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1735, 07-08
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John Bigelow
to the
Century
Association





1
MERCURE
DE FRANCE ,
i
DEDIE AU ROY.
JUILLET 173 .
RICOLLIGITI
SPARCIT
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
rue S. Jacques.
Chez La veuve l'ISSOT , Quay de Conty ,
à la tefcente au Pont Neuf.
EAN DE NULLY , au Palais ..
M. DCC. XXX V.
Avec Approbation & Privilege du Roy.

MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROY.
JUILLET 173 .
BURY
COLLIGITI
SPARCIT
Chez.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
rue S. Jacques.
La veuve l'ISSOT , Quay de Conty ,
à la lefcente au Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ..
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK↓
PUBLICLIBRARY
330192 A V I S.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
COSADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
C
و
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'a donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porter fur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
Parx XXX. Sots
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU RÓT.
AV
JUILLET . 1735 .
************************
PIECES FUGITIVES,
en Vers et en Prose.
O DE
Tirée du Cantique de Moyse , Cantemus.
C
Hantons , Peuples , chantons l'immortelle
puissance
Du Dieu qu'adore l'Univers ;
Epanchons dans nos chants notre
reconnoissance ,
Formons d'unanimes Concerts.
La gloire de son nom sur ces heureuses rives ,
.3 .-. 1 .
A ij
A
1462 MERCURE DE FRANCE
A répandu ses plus beaux feux ;
Il a dit la Mer fuit , et ses Ondes craintives
Ont ouvert leur sein orgueilleux .
Il a conduit son Peuple à travers les abîmes
Que son soufle avoit suspendus ,
´Et leur a dévoué comme autant de victimes
Les Egyptiens éperdas.
L'Eternel a scellé ses promesses antiques ;
Ce jour est plein de sa grandeur ;
Sans cesse ses bienfaits tracez dans mes Cantiques
Publîront qu'il est mon Sauveur,,
Le Dieu fort est son nom ; la Terre en sa présence
Tremble et frémit d'un saint respect ;
Il se montre ; et des Rois la plus fiere puissance
Est terrassée à son aspect.
Ton bras qui cimenta la baze inébranlable
Qui porte la Voute des Cieux ;
Ton bras a déployé sa force redoutable
Sur le Puissant audacieux ,
Ton glaive a renversé de leurs Chars homicides
h
Du Nil les superbes Guerriers ;
Ta colere s'élance et ses flâmes avides
Ont dévoré leurs vains Lauriers,
La
JUILLE T. 1735. 1463
La foudre de ton souffle ouvrant le sein desOndes,
Nous a dérobez à leurs fers ;
Et des flots dispersez les Cavernes profondes
Ont yû le Dieu Maître des Mers .
A peine sommes- nous échapez du naufrage,
Pharaon vole sur nos pas ;
Hâ tons-nous , a - t'il dit , abreuvons le rivage
de leurs foibles Soldats .
Du sang
Tu Alates leur fureur , et déja tu t'aprêtes
A venger nos opressions ;
Tu parles ; et les flots entassez sur leurs têtes ,
Eugloutissent leurs Légions .
Que tout éclat mortel , ô mon Dieu , disparoisse
Aux feux dont brille ta splendeur ;
Que la hauteur des Cieux s'humilie et s'abaisse
Devant ta suprême hauteur.
*
L'Idumée éperdue au bruit de ton Tonnerre ,
Releve ses Murs et ses Tours ;
Les Philistins altiers couvrant déja la Terre ,
Apellent sur nous les Vautours.
Expose aux Nations leur audace abusée ;
Vien foudroyer ces Monts hautains ;
Frappe ; que les éclats de leur masse embrasée
Fassent pâlir tous les Humains !
A iij
Posses1464
MERCURE DE FRANCE
Possesseurs fortunez de leurs Plaines fertiles ,
La Terre y prévient nos désirs ;
Quelle paix ! .. Israël dans ses Citez tranquiles ;
S'endort dans le sein des plaisirs.
Peuple ingrat ! je noyrai ta coupable licence
Dans la Coupe de ma fureur ;
Le vin fatal est prêt , et ma juste vengeano
Y signalera ta douleur .
De ton front , & mon Dieu , l'immortel Diag
dême
Brave la puissance des temps ;
* Et ton Etre , vainqueur de l'Eternité inême
En verra fuir tous les instans.
* Dominus regnabit in aternum et ultrà.
L'Abbé Deidier. .
LETJUILLET.
1735. 1465
LETTRE à Mlle de Malcrais et sa
Réponse.
M
E condamnerés-vous , Mademoiselle
, si je prens la liberté de vous
adresser une plainte que je devrois porter
, ce semble , aux Auteurs du Mercure
? lorsqu'on peut remonter aux causes
premieres , doit- on s'arrêter aux secondes
cela me procure d'ailleurs le précieux
avantage de manifester la haute
opinion que j'ai conçue d'une personne.
Sigrata à Febo e al santo aonio Coro. Ariost.
De sorte que tout inconnu que je vous
suis , j'ose me flater de ne vous point déplaire,
quand je vous rendrai compte d'un
effet particulier de votre merite. Voici de
quoi il s'agit.
Une Dame qui vous admire ,
Parlant comme Malcrais écrit ,
Qui vous estime et vous cherit ,
Qui vous ressemble , c'est tout dire.
Cette Dame, à l'abri de la prévention ,
A iiij
comme
1466 MERCURE DE FRANCE
comme vous voyés , et de la flaterie , fut
très étonnée il y a quelques jours , de ne
trouver dans le premier Volume du Mercure
de Juin , aucun Ouvrage de votre
façon ; elle eut toutes les peines du monde
à revenir de sa surprise , et ce ne fut
que pour se livrer à un juste dépit. Dans
les premiers accès de son chagrin elle s'écria
:
Quoi ! vous osés , Seigneur Mercure ,
Vous montrer à nos yeux sans les brillans atours
Dont l'illustre Malcrais vous para de nos jours ?
Ah ! par Apollon je vous jure ,
Que vous n'aurés sans ce secours
Aucun crédit chez la Race future ;
Non ; n'esperés pas un long cours ;
A vous abandonner je serai la premiere ;
Reprenés- les , vous dis - je , ou mon augure est
hoc ;
Oui , sans cela mettés au croc
Et Caducée et Talonniere.
Ajoutés , Mademoiselle , à cette aimable
saillie tout ce qu'une femme véritablement
piquée , qui a de l'esprit , et qui s'en
sert , peut dire en pareille occasion , ou
l'atJUILLET.
1735. 1467
l'attente d'un plaisir n'a servi qu'à en rendre
le privation plus vive et plus sincere .
Ce sentiment dont la verité avoit pour
garants le goût et les lumieres de la Dame
, n'eut point de peine à trouver des
Aprobateurs : il fut même le pere de plusieurs
autres , dont l'expression , toute
foible qu'elle seroit , allarmeroit , sans
doute , votre modestie. Je ne sçaurois toutefois
passer sous silence une refléxion
aussi juste qu'elle est naturelle.
Mercure produit tous les ans
A votre cher la Roque argent bas , haut sufrage
,
Et produira bien davantage
Si vous Pornés toujours de vos Ecrits charmans ;
Si dans cet amusant Volume
Plus ne sont traits de votre plume ,
En bref s'en perdra le débit ;
Et l'Auteur avec droit un jour poura vous dire ,
Ciel ! que votre amitié ne servit qu'à lui nuire ;
La Roque , qui l'eût crû ! la Vigne , qui l'eût dit !
A cette raison de convenance et d'interêt
particulier , viennent se joindre les
motifs sur lesquels le Public se fonde ,
pour obtenir de vous , Mademoiselle , ce
que vous ne sçauriez lui refuser sans ingratitude.
Il vous a donné son apraha-
A V tion
1468 MERCURE DE FRANCE
tion de la meilleure grace du monde ( un
autre diroit que vous la lui avés ravie )
vous l'aviez meritée ; mais il seroit beau
à vous que quidem , inter Minerva sequaces
tantum extulisti caput.
,
Quantum lenta solent inter viburna Cupressi.
De lui donner de plus en plus de nouveaux
sujets d'éloge , et d'exciter de plus
en plus sa reconnoissance. Je me borne.
à vous assurer des aplaudissemens qu'on
vous a donnez en ce Païs- ci , où l'on
juge beaucoup plus par sentiment , que
par art ; mais , ou malgré la vivacité
qui y est naturelle , on sent tout le prix
des délicatesses . Je ne sçai , Mademoiselle
, si l'aveu d'un tel Public n'est pas
aussi flateur que tout autre ?
>
Quant au Poëte prétendu Marseillois
dont tout le monde parle , et que personne
ne connoît : vous me permettrés
Mademoiselle , de vous donner
à ce sujet un éclaircissement que je dois
à votre curiosité , à la verité , et à ma
Patrie . C'est l'Auteur de la Lettre sur
l'Etymologie barbare du mot de Guépin
; c'est le Silvio du Pastor- Fido , dont
il est dit :
Chi coglie acerbo il senno
Maturo sempre ha dignoranza il frutto.
C'es
JUILLET. 1735. 1469
C'est le présomptueux Rival du galant
Chevalier de Leucotece ; en un mot,
C'est un Orleanois rimaillant à Marseille ,
Qu'au Parnasse une Asnesse en rut
De Pégaze ruant conçut ,
Et dont elle accoucha loin d'ici par l'oreille.
Quoiqu'il air chanté la Palinodie , il
n'a pas pourtant fait satisfaction à notre
Ville , que sa verve vouloit deshonorer
, et qui comme une bonne Mere
reçoit indifféremment dans son sein tout
ce qui se présente ; mais on reconnoît
ici , comme ailleurs , qu'il n'y a d'Etres
imaginaires que ceux qu'il se forme , et
de tous les beaux esprits :
Ogn' un vede che glierà utile et bono
Haver tacinto e mordersi ancho poi
Prima la lingua , che dir mal de voi.
Parmi le grand nombre d'admirateurs
que votre mérite vous a faits , la quan
tité de Lettres que votre réputation vous
a attirées , soyês persuadée , Mademoiselle
, qu'il n'y en a point , et que vous
n'en avés point reçû où la sinceritë regne
plus qu'en celle cy ; heureux si je
pouvois vous le persuader jusqu'au point
de vous engager à m'en donner la pre u-
A vj ve
4
1470 MERCURE DE FRANCE
ve la plus legere . Je serois trop glorieux
si ma Lettre me valoit l'honneur d'une
Réponse.
Tel on voit l'avide Marchand
Conduit par un bonheur étrange ,
Aux bords du Pactole et du Gange ,
Contre l'or troquer le clinquant.
Je ne suis pas assez vain pour l'esperer.
L'Enfant gâté de Melpomene et
les Bergers des Rives de la Seine et de
la Marne , méritent tous vos soins et
doivent occuper toute votre atention ;
cependant ,
Spesso in poveri albergi , e in picciol' letti.
On peut trouver des personnes qui
nous considerent et nous estiment antant
que celles dont le métier est de sçavoir
dire tout ce qu'elles veulent . Daignés
me mettre au premier rang de ceuxlà
, et croyés que tout bon Provençal ne
sçait ni mentir , ni flater. Je suis , Mademoiselle
, &c. Signé Arnaud.
A Marseille , le 12. Août 1733 .
RE'PONS E de Mlle de Malcrais.
Comment , Monsieur , avés - vous crû
Qu'à si douce et gentille Lettre
Je
JUIN. 1735.
1471
Je n'eusse un seul mot répondu ?
Comment , Monsieur , l'avés- vous crû ?
En ce cas vous pouriez me mettre
Et m'admettre au nombre incongru
De ces gens à l'esprit bourru ,
Bons à jetter par la fenêtre.
Oui , tout aussi - tôt que j'eus lu
Votre élégante et docte Lettre ,
Je jurai qu'en' Prose et qu'en metre
Bien ou mai j'eusse répondu.
J'y réponds , un peu tard , peut - être,
Les Humains sont ainsi formez ,
Qu'ils désirent être estimez ;
Estimez , ou bien le paroître.
Paroftre et l'être , ce sont deux ;
creux , N'importe ; on ne va pas si
Chercher l'origine des choses.
Et si l'on estime les Roses ,
Pour le mérite de l'odeur ,
On en prise aussi la couleur .
Il faudroit être ridicule
Pour voir d'un oeil indifferent
L'Anemone et la Renoncule ,
Dont l'éclat est vif et riant.
Dès que la langue se dénoue ,
Pour entonner un compliment
L'oreille s'ouvre doucement ,
Pour écouter celui qui loüe ;
I
L'ame
1472 MERCURE DE FRANCE
L'ame , en s'extasiant avoië
L'éloge brodé galamment ,
Accomodé subtilement
Par tel qui s'amuse et qui joue
Le sot , qui s'est attribué
Le faux encens distribué.
On se panade , enflant la joüe ,
On gobe l'encens du flateur ,
Qui souvent d'un pareil honneur
Comble le Chantre de Cordoüe ,
Et l'exact et sublime Auteur
Dont les Vers honorent Mantoйe,
Cependant je ne puis m'empêcher.
Monsieur , de répondre à votre politesse
et de vous remercier de toutes les gentilles
fleurettes dont votre Lettre est parsemée.
Ce n'est pas que je m'endorme sur
la foi de vos douces flateries ; mais je me
sçais bon gré de vous avoir fourni l'occasion
de metttre en oeuvre toutes vos jolies
pensées . Vous aurés sujet de vous plaindre
de mon peu d'empressement à vous
faire réponse;je ne m'excuserai pasije vous
dirai seulement que je suis quelquefois si
paresseuse , qu'en differant de jour à autre
, je me trouve ensuite étonnée que les.
jours et les semaines se soient insensiblement
écoulées et que j'en sois encore à
ComJUILLE
T. 1735. 1473 .
commencer la besogne que je devrois
avoir finie. Ce qu'il y a de sûr , c'est que
je n'ai jamais prétendu laisser votre Lettre
sans Réponse ; vous y avés fait briller
beaucoup d'esprit ; c'est pour vous principalement
que vous avés travaillé ; c'est
sur vous qu'en doit retomber toute la
gloire. Que ce soit aux dépens de la
verité , ce n'est pas de quoi l'amour propre
s'embarasse , quoiqu'il en soit , cette
Lettre m'a flattée et je l'ai lûe avec plaisir.
La Prose et les Vers adroitement entrelassez
, s'y prêtent de mutuels offices ,
et par là redoublent d'agrémens .
Je vous prie de faire des remercimens.
pour moi à l'aimable Dame qui veut
bien jetter les yeux sur mes petites productions;
dites lui que je suis très - sensible
aux glorieux témoignages que vous m'envoyés
de sa part. A l'égar dde l'Orleannois ,
c'est un bon garçon, dont je n'ai pas sujet
de me plaindre , après en avoir été si bien
vengée ; chacun pense ce qu'il lui plaît et
son Pyrronisme ne m'embarasse pas .
La vogue que vous prétendés que mes
Vers donnent au Mercure , me flatteroit
beaucoup , si j'étois crédule. Le Mercure
se soutiendra à merveilles sans le secours
de ma plume , si M. D. L. R. a la complaisance
de recevoir mes Pieces , et si
le
1474 MERCURE DE FRANCE
le Public me fait l'honneur de leur aplaudir
, je n'atribue ces succès qu'à leur indulgence
.
Le Vers tiré du Poëme de Roland Furieux
, Chant 46. St. 3. Vers 8. dont
vous voulés bien me faire la gracieuse
aplication :
Sii grata a Febo e al santo aonio Coro.
Me donne sujet de vous dire ce que
je pense de l'Arioste , c'est le Poëte le
plus fort et le plus ingénieux qui fut jamais
au monde ; on s'étonne comment
il a pû trouver lui seul tant de belles
choses. Il y a dans son Ouvrage de l'invention
à l'infini ; il est agréable , touchant,
fertile , sublime , harmonieux ; et
dans un si long Poëme,il ne se copie presque
point , talent que n'ont pas les
esprits médiocres ; mais aussi y trouvet'on
peu d'ordre et point d'unité . Il laisse
une Histoire commencée pour en enfiler :
une autre , et quand il vous ramene à
l'endroit où il vous a laissé , vous ne sçavés
plus où vous en êtes . Roland qui y
fait le Rôl principal , execute moins de
professes que Roger, Renaud , Rodomont
et la plupart des autres Heros . Je rougis,
je vous l'avoue , pour Arjoste , quand je
uois Roland traînant, après lui son che-

val
JUIN. 1735. 1475
val mort par mont et par vaux , sans
sçavoir ce qu'il fair . Cette espece de folie
n'est point croyable. Au surplus que
de dépense en faux brillants ! Que de
choses déraisonnables ! obcenes et même
impics ! Je ne vous en citerai pour preu
ve que la Stance 39. du 13. Chant ,
dans laquelle l'Auteur compare une
troupe de Bandits , dont Koland fait
un affreux massacre , à une troupe de
Serpens , dont la plupart restent écrasez
sous le poids d'une grosse pierre.
Una muore , una parte senza coda ,
Un' altra non si puô muover davanti ,
E'l deretano indarno aggira e snoda ;
Un'altra ch' hebbe più propitii i santi
Striscia fra l'herbe e va serpendo aproda.
Quoi de plus extravagant que de voir
et d'entendre des Couleuvres ou des Serpens
dévots , qui envoyent des Oraisons
Jaculatoires à tous les Saints pour les
suplier de les secourir dans le péril , et
dont les prieres en sont écoutées si favorablement
, qu'ils les tirent de presse ,
et peut être remettent leurs membres cassez
malheureusement , ou disloquez ! Si
j'entreprenois de vous dire ici tout ce que
je
1476 MERCURE DE FRANCE
je trouve de bon et de mauvais dans ce
Poëme , un volume n'y suffiroit pas.
Je finis ma Lettre comme quelques Prédicateurs
qui font arriver lå vie éternelle
à la fin de leurs Sermons au moment
qu'on y pense le moins , et qui jugent
que c'est en cela que consiste la finesse de
l'art de bien dire:
Je suis , Monsieur , &c. Signé Antoinette
de Malerais de la Vigne.
Au Croisic , ce 18. Octobre 1733 .
LE HEROS
VAINQUEUR DE L'AMOUR ;
OU SCIPION EN ESPAGNE
JE
POEM E.
E chante ce Romain , qui jaloux de sa gloire,
Fut vainqueur de lui même au sein de la victoire ,
Et qui par sa vertu,plus que par ses exploits ,
A l'Ibere enchanté sçut imposer des loix .
Scipion , pour venger son sang et sa patrie ,
Plein d'un noble couroux s'avance en Iberie ,
Il guide ses Vaisseaux vers ces funestes bords ,
Teints à regret du sangde tant d'illustres Morts:
Il
JUILLET . 1735 .
1477
Il découvre bientôt la nouvelle Carthage ;
Son aspect odieux irrite son courage ,
C'est dans ces murs , Romains , qu'avec vos Lé➡
gions ,
Scipion doit venger l'affront des Scipions ,
En soumettant la Fille , afoiblissons la Mere :
Il dit ; et ses soldats qu'enflamme sa colere ,
Plus prompts que les éclairs afrontent les hazards;
En vain jusques aux Cieux s'élevent ces remparts,
En vain pour engloutir mille nobles victimes ,
> > La Mer sous leurs vaisseaux entr'ouvre ses
abînes ;
La flamme ni le fer
Rien ne peut
que lance l'ennemi ,
ébranler leur courage affermi.
Scipion dans les flots déja s'ouvre une voye ,
Vole sur les remparts , tonne , éclate , foudroie ,
devant lui la mort et la terreur ,
Il porte
Déja tout est rempli de carnage et
d'horreur :
Le barbare est aux fers , et voit avec surprise
Qu'en un seul jour Carthage estassiegée et prise.
Tous subissent la loi du rapide vainqueur ;
Mais quel autre ennemi doit effrayer son coeur
Ennemi dangereux ! dont les perfides armes
Blessent en caressant et domptent par les charmes
!
Trop souvent dans le sein d'un indigne repos
La molesse enchaîna d'invincibles Heros.
Scipion couronné des mains de la victoire
* La nouvelle Carthage , Colonie de l'ancienne.
Trop
1478 MERCURE DE FRANCE
Trop foible en ce moment peut obscursir sa
gloire .
Au milieu des captifs conduits de toutes parts
Une jeune beauté fixe tous les regards ,
Son éclat éblouit , flate , ravit , entraîne ;
On la mene en captive encore moins qu'en
Reine.
Vainqueurs au champ de Mars , mais surpris à
leur tour ,
}
Mille jeunes Romains sont vaincus par l'Amour ;
Si dans ce doux écueil le General échoue ,
Pour les Romains Carthage est un autre Ca
poüe.
Les vaincus secouant le joug et la terreur,
Sont prêts à triompher de sa fatale erreur...
Vain espoir ! Scipion dans sa prudence extrême
Sçait trop se défier et d'eux et de lui même .
Il voit de cet objet les apas séduisans ;
Il sent naître à regret le trouble de ses sens ;
Jeune , vers le plaisir un doux penchant l'entraîne
,
Vainqueur , tout obéit à sa voix souveraine ,
Mais la sagesse en lui sçait borner le pouvoir ,
La raison fait céder le penchant au devoir.
Il connoît le péril ; il combat sa foiblesse ;
Il détourne ses yeux des yeux de la Princesse ,'
Il aprend que l'Hymen serrant ses tendres
noeuds ,
D'un Amant digne d'elle eut couroné les feux ,
Si dans ce jour funeste au bonheur de sa vie
La
JUILLET. 1735. 1479
La Princesse à ses voeux n'eut point été ravie.
Homeux , désesperé , plein de son seul amour ,
Il souffroit à regret la lumiere du jour.
Le Heros l'aperçoit : » la Fortune jalouse
» Avec la liberté vous ravit votre Epouse :
» Je vous la rends : elle es: digne de votre foi ,
Scipion de l'Hymen sçait respecter la loi ;
La vertu parmi nous ne souffre aucun outrage
,
Distingués à ces traits Rome d'avec Carthage.
Choisissés , votre sort , Prince , est entre vos
mains,
?
» Esclave du barbare , ou l'ami des Romains
» A l'Ibere vaincu faites choisir un maître
Et voyés qui de nous à merité de l'être .
A ces mots , la Princesse et son heureux Epoux
Dans les plus vifs transports embrassent ses genoux
,
י כ
Elevent jusqu'aux Cieux une action si belle ;
L'Espagne ,des Guerriers admire le modele >
On le loue , on l'adore , et cent peuples divers ,
Dece Dieu bienfaisant viennent briguer les fers.
I
Par M. L. J.
776
LETTRE
*40 MERCURE DE FRANCE
33 急急
LETTRE de M. Maillart. Ancien
Avocat au Parlement de Paris , à M. DE
LA R. au sujet des PE'TRIFICATIONS.
V
Ous avés , Monsieur , communiqué
au Public,dans le Mercure de France
de Janvier 1729. page 64. et suivantes
votre Lettre adressée à notre Ami M le
'Boeuf, Chinoine et Sous - Chantre de l'Es
glise d'Auxerre , dattée du 28. Decem .
brẻ 1728. au sujet d'une Ville petrifi'e ;
découverte en Afrique , dont la Gazette
d'Amsterdam , 1723. Nº. C. et celle de
Londres du
tion. In
3.
Je vous fais
Decembre , ont fait menpart
ici , Monsieur , de ce
qui est venu à ma connoissance sur cette
matiere. Misson , dans son nouveau
voyage d'Italie , Tome II . page 170 et
171. Edition de la Haye , 1702a inseré
une de ses Lettres datée de Rome le 11.
Avril 1688. où il décrit la VILLA LUDOVISIA.
En voici l'Extrait.
» Dans la même Chambre on montre
» un petit monceau d'os , qu'on dit êrre
» un Squelette d'homme péir fié : c est une
méprise, les os ne sont nullement pérri-
29
» fiez
JUILLET. 1735. 1481
fiez mis il s'est amassé autour une
>> croute candie , une certaine incrusia-
» tation pierreuse , qui , les a fait nommer
» ainsi .
» Je ne veux pas dire pour ce la , que
»les os ne se péir fient comme autrechose ,
» Il n'y a rien , à ce que l'on dir , qui ne
» puisse se pétrifier.
» Dans les divers Cabinets que nous
» avons visitez jusqu'ici , j'ai remarqué
» cent sortes de choses , ou plutôt cent
figures de choses pétrifiées ; des fruits ,
» des fleurs , des arbres , du bois , des
plantes , des os , des poissons , du pain ,
» des morceaux de chair , des animaux de
»
» toutes sortes.
» A la verité je ne voudrois pas
être ga
» rant de toutes ces Métamorphoses . Paré
» dit avoir vû un enfant qui s'étoit pétri-
» fié dans le ventre de sa mere ; et l'His-
» toire de notre siecle nous parle d'une(a)
» VILLE D'AFFRIQUE pétrifiée en une seule
( a) L Ville de Biedoblo selon Kirker dans son
Mund. Subt.
Aventin dans ses Annal. de Baviere , parle de
plusieurs hommes de ce Pays là , qui pendant qu'ils
trayoient leurs vaches , furent subitement changez
en Statues de Sel. Cela étant arrivé par la force de
certains Esprits qui s'éxalerent tout autour d'eux
pendant un grand tremblement de Terre ,
348.
l'an
» nuit
1482 MERCURE DE FRANCE
"nait , avec hommes , bêtes , arbres ,
» ustenciles de ménage , et tout ce qui
» étoit dans la Ville , sans aucune excep-
» tion : le croira qui voudra.
> Si la Ville de Bieloblo , est la même
que celle de Guerzay sa prétendue pétrification
, Monsieur , se réduira à des
restes de BAS- RELIEFS Sculptez , selon l'Extrait
d'une Lettre datée du Caire , le
premier Novembre 1734. et écrite par le
sieur Granger , Envoyé par le Roy en Af.
frique , et en Asie , à la recherche des
Antiquitez , aussi bien que de l'Histoire
naturelle. Voici cet Extrait.
» Par celle - ci , je vous dirai que je partis
quelques jours après vous avoir écrit
de Tripo'y ; (a ) pour le pays des Méta-
» morphoses , et après 12. jours de marche
, j'arrivai à Guerzay ; qui sont les
» ruines d'une ancienne Ville , située dans
» les déserts du Faisan , où l'on disoit
que les habitans et les animaux avoient
été pétrifiez dans des attitudes diférentes.
J'y trouvai effectivement des Enfans
et des Femmes acroupies , qui sembloient
garder des troupeaux de Chevres , et de
moutons des hommes occupez à la
» culture des terr s ; d'autres à la chisse ;
(a) Cette Lettre étoit datée du 10.Janvier 17346
enfin
JUILLET. 1735. 1483
enfin d'autres qui se combattent.
» Mais tout ce prodige se réduit à une
centaine de bas - reliefs , qui servoient
» autrefois d'ornemens à une douzaine de
» Mausolées d'une Architecture particu-
» liere , dont il y en a encore cinq ou six
« sur pied.
» Il se pouroit bien que la superstition
> et l'ignorance des Arabes leur eussent.
» fait prendre ces bas- reliefs simboliques
» pour des hommes et des animaux pé-,
> trifiez .
>> A moins que les véritables pétrifica-
» tions ne soient ensevelies sous les rui-
» nes de la Ville ; c'est ce que je n'ai pû
» vérifier , vû l'immensité du travail ; de
sorte que me voila aussi avancé que je
» l'étois avant ce voyage .
>>
Cependant , quoiqu'il en soit , je ne
» suis pas encore rendu à ce sulet ; car
» l'on peut prouver en bonne Physique
» la possibilité de ces sortes de pétrifica-
» tions.
» Mais comme la question est une ma-
» tiere d'école , qui a son pour et son con-
» tre le Problême ne poura être décidé
en faveur de ceux qui n'y croyent pas,
que par la présence d'un de ces corps
» périfiez ; c'est ce que le temps nous
poura peut- être fournir unjour. »
B De
1484 MERCURE
DE FRANCE
» De ces ruines je passai dans la Province
de Cyrene , après avoir traversé
pendant 23 jours des déserts .
Je sçai , Monsieur , qu'il y a plusieurs
´endroits en France , où se trouvent des
Pétrifications. A la Bibliotheque du Roy
à Paris,il y a un morceau de bois pétrifié;
à la Bibliotheque de Sainte Genevieve il y
a un morceau de bois pétrifié long de 7.
pouces et demi , rond et épais de 8.pouces.
Il y a un autre morceau de bois pétrifié
long de 4 pouces , plat d'un côté , et
le surplus rond ; la circonference
en est
de 4 pouces et demi. Dans le même Cabinet
de S. Genevieve , il y a d'autres pétrifications
, telles que Champignons
, & c.
Les Pétrifications se font dans les corps
des animaux , tant raisonnables que non
dans les
douez de raison : aussi bien que
Eaux et dans les souterrains.
Nous avons , Monsieur , en France plusieurs
Endroits pétrifiants : voici ceux
dont j'ai connoissance
quant à présent.
1. Il y a dans la Serve , contrée de la
Generalité de Paris , située entre Houdan
& Mante sur Seine , un Ruisseau qui
coule de Bazin ville à Mante , du Midy
au Nord ; et entre dans la Seine , au dessous
des Cordeliers de Mante ; on trouve
souvent dans ce Ruisseau , des morceaux
de bois pétrifiez.
JUILLET. 1735. 1485
2. Auprès de la Bonille , située au Midy
de la Seine , au dessous de la Ville de
Rouen , il s'est trouvé dans une Carriere
un Chat pétrifié .
3. Dans le Bourbonnois contigu à l'Auvergne
, au dessus de la Ville de Gannat ,
est le Ruisseau d'Andelot , qui coulant du
Midv au Nord , entre dans la Riviere
d'Allier , au dessus de S. Germain ; dans
ce Ruisseau à l'endroit où étoit l'Etang
de Giat , entre S. Angoulin et la Chapelle
d'Andelot , se trouve du bois pétrifié :
j'en ai un morceau , que je crois avoir
été originairement de l'Aulne ; et que je
mettrai dans la Bibliotheque de l'Abbaye
de S. Germain des Prez à Paris. Ce morceau
est long de près de 4. pouces : il a de
pourtour environ 2. pouces et demi .
4. A Clermont en Auvergne est la
Fontaine pétrifiante de S. Allire , sur laquelle
j'ai trouvé ce qui suit.
,
,
En 1672. le R. P Fretat , Jesuite , natif
de Clermont fit graver la Carte
d'Auvergne , dans les marges de laquelle
il mit les choses remarquables , sous le
Titre des Antiquitez et Raretez du Pays.
» N°. VI. La Fontaine de pierre de
» Clermont près de l'Abbaye de S. Allire.
» Cette Fontaine est digne d'admiration :
» elle a fait de ses eaux qui se changent
Bij
en
1486 MERCURE DE FRANCE
≫ en pire , une muraille de plus de 100 .
toises de long , et de deux de hauteur
>>> toute d'une piece ; la pierre est blanche
» et s'obscurcit avec le temps ; la même
>>> Fontaine coulant sur le haut de cette
» mura lle , et tombant dans une petite
» Riviere a fait une arcade en forme de
>> Pont. Les curieux , pour faire des Grot-
» tes et divers en olivemens dans leurs
» Jardins, fom pétrifier toutes sortes de fi-
» gures ; les trempant dans l'eau de cette
>> Fontaine durant quelques jours.
T
,
Je n'ai point trouvé les mêmes dimensions
dans le récit que Thomas Corneille,
décedé le 17. Decembre 1709 , a mis dans
son Dictionnaire Geographique , au mot
Clermont en Auvergne Voici les termes
de ce Compilateur , à l'occasion de
l'Abbaye de S. Allire.
» Au dedans de cette Abbaye passe une
» Riviere , qu'on dit avoir été autrefois
» nommée Scateon , et qu'on apelle au-
»jourd'hui Tiretaine , sur laquelle on pré-
» tend qu'il s'est formé naturellement un
» Pont merveilleux de pierre , des eaux
>> d'une Fontaine qui a la vertu de pétri
» fier ce qu'on y jette,
>> Ce Pont peut avoir trente toisesde long,
» sur buit de large. L'épaisseur est de six
» toises.
Charles
JUILLET. 1735 1487
» Charles IX . faisant son voyage de
Bayonne , voulut voir ce Pont
Un Religieux de cette Abbaye qui
avoit son jardin proche de cette Riviere,
trouva moyen d'y faire entrer quelques
» parties de ces eaux , lorsque tous les
» fruits pendoient aux arbres .
» Ces eaux qu'il y conserva , pétrifierent
» les fruits , les fleurs , et tous les arbres
» du jardin , ce qui se voit encore dans
» cette Abbaye .
On trouve , Monsieur , à peu près la
même chose dans la Description de la
France , donnée au Public par M. Piganiol
, en 1718. Tome V. page 472. dont
voici les termes .
» Dans l'enclos de l'Abbaye de S. , Allire
» de Clermont , il y a une Fontaine qui
pétrifie tout ce qu'on y jette et qu'on
» y laisse pendant quelque temps .
»
» Elle coule au travers d'un jardin ,
»dans lequel elle a formé insensiblement
» une muraille de plus de 140 pas de long,
haute de 15. à 20. pieds en certains en-
» droits , et large de 10. ou 12 .

Depuis quelque temps on fait couler.
» l'eau de cette Fontaine , tantôt dans un
» endroit de ce jardin , et tantôt par un
» autre , afin d'éviter à l'avenir de pareil-
>> les pétrifications ; et comme près de l'en-
Biij droit
144888 MERCURE DE FRANCE
» droit où l'eau de cette Fontaine se jet-
>> toit dans un fossé , il y avoit une planche
pour en faciliter le passage ; l'eau
» coula enfin sur cette planche , la pétrifia
, et faisant peu à peu des aposi-
» tions pierreuses , elle a fait un Pont très
>> curieux , qu'on appelle le Pont de la »
» Pierre.
a
On dit que Charles IX . fut curieux de
voir cette merveille .
l'on
Je suis persuadé , Monsieur , que
peut trouver en France d'autres Eaux et
Cavernes pétrifiantes : puisque pour la
pétrification , il suffit que des sucs lapidifiques
imbibent des corps poreux , pour
les impregner de leur qualité dominante ;
j'en laisse la démonstration aux Naturalistes
.
Je profite avec plaisir de cette occasion
pour vous renouveller l'estime avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris le 26. Mars 1735 .
On peut ajoûter deux Articles à cette
Lettre. Le premier tiré du Grand Ouvrage
du P. Rzacinski , Jesuite Polonois ,
sur l'Histoire naturelle du Royaume de
Pologne , dont le Plan est inseré dans les
Memoires de Trevoux, Août 1721.p.1491 .
On voit dans ce Plan que la section premiere
1 1735. JUILLET. 1735 . 1489
miere duTraité IV . traite amplement De
Fontibus Mirabilibus , Aquis bituminosis,
Lapidescentibus , petrificantibus.Ce curieux
Ouvrage , auquel on peut avoir recours ,
s'imprimoit alors ( 1721 ) à Sandornir ,
L'HISTOIRE de Académie Royale des
Sciences , & c. Pour l'année 1719. fournit
un autre Article dans les diverses Obser
vations de Physique generale . Il y est parlé
d'ossemens d'animaux pétrifiez , trouvez
dans une Roche , & c. et envoyez par l'Académie
de Bourdeaux Voyez aussi la
dessus ce qui est dit dans le Journal
de Trévoux , Decembre 1722. p . 21 26. ei
suivantes. Il mérite d'être lû .
Our entendre les Vers qu'on va lire
Pil est àpropos d'être instruit qu'on
མིཛྫཱ
fait planter des Arbres dans deux Places
de la Ville de Poitiers , et qu'à mesure
qu'on les plante , de jeunes étourdis de
la Ville les endomagent malgré les séveres
défenses et la patrouille qu'on y fait
très régulierement , ce qui a donné lieu à
un Poëte de cette Ville , de tourner cette
avanture en galanterie pour une belle
Dame de Poitiers.
Biiij De
1490 MERCURE DE FRANCE
DEcette E cette Place, od sont riants bosquets , n .
Où parmi differens caquets ,
L'un l'aplaudit et puis l'autre la fronde ,
L'Amour , dit- on , fit l'autre soir la ronde ,
Suivi du cortêge qu'il a >
De jeux , s'entend , de ris ; outre cela ,
Pour y mieux déguiser l'affaire ,
Il prit le masque de sa Mere ,
Et droit au bosquet s'en alla ;
Garde y veilloit sous les ordres du Maire ,
On crie aussi tôt , qui va-là ?
La réponse fut prompte et fiere ,
Le Dieu d'un trait perça le sein
De l'arbuste le plus voisin ;
Il en sortit une voix gémissante
Un cri par le coup excité ,
"
Comme si Nymphe ou Driade eut été
Sous l'écorce tendre et naissante.
Aussi- tôt par tout le quartier
L'allarme est mise , et la garde en entier
N'osa tenter la moindre résistance :
Sous les yeux d'un Roy triomphant
Auroi :-on crû qu'à l'aspect d'un enfant ,
Elle se trouvât sans deffense !
Après ce premier coup de main ,
* La Statuë de Louis XIV ,
*
L'Amour
JUILLET . 1735. 1491
L'Amour content de sa victoire ,
Sans craindre que le lendemain
On lui lachât le monitoire , )
Sourit et poursuit son chemin
Droit à la maison de S. Chartre ,
Beauté charmante , et pour qui l'on a dit ,
Que mille Amans soupirant à crédit ,
De lear langueur étoient tombez en chartre ;
Mais jusqu'au bout chacun cherit
Un mal dont la canse est si belle ;
L'Amour frape , et bientôt s'ouvrit
L'huis de cette aimable Mortelle ;
Le fait pourtant d'une avanture telle
N'est pas encor bien éclairci ;
Une voix parmi tout ceci
Se fit entendre , et même ne sçais quelle ,
Disant , malgré la brillante sequelle
D'enfans aîlez qui folâtrent ainsi ,
N'allés pas vous tromper ici ;
Ce n'est l'Amour , c'est S. Chartre ; c'est elle,
Bv REFU1492
MERCURE DE FRANCE
RE'FUTATION des Reflexions de Mlle
Archambault , inserées dans le Mercure
de Janvier 1735. sur la Réponse de M.
Simonet à la Question , Qui de l'homme
ou de la femme a le plus de constance
d'esprit. Par L. L. R.
M
Adlle Archambault traite de préjugez
les raisons qui prouvent
que l'esprit de la femme est plus foible
que celui de l'homme ; il ne s'en faut pas
étonner , il y va de l'interêt de son sexe,
il est naturel qu'elle en étende les prérogatives
et les droits , et je ne l'en blâme
point ; mais aussi je la prie et tout le beau
sexe ensemble , de ne point trouver mauvais
que je lui dise qu'elle se trompe ; et
pour lui faire suporter plus facilement
le vous vous trompés , qu'elle me permette
d'éxaminer ses raisons , et d'y oposer les
miennes ; je ne prétens point par là lui
faire perdre son opinion , je regarde cela
comme impossible ; je veux seulement lui
faire voir que ce n'est pas sans raison que
nous nous croyons au dessus de la femme
en constance et en force d'esprit .
Je ne sçais si dans la réponse de Monsieur
JUILLET. 1735. 1493
sieur Simonet , les preuves ont paru trop
foibles à cette Demoiselle pour établir le
sentiment qu'elle a refuté ; je ne l'ai point
lûe ; mais il est certain qu'il y en a de
bien solides et en grand- nombre . Avant
que d'entrer dans le détail de ces preuves,
j'établis l'état de la question , cela m'est
nécessaire pour sçavoir si elle est bien décidée.
On entend par constance d'Esprit , du
moins Mlle Archambault l'a- t'elle ainsi entendu
, étenduë , solidité , justesse d'esprit
, force , courage , valeur. Il ne sagit
point de sçavoir s'il se peut trouver quelques
femmes qui ayent toutes ces qualitez
audessus de quelques hommes ; si la question
se réduisoit là , elle seroit bientôt
decidée ; on sçait assez, et c'est l'experience
qui nous donne cette leçon , qu'il se
trouve des femmes qui ont un mérite infiniment
élevé au dessus de quelques hommes
; mais non ce n'est point là du tout
ce dont il s'agit ; on veut sçavoir si communément,
si en general, les hommes ont
plus de constance d'esprit que les femmes
M. Simoner a decidé cette question , je
la decide de-même ; on jugera par mes
preuves et par la réfutation que je vais fai
e des reflexions de Mlle Archambault
si je decide bien.
Bvj Je
1494.MERCURE DE FRANCE
Je ne veux qu'ouvrir les Annales de
chaque siecle pour persuader tout esprit
sans prévention , que la constance d'esprit
est dans l'homme plus grande que
dans la femme : toutes ces Annales sont
remplies d'actions éclatantes d'hommes de
toutes les nations ; on y voit par tout des
Héros dans la guerre, des Grands Rois sur
le Trône ,deSages et d'équitablesMagistrats
dans la Robe , de sçavans dans les Académies
, tout cela ne dit - il pas clairement
combien l'homme surpasse la femme en
étendue et en force d'esprit ; car où trouverons-
nous rien de pareil parmi le sexe ?
En premier lieu , pour de courage il
n'en faut point demander aux femmes.
en general , la moindre perte les accable ;
le moindre danger les trouble et les remplit
de crainte , ne voit- on pas au contraire
une valeur surprenante dans des milliers
d'hommes ? Combien de vaillants
Guerriers qui comptent le nombre de leurs
victoires par celui des jours qu'ils ont
combattu , et il n'est point de Nations
qui n'ait les siens.
Il est vrai , et on ne peut en disconve
nir , on a yû des femmes devenir l'admiration
de tout le monde par des actions
de vaicur; c'est aussi ce que Mlle Archambault
n'oublie pas de bien faire valoir ;
mais
JUILLET. 1735. 1495
mais j'aurois bien voulu qu'elle nous eut
dit si ces femmes héroïques sont en grand
nombre ; je sçais qu'une Judith a montré
un courage au dessus de celui de tous
les Israëlites , en coupant la tête du General
Assirien ; qu'une Suzanne a vaincu les
emportemens criminels de deux infames
vieillards , qu'une Lucrece a eu la force
de s'arracher la vie pour ne pas survivre
à la
perte de son honneur , je sçais qu'on
trouvera encore des femmes de cette espece,
que le courage a illustrées ; mais je le
demande à toutes les femmes , unc Judith
, une Suzanne dans tout Israël , une
Lucrece dans l'Empire Romain , et quelqu'autre
dans tout l'Univers , font elles un
nombre assez grand pour donner à toutes
les femmes le titre gloricux de fortes , de
constantes , de courageuses ?
J'entends tous les jours les femmes
( qu'on me permette en passant cette petite
remarque) se glorifier d'avoir eu parmi
elles une Judith , je les entends citer
son action comme la plus heroïque qu'on
ait jamais vûë , je le veux , l'action de Judith
est très héroïque; mais elles ne disent
pas que cettefemme étoit l'instrument du
bras du Seigneur ,qu'en elle Dieu vouloit
faire éclater sa puissance , que par elle
Dieu vouloit donner des marques de protection
au peuple Juif ? et pourquoi Dieu
choisit
1496 MERCURE DE FRANCE
choisit -il plutôt une femme qu'un hom
me pour exccuter son dessein ? c'est sans
doute parce qu'il connoît la foiblesse du
sexe , qu'il sçait que la femme est incapable
de monter au dernier degré d'héroïsme
, et parconsequent que son peuple
méconnoître la puissance de son
ne
peut
bras dans l'action de Judith.
و
Que les femmes commencent donc
dabord à nous ceder le courage et la valeur
et qu'elles cessent de conclure
du petit nombre de leurs Héroïnes ,
qu'elles sont en general aussi courageuses
que les hommes. En effet , conclure
que les femmes sont courageuses.
parce qu'il y en a eu quelques unes , on petit
nombre , qui ont mérité ce titre , je
dis que ce seroit vouloir conclure que les
hommes sont des lâches , des effeminez ,
& c. parce qu'on en voit quelques uns qui
le sont effectivement .
Ce n'est pas en valeur seulement que
Phomme surpasse la femme , il lui dispute
encore l'habileté à gouverner les
Etats, et la sagesse nécessaire pour rendre
la justice ; car d'où vient cette preférence
de l'homme à la femme , pour tenir les
rênes des Empires et la balance de la Justice
n'est-ce pas parce que l'homme la
surpasse en capacité : on voit , il est vrai ,
quelquefois des femmes sur le Trône ;
mais.
JUILLET. 1735. 1497
pas
mais ce n'est qu'au defaut d'hommes dans
les Familles Royales ; et le Royaume le
plus policé et le plus florissant n'a til
pour loy fondamentale , l'exclusion des
femmes de la succession à la Couronne ?
Ici les femmes nous évitent la peine de les
refuter, parce qu'elles n'ont là- dessus aucune
objection à nous faire.
A tous ces avantages que l'homme à
sur la femme , joignons- y la science , et
nous acheverons de persuader que la constance
d'esprit est plus grande dans le premier.
L'homme a toujours fleuri et fleurit
encore dans le monde des Sciences et
des Arts, et nul autre que l'homme ne les a
inventez ,nul autre ne les a perfectionnez .
Ce nombre infini de livres qui en traitent
ne vient ils pas encore des hommes ?
les femmes auroient- elles assez de vanité
pour se compater en tout cela aux hom
mes ? se croyent elles assez de solidité
de jugement , assez d'étenduë d'esprit ,
assez de justesse de raisonnement , pour
aprendre à fond les Mathématiques
pour s'apliquer aux recherches des merveilles
de la nature , pour s'élever jusqu'aux
spéculations Méthaphisiques , pour
établir de solides principes de morale ,
&c ? Mais , disent les femmes , nous avons
eu parmi nous des sçavantes , et si on s'avisoit
1498 MERCURE DE FRANCE
visoit de le nier , leurs Ouvrages le démontreront.
Je serois fâché que la moindre chose à
l'avantage des femmes put m'échaper.
Nous avons , je l'avoue , des Ouvrages
sortis de la plume des femmes , je vais
plus loin , je dis que ces Ouvrages sont
parfaits en leur genre , mais sont ils en
grand nombre ? et de quoi traitent - ils ?
pour faire donner le nom de sçavantes à
celles qui en sont les auteurs ? on le sçait
assez , ces Ouvrages ne sont pour la plupart
que des Romans , dont les intrigues
d'amour font tout le sujet . Je l'ai dit, et je
le repete avec plaisir , les femmes en ce
genre ont excellé , nous n'avons rien en
Romans qui soit au dessus de ceux qu'elles
nous ont laissez , le stile en est leger ,
fleuri , enjoué , les expressions en sont
belles , les sentimens tendres , enfin rout
y est disposé pour faire de parfaits Romans
; voilà ces Ouvrages que vantent
tant les femmes , mais suffisent- ils pour
s'arroger le titre de sçavantes ?
Tout en elles persuade que les Sciences
ne sont pas de leur ressort. Cette agréable
oisiveté où elles se plaisent , ces
amusemens vains qu'elles recherchent
toutes les bagatelles dont elles font leurs
Qcupations , et ces conversations dont les
modes
,
JUILLET. 17357
1499
modes, les ajustemens et quantité de choses
aussi frivoles , font tout le sujet , tout
cela en bonne foi montre- t'il la moindre
disposition pour les Sciences , un esprit
étendu , un jugement solide , &c ?
Les femmes pour soutenir leur égalité
prétendue en force d'esprit à l'homme
aportent encore d'autres preuves ; pourquoi,
disent - elles , ne serons nous pas égales
aux hommes ? sommes nous d'une autre
nature , et n'avons nous pas reçû la
même benediction , les mêmes dons dans
Eve , que les hommes dans Adam ? personne
n'a jamais douté de cela , mais vouloir
qu'à cause de cette même benediction ,
de ces mêmes dons que Dieu a distribuez
aux deux scxes , ils ayent tous deux la
même constance d'esprit , c'est vouloir se
déclarer ennemi de la verité et de la raison
car n'est-il pas évident tous que les
hommes même ne sont point égaux entre
eux en constance d'esprit ? cependant ils
ont tous reçû de Dieu dans Adam , la
même benediction , les mêmes dons ; si
on disoit que la femme n'a aucune constance
d'esprit , si on la déclaroit incapable
d'en avoir , alors les femmes pouroient
faire usage contre nous de cette
raison ; mais non , ce n'est point du tout
ce que nous prétendons, nous ne refusons
point
S38192
1500 MERCURE DE FRANCE
point de la constance aux femmes , toutes
nos prétentions se réduisent à la met
tre au dessous de la notre.
, 2
Le sexe croit cependant son raisonne
ment inébranlable lorsqu'il l'a appuyé sur
la chute d'Adam , égale à celle d'Eve ; cela
, dit il ne démontre t'il pas une égale
foiblesse dans l'un et dans l'autre ? mais
on va voir cette autre raison detruite . On
le sçait , et ce n'est que trop une malheureuse
experience de tous les jours , l'esprit
tentateur n'oublie rien des moyens
les plus propres à nous séduire , il avoit
dessein de séduire l'innocence de nos Pa
rens , cependant il ne s'adresse point à
Adam ; que penser de cela si ce n'est
qu'il sçavoit bien qu'il n'y réussiroit pas ,
parce qu'il lui connoissoit une grande for
ce d'esprit , et qu'il croyoit venir mieux à
bout de séduire Eve, moins capable de lui.
oposer tant de résistance ; qu'on donne une
autre raison plus plausible de cette conduite
du tentateur , on me verra abandonner
mes preuves et ceder aux femmes tout.
l'avantage. Mais , ajoutera-t'on , Adam
se laisse séduire aussi , qu'importe que ce
soit par Eve ou par le Serpent , cela montre
toujours la même foiblesse que sa fem .
me ; il est vrai , Adam a mangé comme:
sa femme du fruit auquel Dieu leur avoit
defendu
JUILLET . 1735. 1501
,
defendu de toucher , mais on sçait que
cette désobéïssance eut pour cause le grand
amour d'Adam pour sa femme et non
pas une pure foiblesse. C'est ce que pense
S. Augustin , et le sentiment de ce
S. Docteur est fondé sur les paroles de l'Apôtre
, qui dit qu'Adam dans sa prévarication
n'a point été séduit , mais seule
ment Eve à qui le Serpent s'adressa .
La prétendue preuve tirée de l'ordre de
la création de l'Univers , dans lequel la
femme est formée la derniere comme l'ouvrage
le plus noble , &c. Cette preuve ,
dis je , est encore plus aisée à refuter que
les autres , c'est un vrai Sophisme , et je
ne m'y arrête pas.
Mais si vous nous croyés si audessous
de vous , ajoutent les femmes , pourquoi
nous confiés vous l'éducation des Enfans,
chose si importante ;je ne sçais comment on
ose aporter une si pitoyable preuve; quelle
éducation , en effet , demande-t'on aux
femmes pour les enfans ? tout au plus des
premiers principes de Religion et d'honneteté
, faut- il donc tant d'esprit , tant de
justesse de discernement, tant de solidité
pour cette premiere éducation ? non certesg
mais pour ce qui s'apelle belle et parfaite
éducation qui consiste à former le jugement,
à donner de bons principes de Keligion
1502 MERCURE DE FRANCE
ligion et de morale , à orner l'esprit de
sciences, &c. les femmes s'en croyent- elles
bien capables ? e ne le crois pas , du moins ;
elles abandonnent ce soin aux hommes.
Au reste les femmes croyent peutêtre
que nous les regardons comme
idignes de toute loüange , lorsqu'elles
nous disent , que renfermées dans
leur Sphere , elles méritent autant que
nous dins la nôtre ; mais elles se trompent
; Eh ! qui leur a jamais refusé notre
admiration et no aplaudissemens ; ouy ,
sans doute , une femme qui fait dans sa
Sphere tout ce dont elle est capable , qui
a soin de son domestique , qui s'aplique
à donner de bons commencemens d'éducation
à ses enfans , qui regle sa maison
qui est soumise à son mari , mérite , pour
ainsi dire , autant de loüanges que tous
ces Heros , tous ces grands Politiques , et
tous ces Sçavans .
Enfin pour faire voir aux Dames que
nous ne leur refusons pas les louanges
dûës à leur merite , je fais ici un aveu public
de les croire en bien d'autres choses
au dessus de l'homme ; elles ont la beauté,
l'agrément , elles font l'ornement des
compagnies , elles sont l'objet de nos
complaisances , de nos soins , parce que
nous trouvons tout aimable en elles ; pour
l'esJUILLET.
1735. 1503
l'esprit , elles l'ont plus vif , plus brillant ,
plus gai , plus cnjoué que nous . Tout
cela les dédommage , sans doute , assez d'une
con tance qu'elles n'ont pas au même
degré que les hommes.
ELEVATION A DIEU
Par la contemplation de ses Ouvrages
D
O D E.
Ieu tout puissant , Maître du monde,
Sous qui tremblent la Terre et l'Enfer et les
Cieux ,
Toi , qu'une obscurité profonde
Rend inaccessib.e à nos yeux ;
Pour penetrer, Seigneur, ton Essence suprême,
S'il faut être égal à toi - même ,
Si l'esprit trop borné ne peut te concevoir ,
Promenant nos regards de l'un à l'autre Pole ,
Dans les oeuvres de ta parole .
Méconnoîtrons - nous ton pouvoir?
L'Univers , Sagesse infinie ,
Est un Livre sacré que nous ouvrent tes mains
Dans sa pompe et son harmonie
Tout parle sans cesse aux humains.
Ces
1504
MERCURE DE FRANCE
Ces globes enflammez qui roulent sur nos têtes .
Ces mers fécondes en tempêtes ,
LaTerre à nos besoins prodiguant ses bienfaits...
Tous les Etres enfin , aux yeux de tous les âges,
Avec cent voix et cent langages ,
Vantent le Dieu qui les a faits.
Mais que le Ciel brille à ma vûë ,
Que ta voix en tonnant perce jusqu'aux Enfers ;
Que l'onde fierement émuë
Semble se perdre dans les airs ,
Ou que des flots mutins l'impetueuse rage
A ta voix expire au rivage,
J'adore en fremissant ta force et ta splendeur
Et moins surpris encer de ces frapans spectacles ›
C'est dans de plus secrets miracles
Que je contemple ta grandeur.
Paroissés , enfans de la Terre ,
Agiles (4) habitans des airs , des champs , des
bois ,
Parmi vous , ruses travaux , guerre ,
?
Que de prodiges à la fois !
A tous vos mouvemens la sagesse préside ,
Est ce la raison qui vous guide è
N'est- ce qu'un foible instinct moteur de vos ressorts
....
(a) Les Animaux.
Ouvre
JUILLET. 1735. TS S
uvre les yeux , Mortel dans ces frêles machi
nes ,
Admire des sources divines
Les inépuisables trésors.
Que leur industrie est puissante !
Par ses hardis travaux étonnant mes regards
Grand Dieu , la matiere sçavante ,
Epuise les secrets des Arts.
Pour surprendre sa proye (a) une fileuse habile ,
Ici sur sa trame docile
Promene tour à tour des fils entrelassez ,
Quel art quelle justesse ! orguilleux Geometre ,
Pourrois-tu ne pas reconnoître
Que tes travaux sont effacez ?
Là l'ingenieuse Hirondelle ,
Du fruit de ses amours suspendant le berceau ,
Moins rivale encor que modelle ,
Etonne le jaloux ciseau .
Ciel , l'argile obéit à l'ordre qu'elle trace ;
Tout se range , tout prend sa place ,.
L'édifice s'acroit et s'éleve à mes yeux ;
2
Quels sont donc tes secrets , auteur de la naq
ture !
Un chef d'oeuvre d'Architecture
Nait sous un bec industrieux .
(a) L'Araignée.
Dans
1506 MERCURE DE FRANCE
Dans sa retraite (a) suspenduë
Cer (b) insecte produit la parure des Rois :
Honteux de ramper à ma vûë ,
Il s'est imposé d'autres loix."
Quels sublimes efforts signalent son adresse
Bientôt vaincu par sa foiblesse ,
Au sein de son ouvrage il trouve son tombeau
Et rival en mourant de la Toute- puissance
De lui- même , de son essence ,
Fait sortir un Etre (c) nouveau !
Quelle est la nation (d) armée
Qu'un bruit sourd me découvre errante en c
jardin?
Tantôt au pillage animée ,
Elle s'enrichit du butin ;
Tantôt de mille fleurs la dépouille sterile ,
Grand Dieu par son art se distile ,
En fluides ( ) trésors , précieux aux mortels ;
Que dis-je par tes loix , o Sagesse profonde ,
Tu rends son adresse féconde
Tributaire (f) de res autels.
(a ) Le peloton de soye dont - il s'envelope.
(b) Le Ver à soye.
(c) Le Papillon..
(d) Les Abeilles et leur aiguillon.
(c) Le Miel.
(f) Usage de la cire dans les Eglisės,
Orgueilleuse
JUILLET
- 1735
1507
Orgueilleuse
raison de l'homme
Qui vois avec mépris de sages animaux
Contemple ce peuple (a ) économe
Courbé sous d'utiles fardeaux.
Habile à prévenir le tems de l'indigence ,
Dans la saison de l'abondance ,

Il comble ses greniers sous d'invisibles toits ,
Et formant à son gré de sages
Républiques ,
Trouve en ses demeures obliques ,
Ses moeurs , sa patrie et ses loix.
Tout me ravit dans la nature ,
Jusqu'au plus vil insecte écrazé sous mes pas ?
Qui peut contempler sa structure ,
Seigneur , et ne t'admirer pas !
Par le pompeux éclat de diverses merveilles ;
Frapant mes yeux et mes oreilles ,
Ta suprême bonté s'abaisse jusqu'à moi ,
Et m'élevant enfin jusques à ton Essence ,
J'aprends que l'humaine puissance ,
que
foiblesse devant toi, N'est
Mirabilia opera tua,
Par M. R. de
l'Oratoire.
(a) Les Fourmis.
C LETTRE
1508 MERCURE DE FRANCE
急急急央急急急燒車急急急急急急急急急急急急鼎邊
LETTRE écrite par MR. D.G.
en Bourbonnois, le 25. Fuin 1735. au sui
jet dujour des Etrennes , &c.
J
E vois , Monsieur
aux pages 650.
et 651 du Mercure
d'Avril
, 1735.
que le sçavant
Editeur
du troisiéme
volume
des Ordonnances
de nos Rois , a
fait une observation
au sujet du jour des
Efrennes
, terme
qui se trouve
employé
dans deux Ordonnances
, l'une de Janvier
1358. l'autre
de Juillet
1362 .
Il s'agit de fixer l'époque des Etrennes
dans ce tems là , et de sçavoir quel jour
on donnoit les Etrennes en France en
1362 .
Faute de passage précis sur les Etren
nes , M. Secousse présume que l'on a toujours
conservé en France l'ancien usage de
les donner le premier de Janvier , parce
que dans le temps même où l'année commençoit
à Pâques , on ne laissoit pas de
regarder le premier Janvier comme le
premier jour de l'an.
L'autorité d'un habile homme est tou
jours une forte présomption pour la veité.
Et si le sentiment de M , Secousse
laissoir
JUILLET. 1735. 8509
laissoit subsister des doutes , je suis en
état ( autant qu'il voudra le permettre ,
et que vous jugerés la chose interessante
) de les lever par des passages formels
tirez de l'ancienne Chronique de Louis
Duc de Bourbon , Comte de Clermont ,
Grand Chambrier de France . Cette Chronique
futtrouvée dans la Bibliotheque de“
Papire Masson , et M. Jean Másson Archidiacre
de Bayeux la fit imprimer à Paris
en 1612. C'est un Ouvrage estimable
, composé par Jean Dorronville Picard
, qui déclare qu'il n'a fait que rediger
ce qu'il a apris de JeanSire de Chatelmorant
qui parloit plus de voir que d'ouir.
Nos Historiens auroient pû consulter
cette Chronique depuis 1363. jusqu'à
1419.
Du Chapitre second est extrait ce qui
suit. » De Clermont partit ledit Duc
Loys , s'en vint à son Duché de Bour
» bonnois à Souvigny , où il arriva deux
» jours devant Noël , l'an de grace 1363 ..
» et là vindrent par devers lui ses Cheva-
» liers et Ecuyers ...... et le quart jour
» des Fêtes , dit aux Chevaliers le Duc en
>> riant , je ne vous veux point mercier des
» biens que vous m'avez faicts , car si
>> maintenant je vous en merciois vous
>> vous en voudriez aller , et ce me seroit
Cij
unc
S10 MERCURE DE FRANCE
» une des grandes déplaisances que je pusse
avoir ...... et vous prie à tous que
>> vousvueillez estre en compagnie le jour
» de l'an en ma Ville de Moulins , et là
» je vous veux Etrenner de mon coeur et
» de ma bonne volonté que je veux avoir
» avec vous .
Et au troisiéme Chapitre. » L'an qui
» couroit 1363 comme dit est , advint
» que la veille du jour de l'an fut le Duc
» Loys en sa Ville de Moulins , et sa Chevalerie
après lui ...... Et le jour de
» l'an bien matin se leva le gentil Duc
» pour recueillir ses Chevaliers et nobles
» hommes pour aller à l'Eglise de Notrep3
Dame de Moulins , et avant que le Duc
» pratist de sa chambre , les vint Etrenner
» d'une belle ordre qu'il avoit faicte , qui
s'appelloit l'Ecu d'or.
,
Au Chapitre cinq. » Si les commanda
» le Duc à Dieu et eux pris congé de
» lui se partirent...... Les gens partis
» de Cour , vint le jour des Rois où le
» Duc de Bourbon fit grande Feste et lyc
chere.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LES
JUILLET. 1735 .
*****:*XX :XXXXXXX
LES DIFFERENS POINTS DE VUE.
FAute
Sur
FABLE.
Aute d'envisager le même Point de vûë ,
Tous les jours on voit mille gens
un même sujet d'avis tous differens.
Un Sculpteur fit une Statuë ,

Et pour fraper les yeux des Spectateurs ,
Peignit ses vétemens de diverses couleurs ;
Mais disposa le tout avec certaine entente
Que d'un côté le rouge seul s'offroit ,
De l'autre l'Orangé; là le blanc se montroit ;
Ici le verd , ou couleur differente .
Chacun des regardans n'envisageant qu'un point,
Sur la couleur on he s'accordoit point :
Je soutiens noir , dit l'un , l'habit de la figure ;
Moi , rouge , dit un autre , et j'en fais la gageure,
Ypensés- vous , dit celui - cy ;
Je n'y vois que couleur d'orange ;
Vous êtes , sans mentir, un homme bien étrange,
Dit celui-là : quoi donc ! vous aveugler ainsi !
Et ne pas voir que cette robe est blanche !
Pour moi , dit son voisin , d'autre côté je panche
Et je la garantis aussi verte que pré.
Enfin chacun décidant à son gré ,
C iij
On
1512 MERCURE DE FRANCE
On crie , on dispute , on chamaille ,
On étoit même au point de se livrer bataille ,
Lorsqu'un Passant , homme de sens ,
Vint dissiper cette cohuë.
Y pensés-vous , dit- il , mes bonnes gens .
Eh ! changés tous de point -de- vûë
Faites le tour de la Statuë ,
Comme il falloit faire d'abord ;
On le fit donc et tous furent d'accord.
SEANCE publique de l'Académie
Royale de Chirurgie , 1735 .
E Mardi d'après la Trinité , 7. Juin ,
l'Académie Royale de Chirurgie tint
une Séance publique , dans laquelle M.
Morand commença par annoncer les
changemens arrivez depuis celle de 1734.
sçavoir la mort de Mrs Cannac , Bouquot
l'aîné , et Dupont.
M.Cannac étoit Chirurgien Major d'u
ne Compagnie des Gardes du Corps du
Roy. M. Bouquot l'aîné , Chirurgien de
l'Hôpital des Peties Maisons , et M. Dupont
, Chirurgien en chef de l'Hôpital
General.
Ensuite M. Morand proclama le Memoire
JUILLE T. 1735. 15tz
moire qui a gagné le Prix de 1734. il
a éte adjugé au N ° . 12. qui a pour De
vise Festina lentè. L'Auteur est M. le Cat,
Maître Chirurgien de Rouen , et Chirurgien
de l'Hôtel - Dieu de la même Ville ,
le même qui avoit remporté le Prix de
1733. et concouru pour celui de 1732.
M. de la Faye , chargé de la Procuration
de M. le Cat , reçut la Médaille d'or des
mains de M. Bourgeois.
L'Académie , parmi les Piéces qui lui
ont été envoyées, a jugé que celle N ° . 14.
dont la Devise est , Un seul l'aura , méritoit
seule de concourir pour le Prix.
Le Sujet du Prix pour cette année 1735 .
est : Déterminer le caractere distinctif des
Playes , faites par armes à feu et le traitement
qui leur convient.
M. Morand ayant fini de lire ce qui
regarde le Prix , M. Garangeot lût une
Observation sur une Hernie par le trou.
Ovalaire. Une femme accouchée depuis
peu , fit une chute sur les fesses , dont
elle eut des accidens qui l'obligerent à
avoir recours à M. Garangeot ; comme
elle vomissoit depuis trois jours des matieres
mousseuses , bilieuses et même
focales , M. Garangeot conjectura qu'il
y avoit quelque embarras dans le canal
intestinal ; il examina les parties qui
C iiij
ordi1514
MERCURE DE FRANCE
ordinairement donnent passage aux des
centes , et sur ce que la Malade lui dit
que la douleur la plus vive s'étoit fait
sentir au dedans de la cuisse droite , il
se ressouvint des Observations dûës à
M. Arnaud le pere , et à M. Duvernay ,
sur les Hernies par le trou Ovalaire ; alors
ayant examiné la cuisse droite , il aperçut
à sa partie interne et superieure une
tumeur longitudinale de trois doigts de
saillie , commençant à un travers de doigt
de la vulve , et ayant six à sept pouces de
long jusqu'à la partie moyenne de la cuisse
où elle finissoit ; de là il conclut qu'u
ne portion d'intestin avoit passé par le
trou Ovalaire et produisoit la tumeur ;
pour en faire la réduction , il posa
la
Malade le fondement élevé sur un traversin
en double , il fit avec de l'huile
commune , une onction bien chaude
sur la tumeur et en la maniant doucement
, elle se prêta à ses mouvemens
et disparut en même temps qu'un certain
gargoüillement dans le ventre fut
aperçu de la Malade. Tous les accidens
cesserent et le ventre devint libre ; quelques
compresses trempées dans du vin
chaud , firent tout l'apareil.

M. Gregoire lut ensuite un Mémoire
sur le déchirement de la matrice dans ses.
diffeJUILLET.
1735 1515
differentes parties . Tous les Accoucheurs
'conviennent bien des déchirements du
Vagin ; mais plusieurs nient la possibilité
du déchirement de la matrice , dont l'épaisseur
, selon eux , semble augmenter
dans la grossesse à mesure qu'elle s'étend .
M. Gregoire prétend au contraire qu'elle
perd de son épaisseur à proportion de
l'extension de ses fibres , et assure qu'ayant
dans sa cavité un foetus arrivé au
dernier terme de son accroissement , elle
n'a pas plus de 4 lignes d'épaisseur où le
placenta est attaché , six lignes lorsque
·les eaux sont écoulées , et una ligné dans
ses autres parties ; l'épaisseur de la matrice
ne sera donc point une raison assez forte
contre le déchirement en question ; et s'il
n'arrive pas plus souvent , c'est que les
eaux qui environnent l'enfant l'empêchent
de heurter inimediatement les parois
de la matrice en même tems qu'elles
conservent la souplesse des fibres de cet.
organe. Après avoir aporté plusieurs autres
preuves de son sentiment , M. Gregoire
donna des éxemples de la rupture
de la matrice , dont les principales causes
sont quelques mouvements extraordinairès
d'un enfant fort et vigoureux , ou la
dissipation subite et prématurée des eaux,
ou enfin quelque coup violent porté à la
C v M.
égion de la matrice.
1516 MERCURE DE FRANCE
M. Gregoire fut apelié au secours d'une
femme de trente sept ans grosse de
son douzième enfant , au terme de huit
nois et demi , laquelle avoit été jettée
par terre et blessée au ventre ; M. Gregoire
la trouva mourante , et par les recherches
qu'il fit , il reconnut la tête de
l'enfant au travers de la substance de la
matrice , dont l'orifice étoit peu ouvert.
En touchant le ventre il distingua vers
le lombe gauche le corps de l'enfant , et
vers la région de l'estomac deux corps à
'peu près rends , dont l'un plus saillant
que l'autre,lui parut être une fesse de l'enfant
; le ventre de la niere étant fort douloureux
et la matrice distinctement téparée
du corps de l'enfant , M. Gregoire
jugea que l'enfant avoit crevé la matrice,
-et étoit tombé dans le ventre. L'orifice
-n'étoit pas assez dilaté pour permettre
d'essayer l'accouchement , et M. Gregoire
porta un pronostic très fâcheux qui fuc
bientôt vérifié par la mort de la mere.
On éx mina le cadavre , et on trouva à
la partie laterale gauche de la matrice ,
une cuverture ovale par laquelle le corps
de l'enfant avoit passé, et s'étoit logé dans
le ventre , il n'en restoit plus que la tête
dans la matrice . Cet éxemple confirme
les deux faits raportez par Fabricius Heldanus
JUILLET. 1735. 1517
danus , sur la rupture de la matrice ; l'un
à sa partie laterale droite , l'autre à sa
partie laterale gauche , et l'observation de
M. Gregoire le pere sur une matrice oùverte
dans son fond.
M. Arnaud lut pour M. de la Peyronie
une Observation fort singuliere sur la
réunion d'un bras presque totalement séparé
du corps par un coup de hache qui
avoit coupé obliquement l'os même du
bras, et tous les muscies qui l'environnent
, ne laissant d'entier que le cordon
des vaisseaux , revêtu d'une bande de peaude
la largeur du poulce. Le blessé ayant
le bras pendant, de sorte que sa main descendoit
près du genou , eut la force de
le prendre avec sa main droite , et de le
raprocher lui - même du haut de l'épaule ,
par un pur mouvement de la nature . On
envelopa la partie de beaucoup de linge ,
et on mena le blessé à M. de la Peyronie
qui trouvi la playe remplie de linge et de
caillots de sang , une distance de huit
poulces entre les deux parties coupées , et
la portion inferieure du bras , froide , livide
et sans sentiment , aussi- bien que
l'avant bras et la main ; dans cet état il
éroit si facile d'achever l'amputation , ec-
.si peu vrai- semblab e de conserver le
m.mbre , que plusieurs Chirurgiens qu
Cvj accom
1516 MERCURE DE FRANCE
C
M. Gregoire fut apelié au secours d'une
femme de trente sept ans , grosse de
son douzième enfant , au terme de huit
n ois et demi , laquelle avoit été jettée
par terre et blessée au ventre ; M. Gregoire
la trouva mourante , et par les recherches
qu'il fit , il reconnut la tête de
l'enfant au travers de la substance de la
matilce , dont l'orifice étoit peu ouvert.
En touchant le ventre il distingua vers
le lombe gauche le corps de l'enfant , et
vers la région de l'estomac deux corps à
'peu près rends , dont l'un plus saillant
que l'autre,lui parut être une fesse de l'enfant
; le ventre de la niere étant fort douloureux
; et la matrice distinctement éparée
du corps de l'enfant , M. Gregoire
jugea que l'enfant avoit crevé la matrice,
et étoit tombé dans le ventre. L'orifice
-n'étoit pas assez dilaté pour permettre
d'essayer l'accouchement , et M. Gregoire
porta un pronostic très fâcheux , qui fuc
bientôt verifié par la mort de la more.
On éx mina le cadavre , et on trouva à
la partie laterale gauche de la matrice ,
une cuverture ovale par laquelle le corps
de l'enfant avoit passé, et s'étoit logé dans
le ventre , il n'en restoit plus que la tête
dins la matrice . Cet éxemple confirme
les deux faits raportez par Fabricius Hildanus
JUILLET. 1735. 1517
danus , sur la rupture de la matrice ; l'un
à sa partie laterale droite , l'autre à sa
partie laterale gauch , et l'observation de
M. Gregoire le pere sur une matrice ouverte
dans son fond .
M. Arnaud lut pour M. de la Peyronie
une Observation fort singuliere sur la
réunion d'un bras presque totalement sé- .
paré du corps par un coup de hache qui
avoit coupé obliquement l'os même du
bra , et tous les muscies qui l'environnent
, ne laissant d'entier que le cordon
des vaisseaux ,revêtu d'une bande de peau.
de la largeur du poulce. Le blessé ayant
le bras pendant , de sorte que sa main des
cendoit près du genou , eut la force de
le prendre avec sa main droite , et de le
raprocher lui- même du haut de l'épaule ,
par un pur mouvement de la nature . On
envelopa la partie de beaucoup de linge,
et on mena le blessé à M. de la Peyronie
qui trouva la playe remplie de linge et de
Caillots de sang , une distance de huit
poulces entre les deux parties coupées , et
la portion inferieure du bras , froide , livide
et sans sentiment , aussi bien que
l'avant bras et la main ; dans cet état il
éroit si facile d'achever l'amputation , etsi
peu vrai- semblabe de conserver le
m.inbre , que plusieurs Chirurgiens qu
C v accom
1418 MERCURE DE FRANCE
accompagnoient M de la Peyronie , pro
poserent de le couper tout-à- fait ; mais
M. de la Peyronie fondé sur quelques
éxemples de réunion qu'on n'auroit osé
esperer, voulut tenter celle-ci pour cela
il ôta quelques petites portions d'os détachées
, affronta les parties autant qu'il
lui fut possible , & les soutint avec un
apareil convenable , en observant de le
faire fenestré , pour pouvoir panser la
playe sans toucher à ce qui tenoit les
os en sujetion ; il employa pour topique
l'eau de vie , animée d'un peu de sel ammoniac
, et mit en usage tout ce qu'il fa
loit , soit pour rapeller la chaleur natu
relle , soit pour prévenir les accidents.
Le deuxième jour le bras parut un peu
gonflé au- dessus de la playe , il n'y avoit
point de poulx à la main . Le troisiéme ,
un peu de gonflement à la main et à l'avant-
bras ; le quatrième , le gonflement
augmenté, et un peu de chaleur à la main.
Du cinquième au huitième , la chaleur
augmentée par dégrez ; le huitiéme la fenêtre
du bandage fut ouverte , et la playe
parut s'animer. Le pansement fut fait
avec des plumaceaux trempez dans une
dissolution de Colcotar, et des compresses
imbibées d'un vin aromatique animé
ce qui fut continué jusqu'au 14. que l'apareil
JUILLET. 1735. 19
pareil fut levé pour la seconde fois , er
la playe parut disposée à la réunion . Le
18, la cicatrice se trouva avancée , la partie
presque dans son état naturch , et le
battement du poulx sensible alors M. de
la Peyronie substitua un bandage roulé
au fenestré , on eut soin de lever l'apareil
de dix en dix jours après so. jours on
l'ôta entierement ; et au bout de deux
mois de la blessure , le malade fut entiésement
guéri , à un peu d'engourdisse
ment près dans la partie.
M. de la Peyronie étoit encouragé dans
cette entreprise par l'éxemple qu'il avoit
eu en 1706. d'un Soldat Suisse , qui eut le
doigt index d'une main coupé de façon,
qu'il ne tenoit plus qu'à une petite portion
de la peau qui le joint au do gi du
milieu ; et de ces deux observations , M.
de la Peyronieconclut qu'on doit en toute
occasion tenter la réunion des parties
qu'il n'y a point d'inconvenient à l'essayer,
et que souvent la nature ne demande qu'à
être aidée pour faire des prodiges.
M. Morand lut pour M. Bagien une
Observation sur une fracture de la rotu
le , maintenuë après la réduction , par un
apareil fort extraordinaire. En 1728. un
Soldat de la garnison de Maubeuge tomba
sur le genou gauche , et se cassa la
rotule ;
24 MERCURE DE FRANCE
rotule ; M. Bagieu mandé , le trouva dans
une Cense où étoit arrivé l'accident , et
commença par en faire la réduction ;
mais lorsqu'il fut question de retenir les
pices en place , il ne se trouva rien dans
le lieu pour faire un apareil , cependant
M. Bigieu ne vouloit point que ce bles é
fat transporté à l'Hôpital sans assu etir
les pécs de la fracture , dans l'état où il
venoit de les mettre ; il n'avoit sur lui
qu'une ligature et une bande à saigner , il
joignit ensemble la ligature et ses jaretieres
, il fut obligé d'y coudre encore les
juretieres de quelques assistans , pour de
ces piéces de differentes matiéres et largeur
,
faire une bind à deux chef; ; le
hazard lui ayant offert la couverture d'un
vieux livre , il la trempa dins de l'eau
pour en faire une boë e inolie , et pansa
le malade comme on vi l'expliquer.
po
La bande à saigner déchirée en deux
lui servit de compresse , appliquée en

sau oir au- dessus et au dessous de la rotule
, il mit la couverture du livre par le
milieu sou le jarret , les d ux panneaux
de chique côté du genou , le tour fut
contenu par la bande de plusieurs piéces ;
la jambe du malade fur posée sur une
planche attachée au siége d'une chaise , et
liée à cette même planche par le moyen
à un
JUILLET. 1735. 1520.
d'un licol ; dans cet état il fut porté à
P'Hôpital , où M. Bagieu continua de voir
le malade , de concert avec M. Vandal ,
Chirurgien Major.
Cet apareil d'hazard eut un très- bon
succès , il parut si bien ajusté à la partie ,
qu'on le laissa neufjours , et on ne le
changea que parce que les jaretieres usées
se Fourissoient. Le malade fut parfairement
guéri au bout de deux mois.
Cet éxemple fait voir que l'industrie est
bien necessaire à un Chirurgien , lorsque
les moyens méthodiques lui manquent.
Après la lecture de ce Mémoire , M.la
Faye donna la description d'une machine
qu'il a inventée , pour faciliter le transport
et les pansemens de ceux qui ont la
cuisse ou le genou , ou la jumbe brisée.
M. la Faye qui a été Aide- Major dans
l'Armée d'Allemagne , a été s n ible aux
maux que l'on fait aux blessez de certe
espece , lorsqu'on les met sur des chariots
pour les transporter de la tranche à
l'Hôpital ; les douleurs excitées par le frotem
nt des pièces brisées contre les parties
molles , sont terribles , et causent des
accidens funestes tels que gonflement ,
inflammation , dépôt , hemorragie , & c.
Ces accidens sont- ils calmez , lorsque le
blessé est de repos dans le lieu où il a été
porté ,
1522 MERCURE DE FRANCE
port , on est quelquefois obligé de le
transporter de nouveau , par l'affluence
de ceux qu'on aporte au premier Hôpital
, et alors aux premiers accidens se
joignent ceux qui resaltent d'une supuration
troublée , accidens que non seu◄
lément les Soldats éprouvent , mais encore
ceux qui par leur profession sont
exposez à des chutés périlleuses.
La Machine que M. de la Faye pro¬
pose , est simple , aisée à pratiquer et
de peu de coût ; elle est composée de
quatre pieces , qu'on employe séparé
ment pour la cuisse , le genoüil , la jambe
le pied, au plusieurs ensemble , suivant le
besoin ; chacune est faite de lames de fer
blanc , jointes ensemble par charnieres ,
suivant leur longueur , un peu convexes
en dehors et concaves en dedans ; on peut
les recouvrir d'une toile cirée qui em
pêche qu'elles ne solent mouillées par les.
liqueurs qui couleroient de la partie, ou les
topiques dont on imbiberoit les apareils ,
on aplique la partie blessée sur la Ma
chine déployée , on met entre deux des
petits coussins de paille d'avoine , on
roule la Machine pour embrasser le mem
bre, et on la tient arrêtée par de sim
ples cordons circulaires d'espace en es
pice La Machine , ainsi ajustée , est
assez
JUILLET . - 1735. 1523
>
ssez forte pour soutenir le membre ,
parce qu'elle compose deux cylindres
faits de plusieurs lames , et elle est assez
légere par elle - même pour ne rien
ajoûter de considérable au poids du
membrte, les petits coussins fournissent
differens points d'apui et remplissent les
vuides . Si dans l'instant de la blessure
on a apliqué quelques compresses sur la
partie , et que le Malade étant transpor
té , soit dans le cas des blessures où il
ne faut point de bandage roulé , la Machine
devient très-utile pour les panse
mens ; elle suprime l'attirail des Attcles ,
Longuettes, Fanons , et la dépense de la
Machine se trouve compensée par l'épargne
du linge ; indépendamment des
utilitez qu'elle a dans les cas énoncez ,
les Chirurgiens conviendront aisément
qu'elle est nécessaire dans les fractures
de la cuisse , à sa partie superieure , à
cause de sa forme allongée du côté de
la hanche et échancrée du côté de l'aine.
M. la Faye , quoique persuadé des avantages
de sa Machine , espere que la pratique
les établira plus que les éloges qu'il
en pouroit faire , mais en même - temps
il est disposé à profiter des avis qu'on
voudra bien lui donner pour la perfectionner.
Me
1524 MERCURE DE FRANCE
M. Pusos , termina la Séance par une
Dissertation sur les pertes de sang , principalement
celles qui arrivent aux femmes
grosses ; il fait une grande difference
entr'elles , à raison des differents temps
de grossesse où elles arrivent .
Celles qui arrivent dans le commencement
des bonnes ou mauvaises grossesses
, lui paroissent des maladies grandes
en aparence , mais de peu de conséquence
; et celles qui se manifestent dans les
grossesses avancées , petites en aparence
et de grande conséquence , en voici les
raisons.
Toutes les pertes qui surviennent dans
le commencement des grossesses qui ne
cedent ni au repos ni aux saignées du
bras , indiquent la mauvaise grossesse ,
c'est-à-dire le faux germe et la rupture
de ses attaches , ou bien elles font sou p
çonner l'avortement prochain d'une bonne
grossesse interrompue dans son progrès
, par quelque cause que ce soit .
Si c'est un faux germe que la Nature
cherche à expulser , la perte est toujours
très-considérable , parce que ce corps
étranger qui n'est attaché à la matrice
que par un pédicule , s'en sépare subitement
par la rupture de ce même pé.
dicule , et entretient l'écoulement du
sang
JUILLE T. 1735. 1525
sang par les vaisseaux de la matrice
jusqu'à ce qu'il soit dehors ou à portée
d'être tiré. Néanmoins quelques violentes
que soient les pertes de sang
dans ces circonstances , M. Pusos assure
qu'elles sont sans danger , et qu'il n'a jamais
vû périr aucune femme de cette
maladie depuis 2 5. ans qu'il pratique les
accouchemens.
Il porte le même jugement de celles
qui sont produites par l'avortement d'une
bonne grossesse , parce qu'il a éprouvé
que la Nature a toujours assez de
force pour chasser le foetus et son placenta
à la fois ou séparément , quelque
grande qu'ait été la perte , et pour ra
mener la matrice peu dilatée à son point
de réduction , M. Pusos se croit ici obligé
de désabuser le Public qui accuse d'ignorance
ceux ou celles qui laissent quelque
fois le placenta dans la matrice après
la sortie du foetus.
Trois choses en rendent l'extraction
ou l'expulsion impossible. 1 ° . Le Placenta
beaucoup plus large que le fatus n'est
gros , ne peut passer aussi promptement
que lui. 2 ° . Le cordon trop foible ne.
peur soutenir, sans se rompre , les efforts
qu'on est obligé de faire pour tirer le
Placenta. 3.Il arrive très - communément
que
"
1926 MERCURE DE FRANCE
que le placenta reste plusieurs jours adhérant
à la matrice après la sortie du
foetus , ce qui met dans la nécessité d'attendre
son décollement .
la
La seconde espece de perte de sang
est celle qui éclate sur la fin des gros
sesses . Elle est d'autant plus dangereuse ,
qu'ayant pour cause le décollement par,
tial ou total du placenta , elle met dans
la nécessité d'accoucher de quelque façon
que ce soit , parce qu'il n'y a que ce
moyen pour arrêter la perte et pour empêcher
la mere et l'enfant de périr. Mais
comme le succès ne répond pas toujours
aux esperances , M. Pusos croit que
fiçon violente avec laquelle on a presque
toujours terminé ces sortes d'accouchemens
jusqu'ici , avoit beaucoup de
part aux malheurs dont la plupart sont
suivis. C'est ce qui l'a engagé à mettre
en pratique dans les accouchemens que
la perte de sang rend indispensibles ,des
moyens plus surs et plus doux , tels que
ceux qu'on employe pour l'accouchement
ordinaire , au lieu de ceux auxquels
engage l'accouchement forcé , après
lequel il voyoit périr pour le moins autant
de femmes qu'il en réchapoit.
M. Pusos après avoir déduit les rai
sons qu'il a de préferer cette nouvelle

JUILLET. 1735.
1527
Méthode à l'ancienne , en prouva la
possibilité
dans bien des circonstances , et
cita des faits qui la justifient.

L'AMANTE ,
STANCES.
Ouce paix , charme de la vie ,
Vous m'allés donc être ravie ! }
Que ne puis- je vous retenir !
Vous n'abandonnés à mon trouble ;
Et mon infortune redouble
Par la crainte de Pavenir.
Autrefois mon ame tranquille
Trouvoit son bonheur , son azile
Auprès de l'aimable raison ;
De l'amour j'ignorais les charmes ¿
Aujourd'hui , malgré mes allarmes ,
J'avale à longs traits son poison.
Temps heureux , si cher à ma gloire ;
Dont je prise encor la memoire ,
Hélas ! qu'êtes-vous devenu ?.
Jusqu'à quand , plongé dans l'yvresse ;
Par les liens de sa foiblesse ,
Mon coeur sera-t'il retenu z
Ja
# 528 MERCURE DE FRANCE
Je ne me connois plus moi-même ;
Mon embarras devient extrême ,
Quoique tout flåte mon espoir ;
Confuse , interdite et tremblante ,
Je suis honteuse d'être amante ,
Si c'est au dépens du devoir.
Mais c'est en vain que l'on s'obstine ,
Si le Ciel à chacun destine
L'objet qui le doit enflammer ;
L'on n'aime point sans le connoître ;
Le connoît-ont on n'est plus maître
De le connoître sans l'aimer.
Combatrai-je ma destinée ?
Amante trop infortunée ,
que de foibles secours ;
Je n'ai
Ma raison n'est pas la plus forte ;
C'est un doux penchant qui m'emporte à
Et la tendresse fait son cours.
Mille fois malgré ma défaite
J'ai cru ma victoire parfaite ;
J'oubliois jusqu'à mon vainqueur :
Mais l'Amour jaloux de sa gloire ;
Sembloit ne ceder la victoire ,
Que pour mieux soumetre mon coeur.
Livrée à mon inquiétu
J'ai
JUILLE T. 1735. 1529
J'ai voulu me faire une étude
De le tromper par mes dédains ;
Que l'on est foible quand on aime !
Hélas ! je me trompois moi - même
Et tout trahissoit mes desseins.
Une larme , un soupir , un geste ,
Un regard de mon cher Alceste
Troubloit mes innocens désirs ;
Esclave de mes propres châines ,
Je sentois redoubler mes peines
Dans le sein même des plaisirs.
En vain je cherche à me contraindre ;
Je sçais qu'en moi tout est à craindre ;
Le coeur veut être satisfait :
Ma feinte devient inutile ;
Rien n'échape à l'Amant habile ;
Il devine ce qu'on lui tait,
Dieux ! à quoi me vois - je exposée !
Je sens que mon ame abusée
Suit un penchant mal combatu ;
En proye à toute ma foiblesse ,
Faut- il , pour servir ma tendresse ,
Lui sacrifier ma vertų ?
Envers un Amant qui me flate ,
Je crains de devenir ingrate ;
7530 MERCURE DE FRANCE
Ma raison n'ose y consentir ;
Et mon coeur ennemi du crime ,
Soit qu'il soit vainqueur ou victime ,
Craindra toujours un repentir.
Amour penses-tu que mon ame
Se livre au transport de sa flamme
Jusques à trahir son devoir ?
Non , n'attens point ce sacrifice ,
Et renonce à ton injustice ,
Ou je renonce à mon espoir,
Par M. D. B. d'Aix.
888888888

EXTRAIT de la Lettre de M. P Abbé
L *** écrite du 8. May 1735. à Madame
la Comtesse de V. *** au sujet de
PEducation des enfans , et du Bureau
Typographique.
V
Ous sçavés , Madame , que je ne
suis au fait de la Méthode dụ Bureau
Typographique , que depuis que
vous avez eu la bonté de me prêter le Li,
vre. Après Pavoir lû avec attention et
sans préjugé , je n'ai pû refuser d'aprouver
une Méthode qui charme par sa simplicité
et par sa clarté; j'avois eu autrefois
beaucoup
JUILLET. 1735. 1531
beaucoup d'idées semblables , mais que je
n'avois ni aprofondies , ni dévelopées ,
ne me trouvant pas dans les circonstances
à travailler , ou à concourir à l'éducation
des enfans.
Je crois que l'Auteur a démontré
parfaitement
trois choses . 19. Les inconvéniens
irremédiables de la Méthode ordinaire.
2 °. La supériorité et la facilité de
la sienne. 3 °. Les agrémens dont elle est
accompagnée : agrémens aussi propres à
conserver la santé des Enfans , qu'à déveloper
leur esprit naturel , à satisfaire
leur curiosité en la fixant , et à les mettre
en état de tout aprendre sans dégoût .
Il me semble, Madame, avoir eu l'honneur
de vous dire que je renfermois toute
l'éducation dans ces deux chefs , former
le jugement et les moeurs ; mais ils
suposent un préliminaire ; sçavoir , les
idées des choses , materiaux et fondemens
de toute connoissance. Nous ne naissons
propriétaires ni de la verité , ni de la vertu
, mais seulement avec des facultez , des
capacitez , des pouvoirs de connoître l'un
et l'autre , et de régler nos actions sur
nos lumières. Il faut donc éxercer ces facultez
, et je n'imagine pas de méthode
qu'on puisse employer avec plus de succès
que celle dont il s'agit , les Enfins
D $ ɔnt
1532 MERCURE DE FRANCE
sont non- seulement capables d'acquerir
par cette voye uné infinité d'idées de toutes
sortes d'objets ; mais encore ils sont
excitez à le faire , parce qu'on les conduit
au but par l'atrait du plaisir , et qu'on a
saisi le grand art de ménager la foible
portée de leur esprit , en ne lui offrant
que des objets qui l'interessent , parce
qu'ils sont toujours proportionnez à son
intelligence. L'imagination , partie dominante
dans les Enfans, est le guide qui
les conduit à la science ; il y a une absurdité
visible à en substituer d'autres dans
ce premier âge . C'est enlever toute esperance,
que ces semences innées , ces petites
étincelles de verité et de vertu , dont
les enfans donnent tant de marques ,
comme parle Ciceron , se dévelopent ,
s'étendentet s'enflamment davantage. L'éducation
ordinaire les éteint , les dissipe,
les fait mourir ; mais la nouvelle Méthode
qui n'a aucun des défauts de l'ancienne,
aura la gloire de les ranimer. J'y aperçois
cet esprit géométrique qui forme le
caractére distinctif de notre siecle , et de
la fin du siecle passé.
Et pour réunir sous le même point de
vûë tous les motifs de préference . 1 ° .
Nous lui avons l'obligation de nous dêbarasser
de l'ancienne à laquelle j'attribuë
la
JUILLET. 1735. 1533
la stupidité de tant de jeunes gens , et le
dégoût qu'ils contractent au sortir du
College pour touses sortes de lectures , de
connoissances et de réflexions . 2 ° . Elle
n'éxige des Enfans que les dispositions naturelles
qu'ils aportent tous à quelques
connoissances . Elle ne supose point ce
qui n'est pas en eux , et qui n'y sçauroit
être , elle netrouve dans un Enfant qu'imagination
, mouvement , curiosité , elle
s'en contente, et s'en sert habilement pour
le mener à tout. 3 ° . Elle est utile au
corps dont elle éxerce les membres , encore
plus utile à l'imagination qu'elle enchante
par la nouveauté et la diversité
des objets , et à l'esprit qu'elle fixe sans
trop d'éforts , et qu'elle contente , parce
qu'elle ne lui présente rien d'obscur et
de dificile ; enfin agréable à un Enfant
vif dont elle entretient le corps et l'es
prit dans un mouvement continuel , mais
doux et varié . 4° . L'Alphabet subsitué à
l'ancien , est le seul qui puisse faciliter
sans beaucoup de peine la vraye prononciation
aux Enfans ; et cet article est tel
lement l'écueil de l'éducation ordinaire ,
que la pluspart des jeunes gens s'y brisent
sans espérance de retour dans un âge plus.
mur ; l'Auteur l'a démontré avec tant
d'évidence , qu'il faut absolument se ren-
Dij dre ;
1534 MERCURE DE FRANCE
dre ; et le changement qu'il fait dans l'Alphabet
est si peu de chose , qu'il est honteux
que ceux qui sont chargez de l'éducation
de la jeunesse , ne s'en soient pas
avisez plutôt. 5. Par cette Méthode on
peut aprendre à lire et à prononcer avec
la même facilité les caractéres et les sons
de toutes les Langues. Les Grammaires
n'auront plus d'épines ; et ce qui faisoit
auparavant la terreur et l'éfroi des jeunes
gens , n'est plus qu'un jeu et un plaisir.
6. La Méthode , à mon avis , peut et
doit s'apliquer dans l'éducation privée à
toutes les sciences historiques. Elle n'excepte
que celle du pur raisonnement ; et
encore suis -je convaincu qu'il ne seroit
pas fort dificile de l'apliquer aux Mathé,
matiques , et peut- être même à la Métaphysique
mais alors ce seroit l'affaire
d'un Maître qui ne perdroit pas l'Enfant
de vûë. 7º . Elle ne dérange rien à l'éducation
publique , au contraire , elle contribuera
infailliblement à sa perfection
si elle s'acrédite , il y aura une difference
du tout au tout entre les Enfans qu'on
envoyera au College ;sans autres connoissances
que celles qu'ils auront apti es d'une
Gouvernante , ou d'un Maître d'Ecole
, et des Enfans qui depuis trois ou quatre
ans , jusqu'à sept ou buit aurong
ἐξέ
JUILLET . 1735. 1535
été élevez selon les principes de la nouvelle
Méthode . 8° . Je compte enfin pour
un dernier avantage signalé , qu'elle remedie
à la négligence que les peres et
meres témoignent pour l'instruction de
leurs Enfans , jusqu'à l'âge où on leur
donne un Précepteur , ou on les met au
College.
On perd le tems le plus précieux de
la vie en les abandonnant à des Domestiques
qui leurremplissent l'esprit de mauvaises
idées qui ne s'éfacent jamais : par la
nouvelle Méthode on regagne ces premiers
moments si décisifs pour la suite
et on les employe d'une maniere également
favorable à la santé du corps et de
l'ame de l'Enfant ; les peres et les meres
sont eux mêmes témoins et ravis de ces
progrès , et conçoivent avec fondement
les plus flateuses espérances pour l'avenir.
En voilà assez , Madame , pour vous
prouver que je suis sincerement persuadé,
et par la lumiere.Jai déja gagné Mr
de M. et M. de N. qui me paroissent dé
terminez à élever , l'un son petit fils , et
l'autre son fils aîné , selon la nouvelle
Méthode ; et j'espere cette semaine engager
mon beaufrere à la suivre pour mon
neveu. Je souhaite que Dieu récompense
l'Auteur selon le grand service qu'il a
Diij rendu
1536 MERCURE DE FRANCE
rendu au Public ; c'est le témoignage que
je dois à la verité. Vous excuserés , Madame,
s'il n'est pas mieux digeré , le tems
ne me l'a pas permis. On ne peut être
plus respectueusement que je le suis, Madame
, Votre , &c.
LE NOUVEAU GEA Y.
FABLE.
UN Geay saisi de la même manie
Qu'avoit celui que peint l'Esclave de Phrygie
Voulut pour se mouler sur lui ,
Se parer des plumes d'autrui .
Il sçut ayant pris soin d'en choisir des plus belles
Plaire à quelques sottes fémelles.
Certain Merle jaloux ,
Le voyant , dit : aprochons- nous ;
Je crains ici quelque supercherie ;-
Ce beau surtout sent bien la friperie.
Voyons un peu par le menu ,
Si ce plumage est de son cru.
De son bec donc , le voila qui travaille ,
A droite , à gauche , adieu toute la pretintaille ,
Rien ne tenoit , tout étoit emprunté .
Le pauvre Gray déconcerté ,
S'enfuit
JUILLET. 1735. 1537
S'enfuit couvert de honte.
Moralisons ; maint Orateur
Comme ce Geay grand emprunteur ,
Pouroir bien s'apliquer ce Conte.
ののの
SUITE de la Dissertation de M. Beneton
de Perrin , sur les Hieroglyphes.
Troisiéme Partie.
que
Aqui ont fait donner à un des pred'entrer
dans les raisons
miers Rois d'Espagne la qualité de Roy
des Enfers , il faut en suivant mon sistê
me admettre deux grandes Epoques de ,
l'arrivée des premiers Habitans qui peuplerent
ce pays , sçavoir 1 ° . celle de l'arrivée
des Celtiberiens , qui sous la conduite
d'un des plus prochains descendants de
Japhet, qui sera, si on veut, Iberus , et selon
moi Geryon , y vinrent par terre suivant
la coûtume des Peuplades sorties du
Nord , qui s'avançoient toujours vers le
Midy , poussées les unes par les autres.
2º. Celle de l'arrivée par Mer des Pheniciberiens
ou des Iberiens , voisins de la
Colchide et du Pont , qui mêlez de Pheniciens
y passerent sous la conduite d'un
second Geryon , c'est à dire , d'un autre
D iiij chef
1538 MERCURE DE FRANCE
chefdont on ne sçait point encore le nom .
Ces deux choses admises , je suposerai
encore que le Hieroglyphe d'un corps à
trois têtes a pû être le simbole qui prouvoit
que le premier Prince qui a regné
en Espagne , venoit de l'un des trois fils
de Noé , à qui toute la Terre avoit apartenu.
Il est à croire que chaque troupe
ou bande , qui se forma à l'occasion de la
confusion de Babel avant que de se mettre
en marche pour aller occuper le canton
du monde que la providence lui avoit
destiné , se fit un chef , et prit une marque
ou simbole pour lui servir à se reconnoître
dans les combats et que
cette marque n'a pû être que celle que le
chef de la bande s'étoit faite pour lui même
; deplus, que quand toutes ces bandes
furent arrivées chacune dans leur département
, et après que ceux qui les avoient
conduits furent morts , on ne manqua
pas dans chacune d'elles de Deïfier les
conducteurs , et qu'alors le Simulacre du
Heros dont chaque Peuplade s'étoit faite
un nouveau Dieu , ou la marque qui réprésentoit
emblématiquement ce Heros , devint
le Hieroglyphe hereditaire parmi la
peuplade qui regardoit comme son pere ,
son Héros Deïfié .

Ceux
4 JUILLET. 1735. 1539
Ceux qui prétendent que Fanus est le
même que Noé se fondent entre autres
choses , sur ce que la marque qui désignoit
le premier , a été une tête à deux
visages , pour représenter les deux Mondes
que le second avoit vûs , sçavoir , la
fin de l'un par le deluge , et le commencement
de l'autre après la retraite des
Eaux ; ainsi si Noé a été désigné par un
Simbole qui réprésentoit ce qui étoit arrivé
sous ce Patriarche , on a bien pû donner
à ses fils celui de trois corps réunis
pour montrer que c'étoit de leur posterité
que la Terre avoit été remplie
Ces Simboles nationaux qui réprésentoient
ou les Dieux de la nature , ou
des Dieux qui avoient été hommes , ou
des faits mémorables , eurent differente
structure selon que le permettoit le ges
nie plus ou moins grossier de ceux qui se
les firent , certains peuples n'eurent que
des Idoles très informes et très simples ,
pendant que d'autres sçurent s'en faire
de très composées , pour avoir en clles, des,
images qui pussent mieux instruire.Tels
furent pour les premiers les grosses pierres
brutes, et les souches monstrueuses de
bois qui réprésentoient les Idoles Flins .
et Thoron , les deux principales Divinités
du Nord , et dont la derniere est encore
D v adorée
1540 MERCURE DE FRANCE
adorée par les Lapons qui se la font d'un
arbre enraciné , ou d'un gros morceau de
bois planté au milieu d'un champ , auquel
ils donnent seulement une legere:
trace de figure humaine .
Pour les Chinois , Indiens , et autres
Orientaux plus polis , ils se firent des idoles
à plu icurs bras et à plusieurs jambes pour
simboliser la nature , et en sign fier differentes
choses , faire l'histoire par cette
grande multiplication de membres attachez
à un nên e corps.
Pazza , Idole Chinoise que le Pera
Kiker dit être l'Isis , ou la Cybele des
anciens , à 16. bras, dont chaque main est
armée misterieusement de couteaux , d'épécs
, de hallobardes , de livres , de fleurs ,
et de fruits. L'Idole de Folsi se représente
comme l'Erictonius des Grecs , moitié
komme et moitié serpent.
Amida , Dieu des Japonois a une tête
de chien , ou une têre d'homme à trois
faces , et est toujours monté sur un cheval
à sept têtes. Ce Hieroglyphe désigne
les sept mille siecles d'antiquité
que les Japonois donnent à leur Monarchie.
Le Dieu qui préside à la sagesse chez
les peuples de Ceylan , a un corps d'homme
, une tête d'Elephant , et des Cuisses
de Bouc Les
JUILLET. 1735. 1545
1
le
Les Suéves et les Vandales aporterent
dans la Germanie leurs Dieux Ragievithus,
Suaniovithus, & Triglas , qui se représen
toient avec autant de tètes que de choses
suposées soumises à leur puissance , sur
tout quand la Statue réprésentoit une
des portions de la nature , telle étoit
Triglas , ou la Lune , Idole à trois têtes
de femmes , et pour les Idoles de Heros ,
on les faisoit avec autant de têtes que
sujet qu'elles réprésentoient avoit eu
de vertus dominantes , ou avoit éxecuté
de belles actions ; c'est pourquoi on
voyoit quelques unes de ces Idoles en
avoir 7. ou 8. Le Suantovithe des Suéves
avoit quatre rêtes , et sous cette forme it
fut en reputation dans la Saxe, jusqu'à ce
que Chirlemigne eut vaincu les Saxons
Alors ce peuple obligé de se faire chrétien
, trouva moyen de se conserver son
Idole , et de la faire entrer dans la nouvelle
Religion qu'il venoit d'embrasser ,
ils la réduisirent seulement à une seule rête
er en partageant son nom , qui par
un effet du hazard se trouva propre à
être coupé , ils en firent un Saint Vibus ,
qui est encore veneré aujourd'hui dans
les Provinces d'Allemagne voisines de la
Mer Baltique.
,
D vj
Les
1542 MERCURE DE FRANCE
LesGrecs eurent aussi de semblablesIdoes
,on voit dans Licophton un reinopaλos,
de sorte que , si chaque Peuplade qui entreprenoit
une longue transmigration ,
Avoit l'usage de porter avec elle ses Simboles
de toutes especes , il n'est pas étonnant
que les Celtiberiens ayent aporté
avec eux en Espagne la figure à trois
têtes qui désignoit et la nation et le chef
qui l'avoit conduite , et de quelle race ce
Chefétoit issu .
Passons présentement aux raisons qui
firent qualifier de Roy des Enfers un des
Geryons. Les peuples qui tomberent dans
l'idolatrie ne laisserent pas de conserver
toujours l'idée d'un Etre suprême qu'ils
reconnoissoient avoir une puissance
bien audessus de leurs autres Dieux , et
en concevant une justice infinie dans
cette puissance , ils ne manquerent pas
de sentir qu'en consequence il devoit y
avoir pour pour la vie future des lieux propres
à servir de recompense à la vertu , ou de
punition au crime , et pour rendre palpable
ce que toutes lesReligions croyoient
sur cela , chaque peuple établit chez lui
un Local pour ces lieux de bonheur ou
de malheur éternel , sur tout pour le
dernier , pensant fort bien que l'homme
se di pose mieux à la correction par
la
pour
JUILLET. 1735. 1543
peur des chatimens , que par l'esperance
des récompenses , cela fit placer des Enfers
dans presque toutes les parties du
monde ; il y en avoit un dans la Grece
qui étoit le Tenare , lequel a donné son
nom au Promontoire le plus meridional
du Peloponese ; il y en avoit un autre
en Italie près de l'antre de la Sybile de
Cume.
LesIsles d'Islande et d'Hibernie, en contenoient
deux autres ; les regions Hiperboréennes
eurent aussi le leur , et je crois.
que c'est celui-ci qui produisit tous les
autres , puisque c'est delà que partirent
la pluspart desColonies qui allerent habiter
les Regions Occidentales ; chacune de
ces Colonies , sur tout celle qui s'avança
jusqu'en Espagne , ayant eu soin d'emporter
avec elle ses Dieux , il falloit bien
qu'elle se fit suivre aussi par l'idée du lieu
qui pouvoit rendre ces Dieux redoutables ,
et par là l'Enfer du Nord passa en Espagne
; ce qui fit que quand les Tyriens ,
les Egiptiens et autres peuples d'Asie et
d'Afrique connurent cette Espagne , et
y trouverent des endroits dont les noms
leur retraçoient l'idée d'un Enfr ,
crurent que veritablement il pouvoit être
placé là plutôt qu'en tout autre endroit
de la Terre , ils y voyoient un Cap de Fiils
nisterre .
7544 MERCURE DE FRANCE
nisterre , un Temple fameux dedié à Lu
cifer qui se trouvoit à l'embouchure
d'un fleuve (a ) qu'on suposoit passer
par les campagnes de tinées a être la demeure
des ames heureuses , ils y trouvoient
encore une autre riviere nommée
d'Oubly , aqua oblivionis (b) et plus loin
les Promontoires , Lunaria et Firraria, ou
Tenebrio , entre lesquels couloit l'Ebre ,
qui tenoit son nom des premiers hom
mes qui virent ses bords , tout cela paroît
avoir été suffisant pour confirmer
ces Orientaux dans la penséée que l'Enfer
étoit surement où se trouvoient ces lieux
qui portoient des noms lugubres .
De plus , ces mêmes Orientaux , et les
Grecs ensuite , en se faisant raconter
l'Histoire d'un pays si rempli de merveilles
, et cette Histoire se trouvant déja
bin alter e par le temps , ils y melerent
à leur tour tant de choses du leur pour
en augmenter le merveilleux , qu'ils acheverent
de la rendre méconnoissable , ce ›
qui servit de plus en plus à faire regirder
les premiers Rois qui avoient regné
en Espagne comme les Rois de l'Enfer
; et comme on ignoroit aussi les veri-
(a) Le Guadalquivir.
f ) Le Guada Leché,
tables
JUILLET. 1735. 1545
tables noms de cs Rois , et que la d nomination
apellative de Geryon qu'ils
avoient eu , les faisoit confondre , on en
nomma un d'entre eux Pluton , ce qui au
fond ne signifioit qu'un homme qui avoit
po sedé de grandes richesses , les deux
termes de Geryon et de Pluton , n'étant
que des épithètes qui qualifioient de Riche
Etranger un homme qui n'étoir plus connû
par aucun autre nom .
Les Orientaux enfin qui voyoient le
Soleil se coucher sur l'Espagne , crurent
que ce pays étoit celui de la nuit , ce qui
fit que ceux d'entre eux qui après y être
venùs , voulurent parler des richesses du
premier Homme , qu'ils croyoient y êtrepassé
du pays du jour , pour mieux accommoder
leur recit à l'envie qu'ils
avoient de forger des Fables , ils débiterent
que le passage de Pluton en Occident
, venoit de ce que ce Roy ayant deux
freres aussi ambitieux que lui , ces trois
Princes firent le partage entre eux des
conquêtes qu'ils résolurent de faire , et
que dans ce partage les pays Occidentaux
étant é - hus à Pluton il devint par là
veritablement étranger pour le lieu où il
s'habitua , par raport à ceux où ses deux
autres freres resterent ; et on ne fit de ce
Platon le Dieu du noir Empire , que pour
continuer
1546 MERCURE DE FRANCE
continuer de marquer l'endroit où il avoit
regné , qui se trouvant ( comme je l'ai
dit ) situé au couchant du Soleil , s'embloit
être par-là privé de lumiere lors
que cet astre en répandoit le plus dans les
Indes , et sur l'Iberie Asiatique.
Je passe sur plusieurs Hiperboles Poëtiques
qui contribuerent encore beaucoup
à persuader que l'Enfer avoit été le partage
de Pluton , et que cet Enfer étoit en Espagne
; les Grecs pour faire connoître
ceux de leursHeros qui voyagoient à l'Occident
de leur Pays , avoient coutume de
feindre que ces braves étoient descendus
tous vivans aux Enfers . Pirithous et Thesée
allant en Epire , Hercule en Espagne
, et Enée en Italie , on ne manqua
pas de dire d'eux à leur retour qu'ils
étoient ressortis de l'Enfer après y être
descendus , notre Pluton s'étant marié en
Sicile , on suposa aussitôt que la femme
qu'il épousa nommée Proserpine , étoit
partie avec lui pour être la Reine de son
sombre Empite.
Car quoique le faux prejugé , qui avoit
long- temps fait croire que l'Espagne devoit
être moinsjfavorisée du Soleil que les
climats orientaux , fut tombé ferpar
sa
tilité , dont s'apercevoient les Pheniciens,
er les Grecs qui y allerent trafiquer , ces
noms
JUILLE T. 1735. 1547
noms funestes des Lieux dont j'ai parlé
qui s'y trouvoient toujours joints à une
tradition vivante , qui enseignoit que les
plus belles campagnes de ce pays étoient
les vrais Champs Elisées , ces noms , disje
, continuerent à persuader que le Roy
des Enfers devoit avoir eu là le Siége de
son Empire ; la conduite que tint Pluton
après qu'il fut bien établi , acheva de le
faire passer dans des siecles posterieurs ,
pour avoir regné veritablement sur les
ombres, et sur un Royaume souterrain ;
car il fit creuser la terre , trouva des mines
, et en tira tant de richesses qu'outre
son premier nom qui marquoit son
opulence , il eut encore celui de Chrisaor,
pour désigner le moyen qu'il sçut trouver
d'avoir de l'or en abondance : mais
comme malgré l'avantage d'une si haute
fortune il ne se désunit point d'avec ses
deux freres Jupiter & Neptune , et que la
bonne intelligence subsista toujours entre
ces trois Princes , la Posteerité jugea qu'un
éxemple d'amitié si constante et si rare ,
méritoit d'être perpetué par l'emblême
des trois corps réunis en un , qui servit
à désigner, notre Pluton et sa posterité ,
de même que cette embleme avoit déja designé
celui des descendans de Noé qui
étoit venû le premier en Espagne.
Si
1548 MERCURE DE FRANCE
Si après ce que je viens de dire de ce
second Geryon dont je fais le Pluton des
Grecs , on veut continuer à suivre son
Histoire et celle de ses fils malgré l'obscurite
dont elles sont envelopées , on y apprendra
qu'une autre bande d'Etrangers
étant venue aborder en Espagne sous la
conduite d'un Hercule , c'est- à-dire d'un
nouveau chef de gens qui cherchoient un
établissement , cet Hercule vainquit les
enfans de Geryon qui étoient au nombre
de trois , et avoient combatu sous le Simbole
du monstre à trois corps de leur pere
, ce qui fit dire aux Poëtes qui chanterent
les travaux du vainqueur des trois
Princes Espagnols , que leur Heros après
être descendu aux Enfers , y avoit poursuivi
Cerbere , Chien à trois têtes jusqu'au
piel du Trône de Pluton son Maître , ce
qui au fond n'étoit qu'une fiction , qui
renfermoit l'Histoire de la défaite des
enfans de Geryon , qui furent poursuivis
par Hercule jusques dans le sein de leurs-
Etats .
,
La Fable en effet nous représente toujours
Hercule comme l'ennemi de Pluton
et si tous les hommes à qui on a donné
le premier de ces noms , ont aussi été ce
qu'étoient ceux qui ont porté le nom de
Mercure , c'est- à - dire de gros Marchands ,
OU
JUILLET. 1735. 1549
ou des conducteurs de Colonies , dont on
a fait les Dieux du commerce , et les premier's
Rois de chaque Nation , cela , dis - je,
étant suposé , achevera de prouver que
de riches Marchands de divers pays , attirez
en Espagne par l'envie de profiter des
richesses que laRenommée donnoit à Geryon
et à ses enfans , leur sont venus faire
la guerre en differents temps .
Les diverses bandes d'Etrangers qui de
l'Asie , de l'Afrique , et même de la Grece
et de l'Italie , vinrent s'établir en Espagne
, et qui sans doute étoient bien differentes
de moeurs ont peut-être par là
commencé ce que dans des tems bien pos
terieurs , ont achevés les Gots , les Suéves,
les Vandales , et les Maurės , c'est- à- dire
donné naissance à la difference de genie ,
et au peu de simpathie qui s'est remarqué
jusqu'à present entre les habitans de
chique Province de ce grand Continent
qui renferme encore aujourd'hui trois nations
, sçavoir la Castillanne , la Portugaise,
& l'Arragonnoise , très distinguées l'une
de l'autre, par des qualités d'esprit toutes
oposées .
La suite pour un autre Mercure,
LICIDAS
1550 MERCURE DE FRANCE
LICIDAS , MÆRIS , MEN ALCAS ,
Maris .
EGLO GUE.
C
Onnois tu , Licidas , ces braves Chevaliers
Qui combatoient tantôt au milieu de la plaine ›
Licidas. Je les connois , Mæris , le brave d'Angliers,
*
Brilloit par sa valeur , mais jaurai de la peine
A me resouvenir de l'au re champion ,
Je le rapelle enfin ; c'est Regnaud fils d'Aimon .
Maris. Quel sujet fait agir leur valeur freneti
que ?
Licidas. Ils se batoient , Meris , pour la belle
Angelique.
Maris. Quelle espece d'amour qu'oi-donc #
un Paladin
Prend un coeur , comme un Fort , les armes à
la main !
Par le sang d'un rival il obtient sa maitresse ,
Quelle fureur ! grand Dieu ! quelle afreuse tendresse
!
Licidas. Nous n'aimons point ainsi dans nos ha
meaux charmans ,
L'Amour decide seul du destin des Amans ,
La Bergere prononce et l'on suit sans obstacle
* Le Chevalier d'Angliers , c'est Roland.
CC
JUILLET. 1735. 1551
Ce qu'elle a prononcé ; c'est pour nous un ora
cle.
Maris. Bergers , qui disputés de l'ardeur de vos
feux ,
N'usés point entre vous de l'arc ni de la lance ;
Par vos soins , par vos chants , vous réussirés
mieux ;
Le Berger le plus tendre aura la préference.
Licidas. Vivés , tendres Bergers , dans un heureu
repos ,
Ne disputés jamais qu'au son des Chalumeaux ;
Vos combats les plus grands seront en chan-
Sonnettes ;
Pour armes vous aurés vos aimables musettes ;
Des combats plus sanglans sont bons pour les
Heros.
Maris. Tandis que nos brebis paissent dans la
prairie ,
Maris , cher Licidas , au combat te défie
Prepare de ta voix les accens les plus beaux ə
Et soutiens si tu peus mes terribles assauts ;
Je veux chanter , Philis , l'honneur de ce Village
,
·
Elle m'aime , et mes chants portez par les
échos ,
L'éxciteront encore à m'aimer davantage.
Licidas . La beauté de ces Eaux , ces feuillages
naissans ,
Tout m'invite à chanter l'objet de mon martire ;
Ses cruautez seront le sujet de mes chants ,
Echos ,
1552 MERCURE DE FRANCE
Echos , repetés lui les sons qu'elle m'inspire ;
De mes plaisirs un jour vous serés confidents.
Mais quel sera , Mæris , le prix de la victoire à
Le vainqueur pour loyer n'aura-t'il que l'honneur
?
Maris. Le vaincu cedera sa musette au vain→
queur.
Un Berger doit n'aimer que l'amour et la gloire.
Licidas. Qui prendrons nous ici pour juger nos
débats !
Maris. Menalcas qui survient ; entends nous ,
Menalcas !
Menalcas. Celebre, Licidas, cette beauté cruelle,
Qui te cause mille langueurs ;
Que Mæris chante les faveurs
De sa Philis , plus douce et qui n'est pas moins
belle ;
Commence , Licidas , toi tu suivras , Mæris ,
Au plus digne des deux je donnerai le prix.
Licidas. O Nimphes , ornés- moi d'une grace
nouvelle ;
Je veux fléchir Aminthe , à mes désirs rébelle ;
C'est soufrir trop long- temps une injuste rigueur
,
L'Amour tendre et constant doit regner sur un
coeur .
Maris . Venus , vous le sçavés , je vous ai bien
servie ,
J'ai suivi votre Cour tout le tems de ma vie ,
Conservés
JUILLET. 1735 . 1553
Conservés, chez Philis , toujours les mêmes feux,
Qu'ils soient égaux aux miens ; c'est tout ce que
: je veux.
Licidas . Aminthe , vous touchiez à la douziéme
année ,
Lorsque dans ces vallons j'aperçus vos attraits ;
Je n'oublirai jamais la fatale journée ,
Ou pour vous de l'Amour je ressentis les traits.
Maris. Moi j'ignore en quel jour mes feux ont
pris naissance ;
J'ignore en quel instant sont éclos nos amours
Nos deux coeurs ma Philis , furent joints dès
l'enfance ,
>
Et je ne doute point qu'ils ne le soient toujours.
Licidas. Ah ! je connois l'Amour ; cet Enfant indocile
;
Ennemi des Bergers , se nourrit de nos pleurs.
Maris. L'Amour à mes désirs sera toujours facile;
Pour les foibles Amans il garde ses rigueurs.
Licidas. Amour , sur ton Autel je mettrai ta
figure ,
Elle sera d'argent ,si tu combles mes voeux ;
Maris. L'Amour n'aura de moi qu'une simple
peinture ;
Si j'augmente en troupeaux , un jour je ferai
mieux .
Licidas. Aminthe quelquefois en son humeur badine
,
Jette sur moi des fleurs et puis se va cacher ,
jc
1554 MERCURE DE FRANCE
Je cherche vainement , ou bien si je devine
En son ardent courroux je n'ose l'aprocher.
Maris. La charmante Philis par sa fuite legere ,
Ne se dérobe point à mes feux innocens ,
à mes désirs pressans ,
Elle s'ofre sans peine
Comme un enfant docile aux ordres de sa mere.
Licidas. Recevés , belle Aminte , un bouquet de
ma main ,
Un bouquet vous est dû le jour de votre Fête ,
J'ajoute à ce présent une tendre requête ;
C'est que vous le placiez sur votre aimable sein
Maris. Je t'ofre , ma Philis , des jasmins et
des roses ; ㄢ
Les jasmins de ton teint imitent la blancheur ;
Les roses de mes feux exprimeroient l'ardeur ,
Si ces fleurs duroient plus quand elles sont
écloses ;
Licidas. Je dansois dans nos prez un jour avec
l'ingrate ,
Et j'amais je n'eus d'elle un regard gracieux ;
Je crus même , un Amant à l'ame délicate ,
Que sur le beau Silvandre elle jettoit les yeux .
Maris. Lors qu'avec ma Philis je danse sur l'her
bette ,
Je vois ses yeux s'emplir d'une douce gayeté ;
Elle regarde peu Palemon ou Damete ,
Elle tient sur moi seul son regard arrêté .
Licidas. Les Loups de mes troupeaux font un
Cruel carnage ;
Les
JUILLET . 1735. 1555
Les vents gâtent les dons de la blonde Cerés ,
Aminte , les torrens détruisent mes guerets ;
Mais vos rigueurs sur moi font bien plus de ravage.
Maris. Le tendre oranger aime un printemps sans
frimats ;
Les roses , des Zephirs la gracieuse haleine ,
Et nos prez désechés les eaux d'une fontaine ,
Licidas. Ma Phillis à mes yeux a cent fois plus
d'apas.
Jo connois que mon feu par la rigueur s'augmente
;
Maris Le bonheur ne rend point ma flame moins
constante.
Licidas. Regarde ces flambeaux dans le Temple
allumés ,
Leur feu croît par l'effort du zephir qui l'excite.
Maris. Regarde ces flambeaux lentement consumés
Ils brulent plus long- tems quand rien ne les
agite.
Licidas. Les fleurs dans leur éclat ne durent
qu'un moment ;
Le bonheur d'un Amant passe aussi vite
qu'elles .
Maris. Compares- tu les fleurs au bonheur d'un
Amant ?
Nos jardins ont des fleurs que l'on nomme immortelles.
Licidas. Dis- moi dans quel endroit des mortels.
ignoré ,
E Dans
1556 MERCURE DE FRANCE
Dans le fiel , dans le sang , l'Amour trempe ses
armes ? 3
Maris. Dis- moi dans quels climats , et je t'en
sçaurai gré ,
L'Amour puise pour nous son nectar et ses
charmes ?
s ;
Menalcas . Cessés , Bergers , vos tendres sons
J'admire également vos aimables chansons
Celles où l'on se plaint des cruautés d'Aminte
Et celles de Maris qui ne fait nulle plainte ,
De vos divins accens tous mes sens sont épris;
Par ces chants où sans art s'exprime la tendresse,
Près de moi , près d'une Maitresse .,
Tous deux également vous merités le prix.
P D. F.
******:*********
DEUXIE
ME LETTRE
sur la Vie et les Ouvrages de Moliere,
>
Ous trouverez ici en abrégé , Monsieur
, le Portrait de l'illustre Auteur
sur lequel vous demandés des éclaircissemens
.
Tantôt Plaute , tantôt Terence,,
Foujours Moliere cependant.
Que
JUILLET . 1735. 1557
Quel homme ! avouons que la France ,
En perdit trois en le perdant.
Le bon goût et les lumieres du Roy
Louis XIV. et la justice que ce Grand
Prince rendoit à l'heureux génie de Moliere
l'animoient de plus en plus à travailler
malgré sa mauvaise santé , qui empîra
encore considerablement , après qu'il eut
quitté l'usage du lait où il s'étoit réduit.
Il acheva néanmoins sa Comédie du Malade
imaginaire. Il en donna le 10. Fevrier
1673. après son racommodement
avec sa femme , la premiere Réprésentation
, dont on prétend qu'il étoit l'original
lui-même.
Le 17. Fevrier , jour de la troisiéme
Réprésentation , il se trouva plus mal
de sa fluxion ? on voulut l'empêcher de
jouer le principal rôle , que personne ne
pouvoit faire que lui , mais il commença
la Piece et l'acheva avec de grands efforts,
malgré une convulsion qui lui prit sur le
Théatre. Après la Réprésentation il fut
saisi de froid ; on le fit porter chez lui
dans la rue de Richelieu ; il se mit au lit,
sa toux redoubla , il cracha beaucoup
de
sang , et assisté de sa femme qu'il avoit
envoyé chercher , et de deux de ces
Religieuses qui viennent quêter à Paris
É ij pendant
1558 MERCURE DE FRANCE
pendant le Carême , et auxquelles il faisoit
la charité , il rendit l'esprit , avec des
sentimens d'un bon Chrétien . On obtint
qu'il fut inhumé à S. Joseph sa Paroisse ,
mais la populace s'étant amassée devant
sa porte , Madame Moliere épouvantéc
leur jetta quelque argent pour prier Dieu
pour son Mari. Les Epitaphes de Moliere
commencerent à paroître ; et le Prince de
Condé s'en voyant présenter une assés
mauvaise , dit a l'Auteur , en la rejettant,
j'aimerois bien mieux que Moliere me
présentât la vôtre. Il ne laissa point d'enfans
de Claire- Elizabeth Bejar , sa femme .
Il y a dans les Ouvrages de Moliere un
tour d'esprit admirable , une adresse , un
rafinenrent pour la Comédie , dont les
plus grands Maîtres ne s'étoient pas en
core avisés , un assaisonnement qu'on n'avoit
pas sçû donner avant lui , et qui
s'accommodoit au goût de tout le Monde
; c'est- là ce qui fait que les gens simples
, et les gens d'esprit , courent également
après ses Comédies ; il est vrai que
les premiers n'y sont pas attirés
qui y charme les oreilles délicates ; ils n'y
Saisissent que le plaisant , et ne font cas
que du burlesque ; mais les derniers y
remarquent et y admirent, jusqu'où il a penetré
dans les murs des hommes , et reconnoisseng
par ce
JUILLET. 1735. 1559
connoissent les traits de la plus saine Philosophie.
" Ses dernieres Comédies , si on en excepte
celles qu'il fit sur le modele de
Plaute , sont tout à fait dans les moeurs
Françoises . Il n'en est pas de même de ses
Comédies Héroïques , parce qu'il songea
moins en les composant à faire de
vrayes Comédies , que des Pieces Dramatiques
, qui pussent servir de liaison aux
divertisse mens destinés à former ces Spectacles
magnifiques que Louis XIV . donnoit
à sa Cour. Il avoit 40 ans lorsqu'il
fit les premieres de ces Comédies , dignes
d'être comptées au nombre des Pieces qui
lui ont acquis sa reputation ; mais il ne
suffisoit pas à Moliere d'être grand Poëte
pour être capable de les composer ; il falloit
encore qu'il eut acquis une connoissance
des hommes et du Monde , qu'on
n'a pas de si bonne heure , et sans laquelle
le meilleur Poëte ne sçauroit faire que
des Comédies médiocres .
On prétend que Moliere a presque également
surpassé tous les Poëtes Dramatiques
de notre temps , et les Anciens. Ce
qu'il y a de bien vrai , c'est qu'il a sçû l'arɛ
de plaire qui est le grand art du Théatre ;
soit dans ses compositions comme Auteur,
soit dans ses Réprésentations comme Ac-
E iij
teur.
1560 MERCURE DE FRANCE
teur. Par une adresse singuliere , et un
talent superieur qu'il avoit reçû de la nature,
il a porté la Comédie à un point de
perfection qui l'a renduë à la fois divertissante
et utile , et ses Pieces qu'on joüe
depuis près de 80. ans sans interruption ,
sont encore reçûës du Public avec aplau
dissement,et conservent même après un si
long temps , je ne sçais quelle grace et
quelle naïveté qui plaît toujours , qui se
fait sentir agréablement , et que le temps
n'use point.
Moliere , comme je l'ai dit d'abord ,
ne bornoit pas son mérite à la composition
de ses excellens Ouvrages , ayant
presque réuni dans sa personne les differens
caracteres des Aristophanes , des Menandres
, des Plautes et des Terences . Il
joüoit encore son rôle sur le Théatre d'une
maniere à ne rien laisser à désirer ; c'étoit
un modele parfait pour les Acteurs
qui vouloient aspirer au sublime dans
leur profession . Il étoit à la fois bon Poëte,
bon Comédien , et bon Orateur ; en un
mot le vrai Trismegiste du Théatre..
,
,
Outre les grandes qualitez nécessaires
au Poëte , à l'Acteur , et à l'Orateur
qu'il possedoit au souverain degré , il
avoit encore celles qui font l'honnêtehomme
; genereux , bon ami , modeste ,
poli ,
JUILLET. 1735.
1561
>
poli , sçavant sans le vouloir paroître ,
d'une conversation douce et aisée
ce qui le faisoit generalement aimer des
Grands et des petits .
C'étoit lui qui faisoit les annonces ,
et qui étoit ce qu'on apelloit alors , le
Harangueur de la Troupe. Jamais homme
n'a prononcé un compliment en pu
blic avec tant de grace , tant de simplicité
, tant d'énergie , ni tant de facilité.
Six ans avant sa mort , étant bien aise de
se décharger de cet emploi , il pria la
Grange de remplir sa place.
Il avoit un amour de passion pour son
métier , et un zele ardent pour le diver
tissement du Public , dont il étoit très aimé
; il en donna des marques jusqu'à la
fin de sa vie. A sa mort le Théatre fut
fermé pendant 15. jours , et ce ne fut
qu'après ce tems- là que la Troupe mortellement
afligée , eut le courage de rejouer
, car tous ses camarades le regardoient
comme leur Pere commun ,
bienfaicteur.
et leur
Les Parens de Moliere l'avoient élevé
pour être de leur profession ; il resta jusqu'à
l'âge de 14. ans dans la boutique ,
sçachant tout au plus lire et écrire. Il
avoit un grand-Pere qui l'aimoit éperdument
, et ce bon homme aimoit passsio-
E iiij nément
1582 MERCURE DE FRANCE
,
nement la Comédie ; il y menoit souvent
le petit Poquelin à l'Hôtel de
Bourgogne. Le Pere qui apréhendoit que
ce plaisir ne dissipat son fils , et ne lui
ôtat toute l'attention qu'il dévoit à son
métier , le gronda fort , et à plusieurs reprises
; et un jour s'adressant au bon homme
: Avez-vous dessein , lui dit il , d'en faire
un Comédien ? plut à Dieu , lui répondit le
grand Pere , qu'il fut aussi bon Comédien
que Belleroze, Cette réponse frapa
le jeune homme , et contribua fort à
augmenter le dégout qu'il avoit déja pour
la profession de Tapissier , ce qu'il témoigna
dans la suite à son Pere par sa mélan
colie ; il le suplia de vouloir le faire étudier.
Le pere y donna les mains , et l'envoya
au College des Jesuites. En cinq
années de tems , il fit non- seulement ses
humanitez , mais encore sa Philosophie.
{
Ce fut au College qu'il fit connoissance
avec Mrs Chapelle et Bernier, à qui Gassendi
enseignoit la Philosophie; ce celebre
Philosophe trouva dans Moliere tant de
docilité et de penétration , qu'il se fit un
plaisir de lui découvrir toutes ses connoissances.
Cyrano de Bergerac , qui étoit
venu achever ses études à Paris , grossit
encore cette petite Troupe de Philosophes.
Pocquelin
JUILLET. 1735 7563
gour
Pocquelin ayant quitté les Etudes , fut
Avocat ; quelque temps après il s'amusa
avec quelques autres Bourgeois , selon le
de ce tems - là , et le sien particulier,
à réprésenter des Pieces de Théatre en
bourgeoisie , c'est- à- dire gratis , dans les
maisons de quelques particuliers ; mais
ses camarades et lui se croyant bons
Acteurs , ils se mirent à jouer la Comédie
pour de l'argent , et ce fut alors que ce
celebreComédien prit le nom deMoliere ,
sans qu'on ait jamais bien sçû pourquoi .
Les succez que Moliere avoit sur le
Théatre du Palais Royal furent partagez
et souvent diminuez même , par les farces
Italiennes de Scaramouche ; elles atti-!
roient la foule qui rioit aussi volontiers.
pour des grimaces et des singeries , que
pour des représentations naïves ct sensées.
Un autre désagrément qu'eut Moliere ,
fut le vacarme que firent les gens de la
Maison du Roy , quand il eut obtenu de
S. M. un ordre pour les empêcher d'entrer
sans payer, Ils prirent cet ordre pour
une insulte, voulurent entrer de force, et
tuerent même un des portiers de la Comédie
qui se mit en état de leur résister .
Tout étoit consterné dans la Troupe ;
tous les Acteurs et les Actrices prierent
Moliere avec instance , de ne point faire
E v valeir
1564 MERCURE DE FRANCE
valoir l'ordre du Roy , et de laisser les
choses sur l'ancien pied pour avoir la
paix et la tranquillité dans le Spectacle.
Mais cet illustre chef ne défera point aux
suplications de ses camarades ; rien ne
pût ébranler sa fermeté , et sans craindre
les suites que ses demarches pourroient
avoir , il alla se plaindre au Roy de la
violence qu'on lui avoit faite ; S. M. ordonna
sur le champ qu'on punit les coupables
, et qu'on fit exécuter ses ordres.
Comme Moliere aimoit fort à haranguer ,
il fit un beau Discours au Parterre à la
premiere Réprésentation ; et s'adressant
aux Gendarmes de la Garde du Roy , qui
étoient les plus dificiles , il leur dit tane
d'honnêtetés , les flatta si bien , et gagna
tellement leur esprit , qu'il les ramena au
point qu'il vouloit , ensorte qu'à l'avenir
il n'arriva plus de violence aux portes
et que tout le monde paya generalement.
,
M. de Grimarest raporte un trait de Moliere
que je n'ai garde d'oublier , il fait
trop d'honneur à sa mémoire pour n'être
pas repeté. Un jeune homme de famille
vint se présenter à lui pour être reçû Comédien
, ayant un grand talent pour la
déclamation , Moliere après l'avoir entendu
et admiré , lui demanda quelle étoit sa
famille
JUILLET. 1739. 1565
3
famille et sur ce qu'il répondit qu'il
'étoit fils d'un Avocat , Moliere lui répli
qua : Suivez cette profession , la nôtre est la
derniere ressource de ceux qui ne sçauroient
micux faire , ou des libertins qui veulent se
soustraire au travail ; d'ailleurs c'est enfoncer
le poignard dans le sein de vos parens que de
monter sur le Théatre : je me suis toujours reproché
d'avoir donné ce déplaisir à ma famille
, si j'avois à recommencer je ne le ferois
pas. Chapelle survint , qui ayant vû le
talent du jeune homme pour le Théatre ,
voulut le détourner du barreau , et insista
pour le déterminer à être Comédien , ou
par un alternative étrange , à être Prédicateur.
Moliere n'entendit point raillerie,
et s'en prenant à Chapelle même , fit si
bien , qu'il ôta au jeune homme la pensée
d'être Comédien .
Le Roy voulut rendre Moliere le chef
de sa Troupe avec six mille livres de pension.
Il réprésenta à S. M. que d'ami de
ses camarades il deviendroit leur ennemi,
et qu'il aimoit infiniment mieux être leur
ami et leur confrere que leur chef.LeRoy
admira ce sentiment généreux et accorda
la pension de 6000. 1. à laTroups entiere,
dont elle a toujours joui , et qui fut augmentée
à la jonction des Troupes vers
1680. à 120co . livres,
£ vj La
1566 MERCURE DE FRANCE
La Comédie de l'Etourdi ou les Contretemps
en cinq Actes en Vers , après avoir
été joué à Lion pour la premiere fois en
1653 , fut réprésentée à Paris sur leThéatre
du Petit Bourbon en 1658. Moliere y
joua toujours le principal Rôle , lequel
fut rempli après sa mort successivement,
par les sieurs de la Grunge , Hubert , Ver
neuil , du Croisi , la Torilliere , Monimenil.
Et par les Dlles de Brie , du Pin
Raisin , &c. Je suis , &c .
EPIGRAM ME.
Rapé depuis long - tems d'un mal imagi-
Faire
L'hipocondre Cléante a terminé son sort .
Il se croyoit cocu , peut- être a la legere :
Peut- être avec justice , on n'en est pas d'acord ;
Mais posons qu'il le fut , il eut toujours bien
tort ,
De prendre tant à coeur un destin si vulgaire.
Et que seroit- ce donc , si pour cette chimere ,
Tous ses pareils en foule alloient aux sombres
bords !
Quel deuil , quel vaste deuil ! ma foi dans cette
affaire ,
Je
JUILLET. 1735. 1567
Je pense à dire vrai que parmi tant de morts ,
Chaque Enfant trembleroit de rencontrer son
Pere.
Par M. Desroches.
SSABAS

LETTRE écrite de Rennes le 28. Juin..
1735 par M. de la Haye , sur un Endroit
des Commentaires de l'Ecriture ,
par le R. P. Calmet.
Ay lû , Monsieur , dans le Commentaire,
du . K. P. Calmet sur le Livre de la
t Sagesse , cap. 12. v.8 . que dans ces derniers
siecles on a plus d'une fois dans les
Sieges irrité des Mouches à Miel par le feu
et par la fumée , contre les armés des assiégeans.
Il cite là - dessus Osorius lib. 8. de
reb. Emmanuelis Reg, Lusitania.
e
Ce Livre est imprimé à Lisbonne , un
voli in fol, sous ce titre De rebus. Emmanuelis
Regis Lusitania invictissimi virtute
et auspicio gestis libri 12. auctore hieronimo
Osorio Episcopo Silvensi 1571 .
J'ay verifié la citation , et je suis toujours
plus convaincu , qu'il y a beaucoup
à rabattre dans presque tout ce qu'on
nous raconte de merveilleux , Osorius dit,
à la verité , que les habitans de Tanli en
Affrique
1568 MERCURE DE FRANCE
>
Affrique , jetterent du haut de leurs murailles
une grande quantité de ruches à
miel enflamées , et que les Portugais
brulez par les flammes , et piquez par les
aiguillons , furent contraints d'abandonner
leur attaque , Alvearia apum innumerabilia
quibus abundant incensa à manibus
dimisere, nostri et alvearium flammis ambusti
, et apium aculeis stimulati ; oppugnationem
deserere coacti sunt .
Il semble qu'en voila plus qu'il ne faut
pour justifier le fait et la citation , cepen.
dant vous allez voir , Monsieur qu'il y a
beaucoup à dire sur l'un et sur l'autre.
Ces ruches enflamées et en même temps
pleines d'Abeilles , capables de voler et de
piquer en sortant du milieu des flammes,
ont un air de fable qu'Osorius même a
reconnu , puisqu'il ajoute que les Abeilles
ne furent pas la seule defense des habitans
, et que ceux - ci blesserent griévement
le Chef des Portugais avec plusieurs
des siens. Multi etiam vulnera ab hostibus
accepere , ne apibus tantum ea propugnatio
adscribi possit , ipseque Barriga graviter
vulneratus absces it.
Le R. P. Calmet qualifie , je ne sçai
pourquoi , ce Barriga du titre de General
des Troupes du Roy de Portugal , et donne
ainsi l'idée d'une armée entiere , occupce
JUILLET. 1735. 1569
cupée à faire un Siége important : il est
vrai qu'au livre 10. le même Osorius le
réprésente à la tête des Portugais , qui
forcerent le Château d'Amagor , mais
il ne comandoit alors qu'une très petite
Troupe , la prise fut même regardée comme
un miracle , à cause que ce Château
étoit situé sur un rocher escarpé au milieu
du lit ou du confluant de deux rivieres;
en effet l'étendart de l'Ordre de Christ
fut mis au sommet de la Tour , qui réprésente
ce Château dans les armes des
Barrigues en signe d'une Victoire , non
humanis viribus, sed Christi numine et bene
ficio paria.
Mais l'expedition deTanli fut faite avec
encore moins de Troupes : ma premiere
preuve, c'est que ce fut une simple incur
sion , Barriga in oppidum quod appellant
Tanli , impetum similiter tulit. Je vois en
second lieu que l'expedition à laquelle
celle de Tanli est comparée par le mot
similiter, n'avoit été faite qu'avec 150. Cavaliers
.
Or dès qu'il n'est plus question d'Ar◄
mée ni de Siege , tout le merveilleux s'évanouit
, et le dénoument est très simple
, les habitans de Tanli fermerent leurs
Portes et jetterent sur les Portugais des
ruches enflamées , comme l'on jette en
pareil
1670 MERCURE DE FRANCE
pareil cas des choses pesantes , au défaut
de pierres , pour se garantir ; le Com--
mandant blessé et griévement blessé , ainsi
que plusieurs de sa petite Troupe , par
des gens qu'il avoit crû surprendre , se
retira sans débrider ; tout cela est trèsordinaire
, et Osorius pouvoit se passer
d'y faire entrer le bizare secours tiré
des aiguillons des Mouches à miel , lequel
a principalement donné lieu à l'erreur
du R. P. Calmet , sur le Siege , le
General et l'Armée . Je suis , &c.
FABL E.
Certain Faucon , par la faim aux abois ,
Etoit en quête. Il sort du fond d'un bois ;
Il voit de loin une jeune Colombe ,
A tire d'aile avance , plane et tombe
Sur la pauvrette et se met en devoir
De la croquer : Quoi donc ? votre pouvoir
Est votre loi ? cria l'Oiseau timide ;
On est vainqueur quand le combat décide ;
Mais quelle gloire est - ce à votre vigueur
De triompher de moi , qui meurs de peur ?
Allez forcer l'Epervier à se rendre ,
Ou le Milan , ils sçauront se défendre.
Notre
JUILLET . 1735 . 1571
Notre Faucon lui répond d'un ton sec ,
Défendez- vous , n'avez-vous pas un bec ?
Hélas ! mon bec n'a de force et d'adresse
Que pour donner des preuves de tendresse
A mon ami. Quel est ce bel ami ?
C'est un Pigeon , mais il est endormi :
Faut l'éveiller et qu'il vienne à votre aide
Non , s'il vous plaît , de grace , le remede
Seroit encor plus cruel que le mal.
Comme ils parloient , ce petit animal
Se réveillant , vient se perdre lui- même ,
Pour sa Colombe il se fait égorger.
L'Amour prudent avoit vû le danger ;
L'Amour ardent ne voit que ce qu'il aime.
のの雨の
SUR LA QUESTION de sçavoir,
si ceux qui conviennent que la Maison
de nos Roys , a la même source que celle
de Charlemagne
doivent l'apelier la >
Troisiéme Race , & c.
Es lumieres que la critique a repanbusé
de plusieurs opinions fausses , que
l'on prenoit auparavant pour autant de
veritez parce qu'on ne se donnoit pas
la peine de recourir aux sources ,
de juger
1572 MERCURE DE FRANCE
ge
ger de l'autorité des Auteurs , d'obser• ´
ver l'ordre des tems , et d'examiner les
Actes. Tout étoit vrai , parce qu'on vou- ĭ
loit tout croire , et qu'on ne distinguoit
pas entre la bonne Antiquité , et ce qui
pouvoit l'avoir corrompuë ; on respectoit
sans discernement tout ce qui paroissoit
ancien . On donne peut être aujour
d'hui dans l'extrémité oposée ; mais du
moins si on perd quelques veritez en ne
se livrant pas si aisément , on a l'avantade
ne croire que sur des preuves solides.
Il y a cependant certains points
d'Histoire , et dans d'autres genres de
science , qui quoique démontrés pour
les personnes neutres , trouvent encore
de l'oposition de la part de ceux qui n'ont
pas la force de séparet de leur état les
opinions qui ont pris naissance chez eux,
ou que differents interêts ont obligé à
s'en rendre les Protecteurs. Cela est arrivé
à des Personnages dignes de respect
par leur pieté et par leurs lumieres ; cette
démarche auroit sans doute fait tort à des
hommes médiocres ; mais les fautes des
grands Hommes se pardonnent d'autant
plus volontiers , que plus ils ont de réputation
, moins elle peut souffrir de di .
minution dans son intégrité.
Il est encore arrivé que malgré ces éclaircisseJUILLET.
1735. 1573
eissemens , le Public accoutumé à l'erreur
, en a conservé le langage , et a contredit
par son expression l'idée qu'il a de
la chose , il y en a des éxemples dans
plusieurs Sciences qu'il n'est pas besoin
de raporter ici .
Cela m'a surpris à l'égard de nos plus
célébres Historiens qui conviennent presque
tous , que la Maison de nos Roys
n'est pas differente de celle de Pepin et de
Charlemagne : et n'ont pas cessé de s'exprimer
comme ceux qui croyent que c'est
une troisiéme Race ; ils veulent nous
prouver que Childebrand , frere de Char-
Martel , étoit Aveul de Robert le
Fort , Bisayeul de Hugues Capet ; et ils
apellent deux Races une Famille qu'ils
soutiennent être la même , et qui ne forme
, suivant leur sisteme , que deux Branches
d'un tronc commun ; il leur convenoit
, sans doute , après avoir découvert
une verité , de faire la Loy des termes
et de l'expression .
Hugues Capet étoit plus proche de
Pepin , pere de Charles Martel , .que
Henri IV . ne l'étoit de S. Louis ; cependant
on n'a pas separé la Branche de
Bourbon des autres Branches de la Maison
de France , en disant que c'est une
quatriéme Race ; pourquoi ne dira t'on
pas
1574 MERCURE DE FRANCE
pas du Roy Hugues , à l'égard des Catlovingiens
, ce qu'on dit de Henri IV. à
l'égard des Caperiens .
Il est vrai qu'on peut répondre qu'il
y a bien de la difference entre Henri IV.
et le Roy Hugues : Henri IV. étoit reconnu
pour un Prince du Sang qui avoit
un droit incontestable à la Couronne ,
que
nulle Puissance sur Teire n'étoit en
droit de lui disputer , au lieu que Hugues
Capet n'y avoit aucun droit que par le
choix de la Nation , que tout le droit à
qu
la Couronne résidoit en la personne de
Pepin et de sa posterité , et que les autres
Seigneurs de la Maison n'étoient pas
devenus , par son Election , successibles
à la Couronne,
Mais on peut aussi répliquer qu'il faut
distinguer entre le droit à la Couronne , et
être d'une même Maison , avec une Branche
Royale , quoique le Roy Hugues
n'eût pas par sa naissance le droit de
monter sur le Trône , il avoit la parenté
ou plutô: la consanguinité avec Charlemigne
, laquelle ne s'efface jamais , tant
qu'on peut la découvrir ; ainsi dès qu'on
sçait qu'il avoit une même origine , le
droit negatif , pour ainsi dire , à la Couronne,
ne peut pas empêcher qu'il ne soit
vrai de dire qu'il est de même Maison ;
et
JUILLET . 1735. 1575
et qu'ayant remplacé la posterité de ce
grand Prince , quoique ce ne soit pas par
droit de naissance ou de succession sa
Race ne doive être comptée avec elle ,
comme la seconde par raport à celle de
Clovis.
>
Quand je dis que le Roy Hugues n'a-
' voit aucun droit à la Couronne , cela est
exactement vrai . On peut cependant dire
qu'il y avoit de la justice de le préferer
aux autres Seigneurs , puisqu'il étoit
de même Maison que l'her.tier qu'on
vouloit exclure ; il paroît que Dieu fit
lui- même cette justice , et que cette raison
n'étoit pas sçûë communément
de
tout le monde , puisqu'on sçait qu'il eut
des concurrens et d'autres traverses à
essuyer , que contre le Prince Charles.
Glaber ( a ) lui- même ne connoissoit pas
l'origine de Hugues Capet , et l'aveu qu'il
en fait ne prouve ni pour ni contre ;
parce qu'un Auteur qui dit qu'il ne sçaic
pas une chose , ne détruit aucun sisteme.
Je conviens qu'il étoit contemporain
à cette révolution ; mais cela ne décide
encore rien pour le point dont il s'agit ,
puisqu'il est né plusieurs siecles après
Pepin , Pere de Charles Martel ; il n'est
( a ) L. 1. cap. 2. & l. 2.
pas
1576 MERCURE DE FRANCE
pas
fort surprenant qu'il ait ignoré quel
étoit Childebrand , et si le Roy Hugues
en étoit descendu . Il n'y a rien de si facile
à perdre que des dégrez de Généalogie
; et d'ailleurs la grandeur où étoit
montée la Branche de Charlemagne, pouvoit
avoir obscurci par son éclat celui
des autres Branches , qui n'ayant pas de
- droit à la Couronne perdoient tous les
jours de leur considération , à mesure
qu'elles s'éloignoient du tronc commun
, de corte qu'elles ne furent plus re.
gardées que comme les autres grandes
Maisons de l'Etat.
du
On a même toujours eu tant de vénération
pour Charlemagne , que l'on séparoit
,pour ainsi dire , de sa Maison et de
sa Race tout ce qui n'en descendoit pas
en ligne directe , on ne parloit que
sang de Charlemagne et de ceux qui pou
voient se vanter de remonter jusqu'à lui.
Enfin la décadence de sa Posterité nous
ramene à des tems malheureux où l'ignorance
sur les plus grandes affaires, les
grands évenemens , les Négociations , le
Gouvernement , & c. nous prouvent que
l'on ne s'attachoit pas à des détails et à
des recherches de Généalogie .
Je n'entrerai pas dans toutes les preuves
que l'on a données en faveur de ce
sistême
JUILLET. 1735 1577
sistême qui est le plus suivi , elles sont
connues de tout le monde. Ce que je
trouve de plus décisif est la Lettre de
Charles le Simple au Comte Hugues ,
Ayeul de Robert qu'il apelle fuus consanguineus
, ce qui exprime un Parent du
même Sang et de même Race , ce qui ne
s'entendra pas pour ces tems-là d'un Titre
honoraire comme celui de Cousin
que le Roy donne à ses Maréchaux ; Ai-
-moin raporte dans la vie d'Abon un fragment
de son Apologetique , où parlant
au Roy Robert il lui dit en ces termes
copiez d'après Horace , dans son Ode à
Mecenas .... Dulce decus meum Roberte ,
quem atavis Regibus editum divina pietas
perduxit ad Regni fastigium. Ce qui ne
doit pas être expliqué par une Traduction
rigoureuse , ni être entendu de maniere
que Robert fût descendu des Roys
qui l'avoient précedé ; mais ce qui peut
s'entendre d'une Ligne collaterale , dont
on peur fort bien dire que l'on descend
quand on est inférieur en dégré de parenté.
On peut voir sur cette Question les
preuves de du Bouchet , Mezeray , les
Notes d'Adrien de Valois sur le Poëme
d'Adalberon , & c .
Personne n'a osé dire , depuis que ce
sistême a parų , qu'il a été imaginé , pour
Aater
1578 MERCURE DE FRANCE
flater nos Roys ; leur Grandeur n'a pas
besoin qu'on emprunte pour faire paroî
tre leur Maison ancienne et illustre ,
quand on ne dateroit que depuis le Koy
Hugues ; on a déj a remarqué plusieurs
fois qu'il n'y a pas de Maison Souveraine,
sans exception , qui compte une aussi longue
suite de Roys , et qui en ait donné
un aussi grand nombre à tant de Royaumes
et d'Etats.

L'objet que j'ai eu dans ce que je viens
de dire , est de proposer, s'il n'est pas plus
convenable de régler l'expression sur l'idée
que l'on a , que de parler comme
ceux qui croyent differemment ce qui
pouroit jetter dans la suite de la confusion
dans le langage historique. Ainsi
ceux qui n'adoptent pas ce sistême sur
l'origine de la Maison de France , peuvent
parler comme ils pensent ; mais ceux
qui le reçoivent peuvent- ils s'exprimer
comme ils ne pensent pas , sans faire valoir
l'opinion contraire ? il faut donc que
ceux qui veulent que les Capetiens ne
forment qu'une même Maison avec les
Carlovingiens , n'admettent que deux
Races de Rois , et fortifient leur sentiment
par les termes qui y accoutument.
Par quelle raison subordonnera t'on ce
sistême là aux expressions de celui qui y
est
JUILLET. 1735. 1579
est opposé si on a parlé plusieurs siecles
autrement que je ne propose , c'est qu'on
croyoit devoir parler comme on croyoit ;'
l'usage ne doit être ici d'aucun poids ,
puisqu'il est d'usage de parler comme on
pense .
Le mot de l'Enigme du premier Volume
de Juin est Ciseaux , et ceux des
Logogryphes sont , Port et Maire . On
trouve au premier , Or , Po , Pot , Trop ,
Top. Au second , Marie , Mire , Emir
Air, Mer, Ame, Mi , Ré , Rame , Amer,
Arme , Mie , Aimer , et Rime.
L'Enigme du second Volumé du Mer
cure de Juin a dû s'expliquer par la Nuit
et le Jours et les deux Logogryphes par
Ponce et Livre . On trouve dans ce dernier
, Live, Ivre , Levi , Urie , Ver , Rive,
Lie , Vire , Vil , Re , Ire , Jeu , Rue , Elu ,
Kie , Le , Eli , &c.
1
On a fait une faute considérable dans
le Mercure de May , page 921. en confondant
par inadvertance deux Logogryphes
en un seul . Le premier est celui
de Chatte , qui commence par ces mots :
Je nais pour rapiner , &c . et finit ainsi :
Combinés - moi je gâte vos habits ; il n'a que
six Vers.
F L'autre
1580 MERCURE DE FRANCE
L'autre dont le mot est Fraise , commence
tout de suite par ces mots : Six
membres font mon tout , & c,
のの
ENIG ME.
Quoique mon secours soit vulgaire ;
Il n'en est pas moins salutaire ;
Celui qui me visite en mon apartement
Est fort sûr d'y trouver quelque soulagement ;
Et ce que l'on sçait être un devoir nécessaire ,
Commodément par tout sans moi ne se peur
faire.
Chez l'un et l'autre sexe on me croit si discrep
Que je suis le dépositaire
De ce qu'ils ont de plus secret ;
Aussi sçais - je si bien me taire ,
Qu'on me peut sûrement confier son affaire ;
Sans en avoir aucun regret.
Tel qui le plus m'abhorre et fuit mon voisinage ,
Ne peut me refuser l'hommage
Que l'on doit me rendre ; et pourquoi
Nature qui paroît si sage ,
A-t'elle imposé cette Loi ?
Consultés Hipocrate , il le sçait mieux que moi ,
LO
JUILLET . 1735 1581
D
吊吊吊吊吊吊吊吊吊吊吊师: 吊吊吊吊吊吊吊平吊吊吊千千千吊师
LOGOGRYPHE.
E six membres mon corps emprunte sa
structure.
Les six unis , je suis un ornement ;
Mais ne me fais , Lecteur , aucun retranchement,
Un seul de moins , je deviens pourriture.
Pour réparer ma chute , ote m'en un encore >
Je n'associe aux celestes Concerts ;
Mais pour le coup , tout beau , sans quoi , vile
pécore ,
Je suis réduit à chanter d'autres airs.
Veux- tu du corps entier retrancher tête et quenë ?
Il restera, ce que comptoient avoir
Sur le double sommet maints Auteurs sans sçavoir.
Crains- les , Lecteur , et fuis - les d'une lieue.
Certain mal dangereux que je ne nomme pas ,
Leur fut legué pour unique héritage.
: Ji
De deux membres sur six interdis -moi l'usage ,
Tu trouveras ce mal , ou toi - même l'auras.
*** à Riom.
AUTRE.
Sept Ept caracteres me composent ,
Et suivant comme ils se transposent ,'
}
Produisent bien des noms divers .
Vous y trouverez l'eau pour nos besoins utile ;
Fij
Le
7887 MERCURE
DE FRANCE
1
!
Le nom de la superbe Ville,
Qui mettant les Rois dans ses fers ,
Donna jadis des Loix à l'Univers ,
Celui de pieux Solitaire :
7 .
Un arbre sous lequel et Berger et Bergere
Vont s'égayer et danser fréquemment ;
Un capricieux Elément ,
Et cette Nation que le Soleil rend noire;
Un instrument fort connu des Chasseurs
L'endroit où l'on met les Liqueurs ,
Qu'on veut tenir fraîches pour boire.
Vous y pourrez encore voir
Ce qui fait qu'on porte un mouchoir.
J
Un Roc dont les Vaisseaux font souvent triste
épreuve ,
Et le nom d'un Poisson qu'on pêche en Terre-
Neuve ,
Le premier mot que l'Ange dit
Ala Vierge pleine de grace ;
L'endroit sur lequel on s'assit.
Le métal précieux que l'Inde nous produit ;
Une jaune couleur , Maroc , un mur , un fruit
d'autre maniere ,
Me transposant
Un chétif animal qui rampe sur la Terre ;
La Plume que tient un Forçat ;
L'Arme dont Cupidon aux coeurs livre la
guerre
Dignité de l'Eglise et bon repas d'un Chat
1
Abbesse que l'Eglise honore ;
Et
JUILLET.
1735. *583
Et Note de Musique encore .
Un mot qu'on a voulu retrancher du François
Une herbe utile en Pharmacie ;
Guérison d'une maladie ,
Et ce qu'à déjeuner on mange quelquefois .
Vous verrez aussi sur là Liste ,
En François , en Latin un nom d'Evangeliste
Un poids qui sert pour l'or et pour l'argent ;
dipes curieux , cherchez le dénoûment.
Le Maire:
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ESCRIPTION GEOGRAPHIQUE
D Historique , Chronologique , Politique
et Physique de l'Empire de la
Chine et de la Tartarie Chinoise , enrichie
des Cartes generales et particu
Heres de ces Pays , de la Corte generale
et des Carres particulieres du Thibet et
de la Corée , et ornée d'un grand nombre
de Figures et de Vignettes gravées
en taille-douce. Par le R. P. J. Baptiste
du Halde , de la Compagnie de Jesus. A
Faris , chez P. Gale Mercier , rue S. Jac-
Fiij ques
1
4
1584 MERCURE DE FRANCE
ques , au Livre d'or , 1735. 4. volumes
in folio , papier grand Raisin , prix 2-40.
livres. On peut assurer que rien n'est
épargné dans cette Edition .
RECUEIL DE L'HISTOIRE et Memoires
de l'Académie Royale des Sciences , depuis
son établiffement en 1666 jusqu'en
1698. entiérement imprimé en onze
tomes ' , lesquels se divisent en 14. vol . in
4. avec quantité de figures : avec la Table
générale des Matieres de tout le
Recueil des mêmes Mémoires depuis
1666. jusqu'à 1730. en quatre volumes
in 4. et le Recueil des Machines qui
ont été présentées à cette Académie depuis
son établissement jusqu'à présent
, en six volumes in 4. remplis de
figures. Ces 24. volumes in 4. paroissent
par les soins de G. Martin , Coignard ,
fils , et Guérin l'aîné , Libraires , ruë saint
Jacques , chez lesquels on trouve aussi
les Mémoires de la même Académie depuis
et compris 1699. jusques et compris
l'année 1710. en 12 , volumes in 4-
avec figures.
AVIS DESINTERESSE sur les derniers
Ecrits publiez par les Cours de
Vienne et de Madrid , au sujet de la
guerre
JUILLET. 1735. 1585
guerre présente , avec quelques Observations
de Droit sur l'Article V. de la
Quadruple Alliance et le Suplément au
Recueil des Pieces citées dans la Képonse
de la Cour de Vienne , où l'on trou
vera les Pieces que la même Cour a jugé
à propos de ne pas exposer au Public.
173. in 4. pages 200. ou environ.
A Paris , chez Coignard , fils , et Boudet
, rue S. Jacques , à la Bible d'or .
TRAITE DES CUREZ PRIMITIFS , où
l'on examine leur origine , les differentes
causes qui y ont donné lieu , leurs
droits , prérogatives et Charges . Les differens
moyens Canoniques pour établir
leurs droits , la maniere de les exercer
et les autres questions sur la même matiere.
Suivant les Décrets des Conciles ,
les Constitutions des Papes , les Chartes
anciennes , les Ordonnances et Déclarations
des Rois , et la Jurisprudence
des Arrêts des Cours Souveraines. Le tout
raporté à la derniere Jurisprudence , fi- xée
par la Déclaration
du Roy du s .
Octobre 1726. et celle du 15. Janvier
1731. in 4. A Toulouze , chez Nicolas
Caranove , et à Paris , chez Etienne Gdneau
et Louis- Etienne Ganeau , fils , ruë
S. Jacques
.

Fiiij LES
1586 MERCURE DE FRANCE
LES CONTES , ou les Nouvelles Récréa
tions et Joyeux Devis de Bonaventure
des Periers , Valet de Chambre de la Roine
de Navarre. Nouvelle Edition , augmentée
et corrigée , avec des Notes Historiques
et Critiques. Par M. de la Monnoye
, 3. volumes in 12. A Amsterdam ;
chez Z. Chatelain , et à Paris , chez Jac
ques Clouzier, rue S. Jacques à l'Ecu
de France.
LETTRES d'un Medecin de Montpellier
à un Médecin de Paris , pour servir
de Réponse à la Critique du Traité de Chimie
de M. Malouin , brochure in 12. de
24. pages. Seconde Edition . A Paris , chez
Guill. Cavelier , rue S. Jacques , au Lys
d'or , M. DCC . XXXV.
Ces Lettres sont écrites avec beaucoup
de netteté ; l'Auteur ne s'y est point ar-.
rêté à ce qui fait simplement le sujet
de la querelle litteraire . Il paroît au
contraire qu'il a eu principalement en
vûë d'y éclaircir differens points de Fhysique
et de Pharmacie , et il l'a fait
avec précision ; c'est ce qui rendra sans
doute ces Lettres utiles aux Amateurs
de la Chymie.
ABREGE' DE L'HISTOIRE ET DE LA
MoJUILLET.
1735. 1587
> MORALE DE L'ANCIEN TESTAMENT où
l'on a conservé , autant qu'il a été possible ,
les propres paroles de l'Ecriture Sainte
avec des éclaircissemens & des réflexions .
Dedié à Monseigneur le Duc de Chartres
1. et 2. Vol. in 12. A Paris , chez Jean
Desaint , ruë S. Jean de Beauvais . 1735 .
Les 2. Vol. reliez s . livres.
Cet Ouvrage dont on vient de publier
les deux premiers Volumes , est
dans le même plan que l'Abregé de l'Ancien
Testament que l'Auteur a publié en
un Volume l'an 1727. et qui a eu une
aprobation universelle , parce qu'on y
raconte les faits historiques dans le stile ,
et souvent avec les propres paroles de
PEcriture , et qu'on y présente des Extraits
des Livres sapientiaux et prophé
tiques , débarassez des difficultez de la
lettre , et les plus propres à l'instruction
des Fideles. Mais celui que nous annonçons
, a sur le premier deux avantages
considerables . 1 °. On y fait entrer tou
tes les Histoires de l'Ancien Testament ,
et la plupart des faits y sont exposez avec
plus d'étendue . 2 ° . On éclaircit les principales
difficultez qu'on n'a pû écarter
du Texte , et on develope les veritez et
les mysteres de l'Ecriture , par de solides
réflexions tirées des Auteurs anciens et
Fy moder1588
MERCURE DE FRANCE
,
modernes, qui les ont expliquez avec le
plus de lumiere et d'onction . L'Auteur
donnera un Volume chaque année , et à
la fin de chaque Volume de l'Histoire
une Table chronologique une Table
géographique, et une Table des matiéres.
Le troisiéme Volume est sous presse.
Abregé de l'Histoire et de la Morale de
Ancien Testament. 1. Vol . sans les Réfléxions
, d'un caractere menu .. 1. livre
15. sols.

Le même, d'un caractere plus gros , papier
ordinaire .. ›.
1
2. liv. Le même
, papier
fin ... 2. liv. 10. s .
On trouve
chez
le même
Libraire les Oraisons
funebres
de Flechier
, Bos- suet et Mascaron
, 3. Vol. en beaux
carac teres
et en beau
papier
... 7. liv . 10. s.
Sentences
tirées
des Lettres
de S. Augustin
, par ordre
alphabetique
en Latin et en François
...
Dictionnaire
de la Fable
.. 1. liv.
3
1. liv . 4. S.
15. S.
Poëmes sur la Musique et la Chasse ,
dediés au Roy, où l'on trouve beaucoup
de Tailles douces des meilleurs Maîtres.
S. liv.
SINGULARITEZ HISTORIQUES ET LITTERAIRES
, Contenant plusieurs recherches
, découvertes et éclaircissemens sur
JUILLET. 1735. 1589
un grand nombre de difficultez de l'Histoire
ancienne et moderne . A Paris
chez Didot , Quay des Augustins , à la
Bible d'or , in 12. pp. 496.
MEMOIRES ET AVANTURES de M. de ***
traduits de l'Italien par lui- même. A Paris
, chez Prault pere , Quay de Gesures
1735. broch. in 12. de 120 pages sans la
Préface, Prix , 24. , 24. sols.

>
TABLEAU des Maladies , ou les Remedes
choisis et éprouvez , tant de Me.
decine , que de Chirurgie , pour les Maladies
du Corps humain , dont un grand
nombre n'ont pas encore été imprimez .
Suite de l'Ouvrage de Lomnius , par M.
le Breton , Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris , in douze , 1735. 2. liv.
. LA MEDECINE STATIQUE de Sanctorius,
ou l'Art de se conserver la santé par la
transpiration , traduite en François par
M. le Breton , Docteur en Medecine de
la Faculté de Paris , in 89. 1735. 1. liv .
LES CLEFS DE LA PHILOSOPHIE SPAGIRIQUE
, qui donnent la connoissance des
Principes et des veritables Opérations de
cet Art dans les Mixtes des trois genres,
par le même Auteur , in 8 ° . 1735. 1. liv .
sols . Ces trois Livres se trouvent à
F vj Paris
Fr
1590 MERCURE DE FRANCE
Paris, chez P. G. Le Mercier , ruë Saint
Jacques,au Livre d'or.
1
HISTOIRE DU VICOMTE DE TURENNE ,
Maréchal General des Armées du Roy.
A Paris ,chez la Veuve Mazieres et J. B
Garnier , Imprimeurs et Libraires de la
Reine , ruë S. Jacques , à la Providence.
1735. in 4º . 2. Volumes , Tome 1. pp.
600. Tome 2. contenant les Preuves , en
trois Parties. La premiere , pp. 209. La
seconde ,, pp . 88. La troisiéme , pp . 150.
Planches détachées XIV .
On parlera plus amplement de ce
grand et magnifique Ouvrage.
INSTITUTS au Droit Coutumier du Duc
ché de Bourgogne , avec le Texte de la
Coûtume , les cahiers contenant l'interprétation
et déclaration des articles les
plus obscurs et ambigus de ladite Coûtume,
et les Notes omises , et un Memoire
des Villes et Villages qui usent du Droit
Ecrit au Duché de Bourgogne. Nouvelle
Edition , revûë et corrigée. A Dijon, chez
Jean Sirot. 1735. in 12 .
HISTOIRE UNIVERSELLE , Sacrée et
Prophane , depuis le commencement du
Monde , jusqu'à nos jours , par le R - P
Dem
JUILLET. 1735. 1597
Dom Augustin Calmet , Abbé de Senones
, et Président de la Congrégation de
S. Vanne et de S. Hidulphe , in 4 ° . Tome
premier. Cet Ouvrage sera en six Vol.
qu'on donnera successivement les uns
après les autres. A Strasbourg, chez Jean
Renauld Doulssecke , et à Paris , chez
Etienne Ganeau et Louis- Etienne Ganeas
fils , rue S Jacques.-
,
LES ANCIENS ITINERAIRES DES RO
MAINS ; sçavoir , l'Iuneraire de l'Empereur
Antonin , avec les Notes entieres de
- Jos. Simler , de Jerôme Surita , et d'André
Schott. L'Itineraire de Jerusalem et
le Compagnon de voyage d'Hieroclès le
Grammairien le tout publié de nouveau
par les soins de Pierre Wesseling,lequel
y a joint ses Remarques . A Amster
dam , chez Jean Wetstein et G. Smith ,
·1735 . in 4°. pp. 762. sans la Préface at
les Tables. L'Ouvrage est en Latin .
:
On aprend de Londres que M. Jac
ques Billen a fait imprimer un nouvel
Herbier ou Collection des Plantes les
plus rares qu'il cultive dans son Jardin.
Ce Recueil a pour Titre : Hortus Elihamensis
seu Plantarum rariorum quas in
Horto suo Elibami in Cantio coluit vir ornatissi592
MERCURE DE FRANCE
natissimus et præstantissimus Jacobus Sherard
, &c. Ce Livre enrichi de Figures se
débite aussi à Paris chez H. Louis Guerin
l'aîné , ruë S. Jacques.
On aprend aussi de Londres , que M :
Tyndall a traduit en Anglois une Histoire
de l'Empire Ottoman , écrite en Latin
par le feu Prince Demetrius de Cantimir
dernier Hospodar de Moldavie , qui fut
déposé en l'année 1711. par le Grand
Seigneur , peur avoir signé un Traité
avec le Czar Pierre I. Et le Ministre de la
Czarine à Londres , lequel est fils de ce
Prince , vient de faire imprimer cette
Traducrion en 21. Volumes.
Dans l'Assemblée que l'Académie
Royale de l'Histoire , à Lisbonne, tint le
26. du mois de May dernier , le Docteur
Nicolas François Xavier de Silva , fut
élu Académicien à la place du Pere Pierre
Monteiro , mort il y a quelque tems , et
il a été chargé de recueillir les Memoires
qui ont raport à l'Histoire du Tribunal
de l'Inquisition.
ovJUILLET.
1735. 1593
ουν OUVERTURE PUBLIQUE de l'Académie
Royale des Belles Lettres de la
Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de
cette Ville le 16. Fuillet 173.5.
L
'Ouverture publique de l'Académie
Royale des belles Lettres de la Ro
chelle devoit suivre de près son Etablissement
; mais les obstacles qu'elle a eus
à surmonter , ne lui ont pas permis de
remplir plutôt ce qu'elle devoit à son Auguste
Protecteur et à elle - même : elle souhaitoit
d'ailleurs , pour donner plus d'éclat
à cette premiere Séance publique ,
de réunir ses premiers Académiciens ho
noraires ; et c'est avec chagrin qu'elle
n'a pû y voir M. Bignon occuper la Place
qui lui étoit destinée.
Ce fut le Mercredi 22. du mois dernier
que l'Académie donna à la Rochelle
un Spectacle si nouveau et si interessant
pour ses Citoyens. M. l'Evêque et M. le
Comte de Matignon se rendirent sur les
dix heures à la Cathédrale , accompagnez
chacun des quatre Académiciens que la
Compagnie leur avoit députez . Pendant
la Messe célébrée par M. PEvêque , on
chanta un Motet , dont l'éxécution parut
contenter les connoisseurs.
Comme la Salle
que
l'Académie occupe
T594 MERCURE DEFRANCE
pe dans la Maison de Ville , n'étoit pas
assez spacieuse pour contenir une Assemblée
que l'amour des Belles - Lettres , la
curiosité , même devoient rendre nombreuse
, les RR. PP. Jesuites furent priez
de prêter leur Eglise qui est propre et bien
éclairée. A trois heures l'on se rendit dans
une des Sales de leur Maison ; et lorsque
la Compagnie fut formée , elle alla
à l'Eglise , qu'une Assemblée très - brillante
de l'un et de l'autre sexe remplissoit
entiérement. M. l'Evêque et M. le
Comte de Matignon occuperent les deux
premiers fauteuils au haut bout de la Table
; le Directeur se mit à la droite de
M. l'Evêque , suivi du Chancelier et du
Secretaire . Les Académiciens honoraires
furent placez du côté de M. le Comte
de Matignon , et les autres Académiciens
prirent place indistinctement et sans
choix .
M. l'Abbé Dargia. , Chanoine de la
Cathedrale , Directeur , ouvrit la Séance
par un Discours dans lequel il annonça
en peu de mots le sujet de l'Assemblée.
M. Martin de Chassiron , Trésorier de
France et Conseiller au Presidial , Chancelier
, fit ensuite la lecture des Lettres
Patentes , qu'il accompagna d'un petit
Discours qui en expliquoit les motifs.
La
JUILLET. 1735. 1598
La lecture des Lettres achevée , le Di-
Fecteur prononça un Discours de remerciment
à Monseigneur le Prince de Conti,
il fit l'éloge des Heros de cette Auguste
Maison , et les et les representa chacun par
des traits qui leur étoient propres . L'é-
Joge du Prince Protecteur parut interesser
particulierement l'Assemblée ; l'Orateur
mêla avec délicatesse à la peinture
de ses vertus , le récit des prémices de
sa valeur.
A la suite de ce Discours M. Valin ;
Avocat , second Secretaire , lut une Ode
sur la naissance de Monseigneur le Comte
de la Marche . Le Poëte a sçû y inserer
avec art une partie des principales
actions des Condé et des Conti , en disant
au jeune Prince , que pour , que pour former
un jour son courage , il lui suffiroit de
lire l'Histoire de sa Maison.
,
Après la Lecture de ce Poëme , let
Pere Jaillot de l'Oratoire , et Curé de S.
Sauveur , lut le Discours que M. Gastumeau
premier Secretaire avoit fait
sur les avantages que les beaux Arts
retirent des Académies , et sur la gloire
qu'elles procurent aux Villes dans lesquelles
elles sont établies . On ne crût
pas que l'absence de l'Auteur dût priver
le Public d'une Piéce composée pour la
Cere
1596 MERCURE DE FRANCE
,
Ceremonie , et dont la lecture fit en effet
beaucoup de plaisir. Les Eloges du
Roy de Monseigneur le Prince de
Conti , de M. le Cardinal Ministre y fu-.
rent amenez naturellement , avec ceux de
M. l'Evêque , de M. le Comte de Matignon
, de M. l'Intendant , et des premiers
Corps de la Ville.
Il seroit inutile de faire ici l'analyse
de tous ces Discours ,l'Académie les donnera
sans doute au Public; je me contente
de vous raporter l'endroit de ce dernier
qui promet l'Histoire de la Rochelle.
le
»Egalez, Messieurs, par vos efforts la no
» blesse du Projet que vous avez formé; que
» cette Ville déja si illustre par l'éten-
» due et l'éclat de son commerce
» devienne encore par son goût pour les
» Lettres ; puissiez- vous dans une His-
» toire éxacte et fidele faire connoître à
» la posterité les veritables sources de
» son élevation et de sa gloire. Sa fi-
» delité pour ses Roys n'eut jamais été
» soupçonnée , si une odieuse faction
» d'Etrangers devenue trop puissante
» dans son sein , n'eut étouffé ses vrais
» sentimens avec sa liberté ; rendue à
» elle- même , elle n'a plus écouté que son
» devoir et son amour ; et elle en a donné
des preuves assez éclatantes pour écarter
JUILLET. 1935.
1935. 1597
ter à jamais le souvenir de ses malheurs.
Il y avoit encore d'autres pieces à lire,
entr'autres un Dialogue en Vers , dont le
sujet faisoit allusion à l'Etablissement de
l'Académie , et où l'Auteur , après avoir
fait l'Histoire abregée des beaux Arts , et
marqué la fin qu'ils se proposent , répond
aux préjugez de ceux qui ne considerent
l'étude des belles Lettres , que
comme un amusement frivole , quelquefois
même dangereux ;mais la Séance ayant
déja duré près de trois heures , on jugea
à propos de la lever.
,
Dans l'Assemblée de l'Académie Royale
de l'Histoire à Lisbonne , tenuë le 10. du
mois passé , et à laquelle Don François-
Xavier de Menezes , Comte d'Ericeira ,
présida en qualité de Directeur , le nouvel
Académicien Don François Nicolas-
Xavier de Silva fit un Discours pour remercier
l'Académie du choix qu'elle avoit
fait de lui pour remplir la place vacante
par la mort du P. Pierre Monteiro , et les
Docteurs Don Alexandre Ferreira , Don
André de Barros , et dom Antoine de
Andrade Rego , rendirent compte de leurs
recherches.
Le 15. Juin dernier , René Aubert de
Vertot , ci devant de l'Ordre des Capuci.
ns
1598 MERCURE DE FRANCE

eins , Prêtre , Docteur en Droit Civil , et
Canon , Pensionnaire de l'Académie des
Inscriptions et Belles Lettres , Censeur
Royal de Livres , Commandeur de Santini
, Secretaire des commandemens du
Duc d'Orleans , et Secretaire des Langues
de feue la Duchesse d'Orleans , mourut
à Paris en son apartement au Palais Royal,
dans un âge avancé . Il s'étoit fait connoitre
par plusieurs Ouvrages d'Histoire
qu'il avoit donnés au Public , antr'autres
, l'Histoire de la Conjuration de
Portugal en 1640. imprimé à Paris 1689 .
in 12.l'Histoire des Revolutions de Suede
depuis 1350. jusqu'en 1560. avec un abregé
Chronologique de l'Histoire de Suede ,
à Paris 1696. in 12. deux vol. l'Histoire
des Révolutions de la République Romaine
, l'Histoire de Malthe en V. vol.
in 4.imprimée àParis en 1727.et plusieurs
Mémoires Historiques imprimez dans les
Recueils de l'Académie des Belles Lettres.
L'Abbé de Vertot étoit âgé de 8o . ans,
et fils puîné de François d'Aubert, Chevalier
, Seigneur de Vertot, et de Bernetot ,
près le Havre , au Pays de Caux , et de
Marie Hanyvel de Mennevillette . Il
avoit passé de l'Ordre des Cupucins dans
celui des Prémontrés . Son Pere étoit fils
puiné de Charles d'Aubert , Seigneur de
Dau
JUILLET. 1735. 1599
Daubeuf, de Vertor, du Gouchet, et de la
Vavassorerie noble des Marets , Gentilhomme
ordinaire de la Chambre du koy,
et de Louise de Prye . La famille d'Aubert
est du Pays de Caux . Sa Noblesse est connuë
depuis l'an 1478. elle porte pour armes
d'argent à 3 Faces de sable, accompa
gnées de 4Koses de gueules posées 2.1 . &1.1
Le 28 du même mois , on fit un Service
pour l'Abbé de Vertot, en qualité d'Aca- ;
démicien , dans l'Eglise des PP . de l'Ora-¡
toire de la rue S.Honoré, selon la coutume.
1
Quelque attention que nous avons
à
conserver le souvenir des personnes illustre
dans les Sciences et dans les Arts , que
la most nous enleve , nous avons été en
défaut l'année derniere au sujet de M.
Louis Audran , Peintre , Dessinateur du
Roy , Concierge du Palais du Laxembourg
, mort le 27. May 1734 , âgé de
76. ans , recommandable par ses talens ,
par sa modestie , par sa probité , par
des
qualitez aimables et des sentimens genereux.
Il avoit un génie admirable et fécond
pour toutes sortes d'ornemens de
plafonds , Galleries , Décorations , &c. On
voit beaucoup de ses Ouvrages dans les
Maisons Royales , dans les Palais des
Princes , et dans diverses maisons de particuliers
,
1
1600 MERCURE DE FRANCE
ticuliers , à Versailles , à la Ménagerie , à
Meudon , à Seaux , au Château d'Anet
à l'Hôtel de Toulouse , au Temple ; à
Gros Bois , à l'Hôtel de Bouillon , à l'Hô- >
tel d'Antin , à l'Hôtel de Verrue , chez
Mrs de Moras , la Faye , &c.
"

La famille des Audrans , originaire de
Paris , si connue par les amateurs des
Beaux Arts , vient d'Adam Audran , Maître
Paumier à Paris , qui eut pour fils
Louis Audran , l'un des principaux Offi
ciers de la Louveterie sous Henry IV. Ce
grand Roy se plaisoit à jouer à la Paume
avec lui . Il n'avoit pas son pareil dans cet
éxercice ; et c'étoit un des passetems de
la Cour de ce tems- là , de voir jouer une
partie de Paume par Audran et par ·les
meilleurs joueurs qui étoient assés forts
pour jouer contre luis, le Roy fut fort
content de ses services , et le gratifia d'un
terrain au Fauxbourg S. Germain à Paris¸ ·
sur lequel Audran fit bâtir le jeu de
Paume de l'Etoile , où est actuellement
le Théatre de la Comédie Françoisë , ruë
des fossez S. Germain.
Il eut deux fils Charles et Claude Audran
, qui après avoir apris le Dessein
s'apliquerent à la gravure au burin , et y.
excellerent. Charles ou Karles qui avoit
passé quelque tems en Italie pour se perfectionner
JUILLET . 1735. 1601
*
fectionner dans son Art , étoit le plus habile.
Il mourut garçon à Paris en 1674 ,
âgée de 85. ans , laissant pour Eleves ses
neveux dont nous allons parler , et Gregoire
Huret. Il gravoit très proprement ,
et se servoit de burins à lozanges très
étroits , et presque comme des canifs,qui ,
mordant plus profondément dans le cuivre
, faisoient qu'on tiroit 4. à 5000. Estampes
de chaque planche , toutes très
noires et aussi nettes que belles. Aucun autre
Graveur n'a eu ce talent.
Comme son nom de Batême commen
coit par un C. de-même que celui de son
frere , on confondoit leurs Ouvrages
car on voyoit également sur les uns et sur
les autres C. Audran. Ce fut pour les distinguer
que Charles mit un K. au lieu
d'un C. pour n'être pas confondu avec
Claude .
,
Ce Claude Audran , frere cadet , et Elcve
de Louis , épousa à Lion Elie Fretolat
et y mourut en 1676. âgé de 79. ans , laissant
pour Enfans Germain , Nicolas, André
, Gerard , et Claude Audran .
Germain l'aîné , vint à Paris , aprit la
Gravure sous Charles son oncle , et retourna
à Lion où il épousa Jeanne Ciceron
en 1654. et où il mourut en 1711. âgé
de 98. ans , Adjoint à Professeur de l'Académie
1600 MERCURE DE FRANCE
ticuliers , à Versailles , à la Ménagerie , à
Meudon , à Seaux , au Château d'Anet
à l'Hôtel de Toulouse , au Temple , à
Gros Bois , à l'Hôtel de Bouillon , à l'Hôtel
d'Antin , à l'Hôtel de Verrue , chez
Mrs de Moras , la Faye , &c.
>
La famille des Audrans , originaire de
Paris , si connue par les amateurs - des !
Beaux Arts , vient d'Adam Audran , Maître
Paumier à Paris , qui eut pour fils
Louis Audran , l'un des principaux Officiers
de la Louveterie sous Henry IV. Ce
grand Roy se plaisoit à jouer à la Paume
avec lui. Il n'avoit pas son pareil dans cet
éxercice ; et c'étoit un des passetems de
la Cour de ce tems- là , de voir jouer une
partie de Paume par Audran et par les
meilleurs joueurs qui étoient assés forts
pour jouer contre luis , le Roy fut fort
content de ses services , et le gratifia d'un
terrain au Fauxbourg S. Germain à Paris ,
sur lequel Audran fit bâtir le jeu de
Paume de l'Etoile , où est actuellement
le Théatre de la Comédie Françoisë , ruë
des fossez S. Germain . **
Il eut deux fils Charles et Claude Audran
, qui après avoir apris le Dessein
s'apliquerent à la gravure au burin , et y
excellerent . Charles ou Karles qui avoit
passé quelque tems en Italie pour se perfectionner
JUILLET . 1735 1601
fectionner dans son Art , étoit le plus habile.
Il mourut garçon à Paris en 1674 ,
âgée de 85. ans ,
laissant pour Eleves ses
neveux dont nous allons parler , et Gregoire
Huret. Il gravoit très proprement ,
et se servoir de burins à lozanges très
étroits, et presque comme des canifs, qui ,
mordant plus profondément dans le cuivre
, faisoient qu'on tiroit 4. à 4. à 5000. Estampes
de chaque planche , toutes très
noires et aussi nettes que belles. Aucun autre
Graveur n'a eu ce talent.
que
Comme son nom de Batême commen
coit par un C. de- même celui de son
frere , on confondoit leurs Ouvrages ,
car on voyoit également sur les uns et sur
les autres C. Audran. Ce fut pour les distinguer
que Charles mit un K. au lieu
d'un C. pour n'être pas confondu avec
Claude.
Ce Claude Audran , frere cadet , et Eleve
de Louis , épousa à Lion Elie Fretolat ,
et y mourut en 1676. âgé de 79. ans , laissant
pour Enfans Germain , Nicolas , André
, Gerard , et Claude Audran .
Germain l'aîné , vint à Paris , aprit la
Gravure sous Charles son oncle , et retourna
à Lion où il épousa Jeanne Ciceron
en 1654. et où il mourut en 1711. âgé
de 98. ans , Adjoint à Professeur de l'Académie
4602 MERCURE DE FRANCE
cadémie formée à Lyon à l'instar de celle
de Paris , laissant de son mariage Claude ,
Gabriel , Benoist , Jean et Louis Audran,
Il eut pour Eleves , Benoist et Jean Auaran
ses fils , et Pierre Drevet , tous Gra
veurs habiles de l'Académie Royale de
Paris .
Gerard Audran , fils de Claude , et frere
cadet de Germain , commença dès sa tendre
jeunesse à dessiner sous son Pere ,
sous Germain son frere , et sous François
Perrier , Peintre de l'Académie Royale de
Peinture , ainsi que son frere Claude Audran
, mort garçon à Paris , Professeur de
l'Académie Royale de Peinture en 1684 .
Ils vinrent à Paris pour y étudier , et peu
de tems après ils entrerent aux Gobelins .
M. le Brun employa Gerard , à graver
le Triomphe et la Bataille de Constantin ,
dans les intervalles de sa gravure il s'apliquoit
à dessiner et à peindre d'après
nature , qu'il n'a pas cessé d'avoir pour
objet . En 1666. il alla à Rome où il fit
plusieurs Planches qui le mirent en réputation
, sur tout celles des Portraits de
Clement IX . du neveu de ce Pontife , et de
M. de Sorbieres .
Louis XIV. informé de sa grande
capacité , ordonna qu'on le fit revenir s
en arrivant il grava pourSaMajesté les Ba
tailles
JUILLET. 1735. 1603
taille d'Alexandre , et fit ensuite beaucoup
d'autres Planches d'après les Desseins du
Poussin , Mignard et autres grands Maî
tres.
Il est le premier qui ait entrepris de si
grandes Planches , et qui les ait faites
avec autant de facilité et d'intelligence ,
ce qui marque qu'il a été le plus grand Dessinateur
de tous ceux qui l'ont précédé.11
est mort à Paris au mois de Juillet 1703 .
dans sa 63 année , Conseiller de l'Académie
Royale de Peinture , Pensionnaire du
Roy , consideré des Grands , aimé des
Sçavans en tout genre , et n'a laissé qu'une
fille ; Benoist et Jean Audran , ses neveux,
furent ses Elèves.
=
Benoist Audran , fils cadet de Germain,
né à Lyon en 1661. mort garçon à Paris
en Octobre 1721. ayant dès sa jeunesse
commencé à aprendre leDessein er laGravure
, vint à Paris sous la direction de
son oncle Gerard , où il se perfectionna
dans l'un et dans l'autre , par quantité de
Planches qu'il fit d'après les Desseins du
Poussin , de le Sueur , le Brun , l'Albane
Mignard et de l'Histoire Metallique de
Louis XIV.. Ce qui est sorti de sa main
l'a fait regarder, après son oncle, comme
le premier de son Art. Il étoit Conseiller
de l'Académie Royale de Peinture, et Pen-
G sionnaire
1604 MERCURE DE FRANCE
sionnaire du Roy. Il eut pour Eleve le
sieur Tardieu , de l'Académie Royale de
Peinture .
Claude Audran fut Peintre du Roy ;
et Professeur en son Académie , mort
sans posterité.
Jean Audran , frere de Claude , der
nier mort , Graveur et Pensionnaire du
Roy , établi aux Gobelins , qui a une
grande réputation, justement acquise, est
le seul qui reste de tous les illustres Artistes
de son nom ,
Un des principaux Ouvrages de Claude
Audran , qui donne lieu à cet article , sont
les douze mois de l'année , qu'on voit
en Estampes avec les Divinitez qui y président
, et leurs Attributs , gravez par
Jean Audran , son frere , et éxécutez en
Tapisseries pour le Roy , dont voici la
Description .
JANVIER , Sous la protection de Junon ,
signe du Verseau.
1
JUNON , ornée de son Diadême , tenant.
son Sceptre , qui la désigne Reine du
Ciel et des Richesses , est assise sur des
nuées , sous le Pavillon d'un Temple ;
l'Oiseau de son Char à côté d'elle , et
un Cornet rempli de Pierreries et de Mé,
dailles. CeTemple est surmonté des Vents
et
UILLET. 1735. 1805
et d'un Paon roüant , au dessus duquel est
placé le signe de ce mois ( le Verseau , )
plus bas differens Sceptres sortant de
deux autres Cornets , accompagnés des
instrumens à vent qui sont les attributs
de cette Déesse. Les Festons legers de plumes
sont des ornemens de cette Piece, au
bas de laquelle sont deux Oyes particulicrement
dediées à cette Divinité.
FEVRIER , Neptune : les Poissons.
Le Dieu des Eaux tenant en main son
Trident , est debout sous une Grotte formée
de cascades , surmontée de filets , et
autres instrumens propres à la pêche , et
du signe de ce mois ( les Poissons , ) au
dessous de la Grotte sont représentez les
chevaux du Char de Neptune , et plus
bas un Navire avec ses agrets. On a mis
dans cet Ouvrage un mélange d'Oiseaux
marins , de Poissons , de branches de Corail
, et toutes sortes de riches coquillages
pour attributs.
MARS , Mars et Minerve. Signe du Belier.
Le Dieu de la Guerre , est assis sur un
Corcelet , le pied sur un Casque , sous
un Pavillon soutenu par deux colonnes
belliques , ornées de drapeaux . Le Vautour
placé aux côtez du Pavillon , le Loup
G ij
et
}
3
1596 , MER- CURE DE FRANCE
et le chien que l'on voit au dessous de la
figure, sont des animaux destinés aux Sa- crifices de cette Divinité. Les Couronnes
triomphales
, palissaires
, murales ; le chesne
et le laurier dont on couronnoit
les Vainqueurs,
de- même que les trophées d'armes, et tous les feux , sont les attributs de la
Guerre.
AVRIL , Venus. Signe du Taureau.
La Déesse des Amours tient en main
la Pomme d'or ; elle est assise sur un
nuage avec Cupidon , sous un berceau de
treillage composé deMyrthes et de fleurs;
Plus bas est une fontaine soutenue par des
Dauphins , et un Cigne nageant dans son
bassin , autour duquel sont les Pigeons
de son Char. Les Festons de roses qui sont au dessus du, berceau sont enrichis des
trophées de l'Amour. Les Moineaux que
l'on voit à côté étoient dédiez à cette
Déesse,
MAY , Apollon. Signe des Jumeaux.
Apollon est sous un berceau soutenu
de Cyprès entourez de Lauriers : ce berceau
est couronné
de son Trépied et du
serpent Python ; à côté sont la Lyre de
ce Dieu , et la flute de Marsias , dont- il
fut vainqueur. Les trophées d'instrumens
3:
que
JUILLET. 1735: 1807"
que l'on voit au dessous de la figure , et
les singes qui en joüent , marquent l'Empire
de cette Divinité sur la Musique
comme sur la Poësie : les Couronnes en
sont les récompenses ; les deux Corbeau'x
l'un blanc , l'autre noir , réprésentez au
dessus du berceau , à côté du signe de ce
mois , étoient consacrez à Apollon .
JUIN , Mercure: Signé de l'Ecrevisse.
Ce Dieu de l'Eloquence , des Sciences
et des Arts , tenant en main son Caducée ,
est représenté sous un Pavillon , porté sur
un nuage. Au dessus sont la Sphere , le
Globe , et les instrumens du jeu de la paume
, attribuits qui lui conviennent : ' la
Houlette , les Ciseaux et la Bourse que
l'on voit au dessous , font connoître qu'il
étoit le Dieu des Bergers , et des Larrons;
les balots et les festons de rubans , qu'il
préside au commerce. Le Coq et le Bouc
étoient consacrés à cette Divinité.
JUILLET , Jupiter . Signe du Lion:
Le Roy du Ciel , et le Maître des Dieux
armé de sa foudre , est soutenu par son
Aigle sur un nuage , sous un Pavillon
dans un Temple au dessus duquel est son
Egide. Une Couronne et deux Sceptres
en sautoir , désignent sa puissance sou-
Giij veraine .
1608 MERCURE DE FRANCE
"
veraine ; l'Autel et les parfums marquent
qu'on lui rendoit les plus grands homma.
ges. On lui sacrifioit le Taureau blanc ,
cornes dorées , réprésenté au dessous de
l'Autel . Les cornes d'abondance qui couvrent
l'Autel , les Mouches à miel et le
Chesne placé autour de l'Egide lui étoient
consacrés.
AOUST , Cerés. Le signe de la Vierge
>
La Divinité qui préside aux moissons ;
est désignée par son habit blanc , son
flambeau , sa gerbe , et sa faucille.
Au dessous sont les Dragons de son
Char . La charruë , le joug , le fleau
et tous les instrumens qui servent au labourage
, sont du nombre de ses attributs,
de -même que les épics , les pavots , et
autres fleurs dont on faisoit des Couronnes
à cette Déesse.
SEPTEMBRE , Vulcain . Signe de la Balance.
LeDieu duFeu, et des Forgerons est assis
sur une enclume , sous unPavillon, sourenu
de deux Colonnes chargées des instrumens
qui servent à la forge.Plus bas est la
Salemandre , qu'on croit se nourrir dans le
feu , et des Cyclopes figurez par trois singes
, qui forgent la foudre de Jupiter.
Les casques , cuirasses , bombes , mortiers
boulets , et autres instrumens d'Artillerie
distribuez dans differens endroits de
cette Piece marquent les attributs de cette
Divinité.
OCTOBRE , Minerve et Mars ,
Le signe du Scorpion.
Minerve Déesse des Sciences . et de la
Sagesse , tenant d'une main son Egide ,
et de l'aucre sa Lance , est sous un Temple
soutenu de javelots , enrichi de branches
et de couronnes d'Oliviers qui lui
étoient dediées : le Dôme est composé du
travail d'Arachné sa Rivale : aux deux
cotez sont les Oiseaux qui lui étoient consacrez.
Les instrumens qui servent à la
Tapisserie à laquelle cette Déesse prési-
Moit , sont distribuez de maniere dans
ette Piéce , qu'ils en font presque tout
rnement .
NOVEMBRE , Diane . Signe du Sagittaire.
La Déesse de la Chasse et de la Pêche
habillée à la legere , avec son Diadême
en forme de croissant , tenant d'une main
un Javelot , de l'autre menant un Levrier,
paroît en action de marcher La Bi
che et le Chien lui étoient dediez: les ceintures
que les filles d'Atherie lui offroient,
les oiseaux , les arcs , les fléches , le car-
G iiij quois
བ་ ་ ་
-
quois, les filets propres à la Chasse et à la
Pêche , sont les ornemens de cette Pićce ,
et les attributs ordinaires de cette Déesse .
DECEMBRE , Vesta . Signe du Capricorne ,
Vesta , Déesse de la Terre , portant
d'une main le Feu qui lui étoit consacré,
de l'autre une corne d'abondance , ornée
d'un Diadême figuré par des Tours , est
réprésentée assise sur une chaise , un tambour
à ses pieds , sous un Temple de figure
ronde , orné de festons , au dessus duquel
on voit une femme tenant un Enfant sur
ses genoux. On offroit à cette Déesse les
prémices des Enfans et de tous les fruits.
L'Ours et le Lyon étoient les animaux du
Char de Cybele que les Poëtes ont dir
être la même Divinité.
Nouvelles
Estampes.
Il paroît un nouveau Livre d'Estampes
en 7. morceaux , compris le Titre ,
dans un Cartouche historié , avec des attributs
de chasse , dédié à M. Bosnier de
la Mosson , Bailly , Capitaine des Chasses
des Plaisirs de Sa Majesté , par J. de
la Joie , Peintre ordinaire du Roy en
son Académie Royale . Il y en a trois
en hauteur , et trois en largeur repré
sentant des Buffets , ornez d'une manie-
,
re
JUILLET. 1735. 1677
ré fort ingénieuse et singuliere , le tout
est gravé par le sieur Huquier , qui les
débite , vis - à- vis le grand Châtelet .
La veuve Chereau , ruë S. Jacques , aux
deux Piliers d'or ', a mis en vente une
fört belle Estampe en large , gravée par
Frederic Hortemets, et terminée par N.Tardieu
, d'après un Tableau de M. Charles
Fanloo, peint en 1719. représentant Bethsabée
, sortant du bain , vûë par David ,
S
Les Quatre Saisons , traitées de la maniére
du monde la plus ingénieuse et
la plus piquante , par M. C. Natoire, Adjoint
à Professeur de l'Académie Royale
de Peinture , d'après les Tableaux originaux
qui sont dans le Cabinet de M. Orry
, Contrôleur General des Finances . Ces
quatre beaux Morceaux sont gravez à
Peau forte par M.Natoire mêmezet terminez
par le sieur P. Aveline. Ils se vendent
chez Huquier , vis - à - vis le grand Châtélet
; il vient de graver et mettre en
vente une Estampe en large , intitulée la
Fontaine , d'après M. de la Joue. C'est
un Morceau fort agréable.
Il paroît d'après M. de Troy , un trèsbeau
Morceau en large , représentant
Gov Leda
1612 MERCURE DE FRANCE
#
Leda , avec le Cigne , qui fait pendang
à Calisto , du même Auteur , dont nous
avons parlé depuis peu , et gravé aussi
par le sieur Fessard , lequel dans ce dernier
Ouvrage , paroît au- dessus de luimême
par l'intelligence et la délicatesse
de son burin. Cette Estampe se débite
avec grand succès chez l'Auteur , Place
des Victoires , et chez le sieur Duchange
-rë saint Jacques. On lit au bas ces Vers
de M. Danchet.
Crains ce Cigne mélodieux ,
Leda , c'est un Amant qui se cache à tes yeux ;
Ses caresses , ses sons cherchent à te surprendre
Ces piéges de l'Amour sont les plus séducteurs ;
Quand l'oreille se préte à des discours flateurs »
Le coeur est bien près de se rendre.
Le sieur Larmessin , Graveur du Roy
en son Académie , a mis au jour quatre
Estampes , qu'il vient de graver d'après
quatre Tableaux du sieur Lancret , Peintre
ordinaire du Roy et Conseiller en
la même Académie.
Ce sont les quatre âges caractérisez
par leurs amusemens ; les Jeux de l'Enfance
, la Coqueterie naissante de l'Adolescence
; la Galanterie de la Jeunesse ,
JUILLET. 1735.
Set
1613
et la conversation des Vieillards. Ce .
sont les traits sous lesquels l'habile Peinare
a voulu les faire paroître . Au choix
ingénieux des personnages et à leurs expressions
fines et délicates , qui n'offrent
que des objets agréables , on reconnoît
le gout du sieur Lancret , dont le talent
aimable a eu jusqu'ici les aplaudissemens
du Public .
Les Ouvrages du sieur Larmessin n'en
'ont pas moins eu , et l'on doit croire
que
les Curieux seront contens des soins que
se sont donnez ces deux illustres Artistes
, pour les satisfaire . M. Roy a bien
voulu joindre son talent aux leurs et
faire les Vers qu'on lit au bas des Estampes
, et qu'on nous sçaura peut - être bon
gré de voir ici.
L'ENFANCE.
Foibles amusemens nez avec l'innocence
Plaisirs qui ne coutez ni recherches ni soins
Vous faites envier le bonheur de l'Enfance :
Avous connoître mieux on vous sentiroit moins
L'ADOLESCENCE.
Des que de ses rayons la raison nous éclaire
Elle fait acheter le plaisir et l'honneur
:
On cherche à se parer , on s'étudie à plaire ,
Et des regards d'autrui dépend notre bonheur
G vj La
1614 MERCURE DE FRANCE
-
LA JEUNESSE.
Pourquoi tous ces combats si chers à la jeunesser
Quels frivoles talens veut - elle mettre au jour ?
Non , chacun voudroit vaincre aux yeux de sa
Maîtresse ;
La Lice est une Scene où triomphe l'Amour.
LA VIEILLESSE .
Vieillards , vous vous vengez du temps qui vous
dévore ,
Tant que vous conservez des yeux et des désirs -
Ces biens vous manquent-ils ? Celui de vivre
encore ,
Vous dédommage assés des turbulents plaisirs.
Ces quatre belles Estampes se vendent
avec grand succès , rue des Noyers , chez
N. Larmessin , Graveur du Roy.
On aprend de Londres que la Reine
d'Angleterre a donné à M. Pointz , Gouverneur
du Duc de Cumberland , son
Portrait , peint par M. Amiconi , celebre
Peintre Italien , et dans lequel elle est
représentée , remettant ce Prince entre
les mains de Minerve .
.
Un des plus habiles Sculpteurs de Londres
, a fait par ordre du Duc de Marlborough
, une Statuë du General de ce
nom , laquelle doit être placée dans l'Abbaye
de Westminster .
EXJUILLET.
1735 1611
EXTRAIT d'une Lettre de M. Gayot
de Pitaval , Avocat en Parlement , Autheur
du Recueil des Causes Celebres.
J
,
S'
E suis obligé , Monsieur , de répar
rer une erreur que j'ai commise dans
les Causes Celebres et interessantes , que
j'ai données au Public j'ai atribué
au Parlement de Flandres , séant à Douay ,
un Arrêt qui condamne au feu un Curé
innocent , comme convaincu d'un as assinat
; il est vrai que je raconte qu'il y
avoit un corps de délit et des présomp.
tions très pressantes et que suivant
l'histoire que je fais , le Parlement ne
Fouvoit juger autrement; on a vérifiě
sur les Registres de cette Cour que depuis
son institution jusqu'à présent , elle
n'a jamais rendu un pareil Jugement.
En réparant cette erreur je rétablis la
vérité dans ses droits , et je rends au Parlement
de Flandres la justice que je lui
dois ; je reconnois donc qu'il ne peut
avoir le déplaisir d'avoir rendu un pareil
Jugement, et qu'il joüit justement de
sa réputation dans tout son éclat et son
intégrité. Cette réputation est dans ce
Monde la légitime récompense des Juges
équitables ; l'erreur que j'ai faite làdessus
est dans le III. Tome , je place
Cette
1616 MERCURE DE FRANCE
cette Histoire après celle de le Brun .
Je vous serai très - obligé , Monsieur
si vous voulés bien inserer dans votre
Mercure cette rétractation de mon erreur.
Je suis , &c. Signé Gayot de Pitaval.
A Paris le 8. Juillet 1735 .
Le Public sera , sans doute , bien aise
d'être averti que le sieur Doutrelean ,
Marchand Epicier , à l'Image S. Nicolas,
rue et près S. André des Arts , à Paris
vend le Sel Polychreste de M. Seignette de
la Rochelle .
CHANSON.
Mars ,qui se plaît au bruit des Armes ;
Vous rendant votre Epoux fait cesser vos al
larmes ..
Profitez , belle Iris , de son heureux retour.
L'Hymen en liberté jouit de sa victoire .
Il a le plaisir à son tour
De faire souffrir à la Gloire
Les maux qu'elle a faits à l'Amour.
Ces paroles sont de M. Moreau de
Mautour, et la Musique de M. du Vignau.
SPECTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
BRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUILLET . 1735. 16:7
8888888
Řå å ƒƒ ƒ ƒ ļ ļ ļ å
L
SPECTACLE S.
E 2c. de ce mois , on reçut dans
l'Assemblée des Comédiens François
la Tragédie nouvelle de Teglis , de M. de
Morand , dont nous avons parlé dans
le Mercure d'Avril 1734. sous le titre
de Pyrrhus et Téglis. Elle sera joüée incessamment.
Les mêmes Comédiens répetent actuellement
une Comédie nouvelle en
trois Actes et un Prologue , en Vers , dont
le titre est l'Amante en Tutelle, dont nous.
rendrons compte du succès et des jugemens
du Public.
La Tragédie d'Aben- Saïd de M. l'Abbé
le Blanc , dont nous avons annoncé
le succès dans le dernier Mercure , a été
retirée par l'Auteur à la douzième Représentation
pour être reprise cet hyver
après la premiere Tragédie nouvelle , qui
sera donnée au retour de Fontainebleau ,
où elle doit être jouée devant le Roy.
L'Histoire Orientale est si peu connuë ,
qu'il n'est pas étonnant que nous soyons
tombés dans quelque erreur au sujet de
cette Piéce . Aben-Saïd n'est point un Descendant
18 MERCURE DE FRANCE
dant des anciens Kalifes , ainsi que nous
l'avons dit ; il descendoit au contraire
en ligne droite de Genghiscan , et ce sont
les Successeurs dé cé fameux Conquérant,
l'Alexandre de l'Orient , qui ont détruit
l'Empire des Kalifes . Holagou , cin
quiéme Empereur des Mogols , est celui
qui extermina leur Race dans la per
sonne de Mostaâssen , et qui s'empara
de tous leurs Etats. Aben - Saïd est le treiziéme
et le dernier des Successeurs de
Genghiscan. Arbacan lui succeda , mais
il ne posseda qu'une très- petite partie
des Etats qui avoient été soumis à la
domination des Genghiscaniens. Les Timurides
, c'est- à - dire , Tamerlan et ses
Successeurs les en dépouillerent et les
forcerent de se retirer dans le Pays des
Usbecs , fort avant dans le Nord.
Aben Saïd étoit fils de Mohammed ,
Kodabendé , dont le nom Mogolien est
Algiapton ; ce Sultan est le premier des
Descendans de Genghiscan , qui ait em
brassé le Mahometisme , et ce fut alors
qu'il changea de nom . Il fit bâtir la Ville
de Sultanie et y établit son Siege Ima
perial , c'est celle que les Orientaux apellent
Solthaniah ', et où Aben Saïd a été
inhumé , ainsi que son Pere. Elle subsiste
encore et c'est une des plus belles
Villes de la Médie . L'AJUILLET.
1735 1614
L'Académie Royale de Musique continue
les Représentations des Fêtes de
Thalie , qu'on voit toujours avec plaisir.
Le 26. de ce mois , on remit au Théatre
la Critique de ce même Ballet , faite
par l'Auteur de la Piece ; Thalie , Polym
nie , Terpsicore et Momus , en sont les Ac
teurs ; les Rôles sont remplis par les Dlles-
Petitpas , Monville , Mariette , et par le
sieur Cuvillier . Le Public a paru satisfait
de cette Addition . La Dlle Mariette
s'est très -bien acquittée de son Rôle de
Muse de la Danse , et a été fort aplau
die , tant par raport à son Jeu , que par
raport
à son Chant.
On vend chez la veuve de Louis- Denis
de la Tour , Imprimeur , Libraire , ruë de
la Harpe , aux trois Rois , un Poëme Lyrique
, intitulé Rhodope ou l'Opera Perdu
M. Autreau qui a donné au Public de si
excellens Ouvrages de Théatre , a ajouté
celui- ci à la petite Comédie de la Magie
d'Amour , dont nous avons donné l'Extrait
dans le dernier Mercure ; le nom d'O.
péra Perdu , qu'il ajoute à celui de Rhodo
pe , semble annoncer au Public que cet
Opéra n'ayant pas été joué , a été comme
perdu pour l'Auteur des Paroles : nous
n'entrerons pas dans une plus grande dis
cussion :
1620 MERCURE DE FRANCE
cussion : nous ne croyons pas que nos Lecteurs
en soient bien curieux. Venons à
l'Ouvrage.
1
Le Théatre réprésente au Prologue un
des bosquets du Parnasse , formé de Lau
riers , dont les troncs sont entourez de
festons d'immortelles , et chargez sur le
devant d'instrumens de Musique ; on voit
dans l'éloignement Pegase , prenant son
vol du haut du double Mont. Calliope
est à la tête des Muses ; Minerve entre
d'un côté , tenant par la main une jeune
Fille , qui réprésente la Fable ; Momus
entre de l'autre , accompagné des Ris ,
des Jeux , des Graces badines. Momus
excite les Muses à chanter , par ces Vers
qu'il chante lui- même.
Chantez , chantez , divines Soeurs ;
Minerve à vos Concerts aujourd'hui s'interesse
Inspirez de votre art les charmantes douceurs
Au digne objet de sa tendresse ;
Par vos chants,par vos soins meritez ses faveurs
Fille
, Minerve avoue la Fable pour sa
conçuë de la même maniere qu'elle l'a été
elle- même de Jupiter ; Calliope prie la
Fable de donner un essai de son génie
cette aimable Fille de Minerve s'en acquite
par cet ingénieux Apologue.
Ung
JUILLET. 1635. 1621

Une jeune Beauté , d'un air un peu severe
Toujours dans un simple ornement ,
D'esprit tranquille et doux sans trop d'ardeur de
plaire ,
Quoi qu'aimable , tendre et sincere ,
Inspiroit peu d'amour au coeur de son Amant
Une fête à ses yeux l'offrit vive et brillante ;
Des plus charmants transports l'Amant fut agité
En quittant son austerité ,
La Sagesse ainsi nous enchante ..

Momus adresse la morale de cette Fable
aux Vertus qui accompagnent Minerve ;
elles les invite à être moins severes et
leur promet qu'elles en plairont davantage
; un choeur apuye l'invitation de
Momus , tout se mêle dans la danse qui
suit le choeur , et la Sagesse ne rougit
point de se livrer à un innocent badinage;
Minerve lie la Piéce au Prologue par ces
vers qu'elle chante sur le point de son départ
:
Un pressant interêt m'engage
Ame rendre en ce jour près des murs de Mem
-phis ;
J'y vais jouir du triomphe d'un sage ,
Le plus cher de mes favoris.
Calliope en l'absence deMinerve acheve
ce Prologue ; les Rossignols se mêlent
1622 MERCURE DE FRANCE
à ses chants , et forment avec les Muses
d'agréables concerts le Prologue finit
par ce choeur :
Que la joie anime vos pas ; -
Regnez , Plaisirs , reguez dans nos sacrés Bo
cages ;
S'il est des temps pour être sages ,
It en est pour ne l'être pas.
R- HO D OPE
Comédie Ballet.
>
LaScene est dans les jardins deRhodope
près de Memphis . Son Palais se découvre
dans un lointain au delà duquel s'éleve
la piramide qui porte encore aujourd'hui
son nom . Esope ouvre la Scene
par ce court Monologue :
Evitons , évitons dans ce fatal séjour
Le dangereux objet de mon premier amour.
Xantus dans ces jardins m'ordonne de l'atten
dre ;
Esclave malheureux je n'ai pu m'en deffendre ;
O Ciel à quel danger m'exposai - je en cejour !
Sois satisfait de ma longue foiblesse ,
Dieu des Amans , laisse -moi respirer ;
Je t'abbandonnai ma jeunesse ;
N'est- il pas temps pour moi de ne plus soupire
Le
JUILLET. 1735 . 1623
7
Le Philosophe Xantus , Maître d'Esope
vient interrompre les sages réfléxions
de son Esclave. Esope lui conseille de ne
pas exposer son coeur aux dangereux regards
de Rhodope qui va se rendre dans
ces jardins , où ses Amans doivent celebrer
une Fête à sa gloire . Xantus brave
les traits de l'Amour ; Esope lui donne
une utile leçon par cette Fable :
Uu jour assis sur le rivage ,
D'agréables zéphirs , un calme plein d'apas ,
Tout m'inspiroit des désirs de voyage ;
Un Alcion vint me dire tout bas :
Loin de tes yeux j'aperçois un orage :
Malheureux ne t'embarque pas.
3
Esope est l'Alcion de cette Fable ; mais
Xantus ne profite pas de l'Apologue.Rhodope
vient le Maître et l'Esclave se reirent
; celui- ci pour l'éviter , et celui - la
pour observer ses traits .Rhodope piquée
de la fuite d'Esope son premier Amant
fait entendre à Chloë sa confidente, qu'elle .
n'oublira rien pour s'en venger elle se
promet de le rengager pour l'accabler de
rigueur ; Chloë lui conseille de songer
uniquement au choix qu'elle va faire d'un
Epoux , entre tant d'Amans qui soupigent
pour elle. Rhodope s'apercevant
que
1624 MERCURE DE FRANCE,
que Xantus la regarde tendrement , se
propose de le rendre l'instrument de la
vengeance qu'elle médite contre Esope ;
elle le fait connoître par ces deux Vers :
Il tient l'ingrat sous sa puissance ;
Il peut servir à ma vengeance.
Xantus n'osant l'aprocher , elle lui en
témoigne sa surprise , attendu qu'ils sont
nés tous deux sous un même Ciel ; ce timidePhilosophe
se sentant désarmer d'un
seul regard , lui dit d'un air interdit :
L'éclat de tant d'apas , cet accueil gracieux
A troubler ma raison semble d'intelligence ;
Toute mon ame est dans mes yeux ;
Je ne puis qu'admirer er garder le silence.
Il n'en dit que trop pour affermir Rhodope
dans le dessein qu'elle a de se venger
de l'indifference d'Esope ; on verrá
dans le second Acte de quelle maniere
cette fine coquette s'y prendra ; ce premier
est terminé par une Fête , composée
de Bergers et de Bergeres , de Jard! -
niers et de jardinieres , ce qui forme deux
differents caracteres , l'un galant , l'autre
comique.
Au second Acte la Scene est encore
dans les Jardins de Rhodope , du côté
oposé
JUILLET. 1735. 1625
oposé à celui qu'on a vû dans le premier
Acte ; la Pyramide s'y découvre entiere
au-devant de son Palais ; elle est ornée de
festons de fleurs , et terminée par sa Statuë
; un Aurel au pied de la Pyramide.
Esope déplore le sort de son Maître
que Rhodope a conduit dans son Palais ;
il se confirme dans le dessein de ne plus
s'engager avec une Beauté si dangereuse ,
il se cache voyant aprocher Xantus
prête l'oreille à ce Monologue.
Doux espoir , flateuse
esperance ,
Présage des plaisirs , que vous avés d'apas i
Ah ! peut-on ne se rendre pas
A votre aimable violence ? &c.
et .
Esope feignant d'arriver à l'imprévû ,
sonde le coeur de Xantus au sujet de Rhodope
; Xantus avoüe sa défaite , et prie
Esope d'en instruire son Vainqueur . Esope
n'oublie rien pour être dispensé d'un
emploi si dangereux. Il fait connoître
par là
que son coeur se ressent encore des
premiers feux qu'il a sentis , et qui peuvent
se rallumer. Xantus lui dit qu'il a
une confiance entiere.cn sa sagesse ,
lui demande cette derniere marque de
zele ; il se retire , voyant arriver Rhodope
qu'il laisse seule avec son Esclave .
Esope s'acquite , quoiqu'à regret ,
et
ds
l'em1626
MERCURE DE FRANCE
2
T'emploi dont son Maître l'a chargé ; Rhodope
lui reproche ce même Emploi , qui
ne peut qu'être injurieux à un objet qu'il
a autrefois aimé ; elle passe de la sincérité
à la dissimulation , et feignant d'accepter
Epoux qu'il veut lui donner en la personne
de Xantus , elle le prie de lui con
server au moins son amitié , et lui demande
en qualité d'ami un conseil sur
Hymen qu'il vient de lui
pe lui récite cette espece de Fable.
Fauvette volage ,
Craignés de la Cage
Le fâcheux séjour ;
proposer.
Dans ce charmant Bocage ,
Mille Oiseaux d'alentour ,
Du plus brillant plumage
Viennent tour--àtour
,
Par leur tendre ramage ,
Vous faire la cour ;
Pourrés-vous à votre âge ,
Après un doux usage ,
Quitter de l'Amour
Le galant badinage ?
On ne s'en dégage
Que sur le retour.
Fauvette volage , &c.
Eso-
Rhodope a trop d'esprit pour ne se pas
reconJUILLET.
1735. 1627
reconnoître dans la Fauvette ; elle remercie
Esope de sa sincerité et lui promet
en reconnoissance de n'écouter Xantus ,
que pour les interêts d'un si fidele Esclave.
Esope s'étant retiré , Rhodope laisse
éclater un dépit qu'elle n'a retenu que
pour mieux se vanger de l'ingrat qui la
excité dans son coeur. Xantus vient , elle
l'écoute favorablement ; et pour prix de
sa main et de son coeur , elle ne lui demande
qu'Esope ; Xantus lui transmet
tous les droits qu'il a sur cet Esclave ,
qu'il croit trop heureux de changer de
Maître . Rhodope le quitte pour aller se
mettre en possession du don qu'il vient
de lui faire. Cet empressement donne de
la défiance à Xantus qui se propose d'observer
et la Maîtresse et le nouvel Esclave
; dans la Scene suivante , Esope patoît
comme apartenant à Rhodope; il frit
auprès d'elle toutes les fonctions qu'éxige
son nouvel esclavage. Ces fonctions
se font dans une Fête qui consiste dans
la Consécration de la Pyramide de Rhodope
à l'Amour. La grande Prêtresse et
sa suite commencent la Cerémonie , à laquelle
se joignent les Sacrificateurs des
autres Divinitez que Memphis adore , et
les Esclaves de Rhodope richement vêtus.
H Tous
1628 MERCURE DE FRANCE
Tous les Personnages dont vous venons
de parler , composent le Ballet general
de cette Auguste Ceremonie .
Comme l'Auteur n'a pas marqué dans
l'impression de cette Piece le lieu de la
Scene , il est à présumer que l'Action du
troisiéme Acte se passe dans les Jardins de
Rhodope , comme dans les précedents , à
quelque difference près . Xantus ordonne
à Arbate son Pilote , de se tenir prest
partir . Il fait entendre ce qui lui fait
presser l'embarquement , par ces quatre
Vers , qui commencent un Monologue .
Les yeux de l'infidelle
ont trahi son ardeur ;
Ils m'ont fait pénetrer jusqu'au fond de son ames
Nón ; je ne doute plus de son indigne flamme ;
De mon Esclave , elle a fait son vainqueur,
Le dépit de se voir préferer un Esclave;
détermine Xantus à renoncer à une passion
si humiliante. Il se retire , voyant
aprocher Rhodope , et fait connoîrre le
motif de sa fuite par ce Vers.
Fuyons, ne cherchons point à renouer ma chaîne.
Rhodope est piquée de voir Esope se
plaindre de son nouvel esclavage ,
lieu qu'il devroit s'en réjouir ; Chloë sa
beau lui dire que ce dépit marque un reste
JUILLET. 1735. 1629
te d'un amour mal éteint , sa fiere M.1-
Tresse lui répond qu'elle veut feindre de
l'aimer , pour lui faire mieux sentir à
quel point elle le hit. Esope vient.
Rhodope s'aplaudir de l'avoir pour Esclave
; Esope répond à un compliment
si flateur , d'une maniere à faire connoître
à sa nouvelle Maîtresse , qu'il ne répond
plus de son coeur auprès d'elle.
Voici comment il s'explique :
Ai- je du Sort mérité cet outrage ?
Est- ce à Rhodope à m'accabler!
Vous,qui deviez finir mon trop long esclavage ;
Vous cherchez à le redoubler.
Le sens
métaphorique de ces quatre
Vers , devient plus clair par ceux - ci :
Ah! laissez-moi guérir d'une fatale flamme ;
Demon sort malheureux moderez les rigueurs
Soyez atendrie à mes pleurs ;
Et calmez par pitié le trouble de mon ame.
Esope toujours amoureux de Rhodope,
change sa vengeance en attendrissementt ;
elle le fait connoître dans un Monolo
gue , par ces deux Vers :
Un seul moment me désarme et m'éclaire ;
La plus tendre pitié succede à ma fureur.
Hij Nous
4630 MERCURE DE FRANCE

Nous abregeons ce qui suit pour arri
ver plutôt au dénouement qui est annon .
cé par ce dernier Monologue. Les Amans
de Rhodope viennent la presser de nommer
Pheureux Epoux dont son coeur a
fait choix ; elle balance quelque tems ;
mais enfin se voyant pressée , elle se détermine
en faveur d'Esope. Xantus tout
Le premier confesse qu'Esope merite cette
gloire ; et voyant que cet illustre Eselave
veut la lui ceder toute entiere , il lui dit :
Cedez à des transports et si beaux et si doux ;
Quand un Rival lui- même vous en presse „ &Co
Nous ne devons être jaloux
Que de votre sagesse , & c.
Tous les Amans de Rhodope parlantle
même langage , Esope se rend ; les Matelots
qui doivent conduire Xantus en
Grece font le divertissement de ce dernier
Acte avec leurs Maîtresses. Un Matelot
et sa Maîtresse chantent ce Duo qui
est repeté par le Choeur.
Aimons , aimons dans le bel âge ;
Embarquons -nous sans crainte du nautfrage,
L'Amour prend soin de notre sort .
Partons, partons, goutons les plaisirs du voyage,
En attendant les délices du Port.
Le
JUILLET. 1735 1631
Le 30. Juin les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie en un Acte et en Vers ,
intitulée : les Adieux de Mars. Cette Piece
fut très aplaudie la Musique dons
elle est ornée , et qui est de M. Mouret,
fit aussi un très grand plaisir. Voici le
Plan de la Comédie en question.
Le Théatre représente les jardins de
Paphos. Venus ouvre la Scene avec Zephire
; cet Amant de Flore lui vante les
soins qu'il s'est donnés d'embellir les lieux
qu'elle honore de sa présence , et qu'el
le embellit mieux elle- même que les plus
brillantes fleurs dont ils sont semez. Venus
ayant congedié Zephire , se plaint
dans un court monologue du départ prochain
de Mars et de sa negligence à lui
venir faire ses adieux , se faisant atten-、
dre au lieu qu'il auroit dû se trouver le
premier au rendez- vous . Apollon qui lui
est aussi odieux , que Mars lui est cher ,
se présente à ses yeux , et lui dit des fadeurs
qu'elle reçoit avec assez de mépris;
elle le quitte bientôt , et lui défend de la
suivre,d'un ton à se faire obéir. Apollon
se plaint des mépris de Venus , Vulcain
qui survient abrége bientôt son monologue
elegiaque : il lui parle sur un ton de
mari jaloux , il lui fait entendre qu'il ne
H iij s'ac
4630 MERCURE DE FRANCE
Nous abregeons ce qui suit pour arri
ver plutôt au dénouement qui est annon.
cé par ce dernier Monologue. Les Amans
de Rhodope viennent la presser de nommer
Pheureux Epoux dont son coeur a
fait choix ; elle balance quelque tems ;
mais enfin se voyant pressée , elle se dé
termine en faveur d'Esope. Xantus tout
Le premier confesse qu'Esope merite cette
gloire ; et voyant que cet illustre Esclave
veut la lui ceder toute entiere , il lui dit :
Cedez à des transports et si beaux et si doux ;
Quand un Rival lui- même vous en presse „&£%
Nous ne devons être jaloux
Que de votre sagesse , &c.
Tous les Amans de Rhodope parlantjle
même langage , Esope se rend ; les Matelots
qui doivent conduire Xantus en
Grece font le divertissement de ce dernier
Acte avec leurs Maîtresses . Un Matelot
et sa Maîtresse chantent ce Duo qui
est repeté par le Choeur.
Aimons , aimons dans le bel âge ;
Embarquons- nous sans crainte du nautfrage,
L'Amour prend soin de notre sort .
Partons, partons; goutons les plaisirs du voyage,
En attendant les délices du Port.
Le
D
JUILLET
.
1735
163
Le 30. Juin les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie en un Acte et en Vers ,
intitulée : les Adieux de Mars . Cette Piece
fut très aplaudie la Musique dons
elle est ornée , et qui est de M. Mouret,
fit aussi un très grand plaisir. Voici le
Plan de la Comédie en question .
Le Théatre représente les jardins de
Paphos. Venus ouvre la Scene avec Zephire
; cet Amant de Flore lui vante les
soins qu'il s'est donnés d'embellir les lieux
qu'elle honore de sa présence , et qu'el
le embellit mieux elle- même que les plus
brillantes fleurs dont ils sont semez . Venus
ayant congedié Zephire , se plaint
dans un court monologue du départ prochain
de Mars et de sa negligence à lui
venir faire ses adieux , se faisant atten- >
dre au lieu qu'il auroit dû se trouver le
premier au rendez- vous. Apollon qui lui
est aussi odieux , que Mars lui est cher ,
se présente à ses yeux , et lui dit des fadeurs
qu'elle reçoit avec assez de mépris;
elle le quitte bientôt , et lui défend de la
suivre d'un ton à se faire obeïr. Apollon
se plaint des mépris de Venus , Vulcain
qui survient abrége bientôt son monologue
elegiaque : il lui parle sur un ton de
mari jaloux , il lui fait entendre qu'il ne
H iij s'ac1632
MERCURE DE FRANCE
commode pas de ses visites , et que s'il
s'obstine à en rendre à sa femme,avec qui
il veut désormais vivre en bon ménage , il
trouvera en son chemin des Cyclopes
dont les bras forts et nerveux le feront
repentir de son audace ; dans cette Scene
qui a paru la plus frapante de la Piéce
Vulcain reproche à Apollon tous les li
belles qui partent de la plume de ses
éleves Apollon les désavoüe , et dit
qu'il n'inspire pas ces Epigrammes qui
font rougir le coeur des succez de l'esprit.
Un bruit de timballes qui annonce l'arrivée
de Mars , déconcerte également le
Mari jaloux et l'Amant timide. Mars
donne d'abord ses ordres aux Guerriers
de 'sa suite , et leur dit de se tenir prêts à
voler à la victoire ; il se plaint ensuite
à Vulcain du peu d'ardeur qu'il témoigne
à lui forger des armes , et à Apollon-
, de sa négligence à célébrer ses exploits
Vulcain lui répond que Lemnos
retentit sans cesse des coups de marteau
qui font gémir son enclume , et que ses
Cyclopes dont il a augimenté le nombre,
ne sçauroient suffire à la rapidité de ses
Conquêtes. Apollon de son côté lui déclame
un Poëme qu'il a fait à sa gloire;
Mars l'interrompt brusquement au cin
quiéme ou sixiéme vers , et lui reproche
son
JUILLET. 1735. 1633
2
son ton pedantesque ; Apollon se retire,
bien honteux d'avoir été interrompu dès
l'Exorde. Venus revient sur la Scene et
se plaint à Mars de son peu d'empressement
à la chercher ; Mars lui parle de son
amour en vrai Petit- Maître. Cette conversation
, où la coqueterie et la bonne
opinion de soi-même éclatent également,
seroit poussée plus loin , sans l'arrivée
inattendue des trois Graces que Venus
avoit envoyées de Lemnos à Paris , pour
travailler à l'accroissement de l'Empire
de son fils ; elles reviennent si fatiguées
d'un voyage infructueux , qu'elles tom
bent d'inanition sur un lit de gazon ;
Venus leur ordonne de lui rendre compte
de leur voyage ; elles lui en font le récit
d'une voix tremblante ; cette Criti
que tombe sur le dernier Opera qu'on a
représenté : la Grace ingenue et la Grace
mélancolique se plaignent également du
peu d'acueil que le Public leur a fait ;
mais la Grace badine s'aplaudit du plaisir
qu'elle a fait , et finit son petit élo
ge par la triste necessité où elle s'est trou
vée de ne pouvoir pas être par tout. Venus
, après les avoir grondées , les renvoye
à leur toilette pour remédier
au dérangement de leurs attraits . A ce
sujet de chagrin et de colere , il en succ :-
,
Hiiij de
1636 MERCURE DE FRANCE
Mais quand sa flamme est satisfaite ,
Le Public est son confident ;
Il embouche la Trompette ,
Et s'en va tambour battant.
En secret l'injuste Critique
Ne cherche qu'à nous outrager ;
Clairement la raison s'explique ;
Son but est de nous corriger ;
Le Public exempt de caprice
A choisi le ton éclattant ;.
Qu'il siffle , ou qu'il aplaudisse ,
C'est toujours tambour battant.
Le 12. et le 16. Juillet , l'Opera Comique
donna deux Pieces nouvelles d'un
Acte chacune , avec un Divertissement
de Chants et de Danses la premiere a
pour titre la Nouvelle Sapho , et l'autre
la Nimphe des Tuilleries . Ces Piéces sont
suivies de la Parodie d'Aben- Said intitulée
le Droit du Seigneur , dont l'Auteur'
ne veut pas être connu , quoiqué l'Ouvrage
soit ingénieux et fort aplaudi .
Le 29. on donna encore une Piéce
nouvelle en un Aote , intitulée l'Enlevemeni
précipité, qui a été goûtée du Public.
NOUJUILLET.
1935. 1637
*******
NOUVELLES ETRANGERES.
LETTRE écrite de Constantinople le
premier Juin 1735.
Lken et M. Carlson , Gentilshommes Suédois,
s. du mois dernier , M. le Baron d'Hoparriverent
ici : chargez de quelque commission
de leur Cour , quoiqu'ils n'ayent point de caractere
public , ils furent admis le 2 I. à l'Audience
du Grand -Vizir , qui leur fit beaucop d'amitié ,
les fit revétir de Caftans , de- même que sept autres
Personnes de leur suite , et remplit à leur
égard le même ceremonial , à peu de chose près ,
dont on use envers les Résidens .
Le Capitan - Pacha sortit le 10. en grande ceremonie
du Port de Constantinople , avec 14.
Galeres et 2. Vaisseaux de 80 Pieces de Canon ,
o de ces Galeres sont destinées à passer dans la
Mer Noire , et les quatre autres , de- même que
des deux Vaisseaux , accompagneront le Capitan
Pacha dans la tournée qu'il va faire dans les Mers
de l'Archipel.
On aporta le 12 au Grand- Seigneur , la tête
d'Abdalla , Pacha d'Eydim , qui alloit joindre
l'Armée Ottomane en Perse ; il étoit beau- frere
du G. S. On dit que Sa Hautesse l'a fait mourir
pour n'avoir pas assez tôt executé les ordres qu'il
Jui avoit envoyez de se rendre en Perse , et pour
avoir marqué du mépris pour tous ceux qu'il recevoit
du G. V. Il tua avec son Kandgiar ou
Poignard , le Janaissaire Aga- d'Erzerun , qui lui
H vj pré1638
MERCURE DE FRANCE
présenta le commandent par lequel le G. S.
lui demandoit´sa tête , et deux autres de la suite
de ce Janissaire- Aga ; cependant le commandement
fut depuis executé.
Les Turcs continuent à faire passer beaucoup
de Troupes er quantité de munitions de guerre
et de bouche en Peise , le G. S. a même ordonné
au Kan des Tartares de se rendre dans ce Payslà
, à la tête d'une Armée de 100. mille hommes
et de prendre sa route par le Daghestan. Cette
derniere circonstance à fort allarmé le Résident
de Moscovie , qui est en cette Gour ; ce Ministre
et le Résident de l'Empereur, ont fait auprès du
G.V.tous les efforts imaginables pour le porter à
ne point faire prendre aux Tartares la route du
Daghestan,parce que les Moscovites se prétendent
Maîtres des Pays par où les Tartares doivent
passer , et qu'ils craignent que dès qu'ils paroî
tront , les Peuples qui y habitent et qui sont Mahométans
, ne se joignent aux Tartares et n'oc➡
casionnent une révolution ; mais le G. V. a été
inébranlable dans sa résolution ; on a ordonné
au Kan de se préparer à partir incessamment, et
Je G S. a envoyé à ce Prince beaucoup d'argent,
plusieurs Chevaux richement harnachez , et les
autres présens qu'il est d'usage de lui envoyer ,
lorsque le Kan marche à la tête des Tartares pou
quelque expedition Militaire.
RUSSIE.
E 20. Juin . le Ministre de l'Electeur de Saxe
remit à la Czarine une Lettre, par laquel
le ce Prince suplie aujourd'hui S. M Cz . d'accorder
aux Habitans de la Ville de Dantzick une
diminution sur le dernier payement des sommes,
·qu'i
JUILLET. 1733. 7639
г
qu'il avoir ci-devant exité le Comté de Munich
à exiger de cette Ville .
Un Officier dépêché par Thamas Kouli-Kam,
a aporté la ratification du dernier Traité conclu
par les Ministres de la Czarine avec l'Ambassadeur
que le Roy de Perse envoya il y a quelque
temps en cette Cour.
.
En conséquence de ce Traité , par lequel S. M.
Cz. a consenti de rendre toutes les Places con→
quises sur les Persans par le feu Czar Pierre I. à
Pexception de la Forteresse d'Yerski , toutes les
Troupes Moscovites qui étoient en garnison
dans ces Places , ont reçu ordre de les abandonner
, et l'on a reçu avis qu'elles étoient en marche
pour revenir dans les nouveaux quartiers qui
leur ont été assignez .
La Czarine ayant été informée que le Kan des
Tartares de Crimée , se disposoit à passer par le
Daghestan , S. M. Cz . a chargé M. de Neplief,
son Ministre à la Porte , de faire des représentations
à ce sujet , et de déclarer au Grand Visir
qu'elle ne pouvoit consentir au passage des Tartares
dans ses Etats..
N paroît par les dernieres Lettres de Constantinople
, que le G. V. n'a cû aucun égard à ce
qui lui a été représenté par M. de Neplief , et
qu'il lui a répondu que Sa Hautesse regarderoit
comme une marque de rupture les obstacles que
la Czarine aporteroit à la marche des Tartares.
Les mêmes Lettres marquent que le lendemain
du jour que M. de Neplief avoit été admis à
P'Audience du G. V. , le Grand - Seigneur avoit
envoyé au Kan de Crimée 200. Bourses , avec le
Caftan et les autres ornemens Militaires que
S. H. a coûtume de donner à ses Generaux e
de
aux Princesses Vassaur , qui font la guerre,
-seu consentement. Depuis
1640 MERCURE DE FRANCE
Depuis qu'on a reçû ces Nouvelles , on a apris
que le Kan de Crimée avoit assemblé une Armée
de 80000. hommes , que 30000. Turcs devoient
marcher à son secours et que le G. S. lui avoit
déja fourni une grande quantité de munitions
de guerre.
POLOGNE.
L paroît depuis la fin du mois dernier , um
Ecrit , dans lequel P'Electeur de Saxe explique ,
les motifs qui l'ont déterminé à obliger les Percs
Arcelli et Salaroli , Religieux de l'Ordre des
Ciercs Reguliers de la Divine Providence , de
sortir du Royaume.
L'Evêque de Cujavie et le Prince Wicnovieski,
Castellan de Cracovie , sont depuis le 15. Juin
à Lowitz , d'où l'on compte que le Primat se
rendra bien- tôt à Blonie , petite Ville située
quatre lieues de Warsovie.
Selon les derniers avis reçûs de Warsovie , le
Primat du Royaume y étoit attendu le 15. du
mois dernier , et il devoit être admis à l'Au¬
dience de l'Electeur de Saxe. J
On écrit de Konigsberg , que le Comte Osarowski
, qui est allé en France avec caractere
d'Ambassadeur du Roy et de la République de
Pologne , a donné avis à S. M. Polonaise que le
3. de ce mois il avoit eu sa premiere Audience
du Roy de France .
Le 6. le Roy de Pologne reçut une Lettre que
le Comte de Casteja , Ambassadeur de S. M. T. C.
à Stokholm , lui avoit écrite pour l'informer
d'un Traité conclu le 25. du mois dernier entre
le Roy de France et le Roy de Suede , et S. M.
commaniqua aussi rât cette Lettre au Maréchal
de a Confélération Generale , aux Palatins er
1
JUILLET. 1735 . 1647
aux autres Seigneurs Polonois qui sont à Ko
nigsberg.
Le Roy fit présent au commencement de ce
mois , de son Portrait dans une boëte garnie de
Diamans , au General Katte.
Quelques avis reçus de Warsovie , portent que
les Troupes Moscovites, qui étoient en quartiers
dans plusieurs Villages apartenans au Primat ,
en avoient été retirées , et que plusieurs Ecclesiastiques
de sa suite avoient été remis en liberté,
ALLEMAGNE.
E premier de ce mois , M. Foscarini , Ambassadeur
de la République de Venise , cut
son Audience de congé de S. M. I. Ce Ministre ,
dans l'Audience qu'il eut de l'Empereur le 224
Juin, remit de la part de sa République à S. M. I,
ao Acte de Protestation par raport au passage
des Troupes Imperiales par l'Etat de Venise.
Il a été résolu dans le Conseil que S. M. I.
tint les de ce mois , de ne laisser dans le Tirol
que l'Infanterie de l'Armée Imperiale , qui a été
obligée d'abandonner la Lombardie , et de disaribuer
des quartiers à la Cavalerie de cette Armée
dans la Stirie et dans la Carinthie .
andle paroît une Lettre écrite par l'Electeur de
Baviere à S. M. I. pour s'excuser d'envoyer à
l'Armée sur le Rhin le Contingent qu'il avoit
promis de fournir. Ce Prince , dans le commenmene
de sa Lettre , rapelle à l'Empereur , qu'en
conséquence de ses promesses il avoit fait assem
bler dès l'année derniere les. Troupes qui devoient
composer son Contingent , et il prie S. M.
1. de se souvenir des raisons qui l'ont engagé à
suspendre leur marche.
11
1842 MERCURE DE FRANCE
Il fait ensuite le détail des sujets que l'Empe
reur lui a donnez de se plaindre , en faisant sai❤
sir à Francfort les Armes qu'il avoit fait acheter
Liege , en obligeant les Troupes de Saltzbourg
et celles des autres Etats du Cercle de Baviere de
st séparer de celles de l'Electorat ; en ordonnant
qu'on traçât des lignes le long des Frontie
res de la Baviere, et qu'on élevât plusieurs redou
res , à la construction desquelles on a employé ,
sans aucun ménagement , des bois coupez dans
ses propres Forêts ; en traitant l'Electeur de Cologne
d'une manière peu conforme aux égards
qui lui sont dûs , et en ruinant les Sujets de ce
Prince par la quantité de Troupes qu'on a misos
en quartiers pendant d'hyver dans ses Etats-
L'Electeur demande dans la même™Lettre que
les redoutes construites sur ses Frontieres soient
démolies , et que S. M. I. fasse punir ceux qui ,
sans doute à son insçu , ont osé , en traçant les
lignes voisines de ces redoutes , anticiper sur les
Terres de l'Electorat.
Il ajoute qu'on ne doit pas être surpris si ne
pouvant accepter la Pragmatique Sanction , il
conservé ses forces unies pour le maintien des
droits de sa Maison ; et qu'il espere qu'aucun des
Princes de l'Empire ne blâmera la conduite qu'il
a tennë jusqu'ici , tant qu'on ne travaillera point
dissiper ses justes inquiétudes.
La Réponse de l'Empereur à la Lettre dont on
vient de parler a été rendue publique , et S. M. I
assure dans cette Réponse qu'elle n'a rien négligé
pour lever les difficultez qui ont paru déterminer
Electeurà differer la marche de ses Troupes. Elle
ajoûte que si elle n'a pû s'empêcher d'ordoner aux
Troupes des autres Etats du Cercle de Baviere de
se renure sur le Rhin , elle a eu soin de conserver
LQUS
JUILLET. 1735 5843
tous les égards dûs à l'Electeur , comme Prince
Directeur du Cercle ; qu'il est vrai que les Ingé
nieurs , chargez de tracer des lignes le long des
Frontieres de l'Electorat de Baviere , ont pris.
quelque terrain apartenant à l'Electeur , et faircouper
des arbres dans ses Forêts , mais que la
Régence d'Inspruck a reçû ordre de réparer les
dommages qui pouvoient avoir été causez à ce
Prince ; que le Camp qui devoit être formé à
Eger , et qui lui avoit donné quelque inquiétude,
n'a point eu lieu , et que quand même on l'auroit
formé , ce n'eût éré que dans la vûë ďassurer
la tranquillité des Pays Hereditaires , et nullement
pour préjudicier à aucun Prince de l'Empire.
S. M. I finit cette Réponse en exhortant
de nouveau l'Electeur à fournir au plutôt les secours
qu'il a promis.
Au commencement du mois passé M. Passio
nei , Nonce du Pape , donna part à l'Empereur
de la résolution prise par S. S. de ne point recevoir
la Haquenée que le Prince de Sainte Croix
devoit lui présenter de la part de S. M. I.
Le 21. fuin , la premiere colonne des Trou
pes Moscovires entra en Silesie , et le lendemain.
elle arriva à Strelitz , où elle fut divisée en qua➡ -
tre Corps, dont le premier , composé des Régimens
de Kiowier de Plesko , Infanterie , se rendit
le 25, à Oppelen.
Le 4 Juillet , deux Régimens de la premierecolonne
des Troupes Moscovites arriverent
Glatz et après avoir passé la nuit dans un Village
voisin , le Comte de Welseck leur fit distri
buer des logemens , ils continuerent le lendemain
leur route vers Pilsen.
L'Infanterie de l'Armée Imperiale qui a été
obligée d'abandonner la Lombardie , a été distribuće
1644 MERCURE DE FRANCÉ
tribuée dans les Villes de Monte- Baldo , de Riva
, de Borghetto , et d'Alla , et dans quelques
autres endroits du Tirol , et le bruit court qu'on
donnera des quartiers dans l'Autriche à une
partie de la Cavalerie de cette Armée, afin qu'el,
le y puisse subsister plus commodément.
Le Comte Olivier de Wallis , a été nommé pour
commander à la place du Comte de Konigseg, les
Troupes qui resteront sur les Frontieres d'Italie .
ITALIE.
N écrit de Rome , que le Cardinal Ciende
Vienne, de nouvelles instances auprès du Pape
pour l'engager à recevoir la Haquenée de la part
de l'Empereur , S. $ . fit assembler le 25. de ce
mois une Congrégation particuliere , composée,
des Cardinaux Annibal Albani , Georges Spinola
, Porzia , Corsini et Riviera , et de M. Le
vizani , afin qu'on y prît- une derniere résolution
sur la demande de S. M. I. La décision de ces
Commissaires a été conforme à celle des Cardinaux
et des Prélats qui avoient été chargez quelques
jours auparavant de donner leurs avis sur
la même affaire , et le Pape ayant rendu en conséquence
un Decret dans lequel il expose les rai-.
sons qui l'ont empêché de consentir que l'Empe ,
reur lui fit présenter la Haquenée , M. Jonquet ,.
Secretaire Impérial , a remis entre les mains du
Fiscal de la Chambre une protestation , dont on,
lui a donné Acte.
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le
17. du mois dernier , le Cardinal Otthoboni ;
proposa l'Archevêché de Besançon pour l'Abbé
de Grammont, l'Evêché de S.Papoul pour l'Abbé
de Charency , et celui d'Oltron pour l'Abbé de
Montillet. S. S.
JUILLET . 1735. 1645
S. S. n'étant plus incommodée de la goute , on
recommencé les Concerts qui s'executent deux
fois la semaine dans son Apartement , et le 4: de
ce mois il y en eut un auquel elle assista .
Le Roy d'Espagne a envoyé à Rome un
Agent qui doit y résider en la inême qualité que
ceux qui y ont été envoyez par S.M.C.avant que
l'Empereur possedât les Royaumes de Naples et
Sicile,
L
DE NAPLES ET SICILE.
E. 17. Juin , la Garnison Imperiale qui étoit
dans Siracuse et qui n'étoit plus composée
que de 1300, hommes , sortit de la Ville , et elle
S'embarqua sur les Vaisseaux destinez à la trans
porter à Trieste , lesquels firent voile le même
jour , sous l'escorte de deux Vaisseaux de guerre
du Roy d'Espagne .
Aussi- tôt après que cette Garnison eut évacué
Ja Place , le Marquis de Gracia - Réal y fit entrer
Zoco. hommes des Troapes Espagnoles , et it
reçût , au nom de S. M, le serment des Magistrats
et des Députez du Corps de Ville.
Le 19. ce Lieutenant - General , après avoir
donné les ordres nécessaires pour la réparation
des Fortifications de Sitacuse , se mit en marche
avec le reste des Troupes qu'il commande , pour
aller joindre celles qui formoient le blocus de
Trapani.
M. de Correas , Gouverneur de cette derniere
Place , instruit de l'aproche des Troupes de
Marquis de Gracia Real , lui a envoyé un Offi+
cier pour demander à capituler aux mêmes conditions
que le Gouverneur de Siracuse a ob
tenuës.
Les Galeres d'Espagne se sont emparées quelques
1646 MERCURE DE FRANCE
ques jours avant que le Gouverneur de la Ville
de Trapani eût demandé à se rendre , de deur'
Vaisseaux , que plusieurs Habitans de la Place
avoient armez pour aller en course , et de deux
autres Bâtimens qui y portoient du Bled .
On écrit de Naples , qu'on travaille avec touté
la diligence possible à construire quatre nouvel
les Galeres et un pareil nombre de Vaisseaux de
ligne , dont deux seront de 80. Canons et les
deux autres de 70. '
Le Roy d'Espagne a fait présent à S. M. de
deux Vaisseaux de guerre , chacun de 90. Canons
, et de cinq Galeres. -
Le Roy des deux Siciles voulant remettre
l'Escadre des Galeres du Royaume de Naples
sur le même pied qu'elle étoit autrefois , en a
fait acheter trois nouvellement construites à Civita-
Vecchia , et la République de Genes doit
Jui en vendre un pareil nombre.
ENTRE' E solemnelle et Couronnement
à Palerme du Roy des deux Siciles.
E 30. Juin , le Roy , accompagné des Seigneurs
de sa Cour , se rendit dans la Plaine
de S. Erasme , près de Palerme , où les Régimens
des Gardes Espagnoles , Walones et Italiennes
, étoient sous les Armes.
Le Roy étant entré sous une magnifique Tente
qui lui avoit été préparée ; Don Michel Branciforte
, Prince de Butera , Premier Baron du
Royaume , presenté par le Duc d'Arion , Premier
Gentilhomme de la Chambre , complimen
ta S. M. au nom de la Noblesse , et lui témoi
gna la joye que les Siciliens avoient d'être sous
sa domination .
Après
JUILLET. 1735.
1647
Après que le Roy eut répondu à la Harangue
du Prince de Butera , et que S. M. lui cut remis
Etendart Royal que tenoit le Prince Corsini ,
-Grand-Ecuyer , le Marquis Xavier Gravina
Adjudant du Roy , donna un signal , auquel
toute l'Artillerie de la Ville et de la Citadelle ré-
.pondit par plusieurs salves , et la marche commença
dans l'ordre, suivant :
Le Régiment d'Infanterie des Gardes Italiennes
; les Valets de pied de S. M. ses Pages à che
val , ayant leur Gouverneur à leur tête ; Don
-Bernard Gravina , Prince de Rammacca, Grand-
--Justicier de la Ville , précedé de ses Hallebardiers,
des Députez du Royaume avec leurs Massiers ;
es Barons et la principale Noblesse , les Tambours
, les Trompettes et les Hautbois du Sénat
-et ceux du Tribunal du Domaine , le Procureur
Fiscal de ce Tribunal , ceux de la Chambre Souveraine
,les Secretaires d'Etat , le Protonotaire
et les Conseillers du Conseil du Roy ; les Abbez
et les autres Prélats ayant séance aux Etats ,
les Evêques , deux à deux ; les Massiers du Senat ;
Don André Riggio , Prince della Catena , Grand
Trésorier , la Compagnie des Hallebardiers de
Ja Garde , commandée par Don Mariano Naselli
; un détachement des Gardes du Corps ; les
--Majordomes ; Don Joseph Baezza , Premier
Aumônier , les Gentilshommes de la Chambre
et les Adjudans de S. M. le Prince de Butera
portant l'Etendart Royal,marchoit devant le Roi
qui étoit à cheval sous un Dais soutenu par six
Sénateurs , et qui avoit à sa droite Don Ignace
Lanza , Prince della Trabia , second Baron du
Royaume , et à sa gauche Don François Bonanno
, Prince della Catholica , Préteur de la Ville
et Chef du Sénat ; au côté droit du Dais étoit le
Prince

1650 MERCURE DE FRANCE
*bre le revêtirent des habits destinez pour la ceremonie
de son Couronnement.
Ensuite S. M. fut conduite par les Evêques de
Catane et de Siracuse à l'Autel , où elle étoit attendue
par l'Archevêque , qui ayant dit les prie-
-res ordonnées ensemblable occasion par le Pon-
-tifical Romain , sacra le Roy , en lui répandant
selon la coûtume quelques goutes du Saint Chrê
ne sur le bras droit , et entre les deux épaules .
SM. ayant pris son Manteau Royal , monta
sur son Thrône, et l'Archevêque commença l'Introit
de la Messe . Après le Graduel , le Roy alla
se mettre à genoux devant ce Prélat qui lui ceignit
l'Epée Royale , lui mit la Couronne sur la
tête , et le Sceptre dans la main , et l'ayant re-
-conduit à son Trône , l'intrônisa en la maniere
accoutumée .
L'Archevêque , lorsque cette ceremonie fut finie
, continua la Messe , pendant laquelle le Roi
alla à l'offrande , er présenta 300. piéces d'or
frapées à son coin.
Un peu avant l'élevation , le Duc d'Arion
ayant ôté la Couronne de dessus la tête du Roi ,
et S. M. lui ayant remis son Sceptre entre les
mains , ces ornemens Royaux furent déposez
sur un bassin porté par le Prince de Butera .
Le Roy à la fin de la Messe , reçût la commu
nion des mains de l'Archevêque , et tous les Seigneurs
qui avoient accompagné S. M. la reconduisirent
au Palais , au bruit des acclamations
réiterées du peuple , et des salves réiterées de Artillerie
de la Ville et de la Citadelle , et de la
mousqueterie des Troupes.
La Couronne qui a servi au Couronnement
du Roy , étoit composée de six branches surmontées
par un globe sur le haut duquel étoit
une
JUILLET. 1735 1831
une Croix , et elle étoit ornée de 361. Diamans,
dont un placé vers le milieu de la branche qui
étoit sur le devant de la tête , pésoit 168. grains.
On assure que le prix de cette Couronne montoit
à 120000. Piéces , qui font environ six millions
de notre monnoye.
L
PORTUGA L.
E Chevalier Jean Norris , qui commande la
Flote que le Roy d'Angleterre a envoyée à
Lisbonne, eut le 21. du mois passé une Audience
particuliere du Roy , et le même jour il fut admis
à celle de la Reine.
Cet Amiral a déclaré au Roy , que S. M. Br .
en mettant une Flote en Mer , n'a point eu des
sein de prendre parti dans le differend qui est
entre la Cour de Madrid et celle de Portugal ;
qu'elle se propose seulement d'assurer le retour
de la Flote du Bresil , sur laquelle les Anglois
ont des fonds considerables , et qu'elle est toujours
dans la disposition d'employer ses bons
offices , le plus efficacement qu'il lui sera possible,
pour rétablir une union durable entre l'Es
pagne et le Portugal.
TRADUCTION de la Lettre écrite
par M. Patinho , Ministre du Roy
d'Espagne , le 8. Juin , à M. Keene ,
Ambassadeur du Roy de la Grande-
Bretagne à Madrid.
MONSIE ONSIEUR >
J'ai fait raport au Roy de la prompte résolution
que vous m'avés communiquée , et que S. M. Br...
I avoit
162 MERCURE DF FRANCE
avoit prise d'envoyer une nombreuse Escadre de
Vaisseaux de guerre les plus considerables vers le
Port et Côtes de Lisbonne , pour les garantir de toute
attaque et pour assurer l'arrivée de la Flote du
Brezil à quoi la Nation Angloise étoit beaucoup
interessée , comme aussi pour proteger le Commerce;
j'ai fait aussi raport des droites intentions de S. M.
Br. et que ledit envoi de l'Escadre n'avoit d'autre
objet que le sus mentionné , bien loin de vouloir par
Ta autoriser et animer le Roy de Portugal à commettre
des insultes qui ne seroient pas à tolerer ,
S. M. B. engageant sa parole Royale que son intention
n'est aucunement de fomenter la moindre
mésintelligence , et qu'il falloit comprendre par les
termes les plus expressifs dont vous vous étes servi ,
que la sincerité de S. M. Br . étoit sans égale.
Le Roy connoît dès à présent qu'il ne doit pas
hésiter sur la foi indubitable des insinuations si solemnelles
, et il convient qu'elles valent des démonstrations
sans réplique , pour éloigner tout soupçon
qu'auroit pu réveiller la consideration du temps
dans laquelle la forte résolution susdite a été prise.
Mais nonobstant les bons offices que vous avés ,
Monsieur , offerts en dernier lieu au nom de S. M.
Br. et la réponse favorable et pleine d'attention que
qous avés obtenuë de la propre bouche de L. M,
comme il vous est mieux connu qu'à aucun autre ,
que toute résolution à prendre contre le Roy de Portugal
sera encore laissée en suspens , outre la confiance
particuliere que S. M. a toujours témoignée
géneralement dans les affaires les plus importantes
pour l'arbitrage de S. M. B. il a paru pourtant
nécessaire à S.M.de m'ordonner de vous représenter
les mauvaises conséquences qui résultent de la résolution
susdite , du préjudice de ses Sujets , de toute
PEurope, et de la tranquillité publique.
On
JUILLET. 1725.
1613
On équipe à Cadix la Flote pour la nouvelle Espagne
, dont la Cargaison consiste dans des Marchandises
que fournissent toutes les Nations qui se
confient dans l'Alliance qui subsiste entre l'Espagne
et l'Angleterre , et n'ont point la moindre inquiétude
sur ce qui pouroit occasionner leur ruine
totale en perdant leurs Effets. Aussitôt que les
Commerçans aprendront le bruit , je ne dis point de
Parrivée de l'Escadre Angloise sur les Côtes de
Portugal mais seulement de la résolution prise de
l'envoyer ; tous les esprits se mettront en mouvement
et chacun tâchera de retirer son bien , lequel étant
mélé avec les sommes empruntées et converties en
Marchandises on ne poura pas aussi - tôt le ravo.r,
d'où s'ensuivront infailliblement des plaintes qu'on
entend dé a des principaux Négotians , non seule
ment en Espagne , mais aussi en France , en Angleterre
et en Italie , de sorte qu'ils choi- iront pour
moindre inconvenient de suspendre l'envoy de leurs
Marchandises cette année et de perdre les profits con
siderables qui nourissent le trafic de toute l'Europe ;
pour apaiser cette émotion generale, il ne suffira pas
que le Roy assure les Marchands de la sacrée parole
de S. M. B. et de l'accompagner de la sienne
propre , puisque plus on se servira de grandes et
éclatantes assurances , plus grande sera la fermentation
que causera dans les esprits l'effet incertain
qu'on peut attendre du moyen dont on se sert , et il
n'y aura point de raison qui tiendra pour les persuader
que l'Escadre de S. M. Br. n'est pas destinée
pour empêcher la sortie de la Flote de Cadix ;
on peut la surprendre en chemin , et il ne sufira pas
de leur offrir une escorte de Vaisseaux de guerre en
nombre égal ou superieur , puisqu'ils ne croiront
aucune sûreté aussi réelle que celle de voir le dan
ger éloigné.
I ij J'
1654 MERCURE DE FRANCE
Je ne m'étendrai pas sur la refléxion ,.combien il
doit être sensible aux sujets de S. M de voir entrer
dans les Ports de son Royaume les Vaisseaux de la
Nation Angloise avec la liberté que leur fournit
l'amitié du Roy , et la protection d'une Escadre și
puissante et voisine, sans qu'aucun Vaisseau Espagnol
ose naviger pour ne point se risquer soi- même
et sa cargaison .
>
Ce qu'il y a de plus , est que ces inquiétudes ne
laisseront pas que de penetrer dans les endroits les
plus éloignez de l'Amerique Espagnole , sans qu'on
puisse prevoir à quoi se determineront ses habitans ,
lorsqu'ils aprendront que le voyage de la Flote a
été suspendu , ou basardé , puisque vous sçavez bien,
Monsieur , le tems qu'il faut pour convaincre et
châtier les Trangresseurs ou Interpretes des ordres
du Roy et le dommage qui entretemps en resultera.
Surtout il seroit encore plus sensible s'il arrivoit
que les desordres ou accidens que cette nouveauté
peut causer , fussent attribuez avec artifice à une
autre origine que celle qui en est la veritable.
Le Roy m'a ordonné de vous exposer tout ceci
pour qu'en le faisant sçavoir à S. M. Br. elle puisse
connoître la sincerité avec laquelle S. M. repond à
celle que S. M. Br. lui a temoignée , et pour que
S. M. Br. veuille peser si l'utilité de l'expedition et
du séjour de l'Escadre sur les côtes de Portugal , peut
être preferable aux maux auxquels elle donne occasion
, puisque moyennant l'acceptation de la Mér
diation de la France, il n'y avoit point d'hostilité à
craindre sur les côtes de Portugal ni sur ses confins ,
La seule susdite Mediation amiable de la France , ou
celle même de la Grande Bretagne pouvant les prevenir.
Je suis , e.
GRANDE
JUILLET. 17350 1655 ·
L
GRANDE - BRETAGN F.
30%

A Reine aprit le 7. de ce mois par un Couric
qui lui avoit été depêché de Lisbonne , quo
la Flote commandée par le Chevalier Jean Norris,
et composée de 25. Vaisseaux de ligne et de 2 :
Brulots , y étoit arrivée le 20. du mois dernier
et que quelques jours après le Chevalier Norris
étant descendu à terre , avoit été admis à l'au
dience du Roy de Portugal qui avoit envoyé à
la Flote 100. boeufs , 4co. moutons , 80. pipes
de vin , et une grande quantité d'autres rafrai¬
chissemens .
On a apris depuis de Lisbonne que le Roy de
Portugal s'étoit rendu à bord du Vaisseau la Britannia
, où S, M. P. avoit été reçûë au bruit de
plusieurs salves de l'Artillerie de tous lesVaisseaux
de la Flote Angloise.
Les mêmes Lettres ajoutent que S. M. P. à en
voyé au Chevalier Norris plusieurs présens
dont la valeur monte à plus de 6000. livres sterlings.
L'Escadre commandée par le Conte- Amiral
Stewart , a été jointe depuis peu par le Vaisseau
de Guerre le Rippon.
Tous les Matelots des Vaisseaux de la Compagnie
des Indes , qui sont actuellement sur la
Tamise , ont été enlevez pour le service de la
Flote.
seaux ,
UneCompagnie composée de plusieurs person
nes de distinction , a fait construire trois Vaisnommez
le Cunningham , le Bootle, et le
Nil , chacun de 450.tonneaux,de 32 pieces de ca
non, et monté de 60. Soldats , qui sont destinez à
aider le Gouverneur de la Jamaïque à soumettre
I iij les
1656 MERCURE DE FRANCE
les Negres rebelles , et qui ont mis à la voile il
a quelque temps pour cette Isle .
LeRoy a fait déclarer par le Lord Harrington ,
Secretaire d'Etat , aux Ministres des Puissances ,
qui ont pressé S. M. de rapeller la Flote commandée
par le Chevalier Jean Norris , qu'il n'a
envoyé une Flote à Lisbonne que dans le dessein
d'assurer le retour de celle du Bresil , sur laquelle
ses sujets ont des fonds considerables, et qu'il est
trop interessé à maintenir la paix entre l'Espa
gne et le Portugal , pour ne pas chercher les
moyens d'engager les deux Cours à terminen
leurs differends.
HOLLANDE , PAYS - BAS.
,
17. de ce
N mande de Bruxelles , que le
mois , jour auquel os reporta en l'année
1985. dans l'Eglise de S. Michel et de Ste Gudule
, les Hosties consacrées qu'on avoit été
obligé de cacher pendant quelque temps , pour
les garantir des profanations des Heretiques , on
fit l'ouverture du Jubilé , qui doit être celebré à
Bruxelles tous les 150 ans, en actions de graces
du rétablissement de la Religion Catholique dans,
les Pays bas.
L'Archiduchesse Gouvernante , se rendit en
grand cortege à cette occasion à l'Eglise Collegiale
, et y entendit la Messe à laquelle l'Evêque
de Bruges assisté des Abbez de Saint Michel , de
Grimbergue , de Parck et de Diligem , officia
pontificalement. Cette Princesse apiè l'Office et
le sermon , qui fut prononcé par l'Evêque d'Ypres
, accompagna la Procession que fit le Clergé
Seculier et Regulier de cette Ville , et à laquelle
se trouverent tous les Conseils , les Tribunaux ,
le Corps de Ville , et les Confraries .
JUILLET. 1735. 1657
L'après midi , l'Evêque d'Ypres officia auz
Vespres et au Salut , et vers les huit heures du
soir , on fit une triple décharge de l'artilleriè des
remparts .
Les Etudians du College des Peres de la Com
pagnie de Jesus , vêtus magnifiquement , et par
tagez en diverses quadrilles , firent le même jour
une Cavalcade , que l'Archiduchesse Gouver
nante vit passer des fenêtres de la galerie de
l'Hôtel de Ville . Le lendemain l'Evêque d'Anvers
celebra la Messe dans l'Eglise Collegiale
L'Evêque de Bruges prêcha le 19. en Latin dans
la mêine Eglise , et la Messe fut celebrée par
l'Evêque d'Ypres . Le 20. l'Archiduchesse Gouvernante
y assista au Salut , après lequel l'Abbé
de Saint Michel donna la Benediction du Saine
Sacrement.
y
ARME'E D'ALLEMAGNE.
LE 14. de ce mois, le Maréchal de Coigny fe
faire un fourage general beaucoup plus près
deMayence que les deux premiers qui ont été faits
aux environs de cette Place , depuis que l'Armée
du Roy est campée à Weinholsheim.
Le Marquis de Guerchy , Lieutenant General,
qui commandoit ce fourage , partit du Camp à
minuit , et il arriva à quatre heures du matin sur
les hauteurs de Dexheim avec 47. Compagnies
de Grenadiers , et 2700. hommes d'Infanterie ,
qui avoient été détachés des Troupes qui sont
dans ce Camp et des deux Corps commandez par
le Marquis de Dreux et par le Comte de Belleisle .
Le Marquis de Guerchy avoit aussi sous ses or➡
dres un Corps de Cavalerie très considerable .
Les Ennemis qui dès la pointe du jour avoient
I iiij
fair
1858 MERCURE DEFRANCE
fait sortir du Camp qu'ils ont à Cassel , de l'autre
côté de Mayence , 1000. hommes d'Infanterie
et,2000 . de Cavalerie , les firent avancer en
bataille dans le terrain qui est à Bretzenheim
jusqu'au grand chemin de Mayence , et ils les
partagerent en plusieurs Corps composez de 100
hommes chacun. Ces détachemens ne, sortirent
point de leurs postes , et ils n'oserent s'avancer
pour troubler le fourage , pendant lequel il n'y
cut que de legeres escarmouches entre nos Hussards
et ceux des Ennemis. Un Officier du Régiment
d'Infanterie de Dillon y a été blessé legerement,
et un Maréchal des Logis de Cavalerie
Pa été d'un coup de carabine .
>
On a apris de Treves que M. Wandal , Capitaine
d'une Compagnie franche , qui avoit passé
le Rhin du côté de Bonn avec un détachement
de 250. hommes, étoit revenu à Treves le 22 du
mois de Juillet , et qu'il avoit ramené avec lui
plusieurs Bailifs des Comtez de Seyn , d'Hachembourg
, et d'Aldenkirchem , dans le Westerwaldt.
Cet Officier après avoir dérobé sa
marche à quelques Corps de Troupes qui avoient
été commandez pour le poursuivie , a rencontré
en sortant d'un bois 600. paysans qui s'étoient
armez pour s'oposer à ses courses , il les
a attaquez et dispersez , et il a si bien pris ses me--
sures , qu'après avoir enlevé plusieurs Baillifs ,
il est rentré à Treves avant que les détachemens
sortis de Coblentz ayent pû le joindre.
ARME'
JUILLET . 1735. 1735 1659
ARMEE D'ITALIE.
4
Na apris par les Lettres du 11. de ce mois,
que toutes les Troupes qui composent l'Armée
des Alliés , étoient arrivées dans les differents
quartiers du Haut et du Bas Mantoüan ,
qui leur ont été destinez ; et que suivant les dernieres
nouvelles qu'on avoit reçûës de la marche
des ennemis , le Comte de Konigseg ayant laissé
dans les gorges du Trentin une partie de ses
Troupes, avoit fait avancer le reste dans le Tirol ;
que ce General devoit retourner à Vienne , et
qu'il seroit remplacé dans le commandement des
Troupes de l'Empereur par le General Wallis .
LesLettres du 14 marquent qu'on y avoit reçû le
11.ła nouvelle de la Capitulation du Fort d'Orbitello
qui s'est rendu aux Espagnols le s et que suivant
les articles de cette Capitulation, la Garnison
Impériale composée de 1000. hommes devoit sortir
lers de la Place avec tous les honneurs de la guerre,
pour être conduite à Trieste et à Fiume. Les
mêmes Lettres ajoutent que les Impériaux faisant
sortir tous les jours de la Ville de Mantouë par
la porte Cereze des patrouilles de 10. hommes
le Marquis de Maillebois en avoit fait attaquer
deux; que tous ceux qui composoient , la premiere
avoient été tucz , que de la seconde , il y en avoit
eu deux hommes de tuez , et que le reste avoit
été pris.
3
On a sçu par un Courier dépêché par le Marquis
de la Mina , que le Gouverneur d'Orbitello
avoit capitulé , et que , la Garnison Imperiale de
cette Place devoit être transportée à Trieste , à
condition de ne point porter les Armes pendant
un an contre, aucune des Puissances Alliécs .
Ιν Cette
1660 MERCURE DE FRANCE
Cette nouvelle est d'autant plus importanteque
par la prise de cette Place la Toscane est delivrée
des courses que la Garnison faisoit frequemment
, et que les Corsaires de Trieste et de
Fiume n'ont plus sur la côte aucun Port où ils
puissent se retirer.
Les derniers avis reçus de Modene portent que
les Troupes Espagnoles,qui assiegeoient la Mirandole
, devoient ouvrir la tranchée devant cette
Place le 19. de ce mois , et qu'ils avoient déja
22. pieces de canon et 8. mortiers prêts à mettre
en batterie.
&ののねの
శ్రీ శ్రీ శ్రీ
DDDD
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
On Louis Peixote da Silva , Chevalier de
DP'ordre de Christ , Gentilhomme de la
Maison du Roy de Portugal , et Conseiller de
Cape et d'Epée dans le Conseil des Finances
à Lisbonne le 8. Juin , âgé de 7 ans. mourut
Le seize , D. Ferdinand Suarez de Figueroa
, Marquis de Surco , Chevalier de l'Ordre
de Calatrave , Gentilhonime de la Chambre,flet
premier Ecuyer du Roy d'Espagne , Lieutenang
general de ses Armées , Gouverneur du Serenissime
Infant D. Philippe , Administrateur General
des Commanderies , et Sur - Intendant General
du Grand Prieuré de l'Ordre de S. Jean de:
Jerusalem , mourut à Madrid , à l'âge de 60 ans.
La Mere Anne- Louise de Salvador , Religieuse
du Monastere de Sainte Claire hors les murs de
Lisbonne , mourut le 19. dans la 114. année de
son âge . Elle demeuroit dans ce Monastere depuis
JUILLET. 1735 166 r
puis qu'il avoit été fondé , et elle y a été Religieuse
pendant 98. ans.
Le vingt- trois , Marie- Anne de la Grange
d'Arquien , veuve depuis le 15. Février 1688. de
Jean Comte de Wieloposki , Grand Chancelier
de la Couronne de Pologne , et Ambassa leur extraordinaire
en France en 1685. avec lequel elle
avoit été mariée le 19. Juin 1678. mourut à
Warsovie dans un âge fort avance. Des Lettres de
Pologne portent qu'elle avoit 98. ans , et d'autres.
seulement 90. ce qui est plus vraisemblable . Elle:
étoit Soeur de Marie Casimire de la Grange d'Arquien,
Reine de Pologne, morte à Blois le trente
Janvier 1716. veuve du Roy Jean Sobieski , eg:
derniere fille de Henry de la Grange , Marquis
d'Arquien , Chevalier des ordres du Roy , créé
Cardinal de l'Eglise Romaine , le 12. Décembre
1695. mort à Rome le 24. May 1707. âgé de
96. ans et FI. mois , et de Françoise de la Chas
tre- Bruillebault , sa premiere femme , morte en
1672. La Comtesse de Wieloposka possedoit en
commande la Starostie de Nowotorsko , d'un
revenu considerable , qui lui avoit été conservée
par une grace particuliere après le décès de son
mari.Cette Starostie vient d'êtredonnée au Prin
ce Wiesnowieski , Castelan de Cracovie..
Ivj FRANCE
1660 MERCURE DE FRANCE
Cette nouvelle est d'autant plus importanteque
par la prise de cette Place la Toscane est delivrée
des courses que la Garnison faisoit frequemment
, et que les Corsaires de Trieste et de .
Fiume n'ont plus sur la côte aucun Port où ils
puissent se retirer .
Les derniers avis reçus de Modene portent que
les Troupes Espagnoles, qui assiegeoient la Miran
dole , devoient ouvrir la tranchée devant cette
Place le 19. de ce mois , et qu'ils avoient déja
22. pieces de canon et 8. mortiers prêts à mettre'
en batterie.
ᎣᎣ
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
D
On Louis Peixote da Silva , Chevalier de
l'Ordre de Christ , Gentilhomme de la
Maison du Roy de Portugal , et Conseiller de
Cape et d'Epée dans le Conseil des Finances
mourut à Lisbonne le 8. Juin , âgé de 7 ans .
2.
Le seize , D. Ferdinand Suarez de Figue
roa , Marquis de Surco , Chevalier de l'Ordre
de Calatrave , Gentilhonime de la Chambre, et
premier Ecuyer du Roy d'Espagne , Lieutenant
general de ses Armées , Gouverneur du Serenissime
Infant D. Philippe , Administrateur General
des Commanderies , et Sur - Intendant General
du Grand Prieuré de l'Ordre de S. Jean de:
Jerusalem , mourut à Madrid , à l'âge de 60 ans.
La Mere Anne- Louise de Salvador , Religieuse
du Monastere de Sainte Claire hors les murs de
Lisbonne , mourut le 19. dans la 114. année de
son âge. Elle demeuroit dans ce Monastere depuis
JUILLET. 1735. 166r
puis qu'il avoit été fondé , et elle y a été Religieuse
pendant 98. ans.
Le vingt- trois , Marie - Anne de la Grange
d'Arquien , veuve depuis le 15. Février 1688. de
Jean Comte de Wieloposki , Grand Chancelier:
de la Couronne de Pologne , et Ambassa leur extraordinaire
en France en 1685. avec lequel elle
avoit été mariée le 19. Juin 1678. mourut à
Warsovie dans un âge fort avance . Des Lettres de
Pologne portent qu'elle avoit 98. ans , et d'autres.
seulement 90. ce qui est plus vraisemblable . Elle:
étoit Soeur de Marie Casimire de la Grange d'Arquien,
Reine de Pologne, morte à Blois le trente:
Janvier 1716. veuve du Roy Jean Sobieski , er
derniere fille de Henry de la Grange , Marquis
d'Arquien , Chevalier des ordres du Roy , créé
Cardinal de l'Eglise Romaine , le 12. Décembre
1695. mort à Rome le 24. May 1707. âgé de
96. ans et FI. mois , et de Françoise de la Chas
tre-Bruillebault , sa premiere femme , morte en
1672. La Comtesse de Wieloposka possedoit en
commande la Starostie de Nowotorsko , d'un
revenu considerable , qui lui avoit été conservée
par une grace particuliere après le décès de son
mari.Cette Starostie vient d'être donnée au Prin
ce Wiesnowieski , Castelan de Cracovie..
Ivj FRANCE
**************: *
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roy a nommé Lieutenans Gene-
Laux de sesArmées , le Comte de
>
Clermont , le Prince de Conti , le Prince
de Dombes , et le Comte d'Eu .
Le 2. de ce mois la Reine entendit la
Messe dans la Chipelle du Château de
Versailles et S. M. communia par les
mains du Cardinal de Fleuri , son Grand.
Aumônier.
Le 3. le Comte Osarowski , Ambassadeur
du Roy et de la République de
Pologne , cut sa premiere Audience particuliere
du Roy ; il eut ensuite Audience
de la Reine , et il fut conduit à ces
deux Audiences par M. Hebert , Introducteur
des Ambassadeurs.
9-
Le 4. après midi , le Comte Osarowski
se rendit au Château de Meudon
où il eut Audience de Monseigneur le
Dauphin et de Mesdames de France. Il
y fut conduit par le méme Introducteur .
Le
JUILLET. 1735. 166

Le Roy a accordé l'Agrêment du Régiment
de Cavalerie dont le Duc de Vil
lars , Brigadier des Armées de S. M.
étoit Mestre de Camp , au Vicomte do
Rohan.
Le Marquis de Puysieux , que le Roy
a nommé il y a déja quelque tems son
Ambassadeur auprès du koy des deux
Siciles, a pris congé de S. M. le 26. de ce
mois et il doit partir incessamment pour
se rendre à Naples .
Le 18. de ce mois , Monseigneur le
Dauphin , et Mesdames de France , les
deux aînées virrent se promener au
Cours et dans les Champs Elisées.

Le Comte de Maurepas , Ministre et
Secretaire d'Etat , qui a été dangereusement
malade , est parfaitement rétabli .
********* :*******
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
L'un Régiment de Cavalerie per Commission
E Marquis de Bethune , Mestre de Camp
du.zo. Février 1734. mort depuis peu au Camp
d'Al4664
MERCURE DE FRANCE
22.
d'Algesheim en Allemagne , à l'âge de 12 à 23.
ans , étoit fils de Louis - Marie- Victoire , Comte
de Bethune , de la Branche de Selics , Maréchal
de Camp des Armées du Roy , de la Promotion
du 20. Fevrier 1734. ( neveu , par feuë
sa mere , de feue Marie Casimire de la Grange
d'Arquien , Reine de Pologne , et de la Comtesse
de Wieloposka , qui vient de mouris ) et
de défunte Dame Henriette d'Harcourt de Beu,
vron , sa premiere femme , morte le 6. Août
1614
L'agrément du Régiment de Cavalerie , vacant
par la mort du Marquis de Bethune , a été donné
à Charles Armand , Vicomte de Pons , Comte
de Roquefort , né le 16. Juin 1692. Chef de la
seconde Branche de l'illustre Maison de Pons , de
La Province de Saintonge. Il est fils unique de feu
Pons de Pons , Comte de Roquefort , mort le
17. Juillet 1705. et de D. Charlotte Armande
de Rohan Guimené , sa seconde femme.
Le 4. Juillet Dame Jeanne - Françoise le Febvre
de la Barre , veuve depuis le 21. Fevrier 1712
d'Antoine - François le Févre d'Ormesson , Seigneur
de Cheré , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , et Intendant successivement
à Rouen , en Auvergne et à Soissons , avec lequel
elle avoit été mariée le 21. Decembre 1682.-
mourut à Paris dans la 81. année de son âge
étant née le 13. Novembre 1654. elle étoit fille
d'Antoine le Febvre , Seigneur de la Barre, Gouverneur
et Lieutenant General des Isles et Ter
res fermes de la Nouvelle France en Canada , et
Lieutenant General des Armées du Roy , et auparavant
Maître des Requêtes , et Intendant en
differentes Provinces , mort le 4. May 1688. et
de Marie Mandat, morte le 20. Decembre 1689
JUILLET. 1935. 1565
La Dame d'Ormesson étoit mere d'André- Fran
çois de Paule le Febvre d'Ormesson , Seigneur
de la Saciere et des Tourne.les , ne le 27. Mars
1695. ct reçû Conseiller au Parlement de Paris ,
et Commissaire aux Requêtes du Palais , le 6.
May 1716 ; de Jeanne.le Févre d'Ormesson , néc
en 1685. et mariée en 1708. avec Jean - Bapuste:
Charles du Tillet , Marquis de la Bussiere , Baron
de Pontchevron , aujourd'hui Président honoraire
aux Enquêtes du Parlement de Paris , et:
de feu Olivier le Febvre , Seigneur d'Ormesson et
de Cheré , né le 30. Septembre 1686. et mort
au mois d'Avril 1718. étant Maître des Requê--
tes et Intendant en Franche - Comté. Celui - ci
avoit épousé le 1r. Juin 17.4. Marie- Claude-
Cahouët de Beauvais , dont il a laissé Olivier le
Febvre , Seigneur d'Ormesson et de Cheré né:
le 15. Septembre 1715 ; et Marie - Marguerite le
Febvre d'Ormesson , née le 13. Mars 1717. la.
Dame leur mere , soeur de la Dame Chauvelin
Epouse de M. le Garde des Sceaux , s'est romariée
avec François- Antoine de Chabannes Pionsac
, Seigneur de la Palice , Brigadier des Armées :
du Roy , et Major du Régiment des Gardes.
Françoises , Major General de l'Armée de 5. M..
en Allemagne.
20.
Le s . Juillet Antoine Bonnier , Seigneur d'Al-
CO S. Cosme , &c . President en la Cour des
Comptes , Aides et Finances de Montpellier
reçû en cette Charge le
Decembre 17120.
mourut d'une rétention d'urine à Paris , âgéd'environ
69. ans. Il étoit frere de feu Joseph-
Bonnier , Baron de la Mosson , Conseiller Secrétaire
du Roy et Trésorier General des Etats
de la Province de Languedoc , mort au mois de
Novembre 172Ga
>
ISA MERCURE DE FRANC
Le 7. N ..... O.Donell de Tirconell
Brigadier des Armées du Roy , de la Promotion
dur . Fevrier 1719. et ci - devant Colonel d'un Régiment
d'Infanterie Ielandois au Service de S.
M. mourut au Château de S- Germain en Laye,
dans la 70. année de son âge.
Le ro. Dame Jeanne de Palmes , veuve en se
condes noces de Jean Thevenin , Ecuyer , Con
seiller , Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de ses Finances , ancien Greffier en-
Chef du Parlement de Bourdeaux , et en premieres
noces de François Burin , Ecuyer , Seigneur
de Richebourg et de la Neuville , mou-
Fut à Paris , laissant de son second mari qu'elle
avoit épousé au mois de Janvier 1706. deuxfils
, dont l'aîné Jean Thevenin , Seigneur de
Tanlay , a été reçû Conseiller au Parlement de
Paris à la Quatriéine Chambre des Enquêtes , le
16. Mars 1731.
Le 13. Dom Hervé Ménard , Superieur General
des Benedictins de la Congrégation de Sa
Miur, mourut dans l'Abbaye de Lagny en Brie ,
âgé de 72. ans
Le ..... Juillet Pierre Paon , Gentil-hom
me de Normandie , Brigadier des Armées du
Roy,du I. Fevrier 1719. et Chevalier de l'Ordre
Militaire de S Louis depuis 1705.mourut à Frauville
en Caux , âgé de 73. ans. Après avoir seryi
long-tems dans la Cavalerie , il eut le 6. Mars
1706. un Brevet de Mestre de Camp ; et au mois
de Septembre suivant il obtint un Régiment de
Cavalerie , qui ayant été réformé en 1714, il
fut incorporé dans celui de Villars .
Le 16. Dame Marie - Anne Colette Mor
gan, épouse de Pierre- Jean François de la Porte ,
Maître des Requêtes ordinaire du Roy , avec
lequel
JUILLET. 1735. 1667°
lequel elle avoit été mariée le 27. May 1734
mourut à Paris d'une maladie de Poitrine, après'
quelques mois de langueur , âgée de 18. ans ,
et sans laisser d'enfans. Elle étoit fille unique de
Jean Baptiste Morgan , Ecuyer , et de défunte
Marie-Louise Forne.
Le 21. Dame Catherine Martin , Epouse de
Bernard Chauvelin , Conseiller d'Etat , ci-devant
Intendant des Provinces de Picardie et d'Artois
, mourut à Paris , âgée d'environ 57 ans ,
laissant pour enfans, entr'autres Jacques Bernard
Chauvelin , né le 8. Decembre 1701. Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , et Intendant
de Picardie et d'Artois depuis 1731.
Louis- Gabriel Chauvelin , Docteur en Théologie
de la Maison de Navarre , Chanoine de l'Eglise
de Paris , et Abbé de S. Jouin lès Marnes
Diocèse de Poitiers ; le Chevalier Chauvelin
Capitaine dans le Régiment du Roy , Infanterie,
qui fut blessé à la Bataille de Parme le 29. Juin
1734. et Henri - Philippe Chauvelin , né le 18 .
Avril 1714. reçû Chanoine de l'Eglise de Paris ,
le 2. May 1732. La Dame Chauvelin étoit
fille de feu Jean - Louis Martin , Seigneur d'Auzielles
, Conseiller , Secretaire du Roy , Maison ,
Couronne de France et de ses Finances , Fermier
General de S. M. et de Marie- Madeleine du
Mas , et soeur aînée de Marie - Therese Martin ,
veuve de Louis de Bethune , Marquis de Chabris
, Sire de Chastillon , mert le 28. Fevrier
1728. et de Marie - Anne Martin , épouse de
Philippes de Baylens , Marquis de Poyarme et
de Castelnau .
Le même jour mourut à Paris Louis André de
Zulli , petit fils du fameux Jean- Baptiste Lulli ,
Sur Intendant de la Musique du feu Roy Louis
XIV.
Le1668
MERCURE DE FRANCE
Le 24. Louis Albert Asselin , Sieur de Beau--
ville , natif de Rouen , Maire des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel , reçû en cette Charge le 31.
Avril 1717. mourut à Paris subitement.
Le 28. René Anne- Elizabeth de Coëtlogon
Sous Diacie du Diocèse de S Malo , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de S. Mémie ou S.
Menge , Ordre de Saint Augustin , Diocèse de
Châlons , qui lui avoit été donnée au mois d'Octobre
1729 , et Bachelier en Théologie de la ,
Faculté de Paris , mourut d'une Maladie de Poitrine
à Paris , dans la Communauté des Gentils-
Hommes , âgé d'environ vingt - six ans . Il étoit
frere puisné de Louis de Coetlogon, Vicomte de
Loyat , Cornette de la seconde Compagnie des
Mousquetaires du Roy , d'Emanuel- Louis de
Coetlogon Colonel Lieutenant du Régiment de
Toulouze Infanterie , du 1. Decembre 1734. ec
Emanuel- Marie , Chevalier de Coetlogon
Lieutenant de Vaisseaux . René- Charles- Elizabeth
de Coetlogon leur pere , Vicomte de Loyat,
Seigneur de la Gaudinaye , Syndic general des
Etats de Bretagne , mourut le 9. Fevrier de l'an-
Lée derniere.
Le vingt- neuf , Louis - François du Vau de
Soucariere , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis, ci- devant Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de son nom , dont il avoit été
auparavant Lieutenant Colonel mourut à Paris
âgé de plus de 70 ans . Il étoit fils de feu François
du Vau , Conseiller Secretaire du Roi , Maison,
Couronne de France et de ses Finances ,Tresorier
General des Maison et Finances de la Reine
Marie-Therese d'Autriche , et Receveur General
des Finances à Tours , mort le 25. Avril 1700 et
de Louise Marchais , moite le 22. Avril 1720 »
C&
JUILLET. 1725. 1669
et frere de feuë Louise du Vau , morte le 22.May
1712. laquelle avoit épousé Florent d'Argouges,
Seigneur des Greves , Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , mort le 4. Janvier
1719. dont elle laissa Florent , appellé le Cheva
lier d'Argouges , et Susanne d'Argouges , épouse
de Louis de la Rochefoucaud , Marquis de Montendre.
Le nommé Charles Vernier est mort vers la fin
de ce mois à Varenne en Champagne , âgé de
102 ans.
Le vingt a été baptisée en l'Eglise de Saint
Severin Paris ... née le jour precédent
, fille de Jean - Baptiste- René , Marquis de
la Vieuville , Comte d'Ablois , Colonel d'Infanterie
, et Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , et de D. Anne- Charlotte de Creil son
épouse , et elle a eté tenue sur les Fonts de Baptême
par les Comte et Comtesse de Rottembourg
qui avoient été mariés le jour precédent ,
comme il est raporté ci-après.

>
Le onze Louis - François de Maulde ;
Gentilhomme du Boulonnois , appellé le Comte
de Maulde , ci.devant Capitaine Commandant le
Régiment de Turenne Cavalerie , fur marié à Pa
ris dans l'Eglise des Théatins, avec Dile Margue
rite- Felicité de Conflans , fille de feu Philipe-
Alexandre de Conflans , Marquis de S. Remy ,
ancien Mestre de Camp de Dragons , premier
Gentilhomme de la Chambre du feu Duc
d'Orleans , Regent , mort le deux Decembre
1719. et de D. Louise- Françoise de Jussac , sa
Veuve.
Le treize , Armand – Pierre – Marc - Antoine
1870 MERCURE DE FRANCE
de Gourgues , pourvû d'un Office de Conseiller et
Commissaire aux Requêtes du Palais du Parlement
de Paris , auquel il doit être reçu incessamment
, fils aîné de feu Jean- François - Joseph do
Gourgues , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , mort le 27. Juillet 1734. et de
D. Catherine - Françoise le Marchand de Bardou
ville , sa veuve , fut marié avec Dile Louise - Claire
Delamoignon de Courson , fille d'Urbain -Guillaume
Delamoignon de Courson , Conseiller
d'Etat ordinaire , et au Conseil Royal des Fi
nances , et de D. Marie Françoise Meliand.
Le dix - neuf , Frederic -Rodolphe , Comté de
Rottembourg , Mestre de Camp de Cavalerie , fils
d'Alexandre - Rodolphe , Comte de Rottembourg,
Gouverneur du Duché de Crossen en Brandebourg
, et de feuë Eve- Marie , Baronne de Falc
kenhan , son épouse , et Légataire universel de
Conrad- Alexandre , Comte de Rottembourg ›
son Cousin , Chevalier des ordres du Roy , Ma
réchal de Camp de ses Armées , et Gouverneuz
du Quesnoy , mort le 4. Avril dernier , épousa
Dlle Gabrielle - Anne de Baudean de Parabere ,
âgée de 19. ans , file de feu Cesar de Baudean
Comte de Parabere , et de Pardeilhan , Briga
dier des Armées du Roy , mort le 13. Février
1716. et de D. Marie- Madeleine de la Vieuville,
sa veuve , Soeur du Marquis de la Vieuville ,
dont il est parlé ci -devant. Ce mariage a été celebré
dans lEglise de S Roch , et la cérémonie
en a été faite par l'Evêque de Coutances .
Le 26. Jacques Bernard Durey de Noinville ,
Seigneur de Presle , Bierry Magny , Es rées &c
Conseiller du Roy en ses Conseils , Maître des
Requêtes Honoraire de son Hôtel , et Président
nson Grand- Conseil , dernier fils de feu Pierre-
François
JUILLET . 1735. 1671
François Durey, Seigneur de Trochere , Conseiller
Secretaire du Roy Trésorier Général de sa
Maison , et Receveur Général des Finances de
Franche- Comté , mort le 30. Juillet 1710. et de
feue Jeanne - Madeleine Bruner, sa femme, morte
le sept Janvier , fut marié avec Dlle Marie
Fançoise- Susanne Pauline de Simiane , fille unique
de Nicolas- François de Simiane la Coste ,
appellé le Comte de Simiane, Seigneur de Bayard,
la Terrasse , Lambert , &c . Maréchal des Camps
et Armées du Roy , Chevalier d'Honneur de feue
S. A. R. Madame , Duchesse Douariere d'Orléans
, et de feuë D. Marie- Susanne Guyhou ,
son épouse , morte en 1717.
A M. Durey de Noinville , de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles - Lettres ,
Président au Grand Conseil , sur son
Mariage.
·
MADRIGAL.
A Près avoir long- temps erré de Belle en Belle ;
L'hymen vous a fixé , l'Amour a décidé.
Tous deux en vous ont accordé
Les soins de tendre Amant , et ceux d'Epoux
fidelle .
Que vous allez filer de jours heureux ?
Pour vous la Cour de Thémis s'interesse ,
Parens , amis , tous aprouvent vos feux .
La naissance , l'esprit , les graces , la jeunesse ,
Se trouvent réunis dans l'objet de vos voeux ,
Est-il rien de plus favorable ?
Si
1672 MERCURE DE FRANCE
Si vous avez fondé parmi les beaux esprits
Pour le Public un nouveau Prix ,
Par le choix d'une Epouse aimable ,
Et dont vous possedez le coeur ,
Vous avez pour vous seul fondé votre bonheur
Le vingt- sept ..... de la Roche , Chevalier
de Fontenilles , Frère du Marquis de Rambures ,
dont on a parlé dans le Mercure du mois de May
dernier , p. 1022. à l'occasion de son mariage
avec la Dlle de Verac , épousa D Marie Anne
Duché , veuve sans Enfans de Paul Gui Eriçon- ·
net , Signeur Marquis d'Osonville , Congervile
, et Gaudreville en Beauce , Capitaine dans
le Régiment du Roy Infanterie , tué à la Bataille
de Parme le 29. Juin 1734.
TABLE.
IECES FUGITIVES , Ode tirée du Cantique
P de Moyse ,
Lettre à Mile de Malcrais , et Réponse
Le Héros vainqueur de l'Amour , Poëme ,
Lettre au sujet des Petrifications ,
- 1461
1464
1476
1580
Veis sur une Avanture arrivée à Poitiers , 1490
Question qui de l'homme ou de la femme a le
plus de constance d'esprit . Réfutation des Reflexions
de Mlle Archambault , 1492
Elevation à Dieu par la contemplation de ses
Ouvrages , Ode,
Lettre au sujet du jour des Etrennes ,
Les differens Points de vûë , Fable,
1503
1508
1511
Seance
Séance publique de l'Académie Royale de Chi-
Lurgie ,
1512
1527
Lettre sur PEducation des Enfans et du Bureau
L'Amante , Stances ,
Typographique ,
Le nouveau Geay , Fable ,
Dissertation sur les Hyeroglyphes ,
Eglogue ,
1530
1536
1537
ISSO
Deuxième Lettre sur la Vie et les Ouvrages de
Moliere ,
Epigramine ,
1956
1566
Lettie sur un Endroit des Commentaires sur
l'Ecriture , par le P. Calmet ,
Le Faucon , Fable,
1167
1570
Question sur la troisiéme Race de nos Rois & e.
1571
1579
Enigme , Logogryphes , & c.
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c. 1583
Abregé de l'Histoire et de la Morale de l'Ancien
Testament ,
1586
1593
Ouverture de l'Assemblée publique de l'Acacémie
de la Rochelle ,
Morts d'Hommes Ilustres , l'Abbé de Veitor ,
Louis Audran ,
1598
Les douze Mois de l'année en Estampe, &c. 1604
Estampes nouvellement gravées , les quatre Saisons
, les quatre Ages , &c.
S
16 : 0
Chanson notée , 1616
Spectacles ;
1617
Rhodope , Poëme Lyrique , Extrait ,
1619
Les Adieux de Mars , Comédie , Extrait , 1631
Nouvelles Etrangeres , Lettre de Constantinople ,
1637
De Russie , Pologne et Allemagne , 1638
D'Italie , Naples et Sicile ,
1644
Entrée
1
Entrée solemnelle et Couronnement du Roy des
deux Siciles , 1646
De Portugal, et Lettre du Ministre du Roy d'Espagne
à l'Ambassadeur d'Angleterre ,
-Grande Bretagne , Hollande , Pays- Bas ,
1651
1655
"Nouvelles de l'Armée d'Allemagne ;
1657
Armée d'Italie ,
1659
1660
Morts des Pays Etrangers ,
-France , Nouvelles de la Cour, de Paris, &c . 1662
Morts , Naissances et Mariages ,
P
Errata du second volume de Juin .
....
1664
Age 1379. ligne 26. dernier , lisez
de Juillet prochain .
P. 1396. derniere ligne du bas , sort du Buffet,
4. sert de Buffet .
Faute à corriger dans ce Livre.
PAge 1467. ligne 2. lc , lisex la. 2
La Chanson notée doit regarder la page
1617
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROT.
A OUST 1735-
ECOLLIGIT
SPARGIT
Payil!lul
Chez.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
rue S. Jacques .
La veuve PISSOT , Quay de Conty ,
à la defcente du Pont Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ..
M. DCC. XXX V.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
[
L
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auronı
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau .
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porterjur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Im indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT:
AO UST. 1735.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose:
PARAPHRASE
Du Cantique d' Ezechias Roy de Fuda ,
Ego Dixi in dimidio dierum meorum
, &c. Isai. C. 38.
A
Treint d'une langueur mortelle ]
Dans mes ans les plus gracieux ,
C'en est fait , ai-je dit , une nuit
1
éternelle
Va désormais fermer mes yeux .
A ij
Vainement
J
1674 MERCURE DE FRANCE
Vainement j'ai cherché ces beaux jours de ma
vie ,
Dont pouvoient me flater mon âge et má vi
gueur ,
Ils ont disparu je m'écrie :
Je ne verrai plus le Seigneur.
Je ne le verrai plus , ce Dieu plein de tendresse,
Dans cette Terre des vivants ;
Je n'aurai plus de part aux bienfaits éclatans
Qu'il nous dispense avec largesse .
Non , je ne verrai plus aucun homme ici- bas;
* Ils jouiront sans moi du repos de la terre ;
Le Ciel me déclare la guerre ,
Et vient de m'annoncer l'arrêt de mon trépas,
Ainsi que des Bergers , il faut plier ma tente ;
A peine j'ourdissois la toile de mes jours
Dans ma saison la plus brillante ,
Que le souverain Maître en a tranché le cours,
Sitôt que du matin paroissoit la lumiere ,
Je disois d'un esprit chagrin :
Le soir finira ma carriere ;
Et la nuit mon espoir se bornoit au matin .
Mon mal comme un Lion ,jusqu'aux os me con
sume ,
Je
A O UST. 1735.
1678
Je ne puis résister ; chaque instant que je voi
Dans l'excez de mon amertume
M'annonce que ce soir ce sera fait de moi.
Comme de l'Hirondelle oublieuse et tardive ;
Les petits affamés poussent des cris perçants
Ou comme la Colombe incessamment plaintive,
Ainsi me consumois - je en des regrets cuisants.
Mes yeux fixés au Ciel et tout baignés de larg
mes ,
Se sont enfin lassés à force de s'ouvrir ,
Et dans ces mortelles allarmes
Si vous m'abandonnez , Seigneur , je vais périr
Mais que dis - je après tout ? que sert -il de me
plaindre ,
Puisque c'est de sa main que partent tous ce
coups ?
Nai- je pas plutôt lieu de craindre
D'allumer son juste couroux?
L'esprit tout penetré de ces sages pensées ,
Dans l'amertume de mon coeur ,
Je repassois le cours de mes heures passées
En la présence du Seigneur.
Mon Dieu , disois - je alors , quel état de miseres
Si c'est ainsi que l'on vit ici - bas ,
A iij Frapez1676
MERCURE DE FRANCE
Frapez moi j'y consens , mais que votre colere
Ne me poursuive point au- delà du trépas.
Je sens qu'à ce moment éclate votre gloire ,
Et que par un plus heureux sort ,
De mes crimes , Seigneur , ‹ ffaçant la mémoire ,
Vous m'avez délivré des horreurs de la mort.
* Ce n'est pas dans l'obscur manoir
Qu'on bénit votre nom par des chants d'alle
gresse ,
Seigneur , les morts n'ont plus d'espoir
De jouir de votre promesse.
C'est dans le séjour des vivants
Que s'élevent vers vous mille chants de victoire
Et qu'on célebre votre gloire ,
Comme je fais dans ces moments .
Le Pere à ses Enfans annonce qui vous êtes ,
Il leur raconte vos bienfaits ,
Ainsi de race en race on n'oublira jamais
Les riches dons que vous nous faites.
Sauvez moi donc , Seigneur , mon unique espe
rance ,
Guerissez- moi de ma langueur ,
Je ferai retentir dans ma reconnoissance
Des Cantiques à votre honneur,
* Quia non infernus confitebitur tibi.
SUITE
A O UST. 1735: 1677
SUITE du Discours sur les Hieroglyphes ,
Quatrième Partie.
que
' Afrique a toujours été regardée comme
le Pays des Monstres , et lors
qu'on fut le plus dans le goût des Fables
il fut aisé de feindre qu'il se trouvoit dans
cette partie du Monde des animaux plus
extraordinaires que dans les autres
de ces animaux les uns sçavoient se procurer
une espece d'immortalité , comme
le Phenix qui se brule pour renaître de sa
cendre , ou comme le Linx qui a le regard
si perçant , qu'il voit à travers d'une
muraille ; d'autres , qui comme les Hienes,
et les Harpies , étoient de deux sexes
et de deux natures ; et d'autres enfin qui
comme les Griphons , et les Dragons
étoient faits pour être les Gardiens des richesses
cachées , les Argonautes eurent des
Dragons à combattre avant que d'enlever
la Toison d'Or . A l'égard des Espagnols
, ces peuples plus proches qu'aucuns
autres Européens, de l'Afrique , que
l'on disoit contenir tous ces Monstres
adopterent volontiers leur éxistence , ce qui
leur parut favorable et pouvoir leur servir
A iiij
>
>
à
1678 MERCURE DE FRANCE
à n'être point troublez dans la possession
de leurs mines d'or et d'argent : croyant
par ce moyen oter à tout Etranger l'envie
de le faire , ils publierent avec soin que
les Griphons , et les Dragons étoient les
gardiens ordinaires des Trésors resserrés
dans les entrailles de la terre , et qu'il se
trouvoit beaucoup de ces animaux dans
les lieux déserts , et souterrains de leur
Pays ; mais il est aisé de voir que ces
Monstres , ainsi que les autres dont j'ai
parlé , n'ont été que des emblêmes ins
tructifs , qu'on inventa pour expliquer
des choses qu'il falloit transmettre à la
posterité dans les tems que l'on manquoit
ou que l'on n'avoit pas assés de caracteres
Hierogrammatiques pour le faire , et quand
on eut assés de ces derniers pour pouvoir
se faire entendre plus nettement par
leur moien , on ne laissa pas de conserver
toujours l'ancienne maniere d'écrire par
Hicroglyphes et souvent même du
mélange de ces deux Ecritures , il s'en
formoit une troisiéme qui eut le nom de
Logogryphe ; terme composé de deux
mots Grecs queje rends par Enigmes en
figures ou discours enigmatiques figurés;
quoi qu'à la lettre , le λογος γρίφος πε
doive s'entendre que de ces lignes ou figures
dont on formoit les Hierogrammes.
"
Dans
A OUST 1735. 1679
> Dans le Recueil des Idilles d'Ausone ,
il s'en trouve une intitulé Gryphus qui est
une veritable Enigme dont ce Poëte proposa
l'explication pendant un repas qu'il
donnoit à ses amis , la coutume d'alors
étoit d'en user de la sorte entre person--
nes sçavantes , pour , avec ces Enigmes
exercer les esprits sur la fin des Assemblées
de plaisir.
L'Idille dont je parle montre que dès
le tems où elle fut faite , le nom de Logogryphe
n'étoit plus resté qu'à certains discours
en Vers , et même en Prose , qui
quoi qu'écrits avec les caracteres ordinaires
ou alphabetiques, ne laissoient
contenir un sens caché pour l'explication
duquel on s'étoit servi avant les Hieroglyphes.
pas
de
L'Ecriture en figures ne laissoit pas d'être
très expressive ; chaque membre d'un
Monstre qui formoit une Image instructive
, avoit son aplication particuliere qui
étoit connue aux initiés dans ces sortes de
lectures ; le Monstre en son entier contenoit
un assemblage de co noissances , même
sur differens sujets , car en lechangeantd'artitudes
suivant l'espece de discours pour
la signification duquel il étoit employé, il
en changeoit le sens ; par exemple,le Gryphon
mis pour instruire de quelque point
de Religion , auroit été representé ram-
A v pant ,
1680 MERCURE DE FRANCE
pant , et pour donner des instructions
Philosophiques , ou de politique , il auroit
été posé ou contourné ; il en étoit ainsi
des autres bêtes qui se réprésentoient dans
differentes attitudes.
>
Les Monstres de deux natures en fait
de politique , dénotoient les deux Puissances
qui dominent également dans les
Etats policés sçavoir la spirituelle
exercée par les Prêtres , et la temporelle
dont les Rois sont les dépositaires
; d'autres Monstres composés d'un
plus grand- nombre de natures , servoient
comme de Panthées pour les peuples qui
rendoient un culte aux animaux et qui par
ce moyen rassembloient tous leurs Dieux
en une scule figure. Au reste celle du
Grphon dont je viens de parler , n'étoit
pas d'une invention nouvelle , puisque
les Poëtes nous ont quelquefois réprésenté
Apollon traîné dans un Char attelé
de deux de ces monstres. Cet attelage
L'étoit pas aparemment le même quiservoit
à ce Dieu en qualité de Soleil , puisque
celui-ci étoit tiré par quatre chevaux
blancs , dont Ovide nous a conservé jusqu'aux
noms.
Le Darphin doit encore passer pour un
autre de ces animaux que la fantaisie ou
le besoin d'augmenter les Images sçavantes
a produits ; il est vrai que tous les♬nciens
A O UST. 1735. 1481
ciens nous ont parlé d'un Poisson de ce
nom , et nous l'ont donné pour veritable ;
Horace dans son Art Poëtique , en recommandant
de mettre dans un Discours
chaque chose en sa place , dit que sans
cela ce seroit tirer les Dauphins du fond
de la Mer , et les Sangliers des bois , pour
mettre ces animaux dans leur élement
contraire,mais malgré cela , par la description
que les Naturalistes nous ont faite de
cePoisson il faut nécessairement le mettre
au rang des chimeres ; en effet où trouvera
t'on aujourd'hui un , animal qui ait la
bouche au milieu du corps , ou du moins
dont la machoire inferieure soit si cachée
sous la superieure qu'il soit obligé de se
recoquiller pour pouvoir prendre sa nourriture,
ainsi que Piine nous le dépeint . Os
illiforet medio penè in ventre , nullus piscium
celeritatem ejus evaderet. (Hist . Nat . 1. 9. )
Si on en croit Tzetzez , le Serpent Python
tué par Apollon , porta le nom de
Delphonon à cause de quoi le vainqueur de
ce Monstre fut surnommé le Delphien .
on lui bâtit sous ce nom un Temple dans
la Grece , qui devint fameux par les Oracles
qui s'y rendoient ; delà je conjecture
que les Anciens avoient la coûtume d'apeller
Dauphins non -seulement tous les
Poissons extraordinaires , mais même en-
A vj core
1682 MERCURE DE FRANCE
core toutes les bêtes monstrueuses qui paroissoient
pour la premiere fois à leurs
yeux. Jenis a voulu dire ce que nous
exprimons en latin par Vulva deux cho,
ses doubles , Enfans , ou autres productions
de la terre ; deux Enfans jumeaux
s'appelloient adexpos On a une Comédie
de Terence sous ce nom , qui fut donnée
à Apollon né avec Diane.
Quoiqu'il en soit , le surnom deSegovor
donné à Apollon , se communiqua à une
Ville qui étant devenue comme la Métropole
de toutes celles où le culte de ce
Dieu dominoit , fut appellée pour cela la
Ville de Delphes , et puisque ce nom prenoit
son origine du Monstre qui le porta ,
il semble qu'on peut croire qu'il fut dans
Ja suite employé pour nommer tout Animal
monstrueux , et même les Animaux
emblêmatiques , suposant que ces der
niers n'éxistoient pas seulement en figures
, mais qu'ils étoient réels , et qu'une
Mere les produisoit pour conserver par
cette generation imaginaire , la probabilité
d'une éxistence qui ne peut être vraye
que par ce moyen.
Cependant quoique jusqu'à présent
j'aie combattu l'existence des Monstres
que j'ai nommés , je ne prétends pas
nier que
la nature ne puisse former des
Esrcs
A OUST. 1735. 1683
Etres presque aussi defectueux ; on a
vû des Enfans doubles avec deux têtes
quatre bras › et quatre jambes , d'autres
avoir des parties d'Animaux , mais
ce sont des productions accidentelles
dont la mort suit la naissance , ou qui
n'ont point de suite; de semblables Monstres
n'en engendrent point de leur espece,
et un Monstre qui paroîtra dans un tems
n'aura jamais son semblable dans tous les
tems à venir ; il y a même une infinité de
choses monstrueuses sur la Terre qui s'offrent
continuellement à nos yeux , et que
nous ne regardons pas comme telles parce
que nous sommes dans l'habitude de les
voir.
Tout corps mixte, à la rigueur , pouroit
être mis dans ce rang ; il n'y a que les
simples qui soient dans l'ordre ordinaire
de la nature ; mais sans porter trop loin
cette démonstration
, mon sentiment est
qu'il faut admettre deux sortes de monstruosités.
1 °. Les ordinaires , qui sont ces
mélanges que la nature fait pour lier toutes
choses , et entretenir par-là sa durée.
2º. Les extraordinaires
, qui sont celles
que cette même nature semble prendre
plaisir à faire , pour signaler sa puissance ,
et produire plus de ces varietés admirables,
qu'on remarque en elle ; ces secondes
sortes
1684 MERCURE DE FRANCE
sortes de monstruosités sont la formation
d'une chose qui n'entre point dans
celles qu'il faut que cette nature produise
necessairement, il faut qu'elle mêle et lie
ensemble les Atomes terreux , et les Germes
qui font les vegetations , et ce sont
là ses productions ordinaires ; mais ce
qu'elle fait d'inutile pour sa conservation
, et contre son travail nécessaire ,
entre dans le genre monstrueux ,
on
aperçoit de ces derniers effets dans les
Animaux , et dans les Vegetaux d'une
conformation nouvelle ; pir exemple ,
dans un Animal qui a plus de parties qu'il
n'en doit avoir , ou dans une Plante dont
le suc extravisé ou alteré dans ses qualités
en a changé la configuration et la
rend par consequent monstrueuse .
d-
Nous voyons en lisant les Anciens Botanistes
, que beaucoup de Plantes qu'ils
nommoient par un certain nom , ne sont
point celles que nous connoissons aujourd'hui
sous le même nom ; ou si elles
le sont , elles ont si fort changé par
generation ou autrement , qu'il est presque
impossible de les avouer pour les
mêmes : Qui a pû alterer si fort leur
lité ? voici ce que je pense sur cela . Ne
seroit ce point que ces Plantes par une suite
d'accidents causés par l'extravasion de
quasuc
,
A O UST. 1735. 1685
suc , ou par le changement de terroir , et
de culture , ont changé peu à peu , pour
ainsi dire , de nature ; ensorte que quoi
qu'elles soient encore aujourd'hui les mêmes
pour l'espece , qu'elles étoient autrefois
, elles sont tout's differentes pour la
forme et pour les qualités :: un éxemple
sur cela achevera de faire comprendre
ma pensée .
La Plante nommée Laserpitium avoit
autrefois tant de vertu que son extrait
s'achetoit au poids de l'or , cette même
Plante nous est présentement si inutile
par le peu de vertu que nous lui connoi
sons , qu'on seroit tenté de croi e
qu'elle n'est pas la mê ne que celle à qui
les Anciens donnoient ce nom ; il faut
donc conclure que si notre Laserpice.
est le vrai , les causes d'alteration ont
si fort agi sur lui , qu'il est devenu tout
autre .
>
Si des monstruosités prises dans le regne
vegetatif , on passe à d'autres , prises
du regne animal , on en trouvera encore
d'autres , sur tout comme certains
Monstres que la nature ne produiroit pas
sans la volonté dérangée de quelques
êtres , qui par un effort d'imagination ,
spi: ions si dé or données,
qu'il en naît des corps d'une telle diformité,
entrent dans d
1686 MERCURE DE FRANCE
mité , qu'on peut leur donner le nom
d'horrible , sur tout quand ces corps participent
à plusieurs natures differentes ,
comme une femme qui fortement frapée
d'un objet vicieux , accouche d'un Enfant
qui a quelque chose de la figure dont
la Mere s'est frapée , ou qui porte l'objet
entierement imprimé sur lui ; cependant
la chose ne va jamais si loin , qu'une Mere
accouche d'un Etre entierement diferent
du sien ; ainsi le Minotaur dont on attribue
la naissance à Pasiphaé ne doit passer,
selon moi , que pour un Monstre emblematique
.
Les Animaux d'un temperamment
chaud , s'accouplent aisement avec d'autres
qui ne sont point de leur espece , et
forment par là des Monstres du
genre de
ceux que j'ai appellés extraordinaires ,
étant produits contre l'ordre naturel ; le
Mulet en est un éxemple , et l'est en
même tems pour montrer ce que j'ai dit
qu'un Monstre n'en produit pas un autre
de son espece , puisque le Mulet n'engendre
point .
Les Poissons sont de tous les Animaux
ceux qui peuvent donner le plus de
Monstres , puisque frayant communément
les uns avec les autres sans distinction
d'espece , la Mer par ce moyen peut
nous
A O UST. 1735 1687
nous en fournir souvent de nouveaux ; il
n'est donc point étonnant qu'on ait donné
le nom de Dauphin à differents Poissons,
inconnus avant qu'on leur eut donné
ce nom .
La fecondité surnaturelle de certains
autres Animaux , pouroit aussi faire regarder
comme des Monstres , ce qu'ils
produisent contre l'ordre ordinaire . Les
Lievres mâles font des petits , on a ouvert
des Souris pleines , dont les petits
en avoient d'autres dans le ventre ; il est
*
parlé quelque part d'une Femme qui
accoucha d'une fille qui étoit grosse d'une
autre fille ; tous ces éxemples convaincront
assés que la nature produit des
Monstres , mais non pas tels , que ces assemblages
de tant de men bressi multipliés,
nide tantde parties differentes d'Animaux
fussent rassemblés en une seule figure
dont les Anciens se faisoient des Hieroglyphes
; car quoi qu'ils eussent été témoins
d'accouchements aussi extraordinaires
que ceux dont je viens de parler, (la
nature dans tous les temps semblant
prendre plaisir à se rendre incompréhensible
) les admirateurs de ces monstruosités
cherchoient néantmoins à les détruire
quoiqu'ils en conservassent les Ima
[* Nouvelles de la République des Lettres,
ges
1688 MERCURE DE FRANCE
ges pour s'en servir à leur Ecriture. En
effer, on exposoit dans les bois ou à la merci
des Eux , les Enfans qui naissoient
difforine ,; une des Loix Romaines autorisoit
un Pere à faire mourir son Enfant
quand il n'étoit pas construit comme un
autre. Pater ad insignem deformitatem puerum
ciò necato . (Ciceron de leg. L. 3. ) Il
'est pourtant à croire que cette permission
n'étoit donnée qu'au cas que l'Enfant eut
une forme plus monstrueuse qu'humaine ,
et que de simples taches ou marques , ne
rendoient pas un innocent sujet à cette
loi , qui autrement auroit été plus cruelle
que juste.
LE CORBEAU ET LE RENARD ,
FABLE DE LA FONTAINE.
Sur l'Air : Que j'estime mon cher voisin
l'honneurde te connoître.
Sur un arbre un Corbeau tenoit
En son bec un fromage ;
Un Renard le sentant , disoit :
J'en goûterai , je gage.
He ! bonjour, Monsieur du Corbeau ,
lui
A O UST. 1735 1689
1
Lui dit le fin compere ;
Ah ! que vous me parroissez beau
Je ne sçaurois m'en taire.
Si la beauté de votre voix
Peut repondre au plumage
Sur tous les Hôtes de ces bois
Vous avez l'avantage.
Le Corbeau s'entendant vanter ,
Ne se sent pas de joie ;
Il ouvre le bec pour chanter
Et laisse aller sa proie.
Le Renard la prend , et lui dit :
Ecoutez bien , beau Sire ;
Qui nous vante et nous aplaudit ,
Souvent cherche à nous nuire.
Dauph.
LETTRE
1690 MERCURE DE FRANCE
鼎鼎鼎鼎綸
LETTRE de M ** fur la Vie & les
Ouvrages de Moliere.
L est vrai , Monsieur , qu'on a déja
I besucoup parlédeMoliequ
ne sçauroit jamais en trop dire sur cet in
comparable Génie. Personne , selon M.
Baillet , n'avoit reçû tant de talens de la
nature que lui , pour pouvoir jouer tout
le Genre humain , pour trouver le ridicule
des choses les plus serieuses , et pour
l'exposer avec finesse et naïveté aux yeux
du Public. C'est en quoi consiste l'avantage
qu'on lui donne sur tous les Comiques
modernes , sur ceux de l'ancienne
Rome , et sur ceux même de la Grece ;
de sorte que s'il se fût contenté de suivre
les intentions du Cardinal de Richelieu
, qui avoit dessein de purifier la Comédie
, et de ne faire faire sur le Théatre
que des Leçons de Vertus morales , comme
on veut le persuader , on n'auroit
peut être pas tant de précautions à pren
dre pour la lecture de ses Ouvrages.
Pour surpasser les autres Poëtes Comi
ques , comme il a fait , il a pris une route
differente. Il s'est particulierement apli
qué
AOUST . 1735. 1691
:
qué à connoître le génie des Grands , et
de ce qu'on apelle le Beau Monde , au
lieu que les autres se sont souvent bornés
à la connoissance du peuple. Les anciens
Poëtes , dit le P. Rapin , n'ont que
des Valets pour les Plaisans de leur Théatre
; et les Plaisans du Théatre de Mo
liere sont les Marquis et les Gens de
Qualité les autres n'ont joué dans la
Comédie , que la Vie bourgeoise et com .
mune , et Moliere a joué tout Paris et
la Cour. Ce même Pere prétend que Mo
liere est le seul parmi nous qui ait découvert
ces traits de la nature qui la distinguent
et qui la font connoître. Il
ajoûte que les Beautez des Portraits qu'il
fait , sont si naturelles , qu'elles se font
sentir aux Personnes les plus grossieres ,
et que le talent qu'il avoit à plaisanter ,
s'étoit renforcé de la moitié par celui
qu'il avoit de contrefaire.
C'est par ce moyen qu'il a sçû réformer
, non pas les Moeurs des Chrétiens ,
mais les défauts de la Vie civile , et de ce
qu'on apelle le train de ce Monde ; et
c'est, sans doute , tout ce qu'a voulu loüer
en lui le P. Bouhours , ( a ) par le Jugement
avantageux qu'il semble en avoir
(a ) Dans les Observ. de Menage sur la Langue
Françoise. chap. 4.
fait
1692 MERCURE DE FRANCE
fait dans le Monument qu'il a dressé à
sa Mémoire , ou après l'avoir apellé par
raport à ses talens naturels.
Ornement du Théatre , incomparable Auteur ,
Charmant Poëte , illustre Auteur.
Il ajoûte , pour nous précautionner
contre ses Partisans et ses Admirateurs ,
et pour nous specifier la qualité du service
qu'il peut avoir rendu aux gens du
Monde .
C'est toi dont les plaisanteries
Ont guéri des Marquis l'esprit extravagant .
C'est toi qui par tes momeries
As reprimé l'orgueil du Bourgeois arrogant.
Ta Muse en jouant l'hypocrite ,
A redressé les faux dévots.
La Précieuse à tes bons mots
A reconnu son faux mérite.
L'homme ennemi du genre humain ,
Le Campagnard qui tout admire ,
N'ont pas lû tes Ecrits en vain ;
Tous deux s'y sont instruits en ne pensant qu'à
rire.
Enfin tu réformas et la Ville et la Cour ;
Mais quelle en fut la récompense
Les François rougiront un jour
De leur peu de reconnoissance.
A OUST .
16.93 1735.
Il leur fallut un Comédien
Qui mît à les polir son Art et son étude ;
Mais , Moliere , à ta gloire il ne manqueroit
rien ,
Si parmi leurs défauts que tu peignis si bien ,
Tu les avois repris de leur ingratitude.
traire
M. Despreaux aussi persuadé du merite
de Moliere , que le Pere Bouhours , semble
n'avoir pas été du sentiment de cé
Pere , sur le peu de reconnoissance que
le Public a témoigné pour tous ses services
, aprè sa mort . Il prétend , au con-
, que l'on n'a bien reconnu son
merite qu'après qu'il eut joué le dernier
Rôle de sa vie , et que l'on a beaucoup
mieux jugé du prix de ses Pieces en
son absence , que lorsqu'il étoit présent.
C'est ce qu'il marque à son ami Racine,
lorsqu'il lui dit ; Ep. 7 .
>
Avant qu'un peu de terre , obtenu par priere ;
Pour jamais sous la tombe eût enfermé Moliere
Mille de ses beaux traits aujoud'hui si vantés
Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.
L'ignorance et l'erreur à ses naissantes Piéces ,
En habits de Marquis , en robes de Comtesses ,
Venoient pour diffamer son chef-d'oeuvre nouveau
,
Et secoüoient la tête à l'endroit le plus beau .
Le
1694 MERCURE DE FRANCE
Le Commandeur vouloit la Scêne plus exacte ,
Le Vicomte indigné sortoit au second Acte.
L'un défenseur zelé des bigots mis en jeu ,
Pour prix de ses bons mots , le condamnoit au
feu ;
L'autre fougueux Marquis lui déclarant la
guerre ,
Vouloit vanger
la Cour immolée au Parterre ;
Mais si-tôt que d'un trait de ses fatales mains
La Parque l'eut rayé du nombre des Humains
On reconnut le prix de sa Muse éclipsée,
Toute la Comédie avec lui terrassée ,
En vain d'un coup si rude espera revenir ,
Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.
Mais , selon M. Baillet , tous ces grands
défauts , à la correction desquels on veut
qu'il se soit apliqué , ne sont pas tant
des qualités vicieuses ou criminelles , que
quelque faux goût , quelque sot entêtement
, quelques affectations ridicules
telles que celles qu'il a reprises assez à
propos dans les Prudes , les Précieuses
dans ceux qui outrent les Modes , qui
s'érigent en Marquis , qui parlent incessamment
de leur Noblesse , qui ont toujours
quelques Poësies de leur façon à
montrer aux gens.
Voilà , dit M. Bayle , dans la Réponse
des
A OUST. 1735 1695
,
des Lettres , Avril 1684. les désordres
dont les Comédies de Moliere ont un
peu arrêté le cours ; car pour la galanterie
criminelle , l'envie , la fourberie
l'avarice , la vanité , et les autres crimes
semblables , il ne faut pas croire ,
selon l'observation du même Auteur
qu'elles leur ayent fait beaucoup de mal;
au contraire , il n'y a rien de plus propre
pour inspirer la coqueterie que ces
sortes de Pieces ; parce qu'on y tourne
perpetuellement en ridicule les soins que
les peres et les meres prennent de s'oposer
aux engagemens amoureux de leurs
enfans .
, on
La Galanterie n'est pas la seule science
qu'on aprend à l'Ecole de Moliere
aprend aussi les maximes les plus ordinaires
du libertinage contre les veritables
sentimens de la Religion , quoiqu'en
veuillent dire les ennemis de la bigoterie
; et l'on peut assurer que son Tartufe
est une des moins dangereuses pour
hous mener à l'irreligion , dont les semences
sont répandues d'une maniere si
fine et si cachée dans la plupart de ses
autres Pieces , qu'on ose assurer qu'il est
infiniment plus dificile de s'en défendre ,
que de celle où il joue pesle et mesle Bigots
et Dévots le masque levé. Il faut
B avoüer
1696 MERCURE DE FRANCE
avouer néanmoins que celles qui jouent
certaines Professions et certaines passions,
peuvent être fort utiles.
Rosteau prétend qu'il étoit également
bon Auteur et bon Acteur, que rien n'est
plus plaisamment imaginé que la plûpart
de ses Pieces ; qu'il ne s'est pas contenté
de posseder simplement l'Art de la
Bouffonnerie , comme la plupart des autres
Comédiens , mais qu'il a fait voir
qu'il étoit assez serieusement sçavant.
Madame Dacier trouve qu'il avoit beaucoup
de génie , et des manieres de Plaute
et d'Aristophane.
Mr Despreaux qui a commencé son
Portrait pendant sa vie , et qui ne l'a
achevé qu'après sa mort , releve extraordinairement
cette facilité merveilleuse
qu'il avoit pour faire des Vers . En s'adres
sant à lui-même, il lui dit
Que sa fertile veine
Ignore en écrivant le travail et la peine ;
Qu'Apollon tient pour lui tous ses trésors ou
verts
Et qu'il sçait à quel coin se marquent les bons
Vers ..
Que s'il veut une Ríme , elle vient le chercher :
Qu'au bout du Vers jamais on ne le voit bron
cher : E
AOUST. 1735. 1697
sans qu'un long détour l'arrête ou l'embarasse
A peine a-t'il parlé, qu'elle-même s'y place.
Le même Auteur voyant Moliere au
' Tombeau , dépouillé de tous les ornemens
extérieurs dont l'éclat avoit ébloui les
meilleurs yeux , durant qu'il paroissoit
lui-même sur son Théatre, remarqua plus
facilement ce qui avoit tant imposé au
Monde , c'est- à- dire , ce caractere aisé et
naturel , mais un peu trop populaire ,
trop bas , trop plaisant et trop bouffon .
Au reste , quelquecapable que fût Mo
liere , M. Baillet assure qu'il ne sçavoit
pas même son Théatre tout entier , et
qu'il n'y a que l'amour du Peuple qui ait
pû le faire absoudre d'une infinité de fautes.
Aussi peut- on dire qu'il se soucioit
peu d'Aristote et des autres Maîtres,pourvû
qu'il suivit le goût de ses Spectateurs
qu'il reconnoissoit pour ses uniques Juges.
Le Pere Rapin prétend que l'ordonnance
de ses Comédies est toujours défec .
tueuse en quelque chose , et que ses dénouemens
ne sont nullement heureux .
Il faut avouer , continuë M. Baillet
qu'il parloit assez bien françois , qu'il traduisoit
passablement l'Italien , qu'il ne
copioit point mal ses Auteurs ; mais on
Bij dit
1698 MERCURE DE FRANCE
dit,peut être trop legerement , qu'il n'avoit
point le don de l'invention , ni le
génie de la belle Poësie, quoique ses amismême
convinssent que dans toutes ses
Pieces le Comedien avoit plus de part que
le Poëte , et que leur principale beauté
consistoit dans l'action.
Quelques- uns trouvent qu'il outroit ,
dit M. de Grimarest ; mais ces gens- là
ignorent les ressorts qui émeuvent le Public
, auquel il faut des traits marquez
fortement , et lorsque Moliere en employoit
de cette espece , il n'ignoroit pas
la maniere d'en mettre en oeuvre de plus
délicats , aussi bien que Plaute et Terence
auxquels bien des gens l'ont préferé.
C'est ce qu'auroient dû apercevoir quelques
Critiques suffisants , dit le même
Auteur , lesquels en méprisant certaines
saillies de Moliere , comme indignes des
autres productions de ce Poëte , n'ont pas
reconnu que dans les Pieces mêmes qu'ils
blâmoient sans restriction , il y avoit des
Scenes d'une extrême finesse , et même
prises de Terence.
د
Quoiqu'il en soit , le succès de Moz
Tiere anima la jalousie des Auteurs médiocres
; on disoit sur quelques- unes de
ses Pieces , que c'étoient des Sujets empruntez
ce qui est vrai dans un sens
?
mais
A O UST. 1735. 1699
mais il faut avouer que la maniere dont
il traitoit ses Sujets , avoit autant de
grace et de nouveauté , que les Sujets
même qui étoient de son invention . Il
prenoit ceux- ci dans les Originaux que
lui fournissoient abondamment la Cour
et la Ville. M. de Grimarest remarque
qu'il travailloit avec beaucoup moins de
facilité et de promptitude, qu'il ne laissoit
voir. Il donnoit quelquefois pour des Pieces
faites en peu de jours , celles qu'il
avoit déja avancées à loisir dans le tems
qu'il étoit en Province ; comme sa Comédie
des Fâcheux qui parut commencée
et achevée en 15. jours.
Comme il étoit né avec de la droiture ,
il souftoit impatiemment le Courtisan
empressé , flateur , médisant , faux ami.
Il prenoit plaisir à décharger sa mauvaise
humeur contre les personnes de ce caractere,
qui de leur côté ne l'épargnoient
pas dans l'occasion .
Moliere avoit été fort estimé du Roy
Louis XIV . qui le gratifia de plusieurs
Pensions. Il avoit beaucoup profité de
l'imitation de Plaute et de Terence aussi
bien que de celle des Auteurs Dramatiques
, Espagnols et Italiens , comme
nous le disons en parlant de ses Pieces .
Claude- Emmanuel Loüillier , surnom .
Bij mé
1700 MERCURE DE FRANCE
mé Chapelle , fils naturel d'un Maître
des Comptes , étoit l'intime ami de Mo
liere , et les délices des bonnes Compagnies
et des agréables débauchez de son
temps on annonçoit six mois avant
que de l'avoir dans une Partie ; mais
on ne le voyoit gueres hors des fumées
du vin. Il avoit de plus un talent singulier
faire des Vers d'un tour aisé et pour
naturel , témoin son Voyage avec Bachaumont
, et ceux - ci qu'il fit sur le
champ :
Tout bon habitant du Marais
Fait des Vers qui ne coûtent guere
Pour moi c'est ainsi que j'en fais
Et si je les voulois mieux faire
Je les ferois bien plus mauvais.
On prétend que c'est à lui qu'est dûë
une grande partie des beautez que nous
voyons briller dans les Comédies de Moliere
, qui le consultoit sur tout ce qu'il
faisoit , et qui avoit une déference entiere
pour la justesse et la délicatesse de
son goût.
A l'éxemple des Peintres et des Sculpteurs
, qui donnent de grands traits aux
visages que l'on veut voir de loin , Moliere
outroit souvent les caracteres qu'il
mettoit
A O UST. 1735. 1707
mettoit sur le Théatre , parce qu'on les y
regarde comme dans un éloignement . Si
d'un noble enjoüement il tomboit quelquefois
dans un bas Comique , c'est qu'il
avoit beaucoup plus d'ignorans , que des
Gens d'esprit etde sçavoir à ménager, et
que les grands profits qu'il tiroit des premiers
, le consoloient des Censures des
autres. C'est peut-être ce qui a fait dire´
à Boileau , dans son Art Poëtique :
Etudiez la Cour et connoissez la Ville ,
L'une et l'autre est toujours en modeles fertile .
C'est par là que Moliere illustrant ses Ecrits ,
Peut- être de son Art eût remporté le prix ,
Și moins ami du Peuple en ses doctes peintures
Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures ,
Quitté pour le bouffon l'agréable et le fin ,
Et sans honte à Térence allié Tabarin.
Dans ce sac ridicule où Scapin s'envelope ,
Je ne reconnois plus l'Auteur du Misantrope.
Le peut être qui commence le quatriéme
Vers a été attaqué , et avec raison
; car on ne sçait pas qui peut avoir
disputé, avec quelque fondement , le prix
de la Comédie à Moliere , et qui peut
douter qu'il l'ait remporté.
Il est dificile de faire un Portrait de
fantaisie , qu'il ne ressemble à quelqu'un;
B iiij c'est
1702 MERCURE DE FRANCE
c'est ce qui arrivoit souvent à Moliere .
Des gens qu'il n'avoit jamais eus én vûë,
croyoient se reconnoître dans ses Pieces,
et il avoit toujours des plaintes et des
éclaircissemens
à essuyer.
Moliere a surpassé Plaute et Terence ;
par l'invention de quelques- unes de ses
Comediess ( a ) par les saillies de son imagination
et la finesse de ses plaisanteries ;
mais il s'oublie étrangement lui- même
dans d'autres Pieces ; ce n'est plus l'excellent
Auteur , c'est le singe de Plaute,
qui devient , par ses obscénitez et par ses
bouffonneries , l'esclave : du goût de la
canaille , ou tout au plus des Petits- Maîtres.
Selon Mr D. L. B. il n'a manqué à
Moliere , que d'éviter le jargon , et d'écrire
poliment. Quel feu , dit il , quelle
naïveté quelle source de bonne plaisanterie
quelle imitation des moeurs !
quels Portraits ! et quel fleau du ridi
cule mais quel homme on auroit pû
faire de Terence et de lui !
Les Partisans outrez de Moliere ont ,
soutenu qu'il avoit plus corrigé de défauts
à la Cour et à la Ville , que tous
les Prédicateurs ensemble . Mais disonsla
verité Moliere a corrigé des défauts , si
(a) Mem. de Trev. Avril 1717. p . 531.
l'on
A O UST. ” 1735 . 1703
l'on entend seulement par ce nom certaines
qualitez qui ne sont pas tant un
crime qu'un faux goût , ou qu'un sot entêtement.
L'Auteur du Journal Litteraire de la
Haye , ( a ) regarde Moliere comme le.
meilleur Poëte Comique qu'on puisse
trouver parmi les anciens , aussi- bien que
parmi les modernes . La sagesse de ses expressions
, la conduite de ses intrigues ,
la finesse de ses pensées , le tour naturel
de son stile , et sur- tout la beauté de
ses caracteres , qui tendent tous à rendre
le vice ridicule et méprisable sont des
choses que quelques- uns de ceux qui lui
ont succedé dans le genre Comique , ont
imité d'assez près dans un petit nombre
de Pieces , mais qui peut être ne se trouvent
réunies dans aucune.
4

Moliere a changé , par la superiorité
de son génie , le goût de ses contempo
rains pour l'obscenité , et les a forcés à
venir en foule se divertir en Gens raisonnables
, et non pas en grigoux et en crocheteurs.
.
Son jugement exquis l'a toujours porté
à ne jamais parler lui même dans ses
Pieces ; mais à y faire parler toujours ses
Personnages , selon l'idée qu'il donne de
(a) Tome 9. p. 190,
BY B v leur
1704 MERCURE DE FRANCE
leur condition et de leur tour d'esprit.
Le Remerciment en Vers que Moliere
fit à Louis XIV. après qu'il l'eut honoré
d'une Pension de mille livres , est un Ouvrage
des plus spirituels , et une Satire
des plus fines des airs des Courtisans .
Ce fut vers ce tems là qu'il se maria ,
selon M. de Grimarest , et ce Mariage
répandit l'amertume sur tout le reste de
sa vie ; les dégoûts qu'il eut de ce côtélà
le porterent à se renfermer dans son
travail et dans ses amis.
>
Chapelle étoit son ami , comme on l'a
dit ; mais il le trouvoit trop livré au plai
sir , pour tirer de lui les douceurs d'une
amitié raisonnable; c'est pourquoi il se fit
des amis plus solides dans la personne de
Mrs Rohaut et Mignard. Il se répandoit
avec eux sur ses chagrins domestiques
qui avoient souvent leurs principes dans
son humeur naturellement réyeuse et
bizare , qu'augmentoit encore sa mauvaise
constitution ; mais cette foiblesse
de santé avoit d'ailleurs un avantage ;
c'étoit de le dispenser des excès de ses
amis , témoin l'Histoire que raporte l'Aureur
de sa vie , de ceux qui à la fin d'un
Repas , qui avoit duré toute la nuit , for .
merent le Projet bizare et funeste de s'a !
ler noyer, et que Moliere, qui en fut averti
assez
A O UST. 1735. 1755
assez à tems , ramena , en flatant leur manie
, en leur faisant entendre qu'il vouloit
être de la partie , qu'ils avoient raison
, que le bonheur de la vie et la
vie même n'étoit rien qu'elle étoit
pleine de traverses , &c.
"
و
Tout le tems que Moliere donnoit à
la composition de ses Pieces , ou à leurs
représentations , ne l'empêchoit pas de
penser à la Philosophie et aux Philoso
phes ses amis , dit M. de Grimarest ; car
il le présente toujours aux yeux du Lecteur
, comme un Philosophe. En faveur
de la Philosophie , continue- t'il , il traduisit
Lucrece presque tout entier , et en
Vers ; et l'on auroit cet Ouvrage , si son
Valet de Chambre n'avoit pas pris ces
feuilles volantes , pour des papiers abandonnez
, qu'il mit en papillotes , pour
mettre en boucles les perruques de son
Maître. La tranquillité avec laquelle l'Auteur
prit un contre tems si piquant , va
loit bien la Traduction même , au sentiment
de M. de Grimarest .
Ne voulant rien dissimuler des jugemens
avantageux et désavantageux que
diverses personnes de merite ont fait de
Moliere , on ne passera pas sous silence
ce qu'en dit le Signor Louis Antoine
Muratori Bibliothéquaire du Grand
B vi Duc.
2
·
1706 MERCURE DE FRANCE
Duc. ( a ) Après avoir blâmé Corneille
et Racine , d'avoir fait parler avec trop
d'esprit les personnes qu'ils font paroître
penétrées de grandes passions , Moliere
dit- il , est un Auteur pernicieux , qui ne
tend qu'à donner du crédit et de l'autorité
au crime , en décriant ceux qui s'y
oposent , ou en aprenant la maniere dont
les jeunes personnes doivent se servir ,
pour tromper des parens chargez de leur
conduite. Il n'excepte aucune de ses Pie.
ces , et ne fait même aucune grace au
Misantrope .
Tout le monde sçait à quel point Moliere
étoit acharné contre la Medecine . Il définissoit
un Medecin un homme que l'on
paye pour conter des fariboles dans la
chambre d'un Malade , jusqu'à ce que la
nature l'ait guéri , ou que les remedes
l'ayent tué . Voilà donc votre Medecin ,
lui dit Louis XIV. un jour à son dîner ,
le voyant avec M. de Mauvilain ? Que
yous fait il ? Sire , répondit Moliere , nous
raisonnons ensemble , il m'ordonne des
remedes , je ne les fais point , et je guéris
.
Revenu à Paris en 1658. il joüa à la
Cour ses premieres Piéces , qui furent ex-
(a ) Del a perfetta Poëfia Italiana , &c. 1706)
A Modenel 2. Vol in 4.
trêmes
AOUST . 1735. 1707
trêmement goûtées , et il en produisit
ensuite de nouvelles , dans le veritable
goût de la Comedie , que nos Auteurs
avoient négligé, corrompus par l'exemple
des Espagnols et des Italiens , qui donnent
beaucoup plus aux intrigues surprenantes
, et aux plaisanteries forcées , qu'à
la peinture des moeurs et de la vie civile.
S. Evremont dit qu'il s'étoit formé sur
les Anciens , à bien dépeindre les gens
et les moeurs de son siecle dans la Comédie
, ce qu'on n'avoit pas vû encore sur
nos Theatres. Il prit les Anciens pour
modeles , et s'est rendu inimitable , & c .
Cette merveille de nos jours ,
Moliere aux François regretable ,
Et qu'ils regreteront toujours ,
Se trouveroit inimitable
A ceux qu'il avoit imitez ,
S'ils se voyoient ressuscitez .
Les Pieces qui furent trouvées les plus
excellentes , sont le Misantrope , le Tartuffe
, les Femmes Sçavantes , l'Avare , et
le Festin de Pierre. Dans le Bourgeois Gentilhomme
, le Pourceaugnac , les Fourberies.
de Scapin , et les autres de cette nature
il a trop donné au goût du Peuple , pour
les situations et les pointes bouffonnes.
Les
1704
MERCURE DE FRANCE
leur condition et de leur tour d'esprit.
Moliere Le Remerciment en Vers que
fit à Louis XIV . après qu'il l'eut honoré
d'une Pension de mille livres , est un Ouvrage
des plus spirituels , et une Satire
des plus fines des airs des Courtisans.
Ce fut vers ce tems là qu'il se maria ,
selon M. de Grimarest
, et ce Mariage
répandit l'amertume
sur tout le reste de
sa vie ; les dégoûts qu'il eut de ce côtélà
le porterent à se renfermer
dans son
travail et dans ses amis .
Chapelle étoit son ami , comme on l'a
dit ; mais il le trouvoit trop livré au plai
sir , pour tirer de lui les douceurs
d'une
amitié raisonnable
; c'est pourquoi
il se fit
des amis plus solides dans la personne de
Mrs Rohaut et Mignard. Il se répandoit
avec eux sur ses chagrins
domestiques
.
qui avoient souvent leurs principes
dans » son humeur naturellement
réyeuse et
bizare , qu'augmentoit
encore sa mau- vaise constitution
; mais cette foiblesse
de santé avoit d'ailleurs
un avantage
;
c'étoit de le dispenser
des excès de ses
amis , témoin l'Histoire
que raporte l'Auteur
de sa vie , de ceux qui à la fin d'un
Repas , qui avoit duré toute la nuit , for .
merent le Projet bizare et funeste de s'a !
ler noyer, et que Moliere,qui en fat averti
assez
à ƠU S T. 1735.
1755
assez à tems , ramena , en flatant leur manie
, en leur faisant entendre qu'il vouloit
être de la partie , qu'ils avoient raison
, que le bonheur de la vie , et la
vie même n'étoit rien qu'elle étoit
pleine de traverses , &c.
2
Tout le tems que Moliere donnoit à
la composition de ses Pieces , ou à leurs
représentations , ne l'empêchoit pas de
penser à la Philosophie et aux Philoso
phes ses amis , dit M. de Grimarest ; car
il le présente toujours aux yeux du Lecteur
, comme un Philosophe. En faveur
de la Philosophie , continue-t'il , il traduisit
Lucrece presque tout entier , et en
Vers ; et l'on auroit cet Ouvrage , si son
Valet de Chambre n'avoit pas pris cest
feuilles volantes , pour des papiers abandonnez
, qu'il mit en papillotes , pour
mettre en bouctes les perruques de son
Maître. La tranquillité avec laquelle l'Auteur
prit un contre tems si piquant , valoit
bien la Traduction même , au sentiment
de M. de Grimarest.
Ne voulant rien dissimuler des juge
mens avantageux et désavantageux que
diverses personnes de merite ont fait de
Moliere , on ne passera pas sous silence
ce qu'en dit le Signor Louis Antoine
Muratori , Bibliothéquaire du Grand
B vj Duc.
1702 MERCURE DE FRANCE
c'est ce qui arrivoit souvent à Moliere.
Des gens qu'il n'avoit jamais eus én vûë,
croyoient se reconnoître dans ses Pieces,
et il avoit toujours des plaintes et des
éclaircissemens
à essuyer.
Moliere a surpassé Plaute et Terence ;
par l'invention de quelques- unes de ses
Comedies; ( a ) par les saillies de son imagination
et la finesse de ses plaisanteries ;
mais il s'oublie étrangement lui- même
dans d'autres Pieces ; ce n'est plus l'excellent
Auteur , c'est le singe de Plaute,
qui devient , par ses obscénitez et par ses
bouffonneries , l'esclave : du goût de la
canaille , ou tout au plus des Petits - Maîtres.
Selon Mr D. L. B. il n'a manqué à
Moliere , que d'éviter le jargon , et d'écrire
poliment. Quel feu , dit il , quelle
naïveté quelle source de bonne plaisanterie
quelle imitation des moeurs !
quels Portraits ! et quel fleau du ridicule
mais quel homme on auroit pû
faire de Terence et de lui !
Les Partisans outrez de Moliere ont .
soutenu qu'il avoit plus corrigé de défauts
à la Cour et à la Ville , que tous
les Prédicateurs ensemble . Mais disons la
verité Moliere a corrigé des défauts , si
( a) Mem. de Trev. Avril 1717. p . 53 %.
l'on
A O UST. 1735. 1703
l'on entend seulement par ce nom certaines
qualitez qui ne sont pas tant un
crime qu'un faux goût , ou qu'un sot entêtement
.
L'Auteur du Journal Litteraire de la
Haye , ( a ) regarde Moliere comme le
meilleur Poëte Comique qu'on puisse
trouver parmi les anciens , aussi bien que
parmi les modernes . La sagesse de ses expressions
, la conduite de ses intrigues ,
la finesse de ses pensées , le tour naturel
de son stile , et sur- tout la beauté de
ses caracteres , qui tendent tous à rendre
le vice ridicule et méprisable , sont des
choses que quelques- uns de ceux qui lui
ont succedé dans le genre Comique , ont
imité d'assez près dans un petit nombre
de Pieces , mais qui peut être ne se trouvent
réunies dans aucune .
4
Moliere a changé , par la superiorité
de son génie , le goût de ses contempo
rains pour l'obscenité , et les a forcés à
venir en foule se divertir en Gens raisonnables
, et non pas en grigoux et en crocheteurs.
Son jugement exquis l'a toujours porté
à ne jamais parler lui même dans ses
Pieces ; mais à y faire parler toujours ses
Personnages , selon l'idée qu'il donne de
(a) Tome 9. p . 190,
Bv leur
1706 MERCURE DE FRANCE
Duc. ( a ) Après avoir blâmé Corneille
et Racine , d'avoir fait parler avec trop
d'esprit les personnes qu'ils font paroître
penétrées de grandes passions , Moliere
dit- il , est un Auteur pernicieux , qui ne
tend qu'à donner du crédit et de l'autorité
au crime , en décriant ceux qui s'y
oposent , ou en aprenant la maniere dont
les jeunes personnes doivent se servir.
pour tromper des parens chargez de leur
conduite. Il n'excepte aucune de ses Pie .
ces , et ne fait même aucune grace au
Misantrope.
Tout le monde sçait à quel point Moliereétoit
acharné contre la Medecine. Il définissoit
un Medecin un homme que l'on
paye pour conter des fariboles dans la
chambre d'un Malade , jusqu'à ce que la
nature l'ait guéri , ou que les remedes
l'ayent tué. Voilà donc votre Medecin ,
lui dit Louis XIV. un jour à son dîner
le voyant avec M. de Mauvilain ? Que
yous fait il ? Sire , répondit Moliere, nous
raisonnons ensemble , il m'ordonne des
remedes , je ne les fais point , et je gué
ris .
Revenu à Paris en 1658. il joüa à la
Cour ses premieres Piéces , qui furent ex-
(a ) Del a perfetta Poëfia Italiana , &c. 1706)
A Modenel 2. Vel in 4.
trêmes
A O UST. 1735. 1707
trêmement goûtées , et il en produisit
ensuite de nouvelles , dans le veritable
goût de la Comedie , que nos Auteurs
avoient négligé, corrompus par l'éxemple
des Espagnols et des Italiens , qui donnent
beaucoup plus aux intrigues surprenantes
, et aux plaisanteries forcées , qu'à
la peinture des moeurs et de la vie civile.
S. Evremont dit qu'il s'étoit formé sur
les Anciens , à bien dépeindre les gens
et les moeurs de son siecle dans la Comédie
, ce qu'on n'avoit pas vû encore sur
nos Theatres. Il prit les Anciens pour
modeles , et s'est rendu inimitable , & c.
Cette merveille de nos jours ,
Moliere aux François regretable ,
Et qu'ils regreteront toujours ,
Se trouveroit inimitable
A ceux qu'il avoit imitez ,
S'ils se voyoient ressuscitez .
Les Pieces qui furent trouvées les plus
excellentes , sont le Misantrope , le Tari
tuffe , les Femmes Sçavantes , l'Avare , et
le Festin de Pierre. Dans le Bourgeois Gentilhomme
, le Pourceaugnac , les Fourberies.
deScapin , et les autres de cette nature
il a trop
donné au goût du Peuple , pour
les situations et les pointes bouffonnes.
Les
08 MERCURE DE FRANCE
Les Précieuses , les Petit- sMaîtres , et les
Medecins , ont été les principaux objets
de sa Satyre.
Il étoit aussi bon Acteur , qu'excellent
'Auteur ; et dans la représentation de sa
derniere Piece , qui fut le Malade Imagi
naire , il sembloit s'être surpassé lui-même.
Tout malade qu'il étoit , et pressé
d'une fluxion sur la poitrine , il entreprit
d'y jouer pour la quatrième fois , le
17. de Février 1673. et ne put achever ,
qu'avec de très- grands efforts. Il lui en
coûta la vie ; car s'étant mis au lit en sortant
du Théatre , sa toux redoubla avec
tant de violence , qu'il se rompit une
veine , et mourut le même jour. On cut
toutes les peines du monde à obtenir qu'il
fut enterré en Terre Sainte , et il fallut un
Ordre du Roy. Il fut inhumé le 20. Février
dans le Cimetiere de S. Joseph ,
ruë Montmartre.
CY
EPITAPHE
Y gît Moliere et c'est dommage 3.
Il jouoit bien son personnage ,
Il fit fort bien le mort , ainsi que le
En lui seul à la Comédie ,
cocu ;
Tout à la fois nous avons vu y
L'Original et la Copić.
AUTRE
A O UST. 1735.
1709
AUTRE..
Cy git sans nulle pompe vaine“ ,,
Le Singe de la vie humaine ,
Qui n'aura jamais son égal ;.
De la mort comme de la vie ,
Voulant être le Singe en une Comédie¸ ·
Pour trop bien réussir , il lui réussit mal ;
Car la Mort en étant ravie ,
Trouva si belle la Copie ,
Qu'elle en fie un Original .
AUTR E.
PAssant , ici repose un qu'on dit être mort
Sous
Je ne sçai s'il rit ou s'il dort :
La maladie imaginaire
Ne peut pas l'avoir fait mourir ;
C'est un tour qu'il joue à plaisir ,,
Car il aimoit à contrefaire.
Quoiqu'il en soit , cy gft Moliere ::
Comme il étoit Comédien
Pour un Malade imaginaire ,
S'il fait le mort , il le fait bien.
AUTR E.
Ous ce tombeau gissent Plaute et Terence ,
E cependant le seul Moliere y gît.
Leurs trois talens ne formoient qu'un esprit,
Lont
1710 MERCURE DE FRANCE
Dont le bel Art divertissoit la France :
Ils sont partis et j'ai peu d'esperance
De les revoir malgré tous nos efforts
Pour un long tems selon toute aparence ,
Terence , Plaute et Moliere sont morts.
;
Voilà , Monsieur , tout ce que vous aurez
de moi aujourd'hui , sur les matieres
auxquelles vous vous interessez ; mais je
vous promets quelque chose de plus remarquable
sur la Vie et les Ouvrages de
Moliere .
LETTRE de M. Adrien Maillart , ancien
Avocat au Parlement de Paris ,
M. D. L. R. au sujet des CoÛTUMES
ET USAGES D'ARTOIS.
Mavec une N704,
Onsieur. En 1704. je fis imprimer,
Avec mes Notes , les Textes des
Coûcames d'Artois , compilées en 1509 .
1540 et 1544.
J'indiquai dans la Préface , et à la page
premiere , colomne 1. D'abord , un Recueil
des Coûtumes d'Artois , lequel avoit
été scellé par le Roy Louis X. dit le Hutin
, décédé le 15. Juin 1316. Plus, d'autres
Coûtumes usitées au Pays d'Artois ,
du
A OUST. 1735. 1711
du tems de S. Louis , décédé le 25. Août
1270. qui devoient être compilées par
l'autorité de la Comtesse Mahault , décédée
le 27. Octobre 1329. et qui devoient
être scellées par la même Princesse
.
Ces deux points importans , resultent
de la Charte du mois de Decembre 1315.
qui est la quarante- troisiéme de la premiere
partie du Code des Gens , dans la
compilation de M. Leibnitz , Edition
de
1693.

Quelques perquisitions que j'aye faites
jusqu'à present je n'ai pû trouver le
Recueil scellé par le Roy Louis le Hutin .
Je n'ai pû non plus découvrir si la
Comtesse Mahault avoit fait rediger et
sceller les Coûtumes d'Artois .
La suite des tems procurera peut-être
quelques éclaircissemens sur ces deux
points. Mais en attendant je communique
au Public par votre moyen , Monsieur
, la découverte que j'ai faite d'un
Manuscrit , qui interesse directement
l'Artois , et par réflexion , les Amateurs
de l'Antiquité.
Ce Manuscrit est coté 1250. au Catalogue
des Manuscrits de M. Colbert, qui
sont présentement dans la Bibliotheque
du Roy , à Paris. C'est un petit in folio
relić
1712 MERCURE DE FRANCE
relié en Bazanne verte , écrit sur du vélin
, ou sur du parchemin. Il contient
92. pages écrites , et il finit sur la page
93. Il y a huit Miniatures peintes en
outre-mer , en vermillon , en or , et autres
couleurs , le tout relativement aux-
Sujets traitez dans les pages qui contiennent
ces Miniatures. L'écriture de ce
Manuscrit me paroît être du commeneement
du quatorziéme siecle. J'ai fait
tirer des copies de ces huit Miniatures , et
j'ai transcrit fidelement ce Manuscrit.
Permettez moi , Monsieur , de vous
faire part de mes Observations sur ce
Manuscrit.
1. Il commence à la page 1 , par ces
mots ; Cils parole des Coutumes , et des
Usages d'Artois.
2. Et il finit à la page 93. par ces
mots : Et est Sentence deffinitive , qui ditermine
principale question. Et doit conte
nir absolution , ou condempnation , ou autrement
ne vaut riens .
Cer Ouvrage d'Artois est fait par forme
d'instruction , donnée par un pere
à son fils , qui avoit aussi un fils .
Il m'a paru être une imitation du
Conseil de Pierre de Fontaine , Bailli
de Vermandois , qui vivoit en 1260 imprimé
à la fin du S. Louis de M. du
Cange. Edition de 1668 .
AOUST. 1735 1713
Ce Recueil d'Artois contient 57. Titres.
L'Auteur en paroît sçavant dans le
Droit Canonique , dans le Civil , et dans
les Usages , tant de France , que d'Ar
tois. Il est méthodique , et avoit assisté
à plusieurs Jugemens dans differentes
Cours , pages 6. 12. et 16. Je vi en la
Court le Conte à Arras. Pages 8. 15. 5or
62. à Biaukaisne. Page 17. Je vi en la
Court le Roy à Dorlens . Page 18. Si vi-je
à Encre , ou Chastel. Page 37. Li plege le
seurent. Il le vinrent requerir au Baillu
Et je meismes les requis por aus ...
qui nous proposiesmes aussi .... page 54
on Chastel à Lens.
Ce qui me fait augurer que cet Ou
vrage d'Artois , est du commencement
du quatorziéme siecle. C'est que l'Auteur
y nomme plusieurs Personnes , er
raporte plusieurs choses , qui sont entre
les siecles 13 et 14.
A la page 16. on lit : il étoit M.d'Artoist
NOTE HISTORIQUE.
C'étoit Robert II. Comte d'Artois , tué
à la Bataille de Courtrai le 11. Juillet
1302.
Page 18. Y fu verités que Mesire Witasse
de Noeville morut au Voyage d'Aragonne.
NOTE
1712 MERCURE DE FRANCE
relié en Bazanne verte , écrit sur du vélin
, ou sur du parchemin. Il contient
92. pages écrites , et il finit sur la page
93. Il y a huit Miniatures peintes en
outre-mer , en vermillon , en or , et autres
couleurs , le tout relativement aux
Sujets traitez dans les pages qui contiennent
ces Miniatures. L'écriture de ce
Manuscrit me paroît être du commen-.
eement du quatorziéme siecle . J'ai fait
tirer des copies de ces huit Miniatures , et
j'ai transcrit fidelement ce Manuscrit.
Permettez moi , Monsieur , de vous
faire part de mes Observations sur ce
Manuscrit.
1º. Il commence à la page 1 , par ces
mots ; Cils parole des Coutumes , et des
Usages d'Artois.
2. Et il finit à la page 93. par ces
mots : Et est Sentence deffinitive , qui ditermine
principale question. Et doit conte
nir absolution , ou condempnation , ou autrement
ne vaut riens .
Cet Ouvrage d'Artois est fait par forme
d'instruction , donnée par un pere
à son fils , qui avoit aussi un fils.
Il m'a paru être une imitation du
Conseil de Pierre de Fontaine , Bailli
de Vermandois , qui vivoit en 1260.imprimé
à la fin du S. Louis de M. du
Cange. Edition de 1668 .
A OUST. 1735: 1713
Ce Recueil d'Artois contient 57. Titres.
L'Auteur en paroît sçavant dans le
Droit Canonique , dans le Civil , et dans
les Usages , tant de France , que d'Ar
tois. Il est méthodique , et avoit assisté
à plusieurs Jugemens dans differentes
Cours , pages 6. 12. et 16. Je vi en la
Court le Conte à Arras. Pages 8. 15. 5o.
62. à Biaukaisne . Page 17. Je vi en la
Court le Roy à Dorlens. Page 18. Si vi-je
à Encre ou Chastel. Page 37. Li plege le
seurent. Il le vinrent requerir au Baillu
Et je meismes les requis por aus ....
qui nous proposiesmes aussi . • ..
**
on Chastel à Lens.
page 54
Ce qui me fait augurer que cet Ou
vrage d'Artois , est du commencement
du quatorziéme siecle. C'est que l'Auteur
y nomme plusieurs Personnes , et
raporte plusieurs choses , qui sont entre
les siecles 13 et 14.
A la page 16. on lit : il étoit M.d'Artois
NOTE HISTORIQUE.
C'étoit Robert II. Comte d'Artois , tué
à la Bataille de Courtrai le 11. Juillet
1302.
Page 18. Y fu verités que Mesire Witasse
de Noeville morut au Voyage d'Aragonne.
NOTE
1714 MERCURE DE FRANCE
NOTE HISTORIQUE.
Ce Voyage fut fait par le Roy Philip
pe III . dit le Hardi , à l'occasion de la
Guerre que ce Prince déclara en 1282 .
à Pierre Roy d'Arragon . ; Guerre qui
fut fatale à ce Roy puisqu'il mourut
à Perpignan en Catalogne le 15. Oc
tobre 1285.
,
Page 29. Li Maistres dou Temple de
le Maison de Plume- Oison.
NOTES
HISTORIQUES.
1. Cela est anterieur à l'année 1315:
que les Templiers furent abolis en France
, à l'occasion du Decret du Concile de
Vienne , daté du 2. May 1312 .
2º.Les biens des Templiers furent donnez
aux Hospitaliers , qui sont actuellement
les Chevaliers de Malte , lesquels
jouissent de la Commanderie de l'Oison ,
au Baillage d'Heden en Artois , au Nord de
la Riviere de Canche.
Page 47. Et en alast puès en Aubegos.
NOTES
HISTORIQUES.
1
1º. La grande Guerre des Albigeois ;
commença par la Croisade de 1215. et finit
par la Paix de 1233 .
2º. Comme cette Guerre des Albigeois
avoit
A O UST. 1735. 1715
avoit été occasionnée par des Hérétiques ,
contre lesquels la Croisade avoit été publiée
; j'augure que les Guerres posterieures,
accompagnées de Croisades , avoient
été qualifiées de Guerres des Albigeois .
3 ° . Je mets dans cette Cathégorie , la
Guerre de 1282. déclarée à l'occasion des
Vêpres Siciliennes , et qui fut suivie d'une
Croisade publiée contre Pierre, Roy d'Arragon.
Page 53. Je ti responderai selonc ce que
je vi : ilfu debas , et plais meus, en le Court
le Roy , entre le Conte d'Artois , et le Conte
de Clermont , qui demandoient à avoir moitié
; li uns à l'autre ; des Mobles et des Chasteus,
qui demeuré leur estoient , et eskeu de le
Mere Medame de Bourbonnois , que Mesire
de Artois eut à femme : et le Cuens de
Clermont avoit le fille , qui estoit de Bour
bonnois.
NOTES HISTORIQUES.
1. Agnés , Dame de Bourbon , avoit
épousé en premieres Nôces , Jean de Bourgogne
, Seigneur de Charolois.
2. De ce mariage vint une fille unique
nommée Beatrix de Bourgogne , laquèlle
mourut le premier Octobre 1310. après
avoir épousé Robert de France , Comte de
Clermont en Beauvoisis , décedé le 7. Février
1
1716 MERCURE DE FRANCE
vrier 13.17. par la volonté duquel les Coutumes
de Beauvoisis avoient été compi
lées en 1283. par Philippe de Beaumanoir
, Bailly de Clermont.
3. C'est la souche commune de la Maison
, actuellement regnante en France.
4. En secondes Nôces Agnés de Bour
bon épousa Robert I I. Comte d'Artois ,
tué à la Bataille de Courtray le 11. Juillet
13020
5. Après le decès d'Agnés de Bourbon
arrivé le 1283. il y cut Procès entre
le Vitric et le Gendre , au sujet des Men
bles et des Catens d'Artois .
6. Ce Procès étoit antérieur à l'année
1302. puisque l'Auteur du Recueil d'Artois
parle du Comte d'Artois , comme
d'un homme qui étoit actuellement vivant
au temps qu'il écrivoit.
Page 58. Si comme entre le Conte de Foix
et le Conte de Ermignasc , qui s'entr'apele
rent de traisonfaite envers le Roy.
Et entre le Seigneur de Harecourt et le
Chambrelent de Tancarville , leques Chambrelent
apiela , de murdre , ledit Seigneur de
Harecourt.
NOTES HISTORIQUES.
1
1. Le Comte de Foix , étoit Roger
Bernard III.

AOUST. 1735. 1717
2. Le Comte d'Armagnac , étoit Geraut
V.
3. Ces deux Seigneurs étoient beau
freres car chacun avoit épousé une fille
de Gaston , Seigneur de Bearn , et de
Marthe de Bigorre.
4. Après la mort de ces Pere et Mere ;
chacun de ces deux Seigneurs voulut
avoir le Bearn et la Bigorre , ce qui causa
Guerre et Procès entre eux .
"
5. Le Comte d'Armagnac mit en son
parti , le Roy Philippe III. dit le hardy ,
qui se trouva offensé de ce que le Comte
de Foix s'étoit emparé d'un Château
apartenant à ce Roy ; lequel fit enfermer
le Comte de Foix au Château de Beaucaire
sur le Rhône , et en Languedoc .
6. Ce Comte d'Armagnac mourut le
1235.
7. Et le Comte de Foix , le 1303.
8. Le Seigneur d'Harcourt , dont parle
notre Auteur , étoit Jean II . decedé le
21. Decembre 1302 .
9.Et le Chambellan de Tancarville étoit
Robert , qui fut tué à la Bataille de Courtray
, le 11 Juillet 1302.
10. La principale cause de la querelle de
ces deux Seigneurs Normands , et voisins
par la contiguité de leur Terres de l'Isle-
Bonne , et de Tancarville , fut le mauvais
traitement
1718 MERCURE DE FRANCE
du
traitement que le Sire de Tancarville
avoit reçû en son corps , de la part
Sire de Harcourt , lequel lui avoit crevé
un oeil , à cause de quoi il fut apellé en
duel par le Seigneur de Tancarville. Cet
apel n'eut aucune suite par la médiation du
Roy Philippe le Bel , à la priere du Comte
de Valois , frere de ce Roy.
II. A l'occasion de l'insulte faite par le
Sire d'Harcourt au Sire de Tancarville ,
la Terre de l'Isle- Bonne fut chargée envers
le Seigneur de Tancarville , d'une
rente annuelle de so . livres.
REFLEXIONS SUR CES FAITS HISTORIQUES.
L'Auteur du Recueil d'Artois étoit
instruit des grands évenemens qui arrivoient
de son temps.
2. Cela me conduit à penser , Monsieur
, que ce Recueil a été composé , ct
achevé entre les siecles 13. et 14 .
3. En effet, les 8. Miniatures qui y sont
peintes aux pages 4. 24. 30. 38. 44. 56.
65. & 88. sont conformes à ce qui se pratiquoit
sous le regne de Philipe IV. dit le
Bel , decedé le 29. Novembre 1314 .
Je suis persuadé , Monsieur , que votre
exactitude ordinaire procurera au Public
la communication de cette Lettre. J'ai
l'honneur d'être , & c.
A Paris le 8. Juin 1735 .
AOUST. 1735
1719
LA FAYENCE
.
C
POEM E.
Hantons , Fille du Ciel , l'honneur de la
Fayence.
1
(a) Quel Art ! dans l'Italie il reçut la naissance,
(6) Et vint passant les Monts , s'établir dans
Nevers ,
Ses Ouvrages charmans vont au- delà des Mers.
Le superbe Plutus trop fier de sa richesse
Méprisoit de Pallas et le goût et l'adresse ;
L'argent plaît par lui - même , et les riches
buffets ,
A la beauté de l'or doivent tous leurs attraits ;
Ainsi parloit ce Dieu privé de la lumiere ;
Je me passerai bien de ta riche matiere ,
» Dit Pallas , que sert l'or au besoin des hu
imains ?
25
L'argile la plus vile est prisée en mes mains ;
Pallas dans le courroux dont son ame est saisie
?
(c) De deux terres compose une terre assortie
(d) La prépare avec soin , la place sur le tour,
La presse de ses mains qu'elle étend à l'entour ;
Elle anime du pied la machine tournante ,
Et forme cette argile avec sa main sçavante ;
C De
1710 MERCURE DE FRANCE
De ce fertile tour ( en croirai- je mes yeux ! }
Sortent dans un instant cent vases curieux ;
Ces vases sont d'abord foibles dans leur nais
sance ,
Séchant avec lenteur ils prennent consistance ;
( e) Puis du feu par degrés éprouvant les effets ;
Deviennent à la fois plus durs et plus parfaits ;
Ces Ouvrages encor n'ont rien que la figure ,
Il y faut ajouter l'émail et la peinture,
Cet émail dont l'éclat et la vivacité ,
Des rayons du Soleil imite la beauté ;
Pallas qui de Plutus dédaigne la richesse ,
Compose cet émail par son unique adresse ;
(f) Dans l'Etain calciné, dans le Plomb, vil mé
rail ,
Joints au sel , au sablon elle trouve un émail ;
Le tout fondu , devient plus dur que roche ou
brique ,
(g) Le broyant , elle en fait une chaux métallique
,
Un lait , qui n'est jamais de poussiere obscurci
Elle y plonge le vase en la flamme endurci ;
Le Peintre ingenieux , de figures legeres ,
Embellit cet émail , y trace des Bergeres ;
Des grotesques plaisans , d'agreables festons ,
Des danses , des Amours , des jeux et des chan
i -sons
Des Temples , des Palais , de superbes Portiques
Respectables débris des Ouvrages antiques ;
( b)
AOUST. 1735. 1721
b) L'illustre Raphaël , des Peintres le Heros ,
Raphaël qui traita les sujets les plus hauts ,
A daigné quelquefois s'éxercer sur l'argile
Son immortel pinceau sur un vase fragile
Plaça mille beautés , et plus habile encor
Il rendit le limon plus précieux que l'or.
Vous qui de Raphaël osez suivre la trace ;
Animez votre main d'une nouvelle.audace
Cultivez avec soin les regles de votre art ;
A l'immortalité vous aurez quelque part.
De la perfection ce n'est-là qu'une image ,
C'est le feu seulement qui finit cet ouvrage ;
(i) Pour la seconde fois , Vulcain , prête tes feux;
Un émail sans éclat ne sçauroit plaire aux yeux ;
Sans toi l'azur n'est rien qu'une couleur ingrate
Tu rends cette couleur et vive et delicate ,
Et l'azur par

l'effort de ta flamme fondu
Dans le sein de l'émail se trouve confondu.
Muse, dois-je parler de la noble élegance ,
(1) De l'ouvrage qui doit au moule sa naissances
Dois- je parler enfin dans mes Vers peu vantés
Des émaux , des vernis par Pallas inventés ?
(m) Du jaune que forma l'antimoine perfide ?
Du Chimiste adoré , mais souvent homicide ?
(2) Du verd né de Venus ? (0 ) du noir,de Mars le
fils ?
(p) Du rouge que Pallas montre à ses favoris a
Que vois je ! j'aperçois sur nos heureux rivages
L'Etranger chaque jour afrontant les orages ,
Cij
Se
1722 MERCURE DE FRANCE
se charger à l'envi de Fayence à Nevers ,
Et porter notre nom au bout de l'Univers .
Le superbe Paris , et Londres peu docile
Payent , qui le croira ! tribut à notre Ville ;
Les toits de nos Bergers , et les riches Palais ,
De Fayence parés , brillent de mille attraitss;;
Aux tables , aux jardins , la Fayence en usage
Meuble le Financier , et le Noble et le Sage ,
On estime son goût et sa simplicité ;
Et l'éclat de l'argent cede à la propreté.
Trop jaloux des succès de l'heureuse Fayence ;
Plutus en son dépit exprime sa vengeance ,
La Fayence , dit - il , n'a que fréles attraits ;
Mais Pallas de Plutus repousse ainsi les traits ;
La Fayence est fragile ! en est-elle moins belle?
Le plus riche cristal est fragile comme elle ,
» Un émail délicat et qui charme les yeux
Par sa fragilité devient plus précieux ;
» La Porcelaine enfin où le bon goût réside ,
Se feroit moins cherir en devenant solide ,
» Plutus , ne blâmés point cette fragilité ;
L'argile toutefois à sa solidité ,
>> Mieux que l'or elle garde et sa forme , et sa
grace ,
Sur l'argile jamais la couleur ne s'efface ,
Non , le temps qui détruit la pierre et le métail
Ne sçauroit alterer ni l'azur ni l'émail ,
C'est ainsi que Pallas établît la Fayence ,
Pallas
A OUST .
1723 1735.
Pallas par ce beau trait signala sa vengeance ,
Mortels , vous profitez du celeste courroux ,
Pallas en sa colere à travaillé pour vous.
Pierre Defrasnay.
Observations sur ce Poëme.
(a)
L
Art de la Fayence a commencé
à Faenza en Italie , et a reçu
de-là son nom .
(b) Les Manufactures de Fayence
de Nevers sont des plus anciennes du
Royaume ; nos anciens Ducs les ont
aportées d'Italie , d'où ils étoient originạires
; ces Manufactures font subsister une
partie de la ville de Nevers.
( c ) La Fayence à Nevers se compose
de deux especes de terre , dont l'une est
apellée terre blanche ou terre fine , et l'autre
est une terre jaune ; l'une donne la
beauté et la finesse , et l'autre la force.
(d) Ces deux terres mêlées avec proportion
sont broyées ensemble dans un
poinçon plein d'eau , et ensuite cette eau
est passée dans un tamis et est reçuë dans
une fosse ; on tire cette terre de la fosse
lorsqu'elle commence à sécher ; on la met
dans une autre fosse pour la faire sécher
davantages on la porte ensuite dans une
C iij cave
1724 MERCURE DE FRANCE
cave , où on la laisse en dépôt pendant
quelques mois ; après ce temps on la marche
on en forme des balons que l'on
porte sur le banc du Tourneur qui bat
cette terre de nouveau avec les mains , et
puis la porte sur le tour .
>
(e) Je parle dans ce Vers de la premiere
coction, et de la seconde dans le 54. Vers ;
la Fayence cuit deux fois ; d'abord on la
fait cuire en crud , ce crud par le feu est
changé en biscuit , ce biscuit est trempé
dans le blanc , on l'arrange dans des boëtes
que l'on apelle cazettes, et on le porte
au feu une seconde fois ; dans les deux
coctions on observe de donner le feu par
degré , c'est- à- dire qu'on commence par
un petit feu , on augmente ensuite la force
de ce feu , et on finit par le grand feu ;
cette coction dure ordinairement à Nevers
vingt- quatre heures.
(f) L'Email blanc de la Fayence se fait
avec le plombet l'étain calcinés ensemble
dans un fourneau que l'on nomme fournette;
lorsqu'il y a cent 1. de cette cendre,
on y ajoute 14. liv. de sel ou matieres
salines , et cent livres de gros
et l'on fait fondre le tout
le fourneau .
sable blanc
ensemble sous
>
(g) Le tout est broyé dans un moulin
fait exprès , et lorsqu'il est broyé il de-
+
vicnt
A OUS T 1735. 1725
la
lent blanc et liquide comme du lait son
a soin de bien boucher ce lait , afin que
poussiere ne s'y mêle point.
( b ) Raphaël a peint sur la Fayence ;
ce grand Peintre a peint entr'autres les
vases de l'Apoticairerie de Notre- Dame
de Lorette le Cardinal de Polignac a
dans son Cabinet plusieurs Vases peints
de la main de Raphaël .
(i ) Je parle ici de la seconde coction
qui fond les émaux et donne la perfection
à l'ouvrage.
(1) Il y a deux sortes d'ouvrages dans
la Fayence ; les uns sont faits au tour , et
les autres au moule .
( m ) Le jaune se fait avec l'antimoine
la suye , le plomb calciné , le sel et le sablon
; l'antimoine est appellé l'Idole des
Chimistes , on sçait que l'antimoine a
passé pendant long- temps pour un remede
dangereux .
(n) Venus chez les Chimistes , c'est le
cuivre le verd est ; fait avec du cuivre et
du plomb calcinés ensemble , auxquels on
joint du sel et du sablon ; remarquez que
le plomb entre dans toutes les composithons
aussi-bien que le set et le sablon ; le
plomb est apellé médiateur , et sert à coler
l'émail sur la terre ; le sel est un fondant
qui corrige la dureté de l'émail et en
Ciiij rend
1726 MERCURE DE FRANCE
rend la fusion plus facile ; le sable donne
de l'éclat , du brillant et de la consistance
à l'émail.
(0) Mars dans la Chimie est le fer ;
l'émail noir se fait avec le fer, calciné avec
le plomb ; on y joint à l'ordinaire le sel
et le sablon .
夏(p) Le secret du beau n'est
rouge
gue .
res connu en France que d'un très petit
nombre de Personnes.
BOUTS - RIMEZ ,
Proposés dans le dernier Mercure , et remplis
par l'ordre de Madame la M. D. P.
L'Exacte prévoyance est la vertu du
Ainsi nous l'ont apris Aristote et
Sage,
Platon :
Dans le chemin battu n'allez point sans Baton :
Et marchez au beau temps, munis contre l'Orage.
A la sécurité trop de succès Engage :
Mais avant qu'au repos s'abandonne un Caton ,
Son sort est assuré ; ce n'est pas le Bouton ,
C'est la feuille en un mot qui formele Bocage
De mon discours , Iris , vous riez. Grand Jupin ,
Depuis quand, dites vous , moralise Crispin ?
Ce trait de quelque trône annonce, t'il la Chute
Pour
A O UST . 1735. 1727
Four vous plaire, Madame , on verroit un Lapin,
Transporter sa demeure au plus haut d'un Sapin,
Et Democrite en pleurs faire la culle
Butte
LETTRE écrite à M. de Perar, Chirurgien
de la Reine , au sujet d'un Accouchement
contre nature.
L
'Honneur que vous faites , Monsieur,
à notre Profession , la gloire que
Vous y avez acquise,celle que vous acquerez
tous les jours par des succès toujours
heureux , ne vous feront pas dédaigner le
détail que je vais avoir l'honneur de vous
faire d'un Accouchement contre nature ;
persuadé comme je le suis , que si j'ai pû
saisir votre méthode , ou m'en aprocher
quelque peu , votre Aprobation ne peut
que me faire beaucoup d'honneur .
Le quinze du mois de Mars dernier
la nommée Marie Vieussan , femme d'un
pauvre Laboureur de la Paroisse de Man-
>
,
Diocèse d'Aire en Marsan , âgée d'environ
35. ans au terme du neuvième
mois de sa grossesse , après une perte de
sang considerable , et ayant souffert des
douleurs incroyables ,l'espace de 24. heures
, me fit prier de l'aller voir par chari-
Cy το
1728 MERCURE DE FRANCE
té , et de la secourir dans un besoin si
pressant. J'y courus le plus promptement
qu'il me fut possible. A mon arrivée je
trouvai cette femme aux abois : elle avoit
été confessée , je luffis administrer le dernier
Sacrement , ensuite je me disposai à
l'operation .
gau- L'Enfant présentoit déja le bras
che jusqu'au coude avec une enflure considerable
jusqu'à l'extremité des doigts..
Je repoussai d'abord le bras de l'Enfant
jusqu'au derriere de sa tête , pour lui donner
lieu de venir naturellement ; mais
tous mes efforts furent inutiles. Après
une grosse heure de travail , je me déterminai
à repousser la tête pour le tirer par
les pieds. L'expedient ne fut pas vain :
l'Enfant suivit sans peine et presque sans
autre effort que celui qu'on a coutume
d'employer dans les acouchemens ordinaires.
Cet Enfant qui étoit un garçon , étoit
fort sain , et même son arriere- faix dont
je délivrai la mere ; mais elle n'étoit point
encore hors d'embarras ; la grosseur de
son ventre me fit apercevoir qu'il y avoit
encore quelque autre chose. J'introduisis
de nouveau ma main bien avant dans la
matrice,où j'empoignai d'abord une grosse
masse de chair monstrueuse ; c'étoit une
veritable
AOUST . 1735.
1729
,
veritable mole. Sa grosseur ne me permit
pas de la tirer au premier coup ; je l'emportai
en dix morceaux que je ramassai
avec tout le soin qu'il me fut possible :
elle pesoit en tout cinq liv. trois quarts ;
c'étoit un corps charnu de couleur brune
semé de petites vesicules comme des grains
de raisin se tenant les unes aux autres
par des filamens sans nombre. D'abord
après l'extraction de cette mole la femme
se pasma je crus certainement alors
qu'elle alloit expirer : elle étoit sans mou
vement et presque sans pouls ; elle demeura
plus d'une heure à revenir de cette
grande foiblesse. Je lui fis prendre un
peu de bouillon avec une cuillerée de
vin pour la fortifier.
Le 19. à quatre heures du soir la fievre
la prit , avec des redoublemens frequens ,
precedez de frissons , accompagnez de
transport au cerveau , avec suppression
de vuidanges. A tous ces accidens se joigairent
de vives douleurs dans toute là
region umbilicale et hypogastrique ; ce
qui me détermina à la saignée du pied.
Je lui fis faire en même tems quelques
frictions au dedans des cuisses avec des lin
ges chauds pour supléer au défaut de l'évacuation
; cela ne produisit aucun bon
effet. Le 20. je lui fis donner un lave-
C vi ment
1730 MERCURE DE FRANCE
ment purgatifqui la vuida copieusement,
et qui lui fit revenir ses vuidanges. Dans
trois jours elle n'eut plus de transport ;
mais les tranchées durerent encore plus
de huit jours. Pour y remedier je lui fis
prendre de l'huile d'amandes douces
avec le sirop de capillaire pendant quelques
jours , avec des onctions de la même
huile sur tout le ventre ; elle se trouva
bien de ce remede .
Mais ce qu'il y eut de plus fâcheux , et ce
qui devoit me faire craindre pour sa vie s
c'est qu'une perte blanche très considerable
survint , cet écoulement étoit continuel
et très abondant , ensorte que la malade
étoit hors d'état de se lever , et de se
tenir même assisse sur son lit , tant elle
étoit épuisée. Je commençai par vuider la
plénitude du corps par plusieurs saignées
reiterées , et par quelques purgatifs assés
doux .Je la mis ensuite dans l'usage d'une
décoction sudorifique , faite avec la racine
d'Esquine et de Salsepareille, après lui
avoir fait prendre auparavant pendant
quelques jours le baume de Copahu dans
un demi verre de thé : enfin cette femme
après trois mois de maladie , est aujour
d'hui en parfaite santé ainsi que son Enfant.
Au reste , Monsieur , il y a bientôt 14
ans
A OUST. 1735. 1731
ans que je pratique les accouchemens , je
n'ai jamais trouvé de mole avec un Enfant
vivant : cela me paroît étrange : j'attends
là dessus vos réflexions avec d'autant
plus de confiance , que je suis bien per
suadé que vous vous faites toujours un
plaisir de communiquer vos lumieres à
ceux qui veulent en profiter.
J'ai l'honneur d'être , &c . Signé , Day-
RIES , Chirurgien Juré de la Ville de Mont
de Marsan.
Le 12. Juillet 1735.
**
LA VIE RUSTIQUE ,
Imitation d'Horace.
H Eurenx, qui , dégagé du Monde et des affaires;
Dans un sage repos met ses plus doux plaisirs ,
Et qui sans rien devoir , borne tous ses désirs
A cultiver les Champs que labouroient ses Peres &
Heureux celui qui fait son unique bonheur
D'aimer la probité , de chérir la candeur !
Il n'est point effrayé par le bruit des Trompettes &
Mais il dort au doux son des champêtres Musettes
.
Ses yeux n'ont jamais vu les flots
Enflés par un cruel Orage,
Faire
1732 MERCURE DE FRANCE
Faire désirer le rivage
Aux plus assurés Matelots.
Content d'un fertile héritage-
Il ne va point aux Grands rendre un servilé
Lommage.
Sensible aux plaisirs seulement
Que procure une vie innocente et rustique ,
On le voit , tantôt qui s'aplique
A marier adroitement
Aux plus hauts Peupliers les branches de sa Vigne
Et retranchant l'inutile sarment ,
Conserver le meilleur , afin qu'elle provigne.
Tantôt dans des Valons charmans
Il voit errer ses Boeufs parmi les pâturages
Qui dé leurs longs mugissemens
font retentir les Bois et les Autres sauvages ;
Tantôt dans la belle saison
11 presse dans sa main le miel qui sort desRuches
Dont il remplit de larges cruches ,
Et tantôt des Brebis il coupe la Toison ;
Mais à quels doux plaisirs son ame s'abandonne
Qu'il ressent de charmes divers ,
Quand voit arriver l'Automne
Le cheforné de Pampres verts !
A cueillir des Raisins lorsque sa main s’aprête „
C'est pour vous les offrir aux beaux jours d'une
Fête ,
Grandes Divinitez , dont les soins bienfaisans
Conservent ses Jardins èt protegent ses champs .
Couche
A O UST. 1735 . 1733
Couché sur le gazon , assis sous de vieux Chênes,
Il goûte des Zêphirs les flateuses haleines
Pendant que cent petits Ruisseaux ,
Qui tombent des Rochers pour arroser les
Plaines >
Le chant plaintif de mille oiseaux ,
Et le murmure des Fontaines ,
Par un mêlange sans pareil ,
L'invitent à gouter les charmes du sommeil.
Mais lorsque les frimats et l'extrême froidure
Font gémir les Mortels et languir la Natuse ,.
Il voit avec plaisir ses genereux Limiers
Faire la guerre aux Sangliers .
Tantôt il tend des rets à la Grive gouluë
Tantôt à la facile Grue ;
Quelquefois il s'estime heureux ,-
Quand d'un lacet le piége inévitable ,
Lui fait prendre un Lievre peureux ,-
Comme le fruit d'une Chasse agréable.
Parmi des plaisirs si charmans ,
Qui pouroit ressentir les amoureux tourmens !
Que si les loix d'un heureux hymenée ,
L'ont uni pour jamais
Avec une Epouse bien née
Et de qui les vertus surpassent les attraits ';
Si cette Epouse , aussi douce que sage ,
Prend soin de ses enfans et veille à son ménage p
Si pour lui signaler l'excès de son amour ,
Et
1734 MERCURE DE FRANCE
Et soulager sa lassitude ,
Elle allume un grand feu quand il est de retour;,
Si par un rare effet de son exactitude
Elle renferme son Troupeau ,
Et lui tire du vin ageable et nouveau ;
Si d'ailleurs sans se mettre en aucune dépense ;
Elle aprête un repas où regne l'abondance ...
Non , tout ce que le luxe et l'amour des plaisirs
Peut inventer de propre à flater les désirs ,
Ni tout ce que des Rois la suprême puissance ,
Peut étaler de faste et de magnificence ,
Rempliroient beaucoup moins mes voeux et mes
souhaits ,
Que des plaisirs si doux , si grands et si parfaits.
Il est vrai que l'on voit la pompe et l'opulence
Regner avec éclat dans les Palais des Rois ;
Mais on voit regner dans les Bois
Et la droiture et l'innocence .
Oui , tout ce qu'ont d'exquis la Perdrix , l'Or
tolan ,
La Gelinote et le Faisan ,
Me plairoit moins que l'oseille sauvage ,
Que l'Olive , qu'un tendre Agneau ,
Que la chair d'un jeune Chevreau ,
Qu'un Berger rempli de courage
A garanti des dents des Loups.
Ressent-on des plaisirs plus doux
Que de voir ses Brebis repuës ,
Le soir à leur bercail revenir lentement ,
Et
A O UST. 1735 1735.
Et ses Boeufs harassez trainer languissamment
Le soc renversé des Charruës ?
De voir à son foyer de robustes Valets ,
( Signes certains de la richesse )
Raconter à l'envi les travaux qu'ils ont faits ,
Pendant que leur soupe se dresse ?
Quand l'usurier Damon eut tenu ce discours ;
Résolu de quitter le tumulte des Villes ,
Et de passer le reste de ses jours
Parmi des plaisirs si tranquilles ,
Il ramassa tout son argent ;
Mais ne pouvant forcer le malheureux penchant
Qu'il avoit eu de la Nature ,
Il se repentit de son choix ,
Et plaça son argent une seconde fois ,
Pour en tirer encore une plus grosse usure .
ESSAI sur les Bucoliques de Virgile.
Sujet de la premiere Eglogue.
'Année qui suivit la Bataille de Phi
Llippe, Brutus et Cassius ,les
derniers Defenseurs de la Liberté Romaine
, furent défaits , Octavien qui eut dans
la suite le nom d'Auguste , ramena ses
Troupes en Italie ; et pour récompenser
la valeur de ses Soldats véterans , il leur
dis1736
MERCURE DE FRANCE
distribua le Territoire des Villes d'Italie
qui s'étoieut déclarées pour le Parti contraire.
Les Soldats de Marc - Antoine
qui n'avoient pas peu contribué au gain
de la Bataille , se plaignirent qu'ayant eu
grande part aux périls de la Guerre , ils
n'en avoient aucune aux fruits de la Victoire.
Comme leur General désarmé par
la volupté , languissoit alors dans les bras
de la Reine d'Egypte , ils s'adresserent
au Consul Lucius Antonius , frere du
Triumvir, et obtinrent par son crédit ce
qu'ils demandoient . Le Territoire qu'on
avoit assigné aux Soldats d'Octavien , ne
se trouvant pas suffisant pour satisfaire
tous ceux qui aspiroient aux récompenses
, on étendit la distribution des Terres
, jusqu'aux Cantons voisins. Mantoüe
à qui on ne pouvoit reprocher d'autre
crime , que celui d'être trop voisine de
Crémone,fut envelopée dans les désastres
de cette Ville infortunée.
Le Pere de Virgile avoit un petit Do
maine dans le Village d'Andes , assés
près de Mantoüe : il en fut chassé , et on
en mit en possession un Officier de l'Armée
victorieuse mais Virgile par la
protection de Varus , de Pollion , et de
Mécene , obtint d'Octavien la restitution.
de son bien. Ce fut pour remercier co
Prince
AOUST. 1735. 1737
Prince de la grace qu'il lui avoit accor
dée , qu'il composa cette Eglogue dans
laquelle le Poëte parle , ou fait parler son
Pere sous le nom de Tytire.
Cette Piéce fut faite sous le Consulat
de Publius Servilius Isauricus , et de Lucius
Antonius , c'est - à - dire , l'année 713 .
depuis la fondation de Rome. Virgile
avoit environ 19. ans.
TRADUCTION.
Tytire , tu patula.
Melibée. Heureux Tytire , tranquile
ment couché sous cet épais feuillage, vous
vous livrez tout entier au plaisir de jouer
sur le Chalumeau des airs champêtres.
Pour nous , infortunés , on nous chasse
de notre Pays natal , on nous force d'abandonner
des Campagnes cheries , nous
sommes bannis de notre Patrie ; Et vous ,
fortuné Tytire , couché negligemment à
l'ombre , vous aprenez aux Echos des
Forêts à répeter le nom de votre Amaryllis.
à
O Melibae , Deus.
Tylire. C'est un Dieu , cher Melibée ;
qui je dois le repos dont je joüis. Ouys
ce Dieu sera toujours l'objet de nos plus
tendres voeux , et souvent j'immolerai sur
son Autel le plus gras de mes agneaux.
Si
1738 MERCURE DE FRANCE
Si mon Troupeau erre en liberté dans ces
pâturages , si moi - même je puis au gré
de mes désirs jouer sur mon Chalumeau
les airs qui me plaisent le plus , c'est un
effet de sa bonté .
Non equidem invideo.
Melibée. Votre bonheur me fait moins
d'envie , qu'il ne me cause d'étonnement.
Se peut- il que vous soyez si tranquile au
milieu du désordre qui regne dans nos
Campagnes Victime de la fureur d'un
Barbare étranger , je me trouve contraint,
tout malade que je suis , de conduire loin
de ces lieux quelques chèvres que j'ai sauvées
de ses mains : En voici une que j'ai
bien de la peine à faire suivre ; car ici près
sous ces coudriers elle a mis bas deux chevreaux
qui étoient toute l'esperance de
mon Troupeau: Helas ! il a fallu les abandonner
sur le caillou où ils étoient nez.
Le Ciel , insensé que j'étois , à quoi pensois-
je alors ? m'a donné plus d'un présage
de cette disgrace . Souvent la fou
dre tombée à mes yeux sur un chêne ,
souvent une Corneille , pour mon malheur,
helas ! trop veritable , me l'avoit
annoncé du haut d'un Arbre creux . Cher
Tytire , je me suis aveuglé. Vous cependant
aprenez-moi , je vous prie , quel est
ce Dieu qui vous est si favorable ?
Vrbem
AOUST. 1735. 1739
Urbem
quam.
Tytire. Quelle étoit ma simplicité !
cher Melibée ; je m'étois figuré que la
Ville que l'on apelle Rome , étoit semblable
à celle où nous avons coûtume
d'aller vendre nos agneaux ; et je croyois
qu'il n'y avoit entr'elles d'autre difference
que celle qui se trouve entre les
grands chiens et les petits , entre les brebis
et leurs agneaux : et je ne jugeois de
la grandeur de Rome , que par la distance
qui est entre les grandes choses et les
petites ; mais Rome s'éleve autant au dessus
des autres Cités , que les plus beaux
Ciprès s'élevent au- dessus des plus rampants
arbrisseaux.
Et qua tanta.
Melibée. Mais encore quel motif vous
conduisoit à Rome ?
Libertas qua.
>
men-
Tytire. La liberté : cette Divinité a daigné
jetter sur moi un regard favorable ,
un peu tard à la verité , lorsque j'étois
cassé de vieillesse
et que mon
ton étoit chargé d'une barbe blanche :
elle s'est enfin offerte à moi , après avoir
été long temps l'objet de mes voeux , et
je joüis de ses faveurs depuis que j'ai quitté
Galatée , pour m'attacher à Amaryllis.
Il faut aussi l'avouer , tandis que Galatée
1740 MERCURE DE FRANCE
> latée me tenoit sous ses loix , je vivois
sans esperance de liberté , et sans aucun
soin de mon petit bien. J'avois beau présenter
à l'ingrate des agneaux dignes d'être
offerts sur les Autels des Dieux : J'avois
beau presser pour elle des fromages
délicieux ; je revenois chés moi sans aucune
marque de sa reconnoissance. J'ai
donc pris le parti de m'éloigner d'elle.
Mirabar quid.
Melibée. Aussi étois - je surpris de voir
Galatée,abatuë de tristesse , implorer le secours
des Dieux . Je ne sçavois pour quoi
elle négligeoit de recueillir les fruits de
ses vergers. Tytire étoit absent. Cher Ty
tire , ces pins , ces vergers , ces fontaines
, tout vous invitoit à revenir.
Quidfacerem ?
Tytire. Qu'aurois-je fait de mieux ?
Comment sortir autrement d'esclavage ?
Où trouver ailleurs des Dieux aussi puissants
? C'est là , Melibée , que j'ai vû ce
jeune Heros à qui chaque année j'offrirai
pendant douze jours des Sacrifices . Ce
Dieu,lui- même prévenant ma priere , m'a
fait entendre cette réponse favorable ;
Bergers,paissez vos troupeaux , et cultivez
vos campagnes comme auparavant.
Fortunate senex.
Melibée.Heureux vieillard, vous voilà
dong
A OUST. 1735.
1741
donc pour toujours paisible possesseur
de votre petit Domaine ; quoiqu'environné
d'un côté par un rocher , et borné de
l'autre par un marais, il suffit au sage Tytire
. Le changement de paturage n'incommodera
point vos brebis qui seront
pleines , et la contagion qui ravage un
troupeau voisin , ne se communiquera
pas aux meres de votre troupeau. Heureux
vieillard , sous un charmant feüillage,
vous prendrez le frais , tantôt sur
les rives de ces deux fleuves qui vous sont
connus , tantôt sur le bord de ces fontaines
consacrées aux Nymphes . D'un
côté vous serez invité à vous livrer aux
douceurs du sommeil, par le bourdonnement
des Abeilles qui viendront sucer
les fleurs de cette haye qui separe votre
champ de celui de votre voisin. D'un autre
côté vous serez agréablement réjoui
par la voix desucherons, qui, en émondant
les Arbres sur ce rocher , feront retentir
les airs de leurs Chansons. Cependant
les Ramiers , vos délices , mêleront
leurs gémissemens à ceux de la Tourterelle.
Ante leves.
Tytire. Aussi verra- t'on les Cerfs paître
dans l'air , la Mer tarir , les Poissons
laissés à sec sur ses rivages , la Saone arroser
1740 MERCURE DE FRANCE
latée me tenoit sous ses loix , je vivois
sans esperance de liberté , et sans aucun
soin de mon petit bien . J'avois beau présenter
à l'ingrate des agneaux dignes d'être
offerts sur les Autels des Dieux : J'avois
beau presser pour elle des fromages
délicieux ; je revenois chés moi sans aucune
marque de sa reconnoissance. J'ai
donc pris le parti de m'éloigner d'elle .
Mirabar quid.
Melibée . Aussi étois- je surpris de voir
Galatée, abatuë de tristesse,implorer le secours
des Dieux . Je ne sçavois pour quoi
elle négligeoit de recueillir les fruits de
ses vergers. Tytire étoit absent. Cher Tytire
, ces pins , ces vergers , ces fontaines
tout vous invitoit à revenir.
Quidfacerem ?
}
Tytire. Qu'aurois-je fait de mieux ?
Comment sortir autrement d'esclavage ?
Où trouver ailleurs des Dieux aussi puissants
? C'est là , Melibée , que j'ai vû ce
jeune Heros à qui chaque année j'offrirai
pendant douze jours des Sacrifices. Ce
Dieu,lui- même prévenant ma priere , m'a
fait entendre cette réponse favorable :
Bergers,paissez vos troupeaux , et cultivez.
vos campagnes comme auparavant.
Fortunate senex.
Melibée.Heureux vieillard , vous voilà
dong
AQUST. 1735.
1741
donc pour toujours paisible possesseur
de votre petit Domaine ; quoiqu'environné
d'un côté par un rocher , et borné de
l'autre par un marais , il suffit au sage Tytire.
Le changement de paturage n'incommodera
point vos brebis qui seront
pleines , et la contagion qui ravage un
troupeau voisin , ne se communiquera
pas aux meres de votre troupeau . Heureux
vieillard , sous un charmant feüillage,
vous prendrez le frais , tantôt sur
les rives de ces deux fleuves qui vous sont
connus , tantôt sur le bord de ces fontaines
consacrées aux Nymphes . D'un
côté vous serez invité à vous livrer aux
douceurs du sommeil, par le bourdonnement
des Abeilles qui viendront succr
les fleurs de cette haye qui separe votre
champ de celui de votre voisin . D'un autre
côté vous serez agréablement réjoui
par la voix desucherons , qui, en émondant
les Arbres sur ce rocher , feront retentir
les airs de leurs Chansons. Cependant
les Ramiers , vos délices , mêleront
leurs gémissemens à ceux de la Tourterelle.
Ante leves.
Tytire. Aussi verra- t'on les Cerfs paître
dans l'air , la Mer tarir , les Poissons
laissés à sec sur ses rivages , la Saone ar-
>
roser
1742 MERCURE DE FRANCE
roser le Pays des Parthes , et le Tigre traverser
la Germanie , avant que l'image
de ce Heros s'efface de mon coeur.
At nos,
!
Melibée. Pour nous , infortunés que
nous sommes , nous irons habiter , les
uns les Plaines brulantes de l'Afrique ,
les autres les Régions glacées de la Scithie
, quelques- uns passeront en Crete
sur les bords de l'Oaxe , ou dans les Isles
Britaniques séparées du reste de la Terre.
Quoi jamais pas même après un long
exil , je ne reverrai ma Patrie ! Quoi après
quelques années je n'aurai point le plaisir
de revoir ma pauvre Cabane et mon petit
Domaine ! Quoi ces Champs cultivés
avec tant de soin , seront la proye d'un
Soldat inhumain Un Barbare recueillera
ces moissons ! Cruelle discorde , voilà
les extrémités où tu as réduit nos malheureux
Citoyens !Voilà pour quelles gens
nous avons ensemencé nos Terres . Infortuné
Melibée ente à présent des Poiriers
, Plante des Vignes au cordeau . Allez
, mes Chèvres , Troupeau autrefois
heureux , allez chercher ailleurs des pâturages.
Couché dans un antre tapissé de
verdure , je ne vous verrai plus sur le
penchant de cette colline couverte de
buissons ; vous . n'entendrez plus le son
,
de
AOUST. 1735 1743
1
de ma Musette , ma Houlette ne vous.
conduira plus en ces lieux où vous broutiez
le saule et le citise.
Hic tamen.
Tytire. Cependant cher Melibće
pourquoi vous hâter ? Rien ne vous em
pêche de passer ici la nuit avec moi . La
verte jonchée vous servira de lit. Je vous
offre des fruits , des châtaignes et du fromage
à foison. Où irez vous ? Déja la
fumée qui s'éleve au dessus des maisons
du Village ; déja l'ombre des montagnes
devenue plus grande, nous annonce la fin
du jour.
Scire
L. M. D. C.
RISUS.
Cire velis quid sit Risus ? quærebat id olim
Ardenti studio gens ambitiosa sophorum
Dignaque rideri : reliquis sapientior unus
Assiduo risu , quid sit ridere , docebat
Democritus, talem quis nolit habere Magistrum?
Tu tamen hâc de re quæ sit Sententia nobis
Accipe. Lætitiæ proles gratissima Risus ,
Nascitur hic primùm in cordis penetralibus, indè
Carceris impatiens erumpit , et ilia motu
Pulsa quatit ; ceu cùm maternis exilit infans
Visceribus , sed non duros parit ille dolores
D Dum
1744 MERCURE
DE FRANCE
م ه ب
Dum paritur Rex est, faciat si Purpura reges :
Purpura nascentem namque excipit, inque labellis
Regia purpureis habet incunabula . Molles
Sæpè etiam cunas simul hinc , simul indè cavata
Exhibuere genæ ; pueri vagitibus ortus
Signavêre suos ; Risus non vagit in ortu ,
Vagitus teneros nisi dixeris esse cachinnos.
Flent pueri , fletu aspergit quoque lumina Risus
Sed natat in fletu , nec salsâ immergitur undâ.
Multa infantis habet ; tener est , festivus , amanum
Nescio quid spirat ; levis est , mutatur in horas.
Garrulus est, ultro loquitur, nam murmura voci
Officiumque subit : sed fallere novit , id unum
Non infantis habet ; mentitur gaudia sæpè ,
Tristitiamque tegit :blandum profitetur amorem,
Dissimulatque odium , nec quamvis exeat imo
Corde , aperit sensus imo sub corde latentes.
Sæpè alios fallit , sed se quoque fallit et errat
Sæpiùs. Ah ! quoties alieno tempore prodit !
Dum prodit, quoties peperit mala semina luctûs!
Ergo si falli metuis , ne consule risum :
Si sapis , ipse modum in risu servare memento.
C. P.
EXAOUST.
1735. 1745
1
P
70
ののよ
,
EXTRAIT d'une Lettre de M. D. S. J.
au sujet d'un Livre nouveau intitulé
REMARQUES de Chymie , touchant la
préparation de differens Remedes usités
dans la Pratique de la Medecine.
A Paris , chez Didot , à l'entrée du Quay
des Augustins , du côté du Pont S. Michel
, a la Bible d'or. 1735. in 12. de
144. pages , sans l'Epitre de l'Auteur,
et l'Avis de l'Editeur.
1
E Livre est une critique du Traité
de Chymie de M. Malouin. Pour en
donner une idée et vous mettre en état ,
d'en juger , je vais raporter quelques endroits
pris au hazard dans le Livre.
» On lit page 90. du Traité de Chymie;
il faut deux ou trois parties d'esprit
» de vitriol , pour dissoudre une partie
» de Mercure. Voici la remarque qui se
trouve sur cet article , dans la critique
page 44. le mot d'Esprit de Vitriol est réservépourexprimer
l'huile volatil du vitriol
qui a une odeur de soufre allumé très
penetrante....
Par le nom d'Esprit , on entend
en Chymie une liqueur volatile et penetrante.
Ainsi on dit l'Esprit de Nitre , mais on ne
Dij peut
1746 MERCURE DE FRANCE
peutpas dire l'Esprit de Vitriol pour désigner
l'huile de Vitriol , parce qu'elle n'est pas
volatile.
» L'Antimoine fournit depuis long-
» tems de grands remedes , et quoi qu'on
>> l'ait toujours soupçonné de poison , l'efficacité
de ses préparations à prévalu
» contre les efforts de ceux qui dans tous.
» les tems ont cherché à le rendre odieux,
Traité de Chymie, page 106.
19
L'Auteur auroit bien dê constater ce fait,
que dans tous les tems l'antimoine a été
soup
çonne de poison. Un éclaircissement là -dessus
auroit été important pour l'histoire de ce
mineral. Remarques critiques , p. 59 .
» Le Sel sedatif de M. Homberg n'est
>> plus si fort en usage qu'il l'a été , parce
>> que les Medecins ne reconnoissent plus
» dans lui les effets qu'on lui a attribués
»lors qu'on a commencé à le connoître ;
ce qui vient de ce qu'on ne le prépare
plus aujourd'hui comme l'Auteur l'a
» donné. On donne un Sel cristallisé pour
» un Sel sublimé . Le Sel sédatif a cela de
>> commun avec presque tous les autres
>> remedes composés , qui n'ont bien réus.
»si qu'au sortir des mains de leurs Auteurs,
» parce que dans la suite l'avarice, l'igno-
> rance , ou l'envie de mettre du sien ,
» ont toujours apporté des changemens
dans
AOUST. 1735: 1747
» dans leur préparation . Traité de Chymie
Page 18.2.
Les Chymistes sçavent quelle est la longueur
du procedé de M. Homberg,pourfaire
te Sel Sedatif. Par un feu considerable de
plusieurs heures , on ne sublime selon le pro-"
cedé dont il s'agit , que quelques grains de ce
Sel. Rem . cr . p. 89 .
>> A une petite lieüe de Montespan en
» Gascogne , il y a une fontaine qui don-
» ne abondamment d'un Sel tout-à-fait
» semblable au Sel de Glauber. Tr. de Ch.
page 213 .
la
Cette fontaine de Gascogne n'est pas
seule qui contienne du Sel de Glauber ; et
sans aller si loin, les Eaux de Passy en contiennent
, comme la fait voir M. Boulduc
dans les Mémoires de l'Académie , année
1726. Rem. cr. p . 101.
» Notre Sel ammoniac n'est point na-
» turel, il est artificiel ; c'est un Sel peut-
» être composé d'unSel urineux et du Sel
» marin. Tr. de Ch . p. 281 .
Voilà tout ce que l'Auteur nous dit sur l'origine
du Sel ammoniac ; mais nous avertirons
qu'on peut consulter là- dessus les Mémoires
de la Compagnie de Jesus , dans le Levant
, Tome II. A Paris , 1717. On y
verra la maniere dont les Egyptiens font ce
Sel , et cela merite d'être l . Rem. crit.
P. 121,
D iij L'Aug
1748 MERCURE DEFRANCE
par
la L'Auteur de cette Critique finit
remarque suivante. Un autre défaut considerable
de ce Traité ( dit- il p. 129. ) c'est
que l'Auteur croit qu'en Medecine il faut
mesurer autrement les liqueurs que les drogues
seches et molles , sçavoir , par pintes ,
chopines , &c. en quoi il se trompe. Les
Medecins mesurent les liqueurs par livres ,
demi livres , dragmes , & c . comme les autres
drogues. La pinte varie selon les Lieux ,
mais le poids de Medecine ne varie point.
La pinte de S. Denis , par exemple , est le
double de celle de Paris , et il n'est personne
qui à S. Denis voyant ordonner dans le livre
de notre Auteur , une pinte d'eau de vie ou
d'autre liqueur , n'en mette deux pintes . Il en
sera ainsi des autres lieux. Voilà ce que notre
Auteur auroit dû prévoir.
Je crois devoir vous faire observer à
l'occasion de cette derniere remarque ,
qu'on lit expressément dans le Traité de
Chymie , dans l'Avis , page XV. ce qui
suit. » On entend par chopine la moitié
» de la pinte : la pinte pese deux livres . La
»goute est d'un grain er demi , à peu près
» selon la pésanteur de la liqueur.
» On n'entend point la livre d'Apoti-
» quaire , de douze onces on entend la
» livre de Marchand , de seize onces.
» L'once est &c. Voilà qui est bien précis.
,
A
A O UST. 1735. 1749
のの商
A SON EMINENCE
M. LE CARDINAL DE P. ***
A qui l'Auteur avoit déja présenté quelques
Ouvrages.
Ermettez , grand Prélat , que ces nouveaux
Ouvrages PE
Vous renouvellent mes hommages ;
Si les premiers , en cent recueils épars ,
Ont de votre indulgence attiré les regards
Ceux - ci par leur sujet meriteront sans doute
De votre pieté les propices égards ;
Ma Muse s'ouvre une autre route ;
Loin de moi les amours ou les fureurs de Mars ;
Je chante le souverain Etre
Celebrés
Devant qui je vois disparoître
Cette Myriade de Dieux
par des Vers aussi frivoles qu'eux.
D iiij LET
1750 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. Lefevre , Marchand
Grainier, Fleuriste et Botaniste , à l'enseigne
du Cocq de la bonne foy , au milieu
du Quay de la Megisserie, à Paris.
Contenant un Catalogue instructif des
meilleurs fruits , &c .
'Espere , Monsieur , de vous mettre
bientôt en état de rendre bon
de ma conduite , au sujet de la petite
fleur nommée Oreille d'Ours ; mais en attendant
il sera plus utile pour le Public
que je lui fasse part dans cette saison d'un
Catalogue nouveau des meilleurs fruits
avec les temps justes de leur maturité.
Ouvrage important, que M. le Normand ,
Directeur du Potager du Roy , qui en est
l'Auteur , et de qui je le tiens , ne trouvera
pas mauvais que je communique au
Public , qui lui sera redevable d'une instruction
d'autant plus nécessaire , que
presque tout le monde a des fruits sans
sçavoir ni leurs noms , ni dans quel temps
on doit les
manger , &c. Je suis , &c.
Catalogue
AOUST. 1735. 1751
2
Catalogue des meilleurs fruits , avec les temps
les plus ordinaires de leur maturité.
POIRES. A la my- Juillet.
ETIT MUSCAT , Poires de sept en
Prucule.Excellente et fort estince malgré
sa petitesse , à cause de la finesse de
son musc. Pour l'avoir fort bonne il faut
que l'arbre soit en plein vent , dans un
terrain sec, et même qu'il soit vieux , c'est
la premiere Poire qui meurisse .
AURATE, Poire fort estimée ,elle n'est pas
encore fort connue , elle est presque aussi
hâtive que la précedente , et sept ou huit
fois plus grosse , et d'un gout presque
aussi délicat .
A la fin de Fuillet.
POIRES DE MAGDELAINE OU Citrons des
Carmes , d'un assez bon goût , mais su
jettes à devenir cotoneuses.
Au commencement d'Aoust.
MUSCAT ROBERT ou Poire Dambre ;
on à la Reine , Poire cassante , mais excellente
au sucre , à cause de son musc , et
parce qu'elle n'a point de marc.
CUISSE MADAME , connue en Flandre
sous le nom de Poire de Fusée , fort bon-
D v ne *
1752 MERCURE DE FRANCE
ne son defaut est qu'elle tombe de l'arbre
fort aisement , et qu'elle est trop mûre
près de la queue lorsqu'elle est encore
verte à la tête.
BLANQUETTE à longue queue. Elle est
de beaucoup meilleure que les autres especes
de Blanquettes. Son goût est vineux
, et sa chair tendre.
" EPARGNE ou Poire de Samson ou de
Beau present , fort belle , passablement
bonne , un peu âpre.
POIRE DE CIPRE , ou Rousselet hâtif.
Fort bonne , mais sujette à devenir mol
le ; elle ressemble assés au Rousselet
de Septembre par sa figure et un peu mê
me par son goût , mais qui n'est pourtant
pas si fin à beaucoup près.
A la ny- Aòùst.
POIRE SANS PEAU. Excellente , très
beurée , et d'une eau parfumée.
OIGNONET. Assés bonne , platte , à peu
près de la figure d'un Oignon.
GROS BLANQUET ET PETIT BLANQUET.
Cassantes, fort bonnes au sucre,mais insipides
crues.
BELLISSIME OU Suprême , belle à pein
dre , mais cotoneuse et sans goût.
Cassolette,
AOUST. 1735.
1753
A la fin d'Aoust.
CASSOLETTE. Poire cassante , mais d'un
musc agreable et sans marc , pour cela
excellente au sucre .
SALVIATI , Poire musquée etsans marc,
>
excellente au sucre : on en fait de fort bom
Fatafia.
POIRE DE ROSE ou Epine Rose , assés
bonne mais d'une chair grossiere
ayant beaucoup de marc.
BON CHRETIEN D'ETE' , ou Grassioli.
Belle Poire , mais peu estimée , si ce n'est
pour les compotes , ou pour monter des
plats.
BON CHRETIEN D'ETE" musqué. Belle ,
musquée et cassante , mais non pas seche,
elle est plus estimée que la precedente et
ne réussit point greffée sur Coignassier.
ROBINE Ou Royale musquée , ou à verat ,
ou Muscat d'Aoust . Très estimée , quoique
cassante , parce qu'elle a de l'eau et
qu'elle est d'un parfum excellent..
MILAN BLANC ou Poire aux Mouches 12
ou Bergamotte d'Eté. Tendre et douce
mais cotoneuse .
20
BOURDON MUSQUE" , et Poire d'Orange.
Elles ont de l'odeur , mais elles sont cas
santes et seches,et pour cela peu estimées..
Dvj
Ex
1754 MERCURE DE FRANCE
En Septembre.
ROUSSELET. Poire excellente , tout le
monde le connoît. C'est une erreur que
de faire deux especes du gros et du
petit. Le sujet sur lequel la greffe est posée
, la vigueur de l'arbre , son âge , le
terrain , sec ou humide , dans lequel il est
planté , sont les seules causes du plus ou
du moins de grosseur , de couleur et de
goût.
EPINE D'ETE' , en Italien Bujarda. Excellente
Poire , très fondante et d'un musc
très fin ; elle ressemble assés à l'Epine
d'Hiver par sa figure , si ce n'est qu'elle
est un peu plus allongée vers la queuë ,
une marque de son excellence est qu'on
l'estime , quoiqu'elle meurisse dans le
tems des Pêches , qui bannissent toutes les
Poires de leur saison , hors celle - ci et le
Rousselet.
INCONNUE CHENEAU OU Fondante de
Bresse. C'est à tort qu'on l'a nommée
Fondante , elle ne l'est pas , mais elle est
d'une fort bonne eau , et quoiqu'on net
puisse pas la compter parmi les excellentes
Poires , cependant il est à propos
d'en
planter quelques arbres dans les Jardins
d'une grandeur raisonnable , pour ne se
trouver pas sans fruits entro les Pêches
et le Beuré.
AOUST. 1735. 1755
ANGLETERRE OU Beuré d'Angleterre.
Poire très fondante et d'un goût relevé ,
mais elle mollit extrémement vîte. C'est .
la seule avec l'inconnue Cheneau , qui
puisse garnir le vuide dont on vient de
parler entre les Pêches et le Beuré.
En Octobre.
BEURE'. Excellent , tout le monde le
connoît ; le vert , le gris , le rouge , le
doré sont tous de la même espece. Ces
differences ne viennent que des mêmes
causes qui ont été raportées ci- devant à
l'occasion du Rousselet.
VERTE LONGUE ouMonille bouche d'Au
tomne.Poire fort bonne , fondante et fine ,
elle seroit beaucoup plus estimée si elle
meurissoit avant le Beuré dont la compagnie
lui est fort désavantageuse.
VERTE LONGUE SUISSE OU Mouille Bouche
Panachée. Elle n'est differente de la précédente
, qu'en ce que celle- ci est rayée de
jaune et de vert ; le bois est panaché comme
le fruit.
BERGAMOTTE D'AUTOMNE . Poire excellente
, très beurée , pleine d'eau et d'un
parfum fort agréable dans les terres seches
et legeres , elle est cependant sujette
à devenir cotoneuse.
BERGAMOTTE SUISSE. Elle n'est diffe
rente
1756 MERCURE DE FRANCE
rente de la précedente que par la couleur,
celle ci est rayée de jaune.
DOYENNE'. Poire de S. Michel , Poire
de Neige , ou Poire de bonne ente , fort
belle et assés bonne , mais sujette à mol
lir et à devenir cotoneuse ; elle seroit
plus estimée , si elle meurissoit dans une
autre saison , le Beuré lui fait tort.
BEZY DE LA MOTTE . Poire excellente
et fort estimée , parce qu'elle est très - fondante
, son arbre charge beaucoup en plein
vent à haute tige , et son fruit y est meilleur
qu'en aucune autre situation. C'é
toit la Poire favorite de Louis XIV
En Novembre.
MESSIRE JEAN D'un goût exquis
mais dont la chair est fort grossiere et fort
pierreuse.
POIRE DE VIGNE , de Damoiselle , longue
queue , ou Grise Brune. Petite Poire très
fondante et d'un goût relevé , mais qui
mollit trop vite.
LANSAC OU DAUPHINE . Cette Poire fut
présentée au Roy Louis XV.lorsqu'il étoit
Dauphin, Madame de Lansac étant pour
lors sa Gouvernante. Elle est tendre et
douce avec un petit fumet qui la fait es
timer.
SUCRE VERT. Petite Poire verte, Bew
rée et très- bonne
A O UST. 1735. 1757
CRASANE. Excellente , très fondante et
d'un goût très relevé , tellement que
quelques- uns l'accusent d'être âpre , mais
fort estimée de la plûpart , à cause de ce
goût vineux .
MARQUISE. Excellente,Beurée et d'une
fort bonne eau.
BON CHRETIEN D'EPARGNE . Beaucoup
plus beau que bon ; on s'en sert pour les
compotes.
En Decembre.
PETIT OIN ou Merveille d'Hiver. Beurée
et bonne.
S. GERMAIN , autrefois inconnuë , la
Faze. Excellente et fort estimée , quoique
sujette à être pierreuse , parce qu'elle
est fondante, d'un goût exquis , et qu'elle
se garde long- temps mûre sans mollir ,
qualité qui n'appartient qu'à elle seule
de toutes les Poires fondantes .
LOUISE BONNE. Plus belle ordinairement
que bonnes cependant il s'en trouve
de fort bonnes , provenues de vieux arbres
en plein vent.
ECHASSERIF . Excellente ; c'est grand
dommage qu'elle mollisse si vîte; celles de
plein vent se gardent plus long - temps ,
et sont d'un goût exquis.
AMBRETTE . Excellente et fondante dans
les terrains secs, mais mauvaise
pour
l'ordinaire
1758 MERCURE DE FRANCE
dinaire dans les lieux humides et froids .
MARTIN SEC. Cassant , peu estimé crû,
mais excellent cuit.
VIRGOULEUSE
en Angoumois Bujaleuf,
en Limouzin Chambrette , en Gascogne
Poire de glace. Excellente , très
Beurée et fort estimée, tant pour sa beauté
que pour sa bonté.
EPINE D'HIVER. Poire très fondante ,
et d'un musc très fin . On convient qu'une
bonne Epine est la meilleure et la plus
fine de toutes les Poires , mais il est très
rare de la trouver, et il en faut souvent'ouvrir
beaucoup avant que de la rencontrer,
Janvier et mois suivans.
ROYALE D'HIVER , en Italie Spina de
Carpi. Belle et bonne , quand elle provient
d'un vieux arbre , planté en terrain
sec , mais sans cela insipide et de
peu de valeur.
COLMART. Excellente , fort beurée et
d'un goût très exquis , elle se garde longtemps
, et c'est la derniere Poire Beurée
qui se mange.
BON CHRETIEN D'HIVER. Très beau
cassant , et d'une eau sucrée , excellent
pour les compotes , et pour la décoration
d'une Table.
ANGELIQUE DE BORDEAUX , ou Saint
Martial
A O UST. 17337 1759
Martial. Assés grosse et bienfaite , mais
peu de valeur , quoique quelques uns
assurent l'avoir mangé bonne en certaines
années.
de
BERGAMOTE DE BUGI. Grosse et bonne

en Touraine , où elle est connue sous le
nom de Poire de Ministre ; mais à Paris
on ne s'en sert que pour les compotes.
FRANC REAL , double fleur Cadillac ,
Poire de Livre. Ne se mangent que cuites.
Remarques Generales sur les Poires.
Les Poires en general se greffent sur
le Coignassier ou sur le Franc qui est le
Sauvageon de Poirier , soit de bouture
soir de pepin.
Le Franc est extremement vigoureux ,
et pour cette raison fait des arbres très
grands qui sont tardifs à porter du fruit ,
et qui le donnent moins coloré et de moindre
goût que ceux qui sont sur Coignassier
. En recompense ces arbres sur Franc
durent long- tems , et étant fort grands
ils donnent une prodigieuse quantité de
fruits quand l'âge a moderé leur vigueur
excessive , mais il faut les attendre. Au
contraire les Poiriers greffés sur Coignas
sier,ne deviennent ni si grands nisi vieux;
mais comme ils donnent leurs fruits plus
colorés et de meilleur goût , et qu'ils
sont
1760 MERCURE DE FRANCE
sont d'un raport beaucoup plus prompt ,
( ce qui flate ceux qui plantent ) on ne
s'avise guere de planter du Franc que dans
les terres où le Coignassier ne peut pas
reussir.
res ,
Ces terrains sont ceux qui sont fort
brulans et qui se dessechent assés , avant
et pendant les chaleurs de l'Eté ; les racines
du Coignassier ne s'enfonçant guene
font que couler entre deux terres
assés proche de la superficie , où elles ne
seroient pas en sûreté contre la secheresse
dans ces sortes de terres au lieu
que les racines du Franc , piquent , s'enfoncent
, et se mettent ainsi hors de la
portée de la secheresse .
,
Ce qu'on vient de dire doit s'entendre
seulement pour les arbres à planter en contre
espaliers , palissés en buisson et en
espaliers ; car pour ceux que l'on plante
en plein vent à haute tige , il faut qu'ils
soient greffés sur Franc. Les racines du
Coignassier sont trop foibles et trop peu
profondes pour soutenir ces grands arbres
contre les vents auxquels ils sont exposés
. D'ailleurs comme on ne retranche
presque rien à cette sorte d'arbres que
P'on ne taille comme les autres , l'apas
bondance de la seve se trouve bientôt
partagée dans une si grande quantité
de branches , qu'elle est moderée dans
chacune ,
A O UST. 1735. 1757
chacune , et par consequent ne les em
pêche pas de se mettre à fruit .
Les Poiriers se plantent en espaliers , en
contre espaliers , palisés , en buissons , et
en plein vent de haute tige ; à l'égard des
espaliers , il faut distinguer les bonnes expositions
qui sont celles du Levant et du
Midy ; la médiocre qui est celle du Couchant
, et la mauvaise qui est celle du
Nord .
On ne peut gueres avoir aux environs
de Paris de beau bon Chrétien d'Hyver,
ni de bonnes Bergamotes qu'en espaliers
aux bonnes expositions ; ainsi il faut y
planter ces deux especes de Poires ; mais
on ne conseille pas d'y en planter aucunes
autres qui peuvent fort bien réussir
ailleurs, et qui occuperoient ici des places
qui sont précieuses par le besoin qu'on en
a pour les Pêches , les Cerises précoces ,
quelques especes de Prunes , et les Raisins
muscats , tous fruits à qui ces bonnes
expositions sont nécessaires .
Toutes sortes de Poires s'accommodent
assés de l'exposition du Couchant ,
mais on croit à propos de ne planter en
espaliers que des gros fruits qui sont sujets
à tomber en plein vent , comme Beurée
S. Germain , Crasane , Virgouleuse , &c.
on ne doit pas pour cela se dispenser de
planter
1761 MERCURE DE FRANCE
planter de ces mêmes especes en plein air,
soit en buissons , soit en contre espaliers
palissés , parce qu'en general les fruits
venus en plein air, sont de bien meilleur
goût que ceux de l'espalier.
Pour l'exposition du Nord , il y a peu
d'especes de Poires qui y donnent du
fruit,ces especes sont le Beuré , la Crasanne,
S.Germain ,le Messire Jean, et le Doyenné.
Ces fruits y deviennent gros , sans couleur,
et on doit les employer à faire des compotes
, avant qu'ils soient murs , car la
plupart mollissent avant leur parfaite maturité
, et ceux qui y parviennent sont
insipides et pâteux.
Les contre espalliers pallissés et les buissons
, sont propres pour toutes les especes
de Poires , excepté le bon Chrétien
d'Hyver qui y seroit coloré , et
par conséquent privé de son principal
merite , et les Bergamotes , dont les arbres
réussissent ordinairement très mal.
peu
Pour les pleins vents à hautes tiges , on
doit choisir les especes dont les fruits sont
petits , et par consequent moins sujets à
être abatus par les vents , et quelques
especes , comme le Bezy de la motte , qui
n'étant pas naturellement d'un goût très
relevé , ont besoin de cette disposition
pour le leur augmenter ; car parmi les
fruits
A OUST. 1785. 1763
fruits en plein air , qui ont tous plus de
goût que ceux des espaliers , ceux de
hautes tiges se distinguent considerablement.
POMMES , à la mу- Aoust .
CALVIL D'ETE'. Grosse Pomme rouge ;
qui a la chair legere comme les autres
Calvils , d'un bon goût , mais sujette à
être cotoneuse , lors qu'elle est bien mûre.
Elle est fort agreable pour la décoration
des Tables , sur tout dans les années ou
les Pêches manqueut.
En Novembre.
CALVIL BLANC à côtes. Très belle Pomme
, bonne et qu'on garde quelquefois
jusqu'à Pâques.
Decembre , et les mois suivans.
,
CALVIL ROUGE. Très belle et bonne
Pomme dont la chair est rouge , lorsqu'elle
provient de vieux arbres en terrain
sec. Elle se garde long - tems , et
fait l'ornement des Tables à la fin de l'Hiver.
REINETTE FRANCHE . Fort connuë et
fort estimée par tout pour sa bonté , tant
cruë que cuite , et parce qu'elle se conserve
long - tems.
REINETTE
1764 MERCURE DE FRANCE
REINETTE GRISE . Excellente à manger
cruë , lorsqu'elle est fannée , elle a au
moins autant de goût que la précedente ,
et se garde aussi long- temps.
REINETTE D'ANGLETERRE ou Pomme
d'or. Petite Pomme fort jaune , plus platte
et plus seche que la Reinette franche ;
elle se garde long- tems,
POMME DE VIOLETTE. Grosse Pomme
d'un rouge foncé , dont la chair a le goût
aprochant de l'odeur de la Violette
mais cotoneuse .
FENOUILLET GRIS . Pomme grise qui a
le goût d'anis , excellente lorsqu'elle est
fannée.
,
FENOUILLET ROUGE, Ou Bardin. Comme
la precedente , hors qu'elle est d'un gris
plus sombre avec quelques grandes
taches d'un rouge pourpre ; elle a la
chair plus ferme que la précedente , et
quelque chose de plus fin dans le goût.
APY. Petite Pomme fort jolie pour sa
couleur , d'un rouge vif , sur un fond
blanc clair , on en monte des piramides
magnifiques pour les tables pendant l'HI
ver .
POMME ROSE . Elle ressemble fort par le
dehors à l'Apy. Elle est ordinairement un
peu plus grosse , mais elle ne se garde pas
si long-tems , sa chair est moins seche , et
sent un peu la Rose. Remarques
AOUST 1735. 1765
Remarques generales.
Les Pommes se greffent sur le Franc de
Pommier,qui est le Sauvageon de Pepin ,
sur le Doussin et sur le Paradis , qui sont
deux autres especes de sauvageon .
Le Franc de Pommier , comme celui
de Poirier , fait des Arbres vigoureux ,
tardifs à porter du fruit , mais qui vivent
long- tems ; on ne s'en sert que pour les
Arbres en plein vent de haute tige.
Le Paradis ne faisant pas de grosses
Racines , fait des Arbres qui poussent
peu , qui donnent du fruit très prompte .
ment , et pour cela sont propres à être
plantés en Contre espaliers palissés , ou en
buissons , dans les endroits où on craint
de se borner la vûë.
Le Doussin tient le milieu pour la vigueur
, entre les deux Sauvageons préce
dens ; c'est- à- dire , que les Arbres qu'il
fait , poussent moins que ceux sur Franc,
et plus que ceux sur Paradis , qu'ils se
mettent à fruit plutôt que les uns , et
plûtard que les autres ; enfin qu'ils subsistent
moins long-temps que ceux -là , et
beaucoup plus que ceux- ci.
Les Arbres greffes sur ce Sauvageon ,
sont les plus propres à faire de beaux
buissons ; car ceux sur Franc deviennent
d'une
1766 MERCURE DE FRANCI
d'une grandeur prodigieuse , et ne donnent
du fruit que lorsqu'ils sont vieux ;
et ceux sur Paradis poussent si peu de
bois , qu'on ne peut presque pas leur faire
prendre forme. Ils vivent trop peu , et
sont trop chiffons pour un Jardin d'une
grandeur raisonnable , si ce n'est pour les
endroits où des Arbres plus grands borneroient
quelque vûë que l'on veut cons
server .
Les Pommiers greffez sur ces troisSauvageons
, réussissent assez bien dans toutes
sortes de terres passablement bonnes
même dans celles où les Poiriers languissent
par trop de secheresse.
>
On trouve communément dans les Jardins
bien d'autres especes de Pommes ,
que celles qui sont énoncées au Catalo-
,
gue
ci -dessus ; mais loin de s'attacher à
ce grand nombre d'especes médiocres
on conseille volontiers de s'en tenir à la
Reinette franche , à la Reinette grise ,
aux Calvils , aux Fenouillets , à l'Apy ,
et à la Pomme rose , qui sont sans_contredit
, les meilleures especes ; et de rejetter
les autres qui sont inférieures à celles-
ci , et qui meurissent dans le même
temps, posant pour maxime ,qu'on ne doit
souffrir de fruits médiocres , que dans les
saisons où on n'en a point de fort bons.
CERISES
A O UST. 1735.
1767
CERISES vers la fin de May.
CERISES PRECOCES , ne sont considéra
bles , que par leur primeur ; et par conséquent
ne doivent se planter qu'à un Espalier
au Midi ou auLevant , et jamais à
une mauvaise exposition ni en plein
pas hâtives.
vent , où elles ne seroient
A la my-Juin.
CERISES COMMUNES , sont plus belles
et meilleures que les précedentes , mais
moins belles et moins bonnes que les suivantes
; il n'en faut que pour garnir le
vuidé qui se trouveroit entre les Precoces
et celles de Montmorenci .
Vers la fin de fuin.
CERISES DE MONTMORENCY , sont belles
et bonnes , on s'en sert pour les Confitures
et pour les Ratafiats.
GUIGNES BLANCHES ET NOIRES . Les
blanches sont plus estimées que les noires
il ne faut des unes et des autres
que pour attendre les Bigareaux qui sont
beaucoup plus beaux et meilleurs.
,
Vers la my-fuillet.
CERSIES ROYALES ou d'Angleterre, sont
très-grosses et très- douces , l'Arbre fleu-
E rit
1768 MERCURE DE FRANCE
rit beaucoup , charge peu , et ressemble
fort au Griottier.
GRIOTTES , c'est une espece de grosse
Cerise noire , fort estimée , parce qu'elle
est fort douce ; son Arbre charge fort
peu , quoiqu'il fleurisse beaucoup .
BIGAREAUX . C'est à tort que quelquesuns
les divisent en deux especes ; sçavoir
, gros et petits , il se trouve toujours
des deux especes sur le même Arbre ; et
si un Arbre les donne generalement plus
gros qu'un autre,on ne doit imputer cela
qu'à la vigueur de l'Arbre , et non pas
multiplier les
especes faussement.
REMARQUES sur les Cerises.

En Italie , et en quelques Provinces
du Royaume , comme en Dauphiné , ce
qu'on apelle Griottes , ce sont nos Cerises
, et ce que nous apellons Griottes en
France ils le nomment Cerises. En
Poitou et en Angoumois , on apelle Guignes
ce que nous apellons Cerises ; on
apelle Cerises ce que nous apellons Merises
; et on apelle Guindoux ce que nous
apellons Griottes.
Tous les Cerisiers en general se greffent
sur le sauvageon de Cerisier , ou sur
le Merisier , en fente ou en écusson ;
mais ils s'accommodent ordinairement
mieux
A O UST. 1735. 1769
mieux de la greffe en écusson à la pous
se , c'est- à dire , de celle qui se fait avant
la S. Jean.
Ils réussissent assés bien dans toutes
les terres qui ne sont pas absolument
mauvaises ; mais mieux dans celles qui
sont legeres et sabloneuses .
Les Cerisiers de Cerises Royales , et
les Griottiers , sont si semblables par leur
bois , la maniere de le pousser , la grandeur
et l'épaisseur de leurs feuilles , par
la quantité extraordinaire de leurs fleurs
disposées sur l'une et sur l'autre de la
même maniere ; enfin le par peu de fruit
qui y tient en comparaison de cette
quantité de fleurs , même par la grosseur,
la figure et la douceur de leurs fruits
qu'on croit volontiers que ce sont deux
especes de Griottes , dont l'une est rouge
et l'autre noire .

PRUNES au commencement de Juillet.
,
JAUNE HATIVE , ou Prune de Catalogne.
C'est la plus hâtive de toutes les
Prunes , elle est très douce et assés estimée
, parce qu'on n'en a point encore
de meilleures dans cette Saison .
VIOLETTE HATIVE , ou Grosse noire de
Montreuil. Grosse et très- belle Prune ,
presque aussi hâtive que la Jaune ; mais
E ij
sa
1770 MERCURE
DE FRANCE
sa beauté et sa primeur font tout son merite
; car elle n'est pas bonne.
A la my- Juillet.
PERDRIGON HATIF , ressemble assés au
Perdrigon violet par sa figure et par sa
couleur , mais n'en aproche pas par sa
bonté , quoiqu'elle soit meilleure
précedente.
A la fin de Juillet.
que
la
GROSSE MIRABELLE , ou double Mirabelle
, ou Mirabelle perlée. Très bonne
Prune, pleine d'eau et fort sucrée ; c'est
de toutes ces prunes , celle qui aproche
le plus de la bonté des trois excellentes
dont on va parler ; et ce qui lui est avantageux
, c'est qu'elle meurit avant elles
dans une Saison où elle est sans concurrente,
En Aoust.
PRUNE DE MONSIEUR, que quelques-uns
déguisent sous le nom de Damas de Tours.
Assés belle prune , fort commune , passablement
bonne lorsqu'elle est bien
meure.

DAMAS VIOLET et Damas rouge , sont
deux especes de Prunes passablement
bonnes , qui quittent le noyau bien net ,
comme
A O UST. 1735. 1771
comme tous les Damas ; mais qui ne valent
pas les trois especes de Damas qui
suivent.
Damas
DAMAS BLANC , Damas vert
de Maugeron , sont les trois meilleures
especes de Damas , qui étoient autrefois
les plus estimées de toutes les Prunes
lorsqu'on ne faisoit cas que de celles qui
quittoient bien le noyau .
PETITE MIRABELLE. Petite Prune fort
connue , elle est d'un fort bon goût ; mais
elle est séche , et pour cela propre aux
confitures.
>
MIRABELLE ROUGE n'est differente
de la précedente , que par sa couleur.
IMPERIALE VIOLETTE. Grosse Prune ,
de la grosseur et de la forme d'un oeuf de
poule , très -belle , mais insipide.
IMPERIALE BLANCHE ou Dardonne ,
ne differe de la précedente , que par sa
couleur.
PRUNE D'ABRICOT. Belle er bonne
Prune qui a la chair jaune , presque comme
un Abricot commun.
REINE-CLAUDE , à Tours Prune d'Abricot
vert. A Vitry sur Seine , Dauphine.
C'est la meilleure de toutes les Prunes,
elle garde toujours sa couleur verte , quoiqu'elle
soit meure ; celles qui ont été
bien découvertes sont fouettées de rouge ,
E iij
1772 MERCURE DE FRANCE
à cause du Soleil ; elle n'est pas belle ,
mais elle dédommage bien la vûë par le
goût ; on en envoye tous les ans une
grosse quantité de Tours à Paris , par
présent, dans des coffrets garnis de coton.
, ROYALE , ou Perdrigon d'Italie très.
belle et excellente ; sa couleur est d'un
rouge un peu foncé ; mais elle est ordinairement
si fleurie , qu'elle paroît toute
blanche, elle a moins d'eau que la Reine-
Claude ; mais elle est cependant excellente.
PERDRIGON VIOLET. Excellente Prune
longuette , très - fleurie , plus petite que
la précedente , mais qui fait avec elle et
la Reine- Claude , une classe de Prunes
que les autres ne suivent que de loin
la bonté .
ne ,
>
pour
PERDRIGON BLANC. Fort bonne Prusemblable
au Perdrigon violet par la
figure , mais qui lui est inferieure par sa
bonté.
DIAPRE'E . Bonne Prune violette , lonquette
, qui a la chair jaunatre , elle est
fort estimée pour faire des Pruneaux.
SAINTE CATHERINE. Fort bonne Prune
, sur tout lorsqu'on la laisse meurir ,
jusqu'à ce qu'elle soit ridée vers la queuë,
mais il faut pour cela qu'elle soit en espalier
AOUS T. 1735: 1773
palier ; car en plein vent , elle est sujette
à être abatue par les vents.
En Septembre.
DAMAS DE SEPTEMBRE , ou Prune de
Prune violette , qui meurit vacances .
après les autres
merite.
, et c'est son principal
Vers la my- Octobre.
IMPERATRICE , er en Flandres Prune
d'Altesse , est beaucoup meilleure que la
précedente , quoique plus tardive , on en
mange jusqu'en Novembre ; elle a la
chair jaune , et est assés bonne pour faire
plaisir en cette Saison.
REMARQUES sur les Prunes.
Toutes les especes de Prunes se greffent
en fente ou en écusson , sur des sauvageons
de Pruniers , soit de boutures ,
soit de noyau.
La jaune et la violette hâtive , n'étant
considerables que par leur primeur ; on
doit en planter en espalier aux bonnes expositions
; on peut cependant en planter
au Couchant quelques Arbres, qui empê
cheront qu'il n'y ait d'intervale entre ces
especes et les autres .
Les Perdrigons violets et blancs réussissent
1774 MERCURE DE FRANCE
sent ordinairement plus mal ailleurs que
dans ces espaliers bien exposez , et ce
sont d'assés bonnes especes pour meriter
qu'on leur y donne place .
Pour avoir la Sainte-Catherine fort
bonne , il faut aussi en planter quelques
Arbres à ces bonnes expositions , pour les
raisons raportées ci - dessus .
Toutes les autres especes de Prunes
réussissent fort bien en plein air , et n'ont
point besoin du secours de l'espalier.
Ainsi on ne doit pas leur prodiguer les
bonnes expositions ; on peut bien en mettre
à l'espalier au Couchant, lorsque par
la qualité de la terre cette exposition ne
peut pas se garnir de Pêches .
le
Les Pruniers se plantent en plein air ;
en buisson
ou à hautes tiges; mais les
contreespaliers palissés ne leur conviennent
gueres ; parce qu'en general ils sont
trop vigoureux pour être contenus dans
peu de hauteur qu'on donne communément
à ces contrees paliers, pour ne pas
borner la vûë , et en retranchant toujours
ces Pruniers , comme on y seroit obligé ,
afin qu'ils n'excedassent pas le treillage;
ils ne feroient toujours que pousser de
gros bois , et ne se mettroient point à
fruit.
Il faut faire attention que dans les Pepinica
A O UST. 1735. 1775

pinieres de Vitry sur Seine , qui sont les
plus considerables des environs de Paris,
pour les Arbres fruitiers l'excellente
Prune qui est connue à la Cour sous le
nom de Reine-Claude , n'y est connue
que sous celui de Dauphine , et il faut l'y
demander sous ce nom ; car les Marchands
d'Arbres de ce Pays - là fourni
roient pour Reine- Claude une espece de
Damas blanc à qui ils donnent ce nom ;
c'est une Prune seche , et qui n'aproche
pas de la bonté de celle que l'on auroit
dessein d'avoir , et qu'ils nomment Dauphine.
ABRICOTS au commencement de Juillet
ABRICOTS HATIFS ou musqués . Petits,
ronds , ayant la chair blanche et le noyau
rond , on ne l'estime qu'à cause de sa
primeur.
A la fin de Juillet.
ABRICOTS COMMUNS , ou gros Abricots,
ils sont plus plats , plus gros et beaucoup
meilleurs que les hâtifs. Ils ont la
chair jaune.
Remarques sur les Abricots .
L'Abricotier se greffe ordinairement
sur l'Amandier et sur le Prunier , com-
F y me
1776 MERCURE DE FRANCE
me les Pêchés dont il sera parlé ci - après.
Les expositions du Levant ou du Midi
sont necessaires aux Abricots hâtifs ; parce
qu'il n'y a qu'elles qui puissent leur
procurer la primeur qui fait tout leur
merite ; elles sont aussi très -favorables
aux communs ; mais ils ne laissent pas
de réussir aussi au Couchant , sur tout
dans les terres chaudes et seches.
Les Abricotiers communs réussissent
même en plein air en buissons , ou à hautes
tiges, et leurs fruits y sont incomparablement
meilleurs que ceux des espaliers ;
ensorte qu'on n'en planteroit point en espalier
, si le raport de ceux de plein air
toit aussi certain que celui des espaliers ;
mais il est fort ordinaire aux fleurs de
ceux-là , de périr par les gelées du Printemps
, parce qu'on ne peut pas les couvrir
comme les espaliers pendant cette
saison , quoiqu'ils soient beaucoup plus
exposés , n'ayant pas l'abri des murailles
; mais quand le Printemps est favorable
, et que ces Abricots de plein vent se
conservent , ils font mépriser ceux des
espaliers qu'on abandonne aux Confituriers.
Quoique les Abricots réussissent mieux
dans les terres legeres , que dans celles
qui sont fortes , ils s'accommodent ce-
реп:
AO UST. 1735. 1777
pendant assés bien de celles - ci , sur tout
en éspaliers aux bonnes expositions ; on
doit seulement observer de planter sur
Amandier dans les Terres fort legeres ,
et sur Prunier dans celles qui sont pésantes
pour les raisons qui seront apor
tées ci-après , en parlant des Pêches .
-9.b s
PECHES en Juillet.
AVANT PECHE BLANCHE , Pêche de
Troyes , ou Avant Pêche rouge , ne sont
estimées qu'à cause de leur primeur ; la
blanche l'est plus que la rouge.
Au commencement d'Aoust.
PETITE MIGNONNE , Ou Double de Troyes,
est fort bonne , plus grosse , et meilleure
"que les précédentes.
Vers la my- A›ût.
MAGDELAINE BLANCHE et Magdelaine
rouge excellentes , et ne sont differentes
qu'en ce que la rouge est beaucoup plus
colorée , tant dehors , que dedans autour
du noyau ; leurs feuilles qui sont beaucoup
plus dentelles que celles des autres
especes de Pêches , font aisement
distinguer leurs Arbres sans y voir le
fruit.
GROSSE MIGNONNE , excellente , et la
E vj plus
1778 MERCURE DE FRANCE
plus belle de toutes les Pêches; aussi estelle
la plus estimée , et celle dont on doit
planter le plus .
Vers la fin d'Aoust.
ROSSANE. Elle a la peau jaune , et d'un
rouge pourpré du côté du Soleil , sa chair
est jaune , assés séche , et sujette à deve
nir cotoneuse ; son Arbre charge beaucoup
.
,
CHEVREUSE HATIVE . Elle est très - belle
pour sa grosseur et sa couleur sa forme
est un peu allongée , elle est fort sujette
à devenir cotoneuse ; l'Arbre porte beaucoup
de fruit.
BELLEGARDE , ou Galande . Belle Pêche,
quoiqu'un peu longuette , elle est la meilleure
pour
fournir avec la violette , l'intervale
qui se trouve entre les Mignonnes
et les Admirables.
VIOLETTE HATIVE . Pêche, lisse excel
lente et très estimée pour son goût exquis
, et plus vineux
bonnes Pêches.
que
celui des autres
BRUGNON C'est un Pavy lisse, comme la
Pêche violette et qui ne se distingue
d'elle , que parce qu'il ne quitte pas le
noyau.
Ye
AOUST
1735. 1779
Vers la my- Septembre.
'ADMIRABLE ROYALE. Deux belles et excellentes
Pêches , qui meurissent en même
temps, assés semblables dans leurs fi
gures , si ce n'est que la Royale a com
munément comme une petite tête.
PAVY- MAGDELAINE , est fort beau et
assés gros ; sa couleur est d'un rouge clair
comme celle d'une Pêche- Magdelaine ,
et ses feuilles sont dentelées comme celles
de cette Pêche .
POURPREE , ou Chevreuse tardive , trèsbelle
et très bonne Pêche , un peu plus
tardive que les précedentes , elle a la figure
et la beauté de la Chevreuse hâtive
, et n'est pas cotoneuse comme elle ;
son rouge est foncé , et cela lui a fait
donner le nom de Pourprée.
spot
En Octobre.
NIVETTE . Grosse Pêche allongée , mal
unie , et d'une figure assés irréguliere ,
belle et assés bonne , lorsqu'elle meurit
bien ; mais elle a peine à meurir dans les
terrains froids et humides , à moins que,
l'année ne soit favorable.
BLANCHE D'ANDELY . Pêche toute
blanche dedans et dehors , peu estimée.
ADMIRABLE JAVNE. Grosse Pêche fort
tar1780
MERCURE DE FRANCE
tardive , qui a la chair jaune , elle meurit
rarement aux environs de Paris , et n'y
est pas estimée .
VIOLETTE TARDIVE ou Pêche marbrée:
Pêche lisse , jaune , fouettée de rouge, qui
meurit rarement en ce Pays ; elle est fort
sujette à se crevasser .
PAVY DE POMPONNE ou Pavy Monstrueux.
Très- gros et très - beau Pavy , de
la forme et de la couleur d'une belle
Pêche Royale ; il ne meurit que dans
les années et dans les terres avantageuses.
Remarques sur les Pêches.
Les Pêchers se greffent ordinaire
ment en Ecussons sur Amandier ou
sur Prunier ; les racines de l'Amandier
piquent fort avant dans terre ,
au lieu que celles du Prunier s'enfon
cent beaucoup moins , c'est sur ce fondement
qu'on plante les arbres greffés
sur Amandier , dans les terres qui sont si
seches et si brulantes , que les racines du
Prunier ne seroient pas en sureté contre
la secheresse , et au contrairé dans
les terres humides , et dans lesquelles l'eau
n'est pas éloignée de la superficie , on
ne doit planter que sur Prunier , parce
que les racines de l'Amandier en s'enfonçant
trouveroient l'eau qui les pour-
Tiroit.
AOUST. 1735. 1781
Les Pêchers s'accommodent beaucoup
mieux d'une terre legere que de celles
qui sont froides et pesantes , où la gom.
me les estropie et souvent même les fait
périr. Il n'y a gueres que les Espaliers
au Levant et au Midy , qui leur conviennent
, et ils ne réussissent au Couchant
que dans les terrains fort chauds
et secs . Dans les Jardins d'une grandeur
raisonnable , on doit planter quelques.
arbres d'avant Pêches et de petite Mignonne,
qui annoncent , pour ainsi - dire ,
celles qui les suivent, et qui valent beaucoup
mieux qu'elles mais dans les petits
Jardins on doit les suprimer et réserver
le peu de bonnes expositions que
l'on a pour les suivantes.
3
De toutes les Pêches la grosse Mignonne
est la meilleure et la plus belle , si elle duroit
pendant toute la saison des Pêches ,
on se passeroit volontiers des autres especes
, excepté la Violette qui est d'une
beauté et d'une bonté differente des autres
Pêchés.
1
Les Magdelaines meurissent dans le mê
me temps que la grosse Mignonne , elles
ne valent pas mieux au goût , sont beaucoup
moins belles , et par conséquent ne
se font pas admirer en sa compagnie,
outre cela elles quittent l'arbre si facilement
1782 MERCURE DE FRANCE
lement dans le temps de la maturité ,
qu'on a le désagrément d'en perdre une
grande partie qui se meurtrit en tombant
, ainsi il faut en planter peu . Tout
ce qui détermine à planter des Magdelaines
, c'est que les feuilles de leurs arbres
ne se recoquillent point par les
froids du Printems , comme celles des
autres especes , dont les arbres et les fruits
souffrent beaucoup dans ces temps - là .
La Bellegarde et la Violette se lient
par leur commencement aux Magdelaines
et à la Mignonne , et par leur fin à l'admirable
et à la Royale , qui sont ellesmê.
nes suivies par la Pourprée ; en sorte
que ces especes produisent pendant six
semaines , sans interruption , une suite
de très bonnes Pêches , à la fin desquelles
vient la Nivette , qui est fort bonne ,
lorsque l'Automne est favorable.
On ne conseille point de planter d'espe
ces plus tardives , si ce n'est le Pavy de
Pomponne , à cause de sa beauté ; car les
Pêches ne valent plus rien dès que les
nuits deviennent froides. Il est inutile
aussi d'employer son Jardin en especes
médiocres , qui meurissent pendant cette
suite de très bonnes Pêches dont on vient
de parler , suivant la maxime déja raportée
, que les fruits médiocres ne doivent
A OUST.
1735. 1783
vent se tolerer que dans les saisons où
on manque des bons.
Les Pavis ont plus de goûr que les Pêches
dans les Pays chauds ; le climat de
Paris ne leur est pas si avantageux et
ne leur fournit ni le goût ni la délicatesse
des Pêches. Ils y ont toujours la chair
grossiere et coriasse ; le seul avantage
qu'ils y ont sur les Pêches , c'est qu'ils sont
propres à être pochetés sans s'écraser ,
ce qui plaît beaucoup aux Dames. Les
trois especes inserées dans le Catalogue
sont les meilleures qui meurissent ordinairement
aux environs de Paris , encore
s'en sert- t'on plus pour les Compotes
qu'à les manger cruds.
FIGUES au commencement d'Août.
FIGUE BLANCHE RONDE ; c'est la plus
estimée de toutes les Figues pour ce Payscy
; elle est fort belle , fort bonne , et
celle dont le fruit d'Automne meurit le
plus aisément.
FIGUE BLANCHE LONGUE , est fort belle
et fort bonne ; mais outre que son fruit
d'Automne a plus de peine à meurir que
celui de la précédente , son fruit d'Eté
a moins d'eau que la ronde , et quelquefois
même il seche sur l'arbre , lorsqu'il
se trouve trop découvert de feuilles.
Ces
1784 MERCURE DE FRANCE
Ces deux especes de Figues sont les
seules dont on doive planter en ce Payscy
, toutes les autres especes fort estimées
dans les Pays chauds , donnent si peu
de contentement aux environs de Paris ,
qu'on n'en trouve presque plus que
dans
les Jardins de quelques Curieux , qui
veulent absolument avoir de tout , sans
distinction.
Les deux especes de Figues blanches
donnent beaucoup de Figues - Fleurs , ou
Figues d'Eté qui meurissent toujours , à
moins de quelque accident particulier ,
et beaucoup de secondes Figues ou Figues
d'Automne , qui ne meurissent que
lorsque l'Automne est favorable.
Les autres especes donnent peu de Figues
- Fleurs ; et comme il est assés rare
qu'il fasse assés chaud pendant l'Automne
pour meurir les secondes , cette seule
considération suffiroit pour justifier que
c'est avec raison qu'on les a abandonnées
pour ne ggaarrddeerr que les blanches.
On croit inutile de raporter les noms
de toutes ces Figues dont on ne conseille
point de planter. Les Figuiers se multiplient
aisément par les marcottes , ou
de bourures , ils se plantent en Espaliers
aux bonnes expositions ou en plein air,
soit en caisses , soit en pleine terre ;
les
A OUST. 1735. 1785
les Figues de plein air ont beaucoup plus
de goût que celles des espaliers , et celles
des caisses sont plus hâtives que celles
de pleine terre.
Le Figuier est un bois tendre , sujet
à périr dans les hyvers rudes par les fortes
gelées , et plus encore par les verglats ;
c'est pourquoi on doit serrer ceux qui sont
en caisses, et couvrir ceux qui sont en pleine
terre , de fumier sec , de paille longue
ou de quelqu'autre matiere équivalente.
Il est vrai que ces couvertures ne seroient
pas nécessaires tous les ans , si on
pouvoit prévoir le degré de froid qui
- doit venir pendant l'Hyver , on s'épargneroit
souvent cette dépense et les arbres
n'en feroient que mieux ; car outre
que les rats et les mulots maltraitent souvent
les Figuiers sous ces couvertures
le fruit est si tendre , lorsqu'on le de couvre
au Printems , qu'il est exposé à périr
par la moindre petite gelée , par un
grand hâle qui le desseche, ou par un Soleil
ardent qui le brule avant qu'il soit endurci
à l'air .
Les Figuiers en caisse se mettent fort
à la mode , tant à cause que leur fruit
est plus hârif et meilleur que celui de
pleine terre , que par la facilité qu'il y
à à les conserver l'Hyver , d'autant qu'il
leur
1786 MERCURE DE FRANCE
leur suffit d'avoir une Serre qui les merte
à couvert des plus fortes gelées ,
et qu'on peut en serrer un assés bon
nombre dans un petit endroit , parce
qu'il n'y a rien à leur faire pendant l'hyver
; joignez à cela qu'on est dispensé
par ces caisses d'employer en Figuiers
une partie des Espaliers bien exposés ;
dont on n'a jamais trop pour les Pêches
et les autres fruits à qui ils sont absolument
nécessaires .
Il est vrai qu'il faut à ces caisses d'amples
et fréquentes moüillures pendant
Eté , mais en les rangeant proche de
l'eau lorsqu'on les sort de la Serre , ces
arrosemens ne sont pas d'une fort grande
dépense.
RAISINS à la fin de Juillet.
RAISIN PRECOCE , ou de la Magdelaines
tout son mérite est d'être hâtif.
Vers la fin d'Août.
CHASSELAS , beau et excellent Raisin ,
qui meurit facilement et qui est très-doux.
CIOUT A Ou Raisin d'Autriche ; bon ;'
doux comme le Chasselas ; ses feuilles
sont découpées en feuilles de persil.
RAISIN DE CORINTHE blanc , et Raisin
de Corinthe violet , deux especes de petit
Raisin
A O UST. 1735. 1787
Raisin sans pepin , dont les grapes sont
ordinairement très grosses , les grains
très menus et fort pressés .
·
En Septembre.
MUSCAT BLANC; Muscat violet , et Muscat
rouge. Ces trois especes de Muscat
sont peu differentes par le goût , ce sont
de très beaux et très excellens Raisins
, lorsqu'ils sont bien meurs , mais
dans la plupart des Jardins des environs
de Paris , ils ont besoin pour meurir d'être
aidés , comme on le dira cy après ;
encore dans bien des années ces secours
ne leur suffisent pas .
En Octobre.
MUSCAT LONG , Passe musqué , ou
Muscat d'Alexandrie. C'est un très - gros
Raisin , long et très - excellent , lorsqu'il
est planté dans un terrain assés
chaud pour pouvoir meurir ; encore avec
cet avantage de terrain , il faut que l'année
soit favorable ; ainsi il est inutile
d'en planter dans les terres froides , si
ce n'est pour les confitures .
VERJUS , ou Bourdelais , gros Raisin
dont on se sert avant qu'il soit mûr
pour la Cuisine et pour les Confitures .
La Vigne se multiplie aisément par
mar1788
MERCURE DE FRANCE
marcottes ou de boutures , qui prennent
racine fort aisément , soit qu'elles soient
seulement du bois de l'année , ce qui
s'appelle simplement Boutures , soit qu'il
y tienne un peu de vieux bois , et pour
lors elle se nomment Crossettes.
Les Vignes se plantent en espalier ou
en plain air , soit pour les palisser sur
quelques Treillages ou Berceaux , soit
pour soutenir seulement chaque Sep avec
un Echalas , comme on fait communément
dans les Vignes de la Campagne.
Les Muscats , et sur tout le long , demandent
absolument l'espalier à une
bonne exposition ; par la difficulté qu'il
Y à les faire meurir , il est aussi nécessaire
au Raisin Précoce , pour lui procurer
la primeur , qui fait tout son mérite.
Les espaliers bien exposés sont aussi
fort avantageux aux Chasselas Ciouta
et Corinthe , ils y deviennent plus beaux
et y meurissent plus sûrement qu'ailleurs,
cependant ces especes ne laissent pas de
meurir communément assés bien au Couchant
et même en plein air , sur tout
dans les terres chaudes.
Pour le Bourdelais , comme on ne s'en
sert qu'avant qu'il soit meur , on ne le
plante qu'au Couchant ou au Nord , ou
en
A O UST. 1735. 1789
en plein air , sur quelques Berceaux.
Les Muscats meurissent difficilement
1º. parce que leurs grains sont ordinai--
rement si pressés sur les grapes , que
chacune de ces grapes fait comme une
masse qui ne peut pas être aisément pénetrée
par la chaleur du Soleil , 2 °. parce
que peau de ces grains est beaucoup
plus dure que celle des autres Raisins.
la
Pour remedier à ces accidens naturels
1º. dès que les grains sont gros comme
des pois , on doit avoir soin d'en ôter
la plus grande partie avec des cizeaux , n'en laissant que pour garnir la grape
sans que les grains puissent
se presser
considérablement
lorsqu'ils
seront à leur
grosseur , 2º. lorsque ces Muscats commencent
à s'attendrir
et qu'on les a découvert
peu à peu de leurs feuilles
comme les autres Raisins , il faut les
moüiller soigneusement
par dessus pendant
la chaleur du Soleil , ces moüillures
attendrissent
la peau des Muscats
et leur procurent
cette couleur d'Ambre
qui fait tant de plaisir à la vûë.
L'Enigme du mois de Juillet a été
faite sur la Chaise de commodité , et les
deux Logogryphes sur Frange et Morceau.
1790 MERCURE DE FRANCE
ENIG ME.
LEcteur , je suis de bon
augure ,
Et ne donnerai pas beaucoup de tablature.
La moitié des Humains me tient ; tout s'en ress
sent ;
Si je reste couché comme un pauvre innocent ,
Je ne change pas de figure.
Tel est mon sort que je ne puis du tout
Me tenir tout- à- fait debout.
Mais dans la main d'Iris , ce n'est pas chose
étrange >
A tous les momens si je change ;
Je deviens quadruple en grosseur ;
Du soir au lendemain je change de couleur ,
Plus souvent gris et blanc , que minime et que
jaune ,
Et l'on sçaura ce qu'en vaut l'aune.
Par- là je me trouve engagé
Au produit dont je suis aussi - tôt déchargé ,
Produit de terre , arbres , bêtes , chenilles ,
Bien des préparatifs pour faire des guenilles.
O ! de que gens , sans moi , seroient peu
rens ,
diffe
A l'innocence près , de nos premiers Parens.
J. Chevrier , Organiste à Chemillé en
Anjou. LO
AOUST. 1735.
1735 1791
Q
LOGO G RỲ PHE .
Ui rend l'homme inquiet et souvent plein
deffroi ,
Bouru , non sociable et soupçonneux ? c'est moi ,
Par sept Elemens je subsiste ;
Le Mortel que je tiens ne croit pas que j'existe.
Quatre choisis , si trois tu rejettois ,
Genre je deviendrois , d'espece que j'étois.
Du total ôte deux , tu trouves la personne
Atteinte du mal que je donne.
Quatre autres bien posez, on me fait faire exprès
Pour tenir la Vendange au frais.
Le chef tranché du tout , je fais sentir des peines,
Par un excès fâcheux qui fait tendre les veines
Je suis , réduit à trois , ton unique soutien ;
Tu me conserveras en te ménageant bien.
Retourne- les ; un saint , Juge dans l'Armorique |
Chose rare aux gens de pratique,
Verbe de cinq , avec un nom humain ,
Te dénote un cerveau peu solide , incertain,
Un de moins adjectif , tenez la couche prête ,
C'est- là qu'on guérira la pesanteur de tête.
De trois enfin , tu rends le salut en Latin ,
Tout simplement , sans te faire de fête.
Cher Lecteur , qui crois me tenir ,
Ou qui tâches d'y parvenir ;
F J'ai
1792 MERCURE DE FRANCE
J'ai du bon , du mauvais s mais si je suis entiere,
Evite de m'entretenir ,
Carje t'empêcherois de fermer la paupière.
J. Chevrier , Organiste à Chemillé en
'Anjou.
F
AUTRE.
Aut- il en commençant me montrer toute eng
tiere ?
D'ordinaire en l'air je me tiens ;
Je suis soutenue et soutiens ;
Je porte en haut , en bas, terrestre et marinieres
Je vais tout rondement , j'ai plus d'une grandeurs
Je puis en délinquant devenir meurtriere,
Si l'on m'employe avec trop de roideur ,
Ou du moins la besogne est vaine.
A la moitié d'une douzaine
Du nombre de mes pieds se montre le total ¿
Dont une part désigne un vilain animal
Très-friand de la chair humaine ;
L'autre ce qui nourrit , soutient une liqueur
Fort bonne pour les maux de coeur ,
Qui quelquefois aussi fait remuer la bile.
Joignez le précedent ; soit fixe , soit mobile ;
Je puis être sur Terre assez près de vos yeux ;
Si vous me cherchez dans les Cieux ,
Votre recherche est souvent inutile ;
Ear , contenant des corps rapides , spacieux
Des plus sçavans et des plus curieux ,
2
A
A O UST. 1793 1735
A peine un seul me connoît entre mille.
Pris dans un autre sens , au Rhéteur studieux
Pour bien amplifier je deviens très - utile.
3. 2. f. 4. alors je suis commun ,
Quelquefois je fais mal ,mais sans être importunj
J'orne et je sers l'homme , le quadrupede ,
Et contre le grand froid je suis un bon remede.
Les deux chefs , je suis Fleuve avec distinc
tion ;
2. 3. je ne suis plus qu'une conjonction.
Combinez bien le tout , retranchant le deuxième
Je touche avec succès et le Chanvre et le Lin ,
Le Blé , la Vigne et le Jardin ;
Fille du Ciel , mais non pas du troisiéme ,
Je me rabaisse à servir au Moulin. '
1. et ,2. 4. et 6. sur la Terre et sur l'Onde
On me double . et de mói l'on fait l'essieu de
Monde,
Mettez le s . pour 6. on me fait convenir
Tant au métal qu'au bois qu'on a pris soin
d'unir ;
Mais autrement , je suis l'épithete qu'on donne
A l'homme qu'on croit accompli ,
Et duquel toute la personne
Ne paroît pas faire le moindre pll
4. et 5.4.6 . si vous allez en course ,
Voyez auparavant si vous m'avez en bourse ;'
Tous les mêmes encor en divers sens feront
Fij
Un
1794 MERCURE DE FRANCE
Un haut amas de bois et la baze d'un Pont
Le tout enfin , hormis le cinq , s'explique
Bête à deux pieds , fémelle domestique.
J. Chevrier , Organiste à Chemillé en
Anjou.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX ARTS , &c,
EMOIRES de Charles - Louis ,
Baron de Pollnitz , contenant les
Observations qu'il a faites dans ses Voyages
, et le caractere des Personnes qui
composent les principales Cours de l'Europe
, seconde Edition , revûë , corrigée et
augmentée. A Amsterdam , et se vend à
Londres , chez Ch . Hoguel et Compagnie ;
Libraires dans le Stvand , 1735. 4. vol.
in 12. I. vol. pp. 238. sans la Préface , II
volume, 290. III . vol . 242. IIII . vol. 238,
HISTOIRE NATURELLE DE LA CARO
LINE , la Floride et des Ifles Bahama ,
contenant les Desseins des Oiseaux , animaux
, Poissons , Serpens , Insectes et
Plantes , et en particulier des Arbres des
Forêts,
A O UST. 1735 1799
Forêts , Arbrisseaux et autres Plantes
qui n'ont point été décrits jusqu'à présent
par les Auteurs , ou peu exactement
dessinez , avec leur description
en François et en Anglois. A quoi on
a ajoûté des Observations sur l'Air , lė
Sel et les Eaux , avec des Remarques sur
l'Agriculture , les Grains , les Légumes ,
les Racines , & c. Le tout est précedé
d'une Catte nouvelle et exacte des Pays
dont il s'agit. Par Marc Castesby , de la
Societé Royale. Tome I. A Londres 1731 .
et se vend à Paris , chez Louis Guerin ,
rue S. Jacques. L'Ouvrage est en Anglois.
LES DEVOIRS DE L'HOMME ET DU CI
TOYEN , tels qu'ils lui sont prescrits par
la
Loi Naturelle , traduits du Latin du Baron
de Puffendorf. Par Jean Barbeyrac ;
Docteur et Professeur en Droit à Groningue.
Cinquiéme Edition , accompagnée
comme la précedente , de deux Discours
sur la permission et sur le bénéfice des
Loix et du jugement de M. Leibnitz sur
cet Ouvrage , avec des Refléxions du
même Traducteur , revûë de nouveau
et augmentée d'un grand nombre de Notes
; deux volumes in 8. A Amsterdam ;
chez la veuve de P. D. Coup , et G.
Kuyper
Fiij CHI
1796 MERCURE DE FRANCE
CHIRURGIE THEORICO PRATIQUE des
Playes , par Pierre Guisard , Docteur en
Médecine de Montpellier. A Avignon ,
chez Marc Chave , Imprimeur et Libraire
, près le Convent des Freres Mineurs,
Brochure in 12. pp. 93. L'Ouvrage est en
Latin.
LES ANNALES DE L'ORDRE DE PREMONTRE'
, divisées en deux Parties. A
Nancy , chez la veuve J. B. Cusson et
Abel- Denis Cusson , au Nom de Jesus ,
1734. in folio. Col. 960. pour le corps
de l'Ouvrage , pour les Preuves , Col.
732. sans les Tables et la Préface. L'Onvrage
est en Latin.
L'IDE'E DE LA RELIGION CHRETIENNE
où l'on explique succinctement tout ce
qui est nécessaire pour être sauvé . A
Paris , chez François Jouenne , ruë saing
Jacques , à S. Landry , 1735. in 12 .
MEMOIRES de M. le Marquis de Fieux.
Par M. le Chevalier D. M. A Paris ,
chez Prault , fils , Quay de Conty , 1735 .
in 12. de 184. pages , sans l'Epitre au
Duc de Gesvres , et sans l'Avertissement.
MAXIMES CHRETIENNES, tirées
des
AOUST. 1735: 1797
*
des Lettres de S. Augustin , et rangées
sous differens titres par ordre alphabetique
, in 12. 1735. i . 1. 5. f. Par M. Du
Rois , de l'Académie Françoise. A Paris ,
chez P. G. le Mercier, ruë S. Jacques, au
Livre d'or.
LES OEUVRES DE THEATRE de M. de
Brueys. A Paris , chez Briasson, rnë saint
Jacques 1735. 3. vol. in 12.
LA VIE de la Mere Marie de l'Incarnation
, Institutrice et premiere Superieure
des Ursulines de la nouvelle France . Par
le R. P. Segnery , Jesuite. A Paris , chez
P. G. Le Mercier, ruë S. Jacques , au Livre
d'or , in 8. 1735. 2. l . 5. f.
HISTOIRE DU PEUPLE DE DIEU , depuis
son origine jusqu'à la naissance du Messie
, tirée des seuls Livres saints ; où le
Texte sacré des Livres de l'Ancien Testament
est reduit en un corps d'His
toire. Par le R. P. Berruyer , Jesuite , in
4. huit vol . 1735. 60. livres , chez le même
Libraire.
LE DOYEN DE KILLERINE Histoire
Morale , composée sur les Mémoires d'une
Illustre Famille d'Irlande , et ornéc
Fiiij. de
1798 MERCURE DE FRANCE
tout ce qui peut rendre une lecture utile
et agreable. Par l'Auteur des Mémoires
d'un Homme de qualité. A Paris , chez Didot
, Quay des Augustins , près le Pont saint
Michel , à la Bible d'or 1735. in 12. de
252. pages , sans la Preface .
Si l'Ouvrage que j'abandonne à la presse
, n'a pas de quoi satisfaire le bon goût
que je reconnois dans notre siecle , dit
l'Auteur à la troisieme page de sa Preface,
j'aurai du moins la satisfaction d'avoir
mieux aimé renoncer aux aplaudissemens
que de les chercher par des voyes que je
Condamne. L'état de ma fortune ne me
permettant point de choisir pour sujet
de mon travail , tout ce qui demande du
temps et de la tranquillité ; je me réduits
à ce qui se présente à ma plume , de plus
simple, de plus honnête, et de plus agréable.
Ces trois caracteres s'accommodent
fort bien à ma situation ; le premier par
ce qu'il abrege mes peines, le second , parce
qu'il convient à ma profession et à mes
principes , et le dernier , parce que , facilitant
le débit de l'Ouvrage , il répond à
la principale vûë qui me l'a fait entreprendre.
,
On aprend à la fin de la Preface , que
le dessein de l'Auteur , est de donner la
seconde Partie de cet Ouvrage dans six
semaines ,
AOUST. 1735 1799
semaines , et de continuer ensuite d'en
faire paroître une tous les mois. Il déelare
qu'il a assez d'avance pour être éxact
à suivre cet arrangement , et que tout
l'Ouvrage consistera en douze Parties qui
composeront à la fin de l'année six vo
lumes.
Cet Ouvrage est écrit avec toute la finesse
de stile , toute la legereté et tout
l'agrément de ceux qui sortent de cette
Plume.
QUESTION DE MEDECINE , dans laquello
on éxamine si c'est aux Médecins qu'il
apartient de traiter les Maladies Veneriennes
, et si la sûreté publique exige
que ce soient des Medecins qui se chargent
de la cure de ces maladies. Par M.....
Docteur Regent de la Faculté de Medeeine
de Paris. Brochure in 4° . de 28. pp.
A Paris, chez Cavelier , rue S. Jacques, an
Lis d'or M. DCC. XXXV.
On peut dire que cette question est ici
des mieux aprofondies et qu'elle est des
plus interessantes pour le Public. C'est ainsi
quel'ont jugé Mrs Hecquet , Finot , Chevalier
etBoyer, Commissaires nommez par
la Faculté pour lire l'Ouvrage dont on
vient de voir le titre. » Ils y ont reconnu
la profonde science qui a toujours ho-
F V noré
1800 MERCURE DE FRANCE
» noré l'Ecole de Medecine de Paris , et
» les preuves incontestables du droit ac-
» quis de tous tems aux Medecins de trai-
»ter les Maladies Veneriennes. Cet ou
» vrage en désabusant le Public de la
pen
» sée où on l'a mis , que ces maladies
>> apartiennent aux Chirurgiens convain
cra de cet abus tous ceux qui ne se
>> nouriscent pas de préjugez , et que
l'opinion populaire ne gouverna ja-
» mais , & c. On trouve ensuite de l'Aprobation
de ces Messieurs celle de la Faculté
de Medecine , signée par M. Re
neaume Doyen , datée du 26 Juin 173 %
LE GLANEUR FRANÇOIS , premiere bro
chure . Diversité est ma Devise. La Font-
A Paris , chez Prault Pere , Quay de Gesvres
1735. in 12. de 70 pages
Cet ouvrage est assés varié , il sera
composé , selon qu'on l'aprend dans la
Préface,de petites Piéces fugitives en Vers
et en Prose , er non imprimées , d'Anecdores
Historiques et Litteraires , de traits
plaisans , ou qui du moins m'ont paru
tels , dit l'Auteur , et je tâcherai pour
suit-il , de remplir heureusement le Titre
et la Devise que j'ai pris Si cette premiere
Brochure a le bonheur de ne pas déplaire ,,
jjai des matériaux tous prêts pour en don
ner
A O UST. 1735 : 1801
ner de nouvelles tous les mois au plus tard,
Pour donner quelque idée de ce petit
Ouvrage mêlé de Vers et de Prose , nous
transcrirons ici un fragment d'une Lettre
de M. le Comte de d'H .... à Mademoiselle
D. L. M. sur la cinquième par
tie du Paysan Parvenu.
Il faut distinguer , Mademoiselle , dans
quelque Ouvrage que ce soit , le fond de
l'ouvrage en lui - même, c'est à dire la matiere
qu'on y traite , d'avec la maniere
dont elle est y traitée.La nature parfaite en
elle même , dans la formation des diffé
rens objets qu'elle nous présente , ne leur
a cependant pas attaché , relativement à
nous , un egal degré de bonté , de beauté
, de force , et de vertu . Aussi est- ce de
P'utilité que nous en retirons , ou du tort
qu'ils nous peuvent faire que naît pour
eux notre aversion ou notre goût. De- là
ces differences que nous faisons du chien
d'avec le loup , de l'abeille , et du frelon
de la couleuvre et de l'anguille , et ainsi
de tous les autres Etres qui nous envi
ronnent mais il ne s'ensuit pás de là ,
qu'une parfaite imitation de la nature en
tout genre , ne soit aussi´adimirable que
la nature même qui en est l'objet. Oh´ne
fait pas moins de cas de l'expression du
Titien ,, que de la delicatesse du Correge:
,
F vjj La
1802 MERCURE DE FRANCE
La chute des reprouvez de Rubens , n'a
pas moins de partisans que ses bains de
Diane. Quelle oposition cependant dans
les sentimens , que ces deux Tableaux me
font naître ! L'un m'inspire l'horreur et
la crainte , l'autre l'amour et la volupté.
Je recule d'effroi à la vûë du premier , les
graces m'invitent à venir voir le second.
Là, quel désordre ! Quelle confusion ! Je
ne vois que misere ; les fondemens du
monde s'écroulent ; je n'entens que cris
et gemissemens : quelle peinture affreuse
de ce jour malheureux ! Ici que d'éclat
et de beauté ! quel caractere fleu--
ri et précieux dans toutes ses parties !
quelle blancheur dans les carnations !
quelle delicatesse dans les chairs ! tout y
respire , tout y est animé , tout - rit à mon
ame , mon coeur même est la dupe de
l'art ; la toile y fait naître des sentimens.
Mais des diverses impressions que ces.
deux Tableaux font sur moi , conclurai je
que celui qui me glace d'effroi est mauvais
, parce que mon ame qui ne se plaît
que dans ce qui la flate , ne peut rien
soufrir qui la revolte ? . Non assurément..
Il a fait sur moi l'effet que. natureellment
ily devoit produire ; la crainte qu'il m'imprime
fait son eloge et celui de son Auteur
, qui dès lors a sûrement traité son
sujet suivant la nature,
AOUST. 1735 1803
(K
Peut- être , Mademoiselle , qu'un éxemi
ple d'une autre espece , vous rendra cè
que je veux vous dire plus sensible et plus:
palpable. Il n'y a point de caractere auquel
j'aye été plus long temps à me faire
sur notre Theatre qu'à celui du Menteur.
Je vous avoüerai même , à ma honte , (et
il est vrai aussi que j'étois infiniment plus
jeune ) que les premieres fois que je le
vis jouer , je ne le trouvai pas seulement
suportable. Je dirai plus ; c'est que pendant
ces représentations , un dépit si vic
lent me prenoit , et contre l'Auteur et
contre l'Acteur , et contre le Public , l'un
de nous avoir écrit de pareilles puerilitez
l'autre de prétendre nous en amuser ,
nous les debitant , et de voir enfin le parterre
y aplaudir , qu'à la fin de la seconde
représentation , je pris la plus ferme résolution
de n'y jamais retourner. A quoi
bon,disois je en moi- même ( sans songer
que je faisois malgré moi l'éloge de ce
que je critiquois ) à quoi bon ce cahos de
mensonges amenez si- peu à- propos , et
qui ne conduisent à rien pourquoi Do
rante qui connoît pour lui le foible d'un
Pere , dont- il est si tendrement aimé , le
berce- t'il cependant d'un mariage imagi
naire en Poitou , lorsque pour détourner
celui qu'il lui propose , il n'a qu'à
en
lui
1804 MERCURE DE FRANCE
lui découvrir ingénument l'amour dontil
est épris pour Lucrece ? pourquoi par
an mensonge désinteressé s'attribuë >
'il si mal à propos l'honneur d'un Cadeau
qu'il n'a jamais donné , et au lieu de s'excuser
auprès de sa maîtresse sur la méprise
dans laquelle il est tombé de son
nom , aime t'il mieux faire l'entendu
pour en gagner un autre par un mensonge
? en verité ne faut- il pas avoir perdu
le goût de vraisemblance pour se repaître
de pareilles chimeres et en faut il davanta
ge pour rebuter l'homme le moins rai
sonnable enfin relles étoient alors mes
idées , et toutes mauvaises qu'elles fussent
, je ne m'en serois pas , je crois , encore
défait , et n'aurois pas même lû la
Piece , si un moment d'oisiveté ne m'eut
conduit l'année passée à la Comédie , où
par hazard on joüoit le Menteur. Eh quoi
Toujours le Menteur m'écriai je ) il y
avoit cependant quinze ans que je ne l'avois
vû , mais ce qui nous ennuie revient
toujours trop tôt. ) Les Comediens
n'auront- ils jamais que cette Piéce à nous
donner ? poursuivis -je , ne l'oublieront - ils
jamais pour la gloire de l'Auteur et la
notre déja je me préparois de bonne foi
à me venger sur mes voisins de l'ennui que
je voulois qu'elle me procurar , mais la
bienséance
AOUST. 17350 1805
bienséance du Spectacle mayant forcé malgré
moi , de prêter l'oreille à la réprésentation
, la refléxion que le temps amene
ordinairement avec l'âge , me fit rabatre
beaucoup de mes premiers préjugez. Je
reconnus que le sujet de la Piéce étoit
mieux traité que je ne me l'étois imaginés
que le premier jugement que j'en avois
porté , n'étoit fondé que sur les fausses
idées que je m'étois formé du Menteur ;
que le peu de nécessité où on le mettoit
de mentir , étoit justement ce qui frapoit
son caractere,et le discernoit de celui d'u
ne infinité d'autres personnes , qui forcez
par les circonstances, ne se feroient peutêtre
pas scrupule de lui en donner l'exem
ple,pour se tirerd'un mauvais pas dans le
quel ils se trouveroient ; qu'enfin laPiéce:
étoit moins l'objet de mon aversion que
le caractere en lui même , et que le dépit
qu'elle m'avoit causé étoit plus l'effet de
Fimpudence de celui dont elle repré
sentoit les défauts , que d'aucun dégoût
réel qu'elle m'eut inspiré.
Je vous rends trop de justice , Made
moiselle , pour croire que le jugement
que vous portez sur la cinquiéme Pirtie
du Paysan parvenu , ait d'autre fonde
ment. Car je ne puis m'imaginer que vous
ayez la foiblesse de vous laisser aller à la
prévention
1806 MERCURE DE FRANCE
prévention, ou à ce goût de critique, souvent
unique but que bien des gens se
proposent en lisant , et qui leur ôte le
plaisir d'être touchez des meilleurs Ouvrages.
Non , Mademoiselle , je connois
trop la solidité de votre esprit pour croire
que ces défauts y puissent jamais trouver
accès ; mais votre ame , qui est le sein de
toutes les vertus , hait jusqu'à la peinture
du vice. Accoutumée qu'elle est à la belle
nature dont elle est le modele , elle ne
peut s'accommoder de ces portraits monstrueux
, dont des traits chargez peuvent
seuls nous donner la ressemblance. La
nature qui vous la forma ainsi , pour l'u
nir à son plus parfait ouvrage , a voulu
par là , nous laisser dans le doute éternel
de sçavoir qui nous attachoit le plus
à vous , de la beauté de l'âme , ou de
celle du corps
.
Ce n'est donc point en lui -même l'ouvrage
de M. de Marivaux qui vous déplaît
c'est le caractere de Madame de
Ferval , qui peint comme il est , d'après
maturé , ne peut qu'exciter l'indignation
dans une ame vertueuse , &Gi
LES PANEGYRIQUES DES MARTYRS ,
par S. Jean Chrysostome traduits du Greci
Avec un Abregé de la Pie de ces mêmes
Martyr's
Á O UST. 1735 .
1735. 1807
Martyrs. Par le R. P. de Bonrecueil , Pretre
de l'Oratoire , dédiés à Monseigneur le
Duc d'Orleans. 1. vol . in 8 °. 611. pages
sans la Préface , l'Epitre dédicatoire , et
la Table des Matieres. A Paris , ruë S.
Jacques , chez Charles Osmont , à l'Olivier
, Jacques Clousier , à l'Ecu de France,
Henri , àl'Image S. Louis, M. DEC. XXXV .
Le Public ne peut qu'être prévenu en
faveur de cet Ouvrage , soit par le grand
nom de S. Chrysostome , soit par le zele
du Traducteur , déja connu par plusieurs
Ouvrages de pieté , soit par l'accueil qu'a
fait à celui ci le Prince éclairé et religieux ,
à qui il est dédié. Ce Livre será reçû fa
vorablement de ceux , qui dans leurs lec
tures cherchent moins à s'amuser et à
satisfaire leur curiosité , qu'à s'instruire
et à s'édifier. C'est là le but du Traduc
teur , lequel dans sa Préface , après avoir
montré la vanité des loüanges , que prodiguent
les Orateurs Prophanes , releve
d'une maniere solide les Panegyriques de
son Saint , et fait voir dans un Précis de
sa Doctrine , le fruit qu'on en peut retirer.
En voici quelques morceaux pour
donner une idée de l'Ouvrage .
1
Notre Traducteur ayant raporté quelques
preuves de la Religion , établie
Le S. Docteur , passe à celles qui confir
par
ment
1808 MERCURE DE FRANCE
ment le dogme. Voulez vous , dit - il
convaincre les Hérétiques , qui nient la
présence de Jesus - Christ dans l'Eucharistie
, et l'intercession des Saints ? Opposez
leur ces passages tirez du Panegyrique
de S. Eustate : » La main d'Abra-
» ham n'égorgea point Isaac , mais sa volonté
l'égorgea ; il n'enfonça point le
couteau dans le sein de son fils , il ne
» lui coupa point la gorge ; mais il est
» un Sacrifice non sanglant. Ceux qui
sont initiés aux Mysteres , sçavent ce
que je dis. C'est pour cela que ce Sacrifice
s'acheva , sans répandre de sang,
comme devant être la figure de celui
» de nos Autels . Avez-vous remarqué
l'ombre retracée par avance dans Fan-
» cienne Loi ? Ne soyez pas incrédules à
» la verité .
Et dans le Panegyrique de S. Philo
gone , en parlant de la naissance de J.
» C. Si nous allons vers lui avec foi
» nous le verons infailliblement couché
» dans une Crêche. Cette Table sacrée
» tient lieu de la Crêche. Le Corps du
» Seigneur y est présent , non plus envelopé
de langes , mais environné de
» toutes parts de l'Esprit Saint . Les Fi-
» deles comprennent ce que je dis . Les
Mages ne firent que l'adorer , et nous
VOUS
AOUST. 1809
1735.
" » vous permettons si vous en aprochez
avec une conscience pure , de le pren-
» dre et de vous en retourner chez vous
» après l'avoir pris.
Sur l'intercession des Saints : on n'en
citera ici qu'un seul passage tiré du Panegyrique
de Saint Melece. Cette verité
étant répandue presque dans tous les
autres , où il exhorte les Chrétiens à visiter
souvent les Saints Martyrs , à baiser
leurs Chasses , à se prosterner devant
leurs Tombeaux , &c. » Prions , dit il ,
» tous ensemble ... le Bienheureux Me-
» lece de joindre ses Prieres aux nôtres ;
» car il a maintenant et plus d'accès au-
» près de Dieu , et un plus grand amour
pour nous. Prions- le d'augmenter cette
charité qu'il a pour nous , et de nous
» rendre dignes , tous tant que nous som-
» mes, d'être aussi proches dans le Ciel
» de sa demeure éternelle , que nous som-
» mes ici proches de son Tombeau
» de nous faire obtenir les biens ineffables
qui nous sont promis.
И
»
> et
Voyez comment il aprend aux Fidé
les ( dans le Panegyrique des Martyrs de
toute la Terre ) à faire un aprentissage
du Martyre... Les Martyrs , dit il ,
» ont méprisé la vie , et vous , méprisez
les délices. Ils ont jetté leurs corps dans
le
1810 MERCURE DE FRANCE
» le feù , et vous , jettez maintenant voš
richesses dans les mains des Pauvres.
Ils ont marché sur les Charbons ardens,
>> et vous, éteignez le feu de la concupis
» cence . Ces choses sont penibles ; mais
» elles sont avantageuses. Ne regardez
» pas ce qu'il y a de triste dans le temps
» présent , regardez ce qu'il y a d'agréa-
» ble dans l'avenir. Ne regardez pas les
» maux que vous ressentez , regardez les
biens que vous esperez , regardez , non
les souffrances que vous endurez ; mais
les prix qui y sont attachés ; non les
» travaux , mais les Couronnes ; non les
>> sueurs , mais les récompenses ; non les
» douleurs , mais les joyes qui les doivent
suivre non le feu qui brûle , mais le
Royaume du Ciel qui est pro mis ; non
les Boureaux qui environnent , mais
» Jesus- Christ qui tient la Couronne.
De quel il leur fait- il envisager la
mort qui paroît si terrible à tous les hommes
? Il ne se contente pas de leur dire, que
depuis que J.C l'a soufferte , elle n'est plus
`qu'un nom sans réalité , qu'elle n'est qu'un
sommeil , qu'un voyage , qu'un change
ment de lieu , qu'un port tranquile, qu'u
ne délivrance de toute inquiétudes que les
filles et les femmes si timides de leur nature
, l'afrontent avec assurance : il- les
exhorte
AOUST. 1935 FIF
exhorte aussi dans le Panegyrique de S.
Drosis , d'aller sur les Tombeaux , et de
fréquenter les lieux où sont enterrés leurs
Ancêtres. » La vûë des Tombeaux , dit-
» il n'est pas un foible secours pour
» nous porter à la vertu car si notre
≫ame est endormie dans une honteuse
paresse , elle se réveille à l'instant en
» les voyant Si quelqu'un se plaint de
» sa pauvreté , il reçoit d'abord par cette
» vûë , de la consolation : Si quelqu'un
» s'enfle de vanité pour ses richesses, il est
>> forcé de s'humilier , et d'avoir des sen-
» timens plus modestes. Le spectacle des
» Tombeaux oblige ceux qui les voyent ,
» de songer , malgré eux , qu'ils doivent
» mourir , et les convainc , que de toutes
» les choses présentes , il n'y a rien de
» stable , ni dans les maux , ni dans les
biens , &c. Nous sommes fâchez à cause
de nos bornes , de ne pouvoir pas en
dire davantage,


Rollin fils , Libraire , Quay des Augustins
, à S. Athanase , se propose d'imprimer
une nouvelle Edition 'du Livre des
INSTRUCTIONS CHRETIENNES
-sur les Mysteres de N. S. J. C. et sur les
Dimanches et Fêtes de l'année. Par M.
de S. G. Cet Ouvrage dont il y a déja çu
2 cing
# 812 MERCURE DE FRANCE
cinq Editions en cinq Vol. in 8º. será
dans celle- ci en douze Vol. in 12. et
augmentée de la Vie de l'Auteur qui n'a
pas encore paru. Le prix de ces douze
Vol. sera de 20. liv . Ceux qui voudront
s'assurer d'avance d'un nombre raisonna
ble d'Exemplaires , pouront obtenir une
remise honnête.
On aprend de Londres qu'on y a publié
depuis peu en Anglois , Introduction
àl'Histoire Naturelle des Pigeons domesti
ques. Par M. Jean More , qui fait remarquer
les differentes especes de Pigeons ,
qui jusqu'ici avoient échapé aux recherches
des Curieux .
On doit imprimer par Souscription à
Londres NOUVEAU
>
D'ARCHITECTURE >
TRAITE
contenant

les cinq Ordres , selon les quatre plus célébres
Auteurs , Vignole , Palladio de
Lorme , et Scammozzi , avec 125. Planches
, et l'explication de chaque Planche.
Traduit en Anglois sur l'Original de M.
de Nativelle. Par M. Charles Rivers. Cet
Ouvrage sera imprimé en 2. Vol . in fol.
sur de très - beau Papier Imperial. La Souscription
est de six guinées , dont on
payera la moitié d'avance.
SANCI
AOUST . 1735 1813
SANCTI EUSEBII HIERONYMI , Stridonensis
Presbyteri Opera. Tomus primus.
Post Monachorum Ord . S. Bened . è Congrèg.
S. Mauri , recensionem denuò ad MSS. Codices
Romanos , Ambrosianos , Veronenses , aliosque
nec non ad priores editiones castigatus ; quibusdam
ineditis monumentis aliisque S. Doctoris
lucubrationibus seorsim tantum antea Vulgatis
auctus , Notis et Observationibus continenter illustratus.
Studio ac labore Dominici Vallarsii Veronensis
Presbyteri , Opem ferentibus aliis in eadem
civitate litteratis viris , et præcipuè Marchione
Scipione Maffeio .
Verona , 1734. apud Pet. Ant. Bernum , etJacob,
Vallarsium.
C'est ici le premier Volume de la belle Edition
des OEuvres de S. Jerôme , que Jacques Vallarsi
et Pierre Berno , Libraires et Imprimeurs de
Verone , commencent de donner au Public et
dont on a déja publié le Prospectus, à la fin du Livre
Gallia Antiquitates quadam selecta , &c. imprimé
à dáris en 1733. par Charles Osmont.
Cette Edition surpassera de beaucoup les autres
qu'on a faites jusqu'ici , puisqu'elle comprendra
la Chronique et toutes les autres OEuvres de ce
Pere, qu'on n'a publiées que séparément . Il y
aura outre cela plusieurs Monumens précieux
qui n'avoient jamais vû le jour , et que l'Editeur
a déterré dans les Manuscrits de la Bibliotheque
Vaticane ou dans d'autres Bibliotheques de Kome
, de Naples , de Milan , & c.
Ce premier Tome contient vingt Epitres
Anecdotes , l'une desquelles est la Version faite
par S. Jérôme , de la Synodique de Théophile
d'Alexandrie , où il s'agit de la cause Origenienne
1814 MERCURE DE FRANCE
> un
ne , qui est une Piece très interessante. On
trouvera dans cette nouvelle Edition une très .
grande quantité de lacunes supléées , des corrections
très-assurées et très - importantes
grand nombre de Remarques et de Notes nouvelles
, outre toutes celles de l'Edition du P. Mar.
tianay , ou qui ont parû dans d'autres Editions.
Le second volume vient de paroître en Italie ,
et on travaille à donner la suite , que l'on continuera
sans aucune interruption .
"
Ce Livre coutera en feuilles 27. livres par volume
, papier ordinaire , et 36. livres grand pa
pier ; ceux qui souscriront n'en payeront que
18. livres pour le papier ordinaire en feuilles , et
24. pour le grand papier en feuilles.
" Les Libraires de Verone ont choisi pour leur
Correspondant à Paris , Briasson , Libraire , ruë
S. Jacques , à la Science , auquel on poura s'adresser,
Și la maladie des yeux est triste et fâcheuse
pour tout le Monde , elle l'est doublement pour
un homme de Lettres , accoâtumé au travail et
à un continuel exercice de la vûë ; c'est ce qui
a donné lieu à l'ingénieuse plainte contenue dans
les Vers qui suivent. Le Malade y peint si pathétiquement
sa situation , qu'il est à souhaiter que
quelques uns de nos Poëtes François s'exercent
sur cet Original en faveur des Dames et des autres
Lecteurs peu initiez dans la Langue Latine.
AD OCULOS MEOS , cùm ine
unte vere gravi laborarem Ophtalmiâ.
G Axis , Lumina cariora , Regum ,
Et ipsâ mihi cariora vitâ ,
Dilecti
AOUST. 1733.
1815
Dilecti nimiùm , utilesque ocelli ,
Cur me deseritis? Quid immerenti
Consuetam mihi opem negatis }
Vix desavit hiems , silent queventi.3
Vix tellus , vario nitens amictu ,
Jucunda Zephiri tepescit aurá :
En caculto miser , nigraque lucem
Quarenti placitam invident tenebrai
Cum mane excutior thoro , diemque
Titan purpureis vehit quadrigis
Eheu ! turgiduli dolent ocelli ,
Atrataque diù videntur ades.
Cum4 seròfamuli excitant lucernam
Praclusaque abigunt diem fenestra ;
mediis vagor tenebris >
Solus pra
Nec possum legere , aut manu eruditä
Nugas scribere delicatiores .
At vobis , oculi mei , quid unquam
Luctus , tristitia , intulive damniş
Num vos ad trepida jubar lucerna
Per noctes vigilare atras coëgi
Insulsos Arabum libros terendo ,"
Gracorumve strophas , jocosque aniles f
Num numismata , qua sepulta turpi
Rerum tempus edax situ inquinavit ,
Num scriptas rudibus notis Gothorum,
Lincaus volui explicare Carthas ?
Altum mane , metu solutus omni ,
Semper
1816
MERCURE DE FRANCE
Semper dormio ; nec mihi appetenti ·
Abrumpit popularis aura somnos.
Si quando otia delicata sordent
Vel Flacci joca , vel mei Catulli
Jucundos avidus bibo lepores,
Quid me ergo fugitis pigrum decenter,
Osorem studii, otioque amicums
Has ne pro meritis meis, Ocelli ,
Dilecti nimiùm , usilesque Ocelli ,
Hac ne pramia digna ? digna merces &
DESLANDES.
La nouvelle Rape à Tabac , inventée par My
Abbé Soumille , à Villeneuve-lez-Avignon , de
laquelle nous avons parlé dans un de nos Journaux
, nous a été montrée depuis peu , chez, la
sieur Dulac, Marchand Parfumeur , ruë S. Honoré
, près la rue des Poulies , au Berceau d'or.
On ne peut que loiier l'invention , la simplicité
et l'utilité de cette Machine ; ce que nous reconnoissons
avec d'autant plus de fondement et de
justice, que Messieurs de l'Académie Royale des
Sciences en ont porté un jugement très- favora◄
ble , que nous avons crû devoir inserer ici. Il est
en ces termes.
EXTRAITdes Registres de l'Académie
Royale des Sciences du 25. May 17:35-
» M M. de Mairant et l'Abbé de Molières ;
» qui avoient été nommez pour examiner ané
nouvelle Rape à Tabac , inventée par M. l'Abhé
Soumille, en ayant fait leur raport ; la
ComAOUST.
1735. 1819
.19
30
Compagnie a jugé que cette Rape étoit d'un
meilleur usage que les Rapes ordinaires , et
qu'elle pouvoit durer long-temps sans qu'on
y retouchât , parce que les dents en sont trempées
, qu'on pouvoit raper dans une minute
une once de Tabac , sans beaucoup de déchet ,
ace qu'on sçait ne pouvoir se faire avec une Ra
»pe ordinaire en un demi quart d'heure , et que
le Tabac ne s'échauffe pas sensiblement en le
rapant , à cause qu'il ne touche pas le fond de
la Rape , comme cela arrive dans les Rapes or-`
dinaires. En foi de quoi j'ai signé le présent
» Certificat . A Paris , ce 11. Juin 1735. Signé
» FONTENELLE , Secretaire perpetuel de l'Acade
mie Royale des Sciences..
03
On trouvera de ces Rapes à Paris , chez le sieur
Dulac , à l'adresse cy-dessus marquée , au prix
de 36. livres , y compris le Port. L'Auteur fait
faire des Roues séparées , qui sont la Piece essentielle
, pour faciliter aux Personnes éloignées
le moyen de les faire monter à Paris ou ailleurs
selon leur goût , et épargner par là un Port
considerable.
Les beaux Arts viennent de faire une perte
Considerable en la personne de M. de Cotte
le Pere , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , Intendant
et Ordonnateur General des Bâtimens
Jardins , Arts et Manufactures du Roy , Premier
Architecte de S. M. Directeur de son Académie
Royale d'Architecture , et Vice - Protecteur de
celle de Peinture et Sculpture , décedé en sa Maison
de Passy , près Paris , le rs. Juillet dernier,
dans la 79. année de son âge. Le génie et la su
periorité des talens qui l'ont si fort distingué
dans le Monde , lui avoient acquis l'estime er
Gij mérité
1818 MERCURE DE FRANCE
merité les bontés de LOUIS LE GRAND, sous le
Regne de qui' il a fait le Peristile de Trianon ,
conduit le Dôme des Invalides , fini la Chapelle
de Versailles , élevé le nouveau Bâtiment de saint
Denis , et quantité de Palais , tant dans la Capitale
et l'interieur du Royaume , que dans les
Fays Etrangers. Sa memoire sera d'autant plus
précieuse à la Posterité , qu'elle trouvera dans
ses Ouvrages la noble hardiesse et l'élegance ,
jointe à toute l'exactitude et la pureté des regles
dont les Anciens nous ont laissé quelques modeles
; et de plus ces ornemens de goût et ces distributions
heureuses que l'on désiroit encore pour
l'agrément , pour la commodité , et par consequent
pour la perfection des Edifices publics et
particuliers.
Nouvelles
Estampes.
11 paroît une très- belle Estampe ealarge , gras
vée par C. N. Cochin , le fils ; c'est le premier
Quvrage qui paroisse de lui d'une aussi grande
composition , et nous osons assurer qu'il est au
gré des gens de l'Art et des meilleurs Connoisseurs.
Le Tableau original qu'on voit dans l'Eglise
de la Charité , peint par P. Dulin , très bon
Peintre de notre Académie , représente Jesus-
Christ guérissant les Malades , d'une très- belle
ordonnance , avec des expressions dans le vrai
caractere des personnages , que le Burin de Phabile
Graveur a heureusement conservées.
Cette Estampe est dédiée à Monseigneur Germain-
Louis Chauvelin , Garde des Sceaux de
France , &c. Par Dulin et Cochin , fils , et se vend
rue S. Jacques , vis - à - vis les Maturins , chez
Cochin.
Nous prions le jeune Graveur , au nom du
Public
AOUS T. 1785. 1819
Public,et tous ses Confreres,de ne pas oublier sur
les Estampes qu'ils mettent au jour , de marquer
l'année , cela fait plaisir aux Curieux et sert
beaucoup à l'Histoire des Beaux - Arts.
Le sieur Charles Vanloo , Peintre , que nous
osons apeller celebre , sans crainte d'être contredits
par ceux qui le sont ni par ceux qui ont assez
de talens pour le devenir, fut reçu le Samedy
-30. du mois dernier à l'Académie Royale de Peinture
et Sculpture, avec toute l'unanimité et la distinction
possible , sur un Tableau auquel nous ne
eroyons pas qu'il y ait rien à désirer pour la composition
, le Dessein , le coloris et l'expression.
Le sieur Vanloo , qui à fait un long séjour
en Italie , est frere et oncle des sieurs Vanloo ,
pere et fils , Professeur et Adjoint à Professeur
de la même Académie. Il a été reçû sur un Tableau
dont les figures sont grandes comme demi
Nature , avec un beau fond de Paysage , dans lequel
on voit Marsyas , qui avoit osé disputer à
Apollon le prix de l'Harmonie, qu'on commence
à attacher à un Chêne ; sa flute est par terro.
Apollon de bout , ordonne son suplice , ayant
sa Lyre à côté de lui. L'habile Peintre a sauvé
aux yeux des Spectateurs tout ce que cette terrible
execution doit avoir d'affreux , sans que le
Sujet en soit alteré il se manifeste assez par le
caractere de désespoir qu'on voit sur le visage de
Marsyas , par la douceur et la noble fierté d'Apollon
, et par les expressions d'un caractere bas
et patibulaire , dans les trois personnages qui
vont faire souffrir au téméraire Marsyas l'hor
rible suplice qu'il a mérité ; un desquels vû par
le dos , exprime parfaitement le genre du suplice
par un couteau qu'il tient dans ses dents , dont
G iij
1826 MERCURE DE FRANCE
R
. et
on ne voit que la pointe et le bout du manche.
Nous ne pousserons pas plus loin la description
de ce Tableau, que nous n'avons faite que pour en
tracer une legere Esquisse à nos Lecteurs
nullement pour faire l'éloge du Tableau ; il n'en
a pas besoin , le concours de Curieux et d'Amateurs
qu'il attire , le lieu où il est et la maniere
dont il se soutient , au milieu de tant d'excellens.
Ouvrages , attirent assez de justes louanges au
Tableau , son Auteur et au choix de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture , qui de l'aveu
même des Etrangers , est aujourdhui dans um
très - grand lustre.
Le même jour le sieur Louis Surugue, Graveur,
fut reçû à l'Académie sur deux beaux Portraits ,
qu'il vient de mettre au jour , et qui soutiennent
fe haut degré de réputation où ce bel Art est aujourd'hui
en France . Le premier de ces Portraits
a été gravé d'après l'Original , peint par M ...
Mathieu , il représente Louis de Boulongne , lepere
, Peintre ordinaire du Roy, et Professeur de
PAcadémie. On auroit desiré qu'on cût marqué
son âge et le temps de sa mort les Curieux auroient
même désiré qu'on eût dit de qui il étoit
Disciple , et qui ont été ses principaux Eleves .
L'autre Portrait est gravé d'après l'Original
peint par M. Drouais. Il représente Joseph. Christophe
, de Verdun , Peintre ordinaire du Roy et
Professeur de l'Académie,
1
Il paroît en Estampe un Portrait bien interes
sant pour les Amateurs de la Musique , qui sont
aujourd'hui en grand nombre.C'est celui du cele--
bre François Couperin, Compositeur Organiste de
la Chapelle du Roy , d'une ressemblance heureuse
Ca
AOUST. 1739: 1821
et frapante , gravé par le sieur Flipart d'après le
Tableau original de M. Bouys , Peintre de l'Académie.
Cette Estampe se vend ruë' S. Jaques ari
Nom de Jesus , chez Flipart ; ruë S. Honoré , chez
la veuve Boivin, et ruë du Roule , chez le Clere ,
prix 24. sols .
1
La suite des Portraits des Grands et des Personnes
illustrés, se continue avec grand soin chez
Odieuvre , Marchand d'Estampes, sur le Quay de
P'Ecole , vis-à- vis la Samaritaine. Il vient de
mettre en vente Charles -Emanuel III . de Savoye,
Roy de Sardaigne , gravé par C. Roy , d'après
la Florentina.
Armand Gaston , Cardinal de Rohan , gravé
par P. Dupin , d'après Hyacinte Rigault.
Melchior , Cardinal de Polignac , gravé par
P. Dupin , d'après H. Rigault.
Blaise Pascal , né à Clermont en Auvergne le
19 Juin 1623. mort à Paris le 19. Aoust 1662 ,
âgé de 39 ans , gravé par D. Sornique.
Alain René le Sage , peint et gravé par J. Ba
Guelard.
Les Graveurs de ces Portraits ont négligé de
marquer l'année , nous les prions avec tous les
Curieux d'y avoir attention.

Le sieur Bailleul , Geographe , qui a déja en
richi le Public de plusieurs Cartes de differens
Pays , vient de publier une Carte du Mantouan,
où se trouvent le Veronnois les Duchés de
Parme , de Modéne , de la Mirandole , et parties
du Bressan , du Vicentin , du Boulonois et
du Ferrarois. Comme l'Auteur a été sur les
lieux qu'il décrit , on peut croire qu'elle est fort
exacte , leprix est de 25. f. Il demeure à Paris sur
Perron Royalde la Ste Chapelle..
L'e
122 MERCURE DE FRANCE
Le même Geographe a publié depuis peu une
fort belle Carte du Portugal et ses Frontieres , levée
sur les lieux par ordre de Philippe IV. Roy
d'Espagne , augmentée depuis et corrigée sur de
nouveaux Mémoires &c. Cette Carte , autour de
laquelle on a gravé pour servir de bordure , les
principales Villes et Places fortes du Portugal au
nombre de 16 , est en deux feuilles , et se vend
trois livres.
Tout le monde sçait que les Taupes sont le
fleau des terres , des prairies , et particulierement
des jardins, où elles font d'étranges degats :
ils n'est pas possible qu'il n'y ait quelque moyenpropre
et experimenté à attirer ces animaux , er
à s'en défaire , soit par l'apas de quelque men
geaille ou autrement . On n'ignore pas ce qui
a été proposé,de faire bouillir des noix dans de la
lescive ordinaire , puis les planter sans les casser
dans les terres où frequentent les Taupes ', lesquelles,
dit- on,s'empoisonneront en les mangeant
&c. Moyen qui n'a pas reussi : sur quoi nous .
sommes priez de publier le present avis , afin
qu'en faveur du bien public , il plaise aux personnes
, qui ont sur ce sujet quelque moyen par
ticulier et efficace , de le communiquer par la
même voye.
Lettre écrite par M. de Clervillo d'Amster
dam,le 1. Aoust 1735. à M Ducoudray
à Paris.
Ous me demandez , Monsieur, ce que l'on dit
Vici du Specifique contre l'apoplexie. Vous
m'avez envoyé plusieurs paquets , je vais vous
satisfaire , non pas en délicat Ecrivain , mais en
homme sincere et qui dit la verité sans lui cher
cher d'ornemens.
AOUST. 1735
1823
J'ai communiqué le remede à plusieurs de mes
amis qui étoient dans le cas d'en avoir besoin de
la même facon que vous me l'avés prescrit , et
les effets qu'il a produits sont tels qu'on ne ces
se point de l'exalter ; de très habiles gens de ce
pays piquez par la curiosité de découvrir ce qui
pouvoit composer ce remede , ont défait un des
paquets , ont éxaminé soigneusement ce qu'il
Contenoit, et reconnu une partie des Simples qui
y entrent,en avouant que le reste échapoit à leur
penetration ; mais que vû l'usage continuel sans
accident , il ne pouvoit produire qu'un bon ef
fet,et n'en peut jamais faire craindre aucun mau
vais.
On ne doute point ici que le sieur Arnoult ,
possesseur de ce secret,ne soit fort aprouvé par les
Medecins de France ; ces Messieurs pleins de lu--
miere et d'équité , ne peuvent manquer d'aplaudir
à un Specifique si simple et si salutaire. Je
Vous avoue que je m'interesse tout à fait au suc
cès de ce remede dont le Public peut tirer de si
grands avantages; j'ai déja sçû avec satisfaction
que personnes qui s'étoient vantées d'avoir le
même secret , n'avoient pas joui long- temps de
cette infidelité.
des
Vous me ferez plaisir de m'envoyer trente de
des paquets , je vous en ferai tenir la valeur à l'or
dinaire. Je suis , &c.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçu à Saint Côme ,
Expert pour la guerison des Hernies ou Descen
Tes , demeurant au Cocq d'or , rue Dauphine à Pais
, traite ces sortes de Maladies d'une façon
particulière , et sans que le Malade soit empêché
de vaquer à ses affaires. Il donne aussi son Avis
osts Remedes à ceux qui sont dans les Proviit ;:
1
G Bes
1824 MERCURE DE FRANCE
ces ; soulage les Hernies les plus inveterées ; rend
cette incommodité suportable , et en empêche les
mauvaises suites.
Il a inventé de nouveaux Bandages, pour l'un
et l'autre Sexe d'une façon toute singuliere et la
plus propre pour retenir les Parties , et en faciliter
la guerison , sans embarras ni incommodité,
tant ils sont legers , minces , et aisés à porter.
Toutes personnes , sans avoir de Descentes ,.
pendant qu'ils font des Exercices violens , com--
me de courir la Poste , aller à la Chasse &c. auroient
besoin de ces Bandages , pour se garantir
de pareils accidens.
Ceux qui en auront besoin dans les Provinces ,,
auront la bonté d'envoyer lear mesure , et de la
prendre précisement au dessus de l'Os Pubis ,,
et s'ils ont des Hernies ou Descentes, marquer
quel côté, et s'ils en ont des deux côtés, indiquer.
celui qui est le plus malade.
Nota. Il ne reçoit point de Lettres sans que·
Port en soit payé..
de .
to:
A IR
Mis en Musique par M. Therin-
Basse Bretagne. Recit de Basse.
C
,
'En est fait pour jamais , je renonce à l'AS
mour.
Las d'adorer une inhumaine ,
Et de traîner par tout une importune chaîne ,
Je veux m'en venger à mon tour.
Bacchus
Norw
de
Th
J
ระ
THL NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
GO
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
MEMYORK
OBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST.
1735. 1825
Bacchus vôle à mon aide , il y va 'de ta gloiré
Viens briser mes liens ; venge toi , venge moi
Triomphe de l'amour , acheve tá victoire ;
Je vais te seconder par ce vin que je boi.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragedie du College des
RR. PP. Jesuites.
L
,
E Mercredi troisième jour d'Aoust ;
on représentà sur le Théatre du Cól
lege dè LOUIS LE GRAND une Tragédie
Latine du Père de la Sante , de la
Compagnie de Jesus , l'un des Professeurs
de Rhétorique , et on y dansa un
Ballet de la Composition du même Auteur.
Quelques rares que soient à présent
les Amateurs du Theatre Latin et les
Connoisseurs en ce genre de Poësie, cette
Tragédie , lorsqu'elle fut , selon la Cou
tume , représentée en particulier quelques
jours auparavant , eut pour Specta
teurs un nombre de Gens de Lettres chois
sis , qui en parurent fort satisfaits . Nous
allons rendre un compte abregé de cette
Piece , et des endroits qui furent le plus
goûtéss
Gvj Ulysse
1826 MERCURE DE FRANCE
;
Ulysse , dans le cours de ses Voyages
avoit eu de Circé , Reine de l'Isle d'Eée ,.
un Fils, nommé Télégone. Ce jeune Prince
étant en âge de voyager , se rendità Ithaque
mais à peine y cut- il abordé , qu'il
s'éleva une querelle entre ses gens et les
Sujets d'Ulisse . Dans le tu multe , Télégone
tua son Pere sans le connoître.-
Voilà le fonds historique que le Poëte
selon la liberté permise en ce genre de
Pieces , a arrangé de la façon qu'il a jugé
necessaire , pour donner à l'action thea--
trale l'étendue et la liaison qu'elle doit
avoir. Il supose donc que Télégone a été
envoyé par Circé , pour la venger de la
perfidie d'Ulysse , que ce jeune Prince:
ignore qu'il est fils d'Ulysseer qu'il demeure
même plusieurs années à sa Cour
honoré de sa confidence la plus intime,
Dès la premiere Scene le caractere de Té--
lémaque se dévelope , on voit un fils as
sés rendre pour respecter dans Ulysse des
soupçons injustes , et assés sensible pour
les faire payer bien cher à quiconque les
auroit inspirés. Télégone , qu'il en accuse
,, s'en défend avec cette fermeté que
donne l'iunocence , jointe à la grandeur
d'ame: Le Spectateur est bientôt instruit
que Thrasile , seul Prince du Sang des
Roys d'Ithaque , inspire à Ulysse cette
dé,
AOUST. 1735
1827
Féfiance de Télémaque ; et il s'aperçoit
aisément de l'interêt qui le fait agir. Voilà
le scelerat sur lequel retombe en grandepartie
l'horreur et la peine des crimes qui
doivent suivre. Les caracteres principaux
sont déja connus , et les fondemens de
l'action solidement établis , lorsqu'Ulysse
paroît. Il découvre à Télégone son favo
ri , la situation de son coeur. Des ombreseffrayantes
le troublent jour et nuit , et
semblent lui annoncer une mort prochai
ne. En cet état il a recours à la Déesse:
qui l'a toujours protegé . Il lui fait un
Sacrifice , et l'Oracle l'avertir d'étre en
garde contre la main d'un fils.
Le Spectacle de ce Sacrifice a paru faire
plaisir , et nous remarquerons à ce sujet
qu'il seroit à souhaiter que nos Tragé
dies Françoises , employassent plus sou
vent ce moyen de faire sur le Specta.cur
des impressions vives et durables. Le
Théatre François est peut être trop ti
mide ou trop réservé en ce genre. Nos
voisins se font un merite de soutenir par
les grandes Images qu'ils présentent aux
yeux , l'impression que causent des situations-
interessantes et des sentimens bien
dévelopés , et sans doute la Tragédie est
plus propre à émouvoir , et par consénent
plus parfaite , lorsqu'elle unit le
double
1828' MERCURE DE FRANCE
double enchantement des yeux et des
oreilles. **
Au second Acte l'embarras augmente
par l'arrivée d'un Envoyé secret de Circé
, qui vient de sa part presser Télégone
d'executer le dessein pour lequel il
est venu à Ithaque , et qui lui annonce
qu'il verra bientôt dans les Ports de cette
Isle une Flote que Circé a fait équiper
pour le soutenir. Télégone est trop genereux
pour se charger de ce crime , ett
même pour laisser douter un moment de
ses vrais sentimens . Il fait plus , et malgré
les soupçons injustes que Télémaque lui
a témoignés au premier Acte , et dont il a
dû être piqué , il s'efforce de détruire la
defiance qu'Ulysse , trompé par l'Oracle ,
avoit conçue de son fils , tandis que
Thrasile , soutenant son caractere , tâche
de l'augmenter.
Dans cette incertitude Ulysse prend
un parti qui a paru très- conforme au caractere
de ce Prince. Il veut sonder le
coeur de Télémaque , er découvrir les dispositions
des Grands. If feint de vouloir
remettre la Couronne à son fils. L'artifice
produit son effet ; la douleur de Télé-
}
* Segniùs irritant animos demissa per aurem . ♪
Quam quefunt oculis subjecta Quamque fidelibus ... HorsmaAOUST.
1735% 1829
maque et des Seigneurs de la Cour , est
si naturelle et si sincere , qu'elle rend à
Ulysse toute sa tranquillité. Mais il est
bientôt troublé de nouveau par les insi
nuations malignes de Thrasile , qui pro--
fite de l'arrivée d'une Flote étrangere à
la vûë d'Ithaque, pour réveiller les soup
gons du Roy.
Dans le troisiéme Acte l'action se complique
sans confusion . L'Envoyé secretz
de Circé , n'esperant plus rien de Télégone
, entreprend lui-même de faire pé--
rir Ulysse. Il s'adresse à Télémaque , au
quel il s'annonce sous le nom d'Envoyé
de Calypso, et il lui offre le secours de la
Flote qu'il a amenée. Télémaque est trop
vertueux pour s'armer contre Ulysse ;
mais le danger où il croit que les intrigues
de Thrasile et de Télégone ont mis ›
ses jours , et le péril même auquel il pense
qu'Ulysse s'exposeroit , en attentant surt
sa vie , le détermine à quitter Ithaque, et
àaller chercher un asyle chez Calypso .Timante
( c'est le nom de l'Envoyé de Cir
cé ) content de ce premier succès , pense:
à faire révolter le Peuple ; et il engage
l'ambitieux Thrasile à se mettre à la
tête des Rebelles , Mais bientôt ce Prince :
croyant s'assurer mieux le Trône , s'il
peut faire périr le Fils par les mains du

Perc ,
1830 MERCURE DE FRANCE
Pere , et le Pere par les mains du Peuple,
découvre à Ulysse le projet de la faite de
Télémaque , et le secret de la Flote prétenduë
de Calypso . Ulysse irrité , mande
son Fils au Palais , et il ordonne à Télégone
d'en garder les avenues . Quel embarras
pour Télégone ! cette situation parut
interesser beaucoup le Spectateur . Tél'égone
connoît l'innocence de Télémaque
, et mille raisons l'obligent à la lais
ser ignorer , au moins pour quelque
temps..
Dans le quatrieme Acte on voit l'action
se déveloper et s'avancer vers son
terme par des progrès insensibles. Télémaque
est enfermé dans la Citadelle,
Bientôt Thrasile vient annoncet au Roy
le soulevement du Peuple qui veut forcer
la Prison du jeune Prince. Ulysse envoye
Télégone pour dissiper les Rebel-
Les ; mais un peu après il aprend que Telégone
même a brisé les chaînes de Télémaque
, l'a mis en liberté , et le ramene.
au Palais pour se jetter aux pieds du Roy.
Ulysse à cette nouvelle ne croyant plus
pouvoir compter que sur Thrasile , le
charge de la Garde du Palais ; lui- même
il se déguise pour n'être point connu
dans la meslée , et il part , résolu de punir
sesennemis de sa propre main..
Lo
A OUST . 1735 1831
Enfin , au cinquiéme Acte , Télégone
et Telemaque rentrent en se felicitant du
bonheur avec lequel il sesont ouverts un
passage jusqu'au Palais. Cependant l'un
et l'autre sont troublez de ces remords cachez
par où l'instinct plutôt que la raison
punit quelquefois les crimes que l'on a
commis sans le sçavoir. Le funeste secret
est bientôt éclairci par le PrinceThrasile
, qu'on aporte blessé à mort. Il expire
en déclarant la mort d'Ulysse , tué
dans le combat de la main même de Télégone
son favori. Quelle situation pour
Telemaque et pour Télégone ! Le pres
mier doit la liberté, la Couronne et la vie
au meurtrier de son Pere , suivra- t'il les
loix que semble lui dicter la Nature , eu
celles de la reconnoissance ? le devoir est
prêt de l'emporter sur l'amitié , lorsque
des preuves évidentes lui montrent que
Télégone est son frere et fils d'Ulysse
comme lui. Tous les yeux se tournent
alors vers ce malheureux Prince ; déja il
se reprochoit avec la douleur la plus amere
d'avoir trempé ses mains dans le sang.
d'un Prince son bienfaiteur. Quel est son
désespoir, lorsqu'il voit le parricide ajoûté
à l'ingratitude. Il est livré successivement
à l'abbatrement et aux transports ,
et il ne consent à s'embarquer sur la fote
>
de
1832 MERCURE DE FRANCE
de Circé sa mere , que dans la vûë de se
précipiter au milieu des Eaux, pour pur
ger la Terre d'un monstre tel que lui.
l'Interêt se trouve ménagé avec tant d'art
dans cette Piéce , qu'après s'être accrû insensiblement
dans les quatre premiers
Actes , il est enfin porté au plus haut degré
par les situations du cinquième Acte ,
et par les mouvemens qu'elles excitent
naturellement dans le Spectateur. Nous
ajoûterons que les connoisseurs en Poësie
Latine ont trouvé dans la versification de
cette Tragédie , toute la pureté des beaux
siecles de Rome , et toute la force qu'ezige
le Genre Dragmatique.
A l'égard du Ballet qui a servi d'intermede
à la Tragédie , le Spectacle en a pa
ru singulier par la beauté du coup d'oeil ,
et par le grand- nombre d'Acteurs et de
Spectateurs. C'est peut-être le seul qui
puisse maintenant donner quelque idée
de la magnificence des Ballets que l'on
dansoit pendant la jeunesse du feu Roy.
La nombreuse et brillante Assemblée qui
a décoré celui ci de sa présence , en a loüé
également le dessein et l'exécution. Le
sujer a paru propre du tems. On avoit
entrepris de tracer une ébauche de ce qui
concerne l'Art Militaire , et voici la division
generale de cette vaste matiere ,
les
A O UST. 1735. 1833
les causes et les preparatifs qui précédent la
Guerre ; les expeditions et les dangers qui
l'accompagnent' ; les malheurs ou les heureux
succès qui en sont les suites enfin la Paix
qui la termine.
Pour l'exécution , on aplaudit sur tout
à la verité et à la gayeté des images dans
la seconde Entrée de la Premiere partie ,
où des Officiers faisoient des levées et des
recrues de soldats choisis dans les differentes
professions du peuple. On fut sur
pris de la justesse et du concert avec lequel
une jeunesse nombreuse , et qui n'a
pû se discipliner que par la patience et par
Pusage , faisoit l'exercice de la pique et
du mousquet. On vit avec plaisir deux
troupes composées de ces soldats si bien
aguerris , se livrer une bataille , où il parut
assez de confusion pour faire une ima
ge aussi vraye qu'elle peut l'être sur le
Théatre , et assez d'ordre pour amuser
agreablement le Spectateur. Tout alloit à
merveille , lorsqu'une grosse pluye dissipa
l'Assemblée et interrompit le Spectacle
dont il ne restoit plus qu'un tiers
représenter. Cet accident est toujours à
craindre en pareille occasion , parce que le
Théatre est élevé au fond d'une grande
cour qui n'est couverte que d'une simple
toile. Tout le monde se retira fort con--
teng
1834 MERCURE DE FRANCE
tent de ce qu'il avoit vù , et plein de regret
pour ce que le mauvais temps l'empêchoit
de voir.
Le Samedy suivant on reprit dans une
Sale qu'on avoit préparée exprès , quelqu'unes
des danses que l'orage avoit obligé
de suprimer. M. Jeliot chanta ensuite
des Vers à la loüange du Roy avec tout
l'agrément et le succès possible. La Musi
que composée par M.Cheron ,fut trouvéc
de bon goût, et l'on termina la séance par
la distribution desPrix fondés à perpetuité
par le Roy pour les Ecoliers de ce College.
Cette distribution se fit alors avec plus
d'ordre et de décence qu'elle n'avoir pû
se faire le Mercredy . Quoique l'Assemblée
de ce jour-là fût bien moins nombreuse
que la premiere ; cependant elle étoit remarquable
par le choix et par le rang du
plus grand nombre des Personnes qui la
composoient: Elle fut aussi satisfaite de ce
petit Suplément de Ballet , qu'elle l'avoit
été quelques jours auparavant de l'a
pareil du Spectacle entier.
Les Acteurs Etudians qui danserent
dans ce Ballet , furent Mrs Cholet , de
Chavanne , de la Valette , Cornet , de Stainville
, de Bazin , Desvieux , de Naveil
de Polignac , de Rohan de Tournon , de
Courgy , de Larie , Marin , Derville
,
Donet
AOUST. 1735 1835
gnon ,
Douet de Rochefort , Tessier de Septeüille ,
de la Combe , d'Egmon de Bisache , le
Blond , d'Entreygues , Damoiseau , du Bide
Montconseil , Hermant , d'Argenson
, de Bussy. Plusieurs des plus excellens
Maîtres danserent après ces jeunes
Messieurs quelques Entrées de ce
Ballet.
Les danses étoient de la composition de
M. Malter l'aîné , qui depuis plusieurs
années signale son talent et son génie pour
l'éxécution des Sujets qu'on lui propose.
Les Acteurs de la Tragédie Latine , furent
Mrs de Sevelinges de Benigni , Morel
de Geoffroy , Fournier de la Chataigneraye ,
Angrand , Charpentier de Boisgibault , de
Poirresson de Chamarande , Commyns , Desvieux
, de Courgy.
Cette Tragédie Latine fut precedée
d'un Prologue en Vers François , où un
Grec, un Romain, et un François se dispu
toient la gloire du Théatre. Cette espece
de Dissertation fut parfaitement bien reçûë,
et fut déclamée par Mrs Angrand, de
Chamarande , de Boisgibault. Le Prologue
François du Ballet le fut par M. Commyns,
etl'Eloge duRoy par M. Chalet.
Les Acteurs , soit dansans , soit recitans
, remplirent leurs rôles avec une
grace et une intelligence qui meriterent
ct
1836 MERCURE DE FRANCE
et qui reçûrent les aplaudissemens du Public.
Nous sommes fâchés que les bornes
d'un simple Extrait ne nous permettent
pas de détailler les Scénes de cette Tragédie
, et les Entrées de ce Ballet , suivant
l'étenduë qu'elles ont dans le Programme
imprimé par les soins de l'Auteur. Nous
nous contenterons de transcrire ici les
Vers que le P. de la Santé fit chanter à la
gloire du Roy , et d'y joindre le Dialogue
Impromptu qu'il fit reciter au sujet de
la pluie qui survint pendant le cours de
la Piéce.
VERS quifurent chantés avant la distri
bution des Prix.
Heureux Eléves des Beaux Arts ,
Volés , volés à la Couronne ;
L'auguste main qui vous la donne ,
La donne aux favoris de Bellône et de Mars.
Puisqu'an aimable Roi pour fruit de la victoire
Vous offre des Lauriers ,
Ne portez point envie à la brillante gloire
Des plus fameux guerriers.
Que la Timbale et laTrompette
Annoncent ses dons précieux ;
Que mille fois l'Echo répéte
Leurs
AOUST.
1735. 1837
Leurs sons harmonieux
Et porte jusqu'aux Cieux
Son nom glorieux.
Tendre musette
Douce interprete
De nos transports ,
Au son de la Trompette
Mêle tes plus charmans accords.
Exprime la tendresse ,
Exprime l'allegresse
Que nous inspire en ce beau jour
Le respect et l'amour,
Tendre musette
Douce interprete
De nos transports ,
Au son de la Trompette
Mêle tes plus charmans accords,
Chantons, chantons la bonté magnifique
D'un Roi par tout vainqueur , et toujours pac
fique .
Il n'est point d'ennemis
Qui ne craignent ses armes :
Il n'est point de coeurs que ses charmes
A ses loix negiennent soumis.
Tambour & Trompette , iz
Timbale et Musette ,
Unissés
3 MERCURE DE FRANCE
#
Unissez vos sons à nos voix ;
Célébrons la bontédu plas chéri des Rois.
DIALOGUE entre un Acteur balin et
un Acteur serieux , sur la pluye du jour j
precedent.
EN verité , c'est bien dommage :
Nous étions tous en si beau train.
Faut-il qu'un malheureux orage
De nos jeux ait troublé la fin ?
Des coups du sort nous autres hommes
A tort nous nous formalisons ;
Quoi ? foibles mortels que nous sommes
Sommes nous maîtres des saisons
Pour m'apaiser , votre éloquence
Ne fait qu'un inutile effort.
Je dis tout franc ce que je pense ;
Ce vilain orage cut grand tort.
En ce monde rien de si rare
Que de voir un succès complet.
Disons malgré ce temps bizarre ,
Ce que fait le Ciel est bien fait.
Du moins si cetze Eau trouble Fête
Reglant sa marche lentement
Nous
A O UST.
1735. 1839
Nous eut donné d'un air honnête
Un couple d'heures seulement .
Mais non ; la nuë opiniâtre
S'en vient par un trait Ostrogot
Nous inonder tout un Théatre ,
Et noyer qui ne lui dit mot..
Il est vrai que ce gros nuage
Nous fit un traitement peu doux
Mais il eut honte de l'outrage ,
Et versa des pleurs avec nous .

;
Bon ; c'étoient larmes de malice ,
Et non larmes de repentir ;
Quand il nous vit sous la coulisse
Il pleuroit pour s'en divertir.
Pour notre Troupe désolée
Ah ! que de consolans objets ,
Quand la plus illustre Assemblée
Nous honora de ses regrets !
Ces regrets ont un avantage
Dont nous devons être jaloux.
Mais après tout un plein suffrage
Eut été plus fateur pour nous.
Pour gouter une paix parfaite
Il faut sans chercher au de- là ,
H
Quand
1840 MERCURE DE FRANCE
Quand on n'a pas ce qu'on souhaite ,
Ne souhaiter que ce qu'on a.
La respectable Compagnie ?
Que nous offre ce doux moment ,
De celle qui nous fut ravie
Nous forme un beau remplacement.
Qu'ici le talent pour la danse
Se signale , Amis , j'usqu'au bout .
Ranimons-nous par la présence
D'un Prélat * éminent en tout.
A l'honneur de votre suffrage ,
Messieurs , nous bornerons nos voeux
A ce prix , l'affligeant naufrage
Est pour nous un désastre heureux.
Le6 . Août,l'Opera Comique donna une
Piece nouvelle d'un Acte , en Vers , en
Prose et en Vaudevilles ,qui a pour titre la
Répetition interrompuë ; elle a été reçûë trèsfavorablement
du Public , et atire tous.
les jours de nombreuses Assemblées à ce
Spectacle ; voici le Sujet de la Piece et
de l'avant- Prologue qui la précede ,
Une Actrice ouvre la Scene , et se plaint
à celui que l'Auteur de la Piece a chargé
Monseigneur le Cardinal de Falignac.
d'en
AOUST . 1735. 1841
d'en faire faire la répetition , que les Rôles
sont très - mal distribués ; que l'on a
donné celui de Pere à un Acteur qu'on
supose s'enyvrer tous les jours , et que
ceux d'Amoureux et d'Amoureuse ne
pouront pas être bien rendus , parce que
les deux Personnes qui en sont chargées
ont une haine irréconciliable l'un pour
l'autre. Le Répétiteur répond que l'Auteur
a eu , sans doute , ses raisons pour
en agir de la sorte. L'heure de la Répétition
arrive . On s'asssemble , il ne man
d'Acteurs que
que celui qui doit représenter
le Rôle de Pere ; on commence
après que ce Répétiteur a prié les Acteurs
de jouer de leur mieux pour satisfaire
l'Auteur , qui est présent incognito
à la Répetition.
Melpomene demande à Thalie à quelle
occasion elle l'a amenée à la Foire , Thalie
répond sans façon qu'elles vont avoir
un entretien ensemble qui poura servir
de Prologue à la Piece qu'on va répéter ,
et que de plus il est beau de secourir ceux
que le sort accable ; Melpomene n'est pas
contente du projet de Thalie , et dit à
sa Soeur :
¡ Conservez des desseins dignes de votre gloire.
Tandis que d'un Héros je chante la victoire
Hij
Que
1842 MERCURE DE FRANCE

Que d'un Tyran jaloux je peins l'ambition ,
Que je conduis les Grecs aux Rives d'Ilion
Que je décris l'effroi , la flamme et le carnage ,
Les transports de l'Amour, la vengeance, la rage,
Les Temples profanés , les Enfans éperdus ,
Dans la foule des Morts les vieillards confondus ..
Vous qui fuyez l'horreur ; plus douce et plus
tranquille ,
Critiquez noblement les défauts de la Ville.
Corrigez ces Abbez pétris d'ambre et de muse ,
Dont la main témeraiie affronte un coup de busc ;
Frondez ces jeunes gens , vains fardeaux de la
Terre ,
Braves pendant la Paix , poltrons en tems de
guerre ;
Ces esprits enchaînés par la prévention ,
Qui décident de tout sur leur opiniop ,
Ces Politiques vains , ces graves inutiles ,
Qui donnent des combats sans sortir de leurs
Villes ,
Qui sans cesse courant de Parme à Bozzolo ,
Vont avec la raison se noyer dans le Pô.
Peignez ces Esprits forts , ces Femmes de courage
Qui d'un procès perdu soutiennent le dommage ,
Qui perdent leurs Epoux avec un front serain ,
Mais qui donnent des pleurs à la mort d'un Serin
, & c,
Toutes ces remontrances n'ébranlent
point Thalie elle reproche à Melpcmerc
A O UST. 1735 1843
mene ses avis de Prude et son affectation
ridicule ; Melpomene s'en offense , elle
quitte sa Soeur en faisant des imprécations
contre la Piece nouvelle , et finit
par ces Vers .
Que la Discorde affreuse et la Haine cruelle ,
Sur l'Actrice et l'Acteur secoüant leur fambeau ,
Renversent jugement , memoire , esprit , cerveau,
Et pour leur souhaiter tous les travers ensemble ,
Qu'au Théatre François , ce Théatre ressemble
, & c.
Thalie prie les Spectateurs de se joindre
à elle , pour en détourner les effets ,
et on commence la Piece .
Madame Argante prie les Maîtres de
Musique et de Danse de tenir leurs Divertissemens
prêts pour le Mariage de
Lucile , sa fille , qu'elle doit conclure le
soir même , elle s'informe de Marion ,
Suivante de Lucile , si sa fille est enfin
déterminée au Mariage ; Marton répond
que sa Maîtresse ne peut se résoudre à
épouser un homme qu'elle n'a jamais
vû, et que de plus elle la soupçonne de
quelque attachement secret . Madame Argante
charge Marton de penétrer ses sentimens.
Lucile survient et avoüe à Marton l'a-
H iij mour
1844 MERCURE DE FRANCE
mour qu'elle ressent pour un jeune Officier
le hazard lui a fait trouver dans
que
une voiture publique en revenant du
Convent à Paris . Marton lui aprend que
Dorante est aussi un jeune Officier fort
aimable , et quitte sa Maîtresse pour aller
demander des nouvelles de Dorante
à Crispin son Valet , qui survient ; Marton
lui aprend la répugnance de Lucile
pour son Maître.
L'Acteur qui joue le Rôle de Crispin ,
manque de mémoire dans cet endroit de la
Piece ; on le soufle tantôt trop bas , tantôt
trop haut , il s'emporte , il querelle vivement
la Souffleuse. Le Répétiteur les apaise
et fait continuer la Piece.
Crispin aprend à Marton que son Maître
a aussi beaucoup de répugnance pour
Lucile , qu'il n'a jamais vûë , et qu'il
croit que c'est l'effet d'une nouvelle passion
qu'il a pour une inconnuë qu'il a
trouvée dans une voiture publique en
revenant à Paris ; Crispin fait des remontrances
à son Maître sur cette nouvelle
amourette : Vous êtes incorrigible , continuë-
t'il , mais j'aperçois M. votre Pere , &c.
En cet endroit , la Piece est encore interrompue
; on fait avertir l'Acteur qui doit
jouer le Rôle de Pere ; il arrive yvre et à
moitié habillé, le Répétiteur est au désespoir
de
A O UST. 1735: 1845
de ce contre-temps , et enfin après plusieurs
contestations , on le laisse jouer , il débite
sa morale paternelle en poussant des boquets ;
il reproche plusieurs vices à son fils et sur
tout l'yvrognerie . Il chante sur l'Air : Quand
Le péril est agréable.
Quand on s'enyvre, quel oprobre ! -
On n'est plus le Maître de soi ,
Mon fils , prens exemple sur moi ,
J'ai toujours été sobre .
Le Répétiteur perd enfin patience , it
querelle l'Acteur , celui - ci le brusque , & c.
L'Auteur , qui étoit dans le Parquet et qui
a été le témoin de tout ce qui s'est passé ,
se montre et commande tout haut qu'on fasse
retirer cet yvrogne et qu'on lui ôte son Rôle ,
Acteur le déchire et le jette à la tête de
l'Auteur , qui passe sur le Théatre pour
continuer lui-même le Rôle de Père.
Le Pere de Dorante sort pour joindre
Madame Argante pour conclure le Mariage
projetté. Dorante et Crispin sont
fort consternés de ce contre-temps ; Crispin
, pour retarder cet incident , entre
chez le Pere , il trouve sa Tabatiere sur
sa table , il en ôte le Tabac , ety met
de la Bétoine à la place. Le Pere qui revient
avec Madame Argante , lui présen .
Hij te
1846 MERCURE DE FRANCE

re du Tabac , ils en prennent en attendant
le Notaire ; celui - ci arrive presque
en même temps pour présenter le Contrat
de Mariage , le Pere et Madame Argante
ne lui répondent que par des éternumens
sans pouvoir dire une seule parole
, et sont obligés de rentrer ; le Notaire
s'imagine que c'est une piece qu'on lui
joie et qu'on a voulu se moquer de lui.
Dorante qui survient , est charmé de ce
retardement , mais il dit en même temps
que cela ne differe son malheur que de
quelques instans. Marton qui arrive avec
Lucile , vient rassurer Dorante , qui reconnoît
d'abord sa chere Inconnue et sa
Compagne de voyage , & c.
Le Répétiteur prie ces deux Acteurs de
jouer cette Scene qui doit être fort tendre
sans interruption, et de ne point se quereller,
&c. Cela n'empêche pas qu'elle ne soit interrompue
à differentes reprises , par la haine
particuliere de l'Acteur et de l'Actrice ,
ce qui forme un contraste aussi plaisant que
singulier ; Dorante , par exemple , pour témoigner
un transport amoureux , prend la
main à sa Maîtresse et lui presse si rudement
le bras , qu'elle est contrainte de lui
donner un soufflet pour lui faire lâcher prise;
autre altercation , l'Ordonnateur accourt an
bruit pour entendre une nouvelle querelle .>
il
A O UST. 1735 . 1847
il fait ce qu'il peut pour les racommoder
mais inutilement , les deux Acteurs lui remettent
leurs Rôles avec serment de ne plus
jouer ensemble. L'Auteur rebuté à l'excès
abandonne tout aussi , et le Répétiteur , dans
l'esperance de remedier le lendemain à ces
contre- temps , fait repeter le Ballet et le Vau
deville , dont les paroles sont de M. Panard
, et la Musique de M. Gilliers , le
pere : en voici quelques Couplets.
M Ars et l'Amour en tous lieux
Sçavent triompher tous deux ,
Voilà la ressemblance ;
L'un regne par la fureur
Et l'autre par la douceut
Voilà la difference.
"
Le Poëte et le Guerrier
Tous deux gagnent le Laurier ,
Voilà la ressemblance ; '
Le Poëte en produïsant ,
Le Guerrier en détruisant ,
Voila la difference.
3
}
L'Amourette et le Procès
Tous deux causent bien des frais ,
Voilà la ressemblance ;
Dans l'une on gagne en perdant ,
Hy Dans
Σ
1848 MERCURE DEFRANCE
Dans l'autre on perd en gagnant ,
Voilà la différence .
L'éclat et l'odeur du.Lys
Se trouvent chez ma Philis ,
Voilà la ressemblance ;
L'un ne fleurit qu'au Printemps ,
L'autre fleurit en tout temps ,
Voilà la différence.
Le Plumet et le Traitant ,
Nous en content fort souvent ,
Voilà la ressemblance ;
L'un nous conte des Rébus ,
L'autre compte des Ecus ,
Voilà la différence .
Le Voleur et le Tailleur ,
Du bien d'autrui font le leur ,
Voilà la ressemblance ;
L'un vole en nous dépouillant ,
Et l'autre en nous habillant ,
Voilà la différence .
Clitandre se plaint d'Iris ,
Damon se plaint de Lays ,
Voilà la ressemblance ;
L'un murmure des rigueurs
L'autre gémit des faveurs ,
Voilà la différence,
1
AOUST. 1735 . 1849
Le Chasseur et l'Amoureux
Battent le Buisson tous deux ,
Voilà la ressemblance ;
Bien souvent dans le taillis ,
L'un attrape et l'autre est pris ,
Voila la différence.
Le Laboureur et l'Amant ,
Tous deux cultivent leur champ ,
Voilà la ressemblance ;
L'un rit au bout de neuf mois ,
Mais l'autre s'en mord les doigts ,
Voilà la différence .
Hypocrate et le Canon ,
Nous dépêchent chez Pluton ,
Voilà la ressemblance ,
L'un le fait gratuitement ,
Et l'autre pour notre argent ,
Voilà la différence .
Belle Femme et bon Mari ,
Font aisément un ami ,
Voilà la ressemblance ;
L'une en se servant des yeux ,
L'autre en les fermant tous deux ,
Voilà la différence.
Chez les grands Comédiens >
H vj Comme
1850 MERCURE DE FRANCE
Comme ici l'on voit des riens ,
Voilà la ressemblance ;
Ici l'on parle en chantant ,
Chez eux on chante en parlant ,
Voilà la différence.
Le Drapier et le Robin ,
En allongeant font du gain ,
Voilà la ressemblance ;
L'un allonge le Procès ,
Et l'autre le Vanrobez ,
Voilà la différence .
Cette Piece , dont toutes les Scenés qui la cou
pent et l'interrompent , causent une surprise
agréable et piquante , est très- bien représentée
par tous les Acteurs . Elle est de la composition
de Mrs Panard et Favart. La Dlle Drouin , qui
n'avoit jamais déclamé à Paris , y joue le Rôle
de Melpomene avec aplaudissement ; et la Dlle
Lombard y est aussi fort aplaudie dans le Rôle
de Lucile.
On a donné le même jour à la suite de cette
Piece , un nouveau Ballet Pantomime , intitulé :
L'Estaminette Flamande , executé très-vivement
par les meilleurs Sujets de la Tronne.
On trouvera l'Air noté du Vaudeville à la
suite de la Chanson , page 1824.
Le 25. jour de S. Louis , l'Opera Comique
donna à onze heures du soir un Bal public sur
son Théâtre de la Foire S. Laurent , à l'occasion
de la Fête du Roy. On avoit construit un plainpied
au niveau du Théatre , qui contenoit toute
la
AOUST 1735. 1858
la longueur de la Sale , laquelle fut très - bien
décorée et fort éclairée . On y dansa toute la nuit.
Le 22. les Comédiens Italiens donnerent la
premiere Représentation d'une Piece nouvelle
en Vers et en cinq Acres , qui a pour titre , La
Feinte inutile , de la composition de M. Romagnesy.
Le Sujet de cette Piece est tiré d'une ancienne
Comédie Italienne du Docteur Boccabadati
, jouée à l'Hôtel de Bourgogne en May 1720 .
sous le titre de La Buggia Imbroglia , il Bugiar
do , et en François, les Menteurs Embarrassés . On
parlera plus au long de cette Piece qui a été
reçûë très-favorablement du Public .
Le Mardy 17. de ce mois , les Comédienss
François donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie nouvelle en trois Actes et en
Vers , avec un Prologue en Vers libres , lequel
se passe entre trois Personnages ; sçavoir , Thalie,
un Comédien et l'Auteur . Ce petit Ouvrage , dont
l'Auteur demeure anonime , est bien reçu du
Public , qui rend justice à son esprit et à sa maniere
d'écrire . Nous donnerons un Extrait de
cette Piece.
LES INDES GALANTES , Ballet Héroïque, dont
les paroles sont de M. Fuzelier, et la Musique de
M Rameau ; avoit déja été annoncé dans notre
Journal sous un autre titre ; il fut représenté le
23. de ce mois et favorablement reçû du Public .
Nous n'en donnerons l'Extrait que le mois prochain.
Les Auteurs attentifs à saisir le goût du
Public , ont fait dans cet Ouvrage des change
mens qui prouvent leur zele et leur activité.
Dans les Représentations suivantes , ces corrections
ont eu le sort de bien des endroits de la
Piece ; elles ont été fort aplaudies.
1850 MERCURE DE FRANCE
Comme ici l'on voit des riens ,
Voilà la ressemblance ;
Ici l'on parle en chantant ,
Chez eux on chante en parlant ,
Voilà la différence .
Le Drapier et le Robin ,
En allongeant font du gain ,
Voilà la ressemblance ;
L'un allonge le Procès ,.
Et l'autre le Vanrobez ,
Voilà la différence .
Cette Piece , dont toutes les Scenés qui la coupent
et l'interrompent , causent une surprise
agréable et piquante , est très - bien représentée
par tous les Acteurs . Elle est de la composition
de Mrs Panard et Favart. La Dile Drouin , qui
n'avoit jamais déclamé à Paris , y joue le Rôle
de Melpomene avec aplaudissement ; et la Dile
Lombard y est aussi fort aplaudie dans le Rôle
de Lucile.
"
On a donné le même jour à la suite de cette
Piece , un nouveau Ballet Pantomime , intitulé :
L'Estaminette Flamande , executé très- vivement
par les meilleurs Sujets de la Tronne .
On trouvera l'Air noté du Vaudeville à la
suite de la Chanson , page 1824.
Le 25. jour de S. Louis , l'Opera Comique
donna à onze heures du soir un Bal public sur
son Théâtre de la Foire S. Laurent , à l'occasion
de la Fête du Roy. On avoit construit un plainpied
au niveau du Théatre , qui contenoit toute
la
AOUST 1735. 1858
la longueur de la Sale , laquelle fut très - bien
décorée et fort éclairée . On y dansa toute la nuit..
Le 22. les Comédiens Italiens donnerent la
premiere Représentation d'une Piece nouvelle
en Vers et en cinq Acres , qui a pour titre , La
Feinte inutile , de la composition de M. Romagnesy.
Le Sujet de cette Piece est tiré d'une ancienne
Comédie Italienne du Docteur Boccabadati
, jouée à l'Hôtel de Bourgogne en May 1720.
sous le titre de La Buggia Imbroglia , il Bugiar
do , et en François, les Menteurs Embarrassés . On
parlera plus au long de cette Piece qui a été
reçue très-favorablement du Public.
Le Mardy 17. de ce mois , les Comédienss
François donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie nouvelle en trois Actes et en
Vers , avec un Prologue en Vers libres , lequel
se passe entre trois Personnages ; sçavoir , Thalie,
un Comédien et l'Auteur . Ce petit Ouvrage , dont
l'Auteur demeure anonime , est bien reçu du
Public , qui rend justice à son esprit et à sa maniere
d'écrire. Nous donnerons un Extrait de
cette Piece.
LES INDES GALANTES , Ballet Héroïque, dont
les paroles sont de M. Fuzelier, et la Musique de
M Rameau ; avoit déja été annoncé dans notre
Journal sous un autre titre ; il fut représenté le
23. de ce mois et favorablement reçû du Public .
Nous n'en donnerons l'Extrait que le mois prochain.
Les Auteurs attentifs à saisir le goût du
Public , ont fait dans cet Ouvrage des change
mens qui prouvent leur zele et leur activité.
Dans les Représentations suivantes , ces corrections
ont eu le sort de bien des endroits de la
Piece ; elles ont été fort aplaudies.
1852 MERCURE DE FRANCE
Le 8 , on représenta sur le Théatre du .
College Mazarin la Tragédie de JoNATHAS,
fils de Saul , qui fut suivie de la Distribution des
Prix . Le Sujet est si connu , qu'il est inutile d'entrer
là-dessus dans aucun détail . Il suffira d'observer
que la grande douleur , le trouble , les agitations
du Roy d'Israël , les diverses situations
de Jonathas , son fils , le risque enfin que court
ce Fils d'être sacrifié , tiennent lieu de catastrophe.
Au milieu du plus grand danger , un
Oracle du Ciel défend de répandre du sang. Il
ne veut point d'autre sacrifice que celui du coeur
Mais parce que Jonathas n'est pas le seul coupable
, et que Saül allumoit aussi le courroux
Celeste, Dieu n'a permis la faute et le danger du
Fils , que pour punir et corriger le Pere de sa
facilité à faire des sermens témeraires. Saül demeure
confus et interdit ; il adore la divine Justice
, enfin il va recevoir ce cher fils et préparer
un Sacrifice pour expier son offense et marquer
à Dieu sa reconnoissance.
Ainsi finit cette Tragedie de cinq Actes , laquelle
a été parfaitement bien executée , devant
une belle et nombreuse Assemblée.
į į š š š š š š š ž ŕ & g
NOUVELLES ETRANGERES.
O
TURQUIE ET PERSE.
Na apris par la voye de Dantzick , que le
10. Juin Thanas Kouli- Kan s'étant avancé
avec un Corps de 15000. hommes , à une pe-
Bite distance de l'Armée Turque , campée dans
la
AOUST. 1735. 1853
la Plaine nommée Arpa Ciairy , le Pacha Kuperli
avoit détaché une partie de sa Cavalerie pour
attaquer les Persans , que Thamas Kouli - Kan
s'étoit déterminé sur la marche des Turcs à rentrer
dans son Camp , et que comme la Cavalerie
de l'Armée Turque l'avoit suivi jusqu'à ses retranchemens
, il s'étoit retiré avec précipitation;
que les Turcs qui avoient marché sur le champ
pour aller l'attaquer à Revan , où il s'étoit arrê
té , s'étant engagés dans un défilé , bordé d'un
côté par un Bois et de l'autre par une chaîne de
Montagnes , ils avoient été enveloppés par deux
Corps de Troupes , postés en cet endroit ; que
Thamas Kouli-Kan , qui n'avoit feint de prendre
la fuite que pour attirer les Ennemis dans
cette embuscade , étoit venu se joindre à ces
deux Corps , que le combat avoit été très - long
et très-vif , et que les Turcs avoient perdu la
plus grande partie de leur Armée , leur Artillerie
et leurs bagages , que le Pacha Kuperli avoit éu
deux chevaux tués sous lui , et qu'on le croyoit
du nombre des morts ou des prisonniers .
Cette nouvelle n'étant fondée que sur des avis
particuliers que les Saxons ont reçûs de Vienne ,
on en attend la confirmation.
RUSSIE.
A Czarine a envoyé ordre au Prince de
Hesse- Hombourg , de marcher en Ukraine
en
avec le Corps de Troupes qu'il commnande , pour
observer les mouvemens du Kan des Tartares de
Crimée , dont on assure que l'Armée commence
à défiler vers le Daghestan . Le bruit court que
si la marche de ce Kan peut donner de l'inquié
tade à S. M. Cz. le Comte de Munich ira avec
la
1854 MERCURE DE FRANCE
la plus grande partie des Troupes qu'elle a en
Pologne , au secours du Prince de Hesse Hombourg.
Les avis que la Czarine a reçûs depuis de l'irruption
faite dans ses Etats par les Tartares
du Daghestan , quî pillent et brulent tous les
lieux par lesquels ils passent , et la marche du
Kan des Tartares de Crimée dont l'Armée nombreuse
et les grands préparatifs de guerre continuent
de lui donner beaucoup d'inquiétude ,
ont déterminé S. M. Cz à ordonner que tous les
Habitans des bords du Tanaïs , au - dessus de 20.
ans et au dessous de 40. prissent les Armes pour
s'oposer aux entreprises des Tartares .
Le Prince de Hesse - Hombourg a dépêché un
Officier à la Czarine , pour l'informer que le
Pacha de Choczin ne s'étoit pas contenté de ne
faire aucune réponse au General Hein , qui lui
avoit écrit au sujet du Corps de Troupes Lithua
niennes , campé à Braza , mais qu'il avoit fourni
à ces Troupes tous les vivres et les fourages
dont elles avoient eu besoin pendant que les Moscovites
leur coupoient la communication avec la
Pologne , et qu'il se préparoit à secourir M. Espiriesz
, si on entreprenoit de l'attaquer, ...
La Czarine a envoyé ordre à M de Bestuchef
son Ministre à Stockolm , de demander communication
du Traité conclu entre le Roy de
France et le Roy de Suede , et de protester en
cas de refus , contre ce que ce Traité pouvoit
contenir de contraire à ses intérêts .
S. M. Cz. a écrit à son Ministre auprès du
Roy de Prusse , de lui envoyer l'état des dommages
causés par les Troupes' Moscovites dans
les Etats de ce Prince .
Les Lettres de la fin du mois de Juillet , mar ,
quent
AOUST. 1735. 1855
quent que M. de Neplief , Ministre de la Czarine
à la Porte , a dépêché un Courier à S. M. Cz.
pour lui donner avis de la victoire remportée depuis
peu sur les Turcs par les Persans.
Quoique le Gouvernement.depuis qu'on a reçû
cette nouvelle , paroisse être moins inquiet au
sujet des mouvemens des Tartares , on continuë
de prendre les mesures convenables pour s'oposer
aux entreprises qu'ils pouroient former.
La Czarine a ordonné qu'on ajoûtât plusieurs
Ouvrages aux Fortifications de Kaulowski ; on y
a envoyé une grande quantité de munitions , et
plusieurs Officiers de Marine sont allez à Weronitz
, afin d'y faire équiper les Galeres et les
Galiotes qui sont dans ce Port.
Le bruit court que si le Grand - Seigneur
se détermine à une rupture avec cette Cour ,
S.M Cz. commencera aussi - tôt les Actes d'Hostilité
, et qu'on fait actuellement toutes les dispositions
nécessaires pour entreprendre le Siege
d'Asoph.
La Czarine a apris par un Courier de M. de
Bestuchef, que ce Ministre ayant fait de fortes
instances auprés du Roy de Suede pour obtenir
la communication du dernier Traité conclu entre
la France et la Suede , Sa Majesté Suedoise lui
avoit fait répondre que ce Traité ne seroit rendu
Public qu'aprés l'échange des ratifications ; qu'au
reste S. M. Cz. devoit être persuadée qu'il ne renfermoit
aucun article contraire à ses interêts ,
et que les Puissances contractantes avoient eu
principalement pour objet dans ce Traité de renouveller
les conventions qui subsistent entre elles
depuis très longtemps.
Malgré ces . assurances du Roy de Suede , la
Czarine a jugé à propos d'ordonner à quelques
Régi1856
MERCURE DE FRANCE
Régimens de se rendre en Livonie , et dans les
autres Provinces cedées par la Suede au feu Czar
Pierre I. On assure que S. M. Cz. a chargé en
même-temps M. de Bestuchef , de demander à
S. M. S. le renouvellement du Traité conclu en-*
tre la Suede et la Moscovie dans l'année 1724. et
qui est prêt d'expirer.,
L'Electeur de Saxe ayant écrit à la Czarine
Pour la prier de renoncer par une Acte authentique
et signé de sa main à tous les dédommagemens
qu'elle et ses successeurs pouroient prétendre
à l'occasion de l'entrée de ses Troupes en
Pologne , S. M. Cz l'a fait assurer que le Ministre
qu'elle envoyeroit à l'Assemblée qui devoit
se tenir à Warsovie , seroit muni de pleins
pouvoirs pour regler cette affaire.
L
POLOGNE.
E Corps de Troupes Lithuaniennes , com
mandé par M. Espiriesz , s'étant retanché à
Braza , sous le Canon de Choczin , après avoir
été joint par les Troupes du Comte Sapicha ,
Grand - Trésorier de Lithuanie et par celles de
M. Teminski ; le General Hein , qui avoit suivi
M. Espiriesz jusques sur la Frontiere , avec un
Corps de Troupes Moscovites , a écrit au Pacha
de Choczin , pour lui marquer qu'il étoit déterniné
à poursuivre les Ennemis de l'Electeur de
Saxe jusques sur les Terres de l'Empire Ottoman.
Le Pacha ayant reçû cette Lettre du General
Moscovite,a fait arrêter celui qui l'avoit aportée,
et il l'a envoyée au Grand- Visir , qui lui a ordonné
d'assembler des Troupes et d'user de représailles
à la moindre tentative que les Moscovites
feroient pour entrer sur les Terres du Grand
Seigneur.
A O UST. 1735. 1857
En consequence de cet ordre le Pacha a assuré
les Généraux des Troupes Lithuaniennes , qu'ils
pouvoient demeurer dans leur Camp , et que si
on entreprenoit de les inquiéter , il ne tarderoit
à les secourir . pas
Il a fait marcher en même- temps des Troupes
qui ont occupé tous les postes par lesquels les
Moscovites pouvoient tenter le passage , et qui
couvrent de tous côtez le Camp de M. Espiriesz .
Le Général Hein , informé des ordres que le
Pacha avoit reçûs de la Porte , a jugé à propos
de s'éloigner de Choczin , et de se retirer à Miedryrzée.
Pendant quelques semaines que ce Général
avoit coupé toute communication aux Troupes
Lithuaniennes avec la Pologne , le Pacha de
Choczin leur a fourni les vivres et les fourages
dont elles avoient besoin ; mais depuis la retraite
des Moscovites , ces Troupes ont fouragé dans la
Podolie.
Le Pacha de Choczin a fait sçavoir à M. Espiriesz
, qu'il avoit reçû des avis certains qu'un
Corps de Tartares du Daghestan avoit fait une
irruption en Moscovie , et qu'ils pilloient et bruloient
tous les Villages par lesquels ils passoient.
Ce Pacha lui a mandé en même temps que le
Grand Seigneur paroissoit déterminé à décla
rer la guerre à S. M. Cz . tant parce qu'il regardoit
l'entrée des Moscovites en Pologne comme
une infraction au Traité de Pruth , qu'à cause de
Pintelligence secrette de la Czarine avec Thamas
Kouli-Kan.
Toutes les Troupes Moscovites qui sont en
Lithuanie , doivent marcher incessamment pour
retourner en Moscovie.
M. Ossolinki , Grand Trésorier de la Couronuc
4
1858 MERCURE DE FRANCE
ronne , a fait publier un Manifeste pour servir
de réponse à l'Ecrit que les Palatins de Cracovie,
de Sandomir , et de Trock , ont répandu dans le
Royaume de Pologne , au sujet du refus qu'il a
fait de remettre les ornemens Royaux , dont il
est dépositaire , entre les mains de l'Electeur de
Saxe.
Ce Manifeste porte , que M. Ossolinski , bienloin
d'avoir violé les loix citées contre lui , ee
particulierement la Constitution de 1576 , n'a
fait qu'observer ponctuellement ce qu'elles lui
prescrivoient ; que la Constitution -dont- il s'agit
, donnant aux seuls Polonois le droit d'aspirer
au Trône , et ayant été renouvellée dans la
derniere Diette Générale de Convocation , il ne
pouvoit , sans trahir son devoir , laisser tomber
en la puissance des Etrangers la Couronne et les
autres Ornemens Royaux que la République conserve
avec tant de respect , et sans lesquels aucunCouronnement
ne peut se faire dans leRoyaume
de Pologne ; que d'ailleurs il a été autorisé
par une délibération de la plus saine partie des
Etats du Royaume , et par les ordres même du
Primat, qui pour lors étoit dépositaire de l'autorité
Royale , à mettre ces ornemens en sûreté.
M. Ossolinski avouë qu'après la prise de Dantzick
, les Moscovites lui firent signer un Ecrie ,
par lequel ils prétendoient l'obliger de représenter
au plutôt ces ornemens ; mais il remarque
qu'une Puissance Etrangere n'étoit pas en droit
d'éxiger de lui une telle promesse , et qu'en l'éxécutant
il se rendroit criminel d'Etat.
A la fin de son Manifeste , il fait voir que sa
conduite est conforme à celle que plusieurs
Grands Trésoriers de la Couronne ont tenuë
avant lui , et qu'ils ont merité par une pareille
démarche
A OUST. 1735. 1859
démarche l'aprobation de la République . Il cite
à cette occasion plusieurs Constitutions, entre autres
celles de 1658. de 1659 et de 1661 .
Le Primat se rendit le 15. du mois passé à
Warsovie , et le lendemain il alla voir l'Electeur
de Saxe.
La Noblesse du Palatinat de Bracklaw a envoyé
des Deputés à l'Electeur de Saxe pour se
plaindre des violences que les Cosaques commettent
dans cette Province. Le Chef de ces Deputez
, lorsqu'ils furent admis à l'audience de l'Electeur
, lui fit une vive peinture de la licence de
ces Troupes , et il dit que leur avarice et leur
cruauté ne connoissoient point de bornes ; que si
les Officiers se distinguoient des Soldats , ce n'étoit
qu'en se livrant à de plus grands excès , que
les uns et les autres dépouilloient et tuoient indistinctement
les amis comme les ennemis ; que
les Prêtres et les Gentilshommes étoient traitez
encore plus inhumainement que les Paysans ; que
les Eglises même n'étoient pas respectees , qu'on
emportoit les vases sacrés , et qu'on fouloit aux
pieds les Hosties .
Il finit son Discours en supliant l'Electeur , au
noin des habitans de la Province , de se laisser
toucher par leur misere et par leur désespoir , et
de les délivrer d'une troupe de furieux qui ne peuvent
être étonnez par l'atrocité des crimes les
plus énormes , ni féchis par les larmes et les humiliations
les plus touchantes.
L'Electeur répondit qu'il feroit tous ses efforts
pour empêcher la continuation de pareils désordres
, mais qu'il ne pouvoit faire sortir les Cosaques
du Palatinat de Bracklaw , avant que la
tranquillité fut rétablie dans le Royaume de Pologne
, et le Comte de Munich , qui étoit présent
1838 MERCURE DE FRANCE
ronne , a fait publier un Manifeste pour servir
de réponse à l'Ecrit que les Palatins de Cracovie,
de Sandomir , et de Trock , ont répandu dans le
Royaume de Pologne , au sujet du refus qu'il a
fait de remettre les ornemens Royaux , dont il
est dépositaire , entre les mains de l'Electeur de
Saxe.
Ce Manifeste porte , que M. Ossolinski , bienloin
d'avoir violé les loix citées contre lui , et
particulierement la Constitution de 1576 , n'a
fait qu'observer ponctuellement ce qu'elles lui
prescrivoient ; que la Constitution dont- il s'agit
, donnant aux seuls Polonois le droit d'aspirer
au Trône , et ayant été renouvellée dans la
derniere Diette Générale de Convocation , il ne
pouvoit , sans trahir son devoir , laisser tomber
en la puissance des Etrangers la Couronne et les
autres Ornemens Royaux que la République conserve
avec tant de respect , et sans lesquels aucunCouronnement
ne peut se faire dans leRoyaume
de Pologne ; que d'ailleurs il a été autorisé
par une délibération de la plus saine partie des
Etats du Royaume , et par les ordres même du
Primat, qui pour lors étoit dépositaire de l'autorité
Royale , à mettre ces ornemens en sûreté.
M. Ossolinski avoue qu'après la prise de Dantzick
, les Moscovites lui firent signer un Ecrit ,
par lequel ils prétendoient l'obliger de représenter
au plutôt ces ornemens ; mais il remarque
qu'une Puissance Etrangere n'étoit pas en droit
d'éxiger de lui une telle promesse , et qu'en l'éxécutant
il se rendroit criminel d'Etat.
A la fin de son Manifeste , il fait voir que sa
conduite est conforme à celle que plusieurs
Grands Trésoriers de la Couronne ont tenuë
avant lui , et qu'ils ont merité par une pareille
démarche
A O UST. 1735. 1859
démarche l'aprobation de la République. Il cite
à cette occasion plusieurs Constitutions, entre autres
celles de 1658. de 1659 et de 1661 .
Le Primat se rendit le 15. du mois passé à
Warsovie , et le lendemain il alla voir l'Electeur
de Saxe.
La Noblesse du Palatinat de Bracklaw a envoyé
des Deputés à l'Electeur de Saxe pour se
plaindre des violences que les Cosaques commettent
dans cette Province . Le Chef de ces Deputez
, lorsqu'ils furent admis à l'audience de l'E-
'lecteur , lui fit une vive peinture de la licence de
ces Troupes , et il dit que leur avarice et leur
cruauté ne connoissoient point de bornes ; que si
les Officiers se distinguoient des Soldats , ce n'étoit
qu'en se livrant à de plus grands excès , que
les uns et les autres dépouilloient et tuoient indistinctement
les amis comme les ennemis , que
les Prêtres et les Gentilshommes étoient traitez
encore plus inhumainement que les Paysans ; que
les Eglises même n'étoient pas respectees , qu'on
emportoit les vases sacrés , et qu'on fouloit aux
pieds les Hosties .
Il finit son Discours en supliant l'Electeur, au
nom des habitans de la Province , de se laisser
toucher par leur misere et par leur désespoir , et
de les délivrer d'une troupe de furieux qui ne peuvent
être étonnez par l'atrocité des crimes les
plus énormes , ni féchis par les larmes et les humiliations
les plus touchantes.
L'Electeur répondit qu'il feroit tous ses efforts
pour empêcher la continuation de pareils désordres
, mais qu'il ne pouvoit faire sortir les Cosaques
du Palatinat de Bracklaw , avant que la
tranquillité fut rétablie dans le Royaume de Pologne
, et le Comte de Munich , qui étoit présent
1858 MERCURE DE FRANCE
ronne , a fait publier un Manifeste pour servir
de réponse à l'Ecrit que les Palatins de Cracovie,
de Sandomir , et de Trock , ont répandu dans le
Royaume de Pologne , au sujet du refus qu'il a
fait de remettre les ornemens Royaux , dont il
est dépositaire , entre les mains de l'Electeur de
Saxe.
>
Ce Manifeste porte , que M. Ossolinski , bienloin
d'avoir violé les loix citées contre lui , ec
particulierement la Constitution de 1576 , n'a
fait qu'observer ponctuellement ce qu'elles lui
prescrivoient ; que la Constitution dont- il s'agit
, donnant aux seuls Polonois le droit d'aspirer
au Trône , et ayant été renouvellée dans la
derniere Diette Générale de Convocation , il ne
pouvoit , sans trahir son devoir , laisser tomber
en la puissance des Etrangers la Couronne et les
autres Ornemens Royaux que la République conserve
avec tant de respect et sans lesquels aucunCouronnement
ne peut se faire dans leRoyaume
de Pologne ; que d'ailleurs il a été autorisé
par une délibération de la plus saine partie des
Etats du Royaume , et par les ordres même du
Primat, qui pour lors étoit dépositaire de l'autorité
Royale , à mettre ces ornemens en sûreté.
M. Ossolinski avouë qu'après la prise de Dantzick
, les Moscovites lui firent signer un Ecrit ,
par lequel ils prétendoient l'obliger de représenter
au plutôt ces ornemens ; mais il remarque
qu'une Puissance Etrangere n'étoit pas en droit
d'éxiger de lui une telle promesse , et qu'en l'éxécutant
il se rendroit criminel d'Etat.
A la fin de son Manifeste , il fait voir que sa
conduite est conforme à celle que plusieurs
Grands Trésoriers de la Couronne ont tenuë
avant lui , et qu'ils ont merité par une pareille
démarche
A O UST. 1735. 1859
démarche l'aprobation de la République . Il cite
à cette occasion plusieurs Constitutions, entre autres
celles de 1658. de 1659 et de 1661 .
Le Primat se rendit le 15. du mois passé à
Warsovie , et le lendemain il alla voir l'Electeur
de Saxe .
La Noblesse du Palatinat de Bracklaw a envoyé
des Deputés à l'Electeur de Saxe pour se
plaindre des violences que les Cosaques commettent
dans cette Province . Le Chef de ces Deputez
, lorsqu'ils furent admis à l'audience de l'Electeur
, lui fit une vive peinture de la licence de
ces Troupes , et il dit que leur avarice et leur
cruauté ne connoissoient point de bornes ; que si
les Officiers se distinguoient des Soldats , ce n'étoit
qu'en se livrant à de plus grands excès , que
les uns et les autres dépouilloient et tuoient indistinctement
les amis comme les ennemis ; que
les Prêtres et les Gentilshommes étoient traitez
encore plus inhumainement que les Paysans ; que
les Eglises même n'étoient pas respectees , qu'on
emportoit les vases sacrés , et qu'on fouloit aux
pieds les Hosties.
Il finit son Discours en supliant l'Electeur, au
noin des habitans de la Province , de se laisser
toucher par leur misere et par leur désespoir , et
de les délivrer d'une troupe de furieux qui ne peuvent
être étonnez par l'atrocité des crimes les
plus énormes , ni fléchis par les larmes et les humiliations
les plus touchantes .
L'Electeur répondit qu'il feroit tous ses efforts
pour empêcher la continuation de pareils désordres
, mais qu'il ne pouvoit faire sortir les Cosaques
du Palatinat de Bracklaw , avant que la
a tranquillité fut rétablie dans le Royaume de Pologne
, et le Comte de Munich , qui étoit présent
1860 MERCURE DE FRANCE
sent à l'audience des Deputés , les assura qu'il
ordonneroit qu'on punit les coupables ; qu'on
restituât tout ce qu'on pouroit recouvrer de ce
qui avoit été pris ou dans les Eglises ou chez les
particuliers , et que les Cosaques gardassent à
Ï'avenir une plus éxacte discipline .
Quelques Gentilshommes , deputés par le Palatinat
de Belsk , se sont rendus à Warsovic pour
représenter à l'Electeur de Saxe que les habitans
de ce Palatinat étoient hors d'état de fournir plus
long-temps des subsistances aux Troupes Moscovites
, et pour le prier d'engager le Comte de
Munich à donner d'autres quartiers à ces Trou
pes , mais ils n'ont pu obtenir d'autre réponse ,
sinon que l'Electeur ne négligeroit aucun soin
pour avancer la pacification des troubles ; que
dès qu'ils seroient entierement apaisés , les Moscovites
ne tarderoient pas à se retirer , et qu'en
attendant il employeroit ses bons offices pour
faire accorder quelque soulagement aux habitans
du Palatinat de Belsk.
Le 27. du mois dernier , le Roy de Pologne
donna audience aux Deputés que les Curbits
lui ont onvoyés pour l'assurer de leur fidelité et
de la disposition où ils étoient de sacrifier leurs
vies et leurs biens pour son service. On a apris
par cesDeputés qu'une partie des habitans de leur
Province , laquelle est presqu'entierement couverte
de Forêts difficiles à penetrer , avoit pris
les armes , et qu'un Corps de 2000. Polonois s'étoit
joint à eux pour faire des courses dans les
Palatinats voisins .
Un Courier dépêché par M. Espiriesz , a apris
au Roy les mesures prises par le Pacha de Choczin
pour empêcher les Moscovites d'inquiéter les
Troupes Lithuaniennes qui sont dans son Gouvernement
AOUST. 1735. 1861
vernement , et l'on a sçû par ce Courier , que les
Tartares Kalmucks , soumis par la feu Czar
Pierre I. avoient été portez par l'exemple de ceux
du Daghestan , et par les sollicitations du Kan
de Crimée , à se révolter contre la Czarine , et
qu'ils menaçoient de porter la guerre dans ses
Etats , aussi- tôt que le Kan seroit à portée de
les secourir.
Les Senateurs et les Deputés des Palatinats de
Pologne , qui sont à Konigsberg , s'assemblent
souvent pour délibérer sur la conjoncture presente
des affaires , et quelques uns d'entre eux ont été
chargés par S. M. P. de dresser une protestation
contre toutes les résolutions qui pouront être
prises dans l'Assemblée que la Noblesse attachée
aux interêts de l'Electeur de Saxe doit tenir à
Warsovie.
Plusieurs Familles de la Prusse Polonoise se
sont retirées à Konigsberg, tant pour prouver au
Roi de Pologne leur attachement, que pour éviter
les persecutions des Moscovites.
Les Magistrats de Dantzick ont refusé de fournir
aux Troupes Saxones , qui sont arrivées
dans la Prusse Polonoise, les vivres et les fourrages
qu'elles demandoient , et ils ont chargé M.
de Behne , Agent de la Ville auprès de l'Electeur
de Saxe , de représenter à ce Prince que les prétentions
de ces Troupes sont contraires aux articles
de la Capitulation qui a été accordée aux
habitans lorsqu'ils se sont soumis.
L'Electeur de Saxe a consenti que tous les Protestans
du Royaume de Pologne et du Grand Duché
de Lithuanie jouissent de leurs anciens privileges
, et il a promis de ne les inquiéter en aucune
maniere sur l'éxercice de leur Religion.
Selon les dernieres Lettres reçues de Konigsberg,
1862 MERCURE DE FRANCE
berg , le Colonel Gorofski est allé à Constantinople
pour y éxécuter une Commission de la part
du Roy.
On a apris en même- temps , que tous les Seigneurs
Polonois qui sont à Konigsberg , auprès
de S. M. ont signé le nouveau Manifeste composé
par son ordre pour protester contre toutes les
résolutions qui seront prises par les Partisans de
l'Electeur de Saxe dans l'Assemblée qui doit se te
nir à Warsovie.
ALLEMAGNE.
N aprend de Vienne que le Conseil de
Guerre a expedié des ordres pour qu'on for
tifiât sur les Côtes d'Istrie tous les Endroits par
lesquels les Flotes des Puissances Alliées pouroient
tenter une descente , et on a levé 6000. Croates
qui sont en marche pour se rendre à Trieste d'où
ils seront distribués dans ces differens postes.
L'Electeur de Baviere n'a pas encore déclaré
dans quel temps il envoyeroit son contingent à
l'Armée Impériale sur le Rhin . Le bruit court
que les Troupes Saxones campées sur la frontiere
du Royaume de Bohême , se rendront à
cette Armée , aussi - tôt après qu'elles auront été
renforcées par quelques Régimens qui doivent
les joindre.
La seconde Colonne des Troupes Moscovites
composée de sooo hommes , est arrivée sur la
frontiere de Silésie,
ITALIE.
AOUST . 1735. 1863
O
ITALIE.
2
N aprend de Rome , faute de nouvelle plus
importante , que l'Ambassadeur de Venise
ayant rencontré le Cardinal Firrao in Fiocchi
sans faire arrêter ssn carosse et ce Cardinal lui
en ayant fait porter des plaintes , ce Ministre
envoyé lui faire excuse .
"
On écrit de Venise qué le 22. Juillet, jour auquel
la Garnison que l'Empereur Maximilien I.
avoit mise dans la Ville de Padouë , fut obligé
de la rendre en 1710. aux Troupes par lesquelles
cette République l'avoit fait assiéger , le
Doge accompagné de l'Ambassadeur de l'Empereur
, et de la Seigneurie , tint Chapelle selon la
coûtume dans l'Eglise de Sainte Marine , en mémoire
de cet évenement.
3 C
NAPLES ET SICILE.
L57,du mois dernier le Roypartit dePalerme
pour retourner à Naples . S. M. fit le trajet
par Mer L'Escadre qui l'a conduit etoit composée
de deux Vaisseaux de guerre , d'une Palandre ,
de cinq Galeres du Roy d'Espagne, de quatre Galeres
de la Religion de Malthe , et d'un grand
nombre de Tartanes,
1
Le Roy avant son départ a diminué les impôts
qui avoient été établis dans cette Isle par le
precedent Gouvernement , et S. M. a accordé aux
habitans plusieurs autres graces.
La Ville de Palerme a fait présent au Roy d'un
meuble de drap d'or , et d'un damas cramoisi
garni de galons et de crepines d'or très riches ;
de six tables d'agathe , et d'un pareil nombre de
miroirs avec des bordures de Lapis.
I On
1864 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Naples que le 12. du´mois dernier
vers les onze heures du inatin , les Sentinelies
du Doujon du Château S. Elme , ayant écou
vert l'Escadre qui ramenoit le Roy , elles don
nerent le signal pour avertir les habicans de l'arrivée
de S. M. Aussi tôt le Cardinal Archevêque
et une partie des principaux Seigneurs qui étoient
a Naples , s'embarquerent sur plusieurs Gondoles
magnifiquement ornées , et allerent au devant du
Roy , pendant que le peuple qui accouroit en
foule , pour être témoin du débarquement de
S. M. marquoit par des acclamations reiterées la
joye que lui causoit son retour.
Le Roy entra à cinq heures du soir dans le
Port , où il fut reçû au bruit d'une triple salve
de l'artillerie de tous les Vaisseaux qui y étoient
à l'ancre , er de celle de la Ville et des Châteaux.
S. M. étant descendue à terre , se rendit au
Palais , et après s'être placée sur son Trône , elle
fut complimentée par le Corps de Ville . Il y a
eu pendant trois nuits consécutives des réjouissances
à l'occasion de l'arrivée du Roy ; la Noblesse
et la Bourgeoisie se sont empressées de la
célébrer par des fêtes , et le Corps de Ville s'est
distingué par la magnificence des illuminations
qui ont été faites par son ordre.
Le 18. le Roy reçut avis que le 12. du mois
passé le Comte Carrera , Gouverneur de Trapani
, avoit capitulé , et S. M. a aprouvé les articles
de la capitulation qui porte que quinze
jours après celui de la signature , la Garnison
Impériale sortira de la Place avec les honneurs de
la guerre, tambour battant, Enseignes déployées ,
avec armes et bagages et 30. coups à tirer pour
chaque soldat ; qu'on accordera à la Garnison
2. piéces de canon , chacune de six livres de balle
,
A OUST. 1735. 1865
le , et un mortier ; que les Officiers et Soldats Siciliens
de la Compagnie d'Artillerie qui étoit
dans la Ville , auront la liberté de demeurer au
service de l'Empereur ; que huit jours avant l'évacuation
de la Place , le Marquis de Gracia Real
envoyera des Commissaires des Guerres et des
Commissaires d'Artillerie pour visiter les Canons
et les Magasins ; qu'on fournira des Vaisseaux
pour le transport de la Garnison , à condition
qu'ils seront fretez aux dépens de S. M. I.
que le Comte Carrera poura se servir pour aller
Trieste ou à Fiume , de la Tartane qu'il a fait
armer pendant le Siége , mais qu'il sera obligé
de la renvoyer aussi tot aprés son débarquement;
que les Officiers pouront vendre leurs chevaux et
leurs armes ; qu'on accordera du temps pour le
payement des sommes empruntées dans la Ville
par le Comte Cirera au nom de l'Empereur , et
que ce Comte laissera des ôtages qui y demeureront
jusqu'à ce qu'elles soient acquittées.
Le Comte Carrera avoit demandé qu'on remit
en liberté les Capitaines et les équipages de
deux Bâtimens dont les Galeres d'Espagne se
sont emparées pendant le Siège , mais cet article
lui a été refusé parce que ces Bâtimens
lorsqu'ils ont été pris , étoient avec des Corsai
res d'Alger à qui ils s'étoient joints pour aller en
course .
que
S. M. vient de donner un Decret pour réprimer
le luxe dans le Royaume de Naples , et pour
fixer le nombre des carosses et des domestiques
chacun avoir selon son rang.
poura
On a apris que leRoy a fait ordonner au Con .
nétable Colonne de se rendre à Naples , et que
les biens du Duc de Caserte qui avoit reçû le mème
ordre , et qui a differé jusqu'à-présent de
Iij l'éxécuter ,
1866 MERCURE DE FRANCE
l'éxécuter , ont été mis en sequestre . On aprend
presque en même temps de Rome , que ce Connétable
fait de grands préparatifs pour se rendre à
Naples avec une suite de 300. personnes.
Le bruit court que le Roy des deux Siciles paroissoit
dans le dessein de ne point conserver les
prérogatives de la Grandesse ni les marques de
l'Ordre de la Toison d'or aux Seigneurs qui ont
reçû ces distinctions de l'Empereur.
LETTRE de M. le Chevalier de saint
Pol , commandant la Capitane des.
Galeres de Malte , écrite à M. de
S. Pol de la Bretonniere son Frere , de
Naples lo 15. Juillet 1735.

Ous serez , sans doute , bien aise , mon très
cher Frere , d'aprendre des nouvelles de
PAmbassade de M. le Bailly de S. Simon , General
des Galeres de la Religion auprès du Serenissime
Prince , Charles de Bourbon , Roy des deux Siles.

Son Excellence arriva à Palerme , capitale de ce
Royaume , le 2. Juillet , avec son Escadre , composée
de quatre Galeres : sçavoir la Galere S. Nicolas
nommée la Patrone commandée par M,
le Chevalier Afflite , la S. Louis commandée par
M. le Chevalier Orrighi , la Ste Anne , dite la
Magistrale , commandée par M. le Chevalier de
l'Auberidiere , et la Capitane , dont j'ai l'honneur
d'étre Capitaine , et dont M, le Chevalier de Bran-
Cas est Lieutenant.
Cette Escadre entra dans le Port sur les cinq beures
du soir au bruit de trois salves Royales de notre
artillerie et de notre mousqueterie , pour saluer
S.M.
AOUST. 1735. 1867
+
S. M. Nous saluames ensuite de plusieurs décharges
les cinq Galeres d'Espagne qui étoient dans le
Port. Tous les Bâtimens de Mer , et la Ville répondirent
à nos salves , et continuerent leurs décharges
jusqu'au coucher du Soleil.
Le même jour S. E. eût une audience secrete de
S.M. et du Comte de San - Estevan . Le lendemain,
qui étoit le jour du Couronnement du Roy , ce Seigneur
donna à diner à SE et aux quatre Capitaines
des Galeres de la Religion.
Les. M. l'Ambassadeur fit son Entrée publique
dans Palerme par la Porte Felice , d'où il se rendit
au Palais de S. M. Il était suivi de six vingt carosses
remplis par des Chevaliers de Malte les plus
distingués . La magnificence des habits et des équipages
de ces Chevaliers , répondoit parfaitement à
celle de S. E. dont le carosse étoit precedé par M.
le Chevalier de Reggio , General des Galeres d'Espagne
, et par M le Chevalier de Pisaro , Commandant
des Vaisseaux.
S. E. eut l'honneur de complimenter le Roy ass
nom du GrandMaître et de la Religion sur son avenement
à la Couronne des deux Siciles ; la cérémonie
finie , M. l'Ambassadeur sortit du Palais
et revint dans le même ordre sur sa Galere , où elle
donna un grand diné aux principaux Officiers de la
Cour.
Le il
7. se rendit encore au Palais , accompagné
d'un grand nombre de Chevaliers , cortege qui éga
loit en magnificence celui du jour de l'Entrée. S.E.
eut l'honneur de présenter à S. M. un Faucon de
Malte , ★ et il prêta le serment accoûtumé au nom
de
* En vertu de l'Acte de Donation Solemnelle
de l'Isle de Malte &c. faite par l'Empereur
Charles-

I iij
1868 MERCURE DE FRANCE
de l'Ordre , en qualité de Feudataire du Royaume
de Sicile pour les Isles de Malte et de Goze.
Le séjour que nous avons fait à Palerme a été
dans un temps où toute la Ville étoit dans la joie ;
les habitans n'étoient occupez qu'à donner à l'envi
des fêtes galantes , et à imiter , autant qu'ils pouvoient
, celles qui se donnoient à la Cour , et sur les
Galeres.
Le 8. le Roy s'embarqua avec toute sa Cour sur
un Vaisseau d'Espagne , commandé par M. de
Pisaro pour se rendre à Naples. S. M. étoit suivie
des cing Galeres d'Espagne , des quatre Galeres de
Malte , et d'un grand nombre d'autres Bâtimens
sur lesquels étoit toute sa suite . Pendant tout le
voyage la Galere Reale d'Espagne tenoit la droite
du Vaisseau du Roy , et la Capitane de Malte la
gauche . Nous arrivâmes ici le 12. et je ne sçai
quand nous en partirons. Je suis , joc.
M. le Bailly de S. Simon , Général des Galeres
de Malte , dont il est parlé dans cette Lettre
, est le Fiere de M. l'Evêque de Mets . Et M.
le Chevalier de Brancas est le 3. fils de M. le Marquis
de Brancas , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant Général de ses Armées , et au Gouvernement
de Provence , ci - devant "Ambassadeur
en Espagne.
Charles-Quint en qualité de Roy de Sicile , tant
en son nom qu'en celui des Rois ses successeurs,
en date du 24 Mars 1530 aux conditions portées
dans cet Acte , qui est imprimé tout du long
à la fin du II. I. de l'Histoire de Malte par l'Abbé
de Vertot.
ESPAGNE.
AOUST. 1735. 1869
ESPAGNE.
N Courier arrivé à Madrid de l'Armée
Udfalic , a raporté que le 23. du mois der- d'Italie , a
nier la tranchée avoit été ouverte devant la Ville
de la Mirandole par les Troupes Espagnoles des
tinés à ce Siege ; que les cinq jours suivans
ayant été employés à avancer les ravaux , les
Batteries n'avoient commencé à tirer que le 28.
et qu'on esperoit que la Garnison ne pourois
faire une longue résistance.
GRANDE - BRETAGNE.
N embarqua à Londres le z.de ce mois à
bordd'un Vaisseau destiné pour l'Amerique
, une grande quantité de Socs de charuë ,
de Pelles , de Bêches et d'autres Instrumens , tant
pour remuer la terre , que pour bâtir , dont le
Duc de Montagu et plusieurs autres Personnes
de distinction ont fait présent à la Colonie de la
nouvelle Georgie .
La Duchesse Douairiere de Marlbourough a
fait augmenter les Bâtimens de l'Hôpital qu'elle
avoit fondé pour y entretenir 80. Officiers qui
avoient servi dans les Troupes sous les ordres du
feu Duc son Epoux , et comme la plupart sont
morts ou employés au service du Roy , elle veut
qu'à l'avenir cette Maison serve de retraite à
certain nombre de pauvres Familles . On érigera
par son ordre une Statue de la Reine Anne dans
la Place vis - à - vis de cet Hôpital.
Le 12. de ce mois six Bateliers de Londres
disputerent le Prix qu'on a coûtume de distribuer
tous les ans à celui qui remonte en moins de
I iiij tems
1870 MERCURE DE FRANCE
semps à force de rames , la Riviere depuis le
le Pont de Londres jusqu'à Chelsea.
Des Negres qui avoient été embarquez sur la
Côte de Guinée , à bord d'un Vaisseau apartenant
à des Marchands Anglois , ayant tenté de
s'en rendre maîtres , et leur entreprise ayant
manqué , ils ont mis le feu aux Poudres et ont
fait sauter le Bâtiment.
On a placé au commencement de ce mois dans
la principale Cour du College d'Oxford la Statue
de la Reine.
La disette des fourages a fait diminuer considerablement
le prix des Bestiaux , et le 8. on mena
au Marché de Smithfield plus de 1200. Boeufs
et de 10000 , Moutons.
HOLLANDE , PAYS - BAS.
N'aprend de Bruxelles , que le 31. Juillet ,
jour clôture du jubile dont on a parlé
dans le dernier Mercure , l'Evêque de Gand , assisté
des Abbez de Park , de Diligem et de Berne,
celebra la Messe dans l'Eglise Collegiale de saint
Michel et sainte Gudule ; que l'après midy après
le Salut , auquel le même Prélat officia , le Clergé
Séculier et Régulier de cette Ville fit une Procession
solemnelle , qui fut précedée de la Cavalcade
des Etudians du College des Peres de la
Compagnie de Jesus , et à laquelle tous les Conseils
et les Tribunaux assisterent..
Cette Procession , en sortant de l'Eglise , passa
sous un magnifique Arc de Triomphe qu'on
avoit élevé près de la Chancellerie , et elle se rendit
à la Chapelle des douze Apôtres , bâtie sur le
terrain d'une maison où les saintes Hosties ont
été cachées quelque temps pendant la persecution
des
AOUST. 1735. 1871
des Heretiques. Elle alla ensuite à la Chapelle de
Pancien Hôtel de Salazar , lieu dans lequel des
Juifs commirent le sacrilege de percer ces Hoses
de plusieurs coups de poignard.
L'Archiduchesse Gouvernante , vit passer la
Procession d'une maison voisine , et elle entendit
le Motet que sa Musique chanta dans cette Chapelle
. La Procession continua sa maiche par le
Cantersteen , par la ruë de la Magdelaine , par le
Marché , par le Gracht et par le Stormstract , et
ayant fait deux Stations à l'Eglise Paroissiale de
sainte Catherine, et à celle des Augustins , elle
retourna à l'Eglise Collegiale , où l'on chanta le
Te Deum.
On aprend de Bruxelles , que le Prince Hereditaire
de Modêne y arriva de Paris le 12. de ce
mois. Il rendit visite le jour suivant à l'Archidu
chesse- Gouvernante , qui l'a fait servir par ses
Officiers , et qui a fait poser une Garde à la porte
de l'Hôtel où il demeure.
Les Etats de Haynaut ont ordonné que toutes
les sommes consignées pour les Enfans Mineurs
de la Province , fussent déposées au Comptoir
General de Mons , et l'on croit qu'elles seront
employées à achever le payement du subside demandé
par l'Empereur , et que la Province donnera
trois pour cent d'interêt par an à ceux à qui
ces fonds apartiennent.
*****:*** :*******
MORTS DES PAYS ETRANGERS
E 15. Juin dernier , Charles - Louis-Henry
François de Lenoncourt , Marquis de Blainvil
leComte du S. Empire , Premier Gentilhomme
1872 MERCURE DE FRANCE
de la Chambre du Duc de Lorraine , mourut en
son Château de Blainville, à 4. lieues de Nancy en
Lorraine , âgé au plus de 55. ans. Il étoit fils aîné
de feu Charles Henry Gaspard de Lenoncourt
Marquis de Blainville , Grand- Chambellan dc
feu Leopold Duc de Lorraine ,, et son Envoyé à
Rome et en France , mort le 14. Décembre 1713.
et de feue Charlotte Yoland de Nettancourt ,
morte le 27. May 1703. étant Dame d'Atours
de la Duchesse de Lorraine . Il avoit été marié
le 14. Octobre 1710. avec Angelique de Ligneville
, fille de Melchior , Comie de Ligneville ,
Marêchal de Lorraine , et d'Anne de Bouzey . Il
n'en laisse que des filles. La Maison de Lenoncourt
, dont le Marquis de Blainville étoit l'aîné,
est l'une des quatre anciennes Maisons de Chevalerie
de Lorraine . La Généalogie en est raportée
dans la nouvelle Histoire des Grands Officiers de
la Couronne , Chapitre des Archevêques de
Rheims , Tome II . page 52.
Le même jour 15. Juin , Nicolas - François Comte
de Gondrecourt , Chevalier , Seigneur de May.
sé , Senenville , Waruinay , Rouvroy , & c. Conseiller
du Duc de Lorraine en tous ses Conseils
d'Etat et Privé , Premier Président en la Cour
Souveraine de Lorraine et Barrois , mourut à
Nancy , âgé de 80 ans , universellement regretté
pour son affabilité , sa droiture , son integrité
son profond sçavoir et toutes les autres grandes
qualirez qui le distinguoient. Le s . Août la Cour
Souveraine de Lorraine et Barrois fit celebrer un
Service solemnel dans l'Eglise Paroissiale de saint
Sébastien de Nancy , pour le repos de son ame.M.
de Mahuet , Vicaire Apostolique de la Principauté
de Lixen , Abbé de Stutbrunne en Lorraine ,
Conseiller- Prélat en la même Cour , y officia
AOUST. 1735. 1873
et Dom Placide Oudenet Benedictin, y prononça
l'Oraison funebre du défunt. La Cour Souveraine
y assista, ainsi que le Clergé en corps. L'Emploi de
Premier Président de la Cour de Lorraine et Barrois
a été remplacé par Claude d'Hoffelize, second
Président. M. Parisel , Doyen des Conseillers , a
éte fait troisiéme Président. L'Abbé de Gondre- ›
court a aussi obtenu un Canonicat de l'Insigne
Eglise Primatiale de Lorraine à Nancy .
Jerôme de Fallet , Marquis de Castagnole de
Barol et de Cavatour , Comte de la Roquerre
Palafée , Seigneur de la Volte et autres Terres
dans le Piémont et dans le Montferrat , des Seigneurs
de la Mourre , de Poquepaille et de Row
del , Viceroy et Lieutenant General du Royaume
de Sardaigne , Capitaine General des Armées du
Roy dans ce Royaume, et Lieutenant General des
Armées de S. M. S mourut le 5, Juillet dernier
à Caglia , Ville Capitale de cette Isle , dans la
66. année de son âge , étant né le 9. Novembre
1669, universellement regretté ; il a vaqué jus
qu'aux derniers jours de sa maladie aux affaires
de ce Royaume , qu'il a gouverné près de quatre
ans avec beaucoup de sagesse.
こFl entra dans le service à l'âge de 20 ans , et
ayant passé successivement par divers Emplois
dans les Dragons et dans les Gardes du Corps ,
il parvint au Grade de Lieutenant General
il a donné dans toutes les occasions des preuves:
de valeur et de zele pour le service du Roy sona
Maître. Aprés la Paix d'Utrecht il fut nommé
Gouverneur de Pignerol ; ensuite il eut le Gou
vernement du Duché de Montferrat , il garda ce:
dernier jusqu'en 1731. qu'il fut nominé à la
Vice-Royauté de Sardaigne ..
Il avoit épousé en 1695. Helene Matilde de
B vjj
Provanes
1874 MERCURE DE FRANCE
Provane de Druent , d'une des plus illustres Familles
du Piémont , comme on peut le voir dans
Guichenon et autres Historiens ; il a éu de ce
Mariage , 1 °. Octave de Fallet , Marquis de Barol
, son successeur , qui a épousé en 1730. Marie-
Magdeleine de Caron de S. Thomas , Dame
du Palais de la feuë Reine de Sardaigne , fille de
Joseph Gaétan Caron , Marquis de S. Thomas ,
Premier Ministre d'Etat et Chevalier de l'Ordre
de l'Annonciade , et de Victoire de Saluces , Premiere
Dame d'honneur de la même Reine. Pour
ne pas trop allonger cet article , on ne s'étendra
pas sur les Maisons de Caron de S. Thomas eg
de Saluces , si fécondes en Hommes Illustres et
Ministres d'Etat .
Du Mariage d'Octave de Fallet , Marquis de
Barol , et de Marie -Magdeleine de Caron de
S. Thomas , sont nés deux garçons , l'aîné desquels
a été tenu sur les Fonts et nommé Charles-
Jerôme par S. M. le Roy de Sardaige , et par
la feue Reine.
Les autres Enfans de Jérôme de Fallet sont ,
2º. Théodore de Fallet , Duc de Cannalongue.
3. Hyacinthe de Fallet , Chevalier de Malthe ,
qui s'est trouvé aux Batailles de Parme er de
Guastalla. Le Régiment des Fusiliers , dans lequel
il est , ayant relevé à la premiere celui du
Koy , des Troupes de S M. Très - Chrétienne ,
est celui de tous les Piémontois , qui a le plus
souffert , ayant eu la plupart de ses Officiers tuez
ou blessez.
Le Corps du Marquis de Castagnole a été exposé
pendant trois jours avec beaucoup de pompe
sur un Lit de Parade dans la Sale du Palais
des Vice - Rois , où il y avoit quatre Autels , sur
esquels on celebroit des Messes, Il fut ensuite
porté
AOUS T. 1735. 1875
porté à l'Eglise Cathédrale , accompagné d'un
superbe Convoy , lequel étoit suivi de six Pieces
de Canon ; son Oraison Funebre fut prononcée
par le Pere Langasco, de la Compagnie de Jesus;
et l'Archevêque de Cagliari , frere du Vice - Roy
qui vient de mourir, va laisser un Monument de
sa magnificence, ainsi que de l'estime et de l'amitié
qu'il avoit pour cet illustre défunt , en lui faisant
élever un superbe Mausolée dans sa Métropolitaine.
Cet incomparable Viceroy étoit fils de feu
Charles Louis de Fallet , Marquis de Barol, & c.
qui avoit épousé Christine de Birague , de la
Branche des Comies de Visque , Maison connuë
en Italie et en France par son ancienneté et par
ses illustrations. De ce Mariage sont issus , outre
Jerôme de Fallet , qui fait le sujet de cet Article ,
Antoine de Fallet , de la Compagnie de Jesus, qui
a été ces années passées Visiteur General dans le
Royaume de Sardaigne , et ensuite Provincial
de la Province de Milan , s'étant attiré dans ces
divers Emplois l'estime universelle.
Jean-Joseph- Raoul- Constance de Fallet , cydevant
Aumônier du feu Koy de Sardaigne
présentement Archevêque de Cagliari et Primat
des Royaumes de Sardaigne et de Corse ; il fut
nommé à cet Archevêché en 1727. par le Roy
Victor et sacré à Turin la même année , et non à
Rome , comme il est dit par erreur dans le Suplément
du Dictionnaire de Moreri , à l'Article
Fallet ; c'est un Prélat d'un rare mérite , tant
pour sa grande pieté , que pour son profond sçavoir.
Octave de Fallet , Comte de la Roquette, mort
des blessures qu'il reçut en 1690. à la Bataille de
Stafarde , Jean-Baptiste de Fallet , Marquis de
Cayatous
1876 MERCURE DE FRANCE
Cavatour , Gentilhomme de la Chambre du Roy
de Sardaigne , qui a servi avec distinction dans
les Dragons pendant toute la derniere guerre .
Christine de Fallet, qui a épousé François ,Marquis
de Mossi , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy de Sardaigne ; d'une Maison
très distinguée dans le Montferrat ; Theodore de
Fallet , Commandeur des Ordres de S. Maurice
et de S. Lazare , et Maréchal de Camp dans les
Armées de S. M S. Il a servi , de même que Joseph
de Fallet , son frere , Colonel du Régiment
de Saluces , Infanterie , pendant les guerres de
Piemont et de Sicile , et à cette derniere il a été
blessé et fait prisonnier, ils se sont tous deux distinguez
par leur valeur et par leur conduite à tous
les Sieges et aux Batailles où ils se sont trouvés ,
et principalement à celle de Guastalla ; le plus
jeune des deux y a été blessé , et son Régiment
s'y est signalé.
La Maison de Fallet est des plus anciennes et
des plus illustres d'Italie , on voit dans plusieurs
Auteurs qu'elle a fait des Alliances avec des Mai
sons Souveraines , et qu'elle avoit elle - même autrefois
la Souveraineté des Terres qu'elle possede
à présent , comme il paroît par plusieurs Titreset
entr'autres par l'Investiture du 28. Septembre
1496. que l'on conserve dans les Archives de
Cette Maison ; elle est de Guillaume Paleologue , -
Marquis de Montferrat en faveur de Thibaud de
Fallet , on y lit que ce Thibaud n'a jamais relevé
d'aucune Puissance du Monde ; Alium Principem,
seu Potentatum de Mundo non recognovisse.
Petrino de Fallet , celebre dans l'Histoire , qui
étoit General des Armées du Roy Robert , et de
Jeanne , premiere Reine de Naples , est celui qui
a fait l'acquisition de la Terre de la Mourre , en-
COLC
AOUST . 1735. 1877
·
tore possedée aujourd'hui par les Seigneurs de
cette Maison ; dans un Acte du Roy Robert du
29. Décembre 1342. qui se trouve enregistré à
Naples , il est dit : At quia nos in prafata Venditione
dictis de Fallettis alienavimus , transtulimus ,
et dedimus jura , etjurisdictiones omnes , que nobis
in dicto Castro Murra spectabant , etiam de Regalibus
altioris , et suprema potestatis , qua in eo possidebamus
, nihil penitus excluso , vel reservato ;
ce qui prouve que la Souveraineté de la Terre
en question , a été cédée à Petrino de Fallet et à
tous ses Successeurs. La Branche de cette Maison
, qui étoit dans le Royaume de Naples , obtint
le Privilege du Seggio , dont la Noblesse de
ce Pays - là est très - jalouse , l'accordant fort rarement
aux Etrangers qui vont s'établir parmi
eux ; l'Original de ce Privilege se trouve dans
les Archives de la Ville de Naples ; cette Branche
est éteinte , mais elle revit en la personne
de
Theodore de Fallet , Duc de Cannalongue , qui
est fils puîné de Jerôme de Fallet , Marquis de
Castagnole , lequel à épousé en 1714. la fille
aînée,de feu Hyacinthe de Fallet , Duc de Cannalongue
, et Régent Collateral du Royaume de
Naples.
Les Armes de la Maison de Fallet , sont d'azur
une bande eschiquetée d'or et de gueules de trois
traits suports deux Aigles , Cri d'Armes ou Devise
, IN SPE .
Le 16. Juillet , Marie Caroline-Josephe , Comtesse
Douairiere de Salm , seconde fille d'Antoine-
Florian , Prince de Lichtenstein et du S. Empire
Romain , Duc de Troppau et de Jacgerndoff ,
Grand - Maître de la Maison de l'Empereur ,
mort le 11. Octobre 1711. et d'Eleonore Barbe
Comtesse de Thun , morte le 10. Fevrier 1723 .
mourut
1878 MERCURE DE FRANCE
mourut à Vienne en Autriche , dans la 41, année
de son âge , étant née le 21. Octobre 1694.
elle étoit restée veuve sans enfans le 2. Juin de
l'année derniere 1734. de François - Guillaume ,
Comte du S. Empire Romain , de Salm et de
Reiffercheid , Seigneur de Bedburg , de Dick ,
d'Alfter et de Hackenbroich , Maréchal hereditaire
de l'Archevêché et de l'Eglise de Cologne
actuel Conseiller intime d'Etat de l'Empereur
et Grand Ecuyer de l'Imperatrice Douairiere
Amelie , avec lequel elle avoit été mariée le 14-
May 1719. elle étoit sa seconde femme .
Adolfe Bernard , Comte de Martiniz , Chevafier
de l'Ordre de la Toison d'or , Conseiller In .
time Actuel d'Etat de l'Empereur , et cy-devant
Grand - Maréchal de sa Cour , actuellement Grand
Maître de la Maison de l'Imperatrice regnante ,
depuis le mois de Janvier dernier, mourut à Vienne
le 29 Juillet dernier âgé de 55. ans .
Le 30. Sophie Louise , Reine Douairiere de Prusse,
belle-mere du Roy de Prusse actuellement regnant,
mourut à Grabow , dans le Duché de Meck-
Tembourg , où elle faisoit sa résidence ordinaire
depuis son veuvage; elle étoit âgée de so . ans , 2 .
mois , 24. jours , étant née le 6. May 1685. et
fille de Frederic Duc de Mecklembourg - Schwerin
, mort le 23. Avril 1688. et de Chrétienne-
Guillermine de Hesse- Bingenheim , morte le
16. May 1722. elle avoit été mariée le 19. No.
vembre 1709. avec Frederic premier , Roy de
Prusse , Margrave de Brandebourg , Grand-
Chambellan , et Prince Electeur du S. Empire
Romain . veuf de deux femmes , et qui mourut
le 25. Février 1713. elle n'en a point eu d'enfans.
Le 11. Août , Emanuel- Ignace , Prince de Nar-
SA
A O UST. 1879
1735.
sau-Siegen et du S. Empire , Chevalier de l'Or
dre de S. Hubert , Chambellan de l'Empereur ,
son Conseiller Intime d'Etat Actuel , Feld - Maréchal
- Lieutenant de ses Armées et Capitaine de
la noble Garde du Corps des Archers au service
de S. M. I. auprès de l'Archiduchesse , Gouver→
nante des Pays- Bas Autrichiens , mourut à Bruxelles
, après une longue maladie , âgé d'environ
47. ans , sans laisser d'enfans de Charlotte de
Mailly de Néelle , née en 1688. fille de deffunt
Louis de Mailly , Marquis de Néelle , Maréchal
des Camps et Armées du Roy , et de feuë Marie
de Coligny , qu'il avoit épousée à Paris le
14. May. 1711. Il étoit le troisiéme et dernier
fils de Jean- François Desiré de Nassau , Prince
de Siegen et du S Empire , Doyen des Chevaliers
de l'Ordre de la Toison d'Or , Gouverneur
de la Gueldre Espagnole , mort à Ruremonde le
19. Décembre 1699. et d'Isabelle -Claire- Eugenie
du Puget de la Serre , Françoise d'origine , sa
troisiéme femme , morte le 19, Octobre 1714.
Le Corps du deffunt a été transporté le lendemain
de sa mort à Louvain , pour y être inhumé
en l'Eglise des Religieux Minimes , dans le Tombeau
du feu Prince son Pere , Fondateur du College
de ces Peres. Les freres aînez consanguins.
du Prince de Nassau , qui vient de mourir ,
étoient Alexis-Antoine- Chrétien Ferdinand de
Nassau , Archevêque de Trébisonde , Chanoine
Tréfoncier de Cologne et de Liege , Prévôt de
l'Eglise et Chancelier de l'Université de Louvain ,
Abbé de Bouzonville en Lorraine , &c. mort à
Cologne le 23. Mars 1734. et François Hugues,
Prince de Nassau-Siegen , mort à Sigen le 4.
Mars dernier ; ce dernier avoit été marié le 3.
Juin 173 1. avec Ernestine Leopoldine , née le 21 .
Août
1880 MERCURE DE FRANCE
Août 1703. fille de feu Philippe - Charles , Conte
du S.Empire Romain de Honenlohé Bartenstein ,
et de Gleichen , Chambelian et Conseiller intime
d'Etat de l'Empereur , et Juge de la Chambre
Imperiale de Wetzlar, et de Leopoldine de Hesse
Rheinsteis sa seconde femme.
L
ARMEE D'ITALIE.
Es Lettres de Bozolo du 8. de ce mois ;
marquent que le Roy de Sardaigne y étoit
revenu le 2 ; que le même jour le Maréchal de
Noailles étoit arrivé à Milan après avoir visité
tout le pays qui est entre les Lacs de Garde, d'Iseo
, et de Cosme , jusqu'au Fort de Fuentes,
On a apris en même temps que les Espagnols
faisoient le Siége de la Mirandole avec 12. Bataillons
, 32. Piquets , et 6. Régimens de Cavalerie
; que ces Troupes étoient commandées par
Je Comte de Maceda , lequel avoit sous ses ordres
quatre Maréchaux de Camp , qu'ils avoient
12 pieces de canon et quelques mortiers en batterie
et que les Assiégés avoient fait une sortie
dans laquelle ils avoient été repoussés .
>
Les mêmes Lettres portent , que les Troupes
de l'Empereur étoient toujours dans les postes
qu'elles ont occupés depuis qu'elles se sont retirées
dans le Tirol ; que la Cavalerie a ses quartiers
depuis Brixin jusqu'à Tirol , et sur la gauche
de la tête du Lac de Garde ; qu'une partie
de l'Infanterie étoit dans le même pays , et que
le surplus a été distribué dans differens postes
depuis Borghetto , et le Mont Balda jusqu'à
Trente.
Les avis reçus de Bozolo du 15. portent ,
que le Maréchal de Noailles étoit allé le 12. reconnoire
A O UST. 1735. 1881
connoître les environs de Mantouë du côté du
Seraglio , et qu'il avoit visité les postes de Pietolo
, de Cerese et de Pradel.

On a apris en même temps , que les ennemis
ont fait faire quelques mouvemens aux Troupes
qu'ils ont à la gauche de la tête du Lac de Garde
, et qu'après avoir retiré celles qu'ils avoient
Laissées du côté de Borghetto , ils ont renvoyé
dans ce poste et dans celui d'Alla un détachement
plus considerable.
Ces differens mouvemens des Imperiaux ont
déterminé le Roy de Sardaigne et le Maréchal
de Noailles à faire passer 16. Compagnies de
Grenadiers à Castiglion del Stivere , et de mettre
dans les environs quelques Corps de Troupes
qui soient à portée de s'oposer aux courses que
les ennemis pouroient faire de ce côté là .
Les Espagnols continuent le Siége de la Mirandole
, et on a apris le 14 à Bozolo , qu'ils
avoient perfectionsé leur troisiéme parallele ,
et qu'ils étoient fort près du chemin couvert.
Le Duc de Montemar a reçû avis de l'arrivée
à Genes de la plus grande partie des Vaisseaux
sur lesquels on a embarqué l'Artillerie qu'il a fait
venir de Sicile , et que les 12. Bataillons qui ont
reçû ordre de venir le joindre , avoient débarqué
à Livourne.
FESTE donnée à M. le Maréchal de
Noailles à Dezenzano dans l'Etat de
Venise. Extrait d'une Lettre du trente
Juillet 1730.
E quartier général de l'Armée de France en
Italie qui est à Castiglion - dellestiver ,sur les
Confins du Mantoüan , du côté de l'Etat de Veni➡
se e
1882 MERCURE DE FRANCE
se , n'est éloigné que de six mille de Dezenzano ,
gros Bourg du pays Venitien , situé sur le bord
du Lac de Garde ; cette situation est des plus
heureuses par les agrémens de la belle vue du Lac
et de tout le rivage ; quelques- uns de Mrs les Offciers
Généraux et d'autres personnes , s'étant
donné la satisfaction de venir s'y promener avec
-M. de Lumague , Munitionaire Général de l'Armée
, qui est obligé d'y venir de temps en temps
pour ses affaires ; 11 les y a régalés du bon poisson
que fournit le Lac , le récit que ces Messieurs
en ont fait à M. le Maréchal de Noailles
ayant fait naître à ce Général l'envie de venir
dans ce charmant lieu , M. de Lumague prit la
liberté de lui offrir un repas pour le Vendredy
15. Juillet .
Ce ne fut que la veille de ce jour là seulement que
M.leMaréchal détermina ce petit voyage. M.de
Lumaque ordonna sur le champ tous les prépararatifs
convenables pour une grande réception , et
envoya du Camp des Officiers de cuisine et d'of.
fice avec des caissons chargés, des ustanciles nécessaires
et telles qu'on croyoit bien qu'on ne
trouveroit pas à Dezenzano pour des aprets à la
Françoise ; M. de Lumague s'y rendit sur la fin
du jour , et trouva tout en mouvement ; la diligence
fut telle jour et nuit , soit pour la pêche
soit pour envoyer chercher dans le Pays et jusques
dans les Villes de Veronne , et de Brecia les provisions
et les assaisonemens nécessaires , ( le lieu
de Dezenzano étant communément fort dépourvû
que tout se trouva prêt le lendemain
pour le repas du diné.
On s'étoit assuré de la Maison la plus aparente
, la plus propre et la mieux située , elle
apartient à un Gentilhomme Venitien' , 'qui l'à
meublée
A O UST. 173.5. 1883
meublée et pourvûë de toutes les commodités
convenables. Il y a entr'autres apartemens un
grand salon placé entre deux vestibules , dont
l'un est percé sur le Lac , et l'autre sur un grand
jardin rustique qui se perd dans la campagne.
Ce fut le lieu destiné pour le repas . M. le Maréchal
arriva à midy en berline à six chevaux ,
precedé de ses Gardes , et escorté par un détachement
de Cavalerie et de Dragons , il étoit accompagné
de Mrs les Comtes d'Ayen et de Noail
les ses fils , et soit avant ou après ce Général
arriverent environ soixante personnes de consideration
, Officiers, Généraux , et autres . Il avoit
trouvé en entrant dans le Bourg toute la Garnison
de la Place composée de deux Compagnies
d'Esclavons sous les armes , laquelle lui rendit
les honneurs Militaires , et le Commandant en en ,
voya un détachement pour garder les portes de
la maison , ou pour parler suivant les termes du
pays , du Palais destiné pour Ja Fête.
M. le Maréchal fut reçû à la descente de sa
Berline par M. de Lumague , qui après lui avoir
rendu ses respects , eut l'honneur de le conduire
dans un apartement commode pour prendre un
de mais M. le Maréchal ne faisant
peu repos ,
aucune attention à la fatigue que la chaleur du
jour lui avoit causée, ne s'y arrêta point , il pas-.
sa avec la compagnie sur un balcon donnant sur
le Lac , et admira toutes les beautés du rivage. II
s'instruisit de tous les lieux qu'on y découvre, et
de toutes les particularités du Pays qui les environne,
pendant la durée de cette conversation, cinq
ou six Gentilshommes ayant titre de Comtes ,
qui font leur demeure dans le Bourg ou dans les
environs de Dezenzano , lui furent presentés , et
M. le Maréchal les fit inviter à diner avec lui par
M. de Lumague,
1884 MERCURE DE FRANCE
Peu de temps après on servit les tables , il y
en avoit trois dans la maison ; la premiere , que
M. le Maréchal désira être placée dans le
vestibule du côté du Lac , étoit de vingt couverts,
l'endroit n'ayant pas permis d'en mettre une plus
grande ; la seconde qui étoit dans le salon , étoit
de vingt - cinq couverts ; et la troisiéme dans le
même salon étoit de quinze. Il y avoit une quatriéme
table dans un jardin vis à - vis le balcon
du salon pour le détachement et pour les survenans
, toutes ces tables furent servies à quatre
services ( sans le fruit ) de Poissons d'une grosseur
extraordinaire et excellents , c'étoit un abondance
de Truittes , de Brochets , de Tanches et
d'autres poissons délicats , comme Carpions ,
Sardines er Anguilles , qui furent entremêlés
d'autres mets , avec une profusion reguliere , et
bien entendue. Les vins de Provence , de Bourgogne
, et de Champagne furent servis en abondance
et furent trouvés délicieux ; on goûta aussi
quelques vins particuliers du pays , la glace n'y
manqua pas on en avoit envoyé prendre sur le
Monte Baldo, qui est la premiere haute Montagne
du Tirol , faisant une des perspectives du Lac ;
le fruit étoit composé de tout ce que la saison
pouvoit donner de plus beau , de plus nouveau
et même de plus prématuré ; car il y eut jusqu'à
du raisin mur , qui avoit été aporté du Canton
le plus chaud du pays , sçavoir des environs de
Veronne , d'où l'on peut juger que les fruits qui
précedent celui là en maturité , ne manquoient
pas.
>
Lorsque le repas en fut à ce dernier service, on
fut agreablement surpris d'entendre une simphonie
de 24. instrumens , maniés par les plus
grands Maîtres , lesquels on avoit fait venir toute
>
Ia
A OUS T. · I ! } { . 1885
la nuit de Brecia , qui est une Ville , pour ainsi
dire , de plaisir et de goût , ils arriverent à point
nommé et formerent pendant quelques heures
des concerts Italiens admirables ; M. le Maréchal
les honora de son attention et de son
aplaudissement ; ensuite ayant desiré de se promener
sur le Lac , on fit préparer promptement
plusieurs petits bateaux couverts , dans l'un
desquels il entra avec 9. ou 10 personnes , il y
avoit cinq autres Gondoles , trois pour les conviés
, et deux pour les Musiciens ; Male Chevalier
de la Bouvernelle , commandant la Galiote
du Pô , étoit avec M. le Maréchal , on alla à
2. ou 300. pas sur le Lac mais comme le beau
temps qu'il avoit fait toute la journée se tourna
tout à coup en orage , il falut revenir à bord .
;
M. le Maréchal se fir débarquer à l'endroit du
Fort ou sont les Magasins des vivres , dans lesquels
il entra , visita les grains , et vit la manoeuvre
qui se fait à les nétoyer , peser et arran
ger ; enfin arrivé à l'heure à laquelle il s'étoit
proposé de s'en retourner au Camp de Castiglio
ne , il partit en donnant tous les témoignages
d'une satisfaction entiere , on ne pouvoit effectivement
rien ajoûter à tout ce qui s'est fait -en
cette occasion . Il n'a rien été oublié de tout ce i
qui pouvoit répondre à l'honneur que M. le
Maréchal a fait à M. de Lumague."
FRANCE- >
1886 MERCURE DE FRANCE
XX ************** : *
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roy a nommé Premier President du Parlement
de Bordeaux , M. le Breton, President
à Mortier du même Parlement .
་་་
Le 14 de ce mois , veille de la Fête de l'Assomption
de la Ste Vierge , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit , se
rendit à la Chapelle du Château de Versailles , où
S. M. entendit la Messe et communia par les
mains de l'Abbé d'Andelor , Aumônier de S. M.
en quartier le Roy toucha ensuite un grand
nombre de Malades.
L'après-midy , leurs Majestés assisterent aux
premieres Vêpres chantées par la Musique.
Le 15. jour de la Fête , le Roy entendit dans
la Chapelle du Château la grand'Messe celebrée
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire de la
Chapelle de Musique. La Reine qui avoit communié
le même jour par les mains du Cardinal
de Fleury son Grand Aumônier , assista à la
grand'Messe dans sa tribune .
L'après-midy , le Roy après avoir entendu les
Vêpres , assista à la Procession , à laquelle l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Musique,
officia .
Le 15.Août , Fête de l'Assomption de la Vierge,
on chanta au Concert Spirituel , le Regina Coeli,
AOUST. 1735 1887
de M. de la Lande , qui fut suivi d'un Moret à
grand choeur du sieur Bordier, très bien executé
et fort aplaudi ; la Dile Erremens et le sieur Jeliot
chanterent le petit Motet du sieur du Bous
set ,Laudate Deum, avec beaucoup de précision
le Concert fut terminé par un grandMotet deM.
de la Lande qui fut precedé de plusieurs pieces de
symphonies excellemment exécutées par les Srs
Blavet et Guignon,
Le 16. de ce mois , dans l'Assemblée Générale
du Corps de Ville , M. Tripart, et M. Touvenot,
Notaire , furent élus Echevins.
Le 24. le Corps de Ville se rendit à Versailles
et le Duc de Gesvres , Gouverneur de Paris étant
à la tête , il eut audience du Roy avec les ceremonies
accoûtumées. Il fut presenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , et
conduit par l'Ayde des Ceremonies.
Les deux nouveaux Echevins préterent entre les
mains du Roy le serment de fidelité , dont le
Comte de Maurepas fit la lecture , le Scrutin
aiant été presenté parM. Savalette, Avocat du Rož
au Châtelet , qui fit ün Discours très éloquent.
Le même jour , le Corps de Ville eut l'honneur
de rendre ses respects à la Reine , à Monsei
gneur le Dauphin , et à Mesdames de France.
Le 24. les Deputés des Erats de Languedoc
eurent audience du Roy , étant presentés par
le Marquis de Prie , Lieutenant Général de
la Province , et par le Comte de Saint Florentin,
Secretaire d'Etat , et conduits par M. de Bourlamaque
, Ayde des Ceremonies. La députation
étoit composée de l'Evêque d'Uzès pour le Cler
gé , qui porta la parole ; de Mrs de Bresillac ce
K. Marcha ,
.
1888 MERCURE DE FRANCE
Marcha Députés du Tiers Etat et de M Jou
bert , Syndic General de la Province. Ces Dépu
tés eurent ensuite audience de la Reine avec les
mêmes Ceremonies. Le Député pour la Noblesse
étoit le Marquis de Caylus, Lieutenant - General,
qui ne s'est point trouvé à ces Audiences , parce
qu'il commande pour S. M. dans le Roussillon.
MORTS , &c.
Ierre-François de Gaudechart, Chevalier Mar-
Pquis de Querries , mourut en sa Terre de
Querrieu ,près d'Amiens en Picardie , sur la fin du
mois de Juillet dernier , âgé d'environ 40. ans. Il
avoit épousé Françoise de Flancourt ,dont il a lais
sé trois enfans en bas âge. Il étoit le dernier de la
troisiéme Branche de la Maison de Gaudechart , et
le huitiéme possesseur de la Terre de Querțieu ,
qui a été érigée en Marquisat avant l'année 1648
en faveur de Jean de Gaudechart. Les deux autres
Branches de la Maison de Gaudechart , qui est
une ancienne Noblesse du Beauvoisis , sont 1º.
celle des Seigneurs de Bachevi liers , dont étoient
Adolphe de Gandechart , Marquis de Bachevilliers
, Lieutenant General des Armées du Roy ,
et Gouverneur du Fort de Barrault en Dauphiné,
mort le 6. Octobre 1718 , Nicolas de Gaudechart
de Bachevilliers , Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , Commandeur de Soissons et de
Santeny , Receveur du Trésor commun de la Religion
au Grand- Prieuré de France , mort en
1720, et Alexandre de Gaudechart , Comte d'Esville
, Lieutenant des Gardes du Corps du Roy,
Maréchal de Camp de ses Armées , et Lieutenant
pouc
AOUST. 1735. 1889
pour S. M. en Champagne , mort le premier
Janvier 1730. qui étoient tous trois freres ; et
2. celle des Seigneurs de Mattancourt , dont est
Louis de Gaudechart de Mattancourt , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine
et Archidiacre de Dreux en l'Eglise de Chartres,
qui a un frere aîné marié.
"
Le premier Août , François Mareschal ;
Conseiller Clerc au Parlement de Paris en
la seconde Chambre dès Enquêtes , où il
avoit été reçû le premier Septembre 1719. Abbé ·
Commandataire des Abbayes de Bonnefontaine ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Rheims , depuis le
25. Juillet 1710. et de celle de N. D.de Bellefontaine,
Ordre de S. Benoît , Diocèse de la Rochelle
, depuis le 8. Janvier 172 1. mourut à Paris
dans la 46. année de son âge , étant né le 24.
Janvier 1690.Il étoit second fils de Georges Mareschal
, Seigneur de Bievre et de Vélizi , Conseiller
et Premier Chirurgien du Roy , Chevalier
de l'Ordre Royal de S. Michel , et de Marie Roger
. Georges - Louis Mareschal , son frere aîné ,
cy- devant Premier Chirurgien du Roy en survivance
, Gentilhomme ordinaire de sa Chambre
, et son Maître d'Hôtel , est aujourd'hui Fermier
General des Fermes de S. M. depuis 1732.
Le 3. Demoiselle Anne- Marie Camus de Pontcarré
, fille unique de Géoffry Macé Camus , Seigaeur
de Pontcarré , Baron de Maffliers , Premier
Président du Parlement de Rouen , et de
feüe D. Marie - Anne Magdeleine de Jassaud , sa
premiere femme , décedée le 23. Janvier 1727.
mourut à l'âge de 14. ans au Village de Maisons
près deCharenton , chez D.Marie Anne- Madeleine
Coustard , son Ayeule , veuve d'André- Nicolas
de Jassaud , Président en la Chambre des Comp-
Kij res
1890 MERCURE DE FRANCE
tes de Paris. Le lendemain au soit son corps fue
aporté à Paris et inhumé à S. Merry , dans la
Sépulture de sa famille.
Le 4 Pierre Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , belle et grande Terre , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et
de ses Finances,, cy - devant Trésorier des Maison
et Finances de S. A. S. le Duc d'Orleans, et auparavant
de feu S. A. R le Duc d'Orleans , Regent,
mourut après une longue maladie à Paris. Il
avoit épousé la fille de feu Edme Roger du
Perron , Seigneur de Corcelles , Intendant pour
le Roy à Cazal et à Pignerol , et de Marie Regnaut
, sa femme , morte veuve en secondes noces
de Jean- Pierre Chuberé , Secretaire du Roy ,
Avocat au Parlement et Banquier Expéditionnaire
en Cour de Rome et Légations.
Le 6. Nicolas -Joseph Racine , Conseiller Clerc
en la Grand Chambre du Parlement de Paris ,
et Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Mariau
d'Auxerre , de l'ordre de Prémontré , qui lui
avoit été donnée le 13. Février 1719 mourut à
Paris d'hydropisie , après une longue maladie ,
âgé d'environ 59. ans . Il avoit été reçû Conseiller
le 31. Décembre 1710. et étoit monté à la
Grand Chambre au mois de Février 1732. Il étoit
un des fils de feu Michel Racine , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France
et de ses Finances , et ancien Receveur General
des Finances de la Generalité d'Alençon , mort le
13. May 1732. à l'âge de 77. ans , et de Pétronille
Vanderlinde.
Le to mourut à Paris D. Anne- Angelique
Dodart , femme de Charles- Adrien de Bonsens ,
Chevalier Seigneur des Epinets , de Courci , de
l'Essart , du Roumois et de Chalusigny , Ecuyer
ordinaire du Roy.
AOUST. 1735 1891
Le 14. Jean- Baptiste de Brilhae , Prêtre , Licentié
en Théologie de la Faculté de Paris , de la
Maison de Sorbonne , mourut à Paris dans la
87. année de son âge . Il étoit fils de Pierre de
Brilhac , Seigneur de Nouzieres , de la Roche ,
de Magné , et de Tachainville, Vicomte de Gençay
, mort Sous - Doyen du Parlement de Paris ,
le 15: Janvier 1679. et de Marie- Benoise , morte
le 2. Septembre 1680. et oncle de Pierre de
Brilhac , mort Premier President du Parlement
de Bretagne , le 23. Janvier 1734.
Le 15. Jean-Baptiste Pierre Boteniuit Langlois ,
Chirurgien pour les Fractures , mourut à Paris
âgé de 42. ans , son Pere vit et travaille encore à
l'âge de 9o. ans .
Le 18. D Marthe Clemence de Bailleul , veuve
depuis le 18. Août 1711. de Jean Guillemin
Signeur , Baron de Courchamp , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy, mourut à
Paris âgée de 77. ans , laissant 3. fils qui sont
Jean Louis Guillemin , Seigneur Baron de Cour
champ , aussi Mafire des Requêtes ordinaire de
PHôtel du Roy , qui a épousé la seconde fille
de feu Charles Ruau du Tronchot , Secretaire du
Roy , Chevalier de l'Ordre de S. Michel , et ancien
Fermier General ; Jean - Charles Guillemin
de Courchamp , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Lieutenant dans le Régiment des
Gardes Françoises ; et Louis Auguste Guillemin
de Guimbrois , qui n'a point de charge . La Da
me de Courchamp, leur mere, étoit fille de Louis
de Bailleul , Seigneur de Soisy et d'Estioles sur
Seine et de Vattetot sur Mer , Marquis de Châteaugontier
, President du Parlement de Paris ,
mort le 11. Juillet 1701. et de Marie le Ragois
deBretonvilliers.
Le... Août , D. Anne - Antoinette le Boistel
1891 MERCURE DE FRANCE
épouse depuis 1721. d'André de Gironde , Comte
de Buron, Seigneur de Neronde , et à cause d'elle
Vicomte et Seigneur d'Embrief , Seigneur d'Esde
Messemain , de Jay , de Longregard .
et de la Mairie d'Ardré , Grand Echanson de
France , et Lieutenant general au gouvernement
de l'Isle de France , mourut à Briare , âgée d'environ
35. ans laissant des enfans . Elle étoit fille
de feu Claude le Boistel , Conseiller en la Grand-
Chambre du Parlement de Paris , Seigneur , Vicomte
d'Enbrief , Escury , Messemain , Jay ,
Longregard , et Mairie d'Aidré , mort au mois
d'Avril 1722. et d'Antoinette - Anne le Boultz ..
Le 26. D. Adelaide- Genevieve - Felicité d'O ,
Épouse de Louis de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France, ( apelié Duc de Lauraguais , pour
le distinguer de son pere , ) Colonel du Régiment
d'Artois , mourut à Paris douze jours après être
accouchée heureusement d'un second fits , âgéed'environ
19. ans ; elle avoit été mariée le 27 .
Août 1731 et étoit fille de feu Gabriel Si .
mon , Marquis d'O , Colonel Lieutenant du Régiment
de Toulouse Infanterie , et Brigadier des
Armées du Roy , mort le 27. Octobre de l'année
derniere à l'âge de 37. ans , et de deffunte
Anne - Louise de Madaillan de Lesparre de Lassay,
morte le 2. Octobre 1723. dans la 27. année de
son âge.
En raportant la mort de Georges Thierri Fagnier
de Vienne , Seigneur du Breuil dans le second
volume du Mercure du mois de Juin dernier
p. 1437. on a omis, faute d'être instruit , de
mettre au nombre de ses enfans . .... Fagnier
de Vienne , Capitaine au Régiment de Forest ;
Fagnier , appellé le Chevalier de Vienne ,
Enseigne de Vaisseaux du Roy depuis 1727. et
Marie-Anne Fagnier de Vienne, Religieuse à Blesle .
TABLE.
P
IECES FUGITIVES , Paraphrase d'Ezechias ;
Roy de Juda ,
1673
Suite du Discours sur les Hieroglyphes , 1677
Corbeau et le Renard , Fable , 1688
ttre sur la Vie et les Ouvrages de Moliere, 1690
Lettre sur les Coûtumes et Usages d'Artois, 17 10
La Fayance , Poëme ,
Observations sur ce Poëme
Bouts-Rimez ,
Accouchement contre Nature ,
La Vie Rustique , Imitation d'Horace ,
Essai sur les Bucoliques de Virgile ,
1719
1723
1726
1727
1731
1735
Lettre sur le Livre intitulé , Remarques de Chymie
, & c.
Vers à S. E. M. le Cardinal de P ***
1742
1749
Lettre et Catalogue instructif des meilleursFruits,
&c.
Enigme, Logogryphes , & c.
1750
1790
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
& c. 1794
Le Doyen de Killerine , Histoire Morale , 1797
Question de Medecine ,
Le Glaneur François ,
Les Panégyriques des Martyrs , &c.
1799
1800
1806
Euvres de S Jerôme , premier volume, &c. 1813
Vers Latins sur la vûë ,
Rape à Tabac , invention nouvelle ,
1814
1816
Article des Beaux - Arts , Tableaux et nouvelles
Estampes ,
Air noté et Vaudeville ,
1817
1824
Spectacles , Tragédie et Ballet du College de
Louis le Grand , 1825
Vers chantés avant la Distribution des Prix , 1836
Dialogue
Lalogue en Vers sur la pluye survenuë , 1838
La Répétition interrompuë, Comédie, Extrait, 1840
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse , de
Russie , &c.
De Pologne , d'Allemagne ,
D'Italie , Naples et Sicile ,
Lettre contenant la Relation de l'Ambassade
Malthe au Roy des deux Siciles ,
Espagne , Angleterre et Pays Bas ,
Morts des Pays Etrangers ,
Armée d'Italie ,
Fête donnée au Maréchal de Noailles ,
1852
1856
1863
18
1869
1871
1880
1881
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, &c . 1886
Morts ,
P
Errata de Juillet.
1888
Age 1481. ligne 1. amis , lisez , mais.
P. 1528. lig. derniere, inquiétu, l. inquiétude
P. 1999. . 18. Louis , I. Claude,
P. 1601. 1. 22. Louis , . Charles.
P. 1628. l . 1. vous , l. nous .
P. 1635 1. derniere , libre , 1. jure ,
P. 1641. 1.6 d'en bas , commenmene , l. commencement.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1599. ligne 2. du bas , nous le disons ,
Pise on le dira .
P. 1822. 1. 5. du bas , vous , 1. dont vous.
P. 1826. l. 18. plusieurs . 1. depuis plusieurs,
P. 1835. h 2. Bisache , 1. Bidache.
P. 1881. l. du bas , 1730. l . 1735 • 4.
La Chanson notée doit regarder la page
1824
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le