatrons ;
Que nos Chansons
Nos sons
Succedent aux flacons .
Par M. Fuzillier , le fils ..
AUTRE Parodie du même Autenr.
Menuets du même Ballet des Indes Ga
Lantes.
C
LES SOUHAITS.
Reparois donc , Camargo ,
O !
Que l'on s'ennuye
De voir tes heureux talens
Dans le repos aussi long- temps ;
Par de brillants ' Entrechats .
De jolis petits pas
Que tu sçais bien former ,
Reviens pour nous charmer ;
Fais revivre un Ballet ,
Car c'en est fait
La Danse s'oublie ,
Mais sitôt qu'à l'Opera
Terpsicore on verra
Chacun l'aplaudira ;
.
Tout
AVRIL.
1736. 789

Tout Paris s'écriera ,
Cette Muse accomplie,
Toujours charmera,
à
Dupré ,
Va d'un air bien assuré ,
Présenter la main , Et fais
Tes pas si hardis , si parfaits ;
Ce Heros
En a tant de beaux
Qu'on aime.
Dieux que vous réussirés !
Quel couple vous ferés ,
Quand par le goût vous vous réunirés !
Quel Pinceau
Feroit un Tableau
De même ?
Nos yeux éblouis , contents ,
Seront - ils assés grands ,
Pour voir tant d'agréments ?
Le même jour 10 Avril , les Comediens
Italiens firent l'ouverture de leur
Theatre par la Comedie de la Feinte Inutile
, qu'on a revûe avec plaisir , elle fut
suivie d'une petite Piece en une seule.
scene , qui a pour titre les Complimens.
de la composition des Sieurs Romagnesi
et Riccoboni , dont l'idée a paru aussi
Hvj ingenieuse
790 MERCURE DE FRANCE
ingenieuse que singuliere , en voici l'Extrait.
Les principaux Acteurs et Actrices ,
( la Demoiselle Sylvia à la tête ) entrent
sur le Theatre au son d'un air de violon
, par une marche , à la fin de laquelle
ils font plusieurs reverences au Public .
Le Sieur Thomassin ouvre la Scene
et dit à ses Camarades qu'il s'agit de
parler et non de gesticuler ; ils parlent
d'abord tous à la fois ; un Acteur dit
aux autres qu'on ne les entendra pas ;
Arlequin lui répond qu'il n'en sera que
mieux , puisqu'ils n'ont rien de bon à
dire. Le Sieur Riccoboni fait une espece
d'exposition de ce qui a donné lieu à ce
de Piece ; il fait entendre
que dans leur derniere Assemblée, chacun
d'eux voulant faire le compliment ; on
avoit résolu que chaque Acteur en feroit
un dans le genre qui lui conviendroit le
plus. Le sujet étant exposé le Sieur Romagnesi
commença ainsi :
nouveau genre
Messieurs , les complimens en beautés si fertiles ,
Pour avoir trop produit , sont devenus steriles ;
Depuis que l'on en fait,leurs traits sont trop usés,
Et ne nous offrent plus que des moyens usés.
Après quelques Vers dans le même
goût ; il fait voir , que sur les Theatres
les
AVRIL. 1736. 791
les Complimens ont changé d'objet et
continue ainsi :
Qu'aux François une Piece ait quelque réüsiste ,
C'estdans le compliment qu'on vante son mérite ;
C'est- là qu'elle reçoit l'encens le plus flateur ,
Et tout le compliment n'est fait que pour l'Auteur
.
Il prie le Public de vouloir bien leur
pardonner en faveur de leur zele , les li
bertés qu'ils se sont données , et parle
ainsi :
Nous avons critiqué des Auteurs respectables ;
Nous avons contrefait des Acteurs admirables ;
Nous avons même osé donner du sérieux ;
Ce n'est pas , il est vrai , ce qu'on a fait de
mieux.
La Demoiselle Sylvia Pinterrompt en
le priant de finir ce mauvais Compliment.
Elle fait succeder une boutade en
Vers de trois syllabes : en voici quel
ques -uns.
Les grands Vers
Sont pervers
De petits
Bien bâtis ,
En ces Lieux
Valent mieux
Qu'un
792 MERCURE DE FRANCE
Qu'un Sabat
Dont l'éclat
Etourdit ,
Et ne dit
Dans le fond ,
Rien de bon.
Óh ! pour moi, &c.
La Démoiselle Riccoboni parle après ,
et déclame une Ode , dont voici la dezniere
Strophe.
D'une trop vaine confiance.
Gardons nous de nous enyvrer ;
Qui marche avec trop d'assurance ,
Est sur le point de s'égarer ;
Quand le Public nous encourage ,
C'est à lui qu'il faut rendre hommage ;
Des traits , où nous réussissons ;
Soit qu'il punisse , ou qu'il pardonne ,
Jusqu'aux éloges qu'il nous donne ,
Tout doit nous servir de leçons .
Le Sieur Deshayes fait son Compli
ment par un Rondeau , la Demoiselle
Thomassin fait le sien par une complainte
: la Demoiselle Flaminia et la Demoiselle
Belmon dialoguent une balade,
le Sicur Riccoboni dit le Sonnet que
voici :
L'homme
AVRIL. 1736. 783
L'homme en tous ses travaux montre la folle
envie
De surmonter le temps qu'il ne peut retenir ,
Et pense reculer les bornes de sa vie ,
En méritant l'honneur d'un brillant souvenir ;
Il croit à chaque instant voir sa peine suivie
Du chimérique bien qu'il espere obtenir ,
Et semble dans l'orgueil dont son ame est ravie' ,
Negliger le présent , pour chercher l'avenir.
Faut- il que d'un tel prix le désir nous anime ?
Pour remplir dignement un coeur ambitieux ,
Un Triomphe pareil est - il assés sublime ?
Non pour jouir d'un sort dont on soit envieux ,
De nos contemporains cherchons plutôt l'estime;
Quand on plaît à son siecle on est trop glorieux .
Le Sieur Thomassin finit ce nouveau
genre de Piece par un Coq-à-l'Asne ,
en voici quelques uns :
Or le plus grand des embaras ,
Est d'avoir des Pieces nouvelles
Quoique les vieilles soient fort belles ,
Le Public ne vient point les voir ...
A propos , je voudrois sçavoir ,
Quand vous criez ; ouvrés les Loges y
Si nous vous devons des éloges ,
Vous
794 MERCURE DE FRANCE
Vous me direz , nous avons chaud ,
Mais les autres ont froid la haut ,
Cela fait une difference , &c.
Après que le Sieur Evrard nouveau
Chanteur , et la Demoiselle Fabio Chanteuse
ont fait leur compliment en chant,
la Piece finit par un Vaudeville dont
voici le dernier Couplet qui s'adresse
au Parterre , et qui est au nom des Au
teurs :
Avant que d'avoir parlé
Nous étions remplis d'audace
Mais le Public assemblé
Change les choses de face
Nous craignons présentement
Que bien éloignés de rire ,
Chacun ne se mette à dire -
Oh le mauvais compliment.
La Musique de cette petite Piece est
du Sieur Mouret ; elle a fait beaucoup
de plaisir.
NOUAVRIL
1736. 795
NOUVELLES ETRANGERES.
ALLEMAGNE.
DECRET de Commission Imperiale ;
concernant les Préliminaires de la Paix
communiquée à la Diete de l'Empire.
J
Oseph- Guillaume, Prince de Furstemberg,&c . ,
Conseiller Privé de S. M. I. et son principal
Commissaire à la Diette de l'Empire , & c.
Il est assés connu à tous et un chacun , combien
S. M. I. a pris à coeur dès le commencement
de son Regne , de rétablir non -seolement
la tranquillité generale , mais aussi d'affer
mer en particulier le repos du S. Empire Romain
er que S. M. I. pour parvenir à un but si salu-`
taire , a souvent négligé ses propres interêts et
les drons incontestables de sa Maison Archidu
cale. On se souvient aussi avec combien de reconnoissance
l'Empire a aprouvé les Préliminai
tes reglés à Rastadt au commencement de l'année
1714. afin d'arrêter plus promptement les maux
de la guerre qui auroient pu accabler de plus en
plus la chere Patrie. Les matières qui faisoient
dans ce temps-là le sujet des Négociations , re
gardoient immédiatement l'Empire . Et comme
l'intention constante de S. M. I. a toujours été
non-seulement de conserver et de maintenir en
leur entier les droits et les libertés des Etats de
l'Empire , mais aussi d'y pourvoir de la maniere
la
796 MERCURE DE FRANCE
la plus efficace , S. M. I. auroit fort souhaité que
lesdits Etats eussent pû participer à toute la Né .
gociation dès son commencement , au cas que $2
chose cût pû se faire sans porter du préjudice aux
interêts mêmes desdits Etats et du bien public ;
c'est pourquoi l'Empire en ayant reconnu l'impossibilité
, fit non- seulement remercier l'Empe.
reur de ses soins paternels, mais l'autorisa de conclure
le Traité de Paix dans les formes , en le
supliant de recommander à ses Plenipotentiaires
d'avoir soin des intérêts de l'Empire , ce qui fut
executé au moyen du Traité de Paix conclu à
Bade , dans l'Argow , et le Octobre 1714.
l'Empire en fit remercier S.M. I. La même chose
arriva lorsque le 9. Décembre 1722. l'Empire
donna le consentement demandé par raport au
contenu du cinquiéme Article de la quadruple
Alliance , et qu'il pria en même temps l'Empe
reur de conclure sur ce pied - là la Paix avec
l'Espagne.
9.
Le désir sincere que l'Empereur a toûjours eu
d'éloigner à temps tout ce qui pouroit troubler
la tranquillité publique , a été l'unique motif
qui l'ait engagé de temps en temps à sacrifier
quelque chose , autant qu'il a pú le faire sans
préjudicier à la dignité et aux prérogatives de
l'Empire ; cependant la suite n'a pas toujours
répondu aux desirs de S. M. I. quoique les circonstances
des affaires permissent de l'esperer ,
et il y a aparence que ses desseins auroient eu
tout le succès désiré , si des personnes qui se
plaisent dans le désordre et ne cherchent qu'à
brouiller les affaires , n'eussent trouvé moyen
d'exciter de la méfiance .
Si les efforts que S. M. I. a faits , pour
maintenir la Paix ont été grands , ceux qu'elle
AVRIL. 1736. 797
a employés pour soûtenir la Guerre , après qu'on
la lui eut dernierement declarée , n'ont pas été
moindres ; nonobstant le nombre et la Puissance
des Couronnes Alliées et les circonstances
où l'Empire et l'Empereur se sont trouvés.
On ne sçauroit contester que S, M. I. pour socourir
l'Empire , a seulement fait plus que n'eigeoit
d'Elle l'obligation commune , mais que
même Elle a employé plus de forces que n'avoit
jamais faits aucun de ses Prédecesseurs , afin d'éloigner
de l'Empire les maux de la Guerre : Ces
maux aprés une courte durée , viennent de finir
par la Grace Divine . Les deux Puissances Maritimes,
pour parvenir à un but si salutaire, avoient
-projetté un Plan de Pacification. La Declaration
faite à ce sujet au nom de S. M. I. n'a
point laissé de doute de son amour sincere pour
la Paix , et comme la Cour de France de son
côté ne souhaitoit pas avec moins d'ardeur et
de boune foi de voir finir les troublss ; ce Plan
n'a pas peu contribué à la réconciliation des Esprits.
Cependant , les circonstances des affai
res étoient telles que le succès de la Negociation
dépendoit en partie du secret , sans lequel , vû
lesdites circonstances , et l'état où se trouvoient
les affaires de l'Europe , il n'auroit pas été possible
d'accelerer le grand Ouvrage de la Paix
Il étoit même à craindre , que pour peu qu'on
en eût retardé le cours , il auroit pû survenir des
incidens qui auroient peut - être interrompu et
mis dans une grande incertitude tous les succès de
la Negociation .
Comme S. M. I. ne pouvoit ignorer combien
les Electeurs , Princes et Etats de l'Empire souhaitoient
un prompt rétablissement d'une Paix
desirée et durable , Elle n'a pas manqué d'y travailler
798 MERCURE DE FRANCE
vailler avec ardeur , afia de remplir leurs souhaits
à cet égard , et Elle a dirigé les affaires
d'une maniere , que la Dignité et les Prérogatives
de l'Empire n'en souffrent aucun préjudice
et qu'on a obvié à tout ce qui pourroit à l'avenir
donner lieu à de nouveaux troubles.
Les Articles Préliminaires dont on est convenu
à la satisfaction réciproque , et dont on joint
ici une copic . sont presque en tout conformes
au Plan projecté par les deux Puissances Maritimes
, et ce qui y a été ajoûté par rapport à la
Lorraine et le Barrois, est pareillement fondé, sur
leur approbarion , donnée devant et après . Quant
au consentement de l'Empire , on a pris à cet
égard les mêmes précautions que celles qui ont
été prises du temps des Préliminaires de Rastadt,
er de l'établissement de la Quadruple Alliance.
Les droits de l'Empire par rapport à la Toscane
, Parme ; et Plaisance , ne coutent plus suivant
le nouveau systême , les mêmes dangers
que ci-devant ; et par les sûretés qu'on a prises
à cet égard , il en revient un plus grand avantage
pour l'Empire , que ne pourroit lui causer de
préjudice le peu de Pays qui en dépend , et que
l'on cede à la France , d'autant plus que S. M. I.
pour prévenir les inconveniens qui en pourroient
resulter à l'avenir , a non- seulement obrenu
de la Cour de France , qu'elle ne se mêleroit
point en aucune maniere des affaires de l'Empire
, et ne formeroit aucune prétention contre
les Etats on Pays mediats de l'Empire , sous
prétexte de réunion ou de dépendance , mais
qu'elle a aussi cu la prévoyance de regler d'une
maniere avantageuse les inconveniens qui pourroient
survenir par rapport au peu de Pays cedé
à la France , qui se trouve mêlé parmi les Etats
de
AVRIL: 1736. 799
He l'Empire , et qui pourroit leur causer quelque
ombrage.
D'ailleurs l'Empire se trouve considerablement
soulagé par rapport à ses engagemens anterieurs ,
au moyen de ce qui a été réglé , tant à cause de
la nature et de la situation des Pays qui y sont
compris , que parce que la garantie de la Fran
ce est jointe à tant d'autres , et que la bonne foi
de cette Couronne et ses propres interêts exigent
qu'elle la remplisse fidelement ; de sorte qu'on
peut se promettre pour l'avenir une tranquillité
durable sur un fondement solide.
Quant à ce qui regarde les avantages accordés
au Roy de Sardaigne , les droits de l'Empereur
et de l'Empire sont à cet égard conservés en
feur entier , et sa S. M. I. par un effet de son
amour naturel pour la Justice , a pris sur Elle
de contenter ceux qui possedent actuellement ce
qu'on appelle les Langhes : D'ailleurs , Elle a
egard aux Promesses et Concessions faites cydevant
à la Maison de Savoye , particuliere
ment par les Empereurs Ferdinand II. et Leopold,
de glorieuse memoire,
On auroit dû s'attendre à des plaintes plutôt qu'à
unconsentement , si ces difficultés avoient arrêté
ou arrêtoient encore la conclusion de la Paix :
Ainsi , S. M. I. se promet , vû les circonstances
presentes des affaires . que les Electeurs , Prin
ces et Etats de l'Empire reconnoitront avec gra
titude ses soins paternels , qui dans toute cette
Négociation , n'ont cû pour but que le bien gé→
néral de la Patrie , et que l'Empire donnera d'au
tant plutôt son consentement aux Articles Préliminaires
, qu'il paroît avec évidence que . M.
I. non-seulement n'a pretendu porter aucun pré
judice à l'Empire , mais qu'au contraire. Elle
l'as
Foo MERCURE DE FRANCE
l'assure constamment , comme Elle le fait par la
Presentes de la maniere la plus efficace qu'elle,
Conservera inviolablement les Etats de l'Empire ,
tant pour le present que pour l'avenir dans leurs
droits de suffrage aux Negociations de Paix ,
ex Forma Reipublica, et conformément au Traité
de Westphalie , et autres Constitutions Fondamentales
de l'Empire ; de sorte que S. M. I. ne
demanderoit point des Electeurs, Princes et Etats
de l'Empire, le même pouvoir , qui lui fut accor
dé en 1714. pour la conclusion de la Paix en
forme , si Elle n'étoit pleinement persuadée ,
que le bien général de l'Empire exige à present
plus que dans ce temps-là , qu'on se serve d'une
voye aussi courte , le tout néanmoins sans préjudicier
aux susdits Droits de Suffrage de l'Empire.
L'Empereur ne souhaite rien plus au moyen
de l'Accession des Alliés de la France , et en
vertu d'un Acte dont on est convenu avec le
Ministre de France à la Cour Imperialle , par rap,
port à l'évacuation du Plat Pays de l'Empire ,
que de voir la Paix non- seulement assurée ,
mais aussi que l'Empire puisse joüir des premiers
fruits de la tranquillité rétablie , après la publication
du present Decret.
: Outre les Sacrifices que S. M. I. a faits pour
le repos public , celui que fait le Duc de Lorraine
est si sensible , que son S. A. n'y auroit
pas donné les mains , si le desir de voir les fideles
Etats delivrés d'autant plutôt des maux de la
Guerre, n'eût point prévalu sur Elle : Et il ne se
roit pas juste qu'Elle fut privée par là de son
Droit de Suffrage à l'Assemblée générale del'Empire.
Et comme il paroit évidemment qu'il importe
beaucoup à l'Empire , et en particulier
aux fideles Cercles , qut se trouvent les plus exposée
AVRIL. 1736. 801.
posés , que tout ce qui a été reglé , soit au plûtot
effectué , et que les Forteresses de l'Empire
qui sont encore au pouvoir de la France , soient
incessamment restituées , ce qui dépend d'une
prompte résolution de l'Empire , S. M. I. ne
fait aucun doute que les Electeurs , Princes et
Etats de l'Empire , vû leur zele , pour le veritable
bien de la Patrie , ne déliberent sans diffe
rer la dessus , et prennent une resolution unanime
et convenable à ce sujet , &c . Fait à Ratisbonne
le 25. Mars 1736. Etoit signé , Joseph
Prince de Furstenberg.
ITALIE.
E 26. du mois dernier le Gouverneur de
Rome ,selon l'ordre qu'il en avoit reçû du
Pape , se rendit en grand Cortege chés M. d'Arrach
, Ministre de l'Empereur en cette Cour ,
pour lui faire des excuses au sujet de l'empri
sonnement de M. Donghi , Officier dans les
Troupes Imperiales , et pour lui dire que le fils
du Fiscal avoit été interdit de sa Charge . Le
Barigel de Campague s'est remis à la disposition
de ce Ministre , qui depêcha le même jour un
Courier à l'Empereur.
Le 23. une Populace nombreuse de differens
Quartiers , et sur tout de ceux d'au- delà du Tibre
, s'assembla dans la Place Farnese , et après
y avoir commis divers desordres , elle voulut
enfoncer les Portes d'une Maison où elle croyoit
qu'on retenoit quelque jeunes gens qu'elle prefendoit
avoir été enrollés par force.
Le Barigel s'étant presenté avec les Sbirres
pour s'opposer à cette violence , fut blessé d'un
coup de pierre , ainsi qu'un Officier Espagnol,
Les
802 MERCURE DE FRANCE
Les mutins allerent ensuite à la Place d'Espagne
, mais furent bien - tôt dissipés par un déta
chement de Soldats ausquels on fit prendre les
armes,et qui tirerent quelques coups en l'air pour
les intimider.
Dès que le Gouvernement eut été informé des
excês commis par la Populace , on envoya la
Garde du Pape et les Cuirassiers dans tous les
Lieux où l'on avoit plus lieu de craindre qu'elle
ne se rassemblât , et l'on ordonna de faire mar
cher des Patrouilles dans toutes les ruës , pendant
toute la nuit.
Cependant cette précaution ne pût empêcher
que les seditieux ne s'atroupassent une seconde
fois en plusieurs endroits , particulierement dans
le Fauxbourg de S. Pierre , et dans le voisinage
de l'Eglise de S. Jacques des Espagnols ; qu'ils ne
forçassent les Boutiques de quelques Armuriers,
et qu'ils n'enlevassent toutes les armes qu'ils y
trouverent , et ils se seroient portés encore
d'autres violences , si les Soldats Corses et ceux
du Château S. Ange ne fussent accourus pour
prevenir les suítes du tumulte.
L'émeute recommença le 25. avec encore plus de
vivacité: le Peuple des Quartiers d'au- delà du Tibre,
ayant attaqué le Corps de Garde de la tête du
Pont de Quatro Capi, et les Soldats s'étant rétirés
dans l'Eglise de S. Barthelemy , après avoir fair
leur décharge , dont ils tuerent un homme et en
blesserent quelques autres , les mutins se répandirent
dans plusieurs Quartiers de la Ville.
Le Gouvernement averti que le mal demandoit
un prompt remede, ordonna au Prince de Sainte
Croix , et au Marquis Crescenci d'aller parlementer
avec les Seditieux , et on ne pût rétablir
le calme dans la Ville qu'en leur promettant de
leur
AVRIL. 1736.
803
leur rendre ceux d'entr'eux qui avoient été arrêtés
par les Sbirres , et de prendre des mesures
pour obliger les Officiers qui seroient convaincus
d'avoir enrollé des jeunes gens par force , de les
remettre en liberté.
Afin d'ôter tout pretexte aux plaintes qui ont
occasionné ces émotions, le Cardinal Acquaviva,
chargé des Affaires du Roy d'Espagne auprès du
S. Siege , a donné ordre à tous les Officiers , qui
sont au Service de S. M. C. et du Roy des deux
Siciles , et qui étoient venus à Rome pour faire
des recrues , de se disposer à se rendre à Naples.
Le Gouvernement de son côté a fait condam →
ner par contumace un Horlogeur , un Chirurgien
, le Portier du Palais Cezarini , et quelques
autres personnes qui s'étoient engagées à fournir
un certain nombre d'hommes à ces Officiers
er le bruit court que pour assurer la tranquillité
publique , le Pape a resolu d'augmenter de vingt
hommes par Compagnie les Troupes qui sont
en cette Ville.
Les dernieres Lettres de Rome portent qu'on
y aprit de Fiu - Micino , le 8 de ce mois , par un
Courier
Extraordinaire , qu'un grand nombre
des Ouvriers qui travaillent aux Salines d'Ostie ,
s'étant attroupés , s'étoient rendus maîtres
main armée d'un Bâtiment, à bord duquel étoient
des Soldats de recrues pour les Troupes Espagno
les et quelques Déserteurs des mêmes Troupes, et
qu'après les avoir tirés des mains des Officiers
qui les conduisoient , ils avoient fait à ces der
niers plusieurs mauvais traitemens .
On écrit de Toscane , que le Commandant
des Troupes Espagnoles , qui sont en quartier à
Prato , avoit fait publier une Ordonnance , por-
I tant
804 MERCURE DE FRANCE
tant défense sous des peines très-rigoureuses de
donner azile aux Déserteurs , même dans les
Maisons Religieuses , et que cet Officier ayant
été instruit que deux Soldats qui avoient déserté
, s'étoient refugiés dans le Convent des Freres
Mineurs de l'Observance , et ayant envoyé inutilement
un Officier et le Commissaire Ordonnateur
pour les redemander , il avoit fait entrer
dans cette Maison un détachement de cent Gre
nadiers , qui les y ayant trouvés s'en étoient
saisis .
Selon les Lettres écrites de Genes , les Rebelles
de l'Isle de Corse , se sont rendus maîtres des
Forts de Paludella et de Campo - Loro , et ils
paroissent avoir formé le dessein d'assieger San-
Pelegrino .
ESPAGNE.
A Ceremonie de la Reception de l'Infant
Don Philipe , nommé Chevalier des Ordres
du Roy T. C. le 20. May de l'année derniere
, se fit à Madrid le 22. du mois dernier. Le
Roy se rendit ce jour - là à l'Eglise de S. Jerôme ;
S. M. étoit accompagnée du Prince des Asturies ,
de l'Infant Don Philipe , du Marquis de Santa-
Cruz , qui devoit être reçû Chevalier en même
temps que ce Prince ; des Seigneurs destinés à
remplir quelques fonctions dans la Ceremonie ,
er des principaux Officiers de sa Maison . Le
Roy ainsi que le Prince des Asturies , étoit en
Manteau , le Colier de l'Ordre par dessus : l'Infant
Don Philipe et le Marquis de Santa- Cruz
étoient en habits de Novices. Le Roy en entrant
dans l'Eglise , alla se placer sur le Prie-Dieu qui
lui avoit été preparé , et le Prince des Asturies
se mit avec l'Infant Don Philipe , au dessous
de
AVRIL. 1736.
805
de S. M. Après la Messe qui fut celebré Pontificalement
par le Grand Aumonier , le Roy
quitta son Prie -Dieu , et monta sur son Thrône
, où S. M. reçût Chevalier , avec les Cercmonies
accoûtumées , l'Infant Don Philipe ,
qui eût le Prince des Asturies pour Parain . Le
Roy reçût ensuite Chevalier le Marquis de Santa
Cruz . La Reine , la Princesse des Asturies , le
Cardinal Infant , et les Infantes , assisterent à
cette Ceremonie dans une Tribune.
PORTUGAL.
N aprend par les Lettres de Lisbonne ;
qu'une partie de la Montagne de sainte
Claire , qui est enfermée dans la Ville , s'étoit
écroulée depuis peu, et que plusieurs personnes
avoient été accablées sous les ruines des maisons
qui ont été renversées.
Le Roy a fait publier un Decret daté du 28.
Février, par lequel S. M. déclare qu'elle prendra
un droit d'un pour cent sur les diamans et autres
pierres précieuses , et sur tout l'or fabriqué ou
non fabriqué , qui viendont du Bresil et de Maranham
. S. M. ordonne par le même Decret que
l'or en barre ou en poudre soit porté à l'Hôtel
de la Monnoye de Lisbonne , pour y être converti
en especes.
et
Les pluyes continuelles qui tombent depuis
trois mois , ayant empêché de transporter à Lis
bonne la quantité de bois et de charbon néces
saires pour la consommation des Habitans ,
le Peuple en ayant manqué plusieurs jours de
suite , parce que le peu qui en arrivoit étoit d'abord
enlevé par la Noblesse
et par les personnes
riches , il y eut vers le 15. de Mars une émo-
I ij tion
806 MERCURE DE FRANCE
tion populaire à ce sujet . La plupart des Artisans
et des Journaliers s'assemblerent tumultueuserment
sur le principal Quay du Port , et s'étant
emparés de tout le bois et de tout le charbon
qu'ils y trouverent, ils obligerent ensuite les autres
Habitans de l'acheter d'eux à un prix excessif.
La disette des vivres n'est pas moindre à Lisbonne
que celle du bois et du charbon , parce
que la nécessité de remplir les Magasins établis
sur les Frontieres du Royaume pour la subsistance
des Troupes qu'on y avoit assemblées , a
fait tirer des greniers des environs de cette Ville
tous les grains qui y étoient , et qu'on n'a pû les
remplacer par d'autres à cause du mauvais temps
qui rend les chemins impraticables .
Le nombre considerable de Bestiaux qu'on a
fournis à l'Escadre Angloise depuis qu'elle est
dans cette Rade , a contribué à rendre aussi la
viande extrêmement chere , et l'on paye actuellement
un veau jusqu'à dix et onze pistoles,
L
GRANDE - BRETAGNE,
E Lord de Lawar , qui est arrivé le 2. def
ce mois à Saxe Gotha , a donné avis au Roy
d'Angleterre , que la Princesse de Saxe Gotha
seroit à Londres au commencement du mois
prochain ; on commencera incessamment à
ravailler aux préparatifs nécessaires pour la celebration
du Mariage du Prince de Galles avec
sette Princesse.
FRANCE
A V RI L. 1736. 807
hhhh
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c:
Lanjac,Evêqued'Aite , n same de
E 25 Mars , François de Sarret de
·
8 Octobre dernier , et Jacques Bonne
Gigault de Bellefond, Evêque de Bayonne
, aussi nommé le 8 Octobre dernier ,
ci- devant Aumônier du Roi , furent sacrés
à Paris dans l'Eglise du Noviciat
des Dominicains , par Melchior de Polignac
, Cardinal , Archevêque d'Auch,
Ieur Métropolitain , assisté de Paul Robert
Hertaut de Beaufort , Evêque de
Leictoure , et d'Emmanuel Henri Timoleon
de Cossé de Brissac , Evêque de
Condom , et le 31 du même mois ils prê
terent tous deux le serment de fidélité
entre les mains du Roi dans l'Eglise Paroissiale
du Château de Versailles .
La Charge de Lieutenant Général de
la Province de Roussillon , Conflans et
Cerdaigne , et le Gouvernement de
Montlouis , vacant par la mort de Pierre
Joseph Hiacinte Marquis de Caylus ,
I iijont
808 MERCURE DE FRANCE
ont été donnés à Pons de Rosset de Ceilles
. Chevalier de Rocozel , Lieutenant
Général des Armées du Roi du premier
Août 1734
Le Gouvernement de Sommieres en
Languedoc , qu'il avoit , a été accordé à
François Raimond de Narbonne- Pelet ,
appellé le Vicomte de Narbonne , Mestre
de Camp de Cavalerie , et Enseigne
des Gardes- du - Corps du Roi , depuis le
mois de Février 1734. et auparavant Capitaine
dans le Régiment de Dragons
d'Orleans , qui a épousé Marie Antoi
nette de Rosset de Rocozel , fille aînée
de Jean Hercules de Rosset de Ceilles de
Rocozel , nommé Duc et Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roi , et
Gouverneur d'Aigues- mortes , et de Dame
Marie de Rey.
,
Le Régiment de Cavalerie vacant par
la mort de Jean Joseph de Pechpeirou
de Beaucaire , a été donné à un Neveu
du defunt , Capitaine dans ce Régiment,
fils de Jean Antoine de Pechpeirou , Baron
de Beaucaire , Seigneur de Pechpeirou
, Montbarla et la Valade , et de Marie
Therese de la Roche de Gensac,
Le Gouvernement du Château de
Meudon , qu'avoit Hyacinthe Louis de
Pellevé , Comte de Flers , ci - devant Capitaine
AVRIL: 1736. 809
pitaine Lieutenant des Gendarmes de
Berri , a été donné à Louis Quantin de
la Vienne , Marquis de Champcenets ,
l'un des quatre premiersValets de Cham
bre du Roi.
Le Vendredi - Saint 30 du mois dernier,
le Roi accompagné du Duc de Bourbon,
du Prince de Dombes et du Comte d'Eu ,
entendit le Sermon de la Passion du Pere
Codolet , Prêtre de l'Oratoire : S. M. assista
à l'Office , et alla à l'Adoration de
la Croix. Le soir , le Roi entendit l'Office
des Tenebres qui fut chanté par
Musique.
>
la
Le 31 Samedi - Saint , le Roi revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint- Esprit
, se rendit à l'Eglise de la Paroisse
du Château où S. M. communia par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier de France : Pendant la Messe
que le Roi entendit après avoir communié
, l'Evêque d'Aire , et l'Evêque de
Bayonne prêterent serment de fidélité
entre les mains de S. M. ensuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
Le soir , le Roi assista dans la Chapelle
du Château aux Complies et au Salut
pendant lequel l'O filii fut chanté par la
Musique. Monseigneur le Dauphin en-
I iiij tendit
$ 10 MERCURE DE FRANCE
-
tendit le Salut dans la Tribune.
Le premier de ce mois , Fête de Pâques,
le Roi accompagné du Prince de Dombes
et du Comte d'Eu , assista dans la
la même Chapelle à la Grand'- Messe, ce:
lebrée pontificalement par l'Evêque d'Agen,
et chantée par la Musique.
L'après- midi , le Roi entendit la Prédication
du Pere Codolet , Prêtre de
l'Oratoire , et ensuite les Vêpres , ausquelles
le même Prélat officia.
Monseigneur le Dauphin assista ce
jour là dans la Tribune à la Grand'-
Messe et aux Vêpres.
Le 2 de ce mois , le Comte Osarouski
Ambassadeur du Roi et de la République
de Pologne , eut une Audience particuliere
du Roi , dans laquelle il prit
congé de S. M. Il alla ensuite à l'Audience
de la Reine , et à celles de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames
de France , et il fut conduit à ces Audiences
par M. Hebert , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le Roi a nommé M. de Niert , l'un
des quatre premiers Valets de Chambre
de S. M. Capitaine du Château du Louvre.
Le
AVRIL. 1736. 81%
Le 3 de ce mois , M. Delci Archevêque
de Rhodes et Nonce du Pape cut
une Audience particuliere du Roi , dans
laquelle il présenta à S. M. M. Valenti
Gonzaga Archevêque de Nicée , nommé
Nonce auprès du Roi d'Espagne , et
qui a passé ici pour se rendre à Madrid ,
il fut conduit à cette Audience par M.
Hebert , Introducteur des Ambassadeurs
, qui le conduisit ensuite à l'Audience
de la Reine , et à celles de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de
France.
Le 26 , le Roi fit dans la Plaine des Sablons
la revue du Régiment des Gardes
Françoises , et de celui des Gardes
Suisses. Ils firent l'exercice et ils défilerent
en présence de S. M. Après la Revûë
, le Roi donna le Gouvernement de
l'Isle de Rhé à M. de Princé , Capitaine
d'une des Compagnies du Régiment des
Gardes Françoises.
Le 9 Avril il y eut Concert chez la
Reine. M. Destouches Surintendant de
la Musique du Roi , fit chanter le Pro
logue et le premier Acte de son Opera
d'Issé, qui fut continué le 16 et le 18. La
Dlle Erremens , les Sieurs Tribou et
1 y Dange812
MERCURE DE FRANCE
d'Angerville , chanterent les Rôles d'Is
sé , de Philemon , et d'Hylas avec beaucoup
d'applaudissement ; ceux de Pan
et de Doris , furent remplis par le Sieur
Godoneche , et par la Dlle Mathieu , dont
on admire toujours la légereté et le gout
du chant .
Le 23 la Reine entendit le Ballet des
Elemens du même Auteur dont on donna
le Prologue et la premiere entrée , il
fut continué le 25 et le 30 , et on joignit
à la derniere entrée de Pomone , le
Prologue du Ballet des Stratagêmes. La
Dlle d'Aigremont et le Sieur d'Argervil
le firent les Rôles de Venus et du Destin.
Ceux de Junon et d'Ixion , furent executés
par la Dlle Mathieu et le Sieur
d'Angerville . Les Rôles d'Orion et de
Vertumne , par le Sieur Tribou , de Lencosie
et de Pomone , par la Dlle Mathieu ,
et la Dlle Antier rendit avec beaucoup
de graces et de noblesse le Rôle de la
Prêtresse de la Gloire dans le Prologue des
Stratagêmes.
On mande de Lorraine que M.le Marquis
de Bressé , Conímandant les Troupes
Françoises à Nancy , Colonel du Régiment
de Guyenne fut à Luneville au
commencement du mois d'Avril , complimenA
VRI L: 1736. 813
plimenter S. A. R. Madame la Doüairiere
, sur le Mariage de S. A. R. de la part
du Roi ; et que M. Aliot , Grand - Maître
des Cérémonies , le vint prendre à
Nancy dans les Carosses de la Cour , et
le reconduisit le 10 à Nancy .
POISSON D'AVRIL .
U
Ne jeune personne fort spirituelle
ayant perdu un dez à coudre , il
tomba entre les mains d'un homme de
sa connoissance. Voici l'usage qu'il en
fit. Il fit faire un poisson de pain d'Epice
, et fit insérer dans sa gueule le dez
dont il s'agit . Il l'enferma dans une boëte
qu'il couvrit d'un grand nombre d'envelopes
cachetées et toutes chargées de
quelques traits énigmatiques en Prose
et en Vers , et envoya le tout à la Dlle
le premier jour d'Avril. Voici quelquesuns
de ces Vers.
Sur une des premieres envelopes , il y avoit :
Trois Elemens entr'eux partagent tout mon
être ,
De son fertile sein la Terre m'a fait naître :
Du Feu je tiens ma forme : et l'Eau, de son côté.
Entre ses habitans veut que je sois compté.
Sur une des envelopes suivantes .
Du paisible séjour , où je me trouve bien ,
I vj Pourquoi
814 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi me voulez- vous faire à vos yeux paroître
?
Vous ne troublez que trop le repos de mon
Maître ;
Faut -il encor troubler le mien y
Sur une autre envelope.
Venus pour se soustraire aux yeux d'un Dieu
cornu ,
De l'un de mes pareils emprunta la figure ;
Pour vous voir de plus près , sans que l'on en
murmure ;
Celui , par qui je suis en ce lieu détenu ,
En feroit bien autant , Iris , je vous le jure.
Sur une autre.
Je ressemble au coeur d'unç Belle ,
Envelopé de toutes parts ,
A l'oeil le plus ouvert , aux plus perçans regards ;
Sous mille obscurs dehors je me cache comme
elle :
Du premier coup l'on ne peut point me voir
Encore moins on peut m'avoir.
Sur une autre.
Iris , telle est la Lor de toute mon Espece
Quand j'ai mon Element , je suis dans l'allégresse
;
Je freille , je cours , et je prends mes ébats ;
Mais dès que j'en suis hors , morne et plein de
tristesse ,
Je suis comme Tircis , quand il ne vous voit pas.
Et
AVRIL 1736. 855
Et sur la derniere.
De tout ce qu'on ne connoit pas
La Regle veut qu'on se défie ;
Ne craignez pourtant rien , Iris ,5, pour votre vie ;
Je ne viens point ici causer votre trépas :
Vous mordre au bout du doigt , c'est toute mos
envie.
Ce dernier Vers fit naître la pensée à
la Dlle , lorsqu'enfin elle eut découvert
le Poisson , de mettre son doigt dans sa
gueule ; elle fut fort surprise d'y trou
ver le dez qu'elle avoit perdu.
Le jour de Pâques quantité de
telligens virent avec

gens
inune
entiere satisfaction
, et admirerent unanimement
dans l'Eglise de saint Eustache un Ornement
blanc dont on se servit ce même
jour pour la premiere fois. On remarqua
aisément au premier coup d'oeil
que de simples Bourgeois n'avoient pû
former , moins encore exécuter , une
idée d'une aussi vaste étenduë, où le goût
et la magnificence semblent à l'envi se
disputer l'avantage ; et qui que ce soit
n'héfita à reconnoître la main également
pieuse et libérale , qui faisoit à sa Paroisse
un présent d'une aussi grande conséquence.
On
816 MERCURE DE FRANCE
On y reconnut d'abord le goût exquis
et la magnificence d'une grande Princesse,
S. A R. Madame la Duchesse d'Orleans
, qui donne par tout les preuves les
plus sensibles de sa pieté , et qui a laissé
en tant d'endroits différens les marques
les plus éclatantes de sa libéralité et de
son zéle pour la décoration des Temples
du Seigneur.
Cet ornement est le plus complet
qu'on connoisse , et renferme tout ce qui
peut être utile pour contribuer à la splendeur
et à la majesté de l'Office d'une
grande Paroisse. Il est composé de huit
Chappes , six Tuniques , deux Dalmatiques
, une Chasuble , deux Tapis pour
couvrir les Pupitres , quatre Crédences ,
un Devant d'Autel , un Ketable, les Revêtissemens
nécessaires pour couvrir les
Gradins , le tout terminé par un Dais
garni de sa Pente et de ses Aigrettes qui
courone l'Autel , et ajoute un nouveau
lustre à la décoration.
Quoique chaque Piece soit dans un
dessein uniforme pour faire un ensemble
régulier , la composition en est extrêmement
variée. Le fond est un satin
blanc ouvragé d'une broderie de chenilles
qui se laisse à peine apercevoir. Elle
est ménagée avec tout l'art possible pour
repréAVRIL
1736. 817
représenter des fleurs et des fruits étran
gers , qui partent des branches de diffe
rens arbrisseaux garnis de feüillages convenables
; le tout est nuancé avec autant
de précision que le pouroit faire le
pinceau le plus adroit et le plus délicat.
Nombre de ces fleurs et de ces fruits
sont relevés par l'or qu'on y a répandu
avec profusion .
Les orfroys de la Chasuble , des Dalmatiques
, Tuniques et Chappes sont
d'une étoffe d'or travaillée à la main ,
surmontée d'une broderie aussi d'or
mais en demi bosse , qui représente de
même différentes especes de fleurs et de
fruits dans un goût nouveau et très - recherché.
Toutes les differentes Pieces qui
apartiennent à l'Autel sont faites aussi
pour le fond de chenilles remontées d'or
dans le même dessein , et enquadrées
dans des Cartouches d'un drap d'or à
l'aiguille et brodé par dessus en or ,
comme les orfroys dont on vient de parler.
Au milieu du devant d'Autel , on voit
une grande Croix de Chevalier en or ,
d'où partent une infinité de rayons trèsbrillans
.
Dans le centre du Retable on a aussi
ménagé
818 MERCURE DE FRANCE
ménagé un triangle , où est tracé en
Caracteres Hébraïques , le saint Nom de
Dieu apellé vulgairement Jehova . De ce
triangle sortent de même de tous côtés
plusieurs masses de rayons couverts en
partie par des nuages qu'ils percent , et
qui sont ornés de Cherubins dont les
airs de tête annoncent le respect , l'admiration
, et l'adoration .
Au dessus du Retable se trouve un
gradin pour placer des chandeliers dont
le devant est aussi revêtu de pareille
broderie d'or que les cartouches ; on
voit au milieu un Nom de Jesus .
Sur ce gradin sont apuyés deux Pilastres
de broderie d'or en plein , comme le re
vêtissement des gradins de près de quinze
pieds de haut , et larges à proportion ,
dont les chapiteaux sont terminés par
des têtes de Chérubins , ils accompagnent
la pente du Dais , et en paroissent
soûtenir le Ciel qui est d'un travail uniforme
avec le reste , et y ajoutent une
nouvelle richesse.
Chaque partie de ce superbe Ornement
mérite une admiration particuliere , mais
on convient que l'ensemble , dans le tems
de l'Office , forme un coup d'oeil dont
rien n'aproche.
S. A. R. a fait faire aussi par un trèshabile
AVRIL: 1736. 819
habile Ouvrier un Baldaquin de bronze
doré d'or moulu , qui est décoré de tout
ce qui peut convenir à ce genre d'ouvrages
il est disposé de maniere à y exoser
le Saint Sacrement . Cet ouvrage
st d'une beauté qui ne laisse rien à désier
, et répond parfaitement à la richesse
t à la magnificence des Ornemens dont
n vient de parler; il fut placé le 15 de ce
1ois à la Paroisse saint Eustache , Fête de
a Dédicace de cette Eglise , où S. A. R.
Issista à la grand'Messe qui fut célébrée
avec toute la solemnité possible et avec
un concours de Peuple extraordinaire .
COMPLIMENT fait à M. le
Premier Président du Parlement de Nor
mandie. Extrait d'une Lettre écrite d'Alençon
le 26 Mars 1736.
C
Ette Lettre est de M. de la Cor
nelliere , Directeur des Affaires du
Roi , lequel en nous envoyant le Compliment
en question , imprimé à Alençon
chés Malasset le Jeune , nous aprend
qu'il a été prononcé le 18 du même
mois par M. de la Cour, Avocat au Par
lement de Paris , Procureur du Roi , Syndic
de la Ville d'Alençon ; à l'occasion
passage de M. le Premier Président du
allant
820 MERCURE DE FRANCE
allant à Rennes aux nôces de M. son
Frere , Intendant de Bretagne.
Comme ce Discours nous a paru un
peu long et pouvoir excéder nos bornes
ordinaires , nous prendrons le parti de
n'en donner ici que quelques traits. A
peine M. le P. Président fût-il entré à
Î'Hôtel de Ville , que l'Orateur commença
ainsi.
M.
» Alençon et les Officiers de son Hôtel
de Ville que nous avons l'honneur
» de représenter,agréablement surpris par
» la subite nouvelle de vôtre heureuse
» arrivée , ont tout quitté pour accourir,
pour ainsi-dire hors d'haleine , vous
» rendre leurs respectueux devoirs , et
» vous exprimer par une voix tremblan-
» te la joye extrême dont tous les coeurs
» sont enchantés , d'avoir l'honneur de
» voir en passant l'illustre Objet de leurs
» voeux et de leurs délices , le Patron du
repos public et de la tranquillité des
» familles , le foudre et l'exterminateur
» du vice , l'inviolable , Protecteur des
vertus , et le digne Prince de la souveraine
Justice , & c.
» Dans la confusion de ce ravissant
» trouble , si vous êtes obligé d'écouter
» quelques louanges qu'on cherche à
» Yous
AVRIL 1736. 827
» vous donner à l'occasion , ce n'est que
» pour ne pas rebuter par dédain la ver-
» tu de gratitude , si rare dans le mon-
» de , et qui parle par la langue univer-
» selle pour vos héroïques vertus et votre
» rare mérite , &c.
Dans la suite du Discours l'Orateur
après avoir beaucoup relevé l'éloquence
du Barreau de Rouen , à laquelle M. le
Premier Président est accoutumé , ajoute
ces paroles dictées par la modestie.
» Après cela conviendroit- il à notre foi-
» ble éloquence et à notre timide voix ,
» de tenter, à votre passage fortuit , l'épineuse
carriere du magnifique Eloge ,
» que méritent votre illustre renom , ct
>> vos éclatantes actions ?
"
Ce Passage , qui ne devoit remplir ;
pour ainsi dire , que quelques momens
fut ensuite caracterisé par ce trait. » Mais ,
fatalité de la joye momentanée que
» nous avons de l'honneur de vous pos-
» seder si peu ! laquelle va bientôt être
transformée dans le triste regret de
» vous perdre de vuë , &c.
Puis venant au sujet , qui mene à Rennes
M .le P.P. » Vous y allez, ajoûta-t'ily
» pour un charmant sujet , une celebre
» Nôce vous y attend avec impatience
» &c. C'est là que par un double et mu-
» tuel
22 MERCURE DE FRANCE
·
» tuel plaisir pour tous , vous ferez dans
»la reciprocité , les délices du celebre
» Parlement , et de l'illustre Noblesse de
» Bretagne , à laquelle , sans doute , un
>> aussi rare mérite que le vôtre , est d'a-
» vance dans une recommandable véné-
>> ration .

Enfin les souhaits d'un heureux voyage
terminerent ce Discours et furent
ainsi exprimés. » Que les froides Eaux se
>> retirent devant vous ! Que les Neiges,
» les Giboulées , et les Pluyes fréquen-
» tes cessent du moins pour favoriser
Dvotre marche ! Que le souffle modéré
» d'un vent agréable puisse dessécher les
» chemins de votre route ! Que l'air épais
» et les nuages obscurs fassent place à la
» sérénité d'un ciel temperé , qui fait la
»joye , et console dans leurs peines les
» Voyageurs ! Que le Pere de la Nature
» et tous les Astres qui l'environnent ,
» ne lancent que d'heureuses influences
» sur vous !
» Et qu'enfin tous les Elemens con-
>> courent à votre prosperité dans l'exé
>> cution d'un si grand oeuvre ; afin
» que la riche Nature renouvellant ses
>> merveilles dans un agréable Printemps,
» les étale en faveur de votre heureux
retour ; et que la charmante Flore ,
* restée
,
A VIL. 1736. 823
restée dans le sein de sa feconde Mere ,
» aux froidures d'un tardif Hyver , re-
» naissant au favorable aspect de l'Astre
» Journal , pour ainsi dire , pour être
» de la partie, fasse des Parterres de mille
>> fleurs odoriferantes , des Prairies et des
Plaines qui borderont votre passage ,
» pour vous reconduire par Alençon
&c.
Après le Discours , suit dans cet Imprimé
une Cantate ainsi intitulée ,
Cantate fortuite qui s'est trouvée au bout
de la plume de l'Auteur & c. sur le Mariage
de M. l'Intendant de Bretagne & c.
Nous sommes fâchés d'être obligés de
l'ômetre.
MORT S.
E 11.Mars dernier, Pierre de Morey, Prêtre ,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris,
Maison et Société Royale de Navarre, du 5. Décembre
1697. Abbé Commandataire de l'Abbaye
de N. D. de la Bussiere, Ord . de Cit . Diocèse
d'Autun , et Doyen de l'Eglise Cathédrale
d'Autun , y mourut , dans la 75e . année de son
âge. Il avoé Chanoine de cette Eglise , dès
sa premiere jeunesse , et Chapelain du Roi Louis
XIV. et il avoit accompagné en cette qualité ,
les Princes , au voïage d'Espagne , au mois de
Décem
822 MERCURE DE FRANCE
Décembre 1700. Il quitta la Cour quelques an
nées après la mort du Dauphin , Duc de Bourgogne
, dont il avoit acquis la confiance , et il se
retira au Château de Suilly , près d'Autun , où il
fit sa résidence jusqu'à la fin de l'année 1734 ,
qu'il fut obligé de se rendre à Autun , pour pren
dre possession de la dignité de Doyen , dans la
quelle il fut maintenu par Arrêt du Conseil ,
portant révocation d'une Lettre de cachet , qui
lui donnoit l'exclusion pour cette dignité , et qui
avoit été signifiée au Chapitre , le jour de sa
prise de possession . L'Abbaïe de la Bussiere ,dont
il étoit titulaire , lui avoit été conferée le 24.
Décembre 1709. et il remit alors celle de Turpenay
, O. S. B. Dioc . de Tours , qu'il avoit ob.
tenuë le 31. Octobre 1701. Il avoit aussi été
autrefois premier Président du Présidial d'Autun.
Il laisse trois freres , dont l'aîné est Seigneur du
Marquisat de Vianges dans l'Autunois ; le second
, qui a servi long - temps dans le Regiment
Daufin , est Gouverneur de Vezelay ; et le troisiéme
, qui étoit Chanoine et Prevôt de la Cathédrale
d'Autun , a éré élu Doyen du Chapitre,
au-lieu de lui , le 26. du même mois de Mars.
Ces Messieurs ont eu pour pere , Hubert de Morey
, vivant , Conseiller du Roi , Controlleur
general du Taillon de Bourgogne et Bresse , et
Receveur general des décimes du Diocèse d'Autun
, mort à Paris le 3. Juin 1689 .
P
TABLE.
IECES FUGITIVES. Eglogue à Mlle D . ::
pour le jour de sa Fête ? 613
Réplique de M. le Beuf , aux Observations du
R
R. P. Dom Toussaint du Plessis , & c .
Ode tirée du Pseaume LXXIII . & c .
619
646
650
I I. Lettre de M. D. L. R. écrite à M. Maillart ,
sur quelques sujets de Litterature ,
Ode de M. Linant à M. de Voltaire , sur le suc--
cès d'Alzire ,
Bouquet ,
661
663
665
Memoires pour servir à l'Histoire du Théatre
& c.
La chose à décider , Conte ,, &c.
685
Lettre sur l'Education des Enfans , en Prose et
687 en Vers ,
Inscription antique nouvellement découverte.
près de Trivoli ,
Chanson Anacreontique , & c.
661
694
Extrait d'une Lettre de M. de Voltaire à M. de
la Mare , &c.
695
Réponse en Vers sur la Lenteur du Printems, 699
Lettre de M. l'Abbé Ph. au sujet des Tragédies
de M. de Voltaire ,
Enigmes , Logogryphes , &c .
701
708
7H
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
& c.
servir à l'Histoire des Hommes
Memoires pour
Illustres , & c .
Sinonymes François , & c.
La Vie de Marianne , 4e Partie ,
716
725
727
Histoire de l'Hôtel Royal des Invalides, &c. 732
Recherches sur les Théatres de France , &c. 736-
Calendrier Perpetuel , & c.
748
746
M. de Voltaire traité comme il le mérite , &c.
Brochure ,
Académies Royales des Sciences , Assemblées
publiques et Voyages des Académiciens au
Nort , & c. 755
Prix proposé par l'Académie des Sciences , 765
Nouvelles Estampes , & c. 767
Merts de Personnes Illustres , 769
Telescope nouveau , 772
Chansons notées , &c. 774
Spectacles 779
·
?
Tragédie de Polieucte , &c .
Retraite de Mesdlies Duclos et de Seine, Act
du Théatre François , 779
Discours prononcé sur le même Théatre , 785
Parodie sur l'Air des Esclaves Afriquains des Indes
Galantes ,
786
Les souhaits , autre Parodie sur les Menuets du
même Opera ,
788
Les Complimens , Comédie nouvelle , 789
Nouvelles Etrangeres , d'Allemagne , Decret de
Commission Imperiale , & c.
Italie ,
795
801
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , &c. 807
Gouvernemens donnez par le Roy ,
Poisson d'Avril ,
Ornemens d'Eglise à S. Eustache ,
808
813
815
Compliment fait au Premier Président, &c. 819
Mort,
Errata de Mars.
823
PAge 80. ligne 6. quatrième , lisez , troig
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 670. ligne 4. du bas , le Maire , tisez 7 la Marre .
P. 757. l . 18. ces , lisez , ses.
P. 783. ligne derniere , mais peu éclatante pour
soutenir , effacez ces mots et lisez, et peu éclatante
pour soutenir la violence des grandes passions ,
mais elle..
Les Chansons notées doivent regarder la page 774
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le