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1736, 01-02
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Presentedby
John
Bigelow
tothe
Century
Association
Mer



MERCURE
DE FRANCE
,
1
DEDIE
AU ROT
JANVIER
1736 .
SPARGIT
URI
COLLIGITI
S Chez.
A PARIS ,
GUILLAUME
CAVELIER ,
rue S. Jacques .
La veuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ..
M. DCC. XXXVI
.
Avec Approbation
& Privilege du Roy.
NW YORKĮ
PUBLIC
PRṚRIVILEGE
335
DU ROr.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
Qui's,par la grace de Dieu , Roy de France & de
Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les Gens
tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil , Baillifs , Senéchaux
, leurs Lieutenans Civils , & autres nos Officiers
& Jufticiers qu'il appartiendra : SALUT. L'aplaudiffement
que reçoit le MERCURE DE FRANCE , cy- devant apellé le
Mercure Galant , compofé depuis l'année 1672 , par le
ficur de Vifé , & autres Auteurs , nous fait croire que le
fieur Dufreni, Titulaire du dernier Brevet , étant décedé ,
il ne convient pas que le Public foit à l'avenir privé d'un
Ouvrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers : c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fazeffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE ,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie des Gendarmes
de notre Garde ordinaire , & Chevalier de notre
Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons choisi pour
compofer à l'avenir , exclufivement à tout autre , ledit Ouvrage
, fous le titre de MERCURE DE FRANCE , & nous lui
en avons à cet effet accordé nôtre Brevet le 17. Octobre
dernier , pour l'execution duquel ledit fieur de la ROQUE
nous a fait fuplier de lui accorder nos Lettres de Privilege
fur ce neceffaires : A CES CAUSES , Conformément
audit Brevet , Nous lui avons permis & permettons par
ces Prefentes de compofer & donner au Public à l'avenir
tous les mois , à lui feul exclufivement , ledit Mercure de
France , qu'il pourra faire imprimer en tel volume , forme
, marge , caractere , conjointement ou feparement
& autant de fois que bon lui femblera , chaque mois , &
de le faire vendre & débiter par tout notre Royaume, &
ce pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de la datte des Prefentes ; à condition
neanmoins quechaque volume portera fon Aprobation expreffe
de Examinateur , qui aura été commis à cet effer,
Faifons défenſes à toutes fortes de perfonnes , de quel
ques qualitez & conditions qu'elles foient , d'en introduire
d'impreffions étrangeres dans aucun lieu de nôtre
obéiffance , comme auffi à tous Libraires , Imprimeurs ,
Graveurs , & autres , d'imprimer, faire imprimer , graver,
vendre , faire vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre
Ou Planches , en tout ou en partie , ni d'en faire aucun
Extrait , fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentation
, corrections , changement de titre , ou autrement,
fans la permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou
de ceux qui auront droit de lui ; le tour à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6coo . livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un´tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel -Dieu de
Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux qui auront
droit de lui , & de tous dépens , dommages & intereſts ;
à la charge que ces Prefentes feront enregistrées tout au
long fur le Registre de la Communauté des Libraires &
Imprimeurs de Paris , & ce dans trois mois de la datte
d'icelles ; que l'impreflion de ce Livre fera faire dans
nôtre Royaume , & non ailleurs , en fin papier , & en
beau caractere , conformément aux Reglemens de la Librairie
; & qu'avant de l'expoſer en vente , le manuſcrit
ou imprimé qui aura fervi de copie à l'impreffion dudit
Livre fera remis dans le même état où les Aprobacions
y auront été données , és mains de nôtre très -cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , ie fieur
FLEURIAU D'ARMENONVILLE , Commandeur de nos ordres ,
& qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires de chacun
dans notre Bibliotheque publique , un dans celle de nôtre
Château du Louvre , & un dans celle de nótredit très- cher
& feal Chevalier, Garde des Sceaux de France le tout
à peine de nullité des Prefentes , du contenu defquelles
Vous enjoignons de faire jouir ledic Expofant , ou fes
ayans caufe, pleinement & paifiblerrent , fans fourir qu'il
leur foir fait aucuns troubles & empêchemens , & à cet
effer Nous avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy - devant à d'autre
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou à
la fin dudit Livre foit tenue pour dúëment fignifiée , &
qu'aux copies colla ionnées par l'un de nos Amez &
Feaux Confeillers - Secretaires , foy ſoit ajoûtée , &c,
A ij CACATALOGUE
des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
Uin et Juillet 1721.
Août , Septembre , Octobre , Novembre
et Decembre ,
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
Année 1723 le mois de Decembre double ,
Année 1724. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
2. vol.
S. vol.
16. vol.
13. vol.
Année 1725. les mois de Juin , de Septembre
et Decembre doubles ,
14. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De-
14. vol.
tembre et Decembre doubles ,
Année 1729. les mois de Juin , de Sep-
14. vol,
cembre doubles ,.
Année 1730. les mois de Juin et de De-
IS. vol.
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
14. vol,
et de Decembre doubles ,
Année 1732. les mois de Juin et de De-
Is, vol.
cembre doubles ,
cembre doubles ,
Année 1733. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1734. les mois de Juin et Dé-
14. vol.
cembre doubles ,
Année 1735. les mois de Juin et de Dé
14. vol.
Janvier 1736.
14. yol.
I. vol.
208. vol
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & c.
A Toulouse , chez Forest.
Bordeaux chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes, chez Nicolas Verger.
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar et la veuve Garnier.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon .
Rouen , chez Herault .
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze .
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau et à la Poste.
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier .
Besançon , chez Briffaut , à la Poste.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Poste.
Reims , chez De Saint.
A Vitry-le-François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint .
Douay , chez Willerval .
Cha rleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne-sur - Mer , chez Parassol.
Nancy, chez Nicolas .
A iij
AVERTISSEMENT
AVERTISSEMENT.
› que nous avONS
Oici le deux cent huitième volume du
Mercure de France
T'honneur de présenter au Roy et d'offrir au
Public , depuis le mois de Juin 1721. que nous
travaillons à cet Ouvrage , sans qu'il ait souffert
aucune interruption . Nous rendons de nouvelles
et de très-humbles graces à nos Lecteurs
de l'accueil favorable qu'ils continuent de faire
Fiii Miercure. De notre côté nous redoublerons nos
soins et notre aplication pour que la lecture en
soit encore plus utile et plus agréable.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelque indulgence pour les Endroits
qui leur paroîtront négligés . Le Lecteur
judicieux fera , s'il lui plaît , reflexion que
dans
un Ouvrage comme celui-cy , il est très - aisé de
manquer, même dans les choses les plus communes
, dont chacune en particulier est facile,
mais qui ramassées , font ensemble une multiplicité
si grande , qu'il est mal aisé de donner
à toutes la même attention , quelque soin qu'on
y apporte , sur tout quand une telle collection
est faite en si peu de temps : l'Auteur du
MerAVERTISSEMENT.
ne
Mercure , chargé du pénible employ de don
ner chaque mois un volume au Public ,
peut jamais avoir le temps de faire sur chaque
Article les refléxions qu'y feroit une Personne
qui n'auroit que cet Article en tête , le seul anquel
elle s'interesseroit , et peut- être le seul
qu'elle liroit. Une chose qui paroît un peu inc'est
qu'on nous reproche quelquefois des
inattentions , et qu'on ne nous sçache aucun gré
des corrections sans nombre qu'on fait et des
fautes qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres ou des Listes , pour les
annoncer dans le Mercure , de marquer le
prix de chaque Livre au juste s cela sert beancoup
sur tout dans les Provinces , aux personnes
qui se déterminent là -dessus à les acheter
, et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres personnes qu'elles
chargent de leurs commissions , qui souvent les
font surpayer. M. Moreau poura même se
charger de faire les Envois au prix coûtant.
On invite aussi les Marchands et les Onvriers
qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles , Habits, Ajustemens ,
Perruques, Coeffures , Ornemens de tête et autres.
Parures , ainsi que de Meubles , Carrosses ,
Chaises et autres choses , soit Pour l'utilité
soit pour l'agrément , d'en donner quelques Me-
JE
A iiij
moires
AVERTISSEMENT.
moires pour en avertir le Public , ce qui poura
faire plaisir à divers Particuliers et procurer
un débit avantageux aux Marchands et aux
Ouvriers.
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers , ・en
voyées pour le Mercure , sont souvent si mal
écrites qu'on ne peut les déchiffrer , et pour
cela elles sont rejettées ; d'autres sont bonnes à
quelques égards et défectueuses à d'autres.
Lorsqu'elles peuvent en valoir la peine , nous
les retouchons avec soin ; mais comme nous ne
prenons ce parti qu'avec répugnance
prions les Auteurs de ne le pas trouver mauvais
, et de travailler leurs Ouvrages avec le
plus d'attention qu'il leur sera possible ; si on
sçavoit leur adresse ,-on leur indiqueroit les
défectuosités et les corrections à faire , quand
Les Pieces en valent la peine.
nous
On nous a envoyé plusieurs fois des Pieces
Latines , que nous avons omises , ne les croyant
pas tout-à-fait du ressort de ce Journal. Cependant
, par l'avis de quelques Personnes habiles
et de goût , nous avons crû n'en devoir
pas exclure la bonne Poësie Latine , pourvû
que les Pieces soient toujours bien et ingenieusement
composées , qu'elles ne soient pas longues
, et que les moeurs y soient respectées . Les
Dames n'y perdront rien , si les bons Poëtes
François continuent de traduire celles qui leur
plairont le plus , et de nous faire part de
leur
AVERTISSEMENT.
leur travail , comme cela est déja arrivés à
quoi nous les invitons .
Les Sçavans , et les Curieux sont priés de
vouloir bien concourir pour rendre ce Livre
encore plus utile , en nous communiquant les
Memoires et les Pieces en Prose et en Vers ,
qui peuvent instruire et amuser. Aucun genre
de Litterature n'est exclus de ce Recueil , où
l'on tâche de faire regner une agréable varieté,
Poësie , Eloquence , nouvelles Découvertes dans
les Arts et dans les Sciences , Morale , Antiquités
, Histoire Sacrée et Profane , Voyages
Historiettes , Mythologie , Physique et Métaphysique
, Pieces de Théatre , Jurisprudence ,
Anatomie et Medecine , Botanique , Critique ,
Mathématique, Memoires , Projets , Traductions
, Grammaires , Pieces amusantes et récréatives
, &c. Quand les Morceaux d'une certaine
consideration seront trop longs , on les
placera dans un volume extraordinaire et on
fera ensorte qu'on puisse les en détacher facilement
, pour la satisfaction des Auteurs et des
Personnes qui ne veulent avoir que certaines
Pieces.
>
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuerons
autant que nous le pourons , de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
ou singulieres , qui se présenteront et qui
seront discutées et jugées dans les diferens Parlemens
et autres Cours Superieures du Royaume,
A v
AVERTISSEMENT.
en observant l'ordre et la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , sur quoi
nous prions Messieurs les Avocats et les Parties
interessées , de vouloir bien nous fournir.
les Memoires nécessaires. Il n'est peut - être
point d'Article dans ce Livre qui regarde
plus directement le Bien public que celui-là ,
et qui soit plus recherché de la plupart des
Lecteurs.
c'est
Quelques Morceaux de Prose et de Vers , rejettés
par bonnes raisons , ont souvent donné
lien à des plaintes de la part des Personnes interessées
; mais on les prie de considerer que
toujours malgré nous que certaines Pieces sont
rebutées ; nous ne nous en raportons pas toujours
à notre jugement dans le choix que nous
faisons de celles qui méritent l'impression. On
nous reproche avec raison que nous n'avons que
trop de complaisance à cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de faire
mettre un Avis à la tête de chaque Mercure
pour avertir qu'on ne recevra point de Lettres
ni de Paquets par la Poste , dont le port ne soit
affranchi , il en vient cependant quelquefois
qu'on est obligé de rebuter. Ceux qui n'auront
pas pris cette précaution ne doivent pas
être su pris de ne pas voir paroître les Pieces
qu'ils ont envoyées , lesquelles sont d'ailleurs
perdues pour eux , s'ils n'en ont point gardé
de copie .
Les
AVERTISSEMENT.
1
Les Personnes qui desireront avoir le Mercure
des premiers , soit dans les Provinces ou
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure ,
vis-à- vis la Comédie Françoise , à Paris ,
qui le leur envoyera par la voye la plus convenable
et avant qu'il soit en vente : les Amis
à qui on s'adresse pour cela , ne sont pas
quelquefois fort exacts ; ils n'envoyent gueres
acheter ce Livreprécisément dans le temps qu'il
paroit. Ils ne manquent pas de le lire , souvent
ils le prêtent et ne l'envoyent enfin que
fort tard , sous le prétexte spécieux que le Mercure
n'a pas paru plutôt.
Nous renouvellons la priere que nous avons
déja faite , quand on nous envoye des Pieces ,
soit en Vers , soit en Prose , de les faire transcrire
bien lisiblement , chaque Piece sur un
papier séparé et d'une grandeur raisonnable ,
avec des marges pour y placer les additions
ou corrections convenables , et que les noms
propres , sur tout , soient exactement écrits.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour
les Auteurs qui ne veulent pas se faire connoîtres
mais il seroit bon qu'ils donnassent une
adresse , sur tout quand il s'agit de quelque
Ouvrage qui peut demander des éclaircissemens
; car souvent , faute d'un tel secours , des
Pieces nous restent entre les mains sans pouvoir
les employer.
A vj Nous
AVERTISSEMENT
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs
correspondances , reçoivent des nouvelles dAsie
, d'Afrique , du Levant , de Perse , de
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales et d'autres Païs et
Contrées éloignées ; les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs, de vouloir
bien nous faire part de leurs Journaux , à l'Adresse
generale du Mercure. Ces Matieres peuvent
rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , Les
Traités de Paix ou de Tréves les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Cerémonies , Coûtumes et Usages , les Phénomenes
et les productions de la Nature et de
Art , &c. comme Pierres précieuses , Pierres
figurées , Marcasites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages ,
c. Edifices anciens et modernes , Ruines , Statues
, Bas-Reliefs , Inscriptions , Pierres gravées
, Médailles , Tableaux , &c . Le caractere,
de chaque Nation , son origine , son Gouver–
nement , sa Religion , ses bonnes et mauvaises
qualités , le climat et la nature du Pays , ses
principales richesses et son Commerce ; les Manufactures
, les Plantes , les Animaux ,
& c .
Les moeurs et Coûtumes des Penples , leur maniere
de se nourrir , de s'habiller et de s'armer
; & c .
Nous serons plus attentifs que jamais à
aprendre
AVERTISSEMENT.
aprendre au Public la mort des Sçavans et
de tous ceux qui se sont distingués dans les
Arts et dans les Méchaniques on y joindra le
détail de leurs principales occupations , de leurs:
Ouvrages et des plus considerables actions de
teur vie. L'Histoire des Lettres et des Arts ,
doit cette marque de reconnoissance à la me
moire de ceux qui s'y sont rendus celebres , ow
qui les ont cultivés avec soin. Nous esperons que
les Parens et les Amis de ces illustres Morts
aileront volontiers à leur rendre ce devoir
par les instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non - seulement Paris , mais encore toutes les
Provinces du Royaume et les Pays Etrangers ,
qui peuvent fournir des Evenemens considera
bles Morts , Mariages , Actes solemnels , Fêtes
et autres Faits dignes d'être transmis à la
Posterité, en observant d'écrire exactement et
lisi! lement les noms propres.
On a fait au Mercure et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer : c'est une gloire
qui manquoit à ce Livre. On a bean dires
nous ne changerons rien à notre méthode , puisque
nos Lecteurs la trouvent passablement bonne.
Un Ouvrage de la nature de celui-cy , ne
sçauroit plaire également à tout le monde ,
cause de la multiplicité et de la varieté des matieres
, dont quelques-unes sont luës par
certains
Lecteurs
AVERTISSEMENT.
Lecteurs avec plaisir et avidité , et par d'autres
avec des dispositions contraires . M. du Fresni
avoit bien raison de dire que pour que le Mercure
fût generalement aprouvé , il faudroit que
comme un autre Prothée , il pût prendre entre
les mains de chaque Lecteur , une forme convenable
à l'idée qu'il s'en est faite.
C'est assés pour ce Livre de contribuer tous
les mois en quelque chose , à l'instruction et à
l'amusement des Citoiens , Le Mercure ne doit
rien prétendre au-delà. Nous sçavons , il est
vrai , que la critique outrée , ou la médisance
plus ou moins malignement épicé , fut toujours
un mets délicieux pour beaucoup de Lecteurs ;
mais outre que nous n'y avons pas le moindre
penchant , nous renonçons et de très-bon coeur,
à la dangereuse gloire d'être lûs et applaudis
aux dépens d'autruy.
3
Nous serons encore plus retenus sur les louanges
, que quelques Lecteurs n'ont pas généralement
aprouvées , eett eenn effet nous nous sommes
aperçus que nous y trouvions peu d'avantag? ;
au contraire on s'est vû exposé à des e ‹peces
de reproches aauu lliieeuu ddee témoignages de reconnoissance
, sur tout de la part des gens à
Talens car tel qu'on lou: ne doute nullement
que
се ne soit une chose qui lui soit
absolument due , souvent même il trouve qu'on
ne le lone pas assés , et ceux qu'on ne loue
point
AVERTISSEMENT.
point ou qu'on loue moins , sont très-indisposés ,
et prétendant qu'on loue les autres à leurs dé
pens , ils sont doublement fachés.
Nous donnons ordinairement des Extraits des
Pieces nouvelles qui paroissent sur les Théatres
de Paris , et nous faisons quelques Observations
d'après le jugement du Public , ur les beautés
et sur les défauts qu'on y trouve ; la crainte
de blesser la délicatesse des Auteurs , nous retient
quelquefois et nous empêche d'aller plus
loin ; nous craignons d'autre part , si nous
sommes plus sinceres , qu'on ne nous accuse de
partialité. Si les Auteurs eux-mêmes vouloient
bien prendre sur eux de faire un Extrait ou
Memoire de leurs Ouvrages, sans dissimuler les
deffants qu'on y trouve , cela nous donneroit la
bardiesse d'être un peu plus séveres , et le Lecteur
leur en sçauroit gre ; ils n'y perdroient rien
par les remarques , a charge et à décharge , que
nous ne manquerions pas d'ajoûter , sans oublier
de faire observer l'extrême difficulté qu'il y a de
plaire aujourd'hui au Public , et le péril que
courent tous les Ouvrages d'esprit qu'on lui
présente. Nous faisons avec d'autant plus de
confiance cette priere aux Auteurs Dramatiques
et à tous autres , que certainement Corneille
, Quinault , Moliere , Racine , &c . n'auroient
pas rougi d'avouer des défauts dans leurs
Pieces.
Nous
AVERTISSEMENT.
Nous tâcherons de soutenir le caractere de
moderation , de sincerité et d'impartialité , qu'on
nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Pieces seront toujours placées sans préference
de rang et sans distinction pour le mérite
et la primauté. Les premieres reçues seront tonjours
les premieres employées, hors le cas qu'un
Ouvrage soit tellement du temps , qu'il mérite
pour cela seulement la préference.
·
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis près de 15 ans que
nous y travaillons , non-seulement de toute satyre
, mais même de portraits trop ironiques
trop ressemblans et trop susceptibles d'aplications.
On aura toujours la meme délicatesse
pour tout ce qui poura blesser ou désobliger,
mais nous admettrons très - volontiers les Ou
vrages dans lesquels une plume legere s'égayera,
même vivement , contre divers caracteres bien
incommodes et souvent très-dangereux dans la
Societé , tels , par exemple , que les Nouvellistes
outrés , partiaux et trop crédules , les ennuy
ux les indifferens , les grands parleurs
, tyrans des Conversations , les Opiniâtres
Disputeurs et Clabandeurs éternels
, les Glorieux , qui vous disent d'un air
important les plus petites choses , les faux
Connoisseurs et ceux qui croyent ne se connoîsre
à rien , pas même au temps qu'il fait ,
,
,
Les
AVERTISSEMENT.
les Complaisans et fades Louangeurs , les Envieux
, &c. encore y faut-il mettre cette clause,
que le Lecteur n'y puisse reconnoître aucune
personne en particulier , mais que chacun se
puisse reconnoître- en quelque chose dans la
peinture generale des vices et des ridicules de
son siecle.
Rien n'est si rare que de voir une Rela
tion parfaite d'un Siege ou d'une Bataille ,
particulierement quand on la fait sur les premieres
nouvelles qu'on en reçoit. C'est beaucoup
, après avoir ramassé et comparé tous les
Memoires et pris toutes les instructions des témoins
oculaires et de leurs Lettres , si on n'omet
aucune circonstance essentielle . Tout ce
,
qu'on écrit peut être vrai , mais il y a presque
toujours quelque particularité qui échape. Par
ces considerations nous aimons mieux donner
une Relation plus tard et la donner moins
défectueuse . On tâche de rendre justice à tous
ceux à qui elle est due, et nous sommes trèsapliqués
à cet égard à nefaire aucune omission
injurieuse , ou à ne nous pas étendre hors de
propos en louanges ; mais le Lecteur doit considerer
aussi qu'il est bien difficile d'être informé
de tout bien exactement . Ceux qui écrivent
ne sçauroient avoir été en differens endroits
tout à la fois. Dans l'Action , un hom
me ignore souvent ce qui se passe à 20. pas
de
AVERTISSEMENT.
de lui. Nous prions très-instamment les pers
sonnes amies de l'exacte verité et bien instrui→
tes , de vouloir faire passer jusqu'à nous les
Lettres et Memoires qui leur tomberont entre
les mains sur ces matieres .
Il nous reste à remercier au nom du Pu
blic , plusieurs Sçavans du premier ordre ,
d'aimables Muses et quantité d'autres Personnes
d'un grand mérite , dont les productions
enrichissent le Mercure et le font rechercher.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des
Sceaux , le Mercure de France du mois de Janvier,
et j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impression.
A Paris , le 4 Février 1736.
HARDION
MERCURE
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JANVIER. 1736.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
NARCISSE ET CLARICE.
A
EGLO GUE.
Ssis près d'un Ruisseau l'infortuné
Narcisse ,
Pleuroit le changement de la jeune
Clarice ,
Falloit -il que les Dieux aux plus tendres apas
Joignissent chés Clarice un coeur volage et bas
Sans songer un moment qu'elle devient parjure !
Sans
4 MERCURE DE FRANCE
Si ce n'est par l'oubli , ce sera par ma mort ;
".
Venus pour mon loyer m'ordonne ce suplice ;
Souffrons- le constamment , que Venus en rougisse,
A Narcisse aussi - tôt Venus tendant la main ,
Promet à ce Berger un plus heureux destin ;
Elle doit en ces lieux ramener la Bergere
Plus fidelle à Narcisse , à ses voeux moins contraire
Mais Narcisse refuse un espoir plein d'apas ,
L'infidelle deux fois ne le trompera pas.
Pierre Defrasnay.
į į į : į į į į į į į !!
LETTRE sur l'Histoire du Théatre
François.
I
L est vrai , Monsieur , qu'il m'est resté
entre les mains quelques Memoires de la
personne dont vous me parlez , mais ce sont
des Morceaux peu digerés et fort mal en
ordre. Je veux bien vous communiquer ce
qui est en ma possession , et si , comme
vous dites , ces Memoires sont agréables
au Public et secourables à des Personnes
de mérite qui travaillent actuellement sur
ces matieres , je tâcherai d'en avoir d'autres
qu'on a detachés de la même Collection et
dont j'espere pouvoir disposer , à condition
JANVIER . 1736 .
dition que le nom de M. *** ni le mien
ne seront point connus .
Son Ouvrage devoit porter ce titre ;
BIBLIOTHEQUE Historique et Critique des
Auteurs Dramatiques François , Anciens et
Modernes , contenant l'abregé de leur Vie ,
leur caractere et leur génie ; le Catalogue ,
la Critique et la Chronologie de leurs Pieces
de Théatre , dont on donne quelques
fragmens ou Extraits sommaires , avec des
Observations sur le jugement qu'on en
peut faire , où l'on raporte les sentimens
du Public et ceux des plus habiles Critiques
, et le dénombrement des differentes
Éditions de leurs Poëmes. Ouvrage orné
de Portaits en taille - douce , de Remarques
et de Recherches curieuses.
Je ne doute pas que ce titre bien rempli
ne fit un très - bon Ouvrage. Voici un Projet
de Préface , qui fera connoître plus particulierement
le Projet et le caractere de
P'Auteur. Il avertit qu'il a marqué en titre
le temps auquel les Auteurs ont vécu , ou
l'année de leur naissance ou de leur mort ,
autant que cela a été possible .
S'il se trouve par hazard quelques Endroits
, en parlant des Auteurs de notre
Nation , qui puissent déplaire à quelqu'un ,
je puis assurer que je n'ai jamais eu la pensée
de choquer personne , et je déclare, avec
sincerité
7 MERCURE DE FRANCE
sincerité , qu'il n'y a nulle affectation de
ma part. Je suplie même ceux qui pouront
y avoir quelque interêt pour leurs Parens ,
pour leurs Amis ou pour eux- mêmes , dé
me faire la grace de me communiquer leurs
Observations, que je recevrai avec beaucoup
de reconnoissance , et dont je ferai un usage,
tel qu'ils auront lieu d'en être contens .
Je ne prétens nullement flater ni offenser
qui que ce soit ; ma premiere intention
en commençant cet Ouvrage , a éré ma
propre satisfaction , ensuite celle du Public .
La censure , quelle qu'elle puisse être , ne
peut nuire qu'à une réputation chancelante
et injustement acquise , mais elle ne peut
qu'affermis celle qui est établie sur des
fondemens solides.
Les sources où j'ai puisé , sont les Auteurs
Anciens et Modernes que j'ai cités en
marge , et dont la lecture et l'usage sont
d'un droit , commun à tout le Monde.
Mais les Endroits qui regardent les Auteurs
d'aujourd'hui , ne sont apuyés que sur l'autorité
de la voix publique , que j'ai raportée.
nûment et avec une grande circonspection .
Je voudrois bien qu'on me rendîr la justice
de croire que je n'ai nulle inclination
à reprendre les autres , j'ose même assurer
que peu de personnes y ont naturellement
plus d'aversion que moi,
Ам
JANVIER. 1736.
Au reste , quoique je n'aye rien oublié
pour mettre de l'exactitude dans cet Ouvrage
, tant par les lumieres que j'ai tirées
de plusieurs année sd'aplication assiduë, que
par celles que j'ai acquises de diverses personnes
éclairées , je ne me flate pas qu'il ne
me soit échapé aucune faute , et je déclare
qu'on me fera très- grand plaisir de m'avertir
en particulier ou en public de celles
qu'on remarquera dans cet Ouvrage , afin
que le rectifiant sur les avis qu'on voudra
bien me donner , je puisse le rendre
plus correct et plus agréable.
On me reprochera peut - être qu'en
beaucoup d'Endroits de cet Ouvrage je
ne suis que Copiste ; je n'en rougirai point
et je ne prendrai pas cela pour une injure,
Si on me trouve au moins bon Copiste
j'ose esperer même qu'on m'aura quelque
obligation d'avoir rassemblé dans un seul
Ouvrage ce qu'il faudroit chercher dans
une infinité d'autres avec des soins et des
peines très - grandes , encore plus si on trouve
de la netteté et de la méthode dans
ce que j'offre au Public .
Une Collection telle que celle- ci ne doit
pas être regardée comme un simple abregé
des Auteurs originaux , et l'on peut dire
qu'en conservant leur Texte , bien loin de
B rien
8 MERCURE DE FRANCE
rien ôter à la Litterature du Théatre ,
elle lui donne un ordre et des secours
qu'elle n'avoit pas , qu'on en remplit les
vuides qui sont très - considerables , et de
plus nous sommes persuadés qu'il se trouvera
bien des gens qui seront charmés de
trouver un amas de toutes les sources où
F'on peut puiser. D'ailleurs personne n'a
réduit ces matieres en un corps où l'on
trouvera plusieurs Observations qui avoient
échapé à la diligence de ceux qui avoient
écrit sur ce sujet.
Dans tous les temps les Ouvrages de la
nature de celui-cy ont été bien reçûs du
Public, Les seuls Catalogues , sur tout quand
ils sont instructifs , sont nécessaires ; ils
tiennent lieu , en quelque sorte des Livres
mêmes , et donnent de plus une idée des Auteurs,
ce que les Livres ne font que rarement.
J'avoue que la multitude des Auteurs
Dramatiques de notre Nation et le nombre
prodigieux de Pieces dont notre Théatre
est enrichi , seroit capable d'épouvanter
le plus laborieux Compilateur , et que cette
idée m'a souvent effrayé ; mais j'avoue en
même tems que livré à un grand loisir pour
de malheureuses raisons dont le Public n’a
que faire , bien loin d'être intimidé par
cette consideration , elle a servi à exciter
mon courage et ma résolution. Si j'eusse
envisagé
JANVIER. 1736.

envisagé l'Ouvrage entier,j'eusse sans doute
été rebuté par l'immensité du travail et
par la juste crainte d'y succomber ; mais il
s'est insensiblement grossi partie à partie , et
j'ose dire que ça plutot été pour moi un
amusement qu'un travail , quelque laborieux
qu'il paroisse.
Je ne fais nul doute que cet Ouvrage ,
malgré mes soins , et mon aplication , ne puisse
encore être fort imparfait. Mes moyens ne
sont point à beaucoup près suffisans pour
acheter tous les Livres qui me manquent ;
j'avoue d'ailleurs que je n'ai pas autant de
science , autant de sagacité , de génie même
qu'il en faudroit pour rendre un Ouvrage
complet , et pour épuiser la matiere. Il n'y
avoit qu'à se tenir en repos , ne manquerat'on
pas de dire , oüi ; mais qui le pouroit ?II
m'a fallu une occupation amusante , on ne
choisit pas les amusemens ; ceci m'en a
servi. Dieu veuille que le Public n'en soit
point fatigué.
Je me persuade que divers Auteurs , et
diverses Piéces de Théatre ont échapé à mes
recherches , principalement de celles qu'on
a representées en France jusques vers le milieu
de l'autre siecle , qui ne sont pas venues
à ma connoissance . Mais il y a lieu de croire
que les Curieux voudront bien me faire
part des choses rares qu'ils gardent dans leurs
Bij Cabiners
JO MERCURE DE FRANCE
Cabinets sur cette matiere , et qu'ils contri
bueront à perfectionner cet Ouvrage. C'est,
tout ce que je désire , et de voir mon dessein
justifié par un Livre utile er agréable , au
quel il aura peut -être donné lieu.
Le Théatre François , dit M. de S. Real ;
s'est élevé trop haut depuis environ 30. ans
pour se contenter d'être mesuré avec celui
des autres Nations ; il semble même avoir
voulu surpasser celui des anciens Romains
pour
atteindre à l'élevation et à la gloire de
celui des Grecs, on pouroit même se persuader
que laComédie desFrançois ne cede point
à celle des Grecs , comme il est indubitable
que leur Tragédie a effacé celle des Romains.
Le Théatre n'avoit assurément à Rome ni
Ja beauté ni l'agrément qu'il a aujourd'hui
parmi nous. La Tragédie fut toujours chés
eux très défectueuse , et la Comédie très
obscêne ou médisante jusqu'à être mordante.
En France la Tragédie a toute la grandeur
et tous les mouvemens qui lui conviene
nent , avec la dignité qui l'accompagne par
tout. La Comédie instruit , corrige , divertit
, et les Latins n'ont rien qui aproche
de Racine et de Corneille pour la Tragédie ,
ni rien qui surpasse Moliere pour le Comi
que.
Quoique les effets de la louange ne soient
guere moins à craindre pour les personnes
qui
JANVIER. 1736.
II

qui en sont le sujet , que ceux de la censure,
je me suis apliqué en parlant des Auteurs
qui ont veçu parmi nous , à ne dire , nonseulement
que des verités qui ne fassent-rougir
personne , mais encore qui soient avantageuses
à la mémoire de ceux qui ne sont
plus , et à la réputation de ceux qui vivent
encore. Je ne touche point à celles qui pouroient
être choquantes , à moins qu'elles
n'ayent déja été publiées , ou que je n'y sois
contraint par une nécessité indispensable de
raporter un fait historique , dont le Lecteur
ne doit point être privé.
La troisième et quatriéme des Prolusions
ou Harangues Académiques du Jesuite Strada
, ( Livre premier , roulent sur cette
Question , sçavoir: Si les Ecrivains ou les Fai-
-seurs de Vers obscênes méritent le nom de Poëte?
il soutient la négative. Il exalte fort la Tragédie
, qui a , dit- il , été inventée et mise sur
le Théatre pour le bien des Peuples. Et après
avoir assuré que toute Poësie , qui n'est pas
utile pour les moeurs , est vaine , il dir que
les railleries , les bons mots , et tous les
jeux mêmes de la Comédie , n'ont point
d'autre but que l'utilité des hommes , afin
qu'ils évitent les vices et les défauts qui sont
-joués et raillés publiquement sur leThéatre:
s'il arrive même qu'on introduise sur la
Scene des valets infideles , des corrup
B iij
teurs
2 MERCURE DE FRANCE
Sans conger qu'à Narcisse elle fait une injure !
A Narcisse chéri des Bergers et des Dieux !
L'Inconstante Clarice abandonne ces lieux-;
Pour un autre Berger son ame est atendrie ;
L'infi lelle le suit jusques dans sa Patrie.
Que les bords de l'Allier plantés de cent Forêts
Ne vous retiennent point par leurs charmes secrets ,
Nimphes, quittez ces Prés, ces Grotes , ces ombrages ,
Qu souvent les Tritons vous rendent leurs hommagess
Venez pour essuyer de Narcisse les pleurs ,
Venez guérir enfin ses mortelles douleurs ;
Près de lui ses Moutons oubliant la pâture,
Paroissent ressentir les tourmens qu'il endure ,
Les Rochers sont touchés , les sensibles Echos
Imitent ses soupirs , repetent ses sanglots ;
Tirsis vient le premier ; le prudent Melibée
Rapelle d'un Amant la raison égarée ;
Apollon vient ensuite ; ah ! dit le Dieu du jour ,
Je croyois un Berger moins sensible à l'amour ,
On rencontre par tout des Bergeres volages ,
Il en est plus encor aux Villes qu'aux Villages,
Ai - je été plus heureux ? A cet infortuné
Il raconté aussi-tôt l'Histoire de Daphné ;
On voit venir après le Dieu de l'Arcadie ,
Vingt Satires lui font une cour assortie ;
Berger , dit le Dieu Pan , je proregeai toujours
Tes fidelles Brebis et tes tendres amours ;
La
JANVI E R. 1736.
La peine de ton coeur qui t'agite sans cesse ,
Ne sçauroit dans nos bois ramener ta Maîtresse ;
La perfide se rit de tes vaines douleurs ,
Et le cruel Amour se nourrit de tes pleurs ;
Venus vient , les Amours paroissent à sa suite ,
Elle se plaît à voir le trouble qu'elle excite ,
Les Jeux qu'elle conduit déguisent sa rigueur ,
Le miel est sur sa levre et le fiel dans son coeur ;
En la voyant , Narcisse à sa douleur fidelle ,
S'écrie incontinent ; ô Déesse cruelle !
En ces Lieux fortunés si tu portes tes pas
L'innocence et la paix n'y séjourneront pas ,
Tu promis à Paris un destin favorable ,
Il trouva dans tes dons une fin déplorable ,
Malgré tes foibles pleurs , inutile secours ,
Le charmant Adonis a vú trancher ses jours ,
Anchise dans tes bras fut frapé du Tonnerre ,
Ta honte fit rougir le Démon de la guerre ,
Je n'ai que trop suivi ta rigoureuse loi ,
Tu n'as point de Berger plus fidele que moi ;
Un autre cependant possede ma Bergere !
Est- ce là de mes voeux le précieux salaire ?
Je veux suivre l'Allier , et remontant son cours
Je trouverai bien- tôt l'objet de mes amours ;
Pour mon heureux Rival je verrai sa tendresse ;
J'en serai le témoin et mourrai de tristesse ;
Il est temps de finir la rigueur de mon sort ,
Je
4 MERCURE DE FRANCE
Si ce n'est par l'oubli , ce sera par ma mort ;
Venus pour mon loyer m'ordonne ce suplice ;
Souffrons - le constamment , que Venus en rougisse,
A Narcisse aussi - tôt Venus tendant la main ,
Promet à ce Berger un plus heureux destin ;
Elle doit en ces lieux ramener la Bergere
Plus fidelle à Narcisse , à ses voeux moins contraire
Mais Narcisse refuse un espoir plein d'apas ,
L'infidelle deux fois ne le trompera pas.
Pierre Defrasnay.
į į į į į į į į į į !!
LETTRE sur l'Histoire du Théatre
François.
It
L'est vrai , Monsieur , qu'il m'est resté
entre les mains quelques Memoires de la
personne dont vous me parlez , mais ce sont
des Morceaux peu digerés et fort mal en
ordre . Je veux bien vous communiquer ce
qui est en ma possession , et si , comme
vous dites , ces Memoires sont agréables
au Public et secourables à des Personnes
de mérite qui travaillent actuellement sur
ces matieres , je tâcherai d'en avoir d'autres
qu'on a detachés de la même Collection et
dont j'espere pouvoir disposer , à condicion
JANVIER. 1736.
dition
que
le nom de M. *** ni le mien
ne seront point connus .
Son Ouvrage devoit porter ce titre ;
BIBLIOTHEQUE Historique et Critique des
Auteurs Dramatiques François , Anciens et
Modernes , contenant l'abregé de leur Vie ,
leur caractere et leur génie ; le Catalogue ,
la Critique et la Chronologie de leurs Pieces
de Théatre , dont on donne quelques
fragmens ou Extraits sommaires , avec des
Observations sur le jugement qu'on en
peut faire , où l'on raporte les sentimens
du Public et ceux des plus habiles Critiques
, et le dénombrement des differentes
Éditions de leurs Poëmes. Ouvrage orné
de Portaits en taille - douce , de Remarques
et de Recherches curieuses .
Je ne doute pas que ce titre bien rempli
ne fit un très - bon Ouvrage. Voici un Projet
de Préface , qui fera connoître plus particulierement
le Projet et le caractere de
l'Auteur. Il avertit qu'il a marqué en titre
le temps auquel les Auteurs ont vécu , ou
l'année de leur naissance ou de leur mort ,
autant que cela a été possible.
S'il se trouve par hazard quelques Endroits
, en parlant des Auteurs de notre
Nation , qui puissent déplaire à quelqu'un ,
je puis assurer que je n'ai jamais eu la pensée
de choquer personne , et je déclare, avee
sincerité
7 MERCURE DE FRANCE
sincerité , qu'il n'y a nulle affectation de
ma part . Je suplie même ceux qui pouront
y avoir quelque interêt pour leurs Parens
pour leurs Amis ou pour eux- mêmes , de
me faire la grace de me communiquer leurs
Observations , que je recevrai avec beaucoup
de reconnoissance , et dont je ferai un usage,
tel qu'ils auront lieu d'en être contens .
Je ne prétens nullement flarer ni offenser
qui que ce soit ; ma premiere intention
en commençant cet Ouvrage , a éré ma
propre satisfaction , ensuite celle du Public.
La censure , quelle qu'elle puisse être , ne
peut nuire qu'à une réputation chancelante
et injustement acquise , mais elle ne peut
qu'affermic celle qui est établie sur des
fondemens solides.
Les sources où j'ai puisé , sont les Auteurs
Anciens et Modernes que j'ai cités en
marge , et dont la lecture et l'usage sont
d'un droit , commun à tout le Monde.
Mais les Endroits qui regardent les Auteurs
d'aujourd'hui , ne sont apuyés que sur l'autorité
de la voix publique , que j'ai raportée,
nûment et avec une grande circonspection .
Je voudrois bien qu'on me rendîr la justice
de croire que je n'ai nulle inclination
à reprendre les autres , j'ose même assurer
que peu de personnes y ont naturellement
plus d'aversion que moi,
Ам
JANVIER. 1736.
Au reste , quoique je n'aye rien oublié
pour mettre de l'exactitude dans cet Ouvrage
, tant par les lumieres que j'ai tirées
de plusieurs année sd'aplication assiduë, que
par celles que j'ai acquises de diverses personnes
éclairées , je ne me flate pas qu'il ne
me soit échapé aucune faute , et je déclare
qu'on me fera très-grand plaisir de m'avertir
en particulier ou en public de celles
qu'on remarquera dans cet Ouvrage , afin
que le rectifiant sur les avis qu'on voudra
bien me donner , je puisse le rendre
plus correct et plus agréable.
-
On me reprochera peut être qu'en
beaucoup d'Endroits de cet Ouvrage je
ne suis que Copiste ; je n'en rougirai point
et je ne prendrai pas cela pour une injure.
Si on me trouve au moins bon Copiste ,
j'ose esperer même qu'on m'aura quelque
obligation d'avoir rassemblé dans un seul
Ouvrage ce qu'il faudroit chercher dans
une infinité d'autres avec des soins et des
peines très - grandes , encore plus si on trouve
de la netteté et de la méthode dans
ce que j'offre au Public.
Une Collection telle que celle- ci ne doit
pas être regardée comme un simple abregé
des Auteurs originaux , et l'on peut dire
qu'en conservant leur Texte , bien loin de
B rien
8 MERCURE DE FRANCE
I
,
rien ôter à la Litterature du Théatre ;
elle lui donne un ordre et des secours
qu'elle n'avoit pas , qu'on en remplit les
vuides qui sont très- considerables
plus nous sommes persuadés qu'il se trouvera
bien des gens qui seront charmés de
trouver un amas de toutes les sources où
F'on peut puiser. D'ailleurs personne n'a
réduit ces matieres en un corps où l'on
trouvera plusieurs Observations qui avoient
échapé à la diligence de ceux qui avoient
écrit sur ce sujet.
Dans tous les temps les Ouvrages de la
nature de celui- cy ont été bien reçûs du
Public, Les seuls Catalogues , sur tout quand
ils sont instructifs , sont nécessaires ; ils
tiennent lieu , en quelque sorte des Livres
mêmes , et donnent de plus une idée des Auteurs,
ce que les Livres ne font que rarement.
J'avoue que la multitude des Auteurs
Dramatiques de notre Nation et le nombre
prodigieux de Pieces dont notre Théatre
est enrichi , seroit capable d'épouvanter
le plus laborieux Compilateur , et que cette
idée m'a souvent effrayé ; mais j'avoue en
même tems que livré à un grand loisir pour
de malheureuses raisons dont le Public n'a
que faire , bien loin d'être intimidé
par
cette consideration , elle a servi à exciter
mon courage et ma résolution . Si j'eusse
envisagé
JANVIE R. 1736. S
dition que le nom de M. *** ni le mien
ne seront point connus.
Son Ouvrage devoit porter ce titre :
BIBLIOTHEQUE Historique et Critique des
Auteurs Dramatiques François , Anciens et
Modernes , contenant l'abregé de leur Vie ,
leur caractere et leur génie ; le Catalogue
la Critique et la Chronologie de leurs Pieces
de Théatre , dont on donne quelques
fragmens ou Extraits sommaires , avec des
Observations sur le jugement qu'on en
peut faire , où l'on raporte les sentimens
du Public et ceux des plus habiles Critiques
, et le dénombrement des differentes
Éditions de leurs Poëmes. Ouvrage orné
de Portaits en taille - douce , de Remarques
et de Recherches curieuses.
Je ne doute pas que ce titre bien rempli
ne fit un très - bon Ouvrage. Voici un Projet
de Préface , qui fera connoître plus particulierement
le Projet et le caractere de
l'Auteur. Il avertit qu'il a marqué en titre
le temps auquel les Auteurs ont vécu , ou
l'année de leur naissance ou de leur mort ,
autant que cela a été possible.
S'il se trouve par hazard quelques Endroits
, en parlant des Auteurs de notre
Nation , qui puissent déplaire à quelqu'un ,
je puis assurer que je n'ai jamais eu la pensée
de choquer personne , et je déclare, avec
sincerité
yo MERCURE DE FRANCE
Cabinets sur cette matiere , et qu'ils contri
bueront à perfectionner cet Ouvrage. C'est,
tout ce que je désire , et de voir mon dessein
justifié par un Livre utile er agréable , au❤
quel il aura peut- être donné lieu.
ац
Le Théatre François , dit M. de S. Real ;
s'est élevé trop haut depuis environ 8o . ans
pour se contenter d'être mesuré avec celui
des autres Nations ; il semble même avoirvoulu
surpasser celui des anciens Romains
pour atteindre à l'élevation et à la gloire de
celui des Grecs , on pouroit même se persuader
que laComédie desFrançois ne cede point
à celle des Grecs , comme il est indubitable
que leur Tragédie a effacé celle des Romains.
Le Théatre n'avoit assurément à Rome ni
Ja beauté ni l'agrément qu'il a aujourd'hui
parmi nous. La Tragédie fut toujours chés
eux très défectueuse , et la Cornédie très
obscêne ou médisante jusqu'à être mordante.
En France la Tragédie a toure la grandeur
et tous les mouvemens qui lui convien
nent , avec la dignité qui l'accompagne par
tout. La Comédie instruit , corrige , di
vertit , et les Latins n'ont rien qui aproche
de Racine et de Corneille pour la Tragédie ,
ni rien qui surpasse Moliere pour le Comi
que.
Quoique les effets de la louange ne soient
guere moins à craindre pour les personnes
qui
JANVIER. 1736.
II
qui en sont le sujet, que ceux de la censure,
je me suis apliqué en parlant des Auteurs
qui ont veçu parmi nous , à ne dire , nonseulement
que des verités qui ne fassent-rougir
personne , mais encore qui soient avantageuses
à la mémoire de ceux qui ne sont
plus , et à la réputation de ceux qui vivent
encore. Je ne touche point à celles qui pouroient
être choquantes , à moins qu'elles
n'ayent déja été publiées , ou que je n'y sois
contraint par une nécessité indispensable de
raporter un fait historique , dont le Lecteur
ne doit point être privé.
La troisième et quatrième des Prolusions
ou Harangues Académiques du Jesuite Strada
, ( Livre premier , roulent sur cette
Question , sçavoir: Si les Ecrivains ou les Fai-
-seurs de Vers obscênes méritent le nom de Poëte?
il soutient la négative . Il exalte fort la Tragédie
, qui a , dit- il , été inventée et mise sur
le Théatre pour le bien des Peuples. Et après
avoir assuré que toute Poësie , qui n'est pas
utile pour
les moeurs , est vaine , il dit que
les railleries , les bons mots , et tous les
jeux mêmes de la Comédie , n'ont point
d'autre but que l'utilité des hommes , afin
qu'ils évitent les vices et les défauts qui sont
-joués et raillés publiquement sur leThéatre:
s'il arrive même qu'on introduise sur la
Scene des valets infideles , des corrup
Bij teurs
12 MERCURE DE FRANCE
teurs de la jeunesse , des Enfans débauchés ,
&c. tout cela est profitable aux Spectateurs ,
quand on le fait discretement , et lorsque
les vices y sont toujours censurés.
Je cite éxactement d'où les faits que je raporte
sont tirés , et je suis très-apliqué à
rendre à tous les Auteurs chés qui j'ai puisé,
l'honneur qui leur est dû . Au surplus je n'ai
nul empressement pour me faire une reputation
d'Auteur original , moins encore dans cet
Ouvrage- ci que dans tout autre . Je m'attache
uniquement à bien remplir le plan que
je me suis fait dans cette Compilation , sans
m'embarrasser beaucoup des vains reproches
qu'on poura me faire , persuadé que
rien ne poura me mettre à couvert de la
mauvaise humeur de certains Censeurs.
Ceux qui n'aiment point les abregés se recrieront
peut. être encore contre cette Bibliotheque
, quoique les Extraits et les autres
Ouvrages de cette espece soient assés du
goût de notre siecle , mais celui- ci est sur un
sujet si varié et si plein de choses propres à
recréer et à instruire , que j'attends plus
d'indulgence auprès des Censeurs équitables
et de bon goût , que je ne crains la mauvaise
humeur des Lecteurs chagrins : bienplus
, je crois que le Public me sçaura
gré de lui avoir mis devant les yeux
des Auteurs Dramatiques dont il connoissoit
JANVIER. 1736. まず
soit à peine le nom , et de lui en avoir découvert
les beautés , desquelles il n'auroit
pû jouir qu'avec des recherches pénibles et
ennuyeuses. Le pays de la Scene Tragique
et Comique est immense ; il est aisé de s'y
égarer, ou pour le moins de se fatiguer inuti
lement . Un Guide sûr est d'un grand secours
à ceux qui veulent le parcourir. Les amateurs
des Spectacles seront bien aises , sans
doute , qu'on les aide à ne se pas laisser
tromper sur diverses Piéces de Théatre dont
on ne doit faire que peu de cas , et à en estimer
d'autres auxquelles on ne rend point
assés de justice , qui sont entierement dans
l'oubli, ou seulement connues d'un très petit
nombre de Personnes, telles que les Piéces
de nos premiers Poëtes François , dont
la lecture des Ouvrages entiers est très peu
amusante , pour ne pas dire pénible , &c.
Antoine Forestier , & Louis François ,
sont seulement connus pour Auteurs Dramatiques
de ces premiers temps .
·
Jean Michel , Evêque d'Angers. Il vivoit
sur la fin du 15. siecle , menoit une vie
exemplaire , et passa pour Saint. Il est Auteur
de la Comédie de la Passion , qui come
mence parS.Jean qui prêche auxJuifs.SonSermon
est tiré d'Isaïe et divisé en deux points
fort courts. Cette Piece est dans la Bibliotheque
du Roy , un vol. in folio. Elle fut
B iiij jouće
14 MERCURE DE FRANCE
jouée à Paris et à Angers en 1490. et im
primée par Antoine Verard, sur vélin , avec
figures peintes .
On voit de Greban , Docteur en Théologie
, le Triomphant Mystere des Actes des
Apôtres , par Personnages , imprimé à Paris
, chés Guill. Alabat , 1537. 2. vol .
Jacques Bourgeois est Auteur de la Co
médie d'Erostrate , en 1545.
Αν
LE TEMPS ,
ODE.
U plus haut sommet du Parnasse.
Je prens un essor glorieux ,
Et plein d'une nouvelle audace ,
Je vais parler comme les Dieux .
Le noble transport qui m'anime ,
Me fait chanter d'un ton sublime
Le Temps et ses progrès divers.
Quel vaste sujet à décrire !
Je découvre que son Empire
Est aussi vieux que l'Univers.
*
Déja brille le premier âge ;
Je vois du ténebreux Cahos

Sortir
JANVIE R. 1736 .
Sortir le magnifique Ouvrage
Des Cieux , de la Terre et des Flots.
Instrument du pouvoir immense
Le Temps suit , soutient et dispense
Des Saisons le rapide cours ,
Et par un mouvement utile
Il sçait dans sa route fertile ]
Mourir et renaître toujours .
Tous les ans la Plaine se dore
La Vigne étale ses trésors ,
Le triste Hyver , l'Email de Flore ;
Du Temps distinguent les accords.
Son secours bienfaisant prépare
Les biens que dans son sein avare
La Terre renferme et produit.
Artisan qui n'a point de tréve ,
Par toi tour commence et s'acheve
Tout se forme er tout se détruit .
Que la Beauté mene à sa suite
L'aimable Troupe des Plaisirs ,
Et que son attrait nous invite
A lui consacrer nos désirs.
Elle a beau marquer ses conquêtes
Sar les plus orgueilleuses têtes ,
D
Bv Et
18 MERCURE DE FRANCE
Et triompher de tous les coeurs ,
Bien- tôt en proye à des allarmes ,
Du Temps qui ternit tous ses charmes ,
Elle éprouve les traits vainqueurs.
Quels changemens marquent sa course į
Par lui seul les hommes épars ,
Depuis le Midi jusqu'à l'Ourse ,
Elevent de hardis remparts.
Sous ses auspices s'établirent
Ces pompeux Etats qui fleurirent
Dans la celebre Antiquité ,
Et victime du même Maître
A peine laissent - ils paroître
Des restes de leur majesté.
On marche aujourd'hui sur les herbes
Qui couvrent les faîtes fameux
De tant d'Edifices superbes ,
De l'orgueil enfans somptueux.
Les plus brillantes destinées ,
Contre le tyran des années ,
Vous promettoient un vain secours
Héros que la vertu couronne ;
Sans le nom que le Pinde donne
Vos faits auroient suivi vos jours
Mais
JAN VIE R. 1736 . 17
Mais quelle ardeur vive et pressante
Ranime et saisit mes esprits !
Quelle matiere éblouissante ,
Vient s'offrir à mes sens surpris !
O Temps ce n'est point à la gloire
Des Héros qu'a vanté l'Histoire ,
Que tu dois ton plus bel éclat ;
Rien ne surpasse les prodiges
Dont marque tes plus beaux vestiges
Un grand et pieux Potentat.
Aussi-tôt Destructeur que Pere
Des heures , des jours
èr des ans ,
Tu fais que d'une aîle legere
Loin de nous volent les instans.
.Dans le canal qui la renferme ,
L'eau sans relâche vers son terme
Roule d'un cours précipité ;
Ainsi d'une égale vitesse
Les momens se creusent sans cesse
Un tombeau dans l'Eternité.
*
Quelle horreur , quels feux , quel tonnerre
Hors de moi , plein d'étonnement
Du débris entier de la Terre
J'envisage l'affreux moment.
"
B vj Ces
18 MERCURE DE FRANCE
Ces beaux liens , ces sympaties ,
Des choses les mieux assorties ;
Tout , sans retour , se brisera ,
Et dans les éternels abîmes ,
Temps , avec tes propres victimes ,
Ton Regne à jamais se perdra.
****************
LETTRE de M. Le Boeuf , Chanoine et
Sous Chantre d'Auxerre , adressée aux Auteurs
du Mercure ; pour servir de Reponse à
celle du R. P. du Plessis ,. Benedictin , inserée
dans le Mercure du mois de Decembre
1735. premier volume , touchant la signification
du mot Dun ou Doun, chés les Celtes.
J
E ne vois pas , Monsieur , quel sujet je
puis avoir donné au Reverend Pere Dom
Toussaints du Plessis , de me croire fort
oposé au sentiment de M. Samson sur le
Noviodunum Suessionum. Loin d'avoir intention
d'infirmer ou de combatre ce que
ce Sçavant Geographe a écrit touchant la position
de cette ancienne Ville Gauloise , je
pretends le confirmer par ce que j'ai écrit
dans maDissertation sur le Pays Soissonnois .
N'est-ce pas , en effet , une nouvelle raison
de rejeter l'opinion de ceux qui avoient
pris
JANVIER.
173.6. 19
pris Noyon du Vermandois pour ce Noviodunum
, que d'en assurer la position ,
comme j'ai fait,dans le Soissonnois. M. Samson
n'a pas écrit qu'il fut impossible de rien
ajoûter à son sentiment , ni de le mettre dans
un plus grand jour. Ce Geographe après
avoir déduit les raisons qui empêchent de
placer ce Noviodunum à Noyon du Pays
Vermandois , porte le Lecteur à considerer
la position de Soissons d'aujourd'hui par
raport à Bibrax d'où venoit Cesar , et il l'arrête
à cette position pour y fixer ce Noviodunum
, après quoi il ajoute : Si ces raisons
ne suffisent pas , le temps poura en faire naîtré
encore d'autres. Ainsi Samson n'a pas cru
avoit tout dit ; et je suis persuadé que s'it
avoit fait attention au nom de Noyan qui
est aux Portes de Soissons , il n'eût pas oublié
cette preuve pour détruire de plus en
plus l'opinion vulgaire qui étoit pour Noyon
du (a ) Vermandois.
Mon sentiment et celui de ce Geographe
sont donc le même dans le fond : et comme
montagne de Noyan commence à une Ia
(a) J'ay été surpris de voir Dom Calmet dans son
Histoire de Lorraine Tome I incliner encore pour le
sentiment que c'est la Ville Episcopale de Noyon , qu'il
met dans l'ancien Pays Soissonnois ; il ne peut pas ignoque
cette Ville a toûjours eu le nom de Noviomum
on Noviomagus , et non pas celui de Noviodunum ,
rer
demic
20 MERCURE DE FRANCE
demie lieue du Soissons Romain , tout ce
Territoire tant celui de la Ville que celui de
la Montagne est censé ne faire qu'un tout
avec cette difference seulement que le canton
de la Montagne a été habité par les Gaulois
, et la Vallée par les Romains , et depuis
par les François . C'étoit au R. P. D. à me
démontrer l'impossibilité qu'il y a que les
Gaulois demeurassent sur cette Montagne ,
et que les Romains , venus depuis eux , eussent
préferé la commodité du Vallon .
Je persiste à soutenir que le nom de Dunum
signifioit chés les Gaulois une montagne
, une élevation . Les raisonnemens du
P.D.ne peuvent pas me faire changer, ni me
persuader que Dun signifioit une profondeur.
Je ne nommerai pas ici les GrandsHommes
après lesquels je perse ainsi (a):mais j'espere
que D. D. ne recusera pas le témoignage de
l'Auteur anonyme du Traité des Fleuves ,
imprimé avec les Oeuvres de Plutarque.Cet
Auteur qui a écrit en Grec , marque clairement
en parlant de la Riviere de Saone et
de Lyon , que Dunum signifioit un lieu emi
nent de même que Lug signifioit un Corbeau
d'autres Ecrivains : très-anciens, et qui
(a ) Scaliger , Casaubon , Turnebe , le Sçavant M.
du Cange , et de nos jours l'illustre M. Lancelot , de
PAcademie des Belles - Lettres, Tome Vi , des Mémoi
res de cette Académie,
ne
JANVIER. 1736. 27
1
ne sont pas Geographes , rendent pareillement
le mot de Dunum par celui de Montagne.
Bede 1. 3. Hist . cap. 4. Wilfares- dun
id est Mons Wulfari , Florent de Wigorne p.
618. Assamdun , id est Mons Asini. Asserus
Escedun latinè Mons Fraxini. Josselin en
la vie de S. Patrice , cap . 1. Dunbreatan , id
est Mons Britonum. Les Auteurs même qui
ont ignoré l'explication de la premiere racine
Celtique du nom Lugdun , ont tous
adopté l'interprétation de la seconde par le
nom de Montagne. Tel est Heric , Moinet
d'Auxerre , Précepteur d'un Fils de Charles
leChauve ; ce Poëte explique Lucdunum dans
la vie de S. Germain par ces mots Mons Lucidus.
L'Itineraire de Bourdeaux , cité par
M. du Cange , le rend par Mons desideratus
L'authenticité du témoignage de l'Auteur
Grec que j'ai cité ci- dessus , et qui cite luimême
un Ecrivain plus ancien apellé Clitophon
, a suffi pour persuader tous nos
Sçavans que c'étoit en Langue Celtique ou
Gauloise que Dun signifioit Montagne. C'est
au R. P. D. à détruire ce témoignage , ou à
faire voir que c'est dans une autre Langue
que la Celtique , que ce mot avoit cette signification.
Si sur le seul témoignage deSuetone
nous sommes assurés que Bec et Cocq
sont des racines Celtiques , pourquoi ne le
serons nous pas également sur le témoignage
22 MERCURE DE FRANCE
ge d'un Auteur aussi ancien que celui que j'at
allegué ci- dessus , et qui a été suivi dans
tous les siecles ? Je prie D. D. de nous mar
quer la difference. Jusqu'à ce qu'il détrompe
le Public là-dessus , je croirai que Dun a
signifié montagne , éémmiinneennccee ,, élevation
chés les Celtes ou Gaulois , et parmi d'autres
Peuples encore , et que pour cette raison ce
mot terminoit plusieurs noms de Villes ou de
Châteaux , à peu près comme les syllabes
hem , berg, bourg , court terminent une infinité
de noms de Lieux en differentes Provinces.
Quant à la Riviere que le Peuple du Pays
de Caux apelle Dun , elle est de fort petite
consequence : c'est un Ruisseau éloigné de
Dieppe environ de trois lieuës vers le Couchant.
Il se jette dans la Mer , et c'est tout
ce qu'il a de remarquable. Il n'est point
d'une profondeur extraordinaire. ( a ) Mais
ce qui détruit absolument l'avantage que
D. D prétend en tirer , est que le nom de
Dun est un nouveau nom qu'on lui a donné.
Son nom primitif étoit Tala ou Tal : Vers
le dixiéme siecle on commença à l'apeller
Dum ( b) , et la ressemblance de Dum aver
Dun a fait que quelques Ecrivains des derniers
siecles l'ont apellé Dun : J'ai là - dessus
(a) J'en puis parler comme témoin oculaire , ayanı
passé ce ruisseau au mois de Septembre 1707.
(b) Talam qua Dum mode dicitur.
un
JANVIER 1736. 23
En garant que D. D. ne recusera pas. C'est
Orderic Vital , Moine de S. Evrout , qui
connoissoit certainement la Normandie. Il
parle du Ruisseau en question , et des autres
Rivieres du pays de Caux dans son douziéme
Livre à l'an 1119. Cet Historien est assés
ancien pour faire foy en ces sortes de
matieres.
Le second exemple que D. D. a produc
pour insinuer que Dun en Celtique signi
fioit profond , est la Riviere de Dordogne ;
il prétend que son nom est formé de deux
Racines dont la derniere Don ou Dun jointe
à celle deDo ,forme un mot qui signifieEau
Profonde. Mais cet éxemple n'est pas plus
recevable , ni mieux fondé que le premier.
La Lettre qu'il vous a écrite , m'a donné
occasion de rechercher comment nos plus
anciens Ecrivains apelloient cette Riviere,
Ausone la décrit en ces termes Gelido Durani
de monte volutus amnis. ** S. Sidoine
Evêque d'Auvergne, l'apelle aussi Duranus.
Gregoire de Tours qui en parle plusieurs
fois , l'apelle toûjours Dorononia. Aucun
des Manuscrits de cet Historien ne l'apelle
Dordonia ni Dordunia. Isidore ( Pacensis , )
lui donne le nom de Dordonia. Le Moine
* Edyllio X. de Mosella circa finem.
** Carmine 22.
d'Engoulême
24 MERCURE DE FRANCE
d'Engoulême Ecrivain de la vie de Charle
magne au IX. siecle , la nomme Dornonia.
Eginhard lui donne le même nom . Les Annales
deMetz y font un petit changement, et
l'apellent Dorninia . Il n'y a que des Ecrivains
moins exacts et bien posterieurs à Gregoire
de Tours , qui ont commencé à lui donner
le nom de Dordonia par corruption ; encore
le plus celebre d'entre eux , qui est Aymoin ,
ne dit pas que Don ou Dun , qui compose la
seconde syllabe signifie profond , mais il prétend
que c'est le nom d'une de ses Sources ,
ou de la Montagne dont elle sort ; ce que
je n'ose garentir . Il me paroît que Gregoire
de Tours qui écrivoit au sixième siecle étoit
plus en état de sçavoir les veritables noms des
Rivieres des Gaules , que ceux qui ont écrit
quatre ou cinq cent ans après lui , et qui
ont latinisé les noms sur la prononciation
populaire. Il faut conclure de tout ceci ,
que les éxemples que D. D. P. a aportés
pour autoriser sa pensée sur la signification
du mot Dun en langage Celtique , ne sont
d'aucune valeur .
Je ne sçai si ce sçavant Religieux , qui rea
cherche aussi -bien que moi les noms Celti
ques , ne devroit pas plutôt regarder la racine
Bod comme ayant pû signifier profond
ou profondeur chés les Celtes ou Gaulois.
Un endroit de Pline , L. III . c. 16. m'a fourni
JANVIER. 11773366.. 29
nicette pensée . Je connois des Pays en France
où les cavités causées par les chutes d'eau ,
s'apellent Boin,et Boa.Ne confondons pas les
racines Celtiques : et quoique ce qui est prófond
puisse aussi être apellé haut , il est à presumer
que ce qui signifioit montagne ou éminence
chés les anciens Gaulois , ne signifioit
pas profond.
Je profite de cette occasion , Monsieur ,
pour rendre compte au Public dans quel
sens j'ai écrit à la p. 103. de ma Dissertation
; » Que comme les Druides du Pays
» Soissonnois étoient les plus celebres de la
» Province Belgique , après ceux de Reims ,
» aussi le Pontife qui préside au Clergé de ce
Diocèse est-il dans une possession perpetuée
de siecle en siecle , d'avoir la pré-
» séance sur tous les autres Prélats de la se-
» conde Belgique. Jamais je n'ai eu intention
de produire un nouveau systême touchant
l'origine de la Primauté de certains
Diocèses sur d'autres , comme paroît l'avoir
cru l'Auteur des Observations sur les Ecrits
Modernes . Observ . XXXIV.
J'accorde que la division Ecclesiastique
est fondée sur l'ancienne division politique
faite par les Romains ; mais aussi
il est vrai de dire qu'il y a eu des Cités
qui ont eu sous les Romains la même
primauté qu'elles avoient eu dès le temps
des
MERCURE DE FRANCE
des Druides . Je ne dis pas que l'un soit
la cause de l'autre ; mais sans que cela
soit , il est arrivé quelquefois que l'un et
l'autre sont vrais , et que certaines Villes
ont conservé la primauté dans l'Etat Ecclesiastique
, comme elles l'avoient dès le tems
des Druides.
Outre la Ville de Soissons je puis vous citer
encore celle de Chartres , qui est la premiere
de la quatriéme Lyonnoise, autrement
dite la Senonoise , et qui l'avoit aparemment
été sous les Romains , en continuation de
ce qu'elle étoit dès le temps des Gaulois.Les
Commentaires de Cesar autorisent ma pensée
( a ) aussi bien que la Notice des Gaules ,
redigée vers le temps de l'Empereur Hono
rius ( b ) . L'Article où est Soissons est ainsi
conçu . In Provincia Belgica secunda sunt civitates
XII. Metropolis civitas Remorum . Civitas
Suessionum. Civitas Catellanorum & c.
et celui où est Chartres commence ainsi : In
Provincia Lugdunensi quarta Civitates VII.
Civitas Senonum Metropolis. Civitas Carno
tum. Civitas Autisiodorensium , & c.
Ainsi l'adverbe comme dont je me suis servi
, ne doit point être pris dans le sens cansal
pour me servir du langage des Philoso-
(a) Lib. VI . n. 13. II (Druidæ) certo anni tempore
in finibus Carnutum considunt &c.
(b) Duchêne, T. I. P. 6.
phes r
JANVIER. 1736. 27
phes , mais dans le sens copulatif ou con .
jonctif. Je suis , & c.
A Paris ce 13. Janvier 1736.
*4 *
LA RETRAITE DU COURTISAN
J
Sur deux Rimes.
E vois regner sur ce rivage.
L'innocence et la liberté ;
Que d'objets dans ce paysage ,
Malgré leur contrarieté ,
M'étonnent par leur assemblage
Abondance , et frugalité ,
Autorité sans esclavage ,
Richesses sans libertinage ?
Déterminés ma volonté
Bienfaisante Divinité ,
Ajoutez-y,votre sufrage .
Disciple de l'adversité
Je viens faire dans ce Village
Le volontaire aprentissage ,
D'une tardive obscurité.
Aussi bien de mon plus bel age
J'aperçois l'instabilité ,
J'ai déja de compte arreté
Trente
28 MERCURE DE FRANCE
Trente-huit fois vu le feuillage
Par les Zéphirs ressuscité.
Du Printers j'ai mal profité ,
J'en ai regret ; et de l'Eté
Je veux faire un meilleur usage ;
Je porte dans mon Hermitage
Un Coeur dès long- temps rebuté
Du prompt et funeste étalage
Que fait la folle vanité.
Paysan sans rusticité ,
Hermite sans patelinage ,
Mon but est la tranquillité .
Je veux pour unique partage
La paix d'un coeur qui se dégage
Des filets de la volupté.
L'incorruptible probité ,
De mes ayeux noble heritage ;
A la Cour ne m'a point quitté.
Libre et franc sans être sauvage ,
Du Courtisan fourbe et volage
L'exemple ne m'a point gâté.
L'infatigable activité ,
Reste d'un utile naufrage
Mes livres et mon jardinage ;
Un repas sans art aprêté ,
D'une Epouse économe et sage
La belle humeur , le bon ménage
Von
JANVIER. 1736. 25
Vont faire ma felicité.
C'est dans ce port qu'en sureté
Ma Barque ne craint plus l'orage.
Qu'un autre à son tour emporté
Au gré de sa cupidité ,
Sur le sein de l'humide Plage
Des vents ose affronter l'orage.
Je ris de sa temerité
Et lui souhaite un bon
Je réserve ma fermeté
voyage.
Pour un plus important passage ,
Et je m'aproche avec courage
Des portes de l'éternité .
Je sçais que la mortalité
Du genre humain est l'apanage ,
Pourquoi seul serois - je excepté ?
La vie est un pélerinage ;
De son cours la rapidité
Loin de m'allarmer , me soulage ;
Sa fin , lorsque j'en envisage
L'infaillible nécessité ,
Ne sçauroit me faire d'outrage,
Brulez de l'or empaqueté ,
Il ne s'en perd que l'alliage.
C'est tout. Un si leger dommage
Devroit-il être regretté ?
LETTRE
MERCURE DE FRANCE
B
LETTRE de M. le President B. D. d'E.
en Champagne , à M. le President D. S,
de Paris , sur l'Opera de Scanderberg . 1735
E succès de Scanderberg ne me surprend
Lauccès de ne me
dès qu'on m'assure que Mrs Rebel
, Francoeur , et Servandoni y ont ajoûté
tout ce que leur art a de plus flateur et de
plus séduisant. La Poësie en est belle et harmonieuse
, le Lyrique en est animé , soutenu
par tout d'une infinité de pensées , de
jeux , et de traits d'esprit. Avec tous ces
avantages cependant , je suis encore moins
surpris que M. de la Mothe n'ait pas donné
cette Piece de son vivant , parce que rien
de défectueux ne doit sortir de la main des
Grands Hommes . Son heritier a osé le faire,
il n'en est pas blâmable. Il a pû ce que M.
de la Mothe n'a pas voulu ; et il a dû trouver
excellent , un Ouvrage que l'Auteur n'a
jamais pû regarder que comme très imparfait.
Il y a 24. ans que le projet en est fait , et
il y en a plus de 23. que je le connois. Feu
M. de la Mothe nous en communiqua le
dessein , et nous en recita quelques Scenes ,
en excitant la jeunesse à travailler sur unSu
jet qui lui paroissoit si propre au Théatre .
Aninte
JANVIER 1736. 31
>
Animé par ses paroles , et plus encore par
cette complaisance qui lui étoit si naturelle
pour les Nourrissons du Parnasse , je travaillai
à uneTragédie qu'il eut la bonté de vouloir
corriger et reformer conjointement avec
feu M. l'Abbé de P. mon compatriote : mais
M. de C...... mon ami , moins indulgent
qu'eux , n'en pût jamais aprouver que la
premiere Scene , et jetta impitoyablement
le reste au feu. Nous étions à table cela
n'en altera en rien le plaisir , parce que je
sentis dès -lors l'obligation que je lui devois
avoir , de ne me point laisser embarquer sur
une mer orageuse , qui m'auroit , peut - être
sans honneur , détourné des fonctions que
je devois remplir par la suite. Ce désastre
arriva, si je m'en souviens bien , dans le carna
val de 1712. et depuis , il n'en fut plus ques
tion ; sinon , qu'ayant un temps d'oisiveté à
remplir à la
deux ans , campagne il y a
m'avisai d'en rétablir deux Actes , que je
donnai à ma belle Parente Madame de B.
je
Je n'ai retardé , Monsieur , à vous remercier
de la politesse et de l'exactitude avec
lesquelles vous avez bien voulu m'envoyer
le nouvel Opera , que pour donner le
temps à nos Provinciaux de s'en rassasier ,
et vous marquer ensuite ce que j'en pense .
Toute la Piéce n'est qu'un désordre pompeux
, revêtu des plus superbes dehors .Mau-
C vais
32 MERCURE DE FRANCE
vais bâtiment, riches materiaux . La conduite
en est pitoyable. On nous annonce dès le
premier Vers , qu'Osman travaille à tirer
Scanderbeg , ( et non Scanderberg ) du Ser
rail. On entretient le Spectateur dans l'attente
continuelle de cet évenement par les
intrigues de ce Bostangis , jusques dans le
quatriéme Acte ; cependant ce Prince ne
doit sa liberté qu'au chagrin du Sultan ,
dont la source n'a ni liaison ni connexité avec
les longues et sourdes manoeuvres d'Osman,
qui demeurent sans succès : et quoique ce Bostangis
ait été naturellement regardé comme
l'ame dé l'intrigue pendant tout son cours ,
l'imagination est obligée de l'abandonner ,
pour se transporter en entier et tout dun
co ip au dénouement d'une intrigue étrangere
, qui à peine avoit été annoncée . Cela forme
une espece de duplicité d'action qui ne
peut être dissimulée que par un Spectateur
que l'on étourdit à force de belles choses."
Ces beautés cependant ne sont pas telles
qu'elles puissent faire fermer les yeux sur l'indiscretion
avec laquelle le Sultan expose
dans
le deuxième Acte sa Maitresse aux regards
de Scanderbeg , et qui pis est , a un entretien
particulier avec ce Prince. Rien n'y
amene , tout s'y opose. Je conviens bien
qu'Amurat ignore leur passion , mais il les
connoit pour parens , et bons amis , com
pagnons
JANVIER. 1736. 33
pagnons d'infortune,dont lui seul est l'Auteur.
La galanterie qu'il en veut faire à Servilie
, et l'amitié qu'elle a pour Scandebeg ,
sont des motifs bien foibles pour franchir
les bornes d'une prudence même ordinaire.
Qu'en doit -on penser , si l'on fait attention
à la jalousie des Orientaux , à l'austerité du
Serrail , et à la fierté de ses Sultans ? >
L'indiscrétion de Roxane dans le troisiéme
Acte est encore moins pardonnable . A propos
de quoi fait - elle confidence à Scanderbeg
, d'une conspiration dans laquelle elle
ne lui donne aucune part ? elle ne lui demande
pas même qu'ily en prenne .Elle sçait
qu'elle n'en est point aimée. Elle doit bien
penser que loin d'en être servi , il peut avoir
des raisons de lui nuire , et que dans l'état
violent où il est , il doit tout immoler à sa
sureté et à sa faveur : Cependant elle lui revele
sans nécessité , et sans le pressentir un
secret de cette importance ! En verité, il y a
plus que de la négligence dans cette démarche.
Encore pouroit- on la digérer , si l'Auteur
en tiroit quelque avantage : mais c'est
une imprudence gratuite qui ne le mene à
rien .
Roxane , Chef d'une conjuration avortée,
reste au quatriéme Acte dans une tranquil
lité incroyable , dans le temps même qu'on
punit ses complices. Je ne parle point de la
Cij clémence

34 MERCURE DE FRANCE
:

clémence hors de saison du Sultan , qui est
plus incroyable encore , dans les premiers
mouvemens d'une si juste colere , de peur
de perdre de vûë la folie de Roxane. Cette
furieuse Sultane ménace impunément Scanderbeg
et son Amante , sans que celui - ci en
prenne trop d'allarmes pour les jours de sa
Princesse Il ne lui répond que des balivermes
usées , tandis qu'il doit la faire trembler
jusques dans la moële des os. C'est vouloir
contre nature imposer silence aux moindres
mouvemens de l'esprit et du coeur , et sacrifier
tout le vraisemblable à des bille vesées ,
que de laisser ainsi mâtiner ce pauvre Prince
dans une occasion si pressante. Il semble
qu'il ait perdu le sens. Que ne lui fait-on
dire au moins pour rallentir les fureurs de
cette emportée , ce qu'il n'ose dire qu'après
qu'elle est sortie pour l'aller perdre ? maître
de son secret ... je puis deffier son couroux ..
Quel risque y avoit - il ? aparemment qu'on
a eu honte du mauvais personnage qu'on lui
faisoit faire , on a tâché de le relever dans
cette Scene ; on lui rend une sorte de har
diesse ; on diroit à la contenance qu'il affecte
, qu'il a des ressources dans sa politi
que qui le mettent à l'abri de toutes les jactances
de Roxane : mais helas ! il paroît bien
qu'elles ne sont que de son côté ces jactances.
Il acheve de perdre la tête , lorsqu'elle
l'accuse
JANVIER . 1736. 35
Faccuse devant le Sultan , auquel il a encore
la stupidité de laisser ignorer que l'infidelité
et la jalousie , bien ou mal fondées de son
accusatrice, sont les seules causes du désordre
que sa Hautesse vient de réprimer . Il reste
immobile , hebêté : le pauvre komme ! estce
là le Héros qui doit faire trembler les
Othomans il va renverser leur Empire ,
et il se laisse mener en prison: Il est vrai
qu'il a affaire à un bon homme, Amurat veut
bien se reduire aux soupçons , tout assuré
qu'il est d'une entiere conviction par le tacite
aveu des coupables . Quelle patience ?
Il faut avouer qu'Amurat II. est un Sultan
de moeurs bien douces. Toute l'Histoire de
I'Empire Othoman ne nous fournira assurément
pas son semblable ; et son caractere
de benignité se soutient jusqu'au bout . On
lui fait porter la clémence jusqu'à l'imbecil
lité. Il rétablit son Visir et son Rival sans
aucune justification : Roxane se punit sans
qu'on sçache de quoi , et il ne s'en informe
pas . Il se fache un peu , à la verité , contre
son Muphti , mais ne craignez rien , cela ne
durera pas. On seroit tenté de dire que le
Personnage de la Piece la plus raisonnable
est l'Odalique , qui dit à Servilie qu'elle a
raison de triompher du Sultan . Ce Maître
du monde a la charité de voler au secours
d'un homme , qu'il ne doit regarder que
C iij comme
36 MERCURE DE FRANCE
comme un esclave ingrat et perfide qui a ew
l'insolence de lui disputer sa favorite . Enfin
celui ci en est quitte pour un honnête éxil
qui produit sa sortie du Serrail , sans qu'il
en ait la moindre obligation à Osman . Il
n'est plus question de ses intrigues , quoiqu'on
ait eu soin d'occuper l'esprit du Spectateur
des mouvemens qu'il a dû se donner
pendant quatre
Actes pour lui procurer la
liberté .
Il faut convenir , Monsieur , que voilà
deux Héros d'une mince voluë , bien inferieurs
à la haute idée que l'Histoire nous a
laissé d'eux : et que si M. de la Mothe ne les
a point produits dans le Monde de son vi- ,
vant , c'est qu'il ne les voyoit encore que
dans l'enfance , et qu'il n'étoit point encore
parvenu à les former tels qu'ils devoient
être , et qu'ils étoient en effet.
Au reste ,je me garderai bien de porter ma
critique sur les pensées ou sur les expressions
de ce Poëme , je sçais ce qu'un Disciple
doit à la memoire d'un Maître si respectable.
Je suis , &c.
JANVIER. 1736. 37
****************
A Madame la Comtesse de la M...
qui fut Reine la veille des Rois 1736 .
Q
Uelle plus digne Dame eut été notre Reine
Le Sort nous montre ses faveurs ;
Sous ses aimablés loix nous vivrons tous sans peine,
Puis qu'elle regne sur nos coeurs.
1
Les plus beaux sentimens forment son caractere.
Ame belle , coeur genereux ;
C'est la plus chaste épouse et la plus tendre mere ,
Quel Regne sera plus heureux ;
Trop fortunés sujets , rendons lui nos hommages į
Les vices vont être abatus ;
Son Regne va former un Royaume de Sages ,
Toujours conduits par ses vertus .
Pour louer notre Reine , ici que tout s'anime ;
Du sort rendant graces à Dieu ;
Ne cessons de crier d'une voix unanime ,
Vive la Reine de ce Lieu .
Que les échos saisis d'une même allegressé
Repetent le son de nos voix ,
Qu'ils aillent publiant les traits de sa sagesse
Et la justice de ses loix.
C iiij
Mais
38 MERCURE DE FRANCE
Mais que son Regne , Amis , ne soit Regne de table ,
Qui d'une nuit n'a que le cours ,
Disons tous d'un vrai coeur , la Reine est trop
aimable ,
Pour ne point gouverner toûjours.
Charmé de son esprit et de cette justesse ,
Qui de tout saisit le milieu ,
Inutile d'ailleurs je veux chanter sans cesse ,
Vive la Reine de ce Lieu.
B. d'A.
****************
REPONSE de M. le Cat aux Questions
sur la Sympathie proposées dans le Mercure
de Decembre. ESSAY d'un Systême general
pour La solution de toutes les Questions de ce
genre.
Vo
Os petits prodiges , Monsieur , me
confirment dans la pensée où je suis
que nous avons des sensations extraordinaires
, ou que nous recevons des impressions
d'objets exterieurs par d'autres voyes que
les sens vulgaires , et par un méchanisme
par
un
peu diferent
de
celui
qui
nous
fait
sena
tir , voir
, entendre
, flairer
, et goûter
. Seroit
-ce
donc
une
erreur
de l'usage
, de
ne
nous
attribuer
que
cinq
sens
? franchement
JANVIER. 1736. 39
si l'on astreint le terme de sens à signifier un
organe solide , palpable , susceptible de l'éxamen
anatomique , je m'en tiendrai volon-`
tiers à ce nombre , en attendant quelque
nouvelle découverte ; mais si l'on comprend
dans cette expression tous les moyens qu'a
notre ame de recevoir des impressions des
objets exterieurs , ou plutôt toutes les espe
ces de commerce qu'elle a avec ces objets ,
la découverte est déja toute faite , je vais
vous enrichir de deux sens dont vous ne
vous soupçonniés peut-être pas proprietaire.
Il n'en faut pas douter , Monsieur , l'ame
a des impressions , des émotions , elle reçoit
des déterminations à des pensées , à des passions
qui ne lui viennent par aucun des sens
vulgaires. J'en atteste votre émotion , celle
de votre nourice , et celle de votre Héros
Vezin : j'en atteste les faits sur la baguette:
divinatoire , ces émotions dans les lieux
d'un meurtre , sur la piste des meurtriers
à l'aproche de certaines gens , de certains
animaux , et tant d'autres phenomenes de
Fa Sympathie et de l'Antipathie auxquels on
ne sçauroit refuser son consentement : j'en
atteste enfin ces préssentimens averés , qu'on
ne sçauroit nier sans démentir les Auteurs
les plus graves , les hommes du premier or
dre , tels que Socrate , Platon , Ciceron
Cardan , Porta , Agrippa , Descartes ,
Gas
20
sendi
40 MERCURE DE FRANCE
sendi , Vallemont , Duguétrouin , & c. enfin
presque tous les hommes, car s'en trouveroitc'il
quelqu'un , parmi ceux qui ont un peu
d'ame , qui pût assurer qu'en toute sa vie , il
n'eut jamais de ces sensations extraordinaires
, de ces préssentimens inquiétans , à
l'occasion de quelque évenement , de quelque
révolution trés - interessante ?
Des preuves de tout ceci , Monsieur , nous
Couteroient peu , la matiere seroit curieuse
la suite des faits persuasive ; mais nous ne
scautions ici que vous les indiquer , et vous
donner un cannevas bien nud sur cette matiere
.
Comment l'ame reçoit- elle ces impressions
extraordinaires ? combien y en a t'il
d'especes quel est leur objet ? leur su- ?
jet ? et d'où dépend leur diversité ? voilà
Monsieur , le fond de la Question , auquel
je viens brusquement..
Si nous avons des oreilles pour entendre ,
'des yeux pour voir , une langue pour gouter
&c. c'est, sans doute , que la lumiere , le
son , les ragoûts &c. ne sçauroient affecter
notre ame sans la médiation de ces organes
et du flu de qui les anime ; parceque la disproportion
de ces matieres à notre ame est
trop grande pour qu'elles puissent lier unt
commerce immediat ; ensorte qu'il fue
qu'elles ébranlent l'organe , dont la nature
leur
JANVIER. 1736. 4n
,
leur est proportionnée ; l'organe ensuite
communique son impression au fluide animal
, et celui- ci à l'ame. Par cette gradation
de communication , l'organe est médiateur
entre l'objet et le fluide animal et
ce fluide médiateur entre l'organe et l'ame.
C'est donc la trop grande distance de la
substance terrestre de ces objets à la substance
sensitive , qui les empêche d'y produire
immediatement la sensation par conse
quent , si nous concevons qu'il y a de ces
objets exterieurs dont la substance est analogue
à celle qui est le sujet des sensations
ou au fluide animal qui vivifie les organes ;
ne devient t'il pas clair que ces objets exterieurs
remueront ou notre ame immediatement
et sans l'intervention d'aucun organe
ni d'aucun fluide , ou le fluide nerveux sang
la médiation de ces organes ?
Je diviserois donc volontiers les sensations
en mediates , que nous recevons par
l'entremise des sens vulgaires et immediates
que nous avons sans leurs secours . Je ferois
deux classes de sensations immediates ; la
premiere seroit celle qui affecte immediate
ment la substance pensante , ou l'ame du
cerveau organe de la pensée . J'appellerois
celle- ci sensation transcendante intellectuelle
ideale. La seconde espece de sensations im
mediates seroit celle qui affecte le
C vi
pur Auide
animal
42 MERCURE DE FRANCE
animal , la substance passible , l'ame des
entrailles , si on peut le dire , ou des orga
nes des passions ; j'apelle ainsi le fluide animal
correspondant aux centres et aux plexus,
du systême nerveux , tels que le mezenterique
, hepatique , stomachique , diaprag
matique , cardiaque , pulmonique , & c. je
nomme celle - ci sensation animale , pathetique
ou précordiale.
"
Cette sensation animale ou plutôt ce com
merce immediat entre les fluides animaux
auroit encore une espece subalterne plus
machinale, et par là moins digne du nom de
sensation que de celui d'impression , d'influence
; c'est cette espece de commerce immediat
que je conçois entre des substances:
que je nomme animo vegetales. Je donne ce
nom au fluide animal lié aux solides er aux
fluides de la machine pour la production
de ses effets purement méchaniques , comme
la circulation , la nutrition , & c. et qui
regardent principalement les états de santé
et de maladie : je lui laisserai cependant , si
Vous y consentez , le nom impropre de sen--
sation animo vegetale , en attendant que nous
lui en trouvions un autre.
,
Je raporterois à la sensation transcendante
ou intellectuelle les visions , les dons de deviner
de prédire & c.certaines vertus surprenan
tes qu'on a observées dans tous les siecles à
3
des
JANVIER. 1736. 43
des personnages sans missions et extraordi
aires par cet endroit seul; vertus , au reste,
dont on doit reconnoître les semences , le
principe , dans ces pressentimens communs à
tous les hommes , et qui n'ont d'autres sources
que nos sensations immédiates . Ces sensa.
tions bien dévelopées feroient donc rentres
dans le naturalisme bien des phénomenes
qu'on a donnés aux prodiges , et rien, à mon
ne seroit si propre à augmenter les foibles
connoissances que nous avons de la nature
de notre ame , et à faire sentir toute la
noblesse de son être . Je me flate même qu'on
auroit sur cette matiere assés de preuves de
raisonnemens pour arrêter certains esprits
forts et assés de faits et d'autorités pour faire
taire leur incrédulité . Mais raprochons nous ,
Monsieur , de vos Questions.
,
C'està la sensation animale , pathetique ou
précordiale que je raporterois ces émotions
sur le lieu d'un meurtre , sur la piste des
meurtriers , ce sang qui coule du cadavre
assassiné à l'aproche de l'Assassin , ce que
Gassendi explique par une espece de combat
des esprits de celui - ci , avec ceux qui
restent encore dans celui- là : c'est à cette
même sensation précordiale que je raporterois
vos histoires , Monsieur , aussi bien que
les vapeurs , les défaillances, dont une illustre
Dame de cette Province est prise toutes les
fois
44 MERCURE DE FRANCE
fois qu'elle se rencontre dans un lieu où se
trouve un chat , même à son insçu. Enfin
je rangerois sous cette classe tous les phenomenes
de la sympathie et de l'antipathie dans
lesquels notre ame est remuée , agitée de diverses
passions , sans l'entremise des sens
ordinaires .
A la sensation, animo vegetale, se raportent
certaines operations prétendues magiques sur
nos vies et sur nos santés , d'autres reconnuës
pour sympatiques , toutes les cures ma
gnetiques ou par sympathie, et generalement
tous les effets qui regardent la simple machine
, ses mouvemens , sa vie , sa santé
&c. On voit bien que ceux qui voudroient
s'en tenir à un traité de la Sympathie seule ,
pouroient la diviser commodément en intellectuelle
, animale , et animo vegetale ; mais on
doit entrevoir aussi que les vues de ce plancy
sont plus vastes .
Le partage que je viens de faire des phé
nomenes de la Physique occulte à nos sensations
immediates,n'exclut pas les sensations
médiates de la part qu'elles peuvent y avoir
dans certains cas . Il en est où ces mêmes émotions
, ces mêmes révolutions sont excitées
dans l'ame, dans le fluide animal , par la mé
diation des sens vulgaires , comme la fascina
tion par les regards ; mais tous ces détails
nous méneroient trop loin ; je me bornerai
dans
JANVIER. 1736. 48
dans ce petit mémoire , à la seconde espece de
sensation immediate que j'ai nommée ani
male , pathetique , ou précordiale.
Cette sensation sera , si vous voulez , moins
immediate que la transcendante ou intellectuelle
, quoique toujours sans la médiation
des organes. Ce sera le fluide animal ou
nerveux , vicaire de notre ame , qui recevra
et portera ces impressions dans les parties
précordiales , et de là au cerveau . Cependant
, pour la précision , faisons , s'il
vous plait , abstraction de cette correspondance
qui allonge le chemin. Apellons
comme nos Peres , ame sensitive , ce fluide
subtil residant dans nos parties , et sur tout
dans celles que je nomme précordiales , et suposons
avec eux , qu'il y est susceptible
d'impressions capables de sentimens et des
mouvemens que nous ressentons dans les
organes à la suite de ces impressions . Cette
suposition commode nous est encore néces
saire , en ce que nous ferons remarquer dans
les animaux auxquels on n'accorde guere que
-cette espece d'ame , plusieurs de ces sensations
occultes , comme dans l'homme , Peutêtre
que certe suposition ne seroit pas nonplus
inutile pour expliquer d'où vient que
le sang coule d'un cadavre assassiné , c'est àdire
d'un corps sans ame pensante , àla présence
de son Assassin.
La suite pourle prochain Mercure-
LES
43 MERCURE DE FRANCE
CANTATE
Mise en Musique par M. Le Clair.
Rès des bors enchantés du mont des trois Pu
celles , PRe
Est un Palais superbe élevé par les Arts ,
Où la paix , l'abondance et les Soeurs immortelles
Loin du trouble des Cours et des horreurs de Mars' ,
De cent peuples divers attirent les regards ,
Sous les loix d'un mortel qui ne vit que pour elles.
Tout y rit , tout y plaît , tout y charme les yeux
Il y rend tous les coeurs satisfaits de sa joie ;
Et les plus doux plaisirs d'une trame de soie
Lui filent à l'envie des jours délicieux-
Célébrons les douceurs parfaites
Qu'on goute en ce charmant séjour ;
Que nos hautbois , que nos musettes
Fassent aux échos d'alentour ,
Répeter les douceurs parfaites-
Qu'on goûte en ce charmant séjour.
A la Maitresse d'Epicure ,
Chacun consacre son loisir
Elle
JANVIER. 1736. 47
Elle est la regle et la mesure
Du temps qu'on y donne au plaisir .
Avec la Reine d'Amathonte ,
L'amitié partage les coeurs ;
Et tous les instans qu'on y compte
Y sont marqués par leurs faveurs.
On y chante , on y fait la guerre
Aux timides Hôtes des bois ,
Et l'on n'y boit que dans un verre
Qui sert à l'Amour de Carquois
Celebrons les douceurs & c.
Mais quelle voix s'y fait entendre ?
Est - ce Apollon , Orphée , Amphion , ou Linus z
Ou quelque Cigne du Méandre
Dont les accords divins ne me sont pas connus
Non , c'est ce Chantre dont la Seine
A cent fois aplaudi les sublimes talens ,
Le plus cher nourrisson du Dieu de l'Hipocrene ,
Et le Pere des sons gracieux et brillans.
Sur ses couleuvres étouffées ,
L'envie en fremissant voit d'un oeil égaré
Omphale , Télémaque , Issé , Callirhoć
Lui dresser d'immortels Trophées
Dans le Temple qu'au goût les Dieux ont consacré
Dans
MERCURE DE FRANCE
Dans ses concerts , de la nature
On trouve tous les ornemens ;
Els en font la vive peinture
Ainsi que de ses sentimens :
Ils peignent l'Hyver , la verdure ,
Les Fleurs , les Zéphirs , le Printemps ;
Ét d'une nouvelle parure
Ils décorent les élemens :
Ils tracent de grandes images
Des Dieux , des Héros , des Amans
Des Morts ils font voir les rivages ,
Ils en expriment les tourmens.
Dans ses concerts , & c.
Dieux ! que vois - jeune Cour brillan
Yvole sur les pas d'une jeune Beauté !
Ah ! c'est Philoméle ou Canente.
De ses tendres accens mon coeur est enchanté ;
Sa voix charme , ravit , émeut , anime , touche
Qui l'entend se croit dans les Cieux ;
Quand elle chante , elle a les amours dans les yeuri
Et les graces toujours voltigent sur sa bouche.
A ses côtés les Ris , les Jeux
Aprennent d'elle l'art de plaire
Et la Déesse de Cythere
Tient d'elle cet art précieux?
Que
JANVIER. 1736. 45
Que dans ces retraites g
Les Chantres des bois ,
Dans leurs chansonnettes
Redisent cent fois ,
Du tyran des ames
Les plus vives flammes
Sont dans ses beaux yeux ,
Et ce sont leurs charmes ,
Qui forgent les armes ,
Qu'il porte en tous lieux .
Que dans ces retraites ,
Les Chantres des bois ,
Dans leurs chansonnettes
Redisent cent fois ,
Qui la voit soupire ,
Près d'elle on respire
Les tendres ardeurs ;
Et ce qu'elle inspire
Fait que son empire
Est celui des coeurs
Nou
so MERCURE DE FRANCE
NⓇ
Ous avons reçu le petit Avertissement
qui suit , au sujet de la seconde
Epitaphe de Moliere, qui est imprimée dans
le Mercure du mois de Novembre dernier.
» L'Auteur de l'excellent Original de cette
» Epitaphe est Etienne Bachot , Medecin
» du Roy : du moins elle se trouve à la page
30. de son Parerga , seu hora subcisiva ,
»imprimé à Paris en 1686. Elle y est in-
» titulée , Molieri Comadi Tumulus. On y
»lit Roscius , et non pas Rossius , ce qui
>> est , sans doute , une faute d'impression
» dans le Mercure , et l'Epithete de parva,
au lieu de celle de tristi.
A l'Avertissement étoit jointe la Traduction
de la même Epitaphe en cette maniere,
Cy gît Roscius ou Moliere.
Jouer le Genre humain pour lui c'étoit trop péu ,
Il veut jouer la Mort , la cruelle en colere
Se saisit du Boufon au milieu de son Jeu ,
Et ne veut pas par lui se laisser contrefaire,
MASSON, Avocat.
EXTRAIT
JANVIER. 1736 .
EXTRAIT de la Tragédie d'Aben- Saïd.
V
Lettre écrite
par
M. ***
Ous me demandez , Monsieur , des
nouvelles de la Tragédie de M. l'Abbé
le Blanc , elle a beaucoup réussi , c'est
même , parmi un assés grand nombre de
nouveautés qui ont parû depuis un an sur
le Théatre François , la seule qui ait été
generalement aplaudie , et particulierement
des Connoisseurs , qui y ont trouvé unanimement
de l'invention et de la conduite ,
qualités assés rares dans les Pieces modernes
; ceux même qui font profession de
tout critiquer , ont été d'abord forcés de
rendre justice à cet Ouvrage ; au reste , je
ne vous cite l'aprobation de ces derniers
que comme une singularité et non comme
une chose qui soit à l'avantage d'Aben-
Saïd ; les éloges de ces sortes de gens , sans
faire aucun honneur à l'Ouvrage , deshonorent
souvent l'Auteur en faisant présumer
qu'il est de leurs amis . Vous pourez juger
vous -même de la bonté de cette Tragédie
par l'Extrait que je vais vous en faire .
Une Loy établie chés les Mogols , par
laquelle leur Empereur est maître d'ordonner
à ses Sujets de répudier leurs femmes
2 MERCURE DE FRANCE
mes et de s'en emparer , fait le grand mobile
de cette Piece .
Aben-Said , Empereur des Mogols , devient
épris des charmes de Sémire , femme
d'Assan , Prince Mogol, et fille de Timour,
Emir de l'Empire et beau- frere du Sultan
en secondes nôces .
Ilcan premier Prince de l'Empire , pro
fite de cet amour pour satisfaire son ambition
, il engage le jeune Empereur à user
des droits que la Loy lui donne sur Sémire;
Aben-Saïd , quoique vertueux , cede à cet
apas la Loi lui déguise son crime et lui
paroît un prétexte légitime pour satisfaire
sa passion. Le dessein d'Ilcan est d'amollir
par là le coeur de l'Empereur , et en
même temps de révolter Timour contre son
Maître , concevant que tant que ce grand
Homme servira de soutien au Sultan , il
ne poura le faire tomber du Trône , les
circonstances lui sont favorables , Timour
est à la tête des Armées , et par consequent
éloigné de la Cour ; il en profite et détermine
le Sultan à faire arracher Sémire
des bras de son Epoux , qui , au mépris de
l'amour de son Maître , satisfait ses désirs
dans une retraite que la présence de Sémire
lui rend préferable à la Cour. Ilcan ,
pour executer ce dessein , fait choix du
Visir , qu'il connoît pour ennemi de Ti-

mour
JANVIER . 1737. 38
mour et de toute sa famille ; le Visir charmé
de trouver l'occasion de venger la mort
de son Pere qui a succombé sous la justice
de Timour , part , chargé des ordres de
l'Empereur , et remplit sa vengeance ; il
satisfait à l'un et à l'autre en poignardant
Assan , sous prétexte de résistance , et en
amenant Sémire à Tauris , lieu de la Scene,
Cette conspiration d'Ilcan contre le Sultan,
et duVisir contre la famille de Timour,'
jette dans la Piece un interêt qui redouble
encore celui de l'Action principale ; cette
Episode , si on peut l'apeller ainsi , est liée
au Sujet avec tant de génie , qu'elle en est
le principe et le ressort continuel , et donne
à la Piece l'élevation propre de la Tragédie
, en joignant à un interêt d'amour
l'interêt du Trône et d'un Empire entier,
Dans cet Exposé de l'avant- Scene , vous
venez de voir tous les Personnages de la
Piece , car il n'y en a aucun qui ne contribue
à l'Action , et c'est , à mon gré , un
Art dont on doit tenir compte à l'Auteur
d'avoir suprimé les Confidens , Personnages
d'ordinaire languissans et dont les discours
rallentissent toujours la chaleur de
l'Action . Les grands Maîtres ont regardé
quelquefois ce défaut comme nécessaire et
je ne les en blâme pas , mais je ne puis
m'empêcher d'estimer ceux qui sçavent l'éviter.
La
14 MERCURE DE FRANCE
La Scene ouvre par Ilcan et le Visir
qui s'étant rendus les Ministres de l'Amour
de l'Empereur , viennent l'attendre pour
lui rendre compte de l'état de Sémire à
son égard ; l'exposition se fait entre ces
deux traîtres d'une façon très naturelle ; le
Visir raconte à Ilcan la maniere dont il
l'a servi , et Ilcan expose au Visir la maniere
dont il prétend user de ces heureux
commencemens. L'Empereur paroît et de
mande des nouvelles de sa chere Sémire ;
Ilcan lui donne des esperances vagues ,
disant que le temps calmera la douleur que
lui cause la perte récente d'un Epoux; Aben.
Saïd ne peut s'empêcher de s'interesser au
malheureux sort d'Assan , et chasse de devant
ses yeux le Visir qui veut se justi
fier de l'avoir tué ; la Vertu , aussi puissante
que l'Amour sur le coeur d'Aben - Saïd ,
lui fait prendre la résolution de ne point
voir Sémire ; dans cet instant il s'aperçoit
qu'elle vient à lui transportée de rage et
de douleur ; il tâche en vain de l'apaiser
en lui offrant son Empire , elle le quitte
en l'apostrophant ainsi :
Dispose de ma vie ou tremble pour la tienne ,
Crains Sémire , crains tout ; un Trône ensanglanté
Ne met pas d'un Tyran les jours en sûreté ;
Ce n'est pas un sang vil que ma haine demande ,
Barbare
JANVIER . 1736 .
Barbare , c'est le tien que je veux qu'on répande,
A l'Univers entier je le demanderai ;
Tu me retiens ici , mais tant que j'y vivrai
Mes cris amers du Ciel implorant la
vengeance ,
Forceront tes sujets à prendre ma défense ,
Ce seul et triste espoir soutient encor mon coeur ,
Ah ! si le Ciel est juste,il me doit un vengeur.
Cette Scene jette dans le premier Acte
une chaleur d'interêt égal à celui dont sont
à peine remplis les derniers Actes de plusieurs
Piéces que j'ai vûës très aplaudies. Le
Sultan ému de cette entrevûë , reçoit pour
comble de malheur une Lettre de l'Emir
par laquelle il aprend la défaite de son ennemi
, et que ce jour même il va reparoître
à la Cour. Ilcan saisit
adroitement cet instant
, et lui conseille de le faire arrêter ; le
Sultan regardant en effet la présence de l'Emir
comme un obstacle à son amour ,
craignant d'ailleurs sa revolte , lorsqu'il
aprendra la mort de son gendre et la situation
de sa fille , donne ordre qu'on se saisisse
de lui à son arrivée.
,
et
Au second Acte le Sultan toujours vertueux
tant qu'il agit par
luimême
, employe
un moyen que la douceur lui la
douceur lui
suggere ,
il a recours à sa soeur , femme de l'Emir ; il
la conjure
d'employer toute l'authorité qu'elle
a sur sa belle- fille pour la déterminer à se
D
rendre
1
16 MERCURE DE FRANCE
rendre à son amour ; Roxane , loin de ceder
à de pareilles instances , exhorte son frere
éteindre une ardeur funeste qui va le plonger
dans le crime ; la prédiction est bientôt
justifiée , ils sont interrompus par un bruit
confus d'armes et de cris ; c'est l'Emir , qui
les armes à la main , a renversé la garde char
gée de l'arreter ; mais à peine aperçoit- il
I'Empereur, qu'il jette son épée, disant qu'il
vient lui aporter sa tête , et lui demander son
crime ; il lui parle avec la superiorité que lui
donnent son âge, le service qu'il vient de lui
rendre , ceux qu'il lui a rendus dans le gou
vernement de son Etat, et sur tout les soins
qu'il a pris de son enfance;jugezde l'effet que
doivent faire les reproches dans une bouche
si respectable,et quelle doit être l'impression
des regtets de cet homme sur la mort de
son gendre. Le Sultan s'en justifie , mais ces
raisons en satisfaisant le jugement du Spec
tateur ne l'auroient pas alors satisfait
tout entier , l'imagination et le sentiment
étoient émus par l'entrée et les discours de
l'Emir ; il faloit donc de la part du Sultan
quelque chose qui le satisfît dans le même
genre. Aben- Saïd rend à Timour son épée,
et lui ordonne d'occuper toujours sa place
dans l'Empire , et l'éxige de lui comme Ami
et comme Maître. Cette Scene réunissant les
deux qualités du neuf et du beau , n'a pas
manqué
JANVIER . 1736. 57
manqué , comme vous le devincz aisément ,
de faire un grand plaisir ; la generosité du
Sultan a charmé tout le monde , Ilcan seul
en est allarmé , et bientôt il vient à bout d'ébranler
la vertu du Sultan , en lui aprenant
qu'on fait revivre Assan ; cette nouvelle fait
tout l'effet qu'il s'en étoit promis ; le Sultan
désesperé , le charge en sortant d'éclaircir ce
bruits le Visir arrive ; Ilcan lui aprend la
réconciliation du Sultan et de l'Emir , et exprime
la situation de l'un et de l'autre par
ce Vers heureux :
Ils s'offensent tous deux sans pouvoir se haïr.
La crainte d'être écoutés les fait reti
rer tous deux dans leur apartement pour
mieux concerter leurs criminels projets.
Les deux traitres ouvrent la Scene du ze
Acte; leVisir se reproche de n'avoir pas donné
le coup mortel à Assan ; Ilcan instruit son
complice qu'il en a gagné la confiance , sous
le flateur espoir qu'il lui faciliteroit l'enlevement
de sa femme pendant la nuit prochai
ne, il charge leVisir de profiter de cet instant
pour lui donner la mort.Sémire qui entre toute
éplorée,les oblige de se retirer . La nouvelle
de l'arrivée d'Assan fait qu'elle le cherche en
tous lieux ; mais ne le trouvant point, elle se
livre à sa douleur,certaine de l'avoir perdu ;
alors
Dij
MERCURE DE FRANCE
alors elle le voit entrer ; un excès de plaisir
la fait tomber comme évanouie entre ses bras ;
jugez quel effet a dû faire l'entrevûë de ces
deux chers Epoux ; Sémire dans les transports
de sa joye exprime ainsi sa tendresse
à Assan
Avec vous les déserts les plus inhabitables ,
Au séjour de la Cour me seront préférables ,
Allons- en chercher un où tous deux retirés ,
Tous deux du Monde entier nous vivions ignorés ;
Là , bravant le Sulsan et sa fureur jalouse ,
Contente d'y porter le nom de votre épouse
A vous plaire bornant mes soins et mes désim ;
Je verrai tous mes jours couler dans les plaisirs ,
Libre de vous aimer , de moi - même maitresse
Je m'en fais un bonheur égal à ma tendresse ,
Et du moins , si le Ciel ne nous protege pas ,
J'y mourrai satisfaite en mourant dans vos bras
Leur joye est encore redoublée par l'arri➡
vée de l'Emir ; après avoir donné cependant
quelques momens au plaisir de se revoir
ils déliberent sur les moyens de se dérober à
la tirannie , l'Emir prend le dessein de les
faire partir pendant la nuit et de les envoyer
à Sultanie ; il les quitte pour mettre ordre à
leur fuite , en leur recommandant sur tout
de se défier d'Ilcan ; ils se séparent tous
trois
JANVIER. 1736. 19
trols les larmes aux yeux , et en font verser
aux Spectateurs. Le nombre de beaux détails
dont sont remplies toutes ces Scenes me font
souhaiter de pouvoir vous envoyer la Piéce
entiere.
Pendant la nuit que supose l'entr'acte du
trois au quatre , le Visir a été poignardé par
Assan , dans l'instant qu'il lui préparoit le
même sort ; Assan a été arrêté et mis dans
les fers. Le Sultan entre effrayé de cet évenement
, s'imaginant qu'Assan en vouloit à
ses jours;l'Emir paroît pour le justifier , mais
le Sultan lui déclare qu'Assan ne peut obtenir
sa grace qu'en se soumetant à la loi . L'Emir
soutient dans cette Scene la noblesse et
la fermeté de son caractere.
S'il osoit , (dit-il, ) à mon sang imprimer cette tache
Ma main le puniroit d'une action si lâché .
Enfin il tâche de ramener le Sultan à la
vertu par des discours pathétiques , remplis
de sentimens et de raisonnemens apuyés par
des exemples ,tirés de la conduite des Ayeux
d'Aben- Saïd ; le jeune Sultan s'apuye toujours
sur la loi , ce qui fait dire à Timour :
Non , les loix ne sont loix qu'autant qu'elles song
justes ,
Il est d'un Prince sage, ainsi que genereux ,
D'abolir une loi qui fait des malheureux.
D iij
Aben- Saïd
60 MERCURE DE FRANCE
Aben Saïd persevere dans son amour , et
apercevant Sémire , il sort en ordonnant à
Timour de résoudre sa fille à l'épouser , sinon
qu'il va faire périr Assan , il ne lui donpour
cela que le quart d'heure present ,
et dit qu'il va reparoître à l'instant.
' ne
L'Emir exhorte enfin sa fille à feindre
pour gagner du temps. Cette Scene est extrémement
touchante de la part de Timour;
il sort , et le Sultan reparoît. Quelle entrevûë
pour Sémire et pour Aben Saïd ? l'invention
de cette Scene marque le génie de
l'Auteur , la façon dont elle est remplie net
lui fait pas moins d'honneur , en voici un
morceau , qui , je crois , sufira pour vous
faire juger du reste :
Eh ! qu'éxige de moi votre injuste tendresse ?
Pour vous donner ma maîn , en suis je la maitresse
Je sçais ce que je suis , et ce que je vous doi ,
Et s'il m'étoit permis de disposer de moi •
Esclave on me verroit obéir à mon Maître ,
Avec soumission , sans n'en plaindre peut- être ,
Comment pourois- je alors vous refuser mon coeur
Alors je ne verrois en vous qu'un Empereur
Qui , grand également dans la paix , dans la guerre
Est né pour conquerir et gouverner la Terre ;
Vous m'offrez une main dont je connois le prix ,
Et , bien loin qu'au refus j'ajoute le mépris ,
Même
JANVIER. 1736. Gr
Même au sein des horreurs que vous me faites craindre
Je me sens malgré moi contrainte de vous plaindre
Je sçais que votre coeur en secret en gémit ,
Que, sentant sa fureur, lui- même il en frémit ,
Qu'acablé malgré lui sous le poids de sa chaîne ,
Il suit sans le vouloir , le penchant qui l'entraîne
Et si tout grand qu'il est , il en est abbatu ,
C'est qu'il est des instants fatals à la vertu.
Le mot de fatal au pluriel , quoique Fran
çois , n'est pas fort en usage , mais ce Vers
est si heureux , que je ne doute point qu'il
n'enhardisse les Auteurs à s'en servir dorénavant.
Enfin Sémire vient à bout de toucher
l'Empereur ; déja même il se résout à la
rendre à son époux , lors qu'Ilcan vient
annoncer la revolte de l'Emir ; cette nouvelle
rend au Sultan toute sa fureur ; il ordonne
à Ilcan de redoubler la garde d'Assan
et de Sémire , et sort pour faire face aux
rebelles ; l'interêt de cet Acte vous fait peutêtre
craindre que le cinquième ne puisse pas
y repondre , et cependant vous allez convenir
qu'il ne cede en rien aux quatre autres.
Ilcan se voit enfin au comble de ses désirs
; voilà l'Emir revolté contre son Maître,
il peut , en feignant d'embrasser le parti de
l'Emir , le faire agir pour lui . Pour y mieux
réussir , il commence par faire sortir Assan
D iiij de
62 MERCURE DE FRANCE
de sa prison;il arrive avec lui sur leThéatre
l'armant d'une épée pour se venger d'Aben-
Saïd , mais son attente est déçûë , Assan refuse
heroïquement de conspirer contre son
Maître en faveur d'un perfide , en lui disant :
C'est un Tyran pour moi, qui pour vous ne l'est pas
J
Ilcan sort en menaçant Assan qui va pour
le suivre Sémire qui arrive , l'arrête un mo
ment , après quoi il va secourir l'Empereur.
A peine l'Emir s'aperçoit- il de la perfidie
d'Ilcan , qu'il se range du parti du
Sultan pendant ce combat , Sémire reste
avec Roxane, dans l'attente de l'evenement;
Aben- Saïd arrive enfin accablé de douleur ;
quoique victorieux ; la mort de l'Emir lut
fait verser des pleurs ; en tuant Ilcan il en
a reçu un coup mortel ; ce vieillard venerable
, prêt à expirer , arrive , soutenu par Assan.
Il vient se prosterner aux pieds de l'Empereur
et demander la grace de ses enfans ;
le Sultan attendri et penetré , surmonte son
amour malheureux , et non content de ren
dre Sémire à son Epoux , il abolit encore la
loi , et donne à Assan la place de l'Emir ,
qui expire entre les bras d'Aben Saïd , à qui
il vient de sauver l'Empire et le jour , et
entre les bras de sa femme , de sa fille , et de
son gendre .
Je ne sçai quelle impression fera sur vous
JANVIER . 63 1736.
ce dénoûment ; pour moi je ne puis m'empêcher
d'être attendri en vous l'écrivant.
Il n'est point étonnant qu'un sujet aussi interessant
ait réussi au Théatre ; l'interêt y
regne depuis le commencement jusqu'à la
fin , et les Actes en sont tellement distribués
que
les situations vont toujours en en
cherissant , et y sont également bien préparées
et executées ; le grand succès vous en
paroîtra encore plus vraisemblable , lorsque
Vous sçaurez que le Rôle de Timour a été
parfaitement rempli par le sieur Sarasin
dont l'intelligence et les talens vous sont
déja connus. A l'égard du rôle de Sémire il
a été également joué par Mlle Dufrene , et
Mlle Gossin. Le sieur Grandval s'est acquitté
du rôle d'Aben - Saïd d'une façon qui
a justifié le choix que l'Auteur avoit fait
de lui pour le jouer. Je finis en vous apre
nant que cette Tragédie , ou pour mieux
dire , ce Sujet a été heureusement parodić
sous le titre du Droit du Seigneur , vous
voyez qu'il ne lui a manqué aucune marque
de succès. Adieu . J'ai l'honneur d'être & e .
D v A
64 MERCURE DE FRANCE
A MADAME ....
EPITRE
P Hilis , agréez pour Errenne
Les Vers dont je vous fais ma Cour
Frivoles Enfans de ma veine ,
S'ils me sont échapés sans peine ,
Je n'en exige aucun retour.
Peut- être un début si modeste
Vous fera douter de leur prix ;
Soit. C'est un songe que j'écris ,
Er pour si peu je ne conteste.
Lisez - le seuleinent , Philis ,
Je le croirai payé de reste.
Le matin est le temps des songes gracieux .
Morphée , à ses Pavots livroit encor mes yeux,
Et déja , cependant , l'impatiente Aurore
Dans l'ardeur de revoir Céphale qu'elle adore ,
Venoit de dissiper l'obscurité des Cieux ;
Dans ce temps précieux ,
Temps , à mon gré , toujours trop peu durable
Je rêvois que vers vous ,
dans un brillant atour
L'Amitié s'avançoit avec le tendre Amour.
Je les suivois , couple adorable !
Dieux séduisans ! hélas !
Toujours
JANVIE R. 1736. 65
Toujours nos coeurs nous guident sur vos pas !
Un maintien doux , un air affable ;
L'Amour pour plaire affectoit ces moyens :
Ce n'étoit tout , il y joignoit les riens
Par qui sa flamme s'insinuë ,
Les petits soins , les tons flateurs ,
Les regards , les soupirs , les pleurs
Bref, dans la jeunesse ingénuë ,
Tout ce qui subjugue les coeurs.
Sa Compagne plus grave ,
Montroit plus de grandeur ;
Attachée aux égards sans en être l'esclave ,
Exacte à ses devoirs , fidelle à la candeur ,
Ayant le vrai pour but , le sentiment pour guide
Promettant pour tenir , servant avec ardeur ,
En obligeant modeste , en conseillant solide.
Telies me paroissoient nos deux Divinités ;
Sans doute elles avoient bien d'autres qualités ,
Quelqu'esprit que l'on ait, on ne peut les voir toutes
De ce qui saisit Pun , l'autre à peine est frapé ,
Et sçait- on qui des deux par ses sens est trompé à
Nos coeurs ont des chemins , des routes,
Dédales variés , dont les impressions
Toujours du plus au moins changent les passions .
Amans , Amis , on l'est avec des differences ,
Nos penchans , des couleurs ont toutes les nuances,
Mais c'est trop apuyer sur des Reflexions ,
D vj Le
66 MERCURE DE FRANCE
Le ton moral endort. Je reviens à mon songe
L'Amour et l'Amitié déja vous avoient joint ;
Philis , dit le premier , décidez -nous un point ;-
L'Amitié ( dans l'erreur sa vanité la plonge , )
Oui , l'Amitié sur vous croit seule avoir des droits.
En vain vous me devez l'heureux talent de plaire ,
En vain sur ce talent j'ai fondé mes exploits ,
A l'entendre , mes soins , mes voeux , pure chimere
Sa raison yous conduit , son flambeau vous éclaire ,
Et vous sçaurez toujours vous soustraire à mes loix.
Parlez , se pouroit- il qu'un préjugé sévere ? . . .
Non , non , votre beauté vous égale à ma Mère ,
Comme elle , de l'Amour , vons entendrez la voix.
Eh ! quel bien vaut mon esclavage ?
...
Quel bien , ainsi que lui , satisfait le désir ?
Philis , heureux un coeur dont je regle l'hommage
Ou constant ou volage
Il ne l'est qu'au gré du plaisir ,
Et tout cede à cet avantage.
Ainsi parla le tendre Amour.
Mais l'Amitié, pour le combatre ,
Elevant la voix à son tour :
Que ton orgueil , dit- elle , est facile à rabatre
Tu vantes tes bienfaits !
Nomme donc ceux de tes Sujets
Dont tôt ou tard ton injustice
N'a pas excité les regrets.
Amour ;
JANVIEK . 67 1736.
Amour , Amour ! ton regne est celui du caprice
Tel plaît par ton secours ,
Qui , s'il ne l'avoit pas , seroit digne de haine ,
Et tel brise sa chaîne ,
Qui devroit par raison l'entretenir toujours.
Ton, feu n'est qu'une frénesie ,
Une fiévreuse ardeur
Qui s'empare du coeur
Et le livre à la jalousie .
Ressent- on sa vapeur ?
Tout agite , tout inquiete ,
Revient- on de l'erreur
On a honte de sa défaite ;
Un mot encor et je finis :
Entre nous deux voici la difference;
Sous ton Empire on voit des coeurs unis,
Sans parité comme sans convenance ,
Et sous le mien ils sont tous assortis ;
A ce discours l'Amour alloit répondre.
Peut-être l'Amitié n'auroit pû le confondre ,
Peut-être que sur elle il eût même eû le prix ,
Fatal évenement ! je m'éveillai , Philis ;
Vous
Et les Dieux , et vous , et le songe ,
Les yeux fermés j'avois vû ce mensonge ,
Tout disparut dès que je les ouvris .
que
O ! vous à qui j'écris ,
le Ciel forma pour aimer et pour plaire
Philis , que l'Amitié sur l'Amour yous éclaire ;
Les
i
28 MERCURE DE FRANCE
Les coeurs ne sont heureux s'ils ne sont assortis }
A ce point qu'elle avance aisément je souscris ,
Maisquoi ! ce qu'elle fait, l'Amour peut bien le faire
Examiner , peser . voila tout le mystére ; :
Que les Amans méritent d'être Amis ,
L'Amour sera toujours accompagné des Ris.
LETTRE de M. Maillart , ancien Avo
cat au Parlement de Paris , à M. l'Abbé le
Boeuf , Chanoine de l'Eglise d'Auxerre ,
sur les Limites de la Gaule Germanique et
de l'Aquitaine Gotique.
E
I J
Xcité , Monsieur , par les découvertes
considerables que vos travaux continuels
procurent dans les Monumens de
notre ancienne France , je vous fais part
des Observations suivantes . "
Dans le Spicilege de Dom Luc d'Achery ,
de l'Edition de 1723. Tome 3. page 266 .
jusques et compris la page 286. se lit ce
qui suit..
Liber de compositione Castri Ambasia , et
ipsius Dominorum gestis.
Je pense que ce Livre concernant Amboise
, a été composé après le milieu du
12. siecle .
Je tire ma conjecture de la fin de ce
même
JANVIER . 1736 . 69
même Livre , où se trouve ce qui suit
Nos equidem qua nota nobis sunt de facilioribus
moribus Hugonis , de pietate , liberalitate
, bonitate in suos , ad præsens præterimus ?
Deo opitulante librum istius historia claudimus
, et sic soluto promisso quiescimus.
Selon Bernier , page 299. de son Histoire
de Blois , le Comte Thibaut IV. mourut le
18. Juillet 1151. Donc l'Auteur du Livre
d'Amboise lui étoit contemporain , puisqu'en
témoin oculaire , il traite de Hugues
iv. et de son fils Sulpice.
Hactenus mihi videor de Hugone , et filio
suo Sulpicio , eaque oculis meis vidi , et auribus
audivi , dixisse.
Le même Anonime d'Amboise , Chapitre
premier , No. 9. a écrit ce qui suit.
"
Dùm Casar , in inferioribus Aquitania pare
tibus circa Oceanum Mare moraretur. Du
nicius , unus ex Ducibus Germania , qui Sequane
genti præerat , vir magnus , Romanis
infestus , cùm copioso exercitu in finibus Germania
manens , Cenomanicam , Turonicam ,
Neustriam , qua nunc Nort- mannia dicitur :
sape inpugnabat. Qui oppidum , à suo nomine ,
CASTRUM DUNI , nominatum construxit. Omª
nis terra à Fluvio Ligeris , usque Coloniam ,
olim GERMANIA vocabatur. Que nunc in Franciam
, Flandriam , Burgundiam , Lotaringiam
dividitur.
Ce
10 MERCURE DE FRANCE
Ce Dunicius est nommé Dumnacus , atr
Livre 8. des Commentaires de Cesar , continués
par Hirtius : multis Hominum millibus
à Dumnaco , Duce Audium Duracium clausum
, Lemovicum oppugnari.
De-là suit , que dans ces temps reculés ,
ce qui étoit au Midy de la Riviere de Loire ,
étoit Aquitaine ; et ce qui étoit au Nord ,
étoit Gaule ou France Germanique.
Ce Point de Géographie et d'Histoire ,
résulte encore des anciens Actes du Mar
tyre de S. Denis , qu'on dit être anterieurs
au Roy Dagobert I. décedé le 19. Janvier
638.
Ces Actes sont à la fin de l'Histoire de
S. Denis , par Felibien , Edition de 1706 .
page clxiv.
Ac Parisius Domino ducente pervenit . . ↓
Tunc memorata Civitas , et Conventu Germa
norum , nobilitate pollebat....
Sed subdebat se illi certatim Germania cer
vicositas.
Au Livre 2. Chapitre 37. de son Histoire
des François , Gregoire de Tours , décédé
âgé de plus de 70. ans , le 17. Novem
bre 595. nous indique que la Ville de Poitiers
étoit une demeure ordinaire d'Alaric ,
Roy des Gots , Possesseur de l'Aquitaine
et tué en fo7 . par le Roy Clovis , à la Bataille
de Yoüillé , au Sud- Est de Poitiers.
C44799
JANVIER . 1736. 71
Cumque placuisset omnibus hic sermo , commoto
exercitu, Pictavis dirigit. Ibi enim tunc Alaricus
commorabatur.
Au Livre 2. Chapitre 18. le même Gregoire
de Tours observe que Childeric I.
Roy de France , decedé le .... 482. après
s'être rendu maître de la ville d'Orleans
s'empara de celle d'Angers , après avoir fait
mourir le Comte Paul , qui y commandoit
pour les Romains.
Paulus verò Comes , cùm Romanis , et Francis,
Gotis bella intulit , et prædas egit. Veniente ver
rò Adomavio Andegavis Childericus Rex , sequenti
die advenit , interemtoque Paulo Comite
, civitatem obtinuit.
Cela est repeté au Chapitre 12 de. l'Epito
me de Fredegaire .
Le Roy Childeric I. retournant d'Angers à
Orleans , fut salué dans l'Isle d'Amboise , par
le Roy Got Alaric , avec lequel il regla les
bornes de leurs souverainetés respectives.
1
A l'effet de quoi , entre la ville de Bleré, et
le Ruisseau de l'Aindrois , furent élevés
deux Cavaliers ou monceaux de terre , aux deux
côtés du chemin deBleré à Loches , sur le ter
ritoire meridional de la Paroisse deSublaine.
Voici les termes de l'Anonime d'Amboise
, Chapitre 4. N°. 2 .
Mortuo Egidio , Syagrius filius ejus à Romanis
et Gotis , Suessionis in Regem elevatur
Childericus
MERCURE DE FRANCE
Childericus eum valde Suessionis pugnando de
vicit , urbeque sibi redditâ , syagrius ad Alaricum
fugit. Rex verò Parisiacum , totamque
terram usque Aurelianis recepit.
Dum Aurelianis moraretur , à fugitivis sibi
relatum est quod Adonagrius filius Ducis Saxoniæ
, cum multis navibus relicto mari , Lige
rim intrans , et ascendendo , terram Fluvio adjacentem
vastans , usque Andegavis venit
eamque obsedit. Igitur Rex , congregato magno
exercitu ad succursum urbis illius , monitu fu
gitivorum descendit. .. . .
N° . 3. Saxones adventum Regis comperien
tes , velociter cum Duce suo fugiunt. Ipse verò
Andegavis venit , urbem cepit, Paulum Romanum
Consulem ibi inventum suspendit , et Do
mum Romanorum que ibi erat , destruit, civita
tem , Prætore ad libitum imposito , munit.
Dum rediret CHILDERICUS : obviam venit ei
Rex Gotorum ALARICUS in insulâ Ambasia ,
colloquio adjuncti , faderati pacificatique sunt
In Planitie verò inter Bleriacum , et Andresium,
uterque populus Gotorum , et Francorum , jussú
Regum , Duos GLOBOS terra elevaverunt , quos
utriusque Regni fines constituerunt . Omnis terra
plana à Francis CAMPANIA dicitur.Et in bâc,
duo Globi in testimonium federis eminent.
A l'occasion de ces Monceaux de terre ,
Maan a écrit ce qui suit à la page 14 de son
Eglise de Tours , Edition de 1667. dans la
Vic
JANVIER 17361 *$
Vie de Jean II . de Monsoreau , 78 € Archevêque.
No. 5 .
Ii sunt aggeres duo , totâ Provinciâ Turonensi
longè celeberrimi , quos vulgo dicimus : LES
DANGES DE SUBLAINE.
A la page 102. Maan observe que Sublai
né SEBLENUM , est une des sept Eglises Paroissiales
données à S. Martin de Tours ,
avant 1119. par Gilbert 66 Archevêque .
J'ai eu la curiosité de faire chercher cest
deux anciens Monumens. Une personne
entendue , après avoir visité les Lieux
m'a marqué , qu'étant entre la ville de Bléré
, et le Ruisseau de l'Aindrois , à deux
lieuës de Bléré , à l'extrémité de la Paroisse
de Sublaine , au Sud - Est , le long du grand
chemin de Bléré à Loches , sur un terrein
nommé LA Novë AUX DANGES : il avoit
trouvé ces deux petits Monts , apellés actuellement
dans le canton : LES DANGES DE
SUBLAINE , à ISO pas l'un de l'autre ; l'un au
Sud- Est du chemin et l'autre au Nord-
Ouest , le chemin les séparant : la Dange
Sud- Est , est entiere en sa circonference , et
en sa hauteur ; mais les Lapins ont ruiné ou
diminué en fouillant, la Dange Nord - Ouest,
laquelle , à cause de cela , paroît moindre
que son témoin .
,
Les Etymologistes aux mots Nouë , Noe
y attachent l'idée d'une terre susceptible
d'être
74 MERCURE DE FRANCE
d'être convertie en pré sec , à courte herbe ,
du mot Latin Novale. Menage en son Dictlonnaire
au mot , Noe , ou Nouë.
Quoique le Bourg de Sublaine soit trèspetit
actuellement , la tradition veut qu'il
étoit spacieux autrefois , et qu'il se nommoit
Montafilan ; en effet il y paroît actuellement
des vestiges de caves , de puits , et d'autres
mazures.
OBSERVATIONS sur les noms Childeric ;
Clovis , Childebert , Clotaire , Cherebert ,
Chilperic.
En me conformant à l'origine des choses ,
je vous représente , Monsieur , que je mets
un point entre les deux premieres lettres des
noms C. HILDERIC ; C. LOVIS ; C. HILDEBERT
; C. LOTAIRE ; C. HEREBERT : C. HIL
PERIC , car la lettre anterieure C. signifie LE
RoI , CONING . De- même qu'actuellement le
Roy d'Espagne signe Yo EL REY : quoique
les anciens n'ayent pas observé ce point differentiel
intermediaire .
Sans cela , le C. seroit inutile dans les
noms C. Hilderic , C. Lovis , C. Hildebert ,
C. Lotaire , C. Herebert , C. Hilperic , dont
IH se prononce âprement comme le K.dans
la Langue Teutonne Germaniqué , qui est
l'ancienne Langue Françoise , dont ces noms
sont originaires.
Dans
JANVIER. 1736. 73
Dans ces anciennes Langues , et dans les
Pays qui s'en servent encore , ces quatre
lettres C. G. H. K. forment le- même son ,
et sont employées indiferemment comme
des sinonimes.
Sur quoi on peut lire le laborieux Olivier
Vred , de Bruges en Flandres , en son curieux
Traité : Veterem Flandriam esse primam Frantiam.
Edition de 1650. page 239. Capite 20 .
Francorum , patriam Linguam eandem fuisse
Cum Flandricâ nostrate.
Idem sonat C. Hilpericus intensâ adspirationes
vel quia Regum nominibus præferunt C.
quo veteres Franci Coning , id est , Regem significant.
Post ea cum reliquo nomine coaluit. Ut
ex vocibus Hildericus , Lodovaus , Lotarius ,
prafixa dignitatis Regia notâ C. efficit,C . Hildericus
. C. Lodovaus , C. Lotarius , &c.
De-là resulte que les anciens Auteurs Latins
ont eu raison de ne pas mettre la lettre
C. devant ces noms propres : HILDERICUS ,
LODOVAUS , HILDEBERTUS , LOTARIUS , HEREBERTUS
, HILPERICUS.
Sur les trois Langues qui divisoient les
Gaules , on peut voir la Cosmographie de
Paul Merula , parte 2. libro 3. capite 15. pag.
420. Edition. de 1605. mes notes sur Artois ,
Chronologie , pag. 78.N° . 29. CHILDERIC I.
Selon Chifflet , en son Traité de la Resurrection
du Roy Childeric : Anastasie Childerisi
76 MERCURE DE FRANCE
derici Regis, imprimé à Anvers en 1655.chapitre
4.le Roy C.HildericI.naquit à Amiens,
vers l'an de JESUS CHRIT 436. et y retour
mant de son voyage d'Allemagne , ce Roy
mourut vers l'an 485. et fut inhumé près et
à l'Est de la ville de Tournay sur l'Escaut
où son Sepulcre payen fut trouvé le 27.
May 1653 .
>
Cette riche découverte donna lieu au Sçaant
Jean Jaques Chifflet , Medecin de l'Ar
chiduc Leopold- Guillaume d'Autriche , Gouverneur
des Pays - Bas , de composer cet Ouvrage
si excellent et si recherché ..
Ce Prince donna la partie la plus considerable
de ceMonument à l'Electeur de Mayen
ce , qui en fit present au Roy Louis XIV.
et cette partie est actuellement à Paris en la
Biblioteque du Roy : le reste de cette découverte
est à Tournay , dans une Maison
particuliere.
Ces Observations vous confirmeront ,
sans doute , dans les idées que vous avez prises
qu'il y avoit des Rois François dans les
Gaules , avant le Roy Clovis.
Je suis , & c.
De Paris le 20. Novembre ´1735.` .
LES
JANVIER. 1736. 77
IN
LES PAPILLONS .
IDILLE.
Nconstans Papillons , qui voltigez sans cesse
De plaisirs en plaisirs , de Maitresse en Maitresse
Qui ne trouvez jamais de cruelles beautés ,
Et voyez nos malheurs du sein des voluptés ;
Que votre sort est doux ! qu'il est digne d'envie
Vous passez en aimant votre innocente vie ,
Rien ne peut altérer un bonheur aussi doux ,
Amans toujours aimés , vous n'êtes point jaloux,
De toutes les couleurs dont les fleurs sont parées
Sur vos aîles on voit éclater les livrées ,
Vous leur peignez ainsi l'excès de vos ardeurs ,
Et montrez aux humains l'art de vaincre les coeurs
L'Amour , le tendre Amour dont vous êtes l'image,
Dont vous avez le coeur , les aîles , le corsage ,
Ne paroît comme vous , que lorsque les Zéphirs
Ont prédit son retour par leur tendres soupirs :
Il fuit ainsi que vous , quand l'Hiver va paroître
Et perd avec les fleurs ses plaisirs et son être ,
S'il est de doux momens , ils vous sont destinés .
Que vous êtes heureux ! et nous infortunés !
Les rigueurs des saisons , les amoureuses flames
Son
8 MERCURE DE FRANCE
Sont les cruels tyrans de nos corps , de nos ames.
A peine la clarté frape nos foibles yeux ,
Que nous sentons,helas ! leur pouvoir odieux.
Bientôt l'âge fougueux et d'aimer et de plaire
Vient encore augmenter notre humaine misere .
La raison veut envain nous montrer son flambeau ;
Nous l'éteignons ; nos coeurs lui servent de tombeau
De l'enfant de Paphos trop aveugles victimes ,
( Ce Dieu qu'on méconnoit , quand il paroît sang
crimes. )
Insensés nous aimons jusqu'à sa cruauté ,
Sa noire perfidie et sa legereté :
Il nous accable envain de ses plus rudes chaînes ;
En vain il n'a pour nous que rigueurs et que peines į
Nous brulons à l'envi pour ce Tyran cruel ,
Dans nos coeurs effrenés un encens criminel .
Enyvre-t'il nos sens de ses douces délices
Les plus parfaits plaisirs se changent en suplices.
Mille soupçons jaloux comme autant de vautours ,
Viennent ronger nos coeurs, empoisonner nos jours ,
Sommes-nous comme vous inconstans et perfides ,
Nous ne trouvons par tout que des beautés rigides,
Notre amour vit un jour , ce jour est orageux .
Vos feux sont éternels , et sont toujours heureux ,
Si vous vous unissez à quelques fleurs nouvelles ,
Vos chaînes pour cela ne sont pas éternelles ;
Quand vous en êtes las , d'un coup d'aile vainqueurs
Yous
JANVIER. 1736. 79
Vous brisez un lien qui gêne votre coeur.
Maislorsqu'un sort fatal aux loix de l'Himenée
A soumis et nos coeurs et notre destinée ,
Rien ne peut nous soustraire à son joug rigoureux ,
Plus nous le haïssons , plus son poids est affreux.
Papillons trop heureux , Amans de l'inconstance ,
Qu'entre nous le destin a mis de difference !
Vous vivez , vous mourez près de vos cheres fleurs ,
Nous vivons , nous mourons dans le sein des mal
heurs.
La Nature pour nous moins mere que marâtre ,
Vous dit par chaque fleur qu'elle vous idolâtre :
Sans cesse son amour sensible à vos désirs ,
L'oblige à se percer le sein pour vos plaisirs.
Atropos tranche - t'elle enfin vos jours de soye ,
Vous n'êtes pas long-temps à ses horreurs en proye;
Dans la nuit du tombeau vous retrouvez le jour ;
Phénix vous renaissez , et mourez tour à tour ;
Elle a beau vous ravir la céleste lumiere ,
Et finir pour un tems votre aimable carriere ;
Son triomphe sur vous ne faitjamais horreur ,
Vos corps,quoique glacés, n'ont pas moins de splen
deur ;
On va pour recueillir leurs dépouilles brillantes ,
Affronter le courroux des vagues menaçantes ;
Elles font le bonheur d'un sçavant Curieux ;
Il n'a point de trésor plus cher , plus précieux ;
Sans cesse il le contemple , et sans cesse il l'admire
E A
80 MERCURE DE FRANCE
A ses divers atraits son ceil ne peut suffire ;
Et chaque jour découvre à son nouveau regard
Quelque Beauté qu'envain tâche d'imiter l'Art.
Mais hélas ! quand la mort de son soufle nous glace,
Que de la vie en nous elle ravit la place ,
C'en est fait pour toujours nos yeux, nos tristes yeux
Ne se rouvrent jamais à la clarté des Cieux.
Les présens merveilleux que nous fit la Nature
Cet air de majesté , cette aimable figure
Ne deviennent soudain qu'un spectacle d'effroi ,
Qui nous dit;tremblez tous , vous serez comme mois
Oui , vous-mêmes, grands Rois, arbitres de la terre,
Qui lui donnez la paix , qui lui faites la guerre ,
Qui vous voyez par tout des mortels reverés ;
Qui , vous serez un jour ainsi defigurés.
Rien ne vous sauvera de cette loy suprême ;
La mort qui voit sans yeux méprise un Diadême,
Mais je ne puis finir ce funeste Tableau ,
De ma tremblante main échape mon pinceau,
Vivez , chers Papillons , amoureux et volages ,
Expirez quand l'Hyver commence ses ravages ,
Renaissez au Printemps pour adorer les fleurs ,
Et n'enviez jamais notre sort plein d'horreurs.
Par M. de S. R. de Montpellier.
JANVIER. 1736.
**
LETTRE en réponse à celle d'un Principal
du College de Province , sur la Méthode de
la Version et de la Composition d'une langue
en l'autre.
St- ce tout de bon, Monsieur, ou pour vous
E égayer sur une matiere seche et abstraite,
que vous affectez dans votre Lettre de regarder
comme égales , indifferentes , et imparfaites
les deux méthodes de la version et de la
composition en usage pour mettre un enfant
en état d'entendre les Auteurs Latins ?
je suis persuadé que si vous aviez lû mon
Ouvrage avec votre attention ordinaire , aulieu
de le parcourir simplement , comme
vous dites l'avoir fait, vous auriés changé de
ton , et trouvé au contraire la preuve de
l'inégalité de ces deux méthodes .
J'ai dit que la méthode de la version d'une
langue inconnue en sa propre langue est
sans comparaison plus facile à aprendre que
la composition de sa langue en toute autre.
langue étrangere . J'ai dit que la méthode de
commencer par la version , est plus conforme
à la raison , à l'expérience , et à l'autorité
des plus habiles Grammairiens , d'où il a
été aisé de conclure que cette méthode de la
E ij version
32 MERCURE DE FRANCE
version étant plus facile , et abrégeant le
chemin pour arriver à la connoissance des
langues , devoit par conséquent être d'abord
préferée pour l'instruction des enfans mis au
Latin , et indépendament de cela , vous trouverez
en lisant le premier volume de la Bibliotheque
des Enfans , cent endroits qui
prouvent démonstrativement la superiorité
de la méthode du Bureau sur toute autre
méthode, Vous y trouverez ce que vous sçavez
il y a long-temps , que la plupart des
Religieuses entendent mieux le Latin du
Bréviaire qu'elles ne seroient en état de mettre
le Bréviaire François en Latin ; que les
Apotiquaires entendent mieux les Ordonnances
des Médecins , quoiqu'en Latin , qu'ils
ne seroient en état de les composer de François
en Latins qu'il n'y a personne sans exception
qui ne se trouve plus capable de
traduire en sa propre langue celle que lon a
étudiée , que de composer en ces mêmes
langues celle que nous parlons. Nous entendons
facilement un Discours Latin sans
avoir la même facilité pour y répondre , et
cela doit être ainsi à l'égard de toutes les langues
mortes ou vivantes ; parce que nous
devinons , nous conjecturons dans la version
pour descendre d'une langue , que
nous sçavons peu , à celle que nous sçavons le
mieux ; Mais il n'est pas aussi facile de remonter
JANVIER. 1736. & ;
monter , de conjecturer de la langue mater
nelle à la langue que l'on étudie , et je suis
surpris du parallele continuel que vous faites
pour prouver dans ce même sens l'égalité des
deux méthodes ; c'est aparamment faute d'avoir
assés refléchi là- dessus , qu'on resté
dans le prejugé , et c'est ce qui doit aug
menter ma surprise.
Vous trouverez aussi dans le même Ou
vrage , que le Bureau Tipographique est em
ployé pour la composition et pour la version
la seule difference à observer , c'est
qu'on commence par la version avant l'étude
des regles , et la pratique de la composition
, et cela par le moyen de l'Imprimerie
du Bureau Tipographique ou de l'équivalent
de l'Ecriture , que ne peut jamais donner la
méthode vulgaire à l'enfant qui ne sçait pas
écrire. Ce seul point a d'abord arrêté les Esprits
les plus critiques , les plus prévenus ;
mais le Bureau Tipographique a des avantages
bien plus considerables que vous pouvez
lire dans Tarticle XI . du premier volume.
Le plus important de ces avantages , c'est de
donner aux Parens une pierre de touche
pour bien juger de la maniere de penser , de
parler , et de raisonner de la plus part des
Maîtres. On connoit bientôt , à la vûë d'un
Bureau , l'esprit et le coeur de ceux qui se
presentent pour l'éducation des enfans ; c'est
E iij
un
84 MERCURE DE FRANCE
un sistême très - humiliant pour eux , et qui
découvre facilement l'ignorance , l'indifference
, la paresse , et l'esprit mercénaire que
permet de cacher la Méthode vulgaire ; c'est
pourquoi nous avons tant de peine à trouver
de bons Maîtres , pendant que la Méthode
vulgaire peut choisir dans le grand
nombre , et les meilleurs choisis par Jes pa
rens n'ont pas honte quelquefois de leur
avouer qu'ils ne voudroient pas , quelque avantage
qu'on leur fit , s'assujetir au travail pent
ble du Sistême Tipographique , c'est- à - dire
qu'ils ne voudroient pas faire totalement
leur devoir pedagogique , mais abuser les
Parens et les enfans.
La machine du Bureau elle- même n'est pas
une Méthode , ce n'est tout au plus que Pé
quivalent des Livres , des Grammaires &c.
Mais par l'esprit du Sistême nous entendons
ce que vous appelez l'art de bien montrer ,
l'art du plus ou du moins dans toutes les
routes que l'on peut prendre. Or cet esprit
de Sistême est si méthodique , si universel?,
et si philosophique que les Maîtres vulgaires
ne peuvent presque pas y atteindre,à cause
comme je viens de le dire , des prejugés , de
l'indifference , ou de la paresse qui les animent
et qui les guident.
Je ne sçai , Monsieur , pourquoi vous affectez
encore de parler de la parfaite intelligence
JANVIER: 1736. 89
Fence d'un Auteur Latin. Il ne s'agit pas de
cela avec de petits enfans à qui l'on ne
montre d'abord que des mots , des terminaisons
de mots déclinés ou conjugués , les premiers
élemens de la Langue. Le point de la
question est de sçavoir s'il est mieux de com
mencer par des themes ou par des versions.
Mais la Méthode vulgaire ne pouvant faire
composer que lorsque l'enfant sçait écrire ,
il s'ensuit qu'il doit être éxercé dans la version
avant que d'être mis à la composition ,
au lieu que par le moyen d'un Bureau unenfant
peut être éxercé de la double maniere ,
et c'est ainsi qu'on l'a pratiqué à l'égard des
enfans destinés au College . Car pour les autres
qui doivent faire leurs études dans la
maison paternelle, on insiste plus long tents
sur la version , et l'on trouve ensuite que ces
enfans, à proportion de l'âge, sont plus forts
même sur la composition que ceux du College.
A l'égard des progrès extraordinaires pro
duits par les versions , vous suposez qu'il est
aisé de faire paroli en faveur de la composition
; vous avez donc des enfans des à 6
ans qui composent et qui sçavent écrire , ce
que nous ne voyons guere à Paris que dans
les maisons où l'on suit le Sistême du Bureau
Tipographique , et où l'on a par ce
moyen l'équivalent de l'Ecriture .
E iiij Les
86 MERCURE DE FRANCE
Le témoignage de M. le Fevre , de M
Rollin , de M. du Marsais , & c. supose
qu'il n'y a point de proportion gardée entre
l'enfance et la Méthode vulgaire qui éxige
la composition ; il est vrai que la maturité
de l'âge est plus nécessaire dans la composition
que dans la version ; et cela prouve
encore combien il est plus raisonnable de
mener les petits enfans par la Méthode préliminaire
de la version avant que de les mettre
à l'écriture et à la Méthode de la composition
. Mais d'où vient qu'après avoir fait
toutes ses études dans un des meilleurs Colleges
, on se trouve plus fort sur l'explication
que sur la composition , et qu'on ou
blie bien plus facilement l'un que l'autre ?
Ne croyez vous pas , Monsieur , qu'un Ecolier
qui expliqueroit matin et soir pendant
une semaine la même page de Latin ,
la
sçauroit beaucoup mieux que celui qui sans
voir ce Texte auroit composé deux fois le
jour en Latin le François de cette même page;
car ordinairement on se contente de corriger
les solecismes , les improprietés du theme ;
mais ce n'est jamais que du Latin étranger ,
et l'on peut apliquer cela aux éxercices des
écoles et des classes de College ; c'est pourquoi
peu de gens écrivent bien en Latin ,
pendant qu'un grand nombre est capable de
donner des Traductions en notre Langue, et
d'où
JANVIER
1736. 87
dou vient encore que tous ces Sçavans qui
traduisent tant de Langues mortes et vivantes
, sont incapables de les parler et de composer
en ces mêmes Langues ?
,
Un Régent qui a plus de centEcoliers dans
sa classe , et qui leur explique un Auteur
Latin , est sur que ces enfans voyent tous le
bon texte Latin , et qu'ils entendent le bon
François du Regent ; mais quand il s'agit
de leur donner un theme , ils ont beau voir
le bon François , ils ne voyent point également
le bon Latin ; chacun fait le sien et
fort mal , et ensuite au hazard on en corrige
quelques uns ; l'année passe , on finit le
cours de ses études et on se trouve bien
moins en état de mettre en bonLatin sa propre
langue , que de traduire en bon François le
meilleur Latin . Vous aurez même pû remarquer
que les écoliers deshautes classes qui étu
dient leur propre langue ont encore plus de
facilité que les autres qui ne le font pas , quand
il s'agit de traduire du Latin en François.
Si vous etiés obligé de traduire en Arabe
un Discours Allemand , ou de mettre ce Dis-
Cours Allemand en Chinois ; voilà le cas où
version et composition , c'est la même chose ;
mais quand on part du Latin pour descendre
au François , une grande partie des mots
se trouvent déja connusl'Italien qui traduit
du Latina encore un plus grand avantage ,
E v et
88 MERCURE DE FRANCE
et l'Allemand au contraire doit avoir plus de
peine à traduire le Latin en Allemand , mais
ce même Allemand aura toujours plus de fa
cilité dans la version que dans la composi
tion , parce qu'une partie du texte entendu
facilite l'intelligence du reste , au lieu que
dans la composition on ne trouve jamais ce
raport Voici une experience que j'ai fait
faire à ce sujet. On a donné à un cinquiéme
et à un quatriéme uunnee ddeemmii page de version
Françoise rangée mot à mot comme le Latin
, on a servi de Dictionnaire à ses enfans ,
on leur a dit les mêmes mots du pur texte
Larin , et ensuite on a donné à un Réthoricien
ce même François bien rangé , lui
laissant la liberté de le composer à sa fantaisie.
On a ensuite presenté à des Juges la
double composition , et ils ont trouvé que le
Latin du cinquième et du quatrième étoit du
Latin de Maître, et que celui du Réthoricien
étoit du Latin d'écolier , d'où il est aisé de
conclure que la parfaite composition est in-
Animent plus dificile à atraper que la version
, et si les Régens n'étoient pas si prévenus
de leur routine , ils feroient traduire
à haute voix en classe un texte François en
Latin,comme Ciceron lui-même seroit obligé
de le faire pour aprendre à traduire notre
Langue en la sienne , et s'il est plus aisé de
composer en Latin que de traduire en Fran-
و
çois ,
JANVIER. 1736. 89
çois , d'où vient que dans les Ecoles et dans
les Colleges on ne fait pas composer de vive
voix en Latin un texte François ?
Je suis mortifié de redire ce que j'ai repeté
en tant d'endroits de mon Ouvrage . II
est vrai que la Méthode des versions et des
compositions pratiquées dans les basses classes
, ne donnera pas d'abord la parfaite intelligence
d'un texte Latin . Mais il n'en est pas
moins vrai que toutes les classes faites , on
sera toujours plus fort sur la version que sur
la composition , et un fait aussi clair devoit
vous porter à admettre l'inégalité des Méthodes
et à convenir seulement que la Méthode
de la composition dans les Colleges,
doit être plus utile et plus forte pour
inculquer dans la tête des enfans la pratique
des regles sur lesquelles on insiste peut- être
moins dans la version , parce que l'esprit de
l'enfant saisissant et conjecturant plutôt le
François à la vûë du Latin , on s'arrête moins
à la doctrine des regles, et quand même on s'y
arrêteroit beaucoup , cela feroit moins d'im
pression sur lui que n'en font les themes composés
et corrigés mot à mot ,faute à faure,solecisme
à solecisme ; mais cet avantage en faveur
des regles apliquées,sur un mauvais La
rin ne donneroit jamais l'avantage que donnera
laversion ,parce qu'elle part d'un bon texte
Latin , et que le compositionnaire n'y arrive
E vi presque
go MERCURE DE FRANCE
presque jamais. Il y a plus ; ne peut- on pas
aprendre par coeur les regles de la civilité ,
de l'usage du monde , les regles de la Logique
sans en être ni plus civil , ni plus poli , ni
plus Philosophe dialecticien ? Pourquoi donc
ne pouroit- on pas aprendre toutes les regles
élémentaires de la Langue Latine sans sçavoir
ni la version ni la composition ? il faut
donc combiner et aprécier les choses , avant
que d'en tirer des consequences.
M. l'Abbé Danet que j'avois cité , n'ignoroit
pas que dans les Colleges on pratique
la Méthode de la version et de la composition
; mais il sçavoit aussi qu'on donne beaucoup
plus de temps à la mauvaise composi
tion qu'à la bonne version , et que par une
injustice digne de l'aveugle prejugé , on éxi
geoit dans les petites écoles et dans les basses
classes la Méthode de faire un theme plurôt
que celle de traduire. J'ai été obligé de
donner dans le Mercure du mois d'Octobre
une Lettre pour répondre à un Précepteur
qui chargé d'un enfant mis au College, trouvoit
qu'il étoit trop foible sur la composition
, pendant qu'il le trouvoit plus fort
que les autres sur la version et sur quantité
de connoissances acquises selon le Sistême
du Bureau Tipographique. Quand un enfant
est presenté pour aller au College, on débute:
dans l'éxamen par la composition ; c'estlà
JANVIER. 1736. 9r
ordinairement le point décisif , et le
fruit du préjugé de la Méthode vulgaire.
S'il est permis de faire une comparaison
de la Musique à l'étude du Latin , nous
trouverons que sçavoir la Musique pour
chanter à livre ouvert n'est autre chose
que
d'avoir tant solfié des intervalles , des mesures
et des lignes de Musique , qu'on ne trouve
presque plus rien de nouveau que dans
l'assemblage , dans la suite des mesures où
la totalité de l'air et non dans les parties qui
le composent. Il en est peut- être de même
dans l'explication d'un Auteur Latin qu'on
n'a jamais vû en gros , mais qu'on a vû en dé
tail ; et notre Musicien ne s'avise de montrer
la composition qu'à ceux qui ont déja
acquis la Musique vocale ou instrumentale.
7
Je crois néanmoins trouver une difference
bien grande entre la Méthode de la version ,
de la composition , et la Méthode qui joindroit
l'usage de parler Latin à celui de traduire
et de composer. La crainte, au reste, est
mal fondée sur la pureté du langage Latin ;
car quand un enfant aprend la langue maternelle
de sa nourice , ou de ceux qui l'environnent
, on n'a point de scrupule là-dessus
; on n'est point scandalisé des fautes ,
des solecismes , des barbarismes , des contretems
, des improprietés , des mauvaises.
constructions ; on va peu-à - peu d'une ma
3
niere
92 MERCURE DE FRANCE
niere insensible , et dans la suite on rectific
bien
par le même usage le langage de l'enfance
qui doit préceder celui des hommes
formés.
A l'égard de la difficulté que vous faites
sur le passage tiré du traité de la vieillesse ;
je puis et je dois vous répondre que la Méthode
de la version rendra plutôt en bon
François ce même passage, que ne le rendroit
la Méthode de la composition . L'Enigme
de la version paroîtra toujours plus aisée à
deviner que l'Enigme de la composition , par
la raison tant de fois alleguée , que la lan-.
gue maternelle est un plus grand acheminement
vers la version que vers la composition
. Dans l'une , votre langue vous guide
par bien des raports pour y arriver , et dans
Pautre elle vous est presque inutile pour les
regles et pour le stile ; au lieu que dans la
version la langue maternelle facilite en tout,
et je ne puis comprendre comment je me
trouve obligé d'insister pendant si longtemps
là - dessus. Il faut que l'habitude et le
préjugé des Colleges soient un obstacle à
bien comprendre cet article , et cet obstacle
s'explique par la raison , souvent donnée
ailleurs des esprits pliés , repliés , envelopes
et cachetés sous le sceau de la Methode vulgaire
, qu'il faut avoir la force d'ôter .
Vous n'avés pas saisi , Monsieur , l'idée
du
JAN VIE R. 1736. 93
du Rudiment pratique , selon l'ordre Historique,
Chronologique et Grammatical ; c'est
le préjugé qui pour de petits enfans fait imaginer
la nécessité de lier une phrase avec l'au
tre . Ce n'est pas là la marche des enfans
et rien ne les rend plus attentifs que cesphrases
nouvelles et détachées , la conversation
et l'âge y font bien trouver ensuite la
liaison nécessaire. C'est encore le préjugé de
la Méthode vulgaire qui fait imaginer que
le but principal des premieres études roule
sur les déclinaisons et les conjugaisons , et
non sur l'Histoire ; le Bureau pense autrement
, et fait passer l'Historique avant let
Grammatical. Quand un enfant aprend à
parler , c'est mot à mot , phrase à phrase , il
suffit que l'objet sensible donne l'intelligence
de chaque chose , et si les trois quarts
des hommes sans études sçavent décliner et
conjuguer dans le besoin , faut - il douter
qu'un petit enfant n'y parvienne ensuite
à cause de la richesse et de la fécondité instructive
et agreable des idées et des éxemples
?Il faudroit au contraire crier contre la
Méthode vulgaire qui accable et dégoute les
petits enfans , en les obligeant d'aprendre
par coeur des exemples dont ils ne voyent
nil'utilité,ni le raport qu'ils aperçoivent faci
lement dans les petites phrases élementaires
du Rudiment pratique.
Vous
94 MERCURE DE FRANCE
Vous avez facilement compris, Monsieur,
que les gallicismes , les improprietés et les bar
barismes , qu'on a hissé négligemment dans
l'interlineaire , Article II . & III . des décli
naisons et des conjugaisons du Rudiment
pratique , n'étoient pas des modeles de La
tinité , mais des modeles de phrases indiquées
aux bonsLatinistes qui voudront entreprendre
serieusement l'ouvrage dont j'ai donné
le plan dans la Préface du quatriéme vo
lume. La Méthode que je propose est du
plus au moins, celle que l'on suit dans chaque
pays pour montrer la langue maternelle
aux petits enfans.
Je ne cherche qu'à persuader mon Lecteur
en détruisant le préjugé , en répondant aux
objections , si j'en viens à bout , on me pardonnera
facilement le peu d'ordre , les répetitions
et la secheresse de mon stile sans agrémens
, sans précision , faute de talent , d'aquit
ou de goût pour la partie de la Litterature
amusante , dont certain Public est affag
mé. J'ay l'honneur d'être , &c.
AU
JAN VIER. 1736. 99
AU SIFLEUR SIFLE
· FABL E.
Le Serin et le Geay.
N Aiglon naquit l'autre jour ,
Digne fruit d'un Royal Amour.
Ce fut pour les Oiseaux grand sujet d'allegresse
Soudain mille plaisirs , mille concerts nouveaux s
Chacun d'eux à l'envi , par les airs les plus beaux
En cette occasion témoignoit sa tendresse.
D'avanture un Serin , hôte d'un ancien bois
( Des Oiseaux bien apris la demeure ordinaire )
Aux accents de la Troupe osa mêler sa voix ;
Peut-être fut- il témeraire .
Disons pourtant la verité :
Ce ne fut point par vanité.
Jeune , il n'esperoit pas remporter la victoire ;
Animé seulement du désir de la Gloire ,
Il faisoit pour son Roy des efforts genereux ;
Il chante ; on aplaudit à ses tons gracieux ;
On aprouva son zele ; on loüa son courage ;
Et des Rossignols même il obtint le suffrage.
Qu'arriva-t'il ? un Geay sur un mont écarté,
( Par des Oiseaux diserts , lieu pourtant habité)
En
96 MERCURE DE FRANCE
En fut jaloux . Un si mince plumage ,
Dit-il , sera comblé d'honneur !
Et le mien meprisé ! tentons ; ayons du coeur
Son ramage est charmant , qu'importe
S'il a la voix plus belle , aussi je l'ai plus fortes
Je ferai de ses tons oublier la douceur.
Ce n'est pas bien souvent le sçavoir qui l'emporte
Ainsi dit , ainsi fait . Il forme quelques airs
De concerts anciens , qu'il imite et r'habille ,
( Car tel est son talent ; outre que Geay babille ,
Il tâche d'imiter les animaux divers ;
Ce qu'il entend , il veut le contrefaire ;
Par cet endroit il charme le vulgaire )
Il prélude , il fredonne , enfin à plein gosier
Notre Geay se met à crier.
Son chant faisoit pitié. Ce n'étoit que rudesse ,
Sons rauques et tons faux ;
Nulle délicatesse ,
Et cent autres défauts.
Il falloit le Corbeau pour faire sa partie ;
L'on auroit entendu plaisante mélodie.
Bref , de tous les Oiseaux honni , siflé , berné ,
Même de ses pareils repris et condamné ,
Le Chanteur réduit au silence
Fut contraint de laisser la victoire ati Serin ;
Et pour prix de son arrogance ,
Qu'emporta- t'il un mépris souverain .
Que
JANVIER. 1736. 97
Que d'hommes sont Geais à ce conte !
Sans en nommer aucun , j'en connois aujourd'hui,
Qui voulant effacer le mérite d'autrui ,
Retirent du Combat le mépris et la honte.
I
REFLEXIONS.
Lest aussi vrai dans la Nature
que
dans
la Politique , qu'il n'y a pas moins d'adresse
ni d'honneur à conserver les choses
qu'à les acquerir.
L'homme sans patience dans la mauvaise
fortune est dans un état digne de compas
sion , toujours chagrin des douleurs qu il
souffre , ou allarmé de celles qu'il apréhen
de , il se trouble , il s'inquiete , il s'emporte
, et enfin , par une fatalité étrange , il
éprouve que son impatience est un nou
veau suplice qu'il ajoûte à ses douleurs , et
que le plus grand de tous les maux est de
n'en pouvoir souffrir aucun .
Soutenir les maux présens avec une fermeté
tranquille , envisager ceux qui nous
menacent avec une intrépidité assurée , accepter
volontairement tous ceux qui peuvent
33 MERCURE DE FRANCÈ
vent nous arriver par une résignation sin
cere , c'est le plus haut degré de perfec
tion de l'homme sage.
>
De toutes les Guerres du Monde , la Ci
vile est constamment la plus injuste et la
plus cruelle , elle se forme dans les entrailles
de l'Etat , elle arme les Sujets contre
leur Prince naturel , elle souteve les Enfans
contre leurs Peres , et elle anime les freres
contre leurs freres , ensorte qu'elle viole
tous les droits de la Nature , elle renverse
toutes les Loix de la Religion , et elle détruit
toutes les maximes de l'Etat ; mais
quoique tout soit si triste dans ces guerres
malheureuses , on peut dire que rien n'en
est plus funeste que la victoire , parce que
le sang qui s'y répand , est toujours le sang
de la Patrie , le sang des Sujets , et le sang
du Prince , puis qu'il vit dans ses Sujets
que les Sujets vivent en lui , et que tout le
sang répandu coule de ses veines .
Notre propre conscience est un témoin
sans reproche et bien sévere contre nous .
Le peu de soin que nous prenons à nous
instruire de la verité , est la cause de mille
faux préjugés que nous acquerons tous les
jours.
Co
JANVIER . 1736. 99
Ce qui fait que nous oublions si - tôt les
bienfaits que nous avons reçûs , c'est que
notre coeur ambitieux de la nouveauté , et
dégouté de ce qu'il possede , tombe dans
un déreglement , d'où procede l'ingratitude."
Le coeur de l'homme a tant de replis , qu'il
est impossible de connoître une veritable
réconciliation , et si nous voyons notre en
nemi s'interesser dans ce qui nous regarde,
c'est bien souvent pour épier l'occasion de
nous perdre avec plus d'avantage.
La generosité a cela de singulier , que
quand elle fait un plaisir elle n'attend point
de retour.
Il faut une continuelle attache auprès des
Grands , si nous voulons qu'ils se souvien
nent de nous ; leur mémoire en cela a du
iaport à une glace qui ne reçoit les impressions
qu'autant que l'objet lui est présent.
Nous ne devons de la reconnoissance
à nos amis , qu'à proportion qu'ils nous
ont obligé de bonne grace , parce que la
grandeur de l'obligation ne se mesure point
par sa qualité , mais par la maniere de celui
qui fait plaisir .
Il n'y a point d'homme sous quelque
800
Cicl
100 MERCURE DE FRANCE
Ciel qu'il puisse être , qui ne ressente en
lui- même des impressions de la Divinité.
Les plus ambitieux ne pouvant obtenir
la gloire qu'ils désirent avec empressement,
ont trouvé le secret de se la procurer en
la méprisant.
Il n'est rien qui marque mieux le ve
ritable caractere de l'amour , que le désinteressement.
La vengeance nous est toujours funeste ,
quand on en use contre ce que l'on aime.
On peut revenir quelquefois de l'indifference
, mais on ne revient presque jamais
de la haine après avoir aimé.
L'amour ne sçauroit unir bien fortement
deux coeurs , que la sympathie n'ait commencé
son ouvrage.
La verité et les aparences ont des raports
si conformes , qu'on passe quelquefois
pour habile homme en se méprenant.
Le secret est l'ame des grandes Entre
prises , et sans lui on ne sçauroit jamais
venir à bout heureusement de ses affaires.
Les
JANVI E R. 1736.
Les personnes qui sont dans l'élevation
sans avoir de veritables amis , sont toujours
malheureuses , parce qu'elle les contraint
de recevoir les disgraces de la vie avec tou
te leur pesanteur dans les vicissitudes de
la fortune .
EPITAPHE
Qui est dans la Ville d'Amiens.
Sous moi
pierre
Chy gît Pierre
De Mouchy ,
Qui fut chy
Mort bouté .
Sa bonté
Dieu lui fasse
Voir en face.
S'Epouzée ,
Qui est pouzée
Chy omprès ,
Qui après
Trépassa ,
Et passa
De che Monde ,
Dieu l'amonde,
Tant
702 MERCURE DE FRANCE
Tant véquirent ,
Qu'ils acquirent
Onze Enfans ,
Bruns , blons , blancs,
Or sont morts
Tous chés corps ,
Qui pourrissent ,
Vers nourrissent ,
Et attendent
Qu'ils reprendent ;
Sous chés Lames ,
Corps et ames ,
Pour aller ,
Et voler
Au saint Lieu ,
Que doint Dieu.
La Lancette est le mot de l'Enigme du
premier Volume de Décembre ; et ceux des
Logogryphes sont Mésopotamie et Rocher.
Tome On trouve dans le premier , Esope ,
Temps , Sem , Moïse , Mois , Momie , Ami ,
Tamise , Tamis , Asie , Tapis , Siam , Pot¸
Pâté, Pate,Topase, Pie , Mais , Si, Mi, Pose.
Le mot du troisiéme Logogryphe est
Orage , dans lequel on trouve Or , Age
Rage , Gare , Gar , et Orge.
Le mot de l'Enigme du second volume
de
JANVIER . 1736. 103
de Décembre est les Pleureuses du Deüil ,
ceux des Logogryphes sont Eglise et Partie.
On trouve dans le premier , Seigle , Elie ,
Elise , Liege , Siege , Lie , Sel , & c .
J
ENIGM E.
E cause differens effets .
Tantôt j'annonce la tristesse
Et tantôt dans les coeurs je porte l'allegresse ;
Aul bruit éclatant que je fais ,
Un Peuple tout entier quelquefois s'interesse.
* Aux défunts , ainsi qu'aux vivans ,
A chacun je suis utile ;
A la Campagne , à la Ville ,
Je sers les Petits et les Grands.
Je repousse , dit - on , maint accident fumeste ,'
Aussi redouté que la peste ,
Qui n'épargne pas même un Dieu
Dont Jupiter est l'origine ,
Et renouvelle en plus d'un lieu
Les pleurs que fit verser autrefois Proserpine;
L'on me donne le nom d'un Saint du Paradis,
Je ne suis pourtant pas humaine Créature ;
Je finis ; à cette peinture
Vous pouvez aisément deviner qui je suis .
P. L. J. de D:
F LO=
104 MERCURE DE FRANCE
J
LOGOGRYPHE.
E suis la flateuse chimere
Dont l'homme est toujours agité ;
Sept lettres de mon nom font le Vocabulaire ;
Qui présente au Lecteur grande Varieté.
Deux Métaux , dont l'un est vanté ,
L'autre brille fort à la guerre,
Certain réduit de sûreté ,
D'Architecture Militaire ;
Ce qu'on voit à l'Eglise , en Mer et chés le Roy ,
La derniere se porte en pompe et bel arroy.
Ce qui fait que le corps agit et se remuë ;
Du Nutonnier l'espoir ou le dérangement ;
Ce qui façonne l'aliment ,
Dont mainte personne est repuë .
Ce qu'on voit au - dessus des yeux ;
Deux des sept Tons de la Musique ¿
Un animal chasseur , ou l'homme curieux ,
Grand nouvelliste et politique ;
Un terme connu du Marin.
L'aspect qui son sillage guide,"
Pierre sableuse et point solide ;
Doublant mon chef , un mets délicat et friand
Un Comté que possede un Grand,
Le
JANVIER : 1736. Ies
Le nom d'une très- belle Ville ,
Où le Commerce est en crédit ;
Ce qui fait au Soldat changer de domicile ;
Devinez , Lecteur , j'ai tout dit.
F. D. C.
Pour
AUTRE
Our Pere , j'eus l'Auteur de la Nature ;
Je porte un front audacieux ,
Et dans ma bizarre structure
Je m'éleve jusques aux Cieux ;
Mon Pays est la Terre Sainte.
De cinq lettres mon nom de tout temps fut construir;
Transposez , combinez , sans beaucoup de contrainte,
Voicy , Lecteur , ce que ce nom produit .
L'état que doit fournir un homme de Commerce ,
Quand le Créancier le traverse.
Un Fleuve renommé , dont le débordement
Procure une heureuse abondance ;
Ce qui plus d'une fois précede un Sacrement ,
Ou rend notoire un ordre , une Ordonnance?
Nom de femme connu dans le vieux Testament ;
Un Acte que souvent on fait devant Notaire ,
Qui ne sçauroit finir sans un dérangement.
Une Plante aux Humains utile et nécessaire ;
Une autre , dont pour l'ordinaire ,
Fin Cuisinier ne doit user que sobrement. ,
Fij
Ce
166 MERCURE DE FRANCE
Ce qui des Almanachs cause le changement ;
Enfin un excellent remede ,
Que nous ordonne un Assassin ,
Qu'on baptise du nom d'habile Médecin ,
Quand douleur de reins nous possede.
F. D. C.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , &c.
Na annoncé dans le Mercure du
mois de Février de l'année derniere
les deux premiers Tomes de l'Abregé Chronologique
et Historique de l'origine , du progrès
et de Pétat actuel de toutes les Troupes de
France, Il y est dit que le premier traite
des quatre Compagnies des Gardes du Corps
et de celle des Gendarmes de la Garde ; et
le deuxième , de la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Garde , des deux Compagnies
des Mousquetaires , de celle des
Grenadiers à Cheval , et des seize Compagnies
de la Gendarmerie.
L'Auteur vient de donner le troisiéme
Tome , qui comprend le reste
de la Maison du Roy , c'est-à- dire , le
Régiment
JANVIER . 1736. 107
Régiment des Gardes Françoises et celui
des Gardes Suisses . Il fait une exacte recher
che de l'origine et de l'institution du premier.
Il marque son rang , ses Privileges et
les changemens qu'on y a fairs en differens
temps . Ensuite il donne une Chronologie
des Mestres de Camp et des Colonels , des
Lieutenans- Colonels et des Majors , enri
chie de fideles Memoires pour servir à
l'Histoire de ces Officiers ; puis une Chronologie
de ceux des Capitaines aux Gardes
qui sont parvenus aux premieres dignités
de la guerre , telles que sont celles
de Maréchal de France , de Lieutenant General
, de Maréchal de Camp et de Brigadier
d'Armée. Cette Chronologie est aussi
accompagnée de Memoires pour servir à
leur Histoire.
Après cela on trouve la Chronologie de
tous les Capitaines qui se sont succedés
dans chaque Compagnie depuis la création
du Régiment jusqu'aujourd'hui , avec une
Liste de tous les Capitaines tués au Ser
vice du Roy depuis la création du Régiment
; de tous les Lieutenans tués depuis
l'an 1645. de tous les Sous- Lieutenans tués
depuis 1657. et de tous les Enseignes tués
depuis 1645 .
Enfin l'Auteur donne un Journal Histo
rique , ample et très circonstancié des bel-
Fiij les
108 MERCURE DE FRANCE
les actions de tout le Corps , depuis sa se
conde institution sous Henry III . en 1574-
jusqu'à la Paix de Rastat en 1713 .
Le Régiment des Gardes Suisses est traité
avec la même, méthode ; on y voit son institution
, les changemens qui y sont arrivés
, le rang que les Compagnies tiennent
entr'elles ; une Chronologie des Colonels
et des Lieutenans - Colonels , avec des instructions
pour servir à leurs Eloges , et un
Journal Historique de toutes les belles actions
de ce Corps , depuis son institution
jusqu'à présent.
Ce troisiéme Tome est comme les deux
premiers , orné d'un très-grand nombre
d'Armoiries et de Vignettes en taille - douce ,
très bien dessinées et gravées , où sont représentés
les attributs des deux Régimens
et les Sieges et Combats où ils se sont
trouvés.
A la tête de ce troisiéme Tome l'Auteur
a placé un Avant- propos , pour répondre
à quelques personnes de mauvaise humeur
qui ont prétendu affoiblir le mérite de cet
excellent Ouvrage , sous prétexte qu'ils ont
remarqué ou qu'ils ont oui dire qu'il y a
quelques fautes dans les deux premiers.
Comme cet Avant- propos n'est pas long ,
nous avons jugé à propos de l'inserer ici
tout entier.
IL
JANVIE R. 1736. 109
Il n'y a guére d'Ouvrages , dit- il , de quelque
nature qu'ils soient , où il ne se trouve des
fautes , du moins en ce qui concerne les Faits
parce que tout Auteur est homme , et qu'il ne
sgait ce qu'il raporte , que sur ce qu'ont dit
on écrit d'autres hommes . Toutes les personnes
raisonnables reglent leur jugement sur ce principe
, et sont bien éloignées de se laisser prévenir
contre un Livre , quoiqu'elles y aperçoi
vent quelques méprises , pourvû qu'elles ne
soient ni absurdes ni trop fréquentes . Elles sçavent
qu'il en est de l'Historien comme de l'honnête
homme.
Perfectissimus ille.
Qui minimis urgetur.
J'ai prévenu mon Lecteur dans la Préface
du
premier Volume , que loin de regarder mon
travail comme une production parfaite et un
Ouvrage fini , je ne le donnois que comme un
plan pour servir à ceux qui auroient du goût
pour cette noble matiere , et qui voudroient profiter
de mes travaux , pour donner à cette entreprise
le dégré de perfection qu'elle doit avoir,
neanmoins je crois pouvoir assurer , sans présomption
, qu'on ne trouvera dans ce que j'ai
donnéjusqu'à présent, ni dans ce que je donnevai
par la suite, aucunefaute qui regarde ce que
j'apelle le fond de mon Ouvrage et l'objet principal
queje me suis proposé , je veux dire l'o-
F iiij rigine
116 MERCURE DE FRANCE
rigine et l'institution des Corps ; la suite chro
nologique de leurs Officiers ; les Evenemens Mi
litaires ; les Marches , les Campemens , les
Sieges , les Batailles , et en general toutes les
occasions on se sont distingués les Corps dont
je traite.
Je conviens qu'il peut n'en être tout-àpas
fait de même à l'égard des noms propres et
des actions particulieres de quelques Officiers
de ces mêmes Corps . On m'a fait remarquer ,
et j'ai remarqué moi- même que je me suis trompé
à l'égard de quelques- uns ; mais j'espere que
le Lecteur équitable me pardonnera facilement
ces fautes , s'il veut bien considerer premierement
qu'elles ne sont , pour ainsi dire , qu'accidentelles
à mon Ouvrage , en ce qu'elles n'en
touchent , comme on voit , ni le fond ni l'objet
principal ; et en second lieu , qu'il étoit mora
lement impossible de les éviter toutes. En effet ,
en ouvrant seulement mon Livre , on voit que je
suis entré dans un détail presque infini de noms
et d'actions particulieres . La connoissance de
ces noms et de ces actions ne m'est point venuë
par infusion. Il m'a fallu consulter un nombre
prodigieux de Memoires , tant imprimés que
manuscrits , or se persuade - t'on que ces Memoires
ayent tous été tellement corrects , soit de la par
des Auteurs mêmes , soit de celle des Imprimeurs
on des Copistes , qu'il ne s'y soit glissé aucune
alteration dans les noms de quelques Particu
liers
JANVIER. 1736.
ITI
tiers et dans les circonstances de leurs actions ?
Voila pour les Officiers qui ne sont plus.
A l'égard de ceux qui sont actuellement en
place , leurs noms et leurs actions n'étant encore
, pour la plupart , dans aucuns Memoires
publics , si j'y aifait quelques fautes , elles ne
・me peuvent être raisonnablement impuiées. L'exactitude
sur ce point n'a ppiu dépendre de mon
étude et de mon aplication ; il a fallu nécessairement
m'en raporter anx Memoires particuliers
qui m'ont été fournis ; mais comme je
tiens la plupart de ces Memoires de personnes
instruites et intelligentes , je suis convaincu que
dans cette partie même on trouvera peu de fautes
considerables à relever; et pour n'avoir rien à
-me reprocher , j'ai crû devoir corriger toutes
-celles qui sont venues à ma connoissance par
un Errata general , dans lequel j'ai inseré quel-
·ques additions , suivant les remarques que j'ai
faites depuis l'impression de ces trois volumes ,
ou que des personnes éclairées ont bien voule
me communiquer:
on
Je profiterai toujours avec bien du plaisir
et de la reconnoissance de tous les Memoires
dont on aura la bonté de me faire part pour
la suite de mon Ouvrage : et pour commencer à
executer ce que je promets , j'ai jugé à propos
de mettre à la tête de ce troisiéme Volume l'état
des Corps dont j'ai parlé dans les deux
premiers , pour instruite plus parfaitement le
Lecteu
112 MERCURE DE FRANCE
Lecteur des changemens qui se sont faits depuis
que j'ai commencé à imprimer ; je représente
ces Corps tels qu'ils étoient à l'ouverture
de la Campagne de 1735 .
Après cet Avant- propos on trouve un
petit Avertissement qui porte que le deuxiéme
Tome ayant un peu moins coûté que
le premier , et le troisiéme un peu moins
que le deuxième , on a crû devoir réduire le
prix de chaque volume en feuilles à 17. liv.
et que c'est sur ce pié qu'on les débitera dorénavant
chés les Libraires suivans , à Paris
, chés Bauche , Libraire du Roy de Portugal
, Quay des Augustins ; chés G ffart ,
ruë S. Jacques, à sainte Therese ; chés Jean
Baptiste Coignard , ruë S. Jacques , à la Bíble
d'or ; chés Rollin , fils , Quay des Augustins
à S. Athanase ; à Lyon , chés Duplein
, Libraires à Lille , chés Maton , Libraire
, sur la petite Place ; et à Liege , chés
Everard Kints , Libraire et Imprimeur , en
Souverain- Pont , à la nouvelle Imprimerie.
MELCHU KINA , ou Anecdotes secrettes et
Historiques. A Paris , chés Jacques Rollin ,
fils , Quay des Augustins , à S. Athanase
in 12. de 345 •
LE SIECLE , ou les Memoires du Comte
de S .... par Madame L .... in 12. pp.
107.
JANVIER. 1736., 113
107. et 76. imprimé à Londres , et se trouve
à Paris , chés Rollin , fils , Quay des
Augustins , et Clousier , rue S. Jacques.
MEMOIRES DE MONTECUCULLI , Généralissi
me des Troupes de l'Empereur , divisés en
trois Livres. i . de l'Art militaire en général .
2º . de la Guerre contre les Turcs. 3. la
Relation de la Campagne de 1664. nouvelle
Edition , revûë et corrigée en plusieurs endroits
par l'Auteur , et augmentée de plus
de 206. Notes Historiques et Géographiques.
A Strasbourg , chés Jean Raynold
Doulsecker le pere , 1735. in- 12 . pp. 469-
HISTOIRE DE PIETE ET DE MORALE , par M.
l'Abbé de Choisy . A Paris , chés P. G. Le
Mercier , ruë S. Jacques , au Livre d'or in-
12. deux vol. 1735. 4.liv.
ECLAIRCISSEMENS LITTERAIRES SUF WIN
Projet de Bibliotheque Alphabetique , sur
l'Histoire Litteraire de Cave , & sur quelques
autres Ouvrages semblables ; avec des
Kegles pour étudier & pour bien écrire.
Ouvrage Périodique. A Paris , ches Le
Breton , Quay des Augustins , 1735- Bro
chure in-4°.
Fvj L'E
114 MERCURE DE FRANCE
L'ETRENNE D'IRIS , Cantate Anacréonth
que , à voix seule et accompagnement de
Flute ou de Violon , mise en musique par
M. Noblet. Le Poëme est de M. Valois d'Or
ville. De Imprimerie de J. B. Christophe
Ballard &c. in - 4º.-
ESSAY PHYSIQUE sur l'economie animale,.
par François Quesnay , Maître ès Arts , Chi
rurgien reçû à S. Côme , Membre de la So
creté Académique des Arts , et de l'Acadé
mie des Sciences et Belles Lettres de Lyon ;
Chirurgien de M. le Duc de Villeroy . A
Paris , chés Guillaume Cavelier , rue S. Jac
ques , au Lys d'Or , 1736. in 12.
L'ETNA de P. Cornelius Severus , et les Sentences
de Publius - Syrus , traduits en François
, avec des Remarques , des Dissertations
Critiques , Historiques , Geographiques
& c. et le Texte Latin de ces deux Auteurs à
côté de la Traduction . A Paris chés Chaubert
, Quay des Augustins , & Clousier , rue
S. Jacques , 1736. in- 12 .
CALENDRIER PERPETUEL, dédié à M.d'Or
messon, Conseiller d'Etat &c. Pat M. Gausse
l'aîné , chés qui il se vend , ruë de la Verrerie,
vis -à - vis la rue du Cocq , et chés Bailleul ,.
Grayeur rue Galande à Paris ,
REFLEXIONS
JANVIER. 1736. rif
REFLEXIONS MILITAIRES ET POLITIQUES ,
traduites de l'Espagnol de M. le Marquis de
Santa Cruz de Marzenado , par M. de Vergy.
Tomes 3. & 4. A Paris , chés Jacques Gue
rin , Quay des Augustins , 1736. in 12 .
CATALOGUE des Livres de la Bibliotheque
de feu M. Henry Charles du Cambout , Evêque
de Mers , Prince du S. Empire , Duc de
Coislin , Pair de France ; dont la Vente com
mencera en détail le Lundi 23. Fanvier etjours
suivans , depuis deux heures de relevée jusqu'au
soir , au Convent desgrands Augustins , 1.vol.
in- 1z. de 307. pages. A Paris , chés Jeande
Nully, au Palais , et Jacques Barrois , fils ,
Quay des Augustins , M. DCC . XXXVI .
LA VIE DE S. PAUL , Apôtre des Gentils,
et Docteur de l'Eglise , éclaircie par l'Ecri
ture Sainte , par l'Histoire Romaine , et par
celle des Juifs , avec des Réfléxions tirécs
des SS. Peres. A Paris , chés C. J. B. Deles
pine le fils , rue S. Jacques , 1735. in- 12
3. vol.
LETTRES CRITIQUES de Hadgi Mehemet
Efendi , à Madame la Marquise de G. an
sujet des Memoires de M. le Chevalier d'Arvieux
; Avec des Eclaircissemens curieux s'r
Les Moeurs , les Usages , les Religions , et les
differentes
116 MERCURE DE FRANCE
differentes formes de Gouvernement des Orien
taux , traduites en François par Ahmed Frangui
,Renegat Flamand , 1. vol.in 12. A Paris,
chés Quillan , ruë Galande , à l'Annonciation
. M. DCC . XXXV.
Quoique ces Lettres , suivies de deux
Dissertations sur les trois principales Langues
des Orientaux et sur l'origine des
Turcs , ne forment qu'un Ouvrage de 120 .
pages d'impression , cet Ouvrage est fort
instructif sur des matieres curieuses qui ne
sont pas aprofondies, ailleurs , et il peut
passer pour un bon Errata des six gros volumes
des Mémoires du Chevalier d'Arvieux.
LE REGIME DU CARESME , consideré par
raport à la nature du corps , des alimens , en
trois Parties , où l'on examine le sentiment
de ceux qui prétendent que les alimens
maigres sont plus convenables à l'homme
que la viande ; où l'on traite à ce sujet de la
qualité et de l'usage des légumes , des herbages
, des racines , des fruits , du poisson ,
&c. et où on éclaircit plusieurs questions
touchant l'abstinence et le jeûne , suivant
les principes de la Phyfique et de la Médecine
, entr'autres , si l'on doit défendre en
Carême l'usage de la Macreuse et du Tabac,
in- 12.2. liv.
3
TRAITE
JANVIER. 1736. 117
TRAITE DES ABEILLES , dans lequel on
voit la véritable maniere de les gouverner
et d'en tirer du profit , avec une Dissertation
curieuse sur leur génération , et de nou.
velles Remarques sur toutes leurs proprié
tés , in-8 °. 1735. 1. liv. 5. sols.
HISTOIRE DES PLANTES , par Baubin , avec
Ia représentation des Plantes , in - 12 2. vol .
6. liv. Par M. Andry , Docteur Régent de
la Faculté de Médecine à Paris , Lecteur et
Professeur Royal. A Paris , chés P. G. Le
Mercier , rue S. Jacques , au Livre d'Or.
ME'DITATIONS Sur les principales Vérités
de la Religion Chrétienne , suivant les raports
qu'elles ont avec le Mystere d'un Dieu
souffrant et crucifié , distribuées pour tous
les jours où l'on expose la vraie Croix . Par
M. Gilly , ancien Theologal de l'Eglise det
Bayonne , et Doyen du Chapitre Royal de
S. Laud lès Angers , un volume in- 12. -
A Paris , chés Paulus du Mesnil , au Lion
d'Or , 1736.
Ce titre annonce le tour nouveau et touchant
que l'Auteur a tâché de donner à des
vérités qui sembleroient d'ailleurs épuisées .
Dans la Dédicace , que S. A. S. Monseigneur
le Duc d'Orleans a bien voulu agréer , on
s'attache principalement à célebrer dans ce
religieux Prince les vertus qui ont le plus
da
fr MERCURE DE FRANCE
de raport à son sujet . On lit vers le milieu
ée grand principe : Pour établir la foi dans un
Dieu crucifié , il falloit des miracles éclatans ;
pour la conserver , il ne faut plus , avec le setours
de la grace , que l'autorité et l'exemple : il
n'y en a point de si frappant et de si persuasif,
que celui que donnent les Princes religieux : la
gloire de ces Princes , dit S. Augustin , n'est
pas de commander à des Nations belliqueuses ,
mais de réprimer leurs propres passions , &c.
de Civit. Dei L. 5. Cap. 24 .
:
Le Discours préliminaire sert à faire connoître
l'usage que l'Eglise fait de la Croix
et de son signe sacré : on y rend compte
aussi du dessein de l'Ouvrage . Comme les
vérités aussi bien que les vertus sont liées les
unes avec les autres , je n'ai pû , dit notre
Auteur , me dispenser de faire en faveur des
L´cteurs moins instruits , comme un précis du
Dogme et de la Morale , j'ai néanmoins tâché
de ne point perdre de vue mon principal objet' ;
et si je n'ai pas omis les motifs généraux , j'ai
surtout insistésur la Passion du Sauveur.
Au second Point de la premiere Meditation
, on s'exprime ainsi sur la vie interieure
que JC. communique à ses Enfans . » Tel
» est le mérite de la Croix . Tel est la noblesse
du Chrétien, Telle est le change-
» ment merveilleux , que la mort de cet
>> Homme- Dieu a dû produire en nous. Si
» nous
JANVIER. 1736. 71
»
nous agissons, si nous parlons , si nous tra
» vaillons , ce doit être par la grace de J.C.
par le mouvement de son Esprit , par une
sainte et étroite union avec lui: c'est- à- dire ,
»que nous devons penser comme lui, aprou
» ver ce qu'il aprouve , condamner ce qu'il
» condamne , agir par les mêmes vûës et les
» mêmes motifs , obéïr comme il a obéï, souf
»frir comme il a souffert ; consulter en tout
" sa volonté , & dépendre absolument de
la vie interieure qu'il communique à ses
» véritables Enfans . Ce n'est pas que nous
» n'agissions nous- mêmes , et que nous n'u
> sions de notre liberté , mais ceux qui sont
» véritablement libres , n'ont point d'autre
» lumiere , d'autre guide , d'autre Liberateur
» que son Esprit divin : Verè liberi eritis , si
Filius hominis liberaverit vos:
veur
Dans la Méditation sur la Foi , après le
récit des miracles arrivés à la mort du Sausuivis
de la conversion de tant de
Peuples , on ajoûte : » Ce que S. Paul avoit
> dit par un esprit prophetique , que tout
» genou fléchisse au Nom adorable de JESUS,
»se vérifie sensiblement tous les jours .
>>Nous voyons les plus hautes Puissances
» du monde fléchir le genou devant la Croix,
» et se prosterner aux pieds de J. C. pour
» lui faire hommage de leur grandeur. Il
» n'est plus nécessaire pour le croire , de
» captiver
126 MERCURE DE FRANCE
captiver son entendement , comme at
» temps de l'Apôtre ; il suffit d'ouvrir les
yeux à cet édifiant spectacle.
Méditations surle Paradis.J.C.dit l'Apôtre,
» établi le Pontife des biens à venir , ne nous
na pas seulement rachetés par son propre
Sang , il nous a de plus acquis un héritage
éternel. Qui ne pense qu'aux biens présens
et périssables , ne mérite pas d'avoir
» le Fils de Dieu pour Pontife. Ce n'est pas
que toute puissance ne lui ait été donnée
sur la Terre , comme dans le Ciel , et que
>> nous ne tenions de sa pure bonté tous les
» biens temporels et la vie même , qui nous
met en état d'en user ; mais il nous aprend
à faire si peu de cas de ces biens caducs et
frivoles , qu'il les distribuë souvent à ses
>> ennemis avec une espece de profusion , et
» qu'il a voulu s'en priver pendant toute sa
vie mortelle. Le prix infini de sa Croix et
» de ses souffrances , ne pouvoit avoir pour
>>fruit principal , que des richesses incom-
» préhensibles , des délices inéffables , et une
»gloire immortelle .
Méditation sur l'Obéissance. L'Obéissance
» vaut mieux que le sacrifice , et c'est une es-
" pece d'idolatrie que de refuser à Dieu
» la soumission d'esprit et de coeur qui lui
» est duë : l'amour de l'ordre fait tout le mé-
» rite de l'homme sur la terre , et fera son
' >> parfait
JANVIER . 1736. 727
parfait bonheur dans le Ciel , comme dans
les Enfers il n'y a que désordre et confu-
» sion ; le préjugé le plus favorable pour le
"
>
salut , c'est de se complaire dans l'or-
» dre établi par le souverain Créateur ,
» de se rendre fidele et obéissant au moin-
» dre signe de sa volonté , d'aimer la subor
» dination et de respecter son authorité
» dans tous ceux qu'il en a revetus ; d'être
persuadé que toute autorité vient de Dieu,
» et que ce seroit résister au Tout - Puissant ,
que de ne s'y pas soumettre avec amour.
» C'est cette sainte disposition , qui fait le
» parfait Chrétien , le vrai Catholique , le
» peuple fidele. C'est elle qui maintient la
paix dans les Etats et dans les familles
qui en assure le bonheur et la tranquilli-
» té ; qui fait que chacun remplit ses devoirs
» avec affection , avec mérite , avec consola-
» tion et perseverance. L'Homme selon le
» coeur de Dieu , est celui là seul , qui ac-
>> complit en tout sa volonté , et qui l'a uni-
» quement en vûë dans toutes ses démar-
>> ches. Rien n'est grand par raport à Dieu ,
» s'il ne le commande ou ne l'agrée ; et rien
» de ce qu'il commande n'est petit , à en ju-
» ger par les châtimens dont il punit les prévaricateurs
, et par les récompenses desrinées
aux ames fidelles et obéissantes .
On a crû que ces Extraits devoient être
pris
12 MERCURE DE FRANCE
pris des principes plutôt que des affections
ou des pratiques dont le Livre est rempli
Ceux qui prendront la peine de le lire trouveront
, que quciquè l'Auteur n'ait pas toujours
cité les passages de l'Ecriture auxquels
il fait allusion , il a presque tout puisé dans
cette divine source ; il ne faut pour s'en convaincre
consulter les marges.
que
PRODUCTION D'ESPRIT contenant tout ce
que les Arts et les Sciences ont de rare et de
merveilleux. Ouvrage critique et sublime ,
composé par le Docteur SWIFT , et autres
Personnes , remplies d'une érudition profonde
, avec des Notes en plusieurs endroits.
Traduit par M. *** vol. in 12. Le premier
de 232. p. le second de 458. p . A Paris
, chés Theodore le Gras , Grand Sale du Falais
à l'L couronné , M. DCC XXXVI.
2 .
P
Ce Titre convient avec justice à l'Ouvrage
de l'un des plus rares et des plus sublimes
génies que la Grande Bretagne ait produits
dans le dernier siecle. C'est le Docteur Swift
dont il est ici question , Docteur si celebre
et si estimépar toute l'Angleterre qu'il suffic
de prononcer son nom pour faire son Eloge.
>
En effet quoique les Sçavans Anglois Modernes
soient presque tous des personnes fort
judicieuses et spirituelles , cependant on peut
dire le Docteur Swift les a tous surpasque
sés
JANVI E R. 1736. 123
és par ses pensées fines et delicates ; par ses
expressions ingenieuses et pleines de feu , et
sur tout par un certain badinage éloquent ,
et rempli d'érudition qui est repandu dans
tous ses Ecrits .
Après avoir rendu au mérite et aux quali
tez brillantes de ce Docteur toute la justice.
qui leur est duë, il est à propos de dire deux
mots de son Ouvrage. Ce sont des Disserta
tions sur plusieurs sujets , dans lesquelles
l'érudition et la plaisanterie la plus fine sont
étalées sans affectation , et d'une maniere à
mettre toujours de son parti les Sçavans , et
les rieurs judicieux . Sa bataille des Livres est
regardée de tous les connoisseurs comme un
morceau exquis de fine critique , et un effort
prodigieux d'imagination .
On a inseré dans cet Ouvrage plusieurs petits
traités qui ne sont pas de ce celebre Au
teur; mais ils n'en sont pas moins à estimer,
telles sont les Dissertations sur la Pietre Philosophale
, sur la cabale , et quelques autres
très capables d'exciter la curiosité des
Sçavans par le grand jour qu'elles repandent
sur la vanité de ces sortes de sciences . On
croit enfin qu'il y aura peu de Curieux qui
ne recherchent avec plaisir un Ouvrage écrit
avec tant d'art , de précision et d'érudition.
Les seuls Lecteurs à qui il pouroit bien ne
pas plaire , sont ceux à qui , comme parle le
Traducteur
24 MERCURE DE FRANCE
ם כ
Traducteur dans sa Preface , » Notre Sca
» vant Anglois en veut le plus , sçavoir les
Critiques de Profession , race de petits esprits
, dont le mince bon sens animé par
» une bonne dose de malignité , ne s'occupe
» qu'à rassembler les endroits foibles des
» Auteurs les plus illustres , s ns leur ren-
» dre la moindre justice sur l'art qui anime
tout le corps de leurs Ouvrages , et sur
les passages admirables qui les embellissent
» par tout. C'est avec raison que l'Auteur ,
» continue le Traducteur , fait main basse
» sur ces vils insectes des Beaux Esprits , et
je suis persuadé que les plus éclairés d'en-
>> tre les Modernes lui en sçauront autant
» de gré , que les plus zelés Partisans de la
» venerable antiquité.
Le même T. le Gras , Libraire au Palais ,
vient de publier un autre Ouvrage d'un gen
re different , et qui poura amuser avec utilité.
En voici le Titre.
VOYAGE d'Innigo de Biervillas Portugais à
la côte de Malabar , Goa , Batavia et autres.
Licux des Indes Orientales , contenant une
Description des Maurs , Coutumes et Keligion
des Indiens , &c. 2. vol. in 12. l'un de
190. p. le second de 210. p .
Cette Relation est écrite avec une agreable
simplicité , variée de plusieurs Histoires ou
celle
JANVIER 1736. 125
Historietes interressantes. La principale de
toutes, et qui se fera lire plus d'une fois , est
celle de Bilibamba , Princesse Chinoise , et
du Prince Kiambu , son Amant. On verra sur
tout avec plaisir la vertu et la constance de
cette Princesse persecutée par la fortune ,
couronnée enfin par la possession legitime de
ce qu'elle estimoit le plus.
L'Auteur s'étend beaucoup sur le Gou
vernement de Goa, sur le commerce et la po
litique de celui de Batavia , source feconde
des richesses immenses qui viennent tous les
ans des Indes en Hollande. Il y a dans cet
Ouvrage plusieurs autres choses qui méri
tent l'attention du Public.
ORDONNANCE de M. l'Archevêque de Paris,
rendue sur la Requête du Promoteur General
de l'Archevêché de Paris , au sujet des
prétendus Miracles attribués à l'intercession
du sieur Paris Diacre , inhumé dans le Cimetiere
de la Paroisse de S. Medard . 1. vol .
in 12. de 199. p . sans les Pieces justificatives
de 46. p . A Paris , chés Pierre Simon , ruë de
La Harpe , à l'Hercule . M. DCC. XXXV .
ABEN - SAID , Empereur des Mogols ,
Tragédie de M. l'Abbé le Blanc, A Paris
, chés Prult fils , Quai de Conty 17,6
in octavo de 84. p . sans l'Epitre au Comte de
Clermont , Prince du Sang et la Préface .
Sur
1
125 MERCURE DE FRANCE
Sur la fin de cette Préface qui est assés
courte , l'Auteur expose que si-sa Piéce a eu
le bonheur de plaire , il en attribue le succès
au choix du sujets et c'est une erreur de
croire, poursuit-il , que tous ceux qui sont pro
pres au Théatre nous ayent été enlevés par
Les Grands Maîtres qui nous ont precedés.
Quand l'Histoire Grecque et Latine n'en se
roient pas encore remplies ; quand il seroit
en effet difficile de traiter des sujets tirés de
l'Histoire moderne , et sur tout de la notre ;
voici , j'ose le dire , un nouveau trésor où
peuvent puiser ceux qui travaillent pour le
Théatre. L'Histoire Orientale offre à chaque
page des faits dignes de la majesté du Cothurne
et quel succès n'en doivent pas attendre
ceux qui courent cette brillante carriere
; lorsqu'avec tout le génie et les talens
que demande la Tragédie , ils sçauront encore,
par l'heureux choix des sujets , lui donner
les graces de la nouveauté ?
Au reste nous n'entrerons dans aucun détail
sur cette Tragédie , après ce qui en est
dit dans la Lettre qui en contient l'Extrait ,
employée ci - dessus . Mais nous ajoûterons
pour la gloire de l'Auteur , que les Anglois
rendent justice à son Ouvrage , qu'on le
traduit en Anglois , et qu'Aben - Saïd paroî
tra sur les Theatres de Londres avant la fin
de l'Hyver , à ce que nous aprenons par les
nouvelles publiques. MEMOIRES
JANVIER. 1736. 127
MEMOIRES de Hambourg , de Lubeck , et
de Holstein , de Dannemarck , de Suede et
de Pologne , par feu M. Aubery du Maurier,
Auteur des Mémoires de Hollande , imprimés
à Blois , et se vendent à Paris chés
differens Libraires.
HISTOIRE DE CYRUS le jeune, et la Retraite
des dix mille , avec un Discours sur l'Histoire
Grecque. Par M. l'Abbé Pagi , Prevot
de l'Eglise de Cavaillon . A Paris , chés Di
dot , Quay des Augustins , 1736. in 12.
: M. Titon du Tillet a trouvé à propos de
faire une
augmentation à la Description de
son Parnasse François , Ouvrage dont nous
avons rendu compte au Public dans le tems
qu'il a paru . Cette
augmentation , sous le
nom de Suplément , consiste
principalement
dans l'Extrait de la vie et le Catalogue des
Ouvrages de Noel - Etienne Sanadon , Jesuite
, Poëte Latin , de Mlle l'Heritier de
Villandon , connue par divers Ouvrages en
Vers et en Prose , de Jean - Baptiste Moreau,
et de François Couperin , Musicien du Roy,
ces Auteurs étant morts depuis la fin de l'année
1732. que M. du Tillet a publié le Parnasse
François.
Il est aussi parlé dans ce Suplément , par
maniere d'addition , de quelques autres per-
G
sonnes
128 MERCURE DE FRANCE
sonnes mortes bien anterieurement , sçavoir
de N. Ferrier , Auteur de troisTragédies , de
Mathieu Beauchateau , de Marie de Louvencourt
, Parisienne , de Jean Donneau de Vizé
, Historiographe de France , Auteur du
Mercure Galant , et de plusieurs Pieces de
Théatre dont on raporte les titres. On a oublié
dans cet Article un Frere de M.deVizé,
autre que le Capitaine aux Gardes , sçavoir
l'Abbé de Vizé, homme de lettres et de mérite
, Prieur de Lieru , Ordre de S. Augus
tin au Diocèse d'Evreux . Le Suplément finit
par N. de Fatouville , Gentilhomme et Auteur
de plusieurs Piéces , représentées avec
succès sur le Théatre Italien , ce qui donne
occasion de parler du fameux Dominique
Biancolelli , de sa Fille Isabelle , et de son
Fils Pierre- François Biancolelli , ce dernier
est Auteur de plusieurs fouvrages imprimés,
Le Parnassé François I. vol . in fol. d'envison
800 pages , orné de la gravûre de 25.
Médailles et de plusieurs Vignettes , se vend
proprement relié en veau 18. liv. en petit
papier , et 27. liv . en grand papier , chés
Coignard , Chaubert , la veuve Pissot , et
Nully. On trouve aussi chés les mêmes Libraires
les Essais sur les honneurs et sur les Monumens
accordés aux Illustres Sçavans , & c.
I. vol in 12. de soo.pages du même Auteur,
Il se vend 2. liv . relié.
SYSTEME
JANVIER. 1736. 119
SYSTEME DE LOGIQUE , abregé par son Au.
teur , avec une Préface sur l'usage & l'abus
des Abregés , in 12. A Lauzanne , chés
Pierre Gosse , Libraire à la H ye.
La troisiéme Partie de la Paysanne parvenë
, ou les Memoires de Madame la Mar
quise de L. V. Par M. le Chevalier de Mouhy
, paroît chés Prault fils , Quai de Conty.
Brochure in 12. prix 24. sols.
VOYAGES faits principalement en Asie
dans les XII.XIII . XIV. et XVe siecles , par
Benjamin de Tudele , Jean du Plan Carpin,
Nicolas Ascelin , Guillaume de Rubruquis ,
Marc-Paul Venitien , Haiton , Jean de Mandeville
, et Ambroise Contarini , accompagnés
de l'Histoire des Sarrasins et des Tartares
et précedés d'une Introduction concernant
les Voyages et les nouvelles Décou
vertes des principaux Voyageurs , par Pierre
Bergeron , deux tomes in 4. Ala Haye , chés
Jean Neauline , et à Paris , chés Osmont ,
braire , rue S. Jacques .
Lipar
LES VIES DES GRANDS CAPITAINES
Cornelius Népos , avec les Notes entieres de
Gebhard d'Ernstius , et de Bosius ; les Notes
choisies de Schott , de Lambin , de Longouil
, de Magius , de Savaron , de Pierre
Gij Daniel
30 MERCURE DE FRANCE
Daniel , et d'autres. On y a joint la Table
très -ample de tous les mots , dressée par Bosius
: le tout imprimé par les soins d'Augustin
Van Staveren , et avec ses Remarques,
A Leyde , chés Samuel Luchtmans , Impri
meur de l'Université , 1734. in 8. pp . 765.
sans la Table , avec figures. L'Ouvrage est
en Latin.
IN immaculatam Beatissime Virginis
Conceptionem .
M
ALLEGORIA.
Erserat omnipotens undis ultricibus orbem
Turpesque effusis restrinxerat imbribus ignes .
Jamque domus , jam tecta latent, et Pontus ad auras
Altior assurgens cogit decrescere montes ,
Ossæum tegit unda jugum , descendit Olimpi
Subter aquas vertex , et , jam , non cælifer Atlas
Indignante humero fert , vilia pondera , fluctus
Corpora quæque jacent ultricibus obruta limphis,
Una tamen servans reparandi semina mundi
Eminet Arca super victrix , pecudumque , aviumque,
Relliquias hominumque ferens: sed quem mihi imago
Ista refert TeVirgo Parens , dum naufraga circum
Gens humana perit , communi erepta ruing
Tu Dea , Tu patriæ nescis contagia labis
Sola , nec inferni passa es juga sæva Tiranni.
J. B. D. B, D.V. D.
Prix
JANVIER. 1736. 131
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1736.
L
'Académie de Chirurgie établie à Paris
sous la protection du Roy , desirant
contribuer aux progrès de cet Art , et à l'utilité
publique , propose pour le Prix de
l'année 1736. la Question suivante :
Si l'on doit amputer le Carcinome des mammelles
, vulgairement nommé Cancer.
Ceux qui travailleront pour le Prix , sont
invités à fonder leurs raisonnemens sur fa
pratique on les prie d'écrire en François ou
en Latin , autant qu'il se poura , et d'avoir
attention que leurs écrits soient fort lisibles .
Ils mettront à leur Mémoire une marque
distinctive , comme Sentence , Devise , Pa
raphe , ou Signatures et cette marque sera
couverte d'un papier blanc collé ou cacheté
, qui ne sera levé qu'en cas que la Piece
ait remporté le Prix .
Ils adresseront leurs Ouvrages francs de
port à M. Morand , Secretaire de l'Académie
de Chirurgie à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains .
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis
à concourir pour le Prix ; on n'en excepte
que les Membres de l'Académie.
Le Prix est une Médaille d'or de la valeur
de deux cent livres , qui sera donnée à celui
Gij qui
132 MERCURE DE FRANCE
qui , au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur Memoire sur le Su et proposé.
La Medaille sera delivrée à l'Auteur même
qui se fera connoître , ou au porteur d'une
procuration de sa part ; l'un ou l'autre représentant
la marque distinctive , avec une copie
nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçus jusques au dernier
jour de Decembre 176. inclusivement.
L'Académie , à son Assemblée publique de
1737. qui se tiendra le Mardy d'après la
Trinité , proclamera la Piece qui aura merité
le Prix .
SUITE des Médailles du Roy.
Nous donnons ici la gravure des Revers
des deux dernieres Médailles , qui ont été
frapées pour le Roy . La premiere fut presentée
à S. M. le jour de S. Louis dernier
suivant la coutume : son Revers est rempli
par cette Legende , enfermée dans une Couronne
de Laurier . PULSIS ULTRA ATHESIM
GERMANIS. Dans l'Exergue M. DCC . XXXV .
L'autre Médaille a été présentée au Roy
le premier jour de cette Année. Le Sujet est
auguste et des plus interessans , c'est l'Education
de Monseigneur le Dauphin , ainsi
représentée sur le Revers . Le Roy remet le
jeune Prince entre les mains de Minerve ,
avec cette Legende AUGENDA POPULORUM,
FELI
"PULSIS
ULTRA ATHESIM
GERMANIS
MDCCXXXV
AUGENDAR
POP
PULORUM
REGIA DELPHINI
INSTITUTIO
M-DCCXXXVI
FELICITATI
ASTOR
, LEIGE
TILDEN
P450
JANVIER . 1736. 133
FELICITATI . Et dans l'Exergue REGIA DELPHINI
INSTITUTIO . M. DCC . XXXVI. La Tête du
Roy sur cette Médaille , comme sur la précedente
, a été gravée en creux par Mr du
Vivier, et le Revers par M. Blanc.
On aprend de Lisbonne , que le 9. du mois dernier
, l'Académie Royale de l'Histoire s'étant assemblée
, selon la coûtume , l'Inquisiteur Don Nuno
da Silva Telies , qui étoit Directeur , prononça un
Discours après lequel on proceda à l'Election des
nouveaux Censturs pour la présente année , et on
continua dans cet Employ ceux qui l'avoient exercé
pendant l'année derniere , Don François d'Almeida ,
l'un des Académiciens , distribua ensuite à chaque
Aca.lémicien un Exemplaire d'un Livre intitulé :
Apparat pour la Discipline et pour les Rits Ecclesiastiques
de Portugal La même Académie tint le 5 .
une Assemblée extraordinaire , et elle choisit la Fête
de la Conception de la sainte Vierge pour sa Fête ,
ainsi qu'a déja fait tout le Royaume . Après la Séance
, les Académiciens allerent en Corps à la Chapelle
du Palais de Bragance , où le Roy , en qualité
de Protecteur de la Compagnie , se rendit aussi , et
le Pere Don Joseph Barbosa prêcha avec beaucoup
d'éloquence sur le Mistere de la Conception de la
sainte Vierge.
Estampes nouvelles.
Le Roman Comique de Scaron , en 38. Estampes
ou Sujets , que M. Oudry , Peintre de l'Académic
Royale de Peinture , avoit cy- devant proposé par
souscription , et dont il avoit déja executé onze
Morceaux , ayant été interrompu par les grands
Ouvrages qu'il a faits pour le Roy , il a cedé au sieur
Huquier , non seulement les Planches finies , mais
Giiij encore
134 MFRCURE DE FRANCE
encore son Privilege pour les Sujets restant à faire,
et le sieur Huquier , Marchand d'Estampes , vis- àvis
le grand Châtelet , a depuis mis au jour cinq
de ces Sujets , qui sont reçus fort favorablement des
Curieux , ce qui l'engagera à continuer tout l'Ou
vrage avec diligence ; il s'engage même d'en donner
encore deux autres dans le courant du mois prochain
. Les cinq qui paroissent sont :
Ragoun à cheval et une Carabine qui tire entre
ses jambes.
L'Avanture des Bottes.
On cherche l'Hôte mort , que l'on avoit caché.
Ragotin qui renverse les Ruches à miel .
Ragotin qui reçoit des coups de cornes de Belier.
Ces quatre derniers Sujets n'avoient pas encore
été gravés d'après aucuns Maîtres ; ils sont exe-
Cutés par d'excellens Graveurs , et pour engager le
Public à satisfaire sa curiosité , il en a diminué considerablement
le prix.
M. Oudry , en composant les Desseins de cet
Ouvrage , ne s'est point assujetti à se servir d'habil
lemens modernes , il a crû devoir suivre les modes
du temps de Scaron , pour mieux caracteriser ses
Personnages et les rendre conformes à l'Original sur
lequel il travailloit , et au titre même du Livre , en
quoi il a cû l'aprobation de toutes les Personnes de
bon goût .
Quatre Chasses , aussi gravées de la main de M.
Oudry , se vendent dans le même endroit.
On trouvera aussi chés le même , un Livre de
nouveaux Cartouches , inventés par J. de la Joue ,
Peintre du Roy , dediés à M. le Duc d'Antin qui
est le cinquiéme Livre de ses Ouvrages , sans y
comprendre un grand Morceau d'Architecture.
Le même, débite encore chés lui , une Suite , grand
infolio , d'Insectes et de Plantes des Indes , au nom-
Біс
JANVIER . 1736. 125
bre de 72. feuilles , très - bien gravées , et une autre
Suite de 184. feuilles in 4. de Plantes , Fruits , Insectes
et Fleurs d'Europe , aussi gravés de trèsbon
goût.
Un autre Morceau d'après François Boucher,
Peintre de l'Aca sémie Royale de Peinture , représentant
un Berger et une Bergere en conversation
orné d'Animaux et d'un très - beau Paysage. Le tout
dans une Bordure d'ornement.
Le Portrait de Mlle Pélissier , une des meilleures
Actrices de l'Académie Royale de Musique , habile
sur tout par le goût de son chant , par l'expression
et par la justesse de l'action , paroît en Estampe ,
gravé par le sieur J. Daullé , d'après le Tableau
peint par M. Drouais , Peintre du Roy , chés lequel
se vend ce Portrait , ruë de Richelieu , au Bain Royal.
On lit au bas ces Vers de M. Roy .
Par un Art délicat , par un Jeu patetique ,
Pelissier , vous donnez à la Scene Lyrique
Du Théatre François tous les charmes divers 3
Sans vous les Opera ne sont que des Concerts.
vient de paroître une fort belle Estampe en
large , gravée par M. de Larmessin , d'après un trèsgracieux
Tableau de M. Lancret. C'est un Paysage
riant , dans lequel on voit une Bergere qui donne à
manger à un Oiseau dans une cage , qu'un Berger
tient sur son genoüil . On lit ces Vers au bag.
Que cet heureux Oiseau , que votre main caresse
Est bien récompensé de sa captivité !
Le Berger qui vous sert avec tant de tendresse
Est moins libre et moins bien traité.
Cette
136 MERCURE DE FRANCE
Cette Estampe , qui porte pour titre Les Amours
du Bocage , se vend , rue des Noyers , chés de
Larmessin.
La suite des Portraits des Grands Hommes et des
Personnes Illustres dans les Sciences et dans les Arts,
se continue toujours avec succès chés Odieuvre ,
Marchand d'Estampes , Quay de l'Ecole , vis - à - vis
la Samaritaine. Il vient de mettre en vente , et toujours
de la même grandeur :
JACQUES BENIGNE BOSSUET , Evêque de Meaux.
PIERRE ALEXEOWITZ I. Czar , mort le 8. Février
1726 âgé de 52. ans .
CATHERINE ALEXIEWNA , Czarine de Moscovie
, seconde femme de Pierre I. dit le Grand , couronnée
le 18. May 1724. morte le 17. May 17270
âgée de 38. ans .
Le Portrait de l'illustre François Couperin , Compositeur
Organiste de la Chapelle du Roy, peint par
M Bruis , de l'Académie Royale de Peinture et
gravé par le sicur Flipart , continuë de se vendre
avec beaucoup de succès chés l'Aureur , vis - à - vis le
College du Plessis , chés Sirey , sur le Quay Neuf,
Limousin , ruë de Gesvre , Gautrot , Quay de la Féraille
, Mortain , Pont Notre- Dame , et chés la veuve
Chereau , rue S. Jacques,
Telescopes Catoptriques.
Les sieurs Paris et Gonichon , annoncés dans le
troisiéme volume du Spectacle de la Nature , p. 332.
con me ayant executé les Telescopes Anglois , à
Miroirs percés , non- seulement les executent , mais
les vendent depuis plus d'un an à Paris . Leur effet est
tel qu'une de ces Lunettes par refléxion de quinze
pouces
JANVIER . 1736 . 13
pouces de longueur , fait l'effet d'une Lunette à qua
tre verres de huit pieds. Le Métail dont sont composés
les Miroirs , est le même que l'Anglois , et ce i
n'a été que sur l'examen qui en a été fait par l'ordre
de M. le Comte de Maurepas , que ce Ministre leur
a fait accorder le Privilege de les vendre.
Lesd. sieurs sont parvenus à faire faire à leurs
Telescopes plus de champ que n'en font ceux d'Angleterre
, et ils sont actuellement en état d'en entreprendre
et d'en faire de toutes longueurs . Ils demeurent
présentement ruë Bordet , près la Fontaine sainte
Genevieve , à l'Hôtel S. Paul .
Il se débite à Paris depuis le commencement de
cette année un Almanach de Cabinet , ou Calendrier
Perpetuel , dédié au Roy par le sieur Duhan , dont
l'usage est de connoître le Cycle Solaire , la Lettre
Dominicale , le Nombre d'or , l'Epacte , les Fêtes
Mobiles , et les jours et quantiémes de quelque Année
que ce soit , tant des siecles passés , que des siecles
à venir. Ce qui est absolument nouveau , ne
s'étant jamais vû de Calendrier sous le nom de Per
petuel, dont l'usage ait passé cent ou deux cent ans
ce qui est bien different de celui - cy qui remonte
aux siecles passés depuis la premiere Année de J. C.
et se continue saus interruption jusqu'à la fin des
Temps. Il est orné de plusieurs Gravûres ; scavoir ,
les Quatre Saisons , placées selon leur rang ; les
Armes de France , soutenues par deux Génies et placées
au milieu du Frontispice. Au -dessous est un
Cartouche où l'on voit d'un côté l'Astronomie personnifiée
, et de l'autre la Géometrie , chacune avec
ses Attributs . Le reste du Calendrier est aussi gravé
et collé sur du fort carton , derriere lequel il se
mionte , suivant l'année qu'on demande , ensorte
qu'en mettant un verre dessus pour la propreté , l'u-
G vj sage
138 MERCURE DE FRANCE
sage en est toujours le même . Derrière le Carton of
a pratiqué une espece de Boete qui contient dans un
cayer imprimé toute l'Explication du Calendrier .
On le vend trois livres en Carton , quatre livres en
Bordure unie , et on le trouvera tout monté en Bordure
unie ou dorée , et couvert d'un verre blanc“ ,
ruë Pierre Sarrazin , à la premiere porte quarrée en
entrant par la ruë de la Harpe , chés le sieur de
Saint Hilaire , qui n'a rien épargné pour contenter
le goût du Public
Le sieur Sauté , cy devant Chirurgien Major des
Régimens d'Infanterie de Dauphiné et de Bresse ,
donne avis au Public qu'il possede des Remedes pour
la guéri on du Mal Caduc et Maladies Histeriques,
suivant plusieurs Experiences qui en ont été faites ,
sur les differens Certificats des Medecins qu'il en a raportés
à Messieurs les Commissaires du Conseil,&c.
Le sieur Sauté ose se Aater que toutes ces Epreuves
lui procureront ceux qui sont affligez de ce mal .
duquel il promet une,parfaite guérison , en suivant
le régime de vivre qui leur sera prescrit . Il demeure
chés M. Duchemin , Perruquier , rue des Fossés de
M. le Prince, vis- à - vis la rue de Vaugirard.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû à S. Côme , Ex
pert pour la guérison des Hernies ou Descentes , demeure
à Paris , au Coq d'or , ruë Dauphine , au premier
Apartement. Il traite ces sortes de Maladies
d'une facon particuliere , er sans que le Malade soit
empêché de vaquer à ses affaires .
11 donne aussi son Avis et ses Remedes à ceux qui
sont dans les Provinces , soulage les Hernies les plus
invcterées , rend cette incommodité suportable et
en empêche les mauvaises suites.
Ila aussi inventé de nouveaux Bandages pour Pun
et l'autre Sexe, d'une façon méchanique à ressort ,
toute
PUBLIC
ASTOR
, LENCX
AND TILDEN
FOUNDATIOUR
8.
JANVIER . 17:6. 149
te singuliere et la plus propre pour retenir les
ties et en faciliter la guérison , sans embarras ni
ommodité , tant ils sont leg rs , minces et aisés à
ter , les jours comme les nus.
outes personnes sans avou des Descentes , penqu'ils
font des exercices violens , comme de
rà la Paume , courir la Poste à Cheval , ou ch
ise , aller à la Chasse , &c . auroient besoin de
Bandages pour se garantir de pareils accidens .
Ceux qui en auront besoin dans les Provinces ,
irront envoyer leur mesure , e a prendre précibent
au-dessus de l'Os Pubis , et s'ils ont des Her
ou Descentes , marquer de quel côté , et s'ils en
des deux côtés , indiquer celui qui est le plus
ade. Nata. Il ne reçoit point de Lettres sans que
port en soit payé .
HANSON , SUR LA LIBERTE ,
EN RONDEAU.
Ans moi la plus superbe Fête
Peid tout son prix ;
a joye est toujours imparfaite ,
Si je n'en suis.
Sans moi , &c.
Oui , Mortels je puis bien le dire ,
!
Sans van té ,
Il faut , pour exciter à rire ,
La liberté.
Sans moi , & c.
L. M. D. C.
140 MERCURE DE FRANCE
i
CHANSON ANACREONTIQUE
A Mis , tout boit ; l'Onde boit l'Air ;
La Lune le Soleil ; le Soleil boit la Mer ;
La Plante boit la Terre ; et la Terre la pluye.
Enfin , soit en haut , soit en bas ,
Tout boit , tout à boire convie ;
Et pourquoi , chers Amis , ne boirai - je done pas
SPECTACLE S.
LE
Es Comédiens François ont remis au
Theatre dès le commencement de ce
mois , la Comédie du Bourgeois Gentilhomme,
deMoliere , avec tous ses agrémens , que le Public
redemandoit avec empressement, et qu'il
revoit avec beaucoup de plaisir.Il y avoit dix
ans qu'on ne l'avoit representée. Le sieur
Poisson qui y joue le principal Rôle , qu'il n'a
point vû jouer à son Pere , moins encore à
son grand pere, y est generalement aplaudi.
Cette Piece , d'un Comique populaire et
vray , est fort bien remise , les Balets sur
tout sont fort bien composés et bien executés
. Les Airs sont de la composition de
Lully , lequel remplissoit autrefois le Rôle
du Muphti.
M.
JANVIER . 1736. 141
M. de Grimarest dans la vie de Moliere ,
dir une chose assés particuliere , que le Philosophe
M. Rohaut , tout ami qu'il étoit de
Moliere , fut son modele pour le Maître de
Philosophie de cette Piece , laquelle selon
le même Auteur , n'eut aucun succès à la
premiere Représentation de Chambor. Molere
en éroit désolé ; mais à la seconde , le
Roy ayant témoigné que rien ne l'avoit tant
dverti , Moliere respira , et fut accablé de
louanges des Courtisans , un desquels disoir
hautement qu'il y avoit dans tous lesOuvrages
de cet Auteur , un vis Comica inconnu
aux anciens et inimitable ; la louange étoit
nouvelle. Parmi certaines choses outrées de
cette Piece , il y a néanmoins une naïveté sit
grande , que chaque Bourgeois de Paris , dir
M. de Grimarest , y trouvoit son voisin
peint au naturel.
Moliere jouoit le principal personnage
dans cette Piece ; après sa morr , les Rôles
furent remplis par les sieurs de la Grange
Rosimont , Hubert , Guerin , du Croisi
Verneuil , Beauval , Dauvilliers , et par les
Dlles Guerin , de Brie , et Beauval.
3
Le Vendredi 27. de ce mois , on donna su ?
le même Théatre la premiere Représentation
de la Tragédie nouvelle d'Alzire de M. de
Voltaire , avec un concours prodigieux de
Spectateurs. Elle fut generalement aplaudie
et
142 MERCURE DE FRANCE
et reçûë avec acclamation . On en don
na la troisiéme Représentation le Lundi suivant
avec le même concours et les mêmes
aplaudissemens. Nous ne manquerons pas
de rendre un compte fidele de ce beau Poëme
, de son succès , des jugemens du Public,
et de la gloire qui en revient à son illustre
Auteur.
Le 19. Janvier l'Académie Royale de Mu
sique remit au Théatre , Thetis & Pelée ,
Tragédie, dont le Poëme est de M. de Fontenelle
, et la Musique de feu M. Colasse ; cet
Opera fut représenté dans sa nouveauté en
1689. et repris en differens temps , toujours
avec succès , on ne manquera pas de parler
plus au long de cette derniere reprise .
Le 8. Janvier on représenta au Théitre
Italien la petite Comédie de l'Isle des Escla
vès , dans laquelle une jeune Actrice âgée de
treize ans , parut pour la premiere fois dans
un Rôle de Soubrette qu'elle joua avec beau
coup d'intelligence . Elle fut très aplaudie.
Le 18 , on donna sur le même Théatre une
nouvelle Comédie Heroique en Vers et en
ciny Actes , de M. de Boissy , qui a pour ti
tre le Comte de Neuilly,dont on parlera plus
au long.
LE
2
JANVIER. 1736.
14%
LE
Ca
RETOUR DE MARS
Comédie nouvelle , Extrait.
Ette Piece qui a été justement et generalement
aplaudie, est de M.de la Noue,
Comédien de Strasbourg. Quoique ce soit
ici le premier Ouvrage qu'il air donné à
Paris , on juge aisément que ce n'est pas son
coup d'essay ; on ne parvient que par degrés
à écrire avec autant d'élegance et de finesse ;
tous les vrais Connoisseurs en ont jugé de
même , et ce n'est que d'après eux que nous
en parlons si avantageusement. Avant que
d'en faire un Extrait suivi , Scene par Scene,
nous croyons qu'il n'est pas hors de propos
de tracer le plus succinctement qu'il nous
sera possible le sens propre de l'allegorie qui
regne dans toute la Piéce : le voici .
Le Retour de Mars à Cythere auprès de
Venus , n'est autre chose que le retour des
Officiers auprès de leurs Maitresses dans la
Capitale de la France , qui dans la belle galanterie
merite d'entrer en parallele avec la Cythere
de la Grece;Venus qui au départ de Mars
retient la Fidelité auprès d'elle, joue un personnage
qui lui est commun avec la plupart
des Belles , qui promettent aux Amans que
la gloire leur enleve , qu'elles leur seront fidelles
; la Fidelité exilée dès le premier jour
de l'absence et rapellée au dernier , ne conviene.
$44 MERCURE DE FRANCE
vient que trop au sexe qui commence par
Pinconstance et finit par la feinte , pour ménager
à la fois ses droits et ses conquêtes,
Plutus , Themis & Apollon , qui remplacent
Mars dans la Cour de Venus , représentent
la Finance, la Robe , & la Lyre qui succedent
à l'Epée.Après cette courte explication , rous
allons rentrer dans l'allegorie même :Venus et
la Fidelité ouvrent la Scene ; Venus fait entendre
à la Fidelité qu'elle l'ennuye , cependant
ce n'est que de ce jour qu'elle l'a ra
pellé , jour anquel Mars doit revenir de
Cythere. La Fidelité lui fait de justes reproches
qui servent ingenieusement à exposer
le sujet , les voicy :
Le jour que Mars partit , rapellons nous les faits ;
que rassemblant ses traits Dans ces tendres momens
L'Amour dans un adieu confond avec adresse
Et sa rigueur et ses bienfaits ,
Lorsqu'épuisant la plus vive tendresse
Deux coeurs ne craignent plus que la fin d'une yvresse
Qui malgré de tendres regrets
S'échape et fuit avec vitesse , &c.
» Allez ; dites vous à Mars ;
Emmenez des Amours la troupe désolée
» A l'abri de vos étendarts ,
» Qu'ils vous suivent dans les hazards ;
Pendant votre absence cruelle ,
» Voici
JANVIER. 1-36. 145
Voici ma Compagne éternelle.
Mais partit , emmena l'Amour ;
Je restai près de vous , combien de temps , Déesse &
Le premier jour , on m'embrassa ;
Le second , mon abord glaça ;
Et le troisiéme on me chassa,
Themis vient à la deuxiême Scene ; elle
dit adieu à Venus ; la Déesse de la Beauté lui
en demande la raison ; Themis ne lui en
donne point d'autre que le prochain retour
de Mars, avec qui elle ne sçauroit vivre ; voi
ci le portrait qu'elle en fait :
C'est un petit brutal , qui sans ménagement ,
Brusque souvent mon caractere ;
Ses sujets et les miens s'accordent rarement ,
Il pretend que tout cede à son humeur altiereg
Près des Belles sur tout , Mars et ses Favoris
Nous poursuivent avec outrance ;
Venus , je soutiens que mes Fils
Doivent sur ses Enfans avoir la préference.
Themis sort , Plutus lui succede . Plus
hardi que Themis , il ne s'embarrasse guere
du retour de Mars ; il entreprend même de
séduire la Fidelité par une fleche d'or qu'il
lui lance , et qu'elle repousses voici comme
elle lui parle :
Tes
146 MERCURE DE FRANCE
Tes Enfans t'ont flaté d'un triomphe facile
Je reconnois leur vanité ;
Sur la terre , Plutus , tout n'est pas infecté
Il reste encor plus d'un azile ,
Où mon pot voir est respecté ;
Il est des Beautés mortelles
Tendres autant que fidelles ,
Au dessus de tes efforts ;
Leur coeur à mes loix docile
Dédaigne l'apas servile
De tes immenses trésors ;
Je connois leur petit nombre ,
Et je couvre de mon ombre
Leurs plaisirs et leurs transports
Plutus a beau vanter son pouvoir , la Fidelité
le chasse au nom terrible de Mars ,
prêt à revenir , et à le punir de son audace.
Apollon n'est guere mieux reçu de Venus
et de la Fidelité : voici le portrait , moitié
désavantageux , et moitié obligeant, que Ve
nus en fait :
Mars ne le connoit pas , c'est un fin hipocrite
Dont la tendresse parasite ,
Tournant sans cesse auprès d'une Beauté,
Goute souvent un mets pour un autre aprêté ;
Sur vingt tons differens il sçait monter sa Lyre
JANVIER.
1736. 147
11 anime , éleve , attendrit ;
Il échauffe le coeur , il entraine l'esprit ,
Par la douceur des accens qu'il en tire :
Là , dans le tête à tête , en ses vivants portraits ,
D'un pinceau délicat , il emprunte la touche ,
Déguise la raison sous un air moins farouche ,
Prête à la volupté les plus riants attraits;
L'expression est dans ses traits ;
La séduction dans sa bouche.
Apollon invité par la Fidelité à faire retraite,
pour ménager sa gloire , semble.s'imposer
un éloignement volontaire par ces
mots qui s'adressent aux Poëtes :
Je cours de mes sujets renouveller l'ardeur ;
Je veux à leurs travaux que la Beauté préside ;
De leurs succès je veux qu'elle decide ;
Et je promets de n'inspirer
Que ceux qui pour lui plaire oseront m'implorer.
Apeine Apollon s'est - il retiré, qu'on aporte
l'Amour, presque expirant. Venus mortellement
affligée de voir son cher Fils dans
un si pitoyable état , prie la Fidelité de se
joindre à elle pour le secourir ; à la voix de
sa Mere et de la Fidelité , l'Amour semble
renaître , et dit d'une foible voix :
48 MERCURE DE FRANCE
La Fidelité ! La Beauté !
L'Amour ne peut mourir, quand il vous trouve casemble
;
Mais rarement il vous rassemble.
L'Amour ayant repris ses esprits , prie tendrement
sa Mere de ne le plus envoyer à la
guerre , et lui dit :
Ne m'envoyez plus à la guerre ;
Voyez l'état où Mars m'a mis ;
Laissez moi comme à l'ordinaire
En tapinois et sans éclat
La Campagne prochaine arborer le rabat.
Il rend compte à sa Mere du triste sott
des Amours qui l'avoient suivi , voici le
récit allegorique qu'il fait de leurs diverses
infidelités :
J'ai vu périr ma troupe entiere ;
De l'oubli le vent nébuleux
En renverse plusieurs la tête la premiere g
Tel en courant la poste à perdu la lumière ;
Tel reçoit son congé dans un hameau bourbeux ;
Telautre expire de foiblesse
Aux pieds de la premiere Hôtesse.
Nous ne finirions pas , si nous mettions
ici tous les traits qui meritent d'être cités ;
nous
JANVIER. 1736. 149
nous allons rendre compte de ce qui reste ,
en peu de mots : Mars arrive enfin , annoncé
par Mercure , il est habillé à la Françoise,
et débute en Petit Maître ; Venus le soupçonnant
d'infidelité , le reçoit froidement ;
il le trouve très- mauvais ; la conversation
·
s'aigrit de part et d'autre ; Venus lui dit que
si elle en croyoit son juste transport , elle le
banniroit pour toujours de sa présence ;
Mars veut s'en aller Venus prie l'Amour
de le retenir ; on se raccommode enfin , et
c'est par un Fête nouvelle qu'Apollon a preparée
que la Piece finit . Comme nous avons
assés cité de Vers pour faire honneur à l'Auteur
, nous nous restraindrons ici au dernier
Couplet du Vaudeville , chanté par Arlequin
Comme un passager sur l'Onde ,
Effrayé quand le vent gronde ,
L'Amour se trouve en ce jour ;
Tremblant pour son premier voyage ,
Il abordera sans orage ,
Si vous aprouvez son retour.
FABLE.
Le Pêcheur et le petit Poisson.
N Pêcheur un beau jour d'Eté ;
Assis au bord d'une Riviere ,
Pour
50 MERCURE DE FRANCE
Pour faire bonne pêche ayant tout aprêté ;
Malheur , dit- il , à la premiere
Soit Tanche , ou Carpe , mon filer
N'entend point du tout raillerie ;
Fût-ce compere le Brochet ,
Il passera , mort de ma vie.
Sur ce propos de Rustre il commence , et dabord
Un Fretin se presente ;
Ah ! Monsieur le Pêcheur , pourquoi me mettre
bord ?
Je voudrois remplir votre attente ;
Mais je suis trop petit , il faut me rejeter
C'est votre interêt qui me touche ,
Je sçaurai me représenter
Quand je me trouverai digne de votre bouche.
Il vous sied bien, petit Fretin ,
De complimenter votre Pere !
Il faut vous lever plus matin
Entrez en attendant dans cette Gibeciere
Vous series trop malin ,
Si vous deveniés grand ,
Vous etes petit , mais friand. -
NOUVELLE
JANVIER. 1736. ifr
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE .
Es Lettres de Constantinople portent , que les
plaintes que les habitans de la Principauté de
Valachie ont faites au sujet de la conduite du Hospodar
de cette Province , ont engagé le Grand Seigneur
à le déposer , et qu'il a été remplacé par le
Vaivode de Moldavic.
Les mêmes Lettres portent que le Tefterdar ,
ou Grand Trésorier de cet Empire , et le Basch Kikuli
Pacha , ou Ministre des Finances , ayant été
accusés d'avoir commis plusieurs malversations dans
kurs Emplois , en ont été privés.
On a publié par ordre du Grand Visir , que tous
ceux qui auroient sujet de se plaindre de quelques
Fersonnes , même de celles qui sont revêtues des
premieres Dignités , pouvoient présenter leurs Requêtes
avec confiance , et qu'on leur rendroit une
prompte justice . Ce Premier Ministre n'a pû être
déterminé par les plus puissantes sollicitations à
laisser impunie aucune des prévarications qui sont
parvenues à sa connoissance , mais il s'est contenté
jusqu'à present de confisquer les biens des coupables
, et il n'en a fait punir de mort qu'un très petit
nombre.
f
Le Comte Stadnicki , qui pendant la derniere
Diette Generale de Convocation assemblée à Warsovie,
étoit allé à Constantinople en qualité de Minis
tre de la Republique de Pologne , et qui avoit éré
conduit aux Sept Tours depuis qu'il avoit embrassé
H
152 MERCURE DE FRANCE
Le parti de l'Electeur de Saxe , a écrit au Grand Vis
sir , au Kiaia de ce Ministre , et au Reys Effendi ,
pour demander son élargissement,
Quelques Ministres Etrangers , entre autres le
Comte de Kinnoul , Ambassadeur de S. M. Br , lequel
n'est pas encore parti pour retourner en Angleterre
, et M. Kalkoën , Ambassadeur de la République
de Holiande , ont joint leurs instances &
celles du Comte Stadnicki , afin d'obtenir qu'il fut
remis en liberté. Ces derniers pour que leur démar
che en faveur de ce Comte ne donnât aucune at
reinte à la neutralité observée, par l'Angleterre ef
par la Hollande à l'égard des affaires de Pologne ,
n'ont consenti de solliciter pour lui que comne
pour un Gentilhomme Polonois qui n'étoit revêtų
d'aucun caractere.
On a apris de la Tartarie Crimée , que les trous
pes Moscovites , commandées par le Feldt Maréchal
Comte de Munich , avoient jetté un Pont sur le
Boristhene , et qu'après avoir été jointes par les Cosaques
auxquels ce General avoit fait prendre les armes
, elles s'étoient avancées dans les environs de
Kudach , où elles avoient enlevé beaucoup de Paysans
, et un grand nombre de Bestiaux ,
mais que
grande quantité de neige qui étoit tombée dans ce
pays , les avoit obligées de retourner sur leurs pas ,
et qu'elles avoient perdu environ 1500. chevaux dans
Cette marche.
lạ
Le Pacha d'Erzerum , chargé par Sa Hautesse de
signer avec les Ministres Plenipotentiaires du Roy
de Perse un Traité de Paix entre les Turcs et les
Persans , a donné avis que les principales difficultés
qui s'oposoient à un accommodement , avoient été
levées , et que s'il n'en survenoit point de nouvelles .
on pouvoit esperer un heureux succès de cette négociasiona
L:s
JANVIER. 17368 153
Les troupes Moscovites commandées par le Comte
de Munich qui avoient été obligées de retourner sur
leurs pas à cause de la grande quantité de neige dont
la terre étoit couverte , se sont remises en marche
depuis que la fonte des neiges et l'écoulement des
eaux ont rendus les chemins plus praticables. Ces
troupes se sont avancées une seconde fois dans les environs
de Kudach, où elles ont encore pillé quelques
Villages, et d'où elles ont continué leur route vers la
petite Tartarie.
Le Hospodar de Valachie , qui vient d'être déposé,
a été nommé Vaivode de la Moldavie , et le Grand
Visir lui a déclaré de la part de Sa Hautesse , que si
la Porte recevoit de nouvelles plaintes à son sujet , il
seroit non- seulement privé de sa dignité de Vaivode,
qui est d'un revenu beaucoup moins considerable que
celle de Hospodar de Valachie mais qu'il seroit
relegué dans une des Isles de l'Archipel
LA
RUSSIE.
A Czarine a apris au commencement de ce mois,
par un Courier depéché par le Gouverneur de
Derbent , que le Grand Seigneur ayant accepté les
propositions d'accommodement faites à Sa Hautesse.
de la part du Roy de Perse par Thamas Kouli Kan ,
la Paix avoit été conclue entre le Grand Seigneur et
le Roy de Perse. Se on les Lettres du même Gouverneur
les Ministres Plenipotenaires des deux Puissances
sont convenus que le Grand Seigneur rendroit.
au Roy de Perse toutes les Provinces conquises par
les Turcs sur les Persans , que le Roy, de Perse se désisteroit
de ses prétentions par raport aux dépenses
de la guerre , et que les prisonniers faits de
d'autres seroient mis en liberté sans rançon im-
Hij mediatement
part et
>
A
4 MERCURE DE FRANCE
mediatement après la ratification du Traité,
Les Conseillers de la Regence de Moscow ont
fait conduire à Petersbourg sous l'escorte de 40. Ca.
valiers, plusieurs traineaux chargés d'argent, tiré des
mines dont on a fait depuis peu la découverte en Siberie,
Le dernier Courier depêché par M. de Wisnakoff,
Ministre de S. M. Cz . à la Porte , a raporté que le
Grand Visir étoit entierement occupé du soin de
rétablir la discipline parmi les troupes , et le bon
ordre dans l'administration des Finances de l'Em,
pire Ottoman , et qu'il désiroit de pouvoir maintenir
une bonne intelligence entre le Grand Seigneur
et les Puissances voisines , afin d'être en état de remplacer
par ses épargnes les sommes considerables qui
ont été tirées du Tresor de Sa Hautesse pour subvenir
aux dépenses de la derniere guerre contre le
Roy de Perse,
POLOGNE,
O
N aprend de Warsovie que le 8. de ce mois , le
Nonce du Pape , qui avoit toujours demeuré
Czentichow depuis les troubles de ce Royaume ,
afriva en cette Ville , et qu'il fut reçû hors des portes
de la Ville par le Palatin de Cracovie , lequel étoit
alié au devant de lui avec les carosses de l'Electeur .
Le même jour il eut une audience particuliere de
ce Prince , étant presenté par le Comte Sulkowski
et conduit par le Maître des Ceremonies .
Le Prince Antoine- Ulrich de Beveren , le Duc Jean-
Adolfe de Saxe Wesseinfels , et le Prince de Hesse-
Hombourg , sollicitent vivement auprès de la
Cz . et de l'Electeur de Saxe pour les engager à favo
riser leurs pretentions sur le Duché de Curlande après
la mort du Duc xegnant,et quelques lettres écrites de
divers
JANVIER. 1733. 75$
divers endroits marquoient que S. M. Cz. étois
convenue avec l'Electeur de faire assembler inces
samment les Etats de ce Duché , afin qu'ils élussent
l'un de ces trois Princes pour succeder à ce Duc,
mais les avis peçus de Mittau , portent au contraire ,
que la Czarina aprouvé un Testament qué ce dernie
a fait depuis peu , et par lequel il dispose de ses
Etats en faveur de la Duchesse son Epouse , Souz
du Duc de Saxe Wesseinfels.
DANNEMARCK.
N écrit de Copenhague que le Roy a fait pu
blier une Déclaration , qui porte que S. M. dér
strant de proteger de plus en plus le commerce dans
ses Etats et de contribuer par tous les moyens pos
sibles à augmenter le bonheur et les richesses de ses
sujets , elle a établi un Conseil de Commerce qu'elle
a chargé de favoriser tous les établissemens qui pouront
concourir au but qu'elle se propose ; qu'elle
invite toutes les personnes qui auront quelque
chose à proposer pour l'avantage de l'Etat , pour
augmentition du Commerce, et pour le succès des
Manufactures à s'adresser à ce Conseil , afin
que
leurs propositions y soient examinées ; que si elles
sont jugées utiles , Š. M. fera sentir les effets de sa
faveur à ceux qui les auront faites , et qu'elle donnera
ordre de prendre les mesures convenables pour en
faciliter l'éxecution.

ALLEMAGNE.
Es Etats de la Haute Autriche , voulant se conf
Lformerà l'exemple de ceux du Royaume de
Boheme , qui ont fait present de 120000 florins à
Archiduchesse,fille aînée de leursMajestés Imperia-
Hiij les
15 MERCURE DE FRANCE
les , en ont accordé 80000. à cette Princesse en
consideration de son mariage avec le Duc de Lorraire
ceux de la Basse Autriche ont resolu d'accor
der à cette Princesse la même somme avec une bour-
' se de soooo. Ducats, et les Provinces de Silesie et de
Moravie doivent lui donner chacun 60000. florins .
On aprend de Vienne que M du Theit , que le
Roy de France a nommé son Ministre en cette Cour,
y arriva le 18. de ce mois.
ITALIE.
Na apris de Genes que les Rebelles de l'Isle de
Corse ont proposé de se soumettre , si la République
vouloit consentir que les rovediteurs
qu'elle envoyera dans cette Isle , ne prissent connoissance
que des affaires qui concerneront la perception
des impôts , l'administration des revenus
publics , la discipline , la subsistance et le payement
des troupes , et l'execution des Loix , qu'on établit
à la Bastie un Senat indépendant etentierement composé
d'Insulaires dans lequel toutes les affaires civiles
seroient decidées en dernier ressort ; que le
nombre des troupes , que la Republique pouroir
laisser dans l'Isle fut limité , et qu'il ne fut
permis à ces troupes d'er trer que dans les Places
dont on conviendroit de part et d'autre . Le Senot
a jugé que ce seroit compromettre la Republique
que d'entrer en déliberation sur de telles propositions,
et il les a rejouées sans y faire aucune réponse..
GRANDE
JANIER . 1738. 137
L
GRANDE - BRETAGNE.
E 26. de ce mois , à deux heures après midi , le
Roy se rendit à la Chambre des Pairs avec les
ceremonics accoutumées , et S. M.
ayant mandé la
Chambre des Communes , fit le Discours suivant.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Le tour heureux que les affaires de l'Europe ont
manifestement pris depuis la fin de la derniere session
» duParlement, ne peut, je suis persuadé, que vous don
> ner à tous , comme il me donne à moi- même ,
la plus grande satisfaction . Je vous informai alors
qu'un plan de pacification concerté entre moi et
les Etats Generaux des Provinces - unies avoit
» été proposé aux Puissances engagées dans la guerre
, lequel n'a pas eu l'effet de prévenir l'ouverture
de la Campagne. Les armées s'étant mises en
ɔɔ mouvement , la guerre a été poussée dans quelques
endroits d'une maniere à donner de justes
» craintes qu'elle ne devint inevitablement generale
par une nécessité absoluë de conserver cette balance
de pouvoir , dans laquelle la sureté et le commerce
des Puissances Maritimes sont tant inte
» ressés . Cette consideration m'a déterminé à continuer
conjointement avec les Etats Generaux nos
plus pressantes instances auprès des Puissances
qui étoient en guerre , pour les engager à conve-
» nir d'un Armistice , et à entrer en négociation ,
pour parvenir à une Paix generale , sur la baze du
plan que nous leur avions proposé. Pendant que
les affaires restoient dans cet état de déliberation
l'ardeur et la fureur de la guerre se sont rallenties.
» L'Empereur et le Roy Très- Chrétien , en conse
H quence
8 MERCURE DE FRANCE
quence de leurs assurances reiterées d'une sincere
» disposition de mettre fin à la guerre par une Paix
» honorable et solide , ont concerté et sont conve
» nus de quelques Articles préliminaires pour par
venir à cette fin très désirable. L'Armistice a été
agréé depuis par toutes les Puissances engagées
» dans la guerre , et les Puissances contractantes ,
» ayant égard aux bons offices que moi et les Etats
» Generaux leur avons rendus , nous ont communiqué
par leurs Ministres respectifs les Articles
» préliminaires , et ont désiré notre concours pour
» effectuer une Pacification generale aux conditions
» qui y sont stipulées . Comme il a paru après un
mur éxamen , que ces Articles ne different point es-
» sentiellement du plan que moi et les Etats Generaux
avions proposé , et qu'ils ne contiennent
» rien de préjudiciable à l'équilibre de l'Europe , ni
>> aux droits et interêts de nos sujets respectifs , nous
» avons jugé à propos , selon ce que nous nous sommes
toujours proposé , de contribuer autant qu'il
» dépendoit de nous à une pacification generale , de
» déclarer de concert avec les Etats Generaux aux
» Cours de Vienne et de France , que nous aprouvons
lesdits Preliminaires , et que nous sommes
» prêts à concourir à un Traité pour les perfection-
> ner. Ces Preliminaires ont été communiqués aux
» Rois d'Espagne et de Sardaigne , et quoique ces
» Puissances n'ayent pas encore declaré en formne
leurs resolutions finales , il y a tout heu de croire
que l'amour de la Paix, leurs dispositions avouées
ɔɔ de mettre fin aux troubles de l'Europe , et l'en-
» tremise des amis communs , les détermineront
» à consentir à ce qui a été convenu , pourvû qu'on
» leur donne une sûreté raisonnable pour la paisible
→ possession et jouissance des Pays qui leur sont
» destinés. Dans ces circonstances mon premier soin
JANVIER. 1736. 159
aété de penser à diminuer les charges de mon peu¬
» plé , aussitôt et autant que la prudence dans l'état
» present des affaires pouroient 1 permettre. C'est
» dans cette vûë que j'ai ordonné qu'on fit une reduction
considerable de mes forces tant de Mer
» que de Terre , et si l'influence de la Couronne de
» la Gran le Bretagne , et les égards dûs à cette Na-
» tion ont eu quelque part à calmer les troubles
» presens de l'Europe , ou à en prévenir de nouveaux
, je suis persuadé que vous conviendrez de
» la nécessité de continuer quelques dépenses extraordinaires
, jusqu'à ce qu'il y ait une plus parfaite
reconciliation entre les differentes Puissances
» de l'Europe.
**
MESSIEURS DE LA CHAMBRE Des Communes,
" J'ai ordonné qu'on vous remit les Etats des
» dépenses de l'année courante , et je ne doute point
que mon désir de reduire les charges publiques
» autant qu'il m'est possible , ne trouve en vous la
même disposition à accorder avec plaisir et unanimité
les subsides nécessaires .
MYLORDS ET MESSIEURS
» J'espere que cette apparence agréable de Paix
au dehors contribuera beaucoup à la Paix et
une bonne harmonie au dedans. Que l'exemple de
don eur et de moderation qui a si heurenseinene
ɔɔ calmé les esprits des Princes , qui étoient en guer
5 re banisse entre vous toute discorde et dissen
» tions intestines. Ceux qui souhaitent veritable→
» ment la Paix et la prospérité de leur Pattie , ne
2
pourout jamais trouver une occasion plus favo
» Lable que celle qui s'offre presentement de se dis
Hy Linguer
?
160 MERCURE DE FRANCE
» tinguer , en marquant leur satisfaction des pro
» grès qu'on a déja faits pour rétablir la tranquillité
» publique , et en avançant ce qui est encore néces« -
saire pour la porter à sa perfection .
Le 27. Janvier , les Seigneurs présenterent au Roi
leur Adresse , par laquelle ils assurent S. Mo-que ses
soins pour prévenir les inconveniens qui auroient
pû empêch r ses sujets de continuer de jouir des
avantages de la Paix , et ses efforts pour rétablir la
tranquillité en Europe , leur inspirent la plus vive
reconnoissance . Ils suptient en même temps le Roy
d'être persuadé qu'ils seront toujours disposés à
concourir avec zele à toutes les mesures que S. M.
jugera à propos de prendre pour la sûreté et pour
l'honneur de la Nation , et ils remercient S. M. des
ordres qu'il lui a plu de donner pour diminuer les
troupes de la Marine et les troupes de Terre Les
Roy leur repondit .
MY LORDS ,
Je vous rends graces de cette Adresse qui est
remplie de marques de votre affection pour ma
» personne. Rien ne peut me donner un plaisir plus
sensible la satisfaction que vous faites paroître
ɔ au sujet des soins que je me donne pour le repos
» de l'Europe et de ma sollicitude pour la tranquilité
» et les interêts de mes sujets . Comme je fais fond
"
que
avec la plus grande confiance sur votre secours
» pour m'aider à parvenir à ces deux importantes”
fins vous pouvez compter que je continuerai de
prendre les mesures les plus propres à avancer et å
> assurer la tranquillité , le commerce , et le bon→
» heur de la Nation .
Le lendemain , la Chambre des Communes présenta
son Adresse au Roy , qui fit la repor se suivante.
MESSIEURS
JANVIER. 1736. 161
MESSIEURS ,
Je vous remercie de cette respectueuse Adresse .
» Je suis très satisfait que mes efforts , pour rétablir
» la tranquillité publique , ayent votre aprobation
» et vous pouvez être assurés qu'à l'avenir tous mes
» soins seront employés à rendre la Paix de l'Europe
, parfaite et durable , et à vous rendre um
Peuple florissant et heureux .
ETAT des Naissances et Morts à Londres ,
depuis le 23. Decembre 1734-
Na baptisé dans le cours de l'année 8656
Garçons , et 8215.Filles , ce qui fait 16871 .
Il y est mort 11699. hommes ou garçons , er
#1839 . femmes ou filles , ensemble 23538.
li a coutume de naître un peu plus d'enfans , la
difference d'une année à l'autre n'est pourtant pas
considerable , mais il n'en est pas de même pour les
morts,car il y en avoit en 1734.beaucoup moins que
Fonnée qui avoit précedé , et en 1735. il y en a en
core 2324. de moins qu'en 1734
On a remarqué aussi moins de morts à Amster
dam , le nombre n'en est que de 65 33. personnes
en 1734. il en étoit mort 7764. et en 1733. on en
avoit compté plus de 10500. cette année ayant été
très mal sainc.
Mvj TRANG
162 MERCURE DE FRANCE
FRANCE..
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E premier de ce mois , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs et
Dames de la Cour , eurent l'honneur de
complimenter le Koy et la Reine sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville: a rendu à cette occasion
ses respects à Leurs Majestés , à Monseigneur
le Dauphin et à Mesdames de
France.
Le même jour , le Roy , précedé du Duc
d'Orleans , du Duc de Bourbon , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du
Prince de Dombes , du Comte d'Eu et du
Comte de Toulouze er des Chevaliers
Commandeurs et Officiers des Ordres , quf
s'étoient assemblés dans le Cabinet de Sa
Majesté , se rendit à la Chapelle du Château
de Versailles . Le Roy devant lequel
les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs Masses , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre par dessus , ainsi que les Chevaliers.
S M. entendit la grande Messe
chaptée par la Musique , et à laquelle l'Archevêque
JANVIER. 1736. 163
chevêque de Vienne , Prélat Commandeur
de l'Ordre du S. Esprit , officia Pontifica-.
lement. Après la Messe , S. M. fut reconduite
dans son Apartement avec les ceremonies
accoûtumées.
Le 2. le Roy accompagné comme le jour
précedent , se rendit vers les onze heures
du matin à la Chapelle du Château , er
S. M. assista au Service qui a été celebré
pour le repos des ames des Chevaliers de
l'Ordre du S. Esprit, morts pendant le cours
de l'année derniere. L'Archevêque de Vienne
, Prélat- Commandeur de l'Ordre
officia.
Le premier jour de l'An , le Roy en
tendit à son lever les Hautbois de sa Cham--
bre , qui jouerent differens Airs de M. de
Lully.
Le même jour pendant le dîné de S. M.
les Vingt -quatre executerent plusieurs Pieces
de Symphonie de la composition de
M. Rebel , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , en survivance de M. Destouches ,
et de M. Francoeur , Compositeur de la Musique
de la Chambre.
Le 2. il y eut Concert chés la Reine ,
le même M. Rebel , en l'absence de M. Destouches
et en semestre , fit chanter le se
cond
164 MERCURE DE FRANCE
cord et le troisiéme Acte de l'Opera de
Thetis et Pelée , qu'on continua le 4. par
lts deux derniers Actes. La Dlle Antier
remplit avec aplaudissement le Kôle de The
tis , aussi bien que le sieur Chassé , ceux de
Jupiter et du Ministre du Destin. Le sicur
Jeliore chanta le Rôle de Pelée. Le sieur
Guignon , Ordinaire de la Musique du Roy,
executa après le Concert , un Concerto de
sa composition , qui plur generalement.
Le 7. on donna le Prologue et le premier
Acte de Proserpine , qu'on continua
le 9.et le 11. La Dlle Erremens l'aînée, chanta
le Rôle de Cérés ; la Dlle Deschamps , celui
de Proserpine , et la Dlle Mathieu , celui d'Arethuse
, tourès trois avec succès . Les sieurs
Chassé et Tribou remplirent ceux de Plu
ton et d'Aphée , parfaitement. Le sieur Guignon
fit executer une Suite de Symphonie
de sa composition.
Le 14. on chanta le Prologue et le premier
Acte de Bellerophon , qu'on continua
le 16. par le second et le troisiéme Acte.
La Dlle d'Aigremont se distingua dans le
Rôle de Philoneé , et le sieur d Angerville ,
dans celui d'Amisodar. Le sienr Guignon
joua ensuite le Printemps de Vivaldi.
Le 21. on donna en Concert à la Reine ,
plusieurs fragmens du Ballet du Triomphe .
de l'Amour.
La
JANVIER. 1736. 16
pre- Le 23 on chanta le Prologue et le
mier Acte de Scanderberg, mis en Musique
par Mrs Rebel et Francoeur ; il fut conti
nué le 25. et le 30. et parfaitement executé ..
Les principaux Rôles furent chantés par
les mêmes Acteurs qui les avoient remplis à
Paris avec l'aplaudissement du Public . Après
ce dernier Concert , le sieur Blaver , Ordi
naire de la Musique de la Chambre , joüa
un Concerto, qui fit un extrême plaisir.
La parfaite santé de Monseigneur le Diu
phin , et son esprit plus avancé qu'il no
Fest ordinairement dans les Enfans de son
âge , ayant déterminé le Roy à ne pas sui
vre l'ancien usage de ne remettre aux hom
mes le soin de l'éducation des Enfans de
France , qu'au commencement de leur hui
tiéme année , le Comte de Châtillon , Gou
verneur , et les autres Personnes choisies
par le Roy pour être employées à une édu
cation si interessante pour la France , ont
commencé le 15.Janvier à exercer leurs fonctions
auprès de Monseigneur le Dauphin.
Ce jour là vers les 4. heures après midi ,
la Duchesse de Ventadour et la Duchesse
de Tallard , Gouvernantes des Enfans de
France , amenerent chés le Roy Monseigneur
le Dauphin , et elles rendirent compre
à S. M. de l'état de la santé de ce Prince,
qu'elles
166 MERCURE DE FRANCE
qu'elles avoient fait examiner la veille par
Les Médecins , qui l'ont trouvée aussi bonne
qu'on pût le desirer. Le Roy témoigna
à la Duchesse de Ventadour et à la Duchesse
de Fallard , le gré qu'il leur sçavoit
des soins qu'elles avoient pris de Monsei
gneur le Dauphin , et les en assura avec
beaucoup de bonté. Le Roy parla ensuite
à ce Prince , et S. M. lui inspira dans les termes
les plus convenables et les plus tendres,
les sentimens qu'il devoit toujours avoir
pour ceux qui étoient chargés de son éducation.
Monseigneur le Dauphin a donné
en cette occasion autant de preuves de son
bon naturel que du desir qu'il a de remplir
les esperances que les. bonnes qualités
de ce Prince donnent lieu de former de
lui. Au sortir du Cabinet du Roy , Monseigneur
le Dauphin , accompagné du Comse
de Châtillon alla occuper le grand A par
tement qui lui a été destiné.
י
Le 22. de ce mois , le Prince de Torella ,
Gentilhomme de la Chambre du Roy des
deux Siciles , et son Ambassadeur Extraordinaire
auprès du Roy , eut sa premiere Au
dience particuliere de S. M. Il eut ensuite
Audience de la Reine , de Monseigneur le
Dauphin et de Mesdames de France , et
al fut conduit à toutes ces Audiences par
Ma
JANVIER. 1736. 167
M. Hebert , Introducteur des Ambassa
deurs.
Le même jour l'Evêque de Condom et l'Evêque
de Pamiers ,furent sacrés dans la Chapelle
du Séminaire de S. Sulpice , par l'Archevêque
de Sens , assisté des Evêques de
Tarbes et de Noyon.
Le 24. les Députés des Etats de Bretagne ,
curent Audience publique du Roy , étant
présentés par le Comte de Toulouse , Gouverneur
de la Province , et par le Comte
de Saint Florentin , Secretaire d'Etat , et
conduits en la maniere accoûtumée par la
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies,
Ils eurent le même jour Audience
de la Reine , de Monseigneur le Dauphin
et de Mesdames de France . La Députation
étoit composée pour le Clergé de
l'Evêque de Rennes , qui porta la paroles
du Vicomte de Rohan , Député pour la
Noblesse ; de M. de Kvastoüe , Député du
Tiers- Erat ; et du Président de Bedée , Syndic
de la Province.
L'Abbé de Choiseul , l'Abbé Daydie et
l'Abbé de la Fare , ont été nommés Aumôniers
de S. M.
Le
188 MERCURE DE FRANCE
Le 29. l'Evêque d'Agen fut sacre
dans la Chapelle du Séminaire de saint
Sulpice , par l'Archevêque de Bourges , assisté
des Evêques de Mende et de S. Brieux.
Le Mardi 17. les Comédiens François
représenterent à la Cour la Comédie de
la Devineresse.
Le Jeudy .6 . Phedre et Hyppolite,et les trois
Cousines.
Le 28. les Comédiens Italiens y repréa
senterent la Comédie de l'Heureux Strate
gême , qui fut suivie de la petite Piece nouvelle
du Retour de Mars , dans laquelle la
nouvelle Actrice joua le Rôle de la Fidelité
avec aplaudissement.
Le 6 l'Académie Royale de Musique
donna le premier Bal de cette année sur
le Théatre de l'Opera , qu'on continuera
de donner pendant differens jours du Car
naval jusqu'au Carême.
ETRENNES.
D'un Fils à son Pere.
Our vous donner gentille Etrenne ,
Je voulois tirer de ma veine ,
Vers agreablement tournés
Mais
JANVIER. 1736. 169
Mais les Muses peu charitables ,
Bien loin de m'être favorables ;
Riant de mon dessein , se mocquent à mon nés.
Honteux , déconcerté , je ne sçai plus que faire
Et déja je prenois le parti de me taire ,
Lorsque tout à coup une voix
Me fit entendre ces paroles :
Qu'as- tu besoin de ces neuf folles ,
» Ne peux- tu pas , sans te mordre les doigts ,
Au lieu de Vers faire quelqu'autre choix
27
Digne d'un si genereux Pere ?
Que n'offres- t ton coeur, ce coeur franc et sincere,
» Qui pour lui conserve à la fois ,
La tendresse , l'amour , le respect et le zele ;
» Cela vaut mieux que tous ces Vers ,
Qui pour les bien trouver te cassent la cervelle
» Et mettent quelquefois ton esprit à l'envers
» Tel est l'avis qu'ici te donne
Des fideles amis la Déesse en personne...
Déesse , m'écriai - je alors !
Secondez mes tendres transports,
Je me mocque avec vous d'Apollon et des Muses s
> Oui , sans chercher d'autres excuses
A l'Auteur de mes jours allez offrir les voeux
Qu'un Fils pour
lui va faire au Souverain des Cieux.
L Desepmanville
de Rouen
MORTS
170 MERCURE DE FRANCE
L
MORT S.
,
E premier Janvier Dame Genevieve-
Marguerite le Moyne , fille unique de
feu Pierre le Moyne , ancien Avocat au Parlement
de Paris , et Bâtonnier des Avocats ,
et de Genevieve Bugnon veuve depuis
le 11. Novembre 173 2. d'Ambroise Cousinet,
Seigneur de Boisroger, Conseiller du Roi en
ses Conseils , Maître ordinaire en sa Chambre
des Comptes de Paris , qu'elle avoit
épousé le 25. Juin 1698. mourut après une
courte maladie , âgée de 63 ans , laissant
pour fille unique Elizabeth - Genevieve Cousinet
, née le 9. Septembre 1699. et mariée le
4. Juillet 1724. avec Georges Jubert , Marquis
du Thit , ancien "Colonel d'Infanterie,
et Chevalier de l'Ordre Militaire de S.Louis,
dont elle n'a aussi qu'une fille unique , née
le 7. Juillet 1729.
Le même jour De Jeanne Henriette de Lalen,
épouse de Charles - Claude- Ange Dupleix ,
Seigneur de Bacquencourt , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de Fran
ce et de ses Finances, l'un des Fermiers Generaux
de S. M. et ancien Directeur de la
Compagnie des Indes , mourut après une
longue maladie , âgée de 27. ans.
Le
JANVIER. 1736. 177
Le 5. De Marguerite Estienne , veuve de
puis le 4. Janvier 1715 de Louis Chevalier ,
Ecuyer , Seigneur de Montigny près de
Metz , et de Bagnolet proche Paris , Conseiller
Secretaire du Roy , Maison Couronne de
France et de ses Finances , Receveur General
des Finances de Metz , et Fermier General
des Fermes unies de Sa Majesté , avec
lequel elle avoit été mariée le 5. Septembre
1667. mourut à Paris âgée de 87. ans , elle
étoit fille de Philbert Estienne , Seigneur
d'Augny , à une lieuë de Metz , Lieutenant
General auBailliage et Siege Royale de Metz,
et d'Anne - Pauline Luquin .D'un grand nombre
d'enfans qu'elle avoit eus , il ne reste
plus qu'Anne Chevalier , veuve d'André le
Vieulx , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris ; Marie- Marguerite Chevalier , veuve
de Jean- Antoine Ranchin , Secretaire or
dinaire du Conseil Royal , Direction et Finances
; Louis Chevalier , Seigneur de Montgerouit
, President Honoraire aux Enquêtes
du Parlement de Paris , veuf de Maric.
Anne Fermé , dont il a Louis Chevalier , né
le 14. May 1707. er reçu Conseiller au Parlement
de Paris , le 12. Decembre 1727.
Marc René Chevalier , né le 21. May 1709.
et Marie Marguerite Chevalier , née le s .
May 1710. mariée le 20. Janvier 1727. avec
François- Gaspard Masson , Maître des Requêtes
172 MERCURE DE FRANCE
quêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , puis
President aux Enquêtes du Parlement de
Paris ; Philbert- Antoine Chevalier , Seigneur
de Montigny, l'undes Fermiers Generaux
des Fermes du Roy , et ci devant Receveur
General des Finances de Metz , aussi
veuf de Marie- Magdeleine de Combault
d'Auteuil , dont il ne lui reste qu'Elizabeth-
Therese Marguerite Chevalier , née le 13 .
Fevrier 1905. et veuve de Charles - Louis
Frederic Cadot , Marquis de Sebeville , Eng
seigne de la seconde Compagnie des Mousquetaires
du Roy ; Armand Chevalier , cy
devant Maître d'Hôtel ordinaire du feu Duc
de Berti ; et Louis - André Chevalier , Cha
noine Regulier de l'Ordre de S. Augustin ,
de la Congrégation de France , et Prieur de
la Maison sous Longjumeau,
Le sieur Pierre Bonhomme Dupin , Rece
veur des Tailles dans l'Election de Riviere ,
Verdun, mourut le 6.Janvier.à Grenade près
de Toulouse , âgé de 109. ans et trois mois.
Le même jour Joseph de Cambis , Marquis
de Velleron , Chef d'Escadre des Galeres du
Roy , Commandeur de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , mourut à Avignon
dans la 78e. année de son âge.
Le 8. D. Jeanne Begny , veuve depuis le
28. Janvier 1725. de Nicolas- Dominique le
Fouin , Conseiller Secretaire du Roy , Maison
JANVIER. 1736. 198
son, Couronne de France et de ses Finances,
mourut à Paris laissant des enfans.
Le 9. André Morlat de Montour , Conseiller
Secretaire du Roy, Maison , Couronne de
France et de ses Finances , reçu à cette charge
en 1721 et autrefois interessé dans les
ataires de S. M. mourut à Paris Octogenaire.
Ilétoit veufde Genevieve Jaqueline le Nain ,
de la ville de Chinon , morte le 12 Avril
1728. Il en laisse Jean - Baptiste Morlar de
Montour , fils unique , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , pourvû de
cette Charge le 26. Juin 1715. et reçu en
1716. auparavant Conseiller successivement
au Châtelet et au Grand Conseil , et Grand
Raporteur des Lettres en Chancellerie , qui
n'est point marié.
,
Le 11. De Marie - Louise - Chrétienne de
Castille de Montjen , Epouse d'Anne - Marie-
Joseph de Lorraine Comte et Prince de
Guise sur Moselle , Comte d'Harcourt , de
Montlaur , et de S, Romaize , Marquis de
Maubec , avec lequel elle avoit été mariée le
deux Juillet 1705.mourut dans ses Terres en
Bourgogne , dans la 56. année de son âge ,
elle laisse un fils encore jeune, et deux filles
dont l'aînée fut mariée le 21. Mars 1725.
avec Emanuel - Theodose de la Tour , Duc
de Bouillon, d'Albret , et de Château -Thic
ry , Pair et Grand Chambellan de France
Gouverneur
174 MERCURE DE FRANCE
>
Gouverneur du haut et bas Pays d'Auver
gne , duquel elle est restée veuve le 17 May
1730. elle étoit sa quatrième femme ; et la
cadette a été mariée le 7. Avril 1734. avec
Louis François Armand de Vignerot du Plessis
Duc de Richelieu , et de Fronsac , Pair
de France , Chevalier des ordres du Roy ,
Brigadier de ses Armées , et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie petit vieux corps . La
Princesse de Guise étoit fille unique et seule
heritiere de Gaspard Jeannin de Castille
Marquis de Montjeu , Baron de Dracy, mort
au mois de Mars 1688. et de Louise- Diane
Dauvet des Marets , morte le 7. Decembre
1717.
On mande de Bourgogne que les obseques
deMadame la Princesse deGuise qui est morte
d'apoplexie dans son Château de S Blaise
aux fauxbourgs d'Autun , ont été celebrées
avec beaucoup de magnificence , le Corps de
la Ville y ayant assisté , Madame la Comtesse
de Roussillon, mena le deüil , et les
quatre premieres Dames de la Ville porterent
les coins du drap mortuaire.
Le Prieuré du Parc d'Harcourt valant
5000. liv . de rente,ééttaanntt venu à vaquer dans
le même temps , M. le Prince de Guise l'a
donné à M. l'Abbé de Bethune , cousin germain
de feuë Madame la Princesse de
Guise,
Le
JANVIER.
1736. 175
Le 12 De Catherine Gasparde deScoraille de
Fontange de Roussille , qui avoit été mariée
en premieres nôces le 3 Août 1681. avec Sebastien
Sire de Rosmadec , Marquis de Molac
, et de Sacé , Comte des Chapelles , et de
Guébriant ,
Lieutenant General pour le Roy
de la Province de Bretagne ,
Gouverneur des
Ville , Châteaux , et Comté de Nantes , et
Tour de Pillemoy , Brigadier des Armées de
S. M. et Mestre de Camp d'un
Régiment
de Cavalerie , mort le 3.
Novembre 1700.
?
et en secondes nôces au mois de Juillet 1709.
avec Henry de Chabannes , Marquis de Curton
, Comte de Rochefort , Baron de Riom,
Seigneur de S. Angeau , & c. veuf de Gabrielle
de Montlezun de Besmaux , et decedé
le 16. May 1714. mourut à Paris sans posterité
, agée de 88. ans 6. mois , elle fur inhumée
le
lendemain dans l'Eglise de l'Abbaye
de Port Royal ,
fauxbourg S. Jacques auprès
de deffunte Marie Angelique de Scoraille de
Roussille ,
Duchesse de Fontange , sa soeur ,
morte le 28 Juin 1681. à l'âge de 22. ans .
Ces deux Dames étoient filles de Jean Rigaud
de Scoraille , Comte de Roussille ,
Marquis de Cropiere et de S. Jouery , et
d'Aimée- Leonore de Plas . La
Généalogie de
la maison de Scoraille
originaire du haut
Auvergne , se trouve dans le Dictionnaire
historique. Ses armes sont d'azur à trois bandes
d'or.
,
I. Le
176 MERCURE DE FRANCE
Le mêmejour D. Marie- Françoise le Maistre
, veuve depuis le 22. Juin 1730. de Do
minique Claude de Barberie , Seigneur de
S. Contest , et de la Châtaigneraye , Conseiller
d'Etat ordinaire , ci - devant Ambassadeur
extraordinaire et Plenipotentiaire pour
le Roy aux Congrès de Bade et de Cambray,
avec lequel elle avoit été mariée le 2. Janvier
1700. mourut à Paris d'une violente colique
suivie d'apoplexie , dans la 66. année de son
âge , étant née posthume le 20. Juillet 1670.
de Jerome le Maistre, Seigneur de Bellejame,
President en la quatrième Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris , mort le 21 .
Decembre 1669. et de Marie Françoise Fey.
deau de Vesvres ; sa femme , morte le 25.
Novembre 171 1. à l'âge de 80. ans. La Dame
de S. Contest laisse deux fils qui sont
François Dominique de Barberie ; Seigneur
de S. Contest , né le 26. Juin 1701. successivement
Avocat du Roy au Châtelet , Conseiller
au Parlement de Paris en 1724. et
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy en 1728. qui a épousé le 27. Septembre
dernier une fille de feu Philipe Desvieux ,
Fermier General ; et Henry Louis de Barberie
de S. Contest , Seigneur de la Châtaigneraye
, né le 4. Avril 1708. aussi successivement
Avocat du Roy au Châtelet en 1728 .
Conseiller au Parlement en 1732. et Maître
des Requêtes en 1735 . Le
JANVIE R. 1736.
127

Le D. Pétronille Triboulleau , femme
de Mathieu Pinsonneau , Conseiller du Roy
en ses Conseils Maître ordinaire en sa
Chambre des Comptes de Paris , ancien
Tresorier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
avec lequel elle avoit été mariée le 12. Novembre
1691. mourut dans la 6 année de
, son âge étant née le 19. Octobre 1675.
Elle ne laisse qu'une fille qui est Petronille-
Françoise Pinsonneau mariée le 12. Avril
1714. avec Julien- Louis Bidé , Seigneur de
la Grandville , Maître des Requêtes de l'Htel
du Roy et Intendant à Lille en Flandres.
Le 16. Facques - Denis de la Mouche , Auditeur
en la Chambre des Comptes de Paris,
Charge en laquelle il avoit été reçu au lieu
de feu Claude Anne de la Mouche son oncle
le premier Août 1722. mourut d'une Aluxion
de poitrine à l'âge de 42. ans . Il étoit
frere puiné de Pierre Antoine de la Mouche,
Seigneur de Beauregard , Conseiller au Parlement
de Paris à la cinquiéme Chambre des
Enquêtes , et fils de feu Pierre- Antoine de
la Mouche , Seigneur de S. Jean de Beaurégard
, la Chastaigneraye et Thuilliere , mort
Conseiller Honoraire en la Grand Chambre
du même Parlement le 21. Octobre 1722 .
âgé de 69. ans , et de Françoise Pichon , mo
te le 8. Novembre 1732. et il avoit épousé en
1725. D... Dorat , fille de feu Charles - Lect
I ij Dorat
178 MERCURE DE FRANCE

Dorat, Seigneur de la Barre , et de Chameul
les , et d'Anne Aubriot de Chameulles . Il ca
laisse deux Garçons.
Le même jour François du Frefne , Seig du
Cange,Président, Trésorier de France au Bu
reau des Finances de la Généralité de Poitiers,
mourut à Paris dans un age avancé , laissant
des enfans . Il étoit Fils du celebre Charles
du Fresne , Seigneur du Cange , Trésorier
de France à Amiens , mort le 23. Octobre
1688. après avoir donné au Public un grand
nombre d'excellens Ouvrages , entr'autres
son Histoire Bizantine et son Glossaire des
mots de la basse Latinité.
Le 17. De . Elisabeth - Justine - Michelle de
Roissy , Epouse de Jacques Boucot , Chevalier
de l'Ordre de saint Michel , Conseiller,
Secretaire du Roi , Maison , Couronne de
France ct de ses Finances , Receveur General
des Domaines , Dons , Octrois et Fortific
tions de la Ville de Paris , mourut en couches
, agée de vingt ans. Elle avoit été mariée
au mois de Decembre 1733. et étoit fille
de Charles Michel , Seigneur de Roissy ,
Conseiller , Secretaire du Roi , Maison ,
Couronne de France et de ses Finances , et
Receveur General des Finances de la Gene
lité de Bourdeaux .
Le 25. Te. Jeanne Bastonneau , veuve de
puis plus de 40 ans de Jean Petitpas , Cor
seiller ,
JANVIER. 1736. 179
seiller , Secretaire du Roi , Maison , Couronne
de France et de ses Finances , mourut
à Paris dans la 86. année de son age , sans
laisser d'enfan . Il lui étoit resté un fils uni
que , qui étoit dans le Service , et qui étant
allé à Lille , s'y trouva enfermé lorsque cette
Place fut assiegéé en 1738. Il y fut tué en
faisant la fonction d'Aide - de camp du Ma
réchal de Boufflers.
Dom Lazare Languet , Abbé de l'Abbaye
Reguliere de Morimond , mourut le 20.
Janvier à l'Abbaye de Rosieres , dans le
Comté de Bourgogne , dans la 67e, année
de son age . Il étoit Frere de l'Archevêque
de Sens et du Curé de S. Sulpice ,
Marie Charlotte Sophie de la Riviere de
Wartigny , Fille d'honneur de la Reine seconde
Douairiere d'Espagne , mourut le 21
Janvier agée de près de quatorze ans. Elle
étoit Fille de Charles Yves Thibaut , Comte
de la Riviere , de Mur et de Plouc , Marquis
de Paulmy et de Wartigny , Brigadier
de Cavalerie , Sous- Lieutenant de la seconde
Compagnie des Mousquetaires , er Gouverneur
de S. Brieux et de Julie de Barberin ,
de Reignac , Dame du Palais de la Reine
d'Espagne.
Le 21. Martin Bernard Fredy , Ecuyer ,
Seigneur de Coubertin , Conseiller du Roi ,
Trésorier General , Receveur et Paycur des
I iiij Rentes
180 MERCURE DE FRANCE

*
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , Doyen
de sa Compagnie , aïant été reçu en cette
Charge dès l'année 1687 , mourut à Paris ,
âgé d'environ 8o . ans , sans laisser d'enfans.
Le 23. du même mois , Dame Marie Louife
de Villars , Soeur du feu Maréchal Duc de
Villars , veuve depuis 1718. de François
Eleonor de Choiseul de Traves , Comte de
Vauteau , Maréchal des Camps et Armées,
du Roi, et Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , avec lequel elle avoit été mariée
le 11. Fevrier 1699 , mourut à Paris , âgée
d'environ 78. ans , laissant pour
Fille unique
Marie-Sophie- Eleonore de Choiseul de Traves
, mariée au mois de Juin 1721 avec
Charles Joseph d'Andigné , Comte de Ve◄
zins.
Le 27. Dame Marie - Chriftine- Françoise de
Fleury , veuve depuis le 25. Mai 1700 , de
Claude le Tenneur , Ecuyer , Seigneur de
Goumiers , mourut à Paris , laissant posterité.
Le 28. D. Jeanne Gallois de Vaudricourt ¿
Dame d'honneur de feuë S. A. S. Charlotte
Seguier , Duchesse de Verneuil , et veuve
de Charles de Cailhau Désignac , premier
Ecuyer de feu S. A. S. Henry de Bourbon
Legitimé de France , Duc de Verneuil, mourur
à Paris , âgée de 88. ans , le Mémoire
par lequel on nous donne avis de
cette
JANVIER. 1736. 181
cette mort , porte que la défunte étoit soeur
- du feu sieur de Vaudricourt , mort Chef
d'Escadre, après s'être acquis une grande reputation,
et qu'elle étoit Aïeule du Chevalier
de Vaudricourt , qui sert dans la Marine
au département de Toulon.
par com-
Le 29. Charles François- Armand de Gontaut
, Duc de Biron , Pair de France , Brigadier
des Armées du Roi , Fils aîné d'Armand
Charles de Gontaut , Duc de Biron , Pair et
Maréchal de France , et de Marie Antonine
Bautru de Nogent , mourut d'une fluxion
de poitrine à Paris , dans la 47 année de
son age. Il avoit été fait Mestre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie.
mission du 22. Novembre 170s . depuis
il en obtint un autre par la démission
du Marquis d'Harcourt au mois d'Avril
1712. Ce dernier ayant été licentié ,
eut un Brevet de Mestre de Camp reformé.
Il fut fait Brigadier le premier Février 1719 ,
et il obrint au mois de Septembre suivant
le Regiment d'Anjou , Cavalerie ; il s'en
démit au mois de Juillet 1732. et il prie
séance au Parlement de Paris en qualité de
Pair de France le 19 Mars 1733. Il avoit été
marié le 30. Decembre 1715. avec Marie-
Adelaide de Gramont , Dame du Palais de
la Reine , et Fille de feu Antoine , Duc de
Gramont , Pair et Maréchal de France , Co-
I iiij
lonel
182 MERCURE DE FRANCE
lonel du Regiment des Gardes Françoises ,
et de Marie Christine de Noailles , sa veuve.
Il en laisse un Fils apellé le Comte de Lauzun
, et une Fille nommée Louise - Antonine
de Gontaut de Biron , mariée le 25 Février
1732. avec François Michel Cesar le Tellier,
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel
de la Compagnie des Cent-Suisses de la
Garde du Koi.
Le 31. Frere Charles Nicolas Ogier , Prêtre,
Chanoine Regulier de l'Ordre de S. Augus
tin , actuellement Prieur pour la seconde
fois de la Maison de Sainte Croix de la Bretonnerie
, à Paris , mourut dans la 73. année
de son age. Il étoit Frere aîné de feu Pierre-
François Ogier , Grand Audiencier de France
, mort le 24. Decembre dernier.
CHANSON .
Sur l'Air : Et vogue la Galere , & c.
FAvoris de
Neptune ,
Au gré de vos désirs ,
Allez chercher fortune ,
Nous cherchons les plaisirs ,
Et vogue la Galere , & c.
Ainsi
JANVI E R. 1736. 183
Ainsi que ce Rivage ,
S'éloignent nos beaux jours ;
En faire un doux usage ,
C'est en fixer le cours .
Qu'aujourd'hui tout conspire
A nos heureux loisirs ,
Et qu'aucun ne soupire
Si ce n'est les Zéphirs .
De peur que la Nacelle
N'abime sous le faix ,
Transportons sur leur , aîle
Nos voeux et nos regrets.
Sur cette Onde paisible ,
Dans ce calme enchanteur
Il n'est d'écueil terrible
Que la mauvaise humeur.
S'il s'eleve un orage ,
Je demande au Destin
Qu'il sauve du naufrage
Ma
184 MERCURE DE FRANCE
Ma Bouteille et mon vin
Puis vogue la Galere , &c.
*
Tantôt en main le verre ;
Si nous nous enyvrons ,
Nous pourons prendre terre
Par tout où nous voudrons.
La Raison nous chicanne ,
Mais Bacchus nous endort ,
Perdre la tramontane
C'est arriver au Port.
ARRESTS NOTABLES.
RREST de la Cour des Aydes du 13.Décembre
1736. qui condamne Nicolas Popelart , Concierge
des Prisons du Grenier à Sel de Montsaugeon
, à réintegrer dans les Prisons trois Prisonniers
arrêtés pour fauxsaunage , dans six semaines pour
toute préfixion et délai , et par corps, sinon et à faute
de ce faire dans ledit temps , et icelui passé , le condamne
de payer la somme de six cent livres pour les
amendes en quoi lesdits Prisonniers ont été condampés
, et en tous les dépens,
AUTRE du Conseil , du 20. qui commet le sieur
Prevost
JANVIER. 1736. 185
Prevost pour la visite , saisie et confiscation des
Bouteilles et Carafons de verre , qui ne sont des
poids ; jauge et qualités prescrites par la Déclaration
de Sa Majesté du 8. Mars 1735 , et Arrêts de Reglement
rendus en consequence de ladite Déclaration .
DECLARATION du Roy , du 20. qui ordonne
que les Bois quarrés et d'ouvrages qui sont déposés
dans l'Ile - Louviers , seront transportés de l'autre
côté la Riviere de Seine ; et qu'à l'avenir les Bois
neufs à brûler et Charbons de bois des Ports S. Paul
et de la Grêve , et les Marchandises de Thuilles , Ardoises
et Charbon de terre , seront déchargées dans
ladite Ile- Louviers,
ARREST du 10. Janvier 1736. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1736. l'exemption des
droits d'entrée sur les Bestiaux venant des Pays
Etrangers dans le Royaume .
AUTRE du même jour , qui permet la sortie des
grains de Picardie , pour l'Etranger , par le Port de
Saint - Valery.
LETTRES PATENTES , qui nomment des Comissaires
pour faire proceder à unTerrier general des
Domaines de Versailles , Marly , Saint Germain en
Laye , et Meudon. Données à Versailles , le 17. Janvier
LETTRES PATENTES du même jour , qui nomment
des Commissaires pour passer les Contracts,
des six cent mille livres, de rentes au denier vingt ,
sur la ferme des Postes .
ARREST
16 MERCURE DE FRANCE
"
ARREST du même jour , qui proroge jusqu'am
dernier D cembre 1736. le délai accordé par celui
du 4 Janvier 1735. pour la moderation des droits
de Marc d'Or , et de Sceau , er autres frais de provision
des Offices qui seront levés vacans aux revenus
casuels pendant le courant de ladite année.
DECLARATION DU ROY , portant établis
semnt d'une Chambre de Tournelle Civile au Parlement
de Paris . Donnée à Versailles le 24 Janvier
1736. Enregistrée au Parlement le 30. ainsi que le
feu ko Pavot fait pour l'année 1669. et quil l'a
voir novellée successivement, &c . laquelle Chambre
commencera au lendemain de la Chandeleur
pour avoir lieu s ulement jusqu'au jour de la saint
Jean prochain : sera ladite Chambre composée de
dux Présidents de la Cour , qui serviront depuis la
Chandeleur squ'à l'âques , et de deux autres qui
serviront depuis Pâques jusqu'à la S. Jan : Sçavoir ,
un du nombre de ceux qui seront de service à la
Grand'Chambre , et un de ceux qui serviront à la
Tournelle , de six, Conseillers de la Grand'Chambre
qui changeront à Pâques, et de quatre Conseillers de
chacune des Chambres des Enquêtes , deux d'entre
les anciens et deux d'entre les derniers reçûs , lesquels
changeront aussi au jour de l'âques , pour tenir par
ladite Chambre sa Séance en la Chambre de S. Louis
de notre dit Parlement , tous les Lundis , Mercredis ,
Jeudis et Samedis &c.
( 2
SONNET.
JANVIER. 1736. 187
SONNE T.
Vous demandez pourquoi je lis mon Almanach ,
Iris , c'est pour trouver le jour de votre Fête ,
I
Je sçai que dans ce temps il faut que je
A composer des Vers et ab hoc et ab
m'aprête ,
Hac.
Quand je les aurai faits , n'allez pas dire
Car à me rebuter vous êtes toujours
Vous rechignez ou bien vous secoüez la
Assurant que mes Vers ne valent pas un
Tac ,
Prête ,
Tête ,
Crac.
Pour bien moins que cela l'on deviendroit Rebelle ,
Vous avez de l'esprit , vous êtes fiere et
Ma foi vous me mettez au bout de mon
Belle ,
Rôlet.
Mais je veux cependant , pour qu'un peu je me Venge
Vous dire ingénument , en finissant ce
Sonnet
Que vous n'écoutez pas toujours votre bon Ange.
D
P
TABLE.
Rivilege du Roy.
Çatalogue des Mercures de France depuis 1721
Liste des Libraires qui débitent le Mercure.
Avertissement , & c.
PIECES FUGITIVES. Narcisse et Clarice , Eglogue , 1
Lettre sur l'Histoire du Théatre François ,
Le Temps , Ode ,
4
15
Lettre sur le mot Dun ou Doun , chés les Celtes , 18
La Retraite du Courtisan , sur deux Rimes , 27
Lettre sur l'Opera de Scanderberg , 30
Vers à Mad. la Comtesse *** , qui fut Reine ,
& c.
Réponse de M. le Cat , sur la Sympathie , &c.
Cantate ,
Epitaphe de Moliere , &c. -
37
38
46
so
SI
64
Lettre contenant l'Extrait d'Aben - Said , Tragédie ,
Epitre à Madame` ...
Lettre sur les Limites de la Gaule Germanique et de
l'Aquitaine Gotique , 68
Observations sur les noms de Childeric , Clovis ,
Les Papillons , Idylle ,
74
77
Lettre sur la Méthode de la Version et de la Composition
d'une Langue à l'autre ,
Le Serin et le Geay , Fable ,
Reflexions ,
Epitaphe ,
Enigme , Logogryphes , &c.
81
95
97
101 ༡༑༣་
105
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
844
&c. L'Etat actuel des Troupes de France , 186
Lettres Critiques au sujet des Memoires du Cheva→
lier d'Arvieux ,
112
117
Méditations sur les principales verités de la Religion
,
Voyage d'Innigo , à la Côte de Malabar , &c. 124
Aben - Said , Tragédie , I25
Description du Parnasse François , Addition , 127
Allegorie , & c.
130
Prix proposé par l'Académie de Chirurgie , &c.
Suite des Médailles du Roy ,
IjI
132
133
Portrait de Mlle Pélissier , de M. Couperin , &c. 135
Estampes nouvelles , &c .
Telescopes Catoptriques ,
Almanach de Cabinet ,
Chansons notées ,
Spectacles ; Le Bourgeois Gentilhomme ,
Le Retour de Mars , Comédie , Extrait,
Le Pêcheur et le petit Poisson, Fable,
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , & c.
De Russie , Pologne et Dannemarck ,
D'Allemagne , Italie et Angleterre ,
Morts et Naissances ,
136
137
139
140
143
149
ISE
153
155
161
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 162
Monseigneur le Dauphin mis entre les mains des
hommes pour son Education,
Etrennes d'un Fils , & c.
Morts , &c.
Couplets Nouveaux ,
Arrêts Notables , & c .
Sonnet ,
165
168
170
183
184
187
P
Errata de Décembre , second Volume.
Age 2815. ligue 22. la Poste , lisez , la Porte,
P. 2939. 1. 19. Brulle , l . Burle ..
Ibid. 1. 20. Clanvikard , l. Clanrikard .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 13. ligne 9. des, lisez ,
de.
Page 42. ligne 6. Diapragmatique , lisex Diaphramatique.
La Médaille gravée doit regarder la page 13%
Les Chansons noiées , la page
139
MERCURE
DE
FRANCE ,
1
DE DIE AU ROT
FEVRIER 1736 .
COLLIGIT
SPARCIT
Chez.
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
rue S. Jacques.
La veuve PISSOT , Quay
à la defcente du Pont Neuf.
de
Conty
JEAN DE NULLY , au Palais..
M. DCC . XXXVI.
Avec Approbation & Privilege du Roy,
A VIS.
L
à 'ADRESSE generale eft d
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter jur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOIS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER. 1736.
PIECES FUGITIVES ,
D
en Vers et en Prose.
LE CICLOPE. •
EGLOGUE.
Daphnis et Damétas.
Aphnis et Daméras assis près d'un
Ruisseau ,
De leurs troupeaux unis ne faisoient
qu'un troupeau ;
Sans crainte leurs moutons paissans dans la
prairie
Sous les yeux des Bergers cueilloient l'herbe
Aeurie , A ij Et
ço MERCURE DE FRANCE
Et cependant Daphnis à l'ombre d'un buisson
Pour plaire à Damétas chanta cette chanson,
La Mer ne paroît plus par les vents agitée
Sur ces paisibles bords j'aperçois Galarée ,
Du Ciclope qui dort elle aproche sans bruit ,
Le frape en badinant , le reveille et s'enfuit ;
Cette Nimphe inconstante et le cherche et l'évite ;
Elle veut l'attirerprès d'elle par sa fuite ,
Insensible pourtant il ne suit point ses pas ,
Sa flute et ses moutons ont pour lui plus d'apas ;
Mais la Nimphe revient et bientôt recommence 2
Veut-elle qu'il exerce une douce vengeance ?
2
Il menace , ellefuit en cotoyant les flots
Son image enfuyant s'imprime sur les eaux ;
De sa legereté quelle sera la peine ?
Melampe aboje en vain retenu par şa chaine,
Plus doux que n'est le chant des oiseaux amou }
reux ,
Quand Phébus au matin fait renaître ses feux ,
Ces Vers à Damétas font un plaisir extrême ;
Il répond sous le nom du Berger Poliphême ;
Que mon ail soit toujours mon guide , mon
fambeau
Que mes pas soient conduits par cet astre nouveau
;
Oui, malgré les devins , si le Ciel m'est propices
Je le garantirai de la fureur d'Ulisse ;
Cet oeil sur tout m'est cher ; mais j'aime encore
mieux ,
Cette
FEVRIER. 1738. ´ 1gr
Cette Nimphe qui vient sans cesse dans ces lieux;
Je sens que malgré moi j'adore la craèlle ,
Et quoi qu'elle ait deux yeux , elle me paroît belle;
Si les Dieux d'un seul ceil avoient orné son front
Aux plus grandes beautés elle auroit fait affront ;
Je me fais un effort pour lui cacher ma flamme,
L'ingrate abuseroit du foible de mon ame ;
Je lui dis , quelquefois , j'aime un autre que vous,
Philis à mon amour accorde un rendez - vous ;
Je veux que Galatée inquiete , jalouse ,
Brigue chés moi le nom ou d'Amante , ou d'E→
pouse ,
Mais peut - elle après tout refuser mon amour ?
Je surpasse en beauté les Bergers d'alentour ;.
L'autre jour dans la mer ( l'onde étoit transparente
j
admirois en secret ma figure galante ,
Ce grand front , ce teint vif , mais plus brun que
vermeil ,
Sur tout cet oeil charmant qui n'a point de pareil;
Quel plaisir dans les flots trouvez- vous ,Galatée ?
La mer est tous les jours par les vents agitée ;
Ses poissons monstrueux , ses abimes secrets
Valent- ils nos troupeaux et nos ombrages frais
Que les flots en couroux menacent le rivage ,
Dans ces antres charmans venez braver l'orage ;
Le Printemps a ses fleurs , et l'Eté ses moissons »
Mais l'amour est chez nous de toutes les saisons ;
>
Que ne puis -je en nâgeant vous suivre sous les
ondes A iij Quand
192 MERCURE DE FRANCE
Quand pourai- je plonger dans vos grotes pre
fondes ?
Ou nouvel Arion porté sur un Dauphin
Malgré les flots cruels caresser votre sein !
Deux ours demi lechés surpris sur la coline
Sont un rare present , et je vous les destine ,
J'y joindrai deux hiboux et deux jeunes corbeauz
Un Berger du commun fait-il des dons si beaux ?
Mais plutôt pour jamais abandonnons l'ingrate,
Elle est belle' , je l'aime , et c'est ce qui la flate ,
Chérissons nos troupeaux , cultivons nos guérets,
L'oisiveté fournit à l'Amour tous ses traits ,
Le travail'éteindra le feu qui me possede ;
Mais non ; aimons ailleurs , c'est un plus doux
remede ;
Je quitte , c'en est fait , un objet rigoureux ,
·Climene me promet un destin plus heureux.
Pour ouir Damétas les vents firent silence ,
Les Faunes de ses chants marquerent la cadence ¿
Les Fleuves étonnés , arrêterent leur cours
La Vouceur de sa voix aprivoisa les ours ;
Daphnis qui l'entendit , sans chagrin , sans envie
Admira la douceur de cette mélodie ,
Et pour prix de ses vers , trop sterile loyer ,
Lui même il couronna Damétas de laurier.
Pierre Defrasnay.
SECONDE
FEVRIER : 1736. 193
SECONDE PARTIE de la Re
de M. le Cat aux Questions sur la
ponse
Sympathie.
LE
3
E fluide animal , l'ame sensitive est
donc par ce qu'on a vû dans le precedent
Mercure , le sujet des sensations
précordiales , et j'ai fait voir aussi que ces
sortes de sujets ne pouvoient recevoir immediatement
des impressions du dehors
que par des objets d'une nature pareille
ou presque pareille à la leur ; d'où il suit
que l'objet des sensations immediates précordiales
, est aussi le fluide animal qui
transpire de l'un des couples sympathiques
et se mêle avec celui de l'autre . De
même que l'objet de la sensation animo
vegetale , est , ou ce même fluide lié à des
humeurs , ou une émanation spiritueuse
et corpusculaire de quelque substance que
ce soit , capable de sympathiser avec notre
fluide animo vegetal.
Mais d'où vient que ces phénomenes
de la sympathie sont si rares , quoi
que ces mélanges des fluides se fassent
sans cesse entre tous les hommes , tous
les animaux , toutes les substances trans-
A iiij pirables ?
194 MERCURE DE FRANCE
pirables ? C'est que ces effets extraor
dinaires requierent des modifications
particulieres dans le fluide et dans les
organes qui lui sont soumis , et sur
tout un certain raport entre eux et ceux
du collegue sympathique , et que
l'assemblage
de toutes ces conditions ne
peut être que très rare .
On sçait que les organes ont des differences
notables de plus ou de moins ,
non seulement dans les differentes sortes
d'hommes , d'animaux , mais même dans
leurs differens âges , et qui plus est ,
dans les differens états de santé du même
animal . Par la même raison on ne sçauroit
non plus douter que l'émanation spiritueuse
, repandue dans l'atmosphere de
chaque animal , de chaque homme , n'ait
quelque chose qui le distingue . Les sens
mêmes les plus grossiers nous le prou
vent : la piste , le fumer du perdreau , du
lievre , du loup , du cerf &c . ne sont pas
à beaucoup près semblables. Pourquoi
n'en seroit- il pas de chaque famille , de
chaque homme même , comme de ces
especes d'animaux , non seulement pour
cette transpiration corpusculaire grossiere
, qui peut fraper certains odorats ;
mais encore pour ces émanations spiritueuses
animales qui sont les agents de
nos
FEVRIER. 1736. 195
nos sensasions immediates , précordiales ,
et animo vegetales ? j'apelle cette diversité
prise de l'espece de chaque animal
diversité constante , et je pense qu'elle
dépend de la construction de la machine
même , ou du temperamment , du carac
tere particulier à chacun : mais il en est
une d'un autre genre , plus inconstante
que celle -là , c'est celle qui depend des
passions , de l'habitude &c . j'apelle cellecy
diversité variable.
Chacun sçait que l'habitude nous aprivoise
, même avec des choses qui nous
repugnoient d'abord ; qu'elle nous lie
ensuite à ces mêmes choses , nous donne
du penchant pour elles ; et cela , parce
que l'habitude fait que leur presence
jointe souvent à des idées flateuses , se lie
avec ces idées , et qu'à la fin elle excite
en nous des émotions qui se ressentent de
ces idées ou qui les rapellent confusément.
Tel est le mouvement interieur
*
qu'excite la presence d'une nourice , telle
étoit l'inclination de Descartes pour les
louches , parce qu'il avoit aimé dans
son enfance une jeune personne qui avoit
ce défaut. Or ces émotions , dans les
cas où les sens vulgaires n'y ont aucune
* Lettres de Decartes F.I. p.8o . Edition Latine
Amsterdam 1714. in 4. 3. vol.
A v part
196 MERCURE DE FRANCE
part comme dans votre Histoire , ne peuvent
être excitées que par une consonance
des fluides animaux acquise par l'habitu
de de leur mélange.
La seconde espece de diversité varia
ble des fluides animaux , est celle qui depend
des passions , et l'on conçoit aisément
que celle- cy est la plus variable
de toutes mais concevra-t'on dé même
que ce fluide soit une espece
de cameleon
qui dans chaque passion se revêt du caractere
de celle qui nous occupe et en
porte l'impression à d'autres fluides animaux
Pimagination n'areindra jamais à
se figurer les modes particuliers qui constituent
toutes ces diversités de caractere
du fluide animal , quoique bien réelles :
aussi n'atendez pas de moi , Monsieur
que je vous dénouë exactement ce noeud
plus que gordien , e le trancherai en partie .
La Medecine nous fournit , ce me semble
, des preuves des caracteres singuliers
dont le fluide animal se revêt dans les
passions. Les experiences les plus exactes
prouvent que le venin de la vipere et de
Ja plupart des autres animaux n'est rien
moins que la liqueur à laquelle on donne
vulgairement cette qualité. On s'est as◄
suré qu'elle n'est que le vehicule de l'esprit
venimeux , et que celui-cy n'est réellement
FEVRIER. 1736. 197
lement tel , que quand on le revêt de ce
caractere en mettant l'animal en colere. On
sçait encore que les morsures de l'animal
le moins venimeux comme de l'homme
, du cheval & c. le deviendront presqu'autant
que celles de la vipere, si on les
met dans le même degré de passion. J'ai
vû moi même la morsure d'un homme
ayant tous les caracteres de malignité des
morsures venimeuses , et j'ai vû encore
un homme mordu d'un cheval mourir en
7. jours avec tous les simptômes de l'empoisonnement
le plus violent.
Jose donc penser que la qualité vene
neuse d'un animal depend 1º . de la dissonance
entre des fluides animaux de nature
très éloignée , tels que doivent être
ceux des reptiles , où se trouvent presque
tous les animaux venimeux , comparés
ceux des hommes et des quadrupedes.z ° .
D'une disposition de la machine à un degré
violent d'émotion de colere , laquelle
s'imprime dans le fluide animal , ety
forme un caractere pernicieux à tout autre
avec qui il se mêleroit. Cette même
émotion le porte avec vehemence dans
certaines liqueurs de l'animal , plus à
portée de recevoir ce fluide
la salive dans la plupart des animaux , et
par- là elle rend ces liqueurs venimeuses ::
A vj
comme
ensorte
198 MERCURE DE FRANCE
ensorte que tout animal deviendroit aussi
venimeux que la vipere , s'il pouvoit ac
querir ce degré d'émotion capable d'imprimer
ce caractere , cette dissonance à
leur fluide animal; c'est à cette fatale acquisition
que je raporte la rage , que je’
regarde comme une qualité veneneuse ,
laquelle , quand elle n'est pas communiquée
, est la suite ordinaire d'une longue
disette d'alimens ou d'autres causes capables
de porter l'incendie dans le systême
nerveux , dans les organes des passions.
La mer , le fer rouge , guérissent
cette maladie , parce que la grande terreur
qu'ils impriment dépouille le fluide
animal du caractere de rage pour le revétir
du sien. Cette qualité veneneuse a
cela de particulier qu'elle tue l'animal
même qui la possede , parce que le degré
d'incendie que cette qualité requiert
dans le fluide animaler dans ses organes ,
est un état extrême qui rompt l'équilibre
, détruit l'harmonie du reste de la
machine , au lieu que dans les animaux
naturellement venimeux , ce degré , cette
disposition est à l'unisson avec tout le
reste de la machine , et devient une dependance
de son harmonie .
Que la simple dissonance du fluide
animal , prise de sa nature differente dans
des
FEVRIER . 1736. 199
des especes d'animaux très eloignées
puisse troubler toute l'harmonie de celui
avec lequel il est mêlé , et procurer même
la mort , c'est ce qui est , ce me semble
, très-bien prouvé par cette fameuse
transfusion du sang d'un veau , dans les'
veines d'un homme , qui perit bien- tôt
après par un transport au cerveau , ainsi
que le raporte Dionis.
Mais revenons sur le caractere dont les
passions revêtent le fluide animal , à des
exemples plus familiers et plus voisins de'
notre sujet. Je pourois raporter une foulet
de faits de sympathie et d'antipathie qui
prouvent que les hommes , les animaux
se communiquent reciproquement leurs
passions , non seulement par les sens
vulgaires , mais encore sans leur secours ,
et ainsi par nos sensations immediates :
mais je ne citerai ici que ma propre experience
qui se trouvera , sans doute
commune avec beaucoup d'autres.
3
Toutes les fois qu'il m'arrive de sacrifier
des chiens vivans à ma curiosité anatomique
, pendant plus de 15. jours tous les
chiens me fuyent, se sauvent tous effraïés
dès que je les aproche , et ne cessent d'aboyer
après moi . Doù vient, je vous prie,
cette frayeur que ma presence excite en
eux qu'ai - je autour de moi , dans mon atmosphere
,
100 MERCURE DE FRANCE ..
mosphere,qui les avertit du meurtre que
j'ai fait de leurs semblables ? ce ne peut
être qu'un fluide émané du chien dissequé
, ce fluide ne peut pas être non plus
la transpiration ordinaire des humeurs ;
ces humeurs sont incapables d'inspirer la
terreur. Ce n'est pas même un fluide spiritueux
du même caractere que celui qui
transpire ordinairement de l'animal ; car
il ne feroit pas plus d'impression sur
ceux de son espece , que n'en fait sur eux
la transpiration que je prends d'un chien
que je caresse ; or celle ci loin de les
faire fuir , me les attireroit , comme l'éprouvent
ceux qui aiment les chiens et
qui sont acoutumés à leur faire fête . Il est
donc hors de doute que le chien que je
disseque vivant me communique un Auide
different de celui qui émane du chien
que je caresse , un fluide enfin qui porte
Peffroi dans ceux de son espece d'où
l'on ne sçauroit s'empêcher de conclure
que ce fluide du chien mourant , dont
moi et mon atmosphere sommes imbus ,
porte le caractere des frayeurs de la mort,
dont cet animal étoit saisi entre mes
mains et qu'il affecte dans les autres
chiens une substance susceptible de la
même impression de terreur , et qui par
consequent ne peut être que le même
Auide
FEVRIER . 1736. 201
fuide animal , l'ame sensitive de ces animaux
.
Que les imaginations riches s'égayent
present , Monsieur , à forger des modifications
qui fissent dans ce fluide le
caractere d'effroi et ses autres diversités
à trouver l'espece de collision requise entre
ces substances pour la communication
de cette passion et des autres émotions.
En attendant leurs découvertes , si vous
etiés assés bon pour vous contenter de
ces principes, il ne seroit plus difficile d'achever
de satisfaire à vos questions , et le
ne doute pas même que vous n'ayés déja
saisi , dans le plan general que je viens
de vous exposer , les cas particuliers de
Vos avantures.
L'émotion de Vezin , cause du saignement
de nés , est de celles que produit la
consonance des fluides animaux dependante
du caractere constant de ce fluide
affecté à chaque famille , et votre émotion
reciproque avec votre nourice , est ,
comme je l'ai déja insinué , de celles qui
dépendent de la consonance acquise par
l'habitude .
Qu'une vive émotion interieure excite
un saignement de nés , une sueur , une
défaillance , & c. c'est ce qui arrive tous
les jours , soit à la vûë d'un objet , soit à
l'ing
202 MERCURE DE FRANCE
Fimpression d'une odeur qui excitera en
nous les mêmes émotions que nous attribuons
ici au fluide animal seul car
ce fluide etant le moteur de la machine
, il ne peut être ému à un cer
tain degré , sans y augmenter aussi à
proportion le mouvement des solides
et des liquides : or de ces mouvemens
augmentés , combien n'est- il pas
aisé de dériver la sueur , le saignement
de nés & c. Celui cy arrivera sur tout , દ
le sujet a les vaisseaux du nés foibles , délicats
; si les piliers du diaphragmne participent
à l'emotion , se contractent, com-˜
priment l'aorte inferieure , renvoyent
le
sang qui y devroit passer, vers la tête,
dont les vaisseaux se trouvent alors distendus
et forcés , s'ils sont assés foibles ,
comme il est ordinaire à ceux du nés ,
c'est aparemment ce qui est arrivé àVezin.
Mais si l'émotion est violente à un certain
degré elle mettra les plexus nerveux ,
les parties nervo- musculeuses du diaphragmé
, des gros vaisseaux , du coeur ,
dans une espece de Tejanos ou de contraction
convulsive constante . De ce roidissement
convulsif , vaporeux , s'ensuivra
une suspension du mouvement alternatif
ou d'oscillation de ces solides ; le
cours des liqueurs , que ces solides regissent
FEVRIER. 1736. 201
gissent , sera aussi suspendu , étranglé
intercepté et de - là , la palpitation et
enfin la sincope. C'est , M , précisément
votre avanture. Je suis , &c.
A Rouen , ce 20. Novembre 1735.
XXXXXXXXXXXXXXX
LA
LES
A MADAME
COMTESSE D ......
Sur son prochain départ.
EP ITR E.
Par M. de Sommevesle.
Es qualités les plus sublimes
Que l'on admire en toi , D.`...
M'avoient fait naître le desse in
De les consacrer par mes Rimes ;
Mais lorsqu'on veut qu'à ce sujer
Je mêle le cruel regret
De te perdre pour une année ,
Je déplore ma destinée
Et vois échouer mon projet.
Oui , déja ma Muse se glace
Quand sur le triste évenement
Du prompt départ qui nous menace,
On lui demande un Compliment.
Ex
204 MERCURE DE FRANCE
En vain un Prince de l'Eglise ,
En qui le mérite et le sang
Egalent la splendeur du rang ,
M'ordonne une telle entreprise ,
Je ne puis remplir ses désits.
Une doul ur subite et vive
Est plus muette que plaintive ;
En proye à tous mes déplaisirs ,
Au penser du prochain voyage
De celle à qui je dois hommage,
Je ne produis que des soupirs.
Cependant, prévenant l'Aurore ,
Ce matin j'ai pris le pinceau.
J'ébauchois déja ton Tableau ,
Et ce qu'en toi chacun adore
Charmoit l'ennui qui me dévore ,
Mais ma main ne formoit nul trait
Dont je pusse être satisfait .
Ces graces naïves , touchantes ,
Ces façons tendres , obligeantes ,
Cet air simple et de dignité ,
Qui chés tous les coeurs qu'il engage
Fait le distinctif apanage
Des Personnes de qualité ,
Je n'en faisois , malgré mon zele ,
Qu'une Esquisse très- peu fidelle.
Ces traits saillans et lumineux
Dans le bon goût du badinage ,
Cet
FEVRIER. 1736. 209
Cet aimable et noble langage ,
Aux délicats si précieux ;
Ces discours pleins d'un sel attique ,
Qui plaît , qui ravit et qui pique ,
Qui fait quelque chose d'un rien ;
Ce rare et parfait caractere ,
Qui ne connut jamais de bien
Comparable à celui d'en faire.
Oui , tout cela s'est présenté ,
Mais mon Apollon attristé
Par ce qui fait toute ma peine ,
D *** se refuse à ma veine ,
Il ne m'offre de tout côté
Que trouble et que douleur profonde.
Veux- tu que ce Dieu me seconde ,
Romps ton voyage projeté ;
Ma Muse alors sera féconde
Et ton Portrait si bien traité ,
Qu'il ixa jusqu'au bout du Monde.
EXTRAIT
203 MERCURE DE FRANCE
tut St St St Stetsteist
EXTRAIT d'une Lettre de M. Mail
lart , ancien Avocat au Parlement ,
M. l'Abbé le Beuf , Chanoine d'Auau
sujet des Voyages faits par xerre ,
Cesar en Angleterre.
CE
Ette matiere est traitée dans les
Commentaires de Cesar , de Bello
Gallico ; on s'est servi de l'Edition de Ro
bert Etienne 1544. et j'ai vû les Editions
posterieures sur les Morins et sur les Diabintes
, leurs voisins du côté du Nord.
Au Livre III. Cesar rend compte de la
Ligue formée contre les Romains , entre
plusieurs Cités des Gaules , situées au
Midy , et au Nord de la riviere de Loire,
par les Veneti c'est à dire , par ceux de
Vannes en Bretagne.
Fol. 61. verso. Socios sibi ad id bellum
Osisinios , Lexibios , Nannetes, Ambialites
, Morinos , Diablintes , Menapios , adsiscunt
; Auxilia ex Britannia que contra
eas Regiones posita est , accersunt.
Donc , tous ces Peuples habitoient les
côtes maritimes de l'Ocean .
Les Contrées de ces Peuples ont été
indiquées par plusieurs Auteurs, nommément
FEVRIER. 1736. 207
ment par Paul Merula , en sa Cosmographie
; par NNiiccoollaass SSaannssoonn , en sa Notice
sur le Cesar , traduit par Perrot d'Ablancourt
, et par le sçavant Adrien de Valois :
Notitia Galliarum .
Je donne icy , M. ces Peuples , selon le
laborieux Adrien Scrieek , originum rerumque
Celticarum , et Belgicarum. Edit.
1614. Ossisinios . Portus est ad Garumnam .
Ce Peuple est encore nommé par Cesar
à la fin du Livre 2. de Bello Gallico,
selon l'idée de Scrieck , les Ossinii seroient
les Saintongeois.
Lexobios.Ultra Ligerim sint necesse est.Et
comme les Lexobii sont à la suite des
Ossinii , ils sont donc les Poitevins , dont
l'Aunis faisoit autrefois partie.
Nannetes . Nunc Nantes ad ostium Ligeris.
Ambialites Portus ad Somonam
sit necesse est ubi Ambiani.
Morinos. Morinensis civitas est Tenanna
: Morini autem dicuntur qui nune
sunt circà Taruannum , Aream , Bononiam
, Calisium Ardeam , Guisnas ,
S. Audomarum , Gravelingam , Brou,
burgum , et Occiduam partem Castelli
Morinorum .
و
Diablintes. Cæsar enim ab occidente
incipiens,portus ordine ponit : Diablintes
verò inter Merinos , et Menapios.
Nullus
208 MERCURE DE FRANCE
Nullus portus hic est intermedius ,
quam qui nunc Dumkerka. Menapios .
Pars Flandrorum est .
Ces notions indiquent , M. que la Cité
des Veneti , ou de Vannes en Bretagne
, avoit apellé à son secours les
Peuples Maritimes qui étoient à son Midy
et à son Nord. Je sçais bien encore
que ces situations ne sont pas conformes
à celles de M. de Valois , et de
la plupart de ceux qui ont écrit avant
lui sur cette matiere.
Mais j'ai le plaisir de vous marquer
que les situations de Scriek ont été adoptées
par M. Pierre Faulconier , Grand-
Bailly de Dunkerke , en son Histoire
de Dunkerke , imprimée à Bruges en
Flandres 1730. cet Auteur y a placé à la
page 2. une Carte Corrographique , conforme
aux idées de Scriek. Je vous observe
de plus que ces deux Auteurs étoient
originaires de ces cantons- là , Scriek étoit
de Rousselare en Flandres , et M. Faulconier
de Dunkerke , où il est mort le 26.
Septembre 1735.
Selon les mêmes Commentaires , aut
Livre 4. Cesar pour se venger du
secours que les Insulaires avoient don- `
né à ceux de Vannes , forma le dessein
de passer en l'Isle de la Grande- Bretagne
i
FEVRIER. 1736. 209
gne; pour cela il consulta les Commerçans
des Pays Maritimes , tournés vers
cette Isle ; et après bien des instructions
, il conduisit ses Troupes chés les
Morins , d'où le trajet en Angleterre
étoit le plus court.
Ad hac cognoscenda , priusquam pericu-
Lum faceret , idoneum esse arbitratus , C.
Volusenum , cum navi longâ præmittit . Huic
mandat uti exploratis omnibus rebus , ad
se quam primùm revertatur. Ipse cum omnibus
copiis, in Morinos proficiscitur ; quod
indè erat brevissimus in Britanniam trajec
tus . Huc Naves undique ex finitimis Regionibus,
et quam superiore astate, ad veneticum
bellum fecerat , classem , jubet convenire .
SUR LE PORTUS ICTIUS.
Au Livre 5. Cesar considere le Portus
Ictius , comme très favorable pour passer
en la Grande Bretagne. Folio 94. verso
, de la même Edition de 1544. His
confectis rebus , conventibusque peractis , in
Citeriorem Galliam revertitur ; atque indè
ad exercitum proficiscitur , eò cum venisset
circuitis omnibus hibernis singulari Militum
studio , in summâ rerum omnium inopia
circiter sexcentis ejus generis , cujus suprà
demonstravimus naveis , et longas duode
triginta invenit constructas , neque multam
ab eo quin paucis diebus possent.
210 MERCURE
DE FRANCE
Collaudatis Militibus , atque iis qui negotio
præfuerant , quid fieri velit , ostendi.
atque omnes ad PORTUM ICTIUM convenive
commodissimum in
jubet : quo , ex portu ,
Britanniam trajectum esse cognoverat . Circi
ter milliumpassuum XXX à Continenti.
Folio 96. V. His rebus constitutis ,
Casar , ad PORTUM ICTIUM , cum Legia
nibus pervenit. Ibi cognoscu XL. naves ,
qua in MELDIS facta fuerant , tempestate rejecías
, cursum tenere non potuisse : aique eoà
dem , unde erant profecta , relatas . Reliquas.
paratas ad navigandum , atque omnibus
rebus instructas invenit.
Eodem , totius Gallia Equitatus convenit
numero millium quatuor, Principesque ....
Itaque dies circiter XXV . in eo loco commoratus
, quod corus ventus , navigationem
impediebat , qui magnam partem omnis temporis
in his locis flare consuerit.
...
Tandem idoneam tempestatem nactus ;
Milites , Equitesque conscendere naves
jubet.
Scriek détermine à Calais , l'Ictius Por
tus , Flandris hodiè CALIS quod etiam
celticum est.
Quidam Ictium portum,
bem putaverunt.
S.Audomari ur-
Seriek ne donne pas de situation certaine
aux Meldes : il donne le nom
Meldi
FEVRIER. 1736. 211
Meldi aux Peuples qui font le milieu entre
d'autres Contrées.
Meldi Cæsaris lib. 5. Celtis sunt Me
dii : nunc Middel- bourch arbs in Zelandiâ
, et alia in Flandriâ.
>
J'ai été peu satisfait, Monsieur, de cette
vague position des Meldes , indiquée par
Scriek , et je n'ai rien trouvé qui convint
à cet endroit de Cesar , dans M. de Valois
, aux mots Meldi , et Civitas Meldorum
, que ce sçavant Homme détermine à
la Ville de Meaux, et à son Diocèse .
Mais j'ai été très content de ce que j'ai
lû dans le P. Jacques
Malbranq , Jesuite ,
en son Histoire de Morinis, Tome 1.Edit.
1639.
Cet Auteur étoit natif de la Ville de
S. Omer ; il étoit frere de Marie Malbrang
, femme de Jean de Caverel , Fon
dateur des Jesuites d'Aire, par testament
du 3. Novembre 1639. et il déceda , au
Noviciat des Jesuites de Tournay le 5.
Mai 1653 et où est en MS. le reste de son
Histoire de Morinis , c'est-à- dire , depuis
1313. fin du troisiéme Tome , jusqu'à
la destruction de la fameuse Ville
Episcopale de Terouane,arrivée en 1553 .
Destruction conservée par ce Cronographe
De L et 1 MorInI.
J'ai donc trouvé , Monsieur , dans la
B Carte
212 MERCURE DE FRANCE
Carte que le P. Malbranq a mise à la tête
du Tome premier MELDA , fluvius . Cette
petite Riviere de Melde est formée en
Artois , de deux sources ; l'une est à Ek ,
et l'autre à Huringhem : ces deux lieux
sont situés entre les Villes de S. Omer ,
de Terouane , et d'Aire : la Melde entre
au dessus de S. Venant , dans la Lis , que
cet Auteur marque avoir porté quelquefois
le nom de Melde.
Au Livre premier de Morinis page 12 .
le P. Malbranq marque qu'à Tiene , où
la Melde entre dans la Lis , il y a des vestiges
d'un endroit propre à mettre des
Vaisseaux , tels qu'ils sont décrits par Cesar
, au commencement du Livre 4. et
par M. l'Abbé du Bos , en son Histoire
Critique de la Monarchie Françoise ,Edition
de 1734. tome 1. page 170. Ce con
Auant des Rivieres de Melde et de Lis ,
ese voisin de la Forest de Niepe en Flandres.
Le P. Malbranq insinuë que la construction
et les reparations des Vaissseaux
de Cesar , avoient pû se faire en ces Cantons.
Commode igitur naves sicfacta , nemore
Niepensi amplissimam , et ad hujus - modi
pus flexibilemid temporis suppeditante materiam
, in Saxonium deferebantur , quod
Labieni
FEVRIER. 1736. 213
Labieni industria cæteris Morinis addiderat
debellatum....
En la même Carte , le P. Malbranq
fait un Golfe depuis Arkes , au dessus de
S. Omer jusqu'à la Mer : c'est ce qu'il
nomme Sinus Ictius.Des eaux qui sortent
de ce Golfe les unes se rendent en la
Mer à Gravelines , les autres à Calais , et
les autres à Dunkerke .
,
La connoissance que j'ai , Monsieur ;
des terreins qui sont le long de la Mer
Oceane , en tirant de la Riviere de Canche
, à celle d'Aa ou d'Agnion , et même
jusqu'à Dunkerke , et en tirant de Gravelines
à Aire , m'a apris que les eaux de
la Riviere d'Aa , avoient leurs pentes
naturelles, tant à Calais qu'à Gravelines ,
et qu'à Dunkerke.
:
Er que le bassin qui est entre la Ville
de S. Ömer et l'Abbaye de Clairmarais ,
nommé le Haut- pont : Altus Pontus , et
où se trouvent des Isles flotantes , peut
contenir plus de 1000. Vaisseaux tels
qu'ils étoient construits du temps de
Cesar , et sur lesquels il passa en Angleterre.
Cette idée des Lieux , vous sera, Monsieur
, rafraîchie par l'inspection de la
Carte du P. Malbranq ; de celle que M.
de Lisle a mise à la tête de mes Notes sur
Bij Artois.
214 MERCURE DE FRANCE
Artois. 1704.et même de celles des autres
Geographes.
Ces realités me font pancher à croire
que le fameux Port Ictius de Cesar , étoit
tant Calais , qu'à Gravelines , qu'à Dunkerke
, aussi les Auteurs posterieurs à
Cesar distinguent le Port Ictius en superior
et ulterior : il n'y a pas d'inconvenient
que , sur la même côte , il y ait plusieurs
embouchures de Rivieres , favorables à
des Ports voisins ; et sur tout lorsqu'il
s'agit de faire passer des Flotes nombreu
ses : car tous les Vaisseaux ne peuvent
partir ensemble du même Port sans
se nuire les uns aux autres.
que L'indication du Peuple Meldi ,
je vous fais , Monsieur , vous donnera
lieu de nous faire part de ce que vous découvrirez
de votre côté sur le fameux
Portus Ictius de Cesar , et sur les voyages
de ce General en Angleterre.
Je vous observe que je ne me suis pas
aperçu que ceux qui ont écrit sur ce Port,
ayent été sur les Lieux ;
Ni Paulus Merula , mort le 19. Juillet
1607. in Cosmographia , parte 2. libro 3 .
pag. 470 , et suivantes ; ni Nicolas Sanson
, decedé le .. en son Portus Įçtius
; ni M. du Cange , mort le 23. Oçtobre
1688, en sa Dissertation 38. sur
S.
FEVRIER . 1736. 215
S. Louis ; ni Adrien de Valois , decedé
le 20. Juillet 1692. en sa Notice des
Gaules.
Au surplus,je vous fais remarquer que le
Tractus Gessoriacus in Morinis , commençoit
à l'embouchure de la Canche , et se
terminoit à l'Aa : ainsi le Portus Ictius
qui étoit sur cet espace , doit être placé
dans les endroits les plus avantageux :
Etaple , n'a pas assés de Bassin , ni de
Golfe ni de Havre Boulogne n'es
a point ; Ambleteuse , peu ; Wit-Sandt
point ; Calais a un bon Port ; Gravelines
en a un en dégorgeant l'embouchure de
l'Aa.
,
Pour ce qui est de Dunkerke , il a un
Bassin favorable ; puisque le flux et le reflux
de la mer le nettoyent sans oeuvre
de la main.
Vous trouverez, Monsieur , bien de l'érudition
sur le Portus Ictius dans les Annales
de Calais , imprimées à S. Omer
in 4. 1715. Chapitre II . Cet Ouvrage est
de M. Pierre Bernard , ancien Mayeur
de Calais. J'ai l'honneur d'être & c.
De Paris , ce 25.Octobre 1735.
B iij EPI216
MERCURE DE FRANCE
EPIGRAM ME,
Imitée de Martial.
'Avec grand serment aujourd'hui
Paul m'a dit que jamais il n'a soupé chés lai
C'est donc un homme de merite ,
Un homme de bon sens , de science et d'esprit
Ou quelque fameux Parasite ;
Non, mais quand il ne voit personne qui l'invite
Point de soupé , grand apetit .
F. L. J. de D.
MEMOIRE de M. P. D. L. C. an
sujet d'un nouvel Ouvrage sur l'Egypte.
Et Ouvrage est intitulé DESCRIT
CEtTION DE L'EGYPTE Contenant plu
sieurs Remarques
curieuses
sur la Geographie
ancienne
et moderne
de ce Pays,
sur ses Monumens
anciens, sur les moeurs,
les coutûmes
et la Religion
des Habi- * tans , sur le gouvernement
et le commerce
, sur les animaux
, les arbres ,
les
plantes
FEVRIER . 1736. 217
plantes &c . composée sur les Mémoires
de M. de Maillet,ancien Consul de France
au Caire . Par M. l'Abbé le Mascrier. Ouvrage
enrichi de Cartes et de Figures. A
Paris , Quay des Augustins , chés Louis
Ganneau , et Jacques Rollin fils , 17350
1. vol . in 4. de 57c. pages , sans la Préface
et la Table des Matieres .
Le Titre seul prévient le Public en faveur
de l'Ouvrage : quoi de plus inte
ressant en effet que la Description d'un
Royaume , qui joint aux faveurs les plus
singulieres de la nature , le titre glorieux
de Pere des Sciences et de premiere Patrie
des Beaux Arts l'Univers admire encore
les fameux Monumens de la puissance
de ses Rois et de l'industrie de sez
Peuples ; ni la voracité du temps , ni la
fureur desBarbares n'ont pû effacer qu'une
partie des marques de la grandeur de
l'Egypte , et personne ne paroît plus
propre que M. de Mailler à nous donner
des idées justes et circonstanciées , nonseulement
de son état present , mais en
core de ce qui peut se remarquer de cette
ancienne splendeur qui faisoit l'admiration
de l'Univers . Un esprit penetrant,
un jugement juste et solide , un grand
fonds de lumieres acquises , une connois.
since suffisante de la Langue Arabe , un
Bij abord
218 MERCURE DE FRANCE
abord civil et atrayant , un genie liant
et fait exprès pour la societé , sont les ta
lens dont M. de Maillet a pû se servir
utilement pour parvenir à la connoissance
de l'Egypte , pays où il a residé 16.
ans en qualité de Consul .
Tout cela annonce un ouvrage accompli
, et d'autant plus désirable , que s'il
en faut croire la Préface , tous ceux qui
ont traité jusqu'ici le même sujet , ont si
mal réussi , qu'excepté une espece de Description
que Dapper nous a laissée , les au
tres Relations d'Egypte ne sont que
des
tissus informes de contes ridicules bâtis sur
des recherches superficielles. Que de temps
donc mal employé ! que de peines et de
dépenses perducs ! que de lecteurs jettés
dans l'erreur ! l'Egypte jusqu'ici a été
presque inconnue , la nouvelle Descrip
tion qu'on nous en donne va lui donner
une face toute differente. Voilà , ce
qu'insinuent les termes de la Preface ; ce
pendant on cura d'autant plus de peine à
croire que M. de Maillet ait pensé de
cette façon sur les Relations d'Egypte ,
qui ont precedé la sienne , qu'on le trouve
à peu près d'accord avec Jean Grave ,
Kirker , Thevenot , Pietro della Valle ,
Marmol , la Croix , le P. Sicard , et avec
beaucoup d'autres Auteurs,au moins sur
les principales Remarques.
FEVRIER. 1736. 219
Son opinion sur l'origine du Nil , qui
he paroît propre qu'à y jetter de l'obscurité
, n'est point nouvelle. Isaac Vossius
avoit été du même sentiment , qui ne
fut regardé alors que comme une espece
de Problême , propre à couvrir un défaut
de connoissances plus exactes des sources
de ce fleuve. Les Missionnaires qui ont
penetré en Ethiopie , Job Ludolf, et tous
ceux qui ont écrit des sources du Nil
ont rejetté cette opinion , il seroit à désirer
qu'elle fut apuyée d'autorités suffisantes
pour fixer une bonne fois les sentimens
, et pour prévenir les narrations
fabuleuses.
Le
peu de
connoissance
qu'on
a eu jusqu'ici
de
la
Riviere
blanche
, fleuve
, dit
M.
de
Maillet
, au
moins
aussi
considerable
que
le
Nil
, qui
l'accompagne
dès
sa source
, et qui
se jette
dans
son
lit
audessous
de
Sennaar
, a peut
- être
été
cause
que
le Geographe
qui
a dressé
la
Carte
d'Egypte
que
l'on
trouve
à la tête
de
cet
Ouvrage
, l'a
confondue
avec
le Nil
lui
même
;
on
trouvera
en
effet
, asses
probable
que
le
Nil
d'Egypte
porte
le
nom
de
blanc
, dans
le Royaume
de
Sennaar
, si l'on
veut
faire
quelque
attention
à un
passage
de
Job
Ludolf
que
l'on
croft
devoir
raporter
ici, Le
Nil
, dit
cet
Au-
>
B v teur
220 MERCURE DE FRANCE
}
et
teur , se voyant enrichi des dépouilles de
plusieurs torrens et enflé de toutes ces eaux
qu'il commence de rouler avec plus de majesté,
laisse toute l'Abissinie à sa droite
après avoir traversé le Royaume de Sennaar,
il va donner au pied d'une Montagne dans
pays de Dongula , où il se divise à droite
et à gauche en deux bras ; le bras gauche.
prend le nom de Niger . il se jette dans
POcean. Le bras droit qui emporte la plus
grande partie des eaux , continue sa route à
travers la Nubie du côté du Septentrion
d'où il s'en va porter la fecondité en Egypte.
le
...
M. d'Herbelot adopte ce sentiment
dans sa Bibliotheque Orientale , et prétend
que c'est celui des Geographes Orientaux
, principalement des Arabes qui
apellent , dit- il , le lieu où le Nil se sépare
et forme ces deux grands fleuves ,
Istirak annilain , c'est - à - dire la séparation
des deux Nils. Ce fait supposé vrai , il ne
seroit point étonnant que le Nil d'Egypte
se nommât Riviere blanche , ou
Mer blanche, le nom de Mer étant comme
consacré au Nil par les Arabes , à
Pexclusion des autres fleuves qui ne sont
regardés par eux que comme fort inferieurs
à celui cy. Le nom de blanc lui
convient sur tout au dessous de Sennaar,
après sa séparation d'avec le Niger , par
oposition
FEVRIER. 1736. 225
position au nom de ce dernier que l'on
nomme en Affrique Nil Soudan, ou Bahr
Soudan , c'est -à-dire , Nil ou Mer Noire,
ou des Noirs : il seroit , ce semble , tout
naturel que dans le même Pays le Nil
d'Egypte se nommât Nil blanc , ou des
blancs
Encore une remarque sur le même su→
jet , et qui mérite attention , c'est que
M. de Mailler fixe la jonction du Nil avec
la Riviere blanche , au même endroit
précisément où Ludolf et les Geographes
Arabes placent sa séparation d'avec le
Niger dans le Pays de Dongola
au
Nord du Royaume de Sennaar. Ne pouroit-
on pas esperer de la complaisance
de M. de Mailler pour les Curieux , qu'il
prendra la peine d'éclaircir les doutes qui
resultent nécessairement du défaut d'autorités
sur les sources du Nit , er du rémoignage
de Ludolf er des Geographes:
Arabes sur l'origine commune du Nil et
du Niger , et sur leur séparation dans le
même Pays où la nouvelle Descriptions
fixe sa jonction avec la Riviere blanche ,
sans autre autorité que celle d'Hadgy
Ali , Ethiopien Mahometan , au seul
nom duquel tout le monde a droir de
s'écrier : bon Dieu quel Geographe !
A est vray que le sçavant Guillaume
B vj
de
222 MERCURE DE FRANCE
J
de l'Isle a donné dans sa Carte d'Affri
que un plan hardi du cours inconnu de
la Riviere blanche et qu'il l'a jointe
avec le Nil dans le Pays de Dongola,
comme M. de Maillet ; mais le fameux
Geographe et M. de Maillet qui sont
contemporains , n'ont ils point travaillé
sur les mêmes Mémoires leurs lumieres
n'ont elles point été surprises par la coa
fiance qu'ils se devoient reciproquc
ment ?
Le Lecteur curieux auroit désiré de la
plume de M. de Maillet une Description
plus étendue de la Ville du Caire , ily
auroit lû avec plaisir la Kelation des Cere
monies qui s'observent tous les ans pour
abatre la Digue du Khalidge ou Canal de
cette grande Ville : Un Lecteur curieux ,
dis- je , l'auroit préférée à l'Histoire Romanesque
des Amours du Roy de Ma-
Foc et de la Reine d'Egypte qui occasionna
la conquête de ce Royaume par
le Calife Afriquain , dont la magnificence
outrée et fabuleuse n'est pas su
portable , même dans les narrations des
Auteurs Arabes.

La Description des Piramides est le
morceau le plus curieux et en même
temps le plus hardi qui ait encore paru
sur l'Egypte. Le beau champ pour les
Observateurs
FEVRIER. 1736. 213
Observateurs de l'Antiquité ! Avec quelle
avidité ceux qui descendront à l'avenir
dans ces superbes tombeaux ne suivrong
ils pas les traces de M. de Maillet? ils perdront
de vûë la grandeur de leur cons
truction , ils n'admireront plus que la
hardiesse et l'industrie de leur violation.
En effet on ne peut disconvenir que l'ou
verture de la grande Piramide , telle que
M. de Mailler la décrit , n'ait été un ouvrage
plus hardy dans l'entreprise , et
plus difficile dans l'éxecution , que l'élevation
même de cet énorme Bâtiment.
On lic , au reste , dans cer Ouvrage
ane Description très curieuse de la haute
Egypte , elle ne laisse à regreter qu'un
détail plus ample et plus circonstancié
que l'Auteur auroit pû substituer à la
longue Histoire de la perte de la Mine
d'Emeraudes , le Public éclairé ne s'acoutumera
jamais à l'alliage bizare du Romanesque
avec le sçavant. C'est , pour parler
comme les Arabes , un mechant caillou
enchassé dans de l'or parmi de belles
pierreries .
L'Histoire naturelle d'Egypte est en
core un très bon morceau. On lit ensuite
avec plaisir la ceremonie de la Circoncision
du Fils d'Ismael Pacha , Viceroy
d'Egypte. Au reste , il ne faut pas prendre
224 MERCURE DE FRANCE
dre en general pour tous les Chrétiens
Orientaux ce que M. de Maillet dit do
Pobstination des Coptes dans leurs erreurs
, et du peu de fruit qu'y peuvent
faire de zélés Missionnaires ; l'experience
de tous les tems prouve assés combien il
est important au salut de ces Peuples que
nos Religieux les assistent de leurs ins
tructions , il n'est pas même permis à
ceux qui connoissent le Levant , de dourer
que les Missionnaires tant Européens
que Levantins , sur tout ceux qui ont
été élevés à Rome , ne voyent journellement
leurs travaux Evangeliques recompensés
de beaucoup de fruits. Il seroit à
désirer que M. de Maillet fut entré dans
un détail plus étendu de la Religion des
Coptes dont il s'est contenté de raporter
assés légerement les principales ceremo
nies.
Qu'ilnous soir permis d'ajouter ici quel
ques lignes à l'occasion du Mémoire qu'on
vient de lire . Il n'est pas possible d'entendre
parler de l'Egypte et d'un Livro
nouveau sur ce Pays celebre sans se
souvenir particulierement du travail immense
et des differentes compositions
qui ont déja paru sur le même Pays , faites
par le R. P. Sicard , Missionnaire de
La Compagnie de Jesus , que l'Auteur du
Mémoire
FEVRIER. 1736. 225
Mémoire ne fait que nommer , et qui
étoit plus que personne en état d'écrire
comme il a fair,avec tout le succès possible
sur cette matiere .
Ce que nous avons de lui sur ce sujet ,
et qui a été generalement goûté de tous
les Sçavans , se trouve dans les II. V. VI..
& VII. Tomes des Nouveaux Mémoires
des Missions de la Compagnie de Jesus dans
le Levant , imprimés à Paris en 1717.
1725. 1727. 1729. Chés le Clerc , Cave-
Lier , Pissot , Quillan , et Briasson . Les
morceaux les plus interessans et les plus
neufs qu'on y trouve sont sa Carte d'Egypte
, qui sous le nom modeste d'Essay,
efface toutes les autres Cartes du même
Pays , er ne laisse rien à désirer. Son voya
ge dans les Deserts de la Basse Thebaide
accompagné d'une Carte des mêmes Deserts
aux environs des Monasteres de S.
Antoine , et de S. Paul Hermites ; avec
le Plan des Lieux par où les Israëlites ont
probablement passé en sortant dd''EEggypte.
Le Plan d'un grand Ouvrage sur l'Egypte
Ancienne et Moderne avec des Cartes
3
Geographiques et les Desseins de plusieurs
Monumens antiques &c. Une Dissertation
pour prouver clairement et solidairement
par les Textes de l'Ecriture
raportes ,
216 MERCURE DE FRANCE
*
raportés ; le Systême de l'Auteur sur
la veritable route que prirent les Israëlites
, par l'ordre de Dieu , pour sortir de
l'Egypte,en traversant la Mer Rouge &c.
avec la Carte de cette route . Son voyage
au Mont Sinaï accompagné d'une Carté
de cette fameuse Montagne , chargée aux
marges de tous les éclaircissemens nécessaires
. Il ne faut pas oublier son voyage
dans le Delta ,le long du Nil , et jusqu'aux
Cataractes de ce Fleuve , ni son Discours
sur l'Egypte qui occupe la moitié du VII.
Tome , et qui contient en IX. Chapitres
un Abregé curieux de tout ce celebre
Pays , tant Ancien que Moderne. On
poura voir sur le peu que nous venons
d'observer les Volumes que nous indiquons
, on y trouvera d'autres morceaux
précieux qui concernent l'Antiquité , et
Histoire naturelle avec de fort bonnes
gravures , qui mettent sous les yeux les
principaux Monumens &c.
* Les Sçavans , et sur tout ceux qui ont sagement
tourné leurs études du côté des connoissances
solides , sentiront tout le prix des Observations du
P. Sicard sur la route que tinrent les Israëlites , en
Braversant miraculeusement la Mer Rouge: l'Ecriture
et l'éxamen actuel des Lieux mêmes , les fournissent
à son heureuse sagacité . C'est ainsi que
parle M. l'Abbé Raguet dans son Aprobation du
1. Août 1726. imprimée à la fin du VI . T.
On
FEVRIER 1736. 227
On peut voir aussi ce qui est raporté
du P. Sicard dans le Mercure de France
des mois de Janvier , Fevrier et Septembre
1727. On trouvera dans le dernier ,
la mort de ce pieux et sçavant Missionnaire
, arrivée au Caire , après s'être livré
au service des Pestiferés , le 12. Avril
1726. Son Eloge , qui contient les circonstances
édifiantes de sa vie , et une
Lettre de M. Rigord écrite de Marseille
le 28. Fevrier 1727. sur l'érudition et les
études du P. Sicard par raport à l'Egypte.
Ce Sçavant , qui y prenoit un singulier
interêt, doutoit alors qu'on eut tout son
principal Ouvrage sur l'Egypte , fini de
sa façon , et que tout ce qu'il a fait làdessus
nous revienne &c. Je ne suis pas
cependant sans esperance , ajoutoit M. RIgord
en faissant sa Lettre , fondée sur
la prudence et le zele pour l'avancement
des Lettres , des Superieurs de l'Homme
Evangelique et du sçavant Religieux dont
on ne sçauroit trop regreter le perte .
La crainte du Sçavant Marseillois étoit
fondée son esperance l'étoit encore plus;
car il paroît par une Lettre du R. P. Superieur
General des Missions de L. C.
de J. en Syrie et Egypte , qui est à la tête
du VII. Tome des Memoires , que
tous ceux qu'a laissés le P. Sicard ; ensemble
228 MERCURE DE FRANCE
semble tous ses Plans , Cartes , Desseins
& c. ont été soigneusement recueillis sur
les Lieux , et que tous ces Mémoires
étoient actuellement, (c'est-à -dire en 1727)
entre les mains d'un autre habile Missionnaire
Jesuite , envoyé exprès de Syrie
en Egypte pour les revoir , et les mettre
en état d'être envoyés en France . Il
n'en falloit pas moins attendre de la sagacité
et du zele pour le bien public , du
R. P. Supérieur General.
Nous sçavons enfin que ces précieux
Ecrits sont heureusement arrivés à Paris ,
il y a déja quelques années , et que les
RR. PP . Superieurs se sont déterminés
par les mêmes motifs à les faire publier,
après qu'une habile main les aura retouchés,
et qu'elle leur aura donné l'ordre et
la forme qui convient à un si beau sujet. Il
ne nous reste plus qu'à faire des voeux
pour l'execution, qu'on attend avec quel
que impatience , tant au nom du Public ,
qu'au nom des compatriotes duP.Sicard,
de ceux principalement qui sont particu
lierement dévoués à la Litterature et qui
n'attendent que la publication de cet Ou
vrage pour inscrire son nom dans les Fas
* Le P.Claude Sicard étoit né à Aubagne petitee
Ville limitrophe du Territoire de Marseille et
Baronie doni M. l'Evêque est Seigneur,
tes
FEVRIER. 1736. 219
tes de Marseille sçavante, ancienne et moderne,
dont on se propose de donner inces- derne,dont
samment la continuation ; en attendant
le rang qu'il doit tenir dans une nouvelle
Histoire de Marseille , objet digne de
l'aplication et du zele de l'Académie
Royale des Belles Lettres de cette Ville.
Mercure de Decembre 1728. II. Volume
et de Janvier 1729.
REMARQUE d'un Buveur sur la
Langue Françoise.
EN vain pour augmenter l'honneur de sa
Patrie ,
Le Ministre éclairé d'un des plus justes Rois
Etablit une Académie ,
Qui doit éterniser l'Idiome François.
En vain tous nos Sçavans consumeroient leur vie
A l'enrichir de nouvelles beautés .
Oui , que dans les climats les plus inhabités ,
Ainsi que notre nom , notre langue parvienne
Que son expression convienne
Au Cothurne sublime , au naïf Brodequin ,
Au vol hardi de l'Ode , à l'amoureux langage
Que pour le simple badinage
Elle ait un tour heureux et fin
Qu'elle soit propre à l'austere satire :
Enfin
230 MERCURE DE FRANCE
Enfin qu'en tout genre d'écrire ,
Sur celles de tous les Pays
Certe Langue obtienne le Prix ;
Elle sera toujours une Langue imparfaite
Jamais elle n'aura de mots
Capables d'exprimer , d'une façon bien nette ;
Les transports que je sens quand j'aperçois de
pots.
A. X. H. d'Arras.
QUESTION D'ETAT , jugée
au Parlement de Rouen dans une Au
dience extraordinaire de la Grand' Cham
bre , le Samedy 10. Décembre 1739 .
EN
N faisant abstraction de la qualité
des Parties ; c'est ici la Cause la plus
interessante qui se soit présentée depu
long- temps. Un Soldat encore mineur ,
se marie à l'armée dans une Province
étrangere , mais occupée par les Armes
de France ; il néglige d'avoir le consentement
paternel , il suit d'ailleurs les
formalités requises par le Concile de
Trente, reçû en cette Province ; il merrt
enfin laissant plusieurs enfans ; et son
Pere , en feignant de le croire encore vivant
, l'exherede aussi-bien que ses end
fans ,
FEVRIER . 1736. 23r
fans , par la seule raison qu'il s'est marié
contre son gré. Une pareille exheredation
est-elle valable ? C'est la pre
miere Question,
Après la mort du Pere , qui a ainsi usé
du pouvoir de l'exheredation , paroissent
les enfans de l'exheredé , et demandent
partage , les freres et soeurs de
celui - cy oposent , non seulement l'exheredation
, qu'ils soutiennent être de
droit , mais encore apellent comme d'abus
de la celebration du Mariage de leur
frere . Ces Collateraux sont- ils recevables
à leur apel C'est la seconde question ;
voici quel est le détail de cette Cause.
FAIT.
En 1701. Pierre Maquerel , Maître
Recarleur, au Havre de Grace, se proposa
d'établir son fils aîné , et voulut pour
cela le marier ; mais soit que le parti ne
fut pas du goût de ce fils , soit que
libertinage s'en mélat , il s'enrôla comme
Soldat dans le Régiment de Louvigny.
le
En 1704. ce fils , nommé aussi Pierre
Maquerel , étant à Colkerch , près de
Bruges en Flandres , âgé de 23. ans et
quelques mois , épousa Elizabeth le Cavelier
, fille de Louis le Cavelier , Sergent
232 MERCURE DE FRANCE
gent
dans la Colonelle du même Régiment.
Il ne paroît pas que Maquerel
-Pere en fût informé , on avoit négligé
cette bienséance à son égard , soit qu'on
le crût encore irrité , soit qu'on s'ima
ginât qu'il étoit obsedé par une seconde
femme qu'il avoit épousée depuis peu.
En 1706. les deux Mariés , l'un toujours
Soldat , l'autre Vivandiere , furent
à la suite de leur Régiment en garnison
à Nieuport , où ils eurent , à ce qu'on
prétend , quelque relation avec leur famille
du Havre , par le moyen
des Vaisseaux
qui vont et viennent de l'un à
l'autre Port.
En 1709. le Marié parut au Havre ;
il fut reçû parfaitement bien dans la
maison paternelle , il y demeura même
trois ou quatre mois , et le Pere fut si
content qu'il se proposa de poursuivre
le dégagement de son fils .
Au mois de Décembre de la même
année , ce fils , qui pour agir avec plus
d'efficacité , avoit rejoint son Régiment,
fut attaqué d'une violente maladie dont
il mourut , et laissa d'Elizabet le Cave
lier plusieurs enfans .
Cette malheureuse veuve fit sçavoit
cet évenement à Pierre Maquerel Pere
mais n'en ayant pas reçû de réponse fa
vorable
FEVRIER . 1736. 233
vorable , elle vint en la Ville du Havre
au mois d'Avril 1710. accompagnée
de ses enfans , et munie , tant de l'Acte
de celebration de son mariage , que de
l'Extrait de la sépulture de son Mary.
Pierre Maquerel , loin de recevoir Elizabeth
le Cavelier , ne voulut pas voir
les Actes qu'elle lui présentoit ; et quoi
qu'elle eût fait venir de nouveaux Extraits
encore plus autentiques , il fut inflexible
, il fit chasser la mere et les enfans.
Au mois d'Août de la même année ,
P'Hôpital du Havre , dans lequel on avoit
mis un de ces enfans , fit assigner Pierre
Maquerel pour en payer la pension , mais
celui- cy , loin de répondre à cette assignation
, passa un Acte devant Notaires
où après s'être plaint de ce que son fils
s'étoit marié sans son consentement , il
déclare l'exhereder , ensemble les enfans
sortis de son mariage , donnant pour
motif, non-seulement la désobéïssance
de ce fils , mais encore de ce qu'il s'est
marié à la fille d'un Soldat sans autrement
S'informer de sa vie et moeurs . Ce sont les
termes de l'Acte.
Cela fut confirmé tacitement dans une
Réserve à partage que Pierre Maquerel
fit en 1720. en faveur de ses filles et expressément
234 MERCURE DE FRANCE
pressément dans son testament fait en
1732. où il déclare qu'il entend que l'exheredation
ait lieu , voulant que ses biens
soient partagés , comme il l'a reglé en
1720.
Enfin ce Pere étant décedé, le nommé
Crével , qui a épousé une fille de la
Le Cavelier , se présenta et prétendit avoir
part en la succession , c'est ce qui commença
le procès devant le Vicomte de
Rouen , où Crével ne fut pas heureux.
Apel au Bailliage , où Crével eut un
meilleur succès ; cela donna lieu à un
apel simple en la Cour , de la part de
Hugues Maquerel , fils du second lit de
Pierre Maquerel Pere ; il se rendit dans
la suite incidemment Apellant comme
d'abus de la celebration du Mariage de
son aîné , et les Réservées en partage se
firent recevoir Parties intervenantes , donnant
adjonction aux conclusions de l'Apellant.
M. de Villers , pour celui - cy , proposa
les deux Apels avec cette précision
et cette netteté qui lui sont ordinaires ,
et commençant par la fin de non- recevoir
qu'on devoit lui objecter , il posa
pour principe que la clandestinité , telle
qu'elle se trouve dans le Mariage de Pierre
Maquerel , est un de ces abus qui ne
SC
FEVRIER. 1736. 235
se couvrent jamais , parce qu'elle emporte
de fait la nullité du Mariage , et
que là où il y a nullité , il n'y a point de
Sacrement. En effet , dit - il , comme on
ne peut pas faire que ce qui est une
fois Sacrement cesse de l'être , le laps
de temps ou la difference des Personnes
ne peuvent pas faire que ce qui n'est
pas Sacrement en soit un .
Nous voyons , tous les jours ,ajoûta - t'il ,
de sMariages clandestins annullés par les
Juges Séculiers , et on fait même défense
aux Parties de se voir ou fréquenter à peine
de la vie. Si les Mariages clandestins
étoient indistinctement de veritables Ma- .
riages , comme quelques Théologiens
l'ont prétendu , verrions- nous une semblableJurisprudence
reçûë comme Civile
et Canonique ? Non , sans doute. Quod
Deus conjunxit , homo non separet . Il faut
donc dans une distinction raisonnable
chercher le motif de cette Jurisprudence
, et on ne peut mieux la trouver
que dans l'extrême difference qu'il y
a , selon les Docteurs , entre le Mariage
clandestin fait par le consentement libre des
Contractans et le Mariage clandestin par
le consentement surpris ou extorqué de l'un
des Contractans ; il n'est pas douteux ,
continua l'Avocat , que si un Mariage
C clandestin
236 MERCURE DE FRANCE
clandestin peut être un veritable Mariage
, ce n'est que dans le cas où le
consentement des Contractans est respectivement
libre. Tametsi dubitandum non
est , clandestina matrimonia LIBERO CON
TRAHENTIUM CONSENSU FACTA , rata ac
- vera esse matrimonia , quandiu Ecclesia ea
irrita non fecit; ce sont les termes mêmes
du Concile de Trente , Session 24 .
Ceci posé , dit M. de Villers , peut- on
présumer un consentement libre dans
un mineur qui se marie à l'insçû de son
pere , et qui se prête à tout ce qu'on
exige de lui , sans respecter ni la nature
ni les Loix ? n'est - ce pas plutôt la passion
d'un côté , la séduction de l'autre , et
pour tout dire , l'égarement commun
qui a formé ce Mariage ? Aussi Yves de
Chartres , consulté sur une conjonction
semblable , répond que ce ne peut pas
être l'ouvrage de Dieu . Homo , et non Deus,
fecit illud matrimonium.
C'est dans cet esprit que l'Empereur ,
au premier Livre des Institut. Titre De
Nuptiis , nous assure que là où les Loix
ne sont pas écoutées ; on ne doit pas
présumer de veritable Mariage. Si adversus
ea que diximus, aliqui coïerint , nec
vir , nec uxor , nec matrimonium intelligitur
; d'où vient , ajoûte le Texte , que
les
FEVRI E R. 1736. 237
les Enfans nés de pareilles conjonctions
sont comme s'ils étoient sans Pere . Quasi
sine patre falii.
Le Pape Innocent III. qui excelloit
autant en érudition qu'il étoit élevé
en dignité , a adopté ce principe en
plusieurs de ses Décisions . L'Eglise ,
au Concile de Latran , de Latran , tenu sous le
Fontificat de ce sçavant Pape , condamna
dans le même esprit les Mariages clandestins
, et enfin c'est pour cela que les
Peres de ce Concile ajoûtent qu'on doit
regarder les Enfans nés de semblables
Mariages comme illegitimes. Si quis bujusmodi
clandestina Matrimonia inire presumpserit
, soboles de tali conjunctione suscepta
prorsus illegitima censeatur.
L'Église ne s'est point éloignée de ce
principe dans le Concile de Trente
puisqu'elle y ordonne l'execution de celui
de Latran. Il est donc vrai que là
où le défaut des solemnités fait présu
mer un consentement extorqué , il n'y a
point de veritable Mariage , et par conséquent
qu'il est permis à tous ceux qui
y ont interêt de le faire déclarer tel par
la voye de l'Apel comme d'abus , sur
tout quand l'état des prétendus Mariés
et des Enfans sortis d'eux , a toujours
été contesté , comme dans l'espece pre-
Dij sente
238 MERCURE DE FRANCE
sente , et c'est la difference qu'il faudra
observer d'avec l'espece des Arrêts qui
seront cités .
En effet , quand deux Personnes non
valablement mariées sont reçûës dans leur
famille comme homme et femme , que
leurs Enfans sont regardés de tous còmme
légitimes , et qu'enfin il y a de toutes
parts un consentement unanime , on
ne peut plus oposer ce qui se dit contre
les Mariages clandestins , parce que ,
ou quelques - unes des Parties ne sont
plus quand on réclame , ou elles sont
encore vivantes . Si quelques - unes des
Parties ne sont plus , on présume que
le reste de la famille a été déterminée
par des Actes autentiques à reconnoître
la validité du Mariage ; si les Parties sont
encore vivantes , elles sont présumées
par leur consentement subsequent supléer
à ce qui manque pour la perfection
du Sacrement. Ainsi des Mariages
clandestins peuvent devenir de veritables
Mariages. Quia ex legitimo veto
subsequente corroborantur.
Après avoir prévenu la fin de non recevoir
par cette explication préliminaire ,
et après avoir cité un Arrêt du Parlement
de Paris , rendu il y a deux ou trois
ans au profit d'une Dame de cette Ville
qui
FEVRIE R. 1736. 239
qui a été reçûë à apeler comme d'abus de
la celebration de son propre Mariage ,
M. de Villers passa à ses Moyens dans
lesquels il se proposa de faire l'aplication
du principe qu'il venoit de developer
, parce que , dit- il , les Ordonnances
de nos Rois l'ont adopté. Il allegua
d'abord le défaut de publication de
bans , ce qu'il soutint être essentiel dans
le Mariage d'un Mineur selon ces Ordonnances.
En effet , continuat-il , celle de
Blois , art. 40. décide absolument que
l'on ne poura contracter mariage sans proclamations
de bans precedentes partrois jours
de Fête avec intervale competant. Celle de
de 1606. enjoint expressement aux Juges
de déclarer les Mariages , qui n'auront
été célébrés selon les solemnités ordonnées
par la precedente nuls et non vala-
-blement contractés. Celles de 1629. art. 29.
et de 1639. art . 1 , veulent absolument
que les bans soient publiés par le Curé de
chacune des Parties contractantes. Et enfin
l'Edit de 1697. en ordonnant que les
Saints Canons dont on a parlé , et les
Ordonnances qui viennent d'être citées
, seront executées , déclare que le
domicile des Enfans de famille mineurs
est pour la celebration de leurs Mariages
celui de leurs Peres on Meres . Or , ajouta
Ciij l'Avocat
"
240 MERCURE DE FRANCE
l'Avocat , les bans de Mariage de Pierre
Maqu rel fils , âgé alors de 20. ans ou de
23.si l'on veut , n'ont point été publiés en
la Paroisse du domicile de PierreMaquerel
Pere , on s'est dispensé de cette forma-
-lité , de peur que ce malheureux n'usât
du droit que les Loix accordent aux Peres
, par consequent il y a fraude contre
le droit d'autrui , mépris de l'authorité
paternelle , oubli des Loix divines et humaines
, par consequent il y a nullité et
abus.
L'Orateur passa ensuite à son second
Moyen qu'il apuya sur le défaut de l'assistance
de quatre témoins : il fie voir
que les mêmes Ordonnances prescrivent
cette formalité sous la même peine de
nullité , cela étant expressément repeté
dans celle de 1639. et dans l'Edit de 1697.
Or , dit-il , quoiqu'il fût fort facile d'avoir
des témoins dans le lieu où étoit
Pierre Maquerel , son Mariage n'a cependant
point été celebré en présence de
quatre témoins , et cela paroît n'avoir
été obmis que parce qu'on vouloit que
ce Mariage étant plus secret, le malheureux
Pierre Maquerel n'en eut aucune
connoissance , et ne put y aporter d'obs
tacles il y a donc encore ici fraude
contre le droit d'autrui , mépris de l'au
thorité
FEVRIER. 1736. 241
thorité paternelle , et par consequent
nullité et abus .
Le troisiéme Moyen de M. de Villers ,
roula sur le défaut du consentement du
Pere , et il se fonda sur les mêmes Ordonnances
qui toutes demandent ce consentement
, celle de 1639. art . 1. souhaitant
même qu'il soit publié avec les
· bans ; en vain , dit- il , les Parties soutiennent
que cette severité des Loix n'est
qu'en faveur de l'honnêteté publique ;
elle est , on le repete, de l'essence du Sacrement
,, ppaarrccee qquuee l'autorité paternelle
est de droit divin , et qu'on ne peut être
présumé avoir donné un consentement
libre lorsqu'on secoue le joug de celui qui
a pouvoir sur ce consentement même.
De ces Moyens d'abus , l'Avocat , après
avoir observé que le Roy dans un Arrêt
de son Conseil rendu en 1681. a déclaré
que toutes ces Ordonnances regardent
les Soldats de ses troupes comme ses autres
sujets , passa à l Exheredation , et il
soutint qu'elle étoit valable par deux
raisons; la premiere, parce que Maquerel
Pere n'ayant pas une certitude physique
du déceds de son fils , il n'a pû se dispenser
de l'employer comme vivant ; la
seconde , parce que cet Acte est moins
ane Exheredation qu'une Declaration de
Ciiij Pierre
242 MERCURE DE FRANCE
Pierre Maquerel , qu'il entendoit se servir
de la disposition des Loix , où les Enfans
sortis de Mariages , tels que celui
dont il est ici question ,sont exheredés de
droir.
Pour établir la preuve de la premiere
Proposition , l'habile Orateur fit usage
des Declarations d'Elizabeth le Cavelier
même : elle assure, dit-il , que quand
elle se présenta chés Pierre Maquerel on
la rejetta comme une femme qui en imposoit
, que personne ne la voulut reconnoître
, et que Pierre Maquerel ne
jugea pas à propos de s'en raporter aux
attestations qu'elle présentoit , tant du
Mariage que de la mort de celui qu'elle
nommoit son Epoux ; il n'en faut pas
davantage , dit l'Avocat ,, pour démontrer
que quand Pierre Maquerel s'est expliqué
dans son Exheredation en homme
qui croit son fils encore vivant , il a parlé
comme il avoit parlé à l'Intimée ellemême
.
La preuve de la seconde Proposition
se trouve également dans le Texte Sacré,
les Loix Canoniques , et nos Ordonnances.
En eet , dit M. de Villers , il est
constant qu'un Pere est dans sa famille
comme Magistrat domestique , constitué
par la nature Juge et Arbitre de ses Enfans
,
FEVRIER 1736. 243
fans , et qu'il exerce le pouvoir de Dieu
même,en punissant jusqu'à la quatrième
génération l'iniquité de ceux de ses Enfans
qui ne portent pas à la puissance paternelle
le respect qui lui est dû , d'où vient
que les Docteurs de l'Eglise parlent du
pouvoir d'exhereder comme d'une portion
du droit naturel et divin , et que la
Loy des 12.Tables, aussi bien que les premiers
Conciles , donnent à l'exheredation
la force de décision irrefragable , Arbitrium
patris summum judicium esto ......
supremi judicii vim obtinet.
C'est dans ce point - de- vuë qu'il faut
trouver le second objet des Décisions
du Concile de Latran , en ce qu'il rea
garde comme Enfans illegitimes ceux
dont le Pere a été marié encore mineur,
et au mépris de l'autorité paternelle ;
c'est ici le veritable motif de l'Ordonnance
de Henry II qui permet aux Peres
d'exhereder ceux de leurs Enfans qui
contracteront Mariage sans leur consentement
, er ôte à ceux-cy le droit de quereller
l'exheredation. Voilà enfin le principe
de l'Ordonnance de 629. quia oûte
à celle de Blois et autres , que ceux qui
auront ainsi contracté Mariage contre la
teneur des Ordonnances , sont dès le moment
même eux et leurs Enfans , par le
Cv seul
?
244 MERCURE DE FRANCE
seulfait, privés et déchus , indignes et inca
pables à jamais des successions de leurs
Peres ou Meres , ou Ayeuls , et de toute
autre ligne directe ou collaterale , même
du droit de Legitime; ce qui s'entend
en Normandie du tiers coûtumier.
Nos Rois ne se sont pas relâchés de
cette severité ; car l'Edit de 1697. la repete
en rreerrmmeess formels. Qu'on ne
vante donc point la maxime nec filius
Pro patre , nec pater pro filio , die M. de
Villers en finissant, parce que , outre que
les Loix ont parlé trop clairement pour
être susceptibles d'autre interprétation ,
c'est qu'à proprement parler l'exheredation
des petits Enfans, n'est qu'une con
sequence de celle que leur Pere a encouruë
de droit ; en effer , dir il , les petits
Enfans ne peuvent venir à la succession
de leur Aycul qu'à la faveur de la repre
sentation , jure representationis , et comment
pouyoir representer leur Pere ,
puisqu'il est de droit exheredé ?
La suite pour le prochain Mercure
EPITRE
FEVRIER . 1736. 245
******* X * XX*****
EPITRE
À M. DE VOLTAIRE ,
Sur sa nouvelle Tragédie d'Alzire,
R Are génie , ornement de la France ,
Sublime Auteur , dont la vaste science
Embrasse tout , passe l'effort humain ;
Daigne accepter un Laurier de ma main.
Jamais Phébus n'a d'un regard propice
Encouragé ma veine encor novice :
N'importe , ALZIRE enchante mes esprits
Du feu divin qai brille en tes Ecrits ,
J'en crois déja sentir une étincelle ,
Et je me livre à l'ardeur de mon zele :
Je ne crains rien à l'ombre de ton nom ,
Il me tient lieu de Verve et d'Apollon.
A tous les coeurs , par sa délicatesse ,
Ton Héroïne inspire la tendresse.
Montès prévient par sa sincérité.
On reconnoît l'Espagnole fierté
Dans ton Guzman ; et sa grave colere
Peint d'un Jaloux le parfait caractere.
Sage Alvarès , par un contraste heureux
Lorsque ton fils , en tiran furieux ,
Cvj Fait
246 MERCURE DE FRANCE
Fait aux vaincus redouter sa puissance ,
Tu viens leur faire admirer ta clemence.
Zamore arrive et gagne tous les coeurs ;
Sa fermeté fait trembler les vainqueurs :
On croiroit voir , charmés de sa constance ,
Les spectateurs voler à sa défense ;
Impatient de couronner ses feux ,
Non moins que lui , chacun semble amoureux
Sa probité naïve et Mexiquaine
Fait plus d'honneur à la raison humaine
Que les dehors d'une foible vertu :
Par les revers il n'est point abattu .
Dans ses erreurs on voit son innocence
Des Chrétiens même accuser la licence :
Avec plaisir on l'entend . Malgré soi ,
On le chérit armé contre la Foi.
Mais il éfend un frivole systême ;
Il se rendra. Bien- tôt l'Etre suprême
Va dessiller les yeux de ce Héros.
11 cede enfin , et l'auteur de ses maux
En expirant , par un trait de clémence ,
Du Dieu des Dieux lui.prouve l'excellence.
Ce trait , Voltaire , attendrit tous les coeurs ;
Tu sçais changer en vrais adorateurs
Les Esprits Forts d'un Parterre idolâtre ,
Acoûtumés à des Dieux de Théatre .
Ah ! quel plaisir d'entendre celebrer
Le Maître seul que l'on doit adorer !
Ne chante plus ces Dieux , fils du Caprices
C'est
FEVRIER . 1736. 247
C'est trop long-temps déifier le vice.
La verité doit parler à son tour ,
Consacre-lui désormais ton amour.
Laisse la Fable à des Esprits timides ,
Prens les Vertus et la Foi pour tes guides.
Rien ne t'arrête , et tu peus , sans remords
T'abandonner aux plus nobles transports.
***************
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
du Theatre.
V
Ers le septième Siècle , lorsque nos
anciens Rois tenoient leurs Cours
Plénieres , * on donnoit toutes sortes de
divertissemens au People . e Roy y as-
On apelloit Cours Plénieres de magnifiques
Assemblées que nos anciens Rois tenoient à Noël et
à Pâques , ou à l'occafion d'un Mariage , ou autre
sujet de joie extraordinaire , tantôt dans un de leurs
Palais, tantôt dans quelque grande Ville quelque
fois en pleine campagne , toûjours en un lieu commodepour
y loger les grands Seigneurs , tous invités
, et qui étorent obligés de s'y trouver , quoique
souvent à regret , à cause de la grande dépense . Elles
duroient sept ou buitjours ; et on n'y étoit pas si
entierement occupé de bonne chere et de spectacles ,
qu'on n'y parlat aussi d'affaires. C'étoit la que les
Commissaires qu'on envoyoit dans les Provinces
pour informer des moeurs et de la conduite des Juges,
en faisoient leur raport au Roy.
sistoit
248 MERCURE DE FRANCE
sistoit en grande céremonie , car il portoit
toûjours son Sceptre , et il ne quit
toit sa Couronne qu'en se couchant. Le
Prêtre qui avoit dit une Messe solemnelle
le matin la lui avoit mise sur la
tête immédiatement avant l'Epitre ; il la
portoit à table et au bal . Il mangeoit en
public , dans un lieu un peu élevé pour
être vû de rout le monde. Devant chaque
Service qu'on portoit marchoient des Flu
tes et des Hautbois ; à l'Entremets, vingt
Herauts d'Armes rangés en rond devant
la table , et tenant chacun à la main
une coupe pleine d'or et d'argent , crioient
trois fois à pleine tête : Largesse du plas
puissant des Rois . Après quoi ils semoient
l'argent , tandis que le Peuple le ramassoit
avec de grands cris de joye , les Trom
pettes jotoient des Fanfares & c. It y
avoit après le dîné , Pêche , Jeu Chasse,
Danseurs de corde , Plaisantins , Jongleurs
, et Pantomimes.
Les Plaisantins faisoient des contes , les
Jongleurs joüoient de la Vielle : c'étoit
dans ces premiers tems l'instrument le
plus estimé. Les Pantomimes par leurs
gestes réprésentoient des Comédies , et
les réprésentoient si bien qu'on y prenoit
plus de plaisir qu'aux véritables Comédies.
Il y avoit de ces Bouffons qui
instrui
FEVRIER. 1736. 249
instruisoient des chiens , des singes , des
ours à faire les mêmes postures , et qui
leur faisoient jouer une partie de leurs
Piéces . De la maniere qu'on en parle , dit
M. le Gendre ces Bateleurs François
excelloient si fort dans leur Art , qu'on
peut douter si les Mimes et Panromimes
des Anciens eussent eu de l'avantage
sur eux .
Une dépense considerable de ces Assemblées
, étoit d'y faire venir toute
sorte de Charlatans ; la Fête n'étoit bonne
qu'autant qu'il y en avoit : c'étoit tellement
lu'sage que l'Empereur Louis le
Debonnaire , quelque aversion qu'il eûr
pour les plaisirs et pour les spectacles , n'étoir
pas seulement obligé d'apeller à ces
Fêtes des Acteurs de toutes les sortes ,
mais encore de se trouver par complaisance
pour le Peuple aux Piéces qu'ils représentoient..
F
De Conteours , Jongleours , Musars
Comirs,Plaisantins, Pantomimęs & c.
C'étoient des especes de Farceurs , ou
Bâteleurs , qui avoient succedé en France
aux Histrions. On les apelloit Conteours
, Jongleours , Musars et Comirs ;
noms qui découvrent assés leur origine ,
* Moeurs et Coûtumes des François.
quand
250 MERCURE DE FRANCE
quand l'Histoire seroit demeurée sur cela
dans le silence. Ils étoient pour la plûpart
Provençaux , sçavoient la Musique,
et jouoient de divers instrumens , mais
singulierement de la flute. Ils recueilloient
tout ce que les Trouveres faisoient de
meilleur , et ils alloient le débiter dans
les autres Provinces de la France , où ils
se répandoient , avec tous ceux de leur
Profession , qui étoient ordinairement
aussi de Provence.
pro-
Après la mort de Jeannepremiere , Keine
de Naples , et Comtesse de Provence ,
les Troubadours n'avoient plus eu d'accès
auprès des Grands ; er lassés de
diguer leur encens , ils avoient cessé d'écrire.
Les Jongleurs , qui n'avoient plus
rien de nouveau pour divertir le Public ,
furent si fort méprisés , que pour bien
exprimer une chose basse , rampante ou
ennuyeuse , et même une menterie , on
disoit , C'eft Jonglerie. En ce tems- là les
meilleurs esprits se corrompirent , les
Sciences et les Arts tomberent dans le
mépris , aussi- bien que la Poësie Françoise
; ensorte que si ce qui resta d'Auteurs
en quelque réputation , n'osa plus
écrite qu'en Latin , alors il ne fut plus
permis , pour ainsi dire , qu'aux Farceurs
du Peuple de rimer en François . Ce ne
fut
FEVRIER. 1736. 25r
fut que sous les Regnes de François I. &
d'Henri II . que Pierre Ronsard rétablit
la Poësie Françoise , s'éloignant de la rudesse
et de la difformité de celles des
Chartiers , des Villons , des Cretins , des
Ceves , des Bouchers , et des Marots , qui
avoient écrit sous les Regnes précédens .
Les Trouveres ou Trouveours , composoient
en vers des Sujets tirés de l'Histoire
des Grands Hommes , qu'ils nommoient
leurs gestes , du Latin , Geſta ; ils
y mêloient quelquefois la satyre contre
les vices , ou les éloges de la vertu . D'autres
fois ils les composoient de Contes
fabuleux , ou de Dialogues entre des
Amans ; ce qu'ils nommoient Tensons
Syrventes , Fabliaux , ou disputes d'Amours
ils récitoient eux- mêmes les Vers
de leur composition , ou les faisoient
chanter par les Chanteours ou Chantres.
*
"
Les Conteours ou Conteurs inventoient
des Historiettes en Prose , comme
sont aujourd'hui nos Contes des
Fées ; et les Jongleours ou Jongleurs
joüoient des Instrumens. Ainsi pour se
rendre plus agréables , ils se joignoient
souvent ensemble , et se trouvoient aux
grandes Assemblées , pour divertir ceux
qui vouloient les employer. Les Princes
* Bocace les a imités,
et
252 MERCURE DE FRANCE
et les Grands Seigneurs se donnoient sou
vent ce plaisir , et leur faisoient de riches
présens .
Après la mort des Chefs de cette Troupe
, qui étoient les plus habiles d'entre
les Trouveours , et les Poëtes de ce tems,
d'autres leur succederent, mais ils étoient
fort incapables . Dans ce débris , tous ceux
de cette Profession se séparerent en deux
différentes especes d'Acteurs ; les uns
sous l'ancien nom de Jongleurs , joignirent
aux instrumens le chant ou le
récit des Vers. Les autres prirent simplement
le nom de Joueurs , Joculatores ;
c'est ainsi qu'ils sont nommés dans les
anciennes Ordonnances. Tous les Jeux
de ceux-ci consistoient en gefticulations,
tours de passe- passe , qu'ils faisoient , ou
qu'ils faisoient faire à leurs Singes , et à
d'autres animaux , ou en quelques mauvais
récits du plus bas burlesque . Les uns
et les autres tomberent enfin dans un tel
mépris et les folies qu'ils débitoient dans
le Public parurent si scandaleuses , que
par un commun Proverbe , comme on
vient de le dire , lorsqu'on vouloit parler
d'une chose mauvaise , sorte , vaine
ou fausse , on la nommoit Jonglerie . Philipe
Auguste dès la premiere année de
son Regne , les chassa de sa Cour , et les
bannit de ses Etats.
QuelFEVRIER.
1736. 253
Quelques- uns neatnmoins qui se réformerent
, s'y établirent , et y furent soufferts
dans la suite du Regne de ce Prince,
et des Rois ses successeurs on en peut
voir la preuve dans un Tarif qui fut fait
par S. Louis , pour régler les droits de
Péage qui se payoient à l'entrée de Paris ,
sous le petit Châtelet. Un des Articles.
porte , Que le Marchand qui aporterost
un Singe pour le vendre, payeroit quatre
deniers ; que fi le Singe apartenoit à un
homme qui l'eût acheté pour son plaisir ,
il ne donneroit rien que s'il étoit à un
Joueur , il en joüeroit devant le Péager ,
et que par ce jeu , il seroit quitte du
Péage , tant du Singe , que de tout ce
qu'il auroit acheté pour son usage. C'eft
de là vraisemblablement que vient cet
ancien proverbe populaire Payer en
monnoye de Sinze , c'est à - dire , en sauts et
en gambades.Un autre Article porte qu'à
l'égard des Jongleurs , ils seroient aussi
quittes de tous Péages , en faisant le récit
d'un couplet de Chanson devant le
Péager.
Tous prirent dans la suite ce nom de
Jongleurs comme le plus ancien , et les
femmes de cette profession celui de Jongleresses
: ils se retirerent à Paris dans une
scule ruë , qui en avoit pris le nom de
ruż
254 MERCURE DE FRANCE
rue des Jongleurs , et qui est aujourd'hui
-celle de S. Julien des Ménetriers . On y
alloit louer ceux dont on avoit besoin ,
pour s'en servir dans les Fêtes ou Assemblées
de plaisir. On voit au Châtelet de
Paris une ancienne Ordonnance de Guillaume
de Germont Prévôt de Paris , du
jour de Sainte Croix en Septembre 1 341 .
qui défend à ceux ou à celles des Jongleurs
ou Jongleresses qui auront été
loüés pour venir jouer dans une Assemblée
, d'en envoyer d'autres en leurs places
ou d'en amener avec eux un plus
grand nombre que celui dont on seroit
convenu . Par une autre Ordonnance du
Prévôt de Paris du 14. Septembre 1395.
il leur fut défendu de rien dire , représenter
, ou chanter dans les Places
publiques , ou ailleurs , qui pût causer
quelque scandale , à peine d'amende arbitraire
, et de deux mois de prison au
pain et à l'eau . Depuis ce tems il n'en est
plus fait aucune mention .
Ce n'est pas que l'usage de ces sortes de
spectacles se perdit , mais les principaux
d'entre les Acteurs s'étant adonnés à
faire plusieurs tours surprenans et périlleux
, avec des épées et d'autres armes
on commença de les nommer Batalores ,
J
et
FEVRIER. 1736. 255
et en françois Bateleurs : * ce nom a depuis
passé à tous les autres Histrions ou Jongleurs
, et ils n'en ont point d'autre aujourd'hui
.
Dans des tems moins reculés , il y a
eu encore des Réglemens contre eux ,
pour les contenir dans leur devoir. Tous
sont renfermés dans celui du mois de
Janvier 1560. fait aux Etats d'Orleans .
Il fait défenses à tous Joueurs de Farces ,
Bâteleurs , et autres semblables gens , de
jouer les jours de Dimanches et de Fêtes,
aux heures du Service divin ; de se vêtir
d'habits ecclésiastiques , et de jouer des
choses dissoluës , ou de mauvais exemple
, à peine de prison , et de punition
corporelle. Cette discipline n'a receu
depuis aucun changement.
Des Romanciers , et de ceux qui ont les premiers
porté le nom de Poëtes en France ,
des Historiettes , Fables ou Fabliaux.
Les Ouvrages des Troubadours qui se
répandoient dans tout le Royaume , exciterent
les beaux esprits à cultiver les
Muses ; et sous Philipe Auguste on vit
quantité de Vers rimés. Le Roman , qui
Le nom de Bâteleur vient plutôt du Grec Barns ,
dont il est parlé ci- devant Chap. 1. Art. des Danseurs
de corde
dans
256 MERCURE DE FRANCE
dans la suite est devenu la plus belle
Langue de l'Europe , commençoit à se
purifier : on débrouilla la Poësie , et ceux
qui la cultivoient quitterent le nom de
Fatistes et de Troubadours pour prendre
celui de Poëtes . Les Picards furent les
premiers qui aprirent des Troubadours à
faire des Tensons et des Sirventes.
On commença à apeller Romanciers
ceux qui écrivoient en Langue Romaine,
soit en vers , soit en prose , et leurs productions
Romans. Les Poëtes et les Faiseurs
d'Histoires Romanesques furent
confondus , parce que les uns et les autres
remplissoient leurs Ouvrages de fictions
et d'allégories , qui , selon le principe
d'Aristote , distinguent plus un Poëme
d'une simple narration , que les Vers
dont il est composé. Outre les Romans,
il y avoit alors des Fables et des Historiettes
, qu'on apelloit Fabels ou Fa
bliaux.
Sous Philipe le Hardi , tout devenoit
favorable à la Poësie , on l'aimoit passionnément
; et il y avoit des Maîtres de Rime
et de Versification , comme nous en avons
aujourd'hui de Musique et de Danse . La
seule qualité de Poëte suffisoit alors pour
s'attirer l'estime et la consideration des
Grands un Fabel et une Chanson servoient
FEVRIER. 1736. 2.57
voient de Brevet d'entrée à toutes les
Cours.
Quoique la Poësie Françoise semblât
s'aprocher de sa perfection , elle déclina
sous Philipe le Bel ; toutes les productions
que l'on voyoit , confirmoient sa
décadence : mais la demangeaison d'écrire
n'étoit pourtant pas ralentic . Enfin
la Poësie pensa être étouffée en France
par l'inondation des Romans.
aik akakakakakakakakakakakakak
LE RENARD
PRIS AU PIEGE.
FABLE.
UN vieux Renard dans sa jeunesse ;
Ayant fait main ts tours de souplesse ,
Le tout à son honneur , enfin se trouva pris
Par la queue en un piege.
Que faire en pareil cas ? En Renard bien apris ,
Tu ne dois pas , dit- il , attendre qu'on t'assiege ,
Le Maître de ceans irrité contre toi ,
Je crois , ne t'épargneroit guére :
Il faut donc lui laisser ce balay ; par ma foi
C'est un meuble inutile , il balaye la terre.
Aussi-tôt fait que dit ; il y porte la dent ;
Ce ne fut pas sans faire une laide grimace ,
Mais il ne cria point , et fut en ce prudent ,
II
258 MERCURE DE FRANCE.
Il eût ensanglanté la place ,
Et de s'aller cacher honteux d'un pareil tour ,
Tel mortel pour sa gloire a vêcu trop d'un jour.
REFLEXIONS .
A bonne renommée est une Pierre
Lprécieuse qui n'a point de prix.
Les amis que nous avons connus dans
notre malheur , nous doivent être infiniment
plus chers et moins suspects que
ceux qui s'attachent auprès de nous lorsque
tout nous rit , parce que les. premiers
nous ont servi pour l'amour de
nous mêmes, et qu'au contraire, les autres
sous le prétexte de nous être officieux ,
se servent bien souvent de ce moyen
pour nous perdre.
Le plus ou le moins de mérite que
nous avons , n'établit pas communément
notre réputation , nous en sommes
bien souvent redevables au caprice
des hommes.
Ceux qui ont reçû une excellente édu
cation , ont pour l'ordinaire de certains
déhors
FEVRIER . 1736. 259
déhors qui marquent la noblesse de
leur naturel.
Nous voulons bien censurer les moeurs
d'autrui , et cependant à toute heure nous
demandons grace pour nous.
Nous sommes sur nos gardes dès
qu'un homme nous a trompés une fois ,
cependant nous nous trompons tous les
jours , et jamais nous ne nous défions
de nous- mêmes.
On aime une retraite dès qu'on est
lassé des plaisirs du grand Monde , parce
qu'on y trouve une certaine tranquillité
qui assure notre esprit.
Quelque connoissance que nous ayons
de la verité , nous y faisons tous les jours
de nouvelles découvertes .
Il est quelquefois utile de faire des
fautes pour venir à bout de ses desseins .
Ce qui ne dépend point de nous , c'est
le bonheur , cependant c'est lui qui met
la derniere main aux actions glorieuses
de notre vie.
Toutes les vertus ont des charmes par
D ticuliers
260 MERCURE DE FRANCE
ticuliers qui les font aimer ; la clémence
va plus loin , elle exige de nous des
adorations .
A quelque prix qu'on mette l'honneur,
il se trouve tous les jours des encherisseurs.
Notre memoire est un grand Livre ,
dans lequel en réfléchissant sur nousmêmes
, nous voyons toute notre vie,
Il y a bien plus de gloire à se mo
derer dans les avantages qu'on a sur son
ennemi , que de se servir de tout son
pouvoir pour le perdre.
Les Vieillards sont devenus de grands
Maîtres par l'experience pour l'Ecole
du Monde.
Quelqu'odieux que soit le mensonge ,
il trouve encore l'Eloquence qui lui prê
te ses couleurs pour se produire dans
le Monde.
Une grande Beauté , en nous priant
de quelque chose , nous donne des forces
pour l'executer ,
Nous pouvons fort bien nous passer
de
FEVRIER. 1736. 268
de toutes ces Sciences vaines et infructueuses
, comme l'Astrologie et autres
de cette nature . Notre vie est trop courte
pour connoître le Monde , nous sommes
faits veritablement pour en jouir.
Toute l'étude de notre vie doit se renfermer
à la finir heureusement.
La Gloire et l'Amour ne sont jamais
long-temps aux prises , le coeur regle
leur differend, et se déclare souvent pour
la Gloire.
Nous ne sçaurions nous défaire de
Esperance ; elle nous a trompés tant de
fois dans la vie , cependant nous nous
fions toûjours à elle.
Quelques éloquens que nous soyons,
nos raisonnemens sont inutiles contre la
nécessité.
Quelque sincere que soit un homme ;
il a toutes les peines du monde d'avouer
qu'il s'est trompé.
Il est dangereux d'avoir commerce avec
un traître, après qu'il a fini sa trahison,
parce que nous devons apréhender pour
nous -mêmes de pareils Evenemens.
Dij La
262 MERCURE DE FRANCE
#
La Prosperité est un beau Tableau exposé
dans de faux jours , qui cachent les
traits naturels d'une personne,
C'est une foiblesse de se piquer des
injures que nous recevons des personnes
sans esprit , au contraire nous devons
rire de leur legereté.
Il y a plusieurs sortes de colere ; celle
qui se fait voir sans éclater est la plus
à craindre , parce qu'elle court secretement
à la vengeance.
La Consolation est un grand remede
dans les disgraces , elle en adoucit véritablement
les amertumes , mais , pour
opérer son effet , il faut qu'elle soit préparée
comme un breuvage agréable qu'on
donne à un malade pour le soulager
dans sa douleur.
La Chasteté , il est vrai , est la vertu
essentielle des femmes , mais la plus séverement
vertueuse à cet égard , qui
négligera la prudence et la modestie , et
qui se permettra tout ce qui n'est pas
directement contraire à la chasteté , n'aura
pas et ne doit pas avoir une bonne
réputation.
Dans le commerce de la vie , et sur
τους
FEVRIE R. 1736. 263
fout dans la conversation , les Grands
ont , outre l'avantage du choix du Sujet
, qu'ils changent à leur gré , la déference
des inferieurs et ceux - cy en sont
estimés selon la juste mesure qu'ils
ont d'esprit et de délicatesse ; le trop
d'agrément et de sçavoir les blesse en
leur faisant sentir ce qui leur manque.

Ce n'est pas d'aujourdhui qu'on a dit, et
l'experience le verifie tous les jours , qu'il
n'y a point de gens réellement plus foibles
ni plus crédules que ceux qui refusent
de croire les vérités de la Religion .
Malgré les Critiques qu'on fait des
bons Ouvrages , leur réputation s'affermit
tous les jours quand un mérite
dominant en couvre les défauts . Les
Critiques disparoissent bien vîte lorsqu'elles
sont dénuées de solidité et d'a
grémens , et si la partialité se fait sentir,
elles tombent encore plutôt et sans retour.
On pouroit dire qu'il en est des
Critiques comme des Monstres. On court
les premiers jours voir un Monstre nouvellement
arrivé , mais le troisiéme jour
on en est dégouté .
On aime la critique, la médisance , les
chroniques scandaleuses , mais on regar
Diij de
264 MERCURE DE FRANCE
de toujours leurs Auteurs avec un sou◄
verain mépris .
Quelque favorisé qu'un homme soit
en naissant pour les lumieres de l'esprit
et pour le sentiment , nul n'a tout en
partage ; la Nature est avare de talens
et celui qu'elle nous donne est presque
toujours au prix de l'exclusion des autres.
Il n'y a que dans l'incertitude du sort
de l'objet qu'on aime ardemment , que
la crainte est plus forte que l'esperance.
Les plaisirs que l'on croit goûter , ne
sont gueres differens de ceux que l'on
goute effectivement .
N'est- ce pas une même chose ,
D'être en effet , ou de croire être heureux ?
L'opinion est la premiere cause ,
Et des biens et des maux que dispensent les Dieux.
LETTRE écrite par M. L. L. B. à
M. D. L. R. au sujet de deux Inscriptions
nouvellement decouvertes à Sens
Armi le grand nombre d'Inscriptions
recueillies par Gruter et les au
tres Antiquaires , il n'en paroissoit aucune
qui eut été trouvée dans la Ville de
Sens
FEVRIER . 1736. 265
Sens ou auprès de cette Ville. Si Gruter
indique quelquefois une Province ou une
Ville Senonoise, comme le lieu où l'on a
découvert certaines Inscriptions qu'il raporte
, il est visible par le garant qu'il
cite , qu'il ne s'agit point de la Ville de
Sens de nos Gaules ; mais d'une Colonie
Senonoise , établie en Italie. Enfin le hazard
a permis que ce qui étoit enfoui à
Sens et caché au bas des murs de la Ville ,
se manifeste de nos jours. Outre l'Inscription
de la Déesse Vesta qui y a été trouvée
au mois d'Octobre dernier , et dont
il est parlé dans le premier Volume du
Mercure de Decembre , je puis vous en
citer plusieurs autres qu'on vient de découvrir
dans ce present mois de Janvier.
Comme les pierres qui sont chargées de
ces -Inscriptions sent mises en confusion
dans les fondemens de ces murs , il est
difficile de rencontrer dessus une veritable
suite de langage , et on est réduit à
regretter que la plupart n'ont pas été assés
bien conservées pour nous aprendre
à quel usage elles avoient été employées
d'abord . Soit restes de Temples où d'Autels
soit débris d'autres Monumens
Payens , soit simples Epitaphes , tout a
été employé indifferemment pour élever
les murs de Sens , tels qu'on les voit au-
Diiij jourd'hui
>
266 MERCURE DE FRANCE
jourd'hui . Je direis que c'est la rareté de
Carrieres dans le Pays qui en est la cause ,
si je ne sçavois que dans plusieurs autres
Villes , où la pierre est fort commune ,
les ruines des Monumens du Paganisme
sont employées de même dans les fondations
des murs de ces Villes , qui paroissent
du quatrième ou cinquiéme siecle.
Le Sçavant Chanoine de Sens (M. Fenel.
) dont je vous ai parlé dans ma Lettre
précedente , continue ses soins pour ne
pas perdre un seul fragment de ces précieux
restes . Et il joint à cette attention
des recherches fort exactes sur le temps
auquel ces Inscriptions pouroient avoir
été gravées. Les deux plus considerables
des quatre qu'il vient de m'envoyer consistent
en deux blocs de pierre , sur lesquels
on lit ce qui suit.
HONORATO MAE MILIO NOBILI
VG MVNER A FLA MINI AVG MVNE
VS HONORIB RAR OMNIB HONORIB.
La ligne perpendiculaire que j'ai tracée
ici est pour marquer où finissent ces
deux pierres , et en quel endroit elles
sont separées l'une de l'autre . Il est difficile
de dire quelque chose qui soit sûr
touchant la premiere Inscription dont le
commencement ne paroît pas. La seconde
qualifie
FEVRIER. 1736. 267
qualifie Marcus Æmilius de Flamine , ou
Prêtre Augustal c'est ce qu'elle a de
plus remarquable . Il ne resteroit qu'à juger
par la qualité du caractere , s'il faut
attribuer cette Inscription au siecle d'Auguste
car on peut faire divers raisonnemens
sur les Prêtres des Romains
apellés Augustaux , mais cela n'offriroit
point l'époque de cette Inscription . Notre
Curieux Senonois s'étant assuré qu'il
ya MvNERAR dans cette Inscription
conjecture que ce M. Emile auroit été
aussi qualifié de Munerarius en recon
noissance de ce qu'il avoit donné au Peuple
à ses dépens le spectacle des Gladiateurs.
Suetone dans Domitien s'en sert en
ce sens et Quintilien dit que ce terme
fut de l'invention de l'Empereur Au .
guste,comme reatus fut de l'invention de
Messala.
*
M. Fenel n'a pas oublié non plus de me
faire remarquer que dans Arrien De Sermone
Epicteti L. XIX. il y a un témoignage
formel que les Prêtres Augustaux,
en consideration des dépenses auxquelles
ils étoient engagés , avoient l'honneur
de voir graver leurs noms sur les pierres.
Voilà , Monsieur le précis de ce que m'écrit
ce Sçavant , et dont je vous prie de
* Quintil, VIII. 3 .
D v faire
268 MERCURE DE FRANCE
faire part au Public en attendant quel
que chose de plus important. Je suis &c.
A Paris ,ce 31. Janvier 1736.
CONSTANTIN LE GRAND
POEME HEROIQUE.
E chante ce Heros , qui vainqueur par la
JE Croix ,
La fit regner par tout , où regnerent ses Loix ;
Qui du sang des Chrétiens défenseur intrépide ,
Leur servit tout ensemble et de Pere et d'Egide.
Profanes Déités éloignez -vous de moi ;;
Mon génie aujourd'hui méconnoît votre Loi..
Esprit-Saint , de toi seul j'implore l'assistance ;
A mes nouveaux accens , que tout prête silence.
Maxence , usurpateur du Trône des Césars ,
Alloit donner des loix aux fiers Enfans de Mars ,
Quand l'heureux Constantin , pour calmerleurs
allarmes ,
Vit le sacré signal qui l'apelloit aux armes :
Le Soleil presque éteint descendoit sous les flots,
Le jour cedoit. Déja l'Univers au repos ,
Impatient de vaincre un Tyran qu'on déteste`
Ila recours au Ciel ; ce seul espoir lui reste.
Quel océan de feu frape , éblouit ses yeux !
Il
FEVRIER : 1736. 269
y voit de la Croix l'éclat mysterieux
Cette Croix à jamais salutaire , adorable ,
Où Dieu même expirant sauva l'homme cou
pable.
Mais quel Douveau miracle ! il y découvre au bas
Ces mots qu'avoit tracés l'Arbitre des combats :
DANS CE SIGNE APRE'S TOI´MARCHERA LA
VICTOIRE ,
LUI SEUL PEUT TË FRAYER LE CHEMIN DE LA
GLOIRE.
Tout disparoît , le jour est vaincu par la nuit
Dans ses voiles caché le doux sommeil la suit
Versant à pleines mains sur tout ce qui respire
Les tranquilles vainqueurs du plus cruel martyre
A peine Constantin en goûte la douceur ,.
Que le Ciel à ses yeux offre son Créateur ;
Sur un Trône enflamé que portent sur leurs
aîles ,
Des Esprits bienheureux les Legions fidelles ,,
Est cet Etre infini , tout- puissant , éternel
Devant qui le plus juste est presque criminel ;;
Dont la voix fait trembler le Ciel , la Mer , la
Terre ""
Qui peut seul retenir , ou lancer le Tonnerre...
Constantin , lui dit- il , tremble , écoute ma voix
Desormais pour Enseigne arbore cette Croix ,
Après elle conduis , fais marcher ton Armée ,,
Et l'Univers sera plein de ta renommée.
I dit : Telle autrefois la colomne de feu
D vj
Longtemas
1

270 MERCURE DE FRANCE
Longtems dans les déserts guida le peuple
Hébreu.
Saisi d'un saint respect , plein de cette merveille
Ce Héros, à ces mors , avec transport s'éveille ;
Soudain il fait porter la Croix devant ses pas ;
Il est bientôt suivi d'un peuple de Soldats :
Chef heureux d'une Armée aussi sainte qu'im
mense
? 、
Il part , court , vole à Rome où le cruel Ma
xence ,
Qu'abusoient sur son sort des Prêtres impos
teurs ,
Dans un aveugle calme attendoit ses vainqueurs.
Mais déja ce Tyran aperçoit le symbole
Qui doit vaincre , et briser les Dieux du Ca
pitole :
Il rassemble à l'instant ces insignes Guerriers ,
Pour qui le monde entier eut trop peu de lau
riers ;
Il étale en vainqueur sous les Aigles Romaines ,
Ce que de plus terrible ont les forces humaines.
A ce superbe aspect , Constantin animé ,
Combatspour moi ( dit - il ) grand Dieu qui m'as
armé :
Déja de toutes parts on s'avance , on se mêle ;
Par tout avec horreur marche la mort cruelle ,
Le sang coule ; mais quoi ! l'Ange extermi
nateur
Combat- il aux côtés de Constantín vainqueur ?
Le très-Haut en ses mains a - t -il remis sa foudre?
Tout
FEVRIER. 1736. 271
Tout tombe sous ses coups , tout est réduit en
poudre.
La victoire n'est plus incertaine en son choix ,
On la voit enchaînée au faîte de la Croix.
Dans la fuite l'impie en vain cherche un réfuge,
Pour lui le sang versé se transforme en déluge
Et le Tyran enfin lui - même submergé ,
Annonce à Constantin le Dieu qui l'a vengé.
Ainsi finit son sort Pharaon , dont la rage
Prétendoit de Moïse anéantir l'ouvrage.
Tout retentit au loin des hauts faits du vainqueur,
Rome fumante encor des meurtres de l'erreur,
Rome , où l'idolatrie , affreux tyran du calme ,
Du marty re aux Chrétiens faisoit cueillir la palme,
A l'aspect de la Croix abandonne ses Dieux ;
Tout adore en son sein le Créateur des Cieux :
A ce signe sacré chacun dresse un trophée ,
De l'encens des faux Dieux la flame est étoufée ;
Et le Sénat lui- même en ce jour éclairé ,
Ne connoît plus qu'un Dieu , trop long- tems
ignoré.
Telle fut du vainqueur la pompe triomphale :
( Pompe , qui n'eut jamais , et n'aura point
d'égale. )
Des fruits de sa victoire il comble les Chrétiens;
Son Trône est leur azile , et leurs droits sont les
siens :
Pour rendre grace à Dieu du succès de ses armes
Il fait briser leurs fers , il finit leurs allarmes .
Vérité
272 MERCURE DE FRANCE
Verité pure et sainte, armé dé ton flambeau ,
De l'Orient séduit il brise le bandeau.
De ses persécuteurs l'Eglise est délivrée ;
Sa loi sainte s'étend de contrée en contrée :
C'est alors qu'elle osa pour la premiere fois ,
Pour louer le Seigneur , faire entendre sa voix..
César , que manque t - il à ta grandeur suprême!!
Tu fus son défenseur ; deviens Chrétien toi
mêine ,
Efface par cette Eau qui prend sa source aux
Cieux ,
Le crime du vieil homme , et les traits des faux
Dieux.
Tum'entends, et déja tu reçois cette Eau sainte ;;
L'Eglise avec transport t'admet dans son enceinte
;;
Et ce jour mémorable autant que solemnel ,
Jette un peuple idolâtre aux pieds de l'Eternel .
L'Univers voit enfin un Chrétien sur le Trône,
La vertu désormais peut porter la Couronne
De quels lauriers encor va- t- il charger son
bras ?
Sa piété l'apelle en ces sacrés climats ,,
Ou, de tout l'Univers devenu la victime ,
Tu voulus dans ton Sang , grand Dicu , laver
son crime.
Que de Temples détruits ! que de faux Dieux
brisés !!
Que de sang répandu dont ils sont arrosés ! * .
Parmi
FEVRIER. 1736. 2785
Parmi tant de débris , d'horreur et de carnage ,
Constantin des Chrétiens retrouve l'héritage
Ce bois , ce sacré bois , tombeau de nos forfaits .
Par qui l'enfer vaincu perdit tous ses sujets.
C'est là que ce Héros , Seigneur , d'éleve us
Temple ,
Ou sa bouche te loue , et son oeil te contemple..
Jerusalem n'est plus l'esclave du Démon ;;;
Son bras
y fait regner et ta gloire et ton nom ..
Sion résonne encor de tes saintes louanges.
L'azile de l'impie est le séjour des Anges.
De l'un à l'autre Pôle ayant porté ses loix,
Il couronne à la fin tant de fameux exploits .
Par l'exaltation
de cet auguste Signe ,
Qui de tous les Héros le rend le plus insigne..
Par M. de S. R. de Montpellier.
LETTRE de M. de V. à M. D. L. R.
du 10. Février 1736.
J
E suis bien fâché , Monsieur , qu'un
peu d'indisposition m'empêche de
vous écrire de ma main ; je n'ai que la
moitié de plaisir en vous marquant ainsi
combien je suis sensible à vos politesses :
il est bien doux de plaire à un homme
qui , comme vous , connoît et aime tous
les
274 MERCURE DE FRANCE
les beaux Arts. Vous me rapellez tou
jours par votre goût , par votre politesse ,
et par votre impartialité , l'idée du charmant
M. de la Faye , qu'on ne peut trop
regreter'; je pense bien comme vous sur
les beaux Arts ,
Vers enchanteurs , exacte Prose
Je ne me borne point à vous.
N'avoir qu'un goût est peu de chose
Beaux Arts , je vous invoque tous .
Musique , Danse , Architecture ,
Art de graver , docte Peinture ,
Que vous m'inspirez de désirs !
Beaux Arts , vous êtes des plaisirs ;
Il n'en est point qu'on doive exclure.
Je voudrois bien , Monsieur , vous
envoyer quelques- unes de ces bagatelles
pour lesquelles vous avez trop d'indulgence
; mais vous sçavez que ces petits
Vers que j'adresse quelquefois à mes amis ,
respirent une liberté dont le Public severe
ne s'accommoderoit pas . Si parmi ces libertins
qui vont toûjours tout nuds , il
en trouve quelques- uns vétus à la mode
du Pays , j'aurai l'honneur de vous les
envoyer.
Je suis , Monsieur , avec toute l'estime
qu'on
FEVRIER.
1736. 275
qu'on ne peut vous refuser , et avec une
amitié qui mérite la vôtre &c.
L'ORIGINE de la Poësie , Traduction
des Vers Latins imprimés dans le premier_
Volume du Mercure de Décembre . p . 2669.
A
U temps que les humains erroient à l'a
vanture ,
Epars dans les champs , dans les bois ,
N'ayant de sçavoir ni de loix
Que ce qu'en donne la nature ;
Leur langue avoit déja , par des mots convenus,
Marqué leurs sentimens jusqu'alors inconnus ,
L'art de les exprimer , même avoit sa puissance ;
Il ne leur manquoit rien que certaine éloquence,
Qui plus libre , mais sage en son art , dans ses
tours
Marchât d'un pas exact , mais humble en ses
discours.
La Poësie alors part du Ciel , fend la nuë ,
Dans une lumiere imprévûë ,
Elle se manifeste aux yeux ;
Four Déesse elle est reconnuë ;
Tant son front paroît radieux.
Plus d'une majesté sur sa figure brille }
Un feu doux,mais perçant, dans son regard petille.
Et
276 MERCURE DE FRANCE
Et tout esprit est pénétré ,
De son souffle actif et sacré .
Tous ses pas sont comptés , et ( tant ils ont de
graces
Et de légereté ) l'on n'en voit nulles traces.
Son chef sublime est dans le Ciel ,
Et ne peut oublier son séjour immortel.
Les Liens qu'à ses pieds veut porter la Déesse ,
Ne font qu'en augmenter la grace et la vîtesse ,
Et captive , elle veut que même ces liens
L'ornent.... elle s'en fait le plus grand de ses
Lens.
Là , de quelque côté qu'un air plus doux l'attire,
Elle s'y plaît et le respire :
Les prés à son aspect paroissent reverdir ,
Les arbres dépcüillés tout à coup refleurir ;
Elle chante les Eaux , les Bergers , les bocages ;
Les moissons et les pâturages :
Puis, sur un ton plus haut, plus fier, plus sérieux,
Elle célebre tous les Dieux .
A ses chants vous verriés les Faunes , les Driades,
De leurs sauts cadencés égayer leurs balades ,
Echo prêter l'oreille à ses aimables sons ,
Et les redire au loin aux rochers , aux vallons.
Là , vous verriés du fond de leurs antres hu
mides ,
S'élever , pour l'oüir , les vertes Néréïdes ;
Lesfleuves , pour mieux l'écouter
Charmés , attentifs , s'arrêter ,
Et
FEVRIE R. 1736. 277
Et même Jupiter fâché contre la terre ,
Dubliant son courroux , retenir son tonnerre,
Et pardonner à l'Univers ;
Tant est grand le pouvoir des Vers !
L... L... de l'Académie Royale d'Angers

On a dû expliquer le mot de l'Enigme
du mois de Janvier par Cloche, et les deux
Logogryphes par Fortune & Liban. On
trouve dans le premier , Or , Fer , Fort ,
Nef, Nerf , Vent , Four , Front , Ut ,
Re , Furet , Fret , Nort , Tuf, Trufe , Eu,
Rouen, Route &c. et dans le second , Bilan
, Nil , Ban , Lia , Bail , Lin , Ail ',
An , Bain , &c.
ENIGM E.
PArmi les jeux divers que le sage critique ,
Je celebre la troupe étique
De mes propres Freres puinés
A l'abstinence condamnés .
Si la loy les destine à faire penitence
L'usage veut que l'abondance ,
La bonne chere et les festins
Me
$78 MERCURE DE FRANCE
Me fasse braver les destins .
Que des Rats aujourd'hui , disoit jadis un sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il semble que le sens commun
Soit la Ratiere de chacun.
Le Rat du sage étoit de les vouloir détruire
Dans un temps qui doit les produire ,
Et tu sçauras , Lecteur , en aprenant mon nom ;
Si la chose est facile on non.
LOGOGRYPHE.
N me porte en procession ;
Je suis un signe de victoire.
Lecteur , rapelle ta mémoire ;
Il s'agit de Réfléxion.
Dè cinq lettres l'on me compose.
Pour faire ma métamorphose ,
Prens 4. 2. et 3. je suis contraire au bien
Qui m'aime ne fait jamais rien .
3. et.2.4. et 5. c'est un morceau de cuivre
Ou de plomb , qui fait voir qu'on a cessé de
vivre.
2. 4. et 5. c'est ce qui fait agir ;
\En le perdant il faut mourir.
'AUTRE
FEVRIER. 1736. 279
AUTRE
PAix done ! écoute - moi , Lecteur ;
Silence , Paix , audience au rimeur.
1.
Acrostiquons mon nom › sans plus loin nous
2 étendre,
Ecume de la Mer : terre entourée d'eau ;
Coup dont on se repent ; Prophete peu nouveau
Fleuve dans le Levant espace doux et tendre ;
Honneur à Dieu rendu...Paix ,silence au Barreau .
AUTRE.
Six Lettres.composent mon nom ,
Pour l'Hymen je dis oui , pour la mort je dis
non ;
Un proverbe le dit , avecque moi tout homme
Peut aller à Rouen , à Paris , même à Rome ;
Je suis bonne , mauvaise , et pique quelquefois »
Je déchire l'honneur des Bergers er des Rois.
Dans un sens different je change de figure
Et l'on ne trouve plus en moi même nature ;
En cet état , pour moi dans le Pays du Mans
( Chose commune encor chés les peuples Nor
mands )
A la guerre du sac j'excite d'ordinaire ,
Et fais souvent plaider le fils contre le pere.
Ce n'est pas tout , Lecteur , pour me dévoiler
bien,
Ne
280 MERCURE DE FRANCE
Ne pense pas longtemps , est-tu Musicien !
Ma tête, à le bien prendre, est note de Musiques
C'est la sixième , alors clairement je m'explique ;
2. 3. font un , cet un de douze est composé ,
enfin il est aisé , Un astre le
gouverne ,
Lecteur , de me connoître ôte mon premier ||
membre
>
Et mon avant final , tu sçauras bien comprendr
Que je suis un esprit ; veux-tu me dévoiler
En vain sans moi l'on veut parler.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
UVRES DIVERSES de M. Pellisson
de l'Académie Françoise , trois
vol. in 8. A Paris , chés Didot , Quay
des Augustins près le Pont S. Michel , à
la Bible d'or. M DCC . XXXV .
A la tête du premier volume, de 230.p.
est le Portrait assés bien gravé de ce celebre
Académicien; outre un autre Portrait
en Médaille , qui sert de Vignette à une
assés longue Preface , qui n'ennuie cependant
point. Elle contient l'Histoire et la
Critique des Ouvrages de Vers et de Prose
de M. Pellisson , avec plusieurs traits
singuliers
FEVRIER . 1736. 281
singuliers de sa vie. La Preface est suivie
de divers Eloges du même Académicien ,
recueilis de plusieurs Ecrivains , Eloges
qui étant réunis forment une Histoire
complette et curieuse de notre Auteur.
Le premier des trois volumes ne conrient
que des Poësies sur differens sujets.
Le second de 477. p. est rempli de plusieurs
Discours , de quelques Panégyriques
, Eloges et Harangues , d'un Projet
de l'Histoire de Louis XIV. d'une
conversation de ce grand Prince devant
Lille , et de plusieurs Lettres de M. Pelisson
, &c.
Le troisiéme et dernier volume de
517. p. contient diverses Pieces et Procedures
, qui ont été faites , tant au sujet
du fameux Procès de M. Fouquet ,
que de quelques autres Procès dans lesquels
M. Pellisson étoit partie, en qualité
d'Administrateur du temporel de quelques
Abbayes , et autres biens ecclesias-
-tiques.
On assure , au reste , que la plus grande
partie des Ouvrages de Poesie et d'Eloquence
, ainsi que des Memoires et
Productions , &c. qui composent ce
grand Recueil , n'avoit pas encore parû.
Le Public en doit sçavoir gré à l'Editeur
, aussi-bien que de l'arrangement et
dg
282 MERCURE DE FRANCE
de tout ce qu'il a donné d'instructif de
son propre fonds.
MAXIMES sur les Insinuations des
Donations, publications des substitutions
et sur les Insinuations Ecclesiastiques ,
dans lesquelles on a mis avec le même
ordre plusieurs Maximes importantes
sur les Procurations ad resignandum , les
Permutations des Benefices , et le Patronage.
A Paris , chés Guillaume Clau
de Saugrain , Grand'- Sale du Palais , à
la Providence , 1736. in 12. pp. 634.
LA SCIENCE DU CALCUL des Grandeurs
en general , ou les Elemens des Mathématiques.
Par le R. P. Reyneau , Prêtre
de l'Oratoire. Tome second. Chés Quil
lau, ruë Galande, à l'Annonciation , 1736,
in 4.
LEÇONS PHYSIQUES , Contenant les Elemens
de la Physique , déterminés par
les seules Loix de Méchanique , expliquées
au College Royal de France , par
M. Joseph Privat de Molieres , Profes
seur Royal en Philosophie , &c. Tome
second. A Paris , chés la veuve Brocas ,
rue S. Jacques ; Musier , Quay des Augustins
, et J. Bullot , ruë de la Parcheminerie
, 1736. in 12,
LA
FEVRIER. 1736. 283
LA MOUCHE , ou les Avantures de
M. Bigand , traduites de l'Italien , par
le Chevalier de Mouhy. A Paris , chés
Louis Dupuys , ruë S. Jacques , à la Fontained'or
, 1736. in 12. 2. volumes.
LA CONFORMITE' DES DESTINE'ES
et Axiamire , ou la Princesse infortunée,
Nouvelle Historique. A Paris , Quay
de Conti , chés la veuve Pissot , 1736.
in 12. de 242. pages , sans la Préface.
RECHERCHES sur les Théatres de Fran
ce , depuis l'année 1161. jusques à présent.
Par M. de Beauchamps. Tome premier.
A Paris , chés Prault , pere , Quay
de Gesures , au Paradis , 1735. in 8. de
508. pages , sans l'Epitre Dédicatoire ,
la Préface et la Table.
L'Auteur commence par la Vie des
Poëtes Provençaux , non que tous ceux
dont il parle ayent écrit pour le Théatre
, ou qu'ils fassent partie du nôtre ;
mais il m'a parû , dit - il dans la Preface
,, que voulant remonter le plus haut
que je pourois , je devois faire mention
de ces Hommes Illustres qui se sont
fait admirer dans des temps où la barbarie
répandue dans toute l'Europe ,
sembloit n'avoir respectéque la Provence.
E J'ai
284 MERCURE DE FRANCE
J'ai pris , continue l'Auteur , ce que
j'en dis dans Nostradamus , mais je ne
l'ai point traduit à la lettre ; j'ai imité
quelques- unes de leurs Poësies, j'en ajoûte
quelques- autres de moi , j'ai crû qu'é
tant maître de cette partie de mon Sujet
, il m'étoit permis d'y jetter quelque
sorte d'enjoüement. Il expose
d'abord ce,
qui lui a patû de plus vrai-semblable
sur l'origine de nos Spectacles ; il tâche
dans un second Discours , et c'est , pour.
ainsi- dire , tout ce qu'il s'est proposé
dans son Ouvrage , de faire sentir les
differens progrès de notre Comédie par
raport aux moeurs et au sentiment. Delà
il à l'établissement des Théapasse
tres à Paris.
Personne n'ignore , dit M. de Beauchamps
, que les Misteres étoient une représentation
de quelques Histoires de
l'ancien ou du nouveau Testament , plus
ou moins grossiérement renduës , selon
le plus où le moins d'art de l'Auteur ,
&c. Tout ce qui a précedé Jodelle ne
pouvant être regardé que comme Misteres
, Moralités ou Traduction de Pie .
ces anciennes , l'Auteur n'a pas crû que
les Auteurs de ces sortes d'Ouvrages
apartinssent directement à notre Theatre
, il n'en a fait mention que pour
prépares
FEVRIER. 1736. 289
préparer le Lecteur à la naissance de netre
Comédie . Il en fixe l'époque en l'année
1552. et la partage en quatre âges.
Le premier depuis Etienne Jodelle jus-"
qu'à Robert Garnier , c'est - à- dire depuis ,
1552. jusqu'en 1573 .
Le deuxième , depuis Robert Garnier
jusqu'à Alexandre Hardi , c'est- à - dire
depuis 1573 jusqu'à 1622 .
Le troisiéme, depuis Alexandre Hardi
jusqu'à Pierre Corneille , Auteur du Cid,
c'est-à dire depuis 1622. jusqu'à 1637.
Le quatrième , depuis P. Corneille jus
qu'à présent , c'est- à - dire depuis 1637.
jusqu'aux trois premiers mois de 1735 .
La troisiéme Partie de ce Livre , et
qui n'en est pas la moins curieuse , commence
par un Recueil de Ballets depuis
Henry II . Les Mascarades des Regnes
précedens , telles que celles des Sauva
ges , sous Charles VI . et quelques autres,
n'étoient point des Ballets , mais de simples
déguisemens , sans paroles et sans
dessein.
Les Ballets n'étoient d'abord que des
danses figurées , quelques beaux Esprits
y joignirent des vers , qu'on récitoit à la
louange des Danseurs ; ensuite ces récits
furent dialogués , mis en Musique &
chantés ; bientôt on en fit de vrais Spec-
Eij tacle s
186 MERCURE DE FRANCE
tacles dont on prenoit le sujet dans la
Fable , ou dans nos Livres de Chevalerie ;
les Danses , qui en faisoient auparavant la
partie essentielle , n'en furent plus que
les Intermedes . Sous le Regne de Louis
XIV. ils furent portés au dernier degré
de magnificence : Habits , Théatres , Ďécorations
, machines , tout fut mis en
oeuvre pour procurer au plus grand Roi
de la Terre , des plaisirs dignes de lui .
Nous nous souvenons encore , avec admi ,
ration , de ces merveilleuses Fêtes de S.
Germain , de Paris , et de Versailles , qui
doivent leur éclat , moins à la puissance
du Prince , qu'à la délicatesse de son goût,
Quand on fait réflexion que nos Opera
doivent leur origine aux foibles commencemens
des Ballets, on est surpris que
de si petites choses en ayent produit de
si grandes ; mais de quoy ne sont point
capables le Genie et l'Art, quand ils sont
animés par la gloire et par les récompenses?
L'Ouvrage commence par l'Histoire des
Poëtes Provençaux , dont le premier est
Fanfred Rudel en 1161. suivent , Pierre de
Varnegue , Elyas de Barjols , & c.
Estephanette des Baulx , étoit une des
Présidentes de la Cour d'Amour , c'està-
dire, une de ces Dames Illustres de Proyence
FEVRIER. 1736. 287
·
vence , devant qui se raportoient toutes
les questions de Galanterie ; leurs jugemens
étoient ce qu'on apelle les Arres
d'Amour: elles étoient au nombre de
dix : voici leurs noms.
Estephanette , Dame des Baulx , fille
du Comte de Provence.
Adalazie , Vicomtesse d'Avignon.
Alalette , Dame d'Ongle.
Hermyssende , Dame de Posquieres,
Bertrane , Dame d'Urgon.
Mabile , Dame d'Yeres.
La Comtesse de Dye.
Rostangue Dame de Pierre-feu .
Bertrane , Dame de Signe.
Jausserande de Claustral.
Les Poëtes qu'on trouve ensuite sont
Guilhem d'Agoult , Guilhem de S. Desdier ;
il a fait un Traité des Songes , dans lequel
il donne des regles pour n'en avoir
que de vrais et d'agréables.
-
Arnaud Daniel ; il fit et inventa pourr
sa Maîtresse ( car ils avoient tous des
Maitresses très accomplies , et n'en
avoient pas pour une ) plusieurs sortes
de Poësies , comme Sextinas et Sirventez.
Ses Ouvrages les plus connus sont des
Comédies , des Tragédies , des Aubades ,
des Mariegales , un Chant intitulé , Lei
Phausaumariés del Paganisme .. Rai-
Eij mand
288 MERCURE DE FRANCE
mond Jourdan; on ade lui lei Fantaumaries
de las Donas , & c. Pierre d'Auvergne .
Ce Poëte eut un grand mépris pour
tous ses Confreres ; cependant on cite
une Chanson de lui , dans laquelle ils
sont tous loüés , &c. En prodiguant ses
louanges aux autres,dit M.de Beauchamp,
d'Auvergne ne s'est point tû sur les siennes
; il dit sans façon que la Langue et
la Poësie Provençale lui doivent leur plus
grand mérite , et que c'est à l'émulation
que ses Vers d'amour ont inspirée à ceux
qui les lisoient , qu'on doit raporter
tout ce qui s'est fait de bon et d'aimable
dans son temps ; cela s'apelle épargner
à son Historien la peine de le
louer. Je pourois ici faire une question
ajoûte l'Auteur , sçavoir , si les témoignages
avantageux que se rendoient les
Anciens dans leurs Ouvrages , étoient
une foiblesse de leur amour propre, s'ils
se loüoient par ostentation ou par sentiment
; si c'étoit vanité de leur part ,
ou simple justice , corruption de coeur
ou usage autorisé ; et si nous qui n'osons
parler de nous- mêmes qu'avec la pudeur
qui colore le visage d'une jeune fille ,
dont on loüe la beauté , sommes plus
glorieux ou plus modestes. modestes que nos Ancêtres
j'en laisse le jugement à ceux
qui
FEVRIE R. 1736. 289
qui veulent aprofondir le coeur humain ,
qui se vantent de le connoître et qui
peut-être se trompent .
Bertrand , fils et petit- fils des deux
autres Bertrands , Seigneurs d'Allamanon ,
près d'Arles .... Il consacra ses premieres
Chansons , et offrit ses premiers voeux
à la Dame de Provence qui en étoit la
plus digne ; c'étoit Phanette ou Estephanette
de Romanin , de la Maison des
Gantelmes , qui présidoit à la Cour
pleniere d'Amour ; ce mot fait son Eloge
, elle étoit Tante de Laure Sado d'Avignon
, si celebre par l'amour et par
les Vers de Petrarque.
Americ de Sarlat , &c. voici le com
mencement d'une Chanson .
De la Beauté la plus severe
J'adore en secret les apas ;
En vain je m'obstine à me taire ;
Ses yeux penetrent le mistere ;
Et lisent dans les miens ce que je ne dis pas,
Dans le Discours , page 153. sur l'Origine
des Spectacles en France , vers
l'an 1009. l'Auteur s'exprime ainsi .
La Poësie étoit devenue familiere ;
les jeunes gens commençoient
à faire de
petits Ouvrages en vers ; on avoit établi
E iiij des
290 MERCURE DE FRANCE
des Prix que les Poëtes s'efforçoient de
remporter ; ces Prix se distribuoient en
public ; le concours étoit nombreux : c'étoit
là une espece de Spectacle qui cone
duisit insensiblement à d'autres. On cruc
qu'il suffisoit , pour concilier toutes choses
, d'y faire entrer la Religion . On choisit
nos Mysteres , la Vierge et les Saints ,
pour être l'objet du plaisir et de l'édifi
cation du Peuple. Cette idée réussit. Nas
Peres qui n'y regardoient pas de si près ,
n'eurent garde d'y soupçonner de la profanation
, et y assisterent devotement,
Des Mysteres on passa aux simples Moralités
; ensuite , comme on abuse de
tout , on s'émancipa jusqu'aux farces et
aux sotises. Peu à peu le goût s'étendit
et s'épura ; L'Imprimerie inventée sous.
Louis XI. les Lettres rétablies sous François
I. ouvrirent une nouvelle carriere ;
les Livres devinrent communs ; on aprit
les Langues ; on fit des Traductions ; on
s'enhardit même jusqu'à faire des Comédies
toutes Françoises . De Jodelle jusqu'à
Robert Garnier les progrès furent
peu sensibles. Ils le furent davantage de
Robert Garnier jusqu'à Alxandre Hardi ;
de ce dernier jusqu'à P.Corneille le changement
est plus marqué : Enfin Corneille
a élevé notre Théatre au point de gran
9+
deur
FEVRIER. 1736. 29r
deur
que Racine a soutenue , et qui subsiste
encore aujoud'hui.
Il faut lire dans le livre même ce que
PAuteur dit ensuite, en examinant les raports
que le Chant Royal peut avoir avec
le Poëme Dramatique , où il raporte ce
que Lamarie & Felibien en ont dit & c.
Dans l'Article de l'établissement des
Théatres , l'Auteur parle de celui de S.
Maur , Village près de Vincennes , où l'on
représenta la Passion de N. S. avant 1398.
-Les mêmes Acteurs , sous le nom de Confreres
de la Passion , vinrent représenter
à Paris , sur le Théatre de la Trinité , autorisés
par Lettres Patentes du 4. Decembre
1402. A ces Jeux ou Spectacles , ils
ne donnerent point le nom de Tragédies
ni de Comedies simplement , de Moralivés.
Ce premier Théatre subsista près de
150. ans
On s'ennuya de ces Spectacles serieux.
Pour les égayer , les Joueurs y mêlerenc
quelques Farces tirées de Sujets profanes,
qu'on nomma par un Quolibet vulgaire,
Les Pois pilés , par allusion , sans doute,
à quelque Scene qui eut raport à ce nom.
Ce mélange de Morale & de Bouffonnerie
déplut encore , & les Confreres s'étant
trouvés en état en 1548. d'acheter l'Hôtel
des Ducs de Bourgogne, le Parlement leur
permic
A T
192 MERCURE DE FRANCE
permit de s'y établir , à condition de n'y
des Sujets profanes , licites er
jouer que
honnêtes
.
En 1559. les Confreres s'étant aperçus
que le Privilége exclusif de monter sur le
Théatre ne convenoit point à l'habit de
Religieux qui caractérisoit leur Compagnie
, loüerent leur Hôtel à une troupe
de Comediens qui se forma dans ce temps
là. Ils s'y conserverent seulement pour
eux et pour leurs amis deux loges , qui
étoient distinguées par des barreaux , et
qu'on nommoit les loges des Maîtres .
Vers 1560. Jodelle et ceux qui le suivirent
de près , firent jouer devant le
Roy & toute la Cour , leurs Pieces , sur
des Théatres dressés dans les Colleges de
Reims & de Boncour. Cet établissement
n'eut point de suite ; ces Pieces ayant été
abandonnées aux Comediens de l'Hôtel
de Bourgogne , la réputation qu'elles leur
acquirent , engagea plusieurs Troupes
formées en Province , à faire diverses
tentatives pour s'établir à Paris.
Vers 1584. une de ces Troupes se
croyant assés forte pour pouvoir entrer
en concurrence avec l'Hôtel de Bourgogne,
loua celui de Clugni , dans la ruë
des Mathurins , qui est l'ancien Palais de
Julien l'Apostat , on y dressa un Theatre
.
FLVRIER. 1736. 293′
ere , sur lequel on joua quelques Piéces.
Le Parlement les fit cesser et fermer le
Theatre , par Arrêt du 6. Octobre 1584 .
Ce fut vers 1600. qu'il s'éleva un
nouveau Theatre dans une Maison nommée
l'Hôtel d'Argens , au Marais.
Les Comédiens qui l'occupoient étoient
un démembrement de la Troupe de
l'Hôtel de Bourgogne. Ils se réunirent
vers 1619. et se séparerent encore à l'oc
casion de la représentation de Mélite ,
premiere Piéce de P. Corneille , qui eur
un si grand succès , que cela donna lieu
au rétablissement du Theatre du Marais
dont Mondori étoit le Chef , comme
Belleroze l'étoit à l'Hôtel de Bourgogne.
A la mort de Moliere , dont la Sale et
le Theatre du Palais Royal furent donnés
à Lully en 1673. le Theatre du Marais fut
entierement suprimé ; il se forma une
nouvelle Troupe des débris de celle de
Moliere , à l'Hôtel de la rue Guenegaud ,
et la Troupe du Roi subsista à l'Hôtel
de Bourgogne , avec quelques Acteurs et
Actrices de la Troupe de Moliere , qui
représenterent alternativement avec la
Troupe des Comédiens Italiens jusqu'en
1680. que la Troupe de l'Hôtel de Bourgogne
fut jointe par ordre du Roy à celle
de Guénegaud , pour ne former qu'une
seule
E vj
294 MERCURE DE FRANCE
seule Troupe de Comédiens François
Les Italiens continuerent leurs Représentations
à l'Hôtel de Bourgogne jusqu'en
1697. qu'ils furent suprimés . Ce
Theatre fut rétabli en 1716. et subsiste
toûjours.
COMEDIENS du Dauphin en 1662. Cet
Article mérite d'être lû dans le Livre
même il perdroit beaucoup à être
abrege.
Entremets , Mysteres , Moralités , Farces
et Sotties avant Jodelle . Ces spectacles des
Entremets , consistoient en Danses et en
Représentations pendant les festins que
les Rois et les Princes se donnoient.
Mysteres manuscrits et sans date.
LaVie de sainte Marguerite , Vierge et
Martyre . La Vie de sainte Barbe & Le
Blasphemateur du Nom de Dieu & c. La
Vie et Miracles de saint André & c. L'Assomption
de la glorieuse Vierge Marie , en
Rimes à 38. Personnages . Le Trépassement
de N. Dame & c. S. Pierre et S. Paul , par
Personnages &c. Mystere du Roi Advenir,
en trois journées & c. Vie de Monseigneur
S. Jean Baptiste & c. Le vieil Testament
&c. L'Incarnation et Nativité de Notre
Sauveur
FEVRIER. 1736. 29
Sauveur & c. L'Institution de l'Ordre des.
Freres Prêcheurs , par S. Dominique , à
36. personnages . Beau Miracle de S. Nicolas
& c. La sainte Hostie & c. Le Paradis
amoureux & c. Débat du Content et non
Content &c. Colloques des douze Dimes ,
en Kimes &c. La Danse aux Aveugles & s.
Nous omettons pour abréger quelques-
uns de ces Titres . Suivent les Mo-
Talués anonymes & c. en voici quelques
Titres.
Le mauvais Riche et le Ladre & c. Le
bien Avisé et le mal Avisé & c. L'Enfant de
perdition , qui tua son pere et pendit sa
mere , erenfin se désespera & c . Une Vil
Lageoise , qui aima mieux avoir la tête
coupée par son pere , que d'être violée
par son Seigneur , fait à la loüange et
honneur des chastes et honnêtes filles
&c. La Bataille des Dieux contre les Géans
c. Moralité du Jeu des Echers & c. Les
Miracles de Notre- Dame &c. Comment
Salomé perdit les mains pour avoir voulu
tâter et voir si la Vierge avoit enfanté
virginalement. N. D.- refait une nouvelle
main à S. Jean Chrisostome , à qui un
Roi l'avoit fait couper.
Suivent les Mysteres anonymes , dont on
trouvera ici quelques Titres , sçavoir ,
Histoire de Grislidis , Marquise de Saluces
296 MERCURE DE FRANCE
luces &c. Le Mystere du vieil Testament
et du nouveau , que les Enfans de Paris
firent sans parler et sans signer , comme
si ce fussent Images élevées contre un
mur , à l'Entrée du Duc de Betfort , Régent
de France , à Paris le 8. Septembre
3424.
Cet Extrait , quoique long , ne suffit
pas pour donner une idée complette de
cet Ouvrage , interessant pour les Amateurs
du Theatre ; nous y suplérons par
un autre Extrait.
و ت
LES EGAREMENS du coeur et de l'esprit,
ou Mémoires de M. de Meilcourt-, premiere
Partie . A Paris , chés Prault fils ,
Quay de Conty , vis- à vis la descente du
Pont Neuf, à la Charité, 1736. in - 12 . de
173. pages , sans l'Epitre de l'Auteur à
son Pere , et sans la Préface , dans laquelle
M. de Crébillon donne cette idée de ses
Ouvrages.
On verra dans ces Mémoires un homme
, tel qu'ils sont presque tous dans une
extréme jeunesse , simple d'abord et sans
art , et ne connoissant pas encore le mon
de, où il est obligé de vivre. La premiere
et la seconde Partie roulent sur cette
ignorance et sur ses premieres amours,
C'est dans les suivantes , un homme plein
de
FEVRIER 1736. 297
de fausses idées , paîtri de ridicules ,
et qui y est moins entraîné encore par
lui - même , que par des personnes inté
ressées à lui corrompre le coeur et l'esprit.
On le verra enfin dans les dernieres
, rendu à lui - même , devoir toutes
ses vertus à une femme estimable ; voilà
quel eft l'objet des égaremens de l'esprit
et du coeur. Il s'en faut beaucoup qu'on
ait prétendu montrer l'homme dans tous
les désordres où le plongent les passions,
Famour seul préside ici ; ou , si de tems
en tems , quelqu'autre motif s'y joint ,
c'est presque toûjours lui qui le détermine.
On reconnoîtra avec plaisir dans cet
Ouvrage ( dit M. Duval dans son Aprobation
) où les moeurs sont consultées
Ja délicatesse de génie et la noblesse de
stile , qui ont annoncé le talent du jeune
-Auteur de ces Mémoires.
פ י
C'est le Héros de ces Mémoires qui
parle il s'exprime ainsi à la page f
J'avois si peu d'experience des femmes.
qu'une déclaration d'amour me sembloit
une offense pour celle à qui elle s'adressoit.
Je craignois d'ailleurs qu'on ne
m'écoutât pas , et je regardois l'affront
d'être rebuté , comme un des plus cruels
qu'un homme pût recevoir ; à ces considéra298
MERCURE DE FRANCE
dérations se joignoit une timidité que
rien ne pouvoit vaincre , et qui , quand
on auroit voulu m'aider , ne m'auroit
laissé profiter d'aucune occasion , quelque
marquée qu'elle eût été : j'aurois
sans doute poussé en pareil cas mon respect
au point où il devient un outrage
pour les femmes , et un ridicule pour
nous.
Il est aisé de juger par ce détail que je
n'avois pas pris d'elles une idée bien juste
: de la façon dont alors elles pensoient,.
il y avoit plus à craindre auprès d'elles a
ne leur pas dire qu'on les armoir , qu'à
leur montrer toute l'impression qu'elles
croyoient devoir faire ; et l'amour jadis
si respectueux , si sincere , si délicat ,
étoit devenu si téméraire et si aisé , qu'il
ne pouvoit paroître redoutable qu'à quelqu'un
aussi peu instruit que moi.
Ce qu'alors les deux sexes nommoient
amour , étoit une sorte de commerce ,
où l'on s'engageoit , souvent même sans
goût , où la commodité éroit toûjours
préférée à la sympathie , l'interêt au plaisir
, et le vice au sentiment
On disoit trois fois à une femme
qu'elle étoit jolie , car il n'en falloit pas
plus , dès la premiere assurément elle
vous croyoit , vous remercioit à la se
་་་་
conde ,
FEVRIER. 1736. 299
conde , et assés communément vous en
récompensoit à la troisième.
Il arrivoit même quelquefois qu'ua
homme n'avoit pas besoin de parler ; et
ce qui , dans un siècle aussi sage que le
nôtre , surprendra peut- être plus , souvent
on n'attendoit pas qu'il répondit .
Un homme pour plaire , n'avoit pas
besoin d'être amoureux : dans des cas
pressés on le dispensoit même d'être ai
mable .
le
La premiere vûë décidoit une affaire ;
rais en même tems il étoit rare que
lendemain la vît subsister ; encore en se
quittant avec cette promptitude , ne prévenoit-
on pas toûjours le dégoût .
Pour rendre la société plus douce , on
étoit convenu d'en retrancher les façons;
on ne la trouva pas encore assés aisée , on
en suprima les bienséances .
Si nous en croyons d'anciens Mémoires
, les femmes étoient autrefois plus
Alattées d'inspirer le respect que le désir
et peut être y gagnoient- elles . A la vérité
on leur parloit amour moins promptement
; mais celui qu'elles faisoient naître,
n'en étoit que plus satisfaisant , et que
plus durable.
Alors elles s'imaginoient qu'elles net
devoient jamais se rendre , et en effet elles
résis
300 MERCURE DE FRANCE
résistoient. Celles de mon tems pensoient
d'abord qu'il n'étoit pas possible qu'elles
se défendissent , et succomboient par ce
préjugé , dans l'instant même qu'on les
attaquoit.
LE REPERTOIRE , Ouvrage Périodique.
Par M. le Chevalier de Mouhy Brochure
in- 12. A Paris , chés les Freres Dupuis , au
Palais , et rue S. Jacques . M. DCC . XXXV.
L'Autheur avertit au commencement
que cet Ouvrage paroîtra tous les quinze
jours , et qu'il n'est que le Compilateur
des Faits dont il est rempli , le fond en
étant dû à ceux qui les lui communiquent.
On y verra , dit- il , de grands sentimens
, des choses plaisantes , et des
traits singuliers & c .
LES OEUVRES DE VIRGILE , Traduction
nouvelle , le Latin à côté , avec des Notes
Historiques et Géographiques. Par
M. l'Abbé de la Landelle de S. Remi. A
Paris, chés Barbou, ruë S. Jacques, 1736%
in- 12 . 4. vol. Tome I pp . 363. Tome II .
Pp. 367. Tome III . pp. 370. Tome IV.
pp . 371 .
ACTASANCTORUM & C. ACTES DES SAINTS
du mois d'Août , tirés des Monumens
Latins
FEVRIER. 1736. 301
Latins et Grecs , recueillis , mis en ordre
, et enrichis de Commentaires et
d'Observations par les Peres du Solier ,
Pin , Cuper , et Bosche , Prêtres , Theolo
giens de la Société de Jesus . A Anvers,
chés Bernard Albert Vande Plasche.
1735. in fol. pp. 728. et se vend à Paris
chés de Bure , Quay des Augustins, à l'Image
S. Paul,
REFLEXIONS Sur les Playes , ou la Méthode
de procéder à leur curation , suivant
les principes modernes , la structure
naturelle des parties , et leurs mouve
mens méchaniques , fondés sur l'experience
la plus certaine. Avec des Remarques
des plus grands Maîtres de
l'Art , et leurs Observations les plus curieuses
et les plus instructives touchant
les playes des trois ventres. Par C. F.
Faudacq , Chirurgien à Namur. A Paris,
chés P. M. Huart , rue S. Jacques , à la
Justice. 1735. vol . in 12. pp. 577.
L'ANATOMIE D'HEISTER , avec des
Essais de Physique sur l'usage des parties
du Corps humain , et sur le Méchanisme
de leurs mouvemens , enrichie de nouvel
les figures en taille-douce. Seconde Edition
revûë , corrigée , et considérablement
302 MERCURE DE FRANCE
ment augmentée. A Paris , chés Jacques
Vincent , rue S Severin , à l'Ange 1735-
vol. in 8 °. pp . 852.
CATALOGUE RAISONNE' de Coquilles ,
et autres Curiosités naturelles . On a
joint à la tête du Catalogue quelques
Observations génerales sur les Coquilles,
avec une Liste des principaux Cabinets
qui s'en trouvent , tant dans la France
que dans la Hollande ; une autre Liste
des Auteurs les plus rares qui ont traité
de cette matiere , et une Table Alphabetique
des Noms arbitraires , tant François
que francisés , attribués aux Coquil
les par les Curieux. A Paris , chés Flabault
, au Palais , Galerie des Prisonniers,
et chés Prault fils , Quay de Conti , à la
Charité 1736. in- 1 de 261. pages sans
l'Avertissement. Prix 24 sols broché.
Non seulement les Physiciens et les
Amateurs de l'Histoire naturelle , sçauront
bon gré à M. Gersaint du petit Volume
qu'il donne ici sans trop de préparation,
et pour satisfaire la curiosité et l'empres
sement qui commence à renaître en
France pour les Coquilles et pour les auet
pour
tres productions admirables de la Mer ,
mais encore tous les Curieux en géneral ,
et les gens de goût qui ont les yeux assez
ouverts
FEVRIER . 1736. 303
ouverts et assés de sentiment et de lumieres
, pour être frapés d'admiration à la
vuë de ces charmans et inimitables jeux
de la Nature , dont la variété infinie, par
les formes et par les couleurs , ne se peut
exprimer, Un Auteur Italien a donné
une idée assez heureuse de cette sorte de
curiosité en l'apellant , La récréation de
P'esprit et des yeux,
Outre les Coquillages dont on a fait
la vente , on a joint diverses Collections
d'Animaux , tant Insectes que Reptiles ,
Poissons , Oiseaux &c. parfaitement conservés
dans de l'Esprit- de - Vin , parmi
lesquels il y en a d'inconnus et de fort
extraordinaires , ainsi que des Plantes ,
Mineraux & c.
A la huitiéme page des Observations
sur les Coquillages , l'Auteur s'écrie , avec
raison , que de variété dans leurs formes !
Jamais la Nature ne s'est jouée avec plas
de diversité dans aucune de ses productions
; il y en a de plates , de concaves ,
de rondes , de demi rondes : les unes
sont dentellées , les autres cannelées ;
celles-ci hérissées , celles - là raboteuses :
les unes ont le têt dur , comme celle qui
est nommée la Pourpre ; les autres sont si
légeres qu'à peine ose - t-on les toucher ,
Le P. Bonanni Jesuite,
comme
304 MERCURE DE FRANCE
comme le Nautile de papier : dans celle- ci
Animal est enfin , à ainsi dire ,
dans un étuy , cane dans les Turbinités
, ou par deux cloisons , comme dans
les Huitres: dans celles- là il ne l'est que
d'un côté , et de l'autre il reste si fort
attaché aux rochers , que ce n'est qu'a
vec grande violence qu'on l'enrrache
comme le Lepas : d'autres sont vertes
par les deux bouts , et ressemblent assés
à une bouche béante , comme celles
qu'on apelle en Latin Chama : la tête des
unes est tournée en vis ; celles des autres
est unic : quelques unes ont double coquille
, d'autres n'en ont qu'une seule.
Enfin , sans entrer dans le détail immense
des variétés de leurs couleurs , qui
vont à l'infini , leurs formes seules ont
entr'elles un très grand nombre de différences'
, qu'il est presque impossible de
décrire exactement.
Leur interieur ne mérite pas moins
d'attention . Que de précision dans leurs
fabriques ! Que de sagesse l'Auteur de la
Nature n'a - t'il pas répandu dans les différentes
distributions que l'Animal qui
y fait son séjour y a construit lui- même
pour ses commodités ; ensorte que c'est
ici particuliérement qu'on peut dire à ce
divin Maître Quem magnificata sunt
opera
FEVRIE R. 1736.
305
pera tua , Domine ; omnia cum sapientiâ
fecisti. he map 10%
Il se trouve celles d'une gran
deur et d'un poids énorme, mais elles ne
peuvent gueres convenir qu'à garnir des
dessus de Cabinets ou de Tablettes et
Corniches on en employe aussi dans.
des Grottes de Rocaille . Les Coquilles qui
convient le mieux aux Curieux , sont
celles de la moyenne espece , dont on
fait des suites , et qu'on range sur du
cotton avec art dans un Cabinet com
posé de tiroirs de différentes grandeurs ,
doublés de satin blanc ou autre étoffe
avec compartimens. Ces Cabinets s'apellent
Coquilliers,
Les petites Coquilles ont beaucoup de
Partisans , parce qu'elles occupent peu de
place , et qu'une Boëte , ou Cassette bien
disposée , en contient beaucoup , et peut
satisfaire un Curieux moderé , qui ne
veut pas faire un grand - amas.
On prétend que les petites Coquilles .
sont , pour ainsi dire , plus achevées que
les grandes. En Hollande , la plupart
des grands Curieux veulent les avoir,
pour ainsi dire , de différens âges , depuis
les plus petites jusqu'aux plus gran
des , afin de pouvoir les examiner dans
tous les états par où on peut croire qu'elles
passent,
Le
30 MERCURE DE FRANCE
Le mérite d'une Coquille est d'avoir
toutes ses pointes , ses bords et ses lévres
saines et ses couleurs vives....
Les Coquilles sont d'une ou de deux
pieces , ce que l'on apelle Univalves ou
Bivalves , et par conséquent il ne devroit
y avoir que deux classes générales ; cependant
on en fait ordinairement trois ,
parce que l'on divise en deux celle des
Univalves ; on peut donc apeller la premiere
classe celle des Univalves qui ne
sont pas turbinées , ou qui ne forment
nulle volute , en Latin , Testacea non turbinata.
La seconde classe sera - celle des
Univalves turbinées , ou turbinites , qui
forment une volute en Latin Testacea
turbinata. La troisiéme classe sera celledes
Bivalves Testacea Bivalvia , quoiqu'à
le prendre à la rigueur , les Univalves
de la seconde classe pussent être
apellées Bivalves , ainsi que celles qui
sont à deux portes où battans , parce que
l'Animal de presque toutes ces especes a
un Opercule ou couvercle engendré avec
lui , et attaché à une partie de sa peau ,
comme l'ongle l'est à la chair , qui lui
sert de défense , avec lequel il se ferme
toutes les fois qu'il se veut retirer dans
son étui . La nature a fait cette porte si
juste , et si bien proportionnée
, qu'il
est
FEVRIE R. 1736. 307
est impossible d'apercevoir la moindre
jointure quand l'Animal y est enfermé.
On peut observer la même exactitude
dans les Bivalves , qui ont des charnie
res si liantes et si justes , et dont les deux
battans , malgré leurs contours et leurs
formes irrégulieres , ferment avec tant
d'exactitude , que l'Orfévre le plus adroit
ne pouroit parvenir à cette précision .
Après la division en trois classes des
Coquilles Univalves , Univalves Turbi
nites et Bivalves , suit la Liste des principaux
Cabinets de Curiosités naturelles
, et surtout de Coquilles &c. après
quoi on trouve celle des principaux Ouvrages
qui ont été faits sur les Coquillages
, avec les Titres et les noms des Auteurs
ce qui sera d'un grand secours
pour ceux qui veulent s'instruire et augmenter
leurs connoissances sur cette ma
tiere .

A la page 62. commence le Catalogue
raisonné des Coquilles , Plantes marines,
Mineraux , Insectes , Reptiles , et autres
Curiosités naturelles.
Les Coquilles sont divisées en trois
classes ; la premiere des Univalves , comme
les Lepas ou Patelles , les Oreilles de
mer , les Dentales , les Nautiles &c.
La deuxiême classe et la plus nombreu
E
SC
308 MERCURE DE FRANCE
,
se est celle des Vivalves Turbinites ,
comme les Umbiliques , les Sabots ou
Culs- de - Lampe , les Lunaires et demi-
Lunaires , Murex , Casques , Pourpres
Conques , Globosées , Spheriques , Tannes
, Buccins , Trompes , Cornetz , Eguilles
, Volutes , Piramydales , Cilindriques,
Aîlées , les Pentidactiles ou Digitales , les
Porcelainês , les Nerites , Limas &c .
La troisiême classe est des Bivalves ,
qui se divisent en Chames , Moules
Peignes , Petuncles , ou Coquilles de
S. Jacques , Pinnes marines , Huitres ou
Tillones , Solenes & c .
Nous choisirons dans la premiere classe
, pour donner au moins une description
, la Coquille Univalve , dont la forme
ressemble assés à la Poupe d'un Vaisseau
, apellé ordinairement Nautilus papiraceus
: le Nautile de papier ; par raport
à l'extrême délicatesse de sa Coquille qui
est aussi mince que du papier ; d'autres
la nomment Nautilus legitimus , ou bien
Ovum Polypi. Ce Nautile est blanc ,
transparent , poli et fragile ; il a des rayes
ou cannelures longues et rondes : il se
trouve dans la Mer Adriatique, Quelques
-uns ont prétendu que cette Coquille
a donné l'idée de la construction
des premiers Vaisseaux , et que ce fur
Pome
FEVRIER. 1736. 309
Pompilius qui en fut l'inventeur ; c'est
pourquoi les Latins l'apelloient Pompilus :
' Animal, qui habite cette Coquille est
très- singulier ; on en trouve la description
dans le Spectacle de la Nature ,
Tome III. p. 231. On l'apelle Nautilus
papiraceus , pour la distinguer d'une autre
espece que l'on nomme Nautilus cras
sus , le Nautile fort , dont la Coquille est
moins fragile. Celle- ci est très -grande
et fort saine , ce qui est difficile à trou
ver , à cause de sa legereté ; les Curieux
l'estiment beaucoup quand elle se trouve
entiere.
Turbinite , vulgairement apellée l'Esca
lier , ou le Cadran ; cette Coquille est des
plus admirables , tant pour la régularité
de son interieur , qui ressemble à un Escalier
tourné et en pointe , que par raport
aux taches régulieres qui se trouvent
dessus sa surface ronde , qui a la forme
d'un Cadran ; les Latins l'apellent , Cochlea
umbilicata ; elle se pêche dans la
Mer des Indes ; quelques-uns l'apellent
la Perspective ; en Angleterre on la nomme
la Rosette d'Epinette : en effet elle y a
beaucoup de raport ; celle-ci est une des
plus belles de cette espece,
A la fin du Catalogue des Coquilles ,
on trouve les Plantes marines , ou Mae
Fij drepores,
10 MERCURE DE FRANCE
drepores , entre- autres un Corail blanc
feuillé , attaché sur le dos d'un grand
Murex. C'est un morceau fort curieux .
Plus , 129. Fioles , remplies d'Insectes,
Reptiles , et autres Animaux très- singuliers
, dans de l'Esprit- de- vin , parmi
lesquels on voit le Serpent Amphisbene ,
ou le double marcheur ; Reptile rond fort
venimeux , qui rampe et qui se replie ;
sa tête et sa queue sont difficiles à distinguer
, étant faites l'une comm:: l'autre
& c .
Le fameux Serpent chaperonné , le plus
rare et le plus dangereux de tous les Serpens.
Il a au bas de la tête un estomac
qui lui forme par derriere une partie
presque ovale , sur laquelle la Nature a
imprimé une face humaine , très distinctement
marquée .
Martin le Pêcheur , ou le Martinet des
Indes , Espece d'Alcion qui a le plumage
du plus beau bleu , le bec long et aigu :
son chant est agreable , ce qui l'a fait
nommer le Rossignol de Riviere.
Poisson nommé Polipe , ( qui a plusieur s
pieds . ) Il est d'une forme très - particuliere
, ressemblant plutôt à une Plante ou
à un fruit , qu'à un Animal . Il est long et
Fond , sa peau ressemble assés à un cuir tané
,On lui compte huit bras placés à une de
ses
FEVRIER. 1736. 315
ges extrémités au- dessus de sa tête , qui est
enfoncée , et qu'on a de la peine à découvrir.
Quand ce poisson n'a pas de quoi
se nourrir , il mange quelquefois ses bras ,
et ce qui a été mangé renaît dans la
suite.
Le Livre est terminé par une Table
Alphabetique , faite avec soin , de la plus
grande partie des Noms arbitraires
François ou francisés , donnés aux Coquillés
par les Curieux ; ce qui sera d'un
grand secours , et fera plaisir à ceux qui
ent du goût pour ces belles productions
de la Nature.
Collectio Judiciorum de novis Erroribus
, qui ab initio duodecimi Sæculi post
Incarnationem Verbi usque ad annum
1735. in Ecclesia proscripti sunt & notati
Censoria etiam judicia insignium
Academiarum , inter alias Parisiensis &
Oxoniensis , tum Lovaniensis & Duacensis
in Belgio , aliorumque Collegiorum
Theologiæ apud Germanos , Italos , Hispanos
, Polonos , Hungaros , Lotharos ,
&c. cum Notis , Observationibus , & variis
Monumentis ad res Theologicas pertinentibus
.
Opera & Studio CAROLI Du Plessis
d'ARGENTRE' , Illustrissimi & Reverendis-
Fiij. simi
31 MERCURE DE FRANCE
simi Episcopi & Vice-Comitis Tutelensis.
TOMUS TERTIUS . fol.
In quo ipse Conclusiones & Judicia S
Facultatis Parisiensis adversus novos Er
rores , tum de rebus Theologiæ , ab anno
1633. usque ad hanc Atatem exscripta
sunt : deinde in alterâ parte Voluminis
reliqua Monumenta continentur , quæ
initio designavimus.
Lutetia Parisiorum , apud Andræam
Cailleau , Bibliopolam Furatum Academia
Parisiensis , ad Ripam PP. Augustiniensium
, ad Insigne Sancti Andrea . 1736.
cum Approbatione & Privilegio Regis.
On trouvera chés le même Cailleau les
deux premiers Volumes de cet Ouvrage ,
& de l'Explication des sept Sacremens
de l'Eglise , institués par N. S. J. C. cette
Instruction est composée par M. l'Evêque
de Tulle , pour l'utilité du Clergé
& des Fideles de son Diocése , in 12. 3 .
vol. 1735.
Histoire des Juifs écrite par Flavius Jo
seph , sous le titre des Antiquités Judaiques.
Traduite sur l'original grec , revû
sur divers Manuscrits. Par M. Arnauld
d'Andilly , nouvelle Edition , in 12.
5. volumes 1736.
L'ORDRE DE L'EGLISE , ou la Primauté
et
FEVRIER. 1736. 313
et la Subordination Ecclesiastique , selon
S. Thomas , par le P. Bernard d'Arras
Capucin , Ancien Lecteur en Théologie .
1736. A Paris , chés Chaubert , Quay des
Augustins , et Clousier , rue S. Jacques .
LE TRIOMPHE de la Pauvreté , et des
humiliations , ou la Vie de Mlle de Bellere
du Tronchai , apellée communément
Soeur Louise , avec ses Lettres. A Paris ,
chés Gabriel Martin , ruë S. Jacques ,
l'Etoile.
LES OEUVRES de M. Boileau Despreaux ,
avec des Eclaircissemens Historiques.
Nouvelle Edition revûe et corrigée. 2. vol.
in 12. 1735. A Paris , chés Alix, Libraire ,
ruë S. Jacques , au Griffon.
LAMEKIS , ou les Voyages extraordinaires
d'un Egyptien dans la Terre interieure
, avec la Découverte de l'Isle des
Silphides , par M. le Chevalier de Mouhy.
A Paris , chés Loüis Dupuis , ruë S. Jacques
, près la Fontaine S. Severin , à la
Fontaine d'or. 1735. in 12.
ABREGE' de l'Histoire sainte , avec des
preuves de la Religion par Demandes et
par Réponses. A Paris,ches la veuve Etien
F iiij
ne
314 MERCURE DE FRANCE
ne , Briasson , rue S. Jacques , et Jacques
Guerin , Quay des Augustins. 1735.
BRUTUS , Tragédie de M. de Voltaire ;
traduite en Vers Hollandois par J. Haverkamp
, A Amsterdam , chés Is . Duim .
HISTOIRE d'Angleterre de M. Rapin de
Thoiras , continuée jusqu'à l'avenement
de Georges I. à la Couronne , deux vol.
in 4 ° . contenant les Regnes de Guillaume
III. et de la Reine Anne , premier vol .
PP. 579. petit Caractere. A la Haye
ches Jean Van Duren et Pierre de Hondt.
1735.
EXPLICATION d'une Medaille singuliere
de Domitien , presentée à l'Academie de
Lyon en l'année 1735. A Paris, chés Jacques
Guerin , Quay des Augustins . 1735 .
A. L. A. L. in 12. pp. 22.
HISTOIRE de la Ville de Paris , 5. Volumes
in 12. A Paris , chés Julien Michel
Gandouin , Quay de Conty , aux trois Vertus.
735. Tome 1 pp. 576. T. II. pp .
498. T. III. pp. 586. T. IV. pp . 532. T.
V. P $ 54.
On débite à Paris , sous le nom de Londres ;
une nouvelle Edition des Memoires de M. le
Marquis de Feuquieres , Lieutenant General des
Armées
FEVRIER. 1736. 315
Armées du Roy , contenant ses Maximes sur
la Guerre et l'aplication des Exemples aux Maximes
, 1736. in 4. un volume , et in 12. 3. vol .
Cette Edition , revûe et corrigée sur l'Original ,
est augmentée de plusieurs Aditions considerables
, et d'une Vie de l'Auteur. Par M. le Comte
de Feuquieres , son Frere ; elle est de plus enri
Ichie de Plans et de Cartes .
On aprend de Londres , que la Vie du Maréchal
de Turenne , par M. de Ramsay , traduite en
Anglois , y paroît en 2. vol. in 8.
On nous prie d'annoncer qu'on donnera au
Public dans le courant du mois de Mars prochain,
un Livre grand in quarto , en un volume,
qui a pour titre , Traité de la perfection sur le
fait des Armes , dédié au Roy , par le sieur J.Fr.
Girard , ancien Officier de Marine, enseignant la
maniere de combattre de l'épée de pointe seule
toutes les gardes étrangeres l'espadon , les piques,
hallebardes , bayonnettes au bout du fusil ,fleaux
brisés et bâtons à deux bouts ; ensemble à faire
de bonne grace les saluts de l'esponton , l'exercice
du fusil et celui de la grenadiere , tels qu'ils se
pratiquent aujourd'hui dans l'Art Militaire de
France. Enrichi de 240. figures en taille - douce ,
gravées par les meilleurs Maîtres . Ce Livre est
imprimé chés la veuve Jouvenel , à l'Hôtel des Fermes
du Roy , et se vendra chés Girard , au Nom
de Jesus , Grande Sale du Palais , dans la ruë
S. Jacques , dans la ruë de la Harpe , et sur le
Quay des Augustins.
Il paroît une Epitre en Vers à M. Racine le
fils , de plus de cent Vers , que nous donnerions
F v ich
216 MERCURE DE FRANCE
ici toute entiere , si elle n'étoit déja imprimée en
feuilles volantes ; en voici quelques fragmens.
S'il me découvre ici le Maître du Théatre ,
Hypolite oprimé par sa noire Màratre ,
. des maux étrangers préparant mes douleurs ,
Bientôt malgré mo‘-même il m'arache des pleurss
Je passe en un instant de l'amour à la haine ;
Enfin j'aime Hypolite et j'abhorre sa Reine ;
Si Neptune invoqué le conduit au trépas ,
Mon ame en ce danger ne l'abandonne pas ;
Je monte sur le Char , et marchant à Mycênes ,
Des chevaux en trembant je gouverne les resnes
Je le suis , ce Héros , à travers les chemins
Lui tends à chaque pas de secourables mains ;
Enfin participant à sa triste fortune ,
Avec lui je combats et le Monstre et Neptune;
Ainsi lorsqu'attendri sur des maux étrangers ,
Nos coeurs de l'innocent partagent les dangers .
Ami, nous aprenons de cet esprit sublime
A chérir la vertu par l'image du crime.
L'Auteur ensuite fait retomber la gloire
du Pere sur celle du Fils , et dit :
Ah ! Racine , du moins si le destin jaloux
S'empara d'un trésor trop précieux pour nous
Le Permesse bien - tôt et la France éplorée ,
En virent par le Fils la perte réparée ;
Non non , la Poësie en longs habits de deuil ,
Ne
FEVRIER . 1736. 317
Ne versa pas long-temps des pleurs sur son cercueil
;
Un Fils , digne heritier des talens de son Pere ,
Devoit bien remplacer une tête si chere
Comme l'on voit les Dieux à leur posterité ,
Transmettre avec leur Sang toute sa pureté ;-
Ainsi sans démentir ton illustre origine ,
Tes Vers font assés voir le vrai Sang de Racine.
Comme l'Auteur n'a que dix - huit ans ,
il a mis ces quatre Vers à la fin de cette
Piece.
Pour t'excuser , Muse peu sage ,
Tu brûles de dire ton âge ,
Déja plus d'un Lecteur , à tes Vers ennuyans
dire il n'a pas. dix- huit ans.
Va ,
LETTRE de M. Rousseau , à l'Auteur
de l'Epitre à M. Racine . A Bruxelles
le 30. Janvier 1736%
E ne mérite pas , Monsieur , les éloges dont
vous me comblez dans la Leere obligeante
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,mais
je suis trop sensible à la confiance que vous me
témoignez en me communiquant vos Vers à M.
Racine, pour m'en croire tout - à- fait indigne. Its
sont fort au- dessus de la portée d'un Auteur de
vôtre âge , et je suis bien éloigné de vous faire
un crime des négligences que votre Imprimeur
ya laissées , moi qui tiens pour maxime que τους
est excusable jusqu'à vingt- cinq ans et rien au-
F vi dela
318 MERCURE DE FRANCE
"
delà de cet âge de majorité , je ne puis donc ,
Monsieur , m'acquiter envers vous , qu'en vous
exhortant à vous fortifier jusqu'à cet âge - là
dans la carriere que vous commencez si heureusement
, vous avez pour cela des guides certains
dans l'Antiquité , n'en prenez jamais d'autres ou
du moins tenez - vous - en à ceux de nos modernes
qui les ont mieux imités que moi. Je suis
avec tous les sentimens d'une sincere et équitable
estime , Monsieur , &c.
LIVRES Etrangers arrivés depuis peu
à Paris chés Briasson , Libraire , ruë
S. Jacques , à la Science.
V
Ita et res gesta Clementis XI . in -fol. fig.
Urbini , 1727:
SS. Vincentii Lirinensis et Hilarii Arelatensis
Opera cum notis Joan.Salinas . in 8. Roma 173 1 .
S Prosperi Aquitani et Honorati Massil.
Opera cum notis Jo . Salinas . in 8. Roma 1732.
S. Augustini vita à Possidio , cum notis Jo
Salinas, et dissertatio de vita Pet. Possidii in 8.
Roma 1731.
Fr. Bianchini Hesperi et Phosphori , sive observationes
circa Planetas in -fol. fig . Roma 1728.
Anastasius de vitis Romanorum Pontificum
adjectis vitis novissimis , cum notis variorum et
fig. in -fol. 3. vol . Roma 1713 , et 1731.
Opus Archectonicum Francisci Borromini.
in-fol. plano Rome.
Caroli de Aquino Lexicon Militare. in -fol. 2.
vol. Roma 1724.
Mch. Mercati Mettalotheca ex edit . Joan.
Maria Lancisi in-fol . fig . Rome 1717.
Bibliotheca Card, Imperiali, in-fol. Rome 1711
Hyeron.
FEVRI E R. 1736. 3 ng
Hyeron. Gastaldi de Peste. in fol. cum fig.
Bononia 1684.
Anonymi Oratio de Historiâ Romanâ , cum
notis Rodolphi Venuti . in 8. Roma 1735 .
Nicol. Baccetti Historia Septimiana , in fol..
Roma.
Joan. Siandæ Lexicon Polemicum et Bibliotheca
Polemica , in fol. 2. vol . Rome, 1734.
Ejusd. Compendium Historia Universalis ,
in 12. Roma 1735.
Raph. Fabretti Inscriptiones antiquæ , in fol.
cum fig. Roma 1702.
Ejusd. Columna Trajani , in -fol. fig. Roma.
Romani Descriptio Vaticani veteris et novi ,
cum notis Petri de Angelis , in -fol. Roma , cum
fig 1646 .
Joan. Seldeni Opera omnia , in -fol . 3. vol.
carta max. Lond. 1726 .
Deodati De Sem Memorabilia cujusvis sæculi ,
in-fol. Roma 1727 .
J. Pic. Bandiero de Augustine Dato , in 40
·Roma 1733 •·
Georg. An iræ Grammatica Syriaca sive Chaldaïca
, in 4. Roma 1696-
Hyacint. Garcia ing, niosa Apis , in 8. Neapoli
1724.
Gasp Barzizii et Giunifort Opera ex editione
Jos. Alexandri Furi ‹ tti , in 4. Roma 2. vol. 17230
Justi Fontanini Codex Constitutionum de Canonizatione
Sanctorum , in-fol. 3. vol.
Ejusd de Antiquitatibus Hortæ , cum fig.in 4
Roma 1723.
Ant. Pro lini Descriptio Hiberniæ et de prí
ma origine motuum A gliæ in 4. Roma 1721.
Joan. Vignolii liber Pontificalis, sive res gestæ
Romanorum Pontificum cum notis et lection
nibus variantibus , in 4. Roma 1724,
320 MERCURE DE FRANCE
Hy. Amat, de Graveson Historia Ecclesiastica
veteris et novi Testamenti , in-fol. 4. vol. vel iz.
tomi Aug. Vind. 17288
Eadem in 8. 4. vol.
Scipionis Maranta Expostulatio pro antiquis
diplomatibus et codicibus Mss. in 8. Messana . -
Etimologia Sacræ Gr. et Lat. autore P. Nic.
Dumortier , in fol. Roma 1703.
Bartholomæ à Martyribus Opera omnia et Vita‹
aD.Mal.dlogiumbert , in-fol. 2.vo! .Rome 1724
Basil Fabri Thesaurus Eruditionis Scholasticæ
curis variorum et Gesneri , et Interpretatione
Gallicana , in fol. 2. vol . Haga 173 £
Gisb. Cuperus de Elephantis , in fol. fig.
Haga 1719.
Marmora Oxoniensia cum notis et additionibus
nonnullis et fig. in fol. 2. vol . Londini 17328
Scheuzeri Itineraria Alpina , in 4. 4. vol . fig.
Sam . Jebb. Scriptores de vita et rebus gestis Ma ..
ria Scotorum Reginæ in fol . 2.vol.Londini 1725.
Elii Aristidis Opera omnia Gr . et Lat . cum
notis , Scholiis, et Prolegomenis variorum , in 4
2. vol. Oxonit 1722
Ism Abulfeda de vita et rebus gestis Moham
medis Arab. et Lat . cum notis et Joann . Gagnier
in fol. Oxonia 1723.
Un Recueil des meilleurs Auteurs , avec d'am
ples Commentaires , en 24. vol. in 4. très- belle es
magnifique Edition de Hollande.
Un Recueil des meilleurs Auteurs de petite for
24. le Texte seul ad normam Elzeviriorum
16. vol. Amstel.
me in
Relazione delle Statua Equestre di Carlo Magno
eretta nell' Portico dell' Vaticano colla raccolta
d'alcuni componimenti Poëtici , in-fol.
Siena
1725
Istoria
FE VRI E R. 1736. 3287
Istoria universale , anticha e moderna , en 98-
Tavole cioe compendio Istorico.
Opera dell Francisco Borromini , in-fol. plano
Roma.
Oss.rvazioni sopra i cimiteri de' SS. Martyri
Antichi Christiani di Roma , in fol . 2. vol . fig.
Roma. 1720.
Theatro Istorico della Santa Casa - di Loretta
da P. al . Martorelli , in fol . 2 vol . cum fig.
Roma 1732.
Sia Sacra dal ab batte Biagio Terzidi Lau
ria , in fol. fig. Roma.
Il Tribunale della S. Rota Romana descritto
da Domenico Bernini , in-fol. Roma 1717 .
Regole della Scherma da i Marcelli , in 41-
Roma 1686.
Ritratti di Alcuni celeberrimi Pittori del se
colo XVII. cum fig. in 4. Roma 1731 .
Discorsi di Ant. Agostini sopra le Medaglie,
cum fig. in fol. Roma.
Flora , o vero Cultura d'i fiori del P. Gio. Bat. -
Ferrari , cum fig. in 4 , Roma 1631.
Della Poesia de gli Ebrei e dei Greci da Biagio
Garofalo , in 4. Roma 1707.
Istorici delle cose Veneziane che hanno scritto
per ord en publico , in 4. 10. vol. Venezia.
Pastor fido di Guarini colle notte , in 4. Cami
brige , 1734.
Idem in 4 Londra 1728. carta nitidissima.
Fili di Sciro del C. Bonarelli, in 8. Lind. 1728.
Giornale de' Letterati d'Italia doppo l'anno
1710 in 12. 28. vol .
Poësie d'Alessandro Guidi dal S. Crescimbeni,
in 12. Verona , 1726.
Les avres de Milton en Anglois , avec les
notes d'Addisson , 3. vol, Londres , 1731 .
Le
322 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre de Dryden en Anglois , z . vol,
Londres.
Le Théatre de Schackespaer , en Anglois ,
1. vol. Londres.
A Collection of the best englisch Plays , in 8 .
16. vol. C'est le Recueil des meilleures Pieces de
Théatre Angloises.
Le même Libraire a un grand nombre de Livres
de tous genres , des Pays Etrangers et de France ,
dont il fait imprimer unCatalogue qu'il distribuera
en Mars 1736-
JETTONS frapés pour le premier jour
de Janvier M. DCC . XXX VI. AVEC
Explication des Types , & c.
I. TRESOR ROYA L.
DEs Abeilles qui aportent à la Ruche le sue
qu'elles ont tiré des fleurs . Le Roy des Abeilles
au-dessus- Principis Ararium , Ararium Populi.
II. PARTIES CASUELLES.
Une Vestale qui entretient le Feu Sacré. Custode
Perennis.
II. CHAMBRE AUX DENIERS.
Pallas ou Minerve , qui tient en ses mains une
Corne d'abondance laquelle répand les Fruits.
de la Terre. Regi et Regis Aula.
I V. ORDINAIRE DES GUERRES .
Le Dieu Mars assis sur un monceau d'Armes
entre un Laurier et un Olivier . Ad utrumque
paratus.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Des Levriers à l'attache. Nec virtus amuľa
vessat V lo
JETTONS DE L'ANNEE 1736.
IV
CUSTODE
PERENNIS
PARTIESCASUELLE
1736.
UTRUMQUE
PRINCI CIPIS
RARIUM
DV.
TRESOR ROYAL
1736.
LUD
-
XV
REX
ERARIUM
CHRIST
POPULI
REGI
ET
ΠΙ
REGIS
AULE
ANISS
CHAMBRE AUX
DENIERS
1736
VIRTUS
EMULA
IMAGO
ORDINAIRE
DES QUERRES.
1736
SPLENDORIS
JUPITER
VITJUPI
(NEC
CESSAT
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1736.
DEDISSET
BATIMENS DU ROY
1736.
VII
VI.
VIII
STRAGEM
SIMA
EMISSA
MARINE
1736-
ETNAM
ARTILLERIE
1736.
IND
IX
JUVAT
NOTO
CTLGEREL
GALERES
1736 .
LABORI
GRATTSST
PHOEBO
DE MAISON
LA REINE
1736.
X
D. Somi
HE
NE
ASTOR
, LENOX
AND
TILDE
"
FOUDAN
FEVRIE R. 1736. 323
VI. BASTIMENS DU ROY.
"
Un Miroir qui renvoye l'image et les rayons
du Soleil. Splendoris Imago.
VII. ARTILLERIE.
Jupiter qui étend sa main sur le mont Etna
pour lui deffendre de vomir ses flammes. Frana,
vit Jupiter Etnam .
VIII. MARINE.
Une Bombe dont le Mortier est sur son Affur;
Stragem emissa dedisset.
IX . GALERES.
Des Abeilles empressés autour de leurs Rus
shes . Noto juvat indulgere labori.
X. MAISON DE LA REINE.
Un Laurier en pied . Gratissima Phabo.
La Tête du Roy nouvellement gravée , est
l'ouvrage du sieur du Vivier , qui a été fort
aprouvé.
Estampes nouvelles.
Il paroît une Estampe gravée d'après M. Pier
re Dulin , ancien Professeur de l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture , qui represente
Vertumne et Pomone , qui sont les Portraits
de deux illustres Dames. Cette Estampe est gravée
par le sieur Petit , et se vend chés lui , ruë
des Noyers , à la quatriéme porte cochere à main
droite en entrant par la rue S. Jacques . Ces Vers
qu'on lit au bas de l'Estampe sont de M. Roy.
Quand l'Amour inventa pareils déguisemens ,
C'est à séduire un coeur que se bornoit sa gloire :
Quand
324 MERCURE DE FRANCE
Quand il assemble ici deux objets si charmans ,
Sur tous les cours du monde il étend sa victoire.
Il paroît aussi deux Estampes en large , trèsbien
gravées par le sieur J. P. le Bas , d'après
deux fort, beaux Tableaux de M. Parossel , de
l'Académie Royale de Peinture , dont la réputation
est assés connue,sur tout pour ces sortes de
caracteres dans lesquels il excelle , ce sont deux
Altes de Gardes Françoises et de Gardes Suisses;
on lit ces Vers au bas de la premiere .
Pour le Prince et pour la Patrie ,
Pleins du noble désir d'exposer notre vie ,
Nous marchons au travers des Plaines et desMonts;
Et lorsque nous nous reposons ,
C'est afin de pouvoir mieux courir vers la gloire
Et faire préceder la Paix par la victoire.
On lit ceux- cy au bas de la seconde.
Citoyens de toute la Terre ,
Endurcis dès l'enfance aux travaux de la .
Ungazon nous paroît un lit délicieux ;
Et quand du vin de nos Cantines
guerre ,
Nous buvons à longs traits avec nos Héroïnes,
Nous croyons être assis à la table des Dieux.
Le même Graveur vient de mettre en vente
deux petits Morceaux en large extremement jolis
, ce sont des Paysages d'après David Teniers;
dans l'un est un Berger avec des Moutons et des
Vaches , intitulé , le Berger amoureux ; dans
Putre
ce sont des Joueurs de boule , des Buveurs
, Maisons rustiques, & c. Ces
FEVRIER : 178 325
Ces quatre Estampes se vendent chés le sieur le
Bas , rue de la Harpe , chés un Fayencier , à la
Rose rouge.
Le sieur le Bas vient de mettre au jour deux
Estampes en hauteur , et gravées par lui , ce sont
deux Paysages; dans chacun desquels on voit un
Berger et une Bergere. Le premier a pour titre
le Temps mal employé, on lit ces Vers au bas.
Quot ? dois-tu , Colinet , t'amuser d'un Moineau
Et badiner avec sa cage ,
Pendant qu'à ton amour Philis sous cet ormeau
Présente un plus doux badinage
Le second a pour titre , l'Amant aimé ; on lit
ees Vers au bas.
Au milieu des transports de ton ardeur sincere ,
Si tu peux conserver tant soit peu de raison ,
Sui mon conseil , Tircis , releve ton flacon .
Et dans le méme instant en verse à ta Bergere.
Ces deux Estampes se vendent 24. sols , ruë
de la Harpe, vis- à- vis la rue Percée , chés le Bas,
Graveur du Roy.
On trouve au même endroit , et du même Auteur
, un Livre de divers Paysages pour aprendre a
dessiner à la plume, en 8. Morceaux , dans le goût
de divers Maîtres en réputation . Prix 18. sols .
Plus une suite de 9. Pieces , intitulée , Recueil
de divers Griffonnemens et Epreuves à l'eau forte ,
par le même Auteur , dans le goût de plusieurs
excellens Maîtres , sur tout dans celui d'Etienne
la Belle, qui est imité à s'y méprendre. Prix.
8. sols.
326 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Moyreau a mis au jour la vingtiéme
Estampe qu'il a gravée d'après Ph. Wauvermans,
c'est une grande et très heureuse composition
de cet illustre Maître , qui répond parfaitement
au titre de Grande Chasse du Cerf, que porte
l'Estampe. Elle est dédiée au Duc d'Antin , Ministre
d'Etat , Chevalier des Ordres du Roy, & c.
Le Tableau original , conservé dans le fameux
Cabinet de la Comtesse de Verruë , a 4. pieds de
large , sur 22. pouces de haut. L'Estampe se vend
chés le sieur Moyreau , ruë Galande , vis - à- vis
S. Blaise , 1736.
I paroît en Estampe , dans un Cartouche en
large , un Sujet très -heuseustment traité par M.
de Troy , et gravé par le sieur Fessard. Ce Sujet
représente la Marine et la Navigation avec tout
ce qui peut caracteriser allégoriquement une telle
composition. Cette Estampe est dédiée au Duc
de Mortemar , Chevalier des Ordres du Roy ,
&c. Elle se vend chés l'Auteur , Place des Victoires,
et chés Fessard , ruë aux Fers , à la Couronne .
Les deux derniers Portraits que le sieur Odieuvre
, Marchand d'Estampes , Quay de l'Ecole , a
fait paroître de la Suite qu'il fait graver des Personnes
illustres dans les Arts et dans les Sciences
, sont :
CHRISTINE , Reine de Suede , née le 8.
Fevrier 1626 morte à Rome le 19. Avril 1689.
FRANÇOIS CHEREAU , de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture , Graveur ordinaire
du Cabinet du Roy , né à Blois , mort à
Paris le 15. Avril 1729. âgé de 48. ans .
Nous sommes obligés de renvoyer plu- !
sieurs
CHEV
GI
STU
T
XF
L
ASTOR
. LENOX
ANC
TILDEN
FOUNDATIONS
BLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER. 1736. 327
ieurs Nouveautés Litteraires au Mercure
rochain. De ce nombre est la Réponse
que nous venons de recevoir , du R. P. Du
Plessis , à la Lettre de M. l'Abbé le Beuf,
inserée dans celui de Janvier dernier .
RECIT DE BASSE
de M. Prunier.
E vis l'autre jour Maître Blaise ,
lustre Savetier, seul au fond d'un caveau ;
sifloit , il chantoit en vuidant à son aise
n gros flacon du meilleur vin nouveau,
heureux Mortel ! mon ame étoit ravie ,
Je crus voir la Philosophie ,
n chair , en os , mépriser les erreurs ,
m'enseigner qu'il n'est point dans la vie
De plaisirs que pour les Buveurs.
Q
AUTR E.
Uoi ! toujours des Chansons !
Sans chanter ne peut - on boire ?
A rassembler des tons
Je ne mets point ma gloire,
Vous me priés en vain ,
Jamais je ne fredonne,
Quand
328 MERCURE DE FRANCE
Quand il s'agit de vin ,
Avec plaisir j'entonne.
Cordier d'Orleans.
·
SPECTACLES.
THETIS ET PELEE , Tragédie,
annoncée dans le dernier Mercure.
Extrait.
PROLOGUE.
E Theatre représente une nuit. La
Victoire vient presser la Divinité
qui répand ses Pavots sur tout l'Univers ,
de ceder la place au Jour qui la suit avec
plus de vitesse qu'à l'ordinaire ; la Nuit
demande la raison de cette nouveauté ; la
Victoire lui répond qu'elle n'a pas le
temps de l'en instruire les premiers
rayons du Soleil forcent la Nuit à se retirer
; le Soleil expose le sujet qui l'oblige
à entrer si- tôt dans sa carriere. Voici com
me il s'exprime :
Victoire , tu le vois , j'accomplis ma promesse ;
A suivre tes desirs , tu vois que je m'empresse ;
L'ordre de l'Univers , et d'éternelles loix
N'ont point de pouvoir qui m'arrête ;
Je
FEVRIE R. 1736. 329
Je vais partir plutôt que je ne dois ,
Pour éclairer la premiere conquête
Du Fils du plus puissant des Rois.
Comme tout le sujet de ce Prologue
regarde le Siége et la prise de Philisbourg,
par feu Monseigneur , Grand -Pere du
Roi , nous n'en dirons pas davantage :
les Guerriers de la suite de la Victoire en
forment la Fête par des Danses convenables
à leur caráctere .
TRAGEDI E.
Pelée, Pere d'Achille , ouvre la premicre
Scene par ce beau Monologue.
Que mon destin est déplorable !
En vain à mes soupirs Thetis est favorable ;
Hélas ! Neptune en est charmé ;
La crainte que nous cause un Dieu si redoutable
Tient toujours dans nos coeurs ce beau feu renfermé
;
Quelles sont tes rigueurs , Amour impitoyable !
Il est encore des maux pour un Amant aimé.
Doris , Nymphe de la suite de Thetis
et amoureuse de Pelée , vient sonder le
coeur de ce jeune Roi des Thessaliens ;
elle fait connoître aux Spectateurs que
Neptune a préparé une Fête en l'honneur
de Thetis, et de là elle prend occasion de
dire à Pelée, qu'il faut qu'il soit occupé de
quelque
330 MERCURE DE FRANCE
quelque amour secret , pour chercher la
solitude dans un tems destiné à des Jeux.
Pelée qui ne se doute nullement des sentimens
secrets que Doris a pour lui , lui
répond qu'il craint trop l'Amour pour
oser s'y livrer : Doris se croyant aimée
secretement , pour l'enhardir à lui déclarer
sa passion , lui dit :
Avec une gloire éclatante
Vous flatterez la vanité ,
D'une fiere Beauté ;
Avec une flamme constante ;
Vous pourez d'une indifferente
Vaincre la cruauté ;
Avec une gloire éclatante ;
Avec une flamme constante ,
On est aisément écouté.
L'arrivée de Thetis oblige Pelée à se
retirer , de peur que ses yeux ne trahis
sent le secret de son coeur. Doris et Cidippe
félicitent Thetis leur Souveraine sur
la Victoire qu'elle a remportée sur le Dieu
des Eaux. Thetis leur répond avec une
modeste indifférence :
J'espere qu'en ce jour votre amitié pour moi ;
Vous fera partager l'honneur que je reçai.
Les
FEVRIER. 1736. 331
Les Syrenes qui sortent du sein de l'onde
, annoncent la prochaine arrivée de
Neptune ; ce Dieu paroît avec toutes les
Divinités soumises à son obéïssance ; il
s'avance vers Thetis , et lui fait cette
belle déclaration d'amour.
Voyez , belle Déesse ,
Voyez toute ma Cour vous marquer son transport
;
par
Je vous soumets par ma tendresse
Tout ce qui m'est soumis les ordres du sort;
Jupiter m'enleva le plus noble partage ;
Mais l'Empire des Mers , où je donne la loi
Sur l'Empire des Cieux obtiendra l'avantage ,
Quand vous -regnerez avec moi.
Thetis fait entendre à Neptune qu'elle
doute le destin l'ait réservée à tant
que
de gloire , mais qu'elle ne laisse pas de
recevoir ses voeux avec beaucoup de reconnoissance
, la Fête de ce premier
Acte est executée par les Divinités des
Eaux. Neptune se retire en priant Thetis
de rendre justice à son amour et à sa
fidelité ; Pelée se presente à Thetis , et
lui témoigne combien il est allarmé d'avoir
un Rival tel que Neptune , Thetis
lui apprend qu'il en a un encore plus redoutable.
Ah ! s'écrie Pelée , c'est Jupiter.
G Thetis
332 MERCURE DE FRANCE
, Thetis lui avoue que c'est lui - même
dont les voeux seront aussi superflus
que ceux de Neptune , Pelée dans l'excès
de sa passion lui dit :
Daignez me pardonner ma crainte et meg
allarmes ;
Si j'en croyois les troubles que je sens ,
Je me plaindrois de l'excès de vos charmes ,
Lorsqu'ils me font des Rivaux si puissans
Thetis le rassure par les plus tendres
protestations ; il termine ce premier Acto
par ce Duo :
Faut- il que tout s'unisse
Contre les plus beaux feux ?
Helas quelle injustice !
Les plus tendres Amans sont les plus malheureux.
Au second Acte , le Theatre représente
un rivage de la mer , Doris et Cidippe
forment un des premiers noeuds
de la Piece , Doris se croit aimée de Pelée
, Cidippe la désabuse en lui faisant
soupçonner que les voeux de Pelée s'adressent
secretement à Thetis ; voici
sur quoi cette naissante jalousie est fondée
; c'est Cidippe qui parle
Ne
FEVRIER. 1736. 330
Ne serai-je point trop sincere ,
Si je vous avertis
D'un secret qui peut vous déplaire ?
J'ai vu dans un lieu solitaire
Pelée entretenir Thetis ;
Le hazard seul n'eût pû les y conduire ;
Sans entendre leurs voix , je sçus assés m'ins
truire
De leurs mutuelles amours ;
Par leurs regards j'entendis leurs discours.
Il n'en faut pas davantage pour rendre
Doris jalouse ; elle prétend sonder
Thetis , qui s'avance .
Doris félicite Thetis sur l'éclat de ses
conquêtes ; Thetis lui fait connoître que
les Dieux ne sont pas trop fideles , et
que ce n'est que la vanité qui fait souhaiter
de remporter des victoires si peu
solides. Cette réponse donne lieu à Doris
de dire en feignant d'entrer dans son
sentiment :
Quelquefois un Mortel me jure
Qu'il est touché du pouvoir de mes yeux ;
Si j'en érois bien sûre ,
Je le préfererois aux Dieux.
Thetis , soit par simple curiosité , soit
par un sentiment de jalousie naissante ,
Gij luj
34 MERCURE DE FRANCE
lui demande quel est ce Mortel ? Doris
lui répond :
Pelée a pris des soins , & c.
Il n'en faut pas davantage à Tehtis
pour croire Pelée infidelle ; l'arrivée soudaine
de Mercure empêche un plus grand
éclaircissement ; Doris n'en est point fâchée
; cela lui sauve bien des mensonges
, et à l'ingénieux Auteur bien des
équivoques. Doris et Cidippe se retirent
en Confidentes discretes.
Mercure annonce à Thetis la prochai
ne arrivée de Jupiter ; il veut faire va
loir l'amour du Maître des Dieux , et
faire voir la préference qu'il mérite sur
Neptune. Thetis le renvoye par cette
sage réponse :
Je sçai que Jupiter tient tout sous son Empire ,
Que les Dieux réverent sa Loy ;
Mercure n'a rien à me dire
Sur le respect que je lui dois,
Thetis refléchit sur sa situation par
un très beau Monologue ; elle se plaint
des honneurs qui lui sont destinés ; elle ne
s'occupe que de l'infidelité de Pelée ; et
elle voudroit que Jupiter n'abandonnât
point
FEVRIER. 1736. 335
point les Cieux , pour la laisser en li
berté de pleurer son malheur .
Pelée vient lui témoigner le plaisir
qu'il a de la revoir ; elle le reçoit avec
une froideur mêlée d'indignation , et lui
parle ainsi :
Allez chercher Doris , elle a touché votre ame ¿
Je sçai que votre coeur se partage entre nous .
Pelée lui dit pour se justifier qu'il n'y
a point d'aparence qu'il en aime une autre
après l'honneur qu'elle lui a fair
de le laisser aspirer à son hymen . Thetis
lui répond :
Non , ingrat, non, perfide; il n'y faut plus penser ;
Mon hymen t'eut comblé de gloire ;
Mais il te plaît d'y renoncer
Par une trahison si noire ;
Non , ingrat, non perfide, il n'y faut plus penser.
Pelée a beau protester de son innocence
; Thetis ne l'en croit pas moins
coupable ; elle encherit sur les premiers
reproches par ces Vers :
En vain des plus grands Dieux j'avois touché le
coeur ;
Je te sacrifiois leur Majesté suprême ;
G iij Et
336 MERCURE DE FRANCE
Et j'eusse encor voulu que Jupiter lui- même
Eût eu plus de grandeur.
Tu me fais cependant la plus cruelle injure ;
Tu brûles pour d'autres appas ;
Quel destin est le mién ! hélas !
C'est le sort d'une ardeur trop fidelle et trop
pure
De trouver toûjours des ingrats
Cette Scene qui est sans contredit une
des plus interessantes et des plus vives du
Théatre Lyrique , acquiert un nouveau
dégré d'interêt et de chaleur , par l'addition
d'un troisiéme Acteur ; c'est le ton
nerre qui annonce la descente de Jupiter
; Pelée au désespoir veut lui découvrir
son amour pour s'attirer un coup
de foudre ; Thetis tremble pour lui ;
cette inimitable Scene finit par ces vers
en Dialogue :
Thetis.
Ah! que dis-tu ? fui sa présence ,
Quitte des lieux pleins de danger.
Pelée.
Si je vous ai pu faire une mortelle offense ,
C'est au tonnerre à vous venger.
Thetis.
Eloigne toi ; le bruit redouble ;
Je ne puis plus te voir ici sans trouble .
FEVRIER. 1736. 337,
Pelée.
A me chasser vos efforts seront vains ,
Si je ne voi finir votre injustice extrême.
Thetis.
Va ; fui ; te montrer que je crains ;
C'est te dire assés que je t'aime.
Ce tendre aveu ayant obligé Pelée à se
retirer , Jupiter descend des Cleux ; il
déclare son amour à Thetis ; elle lui paroît
être en défiance contre son incons
tance ordinaire ; Jupiter la rassure sur
ce point , et lui dit qu'elle aura d'autant
plus de gloire , qu'elle sera la premiere
à avoir fixé son coeur , il ordonne à tous
les Peuples de la Terre de se transporter
en ces lieux pour rendre hommage à
l'objet de son nouveau choix ; ces différentes
Nations obéissent à sa voix ; ils
auroient pû répondre ce beau versd ' Oedipe
, dans la Tragédie de ce nom par
M. de Voltaire .
Donnez en commandant le pouvoir d'obéir.
Ce sont ces mêmes Peuples qui font le
Divertissement de ce second Acte par
des danses de caractere :
par
Neptune vient interrompre cette fête
des transports jaloux ; Jupiter rit de
Giiij
ses
338 MERCURE DE FRANCE
ses emportemens , et emmene Thetis ; le
Dieu des Mers veut bouleverser toute la
machine du monde ; Mercure lui fait
.connoître quels maux va causer sa mésintelligence
avec Jupiter ; il lui propose
sagement de consulter le Destin , pour
sçavoir auquel des deux Thetis doit apartenir.
Ce prudent conseil calme Neptune
; il finit ce second Acte par ces deux
vers :
J'y consens. Au Destin nous nous rendons sans
peine ;
Il nous tient tous assujettis .
Au troisiéme Acte , les Prêtres du Destin
chantent la gloire de ce Dieu , Maître
des autres Dieux, dans son Temple ;
nous n'entrerons pas ici dans le détail
du pouvoir sans bornes que la Théologie
Payenne donnoit à ce qu'elle apelloit Fa
tum ; on en poura juger par ces vers :
Les Dieux ont partagé le Monde ;
Et leur pouvoir est différent ;
Mais ton vaste . Empire comprend
Les Cieux , l'Enfer , la Terre et l'Onde ;
Les Dieux ont partagé le monde ;
Mais tu réunis tout sous un pouvoir plus grand
Pelée vient de la part de Neptune prier
les
FEVRIER. 1736. 339
les Ministres du Destin d'interroger cette
redoutable Divinité sur son amour pour
Thetis ; ils sont prêts à satisfaire le Dieu
des mers ; mais voyant que Pelée demande
la même grace pour lui , ils se reti
rent avec mépris , et lui disent :
Nous ne répondons point aux Mortels curieux :
L'oracle du Destin n'est que pour les grands
Dieux.
Pelée se plaint de l'incertitude dans la
quelle on le laisse sur le sort de son amour.
Doris vient interrompre la plainte de
Pelée ; elle lui fait entendre qu'elle le
soupçonne d'aimer Thetis , par le soin
qu'il prend de venir consulter le Destin 3
Pelée lui répond froidement en la quit
tant :
Plus vous voulez pénetrer dans mon ame
Plus vous vous abusez.
Doris ne doutant plus de la préference
que Thetis obtient sur elle , jure de se
venger.
Neptune vient ; il ordonne à sa suite
de se retirer , afin que l'oracle qu'il va
recevoir ne soit entendu de personne ; il
se plaint de la fatale necessite cù il est
réduit par son amour de venir recon-
Gy noître
345 MERCURE DE FRANCE
noître dans ce Temple un pouvoir plus
grand que le sien.
Les Ministres du Destin que la témeraire
curiosité de Pelée avoit obligés de
se retirer , reviennent ; Neptune les prie
d'interroger le Destin sur le sort de sonamour
; voici ce que l'Oracle répond :
L'Epoux de la belle Thetis
Doit être un jour moins grand , moins puiſſant que
fon Fils
Le troisiéme Acte finit par cet oracle
que Neptune accuse de rigueur .
Au quatrième et cinquième Acte , le
Théatre représente un lieu désert sur le
bord de la mer. Le peu de matiere qui
reste pour ces deux Actes , nous oblige
de les confondre , et de n'en dire
qui regarde l'action Théatrale.
que ce
Jupiter ouvre la Scene avec Doris , qui
lui aprend que Pelée l'emporte sur Neptune
, et sur lui - même dans le coeur de
Thetis.
Thetis vient ; Jupiter la presse sur
l'hymen qu'il lui a proposé dans le second
Acte ; Thetis lui répond que le
Destin l'a soumise au Dieu de la mer.
Prothée envoyé par Neptune annonce à
Jupiter que le Dieu des flots lui cede
Thetis.
1
FEVRIER. 1736. 341
Thetis. Jupiter presse plus que jamais
Thetis , et lui dit que l'obstacle qu'elle
oposoit à son bonheur étant levé par le
consentement que Neptune y donne
elle ne sçauroit plus le differer ; l'embarras
de Thetis acheve de le convaincre de
l'amour dont Doris lui a fait un crime ;
il jure d'employer toute sa puissance à
punir un Rival témeraire .
Thetis tremble pour Pelée ; elle frémit
à son aproche , et lui déclare le péril
qui le menace. On a été surpris de voir
que cette Scene qui devoit être plus interessante
que celle du second Acte , par
la superiorité du péril , d'où il devoit
vraisemblablement naître un interêt plus
vif , n'a pas rempli l'attente des Spectateurs.
Les Eumenides viennent s'emparer de
Pelée aux yeux de Thetis , pour le transporter
sur le rocher de Promethée ; Pe-
Tće , plus grand ici que Jupiter , se com
tente de dire en obéissant :
Laissez-moi d'un Rival devenir la victime ;
- Puisqu'un tendre amour est un crime
Quels rigoureux tourmens n'ai-je pas mérité à
Les vents exécutent les ordres des Eumenides
, et enlevent Pelée.
Gvj Mer342
MERCURE DE FRANCE
Mercure aprend à Jupiter l'oracle dir
Destin ; Jupiter en est d'autant plus
frapé qu'il a lieu de craindre d'un fils le
même traitement qu'il a fait autrefois à
Saturne son Pere . Il a pourtant beaucoup
de peine à renoncer à Thetis ; cette
Amante désolée vient lui demander grace
pour Pelée ; Doris aporte ses remords
à ses pieds , Mercure se joint à ces deux
Divinités des ondes ; Jupiter attaqué par
tant d'endroits , se rend enfin , et ordonne
aux vents d'aller délivrer Pelée
du supplice auquel il l'a condamné ; l'ordre
est exécuté sur le champs Pelée est
rendu à Thetis ; ces deux Amans remercient
Jupiter. Le Théatre change er représente
l'apareil des nôces de Thetis et
de Pelée ; les Dieux Célestes viennent assister
à la fête , et sont placés de tous cô
tés sur des nuages ; les Dieux terrestres
sont en bas , et forment le Divertissement
qui finit la Tragédie.
On va remettre sur ce Theatre le Ballet
des Indes Galantes avec une quatriéme
Entrée , sous le titre des Sauvages.
Nous ne manquerons pas d'en rendre
compte au Lecteur
L'OU
FEVRIER. 1736. 1736. 341
L'OUVERTURE de l'Opera des ·
Indes Galanes. Parodiepar M. Fuzillier
le fils.
Qu
DUO.
Uel plaisir pour mo
Quand je boi
Le vin
De mon voisin
De bonne humeur ,
Qui me reçoit de coeur !
Quelle ardeur !
Tout
Flatte mon goût ;
Je ris ,
Je dis
Que c'est un mortel
Avec lequel
Tous les jours
Paroissent courts';
C'est vous
Dont l'accueil aussi doux
Se montre à tous.
Passons donc en ce réduiz
La nuit
Qui fuit ;
Ne perdons pas le tems
De
344 MERCURE DE FRANCE,
De nos ainusemens ;
Car
Le plaisir vient assés tard
Combattons ,
Combattons , et vuidons
Nos flacons ;
Mêlons Bacchus
Avec Venus ,
Et que ce jus
Cache un refus $
Nos coeurs
En goûtant leurs faveurs
Jouiront du sort heureux
Des Dieux
Pour eux
;
Est le plaisir ;
Fei , lequel choisir ?
On ne tient pas
A tant d'appas.
Que nos sens sont enchantés ,
Flattés ,
Tentés
De tous côtés !
De la jeune Iris les airs
Nous rangent dans ses fers,
Celimene lance un trait
Qui plaît ,
Qui fait
Qu'aFEVRIER.
1736. A
Qu'avec transport
On y répond d'abord
A rouge bord .
Si dans ces lieux fortunés
Nos voeux sont couronnés ,
Unissons -nous si bien
Par le plus doux lien ,
Qu'embrasé d'un feu sans égal
Chacun triomphe sans rival ;
N'allez pas me refuser
Un tendre baiser ;
L'Amour nous dit qu'on le peus
Quand on le veut.
Voyez mon affection ,
Ma vive émotion ,
Ma passion .
Dieux quel bonheur inoüi !!
Mais , j'ai trop peu joui ;
Faut-il qu'un bien si cher
Passe comme un éclair f
Mop destin sera plus beau ;
Jusqu'au fond de mon coeur , coulez plaisir nous
усан ;
Volez à mes souhaits ,
J'éprouve à longs traits
Que tous vos attraits
M'enchaînent à jamais
J'avalle du vin frais.
Ces
346 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles ingénieuses ont été faites
pour
être chantées en Duo sur l'ouverture
du Ballet des Indes Galantes de M.
Rameau , lequel a fait une Basse exprès .
Le 16 Fevrier , les Comediens Italiens
donnerent la premiereReprésentation d'une
Piece Nouvelle en Vers et en trois Actes,
qui a pour titre les Contre -Temps , de
la composition deM.la Grange , que le Public
a reçue très - favorablement. Le Sujet
de cette Piece est tiré du Calderon , celebre
Poete Espagnol .
Les mêmesComediens l'ont jouée en Italien
sur le même Théatre , en Juin 1716.
sous le titre de la Caza con due Porte , ou
la Maison à deux Portes. On prétend que
Boisrobert a donné la même Piece en Vers
sous un autre titre , et que dans la Comedie
des Engagemens du Hazard , Thomas
Corneille a fait après coup un Acte
tiré de la même Piece Espagnole . On en
parlera plus au long dans le prochain
Mercure.
Le 3. Fevrier , l'Ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General
de Police avec les Ceremonies accoûtumées.
Ce Magistrat avoit rendu son
Ordonnance le mois precedent , concernant
FEVRIER. 1736. 347
nant ce qui doit être observé par les
Marchands qui y sont établis , et qui renouvelle
les défenses des Jeux & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par deux
Pieces Nouvelles ; la premiere en deux
Actes , intitulée la Réunion des Epoux',
et l'autre , le Magasin des Modernes , ornées
de Chants et de Danses , lesquelles
ont été aplaudies du Public.
Le 18. on donna encore une petite Piece
nouvelle d'un Acte , intitulée Alzirette
Parodie de la Tragédie d'Alzire de M.
de Voltaire.
ALZIRE , Tragédie de M. de Voltaire,
Extrait.
Nous ne doutons point que le Public
n'attende avec impatience l'Analyse d'u
ne Piece qui fait tant de bruit ; mais comme
nous ne pourions satisfaire qu'imparfaitement
une si juste curiosité , atten
du qu'il faudroit en suprimer les beautés
de détail qui y sont en trop grand
nombre , pour que notre mémoire y ait
pû suffire ; nous nous bornerons à en donner
un argument très succinct.
La Scene est dans une Ville du Mexique
nouvellement construite par les Espa
gnols ,
348 MERCURE DE FRANCE
gnols , et fortifiée de manière à les meta
tre à couvert de toute invasion ; l'époque
de l'Action Théatrale est de cinquante
ou soixante ans après la descente de Fernand
Cortés. Alvarès , qui en a obtenu la
Viceroyauté après la mort de celui qui
avoit fait cette heureuse et celebre découverte
, est prêt à la ceder à D. Gusman son
Fils, conformement à des Ordres qu'il en
a reçus du Roy d'Espagne son Maître . La
Tragédie commence par certe abdication;
il exhorte tendrement son Fils à regner
plus par la douceur que par la rigueur
sur des Peuples dont il n'a songé jusqu'à
ce jour qu'à se faire craindre il le prie
sur tout de rendre la liberté à des Prisonniers
qu'il vient de faire dans le même
jour. D. Gusman lui représente à quel
danger les Espagnols exposent leurs riches
Conquêtes , s'ils enhardissent ces Peuples
féroces à la révolte par une humanité hors
de saison. Alvarès le désarme enfin
par
le récit qu'il lui fait d'une Avanture ,
dans laquelle il auroit infailliblement
peri , si un Américain ne l'eût genereuse-
;
ment arraché à la mort au seul nom d'Al
varès qu'il entendit prononcer au hazard.
D. Gusman se rend ; il se plaint toutefois
de ne pouvoir attendrir le coeur d'Alzire,
dont il est passionément amoureux ,
et
FEVRIER. 1736. 349
et avec qui il souhaite être uni par des
noeuds éternels . Alvarès lui dit que Montése
Pere d'Alzire , lui a promis de porter
sa Fille à cet Hymen , qui par l'heureuse
union du sang de Montesume avec celui
des Espagnols , engagera tous les Américains
à ne servir avec leurs Vainqueurs
qu'un même Dieu et qu'un même Roy ;
Gusman flaté d'une si douce esperance ,
va tout préparer pour cette grande Ceremonie
qui vraisemblablement doit réunir
tous les coeurs.
Montése confirme à Alvarès les espérances
qu'il lui a données , et lui marque
une tendre reconnoissance pour le premier
de ses bienfaits , qui est de l'avoir
porté par la droiture de ses moeurs à renoncer
à ses faux Dieux et à embrasser le
Christianisme , aussi - bien qu'Alzire sa
Fille. Alvarès le quitte pour aller faire
mettre en liberté les Prisonniers dont il a
parlé à son Fils .
Alzire vient ; Montése n'oublie rien
pour la déterminer à rendre Gusman heureux
; Alzire lui répond qu'elle est prête
à lui obcir en épousant le cruel destructeur
de l'Empire de ses Ancêtres ; mais
qu'elle ne peut lui répondre de lui donner
un coeur qui n'est plus à elle , et que Zamore
a emporté dans le tombeau ; elle lui
représente
350 MERCURE DE FRANCE
représente que ce Prince Américain lui
avoit été destiné pour Epoux par son ordre
exprès , et que ce premier Présent
d'une main paternelle lui étoit trop cher
pour lui en laisser accepter un second ; elle
a la fermeté de lui faire prévoir les suites
funestes d'un Hymen que le coeur ne sçau
roit avouer : Montése lui ordonne de lui
tenir la promesse qu'elle lui a déja faite
d'achever cet Hymen ; il la quitte dans
une si douloureuse situation ; elle se plaint
de son sort. Gusman revient sur la Scene ;
il reproche à Alzire son inflexibilité ; elle
lui avoue qu'elle aime Zamore , tout wort
qu'il est et qu'elle ne sçauroit l'oublier;
Ce genereux aveu irrite Gusman ; elle lui
dit fierement en le quittant , de mériter
la même fidelité qu'elle garde à son Rival .
Gusman persiste dans le dessein de l'épou
ser , quoy qu'elle ait osé lui déclarer sa
constance pour Zamore.
Zamore , Chef des Prisonniers Amé
ricains , dont Alvarès a obtenu la liberté
, commence le second Acte , suivi
des fideles Compagons de sa disgra
ce ; il fait entendre qu'ils ont tous été envelopés
par leurs cruels Ennemis , pour
avoir voulu observer de trop près la nou ."
velle Ville que les Tyrans de sa Patric
avoient bâtie , et où Gusman avoit ame
né Montése et sa Fille Alzire .
FEVRIER . 1736. 351
Alvarès vient leur annoncer qu'ils
sont libres ; Zamore est surpris de voir
un Vieillard ou plutôt un Dieu qui tout Ese
gnol qu'il paroît à ses yeux , sçait pourtant
pardonner. Alvarès lui dit qu'il exerce
envers eux la même generosité qu'un A- .
méricain a exercée envers lui deux ans
auparavant ; ce qui produit une tendre
reconnoissance d'une et d'autre part. Zamore
sans se faire connoître , lui demande
des nouvelles de Montése . Alvarès lui
aprend qu'il est en ces lieux et qu'il va
le 1 envoyer. Un Américain de la suite
de Zamore dit à ce Prince que ce même
Alvarès qui vient de briser leurs fers ,
pouroit leur faciliter la sortie de cette
Ville Ennemie , pour aller joindre leurs
braves Compagnons , et achever avec eux
le genereux projet qu'ls ont formé d'exterminer
ieurs Tyrans et surtout Gusman
le plus cruel de tous ; Zamore lui répond
qu'il faudra épargner uniquement Alvarès
et son Fils , qu'il regarde déja comme
son Frere.
Montése vient , Zamore l'embrasse tendrement
; il lui demande des nouvelles
de sa chere Alzire ; l'embarras de Montése
lui donne des soupçons qui le font trèmbler
pour son amour ; il somme le Pere
de sa Princesse de la parole qu'il lui a si
sainte- L
352 MERCURE DE FRANCE
saintement donnée ; il acheve de perdre
toute espérance , quand il aprend qu'il
s'est fait Chrétien et qu'Alzire a suivi son
exemple.
Alonce , Espagnol attaché à Alvarès et
à Gusman , vient annoncer à Montése que
tout est prêt pout la Ceremonie ordonnée
dans le Temple ; Zamore veut suivre
Montése,qui, craignant avec raison que cet
Amant desesperé ne se porte à quelque
violence , ordonne au nom de Gusman
de l'empêcher de sortir pour quelque
temps.
Le nom de Gusman prononcé par
Montése redouble la fureur de Zamore ,
et ses allarmes ; mais sa fureur est inutile
, et ses allarmes n'ont point encore
d'objet determiné . C'est ainsi que finitle
second Acte.
Alzire sortant du Temple , ne peut
penser sans remords au Serment qu'elle
vient de faire au pied des Autels du nou .
veau Dieu dont elle suit la 1 oy . Zamore ,
tout mort qu'il est , occupe encore tout
son coeur , et n'y laisse point de place à
celui à qui elle vient de se lier d'un noeud
éternel.
Emire , Confidente d'Alzire , vient lui
aprendre , que son Hymen , au lieu d'être
favorable à la Nation Américaine
lui
FEVRIER . 1736. 353
fui deviendra funeste et achevera de la
détruire ; on n'a pas bien compris sur
quoy la crainte d'Emire étoit fondée; tout
ce qu'on en peut présumer c'est que
Montése aura fait entendre à son Gendre
et à son nouveau Maître qu'il a tout à
craindre des Américains; cependant il est
vraisemblable qu'il n'a pas porté son excessive
prudence , jusqu'à déclarer que
Zamore est le Chef des Prisonniers à qui
on vient de rendre la liberté.
Cephane , Suivante d'Alzire , vient an
noncer à sa Maîtresse qu'un des Captifs
dont ont a brisé les chaînes , demande à
lui parler; Alzire consent qu'il vienne avec
d'autant plus de plaisir , qu'elle se flate
que ce Captif lui parlera du malheureux
Zamore ; mais quel est son saisissement
quand elle le reconnoît pour ce même
Zamore à qui elle vient de manquer de
foy Zamore se jette à ses pieds , et lui de
mande tendrement si elle lui est toûjours
fidelle ; Alzire lui dit tristement qu'elle
l'a revû trop tard , et lui aprend enfin
qu'elle vient de donner la main à ce même
Gusman , qui a détruit l'Empire de
ses Ayeux , et qui a exercé de si grandes
cruautés sur Zamore même ; cette
Scene a paru très interessante ; et l'on
peut se le figurer sans peine , quand on
Se
354 MERCURE DE FRANCE
se rapelle les beautés de détail que M. de
Voltaire a répandües sur des Scenes dont
le fond n'étoit pas si avantageux.
Les tendres plaintes de ces deux Amans
, sont interrompues par l'arrivée
d'Alvarès et de Gusman. C'est ici que
Zamore aprend pour la premiere fois
que Gusman est Fils d'Alvarès ; il ne peut
s'empêcher de témoigner combien il est
surpris , qu'un Pere si vertueux ait produit
un Fils si peu digne de lui ; la fierté
de Gusman se révolte contre les noms
injurieux qu'il lui donne , mais son étonnement
cesse , quand il reconnoît en lui
ce même Zamore qu'il a accablé des plus
cruels tourmens ; il s'adresse à Alzire en
lui disant qu'elle doit comprendre à quel
point elle est coupable d'aimer son plus
implacable ennemi, Le Caractere d'Alzire
se dévelope tout entier à ses yeux ; elle
demande également la mort à son Epoux
et à son Amant , comme leur étant également
infidelle ; c'est une des plus belles
Scenes qui ayent paru au Théatre. Gusman
ordonne qu'on arrête Zamore , sur
qui il prétend se venger de l'infidelité
d'Alzire ; Alvarès a beau lui representer
que ce même Zamore qu'il veut faire périr
a sauvé la vie à son Pere ; Gusman
n'écoute que sa jalousie , et ne differe le
suplice
FEVRIER. 1736. 355
suplice de son Rival , que pour aller se
défendre contre de nouveaux Ennemis
dont on vient lui annoncer les aproches.
Alzire prie Alvarès de protéger celui qui
l'a défendu si genereusement ; Alvarès
lui promet de faire tous ses efforts pour
obtenir la grace de Zamore.
Au quatriéme Acte , Gusman revenu
vainqueur des Américains armés pour
sauver Zamore
ne respire que vengeance.
,
Alzire vient lui demander la grace de
cet infortuné Captifs Gusman lui fait
entendre qu'elle a besoin elle- même de
toute sa clemence , et que plus elle s'intéresse
pour un Rival aimé , plus elle le
rend coupable à ses yeux.
Alzire n'ayant pas beaucoup compté
sur la clemence de Gusman , demande à
Emire , sa Confidente , si elle a gagné ce
Soldat qui peut rendre la liberté à Zamore
; Emire lui répond que l'Or étant l'Idole
des Espagnols , ses dons ont eu un
plein succès, et qu'en ce même instant les
fers de Zamore doivent être brisés ; Zamore
ne tarde pas de paroître aux yeux
de sa chere Alzire; elle le presse de fuïr ;
il n'y consent qu'à condition qu'elle le
suivra ; le soin de sa gloire lui fait rejetter
cette proposition ; Zamote s'aban-
H donne
56 MERCURE DE FRANCE
donne à son désespoir ; il dir au Soldat
qui l'a délivré de le suivre : Alzire ordon-
De à Emire de marcher sur leurs pas ;
Emire execute ses ordres, er revient quelque
temps après lui aprendre que malgré
tout ce qu'elle a pû dire à Zamore
elle n'a pû empêcher qu'il ne se soit con
vert des armes de ce Soldat , pour aller au
Palais où sa vengeance l'apelloit ; qu'à
peine cet Amant désesperé y est entré
qu'elle a entendu crier confusément qu'il
meure ; Alzire croit que c'est son Amant
que cette menace regarde ; elle vole à son
secours , ou du moins elle se propose de
mourir avec lui , si elle ne peut le sauver;
pn vient l'arrêter par l'ordre de Gusman,
Montése vient au cinquième Acte
annoncer à Alzire dans sa prison l'assasinat
que Zamore a commis en la personne
de Gusman; il lui dit,les larmes aux yeux,'
que le Conseil la croyant complice , l'a
condamnée à la mort aussi bien que Zamore
; il la quiere pour aller demander sa
grace , ou pour mourir lui- même. Alzire
attend avec constance le sort qui lui est
preparé.
Zamore est amené auprès d'Alzire ; il
ne craint la mort que pour elle , comme
elle ne la craint que pour lui..
Alvates vient les consoler autant qu'il

kui
FEVRIER. 1736. 317
Lui est possible ; il déplore sa triste situa
tion qui le condamne à voir mourir dans
un même jour , et celui à qui il a donné
la vie , et celui qui la lui a sauvée ; il
ne lui reste qu'une ressource pour sauwer
l'objet de sa reconnoisance , c'est de
porter Zamote à se faire Chrétien , attendu
que tout est pardonné à cette condition
. Zamore étonné de cette proposition
, lui demande à lui - même , s'il auroit
voulu sauver sa vie à ce prix , dans le
temps qu'il empêcha qu'on ne lui donnât
la mort Alvares lui répond qu'il auroit
prié le Ciel de l'éclairer ; Zamore prend
Alzire pour Arbitre sur cette grande
question ; Alzire lui répond qu'il ne doit
point abandonner sa Religion , à moins
que sa probité ne lui serve de guide , parce
qu'il trahiroit à la fois , et les Dieux auxquels
il renonceroit , et celui qu'il feindroit
de servir.
On vient annoncer que Gusman expirant
va être transporté en ce lieu ; il arrive
; Zamore lui reproche la cruauté qui
le porte à venir jouir du suplice de son
Ennemi ; Gusman lui dit qu'il vient au
contraire pour lui pardonner; il se repent
de toutes ses fureurs passées ; Zamore est
si frapé d'une action si héroïque , qu'il
avoue que tant de vertu est au dessus de
Hij lui .
358 MERCURE DE FRANCE
lui , et que le Dieu qui l'ordonne doit
être le véritable Dieu ; Gusman meurt
après avoir exhorté Zamore à renoncer
à ses faux Dieux .
Le 29. de ce mois , on donna la seiziéme
Réprésentation de cette Piece , que
l'on continuera jusqu'à la Clôture du
Théatre. Le Concours est toûjours fort .
grand et le Poëme très - aplaudi , ainsi
que le Jeu des Acteurs , qui par leurs talens
relevent encore le prix et le mérite
de l'Ouvrage,
On se flate qu'on aura sur le même
Theatre après Pâques , une autre Tragédie
nouvelle , sous le titre de Zoraide ,
dont la Scene se passe dans un nouveau
Monde , de même que celle d'Alzire ,
quelques personnes prétendent que c'est
la seule ressemblance qui puisse se trouver
entre ces deux Ouvrages.
et
NOUVELLES ETRANGERES,
S
D'AFRIQUE.
Elon les Lettres écrites de la Côte d'Espagne,
on a apris de Maroc , que Muley- Aly ne s'étant
point concilié l'amitié des Noirs , qui l'avoient
placé il y a environ deux ans sur le Tra
ne a
FEVRI E R. 1736. 359
ne à la place de son frere Muley- Abdalla , les
Noirs avoient formé un parti pour donner la
Couronne à Muley - Lariba , frere de ces deux
Princes , et que le Gouverneur de Tetuan , par
la, conduite qu'il tenoit depuis ces nouveaux
troubles , donnoit lieu de croire qu'il pensoit à
secouer le joug de la domination des Rois de
Maroc , et à se rendre indépendant. Ces Lettres
ajoûtent que M. Henry Linflager nommé Am
bassadeur de la République de Hollande auprès
du Roy de Maroc , étoit encore à Gibraltar, et
qu'il ne comptoit point de passer en Barbarig
avant la fin de la guerre Civile.
RUSSIE.
N continue d'assurer que laCzaríne a aprov
vé le Testament que le Duc de Curlande a
fais depuis peu , et par lequel on dit qu'il dispose
de ses Etats après sa mort en faveur de la Duchesse
son Epouse ; mais comme 5. M. Cz . n'a
pas encore déclaré ses intentions à ce sujet , chácun
des Princes qui ont des prétentions sur le
Duché de Curlande fait ses efforts pour la déter
miner à engager les Etats de Carlande à le préferer
à ses concurrens.
Le Comte de Munich a donné avis qu'aussitot
après être arivé à Isum , près d'Asoph , aves
les Troupes qu'il commande , il avoit établi plusieurs
batteries sur le bord de la Riviere qui
conduit à cette derniere Ville , afin de lui ôter
toute communication avec la Mer Noire, et qu'il
alloit travailler à faire les dispositions nécessaires
pour entreprendre le Siege de cette Place , si
la Czarine prenoit la résolution de déclarer la
guerre au Grand Seigneur.
H iij On
360 MERCURE DE FRANCE
On mande de Turquie, que la nouvelle de l'ar
rivée des Troupes Moscovites près d'Asoph avoit
excité quelques mouvemens séditieux parmi le
Peuple de Constantinople , et que les ennemis
du nouveau Grand - Visir avoient voulu profiter
de cette occasion pour le faire priver de sa dignité
, mais qu'il avoit rendu leurs tentatives inntiles,
et qu'ayant fait punir de mort les plus
mutins , il avoit rétabli dans la Ville le bon ordre
et la tranquillité.
Selon les dernieres Lettres de Petersbourg ,
S. M. Cz . a résolu de faire fondre en bronze et
de grandeur naturelle , les Statues de tous les
Czars , pour les placer dans une des Galeries de
son Palais.
L
POL
E brait court que l'Electeur de Saxe a consenti
de retirer du Fort de Wechselmunde
Jes Troupes Saxones qui y sont en garnison , st
les Habitans de Danczick s'engageoient à lu
payer 200000. florins. On a apris depuis que les
Magistrats et les principaux Habitans de Dantzick
se sont assemblés à ce sujet , et l'on croit
qu'ils consentiront à payer cette somme à l'Electeur
, pourvu qu'il s'engage en même- temps
à leur remettre le Fort de Wechselmunde.
Il n'y a pas d'aparence que l'Electeur puisse
convoquer dans le mois d'Avril prochain , comme
il se l'étoit proposé , l'Assemblée de la Noblesse
Confederée en sa faveur, et on est persuadé
qu'il ne fera publier les Universaux pour la
tenue des Dietes particulieres des Palatinats ,
qu'après que la Paix aura été entierement réta
blic en Europe.
ALLE
FEVRIER . 1736. 363
ALLEMAGNE.
Ldaillesd'or etd'argent, pour les distribuer
Duc de Lorraine a fait fraper 16050. Mé
Je jour de son Mariage avec l'Archiduchesse.
Le 31. Janvier , à onze heures du matin , le
Duc de Lorraine se rendit au Palais pour deman
der en mariage à leurs M.I. P'Archiduchesse leur
Alle aînée. Le Carosse dans lequel ce Prince étoit
avec le Prince de Craon , son Grand- Ecuyer, le
Marquis de Gerbevillé , son Grand- Chambellan
et le Marquis de Lamberti , premier Gentilhomme
de sa Chambre , étoit précédé d'un grand
nombre d'autres Carosses des Seigneurs de sa
suite et devant lesquels marchoient ses Valets de
pied , suivis de ses Pages , les uns et les autres
vétus de magnifiques habits de livrée. Autour de
son Carosse étoient ses Chambellans, ses Ecuyers,
et ses autres Gentilshommes à cheval, et la marché
étoit fermée par le Carosse du Baron de Jacques
min , son Envoyé Extraordinaire à Vienne.
Ce Prince fut reçû à la porte de la premiere
Antichambre de l'Empereur, par le Grand- Ma
tre de la Maison de S. M. I. par le Marquis
Giovanni de Besora , faisant les fonctions de
Grand-Chambelian , et par le Prince d'Aversperg
, Grand-Maréchal de la Cour. On ferma la
porte de la Chambre de l'Empereur dès que
le Duc de Lorraine y fut entré , et ce Prince fit
la demande de l'Archiduchesse à S. M. I.
En sortant de chés l'Empereur , qui l'accom➡
pagna quelques pas hors de sa chambre , il alla
à l'Apartement de l'Imperatrice , auprès de la
quelle il fut introduit par la Princesse d'Aversperg
et par la Comtesse de Fusch. Lorsque l'Im-
Hij peratrice
482 MERCURE DE FRANCE
peratrice lui eut témoigné qu'elle aprouvoit sa
demande , il présenta , suivant l'usage établi par
l'étiquette de cette Cour , son Portrait , enriche
de Diamans à l'Archiduchesse , qui l'ayant ac
cepté , après en avoir cu la de l'Ima
permission
peratrice , permit au Duc de Lorraine de lui
baiser la main..
Ce Prince se rendit ensuite chés l'Imperatrice
Amelie , pour lui donner part de la deinande
qu'il venoit de faire à l'Empereur et à l'Imperatrice
, et il dîna le même jour , ainsi que le
Prince Charles son frere , avec leurs M. I.
*
L'Empereur ayant voulu que l'Archiduchesse ,
sa fille aînée , et le Duc de Lorraine , s'engageassent
par serment à observer avec exactitude
les differens articles contenus dans la Pragmatique
Sanction , cette ceremonie se fit avec beau
coup de solemnité le jour de la signature de
L'Acte , par lequel ce Prince et cette Princesse
renoncent à la succession de l'Empereur , en cas
qu'il lui naisse un fils . Leurs M I.s'étant placées
sur leur Trone dans la Salle des Chevaliers , ou
l'on avoit eressé un Autel , et le Comte de Sinzendorf,
Grand - Chancelier de la Cour , ayant
fait la lecture de l'Acte , P'Archiduchesse et lê
Duc de Lorraine le signerent , et tenant les mains
sur le Livre des Evangiles , qui leur fut présenté
par le Cardinal Colonitz , Archevêque de Vienne,
ils jurerent de se conformer en tout aux dispositions
faites par l'Empereur touchant sa succession.
Tous les Conseillers Intimes d'Etat de
l'Empereur , et le Prince de Craon , le Marquis.
de Gerbevillé , et le Baron de Jacquemin ,
Conseillers Privés du Duc de Lorraine , se trou
verent à cette Ceremonie..
ITALIA
FEVRIER . 1736. 363
L
ITALIE.
E Pape a permis aux Habitans de Bologne
de fondre l'argenterie déposée dans le Mont
de pieté de leur Ville , et d'en faire fabriquer
des especes , afin de fournir aux contributions
exigées par les Troupes Impériales.
On aprend de Naples que le Roi des deux Siciles
a accordé 100000. ducats à l'Université ,
pour la réparation des bâtimens de quelques
Colleges..
On a apris en même- tems que le 9. du mois
dernier on promena , selon la coûtume , dans les
rues de Naples , le Char de Triomphe des Boulangers
, qui avoit été exécuté sur les desseins
du sieur Dominique Vaccaro , célebre Architecte
, et qui fut conduit par la rue de Tolede à
la Place du Palais , où il fut abandonné au peuple.
On écrit de Genes que le Sénat ayant refusé
d'écouter les propositions faites depuis peu par
les Rebelles de l'Isle de Corse , leurs Chefs ont
pris la résolution de se défendre jusqu'à la derniere
extrémité , et qu'ils ont fait ajoûter plusieurs
fortifications aux principaux postes dont
ils se sont emparés. Quelques- uns de leurs Détachemens
ont fait des courses jusques sous le
canon de plusieurs Places de l'Isle, dont les Gouverneurs
n'ont pas jugé à propos de les attaquer,
de crainte de tomber dans quelques embuscades.
Comme on n'a pu encore déterminer M. Pinelli
à se démettre de son Employ de Commissaire
de la République , avant que le temps pour
Jequel il lui a été confié , soit expiré , M. Lauzent
Imperiali ne s'est pas encore embarqué pour
HV se
354 MERCURE DE FRANCE
se rendre en Corse , et M. Paul- Baptiste Rivarola
continue de refuser d'y exercer aucune fonction
PORTUGAL.
E Grand Maître de Malte a envoyé au Roy
de Portugal le nombre de Faucons qu'il lui
envoye tous les ans , et Don Vincent de Tavora,
Chevalier du mêine Odre , eut l'honneur le 7.
du mois passé de les présenter à S. M. Ce Che
walker , ere Chevalier de Ponlevez , qui est ar¬-
rivé à Lisbonne avec lui ont fait le trajet par´
Me depuis Malte jusquà Cadix sur deux
Vaisseaux e guerre du Roy de France , commandés
par le Comte de Carlus , et ils se rendi
sens de Cadix en cette Ville par terre.
O
GRANDE BRETAGNE,
**
·
N aprend de Londres , que le 11.de ee
mois , le Corps du feu Duc de Buckingham
,fut porté à l'Abbaye deWestminster,et que
la marche du Convoy se fi dans l'ordre suivants.
an Servant des Herauts d'Armes ; plusieurs Do
mestiques du Duc en longs ' manteaux de deuil
Timbalier et trois Tomptes ; les Officiers .
d'Armies en habits de ceremonte, le Grand Etendart
d'Angleterre , porté par un Gentilhomme ;.
le Capitaine des Gar ses du Duc précedé de queb
ques Gentilshommes et des principaux Domesti
ques de ce Seigneur, trois Trompettes, les Suivans
d'Armes ; un Gentilhomme , portant l'Ecusson
des Armes du Daun Tumbalier et trois. From
petres , le Heraut , dit Arundek, la Baniere de las
Maison de Sheffield , un Cheval couvert d'ùn
separaçon de sciouss noir , à côté duquel mar
choiess
FEVRIER . 1736. 365
choient quatre Pages ; le Roy et les Herauts
d'Armes , qui portoient le Mantelet , l'Epée , la
Bouclier, le Heaume , les Gantelets et les Epezons
du Duc ; le Char dans lequel étoit le Corpe
et sur lequel on avoit mis une Effigie représentant
le Duc armé de pied- en-cap , revêtu du
Manicau Ducal et la Couronne Ducale sur la
êre , huit Pages marchoient des deux côtés du
Char, qui étoit suivi d'un grand nombre de Carosses
de deuil ; dans le premier étoient le Duc
de Richemond et le Chevalier Sanderson , er
dans les autres les Ducs de Saint Albans , de
Leeds, de Marlboroug et de Portland les Comtes
de Middlesex , de Portmore , de Vinchelsea,
de Cardigand , d'Oxford , d'Arran , les Lorda
Gower , Noel , Sidney Beauchere , Cornbury et
Foley ; il y avoit deux Pages aux Portieres de
chaque Carosse , la marche étoit fermée par les
Seigneurs et les Gentilshommes invités à se
rouver aur obseques. Le Corps fut reçu à la
porte de Peg ise de Westminster par l'Évêque
de Rochester , Doyen de cette Eglise , accompagné,
de tous les Chanoines du Chapitre , et il fut
inhuné dans la Chapelle du Roy Henry VII.
A
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
&c.
E premier Fevrier , la Reine entenlit
la Messe dans la Chapelle du
Chateau et S. M. communia pas les
HL vj mains
366 MERCURE DE FRANCE
mains du Cardinal de Fleury, son Grand
Aumônier.
Le même jour , M. Gibert , Recteur de
PUniversité , accompagné des Doyens
des Facultés et des Procureurs des Nations
, eut l'honneur de présenter , sui
vant l'ancien usage , un Cierge au Roy
à la Reine , et à Monseigneur le Dau
phin .
Le Pere du Vernay , Commandeur du
Convent du Marais des Religieux de la
Mercy , accompagné de trois Religieux
de certe Maison , eut l'honneur le premier
Fevrier de présenter un Cierge à la
Reine , pour satisfaire à une des conditions
de leur établissement, fait à Paris en
1615. par la Reine Marie de Médicis .
,
Le 2. Fevrier , Fête de la Purification
de la Sainte Vierge les Chevaliers
Commandeurs et Officiers de l'Ordre du
S. Esprit , s'étant assemblés vers les onze
heures dans le Cabinet du Roy , S. M. se
rendit à la Chapelle , étant précedée du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , du Prince de Conti
, du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , du Comte de Toulouze , et des
Chevaliers , Commandeurs et Officiers
de
FEVRIER . 1736. 367
de l'Ordre. Le Roy , devant lequel les
deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs Masses , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardessus , ainsi que les Che
valiers. S M. assista à la Bénédiction des
Cierges , à la Procession qui se fit dans la
Cour du Château , et à la Grande Messe
qui fut célébrée par l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
L'après- midi , le Roy entendit la Prédication
du Pere Codolet , Prêtre de l'Oratoire
, et ensuite les Vêpres qui furent
chantées par la Musique .
Le Roi a fait deux nouveaux Ducs et
Pairs de France ; qui sont
Alexis- Madeleine Rosalie Comte de Cha
sillon , Chevalier des Ordres de S. M.
Lieutenant General de ses Armées , Mestre
de Camp General de la Cavalerie Legere
de France , et Gouverneur de Monseigneur
le Dauphin.
Jean- Hercules de Rosset de Rocozel de
Ceilles , Marquis de Pérignan , Chevalier
des Ordres du Roy , admis du premier
Janvier 1735.Gouverneur d'Aigues mortes
en Languedoc , né à Ceilles , Diocèse
de Beziers , le 6. Juillet 1683. neveu
par
* MERCURE DE FRANCE
par
feue Dime Marie de Fleury' , să mere,
et filleul de S. E. André Hercules de
Fleury , Cardinal , Ancien Evêque de
Fréjus , Ministre d'Etat.
Joseph Durey de Sauroy , Seigneur de
Martigny , Capitaine dans le Régiment
de Noailles , ci- devant d'Estaing , Infan
terie et Lieutenant General pour le Roy
au Gouvernement de Verdun , er Pays
Verdunois , Frere de Marie Joseph Durey
de Sauroy , Duchesse de Brissac , a été
fait Cornette de la seconde Compagnie
des Mousquetaires de la Garde du Roy ,
ayant eu l'agrément de traiter de cette
Charge avec Armand Gabriel de Montmorin
, Comte de S Herem.
Le s de ce mois , pendant la Messe du
Roy , l'Evêque de Condom , l'Evêque de
Pamiers , et l'Evêque d'Agen , prêterent
Serment de fidelité entre les mains de
S. M.
Le 19 de ce mois , premier Dimanche de
Carême, leurs Maiestés assisterent dans la
Chapelle du Château de Versailles , à la
Messe chantée par la Musique L'aprèsmidi
le Roy accompagné du Duc d'Or-
Jeans , du Prince de Dombes er du Comte
d'En entendit la Prédication du Pere
Codoler , Prêtre de l'Oratoire: Le "
FEVRIER. 1736. 369
LeRoi a donné l'agrément de la Charge
deMestrede Camp General de laCavalerie
qu'avoit le Duc de Châtillon Gouverneur
de Monseigneur le Dauphin , au Marquis
de Clermont-Tonnerre Commissaire
General de la Cavalerie , et S. M. a accordé
l'agrément de cette derniere Charge:
au Marquis de Bissy , Mestre de Camp du
Régiment d'Anjou .
Le Dimanche 12. Fevrier , le Marquis
de Stainville , Envoyé Extraordinaire de
Lorraine donna un grand Repas , à
F'occasion du Mariage du Duc de Lorraine
, qui a été célébré le même jour à
Vienne. Ce Repas fut servi avec tout
Fordre , la délicasesse , et la profusion
imaginable. La Sale extraordinairement .
décorée , étoit éclairée de plus de cinq
mille Bougies , placées tant dans les Lus
tres , que dessus les Tables ; et tout ex
rerieur de l'Hôtel étoit illuminé d'une
infinité de Terrines et de Lampions arristement
arrangés. Deux Fontaines de
Vin coulerent pour le Public pendant:
route la Fête , laquelle finit par un Beau
Feu d'Artifice , et par le bruit d'un grand
nombre de Boëres Tous les Ambassa
deurs et Ministres Etrangers assisterent
I ectte Fête , et on y but aux Fanfares
1
dest
370 MERCURE DE FRANCE
des Trompettes , au son des Timbales
& c. les Santés de toutes les Têtes cou
ronnées de l'Europe .
Le Sieur Bazard , Maître de Musique
de l'Eglise Métropolitaine de Besançon
qui avoit eu l'honneur de faire chanter
dans la Chapelle du Roy à Versailles au
mois de Decembre dernier , un Motet de
sa composition , en a fait chanter un
autre le premier jour de Fevrier dans
l'Eglise de Notre Dame de Paris , aussi
de sa composition , lequel a eu , comme
le précedent , un très- grand aplaudissement.
Le 2. Fevrier , Fête de la Chandeleur
on chanta au Concert du Château des
Tuilleries l'Exurgat Deus , Motet de M.
de la Lande , qui fut suivi d'une trèsbelle
Symphonie nouvelle avec Trompettes
et Timbales de la composition de
M. Aubert. , La Dlle. Largilliere chanta
pour la premiere fois un petit Motet de
M. Mouret et un Air Italien avec beau
coup de goût et de précision . Le Sieur
Guignon executa sur le Violon le Printemps
de Vivaldi , on finit par le Moter
Dominus regnavit , dans lequel la Dile
Fel , ci devant Actrice de l'Academie
Royale
FEVRIE R. 1736. 37%
Royale de Musique , chanta differens
Récits avec aplaudissement.
Le Mardi 31. Janvier les Comediens
François jouerent à la Cour D. Japhet
d'Armenie , et l'Avocat Patelin.
Le 7. Fevrier , Inès de Castro , et les Fo
lies Amoureuses.
Le 9. L'Ecole des Femmes , et Attendez
moi sous l'Orme
Le 11. Baja zet , et le Florentin.
Le 16. Jodelet , Maître et Valet , et les
Précieuses Ridicules .
Le 21. Alzire , Tragedie nouvelle de
M. de Voltaire . qui eut un grand succès,
et l'Impromptu de Campagne.
Le 23. Esope à la Cour , et Colin Maillard.
Le 28. le Comte d'Essex , et l'Epreuve
réciproque.
Le 4. Fevrier , les Comediens Italiens
représenterent à la Cour la Comedie nouvelle
des Amours Anonymes , qui fut suivie
de la petite Piece de l'Isle des Esclaves.
Le 11. Arlequin Enfant , Statue et Perroquet
, Comedie Italienne en cinq Actes,
qui fut suivie de l'Ecole des Meres.
Le 18. les Amours Anonymes et la petite
Piece d'Arlequin toûjours Arlequin.
Femme
MERCURE DE FRANCE.
Femme âgée de cent onze anse
Une Personne très- digne de foi nous
tcrit de Dole en Franche-Comté , que
M. de Cleron , Président à la Chambre
des Comptes , conserve encore parmi ses
Domestiques une Bonne Femme , âgée
de cent onze ans , qui a servi ses Prédé
cesseurs dans le Château de Cleron près
d'Ornant dans cette Province. Son nom
est Claire Prost , du Village des Rousses
de la Banlieuë de S. Claude . Elle a été ,
mariée avec Anatole Paget , dont elle a
eu deux Fils , qui s'engagerent Soldats ,
lors de la premiere Conquête de la Fran
che -Comté par Louis XIV. c'est à - dire ,
en 1667. Dans un si grand âge elle agit
encore , cout et enfile son aiguille sans
lunettes , fait son lit , et va tous les jours
à la Messe sans être accompagnée de
personne : elle n'est qu'un peu sourde
mais sa mémoire est parfaite , et raconte
agréablement bien des choses singulieres
de son temps &c. Personne dans Dole
dit agréablement l'Auteur de la Lettre,
n'est en état de la démentir sur ce qu'elle
dit avoir vu dans sa jeunesse. Elle veille
volontiers , et on l'a vûë plusieurs fois
aux Bals que M de Cleron a donné aux
Dames en certaines occasions . Enfin dans
J
FEVRIER. 1736. 373
le Village de Cleron , où cette Femme a
passé la plus grande partie de sa vie , personne
ne se souvient de l'avoir vù malade.
Le PLAN de la Loterie Royale de Turin , que
nous avons donné dans le Mercure du mois de
Septembre dernier , et qui a parû être agréable
an Public , nous engage à lui faire part d'une figure
démonstrative du Plan de ladite Loterie qui
explique d'une maniere sensible l'operation de
ce Projet , et pour ne rien laisser à désirer sur
cet article , nous y joindrons la copie de l'Affi
the qui promet incessamment l'indication de
premier Tirage de cette Loterie , et un Tarif des
payemens de chaque Biller.
**
*
*************
GRANDE ROUE
Contenant les so mille Billets
numerotés depuis N° 1 et compris
et so mille.
De cette Roue il sera tiré au hazard
à chaque Tirage, qui se fera tous les Lundis
la quantité de 1000. Numéros , qui
feront comparés avec les 1000 Billets de
la petite Roue ci- après.
La fortie de chaque Biller sera sur le
champ mentionée sur un Regître
particulier, pour pouvoir constater
de l'extinction de chaque So
cieté , &c .
th
***
374 MERCURE
DE FRANCE
************
PETITE
ROUE
***
Contenant 1000 Billets
dont 950 blancs et so noirs
qui seront des Primes depuis
600 1 jusqu'à 12000 l.de France ,
et distribuées au hazard aux 1000
Numeros de la grande Roue
dans la forme des Loteries
ordinaires.
FIGURE DEMONSTRATIVE
et abregée du Plan de la Loterie Royale
・de Turin , composée de so mille Biilets,
qui font de cinq en cing xomille Socieres."
Il y a dix mille Societés , dix mille Lots et
cinq mille Primes , distribuées par cinquante à
chaque Tirage.
Chaque Societé doit nécessairement gagner un
des to mille Lots , qui sont depuis 600. livres
jusqu'à 600 mille livres , lesquels Lots ne peu
vent être gagnés et distribués que par ordre d'ex
tinction de chaque Societé , de sorte que ce seront
les dernieres Societés qui s'éteindront , qui
gagneront les gros Lots ; ce qui prouve qu'à
cette Loterie , le plus grand avantage consiste à
payer
FEVRIER. 1736. 375
sayer toutes les Nouritures , lesquelles ne peuyent
monter , y compris le prix du Billet , qu'à
la somme de 763. livres 10. s. de France , et sur
cette somme il y a 120 livres de crédit .
Ce ne sont point des Societés de Personnes ,
mais seulement des Societés de Billets , c'est- àdire
qu'il n'est point necessaire de connoître ses
Associés ni d'acquérir une Societé entiere , si on
ne veut , il importe seulement de connoître les
quatre Numeros avec lesquels on est associé
c'est pourquoi lesdits quatre Numeros sont
inscrits sur le Billet dont on est Porteur.
Le prix de chacun des Lots et Primes qui
échéront à une Societé , sera partagé en cinq parties
égales , et payé par les sieurs Crévon et Sil
vestre , Notaires à Paris et Receveurs generaux
de lad . Loterie , au Porteur de chaque Billet à
vue et sans aucune retenuë.
Quoique chaque Biller participe par por→
tion égale au gain des Primes et Lots que gagne
la Societé , nul Porteur de Billet n'est garant
des fautes de ses Associés pour manque de Nou
riture ou autres fautes.
EXEMPLE pour l'intelligence de
l'extinction des Societés et du gain
des Primes.
Les Numeros 1. 2. 3. 4. et 5. composent une
Societé.
Au premier Tirage Numero 1. sort de la grande
Roue , il gagne une des cinquante Primes ou
n'en gagne point , il est remis dans lad . grandę
Roue pour les Tirages suivans ; ce qui est réïteré
autant de fois qu'il sort de la grande Roue
jusqu'à l'extinction de sa Société , laquelle ne
peur
376 MERCURE DE FRANCE
peut être opexée que par la sortie des quatre aures
Numéros qui la composent , par ce moyen
led. Numero 1. peut pagner plusieurs Primes à
sa Societé ; il est même possible qu'une Societé
En gagne plus de cent.
Au deuxième Tirage Numero 2. sort de la
grande Roue, il court les mêmes évenemens que
dessus, et il est pareillement remis dans lad.grande
Roüe.
Au troisiéme Tirage Numero 3. sort de la
grande Roue , il court les mêmes évenemens des
deux Numeros cy- dessus , et il est pareillement
remis dans la grande Roue.
Au quatrième Tirage , Numero 4. sort de la
grande Roue , il court les mêmes évenemens
que les trois Numeros ci -dessus , et il est pareillement
remis dans la grande Roüe.
Au cinquiéme Tirage , Numero 5. sort de la
grande Roue , il peut , comme les quatre autres
Numeros ci dessus 1. 2. 3. et
de
4. sa Societé ,
gagner une Prime ou n'en point gagner , mais
de toute nécessité il gagne un Lot à sa Societé ,
parce qu'il en opere l'extinction par sa sortie de
Ja grande Roue , puisqu'il faut nécessairement
pour éteindre une Societé que les cinq Numeros
qui la composent , sortent de la grande Roue
en un ou plusieurs Tirages.
OBSERVATION.
Quoique par la suposition ou exemple cydessus
, il paroisse que les Numeros 1 2. 3. c
4. soient sortis dans les quatre premiers Tirages
, ils pouroient également sortir dans un seul
Tirage ; et quoique cette Societé fût ainsi atta
quée dans les quatre premiers Tirages, il pour
FEVRIER. 1736. 177
eoit néanmoins arriver qu'elle subsisteroit dans
cette situation pendant un grand nombre de Tiages
, et par consequent jouer sans cesse avec
les Primes , par le moyen desdits Numeros 1. 2 .
3. et 4. et en gagner un nombre considerable,
gagner même un des gros Lots, si le hazard vou-
Loir que le Numero 5.ne sortit point de la grane
Roue avant le dernier Tirage ; et lequel que ce
soit des cinq Numeros associés qui sorte de la
grande Roue le dernier , c'est lui qui gagne le
Lot.
Explication des Nouritures.
Chaque Proprieraire d'un Billet dont la Sorieté
ne scrapoint éteinte , sera assu etti , à peine
d'en perdre la proprieté , à payer exactement
dans l'intervalle d'un Tirage à l'autre , c'est àdire
de semaine en semaine après le premier
Tirage, et autant de temps que la Societé subsistera
, une Nouriture , dont le premier payement
est de 3. sols ; le second , de 6. sols , le
troisième de 9. sols , et ainsi de suite en augmentant
toujours de 3. sols , jusqu'à l'extinction
de sa Societé, laquelle extinction n'arrivant qu'au
centiéme Tirage, la derniere Nourriture se trouvera
monter à la somme de 15. livres. Chaque
Porteur de Billet doit desirer de payer toutes les
Nouritures , puisque c'est le seul moyen de parvenir
aux gros Lots qui ne peuvent être gagnés
que par les Societés qui s'éteindroat les dernieres
, d'autant que les petits Lots sont distribués
les premiers , et les gros les derniers.
Pour la commodité du Public , on recevra d'avance
des Porteurs de Billets , telle quantité de
Nouriture qu'ils jugeront à propos de payer , et
dont l'excedent leur sera remboursé , s'il arrive
que
378 MERCURE DE FRANCE
que leur Societé vienne à s'éteindre avant que les
Nouritures qu'ils auroient payées d'avance se
trouvent consommées .
• Tous les Lots et Primes seront payés en argent
Comptant et sans aucune retenuë par les Notai
res , Receveurs Generaux de la Loterie , et ils distribueront
les Listes des Gagnans . L'on est obligé
de payer la premiere Nouriture qu'après le jour
du premierTirage . Toute la recette de la Loterie,
à quelque somme qu'elle monte ; sera distribuée
en Lots et Primes aux Proprietaires de Billers , à
la réserve de douze pour cent sur toute la recette
qui seront retenus.
Le Public trouvera une plus ample Explication
dans le Plan de ladite Loterie , lequel se distribue
gratis.
Le Public est averti que Mrs les Receveurs Ge
neraux de cette Loterie , qui continuent à en
distribuer les Billers , délivrent gratis avec lesdits
Billes un Tarif des Nouritures , et que le
jour de l'arrivée des Recepissés et celui du premier
Tirage , seront indiqués incessamment par
une seconde Affiche.
MORTS ET MARIAGES.
Le,Marquis pien, Henri
E 21. Janvier dernier , Henri de Ven-
Chef d'Ecadre des Galeres du Roy . Il est
d'une Famille distinguée , originaire de
la Ville de Genes . Adam de Vento , celebre
dans l'Histoire de Marseille , la transplanta
FEVRIER . 1736. 379
planta dans cette derniere Ville en 1426.
et fut ensuite premier Consul de Marseille
dans le temps que cette Charge étoit
remplie par la premiere Noblesse. Il avoit
epousé Caracossa Doria , dont il eû tPerceval
de Vento, marié avec Marguerite Ma
ri des plus illustres Maisons de Genes .
Leurs Descendans ont continué de remplir
les premieres Charges de Marseille.
Gaspard de Vento Commandeur de
Malthe , oncle de Henri , qui donne licu
à cet Article , après s'être distingué plusieurs
fois en qualité de Capitaine de
Galeres,sur tout au Siége de Cadix par les
Anglois , qu'il fit lever par sa bravoure en
1702. fût fait Chef d'Escadte et remplit
ce Poste jusqu'à sa mort avec beaucoup
de distinction.
Le 29. Charles Hoüel , Marquis d'Hoйelbourg
, à la Gaddelouppe en Amérique
Seigneur de la Roche bernard , Varennes,
&c. Marêchal des Camps er Armées du
Koy , et Gouverneur de l'Isle de Ré ;
moutut dans son Gouvernement , agé de
76. ans accomplis , étant né le 29. Janvier
1659. Il étoit fils ainé de feu Charles
Hoüel , Seigneur de Varennes , et de Petitpré
, Gouverneur et Lieutenant General
pour le Roy des Isles de la Gaddelouppe
, Marquis et Seigneur proprietaire des
I des
380 MERCURE DE FRANCE
,
mêmes Isles , reçu Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et
de ses Finances le 20. Mars 1681. et mort
le 22. Avril 1682 , à l'age de 66. ans , et
d'Anne Hinselin , sa femme , morte le
16. Mars 1685. Charles Hoüel qui vient
de mourir , avoit été reçu en 1693. Lieutenant
dans le Régiment des Gardes Françoises
, après avoir passé par les Grades
d'Enseigne et de Sous-Lieutenant.Il y obtint
en 164. une Compagnie , et eut la
Croix de S. Louis le 20 , Janvier 1703. Il
fut fait Brigadier le 20. Juin 1708. et
Marechal de Camp le 8. Mars г718. le
Gouvernement de l'Isle de Ré lui fut donné
au mois de Décembre 1720. et il se déunit
alors de sa Compagnie aux Gardes
dont il tira récompense. Il avoit été marié
le 14. Mai 1703. ayec Anne Henriette
de Cordouan, fille de René de Cordouan
Marquis de Langey , Seigneur de la Roche-
bernard , Thoreau , Theligny , et de
Diane de Montault de Navailles . Elle
mourut le 20 Décembre 1719. agée de 45 .
ans , laissant quelques filles , et un fils
nommé Charles François Hoüel , et né le
29 Janvier 1704. qui entra en 1721. dans
le Régiment des Gardes Françoises , où il
a été fait Capitaine le 15. Avril 1734.
Le 2, Fevrier D.Marie Angèlique Guerin
de
FEVRIER. 1738. 384
de Tencin Epouse d'Augustin de Feriol ,
Comte de Pom de Veyle,Baron d'Argental
, Président honoraire du Parlement de
Metz , et ancien Trésorier et Receveur general
des Finances de Daufiné mourut subitement
à Paris , laissant 2. fils qui sont
Antoine de Feriol de Pont de Veyle , Lecteur
du Roi, er Charles Augustin de Feriol
d'Argental , Conseiller au Parlement de
de Paris à la quatrième Chambre des Enquêtes
oùil fut reçu le 21. Eevrier 1721. la
Damelet mere étoit soeur de Pierre Gue-
' rin de Tencin , Archevêque d'Embrun , et
Alle de feu Antoine Guerin , Seigneur de
Tencin, mort Premier Président du Senat
de Chambery , au mois d Octobre 1705.
Le 9. Louis Philippe Desvieux Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du
Parlement de Paris , où il avoit été reçu
le 3. Décembre 1734 mourut après une
longue maladie de poitrine , agé de 22 .
ans , et sans avoir été marié . Il étoit fils
ainé de feu Louis Philippe Desvieux , Fermier
general duRoy et Directeur de l'Hô
pital general de Paris , dont la mort a été
annoncée dans le Mercure de Décembre
dernier , vol i . p. 2742.
Le 13. François Guyet , Marquis de Bantange
, Comte de Louhans , Baron de S.
-Germain du Plan , Chaumiré , Auroux ,
1 ij Seigneur
382 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de la Faye , ci - devant Conseil.
ler d'Etat ordinaire et Intendant des Fi
nances , mourut à Paris , dans la 73. année
de son age. Il étoit de Dijon en Bourgogne
, et avoit dabord été reçu Conseiller
au grand Conseil en 1684. depuis il
fut reçu Maître des Requêtes de l'Hôtel
du Roy le 19. Mars 1689. et nommé à
l'Intendance de Pau en Bearn , au mois
d'Oct. 1699. et à celle de Lyon au mois
d'Avril 1701. Il obtint le 31. Mai 1702 ,
des Lettres de Maître des Requêtes honoraire
, qui furent registrées le 18. Avril
1703. Il fut pourvû au mois d'Août 1704,
d'une des deux Charges d'Intendant des
Finances , nouvellement créées . Il l'exerça
jusqu'au mois de Septemb, 1715. que ces
Charges furent suprimées . Il avoit épousé
Claude Quarré , fille unique d'Abraham
Quarte , Conseiller au Parlement de Dijon
, mort le 23. Août 1695. agé de $ 8 ,
ans . Il en a eu Philberte Guyet , fille unique
, qui fut mariée au mois de Mars
1702. avec Jerôme Chamillart , Colonel
du Régiment de Medoc , et Gouverneur
de Dol en Bretagne , mort Maréchal de
de Camp des Armées du Roy au mois de
Mai 1728.
Le dix huitième , mourut après deux
jours de maladie Meffire François-
Robert
FEVRIER. 1736. 383
dix ans ,
Robert Secousse , Prêtre , Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris , Maison
et Societé Royale de Navarre , du 22 .
Juillet 1686 , et ancien Curé de l'Eglise
Paroissiale de S. Eustache à Paris , agé de
près de 76 ans , étant né le 21 Mars 1669 ,
Après avoir rempli , pendant près de
les fonctions du Vicariat dans
cette Eglise , il prit possession de la Cure
le 1 Juillet 1699 , sur les provisions du
feu Archevêque de Paris , du 11 Avril de
la même année , en consequence de la résignation
que lui en avoit fait M. Leonard
de Lamet , son grand Oncle maternel , le
7. Septembre 1698.
Il regit cette Paroisse pendant près de
trente années consecutives , et se démic
de sa Cure en faveur de Messire Jean-
François- Robert- Secousse son Neveu , Docteur
des mêmes Faculté et Maison , le ç.
May 1729 , lequel est Frere puîné de
Denis François Secousse , Avocat au Parlement,
et Membre de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles Lettres , qui fut
choisi en 1728 après la mort d'Eusebe-
Jacob de Lauriere , Avocat au Parlement,
pour continuer la Compilation des Ordonnances
de nos Rois . L'ancien Curé
se retira dans l'Abbaye Royale de Sains
Victor où il est décedé .
I iij Le
384 MERCURE DE FRANCE
1
Le lendemain de sa mort il fut transferé
de l'Eglise de cette Abbaye en celle
de S. Eustache , où il avoit choisi sa Se- ,
pulture , dans la eave destinée aux Curés
de cette Paroisse.
Son corps fut présenté par M. Huet ,
l'un des Chanoines de S. Victor , qui par
un Discours fort éloquent rendit au merite
du défunt les justes éloges qu'il avoit
merités pendant sa vie.
M. Vernon , l'un des Vicaires de saint
Eustache , lui répondit dans les termes
suivans.
MONSIEUR ONSIEUR ,
» Nous recevons avec beaucoup de re-
>> connoissance le précieux Dépôt que
» vous venez nous remettre , et qui ( per-
»mettez-nous de le dire ) nous apartient
» à titre de justice. Quoi de plus juste en
» effet ? C'est un Superieur tres - respecta-
» ble que vous rendez à des inferieurs qui
» ont toûjours été remplis de veneration
» pour sa Personne. C'est un Pasteur cha-
» ritable et zelé que vous rendez à des
» ouailles qui l'ont toûjours honoré très-
» sincerement. C'est un Pere que vous
» rendez à des Enfans qu'il aimoit tendre-.
» ment , et dont il étoit reciproquement
» trèsFEVRIER.
1736. 385
, par
» très cheri . Jugez , Monsieur , de l'amer
» tume où nous plonge une separation si
» douloureuse la nature de ces liens
qui nous attachoient à lui. La Religion
» les avoit formés ; l'habitude de le voir
» et de l'entendre , la connoissance et l'u-
» sage de ses talens et de son merite , l'u-
» tilité de ses conseils , sa prudence , l'é-
» tenduë de ses lumieres , sa charité ten-
» dre , compatissante et éclairée les avoit
» fortifiés. L'éloignement n'a point été
"capable de les rompre , ni même de les
» affoiblir en aucune sorte.
» Soumis à la main puissante du Sei-
» gneur qui vient de nous l'enlever dans
» un âge avancé , plein de jours et de
» merites , nous croirons entrer dans les
» desseins de sa Providence , en conser-
» vant le plus profond respect pour sa
memoire qui sera à jamais en benedic-
» tion dans cette Paroisse , que pendant
l'espace de trente années il a con-
» duite avec tant de sagesse , instruite et
» éclairée avec tant de dignité et de force
» par ses discours publics et particuliers ,
» édifiée par sa pieté et par l'odeur de ses
» bons exemples , Nous nous souvien-
» drons éternellement d'avoir eu à nôtre
» tête un Pasteur selon le coeur de Dieu ,
wen qui se trouvoient rétinies par un heu-
I iiij » reux
386 MERCURE DE FRANCE
38
» reux assemblage , dans un éminent de-
» gré , toutes les qualités qui peuvent
» rendre un homme utile à l'Eglise , un
» genie facile et élevé , un esprit vif et
pénétrant , cultivé par les Sciences
» orné de la connoissance de tour ce qu'il
» devoit sçavoir , une droiture de raison
» qui le faisoit toûjours tendre au vrai
» une aplication constante à remplir ses
» devoirs , une pieté tendre et sincere
» sans affectation et sans fard , et qui n'a-
» voit rien que de solide . C'est cette pieté,
» Monsieur , qui le porta à se choisir dans
» les dernieres années de sa vie , une re-
» traite parmi vous , où loin du tumulte
» et des embarras du siecle , il pûr dans
>> un saint loisir travailler à sa propre
» santification , en respirant sans cesse l'o
deur de vos bons exemples.
·
>> Que ne pourions - nous pas encore
dire ici , si le tems nous le permettoit ,
» de toutes les autres vertus qui ont bril-
» lé ,comme à l'envi , dans sa personne ?
» de son attachement à son Clergé , du
"plaisir qu'il avoit à rendre service à
» chacun de ceux qui le composent ; de
» son desinteressement et de sa génerosi
»té dont cette Eglise conserve précieuse-
» ment les marques les plus authentinques
de son dévouement total aux
»Pauvres
FEVRIER . 1736. 387
;
Pauvres de sa Paroisse , au soulagement
» desquels il s'est consacré toute sa vie ,
» et qu'après avoir rendu à sa Famille ce
» qu'il en avoit reçu , il a institués pour
le surplus par son Testament ses légataires
universels ; qualité qui leur auroit
été plus favorable aprés sa mort ,
s'il leur avoit moins donné pendant
» sa vie : de sa temperance et de sa frugalité
dans les repas qu'il a toûjours
» pris à sa Communauté , dont il étoit ,
» tout à la fois , le chef et le modele ; de
>> cette modestie exemplaire dans tout
» son exterieur ; de l'ordre admirable qui
regnoit dans sa maison , et d'où résultoit
la paix et la tranquillité dans son
domestique ; enfin de cet amour tendre
net bien placé pour une Famille qui le
» mérite , et dont il étoit devenu comme
le Pere , après la mort prématurée et
>> presque consecutive d'un frere univer-
» sellement estimé , aimé et regretté , et
d'une belle soeur qui marchoit sur les
» pas de la Femme forte , et dont la sépa
» ration lui causa tant de douleur et d'a-
» merfume.
» Toutes ces qualités , Monsieur , luf
avoient acquis une considération si uni
»verselle , que tout ce qu'il y avoit de
plus distingué dans le Royaume , l'ho-
I v >> noroit
399 MERCURE P
DE FRANCE
»noroir de son estime . Monseigneur le
» Duc d'Orleans Régent du Royaume,
après s'être servi utilement de ses ta-
1ns et de ses lumieres pour maintenir
» l'ordre , la regle , la tranquillité et la
» paix dans une Communauté nombreuse,
Dau Chapitre General de laquelle il as- .
asista en qualité de Commissaire de Sa
Majesté , ne crut pouvoir mieux lui témoigner
la satisfaction qu'il avoit de
» son zele et de ses services , qu'en lui
»confint ce qu'il avoit de plus cher au
»monde , je veux dire , la conduite d'une
»partie de son Auguste Famille. N'y eûtil
que ce seul trait , il suffiroit sans
>>doute pour composer le plus parfait
néloge : c'est lui qui a etté dans le coeur
» d'un grande Reine et d'un Prince. Illus-
»tre , les premieres semences de cette
» piété qui les rendent aujourd'hui l'objet
» de l'admiration de tout le Royaume ,
» et de cette Paroisse en particulier.
.
» Je n'ajoûterai qu'un mot a cet éloge,
» c'est que c'est à son discernement et
Ȉ son choix que nous devons le digne.
Pasteur qui nous gouverne , qui mar-
» he constamment sur les traces d'un
Oncle si respectable et qui seul est
capable de nous consoler de sa perte.
Mais après lui avoir rendu le juste
»tribac
FEVRIER. 1736. 389-
tribut de nos larmes , disons ce qu'il
nous diroit , si nous pouvions encore
» l'entendre . Ce n'est pas par des pleurs
» que nous devons honorer son tombeau .
» Imitons ses vertus ,si nous voulons mar-
» quer le respect et la véneration que
>> nous conservons pour sa mémoire.
»Remplissons nos devoirs , comme nous
»lui avons vû remplir les siens. C'est
ainsi que nous le ferons revivre en
nous , et que profitant des leçons et des
»exemples qu'il nous a donnés nous
pourons esperer de le rejoindre un jour
dans la céleste Patrie .
Le lendemain ce digne Pasteur fut enterré
après le Service ordinaire , au milieu
du concours et des regrets d'une Assemblée
très- nombreuse et très distin
guée.
Le 19. D. Anne- Marguerite Petit , veuve
depuis le 12, Decembre 1723 de Paulin
Prondre , Conseiller du Roi en
ses Conseils , Président Honoraire en la
Chambre des Comptes de Paris , et cidevant
Grand Audiencier de France , et
Receveur General des Finances de Lion ,..
Seigneur de Guermante , Bussy &c . avec
lequel elle avoit été mariée le 23. Septembre
1654. mourut à Paris , dans la 61 .
année de son âge , étant née le 5. Sẹp-
Lvj tembre
190 MERCURE DE FRANCE
tembre 1675. Elle laisse trois enfans qui
sont Paulin - Gabriel Prondre , Seigneur
de Guermante ; Pauline Marguerite Prondre
, veuve de Barthelemi de Koye de la
Rochefoucaut , Lieutenant General des
Armées du Roi , et mere de la Comtesse
de Middelbourg , dont on a raporté le
mariage dans le Mercure du mois d'Août
1733. pag. 1897. et Elizabeth Françoise
Prondre , épouse de Louis de Malide, son
cousin germain , Lieutenant au Régiment
dés Gardes Françoises . La défunte étoit
soeur de Gabriel- Michel Petit de Ravannes
, Vicaire General de Strasbourg , ers
Conseiller d'Etat Ordinaire , et fille de
Michel Petit , Seigneur de Ravannes , et
de Villeneuve sous Dammartin , Trésorier
General de France au Bureau des Fimances
de la Generalité de Paris , mort la
2. Mars 1679. et de Marguerite du Faul
tray , sa femme , morte le 3. Decembre
1702.
Le 21. Jean Cornillier , Parisien , Prêtre,
Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
Paris , depuis le 20. Juillet 1733. mourut
âgé de 81. ans.
Le vingt deuxieme , Dame Anne Louise
de Boulainvillers , mourut en son Château
du Vaulmain , au Vexin François , âgée
de 86. ans passés , ayant laissé à sa Famil
le ,
#
FEVRIER. 1736. 39%
le , jusqu'au dernier moment de sa vie ,
un rare modele de charité , de piété , de
patience , d'esprit et de jugement . Elle
étoit fille de François de Boulainvillers ,
Chevalier Seigneur de Neuilly , Hadencourt
, le Haut Clocher , Mezieres et
FEtrée ; il avoit été Page de Louis XHI
et avoit servi ensuite longtems dans le
Régiment de S. Luc , en Catalogne, où ilfut
blessé d'un coup de feu , qui fui cassa
les deux mâchoires. De deux Enfans
qu'il avoit dans les Mousquetaires sous
le Regne de Louis XIV, l'un fut tué au
premier Siége de Lille , et le second à
celui de Bezançon ; un frere de François
de Boulainvillers fut tué , étant Capitaine
dans le Kégiment de Champagne ,
La Dame de Boulainvillers avoit l'honneur
d'apartenir à la plupart des meil
leures Maisons de France , et de quelques
-ures d'Allemagne et de Flandre
; Feuë Mademoiselle de Montpensier
ne dédaignoit pas de la reconnoître , et
de l'apeller sa bonne parente. Les Mak
sons de Montmorency - Fosseuse , de Rethune
, de Harville Tresnelle Palaiseau ,
celle de M. le Comte de Tillieres , Beaupere
de M. le Duc de Châtillon Gouverneur
de Monseigneur le Dauphin , luž
faisoient aussi l'honneur de la regarder
comm
392 MERCURE DE FRANCE
comme leur Alliée d'assés près , par une
commune Grand - Mere. Elle étoit aussi
très proche Parente de Mrs. Talon , Le
Fevre de Caumartin des Turgots de
Saint Clair , et de tant d'autres , Illustres
par leur naissance , leur esprit , leur mérite
, leurs honneurs & leurs Charges ..
Elle étoit veuve depuis 25 ans de
Charles de Fontette , Chevalier Seigneur
du Vaulmain , Laincourt les
Hauts- Monts & c. issu des Anciens Barons
de Bourgogne , dont l'un , Seigneur
de la Baronnie de Fontette , ayant eu un
différend avec le Duc de Bourgogne , le
quitra pour venir offrir ses services au
Rov Louis XI . qui le reçut au nombre de
ses douzeGentilhommes, comme il se voit
dans l'un des Registres ou Cartulaires de
ce tems -là ,qui sont à laChambre des Comptes
de Paris , et dont les descendans s'etablirent
en la Province du Vexin le Fran-
*
çois , par l'alliance que l'un d'eux fit
avec la Maison de Trye , Branche de
celle de Gisors et Chaumont , issuës l'une
et l'autre de l'illustre et respectable Sang
de nos Kois ; ayant épousé la fille de
Dome Catherine de Trye , fille afate de
Philipe de Trye , Grand - Maître des Arbalêtriers
: Charles de Fontette fit plusicuis
Campagnes volontaire sous le Maréchal
FEVRIER. 1736. 29.5-
réchal de Turenne , fut blessé d'un coup
de feu au secours d'Arras , et fut Offi
cier de la Noblesse à l'Arriereban de
1674 il étoit fils de Charles de Fontette ,
Chevalier, Seigneur du Vaulmain Laincourt
, &c qui avoit été Page de Louis
XIII. et qui commandoit 100. hommes,
de pied François , sous le Duc d'Epernon .
Il fut blessé d'un coup de mousquet au
travers du corps au secours de Corbie ,
dont il mourut peu après.
La Dame de Boulainvillers a eû un fils
cader , apellé le Chevalier de Fontette ,
tué à la Bataille d'Hochstet , étant Cololonel
du Régiment d'Aunix ; son fils aîné,,
apellé le Marquis de Fontette , après avoir
servi d'Aide deCamp au Siege de Namur,
et fait plusieurs autresCampagnes en qualité
de Capitaine de Cavalerie dans les
Régimens d'Orleans , de Ligondés et de
Noailles , a épousé Dame Antoinette-
Magdeleine de Harville- Palaiseau , soeur
de la Marquise de Montperoux , veuve,
du feu Marquis de Montperoux , Mestre
de Camp General de la Cavalerie
et soeur du Marquis de Harville , Maré
shal des Camps et Armées de S. M.
COL
394 MERCURE DE FRANCE
COPIE d'une Lettre écrite à M. l'Abbé
de Rouget
, Abbé d'Aube-
Pierre , par
Mrs Giron
, Vilhies
, Boutaric
, Auguié
et Sourdez
, Consuls
de la Ville
de Figeac
en Querci, le 28 Fevrier
1736.
N
Ous avons l'honneur de vous informer
, Monsieur , que le nommé
Durand Estival , Laboureur , Habitant
du Village de Carbonnieres , Paroisse
de S. Méard , Annexe de Terou ,'
à, trois lieuës d'ici , mourut dans sa maison
le 9. de ce mois âgé de plus de 126.)
ans , étant né le 26. Decembre 1609. Il
a conservé sa vûë très bonne jusqu'à son
décès à la vérité depuis environ 6. ans
il étoit devenu un peu sourd , mais il
ne laissoit pas d'agir et de travailler aux
champs . Son âge est constaté par un Procès
Verbal d'Enquête , qui se trouve au
Greffe de la Senechaussée de Figeac . Nous
sommes avec un profond respect , Monsieur
, &c .
Le 13. Fevrier François Joseph d'Hautefort
, Comte d'Ajat en Périgord , Mestre
de Camp , Lieutenant du Régiment de
Toulouse Cavalerie , par commission du
18. Octobre 1734. neveu de Jean Louis
d'Hautefort , Comte de Bosein , Lieute-
Bant
"
FEVRIER. 1736. 399
nant General des Armées du Roy , Gou
verneur des Ville , Château et Fort de
S. Malo , et premier Ecüier du Comte de
Toulouse , et fils de Bernard d'Hautefort,
Seigneur Marquis d'Ajat , et de D. Marie
Jeanne de Montesquiou de Fages , sa
femme ,fut mariée avec Dlle Anne Marie
Claude du Merz , âgée de 18 ans, fille de
Claude Gedeon Berbier du Metz , Comte
de Rosnay en Champagne , Seigneur de
Rance , Conseiller du Roy en ses Conseils,
Président en sa Chambre des Comp
tes de Paris , et de D. Genevieve Claude
Ragain , son Epouse
En annonçant dans le second volume
du Mercure de Décembre dernier p. 2952 .
le mariage de la Dile de Fervaques avec
le Duc d'Olonne , on a dit qu'elle étoit
fille unique et seule héritiere présomptive
. On s'est trompé. Cette Duchesse
a deux soeurs cadettes ,dont les noms sont
raportés dans le IX . Tome des grands
Officiers de la Couronne p . 272. B..on
a aussi obmis dans les qualités du Marquis
de Fervaques celle de Chevalier des
Ordres du Roy.
Le vingt - huit a été fait en l'Eglise de
S. Sulpice à Paris , le mariage de Jacques
François Moreau , Chevalier , Seigneur
d'Avrolles et de Bonneparre , du Diocèse
de
396 MERCURE DE FRANCE
de Sens en Champagne , Chevalier de
F'Ordre Royal et Militaire de S. Louis ,.
et Capitaine au Régiment des Gardes
Françoises , dans lequel il sert depuis
F'année 1715. fils de feu Charles- Georges
Moreau , Chevalier , Seigneur d'Avrol- .
les , vivant Lieutenant - Colonel du Régiment
d'Agenois , Infanterie , à la tête.
duquel il fut tué à la Bataille d'Hochstet
lele 13. Août 1704. et de D. Henriette-
Françoise de Fournieres de Quincy , son
épouse , avec Dlle Marie - Françoise le
Vayer , fille de Jean - Jacques le Vayer ,
Chevalier , Seigneur de Marsilly la
Gaudriere , &c. Maître des Requêtes :
honoraire de l'Hôtel du Roi , et Prési
dent en son Grand- Conseil et de Dame
Anne- Louise du Pin , son épouse .
*
L

NOMBRE des Baptêmes , Mariages
Enfans Trouvés , & Morts de la Ville
et Fauxbourgs de Paris pendant l'année
1734. sçavoir :
Baptêmes
19835
Mariages 4133
Enfans Trouvés 2654
Morts
14787
Maisons Religieuses , hommes 15122
et filles
3.35
Partan
FEVRIER. 1736. 397.
Partant le nombre des Baptêmes de
Pannée 1734. excéde celui de 1733. de
2010
Celui des Mariages est augmenté de
Celui des Enfans Trouvés est augmenté
de
Celui des Morts est diminué de
240
2344
ARRESTS NOTABLES.
y
du e les Testamens , donnée à Versailles au mois
Août 1735. registrée en Parlement le 3. Février
36. par laquelle il est dit ce qui suit.
Dans la résolution générale que nous avons
ise , de faire cesser toute diversité de Jurispru-,
dence entre les différentes Cours de notre Royauine
, sur les matieres où elles suivent les mêmes
Loix , nous avons donné notre premiere attenzion
aux questions qui naissent sur les disposi
tions que les hommes font de leurs biens à titre
gratuit ; et c'est dans cet esprit que nous avons
fait publier notre Ordonnance du mois de Février
1731. qui fixe la Jurisprudence sur ce qui
regarde la nature , la forme , les charges et les
conditions des donations entre- vifs . Nous suivons
à présent l'ordre naturel , en portant nos
vûës sur un autre genre de dispositions gratuites
, c'est-à- dire , sur celles qui se font à cause
de mort , et où la Loi permet aux hommes d'exercer
un pouvoir qui s'étend au- delà des bornes
de leur vie. L'oposition qui régne à cet égard
entre™
398 MERCURE DE FRANCE
:
entre l'esprit du Droit Romain , toujours favorable
à la liberté indéfinie des Testateurs , et cea'
lui du Droit François , qui semble n'avoir travaillé
qu'à restreindre et à limiter leur pouvoir ,
peut être regardée, à la verité , comme la pres
miere origine d'une varieté de Jurisprudence ,
qui se fait sentir dans cette matiere , encore plus
que dans aucune autre ; mais la principale cause
d'une si grande diversité , a été l'incertitude que
les sentimens des Interpretes, souvent contraires
les uns aux autres , et quelquefois aux Loix inê
mes qu'ils expliquent , semblent avoir répanduë
dans les jugemens. Ce n'est pas seulement sur
des questions peu interessantes que les esprits se
sont partagés , c'est sur les points même les
plus essentiels de la Jurisprudence , pour assurer
la validité et l'effet des dernieres volontés tels
sont la solemnité ou la forme extérieure des dispositions
testamentaires , l'institution d'héritier,
le vice de la prétérition des enfans du Testateur,.
la maniere de laisser ou de fixer la légitime , les
différentes détractions , soit de cette portion
sacrée , dont le privilege est fondé sur la Loi
nar lle , soit de celle que des Loix positives
accordent aux héritiers institués , sous le nom
de Quarte Falcidie et de Quarte Trebellianique ,
le droit d'élection donné par le Testateur à son
héritier enfin l'exécution et l'effet des dispositions
que le domicile du Testateur , le lieu où
le tes aiment a été fait , et la situation des biens ,
semblent assujettir à des Loix différentes , ou
même contraires. C'est sur des matieres si importantes
que nous jugeons à propos de rendre
Ja Jurisprudence entierement uniforme dans tous
les Tribunaux de notre Royaume : notre intention
n'est point de faire dans cette vûë , un changement
FEVRI E. R. 1736.
Jour
gement réel aux dispositions des Loix qu'ils ont
observées jusqu'à présent , nous voulons au contraire
en affermir l'autorité par des regies tirées
de ces Loix mêmes , et expliquées d'une inaniere
si précise , que l'incertitude ou la varieté des
maximes ne soit plus désormais une mariere toûours
nouvelle d'inquiétude pour les Testateurs ,
le doutes pour les juges , et de procès ruineux
ceux mêmes qui les gagnent. Nous ne
ouvions parvenir plus sûrement à un si grand
bien , qu'en nous faisant rendre un compte exact
ats usages et des maximes de chaque Parlement,
u Conseil supérieur de notre Royaume , sur la
natiere des testamens , ainsi que nous l'avons
fait sur celle des donations entre-vifs , et nous y
wons eu la même satisfaction , de voir ces Comagnies
, souvent divisées dans leurs opinions
rais toujours unies par l'amour de la justice ,
adre également , quoique par des voyes difféantes
, au grand objet du bien public . Quand
us n'aarions fait que nous déterminer entre
ts voyes , pour en autoriser une seule , l'établis
thiens d'une regle fixe et certaine auroit toûjours
é un grand avantage pour nos Sujets ; mais
tre affection pour eux a été encore plus loin ,
dans le choix que nous étions obligé de faire ,
ous avons toûjours préferé la régle la plus
forme à cette simplicité , qui a été apellée
nie des Loix , parce qu'elle prévient ces disinctions
ou ces interprétations spécieuses , dont
on abuse si souvent pour en éluder la disposi
tion , sous prétexte d'en mieux pénétrer l'esprit ,
C'est ainsi qu'en éloignant tout ce qui peut
rendre les jugemens incertains et arbitraires
ous remplirons le principal objet de la Loi
qui est de tarir , autant qu'il est possible , la
Source
400 MERCURE DE FRANC
source des procès , d'affermir la tranquillité
P'union des Citoyens , et de leur faire goûter
fruits de cette justice , que nous regardons co
me le fondement du bonheur des Peuples .
de la gloire la plus solide des Rois . Par laqu
Ordonnance le Roi ordonne l'exécution des
articles qui y sont contenus , voulant au surp
S. M. que ladite Ordonnance soit gardée et
servée dans tout son Royaume , Terres et Pay
de son obéissance , à compter du jour de la pu
blication qui en sera faite , et abroge toutes
donnances , Loix , Coûtumes , Statuts et Usag
différens , ou qui seroient contraires aux dis
sitions qui y sont contenuës.
in
ARREST du 9. Août , qui réduit au Denier
cinquante les Rentes ou interêts de la finance ie
quelques Offices de Clercs , Questeurs et Co
missaires aux caves , suprimés en 1634. et
donne que le fonds desdites Rentes ou inter is
sera temis au sieur Couet , Payeur des Charg s
assignées sur les Fermes , pour être employé au
payement desdites Rentes ou interêts , suiva
l'état arrêté au Conseil , et annexé à la minute
du present Arrêt.
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Ciclope , Eglogue , 1º.
Pseconde Réponse aux Questions sur la Sy
fatie ,
Epitre à Mad. la Comtesse , &c.
1
Let
*
Lettre au sujet des Voyages faits par Cesar en
Angleterre ,
Epigramme imitée de Martial ,
206
216
Memoire au sujet d'un nouvel Ouvrage sur l'Eibid.
gypte ,
Remarques d'un Beuveur sur la Langue Françoise
,
219
Question d'Etat , jugé au Parlement de Rouen ,
230
Epitre à M. de Voltaire , sur sa Tragédie d'Alzire
,
Memoires pour servir à l'Histoire du Théatre ,
Le Renard pris au piege , Fable ,
245
247
257
Refléxions ,
258
Lettre au sujet de deux Inscriptions nouvellement
découvertes à Sens , 264
Constantin le Grand , Poëme Héroïque , 2.68
Lettre de M. de V. & c. 273
L'Origine de la Poësie , Traduction , &c .
Enigme , Logogryphes , & c .
275
277
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,

&c. Euvres diverses de M. Pelisson , 280
Recherches sur les Théatres de France , & c . 28 3 ~
Catalogue raisonné de Coquilles , & c . 302
Traité de la Pesfection sur le fait des Armes ,
& c. 315
Epitre en Vers à M. Racine , & c. et Lettre de
M. Rousseau ,
Livres nouveaux Etrangers &c .
>
316
318 Jettons frapés pour le Roy au premier jour de
l'An , gravés , & c,
Chansons notées , &c.
322
337
Spectacles ; Thetis et Pelée , Tragédie , Extrait
328,
L'Ouverture des Indes Galantes , Parodie de
M. F. 343
Alzire , Tragédie nouvelle , Extrait ,
Nouvelles Errangeres , d'Afrique ,
De Russie , Pologne , Allemagne ,
D'Italie , Portugal et Grande Bretagne ,
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , 8.
Nouveaux Ducs et Pairs ,
Loterie Royale de Turin ,
Mort , Mariages , &c .
Durand Estival , mort à 126, ans ,
Baptêmes, Morts et Mariages de Paris p
P'année 1734.
Arrêts Notables ,
༈༙
396
397
P
Errata de Janvier.
Age 46. ligue ro . l'envie , lisex , l'envi
P. 149. 1. 19. l'Amour , l. l'Auteur.
P. 187. i . 13. en , ôtez ce mot.
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 326. ligne 14. un sujet , lisez , c'est un
sujet.
P. 373. 1. 18. ct , ôtez ce mot.
Les Jettons gravés doivent regarder la page 32
Les Chansons notées , la page
Le Tarif de la Loterie de Turin , la page
327
376
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le