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1735, 11, 12, vol. 1-2
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Texte
MERCURE
DE
FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU
ROT.
NOVEMBRE 1735 .
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chez.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
rue S. Jacques.
La veuve ISSOT , Quay de Conty ,
à la lefcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais..
M. DCC. X X X V.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
TILDEN FOUN
AVIS.
ASTORNO
DRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU ,
Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'efti
oujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porier Jur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Ini indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROY.
NOVEMBRE. 1735.
PIECES FUGITIVES ,
D
en Vers et en Prose.
LA RAISON.
ALLEGORIE.
Ans tous les tems, les esprits divisés,
En soutenant deux partis oposés ,
Le plus souvent Défenseurs de l'Ex
trême ,
Des deux côtés ont pris un faux Sistême.
Jamais , je crois , il ne fut question ,
Où parût mieux certe oposition ,
Que lorsqu'il faut assigner les matieres ,
A ij ON
2340 MERCURE DE FRANCE
SAP
Où la Raison peut porter ses lumieres.
L'un refusant de rien examiner ,
Croit ne pouvoir jamais trop la borner ;
La rabaissant , quand même elle l'éclaire
Il croit que tout est problême et mistere ,
Et ne sçauroit soufrir l'avidité ,
Dont il la voit chercher la verité .
2.
L'autre , qu'entraîne une erreur plus coupable ,
Prend pour le vrai , ce qui n'est que probable ;
Pense que rien dans l'espace des Cieux
N'est au - dessus d'un esprit curieux ,
Et que son Dieu formant sa connoissance
La fit égale à son Pouvoir immense.
Ces sentimens , de part et d'autre , outrés ,
Peuvent , je crois , se trouver temperés.
De tous les deux rejettant la manie ,
Voyons ici quel est l'humain génie .
Non , cet esprit , de Dieu même émané ,
Ne sçauroit être à l'erreur destiné ;
Il faut qu'il soit capable de l'instruire ,
Puisque lui seul a droit de nous conduire ;
Mais avouons aussi de bonne foi ,
Que l'Univers n'est pas tout sous sa Loi ;
Et que s'il veut trouver la certitude ,
Il doit souvent limiter son étude .
Pour éclaircir ce principe certain ,
Considerons notre premier destin
At retraçons l'afligeante Peinture
2
DI
Du changement qu'a reçu la Nature.
Avant qu'Adam , par la femme séduit ,
Eût mis la main à ce mistique fruit ,
Dont l'incroyable et fatale Puissance
A cangrené l'homme dans sa naissance ;
lié d'indissolubles fers , Et que
Sa vanité l'eût soumis aux Enfers ;
De sa raison la lumiere divine
Marquoit le prix de sa noble origine ;
1
Son vif essor , sans jamais le tromper
A ses regards , sçavoit déveloper
Tous ces secrets , ces ressorts admirables
De la Nature Agens invariables ;
Et s'élevant à la divinité ,
Voyoit sa gloire et son immensité .
O ! Juste Dieu , se peut -il qu'une pomme
D'un si beau don , ait sçû Jépouiller l'homme ,
Et qu'un forfait qu'Adamn seul a commis ,
A ses Enfans soit à jamais transmis ?
Quoi ! ces esprits , qui de ta main feconde
Sortent en foule et vont peupler le Monde ,
De ta vengeance , objets infortunés ,
Sont-ils pécheurs avant que d'être nés ?
Mais sans aller d'une voix criminelle ,
Interroger la Justice éternelle .
Soumettons-nous ; adorons ses Arrêts ;
Lors donc
Et pleins de foi , poursuivons nos projets.
l'homme cut passé les limites
A iij
que
Que
2342 MERCURE DE FRANCE
Que de sa main Dieu même avoit prescrites ,
Soudain ce Dieu terrible en sa fureur
A sa Raison vit succeder l'erreur ;
Adam n'eut plus , prêt à trahir son Maftre ,
Qu'un vain désir d'aprendre et de connoître ,
Qui l'égarant en mille obscurs détours ,
Lui fit bien- tôt un fleau d'un secours .
Dès-lors combien de frivoles pensées !
D'opinions honteuses , insensées !
Quel noir essain de sentimens pervers ,
Vinrent sans nombre infecter l'univers
L'un regardant cette pompe éclatante ,
Que sous nos yeux la Nature presente ;
De ces beautés , où se montre tant d'art ,
Pour Ouvrier soupçonne le hazard ,
Ou Partisan d'un étonnant Problême ,
Ose douter s'il existe lui - même.
L'autre voulant du Maître des Humains
Aprofondir les decrets souverains ,
Découvre en vain qu'un voile impenetrable
Cache à ses yeux cet Etre inconcevable ;
Loin de ceder à tant d'obscurité ,
Il aime mieux dans sa stupidité
Former l'image , et coupable et grossiere
D'un Dieu marqué des traits de la matiere ,
Que reconnoître un Esprit Créateur ,
Dont il ne peut concevoir la grandeur.
De cette source impie et sacrilege ,
Sortit
NOVEMBRE . 1735. 2343
Sortit bien -tôt ce monstrueux cortege
De Dieux muets , de profanes Autels ,
Qui font encor l'oprobre des Mortels .
Que n'en peut-on ravir à la memoire .
L'humiliante et déplorable histoire !
Et que ces temps à nos neveux cachés ,
De l'Univers
ne sont - ils retranchés
!
Là , possèdé d'une aveugle folie ,
Devant le Marbre un Peuple s'humilie
Ici , soumis aux plus vils animaux
,
Il en attend et ses biens et ses maux,
Moins criminel
, si dans ses Sacrifices
Il ne versoit que le sang des Genisses
!
Et si souvent , pour plaire à ces Dieux sourds,
Des Humains
, même , il ne tranchoit
les jours,
Enfin ce Dieu dont l'équité sévere
Avoit sur l'homme épuisé sa colere ,
Sensible encore à ces touchans ma heurs ,
Voulut finir le cours de tant d'horreurs.
" Ouvrage ingrat , une haine éternelle
» Devoit s'aigrir contre ton coeur rebelle ;
» Mais ma bonté , dit - il , suit d'autres Loix ,
Et veut encor l'éclairer une fois ;
» En ta faveur ma justice adoucie
Ne tiendra plus ta raison obscurcie ;
» Bien- tôt tes yeux de tenebres couverts ,
» A la clarté s'en vont être rouverts ;
» Les Airs , les Eaux , les Astres et la Terre ,
A iiij
» Ces
2344 MERCURE DE FRANCE
» Ces Corps divers que l'étendue enserre ,
» De ton étude objets infructueux ,
» Vont devenir pour toi moins tortueux ;
» Cherche ces Loix évidentes , sensibles
» Du mouvement , principes infaillibles ;
» Aprens pourquoi ce trait en l'air lancé
» D vers la Terre est toujours repoussé ;
» Dans le Soleil quelle force subtile
» Si loin de lui peut rendre un champ fertile ;
»Par ses rayons rompus et renvoyés ,
» Comment les corps sont differenciés ;
» Si sa substance ou quelqu'autre matiere
» Vient à tes yeux transmettre sa lumiere ;
Pourquoi la Mer par un contraire effort ,
»Tantôt inonde et tantôt fuit son bord ;
ל כ
» Comment le Ciel stable en sa Sphere immense
» D'un cours rapide a pour toi l'aparence.
» De là descends aux Etres animés ;
n Voy les ressorts dont je les ai formés.
»Dans ces canaux , adınire ce fluide ,
O de leurs jours le principe réside ;
» Ce sang qui seul coulant dans tous ces corps
» Nourrit , anime , entretient leurs acords .
» Tous ces objets où ma sagesse est peinte
Te rempliront de respect et de crainte
» Et prouveront de ma Divinité
» Et la nature et la nécessité.
» Mais ce n'est point cette seule science
» Que
NOVEMBRE. 1735. 2345
>> Que dans ce jour ma bonté te dispense
» Et des objets plus grands , plus élevés ,
» A tes regards sont encor réservés.
» Ce feu sacré , cette divine flamme ,
» Qui constitue et distingue ton ame ,
> Doit de ses dons voir la sublimité ,
›› Et démontrer son immortalité ,
22 Enfin , ton Dieu , ton Créateur lui - même
Veut abaisser sa Majesté suprême ,
» Et dans ton coeur peindre ces attributs ,
>> A qui tu dois tes voeux et tes tributs .
» Connois moi donc , ma puissance infinie
» De l'Univers a formé l'harmonie ;
» Ces vastes Corps , ces Astres que tu vois ,
→ Du noir cahos sont sortis à ma voix ;
» Etre éternel , mon immuable essence ,
» De tous les temps préceda la naissance ;
→ Dans l'avenir les faits ensevelis ,
» N'ont à mes yeux ni détours ni replis ;
» Ma voloné regle les destinées ,
ג כ
Je tiens en main tes jours et tes années ;
» De mon pouvoir l'immédiat concours
» Seul en maintient et gouverne le cours ;
» Dans tous les coeurs ma sagesse immortelle
» Mic cette Loy sensible et naturelle ,
» Qui vers le bien dirigeant tous tes pas ,
» T'en offre un sur , au- delà du trépas ,
Mais qui par toi trahie ou négligée ,
A V » Par
2346 MERCURE DE FRANCE
1
» Par mille horreurs est à jamais vengée.
»Voilà le terme et le juste horison
» De ce que peut embrasser ta raison ;
» Mais que jamais un Mortel témeraire
» N'ose avancer jusqu'à mon Sanctuaire ,
» Ni de mes Loix , orgueilleux Scrutateur ,
>> Sonder en vain l'immense profondeur ;
» Soumis sans borne à mes Arrêts augustes ,
Pense qu'ils sont toujours saints , toujours
justes ,
Et si souvent à ta raison voilés ,
De sa lumiere ils sont trop reculés ,
» De ton état regarde la bassesse ,
Et ne t'en prens qu'à ta propre foiblesse.
» Par ton esprit qu'un fait soit rejetté ,
» S'il en conçoit l'impossibilité ; Ce que lui montre une science claire
» Du vrai toujours aura le caractere ;
Mais pense aussi qu'un suprême pouvoir
Fait plus cent fois qu'on ne peut
و ر
30
"
39
concevoir.
Aprens encor que le don de comprendre ,
Qu'à ton esprit aujourd'hui je vais rendre ,
Ne t'instruira des sujets ignorés
Qu'avec effort et toujours par degrés ;
Que ces secrets , ces sublimes merveilles
» Seront le prix des travaux et des veilles ;
Et que souvent dans ta perplexité
Tu sentiras ton infidelité.
Ainsi
NOVEMBRE . 1725. 2347.
Ainsi parla l'Auteur de la Nature.
Dès cet instant une clarté plus pare
Vint dissiper ce vain amas d'erreurs ,
Et nous fit voir de moins fausses lueurs
La verité , de la Terre exilée ,
S'y vit enfin connuë et rapellée ,
Et vint d'abord sous des voiles épais
A la Raison montrer ses premiers traits ;
Depuis ce temps , cette ardeur héroïque
Qui sans relâche à la chercher s'aplique
De jour en jour étendant ses progrès ,
L'instruit , l'éciaire , il la voit de plus près.
Vous donc , Esprits , dont les clartés celebres
De tant d'objets écartent les tenebres ,
Qui renfermez dans vos travaux divers
Les Elemens , les Cieux , les Eaux , les Airs ,
Vous qui cherchez la science profonde
De penetrer les Mysteres du Monde ,
Si quelquefois cette aimable clarté
Semble vouloir vous cacher sa beauté ,
Par une étude ardente , redoublée
Percez la nuit qui vous la tient voilée ;
C'est votre bien ; mais il faut le ravir ;
Et si le temps peut seul vous l'asservir ,
Sçachez aussi qu'une peine assiduë
Fut rarement inutile et perduë ;
Lorsque l'esprit sçait vraiment s'attacher ,
1
Il trouve plus qu'il ne croyoit chercher
A vj Et
2348 MERCURE DE FRANCE
• Et quoi qu'en dise une foule ignorante
Notre raison , active , pénettante ,
Sans attenter aux Celestes Decrets ,
De l'Univers peut sonder les secrets.
Par le sieur de la Vicomterie , Fils de
M. de la Bretonniere , Avocat du Roy
à Thorigny en Normandie.
SUIT E de la Lettre du sieur Thiout,
Horloger , à M. le Chevalier de .... en
reponse de celles de M. P. le Roy , inserées
au Mercure de Sept. 173 3. May es
Juin 1734.
I
L s'agit ici , Monsieur , de rassembler
quelques reflexions pour persuader
M. le Roy que toutes nos contestations
sont fondées sur des faits que nous rencontrons
tous les jours dans notre Art ;
pour le prouver et repondre à ces Lettress
je suivrai l'ordre de sa premiere en commençant
par dire. Que la reparation qu'il
fait au sujet du ridicule qu'il a donné à
nos Quantiémes est venue un peu tard.
Mais enfin elle est venue , il faut lui en
tenir compte. Il étoit donc nécessaire de
le faire convenir du contraire de ce qu'il
avoit avancé , pour effacer la mauvaise
idée
NOVEMBR E. 1735. 1349
idée
que l'on auroit pû s'en être formée
à la lecture de sa Lettre .
M. le Roy croit avoir raison sur ses
échapemens ; en 1727. il a publié avantageusement
celui à une palette , aujourd'hui
il dit l'avoir abandonné , quoiqu'il
soit , dit il , unefois plus juste. Cela confirme
ce que j'en ai dit , et la replique
qu'il fait le prouve , je vais,M vous en convaincre
sensiblement . Lagrandeur , dit il ,
que M. Thiout reproche à la Palette , et qu'il
dit queje suis obligé de lui donner ; pouroit
en imposer à ceux qui n'auroient point vâ cet
Echipement , mais le reproche tombera bientôt
, & c. ›
Un moment après il dit , Quoique le
Rouage n'éxerce son action que sur unePalette
, ill'exerce sur une partie double.
Que pensez - vous , Monsieur , de la contrarieté
de ces raisonnemens ? je suis un
imposteur , il n'y a qu'un moment , quatre
secondes après , j'accuse juste : mais
puisque cet Echapement est si bon , et que
M. le Roy dit qu'il n'y a rien qui empêche
de lui donner la preference , d'où vient l'a
t'il donc abandonné ? il faut bien croire ,
que c'est la declaration que M. du Terre
fit quelques mois après la sienne , où il lui
en disputa l'invention qui en est cause.
M. le Roy convient avec moy après l'avoir
2350 MERCURE DE FRANCE
voir disputé , que la Palette est le double
plus longue , il convient aussi que l'irregularité
du ressort accelere extrêmement
les vibrations ; car il dit qu'il faut une
Courbe pour les corriger, il convient encore
avec moi que la moitié des Vibrations sont
indépendantes du Roüage. Enfin il convient
avoir fait plusieurs experiences de
cet Echapement et en presence de connoisseurs
, et après tout cela il declare
qu'il l'a abandonné pour reprendre l'ancien
, peur-on des preuves plus sensibles
de la verité que j'ai avancée ?
M. le Roy ne devroit pas ignorer , luy
qui étoit ami de M. Sully , qu'il avoit des
Echapements à rolle de rencontre à Palettes
raportées , et j'en ai par hazard conservé
un qui a été vû de plusieurs connoisseurs
qui s'est trouvé dans les ouvrages
que j'ai achetés de M. Sully ; je ne suis
pas le seul qui en ait vû ailleurs . Vous
voyez , Monsieur , qu'il n'a pas plus de
raison de se donner pour Auteur de cerre
addition
, que de se dire l'Auteur de l'Echapement
à une Palette. Si cette perfection
avoir été nécessaire , on peut croire
qu'il y a long temps qu'elle seroit en usage.
Il est donc inutile qu'il se fonde làdessus
pour nous dire que la justesse des.
Pendules ne lui paroît pas suficante. Ne
sembleroitNOVEMBRE.
1735. 235 %
sembleroit-il pas que celles que nous
avons faites jusqu'à
present soient bien
inferieures
aux siennes ? Je me suis, dit il,
attaché a augmenter
cette justesse ; Pour y
parvenir
j'ai imaginé
une nouvelle
maniere
de faire les Palettes. Si je ne craignois ,
Monsieur
, de trop grossir ma Lettre , je
prouverois
par des experiences
de plus
d'un siecle , l'inutilité
de ces Palettes
raportées
, et dans la preuve
que j'en donnerois
, je ferois voir clairement
qu'elles
sont plus nuisibles
qu'utiles
.
M. le Roy dit. L'attention qu'il a faite
pour reconnoître la façon dont je m'y prends
pour rendre égale Paction du ressort , ne la
pas mené au but; car la maniere de le faire,
qu'il croit la seule , ne l'est pas ; il y en a an
moins une seconde , & c.
Il faut que M. le Roy ait une bien mauvaise
idée de mes connoissances , s'il s’imagine
que j'ignore qu'il y a deux methodes
après la fusée pour regler l'action du
ressort. Mais en attendant qu'il prouve
mieux sa pretenduë decouverte , il me
permettra de croire qu'il n'en a point
fait.
Il dit que la Methode que je cite a un inconvenient:
Ne pourois - je pas lui demander
si celle dont il se sert en est exempte?
il faudroit avoir bien peu de connoissance
dans
2352 MERCURE DE FRANCE
dans l'art , pour ignorer que ce même art
nous fournit plusieurs moyens d'y remedier
; mais pourquoi éluder la vraye
question sur si peu de chose ? je supose
que ce défaut subsiste ; a- t'il quelque raport
à ce que M. le Roy avance formellement
? quand il dit : J'ai trouvé moyen de
rendre plus égale l'action dugrand ressort sur
le mouvement de la pendule , certainement
il ne s'agit point ici d'inconvenient , mais
d'une mécanique toute nouvelle ; f'ai ,
du- il , imaginé cet expedient en 1725. et je
l'apliquai à une Pendule que je fis pour
Cour d'Espagne , dont la justesse fut reconnue
par M. d'Onsembray. Sur cet exposé
ne sembleroit- il pas que cette importante
découverte fut d'une datte toute
fraiche cependant il est notoire qu'elle
se trouve être de la plus ancienne Hor
logerie , tout le monde en a la preuve
dans les mains ; on l'a toujours pratiqué
avec succès, sans que personne se soit avisé
de s'en déclarer Auteur sous quelque
pretexte que ce fût
la
M.le Roy dit qu'il y a encore à sa Pendule
plusieurs particularités dont il nousfera
part une autre fois ; si elles sont dans le
goût des précedentes , on l'en dispense ,
car on peut croire qu'elles ne seront pas
fort interessantes ; voilà des façons nouvelles
NOVEMBRE. 1735. 2353
velles de perfectionner l'Horlogerie qui
ne resident que dans son imagination : à
l'égard de ce que j'ai dit qu'il y a des Horlogers
qui observent de tenir le premier
Pignon plus petit pout corriger l'action
du ressort , M. le Roy a tort d'en tirer
avantage contre moy . Est- ce adopter un
sentiment que de dire qu'il a été en usage
c'étoit celui d'une partie de nos habiles'
Horlogers il y a 20. ou 30. ans ; leurs
Ouvrages qui éxistent en font foy , si
leurs raisons n'étoient pas si longues , je les
raporterois uniquement pour le satisfaire ;
car, quoiqu'elles ne soient pas denuées de
vraysemblances , elles ne sont pas assés
de mon goût pour les adopter.
Je pourois , Monsieur repondre à tous
les articles de ces Lettres et à toutes les
lignes de la description que M. le Roy
fait de sa détente et de celle de M. Anderlin
, mais il sufira pour vous faire voir
qu'il se trompe , d'en donner les figures ;
je veux bien en prendre la peine. En cela
je satisferai à la demande qu'il m'en a
faite dans sa lettre de Decembre 1733.
La premiere est celle de M. le Roy ,
composée de quatre Talus ou Plans inclinés
( quoiqu'il n'en déclare que deux. )
Le Cercle A. représente celui d'Equation ,
après lequel est attaché le Cercle B. II
porte
2354 MERCURE DE FRANCE
porte trois Talus , un qui est très obtus
tourné du côté de la platine pour lever la
détente C. & les deux autres sont aigus
qui se présentent du côté de la Roue des
Minutes E. de sorte que ladite Roue des
Minutes ayant un autre plan pareil ,
quand elle vient à tourner elle oblige par
ces deux Talus de faire aprocher le Cercle
de la Platine , et en
s'aprochant fait
lever la détente qui a aussi un Talus par
ticulier de sorte qu'au moment que la
détente va tomber , il y a quatre Talus à
la pointe de leurs sommets; enfin la Roue
de Minutes continuant de tourner , deux
Talus se dégagent et la détente tombe ;
vons voyez,M. que M. le Roy pense differemment
que tout le reste des Horlogers
, puisqu'il fait consister la bonté de
sa détente dans un gênement continuel .
Il dit qu'elle a deux avantages sur les détentes
même ordinaires , ce qui auroit merité
qu'on suprimât celles qui ont été faites jusqu'à
present , s'il avoit accusé juste ? j'ay
voulu m'assurer si ces
raisonnemens s'accordoient
à
l'experience , et pour cet
effet j'ai démonté un mouvement où j'ay
fait une détente pareille , lui donnant
tous les avantages dont elle étoit susceptible
; ensuite j'ai fixé une poulie sur le
Pignon de la Roue de Minutes où j'ay
envelopé
EMDA E. 1735. 2315
envelopé un fil qui suspendoit un bassin
de trebuchet ; j'ai trouvé qu'il falloit un
gros , 48. grains pour faire équilibre avec
Cette détente . J'ai fait la même experience
avec la détente ordinaire , j'ai trouvé
le même poids , moins quelques grains;
je conclus donc qu'elle n'a pas deux avan
tages , comme M. le Roy dit , puisqu'il
fut la mê ne force à l'une qu'à l'autre ,
elle a de plus les frotements de quatre
Talus , que la détente simple n'a pas , et
qui sont de la derniere consequence, quand
la Pendule devient sale. La preuve de cela
, Monsieur vous paroîtra surprenante.
Si on met de l'Huile épaisse sur ces Talus
, la detente devient si rude, qu'il faut
deux onces et plus pour la fire agir au
lieu d'un gros 48. grains qu'il falloit auparavant.
J'ai repeté la même expérience avec la
détente simple , il n'a paru aucune sensibilité
; on peut donc raisonnablement
conclure que la détente de M. Anderlin
faite sur le principe du Levier, a 8.ou 10 .
fois plus d'avantage que celle de M. le
Roy , est par consequent plus douce , et
en cela preferable . Je crois , Monsieur
que si M. le Roy avoit pensé à faire cette
expérience , il ne se seroit jamais avisé
de mettre au jour une détente des plus
contraires
2356 MERCURE DE FRANCE
contraires à la perfection de l'Horlogerie,
et qu'il n'auroit pas avancé , Qu'il s'éionnoit
de ce que M. Anterlin qui avoit vû
`la sienne , et qui étoit si habile homme , eut'
pu penser à faire une si mauvaise dérentes
l'experience, par malheur , n'est pas d'accord
avec ces raisonnemens.
Un autre défaut de la détente de M. le
Roy que je ne dois pas obmettre , c'est
qu'elle occupe environ 7. ou 8. lignes de
hauteur, et que celle de M. Anderlin n'en
Occupe au plus que deux . Il est surprenant
que M. le Roy qui est si bon menager de
Place ( usqu'à traiter de grand défaut un
Auêt de Barillet qui auroit une demie ligne
de plus qu'un autre ) employe une
détente qui a 5 à 6. lignes de plus que
celle qu'il ne veut pas aprouver ,si on vouloit
lui donner moins de hauteur elle
deviendroit dure à ne pouvoir raisonnablement
servir : vous voyez , Monsieur
que la détente de M. Anderlin qu'il méprise
tant , encore en cela 5.0u6 . avantages
que la sienne n'a pas .
La seconde figure est celle de M. Anderlin
qui est destinée au même usage ;
quand la Roue de Minutes tourne , une
des chevilles entraîne le levier A. qui
porte le cliquet B. qui va donner dans
les dents du rochet C. et l'oblige de tourner
NOVEMBRE . 1735. 2357
mer avec lui par une cheville qu'il porte ,
leve la détente D. le levier A échapant ,
le Rochet s'en retourne et la détente
tombe.
Il y a lieu , Monsieur , de s'étonner
que M. le Roy raporte hors de propos
et tourne en ridicule les projets de Pene
dule d'équation que j'ai presentés à l'Académie
Royale des Sciences en 1724.
Aparemment qu'il n'étoit pas si déraisonable
qu'il le veut faire entendre , puisqu'ils
ont été aprouvés comme chose qui
pouvoit être executée avec succès ; mais
M. le Roy s'est imaginé qu'il m'en falloit
rester là , et qu'il m'étoit défendu
de simplifier mes idées. Il a encore jugé
propos d'avancer que
à que celle que j'ay pre-
-
sentée en 1726. à l'Academie, est une copie
de celle deM. leVicaire de S.Cyr , mais
s'ensuit il , parce que deux Auteurs
ont fait chacun un Ouvrage pour produire
le même effet , qu'ils ne puissent pas
être differemment construits ? ce raisonnement
qui naît naturellement de celui
de M. le Roy , marque en lui trop de
passion , car il signifie : voilà deux Pendules
à Equation , faites par M. le Vicaire
de S. Cyr et Thiout , separément
l'une de l'autre , donc elles sont semblables.
Comment trouvez vous , Monsieur,
cette
2358 MERCURE DE FRANCE
cette facon d'argumenter ? et quand Mrs
Quare & Tompion , celebres Horlogers de
Londres , firent separément chacun leur
premiere Montre à repetition , le Parlement
ou le Conseil qui decerna le prix de
la perfection à l'un des deux , ne s'avisa
pas , à cause que c'étoient deux repetitions,
de les juger semblables ; au contraire sa
décision marque qu'il sçut mettre de la
difference entre une repetition et une repetition.
Il est vrai qu'ils n'étoient pas
Horlogers.
Heureusement je puis démontrer la
difference qu'il y a dans la construction
de ces deux Ouvrages. Une preuve que
M. le Roy ne connoît que très imparfaitement
l'un et l'autre , c'est qu'il commence
par dire qu'il y a cinq Aiguilles à
ma Pendule qui ont chacune leur queйe
qui fait que l'on voit dix rayons qui parient
du centre , et qui font demander à ceux qui
regardent cette Pendule , quele beure il est.
ce
Si M. le Roy ne l'avoit pas vue , il lui
seroit pardonnable de raisonner ainsi : il
ya à ma Pendule des pesanteurs aux
Aiguilles pour les rendre d'équilibre ; en
cela e le est plus conforme aux principes
de l'Horlogerie que celle qu'il cite ; elle a
son Cadran à secondes au centre qui couvre
ces pesanteurs , de sorte qu'il ne paroît
NOVEMBRE . 1735. 2359
toit que deux Aiguilles très distinctes
pour marquer les heures et les minutes
du temps vrai , personne ne peut s'y méprendre
; elle a deux autres Aiguilles im
perceptibles pour marquer le tems moyen,
ce que j'avance se peut verifier par plusieurs
que j'ai faites ; la premiere est chez
M. le Chevalier de Bethune , rue S. Nicaise,
qui se fera un plaisir de la montrer. Vous
avez vû , Monsieur , celles que j'ai faites
pour leursMajestés leRoy dePortugal et le
Koy de Sardaigne , aussi bien que celle- la;
Vous sçavez que ces dernieres ont été vûës
chés les sieurs Slots au vieux Louvre , de
tous les Curieux de Paris qui n'y ont point
trouvé ce défaut .
Jay outre cela un Certificat de l'Académie
qui prouve le contraire de ce que
M. le Roy avance ; ce qu'il dit de la Pendule
de M. leVicaire de S. Cyr , et ce qui
en est marqué par M. Gallon , prouve
contre lui qu'elles ne sont pas pareilles.
Elles tendent effectivement au même but;
mais par des voyes et des changemens de
pieces differentes .
M. le Roy qui dit connoître ces deux
Quadratures , auroit dû me rendre plus
de justice il n'a , sans doute , pas pris garde
qu'elles different par bien des endroits.
1. L'une marque les secondes au centre
, l'autre ne les marque pas
2360 MERCURE DEFRANCE
2. A l'une la Courbe est creuse en rainure
, et l'autre ne l'est pas.
he
3. L'une a un Rateau d'une portion
de Cercle , l'autre a un Levier brisé qui
suit la rainure.
4. L'une a un ressort au centre qui tire
le Rateau sur la Courbe , et qui empêche
les moindres balotages à l'Aiguille
des minutes , l'autre n'en a point.
5. L'une a plusieurs grandes Roües et
Pignons pour faire tourner la Roüe annuelle
; la mienne n'a que deux Vis et un
Pignon c'est là seulement la difference
que M. le Koy en fait.
:
6 L'une a un pont qui porte la Quadrature
, l'autre n'en a point; un éxamen plus
long en feroit voir , sans doute , encore
beaucoup d'autres ; enfin ma Quadrature
doit être très lourde , selon M. le Roy ,
pour avoir de la solidité ; il est cependant
constant qu'elle ne pese qu'environ 4.
onces y compris ses Aiguilles , et qu'elle
est très solide . J'en ai fait pour de petites
Pendules qui ne pesent qu'environ
deux onces et demi , étant parfaitement
d'équilibre et mobiles sur un canon d'acier
fixe qui leur procure infiniment davantage.
C'est , Monsieur , ce qui fait diş
re à M. le Roy que ce Paradoxe de Mecanique
ne donne pas un prejugé avantageux
des
NOVEMBR E. 1735 2361
des lumieres de l'Auteur , ce qui pouroit bien
lui faire refuser la confiance qu'il demandə
par son imprimé.
Pour prouver encore le peu d'équité de
ces raisonnemens , je raporterai un passage
du Certificat de l'Académie du 9.
Fevrier 1726. où il est dit : De plus il a
mis à ces Aiguilles des queues pesantes, afin
qu'elles soient en équilibre et l'assemblage de
toute cette Quadrature mobile y est tellement,
qu'il nefaut qu'une once et demie d'augmen
tation au poids , pour faire aller la Pendule
lors qu'elle y est.
J'ai fait la même expérience avec un
mouvement semblable en tout , excepté.
que les Aiguilles étoient à l'ordinaire; j'ay
trouvé qu'il falloit plus de 5. onces.Cette
façon de tenir une pareille Quadrature
d'équilibre et de la faire porter sur un
pont d'acier , procure donc l'avantage
que vous voyez .
Comme l'expérience est la plus forte
preuve de la bonté et commodité de mes
Pendules , j'insere ici les témoignages de
satisfaction que je viens encore d'en recevoir
dans une Lettre de M. le Marquis
de Cavatour, écrite de Turin le 23. Öct.
1735.où après m'avoir dit des choses obligeantes
sur les Ouvrages que j'ai eu l'honneur
de faire pour leurs Majestés , il ajoûte.
B Mais
2362 MERCURE DE FRANCE
Maisje ne puis assés faire les Eloges de celle
que jai gardée pour moi , je ne m'en déferois
pas quand on voudroit m'en donner quatre
fois autant , elle est reduite au point qu'il n'eșt
jamais question d'y toucher , j'ai été six mois
absent de Turin , j'ai emporté la clef, ensorte
qu'on ne putfaire autre chose que la monter
regulierement, à mon retour l'ayant confrontée
avec un bon Meridien , je n'y ai trouvé aucune
variation , pas même de secondes.
Enfin, Monsieur , je n'ai aucun merite,
selon M. le Roy , d'être le premier qui paroît
avoir fait sonner le temps vray aux
Pendules d'Equations , parce que je n'ay
pas employé une detente aussi composée
que
la sienne.
A l'égard de la question que M. le Roy
me fait à l'occasion du demi Cercle , il
paroît qu'il n'a point fait l'attention qu'il
devoit à l'imprimé qu'il cite ; il n'a qu'à
le relite , il trouvera que j'ai dit que cette
utilité ne se trouvoit pas dans d'autres
Pendules.
Il me permettra ,à mon tour, de lui faire.
aussi une question , sçavoir , pourquoi il
dit que dans les autres Pendules d'Equation
on voit distinctement les heures et les minutes
beaucoup mieux que dans celles deM.
Thiout , je crois bien qu'il n'entend pas
mettre celles à Cercle sur les rangs, mais
celles
1
1
E D
Detente dem
LeRoy
Fig.2
B
Detente dem
Enderlin .
Fig.1
C
NOVEMBRE. 1735. 2383
celles qui sont faites sur le principe de la
mienne , avec des Aiguilles au centre du
Cadran , qui ne peuvent differer que par
des fleurons grands ou petits , noirs ou
blancs.
A l'égard de la methode que M. le Roy
employe pour faire tourner le Cercle , il
prétend l'avoir imaginée depuis fort longtemps
que cela soit vrai ou non , la découverte
est de trop petite consequence
pour meriter aucune attention n'est- ce
pas , en effer , un grand effort d'imagination
que de faire angrener à angle droit
une petite Roue dans une grande.
}
Ce que je dis ici ne détruit pas la bonne
idée que j'ai de sa capacité , je le tiens
pour bon Horloger , parce que j'ai vû de
fort bons Ouvrages de lui j'en ai vû
aussi de mediocres ; mais je ne suis pas
assés peu équitable pour juger sur le
moindre , quand je le puis faire sur le
mieux ; et je sçai d'ailleurs que tout le
monde n'est pas d'humeur à payer les
bonnes choses ce qu'elles valent. C'est ce
qui met les habiles gens dans la malheureuse
nécessité de laisser sortir de leurs
mains des morceaux inferieurs à ceux
qu'ils seroient en état de produire, s'ils en
étoient bien payés .Vous voyez, Monsieur,
que je rends justice à la capacité de M. le
Bij Roy
2364 MERCURE DE FRANCE

Roy ; il me pardonnera si je n'ai pas une
aussi bonne idée des découvertes qu'il
nous annonce ; je ne vois rien dans aucune
qui sente le grand Horloger ; qu'il
nous donne du neufqui merite une réelle
consideration , ou qu'il cesse de donner à
ses petites découvertes plus de valeur
qu'elles n'en ont , et pour lors il trouvera
en moi un admirateur sincere.
Il s'en faut bien qu'il me traite avec la
même justice , car il fait paroître par ses
Lettres des discours désavantageux à ma
reputation sur l'Horlogerie ; je suis blessé
de ce procedé avec raison , et je ne sçais
qu'un moyen de convaincre le Public de
celui de nous deux qui merite mieux
l'honneur de sa confiance.
Je propose à M. le Roy de faire par ses
mains et de sa composition , une Quadrature
de Montre , qui comme nos Peng
dules au quart , sonne par elle- même ';
d'abord les quarts et ensuite les heures, et
qui puisse repeter par le moyen d'un
poussoir , les heures et ensuite les quarts ,
n'ayant qu'un seul rouage et deux mar
teaux , ayant la proprieté de ne point dé
vuider quand on fera repeter ; qu'elle
puisse aussi avoir une piece de silence et
un bouton pour faire repeter les heures à
chaque quart , avec une sourdine , et de
pl.
NOVEMBRE . 1735. 2365
plus , elle marquera les secondes concentriquement.
Comme j'offre d'en construi
re et executer moi même une semblable ,
il ne seroit pas digne de nous de ne faire
qu'une Montre commune , et l'ouvrage
que je lui propose est assés au dessus de
P'ordinaire pour faire honneur à l'habileté
de celui qui y réussira le mieux .
J'offre en outre de me trouver où il
voudra pour convenir entre nous du
choix d'un de nos confreres à qui-nous
laisserons la liberté de se joindre à six ou
douze Horlogers des plus habiles de Paris
pour juger avec lui de la superiorité de
nos ouvrages , et après leur avoir présenté
le plan ou calibre de ladite piece ,
ils delibereront sur les moïens de s'assurer
par telles voyes qu'il leur plaira , de nos
fidelités à l'éxecuter nous-mêmes , et après
leur éxamen fait de l'exécution , ils donneront
leurs avis signés que nous -communiquerons
au Public.
Voilà , Monsieur , la proposition que
je fais à M. le Roy à qui je ferai demander
quinze jours après la publication de
cette Lettre , s'il est d'humeur à accepter
mon défi , et je lui déclare dès à- present
que , de quelque nature que soient les
raisons dont il pouroit se servir pour le
refuser, je ne les attribuerai qu'à son in-
Bii capacité ,
2366 MERCURE DE FRANCE
capacité , et que je commencerai incessamment
ledit ouvrage , à l'éxecution
duquel j'invite Mrs les Horlogers de me
faire l'honneur de se trouver quand il
leur plaira , pour être en état de témoi
gner et constater mon sçavoir- faire . Il
ne me reste plus qu'à ajoûter que si M.
le Roy ne me fait pas l'honneur d'accepter
mon défi , je ne lui ferai plus celui de
repondre à aucune des Lettres qu'il pouroit
écrire contre moi , il lui sera libre à
son gré d'étaler son éloquence ; pour
moi je me contenterai de prouver ma petite
capacité par mes ouvrages ; je laisse
au Public et à vous , Monsieur , à juger
qui de nous deux aura pris le meilleur
parti. J'ay l'honneur d'être , & c.
J
BOUQUET
Eune Iris , vos tendres charmes
Font les plaisirs de tous les yeux ;..
Dans les vôtres brillent les armes
Du plus charmant de tous les Dieux.
Quand Venus, du sein de l'Onde ,
Naquit plus belle que le jour ;
Que
NOVEMBRE. 1735. 2357
Que n'étiés - vous alors au Monde ,
Vous series Mere de l'Amour !
Mais déja vous donnez l'être
A ce Dieu Maître des vainqueurs
Vos divins regards le font naître
Et l'enchaînent dans tous les coeurs.
En ce jour ma voix timide
Porte ses accens jusqu'à vous ;
Jeune Iris , le ze le est mon guide ,
Si je plais , mon sort est trop doux.
L'Affichard.
RELEXIONS sur l'Opera des Indes
Galantes , adressées à M. le Comte P...
Staroste de Robaczevvski.
'Idée de ce Balet est charmante : c'est
dommage qu'elle n'ait pas
cutée dans toute son étendue. Un dessein
plus galant ne pouvoit mieux convenir
à la situation présente de l'Europe.ll semble
que
l'Auteur n'en ait pas aperçu toute
la richesse , puisqu'il n'en dit rien dans
son Avertissement ; cependant le Prolo
gue nous l'étale avec toute sa magnifi-
B iiij cence ;
2368 MERCURE DE FRANCE
cence ; mais il n'y a que la Fête des Incas
, qui remplisse pleinement l'attente
du Spectateur.
On regrettera toujours la briéveté et l'a
sécheresse de la troisiéme Scene de ce
Prologue. On convient qu'un air brusque
est dans le vray du caractére de Bellone :
mais ce n'étoit pas s'en éloigner beaucoup ,
que de lui faire rendre quelque raison de
la précipitation avec laquelle elle vient
dépeupler la Cour d'Hebé;six Vers de plus,
dans lesquels elle auroit dità la Déesse ,
qu'un Héros , guidé par la gloire , apelloit
ses jeunes sujets à sa suite pour dispo
ser des Sceptres au gré de sa sagesse , & c.
auroient naturellement mis sous les yeux
du Public les motifs de la guerre d'au
jourd'hui. Une idée si relevée ne seroit
jamais échapée à la sagacité de Quinault ,
qui d'un pinceau leger eut modestement
crayonné un Eloge tacite et non mandié
du Roy et de ses Alliés : ce qui auroit
occasionné avec goût et dignité , un choeur
formé de la repetition des deux ou quatre
derniers Vers du discours de Bellone ;
transportés à la premiere personne du
pluriel , par lesquels la jeunesse eut marqué
son ardeur à se dévouer aux ordres
de cette Déesse , et aux désirs de son jeune
Héros..
Ruisque
NOVEMBRE. 1735. 2369
Puisque la guerre éloigne les Amours
de l'Europe , la securité de leur retraite
n'est pas bien assurée dans laTurquie, qui
en a une sanglante et très désavantageuse
à soutenir contre le Regent de Perse . La
même raison milite contre la Fête Persane
des fleurs , qui forme la troisiéme Entrée
du Balet.
.
La generosité de Topal Osman , est un
brillant sujet , assés bien traité dans la premiere
Entrée. Mais puisqu'on ne vouloit
qu'en emprunter ou copier l'Histoire ;
quel inconvenient y auroit- il eu à en pla..
cer l'action dans quelque Royaume maritime
d'Affrique , où l'on cut trouvé les
mêmes moeurs et les mêmes maximes que:
dans l'Empire Othoman ? car mon inquiétude
pour la tranquillité des amours ,
n'est point calmée par la position imaginaire
d'une * Isle Turque dans la Mer des
Indes. Tout ce qui sent le Turc porte
à mon esprit des ombrages de trouble et
de combustion ; et si l'Auteur étoit nécessairement
attaché auxIndes à cause du ti
tre de sa Piece , la Mer qui en porte le
nom ne baigne pas plus les côtes du Roïaume
qui le lui donne, que celles d'Affrique.
* Une Isle Turque dans la Mer des Indes est
fort mal placée , les Turcs nepossedent rien dans la
Merides Indes , c..
Bvs Ona
2370 MERCURE DE FRANCE
On ne peut trop admirer l'invention de
l'Entrée des Incas . Je l'ai déja dit , c'est
la seule qui reponde parfaitement aux
promesses du Prologue ; la rencontre est
heureuse , l'Auteur en a profité.
Celle des fleurs n'est pas bien , sur tout
à la suite des deux autres , le sujet en est
mince et puerile , l'avanture du portrait,
commune , usée , le denouement y repond .
La dignité de notre Théatre tolere quelquefois
dans l'Héroïque , le déguisement
d'une femme en homme ; mais elle ne
soutient pas la lâcheté d'un homme travesti
en femme . Cet avilissement du
sexe superieur affadit l'ame du Spectateur ;
quand même un homme de peu prendroit
l'habit d'une femme du premierordre.
Combien la chose devient- elle plusinsuportable
quand on expose la fierté
d'un Prince de Perse , sous les vils habitsd'une
Marchande ?
Le deguisement de Fatime n'est pas plus
sensé. A quel dessein cette mascarade ?
que produit- elle ? peut- on apeller intrigue
les méprises qu'elle cause? d'ailleurs,
quelle découverte , quelle conquête pretend-
on faire faire à cette Odalique , sous
l'ignoble figure d'un miserable ? et quelle
fureur a-t'on de s'éloigner du point essentiel
du sujet , pour introduire sur la
Scene .
NOVEMBRE. 1735. 2371
Scene un Esclave Polonois ? puisque dans
l'idée qu'on veut nous retracer des conjonctures
présentes , les Polonois sont les
peuples du Monde, qui ont moins le tems
et l'inclination de faire l'amour ?
Outre cela le titre des fleurs repond - il à
Pintrigue ? par où paroît-il que cette Fête
puisse concourir aux amours deTachmas,
ou même d'Aly ? si l'on avoit à celebrer
la fête des fleurs ne pouvoit-on pas la
décorer d'une Histoire plus connexe et
plus relevée ? pour pouvoir du moins entter
en comparaison des deux précedentes
, qui se trouvent deshonorées en
telle compagnie , &c. mais pour finir
comme nous avons commencé , l'Empire
des Mogols , qui seroit proprement les
Indes , la Chine , et le Japon , en cas de
besoin , eût pû fixer le lieu de la Scene . Et
les Amours dans leurs trois Entrées se
fussent trouvés distribués dans les trois
autres parties de laTerre, où nous ne sçussions
pas que la guerre ait porté ses fu
reurs , presque aussi generalement que
dans notre Europe.
la
J'aurois souhaité , Monsieur , que
sciatique m'eut permis d'accompagner"
V. E. à la Représentation : Elle verra par
la Lettre , que je lui renvoye , qu'i
pas tenu aux soins de N ...... puisque
B vj Clavessi
2372 MERCURE DE FRANCE
Clavessin avoit été disposé pour me recevoir
avec notre Esculape , sans que
V. E. en eut été trop incommodée , mais
mes gens ne purent parvenir à m'habiller.
Votre bon goût pour la Musique vous fera
juger mieux que personne de celui què:
Rameau veut introduire , & c.
Le Pr. B. D.
Le reste de ces reflexions qui sont encore
fort longues ne roulent plus que sur
la justesse de l'art de Servandoni , qui
a fait en bonne partie la petite fortune
de cet Opera. Ensuite M. le Pr. B. D.
entre dans un grand détail de Prosodie et
de Grammaire : mais comme il ne relève
les fautes de l'Opera que pour l'instruction
de son ami M. le Comte P..
qui nouvellement arrivé de Pologne
n'entend encore qu'avec peine la Lan
gue Françoise , je n'ai pas cru devoir en
dire davantage dans le Mercure dee
France..
NOVEMBRE. 1735 2373
Į į į ṛ į į į į į į į Į Į Į į į į į į į į §2
į
A MLLE ROSE S......
Pour le jour de sa Fête., 1735.
BElle Rosette , il seroit temps
D'emprunter un autre langage
Pour exprimer mes sentimens ,
Et vous rendre , suivant l'usage ,
En ce beau jour un juste hommage..
Un Vers dur et forcé déplaît
A l'oreille sûre et sévere ;
Cependant tout le monde sçair-
Que je ne cherchè qu'à vous plaire.
Je devrois quitter un métier
Où l'on ne fait point de quartier,.
Et vous conter sans points ni glose ,
Ce qui me reste à dire en Prose ; .
J'ajoûte que le changement
Pouroit avoir son agrément ; ·
Mais à ceci , pour me confondre ,,
Vous pouvez aussi me répondre
Par ce redoutable argument ;,
Depuis l'origine du Monde ,
Sans changer les Roses ont plû ....
Hola ! c'est Dieu qui l'a voulu
Pour orner la Machine ronde.
III
2374 MERCURE DE FRANCE
Il a créé par ses Decrets
Des Beautés simples , sans aprets
En les rendant au vrai sujettes ,
Il les rend à jamais parfaites ;
Et lorsqu'un Etre est à ce point,
Un Etre alors ne change point.
Adorons sa bonté suprême ,
De ses desseins vous faites foi ,·
Et vous serez toujours la même ,
Sans que cela change mon thême ,
Ni les hommes , ni vous , ni moi.
Revenons ; je crains le Texte
que
Ne soit plus long que le Sermon
Pour faire une digression ,
Manqua- t'on jamais de prétexte ,
De matiere ou d'occasion ?
D'ailleurs un plus ample prélude
Belle Rose , peut vous lasser ,
Il peut aussi m'embarasser ,
Moi qui mets toute mon étude
A fuir la noire inquiétude ,
Que s'en vont trainant après ei
Les grands parleurs et les fâcheuz.
IPAR
NOVEMBRE. 1735. 2375
L'ARCADIEN ET LA BEAUTER
ALLEGORIE.
UNhomme d'Arcadie adoroit la Beauté -
( Autre que celle qu'on encense . )
La vertu dans son coeur avoit la préference ;
C'étoit- là sa Divinité.
Une Beauté semblable est digne qu'on l'adore ,
Et sur tout quand elle s'ignore..
Pauvre par les moyens , mais riche le par coeur
L'Arcadien couloit des heures fortunées
Et chômóit toutes les années
Un jour de Fête en son honneur ,
Si non avec éclat , du moins avec ferveur
Il ajustoft en cent manieres ·
Et des Hymnes et des Prieres ,
Que récitoit la bouche et que le coeur formoir
Un peu d'encens toujours fumoit
Sur les Autels de la Déesse ,
Et jusqu'au Ciel avec vitesse
Son encens et ses voeux s'élevoient à l'instant
Tantôt il faisoit son offrande
D'un Bouquet ou d'une Guirlande ,
Quelquefois un petit présent-
Acompagnoit son tendre hommage.
Na croyez pas pourtant qu'il manquât de respecte
Si l'excès de zele encourage ,
26 MERCURE DE FRANCE
Ce zele , direz- vous , peut bien être suspect ;
Non , ce soupçon ici ne trouve point sa place ,
La bonne volonté mérite toujours grace ;
On l'a dit en Latin , on l'avoit dit en Grec.
En effet du Dévot la ferveur ingénuë
N'avoit que le seul culte en vûë ;
Ses motifs étoient purs , et de plus la Beauté
Etoit fille de la Bonté ;
Les Graces étoient ses cousines ,
La bonne humeur et les vertus divines ,
Achevoient de former avec la Probité
Le reste de la Parenté.
Fut- il jamais de Génealogie
Plus digne qu'on en fasse cas ?
Plus differente aussi dé celles qu'ici bas
Communément le Monde envie.
Belle Divinité , disoit l'Arcadien ,
n» Vous connoissez mon zele extrême ,
» Mais ce zele fait tout mon bien ;
" Je n'adore en vous que vous - même.
Ce queje sens ne peut s'exprimer comme il faut,
» Mes dons à mes désirs nullement ne repondent,
Sur vos seules bontés mes,paroles se fondent ,
» Supléez donc à leur défaut ;
»Daignez à l'avenir trouver dans mon silence
» Ce qui me manque de talens ,
» Ce qui me manque de puissance ,
Pour faire éclater tous les ans
D'unes
NOVEMBRE. 1735. 2377
» D'une façon toujours nouvelle
En ce beau jour votre gloire et mon zele.
La Déesse écoutoit avec quelque plaisir
Une Priere si touchante ;
Les Dieux mettent tout leur loisir
A combler notre juste attente.
Je veux, dit- elle, un jour au zelé Supliant ,
"Qu'aux Mortels ton amour puisse servir d'e
xemple ;
Ton hommage me plaît ; ton coeur sera mon
Temple ;
Je te quitte dorénavant
Des respects et des soins que tu pourois me
rendre ;
» Ta voix s'est trop bien fait entendre ,
"
Je n'exige ni tes présens ,
"Ni tes Bouquets , ni tes loüanges ;
»Je ne veux que tes sentimens
Qu'à jamais pour moi tu n'en changes !
Bornons ici l'allusion.
Heureux ! si l'aimable Rosete
Trouve dans cette fiction.
Le prix qu'à mes Vers je souhaite..
L'Auteur de l'un à l'autre bout ,
Sur toutes choses ne s'aplique
Qu'à nous prouver ce point unique ;
La Volonté tient lieu de tout.
Par Rodophile Arnaud.
2378 MERCURE DE FRANCE
O
Na lû dans le dernier Mercure
' Extrait que nous avons donné de
la Mort de Cesar , Tragédie de M. de
Voltaire , représentée par les Ecoliers
du College d'Harcourt , au mois d'Août
dernier. On a lû aussi à la fin de cet
Extrait , le désaveu que l'Auteur fait de
la premiere Edition de l'impression de
cette Piece , qui paroît dans le Public ,
sans sa participation . Voici la derniere
Scene de ce Poëme , que M. de Voltaire
nous a fait l'honneur de nous envoyer
lui-même. Elle nous paroît bien dignet
de la plume de cet illustre Auteur.
Nous n'ajoûterons rien pour ne pas prévenir
le jugement de nos Lecteurs .
Cette Scene est presque toute imitée ;
dit-il , de celle de Shakespear, que les Anglois
regardent comme leur plus grand
Poëte Tragique .
Après que les Assassins de César ont
fait promettre au Peuple Romain d'être
fidele à leur parti , et de ne pas permettre
qu'Antoine leur fasse même l'éloge
de Cesar dans sa Harangue . Antoine paroît
, &c.

NOVEMBRE. 1735. 237
Un Romain.
Antoine vient à nous.
Autre Romain .
Qu'osera-t'il nous dire
Autre Romain.
Ses yeux versent des pleurs , il se trouble , if
soupire.
Premier Romain.
aimoit trop Cesar ..
Antoine , montant à la Tribune aux
Harangues.
Oui , je l'aimois , Remains ,
Oui , j'aurois de mes jours prolongé ses destins
Hélas ! vous avez tous pensé comme moi- même
Et lorsque de son front ôtant le Diadême ,
Ce Héros à vos loix s'immoloit aujourd'hui ,
Qui de nous en effet n'eût expiré pour lui?
Je ne viens point ici celebrer sa memoire ;
La voix du Monde entier parle assés de sa gloire,
Mais de mon désespoir ayez quelque pitié ,
Et pardonnez du moins des pleurs à l'amitié.
Un Romain.
If en falloit verser quand Rome avoit un Maître
César fut un Héros , mais César fat un traitre.
Autre Romain.
Puisqu'il étoit Tyran , il n'eut point de vertus ,
Et nous avoüons tous Cassius et Brutus.
Antoine
1386 MERCURE DE FRANCE
Antoine.
Contre ses Meurtriers je n'ai rien à vous dire ,
C'est à servir l'État que leur grand coeur aspire ;
De votre Dictateur ils ont percé le flanc ;
Comblés de ses bienfaits , ils sont teints de son
sang .
Pour forcer des Romains à ce coup détestable ,
Sans doute il falloit bien que César fût coupable,
Je le crois , mais enfin César a - t'il jamais
De son pouvoir sur vous apesanti le faix !
A- t'il gardé pour lui le fruit de ses conquêtes !
Des dépouilles du Monde il couronnoit vos têtes .
Tout l'or des Nations qui tomboient sous ses
coups ,
1
Tout le prix de son sang fut prodigué pour vous;
De son Char de triomphe , il voyoit vos allarmes
;'
César en descendoit pour essuyer vos larmes.
Du Monde qu'il soumit, vous triomphiés en paix;
Puissant par son courage,heureux par ses bienfaits;
Il payoit le service , il pardonnoit l'outrage.
Vous le sçavés , grands Dieux , vous dont il fat
l'image ,
Vous , Dieux , qui lui laissiez le Monde à gou
verner ,
Vous sçavez si son coeur aimoit à pardonner ?
Romains.
Il est vrai que César fit aimer sa clémence .
Antoine:
NOVEMBRE. 1735. 2381
Antoine.
Hélas ! si sa grande ame eût connu la vengeance,
Il vivroit , et sa vie eût rempli nos souhaits ;
Sur tous ses Meurtriers il versa ses bienfaits.
Deux fois à Cassius il conserva la vie ,
Brutus !.
barie :
où suis- je ? ô Ciel ! ô crime , ô bar-
Chers amis , je succombe et mes sens interdits ...
Brutus .... son Assassin .ce Monstre étoit son fils.
Ah ! Dieux !
· •
Romains.
Antoine.
Je vois frémir vos genereux courages ,
Amis , je voi les pleurs qui moüillent vos visages,
Oui, Brutus est son fils; mais vous qui m'écoutez,
Vous étiez ses enfans dans son coeur adoptés .
Hélas ! si vous sçaviez sa volonté derniere.
Romains.
Quelle est- elle ! parlez?
Antoine.
Rome est son heritiere
Ses trésors sont vos biens ; vous en allez joüir
Au-delà de la tombe il vouloit vous servir ;
C'est vous seuls qu'il aimoit , c'est pour vous
qu'en Asie ,
Il alloit prodiguer sa fortune et sa vie ;
O Romains , disoit-il , Peuple , Roy que je sers
Com.
2382 MERCURE DE FRANCI
Commandez à César , César à l'Univers ;
Brutus ou Cassius eût- il fait davantage ?
Romains.
Ah ! nous les détestons. Ce doute nous outrage
César fut en effet le Pere de l'Etat.
Antoine.
Votre Pere n'est plus ; un lâche assassinat
Vientde trancher ici les jours de ce grandHomme
L'honneur de la Nature et la gloire de Rome.
Romains , priverez-vous des honneurs du bucher
Ce Pere , cet Ami qui vous étoit si cher ?
On l'aporte à vos yeux.
Le fond du Théatre s'ouvrant , des
Licteurs aportent le corps de César ,
couvert d'une robe sanglante ; Antoine
descend de la Tribune et se jette à ge.
noux auprès du corps.
Romains.
O spectacle funeste !
Antoine.
Du plus grand des Humains , voilà ce qui vous
reste ;
Voilà ce Dieu vengeur , idolatré par vous ,
Que ses Assassins même adoroient à genoux .
Qui , toujours votre apui dans la paix , dans la
guerre ,
Une heure auparavant faisoit trembler la Terre ,
Qui
NOVEMBRE. 1735. 2383
Qui devoit enchainer Babilone à son Chars
Amis , en cet état connoissez vous César : *
Vous le voyez, Romains , vous touchez ses blessures
,
Ce sang , qu'ont sous vos yeux versé des mains
parjures.
Là, Cimber l'a frapé, là sur le grand César
Cassius et Decime enfonçoient leur poignard ;
Là Brutus éperdu , Brutus , l'ame égarée ,
A souillé dans ses flancs sa main dénaturée.
César le regardant d'un oeil tranquile et doux ,
Lui pardonnoit encor en tombant sous ses coups;
Il l'apelloit son Fifs, et ce nom cher et tendre ,
Est le seul qu'en mourant César ait fait entendre.
Omon Fils , disoit -il.
Un Romain.
O Monstre, que les Dieux
Devoient exterminer avant ce coup affreux.
Autre Romain , en regardant le Corps
dont il est proche.
Antoine.
Dieux ! son sang.
coule encore.
Il- demande vengeance ;
71 Pattend de vos mains et de votre vaillance ;
Entendez- vous sa voix ? réveillez- vous , Romains 1
Marchez , suivez -moi tous contre ses Assassins .
Ce sont- là les honneurs qu'àCésar on doit rendre.
Le Peuple entoure le Corps.
Des
2584 MERCURE DE FRANCE
Des brandons du bucher qui va le mettre en
cendre ,
Embrasons les Palais de ces fiers conjurés ;
Enfonçons dans leur sein nos bras désesperés .
Venez, dignes Amis , venez, vengeurs des crimes,
Au Dieu de la Patrie immoler ces victimes.
Romains.
Oui ,nous les punirons , oüi, nous suivrons vos pas.
Nous jurons par son sang de venger son trépas;
Courons.
Antoine , à Dolabella.
Ne laissons pas leur fureur inutile ;
Précipitons ce Peuple inconstant et facile ;
Entraînons - le à la guerre , et sans rien ménager
Succedons à César en courant le venger.
Voilà cette Scene mise en Vers par
M. de V. et bien differente de celle qui
a paru dans la miserable Edition prétenduë
d'Amsterdam .
Cette Scene , fait depuis cent cinquanè
te années un grand effet à Londres ;
sur une Nation sensible et éclairée , qui
aime à se rapeller les moeurs des Romains
. La maniere dont Brutus et Cassius
disposent l'esprit du Peuple, et le
changement qui se fait par degrés dans
les sentimens de ce Peuple par la Harangue
adroite et pathétique d'Antoine ,
sont
NOVEMBRE 1735. 2385
sont generalement admirés. C'est rendre
service aux Belles Lettres , que de
faire connoître des Morceaux si beaux ,
si pleins de verité et en même tems si
éloignés des moeurs de notre Théatre.
M. de V. n'a imité que ce seul endroit
de la Tragédie de Shakespear. Mais on
ne pouvoit juger ni de cette Scene , ni
du reste de la Piece par l'Edition défectueuse
qui a paru . Il est bien injuste
de juger un Auteur quand on le voit
ainsi défiguré ; il est étonnant qu'on lui
impute des Vers auxquels tout manque ,
souvent jusqu'à la mesure ; il est encore
plus étonnant que les Auteurs des Observations
ayent voulu juger de la Henriade.
Leurs Critiques sont faites avec
bien peu de goût.
Ils apellent cette Harangue d'Antoine
une Controverse , disant que Brutus est
plutôt un Quaker qu'un Stoïcien. Ne
sçait - on pas que les Quakers sont des
hommes pacifiques , dont le principe est
de ne jamais se venger , qui ne portent
point d'épée , qui tendent l'autre joue
quand on leur donne un soufflet ? On
dit encore que César est un homme foible
dans cette Piece ; il est cependant
tendre , magnanime et ambitieux ; c'étoit
là son caractere.
C Ils
2386 MERCURE DE FRANCE
ils condamnent les Romains de se tutoyer
; qui ignore que c'étoit l'usage , et
que cette façon de parler est si noble en
Poësie , qu'on n'en employe jamais d'autres
à l'égard de Dieu même ?
***************
PARAPHRASE
PP. Des Prieres que les RR. P P. de l'Oratoire
chantent pendant l'Avent. Rorate coli
desuper , & c.
L Ieux élevés qu'habite le Seigneur ,
Brillant séjour , voute azurée ,
Tout gémit ici bas , la terre est alterée ;
Nous cédons à notre langueur :
Ouvrez- vous à nos cris, et faites que la nuë
Répande enfin sur nous la rosée attenduë
Qui nous doit donner le Sauveur.
Arrête , Dieu puissant , le cours de ta colere ,
Ne te ressouviens plus de nos honteux forfaits.
Languirons-nous toujours dans la longue miserg
D'attendre le Messie et ne le voir jamais?
Si tu fus offensé , ta gloire est bien vengée ;
Jerusalem est ravagée :
Cette auguste Cité , cette sainte Sion ,
Où l'on celebroit ton grand nom ,
tu és élever le Temple de ta gloire ,
NOVEMBRE. 1735 2387.
Où nos Peres jadis t'ont offert de l'encens ,
N'est plus qu'un lieu désert , qui retrace à nos
sens
La triste et douloureuse Histoire
De sa grandeur passée , et de nos maux présens
Il est vrai , nous avons peché :
Loin d'écouter les voix celestes ,
Nous nous sommes livrés à nos panchans fu
nestes ;
A violer.ta loi chacun s'est attaché.
Mais que nous payons cher tous ces crimes
énormes !
Comme on voit les feuilles des Ormes
Sur la fin des beaux jours tomber dans les déserts
Ainsi nous succombons à tant de maux soufferts,
En cedant aux torrens où nous portent nos vices.
Pareils à ces vents furieux
Qui poussent dans les précipices ,
Ils nous font abîmer en des gouffres affreux.
Mais comment éviter cette fatale issuë ?
Pouvons- nous esperer de voir finir nos maux ; }
Puisque tu détournes la vue ,
En nous livrant à nos propres défauts ?
Grand Dieu , jette les yeux sur un peuple éperdu,
Ne le traite point en coupable ,
Finis le tourment qui l'acable ,
Fais descendre des Cieux le Messie attendu ,
Donne nous cetAgneau qui doit regler le Monde,
Qui du fond des déserts jusqu'au mont de Sion
Cij Repandra
2388 MERCURE DE FRANCE
Répandra ses bontés et sa protection ,
Qui vient donner ses loix sur la Terre et sur
l'Onde.
C'est lui qui brisera nos fers ;
Il nous fera sortir d'un honteux esclavage ;
Par lui nous reprendrons notre ancien héritage
Nous serons vainqueurs des Enfers.
Console-toi , mon Peuple , apaise tes soupirs
Je vais contenter tes désirs ,
Doù vient que tous les jours ta douleur renou
velle ?
Espere , et ne crains plus , ta plainte est criminelle
;
Je ne veux pas te réprouver.
Je suis Dieu d'Israël , ton Seigneur et ton Maître ,
Si c'est moi seul qui t'ai fait naître ,
C'est moi seul qui veux te sauver.
Lieux élevés qu'habite le Seigneur ,
Brillant séjour , voute azurée
Tout gémit ici bas , la terre est álterée ,
Nous cedons à notre langueur ;
Ouvrez-vous à nos cris , et faites
que
la nuë
Repande enfin sur nous la rosée attenduë
Qui nous doit donner le Sauveur .
L. M.D. C.
Non
NOVEMBRE. 1735. 238
XXXXXXX :XX : XXXXXX
N
Ous avons toujours eu une attention
particuliere d'instruire le Public
de la mort des Personnes distinguées
par leur merite Litteraire , de celles sur
tout , qui ont joint à une érudition peu
commune une éminente vertu , en ajoûtant
à l'égard de ces dernieres , lorsque
nous avons été instruits , les tributs de
loüange , qui sont en usage dans la Republique
des Lettres. Il y a long temps
que nous nous serions acquité de ce devoir
envers M. l'Abbé de Bellegarde , si
nous avions été avertis plutôt de son décés
et si après l'avoir sçû , nous avions
pû tire: de notre propre fonds la matiere
de son Eloge : la retraite et le genre de
vie de ce Sçavant nous ont privé de cette
satisfaction . Le R. Pere Tournemine
toujours pret à honorer la vertu et à rendre
témoignage à la verité , a bien voulu
supléer à notre indigence , et on va voir
combien le Public et la mémoire de l'illustre
Défunt ont gagné à ce retardement.
Cij ELOGE
4390 MERCURE DE FRANCE
ELOG É de M. l'Abbé de Bellegarde
par le R. P. Tournemine.
Vadresser mieux pour être instruie
Ous ne pouviez , Monsieur , vous
sur le feu Abbé de Bellegarde ; il s'ape
loit Jean-Baptiste Morvan : son Pere étoit
Procureur Fiscal d'uneTerre de mon Pere.
Il est né à Piriac sur la côte de Bretagne
dans le Comté Nantois. Je ne sçai pas
précisément son âge. Il étoit seurement
plus âgé que vous ne croyez. On poura
sçavoir cela , et d'autres circonstances à la
Communauté de S. François de Sales.
9
Il a passé seize ou dix- sept ans dans la
Compagnie de Jesus . Son esprit , son
goût pour les Belles- Lettres et les Mathé
matiques , la douceur de son naturel , le
firent estimer et cherir.Il eut pour Amis
particuliers le P. Pardies , le P. Rapin
et le P. Bouhours . Il étoit l'Eleve de ce
dernier , à qui j'ai entendu dire plus d'une
fois qu'il connoissoit peu d'Ecrivains
en France dont le stile fut plus pur , et
plus élegant sans affectation , que celui
de l'Abbé de Bellegarde , et que cet Abbé
possedoit parfaitement le tour de notre
Langue. On peut s'en convaincre par la
lecture d'un de ses Livres , intitulé Refle
xions sur l'Elegance et la Delicatesse du siile.
NOVEMBRE. 1735 2392
Ce Livre et les Doutes sur la Langue Françoise
, Ouvrage du P. Bouhours , ne sçauroient
être trop familiers à ceux qui veu
lent écrire en François . On trouve dans
l'un et dans l'autre cette facilité élegante
et cette correction de stile , qui font une
partie du caractère de ces deux agreables
Ecrivains.
ばUn attachement trop déclaré
pour la
nouvelle Philosophie fut la principale
cause de sa sortie de chés les Jesuites ,
parmi lesquels il n'avoit pas pris encore
les derniers engagemens . Ces Peres regardoient
alors le mépris de l'ancienne
Philosophie comme une faute considerable.
Il ne cessa point d'aimer la Compagnie
; elle ne cessa point de l'estimer , et
il y a toujours conservé d'illustres Amis .
Sa conduite constamment irreprochable
, sa pieté sincere , la réputation que
ses travaux lui ont justement acquise ,
font honneur à l'Ordre qui l'avoit élevé .
Il a prêché avec succès et par lui- même et
par
d'autres . Apliqué par goût et par nécessité
à la composition de differens Ouvrages
de Pieté , de Morale , d'Histoire ,
&c. il a donné au Public presqu'autant
d'Ouvrages qu'il a vecû d'années , écrivant
facilement : et comme il s'étoit interdit
tout autre plaisir que celui d'un
Ciiij commerce
392 MERCURE DE FRANCE
commerce fort mesuré avec un petit nombre
d'Amis , et que , Philosophe sans ostentation
, content de peu , il ne donnoit
aucun de ses momens aux soins de
la Fortune , son teraps menagé lui a suffi
pour tant d'Ouvrages. Quelques uns se
sentent du besoin où il étoit de servir les
Libraires à leur gré.
Ce n'est pas sur ces Ouvrages commandés
, et trop promptement executés que
sa reputation est fondée : il a laissé à la
postérité des Monumens plus durables .
Les Réflexions sur ce qui peut plaire ou déplaire
dans le commerce du Monde , ont eu
plusieurs Editions et sont traduites dans
toutes les Langues de l'Europe. Il ne regardoit
cependant cet Ouvrage que comme
un amusement de sa jeunesse.
:
Il mettoit toute sa complaisance dans
les Traductions des Ouvrages des Saints
Peres c'étoit son travail favori. Il en a
publié plus de trente Volumes in octavo ,
Traductions que les Libraires attribuoient,
aux Ecrivains de Port Royal , et qui certainement
sont plus fideles , plus correctes
, et aussi élegantes que celles que nous
tenons de ces excellentes Plumes .
Les Traductions de S. Chrysostome sur
l'Epitre aux Galates , sur la Genese , sur
les Actes ; des Opuscules , et des Homelies
NOVEMBR E. 1735. 2393
lies choisies de cet éloquent Pere
des
Lettres de S. Basile , des Ouvrages de
Clement Alexandrin , de S. Leon , de S.
Gregoire de Nazianze , de l'ingenieux S.
Astere , ces Traductions , dis -je , seront
toujours des modeles de la parfaite éloquence
et du bon stile François , et des
thrésors de la Science et de la Pieté chrétienne.
Nous avons encore de cette infatigable
Ecrivain un premier Tome de l'Histoire
universelle des Voyages qui en fait souhaiter
la suite .
Son merite Litteraire n'étoit pas ce qui
étoit le plus estimable dans lui . Honnête
Homme , vertueux Ecclesiastique , d'un
commerce aisé , ennemi de la satire , sa
plume n'a jamais blessé personne ; et il
sembloit être né sans passion . Il a vécu
de ce que lui raportoit son travail ; et ií
est mort pauvre dans la Conîmunauté de
S. François de Sales. Il n'a pas cherché la
Fortune ,là Fortune auroit dû le chercher.
Dès mon enfance l'Abbé de Bellegarde,
encore Jesuite , avoit lié avec moi une
amitié , que soixante ans n'ont point affoiblie.
Depositaire de tous ses sentimens ,
je l'ai toujours vû content de son sort ,
sans inquietude pour les biens presens
uniquement occupé des biens éternels
Cv Des
2394 MERCURE DE FRANCE
Des fortunes , des reputations plus brillantes
valent - elles la sienne ? il est mort
le ...... Avril 1734.
EXTRAIT d'un Mémoire communiqué
par M. de Chaserey , Superieur de la
Communauté de S. François de Sales.
R. Jean-Baptiste de Morvan de Bel-
Megarde , naquit à Pihyriac , petite
ville du Diocèse de Nantes le 30. Août
1648. * d'une noble Famille.Son Pere Jacob
de Morvan , sieur de Norverel , et
Perrine de Bourgneuf sa Mere , tous deux
recommandables par leur pieté , lui donnerent
une éducation toute chrétienne.
On ne sçait rien de particulier de son enfance
ni de ses études , qui doivent avoir
été serieuses et des plus heureuses , à en
juger par les Monumens qui nous restent
de sa profonde érudition .
Il a passé quelques années dans la Compagnie
de Jesus , où il a puisé un fonds de
Pieté et de Religion , qu'il a conservé jusqu'à
la mort. Cette pieté paroît sur tout
dans ses Sermons qu'il a prêchés avec succès
, et que d'autres personnes ont re-
En Bretagne la Charge de Procureur Fiscal
d'une Jurisdiction , est compatible avec la Noblesse.
La Coûtume de la Province va encore plus loin sur
ce sujet.
cherchés
NOVEMBRE. 1739 2399.
cherchés et ont aussi prechés avec fruit.
Plusieurs Prélats ont souhaité de les avoir,
et le pieux Auteur s'est défait de tous en
leur faveur .
Au milieu de ses plus grandes occupa
tions Litteraires , il ne manqua jamais un
seul jour de dire la Messe,laquelle il celebroit
toujours avec une ferveur et une
tendresse de devotion qui touchoit les
Assistans . Ce qui a duré jusqu'aux deux
dernieres années de sa vie ' , qu'il perdit
entierement l'usage des jambes et des
yeux .
Il a été mis à de grandes épreuves avant
sa retraite à la Communauté de S. François
de Sales , ayant vû mourir successivement
tous ses Amis les plus intimes
sans rien perdre cependant de cette égalité
d'esprit , et de cette douceur qui faisoit
son principal caractére.
Depuis la publication de son Histoire
d'Espagne en l'année 1726. il abandonna
entierement l'étude , et tout genre de
composition , ne voulant plus penser ,
disoit il , qu'à faire penitence , et à se pré .
parer à la mort , dispositions dans lesquelles
il a continué de vivre , et qu'il
a mis en pratique jusqu'à son dernier jour.
L'Auteur du Mémoire que nous abregeons
, entre là- dessus dans un détail édi
fant et pathétique. Cyj C'est
י
2396 MERCURE DE FRANCE
C'est dans ces sentimens qu'avant sa'
retraite , il fit un jour embaler tous ses
Livres , qu'il envoya à un Curé de Bretagne
de ses anciens Amis . Il se défit pareillement
de tous ses Manuscrits , donna
presque tous ses meubles , et resta dans sa
chambre dépouillé et denué de tout . C'est
dans ce dénument , dit le même Auteur ,
que je le trouvai un jour à genoux devant
un Tableau de la Flagellation du
Sauveur , fondant en larmes et dans une
situation des plus touchantes.
Sa charité étoit sans bornes , et tant
qu'il a eu quelque moyen de l'exercer , il
n'a jamais refusé aucun pauvre , principalement
les pauvres honteux .
L'Auteur ajoute plusieurs choses édifiantes
sur l'esprit de charité , par raport
à Dieu , et de componction , dont notre
pieux Abbé étoit rempli. » Je l'ai , dit- il ,
» confessé les deux dernieres années qui
» ont precedé sa retraite , et il m'édifioit
» infiniment , ayant une plus vive douleur
»des plus petites fautes, que les plus grands
>> libertins n'en ont ordinairement des
» crimes les plus énormes .
Depuis qu'il fut retiré à S. François de
Sales , j'allois regulierement ( c'est la
mê ne Personne qui parle ) toutes les
» semaines le voir à l'infirmerie , où il
étoit
NOVEMBRE. 1735. 2397
» étoit avec les autres Mrs infirmes . II
étoit le seul de l'infirmerie auquel Dieu
>> avoit conservé tout son bon esprit.qu'il
na eu très- sain jusqu'à la mort. Il s'humilioit
là-dessus devant le Seigneur voyant
» tous ses Confreres si déchus . Voilà , me
» disoit- il , des Messieurs qui ont rendu
>> des services considerables à l'Eglise.
>> Celui- ci a prêché dans les plus fameuses
>> Chaires deParis, celui - là a enseigné long-
» temps la Théologie dans l'Université ,
» &c. Voilà nos Maîtres. Quel change-
» ment! misere humaine s'écrioit- il.
Apres avoir vécu environ deux années
dans cette infirmerie , toujours dans une
même situation , c'est - à - dire assis dans un
fauteuil , par la privation totale de ses
jambes ; mais toujours dans le même esprit
de patience,de resignation ; dans les
dispositions enfin les plus chrétiennes , ce
grand Serviteur deDieu mourut le Lundy
des Fêtes de Pâques 26. Avril 1734. âgé
de 86. ans .
Une Lettre de M. le Superieur de S.
François de Sales , du 25. du mois d'Octobre
1735. accompagnoit le Mémoire
dont nous venons de donner l'Extrait. Il
est bon aussi de la raporter.
» Monsieur j'ai l'honneur de vous enn
voyer
1398 MERCURE DE FRANCE
» voyer le Mémoire qu'on m'avoit pro-
>> mis touchant la Vie et les Ecrits de feu
» M. l'Abbé de Bellegarde. Il est de M.
» Selle , Prêtre et Chapelain
des Dames.
Religieuses
Recollectes
de la ruë du
» Bacq , qui l'a connu très particuliere-
» ment , et long- temps : je n'ai rien à y
ajoûter , que de confirmer tout ce qui
» y est dit de l'innocence
des moeurs de
» cet Abbé , de son humilité , de sa cha-
» rité envers les pauvres , et sur tout de
» sa grande pieté.
»
» Il n'a aporté aucuns Livres ni Papiers
» dans notre Communauté , s'étant défait
» de tout avant que d'y venir pour ne tra
» vailler qu'à se disposer,comme il a fait ,
» pendant près de deux ans qu'il y a de-
» meuré , à rendre sa mort précieuse aux
> yeux de Dieu.
» J'oubliois de vous dire qu'il y a encore
un de ses Freres Avocat au Parle
» ment de Rennes. C'est ,Monsieur , tout
» ce que je puis vous aprendre pour re
» pondre à la Lettre de M. votre Ami. Je
» suis , & c.
Cette Lettre est écrite à M. le Chevalier
du Moulin , Gentilhomme de merite
attaché à M. l'Archevêque de Paris , qui
a bien voulu , à notre priere , se donner
les
NOVEMBRE . 1735 2399-
les soins nécessaires pour avoir les instractions
qui nous manquoient sur ce di
gne sujet.
Un Catalogue des Ouvrages de l'Abbé
deBellegarde seroít ici à sa place ,mais nous
avons besoin de quelque temps pour
le
donner avec toute l'éxactitude nécessaire.
C'està quoi nous nous engageons volon
tiers envers le Public.
SONNET
EN BOUTS - RIMES.
Q
U'il est rare de voir un homme vraiment
Ce Vieillard qui s'estime à l'égal de
Qui sous le faix des ans courbé sur un
Sage !
Platon ,
Bâton ,
Contre tous les plaisirs arme une vaine Rage ;
Quel est-il en effet ! sa foiblesse- l'en- Gage ,
A faire l'esprit fort , à paroître un
Caton ,
Du Manteau qui le couvre , arrachez le Bouton ,
Qui, des fous mieux que lui peut mériter la Cage?
Le Guerrier qui se prise et croit être un Jupin
Est
2400 MERCURE DE FRANCE
Est au moindre revers plus petit que
Elevé , c'est Cesar et Thersitte en sa
Crispin ;
Chutte ,
Acc ablé de malheurs, plus peureux qu'un Lapin,
Il succombe , et caché dans un fatal
A sa foiblesse enfin il cesse d'être en
Sapin
Butte.
M. D.
LETTRE du R. P. Mathieu Texte
Dominicain, à Me .. Religieuse du même
Ordre dans le Monastere Royal de Poissy,
au sujet du lieu de la Naissance de SAINT
Louis Roy de France.
M
vû ADAME , j'ai vu par la Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
le 15 Octobre 1735. quelle a été
votre surprise , lorsque M..... en vous
demandant des Mémoires sur votre Maison
, pour l'Ouvrage Historique qu'il a
entrepris , il vous parut revoquer en doute
si le Roy S. Louis est né à Poissy , j'ai en
même temps compris que vous éxigiez
de moi qu'en vûë de l'interêt qui nous
doit être commun , je fisse quelque diligence
pour dissiper ce doute si oposé à
vos preuves et à vos traditions . C'est .
Madime , ce que j'entreprens ici , me faisant
NOVEMBRE. 1735. 2401
sant d'un côté un devoir de répondre à
votre zele pour la verité , et de l'autre
comme forcé par la nouveauté d'un sentiment
, déja publié dans le Mercure de
France , déja suivi par un Auteur respec
table , et dont les suites seroient à craindre
, si on ne travailloit dès le commencement
à désabuser le Public , souvent
trop facile à se laisser prévenir .
,
Pour donner à mes recherches l'ordre
qui convient , je commence par raporter
un passage précis de la vie de S. Louis
écrite par Guillaume de Nangis , Reli
gieux Benedictin , Auteur d'autant plus
digne de foy , qu'il écrivoit à S. Denis près
de Paris , du tems même de ce S. Roy ,
qui peut avoir oui dire de la propre bouche
de ceux qui en avoient été les témoins ,
les faits qu'il raporte dans cette vie. Elle
a été imprimée par les soins du celebre
André Duchesne dans le V. T. p. 369.
de sa grande compilation des Ecrivains
de l'Histoire de France , sous le titre de
Gesta Sancti Ludovici , Francorum Regis
et depuis par Dom Luc Dachery , Benedictin
, dans son Spicilegium , &c. Voicy
le passage de Nangis.
Igitur ad laudem devotionis fidei ipsius
pertinet , quod cum una vice esset apud·
Pissiacum Castrum, quibusdam familiaribus
suis
1402 MERCURE DE FRANCE
suis , gaudens , et glorians dixit , quod majus
bonum , et digniorem honorem , quem
unquam habuerit in hoc mundo , fecerat sibi
semelDominus in Castro illo prædicto;mirangtibus
qui aderant de quo honore hoc diceret
cum in civitate Remensi , ubi regni coronam,
et sacram susceperat Unctionem, hoc dixisse
eum potius existimarent, subridendo respon
dit:quod in hocCastro sacri baptismi gratiam
susceperat quod super omnes honores sive dig
nitates mundanas majus Donum et Digni
tatem incomparabilem , reputabat. Unde
etiam cum secretas litteras alicui familiari
mittebat , et ex causâ aliquâ volebat supprimere
nomen Regis : Ludovicum de Pissiaco
sive Ludovicum Dominum Pissiaci se vo
cabat.
Et voici la traduction litterale du pas
sage de Nangis, en faveur des Personnes
moins instruites , auxquelles vous pour
tez communiquer ma Lettre.
"
» Ainsi en parlant des sentimens de
pieté que S. Louis eut pour tout ce qui
regarde la Religion , il faut que j'ajoûte,
» qu'étant un jour au Château de Poissy,
il dit à quelques- uns de ses plus fami-
» liers , d'un air content , et en se cona
gratulant de son bonheur , que c'étoit
dans ce lieu que le Seigneur lui avois
» fait
part du don le plus précieux, et du
degré
NOVEMBRE. 1735 2403
degré de gloire le plus élevé , qu'il eut
» pû désirer dans ce monde ; ceux qui
» étoient présens lui ayant témoigné que
» Rheims , où il avoit été sacré et cou-
» ronné Roy de France , étoit préferable
» à Poissy , il répondit en souriant , que
» c'étoit pour avoir reçû dans Poissy la
» grace du Baptême , qu'il estimoit plus
» que tous les honneurs et toutes les dig
» nités de ce monde. Prévenu de ce pieux
» sentiment , lorsqu'il écrivoit à quel
» qu'un de ses plus familiers , ou que
» pour quelque raison , il vouloit supri
» mer sa qualité de Roy , il signoit : Louis
de Poissy , on Louis Seigneur de Poissy
Le R. P. de Montfaucon , Benedictin ,
si connu parmi les Sçavans , qui écrit actuellement
à Paris , n'ayant pas vû les
preuves qui établissent la naissance de S.
Louis à Poissy , et que je vais raporter , a
cru qu'on ne devoit pas inferer du témoignage
de Nangis, que S. Louis soit né
à Poissy , mais seulement qu'il y ait été
baptisé.
» Pour remplir la planche , dit- il , T.1r.
» p. 121. des Monumens de la Monarchie
» Françoise , nous ajoûtons ici les Fonts
» Baptismaux où fut baptisé S. Louis
» qu'on conserve dans l'Eglise de N. D.
de Poissy.
»Ce
2404 MERCURE DE FRANCE
,
» Ce S. Roy avoit une veneration si
» grande pour ce lieu où il avoit été rege
» neré en Jesus - Christ , que taisant quel
» quefois sa qualité de Roy , dans les Lettres
qu'il écrivoir à ses Familiers , il si-
» gnoit Louis de Poissy , ou Louis Sei-
>> gneur de Poissy , dit Nangis.
le
Plusieurs Auteurs du plus bas temps ,
» ont écrit qu'il étoit né à Poissy , trom-
» pés aparemment par passage deNan
» gis . Mais M. Maillart , Avocat , dans
» sa Dissertation manuscrite qu'il m'a
communiquée, fait voir , qu'aucun Au-
» teur du tems , ne dit qu'il soit né à
» Poissy , et raporte trois Chartres , deux
» de Louis XI . l'une de 1468. l'autre de
» 1475. et une troisiéme de Henry IV.
» de 1601. où ces Princes donnent éxem-
» ption de tailles , et d'impôts pour quel-
» que tems , aux habitans de la Neuville-
» en-Hez , dans le Beauvoisis , en conside-
» ration de ce que S. Louis étoit né dans
» ce lieu , et en la même maniere , di-
» sent-ils,que les prédecesseurs de ces habi
» tans avoient joui de la même éxemption ,
» ce qui semble ne laisser aucun doute.
C'est ainsi que parle Dom Montfaucon ,
contre le sentiment unanime de tous ceux
qui ont écrit du lieu de la naissance de S.
Louis , lesquels l'ont reconnu à Poissy.
Mais
NOVEMBRE . 1735. 2405
Mais si je produis à ce R. P. qui die
qu'il n'y a que des Auteurs du plus bas
tems qui ont écrit que S. Louis est né à
Poissy , et à M. Maillart , habile Avocat,
et respectable par son merite personel ,
qui prétend qu'aucun Auteur du temps
ne l'a dit : si je produis , dis- je , des Ecrivains
contemporains de S. Louis qui l'ont
dit ; une Chartre autentique de ce temslà
qui le confirme , un fameux Predicateur
du siecle de Louis XI . nommé Pepin
, Dominicain d'Evreux , qui l'insera
dans le Panégirique de S. Louis , qu'au
ront-ils à repliquer à des témoignages si
positifs ?
Commençons par celui de Guillaume de
Chartres , Chapelain de S. Louis , qui l'accompagna
dans ses deux voyages d'Asie ,
et d'Affrique. Voici comment il s'explique
dans la Vie de ce S. Roy, qu'il a composée
comme témoin , raportée par M.
Duchesne , T. V. p. 472. déja cité.
In omnibus etiam Apostolorum vigiliis ,
licet in quibusdam eorum , non jejunaretur,
in Parisiensi vel in aliâ Diacesi in quâ erat,
ad sui excusationem , de hoc sibi loquentibusprætendendo
, quod de Carnotensi Diacesi
oriundus existebat , in quâ hujus modi
vigilia jejunantur.
» S. Louis, dit Guillaume de Chartres ;
jeûnois
406 MERCURE DE FRANCE
,
»jeûnoif aux vigiles de tous les Apôtres ,
quoique dans le Diocèse de Paris , et dans
» d'autres Diocèses , où il se trouvoit , ces
» jeûnes n'y fussent pas tous d'obligation ,
» et pour s'excuser il repondoit à ceux qui
» le lui representoient qu'étant né dans le
»Diocèse de Chartres où ils étoient com-
» mandés , il vouloit les garder.Personne
ne peut revoquer en doute que la Ville de
Poissy nefut alors , et ne soit encore du
Diocèse de Chartres.
Le second témoignage est celui de Ber
nard Guidonis , Dominicain , Evêque de
Lodéve , Historien d'une probité reconnuë
, né près de Limoges en 1260. dix ans
avant le decès de S. Louis , âgé de 37. ans
lorsqu'en 1297. Philipe le Bel commença
les Bâtimens du Royal Monastere de Poiset
decedé en 1331. Dans le manus
crit de cet Auteur , dont il y a plusieurs
copies qu'on trouve encore dans les Convents
de son Ordre de Toulouse, de Carcassone
et de Langres , il est marqué en
deux Endroits que Saint Louis est né à
Poissy.
sy
LeP.Echard qui l'a copié de ce dernier
Exemplaire , le raporte en ces termes
dans son Ouvrage intitulé Scriptores Ordinis
Prædicatorum , T. 1. p. VI.
Notitia altera, status Ördinis, qualis erat
anno
NOVEMBRE. 1735. 2407
anno M.CCC, III. Ex Bernardo Guido.
ne,in Provincia Francia, Monasteria Sorprum
hac erant.
De MonteArgino juxta Şenonas, celui de
Montargis près la Ville de Sens , & c,
De Pissiaco , prope Parisius, quod incepit
fundari in honorem gloriosissimi Confessoris
Beati Ludovici Regis prissimi , quondam
Regis Francorum , à Domino Rege Philippo,
tam insigniter , quàm regulariter , et potenter
anno Domini M.CC. XCVII, auditâ Canonisatione
Sancti Ludovici , piissimi Regis
Francorum , quondamAvi sui, qui apud
Pissiacum natus est in mundo , et sacrum
Baptisma suscepit, &c.
» Autre notice de l'Ordre des FF . Prê
» cheurs, tel qu'il étoit en 1303. transcrite
du Manuscrit de Bernard Guidonis.
» Les Monasteres des Soeurs de la Pro-
» vince de France , étoient celui de Mon-
>> targis , &c .
» Celui de Poissy près de Paris , qui a
» commencé d'être fondé en l'honneur
» du très- glorieux Confesseur S. Louis ,
» Roy très pieux, autrefois Roy des Fran-
» çois , par le Seigneur Roy Philipe en
» 1297. l'année de la Canonisation de S.
* Philipe , sans dire lequel , stile d'un sujet qui
parle du Roy sous lequel il écrit , et qu'il apelle son
Seigneur
Louis
2408 MERCURE DE FRANCE
» Louis Roy des François , son ayeul , né
net baptisé à Poissy , &c.
Le R. P. Dom Martenne , autre Sçavant
Benedictin ,a fait imprimer en 1729.
Tome VI. col. 541. veterum Scriptorum , un
Ancien Catalogue Manuscrit de la Bibliotheque
du Roy , dont l'Auteur anonime
a copié mot à mot du Manuscrit de
Guidonis , ce qu'il a écrit des Monasteres
des Religieuses Dominicaines de la Pro
vince de France , et en particulier ce
que nous venons de dire de celui de Poissy,
ajoûtant ensuite , ceux qui ont été érigés
jusques à son tems , et dont Guidonis ne
parle pas.
D'ailleurs le P. de Rechat , dit à la fin
de la vie de son Patriarche S. Dominique,
imprimée en 1647. au sujet de la fondation
du Monastere de Poissy , p. 655.
col. 1. que Bernard Guidonis en a traité
au long , et que la naissance de S. Louis
à Poissy , y est expressément marquée .
» Ayant eu en main , dit- il , les anciens
Registres de Bernard Guy , lequel écri-
» voit actuellement , quand on prit possession
de ce Monastere. Voici comme il
» raporte lui - même cette fondation : Les
» diligences de nos Peres en la poursuite
» de la Canonisation de S. Louis Roy de
» France , &c. et plus bas le Roy choisit
>>
CE
NOVEMBRE. 1735. 2409
» ce lieu par dessus les autres , parce que
« S. Louis y naquit.
Les témoignages de ces Historiens sont
confirmés par les Lettres même de la
Fondation du Monastere Royal de Poissy,
dont j'ay lû sur le lieu l'original , au
bas desquelles sont le Seing , et le Sceau
semé de France , de Philipe le Bel ; elles
sont datées de Niauphle , dans le mois
de Juillet de l'année M. CCC. IV . ct
en voici les termes.
PHILIPPUS DEI gratiâ Francorum
Rex , & c.
Hinc est quod nos ad memoriam revocantes
, eximia dilectionis affectum , et intime
affectionis zelum , quem egregius Confessor
beatus Ludovicus , olim Rex Francorum
Avus noster , ad Ecclesiam beata
Maria Villa Pissiaci , in quâ renatus Fonte
Baptismatis , Christiana fidei et salutis
nostra primordia suscepisse dignoscitur , et
Villam ipsam originis suæ locum dum prasentis
vite commodis fungeretur , habebat ,
&c. astum Nealph. Mense Julio, anno Domini
M. CC C. IV.
» PHILIPE , par la grace de Dieu ;
»Roy des François , & c. Et c'est pour
»cela que rapellant dans notre memoire
» l'affection singuliere que l'illustre Con-
» fesseur , le Bienheureux S. Louis , notre
D » Aycul ,
2410 MERCURE DE FRANCE
Ayeul , cy- devant Roy des François ,
» portoit à l'Eglise de la Bienheureuse
»Vierge Marie de la petite Ville de Pois-
» sy,dans laquelle il avoit été regeneré en
» J. C. et avoit reçû , comme on sçait , les
»fondemens de la foy Chrétienne et de
» notre salut, ayant de plus eû le Domaine
»de cette petite Ville le lien de sa naissance
» pendant qu'il eut le maniment des
» biens de cette vie présente ; Habebat
» Villam ipsam , locum sua originis , dum
»fungeretur commodis vita præsentis.
On dit Oriundus , né dans un lieu
Budée se sert du mot Originarius , que
le Dictionnaire d'Etienne , un des plus
estimés , traduit ainsi , natif de quelque
lieu, Philipe le Bel s'exprime ici à peu près
comme Guillaume de Nangis , qui diɛ
que S. Louis signoit quelquefois Louis
de Poissy , ou Louis Seigneur de Poissy :
Ludovicum Pissiaci sen Ludovicum Dominum
de Pissiaco se vocabat , par raport aux
biens de la grace et à ceux de la fortune.
La sépulture de deux Freres de S.Louis,
Philipe et Jean , venus au monde par
un même enfantement , ( dit Mezeray ,
T. II . pag. 233. ) morts jeunes et enterrés
à Poissy , me paroît une conjecture
bien fondée, pour confirmer le sentiment
de la naissance de S. Louis dans cette
Ville.
NOVEMBRE. 1735. 2411
m'ont
Ville. On trouva en 1714. que le Pavé
du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame
de Poissy fut renouvellé , les deux Corps
de ces deux Princes dans deux caveaux
contigus, chacun dans le sien, avec 4. Urnes
de terre aux 4. coins , à ce que
écrit Mrs Bellier , Doyen du Chapitre
et Sauguerin , Chanoine et Curé de Poissy'
, comme témoins. Le Corps de Jean
est du côté de la porte de l'Eglise dans
une espece de Cercueil de plomb , comme
celui d'un Enfant âgé à peu près de
neuf ans , et l'autre tout au plus de deux
mois , envelopé d'une piece du même
métail , ce qui s'accorde avec ce qu'en a
écrit le sçavant P. Simplicien , dans les
Généalogies de France , en ces termes :
» Quatrième fils de Louis VIII . Philipe ,
» mort jeune ; cinquième , Jean Comte
» d'Anjou et du Maine , né au mois de
» Septembre 1219. accordé par traité
» passé à Vendôme au mois de Mars 1227.
» à Yolande de Bretagne , mort jeune ,
» sans avoir accompli le mariage , et fut
>> enterré avec son frere Philipe , comme
» porte leur Epitaphe , qui se voit dans
» l'Eglise de N. D. de Poissy.
Toutes ces circonstances donnent lieu
de présumer que Poissy , où est aussi
inhumée, selon le P. Simplicien , la Reine
Dij Agnès
2412 MERCURE DE FRANCE
Agnès de Méranie , III . femme de Philipe
Auguste , ) devoit être la demeure
ordinaire de la Reine Blanche , Bru de
ce Roy Philipe , où elle faisoit ses couches ,
et élevoit ses Enfans , et où , par une
suite naturelle , S. Louis doit être venu
au monde. C'est le sentiment d'un Auteur
celebre , qui soutient que S. Louis
est né à Poissy.
» La Ville de Poissy , dit André Du-
» chesne , pag 217. des Antiquités de
Paris , n'étoit anciennement qu'un Châ-
» teau de plaisance , où les Reines faisoient
leurs couches , une Maison Roya-
» le , où les Enfans de France prenoient
»leurs premieres nourritures , avant que
» Fontainebleau et S. Germain fussent bâ-
» tis. Constance , femme de Robert , déce-
» dée en 1034. y fit construire l'Eglise
» de N. D. où elle ordonna d'être en-
» terrée.
Quelqu'un a crû que cette Reine avoit
aussi fait bâtir la Chapelle qui est dans
la seconde Cour des Religieuses , mais
les Armes de France et de Navarre qui
sont aux vîtres , les mêmes que celles
de leur grande Eglise , font voir que
la Chapelle ne fut faite qu'en attendant
que l'Eglise fût achevée en 1330 .
Pour répondre aux trois Chartres de
l'exemption
NOVEMBRE. 1735. 2413
la
l'exemption accordée aux Habitans de
Neuville- en - Hez , dans lesquelles il
est dit que S. Louis est né dans ce lieu ,
je dis d'abord que ces trois Chartres ensemble
ne doivent passer ici que pour
une seule , la premiere ayant servi de
Formulaire et de style aux deux autres
que l'on nous opose.
,
En second lieu , que M. Baillet , Auteur
d'une Edition des Vies des Saints
l'un des plus grands Critiques du dernier
siecle , né le 13. Juin 1649. selon
le Dictionnaire Historique au Village
même de Neuville-en - Hez , lequel avoit
le plus d'interêt à soutenir la validité de
ces Chartres , assure neanmoins que
S. Louis est né à Poissy . T. II . p . 379.
» Louis , dit- il , IX . du nom , Koy
de France , fils de Louis VIII . et de
Blanche , fille d'Alfonse IX. Roy de
» Castille , naquit à Poissy , et pour faire
voir qu'il n'ignoroit pas l'existence de
ces Chartres , et que s'il se déclare pour
Poissy , c'est après une mûre déliberation ,
il a mis dans une Note au bas de la page
ce qui suit : » On voit deux Actes de nos
» Rois , l'un de Louis XI . et l'autre de
» Henry IV. qui portent qu'il est né à
» Neuville- en- Hez , Bourg du Diocèse de
» Beauvais ,à 4. licües de cette Ville , dans
D iij le

,
2414 MERCURE DE FRANCE
» le Château des Comtes de Clermont ;
on lit ensuite dans la Colonne 383. du
même Tome II de Baillet : » S. Louis re-
>> tournoit ordinairement à Poissy , non
» pas tant pour y être né , que pour y
» avoir reçû le Baptême.
De plus , Baillet , dans son T. IV. pag.292 .
parle de trois Evenemens remarquables
arrivés en l'an 1215. dont le premier
est la naissance de S. Louis à Poissy.
>
Après cet aveu sincere d'un Auteur
si bon Critique , natif du Bourg même
dit Neuville le Château en Hez , qui
préfere la verité à son propre interêt ,
quelle attention doit- on faire à ces sortes
de Chartres d'Exemption , qui n'ont
fait aucune impression sur son esprit ?
Il avoit , sans doute , compris qu'elles
ne sont ni un Arrêt prononcé sur un
droit bien établi , ni un Privilege acordé
pour toujours , ce qui auroit demandé
un parfait éclaircissement du fait en
question ; mais que c'étoit une simple
grace acordée de tems en tems et sans
conséquence , par des Rois pieux , plus
attentifs à la voix des Habitans d'un petit
Bourg qui les suplioient de les soulager
, qu'à se faire instruire de la verité
du motif de pieté exposé , afin d'obtenir
avec plus de facilité ce qu'ils demandoient.
On
NOVEMBRE. 1735. 2415
On accusera peut- être Baillet d'une
trop grande indifference envers sa Patrie,
et moi je dis que dans cette occasion
son bon coeur pour elle n'a pû se démentir
, en passant sous silence en sa
faveur ce qu'il n'ignoroit pas , et ce qu'il
auroit pû raporter à son préjudice. Voi
ci ce que c'est.
La Reine Blanche accoucha , selon ces
Chartres d'Exemption , dans le Château
des Comtes de Clermont ; mais comment
auroit - elle pû choisir ce Château
pour y faire ses couches , puisqu'il n'étoit
pas encore réüni à la Couronne
non plus que ce Comté , comme l'écrit
M. de la Martiniere , dans son Diction
naire Géographique , imprimé en 1730 ?
» Clermont , dit -il , dans le Beauvoisis ,
» a eû ses Comtes . Thibaud en juüissoit
>> en 1218. mais Philipe Auguste l'acquit
" peu après. Remarquez ici que S. Louis
étoit né dès 1215.
Je sçai que plusieurs de nos Reines ont
honoré leurs voisins de leur présence ,
et que la Reine Blanche auroit pû se
trouver dans ce Château par occasion ;
mais S.Louis étant venu au monde dans le
terme ordinaire , sa Mere n'auroit pas entrepris
un voyage de 15. lieuës , où n'au
roit pas resté dans ce Château se voyant
D iiij à
2416 MERCURE DE FRANCE
à la veille de ses couches ; que si étant
déja en chemin , elle fut obligée de
s'y arrêter , qu'on nous dise où elle
alloit , d'où elle venoit ; un Evenement
si singulier n'auroit pas échapé aux Historiens
> et pas un n'en parle. Raisonnons
un peu là - dessus .
Avoüer , sur le témoignage de Nangis
, que S. Louis a été baptisé à Poissy ,
et nier qu'il y soit né , c'est vouloir
qu'il y ait été porté du Château des
Comtes de Clermont , distant de 15 .
lieues de Poissy , immédiatement après
sa naissance , et c'est ce que l'on aura
de la peine à se persuader . A quelle occasion
auroit pû être faite cette translation
si précipitée et si périlleuse par
raport à la vie d'un fils de Koy , si cher
à Î'Etat , né de Parens si pieux , et principalement
à l'égard du salut de son ame ,
exposant ce Prince dans un long et pénible
voyage , en danger de mourir sans
avoir reçû le Baptême ? Tranflation sans
exemple et dont la seule idée du péril
fait frémir
Mais ce fait devient bien plus incroyable
, quand on pense qu'il faut que la
Reine sa Mere ait été transferée à Poissy
, dès le même temps qu'elle eut accouché
, puisque Dupleix , qui écrivoit
l'Histoire
NOVEMBRE . 1735. 2417
l'Histoire de France il y a plus de cent
ans , et qui raporte un fait trop grave
et trop singulier , pour croire qu'il l'a
inventé , dit T. II . p. 253 .
»S. Louis nâquit au Château de Poissy,
» Blanche , sa Mere , prenant garde après
» son enfantement , que pour la consi-
» deration de son repos , on ne sonnoit
» pas les Cloches de l'Eglise Collegiale
» de N. D. de Poissy , qui est dans le
» Pourpris du Château , se fit porter en
» un endroit qui retient encore le nom
» de la Grange aux Dames ; exemple me-
» morable d'une religieuse modestie .
» Le grand Autel de l'Abbaye des Re-
» ligieuses de Poissy a été bâti en ce mê-
» me endroit où la Reine accoucha de
» ce Monarque , et l'incommodité du lieu
ne le permettant pas , il n'a pû être
» dressé au Levant , suivant le plus com-
>> mun usage de l'Eglise. Aiusi parle
Dupleix.
Cette situation recherchée et raportée
par plusieurs autres Auteurs, est évidente
à tous ceux qui sont ou ont été à Poissy ,
au lieu que l'Eglise Collegiale bâtie à so.
pas de-là , est très bien orientée .
Pour ce qui est de la Grange aux Dames,
à 200. pas de Poissy,dont parle Dupleix , il
est constant qu'elle étoit apellée , comme
Dv elle
2418 MERCURE DE FRANCE
elle l'est encore aujourd'hui , la Grange M.
S. Louis, avant que d'apartenir aux Religieuses
de Poissy , ce qui paroît par ce
peu de mots que j'ai copiés de leurs Archives
» Ce 22. Octobre 1390. a été
» donnée à la Maison la Seigneurie de la
acquise par Soeur
Grange
M. S. Louis
,
ac
Abbé
et Re-
» Marie de Bourbon , de
ligieux de la Trinité de Vendôme
» moyennant deux cent livres.
Ce que Dupleix ajoûte de la translation
qui y fut faite de la Reine après
ses couches, est une Tradition établie sur
le lieu d'un tems immemorial , à ce que
m'a écrit M. le Doyen du Chapitre de
Poissy , natif du même Lieu et âgé de
84. ans ; on y voit , dit- il , la Cham-
» bre de la Reine , et la seule aplication
» qu'on a euë à en reparer les ruines de-
» puis plusieurs siecles , marque qu'elle
» est un Monument venerable dont on
» veut conserver la memoire. A 15. pas
» de-là il y a une petite Eglise dédiée à
» S. Jean - Baptiste , en laquelle il y avoit
plusieurs Chapelains fondés , dont le
» Titre du dernier que nous avons dans
nos Archives , est de 1219. il y est por
» té que si le Roy ou la Reine , enten-
» dant la Messe dans cette Chapelle , font
» personnellement et manuellement quel-
» que
NOVEMBRE. 1735. 2419
» que offrande , elle apartiendra au Chapelain
qui aura celebré , à condition
qu'il en donnera un denier à celui qui
» lui aura répondu.
"
Ces Benefices de Chapelains et ce Reglement
des offrandes des Rois et des Reines
, prouvent que Poissy étoit alors ce
qu'est aujourd'hui Versailles , où la Cour
demeuroit , et où S. Louis doit être né ,
puisqu'il y a été baptisé.
On auroit beau dire que les Parens de
S. Louis ayant souhaité qu'il fût baptisé
à Poissy , on n'avoit rien oublié pour
les satisfaire , ces changemens de lieux
si éloignés pour des Enfans qui viennent
de naître , faits avant que de les avoir
ondoyés , sont inouis.
Nous lisons dans Malvenda , Annal.p.10.
que Philipe III. Roy d'Espagne , voulant
que son Fils qui lui succeda sous le nom
de Philipe IV. fût baptisé sur les mêmes
Fonts qui avoient servi pour le Baptême
de S. Dominique de Guzman , leur Parent
au 16.et17 degré selon l'Arbre d'Imhof, *
* Rodrigue Nugnez,Tige des Gusmans, eut trois fils,
Alvaro , Pierre et Ferdinand, Pere de S. Domini
que, c.L'Ouvrage porte sa recommandation dans
le nom de l'Auteur , &. Memoires de Trévoux
1713 Octobre , page 1678. L'autorité des Ecrivains
de ces Memoires , si respectables par leur éloquence
et leur capacité , mérite quelque attention.
D vj
celebre
2420 MERCURE DE FRANCE
celebre Historien Génealogiste , ordonna
qu'on les transferât de la Ville de Caraloge,
lieu de la résidence desGuzmans , à celle
de Valladolit , où étoit la Cour , persuadé
qu'il yavoit moins d'inconvenient à exposer
une pierre à être brisée, qu'à priver un
Enfant nouvellement né , de li vie présente
et du salut éternel , en le mettant en chemin
avant que d'avoir été , pour le moins
ondoyé . Les Actes du Chapitre General
des F F. Prêcheurs , tenu à Valladolit en
1605. cités par Malvenda , qui nous aprennent
les circonstances de cette action de
pieté , également honorable auRoy qui la
fit et à l'Ordre auquel il vouloir par- là témoigner
son estime et son affection , ajoûtent
que le Prince fut nommé Philipe-
Dominique Victor.
Tout ce que je viens de dire me
paroît convainquant ; on y voit les
témoignages des Ecrivains du tems de
S. Louis , la Fondation d'un Monastere
Royal , où deux Dames de France et
plusieurs Princesses ont pris l'habit de
Religion , bâti en vue de la Naissance et
du Baptême de ce S. Roy , par son Petit-
Fils ; la situation recherchée du grand
Autel d'une Eglise des plus belles du
Royaume , dédiée sous son invocation ,
et l'impossibilité d'accorder sa naissance
au
NOVEMBRE. 1725. 242
au Château des Comtes de Clermont , quf
n'étoit pas encore réüni à la Couronne
avec son Baptême à Poissy ; preuves qui
seront toujours d'un plus grand poids
qu'une opinion populaire qui a servi de
prétexte à demander ces Exemptions , et
dont il ne paroît aucun vestige à Neuvilleen-
Hez- le-Château , ni un seul Historien ,
qui depuis 5oo. ans en ait parlé , sans même
qu'on sçache sous quel Roy , 253. ans
avant Louis XI . Les habitans ont commencé
de jouir de ces Privileges ; peutêtre
sont-ils fondés sur quelque équivoque
faite de bonne foi . Car Robert ,
Comte de Clermont , sixième fils de S.
Louis , duquel Humbert V. General des
Dominicains , eut l'honneur d'être le Parain
, et qui avoit eu en apanage le Comté
de Clermont en 1269. donna à son
Fils aîné , premier Duc deB ourbon , le
nom de Louis , afin d'honorer la memoire
de son S. Ayeul. Ce fait qui peut
avoir donné lieu à un mal - entendu , bien
loin de nuire aux Bourgeois de Neuville,
doit , au contraire , leur faire esperer les
mêmes graces de la pieté et de la liberalité
de nos Rois , descendans de S.
Louis , par ce Robert de Clermont , Pere
de Louis de Bourbon , Tige de la Maison
Royale de Bourbon , aujourd'hui
élevée
2422 MERCURE DE FRANCE
élevée si glorieusement sur trois augustes
Trônes. Je suis , Madame , & c.
A Paris le 15. Octobre 1735.
CIRE D'ESPAGNE , est le mot de l'Enigme
du mois d'Octobre. Le premier
Logogryphe doit s'expliquer par FRAMBOISE
; où se trouve Amboise , Oise, Bois,
Rome , Omer , Bise , Frise , Orme , Fi, Fier,
More , Marie , Bar , Ambo , Foi , Foire
Roi , Robe , Fraise , Frise. Et le second
par ANGE , où l'on trouve , Nage , An ,
Ane , Gean , Age , Ne , Né , Gan .
JE
ENIGM E.
E suis le fruit des soins industrieux
D'une petite République ,
Qui d'un Palais sombre et rustique
Fait son séjour laborieux .
>
Je dois à ses travaux mon être et ma substance ;
Mais ma figure est l'ouvrage de l'Art ,
Et ma couleur l'effet d'une influence
Où le Printemps a bonne part .
J'habite chés les Grands et parmi la richesse ;
L'on ne me voit jamais chés l'indigent ;
Je
NOVEMBRE . 1735. 2423
Je ne me plais qu'avec l'or et l'argent ;
Juge , Lecteur de ma délicatesse .
J'acompagne par tout les plaisirs et les jeux
S'il se donne un Bal , une Fête ,
Ou quelque repas somptueux ,
J'y parois toujours à la tête.
Des rendez- vous , même les plus secrets :
L'on me fait quelquefois complice ;
Au Dieu d'Amour mon éclat est propice ;
Voilà ma nature et mes traits .
LOGO GRYPHE.
D 'Une Ville je suis le nom.
Partagez- moi de plus d'une maniere ,
Vous trouverés un Article , un Pronom ,
Un Astre et ce qui peut obscurcir sa lumiere.
Un Adverbe marquant la prohibition ;
Plus une Préposition ,
Un mot qui pris d'un sens, désigne une monture,
Et pris de l'autre , une chaussure.
Un de ceux qui seront au jour du Jugement
A la droite du Tout- Puissant ;
Plus , ce qui des Oiseaux fait tomber le plumage;
Et cesser le ramage ;
Enfin un Saint , Evêque de Bayeux.
Dc
2424 MERCURE DE FRANCE
De peur de me rendre ennuyeux
Je n'en dirai pas davantage.
P. M. Avocat au Parlement.
AUTR E.
Nous naissons toujours deux Jumelles ,
Pour le service des Humains.
Que nous soyons laides ou belles
On nous voit très -peu dans leurs mains.
Lecteur , qui voudrois nous connoître ,
Dix membres forment notre tout ;
Un , deux et trois , tu vois paroître
Un Dieu connu par tout.
Un de plus , vient changer mon Etre ,
Et m'arrachant du rang des Dieux ,
Me fait l'Oiseau chéri de la Reine des Cieux.
Huit , cinq , six , un , me font bête féroce ;
Quatre , deux , six , un , neuf , je suis pis qu'une
rosse ;
Alors je cherche à me cacher ,
Et l'on va doucement pour pouvoir m'átraper.
Uu , cinq , six , dix, Insectes méprisables ,
De la misere inséparables ,
Qu'on a vû quelquefois
Abattre de grands Rois.
Mais quel cahos étrange ,
Dix , cinq , six , un et neuf, je suis inanimé ,
Et presque par tout l'on me mange
A#
NOVEMBRE . 1735. 2425
Au commencement du dîné.
Dix , cinq et trois , autre métamorphose :
Je ne suis rien ,
Et je suis quelque chose ;
On ne sçauroit me voir , mais on m'entend
fort bien ,
Trois , cinq , quatre , neuf, je prends figure ,
Sans changer de nature ,
Variée en mille façons ,
Que fais -je ? des Chansons.
Lecteur que l'on tient en cervelle
Par tant de changement ,
Pour te venger , une Etoile cruelle
Va nous mettre à tes pieds peut - être en ce
moment.
Par le sieur Bellin.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
H
DES BEAUX ARTS , &c.
ISTOIRE DES SEQUANOIS et
de la Province Séquanoise , des
Bourguignons et du premier Royaume
de Bourgogne , de l'Eglise de Besançon
jusques dans le VI. siècle , et des Abbayes
Nobles du Comté de Bourgogne ,
S.
2428 MERCURE DE FRANCE
S. Claude , Baume , Gigny , Château-
Châlon , Beaume - les- Dames , Lons le-
Saunier , Migette et Montigny , depuis
leur fondation jusqu'à présent. Par M.
F. J. du Nod , ancien Avocat au Parlement
, et Professeur Royal en l'Université
de Besançon . Se vend à Paris , chés
Briasson , Libraire , ruë S. Jacques , 1735.
volume in 4.
ANALYSE des Infiniment - petits , comprenant
le Calcul integral dans toute
son étendue , avec son aplication aux
quadratures , rectification , cubatures ,
centres de gravité , de percussion , &c.
De toutes sortes de courbes ; par M. Sto
ne , de la Societé Royale de Londres ,
Servant de Suite aux Infiniment - petits
de M. le Marquis de l'Hôpital , traduit
en François par M. Rondet , Maître de
Mathématiques. A Paris , chés Michel
Gandouin , Quay de Conty , et P. Fr. Giffard,
rue S. Jacques , 1735. vol . in 4.
AVIS DESINTERESSEZ sur les derniers
Ecrits publiés par la Cour de Vienne et
de Madrid , au sujet de la Guerre présente
, avec quelques Observations de
Droit sur l'article cinquième de la quadruple
Alliance , et le Suplément au Recueil
NOVEMBRE. 1735. 2427
cueil des Piéces citées dans la Reponse de
la Cour de Vienne à la declaration de
guerre de l'Espagne , où l'on trouvera les
mêmes piéces que la même Cour a jugé à
propos de ne pas exposer au Public , 1735.
vol. in 4. A Paris , chés Coignard , et
Boudet, rue S. Jacques.
TABLES ASTRONOMIQUES , dressées &
mises en lumiere par les ordres et par la
magnificence de Louis le Grand , dans
lesquelles on donne les mouvemens duSoleil,
de la Lune et des autres Planettes , déduits
des seules Observations , et indepen
damment d'aucune hypotése ; la position
des principales Etoiles fixes , visibles sur
notre horison ; la methode du Calcul Astronomique
et le Calcul des Eclypses
par la seule Trigonometrie rectiligne. La
description , la construction , et l'usage
des instrumens de l'Astronomie , pratique
moderne ; et plusieurs Problêmes
d'Astronomie et de Géographie , au Méridien
de l'Observatoire Royal de Paris,'
dans lequel les Observations qui leur ont
servi de fondement , ont été faites par
M. de la Hire , Professeur Royal de Mathématiques
, et de l'Académie Royale
des Sciences , troisiéme Edition mise en
François par l'Auteur , et publiée par
>
M.
2428 MERCURE DE FRANCE
M. G...... in 4. A Paris , chés Monta
lant , Imprimeur - Libraire, Quay des Augustins.
HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
et Ecclesiastiques , qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyse et le
denombrement des differentes Editions
de leurs Ouvrages ; ce qu'ils renferment
de plus interessant sur le Dogme , sur
la Morale , et sur la Discipline de l'E
glise ; l'Histoire des Conciles tant generaux
que particuliers , et les Actes choisis
des Martyrs , par le R. P. Remy Ceillier
, Benedictin de la Congregation de
S. Vanne , & c. Tome V. in 4. A Paris ,
chés la veuve le Mercier , et Ph . N. Lottin
, rue S. Jacques , et Paulus du Mesnil,
Grand'Sale du Palais, 1735.
LES VIES des Hommes Illustres , omises
par Plutarque. Tome neuvième , contenant
Annibal , par M. Dacier. Enée ,
Tullus Hostilius , Aristomene , Tarquin
Ancien , L. Junius Brutus , Gélon , Cyrus
, Jason . Traduites de l'Anglois , de
Thomas Rovve , par M. l'Abbé Bellanger,
à Paris , chés Rollin fils , Quay des Augustins
, 1734. vol . in 4.
NOVEMBRE. 1735. 2429
DISCOURS ECCLESIASTIQUES ET MONASTIQUES
, par l'Auteur des Discours Chrétiens
, in 12. 3. vol. 1735. 6. liv . A Paris
chés P. G. le Mercier , ruë S. Jacques , au
Livre d'or.
CATALOGUE des Arbres et Arbrisseaux
qui se peuvent élever en pleine terre aux
environs de Paris , de l'Imprimerie de Joseph
Bullot , ruë de la Parcheminerie ,
1735. in 8.
LES OEUVRES DE THEATRE de M. de
Brueys , 3. vol. in 12. A. Paris , ruë S.
Jacques , chés Briasson , 1735,
Dans un petit Avertissement à la tête
du Livre , le Libraire aprend que la precedente
Edition des Oeuvres de M. Palaprat
étant épuisée , il en prepare une nouvelle
, de laquelle on suprimera toutes les
Piéces que l'on a revendiquées en faveur
de M. de Brueys , qui se trouvent ici rassemblées.
De cette façon , le Théatre deM.
Palaprat , avec les petitsOuvrages de Poësie
qui y sont joints , feront un seul volume
, lequel paroîtra incessamment , et
fera un quatriéme Tome au Théatre de
M. de Brueys ; il sera de même forme et
de même caractere, Ainsi les Ouvrages de
ces deux Associés se trouveront toujours
de compagnie, La
2430 MERCURE DE FRANCE
La Vie de l'Auteur en 30. pages , suit
cet Avertissement. David- Augustin de
Brueys , étoit originaire du Diocèse d'Usez
, et naquit à Aix en l'année 1640 .
Sa Famille est ancienne , et descend de
Pierre de Brueys , annobli par des Lettres
de Louis XI. du 3. Septembre 1481. On
compte parmi ceux qu'elle a donnés à la
Republique des Lettres , le celebre Messire
Charles de Barbeyrac , Medecin , et
Beaufrere de M. de Brueys.Le Pere de notre
Auteur qui étoit Protestant éleva
son Fils dans les principes de la Religion
P. R. il lui fit faire ses études à Aix , et l'y
fit recevoir Avocat : ce fut à peu près dans
le même temps qu'il se maria , plus par
inclination que par raison , & c.
>
Il quitta peu de temps après l'étude
aride des questions de Droit et de la Jurisprudence
, pour se livrer tout entier à
celle de la Théologie et de la Litterature ,
&c. Il composa sa Paraphrase sur l'Art
Poëtique , qu'on trouve à la fin de ce
Recueil.
Il repondit au Livre de l'Exposition de
la Doctrine de l'Eglise que M. Bossuet
Evêque de Maux , venoit de publier. Ce
Prélat resolut pour toute replique , de désabuser
son Adversaire de ses erreurs , et
de les lui faire abjurer. Il y réussit . M. de
Brueys
NOVEMBRE . 1735. 2435
Brueys composa peu de temps après un
Ouvrage , intitulé Examen des raisons qui
ont donné lieu àla séparation des Protestans,
&c. et il le presenta au Roy , qui le reçut
avec satisfaction . Mais il pria qu'on ne
demandât rien pour lui,afin qu'on ne put
le soupçonner , disoit- il , de s'être réuni
à l'Eglise Romaine , par un motif d'am
bition ou d'interêt.
?
En 1683. un an après sa conversion
il acheva son Traité de la Sainte Messe
et fut retenu à Paris par ordre du Roy ,
pour l'instruction des Protestans. Il quitta
la profession d'Avocat ; sa femme étant
morte vers ce temps - là , il reçut la Tonsure
des mains de M.l'Evêque de Meaux .
Il fit ensuite quantité d'Ouvrages pour
la défense de la Religion Catholique , et
il en fut recompensé par des pensions du
Roy et du Clergé.
Un genre aussi important et aussi serieux
que celui de la Morale et de la Controverse
, ne paroissoit pas devoir se rencontrer
avec le frivole du comique et de la
plaisanterie et on n'attendoit pas de la
plume d'un Théologien , des Actes et des
Scenes ; mais le Théatre François que M.
de Brueys fréquenta pendant son séjour à
Paris , dévelopa les talens que la Nature.
lui avoit donnés pour le Dramatique. On
scair
2432 MERCURE DE FRANCE
sçait que le goût et les dispositions que
l'on aporte en naissant pour le genre comique
, sont aussi difficiles , et peut-être
aussi impossibles à vaincre , que le caractere
: l'éducation et les reflexions peuvent
en suspendre les effets , mais elles ne sçauroient
en corriger le principe : d'ailleurs,
comme notre Auteur n'étoit aparemment
pas convaincu des raisons que l'on allegue
pour condamner la Comédie , il se
seroit plutôt laissé aller à son penchant ,
si des motifs de politique et de bienséance
ne l'eussent arrêté.
M. Palaprat , son ami et son compatriote
, en lui offrant de travailler ensemble
dans un genre qu'ils aimoient tous deux,
leva toutes les difficultés, et donna par - là
à notre Auteur le moyen de satisfaire son
goût , sans commettre son état et sa reputation
. En effet il saisit avec joye la proposition
, travailla avec ardeur , et composa
le Grondeur ; le Sot toujours sot , ou la
Force du Sang ; le Muet ; l'Important ; les
Empyriques ; Gabinie , et l'Avocat Patelin.
Cette derniere Piéce fut faite pour être
jouée à la Cour. Le Roy vouloit voir une
Comédie d'un genre different de celles .
qu'on lui avoit representées jusqu'alors ,
et M. de Brueys fut choisi
poser, &c.
pour la com-
De
NOVEMBRE. 1735 2433
De retour dans sa Patrie , il reprit les
mêmes travaux qui l'avoient occupé pendant
son séjour à Paris , et composa le
Traité de l'Obéissance des Chrétiens aux
Puissances Temporelles. Il y acheva l'Histoire
du Fanatisme de notre temps , done
il avoit publié le premier volume en
1692. et dont il donna le second volume
en 1709. et les deux derniers en 1713 .
Il y fit aussi le Traité du legitime usage de
la Raison , principalement sur les objets de
·la Foy.
Le goût qu'il avoit pour les Ouvrages
de Théatre ne l'abandonna point dans sa
retraite ;
il y fit succeder avec la même
bonne foi , les caracteres comiques aux
matieres Théologiques et Morales ; cellesci
étoient produites par des principes de
devoir et de Religion , et celles- la par la
seule idée de délassement . C'est dans cet
esprit qu'il travailla à la Tragédie de Lisimacus;
qu'il corrigea celle d'Asba , et
qu'il composa l'Opiniâtre , les Quiproquo,
& les Embarras du derriere du Théatre.
Le premier Tome contient Gabinie ;
Tragédie Chrétienne , premier Ouvrage
de l'Auteur..
Asba , Tragédie. C'est son dernier Ou
Wrage.
Lisimacus , Tragédie.
E L'O
2434 MERCURE DE FRANCE
L'Opiniâtre , Comédie en Vers et en
II. Actes .
Tome II. Le Grondeur , Comédie en III.
Actes, en Prose.
Le Mues , Comédie en V. Actes , en
Prose.
L'Important , Comédie , en Prose et en
III. Actes.
Tome III. Les Empyriques , Comédie
en Prose et en III. Actes.
Patelin , Comédie,en III . Actes , enProse
avec un Prologue , et trois Interme
des , mêlés de Déclamations , de Chants
et de Danses .
>
La Force du Sang , ou le Sot toujours
sot , Comédie en Prose , en II. Actes.
Les Quiproquo, Comédie, en unActe en
Prose.
Les Embarras du derriere du Théatre ;
Comédie en un Acte.
Abregé du Mécanisme universel, en Dis
cours et Questions Physiques , dans les
quels on dévelope les causes naturelles et
immediates des plus surprenans Phénomenes
, par des Démonstrations fondées
sur les Observations et Experiences faites
dans les Académies Royales des Sciences
de Paris et de Londres , et sur plusieurs
autres de l'invention de l'Auteur , enrichi
NOVEMBRE . 1735 £435
chi de plusieurs figures en Taille-douce .
Par M. Morin , Prêtre , Professeur de
Philosophie au College Royal. A Chantres
, chés J. Roux , Imprimeur- Librairo
de M. l'Evêque , du Clergé , et du College
, rue des Changes, au Esprit, 1735.
et se trouve A Paris , rue S. Jacques ,
chésRobert-Marc d'Espeli ,dans la Cour de
ta vieille Poste , in 12. de 584. pages , sans
la Préface , l'Epitre Dedicatoire , & c.
Si nos Peres eussent interrogé la Nature
, dit l'Auteur dans sa Préface , non par
l'autorité ou par l'imagination , mais par
la raison et l'expérience, ils eussent, sans
doute,beaucoup plus avancé dans la connoissance
de la verité. Il est fâcheux que
la plupart ayent employé une bonne partie
de leur temps à aprendre , non les
choses en elles mêmes , mais la maniere
dont leurs prédecesseurs les avoient comprises
; c'est tout le but des Commentateurs
d'expliquer , non les Phénomenes ,
mais seulement la maniere dont Aristote
les a conçûs : leurs conclusions sont toujours
prouvées ex Philosopho. La verité
ainsi oprimée et comme accablée sous le
poids de l'autorité des Hommes , qui sont
tous fautifs,est toujours demeurée comme
ensevelie dans les tenebres; c'étoit un abîme,
d'où elle n'osoit,pour ainsi dire ,sortir
E ij jusqu'à
2436 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à ce qu'enfin par la voye de la discussion
, du doute méthodique , elle se
soit manifestée à ceux qui la cherchoient
avec tant d'ardeur pour elle -même , et
les hommes ; en voilà , ce me
semble , assés pour prouver l'utilité de
la Physique experimentale.
non pour
A la suite de ses Discours , l'Auteur
donne une construction facile des principaux
Instrumens dont on se sert pour
faire les Experiences les plus communes ,
qu'il ajoûte qu'on peut composer soi- même
sans beaucoup de peine et avec peu
dépense.
DISSERTATION sur l'état des anciens habitans
du Pays Soissonnois avant la cons
quête des Gaules par les Francs. A Paris ,
chés J. B. Delespine , 1735. in 12 p. 106,
C'est ici la premiere Dissertation , qui,
quoique non composée par un desMembre
de l'Acad. de Soissons, a cependant été
lûe dans lesAssemblées de cette Acad.et y
a été couronnée d'unPrix,La ville deSoissons
a l'obligation de ce nouvel établissement
à M. son Evêque , dont le but est
aparemment de faire réunir en un corps
deDissertations tous lesEndroits de l'Histoire
de Soissons , qui ont été les moins
éclaircis jusqu'à present : ce qui poura
former
NOVEMBRE. 1735. 2437
former un Recueil semblable à celui
qui
paroit depuis peu touchant l'Histoire des
Sequanois.
La Dissertation dont il s'agit ici , metitera
, sans doute , d'être à la tête de ce
Recueil , comme étant celle qui atteint
jusqu'au plus haut point où l'on puisse
faire remonter communément une Histoire
particuliere. M. l'Abbé le Boeuf ,
Chanoine d'Auxerre , si connu dans le
Monde sçavant, en est l'Auteur.
Elle est divisée en cinq parties , dont
la plus interessante pour le Pays Soissonnois
est la premiere , qui traite amplement
de la situation et de l'étendue de
l'ancien Pays Soissonnois , et qui parle
ensuite de ses plus anciennes Villes et Châ
teaux. Cette partie est aussi celle qui contient
du Neuf en plus grande quantité.
On y aprendra que ce n'est ni à Noyon
ni à Soissons même qu'il faut chercher le
NOVIODUNUM Belgique des Commentaires
de Cesar ; mais sur une Montagne qui
commence à une demie lieuë deSoissons,
et qui en a conservé le nom de NoYAN ,
entierement analogique avecNoviodunum ,
ce qui est d'autant plus veritable , que
cette Montagne se trouve precisément
placée entre les territoires qui sont apalés
Mons Suessionum , & Vallis - Suessioni-
64 , dans les anciens titres. E iij L'Au@
438 MERCURE DEFRANCE
>
L'Auteur n'est pas moins heureux dans
ce qu'il dit du Bibrax des mêmes commentaires
, que personne , avant lui , n'as
voit découvert dans la Montagne de Bievre,
situécàdeux lieuës deLaon ,du côtédu
Midy, et que de fameux Geographes ont
cherché envain dans Braine et dans Fimes.
Il n'a point apréhendé d'étendre les limi
tes du Soissonnois vers le Pays Meldois
vers le Diocèse de Paris , et vers celui de
Senlis; il falloit en effet ,qu'anciennement
le Soissonnois fut unPays plus vaste qu'il
n'est aujourd'hui . Cette premiere partie
est remplie de Notes très curieuces sur
l'ancienne Géographie des Gaules et sur
les origines Celtiques. L'Autheur y a fait
voir en plusieurs endroits qu'il n'embrasse
pas toujours aveuglément les sentimens
de M. de Valois , et qu'il est possible d'y
ajouter.
En parlant dans son second article des
Armes des anciens habitans du Soissonnois
, il se sert avantageusement du pissage
de Lucain où les Sçavans ont reformé
Axones en Sessones , et il fait remarquer
que vers l'an 38c . ou 400. la ville de Soissons
étoit avec Strasbourg et Tréves celle
où l'on fabriquoit un plus grand - nombre
d'Instrumens et de Machines de
Guerre.
A
NOVEMBRE. 1735. 2439
A l'égard des usages et manieres de vivrede
ces anciens habitans, l'Auteur avouë
qu'il ne les peut représenter autres que
celles des autres Gaulois ou du reste des
Belges , et il semble convenir que la boisson
du vin auroit été usitée dans le Soissonnois
dès le temps de Cesar.
Il remarque après Strabon , que les plus
vigoureux d'entre les Belges étoient les
Beauvoisins , et après eux les Soissonnois,
ce qui étoit encore veritable du temps de
Guillaume le Breton , qui a inseré ce Vers
dans sa Philippide.
Valle suessonica fortissima corpora surgunt.
Ces derniers cependant furent les premiers
qui se rendirent aux Romains après
anSiége formé de laCapitale de leurPays;
et ce qui est singulier est que cette Ville ,
la premiere assiegée par le General Romain
, fut la derniere qui conserva dans
ses murs le Chef de la Milice Romaine
dans les Gaules au V. siecle.
On lira avec plaisir ce que dit l'Auteur
de l'ancien gouvernement desSoissonnois .
Quelques Monumens echapés aux injures
du temps , et conservés à Soissons ou aux
environs , servent à marquer sur la fin de
cette Dissertation quelques particularités
touchant la Religion de ces anciens habi-
E iiij tans.
2440 MERCURE DE FRANCE
tans . Mais les Monumens les plus anciens
en ce genre sont les hauts Lieux dont on
voit des vestiges proche Soissons , et dont
les noms reclament encore en faveur de
leur premier usage . Comme cet Auteur
s'est dit étranger par raport au Pay's Soissonnois
dont il a fait l'Eloge , il a aussi
choisi pour couronner sa Dissertation
cette Sentence d'une des Lettres du Recueil
de Cassiodore : Commune est cunctis
in suis imperiis prædicari ; sed illud est omnimodis
singulare , in extranea gente
laudes
proprias invenire. Cassiod . Variar. Lib. X.
I 9.
HISTOIRE SAINTE selon l'ordre des temps
depuis la Création du Monde jusqu'àJesus-
Christ , pour servir à l'édification des per
sonnes de pieté et principalement à l'instruc
tion de lajeunesse , tirée des seules paroles de
l'Ecriture , avec de courtes Notes pour l'éclaircissement
des endroits les plus difficiles.
A Paris,rue S. Jacques , chés Charles Osmont
, à l'Olivier , Jacques Clousier , à
l'Ecu de France , & Worle Henri à S.
Louis , M. DCC. xxxv. 2. vol. in 12.
L'Auteur , auquel le Public est redevable
de cet ouvrage , l'avoit fait pour un
jeune Prince et de jeunes Princesses dont
l'instruction lui avoit été confiée , afin de
·les
NOVEMBRE. 1735 2440.
les accoûtumer de bonne heure à la lecture
de l'Ecriture Sainte, et de leur inspirer du
goût pour les saintsLivres qu'elle contient,
il s'est attaché à n'emploïer queles termes
dont lesEcrivains sacrés se sont eux-mêmes
servi pour nous transmettre l'Histoire
de la Providence de Dieu sur son Peuple .
Toutes les circonstances des faits qui composent
cette Histoire étant précieuses par
elles-mêmes , entrant toutes dans le but
que Dieu s'est proposé en la faisant écri
re , c'est à- dire , devant contribuer à l'ins
truction et à l'édification , l'Auteur a cru
devoir les donner dans tout le détail avec
lequel on les trouve dans les livres de l'Ecriture.
C'est un double avantage que cette
Histoire a sur toutes celles qui jusqu'à
present ont été données au Public , lesquelles
n'étant pour la plûpart que des Extraits
fort abregés, ne présentent au lecteur que
des faits dépouillés de ce qu'ils ont de.
plus utile et de plus interessant , ou qui
étant plus étendues , mais narrées dans
le stile de leurs Auteurs, font disparoître
cette noble simplicité qui fait le caractère
propre de l'Ecriture Sainte. Celle- ci n'est
composée que des propres paroles des
Ecrivains Sacrés , et les faits y sont détaillés
et circonstanciés avec la même
éxactitude que dans l'Ecriture Sainte
Ev même
2442 MERCURE DE FRANCE
même ; c'est ce qui fait qu'on y trouve
presque tous les Livres de l'ancien Testament
; les cinq Livres de Moyse y sont
presque dans leur entier ; l'Auteur n'en a
retranché que les Genealogies , les longs
dénombremens et les loix purement Judaiques
, excepté celles dont la connoissance
est nécessaire pour l'intelligence de
plusieurs endroits du Nouveau Testament.
Tous les Livres historiques y sont
aussi sans aucun retranchement . L'Auteur
s'est contenté d'en faire uneConcordance
suivie , en arrangeant selon l'ordre des
temps , tous les faits qui se trouvent dispersés
dans plusieurs Livres , ou deplacés
dans les mêmes. La Chronologie à la
quelle il s'est attaché , et qu'il a mise aux
marges de presque ttoouutteess lleess pages de son
Ouvrage est celle du sçavantUsserius.Il y
a aussi plusieurs morceaux considerables
des Prophetes ; toutes leurs predictions
concernant le Peuple Juif et ceux qui ons
eu quelque relation avec lui , y sont raportées
et placées dans le tems auquel elles
ont été faites , de maniere que le Lecteur
trouve dans cet Ouvrage l'explication
de la plupart des Prophéties justifiées
par les évenemens On n'y a pas omis
celles qui regardent le Messie , la Vocation
des Gentils et l'établissement de l'Eglise .
Le
NOVEMBR E. 1735. 2443
Ledessein de l'Auteur ayant été de former
les moeurs , il a aussi inseré dans le corps
de son Histoire les plus beaux endroits
des Prophetes qui ne concernent que les
Moeurs , et il a eu par tout une attention
scrupuleuse à ne se servir d'aucun terme,
et à ne rien dire qui put allarmer la pudeur
de ceux pour qui il a écrit.Les Livres
de l'Ecriture ne nous aprenant point ce
qui s'est passé parmi les Juifs depuis leur
rétablissement après le retour de laCaptivité
de Babylone jusqu'aux Machabées , et
depuis les Machabées jusqu'à la Naissance
de Jesus-Christ, il y a supléé et il a rempli
ces vuides en donnant l'Histoire de ces
tems qu'il a tirée de Joseph et des meilleurs
Historiens , desorte que l'on a par ce
moyen un corps éxact et complet de l'Histoire
du Peuple de Dieu.L'Auteur n'a suivi
aucune des Traductions de l'Ecriture
qui ont été données au Public. Il en a fait
une nouvelle , pour laquelle il a consulté
tous lesTextes originaux dont il a si bien
prosté qu'on voit avec plaisir réunies
dans sa version la simplicité et la majesté
de l'original. Il y a joint plusieurs Notes
sçavantes qui éclaircissent la lettre de l'Ecriture
et en facilitent l'intelligence , ce
qui fait que cet Ouvrage quoiqu'entrepris
ptincipalement pour Finstruction
E vj des
2444 MERCURE DE FRANCE
des jeunes gens , peut être utile à toutes
sortes de Personnes. On trouve encore à
la fin de l'Ouvrage uneDissertation assés.
longue dans laquelle l'Auteur expliquelesPropheties
de Daniel ,de la plupart des
quelles il justifie l'accomplissement dans
P'Histoire des Machabées . Par M. l'Abbé
Genot , Précepteur de son A. S. Monsei
gneur le Duc d'Anguien.
ALMANACH DES DAMES Sçavantes Fran
çoises , pour l'année 1736. contenant un
ordre Alphabétique des Dames qui se
sont rendues recommandables par leur
sçavoir , depuis le commencement de la
Monarchie jusqu'à present, avec l'Abrege
de leurs Vies , et le Catalogue de leurs
Ouvrages. AParis , chés CharlesGuillaume,
Quay des Augustins , du côté du Pont S
Michel , à S. Charles 1735-
LA VIE DE MARIANNE,ou les Avantures
de Madame la Comtesse de ... par M. de
Marivaux , troisiéme partie. A Paris ,
chés Prault fils 1735.
1
DESCRIPTION du Gouvernement de
Bourgogne , suivant ses principales divisionsTemporelles
, Ecclesiastiques , Militaires
et Civiles , avec un Abregé de l'Histoire
NOVEMBRE. 1735. 2445
toire de la Province , et une Description
particuliere de chaque Pays , Villes
Bourgs , Paroisses et autres Communautés
qui dépendent de ce Gouvernement.
Par M. Garreau , seconde Edition
corrigée et considerablement augmentée..
Imprimée à Dijon , chés A. du Fay , Im
primeur et Libraire des Etats , de laVil
le et de l'Université 1734. et se vend
à Paris , chés Briasson , rue S. Jacques ,
vol, in 8 .
ود
OBSERVATIONS sur la Comédie , et sur
le Genie de Moliere , par M. L. Riccoboni,
vol. in 12. de 357 pages , sans l'Epitre Dedicatoire
et la Preface. Se vend relić 2. 1..
10. f. et 2. l . broché. Chés la veuve Pissot,
Quay de Conty , à la Croix d'or. On en
parlera plus au long..
RECUEIL de plusieurs Piéces de Poësie
et d'Eloquence presentées à l'Académic
des Jeux Floraux les années м DCC. XXXIV.
& M. DCC. XXXV . avec les Discours prononcés
dans les Assemblées publiques de:
l'Académie, un vol. in 8. d'environ 300.p..
A Toulouse , chés Claude- Gilles le Camus.
UnAvertissement qui est à la tête de ce
Recueil nous aprend que l'Académie des.
Jeux Floraux a fait , selon l'usage, la distribution
des Prix le 3. May de cette année
2446 MERCURE DE FRANCE
née , et qu'elle distribuera l'année prochaine
1736. trois Prix d'Ole , deux de
Poëme , deux de Discours , et deux d' Elegie,
y en ayant cinq de reservés , outre les
quatre de l'année.
Le sujet du Discours sera pour cette
année 1736.LE GENIE PRODUIT LE GOUT,
LE GOUT PERFECTIONNE.
On trouve aussi dans cet Avertisse
ment le détail qui suit.
M. Thomas , Secretaire de M. le Marquis
de Villeneuve , Ambassadeur à la
Porte Ottomane est Auteur de l'Elegie
qui remporta le Prix l'année 1733. Qu'il
nous soit permis d'ajoûter que M. Thomas
, Homme de Lettres , de goût , et de
merite , a succedé dans cet employ à M.
des Roches , mort à Constantinople en
1734- qui mérite d'être regretté , sur
tout par ses talens Litteraires dont
nous avons donné plusieurs preuves dans
notre Journal , Nous nous reservons de
parler de lui plus amplement dans une aưỡ
tre occasion. Cependant il ne pouvoit
pas mieux être remplacé.
Â
>
- M.Favart de Paris est l'Auteur du Poëme
qui à pour Titre : La France délivrée
par la Pucelle d'Orleans , qui remporta le
Prix de ce gente en 1734. les autres furent
reservés . -
L'Ode
NOVEMBR E. 173. 2447
L'Ode qui a remporté le premier Prix
cette année et qui a pour Titre Les Contradictions
de l'Homme , est de M. Molard,
du Lieu du Bausset , près de Toulon .
M. Prades , Curé de Montegut , Maître
des Jeux Floraux , est Auteur de l'Ode
qui a pour Titre La Jeunesse , et qui au
Foit remporté le Prix , s'il étoit permis
de l'adjuger à un Académicien .
Le Discours qui a remportéle Prix , dont
le Titre est l' Eloge du Secret , est de M.
Chailac de Paris , habitant de la Ville d'Aix
Le Prix de l'Idyle qui a pour Titre , les
Forges de Cythere , a été adjugé à M. Traverse
de Cette.
Et M. le Blanc de Castillon , de la Ville
d'Aix , est Auteur du Discours qui a concouru
pour le Prix dont le sujet est l'Eloge
du Secret.
On remettra dans tout le mois de Janvier
1736. à M. le Chevalier d'Aliés , Seéretaire
perpetuel de l'Académie des Jeux
Floraux , rue des Couteliers, à Toulouse,
trois copies bien lisibles de chaque Ouvrage
, qui sera désigné seulement par une
Sentence ou Devise.
On doit charger des Personnes domiciliées
à Toulouse , de remettre les Qu
vrages à M. le Secretaire , qui en écrira
la reception sur son Registre , le nom , la
La
¿
qualité,
2448 MERCURE DE FRANCE
qualité , la demeure de ceux qui le leur
remettront , à qui il en expediera les Recepissés
, &c .
Nous n'entrerons dans aucun détail des
Piéces contenues dans ce Recueil , que
nous n'avons vû que fort tard et par
hazard.
Ce n'est pas notre faute.
DISCOURS sur l'Esprit de Societé , pre
senté à M M. de l'Académie Françoise ,
Pannée 1735. Par M. l'Abbé Marquet ,
de la Maison et Societé de Sorbonne. A
Paris , chés Didot , Quay des Augustins.
Nous naissons , dit l'Auteur dans son
Exorde la societé ; les amusemens
pour
de l'enfance , les instructions nécessaires
à la jeunesse , les ocupations d'un âge plus
avancé , les ennuis que la vieillesse traîne
à sa suite , nous découvrent d'une maniere
bien sensible l'intention de la Nature.
Elle attache les Hommes par une dépendance
mutuelle , elle les unit par l'attrait
du plaisir , elle les enchaîne par l'intérêt
,qui agit si puissamment sur les coeurs:
on ne peut rompre des noeuds si étroits
sans se rendre malheureux. Envain l'orgueil
Philosophique , la farouche Misantropie
nous éxilent- t'ils d'un commerce
aimable ce goût intime pour la
societé poursuit ces deux ennemis jusques
NOVEMBRE. 1735 2449
ques dans leurs retraites les plus som
bres ; il empoisonne les fausses douceurs
que la vie solitaire leur promettoit , et
changeant ces délices chimériques en dé
gouts réels , il venge la societé de l'injuste
mépris que ces hommes superbes osoient
affecter.
L'Auteur déclare ensuite que le but
qu'il s'est proposé dans cet Ouvrage , est
de montrer de quelle importance
d'aquerir l'esprit de societé si nécessaire
aux Etats pour en former l'harmonie , et
si nécessaire à l'homme pour lui faire goû
ter de veritables plaisirs ; qu'en conside
rant le monde comme un corps politique,
le bien public éxige qu'on soit animé de
cet esprit et en considérant ensuite
l'homme lui - même sans aucun raport
étranger, ses avantages propres dépenden
essentiellement de cet esprit de societé
Deux choses , dit-il , sont principale
ment nécessaires au corps politique , la
culture des Arts , qui , en rendant l'état
florissant , font sa grandeur ; la tranquil
lité , qui étant l'ame de ses plaisirs est le
gage de sa sûreté. L'esprit de societé les
. a fait naître , il peut seul les conserver .
L'Auteur parcourt les differens états de
l'homme depuis sa création , et fait voir
d'une maniere sensible que l'esprit de so
cieté
450 MERCURE DE FRANCE
cieté a beaucoup contribué à débrouiller
le cahos dans lequel le crime l'avoir
plongé ; que ce même esprit établît la jus
tice , fit fleurir les Arts ; enfin , que le
monde entier doit à l'esprit de société tous
les avantages dont il jouit aujourd'hui.
Il condamne ensuite judicieusement le
genre de vie de ceux qui semblent s'être´
volontairement condamnés à une prison
perpétuelle,qui par une bizarrerie extraor
dinaire se sequestrent des viváns pour
s'ensevelir dans la sombre poussiere de
leur cabinet. Dans cette situation au milieu
des difficultés qui se rencontrent dans
la recherche de la verité , l'homme ajoûte
encore à son impuissance naturelle , l'injuste
privation des lumieres qu'il peut
trouver dans la societé , ce qui augmente
son aveuglement. Puis revenant au détail
des avantages que procure l'esprit de
societé , il fait voir le travers de ceux qui
refusent d'y participer.
En effet le défaut d'esprit de societé ar
rête les progrès de l'Eloquence , et n'est
pas moins contraire à la Poësie , c'est ce
que l'Auteur prouve parfaitement.
L'Orateur, dit-il,doit percer dans tous les
replis du coeur humain , il doit reveiller
tous les sentimens dont le succès qu'il se
propose peut dépendre ; il doit penetrer
NOVEMBRE. 1735. 245
e génie , le caractére de ceux qu'il entreprend
de persuader. Cet Art ne se puise
que dans la societé. On se plaint tous les
jours de l'artifice qui sçait couvrir les vices
du voile des vertus , de cette profonde
dissimulation , qui en impose aux pluséclairés
, de cette varieté si surprenante
de caractéres qui differencie les hommes
à l'infini ; placé dans une distance d'où
il est impossible de les apercevoir , serafon
plus en état de les démasquer et de
trouver la nature cachée sous l'art le plus
subtil ?
Par un parallele d'Horace avec le Stoï
que Epictete , l'Auteur fait sentir la dif
ference des Leçons de l'un , avec le tour
insinuant de la Morale de l'autre. L'éloi
gnement de la societé a augmenté , dit- il,
l'austerité naturelle du second , et métamorphosé
en Pedant , dont le ton Magistral
m'irrite , le Philosophe qui préten
doit m'instruire.
و
Tout concourt , dit- il , en finissant , au
triomphe de la societé tout nous dé
montre l'importance dont il est d'en acquerir
l'esprit , il est l'ame du monde , il
en forme l'harmonie ; en cultivant les
Arts , il rend les Empires florissans ; les
Sciences abstraites , l'Eloquence, la Poësie
lui sont redevables de leur succès , il
main1452
MERCURE DE FRANCE
maintient la tranquillité des Etats : sans
lui une indépendance orgueilleuse , une
curiosité indiscrete donneroient bientôt à
l'autorité,à la Religion même, les plus vives
atteintes à la nécessité du devoir, se
jointl'attrait du plaisir, le particulier cherit
une loi dont le citoyen est forcé de reconnoître
l'Empire.Sans l'esprit de societé,on
ne peut , si l'on a droit de se plaindre de
la fortune , en reparer l'injustice ; envain
la Nature nous auroit elle prodigué
tous ses bienfaits , cet esprit seul peut
nous faire jouir de ces agrémens de la vie
sans lesquels on se flate envain d'être
heureux ; le mérite le plus éclatant , sf
l'esprit de societé ne l'accompagne , privé
quelquefois de la gloire qui lui est dûë ,
languit souvent sans récompense ; la situation
la plus brillante , l'opulence mê
me que le luxe et le faste environnent
restent sans plaisir ; sans cet esprit l'ami
tié n'est qu'une chimere.
C'est tout ce que des bornes étroites peu
vent permettre de raporter de ce Dis
cours, par lequel, selon la pensée de l'habile
Censeur qui l'a aprouvé, la nécessité
l'esprit de societé paroît acquerir de nou
veaux avantages.
*
* M. de Marcilly.
1
L'Acag
NOVEMBRE. 1735. 2453
L'Académie Royale des Inscriptions et Bellesettres
reprit ses Exercices le Mardi 15. de ce
ois , par une Assemblée publique , suivant la
oûtume , à laquelle M. le Cardinal de Polignac
ésida. La Séance fut ouverte par l'Eloge de M.
bbé deVertot , decedé au mois de Juin dernier,
i fut prononcé par M. de Boze , Secretaire per
uel , et qui fut fort aplaudi .
M. l'Abbé Geinot parla ensuite sur l'Ostracișom
qu'on donnoit à un bannissement de 10 .
auquel lesAtheniens condamnoient ceux dont
erite , ou l'autorité leur étoient suspects , &c.
De Discours fut suivi de la lecture que fit M.
bé Vatry de ses Recherches sur la Represen
m des anciennes Tragédies . Il entra là - dessus
s un détail curieux et agréable qui fait souer
la suite de sa Dissertation .
reste de la Seance fut assés court , pour faire
reter le temps qui manqua à M. l'Abbé Géyn
pour achever l'Histoire d'Attalus Roy de
game dont il lút une bonne partie pour M.
bbé Sévin. Le sujet parut grandet bien manié,
On avoit distribué dès le commencement un
ogramme de l'Académie dans toute l'Assem
Hee. M. le Sécretaire en fit la lecture , et en yoici
#
feneur.
RIX LITTERAIRE , fondé dans
Académie Royale des Inscriptions
Belles - Lettres .
Académie Royale des Inscriptions et Belles
Lettres desirant que les Auteurs qui compo
t pour le Prix , ayent tout le temps d'aprofon
les matieres , et de travailler les sujets qu'elle
: donne à traiter , a résolu de les publier beau→
Coup
T
2454 MERCURE DE FRANCI
coup plutôt , et elle annonce dès-à- present , qu
le Sujet qu'elle a arrêté pour le concours au Pr
qu'elledistribuera à Pâques 1737. consiste à mar
quer L'ETAT DES SCIENCES IN FRANCE DEPUI
LA MORT DE CHARLEMAGNE JUSQU'A CELL
DU ROY ROBERT .
Le Prix sera toujours une Médaille d'Or , d
la valeur de quatre cent livres.
Toutes personnes , de quelques Pays et condi
tion qu'elles soient , excepté celles qui compo
sent ladite Académie , seront admises à concouri
pour ce Prix , et leurs Ouvrages pouront êtr
écrits en François ou en Latin , à leur choix. I
faudra seulement les borneràune heure de lectur
au plus.
Les Auteurs mettront simplement une Devis
leurs ouvrages ; mais , pour se faire connoître
ils y joindront , dans un papier cacheté , et écri
de leur propre main, leurs nom,
demeure et qua
lités , et ce papier ne sera ouvert qu'après l'ad
judication du Prix.
Les Piéces , affranchies de tous ports , seron
remises entre les mains du Secretaire de l'Acade
mie , avant le premier Decembre 1736.
OUVERTURE du Collège Rayal.
Es Professeurs du Collège Royal de France
Lfondé àParis par le Roy François I. lc. Per
et le Restaurateur des Lettres , reprirent leur
Exercices , interrompus par les vacances ordi
naires , le Lundy 21. Novembre. Voici les noms
des Sçavans Hommes qui remplissent acte
ment les Chaires de ce fameux College, sous l'ins
pection de M. Lancelot de l'Académie Royalt
des Inscriptions et Belles-Lettres , Censeur Roya
des Livres.
Ром
NOVEMBRE 1735. 2455
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier et Henri.
Pour la Langue Grecque.
Mrs Capperonnier et Varry.
Pour les Mathématiques.
Mrs. Chevalier et Privar deMolieres.
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres.
Pour l'Eloquence Latinè.
Mrs Rollin et Souchay.
Pour la Médecine, la Chirurgie, la Pharmacie
et la Botanique.
Mrs Andry , Burette , Astruc , et du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs deFiennes, SecretaireInterprete du Roy poy
les Langues Orientales ; et Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
M. l'Abbé Fourmont.
Les Epitaphes Françoises de Moliere , inserées
dans le Mercure du mois d'Août dernier nous ont
procuré les deux Latines qui suivent. La personne
qui nous les envoye s'exprime ainsi sur ce sujet.
La premiere porte avec elle sa recommandation
par le nom du sçavant Evêque d'Avranches , M.
Huet , qui en est l'Auteur : et l'autre mériteroit
d'être traduite en François , si pourtant on peut
en rendre toute la beauté , et toute l'énergie en
notre langue. Voici celle de M. Huet.
Plaudebat , Moleri , tibi plenis Aula Theatris :
Nunc eadem morens post tua fata gemit ,
Si nobis risum movisses parcius olim,
Parcius heu lacrimis tingeret ora dolor.
Autre
2456 MERCURE DE FRANCE
Autre Epitaphe.
Rossius bic situs est tristi Molierus in Urna ,
Cui Genus humanum ludere ludus erat :
Dum ludit mortem , mors indignata jocantem
Corripit , et Mimum fingere sava negat.
Nous sommes priés d'avertir le Public qu'il
a actuellement à Paris une belle suite de neuf
cent vingt-sept Médailles Imperiales d'argent à
vendre , sçavoir 663. jusqu'à Posthume inclusi
vement , et 264. jusqu'à Jovin. Il faut s'adres
ser au sieur Paulas du Menil , Imprimeur - Librai
re au Palais , près du Pilier des Consultations
ou à sa maison , à côté de l'Eglise de Ste Croix
de la Cité , il indiquera le lieu où le Médailler
est en dépôt , avec le Catalogue des Médailles.
Voici cependant les Têtes rares qui s'y trou
vent , sans parler d'un grand- nombre de beaux
Revers dont l'énumeration seroit ici trop longue.
Pompée , Jules- Cesar , Antoine , les deux Aggripi
nes , Caligula , Claude , Othon , Lucius Vitellius ,
Julie , fille deTite , Domitia , Pertinax , Didius
Julianus, Albin , Macrin , Diadumenien , Aquilia
Severa , Orbiana , Paulina , Maxime , Balbin ;
Puppien , Hostilien , Æmilien , Marius , Florien
Galeria Valeria Alectus , Magnia Urbica
Delmatius , Jovianus , Magnus Maximus , Euge
nius , Jovinus.
>
On trouvera encore au même lieu quelques
Boys de la Grece et de Rome , avec plusieurs
Consulaires. Et le prix de toutes ces Médailles ne
sera pas excessif,
On
NOVEMBRE . 1735 2457
f
2
On avertit le Public que les amis de M. de
Chazelet l'ont enfin déterminé à faire mettre sous
presse son quatriéme Recueil de Parodies nouvelles
, et de Vaudevilles inconnus , que des affaires
particulieres l'avoient engagé à ne pas donner
au Public jusqu'à present. Il est à remarquer
que ce quatriémeVol . étant livré au Sr Ballard ,
seul Imprimeur de la Musique du Roy , se trouvera
le sixième ; le sieur Ballard en ayant donné
un quatrième et un cinquième , que tout le mon
de a bien reconnu n'être pas de M. de Chazelet ,
et qu'on a débité pourtant sous son nom , pendant
un an qu'il a été dans sa Province.La difference
de ces Recueils ne sçauroit échaper aux
gout et de discernement. personnes de
Tome 5. & 6. de la Physique sacrée,ou Histoires
& c. connues dans les saintes Ecritures.Par Jean-
Jacques Schenchzer, Professeur en Mathématique
dans l'Académie de Zurien , &c. enrichie de plus
de 700. figures en taille-douce , gravées par les
soins et aux dépens de J. Pfeffel, Graveur de Sa
Majesté Imperiale , a Amsterdam , in fol. 1735.
Se vend à Paris chés Rollinfils , Libraire.
Le beau Thesaurus Lingua Latina , considerablement
augmenté , en 4. vol. in fol. impression
de Londres , 1735. chés le même.
Recueil des Lettres de Madame la Marquise de
Sévigné à Madame la Comtesse de Grignan sa
Fille, 4. vol in 12. 1735. chés le même.
Les Interêts presents des Puissances de l'Europe ;
par M. Rousset , 14. vol. in 12. Hollande.Les
derniers vol.se vendent séparément, chés le même
Libraire..
CALENDRIER NOUVEAU à Compas , pour ser
F Vic
2458 MERCURE DE FRANCE
vir cinquante six années dans le Cabinet , en
forme d'Almanach. Il a pour Titre , Calendrier
à Compas dedié et presenté à Monseigneur le
Dauphin par Jacques Baradelle , Ingenieur pour
les Instrumens de Mathématique ; ce Calendrier
est fort simple , il aprend à se servir du Compas
par une distance déterminée , il est divisé dessus
sa surface en huit, échelles : sur la premiere on
voit les 56. années et les mois , et sur la deuxiéme
on voit les jours du mois et de la semaine
indiquant les jours de la semaine sur lesquels tombent
le premier et les autres jours du mois et les
jours du mois qui repondent à ceux de la semaine;
la je marque les années et les mois pour la Lune,
la quatrieme donne les momens de la nouvelle et
de la pleine Lune , du premier et du dernier
quartier pour chaque mois , on y trouve aussi l'â–
ge de la Lune à tel jour ou moment qu'on voudra
; cela est construit suivant les Tables Astronomiques
de Mrs de l'Observatoire , pour un Cicle
Lunaire ; la cinquième Echelle renferme les
Lettres Dominicales , l'Epacte , le nombre d'Or,
les années et les mois pour le quantiéme de Pâques
, et la sixième est divisée en deux mois pour
Trouver le quantiéme des Fêtes Mobiles pour toutes
les années qui y sont notées, et sur la septiémeEchelle
on voit les 12 mois divisés de3.jours er
3.jours pour trouver l'heure du lever et du coucher
du Soleil , et enfin sur la huitiéme on voit
la Ligne Horaire divisée en heures et minutes
par minutes l'opération est fort simple.On trou
ve tout ce qui est marqué ci - dessus par une seule
ouverture de Compas ; il est collé sur carton relié
en maroquin , ou en veau , ou des plus sim
ples , avec le Compas qui est dans un foureau
tenant à la bordure. Il les vend en feuilles et sang
Compas
NOVEMBRE. 1735 2459
pas, comme on le voudrá : on le trouve à Paris.
chés ledit sieur Baradelle Ingenieur pour les
Instrumens de Mathématique , Quay de l'Horloge
du Palais , vis - à- vis les grands degrés de la
Riviere , à l'Enseigne de l'Observatoire.
Estampes Nouvelles.
S. Antoine de Padouë , prêchant aux Poissons.
C'est le Titre et le Sujet d'une petite Estampe en
large,excellemment gravée depuis peu par le sieur
J. P. le Bas , d'après le Tableau de Salvator Roza
, dont le fond est une Marine avec Paysage et
ruines , et dont la composition est très pittoresque.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Hickman
, de la Societé Royale de Londres.
Le sieur le Bas a gravé une autre Estampe de son'
invention pour faire pendant à celle- ci,dont le sujet
est le même Saint , prêchant aux Oiseaux
qui a très - bien réussi , étant parfaitement dans
fe goût du Maître qu'il a voulu imiter. Ces deux
Estampes se vendent ruë de la Harpe , à la Rose
rouge, chés le sieur le Bas 1735.
Le même Graveur , dont le Burin et les
talens sont plus estimés que jamais , vient de
mettre au jour une Estampe d'après D. Teniers
capable de satisfaire les curieux les plus dificiles ,
C'est une Tentation de S. Antoine en hauteur
d'après le Tableau Original du Cabinet de M.
Devaux , dedié à M. Hickman , de la Societé
Royale de Londres , et Amateur distingué des
Beaux Arts.
>
Deux autres Estampes en hauteur de la même
main paroissent gravées d'après D. Teniers , intitulées
, le bon Pere & le bon Mari. Ce sont des
sujets naïfs et très bien caracterisés de ce qui se
Fij passe
2460 MERCURE DE FRANCE
passe dans l'interieur du menage des Artisans
Elamans
Une cinquiéme Estampe en hauteur, de la même
main , et d'après le même Maître , vient aussi
d'être mise au jour sous le Titre du Vieillard
content. L'habile Graveur n'a rien laissé perdre
de ce que le pinceau naturel et vrai de Teniers a
de piquant. Toutes ces Estampes se débitent avec
beaucoup de succès chés le sieur le Bas , rue de la
Harpe , à la Rose rouge, 1735 .
La suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes Illustres dans les Sciences, se continuetoujours
avec succès chésOdieuvre, Marchand
d'Estampes, Quay de l'Ecole , vis à - vis la Samaritaine.
Il vient de mettre en vente et toujours de
la même grandeur :
HENRI DE LA TOUR D'AUVERGNE VICOMTE:
DE TURENNE , né le 11. Septembre 1611. mort
le 27. Juillet 1675 .
ANTOINE HOUDART DE LA MOTTE , de l'Académie
Françoise , né à Paris le 17. Janvier
1672. mort le 26. Decembre 1731.
MARC RENE DE VOYER DE PAULMY , Marquis
d'ARGENSON , né à Venise le 4 Novembre.
1652. Garde des Sceaux de France , mort le huit
May 1721 , âgé de 69. ans .
LOUIS- JOSEPH DUC DE VENDÔME , Generalis
sime des Armées des deux Couronnes , né à Pa➡
ris le premier Juillet 1654. mort à Vinaros en
Espagne,
Le sieur Gersaint, Marchand, Pont Notre- Dame
Paris, a raporté tout nouvellement d'Hollande,
uns collection considerable de Coquilles de toute
spece et des mieux conservées . Le goût et l'empressement
NOVEMBRE. 1735. 2461
pressement que l'on a aujourd'hui pour ce genre
de curiosité et pour tout ce qui regarde l'Histoire
naturelle , l'a engagé à faire une recherche
éxacte des morceaux les plus rares et les plus
agreables par les formes et par les couleurs , et
des mieux conservés, et il en a formé um assemblages
des plus satisfaisans , où les Curieux qui ont
commencé des Cabinets dans ce gout , pou
ront facilement trouver à se contenter , quel
que délicats et dificiles qu'ils soient .
Il y a dans cette suite , des accidens singuliers,
dans lesquels la Nature paroît se jouer , tantôt
par une bizarrerie outrée et sans bornes , tantôt
par une simetric si juste et si précise , que l'Art le
plus rafiné ne pouroit y atteindre .
Le sieur Gersaint a joint à ces Coquillages quefques
Mineraux fort curieux , et environ 150 Phioles
remplies d'Insectes et deReptiles des plus singuliers
; il compte faire la vente de ces curiosités
dans le mois de Janvier prochain . Il avertira par
des affiches du jour préfix , afin que l'on puisse
aller voir chés lui avant la vente ; les morceaux
dont chaqueCurieux poura avoir envie d'enrichir
son Cabinet.
Il fera ensorte de donner un Catalogue autant
circonstancié que cette matiere le permet , malgré
la dificulté qui s'y rencontre , par raport
aux noms des Coquilles qui varient dans presque
tous les Pays.
On écrit de Naples que le Roy a résolu de faire
construire un nouvel Autel dans le Choeur de
l'Eglise Cathedrale de cette Ville , où l'on placera
une Statuë de S. Janvier , à laquelle Dominique-
AntoineVaccaro, celebre Sculpteur, travail
le par ordre de S. M.
F iij La
2462 MERCURE DE FRANCE
La belle Statue que le feu Cardinal Olivier Ca
raffe , Archevêque de Naples , avoit fait faire par
Jean de Nola , sera mise à la droite du nouvel
Autel.
Le Prince de Scilla Ruffo a fait présent au Roy
d'un Tableau fort estimé du fameux Peintre Luc
Giordano .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Gand
par Madame la Baronne de P......
le 27. Octobre 1735. au sujet de la croissance
extraordinaire d'un Enfant.
E dois à la verité le témoignage du Fait dont
vous avez entendu parler à Paris , et qui est
très- vray. L'Enfant en question est un garçon
d'onze mois , qui a plus de quatre pieds et demi
de hauteur , plus de quarante pouces de grosseur ,
son bras a huit pouces de tour près du poignet et
les autres membres à proportion . Il se tient ferme
sur ses jambes , et ne prononce encore que
quelques paroles assés mal articulées . Il avale tous
les jours , outre le lait ordinaire de sa Mère , une
pinte de lait de Vache , et ronge encore du pain
avec assés d'avidité.
L'Archiduchesse le fit venir derniérement à
Bruxelles ; j'étois alors à la Cour de cette Princesse
; elle le fit éxaminer par ses Médecins
lesquels regardent cet Enfant comme un prodige
. Ils croyent cependant qu'etant venu au
monde de la même grandeur et grosseur que les
autres, et ayant crû si extraordinairement en si peu
de temps, il ne vivra pas .Vous trouverez dans ma
Lettre un petit ruban , qui est justement la mesure
du poignet que j'ai prise moi-même . L'Enfant
est d'une jolie figure.
I
NOVEMBRE. 1735. 2463
Flest Fils de Jean-Simon , Marchand de Hou
Blon ; du Bourg d'Hauwrel , près de Mons : La
Mere est d'une taille médiocre.
Le sieur Julien , Apoticaire ordinaire du Roy
en son Artillerie de France , fait & vend la Pâte
de Guimauve ouSuc deReglisse blanc pour le sou
lagement de toutes sortes de Toux , Rhumes ,
adoucissant les serosités acres qui tombent sur les
branches des poumons, les inflammations et maux
de gorge , &c . Il continue de vendre son Sirop
Stomacal , il est souverain pour les maladies de
poitrine , soulage les phtisiques & asmatiques.
Sa demeure est toujours à Paris,ruë de la Verreie,
près la rue des Billettes.
XXXXXXX :XX:XXXXXX
CHANSON.
LE HOQUET.
A Treint d'un fatigant Hoquet ,
Gregoire au fond d'un Cabaret
N'osoit achever sa bouteille :
On lui prepare un verre d'eau ;
A cet aspect ,
il se reveille
Il en fremit, ah ! dit- il , le tombeau
M'offriroit un destin plus beau.
L'épouvanté guerit Gregoire ;
Dieux , dit il , vous avez tout fait
Fiiij Poug
-
2464 MERCURE DE FRANCE
Pour notre bien et votre gloire ,
Vous nous donnez du vin pour
boite ,
De l'Eau pour guerir le Hoquet.
SPECTACLE S.
L
E Vendredy 14. Octobre , Les Comédiens
François donnerent la Rencontre
imprevue , Comédie en Prose et en trois
Actes , qui ne fut pas goutée du Public.
On donna ensuite les Deplacés ou l'Amant
Comédien, Comédie en Prose ,en un
Acte , précedée d'un Prologue , et suivie
d'un Divertissement.Celle- ci dont on con
tinue les Représentations , fait beaucoup
de plaisir par la singularité de l'idée , et à
plusieurs égards , par le piquant de l'éxecution
. Nous en allons tracer un leger
crayon .
Au Prologuc , la Folie déguisée en Auteur,
Petit- Maître,vient à l'assemblée des
Comédiens François leur présenter une
Piece qu'elle prétend devoir être reçûë
sans être lûe, et jouée sans être repetée.Les
Comédiens trouvent la proposition toutà-
fait étrange , et même ridicule ; un des
personages du Prologue dit même au prétendu
Auteur qu'un pareil projet frise la
Folie ;
PUBLIC DISKARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
TILDEN
FOUN
35
.
mcal
NOVEMBRE. 1735. 2465.
Folie ; vous avez raison répond la Divinité
en montrant sa marotte , c'est la Fo
ilie que vous voyez en moi. La Piéce est
-reçûë d'une commune voix ; on veut en '
distribuer les Rôles ; mais personne n'étant
content du sien ; la Folie , pour
finir tout débat , les tire au sort , et leur
fait entendre qu'une pareille nouveauté
peut leur atirer plus de Spectateurs qu'un
choix plus refléchi ; elle les touche de sa
marotte pour leur faire aprendre leurs rôles
sur le champ ; la Dlle Dangeville joue
le rôle d'Auteur avec ces graces qui lui
sont si naturelles .
Lucas , Paysan , dont le Rôle est encore
échu à la Dlle Dangeville , ouvre la
Scene avec Lisette , suivante de Lucile ,
après lui avoir conté quelques fleurettes ,
il l'engage à le servir dans le projet qu'il
formé de marier sa Maitresse avec Dorante
, et de faire ensorte que ce dernier
l'emporte sur deux autres qui ne le valent
pas , et qui cependant lui sont préferés
, l'un par le Pere et l'autre par la
Mere de Lucile.
M. et Mde Mondor , Pere et Mere de
Lucile , font la seconde Scene après que
Lucas et Lisette se sont retirés . Ces deux
Rôles sont joués par deux Enfans de 7, à
8 ans selon la disposition que le hazard
8 .
F v ca
2466 MERCURE DE FRANCE
en a fait dans le Prologue ; le Pere tiene
pour un Marquis , et la Mere se declare
pour un Elu , Frere cadet du Marquis ;
Ils se retirent sans être convenus de rien.
Lucile dont Mlle d'Angeville la Tante
fait le personnage , ne fait que sortir du
Couvent , et fait l'innocente ; elle dit à
Lucas et à Lisette qu'elle n'aura jamais
d'autre volonté que celle de son cher Pere
et de sa chere Mere cependant elle fait
connoître que si elle étoit maitresse de son
choix , elle le feroit tomber sur un jeune
Cavalier qui s'est presenté à ses yeux , et™
dont elle croit être aimée .
;
Dorante vient ; il se fait connoître pour
le Cavalier pour qui Lucile est si avanta
geusement prévenue ; on prend des mesures
pour rompre le Mariage projetté
entre le Pere et là Mere de Lucile pour
en venir à bout , Lisette se charge de
jouer le rôle de Lucile qui passera pour
sa suivante ; et de paroître telle aux yeux
du Marquis er de l'Elu , qu'ils en perdront
l'envie de l'épouser ; Dorante se
retire. Les deux freres en question arrivent
successivement; ils prennent le chan--
ge , comme Lisette se l'est promis ; leur
pretenduë future leur parle d'une maniere
si extraordinaire, que chacun des deuxRivaux
jure de ne point s'embarquer dans
un
NOVEMBRE. 1735. 2467
un Mariage si ruineux pour la fortune
et si dangereux pour l'honneur.
Dorante revient ; il aprend avec plaisir
que ses Rivaux qui se trouvent être ses
oncles , se sont congediés eux mêmes; mais
pour son malheur,M et Mme Mondor l'ayant
suivi de près , il se trouve dans un
grand embarras ; Lisette l'en tire en l'annonçant
pour Comedien au Pere et à la
Mere de Lucile ; ils le prient tous deux
de leur donner un plat de son métier ; M.
Mondor demande une Tragédie , et Mm
Mondor veut une Comedie. Le choix du
Mary l'emporte. Dorante leur promet
une Tragédie , intituléc Menelas , et va
s'y préparer. Le déplacement d'Acteurs
ne subsistera pas moins dans le Tragique
que dans le Comique ; puisque le sieur
Poisson à qui le rôle d'amoureux est échu
en partage, doit jouer le Rôle de Menelas ',,
dans la Tragédie que Lisette lui a fait pro
mettre malgré lui.
Menelas ouvre la Scene avec Doris ,
confidente d'Helene. ( Ce Rôle est joué
par le sieur Fleuri . ) Doris le voyant plongé
dans une sombre mélancolie , lui en de
mande la cause 3 Menelas lui dit que Pầ--
ris lui donne de la jalousie , et qu'il craint
que ce beau Prince Troyen ne soit trop
aimé de sa femmes sa crainte est fondée
Fvj sur
2468 MERCURE DE FRANCE
sur une rencontre farle qu'il a fait d'un
cerf à la chas e soir en songe, soit en réalitésil
dit qu'ayant pris ce cerf par son bois ,
le cerf s'est sauvé , et le bois lui est resté.
A peine a t'il achevé son recit tragicomique
, où il est très aplaudi , que Leda
, sa belle - Mere arrive toute en pleurs .
Comme c'est le sieur de Montmeni qui .
joue ce dernier Rôle , on ne sçauroit douter
qu'il n'ait fait beaucoup de plaisir.
Leda aprend à Menelas qu'Helene vient
d'être enlevée par le perfide Pâris . Voilà
mon songe accompli , s'écrie Menelas ; il
accuse sa belle- Mere d'avoir été d'intellfgence
avec le Troyen ; ou du moins d'a➡
voir donné une mauvaise éducation à sa
fille , et de lui avoir tracé un mauvais éxemple
à suivre, puisqu'elle s'est autrefois li
vrée à Jupiter transformé en Cygne, &c.
La Tragédie étant finie ; on aporte à
M. et à Mde Mondor deux Lettres , par
lesquelles leurs Gendres prétendus retirent
leurs paroles ; Dorante se faisant connoître
pour leur Neveu , s'offre en leur
place ; il est favorablement écouté ; une
Fête qu'on a annoncée dans la Piéce
acheve de renvoyer les spectateurs satisfairs
; la Musique est de la composition
de M. Grandval , et c'est M. Dangeville
qui ena ordonné le Ballet , dans lequel il
regne
NOVEMBRE. 1735. 2469
regne aussi des caracteres travestis , comme
un pas de deux d'un Arlequin et d'un Polichinelle
qui dansent très-gravement sur
une sarabande,un Espagnol , et un Italien
qui dansent sur des rigaudons et des gigues.
Ce Divertissement finit par des
Couplets de Chanson .
Extrait de la Tragédie de Teglis.
Prous
Trrhus ouvre la Scene au premierActe
par un Monologue , dans lequel il
tâche d'éfacer l'idée de Teglis qui lui a été
enlevée , pour se remplir de celle de la
Royauté ; mais l'image de Teglis revient
toujours à sa pensée , et l'occupe entiere
ment. Iphis , son confident, tâche de l'arracher
à la tristesse où il est livré . La
Reine Olympias votre mere , lui dit- il
qui est maitresse par la derniere loi de
votre Pere , de choisir pour regner en
Epire entre Ptolomée votre frere et vous,
a promis par un traité solemnél à Deme
trius , Roy de Macedoine , de donner en-
Mariage Antigone , soeur de ce Roy , à
celui des deux Princes qu'elle choisiroit ,
&c.
Prolomée , persuadé que la Reine par
son choix va rendre justice au droit d'ainesse
de Pyrrhus , vient assurer son Frere

de
2470 MERCURE DE FRANCE
de son obéissance , dans laquelle il s'affermit
par ces deux Vers :
Par le Trône à la Gloire on peut bien parvenir
Mais elle est toûjours sûre à qui sçait obéir.
Pyrrhus assure Ptolomée qu'il ne regnera
pas sans lui , et qu'il n'acceptera l'Empireque
pour lui en faire part.
Olimpias arrive, et leur dit qu'il est tems
qu'elle donne un Maître à l'Epire , et
qu'elle déscende d'un Trône qui ne lui
apartient pas. Elle témoigne l'embaras où
elle se trouve pour choisir entre- eux ,
voyant éclater les mêmes vertus dans l'un
et dans l'autre, et ayant une égale tendresse
pour tous deux ; elle leur parle ensuite ™
du traité qu'elle a fait avecDemetrius par
lequel leur soeur est devenue l'Epouse
de ce Roy , et par lequel elle a promis
qu'Antigone regneroit en Epire avec
celui qu'elle choisiroit ; elle leur réitere
le recit des obligations qu'elle a à ce Monarque
dont le secours l'a délivrée des
Etoliens , & c. Enfin ne se déterminant
que par le droit d'ainesse , elle nommer
Pyrrhus Roy , &c.
Restée seule avec Doris sa confidente ,
elle lui témoigne la joye qu'elle a de cou
sonner Pyrrhus , et de ne plus craindre
Teglis
NOVEMBRE . 1735 2471'
Teglis. Doris avoue à la Reine qu'elle
est fort surprise de la voir renoncer à un
Trône qui avoit fait le sujet de ses voeux.
Olimpias lui avoue qu'elle le desiroit lorsqu'elle
n'en connoissoit pas les embarras
et s'exprime en ces termes :
Des vils adulateurs la troupe sacrilege
Est sans cesse d'un Roy le malheureux cortege
Leur soin est d'ériger ses vices en vertus ,
De lui cacher les maux des peuples abatus :
La verité tremblante , en bute à leurs outrages ,
Ne se montre jamais à ses yeux sans nuages ;
Il couronne le vice , en voulant l'abaisser ,
Et proscrit la vertu qu'il croit récompenser.
Elle ajoûte qu'elle sacrifie avec plaisir
sa Couronne pour faire le bonheur d'un
peuplé obéissant ; er celui d'un fils juste et
vertueux. Doris lui réplique qu'elle avoit
crû que la seule ambition l'avoit détermi➡-
née à faire enlever en secret Teglis , &c.

Olympias explique ici ses sentimens à
Doris, qui sont pleins de grandeur d'ame,.
et dans lesquels l'Auteur a semé de beaux
traits. Elle ajoute que quand même elle
n'auroit eu rien à craindre de Teglis , elle
dévoit tout apréhendér deSosthene son Pe
re ,dont la secrette ambition lui est con--
ues qu'il auroit tout tenté pour couron
neri
2472 MERCURE DE FRANCE
; ner sa Fille et qu'ainsi elle s'assuroit du
Pere par de grands bienfaits , tandis que
son ordre secret faisoit enlever Teglis ;
enfin elle témoigne sa reconnoissance à
Doris qui a si bien fait exécuter cet
ordre , que personne ne s'est douté
qu'Olimpyas ait eu quelque part à cet enlevement.
Mais tandis qu'elle se réjouit du succès
de ses soins , Mitrane , Capitaine des gard
des lui vient aprendre l'arrivée de Teglis
au port ; elle en est surprise ; elle veut
hâter l'Hymen de Pyrrhus avec Antigone ;
et sur la crainte que Doris témoigne que
Pyrrhus n'y resiste, Olympias finit ainsi
J'en ai trop fait ... malheur à cet objet , Doris
Par qui se détruiroit la gloire de mon Fils .
Au second Acte Antigone laisse voir
Cephise, sa confidente , la douleur que
lui
cause le choix de la Reine , et avoue sa
passion pour Ptolomée ; elle se détermine
pourtant à suivre son devoir, en disant
à Cephise :
Ah ! de l'Amour , sur moi , quelque soit le pou
voir ,
Ne crois pas qu'il balance un moment mon devoir
:
Baite pour commander , je sçai qu'une Princesse
No
NOVEMBRE. 2473 1733
Ne doit point écouter une vaine tendresse :
Un coeur tel que le mien né suit que les gran
deurs ,
Tout ce que peut l'amour , c'est d'en tirer des
pleurs.
Ptolomée vient qui paroît indifferent
pour la perte du Trône ; mais qui ne l'est
pas pour celle d'Antigone.La Princesse pa
roît d'abord s'offenser de sa déclaration,
mais , l'amour devenant le plus fort , elle
avouë à Ptolomée que si elle eut été mais
tresse du Sceptre et de sa main , elle auroit
pû se déclarer pour lui ; que cependant
il connoît ce que la gloire , la vertu,
la foi des traités exigent d'elle ; et le quite
en lui defendant de la revoir.
Prolomée se flate d'être aimé , mais il
rejette bientôt cette pensée qui ne peut
que lui devenir plus funeste , &c. il se
retire en voyant aprocher Sosthene.
Celui - ci se livre au plaisir de revoir
Teglis ; il doute pourtant de ce bonheur
sur ce qu'il ne la voit point paroître ; elle
arrive en ce même moment , et il court
l'embrasser ; elle ne témoigne pas moins
de joye que son Pere : elle lui raconte ensuite
comment elle a été enlevée par des
inconnus en revenant d'unTemple voisin,
comment elle a été conduite dans unVaisseau
4474 MERCURE DE FRANCE
seau , l'orage qu'elle a essuyé , comment
elle en a été sauvée , et par quel moyen
enfin elle est de retour . Elle s'exprime
ainsi :
Notre Vaisseau flotoit au gré de leurs désirs
Et leur perfide joye irritoit mes soupirs.
Après un mois enfin , de leur prison obscure
Tous les vents échapés soulevent la Nature ;
Sous un nuage épais le Soleil s'obscurcit ,
Et plonge l'Univers dans une horrible nuit :
Les Elemens , entre eux, se declarent la guerre :
L'Air ne raisonne plus que du bruit duTonnerre;
'Avec fureur , le feu de son séjour descend ;
Il fait bouillonner l'Onde et s'y perd à l'instant,
L'Eau s'irrite à son tour , se mutine et s'élance
Jusques aux regions où le feu prend naissance :
Notre Vaisseau devient en ce désordre affreux
De l'eau , du feu , de l'air , le jouet malheureux :
Par des rochers aigus en cette nuit profonde ,
Le Navire brisé se disperse sur l'Onde , &c .
Sosthene étonné de tout ce qu'il vient
'd'entendre , veut ordonner un sacrifice
pour en remercier les Dieux ; et souhaiteroit
pouvoir l'offrir dès ce même jour
ce qui ne se peut faire , dit- il , à cause de
'Hymen solemnel , et de la superbe Fête
qui se prepare. Teglis s'allarme à ces mots
d'Hymen
NOVEMBRE. 1735. 2475
Hymen et de Fête , et elle est bientôt
éclaircie que ce n'est pas sans raison :
son Pere la quitte pour aller faire part de
cet heureux retour à la Reine , et va juger
par l'accueil qu'il en recevra, si elle a
eu quelque part à l'enlevement de Teglis,
ce qu'il soupçonne par la pensée que Te
glis même lui en a fait concevoir.
Elle reste seule un moment dans la crain
te de perdre ce qu'elle aimé , mais Pyrrhus
calme bientôt ses allarmes par les plus
vives protestations et par la resolution
qu'il prend de refuser le Trône et la Princesse,
plutôt que de se séparer de ce qu'il
adore.
La Reine les surprend ensemble , mais
dissimulant elle dit à Teglis qu'elle la
voit avec plaisir de retour en un jour
dont elle va augmenter les charmes . Teglis
répond respectueusement , et se retire.
Olympias presse son Fils de venir
donner la main à Antigone , il ne répond
rien ; mais enfin vivement pressé de rompre
le silence , il declare qu'il veut vivre
pour Teglis , et que le Trône n'a point
de douceur pour lui sans l'objet qu'il ai
me. Il parle ainsi :
Aimer n'est point un crime ; et ce n'est qu'un
hommage ,
QALG
2476 MERCURE DE FRANCE
Que nous rendons aux Dieux dans leur plus digne
ouvrage ,
J'aime ; c'est mon destin , je ne puis l'éviter ;
Et cent Trônes offerts ne sçauroient me tenter.
Olympias prend tous les moyens possi.
bles ; elle employe la tendresse de Mere,
elle étale les douceurs de la Gloire et les
charmes d'un Empire pour ramener son
fils , et finit ainsi :
Plus il t'en coutera pour cet effort insigne ,
Et plus , de commander tu te montreras digne 、
Mais c'est t'en dire trop , un coeur tel que le
tien
Sçaura se dégager d'un funeste lien ,
Et se rendra bientôt , remplissant mes promesses,
Fameux par ses hauts faits , et non par ses foiblesses
;
Je te laisse y penser.
Pyrrhus.
Non , le dessein est pris ;
Puisqu'aprés tant de pleurs , le Ciel me rend Teg
glis ,
Ce seroit mal répondre à sa bonté suprême ,
Que de lui préferer l'honneur du Diadême.
Olympias paroît au troisiéme Acte dans
une agitation extrême de la résolution où
est Pyrrhus ; Doris lui dit que pour punir
Pyrrhus ,
NOVEMBRE . 1735. 2477
Pyrrhus , elle n'a qu'à couronner Ptolomee.
Olympias ne peut s'y déterminer ;
sa tendresse pour son Fils , ne lui permet
pas de l'abandonner à sa folle passion ; la
crainte que Sosthene ne s'unisse avec luipour
faire couronner Teglis , l'amour
des peuples pour Pyrrhús , tout l'en empêche
; elle voudroit faire arrêter Sosthene
et sa fille;mais reprenant bien-tôt la douceur
qui lui est naturelle , elle songe à
flater l'ambition de Sosthene , pour le
mettre dans son parti ; et projette de donper
Teglis à Prolomée . Elle poursuit :
Heureux Rois , que seconde un Ministre fidele ,
Qui , dans tous ses desseins , guidé par un pur
zele ,
D'une injuste grandeur fuyant le vain éclat ,
Ne songe qu'au bonheur du Peuple et de l'État ;
Que l'élevation , sans ce bien , importune !
A qui ce bien tient lieu de Trésor , de Fortune ,
&c .
Sosthene arrive en ce moment ; la Relne
lui marque sa joye sur le retour deTeglis
, et lui dit qu'elle veut recompenser
dignement ses services ; elle continuë
ainsi ;
Je dois récompenser la valeur et lé zele
D'un sujet vertueux , à son devoir fidele ,
La
2478 MERCURE DE FRANCE
La plus haute vertu pour l'homme est un devoir,
Les Dieux daignent pourtant épuiser leur pouvoir
A rendre heureux un jour le Mortel qui s'y livre:
Cet éxemple des Dieux , les Rois doivent le sui
vre.
Elle lui aprend ensuite qu'elle a résolu
d'unirTeglis avec Ptolomée ; elle se flatte
qu'en faveur de cet Hymen , Teglis étousfera
son amour pour Pyrrhus ; Sosthene
par ces derniers mots découvre tout ce
qu'il vouloit sçavoir ; il dissimule cepen .
dant, et assure la Reine de l'obéissance de
Teglis , et lui montre un vif empressement
pour cette haute alliance ; mais bientôt
demeuré seul , il se détermine à se
venger d'Olympias , qui , comme il n'en
doute plus , a fait enlever Teglis ; il veut
pour cela se servir de l'amour de Pyrrhus
et en profiter pour faire sa fille Reine ;
il se résout encore à feindre , même avec
elle , et à l'allarmer par l'Hymen projetté.
Elle vient , et Sosthene lui ordonne
de se préparer à donner la main à Prolomée
,
>
Ce coup est plus rude pour Teglis que
tout ce qu'ellea déja souffert ; en refléchissant
sur sa triste situation, elle s'écrie :
Je
NOVEMBRE. 1735. 2479
Je le vois trop , Pyrrhus , je ne puis être à toi ;
Tout , jusqu'à mon amour m'en impose la loi :
Hélas ! j'aimerois peu , je serois trop cruelle ,
Si je te laissois perdre un Trône où l'on t'apelle.
Pyrrhus lui vient aprendre le refus
qu'il a fait du Thrône ; elle le presse de la
façon la plus noble et la plus genereuse d'y
monter ; il s'en deffend , par ce que l'amour
a de plus vif et de plus tendre, elle
lui fait part de l'ordre de son Pere et de la
Reine, et le quitte enfin , en lui disant que
s'il ne se détermine à suivre la Gloire, elle
va donner la main à Ptolomée.
Pyrrhus ne peut se résoudre à lui obéir;
la Gloire lui fait tenter de vains efforts ,
& c.
Ptolomée s'aproche de son Frere , il est
fort surprisdes entendreapeller perfide , et
instruit du motif qui irrite sonFrere con
tre lui , il n'est pas moins allarmé que
Pyrrhus du dessein de la Reine ; il détruic
l'injuste soupçon de sonFrere en lui apre
nant son amour pour Antigone, eten lui di
sant que cependant il immole sa flamme.
Pyrrhus lui demande grace en lui avouant
que sa jalousie lui faisoit croire qu'il aimoit
Teglis.
Il jure de nouveau une amitié constante
à son Frere , et lui offre le Trône
avec
2480 MERCURE DE FRANCE

avec la Princesse. Prolomée lui répond
que son devoir et la Gloire s'oposent à un
sort si flateur , et tâche de ramener son
Frere par ces Vers :
Et , puisque du destin , tel est l'ordre sur nous
Que la gloire combat nos désirs les plus doux,
En domptant notre amour donnons un grand
éxemple ,
Que l'Univers entier , que l'avenir contemple ,
Qu'un triomphe si beau , digne même des Dieux
Rende nos noms , mon Frere , à jamais glorieux.
Pyrrhus dit qu'il ne renonce pas à la
Gloire , qu'il sçaura bien y parvenir
par ses exploits, &c . ensuite il s'explique
ainsi :
Les coeurs touchés des soins dont la gloire les
presse ,
Conservent leur grandeur jusques dans leur foiblesse
,
Et vaincus , sans jamais le céder au vainqueur
De leur chute souvent tirent tout leur honneur.
l'Amour en vain dispose de mon
Non , non ,
ame ,
Je sçaurai reparer les erreurs de ma flamme , & c.
Au quatrième Acte , Sosthene aprend
aux Spectateurs par un court Monologue
que tout est prêt pour
faire couron
ner
NOVEMBRE . 1735. 2488
mer sa Fille avec Pyrrhus , et qu'au premier
signal les peuples s'armeront en leur
faveur. Il veut éviter Teglis qui l'arrête ,
et se plaint de sa cruauté pour elle : Sosthene
l'assure qu'elle n'a point perdu la
tendresse de son Pere ; qu'il n'agit que
pour elle , et qu'il doit presser l'instant
d'un Hymen glorieux ; Teglis qui croit
que c'est de l'Hymen de Ptolomée dont
il veut parler , s'allarme encore plus , et
conjure son Pere de ne la pas forcer à épouser
ce qu'elle hait , elle lui dit que Pyrrhus
s'unira àAntigone, qu'elle le lui a ordonné
, et que c'est la seule marque d'amour
qu'elle éxige de son Amant , &c.
et s'explique ainsi :
que
C'est à des coeurs communs, interressés, sans foi
D'aimer sans nulle estime , et seulement pour
soi ,
L'effort de la vertu c'est de sçavoir soi - même
S'immoler à l'honneur de l'objet que l'on aime
Voilà mes sentimens , &c.
Elle demande en grace à son Pere de
l'éloigner de ces Lieux , afin qu'elle acheve
son triomphe , et qu'elle ne soit plus
un obstacle à la gloire de son Amant et
aux desseins de la Reine ; Sosthene feint
d'y consentir et lui permet de dire un der
G nier
}
2482 MERCURE DE FRANCE
nier adieu à Pyrrhus . Sosthene croit parlà
redoubler l'ardeur de ce Prince qui
vient lui demander Teglis . Cette Scene
qui a paru la plus belle de la Piéce , n'est
pas aisée à abreger , mais , pour en donner
une juste idée, il suffit de dire que c'est
ici que Sosthene , sans jamais paroître agir
pour lui , mais ne paroissant empressé que
pour la gloire de ce Prince , le porte insensiblement
à entrer dans ses projets , et
le détermine à garder la couronne et à la
partager avec Teglis.
Olympias les surprend ensemble , et le
trouble qu'elle remarque sur leur visage
lui fait soupçonner quelque mauvais dessein
; mais Sosthene par une nouvelle dissimulation
tâche de la rassurer ; elle le
renvoye. Elle veut alors de nouveau engager
Pyrrhus à la suivre au Temple , et
piquée de son refus , elle s'emporte jusqu'aux
menaces. Pyrrhus craignant alors
tout ce que Sosthene lui a fait entrevoir
perd tout respect , et va suivre les projets
du Ministre.
La Reine , surprise de l'audace de son
Fils ,songe à punir qui l'offense , lorsque
Mitrane lui vient aprendre que le peuple
est révolté en faveur de Pyrrhus , qu'on
le proclame Roy de tous cotés , et qu'on
yeut qu'il soit libre de disposer de sa
main.
NOVEMBRE. 1735. 2483
main. Olympias ordonne qu'on charge de
fers Sosthene avec Teglis ; mais Doris
lui vient dire que Sosthene est à la tête
.des rebelles , & c.
Au cinquième Acte , Antigone se livre
à la douleur que lui cause l'affront qu'on
lui fait , et n'espere que foiblement dans
le secours de Ptolomée , dont la passion
ne lui paroît pas assés forte pour l'armer
comme il faudroit pour elle.
Olympias lui vient dire de dissiper sa
crainte , que tout est en sureté , et qu'elles
vont être toutes deux vengées d'un ingrat
; que ses gardes ont arrachéTeglis du
Fort où son Pere l'avoit cachée , et qu'avec
un tel ôtage , il faudra bien que Pyrrhus
lui obéisse . Antigone lui répond qu'a
près l'affront que Pyrrhus vient de lui
faire , il ne peut plus y avoir d'Hymen
entre-elle et lui , et qu'enfin si c'est lui
qui doit être Roy , elle ne doit songer
qu'à cacher sa honte.
Olympias ne s'allarme pas beaucoup de
ce dépit et laisse comprendre qu'elle s'est
déja vengée. Mitrane lui vient rendre
compte de ce qui s'est passé ; elle aprend
de lui que Prolomée a désarmé Sosthene
et l'a renvoyé sous une bonne escorte
dans le Palais ; que Pyrrhus, est venu pour
apuyer Sosthene et combatre Ptoloméę ;
Gij mais
1
2484 MERCURE DE FRANCE
mais que celui - ci ayant découvert son sein
et jetté son épée, en lui disant qu'il l'aime
trop pour survivre à sa honte , er pour le
voir immoler une Mere ; Pyrrhus a été si
touché qu'il a embrassé son Frere , et que
tous deux de concert ont travaillé à calmer
la révolte.
Olympias se repent alors d'avoir été
trop prompte à se venger , et ordonne à
Mittane de vôler au secours de Teglis .
Ptolomée vient demander la grace de son
Frere , la Reine lui repond qu'elle ne
mettra plus d'obstacle à l'amour de Pyrrhus
, et qu'elle lui va rendre Teglis,
Ptolomée aprend cette heureuse noucelle
à son Frere, qui se livre à sa joye , il
court au devant de Teglis , qui paroît au
fond du Théatre, mourante,soutenuë par
son Pere désarmé , et par sa suivante ; il
est d'autant plus frapé de ce malheur qu'il
ne s'y attendoit pas ; Sosthene lui aprend
que le destin ayant fait tomber sa Fille entre
les mains d'une inhumaine , aussitôt
la cruelle en a disposé par le poison ; Pyrrhus
fait éclater son désespoir ; Teglis lui
dit qu'il la perd par trop d'amour et par
trop de constance ; Sosthene le prie de
lui donner les moyens de la venger , Pyrthus
repond en s'adressant à Teglis :
Qüi
1
NOVEMBRE . 1735. 2489
Cüí , je vous vengerai , non en Amant timide
Qui n'osant se fraper deviendroit parricide ,
Non , en portant mes coups sur un perfide flanc
Où , malgré ses fureurs , j'ai puisé tout mon
sang ,
Mais en fidele Amant dont le bonheur suprême
Est de vivre ou mourir avec l'objet qu'il aime.
Il se tue à ces mots ; Ptolomée et Sosthene
veulent envain le retenir. Il demande
pour derniere
grace à son Frere qui
reste Maître du Trône , dé le faire enfermer
dans le même tombeau que Teglis
et de proteger Sosthene , puis tendant
la main à Teglis qui lui donne la sienne.
Ces dernières paroles finissent la Scéne.
Mais c'en est fait déja je ne vois plus ...
Adieu , chere Teglis ,
Teglis .
Adieu , mon cher Pyrrhus
Les Comédiens François donnerent le
Mercredy 16. Novembre une Comédie
en Vers et en cinq Actes , intitulée L’Amitié
Rivale de l'Amour. Cette premiere
Représentation fut si tumultueuse qu'à
peine entendit - on la Piéce ; les beautés
qui malgré le manque d'attention se firent
sentir dans les deux derniers Actes , ba-
Giij lancerent
2486 MERCURE DE FRANCE
lancerent un peu la mauvaise opinion que
le Public en avoit conçûë d'abord : la secondeReprésentation
eut un sort bien different;
la Piéce fut extrêmement aplaudie,
et fit esperer qu'elle auroit du succès ; M.
Fagant qui en est l'Auteur a déja donné
des preuves de son intelligence pour le
Théatre dans d'autres Piéces , du nombre
desquelles sont le Rendez - vous et la Pupille
Nous donnerons un Extrait de celle - cy
dans le prochain Mercure.
Les mêmesComédiens repetent uneTragedie
nouvelle sous leTitre d'Artaxerxes,
pour être donnée incessamment. Cette
Piece est de M. Deschamps , Auteur de la
Tragédie de Caton d'Utique , dont le Public
conserve un souvenir agréable depuis
plus de vingt ans ; il murmure même et
blâme l'Auteur de ce qu'il ne fait pas un
plus frequent usage de ses talens .
L'Académie Royale de Musique donna
le Jeudy 27. Octobre la premiere Représentation
de la Tragédie deScanderberg;.
Le Poëme est de feu M.de la Motte , de
P'Académie Françoise ; Mrs Rebel & Francoeur
l'ont mis en Musique ; M. de la Serre
en a composé le Prologue et le cinquié
me Acte qui y manquoient ; nous en donnerons
le mois prochain un Extrait dans
lequel
NOVE 1735. 2487
lequel nous rendrons compte du sentiment
du Public sur un Ouvrage qu'il attendoit
depuis plus de trente ans , et qu'il
a enfin vu avec la satisfaction qu'il s'en.
pas
étoit promise . Nous n'oublierons la
superbe Décoration de la Mosquée .
Le 17. du même mois
Théatre le Ballet des Fêtes de Thalie
être joué tous les Jeudis ; l'Opera nouveau
est continué les trois autres jours
de la semaine .
on remit au
,pour
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin ;
on donna le premier Bal public qu'on
donne tous les ans à pareil jour sur le
Théatre de l'Opera ,, et qu'on continue
pendant differents jours jusqu'à l'Avent.
On les reprend ordinairement à la Fête
des Rois jusqu'au Carême .
Le 21. Novembre , les Comédiens
Comédie
Italiens représenterent une
nouvelle en Prose et en trois Actes ,
qui a pour Titre les Amans Jaloux , laquelle
a été aplaudie du Public ; on en
parlera plus au long.
Giiij NOU2488
MERCURE DE FRANCE
33
NOUVELLES ETRANGERES.
Q
RUSSIE
Uoique la Czarine paroisse dans la résolu →
tion d'employer tous ses efforts pour éviter
une rupture avec le Grand Seigneur, S.M.Cz.
continue de faire travailler à de grands préparatifs
de guerre dans les Provinces voisines d'Asoph,
et plusieurs Corps de Troupes Moscovites marchent
du côté de cette Place .
Le 21. du mois dernier , la Czarine tint unConseil
dans lequel on résolut de faire augmenter les
Fortifications de quelques Places voisines des
frontieres de Turquie , et d'envoyer ordre au
Comte de Munich d'en renforcer les Garnisons.
On a apris depuis que ce General étant tombé
malade étoit retourné à Pultowa. On assure que
la Czarine lui a mandé de se rendre à Astraxan
aussitôt que sa santé sera rétablie , pour y donner
les ordres nécessaires afin de prévenir les entreprises
que les Tartares Calmuques , sujets du
Grand Seigneur , pouroient former sur cette
Place.
Les Lettres écrites du Daghestan et de la Cubardie,
confirment la nouvelle de l'avantage rem
porté en deux differentes occasions sur un Corps
de Cosaques Moscovites par les Troupes que le
Kan des Tartares de Crimée conduit en Georgie,
POLOGNE
NOVEMBRE . 1735. 2489
POLOG N B.
Es Seigneurs et les Gentilshommes , assemblés
à Warsovie par ordre de l'Electeur de
Saxe, tinrent leur septiéme Séance le f . Octobre,
et M. Poninski leur remit une copie de l'ordre
que le Prince de Hesse Hombourg a envoyé
aux Generaux des troupes Moscovites
cesser les éxecutions militaires.
-
pour
faire
Le Député
de Liva
représenta
que cet ordre
n'étoit
pas suffisant
pour déterminer
l'Assemblée
à procéder
à l'Election
d'un Maréchal
; que la
plupart
des Députés
ne pouvoient
, suivant
leurs
instructions
, consentir
qu'on
parlât
d'aucune
af◄
faire , avant
que d'avoir
reçu des assurances
positives
sur la sortie
des Troupes
étrangeres
, et que
tant qu'on
se contenteroit
de leur faire
des promesses
sur cet article
, fls persistercient
dans
leur
oposition
; parce
qu'il
ne convenoit
pas à
une Nation
libre
de déliberer
sur les affaires
publiques
, pendant
qu'elle
étoit environnée
de troupes
qui sous pretexte
de la proteger
lui donnoient
des Loix
, et désoloient
ses Provinces
.
Les Séances tenuës le 6. & le 7.furent aussi tumultueuses
que les precédentes , et l'on n'y prit
aucune résolution . Le 8. les Deputés s'étant assemblés
pour la dixième fois,les Oposans se plai
gnirent de ce que pour les désigner on les
nommoit Contradicteurs , et ils dirent que cette
dénomination étoit aussi injuste qu'odieuse , puisque
leur oposition n'avoit pour objet que le bien
public , et qu'elle étoit fondée sur des instrucsions
qui leur étoient communes avec la plupart
de ceux qui composoient l'Assemblée . Ils ajoutesent
qu'ils continuoient de s'oposer à l'Election
G V
2490 MERCURE DE FRANCE
d'un Maréchal , et qu'ils ne souffriroient point:
qu'on y procedat , avant qu'on les eut satisfaitssur
les differens points qui faisoient le sujet des
Contestations ..
les
Pendant que M. Poninski travailloit à calmer
esprits, il reçut une Lettre par laquelle le Bazon
de Keiserling , Ministre de la Czarine luis
aprenoit que S. M. Cz. avoit envoyé ordre de
faire sortir de ce Royaume cinqRégiments de ses
Troupes , et de les faire passer en Silesie.
M. Poninski , après avoir fait aux Deputés la
lecture de cette Lettre,demanda de nouveau qu'onélut
un Maréchal , et il commença à recueillir less
suffrages du Palatinat de Cracovie, mais les Oposans
remontrerent que cinq Régimens étoient un
objet trop peu considerable en comparaison dus
grand-nombre de Troupes qui inondoient la Po--
logne , et ils renouvellerent leurs instances pour
obtenir un Acte authentique , par lequel la
Czarine et l'Electeur de Saxe s'engageassent à retirer
toutes leurs Troupes.
La vivacité de leurs représentations faisant perdre
à M. Poninski l'esperance de les faire chan--
ger
de sentiment , il voulut du moins les engager
a promettre que si l'Electeur leur faisoit délivrers
avant l'Election d'un Maréchal l'Acte qu'ils demandoient
, ils ne la traverseroient plus..
Les Oposans remirent à se déterminer sur ce
sujet , lorsqu'on feroit la lecture de l'Acte.Comme
M..Poninski les pressa de donner une répon--
se positive , ils se leverent pour concerter entreeux
le parti qu'ils prendroient , et leur réponse:
ayant été la- même, M. Poninski renvoya la Session
au jour suivant.
Cette onzième Seance n'ayant pas répondu aux
désirs de. Electeur de Saxe , il s'est déterminé à
faire
NOVEMBRE. 1735. 249P
faire remettre entre les mains du Primat un projet
de l'Acte qu'on lui avoit demandé par raport
à la sortie des Troupes Etrangeres .
Cet Acte ayant été lû dans l'Assemblée du
12. et les Oposans ayant representé qu'on n'y
avoit point fixé le temps du départ des Troupes ,
et qu'on n'y marquoit point que les vivres et les
fourages , dont ces Troupes auroient besoin jusqu'à
leur sortie du Royaume , leur seroient fournis
aux dépens des Puissances à qui elles apartiennent
, M. Poninski soutint que le premier article
étoit expressément specifié par l'Acte , puisque
l'Electeur s'y engageoit à faire retirer les
Troupes Moscovites, aussi tôt après que les Seigneurs
et les Gentilshommes assemblés seroient .
réunis , et qu'à l'égard du second article on y
avoit pourvu par les ordres envoyés aux Géneraux
Saxons et Moscovites. Il ajoûta que l'Electeur
, ayant fait tout ce qu'on avoit éxigé de
lui , l'Assemblée ne pouvoit differer plus longtemps
de proceder à l'Election d'un Maréchal.'
Plusieurs Deputés continuerent de s'y oposer
et ayant renouvellé leurs plaintes au sujet des
qualifications odieuses qu'on leur donnoit , ils dirent
que le nom de Zelés pour le bien de la Patrie
étoit le seul qui leur convint. Comme les efforts
de M. Poninski pour les faire changer de:
sentiment furent inutiles , quelques Gentilshommes
proposerent de suspendre les Séances , et de
ne les recommencer qu'après que les Troupes
Etrangeres seroient sorties du Royaume .
Ils representerent qu'en artendant que les De
putés se rassemblassent , on pouroit trouver les
moyens de procurer plus d'unanimité dans les
résolutions, et qu'il étoit dautant plus nécessai--
Its de prendre ce parti que la plupart des affairess
G vj impor
2492 MERCURE DE FRANCE
importantes sur lesquelles on avoit à déliberer ;
ne pouroient être traitées dans un temps aussi
court que celui qui avoit été prescrit pour la durée
de l'Assemblée .
Leur proposition fut aprouvée par les Oposans
, mais les partisans de l'Electeur de Saxe pre
tendirent qu'elle ne pouvoit être acceptée.
Les Deputés s'étant rassemblés le 13.et M.Po
ninski ayant demandé si les Oposans éxigeoiene
que les Troupes Etrangeres sortissent du Royaume
avant qu'on procedât à l'Election d'un Maréchal
, ils déclarerent qu'ils ne pouvoient déliberer
sur aucune affaire , tant qu'ils seroient environnés
deTroupes; que comine c'étoit l'Electeur
qui avoit fait entrer ces Troupes en Pologne, c'étoit
à lui d'en délivrer le Royaume , que s'il paroissoit
que les Moscovites et les Saxons n'en sortissent
que pour se conformer, aux volontés de la
Nation,on pouroit juger qu'ils n'y étoient venus
qu'à sa priere , et qu'il ne convenoit point à la
Noblesse d'avoir plus de part à leur sortie qu'elle
n'en avoit eu à leur entrée en Pologne.
M.Harowski Deputé de Belk s'éleva avec beaucoup
de chaleur contre les prétentions des Oposans
, et les autres Gentilshommes du parti de
f'Electeur les menacerent de prendre indépendamment
d'eux , les mesures qu'ils jugeroient les plus
convenables dans les circonstances présentes.
Quelques- uns dirent que si dans la suite on étoit
obligé de faire revenir les Troupes Etrangeres ,
on pouroit les y rapeller sans le consentement de
ceux qui refusoient d'avoir part à leur sortie.
M. Poninski se joignit aux partisans de l'Electeur
de Saxe , et il témoigna qu'il étoit déterminé
à ne pas éxercer plus long- temps les foncsions
de Maréchal de la Confederation faite en
fayeur
NOVEMBRE. 1735. 2493
faveur de ce Prince , puisqu'il n'avoit pas lieu
d'attendre plus de succès de ses soins.
Dans la Seance tenue le 14. les Deputés de Cujavie
et de Lenciczi qui avoient demandé la veille
qu'on leur délivrât des copies de l'Acte concernant
la sortie des Troupes, insisterent pour qu'on
fit divers changemens à cet Acte , et quelquesautres
se plaignirent de ce que les Troupes Moscovites
, malgré les ordres qu'elles avoient reçus
continuoient d'éxiger des vivres et des fourages
sans les payer. Le lendemain M. Poninski assura
ceux qui s'étoient plaints des nouvelles éxactions
des Troupes Moscovites , qu'il s'étoit rendu par
ordre de l'Electeur chés M. de Keiserling , Ministre
de la Czarine , auquel il avoit fait des représentations
à ce sujet ; que ce Ministre luí
avoit répondu qu'il avoit peine à croire que les
Officiers desTroupes de S.M.Cz.ne se conformassent
pas aux ordres qu'on leur avoit envoyés ;
qu'il feroitles perquisitions nécessaires pour sçavoir
si les plaintes qu'on faisoit d'eux étoient fondées,
et que si elles l'étoient , il ne manqueroit pas
de donner toutes les satisfactions qu'on pouroit
désirer; qu'au reste il étoit disposé à travailler de
Concert avec les Seigneurs et les Gentilstilshommes
assemblés à Warsovie à avancer la
sortie des Troupes Moscovites , dès qu'ils se seroient
mis en état par l'Election d'un Maréchal
d'agir efficacement pour terminer les affaires qui
devoient être l'objet de leurs déliberations ; qu'il
attendoit à chaque instant le retour d'un courier
qu'il avoit dépêché à la Czarine , et qu'il esperoit
d'aprendre par ce courier que S. M. Cz. avoit
pris une résolution conforme aux désirs de la
Nation.
Ces assurances de M. Poninski n'empêcherent
poing
2494 MERCURE DE FRANCE
point les Oposans de continuer de s'oposer à l'Election
d'un Maréchal . Ils dirent qu'on ne leur
donnoit que des promesses , et qu'ils demandoient
des effets, et la plupart protesterent de nullité contre
toutes les résolutions qui seroient prises avant
que les Troupes Etrangeres fussent sorties du
Royaume.
Le 17. les Partisans les plús zelés de l'Electeur
de Saxe ayant fait de fortes instances pour engager
les Oposans à moderer leurs prétentions , et
quelques- uns d'entre les derniers ayant parus disposés
à se contenter qu'on fit dans l'Acte remis
au Primat par l'Electeur les changemens que les
Deputés de Cujavie et de Lenciczi , avoient demandés
, M. Poninski déclara que ce Prince
consentoit à ces changemens .
Les Deputés de Cujavie remercierent M. Poninski
des soins qu'il avoit pris pour obtenir ce
consentement de l'Electeur , et ils promirent de
cesser de traverser l'Election d'un Maréchal aus .
sitôt après qu'on auroit inseré dans l'Acte toutes
les clauses nécessaires pour calmer leurs inquiétudes
; mais plusieurs autres Deputés soutinrent
qu'ils ne pouvoient , suivant leurs instructions
consentir à ce que les Deputés de Cujavie promertoient
, et l'Assemblée se sépara sans avoir pris
aucune résolution .
Dans la 17e. Seance , tenuë le 18 : Octobre, M.-
Poninski ayant lûles changemens faits par l'Elécteur
de Saxe dans le projet de l'Acte concernant
la sortie des Troupes Saxones et Moscovites
, les Députés de Cujavie et de Lenciczi demanderent
qu'on inserât dans l'Acte , que les
Troupes Etrangeres sortiroient du Royaume de
Pologne et du Grand Duché de Lithuanie dans les
tsume de deux mois, à compter du jour que l'Acte
auroit
NOVEMBRE . 1735 2495
auroit été signé , qu'aussitôt après la signature ,,
ges Troupes ne subsisteroient qu'aux dépens des
Puissances à qui elles apartiennent ; qu'elles ne
commettroient aucun désordre dans leur marche
, et qu'elles ne pouroient rien éxiger des ha
bitans des Lieux où elles passeroient.
Plusieurs autres Deputés se plaignirent de ce
que l'Electeur , malgré leurs réprésentations, per
sistoit à vouloir mettre dans cet Acte , qu'il
s'employeroit de concert avec la République à la
délivrer des Troupes Etrangeres , et qu'il s'étoit .
déterminé à prendre ce parti, après en avoir con
feré avec les Ministres de l'Empereur et de laCz.
M. Poninski répondit que l'Electeur consentiroit
volontiers à faire sortir ses troupes du
Royaume dans le temps marqué par les Oposans,
pourvu qu'ils travaillassent de leur côté à assurer
le repos de la Nation ; qu'à l'égard des Troupes
Moscovites , on ne pouvoit se dispenser de traiter
de leur sortie avec le Ministre de S. M. Cz .
que ce n'étoit pas l'intention de l'Electeur que ses»
Troupes continuassent d'être à charge au Royaume
, et qu'il n'y avoit pas lieu de douter que la
Czarine ne fut dans les mêmes dispositions. I
s'étendit ensuite sur les raisons qui engageoient
Electeur à refuser de faire dans l'Acte les changemens
que les Oposans éxigeoient.
Dans la Séance tenue le 19. M. Poninski fit un:
fort longDiscours pour exhorter lesDeputés à se
contenter des déclarations et des promesses de la
Czarine et de l'Electeur , et à nne pas differer plus
long- temps l'Election d'un Maréchal ; mais la
Bupart des Oposans témoignerent qu'ils dési--
roient que la sortie des Troupes Etrangeres pre--
ordât les délibérations .
Le 20. M. Poninski ouvrit la Seance en repre
sentants
1496 MERCURE DE FRANCE
sentant aux Deputés que la moitié du tems prescrit
pour la durée de l'Assemblée étoit déja écou
lée , sans qu'on eut pris aucune résolution . M.
Clebowski , Staroste de Liva , l'interrompit pour
informer l'Assemblée qu'il y avoit dans la Starostie
de Liva 1200. hommes des Troupes Moscovites
qui y exigeoient des contributions .
les or -
Les Deputés s'étant assemblés le 2 1. pour la 200
fois , M. Poninski leur assura qu'il avoit exposé
les sujets des plaintes des habitans de Liva à M.
de Keiserling , qui lui avoit répondu que
dres qu'il avoit envoyés aux Generaux Moscovites
pour faire cesser les executions militaires
n'avoient eu lieu que pour 15. jours , parceque
esperant d'avoir une reponse de la Czarine avant
la fin de ce temps , il n'avoit pas jugé à propos
de donner un plus long terme à ses ordres ; que
cette reponse étoit enfin arrivée , et qu'elle étoit
conçue dans des termes dont les Deputés devoient
être satisfaits , mais qu'il ne pouvoit conferer
avec eux à moins qu'ils ne se missent en état d'agir
efficacement pour terminer les affaires qui
devoient être l'objet de leurs déliberations .
Le 22. M. Poninski fit une nouvelle tentative
pour obliger l'Assemblée d'élire un Maréchal ,
et en qualité de President de l'Assemblée il donna
le premier sa voix. Comme il se disposoit à
prendre les autres sufrages , un Depuré de Belsk
s'oposa à l'Election , et dit que ses instructions
ne lui permettoient pas de traiter d'aucune affaire,
avant que les Troupes Etrangeres fussent sorties
du Royaume.
La 22e Séance qui se tint le 24. ne fut pas plus
tranquille que les précedentes . M. Poninski ayant
demandé si les Oposans consentiroient qu'on priv
Le parti proposé par quelques Deputés dans la
Séance
NOVEMBR E. 1735. 2497
séance du 12. du mois passé , de renvoyer l'Assemblée
à un autre temps ; plusieurs Oposans
témoignerent qu'ils aprouvoient cette proposi
tion , mais les Députés de Lenciczi prétendirent
qu'elle ne pouvoit être acceptée jusqu'à ce que
L'Electeur eût fait , dans l'Acte concernant la sor
tie des Troupes Moscovites et Saxones
changemens qu'ils avoient demandés.
les
Le 25. les Députés s'assemblerent pour la 23e
fois , et M. Poninski, après avoir fait remarquer
aux Députés que le temps prescrit pour l'élection
d'un Maréchal étoit prêt d'expirer , menaça
les Oposans d'engager les Partisans de l'Electeur
à prendre indépendamment d'eux , des mesures
pour terminer les affaires sur lesquelles ils avoient
déliberer , mais ses menaces produisirent peu
d'effet , et il fut obligé de remettre la séance au
lendemain.
Dans la 24e séance du 26. du même mois ;
M.Poninski ayant exhorté les Députés à profiter
du peu de tems qui leur restoit pour terminer
les affaires sur lesquelles ils avoient à déliberer
M. Karwouski , un des Députés du Palatinat de
Podlachie , représenta qu'il y avoit lieu de soupçonner
que les délibérations n'étoient retardées
que par des vues particulieres d'interêt de quelques
Députés , qui prétendoient qu'on achetât
leurs sufrages en leur accordant les Charges vacantes
, et qu'ainsi il seroit à propos de prier
l'Electeur de disposer de ces Charges.
Plusieurs Députés parlerent avec beaucoup de
vivacité dans la séance tenuë le 27. pour déter
miner l'Assemblée à suivre l'avis proposé le jour
précedent par M. Kawouski .
Pendant qu'on disputoit sur cette matiere , l'Evêque
de Plocko , le Palatin de Czernichow et le
Castellan
2498 MERCURE DE FRANCE
Castellan de Trock , se rendirent au lieu de l'As
semblée par ordre de l'Electeur , et ils firent cha、.
cun un Discours pour inviter les Députés à s
réünir.
Le 29. les Députés s'étant assemblés pour la
26e. fois les Oposans renouvellerent leurs plaintes
touchant les executions militaires , et leurs
demandes par raport à l'Acte qui regarde la sor-,
tie des Troupes étrangeres.
La 27. séance tenuë le 31. fut plus tranquille
que les précedentes , et les Oposans ont promis .
de ne plus traverser l'Election d'un Maréchal , si
la Czarine et l'Electeur vouloient fixer un terme
pour la sortie des Troupes Moscovites et Saxo
nes , et donner des ordres pour qu'elles n'exigent .
ni vivres ni fourages dans les Lieux où elles passeront
en se retirant. Ils demandent en même→
temps que l'Electeur n'engage la Nation dans
aucun Traité particulier avec la Czarine , sur
tout s'il arrive une rupture entre le Grand Seigneur
et S. M. Cz.
M. Espiriesz , qui s'étoit retiré sur les Terrest
du Grand Seigneur avec le Corps de Troupes
Polonoises qu'il commande , continue de faire
des courses dans la Podolie et dans les Provinces
voisines ; et tous les Gentilshommes qui sont
dans le Camp qu'il occupe près de Choczin , ont
renouvellé la protestation qu'ils ont faite le 6. du
mois d'Août contre les résolutions que les Partisans
de l'Electeur de Saxe pouroient prendre
dans l'Assemblée de Warsovie.
L
ITALIE.
E Cardinal Cienfuegos se rendit le 7. du
mois dernier à Monte- Cavallo , pour informer
le Pape qu'il n'étoit plus chargé des affaires
NOVEMBRE. 1735. 2499
de l'Empereur à la Cour de Rome , et que S.M.I.
avoit nommé M. d'Arrach , Auditeur de Rote ,
pour en prendre soin sous la direction du Cardinal
del Giudice .
Le Pape a ordonné au Cardinal Coscia de revenir
à Rome aussi - tôt après qu'il aura achevé
de prendre les bains de S. Cassien , sous peine
d'être privé de la dignité de Cardinal et de tous
ses Benefices ; et l'on assure que S. S. a exigé
qu'il donnât avant son départ une caution pour
les 30000. écus dont il est redevable à la Chambre
Apostolique.
Le 8. l'Evêque de Targa , frere de ce Cardinal,
sortit du Château S. Ange , et il fut conduit au
Couvent de S. François de Paule , où il doit demeurer
cinq ans , en consequence du Decret de
la Congrégation de Nonnullis.
On écrit de Naples , que le Marquis de Puysieux
, Ambassadeur du Roy de France en cette
Cour , y arriva de Rome le 19. de ce mois , qu'il
eut le même jour sa premiere Audience particu
liere du Roy , et que le lendemain , après avoir
été complimenté sur son heureuse arrivée par la
plupart des Personnes de distinction qui sont à
Naples , il dîna chés le Prince della Torella Caraccioli
que le Roy a nommé son Ambassadeur
auprès de S. M. T. C.
On aprend de Genes, que les plaintes faites par
une partie des Habitans de l'Iflè de Corse contre
M. Pinelli , Commissaire de la République danss
cette Ifle , furent examinées le 28. du mois dernier
dans une Assemblée du Sénat . Plusieurs Sénateurs
prétendirent que ces plaintes étoient malfondées
; qu'on ne pouvoit nier que M. Pinelli
n'eût usé d'une extrême severité envers les Rebelles
, mais qu'il devoit être récompensé plutôt que
puni
2500 MERCURE DE FRANCÉ
puni d'avoir été severe en cette occasion ; qu'il
étoit injuste de déplacer un Sénateur , parce qu'il
avoit poursuivi vigoureusement les ennemis de
la République.
Qu'en suposant que M. Pinelli eût donné quelque
sujet de se plaindre de lui , la longue experience
qu'il avoit acquise dans son employ, mettoit
la République dans la nécessité de le lui conserver
, et que peut- être le Successeur qu'on lui
donneroit , moins instruit que lui de la maniere
dont il est à propos de se conduire avec les Cor
ses , seroit moins propre à une place qu'on ne
peut remplir sans connoître les Peuples qu'on a
a' gouverner.
D'autres soutinrent que la séverité de M. Pi
nelli avoit été la principale cause des progrès dé
la révolte , et que le seul moyen de faire rentres
les Rebelles dans leur devoir , étoit d'envoyer
dans l'Ifle de Corse quelqu'un qui pût ramener
les esprits par la douceur. Ils ajoûterent que M.
Pinelli avoit toujours déguisé à la République la
veritable situation des affaires de cette Ifle . Cette
diversité de sentimens causa une dispute trèsvive
entre les Sénateurs ; mais enfin l'avis de
ceux qui étoient contraires à M. Pinelli , prévalot
, et il fut décidé qu'on rapelleroit ce Sénateur
. Mrs Laurent Imperiali , et Paul - Baptiste
Rivarola , ont été nommés pour le remplacer.
LE
GRANDE - BRETAGNE.
21. du mois dernier , au matin , il s'éleva
une tempête si violente à Yarmouth , que
plusieurs des Vaisseaux qui étoient dans la Rade
furent considerablement endommagés . Le Vaisseau
le Guillaume et Jeanne , commandé parTe
Capitaine
NOVEMBRE. 1735 2501
Capitaine Collige , fut jetté contre la Rive avec
tant de force , qu'il se sépara en deux ; le Capitaine
fut noyé avec sa femme et une autre personne,
mais on sauva l'équipage et quelques Marchandises.
Les Grands Jurés de Londres ont présenté à
la Reine une Requête par laquelle ils remontrent
que la partie la moins considerée , mais en même
temps la plus nécessaire de la Nation , est
excitée par la modicité du prix des boissons fortes
à en faire un usage immoderé ; que tous les
jours on rencontre dans les rues les Ouvriers et
les Soldats plongés dans la plus affreuse yvresse;
que par leurs excès ils affaiblissent et détruisent
leur temperamment, et deviennent inutiles à eux
mêmes et au Public ; que non seulement ces excès
hâtent leur perte , mais encore qu'ils influent sur
leur posterité ; que la plupart des enfans qui naissent
d'eux , sont foibles et informes ; qu'ainsi le
Roy perdra nécessairement un nombre considerable
de ses Sujets , et que l'espece dégenerera ;
que ces considérations ont déterminé les Grands
Jurés à dénoncer toutes les maisons établies pour
la vente en détail des boissons fortes , comme
autant d'aziles pernicieux qu'il est important
d'ôter à la dissolution , si l'on ne veut s'exposer
en les laissant subsister , à aneantir le travail et
l'industrie , à entretenir le désordre et à dépeupler
l'Etat ; qu'ils esperent qu'on travaillera effi
cacement à procurer l'execution des Loix qui
peuvent prévenir des suites si funestes , et que
si les Loix déja faites ne sont pas trouvées sufisantes
, on prendra les mesures nécessaires pour
s'oposer aux maux dont la Nation est menacée
par un abus si general et si dangereux .
Le 6. de ce mois à six heures du matin , le
Roy
2502 MERCURE. DE FRANCE
Roy arriva de Hollande à Harwich , et S. M.
accompagnée du Marquis de la Forest , Grand
~ Chambellan de l'Electorat d'Hanover , se rendit
à Kensington vers les trois heures après midy.
L
ARME'E D'ALLEMAGNE.
E Maréchal de Coigny , qui étoit allé camper
le 21. Octobre à Erring , y resta le lendemain
avec les 69. Bataillons et les 36. Esca◄
drons qu'il y avoit rassemblés .
Le 24. les 12 Bataillons du Corps de réserve
et 24. Bataillons de ceux qui étoient à Erring ,
vinrent camper derriere S. Maximin , ou leur
gauche étoit apuyée , la droite s'étendant du cô–
té de Phatz .
Le même jour , la Brigade de Poitou fut détachée
du Camp d'Erring ; un Bataillon fut envoyé
à Longwisch , deux à Rouvere, et trois sur
les hauteurs de Budelick . Le Maréchal de Coigny
fit marcher à Phatz un Bataillon du Régiment
de Courten , et les deux autres avec le Régiment
de Diesback à Kirck , vis - à- vis Schwich.
Le 25. le reste de l'Infanterie vint camper la
droite à Phatz et la gauche à Erring. Onze Escadrons
de Cavalerie , 12. de Dragons et trois
de Hussards , camperent sur les hauteurs de S.
Maximin , et le surplus reçût ordre de marcher
à Sarre-Louis , à Thionville et à Sirq.
Le 27 le Maréchal de Coigny alla reconnoître
un Camp sur les hauteurs de Rouvere, où il devoit
faire marcher les 26. Bataillons qui étoient campés
, la droite à Phatz et la gauche à Erring , et
le même jour ces Troupes passerent la Mozelle
sur deux colonnes , dont la premiere composée
de 11. Bataillons , fut commandée par le Marquis
NOVEMBRE. 1735 2503
quis de Ravignan , et la seconde de 15. Bataillons
marcha sous les ordres du Prince d'Isenghien.
Le Marquis de Guerchy commandoit l'arrieregarde
, qui étoit formée par 26. Compagnies de
Grenadiers.
Le 28. la Brigade de Navarre , celles de Bourbonnois
, de Poitou , et le Régiment de Diesback,
composant 23. Bataillons , reçûrent ordre d'aller
sous les ordres du Marquis d'Aubigné , et de M.
de Lutteaux , camper vis-à- vis Schwich , pour
relever les Brigades de Touraine et de la Couronne
, qui ont dû retourner dans le Camp de Saint
Maximin.
La Brigade de la Marine , celle des Vaisseaux
et de Perche , ont été envoyées à la Chartreuse
qui est entre Tréves et Cousarbrick .
Quatre Bataillons Irlandois , les trois de
Brendlé , la Brigade de Gondrin , les Régimens
de Richelieu , de Tallard , Lyonnois , de Duras ,
d'Angoumois , de Lorraine , de Cambresis et
Deslandes , sont restés campés au pied de la
Montagne , la droite tirant sur Phatz , et la gauche
au delà de S. Maximin,
Le Comte de Seckendorf , lequel après avoir
passé la Mozelle , s'est avancé à l'Abbaye de
Clausen , a campé depuis à Bicong et à Erring ,
et le 27. il passa la Kill au gué d'Erring . Un Détachement
de cette Armée , composé de 200 .
hommes d'Infanterie et de cent Hussards , ayant
enlevé les Palissades qui avoient été mises à
Stipslauhen , pour les porter à Berncastel , M. Jacob
, Lieutenant Colonel et Capitaine d'une
Compagnie Franche , fut commandé pour aller
attaquer ce Détachement. Lorsque M. Jacob fut
arrivé en présence des Ennemis qui l'avoient vu
s'avancer , il les trouva postés très- avantageuse-
-
ment
2504 MERCURE DE FRANCE
ment sur le bord d'un bois , il fit attaquer leurs
Hussards par les cent Dragons de son Détachement
, et il les mit en fuite. Il marcha en même
temps avec son Infanterie , la bayonette au bout
du fusil , et après avoir essuyé le feu de la Mousqueterie
des Ennemis , il les attaqua avec tant de
valeur , qu'il les renversa , et leur ayant tué 25 .
hommes , il força les 175. autres de se rendre
prisonniers , avec le Major qui commandoit le
Détachement , deux Capitaines , deux Lieutenans
et un Enseigne. Cette Action est la quatriéme
que M. Jacob a eue depuis trois semaines dans le
Honsruck avec les Ennemis , sur lesquels il a
toujours remporté l'avantage .
4 .
Le de ce mois , le Détachement
de 200,
hommes qui étoit dans le poste de Phaltz , reçut ordre de l'abandonner
, parce que les Ennemis
en s'emparant du Village , pouvoient aisément
nous ôter la communication
avec ce poste,
Le s . le Maréchal de Coigny ayant fait part
au Comte de Seckendorf des ordres qu'il avoit
reçus du Roy par raport à la cessation d'hos
tilités , convenue depuis peu , et le . Comte de
Seckendorf ayant par sa réponse accepté les arrangemens
proposés par le Maréchal de Coigny,
il fut arrêté entre ces deux Generaux , que tou
tes hostilités cesseroient de ce jour là entre les
deux Armées , et qu'on attendroit de nouveaux
ordres de France et d'Allemagne , tant sur la pu
blication de la cessation d'hostilités que sur les
quartiers qui seront occupés dans la suite par les
Troupes Françoises et Imperiales.
Le Duc de Wirtemberg ayant dès le premier
de ce mois écrit dans le même esprit à M. de
Quadt , les hostilités ont cessé aussi - tôt entre
les Troupes du Roy et celles de l'Empereur que
le
NOVEMBRE. 1735. 2505
de Duc de Wirtemberg commande de l'autre côté
du Rhin .
Les Lettres de Tréves du 14. de ce mois, marquent
que depuis le 7. le Maréchal de Coigny
avoit donné les ordres nécessaires pour la séparation
de l'Armée du Roy , et que toutes les
Troupes qui la composoient , étoient en marche
pour se rendre dans les quartiers qui leur sont
destinés.
Les Troupes restées dans le Spireback sous les
ordres de M. de Quadt , ont aussi été envoyées
dans les postes où elles doivent rester pendant
Phyver.
Le Duc de Wirtemberg et le Comte de Seckendorf
ont aussi séparé les Corps d'Armée
qu'ils commandoient.
ARME'E D'ITALI E.
Es Troupes Françoises qui étoient campécs
La S. Boniface , en partirent le 3. de ce mois
pour repasser l'Adige. La plus grande partie de
FInfanterie marcha sous les ordres du Maréchal
de Noailles , et elle alla à Zevio .
Le Marquis de Savines à la tête de deux Brigades
d'Infanterie et de toute la Cavalerie , campa
le même jour à Persaco. Il en partit le 7. au
matin pour se rendre à Borgoforte, d'où il a dû
envoyer une partie de ses troupes prendre des
quartiers d'hyver dans le Modénois , dans le
Duché de Guastalla et dans le Bas-Mantoüan.
Le Maréchal de Noailles quitta le 6. le Camp
de Zevio, et il arriva au Camp de Casa di David,
où l'Infanterie restera cantonnée jusqu'à -ce
qu'elle aille prendre des quartiers d'hyver. On
laissera dans ce Camp et aux environs 18. Ba-
H taillons
2506 MERCURE DE FRANCE
taillons et un Détachement de Cavalerie pour
garder le haut de l'Adige , depuis Veronne jusqu'au
poste de la Ferrara.
Les Espagnols qui ont repassé du côté de ce
Camp sur le Pont de Roverchiera , et qui garderont
le bas de la Riviere , s'établirent le 6. avec
4. Bataillons à Zevio , après que le Maréchal de
Noailles en fut parti.
Depuis que les Troupes Françoises et Espagnoles
ont repassé l'Adige,les Imperiaux ont fait avancer
des Détachemens à S. Boniface et à S. Michel, et
ils ont fait passer la Brenta au Corps de troupes
qu'ils avoient à Bassano. Ils firent attaquer
au commencement du mois par 100. Grenadiers
et un Piquet , un poste de 50. hommes qui étoit
à Castelleto sur le revers du Mont Baldo . M,
Henry , qui commandoit ces so hommes , se
défendit avec tant de courage , que les Ennemis
après avoir perdu dix Grenadiers , furent obligés
de se retirer.
Le Duc de Montemar a établi son quartier.
Ronco , et il a laissé au Marquis de Bay le com
mandement du Détachement qu'il avoit fait
avancer à Zevio le 6. de ce mois.
Le Maréchal de Noailles aprit le 1o. que les
Bateaux qui ont servi aux differens Ponts établis
sur l'Adige , et qu'on avoit fait descendre cette
Riviere , étoient entrés dans l'Adigetto , où ils
étoient en sûreté. Quelques Hussards des Ennemis
qui vinrent le 10 attaquer la garde du Pont
d'Arcé , furent obligés de se retirer.
Le 9. au soir , le Corps de troupes Imperiales
campé à Bassano , descendit la Brenta , et 12 .
Bataillons de ces troupes arriverent le IO.
Dolo avec trois Régimens de Cavalerie, Le même
jour un Détachement de 3000. hommes
d'Infanterie
NOVEMBRE . 1735. 2507
infanterie et de Cavalerie , s'avança à Montagua
, et un autre moins considerable s'avança à
Colonia.
Le Marquis de la Mina , que le Duc de Montemar
avoit envoyé au Maréchal de Noailles ,
pour lui aprendre les differens mouvemens des
Imperiaux, repartit de Bozolo le 14. de ce mois,
après être convenu des mesures qu'il seroit nécessaire
de prendre si les Ennemis vouloient attaquer
les troupes Espagnoles.
Leas. le Maréchal de Noailles aprit par un
courier du Duc de Montemar , que les Impé
riaux avoient passé le Bas Adige , près de Rovigo
et près de Carpy , que le Duc de Montemar
rassembloit ses Troupes , et qu'il demandoit du.
secours pour être plus en état de s'oposer aux
entreprises des Ennemis. Le Maréchal de Noailles
donna ses ordres aussi- tôt pour faire marcher
à Vallegio les 25. Bataillons qui étoient dans le
Bressan et dans le Mantouan , et pour qu'ils
pussent y être joints par l'Infanterie restée entre
le Lac de Garde et l'Adige.
Un Détachement de 2000. chevaux fut commandé
en même- temps pour marcher avec cette
Infanterie , et le Maréchal de Noailles se disposoit
à se raprocher du Duc de Montemar , lors-
«qu'il reçut par un courier de France les ordres
du Roy par raport à la cessation d'hostilités
convenue depuis peu. Il en fit part le même jour
au comte de Kevenhuller , General des Troupes
de l'Empereur, il envoya dans tous les postes
avancés l'ordre d'y cesser les hostilités , et il dépêcha
un. Courier au Duc de Montemar pour lui
aprendre les raisons qui l'empêchoient de lui envoyer
les secours qu'il avoit demandés.
Le Comte de Keyenhuller répondit par le
Hij Trompete
2508 MERCURE DE FRANCE
Trompette qui revint à Bozolo le 18, qu'il avoit
fait cesser toutes hostilités , et il proposa une
Conference entre le Prince de Saxe Hildburgshausen
et l'Officier General que le Maréchal de
Noailles voudroit nommer pour prendre des arrangemens
sur la cessation d'hostilités , et par
raport aux quartiers qui seront occupés par les
deux Armées ,
Le Comte de Kevenhuller ayant mandé qu'il
alloit faire retirer les troupes Imperiales qui
sont vis- à- vis de la Ferrara et sur le Mont Baldo
, le Maréchal de Noailles a dû envoyer ordre
aux troupes qui sont dans ces postes ,
abandonner.
de les
Le Duc de Montemar est avec son Armée entre
Revere et San Benedetto ,
OFFICIERS GENERAUX
dont le Roy a résolu de se servir pendant
l'hyver prochain sur les Frontieres du
Rhin , en Alsace, dans les trois Evêchés,
dans le Comté de Bourgogne et en Flandres
, sous les ordres du Maréchal du
Bourg.
D'EPARTEMENT D'ALSACE.
De Quadt ; le Marquis de Leuville ; le
M'Chevalier de Givry , et le Marquis de Balincourt,
Lieutenans Generaux ; M. d'Herouville;
M. Philippes ; le Marquis du Chayla ; le Comte
de Vaudrey le Marquis de Saint Sachs ; M. de
Manville , M. de Malan , et M. de Varennes ,
Capitaine d'une des Compagnies de Grenadiers du
Régiment des Gardes Françoises , Maréchaux de
Camp
NOVEMBRE. 1735. 250g
Camp le Chevalier de Saint Vallier ; le Matquis
du Belay ; le Comte de Rupelmonde , et M.
de Soulié , Brigadiers d'Infanterie : M. du Moulins
; M. des Bournais , et le Marquis de Saint
Jal , Brigadiers de Cavalerie .
DEPARTEMENT DES TROIS EVESCHE'S.
Le Comte de Belleisle ; M. de Tarneau ; M. de
Ja Billarderie , Lieutenant des Gardes du Corps ;
le Comte de Laval - Montmorency ; le Comte
-d'Aubigné , et le Chevalier de Rocozel , Lieutenans
Generaux : Le Baron d'Eltz ; M. de Lutteaux
; M. de Cherisey , et le Comte de Chastelux
, Maréchaux de Camp : le Marquis de Brezé;
Je Marquis de Rosnivinen , et M. de Courten ,
Brigadiers d'Infanterie M. d'Estagnolles ; le
Marquis de S. Simon ; M. de Kleinhold , et M.
de la Bazeque , Brigadiers de Cavalerie.
DEPARTEMENT DU COMTE DE BOURGOGNI.
Le Duc de Duras , Lieutenant General , et lo
Marquis d'Houdetot , Maréchal de Camp.
DEPARTEMENT DE FLANDRES.
Le Maréchal de Puysegur , le Comte de la
Marck , Lieutenant General : M. de Gensac , et
le Marquis du Luc , Maréchaux de Camp.
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres .
LES etlesGenuit 20 seance le 2. de
Es Seigneurs et les Gentilshommes assemblés
ce mois , et M. Poninski ayant voulu les exhor-
Hij ser
2510 MERCURE DE FRANCE
t
ter à se contenter des promesses de la Czarine et
de l'Electeur de Saxe , il fut interrompu par un
des Députés de Liva , qui se plaignit de plusieurs
désordres commis dans la Starostie de ce nom
par les troupes Moscovites.
Un autre Député de la même Starostie pro
duisit des Lettres qui marquoient que les Moscovites
avoient enlevé tous les Titres déposés
dans le Greffe des Archives de Liva , et qu'ils lès
avoient brulés .
Dans la même séance M. Kamocki , un des
Députés du Palatinat de Masovie, remit à M. Póninski
, un Memoire contenant les demandes des
Oposans , et il déclara que si on ne les leur accordoit
, ils ne pouvoient consentir à l'Election
d'un Maréchal.
1
Ce Memoire est composé de sept articles , dont
le premier regarde la sortie des troupes étrangeres
, le quatrième et le sixième , les affaires du
Duché de Curlande , et les autres , la nomination
aux Charges vacantes.
Quoique la séance tenuë le 2. dût être la détniere
, les Députés se rassemblerent le lendemain,,
et quelques- uns d'entre eux ayant représen
té que les Loix, du Royaume permettoient , lorsqu'on
ne pouvoit parvenir à l'Election d'un Maréchal
, par les voyes ordinaires , d'y proceder
par acclamation , le plus grand nombre fut d'avis
qu'on eût recours à ce moyen , et que l'on
continuât les séances .
Le 4. M. Poninski
proposa
à l'Assemblée
de
tenter pour l'Election
d'un Maréchal
le moyen
qui avoit été proposé
le jour précedent
, mais le
Staroste
d'Owiczin
ét les Députés
du Palatinat
de Lenciczi , dirent qu'ils ne pouvoient
y consentir
à moins que l'Electeur
ne fit dans l'Acte
concernàng:
NOVEMBRE. 1735 25TI
concernant la sortie des Troupes étrangeres , kes
changemens qu'ils avoient demandés.
>
Malgré leur oposition , plusieurs Partisans de
P'Electeur nommerent le Comte Rzewuski ,
Maréchal ; d'autres , du nombre desquels fut M.
Poninski , donnerent leurs voix au Comte de
Sczembeck , Chambellan de Cracovie, qui donna
la sienne au Comte Rzewuski .
Les Oposans ayant empêché qu'on ne continuât
de proceder à l'Election , un Député du Palatinat
de Podlachie, proposa de séparer l'Assemblée
, et de tenir des Sessions Provinciales
dans lesquelles on délibereroit plus tranquilement.
Plusieurs Députés rejetterent cette proposition,
et prétendirent que suivant les Constitutions du
Royaume elle ne devoit pas être acceptée , puisqu'on
n'avoit pas élû de Maréchal . Comme les
Députés des differens partis soutenoient leurs
sentimens avec chaleur , M. Poninski pour prévenir
les suites de la dispute , renvoya la cession
au jour suivant.
MORTS DES PATS ETRANGERS.
D
On Jean Ferreira , Curé de l'Eglise d'Alva
raens , mourut à Barcellos le 15. Octobre
dernier , âgé de 111. ans ; il n'avoit cessé de dire
la Messe que depuis deux mois.
Hiiij
EX2512
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Cagliari ,
du 23. Septembre 1735. sur une Mort
Etrangere.
A mort vient encore de nous enlever le
LComte deBrassicarde ,Gouverneur de la Vil .
le de Cagliari , et Lieutenant General dans les
Armées du Roy de Sardaigne . Il avoit le Gouvernement
de ce Royaume, avec le Titre de Président
, Lieutenant et Capitaine General , après la
mort de S. Ex. le Marquis de Castagnole , notre
Viceroy. Ses qualités personnelles le font regretter
de tous ceux qui avoient l'honneur de le connoître
, et l'on peut assurer que S. M. perd en
lui un de ses meilleurs Officiers Generaux. Il a
remis en mourant le Commandement entre les
mains de M. Fallet de Barol , notre Archevêque ,
frere du Viceroi, qui vient de mourir , et cela du
consentement des Salles de la Royale Audience.
Je ne sçaurois vous exprimer , Monsieur , combien
ce choix a été aplaudi et la joyë que la Noblesse
et le Peuple ont fait éclater en cette occasion.
Tout le Monde est ravi de se trouver sous
les ordres d'un si digne Prélat , doué de toutes
les vertus Chrétiennes et morales , et dont la pieté
, la droiture , la libéralité et la grande doctrine
, lui ont gagné l'estime et l'affection de tous
ses Diocésains. Rien ne prouve mieux l'éloge
que je vous en fais , que la Lettre que le Roy lui
a écrite , où il aprouve , non seulement la derniere
disposition de M. le Comte de Brassicarde;
mais l'honore encore du Titre de Viceroy , Lieutenant
General du Royaume , et Capitaine General
de ses Armées , avec des expressions qui rendent
témoignage de l'estime que S. M. a pour
notre Archevêque , lequel exercera ces Emplois
jusqu'à
NOVEMBRE. 1735 2513
jusqu'à l'arrivée du nouveau Viceroi : je crois
Monsieur , que vous n'ignorez pas que S. M. a
conferé cette importante. Charge à S. Ex . M. le
Marquis de Rivarol , Gentilhomme Piémontois,
illustre par sa naissance , par ses grandes qualités
et par les Emplois qu'il a possedés sous ce
Regne et sous celui du Roy Victor , &c.
XXXXXXX:XX :XXXXXX
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris ,
L
& co
E premier de ce mois , jour de la Fête
de Tous les Saints , le Roy assista
dans la Chapelle du Château de Fontainebleau
, à la Grand'Messe celebrée pontificalement
par l'Evêque de Valence , et
chantée par la Musique .
L'après- midy S.M. entendit le Sermon
de l'Abbé Hardouin , Predicateur ordinaire
du Roy , et Chanoine de l'Eglise
Métropolitaine de Sens S. M. après avoir
assisté aux Vêpres auxquelles l'Evêque
de Valence officia , entendit celles des
Morts.
Le 12. de ce mois l'ouverture du Parle
ment se fit avec les cerémonies accoûtumées
par une Messe Solemnelle , celebrée
dans la Grand'Salle du Palais par PEvê-
Hv que
2514 MERCURE DE FRANCE
que de Senlis , et à laquelle M. Portail ,
Premier President , et les Chambres assis➡
terent.
t
Le Roy a nommé Commandeur de
l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis ,
M. Maximilien de la Roche de Vernassal ,
Lieutenant- General des Armées de S. M.
et Lieutenant d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
M. de Salieres , Brigadier des Armées
du Roy , et qui a fait pendant la derniere
Campagne les fonctions de la Charge
de Maréchal Général des Logis de
l'Armée , a été nommé Inspecteur d'Infanterie.
Le 21.la Reine communla dans la Cha--
pelle du Château de Versailles , par lès ›
mains du Cardinal de Fleury , son Grand
Aumônier:

LeRoy a nommé Gouverneur de Monseigneur
le Dauphin , le Comte de Châtillon
, Chevalier des Ordres de S. M.-
Lieutenant Général de ses Armées , et
Mestre de Camp Général de la Cavalerie.
Le Comte de Polastron , Maréchal de
Camp , et Inspecteur d'Infanterie , et le:
Comte
NOVEMBRE. 1735 : 2525
>
Comte du Muy , ont été nommés Sous-
Gouverneurs : Le Marquis de Puiguion
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , et
le Chevalier de Crequy , Gentilshommes
de la Manche:
Le 20. de ce mois , le Comte de Châtillon
, Gouverneur de Monseigneur le Danphin
, prêta serment de fidelité entre les
mains du Roy.
Le Roy a nommé Premier Medecin de
Monseigneur le Dauphin, M.Bouillac, Medecin
des Enfans de France etPremierValet
de Chambre, M. Binet , l'un des quatre-
Premiers Valets de Garderobe de S. M.
Lepremier Novembre , Fête de la Toussaints
, il y eut Concert Spirituel au Châ
teau desTuilleries qui commença par une
nouvelle suite de Simfonie de M. Aubert,
et du Quemadmodum ,Motet à grand choeur
dé M. de la Lande , qui fire suivi d'un autre
petit Motet de M. du Bousset ', chanté
par la Dlle Erremens et le sieur Jeliot . L'a
Dlle Taillart joua ensuitė ,, pour la premiere
fois , une Sonnate sur la flute traversiere
, dont l'éxecution fut generalement
aplaudie. Le Concert fut terminé
a cause de la veille de la Fête des Morts ,
Hivj
parr
2516 MERCURE DE FRANCE
par le De profundis , Motet à grand chaur
de M. Destouches , Sur Intendant de la
Musique du Roy.
Le Mardy 8. de ce mois , Les Comédiens
François représenterent à Versailles
la Comédie du Curieux Impertinent , &
le Médecin malgré lui.
Le 10. la Tragédie d'Herodes & Ma
rianne , & le Baron de la Crasse.
Le 15. Democrite , & Crispin Rival de
.son Maître.
Le 17. Oedipe de M. de Voltaire , et la
Pupille.
Le 22. l' Amitié rivale , et le Magnifique.
Le 24. Britannicus , & l'Esprit de Contradiction
.
Le 29. le Prejugé à la mode , & le Rendezvous.
Le 5. Novembre , les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
d'Arlequin Aprentif Philosophe , qui fut
suivie de la petite Piéce des Debuts , et de
la Parodie du Joueur , Scenes Italiennes
jouées sur le Théatre de l'Opera en 1729.
Le 12. l'Amante difficile , et le Mauvais
Menage , Parodie de la Tragédie d'Herode
& Marianne , de M. de Voltaire.
"
Le 19. la Mere Confidente et le Bouquet :
Le
NOVEMBRE . 1735
2517
Le 26. La Comédie nouvelle des Amans
Faloux , et celle du fe ne sçai Quoi.
Le 27 de ce mois , premier Dimanche
de l'Avent , le Roy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château , la
Messe chantée par la Musique. L'aprèsmidy
, le Roy accompagné du Duc d'Or
leans et du Comte d'Eu , assista à la Prédication
de l'Abbé Hardo iin . Predicateur
ordinaire de S. M. et Chanoine de
l'Eglise Metropolitaine de Sens.
Le 28. on celebra dans l'Eglise Metropolitaine
de cette Ville , un Service solemnel
pour le répos des ames des Officiers
et Soldats qui sont morts au service
de S. M. pendant cette année.
L'agrément du Régiment de la Couronne
, qu'avoit feu Armand - Louis de
Bethune , Marquis de Charost , mort à
Tréves le 23. Octobre dernier de la blessure
qu'il avoir reçûë le 29. précedent , a
été donné à Louis Ferdinand- Joseph de
Croy , Duc d'Havré , et de Croy , Prince
du S. Empire , Grand d'Espagne de la
premiere Classe , né en Espagne en 1713 .
Jean-Charles-Guillemin de Courchamp,
Chevalier
518 MERCURE DE FRANCE
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , et Premier Lieutenant du Régi↳
ment des Gardes Françoises , dans lequel
il est entré en 1716. vient d'obtenir l'agrément
de la Compagnie qu'avoit dans
ce Régiment Leon d'Armand de Mison ,
cy-devant Chevalier de Malthe , ( frere
de la Comtesse du Muy , Sous- Gouvernante
des Enfans de France , ) qui se retire
du service , étant Commandeur de
l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis .
Le Marquis de Mison , Maréchal deCamp;
tué à Parme , dont il a épousé la fille ,
étoit son frere aîné,
Le premiet Novembre , le Duc de
Chartres , fils unique de M. le Duc d'Or
leans , dont la santé est si précieuse , fut
attaqué au Château de S. Cloud d'une fievre
rouge,causée par la rougeole ; les remedes
les plus simples et les plus fami
liers dont on se sert en pareil cas , ont tìré
ce Prince d'affaire en moins de quinze
jours , il fut transporté le 15. au Palais
Royal , où ce Prince joüit actuellement
d'une santé parfaite.
SONNETT
NOVEMBRE. 1735, 2518
SONNET
EN BOUTS - RIME'S.
A
Uteur de Bouts- Rimés , tu crois donc être
Et déja tenir place auprès du grand´
Sage ;
Platon
Pour un mauvais Sonnet , aussi sec qu'un Baton ;
En dépit des neuf Soeurs , rimer c'est une Rage.
Mais dis -moi , sans talent à rimer qui t'Engage .
Et te contraint ici de trancher du
Crains que ma bile enfin`te serrant lé
Caton
Bouton ;
T
Ne force ta sotise à rentrer dans sa Cages
Si tu rimes encor , je jure pár Jupiny
Que je t'abaisserai plus bas que n'est Crispin ,
Préviens, si tu m'en crois ,une infaillible Chutte,
On verra le Lyon fuir devant le Lapin,
Le Chêne de Dodone adorer le Sapin
l'on ne voit res Vers faire la culle- Butter
M. C. A. R. G.
Le Public est averti que le veritable:
Suc de Reglisse er de Guimauve blanc
sli
2520 MERCURE DE FRANCE
si estimé
pour toutes les maladies du Poulmon
, inflammations , enrouëmens , toux,
rhumes , asthme , poulmonie , pituite
&c. continue à se débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu et aprobation de
M. le Premier Medecin du Roy , chés
Mile Desmoulins , qui en a le Secret de
défunte Mlle Guy , quoique depuis quelques
années des particuliers ayent voulu
le contrefaire, lesquels pour mieux tromper
se sont dits enfans de M. Guy , ce
qui est une suposition , et la difference
s'en connoîtra aisément par la comparaison
qu'on en poura faire . On peut s'en
servir en tout tems , le transporter par
tout , et le garder si long- tems que l'on
veut , sans jamais se gâter , ni rien perdre
de sa qualité.
Mlle Desmoulins demeure ruë Guenegaud,
Fauxbourg S. Germain , chés Madame le
Plaideur , entre le Sellier et la Fruitiere , an
deuxième.
BENEFICES DONNE'S
Par le Roy.
E Roy a donné l'Abbaye de S. Germain
d'Auxerre , Ordre de Saint Benoist
, à l'Evêque de Dijon.
Celle de Saint Romain de Blaye , Ordre
NOVEMBRE. 1735. 2521
dre de Saint Augustin , Diocèse de Bordeaux
, à l'Abbé Dandlau , Aumônier de
Sa Majesté.
Celle de Sauve Majeur , Ordre de Saint
Benoist , même Diocèse , à l'Abbé de la
Rochefoucauld S. Elpis.
Celle de Bonlieu , Ordre de Cisteaux ;
Diocèse du Mans , à la Dame de Cresnay.
Le Prieuré de Compriant , Ordre de
Saint Augustin , Diocèse de Bourdeaux
à l'Abbé de Guebriant.
MORTS , NAISSANCES:
E 15.Septembre dernier , D. Catering
du Maitz , qui avoit été mariée au
mois de Fevrier 16. avec Antoine de
Verthamon de Villemenon , Conseiller
au Parlement de Paris , et qui en étoit
restée veuve le 22. Mars 1703. mourut
âgée de 70. Elle étoit fille de Gilles du
Maitz , Seigneur de Coimpy , et de saint
Leger en Beauce , Conseiller au même
Parlement,mort le 9. Août 1672. et d'Antoinette
Faure , morte au mois de Novembre
1688.femme alors en secondes nô .
ces de Pierre- Philbert de Pajot , Conseiller
au Parlement de Metz . La Dame de
Villemenon
2522 MERCURE DE FRANCE
Villemenon laisse deux Enfans qui sont
François-Antoine de Verthamon de Ville
menon , Seigneur d'Embloy, S:Amant,
Poutines , reçû Conseiller au Parlement
de Paris de la deuxième Chambre des
Enquêtes , le 21 Août 1715. et marié le
3.Octobre 17 16. avec Jeanne-Genevieve
Perrelle ; et Caterine de Verthamon ' ,
mariée le 11. Septembre 1717. avec Jaques
de Verthamon , de même famille
qu'elle, Conseiller au Parlement de Bour
deaux.
Le 23. Marie- Guillaume Bénard , Che
valier Seigneur de Rezay , Associé libre
de l'Académie Royale des Sciences , où il
avoit été reçû en 1721.ci- devant Ministre
du Roy auprès de l'Electeur Duc de Baviere
, mourut après une courte maladie
à Paris , âgé de so. ahs passés , étant né
le 6. Août 1685. Il étoit neveu de Ciprien
Gabriel Benard de Rezay , Evêque
d'Angoulême , et Fils aîné de feu Guil-
Taume Bénard , Seigneur de Rezay , la
Bouesche , du Bourot , &c . ancien Presi
dent de la premiere Chimbre des Requêres
du Palais du Parlement de Paris , et
de Madeleine Moret , sa premiere femme.
Hn'a point été marié.
, Le fils de Milord Aston , Pair de la
Grande Bretagne , mourut à Paris le iş
Octobre 1735. âgé de 22. ans.
NOVEMBRE. 1735. 2523
Le 21. Oct. Alexandre Milon,Maître des
Requêtes Honoraire de l'Hôtel du Roy ,
mourut à Colombe près de Paris , dans la
83 année de son âge , étant né le s . Fevrier
1653. Il avoit d'abord été reçu
Conseiller au Grand Conseil le 7. Avril
1674. et ensuite Maître des Requêtes le
24. Mars 1694. Il avoit été marié le 24.
Mars 1677. avec Marie- Madeleine-Thé
rese Coicault de Cherigni , fille de René
Coicault , Seigneur de Cherigny , Conseiller
et Commissaire aux Requêtes da
Palais du Parlement de Paris , et d'Eliza
beth Carré de Mongeron . Elle mourut le
6. Janvier 1700. n'ayant laissé que feuë
Françoise Elizabeth Milon, mariée le 19.
Fevrier 1700. avec Louis Charles de Machault
, Seigneur d'Arnouville , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi,
puis Conseiller d'Etat ordinaire , et morre
le 22 Janvier 172c. Mere de Jean ,
Baptiste de Machault , Seigneur d'Arnouville
, né le 13. Decembre 1700. reçû
Conseiller au Parlement de Paris le 20.
Juin 1721 , puis Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy en 1728. qui
est seub heritier du sieur Milon , son
ayeul maternel , de la fimille duquel on
a déja parlé dans le Mercure de Fevrier
1734 P. 395. à l'occasion dé la mort de
P•
Louis
2524 MERCURE DE FRANCE
Louis Milon , Evêque de Condom , son
Frere.
On écrit d'Avignon que le R. P. Jo≥
seph d'Albert de l'Ordre de Saint
Dominique , Inquisiteur Général de la
Ville et Legation d'Avignon , y mourut
le 23. Octobre dernier , âgé d'environ 71 .
ans , universellement regretté. Il avoit
été revêtu de la Charge d'Inquisiteur par
le Pape Clement XI, en l'année 1709. et
il l'a exercée pendant 26. ans avec beaucoup
de distinction . Il étoit d'une ancienne
et illustre Famille d'Aix en Provence
, qui s'est toujours distinguée et
dans l'Epée et dans la Robe.
Le 29. D..... le Monnier , Epouse de
Nicolas Baille , Conseiller Honoraire au
Grand Conseil , et Intendant des Maison
, Domaine , et Finances du feu Duc
d'Orleans , Regent , mourut âgée de
vingt- sept ans ,
laissant trois garçons
en bas âge , ayant été mariée le
24. Octobre 1730. Elle étoit fille de Nicolas
le Monnier , Fermier Général des
Fermes unies du Roy , et de Françoise
Martorey .
Le 30. D. Françoise Ladore , veuve de
puis le premier Juin 1715. de Jean Faure,
Seigneur et Baron de Damart , Brumieres
, &c. Conseiller au Parlement de
Paris ,
NOVEMBRE . 1735.
2525
Paris , et Doyen de la deuxième Chambre
des Enquêtes , mourut en la maison des
Dames de la Communauté de Ste Agnés
à Paris , sans posterité , et agée de 79. ans,
Le 31. D. Catherine - Angelique Hélissant ,
veuve d'Antoine Rogier , sieur de Redemont
, Conseiller au Châtelet de Paris
mourut dans un age fort avancé , laissant
pour fille unique Elizabeth Rogier , qui
a été mariée 1 ° . le 21. Septembre 1692,
avec Claude Antoine le Boistel , Ecuyer
Seigneur de Chastignonville , Conseiller
au Parlement de Paris , mort sans enfans
le 10. Novembre 1706. et 2 ° . le 3. Avril
1709. avec Claude le Boulanger de Fontenay
, dont elle est restée veuve le 3.
Mars 1721.
. La veuve Creté mourut le premier de
ce mois au Chateau de Fontaine- l'Abbé ,
près d'Alençon , agée de 111 ans .
Le même jour , D. Charlotte Rivié ,
Epouse de Marie de Fresnoy , Chevalier
Marquis de Fresnoy , Seigneur de
Neuilly,& c. mariée le 10. Octobre 1739 ,
mourut en couches , sur ses terres , laissant
deux enfans.
Le 11 , Jacques Adam , né à Vendême
, Secretaire des Commandemens du
Prince de Conti , et l'un des 40 de l'Académie
Françoise , où il fut le deux
› reçu
Decembre
4526 MERCURE DE FRANCE
Decembre 1723. mourut en l'Hôtel de
Conti à Paris , agé d'environ 73. ans. Il
avoit été Precepteur , et ensuite Secretaire
des Commandemens du feu Prince de
Conti , mort en 1727 .
André Caplet , Tourneur dans la Ville
de Soissons , y est mort le 12. de ce mois ,
agé de 102. ans.
Le 12. Claude-Joseph le Jay , Baron de
Tilly , Seigneur de la Maisonrouge et de
Trissy , Gouverneur des Ville , Fort , et
Château d'Aire en Artois , mourut à Paris
dans la 73. année de son âge . Il avoit
servi long- temps dans le Régiment des
Gardes Françoises , où après avoir passé
par les Emplois d'Enseigne, Sous- Lieutenant
, et Lieutenant , il obtint en 1691 .
une Compagnie qu'il commanda jusques
en 1703.que le Gouvernement d'Aire lui
fut donné. Il avoit été autrefois Chevalier
de l'Ordre de Malthe , ayant été reçu
au Grand Prieuré de France le vingt -un
Fevrier 1674. mais étant resté seul de
sept Freres dont il étoit le dernier , et
dont trois étoient morts à l'armée , il
quitta la Croix , et épousa le 8. Août
1793. Anne-Marie Pajot , fille de deffunt
Leon Pajot , Contrôleur Général des Pos
tes de France , Comte d'Ons- en - Bray
Seigneur de Villers , Villepteux , S. ,Aubin
>
NOVEMBRE. 1735. 25277
bin , Villers et Malzac , et de feuë Marie-
Anne, Rouillé . Il en a laissé une fille
unique , mariée le 9. Janvier 1730. avec
Paul Esprit Feydeau , Seigneur de Brou
Conseiller d'Etat , et Intendant de la Province
d'Alsace , et des Armées du Roy en
Allemagne , veuf en premieres nôces de
Louise Antoinette de la Bourdonnaye.
Claude Joseph le Jay , qui vient de mourir
étoit petit neveu de Nicolas le Jay
Premier President du Parlement de Paris,
mort en 1649.
Le 18.D. Madeleine Charlotte leTellier,
Duchesse Douairiere de laRochefoucauld,
fille ainée de feu François -Michel le Tellier
, Marquis de Louvois , de Courrenvaux
, de Barbesieux , &c. Ministre et Sc
cretaire d'Etat , ayant le département de
la Guerre , Commandeur et Chancelierdes
Ordres du Roy , Sur-Intendant des
Bâtimens de S. M. Arts et Manufactures
de France , mort le 16. Juillet 1691. et
de feuë Anne de Souvré , Marquise de
Courtenvaux , decedée le 2. Decembre
17,15. mourut en son Hôtel à Paris , après
une courte maladie , dans la 71. année de
son âge , étant née le 23. Juin 1665. Elle
avoit été mariée le 23. Novembre 1675 .
avec François VIII . du nom , Duc de la
Rochefoucauld , Pair , et Grand Veneur
de
2528 MERCURE DE FRANCE
de France, Chevalier des Ordres du Roi ,
Grand-Maître de la Garderobe de S. M.
Prince de Marsillac , Usufruitier du Duché
de la Rocheguyon , Marquis de Barbesieux
, Comte de Durtal , Baron de Cahuzac
, de Monclard , de Noyen , de Pilmil
, de la Fouriere , d'Estissac , &c, mort
le 22. Avril 1728. à l'age de 65. ans . Elle
en a eu 10. enfans , dont il ne reste plus
qu'Alexandre, Duc de la Rochefoucauld ,
et de la Rocheguyon , Pair de France , et
Chevalier des Ordres du Roy , Grand-
Maître de sa Garderobe , Brigadier de ses
Armées , et ci-devant Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , lequel n'a
que des filles ; et Emilie de la Rochefoucauld
, Duchesse de Crussol.
Le 29. Octobre D. Marie- Louise - Madeleine
de Beauvau , Epouse de Pierre-
Louis d'Ailly , Marquis d'Annery , accoucha
de son premier fils , qui a été nommé
Louis Joseph , par Louis de Brancas
Duc de Villars- Brancas , Pair de France
etpar D.Françoise Josephine de Gouffier,
Marquise d'Ailly , Belle Mere du Marquis
d'Ailly , Pere du nouveau né.
Lé S. Novembre , D. Marie - Louise de
Roye de la Rochefoucauld , Epouse de
Guy Marie de Lopriac,Comte de Donge,
Mestre
NOVEMBRE. 1735. 2529
Mestre de Camp de Cavalerie , accoucha
d'une Fille , qui fut nommée Felicité.
Le 6. du même mois D. Marie Françoi
se de Conflans , épouse de François- Char
les deRochechouart,Coloneld Infanterie,
accoucha d'une Fille qui fut nommée
Charlote Gabrielle.
Le 8. D. Marie Victoire- Atitonine de
Gontault de Biron , Epouse de Louis-
Claude Scipion de Grimoard de Beauvoir,
Comte du Roure , Brigadier des Ar
mées du Roy , Baron des Etats de Languedoc
, accoucha d'un Fils qui fut nom ,
mé Denis- Auguste.
Le même jour D. Anne Julie de Montmorency
,épouse d'Emmanuel deRoussefet
de Chateau- Renaud , Chevalier de S.
Louis , Capitaine des Vaisseaux du Roy
Lieutenant Général de la haute et basse
Bretagne , accoucha d'une Fille qui fac
nommée Marie Madeleine.
Le douze Dame Marie - Françoise - Camille
de Sassenage , Epouse de Charles-
François de Sassenage et de Pons , LieutenantGénéral
de la Province de Dauphiné,
Brigadier des Armées du Roy,Mestre de
Camp de Cavalerie , accoucha d'une fille
nommée Marie - Therese.
L'AGENDA DU VOYAGEUR , où Journal
I des
2530 MERCURE DE FRANCE
des Fêtes et Solemnités de la Cour et de Paris
, dressé en faveur des Etrangers ; revê
et augmenté pour l'Année Bissextile 1736.
Par M. S. DE VALHEBERT , brochure in 12 .
A Paris , chés I. Simon , rue des Massons
, la veuve de Laulne , rue S. Jacques ,
à l'Empereur , Cavelier , ruë S. Jacques
au Lys d'or , et le Gras , au Palais , 1736.
Le prix est de quinze sols.
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Parlement du 2. Juillet 1735 .
au sujet Libelle.
Ce jour les Gens du Roy sont entrés, et Maî→
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roy,portant la parole , ont dit : Que l'imprimé
qu'ils déferent à la Cour , et qui a pour
titre : Denonciation des erreurs de M. l'Evêque de
Troyes , ne peut être regardé que comme un Libelle
scandaleux et punissable : Qu'ils sont persuadés
que la Cour ne le verra qu'avec indignation
, et que pour obtenir d'elle la condamnation
la plus severe d'un pareil ouvrage , c'est assés de´
le mettre sous ses yeux ; que pour satisfaire à ce
sujet au devoir que leur ministere leur impose ,
ils ont pris les Conclusions qu'ils laissent à la
Cour , avec un Exemplaire du Libelle , sur lequel
il s'agit d'interposer son autorité.
Eux retirés :
Vu le Libeile intitulé : Denonciation des erreurs
de M. l'Evêque de Troyes. A Avignon, chés Josepla
Castel
NOVEMBRE. 1735 2531
Castel , Imprimeur du S. Office , 1735. par permission
des Superieurs ; auquel à la pages . estun
autre titre en ces termes : Premiere Lettre d'un
Docteur sur les deux dernieres Instructions Pasto- ›
rales de M.de Troyes , en 1733. & 1734. ensemble
les Conclusions par écrit du Procureur General
du Roy :la mariere sur ce mise en déliberation .
La Cour a arrêté et ordonné que ledit Libelle
sera laceré,et brûlé dans laCour du Palais, au pied
du grand Escalier d'icelui , par l'Executeur de.
la Haute -Justice ; fait très- expresses inhibitions
et défenses à tous Libraires , Imprimeurs , Colporteurs
et à tous autres , de l'imprimer , vendre,
debiter ou autrement distribuer ; enjoint à tous
ceux qui en auroient des Exemplaires , de les remettre
incessamment au Greffe Civil de la Cour,
pour y être suprimés ; permet au Procureur General
du Roy , de faire informer contre ceux qui
ont composé , imprimé , vendu , debité , ou distribué
ledit Libelle pardevant Maître Aymé-
Jean-Jacques Severt , Conseiller , pour les témoins
qui seroient en cette Ville de Paris , et par
devant les Lieutenans Criminels des Bailliages et
Senechaussées , et autres Juges des Cas Royaux,
à la poursuite des Substituts du Procureur General
du Roy esdits Siéges , pour les témoins qui
se trouveroient esdits lieux ; pour les informations
faites, raportées et communiquées au Procureur
General du Roy, être par lui pris telles conclusions
, et par la Cour ordonné ce qu'il apartiendra
: Ordonne que le nommé Pelletier ,
Chanoine de Rheims , sera assigné en la Cour ,
être oui et interrogé pardevant ledit Conpour
seiller commis , sur les faits sur lesquels il plaira
au Procureur General du Roy de le faire entendre,
pour ledit interrogatoire fait , raporté et
I ij pareillement
2532 MERCURE DE FRANCE
pareillement communiqué au Procureur General
du Roy,être par lui pris telles conclusions , et par
la Cour ordonné ce qu'il apartiendra ordonne
en outre que copies collationnées du present Arrêt
seront envoyées aux Bailliages et Senechaussées
du ressort , pout y être lû , publié et registré
: enjoint aux Substituts du Procureur General
du Roy d'y tenir la main , et d'en certifier la
Cour dans le mois. Fait en Parlement le deux
Juillet 1735. Signé , Y SABEAU.
Et ledit jour 2. Juillet 1735. à la levée de la
Cour , en execution du susdit Arrét , te Libelly
mentionné a été laceré & jetté au feu par l'Executeur
de la Haute- Justice , au bas du grand Escalier
du Palais , en presence de nous Marie Dagobert
Ysabeau , l'un des trois premiers et principaux Commis
pour la Grand'Chambre, assisté de deux Huissiers
de ladité Cour. Signé , YS A BEAU.
ARREST du Conseil du 3. Juillet, par lequel il
est dit que le Roy s'étant fait representer une feuil
le imprimée qui paroît depuis peu de jours , sans
nom d'imprimeur , sans privilege ni permission ,
sous le titre de Lettre de M. l'Evêque de Chalons
sur Saone , à M. l'Evêque de Laon : Sa Majesté a
reconnu que cetteLettre est directement contraire
au respect qui est dû à des Arrêts qu'elle a ci- devant
rendus , et que le seul objet qu'on s'y propose,
est de faire revivre des Ecrits dont elle a jugé
à propos d'ordonner la supression , non pour
porter un jugement sur la doctrine qui concerne
Ja Religion , ainsi que ladite Lettre semble le suposer
, mais pour reprimer tout ce qui pouvoit
être préjudiciable à son autorité , pour prévenir
des disputes dangerouses , et éloigner ce qui seroit
capable de troubler la tranquillité publique . Et
comme
NOVEMBRE, 1735. 2333.
comme dans l'ouvrage dont il s'agit , l'Auteur
adopte avec eloge et sans restriction , les sentimens
contenus dans d'autres Ouvrages qui ont
donné licu aux precedens Arrêts de Sa Majesté ,
elle ne peut aussi se dispenser de prendre les mêmes
voyes pour soutenir , en cette occasion , les
droits de son authorité , sans cesser de veiller ,
comme elle l'a toûjours fait depuis le commencement
de son Regne , à la conservation de celle
de l'Eglise , et des droits sacrés de l'Episcopat.
A quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté.
étant en son Conseil , a ordonné et ordonné que
ladite feuille imprimée sous le titre de , Lettre de
M. PEvêque de Chalons sur Saone , à M. l'Evêm
que de Laon , sera et demeurera suprimée , &c.
AUTRE du 17. Juillet dont voici la teneur . Le
Roi s'étant fait representer une feuille imprimée ,
que
l'on commence à répandre dans le Public
sans nom d'imprimeur , sans privilege ni permission
, sous le titre de , Leure de Monseigneur PEvêque
Duc de Laon à Noffeigneurs de l'Aſſemblée
du Clergé ; Sa Majesté n'a pu voir sans indignation
, que contre la notorieté publique , et contre
ce que Sa Majesté même a déclaré par ses Arrêts
precedens, on ose encore avancer dans cette Let-
Tre , que le Roy veut éxercer son pouvoir sur les
matieres qui concernent la doctrine de la Religion,
pendant qu'il ne se sert de son autorité , dans ces
matieres , que pour affermir celle des décisions
de l'Eglise , et pour faire rendre dans son Royaume
au Chef et au Corps des Pasteurs , l'obéis
sance qui leur est due. Et comme ce nouvel
Ecrit porte les mêmes caractéres que ceux qu'on
a déja fait paroître sous le nom du même Prélat
, et qui ont donné lieu aux Arrêts rendus
Liij par
2534 ** MERCURE DE FRANCE
par Sa Majesté le 2. Janvier et le 15. May de
l'année presente , elle est d'autant plus obligée
d'en arrêter promptement le cours , qu'elle continuëra
par là d'éloigner tout ce qui seroit capable
d'exciter de nouvelles disputes , et de troubler
une tranquillité dont la conservation interresse
également l'Eglise et l'Etar. A quoi voulant
pourvoir , Sa Majesté etant en son Conseil , a
ordonné et ordonne que ladite feuille imprimée
sous le titre de , Lettre de Monseigneur l'Evêque
Duc de Laon , à Nosseigneurs de l'Assemblée "du
Clergé , sera et demeurera suprimée , ainsi er de
la même maniere que les Ecrits dont la supression
a été ordonnée par lesdits Arrêts des deux
Janvier et 15. May derniers. Enjoint Sa Majesté
à tous ceux qui en ont des exemplaires de les
remettre incessamment au Greffe du Conseil ,
pour y être suprimés , &c.
AUTRE du même jour , pour l'ouverture de
l'Annuel de l'année 1736.
DECLARATION DU ROY du 24. Juiller ,
concernant la nomination des Juge et Consuls
de la Ville de Chartres . Registrée en Parlement
3 I.. Août suivant, le
ARREST du 26. Juillet , qui exempte des
droits dus au Roy ou à ses Fermiers, et des droits
de péages et autres , les Grains qui seront transportés
des Provinces du Royaume dans celle de
Provence pendant un an , à compter du 15. Sep¬
tembre 1735.15.
P
AUTRE du même jour , qui proroge pour
un an , ascompter du is Octobre prochain au
15.
NOVEMBRE. 175. 2535
15. Octobre 1736. l'exemption des droits , portée
par l'Arrêt du 23. Septembre 1732. sur les
bleds , froments , et autres grains , farines et legumes
, qui seront transportés des Provinces des
cinq grosses fermes , dans les Provinces reputées
étrangeres , et des Provinces reputées étrangeres,
dans celles des cinq grosses Fermes.
LETTRES PATENTES , qui aprouvent et
confirment les Déliberations du Clergé des 13 .
Juin et 5. Juillet 1735 et lui permettent d'emiprunter
à constitution de Rentes au denier 20 .
huit millions de livres restant des dix millions
accordés pour le Don gratuit . Données à Versailles
le 17. Juillet 1735. Registrées en Parlement
le 1. Août .
DECLARATION DU ROY , en faveur de
M Pupil , Premier President de la Cour des
Monnoyes de Lyon. Donnée à Versailles le 14.
Juin 1735. Registrée en Parlement le 4. Août .
SENTENCE DE POLICE du 5. Août , qui
ordonne l'exécution des Ordonnances et Reglemens
concernant les reconstructions des Maisons
faisant encoignures ; et condamne les sieurs
Perrot et Thomas à l'amende pour y avoir contrevenu.
Trois Ordonnances de Police des 6. & 13..
Août , et 6. Septembre , qui condamnent à l'amende
plusieurs particuliers et particulieres pour
avoir été trouvés vêtus d'Indienne et d'Etofes des
Indes.
I iiij DECLA2016
MERCURE DE FRANCE
"
DECLARATION DU ROY du 14 Août .
concernant les Debets des Comptables. Registrées
en la Chambre des Comptes le 3 Septembre
suivant , par laquelle S. M. ordonne l'execution.
des huit Articles contenus en ladite Déclaration.
ARREST du 23. Août , portant défenses d'in
troduire et de faire entrer des Pays Etrangers
dans le Royaume , des Bouteilles et Caraffons de
verre , qui ne soient pas des poids et jauge pres
crits par la Déclaration du Roy du 8. Mars
1735. et qu'après avoir payé les droits fixés par
Jes Arrêts du Conseil des . 14. Août 1688 et 6.
Septembre 1701. Avec pareilles défenses aux Maîtres
des Verreries situées sur les Frontieres , de
délivrer aucun Certificat aux Maîtres des Verre-,
ries étrangeres , pour favoriser l'entrée dans le
Royaume , des Ouvrages vitrifiés , fabriqués en
Pays étrangers , et de recevoir ou d'introduire
dans leurs Vetreries , aucuns desdits Ouvrages fabriqués
en Pays étranger , sous les peines por
tées par l'Arrêt , &c.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
conformément à l'Article IX . de l'Arrêt du
Conseil du 18. Janvier 1729. portant Reglement
pour les Serges et autres Etoffes qui se fabriquent
Aumale , Grandvilliers et autres Lieux des environs
, lesdites Serges et autres Etoffes qui , au
zerour du foulon , et lors de la visite qui en sera
faite dans le Bureau de Fabrique , n'auront pas
les largeurs prescrites , faute par le Fabriquant
d'y avoir employé le nombre de portées ordon
né , seront confisquées , coupées de trois aunes
en trois aunes , et le Fabriquant condamné en
vingt livres d'amende par chaque Piece , &c.

AUTRE
NOVEMBRE. 1735. 2537
AUTRE du même jour ; qui renvoye pardevant
M. Herault , Lieutenant General de Poliçe
, la demande formée par le nommé Chaudron
contre les nommés Legrand , Grard et Gentil ,
Entrepreneurs de la fourniture des Chandelles
publiques ; ensemble toutes les contestations qui,
garderont les autres Employés à la Police, pour
raison de l'exercice de leurs Emplois.
AUTRE du même jour , qui regle ce qui sera
payé aux PP. Capucins , aux Filles du Bon Pas
teur et aux Hermites du Mont Valerien , sur le
produit des sommes provenant des Lots non reclamés
par les Porteurs des Billets de la Loterie
des Communautés Religieuses. 1 ,! ༥
AUTRE du 27, Aoûr , qui fait défenses aux
Pêcheurs du Bourg d'Oystreham, et à tous antres
, de se servir à l'avenir du filet noiumé Seinette
, pour la pêche de l'Aiguille ou Lançon ,
et pour toute autre pêche
LETTRES PATENTES , qui commettent les
Jaugeurs de Vins , Baux- de-vie , Liqueurs , &c.
pour faire l'essay , visite et contrôle des Eauxde-
vie et Esprits - de- Vin , tant en pieces , que
caisses et bouteilles. Données à Versailles , le 14,
Decembre 1734. Registrées en Parlement le 31
Août 173.5
ARREST du 6. Septembre , qui ordonne qu'il
sera procedé par Mrs les Intendans des Provin
ces et Generalités du Royaume , à l'adjudication
de la fourniture de l'Etape aux Troupes de Sa
Majesté pour l'année 1736.
AUTRE
2528 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du 10. portant Reglement entre les
Libraires et Imprimeurs , et les Marchands Merci
Is Grossiers - Jouailliers , par lequel S. M. ordonne
ce qui suit.
Le Roy ordonne que les Arrêts de son Conseil
d'Etat Privé , servant de Reglement pour les Libraires
et Imprimeurs des Villes de Paris , Rouen ,
Rennes et Saint Quentin , et les Marchands Merciers-
Grossiers Jouail iers desdites Villes , seront
executés se on l'ur forme et teneur ; en conséquence
, fair S. M. très expresses inhibitions et
défenses à tous Marchands Marciers Grossiers-
Jouai liers de chacune des Villes du Royaume
de vendre ni débiter à l'avenir aucuns Livres imprimés
, à l'exception neanmoins des A B C, des
A manachs et des petits livres d'Heures et de
Prires , imprimés hors la Ville de leur résidence
ordinaire , qui n'excederont pas deux feuilles
d'impression du caractere di : Cicero , sous peine'
de confiscation et de cinq cent livres d'amende ,
conformément à l'Article I V. de l'Arrêt du
Conseil du 28. Février 1723. servant de Reglement
pour la Librairie et Imprimerie. Veut S.M.
que dans quinzaine du jour de la publication de
present Arrêt, lesdits Merciers- Grossiers-Jouail
Jiers soient tenus de vendre aux Libraires les Livres
qu'ils pouront avoir en leur possession , autres
que ceux cy-dessus specifiés passé lequel
tems , permet aux Syndics et Girdes des Librai
res et Imprimeurs dans les Villes où il y a
Chambre Syndicale , et aux Libraires et Imprimeurs
établis et reçûs Maîtres avec les formali
tés requises , dans les autres Villes , même dans
celles où il ne se trouveroit qu'un seul Libraire
de saisir chés lesdits Merciers , les Livres , qui
pouroient s'y trouver en contravention au present
41
NOVEMBRE
. 1735. 2539
sent Reglement , après en avoir obtenu la permission
du Juge de Police , dans laquelle seront
inserés les noms de ceux chés qui la visite devrą
être faite , à l'effet de quoi ils seront tenus de se
faire accompagner
d'un Officier de Police ou
d'un Huissier , sans neanmoins qu'ils soient obligés
d'avertir ni de prendre avec eux aucun Garde de la Communauté
des Merciers . Ordonne en
outre S. M. que les ballots ou paquets de Mar- chandises de Librairie , dont la vente est permise
auxdits Marchands Merciers , et qui arriveront
dans lesdites Villes à leur adresse ,ne pouront leur
être remis qu'ils n'ayent été préalablement
vûs er
visités par lesdits Libraires et Imprimeurs, à l'effet
de quoi défend S. M. à tous voituriers , Messagers
, Rouliers et autres , chargés desdits bal- lots et paquets , de les délivrer à leur adresse ,
voulant qu'à leur arrivée ils soient déchargés à
la Douane , dans les Villes où il y en a , & delà
portés en la Chambre Syndicale des Libraires
et Imprimeurs,pour y être visités par les Syndics
ou Gardes de la Librairie : et où il ne se trouveroit
point de Douane ni de Chambre Syndicale ,
veut S. M. que lesdits ballots ou paquets de Librairie
soient portés dans le lieu à ce destiné par
le Juge de Police , pour y être visités en sa présence
par les Libraires desdites Villes , le tout à
peine contre les contrevenans , de confiscation
de leurs chevaux , charettes , voitures et autres
équipages, de mille livres d'amende, et de répon- dre en leur propre et privé nom tant des abus
qui en pouroient arriver que de tous dépens , dommages et interêts envers les Libraires , même
de punition exemplaire , en cas de récidive ,
conformément
à l'Article XC. dudit Reglement
da 28. Fevrier 1723. Ordonne S. M. que s'il se

trouve
1256 MERCURE DE FRANCE
.ve dans lesdits ballots ou paquets de Librai
à l'adresse des Merciers , d'autres Livres que
ceux dont le débit leur est permis , il en sera
dressé Procès verbal , sur lequel lesdits Libraires
en poursuivront pardevant le Juge de Police , la
confiscation avec l'amende contre lesdits Merciers
, suivant qu'il est cy - dessus prescrit , &c.
AUTRE du 20. Septembre , qui déclare com .
mune en faveur des Habitans de Cayenne et de
Saint Domingue , la Déclaration du 27. Sepiem.
bre 1732. concernant les Cafés provenant des
plantations et cultures de la Martinique et autres
Ifles Françoises de l'Amerique y dénommées .
2
ORDONNANCE du Roy , du même jour
concernant les Recrues à faire par les Officiers
des Régimens d'Infanterie qui composent l'Ar
née d'Italie , par laquelle S. M. ordonne l'execution
des seize Articles contenus en ladite Ordonnance.
AUTRE du même jour , concernant les Recrues
à faire par les Officiers des Régimens de
Cavalerie et de Dragons , qui composent l'Armée
d'Italie , par laquelle S. M. ordonne l'execution
des dix Articles, contenus en ladite Or
donnance.
AUTRE du 24. pour regler le nombre des
Officiers de ses Troupes de Cavalerie et de Dragons
qui auront congé par Semestre , par laquelle
S. M. ordonne l'execution des 20. Articles
contenus en ladite Ordonnance.
AUTRE du même jour , pour regler le nombre
NOVEMBRE . 14t
bre des Officiers de ses Troupes d'Infanterie
Françoise qui auront congé par Semestre , par
laquelle Sa Majesté ordonne pareillement l'execution
des 19. Articles contenus en ladite Or
donnance.
ARREST du 17. Septembre , concernant les
droits qui se perçoivent aux Marchés de Sceaux
et de Poissy.
ORDONNANCE du Roy , du premier Octobre
, pour le remplacement des Soldats qui
manquent au complet des Régimens et Bataillous
de Milice.
AUTRE du même jour , portant Reglement
pour le payement des Troupes de Sa Majesté ,
pendant Phyver prochain.
ARREST du même jour , concernant le commerce
des Laines ; et qui ajoûte la peine de confiscation
et d'interdiction du commerce en cas de
récidive , à l'amende de cent livres pour chacune
contravention , ordonnée par les Reglemens.
AUTRE du 4. Novembre qui ordonne que par
M. de Vauvré, Maître des Requêtes , à la diligence
du Contrôleur des bons d'Etats , il sera aposé scellé
sur les meubles et effets du sieur Bragouze ,
Trésorier General de la Maison du Roy , ensuite
fait inventaire et description d'iceux .
ORDONNANCE du Roy du 15. Octobre
pour faire fournir du pain de munition aux
Troupes qui seront dans les Places frontieres
d'Allemagne , du Pays- Messin , de Flandres ,
Comté
2142
KCURE
DE FRANCE
Comté de Bourgogne , Artois , et Picardie , pen
dant l'hyver prochain .
AUTRE du 25.dudit mois, concernant les Garçons
des Paroisses des Provinces Maritimes sujettes
à la Milice , qui se sont retirés dans les Paroisses
Gardes - Côtes desdites Provinces.
On donnera le mois prochain deux Volumes
du Mercure de France , selon l'usage
établi ; ils contiendront les Piéces qui
n'ont pu trouverplace dans le courant de
l'année , & c.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES, La Raison, Allégorie, 2 339
Lettre du sieur Thiout,sur l'Horlogerie, 2348
Bouquet , 2366
Reflexions sur l'Opera des Indes Galantes , 2367
A Mile Rose , le jour de sa Fête ,
L'Arcadien et la Beauté , Allégorie ,
2373
2375
2378
Derniere Scene de la Tragédie de la Mort de
César , de M. de Voltaire ,
Paraphrase sur ces paroles , Rorate Cæli , &c.
2386
Eloge de l'Abbé de Bellegarde , par le P. Tournemine
,
Bouts- Rimés
2390
2399
Lettre au sujet du Lieu de la Naissance de saint
Louis ,
Enigme , Logogryphès , &c.
2400
2422
Now&
c.
2425
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
2434
Les OEuvres de Théatre de M. de Brueys , 2429
Abregé de Méchanisme universel ,
Dissertation sur les anciens Habitans du Pays
Soissonnois , 2436
Histoire Sainte selon l'ordre des temps , depuis
la Création , & c. 2440
Recueil de plusieurs Pieces présentées à l'Académie
des Jeux Floraux ,
Discours sur l'Esprit de Societé , &c.
2445
2448
Rentrée de l'Académie des Belles - Lettres , Assemblée
publique et Prix Litteraire proposé ,
Ouverture du College Royal ,
Epitaphes de Moliere , &c .
Anciennes Métailles à vendre ,
Nouvelles Estampes ,
2453
2454
2455
2456
2419
Cabinet de Coquilles et de Curiosités naturelles,
2460
Enfant d'onze mois haut de 4. pieds et demi ,
Chanson notée ,
2462
2463
Spectacles ; La Rencontre imprévûë ; les Déplacés
, ou l'Amant Comédien , &c.
Extrait de la Tragédie de Télis ,
2465
2469
Nouvelles Etrangeres , de Russie et Pologne ,
2488
D'Italie et Grande- Bretagne , 2500
Armée d'Allemagne , 2502
Armée d'Italie , 2505.
Officiers Generaux qui serviront pendant Phy-
*ver,
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
Morts des Pays Etrangers ,
2508
2509
2511
France ,
1
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & e
2313
Bouts-Rimés
2519
Benefices donnés , 2520
Morts , Naissances , &c. 2522
Arrêts Notables ,
2530
Errata d'Octobre.
PAge 2320. ligne 27. Montvi , lisez, Montviel
P. 2328. 1. 24. 1718. l . 1728 .
Ibid. 1. 28. Brean , l. Brehand .
P.
2331. 1. 31. Caen
, L. Rouen
.
P. 2334. 1. 26. Soupiac , L. Loupiac.
Ibid. 1. 28. Brie- contre - Robert , 1. Comte
Robert.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 2463. ligue 9. branches , lisex , bron
Påches .
La Planche gravée doit regarder la page 2313
Les Chansons notées , la page 1463
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROT
DECEMBRE 1735 .
PREMIER VOLUME.
COLLIGIT
SPARGIT
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
Chez Laveuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais..
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
L'A
,
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis as
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets crchetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fars
perte de temps , & de les faire porter jur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
AV
DECEMBRE. 1735 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE,
Tirée du Pseaume so. Miserere mei Deusi
Rappe,grand Dieu, lance ta foudre
Satisfaites justes fureurs ;
Qu'un feu vengeur reduise en
poudre
Un coeur noirci de tant d'horreurs :
Brise cette tête coupable ;
Que la mort la plus effroyable
I. Vole A ij
Confonde
2544 MERCURE DE FRANCE
Confonde mon impieté :
Mais plutôt suspends ta vengeance
Juge- moi selon ta clémence ,
Et non selon ton équité .
Révoque un Arrêt légitime ;
> Perds un souvenir odieux ;
Lave de plus en plus le crime
Qui me rend difforme à tes yeux ;
Fai qu'il n'en reste aucune trace ,
Seigneur , anticipe la grace
Qu'un jour tu dois faire aux Humains ;
Verse sur moi l'eau salutaire ,
Dont la vertu si nécessaire
Fait des Pécheurs autant de Saints .

Que le même oeil qui voit mon crime ¿
Soit attentif à mes douleurs :
Ton courroux , quoique légitime ,
Doit se calmer après mes pleurs .
Si mes regrets , ma pénitence ,
Pour me laver de mon offense ,
Ne sont pas encor suffisans;;
S'il en reste encor quelque trace ,
Détrui- la ; par l'eau de ta Grace ,
Suplée aux pleurs que je répans .
M
*
I. Val
Seignet
Seigneur , mon ame épouventée
De la grandeur de mes forfaits ,
D'un nouveau trouble est agitée ,
Lorsque je pense à tes bienfaits.
Je sens au fort de ma tristesse ,
Mon crime contre moi sans cesse
S'élever au fond de mon coeur ;
Laisse le soin de mon suplice

Le remords prévient ta Justice ,
Mon propre crime est ton vengeur.
Ce fut en ta seule présence
Que j'osai violer ta Loi ,
Mon crime fait dans le silence ,
N'eut point d'autre témoin que toi :
Cependant ma douleur profonde
A la face de tout le monde
T'en vient demander le pardon .
Efface- le de ta memoire ,
Seigneur , il y va de ta gloire ,
Tu l'as juré par ton saint Nom .

Je fus coupable avant de naître ,
Sans consulter ma volonté ,
Mon penchant , en recevant l'être ,
M'entraîna vers l'iniquité.
Mais quoi ce penchant déplorable
I. Vol. A iij
Est2546
MERCURE DE FRANC I
Est-ce un obstacle insurmontable
Au retour de ton amitié ?
Non, non , Seigneur , et mon offense
T'excite moins à la vengeance ,
Que ma misere à la pitié.
Eh quoi ! dans la foiblesse humaine
Je vais chercher à m'excuser !
Ah , Seigneur ! quelle excuse vaine !
Qu'elle est peu propre à t'apaiser !
Ne cherchons point de subterfuge ;
Malgré moi mon coeur est mon Juge
Ce coeur me confondra toujours .
Avec ta grace et ta sagesse
On peut surmonter sa foiblesse ,
Et tu m'as donné ces secours.
Calme le courroux qui t'enflamme ;
Prêt à lancer le trait vengeur ,
Prends l'hyssope ; aussi - tôt mon ame
De la neige aura la blancheur.
Pare à cette ame et la console ,
La joye à ta moindre parole
Ranimera ce foible corps ;
De ta voix les charmes extrêmes
Jusques au fond de mes os mêmes,
Exciteront de doux transports.
J. Vol. D'un
DECEMBRE 1755. 2547
D'un coeur dont l'aspect les offense,
Détourne tes yeux irrités ;
Enseveli dans le silence.
Tant d'horreurs , tant d'iniquités.
Grand Dieu , réforme ma Nature ,
Et fais que l'esprit de droiture.
De mes sens soit toujours vainqueur ?
Parle , Seigneur ; la voix féconde ,
Qui d'un mot sçût former le Monde ,
Peut me former un autre coeur.
Aplique une main salutaire
Aux maux dont je me sens atteint ,
Et dans ton Jugement sévere
Ne m'ôte pas ton Esprit Saint.
Suspends l'effet de ta menace ;
Ne rejette pas de ta face
Les voeux ardens que je te fais :
Rends-moi ma premiere allegresse ;
Au trouble cruel qui me presse
Fais succeder ta sainte paix .
C'est peu que ta bonté t'engage
A me pardonner mes erreurs ;
Seigneur , couronne ton ouvrage ,
Mets le comble à tant de faveurs :
C'est en vain que l'Eau de ta Grace ,
I. Vol.
A iiij Cette
2550 MERCURE DE FRANCE
Sion sans murs et sans défense
Au fer d'un ennemi
pressant :
Dans ta colere formidable ,
Puni , Seigneur , un Roy coupable ;
Mais épargne un Peuple innocent,
Ce Peuple que tu favorises
Plus que le reste des Mortels ,
Des offrandes les plus exquises
Chargera pour lors tes Autels.
Dans sa vive reconnoissance
Le sang coulant en abondance ,
Inondera tous les Lieux Saints :
Alors avec des yeux propices ,
Tu recevras les Sacrifices
Que t'offriront de dignes mains.
De Bologne , M. D. Ri
CI. Vol LET
DECEMBK E. 1735. 2558.

LETTRE de M. le Chevalier de
Milhau , Chevalier de l'Ordre de saint
Michel , Conseiller au Sénechal et Présidial
de Montpellier , à M. de ....
sur la pesanteur des Corps liquides.
JA
'Ay lû avec plaisir , Monsieur , les
Entretiens Physiques du R. P. Regnault
; j'ai trouvé une grande érudition
dans ce Livre , qui m'a paru très- instructif
, et comme vous m'avez paru
n'être pas satisfait de la troisiéme Proposition
de son vingtiéme Entretien sur la
pesanteur des Corps liquides , non- plus
que de l'Experience qu'il cite , parce que
celle que nous fimes dans notre voyage
de long cours , vous paroît contraire ,
je vais dans cette Lettre vous communiquer
mes idées, déterminer , s'il se peut,
sa pensée , et voir si son experience et
la nôtre sont effectivement si oposées
qu'elles ne puissent se. concilier l'une
avec l'autre .
Le R. P. Regnault , dans son vingtiéme
Entretien sur la pesanteur des Corps
liquides , Proposition 3. page , 321. dit :
Si l'imagination divise les liqueurs de
A vj I. Vol.
même
2552 MERCURE DE FRANCE
même espece en parties , en couches ou
surfaces de même volume ; ces parties ,
ces couches ou surfaces pesent à proportion
qu'elles sont plus loin de la surface
superieure et plus près du fond.
C'est qu'à proportion qu'elles sont plus
proches du fond et plus éloignées de
la surface superieure , outre l'impression
qu'elles reçoivent toujours immédiatement
de la matiere subtile , elles sont
poussées vers le centre des Corps pesants
par plus de parties pesantes , qui ne peuvent
passer librement par où la matiere
subtile seule , passeroit sans faire nul effort
et pour nous prouver ce qu'il
avance , il cite une experience qui paroît
oposée à celle qui fut faite en 1724.
sur le Dromadaire , Vaisseau du Roy ,
allant à Cayenne . Il dit :
L'eau de la Mer est d'autant plus pesante
qu'elle aproche plus du fond. On
attache à la sonde , qui est un poids
considerable de plomb , attaché lui - même
à une extremité d'une fort longue
corde , on attache , dis- je , à la sonde ,
une bouteille de verre , cilindrique , ovale
ou ronde , vuide , bouchée avec un bouchon
enduit de godron , cacheté de cire.
d'Espagne , fermée avec toute l'exacti
tude possible. La bouteille vuide , en-
1. Vol.
traînée
DECEMBRE 1735. 2558
traînée par le poids de la sonde , descend
dans les abîmes ; retirez - la , vous
êtes surpris de voir , du moins quelquefois ,
la bouteille presque pleine d'une eau claire
, extraordinairement salée. Comment
est- elle entrée dans la bouteille cette
eau claire et si salée ? Est- ce que la bouteille
à force de descendre , s'est trouvée
dans des couches d'eau si pesantes , que
dans l'excès de la compression , quantité
de parties de sel déliées , mais solides ,
se sont fait un passage au travers des
pores de la bouteille ? et que ces pointes
de sel ont emporté dans la bouteille
quantité de particules d'eau liées et unies
étroitement avec elles ? Il faut du moins
qu'à une certaine profondeur l'eau salée
de la Mer se trouve étrangement comprimée
pour se faire un accès dans la bouteille
par les insterstices d'un bouchon
couvert et enduit de matieres si compactes.
Celle que nous fîmes et qui paroît
entierement oposée ; c'est une bouteille
pleine d'eau de Mer , fermée avec
les mêmes précautions que cy- dessus ,
jertée de la même manière par le travers
du fameux Fleuve des Amazones
qui par la rapidité de son cours , fait
distinguer ses eaux , qui ne sont qu'un
peu saumatres à plus de 20 lieues au large
I. Vol.
dans
2554 MERCURE DE FRANCE
dans l'Océan , et qui retirée , au lieu
d'être salée , ne se trouve qu'un peu saumatre
, et telle qu'elle est dans les Rivie
res où le flux et reflux se fait sentir . Exa
minons d'abord la Proposition du R. P.
Regnault , et découvrons , s'il est pos
sible , la cause de ce Phénomene .
On ne peut disconvenir que la Proposition
du R. P. Regnault peut être
prise en deux sens ; car , ou il a prétendu
dire que les couches des liqueurs considerées
séparément , pesent plus ou moins
à proportion qu'elles sont plus près ou
plus loin du fond du Réservoir qui les
contient , ensorte que si on les séparoit
réellement et qu'on les mît dans une balance
, la plus basse l'emporteroit sur celle
qui est par- dessus ; ou prétend-il simplement
dire que ces couches étant les
unes sur les autres , un corps placé sous
la plus basse couche porteroit un plus
grand poids qu'un autre qui seroit placé
sous une des couches superieures ? et alors
sa. Proposition revient à celle- cy , que
les liqueurs pesent à proportion de leur
hauteur et de leur bise,
Il semble cependant confondre ces
deux sens , qui sont pourtant bien differens
; mais de quelque maniere qu'on
prenne sa Proposition , elle paroît hors
I. Vol. de
DECEMBRE. 1735. 2559
de tout doute. Car dans la pression que
souffrent toutes les parties du liquide , il
faut nécessairement que les plus compactes
et par consequent les plus pesantes ,
prennent le dessous , puisque c'est sur
elles que la matiere subtile , qui est la
premiere cause de la pression , agit avec
plus de force. D'un autre côté , si à cette
pression immédiate que reçoivent les
couches inferieures , on ajoûte celle des
couches superieures , il en doit néces
sairement résulter un plus grand poids ;
ainsi il est évident , 1 ° . que les couches
considerées séparément pesent d'autant
plus qu'elles sont plus près du fond.
2º. Er que , si on les considere posées les
unes sur les autres , la plus basse est la
plus pesante , puisqu'outre son propre
poids elle est chargée des couches supericures
.
On voit à l'oeil le Méchanisme de la
Proposition prise au premier sens dans
l'Experience si connue des quatre Elemens.
La limaille , ou le sable confondu
avec les liqueurs par l'agitation ' de
Ta bouteille , descend au fond dès qu'on
laisse la bouteille tranquille , et chaque
liqueur se place à differente hauteur
selon le degré de son poids . Ce qui arríve
à ces quatre Corps differens , doit ar-
I. Vola river
2556 MERCURE DE FRANCE
river aux parties des Corps de même
espece car , quoiqu'elles paroissent les
mêmes à l'oeil , il ne faut pas douter
qu'il n'y en ait de plus grossieres , et
par consequent plus pesantes que les autres
, qui par cette raison doivent prendre
le dessous .
La Proposition prise dans le second
sens , est démontrée en Physique par
une foule d'Experiences , et celle du
R. P. Regnault la confirme , comme je
le dirai plus bas ; mais avant que de passer
outre , il est bon de remarquer qu'elle
ne serviroit de rien , pour prouver que
les couches égales d'un liquide prisesséparément
, pesent à proportion qu'elles
sont plus près du fond ; car je ne pense
pas qu'il ait prétendu attribuer l'effet
raporté dans son Experience au poids
particulier de la couche d'eau dans laquelle
la bouteille nâge . Si cela étoit il
faudroit , si l'on tiroit cette couche d'eau
du fond de la Mer , qu'on la mît dans
un vase, et qu'on y plongeât la bouteille
pleine d'air , il faudroit , dis - je , qu'on
éprouvât le même effet qui s'est operé
au fond de la Mer ; puisque cette couche
d'eau , pour avoir changé de place ,
n'auroit rien perdu de son propre poids,
ou , ce qui est la même chose , de la
1. Vol.
pression
DECEMBRE. 1735. 2557
pression immédiate qu'elle recevoit de
la matiere subtile. Or c'est ce qui est
hors de toute vraisemblance et qui n'a
pû tomber dans l'esprit d'un si habile
Physicien ; c'est ce qui me porte à croire
qu'il n'a pris sa Proposition que dans le
second sens que nous lui avons donné
et que dans le fond il n'a prétendu que
nous aprendre en d'autres termes cette
verité si commune parmi les Physiciens,
que les liqueurs pesent à proportion de
leur hauteur et de leur base.
Ce qu'il y a de surprenant , c'est qu'il
ait laissé à quartier bien des Experiences
certaines et toujours uniformes , dont on
se sert communément , pour ne s'apuyer
que sur une Experience qui varie , de
son propre aveu : Retirez - la , dit- il , ( la
bouteille ) vous êtes surpris de voir , du
moins quelquefois , la bouteille presque
pleine d'une eau claire , &c. Comment
ne s'est- il pas aperçû qu'on ne peut tirer
de conclusion certaine pour la découverte
d'une cause , lorsque l'effet n'est
point fixe et uniforme ? Il paroissoit du
moins nécesssaire de rendre raison de
cette varieté , mais , sans doute , qu'il supose
qu'il arrive quelque changement
dans la multiplication de l'Experience ;
par exemple , qu'on ne fait
I. Vol.
pas descendre
la
2558 MERCURE DE FRANCE
la bouteille à la même profondeur ; qu'on
ne l'y laisse pas un égal espace de tems ;
que la bouteille ne se trouve pas bouchée
avec la même exactitude , & c. car
si les circonstances étoient les mêmes ,
l'effet ne devroit point varier , et il doit
passer pour constant qu'il sera toujours
le même , suposé que tout soit égal d'aile
leurs. C'est dans cette suposition qu'il
faut maintenant comparer les deux Experiences
et voir si on peut les concilier .
Ces deux Experiences ont un raport
très - prochain , toutes differentes qu'elles
paroissent du premier abord. Dans
celle du R. P. Regnault , la bouteil
le qu'on plonge dans la Mer est pleine
d'air , et dans la nôtre elle est pleine
d'eau . Mais l'air n'est- il pas un liquide
qui , comparé avec la matiere qui est audessus
de notre Atmosphere , paroîtroit ,
sans doute , avoir autant de solidité que
l'eau paroît en avoir, quand on le compare
avec l'air que nous respirons ? Il ne s'agit
donc pour expliquer les deux Experiences
, que de découvrir la cause qui
chasse l'un et l'autre fluide , pour faire
place à des liquides differens ; et si l'on
en découvre une qui convienne aux
deux , c'est à celle- la même qu'il faut
s'arrêter , comme étant la véritable.
I. Vol.
11
DECEMBRE . 1735. 2959
Il est de toute necessité d'attribuer
l'introduction de l'eau dans la bouteille
pleine d'air , non au poids particulier de
la couche d'eau dans laquelle la bouteille
nâge , mais à la compression immense
des colonnes qui l'environnent de toutes
parts.
Pour se former une idée de ce Méchinisme
, on n'a qu'à s'imaginer une
bouteille de bois bien bouchée , semblable
à peu près à la bouteille de verre
dont on s'est servi pour faire les Experiences
dont il s'agit . Qu'on aplique ensuite
des bouts d'épingles contre cette
bouteille , il est certain qu'ils penetreront
plus ou moins avant à proportion de la
force avec laquelle on les pressera , et
si chaque pointe en particulier est poussée
par une force suffisante , elles entreront
toutes dans la bouteille et forceront
l'air à leur ceder la place. Que si avec
cela on supose que la bouteille est environnée
d'eau , on comprend aisement
qu'elle s'insinuera à la suite des bouts
d'épingles qui lui auront ouvert le passage.
L'aplication de cette comparaison à
ces Experiences est aisée à faire. Les Physiciens
conviennent que les particules de
sel sont rigides et aiguës , ils se servent
I. Vol. même
2560 MERCURE DE FRANCE
même de la comparaison de bouts d'é--
pingles pour en désigner la structure ;
ainsi on doit concevoir la bouteille au
fond de la Mer comme étant environnée
des particules de sel qui font effort
pour s'y insinuer ; tant que la bouteille
n'est qu'à une certaine profondeur , la
pression des colonnes d'eau n'est pas assés
forte pour vaincre la résistance du
verre , et il n'arrive aucun changement ;
mais à mesure que la bouteille descend
plus bas , la force des colonnes augmente
, et lorsqu'elle est assés grande , les
particules de sel sont poussées jusqu'au
dedans et la bouteille se remplit.
On conviendra aisément de cette explication
, qui n'est pas differente de cel
le du R. P. Regnault. Mais comment
l'apliquer à l'Experience que nous fîmes ?
La chose n'est pas si dificile qu'elle le
paroît, si l'on y veut bien faire attention .
On n'a aucune peine à concevoir que
les particules de sel et d'eau , penetrant
dans la bouteille , comme on vient de
l'expliquer , doivent obliger l'air à leur
ceder la place. Pourquoi cela parce
qu'on sçait par une Experience continuelle
que le sel et l'eau sont communément
plus pesants que l'air , et que
lorsque ces trois Elemens sont mêlés en
I. Vol. semble
DECEMBRE. 1735. 2561
semble , l'air est obligé de ceder aux deux
autres et de prendre le dessus. Je dis
que le sel et l'eau sont communément
plus pesants que l'air , et qu'ils ne le sont
pas toujours ; car on sçait que lorsqu'ils
sont rarefiés , ils deviennent plus legers'
et s'élevent dans les airs pour y former
les exhalaisons et les nuages. De cette
Observation il s'ensuit que pour apliquer
l'explication du R. P. Regnault à notre
experience , il n'y a qu'à suposer que
l'eau saumatre étoit plus pesante que
l'eau salée dont on avoit rempli la bouteille
; ou plutôt on doit nécessairement
conclure qu'elle l'étoit effectivement ,
puisque sans cela jamais elle n'auroit forcé
l'eau salée à lui ceder la place . Il n'y
a , au reste , aucun inconvenient à suposer
qu'une eau moins salée soit plus pesante
qu'une autre qui l'est davantage.
On conçoit sans difficulté que la chose
est possible , et on sera aisément porté
à croire que la chose étoit ainsi dans
le cas dont il s'agit , si l'on fait attention
que l'eau salée avoit été prise à la surface
de la Mer , et que l'eau saumatre
étoit au fond de l'abîme. La grande diffi
culté des deux Experiences consiste à
trouver une force capable de vaincre la
résistance du verre. On la trouve dans
I, Vol. la
562 MERCURE DE FRANCE
la pression des colonnes de l'eau , et cette
résistance vaincuë , les deux Experiences
n'ont plus rien que de commun et d'ordinaire.
Une liqueur plus pesante doit
chasser celle qui l'est moins. L'eau doit
chasser l'air , et une eau plus pesante doit
faire ceder celle qui ne pese pas tant
qu'elle . Si ce dernier point souffroit quelque
difficulté , qu'on fasse attention à
ce qui arriveroit à de l'huile qui seroit
contenue dans une bouteille , si l'on y
versoit de l'eau , l'eau ne prendroit- elle
pas le dessous , et si l'on en versoit assés
, ne chasseroit- elle pas entierement
l'huile hors du vase ? Pourquoi la même
chose n'arriveroit elle pas à deux caux
differentes , dont l'une l'emporteroit autant
sur l'autre pour le poids que l'eau
commune l'emporte sur l'huile ?
On trouve dans Poliniere une Experience
très - propre à éclaircir cette matiere.
On prend une bouteille dont l'ouverture
est petite , on cole un morceau
de plomb au fond de la bouteille par
dehors , pour lui donner plus de poids ;
on remplit cette bouteille d'un vin rouge
( le plus délicat est le meilleur ) et
on la plonge dans un vase plein d'eau ;
dans cette situation on a le plaisir de
voir monter le vin en forme de filet
I. Vol.
percen
DECEMBRE. 1735 2563
percer l'eau et aller occuper sa surface :
ensorte que si l'Experience dure assés
long- tems , on retire la bouteille entierement
pleine d'eau. N'est il pas visible
que c'est elle qui par le surcroît de sa
pesanteur a contraint le vin à lui ceder
la place ?
De tout ce qu'on vient de dire , il
s'ensuit , je pensé , assés clairement , que
les deux Experiences , loin d'être oposées
, ne sont dans le fond qu'une même
Experience. Mais il reste à expliquer
par quels endroits l'eau s'introduit dans
les bouteilles. Est- ce par le gouleau de
la bouteille élargi , par les pores du verre ?
ou par ceux de la cire d'Espagne ? Ce
n'est certainement que par une de ces
trois voyes. Mais premierement on ne
peut penser que ce soit par l'élargissement
du gouleau , cet élargissement paroît
même impossible ; car il n'y a que
les colonnes d'eau qui pesent sur l'orifice
du gouleau , ou plutôt sur la cire d'Espagne
, qui tendent à procurer cet élar
gissement ; et ces colonnes étant plus
courtes que celles qui compriment ses
côtés , elles ne sçauroient vaincre la résistance
de celles- cy ; car ce sont trois
Principes avoüés des Physiciens ; qu'un
Corps se meut toujours vers le lieu par
1. Vol ou
2564 MERCURE DE FRANCE
où il est le moins poussé ; que les colonnes
d'un liquide sont d'autant plus pesantes
qu'elles ont plus de hauteur , et
qu'elles pesent autant par côté qu'en ligne
perpendiculaire. L'eau ne peut donc
s'être introduite que par les pores du
verre ou par ceux de la cire d'Espagne.
Mon sentiment pourtant seroit, que c'est
par les pores du verre , en quoi je ne
serois pas d'accord avec le R.P.Regnault,
mais pour ne laisser aucun doute et être
en état de décider sûrement , il n'y auroit
qu'à se donner la peine de faire l'Experience
avec deux bouteilles, dont l'une
fût fermée hermétiquement et l'autre
avec la cire d'Espagne ; car si l'Experience
ne réussissoit pas dans la premiere ,
il seroit évident que l'eau seroit entrée
de par les pores la cire. C'est ce que je
me promets d'executer dans peu et je
vous en ferai part. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Montpellier le 20. Septembre 1735-
I. Vol. IMI
DECEMBRE . 1735 .
17350 2565
IMITATION
DE L'ODE D'HORACE,
Eheu fugaces Posthume , &c.
LE tems passe , Damon ; d'une courte jeuz nesse
Il ne nous reste plus qu'un fâcheux repentir ;
Et déja la froide vieillesse ,
De la mort vient nous avertir,
Nous mourrons tous ; et contre le trépas
Ni ta haute naissance ,
Ni ta rare science
Ne te défendront pas
Eusses-tu soumis à tes loix
Plus d'Etats que n'en eut la Puissance Romaine
Tu sentiras les coups de la Mort inhumaine ;
La cruelle qu'elle est n'épargne pas les Rois.
Les plus fameux Héros dans la paix , dans la
guerre ,
Ont tous subi ce triste sort .
Et ceux à qui cédoit la Terre ;
N'ont pû résister à la mort.
1. Vol.
* B En
2566 MERCURE DE FRANCE
En vain par de longues prieres.
De ce funeste joug voudrois- tu t'affranchir ;
Damon , les Parques sont trop fieres ,
Pour se laisser fléchir ,
Quelque apas qu'ait pour toi ta charmante Moitié
La Mort , Déesse inexorable ,
Séparera sans aucune pitié ,
Ce qu'un commun amour rendoit inséparable.
Ne crois pas retrouver aux infernales rives
Tes fastueux Palais ;
Ni ces rians Jardins qu'avec soin tu cultives ;
En perdant la lumiere on perd tout pour jamais
Use de tes trésors ; tes héritiers avides
Dissiperont ces biens avec peine amassés ;
Et ces coffres poudreux l'un sur l'autre entassés
Par leurs mains seront bien - tôt vuides.
Ces vins qui sous triple serrure
Dans tes Celliers étoient ensevelis ;
Bien - tôt par eux prodigués sans mesure
Couleront à grands flots sur tes riches Tapis,
J. M. H. Fresneau , âgé de 17. ans .:
I. Vol.
LETTRE
DECEMBRE . 1735. 2567
のの
LETTRE d'un Solitaire , écrite aux
Auteurs du Mercure de France , sur un
Livre nouvellement imprimé , & c.
L'Eloge qui vous est venu depuis peu
et qui est inseré dans votre Journal
de Septembre dernier , de la Vie des S S.
Exupere et Loup , Evêques de Bayeux ,
m'a fait naître l'envie de voir cette nouvelle
Brochure. J'ai reconnu par un Avis
au Lecteur , qui est au frontispice , que
l'Editeur s'est simplement donné la peine
de transcrire cet Avis sans aller plus
loin , et sans éxaminer le Livre. Je n'ai
pas beaucoup de Livres dans ma solitude;
mais je me munis volontiers des nouveaux
, et avec l'aide de quelques collec
tions que j'ai faites autrefois , lorsque j'étois
dans le siecle , je suis en état de fournir
quelques Observations qui pouront
peut -être avoir leur utilité. J'avois autres
fois la vie des S S. de M. Baillet , et je
prenois plaisir à confronter ce qu'il dit
avec ce que les Bollandistes avoient dit
avant lui . Maintenant que je suis privé
de ce Livre , je consulte pour m'instruire
l'Histoire de l'Eglise Gallicane du Pere
Bij Longueval
2568 MERCURE DE FRANCE
Longueval Jesuite . Ce Pere m'a paru suivre
une exacte Chronologie , quant à la
fondation de l'Eglise de Bayeux . Ill'a pla
cée vers l'an 370. Je vois bien que lors
qu'il a traité l'article de S. Exupere ,
il avoit devant les yeux cette décision du
celebre Papebrok , son ancien confrere,
Habetur Bajocassini Episcopatus initium
ad quarti Sæculi finem referibile . Elle est
autroisiéme Tome de May p. 619. col . 1 .
Le Pere Longueval ne se dément point
Lorsqu'il parle des successeurs de S. Exupere.
Il dit hardiment qu'on ne sçait presque
rien de celui qui est apellé Regno
bert , et cela par la faute de l'Historien de
sa vie qui ne merite aucune croyance . C'est
souscrire pleinement à la qualification de
très fabuleuse Legende que Papebrok lui
avoitdonné : Fabulosissima. C'est cependant
sur cette Legende qui comprend les
actions pretendues de S. Exupere et de S.
Loup , et qui a passé pour écrite et com
posée par S. Loup même , qu'on nous
donne aujourd'hui une vie en François de
ces deux Evêques.
On blâme ceux qui n'avoient pas pris
a peine d'éxaminer à fond cette très - ancien-
Ine LegendeLatine qu'on a découvert, dit- on,
dans le Tresor du Chapitre de S. Spire de
Corbeil. On critique ensuite ceux qui
1. Vol
pensent
DECEMBRE . 1935 : 2589
pensent que S. Exupere n'a pas été en
voyé en France par le Pape S. Clementi ce
qui est , ajoute- t'on , une suposition contraire
au témoignage des Auteurs les plus anciens.
Et pour se concilier le lecteur , on l'exhorre
en ces termes : Ainsi , mon cher lec- .
teur , abandonnez ces ouvrages apocriphes
pour vous attacher uniquement à celui qui a
été composé après une recherche faite dans la
derniere exactitude.Si on prend la peine de
lire le commencement de la vie deS.Exupere
, on sera en état de juger jusqu'où
ont été poussées ces recherches si vantées.
On y fait d'abord naître ce Saint à
Rome environ l'an soixante- six de F. C.
On ne manque pas ensuite à l'éxemple de
·Jacques de Voragine , de tirer un pronostic
avantageux de son nom. L'Historien
le fait ensuite envoyer à Athenes pour
achever ses études , et le met aussitôt en
relation avec S. Denis , premier Evêque
de cette ville. Ainsi finit le premier chapitre
de cette Histoire . Vous me dispenserez
d'en produire davantage.
Je ne pretends pas combattre les Miracles
que l'intercession de ce Saint et celle
de S. Loup a operés depuis que leurs reliques
sont à Corbeil ; je les admets tous.
Mais je ne sçaurois admettre une Legen
de qui debute , comme je viens de vous
1. Vol. B iij
le
K
2570 MERCURE DE FRANCE
le dire. Paris est- il si eloigné de Corbeil
que personne n'ait pû venir de- là pour
s'instruire ? j'avois crû au reste , cette
petite ville du Diocèse de Sens , mais le
Martyrologe de Paris , imprimé en 1727.
chés J. B. Delespine , m'assure qu'elle est
du territoire de Paris.
Ce Martyrologe, qui doit être de quelque
consideration à Corbeil , marque la
mort de S. Exupere premier Evêque de
Bayeux, Circa finem quarti Saculi , et celle
de S. Loup vers l'an 465. Je ne puis pas
croire que ce Martyrologe Diocésain , à
la confection duquel l'authorité de l'Archevêque
et le consentement du Chapitre
de la Metropole ont concouru , soit
regardé à Corbeil comme un ouvrage apocriphe.
Linviterai plutôt l'Editeur de
la vie de nos deux Saints , à recommencer
de nouveau sa recherche dans la
derniere exactitude , à ne pas prendre des
fables pour des verités , et des Auteurs
masqués pour des Auteurs réels . C'est un
langage que j'emprunte du P. Papebrok ,
qui dit en parlant des origines de l'Eglise
de Bayeux , à l'endroit ci-des. ' , que
l'Histoire Ecclesiastique sera remplie de
difficultés et d'embarras , tant qu'on ne
démasquera pas ces Ecrivains , que la simplicité
des derniers siecles a soufferts
1. Vol. parce
DECEMBRE . 1735 2571
parce qu'ils favorisoient la devotion que
fes Villes et les Peuples ont de faire remonter
le plus haut qu'ils peuvent la fondation
de leurs Eglises : Quandiu persona
tis illis scriptoribus non detrahitur larva ,
sæculorum aliquot patientiâ nitens , et favore
urbium ac populorum sua suarumque Ecolesiarum
principia quam antiquissima dici
gaudentium et credi cupientium .
Je suis , & c.
SONNET
EN BOUTS - RIME' S.
Ombien d'égarements dans l'homme le plus
C
Peut-on en trouver un tel que le veut
Sage ?
Platon ?
Tel qu'on croit galant homme est digne du
Bâton ,
Tel qui nous paroît doux a le coeur plein de Rage.
Dans les pièges d'amour j'en vois un qui s'en
Cet autre est hipocrite, et contrefait
Celui- ci dans l'yvresse a puisé maint
Et des plus insensés il merite la
I. Vol.
Gage,
Caton
Bouton
Cage.
Biiij L'ambi
2572 MERCURE DE FRANCE
L'ambitieux souvent est plus haut que Jupin
Et tombant tout à coup est plus bas que Crispin ;
Ridicule en hauteur , ridicule en sa
Chutte
Homme , tout coeur moins fort que celui d'un
Lapin ,
Plus agité des vents que ne l'est un
A mille passions tous les jours est en
Sapin
Butte
M. C.

XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
le 24. Octobre 1735. sur une Inscription
nouvellement découverte à Sens .
J
E viens , Messieurs , de recevoir une
Lettre de Sens dans laquelle on m'annonce
la découverte qu'on y a faite sur la
fin du mois de Septembre dernier de deux
Inscriptions veritablement antiques , en
démolissant une demi- Lune qui avoit été
construite proche la Porte du Fauxbourg
Saint Pregts , durant les guerres civiles ,
après la mort d'Henry III. Ce travail
ayant exigé qu'on enlevât beaucoup de
terre qui couvroit le bas des murs de la
ville ; il parût d'abord sur une Pierre qui
faisoit partie de ces murs, une Inscription
1. Vol
fort
DECEMBRE . 1735 : 2573
fort simple , mais néanmoins considerable
dans sa briéveté , parce que les Lettres
Romaines qui la composent, sont de
quatre pouces de hauteur . On y a lû :
S. VESTA EM
Il y a un gros point triangulaire après
la premiere Lettre , et il n'y en a point
après aucune des autres.
Malgré cette circonstance nécessaire à
remarquer , quelques Curieux du Pays
se sont imaginé sur les principes du Pere
Hardouin , de misterieuses Sentences ,
composées d'autant de mots qu'il y a de
Lettres dans cette Inscription , suposant
que la Lettre S. signifie là la Ville de Sens.
Le Sçavant de cette ville qui me fait part
de cette découverte , en donne une explication
qui me paroît mieux fondée et
plus dans le stile des Inscriptions Romaines
; il croit avec raison que c'est la faute
du Graveur ou un effet de la vetusté du
Monument , s'il ne paroît pas de point
après VESTA E immediatement avant
la Lettre M , de même qu'il y en a un
avant ce premier mot , Pusage de certains
siecles ayant été de mettre après chaque
mot un point formé en petit triangle
, ainsi que j'en ai vû en differentes
Villes. Ce Sçavant a crû pouvoir supo-
1. Vol. B v ser
2574
MERCURE
DE FRANCE
ser ce point , et qu'il étoit peut-être marqué
moins profondément que le premier.
Le nom de la Déesse Vesta se trouve par
ce moyen entre deux Lettres initiales , ce
qui l'a déterminé à expliquer la lettre S
par le mot Sacrum , et la lettre M par
Matri. C'est donc , selon lui , un Monument
consacré à la Déesse Vesta Mere :
SACRUM VESTAE MATRI
Le même Curieux me marque que
l'Inscription est de même longueur , que
la pierre qui a trois pieds quatre pouces
en ce sens. Il ajoûte qu'on voit clairement
que cette pierre a été polie exprès
pour mettre cette seule ligne ; car , dit-il,
au dessus il y a une saillie qui est en quelques
endroits de cinq à six lignes d'épaisseur
, laquelle saillie est toute brute.
On commençoit déja à recouvrir cette
Pierre pour continuer l'ouvrage , lorsque
M. l'Archevêque averti de cette découverte
dans une Ville où les Inscriptions
-sont rares , se transporta sur le lieu . Le
Prélat auroit souhaité que l'Inscription fut
restée en état d'être vue par les Connoisseurs
; mais comme cela ne pouvoit pas
s'accorder avec la continuation de l'ouvrage
, M. le Maire de la Ville proposa
de faire ôter cette Pierre du corps des
murailles et d'en remettre d'autres en la
I. Vol.
place.
DECEMBRE. 1735. 2575
place. Ce qui fut résolu ; mais après avoir
détaché la Pierre de cet endroit , il se
trouva qu'elle étoit taillée en corniche
saillante , de huit pouces au moins, dans
la partie interieure du mur , et on aperçut
même dans cette operation que toutes
les pierres voisines étoient chargées de
quelques Ornemens d'Architecture.
Plusieurs Citoyens anciens et dignes de
foy , déclarerent à cette occasion , que
ceux qui avoient fait visiter l'interieur
des murailles de Sens auprès desquelles
leurs maisons étoient assises ,avoient trouvé
dans toute l'enceinte , que les
grosses
pierres qui font partie de leur masse ,
sur tout dans les fondations et aux côtés
des anciennes Portes , ) étoient toutes generalement
chargées de moulures , de corniches
, de fragments de Colonnes , de Pilastres
, et d'autres Piéces et Ornemens
d'Architecture. Ils ajoûterent que dans
un vieux mur que M. le Lieutenant General
avoit fait démolir pour faire une
serre d'orangers , il s'étoit trouvé sous
les decombres un bas relief qui represente
une femme depuis la ceinture en haut
à peu près dans l'attitude d'une Cybele
qui est gravée dans le grand Recueil du
P. de Montfaucon.
Je ne sçaurois vous entretenir de la
I. Vol Bvj seconde
2576 MERCURE DE FRANCE
glise
,
de la seconde Inscription que je n'aye eu
sur ce sujet une plus ample explication
avec M. l'Abbé Fenel , Chanoine de l'EMetropolitaine
, le même qui m'a
écrit de Sens ; c'est à lui que cette ville a
l'obligation de ce que le monument dont
je viens de parler est tiré de l'obscurité
et de ce qu'il sera mis en place d'être vû ,
tandis qu'il y en a peut- être un grand nom
bre qui sont restés cachés dans l'interieur
des murs de la ville,et qui y resteront toû
jours Il m'aprend que Messieurs du Corps
Municipal ont fait present de cette Pierre
à M. l'Archevêque , et qu'ils lui ont donné
par là une marque de leur reconnoissance
pour la liberalité que ce Prélat a
faite en faveur des travaux publics. Ces
sortes d'Inscriptions , au reste , qui mar
quent l'antiquité des villes , ne devroient
jamais sortir de celles où elles ont été découvertes
et lorsque des particuliers
ch's qui on les trouve veulent les vendre
ou les donner à des Etrangers , comme
cela arrive souvent , il est du devoir
des Officiers Municipaux d'empêcher ces
alienations , et de faire plutôt placer ces
Monurnens dans les Hôtels de Villes , ou
en quelque autre Lieu aussi sûr.
M. Fenel m'a fait part des Reflexions
qu'il a faites depuis ces découvertes sur
I.Vol. J'anti
DECEMBRE. 1735. 2577
l'antiquité des murs de Sens. Je suis persuadé
comme lui qu'ils n'ont point été
construits du temps du Paganisme , mais
seulement depuis que le Christianisme
fut bien établi , et qu'on eut détruit les
Temples des Idoles. Ce fut alors , dit - il,
qu'à " Sens comme ailleurs , on employa
à la construction des murs de la Cité
Chrétienne les débris de ces Temples , ce
qui fait, que quand on peut foüilller dans
ces murs , on y trouve toutes ces pièces.
confondues et mises indifferemment dans
les fondations. J'ai vû les preuves de ce
la en beaucoup de villes du Royaume.
Je suis , &c.
La conformité du sujet nous engage
donner ici une Inscription Romaine
qui nous a été communiquée depuis peu
par un Homme de Lettres de la Ville
d'Arles. Elle est gravée sur un Cippe de
Marbre blanc , qui fut trouvé en creusant
la terre aux environs de cette Ville ,
dans l'Endroit qu'on nomme les Champs
Elizées. Ilen fut tiré
pour être placé dans
la galerie de M.l'Archevêque d'Arles d'aujourd'huy.
Le Cippe de figure quarrée à
trois pieds et demi de hauteur , sur deux
pieds de largeur , et porte l'Inscription.
qui suit en très beaux caracteres.
La Vola
1578 MERCURE DE FRANCE
DM
G PAQUI. OPTATI
LIB. PARDALAE III
AUG. CO T. I V L. PA T. A R.
PATRON EIVSDEM
CORPOR. ITEM PATRON
FABROR. NAVAL. V TRI CLAR
ET CENTONAR. C. PA QVIVS
EPICONUS. CV M. LIBERIS S VIS
PATRONO. OPTI. ME. MERITO.
On a placé aussi depuis quelques mois
un autre Monument de Marbre blanc
dans la même galerie . Sa hauteur n'est
que d'un pied et demi sur un pied de
largeur , avec environ deux pouces d'é
paisseur. On y lit cette Inscription.
DIVO. CLAVDIO
EX. TESTAMENTO
L. VALFRI
PLACIDI
On doit la conservation de ce Marbre
découvert autrefois à Salon , aux soins
du fameux Nostradamus , lequel le plaça
dans sa Maison , où il est resté jusqu'au
temps qu'il a été transporté au Lieu que
nous venons de dire .
La personne à qui nous devons ces instructions
assure que tout le Territoire
4. Vol. d'Arles
DECEMBRE. 1735 2579
d'Arles est rempli de beaux Monumens
d'antiquités , et de Monumens instructifs
, on en juge par la facilité qu'il y a
d'en découvrir , pour peu qu'on remuë la
terre au hazard. Il n'en est pas de même
ailleurs on vient de voir qu'à Sens il
faudroit démolir les murailles de la Ville
pour trouver quelques Inscriptions.Quoique
la ville soit ancienne , celle d'Arles
Pemporte par sa haute Antiquité et par
d'autres titres
***** :* XX :XXXXXXX
LA CRUAUTE PUNIE ,
A MLLE DE PL......
D
EGLO G V E.
Damon , Doris.
Amon aimoit Doris , mais jamais l'inhu
maine
D'un mot ni d'un regard ne soulagea sa peine
Un souris gracieux cût adouci son sort,
Un baiser l'eut tiré des portes de la mort ;
Će Berger cut toujours les rigueurs en partage,
L'espoir même jamais ne flata son courage
S'il cherche sa Bergere , ingrate elle le fuit ,
Comme une biche évite un chasseur qui la suit ,
I. Vol. 12
250 MERCURE DE FRANCE
Il ne voit que dédains chés l'injuste Bergere ,
Il ne voit dans ses yeux que haine
➤ que Enfin las de soufrir
et de sa mort certain
colere
Il s'en va chés Doris un lacet à la main ;
Il arrose d'abord la porte de ses larmes ,
La mort qu'il va chercher est pour lui sans
allarmes ,
Belle Doris , dit- il , plus dure qu'un rocher
Mon amour ni mes pleurs ne te sçauroient tou
cher ,
Tu joins aux traius vainqueurs d'une aimable
Déesse
Toute la cruauté d'une horrible tigresse ;
Je vais te délivrer d'un objet odieux ,
Ce lacet pour jamais me soustrait à tes yeux ;
Je descends aux Enfers où ta rigueur m'envoye
Pour guerir de mes maux je n'ay que cette voye ?
Là bavant de l'oubli les ondes à longs traits
Je pourai quelque jour oublier tes attraits ;
Reçoi de ton Amant un conseil salutaire •
Lorsque tu me verras privé de la lumiere,
Sortant de ta maison pousse au moins un soupir,
"Auteur de mon crépas marque ton repentir ,
Honore ton Ainant de précieuses larmes ,
Tes pleurs
augmenteront et ta gloire et tes
charmes ,
Crains- tu que par ces pleurs Damon ressuscité
Ne renouvelle encor son
importunité ?
Elevez-moi , Bergers , un Sepulchre honorable ,
I. Vals
E
DECEMBRE : 1735: 2588
Et gravez ces deux Vers sur un Marbre durable ,
Les rigueurs de Doris ont terminé mon sort ,
»Pardonnez lui , Bergers , elle a pleuré ma mort.
Ainsi parla Damon , et ce lacet funeste
De ses jours malheureux soudain trancha le reste
Doris parut bientôt ; un cortége d'Amans
Témoignoit son ardeur par ses empressemens ;
Des plus galans Bergers elle étoit entourée ,
De roses , de jasmins sa tête étoit parée ,
Son Berger se presente au lacet attaché ;
De ce cruel objet son coeur n'est point touché
Elle insulte au malheur de ce Berger peu sage ,
Une joye indiscrete éclate en son visage ,
Elle entre en folâtrant au Temple de l'Amour ,
De danses , de plaisirs s'occupe tout le jour ,
Et l'esprit enyvré d'un orgueil qui la flate
Elle se fait honneur de passer pour ingrate ;
Un Marbre travaillé par l'Art aidé du Tems
Représentoit le Dieu qui venge les Amans ,
L'Amour dans son courroux rend ce Marbre
sensible ;
L'agite par trois fois d'une façon visible
Et pour punir enfin le mépris de ses loix
Le poussant sur Doris l'accable de son poids
La Bergere expira , malheureuse victime.
DeDe son indifference elle expia le cri me ;
On entend dans les Airs soudain un bruit confus
Cupidon est vengé , l'ingrate ne vit plus .
L'Art le Tems sont personifiés.
I. Vol.
2582 MERCURE DE FRANCE
Ce fait prodigieux fût gravé dans le Temple ,
Profitons , croyez -moi , de ce terrible exemple
Sage dans mon dépit , Iris , je vous promets
Que pour vous votre Amant ne se pendra jamais .
Si je me pends pourtant , car tout homme est
fragile ,
N'allés pas vous railler de mon esprit débile ,
Soupirez par honneur, pleurez du moins un peus
Les Filles de pleurer se font souvent un jeu ;
Vous serez bien plutôt par un autre adorée ,
Et ma perte sera sur le champ reparée .
Pierre Defrasnay.
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Théatres , de la décadence des Spectacles
et de leur renouvellement , & c.
L
A fin du regne d'Auguste fut le
commencement de la décadence de
la belle Poësie : sous Tibere , Caligula . ,
et Claude , elle parut languissanté ; Petrope
, Perse et Juvenal en firent voir
les derniers efforts , et quelque temps
après elle sembla expirer avec Martial.
Rome avoit porté si loin ses conquêtes
qu'elle étoit devenue la Capitale du Monde
; on y voyoit arriver un nombre infi
6
1. Vol.
ni
DECEMBRE . 1735: 2589
ni de gens de differens Pays, qu'elle avoit
soûmis à ses loix ; l'assemblage de Grecs,
de Syriens , d'Espagnols , et de Gaulois
en corrompirent le langage , et les Beaux
Arts s'en ressentirent bientôt : la Poësie
ne fut plus qu'un amas de pointes recherchées
, et souvent obscenes : les Chrétiens
qui en trouvoient la lecture oposée
aux bonnes moeurs , n'oublioient rien
pour la décrier , et ils se servoient à propos
du mépris qu'on avoit déja pour elle.
Enfin l'épouvante qu'Alaric et les autres
Barbares porterent dans toute l'Italie pendant
le quatriéme siecle , fit presque entierement
taire les Muses : nous n'avons
de ce tems - là que les Vers d'Ausonne qui
soyent suportables .
Après la décadence de l'Empire Romain
le Théatre ayant été abandonné , aussibien
que les Lettres en general , la barbarie
succeda et regna dans le monde pendant
une longue suite de siecles . On ne
commença à la dissiper que vers le
quinziéme. Dans cette renaissance des
Arts et des Sciences , l'ardeur trop violente
de vouloir imiter les anciens , a fait
que nos premiers Auteurs , bien loin d'arriver
à la gloire ni à l'excellence des Anciens
, sont restés bien loin derriere eux.
Ils ne considéroient pas que les goûts des
1. Vol. nations
2584 MERCURE DE FRANCE
nations sont differens , aussi bien que ce
lul des tems et des esprits.
Les Cirques et les Amphitéatres dont on
montre encore aujourd'hui les débris dans
les principales villes de France , qui ont
été les premieres sous la domination des
Romains , ne laissent aucun lieu de douter
, qu'après leurs conquêtes des Gaules,
ils y établirent tous les Jeux et tous les
Spectacles qui etoient en usage à Rome .
La décadence de l'Empire au commencement
du cinquiéme siecle , attira celle
de ces mêmes Jeux et les ensevelit , pour
ainsi dire , sous les ruines des Lieux où ils
avoient été autrefois représentés. Les
armes victorieuses des François, des Bourguignons
, et des autres Conquerans qui
en partagerent les Provinces entr'eux ,
donnerent bien d'autres Spectacles à l'Eu
rope.
plus
Nos premiers Rois tout occupés à con
server ou à étendre leurs conquêtes , et à
s'affermir sur leur nouveau Trône ,
souvent à la tête de leurs Armées que dans
leurs Palais , négligerent long- temps les
Jeux et les plaisirs , qui ne sont ordinairement
que les fruits d'une heureuse et
parfaite tranquillité .
Delà vient que dans les Histoires de ce
temps- là il n'est fait mention que des
I. Vol.
seuls
DECEMBRE. 1735. 2585
Beuls Histrions ou Farceurs , les plus méprisables
de tous les Comédiens anciens ,
lesquels n'étant sédentaires en aucun lieu
permanent, continuerent à courir le monde
, et à représenter leurs bouffonne➡
ries dans les Places publiques , ou dans
les maisons des particuliers qui les y apelloient
pour s'y donner ce plaisir, Ils ne
furent pas long-temps sans abuser de la
liberté qu'ils se permettoient : les obscenités
et les insolences qu'ils mêlerent dans
leurs récits et dans leurs postures , les rendirent
enfin odieux , et leur attirerent
également l'indignation de l'une et de
l'autre des deux Puissances , la Spirituelle
et la Temporelle. Charlemagne les
mit au nombre des Personnes infâmes
et auxquelles il n'étoit pas permis de for
mer aucune action en Justice .
>
Les Conciles de Mayence , de Tours ;
de Rheims et de Châlon sur Saone qui
furent tenus l'an 813. défendirent aux
Evêques , aux Prêtres et aux autres Eclés
siastiques d'assister à aucuns de ces Spectacles
, à peine de suspension , et d'être
mis en penitence. Charlemagne autorisa
cette disposition par une Ordonnance de
la même année ; elle est fondée sur ce
motif , que pour se conserver l'ame pure
de tous vices , il falloit éviter de voir ou
1. Vol. d'entendre
2586 MERCURE DE FRANCE
d'entendre les insolences de ces Jeux sales
et honteux des Histrions. Histrionum
turpium et obscanorum insolentias jocorum .
Ils furent enfin tellement décriés
que l'usage en étoit aboli , lorsque Hugues
Capet parvint à la Couronne ;
du moins on ne trouve nulle part
que depuis ce temps -là il en soit fait aus
cune mention.
Des Bardes et des Druides.
L'Histoire du Théatre François a tant de
raport à celle de la Poësie , qu'on ne doit
pas être surpris de trouver souvent des
choses qui semblent n'apartenir qu'à cette
derniere ; mais qui pourtant ne laissent
pas d'être du sujet dont il s'agit ici , et
servent à l'éclaircir .
Les Bardes furent les premiers des
Gaulois qui firent des Vers ; on les apelloit
ainsi , parce que Bard V. Roy des Gaules
les avoit mis en réputation ; ils composoient
des Poëmes pour relever la gloire
des Grands Hommes , et pour fletrir la
mémoire des impies , et ils les chan
toient sur leurs instrumens en public pour
inspirer aux jeunes gens de l'amour pour
la vertu , et leur donner de l'horreur pour
le vice. Sunt autem apud eos Carminum melicorum
Poeta,quos Bardas nominant. Hi ad

I. Vol insDECEMBRE.
1735. 2587
instrumenta Lyris non dissimilia aliorum
laudes , aliorum vituperationes decantant.
Diodor . Sicul . 1. 5. p. 308.
En Bretagne où l'on a encore beaucoup
de mots Gaulois , on apelle Bards les
joueurs de vielle et de violon , qui vont
chanter par les villages . LaPoësie passa des
Bardes aux Druides qui étoient les Prêtres
de la Nation et souvent les Juges des Gaulois.
Il y avoit parmi eux quatre sortes
de personnes comprises sous le mot genéral
des Druides ; sçavoir les Vaceres qui
vaquoient aux Misteres de leur Religion ;
les Enbages , qui jugeoient des prodiges
pour en tirer des conjectures de l'avenir ;
les Sarronides , qui rendoient la justice et
instruisoient la jeunesse Gauloise dans les
Sciences et dans les Arts ; et les Bardes ,
qui celebroient les Faits Héroïques des
Grands Hommes,
-
>
Dès que Cesar eut achevé de soûmettre
les Gaules , on commença à y parler Latin
, et ce changement de langage fit ou
blier tout ce qu'avoient fait les Birdes et
les Druides ; comme ils n'avoient point
de Livres , il ne nous est rien resté des
uns ni des autres .
Diodore de Sicile , déja cité , marque
que ces derniers étoient en si grande veneration,
et avoient tant d'autorité parmi
I. Fol.
2588 MERCURE DE FRANCE

le Peuple , que leur chant arrêtoit quel
quefois la fureur des Gens de guerre , séparoit
et pacifioit des Armées prêtes à se
donner bataille ; tant il est vrai , ajoûte le
même Auteur , que même parmi les
Nations Barbares la sagesse l'emporte
sur la force , et Mars cede aux Muses,
Sic apudferocissimos quoque Barbaros sapientia
ira cedit , et Mars reveretur Musas,
On croit que ces Bardes habitoient sur
cette Montagne du Pays Axois en Bourgogne
, qu'on apelle encore Mont Bart
en Latin Mons Bardorum.
ge
Ils faisoient , comme on l'a dit , l'Elodes
défunts des chansons funebres
par
Les anciens Gaulois en faisoient grand
cas , les estimant comme Philosophes et
Politiques , &c. Les Bardes loüoient ou
blâmoient en Vers Gaulois de leur composition,
les Personnages illustres , morts
ou vivans. Ce que Diodore , Strabon et
Lucain témoignent avoir duré en Gaule
jusqu'en leur tems . Les Semnothées mettoient
enVers les Cantiques de leur Religion
, et les Druides leurs Loix.
Il y a quelques Auteurs qui tiennent que
le nom de Druide est Hebreu , du mot
Derissim , Drussim ou Drissim , qui veut
dire Contemplateur : c'est aussi
* Amm. Marcel.l. 15.
pour ce
I. Vol.
sujet
DECEMBRE 1735: 2589°
Sujet que Diogene Laerce les compare aux
Sages de Chaldée , aux Philosophes de
Grece , aux Mages de Perse , et aux Gimnosophistes
des Indes ; ils étoient grands
Théologiens , au raport de Diodore de
Sicile , et croyoient si fort Fimmortalité
de l'ame , qu'ils prétoient volontiers de
P'argent ou quelque autre chose en ce
monde , à condition qu'on le rendroit en
l'autre ; ce qui a fait dire à Valere Maxime
, qu'il faloit qu'ils crussent à la
Metempsicose. Il n'y avoit qu'eux qui
fussent les Juges de toutes les affaires
publiques et particulieres leurs Arrêts
etoient conçûs en Vers , et passoient pour
des loix inviolables.
Des Runers on Rimes.
Les Romains avoient cru que pour
contenir les Gaules sous leur domination,
il falloit en mettre les Lieux les plus considerables
hors d'état de se défendre . Plus
de 1200. Villes et Bourgs virent tomber
leurs murailles en peu de tems : c'est ce
qui donna lieu à divers Peuples d'y faire
des incursions ; les Gots furent les premiers
qui inonderent ce Pays sans défense
, et selon quelques Historiens , ils aprirent
aux Gaulois l'art de rimer Leurs Poe
tes s'apeloient Runets, et leurs Ouvrages
1. Vol .
C Runes,
2990 MERCURE DE FRANCE
Runes . Dans la suite au lieu de Runes on
les apella Rimes . Ceux qui soûtiennent
cette opinion , disent que les Septentrio
naux , connoissoient long temps aupara
vant la Poësie rimées qu'ils l'ont porté
dans tous les Pays où ils se sont établis
et que dans les differentes destinations
qu'ils faisoient de leurs enfans , ils en
choisissoient toujours deux , l'un pour
être Poëte , et l'autre pour être Faiseur
de Contes le premier mettoit en Vers
tout ce que ses ayeux avoient fait de mémorable
, et le recitoit les jours de Fêtes
pour divertir sa famille ; et le second
chargeoit sa mémoire de quantité de Fables
et d'Histoires , dont les recits ser
voient à adoucir les chagrins et la mélancolie
de ceux qui ne pouvoient pas dormir
. Selon le Chevalier Temple il y a
encore en quelques endroits du Nord , de
ces conteurs mercenaires , qu'on apelle
quand on a des insomnies.
:
Des Fatistes.
Dès que les François eurent fondé dans
les Gaules cette grande Monarchie , qui
pendant plus de douze siecles s'est maintenue
avec tant de lustre , on y vit fleu
rir les Beaux Arts et les Sciences : il y eut
denouveauxPoëtes qu'on apelloitFatistes .
Ꮧ . Vol .
Ca
DECEMBRE. 1735. 25e4
Ce mot est fait à l'imitation du og
des Grecs , qui signifie Faiscur ; Nicod
écrit Factiste , et l'explique en Latin par
Comicus Poeta,
Ces Poëtes composoient de petits
Ouvrages qu'ils faisoient chanter à des
choeurs , accompagnés de danses , et cet
amusement avoit quelque ressemblance
à celui des Grecs qui donna la naissance
au Poëme Dramatique. Nos premiers
Rois se délassoient souvent l'esprit
à entendre reciter les Vers des Fatistes.
..
Dans la suite le langage changea dans
toute la France , et ne fut plus qu'un melange
bizarre de Latin , de Gaulois et de
François , et les productions des Fatistes
curent le même sort que celles des Bardes
et des Druides.
2
Des Troubadours ou Trouveres.
C'est en Provence , qu'au commencement
du douziéme siecle , on vit paroître
ces agreables génies , qui tirerent les Muses
de l'assou pissement où elles étoient
depuis si long temps en France. Comme
sous nos premiers Rois les Poëtes étoient
apellez Fatistes du mot de faire , on apella
ceux- ci Troubadours et Trouveres , du
mot de trouver. S'ils n'ont pas inventé la
gime , comme nous venons de voir que
2. Vole Cij cela
2592 MERCURE DE FRANCE
cela leur est contesté , on doit leur attri
buer au moins la gloire d'avoir les premiers
, fait sentir à l'oreille le veritable
agrément de la rime .
Leurs productions ordinaires étoient
des Sirvantes ou Satyres contre toutes sortes
de personnes;er desTansons, qui contęnoient
des demandes ingenieuses sur l'amour
et sur les amans ; ce qui donnoit
lieu à mille réponses galantes et spirituelles.
Et parce que les sentimens étoient
toujours differens , il en naissoit d'agréables
disputes , qu'on apelloit Jeux miparis.
D'où se forma ensuite une societé
de gens d'esprit , qu'on apella la Cour
d'Amour. On y décidoit les disputes que
les Tansons faisoient naître.
Après que Muca , Général des Armées
du Calife de Syrie , eut subjugué les Espagnes
, les Arabes y porterent la Poësie ;
le Comte de Barcelonne et ses Courtisans
Paimoient beaucoup , ensorte que quand
ils vinrent en Provence , les Trouveres
n'eurent pas besoin de Mecéne pour s'introduireen
cette Cour ,où ils furent agreablement
reçûs. Les Grands du Pays faisoient
gloire d'avoir auprès d'eux de ces
nouveaux Poëtes , qu'ils gratifioient sou
vent par des liberalités magnifiques.
I. Vol.
DECEMBRE. 1735. 2593
A MES YEUX dont je fus fort incommodé
au commencement du Printemps
dernier , Traduction des Vers Latins imprimés
. dans le Mercure d'Août 1735:
Es Yeux ,que j'aime mille fois
Plus que tous les trésors des Rois
Qui m'êtes plus chers que ma vie ,
2
Flambeaux dont mon ame est ravie ,
Yous qui me procurez les plaisirs les plus doux,
Ah ! pourquoi m'abandonnez - vous ?
Qu'ai je pu faire qui m'attire.
Le refus de votre secours ?
Si - tôt que l'Hyver se retire ;
Que lesVents enchaînés font place aux plus beans
jours
Que l'aimable Zephire échauffe son haleine ,
Que sur divers objets l'oeil charmé se promene
Helas ! quel malheur est le mien !
Alors je ne vois presque rien ,
Je cherche vainement l'agreable lumiere ,
Une funeste nuit me la ravit entiere .
Quand Phoebus sur son char nous ramene 1
jour ,
Si je quitte mon lit pour lui faire ma cour
Une vive douleur qui m'enflè la paupierė
I. Vol. Ciij Me
2594 MERCURE DE FRANCE
Me fait voir les maisons toutes teintes en noirs-
Si dans ma chambre sur le soir
Quelqu'un de mes valets m'aporte la lumiere ,
Rien ne peut maffranchir du cahos de la nuit .
Je m'égare tout seul et la lueur mè fuit ;
Je ne puis lire enfin , ni d'une main sçavante
Tracer sur le papier quelque idée amusante .
Mes yeux aprenez- moi les crimes que j'ai faits #
Ai je arraché vos pleurs par mes tristes regrets a
D'une lampe allumée à la lueur tremblante
Vous ai-je à travers mille ennuis )
Obligés à passer les nuits
A la lecture dégoutante
De quelque livre Arabe ; ou des Ouvrages Gree
Avez vous jamais vu le tour et la finesse ?
Ou les contes badins qu'enfante la vieillesse à
Vous- ai-je ( avide de progrès )
Forcés à déchifrer les Médailles antiques ?
A percer ces vieux monumens
Moisis par l'injure des ans ?
Vous a- t'on exercé sur les écrits Gothiques ?
Sur ces vieux parchemins de notes barbouillés ?
Cherchai- je à penetrer dans leurs sens embrouillés
?
La nuit à bien dormir est par moi consommée;
La crainte ne nuit point à ma tranquillité ,
Ni le vent de la Renommée ;
Si d'un pareil loisir je me sens degouté
Les
DECEMBRE. 1735 . 2595
es douceurs de Catulle , ou bien le sel d'Hos
race
Font mon unique amusement.
Mes yeux dites- moi donc de
grace
Sur quel plausible fondement ,
A cet office osez - vous vous soustraire ?
Je fuis l'étude et j'aime à ne rien faire..
Si je vous ménage si bien ,
Que je ne vous occupe à rien
Mes Yeux ! utiles Yeux ! qui faites mes déliceg
Mes Yeux ! est- ce donc là le prix de mes services
Par M. de Mortessagnes de Pradelles.
LETTRE écrite par M. Henriot ,en réponse
à celle qui est imprimée dans le
Mercure du mois de Sept. page 1943 .
au sujet de la Tragédie d'Aben- Saïd.
J'ay lû,Monsieur , la Lettre que voies avez fait imprimer dans le dernier
Mercure , au sujet de la Tragédie d'Aben-
Saïd . Je n'ai l'honneur de connoître ni
vous ni l'Auteur de cette Piéce , cepen
dant si vous vous y étiés nommé , j'aurois
pris la liberté de vous adresser cette Réponse
; ce n'est qu'au défaut de cette voye
que je me sers de celle du Mercure .
1. Vol. Cilij Vous
1596 MERCURE DE FRANCE
Vous trouverez , peut-être, que je vous
fais ici une querelle d'Allemand , et que
je me mêle d'une dispute où je n'avois
que faire , mais je puis vous protester que
le seul amour de la verité me fait entrer
en lice avec vous . J'avoue que ce seroit'
à l'Auteur que vous attaquez à se défendre
, mais , ne craignons pas de le dire
nous connoissons la vanité de tous ces
Messieurs les Poëtes , ils regardent com
me au dessous d'eux tout ce qui n'est que
discussion , et qui n'a aucun raport avec
leur imagination . Pour moi je crois qu'il
n'y a rien qui soit au dessous d'un homme
de Lettres, et je trouve que la décou →
verte de la plus petite verité est toujours
de conséquence.
Ainsi pour entrer dans la discussion du
point dont il s'agit , je suis bien éloigné
de penser comme vous que M. l'Abbé le
Blanc ait eu tort de changer le Titre de
sa Tragédie , et je vais vous en dire les
raisons ; je me flate même que vous les
aprouverez .
Premierement , si l'Auteur de cette Tra
gédié n'eut pas changé le Bû ou Bois ,
c'est la même chose , et nous sommes
obligés d'écrire l'û des Arabes par ou pour
on fixer la prononciation ; s'il n'eut pas
changé , dis-je , ce Bou en Ben au lieu de
I. Vol.
prononcer
DECEMBRE . 1735. 2597
prononcer Abou - Saïd on auroit dit Abou
Zaid , ce qui auroit fait un Titre aussi
désagreable que l'autre est doux.
Secondement , vous me permettrez de
vous dire que ce changement n'est ni si
ridicule , ni de si grande conséquence
que vous le pensez . Dans le nom de ce Sul
tan , il n'y a que Saïd d'important , et
qui soit son nom propre , ainsi que celui
de plusieurs autres personnages ; et ce qui
en fait la preuve , c'est que vous trouverez
dans la BibliothequeOrientale à l'arti
cle Saïd tous ceux qui se sont apellés
Abu- Said , Aboû - Said , Abû- Seid , &c.
même ceux qui se sont apellés , Ebn , ou
Aben Said,
Vous y verrez même qu'Abou & Aben ;·
malgré leur signification differente ,
sont quelques fois mis l'un pour l'autre
et que M. d'Herbelot , de qui l'exem
ple doit tenir lieu d'autorité , dit indiffe
remment Abou- Derdan ou Ebn- Derdan ,
Abou-Haian ou Aben - Haian . Le premier
exemple est pourtant plus étonnant, puisque
cet Ebn- Derdan étoit un Docteur
Médinois , compagnon de Mahomet , qui
n'ayant point eu d'enfans mâles , prit ce
nom de sa fille Derda.
Il est bien vrai qu'Ebn ou Aben , signi
fie Fils , mais il n'en est pas toujours de
Is Fol,
Cv même2598
MERCURE DE FRANCE
même d'Aboù , et quoique dans sa premiere
signification il signifie Pere , com
me vous le dites , cependant il - faut in--
terpréter le plus souvent et dans l'Arabe
et dans l'Hébreu , Ab , Abi & Abû ,
qui sont le même nom en differens cas ,
par le Chef, le Possesseur ou l'inventeur de
quelque chose , et dans les noms propres il
est plus souvent pris dans ce sens métaphorique
que dans son sens naturel.
Les Chrétiens Orientaux s'en servent
même pour signifier Saint ; Abou- Macar
Saint Macaire , Abou Fabia Saint Jean.
Ainsi Abou Said peut signifier aussi bien
le Maître, le Monarque heureux que le Pere
beureux ou le Pere de l'heuerux..
Il est même presque sûr que dans l'exemple
present , Abou- Saïd ne peut signifiers
Pere de l'heureux , puisque ce Sultan port
ce nom dès l'age de 12 ans qu'il parvint
l'Empire : et malgré la difference du climat
, il n'y a pas d'aparence qu'Abou-
Said fut Pere à cet age. Il semble même
qu'il n'a jamais eu d'enfans , du moins le
Historiens n'en disent rien , et celui qui
lui succeda étoit de la race d'Ogouz-Kan
ou plutôt le vaste Empire des Genghisk
niens finit dans la personne d'Abou Said
Ainsi ce Pere heureux ne l'auroit point
tout été , puisqu'il est mort sans p
-
terité.
DECEMBRE. 1735. 2599
c
Je remarquerai en passant que l'autre
Abou -Said dont vous parlez , Empereur
des Tartares , et déscendant de Tamerlan
fut encore malgré son nom le plus malheureux
Prince de sa race , puisque la
chute de l'Empire de Tamerlan est marquée
par sa mort, et que comme l'Empire
des Gengizkikaniens finit dans la personne
du premier Abou- Saïd , celui des Timurides
a cessé dans la personne de celui- ci.
Il laissa pourtant à sa mort onze Enfans
mâles tous vivans , dont voici les noms .
Mirza Hamed, Mirza Mahmûd, Mirza
Mohammed , Mirza Scharok , Mirza
Dlug- beg , Mirza Omar Scheik , Mirza
Abou-bekre , Mirza Morad , Mirza Kalil
, Mirza Veled , Mirza Omar. Cependant
, quoique leur Pere se soit apellé
Abou- Said, aucun d'eux n'a porté le nom
de Said , aucun même n'a été heureux
puisqu'ils périrent tous les uns après les
autres , sans avoir possedé que quelques
Provinces de l'Empire immense de leurs
3- Ancêtres .
Au reste, si Saïd signifie heureux , ce n'est
que lorsqu'il est écrit par un Sin , car
écrit par un Sad , il signifie un terrains
élevé , et particulierement la Thébaide ,,
la plus haute partie de l'Egipte.
20 En voilà je pense assés pour vous con
Govju vaincreS
II. Fob
2600 MERCURE DE FRANCE
vaincre que l'Auteur de la Tragédie n'a
point eu tant de tort que vous le dites de
changer le nom de son Héros ; ces changemens
, il est vrai , ne seroient point
permis dans des noms aussi connus que
ceux d'Héliogabale ou de Caligula, mais ,
dans des noms aussi étrangers pour nous
que ceux des Empereurs Mogols , je sçauray
toujours bon gré à un Auteur de les
adoucir , et d'en rendre la prononciation
plus agreable. J'ai l'honneur d'être , & c.
De Paris ce 15. Octobre 1735.
BOUQUET
A Mile de B.... pour le jour de sa Fête.
Elle n'avoit demandé à l'Auteur , pour
toutprésent , que des Plumes. Par M. J...
de Paris.
Partez , vôlez , Plumes heureuses ,
Iris va tracer avec vous ,
Mille choses ingenieuses ,
Dont Apollon sera jaloux ,
Quand vous seriés dignes du Diadême ,
Votre sort seroit- i plus beau ?
Vous secheriés dans l'indigence extrême ; ·
1. Val
Iris
DECEMBRE. 1735 ; 2601
Iris du moins de son divin cerveau ,
Produisant du brillant et toujours du nouveau j
Vous dédommagera de cet honneur suprême,.
Bien plus les Muses et les Ris ,
Qui président à ses Ecrits ,
Auront soin de vos destinées ;
Voyez à quoi je vous ai reservées ??
Dès que de vos petits tuyaux
Seront sortis gentils morceaux ,
Qu'Iris n'aura plus rien à faire ,
On la verra vous essuyer ,
Vous éponger , vous nétoyer ,
Vous mettre enfin au point de toûjours plaire
Mais voici chose encor qui vous réjoüira ,
C'est que du fiel de la Satire
Famais Iris ne vous imbibera ,
En badinant , son plaisir est d'instruire ,
Et dans un aimable délire , ✨
La raison toûjours l'éclaira ; -
Que ne m'est- il permis de pouvoir vous décrires
Ce dont en la formant le Ciel la décora ?
Des traits ... mille vertus ... mais quelle ardeur
d'écrire !
Puis- je , trop foible encor , faire ce portrait là
J'ai du zele , il est vrai ; mais seul peut - il suffire
Et pour chanter Iris , ne faut-il que cela t
1. Vol.
2002 MERCURE DE FRANCE
**************
DISSERTATION de M. le Tors,
Lieutenant Crimirel du Bailliage d'Avallon
, sur la situation d'un Palais du
Roy Thierry, & c.
Onas , Moine Italien du septiéme sie
·
que
ban , raporte que ce Saint sorti d'Irlande,
établit à Luxeüil une Regle très - austere
, qui attira par sa nouveauté un grandnombre
de François , qui se joignirent
aux Irlandois le Saint avoit amenés
avec lui. Sa reputation fut bientôt portée
jusqu'au Roy Thierry , qui ayant
choisi Chalon sur Saone pour la Capitalede
ses Etats , alloit souvent s'entretenir
avec ce Saint Homme , lequel lui faisoit
des reproches assés vifs sur ses desordres ;
le même Historien et ceux qui l'ont copié
depuis le siecle auquel il vivoit , rendent
cependant quelque justice à ce Prince
, qui paroissoit quelquefois disposé à
suivre les avis du Saint , mais la Reine
Brunehaut son Ayeule , sentoit trop bien
l'interêt qu'elle avoit de fortifier ses mauvaises
inclinations , et de l'amollir par les
plaisirs pour l'empêcher de regner en efs
?
L. Pola
fet ,,
DECEMBR E. 1735 2603
fet , afin ac regner seule , et de ne pas
souffrir dans son pat fils une conduite
mâle et chrétier Ent la comparaison
auroit rendu enne aussi odieuse aus
Prince qu'elle l'étoit el - même aux Gens
de bien .
Le Saint qui avoit un grand zele , esperoit
toujours , et il crut aller à la source
du mal , s'il pouvoit faire quelque impression
sur l'esprit de Brunehaut. Il alla:
dans ce dessein la trouver au lieu appellé
Brucariacum ou Brosariaca , et ce fut dans
ce Palais qu'il eut le courage de refuser sa
benediction aux fils du Roy , qu'il pré--
dit ne devoir jamais monter sur le Trône
, comme étant les fruits d'un adultere ; ·
c'étoit un jugement de Dieu plutôt qu'u
ne exclusion formelle de la Couronne ,
fondée sur la Loi du Royaume. Cette action
grande en elle-même , et que Dieu
seul pouvoit inspirer , quoique justifiée :
par l'evenement , peut paroître peu me
surée à ceux qui reglent tout sur la politique
humaine . Il est vrai qu'elle irrita
Brunehaut , et que l'établissement que.
le Saint avoit formé à Luxeüil pensi être
renversé , mais cet établissement n'en pa
rut que plus saint à en juger par les mi
racles que Dieu opera en sa fiveur , à laz
face d'une cour dissoluë qui ne se rendoit
I. Vali poing
2604 MERCURE DE FRANCE
point à des merveilles , dont elle ne pou-
Voit obscurcir l'éclat.
Brunehaut n'en fut que plus animée ;
efle regardoit la conduité du Saint comme
une critique de son gouvernement et
comme une conspiration d'autant plus
dangereuse , qu'elle tendoit à lui ôter l'autorité
qu'elle avoit prise sur le Roy ; le
motif de la Religion loin de la toucher
l'aigrissóit davantage , parce qu'il paroissoit
plus pressant. Elle défendit que personne
n'entrât ni ne sortit de Luxeuil , où
le Saint Homme devoit retourner ' , après
qu'elle l'eut chassé du Palais , il aprit en
chemin cet ordre injuste ; comme il ne
desesperoit pas de fléchir cette Princesse
il alla lá trouver au Palais de Spinthia
Spinsia où elle étoit alors avec Thierry
pour prévenir le Roy contre le Saint. Ce
fut à ce Prince qu'il fut redevable de la
révocation de la défense qu'elle avoit
donnée ; Brunehaut voulut bien affecter
d'y consentir et remettre à d'autres occa
sions la persécution qu'elle lui préparoit ,
quand elle paroîtroit agir sans passion.
Cependant c'est elle même qui l'obligea
de sortir enfin du Royaume , et ' qui er
donna au nommé Bundulfe de conduire
le Saint de Besançon où il étoit exilé , à
Autun , Avallon , Crevant , où il fit dés
1. Fol
Miracles 33
DECEMBRE. 1735. 26035
Miracles , et à Auxerre , d'où il alla s'en
barquer à Nantes pour retourner dans sa
Patrie mais Dieu qui avoit d'autres desseins
sur lui , permit que le Vaisseau fut
porté par les vents d'un autre côté ; le
Saint alla depuis en Italie où il fonda le
celebre Monastere de Bobio.
2
Les Sçavans qui ont examiné où étoient
ees deux Maisons Royales de Brocariaca
et de Spinsia,conviennent tous que Spinsia
est Epoisses , qui est à trois lieues de
de Semur en Auxois , à deux de Montreal
, et à quatre d'Avallon ; c'est ainsi
qu'Adrien (a) de Valois , les PP . Ruinart
et Mabillon l'ont expliqué , l'Auteur
du Riomaus en a donné des preuves
Sans replique:
Brocariaca n'a pas eu le même sort' (b)
Mezeray ne détermine pas où étoit ceLicu
ill'apelle Bruchariac , traduction plus ori
ginale , mais de pure fantaisie 3 les mêmes
Auteurs que je viens de citer l'apellent
Boucherasse, et la placent entre Autun
et Chalon sur Saone ; mais ils se servent
d'une expression qui presente plutôt une
conjecture qu'un jugement assuré. Vide
(a) Adr. Vales. p. col. & seq. Ruinart. n. 65-
vita S. Columb. p. 613. Mabil. Diplom. p. 326 .
C. 135 .
(b) P. 156. T. 1. in fol.
L. Vol. für
2606 MERCURE DE FRANCE
tur esseBouchéresse interCabillonem villam
Theodorici et Brunechildis et Augustodunum
positus. ( c) S. Julien de Balucre , Perard ,
la Carte deBourgogne, de Delisle mem.K.
ib ,celle de Deter placent ce lieu auprès de
Monjeu proche Autun , à neuf ou dir
lieuës de Chalon , et à près de dix-huir ou
vingt d'Epoisses . Le P. Mabillon ( d ) quis
suivi Adrien de Valois , et le sentiment
general sur cette situation de Brocariaca ,
dans sa Diplomatique , en a parlé dans ses
Annales Benedictines sans expliquer la
situation.
Le Dictionnaire Universel ( e ) de laFran
ee , ne parle pas de la Boucherasse près
d'Autun , mais d'un autre Lieu de mê
me nom près de Montreal , il y place
mal à propos une Paroisse qui est à
Treuilly , sous le nom de S. Symphorien,
ayant sous sa dépendance les hameaux
de la Boucherasse , Treviselot , la Rue ,
Chaumot , une partie de Cisery les
grands Ormes . Saulx qui étoit autrefois
une Paroisse , est aujourd'hui son annexe ,
y a une Eglise dediée à S: Maurice , de
laquelle dépend la Maison Dieu , l'une des
il

(c) S. Julien. ant. de Bourg p . 347. Perard
Mem. p 496.
(d) P.254. Mabillon t . 1 .
(k) L. c. to 306.
p. 288.
I. Fol. Terres
DECEMBRE. 1735. 2007
Terres du Chapitre d'Avallon ; il est vray ,
comme l'a dit l'Auteur du Dictionnaire
que cette Paroisse est à la nomination du
Chapitre de Montreal , mais il n'est pas
exact en donnant jusqu'à 260. habitans
à la Boucherasse , ce qu'il ajoute est certain
que cette Paroisse est de la Recette
d'Avallon : il devoit dire qu'elle est aussi
du Bailliage , peut- être la -t'il omis par ce
que c'est une consequence nécessaire , à૩.
moins qu'il n'y ait des distractions particulieres,
ce qui est fondé sur l'ancien Etat
des Baillifs et de leurs Lieutenans qui
avoient autrefois l'éxercice des Finances
aussi-bien que des fonctions de la Justice
dans leur Ressort:
Il se peut faire que les Auteurs qui ont
pris la Boucherasse près d'Autun pour
Pancien Brocariaca , n'ayent pas connu la
Boucherasse qui est près d'Avallon , tout
ce qu'on peut dire en faveur du premier
Lieu , c'est par raport à la proximité de
Chalon , Capitale des Etats de Thierry et
d'Autun , où Brunehaut alloit souvent ,
et où elle a fait des établissemens dignes
d'une Princesse plus vertueuse ; mais cette
raison n'est que de convenance. La Boucherasse
étoit la résidence presque ordinaire
de Thierry , il y étoit quand il
n'étoit pas à Chalon , sa situation agréa
I. Pol
ble
2608 MERCURE DE FRANCE

ble , peu éloignée de la riviere de Serain',
dans une pleine fertile , abondante en gi
bier , étoit capable de lui faire préferer ce
Pays à celui de la Boucherasse près d'Autun
, qui est dans un Pays triste et sterile ;
ce n'est pas à l'égard de ces siecles qu'on
peut dire que les Princes portent la magnificence
et la grandeur par tout où ils
sont , il faut d'autres tems et d'autres
Princes pour apliquer juste cette pensée.
Brunehaut , qui vouloit tenir ce Prince
dans l'esclavage , avoit trop d'interêt dè
me pas s'en éloigner , et n'avoit garde d'al
ler jusqu'auprès d'Autun pendant qu'il
étoit à Epoisses, au lieu qu'étant à la Bou
cherasse près d'Avallon , elle pouvoit ,'
pour ainsi dire , voir tout ce qui s'y pas
soit , et être presente par tout , puisqu'il
ne faut pas plus d'une heure et demie de
temps pour aller d'un Lieu à l'autre.
Les passages , au reste, de Fredegaire et de
laCronique deDijon qui raconte l'Histoire
de S. Colomban , paroissent en partie copiés
l'un sur l'autre, cependant ( a )Fredegaire
est plus exact , plus circonstancié ,
et s'accorde mieux avec Aymoin et Jonas.
Quoiqué la Cronique ne parle pas du lieu
deSpinsia où le Saint allà en sortant de Bro-
(a ) Fredeg. L. V. et ult. Cronic , Aymoin l. 3 ″
95. cronic. S. Benig, aun. 609.
I. Vol.
cáriaca
DECEMBRE. 1735. 26.09
eariaca , cette omission n'est pas une contrarieté
; il est toujours certain que le
Saint sortit sur le champ de Brocariaca ,
prit le chemin de Luxeuil, qu'ayant apris
T'ordre de Brunehaut , il entra une se
conde fois dans le Palais , et que la Cour
étoit à Epoisses , que tout cela se passa
le
même jour. Cest ce que Aymoin raporte
plus clairement que les autres.
Il ne se peut donc pas que Brocariaca soit
la Boucherasse prèsAutun, puisque Epois- ·
ses est sur le chemin de Luxeuil où le
Saint retournoit . Les Historiens ne donnent
pas lieu de penser qu'il se soit détourné
pour aller à Epoisses , et il auroit
fallu qu'il eut fait un grand voyage pour.
aller de Luxeuil à Autun , delà à Epoisses,
et d'Epoisses à Luxeüil. Brunehaut qui
vouloit amener le Roy aux sentimens de
sa passion put aisement arriver à Epoisses
avant S. Colomban , qui fut arrêté par les
avis qu'il reçut de ce qu'elle avoit ordonné
contrelui , et par les incertitudes du parti
qu'il prendroit.
Les termes d'Aymoin , que cet ordre
fut donné sur le champ , que le Saint se
depêcha de partir , qu'il aprit l'ordre , retourna
au Palais , et que ce jour-là même
la Cour , Brunehaut et Thierry étoient
à Epoisses ; ces termes , dis je , designent
I. Vole un
2610 MERCURE DE FRANCE
un Lieu près d'Epoisses et sur le chemin
de la Boucherasse à Epoisses , c'est ce qui
convient entierement à laBoucherasse qui
est près d'Avallon , et non point à la Boucherasse
d'auprès d'Autun.
Je ne sçai pas si la Boucherasse près
Autun est du Domaine du Roy , mais
quand il en seroit , on ne pouroit pas m'en
faire une objection , ni la fortifier , en disant
que la Boucherasse près d'Avallon
fait partie de la Terre de Ragny , qui n'est
point Koyale. Il y a eu depuis le VII.
siecle tant d'aliénations , d'alliances , et de
partages faits , que je ne puis mieux repondre
à l'objection que par l'exemple
d'Epoisses , qui depuis un si long- temps
apartient en toute proprieté à des Seigneurs
particuliers , et aujourd'hui à M.
le Comte de Guitaud , Lieutenant Ge
neral des Armées du Roy .
Il est vrai qu'il n'y a ni vestige ni tra
dition qu'il y ait eu de Château à la Boucherasse
qui est près d'Avallon , et qui
-n'est qu'un miserable hameau ; mais on
peut dire aussi la même chose de la Bou- ~
cherasse près Autun ; et , sans sortir des
Gaules , on sçait bien qu'il y a eu plusieurs
Villes considerables , dont on ignore la
place aussi bien que le nom , sans en découvrir
même les moindres vestiges.
1.Val
Je
DECEMBRE. 1735. 2614
و
Je finis par une remarque. Mezeray
raconte I Histoire de S. Colomban , et ce
qui arriva à la Boucherasse sur l'année
606. ce qui n'est point exact , puisque
Fredegaire , Aymoin et la Cronique de
S. Benigne , placent cet évenement à la
14 année du Regne de Thierry qui tombe
en l'an 609. la premiere année de son
Regne , revenant à l'an 596. alors le passage
du Saint par Autun , Avallon , Auxerre
, &c. pour aller à Nantes , est bien
placé à l'an 610. puisqu'il n'a pas dû
être fort éloigné du temps de ses dernieres
remontrances à Brunehaut et à
Thierry qui lui attirerent l'ordre de
sortir de leurs Erats , sortie qui piéceda
de quelque temps la mort de ce foi
ble Prince' , dont la vie méprisée finit
d'une maniere , que l'Auteur de sa Vie
regarde comme une punition due au
persecuteur d'un Saint.
,
O DE
*****
Tirée du Pseaume 49. Deus Deorum
tocutus est.
L'Arbiere puissant du Tonnerre ,
Le Dieu vivant, le Roy des Rois,
L. Vol.
12 MERCURI DE FRANCE
tous les Peuples de la Terre
Fait entendre aujourd'hui sa voix .
Il vient. Envain contre un tel Juge,
Pécheurs , vous cherchez un réfuge
Après l'avoir tant méprisé.
Malheur à vous . Son jour s'avance
Ne comptez plus sur un silence
Dont vous avez si mal usé.

Quel affreux Spectacle s'aprête !
Que vois-je ! ou suis- je ! quelle horrear !
La foudre gronde , la tempête
Sert de Ministre à sa fureur.
Les Humains , la Troupe Celeste ,
Tout accourt à l'Arrêt funeste
D'un Peuple ingrat et révolté :
Je vois la Nature attentive ,
A la Sentence decisive
Qui confond sa témerité.
Remplissez votre ministere ;
Anges , rassemblez près de lui
Ceux qui pleins d'un zele sincere,
De ses Autels furent l'apui.
Separez la vertu du vicè ;
Annoncez enfin sa justice ;
Empressez-vous de le venger :
J Viola Allez
DECLMBRE. 1735. 2613
Allez , aprenez au coupable
Qu'un Dieu severe , iné xorable ,
Se prépare à l'interroger.
C'est votre Dieu qui vous apelle
Ecoutez , mon Peuple , écoutez ;
Ce Dieu de sa bouche immortelle
Va vous dicter ses volontés .
Des victimes qu'en abondance
Vous immolez en ma présence ;
L'odeur s'éleve jusqu'à moi ;
Mais enfin tous ces Sacrifices ,
Ces Parfums , ce sang , ces prémices
Bornent-ils souls toute ma Loy ?
Que me sert tout ce vain hommage
Qu'ai-je besoin de vos Troupeaux ?
Insensés , fais-je mon breuvage
Du sang des Boucs
et des Taureaux
Eh ! n'est-ce pas ma main
féconde
Qui d'animaux
peupla
le Monde
Et qui vous permit
d'en user ?
Si leur sang m'étoit
nécessaire
,
La même
main qui les sçût faire,
Ne sçauroit
-elle.cn
disposer
?
M.
Is Vala D Laissez
2614 MERCURE DE FRANCE
Laissez - là vos Boucs , vos Genisses ;
C'est votre coeur seul que je veux ;
Reconnoissez vos injustices ;
N'adressez qu'à moi tous vos voeux ;
Invoquez - moi dans la tristesse ,
Et votre coeur en ma promesse
En vain n'aura pas esperé :
Rompez tout pacte avec les crimes ,
Aimez-moi ; c'est par ces victimes
Que je me plais d'être honoré.
Osez-vous bien , race parjure ,
Vous parer d'un zele affecté ?
De ma Loi votre bouche impure ,
Ose attester la sainteté !
Vous ! qui sans pudeur et sans crainte ,
Au mépris de cette Loi sainte ,
Permîtes tout à vos désirs !
Vous , qui la traitant de chimere ,
Du larcin et de l'adultere ,
Fêtes l'objet de vos plaisirs !
M
Le mensonge et la fourberie ,
Esprits pervers , ames sans foy,
De votre coupable industrie
Fit à mes yeux l'unique emploi,
L'Etranger , votre propre Frere ,
De votre langue de vipere
1. Vol ' Senti
DECEMBRE. 1735. 2615
Sentit les traits empoisonnés.
Je vous ai vûs , et mon tonnerrë
A l'aspect de toute la Terre
Ne vous a pas exterminés.
A la lenteur de ma justice ,
Qui ne cherchoit qu'à s'apaiser ;
M'avez- vous crû votre complice ?
Esperiés- vous m'en imposer ?
En vain vous cachez vos offenses ,
Rien n'échape au Dieu des vengeances ,
Contre lui quel est votre espoir ?
Oui , je sçaurai , race maudite ,
Arracher ce masque hypocrite ,
Et vous présenter le miroir.
Malgré tant d'horreurs et de crimes ,
Mon bras suspend encor ses coups ;
Craignez de vous voir les victimes
D'un Dieu terrible en son courroux.
Venez à moi d'un coeur sincere ,
C'est ce coeur seul qui peut me plaire ;
Sans lui , vos dons sont superflus.
Je vous le dis , celui qui m'aime
A seul droit au bonheur suprême
Que je réserve à mes Elus.
De Bologne , de l'Amerique M.D. R.
1. Vol. Dij LET
2616 MERCURE DE FRANCE
1

LETTRE de M. D. L. R. sur l'erreur
de quelques Antiquaires qui préferent
Pautorité de certaines Médailles à celle
des Monumens Historiques,
O
N peut abuser de tout , Monsieur,
et en particulier des choses qui
nous sont offertes pour instruire et pour
amuser agréablement. J'aplique cette
Maxime à l'étude des Médailles antiques;
il est bien vrai qu'on peut en tirer un
profit considerable , et que cette étude a
enrichi la République des Lettres de
plusieurs Découvertes. Il n'est pas moins
vrai que quelques Antiquaires , abondans
dans leur propre sens , d'une imagination
vive , peu en garde contre l'habileté
des Faussaires , ont vû et lû sur certaines
Médailles , ce qui n'y étoit assurément
pas , ou n'ont vû que ce qu'une
Fabrique moderne artistement faite leur
présentoit. De- là ces jugemens précipités
, ces Dissertations hardies et ces démentis
donnés sans ménagement aux
Historiens les plus respectables .
On feroit , Monsieur , une assés lonque
liste , si on youloit l'entreprendre ,
1. Vol
des
DECEMBRE , 1735 2617
des Antiquaires qui sont tombés dans l'er
reur que je viens de dire , Antiquaires
même de réputation . On ne risqueroit
rien de mettre à leur tête le R. P. Hardouin
, qui expliquoit tout , qui ne dou
toit de tien,et qui donnoit souvent pour
des verités historiques , ses propres idées ,
de purs paradoxes , et cela avec une confiance
admirable , jusqu'à prendre quelquefois
le ton d'une autorité magistrale ,
décisive et en termes peu ménagés , Meo
periculo sic legatur , sic legijubemus , &c.
,
C'est cependant cette autorité , oự
ce mauvais exemple , qui a fait éga
ter d'autres Antiquaires , habiles d'ail-
Leurs , et qui ont eu un nom dans la Recherche
de l'Antiquité. Tel fut entre les
autres , M. Baudelor de Dairval , avant
que son Entrée à l'Académie , particulierement
établie pour l'étude des Monumens
antiques , et une plus longue ex
perience , l'eussent rendu moins décisi
Vous sçavez , Monsieur , quelle fut sa
préocupation au sujet d'une Médaille de
grand bronze de son Cabinet , extrémement
fruste , frapée , selon lui , à Marseille
pour l'Empereur Posthume , sur
le Revers de laquelle il voyoit une espece
de Syrene , et lisoit ce mot , MACCA
AIHTON. Avec cette prétendue Epoque
I. Vol. Dij L
2618 MERCURE DE FRANCE
par
LIZ. l'an 817. le tout très gratuitement
avancé , et uniquement fondé
comme je l'ai dit ailleurs , sur une ima
gination séduite l'attrait de posseder
une Médaille unique et inconnuë à
tous les Antiquaires , une Médaille , disje
, frapée à Marseille au visage d'un Empereur
Romain , ce qu'on n'a encore vû
nulle part.
Si vous êtes curieux de voir tout ce
que M. B. a étalé d'érudition ou employé
de sagacité pour soutenir son idée , tout
ce que le P.Pezron , Abbé de la Charmoye ,
qui n'avoit pas vû la Piece , a ajoûté du
sien pour faire quadrer l'Epoque pretendue
L. QIZ. 17. d'une seconde fondation
de Marseille , avec l'an 265. de
J. C. tems auquel Posthume regnoit dans
les Gaules. Si vous voulez , dis - je , être
pleinement instruit sur ce sujet , et en
particulier de la maniere dont l'autorité
du P. Hardouin est reclamée et mise en
usage par M. B. lisez le perit Livre de
ce dernier , imprimé à Paris en 1698 .
chés Auboüin et Clousier , intitulé , Réponse
à M.Galland , où l'on examine plusieurs
questions d'Antiquité , &c. vous y
trouverez la Médaille en question , gravée
par Ettinger , dont 1 habileté est expressement
vantée , pour raison , et la
I. Vol. DisserDECEMBRE.
1735. 2619
Dissertation du P. Pezron Voyez aussi
la Lettre adressée à M....de l'Abbaye
S. Victor de Marseille , imprimée dans
le Mercure du mois d'Octobre 1731 .
P. 2277.
Plût à Dieu , Monsieur , que le dénombrement
des Antiquaires un peu
trop hardis et amoureux de leurs premieres
idées , finit en la personne de M.
B dont on ne peut d'ailleurs trop reconnoître
le mérite Litteraire , le mérite sur
tout, d'avoir toujours embrassé la verité
connue , d'avoir enrichi le Public d'un
Ouvrage curieux et utile , enfin d'avoir
été digne Membre d'une celebre Académie
; mais on se flateroit en vain de croire
qu'il soit le dernier de ceux qu'un
esprit de prévention ou l'exemple ont
séduits jusqu'ici dans ce genre d'étude.
Nous voyons , au contraire , un fruit
tout récent d'un trop grand attachement à
l'autorité et aux idées singulieres du P. H.
dans la Dissertation , qui est imprimée
au commencement du Journal de Trévoux
du mois d'Août dernier . Comme
vous n'êtes pas à portée de voir ce Journal
, je vais vous faire ici un précis de
cet Ouvrage.
I. Vol.
D iiij DIS2620
MERCURE DE FRANCE
DISSERTATION en forme de
Lettre , adressée à M... sur le Triumvirat
de Galba , Othon et Vitellius , et'
sur celui de Pescennius , Albin et Severe ::
Par le P. Panel , de la Compagnie
de JESUS.
Le R. P. Panel commence sa Dissertationar
douter s'il ne passera pas
pour un témeraire qui ne craint pas de beurter
defront les anciens Historiens . Le doute
paroît bien fondé ; mais l'Auteur se rassure
bien-tôt , et il prépare le Lecteur
au peu de ménagement qu'on lui va voir
pour les Historiens . Un Historien a t'il
parlé dit- il , c'en est assés pour lui adjuger
une espece d'infaillibilité que nous nous
refuserions à nous- mêmes sur les faits les
plus évidens. Tel est l'empire de la préven
tion,ou, si vous voulez, de la coûtume,l'exemple
nous entraîne malgré nous , & c. Mais
je ne sçais , Monsieur , si le Public éclai
ré se laissera ébloüir par ces paroles :
Venons à l'aplication et au fait.
Nul point d'Histoire , selon notre Auteur
, qui soit plus épineux que celui du
Regne des Empereurs Galba , Othon et
Vitellius. » Ce que les Historiens en ra-
» content , continue- t'il , se soutient si
mal ; les faits y sont si embarassés ,
1. Vol.
» SQuVent
DECEMBRE. 1735. 2628
#souvent si contredits , les dates si in-
» certaines ou si contraires , qu'on est
» presque tenté de croire qu'on lit un
» Roman plutôt qu'une Histoire , & c. Sca-
» liger même , ajoûte - t'il , quoiqu'inte-
» ressé à soutenir les Historiens , avoüoit
» ingénument que sur la vie de trois Suc-
» cesseurs immédiats de Néron , nous n'avons
rien de certain , et qu'on ne peut
>> sortir des ténebres répandues sur l'His-
» toire de leur Regne.
Si tout cela est exactement vrai , dans
quel égarement ces Historiens ne nous
ont- ils pas jettés ? Quel moyen de sortir
de ces épaisses tenebres et de découvrir
enfin la verité ? Le moyen est aisé , les Médailles
seules , si nous en croyons le P. P.
peuvent operer cette merveille. » Elles
>> nous aprennent , à ce qu'il lui semble ,
assés évidemment ,commele P.Hardouin
» l'a déja remarqué , que Galba , Othon
» et Vitellius , n'ont pas envahi l'Empire:
» les uns sur les autres ; mais qu'ils l'ont
» gouverné conjointement et de concert,
»comme -Octave - Cesar , Marc- An-
» toine , et Lepide , l'avoient gouverné
» précedemment sous le nom de Friamvirs.
Trois Médailles frapées , dit le P. P.
I. Vol D V
2622 MERCURE DE FRANCE
que à Tripolyde Syrie , dont il n'a vû
les Desseins , sont d'abord aportées en
preuve. Il les décrit de cette maniere.
Des Lettres dans une contremarque sur
" le col d'une Tête couronnée de Laurier,
» forment en maniere de Monogramme
» ces Legendes : IMP. GAL. IMP. OTHо.
» IMP. VITEL. Le Revers porte les Têtes
" acolées de Castor et de Pollux , avec
» les Symboles de ces Divinités : Dans le
>> contour on lit TPINOAEITON . L'Ere
propre à la Ville de Tripoly ne paroît sur
>> aucune de ces Médailles , quoique bien
» conservées ; mais je ne sçache pas , ajou-
» te notre Auteur sur cette derniere remarque,
que depuis Auguste on retrouve
» l'Ere des Tripolins sur d'autres Empereurs
avant Trajan .
Au reste , parce que la Tête marquée
sur les Médailles dont on vient de parler
, ne paroît convenir à aucun des Princes
dont elles portent le nom ( autre dif
ficulté. ) » Il ne faut pas croire , dit l'Au-
>> teur , qu'elles ont été faites dans les premiers
jours de leur avenement à l'Èm-
* L'Auteur ne daigne pas prouver que ces Médailles
apartiennent à Tripoly de Syrie , plutôt qu'a
quelqu'une des autres Villes de méme nom. Il ne
dit pas non plus en quel Cabinet elles sont , ni d'où
elles viennent.
1. Vol. pire
DECEMBRE. 1735. 2623
pire , et avant que leurs Portraits eus-
» sent été aportés en Syrie. Encore moins
» peut - on s'imaginer qu'on ait voulu
épargner la dépense de faire des Coins
» pour des Princes qui ne devoient re-
»gner que pendant une année ? Ce seroit
» préter bien gratuitement aux Tripolins
des inclinations trop Bourgeoises.
n
Je ne le suivrai pas , Monsieur , dans
tour ce qu'il ajoûte pour résoudre une
difficulté encore plus grande, sçavoir, que
la Tête de ces Médailles représente Néron
au naturel , » sans qu'il soit permis
pour cela de dire que par précipitation ,
» par inadvertance ou par oeconomie , les
» Tripolins ont pris un Coin marqué au
>>Portrait de ce Prince , pour le faire ser-
>> vir aux Médailles de ses Successeurs. Le
P. P. nous dit là - dessus des choses rares ,
et auxquelles il n'y auroit pas lieu de
s'attendre. Par exemple , le Regne de Nerin
doux , sa mémoire précieuse , & c. quel
paradoxe !
Gest avec la même confiance que pour
prouver que les trois Princes dont il est
ici question , ont regné ensemble et de
concert , il nous raporte , pour autorité ,
environ trente Médailles des mêmes Empereurs
et de differens Cabinets , sur lesquelles
il trouve une conformité de res-
1. Vol. D vj
semblance
2624 MERCURE DE FRANCE
blance , & c. détail dont je ne trouve pas
à propos de charger ma Lettre.
Je ne la chargerai pas non - plus du
détail des
quatre inductions qui doivent
résulter , selon notre Auteur , des Médailles
qu'il vient de raporter , fortifiées
encore par la citation d'autres Médailles
, toujours pour prouver ce prétendu
Triumvirat d'Empereurs , qui subsista ,
dit-il , pendant une année entiere , & c .
Le P. P. entre ensuite dans une Discussion
du sentiment du sçavant Evê→
que d'Adria ( Philipe de la Torre ) et du
P. Pagi , sur la maniere dont les Egyptiens
comptoient les années des Empereurs
Romains , sentiment incommode ,
et qui ne se concilie pas avec celui de
l'Auteur, lequel cite là- dessus la fameuse
Médaille d'Hérode le Tétrarque, publiée
par M. Rigord, et qui est , dit- il, à present
chés M.Lebret. La citation de cette Mé *
daille , qui contient une Epoque impor-
* La Médaille d'Hérode le Tétrarque,publiée par
M. Rigord , à la tête d'une Dissertation adressée
M. Bégon en 1689. n'est jamais entrée chés M.
le Bret. M. Rigord la donna dès ce tems -là à M.
Bégon , c'est un fait de ma connoissance. Aussi ne
trouve- t'on point cette Médaille ni parmi les Mé
dailles rares du Cabinet de M. le Bret , gravées
deux fois , ni dans le Cabinet même de ce Magis
trat, dont on fait actuellement l'Inventaire à Paris.
I. Val. tante
DECEMBRE . 1735. 2528-
tante à la Chronologie , ne lui permet pas
d'omettre ce que le Cardinal Noris a
pensé de la maniere que les Juifs comp.
toient les années de leurs Rois ; sur quoi
l'Auteur de la Dissertation a la politesse
de déclarer qu'il ne prétend pas réfuter
ici le sentiment de ce sçavant Cardinal.
و ن
Il revient à Galba , parle du pouvoir
de Tribun du Peuple , donné pour la se
conde fois à ce Prince sur des Médailles
pour prouver qu'il a gouverné l'Empire
pendant deux ans , &c. et il finit après.
avoir mis tout en oeuvre pour faire quadrer
toutes choses avec ses idées au sujet
de ce prétendu Triumvirat de Galba ,
Othon et Vitellius .
Reste à prouver à notre Sçavant , que
Pescennius , Albin et Severe ont pareillement
gouverné l'Empire en Triumvirs ,
conjointement et de concert. Il fait d'abord
l'honneur au P. Hardouin d'avoir
le premier remarqué qu'après la mort :
de Commode , des Quinquevirs gouvernerent
l'Empire Romain ; sçavoir , Pertinax
, Julien , Pescennius , Albin et Severe
; et il prie qu'on le dispense de repeter
le grand nombre de Médailles sur
lesquelles sa découverte est , dit il , solidement
apuyée ; on peut , sans doute ,
I. Vol. l'en
2626 MERCURE DE FRANCE
l'en dispenser , puisque toutes ces Médailles
se trouvent déja dans Historia Augusta
du P. H Je vous demande à mon
tour dispense , Monsieur , de déduire ici
de quelle maniere le P. P. de l'Etablissement
de ces Quinquevirs , vient après la
mort de Pertinax et la retraite de Julien
, à faire regner Pescennius , Severe
et Albin , avec le titre de Triumvirs . Cela
me meneroit trop loin , s'il falloit sur
tout citer et discuter les Médailles raportées
sur ce sujet , et qui ne sont pas
en petit nombre , celle en particulier de
Pescennius , que les Antiquaires n'ont pas
connue jusqu'à present , mais qui seule , au
sentiment de notre Auteur , forme une
Démonstration complette..
>>
Eafiu ce Triumvirat , qui a duré deux
ans , est , selon lui , la chose du Monde
la plus constante . Si les Historiens n'en
ont pas parlé , tant pis pour eux. Voici
avec quelle dérision ils sont traités làdessus.
C'est un fait averé , dit le P. P.
» que les sages Historiens ont , sans dou-
» te , regardé comme de trop petite con-
» séquence , pour nous en instruire . Ad-
» mirez , s'il vous plaît , leur retenue et
sçachez leur gré de leur attention à ne
» pis surcharger leurs Récits de détails
» peu interessans. Heureusement pour
מ
I. Vol. nous
DECEMBRE. 1735. 2627
» nous les Médailles moins circonspectes
» supléent à leur silence.
La Dissertation finit dans le même esprit
qu'elle a été commencée et par les
termes que voici . » Il seroit à souhaiter
que les Personnes qui étudient les Mé-
» dailles , s'apliquassent moins à les expli-
» quer par les Historiens , que par elles-
» mêmes. L'autorité de nos Historiens y
» perdroit , sans doute ; mais la verité de
» I'Histoire ne pouroit que beaucoup y
» gagner.
Tel est , Monsieur , l'Edifice qu'on s'est
efforcé d'élever sur les ruines des Monumens
Historiques . Je n'ai pû vous en
donner qu'un Plan en racourci , ayant
d'ailleurs bien prévû que cet Edifice tomberoit
bien-tôt lui -même en ruine . Je
n'ai pas été trompé , une Réponse solide
à la Dissertation du R. P. Panel
annoncée dans le même Journal du mois.
d'Août , ne s'est pas fait attendre : on la
trouve dans la seconde Partie de ce Journal
, page 1585. sous ce Titre.
REPONSE DU P. TOURNEMINE ,
de la Compagnie de Jesus à la Dissertation
sur le Triumvirat de Galba , Othon et Vitellius
, et sur celui de Pescennius , Albin et
Severe , inserée dans les Memoires de Trévoux
, Article LXXIII.
I. Vol.
II
2628 MERCURE DE FRANCE
Il faut vous rendre un compte sommaire
de cette Réponse , et je finirai par
là ma Lettre , que l'importance du sujet
rendra peut-être un peu plus longue que
mes précedentes .
On ne s'attendoit pas , dit le R. P.
Tournemine , au commencement de sa
Réponse , qu'un nouveau Censeur des
Historiens viendroit substituer à l'Histoire
ancienne la plus connue , et la plus
autorisée , un Roman imaginé de nos
jours , et fondé uniquement sur des Médailles
expliquées selon des regles arbitraires
. L'Auteur de la Dissertation que
je réfute , s'est senti aparemment assés
de courage pour tenter une entreprise si
périlleuse Le mauvais succès du fameux
Antiquaire dont il suit les pas ,ne l'a point
effrayé , il attaque vaillamment et il n'at
taqué pas par l'Endroit le plus foible.
Il observe ensuite que l'élevation et
la chute précipitée de Galba , Othon er
Vitellius , leurs guerres sanglantes , l'avenement
de Vespasien à l'Empire , ne
sont pas des faits obscurs , indiqués plutôt
que raportés par des Auteurs d'un
temps éloigné.
En effet Josephe , qui avoit part à la ..
confiance de Vespasien , Tacite qui fut
Intendant des Gaules sous cet Empereur,
I. Vol
Plutarque
DECEMBRE. 1735: 2629 .
qui
.
Plutarque , Suetone , jeunes alors , mais
ont vécu avec les principaux Acteurs
de ces Scenes , sont les Auteurs du détail
des Evenemens dont il s'agit ici . Ils
avoient entre les mains , ils citent les
Memoires de Mucien , de Cluvius - Rufus
, de Messala , qui ont commandé ou
combattu dans ces Guerres , qui ont été
les ressorts de ces catastrophes. Dion , le
judicieux Dion , les a copiés : Théophile
d'Antioche , Clement Alexandrin , Jule
Affricain , Eusebe , S. Jerôme ; ces sçãvans
Chrétiens , d'une lecture immense,
n'ont fait qu'abreger dans leurs Ouvrages
Chronologiques , ces Historiens. On ne
remarque dans les Historiens de XVI.
siecles aucun vestige de contradiction sur
cette partie de l'Histoire Romaine pour
le fond ; et la difference de quelques legeres
circonstances ne sert qu'à prouver
qu'il n'y a eu nul concert dans les premiers
Historiens qui l'ont écrite .
,
L'Auteur de la Dissertation s'est - il
flaté , demande ici le R. P. Tournemine ,
que les Explications singulieres et contestées
de quelques Médailles , nous préviendront
contre une Tradition si authentique
? A- t'il esperé de nous persuader
que Galba , Othon , Vitellius , loin
d'être ennemis , ont gouverné de con-
La Vela cerk
2630 MERCURE DE FRANCE
cert l'Empire Romain pendant une année
, après laquelle Gilba seul a tenu la
puissance ôtée aux deux autres Trium
virs Tout homme sensé , ajoûte - t'il ,
avant que de décider , pesera les deux
autorités oposées . Les Historiens n'ont pû
se tromper sur des Faits publics , présens
, qui ont fait changer de face à l'Univers.
Il n'y a point de milieu , continuë- t'il,
ou les Historiens sont suposes , ou l'Auteur
de la Dissertation explique mal
les Médailles . Osera t'il soutenir que Josephe
, Tacite , Plutarque , Suetone , sont
suposés ? Il faut qu'il nous découvre les
motifs de cette fraude. Quel interêt ont
eu quatre Ecrivains d'un génie rare , assés
fort pour les obliger de feindre un Ro
man qui choquoit l'opinion commune ,
et qui les rendoit eux - mêmes la Fable de
l'Empire Romain ? & c .
Selon ce Sistême , il s'ensuit nécessairement
que tous les Ecrivains qui citent
Josephe , Tacite , Plutarque , Suetone ,
seront suposés . Théophile d'Antioche ,
Clement Alexandrin , Jule Africain ,
Eusebe, S. Jerôme , S. Ambroise , S. Augustin
, seront frapés du coup porté à
Josephe , à Tacite à Plutarque , à Suetone,
à Dion ; bien - tôt toute l'Antiquité
7
I. Vol.
sacrée
DECEMBRE. 1735. 2631
sacrée et profane sera envelopée dans
le Projet chimerique de certains imposteurs
, qui , nous dit - on sans aucune
preuve , se sont joüés de la crédulité des
hommes.
C'est ainsi , Monsieur , que le sçavant
Adversaire du P. P.rdéfend les droits
de l'Histoire , ou plutôt les droits de
la verité. Il pouvoit s'en tenir aux
raisops solides et invincibles que nous
venons de voir ; mais comme le Sistême
erronné lui tient à coeur , et qu'il s'agit
d'éclairer une Personne qui mérite d'ailleurs
qu'on n'omette rien pour le faire
revenir de sa prévention. Voici encore
quelques traits a oûtés aux précedens
qui ne doivent pas être oubliés.
"
,
>
» Le Guide de mon Adversaire , dit le
» P. T. s'est jetté dans ce précipice , il ne
» pouvoit l'éviter . Je l'en avertis lorsqu'é
» crivant contre le Cardinal Noris , il ne
» pouvoit se débarasser de quelques passages
de Josephe, de Tacite & de Dion;
» il se détermina en désespoir de cause
» à traiter ces Historiens d'Ouvrages su-
» posés , et il ne lui fut plus possible de
» s'arrêter sur le penchant où il s'étoit
» engagé. La suposition d'un Ecrivain en-
» trainoit celle de cent autres . Si on épar-
>> gnoit ceux qui l'avoient cité , on épar-
I. Vol. » gnoit
2632 MERCURE DE FRANCE
» gnoit des témoins qui réfutoient la su
position. Enfin le fameux Antiquaire
" en vint à ce sistême de la suposition
» presque universelle des anciens Livres ,
» sistême condamné par notre Compa-
» gnie , retracté par lui- même en 1708 .
» rejetté unanimement par tous les Sça-
» vans . J'avois démontré sans réplique à
» l'Auteur même , que son sistême ren-
>> fermoit douze impossibilités.
> Le P. Tournemine a au reste , trop
bonne opinion du P. P. pour croire qu'il
adopte jamais toutes ces visions . Mais
ce Pere ne peut , dit- il , refuser de déclarer
nettement s'il prétend que Josephe,
Tacite , Plutarque , Suetone , Dion , sont
des Auteurs suposés ; s'il n'ose revoquer
en doute leur authenticité , la question
est jugée. L'autorité de quelques Médailles
, qui sont peut- être contrefaites , dont
la Légende est au moins obscure , ne balancera
jamais dans des esprits sensés , l'au÷
torité non contestée de plusieurs Historiens
contemporains sur des faits publics
et presens.
Le docte deffenseur de l'Histoire éxa
mine ensuite de quel poids doit être le
témoignage des Médailles , puisque l'Auteur
de la Dissertation et son Maître , ne
fondent leur Roman que sur elles seules.
1. Vel
I m'est impossible , Monsieur , de le
suivre dans cet éxamen sans exceder de
beaucoup les bornes que je dois me prescrire.
Je me contente de reconnoître que
tout m'y paroît solide , conforme à la
raison et à l'experience . L'article , sur
tout , qui concerne les Médailles contrefaites
, est de main de Maître , et l'avanture
du jeune François repentant , et
avoüant lui- même ses adroites faussetés
au Cardinal Gualterio, est digne d'une attention
particuliere.
Je me contenterai de vous dire qu'on
ne sçauroit être trop scrupuleux sur cet
article , et je vais l'être moi- même plus
que jamais , après le Fait tout recent que
voici . J'ai reçu le mois passé , de Syrie ,
un petit sac tout rempli de Médailles de
bronze , Grecques et Romaines , veritablement
antiques. Rien ne me frapa tant
d'abord que deux Othons de grand bronze
, assés - bien conservés , à l'exception de
la tête , fort maltraitée par le visage ; on
lit distinctement CAES. AVG . IMP. M.
OTHO. Et sur le Revets dans une
Couronne de laurier S. C. Je ne fus pas
long-temps dans l'erreur ; car avec un peu
de reflexion , je reconnus par l'inspection
de la Tête , et par l'éxamen des Lettres
, que ces deux Médailles , quoiqu'in-
1. Vol. contestable
2634 MERCURE DE FRANCE
contestablement antiques , ont été ainsi
changées en Othon par un habile Fourbe ,
lequel a commencé par défigurer le visage
qui auroit décelé la fraude , et qui après
avoir fait disparoître la veritableLégende,
y a fabriqué le mieux qu'il a pû , celle des
Médailles d'Othon ; pour faire une Piéce
rare et qui manque communément dans
les suites de bronze . Tous les Connoisseurs
sont convenus de la falsification ;
le P. Joubert n'a pas oublié cette adroite
maniere de proceder pour tromper les
Antiquaires. C'est la septiéme des neuf
qu'il raporte dans son curieux Traité de
la science des Médailles.
Vous voyez par.là , Monsieur , qu'on
ne risque rien de conclure avec le P. T.
dans le Fait dont il s'agit ici , qu'il est
plus facile de falsifier trente Médailles
que de prouver la suposition de dix His
toriens , cités de siecles en siecles jusqu`
nous ;qu'on ne peut donc oposer les M
dailles au témoignage des Historiens re
connus jusqu'ici pour contemporains
Vous admettrez aussi , je crois, cette Maxime
, placée un peu plus bas dans sa réponse
, Qu'il nefaut jamais chercher la verité
loin du sens commun .
Je serois trop long , comme je l'ai déja
dit , si j'allois extraire ici tout ce qu'on
I. Vol. lit
DECEMBRE. 1735. 2635
lit dans la suite de cette reponse au sujet
des doutes et des difficultés proposées
par le P. P. pour soutenir le premier
Triumvirat. Toutes ces difficultés s'évanouissent
par la maniere exacte et solide
avec laquelle elles sont ici discutées , ensorte
qu'on ne peut pas s'empêcher de
reconnoître qu'il ne reste à l'Auteur de
la Dissertation , aucune preuve , même
éloignée , de son prétendu Triumvirat
d'Othon , de Galba et de Vitellius ; et
les Historiens sont hors de toute atteinte
de ce côté- là.
que
Vous présumez déja , sans doute ,, que
la seconde attaque du P. P. sur le Triumvirat
de Severe, Albin , et Pescennius , aura
le même sort , et vous ne vous trompez
pas , puisqu'elle se trouve fondée sur des
principes aussi ruineux que la première
et que les mêmes autorités , les mêmes
raisons solides servent à la repousser.
Les Médailles produites ou alleguées sont
examinées avec la même saine critique ,
et on fait voir évidemment que celles qui
marquent une espece d'union entre ces
concurrens à l'Empire , sont conformes
en cela aux Historiens . Je suis obligé ,
Monsieur , de m'arrêter ici en me souvenant
toujours que c'est une Lettre que je
vous écris , et que celle ci passe déja les
bornes ordinaires. En
2636 MERCURE DE FRANC .
En finissant je reçois le Journal de Trevoux
de ce mois , ( Novembre ) dans - lequel
page 2372. je trouve encore une ju
dicieuse critique de la Dissertation du P.P.
sous le nom de REFLEXIONS de M. L...
Antiquaire de l'Académie Litteraire de
Lyon , addressées à Messieurs les Auteurs
des Mémoires de Trevoux. On assure à la
fin de ces Reflexions que l'Auteur est un
celebre Antiquaire , dont ces Mémoires
ont fait mention plus d'une fois avec
Eloge &c. J'espere , Monsieur , autant
que je le souhaite , que le R. P. P. reviendra
bientôt de ses préventions , et
qu'en éxercant son bon esprit et ses talens
sur des sujets solides et interes-
Sans , il continuëra de travailler utile,
ment pour le Public.
Je suis , & c .
A Paris , le 29. Novembre 1735.
1. Vol. CANDECEMBRE.
1733. 2637
Q
CANTIQUE
Tiré de divers Endroits d'Isaïc
et de Feremie.
Uel charme vainqueur du monde
Vers Dieu m'éleve aujourd'hui ?
Malheureux l'homme qui fonde
Sur les hommes son àpui !
Leur gloire fuit et s'efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers ,
Ou de la fleche rapide ,
Qui loin de l'oeil qui la guide
Cherche l'oiseau dans les airs.
*
De la Sagesse immortelle
La voix touche et nous instruit.
Enfans des hommes , dit-elle ,
De vos soins quel est le fruit ?
Par quelle erreur , ames vaines ,
Du plus pur sang de vos veines
Achetez- vous si souvent
Non un pain qui vous repaisse
Mais un ombre qui vous laisse
Plus affamés que devant ?
638 MERCURE DE FRANCE
*
Le pain que je vous propose ,
Sert aux Anges d'aliment ;
Dieu lui même le compose
De la fleur de son froment ;
C'est ce pain si délectable
Que ne sert point à sa table
Le Monde que vous suivez.
Je l'offre à qui me veut suivre ;
Aprochez ; voulez-vous vivre i
Yenez , mangez et vivez.
Sagesse , ta parole
Fit éclore l'Univers ,
*
Posa sur un double Pole
La Terre au milieu des Mers.
Tu dis , et les Cieux parurent ,
Et tous les Astres coururent
Dans leur ordre se placer.
Avant les siecles tu regnes ; ོ །།
Et qui suis- je que tu daignes
Jusqu'à moi te rabaisser a
Ho
Le Verbe , image du Pere ;
Laissa son Trône éternel
Et d'une mortelle Mere
Woulut naître homme et mortele
7. Vol.
Comme
DECEMBRE. 1735 2539
Comme l'orgueil fut le crime
Dont il naissoit la victime ,
Il dépouilla sa splendeur ,
Et vint pauvre et miserable ,
Aprendre à l'Homme coupable
Sa veritable grandeur.
25
L'ame heureusement captive
Sous ton joug trouve la paix ,
Et s'abreuve d'une eau vive
Qui ne s'épuise jamais.
Chacun peut boire en cette onde ;
Elle invite tout le monde ;
Mais nous courons follement
Chercher des sources bourbeuse
Et des citernes trompeuses
Dont l'eau fuit à tout moment}
EXTRAIT d'une Lettre de M. Pellicot ;
Docteur en Médecine , écrite de S. Chamas
en Provence , sur un Cas extraordi
naire de Médecine.
UN
و
N Bourgeois du Lieu de S.Chamas,
en Provence fut attaqué d'une
Diarihée fort douloureuse , qui dégenera
ensuite en un Tenesme ; un jour étant
IVola E ij sur
2640 MERCURE DE FRANCE
sur la selle , il sentit couler avec une vive
douleur quelque chose de long et de
mol vers l'anus , il crût que ses intestins
étoient tombés , il en fut extrémement
éfrayé , on envoya chercher sur le champ
un Frere qu'il a , qui est Maître Chirurg
gien , lequel , surpris comme les autres
Parens , conseilla de m'apeller ; j'allai dans
le moment chés lui , et je fus fort étonné
moi-même de voir tomber de l'anus cette
partie d'intestins , qui se détacha un mo¬
ment après , et tomba dans le bassin ; je
le pris et l'éxaminai de près , je découvris
que c'étoit la membrane interieure des
gros intestins , elle avait environ sept à
huit pieds de long , elle étoit assés mince,
glanduleuse , er veloutée en dedans.
La chûte de cette partie de membrane
a été , sans doute , causée parun sel grossier
corrosif, qui a irrité et excorié tout
le tour de cette premiere membrane, qui
est tombée ensuite , tant par le mouve
ment peristaltique , ou par son propre
poids , que par les éforts que faisoit le
malade ; je songeai d'abord à le soulager
et à le guerir , je le fis vomir pour faire
passer par le haut les matieres qui auroient
pû encore irriter la membrane ner
veuse qui étoit à découvert , et pour ar
rêter plus facilement par ce moyen le
4 Vol
Tenesme
DECEMBRE. 1735. 2841
il
Tenesme ; je prescrivis ensuite tous les
adoucissans tant par le haut que par le
bas , faisant abstenir le malade des bouillons
, ne lui donnant que des panades
faites avec le jaune d'oeuf, par ce moyen
recouvra bientôt une santé parfaite dont
il joüit encore aujourd'hui , en foi de tout
ce que j'avance il a donné son Certificat ,
avec son Frere le Chirurgien , & c.
L'Original est signé Pellicot D. M. et
accompagné de deux Certificats , l'un du
Malade et l'autre du Chirurgien son Frere
du 16 Septembre 1733. signé Canelle .
Nous donnons cette Piéce dans le tems
que nous la recevons, on ne marque point
la cause de son retardement.
L'Enigme du mois dernier a été faite
sur la Bougie. Le mot du premier Logogriphe
est Melun , où se trouvent le, Lun,
Lune, Nue , Ne , En , Mule , Elu , Mue,
Len. Et le mot du second Pantoufle
Is Vol. E ij ENIGME.
2842 MERCURE DE FRANCE
ENIGM E.
E Sprits de la moyenne classe¸
Non , logeant auprès d'Apollon ,
Mais qui vers le bas du valon
Comme moi, n'occupant qu'une très-foible place
Ne pouvez l'admirer en face ,
Et n'avez de lueur qu'un reflet de Rayon 7
C'est à vous seuls que je fais don
D'une Enigme qui m'embarasse ;
Voyons si vous pourrez en deviner le nom .
Je suis d'un salutaire usage §
Sçait-on bien m'employer ? on gagne l'avantage,
Et le titre de Grand Seigneur :
Mais pour acquerir cet honneur
'A combien d'ennemis faut- il livrer bataille
Combien de sang versé par moi pour ce renom
Enfin combien d'humains envoyés chés Pluton ;
Pourtant ne croyez pas que je sois rien qui vailles
Lecteur , voici le mal ; plus haut, j'ai dit le bon ,
Je finis en disant que sans être poisson ,
J'ai pourtant ma demeure entre une double
écaille.
J..... de Paris.
1. Vol.
LOGODECEMBRE
. 1735: 2643
O
*****
LOGOGRYPHE.
Nze , trois , six , cinq , avec deux ;
Je suis tout contrefait , bossu , tortu , boiteux }
5. 4. I. 2. fruit que l'on mange ,
7.2 . 1. 5. et 3. ce qui très - souvent change } 3. 11. 9. je suis Patriarche
d'honneur
,
9. 6. 10. 3. et 11. un grand Legislateur
9. 4. 10. et 3. la douzième
partie ,
De ce qui sert de regle au cours de notre vie
9. 6. 1. 10. et 2. seche et non sans odeur ,
je te tiens à coeur , 8.9.10.
.
7. 8. 1. 10. 3.2 . j'offre grande riviere ;
7. 8. 1. 10. et.3 . meuble de ménagere ,
8. j . 10. 2. vaste pays ,
7. 8. 5. 10. et 3. ornemens de logis ,
3. 10. 8. 1. je t'offre un très puissant Royaume
5.4.7. je suis d'un grand usage à l'homme ,
5. 8. 7. 2. je suis excellent à manger >
5. 8.7. 11. c'est l'oeuvre du boulanger ;
7. 4. 5. 8. 3. 2. pierre précieuse ,
5. 10. 11. animal de nature jaseuso ;
Tenant dans les couleurs les deux extrémités ,
I. 8. 10. 3. et 3. dix termes usités ;
1. 10. je suis un ton connu dans la musique ;
5. 6. 3. 11. enfin terme d'Aritmetique ;
Lecteur , je suis bien moins aisé que tu ne crois
Devine si tu peux, je te le donne en trois.
M. D. B. d'Aix en Provence.
I. Vol. iiij AUTRE
2644 MERCURE DE FRANCE
A
AUTRE
U sein des mers, fatal mêmé aux corsaires,
Sans tête , qualité de la plupart des Peres ,
Six lettres rassemblent mes traits ,
A deux joignez un , tout le monde .
Se sent vaincu par mes atraits ,
Quoique souvent de taille plate et ronde
Retranchez cinq et six,je suis Cure à Paris ,
Sous le nom d'un grand Saint , très- saint en Paradis
,
5. et 3. 4. et 2. je parle ; quel prodige ! <
Quoi sans corps et sans ame ? oui , sur tout dans
les bois
5
31 est plus d'un Amant que mon langage oblige,
Le mien seul est , Lecteur , insensible à ma voix.
AUTRE.
1 .
Effet d'une grande chaleur ,
Je déplais fort au marin qui voyage
Et même quelquefois je remplis de terreur ,
Les champs , la ville et le village .
I. & 2. objet sans pareil ,
J'éblouis plus que le Soleil .
Trois , quatre et cinq , sept fois j'ai paru dans le
monde ;
En rejettons encor ma nature est feconde
Souvent d'un furieux je déchire le coeur ;
;
I. Vol. On
DECEMBRE . 1735. 2645
On trouve en moi le cris d'un Herault qui de
vance ,
Un Prince ou Seigneur d'importance ,
Un pont , du bled ...hola ! qui suis-je donc i
Lecteur ?
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX ARTS , & c.
1
EMOIRES DE SELIM , Frere de Ma
homet II . traduits du Turc . Par
M.... à Paris , chés Pierre Ribou , vis➡
à vis laComédie Françoise,àS.Louis 1735+
in 12-
DISCOURS sur la spiritualité et l'immortalité
de l'Ame de l'Homme , par un
Docteur de la Faculté de Théologie de
Paris, à Paris , de l'Imprimerie de Pierre
Simon , rue de la Harpe , vol . in 4. de
203. p. L'Ouvrage est en Latin.
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens , dess
Carthaginois , des Assyriens , des Babilo
niens , des Medes et des Perses , des Ma
cédoniens , et des Grecs.Par M. Rollin, an
cien Recteur de l'Université de Paris
Professeur d'Eloquence au CollegeRoyal
IFol E v ex
2646 MERCURE DE FRANCE
et Associé à l'Académie Royale des Ins
criptions et Belles- Lettres. Tome 8. A
Paris , chés la veuve Etienne , Libraire
ruë S. Jacques 1735. in 12. de 726. p .
PENSE'ES DU PERE BOURDALOUE , de
la Compagnie de Jesus , sur divers Sujets
de Religion et de Morale. A Paris , chés
Cailleau , Rollin , Frault Pere , et Bordelet,
1734. in 12. 3. vol.
EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Dom
Toussaints du Plessis , de l'Abbaye S.
Germain des Prés , au sujet de la Dissertation
sur le Soissonnois , &c.
J'
'Ay lû , Monsieur , avec plaisir la Disi
sertation de M. le Boeuf sur le Soissonnois.
Il y a du profit à faire dans cette
lecture ; mais le Sçavant Auteur n'à point
levé tous mes doutes. Avant le celebre
Sanson , bien du monde croyoit que le Noviodunum
Suessionum étoit notre Noyon
d'aujourd'hui. Il croyoit lui , que c'étoit
Soissons même , et il l'a fait croire à tous
ceux qui sont venus après lui . Comment
s'y est- il pris pour cela ? Il a commencé
par détruire le sentiment qu'il combattoit
et ensuite il a apuyé le sien . Cette méthode
n'étoit point à rejetter. Nous sommes
en possession de croire que Novio
I. Vol.
2.1.33A
DECEMBRE . 1735. 2647
B
num Suessionum est Soissons. Il faut commencer
par nous prouver que cela ne se
peut ; nous en serons après cela plus disposés
à croire que ce pouroit bien
être Noyan. Or il me semble que M. le
Boeuf n'a point prouvé cette impossibilité
; et cependant si rien n'implique d'ail
leurs , pourquoi ne seroit- ce pas Soissons
même plutôt que Noyan ?
Mais , dit M. le Boeuf , Noviodunum
étoit sur une montagne , et Soissons est
dans une Vallée . Il n'est point prouvé que
Noviodunum fut sur une montagne ; Ce
sar ne le dit point. Le mot le marque ,
replique M. le Boeuf Dunum dans la
Langue Gauloise signifie une Montagne .
Je répons que c'est cela même qu'il falloit
prouver ; et puisque c'est- là l'unique
fondement de la Dissertation , la chose
en valoit bien la peine . A cela il n'y a
rien autre chose à faire qu'à citer des autorités
; et c'est ce que le Public a droit
d'attendre.

Or ces autorités ne seront pas toutes
également recevables . On nous citera
peut-être des Géographes qui l'ont avancé
aussi bien que M. le Boeuf. Je les recuse. "
Ce n'est point dans des questions de cette
nature que l'on croit les Gens sur leur parole.
Je demande bien des preuves à M.
I. Vol. E vj le
2648 MERCURE DE FRANCE
le Boeuf à plus forte raison en demande
rois-je à la plupart d'entre eux..
n'a
:
>
Se rejettera- t'on par comparaison sur.
d'autres Villes , dont les noms sont terminés
en Dunum , et qui sont en effet situées
sur des montagnes cette autorité
?
pas plus de force que la premiere.Une
Ville peut être située sur une montagne ,
et avoir tiré son nom de toute autre
chose que de la montagne même. D'ail
leurs se sent on assés de courage pour
entreprendre de prouver que Noyon même
, Nevers, et toute autre Ville dont les
nom est terminé en Dunum , étoientincontestablement
situées sur une montagne ?
s'il en faut excepter quelques unes , pourquoi
le Noviodunum Suessionum ne seroitil
pas de ce nombre là ? Et il faut bien
faire attention que toutes ces Villes dont
je parle ici , doivent être Celtiques, c'està
dire avoir tiré leur nom de la Langue
Celtique même. Sans cela on ne prouveroit
rien , puisqu'il s'agit uniquement ici:
du sens que le mot Dun , ou Dunum a
dans la Langue Gauloise.
Enfin , poura- t'on dire encore , Dun:
signifie si bien une Montagne , que les
Dunes en ont retenu le nom . Je pourois
repondre qu'il signifie si bien uneRiviere,
qu'il y a des Rivieres pareillement qui ne:
I. Vol
S'apellent
DECEMBRE . 1735. 2640
s'apellent point autrement que le Dun
Il y en a une de ce nom fort connue dans
le Pays de Caux. Mais nous ne demandons
pas en general ce que Dun signific.
Nous demandons ce qu'il signifie dans
la Langue Celtique . Or c'est sur quoi il
ne faut qu'ure simple discussion grammaticale
, mais bien raisonnée , et d'une
bonne main . M. le Boeuf est très en état
de s'en acquiter , s'il le veut.
f
Mais voici , ou je suis fort trompé , à
quoi aboutiront ses recherches. Dun dansla
LangueTeutonique signifie, à la verité,
une Montagne ; er de- là sont venus parmi
nous depuis l'établissement de la Nation
Françoise dans les Gaules , les noms de
Dunes , Dunkerque , Chateaudun , et une
infinité d'autres semblables . Mais dans la
Langue Gauloise ou Celtique , Dun signifie
profondset de-là sont venus le Dun
nom de Riviere ; la Dordogne , autre nom
de Riviere que les Celtes écrivoient Dwr→
dûn , c'est-à- dire Eau profonde ; et bien
d'autres semblables. De- là enfin a dû ve
ir aussi Noviodunum , puisque ce nom
est plus ancien dans les Gaules que
la Mo
archie Françoise.
Or si Dunum , chés les Celtes, ne signi
Moit point une Montagne , le nomde No
iodunum ne peut plus prouver que cette
L Fol Ville
.1
2650 MERCURE DE FRANCE
Ville des Soissonnois fut située sur une
Montagne . Par consequent ce ne sera
plus
Noian ; et M. le Boeuf sera peutêtre
obligé d'en revenir avec le commun
des Sçavans à la Ville de Soissons même .
A Paris , le 15. Novembre 1735.
METHODE POUR ETUDIER L'HISTOIRE
avec un Catalogue des principaux Historiens
et des Remarques sur la bonté
de leurs Ouvrages et sur le choix des
meilleures Editions. Par M. l'Abbé Lan◄
glet Dufresnoy. Nouvelle Edition , augmentée
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ques. A Paris , chés Pierre Gandouin
Quay des Augustins , in 4.
ANNE'E ECCLESIASTIQUE , ou Instrue
tion sur le Propre du Temps et sur le
Propre et le Commun des Saints , &c.
Tome V. A Paris , chés Lottin , rue
S. Jacques , 1735. in 12.
HISTOIRE des Révolutions de Polo
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Monarchie jusqu'à la mort d'Auguste II.
Deux volumes in 12. Par M. l'Abbé des
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1. Vole CALEN
DECEMBRE. 1735.
1735. 2651
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Naissance de J. C. et les Grégoriennes
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M. Sauveur , fils de feu M. Sauveur , &c.
A Paris , chés Barbon , 1735. Brochure
in folio.
HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE
dédiée à Nosseigneurs du Clergé , par .
le P. Jacques de Longueval , de la Compagnie
de Jesus. Tome VIII . depuis l'an
1086. jusqu'à l'an 1138. A Paris , chés
François Montalant , J. B. Coignard ,
Hypolite - Louis Guerin et Jacques Rollin
, fils , 1734. in 4 de 558 , pages , non
compris la Table des Matieres.
On vend actuellement chés Prault ;
fils , Libraire , Quay de Conty , vis - à- vis
la descente du Pont Neuf , à la Charité,
les Tomes III. et IV . des Discours Critiques
et Historiques sur la Bible de M.
Saurin , continuée par M. Rocques , Ministre
à Basle. Ces deux volumes sont
ornés , ainsi que les deux premiers , de
très - belles Figures , gravées sur les Desseins
de Mrs Hoct ,Houbcaken et Picart,
et quoique Mrs Saurin et Picart soient
I. Vol.
moras
1652 MERCURE DE FRANCE
morts , les Continuateurs de cet Ouvrage
ont si bien entrés dans l'esprit de ces
premiers , tant pour les Discours que
pour les Gravûres , que le Public en sera
satisfait. On en trouve chés le même Li
braire de quatre differens papiers , c'està-
dire , papier Médian , papier Royal ,
papier Super- Royal , et papier Imperial
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République des
Lettres. &c. A Paris , chés Briasson , ruë
S. Jacques , à la Science , M: DCC. XXXIV .
Je vais , Monsieur , vous donner une
idée des deux volumes qui ont suivi
ceux dont je vous ai parlé dans ma derniere
Lettre , c'est- à -dire , des Tomes
XXIX. et XXX . Le premier contient
P'Histoire de 33. Sçavans , dont voich
les noms.
» François Bianchini , Joseph la Brosse,
» Guillaume Canter , Jean Caramuel
Lobkowitz , Nicolas le Comte , Pierre
Cresper , Charles Annibal Fabrot
»
·
» Théodore Gaza , Lilio Grégorio Giraldi
, Jean Baptiste Giraldi Cinthio
» Pierre le Givre , Melchior Haiminsfeld
Goldast , Simon Goulart , Jean-
» Vincent Gravina , Guarini Guarino ,
Thomas Ittigius , Daniel l'Ermite ,
»Leam
DECEMBRE. 1735. 2653
-
-
Jean Leusden , Jean Henri Maius ,
Jean Baptiste Pocquelin de Moliere ,
» Pierre Nicole , Conrad Pellican , Louis
le Roy , Guy- Louis Seckendorf, Fre-
>> deric Spanheim , Frederic Spanheim le
Fils , Jean Sturmius , Jacques Sylvius ,
Jacques Philipe Thomasini , Jean-
» George Trissino , François Turrien ,
Geoffroy Vallée , et Marc- Jerôme Vida
Parmi ces Sçavans , j'ai crû devoir vous
raporter l'Article entier de Joseph la
Brosse , par préference à tout autre , tant
parce que cet Article est curieux , qu'à
cause de l'interêt que vous y prendrez ,
sans douter
Joseph la Brosse naquit à Toulouse
Fan 1636. d'une bonne famille.
Après avoir fait ses Etudes d'Huma
nités, il entra dans l'Ordre des Carmes
Déchaux , et y reçut , suivant la coûtule
nom d'Ange de saint Joseph.
Il fit ensuite sa Philosophie et sa Théo-
Logie , après lesquelles il souhaita de se
consacrer aux Missions , et il en obtine
la permission de ses Supc.ieurs.
il alla dans ce dessein à Rome en
1662. et il y étudia l'Arabe , sous le P.
Celestin de Sainte Liduvine , Frere du
fameux Jacques Golius , dans le Convent
de S. Pancrace,
Ir Vol. Ayant
2654 MERCURE DE FRANCE
Ayant été destiné par le Pape Alexandre
VII . aux Missions du Levant ,
avec trois autres Carmes , ils partirent
de Rome le 12. Novembre 1663. et arriverent
à Smyrne le 5: May 1664. et
ensuite à Hispaham le 4. Novembre
suivant.
Le P. la Brosse y aprit le Persan du
P. Balthazar, Carme Portugais , et se mit
en peu de mois , par son aplication , en
état de prêcher en cette Langue.
Il demeura pendant 14. ans tant en
Perse qu'en Arabie , et fut Prieur d'a
bord à Hispaham et ensuite à Bassora.
Cette derniere Ville ayant été enlevée
par les Turcs à Hassen , Prince des Arabes
, les Missionnaires qui avoient besoin
de la protection de leur nouveau Maî.
tre , envoyerent le P. la Brosse à Constantinople
, pour obtenir du Grand- Sel
gneur , par l'entremise de M. de Noin
tel , Ambassadeur de France , des Let
tres qui les autorisassent à demeurer dans
Je Pays.
Il partit de Bassora le 13. Avril 1678. et
arriva à Constantinople le 4. Novembre
suivant. Il fut fort bien reçû de M. de
Nointel , qui lui donna des Lettres Patentes
de Consul pour le Prieur de Bassora
, et lui communiqua les Capitula-
I. Vol. tions
DECEMBRE. 1735. 265
tions entre la France et la Porte , à la
faveur desquelles il obtint ce qu'il demandoit.
Quelque tems après il reçut des Let
tres du Cardinal Cibo , qui l'apelloient
à Rome de la part du Pape Innocent XI.
El s'embarqua le 21. Mars 1679. sur un
Vaisseau Venitien , mais le mauvais temps
le retint près de six mois sur Mer , et
i ne pût arriver à Rome que le 18 , No
vembre.
Il y eut de longues Audiences du Pape,
qui lui fit des liberalités considera
bles. Il y vouloit faire imprimer son
Trésor de la Langue Persane ; mais il
crut qu'il le feroit plus commodément
à Paris.
Il arriva dans cette Ville le 10. Août
de l'année suivante 1685. et songea
publier son Trésor , dont il obtint le Pri
vilege ; mais l'Edition en fut retardée, sur
ce que le General des Carmes , qui étoit
alors à Bruxelles , l'y apella et le fit Vistteur
General des Missions de Hollande.
Lorsque le temps de cet Employ fur
fini , on l'envoya en Angleterre , où il
fit les fonctions de Missionnaire sous le
Regne de Jacques II . mais ayant été
On apelle ainsi le Traité d'Alliance et de
Commerce , qui est entre les deux Puissances.
1. Vol
obligé
2656 MERCURE DE FRANCE
obligé d'en sortir , il se retira en Irlande,
où il demeura quelques années.
Rapellé enfin dans sa Patrie , il fut d'abord
Prieur du Convent de Perpignan
ensuite Définiteur Provincial , Vicaire
Provincial , et enfin Provincial en 1697 .
Il faisoit en cette qualité la visite du
Convent de Perpignan , lorsqu'il tomba
malade , et mourut en cette Ville le 29.
Decembre de cette année 1697. âgé de
1. ans.
Catalogue de ses Ouvrages.
1. PHARMACOPEA PERSICA , ex Idio
mate Persico in Latinum conversa. Opus
Missionariis Mercatoribus , cæterisque
Regionum Orientalium_lustratoribus nécessarium.
Accedunt in fine specimen Notarum
in Pharmacopeam Persicam , & c. Paris
, 1681. in 8. pp . 370. Le Traducteur
a mis à la tête une sçavante Préface , où il
découvre des fautes grossieres de la Version
Persane de l'Evangile , que Brian
Walton a fait entrer dans la Polyglotte
d'Angleterre. Cette Critique lui en a attiré
une autre de la part de Thomas Hyde,
qui à la fin de la Cosmographie de Pe
ritsol , use à son égard de récrimination ,
et l'accuse même de n'être point l'Auteur
de la Version de la Pharmacopés
Le Vele dont
DECEMBRE . 1735.- 2657
dont on est redevable au P. Mathieu de
5. Joseph. Mais c'est une chose avancée
cans fondement.
2. GAZOPHILACIUM Lingua Persarum
triplici Linguarum clavi Italica , Latina ,
Gallica , nec non specialibus præceptis éĵusdem
Lingua reseratum. Amstelodami , 1684-
in folio. On trouve dans ce Dictionnaire
des Remarques curieuses sur la Perse et
sur les Voyages de l'Auteur.
Je pourois, Monsieur , donner de mon
chef encore quelque étenduë à cet Article
du P. Ange de S. Joseph , que nous
avons , vous et moi , souvent vû à Toulouse
, où M. son Frere étoit Capitou!
et avec lequel j'ai depuis été en commerce
Litteraire jusqu'à sa mort. Vous
sçavez qu'il étoit à Alep durant le Consulat
de M. Baron , et tout ce qu'il nous
a dit de ce digne Consul. J'ai encore
présentes plusieurs circonstances essentielles
que je tiens de lui , et qui ne s'accordent
pas avec ce qui est dit de M. Baron
, par raport à ce Consulat , dans la
Vie de M. Picquet ; son Prédecesseur ,
imprimée depuis peu à Paris , mais ce
n'est pas ici le lieu de s'étendre sur ce
sujet , que j'ai entamé ailleurs.
$
Le Dictionnaire intitulé Gazophilacium
Lingua Persarum, est le plus impor
Ja Vol
tant
658 MERCURE DE FRANCE
1
rant Ouvrage et le plus utile qui ait en
core paru dans ce genre , aussi est- il
précedé d'Eloges et d'Aprobations ma
gnifiques. On peut consulter les diffe
rens Journaux qui ont parlé de ce Livre
, et en particulier l'Article VII . du
1. Volume des Nouvelles de la Répub,
des Lettres , Mars 1684. p. 66. Cet Ouvrage
du P. Ange , devenu assés rare ,
se trouve actuellement àParis chés le sieur
Briasson , à la Science . Ceux , dit Bayle,
dans l'Art. que je viens de citer , qui
n'ont nulle envie d'être Missionnaires ,
ni d'entendre les Langues , ne laisseront
pas d'acheter ce Dictionnaire , s'ils sça- p
vent qu'on y trouve en Latin , en Fran- v
çois et en Italien , divers Faits et diverses
Particularités , &c. Il est en effet rempli
d'Observations curieuses et deRemarques
Historiques.
Il me reste à vous parler dans cette
Lettre du XXX. Tome des Memoires ,
&c. C'est à la tête de ce Volume qu'on
voit pour la premiere fois le nom du
R. P. Niceron , Barnabite , qui en est
l'Auteur , étant inutile , dit- il à la fin
d'une courte Préface , de suprimer ce
que personne n'ignore.
Les Ecrivains dont il est parlé dans ce
dernier Tome , sont Jean Joconde
1. Vol
» Jean
DECEMBRE. 1735. 2659
Jean Dartis , Guillaume des Autels,
Philipe Buonanni , Jacques de Reves ,
Charles Clusius , Bon de Merbes , Ala-
» manno Rinuccini , Joseph Acosta ,
»Thomas Reinesius , Domizio Calderini ,
Pierre Lambecius , Edouard Bernard ,
Bernardin Telesio , Chrétien Daumius,
Suffride Petri , Michel Neander , Luc
» Gauric , Scipion Chiaramonti , Cecco
» d'Ascoli , Jacques Lect , Nicolas Ca-
#therinot Nicolas Camusat , et Elie
Vinet.
Parmi les Articles les plus interessans
et les mieux remplis , je crois vous faire
plaisir de vous donner ici celui du sçavant
Lambecius dans son entier.
Pierre Lambecius naquit à Hambourg
l'an 1628. d'Heinon Lambecius , Arithméticien
, celebre par ses Ecrits en ce
genre.
Après avoir fait ses premieres études
dans sa Patrie , il alla visiter les Universités
de Hollande et de France , aux
dépens de Luc Holstenius, son Oncle ma
ternel , et il y fit de grands progrès dans
les Belles - Lettres et dans la Jurisprudene.
Il n'avoit encore que 19. ans lorsqu'il
publia un Ouvrage sur Aulugelle ,
qui mérita l'aplaudissement des Sçavans.
Il demeura huit mois à Toulouse chés
1. Vel. Charles
2660 MERCURE DE FRANCE
Charles de Montchal , Archevêque de
cette Ville , et ce fut aparemment pendant
ce tems - là qu'il se fit recevoir Licentié
en Droit.
Etant allé à Rome , il y passa deux
années chés le Cardinal François Barberin.
De retour à Hambourg , il fut fait
Professeur en Histoire le 13. Janvier
1652. et on lui donna le Rectorat du
College de cette Ville le 12. Janvier.
1660.
Il eut mille chagrins à essuyer dans
ces postes , tant parce qu'il trouvoit peu
de docilité dans ses Ecoliers , dont il ne
sçavoit pas se faire obéir , que parce que
ses envieux l'accuserent d'Eterodoxie, et
même d'Atheisme , et critiquerent aigrement
sa maniere d'enseigner et ses Ŏu
vrages.
Un mariage malheureux qu'il contracta
en 1662. avec une vieille femme fort
riche , mais très - avaricieuse , mit le comble
à son infortune. Il ne fut pas longtems
à se lasser de sa compagnie , et il
prêta aussi- tôt après l'oreille aux propositions
de la Reine de Suede , Chris
tine , qui étoit alors à Hambourg , et qui
lui conseilla de se retirer ailleurs. Il abandonna
donc cette femme et sa Patrie le
1. Vol.
14
DECEMBRE . 1735. 2661
14. Avril 1662 ,quinze , jours seulement
après son mariage , et se retira à Vienne.
Après avoir eu l'honneur d'y saluer
l'Empereur , il passa à Rome , où il fut
bien reçû du Pape Alexandre VII. et où
la Reine Christine qui s'y étoit renduë ,
lui donna toutes sortes de marques de
bienveillance.
Ce fut alors qu'il fit profession publique
de la Religion Catholique , qu'il
avoit embrassée déja secrettement en
1647. pendant son séjour en France , par
les soins du P. Sirmond , Jesuite ; ce qui
ne l'avoit pas empêché de professer jusques-
là à l'exterieur la Religion Luthérienne.
Il retourna sur la fin de l'année 1662 .
à Vienne , où l'Empereur le fit d'abord
le 27. Novembre , son Sous- Bibliothecaire
, et peu après , c'est à- dire le 26.
May de l'année suivante 1663. son Bibliothecaire
en chef , à la place de Mathias
Mauchter , qui s'étoit démis de cet
Employ , et il lui accorda de plus les Titres
de son Conseiller et de son Historiographe.
Il remplit la place de Bibliothecaire jusqu'à
sa mort , et s'y fit une grande réputation
par les Ouvrages qu'il publia.
Les Auteurs ne s'accordent point sur
. 1. Vol. F le
"
2662 MERCURE DE FRANCE
)
, le tems ni sur le genre de sa mort.
Henri Witten veut qu'elle soit arrivée
au mois de Septembre
1679. Henri Meibonius
, dans son Introduction
à l'Histoire
de Saxe , dit qu'il mourut à Vienne
de la peste le 24. Mars 1680. Daniel
Nesselius , d'un autre côté , avance dans
son Breviarium
et Supplementum
Commentariorum
Lambecianorum
, que Lambecius
mourut au mois d'Avril 1680. d'hydropisie
. Il est plus juste de s'en raporter
à Nesselius , qui ayant été le successeur
de Lambecius
dans la place de Bibliothecaire
, devoit être mieux instruit de ce
qui le regardoit que les autres . Il n'est
pas même difficile de le concilier avec
Meibonius
, en disant que ce dernier a
suivi le vieux stile , pendant que l'autre
a suivi le nouveau , et que le 24. Mars
de l'un apartient au mois d'Avril de l'autre
; et en ajoûtant qu'il peut se faire que
Lambecius ait été veritablement
attaqué
de la peste , et qu'une hydropisie
jointe
à ce mal , ait contribué à le lui rendre
plus funeste , et ait avancé sa mort. Pour
ce qui est de Witten , on ne doit pas
faire beaucoup d'attention
à son autorité;
car on sçait que cet Auteur a ramassé
sans beaucoup de choix dans son Diarium
Biographicum
, tout ce qu'il trouvoit dans
I. Vol les
DECEMBRE . 1735. 2663
les Livres qu'il copioit , et qu'il s'est
trompé en une infinité d'occasions .
Suit le Catalogue raisonné des Ouvrages
de Lambecius , en onze Articles
que je ne raporterai point ici dans leur
entier , crainte d'exceder de beaucoup les
bornes d'une Lettre . Je vous exposerai
seulement ce qui est dit dans le VII .
au sujet de l'Ouvrage composé par ce
Sçavant en qualité de Bibliothecaire de
S. M. I sous le titre de Commentariorum
de Augusta Bibliotheca Casarea Vindebonensi
Libri octo . Vindebona 1665. et seq.
huit vol. in fol.
,
Lorsque Lambecius se trouva chargé
de la Bibliotheque Imperiale de Vienne,
dit le P. Niceron , il se proposa d'abord
de faire trois Catalogues des Livres qui
la composoient. Il prétendoit ranger ces
Livres dans le premier , suivant l'ordre
des Numero qu'ils portoient. Dans le second
, suivant les differentes matieres
dont ils traitoient ; et dans le troisiéme
selon l'ordre Alphabetique des noms de
leurs Auteurs . Il commença ce grand
travail le second Catalogue , qu'il crut
devoir partager en 25. Livres. Le premier
étoit destiné à l'Histoire de cette Bibliotheque
depuis ses commencemens
jusqu'au tems de l'Auteur, et il le donna
en 1665.
Fij
par
Le
2664 MERCURE DE FRANCE
Le second devoit contenir des Recherches
sur le nom de la Ville de Vienne ,
sur quelques Manuscrits concernant cette
même Ville , et sur les Livres de la Bibliotheque
Ambrosienne et de celle de
Bude , transportées dans la Bibliotheque
Imperiale ; celui - ci parut en 1669. Les
trois suivans étoient pour les Manuscrits
Grecs de Théologie , et ils furent imprimés
, le troisiéme en 1670, le 4. en 1671 .
et le 5. en 1672.
2
Le sixième devoit contenir les Manuscrits
Grecs de Jurisprudence et de Medecine
, et Lambecius le fit paroître en
1673. Les 7. 8. et 9. étoient destinés aux
Manuscrits Grecs de Philosophie , d'Histoire
, tant Ecclesiastique que Profane
et de Philologie ; et l'on a le 7. qui fut
imprimé en 1674. et le 8. que l'Auteur
donna en 1679. Ce fut à cela que se termina
le travail de Lambecius , qui étant
mort l'année suivante , ne peut aller plus
loin.
Les 5. Livres suivans jusqu'au 14. inclusivement
, devoient renfermer les Manuscrits
, soit Latins , soit Italiens , Espagnols
, François et Allemans , concernant
la Théologie , le Droit , la Medecine
, l'Histoire et la Philologie . Le 15.
étoit pour les Manuscrits Orientaux ,
I. Vol. c'estDECEMBRE.
1735. 2605
7
1
c'est- à- dire , Hébreux , Siriaques , Arabes
, Turcs , Persans , Chinois , & c . sur
toutes sortes de matieres . On devoit donner
dans le 16.une Liste de 3000. Médail
les , et d'autres Raretés ou Antiquités ,
qui embellissent la Bibliotheque de Vienne
; et dans le 17 un Recueil de 1000 .
Lettres choisies , écrites pendant les deux
derniers siecles , soit aux Bibliothecaires
de l'Empereur , soit par ceux - cy à divers
Sçavans , et qui servent à éclaircir des
Faits raportés dans les Livres précedens.
Le Catalogue des Livres imprimés devoit
remplir les 6. Livres suivans ; et le
25. ou dernier , étoit réservé pour une
Histoire Litteraire universelle , dont)
Lambecius avoit commencé à publier
l'Essay en 1659. On ne peut disconvenir
qu'il n'y ait quantité de choses singulieres
et curieuses dans l'Ouvrage de
Lambecius, mais il est trop diffus , et l'Auteur
y fait entrer bien des choses inutiles.
Daniel Nesselius , son Successeur
en a donné un Abregé , auquel il a ajoûté
la Liste des Manuscrits Grecs dont Lambecius
n'avoit point parlé , et des Manuscrits
Orientaux de tout genre.
JERUSALEM DELIVRE'E , Poëme Heroïque
du Tasse , traduit en François . Nou
( 1. Vol.
Fiij velle
2666 MERCURE DE FRANCE
velle Edition , revûë et corrigée. A Paris
, chés Jacques Barois fils , Quay des
Augustins , à la Ville de Nevers 1735. in
12. 2. vol.
OBSERVATIONS sur la Comédie et sur
le Génie de Moliere. Par Louis Riccoboni .
A Paris , chés la veuve Pissot , Quay de
Conty , à la Croix d'or 1736. in 12.
Nos Lecteurs auroient bien à se plaindre
si nous ne parlions pas plus au long
de cet Ouvrage qui est generalement
goûté.
L'ANATOMIE D'HEYSTER , avec des Essais
de Physique sur l'usage des parties
du Corps Humain , et sur le méchanisme
de leurs mouvemens. Enrichie de
nouvelles figures en taille- douce . Seconde
Edition , revûë , corrigée et augmentée
considerablement. A Paris , chés Jacque
Vincent , ruë S. Severin , 1735. in 8 .
و
INSTRUCTIONS ECCLESIASTIQUES ET BENEFICIALES,
suivant les principes du Droit
Commun et les usages de France . Seconde
Edition , corrigée et augmentée
considerablement , dans laquelle on trouvera
les usages particuliers aux divers Parlemens
du Royaume , et des Observa-
1. Vol. tions
DECEMBRE. 1735. 2667
tions importantes prises des Mémoires du
Clergé. Par Jean-Pierre Gibert , Docteur
en Théologie , et Jurisconsulte. A Paris,
chés Pierre J. Mariette , ruë S. Jacques ,
1736. in 4. 2. vol.
DISCOURS EVANGELIQUES , sur diferentes
verités de la Religion , et d'autant plus
utiles dans chaque état,que les sujets et les
desseins en sont plus particuliers , et plus
rarement traités . Les Textes sont pris
ordinairement des Evangiles de l'Avent
et du Carême. Par le P. L. R. D. S. D.
Tome I. A Paris , chés Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie , de Billy , Quay des Augustins
, le Clerc , Grand'Salle du Palais ,
et Clousier , rue S. Jacques , 1735. vol..
in 12. p . 265.
HISTOIRE DU PRINCE TITI , A. R. A
Paris , chés la veuve Pissot , Quay de
Conty , à la Croix d'or , 1736. in 12. de
274. P.
On prétend que ce Livre est de M. de
S. Hyacinte , Auteur du Chef- d'oeuvre
d'un Inconnu. Le même Libraire a sous
presse la Conformité des Destinées , qui sera
en vente le mois prochain.
Montalant , Libraire , Quay des Au-
I. Vol.
Fiij gusting
2668 MERCURE DE FRANCE
gustins , donne avis au Public , qu'on
trouve chés lui l'Ouvrage de M. Gibert ,
sur le Droit Canon , en 3. vol . infol. intitulé.
Corpus Juris Canonici per regulas naturali
Ordine digestas usuque temperatas ,
ex eodem fure et Conciliis , Patribus , atque
aliunde desumptas , expositi . Opus , tam in
rebus obscuris claritate , tam dispersis collectione
ac delectu , in contrariis conciliatione
eximium , simulque indicibus ac præfationibus
, notisque quamplurimis et exquisitis
illustratum .
Le même Montalant donne avis qu'on
trouve chés lui , le sixième vol . du˚ Dictionnaire
Geographique de la Martiniere ,
contenant les Lettres K. L M. L'on y
trouve aussi les cinq premiers vol. du
même Ouvrage.
Le même Libraire vient de finir une
Traduction Françoise des Tables Astronomiques
de feu M. de la Hire , donnée au
Public par M Godin Godin , de l'Académie
Royale des Sciences , vol. in 4. Il vend
encore le Recueil de Consultations sur les
Matieres Beneficiales et Ecclesiastiques ,
par feu M. de Cormis , Avocat au Parle
ment de Provence. En deux vol. in fol .
imprimé cette année .
On imprime actuellement chés Prault
I. Vol. fils
DECEMBR E. 1735. 2669
fils , Quay de Conty , à la descente du
Pont Neuf , les Egaremens du coeur et de
P'esprit , ou les Mémoires de M. de Meilcourt
, premiere partic.
L'aprobation qu'on a donnée aux petits
Morceaux de Poësie Latine qui ont été inserés
dans les precedens Mercures , nous
engage de ne pas priver le Public de celles
qui pouront nous venir d'une aussi bonne
main . La Picce qui suit sur l'Origine
de la Poësie , merite d'éxercer quelque
Muse Françoise par une Traduction qui
ne fasse rien perdre à l'Original .
ORIGO POE SEO S.
Empore quo primum effusi sine lege per
agros ,
Errabant homines , jam linguâ interprete , sensus
Exprimere , et certis norant signare loquelis ;
Nec sua sermoni deerat facundia ; sed , quæ
Liberiore gradu flueret , verbisque solutis ,
Nil coeleste , nihil supra mortale sonaret .
Cùm subitò , coeli demissa ex arce Poësis
Adstitit , invisâque dedit se ' luce videndam ,
Et confessa Deam est : olli frons ardua , fronti
Plurima majestas : dulci stant lumina flammâ ,
Et sacer, afflatur congestis mentibus ardor
Composito incedit gressu , saltuque decoro
1. Vol.
FY Pulsat
2670 MERCURE DE FRANCE
Pulsat humum , sed vix terræ vestigia signat ,
Fertque solo sublime caput non immemor ortusẽ
Nectunt vincla pedes ; at nil tamen indè movetur
Segniùs , ex ipso venit sua gratia nexu' ,
Captivam sua vincla juvant , stringique deco
rum est.
Quà secumque tulit , clementior aura favoni
Aspirat , circum rident vernantia prata ,
Omnis et in flores se protinus induit arbor :
Illa canit segetes , silvasque, et pascua, et amnes;
Indè sono graviore Deos, laudesque Deorum
Dum canit, interea Faunos Driadesque videres
Saltare in numerum ; gelidis in vallibus Echo
Auditura sonos attentas præbuit aures ,
Auditosque refert ; imis caput extulit antris
Nereidum uda cohors,pendetque canentis ab ore
Et mirata suos tenuerunt flumina cursus
Quin Pater omnipotens fulmen jam mole cadu
cum
Sustinet , irarum oblitus ; vis tanta Poësi est .
C. P.
D'Anvers. Le second vol. in folio des
Actes des Saints du mois d'Août , par
les R R. PP. Sollier , Pinius , Cuper et
Bosch , de la Compagnie de Jesus , est
en vente chés Vander Plaoche , et se trouve
à Paris , chés de Bure , le fils Quay
des Augustins.
I. Vel. On
DECEMBRE . 1735. 2671
On a publié à Londres une Histoire
du Théatre Anglois , où l'Auteur examine
les Pieces les plus celebres , et rend
compte du succès de leurs Représentations.
,
On aprend de Cambridge , que M.
Richard Dawes Membre du College
d'Emmanuel , qui a entrepris une Traduction
en Vers Grecs du Paradis Perdu
de Milton , se propose de la faire imprimer
par souscription.
Adrien Moetjens , Libraire à la Haye ,
délivre la nouvelle Edition des INTERETS
PRESENS et pretentions des Puissances
de l'Europe, par M. Rousset, 3. vol . in 4-
"
DESCRIPTION EXACTE des Curiosités
naturelles du riche Cabinet d'Albert Seba,
avec de magnifiques figures en tailledouce
Tome second . A Amsterdam
chés F.Wetstein
et Guil. Smith > 1735-
in fol . Alb . Seba locupletissimus Rerum
NaturaliumThesaurus , &c.
و
TRAITE DU BON CHYLE pour la pro
duction du sang , où l'on voit outre les
causes ordinaires qui le corrompent
plusieurs Maladies connues. Il contient
1. Vol Fyj aussi
2672 MERCURE DE FRANCE
aussi les moyens de les prévenir , et les
Remedes pour les guerir , in 12. 2. VƠlumes
1735. A la Haye, chés Pierre Gosse,
Libraire.
HISTOIRE de ce qui s'est passé de plus
memorable en Angleterre pendant la Vie
de Gilbert Burnet , Evêque de Salisbury.
A la Haye , chés Jean Neaulme , 1735 .
in 4. 2. vol. Tome I. p . 866. Tome II.
page 756.
SUITE des Lettres de M.... sur la Bibliotheque
Italique ou Histoire Litteraire
de l'Italie. Tomes VI. & VII. 1729.1730.
Je commence , Monsieur , par le I I.
Art. du VI . Tome , lequel rend compte .
du second volume du Recueil des Ouvrages
du Cardinal Noris , contenant ses
Ouvrages Chronologiques. Les Journalistes
assurent d'abord qu'on ne peut lire
ce volume sans être frapé de la profonde
Erudition de ce sçavant Cardinal , et sans
admirer la justesse et la penetration de
son esprit . Je ne m'y arrêterai point ; les
Extraits de ces Ouvrages si remplis d'Erudition
, menent toûjours beaucoup plus
loin qu'on ne s'étoit proposé , d'ailleurs
la réputation de ce Cardinal est établie
depuis trop long- temps , et ses Ouvrages
I. Vol. sont
DECEMBRE. 1735. 2673
sont trop connus des Gens de Lettres ,
pour entrer sur cela dans aucun détail .
Dans l'ArticleV.les Journalistes fort l'Eloge
Historique de M. Jean Zannichelli,
habile Chimiste d'Italie , né à Modene en
166 2. Il ne se livra pas à la seule Chimie
la Botanique et tout ce qui apartient
à la Pharmacie , à l'Histoire Naturelle
& c. fut l'objet de son étude . Dès
l'âge de 22. ans il fut Aggregé au College
des Apotiquaires de Venise . Il mourut
le 1. Janvier 1729.
Article VI . Observations sur quelques
Fragmens de Vases antiques de Verre ,
trouvés dans les Cimetieres de Rome ,
I. Vol. in fol . Florence 1726. Cet Ouvrage
, écrit en Italien , est le premier qui
ait parû uniquement pour expliquer cette
sorte d'Antiquité. Il est de M. Buonarruoti
, Senateur à Florence. Il y exa
mine sept choses . 1 ° . Ce que sont ces
anciens Verrcs. 2 °. Comment ils sont
faits. 3 ° . Ce que les Anciens en ont dit .
4. Dans quels endroits ils ont été tronvés.
5. Pourquoi on les mettoit dans les
Cimetieres. 6 °. Quelle est leur Antiquités
et enfin dans quels Lieux on les conserve
present , afin que ceux qui voudront les
éxaminer scachent où les trouver.
à
Art . VII . De la Legende de Gregoire VII.
I. Vol. La
2674 MERCURE DE FRANCE
La Legende de Gregoire VII. n'étant guere
connue decà les Monts , que par quelques
Extraits , les Auteurs de la Bibliotheque
Italique ont crû qu'il étoit à propos
de la placer toute entiere dans leur
Journal. Ils y ont joint quelques Notes ,
et ils remarquent que la Mémoire de ce
Pape étoit déja en veneration à Rome de
temps immemorial , comme on le voit
dans M. Fleury et dans les Acta Sanctorum
du P. Papebrock. Gregoire XIII . lui
donna place dans le Martyrologe Romain
en 1584. En 1609. Paul V. en fit
composer l'Office en faveur des Habitans
de Salerne , chés qui Gregoire VII. étoit
mort , et qui révéroient sa mémoire. La
Ville de Sienne où ce Pape avoit pris naissance
, reçût aussi cet Office . Alexandre
III. l'introduisit depuis dans les Basiliques
de Rome. En 1704. ou 1705. le
Pape Clement XI. accorda le même Office
à l'Ordre de Cîteaux , et en 1710. il
l'accorda à tous les Benedictins , à la priere
du Procureur Général de cet Ordre.
Enfin Benoist XIII . ayant vû une Histoire
Manuscrite de Gregoire VII . dit à
M. Maïella qu'il en étoit charmé , et qu'il
vouloit absolument qu'on en recitât POE
fice dans toute l'Eglise . Là dessus M. Tedeschi
, Secretaire de la Congregation des
I. Vol.
Rits,
DECEMBRE 1735. 2678
, Rits , eut ordre de rendre cet Office pu.
blic . On l'accuse d'avoir plutôt suivi dans
les Leçons , les expressions dont on se sert
en Sicile ,, qquuee celles qu'on lit dans les
Eglises de Rome , qui sont beaucoup
moins fortes sans comparaison.
Art. VIII Suite de la Lettre du Comte
de .... sur le caractere des Italiens . Cette
Partic de la Lettre , considere leur caractere
du côté des Etudes et des Sciences.
L'Auteur commence par éxaminer l'attention
que les Italiens donnent à leur
Langue. C'est une chose generalement
reconnuë que les Milanois ont la prononciation
tronquée et rude , que les
Toscans l'ont precipitée et vite , mais entiere
, que les Romains l'ont lente , mais
moins que les Napolitains , et beaucoup
moins que les Calabrois. Entre les differens
Idiômes Italiens , le Toscan a toûjours
passé pour le meilleur , et entre les
Villes de Toscane , Florence et Sienne se
disputent la superiorité. L'Auteur paroît
déferer la preéminence aux Florentins
dont il croit que le Langage est plus
conforme à ce qui nous reste du bon siecle
, c'est- à- dire du XIV. où elle fut por
tée à une telle perfection , qu'elle devint
dès lors la regle des meilleurs Ecrivains de
l'Italie . Cependant comme elle fut extre
1. Vol. mement
2676 MERCURE DE FRANCE
mement épurée par les Auteurs qui Aleurirent
dans le XVI. siecle , on ne s'empresse
pas moins de l'enrichir et de l'illustrer
, sans s'éloigner cependant de la
premiere institution . Ce qui a le plus
contribué à soûtenir et à perfectionner la
Langue dans Florence , est l'Académie de
la Crusca , qui doit elle- même sa naissance
à l'Académie Florentine , fondée sous
le Grand Duc Cosme I. L'Auteur ajoûte ,
qu'à la verité la Langue Italienne avoit
long-temps soufert par la négligence des
Ecrivains Italiens , qui composoient en
d'autres Langues que dans la leur propre,
soit sur les Sciences , soit sur les Arts.
Mais depuis le Redi & Leonard de Capone
on reconnut l'utilité et l'avantage qu'il
y auroit pour la Langue Italienne , de la
rendre dépositaire des Ouvrages qu'on
voudroit donner au Public Il fait ensuite
l'énumeration des meilleurs Ecrivains
qui ont illustré l'Italie depuis un siecle .
Les Nouvelles Litteraires de ce VI. T.
sont contenues dans l'Art. IX . et dernier.
En voici le Précis . De Rome. Le Pape
Clement XII. peu de temps après son
Elevation au Pontificat , fut choisi par.
l'Académie des Quirini , pour Dictateur
perpetuel . Sa Sainteté a fait choix du
Cardinal Quirini , pour Bibliothecaire du
Vatican.. De
DECEMBR E. 1735. 2677
De Verone. Tumèrmanni qui a si bien
executé l'Edition des Ouvrages du Cardinal
Noris ,doit avoir aussi executé deux
Projets de souscription , qu'il proposa au
Public en 1729. comme il est annoncé
dans ce Journal. L'une pour les Acta Sincéra
du P. Ruinart sur l'Edition de Hol
lande, en y joignant les Actes de S. Ferme
et de S. Rustique , que M. le Marquis
Maffei a donnés à la fin de son Histoire
Diplomatique , et peut être d'autres Actes
que l'on esperoit de recevoir . L'autre
souscription regardoit le S. Clement Alexandrin
Grec et Latin , sur l'Edition d'Ox.
ford de Potter , en conservant les Notes
de cet Editeur , et celles de Gentien Hervet
, de Heinsius , et de Silburge , en y
ajoûtant des Variantes tirées de deux
MM. précieux. L'Ouvrage de Dom Ruinart
devoit couter aux Souscripteurs
37. liv . 4. f. de Venise , et le S. Clement
en deux Tomes , pour lequel on a fondu
des caracteres neufs , 90. liv . même monnoye.
د
M. Maffei a donné ses soins à une belle
Edition de S. Hilaire 2. vol . in fol . après
celle de Paris du P. Coutant , avec des
Variantes tirées de deux M M. très anciens
du Chapitre de Verone. Les mêmes
M M. lui ont fourni quelques endroits.
I. Vol. des
2678 MERCURE DE FRANCE
des Pseaumes differents du texte imprimé.
TOME VII . Ce Volume contient XIII .
Articles , dont le premier regarde encore
le Colombier ou le Monument des Affranchis
et des Serfs de Livie , er des Cesars,
decouvert à Rome en 1726. sur la voye
Appia. Monument dont il a déja été
parlé dans le IV . Vol . de ce Journal . Ce
qui donne lieu d'y revenir ici , c'est la
nouvelle explication , et les éclaircissemens
plus détaillés , que le sçavant M.
Gori a fournis sur ce Monument , lequel
est enrichi de 20. Planches parfaitement
belles , et auquel M. Salvini a ajouté des
Notes . A Florence , vol. in fol. 1727. On
assure que cet Ouvrage est fort au dessus
de celui de M. Bianchini. Il est d'autant
plus curieux , qu il contient des Dimensions
exactes de cette Chambre Sepulcrale
, que divers sçavans avoient prises
avec soin , avant la ruine de cet édifice
outre les desseins d'un grand nombre de
bas reliefs , de culs de lampes , de vignettes
, et plus de 300. Inscriptions Sepulcrales
. On trouvera dans le Journal
même le nom des Illustres Personnes de
qui M. Gori tient toutes ces recherches
curieuses , aussi- bien qu'un plus ample dé
tail de l'Ouvrage de ce Sçavant.
Le second Article est employé à l'Ex-
I. Vol.
trait
DECEMBRE. 1735. 2679
trait d'un Ouvrage de M. Fontanini sur
les Antiquités d'Orta , Colonie des Errusques
, vol. in 4. à Rome 1723. troisiéme
Edition .
Article III. Voyage Historique d'Italie.
Tome 2. à la Haye , chez Maville 1729.
L'Auteur du Voyage parle de Lorette
comme un homme qui ne croit pas beaucoup
à tout ce qu'on en raconte. Il remarque
, en parlant de Rome , qu'il est
peu de Voyageurs , qui ayent reussi à en
donner une Description exacte , tant cette
grande Ville est remplie de Curiosités
de toute espece. Quoique le Gouvernement
soufre les Courtisannes , comme il
tolere les Juifs , il est faux , dit il , que
l'on tire aucun tribut de leur infame commerce
, sur quoi il remarque que les Papes
ont fait de beaux établissements en
faveur des filles qui sont pauvres. Il y a
même une Confrerie de Personnes charitables
, qui distribuent tous les ans par
les mains de Sa Sainteté , des dotes sufisantes
pout établir 2 ou 300 filles. Ce qui
a pû donner lieu à publier que les filles
de joye étoient non - seulement tolerées à
Rome , mais qu'elles y étoient même protegées
, moyennant un certain tribut
vient , selon l'Auteur du Voyage , de ce
que les Papes se sont apliqués une par-
I. Vol.
>
tie
2680 MERCURE DE FRANCE
tie des revenus que l'abondance des aumônes
des fideles produisoit aux filles repenties
. L'Auteur du Journal donne une
raison qui paroît plus vrai - semblable , sçavoir
, qu'on oblige ces courtisannes de
faire écrire leurs noms dans un Registre
public , et qu'elles payent alors quelque
chose à l'Ecrivain qui les enregistre . Aureste
cette précaution se prend pour les
distinguer des honnêtes femmes , et pour
les assujettir à beaucoup de charges humiliantes.
L'Auteur du Voyage traite en
suite de la Loterie de Génes , qui est un Jeu
fort en vogue à Rome , et qui ruine une
infinité de gens dans cette Ville et dans toute
l'Italie ; puis de l'Académie des Arcadi,
de la Place Navonne , de l'Air de Rome,
de la maniere de vivre des Italiens à la
campagne , et d'autres particularités semblables
, sans omettre celles qu'un bon
Protestant se fait ordinairement un devoir
de raporter , ou même de suposer
dans l'occasion .
ARTICLE VI. Plan de l'ancien Théatre
Eugubio. C'est à M. Passionei , frere de
M. Passionei , Archevêque d'Ephese , et
Nonce Apostolique auprès des Cantons
Catholiques , que le Public est redevable
de la belle Estampe de ce Théatre. On
trouve l'Eloge de l'Auteur à la fin de cet
Article. L'Art
DECEMBRE . 1735. 2681
L'Article VI. contient deux Lettres sur
la voix des Eunuques , l'une de M. Vernet
à M. Vallisnieri , et la Reponse de
ce Sçavant: Les Auteurs du Journal ont
donné l'une et l'autre en Latin : Les Sçavans
qui s'apliquent à l'étude de la Phisique
et de la Medecine en particulier ,
liront ces Lettres avec plaisir.
On trouve dans l'Article suivant la suite
de la Lettre du Comte de ... sur le caractere
des Italiens. Il y examine le progrès
et l'état present de la Poësie parmi les
Italiens. L'Auteur y donne une liste des
meilleurs Ecrivains qui ont fleuri ou qui
brillent même en Italie du côté de la Poësie
, soit Dramatique , soit Comique , Melo
Dramatique , Lyrique , Satirique , Pastorale
, et Impromptus. Les Auteurs du
Journal y ont joint une notice des Poëtes
qui y sont cités , et de leurs meilleurs.
Ouvrages .
L'Article XI. est très curieux . Il traite
d'une découverte précieuse dont M. Egizio
a fait part au Public dans un Ecrit ,
qui a pour titre S. C. de Bacchanalibus
& c. ou Explication d'une ancienne Table
de Bronze du Cabinet de l'Empereur à
Vienne , qui contient un Decret du Senat
de Rome contre les Bacchanales. Vol. in
fol. Naples 1729. avec deux Planches
1. Vol.
dont
)
2682 MERCURE DE FRANCE
dont la premiere contient la Table et
l'Inscription , et la seconde représente des
Bacchantes , et quelques autres figures
qui conviennent aux Misteres de Bacchus.
Ce Monument , l'un des plus curieux de
l'antiquité, qui soyent venus jusqu'à nous,
fut trouvé en 1640. à Tivoli dans l'Abrusse
, l'orsque le Prince J. B. Cigala
fit jetter les fondemens d'un Palais de
Justice. La découverte de la Table dont
il s'agit , fit connoître que cette Ville devoit
son origine aux Komains . Elle est
de Bronze d'environ un pied en quarré ,
rompue et resoudée en quelques endroits .
Sur cette Table est gravé en Lettres Romaines
assés grossierement faites , le Decret
du Senat contre les Bacchanales , lequel
fut fait l'an de Kome 567. sous le
Consulat de Spurius Postumius , et de Quintus
Martius . Plusieurs Auteurs avoient
déja donné connoissance de cette Piéce
mais personne ne l'a mieux fait , et n'a
donné ce Decret en meilleur état que M.
Egizio , sçavant Avocat de Naples. L'évenement
qui a donné lieu au Decret
est raporté dans Tite Live. Decad . 4. L.X.
dans les anciennes Editions et l . 39. c. 8.
& 9. dans celles qui sont divisées en Livres
et en Chapitres .
L'Ouvrage de M. Egizio est propre-

I. Vol.
ment
DECEMBRE. 1735. 2683
ment un ample, Commentaire sur ce mor
ceau d'Histoire. Les Journalistes disent
qu'il est comparable en toute maniere aux
Ouvrages d'Erudition des Casaubons , et
des Manuces La premiere partie instruit
de tout ce que l'Auteur a recueilli des
Historiens , des Poëtes , même des Peres
de l'Eglise , sur ces Fêtes consacrées à Bacchus
. La seconde traite particulierement
de ce Decret, dont il explique les endroits
obscurs.
Dans l'Article XIII.contenant les Nouvelles
Litteraires , qui finit ce Volume ,
les Journalistes à l'Article de Florence
annoncent par souscription le Commentaire
d'Eustatius sur Homere , dont M. Politi
seul a eu le courage de donner une
bonne Traduction Latine avec des Notes
pour l'éclaircissement du Texte. Il devoit
être en 10. volumes , Grecs et Latins ,
avec des Remarques et des Prolegomenes
de l'Abbé Salvini , et des Indices fort
amples. L'Article de Venise contient l'Annonce
d'une Dissertation curieuse d'un
Benedictin de Raguse , dans laquelle il
prétend que l'Isle près de laquelle S. Paul
a fait naufrage , n'est point I Isle de Malthe
, située à la hauteur des côtes de Sicile
, comme on le croit communément ,
mais une autre Isle située dans le Golphe
1. Vol. Adriatique
2684 MERCURE DE FRANCE
Adriatique près des côtes de Dalmatie ,
apellée Meleda.
Le Samedi 12. Novembre , l'Académie Roya
le des Sciences tint son Assemblée publique , રે
laquelle présida le Comte de Maurepas , Ministre
d'Etat .
M. Lemeri ouvrit la Séance par la lecture d'un
Mémoire de Chimie sur les Vitriols. Il fait voir
dans ce Memoire , que du Colcothar on peut tirer
une quantité considerable d'Alun .
M. Cassini , le Fils , nouvel Académicien , lut
ensuite un Mémoire , dans lequel il raporte les
operations qu'il a faites cette année avec M. Ma
raldi , en traçant une nouvelle perpendiculaire à
la Méridienne de l'Observatoire Royal de Paris.
M Boulduc finit la Séance par un Mémoire où
il donne l'analise chimique des Eaux de Forges ;
il examine principalement la source nommée la
Cardinale .
On donnera un Extrait de tous ces Mémoires.
On aprend de Lisbonne, que l'Académie Royale
de l'Histoire s'assembla le 25. Octobre, à l'oc
casion de l'Anniversaire de la Naissance du Roy
de Portugal, et que le Marquis de Valença , Directeur
de la Compagnie , prononça un Eloge de
S. M. P. Dans la même Séance le Marquis d'Alegrete
, Secretaire de l'Académie , présenta au
Roy de Portugal le premier tome de l'Histoire
Généalogique de la Maison de Bragance , composée
par feu Don Antoine Gaëtan de Souza
Clerc Regulier de la Divine Providence , qui étoit
de cette Académie. On fir ensuite la lecture de
diverses Dissertations de Don Alexandre Ferreira
, de Don Antoine de Andrade Rego , du Pere
1. Vol. André
DECEMBRE. 1735. 2585
et de Don Augustin Gomes André de Barros
Guemarens.
LETTRE de M. Cochin à M.D.L.R. du
1. Dec. sur les Estampes de S. Le Clerc.
J
ges a
8+
E vous prie instamment, Monsieur, d'avoir la
bonté d'annoncer dans votre Mercure , que j'ai
presentement en ma possession plusieurs suites de
Planches du celebre Sebastien Le Clerc , dont le
nom seul fait l'éloge ; l'excellence de ces Ouvra
donné occasion de les copier presque tous ,
et je met crois obligé d'en avertir les Curieux
afin qu'il n'y soient pas trompés , quoiqu'en les
éxaminant bien , il seroit aisé de le connoître ;
car outre qu'ils n'ont pas à beaucoup près le
même esprit ni l'art que M. Le Clerc répandoit
avec tant d'abondance dans ses admirables productions
, et qui les distingue d'une maniere particuliere
de tous les Ouvrages de ce genre , il y
en a plusieurs dont les actions sont à gauche,
comme celle de l'Histoire de Louis XI V. et
celles de l'Histoire de Lorraine ; mais comme il y
en a quelques - unes qui sont gravées de façon
qu'elles viennent du même côté que les Origi
naux , comme l'Académie des Sciences & le Triomphe
d'Alexandre , et que l'on a contrefait dans
ces Planches les Dedicaces et le nom même de M.
Le Clerc , certainement dans l'intention de les
faire recevoir comme originales ,ce qui en effet a
trompé plusieurs personnes qui ne les ont pas examinées
d'assés près. D'ailleurs ceux qui ont les
copies pour les débiter , ont fait courir le bruit
que les Originaux étoient à un prix exorbitant ,
et que les Planches en étoient usées, mais on s'est
aperçu que les leurs n'étoient que des copies : cela
1. Vob G A
2686 MERCURE DE FRANCE
a pourtant fait à la veuve de M.le Clerc un torr
considerable , en interrompant le débit. Je me
crois obligé d'avertir les Curieux que ces Planches
sont en bon état et telles qu'elles sont
sorties des mains de M. Le Clerc. On les mettra
un prix raisonnable , et dont les Amateurs
et lesMarchands auront lieu d'être contens : à la
bonne heure que les copies se vendent comme
copies;il me paroft seulement que l'on devroit en
effacer le nom de M.Le Clerc comme le Graveur
sans lui ôter le merite de l'invention ,
Lès marques d'amitié dont vous m'avez tou
jours honoré , Monsieur , me donnent la confiance
que vous voudrez - bien m'accorder ce
que je vous demande , tant pour moi que
pour M. Jeaurat, gendre de feu M. Le Clerc, mon
ami , lequel a lui- même grand nombre de Planches
de son beau- Pere,et comme les éxemplaires
des miennes se trouveront indiferemment chés
lui comme les siennes chés moi , et que nous demeurons
en même maison , rue S. Jacques , visà-
vis l'Eglise des Mathurins,vous me ferezun très
sensible plaisir d'indiquer les siennes avec les
miennes , parce qu'elles font ensemble une por
tion considerable de l'oeuvre qui interessera , sans
doute , les vrais Curieux. Je suis, Monsieur, &c.
Catalogue des Planches de M. Le Clerc
que M. Cochin a en sa possession.
Deux Planches ; sçavoir , l'Académie des Scien
ces , et le Triomphe d'Alexandre.
Une representant le Cabinet de M. Le Clerc.
Huit de l'Histoire de Louis XIV.
Deux , l'une de la prise de Mons , et l'autre de
celle de Menmelian .
1. Vol Deux
DECEMBRE. 17
Deux autres , l'une de Tobie , er
enlevé dans un Char de feu.
Trente-six Planches , tant grandes c
de l'Histoire de Lorraine ; sçavoir douz
cinq Plans ; celui de Vienne , de Mayen
de ,de Philisbourg , et de Bonne. Six V
six Lettres grises , deux fleurons , cinq
Lampes.
Quatre Planches ; sçavoir , une grande \
remplie de chifres , deux Médailles ornées c
mes ; Alexandre et Hercule apuyés sur un
et une Vignette où le Roy est avec M. Co
Une Planche representant le May des Gobe
Deux des Plafons du Palais du Roy de Sue
Catalogue des Planches apartenant
à M. Jeaurat.
La Multiplication des pains,
La Passion de Notre Seigneur.
Un Livre de principes de dessein. 52. piece
Un Livre dedié à M. Dormoy .
Vignette representant la Vierge servie par 1
Anges.
Autre qui represente S. Augustin qui prêch
Livre de Paysages avec figures , dedié au Ma
quis de Beringhen. 12. Pieces .
Livre de figures à la Grecque au simple trai
25. pieces.
Livre de figures en hauteur , de mode Fran
çoise, ombrées. 25. pieces.
Livre de Paysages et figures , dedié à M, d
Boncoeur. 20. pieces.
Livre de Paysages , dedié au Marquis d
Courtanvaux. 35. pieces.
Livre de figures , dont sur chaque feuille un
figure au trait , à côté la même figure ombréc
80. pieces
Gi Le
RCURE DE FRANCE
2686 M d'Esope , vingt- trois Pieces.
a pourtan aracteres des passions , au trait.
consider aysages , qui sont des Vues des Encrois
ob ris , 12. Pieces.
C
ches szing douzaines, dédié à Monseigneur
sortiesburgogne , dont la premiere est des
à un figures , la seconde , trois et quatre ,
et les
Cove
ign
Ces, la
cinquième
, Paysage
avec
figures
.
bon ailles d'Alexandre , dont cinq feuilles
Hayes d'après M. le Brun ; une feuille qui
lobe
Cette feuille est de la composition de
Prontispice , représente la Galerie des albertlerc
.
lins
at de paroître une très -belle Estampe
esse toute la Nation , et qui a un grand
le est gravée avec une grande intelligen-
1. S. H. Thomassin . C'est le Portrait de
gneur le DAUPHIN , peint jusqu'aux
en hauteur , et historié d'une maniere
ing use et noble par M. de Troy. On lit ce
vers au bas.
Tu vois, Peuple François, ta plus chere esperance
C'est le-Fils du Héros , source de ton bonheur.
Ces charmes qui gagnent le coeur
Prouvent son auguste naissance.
Guidé par Apollon , et par Minerve instruit
Il puisera dans sa jeunesse
Ce goût pour les Beaux- Arts , cette haute sagesse
Dont l'Auteur de ses jours nous fait goûter le fruit .
I. Vol.
M.
autre
Elie
DECEMBRE.
petites ; M. Aubert , Intendant de la
3. A. S. M. le Duc , vient de donirandes ,
une septième et une huitiéme Suite de Bu
de Symphonie en Trio , pour les Vincettes,
tes et Hautbois ; le grand succès quFis de
six premieres, ayant déterminé l'Auten le
nuer ce genre de Musique, il en donnéjpe,
quatre Suites dans le courant de 1736.
dernieres sont remplies de traits propres
les Ecoliers , et plus variées et plus tra
que les précedentes , sans que les grace
beauté des Chants en soient alterées. On tro
ous les Ouvrages de l'Auteur à Paris , ruë S
noré , à la Regle d'or , rue du Roule , à la
d'or , et ruë Dauphine , vis - à-vis la ruë Con.
Carpe.
Le Public est averti que le sieur Gervai
Maître de Musique de l'Académie de Musiqu
de Lille , vient de donner une Méthode pour
l'accompagnement du Clavecin , qui peut servir
d'introduction à la Composition et aprendre à
bien chiffrer les Basses . Il se vend à Paris , chés
la veuve Boivin , rue S: Honoré , à la Regle d'or ,
et chés le sieur le Clerc , rue du Roule , à la Croix
d'or. Le prix est de 40. sols.
On avertit aussi que les Pieces deClavecin qui
ont passé jusqu'à présent sous le nom de Hurlebusch
, Maître de Chapelle du Roy de Suede , et
qui ont été imprimées à Amsterdam il y a environ
dix-huit mois , sous le nom de Opere Scelte
per il Cambalo, & c. ne sont pas les veritables Ouvrages
de cet Auteur, et que ce n'est qu'un rassemblage
ou un pillage assés ordinaire au sieur
VVitbogel , Organiste à Amsterdam . Le sieur
I, Vol Giij Hur ,
2890 MECURE DE FRANCE
Hurlebusch rès les avoir augmenté , les ar
fait lui- mêgraver depuis peu correctement e
Hambourg , sous le titre : Compo
propreme
sitioni Mali per il Combalo , &c. On les trou
vera a bourg , chés l'Auteur , et à Paris
abés le Le Clerc , Marchand , rue du Roule
dor; et à Bordeaux , chés M. Laurent
gociant, Le prix est de quinze livres
à la
UIS
>
les- Antoine Bourdor de Richebourg , an
vocat au Parlement , mourut à Paris le rr
nbre , âgé d'environ 70. ans . Il a enrichi e
ifié la Conference des Ordonnances de
XIV. commentée par Philipe Bor
r. L'Edition qu'il en a donnée en 17 19. est
primée à Paris , 2 vol. in 4. H a eu soin de
Edition du Coûtumier general , imprimé aussi
Paris , 4. vol. in folio ; et il travalloit actuelle
ment à la Table Generale du même Ouvrage.
Massoteau , sieur de Saint Vincent ; Ingénieur
et Horloger du Roy à l'Hôtel de la Monnoye à
Paris , a inventé et construit depuis peu une
Montre à Repetition dans la plus grande simplicité
qu'on puisse voir ; elle a parû aux Sçavans ,
dit -on , également curieuse et utile ; elle n'est
point sujette à se détraquer ; on y a suprimé la
grande confusion de Machines dont la cadrature
est ordinairement composée ; l'Auteur suprime
aussi le ressort , le barillet et toutes les rouës
ordinaires qui en forment le mouvement, atendu
l'inconvenient des frottemens , à quoi ce grand
nombre de pieces est sujet . Outre que ces
Machines sont trop délicates et qu'elles ne
peuvent pas subsister long-tems . Cette Mon-
I. Vel. tre
DECEMBRE.
15
:
2691
fois
que
le
martre
repeté l'heure courante autan
l'on souhaite , par le moyen d'un
reau , dont l'aplication est tout- à- fan
naire et qui cependant a été aprouv
sçavans , sa construction se fait par
rentes façons.
aordi
plus
iffe
Cette ingenieuse invention épargne de
se , et a d'autant plus d'utilité , qu'on
cette méthode faire repeter une Montre
sans toucher aux rouës , ni sans en
d'autres.
Le sieur Massoteau a pareillement invent
Pendule admirable , d'une construction
nouvelle , qui va d'elle - même , sans le sec
d'aucun ressort , poids ni contrepoids , et don
mouvement ne dépend point de l'action ou i
pulsion de l'air.
Le sieur Denielles , Chirurgien ordinaire d
PHôtel de Ville de Paris , a fait la découverte d'un
Remede immanquable pour la guérison des
Ecroüelles qui viennent à la gorge , sans y apli
quer ni emplâtre ni instrument. Il se prend interieurement
tous les jouis jusqu'à parfaite guérison,
et n'est pas plus gros qu'un grain de poivre
Il purifie la masse du sang, fond les glandes gon
flées et ulcerées , Celles qui supurent se guérissent
plutôt que celles qui ne sont pas ouvertes. Ce
Remede est un peu purgatif , et n'affoiblit pas
le temperament . Il ne convient pas à ceux qui
sont poulmoniques. Ce Remede peut s'envoyer
dans tous les Pays sans être alteré. M. Maréchal,
Premier Chirurgien du Roy, rendra témoi
gnage des guérisons qu'il a faites des personnes
qu'il lui a procurées et que la bienséance ne permet
pas de nommer. Le sieur Denielles est en étar
I. Vol. G iiij d'en
2691 MRCURE DE FRANCE
d'en faireoir plusieurs autres à Paris qu'ibas
guéris ralement. Comme il est sûr de l'effer
de son piede , il ne demande pas d'argent que
le Ma ne soit guéri , avec convention par
écrit part et d'autre pour ceux qui voudront
être ris chés eux. Ceux qui lui écriront auin
de payer le port de la Lettre. Le sieur
Dedes demeure rue du Martroys, devant legrand
Pa de S. Jean en Greve .
IOD
AIR
' Ay juré cent fois à Bacchus
Que je n'aimerois de ma vie ,
Et cent fois je vous ai , Silvie ,
ré que je ne boirois plus ;
oublie en voyant ma bouteille
Les sermens que je vous ai faits ::
J'oublie en voyant vos atraits
Ce que j'ai juré sous la treille ,
Ainsi je change de discours ,
Et pour faire un serment qui dure
Plus constant qu'autre fois , je jure
D'aimer et de boire toujours.
1. Vol
CHANSON
ABTO
TILDEN HOON TATIONS.
I. Vol CHANSON
DECEMBRE. 1735. 2691
J
CHANSON.
Eune Iris , vos tendres charmes
Font les plaisirs de tous les yeux ;
Dans les vôtres , brillent les armes
1
Du plus charmant de tous les Dieux,
SPECTACLES.
| EXTRAIT des Amans jaloux , Co
médie en trois Actes et en Prose , repre
sentée sur le Théatre Italien le 21. Novembre.
Auteur de cette Comédie ne s'est
point encore fait connoître. Son Ouvrage
n'a pas eu beaucoup de succès ,
mais les Connoisseurs ne laissent pas de
lui rendre justice . On a trouvé sa Piéce
bien écrite et bien conduite ; il y a beaucoup
plus d'action que dans bien d'autres
qui n'ont dû leur reussite qu'aux beautés
de détail ; c'est la faute de quelques Auteurs
qui accoûtument insensiblement les
spectateurs à preferer l'accessoire au prin-
1. Vol. G v cipal
2694 MERCURE DE FRANCE
cipal. L'Auteur Anonime est peut-être
tombé dans un autre excès ; le noeud de
sa Comédie a paru trop compliqué , pour
pouvoir n'être mise qu'en trois Actes ;
la plupart des Scenes y paroissent écourtées
; et l'action y est si pressée qu'on diroit
que la Scene est à Sparte , tant les
interlocuteurs y sont laconiques ; cependant
à tout prendre ce dernier excès est
infiniment plus pardonnable que le premier
, qui fait dégenerer nos Comédies.
en conversations ; nous avons souvent
condamné ce défaut dans nos Journaux ,
nous y avons été excités par les amateursde
la bonne Comédie à qui on fait regretter
tous les jours les Molieres , les Corneilles
et les Racines , et qui soûtiennent
avec raison que l'action doit être l'ame du
dramatique dans l'un et dans l'autre genre.
Après avoir rendu compte au Public
des motifs qui nous portent à nous oposer
au torrent , nous allons commencer
par une espece d'argument de cette Co
medie , qui nous tiendra lieu d'Extrait .
ACTEURS.
Araminte , Mere d'Angelique. La Dile
Flaminia
1. Vol
Damis
,
DECEMBRE. 1735 2695
Damis , Pere de Cleante. Le sieur Mario.
Angelique , Amante de Cleante. La Dlle
Riccoboni.
Cleante , Amant d'Angelique. Le sieur
Riccoboni.
Lucile , Amante d'Eraste. La Dlle Sil
Eraste
G
via.
Amant de Lucile. Le sieur
Romagnesi.
Lisette , Suivante d'Angelique. La Dlle
Thomassin.
L'Olive , valet de Cleonte. Le sieur des
S
Hayes.
Araminte Mere d'Angelique a promis
sa Fille à Damis , Pere de Cleante , pendant
l'absence de ce Fils , qu'Angelique
aime autant qu'elle en est aimée. La Mere
qui ignore cet amour mutuel , fait confidence
de ce Mariage arrêté entre elle et
Damis à Lisette , suivante de sa Fille .
Lisette à beau faire connoître à Araminte
qu'elle rend sa Fille malheureuse , eu
égard à la disproportion d'âge qui se trou
ve entre Damis et Angelique ; Araminte
lui répond que le premier soin d'u
.ne Mere doit être de bien établir sa Fille
que veritablement Damis est dans un âge
an peu avancé ; mais que ses richesses
reparent avantageusement ce défaut , et
4. Vol. Gov que
2696 MERCURE DE FRANCE
que d'ailleurs Angelique ne lui a jamais
parû prévenue pour qui que ce soitelle
se retire en disant à Lisette d'annoncer
ses volontés à sa Fille , comme des ordres
irrevocables .
Lisette , instruite de l'amour d'Ange
lique pour Cleante , Fils de Damis , qui
par - là trouve un Rival dans son Pere, se
détermine à ne rien oublier pour parer
un coup si fatal aux deux Amans ; elle
souhaite le retour de Cleante , non seulement
pour lui annoncer cette mauvaise
nouvelle , mais pour en prévenir les suites
par l'adresse de sonva let l'Olive qui l'a
suivi à Lyon , et qu'elle a toujours reconnu
pour un fourbe insignel Angeli
que vient ; Lisette lui aprend la resolu
tion de sa Mere , Angelique en est mortellement
affligée, tant pat raport au Mati
qu'on lui destine , que par la cruelle necessité
où elle se voit reduite pár- là , de
renoncer à son Amant. Eraste qui survient
, et à qui on fait part du malheur
dont Cleante son ami est menacé pendant
son absence, en est frapé , et ne sçait
comment détourner un coup si terrible .
Lisette, après avoir rêvé quelque temps ,
lui dit que le sort de son ami est entre
ses mains , et qu'il ne dépend que de lui
I. Fol. de
DECEMBRE . 1735. 2897
de rompre le Mariage arrêté. Araminte ,
lui dit- elle ,, ne donne Angelique à Damis
, que parce qu'il est riche ; vous ne
l'êtes pas moins que lui ; et vous serez
préfere pourvu que vous demandiés
vous même Angelique pour vous ; mais
tu sçais , lui repond Eraste , que j'aime
Lucile ; comment épouserai je Angelique,
plein d'un autre amour ? Lisette leve facilement
cette difficulté, en lui faisant entendre
qu'il ne s'agit que de feindre jusqu'au
retour de Cleante qui doit arriver
de Lyon dans le même jour, et avec qui on
poura prendre de nouvelles mesures par
quelque heureux stratagême que l'Olive
poura inventer en faveur de son Maître .
Eraste se rend à ces dernieres raisons ,
et. voyant aprocher Araminte , il se jette
aux pieds d'Angelique en Amant désesperé
; Ataminte qui ne s'étoit jamais
aperçue qu'Eraste eût de l'amour pour sa
Fille , paroît très surprise de le trouver
aux pieds d'Angelique; Eraste continuant
à feindre , s'adresse à elle-même pour la
prier de ne lui pas donner la mort en
donnant sa Fille à Damis ; il ajoûte
qu'il a le bonheur de n'être pas indifferent
à Angelique ; et qu'elle va sacrifier
deux victimes à la fois , si elle acheve le
fatal mariage qu'elle a resolu ; depuis le
I. Fol. commence
2698 MERCURE DE FRANCE
commencement de cette Scéne jusqu'à cet
endroit , Lucile , Amante d'Eraste , a été
presente , et a tout vû du fond du Theatre
; elle en a conçu une jalousie , dont
elle n'est plus maîtresse ; elle s'avance
brusquement ; elle accable Eraste de reproches
, et fait entendre à Araminte que
cet infidele a des engagemens avec elle ;
Eraste ne sçait comment se justifier avec
Lucile Lisette a beau faire des signes à
cette jalouse , elle ne veut rien entendre,
et ce qu'elle a vû de ses propres yeux
F'emporte sur tout ce qu'on veut lui dire
par des gestes , auxquels elle ne daigne
pas faire la moindre attention : Araminte
qui paroissoit déja être favorable à Eraste,
cesse de vouloir donner sa Fille à un
homme qui a des engagemens avec une
autre Amante ; elle se retire dans le
dessein de conclure l'Hymen déja resolu
avec Damis. Eraste veut se justifier
envers Lucile ; mais elle ne veut pas l'écouter
et se retire. Eraste veut courie
après elle , lorsque l'Olive se présente à
ses yeux , et lui annonce l'arrivée de
Cleante son Maître.
Eraste troublé de son dernier incident,
et pressé de détromper Lucile , parle à
FOlive d'une maniere si confuse qu'il n'y
comprend rien ; Eraste s'étant retiré , l'O
A Voli
live
,
DECEMBRE. 1735. 2699
live , quoi qu'il ne soit précisément
instruit de rien , ne laisse pas de démeler
qu'il est arrivé quelque chose d'affligeant
pour Cleante son Maître ; en attendant
que cette avanture soit tirée au clair , i
prend le parti de se nantir, s'il est possible,
d'une Lettre de Change de vingt mille
livres dont son Maître est porteur , afin
de s'en servir en cas de besoin : ce que nous
venons de dire fait à peu près la matiere
du premier Acte.
L'Olive qui dans l'Entracte a été instruit
de l'Hymen arrêté entre Dâmis
et Araminte en attendant que son Maî
tre arrive , met en jeu le stratagême dont
on vient de parler ; il fait entendre à
Damis que la Lettre de change qu'il at
rend de Lyon a été arrêtée par des obsta
cles survenus , et donne une si grande
frayeur au vieux Avare , qu'il se détermine
à partir sur le champ pour Lyon ;»
F'Olive n'en demande pas davantage ,.
puisque par cet artifice il fait differer le
Mariage concerté , jusqu'après le retour
de Lyon. Damis se retire pour aller don
ner ordre à son départ , et pour prévenir
Araminte sur ce qui l'oblige à retarder
son Mariage de quelques jours.
Cleante arrive sans avoir encore va
personne. L'Olive lui aprend que son
买af
Pare
1700 MERCURE DE FRANCE
Pere va épouser Angelique ; il se détermine
à empêcher ce fatal Mariage ; l'Olive
lui dit ce qu'il a déja imaginé pour
le differer ; mais il oublie de lui parler de
la Lettre de change, qu'il faut garder pour
le besoin qu'on en peut avoir. La jalouse
Lucile qui survient , rompt toutes ces
mesures ; elle aprend à Cleante qu'Angelique
lui fait une infidelité , qu'elle est
tendrement aimée d'Eraste ; Cleante a de
la peine à croire qu'Eraste son meilleur
ami , le trahisse ; mais Lucile lui disant
qu'elle a surpris cet infidele aux pieds
d'Angelique;il devient jaloux à son tour,
et pour se venger d'Angelique et d'Eraste,
il veut presser son Pere sur l'Hymen qu'il
a conclu avec Araminte ; Lucile n'oublie
rien pour l'affermir dans cette resolution ;.
elle se retire.
Damis arrive ; Cleante lui remet entre
les mains la Lettre de change en question;
et dans le désir qu'il a de se venger en
même temps d'un Ami et d'une Amante
infideles , il prie son Pere de vouloir bien
faire un double Hymen , en l'unissant avec
Lucile dont il se feint amoureux ; Damis
lui promet d'en parler au Pere de Lucile ,
avec lequel il est uni d'une étroite amitié.
Araminte vient avec Angelique saFilles
Damis lui dit que le voyage de Lyon ,
1.Vst
qui
DECEMBRE. 1735. 2707
qui retardoit son bonheur , n'ayant plus
lieu , elle ne doit pas differer de l'unir à
sa chere Angelique cette derniere est
très surprise que Cleante , loin de s'oposer
à ce mariage , prie son Pere de
n'y pas aporter le moindre délai ; piquée
jusqu'au vif d'un changerment si
prompt , elle dit à sa Mere qu'elle est
disposée à lui obeir , et se retire. Damis
et Araminte s'étant retirés à leur tour ;
Cleante se felicite par avance de sa prochaine
vengeance ; l'Olive qui lui vient
rendre compte du depart de Damis ;
qu'il croit assuré , est très étonné d'entendre
dire à Cleante que son Pere ne partira
point , et qu'il vient de lui remettre
sa Lettre de change qui étoit le seul mo
tif du voyage; l'Olive est encore plus surpris
du consentement que Cleante donne
au mariage de Damis avec Angelique .
Eraste revient ; Cleante éclate en reproches
, qu'Eraste fait bientôt cesser, en
lui aprenant qu'il a feint d'aimer Angeque
, pour la conserver à son ami ; il
plusieurs Scenes que nous ometons ici ,
pour abreger cet Extrait.
y a
Cleante instruit par son ami , se répent
de la nécessité où il vient de ré
duire sa chere Angelique ;l'Olive se charge
du remede ; voici comme il s'y prend
I. Vol.
Damie
2702 MERCURE DE FRANCE
le
Damis a beau se tenir en garde contre lui ,
depuis le dernier mensonge qu'il lui a fait
au sujet de la Lettre de change ; l'Olive trou
ve le secret de se justifier en lui faisant entendre
que ce n'a été que parce qu'il s'est
trouvé dans la nécessité indispensable de
le tromper. Pour éclaircir ce paradoxe , il
lui dit en confidence qu'Angelique aime
Eraste ; d'où il tire la consequence de la
nécessité du mensonge , attendu
que
mariage ne pouvant qu'être trop fatal à
son cher Maître , il a cru qu'il falloit au
moins le differer en le faisant partir pour
Lyon,par un mensonge également adroit
et utile ; Damis paroît d'abord ébranlé
de la confidence que ce Maître fourbe lui
fait ; mais l'Olive voyant que la défiance
va prendre le dessus , lui promet de le
convaincre par lui même de ce qu'il lui
avance. Il lui tient parole ; le faisant cacher
pour entendre une conversation
qu'Angelique a avec Lisette ; comme il
les a prevenues ; elles jouent leur rôle à
merveille. Angelique dans cette Scene
aprêtée, se promet de faire payer bien cherement
à Damis la violence qu'il va lui
faire , soit du côté de la jalousie , soit du
côté de l'avarice , deux passions ordinaires
aux vieillards. Après qu'Angelique et Liserte
se sont retirées, Damis remercie l'OI
Fol
live
DECEMBRE . 1735. 2703
live du soin qu'il a pris de son honneur
et de sa bourse ; il n'y a plus qu'un dedit
que Damis a fait qui l'embarrasse ; mais
POlive lui promet d'y pourvoir.
Revenons à la jalousie de Lucile ; on n'a
pas trouvé de vrai -semblance à la faire
durer si long temps , tandis qu'un simple
éclaircissement pouvoit la faire cesser ;
Eraste a pris le parti dans le troisiéme
Acte de la faire demander à son Fere ; la
jalouse Lucile ne s'imagine pas que ce
soit Eraste lui -même qui l'ait fait demander;
on a pris soin de lui cacher le nom
de son futur Epoux ; elle a consenti à
l'accepter pour se venger de la pretenduë
infidelité de son Amant ; elle en triomphe
à ses yeux ; mais Eraste lui aprenant
enfin que c'est lui- même qui l'a fait demander
à son Pere , elle se rend à la force
de la verité , et consent à l'accepter pour
Epoux.
Il ne reste plus qu'à sauver le dedit ,
cela n'est pas bien difficile ; Araminte instruite
de l'amour reciproque de Cleante
et d'Angelique , et préferant le Fils au
Pere , consent à le rendre à Damis : le dedit
est rendu reciproquement ; mais Da
mis en rendant le papier en question
laisse tomber par mégarde la Lettre de
change dont on a parlé dès le premier
I. Vole Acte ;
704 19
MERCURE DE FRANCE
Acte ; l'Olive la ramasse ; elle passe de
main en main et ne doit être restituée à
Damis , qu'à la charge d'aprouver le mariage
de son Fils avec Angelique ; il y
consent pour ravoir sa Lettre de change.
La Piéce finit par le double mariage de
nos Amans jaloux. On voit bien par les
incidens dont cette Piéce est remplie ;
que cette intrigue pouroit fort bien com
porter cinq Actes , et qu'on n'a pû la reduire
à trois , sans en gâter lés Scènes , en
leur ôtant la juste étenduë qu'on auroit
pû leur donner pour les rendre plus interessantes.
EXTRAIT de l'Opera de Scanderberg.
C
Ette Tragédie est une des premies
res que feu M.de la Motte ait composées
pour l'Académie Royale de Mu
sique. La dépense que cet Opera exigeoit
en a fait différer les Representations pendant
un long-temps ; Mrs Rebel et Francoeur
, furent choisis par l'Auteur pour
la mettre en Musique ; M. de la Motte
nous ayant été enlevé avant qu'il en eut
fait le Prologue et reformé le dernier.
Acte dont il n'étoit pas content , M. de
La Serre , connu par divers Poëmes Dramatiques
, fut chargé d'y supléer ; le Pro
logue et le dernier Acte sont de lui .
I's Vol Le
DECEMBRE. 1735. 2705
Le Théatre represente au Prologue un Bois
consacré aux Muses. La Muse de la Tragédie
, et celle de la Musique , avec leur
suite ouvrent la Scene. Melpomene dit à
Polimnie.
De l'Antiquité mémorable ,
J'ai chanté les Heros fameux ;
Un temps moins reculé m'offre un sujet heureux;
Qui , par vos soins touchans peut devenir aimable.
Polimnie repond ainsi à Melpomene ,
Vous reglez tous mes mouvemens ;
Vous m'inspirez le tendre et le terrible.
Je ne sçaurois être sensible ,
Qu'en imitant vos sentimens.
Un bruit souterrain annonce la Magie
personifiées elle offre aux deux Muses ,
ce qui est de sa competence ; Melpomene
lui fait entendre que dans le sujet
qu'elle a choisi , elle n'a pas besoin de son
secours la Magie piquée de ce refus ,
fait un grand étalage des productions de
son Art, et s'exprime ainsi :
;
J'obscurcis le Soleil ; je fais trembler la Terre
Je déchaîne les vents ; je souleve les Mers ;
J'emprunte du Ciel le Tonnerre ,
Pour effrayer , pour punir l'Univers,
1. Vol.

J'évoque
2706 MERCURE DE FRANCE
J'évoque du fond des Enfers
Les ombres pâles et plaintives ;
Pour leur faire quitter les tenebreuses rives ,
Je force leurs prisons , et je brise leurs fers
J'imite de l'Amour le seduisant langage ;
De ce Tyran des coeurs j'égale le pouvoir
Et je fais , comme lui , succeder à l'espoir
Les regrets , les pleurs , et la rage.
Melpomene et Polimnie invoquent l'Amour
dont ils ne peuvent se passer; l'Amour
vient les seconder et s'exprime ainsi:
Muses , je m'interresse au succès de vos jeux.
Chantez les douceurs que j'inspire ;
feux
C'est preparer les coeurs à ressentir mes
C'est leur aprendre à devenir heureux ;
C'est les soumettre à mon empire.
que
3
Les Plaisirs , les Jeux , et les Graces ;
que l'Amour apelle , forment la fête
de ce brillant Prologue ; Melpomene ,
s'adressant à l'Amour , annonce le sujet
qu'elle va traiter par ces Vers qui ter
minent le Prologue.
Retraçons les premiers ans
De ce Heros celebre dans l'Histoire ,
Qui fut depuis la terreur des Sultans ;
11 te consacra les momens
1. Vol.
Qu'um
DECEMBRE. 1735. 2707
Quan esclavage obscur déroboit à la gloire.
Qu'importe que le sort ait trahi ses désirs ?
Tu regnes par les pleurs,comme par les plaisirs,
Au premier Acte le Théatre représente
une partie des Jardins du Serrail avec une
Grotte. Scanderberg , Prince d'Albanie , ouvre
la Scene avec Osman , Bostangi Bachi.
Ce dernier lui fait esperer de le tirer d'esclavage
à la faveur d'une fête nocturne
qu'on doit celebrer ce jour même , en
mémoire de la nuit où la loi des Musulselon
leur tradition , descendit des
Cieux. Dans cette premiere Scene , Scanderberg
expose son amour pour Servilie
Princesse de Servie , dont le Sultan Amurat
combat actuellement le Pere. On
prend soin aussi d'y instruire les Spectateurs
de l'amour de Roxane , Sultane favorite
, pour Scanderberg. Osman se retire
; Scanderberg chante les beautés du
Serrail par ce beau Monologue , qui fait
un extrême plaisir.
Que ce jour est charmant ! et que ces lieux sont
beaux !
L'espoir qui m'a flaté les embellit encore ,
Le chant des amoureux oyseaux ,
La fraicheur des Zephirs , les fleurs qu'ils, font
éclore
1. Vola
}
Le
708 MERCURE DE FRANCE
Le murmure flateur de ces riantes Eaux ,
Tout semble ici rendre hommage à l'Aurore .
Que ce jour est charmant , & c.
Tout le monde a senti que ce Mono?
logue , tout ravissant qu'il est , étoit déplacé
, et que Scanderberg devoit s'occuper
du seul plaisir de sortir d'esclavage s
' Auteur l'a bien senti lui - même , et pour
en faire passer l'irregularité , il a mis son
Heros dans une situation plus heureuse
et plus tranquille, par ces quatre Vers qui
précedent le Monologue .
Ah! je jouis déja de ces heureux instans ,
Dont le fidele Osman vient de flater mon ame
Qu'avec plaisir je les attends !
Le calme renaît dans mon ame.
Roxane vient , elle parle de son amour
à Scanderberg ; elle commence par étaler
tout ce qu'elle a fait pour conserver des
jours que l'Amour lui a rendus si chers.
Scanderberg cache son indifference avec
autant d'adresse qu'il lui est possible ; il
lui représente ce qu'elle doit à sa gloire
étant choisie par Amurat préferablement
à toutes ses Rivalles; il ajoute que par ce
fatal amour elle s'expose à toute la colere
du Sultan. Roxane lui repond tendrement:
Ingrat
DECEMBRE. 1735 2709
Ingrat , sois plus sensible , et tremble moing
pour moi.
Que ton Rival instruit du transport qui me
guide ,
Revienne ici venger sa foy ,
Qu'il plonge dans mon sein perfide
Le fer qu'il a levé sur toi ;
Sous le glaive mortel tu me verrois contente ;
Si de mon coeur mourant le tien étoit le prix.
Non , cruel , ce n'est pas la mort qui m'épou
vante ;
Et je ne crains que tes mépris.
La troupe des Sultanes du Serrail s'assemble
Scanderberg veut se retirer ;
Roxane le retient , en lui disant :
Voyez nos Jeux ; tout ici vous dispense
Des dures loix de cette Cour ;
La faveur d'Amurat , mon pouvoir , son ab
sence ;
Prince , puissent nos Jeux vous rendre tout l'a
mour
Que m'inspire votre presence,
Les Sultanes forment la Fête de ce
premier Acte ; Osman vient annoncer à
Roxane la victoire et le retour d'Amurat.
Scanderberg tremble pour le sort du Pere
de sa Princesse, et Roxane fait connoître
1. Vol.
H
pas
2710 MERCURE
DE FRANCE
par un à parie , qu'elle n'oubliera rien
pour prévenir la vengeance qu'Amurat
pouroit prendre de son infidelité.
Le Théatre represente au deuxième Acte
une Cour exterieure du Serrail, ornée pour recevoir
le Sultan. Scanderberg commence ce
second Acte ; il fait connoître que le Sultan
lui a fait ordonner de l'attendre en ces
lieux . Servilie vient ; ces deux Amans
sont agréablement surpris de se revoir ;
la tristesse succede bientôt à ces premiers
transports de joye ; ils se font pourtant
des sermens de s'aimer toujours malgré
le malheur qui les menace ; Scanderberg
rassure Servilie , en lui aprenant qu'Osman
lui a promis une prompte liberté ; il
la prie de dissimuler aux yeux du Sultan
dont elle est aimée ; Servilie lui répond :
Qu'il m'en coûtera cher ! mais il faut me cong
traindre.
Ménagez bien tous les instans ;
Si j'aime assez pour vouloir feindre ;
Je sens que j'aime trop pour le pouvoir longtemps,
Amurat arrive ; il se fait un merite auprès
de la Princesse de Servie d'avoir or
donné qu'un Prince à qui le sang la lie
fut le premier objet qui s'offriroit à ses
regards. Il lui parle de son amour en
Ces termes ;
Que
DECEMBRE . 1735. 271
Que me sert ce tribut que l'Europe et l'Asie
Offrent sans cesse à mes plaisirs ?
Des plus rares Beautés cette troupe choisie ,
Dont l'orgueil se nourrit demes moindres désirs,
Ne merite plus mes soupirs ,
Ni l'honneur de ma jalousie ;
Je ne veux plus aimer, ni voir que Servilie.
Cette Princesse fait entendre au Sultan
, que l'hymen dont il veut l'honorer
, est plutôt l'ordre d'un Maître que
de rendre désir d'un Amant , elle le prie
de ménager le noble orgueil que sa naissance
lui doit inspirer , et de donner le
temps à la reconnoissance de faire naî
tre un juste retour dans son coeur ; Amu-
Fat consent à diférer l'hymen , & c .
Les Officiers de la Porte , le Peuple
et les Grecques de la suite de Servilie
viennent celebrer la gloire d'Amurat et
chanter son amour ; une Grecque de la
suite , alternativement avec ses Compagnes
, chante ce qui suit , én s'adressant
au Sultan et à Servilie.
Après tant d'allarmes
Succede un beau jour ;
Tout vous rend les armes ;
Cedez à l'Amour.
Recevez l'Empire
I. Vol.
Hij
Des
712 MERCURE DE FRANCE
Des mains du vainqueur ;
Le vainqueur soupire ;
Recevez son coeur ;
Tout conspire
A combler votre bonheur,
Après tant d'allarmes , & c .!
Cette Fête finit l'Acte second.
La Décoration du troisiéme Acte représente
une Cour interieure du Serrail.
Roxane fait connoître qu'elle a tout disposé
pour faire périr Amurat , &c. Scanderberg
prend avec horreur le complot
dont Roxane lui fait part ; il se contente
d'abord de représenter à cette Sultane
favorite les obligations qu'elle a à ce mêc
Sultan qu'elle veut faire assassiner.
e pouvant rien gagner du côté de la
onnoissance , il tâche de l'effrayer par
peril . Roxane lui répond fierement :
La frayeur d'une mort cruelle
N'arrête point ici les grands projets ;
A force de la voir de près ,
Nous perdons notre horreur pour elle.
Scanderberg ne pouvant rien avancer
par cette double remontrance , lui declare
enfin hautement qu'il ne trahira
point le Sultan ; voici comment il s'exprime
: Ma
DÉCEMBRE . 1735. 2713
Ma haine est genereuse et ne sçait point trahir.
Il commande aux sujets dont je suis né le Maître
J'ai vu dans son Palais mes Freres égorgés ;
Mais s'il faut les venger en traître ,
Ils ne seront jamais vengés.
Cette Scene , qui est sans contredit ;
Fa plus belle de la Piece , et celle qui fait
le plus de plaisir , finit par un Duo entre
Scanderberg et Roxane , qui ne laisse
rien à désirer ni du côté de la composition
, ni du côté de l'exécution . Roxane
se retire désesperée; Scanderberg demeu
re ferme dans la noble résolution qu'il
a prise de défendre le Sultan ; l'amour
se joint à la gloire , puisque si le Sultan
perit , Roxane ne manquera pas de livrer
Servilie à la fureur du Muphti
des Janissaires , que l'hymen du Sulta
-a irrités. 407
Le Visir à la tête des Janissaires , en
tre dans le Serrail ; Scanderberg à la
tête des Officiers du Serrail, combat
pour
Amurat , et oblige le Visir à prendre
la fuite ; tandis que ce jeune Héros e
poursuit et va achever d'en triompher ,
une troupe de Janissaires veut briser les
portes du Palais ; le Sultan en sort , et les
désarme par sa seule présence ; ce coup.
de Théatre a été justement aplaudi et
Hiij admiré . 1. Vol.
2714 MERCURE DE FRANCE
admiré. Le Sultan pardonne aux Rebelles
qui implorent sa clémence ; il leur
demande la tête du Visir , Scanderberg
vient lui annoncer que ce Chef des Rebelles
, n'est plus , et qu'il a expiré sous
ses coups. Le Sultan penetré d'une juste
reconnoissance , lui donne pour récompense
le Rang du Rebelle et se retire.
Les Janissaires reconnoissent Scanderberg
pour Visir , et celebrent à ce sujet
la Fête qui termine cet Acte.
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une partie des Jardins du Serrail ,
terminée par un Canal. Servilie se plaint
de la cruelle feinte qu'elle s'est imposée ;
elle fait connoître que le Sultan va bientôt
la déclarer Sultane aux yeux de tous
les divers Peuples qui sont soumis à son
finire. Scanderberg vient ; il la conjure
i om de son amour de continuer à
teindre jusqu'à l'heureux moment où le
fidelle Osman executera la promesse qu'il
lui a faite de les faire sortir tous deux
de leur prison ; cette Scene n'est que
trop tendre de part et d'autre , puisqu'ils
ont le malheur d'être entendus de Roxane.
Cette Sultane éclate en reproches
et en menaces ; plus Scanderberg et Servilie
veulent l'attendrir l'un pour l'autre ,
plus elle s'irrite ; elle se retire enfin dans le
I. Vol. dessein
DECEMBRE. 1735: 2715
dessein de tout découvrir au Sultan.Scanderberg
rassure Servilie autant qu'il lui
est possible ; Amurat vient et annonce
la Fête qu'il a ordonnée pour l'objet de
son amour ; elle est composée d'Esclaves
de differentes Nations. Les Danses en
sont très-brillantes et très - variées ; une
Esclave Asiatique chante alternativement
avec le Choeur :
Ici , la Beauté ,
Esclave et sans armes
Dompte la fierté ;
Ici , la Beauté
Venge par ses charmes
Sa captivité.
Ici , quelquefois
Le pouvoir suprême
Cede à d'autres loix ;
Ici , quelquefois ,
De nos Maîtres même ,
Nos yeux sont les Rois .
971
Roxane vient troubler la Fête ; elle révele
au Sultan les secretes amours de
Scanderberg et de Servilie ; le silence des
accusés dépose contre eux. Le Sultan ordonne
qu'on charge Scanderberg de fers ,
et qu'on prepare tout pour sa mort ; Servilie
demande au Sultan , si c'est ainsi qu'il
1. Vol. Hiiij recompense
2716 MERCURE DE FRANCE
recompense un Heros qui vient de lui
sauver l'Empire et la vie ; Amurat irrité
lui dit de trembler pour elle- même , et
ordonne à tout le monde de sortir. Après
avoir long- temps floté entre le service
et l'outrage , il se détermine à rendre
Servilie arbitre du sort de Scanderberg ;
l'Acte finit
par ces derniers Vers qui s'adressent
à Servilie , quoiqu'absente.
Ah ! profite du moins d'un reste de foiblesse ,
Dont ma fierté s'indigne malgré moi ;
Accepte dans ce jour et mon Thrône et ma foy,
Ou, si ton coeur dédaigne un si flateur hommage,
Je ne me connois plus ; je me livre à la rage.
*
Cette fin d'Acte est de M. de la Serre ;
et convient au nouveau plan du cinquiéme.
La magnifique Décoration du cinquiéme
Acte représente la grande Mosquée
d' Andrinople.
Les Peuples celebrent l'heureuse Nuit,
où ils croyent que la loy qu'ils professent
descendit du Ciel , &c. Amurat leur annonce
une paix durable dont son Hymen
avec Servilie doit être le noeud ; il aprend
aux Spectateurs que Roxane s'est punie
elle-même de tous ses crimes ; il ordonne
qu'on aille briser les fers de Scanderberg.
Servilie arrive ; le Sultan excite ses sujets
I. Vol. à
DECEMBRE. 1735. 2717
à lui marquer leur zele , ce qui forme la
Fête de ce dernier Acte. La grande Mosquée
s'ouvre ; on en voit sortir leMuphti ,
suivi des Imans . Amurat veut engager
le Muphti à l'unir à Servilie ; ce Chef des
Ministres de la Loy des Musulmans refuse
de se préter à un ministere que le
Ciel désavouë ; il s'exprime ainsi en dialoguant
avec le Sultan.
Jusques-là , ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'Hymen ose engager sa foy !
Ce seroit te trahir que de l'unir à toi.
Amurat.
Qu'entend-je ? quelle audace !
Le Muphti.
Previens la foudre qui menace .
Amurat.
Quoi tu m'oses braver ! tout tremble devant
moi.
Le Muphti.
L'Univers t'est soumis ; mais tu l'es à la Loy .
, Le Sultan s'adresse à Servilie , et luf
demande sa main ; Servilie prétexte d'abord
son refus de la colere du Ciel ; mais
enfin ne pouvant plus resister aux voeux
empressés d'Amurat , elle tranche le mot
et lui dit :
* On voit briller des Eclairs , et on entend gronder
le Tonnerre. Hv Laissez
2718 MERCURE
DE FRANCE
Laissez en paix un coeur qui ne peut être à vous.
Le Sultan aprenant par là qu'il n'est
pas aimé , et que Servilie l'a trompé , reprend
toute sa fureur ; on amene Scanderberg
; Amurat ordonne qu'on lui donne
la mort ; ce genereux Prince accuse
Servilie de cruauté , parce qu'elle s'opose
à son trépas ; Amurat presse Servilie qui
semble balancer , de consentir à son Hymen
; cette Princesse prend enfin sa derniere
resolution , et dit au Sultan , en se
perçant le sein :
Je ne balance plus ; je meurs.
Scanderberg veut se donner la mort ;
Amurat lui retient le bras , et finit la Tragedie
par ces Vers qu'il adresse à ce
Prince :
Loin de moi , va pleurer notre commun malheur
;
Que , s'il se peut , la gloire le repare.
La longueur de cet Extrait nous empêche
de parler ici de la Mosquée dont
les yeux sont frapés d'admiration .Elle est
du Chevalier Servandoni.
Le premier Decembre la même Acadé
mie donna à la suite des Fêtes de Thalie
ja petite Piéce de la Provençale , ajoutée
atu I. Vol.
DECEMBRE . 1735 . 1735. 2719
au même Ballet en Septembre 1722. et
qui fait encore aujourd'hui le même plaisir
qu'elle a fait dans sa nouveauté ; les Divertissemens
sont executés d'une maniere
très- brillante , la Dlle Mariette et le
sieur Malter y dansent un Tambourin
avec des aplaudissemens très bien merités
.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre depuis peu la Comédie du Prejugé
à la mode de M. de la Chaussée , qui
fait toujours un extrême plaisir. Le Public
l'aplaudit avec autant d'ardeur que
dans sa nouveauté. Nous avons en ce
temps-là suffisamment parlé de cet Ouvrage.
Les mêmes Comédiens donnerent le
Lundi 18. de ce mois , la Tragédie nouvelle
d'Artaxerxes , qui n'a point eu d'autre
képrésentation .
Le s . Decembre , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Réprésenta
tion d'une Piéce nouvelle en Vers et em
trois Actes , de M. de Boissi , avec un Divertissement
de chants et de danses ; elle
a pour titre les Amours Anonimes ; on en
parlera plus au long. Elle a été reçûë favorablement
du Public.
I. Vol.
H vj Le
2720 MERCURE DE FRANCE
Le 20. les mêmes Comédiens donnerent
aussi la premiere Réprésentation
d'une autre Piéce nouvelle en Vers libres
et en un Acte , de la composition de M.
de la Noue ; c'estt son premier Ouvrage
pour le Théatre Italien . Cette Piéce qui
a pour titre le Retour de Mars , a été
neralement aplaudie ; on en parlera plus
amplement dans le prochain Journal .
ge.
NOUVELLES ETRANGERES.
H
TURQUIE ET PERSE.
Naprend de Constantinople qu'Achmet Pa
cha ,
cha , ci - devant Gouverneur de Bagdad ,
qui commandoit l'Armée Ottomane en Perse
depuis la mort du Pacha Kuperli , et qui a été
declaré depuis peu Grand Visir , arriva le 13
Octobre au Bourg de Scutaret , situé de l'autre
côté du Bosphore , vis à- vis de Constantinople.-
Le Grand Seigneur à qui il écrivit sur le
champ pour lui demander ses ordres , lui envoya
le même jour un Capigi- Bachi pour le feliciter
sur son retour , er pour lui dire que sa Hautesse
lui donneroit audience le 17 :
Le nouveau Grand Visir reçut le lendemain
de son arrivée les complimens de la plupart des
Ministres étrangers qui sont en cette Cour , et
ceux de tous les principaux Officiers de la Porte,
et le Kaimacan de cette Ville eut avec lui une
1. Vol.
longue
DECEMBRE . 1735. 2727
Jongue conference , dans laquelle il lui rendiscompte
de la situation présente des affaires.
Le 17. jour marqué pour l'installation du
Grand Visir , toutes les Compagnies des Janissaires
, restées à Constantinople pour la garde de
S. H. se rangerent en haye dans les rues par
lesquelles il devoit passer , et le Chef des Capigis
Bachis étant allé avec l'Aga des Janissaires ,
le General des Spahis et le Chiaoux - Pacha , prendré
le Grand Visir au Fauxbourg de Galata où il
s'étoit rendu le matin , la marche se fit dans l'ordre
suivant.
Six Compagnies de Spahis , précedées chacune
de lours Instrumens Militaires , les Domesti
ques du Grand Visir , ses Pages , et ses Agas suivis
de son Kiala , les Bostangis ayant à leur tête
le Bostangi- Bachi ; les quatre Chambres des
Ighloglans ou Pages du Grand Seigneur ; plu
sieurs instrumens militaires; les Chiaoux de S.
le Topigi - Bachi à la tête des Officiers de l'A✩
tillerie ; les Agas du Grand Seigneur ; six Captgis-
Bachis , leu Chef marchant au milieu ; les
six Visirs du Banc , immediatement devant le
Grand Visir qui avoit à sa droite l'Aga des Jamissaires
, et à sa gauche le General des Spahis :
la marche étoit fermée par le détachement de
Cavalerie qui a escorté le Grand Visir jusqu'à
Scutaret.
Le Grand Visir fut reçû à la porte du Serrail
par le Keislar- Aga qui le conduisit à l'audience
du G. S. et Sa Hautesse , après l'avoir fait revé
tir des marques de la Dignité de Grand Visir ,
lui remit le Sceau de l'Empire avec les ceremonies
acoutumées.
On a apris par la Russie , que Thamas Koulikan
ayant laissé devant Erivan un Corps consi-
I. Vol. derable
2722 MERCURE DE FRANCE
derable de troupes pour continuer le blocus de
cette Place , marchoit vers la Forteresse de Kurs
dans le dessein d'en former le Siége.
POLOGNE .
Ans la Séance tenue le 5. du mois dernier
à Warsovie , par les Seigneurs et les Gentilshommes
assemblés, M. Poninski fit de nouveaux
efforts pour engager les Deputés à conti-
-nuer de proceder par acciamation à l'Election
d'un Marechal ; mais les Oposans déclarerent
qu'ils ne consentiroient point qu'on terminât
cette Election , avant qu'on leur eut accordé les
demandes contenues dans le Mémoire présenté
le 2. par M. Kamocki , un des Deputés du Palatinat
de Masovie.
La Séance du 7. ne fut pas plus tranquille que
les précedentes , et l'on y convint seulement que
les Deputés s'assembleroient encore une fois , et
que s'ils ne pouvoient parvenir à se réunir , ils se
sépareroient.
Le 8. ils tinrent leur 33 et derniere Séance , et
plusieurs Deputés s'étant joints à ceux des Palatinats
de Cujavie et de Lenciczi pour traverser
l'Election d'un Maréchal , M. Poninski fut obligé
de séparer l'Assemblée , sans avoir pu obtenir
que les Deputés prissent aucune resolution .
Le plus grand nombre des Seigneurs et des
Gentilshommes qui étoient allé à Warsovie ,
partit sur le champ pour retourner dans les Pa¬
latinats dont ils étoient Deputés.
Quelques- uns des Oposans avant leur départ
ont laissé au Greffe de Warsovie des protesta.
tions contre la resolution que la Czarine et l'Electeur
de Saxe paroissent avoir prise de ne pas
I. Vol. faire
DECEMBRE . 1735. 2723-
faire sortir du Royaume les troupes Moscovites
et Saxones , et leurs Actes de protestation contiennent
des plaintes très - vives au sujet des désordres
commis par ces troupes dans plusieurs
Provinces.
L'Electeur s'érant rendu le 9. avec le Primat er
les Ministres à l'Assemblée des Senateurs , M.
Poninski , qui y avoit été mandé , ainsi que les.
Deputés qui sont restés à Warsovie , témoigna
par un discours fort éloquent le chagrin que le
mauvais succès de l'Assemblée de la Noblesse
avoit causé aux Partisans de ce Prince .
Le Vice- Chancelier du Royaume répondit au
nom de l'Electeur , que ce Prince étoit sensiblement
touché de la mesintelligence qui avoit empêché
les Deputés d'élire un Maréchal , et que
malgré les sujets qu'il avoit de se plaindre de
plusieurs d'entre eux , il étoit toujours disposé à
leur marquer par sa conduite , qu'il ne désiroit
rien avec plus d'ardeur que le rétablissement de
la tranquillité publique.
Ce Prince a été déterminé par les représentations
que ses Partisans lui ont faites , à disposer
des Charges vacantes , et il a nommé le Palatin
de Kiovie Grand General de la Couronne , et M.
Branicki petit General ; le Prince Wienowieski
qui étoit Regimentaire de Lithuanie , et le Prince
Radzivil, ont été declarés l'un Grand General, et
l'autre petit General de ce Duché : les Charges de
Grand Chancelier et de Vice - Chancelier de la
Couronne , et celle de Chancelier de Lithuanie ,
ont été données , les deux premieres à l'Evêque
de Plocko et à M. Malagoski , et la troisiéme au
Palatin de Trock. L'Electeur n'a pas encore disposé
de celles de General de l'Artillerie de la
Couronne et de Vice- Chancelier de Lithuanie.
I. Vel. Les
2724 MERCURE DE FRANCE
Les habitans des Forêts voisines de cette Ville
ont repris depuis peu les armes ; et comme ils
attaquent souvent les troupes Saxones qui sont
distribuées dans les Bourgs et les Villages le long
de la Vistule , ces troupes travaillent avec toute
la diligence possible à couvrir leurs quartiers par
des lignes .
Au commencement du mois passé , un soldat
qui étoit en faction à la porte de la maison du
Prince de Hesse- Hombourg , fut blessé d'un
coup de fusil , et on n'a pu encore découvrir
Pauteur de cette action
Les Sénateurs qui sont à Warsovie , tinrent le
16. du mois dernier leur troisiéme Séance , et le
Comte Potocki , Palatin de Kiovie , que l'Electeur
de Sixé a nommé Grand General de la Couzone
; le Prince Wienowieski , pourvû par le
eme Prince , de celle de Grand General du Du.
ché de Lithuanie , l'Evêque de Plocko , qui exerce
à présent les fonctions de Grand Chancelier
du Royaume , le Palarin de Trock , qui remplic
la place de Grand Chancelier de Lithuanie , donnerent
leurs avis concernant les differentes affaires
, sur lesquelles l'Electeur a ordonné aux Sénateurs
dé déliberer. Ils proposerent ensuite d'ac
corder aux Seigneurs et aux Gentilshommes qui
n'ont pas reconnu l'Electeur de Saxe , un nouveau
terme pour se soumettre à ce Prince , et de
les menacer de les priver de leurs biens , si avant
l'expiration de ce terme ils ne signoient pas l'Ac
te de Confedération faite en sa faveur.
L'Evêque de Plocko ajoûta que le moyen le plus
sûr de rétablir la tranquillité en Pologne, étoit d'engager
l'Electeur à ne quitterWarsovie que lorsque
les affaires de son Electorat exigeroient absolument
qu'il se rendît à Dresde , et sur tout de le déter-
I Vol miner
DECEMBRE. 1735. 2725
shiner à faire sortir ses Troupes du Royaume ,
aussi-tôt que les circonstances pouroient le pes
mettre.
Plusieurs Sénateurs insisterent sur la nécessité
de représenter à la Czarine que les Palatinats o
les Troupes Moscovites sont en quartiers , ne
sont pas en état de leur fournir la quantité de
vivres et de fourages qu'elles exigent des Habitans.
Dans la même Séance on fit la lecture d'un
Memoire présenté par les Députés des Etats de
Curlande , dans lequel la Noblesse de ce Duché
expose le droit qu'elle a d'élire un Souverain, si
le Duc de Curlande meurt sans héritiers . Il fut
résolu qu'on assureroit les Députés de la Noblesse
de ce Duché , qu'on n'étoit point dans l'intention
de donner aucune atteinte à ses Priviges,
et que ses prétentions seroient examinées dans
la premiere Assemblée Generale de la Noblesse
du Royaume.
Le 17. Novembre , les Sénateurs s'étant as→
semblés pour la quatrième fois , M. Poninski en
qualité de Maréchal de la Conféderation faite
en faveur de l'Electeur de Saxe , pronouça un
Discours , dans lequel , après avoir résumé les
differens avis des Sénateurs , il représenta qu'il
étoit à propos d'ôter toute esperance d'Amnistie'
ceux qui comptant sur une nouvelle prolongation
du terme qu'on accorderoit aux Ennemis
de l'Electeur , pour le reconnoître , differeroient
de se soumettre .
M.Kolackowski , Maréchal des Palatinats Conféderés
de la Grande Pologne, et le Prince Radzi
vil,Grand- Ecuyer du Duché de Lithuanie, aprouverent
la proposition de M. Poninski , et ajoûterent
que si avant la séparation de la premiere
I. Vol. Assemblée
2726 MERCURE DE FRANCE
Assemblée Generale de la Noblesse , qui seroit
Convoquée , les Seigneurs et les Gentilshommes
Confederés à Niska , persistoient dans le refus de
reconnoître l'Electeur , on devoit agir dans cette
circonstance de la même maniere qu'on avoit
fait en 1672. après la Confederation de Golemsko
.
Les Deputés des Palatinats qui sont restés à
Warsovie , furent mandés à l'Assemblée des Sénateurs
dans la Séance qui se tint le 18. et leurs
sentimens se trouverent conformes à ceux des
Sénateurs qui avoient parlé dans les Séances
précedentes. La plupart renouvellerent leurs instances
au sujet de la sortie des Troupes Etrangeres
, et dirent que s'il étoit nécessaire , on pouroit
augmenter les Troupes de la Couronne et
les mettre sur le même pied qu'elles avoient été
sous le Regne du Roy Jean Sobieski.
Les avis de Dantzick , portent que l'Electeur
de Saxe avoit offert aux Magistrats de rendre le
Fort de Wechselmunde , si les Habitans de Dant.
zick consentoient à lui payer 30000. écus , máis
que ces derniers ne paroissent pas disposés à lui
accorder cette somme.
O
ITALIE.
N aprend de Genes , que M. Pinelli , que
le Sénat , par une déliberation du 28 , du
mois d'Octobre dernier , a résolu de faire revenir
de l'Ile de Corse, a obtenu la permission d'y
exercer jusqu'au 15. de ce mois les fonctions de
Commissaire de la République , et que le départ
de Mrs Laurent Imperiali et Paul- Baptiste Rivarola
, qui doivent le remplacer , a été differé
jusqu'à son retour .
I. Vel. On
DECEMBRE. 1735 2727
On assure qu'un des principaux Chefs des Rebelles
a envoyé un homme de confiance à ces
deux Sénateurs pour offrir de se soumettre ,
moyennant certaines conditions , et que le Sénat
a promis de les lui accorder .
Le bruit court aussi qu'un autre Chef des Rebelles
, mécontent de ce qu'ils lui ont refusé un
Employ qu'il prétendoit lui être dû,, est disposé
à abandonner leur parti.
On aprend de Florence , que le Duc de Montemar
y étant arrivé le premier de ce mois , il
tint Conseil peu de temps après avec les principaux
Officiers des Troupes Espagnoles qui sont
sous ses ordres , et que le lendemain ce General
qui est convenu d'une suspension d'armes entre
les Troupes de l'Empereur et celles de S. M. C.
donna les ordres nécessaires pour faire séparer
les Troupes et les envoyer dans les differens
quartiers qui leur ont été assignés.
Les Commissaires nommés par le Maréchal
de Noailles et ceux qui l'ont été par le Comte
de Kevenhuller , s'étant assemblés à Verone
ont signé le 3. de ce mois tout ce qui pouvoit
avoir raport à la cessation d'hostilités entre les
Troupes des Alliés et celles de l'Empereur.
Le 6. les Troupes du Roy se mirent en marche
pour se rendre dans les quartiers qu'elles
doivent occuper pendant l'hyver , et le même
jour le Maréchal de Noailles partit de Bozolo
pour aller faire une tournée dans le Modenois.
Il s'est rendu depuis à Bologne , où il est resté
depuis le 12. jusqu'au 16. qu'il en est parti
pour Florence .
I. Vol. ESPAGNE
2728 MERCURE DE FRANCE
ESPAGNEN )
N écrit de Madrid , que le 3. de ce mois?
PInfant Don Louis reçut l'habit de l'Ordre
de S. Jacques, et qu'il fut armé Chevalier par l'Infant
Don Philipe , Commandeur dans le même
Ordre. Le Duc de Medina Coeli , Grand- Ecuyer
de la Reine , et Don Joseph Patinho , Conseiller
du Conseil du Roy et Secretaire del Despacho
Universal , mirent les Eperons à ce Prince , qui
Parein le Marquis de Santa- Cruz , Majordome
Major de la Reine.
eut pour
Après la Ceremonie , l'Infant Don Louis baisa
la main à Leurs Majestés , qui y avoient assisté
ainsi que toute la Famille Royale .
On aprend de Cadix , qu'un Bâtiment d'Amsterdam
, qui alloit à Venise , ayant été attaqué
dernierement dans le Détroit de Gibraltar , par
un Corsaire de Salé , le Capitaine nommé Pierre
Pyll , soutint le combat pendant deux heures ,
quoiqu'il n'eût sur son bord que sept hommes
et quatre Pieces de Canon , et que lorsqu'il jugea
qu'il ne pouvoit faire une plus longue résistance,
il se retira avec son Equipage dans sa Chaloupe ,
sur laquelle après avoir erré pendant trois jours
il arriva heureusement à Cadix , sans avoir perdu
un seul homme.
GRANDE - BRETAGNE.
Na apris de Londres , que le 17. du mois
dernier , le Prince hereditaire de Modént
fut reçû dans la Societé Royale . Le 23. ce Prince
alla voir le Château d'Hamptoncourt et celui
de Richmont , et le 25. il se rendit à celui de
I Vol Windsor
DECEMBRE . 1735. 2729
Windsor , où le Duc de Saint Albans , qui ca
st Gouverneur , lui donna une Fête , à laquelle
plusieurs Personnes de distinction avoient été
nvitées. Le lendemain ce Prince prit congé de
Leurs Majestés et de la Famille Royale , et le
wingt - six à sept heures du matin il partit pour
Douvres.
Le 8. de ce mois , le Roy alla au Théatre du
Marché au Foin avec la Reine, le Prince de Galles
, le Duc de Cumberland et les Princesses
pour y voir la premiere Représentation d'un
nouvel Opera intitulé Adrien.
BOUQUET.
A la Mere d'une aimable Famille , pour
Le jour de sainte Catherine , sa Fête.
Dans ce beau jour de votre Fête ,
En vain voudrois -je , Iris , vous présenter des
fleurs ;
Déja de l'hyver qui s'aprête
La Terre en deuil éprouve les rigueurs ;
Les Zéphirs exilés de nos tristes Contrées ,
Laissent nos Plaines désolées ,
Et Flore en proye aux Aquilons ,
Ne brille plus dans nos Valons ;
On ne voit plus de ses présens éclore ;
Et les fertiles pleurs de l'éclatante Aurore
On fait place aux glaçons.
Mais ces maux doivent- ils me causer des alarmes
I. Vol. Non
2730 MERCURE DE FRANCE
Non , Flore n'a pour vous que d'inutiles charmes
Et plus heureuse qu'elle en vos productions ,
De riches Яeurs chés vous en tout temps sont
écloses ;
Vous avez donné l'être à des Lys , à des Roses ,
Dont l'éclat ne craint point le revers der
Saisons .
Devant ces objets adorables.
On voit pâlir toutes les autres Aeurs ;
Pour les yeux seulement celles cy sont aimables,
Par les yeux , celles- là penetrent dans les coeurs,
Recevez donc, Iris, mon zele et mon hommage,
Que puis-je vous offrir de mieux ?
Ah ! si j'obtiens votre suffrage
Je suis assés heureux .
D
J. TAUNAY.
*****: **********
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 4. de ce mois second Dimanche de
L'Avent , le Roy accompagné du
Duc d'Orleans et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château de Versailles
à la Prédication de l'Abbé Hardouin.
Le 8.Fête de la Conception de la sainte
1
I. Vol. Vierge
DECEMBRE 1735. 2731
Vierge , le Roy et la Reine entendirent
dans la même Chapelle la Messe chan-
- téc par la Musique . L'après midy , le
Roy entendit le Sermon du même Prédicateur
, et S. M. assista aux Vêpres.
Le même jour la Reine communia
par les mains du Cardinal de Fleury , son
Grand- Aumônier.
Le 11. troisiéme Dimanche de l'A-
- vent , le Koy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château , la Messe
chantée par la Musique. L'après midy
S. M. accompagnée du Prince de Dombes
et du Comte d'Eu , assista à la Prédication
de l'Abbé Hardoüin .
Le Maréchal de Coigny arriva à la
Cour le 15. de ce mois. Pendant le séjour
qu'il a fait à Tréves depuis la cessation
des hostilités , il a donné tous
les ordres nécessaires pour l'établissement
des quartiers qui doivent être occupés
par les Troupes de S. M.
Le Roy a nommé Précepteur de Monseigneur
le Dauphin , l'Evêque de Mirepoix
.
L'Abbé de S. Cyr , Grand Vicaire de
l'Archevêque de Tours , a été nommé
par le Roy Sous- Précepteur de Monseigneur
1. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
F
gneur le Dauphin , et l'Abbé de Ma
beuf , Grand- Vicaire de l'Archevêque de
Rouen , Lecteur.
Le 28. de ce mois , le Roy tint sur les
Fonts de Baptême avec la Duchesse de
Bourbon Douairiere , le Fils de M. Zeno,
Ambassadeur de la République de Ve
nise , et S. M. le nomma Louis . La Ceremonie
fut faite dans la Chapelle du
Château de Versailles par le Cardinal
de Rohan , Grand - Aumônier de France,
Le 3. Décembre les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour le Jeu de
Amour et du Hazard , et la petite Piece
des Adieux de Mars.
Le 10. Arlequin Sauvage et Arlequin
PAmour.
Poli
par
Le 8. Décembre , Fête de la Vierge ,
on executa au Concert Spirituel des Tuilleries
, une suite de Simphonies de M.
Mouret , qui furent suivies d'un trèsbeau
Motet , Levavi oculos , & c . de M.
Grenet. Le sieur Thurier chanta pour la
premiere fois un Air Italien avec aplaudissement
, et après plusieurs Pieces de
Simphonie , excellemment executées par
les sieurs Guignon et Blavet , le Concert
1. Vol. fur
DECEMBRE, 1735. 2733
fut terminé par un Motet à grand Choeur
de M. de Monteclair , qui fut generalement
aplaudi .
Le 25. Fête de Noel , le même Concert
commença par une suite des plus beaux
Airs de Noels , executés par toute la Simphonie
; on chanta ensuite un Motet de
M. de la Lande , qui fut suivi d'un
autre de M. Gilles et après deux
Concerto , executés par les sieurs Guignon
et Blavet ; le Concert fut terminé par le
Motet Cantate, dans lequel la Dile Erremens
chanta le beau Récit Viderunt , &c.
avec l'aplaudissement d'une très nombreuse
Assemblée.
LETTRE écrite de Laon , à Mad. ***
sur son heureux Accouchement le 12.
Novembre 1735.
bien , Madame , serai- je une au-
Etrefois assés heureux pour que vous
préniés de mes Almanachs? Je vous l'avois
bien dit que vous en seriés quitte pour
la peur , er vous voyez , graces au Ciel ,
que je n'ai pas été mauvais Prophete ,
puisqu'il n'a fallu qu'un moment pour
vous guérir de neuf mois de frayeur.
je me souviens à merveille qu'il ne fal,
loit point badiner pour lors , mais à
présent que le péril est passé , souffrez ,
I. Vol. I ja
2734 MERCURE DE FRANCE
je vous prie , que je vous fasse une question
; de bonne foi , Madame ,
Bur quoi votre frayeur étoit-elle fondée ?
Et pourquoi ce grand embarras
Votre mal n'étoit qu'en idée ;
Et vous sçaviés fort bien que l'on m'en mouroit
pas.
Bon, mourir ! je suis persuadé que vous
ne vous en porterez que mieux dans la
suite . J'ai déja prédit vrai sur le premier
article , et je gagerois bien que je
ne prédis pas faux pour le second. Mais
à propos , j'oublie de vous parler du petit
nouveau - né. Mon Dieu ! que ne suisje
Astrologue ? je ferois de bon coeur son
horoscope , et combien aurois- je à lui
annoncer de jolies choses ?
Le Dieu.qu'on adore à Cithere ,
N'est , dit- on , occupé qu'autour de son berceau ;
Il vous a déja pris mille fois pour sa Mere :
Il trouve votre Enfant si beau ,
Qu'il le prend pour son Frere,
Je vous en félicite , en verité , de tout
mon coeur. Vous recevrez à ce sujet des
complimens de tous côtés , mais je défie
qu'on en fasse de plus sinceres .
1. Vol.
Quelqu'un
DECEMBRE. 1735.
1735 2735
Quelqu'un qui n'est ni noir ni blanc ,
Jeune ni vieux , petit ni grand ,
Ni laid ni beau , ni fou ni sage ,
Sage ou fou cependant quand le tems le prescrit.
Sans vous en dire davantage ,
Voila celui qui vous écrit.
LETTRE écrite de Perpignan le 20:
Novembre 1735. par M. ... ancien
Consul de la même Ville.
A Ville de Perpignan vient de rece-
Lvoir , Monsieur , la preuve la plus
satisfaisante qu'elle put désirer des sentimens
que M. Rigaud a toujours eu pour
sa Patrie ; elle ne croit pouvoir mieux
marquer la reconnoissance qu'elle en conserve
que par son empressement à la rendre
publique. Cette Ville espere que vous
contribuerez volontiers à faire connoître
combien elle est touchée de la generosité
d'un Citoyen qu'elle aime , et qui lui
fait autant d'honneur par les qualités
de son coeur , que par les talens qui font
sa grande reputation . Vous étes si capable
, Monsieur, de lui rendre justice , que
je me contenterai de vous informer de ce
qui donne lieu à cette Lettre , m'en raportant
à vous avec confiance sur la maniere
de l'aprendre au Public.
I..Vol. I ij
Les
2736 MERCURE DE FRANCE
Les Magistrats de cetteVille reconnoissant
depuis long temps que tous ses habitans
regrettoient bien ' sincerement d'être
privés du bonheur de voir leur auguste
Maître , ont tâché de les consoler ,
en faisant placer dans l'Hôtel de Ville un
Portrait du Roy qui rendit parfaitement
la Majesté et les graces de notre Monarques
dès qu'ils ont sçu que M. Rigaud
travailloit à un nouveau Portrait de Sa
Majesté , ils se sont adressés à lui et l'ont
prié de leur en procurer une copie. L'Illustre
Peintre a senti le merite des motifs
qui faisoient désirer à nos Magistrats d'a-`
voir le Portrait de notre Maître , et il a
voulu avoir l'honneur de l'exécution ; il
a fait avec tout le zele et tout l'art imagi
nable ce Portrait qui est de neuf pieds de
haut , il l'a travaillé avec tant de soin
et d'amour ,qu'on peut le comparer à l'original
; il la orné de la bordure la plus
magnifique , il nous l'a envoyé , et il a
joint à ce Present une Lettre qui augmente
le prix de ce qu'il a fait pour nous.
S'il m'étoit permis de vous en adresser
une copie , vous reconnoîtriés la modestie
qui accompagne toutes les actions de
M. Rigaud , er qui ne surprend point en
lyi , parce qu'elle forme toûjours le principal
caractere des Grands Hommes.
1. Vol.
Depuis
DECEMBRE . 1735 2737
Depuis que le Portrait a été placé , le
concours general qu'il a attiré est diffcile
à exprimer à la vûë de cette image
respectable , tous les Habitans s'emptessent
à marquer leur respect et leur amour
pour le Roy , et dans les transports de
feur joye ils en sentent une particuliere
de devoir à leur compatriote la satisfaction
d'avoir le Portrait du Roy si excellemment
peint. Voilà , Monsieur , ce que la
Ville de Perpignan vous prie d'aprendreau
Public quelques termes que vous
puissiés employer pour repondre à ce
qu'elle espere de vous , ils n'égaleront
jamais la vivacité de sa reconnoissance .
Je suis , Monsieur , &c.
VERS adressés à M. l'Abbé Franquini ,
Envoyé de S. A. R. le Grand Duc de
Toscane , et joints à une autre Piece de
Poësie , dont il avoit demandé copie à
l'Auteur.
MInistr Inistre d'un Prince éclairé ,
Qui s'apuyant sur ta sagesse ,
Et pour ses interêts employant ton adresse ,
T'honore par son choix et s'en trouve honorér ; ›
Toi qui joins le sçavoir à la délicatesse ,
Le merite à la politesse ,
Et qui plus éloquent que l'Envoyé des Dieux ,
I. Vol I iij Sçais
2730 MERCURE DE FRANCE
Sçais toucher les coeurs beaucoup mieux ,
Quel cas pouras-tu bien faire de mon ouvrage
Enfant leger du badinage ,
Il n'a rien d'assés grand pour toi ,
Et pour lui ton bon goût m'inspire un justé effroi
Il obtint , il est vrai , ton glorieux suffrage
D'abord qu'il parut à tes yeux ;
Mais si tu le revois d'un oeil plus serieux ,
De te plaire aussitôt il perdrà l'avantage.
Tout ce que ma Muse produit
Ne sçauroit soutenir un examen severe ;
Le trop grand jour l'efface , le détruit ;
Et c'est en cela qu'il differe
Des traits brillans de ton aimable esprit
Qui dans ses moindres gentillesses ,
Toujours charme , toujours ravit ,
Et qui lorsqu'on l'aprofondit
Ne cesse point d'offrir de nouvelles richesses.
Par Madame Poussot.
M.ORTS , NAISSANCES
.
Ean Michel de Charpin des Halles de Fouge ,
Jurolles , Prêtre du Diocèse de Lyon , Abbé
Commandataire des Abbayes de S. Germain d'Auxerre
, de l'Ordre de S. Benoist , et de N. D. de
Sauvemajeur , du même Ordre, Diocèse de Bour--
deaux , mourut au mois de Novembre dernier
I. Vol.
DECEMBRE. 1735. 2743
Cousturier , Payeur des rentes de l'Hôtel de Ville
de Paris , et de Bonne- Magdeleine de la Salle sa
seconde femme , et soeur d'Eustache - François le
Cousturier , Seigneur de Mauregard , et du Mesnil
, President au Grand - Conseil , depuis 1732 .
D'un grand nombre d'enfans qu'il en a eu ,
il reste encore 3. garçons et 3. filles , l'aîné des
garçons Louis - Philipe Desvieux , âgé d'environ
22. ans a été Conseiller et Commissaire reçu
aux Requêtes du Palais du Parlement de Paris le
3. Decembre 1734. L'aînée des 3. filles a été mariée
le 27. Septembre dernier avec François - Dominique
Barberie , Seigneur de S. Contest ; Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy .

Le même jour mourut à Paris , Charles-Jean-
Franços Marquis de la Riviere fils aîné de Char-
Jes- François Marquis de la Riviere Colonel d'un
des Régimens de Noblesse de la Province de
Bretagne , le Marquis de la Riviere qui vient de
mourir avoit épousé .... de Becdelieure , fille du
Premier Président de la Chambre des Comptes
de Bretagne , dont il n'a point eu d'enfans . I
laisse pour heritier et chef de son nom Joseph-
Yves Thibaut de la Riviere , Comte de Corlay
son frere , mais d'un second lit ; leur Pere ayant
épousé en secondes nôces Marie - Anne- Françoise
Goyon , heritiere de la branche de Goyon ,
Beaucorps , dont Mrs de Matignon font la branche
aînée. Le Comte de Corlay , aujourd'huy
Marquis de la Riviere , a épousé il y a quelque
mois Julie de la Riviere sa Cousine , fille de
Charles-Yves Thibaut , Comte de la Riviere
Brigadier des Armées du Roy , Sous- Lieutenant
des Mousquetaires , Gouverneur de S Brieux , et
de Julie Barberin de Reignac , Dame du Palais
de la Reine , Seconde Douairiere d'Espagne ; Sa
I. Vol. I vj Majesté
2744 MERCURE DE FRANCE
MajestéCatholique au temps de ce dernierMariage
accorda la même Charge à sa fille.
Le 8. Decembre fat baptisé en la Paroisse de
S. Eustache à Paris , Anne- François , né le jour
précedent , fils de Charles François - Frederic de
Montmorency-Luxembourg , Duc de Piney- Lu--
xembourg , et de Beaufort- Montmorency, Pair,
et Premier Baron Chrétien de France , Gouverneur
, et Lieutenant General pour le Roy de la
Province de Normandie , Brigadier de ses Armées
, et Colonel du Régiment de Touraine , et
de Marie Sophie - Colbert de Seignelay , son
Epouse.
Le 19. D. Marguerite - Françoise de Boudeville ,
Epouse de Hilarion Frezeau , Comte de la Frezeliere
, Marquis de Germigny , &c. cy devant
Premier Lieutenant General de PArtillerie , est
acouchée à Paris d'une fille , baptisée le même
jour à S Louis dans l'Isle . Le Parain Pierre- Charles
Roy , Ecuyer , Conseiller Secretaire du Roy,
Tresorier des Chancelleries Provinciales , celebre
par ses Ouvrages. Il est Oncle maternel de Madame
de la Frezeliere, La Maraine MadameMarie-
Madeleine Bussinet , veuve du Comte d'Oy--
sonville , grande Tante du côté paternel .

VERS à Mad: la Marquise de la ***
par M. Clement , Receveur des Tailles
J
de Dreux.
Eune Philis , aimez vous Apollon ?
Il est le Dieu de l'harmonie ,
C'est lui dont le brillant genie
De l'art des Vers nous a donné leçon.
I. Vol. Da
DECEMBRE. 1735. 2741
geur de S. Disant , Conseiller du Roy en ses
Conseils , ci-devant Intendant , et Contrôleur
General de l'Argenterie , menus plaisirs , et af
faires de la Chambre de S. M. H étoit veuf
d'Anne Besset de la Chapelle , norte le 14 Octobre
1726. fille de Henry de Besset , Seigneur
de la Chapelle- Milen , et de Charlotte Dongois.
Il'avoit épousée en 1697. et il en laisse Marguerite
Ferrant de S. Disant , mariée au mois de i
Juillet 1719. avec Raoul- Antoine de S. Simon,
Comte de Courtomer , Seigneur de Sainte Merc
Eglise , Diocèse de Bayeux , Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises , et Brigadier des
Armées du Roy , de la Promotion du premier-
Août 1734
et de
Le 4. D. Elizabeth- Marguerite Huguet , veuve
depuis le 26. Fevrier 1725. de François de Roye
de la Rochefoucaud , Comte de Roye
Roussy , Vidame de Laon , Baron de Pierrepont,
Marquis de Severac , Brigadier des Armées du
Roy , et Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, avec lequel elle avoit été mariée lé za
Septembre 1714 , mourut à Paris , après une
longue maladie , dans la 41. année de son âge ,
étant née le § . May 1695. Elle étoit restée fille™
unique , et seule héritiere de Denis Huguet, Conseiller
en la Cour de Parlement de Paris , et
Grand-Chambre d'icelle , mort le 16. Fevrier
1715. à l'âge de 80 ans , et de Marie Marguerite
de Turmenyes de Nointel , laquelle après la
mort de son mari se fit Religieuse , la Comtesse
de Roye laisse seulement 2. filles , qui sont Mar
the- Elizabeth de Roye de la Rochefoucaud , Dile
de Roussy , née le 13. Decembre 1720. et Fran
çoise- Pauline de Roye de la Rochefoucaud
Dlle de Roye , née le 2, Mars 1723.
by André J.Vela
2742 MERCURE DE FRANCE
André- Robert Perelle , Chevalier Seigneur de
la Tabaize , la Grange Arthuis , & c . Conseiller
du Roy en son Grand- Conseil , Administrateur
de l'Hôpital General , mourut en cette Ville le
5. de ce mois dans la quarantiéme année de son
âge. Il remplissoit avec éclat toutes les fonctions
de la Magistrature ; profond dans la Jurisprudence
, et dans la connoissance du Droit Public,
ila merité d'être honoré de plusieurs commissions
importantes du Conseil , dont il s'est acquité
d'une maniere distinguée . Né avec un esprit
sublime , il embrassoit presque toutes les
Sciences , et les possedoit au plus haut degré
malgré les infirmités presque continuelles dont il
étoit affligé. Ces heureux talens étoient rehaussés
par une modestie rare , une pieté solide , et
par les plus aimables qualités du coeur. Connu ,
aimé , recherché des personnes du premier merite
, il meurt regreté de tout le monde. Il n'a
point été marié , et ne laisse qu'une Soeur , Genevieve
Perelle mariée à M. de Verthamon de
Villemenon , Conseiller au Parlement , aussi
mort le 20 Decembre dernier.
"
Le 9. mourut à Paris Pierre Durand , Scigneur
de Popian, President en la Cour des Comp.
tes, Aydes et Finances de Montpellier , en laquelle
Charge il avoit été reçu le 31. Octobre 1710 .
Le 13. Philipe Desvieux , Ecuyer , l'un des
Fermiers Generaux des Fermes unies du Roy ,
mourut à Paris d'une apoplexie dont il avoit été
attaqué le 11. precedent , âgé de 18 ans. Il étoit
fils de Louis Desvieux , Conseiller Secretaire du
Roy , er Greffier du Conseil de S M. mort le g .
Novembre 1722 et de Louise - Therese le Febvre,
sa seconde femme , et il avoit épousé Bonne-
Magicleiné le Cousturier fille de feu Eustache le
I. Vol. Cousturier ,
DECEMBRE. 1735. 2743
Cousturier , Payeur des rentes de l'Hôtel de Ville
de Paris , et de Bonne- Magdeleine de la Salle sa
seconde femme , et soeur d'Eustache - François le
Cousturier , Seigneur de Mauregard , et du Mesnil
, President au Grand - Conseil , depuis 1732 .
D'un grand - nombre d'enfans qu'il en a eu ,
il reste encore 3. garçons et 3. filles , l'aîné des
garçons Louis- Philipe Desvieux , âgé d'environ
22. ans , a été reçu Conseiller et Commissaire
aux Requêtes du Palais du Parlement de Paris le
3. Decembre 1734. L'aînée des 3. filles a été mariée
le 27. Septembre dernier , avec François - Dominique
Barberie , Seigneur de S. Contest ; Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy.
Le même jour mourut à Paris , Charles-Jean-
Franços Marquis de la Riviere fils aîné de Char-
Jes - François Marquis de la Riviere Colonel d'un
des Régimens de Noblesse de la Province de
Bretagne , le Marquis de la Riviere qui vient de
mourir avoit épou é .... de Becdelievre , fille du
Premier Président de la Chambre des Comptes
de Bretagne , dont il n'a point eu d'enfans . Il
laisse pour heritier et chef de son nom Joseph-
Yves Thibaut de la Riviere , Comte de Corlay ,
son frere , mais d'un second lit ; leur Pere ayant
épousé en secondes nôces Marie - Anne- Françoise
Goyon , heritiere de la branche de Goyon ,
Beaucorps , dont Mrs de Matignon font la branche
aînée . Le Comte de Corlay , aujourd'huy
Marquis de la Riviere , a épousé il y a quelque
mois Julie de la Riviere sa Cousine , fille de
Charles-Yves Thibaut , Comte de la Riviere
Brigadier des Armées du Roy , Sous- Lieutenant
des Mousquetaires , Gouverneur de S Brieux , et
de Julie Barberin de Reignac , Dame du Palais
de la Reine , Seconde Douairiere d'Espagne ; Sa
I. Vol. I vj Majesté
2744 MERCURE DE FRANCE
MajestéCatholique au temps de ce dernierMariage
accorda la même Charge à sa fille.
Le 8. Decembre fat baptisé en la Paroisse de
S. Eustache à Paris , Anne- François , né le jour.
précedent , fils de Charles François- Frederic de
Montmorency-Luxembourg , Duc de Piney - Lu--
xembourg , et de Beaufort- Montmorency, Pair,
et Premier Baron Chrétien de France , Ģouverneur
, et Lieutenant General pour le Roy de la
Province de Normandie , Brigadier de ses Armées
, et Colonel du Régiment de Touraine , et
de Marie Sophie - Colbert de Seignelay , son
Epouse.
Le 19. D. Marguerite- Françoise de Boudeville ,
Epouse de Hilarion Frezeau , Comte de la Frezeliere
, Marquis de Germigny , &c. cy devant .
Premier Lieutenant General de l'Artillerie
> est
acouchée à Paris d'une fille , baptisée le même
jour à S Louis dans l'Isle. Le Parain Pierre- Charles
Roy , Ecuyer , Conseiller Secretaire du Roy,
Tresorier des Chancelleries Provinciales , celebre
par ses Ouvrages. Il est Oncle maternel de Madame
de la Frezeliere. La Maraine MadameMarie-
Madeleine Bussinet , veuve du Comte d'Oy--
sonville , grande Tante du côté paternel .
VERS à Mad: la Marquise de la ***
par M.Clement, Receveur des Tailles
J
de Dreux.
Eune Philis , aimez vous Apollon ?
Il est le Dieu de l'harmonie ,
C'est lui dont le brillant genie
De l'art des Vers nous a donné leçon.
I. Vol.
Da
DECEMBRE . 1735 2748
Du tendre Amour il chante les conquêtes ,
Et lui seul de Venus sçait peindre la beauté j »
Il est le Dieu des agréables Fêtes ,
Il y répand le goût et là varieté ,
Il va jusqu'aux champs de la gloire
Couronner le Dieu des guerriers ,
Et j'ay vû sous ses yeux croître mille lauriers
Qu'à votre Epoux un jour doit porter la Victoire.
Enfin tout le sacré vallon
Vous pariera des talens de son Maître.
L'Olimpe entier l'admire , et Cupidon peut- être
Pour persuader prend son tón.
Ah ! s'il vouloit celebrer sur sa Lyre ,
Ce sentiment que votre air nous inspire ,
Ce talent de charmer sans affectation ;
Philis aimeriés-vous ce divin Apollon ?
ARRESTS NOTABLES;
A
RREST du Conseil du 24. Jailler , qui
proroge en faveur du Clergé les délais portés
la Déclaration du 20. Novembre 1725.
par
et par les Arrêts des 3 r . Mars 17276 23. Mars
1728. et 25. Septembre 1730. pour rendre les
foy et hommages , et fournir les Déclarations du
temporel des Benefices , tenant lieu d'avoeux et
dénombremens,
Ir Vol ORDONNANCE
2746 MERCURE DE FRANCE
ORDONNANCE du Roy du 19. Août , qui
enjoint à tous Bateliers qui embarqueront quelque
personne que ce soit , arrivant en poste dans
les endroits où il y en a d'établies, de payer trois
livres au Maître de la Poste dudit lieu
, pour
chaque personne qui auroit couru la poste et
qui s'embarquera .
ARREST du Grand- Conseil , du 2 2. qui
décharge Dom Cottin , Prieur en titre du Prieuré
d'Herbeville , et Prieur Claustral du Prieuré
de Lihons en Santerre , de l'accusation intentée
contre lui par le sieur Abbé Ozanne , Prieur
Commandataire dudit Prieuré de Lihons .
AUTRE du même jour , qui juge que les Religieux
du Prieuré de Lihons , quoiqu'ils ne
soient actuellement qu'à pensions , ont le droit
de faire chasser sur toutes les Terres apartenant
audit Prieuré. 7
ARREST du Conseil du 23. sur les conclusions
du sieur Inspecteur General du Domaine
qui ordonne que les Habitans des Communautés
situées dans l'étendue du Domaine du Roy , seront
tenus de préposer un ou plusieurs Gardes
pour veiller à la conservation de leurs
Bois Communaux , lesquels prêteront serment
et feront leurs raports aux Greffes des Maîtrises,
conformément à l'Or jonnance des Eaux et Fo- .
rêts de 1669. à peine de so . livres d'amende
pour chique contravention .
DECLARATION DU ROY , du 30. concernant
le Droit de pourvoir aux Benefices pendant
la vacance des Abbayes ou des Prieurés Réguliers
dont ils dépendent. SENDECEMBRE
. 1735. 2747
SENTENCE de Police , du 2. Septembre , qui
renouvelle les Ordonnances et Reglemens de Police
portant défenses aux Boulangers de discontinuer
la fourniture de leurs Places dans les
Marchés de cette Ville ; et condamne la veuve
Pariset en 3000. livres d'amende pour y avoir
contrevenu.
SENTENCE DE VILLE , du 3. concernant
la fermeture des Bachots pendant la nuit dans
l'étendue des Ports de cette Ville.
AUTRE du 6. qui condamne Louis- Charles
Morel , Maître Batelier- Passeur d'Eau , en fo.
livres d'amende , pour avoir depuis environ quatre
mois qu'il travaille , injurié et blasphemé
contre ceux qui passent dans son Bateau , s'être
mal comporté avec les Garçons Passeurs , et causé
du bruit , avec injonction de se comporter modestement
sur les Ports ; et défenses de percevoir
plus que les drons attribués , quand même il lui
seroit volontairement offert , et de récidiver , à
peine d'interdiction , même de punition corpoxelle
s'il y échet.
ARREST du Conseil du même jour , qui proroge
pendant une année seulement la permission
accordée aux Négocians des Ports et Villes Maritimes
du Royaume , d'envoyer leurs Vaisseaux
directement en Irlande, pour y acheter des boeufs
et chairs salées et les transporter ensuite aux Isles
et Colonies Françoises .
AUTRE du 13. qui fait défenses aux Villes et
Communautés de proceder à l'élection de leurs
Officiers , jusqu'à ce que Sa Majesté en ait autre-
4. Vol. ment
2748 MERCURE DE FRANCE
sment ordonné ; et qui ordonne que ceux qui,
lors de la publication de l'Edit du mois de No
vembre 1733. faisoient les fonctions des Offices
Municipaux , continueront de les faire jusqu'à
ce qu'il y ait été pourvû ou commis par commission
du Grand Sceau.
lors.
AUTRE du même jour , qui ordonne que
qu'il y aura des Postes vacantes ou abandonnées,
et qu'il ne se présentera aucun sujet pour les remonter,
le service sera fait par la Communauté;
et au cas que la Communauté ne soit pas trouvée
capable de soutenir seule le service desdites Postes ,
il sera par les sieurs Intendans et Commissaires
départis, chosi tel nombre de Communautés voi
sines qu'ils jugeront à propos , pour solidaire--
ment fournir et contribuer à remonter et soutenir
lesdites Postes vacantes . Ordonne en outre
que si quelques Particuliers demeurant dans quel
que autre Paroisse , même dans d'autres Elec
tions que celles desdites Postes , se présententpour
se charger du service desdites Postes vacantes
ou abandonnées , ils jouiront dans les
lieux où leurs biens sont situés , des mêmes ·.
exemptions de Tailles et autres Privileges , que si
lesdits biens étoient situés dans le lieu de la Poste
qu'ils desserviront .
SENTENCE DE VILLE du 20. qui con
damne Guillaume du Tillet , dit Bellaude . Ba- ·
choteur , en so. livres d'amende pour avoir
conduit dans son Bachor au -dessous de Paris ,
23. personnes au lieu de 16. portées par les Ordonnances
et Reglemens , et qui lui fait défense
de récidiver , à peine d'être exclus pour toujours
du Bachotage , et de plus grandes peines , s'il y
dshee SEN
DECEMBRE. 1735. 2749
SENTENCE DE POLICE du 7. Octobre ,
qui renouvelle les Ordonnances et Reglemens de
Police portant défenses aux Laboureurs , Marchands
Fariniers et Meuniers , de discontinuer
la fourniture de la Halle , et condamne en fo.
livres d'amende les nominés Tabar et Lerouge
pour y avoir contrevenu .
ARREST du premier Novembre , servant de
Reglement pour la perception des Droits d'Ensaisinement
dans tout le Royaume.
AUTRE du 26. qui proroge jusqu'au dernier
Decembre 1736. le prix des anciennes Especes e
Matieres d'or et d'argent
EDIT DU ROY , portant création de
six cent mille livres de Rentes sur la Ferme ge
ntrale des Postes , donné à Versailles , au mois
de Novembre 1735 Registré en Parlement le 3
Decembre , par lequel il est dit ce qui suit. Nous
avons par le present Edit , perpetuel et irrévo
cable , créé et aliéné , créons et aliénons six cent
mille livres actuelles et effectives de rentes au
denier vingt , à prendre par préference sur la
Ferme generale de nos Postes , que Nous avons
declaré et declarons specialement et par privi
lege affectée , obligée et hypothequée , tant au
payement et continuation des arrerages desdites
six cent mille livres de rentes , qu'au rembour
sement du principal d'icelles , qui sera fait annuellement
de six en six mois : lesquelles
six cent mille livres de rentes seront venduës et
aliénées par les Commissaires de notre Conseil
que Nous nommerons à cet effet , à ceux qui les
voudront acquerir, dont les Contrats seront pas →→
J Vol
sét
2750 MERCURE DE FRANCE
sés pardevant tels Notaires que les Acquereurs
voudront choisir , les grosses desquels contrats
leur seront délivrées sans frais , Nous reservant
à pourvoir d'un salaire raisonnable , aux Notaires
qui les auront passés. Le prix principal de
chaque Constitution sera payé par les Acque
reurs desdites rentes , entre les mains du Garde
de notre Trésor Royal en exercice , sur ses quittances
, en vertu desquelles leurs contrats seront
expediés. Les arrerages seront payés de six en
Six moiS , par celui qui sera par Nous comunis :
à cet effet ; et le remboursement des capitaux
sera fait pareillement par lui , sur les recepissés
du Garde de notre Trésor Royal . Accordons la
jouissance desdites rentes , à commencer du pres
mier Octobre , à ceux qui les leveront avant le
premier Janvier de l'année prochaine . Et comme
pour satistaite regu ierement au payement des ›
arrerages desdites rentes , et au remboursement
des capitaux pendant le cours de quinze années,
il faut un tonds de douze cent mulle livres par
chaque année ,voulons qu'outre les six cent mille
livres ci - dessus , il soit encore pris toutes les années
pareille somme de six cent mille livres des
deniers de la Ferme generale de nos Postes pour
être employée aux remboursemens des capitaux:
qui seront faits au premier Janvier et au premier
Juillet de chaque année , laquelle somme
de douze cent mille livres , le Fermier General de
nos Postes será tenu de remettre à celui qui sera
par Nous nommé pour l'execution du présent
Edit , suivant et conformement aux quittances
comptables qui en seront expediées à sa décharge
par le Garde de notre Trésor Royal . Et afin
qu'il n'y ait aucune preference dans ledit remboursement
, ordonnons que les Contrats des-
I. Vol. dites
DECEMBRE . 1735. 2758
و ا
dites rentes seront numerotés ; que les numeros
seront mis dans une boëte , et tirés publiquement
au sort , en l'Hôtel de notre bonne Ville
de Paris , dans le cours des mois de Juin et de
Decembre de chaque année, en présence du sieur
Prevôt des Marchands et des Echevins de ladite
Ville , à commencer de Decembre de l'année
prochaine 1736. et que le remboursement des
contrats dont les numéros seront sortis , sera fait
dans les huit premiers jours du mois suivant
pour tout délai et sans aucun retardement , sous
quelque pretexte que ce puisse être , par le préposé
sur les recepissés du Garde de notre Tresor
Royal , auquel les Rentiers fourniront leurs
quittances , et raporteront les grosses de leurs
contrats de constitutions , et autres piéces nécessaires.
Déchargeons lesdites rentes créées par
le present Edit , de toute retenue du dixiéme g
et permettons à tous Etrangers non naturalisés
même à ceux demeurant hors de notre Royaume,
Pays , Terres , Seigneuries de notre obéissance ,
de les acquerir , ainsi que feroient nos propres
Sujets ; en jouir , et disposer entre vifs , par tesfament
ou autrement , en principaux et interêts;
et en cas qu'ils n'en eussent pas disposé , voulons
que leurs heritiers leur succedent , encore
que lesdits heritiers , donataires , legataires et
representans soient étrangers et non regnicoles ,
renonçant à cet effet au droit d'aubaine , hâtardise
et autres qui pouroient nous apartenir ,
même à celui de confiscation , en cas qu'ils fussent
sujets de Prince sou Etats avec lesquels nous
sommes ou poutions être en guerre , dont nous
les avons relevés et dispensés : entendons que
lesdites rentes , qui seront acquises par lesdits
étrangers , soient exemptes de toutes lettres de ..
I. Vol.
marque
2752 MERCURE DE FRANCÉ
que
marque et de represailles , sous quelque cause
et sous quelque pretexte que ce soit . S'il surve-´
noit aucuns empêchemens au remboursement de
quelques parties de rentes créées par le present
Edit, permettons qu'elles subsistent sur la Ferme
generale de nos postes, et qu'elles ne soient point
remboursées jusqu'à ce que lesdits empêchemens
soient levez ; à la charge par les proprietaires des
contracts d'icelles , leurs héritiers , successeurs ,
créanciers ou ayans cause , d'en avertir le sieur
Prevôt des Marchands , quinze jours au moins
avant le premier Juin et le premier Decembre
de chaque année , afin que si le sort faisoit sortir
les numeros desdites parties de rentes , on en
puissent tirer d'autres en leur lieu et place : entendons
néanmoins les numeros de ces parties
, soient remis dans la boëte , aussitôt que
lesdits empêchemens seront cessez , à la premiere
requisition qui en sera faite au sieur Prevot des
Marchands, Si au contraire lesdits empêchemens
ne se trouvoient levez qu'après l'expiration des
quinze années que demande l'execution du present
Edit , ordonnons qu'alors et dans quelque
temps que ce soit , les proprietaires d'icelles pou
ront en recevoir le remboursement par le Fermier
General de nos postes , six mois après , pour
tout délai , qu'ils auront remis les grosses de leurs
contracts et autres pièces à ce nécessaires , entre
les mains du Gardé de notre Trésor Royal , qui
leur en delivrera ses recepissés , tant pour le
payement desdits capitaux , que pour les arrerages
qui en pouroient être dûs , et qui dans tons
les cas leur seront payés jusqu'à l'actuel et parfait
remboursement ; desquels payemens entendons
qu'il soit tenu compte au Fermier General
de nos postes , sur le prix courant de sa Ferme .
Io Volo ORDONNANCE
DECEMBRE . 1735. 2753
ORDONNANCE de M. l'Archevêque de
Paris au sujet des premieres Communions . Par
cette Ordonnance du 9. Décembre 1735 il est
statué et reglé ce qui suit.
1 °. Que les Instructions pour préparer à la
premiere Communion , continueront de se faire
dans les Paroisses , où les Curés veilleront avec
soin , afin que d'une part il n'y ait que les personnes
suffisamment instruites et disposées , qui
soient admises à la preiniere Communion , et que
de l'autre on ne differe pas pour des causes
legeres , d'y admettre celles qui sont en état de
la faire avec fruit et que sans des raisons légitimes
on n'use pas à leur égard d'un retardement
aussi contraire à l'esprit de l'Eglise , que
préjudiciable au bien des Ames .
2 °. Que la premiere Communion , même
hors du temps de Pâques , ne poura se faire que
dans l'Eglise Paroissiale , à moins que l'on n'ait
obtenu le consentement du Curé ou une permission
de Nous pour la faire ailleurs . Recommandons
en conséquence aux Confesseurs.Sécu
liers et Réguliers de notre Diocèse , d'inspirer à
ceux qui s'adresseront à eux , d'observer exactement
une regle si importante ; et faisons défenses
aux Supérieurs des Communautés Séculieres
et Régulieres , d'admettre personne en leurs
Eglises à la premiere Communion , sans ladite
permission ; le tout cependant sans déroger aux
usages observés dans les Communautés et dans
les Colleges , à l'égard des Pensionnaires et aures
personnes qui y demeurent.
1. Vol. Le

Le second Volume du Mercure de u
mois contenant les Pieces qui n'ont pi
trouver place dans le cours de l'année et la
Table Generale, est actuellement sous presse,
et paroîtra incessamment .
APPROBATION.
des Sceaux , le premier volume ddeu Mercure da
France du mois de Décembre , et j'ay crû qu'on
pouvoit en permettre l'impression. A Paris ,
4 Janvier 1736.
HARDION.
P
TABLE .
IECES FUGITIVES. Ode Sacrée
2543
Lettre de M. de Milhau , sur la pesanteur
des Corps liquides ,
Ode d'Horace , Imitation
2551
2565
Lettre sur un Livre nouvellement imprimé, 2567
Sonnet , Bouts- Rimés , • 2571
Inscription nouvellement découverte à Sens ,
La Cruauté punie , Eglogue ,
2572
2578
Memoires pour servir à l'Histoire des Theatres,
2582
I. Vol.
Vers
Vers sur la vûë , Traduction ,
Lettre sur la Tragédie d'Aben - Saïd ,
Bouquet à Mile B.
2593
2594
2600
Dissertation sur le Palais du Roy Thierry , &c .
Ode ,
2602
2611
Lettre sur l'erreur de quelques Antiquaires qui
préferent l'autorité de certaines Médailles à
celle des Monumens Historiques ,
Cantique tiré d'Isaie et de Jeremie ,
2616
2636
Lettre sur un cas extraordinaire de Médecine ,
Enigme , Logogryphes , &c.
2639
2643
2645
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,
& c.
Lettre au sujet de la Dissertation sur le Soissonnois
, &c. 2646
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres , &c.
Origine de la Poësie . Origo Paseos , &c. 2669
Lettre sur la Bibliotheque Italique ,
2652
2672
Lettre sur les Estampes de Sébastien le Clerc ,
& c.
Portrait de M. le Dauphin ,
Chanson et Air notés ,
2683
2688
2692
Spectacles Les Amans Jaloux , Comédie , Extrait
,
Extrait de l'Opera de Scanderberg ,
2693
2704
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse ,
De Pologne ,
D'Italie ,
D'Espagne et Grande- Bretagne ,
Bouquet ,
2720
2722
2726
2728
2729
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
I. Val
2730
Lettre
Lettre sur l'accouchement de Mad.
2733
Autre Lettre,écrite de Perpignan , 2735
Vers à M. l'Abbé , &c . 2737
Morts , Naissances , & c.
2738
Vers à Mad. la Marquise ***
2744
2745
Arrêts Notables ,
Errata de Novembre.
P Age 2422. ligne 3. 15.
lisez , 25.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge
Age 2592. ligne 6. servantes, lisez , sirventes,
P. 2623. 1. 21. Nerin . 1. Neron .
P. 2689. l. 4. du bas , Cambalo , l. Cembalo.
P. 2699. 1. 8. livres , . écus.
La Chanson notée doit regarder la page 2698
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU ROY
DECEMBRE 1735
SECOND VOLUME.
URICOLLIGIT
SPARGIT
A PARIS ,
R
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez La veuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy,
A VIS.
L'ADRESSE generale of a
au
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com➡
modité voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mersure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voze
pour lesfaire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celiti , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardė
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porterfur
T'heure à la Pofte ,on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
DECEMBRE
1735.
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
LE RUISSEAU
ET LE TORRENT ,
FABLE.
D
Ans un Vallon regnoit autrefois
un Ruisseau ,
La par sa pente naturelle ,
Il faisoit en tout temps des trésore
de son Eau ,
Naître une abondance nouvelle.
Sans cesse on y voyoit, Amantes de son cours ,
II. Va A y
1756 MERCURE DE FRANCE
Et Pomone et l'aimable Flore ,
Faire meurir et faire éclore
Les fruits de leurs tendres amours,
A
La paix seule avec lui regnoit dans ces retraites;
L'haleine des Zéphirs, le doux chant des Oiseau
Celebroient ses douceurs parfaites ,
Et faisoient repéter leurs Concerts aux Echos.
Là, tout étoit soumis aux Loix de la Nature ,
En tout temps , en toute saison ;
Loix qui n'excitoient le murmure
Que du Souverain du Vallon.
Mais près des bords heureux de son charmant
Domaine ,
Quel bruit ! et quel fracas soudain !
Un Torrent furieux ravage dans la Plaine
Tout ce qu'il trouve en son chemin :
Orgueilleux de son cours rapide ,
Que fais- tu , lui dit-il , caché parmi ces fleurs
Que ne m'imites - tu ? cesse d'être timide ,
Ose aprendre à tes flots à devenir vainqueurs ,"
Voi en vain contre moi s'assembler mille obs
tacles ,
Voi mon cours fécond en miracles ,
Qui ne sçauroit être arrêté :
Et rougis en tremblant de ton oisiveté.
Je ne suis point jaloux de ta cruelle gloire ,
Répondit le Ruisseau d'un ton plein de douceur
Va , cours sans te lasser de victoire en victoire ,
1d. Vol..
Signale
DECEMBRE. 1733 757
Signale avec éclat ta rage et ta fureur ;
Cruel , fais ton bonheur suprême
Des maux que sans raison tu fais ;
Et laisse- moi tranquille et maître de moi- même
Répandre en ces lieux mes bienfaits.
Si ton regne est brillant, ah ! qu'il est peu durable!
Qui voudroit envier ton destin orageux ?
Mais déja tu n'es plus ! revers épouventable !
Il ne reste de toi qu'un souvenir affreux .
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure
par
M. de la Mettrie , Docteur
en Médecine , sur les Honneurs rendus
à la Médecine.
É crois , M M. vous faire plaisir et
au Public, en vous envoyant l'Extrait
d'un Discours rare et curieux , qui traite
principalement des Honneurs qu'on a
rendus dans tous les temps à la Médes
cine. M. Mead , celebre Médecin , et de
la Société Royale de Londres , le prononça
en Latin dans le College des Médecins
de cette Ville le 18. Octobre 1723.
Il porte ce Titre dans l'Impresssion qui
en a été faite depuis. ORATIO in pras
tantissimorum Hominum laudem , qui ma-
11. Vol. A iij ximis
2758 MERCURE DE FRANCE
ximis suis beneficiis Artem Medicam susė
tentarunt , amplificarunt , et ornarunt.
L'Auteur , plus Historien qu'Orateur,
nous trace comme dans un petit Tableau
, toute la gloire de la Médecine.
Il commence par les Egyptiens, chés qui ,
dit il , cette Profession fut si honorable
que
les Rois mêmes ne dédaignerent pas
de l'exercer. Après les temps d'Osiris et
d'Isis , qui excellerent dans l'Art de gué
rir , on prenoit dans le Trésor public
des récompenses pour les Médecins , et
le Livre qui contenoit la Méthode de
traiter les Maladies aiguës , pottoit le tie
tre de Sacré.
Il passe
de l'Egypte
aux
Ecoles
céles
bres
que les Grecs
établirent
en differentes
Villes
de la Grece
, et nous
montre
Democède
, élevé
aux
plus
grands
horneurs
par
Darius
, Roy
des
Perses
.
ajoûte
un trait
d'humanité
qui rend
notre
Art à jamais
recommandable
. Darius
avoit
condamné
à mort
les Médecins
d'F-
-gypte
, qui
l'avoient
mal
traité
dans
le
commencement
de sa maladie
; mais
Dé.
mocede
, qui le guérit
, obtint
leur
grace
et leur
liberté
.
Notre Orateur a de la peine à sortir
de la fameuse Ecole de Cos. Sa splendeur
l'ébloüit , et le divin Hippocrate
II. Vol. qu'elle
DECEMBRE. 1735. 2779
qu'elle vit naître , lui inspire le plus profond
respect.Connoissant, comme je fais,
les sages préceptes que ce grand Homme
nous a laissés, je ne suis point surpris que
ses Compatriotes ayent fait graver sur
la Monnoye son Portrait et son nom ;
ni que toute la Grece , selon le témoi
gnage de Pline , lui ait rendu les mêmes
honneurs qu'à Hercule .
Les Athéniens , ajoûte M. Mead , offrirent
à Hippocrate le Droit de Bour
geoisie , lui mirent sur la tête une Couronne
d'or , et lui assurerent une pension
considerable à lui et à ses Descendans.
Ils avoient une veneration si singuliere
pour la Médecine , qu'il étoit défenda
par une ancienne Loy aux Esclaves et
aux Femmes de s'initier dans ses misteres.
L'Histoire de la Médecine nous aprend
avant M. Mead , que Pitagore , Démocrite
, Aristote et les plus grands Hommes
de l'Antiquité se sont faits une gloire
d'exercer cette noble Profession . Plutarque
raporte dans la Vie d'Alexandre
qu'Aristote mérità la bienveillance de
ce grand Roy , pour l'avoir guéri ďune
maladie dangereuse . Ce fameux Conquerant
voulut même aprendre de lui
cet Art salutaire , et il ne crut pas qu'il
A iiij fût II. Vol.
1770 MERCURE DE FRANCE
fat au - dessous de sa Majesté de l'exercer
quelquefois.
Notre Historien fait aussi mention de
la Secte celebre qu'Erasistrate , neveu
d'Aristote , forma dans l'Ecole de Smirne.
Dans cette Ville , dit- il , on gravoit
sur la Monnoye les noms des Médecins
et des Préteurs : on avoit pour eux une
#gale veneration. On joignoit aux noms
des Medecins l'Image des Dieux les plus
propices. On accordoit les mêmes honneurs
aux plus sçavans de la Secte d'Herophile
. M. Mead a fait imprimer à Lon
dres une Dissertation particuliere sur des
Ecus frapés en l'honneur de ces deux
7
Sectes.
Il vient ensuite au temps des Romains,
où il semble au premier coup d'oeil, que
notre Art perdit la haute estime qu'on
avoit eue pour lui jusqu'alors. Il avoue
que Pline paroît avoir donné lieu aux
fictions et aux injurieuses calomnies que
Cornelius Agrippa et plusieurs autres
ont gravement publiées ; mais il fait voir
clairement qu'on ne doit pas conclure
du Passage de Pline , ** que Caton aft
banni les Médecins de Rome , et que
* Selon Pline , Aristotelis filia genitus. et non
pas son Nevcu.
** Hist. Nat. L. XXIX. C. 1 .
II. Vol. c'est
DECEMBRÉ. 1735. 2761
c'est une témerité ridicule d'avancer que
ceux qui ont les premiers faits la Médecine
à Rome étoient des Esclaves. En
effet pour peu qu'on soit versé dans la
lecture des Anciens , on sçait assés que
les Chirurgiens se décoroient alors du
Titre de Médecins , et que ces prétendus
Médecins furent chassés de Rome.
Il y venoit , dit notre Auteur , des gens
sans éducation , sans fortune et sans naissance.
D'Esclaves devenus Bourgeois , ils
prenoient le nom de quelque Famille
Romaine , et attirés par l'espoir du gain,
non contens de pratiquer la Chirurgie ,
ils osoient même traiter les maux internes.
Qu'arrivoit-il de- là ? Ce qui arrive
encore aux Chirurgiens d'aujourd'hui
ils oublioient leur Profession , sans qu'il
leur fût possible d'aprendre la nôtre
Aussi , comme le remarque M. Mead ,
la Chirurgie étoit- elle si peu éclairée ,
que la plupart de ceux qui confioient
leur vie à ces Operateurs , périssoient
par le fer ou par le feu. Il n'est donc
pas surprenant que le Peuple effrayé d'un
Art nouveau , et cruel en aparence , ait
chassé de Rome des ignorans qui l'e
xerçoient.
M. M. ne perd pas de vûë la préten
due servitude des premiers Medecins de
Il Vol A w Rome
2762 MERCURE DE FRANCE
Rome. Il démontre par des autorités in
contestables qu'elle n'a aucun fonde
ment. En effet , selon Pline , Archegatus ,
qui vint le premier du Peloponese * à Rome
pour y exercer cette noble Profes
sion , joüit des mêmes honneurs que les
Sénateurs Romains . Notre Auteur se
sert de l'autorité de Ciceron pour prouver
qu'Asclepiade , aussi grand Orateur
que sçavant Médecin , étoit intime ami
de L. Crassus. Quelque temps après ,
continue- t'il, Jules-Cesar donna le Droit
de Bourgeoisie à tous les Medecins qui
quittoient la Grece pour venir s'établir
à Rome; mais il est ridicule de croire
qu'on eût accordé la même grace à des
Gens de la lie du Peuple , qui étoient
obligés de servir Esclaves long- temps
avant que de pouvoir êrre Chirurgiens,
Ne passons pas sous silence une Loy
de l'Empereur Constantin , que M. M.
raporte en ces termes : Les Médecins J
les Grammairiens , les Jurisconsultes , leurs
Femmes et leurs Enfans , seront exempis de
toutes fonctions publiques , on ne pourra
les apeller en témoignage , ni les forcer de
recevoir des hôtes chés eux :la moindre injustice
ou insulte qu'on leur fera sera sé-
* Sous le Consulat de L. Emilius et de M. Livins
,l'an de R. DXXXV.
11. Vol. veremo
DECEMBRE . 1735. 276
verement punie , & c. Il fait voir là- des
sus que long temps avant Constantin ,
les Médecins joüissoient des mêmes privileges
, et qu'ensuite Julien , ce sage
Empereur , les exempta aussi de toutes
Charges publiques.
Il voudroit suivre l'Histoire de la Mé
decine chés les Arabes , qui , comme if
l'observe , furent les dépositaires de cette
science pendant les siècles les plus barbares
; mais la rareté des Manuscrits qui
traitent de cette matiere , leur Langue ,
qui nous est inconnuë , arrêtent ici le
cours de son Erudition.
Il s'aproche enfin des temps heureux
où les Beaux- Arts , trop long temps négligés
, recommencerent à fleurir , et où
la Médecine fut encouragée par de nouveaux
honneurs. Passant legerement sur
les Droits et les Privileges des Ecoles
de Salerne , de Padoüe , de Montpellier ,
de Paris , &c. il ajoûte, avec raison , qu'il
n'est point de Peuple chés qui notre Art
soit plus honoré que chés les Anglois.
En effet la plupart des Seigneurs de Lon
dres s'apliquent à l'étude de la Médecine
: J'en ai connu plusieurs à Leyde ,
parmi lesquels étoit un Milord , qui se
faisoit un plaisir d'être confondu parmi
tous les Etudians pour entendre les Le-
II. Vol A vj ons
2764 MERCURE DE FRANCE
çons du grand Biërhaave , l'Oracle de
la Médecine moderne. Un Médecin en
Angleterre porte l'épée et à le titre d'Ecuyer
, ce qui le distingue du Chirur
gien qui n'a ni l'un ni l'autre.
7
Le reste de la Dissertation de M. M.
n'est qu'un tissu d'Eloges , quelquefoist
un peu outrés , des Médecins Anglois.
Il sembleroit , à l'entendre , que l'Angleterre
ne dût rien aux Découvertes des
Médecins des autres Nations. Cependant
rendons graces à ce sçavant Auteur ; il
a tiré le premier des tenebres de l'Antiquité
des Faits qui illustrent la Médecine.
Est- il rien de plus capable de nous faire
aimer une Profession si distinguée estil
un plus puissant aiguillon pour nous
exciter à en remplir dignement les devoirs.
Je suis , & c.
REMARQUES de M. D. L. R.-
au sujet d'une Médaille d'Hippocrate.-
Près avoir remercié M. de la Met
trie au nom du Public et des Auteurs
du Mercure , je crois qu'à l'èxemple
de M. Mead , on pourroit tirer encore
des tenebres de l'Antiquité d'autres
Monumens capables d'illustrer la
Médecine , je n'en produirai ici qu'un ,
mais qui peut , ce me semble , effacer
II. Vol. tous
DECEMBR E. 1735. 2765
tous les autres . Je ne sçaurois mieux le
Dic
a fait , un espace entre le haut de la Têre
d'Hippocrate et le bord de la Médaille
. Il n'y en a point du tout dans l'O
riginal ni dans mon Dessein .
On ne peut , au reste , méconnoître ici
la Tête de ce grand homme , Tête pres-
FI. Pol
que
2764 MERCURE DE FRANCE
çons du grand Bierhaave , l'Oracle de
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de M. Mead , on pourroit tirer encore
des tenebres de l'Antiquité d'autres
Monumens capables d'illustrer la
Médecine , je n'en produiral ici qu'un ,
mais qui peut , ce me semble , effacer
1.72 H.
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II. Vol. tous
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IS
DECEMBRE. 1735 2765
tous les autres. Je ne sçaurois mieux le
placer qu'à la suite de l'Extrait du Discours
de ce sçavant Anglois .
C'est une Médaille d'Hippocrate
frapée par les Habitans de l'Ifle de Cos,
ses Compatriotes. J'en ai vû plusieurs
fois l'Original dans le Cabinet de M. Foucault
, d'où elle a passé , après sa mort',
dans celui du Duc de Parme , avec tou
tés les autres Médailles de Bronze de cet
illustre Magistrat , je la fis dessiner dans
le temps et je viens de la faire graver.
La Médaille est de la même grandeur
qu'on la voit içi représentée . D'un côté
la Tête d'Hippocrate et pour Légende son
nom par une abbréviation singuliere eť
extraordinaire dans les Monumens Antiques
, III. d'un côté, et Tor de l'autre la
Tête entre deux , pour ппокАтоr , que
fe Graveur ancien n'a pû mettre entier
dans le petit espace qu'il s'étoit donné.Jet
demande grace pour le Graveur moder
ne , qui n'a pas exactement imité l'Original
antique , en laissant , comme il
a fait , un espace entre le haut de la Têre
d'Hippocrate et le bord de la Médaille.
Il n'y en a point du tout dans l'O
riginal ni dans mon Dessein.
On ne peut , au reste , méconnoître ici
la Tête de ce grand homme , Tête presque
FI. Vol
2766 MERCURE DE FRANCE
que sans cheveux , et la barbe courant
seulement le bas du visage , laissant
voir la physionomie gracieuse d'un
homme de bon sens et de génie , tel
qu'étoit le Personnage représenté , ce
qui est conforme à d'autres Monumens
qui nous restent de lui .
Sur le Revers est représenté le Bâton
d'Esculape , Dieu de la Médecine , et
pour Legende ce mot seul ΚΩΙΩΝ.
Si nous en croyons un Auteur anonyme
, cité dans Suidas, Hippocrate étoit
ordinairement représenté dans ses Statues
la Tête couverte de son habit , de
quoi cet Auteur aporte quelques raisons;
c'étoit , dit- il , ou par coûtume , au contraire
des autres Grecs , qui avoient presque
toujours la Tête découverte
pour marquer la passion qu'Hippocrate
avoit de voyager ; car les anciens Grecs
ordinairement découverts à la Ville et
dans le particulier , se couvroient la tête
dans les voyages , ou enfin parce que
Fusage étoit d'avoir la tête couverte dans
les opérations manuelles de la Médecine.

ou
Dans notre Médaille , la Tête est entierement
découverte , ce qui n'est pas
sans raison . Le mot KOIN du Revers
montre que ce sont les Concitoyens
'Hippocrate de l'Ile de Cos qui >
* II. Vel. erst
DECEMBR E. 1735 2767
ont frapé cette Médaille , ou qui lui ont
fait l'honneur d'orner leur Monnoye de
sa Tête , en reconnoissance de celui qu'il
leur avoit fait par la gloire qu'il s'étoit
acquise dans toute la Grece et ailleurs.
Cette gloire fut si grande que les Grecs
lui rendirent les mêmes honneurs qu'à
Hercule , dont it descendoit d'ailleurs
par les Femmes. Il n'y a , au reste , qu'à
lire les OEuvres d'Hippocrate , ou à méditer
seulement un peu ses Aphorismes ,
qui en contiennent toute la moëlle , pour
reconnoître la profondeur de sa science, la
grandeur de son mérite, et que ses Compatriotes
, en lui rendant justice , ont
immortalisé leur reconnoissance .
Le Bâton d'Esculape , qu'on voit sur
le Revers , accompagné du mot KOMON ,
ne regarde pas seulement le culte particulier
que les Habitans de Cos rendoient
à Esculape à qui ils avoient bâti
un Temple superbe auprès de leur Ville,
laquelle , selon Pline , lui étoit dédiée
il peut aussi regarder Hippocrate luimême
, qui étoit de la Famille des Aselepiades
, la plus illustre de l'Ifle , par
F'origine qu'elle tiroit d'Esculape.
Artaxerxe , Roy de Perse , reconnut
cette illustration dans la Lettre qu'il
écrivit à Histane , Gouverneur de l'Hel
II. Vol lespont ,
1768 MERCURE DE FRANCE
lespont, par laquelle il lui ordonnoit d'in
viter de sa part Hippocrate à venir à sa
Cour , le chargeant de lui fournir amplement
tout ce qui étoit nécessaire pour la
commodité du voyage ,et de l'assurer qu'ik
seroit content du rang qu'il lui donneroit
, & c. Suidas nous a conservé cette
Lettre , qui fait connoître que la renommée
d'Hippocrate n'étoit pas renfermée
dans la Grece . Il ne fit pas le voyage de
Perse auquel il étoit invité , et on croit
que ce fut par un pur amour de sa Patrie
qui étoit alors affligée d'un mal contagieux.
Je pourrois , à l'occasion de notre Mé
daille , dire encore bien des choses sur la
Personne d'Hippocrate , sur la splendeur
de sa Famille , sur ses Enfans , sur l'Isle
de Cos , qui tiroit sa principale gloire
d'être la Patrie d'un si Grand Homme
mais cela me meneroit au de- là de certaines
bornes. Je me contenterai d'ajouter
deux ou trois observations aux précedentes
.
On lit dans l'Histoire de l'ancienne
Grece un trait singulier sur le Trisayeul
d'Hippocrate , apellé Nebrus , lequet
avoit un Fils dont le nom étoit Chrysus.
L'Oracle de Delphes consulté sur le sort
du Siege de la Ville de Crissa , et sur la
Fl. Fol.
Peste
DECEMBRE. 1735. 2769
Peste qui désoloit le Camp des Assiégeans,
répondit que le succès de ceux - ci seroit
heureux , s'ils faisoient venir incessame
ment de l'Isle de Cos le Fâon d'une Biche,
et de l'or. » Cet Oracle misterieux com-
» muniqué aux habitans de Cos par des
» Deputés , y trouva son explication en
» la personne de Nebrus et de son Fils
>> Chrysus , dont le nom signifie en
» Grecs , le Faon d'une Biche , et de l'or.
» Ce Nebrus , Trisayeul d'Hippocrate ,
» étoit grand Medecin . Il offrit ses secours
aux Deputés des Amphictyons ,
il équipa une Galere à ses frais , la remplit
des meilleurs Médicamens , ainsi
que de toute sorte de provisions de
» Guerre et de bouche , et partit avec son
» Fils . Són arrivée au Camp des Ama
> phictyons y rendit la santé aux malades
par l'usage des excellens remedes
» qu'il mit en oeuvre ..... la Place fut
» emportée , pillée, saccagée , puis brulée
et démolie , après dix ans de Siége.
Ce trait est raporté plus au long par
M. de Valois , de l'Académie Royale des
Inscriptions et Belles - Lettres , dans l'une
de ses Dissertations sur le fameux Conseil
des Anphictyons , & c. ce qui forme
un très- beau Morceau d'Histoire , inseré
dans celle de l'Académie depuis l'an-
II Vol née
1770 MERCURE DE FRANCE
née1716.jusques et compris l'année 1730.
de l'Imprimerie Royale 1733 .
Il すa dans le Recueil de Jean - Ange
Canini , publié d'abord à Rome dans le
siecle passé , et depuis peu à Amsterdam,
ane très - belle Tête d'Hippocrate. C'est
Ja LIII. du Recueil , dessinée par Canini
d'après une Cornaline antique , gravée
dans la derniere perfection . » On a crû ,
dit l'Auteur , que c'est le Portrait d'Hippocrate
de Cos , le Prince de la Médecine
, à cause de sa ressemblance avec
l'Effigie de ce Grand Homme , que Ful
vio Orsini a donnée au Public d'après
une Médaille , où le nom de ce fameux
Medecin est écrit en Grec. Mais quelque
difference qu'on a trouvée dans les
traits , principalement dans le nez , a
fait naître une diversité de sentimens
parmi les Sçavans.
Pour moi sans prétendre autrement
décider , je ne doute point que la Tête
dessinée par Canini , ne soit veritablement
celle d'Hippocrate , à cause de la
conformité que j'y trouve avec celle de
notre Médaille. On sçait que Canini excelloit
à dessiner les Pierres gravées et les
Médailles qu'il touchoit avec un esprit
et une legereté de main admirable. Il avoit
Fart , sur tout , de conserver toute la fi-
11. Vol. nesse
DECEMBRE. 1735. 2778
nesse des airs de Tête de l'antiquité,selon
le témoignage de M. de Chevrieres , Auteur
de la derniere Edition de Canini er
1731. A quoi il faut ajoûter que la gra
vure en taille- douce de celle dont il s'a
git ici , est d'Etienne Picart , autre excellent
Maître.
Quelque envie, au reste, que j'aye d'a
bréger ces remarques , je ne puis passer
sous silence une petite partie de ce que
M. Mead a été obligé d'omettre dans son
Discours , persuadé que tous ceux qui
s'interessent à la gloire de la Médecine ,
ne seront pas fachés de sçavoir que
les
Arabes Mahometans se sont fait un devoir
non seulement de reconnoître qu'Hippo
crate en est le Pere et le Restaurateur
mais encore de traduire presque tous ses
Ouvrages de Grec en Arabe. Les Manuse
crits de ces Traductions , accompagnées
souvent de Commentaires , sont répan
dus dans toutes les Regions de l'Orient
et il y en a même quelques- uns dans la
Bibliotheque du Roy. Le détail de ce que
je ne fais qu'exposer ici , se trouve dans
la Bibliotheque Orientale de M. d'Herbe
lot , dont il ne faut dabord que consul
ter la Table Generale au mot Hippocrate
que les Arabes apellent Bokrath , et ensuite
dans le corps de l'Ouvrage le titre
II. Vol.
general
272 MERCURE DE FRANCÊ
1
general Ketab, ou Livre , à la page 962. et
dans les suivantes. On y trouvera même
quelques bons Ouvrages de Medecine
dont les Arabes ont fait honneur à Hip-
"pocrate,faute d'en connoître les veritables
Auteurs , comme le Traité des differens
Temperamens , celui de la Saignée et de
la Ventouse , &c. On peut voir aussi là
dessus la Bibliotheque Orientale de
Hadgi Calfah Tare Moderne de Constantinople,
traduite par M. Petis de la Croix.
Enfin les Orientaux sont si fort préa
venus en faveur d'Hippocrate , que sans
disputer à la Grece la gloire de l'avoir vu
haître , ils prétendent qu'il a parcouru
leurs plus belles Contrées. Les Syriens
sur
tout veulent qu'il ait fait son séjour
ordinaire à Hems , ou Emese , Ville cele
bre , dont j'at amplement parlé dans le
Voyage de Sirie et du Mont Liban , d'où ,
ajoutent ils , il venoit souvent à Damas,
Capitale de cette belle Province .
Cependant la plupart des Auteurs
Grecs et Latins , suivis par les Moder
nes, après avoir établi la Naissance d'Hippocrate
à l'Isle de Cos , l'une des Cyclades
, dans l'Archipel , aujourd'hui nom
mée Lango , conviennent qu'il mourut
en Thessalie âgé de cent neuf ans , envi
on 350. ans avant la Naissance de J. C.
II. Vols D
DECEMBRE. 1735. 2773
******* :XX : XXXXXX
D. GENO VEFA
Ovium Custos .
ECLOGA.
I Neipe bucolicos mecum , mėnfistula, cantus į
Rura mihi et valles , liquidæque in vallibus um
bræ ,
Altorumque umbræ nemorum , mihi simplica
cultu
Vita , placet tenerum tenera inter gramina card -
men .
Incipe bucolicos mecum, mea fistula, cantus.
Non tamen est animus tenerum deducere carÀ
men , «
Quale vel indigno Nisa deceptus amore
Insanus querulâ resonabat arundine Damon
Quale vel infelix Virgo quæ sæpe canebat ,
Ducite ab urbe domum mea carmina , ducite
·Daphnim,
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
Me teneram juvat ante alias cantare Puellam ;
Quæ patrias dum pascit oves , melioribus arsit
Ignibus , ipsa Deum sibi quæ delegit amantem ,
Quam Deus ipse pio sibi foedere junxit amatam,
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
I-1. Vol. He
2774 MERCURE DE FRANCE
Hic ubi per virides lento fluit agmine campos
Sequana , et invitus reginâ elabitur Urbe ,
Illuc mane novo caulis egressa paternis
Rustica ducebat pecudes ad pascua Virgo.
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
Lanigeras pascebat oves candore nivali ,
Sed superabat oves animi candore Puella ;
Pascebat mites blandis cum matribus agnos ,
Mitibus, ingenio sed erat quoque mitior agnis
Incipe bucolicos mecum¸mea fistula , cantus.
Illam Pastores multi videre per agros
Errantem , et multi suspiravere videndo :
Profuit at nulli suspiravisse videndo ,
Illorum pulcrè sprevit suspiria Virgo.
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
Parcite , dicebat , Pastores ; parcite , nostros ,
Si quâ parte placent , verbis extollere vultus ;
Ut vobis mea forma , mihi non vestra placebit
Forma , meos meruit sponsus formosior ignes."
Incipe bucolicos тесит , mea fistula , cantus»
Non ego sum dives pecoris , non ruris abumdans
;
Sed tamen incassum jactat sua rura Menalcas ,
Et pecora incassum nobis sua jactat Alexis ,
Sunt illi dites , sponsus mihi ditior illis.
› Incipe bucolicos mecum meafistula , cantus.
Eïa dicebant Pastores ,
age ,
eia age nobis
Dic ubi pascat oves sponsus felicior ille
II Vol. si
DECEMBRE, 1735. 2775
Ji nos divitiis , si formâ vicerit ambos ,
Ille tuos habeat meruit qui victor amores.
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
Ecquid ait sponsum , Pastores , cernere vultis
Ille quidem vigili vigil omnia lumine lustrat :
Non tamen hunc vidi , neque enim spectabilis
ulli est ,
Nec minus ille suis urit mea pectora flammis,
Incipe bucolicos mecum , mea fistula , cantus.
Sic ait , et fugiens hominum consortia , solas
Virgo petit valles , et oves dum gramina pase
cunt ,
Ipsa pio castas pascit sub pectore flammas ,
Atque suos inter suspiria cantat amores.
Incipe bucolicos mecum , meafistula, cantus,
Optime Pastorum qui numine rura tueris ,
Cumque tuo servas Mapalia rustica cælo ,
Et proprio benè largus oves qui sanguine pascia.
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Tu mihi , seu roseos sol exerit æquore vultus ,
Seu medium cæli
conscenderit igneus axem ,
Seu caput Hesperias jam fessus condat in undas,
Tu mihi , semper idem , vigili sub mente recursas..
Christe meos et babes et habebis solus amores.
Quin etiam dum Luna suos agit aurea cursus
Dum cælo fulgent vaga sidera , dum silet orbis ;
Dum mihi parca quies lentos complectitur artus ,
Tu quoque, tu vigili per somnos mente recursas,
I 1. Fol. Christe
3
1776 MERCURE DE FRANCE
Christe meos et habes et habebis solus amores .
Improba sæpe choros molles agitare per herbas
Suadet , et insanos cantare Cupidinis ignes
Turba Puellarum : lascivi carmen amoris
Dicere , lascivas suadet miscere choreas,
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Sæpe Puellarum densâ stipante catervâ
Longè aliò mihi mens errare videtur et errat s
Tum lasciva Cohors me dicit amare nec errar
>
Sed vanos fingit , nec veros noscit amores.
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Vix bene mens teneros formare infantula sensu€
Coperat , et blæsas titubans os reddere voces ,
Nondum quid sit amor noram vel nomen amo
ris ,
Jam mihi divinæ tentabant pectora flammæ.
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Tempore jam ex illo sensim crescentibus annis .
Crevit amor sensim , et tantum mihi crescit im
horas
Quantum vere novo se tollit graminis herba ,
Et quantum crescunt æstivo sidere soles .
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Ah ! quoties imo suspiria pectore furtim
Prosiluêre , sed est mihi suspirare voluptas ;
Et tantum recreant ægram suspiria mentem ,
Estivos quantùm Zephiri levat aura calores,
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Ah ! quoties tacitis et sponte cadentibus ora
II. Vol. Fletibus
DECEMBRE. 1735. 2777
Fletibus immaduere , sed est mihi flere voluptas ;
Et tantum nostros pia lacrima temperat ignes ,
Quantum sponte cadens nimium ros temperat
{
stum .
Christe meos et habes et habebis solus amores.
Nec tamen aut largo decurrens lacrima fluctu ;
Singultus-ve meas possunt extinguere flammas;
Restinguet solus , solus qui suscitat ignes.
Heu quam longa dies quæ nobis invidet illum !
Nostra quid ulteriùs, quid gaudia Christe moraris ?
Quando erit invisis ut spiritus evolet oris
Liber , et æthereas tandem se condat in arces ?
Hora beata , Deo sponsam quæ jungat amanti!
Quàm mihi dulce mori sit ! quàm mihi vivere
durum !
Nostra quid ulteriùs, quid gaudia Christe moraris &
Non ita præcipitans saxum de montibus altis
Ima petit , sternitque immani pondere terram
Ut nostrum terris erumpens pectus ab imis
Alta petit præceps jungi - que Deo ardet amanti
Nostra quid ulteriùs , quid gaudia Christe moraris p
Talia per campos reliquis indicta puellis
Virgo sponsa Dei cantabat , amore magistro ,
Multaque præterea quæ versu dicere non est,
Desine bucolicos тесит , mea fistula , cantus,
C. P.
II. Vol. B LETTRE
2778 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. L. P. à Madame la
Comtesse de .... au sujet du Livre intitulé
Le Militaire en solitude , ou le Phi-

losophe Chrétien. I. vol. in 12. chés
le Gras, au Palais, & c.
Aquite enfin ma promesse , Madame
; prenez vous en à une maladie
considerable, si j'ai tant tardé:j'eusse bien
desiré pour ma propre satisfaction , et
pour rendre justice à cet Ouvrage , de le
faire dès le temps que vous me l'avez demandé.
C'est un de ces Livres , qui sont le
fruit d'un esprit solide , et l'objet des recherches
de tous les gens de bien . Plût à
Dieu que tous ceux qui sortent de dessous
la presse fussent dans leur genre
aussi utiles que celui- ci ! il seroit glorieux
pour la France que des productions
de cette espece se multipliassent ; ce seroit
une preuve que la vertu y seroit ai
mée et recherchée avec
empressement ;
mais tel est le sort de ces bons Livres qu'à
la réserve d'un petit nombre de personnes
sages et vertueuses , ils sont à peine
connus du reste des hommes .
Je vous l'avoüerai avec chagrin , Ma-
LI Vo dame
DECEMBRE. 1735. 2779
dame je connois trois sortes de Personnes
et qui sont assurément le plus grandnombre
dans le Monde , dont ces Entretiens
n'obtiendront pas les suffrages . Les
premiers pour lesquels principalement ils
ont été composés , je veux dire les jeunes
gens , sont précisément ceux de qui il
sera moins lû . S'il ne parloit que de tendresse
, d'intrigues , de galanteries ; qu'il
touchât certaines matieres oùla pudeur
fut peu menagée , qu'il s'ég yat un peu
aux dépens de la Religion , il auroit déjɩ
fait fortune , si je puis parler ainsi ; on le
liroit , on le préteroit , on le tépandroic
avec le même empressement que l'on fait
les Oeuvres de Bayle, de S. Evremont , et
tant d'autres Livres qui n'ont d'autre merite
que celui de favoriser le libertinage
de l'esprit et du coeur .
Mais quelque soin que l'Auteur ait pris
' de varier son stile , d'interesser le Lecteur
par des sentimens grands et élevés ,
par des traits frapans de l'Histoire des
Grands Hommes , son Livre n'en sera
pas plus recherché parmi eux. Dès qu'il
s'agit de préceptes de conduite , de maximes
raisonables , de reflexions justes et
sensées , ils n'ont plus le temps de lire :
les plaisirs , la dissipation , le sommeil
leur auroient encore laissé du temps pour
Bij lire II. Vol.
2780 MERCURE DE FRANCE
lire un Roman , une Historiette galante ,
un Livre de libertinage ou d'irreligion ;
mais peu interompront pour celui - ci un
sommeil qui ne succedè aux plaisirs , que
pour faire place à de nouveaux plaisirs
aussi peu raisonnables que les premiers.
Je mets , Madame, au rang de ceux qui
n'aplaudiront pas à cet Ouvrage une autre
sorte de gens qui ne se nourissent
l'esprit que de ces jolies inutilités , et de
ces bagatelles ornées et brillantes , dont
les Libraires trouvent un si grand débit ,
et qui caracterisent , dit-on , le bel Esprit
et dans ceux qui les composent et
dans ceux qui sçavent les goûter en les
lisant. Tant raisonner , tant réflechir , rapeller
toûjours l'homme à soi - même ,
vouloir l'accoûtumer à se conduire sur
de grands principes , et par des sentimens
nobles , et à sçavoir éviter le
ridicule dans la conversation et l'imprudence
dans la conduite , c'est traiter de
choses ennuyeuses , bonnes à débiter dans
des solitudes ou parmi les dévots de profession
. Si l'ouvrage est soûtenu par
un stile agreable , ils croiront lui faire
grace d'en lire quelques pages et de dire
froidement qu'il n'est pas mal écrit. J'en
dis autant de ces Puristes dans le langage,
qui ne daigneroient pas achever la lecture
II. Fel
dy
DECEMBRE. 1735. 278
du meilleur Livre s'ils y trouvoient
quelques redites, quelques termes un peu
hors d'usage , quelques négligences dans
le stile. Ils n'en veulent point aux choses,
mais aux paroles ; les uns et les autres saerifient
toutes leurs lectures au plaisir de
l'esprit le coeur n'y entre pour rien . Du
stile , de l'élegance , du badinage des
Acurs , voilà ce qu'ils cherchent dans un
Livre , et rien de plus.
;
>
J'ajoute à ces deux genres d'hommes ,'
ces esprits critiques et inquiets , qui avant
même que d'ouvrir un Livre , sont déja
tour déterminés à le censurer. Ils y cherchent
de quoi mordre et non de quot
s'instruire. Vous sçavez , Madame , que
parmi bien des gens il suffit pour obtenir
le titre de bel esprit et de sçavant, de critiquer
toûjours et de ne trouver jamais
rien d'écrit à son gré : et c'est à quoi ceuxci
aspirent. Ce seroit un Privilege tout
particulier pour cet ouvrage qu'il fut
aprouvé d'eux : s'il exposoit des idées singulieres
, des sentimens bizarres , et qui
tinssent du paradoxe , il en seroit trèsbien
reçu ; mais , en verité, Madame, l'Auteur
de ces Entretiens ne paroît pas d'un
caractere à ambitionner la sotte gloire de
penser seul autrement que tous les autres
hommes , j'entends ceux qui font usage
de leur raison.
II. Vol
Biij A
2782 MERCURE DE FRANCE
A voir la maniere dont ja défens cet
Ouvrage , vous allez peut-être dire en
vous même , voilà un homme que quelque
interêt secret a rendu partisan du
Livre. Ses louanges me paroissent un
peu suspectes de partialité . Ne seroite
ce pas un ami intime de l'Auteur ? quelque
degré de parenté ou d'alliance n'entreroit-
il pas pour quelque chose dans
cet Eloge peut- être même est- il interessé
d'une autre maniere à tenir ce langage
; car combien de Livres de nos jours
dont les Auteurs ont payé d'avance lesEloges
qu'on leur prodigue , et des échos. pour
les repeter ? Celui-ci merite-t'il que l'on
prenne si chaudement sa défense ? cette
espece d'Apologie supose qu'on l'a attaqué
et qu'il n'a pas fait fortune. Il faut ,
ajoutez-vous , que je l'éxamine par moimême.
J'y consens de tout mon coeur , Ma->
dame , il ne perdra rien à être lû ; tout
ce queje vous ai dit jusqu'ici en sa faveur
n'a eu d'autre vûë que de vous engager!
à le faire : ne hazardez même pas encore
de l'acheter , avant que de l'avoir lû , et
je suis sûr qu'apres sa lecture vous lui:
donnerez une place honorable dans vo
tre cabinet, non pas, à la verité, au nombre
des Livres purement brillans , mais
II. Vol.
parmi
DECEMBRE. 1735. 2783
parmi ceux en qui le bon et le solide est
préferé aux fleurs de l'éloquence et du
langage , quoiqu'elles n'y soient
pas négligées
le stile fleuri y paroît de temps
en temps , mais sans en faire le princi--
pal ; le Livre tire son merite d'ailleurs .
Je ne vous dissimulerai cependant pas
que j'ai été porté à faire l'apologie de ces
Entretiens , par ce que me dit ces jours
passés un honime de la seconde classe de
ceux dont je vous ai parlé plus haut ;
comme il se picque d'enrichir les Libraires
de ses agreables bagatelles , fort goûs
tées en ce temps ci , et d'écrire avec esprit
des contes et des historiettes , il me
dit froidement en voyant ces Entretiens
sur ma table , voilà un Livre qui n'est
point lû dans le beau Monde ; les Libraires
n'en feront pas grand débit , son stile
est trop pésantil repete trop les mêmes
Maximes ; il n'aura pas de cours.
Au reste , Madame , je proteste que je
n'ai point de motif particulier d'interêt
ni de parenté, ni d'amitié dans ce que j'ai
l'honneur de vous écrire. Je ne connois
point l'Auteur de ce Livre , je ne sçai pas
même son nom ; l'utilité seule et le mérité
de son ouvrage m'ont engagé à le dé
fendre. Je désirerois fort d'éxciter beaucoup
de monde à lire les bons Livres.
C'est là tout mon but.
Votre
2784 MERCURE DE FRANCE
Votre bon gout , Madame , et votre discernement
judicieux me dispensent d'extraire
aucun article particulier de celui- ci
pour vous faire juger du reste. Vous ver
rez avec plaisir dans ces Entretiens les caracteres
de la vraye et de la fausse grandeur
, de l'amitié , de la flaterie , du vrai
et du faux mérite , du Critique , du Misantrope
, du grand parleur , du bel esprit
, du prétendu esprit fort les portraits
du Héros Chrétien , du vray Philosophe,
du Petit Maître , du Railleur et du mauvais
plaisant , sont assaisonnés de refle
xions si justes et si utiles pour la conduite
, qu'on passeroit volontiers sur tous
les défauts que pouroit avoir un Ouvra
ge en faveur de ces Maximes.
Vous y trouverez aussi des jugemens sa ~
ges et solides sur plusieurs Ouvrages comme
le Spectateur Anglois, les Lettres de M.
de Fontenelles , de Madame de Sevigné
du Comte de Bussy , la Nouvelle Histoire
de la Vie de M. de Turenne , les Caracteres
de la Bruyere , les Oeuvres de M. de la
Fontaine , de S. Evremont , de Madame de
Ville- Dieu. Ajoutez à tout cela des traits
remarquables de la vie des plus Grands
Hommes du dernier siecle , comme Mrs
de Fenelon , de Turenne , de Vendôme ,
de Catinat , du Czar Pierre I. de Charles
II. Vol. XII.
DECEMBRE. 1735. 2785
XII. Roy de Suede ; tout cela forme une
varieté d'Entretiens également instructive
et interessante. Vous êtes plus en
état d'enjuger que personne , Madame
et de rendre à cet Ouvrage toute
la justice qu'il mérite ; c'est un Etranger
qui l'a composé ; la France lui est redovable
d'un pareil présent.
Jay l'honneur d'être , &c.
****** :XXXXXXXX : X
PARODIE de la Cantate du Triomphe
de la Paix , de M. de Clerambault ,
sur la Naissance du Fils de Dien , 1735.
N
Aissez , brillantes fleurs , naissez dans cès
Bocages ;
Le Prince de la Paix
Descend sur ces Rivages ;
Beaux lieux , ne craignez plus de perdre vos at
traits.
L'Enfer voudroit en vain armer Satan rebelle
JESUS le va bannir de l'Univers calmé.
Par un nouvel Adam , par une Eye nouvelle ,
Le Temple de Baal est pour toujours férié
Taisez-vous , Démons , faux Prophetes
Cessez vos combats , noirs soppôts
B Bergens,
II. Vol
2786 MERCURE DEFRANCE
Bergers , reprenez vos Musettes ;-
Chantez et goutez le repos
Que JESUS donne à vos retraites.
Revenez , revenez , volez, Esprits Divins ;
Conduisez , conservez les fragiles Humains ;
Voyez l'Enfant qui vient de naître ,
Revenez , revenez , volez , Esprits Divins ;
Les temps sont accomplis , hâtez - vous de paroître;
Revenez , revenez , voltz , &c.
Toi , suprême Divinité ,
Sois sourde aux cris vangeurs de ton ire terrible,
Ouvre-nous l'azile paisible ;
N'écoute plus que ta bonté.
Calme ta colere ,
Dieu , suspens tes coups ,
Et rends en bon Pere
Notre sort plus doux.
Un Fils plein de charmes ,
Fruit de ton amour ,
Finit nos allarmes
Dans cet heureux jour
Rassurez les climats qu'épouvantoit la foudre;
Dieu d'Israël , brisez tous nos liens ;
II. Vel TransDECEMBRE.
1735. 2787
Transformez en tous lieux les Gentils en Chrétiens
;
Enchaînez les Démons , mettez l'Enfer en poudre
Victoire , suivez le Sauveur
Et quittez l'esprit de tenebres ;
Que malgré ses plaintes funebres
Le Ciel ait seul votre faveur.
Croyez-vous triompher , Rebelles ,
D'un Dieu qui nous donne la Paix ?
Les châtimens et les bienfaits
Brillent dans ses mains immortelles.
Que le Troupeau toujours docile
Du Pasteur écoute la voix ;
Que le Pasteur toujours tranquile
A son Troupeau soumis fasse entendre ses lois?
JESUS dans ces climats leur offre un saint azile.
Regnez , aimable Enfant
Triomphez en naissant.
Que la Terre , que l'Onde'
Celebrent cet instant !
Reguez , aimable Enfant ,
Regnez , sauvez le Monde .
11. Vol.
B vj LET:
2790 MERCURE DE FRANCE
loir le nouveau Systême . C'est ce que je vais
vous détailler en peu de mots , pour ne pas
abuser
de la patience des Lecteurs.
Je commence par la derniere Aprobation de
M. de Fontenelle , que vo cy . J'ai lu par ordre de
Monseig. le Garde des Sceaux , l'Abregé de la
Bibliotheque des Enfans , etj'ai crú que l'impression
en seroit utile au Public , puisque la nouvelle
Méthode en elle-même commençoit à le devenir et
à s'établir. Fait à Paris ce 19. May 1735. Vous
pourez lire , Monsieur , dans la Bibliotheque des
Enfans :
1°. Que la Societé des Arts nomma en 1730.
quatre Commissaires , dont on mit ensuite sur
fe Registre le raport favorable.
2 °. Que M. le Grand - Chantre de l'Eglise de
Paris , avoit aussi nommé des Commissaires
pour l'examen de la nouvelle Méthode , et sur
leur raport , permit par son jugement du 24
Novembre 1732. d'introduire l'usage dudit Systême
, Livre et Méthode dans les Ecoles de sa
Jurisdiction, et exhorté les Maîtres et Maîtresses
et autres enseignans sous son autorité , à les pratiquer
, et l'exercice da Bureau Typographique.
M.'Abbé de Barcos, son Vice- Gerent, M. l'Abbé
Colin, son Promoteur, pleins de zele pour la premiere
institution de l'enfance , se font un plaisir
de rendre témoignage à la bonté , à l'excellence
de cette Méthode , et de préferer les Maîtres qui
la sçavent à ceux qui l'ignorent , ou qui n'ont
pas envie de l'aprendre.
#
3 °. Qu'à peu près dans le même temps le
Tribunal de M. le Recteur de l'Université avoit
jugé à propos de nommer des Commissaires pour
Pexamen du même Systême , et sur le raport de
M Grandin , Professeur de Philosophie au Col
II. Vol. : kege
DECEMBRE . 1735. 2791
fege de Navarre , et l'un desdits Commissaires
Le Tribunal , dis - je , avoit laissé tomber la Re-1
quête d'un Professeur critique , sans y avoir aucun
égard.
4. Que les Principaux du College d'Harcourt et
du College duPlessis avoient permis dans le même
temps
de continuer en chambre l'exercice du Bureau
Typographique , à quoi l'on peut ajoûter
qu'il y a actuellement dans le College de Beauvais
et dans celui de Louis le Grand des Bureaux et
des Dictionnaires Typographiques,
5°. Que diverses Ecoles de quartier suivent ce
Systême; qu'on peut les Mercredis , de deux à
quatre heures , en aller voir l'exercice pour les
garçons dans l'Ecole de M. Chompré le cadet ,
rue S. Louis du Palais , et pour les filles , dans
P'Ecole de Mile Lainé , près le College de la
Marche , rue de la Montagne sainte Geneviève.
M. Chompré l'aîné , rue des Carmes , prend
des Pensionnaires suivant le Systême , et plu
sieurs autres Maîtres sont à la veille d'en faire
autant.
6. Il y a dans la Paroisse de S. Côme , dans
celle de S. Etienne du Mont , et même dans les
nouvelles Ecoles de Charité pour les Savoyards ,
et aux environs de Paris , il y a , dis - je , dans
ces Ecoles des Maîtres qui suivent avec succès la
premiere partie de cette nouvelle Méthode , comme
la boune dénomination des Lettres , & c.
A l'égard des témoignages que l'on peut desirer
des maisons particulieres où l'on suit le Sysrême
du Bureau , soit pour les garçons, soit pour
les filles ; il y auroit , ce semble , de l'affectation
de réimprimer dans cette Lettre le Catalogue des
memes noms , pour rendre la preuve de fait plus
complette et plus autentique ; cependant si vous
JJ Vali voulez
2792 MERCURE DE FRANCE
voulez prendre la peine d'aller chés l'Auteur les
Mardis matin , de onze heures à midi , vous pourez
facilement éclaircir vos dificultés et voir en
même-temps la Liste des dignes Parens bien intentionnés
, qui sans préjugé , font actuellement
pratiquer avec succès le Systême du Bureau Typographique
.
On pouroit vous donner l'Extrait des Lettres
qu'on a reçues des Provinces où nous avons des
Partisans , et où l'on a envoyé des Bureaux ou des
Maîtres , comnie en Bretagne, en Picardie, en Brie,
en Normandie , dans le Périgord , dans le Limosin
, en Auvergne , en Champagne , en Bourgo
gne , à Lyon , à Grenoble et à Metz , où le jeune'
Comte de Gisors , fils du Comte de Bellile , fair
admirer ses heureux progrès avant l'âge de quatre
ans. A tous ces témoignages on pouroit ajoûter
ceux qu'on a reçûs des Villes Etrangeres ,
comme de Leipsik , de Londres , de Constantinople
, de la Guadeloupe et du Fort S. Pierre ,
dans la Martinique , où le Systême est déja connu
et où l'on doit envoyer des Maîtres ,
La seule difficulté qui puisse donc à présent
vous arrêter, c'est de dire que la Méthode vulgai→
re a toujours l'antiquité et la pluralité pour elle ;
vous pouriés même ajoûter le préjugé, èt lire ensuite
la Réponse à tous ces lieux communs dans
la Bibliotheque des Enfans , in 4. et dans la Bro
chure in 12. de M. Perquis , où vous trouverez
-Its anciens témoignages par raport aux Maisons
Particulieres , depuis le Prince jusqu'à l'Artisan.-
J'ai l'honneur d'être , &c.
II. Volv EPITAPHE
DÉCEMBRE. 1735. 179$
EPITAPHE
D'un Buveur.
Valence git ici ; juste Ciel ! quel dommage f
Passans accourez tous , pleurez sur son tombeau,
Pleurez..... •
Non , je me trompe , et c'est la
faire outrage ,
Car , tandis qu'il veçut , il n'aima jamais l'eau
Gordier d'Orleans.
LETTRE de M. Maillart , ancien
Avocat au Parlement de Paris , à M.
Abbé le Boeuf , Chanoine , et Sous-
Chantre de l'Eglise d'Auxerre , sur le
LEMOVICUM de Cesar , sur le LIMONUM
de Ptolomée , et sur le VETUS PICTAVIS
des Annales de France.
J
E suis persuadé , Monsieur , que la
même position fait l'objet de ces trois
noms. C'est celle des ruines du Vieil Poitiers
elles se trouvent actuellement sur
une langue de Terrain de grande étendue
, et formée à l'Est par la Riviere de
Vienne ; et à l'Ouest par celle du Clain ;
H. Vol
2 à
2794 MERCURE DE FRANCE
à un quart de lieuë au dessus de leur con -
fluent. Des Personnes très intelligentes
ont , à ma priere , examiné ce Terrain ,
dont voici l'état actuel.
Le Terrain du Vieil Poitiers est sabloneux
, la partie qui regarde le Clain , est
assés unie ; Mais celle qui est contre la
Vienne , est chargée de différens Monticules.
En un Endroit se voit une ancienneMa
zure élevée d'environ 25. pieds au dessus
de la surface de la terre. Ce sont les restes
, ou d'une Porte de Ville , ou d'un
Temple. Il y a plusieurs souterrains en
forme de cave.
La surface du Terrain du Vieil Poitiers
est inculte , à cause de la quantité de
pierres qui y sont repandues , et qui pa
roissent les débris de divers bâtimens .
Les charrues des Laboureurs qui culti
vent quelques parties de ceTerrain , heurrent
sur des fondemens d'Edifices : mais
ils y sont encouragés par la rencontre de
pieces d'or , d'argent , et d'autres métaux
qu'ils font quelquefois.
Quelques- unes des Piéces trouvées au
Vieil Poitiers , sont à Paris , à la Maison
Professe des Jesuites , dans le cabinet du
Pere de la Chaise , à qui elles avoient été
envoyées par Madame l'Abbesse de Font
II. Vol. Evrault,
DECEMBRE. 1735. 2795
Evrault, laquelle les tenoit de M.le Comte
de Bessay , voisin du Vieil Poitiers :
parmi ces belles piéces d'or , il y a un
Neron , et un Nerva.
La tradition actuelle du Vieil Poitiers ;
est que les habitans l'ont quité pour s'é
tablir au nouveau Poitiers , qui est à six
lieuës de - là , au confluent des rivieres du
Clain , et de la Vousneüil.
Certe transmigration fut causée présomptivement
par le regonflement des
eaux des riviéres de Vienae et du Clain
qui dans les temps orageux inondoient
cette petite peninsule plate de sa nature .
De la description que je viens de vous
faire, Monsieur, je passe à l'établissement
des trois propositions.
mée
PREMIERE
par
PROPOSITION.
Le Vieil Poitiers est le LEMOVICUM de
Cesar, ou plutôi d'Hircius son Continuateur.
Je me sers de l'Edition de 1544. imprile
fameux Robert Etienne .
Vous sçavez , Monsieur , que Cesar
n'a écrit que les 7. premiers Livres de
Bello Gallico , et que le huitième est l'ouvrage
d'Hircius , qui mourut un an apres
Cesar.
Voici les termes de ce Continuateur de
Cesar.
II. Vol » Interim
2796 MERCURE DE FRANCE
» Interim C. Caninius Legatus , cum
magnam multitudinem hostium convenisse
in fines Pictonum , literis , nuntiis-
» que Duracii cognovisset , qui perpetuo
> in amicitiâ Romanorum permanserat
» quod pars quædam Civitatis ejus defecisset,
ad oppidum Lemovicum contendit.
» Quò cum adventaret ; atque ex cap-
>> tivis certiùs cognosceret , multis hominum
millibus à Dumnaco, Duce Andium
» clausum : Lemovicum oppugnari . Neque
infirmas Legiones hostibus committere
auderet , ccaassttrraa,, munitoloco ,po
>> suit.
» Dumnacus , cum appropinquare Ca-
» ninium cognovisset .... rursùs ad ob
» sidendum Lemovicum redit.
» Eodem tempore C. Fabius Legatus
complures Civitates in fidem recepit
» obsidibus firmat , literisque C. Caninii
» certior fit , quæ in Pictonibus gerantur.
» Quibus rebus cognitis , proficiscitur
» ad auxilium Duratio ferendum .
» At Dumnacus , adventu Fabii cogni-
» to , desperata salute , si tempote eodem
» coactus esset , et Romanum , et exter-
» num sustinere hostem , et respicere
» ac timere Oppidanos , repente ex eo lo-
» co , cum copiis , recedit : nec se satis
tutum fore arbitratur , nisi fluvium Li-
II. Vol.
» gerin
DECEMBRE. 1735. 2797
gerim quod erat , ponte , propter mag-
» nitudinem , transeundum , copias traduxisser...
Refléxions.
1. La Cité des Poitevins étoit toute la
Contrée , qui compose à present les Diocèses
de Poitiers , de la Rochelle , et de
Lusson. In fines Pictonum. Pars quadam
civitatis ejus.
2. Dans la Cité Poitevine étoit uneVille
fermée , nommée Lemovicum. Oppidum
Lemovicum.
3. Cette Ville Lemovicum , n'étoit pas
éloignée de la riviere de Loire , nisi fluvium
Ligerim .
4. Du vieil Poitiers à la riviere , il n'y a
qu'environ 12 lieuës.
5. C'étoit un Chef des Angevins , qui
étoit venu assieger Lemovicum : à Dumnaco
, Duce Andium.
6. La Cité Angevine s'étendoit rane
au Nord qu'au Midy de la Loire ; sur
tour vers le Vieil Poitiers ; qui n'est éloigné
que d'environ 8. lieues des limites
du Diocèse d'Angers .
7. De là suit que l'on ne peut apliquer
le Lemovicum d'Hircius , à la Ville de
Limoges , laquelle n'est pas de la Cité
Poitevine , et qui est éloigné de la Loire
II. Vol.
de
2798 MERCURE DE FRANCE
de plus de 40. lieuës , dont elle est separée
par les Cités Poitevine , Berruiere , et
Tourangele : elle étoit joignante à la Cité
Auvergnacque,ainsi que l'a écrit le même
Hircius , au même livre 8. des Commentaires
de César. Duas reliquas , in Lemovicum
fines , non longè ab Avernis .
8. Ces observations me conduisent à dire,
Monsieur, qu'en ce Livre huitième, il
faut lire Limonum , et non pas Lemovicum,
à cause de ce que je vais exposer.
Cette leçon est adoptée par Adrien de
Valois , en sa Notitiâ Galliarum aux
mots Pictones et Augustoritum Pictonum.
Le même M. de Valois a écrit à cette
Occasion Limonum , vel Lemonum : qua
urbsfuerit , fatemur non constare.
SECONDE PROPOSITION.
Le Vieil Poitiers est le Limonum du
Geographe Ptolomée , qui écrivoit vers
l'an 150. de Jesus Christ. Voici les termes
de cet Auteur. Libro 2. Cap. 7.Tab.
3. Europa Celto Galatia situs .
» Quæ autem Aquitaniæ maximè septentrionalia
sunt;et penès mare et penès
» fluvium tenent Pictones , Pictavenses
» quorum civitates. Augustoritum. Poi-
» tiers. 17. 50.48. 20. Limonum. Limon.
19.... 47. So.
La position du Limonum , au Vieil Poi
11. Vol. tiers
DECEMBRE. 1735. 2799
tiers est conforme à celle de tous les anciens
Itineraires .
Je n'ai garde , Monsieur , de mettre la
position de Augustaritum , ailleurs qu'au
nouveau Poitiers, qui en est en possession ,
quoiqu'il soit attribué par quelques uns
au Dorat en la Marche , ou à Mont Morillon
en Poitou.
La position du Limonum , au Vieil Poitiers
a été indiquée par Jean du Boucher,
né à Poitiers avant 1500. en ses Annales
d'Aquitaine. Partie 1. Chapitre 4. page
12. Edition de 1544. et par Maichin , en
sa Saintonge. Livre 1. chap. 15. p. 180.
Edit. 1671.
Alte Serre de Rebus Aquitanicis. Libro
1. cap. 14. F. 67. Edit. de 1648. a bien
connu Limonum , mais il ne l'a pas placé.
TROISIEME PROPOSITION.
LeVieil Poitiers est connu dans les anciennes
Annales de France.
Voici , Monsieur , ce que j'en ai trouvé
dans du Chesne , tome 2. page 24. et
233.
1
» Annales rerum Francicarum , quæ à
Pipino et Carolo magno Regibus gestæ
sunt. 742. Quando Carlo - mannus
, et Pipinus , Majores Domûs duxerunt
Exercitum contra Hanaldum Dy-
II. Vol.
cem
2800 MERCURE DE FRANCE
cem Aquitanorum et ceperunt castrum
» quod vocatur Lucas.Et in ipso tempore
» diviserunt inter seRegnumFrancorum ,
in loco qui dicitur Vetus Pictavis . Priùsquam
ex Provinciâ recederent.
Je trouve , à peu près , les mêmes choses
dans l'Etas Sexta du Cronicon d'Adon
, Archevêque de Vienne , decedé le
16. Decembre 874. Cet Ouvrage est im
primé à la page 804. du 16e Tome de la
Bibliotheque des Peres. Edit. de Lyon
1677.
>> Anno Incarnationis Domini 741. Ca
» rolus Pipini Filius , Francorum Dux ,
» defunctus est ; Principatum illius obti-
» nente Carlomanno , et Pipino , Fratre
» cjus.
Childericus in RegnoFrancorum subs-
> tituitur.
» Constantinus Imperator annos ≥6.
» Carlomannus et Pipinus contra Hu-
» naldum , Ducem Aquitanorum exerci-
» tum movent و
:
ceperuntque, castrum
» quod vocatur Lucas in ipso itinere positi
diviserunt sibi RegnumFrancorum:
> in loco , qui dicitur VETUS PICTAVUS.
Refléxion.
Selon ces Annales , le Vetus Pictavis
n'est pas éloigné du Château Lucas.
II. Vol. M,
DECEMBRE . 1735. 28or
M. de Valois , au mot Lucca , marque
que Lucas est Loche en Touraine , sur la
Riviere d'Indre .
Je vous observe que la distance de Loches
au Vieil Poitiers , n'est que d'envi-
Ton 12. lieuës.
Voilà , Monsieur, ce que j'avois à vous
écrire sur le Vieil de Poitiers. Je vous exhorte
d'amplifier cette découverte avec
votre sagacité ordinaire.
·
J'espere vous communiquer en son
temps la position de l'Oppidum Bratuspantium
in Bellovacis , dont les habitans
se soumirent à César , qui venoit du Sues
sonnois. De Bello Gallico. Libro 2.
Cette forte Ville Gauloise , ne se trouve
point dans la Notitia Galliarum du même
M. de Valois.
Je crois , au surplus , que l'heureuse
situation de quelques Villes Gauloises y
auroit fait subroger des Villes Romaines.
Car la batisse des Villes Gauloises étoit
bien differente des Romaines , dont les
vestiges existent actuellement.
Je suis , & c.
A Paris , le 1 Decembre 1735.
1000
11. Vol.
C VERS
2802 MERCURE DE FRANCE
VERS PHILOSOPHIQUES.
Uand Dieu parle , on doit croire à sa seule
parole :
Q
Quand l'Homme prouve , on doit se rendre
la raison
Mais l'Espritfort , des sens esclave trop frivole,
Ne connoissant du vrai que la brillante Idole ,
Sans penetrer de rien l'interieur profond ,
Jusqu'à ce qu'il ait vá , dit fierement Non , non,
Voi , touche , goute , entends , sens , Disciple
dyscole ,
Dit Jesus à Thomas , confus de la leçon ,`
Voi l'homme et connoi Dieu; mais sçache à mon
Ecole
Qu'à l'Esprit désormais il faut que l'’Oeil s'immole
:
Et qu'heureux est celui qui croit sans vision ;
Car l'esprit voit les sens ne font qu'illusion.
Vous , que le seul Spectacle attire , enchante
affole ,
> Et qui traitez l'Esprit d'imagination ,
Comprenez sur la foy de la Sensation
Qui de vos Jugemens est l'unique Boussole ,
Qu'ici bas l'harmonie est un leger Symbole
De cette inalterable et tranquille union
11. Volp Qu'on
DECEMBRE. 1735. 2803
Qu'on goute au Ciel sans bruit , sans agitation :
Mais dont les traits semés de l'un à l'autre Pole,
Dans tout ce qui contraste avec proportion ,
N'éclatent qu'en fuyant au gré du tems qui vole.
Nota. Ces Vers furent faits le 21. de
Decembre , jour de la Fête de S. Thomas
Apôtre , en 1734. jour auquel se trouva
fini le premier modele du Clavecin Oculaire
annoncé dans le Mercure de Novem.
bre 1725. neuf ans.avant l'éxecution de
ce Clavecin , selon le Precepte d'Horace
Nonum - que prematur in annun . Comme le
hazard ou la Providence a voulu que le
pa-
Clavecin mê ne se trouvât aussi fini à
reil jour de S. Thomas 1735. on l'a pris
pour le Patron de la nouvelle Musique à
perpetuité sous cette Devise :
Nisi videro non credam.
Et sur le revers :
Beati qui non viderunt et crediderunt.
11. Vol. Cij ABREGE
2804 MERCURE DE FRANCE
ABREGE' de l'Eloge Historique de
Bernard Picart , Dessinateur et Graveur.
Ous avons promis dans le Mercure
du mois d'Octobre passé de parler
de l'Eloge Historique de Bernard Picart ,
qui se trouve à la suite du DISCOURS
sur les Prejugés de certains Curieux touchant
la Gravure , Discours dont nous avons
rendu compte dans le même Journal,
Pour dégager notre parole , nous donnerons
ici un Précis de cet Eloge historique.
BERNARD PICART , fils d'Etienne Picart
surnommé le Romain , et d'Angelique
Tournant , nâquit à Paris le 11. Juin
1673. Son Pere qui s'est acquis beaucoup
de reputation dans la Gravure , fut son
Maître dans cet Art , et dans les principes
du Dessein. Il est redevable à l'égard de
la composition aux premiers Essais de Benoist
Audran , qui demeuroit chés son
Pere. Le jeune Picart n'avoit alors qu'environ
12. ans , et il esquissoit des sujets
en concurrence d'Audran.
En 1689. envoyé à l'Académie de Peinture
pour aprendre le Dessein d'après nature
il y aprit aussi la Perspective , et
,
11. Vol, l'Archi
DECEMBRE. 1735. 2805
l'Architecture sous le celebre Sebastien le
Clerc, qui excelloit dans la Gravure , dans
le Dessein , dans l'Architecture , la Geometrie
, &c. et dont les Ouvrages ont
rendu la memoire immortelle.
Deux ans après il remporta le prix de
l'Académie qu'il reçut des mains de l'illustre
Charles le Brun , lequel mourut peu
de temps après ; Picart ne pouvant profiter
de ses leçons , fit connoissance
avec les autres habiles Peintres , qui l'ins
truisirent beaucoup . Tels étoient laFosse,
Houasse ,Fouvenet , Coypel , & c. et particulierement
le celebre Roger de Piles
si connu par ses excellens Traités sur la
Peinture .
Dans la suite il se perfectionna dans la
Composition par les liaisons qu'il eut avec
Van Schuppen , jeune Peintre de son âge,
fils de Van Schuppen , Graveur habile
se communiquant les Esquisses qu'ils faisoient
d'un même sujet separément , et
s'en disant reciproquement leurs avis ;
mais ce qui les avança le plus dans le Dessein
, fut qu'ils s'apliquerent à dessiner
des Figures d'Anatomie d'après nature
chés M. de Litre fameux Anatomiste.
Il lui fallut tout l'effort de sa raison
pour l'engager à s'attacher à la Gravure ,
trouvant le travail trop long , et n'y reus-
II. Vol. Cisissant
2866 MERCURE DE FRANCE
sissant pas d'abord commé au Dessein
pour lequel il avoit pris beaucoup de
goût , et acquis une grande facilité. II
avoit naturellement plus d'inclination
pour la Peinture , y étant outre cela entrainé
par les conseils de quelques Personnes
, mais l'établissement de son Pere,
et sa reputation dans la Gravure , l'enga
gerent à suivre la même profession , & c.
Il grava en 1693, l'Hermaphrodite du
Poussin , la premiere Piéce où il ait mis
son nom . Il avoit gravé auparavant les
Bergers d'Arcadie d'après le même , et
quelques petites Académies d'après le
Brun , le Sueur , et autres Peintres ; peu
de temps après deux piéces de la Galerie
du President Lambert , quelques Esquisses
d'après le Sueur , et le Temps qui passe,
d'après Carlo Maratti ; mais les premieres
piéces qui commencerent à le flatter
de quelque succès furent deux morceaux
du Tombeau du Cardinal de Richelieu
qui est dans la Sorbonne.
Il dessina le Tombeau de Mrs de Castellan
, qui est à l'Abbaye de S. Germain des
Prés , mais ayant passé en Hollande il ne
put le graver , et M. Girardon le fit graver
par Scotin l'aîné.
Il partit de Paris sur la fini de Septembre
1696. et ayant passé l'Hyver à Ani
II. Vol.
vers
DECEMBRE . 1735. 2807
vers , il y gagna le Prix du Dessein à l'Académie
des Beaux Arts ; et eut la satisfaction
de se voir demander la Figure qui
lui valut ce Prix , pour être conservée parmi
les beaux Morceaux de cette Académie
, par laquelle il fut presenté comme
le meilleur Dessinateur qu'elle eut alors,
à l'Electeur de Cologne.
SaMere étant morte et son Pere malade,
Il revint à Paris en Dec. 1698.et s'y maria le
23. Avril 1702 , avec Claudine Prost, dont
il eut plusieurs enfans qui moururent en
bas âge. Il quitta la France en 1710. deux
ans après son veuvage , ayant embrassé
la Religion P. R. Il avoit fait pendant
les 11. ans qu'il demeura à Paris plusieurs
Planches dont on voit le détail dans le
Catalogue de ses Oeuvres .

Il partit pour la Hollande le 8. Janvier
1710. Il demeura un an à la Haye , et se
fixa à Amsterdam au mois de May 1711 .
Il s'y remaria la 25. Septembre 1712 ,avec
Anne Vincent fille d'un Hollandois ,
Marchand de Papier ; et comme il eut
quelques difficultés par raport à son mariage
, il les peignit allegoriquement sur
un Eventail qui mériteroit bien d'être
gravé , et fit plusieurs autres Ouvrages
qui établirent sa réputation . Madame Picart
, qui est la même Anne Vincent ;
II. Vol.
C iiij aujour2808
MERCURE DE FRANCE
aujourd'hui vivante , nous permettra de
faire remarquer sa modestie et son silence
sur ce qui la regarde : Ceux qui connoissent
la superiorité de son esprit, son gout
sur et delicat , sa droiture et ses lumieres
dans le commerce , lui attribuent une
bonne partie des Eloges qu'on donne ici
à son mary.
Sitôt que M. Picart fut fixé à Amster
dam , on lui proposa d'achever une Histoire
de la Bible. Il continua les Desseins
de cet Ouvrage , qu'il fit graver paredifferens
Graveurs.
$
Il fit plusieurs autres Ouvrages , soit de
Dessein , soit de Gravure, qui acheverent
d'établir la grande reputation qu'il a euë
depuis , ensorte qu'il ne se faisoit aucun
Livre un peu considerable en Hollande
qui ne fut embelli de quelque Piéce de
sa façon. Mais le détail grossiroit trop cet
Extrait , on le trouvera dans le Catalo
gue de son Oeuvre. On ne dira ici qu'un
mot des principales Piéces.
. En 1713. 1714. et 1715. il fit trois Desseins
Allegoriques extrêmement finis
et dessinés à l'encre de la Chine sur du
Velin , pour servir de titres à trois Mss.
in fol. composés par Don Louis d'Acuña,
alors Ambassadeur de Portugal en Hollande
, touchant la derniere guerre , et la
Paix d'Utrecht. Le
DECEMBRE . 1735. 2809
Le 1. donne une idée generale de la
guerre.
Le 2. represente la Tour de Babel , pour
exprimer la division des Alliés , qui produisit
la Paix .
Le 3. donne une idée generale de la
Paix d'Utrecht. Ces trois Titres sont accompagnés
de trois Desseins , en forme
de Culs de Lampe , pour la fin de chaque
volume. Le 1. est un Aigle qui regarde
le Soleil en face ; Le second la fin
du Deluge avec la Colombe qui aporte
la branche d'Olivier , et le troisiéme une
Mer tranquille , où l'on voit un Alcion
bâtissant son nid sur les Eaux , et dans
l'air un Arc- en- Ciel.
Il y avoit trois autres Desseins , representant
l'Arrivée des Ambassadeurs à la
Maison de la Ville d'Utrecht ; la Signature
de la Paix dans le Mail d'Utrecht .;
et l'Echange des Ratifications dans la
Ruë nommée la Porte Blanche à Utrecht.
Il fit outre cela quelques Esquisses , ou
Desseins pour servir d'ornemens autour
des Portraits du Roy et de la Reine de
Portugal , qui ont servi de modeles à ceux
qui les ont peints en Miniature , pour
les mêmes Volumes . Le Massacre des Innocens
, inventé et gravé par lui. Minerue
donnant ses ordres à des Nymphes qui tra-
II Val.
Cy vaillent
2810 MERCURE DE FRANCE
vaillent dans une fabrique d'etoffes d'or et de
soye , Piéce rare. Le titre de l'Architecture
de Palladio. La Bataille des Israelites contre
les 5. Rois Cananéens , dans laquelle
Josué arrêta le Soleil et la Lune , avec bordure
et cartouches , & c. La Tour de Babol
, &c. le Temple de Janus , & c. Le Sacrifice
de Noé après le Deluge , & c. L'Alliance
de Dieu avec les hommes par l'Arcw
en- Ciel , & c. Abraham et Loth`qui font le
Partage de la Terre de Canaan & c.
,
En 1717. et 1718. il fit les Planches de
la premiere Edition des Oeuvres de Boileau
, in fol. imprimées à Amsterdam , et
en 1720. et 1721. il grava les Figures pour
la petite Edition in 12 .
Il donna en 1724. un Recueil de 70:
Pierres antiques gravées , avec un Discours
Latin de M. le Baron Stosch , traduit
en François par M. de Limiers .
Il'executa ce bel ouvrage avec beaucoup
de soin et une grande aplication 3 Il le
grava lui même , et en fit les Desseins à
l'aide du Microscope. On peut assurer
qu'aucun Ouvrage de grayure n'a été
executé si magnifiquement , par raport
à l'éxactitude du Dessein et de la Gra
vure , et par l'impression des Planches ,
et du Discours , le papier ayant été choi❤
si feuille feuille pour les Planches. Cette
Al Vol. Edition
DECEMBRE. 1735. 28TT
Edition sera toujours recherchée et deviendra
rare , parce qu'on a rebuté tou
tes les épreuves qui avoient le moindre
petit déffaut.
En 1724. 1725. et 1726. il acheva les
4 premiers volumes des Ceremonies et
Coûtumes Religieuses de tous les Peuples du
Monde ,
, représentant en 149. Planches in
fol.dont 14. sont doubles,les Idolâtres des
Indes Occidentales , les Juifs , les Catho
liques Romains , et les Idolâtres des Indes
Orientales.
Il grava en 1727. 1728, et 1729. la plû
part des Figures qui ornent la magnifi
que
Edition des Oeuvres de M. de Fontenelle
in fol. et in 4 imprimées à la
Haye. Il fit une infinité d'autres Mor
ceaux en differens temps assés éloignés les
uns des autres , tous fort estimés.
Il s'occupa vers la fin de 1731. à mettre
en ordre les 39.Planches de son grandi
Ouvrage de la Maison du Président Lam
bert , apartenant aujourd'hui à M. Du
pin , Secretaire du Roy , Receveur Ge
neral des Finances , et Fermier General' ;;
c'étoit son Ouvrage favori , et il se fla
toit de le publier incessamment lui- même
, n'attendant pour cela que la Des
cription de cette belle Maison qu'on
avoit promis de lui envoier de Paris , et
qu'on attend encore .
C wi, lill
2812 MERCURE DE FRANCE
Il a aussi gravé plusieurs Portraits, dont
les principaux sont , ceux du Roy de
Prusse , du Comte de Sintzendorff , de
Georges I. Roy d'Angleterre , qu'il présenta
à ce Prince à son passage à la Haye
en 1714 et celui du Prince Eugene de
Savoye, d'après le Tableau de Van Schup
pen , Peintre du Cabinet de S. M. I.
Il venoit de finir un beau Titre , Planche
in 4. representant l'Agriculture des
Anciens , pour l'Ouvrage intitulé Rei
Rustica Scriptores , imprimé à Leipsick
chés Gaspard Fritsch l'année derniere , en
2. vol. in 4. lorsqu'il tomba dangereuse
ment malade le 8. Novembre 173 2. Il ne
fit que languir pendant tout l'Hyver . Les
Médecins traiterent sa maladie d'abscès
dans la vessie ; il s'occupa toujours autant
que sa foiblesse le pouvoit permets
tre , et même la veille du jour qui préceda
sa mort, il corrigea encore une épreu
ve ; mais vers les Fêtes de Paques de 1733 .
il se trouva tout- à - fait accablé ; et mourut
enfin le 8. May de la même année , âgé
de près de 6. ans , regretté de sa Famille
, de ses amis , et des admirateurs de ses
talens .
Cet Eloge finit par ces mots. B. Picart
étoit un homme de moeurs très reglées ,
d'un caractere doux et sociable , unique-
II. Vol. ment
DECEMBRE. 1735. 2813
ment occupé de son étude et de ses devoirs.
Bon Cytoyen , bon ami , bon Chef
de Famille , en un mot un parfaitement
honnête homme , plus digne encore de
l'estime des honnêtes gens , que de l'aprobation
des connoisseurs .
ADIEUX de M. de la Tulipe , Soldat
aux Gardes , à Mile Catau . Sur
Air , La verte jeunesse qui tourne ,
& c.
M Algré la Bataille
Qu'on donne demain ,
Va , faisons ripaille ,
Charmante Catin .
Atendant la gloire
Prenons le plaisir ,
Sans lire au grimoire ,
Du sombre avenir.
Si la Hallebarde
Je peux mériter ,
Près du Corps de Garde
Je te fais planter
Ayant la dentelle ,
Le soulier brodé ,
11. Fol.
La
2814 MERCURE DE FRANCE
La boucle à l'oreille
Le chignon cardé.
Malgré tès compagnes”
Cherchant le trépas •
J'ai fait deux campagnes
Pour suivre tes pas.
Digne de la pomme
Je vis sous ta loy,
Et jamais Rogomme
Ne fut ba sans toi.
Tien ; serre ma Pipe ,
Garde mon briquet
Car si la Tulipe
Fait le noir trajet ,
Que tu sois la seule
Dans le Régiment
Qu'ait le brûle gueulle
De son cher Amant.
Ah , retien tès larmes ,
Calme ton chagrin :
Au nom de tes charmes
Acheve- ton vin ';
Mais , quoi ? de nos bandes
JL Vol J'entend's
DECEMBRE. 1735 2819
Jentends les tambours ;
Gloire , tu commandes , >
Adicu, mes amours?
LETTRE écrite par M ... à M. le
Cat , sur deux Faits singuliers » et
QUESTIONS Sur la Sympathie.
E trouve , Monsieur , tant de netteté
, de précision , de solidité dans
les Dissertations dont vous régalez de
temps-en-temps le Public , et qui vous
ont mérité un aplaudissement general et
Bestime d'une illustre Académie , qui
vaut infiniment plus que le Prix dont
elle vous a jugé digne ; je trouve , dis
je, tant de beautés dans ces Dissertations ,
que j'ose m'adresser à vous pour vous
prier de dérober quelques momens à
vos occupations, si utiles au Public , pour
communiquer à ce même Public vos lumieres
er votre sentiment sur ce que je
vais vous proposer.
François le Porc de la Poste , Chevalier
Baron de Vesins , la Tour- Landry
et le Pordic , étoit fils posthume du Baron
de Vesins . Son Pere étant decedé
sa Mere le perdit peu de jours après
l'avoir
11. Fol.
2816 MERCURE DE FRANCE
l'avoir mis au monde. Il fut ravi d'entre
les bras de sa Nourrice , et , par je
ne sçai quelle avanture , transporté en
Hollande , où il aprit le métier de Cordonnier.
S'étant rendu habile dans sa
Profession , il passa en Angleterre , et il
travailloit à Londres dans le temps que
M. de la Tour- Landry , Gentilhomme
François , son allié , voisin et ami de feu
son Pere , se trouvant aussi à Londres ,
entra dans une Boutique pour prendre la
mesure d'une paire de Bottes . Le jeune
Cordonnier ignoroit la noblesse de son
extraction et le lieu de sa naissance , il ne
lui restoit que le nom de Vesins , qui lus
avoit été conservé par une providence
singulière , dont le ressort est admirable.
Le Maître Cordonnier lui ayant dit :
Vesins , prenez la mesure de Monsieur ; le
Gentilhomme rapelle en son esprit la
catastrophe du Baron de Vesins , considere
attentivement ce jeune homme , admire
son port , sa phisionomie , sa taille avantageuse
, son air alsé , ses manieres nobles
. Cependant Vesins se met en devoir
de prendre la mesure des Bottes¸
et alors quelques goutes de sang lui
tombent du nés. M. de la Tour- Landry
l'observe de plus près et lui demande
d'où il est. Le jeune homme répond
11. -Vol. qu'on
DECEMBRE. 1735. 2817
1
qu'on lui avoit dit qu'il étoit François
de Nation et d'une Famille distinguée,
mais qu'il n'en sçavoit pas davantage.
Le Gentilhomme répliqua , que dès que
les Bottes seroient faites , il souhaitoit
que ce fût Vesins qui les aportât. II
le fit , et en les chaussant , il coula de
son nés quelques goutes de sang , comme
à la premiere fois . M. de la Tour-
Landry en fut frapé , et il se souvint que
Mrs de Vesins naissoient ordinairement
avec un seing entre les deux épaules ,
il fit dépouiller le jeune Cordonnier , et
ayant vû cette marque , il n'hésita plus
à le reconnoître pour le Baron , son parent
, et le vrai heritier de la Maison
de Vesins . Il le fit habiller selon sa qualité
, et lui ayant donné un équipage convenable
, il le ramena à Vesins , où il
fur reconnu par sa Nourrice ; il le fit
rentrer dans tous ses biens et lui donna
sa fille en mariage. Le Baron se voyant
comblé d'honneurs et de richesses , et
voulant en marquer sa gratitude à la Divine
Providence, il fonda dans son Bourg
de Vesins en Anjou , au Diocèse de la
Rochelle , il fonda , dis - je , un Hôpital
sous le titre de S. François , son Patron ,
el en donna le soin à six Freres de la
Charité , qui y doivent entretenir vingt
II. Vol. Malades.
1818 MERCURE DE FRANCE
Malades. L'Acte de la Fondation est du
7. Septembre 1634. et elle a été confirmée
par les Lettres Patentes du Rc ,
Louis XIII au mois d'Avril 1637. Registrées
au Parlement de Paris le 19.
May de la même année.
Ce Fait paroît extraordinaire ; mais il
n'y a qu'un siecle qu'il est arrivé , il
est aisé de s'informer de la verité , et
PHôpital fondé par ce Seigneur , est une
preuve constante de ce qui lui est arri
vé. En voicy , Monsieur , un plus récent,
et dont les Principaux de la Ville de
Langeac en Auvergne , sur l'Allier , au
Diocèse de S. Flour , peuvent rendre té
moignage.
M. l'Abbé de Langeac , de la Maison
de la Rochefoucault , Comte de S. Julien
de Brioude , et Doyen de S. Gal de
Langeac , m'avoit fait l'honneur de
me prier à dîner. Après qu'on eut servi
, la Gouvernante vint demander à M.
le Doyen s'il souhaitoit quelque autre
chose . Je ne la vis pas , parce qu'elle
étoit derriere ma chaise , mais le cour
me manqua , et en même temps à la
Gouvernante. Elle sortit pour prendre
Pair , et dès le moment je repris mon
apétit ordinaire. Dès qu'on eut servi le
dessert , M. le Doyen apella la Gouver-
11. Vok
nante'
DECEMBRE. 1739. 2819
Wante et lui donna la clef de son Cabiner
pour aller chercher des Liqueurs. Le
eur recommença à me palpiter , et la
Gouvernante changea de couleur , sans'
que ni l'un ni l'autre en pussions découvrir
la cause. M. le Doyen acourut
vers moi , et la Liqueur ne fut pas inutiles
le Laquais prit soin de faire revenir la
Gouvernante , qui ayant enfin eû la curiosité
de demander mon nom , car elle
ne m'avoit pas encore vû , vint se
jetter à mon col et m'embrassa tendrement.
Elle me dit qu'elle avoit été ma
Nourrice , et je la reconnus , quoiqu'il y
eût quinze ans que je ne l'eusse vûë.
Je vous ai raconté sincerement le fait
qui fit alors du bruit dans Langeac. Je
Vous prie , Monsieur , de me dire quelle
est la canse naturelle de cette palpita
tion mutuelle , qui arriva sans que ma
Nourrice m'eût vû et avant que je l'eusse
vûë ; car certainement je ne croyois
pas qu'elle fût à Langeac , er je la croyois
morte depuis long temps ; elle étoit déja
fort âgée et j'avois été long - temps absent;
seroit - ce un effet de la sympathie ? Mais
expliquez nous ce que c'est que cette
sympathie , et quelle est est la cause du
saignement de nés réïteré du Baron de
Vesins. Je crois que le récit de son avan-
II. Vol. tute
2820 MERCURE DE FRANCE
ture aura pû vous faire plaisir ; faitesmoi
celui de me dire votre sentiment
sur ces deux Faits. Je suis , & c.
A S. Gilles de Chambonnet
LES SERINS.
LAssé des amoureux commerces
Ou tous mes désirs étoient vains >
J'avois donné dans les Serins ;
Mais je n'ai pas moins de traverses ,
Et je ne sçai quels sont mes plus cruels chagrin
Dans mes infortunes diverses.
Tout sembloit répondre à mes voeux ,
Tous mes Serins avoient des oeufs ;
J'attendois de Petits une heureuse abondance i
Mais , hélas ! ainsi qu'en amour ,
Je me flattois d'une vaine esperance .
Quelques - uns n'ont point vu le jour ,
Et les autres sont morts au point de leur naissance,
D'autres par un plus rude sort ,
Bien buvant , bien mangeant , drus comme pere
2
et mere ,
N'ont pu s'exempter de la mort ,
Et c'est ce qui me desespere.
Hélas ! qui pouroit suporter
II. Vol.
La
DECEMBRE . 1735. 282
La rigueur d'un sort si contraire
Je vois d'un seul coup emporter
Une famille toute entiere ,
Sans sçavoir qui peut me l'ôter.
Ma douleur en est sans égale .
Quand je voyois cette Troupe voler
D'un bout à l'autre de ma Salle ,
Et commencer à gazoüiller ,
Des autres j'oubliois la disgrace fatale.
Ce qui redouble mes chagrins ,
Lorsque sur mes Oiseaux la mort fait ces ravages,
C'est de voir semblables Serins
De l'heureux Licidas remplir toutes les cages.
Hélas ce qui détruit les miens ,
Ne porte aucune atteinte aux siens,
Ils viennent tous au gré de son envie ,
On diroit , à les voir , qu'il leur souffle la vie.
Voila mon sort dans les Oiseaux !
C'est ainsi qu'en amour je voyois mes Rivaux
Heureux et contens dans leurs chaînes ,
Lorsque je ressentois les plus cruelles peines.
Quand je voi du triste Damon
Les Volieres presque désertes ,
Je devrois trouver dans ses pertes
Quelque sujet de consolation.
Il en fait toujours de nouvelles ,
Et quand je perds des Serins gris ,
Je vois périr ses blancs , ses blonds , ses isabelles ,
Il. Vol. Dong
#822 MERCURE DE FRANCE
Dont le poids de l'or fait le prix.
Mais par un long aprentissage
Damon dans les Serins présumant tout sçavoir,
Fait et compt chaque mariage ,
Selon que dans sa tête il entre un doux espoir
De réussir dans ce concubinage.
Les Oiseaux veulent se pourvoir ;
Il faut que l'Amour les engage ,
Autrement
ménage ;
comme nous ils font mauvais
S'il tâchoir moins d'en trop avoir
Il en auroit peut- être davantage :
Je laisse aux miens les tendres soins ,
Ils sçavent mieux se satisfaire ,
Et je ne touche à leur Voliere
Que pour leur donner leurs besoins.
Revenons à l'Amour à mes voeux si contraire
Pour être heureux , que dois-je faire ?
Retournerai-je sous les loix
De mon Iris jusqu'ici trop sévere ?
Elle sera toujours la même qu'autre fois;
N'importe , jusqu'au bout suivons ma destinée
Il ne faut pas dans un commencemeat
Se rebuter d'une mauvaise année ;
Dans la suite j'aurai plus de contentement ;
Mais quandzien ne devroit répondre à mon envie,
J'aimerois encor mieux me voir toute ma vie
Malheureux Oiseleur que malheureux Amant.
11. Vol. LETTRE
DECEMBRE. 1735 2823
***************
LETTRE sur un Traité d'Horlogerie.
D
E tous les Arts qui ont raport aux Mathé
inatiques , Monsieur , l'Horlogerie est un
de ceux qui excite la curiosité de pus de monde
, et qui est des plus utiles. Cependant jusques
ici on n'a eu sur cette matiere que peu deTraités
qui satisfassent les personnes qui s'y apliquent.
On travaille à mettre au jour un Ouvrage Elementaire,
qui est très avancé ; on a crú qu'il
étoit nécessaire d'en donner avis par votre
moyen , Monsieur , aux Artistes , comme les
plus interessés à concourir à sa perfection . L'Auteur
leur rendra tout l'honneur qui leur sera du
et leur donnera même une Epreuve gravée des
Pieces qui lui seront communiquées ; pour cer
effet ils s'adresseront à M. Thiout , l'aîné , Hor
loger , demeurant presentement sur le Quay
Pelletier , près la Place de Greve , qui recevra
avec plaisir , toutes les Pieces que l'on voudra
faire inserer dans ce Recueil , et en donnera mê
me son Recepissé à ceux qui le desireront.
Cet Ouvrage , auquel on espere donner une
grande étendue,par le secours que l'on attend des
Sçavans Méchaniciens , sera divisé en six Parties.
La premiere traitera de la définition de l'Art ,
avec figure.
La seconde , du gros Volume , c'est - à - dire,
des Horloges d'Eglise , on y joindra un Memoi
re de M. Roussel , sur la inaniere de le travail-
Jer , ce qu'il y faut observer , avec plusieurs Additions
très-parfaites.
II. Vel.
La
2824 MERCURE DE FRANCE
1
1
moyen Volume
, commençant par les Horloges à poids , de
differentes
constructions ; ensuite par les Pendules
à Ressort et à Repetition,de toutes les façons.
Cette matiere est bien étendue et peut servir beaucoup
, même aux plus habiles Maîtres , pour y
prendre differentes idées qu'ils peuvent avoir oubliées
ou ignorées ; on y joint un Memoire de
M. Thiout , sur la maniere d'executer lesdites
Pendules , avec plusieurs Remarques
nécessaires.
La quatrième, traite de la théorie des angremages
, démontrés
géometriquement
par M. Ca
mus , de l'Académie Royale des Sciences.
La troisiéme Partie traitera du
Un Memoire ou Problême
d'Horlogerie , par
le même ; plus deux Memoires de feu M.Anderlin
, sur la forme des dentures et la grosseur.des
pignons, démontrées d'une maniere à être entendue
aisément des Artistes,
On y joint un Memoire sur la théorie de l'échapement
à roue de rencontre , démontré géometriquement
par feu M. Sully.
Un Memoire de M. Gaudron , sur la maniere
d'examiner une Montre, pour la bien racommoder
; plus une Description des échapemens , par
M. Thiout , et un Memoire sur la maniere de
diviser aisement un Cercle d'Equation et une
Courbe.
On donnera un huitiéme Memoire sur la maniere
de calculer les nombres , et les forces des
roues , sur la Géometrie , la Statique et sur la
Méchanique à l'usage de l'Horlogerie.
La cinquiéme , traite du petit Volume
commencer par une Montre simple , pour parvenir
aux Repetitions de toutes especes et les
plus curieuses , ce qui fournira une matiere bien
étendue , que l'on essayera de rendre suivie et ta
plus intelligible qu'il sera possible M.
DECEMBRE . 1725. 2825
M. Thiout .y. fait observer les avantages et les
défauts de chaque construction , ií y ajoûte differentes
manieres de faire marquer les secondes,
les quantièmes de mois , de Lune , & c.
Enfin on terminera cette Partie par un Memoire
de M. Thiout , sur la manière d'executer
une bonne Montre , avec plusieurs Remarques
utiles .
La sixième Partie , traite des Outils simples et
composés , et d'un grand nombre de belles Machines
à l'usage de l'Art , ingénieusement- imaginées
, où l'on poura puiser des idées , soit pour
les perfectionner , ou pour en imaginer d'autres.
Voici l'état où se trouve cet Ouvrage ,
contient dès à présent environ cent Planches
qui
grand in 4: avec leurs Descriptions , où il paroft
que les plus habiles Maîtres et les Curieux s'interessent
beaucoup.
>
M. le Chevalier de Bethune a donné une Horloge
ingenieuse pour l'usage de la Navigation .
M. de la Fondriere , a donné une belle et riche
Machine à fendre - les roues.
M. Camus a donné un sçavant Memoire , cidevant
énoncé , et un Problême d'Horlogerie.
M. Dhillerin de Boitissandeau , a donné une
nouvelle et curieuse Pendule d'Equation , qui
renferme tout ce que
l'on peut
desirer
perfection et la commodité.
pour la
Plus une nouvelle Cadrature de Pendules à
Repetition , qui se peut séparer du Mouvement.
Une nouvelle et très parfaite Machine d'Arithmétique
, une Machine qui fait voir l'effet que
le froid et le chaud font sur les Métaux.
Une Fusée de Montre , qui se tourne à droite
et à gauche.
Un Reveil qui allume la bougie, d'une maniers
stès-ingenieuse, 2. M.
2826 MERCURE DE FRANCE
M. Vrayet , a donné une Cadrature de Pendule
d'Equation.
M. Gaudron , a donné une Pendule où il y
un Remontoir très - parfait ; plus un Memoire
ci- devant énoncé , où il paroît une parfaite théo
rie et pratique des Montres.
M. Julien le Roy, a donné une Pendule d'Equation.
Une disposition avantageuse d'une Cadrature
de Pendule à repetition .
Une construction nouvelle de grosses Horloges.
Deux Quantièmes de mois.
Une Machine d'Angrenage.
Une autre Machine pour voir l'effet d'un
chapement de Montre.
Une Méthode de faire marquer et sonner le
temps vrai aux grosses Horloges.
M. Pierre le Roy , a donné une Pendule d'E
quation .
1
Une Cadrature de Pendule à demi quart.
Une Machine pour déterminer la largeur de
palettes d'une verge de balancier.
Une Machine à tailler les fusées.
Une Détente de Réveil .
Une Détente pour sonner le temps vrai.
Un Quantiéme de mois pour la Pendule.
M. le Bon , a donné deux bonnes et très-parfaites
Cadratures de Pendule d'Equation.
Plus un Remontoir de Pendule.
M.Gourdin, a donné un Remontoir de Pendule
M. Louis Larcé , une Cadrature nouvelle de
repétition de Pendule .
M. Amant , une Cadrature nouvelle de Pendule
, qui sonne les heures et les quarts d'ellemême
, et qui les repete , n'ayant qu'un seul
Louage .
II, Vol.
M.
DECEMBRE 1735. 2827
M. Bouchi , de Hambourg , une Cadrature
nouvelle de repetition de Montre , sonnant les
minutes de 5. en s.
Une autre Cadrature perfectionnée
Montre à seconde.
pour une
Un Outil pour faire les chaînes et les crochets
avec la maniere de s'en servir.
Une Cadrature de quantiéme de mois , de
Lune , &c. marquant les figures et les Eclipses
exactement.
Un Memoire sur la maniere d'executer une
bonne Cadrature de repetition de Montre , ce
qu'il faut observer , & c.
M.Mathieu Krikseissen, une Pendule d'Equation.
M. Jean-Baptiste du Chesne , une Pendule d'Equation.
M. Fournier , la maniere de faire les Filieres
à tirer l'acier pour faire des pignons , qui est un
secret très- interessant.
M. Vergo , Horloger du Grand- Conseil , a don .
né un Echapement de Montre curieux qu'il vient
d'inventer , qui promet beaucoup.
Une Machine à faire un Echapement de Montre.
Une Cadrature de Pendule pour marquer le
lever et le coucher du Soleil , le quantiéme de
mois , de Lune , & c.
Une Fusée très- ingenieuse , qui se remonte à
droite et à gauche .
M. Thiout , une nouvelle et très - curieuse Machine
à fendre des roües de tout nombre , sans
platte-forme , avec l'usage de s'en servir.
Une Machine à fendre des roues et pignons.
Une autre à fendre des pignons .
Une Machine nouvelle pour fendre les roues
de rencontre de Montre , enarbrés et pour éga-
Liser les vieilles dans la perfection .
II. Vol.
Dij Unt
2828 MERCURE DE FRANCE
Une Machine nouvelle et très - parfaite pour
voir à combien de degrés l'angle des palettes d'une
verge de balancier est ouvert , qui donne la
longueur des palettes , l'angle d'inclinaison des
dents de la roue de rencontre , et qui fait voir à
quelle perfection la roue est égalisée.
Autre Machine pour le même sujet.
Une Machine pour faire voir comment on
doit opérer pour faire un bon Echapement de
Montre.
Une Machine nouvelle pour tailler des fusées
de Pendules à droite et à gauche.
Machine nouvelle pour fendre des roües de
rencontre de Pendules , et des rochets , et qui
égalise les vieilles roues dans leur perfection .
Machine nouvelle pour égaliser des rochets de
Pendules .
Machine pour égaliser promptement et aisé
ment les roues de rencontre de Pendules.
Machine à tailler des fusées de Montre.
Autre Machine pour le même sujet.
Sans toutes ces Machines , M. Thiout a fourni
plusieurs Outils nouveaux et ingénieux , et
generalement tous les Outils ordinaires pour
P'Horlogerie.
Plus , il a fourni deux Memoires sur la forme
des dentures et la grosseur des pignons , ci - devánt
énoncés .
Un autre Memoire sur la théorie de l'Echapement
à roue de rencontre , ci- devant énoncé.
Un Memoire pour le calcul de l'Horlogerie.
Un Memoire sur la maniere de travailler
Pendule.
Autre Memoire pour travailler une bonne
Montre.
Une Cadrature nouvelle de Montre pour son-
II. Vol.
ASK
DECEMBRE. 1735 : 2827
Ne' l'heure et les quarts d'elle - même , et repeter
, par le moyen d'un poussoir , l'heure et les
quarts après , avec un seul rouage , ayant la pros
prieté de ne pas dévuider quand on la fait repeter.
Une autre Cadrature nouvelle de Montre d'un
principe different et plus simple , pour produire
le même effet et repeter d'elle- même , quand on
veut , les heures à chaque quart , ayant les se
condes au centre.
Une Cadrature nouvelle de Montre , pour
marquer le quantiéme de mois , de Lune et ses
phases , independamment du mouvement.
Plus un autre quantiéme de mois , qui se place
dans le fond d'une boëte , aussi indépendant
du mouvement.
Une Montre à reveil , d'une construction nou
velle .
Remontoir de Montre , propre pour des per
sonnes incommodées .
Plusieurs bonnes Cadratures de Montres à repetition
, tant anciennes que modernes, des meil
leures constructions.
Une Cadrature nouvelle de Pendule , très
simple , pour sonner l'heure et les quarts d'ellemême
, à l'ordinaire , et repeter de soi -même
les heures à chaque quart , quand on voudra , et
en tirant le cordon , elle sonnera l'heure et les
quarts , n'ayant qu'un seul rouage qui ne dévui
dera point quand on la fera repeter.
Une Cadrature nouvelle de Pendule , pour re
peter les minutes.
Une autre Cadrature de repetition pour les
minutes de 5. en 5.
Une Cadrature de Pendule à quart , par la même
sonnerie , et repetant selon le dernier usage .
Une Horloge curieuse , qui sonnera l'heure et
11. Vel Diij la
2830 MERCURE DE FRANCE
la demie très - distinctement , et qui marquera
Pheure et les minutes avec un seul rouage de
trois roues , tant pour le mouvement que pour
la sonnerie.
Une nouvelle Pendule d'Equation , qui marque
le temps vrai et le temps moyen , par desaiguilles
au centre du Cadran , et qui sonne le
temps vrai d'une maniere simple et très - parfaite.
Une autre Pendule d'Equation , qui marque le
temps vrai , concentriquement , marque le quantiéme
du mois en sautoir sur un demi cercle, les
quantiémes de Lune et ses phases , les mois , les
années bissextiles , le lieu du Soleil dans les Signes
, son lever et coucher , le tout d'une composition
curieuse et très - parfaite,
Une Cadrature nouvelle pour marquer combien
le Soleil retarde ou avance par raport au
temps moyen , et qui marque les mois et quantiénies
, d'une maniere simple et précise .
Une nouvelle Pendule d'Equation , très- simple
et qui sonne le temps vrai.
Une Pendule à cercle d'Equation , avec une
méthode facile de la diviser , ci- devant énoncée .
Une Pendule à seconde concentrique , qui
marque l'heure des principaux lieux de la Terre ,
le quantiéme de mois , de Lune et ses phases ,
par le moyen d'un Globe , le -lever et le coucher
du Soleil , & c.
Une autre Pendule qui marque le lever et le
coucher du Soleil , le quantiéme de mois , de
la Lune , &c.
Outre toutes ces Cadratures , le sieur Thiout
en a encore fourni plusieurs de differentes constructions
, tant anciennes que modernes .
D.ferentes détentes , tant de sonnerie que de
revcil. Plus deux Carillons.
II. Vol Une
DECEMBRE. 1735. 283Y
Une aplication nouvelle d'un tout ou rien
aux Pendules faites .
Remontoir nouveau de Pendule , à qui l'on pou
roit donner en quelque façon le nom de Mouvement
perpetuel.
Differens Remontoirs pour la Pendule .
Horloge nouvelle propre pour la navigation.
Méthode nouvelle et à peu de frais , pour faire
sonner et marquer le temps vrai aux grosses
Horloges d'Eglise.
Differentes Méthodes pour corriger l'action
du ressort sur le mouvement d'une Pendule.
Plusieurs Suspensions du Pendule , tant à pe
fite vibration qu'à seconde , avec quelques remarques
à ce sujet.
Odometre ou Compte- pas nouveau très- commode
.
Differentes roues de compte pour sonner les
quarts et la repetition .
Machine qui fait connoître l'impression que
le chaud et le froid font sur les métaux .
Tournebroche qui ne cesse point de marquér
Pheure.
Horloge dont la force reglante est deux bales
de plus il a fourni toutes les pieces d'Horlogerie
ordinaire.
peu
de
Il a encore donné les Echapemens ordinaires
et plusieurs qui ne sont connus que de
personnes , comme Echapement à deux leviers et
un rochet , très- bon pour les Pendules à seconde.
Même Echapement avec des rouleaux , apliqué
differemment.
>
Echapement de Pendule à rochet , dont l'aiguille
des secondes ne recule point.
Echapement à patte de Taupe , à rochet .
Echapement ancien à deux balanciers qui se
eroisent , à rochet. D iiij Deux
2832 MERCURE DE FRANCE
Deux Echagemens de feu M. Dutertre , à rochet.
Echapement de feu M. Sully , à rochet.
Echapement de Pendule à deux rochets.
Echapement d'Horloge à rochet ,, avec trois
leviers.
Echapement de Montre à Cilindre échancré ,
avec une rouë de rencontre, de M. Flamainville.
Echapement de Montre à Cilindre creux ,
une façon de rochet , de M. Graham .
avec
Echapement à deux rochets , propre pour la
Montre et Pendule avec une seule palette .
Echapement de Montre à pirouette , avec une
roue de rencontre.
Echapement de Montre à rochet , avec une
palette et un crochet.
Echapement d'Horloge , où deux bales roulentdans
des croisées , avec une roue de rencontre,
Echapement de Pendule à manivelle .
Echapement de Montre , avec un rochet, deux
sateaux et deux balanciers , qui battent les demisecondes.
Echapement de Pendule , dont les vibrations
tournent toujours du même côté , et forment uncercle.
Echapement à palettes raportées , avec les Des
criptions et figures de tous ces Echapemens.
Une partie de ces Ouvrages , énoncés sous le
nom de M. Thiout , ont été imaginés ou perfectionnés
par lui.
M. Nicolas Thiout , a donné un quantiéme
de mois pour la Pendule , très- ingenieux .
M. Monginot a donné,une excellente Méthode
qu'il a imaginée , pour faire changer un Carillon
de soi- même à chaque heure.
M. Roussel à donné un Memoire , ci- devant
énoncé , et une Méthode qu'il a inventée pour
II. Vol.
faire
DECEMBRE. 1735. 2833
faire sonner et marquer le temps vrai aux grosses
Horloges .
Tous ces Messieurs , ci- devant nommés , pro
mettent donner encore beaucoup de choses , et
de se faire un plaisir de contribuer à rendre ce
Recueil complet ; il y aura encore à cet Ouvra
ge des Globes , des Planispheres , & c. Des Mad
chines à tailler des Limes ; Tableaux mouvants ,
et tout ce qui a raport à l'Horlogerie.
***************
ETRENNE S.
AMadame de ***. Par M. de M.....
D Ans ce beau jour où l'An se renouvelle ,
Je vous dois , cher Iris , des marques de mon
zele.
Déja pour seconder mes voeux
Une Divinité se presente à ma vûë :
Qu'elle a d'attraits ! simple , tendre , ingenuë ,
Elle sçait procurer les jours les plus heureux ,
Qui ne la reconnoît ? c'est l'amitié fidelle .
Je te viens , en ce jour , affrir mes soins , dit - elle à
De ton coeur , pour Iris , je sçais les mouvemens
Et j'en puis , mieux que toi , marquer les sentimens.
ressens à ces mots une douceur extrême ;
2
Quand , vers nous , en ce moment même
Avec empressement
Une autre Déesse s'avance ,
AL. Val, D v Qut
2834 MERCURE DE FRANCE
Qui vient m'offrir également
De vous porter mon compliment : -
C'est la vive reconnoissance.
Tu dois tout , me dit- elle , à ta charmante Iris s
Des bienfaits que sur toi samain daigne repandre
C'est à moi seule de lui rendre
De ta part le plus digne prix ,
Et c'est le seul qu'elle en daigne prétendre
Je suis encor charmé de ce discours flateur ,
Qui ranime déja dans le fond de mon coeur
Les mouvemens qu'elle m'inspire.
Mais le Dieu triomphant de l'amoureux empire
Se montre tout à coup et me dit fierement
Lorsque je regne dans une ame ,
:
N'en faut- il pas bannir tout autre sentiment 3
Il n'en est point qui ne cede à ma flame
A moi seul aujourd'hui tu dois avoir recours
Et tu dois mépriser tout frivole secours.
J'éprouve avec plaisir votre aimable puissance" ,
Repliquai-je à ce Dieu ; mais sans vous irriter
Je sens que l'amitié , que la reconnoissance ,
Dans un coeur avec vous bien éclater
peuvent >
Si vous voulez, tous trois , m'être ici favorables .
Allez trouver Itis , et daignez l'assurer
De ces voeux qu'à l'envi vous sçavez m'inspirer?
Marche sans honte , Amour , sur leurs traces
aimables ;
Quand la reconnoissance et la douce , mitié ,
II. Vol.
Din
DECEMBRE . 1735. 2835
A
D'un coeur que tu soumets, t'enlevent la moitié
Tes feux en sont toujours plus vifs et plus durables.
***:*************
REFLEXIONS.
Ous avons besoin de toute notre
N moderation quand nous nous vengeons
de notre ennemi , parce que , si
nous paroissons trop emportés , il semble
que la vengeance fasse autant son effet
sur nous- mêmes que sur lui , et loin
de nous satisfaire, nous laissons prendre à
notre ennemi des avantages sur nous.
Il y a une fierté noble que le Ciel communique
aux Personnes qui sont dans l'élevation
, qui est comme le caractere de
leur grandeur ; mais pour se rendre dignes
veritablement de nos respects , et
de nos adorations , elles sont obligées indispensablement
de travailler à leur gloire ,
et de s'élever par leur vertu, autant qu'elles.
sont considerables par leur rang.
Les médisances s'évanouissent quand
on néglige d'y prêter l'oreille , er la défense
aucontraire en conserve la mémoire.
JI. Vol. Dvj Les
2836 MERCURE DE FRANCE
Les choses nous paroissent divertissan
tes ou ennuyeuses , selon qu'elles occupent
notre esprit diversement.
La faute que nous commettons d'ordi
naire , est de juger que les choses sont
bonnes ou mauvaises absolument , suivant
la peine ou le plaisir qu'elles nous
donnent.
Un des beaux esprits de notre siecle ,
jaloux de la belle Poësie , disoit quelquefois
agréablement , que les Muses ne lui
ouvroient pas leur porte toutes les fois
qu'il frapoit ; qu'il avoit commencé des
Poëmes qui avoient fini à l'invocation
parce qu'il cherchoit souvent Apollon
sans pouvoir le trouver.
LesCritiques de profession croyent quer
tout le bon sens est renfermé dans les regles
que leur caprice à établi , et qu'au
delà on n'y trouve que du désordre et de
la confusion , ils se trompent néanmoins,,
car le bon sens est un grand abîme done
ils ne connoissent ni la profondeur ni les-
Bornes.
La plupart des hommes se figurent
qu'on leur die les louanges qu'on donne
II. Fol aux
DECEMBRE. 1735. 28371
aux autres , et quon ajoute quelque chose
à leurs perfections , quand on découvre
les défauts d'autrui ,
C'est une science qui n'est pas commune
que de sçavoir instruire les Grands,
et leur insinuer la verité , parce qu'on
n'ose leur faire des remontrances que
d'une façon oblique et indirecte , ni leur
donner des preceptes qui ne soient accompagnés
d'un caractere de respect et
de soumission .
L'Eloquence des Actions persuade plus
fortement que celle des paroles , mais ›
elle n'a pas tant d'étendue , parce que
l'envie noircit les actions les plus pieuses
, et empêche que les exemples ne s'étendent
aussi loin qu'on le pouroit sou
haiter , parce que les Personnes les plus
vertueuses ne veulent point d'autres té--
moins que leur propre conscience, et lorsqu'elles
ne peuvent trouver dans le Mon.
de cette obscurité qu'elles souhaitent avec
tant d'empressement , elles vont la cher
chet dans la retraite,
Cesar disoit à l'honneur des Sçavans
qu'un Orateur éloquent contribuoit plus
à la gloire de la Patrie , que les Generaux
IL Vol
d'Armée
2838 MERCURE DE FRANCE
d'Armée qui prenoient quelques Places
pour lesquelles on leur décernoit le
triomphe.
Un bel esprit du temps encherit sur
la pensée de Cesar , et dit avec esprit
que le bruit de la Victoire des Conquerans
ne dure pas long- temps; la mémoire
ne s'en conserve que parmi un petit nombre
de ceux qui font étude de l'Histoire ,
et se diminuë insensiblement par la suite
des années. Les Ouvrages des Grands
Hommes ne perdent rien par le temps ,
et souvent la posterité leur fait la justice
qu'un siecle ingrat leur avoit refusée.
Il faut être extrêmement circonspect
en matiere de Satire , et jamais ne désigher
personne , car la médisance est belle
quand elle épargne la honte des particuliers
, et fait sortir le vice de sa demeure
avant que de lui livrer la guerre . Un´petit
Philosophe diroit : c'est proprement
blesser l'espece sans égratigner les individus.
Les largesses desPrinces sont d'ordinaire
au dessus de ceux qui les reçoivent , et
les présens qu'on leur fait , sont toujours
au dessous d'eux . C'est pourquoi il faut
qu'ils regardent plutôt dans le coeur que
dans les mains de celui qui donne,
DECEMBRE. 1735. 2839 /
On ne manque jamais d'éloquence ?
quand on parle de ce que l'on aime , cart
le feu qui échauffe et brûle le coeur , se'
communique et se répand aussitôt à
l'esprit.
La prosperité est bonne en soi incontestablement
, mais il n'est que trop vrai
qu'elle devient souvent funeste, et mêmet
sans comparaison pire que l'adversité
suivant la mauvaise disposition de ceux
entre les mains de qui elle tombe.
Il n'y a point d'ignorance plus honteu
se que celle où on peche contre les cho
ses de sa profession.
Tout superstitieux qu'étoient les Ro
mains , il y avoit une espece de Religion
dans le culte qu'ils rendoient aux morts ;
ils prenoient un soin particulier de recueillir
les restes précieux des Grands
Hommes dans des Urnes , parce qu'ils
s'imaginoient qu'il y avoit encore quelque
chose d'eux-mêmes , et quelque Ge
nie renfermé dans ces cendres éteintes
et dans ces os dessechés..
La modestie et la soumission duFils de
l'Empereur Decius , est un bel exemple
II. Fol Pour
>
2840 MERCURE DE FRANCE
pour tous les Enfans des Souverains.
L'Empereur Decius s'étant voulu demettre
de sa Couronne , son Fils ne la voulut
jamais accepter , parce que je crains , dit-
Il , que cette grande dignité , comme une
trop grande lumiere ne m'éblouisse , er
n'étouffe en mon coeur les sentimens do
la nature et du respect que je vous dois
que l'ambition ne m'aprenne ses mauvaises
leçons , et que je cesse d'être votre
Fils , quand je commencerai d'être votre.
Empereur,
Hfaut du temps , du raisonnement , et¨
de la discussion pour former des doùtesraisonnables
, parce que nous doutonstoujours
trop vite, et nous ne nous éclaircissons
jamais avec assés de patience.
Il faut demeurer d'accord que la Fortune
a la meilleure part dans toutes les
actions des Hommes ; il y a des naufrages
heureux qui font arriver au Port , que :
le Pilote n'eût jamais touché sans comalheur.
Il y a des pertes favora
bles , qui réussissent à celui qui les
soudre ; il y a des fautes avantageuses à
celui qui les commet ; on a rencontré
quelquefois son salut par un écueil , et
quelquefois la tempête a jetté sur le ri
H. Vol,
vage
DECEMBRE. 1735. 284
vage celui que les Pirates auroient fait eselave
, s'il eût suivi sa route pendant le
calme.
La Fidelité interessée est fort commis
ne dans le monde , mais il est difficile de
rencontrer de ces coeurs genereux , qui ,
sans nul retour sur eux - mêmes , ne cherchent
dans la vertu que la gloire de l'a
voir pratiquée
Beaucoup de gens s'ingerent d'être Cen
seurs souverains des Ouvrages d'autrui ;
il faut avoir pour y réussir , une portée
d'esprit plus grande qu'on ne croit ,
car tout le monde est capable de connoî
tre ce qui est joli , mais tout le monde
n'est pas capable de connoître ce qui est
beau.
Il faut se resoudre de bonne heure à
quitter ce que nous aimons , quand nous
prévoyons que nous ne pouvons le con
server sans un grand dommage.
La vaine gloire est la passion dominante
des Femmes , elles ne veulent jamais cont
venir de leurs défauts , et elles aiment
bien mieux être loüées des qualités qu'elles
n'ont pas aussi grandes qu'elles s'ima-
II. Vol.
ginent,
2842 MERCURE DE FRANCI
ginent , que d'entendre verité qui pou
roit leur ôter ce qu'elles ont de fâcheux.
Quelque méprisable que soit laPauvreté,
nous sommes cependant redevables à l'in
digence de quantité d'Hommes Illustres
qui ont excellé dans les Sciences , et dans
les Arts , des belles connoissances qu'ils
nous ont laissées , qui ne seroient jamais
venuës jusqu'à nous , si là Fortune leur
eût été riante : Ce n'est donc pas sans
raison qu'on dit que la pauvreté est la
soeur du bon esprit.
L'honneur et l'ambition obligent sou
vent à faire par prudence ce quon ne feroit
jamais par inclination.
Il n'y a rien de plus rare et de plus
doux dans le Monde que d'avoir un vevitable
Ami qui puisse être le dépositaire
de nos secrets , de nos pensées , et de nos
afflictions ; car les ouvertures de coeur
soulagent extrémement .
Il est très difficile de se contenir dans
les bornes de son devoir, lorsque nous lâ
chons tant soit peu la bride à l'Amour.
Il n'y a rien de certain ni d'assuré dans
BI. Vol. le
DECEMBRE. 1735. 28431
fe Monde ; il n'y a point de parti qui ne
puisse se soutenir nous n'avons pour
l'ordinaire que des idées fausses et confuses
des choses que nous croyons sçavoir
le plus parfaitement ; la verité est encore
inconnue , et tous les soins et les artifices
des Hommes qui s'apliquent serieusement
à sa recherche , n'ont pû jusqu'ici
nous la rendre sensible , quoiqu'ils ayent
cru souvent l'avoir découverte.
La crainte regarde le mal futur, et lorsque
ce mal n'est pas invincible , et que
nous pouvons le surmonter genereusement
en le combattant , la crainte est
sans tristesse ; la tristesse au contraire
regarde un mal present , et lorsqu'un au
tre mal ne doit pas lui succeder , la tristesse
se trouve sans crainte ; mais lorsque
le mal est prochain et inévitable , il pro
duit et la tristesse et la crainte , et de l'union
de ces deux passions affligeantes se
forme cet ennui et cet abattement qui réduisent
l'ame sans force et sans vigueur ,
et la font succomber sous le poids de ses
maux.
La violence qui se fait par la persuasion
est la plus forte de toutes , parce que
comme elle se fait par l'empire de la pa-
II. Vol. role
2844 MERCURE DE FRANCE
role , celui qui s'en sert a un glaive dans
la bouche dont il frape un homme dé◄
sarmé, et qui n'a rien pour se défendre.
Il y a certaines choses qu'on ne peut
aprouver, mais que l'utilité, le repos , et la
tranquillité publique obligent de tolerer
et dans lesquelles l'observation exacte de
la discipline seroit la source du désordre
et de la confusion .
La Nature manque quelquefois dans
ses ouvrages , c'est un Grand Maître ,
mais dont les productions ne sont pas
toutes achevées et comme dans l'art
les Tableaux ont des ombres , les Ouvra
ges de la Nature ont des défauts et des
manquements , elle ne fait pas toujours
avec soin et avec étude tout ce qu'elle
produit ; elle se débauche quelquefois ,
c'est une cause aveugle qui produit quelquefois
à l'avanture , et qui mêle tant de
choses ensemble et si differentes, qu'il semble
qu'elle veuille rire elle- même de ses
productions et de ses ouvrages .
Il y a des beautés singulieres dans la
Peinture , qu'il est très difficile de dis
cerner à moins que d'être artisan ; les
ignorans jouissent bien de la satisfaction
LI Vol qu'elles
DECEMBRE . 1735. 2845

qu'elles donnent à la vûë , mais il n'y a
que les doctes qui en connoissent la cause;
Is remarquent dans l'ordonnance du Taleau
, dans l'artifice de la Perspective ,
dans les traits et dans l'action de chaque
gure , dans la force ou dans l'adoucissement
des couleurs , des perfections que
nous ne voyons pas.
BOUTS- RIME'S REMPLIS.
J
Sur les Rimes inserées dans le Mercure
de Septembre 1735 .
É mets tout mon plaisir à danser , rire , eg
Je consacre à Bacchus tout mon petit
Vinum Latificat, c'est - là tout mon
C'est pour en acheter que je cours à la
Boire
Butin ,
Latin ,
Foire.
On ne me verra point sur les bords de la Loire ,
Dès que je vois de l'eau je suis comme unLutin ,
J'aime mieux marcher nû , qu'en habit de Satin ,
N'avoir pour me nourir que quelque pauvrePoire.
(4
Rabot
De tous les instrumens j'abhorre le
Du plus haut muid de vin, il peut faire un Nabot,
J'en enrage en moi- même , et suis comme une
Souche.
II, Vol.
Si
2846 MERCURE DE FRANCE
Si jamais l'on me force à monter en
Bateas
De tous les vins Rhenois qu'on me fasse un
Ruisseau,
Car de courir sur mer , je ne suis pas si Louche
******* ; ********
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Or
leans au mois de Juillet dernier par
M. D. P. où l'on recherche si lorsqu'en
France l'usage s'introduisit de commen
cer l'année à Pâques, on continua de donnerdes
Etrennes le premierjour deFanvier.
D
Ans des Lettres du Roy Jean , du
mois de Juillet 1362. (a) Contenant
des Statuts pour la Confrairie des Drapiers ,
il est dit , Que ladite Confrairie doit seoir le
premier Dimanche après les Estraines si celle
de Notre- Dame n'y eschoit . Pour fixer quel
est ce Dimanche dont il est ici parlé , il
faut sçavoir , si lorsque l'usage s'intro
duisit en France de commencer l'année à
Pâques , on continua de donner les Etrennes
le premier jour de Janvier , suivant
ce qui s'étoit toujours pratiqué jusques là,
ou si on ne fit plus ces présents que le jour
de Pâques. Dans ce dernier cas le Dimanche
d'après les Etrennes seroit celui de
Quasimodo 9 au lieu que dans le
(a) Mercure de France , Avril 1735 .
pre-
11. Vol.
mier
DECEMBRE. 1735. 2847
mier ce seroit le premier Dimanche de
Janvier.
M. Secousse qui nous a donné ces Let
tres du Roy Jean dans le III . Tome des
Ordonnances des Rois de la troisième
race , p. 585. avoue qu'il ne connoît aucun
passage d'Actes , ou d'Auteurs anciens
qui puisse servir à terminer la
Question , et il se declare pour le sentiment
que ce Dimanche est le premier.
Dimanche de Janvier , fondé sur le témoignage
de M. Du Change ,qui dans son
Glossaire , prouve par differens passages
que dans le temps même qu'en France
l'année ne commençoit qu'a Pâques , on
ne laissoit pas de regarder le premier de
Janvier comme le premier jour de l'année
; en quoi M. Secousse a parfaitement
bien rencontré ; en voici la preuve complette
, elle est tirée de l'inventaire qui
fut fait des Livres de Jean de France, Duc
de Berry après la mort de ce Prince arrivée
en ....
. On y trouve : Un grand Li.
vre de Valerius Maximus historié et écrit
de Lettres de Cour , et au commencement du
second feuillet a écrit Urbis Romæ garni de
quatrefermoirs d'argent émaillés aux armes
de Monseigneur , lequel Sire Jean Couran
lui envoya à Etraines le premier jour de Janvier
1401. prisé 60. livres parisis. La re-
41. Vol marque
2848 MERCURE DE FRANCE
marque de M. ( a ) le Laboureur sur cet
endroit que : Voila un témoignage que les
Etrennes ne se donnoient pas à cause du premier
jour de l'année qui lors ne commençoit
qu'à Pâques , se trouve détruite par les
passages àllegués par Du Cange, qui nous
aprennent que malgré cette nouvelle maniere
de commencer l'année , le premier
Janvier ne laissoit pas d'en être toujours
regardé comme le premier jour.
(a) Le Laboureur , Introduction à l'Histoire de
Charles VI.p. 76.
***************
VERS DE M. GRESSET.
POUR M. L. D. L.
Vous ,dont l'esprit héreditaire
Et par les graces même orné
Aux talens d'un illustre Pere
Joint l'agrement de Sevigné ;
Vous , dont le tendre caractere ,
Sçait unir par d'aimables noeuds ,
A l'avantage d'être heureux ,
Le plaisir delicat d'en faire
Mortel plus charmant que les Dieux,
D'une Muse ressuscitée ,
AL. Vol. De
DECEMBRE: 1735 2849
De vos soins genereux,de vous- même enchantée,
Et qui n'a point encor paré l'Autel des Grands
Recevez " le premier Encens.
Proteger Euterpe et Minerve ,
Si ce mérite est grand , l'éloge en est commun
Parmi les noms fameux que Clio pous conserve ;
Ses fastes en comptent plus d'un ;
Mais être aux rives d'Hipocrene
L'exemple et l'Arbitre du Goût ,
Horace à la fois et Mecéne ,
Cet accord n'étoit dû qu'aux rives de la Seine ,
Et l'Eloge commence à vous.
***********:***********
LETTRE de M. D. L. R. écrite à
M. Maillart , ancien Avocat au Parlement
, sur quelques Sujets de Literature ,
J
& c.
Ay apris de vous Monsieur , pour
la premiere fois , et depuis peu de
jours , que M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy,
dans son Ouvrage ,intitulé Methode
pour étudier l'Histoire , imprimé en 1729.
et dans le Tome IV . page 245, m'a fait
l'honneur de parler de la Lettre que j'écrivis
à M. Rigord , Subdelegué de l'Intendance
de Provence à Marseille le 1.
II. Vol, E Avril
2830 MERCURE DE FRANCE
Avril 1716. Sur le projet d'établir en cette
Ville une Académie des Sciences et des
Belles - Lettres , où il est parlé de l'ancienne
Académie de Marseille , et des Marseillois
qui se sont distingués dans les Sciences.
et dans les Beaux Arts .
Je vous aprends à mon tour que cette
Lettre ayant été communiquée aux Auteurs
du Journal de Trevoux elle fut
imprimée sous ce titre dans les Memoires
du mois de Janvier 1717. Art XIV. p.
124. mais avec tant de négligence de
part des Imprimeurs , que je la trouvai
toute défigurée , sur tout à l'égard des
noms de nos Marseillois illustres . Vous
en jugerez par ces deux ou trois éxemples ,
à l'égard des anciens , Pytheus pourPythias
Crinus pour Crinas et à l'égard des modernes
Bairal pour Barral , Marchesi
pour Marcheti , Arcore pour Arcere ;
Muretti pour Marotti , &c. sans compter
plusieurs autres fautes d'un autre genre,
comme Leyde pour Seyde , lieu du Consulat
de Baltazar Bonnecorse ; Khedden
pour Kedderkan , nom d'un Sultan sça-
Tostice pour
vant , Bouves pour Braves ,
Tortüe , &c. outre les omissions,les transpositions
et autres fautes essentielles
qui ne peuvent jamais regarder que les
Imprimeurs, fort éloignés alors de Paris
où résident les Auteurs de ce Journal ,
DECEMBRE. 1735. 285x
Cependant cette Piéce parut assés curieuse
au R. P. le Long , pour être men.
tionnée dans sa Bibliotheque Historique de
la France , imprimée à Paris en 1719. p.
$69 . No. 17007. avec une qualification,
honorable , dont M. l'Abbé Lenglet a
bien voulu repéter les termes , en faisant
la même mention dans son Ouvrage, que
j'ai cité ci - dessus.
Je ne sçaurois , Monsieur , mieux marquer
ma reconnoissance envers ce sçavant
Abbé , qui m'a d'ailleurs obligé en plus
d'une occasion , qui , dis - je, a estimé ma
Lettre sur Marseille Académique , digne
de quelque consideration , qu'en lui
aprenant par votre canal que cette même
Lettre a passé une seconde fois par mes
mains, que non - seulement elle est purgée
de toutes les fautes dont elle étoit chargée
dans l'impression de Trevoux , mais
qu'elle est augmentée de plusieurs arti
cles considerables , tels que sont celui de
Marseille d'Altovitis , Fille sçavante et de
condition morte en 1606. dont je raporte
même uneOde d'un tour singulier;
et ceux des Marseillois vivans actuellement
qui ont composé des Ouvrages entout
genre de Litterature , et rendus publics.
,
Cette Lettre , si differente de la pre-
II. Vol. Eij miere ,
2852 MERCURE DE FRANCE
miere , se trouve imprimée dans deux
Mercures consecutifs , sçavoir Decem
bre 1728. II . volume p . 2809. et Janvier
1729. P. 8. sous ce Titre MARSEILLE
SCAVANTE Ancienne et Moderne ; LETTRE
de M.D. L. R. à M. R. dans laquelle
à l'occasion de la nouvelle Académie , il
est parlé de l'ancienne Académie de Marseille
, et des Marseillois qui se sont distingués
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts. La Lettre est datée du 15. Decembre
1726. Voilà , Monsieur, ce que j'avois
à vous dire sur cet Article.
Passons à un sujet plus important , c'est
celui qui fit dernierement un de nos entretiens
, et sur lequel je vous promis de
faire un Article exprès dans la premiere
Lettre que j'aurois l'honneur de vous
écrire. Ce sujet est l'excellent Livre de
Imitation de Jesus Christ , dont le- même
M. l'Abbé Lenglet nous a donné depuis
peu une nouvelle Traduction en nôtre
Langue , Traduction d'autant plus estimable
qu'elle a été faite sur l'ancien Original
François , contenant un Chapitre
entier , qui manque dans les autres Editions
, c'est le XXVI. du Livre premier.
* Elle a été établie en l'année 1726. et adoptée
par l'Académie Françoise le 19. Septembre de la
même année.
11. Fol.
J'ai
DECEMBRE. 1735. 2853
J'ai un Exemplaire de cette ancien Ori
ginal François , que je dois à la politesse
et à la liberalité du sçavant Traducteur
que je viens de nommer : eet Exemplaire
imprimé à Paris , caracteres Gotiques, en
1554. porte pour titre Internelle Consolation
, ou Consolation Interieure. Ce Livre ,
que je conserve cherement , est in 8. de
feuillets. On lit au haut du Frontispice
ces mots imprimés dans un papier
separé et collé dessus. Iste Liber est Con
ventus Tornacensis FF. Predicat, en caraca
teres plus récens.
170.
La premiere fois que j'ai lû le Livre de
l'Imitation de J. C. c'étoit dans ma premiere
jeunesse , et dans ' une vieille Edition
Françoise , Livre de Famille que l'on
conserve encore : Je fus édifié dès la
Preface , qui contenoit l'éloge de ce précieux
Ouvrage , et j'admirai le fait qui y
est raporté , sçavoir , » Qu'un Religieux
» se trouvant à la Cour du Roy de Ma-
» roc , ce Prince lui fit voir le Livre de
» l'Imitation dans sa Bibliotheque , traduit
» en Langue Turque , et lui témoigna
» qu'il le préferoit à tout autre Livre
» pour prouver que ce même Livre , suivant
l'Auteur de la Preface , est connu
» et reveré dans tous les Pays , qu'il est
» traduit en toutes les Langues , et qu'il
E iij II. Vol.
2854 MERCURE DE FRANCE
a passé à la connoissance même des
» hommes les plus barbares .
- Devenu plus âgé , il me vint quelque
doute sur ces deux Articles , qui sont
repetés presque dans toutes les Prefaces
des autres Editions que jai vûës depuis
et enfin l'experience ,jointe à la refléxion,
m'a fait apercevoir que rien n'est moins
solidement fondé que les paroles que je
viens de raporter.
*
En effet , Monsieur , je vois en tout
cela une espece de paradoxe. Premierement
un Roy de Maroc n'entend pas
la Langue Turque : cette Langue est communément
ignorée presque dans toute
F'Afrique , où l'on ne parle et où l'on
n'entend que l'Arabe. Mais suposons
qu'on ait pris ici le Turc pour l'Arabe ,
comme dans le vulgaire tout ce qui suit ,
ou qui regarde le Mahometisme est
apelleTurc : suposons , dis je, que le pretendu
Livre de la Bibliotheque du Roy
de Maroc fut une version Arabe de lImitation
, il étoit impossible sans miracle ,
qu'il put être goûté de ce Prince infidele ,
attaché encore plus qu'un autre aux visions
de l'Alcoran , par sa qualité * de
* Cherif est le nom qu'on donne en Asie et ers
Afrique aux Descendans deMahomet par les deux
II. Vol. Cherit
DECEMBRE 1735. 285.5.
Cherif , et de Descendant de Mahomet.
Mais ce Livre , me direz - vous , qu'on
assure être connu et revere dans tous les
Pays , traduit en toutes les Langues , &c.
ne l'auroit- t'il jamais été en Arabe ? Oui ,
Monsieur , il a été traduit en Arabe , mais
bien posterieurement aux premiers Auteurs
des Prefaces , qui le mettent dans la
Bibliotheque d'un Prince Mahometan , et
qui le lui font estimer ; je vais vous dire
en deux mots ce point d'Histoire Litteraire
, que j'ai long- temps ignoré , et qui
confirmera ma pensée sur le Narré de ces
Auteurs.
,
Au mois de Janvier 1734. étant allé
rendre visite à M. le Chevalier Maunier
à la Doctrine Chrétienne , où il est retiré,
je vis dans son Cabinet rempli de Livres
choisis , une Version Arabe du Livre de
Imitation , faite sur le Latin dans la Ville
d'Alep par le P. Celestin de Ste Ludovine
, Carme Déchaussé , gros volume in
12. imprimée à Rome en l'année 1663 .
dans l'Imprimerie et aux dépens de la
Propagande , avec Epitre dedicatoire et
Preface en Langue Latine.
M. le Chevalier M. est d'Alep, né d'une
Fils de Fatime sa Fille , Epouse d'Ali. A Constan
sinople , c On les apelle Emirs. Cherif signifie
Noble en Arabe.
II. Vol. E iiij des
2856 MERCURE DE FRANCE
>
des meilleures Familles Catholiques du
Pays , ensorte que l'Arabe est sa Langue
naturelle en état par consequent de
m'instruire mieux que personne au sujet
de cette Traduction. J'apris de lui que le
P. Celestin l'avoit entreprise, non - seulement
pour l'utilité des Chrétiens de Syrie
qui n'entendent que l'Arabe , mais encore
dans la pieuse croyance que ce Livre
pouroit faire ouvrir les yeux aux Mahometans.
Il s'associa dans ce travail un ha
bile Cheik de la même Ville , qui excelloit
à écrire dans la pureté de la Lan
gue Arabe ; aussi cette Version est - elle
d'une élegance parfaite , et rien n'y manque
du côté de la diction et du stile : mais
le Cheik , quoiqu'assés bon homme
et des moins scrupuleux de sa Religion ,
s'impatientoit quelquefois en certains endroits
qui lui paroissoient tout- à-fait oposés
à son Alcoran . C'est dommage , disoit
il , car il y a d'ailleurs de bonnes cho
ses dans cet Ouvrage .
Ce fut encore pis quand le Livre arriva
de Rome , et quand le bon Missionnaire
eut traduit en Arabe , et publié dans le
Pays la Preface Latine de l'Edition Arabe.
* On donne cenom Arabe qui signifie proprement
unVieillard , aux Chefs des Corps et Communautés ,
et aussi aux Docteurs et aux Gens de Lettres.
11. Vol. Un
DECEMBRE . 1735. 2857
Un Turc,entre autres , qui lut cette Preface
en presence du Chevalier Maunier
jetta le Livre à terre par indignation
quoiqu'il convint aussi qu'il y avoit quel
que chose de bon, quand il fut à l'endroit
où l'Auteur de la Traduction dit qu'il l'a
entreprise pour la conversion des Mahometans
, & c.
Au reste , Monsieur , il y a déja bien
du temps qu'on a écrit que ce Livre incomparable
a été traduit presque dans
toutes les Langues , et qu'il est connu
des Nations Barbares : c'est assurément
ce qui seroit à souhaiter.
Je trouvai dans le même Cabinet du
Chevalier Maunier , une Edition de l'Imitation
en Langue Italienne , petit vol.
in 24.faite à Paris chés la veuve Camusat
et Pierre le Petit 1645. L'Auteur de la
Traduction étoit un Chanoine Regulier ,
nommé dans le titre du Livre Prospero
Farandi Milanese, & c. lequel aprend dans
une assés longue Preface quelques circonstances
, qui ne seront pas ici inutiles .
1 °. Que le P. George Mario , de la
Compagnie de Jesus a traduit lImitation
de Latin en Grec , le même Traducteur
Jesuite , assurant dans sa Preface que ce
Livre est traduit presque en toutes les
Langues du monde . » C'est en faisant al-
II. Vol. E v lusion
2858 MERCURE DE FRANCE
» lusion à ces paroles , ajoûte notre Cha
»> noine Regulier , qu'en le faisant moi-
» même réimprimer en Latin à Rome
» dans l'année 1627. et en l'adressant au
>> Prince Trivulse , depuis Cardinał , je
me suis servi de celles que voici , imi-
» tées des paroles mêmes , dont l'Eglise
» honore les Apotres de J.C. dans l'Hymne
du jour de la Pentecôte , en disang
» du Livre de l'Imitation. "
Ex omni Gente cognitus
Gracis , Latinis , Barbaris ::
Cunctisque demirantibus ,
Linguis profatur omnium
2 °. Que le P. Henry Somaglio , Aus
teur d'une Edition du même Livre, après
en avoir fait l'Eloge dans l'Epitre Dedicatoire
, raporte sur ce sujet une chose
merveilleuse et qu'on auroit de la peine
à croire , dir le P. Somaglio , si elle n'étoit
apuyée des témoignages les plus graves :
voici le fait raporté ensuite dans les terines
de ce dernier Auteur , que je ne ferai aussi
que copier d'après le Chanoine Italien .
*
» Essendo andato un Padre de la Compagnia
di Giesu in Algieri à portar de-
* Je n'ai encore trouvé nulle part ces témoi→
gnages.
II. Vol. E vj nar
DECEMBRE. 1735. 2859
nari per il riscatto d'Eschiavi , quel Re
( che prima era stato Christiano ) lo
condusse nella sua assai copiosa Libra
» ria , et qui vi li diede à vedera molti
» codici , e fra questi il libro dell'Imita
» tione di Christo voltato in Lingua
» Turchesca e sogiunse il Re questa cose
» memorabile , ch'egli faceva più conto
» di quel Libretto , che di tutti i libri de
Maometani,
39. Cette Preface de l'Edition Italienne
de Paris m'aprend encore , que le Vene-
Fable Pere George Pirkamen , Prieur de la
Chartreuse de Nuremberg , a aussi procuré
une Edition du même Livre imprimée
à Nuremberg en l'année 1494. On
ne dit point en quelle Langue , ni que
Editeur ait avancé rien d'aprochant de
-ce que vous venez de lire dans la citation
du P. Somaglio . Le Prieur Chartreux
assure seulement dans une Epitre , que
ce saint Livre a souvent mis les Demonset
l'Enfer en deroute ce que l'Editeur
Fralien , à qui nous devons ces circons
tances , exprime en termes un peu singuliers.
Attesta coma il medesimo Tomaso
son quisti libri ha piu volte fugato Plutone
è le altre furie infernale.
ཧ་
* Thomas à Kempis que plusieurs croyent êwe
Asteur de Imitation
E vj Enfin II. Vol.
2860 MERCURE DE FRANCE
Enfin , Monsieur , sans sortir de ce
Cabinet je vis encore une Traduction de
l'Imitation de J. C. faite en Espagnol par
J. Eusebe de Nieremberg , de la Compagnie
de Jesus , et imprimée à Lyon
dans le siecle passé , sous ce titre . Los IV.
LIBROS de la Imitacion de Christo , y Me
nos preio del Mundo compuestos en Latiz
por el venerable Tomas de Kempis , Cano
nico reglar de San Augustin , y traduzidos
nuevamente en Espagnol por el P. Juan Eusebio
Nieremberg, de la Compania de Jesus.
En Leon de Francia , A Costa de Pedro
Cavaliero 1679. 1. vol. in 24. de 483- P.
Le terme de traduit nouvellement , qui
se lit dans le titre , ne peut pas se raporter
à cette Edition , mais à la premiere
Edition Espagnole , faite en Espagne même
du vivant du Traducteur : ce qui est
aisé à reconnoître par la permission du
R. P. de Montemayor , Provincial , datée
de Madrid le 8. Septembre 1654. imprimée
au commencement de l'Edition de
Lyon. Je sçai d'ailleurs que le P. de Nicremberg
est mort en l'année 1658.
Au reste ce pieux et sçavant Traducteur
n'a pas pû ignorer ce que d'autres avoient
dit avant lui du Livre de l'Imitation
trouvé dans la Bibliotheque d'un Prince
Mahometan , et loué par ce Prince , & c
1 I. Vol. Comme
DECEMBRE. 1735. 2861
Comme sa pieté étoit éclairée , il a sans
doute omis ce fait , comme n'étant apuyé
d'aucune preuve solide.
Lorsque j'ai commencé cette Lettre , je
croyois , Monsieur , pouvoir y faire entrer
encore quelques autres Sujets Litteraires
, mais je suis obligé de les ren
voyer à une seconde Lettre , afin de ne
pas exceder certaines bornes . Je vous
aprendrai seulement à l'occasion du Pere
de Nieremberg , dont je viens de vous
parler , que j'ai reçu depuis peu une belle
Traduction Arabe du plus estimé de tous
ses Ouvrages , qui sont en grand- nombre
, faite en Syrie dans les Montagnes de
P'Anti-Liban par le R.P.F. Missionnaire
de la même Compagnie de Jesus , et ce
qui vous surprendra le plus , imprimée
sur les Lieux avec tout le succès possible ,
beaux caracteres , bon papier , &c. C'est
un gros in 4 ° . dont la relieure en maroquin
sent la propreté des ouvriers de
Damas , qui est au voisinage . J'espere
de rendre incessamment au Public un
compte éxact de cet Ouvrage.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 16. Octobre 1735
11. Vole ENIGME
2868 MERCURE DE FRANCE
ENIGME,
D'Eur Soeurs semblables ,
Inseparables
Notre couleur
Est la blancheur
Triste parure
Morne figure ,
Affreux devoir ,
Tu nous fais voir ,
Quand la tristesse ,
Non l'allegresse ,
Nous met au jour
C'est par l'amour ,
Qui nous fait naître
Nous donne l'être
L'heredité ,
Cupidité ,
Peut mettre en proye
Le coeur en joye.
Lecteur enfin ,
Si le destin ,
Par une perte ,
Te déconcerte ,
Que ta douleur ,
Soit dans le coeur a
-11. Vol
Ow
DECEMBRE. 1735. 2863
Ou tu merite ,
Nom d'hypocrite
Par M. de Glat.
J
LOGOGRYPHE.
E renferme en mon sein un nom de conse→→
quence
Et celle qui le porte est digae qu'on l'encense ;
Mon nom est compris dans le sien :
Des Mortels je suis le soutien.
De l'Ame elle est la nourriture ,
Je ne suis que celle du corps ;
Elle est la source des trésors.
Je ne suis point de pareille structure
Quoi qu'avec du raport dans nos proprietést
Faut-il en dire davantage ?
Quand j'ai changé de forme , on m'aime en du
laitage..
Pour donner plus de jour à ces obscurités
On trouve en moi le nom d'un fameux Person
nage ,
eut de l'avenir la science en partage .
On trouve aussi le nom d'un Saint dans mon
entier ,
Mest le chef d'un mois dans le Calendrier.
Que de mon -tout on change en N IS ,
Me transposant je puis flater votre apetit
Quand je suis de bon acabit :
II. Va Bacchus
2864 MERCURE DE FRANCE
Bacchus joint avec moi, nous chassons la tristesse,
De
e mon nom converti qu'on change l'N en E ,
On me métamorphose en Poëme.
D'un Amant qui n'est pas aimé
Je dépeins la langueur et la tendresse extrême-
Par 2. §. 3. x . 6. une tragique more
Finit mon déplorable sort.
f. 3. 2. 4. et 6. je deviens une Ville
Très ancienne et de renom.
Mêmes chifres formant mon nom ,
Les buveurs délicats me trouvent fort utile.
1. 3. 2. 4. et 6. les Villes et les Forts
De ceux qui mont formé redoutent les eforts.
Pris dans un autre séns , les gens de tout étage
De moi ne peuvent se passer ,
Et je leur suis utile en toute sorte d'âge ;
Je suis propre à les délasser.
Je sers dans le Palais d'endroit où l'on préside
Quand je suis composé , dans Rome je reside .
Qu'on joigne 5. 3. 2. je deviens le rebut
De beaucoup de fiqueurs ; pour venir à mon but,
J'ay du chemin encore à faire .
Unissant 1. 2. 5. je suis fort nécessaire
Aux mets les plus délicieux.
Par 5. 3. 1. je suis un nom très glorieur
Passant pour tête couronnée.
Des Eaux je suis environnée
Joignant 3. 1. 5. 6. ce dernier mot , Lecteur,
Finira mon petit labeur.

II. Vol.
AUTRE
DECEMBRE. 1735. 2865
P
AUTRE.
Eut- être vous croyez me tenir toute entiere s
Erreur c'est une portion
Que vous tenez , par l'amputation
Des deux pieds et de la criniere ,
Je regle , je contiens , et je fais tout méties,
Tant relevé , tant vil puisse -t'il être :
Toute science enfin qu'à fond on veut connoître
Me veut ainsi tronqué,sans moi ne peut paroître y
Je serois beaucoup moindre étant en mon entier
J. Chevrier, Organiste à Chemillé en Anjou.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS, &c.
EMOIRES et Avantures de M de...
Mtraduits de l'Italien par lui même.
-Troisième partie. A Paris , chés Prankt
fils , Quay de Conty , à la Charité , in 8,
de 222. PP.
;
HISTOIRE du Roy de Campanie , et de
la Princesse Parfaite. A Paris , chés la
veuve de Louis Denis de la Tour , Impri
meur de la Cour des Aydes , ruë de la
Harpe , aux trois Rois . in 12. 1736.
2866 MERCURE DE FRANCÉ
GEOGRAPHIE DES EN FANS ou Mcthode
abrégée de la Geographie , divisée
par Leçons , avec la Liste des Cartes necessaires
aux Enfans Par M. l'Abbé Lenglet
Dufresnoy , in 12. Paris , Quay des
Augustins , du côté du Pont faint Michel ,
chés Rollin fils , & de Bure l'aîné , 1736.
C'est ici un Abregé fort exat de la Me
thode de Geographie de M. l'Abbé
Lenglet , publiée d'abord en 1716. et qui
se réimprime actuellement, fort augmentée.
Il y a longtems que l'on souhaite pour
les Enfans un pareil Abregé par demandes
et par réponses. Celui - ci est fait avec beau
coup de précision et de methode ; et l'Auteur
a eu soin de le débarasser de toutes
les épines et des difficultés qui arrêtent
quelquefois la eunesse dans l'étude des
Sciences les plus necessai et les plus
simples. Avec ce seul Abrégé les Enfans
peuvent prendre des principes des divisions
generales et particulieres de l'Univers
. Ils seront même en état , s'ils ont
du goût pour cette Science , de se former
d'eux mêmes , dès qu'ils auront eu d'aussi
bons commencemens . Ce petit Ouvrage
est divisé en 48 Leçons , qui jointes aux
repetitions que l'Auteur conseille à la fin
de chaque semaine , ne font pas un cours
de deux mois pour aprendre la Geogra-
I
II. Vol phie,
DECEMBRE. 1735. 2857
phie ; non pas à fond , mais au moins
suffisamment pour lire l'Histoire sans dif
ficulté. L'Auteur a soin d'indiquer dans
son Avertissement le peu de Cartes neces
saires aux Enfans : il marque même qu'il
fait réimprimer actuellement chés les me
mes Libraires sa Methode pour étudier la
Geographie , qui sert de Commentaire à
ce petit Abregé.
Nous profitons de cette occasion pour
aprendre au Public , que M. l'Abbé Lenglet
Dufresnoy aiant fait paroître en 1729
une Methode pour étudier l'Histoire en
quatre grands volumes in 4° , on vient
de la réimprimer en quatre volumes pareillement
in 4º, petit papier , et en vo
lumes in 12 , mais sans différence d'avec
la premiere Edition. L'Auteur , qui n'a
pas jugé àmpos de mettre aucune Addition
dans les deux nouvelles Editions
qui viennent de paroître , s'est déterminé
néanmoins à donner un Suplément separé
, qui conviendra aux trois Editions ,
et sera imprimé en la même forme et du
même caractere que chacune de ces Editions
. Il n'a voulu
pas que l'on perdit le
fruit de la premiere Edition in 4 , ma
gnifiquement imprimée aux dépens du
Public , parce qu'on eut la bonté de luy
accorder alors la grace des Souscriptions.
II. Vol. Co
2868 MERCURE DE FRANCE
Ce Suplément , qui doit paroître dan's
trois mois au plus tard , se vendra chés
les sieurs Rollin fils et de Bure l'aîné , qui
ont imprimé l'Abregé de Geographie
dont on vient de parler. Nous marquerons
en son temps ce que contient ce
Suplement qui est necessaire pour la
perfection de la Methode pour étudier
l'Histoire .
RETHIMA OU LA BELLE GEORGIENNE.
Histoire veritable , in- douze. Paris , ches
Muzier pere , Quay des Augustins , à
POlivier , 1735 .
Le fond de cette Histoire contient des
choses très singulieres et assés recherchées.
Quoique la Heroïne du Roman ait
commencé à figurer sur les bords de la
Mer Noire et à Constantinople , cepen
dant le reste de son Histoire se passe ou
dans les patties occidentales de l'Europe
ou sur la Mer. Comme tous les Ouvrages
se ressentent toujours du caractere et des
occupations de leurs Auteurs , on sent
bien que celui à qui on doit ce petit Ouvrage
a fort pratiqué la Marine , et qu'il
a fait même quelques voyages sur la Mer.
C'est ce qu'on remarque tant par les descriptions
de tempêtes et de combats matitimes
, que par les termes de l'Art qu'if
II. Vol. ´em
DECEMBRE . 1735. 2869
employe , mais qu'il a soin d'expliquer ;
d'ailleurs les Connoisseurs y retrouvent
des avantures de nos jours , dont la verité
et les personnages ne laissent pas de
percer au travers de l'obscurité dont on
a tâché de les enveloper. On nous promet
incessamment les autres parties de ce
petit Ouvrage,
HISTOIRE DU THEATRE FRANÇOIS ,
depuis son Origine jusqu'à present , avec
la Vie des plus celebres Poëtes Dramatiques
, des Extraits éxacts , et un Catalogue
raisonné de leurs Pieces , accompagnés
de Notes Historiques et Critiques ,
Tome I. à Paris , chés André Morin, ruë
S. Jacques , à l'Image S. André , et Flahault
, au Palais , Galerie des Prisonniers,
1734. in 8°.
Nous avions fait esperer un second
Extrait de cette Histoire , qui le merite
bien , il est plus que tems d'acquitter
notre parole.
M. l'Abbé Souchay , qui a aprouvé cet
Ouvrage , s'exprime en ces termes : Les
Auteurs ont choisi dans l'exécution de leur
dessein , la voye pénible de l'Analyse ; et
j'ai pensé que montrer par des Extraits suivis
et raisonnés l'origine et les progrès de notre
Theatre , c'étoit peut être le meilleur moyen
d'enprévenir la décadence . Pour
2870 MERCURE DE FRANCE
Pour l'origine des Spectacles en France,
les Auteurs ne remontent pas plus haut
que le 12e siecle. Les Poëtes Provençaux
furent les Inventeurs des Syrventes , des
Tensons et des Comedies.
Anselme Faydit, mort en 1220, est Auteur
de l'Heresie des Peres * , Piece satyrique
, que Boniface , Marquis de Montferrat,
fit jouer publiquement sur ses Terres.
( Nous en dirons le sujet dans la vie
de ce Poëte. )
Luco de Grimauld , mort en 1308.
composa plusieurs Comedies contre le
Pape Boniface VIII , René d'Anjou , Roy
de Sicile et de Naples , et Comte de Provence
, selon Jean du Bouchet dans ses
Annales d'Aquitaine ; il fit plusieurs
Rondeaux , Balades et Comedies.
Mais celuy de tous les Poëtes Troubadours
, qui merita la plus haute réputation
, fut B. de Parasols , qui composa
cinq Tragédies satyriques contre Jeanne
premiere , Reine de Naples et de Sicile ,
Comtesse de Provence , qu'il dédia au
Pape Clement VII . qui résidoit à Avignon
.
A comparer ces Pieces à celles qui les
suivirent , c'est à dire , aux Mysteres de
la Passion , on peut assurer qu'elles res-
* L'Hérégia dels Peyres,
11. Vol.
semDECEMBRE.
1735. 2871
Bembloient plutôt à des Dialogues qui
exprimoient l'action , que l'Auteur satirisoit
, qu'à des Comedies telles qu'on
commença d'en composer sous Charles
IX.
Gen-
A l'égard des illustres Troubadours , qui
ont travaillé dans le Genre Théatral , dont
quelques uns de ces Poëtes se nommerent
Comiques ou Comédiens , parce qu'en
effet ils joüoient eux- mêmes dans les Piéces
qu'ils composoient , &c. Nous n'en
raporterons que les noms. Les voici.
Arnaud Daniel , de Tarascon. Anselme
Faydi , d'Avignon. Hugues Brunet ,
tilhomme de Rhodez. Guy d'Ufez. Pierre
S. Remy. Perdigon , Poëte , Musicien . Ri
card de Noue. Giraud de Bournel , Gentil
homme imosin. Luco ou Lucas. Pierre
Roger, Chanoine à Arles . B. de Parasols ,
de Sisteron. Voici les Titres des cinq Tragedies
de ce dernier Poëte , dont on donne
ici les Extraits que nous ometons , l'ANDRIASSE
, la TARANTA , la MALHORQUINA
l'ALLEMANDA et la JOHANELLA OU
la JOANNADA , la Jeanne.
>
Bertrand de Pezars , de Pezenas , &c
Après avoir donné une idée complette
des Comedies Provençales et des plus
celebres Troubadours , on parle des plus
fameux Musiciens François qui chante-
11. Vol.
rent
2872 MERCURE DE FRANCE
rent ou composerent dans cette Langue ;
et qui brillerent du tems de ces Poëtes
de la Bazoche , et de l'étenduë de son
pouvoir &c.Des Représentations en Musique.
des Pelerinages et des Pelerins &c.
des Confreres de la Passion & c . du premier
Théatre François , établi à Paris dans
l'Hôpital de la Trinité , des Mysteres ,
des Enfans sans souci , et des Clercs de
la Bazoche , du Prince des Sots ou de la
Sotie , du Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
&c.
Viennent ensuite les Extraits des Mys
teres de la Conception , Passion et Resurrection
de N. S. J. Christ. Personnages
du Mystere de la Conception de la Vierge
Marie , la Nativité d'icelle , avec la Naissance
de J. C.
Autre Extrait du Mystere de la Conception
& c. et 53. autres , sçavoir : La
Suplication pour la Redemption humaine.
L'Enfer. De Joachin et de ses Bergiers . Des
Aumônes de Joachin . Le Traité du mariage
de Joachin. De Herode Ascalonite. Le Murmure
des Juifs contre Herode. Le Von et
Promesse de Joachin et d'Anne. Le Refus de
Poblation de Joachin. Du Deuil de Foaehin
à cause du refus de son Oblation. Les
Requêtes de Joachin et d'Anne pour avoir
lignée. De l'Ange qui s'aparut à Joachin et
I
11. Vo à sainte
DECEMBRE . 1735 :
2873
à sainte Anne . Gabriel annonce à Joachin
que Dieu veut accorder à ses prieres une
Fille ; qu'il luy ordonne de luy imposer
le nom de Marie , et que cette Marie seroit
la Mere de Jesus & c . Anne , après
avoir remercié Dieu de sa bonté , va à la
Porte dorée , où elle trouve son Mari qui
y est venu dans un pareil dessein , et lui
dit :
Joachin , mon ami très-doulx ;
Honneur vous fais et reverance .
Joachin.
Anne , ma mye , vostre présence ,
Me plaît très- fort , aprochez- vous .
Anne.
Helas ! que j'ay eu de courroux
Et de soucy pour votre absence !
Joachin , mon amy très-doulx ,
Honneur vous fais et reverance.
Joachin.
Dieu a huy besongné sur nous ;
Et monstré sa grand préferance ,
Cueur saoul ne scet que le jun pense ;
Leurs souhais n'ont les hommes tous.
Anne.
Joachin , mon ami très - doulx , &c.
Ici baisent l'un l'autre. Ensuite ils se
II. Vol. F rendent
2874 MERCURE DE FRANCE
rendent compte réciproquement de la
vision et des ordres qu'ils ont reçûs de
l'Ange .
Les Mysteres suivans sont intitulés de
Herode, Comme Anne enfanta Marie. Marie
présentée au Temple. Comme Marie
besongne avecques les Pucelles , & . Cependant
le bruit des vertus de Marie
penetre jusqu'aux Enfers ; Sathan vient
en faire un fidele raport à son Roy
qui lui demande s'il ne pouroit point la
surprendre. Il est impossible , dit Sathan .
El est plus belle que Lucresse ,
Plus que Sarra dévote et saige ;
C'est une Judic en couraige ,
Une Hester en humilité ,
Et Rachel en honesteté ;
En langaige est aussi benigne
Que la Sibille Tiburtine ,
Plus que Palas a de prudence ,
De Minerve a de loquence ;
C'est la nompareille qui soit ;
Et suppose que Dieu pensoit
Racheter tout l'Humain lignaige
Quant il la fist,
Il est
inutile de faire
remarquer le
burlesque
qui regne dans ce
Discours ,
ainsi que le
mêlange
singulier du sacré et
II. Vol. du
DECEMBRE. 1735. 28.75
du prophane , des temps confondus , & c.
Sujets des Mysteres suivans : Anne
mariée à Cleophas. Herode fait mettre l'Aigle
d'or sur le Temple , & c. Anne mariée
à Salomé en troisiémes nôces. Les Juifs
murmurant contre Herode. Comme Ruben
print conseil des Juifs . Comme l'Ange revela
la Prophetie , que Jesus naitroit de Marie
, & c.
Ruben.
On vous fait à sçavoir à tous
Qui de David estes yssus ,
Que venez sans attendre plus ,
Au Temple d'ung vouloir humain
Et que chacun ait en sa main
Une Verge , car Dieu l'ordonne ,
Et il veut que Marie on donne
A celui à qui florira
Sa Verge. Qui refusera
A y venir sera blasmé .
Comme baillent leurs Verges au Prêtre
de la Loy , & c. Ici montre Joseph sa
Verge , puis s'aparest la Colombe sur la
Verge fleurie. Comme Joseph épouse Marie
, &c. Comme l'Ange annonça à Zacharie
la Nativité de S. Jean , & c. L:
Procès de Paradis. De la Salutation Angelique
, & c. De Marie et d'Elizabeth.
II. Vol. Fij L'Enfer
2876 MERCURE DE FRANCE
L'Enfer. De l'Enfantement d'Elizabeth.
Le doute de Joseph touchant l'Incarnation
du Fils de Dieu . Du Mandement publiẻ
en Judée , sur le dénombrement des Sujets
, & c. Comme Marie et Joseph vont en
Bethleem. Du Logis de Marie et Joseph.
Des Pastoureaux. L'Qraison de Simeon.
De la Nativité de Jesus. Comme l'Ange
s'aparut aux Pastoureaux. Des III. Rois et
de l'Etoile qui les conduisoit. Des Pastonreaux.
Des trois Rois . Des Présens que les
trois Rois firent à Jesus . De Symeon. Comme
Symeon reçut Jesus au Temple. Enfer. De
la fuite en Egypte et du trébuchement des
Idoles. Du retour de Herode. de la persé
cution des Innocens . De la Mort d'Hérode.
Du Retour de Jesus de l'Egypte. Comme Jesus
est mené au Temple de Jerusalem. Comme
Joseph et Notre Dame chercherent Jesus.
On voit ensuite les Personnages de
la premiere Journée du Mystere de la
Passion , joué à Paris en 1507. l'Extrait
de ce Mystere : Sermon de S. Jean. Conseil
des Juifs. Dialogue de Jesus et de Notre-
Dame. Batême de Jesus. Enfer. De Pilate.
De S. Jehan et de Herodes. S. Jean parlo
ainsi à Herodias en sa présence.
Ha ! perverse femme cruelle .;
Faulce serpente venimeuse !
I 1, Vol, Ta
DECEMBRE . 1735. 2877.
Ta volonté libidineuse
Machina la faulce entreprinse ,
Quant ravie tu fus et prinse
D'avecques ton loyal Espoux ,
Tu as bien monstré devant tous
Que tu ne crains Dieu , ne le Monde .'
Tu es tant vile , tant immonde ,
Que la fin en sera maulvaise ;
Et ay grant peur que la fournaise
D'Enfer en fasse le départ .
Heredyas à Herode.
Ha dèa ce meschant papelart ,
Nous rompra cy meshuy la teste :
Monseigneur , vous estes bien beste.
De tant ouyr , &c.
L'Evocation des Apôtres , &c. Le
Convy de S. Mathieu , & c. La Mutation
de l'eau en vin , &c.
Abyas.
Si sçavoye faire ce qu'il fait ,
Toute la Mer de Galilée
Seroit en huyt en vin muée ;
Et jamais sur Terre n'auroit
Goutte d'Eauë , ne plouveroit
Rien du Ciel que tout ne fut vin.
Les Marchands du Temple , & c. De la
II. Vol. Fiij Sama2878
MERCURE DE FRANCE
Samaritaine , & c. Comme Jesus envoye ses
Apôtres prêcher, & c. La Conversion du Lazare,
& c. La Décolation de S. Jehan , &c.
Cette premiere Journée contient 32 .
Mysteres , dont on trouve les Extraits .
Cy commence la deuxième Journée
du Mystere de la Fassion Jesu Crist , &c.
De la Chananée et de sa Fille , & c. De la
mondanité de la Madelaine : » Est à noter
qu'elle poura chanter de choses faites à
plaisance , et après le poura dire sans
chanter :Elle paroît à sa Toilette, et dit :
"
Je vueil estre toujours jolye ,
Maintenir estat hault et fier ,
Avoir train , suyvir compagnie ,
Encore huy meilleur que hyer :
Je ne quiers que magnifier
Ma pompe mondaine et ma gloire.
Tant me vueil au monde fier
Qu'il en soit à jamais mémoire.
J'ay mon Chasteau de Magdalon ,
Dont on m'apelle Magdalaine ,
Où le plus souvent nous allon
Gaudir en toute joye mondaine.
Et vueil estre de tous biens plaine
Tant que au Monde n'ait la pareille ,
Et passer en plaisance humaine
Tout autre qu'à moy s'appareille .
11. Vol.
Magdaleine
DECEMBRE. 1735. 2879
Magdalaine quiert tous les sept pechez
mortels , & c.
Je suis en orgueil si haultaine.
Que je ne vueil point qu'on me passe.
Et suis si charnelle , et si vaine ,
Qu'en oysiveté le temps passe.
D'autre part je tence et menace ;
Après que en viandes habonde ;
Et si m'esiouys quant j'amasse
Les grandes richesses du Monde .
Après un semblable aveu , Magdelaine
employe ce correctif.
Si à tous delictz je me donne ,
Mon honneur pourtant n'abandonne
Ne l'ordonne ,
A honte ou à reproche vil ;
Ce que maintenant j'arraisonne
Soit entendu selon qu'il sonne
A part bonne ,
Car mon souhait n'est que civil.
Le Mystere du Paralitique , & c. Sermon
de Jesus , & c. De Simon le Lepreux ,
& c. La Transfiguration , & c . La Multiplication
des cing Pains et deux Poissons
& c. La Conversion de la Magdelaine ,
&c. La Prinse des Larrons , &c. De la
II. Vol.
Fiiij Femme
2880 MERCURE DE FRANCE
Femme adultere , & c. Le Convy de Simon
et la Siderese de Magdaleine , &c.
De la Dissention d'Herode et de Pilate ,
& c. L'Aveugle né , & c. La Mort du La-
Zare , & c. Ressussitement du Lazare , &c.
Jesus sur l'asne , & c. C'est le vingt- cinquiéme
et dernier Mystere de la seconde
Journée.
Troisiéme Journée , du Mystere de la
Passion. Personnages , &c. Cette Journée
contient 17. Mysteres ; sçavoir :
L'Entrée de Hierusalem , &c. La trahison
de Judas , & c. La Cêne de Jesus , &c .
La Prinse au Jardin , & c. La fuite des
Apôtres , & c. Jesus en la maison d'Anne,
c. S. Pierre s'adresse ainsi à Hedroit ,
Servante d'Anne.
Vous plairoit - il point que j'entrasse §
Dame , par votre courtoisie.
Hédroit.
Rien , rien , vous n'y entrerez mie ,
Si de vous cognoissance n'ay :
Desquelz estes -vous ?
S. Pierre.
Je ne sçay :
En moy n'y a pas grand acquest.
S. Jehan.
Hélas , Chambriere , s'il vous plaist ;
II. Vol. Laissés
DECEMBRE. 1735. 2881
Laissés l'entrer à ma requeste ;
C'est ung vaillant homme et honneste ,
Aussi bon que vous veistes huy.
Hédroit.
Le cognoissez- vous , Jehan ?
S. Jeban.
Ouy :
Je vous répons de sa personne.
Hidroit.
Pour l'amour de vous je luy donne
Congé d'entrer , & c.
En la Maison de Caiphe , &c.
Douze Mysteres remplissent la quatriéme
Journée ; sçavoir : La Syndresse
de Judas , & c. Jesus devant Pilate , & c.
Desespoir de Judas , & c. Jesus devant H:-
rode , & c. Les Limbes , & c. L'Enfer ,
&c. Crucifiement de Jesus , & c. Les Limbes et
Crucifiement , & c. Sépulture de Jesus , &c.
Extrait du Mystere de la Résurrec
tion , contenant 35. Mysteres ; sçavoir :
Les Chevaliers du Sépulchre , &c. Joseph
d'Arithmatie devant les Scribes et Pharisiens
, &c. Résurrection , &c. Des trois
Maries et des Apôtres , & c. L'Aparition
de Jesus à la Magdeleine , & c.à S. Pierre,
&c. La difficulté des Apôtres touchant la
Résurrection de Jesus , &c. La Magdeleine
II. Vol.
Fv affirme
2882 MERCURE DE FRANCE
affirme en ces termes aux Apôtres qui
doutent de la Resurrection ,
Sur la foy qu'à mon Dieu je dois ,
Mon Maistre et mon hault Créateur ,
Il est tout vray.
S. Simon.
Sauf vostre honneur
Magdaleine , très chere Amye ,
Nous ne vous en desdiron mie :
Bien povez dire , avons ensemble ,
Qu'ainsi est , ou que vous le semble ;
( Et cuide qu'il fault là venir ; )
Car on voit souvent advenir ,
Quant on peit ung ami léal
Et pour cause qu'il en fait mal ,
On le requiert par mainte voye ,
-Et semble toujours qu'on le voye ,
Et peut- être qu'on ne voit rien :
Et vient cela par le moyen
D'une bien forte fantaisie ,
Qui toujours songe , et fantaisie
Ce qui lui touche au cueur plus fort , &c.
Des Pelerins d'Emaus , & c. L'Aparition
ax Disciples sur la Montagne du Tabor
, &c. Ascension , & c. Paradis , &c.
Le S. Esprit sur les Apôtres , &c.
Nous parlerons incessamment du se
II. Vol. cond
DECEMBRE. 1735. 2883
cond Volume de cet Ouvrage , qui paroît
depuis peu .
OEUVRES DIVERSES de M. Pelisson de
l'Académie Françoise . A Paris , chés
Didot , Quay des Augustins, 1735 in 12.
trois volumes.
OEUVRES DIVERSES en Vers et en Prose.
Par M. le Brun. A Paris , chés Prault , pere
Quay de Gevres, an Paradis 1736. en deux
parties , in 12. de 257. p. sans la Preface
et la Table.
L'Auteur commence cette Preface par
se reprocher d'avoir donné au Public
quelques Ouvrages où il a inseré plusicurs
traits galants et trop enjoués qu'il
désavouë autentiquement , les regardant
comme des amusemens frivoles de jeunesse.
C'est perdre son temps , dit- il , le
faire perdre aux autres , et déshonorer
sa plume , que de prêter son ministere
à des bagatelles quoique ingenieuses , rarement
aplaudies , quelquefois nuisibles ,
et toujours au moins inutiles. Stultus labor
est ineptiarum , dit un Ancien Poëte
sensé quoique profane : qu'en resulte- t'il ?
peu d'éloges , beaucoup de remords .
Notre carriere est si bornée , et l'espace
qui sépare l'enfance où on est imbecile ,
II. Fol. F vj
et
1
1
2884 MERCURE DE FRANCE
et la vieillesse où on tombe dans le délire.
est si court,qu'on doit faire un bon usage
du peu de temps que l'on a pour se servirutilement
de sa raison . Telles sont les
deux extremités humiliantes qui commencentet
finissent la vie de l'Homme . Quiconque
ne met point à profit cet intervale
si précieux et si limité , fait une perte irreparable
, passe de la stupidité à la frénesie
, de la frénesie à la démence , et ar
rive à la fin de ses jours , sans avoir été
ni sage ni raisonnable.
Un jeune Auteur succombe aisément à
la démangeaison de composer , et saisit
sans refléxion les idées agreables qui se
presentent. En vainla raison veut moderer
ses saillies : la passion est trop vive ; et si
l'une ose parler , l'autre plus imperieuse
l'oblige bientôt à se taire. Quand avec
des yeux moins prévenus on examine ces
productions , on rougit d'avoir été la dupe
d'une imagination dereglée. Je ne parle
point de cesPiéces obscenes ou impies ,enfans
monstrueux nés d'un commerce impur
avec uneMuse libertine et licencieuse,
qui font fremir la pudeur et le bon sens' ;
mais de celles qui n'étant qu'un galant
badinage , en amusant l'esprit , peuvent
interesser le coeur.
Nous allons donner quelques Piéces de
11. Vol.
ce
DECEMBRE . 1735. 2885
ce Recueil que nous prenons au hazard ,
pour faire jugerde la versification et du
merite Poëtique de M. le Brun ; nous don
nons la Préférence aux moins longues
pour ne pas grossir cet Extrait.
EPITRE à M. B. fameux Comédien.
As- tu bien refléchi sur le pas témeraire
Que d'imprudens amis t'ont conseillé de faire
Oses-tu par l'appas d'un vain espoir flaté ,
Reprendre le Cothurne après l'avoir quitté
Autrefois , il est vrai , tu sçûs , Acteur habile
Charmer également et la cour et la ville ;
Et du peuple Romain Roscius en son temps ,
Regut et merita moins d'applaudissemens .
Mais tout passe ; aujourd'hui ta mémoire infidelle
Dans le plus court recit , bronche , hésite , chan
celle ;
Et quelquefois d'un Vers qu'elle a défiguré ,
La mesure est contrainte et le sens alteré ,
Tu n'as plus cette grace , aimable Enchanteresse
Ce geste libre , aisé , que donne la jeunesse :
Malgré tous tes efforts et tes soins superflus ,
On cherche en toi B... que l'on n'y trouve plus.
Ta retraite au Théatre éternisoit ta gloire :
Quel motif t'y rapelle et que faut - il en croire
Insensible aux remords qui doivent t'agiter ,
11. Vol. Le
2886 MERCURE DE FRANCE
Le frein de la raison n'a t'il pû t'arrêter
Parle de bonne foi , convient -il à ton âge ,
De jouer un comique ou galant personnage
On rit en te voyant Suranné Bajazet
Sentir pour Atalide un amour indiscret ;
Et flater tes désirs de l'esperance vaine
D'attendrirAndromaque, où de plaire à Chimene ,
En mettant pour jamais ce spectacle en oubli ,
Tu devois imiter Beaubour et Roseli.
Ils n'ont point attendu que la décrépitude
Les forcât de quitter leur premiere habitude ;
Que la mort , de leurs jours éreignant le flam
beau ,
Les transmit tout à coup du Théatre au Tombeau.
Peut on trop deplorer le malheur de Moliere ,
Qui presque sur la Scéne a fini sa carriere ?
Sans prévoir cette chûte il se vit accabler ;
Cet exemple effrayant doit te faire trembler .
Aujourd'hui que ton sang dans tes vaines se
glace ,
Aux deux jeunes Q laisse remplir ta place ; ...
Laisse les dans un champ difficile et scabreux
Exercer sans scrupule un talent dangereux ,
Mais plutôt , qu'à jamais le Théatre se ferme ;
Les dogmes qu'il contient , les leçons qu'il renferme
,
Loin de nous corriger , de nous rendre meilleurs
,
II. Vol. Séduisent
DECEMBRE. 1735. 2887
Séduisent l'innocence et corrompent les moeurs.
Sa morale suspecte est un foible antidote :
C'est vainement qu'Horace apuyé d'Aristote ,
Nous dit qu'en cette Ecole on aprend , on s'ins
truit ; -
De ces instructions , quel peut être le fruit?
Les sentimens qu'elle aime et qu'elle nous inspire,
Des folles passions affermissent l'empire ;
Par ses principes faux les crimes déguisés ,
Sous le nom de vertus sont metamorphosés , &c.
EPITRE sur la Peinture , à M. de S....
R Ivale et Soeur de la Nature
Que tu t'efforces d'imiter ,
C'est toi , merveilleuse Peinture
Que dans ces Vers je veux chanter,
Mon coeur conserve encor le gout et la tendresse
Que je sentis pour toi presque dès le berceau ;
Et c'est avec plaisir , aimable Euchanteresse ,
Que ma plume aujourd'hui celebre ton pinceau.
Des Heros tu soutiens la gloire ,
Tu nous rends les siecles passés ;
Des Exploits que le tems avoit presque effacés
Tu nous rapelles la mémoire.
Tu nous transportes où tu veux.
Peins - tu le meurtie et le
carnage
La frayeur me saisit , je plains des malheureux
Qu'un vainqueur inhumain sacrifie à sa rage .
11. Vol. Bientôt
2888 MERCURE DE FRANCE
Bientôt après dans un bocage
Des Bergers innocens retraces- tu les Jeux ?
Je badine , je ris , et folâtre avec eux .
Ta main ingenieuse opere des miracles
Et par d'invisibles ressorts ,
Ton pouvoir vainqueur des obstacles
Raproche les absens , et ranime les morts.
Malgré les loix de la Nature ,
Maigré la rigueur des frimats ,
Tu sçais dans les plus froids climats
Faire naître les fleurs et briller la verdure .
Tu fais encore plus , tu tires du néant
Des hommes , des châteaux , des campagnes ;
des villes ,
Des troupeaux , des poissons , des oiseaux , des
reptiles ,
Sans t'épuiser en les créant.
Tu représentes nos misteres ,
Ton zele industrieux décore nos Autels .
Par des objets si salutaires
·
Tu reveilles l'amour , et la foi des mortels , &c
Fille
Contre l'Idolatrie.
Ille de l'ignorance et mere de l'erreur ;
Qui pervertis l'esprit et qui corromps le coeur
Les plantes que le Nil nourrit sur son rivage ,
Les monstres que la terre enfante avec horreur ,
Regurent par ton culte un sacrilege hommage
11. Vol. Од
DECEMBRE. 1735. 2889
On a vu sans rougir les stupides mortels
L'encensoir à la main , aux plus infames crimes
Décerner des honneurs , eriger des autels ,
Et même immoler des victimes..
Pour nous qui connoissons du Dieu de verité
La souveraine Majesté ,
Respectons sa grandeur , révérons sa puissance -
Que notre coeur lui soit soumis et consacré;
C'est le temple où par préférence
De sa gloire jaloux il veut être adoré.
L'ESPRIT DE S. PAUL , ou les pensées
de ce grand Apôtre sur la vie Chrétienne,
pour tous les jours du mois : et pour une
retraite de dix jours . Par M. du Bois , de
l'Académie Françoise , in 24. 1735. 12. f.
A Paris , chés P. G. le Mercier , ruë S.
Jacques,au Livre d'or.
DISCOURS de S. Gregoire de Nazianze ;
contre l'Empereur Julien l'Apostat , avec
des Remarques. A Lyon , chés Marcellin
du Plain , rue Merciere 1735. in 12.
OBSERVATIONS SUR LA SCBRIETE' , par
M. l'Abbé de Saint Pierre. A Paris , chés
Gonichon , ruë de la Huchette 1735. brochure
in 12.
II Vol
LE
2890 MERCURE DE FRANCE
LE GRAND DICTIONNAIRE Geographi
que et Critique , par M. Bruzen de la
Martiniere , Geographe de S. M. C. Philipe
V. Roy des Espagnes et des Indes.
Tome V. premiere partie K. L. seconde
partie M. A la Haye , chés P. Gosse , cc
P. deHond A Amsterdam, chés Vyrwerf et
Changuion. A Rotterdam , chés Jean - Daniel
Bemant , et se trouve à Paris , chés
Mariette fils , rue S. Jacques 1735. in fol.
HISTOIRE UNIVERSELLE , Sacrée et Profane,
depuis le commencement du Monde
jusqu'à nos jours . Par le Reverend Pere
Dom Augustin Calmet , Abbé de Senones ,
et Président de la Congregation de S.
Vaunes et de S. Hidulphe , à Strasbourg ,
chés Jean- Renaud Doulsseke , et se trouve
à Paris chés Etienne Ganeau , ruë S. Jacques
, et chés Montalant , Quay des Augustins.
Tome I. 1735. in 4.
THEOPHILI Sigeberti Bayeri Regiomontani
Historia Osrboena et Edessena ex Nummis
illustrata I. vol. in 4. 1735 .
Cet Ouvrage , imprimé à Petersbourg
, et dedié au Comte de Biron ,
Grand Chambellan de la Czarine , est un
des plus curieux qui ayent été composés
dans ce genre. C'est proprement l'His-
II. Fol. toire
DECEMBRE. 1735 2897
toire Metallique d'une partie celebre de
la grande Province de Syrie ; car il fait
connoître l'origine du Royaume d'Edesse,
la suite , le caractere de ses Roys , l'Etat
d'Edesse , et de l'Osrhoene sous les Romains
, les Arabes , les Grecs , les Per-
-sans , les François , les Tartares et les
Turcs. L'Auteur , fameux parmi les Scivans
du Nord , se sert de l'Histoire pour
éclaircir les Médailles , et des Médailles
pour confirmer l'Histoire et pour nous
-servir des termes des habiles et laborieux
Auteurs du Journal de Trévoux , de qui
nous empruntons cet article , il tombe assés
rudement sur les partisans outrés des
Médailles , qui croyent pouvoir les expliquer
par elles-mêmes. Il prouve solidement
l'impossibilité de déchiffrer les
Médailles sans le secours des Historiens .
Il paroît un second Traité de l'Art décrire
, intitulé LES VRAIS PRINCIPES de
l'art décrire, ou les verités de cet Art renduës
faciles. Par le sieur Royllet , ruë de la Verrerie
, lequel a prouvé publiquement la verité
de ses principes en trois Cours de Démonstrations
ou Conferences . Gravé par le sieur
François Bailleul , ruë Galande . I. vol. in 4.
A Paris , chés David , Grou , Mesnier ,
et Ribou, Libraires . M. DCC . XXXV.
II. Vol.
Dans
2892 MERCURE DE FRANCE
Dans unMémoire joint à cette Annonce,
on assure que l'Auteur a prouvé ce qu'il
avance dans ce Traité , dans des Conferences
publiques qu'il a tenues sur ce sujet
pendant neuf mois , auxquelles plusieurs
Personnes éclairées , et des Dames
de distinction ont assisté . L'Auteur
se reconnoît même redevable à deux
de ces Dames de l'ordre et de l'arrangement
de la partie la plus essentielle de sa
Méthode.
On lit dans ce Mémoire des Observations
curieuses sur l'origine et les Inventeurs
des Lettres et de l'Ecriture : s'il en
faut croire une Inscription de la Bibliotheque
du Vatican , Adam instruit de
Dieu même , fut l'Inventeur des Lettres
Syriaques et Caldaiques , Moyse le fut
des Lettres Hebraiques. Nous ometons
la suite de ces Observations , qui sont aparemment
raportées dans l'Ouvrage même
de M. Royllet. S. Jean Chrysostome
y est particulierement cité comme
ayant inventé les Lettres Armeniennes-
S. Jerôme inventa , dit- on , les Caracte
res Illyriens , et S. Cyrille Ulphon , Evêque
des Gots , les Lettres Gothiques , des
quelles , dit l'Auteur du Mémoire , les
Lettres Françoises tirent leur origine , ce
sont proprement celles , ajoute t'il , que
II. Vol. l'on
DECEMBRE . 1735. 2893
l'on nomme Lettres rondes dans notre
Ecriture .
La trente-uniéme Partie des Cent Nouvelles
Nouvelles , de Mad. de Gomez , paroît chés
Maudouyt , Quay des Augustins . La 32 Partie
paroîtra au commencement de Février.
Dans les Sciences et dans les Arts , on fait sou
vent des pertes considerables et quelquefois irreparables.
Il faut beaucoup de temps pour produire
de Grands Hommes , et telle est leur malheureuse
condition , qu'à peine sont - ils parvenus
au point d'exceller dans leur profession , que la
mort vient nous les ravir . C'est ce que nous
éprouvons dans la perte que la Peinture a faite
en la personne de Jean - Baptiste Martin , Peintre
des Conquêtes de Louis XIV . et son Pensionnaire
en l'Hôtel Royal des Gobelins à Paris,
où il mourut le 8. Octobre dernier , dans la 76.
année de son âge,
Comme il n'est pas juste de laisser ensevelir dans
l'oubli la memoire d'un homme distingué dans
son Art , rempli d'ailleurs d'honneur et de probité
, on a crû devoir rapeller en peu de mots
quelques traits particuliers de sa Vie.
Il naquit à Paris en 1659. fils de Pierre
Martin , Entrepreneur des Bâtimens , qui lui
voyant des dispositions naturelles pour le Dessein
, le mit fort jeune entre les mains de M. de
la Hire , Professeur de l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , pour lui en aprendre
les principes.
Il y fit en peu de temps de tels progrès , que
Son pere connoissant son génie et son talent ,
jugea à propos de l'envoyer en qualité d'Inge-
H. Vol. nicus
2894 MERCURE DE FRANCE
>
nieur , sous les ordres de l'illustre M. de Vauban
, lequel voyant la facilité et la précision
avec laquelle il levoit les Plans et dessinoit les
Vues et Elevations des Places assiegées des
Camps et Armées , parla en sa faveur au Roy ,
en lui montrant ses Ouvrages , dont S. M. fut
satisfaite , et voulut le voir. Il fut aussi - tôt présenté
par M. de Vauban , qui dit au Roy , Sire ,
ce seroit dommage d'exposer un si bon sujet à se
faire casser la tête , il seroit plus à propos de le
placer chés Vandermeule ; * le Roy répondit vous
avez raison , &c. ce qui fut executé. Avec son
génie et ses talens, Martin ne fut pas long- temps
a profiter des leçons d'un si bon Maître ; il sçut
si bien l'imiter qu'il le faisoit travailler à ses
Ouvrages , et s'en reposoit sur lui ; ensorte qu'il
s'attira la jalousie des autres Eleves ; enfin il se
rendit si habile, que le celebre Vandermeule étant
venu à mourir , S. M. le jugea capable de remplir
sa place dans son Hôtel Royal des Gobelins.
Il fit plusieurs Campagnes sous Monseigneur.
le Dauphin , en 1688. et 1689. sous le Roy au
Siege de Mons en 1691 au Siege de Namur en
1692. &c.
En 1710. le Duc de Lorraine, Leopold , ayant
fait bâtir une Galerie dans son Château de Luneville
, le demanda , avec instances , au Roy , pour
lui faire peindre les plus belles actions de l'Histoire
de Charles V. son Pere , ce qu'il a executé en
dix- huit ou vingt Tableaux , dont les principaux
représentent les Sieges de Bude , de Barcam , de
Transilvanie,de Grave, &c. le fameux Passage du-
Danube , où ce Prince étoit avec le fameux Jean-
Sobiesky , Roi de Pologne , le General Montecuulli
, et autres Officiers Generaux au service de
* Peintre de Batailles , d'une grande réputation
II. Vol. l'EmDECEMBRE
. 1735. 2895
l'Empereur contre les Turcs , &c . Ces Ouvrages
qui augmenterent beaucoup sa réputation , furent
executés en Tapisserie d'après les Tableaux
en 1717 .
En 1721. il entreprit de dessiner toutes les figures
du Dictionnaire de la Bible du R. P. Dom
Calmet , 4. volumes in folio , au nombre de 300.
Planches , qui ont été gravées en taille - douce
sous les yeux et la conduite de M. Audran ,
Graveur du Roy. Ce grand Ouvrage est imprimé
chés Emery , Saugrin et Martin , son frere .
Dans ce même temps , on le sollicita de la
part d'un grand Prince de l'Empire , pour aller
en Allemagne , mais il ne crut pas à son âge devoir
entreprendre un si grand voyage , se faisant
d'ailleurs un point d'honneur de mourir en travaillant
pour son Roy , ce qu'il a fidellement
executé , car il n'y avoit pas huit jours qu'il avoit
mis la derniere main à deux grands Tableaux qui
lui avoient été commandés pour le feu Roy ,
lorsqu'il est mort generalement regretté.
On peut dire de M. Martin , qu'avec beaucoup
de capacité , jamais homme ne fut moins entêté
de ses Ouvrages. Il étoit ennemi de la flaterie et
des louanges ; son temperamment étoit vif et
plein de feu , s'apliquant beaucoup à bien ordonner
ses Compositions , à caracteriser les passions
, à faire agir et mouvoir ses figures , enfin
à imiter et même perfectionner la Nature.
Il reste de lui un grand nombre de Tableaux ;
il faudroit un volume entier pour les détailler ;
on en voit dans presque toutes les Maisons
Royales , et en beaucoup d'autres endroits , qui
sont très-estimés et recherchés des Connoisseurs.
Il laisse un Fils qui promet beaucoup , qui a
obtenu la place de son Pere dans l'Hôtel Royal
II. Vol. des
2895 MERCURE DE FRANCE
des Gobelins , et qui possede un grand nombre
de ses Tableaux .
Claude Seraucourt , Graveur , vient de donner
au Public un Plan Géometral de la Ville de
Lyon , des pieds de largeur , sur 4. de hauteur.
Ce Plan a été levé très - exactement par ce Graveur
, aidé par d'habiles Géometres ; et il a été
orienté par le R. P. Grégoire de Lyon , Religieux
du Tiers-Ordre de S. François , sçavant
Mathématicien. Il présente la Ville dans toute
son étendue, avec une partie de ses Fauxbourgs, et
ses deux Rivieres . Les noms des Rues, des Places,
des Eglises et des Edifices publics , y sont marqués
sans renvois. Il est tracé avec tant de précision
, qu'on y a déterminé la Longitude et la
Latitude de tous ses points , jusques aux Secondes
de Minutes, par des Lignes qui le coupent yerticalement
et horizontalement , et qui sont distribuées
de dix en dix Secondes. Il est accompagné
d'une Bordure qui contient les Plans et
I'Elevation de vingt des principaux Edifices de
cette grande Ville , avec deux Cartouches figurés
dans l'un desquels est un Abregé de l'Histoire de
Lyon , et dans l'autre est la Dédicace à M. Perrichon
, Chevalier de l'Ordre du Roy , Prévôt
des Marchands , et Commandant dans la Ville.
Cet Ouvrage est également recommandable par
l'exactitude du Plan , par la beauté de la Gravûre
er par l'élegante distribution des Ornemens. On
le trouvera à Paris , chés le sieur Cars , Marchand
Graveur , ruë S. Jacques , au Nom de Jesus , et à
Lyon , chés l'Auteur , dans la ruë de Flandres ,
près la Douane. Le prix est de six livres,
Le sieur Fortin , qui demeure ruë d'Argenteuil,
II: Vol. Butc
DECEMBRE . 1735. 2897
Bute S. Roch , chés le sieur Renier , Sculpteur, a
fait plusieurs Morceaux d'Ouvrages en relief,dans
le même goût des Plans qui sont dans la Galerie
du Louvre ; il a actuellement chés lui un grand
Exagone , fortifié suivant le Systême du Maréchal
de Vauban , avec plusieurs autres Morceaux
curieux , comme la Citadelle de Messine , et une
partie d'Exagone , fortifiée et attaquée suivant le
même Systême ; on y voit les Lignes de Circonvallation
et Contrevallation , l'arrangement d'un
Camp , l'ouverture de la tranchée , les Paralleles ,
le Logement sur le chemin couvert , Vûë sous ce
chemin , le passage du fossé , avec fascines , gabions
et l'attache du Mineur , & c .
La suite des Portraits des Grands - Hommes et
des Personnes Illustres dans les Sciences , se continuë
toujours avec succès chés Odieuvre , Marchand
d'Estampes , Quay de l'Ecole , vis - à - vis
la Samaritaine . Il vient de mettre en vente , et
toujours de la même grandeur :
THOMAS CORNEILLE , de l'Académie Françoise
, né à Rouen le 20. Août 1625. mort le 8 .
Décembre 1709. âgé de 84. ans .
ANNE- MARIE SCHURMAN , Illustre Sçavante,
née à Cologne le 5. Novembre 1607. morte à
Uliwert en Frise , le 5.May 1678.âgée de 71.ans .
MARTIN DES JARDINS , Sculpteur du Roy ,
né à Bréda , mort à Paris le 2. May 1694. âgé
de -54 . ans. Auteur de la Place des Victoires , et
Figure Equestre de Lyon.
M. l'Abbé Nollet , nous a prié d'avertir qu'il
continuëra immédiatement après la Fête des
Rois , les Cours de Physique experimentale qu'il
a commencé l'Eté dernier. Le succès qu'ils ont
II. Vole G сц
2898 MERCURE DE FRANCE
eu , l'a engagé à se loger dans un endroit plus
commode pour ses Experiences et moins éloigné
de la plupart des Personnes qui ont du goût pour
ces sortes d'exercices; il demeure présentement à
la Place de Conty , près le College Mazarin .
Les Personnes qui voudront assister aux Cours
de Physique , auront la bonté de s'inscrire quel
que temps avant , afin qu'on puisse former
des Compagnies d'un nombre plus égal.
Le sieur Rosa , Chirurgien , reçû à S. Côme
pour la guérison radicale des Descentes de
boyaux , sans faire aucune operation , par le
moyen de ses Bandages très- flexibles , construits
sans fer ni bois , et par le Remede specifique
qu'il aplique exterieurement , donne avis qu'il a
fait une très -grande quantité de Cures à Paris
et ailleurs , dont il a les Certificats , que tout le
monde peut voir chés lui , ruë de Bussy,à la Boëte
des Lettres , Fauxbourg S. Germain , son Enseigne
est au Bandage d'or couronné , en entrant
dans la premiere porte cochere,au premier,à main
gauche , et chés M. Prévost , Notaire à Paris.
Il a inventé aussi d'autres Bandages très - utiles,
le premier , pour la Fistule du Periné , qui empêche
l'écoulement de l'urine , et contribué à l'en
tiere guérison.
Le second , pour le Nombril , tout different de
ceux dont on s'est servi jusqu'à présent.
Le troisiéme , pour la Descente de la Matrice ,
sans fer ni bois , et qui n'incommode en aucune
maniere.
Le quatrième est fort singulier et d'un grand
secours pour les Descentes les plus fâcheuses et
les plus désesperées . Ce Bandage les retient en
bon état et solidement, sans aucun embarras entre
II. Vol. les
DECEMBRE . 1735. 2899
fes cuisses ; il le donne à l'épreuve et le garantit.
Le sieur Rosa a un autre talent moins important
, mais cependant très- secourable et dont
nous avons heureusement fait l'experience , c'est
d'ôter les Cors des pieds et la racine , avec
une grande dexterité , sans qu'il en sorte une
seule goute de sang , et sans presque sentir de
douleur ; ainsi que les ongles qui entrent dans la
chair , &c.
Il est arrivé à Paris le 4. Decembre , selon le
raport du sieur Rosa ,un homme de consideration
des environs de Paris , âgé de 36. ans , qui a une
Descente depuis 10. ans des deux côtés , laquelle
Descente étoit si forte qu'il étoit obligé d'avoir
un cordon passé dessus le col pour lui soutenir
un oreiller pour retenir la Descente ; il est ar
rivé envelopé dans deux matelas , par une voiture
exprès ; le sieur Rosa lui a fait rentrer sur
le champ lad. Descente , lui ayant fait un Bandage
de sa façon , ce qui lui a donné un grand
soulagement , et il marche à son aise , & c. Ceux
qui voudront se servir de lui , auront la bonté
d'envoyer la grosseur de leur corps juste , et
d'affranchir les Lettres.
t
EXTRAIT de Lettre écrite de Londres
le 21. Novembre 1735. par M. Wilf,
à M. de S. Amant , à Paris , au sujet
d'un Specifique contre l'Apoplexie , debié
par le sieur Arnoult , Marchand
Droguiste , rue des cing Diamans.
Oici , Monsieur , ce que je puis répondre
aux questions que vous me faites au sujet
du Remede contre l'Apoplexie que vous m'avez
II. Vol. Gij envoyé
2900 MERCURE DE FRANCE
envoyé. Ce Spécifique a véritablement produit
de très-bons effets sur les personnes affligées qui
en ont fait usage; je puis même ajoûter qu'il y en
a cu tels en qui la promptitude de ces effets a été
en quelque façon surprenante .
Je vous prie de me mander si le sieur Arnoult
a des Concurrens à Paris ; car il a paru ici un
semblable Remede venant de France , qui n'a
pas produit, à beaucoup près, de si bons effets. La
modicité du prix de ces derniers Paquets , nous
a d'abord paru suspecte; mais pour ne point dés
cider legerement dans une chose de cette impor
tance , on a fait chercher soigneusement deux
hommes de même tempérament et également attaqués
d'Apoplexie , nous avons vu , avec étonnement
, qu'au bout de quatre jours celui qui
avoit porté un Paquet du sieur Arnoult s'est
trouvé parfaitement bien et ce Paquet diminué de
près d'un tiers , celui que son mauvais sort avoit
rendu porteur du Paquet anonime , n'a senti aucun
soulagement , ce qui nous a déterminé à lui
substituer un Paquet du sieur Arnoult , et le cinquiéme
jour il s'est trouvé en aussi bon état que
son Compagnon , &c,
On avertit le Public que la Pâte de Guimauve
molle et blanche , et suc de Reglisse , qui sont
très-connus , se débitent depuis plusieurs années
chés un Apoticaire au haut de la ruë de la Huchette
, du côté du petit Châtelet , à la Flote
Royale de Canada , à Paris . Ce Remede est
connu par le soulagement de toutes sortes de
toux , rhumes , pituites âcres , et maladies de
poitrine , de telles especes qu'elles soient ; par le
grand débit qu'on en fait , il y en a tous les
jours de nouvelle , le prix est de 4. liv, la livre.
II. Vol.
Dang
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de même que l'Eau de Perle blanche , pour
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taches de rousseurs, boutons, rougeurs et dartres
du visagé et autres.
****X*XX :XX :XXXXXX
Q
CHANSON.
Voi donc ! dangereuse Rivale ,
Mouche , tu viens sucer ma divine liqueur !
Ah ! ma douleur est sans égale ;
Avec ton aiguillon , perce plutôt mon coeur.
Que Jupiter , de son Tonnerre ,
S'arme pour me venger ;
Que tous les Guerriers de la Terre .
Accourent se ranger
Autour de mon verre .
Chaque goutte de vin m'est plus chere que l'or,
Et me semble un trésor.
Insecte malheureux , il faut que tu périsses
Dans les plus grands suplices.
Mais non , je ne veux pas que tu perdes le jous
Dans cet aimable vin où je trouve la vie :
Va , bénis ma clémence et borne ton envie
A flairer son odeur en volant à l'entour.
Par M. Moraine , de la Ville d'Angers
Giij SPECTACLES
II. Vol.
2902 MERCURE DE FRANCE
**************:*
SPECTACLES.
LES AMOURS ANONIMES ;
Comédie de M. de Boissi , représentée sur
le Théatre Italien le s . Decembre , 1735.
A.CTEUR S.
La Comtesse , veuve.
Lucinde.
Agathe.
Oronte , Amant Anonime d'Agathe.
Damis .
Dorante , Epoux Anonime de Lucinde.
Arlequin , Valet de Dorante.
La Scene est en Touraine sur la Terrasse
d'un Jardin.
C
Ette Comédie a été très- favorable
ment reçûë du Public ; la maniere
dont elle est écrite a réuni tous les suffrages
des gens d'esprit , le stile en est vif et
élegant ; mais cela n'impose pas aux Gens
qui ne cherchent dans les Pièces de Théatre
, que ce qui est veritablement
Théatral
; ces Personnes , peut- être , un peu
trop severes dans un temps où les beautés
11. Vol. de
DECEMBRE. 1735. 2903
de dérail font la plupart des succès , ont
trouvé que dans les Amours Anonimes , il
y avoit plus d'esprit qu'il n'en faut pour
faire une Piéce d'un genre inferieur , c'està
dire une Piece dont tout le tissu n'est
qu'un assemblage descénes indépendantes
les unes des autres;mais ils leur ont refusé
le nom de Comédie , parce qu'il n'y avoit
pas assés de fond pour mériter ce Titre
que bien de nos Modernes ne s'attachent
gueres à remplir. Bien plus , à la prendre
sur le pied de Comédie , ils n'ont pû démêler
entre tant d'actions differentes qui
y sont répandues ; quelle est l'action fondamentale
, ou simplement épisodique ,
le Lecteur en va juger.
Lucinde ouvre la Scene par un Monologue
; elle se plaint des maux que l'absence
cause , sut tout quand on ne peut
pas les soulager , par la liberté de s'en
plaindre ; elle fait entendre que Dorante ,
avec qui elle est secretement mariée , est
à Paris , tandis qu'elle est en Touraine ,
qu'elle attend de ses nouvelles , que lui
doit aporter un More muet , qui est à son
service ; cependant elle adoucit sa tendre
impatience par cette réflexion.
Quoi ? son amour pour moi seroit - il rallenti ?
Non ; j'ai tort ; notre Hymen est trop
; sorti
II. Vol.
bien as-
Giiij De plus
2904 MERCURE DE FRANCE
De plus , il est caché ; le mistere l'anime ,
Et l'Epoux est Amant , quand il est anonime.
Voilà le premier Amour anonime and
noncé dans la Piéce ; et comme il est le
premier en date , il semble que l'Auteur
en ait fait son objet principal ; rien moins
que cela ; il deviendra purement épisodique
et subordonné , ou du moins il cepas
à un autre qui ne sera que
dera le
second en date.
le
La Comtesse vient joindre Lucinde et
lui demande la raison de son humeur solitaire
; le caractere de cette Comtesse contraste
parfaitement bien avec celui de Lucinde
elle dit à cette derniere qu'elle a
voulu se soustraire aux fadeurs de Damis,
dont elle fait ainsi le portrait :
;
Du grand Monde qu'il cite , il a mal profité ;
Et je n'ay jamais vu d'homme plus aprêté.
Quand il ne vous dit mot, son air vous désoblige
Et s'il vous entretient , son jargon vous afflige ;
La bonne compagnie est son terme cheri ,
Et viser au grand bien est son goût favori ;
Tranchant du bel esprit , et du Seigneur , sans
l'être ;
Il s'exprime en Pedant, et pense en petit Maîtres
II. Vol. La
DECEMBRE. 1735. 2905
La Comtesse ajoute un second portrait
au premier ; elle peint Oronte , qui doit
arriver incessamment ; voici comment
elle s'exprime à son sujet :
Ce qui rend à mes yeux son merite plus grand
C'est qu'il est né modeste autant que bien faisant,
Et qu'il cache les dons de sa main liberale
Avec le même soin qu'un autre les étale ;
La Cour où le grand art est souvent d'être faux ;
A poli ses vertus , et non pas ses défauts ,
Lucinde acheve le portrait d'Oronte en
ces termes :
Ajoutez à cela que son esprit allie ,
La solide raison à l'aimable saillie ;
Philosophe du Monde , il est gai , complaisant ;
Et sçait l'art d'amuser , même en moralisant;
Sans en'être la dupe , il se plie à l'usage ,
Et sous l'homme du siecle , il cache le vrai sage.
La Comtesse avoue que ce dernier éloge
est complet ; et qu'il se fait soupçon
ner de partir de la bouche d'une Amante;
Lucinde lui répond qu'elle pouroit , par
la même raison , penser qu'Oronte ne
lui est pas indifferent ; la Comtesse la tire
d'erreur, en lui déclarant qu'elle seroit
plutôt portée à aimer Dorante ; cette reponse
allarme un peu Lucinde , par
11. Vol.
l'in-
G v terêr
2906 MERCURE DE FRANCE
terêt secret qu'elle y prend ; la Comtesse
acheve de la déconcerter , en lui disant
que ce Dorante est une conquête ' qui n'échapera
pas aux traits que ses yeux lui
ont déja lancés . Lucinde la quitte pour
cacher son embarras et sa jalousie nais-
Sante.
La Comtesse dit à Agathe , jusqu'alors
sa Suivante , qu'elle ne la compte plus
pour telle, mais pour son amie ; elle ajoute
qu'un Bienfaiteur anonime , repare l'injustice
que le sort lui a faite, en la laissant
dans l'indigence , quoique sortie d'une
noble Famille . Agathe reçoit cette nouvelle
avec une moderation digne de sa
vertu et de sa naissance ; l'Anonime, dont
la Comtesse lui parle , doit arriver dans.
le même jour , pour sçavoir ses sentimens
sur son Hymen qu'il doit lui proposer
, sans la contraindre. Agathe se retire
en protestant à la Comtesse qu'elle
sera toujours soumise à ses volontés dans
quelque état que le sort la veuille placer.
Arlequin, Valet de Dorante , arrive avee
une Lettre de son Maître pour Lucinde : la
Comtesse qui s'en croit aimée , ne doute
point que cette Lettre ne soit pour elle ;
Arlequin ne peut la détromper , parce
qu'il s'est donné à Dorante pour More
muet ; la Comtesse lui donne de l'argent
11. Vel
pour
DECEMBRE. 1735. 2907
pour l'engager à lui remettre cette Lettre
&c. Enfin la Comtesse s'en empare , et
ne veut pas s'en dessaisir , quelque signe
qu'Arlequin lui fasse pour lui faire entendre
que ce n'est pas à elle que cette
Lettre s'adresse ; elle lui ordonne de se
retirer ; il obeit malgré lui , non sans témoigner
ce qu'il ne sçauroit exprimer.
La Comtesse lit le billet , qui est sans
adresse , par la raison que Dorante à de
cather son Hymen et son amour ; en
voici le contenu :
Las de faire en public le Rôle d'insensible ,
Je suivrai de près ce billet ,
Pour faire près de vous celui d'Amant parfait ;
Ce personnage - là me sera moins penible ,
Quoique je n'ose encor le remplir qu'en secret ;
Sous ce titre à vos yeux je veux toujours pa
roître ;
Et je jure au fond de mon coeur
D'en conserver toujours l'ardeur ,
Et de ne vivre que pour l'être.
Ce billet étant sans adresse , et les
termes en étant menagés avec art , pour
faire prendre le change à deux Rivales
produit tout l'effet que l'Auteur s'en est
promis ; la Comtesse le montre à Lucinde
, qui en conçoit de la jalousie con-
II. Vol. G vj tie
2908 MERCURE DE FRANCE
tre celle qui dit l'avoir reçûë de la part
de Dorante. Lucinde laisse le champ de
bataille à la Comtesse , qui pour surcroit
de gloire , ajoûte un nouveau laurier à
celui qu'elle vient de cueillir par l'étourderie
d'Arlequin . Cette nouvelle conquête
lui est offerte par Damis ; c'est le
personnage dont on a fait le premier portrait
dès la seconde Scéne : on ne sçauroit
mieux le peindre aux yeux du Lecteur
que par ce début :
Je suis yvre d'esprit ; d'esprit , Belle Comtesse ;
Je ne me lasse pas
d'admirer ce Château ;
Il est beau , beau , mais beau , du vray beau ;
du grand beau ;
La tournure en est neave ; oui , neuve , inte
ressante ;
Sa beauté me surprend ; sa beauté m'épouvante ;
Vray , d'honneur , en honneur , et sur mon
grand honneur.
Ce jargon n'est que trop usité parmi
quelques jeunes Gens ; il est vray qu'il
est chargé dans le caractere de Damis ;
mais c'est-là le privilege du Théatre . La
Comtesse répond à peu près sur le même
ton , mais ce n'est que pour se mocquer
du jargon et du jargonneur ; on en
jugera par ces Vers :
11, Vol. Non ,
DECEMBRE. 1735. 2909
Non , non ; je fuis l'amour , l'amour et le mys
tere ,
Monsieur , ma liberté , liberté m'est trop cheres
Ce qui fait aujourd'hui que votre amour secret
Me surprend au plus fort et me choque au par
fait ;
J'eus toûjours pour leTendre une haine invincible,
Et des bosquets épais l'ombrage m'est nuisible.
Si des oiseaux par moi l'éxemple est imité ,
C'est dans leur badinage , et leur legereté
Voyez là-bas , voyez cette linotte alerte ,
Linotte , sautillant sur cette branche verte ;
Un étourneau s'aproche , et voudroit l'atten
drir ;
Zeste; elle prend l'essor , quand il croit la tenir
Dès qu'on veut près de moi le prendre pour inodelie
,
Comme elle , je m'échape et vole à tire d'aîle ,
Tire d'aîle.
Cet Acte finit par la fuite de la Comtesse
, et par la colere de Damis qui trouve
sa retraite très impolie.
Quoiqu'il n'y ait guere moins de beautés
de détail dans les deux Actes suivans
, nous en abrégerons l'Extrait , pour
nous renfermer dans les bornes que nous
nous sommes prescrites . Damis commence
le second Acte ; picqué des plaisante-
11. Vol.
ries
2910 MERCURE DE FRANCE -
ries de la Comtesse , il veut tâcher de
s'en dédommager auprès de Lucinde qui
ne le traite pas mieux ; comme son importunité
le détermine à lui quitter la
place ; Damis lui dit par une ressource
d'amour propre :
C'est moi qui me retire , et par discretion ;
Je dois vous laisser seule en cette occasion ;
C'est le dernier combat d'une fierté mourante
Qui fuit de son vainqueur la vûë embarrassante .
Adieu , je choisirai pour revenir vers vous
Un temps , où mon aspect vous semblera plus
doux ;
Plus doux.
Lucinde toute occupée de sa jalousie ,
en est bientôt guerie par un éclaircissement
qu'elle a avec Dorante son Epoux ,
dont le retour a suivi de près la Lettre
qui a fait le noeud de cette premiere action
; l'Auteur a pris la sage précaution
de donner le germe d'une seconde, dès le
premier Acte , sans quoi la Piéce auroit
été reduite à un Acte et demi . Cette seconde
action devient la principale er auroit
dû l'être dans toute la Piéce , au
sentiment de tous les Connoisseurs ;
il est vray qu'elle auroit servi de pendant
à l'Inconnu de Thomas Corneille ; voicy
11. Vol. de
DECEMBRE 1735. 2911
de quoi il s'agit : cet Oronte , dont Lucinde
et la Comtesse ont fait un portrait
si avantageux dès la seconde Scene du
premier Acte , est ce bienfaiteur inconnu
, ou cet Amant Anonime qui s'est déclaré
si genereux envers Agathe , cy - devant
Suivante de la Comtesse ; c'est le
même que cette aimable et vertueuse
Fille aime secrettement. Oronte vient
lui faire compliment sur le changement
de sa fortune; elle n'en paroît pas éblouie,
et fait encore mieux connoître combien
elle en est digne par cette réponse , qui
augmente l'amour d'Oronte , en augmentant
son estime .
Monsieur , de votre estime Agathe est trop flatée,
Son heureuse fortune en paroît augmentée ;
L'Anonime a surpris et surpassé mes voeux ;
Je ne merite pas ses bienfaits genereux &c .
Ma fierté qui se joint à la peur d'être ingrate ,
L'une et l'autre à mon coeur livre un facheux
combat ;
Sur la reconnoissance , il est si délicat ,
Que l'excès d'un tel bien l'embarrasse et l'étonne
;
Il craint de trop devoir à celui qui lui donne ;
Ce coeur en même- temps , aussi fier qu'ingenu ,
Gemit de recevoir les dons d'un inconnu ;
Quoique sans interêt sa bonté les lui fasse ,
11 Vol.
Ce
2912 MERCURE DE FRANCE
Ce secours qu'elle accepte est toujours une grace,
Dont le ressouvenir l'avilit en secret ;
Et s'il benit la main , il rougit du bienfait
On peut juger sans peine qu'un si beau
caractère auroit bien merité de primer
dans une Piece , et de n'être pas pris pour
une simple épisode . Cette Scene où la
vertu modeste paroît avec tant d'éclat ,
est interrompue par l'arrivée de Damis ,
qui fait plaisir à Agathe , par e qu'elle
F'empêche d'en faire entendre à Oronte
plus qu'elle ne voudroit.
Nous ne citerons de la Scene qui se passe
entre Dorante et Damis , que le ridicule
portrait qu'il fait du jargon de son ami ;
qui le croit le langage de la bonne com
pagnie.
Ton erreur gauche en tout
Adopte les faux airs , et suit le mauvais goût
Son ton est précieux , sa demarche affectée ;
Et son expression est toujours aprêtée .
C'est elle qui fait voir à nos yeux si souvent
Le faux Seigneur , enté sur le demi Sqavant ;
Son soin , du ridicule est la source fertile ;
Et de mots hazardés , elle seme la ville ;
Elle produit par là des sots toujours nouveaux,
Et peuple tous les ans Paris d'originaux.
La bonne compagnie , et digne de ce titre ,
Du veritable esprit le modele et l'arbitre ,
11. Fol. Differente
DECEMBRE . 1735 2913
Differente en tout point , n'affecte aucun jargon;
Son guide est le bon sens , sa regle la raison ;
Elegant sans recherche , et simple sans bassesse
Son discours reunit l'aisance et la noblesse ;
De la mode qu'on outre , elle arrête l'excès ,
Et du beau seul qu'elle aime , elle fait le succès
Son commerce poli , son vernis agreable ,
Font le vray connoisseur et forment l'homme
aimable ,
Qui sans l'étudier possede l'agrément ,
Dans le Monde qu'il orne , evite également
Le ton de bel esprit , et l'air de petit Maître ,
Et juge bien de tout , sans vouloir s'y connoître
Reconnoi le mérite à des traits si marqués ;
Et l'imite plutôt que des esprits manqués.
Nous n'avons point parlé dans cet Acte
'd'un troisiémeAmourAnonime ; c'est celui
d'Arlequin pour Agathe ; il n'a point
d'autre utilité dans la Piéce , que de préter
à l'Auteur un Valet muet , dont le
silence contribue à former un noeud pour
une rivalité prétendue entre la Comtesse
et Lucinde ; comme ce Muet n'est plus
nécessaire après le quiproquo de la Lettre
l'Auteur lui dénoue la langue pour parler
d'amour à Agathe , à qui il fait entendre,
qu'il n'a fait leMuet,que pour s'intro
duire au service de Dorante qui en chep-
II. Vol. choit
2914 MERCURE DE FRANCE
choit un dont il avoit besoin pour mieux
cacher son mariage avec Lucinde ; Arlequin
ajoute que ce n'est que pour la belle
Agathe qu'il a employé ce stratagême ; et
qu'il cesse d'être muet à la premiere occasion
qui se presente de lui parler de son
amour. On ne doit point douter de l'accueil
qu'on fait à cet amour ; toute la
grace qu'il obtient , c'est de lui garder le
secret sur le personnage de muet qu'il a
joué auprès de son Maître.
Les premieres Scenes du troisiéme Acte
sont si peu nécessaires à la Piéce , qu'on se
croit dispensé de les détailler. Voici en
peu de mots de quoi il s'agit : la Comresse
se croit toujours aimée de Dorante ; Lucinde
est persuadée du contraire , par
l'assurance que Dorante lui en a donnée ,
en lui, disant que la Lettre qui l'a injus
tement allarmée , étoit pour elle , et n'a
passé entre les mains de la Comtesse que
par l'étourderie d'Arlequin. Dorante se
fait un jeu d'entretenir l'erreur de la Comtesse
dans une conversation qu'il a avec
elle et avec Lucinde , dans laquelle par
des termes équivoques il fait prendre le
change à la Comtesse.
Agathe vient annoncer des Danseurs
et des Chanteurs ; elle reste seule ; Damis
prend cette occasion pour lui en con-
11. Vol. ter
DECEMBRE. 1735 2915
ter , et l'obliger malgré elle d'essuyer un
entretien , qui doit être des plus fatigans
pour elle , sur tout dans la situation où
elle se trouve Damis la fait asseoir , et
l'endoctrine sur le jargon dont il a déja
donné quelques Leçons dans les Actes
precedens ; aprêt , jargon , maniere , sont
les trois points de cette Dissertation ;
l'Auteur de cette Piéce a déja donné un
fond de Scene aprochant de celui - cy , dans
sa Comédie du François à Londres , mais
il doit convenir lui - même , qu'il étoit
beaucoup mieux placé , quoiqu'il n'y ait
pas moins d'esprit dans celui- cy ; passons
notre dernier Amour Anonime.
Quoique cette Scene soit celle qui répond
le plus precisément au titre de la
Piece , nous n'oserions avancer que ce
soit une des plus belles ; on y attendoit
quelque chose de plus de la part d'un
Auteur , dont les Ouvrages sont si estimés,
sur tout , par les beautés de détail
Nous n'avons garde de dire que cette reconnoissance
ait été mal reçûë duPublic ,
mais il s'en est bien fallu qu'elle l'ait été
autant que bien d'autres de ce genre .Voici
comment elle a été traitée ; Oronte vient
dire à Agathe que l'inconnu que la Comtesse
lui a annoncé sans le connoître , vient
de lui écrire,et qu'il est le plus intime de
II. Vol. ses
2916 MERCURE DE FRANCE
ses amis ; il ajoute que ce genereux Anonime
l'a chargé de sçavoir ce qui se passe
dans son coeur , avant que de se montrer
à ses yeux ; et qu'il ne veut nullement
la contraindre dans son choix , qu'il respectera
toujours , sans retirer ses bienfaits.
La surprise d'Agathe et une rougeur
dont son visage lui paroît se couvrir
, lui font entendre qu'elle aime quel
qu'un en secret ; Agathe lui repond avec
beaucoup d'ingenuité :
Je voudrois , mais en vain , vous déguiser mon
feu ;
Votre ascendant sur moi m'en arrache l'aveu
Quoique ce terme d'ascendant, soit tous.
au moins une demi - declaration d'amour,
Oronte feint de ne le pas prendre pour o
lui-même , il plaint le sort de son prétendu
intime ; il prie Agathe de lui en dire
davantage quoiqu'elle ne lui en ait déja
que trop dit ; Agathe , pour le satisfaire
porte l'ingenuité plus loin ; elle lui fait
un portrait de l'objet qu'elle aime , qui
ressemble à Oronte , à ne s'y point méprendre
; cependant, de peur d'être ingraelle
forme la résolution de triompher
d'un amour qui s'opose à sa reconnoissance
; Oronte lui répond que pour la
gloire de son ami , il va le presser de re-
II. Vol.
noncer
DECEMBR E. 1735 2917
noncer à son amour ; Agathe le retient ;
non , lui dit Oronte , ne m'empêchez pas
de lui aprendre son sort ; non poursuit il :
Non , Agathe , il n'est plus dans la saison de
plaire :
Cette reponse oblige Agathe à lui demander
, quel âge a donc ce genereux in.
connu ; ce qui donne lieu à Oronte de le
peindre d'après lui - même ; cette ressemblance
est si fort du goût d'Agathe , que
Paveu qu'elle en fait acheve de combler
Oronte de joye ; il ne balance plus à se
faire connoître ; Agathe lui confirme sa
victoire ; il se jette à ses pieds ; Damis ,
la Comtesse , Dorante et Lucinde qui
surviennent , sont instruits de tout ; Dorante
fait connoître à son tour son amour
pour Lucinde , et declare hautement un
Hymen ,, que rien ne l'oblige plus à tenir
secret : la Piéce finit par un Divertissement
qu'on a déja pris soin d'annoncer.
Damis , soutenant toujours son caractere
de'petit Maître , adresse ces derniers Vers
à la Comtesse :
Nous sommes beaux tous deux ; employons nos
attraits
Pour ôter à l'Hymen les vols qu'il nous a faits
Forçons les tous les quatre à brûler d'autres
flammes ;
Ayez soin des Maris , je me charge des femmes,
II. Vol. Cette
2918 MERCURE DE FRANCE
Cette Piéce qui est très- bien representée
, finit par un Divertissement dont la
Musique est de M. Mouret ; la Dlle Silvia
у danse un pas de deux avec le sieur
Riccoboni , et la Dlle Thomassin unTambourin
avec un autre Danseur.
Description de la Décoration de la Mosquée
au V. Acte de l'Opera de Scanderberg.
L
E Plan de cette Mosquée est extre
mement singulier , et dans le goût
d'un Temple Gothique ; on y voit une
grande Nef , des bas côtés et une croisée
, le tout formant une Croix latine.
La Mosquée est précedée d'un grand
Portique qui forme un plan quarré, composé
de douze arcades , et d'autant de pilastres
adossés au mur , lesquels portent
leur entablement et la corniche , sur laquelle
est un plafond quarré à compartimens
dant le goût antique.
Ces douze arcades sont suposées être
des ouvertures pour arriver aux escaliers
des Tribunes . Les douze arcades , sçavoir
trois à chaque face en suportent d'autres
plus petites , ornées de Balcons saillans ,
Balustres et Jalousies , qui sont de niveau
aux Tribunes de l'interieur de la Mosquée
.
Les trois arcades du devant du Peris-
11. Vol.
tile
DECEMBRE. 1735. 2919
tile sont suprimées , et on doit les suposer
à la place où est l'Orquestre ; elles fe
roient face à celle du fond du quarré où
sont trois portes qui conduisent dans la
Mosquée.
Le Peristile est entierement de l'Ordre
Corinthien , et selon les regles les plus
exactes , au lieu qu'on s'en est écarté dans
l'Architecture de la Mosquée, 1 ° .pour faire
entendre que dans l'Orient où les Arts
ne sont pas cultivés comme en Europe
on n'y bâtit pas avec la même regularité ,
2. pour rendre le lieu en quelque facon
plus étranger , et enfin pour faciliter aux
Spectateurs le moyen de voir plus facilement
toutes les ceremonies qui se font
dans la Mosquée , ce qui se trouve fort
bien executé, par la legereté de Colonnes
qui étant très minces , donnent plus d'échapée
à la vûë.
A la quatriéme Scene du cinquième
Acte , les portes de la Mosquée s'ouvrent
et en laissent voir tout l'interieur . On
aperçoit d'abord la grande Nef dont la
VouteGothique est soutenuë par seizeColonnes
isolées ; elles sont portées sur des
Piedsd'estaux ornés bizarrement , les
Chapiteaux representent la figure d'un
Turban et la Corniche est architravée.
Les bas côtés sont aussi ornés d'autant
II. Vol. de
2920 MERCURE DE FRANCE
deColonnes portant aussi leur voute.Dans
l'entre - Colonne sont des Arcades et des
Tribunes au dessus , au même niveau de
celles du Peristile.
Après la Colonnade vient la Croisée , au
milieu de laquelle est un Dôme porté par
huit Colonnes à droite et à gauche , et
derriere le Dôme sont encore plusieurs
Colonnes entre lesquelles sont des Tribunes
pour les Assistans.
Au- delà du Dôme on monte par trois
marches , qui tiennent toute la largeur
de la Mosquée sur un très grand Palier
qui conduit à trois autres marches, au dessus
desquelles est une grande Niche, portée
par six Colonnes des mêmes propor
tions que les autres . A droite et à gauche
de ce grand Palier , il y a des Balustrades
et des gradins où sont placés les Imans , ou
Ministres de la Loy.
Sur les
quatre angles de la Croisée qui
arboutent le Dôme, sont quatreTribunes
en saillie où sont encore des Imans . Devant
la grande Niche est une Table sur laquelle
est un pulpitte où est placé l'Alcoran .
Derriere et à côté de cette Niche sont
des Colonnes placées en ligne circulaire
dans la même simetrie des bas côtés , avec
des croisées pour éclairer le Temple .
Il y a dans l'interieur de ce Temple 44.
II. Vol. Colonnes
DECEMBRE. 1735. 2921
Colonnes de 22. pieds de haut , sans la
Corniche .
Tout l'interieur de la Mosquée est incrusté
de pierres précieuses de differentes
couleurs et de differentes especes , comme
Lapis , Jaspe , Agate , Albatre , et autres
propres à enrichir d'une maniere éclatante
un magnifique Temple. Toutes ces
pierres sont liées et retenues par des bronzes
dorés , et très-bien assorties. Tous les
Chapiteaux , Balustres , Jalousies , sont
aussi de bronze doré , et toutes les Colonnes
sont incrustées de Lapis.
Les voutes , les bandeaux , les corniches
architravées , les chapiteaux en turban
les Piédestaux et Zocles sont aussi incrustés
avec des morceaux de fer blanc en
triangle irregulier , relevé en bosse , extrémement
poli , et de differente grandeur,
dont les plus grands n'ont que trois
à quatre pouces,ce qui fait un grand effet.
Les fers blancs sont verais d'une couleur
imitant le poli des pierres , et jettant un
éclat très-vif.
De la clef de chaque arcade pend une
Lampe . Au milieu du Dôme est un grand
lampadaire , composé de plusieurs lam-,
pes en forme de baldaquin .
Les cordons qui soutiennent les Lampes
sont ornés de fleurs artificielles , et audes
11. Vol.
H sous
2922 MERCURE DE FRANCE
sous de chaque Lampe sont quatre Oeufs
d'Autruche selon l'usage des Orientaux,
Les Lampes sont de sculpture , dorées,
et revétuës d'une infinité de pierreries en
chatons , pareilles à celles des Habits des
Acteurs , formant des agrafes , &c. Le
Lampadaire, qui est d'une très belle forme
en est si couvert, qu'il jette un éclat prodigieux
, de même que les autres Lampes.
Dans toutes ces Lampes il y un flambeau
qui jette une flamme d'environ un
pied de haut , et elles semblent produire
toute la lumiere qui éclaire la Mosquée ,
quoiqu'il y ait derriere les décorations une
quantité prodigieuse de bougies .
Tout le pavé de la Mosquée est couvert
de Tapis de Turquie,
La table qui est au devant de la Niche,
est de sculpture , avec des ornemens en
Mosaïque ; on voit un grand Croissant
au milieu de la face du devant ; les faces
de côté sont en Consoles qui portent des
Festons , ce qui fait un très riche ornement
, joint à la quantité prodigieuse dẹ
pierreries dont il est enrichi .
Ces pierreries sont faites avec des cristaux
taillés à facettes , de differentes formes
et de differentes couleurs ; derriere
ces cristaux sont des lumieres qui leur
donnent un éclat qui surpasse infiniment
II. Vol.
celui
DECEMBRE. 1735. 2925
celui des pierres précieuses. Cette Décoration
qui est faite sur les Desseins du
Chevalier Servandoni , a paru au Public
surpasser toutes celles qu'il a données jusqu'à
present. Et quantité de personnes
de la plus grande distinction ont été voir
de près, et avec étonnement , la mechanique
de ce brillant morceau , dont l'art ingénieux
fait paroître un espace fort resserré
par lui-même,un lieu extrémement
vaste,
On continue les Réprésentations de
cet Opera avec succès , il sera remplacé
vers le milieu du mois prochain par celui
de Thetis et Pelée qu'on va remettre au
Théatre.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre le 31. de ce mois la Tragédie
d'Aben-Said de M. l'Abbé le Blanc , qui
est aussi aplaudie et aussi goûtée qu'elle
le fût l'Eté dernier,quand on en cessa les
réprésentations.Nous en donnerons l'Ex ,
trait dans le prochain Mercure,
11. Vol Hij
NOU
4924 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
ALLEMAGNE.
Nédispose à se et
se dispose à se rendre à Luneville , et que
P'Empereur l'y envoye pour informer la Duchesse
de Lorraine , que le Mariage de l'Archiduchesse,
Fille aînée de leurs M. I. avec le Duc de Lorrai
ne , se celebrera dans le mois de Fevrier , et pour
inviter le Prince Charles , frere de ce Duc , à se
trouver à cette Ceremonie.
L'Empereur a envoyé ordre à M. d'Arrach , son
Ministre à la Cour de Rome , de donner part de
ce Mariage au Pape , et de lui demander les dis
penses nécessaires.
S. M. I. a apris par le Marquis Palavicini , qui
arriva à Vienne le 16. de ce mois de l'Armée
commandée par le Comte de Kevenhuller , que
le Maréchal de Noailles n'ayant pas voulu consentir
qu'aucun Corps de troupes Imperiales
passât l'Oglioni le Po , une partie de ces troupes
étoit encore cantonnée dans le Veronois et
dans le Haut Mantouan , et que l'autre partic
étoit entrée dans le Ferrarois.
O
ITALIE,
N aprend de Venise que les articles dont
les Commissaires de l'Empereur et ceux du
Roy de France , assemblés à Verone , sont convenus
par raport à la suspension d'armes en Ita-
II, Vol,
lie
DECEMBRE. 1735: 2925
lie , portent que les troupes de S. M. T. C. st
retireront des bords de l'Adige , et qu'elles aban
donneront tous les quartiers qu'elles occupoient
entre cette riviere et le Mincio ; qu'elles demeuferont
en possession de Goito et de Borgoforte ,
mais qu'elles évacueront les autres postes qui servoient
à resserrer Mantouë ; qu'on prendra pour
limites tout le cours de l'Oglio jusqu'à l'embouchure
où il se jette dans le Po ; le cours du Po
depuis l'embouchure de l'Oglio jusqu'à la premiere
Place des Etats du Pape , et les frontieres
du Modenois , que les troupes des Puissances
Alliées ne pouront passer ces limites , excepté
celles que le Maréchal de Noailles détachera pour
relever la garnison de Goito , à laquelle ce General
aura la liberté d'envoyer tous les vivres et
les fourages dont elle aura besoin ; que lorsqu'on
voudra changer la garnison de cette Place , on en
avertira quelques jours auparavant le Comman→
dant de Mantouë , afin qu'il donne les ordres
nécessaires pour le passage des troupes et pour
leur logement ; que la liberté du commerce tant
par terre que par eau sera entierement rétablie ,
et que les Generaux accorderont de part et d'autre
les passeports qui leur seront demandés pour
le transport des marchandises .
On aprend de Naples que le Duc de Montemar
a depêché un courier au Roy , pour informer
S. M. de la suspension d'armes dont il est convenu
avec le Comte de Kevenhuller , et que le
Marquis de Torrecusa , et Don Nicolas de Sangro
, revenus de Lombardie , ont fait sçavoir au
Roy que les troupes Espagnoles avoient pris des
quartiers dans la Toscane.
II. Vol Hii ESPAGNE
2926 MERCURE DE FRANCE
DP'Ordre
ESPAGNE.
On Alphonse de Venegas. , Religieux de
l'Ordre de S. Jacques , qui donna le 3. de
ce mois à l'Infant Don Louis l'habit de Cheva
lier de cet Ordre , a été declaré Chapelain honoraire
dans la Chapelle Royale.
• On a apris en même- temps de Rome , que le
Pape avoit créé Cardinal de l'Ordre des Diacres
le même Infant Don Louis , dans le Consistoire
secret , tenu le 19. Decembre , et lui avoit donné
le titre de Ste Marie della Scala.
On attend un autre Courier de Rome , depêché
par le Cardinal Acquaviva , qui doit aporter
les habits de Cardinal du jeune Prince, lequel aura
l'administration de l'Archevêché de Tolede
et la qualité d'Altesse Royale Eminentissime , selon
ce qui a été reglé par la Congregation du Ceremonial
tenue à ce sujet. Le Pape doit envoyer
la Barrette à l'Infant par M. Altoviti , nommé
Archevêque in partibus dans le dernier Consis
toire.
Le Pere Jean de Soto , General de l'Ordre des
Freres Mineurs de l'Observance ; le Pere François
Sauveur de Gilaberte qui a été élu General de
l'Ordre de la Mercy en Espagne , depuis que les
Religieux de cet Ordre sont établis dans ce
Royaume , ont obtenu du Saint Siege la liberté
de former une Congregation particuliere . Tous
Iss Religieux de ces deux Ordres dépendoient auparavant
du General qui residoit en France.
II. Vol GRAND
DECEMBRE. 1735 2927
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres que les dificultés qui
avoient empêché jusqu'à -present le Roy de
de conclure le Mariage du Prince de Galles avec
la seconde fille du Duc de Saxe Gotha , sont entiérement
levées , et que les articles du Contract
furent reglés il y a quelques jours. On compte
que le Lord North , un des Gentilshommes de la
Chambre du Prince de Galles , partira incessamment
pour aller porter l'Ordre de la Jarretiere au
Duc de Saxe Gotha , et pour épouser la Princesse
par procuration .
MORT , MARIAGE
des Pays Etrangers.
L
à
E 19 Novembre dernier Edmond Sheffeild ,
Duc de Buckingham , Duc et Marquis de
Normanby , Comte de Mulgrave , Baron de Buterwick
, Pair de la Grande Bretagne , mourut
Rome dans la 20. année de son âge , étant né le
-22. Janvier 1716. c'étoit le second voyage qu'il
faisoit en Italie . Il avoit fait avec la permission
du Roy de la Grande Bretagne le commencement
de la Campagne de 1734. dans l'Armée Françoise
en Allemagne , en qualité d'Ayde de Camp du Maré.
chalDuc de Berwick, son oncle maternel ,mais après
la mort de ce General , la Duchesse sa mere le fit
revenir enAngleterre,ce jeune Seigneur étoit resté
fils unique de feuJean Sheffeild, Comte de Mulgra
ve ,Baron de Buterwick,Chevalier de l'Ordre dela
Jarretiere , pendant 42, ans , créé Marquis de
Normanby sous le regne du Roy Guillaume , et
Duc de Buckingham , et de Normanby sous celui
de la Reine Anne , et qui mourut le 7. Mars
1721. dans la 81. année de son âge , et de Cate-
II. Vola
rine
2928 MERCURE DE FRANCE
rine Fitz- Roi , sa troisiéme femme , aujourd'hui
Duchesse Douariere de Buckingham . Cette Dame
est fille naturelle de feu Jacques II. Roy de la
Grande Bretagne , et de Caterine Sidley , Comtesse
de Dorchester . Par la mort de son fils qui
n'étoit point encore marié , les titres de Duc de
Buckingham et de Normanby sont éteints. Une
partie des grands biens dont il jouissoit , doivent
revenir à Charles Herbert , Capitaine dans le Ré- ·
giment Royal de Cavalerie des Gardes bleues ,
et fils naturel du feu vieux Duc de Buckinham .
Il doit même prendre le surnom de Sheffeild ,
conformément au testament de ce Duc son Pere.
>
Le 7. de ce mois , Auguste- Guillaume - Georges
Sibert de Bade,né le 14. Janv. 1706. Général Major
des troupes du Cercle de Souabe , ci - devant
Doyen de l'Eglise'd'Ausbourg,etChanoine de celle
de Cologne, et frere puîné de Guillaume- Georges
Bernard- Sibert- Philipe de Neri , Prince Margrave-
Regent de Bade- Baden , fut marié à Neuhaus
en Boheme avec Marie- Victoire de Ligne
d'Aremberg, née le 3. Septembre 1719. Fille aînée
de Leopold- Philipe- Charles de Ligne , Duc d'A
remberg, de Croy , et d'Arschot , Prince de Poscean
, Marquis de Montcornet , Comte de Lalain
, et de Champlite , Baron de Perweis , Seigneur
d'Enghien , Prince du Saint Empire Romain
, Grand d'Espagne de la premiere Classe
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'or , premier
Pair, et Grand Bailly de Haynault , Gouverneur
du Mons, Chambellan de la Clef d'or de l'Empereur
, son Conseiller actuel au Conseil d'Etat de
Regence des Pays- Bas Autrichiens , Feld-Maréchal
de Camp Général d'Artillerie des Armées
de S.M.I. et Capitaine de sa garde de respect de
Trabans , et de Marie-Françoise Pignatelli de
Bisaccia , son Epouse.
II. Vol . FRANCE
DECEMBRE . 1735. 2929
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 31. de ce mois , la Reine entendit
la Messe dans la Chapelle du Château
de Versailles , et S. M. communia
par les mains du Cardinal de Fleury , son
Grand Aumônier.
Le Jeudy premier Decembre , les Comédiens
François représenterent à la
Cour Rhadamisthe , et le Mary retrouvé.
Le Mardy 6. Don Japhet d'Armenie.
Le Grondeur. *
Le Mardy 13. Le Philosophe marié , et
la Pupile.
NOMINATION des Officiers de
Monseigneur le Dauphin.
GOUVERNEUR.
Comte de Châtillon. Ale-
Mxis -Magdelaine Rosalie Comte de
Châtillon , Chevalier des ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées , Mestre
de Camp General de la Cavalerie Le-
II. Vol. H v gere
2930 MERCURE DE FRANCE
gere de France , Grand Bailly d'Hagueneau
, âgé d'environ quarante cinq ans.
Il a preté serment entre les mains du
Roy le 20. Novembre dernier.
Sous - Gouverneurs.
M. le Comte de Polastron. Jean - Bap
tiste Comte de Polastron , Gouverneur
de Castillon et Castillonnet en Perigord,
Maréchal des Camps et Armées du Roy ,
Inspecteur General de l'Infanterie , nommé
Sous- Gouverneur de Monseigneur le
Dauphin le 2. Nov.1735 . après avoir été
Colonel des Régimens de Forest et de la
Couronne. Il est Fils de Denis Comte
de Polastron , mort Lieutenant General
des Armées du Roy.
Il est d'une des plus illustres Maisons
de la Province de Guyenne , ayant toujours
possedé la Terre de même nom depuis
le commencement du onziéme siecle
, comme il paroît par toutes les Char
tes et autres Monumens du Pays , sans
qu'on sçache si la Terre a donné le nom
à la Maison , ou la Maison à la Terre, qui
étoit autrefois très- considerable , en ayant
été demembré plusieurs Terres , qui ont
été données à diverses Eglises et Abbayes
qui les possedent encore aujourd'hui.
Cette Maison a eu des Chevaliers de S.
II. Vol. Jean
DECEMBRE. 1735. 2931
Jean de Jerusalem , toujours successivement
depuis le treiziéme siecle.
M. le Comte du Muy. Jean - Baptiste de
Felix , Comte de la Reynarde , Marquis
du Muy Comte de Grignan &c. Commissaire
du Roy en ses Conseils , Directeur
General des Oeconomats de France ,
Commandant en Chef pour S.M. en Provence
en 1732. 1734. 1735. nommé Sous-
Gouverneur, de Monseigneur le Dauphin
le 12. Novembre 1735. Fils de Jean-
Baptiste de Felix , Comte de la Reynarde
, Marquis du Muy , Capitaine de Galere
, petit fils de Philipe de Félix , Marquis
de la Reynarde , Capitaine de Galere
et neveu de Joseph de Felix de la Reynarde
, Chevalier de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , Commandeur de Ste Luce , et
GrandPrieur deS.Gilles , Premier Capitaine
des Galeres duRoy mort à Malthe en 1721.
et aussi neveu de Pierre de Felix , Commandeur
de Reissac et de Beaulieu
Grand- Croix et Bailly du même Ordre¸
et de Scipion de Felix , Commandeur du
Bastic.
Gentilshommes de la Manche.
M. Le Marquis de Puyguyon. Charles-
François de Granges de Surgeres
Marquis de Puyguyon , Colonel d'Infan
II. Vol. terie ,
H vj
2932 MERCURE DE FRANCE
terie , est de l'ancienne et illustre Famille
de Granges - Surgeres , originaire de Poitou
, et du Pays d'Aunix. Il est petit
fils par Madame sa Mere de François
de Granges de Puyguyon , Lieutenant
General des Armées du Roy , également
versé dans les Sciences , et dans
l'Art Militaire. Après avoir perdu son
Fils unique , Capitaine de Cavalerie tué
à l'âge de seize ans en 1703. à la Bataille
de Spire , il maria sa Fille aînée , D.
Jeanne- Françoise de Granges de Surgeres
, avec son cousin Gilles Charles de
Surgeres , Capitaine des Vaisseaux du
Roy , pour continuer le nom de la Famille.
De ce Mariage sont nés le Marquis de
Puyguyon , fils aîné , le Chevalier de
Fuyguyon , Sous Lieutenant au Régiment
des Gardes , tué en 1734. au Siége
de Philisbourg , et un troisiéme fils , Kené-
Charles de Granges de Surgeres , decedé
au mois de Decembre 1732. étant
Garde de la Marine . Et deux filles dont
l'aînée est mariée au Marquis de la Guerche
, d'une ancienne Noblesse de Poitou.
Plusieurs Officiers de cette Famille sont
morts depuis 35 ans au service de S. M.
Deux Chevaliers de Granges , Enseignes
de Vaisseaux , l'un tué en 1701. l'autre
II. Vol. сп
DECEMBRE . 1735 2933
en 1716. N. .... de Granges de la Gord,
Lieutenant de Vaisseau , Officier de reputation
, mort en 1702. âgé de 31. ans
d'une suite des blessures reçûes au Combat
de la Hogue. Enfin deux Oncles Paternels
du Marquis de Puyguyon ont été
tués , l'un au Siége de Fribourg âgé de
25. ans, l'autre sur lesVaisseaux à l'âge de
20 , ans. M. son Pere mourut en 1717. en
allant à l'Isle Royale de l'Amerique pour
le service du Roy.
M. le Chevalier de Crequi , Robert de
Crequi Hemon, Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Jerusalem , Fils de Henri Alexandre
de Crequi , Marquis d'Hemon
en Artois , &c. et de Dame Marie - Charlote
de Manay , d'une ancienne Noblesse
de Picardie. La Maison de Crequi est si
distinguée parmi les Maisons illustres du
Royaume, par consequent si connuë, qu'il
est inutile de rien ajouter ici sur son sujet.
Precepteur.
M. Jean- François Boyer , Evêque de
Mirepoix , sacré le 7. Janvier 1731 .
Sous-Precepteur.
M. l'Abbé de S. Cyr.
Lecteur.
M. l'Abbé de Marbeuf.
Premier Medecin.
M. Bouillac,
II. Vol Chirurgien
2934 MERCURE DE FRANCE
Chirurgien ordinaire.
Le sieur Lambert .
Chambre.
Premier Valet de Chambre. Le sieur
Binet , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Mestre de Camp de Cavalerie
au Régiment Dauphin , Gouverneur de
l'Isle de Cordouan , Lieutenant de Roy
des Ville et Château de Chastillon & c.
Valets de Chambres. Deux de ceux de
quartier du Roy.
Louis le Gendre , qui sert actuellement
près Monseigneur le Dauphin .
Garçons de la Chambre ordinaire.
Jean Luillier , Pierre Petigny , servant
actuellement.
Huissiers de la Chambre du Roy.
Deux servant par quartier.
UnValet de Chambre Tapissier duRoy,
servant par quartier.
Un Barbier Valet de Chambre. Idem.
Un Porte Manteau . Idem.
Un Porte faix et Porte meubles. Louis
Collet.
Une Blanchisseuse du Linge du Corps.
Marguerite Nert.
Une Empezeuse . Genevieve de Flandres.
UnArgentier. Le sieur de la Courneuve.
II. Fol. Garderobbe.
DECEMBRE. 1735. 2939
Garderobbe.
Un premier Valet de Garderobbe du
Roy , servant par quartier.
Valets de Garderobbe.
Deux Valets de Garderobbe du Roy ;
servant par quartier.
Garçons de Garderobbe. Les sieurs le
Prince et Miramont.
Autres Officiers du Roy qui serviront par
quartier.
Un Chapelain . Un Clerc de Chapelle.
Un Sommier de Chapelle.
Un Apotiquaire. Un Aide Apotiquaire.
Un Maître d'Hôtel . Un Ecuyer.
Deux Gentilshommes servant.
Un Controlleur Clerc d'Office.
Un Huissier de Salle.
Un Chef de Panneterie.
Un Chef d'Echansonneric.
Un Aide pour les deux .
Un Ecuyer de Bouche.
Un MaîtreQueux servant aussi deHâteur,
Un Potager.
Un Porteur .
Un Chef de Fouriere.
Un Aide.
II. Vol Sertdean.
2944 MERCURE DE FRANCE
Bourges , Trésorier de France en la Generalité
de Paris , mourut dans un âge fort
avancé , laissant posterité . L'on a raporté
le mariage d'une de ses petites-filles avec
le Comte de Gizaucourt dans le Mercure
d'Octobre dernier , p . 2333 .
Le 21. François de Verthamon de Ville
menon , Seigneur d'Embloy , S. Amant ,
Poutines , &c. Conseiller au Parlement
de Paris , de la seconde Chambre des En
quêtes , où il avoit été reçu le 21. Août
1715. mourut de la petite verole agé
d'environ 44. ans . Il avoit perdu la Dame
sa Mere au mois de Septembre dernier
ainsi qu'on l'a raporté dans le Mercure
du mois de Novembre dernier , page
2521. Il laisse des enfans de Genevieve
Perrelle , qu'il avoit épousée le 3. Octabre
1716. et dont le frere vient de mourir.
Le 23 , François - Claude du Mas , Ecuyer
Seigneur de Corbeville , mourut à Paris ,
ayant été blessé le jour précedent par
la
chute d'une liasse de plusieurs bottes de
foin , qui fur jetrée du grenier de la maison
du sieur de S. Remy , rue S. Antoine,
au coin de la rue Neuve de Fourcy . II
étoit dans la 49. année de son âge , étant
né le 28. Juin 1687. et il étoit troisiéme
fils de feu Claude du Mas , Secretaire et
Greffier du Conseil privé du Roy , st
et
IL Vol. Fermier
DECEMBRE. 1735. 2945
Fermier General des Fermes unies , mort
le 15. Mars 1693. et de feue Françoise
Solu , morte le 7. Avril 1701. alors femme
en secondes nôces de François le Ju-
,
Ecuyer Seigneur de Bagnolet , aussi
Fermier General . Il avoit été marié le 17 .
Octobre 1712. avec Philiberte Grimod
fille de feu Antoine Grimod , Fermier
General des Fermes du Roy , et de Marguerite
le Juge. Il la laisse veuve et mere
d'un fils encore aux études , et d'une fille
nommée Marie Antoinette du Mas , qui
a été mariée le 14. du mois de Janvier .
dernier avec Jerôme - Louis Parat de
Montgeron , Ecuyer.
Le 24. Pierre-François Ogier , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et Grand Audiencier
de France depuis 1711. Seigneur
d'Henonville , Berville , Puysyeux , &c.
ci - devant Trésorier, Receveur, et Payeur
Général du Clergé deFrance depuis 1710.
jusqu'en 1726. et auparavant Receveur
Général des Finances de la Généralité de
Montauban en Languedoc , mourut à
Paris , en son logement dans la Maison
des Chartreux , âgé d'environ 70. ans. Il
étoit second fils de feu Jean - Nicolas
Ogier , Auditeur ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , mort en 1710.
et de feuë Claude-Genevieve Barbier , sa
41. Vol. I femme,
2938 MERCURE DE FRANCE

hance particuliere y étant affectée par les Contrats
de constitution .
Les emprunts
de cette Communauté
ont été fi.
xés à 23680000.
liv . par la Declaration
du 10.
May 1735. Registrée au Parlement le 18. Juin
suivant qui a déchargé du Dixiéme lesdites Rentes,
a permis aux Etrangers non naturalisés , même
à ceux demeurans hors du Royaume d'en acquerir
et disposer de leur vivant , ou par testament
, Sa Majesté ayant renoncé au droit d'Aubaine
et à tous autres , même à ceux de confiscation
, la même faculté a été accordée aux Tuteurs
et Curateurs pour l'emploi des deniers deg
Mineurs ou des Interdits , en observant les for¬
malités ordinaires. Et aux Communautés
Secu
lieres et Regulieres , Hôpitaux , Fabriques et Gens
de Main - morte , sans payer aucuns droits d'Amortissement.
L'ETRENNE DU BERGER ,
A Mademoiselle M.....
Dans un réduit obscur reposant l'autre jour ;
Un Enfant vint à moi , c'étoit le tendreAmour.
Peut-être que ce Dieu me prenoit pour un autre
Il tenoit un Coeur dans sa main ;
Il me le presente soudain ;
Belle Iris , seroit - ce le votre ?
Devalois d'Orville.
11. Vol.
MORT'S
DECEMBRE. 1735. 2947

laisse par son Testament la somme de
10000. liv. Il a fait plusieurs autres Legs
pieux et particuliers , le tout montant à
150000. livres.
Le Dec. Gui Sallier , Conseiller au
Grand Conseil , où il avoit été reçu le 22 .
Septembre 1689. mourut à Paris après
une longue maladie. Il avoit été, marié le
21. Juin 1695. avec Marie Françoise le
Boindre , fille de feu Jean le Boindre ,
Seigneur du Groschenay , mort Doyen
du Parlement de Paris en 1693. et de
Françoise Bechefer. Elle mourut à Semur
en Auxois , le 10. Juillet 1698. âgée
de 24. ans deux mois , laissant un fils et
deux filles. Le fils , Gui Sallier , sieur de la
Koche , reçu Conseiller au Grand Conseil
le 24. Mars 1-22 . a épousé au mois
d'Avril 1732. la troisiéme fille de feu
Jacques Denis, Trésorier Général des Bâtimens
du Roy , mort le 5. Novembre
1729. et de ... le Gras , sa veuve.
Paul Poisson , ancien Comédien de la
Troupe du Roy , et Pensionnaire de Sa
Majesté , mourut le 28 Decembre 1735 .
âgé de 77. ans. Il avoit été Porte- Manteau
de feu MONSIEUR , Frere unique du
Roy Louis XIV . mais ses talens pour
Théatre , et les changemens de fortune
arrivés dans sa famille,l'obligerent d'em-
II. Vol.
I ij brass
le
2940 MERCURE DE FRANCE
avoit été reçu le dix - sept Juin 1719. et
où il étoit fort estimé à cause de son merite
, et Administrateur de l'Hôpital General
, mourut de la petite verole à Paris
dans un âge peu avancé , et sans avoir été
marié , laissant pour ,heritiere la Dame
de Verthamon de Villemenon , sa soeur .
Il étoit fils de feu Pierre Perrelle, Ecuyer,
Receveur Général et Payeur des Rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris , et de Marie-
Jeanne le Maigre , sa femme , qui étoit
fille de feu Jean le Maigre , Receveur
General des Finances à Bourdeaux .
Le 12. D. Marguerite de la Haye , veuve
depuis plus de 40. ans d'Adrien de
Tutel , Chevalier Seigneur de Guemy ,
d'Hardenthun , et de Marquise en Boulonnois
, en son vivant Lieutenant Colonel
du Régiment de Cavalerie de la Valliere,
mourut dans la 82. année de son âge,
ayant eu 6. fils qui se sont trouvés tous
en même temps dans le service du Roy ;
les deux aînés y sont morts , Tun Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment de
Villeroy , et l'autre Capitaine d'Infanterie
dans celui de Tallard. Des quatre
qui restent , deux sont Capitaines dans
le Régiment de Conty Cavalerie , un
Major de la Ville de Boulogne sur Mer ,
et l'autre Colonel des Milices Boulonnoises.
Le
DECEMBRE. 1735 2941
Le 13. Gilbert Gaulmyn, Comte de Montgeorges
, Seigneur de Montgeorges , du
Mas , Chastignoux , Pomay , &c. Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis ;
et Maréchal des Camps et Armées du Roi,
mourut à Paris dans un âge fort avancé
Il avoit servi long- temps dans le Régiment
des Gardes Françoises , où après
avoir été successivement Enseigne , Sous-
Lieutenant , Lieutenant en 1678.et Ayde
Major en 1680. Il fut fait Capitaine en
1689. après le Combat de Valcourt et Capitaine
d'une des Compagnies de Grenadiers
de ce Régiment en 1692. Il fut fait
Brigadier d'Infanterie le 23. Decembre-
1702. Se trouva au Combat d'Eckeren en
Flandres le 30. Juin 1703. et y comman
da un Corps de 1500. Grenadiers ; fut
élevé au grade de Maréchal de Camp le
26. Octobre 1704. et nommé au mois de
Novembre suivant pour être employé en
cette qualité dans la Flandre Espagnole
sous les ordres du Maréchal de Villeroy.
Il quitta les Gardes au mois de Decembre
1706. et comme il ne pouvoit rien
tirer de sa Compagnie de Grenadiers qui
ne se vend point , et où l'on monte pour
l'ordinaire par ancienneté , le feu Roy en
consideration de ses longs services , lui
donna celle de son successeur pour en ti-
11. Vol. reg
2942 MERCURE DE FRANCE
rer recompense , après la retraite du Duc
de Savoye de devant Toulon. Il entra le
4. Septembre 1707. avec trois Bataillons
dans la Ville de Nice , pour prendre possession
du reste du Comté de Nice. Il fut
nommé au mois de Septembre suivant
pour servir près des troupes destinées à
passer l'Hyver en Provence et dans le
Comté de Nice, et au mois de Mars 1709 .
il fut désigné pour faire la Campagne
dans l'Armée de Dauphiné. Une affaire
qui lui survint en 1710. l'obligea de quitrer
le service. Il avoit épousé au mois de
Janvier de la même année , Anne - Jeanne
Auzannet , veuve de François Galliot
Gallard , Seigneur de Courance Dannemois
, Poinville , Semonville , & c . Guidon
de la Compagnie des Gendarmes
Flamans , mort le 23. Avril 1695. et fille
de Barthelemi Auzannet , Conseiller au
Grand Conseil, mort le 27. Octobre 1671.
et d'Anne de Creil , morte le 27. Fevrier
1699. Le Comte de Montgeorges , qui
étoit fils de Pierre Gaulmyn , Seigneur du
Saulsay , du Mas , &c, Conseiller au Parlement
de Metz , et d'Anne Foullé
,
sa
femme , morte le 1. Mars 1683. âgée de
60. ans, alors veuve en secondes nôces de
Barthelemi de Gelas , Marquis de Cesan ,
Maréchal de Camp des Armées du Roy ,
11. Vol.
ct
DECEMBRE . 1735. 2943
et Gouverneur des Ville et Citadelle de
Cambray , Pays et Comté Cambresis
avoit cu pour Ayeul le celebre Gilbert
Gaulmyn , Seigneur de Montgeorges et
de la Guyonniere , successivement Lieutenant
Criminel en la Senechaussée de
Bourbonnois , et Siege Presidial de Moulins
, Avocat General au Grand Conseil
et Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô
tel du Roy, reçu à cette derniere Charge
en 1631. Son éloge se trouve dans le
Dictionnaire Historique. Il mourut le 8 ..
Decembre 1665. âgé de 80. ans étant
Doyen des Maîtres des Requêtes et Conseillers
d'Etat, et c'est mal à propos , que
dans le Suplement du Dictionnaire , qui
paroît nouvellement , on marque qu'on
s'est trompé dans l'Edition de 1732. en
mettant sa mort en 1665. et qu'elle est
arrivée en 1667. L'Auteur de cette Critique
pour être convaincu de la verité de
la datte de 1665. n'a qu'à consulter les
Registres de la Paroisse de S. Eustache à
Paris , il y trouvera que Gilbert Gaulmyn
, dont il s'agit , y a été enterré le
9. Decembre 1665.
Le 15. D. Anne Marie Hellissant , soeur
de la Dame Rogier , dont la mort a été
raportée dans le Mercure de Novembre
dernier p. 2525. et veuve de Michel de
II, Vol. Bourges,
2944 MERCURE DE FRANCE
Bourges , Trésorier de France en la Generalité
de Paris , mourut dans un âge fort
avancé , laissant posterité. L'on a raporté.
le mariage d'une de ses petites -filles avec
le Comte de Gizaucourt dans le Mercure
d'Octobre dernier , p . 2333 .
Le 21. François de Verthamon de Villemenon
, Seigneur d'Embloy , S. Amant
Poutines , & c. Conseiller au Parlement
de Paris , de la seconde Chambre des En
quêtes , où il avoit été reçu le 21. Août
1715. mourut de la petite verole agé
d'environ 44. ans . Il avoit perdu la Dame
sa Mere au mois de Septembre dernier ,
ainsi qu'on l'a raporté dans le Mercure
du mois de Novembre dernier , page
2521. Il laisse des enfans de Genevieve
Perrelle , qu'il avoit épousée le 3. Octabre
1716. et dont le frere vient de mourir.
Le 23, François- Claude du Mas , Ecuyer
Seigneur de Corbeville , mourut à Paris ,
ayant été blessé le jour précedent par la
chute d'une liasse de plusieurs bottes de
foin ,, qui fut jettée du grenier de la maison
du sieur de S. Remy , rue S. Antoine ,
au coin de la rue Neuve de Fourcy. Il
étoit dans la 49. année de son âge , étant
né le 28. Juin 1687. et il étoit troisiéme
fils de feu Claude du Mas , Secretaire et
Greffier du Conseil privé du Roy , st
II. Vol. Fermier
DECEMBRE . 1735. 2945
Fermier General des Fermes unies , mort
le 15. Mars 1693. et de feue Françoise
Solu , morte le 7. Avril 1701. alors femme
en secondes nôces de François le Juge
, Ecuyer Seigneur de Bagnolet , aussi
Fermier General. Il avoit été marié le 17 .
Octobre 1712. avec Philiberte Grimod ,
fille de feu Antoine Grimod , Fermier
General des Fermes du Roy , et de Marguerite
le Juge. Il la laisse veuve et mere
d'un fils encore aux études , et d'une fille
nommée Marie Antoinette du Mas , qui
a été mariée le 14. du mois de Janvier .
dernier avec Jerôme - Louis Parat de
Montgeron , Ecuyer.
Le 14. Pierre- François Ogier , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et Grand Audiencier
de France depuis 1711. Seigneur
d'Henonville , Berville , Puysyeux , &c.
ci -devant Trésorier, Receveur, et Payeur
Général du Clergé deFrance depuis 1710.
jusqu'en 1726. et auparavant Receveur
Général des Finances de la Généralité de
Montauban en Languedoc , mourut à
Paris , en son logement dans la Maison
des Chartreux , âgé d'environ 70. ans . Il
étoit second fils de feu Jean - Nicolas
Ogier , Auditeur ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , mort en 1710.
et de feuë Claude- Genevieve Barbier , sa
11. Vol. I femme ,
2946 MERCURE DE FRANCE
femme , morte le 8. Octobre de la même
année 1710. et il avoit épousé au mois
de Janv 1703. Marie ThéreseBe ger, morte
le 12. Mars 1722.1 ille de feu François Berger,
Conseiller Secretaire du Roi, et de ses
Finances, Payeur desRentes de l'Hôtel de
Ville de Paris , et de feueJeanne le Long.Il
laisse d'elle 3. fils et 3. filles Jean François
Ogier , l'aîné des fils , fut reçu à l'âge de 18 .
ans Conseiller et Commissaire auxRequê
tes du Palais du Parlement de Paris , en la
seconde Chambre , le 4. Septembre 1722 .
puis President de la même Chambre le
Te dix-sept Jin 1729. le second a quita
té depuis peu l'habit Ecclesiastique ,
et le troisiéme âgé de 25. ans , a été reçu
en survivance de la Charge de Grand
Audiencier de France dès l'âge de 16. ans .
L'aînée des filles a été mariée le 15. Avril
1727. avec Philipe Thomé , Seigneur de
Ferrieres , Conseiller au Parlement de
Paris ; la seconde fut mariée le 2. Avril
1728. avec François de Salaberri , President
de la Chambre des Comptes de Paris
; et la troisiéme le 28. Fevrier 1730.
avec Jaques Nigot , Seigneur de S. Sauveur
, aussi President de la même Chambre
des Comptes . Pierre - François Ogier
fut enterré le25.après midi dans le Chaur
de l'Eglise des Chartreux , auxquels il
11. Fol. laisse
DECEMBRE . 1735. 2947
laisse par son Testament la somme de
10000. liv. Il a fait plusieurs autres Legs
pieux et particuliers , le tout montant à
150000. livres.
Le Dec. Gui Sallier , Conseiller au
Grand Conseil , où il avoit été reçu le 22.
Septembre 1689. mourut à Paris après
une longue maladie. Il avoit été, marié le
21. Juin 1695. avec Marie Françoise le
Boindre , fille de feu Jean le Boindre ,
Seigneur du Groschenay , mort Doyen
du Parlement de Paris en 1693. et de
Françoise Bechefer. Elle mourut à Semur
en Auxois , le 10. Juillet 1698. âgée
de 24. ans deux mois , laissant un fils et
deux filles. Le fils , Gui Sallier , sieur de la
Koche , reçu Conseiller au Grand Conseil
le 24. Mars 1-22 . a épousé au mois
d'Avril 1732. la troisiéme fille de feu
Jacques Denis, Trésorier Général des Bâtimens
du Roy , mort le 5. Novembre
1729. et de ... le Gras , sa veuve.
Paul Poisson , ancien Comédien de la
Troupe du Roy , et Pensionnaire de Sa
Majesté , mourut le 28 Decembre 1735.
âgé de 77. ans. Il avoit été Porte- Manteau
de feu MONSIEUR , Frere unique du
Roy Louis XIV . mais ses talens pour le
Théatre , et les changemens de fortune
arrivés dans sa famille,l'obligerent d'em-
I ij brass
II. Vol.
948 MERCURE DE FRANCE
brasser la profession de son Pere , dont on
croyoit que les caracteres Comiques qu'il
représentoit avec tout le naturel et toute la
finesse possibles, ne pouroient jamais être
sibien remplisscependant son fils joignant
au beau naturel de son Pere l'esprit,la vivacité
et les graces d'une belle face , il
joua tous les Rôles du fameux Comédien
qu'il remplaçoit avec un aplaudissement
general , tels que ceux du Bourgeois Gentilhomme
, de Pourceaugnac , &c . Il a fait l'espace
de 30. ans le plaisir et l'empressement
de la Cour et de la Ville par la no->
blesse et la gayeté de son jeu , par la justesse
de ses tons , et par le vray de son
action. Il étoit d'ailleurs parfaitement
honnête homme , de bonnes moeurs , er
d'une societé agreable . Le désir de mettre
un intervale entre la vie et la mort
l'avoit engagé à quitter la Comédie du
vivant du feu Roy , mais il y fut rapellé
pendant la derniere Regence , et lorsqu'il
crut avoir sufisamment rempli sa carrierę
il quitta entierement le Théatre , et se
retira à S. Germain en Laye avec sa famille
, où il est mort après 12. ans de
retraite et d'exercices de pieté. Il laisse
deux fils et trois filles. Philipe Poisson
l'aîné , qui s'est retiré de la Comédie bien
avant son Pere , et dont les Piéces deThéatre
prouvent l'esprit et le génie,

>
II. Vol, Le
DECEMBRE. 1733 2949
Le cadet N. François Poisson , occupe
actuellement la place de son Pere sur la
Scene Comique , et le fait revivre aux
yeux du Public. On peut dire qu'il est
né Comédien ; l'activité de son jeu , sa
précision , son feu et son intelligence le
font tous les jours plus goûter des Connoisseurs
les moins aisés à contenter.
L'aînée des filles est Madame de Gomés
de qui les Ouvrages font l'Eloge, ses deux
cadettes ne sont point mariées. Le Roy
leur a accordé la pension dont S.M. avoit
gratifié leur Pere. Elles vivent dans un
éxercice continuel de vertu et de pieté ,
avec leur Mere Angelique Gassand du
Croisi , fille d'un ancien Comédien de la
Troupe de Moliere . Elle jouoit principalement
les Rôles de grandes Confidentes
avec beaucoup d'intelligence.
Le 19. Louis Marie de Rohan- Chabot ,
Duc de Rohan , Colonel du Régiment
de Vermandois par Commission du 20.
Fevrier 1734 fils aîné de Louis Bretagne
Alain de Rohan Chabot ,Prince de Leon ,
Duc de Rohan , Pair de France , Comte
de Porhoet et de Moret , Marquis de
Blain , de Monlieu , et de S. Aulaye , et
de D. Françoise de Roquelaure ,
Epouse , fut marié avec Dlle ..... de
II. Vol. I iij Chastillon ,
son
2950 MERCURE DE FRANCE

,
,
Chastillon , fille unique d'Alexis Magdeleine
Rosalie Comte de Chastillon ;
Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
nant Général de ses Armées , Mestre de
Camp General de la Cavalerie Legere de
France , Grand Bailli d'Haguenau et
Gouverneur de Monseigneur le Dauphin ,
et de feuë D. Charlotte Voysin , sa premiere
Epouse , morte le 13. Août 1723 .
La cérémonie des Epousailles a été faite
par le Cardinal de Rohan , Evêque de
Strasbourg , et Grand Aumônier de France
, dans la Chapelle domestique du Maréchal
Duc de Roquelaure , Ayeul du
marié,
Le 13. le Marquis d'Avarey , âgé de
33. ans , Colonel du Régiment de Nivernois
par Commission du 12. Octobret
134 et auparavant successivement Capitaine
de Dragons dans le Régiment
d'Armenonville , et Cornerte de la premiere
Compagnie des Mousquetaires de
la Garde du Roy , fils unique de Claude
Theophile de Beziade , Marquis d'A .
varey sur Loire , Lethere , Lethiou
la Brosse , & c. Lieutenant Général des
Armées du Roy , du 10. Fevrier 1704 .
Chevalier Grand Croix de l'Ordre Koyal
et Militaire de S. Louis , Gouverneur et
Grand Bailly de la Ville de Peronne , et
"
IJ. Vol. Lieutenang
DECEMBRE. 1735. 2951.
,
Lieutena: de Roy au Gouvernement
de Picardie , dans le Département de
Santerre cy devant Ambassadeur
Ordinaire auprès des Cantons, Suisses et
Grisons, et de feuë Catherine- Angelique
Foucault , sa femme , morte le 28. Avril
1728. fut marié à Paris dans l'Eglise de
S. Roch , avec la seconde fille de feu
François- Nicolas Megret , Seigneur de
Passy , d'Estigny , & c. Conseiller du
Roy en ses Conseils , Grand- Audiencier
de France , ancien Receveur General
des Finances de la Generalité de Riom
en Auvergne , mort le 39. Juillet
1734. et de Marguerite Beaucousin , sa
Veuve.
Le 20. Michel Larcher , né en 1713 .
et reçû Conseiller au Parlement de Paris
en la cinquième Chambre des Enquêtes
, le 13. May dernier , fils unique
de feu Pierre Larcher , Marquis d'Arcy
et de Vindicy , Seigneur d'Avrilly , Président
de la Chambre des Comptes de
Paris , le quatrième de Peres en fils revêtu
de cette Charge , et mort le 17. Juillet
1724. âgé de 37. ans ; et de D. Marie-
Anne de Jaucen , sa veuve , fut marié à
Paris dans la Chapelle de l'Hôtel du Premier
Président de la Cour des Aydes ,
son cousin , avec Dlle Jeanne Lazare.
II. Vol.
1 iiij Thiroux
2952 MERCURE DE FRANCE
Thiroux de Villersy , née le 30. Décembre
1717. fille de feu Claude Thiroux
de Villersy , Seigneur d'Ouarville en
Beauce , Villemesle , &c. Conseiller au
Grand-Conseil , mort le 6. Juin dernier,
et de deffunte D. Marie le Maignen ,
sa femme , morte au mois de May 1729.
Le Marié n'a qu'une Soeur , Dlle Marie-
Marguerite Larcher , encore fille , et
la Mariée , un frere unique , qui est Pierre
- Marie Thiroux , Seigneur d'Ouarville
, né le 9. May 1713. et reçû Conseiller
au Parlement de Paris , en la
quatriéme des Enquêtes , le 10. Fevrier
1734.
-
Le 22. Charles Anne Sigismond de
Montmorency- Luxembourg, Duc d'Olonne
âgé de 14. ans , 4. mois et 22. jours , fils
unique de Charles Paul Sigismond de
Montmorency - Luxembourg , Duc de
Chastillon , Comte d'Olonne , Marquis
de Royant , Colonel du Régiment de
Normandie , et Brigadier des Armées du
Roy ; et de D. Anne - Angelique de Harlus
de Vertilly , son Epouse , fut marié
avec Dlle Marie - Anne- Etiennette de
Bullion de Fervaques , fille unique et
seule présomptive heritiere d'Anne- Jacques
de Bullion , Marquis de Fervaques ,
de Gallardon , &c. Maréchal des Camps
II. Vol.
et
DECEMBRE . 1735. 2953
et Armées du Roy et Chevalier de
POrdre Militaire de S. Louis , et de D.
Magdeleine Hortense Gigiult de Bellefond.
La ceremonie des Epousailles a
été faite dans la Chapelle Domestique
de l'Hôtel de Bullion , par Jacques-
Bonne Gigault de Bellefond , Aumônier
du Roy et nommé à l'Evêché de
Bayonne .
Le même jour , fut fait aussi dans la
Chapelle domestique de l'Hôtel d'Arménonville
, le Mariage de Jean- Baptiste
Fleurian , Marquis d'Armenonville , âgé
de 14. ans , moins 4. jours , Gouver
neur et Grand Bailly de Chartres , Bailly
d'Epée de Bar- sur- Seine , Mestre de
Camp d'un Régiment de Dragons de
son nom , par Commission du 14. Décembre
1727. fils de feu Charles-Jean-
Baptiste Fleuriau , Comte de Morville ,
Seigneur d'Arménonville , Chevalier de
l'Ordre de la Toison d'or , Gouverneur
et Grand- Bailly de Chartres , cy- devant
Ministre et Secretaire d'Etat , mort le
3. Fevrier 1732. à l'âge de 46. ans ; et
de D. Charlotte Elizabeth de Vienne
sa veuve , avec Dlle Anne Philiberte-
Jeanne Amelot de Chaillou , âgée de 16.
à 17. ans , fille unique de Jean Jacques
Amelot , Seigneur de Chaillou , Conseil-
11 Vol. I v ler
2954 MERCURE DE FRANCE
ler d'Etat ordinaire et Intendant des Fi
nances ; et de feuë D. Anne - Marie- Pau
line Bombarda sa premiere femme ,
morte le 4. May 1719. à l'âge de 22. ans.
***************
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 6. Decembre , qui permet le
A transportdes Graine de
et Flandre , à l'étranger , par les ports de Calais
et de Dunkerque.
· AUTRE du 13. qui , en interpretant l'Article
III. de l'Arrêt du Conseil du 9. Fevrier 173 4 .
dispense les Jurés - Gardes de la Communauté des
Drapiers drapans de la Ville de Rouen , actuel
lement en exercice, et ceux qui leur succederont à
l'avenir dans les fonctions dejurés Gardes de ladite
Communauté , d'avoir chacun leur coin ou marque
particuliere , et de faire graver la premiere
lettre de leur nom et leur surnom en entier , sur
les coins ou marques dont ils se serviront pour
apliquer le plomb de fabrique sur les draps et autres
étoffes qu'ils aurout visités , à condition que
la date de l'année d'exercice sera gravée sur lesdits
coins ou marques , suivant ce qui est prescrit
par l'Article II, dudit Arrêt du 9. Fevrier 1734.
et à la charge par tous et un chacun des Maîtres
composant ladite Communauté , d'être solidairemant
garants des défauts qui se trouveront aux
étoffes de leur manufacture , qui auront le plomb
de fabrique de leur Bureau.
11. Vol. AUTRE
DECEMBRE 1735. 2955
AUTRE du 20, qui , en ordonnant l'execution
des Articles XVI. et XVIII . de l'Arrêt du Conseil
du 16. Avril 1726. portant reglement pour
les étoffes qui se fabriquent dans la Ville de
Beauvais , fait deffenses , tant aux Drapiers drapans
, qu'aux Sergers de ladite Ville , de fabriquer
des Serges façon de Mouy , autrement qu'en soixante
portées , fixées par l'Article XV I. dudit
Arrêt et aux dits Sergers de fabriquer aucunes
autres sortes de Serges en cinquante-quatre portées ,
que celles specifiées dans l'article XVIII.du même
Arrêt , en se conformant par cux aux dispositions
desdits Articles .
TABLE.
IECES FUGITIVES. Le Ruisseau et le Torrents
PFable,
Lettre sur les Honneurs rendus à la Médecine ,
Eglogue ,
2755
2757
2773
Lettre sur le Livre intitulé , le Militaire en solitude
, ou le Philosophe Chrétien , & c . 2778
Parodie de la Cantate du Triomphe de la Paix
sur la Naissance de J. Ch.
Lettre sur le Bureau Typographique ,
Epitaphe d'un Buveur ,
Lettre sur le Lemovicum , &c.
Vers Philosophiques ,
Eloge de Bernard Picart ,
2785
2788
2793
2793
2803
2804
Adieux de M. de la Tulipe , Soldat aux Gardes ,
& c .
( 2813
Lettre sur deux Faits singuliers , et Question sur
la Sympathie ,
IÍ, Vol.
2815
Les
Les Serins , Poëme , 2820
Lettre sur un Traité d'Horlogerie , &c.)
Etrennes à Mad.
Refléxions ,
Bouts Rimés remplis ,
Extrait de Lettre sur les Etrennes , & c.
Vers dé M. Gresset , à M. L *** .
2823
2833
2835
28451
2846
2848
Lettre sur quelques Sujets de Litterature , 2849:
Enigme , Logogryphes , &c . 2862
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
& c. 2865
Géographie des Enfans , & c. 2866
Rethima ou la belle Georgienne , & c. 2868
Histoire du Théatre François , 2869
OEuvres diverses , en Vers et en Prose , de M. le
Brun ,
2883
Histoire Métallique , &c. 2890
Les vrais principes de l'Art d'écrire , &c .
2891
Morts de Personnes Illustres , & c. 2893
Nouveau Plan de la Ville de Lyon , 2895
Nouveaux Portraits gravés , 2897
Chanson notée , 2901
2902 Spectacles Les Amours Anonimes , &c.
Description de la Décoration de la Mosquée de
l'Opera de Scanderberg , 2918
Nouvelles Etrangeres , d'Allemagne et d'Italie ,
D'Espagne et Angleterre
Moits des Pays Etrangers
2924
2926
2927
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
2929
Nomination des Officiers de Monseigneur le
Dauphin ,
Communauté des Inspecteurs , Contrôleurs ,
& c. des Vins ,
Etrennes , &c,
ibid.
2936
2938
II. Vol. Morts
Morts , Mariages , & c. 2939
Arrêts Notables , 2954
Errata de Décembre , premier Volume.
PAge 2726. ligne 22. 30009. lisex , 3000001.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 2818. ligne 22. la , lisez , sa .
PAge P. 2819. l. 15. je ne l'eusse . l . je ne l'avois
P. 2825. 1. 22. Fondriere , I Fautriere.
P. 2833. l. 13. cher , l. chere.
P. 1859. 1. 4. vedera , l. vedere.
P. 2871. 1. 18. imosin , . Limosin,
•***
TABLE GENERALE
De
l'Année
1735 .
A.
A Ben-Saïd , Tragédie ,
Abregé de l'Histoire Sainte ,
Académie Françoise
Des Sciences ,
Des Inscriptions ,
De Soissons ,
De Jeux Floraux
De Marseille
1195. 1943. 2595
927
104. 2010
335. 957. 2684
753. 2011. 2453.
956. 2020
1175. 2445
20.1 I •
De Toulouse ,
De la Rochelle ,
De Peinture ,
De Chirurgie ,
De Seville ,
De Lisbone ,
2021
633. 593
968. 1819. 2023
337. 1512
2015
2022. 2684
Achille et Deidamie , Opera , 364. 546. Parodie
, 562.985
Acouchement contre nature , 1727
Acteurs déplacés ( les ) Comédie ,
2464
Addisson ,
845
Adieux de Mars ( les ) Comédie , 1394. 163 1
Amans Jaloux ( les ) Comédie ,
Amante en tutelle ( l' ) Comédie ,
Aminte du Tasse
Amitié Rivale ( l' ) Comédie ,
Amours anonimes ( les ) Comédie ,
2487. 2693
1851 2055
923
2485
2719. 2902
II. Vol. Amusemens
Amusemens Historiques , 436. Serieux et Comiques
,
Antiquités ,
Artaxerxe , Tragédie ,
Audran ( Louis )
Aurore Boreale ,
2237
691. 2572. 2678
2486.2719
1599
340
Acchanales .
B
Bardes ,
B.
2681
2586
268
838
2390
1168
Bataille donnée en Bourgogne ,
Beaumont ,
Beauté , V. Esprit .
Bellegarde ( J. B. Morvant de )
Bernard ( Charles )
Bibliotheca bibliothecarum Manuscriptorum nova ,
Bibliotheque Germanique ,
Italique ,
Bochart ( Samuel )
300
96. 328.747
98.2672
1162
Bouquet, 697 . 708.833.2366.2373.2600.2729
Bours-Rimés , 253. 1726. 1948. 1960. 1965 .
2399.2519. 2571. 2845
Bras reüni , 1517
Brocariaca. Palais du Roy Thierri , 2602
Brosse ( Joseph la )
2653
Brueys ( OEuvres de ) 2429
Bucoliques de Virgile ( Essai sur les ) 1735. 2183
Bureau Typographique ,
1530. 2149. 2788
Buttler ,
841
C.
Adran horisontal ,
Calmet ( le P. ) critiqué ,
Calendrier Grégorien ,
Cantare, Daniel, 846. Pour le jour de Noel , 2735
1898
712
1567
11. Vol. Cantique
A
Cantiqué d'Ezechias
Cantiques Armeniens ,
Caracteres des Nations .
Cartes de Géographie ,
Causes celebres ,
Ceremonie d'une Messe de Minuit ,
Chaucher ,
Chiens d'Orleans ,
Chimie de Malouin , critiquée ,
Clergé ( Assemblée du )
7673
2174
49
1382. 182 E
11f7. 1615
172
837
904
Constance , qui en est plus capable de l'homme
Codrus , Tragédie ,
College Royal ,
ou de la femme ,
Conte de Fée ( le ) Comédie ,
Corail en fleur ,
Cormis ( Ouvrages de )
Cotte ( Mort de M. de )
Coupe des pierres ,
Courir la Sole ,
de Normandie ,
174 F
2247
2244
2454
151
990 1394-
2007
954
1817
746
425
Coûtumes d'Artois , 1710. Memoires sur celle
Couwley ,
Coypei ( Mort de Noel Nicolas )
Emoiselle , Insecte ,
D'Denominations de Villesty
Dictionnaire Italien ,
Didon , Tragédie ,
Driden ,
Drogues Histoire Generale des y
Droit Honorifique
Droit du Seigneur ( le ) Comédie ,
Druides ,
Dunum ,
1957
841
119
1448
260
1986
27
842
1376
291
1394
2585
2647
II Vol
E,
DES MATIERE S.
E.
Glogue , 652. 672. 861. 884. 1134. 15507
1954. 2170. 2579. Latine
Electricité ,
Emmi , au milieu ,
Enfant d'une grandeur extraordinaire ,
2773
962
41
2462
Enigmes , 87. 298. 500. 721. 919. 1143. 1349*
1180. 1790. 1977. 2190. 2422. 2642. 2862
Ennuys du Carnaval ( les ) Comédie , 364.937
Enduyt. Cette nuit , ce soir ,
Entrée d'Evêque à Châlons ,
Epigrammes ,
Epitaphe ,
Epities en Vers ,
45
1102
86. 1566
215.2793
455. 475. 621
Esprit préferable à la beauté , 1922. De Societé,
2448
736
Essais de Litterature et de Morale ,
Essarts ( le Chevalier des ) et Comtesse de Berci,
1369
Estampes, 122. 341. 541.755.968 . 1179. 1383.
1610. 1818. 2024. 2193. 2251. 2459. 2685 .
289
Etrennes 56. 67. 71. 81. 162. 649. 1508.
2833. 2846. 2938
Eusebii Opera ( Sancti )
Exupere ( Saint )
·
1813
2567
Fables, 219. 361. 423-441-901. 1078. 1326.
Fatistes ,
1511. 1536. 1570. 1688. 2755
Fauteuil de Poste >
Feinte inutile ( la ) Comédie ,
Femmes Corsaires ( les ) Comédie ,
Feure , Paille ,
Fief,
II. Vol
2590
677
1851. 2273
364
43
202
Fletches
TABLE
Fletcher ,
Flux et Reflux ,
Foire de Besons ( la ) Opera Comique ,
Fontaine de Jouvence ( la ) Comédie ,
Fruits ( Catalogue des meilleurs )
838
6. 412
2289
1199
1750
G.
Ageure singuliere ,
Geant ,
Glancur fle )
Generosité ,
Géographie ancienne , 1115. Des Enfans , 2866
Geryon ,
Graces ( les , Ballet ,
1453
845
967
1347
473
1800
972
Gregoire VII Legende de ) 2673
H.
H
Arangue ,
1229
Hernie ,
1513
Hierogiiphes , 461. 1537. 1677
Histoire des Empires ,
1443
De l'Hôtel des Invalides , 2230
Des Rois de Naple et de Sicile , 2243
Sainte ,
2440
Homere ,
2683
Hommes Illustres du Regne de Louis XIV . 332
Horlogerie ,
Houssu , velu ,
Huges Capet , s'il commence une troisieme
Race ,
Dille ,
I.
217. 2348. 2823
40
1571
1095
2852
Jettons , 118. Ancien, 1314. Du Clergé, 225 I
Imitation de J. C.
Indes Galantes ( les ) Ballet , 1851. 2035. 2287 .
2367
DES MATIERES.
2061
> Indes chantantes , Parodie ,
Insectes ( moyen d'allonger ou d'abreger la vie
des )
Instructions Chrétiennes ,
1330
1373
Intestins , membrane des gros Intestins renduë
par les selles ,
Johson ,
Jonathas , Tragédie ,
Jory ( Saint )
L.
Ambecius ( Pierre )
2639
838
1198. 1852.
-72
2659
2675
Langue Angloise , 1380. Italienne ,
Lemovicum , 2793
Lettres , 83.626 . 1140 1465. 223.4. 2733. 2735
Leu ( Sait ) 1984
Logogryphes , 88. 294. 501 , 723. 920. 1143 .
1350. 1581. 1791. 1978. 2190. 242 ;. 2643 • .
2861. Expliqués en Vers ,
Louis ( Sain ) Lieu de sa naissance , 283. 2400
Loup ( Saint )
90
2567
Lune ( prétendues influences de la, ) 442. Pascale
,
Lyon ( Plan de la Ville de )
M.
254
2896
Machine pour le transport et pansement des
blessés, 1521. Pour battre le grain, 2028
Madrigal ,
Magie de l'Amour ( la ) Comédie , 991 1399
1446 1452. 1671. 2335
Maladies Veneriennes , 1799
Manuscrits anciens de Sens , 1124
Mariage par Lettre de Change ( le ) Comédie ,
2047
Maronier d'Inde , 717
Marseille sçavante ,
2849
Martin ( Eloge de Pierre )
2893
II. Vol. Matrice
TABLE
Matrice déchirée ,
Méchanisme universel ,
Mécontens ( les ) Comédie ,
1514
2434
129
Médailles du Roy , 340. Anciennes , 2456
D'Hipocrate , 2764. On ne doitpas les préferer
aux Monumens Historiques ,
Medecine ( honneurs rendus à la )
2616
2757
Mere Confidente ( la ) Comédie , 990. 1187
Méridiens ( Méthode pour trouver la difference
des )
Méthode pour étudier l'Histoire ,
Militaire en solitude ( e )
Milton ,
887
2867
2778
839
Moliere , 931. 1148. 1354. 1556. 1690. 2455
Mort de Cesar , Tragédie , 2259.2378
Mort d'Ulisse , Tragédie ,
1826
Musique des Anciens , Dialogue , 1360
N.
Ewton ,
N Niceron ( le P..)
Nicolas ( Saint ) Tragédie ,
Noms de le Prince , le Roy , pourquoi si com-
844
1162.2652
700
muns ,
Noviodunum ,
Ö .
263
2646
Bservations sur les Ecrits modernes , 750.95 x
odes.
Odes . L'Amour vainqueur , 207. Les Plaisirs
champêtres , 224. Puissance de la Lire ,
281. Le Temps , 689. L'Idolatrie , 1045
L'Ame convertie , 1283. Elevation à Dieu
1503. L'Enfer 2144. Imitées d'Horace ,
'25. 716. 2565. Des Pseaumes , 233. 433 .
1461. 2121. 2543. 2611. Tirée d'Isaye, 1940.
Ode Sacrée .
>
2637
409
II. Vol. Cuts
DES MATIERE S.
OEufs de Poule conservés ,
Euvres de M. le Brun ,
Oldfields ,
Opinion ( Traité de l' )
101. 1338
2883
844
53L
Oraison Funebre du Maréchal de Villars , 512 .
1996
2239
Ordonnances de nos Rois , 641. 2216. De l'Ar-
2753
Orleans s'il a été un apanage de Philipe le
"
De M. le Bret
Oraisons de Ciceron
chevêque de Paris ,
Hardi ,
Otway ,
Ouragan ,
Alinod ,
CA. 1931
847
124. 148. 171. 339. 377.
P.
115. 636
Panegyriques des Martyrs , 1806. De saint
Louis , "
Paraphrase de Rorate Coeli , "
Paris ( P'Histoire de la Ville de )
Pavillon ( Lettre de } .
Paul ( Saint ) de Londres ,
2209
2386
952
217
1257
Pêcheurs de Marseille , 2004
Perte de sang , 1524
Pesanteur des Corps liquides , 2551
Pétrifications >
1480
Phénomene , 1433
Phosphore ,
Picard ( Eloge de Bernard ,
209
2804
1181 Pierre ( de la ) ses Ouvrages ,
Pierre ( Saint ) de Rome , 1257
Poëme ; le Tonnerre , 1. Apologie des Chrétiens
, 197. La Pucelle d'Orleans , 912. Scipion
, 1476. La Fayance , 1719. 2161. Alfonse
de Guzman , 1893. La Raison , 2339
Poësie , ( préjugé ridiculè sur la )
II. Vol,
29
Poësie
TABLE
Potsies de Malcrais ,
Pollicitations ,
312
1050
Pompe funebre du Maréchal de Villars , 178
De la Reine de Sardaigne ,
Pontcarré ( Mort du Président de )
850
176
Pont du Tajo ,
Pope ,
Portus Bucini
1180
845
491
Pour et Contre •
Précaution inutile ( la ) Comédie ,
Préjugé à la mode ( le ) Comédio ,
Priscus , si on doit le fêtef .
749. 2273
1394
363.768
1286
Prisio,
896
.Q.
QQuestions ,
Uadrature du Cercle , 1961
3179. 1492. 2126
R.
Ape
nouvelle , 127
RAxious , 220. 479. 869. 1341. 1967.
2835
Rencontre imprévûë ( la ) Comédie , 2464
Repetition interrompue ( la ) Opera Comique ,
-Reposoir ,
Résignations ( Arrêt sur les )
1840
1390
657
2868
2720
519
1619 Rhodope , Opera ,
Richebourg ( Charles - Antoine Bourdet de) 2690
Rethima ou la belle Géorgienne ,
Retour de Mars ( le ) Comédie ,
Réveil d'Epimenide ( le ) Comédie ,
Romain ( Mort de F. François )
Rondeau ,
Rotule fracassée ,
Runers ou Rimes ,
227
48
1519
2589
JI. Vol. S.
DES MATIERES
S.
S
Abinus , Tragédie ,
Salutation Angelique ,
CS. 34)
1315
Scanderberg , Opera , 2287. 2486. 2704. 2918
Sel Ammoniac ,
1082
Shakespear , 839
Societé amusante , 329
Soissonnois ( anciens Habitans du } 2436
-Sonnet Itamen , 1448
Spectacle de la Nature
503
Spenser ,
837
-Spire ( Sain:)
1984
Stances , 1527. De Rotrou , 1919
Statique des Vegetaux ,
729
mauvais temps ,
Statue , 2016. Des Saints maltraités à cause du
Sturm ( Leonard Christophle )
900
747
Sympathie ,
2815
T.
Tabernacle ,
1181
Tableaux , 1383. 1819. 2735
Tapisseries , 1388. De plume ,
760
2060 2288.2469
124
Téglis , Tragédie,
Terie ( changement sur la surface de la )
Théatre François 38. 698. 765. 787. 1438.
Touaille , Serviette à essuyer les mains ,
Traite de Bretigny ,
Tremblement de Terre ,
Troubadours ou Trouveres ,
Turcs ( Litterature des )
Turenne ,
2582. 2869
46
917
339
2593
237
1949,
II. Vol.
TABLE DES MATIERES:
V
V.
Ers . Plainte au Pasteur , 14. Bon Conser ,
5. Sur la mort de Coypel , 120. Enigme
manquée , 212. Caprice , 265. Imités de Catulle
, 290. Remerciment de Claville , 487 .
Chanson , 632. 2813. A M. de Nicolai 894..
Le Pinceau le pour rouge ,, 1113. A Mlle D...
1121. Misere des Clercs , 1309. De Senecé à
son Médecin , 1378. Le Tignon , 1441. Galanterie,
1490. La Vie Rustique , 173 1. Risus,
1743. Au Cardinal de Polignac , 1749. Sur la
maladie des yeux, 1814. Temple de la Fidelité
, 1929. Remerciment , 2254. A mes veux,
2593. Origo Poeseos , 2669 A l'Abbé Franchini
, 2737. A la Marquise de .... 2744.
Philosophiques , 2802. Les Serins , 2820. De
M. Gresset , {
Vertot ( Mort de René d'Aubert de }
Vetus Pictavis ,
2848
1597
2793
Vieillesse extraordinaire , 182.812 . 1660. 1669 .
2322. 25118 2525. 2526.
Voyage de Jerusalem , 2166. D'Italie , 2679
Voyerie ( Code de la )
Usages,
Waller,
2203
• 424
843
A
La Médaille gravée doit regarder la page 2765
La Chanson notée, la page 2905
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le