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1735, 05, 06, vol. 1-2
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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DĚDIE AV ROT.
MAY. 1735.
RICOLLIGIT
SPARGIT
Papiliot
A PARIS,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
PUBLIC LIBRARY
385 91
TILDE FOUNDATIONS
5
A VIS.
1
,
ASTO LENA DORES SE generale eft à
Monfieur MOREAU Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui·
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
Imi indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MAY. 1735.
**********************
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
BOUQUET ,
E
Rrant au lever de l'Aurore ,
Au milieu des Jardins de Flore ,
A qui j'allois pour vous demander un Bouquet ,
J'entrai tout en rêvant dans un sombre Bosquet
Qu'avant moi nul Mortel ne connoissoit encore.
Il semble qu'à former ces aimables climats ,
L'Art ait secondé la Nature ;
Là sous des Orangers respectez des frimats ,
A ij
Mille
834 MERCURE DE FRANCE
Mille petits Ruisseaux roulant une Onde pure ,
Font naître d'innombrables fleurs ,
Qui par leurs brillantes couleurs
D'an gazon immortel émaillent la verdure.
Chaque jour en ces lieux , au gré de leurs désirs ,
Parmi les doux transports qu'inspire la tendresse,
Flore à son jeune Amant prodigue des plaisirs
Qu'il rend avec usure à sa jeune Déesse.
Je les vis aprocher ; je m'écartai soudain ;
Quand deux Amans cherchent la solitude
Il les faut éviter avec exactitude.
J'entrai dans un Verger voisin ;
Un enfant y dormoit sur un lit de Jasmin ,
A l'ombre d'un buisson de Roses .
J'avance , il se réveille et me tient ce discours ;
Sçais- tu bien à quoi tu t'exposes
En abordant ces beaux séjours ?
Jamais Mortel n'entra dans ce Bocage.
Pardonne , puissant Dieu ( car à son équipage
Je le connus bien - tôt pour l'aîné des Amours. )
On celebre aujourd'hui la Fête d'Isabelle :
Sans doute que tu la connois ?
Et j'ai pensé queje devois ....
Je t'entends , reprit - il , pour cette jeune Belle
A Flore tu venois demander un Bouquet ;
Mais crois - moi , quitte ce projet ;
La Déesse ne peut entendre sans colere ,
Prononcer ce nom dans ces lieux ,
EHA
MA Y. 1735. 835
Elle est jalouse enfin des charmes de ses yeux
Et voudroit l'empêcher de plaire.
Ainsi n'espere pas d'en pouvoir obtenir
La moindre petite Fleurette ,
Pas un brin de Muguet , pas une Violette ,
Et tu peux t'en aller comme on t'a vu venir.
Chagrin d'avoir perdu mes pas dans ce voyage ,
Je partis murmurant tout bas entre mes dents ;
Je m'arrêtois de tems en tems ,
Joignant les mains et soupirant de rage.
L'Amour , qui me suivoit des yeux ,
Se laissant attendrir à ma douleur extrême ,
Quand je fus sorti de ces lieux ,
Me joignit et voulut me consoler lui - même .
Arrête , me dit- il , je prens pitié de toi :
Tu crains de fâcher Isabelle ,
En paroissant aujourd'hui devant elle
Sans lui rien présenter ; mais écoute et croi-moi ,
Profite de cette infortune.
Dis-lui qu'on trouveroit un Bouquet aisément
S'il en falloit orner une Beauté commune :
Mais que pour elle il en est autrement ;
Que bien loin qu'elle puisse en tirer avantage ,
Le coloris de son visage
De la Rose et du Lys terniroit les couleurs.
Après tout , qu'est- ce que des Fleurs !
Naissantes au matin des larmes de l'Aurore ,
Au moment qui les voit éclore
Succedo
836 MERCURE DE FRANCE
Succede le moment qui les voit se flétrir.
Un tel présent seroit indigne d'elle ,
Sur tout ayant un coeur que tu lui peux offrir ;
Suis mon avis : Soudain batant de l'aîle ,
Il s'éleva dans le milieu des airs.
Vous jugés bien qu'à son ordre suprême
( Car de ce Dieu , qui régit l'Univers ,
Ordre ou conseil est à peu près de même, )
Je n'oserois résister un instant.
Voici mon coeur , aprenés qu'il vous aime ,
Qu'il est sincere et qu'il sera constant.
0
COPIE d'une Lettre écrite de Londres le
19.30. Decembre 1734.à M.Dargenville,
Conseiller du Roy , Maître ordinaire en
sa Chambre des Comptes , sur quelques
Illustres Anglois.
LE
;
E renouvellement de l'année me fournit
, Monsieur , l'occasion de vous
écrire pour vous la souhaiter des plus
heureuses et le départ d'un ami m'a fourni
ces jours passez l'occasion de vous envoyer
quelques Portraits que je vous prie
d'agréer. Je me souviens de vous avoir
trouvé une fois occupé à en faire un petit
Recueil , et je suis persuadé que vous y
voudrés
MAY. 1735 837
voudrés bien aggréger les Etrangers . Quelques-
uns vous seront parfaitement con
nus ; ce n'est donc qu'à cause de ceux qui
vous le seroient moins , que je vous demande
la permission de vous les présenter.
Je souhaiterois seulement être plus capable
d'être leur Introducteur.
Il y a un cahier de 12. Poëtes celebres
Anglois , qui sont , si je ne me trompe ,
Chaucher , Spenser , Johnson , Fletcher ,
Beaumont , Shakespear , Milton , Covvley ,
Buttler , Otvvay , Waller , et Driden.
Chaucher est le plus vieux Poëte dont
on fasse cas. Il vivoit dans le 14. siecle.
Les Anglois d'aujourd'hui ont de la peine
à l'entendre. On dit qu'il est inimitable
dans ses Descriptions , et en general fort
ingénieux. On a fait une très belle Edition
de ses Ouvrages en un Volume infolio
, avec une Explication des expressions
difficiles et surannées .
Spenser vivoit sous le regne de la Reine
Elizabeth . Il a écrit des Pastorales Héroïques.
Il a beaucoup d'invention , de
grandeur , et de feu , mais beaucoup d'irregularité
et d'inégalité. Son caractere
tient un peu de celui de l'Arioste. Son
plus fameux Ouvrage est le Poëme de la
Reine des Fées , en douze Chants , ou pour
mieux dire en douze Poëmes, chaque chant
A iiij ayant
838 MERCURE DE FRANCE
ayant son Héros. On prétend qu'il en a
copié les personnages d'après des personnes
vivantes à la Cour . On raconte que
le Chevalier Philippe Sidney , qui étoit
l'homme de ce tems le plus en réputation
de politesse , desprit et de galanterie
, ayant lû sa Description du Désespoir,
fut surpris d'une espece de transport à la
vûë d'un génie si peu ordinaire , et ordonna
qu'on fit présent de so . Guinées à
l'Auteur de ces Vers ; ayant lû une Stance
de plus ,il ordonna qu'on doublat la somme
et continuant de lire une autre Stance ,
il ordonna que ce fut2co.Guinées , et qu'on
les lui donnât sur le champ , de crainte
qu'en continuant , il ne fut tenté de lui
donner tout son bien .
Johnson vivoit vers le même tems , et
il a écrit un grand nombre de Tragédies
et deComédies,qui ont eu une grande vogue
dans leur naissance , et dont quelques
unes la conservent encore aujourd'hui.
Johnson étoit un Auteur laborieux
d'une élevation d'esprit médiocre.
. et
Fletcher et Beaumont étoient contemporains
, et vivoient dans le 16. siecle .
Ils s'aidoient réciproquement , ou pour
mieux dire , ils travailloient ensemble ;
Ils ont fait 53. Pieces de Théatre. Fletcher
avoit beaucoup d'esprit , la repartie vive ,
,
ce
MAY . 1735.
839
ce qui est une des principales graces de la
Comédie. Il avoit beaucoup d'ame et de
vivacité. Beaumont avoit plus de science
et de jugement. Il modéroit la fougue de
son ami. Ils étoient l'un et l'autre fort capables
de dicter une conversation ingé
nieuse.
Shakespear , Poëte du même siecle, est
le premier des Poëtes Anglois pour laTragédie
, mais jamais Poëte ne fut plus inégal
. Lors qu'il est beau , il l'est au suprême
degré , et avec transcendance : Il y a des
endroits si beaux ( et qui se doivent à la
seule nature , car il ne connut pas l'art )
qu'on ne sçait pas d'endroit dans aucun
autre Poëte d'aucun autre pays , qui puisse
leur être comparé. Mais ce ne sont
que quelques endroits , n'y ayant pas ,
suivant mon sentiment , une seule Piece
qui, comprise dans sa totalité , soit suportable
. Il doit ses beautés à l'impetuosité
de son beau génie ; il étoit pour me servir
des expressions d'Horace :
Naturâ sublimis et acer >
Nam spirat tragicum satis et foeliciter audet.
Milton est connu en France depuis
la traduction de son Paradis perdu ,
qui a été lû avec plaisir. L'idée de son
A v Poëme
840 MERCURE DE FRANCE
Poëme est neuve , on y trouve par tout un
génie inventifet impérieux . Ila le premier
trouvé l'art de donner de la force et de la
cadence à des Vers non rimez , qui pour
ainsi- dire empiétent les uns sur les autres
avec une harmonie majestueuse . Ce Poëte
seul , mérite qu'on aprenne l'Anglois pour
le lire. Il sçavoit beaucoup, et il a transmis
dans son Poëme avec beaucoup d'art , les
beautés , même les tours et les manieres
de s'exprimer d'Homere , de Virgile , et
du Tasse. Ceux qui ont quelque familiarité
avec ces Poëtes , y trouvent à chaque
des imitations embellies . Un sçavant
pas
Italien a dit de lui :
Gracia Moonidem , jactet sibi Roma Maronem ;
Anglia Miltonum jactat utrique parem.
On attribue à Milord Sommers , un des
hommes des plus respectables et des plus
sçavans qu'il y ait eu en Angleterre , une
Edition infolio des ouvrages Poëtiques de
Milton ,avec des Notes sur le Paradis perdu
, fort diffuses , mais fort curieuses , et
avec le secours desquelles on peut facilement
entendre ce fameux Poëme. Cette
Edition devient rare. Milton vivoit du
tems de Charles I. de Cromwel , et de
Charles II. Il a écrit pour le parti Republicain
MAY. 841
17358
blicain , et trop- bien pour l'honneur du
sçavantasse Saumaise.
Cowley a vécu sous Charles II. Il a
écrit quelques Comédies , un Poëme Héroïque
, des Odes , et diverses autres Poësies.
Ses Odes sont regardées comme les
plus belles qui ayent été écrites en Anglois.
George , Duc de Buckingham l'a
appellé le Pindare , l'Horace et le Virgile
des Anglois les délicés , l'honneur et les
désirs de son siecle. L'ingénieux Sprat ,
Evêque de Rochester , a écrit sa vie à la
tête de l'Edition des Ouvrages de ce Poëte,
qu'il a donné au Public.
:
Buttler vivoit sous Cromwel et sous
Charles II. Il s'est rendu célebre par un
Poëme burlesque inimitable , apellé du
´nom de son Héros Hudibras. Il y tourne
en ridicule , les fanatiques qui contribuerent
si fort à la révolution de ces tems
et il le fait avec un esprit , un sel et une
plaisanterie fort au dessus de tout ce que
nous avons d'Ouvrages recommandables
par ces endroits . Ce Poëme , si les Anglois
n'y remedient par des Notes , deviendra
avec le tems inintelligible , et cont
mence déja à l'être en plusieurs endroits
qui supposent la connoissance de certai
nes circonstances auxquelles ils sont relatifs
et sans laquelle on ne peut sentir
A vj
$ 42 MERCURE DE FRANCE
le fin des allusions qui font le plus grand
mérite des Poëmes satiriques. On fait cet
éloge de Buttler , qu'il n'a copié personne,
et que personne encore n'a pû réussir à le
copier.
Otway vivoit vers la fin du dernier siecle.
Il a écrit un nombre considérable de
Pieces de Théatre , parmi lesquelles il y
en a deux , l'Orphelin , et Venise Préservée
, qui sont fort couruës . Dans Venise
Préservée , le son d'une cloche qui se fait
entendre, réussit à jetter de l'effroi dans l'ame
des Spectateurs ; on n'admettroit pas
sur nosThéatres cette maniere d'émouvoir,
mais les Anglois violent sans scrupule les
regles de l'art , et souvent même celles
de la nature. Otway a quelquefois imité
Moliere. Ce n'est pas un Poëte du premier
génie , mais peut - être auroit - il été
plus loin , si ses débauches ne l'avoient
pas tué à l'âge de 35. ans .
Waller étoit contemporain de Voiture ,
de la Fontaine , et de S. Evremond , beaux
esprits avec lesquels il a commercé . Il
étoit galant et dans ses moeurs et dans ses
écrits , où l'on reconnoît un esprit délicat
et élevé. Il a aussi rafiné la langue Angloise
avec beaucoup de choix et de délicatesse
.
Driden a eu et conserve la réputation
de
M A Y. 1735. 843
de bon Ecrivain et de bon Poëte . C'est le
grand Critique des Anglois, quoique luimême
ait souvent donné lieu aux Critiques
de le tancer.Il étoit pauvre, et écrivoit
pour les Libraires. C'est ce qui fait qu'il
a écrit beaucoup et très-souvent , au dessous
de lui- même ; qu'il a fait entr'autres
choses un très - grand nombre de Préfaces
où il déchire impitoyablement les Auteurs
François , mais ce n'est souvent que
pour mieux cacher ses larcins , bien different
en ce point des voleurs de son pays,
qui d'ordinaire sont polis à l'égard de ceux
qu'ils dérobent.
*
Les Portraits de ces 12. Poëtes sont en
Estampe , et la gravure en est estimée ici,
où cet art est bien éloigné de la perfection
à laquelle on l'a porté en France. A
ces gravures j'y ai ajouté quelques Portraits
en Mezzo Tinto , qui est le gout
commun de ce pays : c'est une maniere
qui éxige moins de travail , avec laquelle
on attrape plus facilement la ressemblance
, mais il me paroît que le Mezzo - Tinto
mis auprès de la gravure a quelque
chose de plat.
>
Ces Portraits de Mezzo- Tinto , sont ,
si je ne me trompe , deux Portraits de
femme , ceux de Nevvton , d'Addison ,
Appellé en France Piece Noire.
*
de
844 MERCURE DE FRANCE
de Garth et de Pope , et celui d'un Chef
d'une Nation de l'Amérique , avec son
neveu. Ils étoient ici il y a quelque tems ,
je les ai vû , et ces Portraits leur sont
très ressemblants.
De ces deux Portraits de femme , l'un
est celui de la fameuse Oldfields , Comédienne
et femme galante. Je ne sçaurois
mieux vous la désigner qu'en vous disant
que c'étoit laNignon , et la l'Enclos desAnglois
, excepté peut- être qu'Oldfields étoit
moins voluptueuse . Je n'ai aucune particularité
à vous dire de l'autre Portrait
que je ne vous envoie que parce que sa
phisionomie m'a parû agréable , et que
c'est un plaisir auquel je ne crois pas que
l'austere vertu repugne , de promener ses
yeux sur les Portraits de jolies femmes .
>
Je ne vous dirai rien du fameux Newton,
dont la réputation est aujourd'hui aussi
grande et bien plus loüable , à mon avis
que celle du conquérant de l'Asie . Ne
pourroit-on pas à bon titre , apeller les
découvertes de Newton , des conquêtes
de l'esprit humain ? et quelles conquêtes
peuvent être comparées à celles de ce vaste
génie , qui a soumis à ses connoissances et
la terre et les cieux ?
Addisson , Garth et Pope , sont des
noms fameux dans la Litterature d'Angleterre.
MAY. 1735 845
Addisson a composé la plus grande partie
du Spectateur , qui n'est pas lisible en
François lors qu'on peut le lire en Anglois.
C'est le modele du plus beau stile.
Il a fait aussi de belles Poësies Latines ,
er la fameuse Tragédie de Caton , où ce
génie Anglois ( chose assés rare ) s'est assujetti
aux régles . C'est, en un mot, un des.
plus beaux genies , et un des plus dignes
hommes qu'ait produits l'Angleterre.
Garth étoit un Médecin , Auteur d'un
petit Poëme en six Chants , qui a pour
titre le Dispensary. Il est dans le gout d'une
fiction de Boileau , que ce Poëte a
quelquefois imité , pour ne pas dire copié
. Il s'agit dans celui-ci d'une bataille
des Médecins et des Apoticaires : Il y a
drapé de bonne grace , les gens de sa profession
. Ce Poëme est rempli de descriptions
charmantes et passe avec raison pour
une des plus belles Pieces de Poësie Angloise
.
M Pope est encore vivant : Ses ouvra
ges sont harmonieux, délicats, nerveux ,
profonds ; on y trouve un esprit élevé
mais reglé ; un discernement juste , et un
jugement solide. Il ne cede à aucun de
ses devanciers , et surpasse tous ses contemporains.
Si ces Estampes vous plaisent , je me
ferai
846 MERCURE DE FRANCE
ferai un vrai plaisir de rechercher celles
des autres Grands Hommes de ce pays ,
parvenues à ma connoissance , et je vous
avertis que la moisson est ample. Je crois
que la plupart sont en Mezzo -Tinto
et connoissant votre indulgence pour
moi , je me risquerois volontiers d'être
leur introducteur ainsi que de ceux - ci . Il
y en a quelques uns dont je juge par le
raport des autres ; mais pour le plus grand
nombre , j'en parle par mon propre sentiment
, ayant lû , sinon en entier , au
moins une partie , de leurs ouvrages.
Je suis Monsieur , &c.
DANIE L.
Q
CANTАТЕ.
U'un autre chante dans ses Vers
Les douceurs de l'Amour , ou ses fureurs tragi
ques :
Ou que par lui de ses travaux antiques ,
Alcide encor étonne l'Univers .
Toi qui jadis aux traits d'une aveugle furie
Arrachas le soutien de ta race cherie ,
Puissant Dieu d'Israël , vengeur des innocens ,
Vien seconder mes voeux , anime mes accens ;
Je
MA Y. 1735 847
Je veux de tes grandeurs retracer la mémoire ,
Et chanter en ce jour ta puissance et ta gloire.
De celui que ton bras défend ,
Grand Dieu ! le bonheur est extrême ;
Devant lui l'univers tremblant
Respecte ton pouvoir suprême,
Il dit : et de son vaste sein ,
La Mer à tes ordres docile ,
Contre les traits d'un Inhumain ,
Présente à ton peuple un azile.
A sa voix , oubliant son cours ;
Le Jourdain remonte à sa source :
Et l'Astre qui donne le jour ,
S'arrête au milieu de sa course.
De celui que ton bras défend , &c .
Ou suis je ! quel enchantement !
Dans tes murs criminels , ingrate Babilone ;
Une invisible main me transporte à l'instant ,
Quelle subite horreur tout à coup m'environe
Dans le sein envieux de ces Princes jaloux ,
L'Envie au front pâle et livide ,
' Soufle son poison homicide :
Et cedant aux efforts d'un injuste courroux ;
* Pharaon.
Seigneur
848 MERCURE DE FRANCE
Seigneur , sur le penchant d'un affreux précipice
Daniel en ces mots invoque ta justice.
Aux plaintes de l'innocent
Seigneur , prête les oreilles ;
Et de ton bras tout - puissant
Signale encor les merveilles.
Verra-t'on de tes Autels
Le défenseur intrépide ,
Perir sous les coups mortels
D'une cabale perfide.
Vien ; de ses noirs attentats
Revele l'affreuse histoire ,
Songe qu'avec mon trépas
Perit ton culte et ta gloire.
Aux plaintes de l'innocent , &c.
Mais tandis qu'au Dieu de ses peres
Daniel adresse ses voeux ;
Déja de ses complots affreux
L'Envie a consommé les horribles misteres.
Des Satrapes jaloux secondant les fureurs ,
Darius d'une voix tremblante ,
A déja d'une mort sanglante ,
Contre un sage Ministre ordonné les rigueurs ,
Foible
MAY. 1735. 849
foible Monarque , vien ,
vrage ;
contemple ton ou-
Le Juste par ton ordre aux animaux livré ,
De son sang repandu , de son corps dechiré ,
Dans un antre profond doit as souvir leur rage
Du sang des misérables
Enyvrez si souvent ,
Lions inéxorables ,
Epargnés l'innocent.
D'un Arrêt si sanglant ,
Puissent tous les coupables ,
Eteindre dans leur sang ,
Vos fureurs implacables !
Du sang des misérables , &c.
Que vois- je ! Ciel ! quel étonnant spectacle
Quel charme, ou quel Dieu favorable ,
De ces Antres affreux dissipe les horreurs !
Daniel vit. Moins cruels que l'envie ,
.es Lions affamez oubliant leurs fureurs ,
Ont respecté son innocente vie ;
sang criminel de ses accusateurs
Leur rage est enfin assouvic.
it du
Du Dieu d'Israël ,
Gélebrons la gloire ,
>
Sur
850 MERCURE DE FRANCE
Sur l'infame Bel *
Chantons sa victoire.
Soumis à ses loix ,
Maîtres de la Terre
Chantés ses exploits ,
Craignés son Tonnere .
Du Dieu d'Israël
Célebrons la gloire ,
Sur l'infame Bel
Chantons sa victoire.
Par M. Huart , Curé de Senlis.
* Dieu des Babiloniens .
******: XXXXXXXX : X
POMPE FUNEBRE ;
de la Reine de Sardaigne.
N Ous avons parlé dans le Mercure
du mois dernier , pag. 588. du Service
solemnel que le Roy fit faire dans
l'Eglise Métropolitaine de cette Ville , le
24 du même mois , pour le repos de l'ame
de la Reine de Sardaigne.
Voici une Description plus détaillée
de ce pompeux Appareil . Il a fait l'admiration
MAY. 1734.
851
ration publique , et les esprits les plus
éclairez et les plus délicats ont trouvé
dans l'ordonnance et dans l'exécution
autant de magnificencc que de goût.
La Façade de l'Eglise étoit tenduë de
noir , on voyoit au dessus de la principale
porte un grand morceau de Peinture
composé d'Architecture , dont le milieu
contenoit un Cartouche aux Armes du
Roy et de la Reine de Sardaigne , sous
une Couronne Royale , et renversée sur
un Tombeau , enrichi d'ornemens funebres.
Aux deux portes latérales étoient
aussi élevez deux autres grands morceaux
de Peinture , soutenus par des Renomnées
, au milieu desquels étoit désigné
le Chiffre de Polixéne de Hesse, Trois lez
de Velours , semez des mêmes Armes , regnoient
sur toute la façade.
La Nef étoit tenduë , ainsi que tout
le reste, jusqu'aux Vitreaux de l'Eglise ,
et ornée de chaque côté de six Chiffres et
de quatre grandes Armes, portant chacu
nes une Girandole de cinq lumieres. La
Porte du Choeur étoit décorée d'un
Chambranle en marbre blanc , avec une
Guaîne de chaque côté, sur chacune desquelles
étoit un Lion d'or , suports des
armes de Sardaigne , et au dessus un grand
Cartouche avec les mêmes armes accollées
852 MERCURE DE FRANCE
lées comme toutes celles qui suivront
cy-après . Elles étoient surmontées de la
Couronne de Sardaigne , le tout enveloppé
d'un Manteau Royal d'étoffe d'or,
doublé d'Hermine . Au Pourtour de la
Nef regnoient trois lez de Velours , semez
des mêmes Armes .
Dans le Choeur , à dix - huit pieds de
l'entrée paroissoit le Catafalque ; il avoit
six toises de hauteur,élevé sur un plan de
dix huit pieds de long et de quatorze pieds
de large des quatre angles, quatre parties
s'avançoient , et par le devant formoient
un pied d'estal ceintré , et se rejoignoient
circulairement à l'Estrade par un
escalier de six marches de Bréchegrise ,
bombées par le milieu . Sur cette Estrade
étoit posé un Socle de trois pieds et demi
de haut, coupé par les angles et orné
consoles d'or. Le haut du soquatre
cle se terminoit par une doucinne , le
tout en marbre blanc et les Panneaux -
verts d'Egypte. Un Tombeau de Portore
s'élevoit sur le Socle, soutenu par quatre
consoles d'or , ornées de têtes de
Lions.
de
Aux quatre Flancs du Tombeau étoient
appliquez sur des Cartouches d'or , les
Chiffres de Polixéne de Hesse, surmontez
d'une Couronne Royale ; des festons de
Cyprès
MAY. .1735.
$53
Cyprès se réunissoient aux consoles . La
Representation sur le Tombeau étoit
couverte du Poële de la Couronne , retroussé
pardessus les Cartouches et les
têtes des consoles . Sur le bout , du côté
de l'Autel , tomboit le Manteau Royal ,
d'etoffe d'or ; doublé et bordé d'Hermine
; et à l'autre bout on voyoit sur un
Coussin de velour noir , une Couronne
d'or de Sardaigne, couverte d'un crespe,
A la face du Catafalque de l'entrée du
choeur on voyoit en relief sur les six dégrez
d'honneur , la figure du Temps en
ronde- bosse, de six pieds de hauteur,une
Faux à la main et debout sur un Globe
terreftre et autour étoient répandus des
trophées et attributs , renversez sans
arangement ; comme Sceptres , Couronnes
, Thiares , Mitres , Casques , Li-
Trompettes , Houlettes , débris
d'architecture, &c. Entr'autres attributs,
une Couronne de la Reine de Sardaigne,
séparée en deux ; le Temps par l'attitude
de sa Faux désignoit ce moment funeste.
Sur les dégrez de l'estrade , à droite en
entrant , on découvroit un Groupe de
figures , representant la Religion et la
Piété avec leurs attributs , et de l'autre à
gauche , la Charité et l'Esperance , &c.
ces
854 MERCURE DE FRANCE
ces figures en relief avoient cinq pieds
de hauteur.
Sur les dégrez devant l'Autel paroissoit
la Mort , de six pieds de proportion ,
representée allégoriquement sous les
traits d'une belle femme , portant sur sa
tête une Couronne Royale ; son col , son
estomac et les extrémitez de ses mains
étoient desséchées , et ses pieds étoient
entierement de squelette . Elle étoit vétuë
richement , tenant d'une main une
Torche funeraire , à demi éteinte , et foulant
d'un pied une figure en pleurs , representant
la douleur qui l'accompagne
toujours deux enfans s'unissoient à ce
Groupe, faisant allusion par leurs attitu
des à l'amour tendre des peuples our
leur Maître , l'un voulant arracher la
Torche fatale , et l'autre s'efforçant de la
rallumer,
Sur les quatre parties avancées des angles
de l'Estrade, s'élevoient quatre Torcheres
, de dix - huit pieds de haut , sépa
rées par le bas en trois consoles , se terminant
en rouleaux sur leurs Socles de
marbre blanc et ornez d'agraffes d'or
qui les réunissoient avec leurs Piésdestaux.
Sur le devant de chaque piédestal
un enfant de quatre pieds de haut tenoit
un
MAY. 1735. 853
un Cartouche ovale, avec l'allégorie, chacun
d'une vertu ; sçavoir , la Méditation,
la Prudence , la Libéralité et la Concorde
conjugale ; le dedans de chaque Torchere
jusqu'à son extrémité étoit isolé de
toutes parts , et finissoit par un Chapiteau
ionique ; le plan de ces Torcheres
étoit triangulaire , coupé sur les angles ,
et concave dans les trois parties . Le Chapiteau
suivoit le même plan , et étoit
composé avec une tête de mort , coeffée
d'une draperie d'argent ; l'Entablement
et la Frise avoient tous leurs ornemens
en or, de même que les principales mou
lures et les trois branches de la Torchere
; dans le vuide du bas paroissoit un
Socle rond en argent qui portoit une
lampe antique , de même plan triangu
laire , laquelle jettoit trois flammes ; sur
l'Entablement de la premiere Torchere
étoit élevé un Socle de trois pieds et demi
de haut , formant une espece de console
, tres-ornée en or , d'où partoit un
Cyprès , du même métal , envelopé de
de cinq bandeaux , qui portoient des
grouppes de lumieres ; le premier formant
la Couronne Royale de Sardaigne
et les autres simples. Sur l'extrémité étoit
une lampe qui jettoit une grande lumiere
; à côté sur la même corniche >
B mon56
MERCURE DE FRANCE
montoit des quatre faces, un ceintre cein
tré sur le plan , à l'élevation de cinq à six
pieds. Une tête de mort , ailée au dessous
des Rouleaux du milieu , jettoit de
chaque côté quantité d'ornemens d'or ,
d'où tomboient des draperies herminées,
retroussées en festons et attachées avec
des cordons et glands d'argent.
On voyoit sur le milieu des quatre
ceintres un Socle orné , de deux pieds
de haut , se liant avec une attique , de
même hauteur, en balustres de portique,
qui circuloit au Pourtour d'un ovale, ouvert
au milieu , et qui portoit à chaque
face une Girandolle de plusieurs lumie-
,
le tout orné dedans comme dehors.
Au dessus du Cataphalque , sous le
Pavillon , on avoit suspendu un grand
morceau de Sculpture , représentant en
relief les Armes du Roy et de la Reine ,
avec la Couronne et le Manteau Royal ,
porté et soutenu par plusieurs enfans et
liez ensemble par des Festons de Cyprès
, le tout en or . Il s'élevoit au dessus
un superbe Pavillon en étoffe à fleur
d'or sur fond noir , de même que les Rideaux
, et doublé de larmes sur même
fond , avec des bandes en hermine , huit
bouquets de plumes avec leurs aigret-
Les étoient portez sur les quatre pans .
coupez
MAY. 1735 857
> coupez du Pavillon , et les rideaux retroussez
de quatre parties à gros noeuds ,
couronnoient entierement le Cataphalque
; le plafond en étoit noir , croisé de
moire d'argent et cantonné d'armoiries.
Le Pourtour du Choeur que l'on avoit
préparé pour cette Ceremonie dans la
Nef de l'Eglise étoit décoré de trois côtez
, de seize arcades ouvertes , remplies
de gradins foncez de noir , et séparées
par des pilastres ioniques ; leurs chapiteaux
étoient ornez de têtes de mort
drapées en argent , dont les pentes tomboient
des deux côtez du pilastre. Les
bazes étoient en or ; sur chaque pilastre
étoit placé un Scabellon de marbre
blanc et de Portorre avec une tête de
mort, ornée de festons de cyprès, qui envelopoient
des deux côtez le Scabellon ,
lequel portoit uneGirandole de lumieres.
Au- dessus du Scabellon , sur le même pilastre
étoit un cartouche avec le chifre de
la Reine ; la corniche dont un lez de velour
formoit la frise , semée de larmes et
d'ossemens d'argent , étoit en marbre
blanc , de même que les corps des pilas
tres et les milieux en vert d'Egypte.
A l'aplomb des pilastres , sur la frise
de la corniche étoit une maniere de triglife
composé , les arcades formées en
Bij ceintre
858 MERCURE DE FRANCE
ceintre tomboient sur les Impostes des
arrieres- corps. Sur le milicu de chaque
ceintre étoit un grand cartouche alternativement
avec les armes et un chifre ,
orné de têtes de Lions et du Manteau
Royal , la Couronne passant sur la corniche;
du derriere de ces Armes sortoient
des rideaux d'étoffe à fleur d'or sur fond
noir , qui se retroussoient au droit des
Impostes par de gros noeuds et tomboient
le long de l'arriere- corps de pi
lastres .
Les ouvertures ou galleries étoient fermées
par un balustre d'apui en or , de
trois pieds de haut, de même que le Jubé
pour la Musique , faisant saillies sur
le plafond des stalles, l'un ceintré et l'autre
sur une ligne droite alternativement,
lesquels portoient à chaque bout, sur son
piédestal , une Girandolle de plusieurs lumieres
. Entre chaque balustre devant les
Scabellons étoit une autre girandolle , formant
un groupe de lumiere plus garni.
Le pourtour du plafond des stalles
étoit enrichi d'une moulure d'or d'où
tomboit un lez de velours , semé de larmes
d'argent , retroussé et bordé par le
bas d'un feston herminé , sur le milieu
de chaque retroussi des festons étoit un
cartouche rempli d'un quartier des armes
MAY. 1735 . 859
mes du Roy et de la Reine de Sardaigne;
et au milieu un autre avec un chifre . Le
plafond et les stalles étoient drapés de
noir .
L'attique au dessus de la grande corni
che, de quatorze pieds de haut, regnant
au pourtour du Choeur , formoit autant
de paneaux que de tribunes , séparez de
même par un pilastre; les corps blancs et
le paneau vert d'Egypte étoient ornés de
·
même d'une tête de mort et d'autres ornemens
funebres; la baze étoit d'or et le haut
se terminoit par une plate - bande avec ses
moulures . Sur chaque entre deux des
pilastres d'attique , regnoit une bande
en hermine , formant un paneau quarré
, au milieu duquel étoit un cartouche ,
et alternativement un quartier des Armes
du Roy et de la Reine.
Entre chaque pilastre sur la grande
corniche étoit un chantourné en marbre
blanc , les fonds noirs , semés de larmes
avec une tête de mort , aîlée au milieu ,
et garnie chacun de vingt lumieres.
A un pied au dessus de l'attique regnoit
un troisiéme lez de velours semé
de larmes d'argent , lequel embrassoit
aussi le pourtour du Choeur , et à l'aplomb
de chaque pilastre étoit un quar,
Biij tier
870 MERCURE DE FRANCE
tier du blazon du Roy et de la Reine ,
au milieu un chifre.
L'Autel , d'ordre Ionique , étoit élevé
sur trois marches et composé de deux
colonnes couplées de chaque côté avec
leurs piédestaux , sur un Socle de breche
grise; le piédestal étoit de marbre blanc
et vert d'Egypte , le paneau étoit orné
d'une grande agraffe , composée d'une tête
de mort et autres attributs mortuaires,
en argent , les quatre colonnes en vert
d'Egypte , leurs chapiteaux et bazes en
argent , étoient revêtus chacune de cinq
bandeaux aussi d'argent , lesquels portoient
des lumieres . La Corniche de même
marbre étoit surmontée d'un timpan
, les moulures principales d'argent ,'
et se terminoit par une Croix rayonnée
aussi d'argent. Au dessus du timpan s'élevoit
un magnifique Dais , dont les moulures
et les pentes étoient en argent , les
rideaux de satin noir , semés de larmes
et doublés de taffetas blanc herminé , tomboient
des deux côtés sur le timpan , et
ensuite en chute , le long de l'entablement
des corniches jusques sur les colonnes
, et passoient derriere un grouppe
de lumieres qui étoit de chaque côté
sur sa corniche.
Quatre
ΜΑΥ.
1735.
861
Quatre Bouquets de plumes avec une
Aigrette au milieu , ornoient les quatre
angles du Dais à l'aplomb des colonnes .
Le plafond étoit noir , croizé de moire
d'argent et cantonné des Armes . Au dessous
du timpan brilloit une Gloire , pein
te et rehaussée d'argent et ornée de plusieurs
têtes de Chérubins. Elle répandoit
ses rayons à travers des groupes de nuées ,
au dessus et au dessous du timpan ; le
fond noir qui tenoit lieu de Tableau ,
étoit croisé de moire d'argent , cantonné
et orné comme tout le reste des ornemens
de l'Autel , et d'armes en broderies
.
Au niveau des piédestaux regnoit
semblable corniche de 15 pieds , sur laquelle
étoit un chantourné en marbre
blanc et vert d'Egypte , garni de plusleurs
lumieres,et de cette corniche , tom
boit le parement de velour noir jusques
sur les gradins de l'Autel .
Le devant d'Autel étoit orné des mê
mes ornemens que ceux qui regnoient
autour. Au même plan du piédestal
des colonnes , deux consolles montant
jusqu'à l'entablement de l'Autel , portoient
sur leurs parties avancées HA
groupe de nuées , sur lequel un Ange
adorateur , de chaque côté, étoit peint ct
B iiij rehaussé
862 MERCURE DE FRANCE
rehaussé d'argent ; le fond de l'Autel
étoit foncé de noir , orné de bordures
herminées.
La suppression totale du jour extérieur
et le nombre considérable de lumieres ré--
panduës de toutes parts , offroient par
leur quantité et leur arrangement le spectacle
le plus magnifique et le plus éclatant.
Cette Pompe ordonnée par M. le Duc
de Gévres , Pair de France , Premiér Gentilhomme
de la Chambre du Roy , a été inventée
et conduite par M. de Bonneval ,
Intendant et Contrôleur General de l'argenterie
, menus plairsirs et affaires de la
Chambre du Roy, et executée par M" Pćrault
et Slotz.
********************** ' **
LA RECONNOISSANCE
DE CELA DON.
EGLO GUE .
A Monsieur R. D. S. M. Auteur des
Reflexions sur la Poësie en general ,
sur l'Eglogue , & c.
Celadon , Astrée.
C Eladon préservé des ondes du Lignon ,
Revient dans nos Hameaux, près de la belle
Astrée,
L'ornement
MAY. 863
1735.
L'ornement de notre Contrée ;
Il prend d'une Bergere et l'habit et le nom
Le déguisement et l'absence ,
Sar tout , le bruit de son trépas
Font croire , malgré l'apparence
Qu'il est de Céladon la simple ressemblance ,
Astrée en le voïant ne le reconnoît pas ;
Pourtant une secrete pente ,
Porte vers le Berger la Bergere innocente ;
La
(
Bergere sans lui ne peut vivre un seul jour ;
Et l'amitié chés elle a tout l'air de l'Amour.
Leurs Troupeaux en commun paissant dans la
Prairie ,
Ne font plus qu'une Bergerie .
Leurs Chiens dociles à leurs loix ,
Suivent sans distinguer des deux Maîtres la
voix ,
"
Ces Bergers sont toujours dans des lieux soli→
taires ,
Ils affectent entr'eux les plus secrets mystères,
Sur les bords escarpés du funeste Lignon ,
Astrée un jour disoit ces mots à Céladon ,
A Céladon , sans le connoître :
Ce lieu d'un beau Berger , l'objet de mes
amours ,
Dans les flots du Lignon a vû finir les jours ;
J'en suis la cause, hélas ! sans la faire parokre,
Ce penser chaque jour , excite ma douleur ;
By Soufiés
864 MERCURE DE FRANCE
Soufrés que j'ouvre icy le secret de mon coeur.
Je crus trop mes soupçons , la peur d'une ri
vale ,
Saisit tout mon esprit ; ô crainte trop fatale
Vous seule avés causé mon horrible malheur
J'usai vers Céladon d'une injuste rigueur ,
Je lui redemandai dans ma vive colere
Un tissu que ma main forma de mes che
veux ,
Et qu'il portoit toujours pour gage de mes
feux ;
Céladon cût moins craint la mort la plus amere,
Qu'il n'eût apréhendé d'offenser sa Bergere.
A vos ordres , dit- il , je ne résiste pas ,
Vous l'aurés ce tissu , mais après mon trépas ;
Le Berger sur le champ courut vers la Riviere ,
Je le vis de mes yeux , s'élancer dans les flots ,
Je le vis , j'y courus , hélas ! pour mon repos , ›
Dans les eaux je devois me jetter la premiere ;
Nos Bergers empressez veulent sauver ses jours ,
Son corps demi noyé se fait voir sur les Ondes ;
Nous ne pûmes jamais lui donner du secours ;.
Le Lignon l'engloutit dans ses grottes profondes
,
Les soins de nos Bergers , mes cris sont super-
Aus ;
Céladon disparoît ; on ne le revit plus ;
Dans la vive douleur dont je me sens atteinte į
De
MAY. 1735 865
De mès jours dans les flots je veux chercher la
fin,
Les Bergers trop cruels empêchent mon dessein;
Malgré moi , je me vois contrainte ,
A prolonger ces jours dans les cris , dans les
pleurs ,
Foible remede , hélas ! aux extrêmes douleurs !
La Bergere à ces mots verse un torrent de
larmes ,
Ses pleurs et ses soupirs font briller tous ses
charmes ;
Elle est encor plus belle aux yeux de son Ber
ger ;
Il ne regrette plus le mal ni le danger,
Il se voit à ses yeux pleuré par sa bergere ,
Qu'à son coeur amoureux , cette douleur est
chere ?
L'amour peut-il donner des plaisirs plus parfaits
?
Peut-on à trop haut prix les acheter jamais ?
Céladon dit alors , soufrés qu'on vous console
,
Vos vertus obtiendront des Dieux un heureux
sort.
Calmés votre douleur , Céladon n'est point
mort.
Ah , repartit Astrée , esperance frivole !
Les flots ont à mes yeux englouti mon Amant ,
Puis je de mon malheur douter un seul ino
-
ment ?¨
B. vj
Ge
866 MERCURE DE FRANCE '
Ce Berger n'ira plus chasser dans nos bocages ;
Nous ne l'entendrons plus chanter sur ces rid
vages ;
Les Nymphes , pour le voir , sortoient du sein
des flots ,
11 faisoit de sa voix retentir les échos.
Son bras garantissoit dans nos riches Prairies ;
Des Loups , trop inhumains , nos tristes Bergeries.
Si ce Berger un jour paroissoit à vos yeux ,
Repartit Céladon, que diriez-vous , Bergere ?
Elle répond d'un air aussi vif que sincere ,
Je verrois mon Berger comme un présent des
Dieux ;
Comme l'on voit enfin ce qu'on aime le mieux ;
Mais pour me consoler , c'est un foible artifice
Bergere , vous sçavés l'histoire d'Euridice
Repliqua Céladon , le Tyran des Enfers ,
Touché des pleurs d'Orphée , et charmé de ses
vers.
Soufrit qu'il emmenât sa moitié sans obstacle ,
Pluton à vos vertus , doit un second miracle.
Vous valés bien au moins d'Euridice l'époux ,
Mais vous avés déja Céladon devant vous .
Bergere , dans mes yeux , regardés son image ,
Ah ! pour vous consoler en faut- il davantage ?
Vous avés , dit Astrée, et son air et ses traits ,
Et sa voix et son geste et ses divins attraits .
Je
MAY 1735. T67
Je vous prendrois pour lui , si vous n'étiez Bere
gere ;
Astrée , il n'est plus temps d'employer le mys
tere.
Je suis , dit Céladon , ce Berger que vos voeux
Depuis un si long - temps redemandent aux
Dieur.
Croiés en vos regards, mes traits et ma jeunesse ,
Croiés en votre coeur › et sur tout ma tendresse .
Voiés ce bracelet , le reconnoissés -vous ?
Formé de vos cheveux , tissu par votre adresse ;
Vous le redemandiez , vous étiez en couroux
soufrés que Céladon l'aporte à vos genoux !
D'Astrée à cet objet , la surprise est extrême ,
Elle s'écrie , ô Dieux , c'est Céladon lui- même.
C'est vous ,
mon cher Berger ; ah ! je n'en doute
pas ,
>
Elle tombe aussi - tôt , pâmée entre ses bras.
Par ses soins , Celadon la rappelle à la vie ,
Elle ne resta pas long- temps évanoüie.
Son Berger se presente à ses yeux languissans
Elle a moins de plaisir du retour de ses sens
Qu'elle n'en a de voir une tête si chere.
L'amoureux Céladon raconte à sa Bergere ,
Comm ' il s'est échapé de la fureur des eaux ,
Comment par Galatée il fut sauvé des flots.
Comm'il s'est déguisé pour revoir son Astrée,
Et pour mieux penetrer son coeur et sa pensée..
Ils joüirent long-tems de leurs amours secrets ,
Et
368 MERCURE DE FRANCH
Et leurs plaisirs cachez en eurent plus d'attraits;
Mais Céladon jugea par l'avis du Grand- Prêtre ,
Qu'un amour innocent, devoit toujours paroître,
Et le Druïde enfin du gré de leurs parens ,
Par un lien sacré , joignit ces deux Amans.
L'aimable Céladon demande ton sufrage
R ... de tes leçons ai- je fait quelque usage ?`
Ai-je peint nos Bergers innocens , pleins d'ar
deur ,
Délicats , sans finesse , aimans avec candeur ,
$
Tels qu'ils étoient au temps de Saturne et de
Rhée
> En voyant Celadon près de la jeune Astrée
Désire- tu changer et d'état et de nom ?
Et pour quelques momens devenir Céladon ?
Apollon fût Berger chez le puissant Admette ,.
Il garda les troupeaux et porta la houlette ;
Cet état innocent fût si doux à ses yeux ,
Qu'il oublia bien- tôt le nectar et les Cieux .
Il voulut que l'Amour fût le Dieu des Bergeres ,
Et qu'elles n'eussent plus d'aures Dieux-tutelaires
Exempts de tous besoins , exempts d'ambition
Les Bergers, de l'Amour firent leur passion.-
Phoebus dicta ces loix au Berger de Sicile ,
Et ce Berger charmant les transmit à Virgile.
R.. par quel secret découvre - tu ces loix ,
Ta viens de les apprendre à nos Rimeurs Fran
cois.
2
THA
Μ΄ ΑΥ.
1735
8692
Tu sçais des vieux Bergers et les loix et l'usage
De leurs moeurs tu nous fais une fidelle image.
Mais pour peindre ces moeurs et toute leur dou
ceur ,
Il me faudroit R.
.. ton esprit et ton coeur.
PIERRE DE FRASNA Y.-
320
REFLEXIONS.
Leonard
Eonard de Vinci , Peintre fameux ,
fut honoré de marques singulieres
de bonté de la part de François I. ce
Prince connoissant les grandes qualitez
de cet Artiste , l'honora non-seulement
de son estime , mais lui donna des témoignages
si particuliers de son amitié ,
qu'il voulut bien le prendre entre ses
bras comme il rendoit les derniers soupirs.
Les Seigneurs de la Cour témoignant
quelque.surprise de ces bontez exnaordinaires
, le Roy leur dit , vous avés
tort de vous étoaner de l'honneur que
je fais à ce grand Peintre et du regret
que j'ai de sa perte ; je puis faire en un
jour beaucoup de Seigneurs comme vous ,
mais il n'y a que Dieu seul qui puisse faire
un homme pareil à celui que je perds.
Nous
870 MERCURE DE FRANCE
Nous voulons former notre esprit dans
les Sciences , dans les Arts , ou dans quelque
autre exercice ; si Minerve , ou plutôt
la Nature , ne s'en mêle , nous travaillerons
toujours bien inutilement , parce
que c'est d'elle que dépendent absolument
les dispositions nécessaires pour
nous y perfectionner .
L'homme seroit le plus farouche et le
plus redoutable des animaux , s'il n'étoit
retenu par les Loix , et si son esprit n'étoit
éclairé par les Sciences et cultivé par
les Arts , qui , non - seulement le rendent
capable de la Societé civile , mais qui le
font en quelque façon presque sembla
ble à Dieu.
>
La passion de la gloire animoit tellement
Alexandre dans toutes ses actions
qu'il défendit , comme on sçait , à tout
autre qu'à Apelles et Lysipe de faire son.
Portrait et sa Statuë. Ce ne fut pas , dit
un Ancien , par une curiosité ordinaire
d'étre bien représenté , mais par une estime
particuliere qu'il avoit pour ces
Grands Hommes , et par cet amour de
la gloire qui le conduisoit toujours , ne
voulant laisser de lui rien que d'immortel
et d'inimitable.
Pour
MAY. 1735 871
Pour bien regler notre conduite , nous
devrions quelquefois faire attention sur
la vanité du Monde , et considerer qu'il
n'a rien de solide ni de durable. Les
liaisons et les amitiez les plus tendres
finissent ; les Honneurs sont des Titres
spécieux et aparents que le tems efface ;
les Plaisirs sont des amusemens qui traînent
après eux un long et triste re
pentir les Richesses nous sont enlevées
par la violence des hommes , ou nous
échapent par leur propre fragilité ; les
Grandeurs tombent d'elles - mêmes ; la
Gloire et la réputation des hommes se
perdent enfin dans les abîmes d'un éternel
oubli .
La Témérité n'est pas toujours heureuse
, il ne faut s'en servir que dans
les occasions désesperées , la prudence est
un guide plus sûr pour se conduire dans
les routes les plus ordinaires de la vie.
Le malheur est un vilain Masque qui
défigure tellement les personnes , que
nous avons vûës dans la prosperité , que
nous ne les reconnoissons plus quand
nous les voyons dans la disgrace.
Le coeur ne se dégoûte jamais tout-àfait
872 MERCURE DE FRANCE
fait d'un objet qu'il a autrefois vérita →
blement aimé
La Jalousie n'est autre chose qu'un déreglement
du coeur , qui vient de ce que
l'Amour n'est point dans sa perfection
C'est une erreur de croire que la ja
lousie soit une preuve de l'amour ; au
contraire cette passion n'a point d'empire
sur deux coeurs bien unis.
Il ne convient pas à tout le monde
de loer les Grands Hommes , il faut
un talent rare et particulier pour s'en
aquiter dignement , autrement si nous
entreprenons de donner des louanges fa
des à des Personnes illustres , loin d'ajoûter
un relief à leur gloire , nous
en diminuons l'éclat par la bassesse de
nos pensées , et nous devenons odieux
et méprisables. M. de ....
qui connoît
non - seulement mieux que personne , le
vrai mérite , mais qui sçait aussi parfaitement
le mettre dans son jour , nous
donne une belle idée d'un celebre Prédi
cateur du dernier Regne , quand il dit que
cet Orateur Chrétien prêche avec tant
d'éloquence et d'édification , qu'il fait admirer
également la pureté de sa Morale
·
MA Y.
1735. 873
et l'innocence de sa vie qui est tout- à- fair
exemplaire , qu'il nous fait paroître les
Saints, dont il a fait les Panégiriques, avec
tant de gloire , qu'il semble qu'il ait fait
descendre sur eux un petit rayon de celle
dont ils jouissent dans l'Eternité .
On disoit à la gloire d'un des plus
grands Capitaines du temps, qu'il méritoir
que chacun le craignît, parce qu'il ne crai
gnoit personne.
Notre amour propre a beau se soulever
et réunir tous ses efforts pour repousser
les accidents de la vie , c'est une précaution
bien inutile , puisque nous ne
pouvons nous affranchir entierement de
toutes sortes de maux ; les uns sont des
engagemens nécessaires de nos conditions
, les autres sont des suites commures
de notre Nature , il s'en trouve même
qui sont inséparablement attachez . à
nos propres personnes.
Ne découvrés pas à votre ami tout
ce que vous avés de secret , parce qu'il
peut devenir votre ennemi ; et par la
même raison ne faites pas à votre ennemi
tout le mal que vous pourriez lui
faire , parce qu'il peut devenir votre ami .
Les
874 MERCURE DE FRANCE
Les cours un peu délicats n'admettront peutêtre
pas cette maxime.
Deux choses peuvent causer beaucoup
de chagrin ; un ami triste et un enne
mi joyeux.
Le faux ami est ordinairement plus vif
que le véritable , car l'intention qu'il a
de tromper , l'anime plus que la simple
amitié n'anime d'ordinaire.
Ce n'est qu'un accident humain d'avoir
de l'avantage sur nos ennemis , mais
c'est une vertu divine de leur pardonner
après que nous les avons vaincus.
Une petite somme empruntée fait un
débiteur , une grande fait souvent an ennemi.
Leve as alienum debitorem facit ,
grave inimicum. Senecq .
On ne quitte jamais sans peine une Puissance
absoluë ; mais on la quitte toujours
avec desespoir quand il faut la ceder à
son Ennemi.
La pauvreté de nos Ennemis nous tient
souvent lieu de richesse.
Une égalité d'ame dans tous les evenemens
MA Y.
1735.. 875
mens , une fermeté à l'épreuve de tous
les accidents de la vie ; ce sont les grandes
qualitez que la Philosophie promet ,
maisqu'elle ne donne guere .
Le coeur de l'insensé est dans sa bouche
et la langue du sage est dans son
coeur .
Quelques-uns ont prétendu que les
foux ne sont au monde que pour donner
des leçons de sagesse . Les Turcs disent
en proverbe que sans les foux , les
sages ne pourroient pas vivre.
Un précepte general de la Philosophie
est de chercher toujours le bien et d'at
tendre continuellement le mal.
C'est assez que le Sage entreprenne ; le
succès n'est pas de sa Jurisdiction. II
commence les choses, la fortune les finit.
Ce n'est pas un des moindres efforts
de la
sagesse , de pouvoir souffrir patiemment
toutes les sottises des Hommes.
On doit mepriser la pauvreté , car per
sonne ne peut vivre aussi pauvre,qu'il est
né pauvre. On doit de même mépriser la
douleur
176 MERCURE DE FRANCE
douleur , car , ou elle finira bien- tôt , Ola
elle nous fera bien- tôt finir.
و
Il faut entreprendre ce qui est facile
comme s'il étoit difficile ) afin de ne
se point relâcher par trop de confiance
, et entreprendre ce qui est difficile
comme s'il étoit facile , afin de ne pas se
décourager en grossissant les difficultez .
Nous ne prenons point assez garde
dans nos entreprises à ce qui est au - dessus
de notre portée , ni à ce que nos
épaules peuvent ou ne peuvent pas porter.
Sumite materiam vestris , qui scribitis aquam
Viribus , et versate diù , quid ferre recusent ,
Quid valeant humeri ; cui lecta potenter erit res
Necfacundia deseret hunc, nec lucidus ordo . Horat.
On ne doit rien entreprendre au- dessus
de ses forces .
Non est ingenii cymba gravanda tui.
Propert. 1. 3. Eleg. 2 .
Il est moins honteux d'avoüer sa fois
blesse , que de vouloir agir et faire audelà
de ce qu'on peut.
Turpe est , quod nequeas, capiti committere pondus.
Id. 1. 3. Eleg. 8.
On
'MA Y. 1735. 877
On doit toujours aprouver ou blâmer
par les causes et non par les effets . C'est
agir inconsidérément que de juger des
choses du monde par les évenemens ;
car il est souvent arrivé qu'une entreprise
très- bien concertée a très - mal réüssi
, et qu'une autre très- mal projettée a
eu un bon succès. Sape prava magis quàm
bona consilia prosperè eveniunt, dit Saluste,'
quia plerasque res fortuna ex libidine sua
egitat .
La Vie solitaire est souvent une vie de
gens qui ne peuvent ou qui ne veulent
rien faire.
Le meilleur et le plus doux repos est ,
sans doute , celui qui s'achette par le tra
vail ou par l'exercice.
L'otio e il fomento d'Amore . Questo gli
adatta l'arco , gli somministra le saette , e
gli accende la face. Amore per ordinario
non entra , che in quell'anime , che all'otio
offeriscono sacrificii. Amor est otiosæ ani
me affectus. Thophraste.
En ne faisant rien on aprend à mal ,
faire.
Il n'y a rien de si fâcheux pour les

gens
878 MERCURE DE FRANCE
1
gens bien occupez , que la vûë des personnes
qui ne font rien et qui n'ont
rien à faire .
L'eau sans mouvement se corrompt,
de même le corps sans travail devient
malade.
Cernis at ignarum corrumpant otia corpus. ut
Ut capiant vitium ni moveantur aqua . Ovide.
Chose étrange ! on s'étonne qu'un Ouvrier
employe six ans à faire une Piece ,
et on ne s'étonne pas que la plupart des
hommes en mettent soixante à ne rien
faire. On blâme la longueur qui produit,
et on ne dit rien de celle qui ne produit
rien .
Il est plus selon l'ordre de Dieu , dans
cette vie, que les justes succombent , que
de les voir se venger de l'injustice des
méchans.
Les Sçavans n'admirent que peu de choses,
parce qu'ils examinent tout soigneusement.
Les ignorans admirent tout , par
ce qu'ils n'examinent rien.
Un homme vain se flatte plus qu'un
autre , il se représente toujours les choses
précisément comme il les souhaite.
OrdiMA
Y. 879
17358
Ordinairement moins on a d'esprit ,
plus on a de vanité .
Les succès heureux sont rarement accompagnez
de modestie et de médiocrité.
Le mépris des grandeurs est souvent
un mouvement de notre orgueil , qui
veut se faire une élévation imaginaire.
pour consoler l'esprit qui n'en peut avoir
de réelle et de veritable .
Le Bourgeois , pour l'ordinaire , ne paroît
jamais plus Bourgeois que lorsqu'il
veut sortir de sa Sphere.
Notre orgueil ne manque jamais de
s'augmenter de ce que nous retranchons.
de nos défauts.
Quand orgueil chevauche devant, honte
et dommage le suivent de bien près.
Prov. de Louis XI.
Le Superbe s'imagine toujours être fort
au- dessus des autres hommes , et que toutes
ses imaginations sont de nouvelles
lumieres que le Ciel ne communique
qu'à lui .
On va souvent de propos déliberé s'en-
C nuyer
880 MERCURE DE FRANCE
nuyer chez les Grands , par
la seule vanité
de pouvoir dire qu'on s'y est bien
diverti.
Nemo sine crimine vivit . Il semble qu'on
ne compte pour rien ses défauts quand
on les trouve dans plusieurs autres.
On n'est jamais si ridicule par les défauts
que l'ona , que par
, que par les belles qualitez
qu'on affecte d'avoir.
Rien ne fait mieux revenir les gens
du ridicule qu'ils ont , que de leur en
faire dans autrui une peinture qui les
divertisse ; le plaisir qu'ils trouvent à
s'en moquer , leur fait apréhender de
donner le même plaisir aux autres , et
c'est un frein qui les arrête d'autant
mieux qu'il ne leur est imposé par personne.
Les défauts de ceux qui sont présens
nous blessent plus que leurs perfections
ne nous touchent.
Il est bien difficile de se corriger de ses
défauts dans la prosperité. On croit toujours
avoir raison lorsqu'on est heureux.
Un homme n'est guere coupable quand
on
MAY. 173507 881
en ne peut lui reprocher que le défaut
de sa naissance ou le Pays dont il est natit.
Si nous étions bien attentifs sur nos
erreurs , nous reconnoîtrions que bien
souvent les défauts que nous pensons
être aux choses sont en nous - mêmes.
Il n'y a rien de si attaché à notre humanité
que Perteur , ni rien de si propre
à l'homme que de faillir. Ainsi quand
on juge des défauts d'autrui , il faut plutôt
tolerer
que
blâmer.
Quas aut incuria fudit
Aut humana parùm cavit natura.
Il arrive souvent que l'extrême nécess
sité est le principe et le mobile de ces
actions que nous apellons héroïques . Un
Soldat Romain ayant été dévalisé par
les ennemis , fit contre eux une trèshardie
entreprise qui réussit et qui
l'enrichit . Lucullus , l'estimant beaucoup
à cause de cette action , voulut l'employer
à une expedition fort périlleuse
mais éclatante : Employés-y, lui dit il ,
quelque miserable Soldat dévalisé.
Pour rafiné que soit un esprit , on
n'a pour le subtiliser davantage , qu'à le
Cij réduire
882 MERCURE DE FRANCE
réduire à des extrémitez imprévûës. Multa
docet fames!'
La nécessité, est la mere des inventions
; notre propre malheur nous fournit
toujours quelque moyen pour nous
sauver , et la moindre extrémité suffit
pour donner de l'esprit et de la subtilité
aux plus lourdauts. No ay meyor maestra
que necessitad , dit l'Espagnol.
Il faut avoir beaucoup de prudence
pour sçavoir ceder à la nécessité.
Dans les voluptez , les choses qui d'as
bord n'étoient que superfluës , devieng
nent enfin nécessaires.
Colui che fa violenza per necessita , ha
vicento egli prima violenza dalla necessita.
Magister artis , ingeniique largitor
venter.
La faim et la nécessité rendent les
hommes industrieux , et les Loix les rendent
gens de bien , Necessitas omnia docuit.
Plut.
Toute la vie se passe en projets ; les
hommes remettent toujours au lendemain.
MAY. 1735. 883
1
main. Ils ne vivent pas , mais ils vivront,
èt la vie se trouve insensiblement passée
, tandis qu'on fait des provisions pour
la passer.
Notre pensée est toujours occupée du
/ passé et de l'avenir ; on ne pense presque
point au présent , ensorte que nous
ne vivons jamais ; mais nous esperons
de vivre et d'être heureux .
Si on ôtoit l'esperance aux hommes ,
le Monde seroit dans une plus grande
confusion qu'il n'étoit pendant le cahos :
l'oisiveté seroit le tombeau du monde.
Sola spes hominem in miseriis consolari solet.
Cic.
Spem retine , spes una hominum , nec
morte reliquit. Caton.
Hac ipsa temporaria non nisi
ac sustinetur. Salvien .
spe alitur,
Vivere spe vidi, qui moriturus erat.Ovide.
Spes , tadium laboris excludit,
Spes , periculi est solatium.
Quelqu'un a apellé l'esperance , le songe
d'un homme éveillé.
L'esperance est à l'homme une douce
Ciet
384 MERCURE DE FRANCE
et fidele compagne ; c'est la derniere qui
le quitte ; elle rend ses travaux suportables
; elle lui fait surmonter toutes les
difficultez et le conduit à la fin de la vie
par un chemin agréable.
Il sciocco genere humano per sua estrema
calamita , piu si inanima a disprezzare
i pericoli della navigatione per una sola
nave che felicemente giunge al porto , che
non si sparenta per mille che si abissano
in mare..
Habiamo tutti maggiore sperenza della
buona fortuna , timore della cativa.
ののおの
LA MORT DE DAPHNIS
EG LOGUE.
Ur les bords de l'Allier , Damon verse des
S
pleurs ,
Et confie aux Echos ses plus cruels malheurs ;
Allier soyés témoin de ma douleur extrême ,
Je pleure sur vos bords, dit- il, un fils que j'aime,
Souffrirés-vous mes pleurs se mêler dans vos
Eaux ?
Mes pleurs continuels peuvent grossir vos flots;
Nimphes qui séjournés sur cette Rive aimable
Partagés
MAY. 1735. 885
Partagés avec moi la douleur 'qui m'accable ;
Ce fils fut autrefois un de vos nourrîssons ;
Il cultivoit déja vos fertiles Vallons ;
Il auroit à vos Eaux procuré des ombrages ,
Et vous auroit un jour garanti des outrages :1
Mais la mort éteignant de ses jours le flambeau
Dans son premier printemps l'a conduit au
Tombeau
;
Mes soins , ces tendres soins pris pour lui dès
l'enfance ,
Sont perdus pour toujours , je perds mon esperance
,
Mes plaisirs les plus doux et mon plus cher
apui ;
Et dans tous ces malheurs je ne pleure que lui ;
Je comptois d'allumer les feux de l'hymenée ;
Malheureux ! j'attendois cette douce journée ,
Où l'hymen de mon fils devoit combler mes
voeux
Et me faire renaître en d'aimables neveux ;
Je n'allume pour lui que des torches funebres ,
O jour infortuné , jour vraiment de tenebres !
Je ne vois qu'à regret le Soleil qui me luit ;-
Jour plus triste pour moi qu'une éternelle nuit ,
Ah! j'aperçois mon fils étendu dans la biere ;
Que de pleurs cet Enfant va couter à sa Mere !
Que ne suis-je en la tombe avant lui descendu !
Je suis depuis long- temps chez les Morts attendu ;
Mort,laisse- moi mon fils; il est exempt de crime,
Cij Ne
386 MERCURE DE FRANCE
·
Ne t'adresse qu'à moi ; je t'offre une victime ;.
Sur ce fils innocent pourquoi porter tes coups ?
Lance-les sur moi seul ; je les merite tous ;
Mais la Mort n'entend rien , la Mort inéxorable
Ne me rendra jamais cet Enfant trop aimable ;
Malgré mon désespoir , mes larmes et mes cris ,
Sans pitié , pour toujours elle enleve mon fils ;
Le Fleuve fut touché d'une douleur si vive ;
Il s'émeut aux accens de cette voix plaintive ;
Au milieu des Tritons il sort du sein des Flots ;
Un calme gracieux se répand sur les Eaux ;
Il s'adresse à Damon et d'une voix charmante,
Qui dissipe l'ennui , qui rend l'ame contente
Cesse , mon cher Damon , dit - il , de t'affliger ;
Nous perdons tous les deux un aimable Berger ,
Cet Enfait auroit fait l'honneur de mes Rivages ;
Je n'ai point de Bergers ni si beaux ni si sages ;
Tu mettois en ce fils ton plaisir , ton espoir ;
Les Dieux t'en firent don , ils veulent le ravoir ;
II habite à présent sur la voute azurée ,
Séjour des Bienheureux , demeure fortunée';
Là dans un doux repos , au gré de ses désirs ,
11 goûte sans remords de solides plaisirs ,
Et pour loyer enfin d'une innocente vie ,
A la Table des Dieux on lui sert l'Ambroisie ;
Ton fils en cet état s'offense de tes pleurs ,
Il te sçait mauvais gré de tes folles douleurs
Qu'auroit- il ici bas , que soins et que misere ?
;
Mortels
MA Y. 887
1735
Mortels , vous habités une terre étrangere ;
Ces lieux sont votre exil , vous avés droit aux
Cieux >
Ne portés point ailleurs votre coeur et vos voeux
Le Dieu retourne alors dans ses Grotes profondes
;
Les timides Tritons le suivent sous les Ondes ;
Par ce discours Damon guéri de sa douleur ,
Ne pleure plus un fils dont il sçait le bonheur.
METHODE pour trouver la difference
des Méridiens par les Etoilles fixes.
Par M. des Places .
N peut trouver la difference des
Méridiens par les Etoiles fixes
et par conséquent les Longitudes , ayant
leurs ascensions droites ; car une Etoile
qui differe d'une autre en ascension droite
, d'une heure ou de 13. degrez ;
passera par le Méridien d'un lieu une
heure plus tard , que celle qui a une ascension
moindre d'une heure.Que l'ascens
sion droite de l'oeil du Taureau Aldebaran
pour l'année 1735. suivant la connoissance
des temps , soit 4. heures 20. 3 " . et celle
du pied d'Orion Rigel 5. heures o' . "
la difference en ascension droite entre
C v ces
888 MERCURE DE FRANCE

ces deux Etoilles sera o . heures 39″ . 57″ .
cette difference sera toujours la même
pendant toute l'année à quelque jour que
ce soit , y ajoûtant le passage du premier
point du Belier par le Méridien . Le premier
Janvier 1735. v médie à 5. heures
.13 ' . 18 " . qu'on ajoute à l'ascension droi
te d'Aldebaran 4. heures 20'. 3 " . la somme
9. heures 33 ' . 21 ". sera l'heure du
passage d'Aldebaran par le Méridien de
Paris Ajoûtant à l'ascension droite de
Rigel , qui est 5. heures o ' . o". 5. heures
13. 18" . passage du premier point
du Belier , par le Méridien de Paris le
premier Janvier la somme 10 heures
13. 18" . sera l'heure du passage de Rigel
par le Méridien de Paris , la diffe
rence entre le passage d'Aldebaran et dé
Rigel par le Mériden sera o. heures 39 *.
57" de- même que la difference entre les
ascensions droites d'Aldebaran et celle
de Rigel , comme cy- devant , prenant
pour d'autres jours pendant l'année on
trouvera toujours la même difference.
Pour le 15. May le passage du pre
mier point du Belier par le Meridien
est à 8. heures 33 ' . 12 ". qu'il faut ajoûter
aux ascensions droites d'Aldebaran
et de Rigel , la difference sera toujours
. heures 39. 57. On pourra prendre
La
MAY.
1735. 889
la partie proportionelle du passage du
Belier par le Méridien d'un jour à l'autre
qu'il faudra ajouter à l'heure qu'on a
trouvée.
Il arrivera la même chose avec toute
autre Etoille. Que l'ascension droite de
la Chevre soit de 4. heures 56 ' . 15. et
celle de Rigel 5. heures c' . o". la difference
sera o. heures 3 ' . 45 " . ascension
droite de la Chevre 4. heures 56. 15 " .
Que le passage du premier point du Belier
par le Méridien le 15. Avril soit 10.
heures 27'. 19 ". la somme 15. heures 23 "
34" . sera l'heure de passage de la Chevre
par le Méridien de Paris à 3. heures
du matin. L'ascension droite de Rigel
est 5. heures . o" , ajoutez- y le passage
du Belier par le Méridien pour le même
jour 15. Avril , on aura 15. heures
27. 19 " . la difference avec l'heure du
passage de la Chevre par le Méridien
qui est 4. heures 56 '. 15 " . cette difference
sera o. heures 3 45" comme par la
difference des ascensions .
L'ascension droite d'Aldebaran est
heures 20 ' 3 ". l'ascension droite de Proeyon
est 7. heures 24'. 6 " ajoûtez à ces
assensions le passage du premier point
du Belier par le Méridice à un jour pro
posé , comme le premier Mars 1. heure
C vj
FE .
890 MERCURE DE FRANCE
11' . 55 " on aura 5. heures 31 ' . 58 ". pour
'le passage d'Aldebaran par le Méridien
à Paris , et pour Procyon 8. heures 36' .
1 " . ainsi Procyon passera au Méridien 3 .
heures 4 ' . 3 " . après Aldebaran , qui sera
la difference entre ces deux Etoilles . Sçachant
qu'Aldebaran passe au Méridien
de Paris à 5. heures 31 ' . 58 ". Si on observe
le passage de Procyon par le Mériden
d'un lieu plus Oriental que Paris,
et qu'on trouve qu'il y passe à 8. heures
36 ' . 1 " . la difference entre Aldebaran
et Procyon sera de 3. heures 4'. ".
3 ". qu'on
réduira en degrez on aura 46. degrez o
45 " . qu'on ajoûtera à la longitude de
Paris 19. degrez 51 ' . 33 " . on aura 65. dégrez
52. 18". pour la longitude du lieu
où on a observé si Procyon passe à un Méridien
plus Oriental que Paris à 7. heu.
res 30' 20" . la difference des Méridiens
entre ce lieu et Paris sera 1. heure 58'.
22. qti est la difference d'avec Aldebaran.
1. heure 5. 22 " . de temps, réduite
en degrez , fait 29. degrez 35" 30" .
qu'il faut ajoûter à la longitude de Paris
19. degrez 51 ' . 33 " . on aura 49. degres
27.5 ". pour la longitude du lieu
où Procyon aura été observé ; mais si
Procyon passe au Méridien à 9. heures
5+ 35". la difference entre 9. heures
$4 .
MAY. 1735. 891
54. 35 " .et 8. heures 36 ' . 1 " . sera r . heure
18. 34" . en temps ; et en degrez 19.
degrez 38 ' 30". à ajoûter à la longitude
de Paris 19. degrez 51 ' . 33. on aura
39. degrez 30' . 3 " pour la longitude du
lieu où on a observé.
bien
"
Pour pouvoir faire ces Observations ,
il faut avoir tracé une Méridienne à un
endroit convenable , avoir une Regle assez
longue pour y mettre deux Stiles
perpendiculairement , ou deux Pinules
assez hautes , on mettra cette Re-´
gle sur la Méridienne et lorsque les
Stiles couvriront l'Etoille , remarquer
l'heure à une Pendule à minutes , qu'on
aura mise à midi au Soleil ; par le moyen
d'un bon Cadran Solaire , le jour qu'on
veut faire l'Observation du passage de
l'Etoille par le Méridien . On pourroit
,
avoir les secondes en évaluant les minutes
, car l'aiguille des minutes étant un
quart d'une minute , ce sera 15 ". au tiers,
20" . à la moitié , 30" . aux deux tiers ,
40. aux trois quarts 45 " . on pouroit
avoir une Pendule de 36. pouces 8. lignes
des secondes.
dont les vibrations donneroiént
Ces Observations faites avec soin serviroient
beaucoup pour la Géographie
car la longitude d'une Ville , à une minute
892 MERCURE DE FRANCE .
nute ou deux de difference de la vraye,
ne sera pas sensible de vraye sur une
Carte. Si on trouve que cette maniere
de trouver les longitudes n'est pas assez
exacte , au moins il vaut mieux déterminer
ainsi la longitude que de ne la point
sçavoir , et on pourra s'en servir jusques
à- ce qu'on ait des Observations part
les Satellites de Jupiter.
On pourra pratiquer cette maniere
d'observer sur Mer , si on a bien la déclinaison
de l'Aiguille aimantée , et on
trouveroit les longitudes plus exactement
que par l'Estime.
Ascension droite en Ascensions droites en
heures du premier Mobi - heures solaires suivant la
le suivant l'Etat du Ciel. connoissancc des tems .
Aldebaran,
Ascension, 4h.20'52"
Passage Y
par le Meridien
le premier
Mars I 12 I
Passage d'Aldebaran
par le
Méridien , 513 2 5 3
532 53
Rigel Ascen-
Aldebaran ' ,
Ascension, 4h.10' 3"
Passage d'v
par le Méridien
du
premier
Mars , I 115
Passage d'Aldebaran
par le
Méridien , s 32 58
sion
J 5 157
1.12
Rigel ,
I
Passage
MA Y. 893* 1735.
6h.11'ss
Passage par
le Méridien, 6 h.1358"
La Chevre, 455.29 La Chevre, 4 56 15
I 12 I I II SS
6 730
8 10
L'Epaule
Orientale
L'Epaule
Orientale
d'Orion , 5 40 54 d'Orion , 5 40 2
I I2 I TISS
6 5255 SI 57
Sirius, 633 38 Sirius , 6 32 26
I 12 F I IISS
7 45 39 7 442
Procyon , 7 2526
I 12 IProcyon
, 7 24 61
I 1155
8 37 27
Regulus' , 9 5421
L'Epy de
la my,
I 12 I
II. 622
8.36 I
Regulus , 9 5237°
L'Epy de
13h.11'26
" lamp ,
I 12
I H
H 4-32
T3 h. 9'11"
I
34 2327
24 21 6
894 MERCURE DE FRANCE
Arcture, 14 h . 3'44" Arcture , 14 h. 1'19"
I 12 I I IISS
IS IS 45 15 13 14
Antares 16 13 20 Antares , 16 10 37
I 12 I I 1355
17 25 21 17 22 34
La Lyre , 18 26 17 La Lyre , 18 2459
I 12 I
19 38 18
L'Aigle , 19- 37 52
I 11 55
19 36 54
19 34 43
I 12 Ι I IL SS
20 4953 20 46.38
のの
COMPLIMENT
A M. de Nicolay , Gentilhomme d'Arles
en Provence , qui a remporté le Prix de
l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres.
QUoi, cherNicolay , dans les doctes com-
-bats ,
Avant ton quatriéme lustre ,
Tu viens de remporter une Couronne illustre !
L'avenir
MAY . 895 17350
L'avenir nc le croira pas.
Les Saumaises qui sont à naître
Diront , en lisant ton Ecrit ,
Bochard ni Scaliger n'ont jamais fait paroître
Plus d'ordre en leurs travaux , plus de goût, plus
d'esprit ;
Ils décideront que l'Histoire ,
Soigneuse encor de rehausser ta gloire ,
Veut en imposer aux Sçavans ,
En publiant que la Victoire
Te suivit à dix - neuf ans.
Je voudrois qu'à tes yeux un Compliment sincere,
Eien tourné , naturel , éloigné du vulgaire ,
1
Pûtex primer l'effet, que sur mon coeur
Ton succès brillant a sçû faire ;
Mais la loüange est un poison flateur ,
Dont une ame en secret est bien- tôt infectée ;
Plus elle est fine et plus son venin est puissant
Sa vertu dangereuse est trop peu redoutée .
L'on a vu trop souvent
Qu'elle a fait un fat d'un sçavant ;
Sur tout un jeune coeur plus facile à séduire ,
Y résiste bien rarement.
Non , non , je ne dois point hazarder de te nuire;
Je t'aime trop pour risquer de détruire ,
L'Ouvrage que Minerve a pris soin de former .
Mais que dis- je ? pourquoi , dans ce jour , me
contraindre
Je pourrois, cher ami , te loüer sans rien craindre;
Contre
$96 MERCURE DE FRANCE
Contre la vanité tu sçûs trop bien t'armer 3-
Un motif different m'oblige à réprimer
Mon admiration et l'ardeur de mon zele
;
Ce seroit , sans doute , allarmer
De ton sçavoir , la Compagne fidelle !
Qu'est- il besoin de la nommer ?
Qui ne comprend que c'est ta modestie
A laquelle je sacrifie
Bien des traits éclatans qu'il faudroit exprimer .
C. P. D. L. O.
******** :*******
EXPLICATION d'un terme singulier
d'anciens Statuts Synodaux du treiziéme
siecle.
Vaprouve la conjecture des Auteurs
Ous me demandés , Monsieur , si
de la nouvelle Edition du Glossaire à
la Lettre P. au mot Prisio , touchant le
sens d'un article des Statuts de l'Eglise
de Nevers , imprimez au quatriéme Tome
des Anecdotes du P. Martene , Col.
1070. Inhibemus , dit ce Statut Synodal ,
etiam sub eadem poena ( il s'agit d'excommunication
, ) ne prisiones Canonicorum ,
Clericorum , seu servientium ipsorum , quas
inter Pascha et Pentecosten aliqui vestrum
usu detestabili quandoque faciunt , de catero
MAY.
1735. 897
F
tero faciatis. Les Auteurs de l'Edition du
Glossaire croyent qu'il s'agit là d'une
capture que l'on faisoit des Ecclesiastiques
qui paroissoient en public , et que
ceux qui arrêtoient ainsi les Chanoines
ou Clercs essayoient en cela d'imiter les
Juifs qui couroient sur les Apôtres après
la Passion de Notre- Seigneur, s'ils les rencontroient
, mais comme les Apôtres évitoientpar
la fuite le malheur d'être pris, les
Ecclesiastiques de Nevers rachetoient par
le moyen d'une certaine somme , la ve
xation injuste. Hac diviñando , disent ces
Auteurs avec leur modestie ordinaire .
Cee Statuts Synodaux de Nevers sont
de l'an 1246. Il est donc question d'un
mauvais usage du treiziéme siécle. Je
croi en pouvoir donner l'explication par
un Canon d'un Concile de Nantes , posterieur
de près de deux cent ans ; car
ce qui cessoit dans un lieu continuoit
souvent dans un autre : Les abus n'étoient
réprimez que selon l'étendûë du
zele de ceux qui s'y oposoient. Voici ce
que dit ce Canon , ainsi que je le trouve
dans les Conciles de la Province de
Tours : In crastino Pascha Clerici Ecclesiarum
et alii ad domos adjacentes et alias
accedunt , cameras intrant , jacentes in Lectis
capiunt et nudos ducunt per vicos et plateas
898 MERCURE DE FRANCE
teas , et ad ipsas Ecclesias non sine magno
clamore , et super altare et alibi aquam
superipsos projiciunt, ex quibus sequitur divini
Officii turbatio , corporum lasio , et
membrorum quandoque mutilatio . Insuper
quidam alii tam Clerici quam Laici primâ
die Maii de mane ad domos aliorum accedunt
et capiunt , et cogunt per captionem vestrum
seu aliorum bonorum , et se redimere
oportet. Ce Concile de Nantes est de
Fan 1431. Un autre tenu à Angers l'an .
1448 raporte les mêmes folies , et même
en parlant de ceux qu'on prenoit dans
leur lit les Fêtes de Pâques , il dit qu'on
les menoit à l'Eglise tout à - fait nuds
nudos penitus.
Vous voyés , Monsieur , que les prises
que l'on faisoit à Nevers du temps de
S. Louis , devoient être des prises de
même nature: On entroit de grand matin
chez les Ecclesiastiques qui restoient dans
le lit , et on leur faisoit faire apparemment
quelqu'une des cérémonies ci - dessus
marquées ; il falloit au moins que ce
fussent des grossieretez insignes , puisque
le Statut Sinodal les traite d'usage détestable.
Ainsi ces prises ne se faisoient
point dans les rues comme on l'a pensé
mais dans les maisons même , et dans les
lits.
Je
MAY. 1735. 8.99
Je ne sçai si je pourrois à présent deviner
pour quelle raison on en usoit ainsi ,
et cela entre Pâques et la Pentecote. La
mysticité me paroîtroit fort mal placée
pour expliquer l'origine de cet usage. Je
crois qu'il pouvoit venir de la frayeur
continuelle où étoient les Seculiers que les
vignes et les arbres ne fussent endommagez
par les gelées qui peuvent arriver les
matinées d'après Pâques . Les laiques obligeoient
les Prêtres de se lever , et de faire
des prieres ou des processions matutinales.
Les Paroisses où la dévotion est plus
grande en ces pays- ci , ne les ont pas encore
discontinuées , et elles les font regulierement
depuis Pâques jusqu'aux Rogations.
Dans les Villages on fait lever les
Curez encore bien plus matin .
Les payens Romains avoient la Procession
des Robigailles vers le 25. d'Avril .
C'étoit pour la préservation de leurs heritages
: mais elle ne duroit qu'un jour , et il
semble qu'il n'étoit question chez eux ,
que des terres à bled et non des vignes .
Dans les pays de vignobles on est bien
plus souvent dans la crainte. Vous sçavés
combien il y a de jours dans le mois
d'Avril et de May qui sont marquez comme
critiques dans le Calendrier populaire
. Nos ancêtres les nommoient par ces
diminutifs
900 MERCURE DE FRANCE
diminutifs , Georget , Marquet , Jacquet ,
Croiset , Colinet , Peregrinet , Urbinet
et Rabelais a bien osé dire que François
de Dinteville , l'un de nos Evêques sous
François I. avoit eu la pensée de transfe-
-rer tous ces saints Gelifs dans le tems de
Ja Canicule , et de mettre en place la my
Août au mois d'Avril , & c.
,
Il étoit permis à un homme tel queRabelais
de plaisanter ainsismais ce que l'on
a souvent pratiqué en certains lieux de la
France , passe la raillerie. Vous aviez
peut- être cru qu'il n'y avoit eu que les
gens de Villeneuve S. George proche Paris
, qui auroient eu la hardiesse de jetter
le 23. Avrit l'Image de leur saint Patron
dans la Seine ou dans l'autre petite riviere
voisine , parce que ce jour là leurs
vignes avoient gelé . On débite la même
chose touchant quelques endroits ou
A Verriere Paroisse du Diocèse de Chalons près
sainte Menehoud , on fit autrefois la même chose et
pour la même raison de l'image de S.Didier Patron
du Lieu , célebré le 23. May , et la Tradition est
que ceux de la Roche - Guyon sur-Seine , Diocèse
de Rouen , jetterent dans l'eau la Relique de saint
Samson , leur Patron , à cause que la pluye ne cessoit
point , quoiqu'ils l'eussent portée en procession
pour ce sujet. Ce S. Samson étoit Evêque de Dol
en Bretagne, selon le Pere Lobineau, dans ses Saints
de Bretagne au 28 de Juïlles .
S.
MAY. 17358 901
S. Sérénic ( dit Selerin ) est celebré le 7.
du mois de May , et ce qui vous surprendra
, est qu'on faisoit encore bien pis
dans certaines Provinces méridionales du
Royaume. Consultés le volume du Pere
Martene que je vous ai cité au commencement
de ma Lettre , et vous y verrés à
la page 733. parmi les Additions aux Statuts
Sinodaux des Eglises de Cahors et de
Rodez du XII siécle , qu'on y menace
des Sentences de l'Officialité , ceux qui
profanoient pour les raisons que je vous
ai dites , les Images des Saints . Je n'ose
exprimer en François les impietez qu'ils
commettoient , j'ai mis au bas de ma Lettre
la teneur * du Statut.
Tout cela prouve que la crainte des
malheurs temporels portoit à commettre
bien des extravagances assez semblables à
celles qu'on pratiquoit lorsque ces malheurs
étoient arrivez . On étoit ennemi
des Ecclesiastiques dormeurs , par raison
d'interêt ; on leur déclaroit la guerre ,
8
* Abusum detestabilem horrenda devotionis illorum
qui Cruces , B. Maria aliorumque Sanctorum
imagines seu statuas irreverenti aušu tractantes ,
equis , cum cessent a divinis in aliqua Ecclesia,
vel cum est intemperies äeris vel tempestatis velfulgura
cadunt , in terra protrahunt , in urticis et spinis
supponunt , verberant , dilaniant , percutiunt et
submergunt , penitus reprobantes , co
quel90
MERCURE DE FRANCE
quelques bonnes raisons qu'ils pussent alleguer
touchant les fatigues du Carême ,
on s'en prenoit à eux , lorsque ne continuant
pas après Pâques de venir à Matines
, les vignes geloient ; et afin que pas
un n'y manquât , on prenoit ceux qu'on
trouvoit dans leurs lits , et on s'en saisis--
soit . Telles étoient selon moi les prises de
ceux de Nevers , que les Statuts réprouvent
, peut être seulement comme attentatoires
à la Jurisdiction Ecclesiastique.
Je suis , &c,
D'Auxerre ce 19. Novembre 1734
糖鼎鼎燒.
L'EMULATION.
LE ROSSIGNOLET LES SERINS
FABLE.
N Rossignol à gosier souple et tendre ,
Contrefaisoit le flageolet ,
D'une façon à s'y méprendre ;
Quand de Serins un jeune Triolet ,
Battant de l'aîle en poil folet,
Saute du nid et vient l'entendre ;
Imitons-en, se disent-'ils ,
Les
MAY. 1735.
903
Les roulemens , les tons gentils
A-t'il plus que nous de poitrine ,
Gozier plus net , langue plus fine ,
Bec plus leger ?... ce sont outils
Pour en saisir les tours subtils.
Qu'aucun de nous ne se rebutte.
Alors chaque Serin turlutte ,
Et chante d'un ton presque égal.
In vain contre-eux le vieux Rossignol lutte ,
De ce maître qui leur dispute ;
L'Eleve devient le rival ,
Quand au travail on s'entre- éxcite ,
Qu'on se lit et qu'on s'entre- imite,
Tout cede à l'aplication ,
Et l'on devient sçavant bien-vîte ;
La mere de la réussite ,
Est , dit-on , l'Emulation.
D LETTRE
904 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. D. P. à M.....
Sur ce qu'on apelle les Orleanois , Chiens
d'Orleans.
P
Ermettés-moi , Monsieur , de n'être
pas de votre sentiment sur l'origine
que vous donnés à cette apellation, Chiens .
d'Orleans ; quelque avantageuse qu'elle
nous put être , je ne sçaurois l'adopter ;
et j'aime mieux convenir en partie de
tout ce que ce sobriquet peut avoir de fâcheux
, que de vouloir en détourner le
sens aux dépens de la verité.
Selon vous , et ç'a été en quelque maniere
l'opinion de le Maire ( a ) l'institution
d'un Ordre de Chevalerie , nommé
l'Ordre du Chien , qu'on dit avoir été
faite à Orleans du tems du Grand Clovis ,
par Lisoie , que quelques- uns regardent
comme la source de la Maison de Mont
morency ; cette institution , dis -je , a donné
lieu à l'apellation dont nous parlons .
Mais pour peuque vous vouliez approfondir
ce fait en lui - même , vous conviendrés
bien- tôt qu'on n'en peut rien
a ) Histoire Orleans , Tome I. page 54 •
cone
MAY. 1735
و د ر
conclure , et qu'il est tout- à-fait étranger
aux Orleanois .
La certitude de cet Ordre est uniquement
fondée sur un passage d'une vieille
Histoire manuscrite que (b ) Belleforet dis
avoir eüe entre les mains , où il est marqué
que Bouchard de Montmorency
surnommé Bouche - Torte , ayant fait la
paix avec le Roi Philippe I. il le vint trouver
à Paris,étant suivi et accompagné d'un
grand nombre de Chevaliers , tous portant
une Chaîne d'or au col,faite en façon de
de têtes de cerfs , et à laquelle pendoit une effigie
en une Médaille qui réprésentoit un
Chien, qu'on estime; ajoute Belleforet , être
la cause pour laquelle encore à présent la
Maison de Montmorency porte un Chien
courant , pour le timbre de ses Armes ,
Comme l'Instituteur de l'Ordre n'est
point nommé dans le manuscrit de Belleforet,
Philippe Moreau , dans son Tableau
des Armes de France a suppléé à ce deffaut
en écrivant que parce qu'on tient que la
Maison de Montmorency prend son principal
lustre de Lisoie , Chevalier François
du tems du Roi Clovis I. Roi Chrétien , on
pourroit bien dire qu'il en a été le premier in
venteur.
J'ai deux choses à remarquer sur ces
(b) Histoire de France , Tome I. page 468 "
*
Dij au
que
9c6 MERCURE
DE FRANCE
autoritez
; la première
qu'elles
n'ont poine empêché
Duchesne
de raprocher
l'institution
del Ordre
du Chien
, et de le faire beaucoup
plus moderne
, non- seulement
le Chevalier
Lisoie
, mais encore
que Bouchard
dit Bouche
- Torte, Selon lui (a )
si cet Ordre
a existé , car la chose est fort
, on doit le raporter
à
problématique
Charles
de Montmorency
, Maréchal
de France
en 1345. Comme
ce Seigneur
est le premier
de sa Maison
qui ait pris un timbre
de ses Armes
,et chan- Chien
pour
étoit
Paon , il se
gé l'ancien
peut bien faire, dit Duchesne
, qu'il ins-
» titua lui - même
l'Ordre
du Chien
, em- » belli d'un Collier
, fait à têtes de Cerfs , »pour mémoire
du parfait
amour
qu'il » portoit
à Jeanne
de Roucy
sa femme >> car au sceau dont elle usoit , il y a qua-
>> tre Cerfs
portant
l'Ecusson
des Armes de Montmorency
. Or si ce sentiment
de Duchesne
est reçû , l'Ordre
du Chien
n'a
pû occasionner
le sobriquet
en question
,
puisque
nous
le trouvons
né plus de cent ans auparavant
, comme
nous verrons
ci après .
و qui
un
"
La seconde
remarque
à faire sur le pas- sage allegué par Belleforet
, c'est qu'il n'y est nullement
parlé du lieu ou s'est faite
(c) Histoire de la Maison de Montmorency
.
l'Institution
MAY . 1735. 907
l'Institution de l'Ordre du Chien , ce qui
est pourtant essentiel pour votre sentiment
, car ce n'est qu'en suposant que
cet Ordre a été institué à Orleans , que
vous pouvés y trouver quelque raport
avec les Orleanois , qui n'en ont aucun
avec la Maison de Montmorency , la-`
quelle leur est tout à - fait étrangere . Il y
a plus ; quand il seroit vrai qu'Orleans
fut le lieu de l'Institution , comme vous
me marqués , Monsieur, que quelques- uns
l'ont prétendu , je ne vois pas que cela
ait été capable de faire donner le nom de
Chiens à ses habitans : Nous avons les
Ordres de l'Elephant , de l'Ours , du Porc
épic &c. Les habitans des Villes où ils
ont été établis n'en ont pas pour cela été
apellés du nom de ces animaux , avec
lesquels , entant que simboles d'un Ordre
de Chevalerie, ils n'ont point de relation .
Pourquoi vouloir excepter les Orleanois
de la regle géneralle ?il faut autre chose que
des conjectures hazardées pour le faire.
Cherchons donc ailleurs l'origine de
notre sobriquet , je ne m'arreterai point
à celle que vous pouvés , comme moi
avoir entendu dire à quelques- uns de nos
vieillards , qu'autrefois il y avoit dans
Orleans une Coulevrine d'une grosseur
et d'une longueur extraordinaire , à laquelle
958 MERCURE DE FRANCE
quelle , suivant l'usage d'alors , de donner
des noms aux Pieces d'Artillerie , on avoit
donné celui de Chien , et qu'insensiblement
ce nom étoit passé dans la suite aux
habitans . Ce sont là,comme vous voyés
des contes de vieillards , fondez uniquement
sur une allusion conjecturale , et
qui n'a rien de réel .
Hubert Golnits , dans son Itinerarium
Belgico gallicum , prétend , p. 254. que le
nom de Chiens , a été donné aux Orleanois
à l'occasion du massacre de la S. Barthelemy
en 1572. où l'on sçait qu'Orleans
se signala entre toutes les villes du Royaume:
Aurelianenses non ultimum crudelium
mactatorum habuerunt locum , unde ipsis adhuc
hodie nomen est : des Estriens et Guespins
d'Orleans , Canum et vesparum Aurelianensium.
Cet Auteur se trompe , le
sobriquet de Chiens d'Orleans est beaucoup
plus ancien , comme nous l'allons
voir , mais avant toutes choses je ne
crois pas inutile de vous faire remarquer
dans ce passage , le mot d'Estriens qu'il
traduit par Canum , et que je crois lui être
particulier, ne me souvenant pas de l'avoir
jamais vû ailleurs ; car quant à ce qu'il insinue
que Chiens et Guespins sortent de la
même source , je trouve qu'en cela il a
bien rencontré,
C'est
MAY. 17357 909
C'est à Mathieu Paris que nous devons
recourir pour trouver ce que nous cherchons
. Cet Ecrivain qui mourut en 1259 .
marque dans la vie d'Henry III . Roy
d'Angleterre , ( a ) qu'en l'an 1251. pendant
la captivité du Roy S. Louis , les
Pastoureaux , qui étoient des vagabonds ,
qui couroient la France , sous le pieux
prétexte qu'ils marchoient à la délivrance
du Roi , étant arrivés à Orleans , prirent
querelle avec quelques Ecoliers qui ne
purent souffrir leur insolence , et qu'à
cette occasion il y eut plusieurs personnes
de tuées , et notamment du Clergé. Ce
que les Orleanois souffrirent non -seule
ment , mais ce qu'ils semblerent aprouver
, pourquoi , ajoute Mathieu Paris , ils
mériterent d'être appellés Chiens : Dissimulante
populo, et verius consentiente , unde
saninus meruit appellari.
Un témoignage aussi précis et d'un Auteur
contemporain , ne nous laisse rien à
désirer , tant sur le commencement que
sur la signification du sobriquet dont il
est question entre nous , et qui emporte
avec lui , comme on le voit , les termes
de Hagard , Noiseux , et Mutin , reproches
que j'ai remarqué ( b ) ailleurs avoir
(a)Tome II. De ses Oeuvres , p . 823..
(b) Dans le Mercure de France du mois de May
1732. sur le mot de Guespin. D iiij
910 MERCURE DE FRANCE
été faits aux Orleanois dans un Ouvrage
du tems de la Ligue , d'où on peut conclure
que Chiens et Guespins d'Orleans dérivent
du même principe , comme l'a crû
Golnits , puisque ces deux termes ne nous
présentent qu'une seule et même idée . M.
de Valois confirme cette conjecture , en
soupçonant que dans le passage de Mathieu
Paris , Caninus a été mis pour Capinus
, abregé de Cenapinus , diminutif
deCenapensis , dont se sert Orose pour désigner
les Orleanois , le mot deGuespin ayant
fort bien pû être formé de ce dernier.
Vous voyés , Monsieur , que je suis de
bonne foi , mais en convenant de tout le
mauvais dont le sobriquet de Chiens d'Orleans
est susceptible , il s'en faut beaucoup
que j'accorde que nous le méritions.
Si l'on a quelquefois taxé lesOrleanois des
d fauts qu'on nous reproche, ce n'a jamais
été que dans des tems de troubles et de dissensions
, où l'ardeur du parti qu'on avoit
embrassé , faisoit regarder dans ceux du
parti contraire comme des defauts , les
actions qu'on se croyoit permises dans le
sien aussi s'est il toujours rencontré des
personnes désinterressées qui on sçû distinguer
dans les Orleanois ce qui étoit
(a ) Notitia Galliarum au mot Genabum p.228.
bol. 2.
propremen
MAY . 1735. 911
proprement d'eux - mêmes , d'avec ce qui
n'étoit qu'accidentel , et qui leur ont rendu
la justice qu'ils méritoient.
Jodocus Sincerus , dont le témoignage
ne sçauroit être suspect , venant d'un
étranger qui devoit connoître Orleans
pour y avoir demeuré trois fois en differens
tems , louë extrêmement les moeurs
douces et affibles de ses habitans , qu'il
dépeint comme des gens paisibles , dont
les seuls excés de la part des étrangers ,
pouvoient troubler la tranquillité , p. 45 .
Humanitas maximorum , minimorum erga
exteros , nisi quis , suâ nequitiâ , ipsis illam
excutiat , summa est . Et convaincu
par sa propre expérience , il s'étonne des
reproches qu'on leur fait au contraire : Ita
irritabiles certè qui trinâ vice cum illis vixi ,
non deprehendi , ut mereantur censeri vocabulo
quod in illosjacitur. Itinerar.Galliæ.
Pour remonter plus haut , Gilles le Bouvier
, dit Berry , premier Heraut du Roi
Charles VII. dans un petit Traité de Geographie
, dont le P. Labbe ( a ) nous a
donné quelque chose dans ses mélanges ,
écrit qu'au long d'icelui Pays , la Sologne
et au long de cette riviere , la Loire , y croît
de mouli bons vins de Gergeau , d'Orleans
(a) A la suitte de l'abregé Royal de l'Alliance
Chronologique , p. 700.
D v qui
912 MERCURE DE FRANCE
dire
qui est cité , et de Blois , et sont bonnes gens,
et bonnêtes plus que ceux de la Loire.
Sans blâmer personne , on peut
qu'aujourd'hui les Orleanois ont autant
de politesse et un aussi bon coeur que peuples
de France , et qu'ils sont sur tout ,
fort éloignés de ce caractere turbulent et
querelleur, que leur reprochent avec tant
d'injustice , ceux qui sans les avoir pratiqués
, ne les connoissent que sur de faux
portraits qu'on se forme d'eux. Je suis & c.
A Orleans , le 1. Mars 1735,
LA FRANCE DELIVREE
PAR LA PUCELLE D'ORLEANS.
O
POEM E.
Toi ! qui par le bras d'une simple Bergere
Confondis autrefois la puissance étrangere,
Et d'un joug tiranique affranchis nos Ayeux ,
Grand Dieu, retrace- moi ces exploits glorieux
Anime mes accens , rends ma voix assurée ,
J'entreprens de chanter la France délivrée.
Sur un prétexte injuste et de frivoles droits ,
Henry vouloit monter au Trône de nos Rois ;
Déja pour l'y placer la superbe Angleterre
Sur
MAY. 1735 973
Fur nos tranquilles bords avoit porté la guerre ;
Déja l'ambition , l'envie et la fureur ,
Avoient fait de la France un Théatre d'horreur ;
Et ses propres Enfans par des complots serviles ,
Allumoient les flambeaux des discordes civiles .
Légitime héritier de ce tremblant Etat ,
CHARLES se flate en vain du succès d'un combat,
Son Peuple est revolté , ses Villes sont désertes ,
Il compte les moinens par de nouvelles pertes ,
Et du vainqueur altier prêt à subir la loi ,
Il ne lui reste plus qu'un vain titre de Roy .
Seigneur, daigne calmer ses mortelles allarmes;
Moins pour lui que pour nous , ses yeux versent
des larmes ,
Et ne connoissent plus le paisible sommeil .
Les Cieux alloient s'ouvrir aux rayons du Soleil
Dans un songe effrayant une idée importune
Lui retraçoit encor toute son infortune.
Au milieu des débris de ses tristes remparts
On l'horreur des combats regnoit de toutes
parts ,
Sur un monceau de morts à ses yeux se prẻ.
sente
De la France captive une image sanglante ;
Par de cruelles mains son sein est déchiré;
Un monstre furieux de Carnage altéré ,
à coup , d'un vol affreux s'élance ;
O! CHARLES , sauve moi , vien prendre ma
Sur elle tout
20
défense ,
e
D vj J
02
914
MERCURE DE FRANCE
Je meurs ...
cens ,
le Prince ému par ces tristes ac
Fait pour la secourir des efforts impuissans ;
Ses genoux affoiblis trahissent son courage ,
L'Hydre vomit des feux , tourne sur lui sa rage.
Tout prêt à succomber , il t'implore , Seigneur ;
Soudain , du sein des Cieux , ainsi qu'un feu ven
geur ,
Descend à son secours une guerriere Armée ;
La Terre à cet aspect cesse d'être allarmée ,
La France se ranime et voit tomber ses fers ,
Et le monstre frapé rentre au fond des Enfers .
CHARLES , à son réveil , l'ame encor inquiete ,
Est long- tems agité d'une terreur secrette :
» Ne suis - je point séduit par un songe flateur ,
» Vas- tu finir nos maux , dit- il , Dieu Protec
teur ?
o C'est à toi de changer les destins de la France,
» Nous n'esperons qu'en toi, hâte sa délivrance ,
Et si quelque victime a mérité tes coups ,
» Ah ! daigne sur moi seul épuiser ton couroux,
L'Eternel à l'instant exauce sa priere ,
On annonce aussi tôt une jeune Bergere :
Le Monarque à sa vûë , interdit et surpris ,
Plein du songe étonnant qui frape ses esprits ,
En elle reconnoît cette même Héroïne
Dont il vient d'éprouver l'assistance divine.
La Foi conduit ses pas , une douce fierté
Se joint à son respect et soutient sa beauté ,
La
MA Y. 1734. 935
La naïve pudeur colore son visage ,
Dans ses yeux cependant éclate son courage .
»Prince , soyés , dit- elle , attentif à ma voix..
» A son gré , Dieu renverse et releve les Rois :
" Vos larmes l'ont fléchi , jamais le Ciel n'oublie
Un Peuple qui l'invoque , un Roi qui s'humilie
» Enfin
;
pour vous venger il a choisi mon bras :
» Ce bras timide encor et peu fait aux combats ,
» Mais j'adore en tremblant la volonté céleste ,
20

J'obéïs ; ses décrets ordonneront du reste ,
Je n'en sonderai point l'immense profondeur ,
» Dieu veut par ma foiblesse annoncer sa grandeur.
>>
» Vous François , ranimés ce courage indomptable
,
Qui doit rendre â jamais votre nom redoutable
,
to Votre Ennemi s'aproche , armés- vous , suivés-
moi ;
» Heureuse si je meurs pour vous et pour mon
Roy ,
>>En éloignant de vous l'éclat de la tempête.
Elle dit , elle part , elle marche à leur tête ,
Une force inconnue entraîne tous les coeurs ,
Et déja nos Guerriers poussent des cris vainqueurs
;
Telle qu'une Lionne au rivage Numide ,
Exerce sa fureur sur un Troupeau timide ;
Telle notre Héroïne au milieų dɛs Soldats ,
Porte
918 MERCURE DE FRANCE
Porte dans tous les rangs l'horreur et le trépas
Du sang des Ennemis elle inonde la Terre ;
Le Ciel entre ses mains a remis son tonnerre ,
L'Ange exterminateur combat à ses côtez ,
Les Bataillons rompus tombent épouventez ,
Leurs Chefs sont renversez par un bras invisible;
Dieu les frape lui -même , ô vengeance terrible !
Tout s'allarme , tout fuit , tout cede sans effort , '
Il ne reste qu'un champ où triomphe la mort.
Ainsi touché des pleurs que versoit Samarie ,
Ce Dieu la délivra des Troupes de Syrie.
Bien- tôt Sacré dans Reims , CHARLES VIC
torieux ,
Jouit en sûreté du rang de ses Ayeux ;
On voit floter par tout l'Etendart de la France ,
On voit avec les Lys refleurir l'abondance ;
La discorde est aux fers , les Peuples sont soumis,
La Patrie est vengée , il n'est plus d'Ennemis ,
Et l'Anglois , confondu dans son projet funeste ,
Ne remporte en fuyant que le courroux celeste.
Ce Poëme a remporté le Prix de 1734 .
de l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse.
L'Auteur est un jeune homme âgé
d'environ 20. ans , nommé Favart, de Paris.
LET
MAY. 1735. 917
****** :XXXXXXXX : X
LETTRE de M. Maillard , Avocat
au Parlement de Paris , à M. de la R. an
sujet de Bretigni , où a été fait le Traité
de Paix entre la France et l'Angleterre
le 8. May 1360 .
Rouvés bon, Monsieur , que je vous
fasse part de ce que j'ai découvert
au sujet de la position de Bretigni.
1º . Ce n'est point Bretigni sous Montlhery
, et à l'Orient du Bourg de Châtres
, à six licües de Paris , à l'Orient du
chemin de Paris à Orleans , ainsi qu'on
l'a écrit dans les Mémoires de Trévoux
du mois d'Août 1706. page 1312. auquel
endroit il faut nécessairement corriger
1320. comme on l'a imprimé , et
mettre à la place 1360.
2º. Aux mêmes Mémoires de Trévoux
au mois de Décembre 1706. pages 2104.
et suivantes , se trouve une sçavante Lettre
, pour montrer que le Bretigni dont
il est question est auprès de Chartres en
Beausse.
3 °. Je suis persuadé , Monsieur , que
Bretigni près Chartres est l'endroit où
fut signée cette importante Paix , mais
la
918 MERCURE DE FRANCE
8
la lecture que j'ai faite de cette Dissertation
ne m'a pas instruit de la veritable
position de ce Lieu si fameux ; je
vous fais part , Monsieur , de ce que j'ai
apris à cette occasion de Personnes de
dessus les Lieux.
Dans la Paroisse de Sours , située à environ
deux lieües et au Sud - Est de la
Ville de Chartres , est actuellement le
Hameau de Bretigni , situé à un qquuaarrtt de
lieüe de Sours , sur le chemin de Sours
à Chartres.
De ce Hameau fait partie une Ferme
apartenante actuellement à M. le Marquis
de Montigni , Seigneur de ce Hameau
et de Sours en partie , car le surplus
apartient à l'Ordre de Malthe.
Dans cette Ferme existe présentement
à l'extrémité des chambres occupées par
le Fermier , une Sale dans laquelle s'est
fait le Traité de Paix de 1360. suivant la
Tradition des Lieux .
On dit qu'à mille pas de la même Ferme
est une Garenne , et que sur cette
distance est un Sousterrain , dans lequel
étoient des Troupes de France pendant
la confection de ce Traité.
On m'a même assuré que les endroits
où étoient campées les Troupes des deux
Princes,sont actuellement exemts de dixmes
MAY. 1735- 919
mes , et cela , dit - on , dans son origine ,
pour indemniser les Propriétaires des dé .
gats qu'y avoient fait les mêmes Troupes.
4° . Je n'ai garde , Monsieur , d'attribuer
le Traité de 1360. au Prieuré de
Bretigni , Diocèse de Soissons , proche
la Riviere d'Oise , entre les Villes de
Chauny et de Noyon . J'ay l'honneur d'ê
tre , & c.
Carême est le mot de l'Enigme du mois
d'Avril . On a dû expliquer les Logogryphes
par 1 ° . Papillon . 2 ° . Officier. 3 ° .
Mercure. 4° . Périgueux. On trouve au
premier , Pain , Lapin , Lion , Laon
Paon , Lia , Nil , Pin , Lin , Ail , Plan
Poil.
Au deuxième , Froc , Fi , Cofre , Cor ;
Offre , Fer , Force , Office.
Au troisième , Mer , Cure , & c.
C'Est
ENIG ME.
' Est un Ciclope à qui je dois le jour.
Que de coups sur mon corps pour me donner
le tour !
C'est peu ; veut- on me mettre en place ?
A travers de ce corps plus d'un crampon tenace
M'attache
920 MERCURE DE FRANCE
M'attache sans quartier , et celui que je sers
Me foule aux pieds , me traîne en mille endroits
divers.
Trois freres malheureux servent le même
Maitre ,
C'est un brutal , un animal , ua traitre ,
Qui bien souvent quand il entre en fureur,
Qubliant que c'est nous qui soutenons sa force
Et qui lui sauvons mainte entorse ,
Nous brise et loin de lui nous lance avec roid
deur ,
Voila mon sort , devine - moi , Lecteur.
J. de Paris.
LOGO GRYPH E.
A Quatre pieds je suis un Animal ;
Qu'on m'ôte le dernier,qu'on me métamorphose,
C'estun bonjour Latin ou peut - être autre chose;
Qu'on m'ôte le second sans me faire autre mal ,
Je suis de tout mon long une Lettre Hébraïque.
Cà , Lecteur , mets tout en pratique.
AUTR E.
FEmme ,Singe , Ecolier , l'être le plus malin ,
Tout ce qu'on voit de méchant et de traître
N'est rien auprès de moi; c'est peu pour me connoftre
,
MAY.
927
1735
De sçavoir que je suis de sexe masculin .
Quoiqu'il en soit , je brille au doigt de la Lingere
,
Mais c'est avec ma tête , étant coupé par deux ;
De cinq ôtés le trois , Neptune furieux
Me fait servir à sa colere.
Renversés-moi , ne me changés en rien ,
Vous trouvés doublement l'ennemi du Chré
tien.
JB
Rachas de Combetes.
AUTR E.
E nais pour rapiner et pour faire la guèrrėž
J'éxerce mes talens , et sçais purger la terre
D'un genre de brigaus , dangereux ennemis ,
Qui se cache , qui fuit , qui redoute le hâle.
Otés ma queuë etje deviens mon mâle ;
"Combinés moi je gâte vos habits.
Six membres font mon tout , et c'est un fruig
aimable ;
Otés-en le dernier, on me trouve agréable ,
Au tems où le Soleil fait sentir ses rayons:
Sans rien changer , ôtés tête et col aux maisons,
Je sers à séparer la chambre et la chambrette :
Que l'on m'ajoute , alors , mon dernier pied ,
Je suis le sentiment qui fait rire Lisette ;
En cet état tranchés les deux derniers , je puis
Exprimer la douleur , le chagrin , les ennuis :
Prenés
922 MERCURE DE FRANCE
ôtés de ma figure
Prenés mon tout ,
Le membre trois , je suis piece d'Architecture :
Remettés-le , mais , pour raison ,
Tranchés un pied avec ma tête ,
Alors je deviens un poisson ,
Qui fait une assez laide bête :
Que vous dirai- je encore , en moi vous trou
verrés
Pour peu qu'à me chercher votre tête saplique
,
Un terme de dédain ; trois notes de musique ,
Pour me connoître en voilà bien assez.
E. M.J.D.L , Solitaire des bords de la
Marne.
AUTR E.
E suis d'un grand pays , Lecteur , la marque
JE insigne ,
Sans tête , j'ai mauvaise odeur ;
Sans queue , on voit de la candeur
Briller en moi le noble signe.
Chez moi plus d'un arrangement ,
Te fera trouver aisement ,
Une arme qui sert à la guerre ;
Plus , certain mot qui sert dans le raisonnements
Plus >
ce qui vit autant sur l'eau que sur la
terre ;
Plus d'un hôte des bois l'enfant
;
Plus
MAY. 923 1735.
Plus une espece de teinture ;
Plus d'un certain tems la mesure ;
Plus d'un objet l'exterieur ;
Plus un instrument de marine ;
Plus d'un élement qui chagrine ,
De quoi réprimer la fureur.
Plus d'un grain précieux la mere ;
Plus un ossement de ton pere ;
Plus ' dequoi pouvoir s'accrocher ;
Plus la suite d'un parentage ,
Enfin de quoi faire un breuvage.
Mais souviens toi , sur tout
chercher ,
qu'ici pour bieg
Mes membres à la fois ne sont pas tous d'usage.
J. F. F. D. B. E.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
ISSERTATION Sur lesMonnoies et Mé-
D'dailles d'Espagne avec figures, in 4° .
1725. Par M. Mahudel , ruë S. Jacques
chez Briasson.
L'AMINTE DU TASSE , Pastorale , I.
Volume in 12. A Paris , chez André
Caillean
924 MERCURE DE FRANCE
Cailleau , Quai des Augustins , et Gregoire
Antoine du Puis,au Palais , 1735.
EXTRAIT d'une Lettre de M. l'Abbé
J... au sujet de cet Ouvrage .
J'ai lû et relû la nouvelle Traduction de
l'Aminte du Tasse . Si un Ouvrage est bon
dès qu'il plaît et qu'il intéresse , je puis
porter de celui- ci un jugement favorable ;
mais l'impression qui me reste de sa lecture
, m'acquitera- t'elle envers vous ?
vous me demandés mon avis , aurai - je la
temerité de le hazarder , sans avoir assez de
connoissance de l'Italien pour pouvoir
confronter la Traduction avec l'Original?
Je suis , me dirés - vous , dans la situation
où l'Auteur supose la pluspart de ses
lecteurs.Il leur présente l'Aminte du Tasse ,
mais comme une Pastorale Françoise , ditil
dans sa Préface , ou peu assujetti au
Texte , il se conforme au goût de notre
Nation et de notre Théatre. C'est l'Aminte
naturalisé en France que nous avons
à éxaminer.
Sur cette idée , au lieu d'une Critique
severe et ennemie du ton décisif , je vais
vous exposer quelques legers doutes qui
m'ont arrêté en lisant , par raport à la
diction. Si vous les trouvés fondez , j'aurai
la satisfaction d'avoir contribué à la
perfection d'un Ouvrage , qui m'a lié de
reconnoissance
MAY. 1735 925
1
teconnoissance par le plaisir qu'il m'a
donné.
Je passe sur les fautes d'impression qui
se présentent assés souvent, telles que page
21.Hircamie.Page 8 1.Si je ne lui eus retenu
le bras, Ailleurs à quel fin , pour
quelle fin. C'est sans doute la négligence
de l'Imprimeur , dont l'Auteur n'est pas
responsable.
Mais je ne sçai s'il a pû dire à sa Silvie
dans l'Epitre Dédicatoire , d'ailleurs
si remplie d'esprit , combien de fois avés
vous pris plaisir de me repeter.
Si page 27. c'est une construction bien
reguliere de dire : Je mourrai content , si
Elle sera sensible , ou elle s'en plaindra.
Si dans tout le recit de la Catastrophe
d'Aminte , qui vient de se passer sous les
yeux d'Ergaste , ce Berger peut employer
l'Aoriste , comme d'une chosse passée , et
non comme d'un fait arrivé le jour même .
Si il n'y a rien de trop baş , bas , et de peu
naturel page so. dans cette Métaphore :
Vivés dans l'oisiveté , l'amour y prendra rai
cine , c'est tout ce qu'on auroit pû dire
des Soeurs de Phaeton .
Page 66. l'Imitation du Vers de Boileau ,
Tant d'orgueil entre- t'il dans l'ame d'une Nimphe.
Est toujours un Vers défectueux dans la
Prose.
Du
926 MERCURE DE FRANCE
Du reste j'ai été flaté de la noblesse et
de la pureté de langage qui y regne , de
la délicatesse et de la finesse des expressions
, du stile concis , aujourd'hui à la
mode , et que les Reformateurs les plus
rigides ne blâmeront peut être pas dans
ce genre d'écrire , et sur tout dans une
traduction d'un Auteur Italien . Je laisse
aux connoisseurs à décider si le traducteur
n'a pas encheri sur l'original , et s'il
a été le maître déclaircir un peu plus quelques
endroits qui se ressentent encore de
leur source .
Dans l'arrangement qu'il a donné aux
Scenes , je croirai volontiers qu'il n'a pas
pû les assortir tout- à fait à laFrançoise , et
il ne faut pas s'en prendre à lui , s'il reste
encore quelque vuide sur la Scene sans
préparation et sans raison , comme dans
P'Acte I. entre la Scene I. et la Scene II.
Acte II Scene du Satire et la suite , & c.
André Cailleau , Imprimeur . de cet ou
vrage , a aussi imprimé depuis peu les Livres
suivans .
PENSE'ES Sur divers sujets de Religion
et de Morale › par le P. Bourdaloue
deux Volumes in 8 °.
>
Les mêmes 3. Volumes in 1 : en grand .
Les mêmes 3. Vol . in 12. en petit. 1735.
HISTOIRE
MAY. 1735. 927
HISTOIRE du Peuple de Dieu &c. Nouvelle
Edition, revue, corrigée et augmentée
de l'Histoire de Job , avec des Cartes.
Par le R.P. Berruyer , D. L. C. D. J. dix
Volumes in 12. 1735.
, HISTOIRE Naturelle de l'Univers , & c.
enrichie de Figures , par M. Colonne ,
quatre Volumes in 12.
LA BIBLIOTHEQUE des Philosophes , et
des Sçavans , Anciens et Modernes , avec
les Merveilles de la Nature , & c. Par M.
Gautier , Tome III. in 8°. 1734.
Les Sermons de M.Saurin , 9. vol. in 12 .

ABREGE ' DE L'HISTOIRE SAINTE , avec
des preuves de la Religion , par Demandes
et par Réponses. A Paris chez la
veuve Etienne , rue S. Jacques , à la Vertu.
Jacques Guerin , Quai des Augustins . Briasson
, rue S. Facques , à la Science , 1735 .
in 12. de 235 pages , sans la Préface et la
Table alphabetique , prix 35. sols.
L'Auteur de cet Ouvrage a parfaitement
rempli l'idée qu'il s'est proposée , de
faire un Abregé de l'Histoire Sainte , qui
fût à la portée des enfans , et qui pût servir
de fondement à leur instruction , en
joignant l'agreable à l'utile .
Il a suivi la distinction des septAges du
Monde , et dans chaque Age il a gardé
E exac928
MERCURE DE FRANCE
éxactement l'ordre chronologique : quoique
son dessein n'ait pas été d'embrasser
généralement tous les évenemens qui composent
l'Histoire de l'un et de l'autre Tes
tament ; mais de choisir ceux qui peuvent
donner une grande idée de Dieu
inspirer de la docilité aux enfans , leur
aprendre le respect qu'ils doivent à leurs.
parens et à leurs maîtres , et faire naître
en eux l'horreur du vice , et l'amour de la
vertu . Dessein beaucoup plus loüable que
celui de remplir la mémoire des enfans
d'une infinité de faits qui les accablent ,
sans leur former l'esprit , et les rendre
meilleurs.
La méthode de composer par demandes
et par réponses les Histoires destinées à
l'instruction des enfans , est sans compa- ´
raison plus à leur portée que celle des
longs recits; et c'est aussi celle qu'a suivi
l'Auteur de l'Histoire Sainte . La plupart
de ses réponses sont autant de petites Histoires
très- propres à favoriser l'envie naturelle
qu'ont les enfans , de raconter et
d'entendre raconter. Les courtes Réflexions
qu'il y a jointes en beaucoup d'endroits
sont si naturelles , qu'elles semblent
venir de l'enfant même qui raconte
le trait d'Histoire à la suite duquel elles
se trouvent, Des Réflexions ainsi placées,
produisent
MAY. 1735.
929
produisent dans les enfans un effet d'autant
meilleur , qu'ils ne les regardent pas
du même oeil que ces instructions qu'on
leur fait de propos deliberé sur leurs devoirs
, etcontre lesquelles la plupart d'entr'eux
sont presque toujours en garde.
Pour ne rien omettre de ce qui peut
servir à l'intelligence de l'Histoire Sainte,
l'Auteur y a inseré quelque chose de ce
qui regarde les moeurs, les usages, le gouvernement
, et même les habillemens
des
Israëlites ; et pour la rendre plus agréable
aux enfans , il y a fait entrer quelques
Vers François , tirés de nos meilleurs Poëtes
. Il a sçu tellement se les rendre propres
par l'heureuse
aplication qu'il en a
faite , qu'il semble ne composer avec son
Ouvrage qu'un seul corps.
L'Histoire de Joas et celle d'Esther y
sont traitées d'une maniere qui fera plaisir
aux Lecteurs.
Ceux qui par une lecture assiduë du
Nouveau Testament se sont rendus familiers
tous les traits admirables de laVie
de Jesus Christ , seront peut-être surpris
de n'en pas trouver dans cet Ouvrage un
détail éxact. Mais outre que le Nouveau
Testament ne demande pas les mêmes précautions
que l'Ancien
et peut par consequent
être mis de bonne heure entre les
3
Eij mains
930 MERCURE DE FRANCE
mains des enfans ; outre cela , dis- je , on
peut assurer que l'Auteur n'a rien omis de
ce qui peut contribuer à inspirer aux enfans
l'amour et le respect qu'ils doivent
à Jesus-Christ comme à leur Maître et à
leur Modele.
Mais rien ne fera plus de plaisir aux
Personnes quiaiment sincerement leur Religion
, et qui veulent de bonne- heure la
rendre respectable à leurs enfans , que le
petit Traité dans lequel l'Auteur a rassemblé
les preuves les plus sensibles qui
en établissent la verité. Bien des jeunesgens
ne se font un mérite d'en nier les
points les mieux établis , que parce qu'on
n'a pas pris soin de leur faire suçer avec
le lait , ces sortes de preuves. Le desir de
remédier à un aussi grand désordre , a porẻ
té l'Auteur à composer ce petit Traité
de la Religion. Il n'a rien qui ne soit à la
portée des enfans,étant dégagé de tout ce
qu'il pourroit renfermer deThéologique.
Tel est le plan de la nouvelle Histoire
Sainte , elle tient un juste milieu entre la
Bible de Royaumont et le Catéchisme
Historique de M. l'Abbé Fleuri ; enfin
on n'en sçauroit donner une plus juste
idée qu'en rapportant l'Aprobation de
M. l'Abbé de Chabannes , Docteur de
la Maison et Societé de Sorbonne >
et
MAY. 1735. 931
et Agent General du Clergé de France.
- Ce petit Ouvrage , dit - il
m'a paru >
composé avec beaucoup de simplicité
, de clarté , et de précision . L'Auteur
a judicieusement proportionné ses lumieres
à la portée des enfans , dont l'éducation
fait tout son objet . Les courtes Réfle
xions qu'il a jointes aux faits qu'il raconte
en naissent d'elles- mêmes , et sont trèspropres
à inspirer l'amour de la vertu , et
l'horreur du vice.
ENTRETIENS sur la cause de l'Inclinai
son des Orbites des Planetes , où l'on répond
à la question proposée par
l'Académie
Royale des Sciences , pour le sujet du
prix des années 1732. et 1734. Par M.
Bouguer , de la même Académie , et Hydrographe
du Roy au Havre de Grace.
AParis , chez Claude Jombert , rue S. Jac
ques , 1734.
REFLEXIONS sur les défauts d'autrui , par
M. l'Abbé de Villiers , quatriéme Edition ,
revue et corrigée. Chez Jacques Colombat,
ruë S. Jacques 1734. in 12. 2. Volumes .
OEUVRES DE MOLIERE , nouvelle Edition.
A Paris 1734. 6. Volumes in 4 ° .
Chez Cavelier , rue S. Jacques,chez Prault,
Quai de Gesvres , &c. E iij
932 MERCURE DE FRANCE
Nous ne pouvons plus ignorer que la
nouvelle Edition des Oeuvres de Moliere
qui paroît aujourd'hui en six Volumes
in 4° . ne soit de M. Jolly , assez connu
d'ailleurs par ses Comédics. La modestie
qu'il a euë de ne point mettre son nom
à l'Avertissement , et de ne s'y être nommé
que comme Aprobateur , est louable
, à la verité ; mais il ne seroit pas juste
qu'on ne connut point celui à qui on a
tant d'obligation . Il y a lieu de croire ,
et nous ne craindrons point de l'avancer ,
que M. Jolly a suivi l'idée d'une Personne
aussi recommandable par ses dignités que
par son goût et ses lumieres , qui a engagé
les Libraires à nous donner une
magnifique Edition des Oeuvres de Moliere.
Quoi qu'il en soit , il vient de rendre
un service considérable à la République
des Lettres, en devenant , pour ainsi
dire , l'interprete des intentions de Moliere
, qui malheureusement n'a point
assez vécu pour donner une Edition de
ses Comédies , comme il semble l'anoncer
dans la Préface de l'Ecole des Femmes.
Le nouvel Editeur nous aprend dans
sonAvertissement qu'il n'y a eu que vingt
trois Comédies imprimées du vivant de
Moliere , et que c'est sur elles qu'il a rétabli
cé qu'on avoit retranché et retran-
2
a
ché
MAY. 1735. 933
thé ce qu'on avoit ajouté dans les Editions
suivantes ,à commencer depuis 1682 .
faute d'avoir consulté ces premieres Editions
, qu'on a dû regarder comme les
Manuscrits de l'Auteur. Cette attention et
cette éxactitude l'ont mis en état de corriger
un très grand nombre de fautes , qui
se sont multipliées à mesure qu'on a fait
des réimpressions
.
Pour faire mieux connoître quel a été
le travail du nouvel Editeur , nous raporterons
cet endroit de son Avertissement.
L'objet principal dans l'impression
des Pieces de Théatre , doit être de mettre sous
les yeux du Lecteur tout ce qui se passe dans
la Réprésentation
. Un regard , un geste d'un
Acteur rend quelquefois sensible , ce que l'Auteur
n'a peut - être qu'imparfaitement
exprimé
dans son Dialogue . On a donc cru devoirdistinguer
jusqu'aux moindres mouvemens , et
déveloper avec soin tout ce qui pouvoit contribuer
à rendre plus parfaite l'imitation que
la Comédie se propose ; car comment reconnoître
cette imitation , si toutes les actions ne
sont pas fidelement indiquées , puis qu'elle
dépend du concours de toutes ces actions ?

Il nous aprend encore , et voici ses paroles
: Par le même principe on a marqué
avec précaution et éxactitude l'instant où les
Acteurs entrent sur le Théatre, et celui où ils
E iiij
en
934 MERCURE DE FRANCE
en sortent : le nombre desScenes a été conside
rablement augmenté dans plusieursComédies;
disons mieux , on n'en a point augmenté le
nombre , on n'a fait que distinguer celles qui
y étoient. Il faut avouer qu'il seroit à souhaiter
que toutes les Pieces de Théatre
fussent imprimées avec le même goût , et
le même discernement .
Nous ne pouvons nous dispenser de parler
des additions de Pieces peu connues ,
et dont l'Editeur a enrichi les Oeuvres de
Moliere. Il y en a cinq considerables . On
trouve la premiere à la fin du Mariage
Forcé. La seconde est après Mélicerie ,
qui fut suivie d'une Pastorale Comique.
La troisième est une Fête superbe que
Louis XIV . donna à Versailles en 1668 .
et dont la Comédie de George Dandin faisoit
partie. Dans la quatriéme on voit encore
à la fin de La Comtesse d'Escarbagnas ,
une idée légere de la Pastorale qui l'accompagnoit.
La cinquiéme nous a conservé à
la fin de plusieurs Pieces , les noms des
Acteurs qui réprésentoient;et même ceux
des Princes , Princesses , et Seigneurs de
la Cour , qui , à l'éxemple de Louis XIV .
dansoient dans les Ballets.
Nous finirons l'article de l'Avertissement
par le nouvel arrangement , dans
lequel on trouvera toutes les Comédies ;
elles
MA Y. 1735. 935
elles sont imprimées à présent suivant la
datte de leur premiere Représentation .
Passons aux Mémoires sur la Vie et les Ouvrages
de Moliere.
>
En suprimant dans cette nouvelle Edition
la Vie de Moliere par Grimarest , laquelle
avoit d'abord été imprimée in 12 .
séparement, etjointe ensuite aux Editions,
on y a supléé par des Mémoires . Nous
voyons dans la Table générale , que M.
de la Serre en est l'Auteur. Quoi qu'un
sçavant Critique * ait judicieusement remarqué
que la posterité veut être instruite
de tout ce qui concerne les hommes rares
et qu'elle est jalouse des moindres traits qui
leur sont échappés , on ne peut trop loiier
l'Auteur des Mémoires de n'avoir point
adopté le Roman de Grimarest. Le parti
qu'il a pris est beaucoup plus sensé. En
effet , dequoi s'agit- il en parlant de Moliere
? C'est de le présenter seulement
comme Auteur et comme Acteur . M. de
la Serre a parfaitement rempli ces deux
objets , et sur tout le premier.
En passant , pour ainsi dire , en revûë
toutes les Comédies de Moliere , depuis
l'Etourdi jusqu'au Malade Imaginaire ,
l'Auteur a mis par tout de la netteté dans
* Mémoires pour l'Histoire des Sciences et des
Beaux Arts , Mars 1735. page 443:
Ev les
936 MERCURE DE FRANCE
les idées , de l'élegance dans les expressions
, de la justesse dans la critique ,
et toutes ces parties heureusement employécs
, intéressent d'autant plus le Lecteur
, qu'elles lui font sentir quelle étoit
l'étendue et la beauté du génie de Moliere.
Il y a encore plus d'art qu'on ne peut
s'imaginer dans la maniere dont l'Auteur
rend compte de chaque Comédie ;
il en a fait une suite et un enchaînement ;
et par des transitions heureuses , il a trouvé
le secret de ne faire , à proprement
parler , qu'une seule chose de la Vie de
Moliere , et du progrès de ses trente Comédies..
On peut ajouter que la beauté de l'impression
est encore augmentée par celle
des desseins des sieurs Oppenor , Boucher
, et Blondel , les sieurs Cars et Joullain
les ont gravés. On avoit oublié de
parler du nouveau Portrait de Moliere ,
peint par le sieur Coypel , sur un ancien
Portrait que Mignard d'Avignon avoit
foit autrefois , le sieur l'Epicié l'a gravé.
Nous venons d'aprendre que M. Jolly
nous donnera , avant la fin de l'année
une nouvelle Edition in 12. des Oeuvres
de Racine avec quelques augmentations
, et beaucoup de corrections dans
les Tragédies d'Esther et d'Athalie . Cette
,
Edition
MAY. 1735.
937
Edition sera suivie d'une autre in 4º. avec
de nouvelles Estampes à la tête de chaque
Tragédie , dont la composition sera du
sieur Boucher. Il est à souhaiter que les
Libraires de Paris fassent le même honneur
au grand Corneille.

LES ENNUIS DU CARNAVAL ,
Comédie en Vers , en un Acte , par les
sieurs Romagnesi et Riccoboni , représentée
pour la premiere fois par les Comédiens
Italiens le 15. Février 1735.
Extrait .
C
Ette Piece étant d'un genre à ne
pas exiger beaucoup de régularité ,
nous ne nous attacherons pas à en examiner
la conduite avec des yeux critiques ,
les Auteurs ont rempli la fin qu'ils s'étoient
proposée , ils ont voulu divertir
le Public aux dépens des Particuliers , ils
y ont réussi ; qu'importe par quel chemin
? Le mauvais succès de quelques Pieces
qu'on a données sur les trois Théatres
de Paris pendant le Carnaval , a donné
lieu à l'allégorie qui regne dans celle- cy .
Le Carnaval , conduit par le Plaisir , ouvre
la Scene ; il se plaint au Plaisir , son
Guide fidele , des ennuis qu'il vient
d'essuyer à Paris pendant les deux mois
E vj
de
938 MERCURE DE FRANCE
de séjour qu'il y doit faire tous les ans ;
le Plaisir lui répond que ce n'est pas sa
faute s'il a trouvé de l'ennui où il se proposoit
de ne lui faire trouver que d'aimables
amusemens , et lui dit :
D'abord je vous avois conduit
Dans les maisons les plus brillantes :
De cent jeunes Beautez , jeunes , vives , pic
quantes ,
Vous n'avés pas été séduit .
Voici ce que le Carnaval lui répond :
Eh ! comment vouliés-vous qu'elles pussent me
plaire ?
La Nature , il est vrai , leur donna des attraits ;
La beauté dans Paris moins rare que jamais
Est du Sexe aujourdhui le partage ordinaire ;
Mais j'ai vû des façons dont je suis affadi ;
Un air grave , affecté , qui passe pour noblesse ;
Des discours languissants , qu'on n'entend qu'à
demi ;
Des yeux dont un faux art a banni l'allegresse ;
En un mot je conviens qu'elles ont des apas ;
Mais pour exciter ma tendresse ,
Il faut un air coquet que je n'y trouve pas.
Je voudrois , ajoûte-t'il :
Que la Prude enflammât mon coeur
Par
MAY. 1735 939 .
Par un air de coquetterie ;
Que la Coquette enfin redoublât mon ardeur
Par un maintien de pruderie.
Le Plaisir trouvant le Carnaval trop
difficile à contenter , lui demande s'il
a trouvé les mêmes dégoûts sur les Théatres
; le Carnaval lui répond qu'il les
a trouvés tous les trois si assommants ,
qu'il ne s'est presque pas donné la peine
de les revoir ; cela donne lieu au Plaisir
de les lui faire passer en revûë sur le
Théatre Italien , à la faveur d'une Piece
de sa façon ; voilà donc le lieu de la Scene
établi ; nous allons voir ce qui s'y passe.
Epimenide paroît à moitié endormi ;
il se plaint de ce qu'on l'a tiré si mal
propos d'un sommeil de quarante ans ,
pour ne lui faire voir à son réveil que
ce qu'il avoit vû avant que de s'endormir.
Cela donne lieu à l'Auteur de faire
entendre que les mêmes défauts qui regnoient
autrefois , sont encore en usage,
et qu'il n'y a de difference du plus
que
au moins. Epimenide convient qu'on lui
a fait faire un voyage très- inutile de
Gnosse à Paris , et qu'on auroit mieux
fait de le laisser dormir tout le reste
de sa vie ; voici par où il finit sa Scene .
Je
940 MERCURE DE FRANCE
Je suis mal - à - propos en butte à la Satyre ;
Mon nom seul m'a fait tort , parce qu'il est
trop beau ;
Mais de ces lieux je me retire ,
Et je n'y paroîtrai jamais qu'incognito ;
Adieu , je vais faire dodo.
Eponine succede à Epiménide , elle
débute d'abord par cette exclamation
tragique :
Grands Dieux, dont l'équité protege les Héros ,
Ne serés -vous jamais attendris de mes maux ?
Quand j'opose aux Destins la plus ferme constance
,
Ils s'arment contre moi de toute leur puissance;
La vertu ne peut rien contre leur dureté ,
Et sans être coupable , on est persécuté.
La plus grande persécution dont Eponine
se plaint aux Destins , c'est de
l'avoir produite au Théatre François ,
sous une forme qui ne lui a jamais convenu
dans l'histoire ; elle s'emporte contre
Melpomene , qui l'a tellement changée
aux yeux du Carnaval , qu'elle en a
été tout-à- fait méconnoissable. Le Carnaval
convient de bonne foi qu'il n'a pas
reconnu la celebre Eponine dans celle
qui
MAY. 1735. 941
qui s'est montrée à Paris ; Eponine lui
répond :
Ce ne l'est pas , vous dis -je ; et d'un nom suỳ
posé
On avoit cru parer un Caractere usé .
Eprise par devoir d'un Epoux respectable ,
Une telle union doit être inviolable ;
L'Amour n'aura de moi qu'un méprisant refus
J'écoute cependant le jargon de Titus ;
De ses fades discours je suis presque attendrie ; -
Je n'ai point de secrets que je ne lui confie ;
Mon coeur est enchanté de son air simple et
doux ;
Je remets en ses mains le sort de mon Epoux ;
Je gémis , je soupire , interdite et tremblante ,
Aux pieds de l'Empereur je tombe en Supliante ;
Je frémis de le voir prêt à nous accabler ...
Ah! Seigneur , est - ce là comme je dois parler ?
Le Carnaval lui dit qu'on a eu vraiment
tort de la faire parler sur un ton
si peu convenable ; Mais qu'il ne faut
pas juger Melpomene à la rigueur , et que
ce n'est pas sa faute si on l'a mise sur
ce pied- là ? quoi ? lui répond Eponine.
Vous aimés à voir l'auguste Tragédie ,
Dans un dédale obscur marcher en étourdie !
Lorsque vous lui donnés des applaudissemens ,
Vous
942 MERCURE DE FRANCE
Vous partagés sa honte et ses égarements ;
A votre jugement ses erreurs font injure ;
Rapellés les Héros que sa main défigure
Vandôme est un rebelle ! Orosmane un Galant !
Gustave , un étourdi ! Calysthene un Pédant !
Sabinus en Gascon , que son mérite étonne ,
Toujours avec respect parle de sa personne , & c.
A cette juste critique des Caracteres
qu'on donne aujourd'hui aux Héros de
Tragédie , Eponine opose ceux que Corneille
et Racine et quelques autres Auteurs
de la vieille Roche , leur ont donnez autrefois
elle s'exprime ainsi en parlant
des Héroïnes de Théatre :
:
Ne se souvient-on plus de celles qui jadis
Avec juste raison étonnoient tout Paris ?
Phédre , par Vénus même à la fureur livrée ;
Dans ses vastes projets Athalie égarée ,
Roxane , en qui l'Amour cede à l'ambition ,
Ino , conduisant seule une grande action ,
Léontine , d'un Roy conservant la famille ,
Clitemnestre , volant au secours de sa fille ;
Ces sublimes objets dignes de vos bontez ,
Respectés de tout temps , ne sont plus imités.
A cette belle Scene , en succede une
autre , dont on auroit pû se passer ; mais
les
MAY. 1735
943
les Auteurs ont voulu marquer une espece
d'impartialité en traitant aussi mal
leurs propres Ouvrages que ceux d'autrui
; cependant ils ont pris la précaution
de mettre la Critique de leur Prodiguepuni,
dans la bouche d'un yvrogne,
pour en émousser les traits par la qualité
du personnage ; en voici un qui
a plus de poids ; c'est l'Opinion ; comme
elle est la Reine du Monde , elle juge
de tout en dernier ressort ; mais avec
cette difference qu'elle passe légerement
sur les éloges et qu'elle apuye terriblement
sur les invectives ; en effet en parlant
de Didon et de la Pupille , elle se
contente de dire en passant ,
J'ai goûté des plaisirs extrémes
A Didon. La Pupille avoit un tour heureux :
Mais quand il faut dire du mal elle ne
tarit point ; on en va juger par la Scene
qu'elle a avec Durval , au sujet du Préjugé
à la mode ; elle commence par critiquer
le Titre par ce Vers :
C'est un travers , et non pas une mode.
Durval prévoyant par ce premier trait,
ce qu'il doit attendre d'un Tribunal si
severe , veut se retirer et dit :
Mon Titre seul produit d'abord une dispute !
Je
944 MERCURE DE FRANCE
Je vais me soustraire à vos yeux ;
Aux traits les plus picquants je m'offrirois en
bute ,
Si je demeurois dans ces lieux .
Le Carnaval lui ordonne de rester ;
l'Opinion même l'y convie avec adresse
par ces Vers flatteurs :
Ne craignés point de mortelle piqueure ;
Je blâme doucement et loue avec raison ;
Le résultat de ma Censure
Est un remede et non pas un poison.
Durval ne veut pas convenir que sa
Piece ait besoin de remede ; il le fait
connoître par ces Vers :
Je ne sçai pas de quelle espece
Sont les défauts qu'on veut me reprocher ;
Il n'est pas en moi d'empêcher
Que de certains esprits ne condamnent ma Pieces
Mais ce sera sans aucun fruit.
Je m'expose d'abord , sans faire trop de bruit ,
D'une façon douce et facile ;
Irreprochable dans mon style ,
L'exactitude me conduit
A cette expression qui frape et qui séduit.
L'Opinion convient que l'exposition
est
MAY. 1735: 945
est faite avec adresse , et que le fond
étoit si mince , que l'Auteur a agi trèsprudemment
de le ménager , et de ne
pas tout exposer dès le premier Acte ,
pour éloigner le dénouement ; elle veut
bien encore lui passer , qu'à l'égard de
ses Vers , il y en a de très-bien faits ,
cependant elle ajoûte :
Mais quelquefois aussi j'en ai vû de pervers
Qui chagrinoient fort mon oreille.
Durval releve fort les caracteres de ses
Petits-Maîtres en ces termes :
Et mes deux jeunes gens ne vous font -ils pa
rire ?
Je ne pense pas que jamais
On ait mieux badiné sur un tel ridicule.
Railleurs , vifs , pétulants , hardis ,
Je vous les peints bien étourdis !
Devant moi- même , ils montrent sans scrupule
Le Portrait que l'un d'eux chez le Peintre a
surpris.
L'Opinion lui répond d'un ton malin :
Ils auroient bien risqué chez de certains maris ,
Elle ajoûte que la poltronnerie que
l'Auteur leur donne est un vice indigne
du Théatre ; elle tombe ensuite sur les
carac
946 MERCURE DE FRANCE
caracteres bas du Valet et du Pere de Durval
; elle trouve le coup de Théatre du
quiproquo des Lettres , amené d'une maniere
trop honteuse par raport à la Duchesse
qui les envoye से Constance, pour
se venger de l'infidelité que son Mary
lui fait en sa faveur. Voici comme l'Opinion
s'explique à ce sujet :
Juste Ciel ! quel procedé honteux !
A ce coup de Théatre il falloit nous conduire
Par un chemin plus gracieux , &c.
Cependant elle convient que la Piece
est digne de son succès , et dit en parlant
de son Auteur :
Il vient de tracer un Tableau ,
Où nous découvrons tant de beau ,
Que ses défauts ne lui servent que d'ombre .
La Piece en question finit par une Parodie
du Pas de six , dont on a déja parlé
et qui a disputé de mérite avec celui de
l'Opera , à l'execution près.
LA NOUVELLE MER DES HISTOIRES
cinquième et sixième partie , en 2. Vol.
in 12. de près de soo. pages. Les deux paroissent
, chez Mandouit et Guilleaume
Quay
MAY. 1735.
947
Quay des Augustins , et se font lire avec
plaisir.
DISSERTATION Sur la pétrification d'un
Epiploon . Par M. Mongin , Conseiller .
Medecin ordinaire du Roy , Docteur Régent
de la Faculté de Médecine dans l'Université
de Paris. Chez Didot , Quay des
Augustins , 1734. Volume in 12 .
EXTRAIT du détail du Service qui regarde
les Sergens , Caporaux et Soldats,
tant en paix qu'en guerre , tiré du Service
Journalier de l'Infanterie de M. de Bombelles
, aujourd'hui Maréchal des Camps
et Armées du Roi . A Paris , chez la veuve
de L. D. Delatour , ruë de la Harpe , aux
trois Rois. in 12.
TRAITE' DEMONSTRATIF Sur la Quadrature
du Cercle , avec Figures , dedié
au Roi , par M. Basselin , Professeur Emérite
dans l'Université de Paris , chez Briasson,
à la Science , et Henry, ruë S.Jacques
1735. in 4º,
HISTOIRE ROMAINE d'Octavien- Cesar,
surnommé Auguste , second Empereur
avec des Notes Historiques , Géographiques
et Critiques, des gravûres en Taille
Douce
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Douce , des Cartes Geographiques , et
plusieurs Médailles autentiques , Par les
RR. PP. Cartrou et Rouillé , de la Compagnie
de Jesus . Tome XIX . depuis l'an
de Rome 722. jusqu'à l'an 766. A Paris
chez J. B. de Lespine , pere et fils , J. B.
Coignard , Louis Genneau , et Jacques Rollin
fils. 1735.
ONZIE ME ET DOUZIE'ME DISCOURS
contre les impies du temps , et les fondemens
de l'impieté moderne. A Paris ,
de l'Imprimerie de P. N. Lottin , ruë S.
Jaques , 1734. in 12. pp. 204.
TRAITE' DU VRAY MERITE de l'homme
, considéré dans tous les âges et dans
toutes les conditions ; avec des Principes
d'Education , propres à former les jeunes
gens à la vertu .Au Palais, chez Saugrain,
1734. 2. Volumes in 12. de 514. pages.
THOMAS MORUS , ou le Triomphe de
la Foy et de la Constance , Tragédie en
Prose. A Paris , Quay des Augustins ,
chez de Mandouit et Guilleaume , 1735.
in octavo.
La Vingt-troisiéme , la vingt- quatrième
et la vingt-cinquiéme Partie des Cent
Nouvelles
MAY. 1735.
949
Nouvelles Nouvelles de Madame de Gomez,
paroissent chez Mandouit, Quay des
Augustins . L'incommodité de l'Auteur a
un peu retardé cet Ouvrage ; mais l'on
espere
le finir sans interruption.
Il paroît chez la veuve Pissot , Quay de
Conti ,une nouvelle Edition du Dialogue
sur la Musique des Anciens , augmentée
de Notes & c. Nous avons déja parlé de
cet éxcellent et ingenieux Ouvrage lors
qu'il a paru pour la premiere fois, et comme
il ne sçauroit être trop connu , nous
pourrons bien en dire eucore quelque
chose, sur ce qui nous paroîtra le plus digne
de la curiosité du Lecteur.
LE GYNECE'E LETTRE , ou les
Femmes Sçavantes de Dannemarck , par
M. Albert Thura , Pasteur de ... avec
une Préface sur les bienfaits de diverses
Dames Danoises envers la Litterature, et
les Gens de Lettres. On a ajoûté à la fin
un Appendice et deux Tables. A Aliena,
chez Jonas Korte , 1732. in 8. pp. 142.
L'Ouvrage est en Latin.
La Centurie de ce Gynecée est réellement
divisée en cent Articles fort courts
quoiqu'inégaux , qui contiennent l'His
toire succinte des Oeuvres ou de l'Erudition
950 MERCURE DE FRANCE
dition de cent Dames Danoises , et plus
même ; il est principalement question de
Poësies , tant Latines que Danoises.
LE MONDE FOU , préferé au Monde
Sage,en ving-quatre Promenades de trois
Amis , &c. Nouvelle Edition , augmentée
de deux Lettres , 2. vol . in 12. dont
le premier contient 242. pages , et le second
320. A Amsterdam , chez les Westeins
et Smith , 1734.
Catalogue des Livres que M. l'Abbé ô
Kenny, d'Anadune, Prêtre Docteur de la
Faculté de Paris , Protonotaire Apostolique
a écrits en faveur de la Religion Catholique,
Apostolique et Romaine .
1. L'Ordinaire de la Messe ou Manuel,
avec les Prieres du Matin et du Soir pour
toute l'Année , en Anglois , chez Berton
ruë S. Victor , près S. Nicolas duChardon ,
net , au Bon Pasteur.
2. Le Catechisme de Gallway en Anglois
, 1735 .
3. Le Missionaire Irlandois, en François,
1735.
4. La Clef dogmatique de la Bible , ou
l'introduction à la parfaite connoissance
d'icelle en Anglois.
5. Preparatio ad Missam ei Gratiarum
actio
MAY .
951
1735
actio post Missam , en Latin , 1734 .
6. Le Trésor de l'Eglise ou les points
fondamentaux de la Foy , de la Discipline
et des Cérémonies fidelement recueillies
de la Sainte Bible et de la Tradition , Dialogue
entre un Evêque Protestant et un
Docteur Catholique , en Anglois.

7. La Concordance de la Bible en
'Anglois.
8. Les Messes Propres des Patrons d'Irlande
, et des Neuf Choeurs des Anges ,
ne Latin et en François.
9. L'Histoire abrégée des Hérétiques.
10. L'Histoire abrégée de la Constitution
, en Anglois.
II.Le Courtisan converti , ou rentré en
lui-même.
12, L'Institution des Protonotaires Apostoliques
, avec leurs Privileges , en Latin.
13. Sentences tirées des Peres de l'Eglise
, et plusieurs autres Piéces détachées.
14. L'Alphabet de la Sapience de la
Croix de Notre Seigneur Jesus Christ.
Il paroît depuis peu , comme on l'a déja
dit,chez Chaubert , Libr.Quay des Augustins,
une espece de nouveau Journal Litteraire
, intitulé : Observations surles Ecrits
modernes. C'est une feuille qui se distri-
F bu
952 MERCURE DE FRANCE
bue toutes les semaines , où l'on fait mention
de tous les Ouvrages nouveaux en
toute sorte de genre ; on les éxamine avec
soin , et on en juge avec liberté , mais
poliment. Ce nouvel ouvrage périodique
est à peu près dans la forme et dans le goût
du Nouvelliste du Parnasse , par M.l'Abbé
Desfontaines , dont les Observations n'ont
pas moins de succès . Il est secondé dans
cet Ouvrage par M. l'Abbé Granet.
On attendoit depuis long- tmps l'Histoire
de la Ville de Paris , par M. L. D. F ,
et par M. d'A.... qui vient enfin de paroître
en cinq Volumes in 12. Chez Julien-
Michel Gandouin , Quay de Conti ,
aux trois Vertus . A peine le P. Lobineau
eut-il publié son Histoire de Paris , en 5 .
Vol. in folio , y compris 3. Volumes de
Piéces justificatives , que le Public effrayé
de la grosseur de cet Ouvrage , ou parmi
beaucoup de choses curieuses , il y en
avoit un grand nombre de peu interessantes
, en demanda un Abregé qu'on pûr
lire de suite ,sans être dégouté par des dé
tails superflus.Il n'y a point de François et
sur tout point de Parisien , qui ne souhaite
connoître l'Histoire de la Capitale
de ce Royaume ; mais il y en a peu qui
soient d'humeur d'acquerir cette connoissance
MAY.
1735. 953
sance par une lecture si fatigante , on
s'est donc proposé de tirer de ce grand
Ouvrage les faits les plus importans et les
plus interessants , de les lier ensemble
autant que cela étoit possible , de leur donner
une forme plus Historique , de les revêtir
des agrémens du stile , d'y joindre.
de la précision , d'y méler des refléxions ,
d'y corriger plusieurs fautes échapées à
l'Auteur de la grande Histoire , et d'y
ajouter des faits puisés dans desLivres dont
il paroît n'avoir pas eu de connoissance.
Quoique ce ne soit qu'uneHistoire abrégée
, on y trouve néanmoins plusieurs
faits curieux, plus détaillez que dans l'Ouvrage
du P.Lobineau , qui aura néanmoins
toujours l'avantage sur celui- ci , de renfermer
une plus grande quantité de sçavantes
Antiquités , mais qui pour la plûpart
sont de peu de consequence. Le Traité
de la Police de M. de la Mare , le Livre
de Sauval , et le Journal composé sous
Charles VI. par un Bourgeois de Paris
qui n'a paru que depuis la mort du Docte
Benedictin , ont fourni beaucoup de traits
aux Auteurs de la nouvelle Histoire. Le
cinquiéme Volume qui contient la Description
de Paris , est l'ouvrage d'un troisieme
Auteur , qui a bien voulu se charger
d'un travail peu glorieux, dont il s'est
Fij acquité
954 MERCURE DE FRANCE
acquité néanmoins avec honneur . Les
Sommaires et la Chronologie qui sont fidelement
marquez à la marge , avec des tables
à la fin de chaque Volume , ornent
beaucoup cette Edition , qui est d'ailleurs
bien éxecutée : Une Table generale à la fin
du cinquième Volume eut été peut- être
préférable aux cinq Tables particulieres.
AVERTISSEMENT au sujet des
Ouvrages de M. de Cormis , celebre
Avocat.
R de Cormis , qui avoit naturellement
M beaucoup d'esprit , et qui aimoit passionnément
l'étude , a fait , avec beaucoup d'honneur
et de désinteressement , la Profession d'Avocat
dans le Parlement de Provence pendant
plus de soixante années . Par son heureux génie et
par son assiduité au travail, il s'étoit acquis une
si grande réputation dans son Pays , qu'il y
étoit consulté de toutes parts dans les affaires les
plus importantes et les plus difficiles.
Comme il travailloit avec beaucoup d'exactitude
, il réussissoit parfaitement dans toutes les
Consultations et dans toutes les Ecritures dont
il se chargeoit. Aussi ne fut- il pas long- temps
sans s'apercevoir de l'heureux succès dont elles
étoient suivies , car elles étoient , pour la plupart
, confirmées par les Jugemens qui interve
noient dessus. Cela fit qu'il crut en devoir gar
der des minutes , pour pouvoir un jour faire
part au Public du fruit de ses travaux.
Dans cette vûë , deux ans avant sa mort , qui
est
MAY.
1735. 955
est arrivée il y a environ six mois , il envoya ce
Recueil à Paris pour le faire imprimer. Monta
lant , Imprimeur et Libraire , demeurant Quay
des Augustins , entre les mains de qui ce Recueil
tomba , l'ayant communiqué à quelques Avocats
du Parlement de Paris , en a , de leur avis , entre
pris l'impression qui vient d'être achevée.
Cet Ouvrage est en deux gros volumes infolio
, de même caractere que l'Avis , qui est en
S, Augustin , chacun de 250. feuilles d'impression
, sans les Tables des Matieres et des Chapities
, qui montent à plus de 60. feuilles.
Le premier Volume contient plusieurs Recueils
de Consultations sur les matieres suivantes
Le premier Recueil est des matieres Ecclesias
tiques et Beneficiales .
Le deuxième est des matieres Feodales , droits
de Lods et autres droits Seigneuriaux.
Le troisième est des Mariages , des secondes
Nôces et des Dots.
Le quatrième est des Testamens et des Successions
ab intestat , des Substitutions , Elections et
Fideicommis.
Le second Volume contient d'autres Recueils
de Consultations sur les matieres qui suivent .
Le premier Recueil est des Substitutions , Fideicommis
et Elections.
Le deuxième est des Légitimes et des Legs. Le
troisième est des Interêts . Le quatrième est de
diverses Matieres. Le cinquième est des matieres
Criminelles .
Toutes les Matieres qui sont dans cet Ouvrage
y sont traitées fort au long ; on y trouve
même souvent les raisons de douter et de décider
des questions , avec les Jugemens qui ont été ren
dus dessus. En un mot , rien n'y est obmis de
L
Fiij tout
956 MERCURE DE FRANCE
tout ce qui peut conduire à une connoissance parfaite
de la Jurisprudence qui s'observe dans ce
Royaume , et principalement de celle que l'on
suit dans les Pays de Droit Ecrit . Il y a lieu de
croire que ce Livre sera d'une très- grande utilité
à tous les Juges , à tous les Avocats et à tous ceux
qui ont quelque fonction dans la Judicature.
Pour rendre cet Ouvrage plus utile , on ne s'est
contenté de faire au commencement de chaque
Volume des Tables generales des Titres qui
y sont contenus ; on a pris soin de faire à la fin
de chaque Tome des Tables des Matieres , qui
sont très-amples et très - exactes .
pas
Ainsi on trouvera à la fin du premier Tome
deux Tables , l'une des matieres Ecclesiastiques
et Beneficiales ; l'autre des matieres Civiles .
A la fin du second Tome on trouvera aussi
deux Tables , l'une des matieres Civiles et l'autre
des Criminelles .
Au reste , les sommes considerables auxquelles
se monte l'impression de cet Ouvrage , avoient
d'abord déterminé Montalant , qui en a fait l'entreprise
, à le vendre 45. livres en feuilles . Cependant
ayant refléchi , , que pour en rendre le
débit plus prompt et pour faciliter ses rentrées ,
il seroit à propos d'en proposer au Public une
quantité qui eût l'avantage d'une Souscription ,
sans en souffrir les désagrémens ; il offre d'en
donner jusqu'à la concurrence de 300. Exemplaires
à 30. livres chacun en feuilles , après lequel
nombre rempli , il sera vendu 45. liv. non relié.
Le Lundi 18. Avril , l'Académie Royale de
Soissons tint son Assemblée publique dans le Palais
Episcopal , M. Gosset , Doyen de l'Eglise de
Soissons et Directeur de cette Académie , en fit
l'ouMAY
. 1785. 957
l'ouverture par un Discours sur l'utilité de l'é
tablissement des Prix Académiques , à l'occasion
de celui que M. Charles - François le Febvre de
Laubriere , Evêque de Soissons , établit l'année
derniere .
"
On fit ensuite laé lecture d'une Dissertation
dont le Sujet avoit ét annoncé dans le Mercure
de Juin 1734. II . Volume , en ces termes : L'état
des anciens Habitans du Soissonnois avant la
Conquête des Gaules par les Francs , la situation
et l'étendue du Pays qu'ils habitoient , le nom et
l'antiquité de leurs Villes et Châteaux , leurs forces
et les Armes dont ils se servoient , leurs moeurs ,
'leur Gouvernement et leur Religion . Cette Dissertation
à laquelle le Prix a été adjugé , fut
déclaré être de M. l'Abbé le Beuf, Chanoine et
Sous- Chantre d'Auxerre , présent à l'Assemblée.
M. l'Evêque , Instituteur de ce Prix , lui remit
une Médaille d'or, d'un côté de laquelle est l'Emblême
de l'Académie ; sçavoir , une Aigle qui
prend son vol vers le Soleil et qui est suivi d'un
Aiglon , avec cette Devise : Maternis ausibus audax.
Au revers sont les Armoiries de M. l'Evêque
, avec cette Inscription autour : Ex dono Ill.
et Rev. Ep. Suessionensis ; et dans l'Exergue ,
M. DC C. X X X V.
PRIX proposé par l'Académie Royale
des Sciences , pour l'année 1737 .
F
Eu M. Rouillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris , ayant conçû le noble
dessein de contribuer au progrès des Sciences et
à l'utilité que le Public en pouvoit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds
pour deux Prix , qui seront distribués à ceux D
Fij qui
958 MERCURE DE FRANCE
qui au jugement de cette Compagnie , auront le
mieux réussi sur deux differentes sortes de Sujets,
qu'il a indiqués dans son Testament , et dont il
a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistême
géneral du Monde et l'Astronomie Phisique .
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans .
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce .
Il ne se donnera que tous les deux ans et sera
de 2000. livres.
Le Sujet que l'Académie avoit proposé pour le
Prix de cette année 1735. étoit : Quelle doit être
la meilleure construction des Ancres , tant par rapport
à leur figure , qu'à la maniere de les forger ,
et quelle est la meilleure maniere de les éprouver .
Ce Sujet contenoit plusieurs Questions differentes
; les Ouvrages qui ont le mieux réussi par raport
aux unes , se sont trouvés trop foibles par
raport aux autres , et un Prix proposé pour plusieurs
objets , n'a point été mérité par des Piéces
qui n'en remplissoient que quelques- uns.
Cependant,afin que les Auteurs ne perdent rien
du droit que leur peut donner ce qu'il y a de bon
dans leurs Piéces, et que le Public trouve la solution
de toutes les questions renfermées dans un
sujet si important , l'Académie a résolu de proposer
ces Questions séparément pour les Sujets
de trois Prix , chacun de 1900. livres pour l'année
1737. Les Piéces déja envoyées concourront
pour celle des Questions qu'elles auront le mieux
traitée, et les Auteurs y pourront faire tels changemens
qu'ils jugeront à propos.
MAY . 1735. 959
L'un des Sujets sera , Quelle est la figure la plus
avantageuse qu'on puisse donner aux Ancres ?
L'autre , Quelle est la meilleure maniere de forles
Ancres ?
ger
Et l'autre, Quelle est la meilleure maniere d'éprouver
les Ancres ?
Les Sçavans de toutes les Nations sont invités
à travailler sur ces Sujets , et même les Associés
Etrangers de l'Académie . Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation
. Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ou
vrages.
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles,
sur tout quand il y aura des Calculs d'Algebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvra
ges , mais seulement une Sentence ou Devise . Ils
pourront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit un
Billet séparéfet cacheté par eux , où seront, avec
cette même Sentence , leur nom , leurs qualitez
et leur adresse , et ce Billet ne sera ouvert par
l'Académie , qu'en cas que la Piéce ait remporté
le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre
entre les mains . Dans ce second cas le Secretaire
en donnera en même- temps à celui qui les lui
aura remis , son Recepissé , où sera marquée la
Sentence de l'Ouvrage et son numero selon l'ordre
ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au
premier Septembre 1736. exclusivement.
F Y L'A960
MERCURE DE FRANCE
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1737. proclamera les Piéces qui auront
ces Prix.
S'il y a des Recepissés du Secretaire pour les
Piéces qui auront remporté les Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera les sommes des Prix
à ceux qui lui rapporteront ces Recepissés . Il
n'y aura à cela nulle autre formalité.
S'il n'y a pas de Recepissés du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera les Prix qu'à l'Auteur
même , qui se fera connoître , ou au Porteus
d'une Procuration de sa part.
Le Mercredi 20. Avril , l'Académie Royale des
Sciences , tint son Assemblée publique , à laquel
le le Duc de Richelieu prèsida..
M. de Fontenelle ouvrit la Scéance en déclarant
que l'Académie n'adjugeoit le Prix de cette
année à aucune des Piéces qui lui ont été envoyées.
I fit après l'Eloge de M. de Ressons , Lieutenant
General des Armées du Roy , et Lieute
nant General d'Artillerie , Associé libre de l'Académie
, mort depuis quelque temps.
M. de Fontenelle dit ensuite : l'Académie croit
que le Public sera bien aise d'aprendre qu'après
qu'elle a fait la Description actuelle de la Méridienne
de Paris dans toute l'étendue du Royaume
, depuis son extrémité Septentrionale jusqu'à
la Méridionale , et ensuite la Description de la
Perpendiculaire à cette Méridienne pareillement
dans toute l'étendue du Royaume , de l'Orient à
l'Occident , deux travaux pénibles et importants;
elle vient d'en entreprendre un nouveau du même
genre , sans comparaison plus pénible et si important
, qu'on ne peut guere s'en passer si l'on
yeur
MAY. 1735. 961

veut rendre les deux autres aussi parfaitement
utiles qu'ils le peuvent être : C'est la Description
actuelle de quelques degrez terrestres , pris
sous l'Equateur , ou si les difficultez sont invincibles
, celle d'une portion de Méridienne qui
part de l'Equateur ou de quelque lieu fort
proche.
Par là on connoîtra avec plus de certitude
l'inégalité des degrez Terrestres , si elle est croissante
ou décroissante de l'Equateur vers les Poles
, la celebre question de la figure de la Terre ,
celebre du moins parmi les Sçavans , sera plus
immédiatement décidée , et ce qui regarde toute
la societé des hommes ; les Cartes Gépraphiques
deviendront plus exactes et la Navigation plus
sûre.
Il y a quelques jours que Mrs Godin, Bouguer
et de la Condamine , accompagnez de toute la
suite qui leur est nécessaire , sont partis pour al
ler executer ce grand dessein dans le Pérou , dans
de vastes Pays presque inhabitez , où ils ne trouveront
ni les commoditez que demandent les
voyages , ni même assez d'objets qui donnent
prise à leurs Opérations Géométriques . Ils les
feront dans des Terres qui n'y sont , pour ainsi
dire , nullement préparées , et qui à cet égard ,
autant qu'à aucun autre , sont encore sauvages.
M. de Jussieu , frere de deux de nos Académiciens
, habile Botaniste et sçavant dans l'Histoire
Naturelle , s'est joint aux Géométres ou Astronômes
; ainsi rien ne sera négligé de tout ce
qui s'offrira dans le cours du travail principal ,
et l'on acquerra en chemin des connoissances
du surcroît.
Toute la Troupe est honorée des ordres et des
bienfaits du Roy et de ceux du Roy d'Espagne ,
F vj
mais
962 MERCURE DE FRANCE
mais malgré la protection et les faveurs des
deux Monarques , combien de fatigues et de fatigues
effrayantes , inséparables d'une telle entreprise
! combien de périls imprévus ! et quelle gloire
n'en doit- il pas revenir aux nouveaux Argouautes
!
M. de Vinslou , lût après cela un Memoire
contenant la maniere dont il s'est servi pour
soulager et guérir une femme dont la tête se
panchoit continuellement et se tournoit involontairement
sur l'épaule gauche .
M. de Réaumur lût ensuite un Memoire sur
la maniere d'abréger et d'augmenter la durée de
la vie des Insectes , qui semble avoir été fixée
par la Nature.
M. Duhamel lût ensuite un Memoire de Chimie
, qui a pour Titre , Suite des Recherches sur
le Sel Ammoniac , & c .
M. Du Fay finit la Séance par la lecture d'un
Memoire qui a pour Titre : Sixiéme Memoire sur
l'Electricité , dans lequel il examine quel raport
il y a entre l'Electricité et la faculté de rendre
de la lumiere , qui est commune à la plupart des
corps électriques .
Il commence par faire un récit abregé des experiences
qui se trouvent sur ce sujet dans Otto
de Guerike,dans Boylee ,et dans Hauksbée et venant
ensuite à celles qu'il a faites , il observe que
si l'on frotte dans l'obscurité un morceau d'ambre
, de copal , de gomme lacque , &c. il en sort
de la lumiere , mais que cette lumiere ne paroît
que lorsque l'on aproche de l'ambre frotté , la
main,, un morceau de métal , un corps mouillé ,
ou quelque autre matiere non électrique er
qu'au contraire elle ne paroît point si c'est de
Pambre , du soufre , ou quelque corps électrique
que
MAY. 1735. 959
que l'on en aproche ; cette observation est accompagnée
de plusieurs autres circonstances curieuses
, mais dans le détail desquelles il ne nous
est pas possible d'entrer.
M. D. après avoir examiné les corps dont l'E
lectricité est de l'espece qu'il a nommée résineuse,
passe à ceux dont l'Electricité doit être apellée vitrée
; il commence par les Diamans , dont il n'a
trouvé jusques à présent aucun qui ne devint lumineux
par le frottement, mais avec des differences
remarquables. Les uns le sont pendant tout le tems
qu'ils sont frottez , d'autres ne le sont qu'après
Pavoir été , et lorsqu'on vient à en aprocher le
doigt ou l'ongle , d'autres conservent la lumiere
long- tems après le frottement. Mais ce qu'il y
a de singulier c'est que ces varietez ne dépendent
ni de la beauté , ni de la grosseur , ni d'aucune
autre qualité apparente duDiamant. Quelques- uns
exposez à la flâme d'une bougie , y prennent une
lumiere qu'ils conservent dans l'obscurité ; ce
fait a donné lieu à M. D. de faire une découverte
nouvelle et très - singuliere , c'est que la plupart
des Diamants , quelques Pierres précieuses et plusieurs
autres matieres exposées au Soleil , ou simplement
au jour , s'impreignent d'une lumiere.
qu'elles conservent quelquefois plus d'un quart
d'heure dans l'obscurité, cette lumiere n'a cependant
aucun raport à l'Electricité , comme M.
Dufay le prouve par plusieurs Experiences , c'est.
ce qui l'engage à réserver ces Observations pour
un Memoire particulier, mais il en tire cette consequence
qu'il regarde comme un principe certain
, que la matiere de l'Electricité n'est pas la
même que celle de la lumiere , chacune de ces
deux propriétez pouvant subsister dans le même
sujet indépendamment de l'autre,
M
964 MERCURE DE FRANCE
M. Dufay fait une refléxion qui tend à prouver
que les fables sur l'Escarboucle , n'étoient pas
absolument dénuées de fondement. Si une per-
Sonne dont la prunelle est fort dilatée pour avoir
demeuré long-tems dans l'obscurité, y voit aporter
un Diamant qui aura été exposé pendant
quelques instants à la lumiere du jour
elle verra certainement ce Diamant lumineux
la description de ce fait , embellie de quelques
circonstances et exagerées , comme il n'arrive que
trop souvent , peut très - bien avoir donné lieu
aux histoires merveilleuses qui ont été faites sur
ce sujet.
M. Dufay passe ensuite à quelques Experiences
sur les Pierres précieuses , dans lesquelles nous
ne le suivrons point , et finit ses Observations sur
l'Electricité vitrée par quelques faits qui ont raport
à une Experience dont il avoit rendu compte
dans l'un de ses Memoires précedents . Cette
Experience consiste à rendre électrique , par le
moyen du Tube de verre , une personne suspendue
sur des cordes de soye ; la lumiere qui sort
alors du corps de cette personne n'est pas une
simple lumière , mais un feu réel , qui cause un
sentiment de douleur et de brulure , tant à la personne
rendue électrique , qu'à celle qui en aproche
la main , il a observé que la même chose arrive
à tous les animaux vivants , soit qu'on les
rende électriques par l'aproche du Tube , ou
qu'ils le deviennent par le frottement ; mais il
n'arrive rien de semblable si l'Experience se fait
sur un animal mort , et il n'en sort qu'une lumiere
sans aucune sensation de chaleur , d'ou
M. Dufay conclud que la matiere qui sort des
corps électriques est un feu réel , ou une matiere
très - propre à le devenir ; que lorsqu'elle se trouve
>
THE
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AND
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.
2
MAY . 1735. 965
ve dénuée de parties grasses ou sulphureuses , elle
ne produit qu'une lumiere tranquille ; que lorsqu'elle
sort du verre qui est chargé de ces parties
sulphureuses si abondamment , qu'on les sent
distinctement à l'odorat , elle produit des étincelles
qui frapent sensiblement le visage ou la
main , et qu'enfin lorsque cette matiere environne
un corps vivant , elle y rencontre un Atmosphere
chargé de matiere capable de l'embraser et
la réduire en un feu dont on ressent la brulure ,
M. Dufay pense qu'on pourroit peut- être augmenter
l'action de ce feu jusqu'à embraser les
corps combustibles , et il propose même quelques
moyens que l'on pourroit tenter , si l'on jugeoit
que cela en méritât la peine.
Après avoir ainsi examiné séparément l'Electricité
resineuse et l'Electricité vitrée , M. D. pas
se à une Experience raportée par M. Hauksbée ,
qui tient à ces deux propriétez réunies ensemble
et qui est très- singuliere ; nous dirons seulement
qu'elle consiste à faire tourner sur son axe un
Globe vuide d'air et enduit interieurement de
cire d'Espagne , on aplique alors la main sur ce
Globe , elle paroît entierement lumineuse , et son
image passe à travers l'enduit de cire d'Espagne
et se vient peindre au - dedans du Globe . M. D.
donne de cette Experience une explication trèssimple
et très naturelle , mais nous n'entrerons
point dans ce détail ; il finit par une énumération
des principes et des loix de l'Electricité qu'il a dé
couverts et démontrez, tant dans ce Memoire que
dans les precedens . Les plus remarquables de ces
principes sont , que tous les corps , à l'exception
des Métaux , peuvent devenir électriques par euxmêmes.
Que tous , sans exception , le deviennent
par communication. Que la même matiere qui
пе
965 MERCURE DE FRANCE
ne cause qu'une simple lumiere , lorsqu'elle est
apliquée aux corps inanimez , produit un feu
réel , lorsqu'elle rencontre un corps animé. Que
les corps électriques attirent tous ceux qui ne le
sont point , et repoussent ceux qui le sont. Qu'il
y a deux Electricitez très - differentes l'une de l'autre
, sçavoir la vitrée et la resineuse . Que la matiere
de la lumiere n'est pas la même que celle de
P'Electrité.
M. Dufay finit en remarquant que jusques à
present Electricité avoit été regardée comme
une qualité particuliere à certaines matieres et
dépendante de circonstances bizares dans lesquelles
il n'y avoit rien d'assuré , qu'aujourdhui elle
est devenue une proprieté generale de la matiere
dépendante de principes invariables , assujettie à
des Loix exactes et qui influent peut - être beaucoup
plus que nous ne pensons , sur l'oeconomie
du Globe , et il exhorte les Phisiciens à ne pas
négliger un champ aussi vaste et dans lequel il y
a encore , selon toutes les apparences , un grand
nombre de Découvertes curieuses et interessantes
à faire.
On donnera l'Extrait des autres Memoires las
à cette Assemblée.
On a apris de Rome , que le R. P. d'Evora y
a fait imprimer en 12. vol . in folio les Annales
de l'Ordre de S. François . Il en a envoyé au Duc
de S. Aignan , deux Exemplaires , un pour le
Roy de France et l'autre pour cet Ambassadeur.
On mande de Venise , que Louise Bergalli ,
Demoiselle renommée par son goût exquis pour
les Belles - Lettres , et connue en Italie sous le
nom de Bergere Arcadique , Erminda Partenide ,
MAY. 1735. 967
a donné uneTraduction des Comédies de Térence
en Vers Sciolti , dans laquelle elle a sçû allier
l'exactitude avec les graces du style. Cet Ouvra
ge est dédié à la Comtesse Clelie Borromée.
On écrit de Londres , que les Députez de l'Assemblée
generale du Clergé s'étant trompez cette
année dans l'indication du jour de la Fête de
Pâques , elle a été celebrée en Angleterre le 17.
Avril , c'est- à - dire huit jours plus tard qu'elle
ne devoit l'être.
On a vû ici à prix d'argent pendant plusieurs
mois et avec étonnement, un homme d'une grandeur
extraordinaire. Il est le septième de onze Enfans
et âgé de 29. ans , son nom est Daniel Cayanus
, natif de Cayanenburg en Suede - Finlande. Sa
hauteur est de 8. pieds et quelques pouces d'Allemagne
, ce qui fait près de 7. pieds et demi de
France. Il a presque une aulne et demi de largeur
et pese 450. livres . Cet homme gigantesque et
le plus grand dont nous ayons connoissance , est
d'ailleurs très -bien proportionné.
Du Sauzet d'Amsterdam , a mis en vente deux
Recueils de Cartes Géographiques , le premier
sous le titre d'ATLAS PORTATIF . On y compte
285. Cartes empruntées des plus celebres Géographes
, le second est un petit ATLAS DE POCHE
composé de 40. Cartes generales de toutes les
parties de la Terre , à l'usage des Voyageurs et
des Officiers . A la tête de chaque Atlas est un
Discours pour l'intelligence de la Sphere , de la
Géographie et de l'Hydrographie .
-Nous croyons faire plaisir aux vrais Curieux
de
968 MERCURE DE FRANCE
de leur annoncer une nouvelle Estampe qui se
vend chez la veuve Chereau , ruë S. Jacques , et
qui a un très-grand débit ; c'est le Mariage de la
sainte Vierge avec S. Joseph : le Grand - Prêtre ,
&c. d'une composition admirable , et des expressions
fines , avec un fond riche et convenable
au Sujet. Ce beau Morceau est gravé par le
sieur Charles Dupuis , d'après un des plus beaux
Tableaux de M. Charles Vanloo , de l'Académie
Royale de Peinture .
Il paroît depuis le mois dernier une nouvelle
Estampe , gravée par M. Cochin le fils , qui fait
un extrême plaisir à tout le monde et qui satisfait
les Connoisseurs. Ce jeune homme , qui ne
fait que d'entrer dans la carriere , paroît déja tièsavancé.
A la verité , il a dans sa propre famille
des exemples qui doivent beaucoup aider au progrès
qu'il fait dans ce bel Art , mais la plus grande
idée que nous puissions donner ici de son habileté,
c'est le choix que M. de Troy a fait de lui
pour graver une de ses plus heureuses Compositions.
C'est la Mort d'Hyppolite , prise dans le
temps que ce Prince paroît renversé et son Char
brisé et emporté par ses Coursiers épouvantez
par le Monstre Marin , suscité par Neptune , se-
Jon la belle Description qu'on en voit dans la
Phedre de Racine .
Cette Estampe se vend chez l'Auteur , Place des
Victoires , et chez Duchange , ruë S. Jacques.
L'Académie Royale de Peinture et Sculpture ,
reçut unanimement et avec distinction le 30. du
mois dernier , M. François Dandré Bardou , natif
d'Aix en Provence , revenu depuis peu d'Italie.
L'Ambition de Tullie , est le sujet du Tableau
MAY. 1735 969
bleau sur lequel il a été reçû . Ce Sujet , qui est
traité avec feu et intelligence , est generalement
aprouvé des Connoisseurs,
LETTRE érite par M. de R. B. de
la Rochelle , à M. D. L. P. à Paris ,
au sujet d'un Specifique contre l'Apoplexie
, débité par le sieur Arnoul ,
Marchand Droguiste , demeurant à Paris
, rue des Cinq Diamans.
Es effets surprenans du Specifique contre l'A
Lpoplexie,Mensies , que costul Anoul
, avoient déja fait bruit dans cette Ville
et aquis quelque crédit , lorsque les Paquets de
ce Remede , que vous m'avés envoyez me sont
parvenus. A l'inspection de ces petits Sachets ,
beaucoup de personnes ont eu peu de foi à l'effet
qu'ils produisent apliquez sur l'estomach . On en
défit un en ma présence et l'on distingua une partie
des Drogues qui entrent dans cette composition
; ce fut tout ; le reste demeura impenetrable,
et comme l'on comprit que cet Antidote n'entrant
point dans le corps , ne pouvoit produire
d'effet pernicieux , on résolut d'en faire l'épreuve.
M. de la G. se proposa lui -même pour cette Experience
; il avoit cu cinq ou six attaques d'Apoplexie
en moins d'un an , et depuis quelques jours
il en sentoit encore les aproches , il mit un des
Paquets sur son estomac, de la façon prescrite par
votre Lettre , dès le même soir il ne sentit plus
aucune agitation , et depuis il a joüi d'une santé
parfaite , plusieurs autres personnes ont suvi son
exemple, et s'en sont bien trouvez ; ainsi , Monsieur
, on convient que vous avés eu raison de
vantcg
90 MERCURE DE FRANCE
vanter l'excellence de ce Specifique, et je suis char
gé de vous prier de m'en envoyer une vingtaine
de Paquets , dont je vous ferai tenir le prix.
A la Rochelle ce 12. Avril 1735.
On nous prie d'avertir que le veritable Suc de
Reglisse et de Guimauve blanc , si estimé pour
toutes les maladies du Poulmon , inflammations,
enrouemens , toux , rhumes , asthme , poulmonie
, pituite , continue à se débiter depuis plus
de trente ans , de l'aveu et Approbation de M. le
Premier Medecin du Roy , chez Mad . Desmoulins
, qui est la seule qui en a le Secret de défunte
Mad. Guy, quoique depuis quelques années
des Particuliers ayent voulu le contrefaire .
On peut s'en servir en tout temps , le transporter
par tout et le garder si long- temps que
l'on veut , sans jamais se gâter ni rien perdre de
sa qualité.
La Demoiselle Desmoulins demeure ruë Mazarine
, chez Madame le Gendre , vis - à - vis la ruë
Guenegaud , dans la porte quarrée , entre le Sellier
et la Fruitiere , au deuxième étage.
Le sieur Voisin , donne avis au Public , qu'il
est seul possesseur , dit - il , d'un secret qui fait
mourir les Vers et Calendres , ou Charençons ,
qui se mettent dans les Bleds , et empêche ces Insectes
d'y revenir , de même empêche la dépense
excessive du Crible , ayant des Certificats des
Experiences qu'il en a faites depuis deux ans qu'il
a mis son Secret en usage. Il prend pour ses peines
et soins vingt sols par muid ; et comme il
ne peut être par tout , il délivre pour la commodité
du Public des Bouteilles de la Liqueur
dont il se sert , avec la maniere de s'en servir . Il
vend
MAY . 1735.
971
vend la Bouteille trois livres. Ceux qui en voudront
le trouveront chez lui , ruë de la Marche ,
au Marais , chez le sieur Gobert. Son Tableau
est sur la porte .
LES
COMBATTANS ,
J
AIR PAYSAN.
Arni , que dans les Combats
J'ons de vaillants Soudats !
Quand ils y sont ,
Faut voar comme ils tapont ;
Ces fanfarons d'Allemands ,
Plus grands que des Giants ,
Croyont battre nos Gens :
Mais nos braves Generaux ,
Qui guertiont ces Lourdauts ,
Sans être un brin émus ,
Les avont attendus ,
Et si bien ramonez ,
Qu'avec un pied de nez ,
Ils ont fort prudemment ,
Plus vite que le vent ,
Regagné leur Pays ,
Criant , qu'eux étourdis !
Sans peur ils vont leur train ;
Les Armes à la main ,
972 MERCURE DE FRANCE
Et d'estoc et de taille toujours ,
Frapant comme des sourds ,
Mettont tout à rebours .
Quittons l'Italie ,
C'est pure
folie
De rester ici ;
Qu'est-ce qu'on espere
De faire ,
Avec un Ennemi ,
Diable et demi.
SPECTACLES.
LES GRACES , Ballet heroïque ,
réprésenté par l'Académie Royale de Mu
sique , le Jeudi cinquième May 1735.
E Balet dont M. Roy a composé le
Poëme ,et M. Mouret la Musique ,
a été reçu d'une maniere assez équivoque ;
les Réprésentations qui succederont à la
premiere , nous éclaireront mieux sur le
succés qu'on en peut attendre ; nous n'en
ferons qu'un Extrait succint et dépouillé
de toute partialité.
Le Théatre réprésente au Prologue le
Temple consacré à Helene , sous le nom
de
MAY.
1735. 973
de Venus l'Etrangere . La Prêtresse expose
une partie du Sujet par ces Vers :
Regné , divine Helene , honneur de ces climats
Sous le nom de Venus , le Nil vous rend hom
mage ;
Dans ce Temple marqué des traces de vos pas ,
Vous enchaînés le tems au pied de votre image ;
Vous suspendés son funeste ravage :
Et les Belles par vous renouvellent d'appas.
Une troupe de Prêtresses forment la
Fête de ce Prologue , deux Egyptiennes
viennent se plaindre à la grande Prêtresse
de ce que , malgré la beauté qu'tlene
leur a donnée en partage , elles ne
trouvent que des Coeurs insensibles : la
grande Prêtresse prie Helene d'achever
son ouvrage , et de joindre au don de la
beauté , le bonheur de plaire ; ses voeux
sont éxaucés ; l'Amour descend des cieux;
il fait entendre que les Graces doivent ac
compagner la beauté, si l'on veut plaire :
Voici comment parle ce Maître des Coeurs:
Ce n'est pas la Beauté qu'Helene eut en par
tage
Qui soumit à ses loix tant d'illustres vainqueurs;
Les Graces la guidoient ; sa gloire est leur ou
vrage ;
La Beauté n'a souvent que le sort des couleurs ;
Elle
974 MERCURE DE FRANCE
-
Elle attache les yeux , sans attendrir les Coeurs ;
Aux Graces désormais adressés votre hommage.
Voici ce qui acheve l'exposition ;
C'est toujours l'Amour qui parle :
Les Graces vont lancer des traits toujours vainqueurs
;
Sur l'Enjoument , l'Innocence , et les pleurs
Je fonde l'Empire des Belles ,
Les ris, l'Amour timide , et les tendres langueurs
Par mille ressources nouvelles
Vont éveiller, séduire et toucher tous les Coeurs.
Dans la premiere Entrée où l'on traite
le caractere de l'Ingenue , le Théatre réprésente
le Palais des Empereurs de Bysance.
Theophile , Empereur d'Orient ouvre
la Scene avec Leonce son confident ;
ce dernier annonce aux Spectateurs le
choix que son Maître doit faire d'une
Impératrice parmi ses sujettes . Cette politique
est fondée sur les malheurs qui
sont arrivés à l'Empire , par les brillantes
Alliances que les predécesseurs de Theophile
avoient faites , et c'est pour éviter
ces malheurs , que l'Empereur Regnant
semble vouloir se choisir une Epouse
dans un rang médiocre ; nous disons qu'il
le semble , mais c'est veritablement l'A-
>
mour
MAY. 1735
975
mour qui l'y porte : Voici comment il
s'explique enfin :
Un jeune objet ignoré de la Cour ,
Nourri dans l'ombre et le silence ,
M'a fait seul ressentir les troubles de l'Amour.
De timides regards , une aimable innocence
Un langage touchant sans art et sans détour
Des yeux dont elle- même ignore la puissance ,
Tout lui donne la préference & c.
Pour achever d'instruire lesSpectateurs,
Leonce demande à son Maître , si cet objet
charmant connoît son rang ; Theophile
lui répond qu'elle l'ignore , il sort
avec son fidele Confident pour l'aller
chercher dans le bois prochain où elle
fait son séjour ; à peine sort- il pour aller
chercher Theodore , c'est le nom de celle
qu'il aime , qu'elle entre par un autre
côté du Théatre avec Eudoxe sa Mere .
Cette Mere ambitieuse , éxhorte sa Fille à
mettre tout en usage pour disputer le coeur
de l'Empereur à une foule de Concurrentes
, qui viennent briguer son choix ;
Theodore ne lui répond que par des soupirs
; Eudoxe en aprend la cause par
cette Reponse ingenuë :

Cet aimable Chasseur égaré dans nos bois ,
G Reçu
976 MERCURE DE FRANCE
Reçu par vous et par mon Pere ,
C'est lui qui cause encor le trouble où je me vois
Je voudrois l'oublier , son image m'est chere ,
Peut - être plus que je ne dois.
Eudoxe condamne une passion si infructueuse
, elle redouble ses instances ;
et voyant paroître les ambitieusesRivales
de sa Fille , elle se retire .

Cette troupe de Concurrentes dit à
Theodore , sur un ton vrai semblable.
ment ironique :
Venés , Rivale charmante ;
Vous ne languirés pas dans une longue attente §
Ce grand jour doit décider ;
Vous allés disputer une gloire éclatante ,
Que sans rougir on peut céder.
Theodore leur répond modestement
Je n'aporte ici que des larmes ;
Je ne dispute rien à tout ce que je vois ;
Eh pourquoi l'Empereur , en voyant tant de
⚫harmes ,
N'a-t'il pas déja fait son choix ?
Après leur avoir dit qu'elle est prête à
marcher sur leurs pas , elle les prie de la
laisser revenir du trouble qui l'agite. D'abord
après un court Monologue , Theo,
phile
MAY. 1735.
977
phile qui l'étoit allé chercher dans le bois,
revient et paroît fort surpris de la trouver
à la Cour ; il la soupconne d'y être
conduite par l'ambition ; il lui en faic de
tendres reproches ; Theodore lui avouë
ingénument qu'elle n'a fait qu'obéir aux
ardres de sa Mere ; Theophile affectant
un air jaloux , lui dit :
Tant de charmes ne sont pas faits ,
Pour être ensevelis dans un séjour champêtre ;"
De ces lieux le Souverain Maître
+
Connoîtra comme moi le prix de vos attraits.
.Il pousse la feinte plus loin , il semble
souhaiter qu'elle soit Impératrice ; Theodorę
ignorant que c'est l'Empereur même
qui lui parle , éclate contre lui ; elle
veut le quitter ; il l'arrête , et persuadé de
sa constance , il la rassure par ces mots :
Avec l'inconnu qui vous aime ,
Voyés tout l'univers tomber à vos genoux ;
Recevés la grandeur suprême ;
Mon coeur en vous l'offrant croit la tenir de
vous.
Les Peuples arrivent , et célebrent par
leurs chants et par leurs danses , le choix
leur Maître vient de faire , et qu'il
leur déclare.
que
Gij A
578 MERCURE DE FRANCE
A la deuxième Entrée qui est La Mé
lancolique , le Théatre réprésente un Bocage
avec unTemple consacré à Bacchus ;
on voit dans l'éloignement la Ville de
Sycione.
Agariste, Fille du Grand-Prêtre de Bacchus
, expose le sujet de sa mélancolie ;
c'est une prétendue inconstance qui la
cause. Doris sa Confidente qui arrive un
moment après, lui reproche l'éternelle réverie
où elle se livre dans un lieu qui semble
n'être fait que pour la joye ; voici
comme elle s'explique :
Tout parle ici d'un Dieu , vainqueur de la tris
tesse :
Et l'Auteur de vos jours préside à ses autels
Des autels consacrés à lá seule allegresse
Sont profanés par vos pleurs éternels,
Doris ajoute que les Chefs des Sybarië
tes , viennent s'acquitter envers Bacchus
d'un tribut annuel , et que Smindiride est
àleur tête ;au nom deSmindiride la tristesse
d'Agariste redouble ; elle soupire et pres
sée par Doris , elle lui avoue que c'est lui
qui cause toutes ses douleurs ; elle l'accuse
d'inconstance , et croit qu'il ne vient.
à Sycione que pour la braver. Doris l'éxhorte
à oublier ce pretendu Infidele par
exte maxime,
Des
MAY.
17357 973
Des reproches d'une Amante
Un volage est trop flatté ;
Moins il se voit regretté ,
Plus on trompe son attente ;
Nous abaissons sa fierté ,
Et la notre est triomphante.
Agariste se retire à l'approche de Smin
diride, suivi d'Iphis, son Confident. Iphis -
demande à Smindiride, si c'est l'espoir de
quelque nouvelle conquête, qui l'a mene
a Sycione , Smindiride lui répond que son
coeur est fixé pour toujours , et que c'est
Agariste qu'il adore ; Iphis est surpris
qu'il aime une Beauté aussi triste que cellelà
; ce reproche engage Smindiride à définir
la mélancolie de l'objet dont il est enchanté
, et en trace cette agréable peinture ;
Non ; ce n'est point cette mélancolie ,
Jalouse du bonheur d'autrui ;
Ni cette sombre réverie
Que l'orgueil accompagne , et que répand l'en
nui ;
Mais c'est l'inquiétude ou la langueur d'une
ame
Qui ne pense qu'à son Amant ,
Qui fuit tout amusement
Pour se nourrir de sa flamme ;
Un seul regard distrait , ou suspect de froideur ;
Giij
Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le plus léger soupçon la trouble et l'épouvante ;
Sa crainte renaissante
Ajoute un prix à la moindre faveur ;
Ses beaux yeux couverts d'un nuage
Et serains pour moi -seul , semblent dans leur
langage
Me dire , c'est de vous que dépend mon bonheur
;
O Dieux ! quel charme séducteur !
Il faut pour le sentir , voir l'objet qui m'engage,
Smindiride ajoute qu'il lui demande
un moment d'entretien , et conjure Iphis
d'aller presser cet heureux moment.
Après un Monologue dans lequel ce Chef
des Sybarites fait connoître ce qui se passe
dans son ame , Agariste vient ; elle reproche
à son Amant l'infidelité dont elle
le soupçonne ; il s'en justifie , et lui rend
la joie que ses soupçons lui avoient ravie
Le grand Prêtre de Bacchus vient recevoir
les offrandes des Sybarites , et il chante
cet Hymne generalement aplaudi ; il
est en dialogue avec les choeurs :
Chantés le Dieu qui fait éclore
Les dons les plus chers aux humains
De l'Amour il arme les mains ;
Par ses attraits il l'embellit encore ;
Il rend ses coups plus doux et plus certains.
MA Y.
1735 981
A sa voix l'ennui s'envole ;
Il bannit les noirs chagrins ;
Est-il un coeur qu'il ne console ?
Il triomphe des destins.
Le grand Prêtre annonce aux Sybarites
que Bacchus reçoit leur encens et leurs
voeux ; ce qui donne lieu à Smindiride de
le prier de le rendre heureux à son tour ,
par le don d'Agariste ; le Grand Prêtre y
consent , et marie ces tendres Amants au
gré de leurs plus chers désirs. Cet Hymen
est célébré par un Balet , où la volupté
préside ; ce sont les Sybarites qui en
forment les jeux : Voici un Hymne à la
volupté :
Des plaisirs , aimable Maîtresse ,
De nos coeurs éternelle yvresse ,
Seduisante volupté ,
Regnés , triomphés sans cesse .
Sans vous , du Dieu qui nous blesse ;
Le pouvoir seroit redouté ;
Sa gloire vous intéresse ,
A notre felicité.
Ce Balet passe sans contredit pour le
plus beau et le plus flateur qui soit dans
aucune des Entrées , quoique les autres
ayent de grands agréments .
Giiij Dans
582 MERCURE DE FRANCE
Dans la troisiéme Entrée , caracterisée
par l'Enjoument , le Théatre représente
la campagne de Rome ; on voit le Tibre
dans l'éloignement.
Dercilis , Esclave Tirinthienne , ouvre
la Scene par unMonologue qui peint l'Enjoument
qui lui est naturel . Misis ,compagne
de cette esclave , et non moins enjouée
qu'elle , l'invite à ne point sortir d'un si
aimable caractere, et lui promet de l'imiter
; elle commence par exposer le Sujet
de la Piece ; le voici :
'Aimable Dercilis , courons sur le rivage ;
De superbes apprêts , à nos yeux sont offerts ;
Corinthe , de Venus envoye ici l'image ;
Ce trésor précieux a traversé les mers ;
Il entre dans le Tibre , et de tout l'Univers
Rome lui présente l'hommage.
Après uneScene très vive et très enjouée
de part et d'autre , Dercilis congédie Mysis
sous prétexte de voir laFête qu'on préparescette
aimable Enjouée fait connoître
par un Monologue , qu'elle n'est pas aussi
ennemie de l'Amour qu'elle vient de le
faire paroître par ses discours ; on en peut
juger par ces Vers qu'elle chante passionnément
:
Ce n'est qu'à toi que j'ai recours ,
Gage
MAY. 983 1735

Gage de mon repos , mere de l'innocence ,
Gloire,deffends mon coeur des piéges des Amours)
fais n'est-ce pas déja ressentir leur puissance ,
Que d'appeller la Gloire à mon secours.
Valere , Chevalier Romain , vient interrompre
ces tendres refléxions ; il parle
de son amour à Dercilis , qui élude autant
qu'elle peut les traits qu'il veut lui
porterselle lui reproche l'ennui qu'il veut
lui inspirer par un entretien si contraire
à son enjouement naturel ; voici comme
elle s'en plaint :
Nos entretiens brilloient jusqu'à ce jour
D'une legereté charmante ;
C'est unton serieux que celui de l'amour ;
Et le serieux m'épouvante .
Valere loin de se rebuter , la
" › la
presse
si vivement
, qu'elle
est obligée
de le fuir,
sous prétexte
d'aller
voir laFéte
, quoique
ce Romain
lui en ait donné
une idée peu
agréable
, par le recit du refus obstiné
que
Venus
semble
faire d'entrer
dans Rome
,
demeurant
immobile
sur les eaux , quelques
efforts
qu'on
fasse . Il reste seul à se
plaindre
de l'insensibilité
de Dercilis
, et
commence
à perdre
toute esperance
de la
fléchir
, lorsque
Mysis
vient
lui annon-
Gv
cer
984 MERCURE DE FRANCE
cer que Rome triomphe , et que c'est-
Dercilis qu'elle doit sa gloire et son bon,
heur ; voici les Vers qui annoncent cet
heureux changement :
On avoit perdu l'esperance ;
On n'entendoit que de tristes clameurs ;
Venus étoit insensible à nos pleurs
Quand Dercilis vers le Tibre s'avance :
Ah! Déesse, entends moi pour la premierefois
Que par toi mon bonheur commence.
Elle dit , et Venus semble écouter sa voix ;
Son voile est le seul don qu'elle offre à l'Immor.
telle ;
Il vole , l'air s'agite ; on voit frémir les flots ;
Le vaisseau qu'enchaînoit un funeste repos
Aux Romains étonnez rend l'objet de leur zele . ›
Dercilis avoit déja dit dès la seconde
Scene , qu'un Oracle ne lui avoit
promis sa liberté qu'à la faveur d'un mi→
racle ; il en falloit un à l'Auteur ; il l'a
pris dans les Fastes de Rome et d'aprè‹ la
Vestale Claudia , qui par la vertu secrette
de sa ceinture , attira sur le rivage le
vaisseau qui portoir la Statuë de Cybelle
qu'un obstacle invisible rendoir immobile;
Cetre derniere Entrée finit par l'Hymen
de Valere et de Dercilis ; la Fête est célebrée
par les Romains et lesTyrinthiens,
compatriotes
MAY. 1785 .
985
compatriotes de Dercilis , qui leur fait
rendre la liberté qu'ils avoient perduë
avec elle.
On repete le Balet des Fêtes de Thalic
pour donner le mois prochain.
La parodie d'Achille & Deidamie , dont
les sieurs Romagnesi et Riccoboni sont
les Auteurs , a été favorablement reçûë
du Public ; elle fut réprésentée par les
Comédiens Italiens au mois de Mars dernier.
Nous prions le Lecteur de nous dispenser
d'en donner ici unExtrait détaillé.
Ce seroit lui donner deux fois le même
Extrait , attendu que l'action théatrale ,
et la disposition des Scenes sont les mêmes
dans la Parodie que dans la Tragédie.
Il seroit à souhaiter qu'on fut un peu
moins fidele à suivre le sujet sur lequel on
veut s'égayer. Oedipe travesti , le mauvais
Ménage , & Agnés de Chaillot , devroient
servir de modele à tous ceux qui se mêlent
de travailler dans ce genre ; mais la paresse
ne s'accommode pas d'une imitation
qui demanderoit trop de soins, et l'on aime
mieux entrer dans un chemin déja
frayé , que se faire une nouvelle route.
Au reste nous ne prétendons pas disconvenir
que la Parodie en question n'ait du
mérite et qu'elle ne soit assaisonnée de
G vj quelques
986 MERCURE DE FRANCE
quelques grains de ce gros Sel , plus con→
venable à ces sortes d'Ouvrages , que le
Sel attique le plus raffiné ; voici un éxem➡
ple de ce dernier Sel , dont la Parodie n'a
pas besoin :
Licomede ne paroît qu'à la prémiere
Scene de l'Opera d'Achille et Déidamie ;
pour faire sentir ce défaut , et l'inutilité
du Rôle , les Auteurs de la Parodie font
dire à Thetis, parlant à ce Roi de Scyros :
Partés , vous étes inutile .
Licomede lui répond en s'en allant :
Aussi ne me verra- t'on plus.
Il faut des traits plus frappés pour faire
rire le Peuple , pour qui ces sortes d'Ouvrages
semblent être destinés ; les gens du
plus haut étage ne laissent pas de les honorer
de leur présence ;mais ils y portent
un esprit convenable au genre que l'affiche
leur annonce .
Voicy une Critique plus à portée des
Spectateurs que ce Spectacle rassemble ;
Il s'agit d'une chasse ; on se propose de
la rendre bruyante , pour la faire briller
davantage. Cette Critique tombe sur l'habitude
où l'on est depuis quelques années
de crier sur le Théatre de l'Opera plutôt
que d'y chanter ; voici ce qu'on fait dire
à un Chasseur :
MAY.
98%
17331
Qu'à nos voix l'écho réponde ;
Par du bruit ,
Amusons tout le monde,
Qu'à nos voix l'écho réponde #
Par le bruit ,
Tout le monde est séduit ,
La Musique ,
Faite à l'antique ,
Plait aujourd'hui moins que l'Italique
Sa rubrique
Flatte, picque ;
Et les cris
Sont toujours aplaudis.
LaDanse est critiquée à son tour du côté,
du sautillage continuel que le mauvais
goût y a introduit ; c'est le même Chas
seur qui parle s
Que l'on danse ;
Hors de cadence ,
Pourvû qu'on saute , on fait fracas ;
Lajustesse ,
La noblesse
Ne vaut pas
De brillants entrechats ;
La froide delicatesse
N'a plus que d'ennuyeux appas.
Ulisse suivi d'Arcas vient au Temple
de l'Amour ; il ordonne à Arcas de mettre
88 MERCURE DE FRANCE
tre une Epée et une Rondache sur l'Autel
du Di u qu'on y tévére ; persuadé que
ce piége leur va déceler le jeune Achille
caché sous l'habit d'un Berger ; il s'explique
ainsi :
En vain on nous le cache
Mets sur l'Autel , Arcas
L'Epée et la Rondache ;
C'est l'avis de Calchas.
Si- tôt qu'Achille des verra ,
Il se découvrira.
La raison qu'il donne du succès de son
stratagême , c'est qu'Achille est du Sang
des Dieux . Ulisse se retire pour observer
Achille et le prendre sur le fait ; et comme
cela a l'air d'un enrôlement , Ulisse après
le succès , chante avec Achille , en parlant
du ravisseur d'Helene :
1
Tremble,perfide ennemi ,
Tu vas éprouver mon courage ;
Je ne bats point à demy ;
Nous allons voir un beau tapage
La santé du Roy ;
Dépêche-toi ;
Verse la moi ;
Car j'ay du coeur , lorsque je boy.""
I
Nous
MAY. 17351
989
Nous passons tout le reste > par la
raison que nous avons dite. Voici ce
qu'il y a de different dans la Paròdie ,
c'est le dénouement. L'Opera d'Achille
et Deidamie dans les prémieres Réprésentations
finissoit par la mort de Deidamie
, qui voyant son Amant prêt à la
quitter , se plongeoit un poignard dans le
sein . Dans les dernieres Réprésentations,
Thetis, comme Souveraine des Mers , excitoit
une tempête pour empêcher le départ
de son Fils , et Mercure venoit lui
annoncer de la part du Destin , qu'il falloit
absolument qu'Achille allât auSiége
de Troye , dautant que le sort de cette
Ville étoit attaché à la valeur de ce Héros :
Achille laissoit Deidamie entre les bras
de Thetis , et la flatoit d'un heureux et
prochain retour ; les Auteurs de la Parodie
ne s'étant accommodés d'aucun de ces
dénouements , parce que , selon eux , c'étoit
démentir l'Histoire , qui fait naître
Pyrrhus de l'Hymen d'Achille et de Deidamie
, en ont imaginé un troisiéme qui
concilie tout ; il le font proposer par le
sage Ulisse ; le voici :
Ecoutés ma raison ;
Elle est fort naturelle ;
4
Elle
990 MERCURE DE FRANCE
Elle aime ce Garcon ;
Il aime aussi la Belle ;
Que par l'Hymen ils soient unis ;
La Mere le souhaite ;
Monsieur son Pere en est d'avis ;
C'est une affaire faite.
Thetis répond ; Oui,ma Fille épousés- les
son départ ne vous fera pas tant de peine .
Le 30. Avril , les Comédiens Italiens remireng
au Théatre Agnés de Chaillot , Parodie de la Tragédie
d'Inés de Castro , que les Comédiens François
avoient remis au Théatre dans le mêmetemps.
Cette Parodie est une des meilleures du
Théatre Italien ; le sieur Riccoboni y joue le
Rôle du Bailly , qui est celui d'Alphonse dans la
Tragédie,et contrefait très-bien la voix et le geste
de l'ActeurFrançois qui le réprésente dans laTra
gédie . La Dlle Silvia qui par le naturel , et la fi
nesse de son jeu , s'attire toujours de nouveaux
aplaudissemens , joue en homme le Rôle de Don
Pedro , sous le nom de Pierrot , et fait un plaisir
infini.
Le 9. May , les mêmes Comédiens donnerent
une Piece nouvelle en Prose en trois Actes , sous
le Titre de la Mere Confidente , qui est très- goûtée
et très suivie : On ne manquera pas d'en ren
dre compte.
Le 26. May, ils donnerent la premiere Réptésentation
d'une petite Piéce nouvelle en Vers
en un Acte,ornée d'un Divertissement de Chants
et le Danses , de la composition des sieurs Romagnesi
et Riccoboni , elle a pour titre le Conte
de
MAY. 1735 991
de Fée, on parlera plus au long de cette Piéce qui
a été reçûë fort favorablement du Public .
Le 9. de ce mois , les Comédiens François don
nerent la premiere Réprésentation de la Magie de
Amour , Comédie en un Acte , en Vers, de M.
Autreau , déja fort connu par plusieurs bons Ouvrages
donnés sur ce Théatre et sur le Théatre
Italien ; celui - ci qui est generalement aplaudi ;
fui fait beaucoup d'honneur par la manière sim→
ple , fine et naturelle dont il est écrit , et par
l'art avec lequel il est composé. Nous ne manquerons
pas d'en donner un Extrait détaillé . La
Piéce est parfaitement bien jouée . Le caractere
d'une jeune Bergere naïve , est rempli par la Dile
Gaussin , avec beaucoup de graces et d'intelligence.
Les mêmes Comédiens répetent pour donner
au commencement du mois prochain, une Tragé
die nouvelle qui a pour titre Aben - Saïd , Empereur
des Mogols , cet Ouvrage est de M. l'Abbé
le Blanc , déja connu par d'autres Poësies . Nous
en parlerons plus au long.
On a remis au Théatre la Comédie de Cris
pin Musicien , d'Haute Roche
, que le Pu
blic revoit avec plaisir . La Piéce est très- bien
jouée , le sieur Poisson y remplit le principal Rôle
avec ce feu et ce naturel qui fait tant de plaisir.
Ce Rôle est héréditaire dans sa famille , ainsi
bien d'autres , mais il ne l'a jamais vû jouer
à son pere ni à son grand pere ; ce dernier l'avoit
joué d'original.
que
NOUVELLES
992 MERCURE DE FRANCE ,
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE .
N écrit de Petersbourg du 12. du mois pas
Osé,que le Traité Navigation cut de o pass
merce conclule 2. du mois de Décembre de l'année
derniere entre S. M. Czarienne et le Roy
d'Angleterre , vient d'être rendu public. En voici
PExtrait.
Il y aura une parfaite liberté de Navigation et de
Commerce dans les Etats des deux hautes Parties
Contractantes situez en Europe , où la Navigation
est permise à aucune autre Nation.

Les Sujets de part et d'autre pourront y envoyer
toutes sortes de Marchandises dont l'entrée n'est pas
défendue , et y acheter pareillement toutes sortes de
Marchandises , de l'Or et de l'Argent , et les transporter
hors desdits Etats .
Les sujets de Russie payeront les mêmes droits de
sortie que les Marchands Anglois , sur tous les effets
qui sortent des Etats de Russie ; et les MarchandsRussiens
jouiront des mêmes libertés et privi
leges de commerce en Angleterre , dont jouissent les
Marchands Anglois de la compagnie de Russie ,
moyennant qu'on observe les Loix et Ordonnances
établies.
Si les sujets de la GrandeBretagne font des Contrats
avec la Chancellerie ou College de Commerce
pour delivrer des Marchandises , lesdites Marchandises
seront reçûës au temps specifié , sur la déclaration
qu'ils feront qu'elles sont prêtes .
Les
MAY. 1735.
993
1
>
Les Anglois peuvent faire entrer en Russie toutes
sortes de marchandises et les transporter en Perse
par le chemin le plus court et le plus convenable , en
payant trois pour cent pour le droit de transit : ilspourront
aussifaire repasser toutes sortes deMarchandises
qu'ils auront achetées en Perse , en payant le même
droit , sans être obligés d'ouvrir leurs Ballots ; mais
si les Oficiers des Douanes ont raison de soupçonner
que la valeur n'en aura pas été déclarée juste , ils
pourront srtenir les Marchandises pour leur compte
en les payant selon la valeur déclarée .
Il sera permis aux Sujets de part et d'autre de
charger à bord de leurs propres Vaisseaux les Marchandises
qu'ils auront achetées , en payant le droit
de la Douane , qui ne sera perçu que sur le pied que
payent les Sujets d'aucune autre Nation : en cas de
fraude des Droits , les Marchandises seront confisquées
sans aucun autre châtiment .
Si l'on trouve à bord des Vaisseaux une plus
grande quantité de munitions de guerre qu'il n'en
faut pour l'usage dudit vaisseau et des Passages
on pourra les saisir ; mais on ne pourra détenir le
Vaisseau ni les effets . En cas de naufrage il sera
donné toute sorte d'assistance aux malheureux >
sans pouvoir faire aucune violence à leurs effets.
Les Sujets de part et d'autre pourront bâtir des
maisons , et en disposer : Ils seront éxempts des quartiers
pour les Soldats , et on accordera des passeports
à ceux qui voudront se retirer deux mois après qu'ils
auront notifié leur dessein de partir .
Les Marchands Anglois ne seront point obligez à
montrer leurs livres à qui que ce soit , excepté pour
faire preuve en justice : et pour plus grande facilité
et encouragement du commerce de la Grande Bre
tagne,on est convenu qu'à l'avenir les effets de Laine
d'Angleterre ne payeront pas plus de droit d'en
trée
$94 MERCURE DE FRANCE
trée que ce qui est spécifié. CeTraité durera l'espace
de 15. ans , à commencer du jour de la signature ,
Loc.
DE POLO G NÊ.
Es Lettres du 15. du mois dernier , porteng
Lque le Comte Pocci, Régimentaire de Lit
thuanie , et les Palatins de Viteps et de Volhinie,
ayant été avertis qu'un Corps de Troupes Moscovites
, composé d'environ 2000. hommes d'Infanterie
et de 1000. hommes de Cavalerie , étoit
en marche sous les ordres de M. Ozemblowski ,
pour aller joindre le Major General Biron , ils
décamperent le30.Mars, et qu'après avoir séparé
leurs Troupes en trois Corps , ils prirent des
routes differentes pour aller s'emparer de tous
les défilez par lesquels le secours que le Major
General Biron attendoit , pouvoit passer.
Le Corps que Commandoit le Comte Pocci ;
arriva le premier Avril à Wesknoycia , et M.
Ozemblowski , qui avoit fait quelques marches
forcées , y arriva le lendemain avant le jour avec
toute sa Cavalerie et une partie de son Infanterie.
Ce General , sans donner à ses Troupes le
temps de se reposer , attaqua le quartier du Ré
gimentaire de Lithuanie dans l'esperance de le
surprendre , mais ce dernier , qui ayant été informé
du dessein des Moscovites , avoit eu le
temps de donner ses ordres , fit sortir de son
Camp quelques Escadrons sous les ordres du
Colonel Baskowski, et ce Détachement repoussa
les Moscovites , lesquels après s'être ralliez plusieurs
fois , furent obligez de se retirer en désor→
dre dans un bois voisin.
Le 3. M. Ozemblowski , qui avoit êté joint
par le reste de son Infanterie , et qui s'étoit fait
amener
MAY. 17356 995
amener quelques Pieces de Canon , attaqua une
seconde fois les Polonois . Le feu fut très vif de
part et d'autre , et après un combat qui dura assez
long-temps , les Moscovites furent mis en
faite. Ils ont perdu dans ces deux occasions plusde
300. hommes et un grand nombre de Cheyaux
.
Le Régimentaire de Lithuanie , après avoir
poursuivi M. Ozemblowski jusqu'à Wiershelon ,
a marché du côté de Szeznez , où le Palatin de
yolhinie est campé avec ses Troupes,
On a apris de Warsovie , que le Comte Zeluski
, neveu de l'Evêque de Plocko , et Referendaire
de la Couronne , avoit abandonné les interêts
de l'Electeur de Saxe , et qu'il étoit allé
trouver le Roy à Konigsberg.
Le 3. Avril , le Palatin de Lublin arriva près
de Cracovie , et le 4. il continua sa marche pour
aller du côté d'Opatow. Le lendemain , un Détachement
de ses Troupes , commandé par le
Staroste Zagwoyski , fut attaqué près de Bassovitz
par un Corps de Troupes Moscovites , et le
Staroste fut tué , ainsi que M. Laskouski .
Le 6. le Palatin de Lublin campa à Zawis
ehits , et le jour suivant il se rendit à Janowits .
Quatre Compagnies ayant passé la Vistule à cet
endroit par son ordre , elles tomberent dans une
embuscade d'un Détachement des Troupes du
General Sagreski , qui les envelopa et qui les
obligea de se rendre prisonnieres de guerre.
Ce General décampa le 7. et étant arrivé le
9. près de Stenzice , il y fit passer la Vistule à
une partie de ses Troupes.
Les Partisans de l'Electeur de Saxe assurent que
de Castellan de Czersk , qui s'étoit séparé du Paiatin
de Lublin , n'a pu le rejoindre , et que se
voyan
$96 MERCURE DE FRANCE
voyant enfermé de tous côtez par les Moscovites
, il a envoyé des Députez au General Lesci
pour lui offrir de quitter les Armes et de se sou
mettre à l'Electeur. Ils ajoûtent que le General
Lesci a attaqué 18. Compagnies des Troupes du
Palatin de Lublin , et qu'après une longue résistance
elles ont été contraintes de suivre l'exemple
du Castellan de Czersk.
Le Comte Pocci , Grand Régimentaire de Lithuanie
, qui a demeuré pendant quelque temps
avec un Corps de 8000. hommes dans l'Evêché
deWarmie , où il a exigé de fortes contributions
des Villages qui appartiennent à des Seigneurs
attachez à l'Electeur de Saxe , est campé près de
Thorn .
On mande de Konisberg , que le Com
te Rzewuski , le Comte Sapicha , Staroste de
Mereski , et 70. autres Seigneurs ou Gentilshom
mes s'y sont rendus depuis peu de Lithuanie .
Les derniers avis reçûs de Warsovie , confirment
que le General Lesci ayant enfermé le Détachement
de Troupes commandé par le Castellan
de Czersk , l'avoit contraint de se soumettre
à l'Electeur de Saxe.
• Selon les mêmes avis la Capitulation accordée
aux Troupes de ce Castellan , porte que l'Electeur
leur fera payer six mois de solde , qu'on leur assignera
des quartiers où on leur fournira les vivres
et les autres secours qui leur seront néces
saires ; qu'elles n'y seront point inquietées par
Ics Troupes Moscovites ni par les Troupes Saxones
; que tous les Prisonniers faits de part eg
d'autre seront remis en liberté ; que le Castellan
pourra garder auprès de lui pour sa sûreté vingt
Towarczycks , qui jouiront des mêmes droits
que les autres Soldats , et que l'Electeur lui rens
dra
MAY . 1735 . 997
dra ses bonnes graces , ainsi qu'à tous les Officiers
qui servoient sous ses ordres.
Selon les derniers avis reçus de Dantzick , les
Troupes du Comte Pocci ont quitté l'Evêché de
Warmie depuis que ce General est allé à Konisberg
, et elles marchent sur trois colonnes vers
la grande Pologne. Les Troupes du Palatin de
Volhinie ont défait entierement un Détachement
des Troupes Saxones , commandé par M. Haveman
, et elles se sont emparées de deux Pic
ces de Canon.
ALLEMAGNE .
ON écritde Munick , qu'on y a publié le Placard suivant .
COMME il a été répandu depuis peu dans l'Empire
un Ecrit imprimé , sans nom d'Auteur , intitulé
: Remarques impartiales de la Cour Electo
rale de Baviere , par lequel l'Auteur , non- seulement
s'émancipe à critiquer ce qu'il apelle lès
Prétentions particulieres de la Maison Electorale
de Baviere , par où il fait voir évidemment son
ignorance , mais qu'il prête aussi aux Cours Elecsorales
de Cologne , de Baviere et Palatine des vûës
contraires au salut de l'Empire , et qu'il tâche d'insinuer
que ces mêmes Cours méditent en matiere de
Religion des entreprises contre les Cours et Etats de
la Confession d'Ausbourg , et comme tout ce que ledit
Auteur a inseré dans cet Ecrit d'une maniere si
témeraire et affirmative, est faux , nonfondé et scandaleux
, et qu'il paroît évidemment , que ses mensonges
prémedite , son ignorance et sa malice, n'ont
pour but que de fomenter d'une maniere punissable
la méfiance , la désunion et la mésintelligence entre
les Hauts Etats de l'Empire , sans craindre d'enfraindre
les Constitutions de l'Empire , en offensant
impuné998
MERCURE DE FRANCE
impunément les Maisons Electorales de Baviere of
Palatine , auxquelles il attribuë des faits si notoirementfaux
, c'est pourquoi , en attendant qu'on découvre
la personne de l'Auteur , afin de lui faire
subir le châtiment qu'il mérite , en conformité des
Constitutions de l'Empire , il a été ordonné que cet
infâme Libelle soit brûlé par la main du Boureau ,
afin qu'un chacun sache qu'un pareil Ouvrage de
mensonge ne mérite point d'autre réplique , &c.
On a reçû avis d'Allemagne , que quelques-
uns des Entrepreneurs et des principaux Ouvriers
de la Manufacture de Porcelaine , établie
à Dresde , ayant pris des mesures pour abandonher
la Saxe et pour aller s'établir dans les Etats
du Margrave de Bareith , et leur dessein ayant
été découvert , ils ont été arrêtez et conduits à
Maissein, pour y être employez le reste de leurs
jours aux travaux publics.

On aprend de Hanover , que les deux superbes
Tombeaux , auxquels on travailloit depuis quelques
années , dont l'un est destiné pour le feu
Roy George I. et l'autre pour l'Evêque d'Osnabrug
, son frere , viennent d'être achevez ; ces
deux Pieces ont été faites sur les Desseins de
M. Reetz , Premier Architecte de la Cour , qui
s'est attiré par cet Ouvrage un aplaudissement
universel. Tous ceux qui les voyent ne sçauroient
assez en admirer la beauté , la magnifi- ‚'
cence et l'ordonnance. Les Décorations en sont
toutes d'argent massif sur un fond de cuivre doré
au feu. Čes deux Tombeaux sont éxposez dans
un des Apartemens du Château , où ils resteront
pendant quelques jours , après quoi on les descendra
dans le Caveau, afin d'y mettre les Corps
du feu Roy et de l'Evêque d'Osnabrug.
ITALI
MAY. 1735. ୨୨୨
1
P
ITALIE.
Lusieurs Gentilshommes Romains sont entrez
au service du Roy d'Espagne , et ils le
vent des Compagnies à leurs dépens.
Le Cardinal Acquaviva a fait mettre les Armes
du Roy des deux Siciles sur la porte du Palais
Farnese et sur celle du Bureau de la Poste ,
nouvellement établi pour les Royaumes de Naples
et de Sicile.
L
ESPAGNE.
Ès Lettres d'Oran du 23. Avril , marquent
que le 10. du même mois les Maures qui
sont soumis au Roy , et qu'on nomme les Maures
de la Paix , ayant reçû avis qu'un Corps de
Maures ennemis marchoit dans le dessein de les
attaquer , leurs femmes et tous ceux d'entre eux
qui n'étoient pas en état de porter les Armes ,
s'étoient retirez avec leurs Bestiaux entre les
Forts et les Murailles de la Place ; que le 12.
quatre mille hommes de Cavalerie des Ennemis
avoient parû à quelque distance d'Oran , et qu'ils
s'étoient avancez sur trois colonnes ; que les
Maures de la Paix étoient aussi tôt montez à
cheval au nombre de 1500. hommes , et qu'étant
allez au-devant des Ennemis , ils les avoient attaquez
avec beaucoup de valeur , mais que tous
leurs efforts n'avoient pû empêcher les Ennemis
de s'aprocher à la portée du Canon de la Ville ,
et que Don Joseph Vallejo , qui y commande et
qui avoit eu la précaution de doubler la garde de
tous les Forts , voyant ces derniers si proche des
Remparts , avoit fait battre la Generale , et avoit
ordonné de tirer sur eux ; que les Ennemis ayant
H perdu
1000 MERCURE DE FRANCE
perdu plusieurs hommes et plusieurs chevaux ,
s'étoient retirez , et que les Maures de la Paix
n'avoient eu qu'onze hommes de blessez et quelques-
uns de tuez dans le combat .
Selon les mêmes Lettres , les Ennemis revinrent
le lendemain vers les huit heures du matin ,
et Don Joseph Vallejo , après avoir fait distri
buer des Armes et des munitions à ceux des
Maures qui en avoient besoin , sortit de la Place
avec 1500. Grenadiers , 200. Dragons et les Piquets.
Il apuya sa droite au Barranco de la Fon
taine , et sa gauche à la petite Mosquée de Chavan.
Le Corps de bataille étoit commandé par
Don Denis de Vargas , Lieutenant de Roy d'Oran
; Don Jean de Villalva et Angulo , Colonel
d'Infanterie , étoit à la tête de l'île droite , er
Don Joachim de Aranda , Colonel d'Infanterie,
commandoit la gauche ; les Maures de la Paix
partagerent leur Cavalerie en trois Corps , qui
se mirent en bataille sur une même ligne ; celui
qui formoit l'aîle droite étoit plus fort que celui
qui étoit au centre , et que celui de l'autre aîle
Infanterie des Maures étoit divisée en plusieurs
pelotons et étoit armée de Sabres et de Fusils.
Lorsque les Ennemis furent arrivez à une demie
licue des Troupes Espagnoles , ils se rangerent
en forme de demie Lune , et ils étendirent la Cavalerie
de leur aile gauche , où ils avoient placé
leurs meilleures Troupes. Les Espagnols ne firent
pendant ce temps aucun mouvement , et les
Ennemis s'étant avancez , attaquerent l'aîle gauche
des Maures de la Paix , qui les repousserent
deux fois sans avoir perdu un seul homme.Vers
les cinq heurs du soir on tira le Canon de tous
les Forts sur les Ennemis et ils prirent la fuite.
Ils demeurerent tranquilles le 14. mais le 15. qu
matin
MAY. 1735 . TOOI
matin on les vit reparoître à peu près dans le
même ordre de bataille que les jours précedents.
DonJosephVallejo se mit aussi - tôt en marche à la
tête de 1700. hommes d'Infanterie , de 200. de
Cavalerie et d'un pareil nombre de Dragons à
pied : ayant fait faire halte à ses Troupes auprès
de la Mosquée de Chavan , il les rangea en ba
taille dans cet endroit , et fit défendre aux Paysans
d'amener des Troupeaux dans la Plaine. Son
aîle gauche étoit apuyée par la Mosquée , sa
droite l'étoit par une Colline , et il avoit placé
quatre Pieces de Canon vis - à-vis de son front
de bataille : la disposition des Troupes des Maures
de laPaix étoit la même qu'ils avoient obser
vé le 12.et le 13.Les Ennemis se mirent en mouvement
vers les 10. heures , et leur aîle gauche
s'aprocha pour attaquer l'aile droite des Espagnols
, laquelle fut renforcée de quatre Compagnies
de Grenadiers et de six Piquets, Après
qu'ils eurent fait leur décharge de mousqueterie,
les Espagnols firent la leur avec tant de succès ,
qu'ayant tué plusieurs Ennemis , ils les obligerent
de se retirer en désordre . Quelques heures
après les Ennemis s'étant ralliez , détacherent
quelques Troupes contre les Maures qui étoient
à l'aile gauche , et qui étoient soutenus par quatre
Compagnies de Grenadiers ; mais l'Officier
qui commandoit ce Détachement , craignant de
tomber dans quelques embuscades des Espagnols,
n'osa s'avancer jusqu'à la portée du fusil , et les
Ennemis , après avoir essuyé pendant quelque
temps le feu du Canon que Don Joseph Vallejo
avoit amené avec lui,furent forcez d'abandonner
le champ de bataille et de retourner dans leurs
quartiers.
Hij PORTU
1002 MERCURE DE FRANCE
PORTUGAL.
N aprend de Lisbonne , que l'avantage rem
porté le 29. du mois de Janvier par les
Troupes Portugaises qui sont dans Marzagam ,
a déterminé les Maures à abandonner leur Camp
devant cette Place , qu'ils tenoient bloquée depuis
18. mois , et que le 27. Février , après avoir
entierement détruit leurs travaux , ils mirent le
feu à leurs Baraques et ils se retirerent dans des
retranchemens qu'ils avoient construits à une
lieue de la Ville .
Le lendemain au matin , le Commandant d'Azamor
, suivi d'un Corps de 1000. hommes de
Cavalerie , s'avança à la portée du Canon de
Marzagam ; et après avoir fait déployer un Eten
dart blanc pour signe de paix , il détacha un Officier
pour sçavoir si des Députez chargez d'une
commission de sa part , pouvoient avec sûreté
aller trouver le Gouverneur.
Don Bernard Pereira de Berredo , qui avoit
reçû avis que le nouveau Roy de Maroc avoit
fait des propositions de Paix au Roy , et que
S. M. avoit nommé des Commissaires pour
traiter du rachapt des Captifs Portugais , ayant
répondu que ces Députez seroient reçus avec les
égards convenables , dix des principaux Officiers
des Maures se rendirent dans la Ville et dirent au
Gouverneur que le Commandant d'Azamor
avoit reçû ordre du Roy Muley Aly , de vivre
en bonne intelligence avec les Portugais , et que
si le Gouverneur vouloit accorder une entrevûë
ce Commandant , ce dernier iroit avec une escorte
de Ico. hommes au lieu qui seroit marqué
pour le rendez - vous .
Le Gouverneur assura les Députez qu'il au-
τους
MAY . 1735 1003
foit volontiers un Entretien avec le Comman
dant d'Azamor , qui aussi- tôt après qu'ils lui
eurent reporté cette réponse , se rendit à l'endroit
que Don Bernard Pereira de Berredo avoit choisi
pour la Conference . Celui- cy y arriva presque
en même temps , et l'un et l'autre étant descendus
de cheval , ils se saluerent et se témoignerent
réciproquement le désir qu'ils avoient de voir la
Paix, rétablie entre les deux Nations .
Don Bernard Pereira de Berredo , etant en
suite rentré dans la Place , le Commandant d'Azamor
demeura encore quelque temps pour voir
faire l'exercice à 30. Portugais , avec un pareil
nombre de ses Cavaliers. Avant qu'il se retirât
, le Gouverneur lui envoya plusieurs présens
pour le Roy Muley Aly , pour les Ministres
de ce Prince et pour tous les principaux Officiers
du Corps de Cavalerie qui s'étoit aproché de la
Ville , et lorsque le Commandant d'Azamor partit
, on le salua d'une décharge de neuf Pieces
de Canon.
On a apris depuis que le Roy Muley Abdalla
étoit au commencement d'Avril , avec les Troupes
qui lui sont demeurées fidelles , dans la Ville
de Terudante , qu'il a fait fortifier , et que le
nouveau Roy Muley Aly , qui avoit établi sa résidence
à Méquinez , ne paroissoit pas dans le
dessein d'aller attaquer son frere.
HOLLANDE , PAYS - BAS.
E Vaisseau l'Esperance est revenu depuis peu
de Guinée à la Haye . Le Capitaine Hubert
Evertse , qui le commande , a raporté que le 20.
du mois de Janvier dernier , pendant qu'il étoit
à l'ancre devant Cassan dans la Riviere de Gambie
, il avoit été attaqué par so. Canots remplis
H iij
de
1004 MERCURE DE FRANCE
de Negres armez , qui , malgré la vigoureuse résistance
de l'Equipage , s'étoient emparez du
Vaisseau ; que le Pilote et la plus grande partie
de ceux qui étoient à bord de ce Bâtiment ,
avoient été tuez , et que les Negres avoient enlevé
les Vivres , les Armes et toutes les Marchandises
dont il étoit chargé. Le même Capitaine a ramené
à la Haye heureusement son Vaisseau , 2
l'aide de quelques- uns de ses Matelots , à qui les
Negres ont conservé la vie .
GRANDE - BRETAGNE.
des
E grand nombre de meurtres que les Vo-
Le meurtres
dres , à déterminé le Parlement à charger les
Grands- Juges de dresser un Bill pour ordonner
contre les Meurtriers un suplice plus rigoureux
que celui auquel ils ont été condamnez jusqu'à
présent .
Le 22. Avril , jour auquel le dernier Parlement
rejetta en l'année 1733. le Bill pour aug
menter les impositions sur les Boissons fortes et
pour changer la maniere de les percevoir , la Populace
s'assembla tumultueusement pour celebrer,
comme elle avoit fait l'année derniere , l'Anniversaire
de cet Evenement , et elle brisa toutes
les vitres de la maison du Chevalier Guillaume
Billers , cy-devant Lord - Maire de Londres.
3
Comme les Ecueils qui sont auprès de Halmes
, dans le Canal de Bristol , y rendent les
naufrages très-fréquents , les Négocians de Bristol
ont résolu de faire construire sur le Rocher
qui est le plus dangereux de ces Ecueils , un
Phare pour avertir les Pilotes de s'en éloigner
lorsqu'ils seront dans le Canal , et le Parlement
consenti qu'ils levassent un droit sur tous les
VaisΜΑΥ.
1005 1735:
aisseaux qui y entreront , jusqu'à l'entier rem
boursement de la somme qu'ils dépenseront pour
cette Entreprise.
Le 26. de ce mois , le Roy se rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoûtumées ,
er S. M. ayant mandé la Chambre des Commu
fit le Discours suivant.
nes ,
" MYLORDS ET MESSIEUR je suis
bien aise que la fin des affaires qui vous ont occu
pez pendant cette session , me procure
le moyen de
vous donner quelque relâche après les peines que
vous avez prises pour le service de votre Patrie . Je
me sens obligé en même tems de vous remercier des
preuves réiterées que vous m'avez données de votre
aplication à remplir votre devoir et à marquer votre
Zele pour ma Personne et pour mon Gouvernement,
ainsi que de la maniere dont vous avez pourvű
la sûreté de l'Etat , selon que l'exigeoient les conjonctures
présentes. J'ay donné une grande attention
à la situation des affaires de l'Europe , et j'ai
mûrement examiné les suites que peut avoir la gueroee
, soit qu'elle devienne plus generale , soit qu'elle
continue seulement entre les Puissances qui y son
déja engagées . La pacification de ces malheureux
troubles paroissoit le plus sûr moyen de prévenir les
dangers que nous devons craindre dans l'une ou
l'autre de ces extrémitez, Dans cette vûe nous avons
dressé avec beaucoup d'impartialité , et de concert
avec les Etats Generaux des Provinces- Unies , un
projet de Traité de Paix , dont nous avions lieu
d'esperer un succès heureux , quoiqu'il n'ait pas
produit l'effet que nous désirions. Les nouvelles résolutions
qu'il conviendra de prendre dans cette
conjoncture importante et critique dépendront principalement
des évenemens futurs ; ainsi je suis à
présent dans l'impossibilité de consulter mon Parle-
Hiiij ment
100% MERCURE DE FRANCE
ment et de concerter avec lui les mesures auxquelles
il sera peut- être absolument nécessaire d'avoir recours.
Soyez convaincus que les égards que j'ai
constamment pour le bien public , pour la liberté de
l'Europe , et en particulier pour le bonheur et la sû
reté de ces Royaumes , ne me permettront pas de
m'engager dans aucune démarche que l'honneur de
ma Couronne et les interêts de mon Peuple n'exigent
et nejustifient. C'est pour parvenir à unefin si
désirable , que j'attens de vous avec la confiance la
mieux fondée tous les secours qui dépendront de vos
tre zele et de votre affection.
que
vous
MESSIEURS DE LA CHAMBRE des Communes,
Je vous remercie de bon coeur des subsides
avez accordez avec tant de joye et de promptiude
pour le service de cette année. Ils ont été levez avec
tant de succès et ils ont été employez à augmenter
si à propos nos forces de Mer et de Terre , que je se
rai en état de m'en servir de la maniere la plus
avantageuse pour le bien public , selon que les occasions
pourront le demander.
>
MYLORDS ET MESSIEURS , On ne peut assez
louer la sage conduite que le Parlement a tenue dans
un temps aussi difficile . La situation de nos affaires
demande dans les résolutions , non - seulement toute
la vigueur possible , mais encore de la prudence
pour ne point s'engager inconsidérément dans les
iroubles présens , et pour se précautionner en mêmetemps
contre les dangers trop manifestes pour qu'il
soit besoin d'en parler en détail , et qui peuvent nous
interesser directement ou indirectement . Comme il
est nécessaire que j'aille cet Eté dans mes Etats
d'Allemagne , mon intention est que la Reine soit
Regente pendant mon absence . Vous avez déja
éprouvé dans de pareilles occasions la justice et la
sagesse de son administration, Je vous recommande
trèsa
MAY. 173 { . 1507
toutrès-
instamment de lui en rendre le poids aussi leger
qu'il sera possible , en mettant , ainsi que je me flat
te que vousy êtes portez par votre inclination ,
te votre étude à conserver la Paix dans le Royaume
et à rendre inutiles les tentatives qu'on pourroit
faire pour inspirer un injuste mécontentement
mon Peuple, dont la felicité a toujours été et ne cessera
jamais d'être le principal objet de mes soins.
Après le Discours du Roy , le Lord Chancelier
prorogea le Parlement jusqu'au 23. du mois
prochain.
ADDITION.
NeseaprisdeVienne ,
Na apris de Vienne , que les Regimens de
les
Ghilany , sont allez en Hongrie pour obliger les
Mécontens qui se sont assemblez sur les Frontieres
de Transylvanie , de quitter les Armes.
On assure que le Baron de Mormann a dé
claré à l'Empereur de la part de l'Electeur de
Baviere , que ce Prince n'accorderoit le passage
dans ses Etats à aucunes Troupes qui n'apar
tiendroient pas à des Princes de l'Empire .
Les dernieres Lettres de Rome portent que la
Fête de S. Stanislas fut célébrée le 7. May avec
beaucoup de magnificence dans l'Eglise déd ée à
ce Saint , laquelle apartient à la Nation Polonoise
, et que le Duc de S. Aignan , Ambassadeur
du Roy de France , y assista , ainsi que les
Cardinaux Orthoboni , Belluga Acquaviva et Alexandre
Albani , à la Messe qui fut celebrée par
le Comte Zaluski , Ministre du Roy de Pologne.
Le Pape , à l'occasion de cette Fête , a accordé
Hv une
1008 MERCURE DE FRANCE
une Indulgence pleniere en forme de Jubilé , 3
ceux qui visiteroient l'Eglise de S. Stanislas trois
jours consécutifs et qui y prieroient pour les besoins
de la Nation Polonoise. Un des trois jours
marquez pour gagner l'Indulgence , le Pere d'Evora
, chargé des affaires du Roy de Portugal en
Cette Cour , se rendit à cette Eglise pour y ene
tendre l'Office .
ARME'E D'ITALIE.
E Roy de Sardaigne arriva à Crémone le
II. de ce mois , et ayant trouvé toutes les
dispositions faites pour assembler l'Armée , il en
partit le lendemain , étant accompagné du Maréchal
Duc de Noailles . Le Roy de Sardaigne a
marché trois jours à la tête d'une partie des
Troupes Françoises et Piemontoises qui étoient
à portée de Crémone. Le 14. il campa à Sabionette
, où les Troupes qui occupoient differens
quartiers sur l'Adda , s'étant rendues le même
jour , l'Armée commandée par le Roy de Sardaigne
s'est trouvée composée de 43. Bataillons
et de 75. Escadrons .
est
Le Duc d'Harcourt , Lieutenant General ,
campé à Bersello , avec un Corps d'Infanterie.
Les 16. Bataillons et les 12. Escadrons qui étoient
à Modene et à Reggio sous les ordres du Marquis
de Savines et du Marquis de Montal , Lieutenans
Generaux , s'avancerent le 16. à la Victoria.
Les Lettres de l'Armée d'Italie par lesquelles
on a apris ces nouvelles , marquent que le Roy
de Sardaigne avoit fait établir un Pont sur le Pô,
entre Viadana et Bersello ; que les Troupes du
Roy d'Epagne devoient camper le 16. à un mille
de Bologne , et que les Impériaux avoient abandonné
tous les Postes qu'ils occupoient en- deçâ
de l'Oglio.
On
MAY. 1735. 1009
On a apris en dernier lieu que les Troupes du
Roy et celles du Roy de Sardaigne , qui avoient
campé à Sabionette le 14. de ce mois , se sont
evancées au Camp de Guastalla , où elles sont
arrivées depuis quelques jours. Le Roy de Sardaigne
a jugé à propos de faire descendre près
de ce Camp le Pont qui avoit été établi entre
Viadana et Bersello , et il l'a fait placer dans le
même endroit que celui qui y étoit l'année derniere.
Il a fait repasser de l'autre côté du Pô six Bataillons
et cinq Escadrons de ses Troupes , pour
renforcer le Détachement resté sous les ordres
du Marquis de Maulevrier , et le mettre en état
de s'oposer aux entreprises des Ennemis , qui
voyant notre Armée du côté du Pô , ont parû
vouloir se repotter sur l'Oglio.
Depuis que le Roy de Sardaigne et le Maréchal
de Noailles se sont avancez au Camp de Guastalla
, avec les Troupes Françoises et Piémontoi
ses , le Comte de Konigseg a fait faire à son Armée
plusieurs mouvemens si differens , qu'il est
impossible de juger s'il veut conserver les postes
de Gonzaga et de Reggiolo , ou s'il n'y laisse
quelque détachement que pour couvrir sa marche.
On a sçu que ce General étoit allé le 19. à
Gonzaga , et qu'il avoit augmenté le nombre
de Troupes qu'il y avoit fait avancer ; on a
apris par d'autres avis , que les Impériaux qui
avoient deux Ponts sur le Pô à Sabioncello , en
établissoient trois autres sur la Secchia , mais les
nouvelles les plus certaines qu'on ait pu avoir
de la position des Ennemis , marquent qu'ils
sont présentement à San- Benedetto ; que leur
droite est apuyée au Pô et à l'Abbaye , leur gaushe
à la Secchia , vis- à-vis de Guistello ; qu'ils
H vj SC
foro MERCURE DE FRANCE
se retranchent dans ce Camp et qu'il ont garni
d'Artillerie et de Chevaux de Frise les Chaussées
des trois Navilles qu'ils ont devant eux.
Le Duc de Montemar partit de ce Camp le
20. après avoir cû une longue conférence avec le
Roy de Sardaigne ; il est allé joindre les Troupes
Espagnoles qui ont dû se mettre en marche le 22.
pour venir camper le 24. leur droite à Buondino
, et leur gauche vers la Concordia. Le Duc
de Montemar reçut le 19. la nouvelle de la prise
de Porto- Hercole , dont la Garnison a été faite
prisonniere de guerre.
ARME'E D'ALLEMAGNE .
Elon les Lettres de Manheim , le Maréchal
S de Coigny s'y rendit le 11. et y dîna avec.
'Electeur Palatin .
Les derniers avis reçus de Bruchsall , portent
que le Prince Eugene y étant arrivé le 16. de ce
mois , avoit envoyé ordre aux Troupes de Prusse
et de Hanover de s'aprocher du Necker , et à
celles de Dannemarck de marcher du côté de
Bergstrass . Les mêmes avis portent , que le Com
te de Seckendorf , qui commande les Troupes
Impériales postées depuis Mayence jusqu'à Hei
delberg , avoit établi son quartier à Gernsheim ,
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L
E 12. Avril , vers les 3. heures après midi
mourut à Rome , apès une longue maladie ,
Nicolas Gaëtan Spinola , Genois , Cardinal Prê
tre de l'Eglise Romaine , du Titre de S. Nerée et
S.
MAY. 1785. fort
S. Achillée , Préfet de la Congrégation des
Confins , &c . à l'âge de 76. ans , un mois et 23.
jours , étant né en Espagne le 20. Fevrier 16990
et de son Cardinala : 19. ans 3. mois et 28. jours,
Le 13 au soir son corps fut porté à l'Eglise de
S. André Della Valle , où le lendemain dans la
matinée on lui fit un Service solennel , et le soir
il fut transporté en l'Eglise du College de la Propagation
de la Foi , où il fut inhumé . Ce Cardia
nal avoit passé par la plus grande partie des
Charges de la Prélature Romaine , ayant été entr'autres
Président de la Chambre Apostolique
au mois de Septembre 1695. et Clerc de la même
Chambre le 2. Mars 1696. Il fur désigné Nonce
à Florence , et ensuite fait Archevêque de Thebes
, in partibus Infidelium , le 4. Octobre 1706.
depuis étant revétu de la Charge d'Auditeur general
de la Chambre Aposto que , le Pape Gle
ment XI. le créa Cardinal le 16 Decembre 1715.
fit la ceremonie de lui donner le Chapeau le 19.
du même mois , et après avoir fait celle de lui
fermer et ouvrir la bouche , il lui assigna le Titre
Presbiteral de S. Sixte le 8. Jum 1716. il le
quitta et opta celui de S.Ncrée et de S. Achillée le
29 Janvier 1725. il avoit été fait Préfet de la
Congrégation de la Consuite au mois de Janvier
4718. il le fut depuis de celle des Confins. Il y a
encore actuellement deux autres Cardinaux de
cette Maison , qui sont Georges Spinola ,
Titre de S Agnès , de la création du 27 Novembre
1719. et Jean- Baptiste Spinola , du Titre
de S. Cesarée , de celle du 28. Septembre
17336
du
Le 23. Avril Joseph Charles - Emanuel- Phili
bert de Savoye , Duc d'Aoste , second fils de
Charles- Emanuel Victor , Roy de Sardaigne ,
Duc
Tori MERCURE DE FRANCE
Duc de Savoye , Prince de Piémont , & c. et de
Polixene Christine- Jeanne de Hesse- Rhinfels-
Rothembourg , sa seconde femme , dont la mort
est raportée dans le Mercure de Janvier dernier ,
page 149. mourut à Turin , âgé de 3. ans , 11 .
mois 6. jours , étant né le 17. May 1731 .
FRANCE .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Roy a accordé au Marquis de Cha
marante , premier Maître d'Hôtel
de la Reine , la permission de se démettre
de cette Charge en faveur du Marquis de
Chalmazel son Neveu .
S. M. a donné l'agrément du Régiment
de Rouergue , Infanterie , au fils
de M. de Berville , Lieutenant General de
ses Armées.
La Reine se rendit le 19. de ce mois
à l'Eglise de la Paroisse de Versailles , où
S. M. entendit la Messe , et communia
par les mains du Cardinal de Fleury , son
Grand Aumônier.
Le Roy a nommé M. le Marquis de
Chabannes , Mestre de Camp des Dra
gons de la Reine ci-devant Capitaine >
d'une
MA Y. 1735. YOI
d'une Compagnie dans le Régiment de ses
Gardes Françoises , et Brigadier de ses
Armées , Maréchal General des Logis de
son Armée d'Italie . Il est Fils de M. le
Marquis de Chabannes , Comte de Pions
sac , Colonel du Régiment de Navarre ,
Maréchal des Camps et Armées du Roy,
Gouverneur des Isles d'Oleron , et d'Antoinete
de Luzelbourg , Soeur du Comte
de Luzelbourg , Chevalier de l'Ordre de
Saxe , et Grand Maître de la Mais on
du feu Roy Auguste , de Pologne. M.
de Chabannes , Major General de l'Armée
d'Allemagne et Brigadier des Armées
du Roy , M. le Comte de Chabannes ,
Maréchal des Camps et Armées du Roy ,
et leChevalier de Chabannes Capitaine de
Cavalerie dans Lourdat , sont les freres
du Marquis de Chabannes , veuf de Philiberte
de Saint Germain d'Apeson , héritiere
de la Maison d'Apeson , dont elle a
recueilli la substitution . Il a eu de ce
Mariage trois enfans. Gilbert- Gaspard de
Chabannes, né en 1712. Ecclesiastique.
François de Chabannes , ci devant Enseigne
aux Gardes , et depuis Capitaine de
Dragons dans le Régiment des Dragons
de la Reine , qui sert depuis le commencement
de la Guerre en Italie,néen 1714 .
Joseph de Chabannes , né en 1716.
tonsuré
Tot4 MERCURE DE FRANCE
ton suré et pourvu par M. l'Archevêque
de Vienne du Prieuré de Nantua , Ordre
de Saint Benoist , dans le Bugey .
M. de la Giglais , Brigadier des Armées
du Roy, et Colonel du Régiment de Berry
, ayant demandé au Roy la permission.
de se retirer , S. M. a accordé l'agrément
de ce Régiment au Marquis de Molac
Capitaine dans le Régiment de la Reine ,
Cavalerie.
Le 9. de ce mois , la Reine de Polos
gne tint sur les Fonts de Baptême , la fille
du Baron de Batincourt , Capitaine réformé
à la suite du Régiment de Bethune,
ct Grand Maréchal de sa Maison , S.M.P.
avoit choisi pour Parrain le Comte de Bethune
, Maréchal de Camp ; elle nomma
l'enfant Catherine Louise. La Cérémonie
fut faite dans la Chapelle de Saint Cyr ,
par le Curé de la Paroisse .
L'Evêque d'Oleron ayant donné au Roi
la démission de son Evêché , S. M. y a
nom né l'Abbé de Montillet , Grand Vicaire
de cet Evêché.
>
Le Roy a donné l'Abbaye de Grestain ,
Ordre de Saint Benoist , Diocèse de Lizieux
, à l'Abbé Malherbe .
Celle du Bouchet , Ordre de Cisteaux ,
Diocèse de Clermont , à l'Abbé du Saillant.
Le
MAY.
37357 TOYS
Le Prieuré de Bourgachard , Ordre de
Saint Augustin , Diocèse de Rouen , a
l'Abbé de Montjoie .
L'Abbaye reguliere d'Hieres , Ordre de
Cisteaux , Diocèse de Toulon , à la Dame
du Muy , Abbesse de Bon Lieu.
# Celle de Bival , même Ordre , Diocèse
de Rouen , à la Dame de Bois - le- Vicomte .
Et celle de Saint Paul de Beaurepaire ,
même Ordre , Diocèse de Vienne , à la
Dame de Clermont Gessan , Religieuse
Jesuitesse à Valence , et Soeur de Madame
de Clermont, Abbesse de Chelles . La Maison
de Gessan , en Dauphiné , est une des
plus anciennes et des plus illustres du
Royaume , c'est une Branche de celle de
Clermont Tonnere. N.... de Gessan ;
Grand Oncle de la Religieuse qui donne
lieu à cet article , étoit Grand - Maître de
Malthe .
le
Les Maîtres de Musique et Musiciens de Paris
firent célebrer le 27. du mois dernier dans l'Eglise
de St Sulpice , un Service solemnel pour
repos des ames de Mrs le Breton , Prêtre , Chanoine
de S. Jean le Rond en l'Eglise de Paris ;
Mebus ·
Prêtre et Chapelain de S. Honoré ;
Bernier , Maître de Musique de la Chapelle du
Roy ; Fouquet , Pere , ancien Organiste de Saint-
Eustache , et Maulnoury l'un des vingt- quatre
Violons du Roy , et Organiste de Notre-Dame
de Bonnes- Nouvelles.
La
1016 MERCURE DE FRANCE
La Messe en Musique qui fut chantée par un
très-grand nombre d'excellens Musiciens , est de
la composition de M. de Monteclair.
Le 19. May Fête de l'Ascension , et le 29. Fête
de la Pentecôte , il y eut Concert Spirituel au
Château des Tuilleries , et l'on chanta differents
Motets de M. de la Lande et d'autres Maîtres ,
dont l'éxecution fait toujours beaucoup de plaisir.
Les sieurs Bezossy, dont on a parlé plusieurs
fois avec éloge, éxecuterent pour la derniere fois
differentes Piéces de Simphonie de leur compo
sition , d'une maniere très - brillante .
Le premier May, la Procession solemnelle que
l'Abbaye de S. Denis fait tous les sept ans à celle
de Montmartre , fut faite avec les cérémonies accoutumées
; nous avons donné un Mémoire circonstancié
de cette célebre Procession qui fut faite
au mois de May 1728. On en peut voir le détail
dans le Mercure du même mois de la même
année, page 1050.
MANDEMENT de M. l'Ar
chevêque de Paris , du 10. May 1735.
Pour demander à Dieu la prosperité des
Armes du Roy.
C
Harles Gaspard Guillaume de Vintimille
des Comtes de Marseille du Luc , &c .
Plus, mes très-chers Freres , les succès des deux
dernieres Campagnes ont été glorieux pour la
France , plus nous devons Y reconnoître la protection
du Tout- Puissant en faveur d'un Roy
qui en soutenant la Guerre la plus juste , ne se
laisse
MAY. 17351 1017
laisse point ébloüir par la superiorité de ses Armes,
ni par le désir de faire des Conquêtes, et qui
au milieu des plus grandes prosperités a toûjours
voulu la Paix .
Mais si les graces que nous avons reçûës nous
penetrent de la plus vive reconnoissance , quelle
confiance ne nous inspirent - elles pas pour en de
mander de nouvelles à celui qui protege si visiblement
toutes nos entreprises? Venons donc aux
pieds des Autels dans le tems que les Armées sont
prêtes d'entrer en Campagne , offrir à Dieu des
Prieres humbles et ferventes , afin qu'il continuë
de favoriser les Armes du Roy.
Joignons , Mes très - chers Freres , à la Priere
de digues fruits de penitence , pour obtenir de
l'Arbitre Souverain de la Guerre et de la Paix ,
qu'il fasse cesser le fleau de la Guerre , que nous
devons regarder comme la punition la plus terrible
des pechez des hommes , et qu'il mette le
comble à ses bienfaits , en accordant aux justes
désirs de notre Auguste Monarque , une Paix
solide et durable qui assure le bonheur de ses
Peuples et la tranquillité de l'Europe.
A CES CAUSES , &c.
Le 29. de ce mois jour de la Pentecôte , le Roy
tint un Chapitre de l'Ordre du S. Esprit ; dans
lequel l'Infant Don Philippe , troisiéme fils du
Roy d'Espagne , fut proposé pour être reçû Chevalier
.
MORT'S
1o18 MERCURE DE FRANCE
MORTS ET MARIAGES.
N
Ous avons reçu
nouvellement un Mémoire
par lequel on nous apprend que le 18. Oc
tobre de l'année derniere 1734. D. Françoise de
la Font de Jean de S. Project , Marquise Douai
riere de Montal , mourut en son Château de Montal
près d'Aurillac en Auvergne , âgée de 68 ans.
Ses funérailles furent faites le lendemain , dans
1'Eglise du lieu de la Roquebrou. Le Corps de
Ville d'Aurillac y assista suivant l'usage, en Robes
rouges et noires , et Chaperons , précedé des valets
de Ville , ayant leurs casaques de livrées , et
portant des Torches chargées des Armes de la
Ville , en considération de ce que les Seigneurs
de Montalson reputez descendre d'un puiné de
la famille de S. Géraud , Seigneur Comte d'Aurillac.
La deffunte étoit fille de Jaques de la Font
- de Jean , Marquis de S. Project , et de Marie-
Françoise , Marquise de Rilhac . Elle avoit épousé
en premieres nôces Antoine Castanet d'Armanhac
, Marquis de Tauriac , Lieutenant General
de la Province de Quercy , mort en 1693. dont
elle n'a point eu d'enfans ; et en secondes nôces
le 7. May 1696. François d'Escars , Marquis de
Montal et de la Roquebrou , Biron de Carbonnieres
, Itrac , S. Jean de l'Espinasse , Romegoux
, &c. mort à Paris le 23. Janvier 1707.
Elle a eu de celui- ci Joseph Bonaventure d'Escars
, Marquis de Montal , qui a été marié le 11.
Novembre 1732. avec Marie- Elizabeth de Lastic
, fille de François de Lastic , Marquis de Siougeac,
MAY. 1735: 1019
·
geac,et de Mariede la Roche-Aymon ; Françoise
Therese d'Escars , mariée le 6. Juillet 1725.
avec Simon de Gatric , Comte de Montastruc
Baron du Zech en Quercy , Marie- Anne d'Escars
mariée le 22. Fevrier 1729 avec Jaques-
François de Salles d'Hautefort , marquis de Saint
Chamans en Limosin; et Charles -Gabriel -Daniel
d'Escars , mort le . du même mois d'Octobre
1734. La Genealogie de la Maison d'Escars en
Limosin , connue dans son origine , qui est fort
ancienne sous le nom de Perusse est rapportée
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Cou
ronne , troisiéine Edition , deuxième Volume ,
page 228. Elle porte de Gueules ay Pal vairé.
Le 26. Avril , Pierre Pecquot , Seigneur de S.
Maurice , Conseiller honoraire en la Grand-
Chambre du Parlement de Paris , où il avoit été
reçu le 11. Fevrier 1684 après avoir été Conseiller
au Chatelet depuis 1676. mourut à Paris
dans la 77.année de son âge , étant né le 31.Octobre
1658. Il étoit fils aîné de Pierre Pecquot, Seigneur
de S. Maurice,Conseiller Secretaire du Roi,
Maison Couronne de France et de ses Finances ,
Secretaire et Greffier ordinaire des Conseils d'Etat
et privé de S. M auparavant Receveur general
des Finances de Berri , et Garde des Rôles des
Offices de France , mort le 23. Septembre 1697,
et de Caterine de Lattaignant , morte le 7. Fevrier
1709. et il avoit été marié le 16. Janvier
1686. avec Marie Claude Dappougny , fille
de feu Claude Dappougny , Seigneur de Jambeville
et de Serincourt , Conseiller Secretaire
du Roy , Maison Couronne de France et
de ses Finances , et Fermier General des Fermes
de S. M. et de feue Claude Bruchet. Il en laisse
Pierre-Claude Pecquot , Seigneur de S. Maurice,
é le treize Fevrier 1687. qui a été successivement
fozo MERCURE DE FRANCE
´ment Substitut du Procureur General au Parle
ment de Paris , Conseiller au même Parlement
et President en la Chambre des Compres de Paris
, et qui a épousé au mois de Juillet 1719 une
fille d'Antoine Chaumont , Seigneur d'Ivry sur
Seine, Conseiller Secretaire du Roy, Maison Cour
ronne de France et de ses Finances , et de Maric
Caterine Barré , et Marie Angelique Pecquot de
S. Maurice , née le 7. Fevrier 1703. et mariée le
10. Septembre 1725. avec Antoine Huet , Seigneur
d'Ambrun , Gentilhomme de Normandie ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , et
Mestre de Camp de Cavalerie , veuf d'Anne Fro
ment de Villeneuve .
Le 6. May , Nicolas l'Herminier , Prêtre Docteur
enThéologie de la Faculté de Paris , du 31
Mars 1689. Archidiacre de Passais, ancien Chanoine
, et Théologal de l'Eglise du Mans , mou
rut à Paris septuagenaire.
"
Le 7. Isabelle Bachelier , veuve depuis le six
Juin 1720. de Jean- Baptiste Hélissant , Doyen
des Conseillers de Ville et ancien Echevin de
Paris , mourut âgée de plus de 8o . ans , laissant
deux filles non mariées. Feu Jean- Baptiste Hélissant
, son fils , qui avoit été reçu Maître ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , le
29. Janvier 1728. mourut le 4. May 1729 .
Le 8. Noël Danycan de l'Espine , de S Malo ,
Conseiller Secretaire du Roi , Maison Couronne
de France et de ses Finances , et Chevalier de
l'Ordre Royal de S. Michel depuis 1706. ci - devant
Maître ordinaire en la Chambre des Comp
res de Paris , mourut subitement d'une attaque
d'apoplexie à Paris , dans un âge avancé. Il avoit
épousé en secondes nôces Helene - Victoire Maget
, Qu'il laisse yeuye ayec des enfans fort jeunes .
IL
MAY . 1735. 1021
9
Il avoit eu de feuë Marguerite Chantoiseau , sa
premiere femme , Noël Danycan , Seigneur de
Landivisiau, d'abord Conseiller au Parlement de
Paris le 18. May 1707. puis Maître des Requê
tes ordinaire de l'Hôtel du Roy , le 13. Decembre
1710. Intendant du Commerce , et ensuite Conseiller
au Conseil deCommerce, et enfinInspecteur
de la Compagnie des Indes mort le 9. Octobre
1730. dont la veuve Marie- Philippe Sanson , fille
de Claude- Joseph Sanson , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy, et Intendant à Soissons
, mort le 1. Novembre 1704. étant nommé
à l'Intendance de Rouen , et de Marie- Anne
de Maupeou , se remaria au mois de May 1731,
avec ... Noguez de la Garde , Mousquetaire
du Roy , et mourut en couches au mois de
Juillet 1734. âgée de 42. ans , laissant de son premier
mari trois fils , son aîné étant mort peu de
temps avant elle , Jean- Baptiste - Julien Danycan,
reçu Maître ordinaire en la Chambre des Comptes
de Paris , le 11. Septembre 1716. et qui épou
sa le 5. Avril 1714. Claude- Charlotte de Tilly ,
fille de Charles de Tilly , Marquis de Blaru , Seigneur
de Jeufosse , le Port de villez , Lieutenant
de Roy de l'Isle de France , et de Caterine- Elizabeth
de Manneville ; et Marguerite - Pelagie Danycan
, mariée le 25. Octobre 1708.avec Michel-
Charles Amelot , Seigneur de Gournay , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy , puis
Président à Mortier du Parlement de Paris , dont
elle est restée veuve le 25. Decembre 1730. avec
des enfans .
Le 10. May mourut subitement à Paris , Pierre
Maurice Harenger , Sousdiacre , Chanoine de
l'Eglise Royale , Collegiale , et Paroissiale de
S. Germain l'Auxerrois , et Prieur de Saugé. Il
1
possedoit
1022 MERCURE DE FRANCE !
possed oit un fort beau Cabinet de Tableaux ,
Desseins , Estampes , Bronzes , Porcelaines , & ۥ
Le même jour D. Marie - Françoise Hoüallet
, veuve depuis le mois de Decembre 1723. de
Claude Guillois , Conseiller du Roy , Receveur
general , et Payeur des rentes de l'Hôtel de Ville
de Paris , mourut d'une troisiéme attaque d'apos
plexie,âgée d'environ 17. ans, ayant eu pour en
fans Claude- Françoise Guillois , mariée à l'âge de
24. ans , le 12. Juillet 1718. avec Jean - Baptiste
Camille de Bragelongne , Conseiller au Parlement
de Paris , dont elle a eu un grand - nombre d'enfans
; Marie- Marguerite- Jeanne Guillois , mariée
avec Nicolas Pinon , frere d'Ange Finon ; Conseiller
en la Grand Chambre du Parlement de Pa
ris ; et Marie - Anne- Louise Guillois , qui fut mariée
en 1724. avec Louis de Marandon , Seigneur
de la Maisonfort , Conseiller Secretaire du Roy ,
Maison Couronne de France et de ses Finances,
et Receveur General des Finances en Berri , et
qui mourut de la petite vérole le 20. Decembre
1731. âgée de 29. à 30. ans saus laisser d'enfans .
Le 12. May a été celebré le mariage de Louis-
·Antoine de la Roche , Marquis de Rambures et de
Fontenilles , Comte de Courtenay , Baron de Cessac,
Seigneur d'Authy , Lambercourt , & c . Colonel
du Regiment de Navarre , par commission du 6 .
Mars 1719. et Brigadier des Armées du Roy de
la Promotion du 1. Août 1734 âgé d'environ 37.
ans , veuf sans enfans de D. Marguerite- Benigne
Bossuet morte le 25. Octobre 1728. âgée de
´26 ans , et fils aîné de feu François de la Roche-
Monluc- Cazillac , Marquis de Fontenilles, Comte
de Courtenay , Sire de Rambures , Baron de Cessaç
, Seigneur d'Authy , Lambercourt &c.
>
"
mort
MAY. 1735 .
1023
"
mort au mois d'Avril 1728. âgé de plus de 80 .
ans , et de D. Marie - Therese de Mesmes , sa veu
ve soeur de feu Jean - Antoine de Mesmes , Premier
President du Parlement de Paris , mort le 23 .
Août 1723. avec Dile Elizabeth Marguerite de
S. Georges de Verac , file de Cesar de S. Georges
, Marquis de Couché Verac , Baron de la
Roche de Bords , et de Château- Garnier , Chevalier
des ordres du Roy , Lieutenant - General de
ses Armées , et Lieutenant - General pour S. M.
du haut et bas Poitou , Chatel - Leraudois et Loudunois
, et de feue D. Catherine - Marguerite Pio
ger , vivante son épouse , morte en 1719 .
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du 2. Janvier 1735. dont voici la
teneur. Le Roy s'étant fait teprésenter deux
Imprimez qui commencent à se répandre , sans
nom d'Imprimeur, sans privilege, ni permission,
l'un , sous le titre de Lettre de M. l'Evêque Duc
de Laon à MM. les Archevique et Evêques de la
Province de Reim ; l'autre , qui n'est presque
que la repetition du premier , sous le titre de
Lettre de M l'Evêque Duc de Laon au Roy , Sa
Majesté a reconnu que si ces deux Ecrits ne
peuvent être regardez que comme des libelles ,
par la forme dans laquelle on les présente au
Public , ils en portent encore plus tous les caracteres
, par l'esprit de malignité et d'emportement
qui paroît les avoir dictez : Que sous le
voile d'un prétendu zele , qui ne respire que le
trouble et la division , l'on entreprend d'y atta
I quer
1024 MERCURE DE FRANCE
à
quer tous ceux qui travaillent , sous les ordres
du Roy , à maintenir la tranquillité publique ,
et qu'on n'y conserve pas même le respect qui
est dû à la majesté du Thrône , et à l'autorité
du Souverain. Qu'il semble d'ailleurs , que l'Auteur
de deux Lettres si remplies de faits supposez
, d'expressions équivoques , et de tours artificieux
, ait eu principalement en vue de commettre
, s'il le pouvoit , le Sacerdoce avec l'Empire
, et de diviser deux Puissances , dont l'union
et le concert n'ont jamais été plus neces->
saires pour le bien de l'Eglise et de l'Etat : Que
malgré toutes les preuves éclatantes que le Roy
a données de son attention constante et invariable
à faire respecter l'autorité spirituelle , et
proteger les droits sacrez de l'Episcopat , on
ose parler de Sa Majesté , comme si Elle pouvoit
être capable de vouloir les usurper ; et l'on
porte la licence jusqu'à ne pas rougir de comparer
des Arrêts où le Roy n'inspire que la
soumission aux décisions de l'Eglise , tant de
fois affermies par son autorité , avec ces Loix
d'odieuse memoire , où l'on a vu des Empereurs
, trompez par ies heretiques , autoriser
les erreurs les plus manifestes , et vouloir abolir
, s'il étoit possible , ou du moins altérer la
saine doctrine. Le Roy ne sçauroit donc repri
mer trop promptement les efforts que l'on fait
pour émouvoir les esprits par de si indignes
comparaisons, et pour oposer temerairement le
nom auguste de la Keligion à une autorité qui
en a été , et qui en sera toujours le plus ferme
appuy ; Sa Majesté se portera même d'autant
plus volontiers à suprimer un Ecrit si pernicieux
, là Elle continuera de montrer à que par
tout son Royaume , qu'Elle n'employe son autorité
MAY. 1735. 1025
ހ
et
torité que contre des excez qui nuisent à la
cause qu'on veut soûtenir avec de si mauvaises
armes pendant que Sa Majesté ne cesse d'apprendre
à ses Sujets , par son exemple encore
plus que par ses Loix , à revèrer les jugemens
de l'Eglise , et à s'y soumettre pleinement ; A
quoi étant necessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne
que lesdits Ecrits , dont l'un a pour tiue : Lettre
de M. l'Evêque Duc de Laon à MM. les Arche
vêque et Evêques de la Province de Reims
dont l'autre est , intitulé : Lettre de M. l'Evêque
Duc de Laon au Roy , seront et demeureront
supprimez , comme contenant des propositions
et des expressions temeraires , séditieuses , contraires
au respect qui est dû au Roy et à son autorité
, attentatoires aux maximes du Royaume ,
tendantes à émouvoir les esprits , et à troubler
le tranquillité publique . Enjoint Sa Majesté à
tous ceux qui ont des exemplaires desdits Ecrits,
de les remettre incessamment au Greffe du Conseil
, pour y être lacerez . Fait défenses à tous
Imprimeurs , Libraires , Colporteurs et autres
de quelque état , qualité ou condition qu'ils
soient , d'en imprimer , vendre , débiter , ou autrement
distribuer , à peine de punition exemplaire
&c.
ARREST de la Cour des Aydes de Paris ,
du
14. Janvier 1735. qui reçoit Antoine Dubost ,
Sous - Fermier des Aydes de la Generalité de Paris
, apellant d'une Sentence des Officiers de l'Election
de Tonnerre , du 17. Novembre 1734 .
qui avoit condamné les nommez Gaupillat et le
Nan , seulement aux depens , faute par eux d'avoir
justifié dans les six semaines , du payement
I ij des
1026 MERCURE DE FRANCE
des Droits de Gros des Vins par eux enlevez et
destinez pour Paris : Ordonne sur les Conclusions
de M. le Procureur General , par provision
Pexecution de la Contrainte décernée Far ledit
Dubo t , qui avoit été déclarée nulle par ladite
Sentence sous prétexte qu'elle avoit été visée par
le sieur Deon , Conseiller en ladite Electon , et
scellée par lui - même , et que l'Article XIII . du
Titre IV de la Vente en gros et du transport
du Vin, de l'Ordonnance de 1680. sera executé
selon sa forme et teneur .
ORDONNANCE du Roy , du 15. Janvier ,
pour faire observer une exacte discipline par les
Deserteurs , en allant joindre les Régimens où ils
doivent servir à l'Armée d'Italie,
AUTRE du 16. Janvier , portant Reglement
şur le Prest des Cavaliers , Hussards et Dragons ,
à commencer du premier Fevrier 1735 .
ARREST du 18. Janvier , qui regle la forme
en laquelle les Fermiers des Domaines doivent
compter du produit des amendes de consignation
, & c,
AUTRE du 25. Janvier , qui en interpretant
les Articles I. et IV . de l'Ariêt du Conseil du
17. Janvier 1730. ordonne que la largeur des
Tiretames de la premiere qualité . apellées Tiretaines
fortes , et des Droguets croisez , qui se fa,
briquent dans l'étendue de l'Election de Vire, et
dans la Paroisse de Condé , sera et demeurera
réduite à demi - aune un seize au retour du foulon
, au lieu de celle de demi- aune demi - quart
prescrite par lesdits articles ; sans neanmoins
qu'il
MAY . 1735. 1017
qu'il puisse être employé dans la chaîne desdites
étoffes , moins de trente - quatre portées de quarante
fils chacune , conforinément ausdits Actig
cles I. et IV . dudit Arrêt du 17. Janvier 1730.
AUTRE du 29. Janvier , portant Reglement
sur le commerce du Grabeau d'Indigo , par lequel
il est dit que le Roy étant informé qu'il
s'est commis des fraudes sur du Grabeau d'Indigo
, qui a été envoyé au Levant , lequel s'est
trouvé meslé de mauvaises drogues; et S. M. Voulant
empêcher à l'avenir un abas si contraire à la
bonne foi du commerce , ordonne l'execution
des six Articles contenus dans ledit Arrêt , & c.
ORDONNANCE du Roy , du 31. Janvier ,
qui regle le rang entre les Capitaines des Compagnies
détachées de la Garde - Côte , par laquelle
il est dit que S. M. ayant reglé par son Ordonnance
du 4. Novembre de l'année derniere ,
que les Capitaines des Compagnies détachées des
Milices Gardes- Côte , seroient pourvûs de ses
Commissions ; et estimant convenable d'expliquer
ses intentions pour le rang et le commande .
ment entre eux , elle a ordonné et ordonne l'execution
des huit Articles contenus en ladite
Ordonnance , & c .
ARREST du premier Fevrier , qui en interpretant
l'article III. de l'Arrêt du Conseil du 9 .
Février 1734. dispense les Gardes- Jurez de la
Communauté des Fabriquans de Serges et Etamines
de la Ville d'Alençon , actuellement en
exercice et ceux qui leur succederont à l'avenir
dans les fonctions de Gardes- Jurez de lad . Communauté
, d'avoir chacun leur Coin ou Marque
I iij parti10
: 8 MERCURE DE FRANCE
particuliere , et de faire graver la premiere Lettre
de leur nom et leur surnom en entier sur les
Coins ou Marques dont ils se serviront pour
apliquer le Plomb de fabrique sur les Etoffes
qu'ils auront visitez , à condition que la date de
Pannée d'exercice sera gravée sur lesdits Coins
ou Marques , suivant ce qui est prescrit par l'article
II . dudit Arrêt du 9. Février 1734. et à la
charge par lesdits Gardes- Jurez d'être solidairement
garants des Plombs qu'ils auront apliquez.
AUTRE de la Cour des Aydes , du même
jour , qui reçoit le Fermier appellant d'une Sentence
de l'Election d'Amiens , du 23. Décembre
1734. par laquelle il est fait défense aux Commis
de faire aucunes visites chez les Notables et
Bourgeois , ni de faire ouvrir les portes sans
avoir obtenu la permission des Juges de ladite
Election , et défend de mettre ladite Sentence à
execution .
ORDONNANCE du Roy , du 2. Fevrier , qui
défend aux Négociants François , d'adresser ou
faire adresser directement ni indirectement , des.
Marchandises , fruits ou denrées à des Etrangers
établis dans les Echelles du Levant.
DECLARATION DU ROY , du s.
Février , qui renouvelle les défenses faites aux
nouveaux Convertis de vendre leurs biens sans
permission.
les
ARREST du 8. Fevrier, qui ordonne que
Pourvûs ou Proprietaires des Offices de Maires
et de Greffiers de la Province du Languedoc ,
continueront de payer l'Annuel sur le même pied
qu'ils
MAY. 1029 1735-
qu'ils l'ont payé ou dû payer jusqu'au rétablissement
des Offices municipaux .
Et qu'il en sera usé de même pour les Pourvûs
des Offices de Greffiers et de Procureurs de S.M.
des Villes et Communautez de la Province de
Dauphiné.
AUTRE du même jour , qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1735. l'exemption des droits
d'entrée sur les Bestiaux venant des Pays Etrangers
dans le Royaume .
NOUVELLE ORDONNANCE de Police , dù
10. Fevrier , portant nouveau Reglement sur
tout ce qui doit être observé pour prévenir les
Incendies qui arrivent dans Paris ; et qui ordon
ne l'execution des XXI . Articles contenus en lag
dite Ordonnance , sous les peines y portées.
ARREST du 15. Février , qui ordonne qu'en
payant par le Clergé de Strasbourg la somme de
quinze mille livres par chacune année , ses biens
demeureront déchargez de l'execution de la Déclaration
du 17. Novembre 1733. au sujet de la
levée du Dixiéme.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par la Ville de Paris la somme de cent
mille livres par an ,tant que le Dixiéme aura lieu,
elle ne sera point comprise dans les rôles de cette
imposition , pour raison des revenus patrimo
niaux , domaines , octrois et autres qui lui: i apar
tiennent.
AUTRE du même jour , qui subroge M. de
Machault d'Arnouville , Maître des Requêtes
I iiij pour
1030 MERCURE DE FRANCE
pour le raport des affaires de la succession da
sieur Fargès .
AUTRE du même jour , qui permet le transport
des Grains du Poitou à l'Etranger , par les
Ports de Marans , Generalité de la Rochelle et
des Sables d'Olonne , Generalité de Poitiers .
AUTRE du même jour , qui déboute les Maire
et Echevins , Syndics et habitans de la Ville du
Havre , de l'oposition par eux formée à l'Arrêt
du Conseil du 25. May 1734. portant que tous
les Armateurs et Négocians qui armeront dans
cette Ville des Vaisseaux destinez pour les Isles
Françoises de l'Amerique , jouiront de l'exemption
des droits d'Octrois de ladite Ville sur toutes
les Marchandises et denrées employées à leur
commerce , ou à l'approvisionnement et avituailleinent
de leurs Vaisseaux , &c.
ORDONNANCE DU ROY , du même jour ,
concernant les Engagemens et Congez limitez
des Soldats de Marine .
ARREST du 22. Fevrier , qui confirme la cession
faite par le sieur Joseph Germain, au profit
des sieurs Scellier et de la Croix , du Privilege
exclusif de la Manufacture Royale de Seignelay ,
pour la fabrique des Serges façon de Londres , et
autres Etofes exprimées dans l'Arrêt du 17. Juil.
let 1731.
AUTRE du 22. Fevrier , qui nomme des Commissaires
pour juger diffinitivement et en dernier
ressort tous les Procès mûs et à mouvoir entre les
Directeurs , Ingénieurs , Entrepreneurs , Fournisseurs
MAY. 1031 1735.
nisseurs et autres ,
Canal de Picardie
employez aux Travaux du
AUTRE du même jour , qui maintient le sieur
Richer , Lieutenant en la Maîtrise des Eaux et
Forêts d'Auxerre , dans les Privileges et Exemptions
attribuez à son Office par l'Ordonnance de
1669 et le décharge de la nomination faite de
sa personne le 26. Decembre 1734. à la Charge
de Marguillier de sa Paroisse , sauf aux Curé et
Marguilliers de ladite Eglise de proceder à une
nouvelle Election , si bon leur semble .
ARREST du Parlement , du premier Mars au
sujet d'un Bref...
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei- ,
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'ils
n'avoient point eû jusqu'ici de connoissance d'un
Bref de Rome , du 19. Juin dernier , dont l'Imprimé
vient de tomber entre leurs mains par la
communication que la Cour leur a fait donner
d'une Requête de M. l'Evêque d'Auxerre . Que
C'est assez qu'ils trouvent dans ce Bref la condamnation
& la supression d'un Mandement de
ce Prélat , prononcées en consequence et sur le
fondement d'un avis de l'Inquisition , pour que
leur Ministere doive agir lui - même et employer
les voyes de Droit qui lui sont ordinaires en de
pareilles occasions . Que rien de ce qui émane directement
ou indirectement de l'Inquisition , ne
peut être reçû ni même toleré en France ; et,
qu'en particulier pour ce qui regarde les Evêques
du Royaume , il est des regles prescrites par les
saints Canons , et que nous avons reçues de nos
Peres , dans lesquelles l'autorité même du Pape ,
Ιν quelqu
1032 MERCURE DE FRANCE
quelque respectable qu'elle soit , doit se renfermer.
Qu'ils pourroient d'ailleurs faire observer
dans ce Bref diverses clauses que l'on a toujours
regardées comme abusives en France , et contre
lesquelles on n'a jamais cessé de reclamer . Que
dans ces circonstances ils ont crû devoir demander
à la Cour d'être reçûs apellans comme d'abus
d'un Bref aussi contraire à nos Maximes , et
qu'en même temps il lui plaise de prononcer des
défenses de le recevoir , de le publier et de le répandre
: Que c'est à quoi tendent les Conclusions
par écrit qu'ils laissent à la Cour , avec
l'Exemplaire du Bref,
Eux retirez :
Vù le Decret ou Bref du Pape , daté du 19.
Juin 1734. portant condamnation et prohibition
du Mandement de M. l'Evêque d'Auxerre , du
26. Décembre 1733. ensemble les Conclusions
par écrit du Procureur Géneral du Roy , la matiere
mise en déliberation :
La Cour reçoit le Procureur General du Roy
appellant comme d'abus dudit Bref ou Decret ,
et c pendant enjoint à tous ceux qui en auroient
des Exemplaires de les aporter incessamment au
Greffe Civil de la Cour ; Fait inhibitions et défenses
à toutes personnes de quelque qualité et
condition qu'elles soient , de l'imprimer , vendre,
débiter ou autrement distribuer sous telles peines
qu'il apartiendra , &c .
SENTENCE DE LA VILLE , dú ƒ . Mars ,
qui condamne . Pierre Gaze , Jean Baptiste la
Morte et Jean la Durée , fils , accusez.et contumax
. d'être conduits et menez aux Galeres, pour
y servir pendant l'espace de neuf années ; préalablement
flétris des trois Lettres G. A. L. sur la
Place
MAY. 1735. 1033
Place aux Veaux , et en dix livres d'amende ,
pour avoir nuitamment volé des Poissons dans
une Boutique au Port de ladite Place aux Veaux.
DECLARATION DU ROY , du
8. Mars 1735. Portant Reglement pour la Fadrication
des Bouteilles et Caraffons de Verre.
Registrée au Parlement .
Louis , &c. Les plaintes qui nous ont été faites
sur les differens abus qui se sont introduits dans
la fabrication des Bouteilles et Caraffons de Verre
destinez à renfermer les Vins et autres Liqueurs ,
soit par la mauvaise preparation de la matiere
dont ils sont composez , ce qui cause la corrup
tion des Vins et Liqueurs , soit par le défaut de
matiere suffisante pour rendre ces sortes d'ouvrages
solides , soit enfin par le défaut de contenance
ou jauge des Bouteilles et Caraffons , nous
ont déteminé , pour l'interêt public , à y pourvoir
par un Reglement précis. A ces causes , de
l'avis de notre Conseil , et de notre certaine science
, pleine puissance et autorité Royale , Nous
avons par ces présentes , signées de notre main
dit , declaré et ordonné , disons , declarons et ordonnons
, voulons et nous plaît ce qui suit.
>
ART I. La matiere vitrifiée servant à la fabri
cation des Bouteilles et Caraffons destinez à renfermer
les Vins et autres Liqueurs sera bien rafinée
et également fondue , ensorte que chaque Bouteille
ou Caraffon soit d'une égale épaisseur dans
toute sa circonference.
II. Chaque Bouteille ou Caraffon contiendra
à l'avenir pate , mesure de Paris et ne pourra
être au-dessous du poids de vingt- cinq onces >
tes demis et quarts à proportion , quant aux Bouteilles
ou Caraffons doubles et au- dessus , is se-
Dvi Long
1024 MERCURE DE FRANCE
ront aussi d'un poids proportionné à leur grandeur.
III. Voulons que tous Entrepreneurs et Maîtres
de Verreries , Marchands Fayangiers et autres
vendans Bouteilles , se conforment au poids et à
la contenance ou jauge portez par l'Article précédent
: leur défendons de fabriquer , ou faire fabriquer
, faire entrer dans le Royaume , vendre
et débiter aucunes Bouteilles ou Caraffons qui ne
soient du poids et jauge ci- dessus , soit qu'ils
ayent été fabriquez dans le Royaume ou en Pays
Etrangers , à peine de confiscation , et de deux
cent livres d'amende contre chacun des contrevenans.
N'entendons neantmoins comprendre
dans la prohibition ci - dessus , les Bouteilles qui
se fabriquent en Alsace pour y être consommées,
mais celles que l'on voudroit introduire dans le
reste du Royaume.
IV. Voulons pareillement que tous Marchands
de Vin , Cabaretiers , Aubergistes et autres vendans
Vin , Cidre et Bierre en Bouteilles ne puissent
se servir,même les Commissionaires des Provinces
envoyer aucunes Bouteilles qui ne soient
du poids et de la contenance portez par PAtt . II .
à peine de quatre cent livres d'amende , et de confiscation
des Vins ; à l'exception des Bouteilles
qui entreront dans le Royaume remplies de Vins
de Liqueurs , et Liqueurs fortes seulement.
V. Ordonnons que tous Marchands Fayanciers
et autres vendans Bouteilles , tous Marchands
de Vin , Cabaretiers , Aubergistes et autres
vendans Vin , Cidre et Bierre , seront tenus
de faire dans quinzaine , à compter du jour de la
publication des présentes , aux Greffes de la Police
de chaque Ville du Royaume , leurs déclarations
de la quantité de Bouteilles et Caraffons
qu'ils
MAY. 1735.
1035

qu'ils pourront avoir dans leurs Magasins , tant
du poids et jauge fixez par l'Article II. qu'au des
sous dudit poids et jauge , soit des Fabriques du
Royaume ou des Pays Etrangers , à peine de deux
cens livres d'amende et de confiscation desdites
Bouteilles et Caraffons , dont il n'auroit pas été
fait déclaration dans ledit délai .
à
VI. Et néantmoins pour faciliter la vente et
le débit desdites Bouteilles et Caraffons , permettons
ausdits Fayanciers et autres qui en font
commerce , de les vendre et distribuer pendant le
tems et espace d'un an , Comper pareillement
du jour de la publication de la présente Déclaration
, passé lequel tems toutes les Bouteilles et
Caraffons qui n'y seront pas conformes , seront
confisquez et cassez , et ceux ausquels ils appartiendront
condamnez chacun en deux cens livres
d'amende .
>
2
VII. Les amendes et confiscations qui seront
prononcées pour raison des contraventions faites
aux présentes , seront appliquées ; sçavoir un
tiers à notre profit , un tiers aux Dénonciateurs,
et un tiers aux pauvres de l'Hôpital le plus prochain
du lieu où les Jugemens seront rendus .
Voulons que lesdites amendes ne puissent être remises
ni moderées sous quelques prétexte que ce
puisse être.
VIII. Voulons que toutes les contestations qui
pourront naîtie , pour raison de l'execution des
présentes , soient jug.es en premiere instance ;
sçavoir , dans notre bonne Ville de Paris , par
le Lieutenant General de Police , et dans les autres
Villes du Royaume , par les Officiers de la
Police , ausquels Nous atti buons toute Couret
Jurisdiction privativement à tous autres Juges ,
saut l'apel en nos Cours de Parlement. Si don
nons en mandement , &c .
1016 MERCURE DE FRANCE
EDIT DU ROY , donné à Versailles au mois
de Mars 1735 , Registré en la Chambre des Comptes
le 28. dudit mois , portant que les Rentes
viageres en forme de Tontines , créées par Edit
du mois d'Août 1734 seront payées par les
Payeurs des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris
et contrôlées par leurs Contrôleurs .
Augmente la finance de leurs Offices ainsi que
leurs gages , taxations et droits d'éxercice .
Les maintient et confirme dans l'éxemption du
Dixieme
Dans le droit de payer et de contrôler toutes
les rentes créées et celles qui pouroient l'être à
l'avenir , sous quelque dénomination qu'elles
puissent être , et assignées sur les revenus de
Ï'Etat.
Et que le nombre des parties de rentes établies
sur ledit Hôtel de Ville , demeurera fixé à cinquante
, sans pouvoir être augmenté .
SENTENCE DE POLICE , du 11. Mars
qui fait défenses à toutes femmes vendantes et étalantes
dans les Halles et Marchez de cette Ville ,
de se quereller et de troubler la tranquillité publique
, et con lamne la nommée Bataille en 30.
liv. d'amende pour y avoir contrevenu.
ARREST du 15. Mars , qui fait défenses à tous
Suisses , Portiers et Domestiques des Maisons et
Hôtels , de vendre ancuns vins en gros ou en détail
, soit à Pot ou à Assiete , dans la Ville et
Fauxbourgs de Paris , sous peine de 500. livres
d'amende , et en cas de récidive , de celle de 1000
livres , et de punition corporelie , &c.
ARREST du 22. Mars , qui interdit l'en-
ικές
MAY. 1735. 1037
trée dans le Royaume d'une écorce d'arbre appellée
Quina faux , ou faux Quinquina , ou Quinquina
femelle ; et fait deffenses à tous Marchands.
Epiciers , Droguistes et Apoticaires ,
acheter , et d'en vendre ni débiter , sous les peines
y portées.
ORDONNANCE DU ROY du 26. Mars
portant Reglement sur les Décomptes qui doivent
être faits à l'Infanterie françoise qui a servi
sur la frontiere d'Allemagne pendant la campagne
1734. en conformité des revûës qui en seront
faites dans les dix derniers jours du mois.
d'Avril prochain , au lieu de celle du premier ,
indiquée par l'Ordonnance du cinq Janvier dernier.
ARREST du Parlement du 29. Mars , qui
condamne Pierre- Romain Levert , d'être attaché
au carcan , ayant écriteaux devant et derriere :
Voleur de Poissons ; et aux Galeres pendant trois
ans , préalablement marqué de trois Lettres ,
G. A. L. et a sursis à faire droit sur l'accusation
intentée contre Jacques Giffard.
AUTRE du 30 Mars , pour faire fournir du
pain de munition aux Troupes qui seront dans
les places frontieres d'Allemagne , du pays Messin
et de Flandre pendant la campagne prochaine.
> ARREST du Conseil du même jour qui ordonne
que ceux des Contrôlenrs des rentes sur
lesquels il y a des saisies , opositions , ou autres
empêchements faits entre les mains de leurs
Payeurs , ou qui pourroient survenir , seront
payez
038 MERCURE DE FRANCE
payez de leurs gages et droits d'éxercice échus eg
à échoir , jusqu'à concurrence de l'augmentation
de finance qu'ils sont tenus de fournir suivant
l'Edit du présent mois , nonobstant lesdites saisies
, opositions , ou autres empêchements faits
ou à faire , dont il est fait pleine et entiere main
levée à cet égard seulement.
ARREST de la Chambre des Comptes du premier
Avril 1735. qui ordonne qu'en payant par
les Payeurs et les Contrôleurs des rentes , la nouvelle
finance portée par l'Edit du mois de Mars
dernier , dans les temps fixez par le Rôle arrêté
au Conseil le 29. du même mois , ils joüiront
conformement audit Edit , des gages , taxations
et droits d'éxercice à eux attribuez , à commencer
du premier Janvier aussi dernier , nonobstant
ce qui est porté par l'Arrêt de la Chambre du
28. du même mois , intervenu à l'enregistrement
dudit Edit.
ORDONNANCE DU ROY du premier Avril,
portant Reglement pour le payement des Troupes
de Sa Majesté , pendant la Campagne prochaine.
ARREST du Conseil d'Etat du 2. Avril , dont
la teneur suit
,
Le Roy s'étant fait representer un imprimé qui
se répand depuis quelques jours dans le public
sans nom d'imprimeur , et sans aucune mention
de privilege ni de permission ; sous le titre de ,
Mandement de M. l'Evêque de Saint Papoul ,
pour faire part à son peuple de ses sentiments sur
les afaires présentes de l'Eglise , et des raisons
qui le déterminent a se démettre de son Evêché.
M. DCC. XXXV. Sa Majesté auroit voulu
d'aMA
Y. 1735. 1039
d'abord douter de la vérité d'une piece si desho
norante pour cet Evêque , et si aЯigeante pour
l'Episcopat : Mais après l'aveu qu'il en a fait en
lui envoyant la démission de son Evêché , Sa
Majesté ne peut plus s'empêcher de reconnoître
que ce Mandement est l'ouvrage d'un Prélat malheureusement
trompé par des esprits artificieux ,
qui ont abusé de sa confiance pour lui faire rejetter
ce qu'il avoit jusqu'alors adopté , et approuver
ce qu'il avoit condamné : Que ceux qui
le donnent ainsi en spectacle au public , pour relever
, s'il étoit possible , les esperances d'un parti
rebelle à l'Eglise , ont crû ne pouvoir excuser
une variation si surprenante dans la personne
d'un Evêque , qu'en l'engageant à faire luimême
une peinture odieuse de son entrée dans
l'Episcopat : Qu'ils lui font avouer , que l'ambition
seule , et le sacrifice de sa conscience à sa
fortune , lui ont ouvert les portes du Sanctuaire :
Que ne pouvant y étouffer entierement ses remords
, il a cherché à les calmer , en persecutant
ceux qui conservoient encore ses premiers senti
mens , croyant s'affermir dans une voye, qu'il appelle
pernicieuse , à mesure qu'il y attiroit des prévaricateurs
: Qu'à la verité il prétend expier
une conduite si indigne de son caractere , par le
repentir qu'il en témoigne ; mais que la confession
publique qu'on a exigée de lui , se termine -à
mettre au nombre de ses plus grands crimes , sa
soumission à une Eulle qui est reçue de toute l'Eglise
: Que pendant qu'il se prête ainsi à la séduction
de ceux qui le conduisent , ils se défient
tellement de sa foiblesse et de son inconstance
que pour prévenir un retour qu'ils ne peuvent
s'empêcher de craindre , ils lui font prendre la
précaution singuliere de reclamer par avance con-
>
tre
1040 MERCURE DE FRANCE
tre tout Acte contraire à son Mandement , qu'oni
pourroit extorquer de lui à l'avenir : Que telle est l'idée
que donne de lui même un Prélat , qui ne se
Contesse coupable, que pour accuser le Pape et les
Evêques , d'avoir abandonné la cause de la verité ;
comme s'il n'avoit pû se tromper que pendant
qu'il leur étoit uni , et qu'il fût devenu infailli
ble , dès le moment qu'il a entrepris de se révolter
contre leur authorité : Qu'en effet il se croit
par la au dessus de toutes les loix de l'Eglise et
de l'Etat. L'union des deux puissances qui ont
concouru à établir la nécessité de la signature
pure et simple du Formulaire , ne l'empêche pas
de favoriser les distinctions des Théologiens qui
cherchent à éluder la condamna ion de Jansenius
; il ne respecte pas davantage , ni l'authorité
de la Déclaration du 4 Août 1720. qui ordonne
que les appels au futur Concile , dont elle
avoit été précedée , seront regardés comme de
nul effet , et qui deffend d'en renouveller à l'avenir
; ni les dispositions de la Déclaration du 24 .
Mars 1730. qui confirme celle de 1720 et c'est
dans cet esprit , qu'après avoir employé les
tours les plus captieux pour décrier les Ministres
de l'Eglise qui sont dociles à sa voix , et pour
applaudir à ceux qui veulent la méconnoître ,
ou qui refusent de s'y soûmettre , il consomme
sa révolte en déclarant , qu'il rétracte tous les
Mandemens qu'il a faits en faveur de la Constitution
Unigenitus , et qu'il adhere à l'appel interjetté
au futur Concile général le premier Mars
1717.par quatre Evêques de ce Royaume, et à tous
les autres Actes qu'ils ont fait pour le soûtenir.Et
comme un si grand scandale peut être d'autant
plus dangereux , que celui qui le donne est plus
élevé en dignité , et qu'on a cherché à le couvrir
MAY. 1735. 1041
vrir des apparences de la vertu , pour faire plus
d'impression sur des esprits foibles ou mal intentionnés
; Sa Majesté manqueroit à ce qu'Elle
doit à la religion , et à Elle- même , si Elle differoit
plus long- temps de maintenir et de venger
l'autorité de l'Eglise à la sienne , également offensées
par un tel attentat : A quoi étant nécessaire
de pourvoir , Sa Majesté étant en son
Conseil , a ordonné et ordonne que lédit imprimé
ayant pour Titre , Mandement de M. l'Evêque
de Saint Papoul , pour faire part à son peu
ple de ses sentimens sur les affaires présentes de l'Eglise
, et des raisons qui le déterminent à se démettre
de son Evêché. M. D CC. XXXV, sera et demeurera
supprimé , comme injurieux à l'Eglise ,
contraire à son authorité , attentatoire à celle
du Roy , tendant à inspirer la révolte contre l'une
et l'autre puissance , ei à troubler la tranquillité
publique Enjoint à tous ceux qui en ont
des éxemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y être supprimez :
Fait Sa Majesté très- expresses inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
et autres , de quelque état , qualité ou condition
qu'ils soient , d'imprimer , vendre , débiter
, ou autrement distribuer ledit Mandement ,
à peine de punition éxemplaire.
ARREST du Parlement du 2. Avril , au sujet
d'un Imprimé , &c
Ce jour , les gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il se
répand depuis trois jours un Imprimé en forme
de Lettre, daté du 26. Mars dernier , et que son
titre attribue aux Avocats de la Cour . Que sur
l'avis
1042 MERCURE DE FRANCE
Pavis que les lits Gens du Roy en ont eu , ils ont
fait les recherch s qu'ils ont crû convenables.
Qu'il vient d'en être remis un Exemplaire entre
leurs mains.Qu'ils peuvent ren ire témoignage à la
Cour et l'assu er que cette Lettre n'est rien moins
que l'ouvrage de l'ordre des Avocats , étant bien
informez qu'il n'y a point de part. Que la Cour
sentira assez tous les motifs qui excitent leur
ministere , et qu'il ne leur reste qu'à requerir
qu'il lui plaise a'ordonner que certe Lettre dont
ils ont l'honneur de lui remettre un Exemplaire,
demeurera suprimée ; qu'il soit enjoint à tous
ceux qui en auront des Ex mplaires de les aporter
incessamment au Greff: Civil de la Cour, &c.
Eux retirez Vû ledit Imprimé en forme de
Lettre , daté du 26. Mars dernier. La matiere
mise en déliberation :
La Cour ordonne que ladite Lettre sera et demeurera
suprimée ; enjoint à tous ceux qui en ont
des Exemplaires de les aporter incessamment au
Greffe Civil de la Cour ; Fait inhibitions et défenses
à toutes sortes de personnes , de quelque
qualité et condition qu'elles soient , de l'imprimer
, vendre , débiter , ou autrement distribuer
sous telles peines qu'il apartiendra , & c.
ARREST du s . Avril , concernant les Rentes
viageres en forme de Tontine , créées par Edit
du mois d'Août dernier , par lequel S. M. a prorogé
et proroge jusqu'au dernier May prochain,
inclusivement , le terme qui avoit été fixé au dernier
Mars par l'Edit d'Août dernier , portant ,
création des Rentes viageres , dites Tontines
pour lever lesdites Rentes . Veut S , M. que jusqu'audit
jour dernier May prochain inclusivement
, le Bureau reste ouvert au Trésor Royal ,
pour
MAY. 1735 1043
pour y recevoir jusqu'à concurrence des quatorze
cent soixante- trois mille livres de Rentes
créées par ledit Ecit, ce qui reste de constitutions
à faire en ladite Tontine , nonobstant ce qui a
été sur ce point ordonné par l'Article XI . dudit
Edit , auquel S. M. a dérogé et déroge . Veut en
outre S. M attendu la modicité de l'objet , que
les arrerages desdites Rentes restantes à acquerit
soient pa, z , à compter du premier Janvier dernier,
à ceux qui les leveront jusqu'au dernier May
prochain à l'effet de quoi mention en sera faite
dans les quittances du Garde du Trésor Royal.
ORDONNANCE DU ROY , du 8. Avril ,
concernant l'ordre que Sa Majesté veut être observé
dans les marches des bagages et équipages
de ses Armées , par laquelle S. M. ordonne l'exe
cution des 14. Articles contenus en ladite Ordonnance.
AUTRE du même jour , concernant la discipline
de ses Troupes dans les Camps et dans les
marches d'Armées , par laquelle S. M. ordonne
pareillement Pexecution des 17. Articles qui y
sont contenus.
AUTRE du même jour , pour regler les Tables
et Equipages des Officiers Generaux
autres Employez dans ses Armées , par laquelle
S. M. ordonne aussi l'execution des 12. Articles
inserez en ladite Ordonnance .
AUTRE du 10. Avril , portant Reglement
pour les journées des Soldats , Cavaliers et Dragons
malades, des Troupes de l'Armée d'Allemagne
, à commencer du premier May 1735 .
ARREST
1440 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 12. Avril , qui permet la sortie
des Grains du Poitou , pour l'Etranger , par le
Port de Saint Gilles , au lieu de celui des Sables
d'Olonne .
AUTRE du 24. Avril , au sujet des Ecrits publiez
à l'occasion d'un Mandement du sieur Evêque
de S. Papoul , par lequel S. M. a retenu et
retient à sa Personne la connoissance de l'execution
de l'Arrêt par Elle` rendu le 2. du present
mois , sur le Mandement du sieur Evêque de S.
Papoul , ensemble des Ecrits qui ont été ou qui
pourroient être faits pour ou contre ledit Mandement
, de quelque nature que soient lesdits
Ecrits ; S. M. se réservant d'y pourvoir ainsi
qu'il apartiendra , pour maintenir la tranquillité
publique , à l'effet de quoi elle a évoqué , en tant
que besoin seroit , et évoque à sa Personne et à
son Conseil , toutes les demandes ou contesiations
qui pourroient être nées ou naître dans la
suite à cette occasion , avec leurs circonstances et
dépendances , S. M. en interdisant la connoissance
à toutes ses Cours et autres Juges.
On donnera deux Volumes du Mercure le mois
prochain , pour pouvoir employer plusieurs Pieces
que nous croyons dignes d'interesser le Public .
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers et en Prose . Bouquet
,
833
Lettre écrite de Londres , sur quelques illustres
Anglois ,
Danc , Cantate ,
834
846
Pompe funebre de la Reine de Sardaigne , 850
Refléxions , 863
La Reconnoissance de Céladon , Eglogue ,
La Mort de Daphnis , Eglogue ,
862
884
Méthode pour trouver la difference des Méridiens
, & c. 887
Compliment à M. de Nicolay , sur le Prix qu'il
remporté ,
894
Explication d'un terme singulier du troisiéme
siecle .
896
L'Emulation , le Rossignol et les Serins , Fabile ,
902
Lettre sur ce qu'on apelle les Orleanois , Chien s
d'Orleans , 904
912
La France délivrée par la Pucelle d'Orleans
Poëme ,
Lettre sur le Traité de Paix de Bretigni , & c. 917
Enigme , Logogryphes & c. 919
NOUVELLES LITTERAIRES , DES PEAUX- ARTS,'
&c. L'Aminte du Tasse ,
Abregé de l'Histoire Sainte ,
OEuvres de Moliere , 7
Les Ennuis du Carnaval , Comédie ,
Histoire de la Ville de Paris , & c.
923
927
931
937
952
Avertissement au sujet des Ouvrages de M. de
Assemblée publique de l'Académie de Soissons, et
Cormis , & c.
Prix donné ,
954
956
Prix proposé par l'Académie Royale des Sciences
,
957
Assemblée publique de cette Académie , et Abregé
du Discours de M. de Fontenelle ,
Mémoire sur l'Electricité de M. du Fay ,
Homme de 7. pieds , & c.
Estampes nouvelles ,
Air noté ,
960
962
967
ibid.
971
Spectacles ; les Graces, Ballet héroïque , Extrait ,
972
D'AILS
D'Ita he et Portugal ,
Ho
Parodie du même Ballet , &6.
Parodie d'Agnès de Chaillot , &c .
985
990
Nouvelles Etrangeres, de Russie et Pologne , 992
Bas et Grande Bretagne ,
Adurtion au Nouvelles Etrageres ,
Aimers d'Italie et d'Allemagne ;
Monts des Pays Etrangers ,
997
999
1003 C
1007
1008
1010
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, & c . 1012
Benefices donnez , 1014
Mandement de l'Archevêque de Paris , 1016
Morts et Mariages , 1018
Arrêts Notables ,
1023
Errata di Avril.
Prouba, Ibid. I. ; . du bas , Pouledera , l. Pontedera
. P. 797. 1. s . peès , l . près. P. 799.
1. 3. du bas , conjecture , l. conjoncture . P. 808.
1. 3. présend , prétend .
Age 718. ligne 14 Sycomore , lise Simar-
Au M rcure d'Octobre 1734. page 2162. on
lit mil livres à un homme de belle voix . Au lieu de
1000. il faut lire 100.
Fantes à corriger dans ce Livre.
PA $45. ligne 10. la Ninon et la l'Enclos ,
lisez Ninon Lenclos . P. 884. 1. 10. Sparenta
1. Spaventa. P. 886. l . 16. En fait , l . Enfunt. P.
921. l. 18. six , 1. cinq P. 960. 1. 2 , auront ces ,
1. auront remporté . P. 978. Mélancolique, 1. Mélancolie
. P. 993. l - rọ. srtenir , l. retenir.
Ar noté doit regarder la page 973 .
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT
JUIN. 1735.
PREMIER VOLUME.
CURICOLLIGIT
SPARCIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
co.
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventse fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'aurons
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porterjur
l'heure à la Pofte , on aux Meſſageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX ** . SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
JUIN. 1735 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
L'IDOLATRIE ,
T
O D E.
Par M. l'Abbé Isnard.
Riste effet du courroux Celeste ! . ?
Ou plutôt du peché qui séduisit
son coeur ,
Dans son aveuglement funeste
L'homme méconnoît son Auteur.
Chef-d'oeuvre de ses mains,créé dans l'innocence,
I. Vol. A ij Il
1046 MERCURE DE FRANCE
Il se livre à l'indépendance ;
Dégradé , sa douleur s'exhale en vains regrets :
Ses malheureux Enfans condannez d'âge en âge,
Déja , Seigneur , déja de ton auguste Image ,
Ont- ils effacé tous les traits ?

La Licence inonde la Terre ,
La vertu fuit , le crime à son comble est monté.
Grand Dieu , du bruit de ton Tonnerre
Leur coeur n'est point épouvanté !
Cieux , versez vos Torrens , Terre , ouvre tes
abîmes ,
Englouti soudain ces victimes ,
Qu'épargna trop long- temps l'Eternel en cour
roux ;
Tout périt. Du peché châtimens mémorables !
Mais d'un Juste épargné bien - tôt les fils coupables
,
Bravent encor ce Dieu jaloux.
Dans sa redoutable colere ,
Şa vengeance les livre à leurs coeurs endurcis ;
D'un foible reste de lumiere ,
Tous les rayons sont obscurcis.
Quel attentat ! l'Impie , au gré de ses capricesį
Se fabrique des Dieux complices ,
Autorise son crime en le plaçant aux Cieux ;
Le torrent de l'erreur en désordres féconde ,
I. Vol, Se
JUIN. 1735. 1047
Se déborde , remplit l'Enfer , la Terre et l'Onde
Trop resserrez pour ses faux Dieux.
Ici , le Nil sur son rivage ,
M'offre des Dieux muets , où des Dieux Mugis
sans !
Son culte insensé rend hommage
Aux plus vils objets de nos sens .
Là , ce Peuple orgueilleux d'une vaine sagesse ,
Ces esprits vantez de la Grece ,
Ajoûtent aux erreurs des aveugles Mortels ;
O honte ! ils font un Dieu d'un infâme adultere,
Et du profane Amour la détestable Mere ,
Usurpe un Temple et des Autels !
Le vol , le meurtre , le parjuré ,
Consacrez par ces Dieux , par tout sont rés
pectez ,
Vices , dont rougit la Nature ,
Quels Monstres de Divinitez !
Rome , de l'Univers la superbe Maîtresse ,
Se plonge en leur fatale yvresse ,
Et reçoit des vaincus tous les Dieux impuissans .
Oprobre des Humains ! dans ce désordre extrême
,
Par miles Nations , tout , excepté Dieu même ,
Reçoit leurs voeux et leur encens !
A iij Mêlez
1048 MERCURE DE FRANCE
Mêlez la fureur et la rage ,
Au milieu des festins , à vos transports joyeux ;
Repaissez vos yeux de carnage ;
Soyez semblables à vos Dieux.
Fléchissés Jupiter , qui tonne sur vos têtes ;
Dans les redoutables tempêtes
De Neptune , d'Eole , apaisés le courroux ...
Insensez qu'étoient - ils ces Dieux si grands des
hommes ,
Plus cruels , plus méchants , plus vils que nous
ne sommes ,
Foibles et mortels comme nous.
Sourds à la voix qui les rappelle ,
Leur coeur cede au panchant , se ferme à la
raison ;
Sans remords , le Pere infidelle
Transmet à son fils le poison.
Prestiges renaissants ! la pompe et les spectacles ,
La voix trompeuse des Oracles ,
Captivent le respect des crédules Humains ;
L'Enfer use à son tour de nouveaux artifices
Et dans le sang humain , barbares sacrifices !
L'homme cruel plonge ses mains !
Mais que vois-je , ton Peuple même ,
Impatient , murmure et se fait d'autres Dieux !
Seigneur , dans leur licence extrême ,
I. Vol.
Un
JUIN. 1735. 1049
Un Veau d'or reçoit tous leurs voeux.
Aux plaisirs effrenez la foule s'est livrée ;
Et de ta Parole sacrée
Ce Peuple criminel ose se défier :
Son Chef humilié désarme ta colere ,
Mais aux Dieux étrangers , race ingrate et legere,
Elle osera sacrifier.

Jusques à quand l'homme insensible
Kura- t'il sur les yeux le bandeau de l'Erreury
Et de ta colere infléxible
Eprouvera-t'il la rigueur ?
Rapelle , Dieu de Paix , ton antique promess
Suspens ta droite vengeresse ,
Fais briller à ses yeux l'aimable Verité.
Les tems sont arrivez ; ses decrets s'accomplis
sent ,
La Verité paroît , les Enfers en frémissent ,
Les Cieux répandent leur clarté .
M
Annoncé par les saints Oracles ,
Dieu descend , et la Terre enfante son Sauveur
Les Prodiges et les Miracles
Vont déposer en sa faveur.
Il naît dans le mépris ; il meurt dans le su
plice ;
Mais cet étrange sacrifice ,
I. Vol.
A iiij Grand
toso MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu , confond l'erreur et cimente ta
Loy.
Tes genereux Enfants , qu'animent tes paroles ,
Avides du trépas , renversent les Idoles ,
L'Univers renaît par la Foy,
*****:*X* X :XXXXXXX
QUESTION IMPORTANTE
jugée par Arrêt de la Grand'Chambre
du Parlement de Normandie , le 31.
Mars 1735. sur le Titre du Digeste de
Pollicitationibus .
FAIT.
LE 23. Avril 1733. feu M. le Normand
, Evêque d'Evreux , annonça
»par un Mandement en forme , aux
» Chapitres , Abbez , Prieurs et Curez de
» son Diocèse , ce qui l'avoit déterminé
»à faire le présent de sa Bibliotheque à
» ce Diocèse , sous la direction et l'ad-
» ministration de la Chambre Diocésaine .
>>
» Et comme il désiroit que ce même
» Diocèse fût témoin d'une liberalité aussi
magnifique , qu'on prît avec lui et avec
» la Chambre Diocésaine , les moyens né-
» cessaires pour conserver à la Posterité ce
» précieux dépôt pour l'augmenter et en choisir
l'emplacement ; il convoqua une Assemblée
»
1. Vol.
generale
JUIN. 1735. 1051
generale au Mardy 19. May de la même
année 1733 .
On arrêta un modele de Procuration
qui fut envoyé , avec le Maudement, aux
personnes convoquées , et selon ce modele
, leur Procureur devoit être nommé
pour aprouver et recevoir en leur nom
et au nom de tout le Diocèse , le grand et
magnifique présent que le Prélat vouloit bien
lui faire. Le Procureur , au sur - plus authorisé
de déliberer et arrêter avec l'Assemblée
, sur tout ce qui conviendroit pour
la réception d'un si précieux présent , de son
entretien , augmentation , emplacement , et
generalement sur tout ce qui pourroit être
proposé pour rendre cet établissement solide
et permanent.
M. l'Evêque d'Evreux ayant été surpris
de mort le 7. du même mois de
May 1733. sans avoir eu le temps de
faire aucune disposition par raport à
l'état de ses affaires , la Biliotheque qu'il
avoit promise resta dans sa succession .
Au mois de Janvier 173. Dame Blanche
le Normand , veuve du sieur Alleaume
, Trésorier de France , niéce et héritiere
beneficiaire du Prélat , fit assigner
aux Requêtes du Palais à Rouen , les
Doyen , Chanoines et Chapitre d'Evreux
pour avoir délivrance de cette Biblio-
1. Val. Av theque ,
1052 MERCURE DE FRANCE
theque , aux protestations en cas de refus
on de retardement , de tous dépens , dommages
et interêts.
On passe ce qui a précedé pour l'aposition
des Scellez , cela est étranger à la
question de la Pollicitation.
On passe également le détail de la Procédure
, il suffit d'observer que M. de
Rochechouart , à présent Evêque d'Evreux
, fut reçû Partie intervenante , et
qu'enfin il y cut par défaut Sentence
diffinitive entre toutes les Parties , qui
condamna le Chapitre à faire délivrance
de la Bibliotheque en question , à payer les
frais de garde depuis le 20. Juillet 1733 .
aux interêts du dépérissement arrivé à cette
Bibliotheque , et aux dépens.
M. de Rochechouart , tant pour lui
que pour le Clergé de son Diocèse , apella
de cette Sentence , et la Cause mise
sur le rôle , elle fut solemnellement plaidée
dans plusieurs Audiances , les Parties
présentes et une infinité de personnes
du premier rang , que la singularité
de la question y avoit attirez . On
y remarqua entr'autres M. le Duc d'Elbeuf
, M. l'Abbé de Barwick et notre
jeune Vidame de Normandie , digne fils
de Pillustre Magistrat qui a prononcé
l'Arrêt.
·
I. Vol
M.
JUIN. 1735
1053
M. des Genetes , Avocat , en proposant
l'Apel , déclara d'abord qu'il reclamoit
la Bibliotheque en question , non
comme une donation ou autre liberalité
de feu M. le Normand , mais comme
une dette de ce Prélat , à la Religion et
à la Patrie , soutenant le Mandement ,
une Pollicitation telle que les Loix l'authorisent
, puis prévenant par un Discours
des plus patétiques , les préjugez
qu'il craignoit de trouver dans les esprits
contre sa proposition , il donna l'idée
sa Cause. Je ferai , dit - il , tomber le
bandeau , en démontrant que les motifs
qui ont fait admettre la pollicitation
chez les Romains , ont la même
force parmi nous , que l'Ordonnance de
1731. et notre Coûtume ne peuvent
être oposées , parce qu'elles ne regardent
que les donations entre Particuliers.
Enfin que la Pollicitation est apuyée
sur le sentiment des Auteurs , et adoptée
par
les Arrêts du Parlement de Paris , dont
la Coûtume n'admet cependant , non
plus que la nôtre , d'autre donation que
Îa donation entre vifs et la donation tes
tamentaire .
Pour faire connoître que le Mandement
de feu M. le Normand contient
· tous les caracteres et les conditions es-
I. Vol. A vj scntielles
1054 MERCURE DE FRANCE
sentielles de la Pollicitation ; il observa
que la Pollicitation en general n'est autre
chose qu'une promesse de donner à
la République ce qu'elle a droit de prétendre
de nous ; parce que , selon le droi
naturel , nous naissons tous débiteurs à
la Patrie ; cette promesse, dit il , est si sacrée
dans l'ordre de la societé , qu'eile
n'est point soumise aux formalitez des
Contrats ordinaires , et rend , en quelque
maniere , légitime , ce qui autrement ne
le seroit pas .
En effet , ajoûta - t'il , on ne pouvoit
sans crime chez les Romains faire des
presens au Peuple pour être élevé au rang
suprême de la Magistrature.
C'est le Texte même de la Loy de
Ambitu , mais si on promettoit à la République
, dans le cas d'un suffrage
efficace , de faire bâtir un Edifice ou de
donner une certaine somme pour sa décoration
, alors comme c'étoit moins une
liberalité que le payement d'une dette ,
le Jurisconsulte l'apelle une juste Cause.
Telle est la premiere espece de Pollicitation.
Sed si quidem ob honorem promiserit
decretum sibi vel decernendum , vel
ob aliam justam Causam tenebitur ex Pol
licitatione. L. 1. in eod . tit.
Quelque obligation , dit- il , que nous
1. Vol. con
JUIN. 1735. 1055
contractions pour la Patrie en naissant ,
elle ne veut cependant pas qu'on s'en
aquitte avec regret ou legereté ; c'est
pourquoi les Loix ne regardent point
comme obligatoires ces promesses que le
caprice fait naître et que la refléxion détruit
; elles ordonnent que s'il n'y a pas
des motifs de retour , au moins que la
volonté soit pleinement manifestée par
un commencement d'exécution . Si sine
Causa promiserit, coeperit tamen facere , obligatus
est qui coeperit. in L. ead. et in
L. 11. eod. tit.
Il y a un autre cas , dit-il , où les
Loix donnent au Droit naturel toute la
force qu'il doit avoir , c'est lorsque la
République est désolée par un Tremblement
de Terre ou par quelque Incendie ,
ou le ravage de la guerre , la Patrie infortunée
, ne peut plus se relâcher de ses
droits quiconque promet, s'oblige . Propterincendium
, vel terra motum , vel aliquam
ruinam , que reipublice contigit , si quis
promiserit , tenetur. L. 4. in cod . tit et L.
7. cod.
Ce que nous devons à la Patrie n'a
point de bornes , ajoûta- t'il , et c'est pour
cela que lorsqu'elle est affligée de quel
que ruine imprévûë , les Loix autorisent
indistinctement tout ce qui est fait pour
elle. Omni modo tenetur. Mais
1056 MERCURE DE FRANCE
Mais s'il n'est question que d'une
promesse
en vûë de retour ou dans le commencement
d'execution , ces sages Loix parlent
en faveur de l'héritier ; elles veulent
qu'il ne soit tenu qu'à proportion de ce
dont le défunt pouvoit communément
disposer par donation , ce qui est fixé dans
le Droit municipal , chez nous à la totalité
des meubles et au tiers des immeubles
, et chez les Romains , en ce cas ,
à la dixième partie du patrimoine pour
les Enfans , et au quint pour les Collateraux
.
Ce qui répond à l'objection faite que
la Pollicitation admise seroit la ruine des
heritiers. Extraneum hæredem quintam partem
patrimonii defuncti , liberos in decimam
teneri divi Severus et Antoninus rescripserunt.
L. 9. in eod. et L. 14. eod .
L'habile Orateur , après avoir fait observer
que les Loix de ce Titre sont proposées
comme des especes generales sur
lesquelles les particulieres doivent être
reglées , passa à l'aplication . Le Mandement
de M. d'Evreux , dit - il , est dans
son essence une Pollicitation des plus
marquées et des plus obligatoires , parce
que cet Acte , non- seulement est en faveur
de la République , mais encore pour
la Religion , parce qu'il annonce , non
I. Vol.
une
JUIN. 1735. 1057
une simple promesse , mais un ouvrage
commencé , parce qu'à ne le considerer
que dans les termes de la Loy , c'est la
promesse d'un seul , subsistante indépendamment
de la stipulation ou du pacte ,
Pactum est duorum consensus atque conventio
Pollicitatio verò offerentis solius
promissum. L. 3. eod. tit.
Si nous passons , dit- il au Texte
ou à l'esprit des Constitutions Canoniques,
nous trouverons une espece
de Pollicitation
légale et tacite en la personne
de quiconque porte ses vûës vers l'Episcopat
, on sous entend toûjours une pro
messe d'employer les revenus de l'Eglise
la subsistance prélevée ) à la décoration
de cette même Eglise , à aider le Clergé
au besoin des Pauvres . Et c'est ce que
feu M. d'Evreux a consommé en donnant
sa Bibliotheque ; car qu'y a-t'il de
plus propre
à décorer véritablement un
Diocèse qu'un présent de cette nature ?
qu'y a-t'il de plus capable de bien former
un Clergé , que cette source où les
Sciences sont abondamment puisées ?
Qu'y a- t'il enfin de plus nécessaire pour
les pauvres , puisque , par le malheur des
temps , une infinité de jeunes Etudians
dans la Ville principale n'ont pas la commodité
d'avoir les Livres qui leur sont nécessaires.
On
To58 MERCURE DE FRANCE
n
On ne peut pas contester que ce ne
soit là les vûës de la Pollicitation de
M. d'Evreux . » Personne n'ignore , dit le
» Prélat , les dépenses , les travaux et no-
» tre aplication pour former et composer
» cette Bibliotheque de tous les Livres choi-
» sis et les plus utiles à la sanctification.
>> et à l'instruction de tous ceux qui dé-
»sirent aprendre leur Religion et leurs
» devoirs ce sont ces justes motifs qui nous
» ont poré à laisser ce riche Monument à
» nos Diocesains.
Tout démontre dans la conduite de
feu M. d'Evreux , dit l'Avocat , une Pollicitation
ausi juste que parfaite et nécessaire
.
On assure dans le modele de la Procuration
» avoir reconnu qu'il n'est rien
» de plus avantageux , de plus honorable
» et de plus utile au Diocèse , tant pour
» l'Etat Ecclesiastique que pour l'Etat
Laïque , que d'accepter ce précieux pré-
»sent. Le Prélat convaincu des besoins
de l'Eglise et de la Patrie , vouloir y entretenir
de sçavants Prêtres et de dignes
Sujets quel retour ne devoit il pas attendre
des uns et des autres ? il se promettoit
d'eux d'être par leurs suffrages.
élevé à un rang beaucoup plus durable
et plus éclatant qu'une dignité de la Ré.
publique.
Si
JUIN. 1735. 1059
Si , dit - il , la Pollicitation de M. d'Evreux
a une cause juste , comme ce Prélat
le dit lui -même , elle est d'autant plus
obligatoire ,qu'il ne rend à son Diocèse que
ce qu'il en a reçû , puisque la Bibliotheque
en question a été établie du revenu
du même Diocèse.
D'ailleurs le Mandement est la perfection
d'un ouvrage commencé ; » il man-
» quoit encore , dit le Prélat , pour rem-
» plir nos desseins et nos désirs de don-
» ner et de laisser des sources dans les-
» quelles les Ecclesiastiques doivent pui-
» ser et s'affermir eux- mêmes en instrui-
» sant les autres ; c'est ce qui nous a
» déterminés à faire le présent de notre Bi-
» bliotheque à notre Diocèse.
Il faut joindre à cela le commencement
du Mandement ; » depuis notre avene-
» ment à l'Episcopat , dit M. d'Evreux ,
» notre principale et unique occupation
a toujours été de travailler à la sanc-
>> tification et à l'instruction de nos Dio-
» césains.
Voilà donc la consommation ou plu
tôt la manifestation de cette Pollicitation
que doit faire l'Evêque pour parvenir
à l'Episcopat , et qu'on ne dise pas
qu'en ce cas la Pollicitation précede la
Pollicitation même.
I. Vol. Car
1060 MERCURE DE FRANCE
Car la Fondasion des Ecoles de Théologie
et de Philosophie , par M. d'Evreux ,
et le Mandement pour y joindre sa Bibliotheque
, ne font qu'une seule et même
Pollicitation ; tout l'Ouvrage est pour
l'instruction des Diocésains , la Fondation
des Ecolles est le commencement ,
et le Mandement est la fin , Solvit quod
debet.
C'est prendre plaisir à se tromper soimême
, dit il , que de représenter M. d'Evreux
convoquant son Clergé dans le
dessein de faire une donation en forme ,
cela ne peut être prêsumé , parce que la
promesse étoit faite solemnellement et
en des termes qui ne laissoient rien à
désirer , et l'engagement étoit formé au
point qu'il n'y avoit plus que les accessoires
à regler; comme le lieu de l'emplacement,
les moyens de conserver ce précieux dépôt
et même de l'augmenter. L'abandon de la
chose étoit consommé par la publication
du Mandement dûëment contresigné et
déposé en forme ; de sorte que le Diocèse
auroit eu le droit de forcer M. d'Evreux
à tenir sa promesse , parce que quiconque
commence pour la Religion peut être
contraint d'achever. Vel ipse si supersit
vel eo mortuo hæredes ejus coeptum opus perficere.
Novel 131. Cap. 7.
1. Vol.
A
JUIN. 1735. 1061
A l'égard de l'autorité des Arrêts ,
M. des Genetes cita celui raporté dans
M. Bouguier , Lett. D. nomb. 5. et prononcé
en Robes rouges contre les heritiers
de feu M. Amiot , Evêque d'Auxer
re, dans une espece bien moins favorable;
Puisque la Pollicitation de ce Prélat ne
paroissoit qu'en ce qu'il avoit commen
cé l'ouvrage , et que d'ailleurs il l'avoit
abandonné , n'en ayant pas parlé dans un
Testament posterieur.
Il cita aussi celui rendu en 1657. ra
porté dans Ricard , Partie premiere ,
Chap . 4. Sect. 1. et déterminé par le
Titre de Pollicitationibus , comme l'atteste
l'Auteur avec quinze des premiers Jurisconsultes
du Parlement de Paris , consultez
sur l'espece présente.
Enfin il se servit de l'Arrêt celebre
apellé de la Cause de Dieu , et rendu en
Grand'Chambre au Parlement de Paris ,
le 3. Avril 1726. Cet Arrêt , dit - il , n'at'il
pas ordonné sur les principes de la
Pollicitation , l'execution d'un Acte de
Societé fait avec Dieu en faveur des Hôpitaux
de Paris , par le nommé du Hald,
sans autre formalité que l'indication portée
dans son Testament ; sçavoir , qu'on
trouveroit sur ses Registres les articles
* qui concernent les Pauvres , et qu'il prie
I. Vol.
son
1062 MERCURE DE FRANCE
son Executeur Testamentaire de les faire
executer.
En vain on voudroit rendre l'espece
de ces Arrêts incertaine , M. Bouguier ,
qui nous donne le premier , ne peut pas
être soupçonné de s'être trompé , puisqu'il
étoit un des Juges et même d'avis
different du Raporteur.
M. Ricard , qui raporte le second , ne
peut être suspect de négligence , parce
qu'il étoit trop à portée de s'instruire.
Er si l'on a remarqué dans l'Auteur
duquel nous tenons le troisième , une
infinité d'erreur ou de contradictions ,
cela ne peut faire d'impression . parce
que l'Arrêt a été rendu sous les yeux
des celebres Avocats consultés , ils l'ont
cité indépendamment du Livre dans lequel
nous le trouvons.
L'Avocat passa ensuite au sentiment
des Auteurs , qu'il fit voir être de toutes
parts favorables à la Pollicitation ,
parce que , selon la Loy 3. au même Titre
, c'est la reconnoissance d'une dette.
Quasi debitum exigatur. Il suffit , dit Dumoulin
, sur le Titre de Verborum obligationibus
, que la Pollicitation soit faire
dans une vue religieuse ou publique ou
nécessaire pour être dans le cas de la
Loy Ob Justain Causam , et par consé-
1. Vol.
quent
JUIN. 1735: 1063
quent obligatoire , mais quand on re-
Aéchit que l'apel proposé est fondé sur
l'avis de quinze des premiers Avocats de
Paris , adopté avec plaisir par une portion
illustre du Barreau de Rouen ; il
n'est pas nécessaire de chercher ailleurs
des sentimens qui seront toujours d'un
poids bien inferieur.
Je ne répondrai pas , ajoûta M. des
Genetes , à ce qu'on a voulu insinuer que
cet avis a été surpris, on ne pensera jamais
que des hommes que l'on place avec justice
dans le nombre des plus celebres
Jurisconsultes de la France , se sont laissez
surprendre.
D'ailleurs ils ont donné un second
Avis conforme au premier , après avoir
eu sous leurs yeux les sentimens et les
objections qui leur sont opposez.
Enfin quant à l'objection de la derniere
Ordonnance sur le fait des donations
, il démontra qu'elle n'a rien ajoûté
à la prohibition de plusieurs Coûtumes
qui ne connoissent, non - plus qu'elle,
que deux manieres de disposer de ses biens
à titre gratuit ; sçavoir , la donation entre
vifs et la donation testamentaire ; il fit voir
que cette Loy n'a été arrêtée que pour
les dispositions gratuites , nullo jure cogente
de particuliers à particuliers, et non pour
I. Vol.
celles
1064 MERCURE DE FRANCE
celles qui sont faites comme une espece de
payement à la République ou à la Religion,
jure naturali jubente.La Pollicitation ,
ditil, n'ayant pour objet que la Cause publique
, subsiste d'elle - même , parce que
ce qui est de droit public est en soi une
Loy , tant qu'il n'y pas est expressément
dérogé par une disposition d'Ordonnance
ou de Coûtume .
Le Droit Romain , ajouta- t'il , n'est
pas proposé ici comme commandant à
des Sujets , mais comme représentant le
droit de la Patrie à des hommes raisonnables
; ce droit qui a son principe dans
le Droit Naturel et le Droit des Gens ,
est de tous Peuples , de tous Etats et en
tous Pays : Quod naturalis ratio inter omnes
homines constituit , id apud omnes populos
peræque custoditur.
M. Janse , pour satisfaire à l'impatience
du Public , qui après avoir été charmé
d'entendre M. des Genettes , souhaitoit
avoir le plaisir de la Réponse de M.
Touars , passa rapidement sur le détail
de la procédure , et pour les Doyen , Chapitre
et Chanoines d'Evreux , adopta les
Conclusions de leur illustre Evêque.
On a obmis à dire que M. des Genettes
prétendit avoir l'acceptation de la pluș
grande partie du Diocèse , parce que ,
I, Vol. dit-il
JUIN. 1735. 1065
dit il , en le divisant en quatre voix ,
comme il est d'usage ; j'ai déja celle du
Prélat , en qui résident tous les droits de
son Eglise , il y a tous les Chapitres , à
l'exception de celui de la Saussaye ; il y
a tous les Abbez et un grand nombre
de Curez ; les refusants ne se défendant
dans la crainte d'être constituez en
dépenses , ce qui cesse par l'offre genereuse
de quelques Membres du Chapitre
d'Evreux , qui veulent bien prendre sur
leur compte tout ce qui conviendra faire
ou débourser pour la consommation de
l'Ouvrage.
que
M. Toüars entreprit la défense de la
Dame Alleaume avec une confiance qui
tenoit de l'héroisme ; l'avis de tant de
Jurisconsultes l'étonna , parce qu'il connoît
leur mérite , mais il ne l'arrêta point,
parce qu'il posa pour constant qu'on ne
leur avoit pas donné le tems de faire
usage de leurs lumieres ainsi contre ce
qu'il venoit d'entendre , il
trois pro-
Fositions qui sembloient être autant de
paradoxes , et qui cependant apuyées
avec cette solidité qui est l'ame de ses
Plaidoyers , firent revenir le Public en
sa faveur.
posa
Le Titre de Pollicitationibus est , dit - il ,
contraire à l'usage general du Royaume,
1. Vol.
Jamais
1066 MERCURE DE FRANCE
Jamais il n'a été admis au Parlement
de Paris.
Et s'il pouvoit être adopté en Normandie
il renverseroit nos Loix les
plus sages.

Pour commencer la preuve de la premiere
proposition ; il fit observer que de
douze Parlements qu'il y a en France ,
Mrs d'Evreux sont d'abord contraints.
d'en ceder onze , parce qu'il n'est pas
possible d'y découvrir la moindre trace de
la Jurisprudence qu'on veut établir ; quoi,
dit - il , dans ces onze Parlements , et même
dans les Conseils Souverains , tels
que ceux de Colmar et de Perpignan ,
la Pollicitation est inconnuë ? Voilà déja ,
ajoûte t'il , un grand préjugé en faveur
de ma proposition.
Et en effet les Romains qui avoient
élevé des Autels à la République , qui
consideroient comme Acte de Religion
ce qui étoit fait pour la Patrie , et qui
n'obmettoient rien pour augmenter en
cela la veneration publique pouvoient
avoir les principes posez par Mrs d'Evreux.
Mais chez nous c'est tout autre chose ;
la Patrie ne demande point que pour
lui faire des avantages , nous ayons plus
de liberté que lorsque nous agissons en
I. Vol. faJUIN.
1735 1067
faveur de nos proches ou de nos amis ;
elle a apris à ne pas vouloir voir dans
aucun de ses Membres un dépouillement
qu'elle ne pourroit souffrir elle - même .
Et comme le Christianisme regarde
tous les Citoyens comme freres , elle ne
veut point que le géneral soit avantagé
aux dépens du particulier.
Mais dans la Pollicitation telle que la
superstition l'avoit établie chez les Romains
, il faut , dit- il , trouver le veritable
neud de notre Cause ; cela sera
facile si nous observons bien l'extrêmè
difference qu'il y a entre la Pollicitation
purement gratuite et la Pollicitation à
charge de retour.
Il est constant en Droit , que la Pollicitation
purement gratuite n'oblige
point , nuda Pollicitatio obligationem non
parit , gardons nous bien , dit la Loy ,
de penser que notre Pollicitation est obligatoire
, il y a une infinité de cas où elle
n'oblige point , non semper autem obligari
eum qui Pollicitus est , sciendum est. L. 1 .
eod . tit.
Si la Pollicitation par elle - même n'est
pas obligatoire ; il faut donc chercher
ailleurs le principe de l'obligation dans
le cas où elle le devient.
Par exemple , commencer un ouvrage
I. Vol. B et
2
1068, MERCURE DE FRANCE
et le laisser là imparfait , c'étoit chez les
Romains défigurer la Ville , et dans leurs
principes commettre une espece de sacrilege
; ne pas secourir la République en
relevant ses Edifices désolez , c'étoit , lors
qu'on l'avoit promis , commettre une
espece d'impieté. Il n'est pas étonnant
que dans ces cas Rome ait décidé pour
Pobligation .
Voyons , dit l'Avocat , ce que c'est que
la Pollicitation à charge de retour ; il est
constant que sans cette condition sousentendue
, elle ne seroit pas obligatoire.
Pour expliquer cette espece de Pollicitation
, il faut se représenter que les
Loix en distinguent de deux sortes , une
seulement faite justâ Causâ , qui est cellecy
et plusieurs faites sine Causâ , qui sont
celles dont on vient de parler , et qui .
par cette dénomination sine Causâ , marquent
assez qu'elles ne sont pas , de leur
nature , obligatoires .
Or qu'est- ce que le Jurisconsulte a en
tendu par ces mots Justa Causâ ; on ne
doit pas penser que ce soit le motif qui
a fait agir le Pollicitant , car en ce cas il
n'y auroit point d'action morale qui ne
pût être une juste Cause ; tout ce qui est
fait pour la Patrie est moralement une
juste Cause , et le Jurisconsulte se con-
1. Vol
trediroit
JUI N. 1735
1069
trediroit , lors qu'il représente toutes les
autres Pollicitations comme faites sine
Causâ.
On doit donc sçavoir avec M. de Ferriere
sur le Livre 3. des Instituts , que
» chez les Romains les Contrats innom-
» més étoient distingués des simples Conventions,
par ce qu'ils apelloient Causa,
» c'est-a-dire l'accomplissement de la Con-
» vention de la part de l'un des Contrac-
» tants. Causa , est implementum Conventionis
ex parte unius è contrahentibus
quod fit datione vel facto. Tit. 14. eod.
Lib.
Le Jurisconsulte n'entend donc par
Justa Causa , que l'accomplissement venu
ou à venir de la part de la Republi
que , de ce que le Pollicitant a tacitement
stipulé en promettant , c'est- à - dire,
ce retour d'une Dignité décernée ou en
core à décerner, et sans laquelle il n'y auroit
point eu de promesse .
D'ou vient que si le Pollicitant meurt
avant que la Dignité soit conferée, les héritiers
ne peuvent être contraints de payer
Fargent promis, à moins que l'ouvrage ne
soit commencé , encore en sont ils quittes
pour un cinquiéme s'ils sont Collateraux ,
et pour un dixiéme s'ils sont en ligne
directe. Si quis ob honorem vel Sacerdo-
1. Vol.
Bij
tinma
1870 MERCURE DE FRANCE
tium pecuniam promiserit et antequam bonorem
vel Magistratum ineat , decedat : non
oportere hæredes ejus conveniri in pecuniam
quam is honorem vel Magistratum promiserat
principalibus constitutionibus cavetur.
L. II. eod. tit.
LesAuteurs qui ont parlé de la Pollicitation
en ont parlé avec ces distinctions :
s'ils ont odopté, dit l'Avocat, celle- ci sous
la condition tacite de retour , ils ne l'ont
adopté que comme Contrat innommé
qui par l'accomplissement de la condition,
devient réellement un Pacte , Transit in
pacto , c'est la promesse d'un seul , disent-
ils , mais l'evenement y aporte l'obligation
respective de deux,
Passons , ajouta-t'il , à la preuve que le
Parlement de Paris n'a point admis la
Pollicitation , et commençons par l'Arrest
d'Auxerre.
Si M Bouguier met dans les considerations
qui déterminerent cet Arrêt, leTitre
de Pollicitationibus ou la faveur du Pu
blic , il pose pour troisième , qu'il n'étoit
point question d'une simple volonté , mais
d'une tradition et translation de proprieté du
fonds de la matiere et du total du bâtiment
à la Ville d'Auxerre , par feu M. Amiot ;
de sorte , ajoute ce Magistrat , que les héritiers
du Prélatne pouvoient plus prétendre
1 Vol
le
JUIN. 17338 1-701
le bâtiment , parce qu'il ne faisoit plus partie
des biens du défunt : et comme ce même
Magistrat convient avoir reduit ces considerations
à cinq , il est vrai de dire en
voyant cet Arrêt raporté de differente
maniere dans Montholon Arr. 110. qu'il
en a négligé au moins deux pour rendre
l'espece de l'Arrêt plus importante , sça
voir , que le bois avec lequel le bâtiment
avoit été fait, étoit del'Evêché , et qu'en cause
d'apel un des héritiers avoit transigé avec
les Maire et Echevins , accordant que le bâtiment
restat à la Ville pour y fonder un
College , à de certaines charges ; ainsi comme
en consequence de cette transaction
il y avoit déja lors de l'Arrêt éxercice audit
College , il fut dit que ce College res
teroit à laVille, en l'entretenant par elle de
Precepteurs et Régents , et satisfaisant aux
charges portées par lad.Transaction , ce qui
fait connoître qu'il ne s'agissoit pas de
Pollicitation.
Passons , dit il , au second Arrêt.
Le Roy à la sollicitation de Lorton 3
avoit donné certaines rentes pour l'établissement
d'une Mission à Crecy en Brie:
Lorton disposant de ces rentes à sa vo
lonté , après les avoir garanties à M.
l'Evêque de Meaux pour cette Mission ,
en donnoit moitié à l'Hopital du mê-
1. Vol. Dij
me
1072 MERCURE DE FRANCE
me lieu , et gardoit le reste . Lorton fur
condamné à entretenir la premiere disposition
de deniers du Roy : quel raport
cela a- t- il avec la Pollicitation ? Ce n'étoit
pas Lorton qui donnoit , c'étoit le Roy ;
Lorton n'étoit que garant de la valeur des
rentes , et l'Arrêt n'ordonna autre chose
que l'éxecution d'un Contrat innommé
fait , tant avec Sa Majesté qu'avec Monsieur
l'Evêque de Meaux.
Reste , dit-il , l'Arrêt celebre , apellé
la Cause de Dieu.
Ce n'est point encore la Pollicitation qui
l'a déterminé : car outre que l'Arrêt porte
l'éxecution d'un Testament Olographe ,
aprobatif d'un voeu bien écrit , c'est que
le Tuteur des héritiers du Testateur étoit
convenu avec les Administrateurs de l'Hôpital
General pour 15000. liv. et ne porta
la Cause à l'Audiance que pour sa décharge
, en quoi il gagna cependant 7000 .
liv . puisqu'on lui laissa la liberté de s'acquitter
avec 8coo . Il est vrai que l'Auteur
qui a donné au Public cet Arrêt
assure page 318. que Dubald n'avoit
point dit quil faisoit un Voeu ; mais il
en cela une inatention qui n'est pas
concevable , car l'Auteur page 265. raporte
les propres termes de Duhald .
qui fait expressement un Væn , pour quoi
y a
3
I. Vol. page
JUIN. 1735: 7073
page 281. et 287. on fait poser pour constant
à MM . Deblaru et Pillon Avocats
des differentes parties , que Duhald avoit
effectivement fait un Voeu , et qu'il ne s'agissoit
que de sçavoir si n'étant pas solemnel il
pouvoit être obligatoire. De pareilles bevues
sont très condamnables dans des Recueils
d'Arrêts , sur tout lors qu'on fait
parler Messieurs les Magistrats .
Par exemple, pourquoi cet Auteur page
307. citant une disposition de la Loy premiere
auTitre que nous expliquons, met- il
si scientibus pour Circensibus , et fait des
raisonnements en consequence ? est - ce
qu'il n'a pas sçû que la Loy dans ce mot
désigne les Citoyens d'une Ville de Macedoine
?
Enfin le sçavant Orateur passa à sa troisiéme
proposition , dans le sentiment ,
dit-il , de nos parties adverses qui entendent
par Pollicitation faite à la Républi
que, une promesse faite à un Hôpital , à
une Eglise , à une Ville , à un Diocèse , à
un Clergé , on trouve le renversement de
toutes nos Loix : car il n'est point de donation
imparfaite qui ne renferme une
Pollicitation parfaite.
Ainsi , dès qu'une donation faite à un
Convent , un Hôpital , une Ville , ne
pourra valoir comme Testament , il sera
I. Vol. Biiij aisé
1074
MERCURE DE
FRANCE
aisé de la faire valoir
comme
Pollicitation
, on ne
manquera jamais de trouver
un avantage
longuement
médité , et dans
cet avantage une juste Cause , en voici
quelques
éxemples .
Le sieur Toustain
Gentilhomme du
Pays de Caux, avoit donné aux
Maturins
de Rouen 700. liv. de rente
apliquables
au rachat des captifs , les
donataires devoient
rendre compte tous les ans au donateur
ou à ses
réprésentans , et la donation
avoit été precedée de
circonstances
qui
annonçoient
l'ouvrage
commencé.
Il y avoit
assurement dans cette action
selon MM .
d'Evreux , un motif bien légitime
, justa Causa , et la
République
étoit
surement trèsinteressée
,
ceux qui sont dans les fers sont ordinairepuisque
ment de tous états et de
differentes Provinces
.
Mais
parce
que la
donation
étoit
irréguliere
, la Cour
la
déclara
nulle
; c'est
ainsi
qu'elle
n'a pas eu
d'égard
à une
autre
espece
de
donation
du
sieur
Curé
de S.
Eloy
de
Rouen
, il avoit
promis
500.
liv.
à son
Eglise
, si les
Trésoriers
ou
Marguilliers
faisoient
construire
une
autre
Chaire
à
Prêcher
, et
achetoient
une
lamppe
pour
bruler
perpetuellement
devant
le
Saint
Sacrement
, il en
avoit
signé
la
I.
Vol.
promesse
JUIN. 1735: 1075
promesse sur les Registres du Trésor , assemblé
à cet effet en la maniere accoutu →
mée , et cependant étant decedé quelque
tems après , ses héritiers par Arrêt
du 13. May 1734. furent déchargez de la
poursuite que faisoient lesdits Trésoriers
pour être payé.
On ne peut , dit l'Avocat , donner en
Normandie aucune partie de ses Propres
par Testament , on ne peut même donner
de ses Acquêts qu'en survivant quarante
jours à la donation ; il y a des bornes
pour les donations entre-vifs , tout
cela disparoit dans la Jurisprudence de la
Pollicitation : un mourant trouvera une
juste cause pour faire passer ses Propres à
un Corps ou Communauté aux dépens
de ses héritiers'; la disposition des Acquêts
sera encore plus aisée ; et comme il n'y au
ra plus de bornes pour la liberté de disposer,
une infinité de contestations mettront
le trouble dans les familles , la faveur
du Public l'emportera toujours sug
les exceptions qu'elles voudront proposer.
Enfin , dit-il , M. le Normand n'a point
convoqué le Clergé de son Diocèse pour
recevoir une Bibliotheque donnée , et en
prendre la tradition , mais pour accepter la
donation qu'il se proposoit d'en faire selon
les Loix de la Province .
J. Vol. By Le
1676 MERCURE DE FRANCE
Le modele de procuration qu'il a envoyé
aux personnes convoquées , démontre
par les termes qui y sont renfermés
que le Prélat devoit proposer des condi
tions , il ne prenoit pas sur son compte
les frais de l'emplacement , il avoit en vuë
que quelqu'un contribuât à l'augmentation
de ce précieux présent .
Et comme il n'avoit pas fondé la place
d'un Bibliothequaire , il est à présumer
c'étoit une chose dont il vouloit conque
venir , avant tout , avec la Chambre Diocèsaine.
En un mot l'Ordonnance de 1731. lui
étoit trop présente pour croire qu'il se
soit proposé d'autre regle ; elle décide
Art 3. qu'il n'y aura plus à l'avenir dans le
Royaume que deux manieres de disposer de ses
biens à titre gratuit, sçavoir, la donation entre
vifs , et la donation par Testament ; elle
abroge pour cela Art . 47.toutes Ordonnances
, Loix , Coutumes , Statuts , et Usages.
Il n'en faut pas davantage , le Roy a parlé
, et cette décision arrêtée sur l'avis du
sageTribonien de notre siecle , doit l'emporter
sur une Jurisprudence incertaine
et arbitraire.
>
M.le Chevalier , Avocat General , après
avoir avec son éxactitude ordinaire raporté
le précis des Plaidoyers des Parties ,
I. Vol.
fig
JUIN 1735. 1077
fit observer que si la Loy s'élevoit contre
l'intention du Diocèse d'Evreux,on nepouvoit
pas le blâmer d'avoir fait ses efforts
pour l'éxécution de la volonté de son Evêque
, que le Chapitre et le Clergé avoient
consulté sans déguisement les premiers
Jurisconsultes du Royaume , et que tous
agissoient moins pour eux que pour le
Public. Le Magistrat ajouta que M. le
Normand les avoit en quelque maniere
lui-même induits à erreur par les termes
de sesMandements , et que parconsequent
ce n'est pas sur eux qu'on doit faire tomber
la peine de ce que ce Prélat n'a pas
donné à sa donation la forme qu'il pouvoit
y donner , ce qui l'engagea à conclure
pour la réforme de la Sentence en
ce qu'elle condamnoit leChapitre aux frais
de garde , et aux intêrets.
La Cour adjugea la Bibliotheque en
question à la Dame Alleaume , condamnant
le Chapitre aux frais de garde seu-
-lement et aux dépens. M. l'Evêque
d'Evreux condamné aux dépens pareille
ment du jour de son intervention .
?
1 Vols
LE
B vj
1078 MERCURE DE FRANCE
Dads asas as SES S
LE Rossignol , et l'Avare amateur de la
Musique.
FABLE.
UN Rossignol d'espece unique ;
Sçût par ses tendres chants attirer dans les bois
Un riche Avare , amateur de Musique ,
Qu'il avoit charmé par sa voix .
Cet Avare ravi , du plaisir de l'entendre ,
Le poursuit d'arbre en arbre ; et pour le mieux
surprendre ,
Il l'aborde , et lui dit d'un ton plein de douceur
,
» Beau Rossignol , tes airs portentau coeur
Quitte de ces hameaux les rústiques retraites
Pour un Rossignol comme toi ,
Elles ne sont pas faites ,
»Viens chez moi
Là , ton mélodieux
ramage
Aux Chantres les plus fins donnant toujours la
loy ,
» Tu recevras leur légitime hommage.
Suis moi ; je ne veux point gêner ta liberté ,
Le plaisir de t'entendre est ma félicité.
» A ton gré charme mes oreilles ;
» Satisfait d'oüir tes merveilles,
1.Vol
Sur
JUIN. 1079 1735-
Sur toi je ne veux point avoir d'autorité.
Le Rossignol , complaisant , peu farouche
Et sur tout désinteressé ,
Cede au harangueur qui le touche ,
Et le suit d'un vol empressé.
Harpagon le reçoit , et de belles promesses
Il accompagne ses caresses .
» Venés, charmant oiseau , voici mon poulailler
Vivez-y comme un Cocq qui seul sur son
Pailler ,

Sçait ne dépendre de personne :
»De bon coeur je vous l'abandonne.
« Pour vous j'en ai chassé pouletttes et poulets
Je fais moins de cas des oeufs frais 93
בכ
ɔɔ
Que me produit cette volaille ,
Qui près de moi sans fin criaille ,
Que de ces sons doux et flateurs
» Qui sçavent charmer tous les coeurs,
Le Rossignol , quoique mal à son aise
J
Dans ce réduit plus noir que braise ,
Où jamais de Phoebus on ne vit les rayons",
A son Hôte content prodiguoit ses chansons
Mais la froide saison l'obligeant à se taire ,
Aussi- tôt il finit ses chants.
→ Comment , dit l'Avare en colere ,
» Il ne chante pas plus long -tems !
Moi qui sacrifiois au plaisir de l'entendre
» Ce que mes poules raportoient a
I. Vol. Je
1080 MERCURE DE FRANCE
» Je suis la dupe , et ne puis plus prétendre
Aux chants d'un Rossignol dont les sons me
flattoient !
» C'en est fait , je suis las de lui donner un
gîte ;
» Que de sa cage il déloge au plus vite.
Ainsi que ceux sur qui l'argent accrédité
Exerce un tiranique empire ,
Au parfait préferent le pire ,
Ne cherchant que la quantité ,
Il se détermine sans peine
A renvoyer un Rossignol si beau ;
Pour lui substituer quelque méchant oiseau
Propre à chanter à la semaine.
Notre Avare n'étoit difficile en ce point ,,
Et tout l'accommodoit , s'il ne lui coûtoit point
Le Rossignol malgré sa voix divine ,
Fut obligé de déguerpir :
Raison , reproche , ni soupir ,
Ne pûrent émouvoir une ame aussi mesquine.
Songés , dit Harpagon , à me dédommager
» Du produit que j'avois où j'ai sçû vous loger ;

» Votre entretien causeroit ma ruine ,
Le Rossignol surpris , dit : quelle dureté !
Quai-je gagné chés vous , dites moi , je vous
prie ,
Je n'avois que ma liberté ,
Né me l'avés vous pas ravio ?
I.Vol. Sur
JUIN. 1735: 1081
Que puis- je vous donner , je n'ai que mes chan
sons ,
Payés- vous , écoutés mes sons.
Il me faut , dit l'Avare , un loyer plus solide
Mais comme je prétens agir bien avec vous ,
» Et que jamais l'intérêt ne me guide ,
» Je crois vous faire un sort encor trop doux
» En ,vous demandant quelques plumes ;
Le Printems n'est pas loin,ne craignés point les
rhumes ,
→ Sa saison va vous rendre un plumage nouvea
A ces mots doucereux il saute sur l'oiseau ,
Le plume , puis après le chasse.
Le pauvre Rossignol retourne dans les bois ,
I chante d'Harpagon , dont il suivoit les loix
La cruauté , le vice : et tient à grace ,
Tout dépouillé qu'il est , d'être éloigné de lui
Les échos à ses chants sçavent rendre justice,
Du barbare Harpagon la honte et Pavarice
Dans tous les lieux voisins éclatent aujourd'hui
Gens à talens , évités tout avare ;
Le mérite chǝz lui ne reçoit point son prix ,
De l'or uniquement épris ,
Ce qu'il ne paye point peut seul lui sembler rare.
Et vous , prétendus connoisseurs ,
N'épargnés rien , et versés vos faveurs ,
Sur tout sçavant qui vous aproche ,
Cette Fable est un vrai reproche ,
I. Vol.
Les
082 MERCURE DE FRANCE
Les mauvais traitements ne portent point à faux
Ainsi que vos vertus >
on chante vos défauts.
Le Chev. & c.
ᎣᎣᏍ
SUITE des Recherches sur le Sel Ammoniac
. Mémoire lû à la derniere Assem
blée publique de l'Académie Royale des
Sciences par M. Duhamel.
Es circonstances qui ne paroissent
Dpas d'abord dignes de l'attention d'un
Chimiste , sont négligées souvent mal àpropos
: Rien n'est inutile dans la Phisique
, et le Phenomene en aparence le plus
indifferent conduit souvent à des découvertes
dont on n'auroit pas soupçonné la
nécessité , pour la connoissance parfaite
de certains Corps qu'on supose avoir été
suffisamment éxaminez, mais dans lesquels
on peut découvrir encore des choses trèsutiles.
Telest le Sel Ammoniac sur lequel
je vais donner des observations nouvelles
qui nous feront mieux connoître la nature
de ce Sel .
Jusqu'à présent on est convenu que le
Sel Ammoniac est composé d'un Sel Al-
Kali Volatil Urineux , et de l'Acide du Sel
I. Vel. Marin
JUI N. 1734. 1083
Marin , tant parce qu'avec ces deux subs
tances on fait un vrai Sel Ammoniac, que
parce qu'on les retire en nature de sa décomposition
faite par le moyen d'inter
medes convenables.
Pour en retirer l'Acide du Sel Marin 3
on employe l'Acide Vitriolique ou quelque
matiere qui en contienne , car cet
acide qui est ordinairement plus puissant
que celui du Sel Marin , s'emparant
de la partie Volatile , forme avec- elle un
Sel Ammoniacal , tandis que l'acide du
Sel marin qui se trouve enliberté , passe
dans la distillation ; mais quand on a dessein
d'en retirer le Volatil Urineux , on
employe des substances Alkalines , capables
d'absorber et retenir la partie acide de
ce Sel , et la moindre chaleur fait alors
élever son Alkali Volatil Urineux.
Les Alkalis qu'on employe ordinairement
pour cette operation , sont ou la
Chaux ou les Sels Alkalis fixes , le Sel de
Tartre par éxemple. Mais ces intermedes
ne produisent pas tout-à- fait les mêmes
effets dans la distillation du Sel Ammoniac
, car avec la Chaux on n'obtient qu'u
ne liqueur Alkaline qu'on appelle Esprit,
à cause qu'elle est extremement pénétrante,
au lieu qu'avec les Sels Alkalis fixes , on
retire un vrai Sel Volatile en forme con-
1. Vol.
crete
1084 MERCURE DE FRANCE
erete , connu sous le nom de Sel Volatil
d'Angleterre.
LesChimistes frapez de la singularité de
ce fait , et étonnez de voir deux Alkalis
produire des effets si differents avec le
Sel Ammoniac , ont essayé d'en donner
des raisons Physiques qui ont produit differents
systêmes , dont l'examen convient
mieux dans nos assemblées particulieres
que dans celle- ci , ainsi je ne parlerai point
de ceux qui ont supposé une plus grande
quantité d'acide dans le Sel Concret que
dans l'Esprit Volatil , et je ne choisis aujourd'hui
pour objet que l'opinion qui
s'est attiré le plus de partisans. C'est celle
qui attribue aux parties de feu concentrées
dans laChaux , la fluidité et la grande
pénétration de l'Esprit VolatilAmmoniac,
qu'on distille avet cet intermede , soutenant
qu'un effet nécessaire des parties de
feu est d'entretenir le Sel Volatil dans
une espece de fusion , ou dans un mouvement
qui contribue beaucoup à son état
de liquidité , et à la vivacité de sa pénétration
; Opinion dont je me propose cependant
moins la réfutation que l'éxamen
pour la concilier, s'il est possible , avec mes
expériences, parce que, si dans le nombre
de celles que j'ai faites , il y en a qui paroissent
la favoriser , il s'en trouve d'au
1. Vol. tres
JUIN. 17338 1089
eres avec lesquelles on ne peut l'accorder.
Long tems avant le voyage d'Angleterre
que je viens de faire avec Mrs Dufay et de
Jussieu le Cadet , le hazard m'avoit fait
connoître qu'on pouvoit avoir du Sel Volatil
en forme concrete , par la distillation
du Sel Ammoniac avec la Craie , et
nous avons apris à Londres que c'étoit l'intermede
qui s'y employoit communément
pour la distillation de ce Sel , et effectivement
avec une pareie de Sel Ammoniac ,
et trois de Craie, l'une et l'autre bien dessechées
, j'ai plus retiré de SelVolatil Concret
que je n'avois employé de Sel Ammo.
niac. Cette quantité de Sel Volatil que
j'ai retiré en employant pour intermede
une simple terre absorbante , me fit pré
sumer d'en pouvoir aussi retirer du mélange
de ce Sel avec la Chaux ; quoique
tous les Auteurs assurent la chose impossible,
et que je l'eusse tenté plusieurs fois
sans succès , esperant y mieux réussir en
retranchant l'eau qu'on a coutume d'employer
dans cette distillation , et en dessechant
même ces matieres comme je l'a
vois fait en employant la Craie .
Mais quand j'ai pris ces précautions , je
n'ai eu avec la Chaux ni Esprit ni Sel Volatil
, et ce qui est encore plus singulier ,
un feu violent n'a pu séparer le Sel Am-
1. Vol. moniac
fo86 MERCURE DE FRANCE
moniac de la Chaux ; ainsi malgré la vo
latilité du Sel Ammoniac , tout est resté
dans la Cornuë.
Néanmoins la Craie qui en tant d'oc
casions produit le même effet que la
Chaux , étant mêlée dans la Cornue aved
le Sel Ammoniac , donne beaucoup de Sel
Volatil Concret : quelle est donc la difference
, et pourquoi n'en peut on avoir
avec laChaux Si ce que l'on a coutume de
rapporter à l'action des parties de feu est
fondé , il sera naturel de penser que la
difference vient de ce que la Chaux ayant
été exposée à une violente calcination, est,
pour ainsi dire , surchargée de ces parties
ignées , au lieu que la Craie n'ayant pas
passé par le feu , n'a que celle que
ture peut lui avoir donnée .
la na
Mais si cela est , ayant calciné une portion
de Craie , et l'ayant reduite en Chaux ,
cette Craie mise ensuite dans la Cornuë
avec le Sel Ammoniac , ne doit plus donner
de Sel Volatil. J'ai fait cette experience
avec toutes les précautions que je
viens de raporter , aussi n'ai-je presque
point retiré de Sel Volatil , et au lieu que
la Craye non calcinée étoit en partie emportée
par le Volatil Urineux , elle retient
depuis sa calcination beaucoup de Sel Volatil,
comme le fait la Chaux ordinaire, et
I. Fol.
n'en
JUIN. 1735 1087
n'en laisse échapper que ce que l'humi
dité contenue dans les matieres peut en
emporter.
Cet effet singulier que la calcination a
produit sur la Craye a excité ma curiosité
pour sçavoir ce qu'elle produiroit sur les
Sels Alkalis fixes. Car enfin , si ce sont les
parties de feu portées par la calcination
dans la Craye qui empêchent l'Alkali Volatil
, qu'on distile avec cette Chaux , de
prendre une forme seche et concrette, un
Sel fixe , vivement calciné , doit- il sembler
produire à peu près le même effet
puisque c'est aux parties de feu qu'on attribue
la qualité caustique et brulante des
Sels AlKalis fixes.
J'ai donc distillé du Sel Ammoniac tantôt
avec dusel deTartre, et tantôt avec de
la Soude que j'avois calcinée jusqu'à un
commencement de vitrification . Mais
bien loin que dans cette experience la calcination
ait nui à la formation du Sel Vo.
latil Concret , elle a paru plutôt l'avoir
favorisée , puisque j'ai toujours retiré plus
pésant du Sel Volatil que je n'avois employé
de Sel Ammoniac , ce que je ne sçai
être encore arrivé à personne.
pas
Comme je me propose d'abréger ce
Mémoire le plus qu'il me sera possible ,
je ne m'étendrai pas davantage sur les expériences
qui pourroient apuyer celles
I. Vole que
1088 MERCURE DE FRANCE
que je viens de raporter , celles- ci me paroissant
suffisantes pour l'explication du
Phænomene qu'il s'agit d'éclaircir , mais
cela il est nécessaire de faire atten- pour
tion .
1. A la petite quantité d'Esprit Volatil
que j'ai retirée par le moyen de la
Chaux , mes matieres étant bien dessechées
; je n'ai alors eu que quelques goutes
d'esprit , même par un feu violent.
2. Ala facilité avec laquelle on retire
cet Esptit , quand il y a de l'eau dans ces
matieres. Facilité si grande , qu'on le fait
presque sans feu.
3. A la grande quantité de Sel Volatil
retirée par le moyen
de la Craye bien dessechée
, mais non pas calcinée au point
d'être reduite en Chaux. Cette quantité
excedoit en poids le Sel Ammoniac que
j'avois employé.Maintenant je crois qu'en
faisant attention aux experiences que je
viens de raporter , on est obligé de reconnoître
une proprieté singuliere du Volatil
Urineux Ammoniac que je ne crois pas
avoir été observée par aucun Chymiste ,
et qui est d'une grande importance pour
l'éclaircissement de la question ; c'est que
le Volatil Urineux Ammoniac ne peut
passer seul dans la distillation , ou que
malgré son extrême volatilité il reste dans
1.Vol
la
JUIN. 1735 1089
La Cornuë , où il faut pour qu'il séleve ,
qu'il emporte avec lui une portion des
matieres auxquelles il est joint .
En effet qu'on le mette seul en distillation
, il s'éleve tout entier en fleurs et sans
être décomposé , opération dans laquelle
le Volatil Urineux passe , accompagné de
la partie acide du Sel Ammoniac qui n'est
autre que celle du Sel Marin . Si on le distille
avec la Craye ou avec les Sels Alkalis
fixes , il se décompose ; alors son Acide
reste dans la Cornue avec une portion
de l'Intermede , et l'Alkali Volatil
Urineux passe dans la distillation avec
une autre portion du même Intermede
quelque fixe qu'il soit , fait , qui ne peut
être douteux , puisque par le moyen du
Sel de Tartre ou de la Craye , j'ai tiré
plus de pésant de Sel Volatil que je n'avois
employé de Sel Ammoniac.
Enfin dans la distillation ordinaire du
Sel Ammoniac avec la Chaux , on voit le
Volatil Urineux passer avec l'eau qui est
contenue dans les matieres , ou qu'on y
ajoute à dessein ; si l'on retranche au contraire
toute humidité , on ne tire plus ni
d'Esprit ni de Sel Volatil.
Tous ces faits sont incontestables ;
voici les consequences qu'on en peut tirer
pour l'explication du Phænomene.
1. Vol. La
1090 MERCURE DE FRANCE
La premiere , que toutes les fois que
FUrineux Ammoniac paroît dans la distillation
en forme de Sel Concret , c'est
qu'il a emporté avec lui une portion de
l'Intermede qui est sec et solide.
La seconde , que toutes les fois que cet
Urineux vient en esprit, ou liquide , c'est
qu'il a passé dans la distillation avec l'eau
qui étoit contenue dans les matieres , et
qu'au lieu d'être joint à une substance solide,
propre à lui donner une forme concrete
, il est joint à une substance -liquide
qui lui fait conserver cette forme.
Il n'est donc plus besoin d'avoir recours
ni à aucun Acide , ni aux parties de feu
pour expliquer comment le Volatil Urineux
paroît tantôt sous une forme liqui
de , et d'autres fois sous une forme concrete
, rien n'étant plus simple que de
dire que l'un est fluide parce que l'eau en
est la base et que l'autre est solide par
ce qu'il a pour base une matiere solide et
concrete.
>
Mais décider ici pourquoi dans cette
occasion la Craye reduite en Chaux par
la calcination , agit si differemment de la
Craye simplement dessechée , la question
est d'une trop longue discussion , et le détail
des experiences que j'ai faites pour l'éclaircir,
trop ample pour entreprendre d'en
1. Vol rendre
JUIN. 1735 1094
rendre compte
de
dans une espace de temps
si court , je me contenterai
de dire en passant
, qu'il y a aparence
que la Chaux
étant extrémement
aride , et chargée
de
parties de feu , agit trop brusquement
sur
la partie huileuse
des Alkalis
Volatils
qu'elle décompose
, pendant
que les Sels
fixes qui contiennent
encore un peu
matiere
grasse se joignent
doucement
,
mais d'une maniere
plus intime
à l'Urineux,
qui n'étant
point décomposé
en entraîne
une portion
avec lui.Ce qu'il y a de
certain, c'est qu'en repassant
plusieurs
fois
del'Esprit
Volatil sur de laChaux
, laChaux
reste toujours
de plus en plus chargée
de
graisse , et que l'Esprit
Volatil diminuë
à
proportion
et en poids et en force , au
lieu qu'en recohobant
les Sels Volatils
sur
des Sels Alkalis fixes , ou sur de la Craye ,
ils en volatilisent
encore une portion
qu'ils emportent
avec eux.
Mais que jugera t'on de cette portion
de Sel fixe , ou même de Craye qui a été
emportée par l'Alkali Urineux ? est- elle
volatilisée et s'est- il fait une telle union
entre l'Urineux et ces substances fixes ,
qu'il en résulte un tout qui fasse ce que
nous apellons le Sel Volatil Concret ? ou
si les substances fixes dont nous parlons
ne sont jointes que superficiellement
1.Vol. Cavec
To92 MERCURE DE FRANCE
avec l'Urineux qui les emporte dans la
sublimation,comme le Sel Ammoniac emporte
le Fer , l'Ematite , l'Antimoine , le
Cuivre , la Chaux , l'Etain , &c . c'est une
nouvelle question qui mérite un éxamen
particulier dont nous pourons tirer quel
ques lumieres sur la nature des Sels Volatils
.
Ce que j'en puis dire en abregé c'est qu'ayant
pris pour mes expériences du SelVolatil
que je sçavois être fort chargé de Sel
fixe , j'en mis un peu sur une pelle à feu
toute rouge qui s'y est totalement dissipé
en fumée, et que j'en ai aussi mis une por
tion dans une Cornue , qui a passé entierement
par la distillation ; ces deux expériences
prouvent l'union intime de l'Al-
Kali Volatil avec le Sel fixe. Quel moyen
cependant de désunir ces deux substances,
dont l'une est Volatile , et l'autre fixe ?
la chose ne paroît pas difficile ; il sembleroit
qu'il n'y auroit qu'à étendre le Sel
Volatil Concret dans de l'eau , et distiller
à un feu lent.Car il seroit naturel de croire
que le Sel Volatil passeroit dans l'opera
tion uni avec les premieres goutes de liqueur
, et laisseroit dans la Cornuë le Sel
fixe ; j'ai fait l'experience , mais tout a
passé avec l'eau , et il n'est presque rien
resté en arriere , quoique j'aye conduit la
I. Vol. distillation
JUI N. 1735. Te9༣
distillation avec le plus de ménagement
qu'il étoit possible .
Sans me rebuter du peu de succès de
plusieurs differents essais que j'ai faits à ce
sujet , et jugeant que si les Sels fixes n'étoient
pas unis avec l'Alkali Volatil , au
point d'être reputés pour un composé nouveau
qui résiste aux efforts de tout ce qu'on
employe pour les séparer , je pourois y
parvenir par le moyen des Acides ou du
Sel Marin , ou du Vitriol , parce que ces
Acides font avec les Sels fixes , des Sels
moyens extrêmement fixes , et que le
feu le plus actif ne peut enlever ; au licu
qu'avec les Sels Volatils, ces mêmes Acides
produisent des Sels Ammoniacaux qui se
subliment très aisement .
?
Ainsi j'ai versé de l'Esprit de Sel sur une
solution de Sel Volatil Concret fait avec
le Tartre ; mais contre mon attente , presque
tout s'est sublimé en Sel Ammoniac ,
sans qu'il me soit resté dans la Cornue
la moindre apparence de Sel fixe ; il y
avoit seulement une très petite quantité
d'une terre rouge comme de la Sanguine .
Les conséquences naturelles qui se présentent
de ces expériences , et de plusieurs
autres que je réserve pour nos Assemblées
particulieres , sont.
1. Que le Volatil Urineux du Sel Am-
1. Vol
Cij moniac
1094 MERCURE DE FRANCE
moniac passe toujours dans la distillation
accompagné de quelques autres matieres
qui auront servi d'Intermedes ; que si ce
sont des Acides , il en résulte des Sels Ame
moniacaux ; que si ce sont des Alkalis ,
comme les Sels Alkalis ou la Craye , il s'en
forme des Sels Volatils Concrets , autre
ment apellés le Sel Volatil d'Angleterre,
et que si c'est de l'eau , on aura l'Esprit
Volatil Ammoniac ordinaire.
2. Que la Chaux employée seche dé
truit en partie le Volatil Urineux , du
moins ai- je prouvé qu'elle ne peut être
emportée par cet Urineux.
3. Enfin ,qu'on peut juger du peu de suc
cès de mes tentatives pour retirer les substances
Alkalines qui sont emportées par le
Volatil Urineux , qu'elles ont contracté
ensemble une telle union , qu'on peut les
regarder comme véritablement volati
lisées.
La briéveté du tems m'oblige de su
primer ici plusieurs autres observations
que je crois fort utiles pour la pratique de
la distillation du Sel Ammoniac ; je les
réserve aussi pour nos Assemblées partię
eulieres,
1.Vd. LINE
JUIN. 1735 1095
L'INCONSTANCE MUTUELLE
IDILLE ALLEGORIQUE.
Ur la Terre il n'est point de constantes
Suramours ;
Les plus tendres Amans , s'ils se voyoient tou
jours ,
Passeroient aisement du dégoût à la haine ,
Disoit le vieux Licas à la jeune Climéne ,
Licas , de nos Bergers l'oracle respecté ,
Par un Auteur antique un fait est rapporté ,
Dont les traits sont encor gravés dans ma més
moire ,
Je veux , ajouta-t'il , en rapeller l'Histoire ;
Peut- être elle poura convaincre votre esprit.
Dans nos champs ranimés, tout brille, tout nous
rit ,
Entrons dans ce bocage , il est frais , il est sombre
,
Chaque arbre nous invite à jouir de son ombre
Nous voyons nos troupeaux , ils paissent près
de
nous ,
Ne craignons rien pour eux de la fureur deg
Loups.
'Amisodar étoit un Enchanteur célebre ,
On le craignoit au loin ; un Roy des bords de
l'Ebre ,
I. Vol Le
1096 MERCURE DE FRANCE
Le pria d'honorer les noces de son fils ;
La Princesse lui plut ; on la nommoit Zeglis ,
Et le Prince Tirrée ; Amisodar sensible ,
Fait redouter au Roy sa colere infléxible ,
S'il acheve un Hymen dont son amour nou
veau
Doit en d'autres Etats allumer le flambeau.
A travers mille cris dans une Isle écartée ,
Sur les aîles des vents Zeglis est transportée ,
Et l'Enchanteur pour plaire à l'objet de ses
voeux >
>
'A soin d'y rassembler les plaisirs et les jeux ;
La Pompe et la Nature à l'envi sont unies
Pour orner un Palais qu'élevent les Génies ,
Zeglis y doit régner , ces superbes aprêts ;
Irritent sa douleur , redoublent ses regrets ;
Du plus vif désespoir son ame est pénetrée ,
L'Isle ne retentit que du nom de Tirrée ,
En vain de l'Enchanteur , Ministre officieux ,
Dès que la sombre nuit vient obscurcir les
Cieux ,
Un songe lui fait voir son Amant infidelle ,
Zeglis ne le croit point , juge de lui par elle ,
Et comme elle est constante , elle croit que son
coeur ,
Ne peut jamais brûler d'une nouvelle ardeur .
Amisoḍar jaloux invente un artifice ,
Amant peu delicat , pourvu qu'il réussisse ,
Il ne balance
pas sur le choix des moyens ,
I. Vol.
Rassurés
JUI N. 1735: 1097
Rassurés-vous , dit il , j'ai rompu vos liens ,
Je ressens vos douleurs , vous allés voir Tirrée
Et vous n'en serés plus désormais séparée ;
Par d'invisibles mains servis en ce Palais ,
Vous y pouvés tous deux jouir de mes bien
faits ;
Je vous quitte Żeglis , cet effort magnanime ,
Au défaut de l'Amour , mérite votre estime ;
Je ne troublerai plus vos plaisirs , ni vos feux ;'
On vous amene enfin mon Rival trop heureux .
Il entre ; c'en est fait , que le même nuage ,
Me porte loin de vous , sur un autre rivage ;
Il s'envole à ces mots , du Prince et de Zeglis
Les voeux sont satisfaits ; également épris ,
Ils pensent qu'en des lieux où regnent les déli
ces ,
Ils jouiront long- temps de leurs destins propi
Et
ces ,
que

loin des Mortels nul objet ennuyeux,
D'un aspect importun n'y blessera leurs yeux ,
Mais de Zeglis sur tout la joie est sans égale ,
Elle aime, elle n'aura plus à craindre de Rivale ,
Que nous sommes heureux ? s'écrioient - ils cent
fois ,
Quels biens valent la paix qu'on goûte au fond
des bois ?
Rien ne peut la troubler , c'est ici son azile ;
On s'y livre au sommeil ; ce sommeil est trans
quille ,
1. Vol.
Cij Et
1098 MERCURE DE FRANCE
Et l'aurore nous offre,en effaçant la nuit ,
Des plaisirs aussi purs que l'Astre qui la suit .
Els menerent d'abord la plus heureuse vie ;
La nouveauté les charme au gré de leur envie,
Des mets dignes des Dieux s'offroient tous préparés.
Et s'offroient à l'instant qu'ils étoient désirés.
Flore, dans leurs jardins , étaloit ses richesses
Et Potione et Bacchus y joignoient leurs larė
gesses ;
Sous des berceaux de Mirthe et des bois d'Oran→
gers
Ils n'avoient d'autre cour que les Zephirs le
gers ,
Et mille oiseaux divers dont les tendres ramages,
De sons mélodieux remplissoient les bocages ;
Le silence endormi sur un lit de
pavots ,
S'éveilloit aux Concerts que formoient les échots,
Ou quelquefois au bruit que sur la molle
Arêne ,
Faisoit en serpentant une claire fontaine .
L'homme plein de désirs , né pour le change
ment ,
Dans un repos trop long , se suffit rarement
Le repos le fatigue , une vie uniforme , C
A son inquiétude est toujours peu conforme
Des prez couverts de fleurs , des ruisseaux ar
gentés ,
Des bocages rians , des vallons écartés ,
I. Vol. L'aurore
JUIN. 1735. 1099
L'Aurore blanchissant le sommet des monta
gnes ,
Le Soleil d'un jour pur animant les campagnes ,'
Ou plongeant ses coursiers au sein des vastes
Mers .
La Lune sur son char éclairant l'Univers ,
Sont d'aimables objets ; quelques doux qu'ils pa
roissent
La solitude est morne,et les ennuis y croissent ;'
Si vous n'étes distrait par quelque objet nonveau
,
Le plus charmant désert n'est qu'un muet ta⇒
bleau.
Nos deux Amans vivoient sans soins et sans al
larmes ,
Et les soins ont leurs prix , les craintes ont leurs
charmes ;
Les jours sont des momens aux nouvelles
amours ;
Mais tout change et pour lors les momens sont
des jours.
La Princesse elle - même en fit l'expérience ;
Trois mois vinrent about de toute sa constance ;
Le Prince plus long-tems combatir son ennui :
Mais au triste degoût il céda malgré lui.
Nul mortel n'est parfait , leurs yeux se déssillerent
,
Et leurs défauts secrets enfin se dévoilerent ;
Le bandeau de l'Amour qui les avoit couverts
Se déchira ; chacun voulut rompre ses fers .
>
I. Vol.
Cv Le
1100 MERCURE DE FRANCE
Le Prince regretoit le Thrône de son Pere ,
Et Zeglis les plaisirs de la Cour de sa Mere ,
Ils s'évitoient sans cesse , et les mêmes détours
Les forçoient en fuyant à se revoir toujours.
De l'Enchanteur adroit telle étoit l'industrie ,
Il observoit caché leur sombre rêverie ,
Et dans ce labirinte il plaçoit avec art ,
Tout ce qui peut nourir le désir d'un départ ?
Dans les apartements differentes peintures ,
Retraçoient des Heros les nobles avantures ;
Les spectacles pompeux des plus superbes Cours ,
Y brilloient au milieu des ris et des amours ;
Quelquefois sur les flots une Nef incertaine ,
Des bords qu'ils habitoient sembloit moüiller
l'arêne ,
ls voloient ; mais la Nef fendoit le sein des
Mers ,
Et les vents emportoient leurs plaintes dans les
airs ,
Unis avec l'ennui qui les suivoit sans cesse ,
La haine de leurs coeurs se rendit la maîtresse ,
Amisodar content s'offrit à leurs regards ,
Le Prince qui bruloit d'aller aux champs deMars
Embrasse ses genoux pour sortir de son Isle ;
Zeglis à l'Enchanteur se montre plus facile ,
Il commence àlui plaire et Tirrée oublié ,
Saffranchir des sermens dont il s'étoit lié ;
Sans remors l'un à l'autre ils furent infideles
:
I. Vol. Le
JUIN. TIO 1735:
Les amours ici bas ne sont pas
éternelles.
Ainsi parla Licas , la Bergere rougit ,
Non , ce n'est pas ainsi qu'un tendre amour
agit ,
Dit-elle , votre Histoire est un conte agréa
ble ,
Un objet que l'on aime , en tout tems est ai
mable ,
Et quoique vous disiés , Zeglis et son Amant ,
Etoient legers tous deux ou s'aimoient foible
ment ,
D'un plus constant amour series - vous suscep
tible ?
Lui répondit Licas, ne soyés donc sensible ,
ww
Que pour l'unique objet qui mérite vos
voeux
La vertu seule a droit de faire des heureux.
Par Madame la Comtesse du R.....
Gouvernante de la Ville du Saint Esprit.
I. Vol.
Cvj DES1102
MERCURE DE FRANCE
DESCRIPTION de l'Arc de Triomphe
élevé à la Porte de Marne , pour l'Entrée
solemnelle de M. Claude- Antoine de
Choiseul - Beaupré , Evéque - Comte de
Châlons , Pair de France , dans sa Ville
Episcopale.
M
R de Choiseul fit son Entrée Epis
copale à Châlons par la Porte de
Marne le 12. Avril 1735. il la trouva
décorée d'un Arc de Triomphe , que le
zele des Magistrats y avoit fait elever .
Les honneurs Ecclesiastiques et Militaires
de la Maison de Choiseul y étoient
caractérisez par differens Symboles. Les
Inscriptions contenoient une déclaration
publique des sentimens d'admiration et
de respect que tous les Corps de la Ville
ont pour leur nouvel Evêque.
Sur la Base de ce Monument sont posées
quatre colomnes d'Ordre Corinthien ,
avec leur fûr , embelli de guirlandes ; des
pilastres leur font arriere- corps et concourent
avec elle à soutenir un Attique
qui leur tient lieu d'entablement. Les
membres de l'Attique qui portent sur les
colomnes , sont en saillies , les autres en
1. Vol. retraite
JUIN. 1735. 1105
vetraite. Au- dessus de l'Arcade que forme
le Portique , pose une Piramide sou
tenue par un Dez , et chargée des Armes
du Prélat. De grands Entrelas de Palmes
qui lui sont adossez , et le Serpent sym
bolique qui la termine , expriment que
la Maison de Choiseul , par les Dignitez,
Ecclesiastiques et les honneurs Militaires
, porte sa réputation jusqu'au point
qui lui assure une gloire immortelle.
Les Vers suivans sont écrits dans la
partie infericure de la Piramide , au- des
sous des Armes de M. de Choiseul.
Inter sacra Deo , bellique Trophaa Coselle
Quam tua stat vario stemmate fulta Domus
Hac meruit pietas , retulerunt illa Triumphis,
Qui non degenerem te genuere Duces.
Intemerata fides , et fuci nescia Partum
Relligie geminat Claraper arma decus.
Ils font allusion à deux Trophées que
l'on voit portez de chaque côté de la
Piramide , sur un Dez accompagné de
consoles et décoré d'un bas - relief.
Les Ornemens Pontificaux , la Croix ,
la Crosse , la Mitre , liés ensemble à un
faisseau de Palmes et de branches d'Olivier
, composent le Trophée de la droite ,
il est enrichi des Symboles des Vertus
I. Vol.
qui
f104 MERCURE DE FRANCE
qui relevent la Dignité Episcopale ; une
Lampe allumée exprime la vigilance , un
Encensoir embrasé , le zele et le bon
exemple un Serpent , la prudence ; un
Miroir , la circonspection ; un Livre oula
science . Sur ce Livre est écrit

en gros caractere :
DEO PA CIS.
La Ville de Châlons est représen
tée dans le bas - relief sous la figure d'une
Femme couronnée de Tours et majestueusement
drapée dans le goût antique
; elle est apuyée sur l'Ecu de ses
Armes . Le Chien couché à ses pieds est
l'image de sa fidelité . Les Lys dont elle
fait remarquer l'éclat , parlent de son attachement
inviolable aux interêts et à la
Personne sacrée de nos Rois ; sur le ruban
qui lie ces fleurs , sont brodées ces
paroles :
ILLESA FIDES.
Elles font connoitre que si d'un côté
la Ville de Châlons est heureuse de n'avoir
jamais donné d'atteinte à sa fidelité
envers son Souverain , elle ne l'est pas
moins d'un autre , de posseder un Pasteur
aussi pieux , aussi sage , aussi vigilant
que M. de Choiseul."
Le Trophée de la gauche est composé
I. Vol. des
JUIN. 1735 110
des Armes que les grands Hommes de
la Maison de Choiseul ont enlevées aux
Ennemis . On y voit leurs Drapeaux , leurs
Etendarts , leurs Casques , leurs Cuirasses,
leurs Epées et leurs Javelots . Un Bouclier
au centre de ce groupe est chargé
de cette Inscription :
DEO EXERCITU UM .
On témoigne par là que la pieté des
Vainqueurs a toujours reconnu le Dieu
des Armées pour l'Auteur de ses glorieux
succès. La réputation qu'une valeur
toujours déterminée par des vûes superieures
, leur a acquise , est figurée par
les deux Trompettes de la Renommée .
Les honneurs suprêmes de la guerre qu'ils
ont méritez sont désignez par les Bâtons
de Maréchaux de France et par les Ordres
Royaux , qui en sont les plus riches
Simboles .
Le bas-relief feint sous ce Trophée ,
représente la Marne apuyée sur son Urne
, elle tient le signe de la Navigation
et regarde avec complaisance un Génie
qui lui présente les fruits des Campagnes
que ses Eaux rendent fécondes. La figure
de cette Riviere ne pouvoit ocuper
une place plus convenable. Ne prendelle
pas sa source dans cette partie de
la Champagne , dont la Maison de Choiscul
I. Vol.
110 MERCURE DE FRANCE
seul tire son origine , et dans laquelle
d'amples Domaines , de grands Gouvernemens
et d'autres distinctions du premier
Ordre contribuent à son illustra
tion ? L'Inscription :
DIOECESIS UBERT A S.
Insinuë que de- même que la Marne ,
en arrosant le Diocèse de Châlons , est
cause de sa fertilité naturelle , de même
aussi les vertus d'un Prélat de la Maisonde
Choiseul , lui procure une nouvelle
fécondité dans l'ordre surnaturel de la
grace.
A la vûë des grands biens que leur
promet le Gouvernement du nouvel Evêque
, tous les Ordres de la Ville ne peuvent
plus contenir les transports de leur
admiration . Le Clergé , les Magistrats ,
le Peuple , se réunissent pour les rendre
publics et les faire passer à la Posterité.
La principale Inscription les expose en
ces termes.
CLAUDIUM -ANTONIUM DE CHOISEUL ,
EPISCOPUM COMITEM CATALAUNENSEM ,
PAREM FRANCIÆ ,
CLERUS CATALAUNENSIS PRESULEM
SENATUS PATRONUM ET PRÆSIDEM ,
POPULUS OPTIMUM PASTOREM
I. Vol. ExJUIN.
1735. 1107
EXTOLLIT
PRÆDICAT ,
VENERATUR ;
ET CONSPICUO LETITIA MONUMENTO,
PRIVATOS ADMIRATIONIS PLAUSUS ,
PUBLICOS FACIT .
IN FAUSTA SACRI PRÆSULIS ADVENTUS DIE
APRILIS XII . ANNO S. R. M. DCC . XXXV.
Les Armes de Châlons , placées sous
cette Inscription , font connoître que
c'est principalement aux soins de Mrs du
Conseil de Ville qu'on est redevable de ce
Monument de la joye publique. Le Cartouche
en est à l'ordinaire accompagné
d'un rameau d'Olivier et d'une branche
de Chêne , avec une banderole où sont
ees mots :
ET DECUS ET ROBU R.
Que Châlons a pris pour sa Devise.
Peut-être qu'ils n'ont jamais été plus heureusement
apliquez que dans l'occasion
de l'Entrée solemnelle d'un Prélat qui
semble né pour faire reverdir le Rameau
d'Olivier et la branche de Chêne ; c'està-
dire , qui ne fera pas moins la consola-
⚫tion et les délices de ses Peuples par l'onction
de sa charité , que leur confiance et
I. Vol.
leur
TicS MERCURE DE FRANCE
leur apuy , par l'équité de ses jugemens
et le saint usage de son autorité.
Du Cartouche qui renferme les Armes
de la Ville pendent des festons
dont le ceintre du Portique est embelli,
et qui réunissent leurs fleurs à celles des
Guirlandes qui font l'ornement des colomnes.
Entre ces colomnes sont ravalez six
Médaillons ; trois de chaque côté , qui
contiennent des Devises que les Magistrats
ont adoptées d'autant plus volontiers
, qu'elles leur ont parû les plus propres
à donner au Public une juste idée
du caractere Episcopal de M. de Choiseul
. Celles qui pendent sous l'Inscription
Urbis Felicitas , ont raport à sa vo
cation , à son attachement , aux fonctions
du Ministere sacré , à son zele et
à sa charité , qualitez qui feront la fé
licité de sa Ville Episcopale. Urbis Felicitas.
Les autres , attachées sous l'Inscription
Diocesis Ubertas , sont des Ima
ges de sa vigilance et de sa sollicitude
Pastorale , du pouvoir que ses exemples
ont sur les coeurs et des Fruits de salut
que produisent ses Exhortations . Comme
ces images sont relatives à la vie
champêtre , on en a fait une aplication
particuliere aux marques de tendresse
1. Vol. paterJUIN.
1735 1109
paternelle que les Peuples du Diocèse attendent
du Chef de leurs Pasteurs.
DIOECESIS UBERTA S.
Le Sujet de chacune de ces Devises est
indiqué par un trait de l'Ecriture Sainte,
écrit au bas dans une espece de Cartel.
Vocatus ut Aaron , désigne une vocation
surnaturelle.
Plantatus in Domo Domini , l'attachement
aux fonctions du Ministere sacré .
Ignem veni mittere in terram , ce que
le zele entreprend et ce qu'il execute.
Regit me , nihil mihi deerit , la confiance
qu'ont les Peuples en un Pasteur qui n'est
apliqué qu'à les conduire et à les défendre.
In Spiritu lenitatis ; combien les bons
exemples , soutenus par un caractere de
douceur , ont de force pour les porter મે
l'amour de la Vertu.
Deriventur aqua tua foras ; combien ces
mêmes Peuples sont avides du Pain de
la Parole Celeste , et alterez des Eaux du
Salut , lorsqu'elles coulent d'une source
aussi pure qu'est la doctrine d'un saint
Evêque.
La premiere Devise a pour corps l'Aiguille
aimantée de la Boussole , dont le
mouvement est déterminé par l'Etoile
Polaire. Elle a pour ame ces paroles.
I. Vol. MoTI
MERCURE DE FRANCE
MOVETUR AB ALTO.
De même que le mouvement de l'Alguille
aimantée peut être apellée Celeste,
eu égard à son principe , de même aussi
la vocation de M. de Choiseul à l'Episcopat
, mérite l'épitete de Surnaturelle .
puisqu'elle ne doit être regardée que comme
l'effet de la plus fidelle correspondance
à l'attrait de la Grace. Il pouvoit
en marchant sur les traces de ses Ancêtres
, se distinguer dans la Profession des
Armes , déja la carriere qui mene à la
gloire lui étoit ouverte , elle lui offroit
les mêmes postes et les mêmes honneurs
que les Guerriers de son nom ont
méritez ; mais ( nous sera - t'il permis d'u
ser de cette expression que le corps de la
seconde Devise semble autoriser ? ) dans
le temps qu'il sembloit être un Laurier
planté dans le Champ de Mars , il jetta
tout à coup ses racines dans celui de l'Eglise,
et sacrifia les avantages que lui don
noit une naissance illustre à l'honneur d'ê
tre un Pontife du Très - Haut et le Protecteur
de ses Autels , c'est ce que l'ame
de la Devise exprime assez heureusement .
ARIS IMPENDIT HONORES.
Semblable à un Miroir ardent , qui
n'enflâme les matieres qui lui sont ex
I. Vol. posées
JUIN. 17350 1119
posées qu'après avoir reçû la plus vive
impression des rayons du Soleil , M. de
Choiseul communique à ses Diocésains
toute l'ardeur de la charité , dont son
coeur est pénetré ; quand il excite le zele
dans l'ame des Pasteurs du second or
dre , il y porte les sentimens de la sienne
, cette courte Explication décrit le
corps de la troisiéme Devise , dont le
mot est :
ARDET ET ACCENDIT.
La quatriéme offre la houlette , qui
n'est pas moins propre à défendre qu'à
conduire le Troupeau ,symbole naturel de
la vigilance et de la sollicitude Pastorale
d'un bon Evêque. Il ne pense qu'à conduire
ses Ouailles dans des Pâturages salutaires.
Il ne se sert de son autorité que
pour les contenir dans le devoir , les proteger
et les défendre ; l'Inscription le
dit en ces termes :
PROTEGIT ATQUE REGIT.
Cinquiéme Devise . Aussi - tôt que le
Roy des Abeilles qui n'a point d'aiguillon
, sort de la Ruche , l'Essain , charmé
de sa douceur , et déterminé par son
exemple , le suit par tout où il va . Tel
est un Prélat dont la douceur fait impression
sur le coeur des Peuples qui lui
I. Vol. sont
FI12 MERCURE DE FRANCE
sont confiez . Commande - t'il ? tous se
font un devoir de lui obéir ; donne t'il
l'exemple de quelque vertu particuliere ?
tous se font un plaisir de l'imiter. On
peut dire de ce Roy des coeurs , comme
de celui des Abeilles.
TRAHIT DUM PREIT..
La sixième Devise fait allusion au trait
du Cantique des Cantiques , Fons bortorum.
Le Corps en est une belle Fontaine
qui communique autant de fécondité
qu'elle donne d'agrément aux Jardins
qu'elle arrose ; l'Inscription qui en est
Fame , renferme cette pensée.
FOECUNDAT ET ORNAT.
Image sensible d'un Prélat pieux et
sçavant , touchant et persuasif, soit qu'il
exhorte , soit qu'il reprenne , il fait toujours
aimer la verité qu'il insinuë avec
onction , ou qu'il imprime avec force.
Prélat auquel on ne peut assez dire , Deriventur
aqua tua foras ; que votre sainte
éloquence se répande par tout comme
un grand Fleuve , que sa rapidité entraîne
tous les coeurs et les porte comme
un riche tribut jusqu'à l'Océan des perfections
Divines .
Le Monument dont on vient de voir
La Description , est de l'invention de M. le
I. Vol. CheJUIN.
1735
1113
Chevalier de la Touche , de l'Académie
Royale de Marseille , et de celle des Ricovrati
de Padoüe. M. Chedel , natif de
Châlons en Champagne , l'a gravé avec
soin d'après l'Esquisse originale de l'Auteur.
Ce jeune Graveur , déja connu des
Curieux par les belles Estampes qu'il a
données d'après Watteau et autres Peintres
modernes , a fait toutes les Vignet
tes qui embelissent l'Histoire Militaire
de la Maison du Roy. Vingt-deux Sujets
de sa composition , ne prouvent pas
moins la fertilité de son génie , que le
goût et la propreté de sa Gravûre.
A MILE DE'S ....
En lui envoyant un Pinceau pour le Rouge ,
M. D ... Auteur de ces Vers ,
avoit tourné.
que
A Peine quittés - vous mon Tour
Enfant qu'a produit mon adresse ',
A peine voyés - vous le jour ,
Que vous allés voir ma Maîtresse .
Cher et joli petit Pinceau ,
Vous apartiendrés à Silvic ;
I. Vol. LEG
# 114 MERCURE DE FRANCE
Que votre sort me semble beau !
Et que je lui porte d'envie !
Vous caresserés ses attraits
La Belle vous laissera faire ;
Elle en rougira ; mais jamais
Pour vous en marquer sa colere,
Parmi ses Bijoux favoris ,
Vous l'emporterés sur tout autre ,
Quoique vous en trouviés d'un prix
Qui soit bien au-dessus du vôtre ..
Mais lorsqu'on croit que la beauté
Peut dépendre de quelque chose ,
On lui donne la primauté ,
Point de réplique , bouche close.
Malgré tout l'éclat d'un beau teint ;
Qu'en naissant elle eut en partage ,
Quand vous l'aurés un peu plus peint
Elle en brillera davantage.
C'étoit la volonté des Dieux ;
Que rien n'effaçât son visage ,
On met du
Louge à qui mieux mieux ;
Il en faut bien suivre l'usage.
L'on pourra bien dire de
3
vous,
I. Vol.
Quand
JUIN.
1115 1735.
Quand vous travaillerés pour elle ,
Que rien de plus vif , de plus doux ,
Ne sortit du Pinceau d'Apelle.
tttst
DISSERTATION sur le Sujet proposé
en 1734. par l'Académie des Belles-
Lettres, en ces termes : jusqu'où les Anciens
avoient poussé leurs connoissances
Géographiques au temps de la Mort d'Alexandre
le Grand.
LA
A Geographie a eu comme les autres
Sciences , de foibles commencemens.
Les plus anciens et en même tems
les plus respectables Livres Historiques
que nous ayons , et qui font une partie
considerable de l'Ecriture Sainte , parlent
de plusieurs Pays ; mais sans en faire
ordinairement une Description détaillée .
Respectons cependant le peu que rous
pouvons tirer de ces saints Livres pour
la Géographie ancienne.
Le premier et le plus agréable Licu
dont l'Ecriture Sainte donne une Description
, est le Paradis Terrestre , que
le Déluge et l'éloignement des siecles ..
ont dérobé à la connoissance des hommes.
Cependant plusieurs Sçavans con-
I. Vol.
D jecturent
1 MERCURE DE FRANCE
jecturent que ce Jardin de délices , où
Adam innocent jouissoit sans inquiétude
et sans peine, mais non sans travail , d'un
bonheur très grand , étoit dans les belles
Campagnes de la Géorgie , autrefois l'I
bérie , à 20. lieuës environ des sources
de l'Euphrate , du Tigre , du Phison
( ou Phase ) et du Gehon ( ou l'Araxe. )
Il paroît qu'on ne doit pas éloigner des
sources de ces Fleuves Ophir , Pays fameux
par l'abondance de l'or qu'on
tiroit ; d'autres le placent dans les Indes;
ce qui favorise cette opinion , c'est que
Ptolomée parle d'une Ville d'Ouparajou
Sophara , proche Goa . Le Pays de Chanaan
, apellé ensuite Palestine , Judée ou
Terre Sainte , nous est connu par les i
conquêtes et par les partages qu'en fi
rent les Israëlites sous la conduite de
Josué et de leurs autres Chefs .
en
Il faut passer aux Auteurs profanes
pour en tirer quelque connoissance d'une
partie de la Terre . Homere et Hé
siode, qui vivoient environ 880. ans avant
J. C. et 340. après la prise de Troye , doivent
être consultez , sur tout le premier,
pour la Géographie de ce tems - là . On
voit dans le second Livre de l'lliade
d'Homere , le nom de differens Peuples
de la Grece , qui fournirent des Vaisseaux
I. Vot.
pour
JUI N. 1735 1117
pour la Guerre de Troye ; il parle cnsuite
des Peuples de la Troade et de l'Hellespont
, qui vinrent défendre Troye : les
qualitez des Pays de ces Peuples de la
Grece et de l'Asie Mineure , accompagnent
souvent ce dénombrement
.
Avant Homere , Sésostris , qui est peutêtre
le Pere du Roy d'Egypte , submergé
dans la Mer Rouge , se rendit maître de
l'Ethiopie , c'est-à - dire , selon les anciens
Grecs , de la partie Méridionale du Monde
, comme l'Afrique , apellée Lybie par
ces mêmes Auteurs ; il pénetra ensuite
dans les Indes , plus loin que ne fit depuis
Alexandre , puisqu'il soumit le Pays
au-delà du Gange : les Scythes jusqu'au
Tanaïs ou le Don, furent aussi subjuguez ;
il conquit encore l'ancien Royaume de
Colchos , vers le Phase. Du côté de l'Occident
Sésostris ne passa point la Thrace ,
par la difficulté de trouver des vivres . Il
fit dresser dans tous les Pays qu'il avoit
soumis , des Colomnes , sur lesquelles il
étoit marqué qu'un tel Pays avoit été
réduit à l'obéissance de Sésostris. Voilà
ce qu'un Auteur , dans un Discours fort
estiné , nomme des Cartes Géographiques
; mais elles n'ont été inventées
long temps après par Anaximander , Disciple
de Thalés , un des Sages celebres de
que
1. Vol Dij l'An:
1118 MERCURE DE FRANCE
tiquité , qui fit aussi une Sphere. Il étoit
de Milet , et vivoit du tems de Cirus I.
200. ans environ avant Alexandre le
Grand.
L'Occident a été moins connu , excepté
la Grece , que l'Orient , parce qu'il
n'a pas été l'objet des victoires de Sesostris
, de Cyrus , de Xercés , ni des autres
anciens Conquerans . Alexandre n'eut pas
le temps de troubler cette partie de l'Univers
, comme il avoit fait la Grece et
l'Asie. Le fameux Hercule ne passa point
le Détroit de Gibraltar , connu sous le
nom de Colonnes d'Hercule , entre l'Espagne
ou l'Ibérie , et la Barbarie. C'est
dans la Celtique qu'on lui fait avoir
d'une fille d'Alise un Enfant nommé
Galaté , dont le courage mérita que son
Pays prît le nom de Galatie ou de Gaule.
Ce qui paroît de certain , c'est que sous
le Regne de Darius Hystape , et depuis ,
les Gaulois se firent connoître par plu
sieurs conquêtes en Allemagne et sur tout
en Italie . Les Argonautes ayant enlevé la
Toison d'or sous la conduite de Jason
passerent , dit-on , de la Colchide ( qui
paroît être le Pays d'Hévila des Livres
sacrez et maintenant la Mingrelie ) au
Septentrion , et de- là pénetrerent jusqu'à
P'Occident Celtique ; mais , sans avoir re-
>
1. Vol. cours
JUIN. 1735. 1119
cours aux Fables , les Auteurs qui on
précedé le Regne d'Alexandre , ou qui ,
ont vécu de son tems , nous aprennen
qu'on connoissoit alors du côté du Sep
tentrion les Scythes au- delà du Palus
Méotide et du Tanaïs.
Les autres Peuples de l'Europe , excepté
l'Italie et la Grece , nous sont désignez
par le nom de Celtes ou Celtoscythes
. Ils furent ensuite nommez Hyperboréens
, Sarmates , Scythes . On peut
voir ce que le sçavant Cluver dit de ces
Peuples et de leurs differens noms , après
Hérodote et les autres anciens Géogra
phes.
Vous chercheriez inutilement les noms
de Sarmatie , de Scandinavie , de Germanie,
d'Allemagne, de Danube et d'Es
pagne , avant le siecle d'Auguste . Mais
ces Pays étoient connus sous d'autres
noms ; ou avant Alexandre , ou de son
temps ; Aristote , par exemple , parle des
deux grandes Isles Britanniques , qu'il
apelle Albion et Jerne ; c'est l'Angleterre
avec l'Ecosse et l'Irlande. Outre cela l'Etain
Celtique , dont il fait mention , est
celui d'Angleterre . Je me suis servi du
mot de Grece , quoiqu'il ne soit point
en usage chez les Auteurs Grecs . Peutêtre
que les Peuples ont autrefois pris
I. Vol Dij Co
1720 MERCURE DE FRANCE
ce nom d'un Canton de leur Pays , dont
Aristote fait mention . Les Latins et d'autres
Peuples ont conservé le même nom
de Grece et de Grecs. Il paroît venir de
Graa ou paia , endroit dans la Béotie ,
dont parle Homere dans le second Livre
de l'Iliade.
Les Découvertes qu'on a faites depuis
le Regne d'Alexandre , ont fait connoître
du côté de l'Orient , la Chine , le
Japon et plusieurs autres Pays , sans parleur
du nouveau Monde . Les Zones Torrides
et Froides , étoient , selon les Anciens
, inhabitables ; mais nos nouveaux
Argonautes , qui ont penetré jusqu'aux
Poles Artique et Antartique , ont trouvé
des hommes en tous ces lieux et des habitations.
Ces Découvertes doivent faires
le sujet d'une autre Dissertation , qui fera
connoître combien la Géographie a
acquis de perfection depuis Alexandre, et
dans combien de fautes nos anciens Géographes
sont tombez . J'en marquerai
quelques- unes en finissant cette Dissertation
. L'ancienne Géographie enseignoit
que l'Ethiopie et les Indes étoient ou la
même Région , ou des Régions contiguës;
que l'Asie et l'Afrique se joignoient
dans l'Ethiopie , et que le Nil avoit sa
source dans les Indes. Les Anciens pré-
I. Vol. venus
JUIN. 1735.
Venus de cette erreur , étoient nécessai
rement obligez de croire
le Nil pasque
soit près de la Perse , puisque la Perse
est voisine des Indes , du côté de l'Occident,
où alloit le Nil. Ils croyoient que
le Golfe Arabique , le Golfe Persique , et
une partie même de la Mer des Indes
n'étoient qu'un grand Lac , semblable à
la Mer Caspienne , et ils donnoient à
ce Lac le nom de Mer Rouge ou Erythréene.
ののね
SAILLIE PRINTANIERE.
A Mile D ·
A Dieu, soucis , adieu , Carême ş
Adieu , falourde et cotteret ;
Voici le Printemps qui renaît :
Mes amours renaissent de même
Vite courons au bord de l'eau ,
Où j'aperçois que ma Bergere
Est seule à tourner son fuseau ;
Mais , imprudent , que vais-je faire a
Si je m'aproche du Ruisseau ,
Je lui vois prendre un air severe.
Ayés soin de cacher vos feux ,
Tircis , soyés prudent , dit -elle ;
I. Vds
Diiij Vous
1122 MERCURE
DE FRANCE
"
Vous amoureux , et moi fidelle
Craignés par tout les envieux ;
N'imités pas de l'Hirondele
Le babil vain et glorieux ;
Au Hameau chacun a des yeux ,
Et si l'on sçavoit qu'un Belle
Fût l'objet d'un coeur amoureux ,
On parleroit sans cesse d'elle.
De grace , ne me suivés pas ;
Si c'est au Bois , à la Fontaine ,
Que le hazard guide mes pas ,
Vous me causeriés trop de peine.
Tout me fait peur ; le Rossignol
Me voyant avec vous seuletre ;
Vers le Zéphir prenant son vol ,
Trahiroit notre ardeur secrette ;
Les Vents rediroient nos amours ;
Eh ! que sçait on , si la Fauvette,
En pareil cas , seroit muette ?
De plus , l'Echo`jase toujours .
Oui , Berger , on peut nous surprendre ;
Chacun peut venir en ces lieux ,
Et c'est nous exposer tous deux.
J'aime l'Amant qui sçait attendre ;
Misterieux , fidele et tendre ,
Tôt ou tard il devient heureux .
La plainte sur tout rend fâcheux ;
Personne ne s'y laisse prendre.
I. Vol.
JUIN.
1123
1735.
Les tendresses et les hélas
Ont parqué jadis au Village ,
Me disoit un jour Licidas ;
Mais aujourd'hui d'un tel langage´
Les Belles ne font plus de cas ;
H est de plus galant hommage ;
Les jeux , les ris , le badinage ,
Seuls en amour ont des
apas.
Prenés la riante méthode ,
Badinés , vous plaisés , dit- on ;
Le tendre et doucereux jargon ,
Déplaît et n'a rien de commode ;
Plus de soupirs , plus de façon :
On se rit de la vielle mode .
Hé quoi ! nos Bergers d'à- présent ,
Se montrent tous Bergers de Ville
Il en est à peine un sur mille ,
Qui ne témoigne un air galant.-
Par M. P. de Com** de Mende
T124 MERCURE DE FRANCE
LETTRE sur d'anciens Livres Manuscrits
de Sens , d'Auxerre , et du Pays
Boulenois , écrite par M. L. Chanoine
d'Auxerre , à M. Fenel , Chanoine de
Sens.
J
E vous ai promis , Monsieur , de
vous fournir tout ce que je trouverois
de singulier qui eut raport à l'Histoire
de vos Archevêques,à laquelle vous
travaillés , de-même que vous me faites :
part de tout ce qui est chez vous , concernant
l'Histoire de notre Pays .
Vous aves cu un Archevêque au XII.-
siecle dont je pense que les Mémoires de
feu M. Fencl , Doyen , ne disent que du
bien. C'est Guillaume de Champagne ,.
fils du Grand Comte Thibaud , et quis
étoit surnommé aux Blanches mains. On
m'écrit de Champagne qu'il y a des personnes
qui sont un peu surprises de lire :
ce que la Chronique de Robert, Religieux
Prémontré de S. Marien d'Auxerre , Auteur
contemporain , en marque à l'année:
1202. qui est celle de sa mort , et on me
prie de consulter l'original pour voir si
ce que l'Edition de Camuzat met dans le
I. Poli texte
JUIN. 1735. 1129
}
Texte n'auroit point été une addition marginale.
La chose est en effet assez importante
, puisqu'il s'agit de sçavoir si l'Auteur
de cette Chronique étoit en droit de
lui attribuer ce que Claudien a dit d'un
Tyran d'Afrique :
Distantibus idem
Inter se vitiis cinctus , quodcunque profundă
Traxit avaritiâ , luxu pejore refudit. (a§
A
Mais inutilement me prie - t'on de véri
fier ce que dit la Chronique touchant la
triste fin de ce Prélat , puisque , comme
je crois vous l'avoir déja marqué à l'occasion
de la Bataille de Chalo de l'an 926 ,
ce Manuscrit est présentement à Estival
en Lorraine , où M. l'Abbé Hugo l'a fairvenir
pour donner , s'il est nécessaire , une
seconde Edition plus fidelle et plus complete
de cette celebre Chronique. Au
reste quand même la peinture qui y est
faite de Guillaume , lorsqu'il mourut Archevêque
de Reims , ne seroit qu'à la
marge dans l'Original , elle seroit toujours
du treiziéme siecle , puisqu'elle a
passé dans les copies de la même Chronique
faites dans ce siccle -là . Voyés ce que
j'ai dit de ces additions dans le huitiéme
(a) Cl. Cland de Bello Gildonico ', carm . 611/
Li.Pok D- vj Tome
1126 MERCURE DE FRANCE
Tome de la continuation des Mémoires
de Litterature , page 430. (a)
,
Mais si je ne puis vous éclaircir , non
plus que Messieurs les Champenois , touchant
le fait de la Chronique , ni touchant
le motif que pourroit avoir eu un
Auteur un peu plus recent , de dépeindre
votre Archevêque Guillaume sous
les plus noires couleurs , je vais vous réjouir
d'un trait où il est parlé du même
Archevêque dans le tems qu'il gouvernoit
l'Eglise de Reims. Ce trait m'a été
communiqué par un de mes amis qui a
l'Histoire des Comtes de Guines , donnée
par Duchesne , d'où il a puisé l'Extrait
qui suit. C'est un fragment de Lambert
Prêtre d'Ardres , au Diocèse de Boulogne,
en Picardie , qui a écrit sous le regne de
Philippe Auguste sur les Comtes de Guines
dont il étoit voisin , et qui vivoit par
consequent en même tems que nos Chroniqueurs
Auxerrois. (b) Il parle de Guillaume
de Champagne , qui avoit été son
Archêvéque, en termes respectueux ; mais
il le mêle dans un Histoire fort plaisante ,
qui prouve qu'on se servoit alors du mê
me secret qu'aujourd'hui pour griser ceux
-
de
(a) Chez Simart Libraire à Paris en 1729 .
(b) Cefragment est à la page 119. des preuves
PHistoire des Comtes de Guines , par M. Duchesne,
1
1. Vol. qu'on
JUIN. 1735 H -27
qu'on régale , et que l'invention étoit assez
nouvelle pour mériter l'attention d'un
Historien.
Igaur , dit-il , cum venerabilis et recolende
memoria Remensis Archiepiscopus
Willelmus , Campaniensis Comitis Theobaldi
filius , sanctam Sanctissimo Martyri
Gantuariensi Archiprasuli Thoma peregri
nationem quandocunque exhibuisset , et à
memoranda memoria Comite Ghisnensi Balduino
rogatus in aula Ardreæ ad convescendum
discubuisset , et ferculis innumerabilibus
ad'affluentiam liberaliter appositis et
hilariter acceptis , et vino altero et altero ,
ciprico , et insuper pigmentato et clarificato
hic illic per ateam in cuppis fluctuanie , rogantibus
Francigenis et postulantibus vivas
fontis aquas , ut vini virtutem aliquantisper
refranarent et temperarent ; Ministri et
servientes à Pincernis imò à Comite edocti et
instructi , in phiolis et in vasculis Autisia
doricum vinum pretiosissimum , aquam se af
ferre mentientes , Clericis ignorantibus et Militibus
, omnibusque in gaudio convescentis
bus , ciphis infuderunt. Quod ut Venerabili
et pio Domino Archiprasuli tandem innotuit'
( nihil enim opertum quod non reveletur ')}
Benè gratiam quam in obsequendo meruerat
fidelis Comes et dispensator prudens , libera
litatis et largitatis modum excedendo in in
1 Vol.
gratitudinem
128 MERCURE DE FRANCE
gratitudinem commutavit . Sed cum Venerabilis
Pontifex etiam convescens Apostolicum
in memoriam eructaret verbum. Hospitales
invicem sine murmuratione , accersito ad
se Comite rogavit eum ut sibi vasculum aque·
afferret ut sapiat , et quasi rei nescius comprehendat
aque et puri elementi liquorem.
Comes autem quasi venerandi Prætulis obtemperans
jussionibus subriden's recessit , et
omnes hydrias aquarum quotquot invenire
poterat antefamulos pedites et garciones confregit
, pedibus conculcavit , et pre gaudio"
exultans ut in omnibus hilaris et ob reve
rentiam et præsentiam Archiprasulis jocur
dus appareret et jocosus , pueris et ebriis et
ebrium se simulavit.Venerabilis veròPontifex
et conviva tantam viri et Comitis liberalita .
tem prospiciens et hilaritatem , in voluntate'
ejus omnia quæcumque vellet facere promisit.
Voila , Monsieur , l'Histoire telle qu'elle
est. C'est à vous à voir si elle peut convenir
au tems que ce Guillaume de Champagne
étoit encore Archevêque de Sens.
L'époque de son voyage à Cantórbery
peut vous guider. Vous remarquerés en
passant , que Taveau s'est trompé dans
son Histoire des Archevêques de Sens ,
lorsqu'il lui a fait gouverner l'Eglise de
Reims jusqu'à l'an 1207. Il en faut rabatre
cinqannées .
J.Mol
Je
JUIN. 1735. 1123
Je ne doute pas que vous n'ayez obser
vé dans le Texte de Lambert d'Ardres la
qualification honorable qu'il donne au
vin d'Auxerre , lorsqu'il l'appelle excellentissime.
Il falloit cependant , que le vin
dont il parle , fût du vin blanc , puisque
vous voyés qu'on le versot chez le
Comte de Guines , à l'Archevêque et autres
de sa compagnie , en place de l'eau
qu'ils demandoient pour temperer le mon
tant des Hipocras ou des vins mixtionnez
qu'on servoir à table. C'étoit apparemment
de certaines côtes Auxerroises ,
dans lesquelles le raisin blanc réussit et
fructifie mieux que le noir , ou bien du
vin qui se tiroit même des raisins noirs
pressez foiblement. ( a ) Mais observés
que quoique le vin blanc soit ici comme
le
par tout, plus tendre que
laissoit pas de se laisser transporter sain
et sauf à plus de cinquante lieues audelà
de Paris , et d'y mériter les éloges des bas ›
Picards ou Flamans.
rouge ,
il ne
Au lieu de vous entretenir ainsi que je
(3 ) Onfait à Auxerre, si l'on veut, du vin blanc
avec les raisins des vignes de Migraine , de Côte-
Râteau , Côte- Chaude ; le Sensage d'Augy en pro
duit aussi naturellement : Telles sont les côtes de
Dinechan et Doukin , et tous ces vins sont fins et dé
me
#130 MERCURE DE FRANCE
me l'étois proposé sur les singularitez que
j'ai remarquées dans vos statuts dont j'ai
fait autrefois tirer copies permettés moi de
vous exciter maintenant à faire connoître
aux Historiens le mérite d'un Manuscrit
qui est dans laBibliotheque de votre Chapitre,
et sur tout d'un recueil d'Epitaphesde
differens endroits du Royaume et
autres traits Historiques en Poësie Latine
que j'y ai vûs. Vous devriez bien en ex.
traire les Pieces qui sont les plus curieuses
, qui n'ont pas encore été imprimées ,
et qui peuvent servir au Public. Nous
fommes dans un siecle où on laisse les ou
vriers mettre en pieces bien desTombes et
d'autres monumens, sans se donner la pei
ne de transcrire ce qui y étoit gravé ; et
malgré l'attention des Gens de Lettres ,
on livre journellement beaucoup de Ma
nuscrits au bras seculier. Si les Sermons
de Michel Menot , Cordelier , qui sont
moitié latins et moitié françois, paroîssent
aujourd'hui si divertissans , que le Livre
se vend un prix excessif , il me semble
qu'on peut également se réjouir à la lecture
d'une Poësie qui est de même , moitié
latine et moitié françoise. J'ai vû autrefois
dans votre Manuscrit une longue
Piece deVers qui avoit pour titre : Prinse
et destruction dela Ville de Dole ; et qui déburoit
ainsi : Dole
JUIN. 1735- 113
Dole qui franche te disoie ,
Nuncfacta es sub tributo ,
Ainsi comme l'ancienne Troye ,
Civitas plena populo.
Vous trouverés cette bigarute de rimaille
au feüillet 210. du Livre : elle m'a
paru être une Description de la prise de
Dole en Franche - Comté par les François
l'an 1479. sous la conduite de Charles
d'Amboise. Ce qui me fait croire que
c'est la production de quelque Cordelier
c'est qu'on lit sur la porte de leurCouvent
de la même Ville de Dole , un Quadrain
de même espece , raporté dans le voyage
de France du sieur Piganiol de la Force,
et qui vraisemblablement est l'ouvrage
d'un Religieux de la Maison . Vous avés
encore dans le même Manuscrit quelques
Vers ou rimes curieuses sur la belle Agnès
qui fut si fameuse sous Charles VII . Je me
souviens qu'il y en a une qui nous ap
prend que son veritable nom de famille.
étoit Seurelle , et non pas Sorel. Comme
c'est un Acrostiche , la Picce n'a pu être
sujete aux mêmes inconveniens qui sont
à craindre dans les autres , lorsqu'il s'agit
de nom propre , et elle me paroît digne
de foy. Il n'est question que d'un nom
propre ; mais quand on veut être éxact ,
il faut l'être en tout.
Je
32 MERCURE DE FRANCE
Je me souviens encore qu'en parcou
fant votre Manuscrit , je lus au feuillet
206. ces trois mots : Epitaphium Johannis
Oliverii. A l'instant ces deux noms
propres me rapellerent l'Epitaphe rimée
qui se présente au moins trois fois par
jour à mes yeux lorsque j'entre dans notre
Eglise , sous les pieds de la statuë de saint
Christophe. Mais en achevant la lecture
du titre , j'apris que l'Ep taphe de ce recueil
n'est pas celle du Chanoine d'Auxerre
, qui fit (je ne dis pas tailler , mais)
édifier la statue énorme du Saint ci-dessus
nommé , et qu'elle est d'un Evêque d'Angers
du même nom , qui étoit Poëte , et
dont il y a dans ce volume d'autres Ou
vrages qu'il composa lorsqu'il étoit Abbé
de saint Medard de Soissons.
Comme vous n'êtes jamais venu dans
notre Ville , quoique le voyage ne soit
gueres plus difficile que celui de Paris à
S. Denis, je vous envoye l'Epitaphe qui se
lit sous le bâtiment de la statuë de saint
Christophe elle est dans un style qui
sert souvent à remettre les Etrangers de la
frayeur qu'ils ont eu à l'aspect de ce co-
Fosse énorme. Vous la lirés malgré que
vous en ayez , dût-il vous en coûter un
Requiscat in pace.
Maistre
JUIN.
1133 1735 .
MaistreJehan Olivier natif de Bar sur Seine ,
Curé de Champlemi et de ceans Chanoine ,
L'an mil 540. pour rendre à Dieu homage ,
Du Martyr S. Xpoffe fit faire cest image :
Ung an après mourut. Ci gist en sepulture.
Vous qui parci passez voïant sa protraiture ,
Priez Dieu pour son ame , et pour vous on prita
Car comme vous ferez, pour vous certe on fera
Requiescat inpace. Amen.
Pour revenir aux Manuscrits de la Bibliotheque
du Chapitre de Sens , dont la
plus grande partie vient de M. votre Oncle
le Doyen , vous pouriez , Monsieur
en entreprendre un Catalogue raisonné ,
et le donner au Public. Ne pouroit- il pas
mêmeservir à l'immense Recueil que fair
imprimer actuellement Dom Bernard de
Montfaucon ? Vous avés pour modele
celui des Manuscrits de S.Gatien de Tours
qui est imprimé , mais il n'est pas charge
d'un nombre suffisant d'Observations,
Moins vous aurés de volumes à enregistrer
, et plutôt votre Ouvrage sera fink
Je prends la liberté de vous exhorter à
le commencer , et je suis , & c.
Au mois de Mars 1735.
I Kol HILAS
134 MERCURE DE FRANCE
HILAS , ET PHILEMON.
EGLOGUE.
Hilas. St- ce toi , Philémon , comment vont
les amours ? E
Philémon. Ils vont, charmant Hilas , comme on
dit à rebours ;
Hitas. Quoi tu n'es point aimé de la jeune Cli
mene ?
Philémon . Plus je marque d'amour , plus elle sene
de haîne
Hilas. Tu veux me déguifer le bonheur de tes
feux ,
Et comblé de faveurs , tu te dis malheureux ;
Philémon . Que je puisse jamais ne porter de houlette
,
Que mon plus gras mouton ne soit plus qu'un
squelette ,
Si je dis un seul mot contre la verité ?
Hilas. Tu veux donc qu'on te croie un Amant
maltraité ?
Philemon. Plus maltraité cent fois que l'on ne
sçauroit dire ;
Je ne puis exprimer l'éxcés de mon martire ?
Hilas. Nos bergeres pourtant n'usent point de
rigueur
Et quand on s'y prend bien , on manque peu leur
coeur ;
KI. Vo Philemon
JUIN. 1735. 7135
Philémon. Je m'y prends le moins mal que je puis
à Climene
Par mes Vers , par mes Chants j'ai déclaré ma
peine ,
Mes soins , mes tendres soins accompagnent mes
feux ,
Je fais parler sans cesse et ma bouche et mes
yeux ;
Hilas. As -tu fait des présens ? c'est aujourd'hui
l'usage ;
Les présens valent mieux que le plus beau langage
;
Philémon. Oui vraiment j'en ai fait , j'ai donné
des bouquets ,
Des fruits , et des oiseaux dénichés tout exprès ,
J'ai fait ces dons le jour que l'an nouveau com
mence ,
Le jour que ma Climene a reçû la naissance ,
Lorsqu'on celebre enfin la fête de Palés .
Hilas. Ces dons avoient leur prix du tems de nos
grand- peres ,
Par de simples bouquets on gagroit les Bergeres
,
Mais il faut aujourd'hui de solides présens ,
Pour acheter des coeurs qui sont aux plus offrants
:
Mais as- tu des rivaux ?
Philémon. Plus que je ne désire ;
Hilas. Donnent- ils largement ?
Philé mon.Climene le peut dire ,
1. Vol. Hilas.
1136 MERCURE DE FRANCE
P
Hilas. Quand tu vois un rival, modere un peu tee
feux ;
Un dépit trop marqué te rendroit odieux :
Philémon. Quand je vois un rival auprès de ma
Bergere ,
Je la nomme cent fois et perfide et legere
Auprès de mon troupeau j'aime mieux voir les
Loups ,
Qu'un Berger , de Climene embrassant les genoux.
Hilas. Que répond ta Bergere , à ce couroux si
tendre ?
Par curiosité je voudrois bien l'entendre.
Philémon. Ma Climene répond , vous n'êtes qu'um
jaloux ;
Vos rivauxsont cent fois plus aimables que vouss
Avés- vous sur mon coeur la puissance suprême?
Ce coeur et mon troupeau dépendent de moi
même ;
Hilas. Tes amours vont fort mal , je te plains ,
pauvre amant ;
Philémon. Soudain je me retire , et je fais un ser
ment ,
De ne revoir jamais l'infidelle Climene ;
Loin d'elle je conduis mes troupeaux dans la
plaine ;
Mais bien-tôt plus soumis que ne fut Céládon
Je retourne à ses pieds et demande pardon.
Hilas. Comment te traite alors ta superbe Maitresse
1. Vola Philémon .
JUIN 1735.
1137
Philémon. L'ingrate se prévaut encor de ma foi
blesse ;
» Par pitié je veux bien , dit- elle , recevoir
Un amant fugitif qui rentre en son devoir ;
" Mais s'il retombe encor dans la même folie
Il ne doit esperer de pardon de sa vie.
Hilas. Eh ! que ne changes - tu l'objet de te
amours ?
Philemon. Je sens que malgré moi je l'aimerai
toujours ;
J'ai voulu quelquefois porter une autre chaîne
Je ne puis effacer l'image de Climene ;
J'aime jusques aux traits qui marquent ses ri
gueurs ;
J'aime cette fierté qui fait couler mes pleurs
On m'ofre vainement l'aimable Silvanie ,
La modeste Daphné , l'amoureuse Delphire ,
Auprès de ma Climene est - il d'autres apas ?
Non ; s'il en est encor ils ne me touchent pas ?
Regarde ce ruisseau qui descend des montagnes
Qui parcourt avec bruit nos fertiles campagnes.
Il est dans ces vallons par sa pente emporté,
Rien ne retardera son cours precipité ,
C'est ainsi que vers vous ,adorable Climene ,
Un penchant furieux me conduit et m'entraîne ,
Je ne pourai jamais vous dérober mon coeur ,
Il brûlera pour vous d'une éternelle ardeur ;
Hilas, je t'ay conté mes histoires secretes ,
Dis moi donc à ton tour tes folles amouretes :
7138 MERCURE DE FRANCE
Hllas. Qui poura , Philémon , raconter mes
amours
Du labirinthe aussi contera les détours ,
Les épics de nos champs , les feuilles des bocages
,
Et les tendres Oiseaux chantant sous les ombrages
:
Dès que je me conus je me laissai charmer ,
Et chez moi c'est tout un que de vivre et d'aimer
;
Je commençai par vous , incomparable Stelle ,
Je pris dans vos beaux yeux la prémiere étincelle
De ce feu qui depuis a dévoré mon coeur ;
Acantis après vous eut toute mon ardeur >
Mais j'adorai bientôt la charmante Thestile ,
La brune Mélantis et la fiere Amarille ;
philis sans vos apas , sans leur puissant secours
Mon amour pour Chloé m'occuperoit toujours;
Vous avés sçu briser ma chaîne trop constante ,
Et vous m'avés chargé d'une autre moins pesante
;
Mais aussi-tôt Lesbie en me tendant les bras ,
De Chloé meprisée a vangé les apas ;
La blonde Galathée et la perfide Alcine ,
Glicere , aux yeux vainqueurs , la piquante
Barine ,
Ipsitille et Chloris , ont par de feints sermens
Amusé mon amour pendant quelques momens ;
La prude Nécera , Dieux ! qui le poura croire !
A joüi dans mon coeur d'une longue victoire ,
I. Vol. Mille
JUI N. + 1139
1735.
Mille autres ont encore excité mon désir ,
Mais je n'en puis garder l'aimable souvenir ;
*
Cette Tour que tu vois auprès d'une onde
claire ,
Des oiseaux de Venus est l'azile ordinaire ;
Ces oiseaux amoureux par la Déesse instruits ,
Dans cette Tour paisible ont fabriqué leurs nids,
Là , les oeufs sont éclos , ici l'amour commence ,
Un autre bat de l'aîle et dans les airs s'élance ;
Philémon, dans mon coeur semblable à cette Tour
Les amours font leur nid et la nuit et le jour ;
Les uns dans le berceau sont encor dans l'enfance
;
L'autre expire aussi- tôt qu'il a reçu naissance ,
Philémon. N'en dis pas davantage , Hilas ; je suis
constant ,
Je craindrois de commettre un crime en t'écoutant
;
D'un aimable Berger , par ta flamme légere 365
Cesse de démentir l'innocent caractere ; ›
De tes volages feux ,je n'augure pas bien ,
Et ne changerois pas mon état pour le tien
Pierre Defrasna".
007 4 L
* Description d'un Colombier qu'Hilas compare. i
à son coeur!
nid
211
1.Vol.
E LETTRE
1140 MERCURE DE FRANCE
j j j r r s s s
,
LETTRE sur le Testament du Sanglier
&c. AU SCAVANT inconnu qui n'a
écrit par la voye du Mercure , une Epitre
inserée dans le Volume du mois d'Avril
mil sept cent trente - cinq.
J
E me sers , Monsieur , pour me donner
l'honneur de vous répondre , de
la même voye dont vous vous êtes servi
pour me faire celui de m'écrire. Le Public
gagneroit beaucoup à notre commerce
litteraire , si mes réponses pouvoient être
aussi interessantes que le seroient surement
vos Lettres .Vous me paroissés rempli
d'une érudition exquise et enjouéc
en même tems , pour moi je suis chargé
d'un si grand nombre d'occupations dif
ferentes , que je me vois hors d'état de
pouvoir vous faire parolizen cette matiere.
Vos remarques sur les Sangliers , le Testament
du Seigneur Grunnius ; vos réflexons
judicieuses , tout a été fort gouté ;
vous avés très bien fait de nous donner en
original les dernieres volontez de Fillustre
défunt, je n'avois pas,je vous assure , l'honneur
de le connoître , quand j'ai déclaré
celle de mon pauvre Robin.
1. Vol JuriLe I
JUIN. 1735 .
1141
Le Latin dans les mots brave l'honneteté,
Mais le Lecteur François veut être respecté.
Et d'ailleurs il eut fallu raccommoder
bien des choses dans le Testament
de Grunnius , pour le rendre suportable
en François , ce n'est point , au reste, par
jalousie de métier que je parle ainsi , ce
Testament tel qu'il est , mérite par son
antiquité une sorte d'estime ; c'est une
Piece curieuse dont le Public doit vous
sçavoir gré ; puisque , sans vous , elle seroit
encore ignorée de bien des gens qui n'ont
peut-être vû le fameux Gruter que par
le dos dans quelque Bibliotheque .
Je ne sçai , Monsieur , ni quel est votre
nom, ni où vous habités , er j'en suis très
fâché , par l'estime que votre Epitre m'a
fait naître pour vous ; si mes foibles Ouvrages
ont pû m'acquerir quelque part
à
la vôtre , et que vous vouliés faire avec
moi une connoissance plus intime , j'aurai
l'honneur de vous assurer que rien ne me
sera plus agreable , et que je tâcherai d'y
répondre ; je ne vous parlerai ni de mon
caractére ni de mes sentimens , vous en
jugerés par vous même , si vous voulés ;
au reste, tel que je vous aurai paru la prémiere
fois , tel vous me verrés toute la vie,
du moins je m'en flate , le tems vous prouvera
si c'est à tort.
I. Vol. Paris
1142 MERCURE DE FRANCE
Paris où je suis né est mon séjour or
dinaire , j'y l'oge chez un Seigneur , qui
dans mes malheurs veut bien me tenir
lieu de Pere, et auquel j'ai , ainsi qu'à Madame
la Comtesse son Epouse , des obligations
essentielles ; je suis bien- aise d'en
faire l'aveu aux yeux de l'Univers ,je suis
encore jeune et de très bonne humeur
ma demeure est à l'Hôtel du Roure , ruë
Cherche- Midy,fauxbourg S Germain;
c'est delà que quand il vous plaira , j'aurai
l'honneur de vous marquer plus spécialement
, qu'on ne peut être avec plus
de respect et d'estime & c. Signé , PONCY
NEUVILLE. P.
du
Le May 1735.
L'Enigme du mois dernier a été faite
sur la Fer à Cheval , les mots des Logogriphes
sont Veau , Demon , Chatte ,
France.
On trouve au premier , Ave , Eva ,
Vou . Au second , Dé , Onde , Monde.
Au troisième , Tache , & c. Et au quatriéme
, Rance , Frane , Arc , Car , Çane,
Fan , Ancre , An , Face , Ecran , Nacre ,
Crane , Cran , Race , Café , &c.
I. Vol.
ENIGME
JUIN.
1735 1143
A
ENIG ME.
U tems jadis où le Mercure
Donnoit l'Enigme par figure ,
Et qu'on la gravoit au Burin ,
On désignoit notre nature
Par des gens le sabre à la main .
Notre forme , en effet, n'est qu'une double épée }
Bien unie et bien effilée ,
Et d'égale proportion.
Ce seroit imperfection
Et déranger notre harmonie ,
Si nous n'allions toujours de compagnie :
Mais enfin de cette union.
Qu'en arrive- t'il , je vous prie ?
Que l'effet qui souvent est bon ,
N'a pour but toutefois que la division .
+++++++++++++++++: +++++++++++√
LOGOGRYPHE.
Le souhait du Navigateur.
E tiens dans mon milieu sa juste récom
pense ; JE
Ma premiere moitié coule avec abondance
Ajoutés-y mon pied , je procure au buveur ,
F. Vol. Un
E iij
144 MERCURE DE FRANCE
Un soupir trop forcé qu'on trouve sans ma tête;
Mon tout pris à rebours , cher Lecteur ,
excès !
Qu'à me deviner on s'aprête ,
quel
Vous dirai - je encor plus ? Top .... c'est trop ,
je me tais.
J
AUTRE.
G....
E suis de cinq lettres formé ;
Mon nom exprime un caractére
Que le bas peuple considere ,
Mais qui fut chez nos Rois jadis très- renommé;
Si vous en transposés les trois et quatrième ,
Je brille dans les cieux d'une gloire suprême.
Avec une lettre de moins.
D'un Canonier je fais et l'étude et les soins
En cet état transportant la derniere
Pour la placer la premiere ,
Je désigne une qualité
Chez les Orientaux de haute dignité ,
Remis en mon entier , si de ma consistance,
Vous retranchés les deux extrêmités ,
On quite pour moi les Cités ;
Pour goûter ma douceur les champs sont frequentés
,
J'y fournis les plaisirs et la convalescence ;
Joignés deux de ma fin à mon commencement
J'offre à vos yenx un élement ,
f
1. Vol.
JUIN.
1145 1735.
Qui répand par tout l'abondance ,
Retournés , empruntés dans mon tout , aisé
{
ment
Vous trouverés ce que Dieu même
Vous a donné par sa faveur extrême ,
Et sans quoi vous n'auriés raison ni jugement ;
Deux tons de la Musique
ment
un fatal instru-
Destiné pour peine du crime ;
Ce qu'on dit être doux au coeur ,
Ce qui de la terreur imprime
Et sied à la main du vainqueur
Un nom familier dans l'enfance ,
Ce qui chez la fillete excite quelque ardeur ;
Enfin ce qui fait difference
Entre le Poëte et l'Orateur,
Et sur quoi Despreaux , incomparable Autheur ;
Peut-être n'aura point en France ,
De suportable imitateur..
F. D. C.
1. Vol
Eliij NOU1146
MERCURE DE FRANCE
のᎣᎣᎣᎣ
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS , & c. ' .
ISTOIRE GENERALE des Aureurs
Sacrez et Ecclesiastiques , qui
contient leur Vie , le Catalogue , la Critique
, le Jugement, la Chronologie, l'Analyse
et le dénombrement des differentes
Editions de leurs Ouvrages , ce qu'ils
renferment de plus interessant sur le
Dogme , sur la Morale et sur la Disci
pline de l'Eglise l'Histoire des Conciles,
tant generaux que particuliers , et les Actes
choisis des Martyrs , par le R. P. Remy
Ceillier , Benedictin de la Congrega
tion de S. Vanne , &c. Tome V. in 4. A
Paris , chez la veuve le Mercier , et Ph.
N. Lotin , rue S. Jacques , et Paulus du
Mesnil , Grande Sale du Palais.
CATALOGUE DES ARBRES et Arbrisseaux
qui se peuvent élever en pleine
terre aux environs de Paris. A Paris ,
de l'Imprimerie de Joseph Bullot , ruë de
la Parcheminerie , 1735. in 8 .
LES
JUIN. 1735:
1147
LES HOMMES , troisiéme Edition . A
Paris , rue S. Jacques, chez Henry , 1734.
2. vol. in 12. de plus de 700. pages.
DISSERTATION sur les Tentes ou Pavillon
de Guerre. Par M. Beneton de Perrin .
A Paris , chez Gonichon , ruë de la Huchette
, et Briasson , rue S. Jacques ,
1735. Brochure in 12. de 147. pages .
HISTOIRE DE L'EGLISE GALL CANE , par
le R. P. Jacques Longueval; de la Compagnie
de Jesus. Tome septième , depuis
l'an 987. jusqu'à l'an 1086. Tome huitiéme
, depuis l'an 1086. jusqu'à l'an
1137. A. Paris , chez Montalant et Rollin
, fils , Quay des Augustins , J. B. Coi- .
gnard , et Hipolite Louis Guerin , ruë saint
Jacques , 1734. in 4. 2. volumes .
HISTOIRE GENERALE DE PORTUGAL
M. de La Clede. A Paris, chez le Gras,
par
au Palais , Giffart , rue S. Jacques , et
Rollin , fils , Quay des Augustins , 1735 .
in 4. 2. vol. et in 12. 8. vol . Tome I.
554. Tome II . pp. 583. Tome III . pp.
564. Tome IV. pp. 63. Tome V. pp .
621. Tome V1. pp 620. Tome VII . pp.
667. Tome VIII . pp. 56o .
PP
I. Vol.
Ev Nov1148
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLE ECOLE MILITAIRE , ou la
Fortification moderne , divisée en quatre
Parties , ornée de iso. Planches en Tailledouce.
Par P. S. Desprez de S. Savin ,
Ingénieur et Professeur de Mathématiques.
A Paris , chez P. G. le Mercier,
ruë S. Jacques , au Livre d'or , in 8 .
EUVRES DE MOLIERE , nouvelle Edition
, in 4. A Paris , chez Guill. Cavelier,
rue S. Jacques , Pierre Prault , Quay de
Gêvres , & c. 1734.
Les Libraires qui ont entrepris cette
Edition , n'ont rien épargné pour l'em-
' bellir de tous les ornemens dont elle étoit
susceptible . On voit à la tête un très - beau
Portrait de l'illustre Auteur , gravé par
M. Lepicié , d'après M. Ch . Coypel.
Indépendamment du choix du papier
et des caracteres, chaque Comédie est précedée
d'une Estampe d'une composition
élégante et excellemment gravée , qui en
réprésente la principale action . Les Prologues
de la Princesse d'Egide , d'Amphitrion
, et de Psiché , en ont aussi une particuliere
. Chaque commencement d'Acte
est orné d'une Vignette et d'une Lettre
Grise. On a mis des Culs de Lampe à chaque
fin d'Acte , & c. Les sieurs Oppeñor,
Boucher & Blondel ont donné les Desseins,
I. Vol.
et
JUIN. 1735. 1149
et les sieurs Cars & Foullin les ont gravés.
Tous ces ornemens sont convenables
au genre comique ; et quoique fort variés
, ils ont une certaine uniformité par
quelque caractere comique qui y est exprimé
, et qui tend au but principal de la
Comédie , qui est de corriger les vices et
les ridicules des hommes.
L premier Volume est de 330, pages
ans compter l'Avertissement et les Ménoires
sur la Vie et les Ouvrages de
Moliere qui en contiennent 61. et
ans compter la Table generale des
leces qui se trouvent dans chacun des
Sx volumes .
On lit à la neuviéme page de l'Avertisement
l'objet principal dans l'impresson
des Pieces de Théatre , doit être de metre
sous les yeux du Lecteur tout ce qui se
asse dans la Réprésentation. Un regard ,
'n geste d'un Acteur rend quelquefois senbie
, ce que Auteur n'a peui- être qu'imparfaitement
exprimé dans son Dialogue . On
donc cru devoir distinguerjusqu'aux moin–
ves mouvemens , et déveloper avec soin tour
qui pouvoit contribuer à rendre plus par.
fite l'imitation que la Comédie se propose
er comment reconnoître cette imitation , s
utes les actions ne sont pas fidelement indi
uées ? puisqu'elle dépend du concours detour
و د
Vol
Evi tes
1150 MERCURE DE FRANCE
.... tes ces actions ? Il seroit à souhaiter que
les Comedies de Plaute et deTerence nous
eussent été transmises avec le même soin ,
il y auroit sans doute, moins d'obscurité
en beaucoup d'endroits , et on y découvriroit
des beautéz que nous ne connoissons
pas.
>
et
Par le même principe on a marqué
avec précaution et éxactitude , l'instant
où les Acteurs entrent sur le Théatre ,
celui où ils en sortent ; le nombre dest
Scénes a été considerablement augmenté
dans plusieurs Comédies , par le soin
qu'on a eu de distinguer celles qui étoient
confondues. .2 .
L'Auteur des Mémoires sur la Vie et le.
Quvrages de Moliere , qui suivent l'Aver
tissement dont on vient de parler , sans
rien omettre des faits les plus constans
concernant la Vie privée de Moliere , n'a
point adopté ceux qui lui ont paru peu
sûrs , peu importans , ou même étrangers .
au sujet. Il ne s'est pas borné seulement
à nous peindre le Comedien et le Chefde
troupe ; il a cru que son Ouvrage seroit
encore plus interessant si quelques
courtes réfléxions , tane Historiques que
Critiques , mettoient les Lecteurs en état
de connoître dans chacune des Comédies
de Moliere , le mérite particulier qui les
、་
,
I. Vol. distingue
JUIN. 1735.
1152
distingue , et dans celui qui les a compo .
sées le Restaurateur de la Comédie
Françoise.
>
Le premier Tome contient les quatre ›
premieres Comédies de Moliere , sçavoir
' Etourdi ou les Contre-Temps , le Dépit
amoureux , les Précieuses ridicules , Sgana
relle , ou le Cocu imaginaire.·
L'Etourdi , Comédie en cinq Actes ,
en Vers , fut réprésentée sur le Théatre
du petit Bourbon , le 3 Décembre 1658.
On ne connoissoit gueres alors , dit l'Auteur
des Mémoires , que les Pieces chargées
d'intrigue ; l'art d'exposer sur la
Scene Comique des caracteres et des
moeurs,étoit réservé à Moliere.Quoi qu'il
n'air fait que l'ébaucher dans la Comédiet
de l'Etourdi , elle n'est point indigne de
son Auteur.Elle est partie à l'antique puisque
c'est un Valet qui met la Scéne en
mouvement , et partie dans le gout Espagnol
, par la multiplicité des incidens
qui naissent l'un après l'autre , sans que
l'un naisse de l'autre nécessairement ; on
y trouve des personnages froids , des Scénes
peu liées entr'elles , des expressions
peu correctes ; le caractére de Lelie n'est
pas même trop vraisemblable , et le déno
iment n'est pas heureux ; le nombre
des Actes n'est déterminé à cinq , que
I, Vol.
*pour
1152 MERCURE DE FRANCE
pour suivre l'usage , qui fixe à ce nombre ,
les Piéces qui ont le plus d'étendue , mais
ces défauts sont couverts par une varieté
et par une vivacité qui tiennent le Spectateur
en haleine et l'empêchent de
trop refléchir sur ce qui pouroit le blesser.

Les incidens du Dépit amoureux , aussi
en cinq Actes et en Vers , Piéce jouée
sur le même Théatre le même mois et la
même année, sont rangez avec plus d'art,
quoique toujours dans le gout Espagnol.
Trop de complication dans le noeud , et
peu de vraisemblance dans le dénoument;
Cependant on y reconnoît dans le jeu des
personnages , une source de vrai comique
; Peres , Amans , Maîtresses , et Valets,
tous ignorent mutuellement les vûës
particulieres qui les font agir , ils se jettent
tour à tour dans un labirinthe d'erreurs
qu'ils ne peuvent démêler. La conversation
de Valere avec Ascagne déguisée
en homme , celle des deux Vieillards
qui se demandent réciproquement pardon
, sans oser s'éclaircir du sujet de leur
inquiétude , la situation de Lucile accusée
en présence de son Pere , et le stratagême
d'Eraste pour tirer la verité de son
Valet , sont des traits également ingemieux
et plaisans . Mais l'éclaircissement
1. Vol.
JUIN. . 1153
1935.
du même Eraste et de Lucile , qui a don-'
né à la Piece le titre de Dépit amoureux ,
kur broüillerie et leur réconciliation ,
sont le morceau de cet Ouvrage le plus.
justement admiré .
Quoique la Comédie des Précieuses
ridi
cules , en un Acte , en Prose , réprésentée
sur le même Théatre au mois de Novembre
1659. ne soit pas une des meilleures
du côté de l'intrigue , quoiqu'elle
ne soit
pas une des plus nobles ; elle doit tenir un
rang considérable
parmi les Chef- dauvres
de Moliere. Il osa dans cette Piéce .
abandonner
la route connue des intrigues
compliquées
, pour nous conduire dans
une carriere de comique , ignorée jusqu'à
lui. Une critique fine et délicate des
moeurs et des ridicules qui étoient particuliers
à son siecle , lui parut être l'objet
essentiel de la bonne Comédie.

La passion du Bel Esprit , ou plutôt
Pabus qu'on en fait , espece de maladie
contagieuse , étoit alors à la mode ; le
stile empoulé et guindé des Romans que
les femmes admiroient par les mêmes côtez
, qui depuis ont décrédité ces Ouvrages
, avoir passé dans les conversations ;
enfin le vice d'affectation répandu dans
le langage , et même dans les pensées ,
s'étendoit jusques dans la parure et dans
I. Vol. le
1154 MERCURE DE FRANCE
le commerce de la vie ordinaire. Ce fut
dans ces conjonctures que parut la Comédie
des Précieuses ridicules jamais succès
ne fut plus marqué. Il produisit une réforme
generale ; on rit , on se reconnut
on aplaudit en se corrigeant . Menage qui
assistoit à la premiere Représentation , dit
à Chapelain nous aprouvions , vouset
» moi, toutes les sotise squi viennent d'être
critiquées si finement et avec tant de
» bon sens croyés - moiil nous faudra brû-
» ler ce que nous avons adoré , et adorer
ce que nous avons brûlé. Cet aveu n'est
autre chose que le sentiment réfléchi d'un
Sçivant détrompé ; mais le mor duVieillard
, qui du milieu du parterre s'écria
par instinct » Courage , Moliere , voilà la
bonne Comédie , est la pare expression
de la natur , qui montre l'empire de la
verité sur le prit humain .
On remarqua dans le Cocu imaginaire ,
(Comédie en trois Actes, en Vers , réprésentés
au même endroit le 28 Mars 1660.)
que l'Auteur depuis son établissement à
Paris , avoit perfectionné son stile . Cet
Ouvrage est plus correctement écrit que
ses deux premieres Comédies. Mais si l'on
y retrouve Mo iere en quelques endroits
ce n'est pas le Moliere des Précieuses ridicules.
Ee titre de la Picce, le caractère du
I. Vol. premier
JUIN. 1735. riss
premier personnage,la nature de l'intrigue
et le genre de comique qui y regne , semblent
annoncer qu'elle est moins faite pour
amuser des gens délicats , que pour faire
rire la multitude ; cependant on ne peut
s'empêcher d'y découvrir en même tems
but très moral ; c'est de faire sentir
combien il est dangereux de juger avec
trop de précipitation , sur tout dans les
circonstances où la passion peut grossir
ou diminuer les objets . Cette veri é soutenue
par un fond de plaisanteric gaye ,
et d'une sorte d'intérêt né du sujet , attira
un grand nombre de Spectateurs pendant
quarante Representations , quoique ce fut
en Eté , et que le mariage du Roy retint
la Cour hors de Paris . Quelques Auteurs
voulurent critiquer , mais à peine
furent-ils écoutez .
On parlera des autres volumes et des
Piéces qu'ils contiennent , ainsi que du
jugement qu'en fait l'Auteur.des Mémoi
res sur la Vie et les Ouvrages de Moliere .
REFLEXIONS CRITIQUES Sur les Histoi
res des anciens Peuples , Chaldéens , Hébreux
, Phéniciens , Egyptiens, Grecs , &c.
jusqu'au temps de Cyrus , en trois Livres.
Dans le premier on éxamine le
fragment de l'Histoire Phénicienne des
I.Vol. Sanchoniaton
1156 MERCURE DE FRANCE
Sanchoniaton , conservé par Eusebe. Dans
le second on réforme la Mythologie , et
l'on donne l'origine des Dieux de l'Egypte
, de la Grèce , et de la Phénicie
&c. Dans le troisiéme , en réfutant Scaliger
, Petau , Usserius , Marsham , Pezron
, &c. On explique les difficultez
Chronologiques de l'Ancien Testament ;
et de l'Histoire Egyptienne , Babylonienne
Assirienne , Grecque , Chinoise
, &c. A la fin est une Canon Chro
nologique de l'Empire de la Chine , avec
les noms de ses Empereurs en Lettres La
tines , et en caracteres Chinois , tirez des
Annales mêmes ; l'idée des tems avant le
Deluge , et une récapitulation, Par M.
Fourmont l'aîné , Professeur en Langue
Arabe au College Royal de France , Associé
de l'Académie Royale des Inscription
et Belles Lettres , Interprete et Sous-
Bibliotecaire du Roy. A Paris , chez
Musier , Quai des Augustins. Jombert &
Briasson , rue S. Jacques , et Bullot , ruë
de la Parcheminerie. 2. vol. in 4.
HISTOIRE GENERALE des Drogues sim
ples et composées , renfermant dans les
trois classes des Vegetaux , des Animaux
et des Mineraux , tout ce qui est l'objet
de la Physique , de la Chymie , de la
I. Vol. Pharmacie
JUIN. 1735 1157
Pharmacie , et des Arts les plus utiles à la
Societé des Hommes . Ouvrage enrichi
de plus de 400. figures en taille douce ,
tirées d'après nature , avec un Discours
qui explique leurs differents noms , les
pays
d'où elles viennent , la maniere de
connoître les véritables d'avec les falsifiées
, et leur propriétez . Où l'on découvre
l'erreur des Anciens et des Modernes.
Par M. Pomet. Nouvelle Edition corrigée
et augmentée des Doses et des Usages
, par M. Pometfils , Apoticaire . A Paris
, chez Etienne Ganeau et Louis Etienne
Ganeau fils , rue S. Jaques , aux Armes de
Dombes , in 4. deux volumes .
CAUSES CELEBRES , &c. Voici , Mona
sieur , des Nouvelles toutes fraîches de
l'Ouvrage pour lequel vous vous inté
ressés. M. Gayot de Pitaval , qui a receüilli
les Causes Celebres et Interessantes
vient de nous en donner un je. et 6º.
Tomes. On remarque qu'en continuanţ
cet Ouvrage , il s'attache à composer
des Volumes encore plus curieux que les
precédens.
Dans le cinquième Tome , on voit d'a
bord deux Causes d'Enfans désavoués par
Jeur pere et mere , bien differentes par les
circonstances. A la fin de la seconde
>
4
1. Vol. l'Auteur
158 MERCURE DE FRANCE
l'Auteur nous donne le caractere de M. le
Maitre et de M. Patru .
On voit ensuite l'Histoire de l'Abbé de
Mauroy dont l'hipocrisie et la penitence
sont si fameuses. La Cause d'une fille reclamée
par deux meres , nous réprésente
une Histoire semblable à celle qui est arrivée
du tems de Salomon .
Le désastre de la Márqui e de Ganges ;
est retracé avec de vives couleurs dans la
quatrième Cause ; la critique et la contrecritique
de l'Oraison Funebre de Mde Tiquet
suivent cette Cause , l'Auteur ne les
a inserées dans ce volume que parce qu'il
avoit raporté dans le quatriéine l'Oraison
Funebre en question .
Deux petites Causes se présentent ensuite,
et des Placets en Vers de la façon de
l'Auteur , terminent ce volume .
L'Histoire du procès entre le sieur Saurin
, et le sieur Rousseau , commence le
sixiéme volume , l'Auteur n'a rien oublé
pour satisfaire la curiosité excitée par cette
contestation . Il a inseré à cette occasion
une lettre contre les Ouvrages impies et
licencieux , qui paroît solide et édifiante,
il à fait aussi des Observations sur les
diverses especes d'injures qui fontun essai
de Jurisprudence sur cette matiere.
Dans l'Histoire du fameux Gauffridy
I. Vol.
brulé
JUIN. 1735. IT59
brulé comme sorcier par Arrêt du Parlement
de Provence , l'Auteur nous montre
son incrédulité au sujet du Sabath & c.
et prenant le ton railleur . , il dit , qu'il
s'accommode bien mieux des Histoires des
Fées que les anciens sorciers étoient des
sorciers de qualité , au lieu que les sorciers
modernes sont des miserables , & c.
;
Cette Cause est suivie d'un Arrêt qui
confirme le mariage de la dame de Coligny
; Ariêt que l'Aurcur apelle un Arrêt
brillant, parce que , dit il , c'est le rendés
vous des noms illustres de la Cour. £
Une Religieuse prétendue Hermaphrodite
est le sujet de la quatriéme Cause ,
cette matiere singuliere est mise dans tout
son jour dans le Plaidoyer de M. Pousset
de Montauban, a
Enfin la célebre Histoire de Mlle de
Choiseul avecles Plaidoyers de trois célebres
Avocats , Mrs le Normand , Aubri
et Julien de Prunay , finit le volume , la
Cause est tout à la fois curieuse pour le
Public , et instructive pour le Barcau .
Get Ouvrage deM.de Pitaval , poura don
ner aux Etrangers une véritable idée de
l'éloquence de nos Avocats et de notre
Jurisprudence. Il se vend toujours dans
la grande Sale du Palais , chez Jean de
Neuilly , à l'Ecu de France.
I.Vol
TRAITE'
M62 MERCURE DE FRANCE
SUITE des Lettrres de M .... sur les
Mémoires du R. P. Nicerom .
Je vous ai rendu compte , Monsieur , par .
ma derniere Lettre du XXV . et XXVI.T.
des Mémoires pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la Republique des
Lettres , & c. Celle- ci est destinée à vous
faire connoître les deux volumes qui ont
suivi , sçavoir le XXVII . et le XXVIII.
Le premier comprend l'Histoire de 33 .
Sçavans , qui sont Cesar Baronius , Mathias
Berneyer , Samuel Bochart Jean
Bouchet , Abraham Bzovius , Celio Calcagnini
, Marin Cureau de la Chambre
Pierre Cureau de la Chambre , Robert
Constantin , Jean Baptiste Couture , Jean-
Baptiste Crispe , Lambert Daneau , Frangois
Davennes Alexandre Guidi , Aibanase
Kircher, Fortunio Liceti , Jean- Antoine
Magin , Baptiste Mantuan , Théodore
Marcile , Augustin Mascardi Jean
Molanus Louis Moreri , Simon Morin ,
Marc- Antoine Muret , Jean Oporin , Jean-
François Quintianus Stoa , Nicolas Reusner,
Edmond Richer , Sebastien Roulliard ,
Pierre de S. Julien , François Svveeriius ,
Jacques de Tourreil et François Vavasseur.
>
,
En faveur devvotre Patrie je vais vous
exposer ici l'Article du sçavant Samuel
I. Vol.
Bochart
JUIN. 1735. 1163
Bochart , tel qu'il est inséré dans ces Mémoires
, et propre d'ailleurs à ne point
trop excéder les bornes d'une Lettre.
Samuel Bochart naquit à Rouen l'an
1599. de René Bochart du Meniller , Ministre
de l'Eglise P. Reformée de cette
Ville , et d'Esther du Moulin , Soeur du
celebre Pierre du Moulin .
On l'apliqua à l'étude de fort bonne
heure , et il y réussit si bien , qu'à l'âge
de 14. ans il composa 44. Vers Grecs à
l'honneur de Thomas Dempster , qui les
mit à la tête de ses Antiquitez Romaines ,
qu'il publia en 1613. Il étudioit alors
sous ce fameux Ecossois , qui professoit à
Paris .
Il alla ensuite faire sa Philosophie à
Sedan , et il y soutint l'an 1615. des Théses
publiques , qui lui firent beaucoup
d'honneur , non - seulement par la subtilité
avec laquelle il répondit aux argumens ,
mais encore à cause de certains Vers , accommodez
avec beaucoup d'artifice à la
figure d'un cercle , badinage qui étoit du
gout de son tems , et dont il accompagna
ces Theses.
Il commença à étudier en Theologie
dans la même Académie , d'où l'on croit
qu'il alla à Saumur continuer ses Etudes
Théologiques , sous Cameron . Du moins
1. Vol.
est-il F
1164 MERCURE DE FRANCE
est il sur qu'il suivit ce Sçavant à Londres
, lorsque les Guerres civiles ayant
dissipé cette derniere Académie , l'obligerent
à se retirer en Angleterre ; et qu'il
assista aux Leçons particulieres qu'il fit à
Londres pendant quelque temps.
Il étoit sur la fin de 1621. à Leyde , où
il s'appliqua avec beaucoup d'ardeur à l'étude
de la langue Arabe sous Erpenius ,
et où il continua à étudier en Théologie
sous André Rivet , qui avoit épousé la
soeur de sa Mere .
Ason retour en France , il fut bien-tôt
reçû Ministre , et on le donna pour Pasteur
à l'Eglise de Caen . La premiere chose
de grand éclat qu'il fit dans ce poste ,
fut
de soutenir une longue dispute avec le P.
Veron , qui étoit ailé à Caen en 1628 .
pour ce sujet, La dispute se fit dans le
Château de cette Vilie , en présence d'un
grand nombre de personnes de l'une et de
l'autre Religion. Le Duc de Longueville ,
Gouverneur de la Province , s'y trouva.
aussi souvent que ses affaires, le lui permirent
, et il y eut des Commissaires nommez
de part et d'autre pour y assister. On
disputa depuis le 22 Septembre jusqu'au
3. Octobre , dans neufséances consecutives
, et il arriva de cette action comme
de toutes les autres semblables ; chaque
1. Vol,
part
JUIN. 17358
1165
parti s'attribua la victoire , et en publia
des Actes qui lui étoient favorables .
Bochart s'acquit par là une réputation
qui augmenta beaucoup dans la suite par la
publication de sa Geographie sacrée. Ou
vrage d'une érudition immense.
Cette réputation fit naître à la Reine de
Suede l'envie de l'attirer auprès d'elle , et
elle lui écrivit pour cela une lettre de sa
propre main. Il fit le voyage en 1652 .
avec M. Huet , qui en a écrit la relation
en Vers. Il y fur fort bien reçû de la Reine,
et on lui fit de grands honneurs ; de son
côté il profita du temps qu'il demeura
à Stockholm , pour éxaminer les Manuscrits
qui étoient dans la Bibliotheque
de la Reine , et sur tout ceux qui étoient
en Arabe , et il en tira de grandes lumieres
qui lui servirent beaucoup dans la
suite.
A son retour à Caen , il trouva qu'on y
avoit formé une espece d'Académie, composée
des Personnes les plus habiles du
pays , et il y fut bien-tôt agregé avec M.
Huet.
Quelque temps après il fut élu par le
Synode de la Province pour être Deputé
au Synode National de Loudun , où il
donna des preuves de sa prudénce et de
son habileté.
1. Vol.
Fij En
1166 MERCURE DE FRANCE
En 1661. il fut engagé dans une dispute
avec le P. de la Birre , Jesuite , qui
s'apuyant du Synode National de Charenton
, accusoit les P. Reformez d'aversion
contre les Catholiques , parcequ'ils
les excluoient de leur communion , pendant
qu'ils y admettoient les Luthériens ;
et il composa à cette occasion un * Oudont
je parlerai plus bas . vrage
Il s'étoit marié à Caen , mais il n'eut
de ce mariage qu'une fille , qui ayant par
sa sagesse et sa douceur gagné toute son
affection, fut enfin par là cause de sa mort;
car cette fille qu'il avoit mariée à M le
Sueur de Colleville , Conseiller au Parlement
de Rouen , étant tombée dans une
maladie de langueur , le déplaisir que lui
donna la vue continuelle de ce triste objet
lui glaça le sang , dont la circulation se
trouvant quelquefois interrompuë , et le
réduisant à l'extrémité , il fut emporté
tout d'un' coup par un accès violent de ce
funeste mal , causé par un dépit imprévû
et vehement . Cet accident lui arriva au
fort d'une dispute au milieu de l'Acadé-
Cet Ouvrage fait le VIII . Article du Cataloque
sous le titre de Réponse à la Lettre du P. de
la Barre , Jesuite , sur la Présence réelle , 1661 ,
in 8.
I.Vol. mic
JUIN. 1735 1167
mie de Caen le 16 May 1667. Il étoit alors
âgé de 68. ans.
C'étoit un homme d'une Erudition profonde
, qui possedoit à fond la plupart
des Langues Orientales , l'Hebreu , le
Syriaque, le Chaldaïque et l'Arabe, et qui
avoit même voulu apprendre dans une
âge assez avancé , l'Ethiopien du celebre
Job Ludolf. Mais sa science , quelque
vaste qu'elle fut , n'étoit pas sa principale
qualité ; Il avoit une modestie et une candeur
singuliere. Aussi a t'il possedé la
gloire qu'il avoit acquise dans la République
des Lettres , avec beaucoup de
tranquillité , et à couvert des querelles
que tant d'autres Sçavans s'attirent par
leur orgueil et par l'emportement de leur
stile.
Suit le Catalogue raisonné des Ouvrages
de ce Sçavant , qui est extrémement
long , parcequ'il a beaucoup écrit. Ce
Catalogue est fort bien composé , et je
croy que les gens de Lettres en seront
contens. On voit dans l'article V. qui
roule sur les differentes Editions de son
grand Ouvrage Geographia Sacra , & c.
que c'est sans raison que les Editeurs de
Francfort ont voulu décrier l'Edition de
Caen de 1646. comme remplie de fautes.
&c. puis qu'il est à présumer , dit le Pere
I. Vol. Fiij Niceron ,
1168 MERCURE DE FRANCE
Niceron , que l'Edition d'un Ouvrag
aussi rempli d'érudition qu'est celui - ci ,
faite sous les yeux de l'Auteur , est plus
correcte qu'un autre qui s'est fait dans
un Pays étranger.
Le XXVIII . Tome des Mémoires , &c.
dont il me reste à vous parler ici , est
rempli par l'Histoire de ving- huit Sçavans
dont voici les noms. Chretien Adrichomius
, Jean l'Argentier , Benoist Arias
Montanus , Théodore Agrippa d' Aubigné ,
François Baudouin , Charles Bernard ,
Mathieu Bossus , Henry Bullinger , Antoine
Rodolphe le Chevalier ,Thomas Dempster
, Michel Felibien , François - Bernardin
Ferrari , Rodolphe Glabert Jacques
Gretser , Guillaume le Breton , Felix Hemmerlin
David Hoeschelius , Etienne fodelle
, Jean Leland , Simon Majoli , Samuel
des Marets , Guillaume de Nangis ,
François Petrarque , Claude Quillet , Antoine
Riccoboni , Jacques Sadolet , Josias
Simler , et Laurent Surius.
,
>
Je me contenterai de vous raporter
l'article de C. Bernard , qui intéresse
l'Histoire de France , et dont la brièveté
convient d'ailleurs à mon dessein
n'être pas trop long dans les Lettres que
j'ai l'honneur de vous écrire.
de
Charles Bernard naquit à Paris le 25.
1.Vol.
Decembre
JUIN. 1735. 1189
Decembre 1571. d'un Pere habitué depuis
long tems dans cette Ville , mais dont les
Ancêtres avoient demeuré les uns en
Champagne , et les autres en Bourgogne ,
où ils avoient rempli les premieres plas
ces de la Judicature .
Les troub es qui s'éleverent en France
dans sa jeunesse , n'empêcherent point ses
parens de le faire étudier . Après avoir
apris la Langue Latine , il voulut sçavoir
l'Espagnol , et se rendit habile dans l'Histoire
, la Géographie , et la Chronologie.
,
et
Le Président Jeannin qui l'aimoit ;
commença à le produire à la Cour
lui procura la Charge de Lecteur ordinaire
de la Chambre du Roy , quelque
temps après que Louis XIII . fut devenu
majeur. Ce Prince ayant conçû de l'affection
pour lui , ne se contenta' pas de
l'employer en cette qualité , il lui confia
aussi en differentes conjonctures quelques
négociations difficiles et importantes.
Pierre Mathieu étant mort en 1621. sa
Charge d'Historiographe de France fut
donné à Bernard par un Brevet du 15.
Octobre de cette année . Ce Brevet lui
donne le titre de Conseiller d'Etat , qu'il
a toujours pris depuis .
Vers sa 65. année il fut attaqué d'une
1. Vol. Fiiij paralisic
1170 MERCURE DE FRANCE
paralisie universelle qui l'empêcha d'achever
l'Histoire du Roy Louis XIII.
qu'il avoit bien avancée. Ce fut alors
qu'il se démit de sa Charge d'Historiographe
de France , en faveur de Charles
Sorel , son neveu .
Il vecut encore quatre ans depuis , et
mourut le vingt- cinq Juin 1640. dans sa
69. année.
Voici le Catalogue de ses Ouvrages.
1. Discours sur la jonction des Mers . in 4.
1613. On y trouve des avis fort utiles
pour le Commerce .
2. Discours sur l'Etat des Finances. Paris
1614. in 4.
3. Histoire des Guerres de Louis XIII.
contre les Religionaires rebelles . Paris 1633 .
in fol. Sorel , neveu de l'Auteur , dit à la
page 356. de sa B.bliotheque Françoise ,
qu'on ne tira que deux ou trois douzaines
d'éxemplaires de ce livre pour le faire
voir au Roy et à ses Ministres . Il se trouye
en entier dans l'Histoire que le même
Auteur a composée du regne de Louis
XIII. Le même Sorel dans la vie de son
,
13
oncle réduit le nombre des éxemplaires à
douze , et dit que quelque Ministre
» peut- être donna son éxemplaire à
» quelque Historien qui en sçut faire son
» profit , ayant trouvé sa matiere toute
1. Vol. prête
JUIN. 1735. 1171

» prête , qu'il n'a eu qu'à ranger à sa mo-
» de , accommodant le tout à l'avantage
» de ceux qu'il a voulu obliger , c'est- à-
» dire du Cardinal de Richelieu . On ne
peut douter que ce ne soit de Dupleix ,
dont Sorel ait voulu parler ici .
4. Carte generale de la Maison de Bourbon
, parCharles Bernard. Paris 1634 in
fol. Cette Carte a été continuée par Charles
Sorel , qui avoue page 413. de sa Bibliotheque
Françoise , qu'il y a changé et
ajouté ce qu'il a jugé à propos. Son Edition
a pour titre : Genealogie de la Maison
Royale de Bourbon , avec les Portraits et
Eloges des Princes qui en sont sortis , et les
Remarques historiques de leurs illustres actions
, depuis S. Louis jusqu'à Louis XIII,
Paris , 1634. 1646. in fol . 2. vol.
5. Histoire du Roy Louis XIII. composée
par M. Charles Bernard, Paris 1646
in fal. Il n'a pû conduire cette Histoire
que jusqu'à l'an 1635. Charles Sorel prit
soin de l'achever et de la pousser jusqu'à
la mort du Roy Louis XIII . en 1643.Il a
mis à la tête la vie de Bernard , et un
Discours de la Charge d'Historiographe de
France , tiré des Mémoires de cet Historien.
Charles Bernard , selon M. l'Abbé
» le Gendre , a aussi peu de stile que de
» goût'; il ramasse avec soin des baga-
>>
4. Vol-
F v telles
1172 MERCURE DE FRANCE
» telles ; il donne trop de louanges ; il fait
» de frequentes digressions , et de trop
» amples Descriptions d'Ouvrages d'Ar-

chitecture ; il joint à tout cela des refle-
» xion fort communes. Tous ces défauts
>> rendent son Ouvrage ennuyeux . Il dé-
» crit bien cependant le détail des Batail-
» les , et il rapo te des particulatitez in-
» teressantes , sur tout plusieurs intri-
» gues
de la Cour , dont il devoit être bien
instruit, ayant passé la meilleure partie
» de sa vie auprès de Louis XIII .
,
6. Lettre d'Etat à la Reine Mere Marie
de Medicis. Je ne sçai quand a paru cette
Lettre , non plus que l'Ouvrage suivant.
17. Cleobule , ou l'Homme d'Etat . Sorel qui
parle de ces deux Pieces dans la vie de
Bernard , ajoute » qu'il en a fait encore
quelques autres imprimées separément ,
»qui contiennent des instructions très uti-
» les , mais qui ne sont pas de fort lon-
" gue étendue.
Dans ma premiere Lettre je vous rendrai
compte des deux volumes de ces
Mémoires qui ont suivi . Je suis &c.
Montalant, Libraire à Paris , donne avis
qu'il vient de finir une Edition Françoise
des Tables Astronomiques , dressées et
mises en lumieres par les ordres et la ma-
1. Vol. gnificence
JUIN. 1735. 1173
gnificence de Louis leGrand,dans lesquel ·
les on donne les mouvemens du Soleil ,
de la Lune et des autres Planetes , déduits
des seules observations , et indépendamment
d'aucunes Hypotheses . La position
des principales Etoiles fixes , visibles
sur notre horison . La méthode du Calcul
Astronomique et le Calcul des Eclipses
par la seule Trigonometrie rectiligne. La
de.cription , la construction et l'u age des
instrumens de l'Astronomie pratique
moderne , et plusieurs Problêmes utiles
d'Astronomie et de Geographie , au Meridien
de Paris , dans lequel les Observations
qui leur ont servi de fondement ,
ont été faites par M. de la Hire ,Professeur
Royal de Mathématiques , et de l'Académie
Royale des Sciences , publiée par M.
Gaudin , de la mêine Académie. Ouvrage
qui sert de suite aux Mémoires de l'Acad
mie Rova'e des Sciences . Volume in
avec figures .
,
On trouve chez le même Libraire des
Souscriptions pour la Theorie , et la pratique
de la coupe des pierres et des bois ,
pour la construction des voutes et autres
parties des bâtimens , civil et militaires ,
ou Traité Destercotomie Pat M. Frezier
Chevalier de l'Ordre' M litaire de S Louis ,
Ingenieur ordinaire du Roy à Landau
I.Vol. Fvi auquel
1174 MERCURE DE FRANCE
auquel on joindra une Dissertation cri
tique sur les ordres d'Architecture. Cet
Ouvrage aura trois volumes , chacun de
5. à 600 pages , de caractere de S. Augustin
, avec so. planches. Le prix pour
les Souscripteurs est de 24. 1. dont i . l.
en souscrivant , 6. liv. en recevant le premier
volume , et 6, liv en recevant les
deux et troisiéme vol . Ce Livre s'imprime
à Strasbourg.
Traduction françoise de l'Histoire generale
d'Angleterre , écrite en Anglois par le
Chevalier Richard Bakerd, Historien célebre
, et continuée par Edouard Philips ,
jusqu'au couronnement du Roi Charles II,
avec des circonstances et des particularités
secretes , qui n'ont point été renduës publiques
, et qui ne se trouvent point dans
les Histoires qui ont paru dans ces derniers
temps.
Le Traducteur y a ajouté des Notes
marginales pour indiquer les traits d'his
toire les plus remarquables.
On y trouvera aussi des Notes curieuses
pour donner au Lecteur une plus parfaite
intelligence de cette Histoire.
Ceux qui voudront se charger de l'impression
de cet Ouvrage qui est prêt à
mettre sous presse , pourront s'adresser au
I. Fol. Commis
JUIN. 1735.
1175

Commis du Mercure de France , vis - à- vis
la Comédie Françoise , à Paris.
L'Académie des Jeux Floraux , distribue tous
les ans quatre Prix ou Fleurs .
Le premier de ces Prix , qui est destiné à une
Ode , est une Amarante d'or , de la valeur de
quatre cent livres .
Le second est une Violette d'argent , de la valeur
de deux cent cinquante livres , qui est destinée
à un Poëme de soixante Vers au moins , et
de 100. Vers au plus . Le Sujet de cette sorte de
Poeme doit être héroïque ou dans le genre noble.
Le troisiéme Prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de deux cent cinquante livres , qui
est destinée à une Piéce de Prose , d'un quart
d'heure ou d'une petite demie- heure de lecture.
Le Sujet en sera pour l'année 1736. LE GE'NIE
PRODUIT , LE GOUST PERFECTIONNE.
Le quatrième prix est un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres , qui est destiné à une
Elegie , à une Idile , ou à une Eglogue Ces trois
genres d'Ouvrage concourent ensemble pour le
-même Prix.
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poësie , est
au choix des Auteurs.
L'Ode qui a pour Titre : LES CONTRADICTIONS
DE L'HOMMе › et pour Devise : Factus
·sum mihi- metipsi gravis , a remporté le prémier
Prix , au Jugement de l'Académie ; et l'Oue qui
a pour Titre : LA JEUNESSE et pour Devise :
"Eheu ! fugaces , posthume , posthume , labuntur
anni , a remporté un des Prix d'Ode réservez . ´
Le Discours qui a pour Devise : Pone, Domine,
· custodiam ori meo , a remporté le Prix destiné au
Discours.
I. Vol. 2 Le
1176 MERCURE DE FRANCE
Le quatrième Prix a été adjugé à l'Idile qui a
pour Tire : LES FORCES DE CITHERE , et pour
Devis: Hic illius arma.
Le Prix du Poëme a été reservé , avec les autres
Prix qui, l'étoient déja .
L'Académie distribuëra l'année 1736. deux
Prix d'Ode , deux Prix de Poëme , deux Prix de
Discours et deux Prix d'lege.
Les Oivrages qui ne sont que des imitations ,
ceux qui ont paru dans le Public , ou qui traitent
des Sujets qui ont été donnés par d'autresAcadé
mies , et les Ouvrages qui ont qulque chose de
burlesque , d'in técnt , de satirique , de contraire
aux bonnes moeurs , n'entrent pas daus le concours
pour les Prix , non- plus que les Ouvrages
dont les Auteurs se font connoîtré avant le Jugement
, ou pour lesquels ils sollicitent ou font
solliciter.
Les Auteurs qui traitent des Matiéres Théologiques
, doivent faire mettre au bas de leurs
Ouvrages l'Approbation de deux Docteurs en
Théologie.
On remettra dans tous le mois de Janvier de
l'année 1736. à M. le Chevalier d'Aliés , Secretaire
Perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux ,
logé à la rue des Coûteliers à Toulouse , trois
Copies bien lisibl s de chaque Ouvrage , qui sera
désigné seulement par une Devise ou Sentence.
On doit charger des personnes domiciliées à
Toulouse , de remettre les Ouvrages à M. le Sécrétaire
, qui en écrira la réception dans son Registré
, le nom , la qualité , la demeure de ceux
qui les lui remettront et à qui il en expédiera les
Récépissez .
Les Auteurs étant avertis tous les ans de se conformer
en ce point aux Statuts de l'Académie ,
I. Vol.
elle
JUIN.
1177 1725.
elle n'a pas reçu à l'éxamen cette année , plusieurs
Ouvrages qui avoient été adressés par la Poste en
droiture , à M. le Secrétaire .
Ceux qui auront remporté des Prix seront obligez
, s'ils sont à Toulouze , de venir les recevoir
eux-mêmes , l'après - midi du troisième jour du
mois de May , à l'Assemblée pub ique de la D s
tribution des Prix , qui se fait dans le grand
Consistoire de l'Hôtel de Ville . S'us sont hors
de portée de venir les recevoir eux - mêmes , it's
doivent envoyer une Procuration en bonne
forme à une personne domiciliés à Toulouse
pour les retirer des mains de M. le Sécrétaire ,
en lui remettant les Procurations des Auteurs ,
et les Récépi sez des Ouvrages.
Après que les Auteurs se seront fait connoître ,
on leur donnera des Attestations , portant qu'un
tel , une telle année , pour tel Ouvrage par lui
composé a remporté un tel Prix ; et l'Ouvrage
en Original sera attaché à ces Attestations , souș
le Contre Scel des Jeux
On ne peut remporter que trois fois en sa vie
chacun des Prix que l'Académie distribuë.
Ceux qui auront remporté trois Prix , l'un desquels
sera l'Amarante , pourront obtenir des
Le tres de Maître des Jeux Floraux is seront
du Corps des Jeux , et auront droit d'assister et
d'opiner comme Juges , avec le Chancelier , les
Mainteneurs ou Académiciens , et les autres
Maîtres , aux Assemb ées particulieres et publi
ques qui se font pour le jugement des Ouvrages ,
et pour la Distribution des Prix.
On vendra chez Barbou , rue S. Jacques , aux
Cigognes , et chez Bullot , ruë de la Parchemnerie
, un Calendrier perpetuel , qui sera d'un tres
>
I.Vol.
grand
1178 MERCURE DE FRANCE
grand secours pour tous les gens de Cabinet , où
l'on trouvera non - seulement les années Grégoriennes
, mais encore les années Juliennes , tant
pour le passé que pour l'avenir , le tout d'une
façon fort simple , les années n'étant composées
, ni de coulisses ni de roues , et nétant besoin
que de sçavoir
lire pour s'en servir,
La difference qu'il y a de tous les Calendriers
qui ont parû jusqu'à présent , à celui - ci , est que
tous les Calendriers ont été faits pour un temps
ou pour être perpetuels ; ceux qui ont été faits
pour un tems sont devenus promptement de peu
d'usage par le trop peu d'années qu'ils contenoient
par raport aux siécles tant écoulés qu'à
écouler .
Ceux qui ont été faits pour être perpetuels
ne renferment qu'une période , tane Solaire que
Lunaire , de sorte que quand on a besoin d'une
année avant ou après cette période , il faut entendre
le calcul du Calendrier pour pouvoir y
supléer ; deplus , la quantité de roues et de coulisses
qu'il faut concilier pour pouvoir arranger
une année telle qu'elle est en dégoûte tout le
monde. Dans celui - ci , toutes les années , tant
Juliennes que Gregoriennes , y sont renfermées
sans transposition , sans roues ni coulisses , et
d'une façon fort simple ; le Calendrier poura se
mestre dans une Bibliotheque.
>
Il a été présenté à Messieurs de l'Académie des
Sciences qui l'ont trouvé d'une nouvelle imagination
fort simple , fort ingénieux , et fort
commode. Il est composé par M Sauveur ,
fils de M. Sauv.ur , Chevalier , Maî re des Mathématiques
des Rois d'Espagne, et des Entans de
France de l'Aca émie Royale des Sciences , c
Examinateur des Ingénieurs.
I. Vol. Thion
JUIN. 1735. 1179
Thiou le jeune , Maître Horloger à Paris , con
nu pour faire des Pendules à Equation , a inventé
une maniere de les faire avec beaucoup
plus de diligence et avec les mêmes perfections
qu'il les faisoit cy- devant , au moyen d'une
nouvelle découverte qu'il a faite pour les établir
en très- peu de temps ; il évite des frais qui lui
procurent la facilité de les pouvoir donner à bien
meilleur marché qu'il n'a pû faire précédemment .
Il demeure rue de Gêvre, proche le Pont Notre- Dame,
à l'Enseigne de la Pendule du Temps vray.
QUESTION
.
.
Pourquoi il y a tant de difference dans le caractere
de l'Ecriture de l'homnie d'avec celui de
la femme ?
Le sieur Cochin a été choisi pour graver le
Catafalque ordonné par le Roy pour la feue Reine
de Sardaigne , avec l'apareil de toute la Pompe
funebre , ainsi qu'elle a été vûë à l'Eglise de
Notre Dame. On en trouve la Description dans
le dernier Mercure , page 850.
La dix - huitiéme Estampe , gravée d'aprés
VVauvremens , par le sieur Moreau , paroît depuis
peu , et se vend chez lui , iue Galande , visà
- vis S. Blaise. C'est le grand Marché aux Chevaux
, dont le Tableau est dans le Cabinet de la
Comtesse de Verruë C'est une des plus grandes
et des plus heureuses compositions de Wauvremens
, ayant 33. pouces de large sur 24. de haut;
et c'est aussi une des plus belles Estampes qui
soient sorties des mains du sieur Moyreau.
On trouve chez Odieuvre , Marchand d'Es-
I Vol. tampes
1180 MERCURE DE FRANCE
1 .
.
tampes , Quay de l'Ecole, à côté de la Samaritaj.
ne , les Portraits en petit de René Des Cartes et
de Jean Racine , très - bien gravez par le sieur Dupin
, ce dernier est d'après le Tableau original de
Santerre. Le même Marchand fait graver avec
beaucoup de soin une Suite considerable d'Hommes
Illustres , dans la même forme , par les plus
habiles Graveurs. Il en donnera quatre tous les
mois.
Le même Olieuvre , vend aussi une très - jolie
Estampe en hauteur d'après un beau Tableau
de M. Oudry ; c'est un petit Paysage , od
l'on voit dans un Marais un Chien Barber qui
chasse un Canard , très heureusement gravé par
le sieur Guelard.
Le même Graveur a fini depuis peu deux petits
Paysages en large , avec Figures et Animaux ,
d'après Van- Boom . qu'on vend avec succès chez
le même Marchand.
Attentifs à publier le progrès des Beaux - Arts ,
nous n'avons garde de négliger les évenemens
qui les rendent celebres . On écrit de Madrid , que
les Habitans de Ronda , dans le Royaume de
Grenade , ont fait construire sur la Guadiana ;
dans un endroit nommé le Tajo , un Pont d'une
seule Arche , laquelle a cinquante -sept toises de
hauteur , sur vingt - quatre de largeur ; Don Jean
Camacho et Don Joseph Garcia , celebres Architectes
de Cordoue , ont été chargez de la condui
te de cet Ouvrage , qui a été achevé en 8. mois.
I. Voli DESJUIN.
1735. 1181
DESCRIPTION d'un Tabernacle
de Marbre blanc veiné , de cinq pieds
et demi de large , sur quatre pieds cing
pouces de hauteur.
CE
E Tabernacle est composé d'un Coffre pour
renfermer le S. Ciboire , fermé par une por
te , sur laquelle est représenté un Ciboire cizelé ,
garni de Pierreries , avec des rayons et la Mâne
tombant du Ciel , des grapes de raisins et autres .
attributs du Sacrifice , monté sur sa baze , acompagné
de chaque côté d'un gradin , orné de moulures
, quart de rond et agraphes .
Au- dessus de ce Coffre est une Niche en plein
ceintre , couverte d'une calotte , coupée verticalement.
Le fond de cette Niche est orné de Miroirs et
Fleurons , et doit servir pour l'Exposition .
La Calotte est ornée de côtes de Melon , l'archivolte
de rozettes dans leurs caisses , et elle
est surmontée d'une boule et d'une Croix , avec
guirlandes.
La Niche est soutenuë par quatre colonnes et
deux pilastres à trois faces chacun , avec canelures
et baguettes , ornées de leurs bazes , chapiteaux
et entablement , d'Ordre Ionique , regnant
sur les colonnes , pilastres , fond de la Niche et
sur les arrieres -corps.
Les Colonnes et Pilastres sont montez sur leurs
Diz, Cartouches en blanc , disposez à recevoir les
Armes de la Personne qui achetera l'Ouvrage ,
et les piédestaux sont ornez de moulures , bazes
et corniches , regnants , ainsi que l'entablement ,
sur les arrieres- corps.
A côté des colonnes sont deux Anges Adora-
I. Vol.
teuts
1182 MERCURE DE FRANCE
teurs , de ronde -bosse , posez sur leurs piédestaux
, avec moulures , bazes et corniches et sur
leurs enroulemens.
L'Arriere -Corps est composé de chaque côté
de pilastres cannelez , avec leurs bazes , chapiteaux
et entablement , semblables à ceux dont on
vient de parler , et ornez de Miroirs , Médaillons,
Rinceaux et autres ornemens , terminez de chaque
côté par un enroulement et avec bazes et
guirlandes. Tout l'Ouvrage est terminé en haut
par des bandes surmontées de torcheres .
Les Miroirs , Médailions , Agraffes et Rozettes
et autres ornemens , sont de bas- relief et pris
dans l'épaisseur du Marbre.
Le Corps du Tabernacle est de Marbre blanc
veiné , des plus beaux et des plus riches , et les
arrieres- corps , gradins et figures , de Marbre
blanc de lait veiné , qui se raccordent parfaitement
et font un effet merveilleux .
Cet Ouvrage , auquel on peut ajouter autant
de grains et d'arrieres - corps que l'on voudra
pour l'ajuster à l'endroit où , sera mis , est travaillé
avec tout le goût et la délicatesse possible ;
il a été regardé par les plus habiles Architectes
de Paris , comme un Chef- d'oeuvre d'Architec
ture.
Ce riche Morceau à été fait par le sieur Pierre
Mallerot , Sculpteur et Marbrier à Paris , connu
sous le nom de Dela Pierre , et sur ses Desseins ; cet
habile Ouvrier a fait plusieurs Ouvrages en Marbre
dans Paris et dans les Provinces , dont les
principaux sont :
Le grand Autel et le Tombeau du Cardinal de
Richelieu à la Sorbonne , sur les Desseios de
M. Girardon,
Le grand Autel des Jacobins du Fauxbourg
S. Germain.
JUIN. 1735. 1183
Le rétablissement des quatre grands Arcs doubleaux
du Dôme des Invalides , qui menaçoient
ruine après la perfection de l'Ouvrage , ayant été
construits de pierre tendre , qu'il a fallu arracher
P'une après l'autre et remettre à la place de la
pierre plus solide ; cet Ouvrage a été fait sous
les yeux de M. Mansard ,
La Chapelle de Mrs de Pompone , à S. Merry.
Celles de Mrs de Crequi et de Louvois , aux
Capucines.
Le Mausolée de M. Girardon , à S Landry.
Il a fait chez le Roy , dans le Parc de Versailles
, la Colonade et autres Pieces , tant dans les
Apartemens , que dans les Bosquets.
Le Péristile et la Galerie du Château de
Trianon.
Le grand Autel d'une Paroisse de la Ville
d'Amiens .
Le Mausolée de Mrs du May , à Gravelines.
Le grand Autel de la Chartreuse de Bourgfontaine
, dans la Forêt de Villers - Cotterets . Et autres
Ouvrages , tant chez le Roy , les Seigneurs
Maisons Religieuses , que chez les Particuliers.
Ceux qui auront la curiosité de voir cet Ouvrage
pouront s'adresser au sieur Mallerot
petit- fils de l'Auteur , chez M. Lemoine , Notaire
, rue de Bussy , à Paris , ou à M. Benoist ,
Marchand Confiseur , rue de la vieille Monnoye
à la Pomme d'or , chez qui il est actuellement
posé et en état d'être vû .
Le sicur De Nielles , Chirurgien ordinaire de
l'Hôtel de Ville de Paris , a fait la découverte
depuis quelques années , d'un Remede infaillible
pour la guérison des Ecroüelles , qui attaquent
les glandes de la gorge , sans qu'il soit besoin
I. Vol. de
1184 MERCURE DE FRANCE
de faire d'ouvertures ni ne mettre des Emplâtres-
Son Remede est le plus grand Fondant qu'il y ait
en Medecine , on le prend interieurement , et il
est aussi aisé à prendre qu'un grain de Poivre ;
il purifie la masse du sang , fond les g'andes gonfées
et obstruées , aussi bien que celles qui sont
Ouvertes , sans y mettre d'Emplâtre , & c. Le sieur
De Nielles a guéri plusieurs personnes de distinction
, la bienséance ne lui permet pas de les
nommer. M. Maréchal , Premier Chirurgien du
Roy, a connoissance de la guérison de plusieurs
personnes qu'il lui a mises entre les mains . Le sieur
De Nielles est , outre ceux là , en état de faire
voir plusieurs Particuliers qu'il a guéris à Paris.
Sa demeure est rue du Martois , vis à - vis le
grand Portail de S. Jean en Gréve , à Paris. Ceux
qui voudront lui écrire à ce sujet , auront la
bonté d'afranchir le Port .
Le sieur le Carlier , gendre de deffunt sieur
Porcheron , continuë la même Pommade com -
posée de Simples , autorisée par Lettres Patentes
du Roy , accordées à deffunt Porcheron et à ses
successeurs , enregistrées au Parlement , aprouvées
de M. le premier Médecin du Roy , de
M. Helvetius , Médecin ordinaire de S. M. er
Premier Medecin de la Reine , et de Mrs les
Doyen et Docteurs de la Faculté de Médecine de
Paris , lesquels ont eux - mêmes guéri par le seul
liniment et frottement de cette Pommade , plusieurs
Malades de Rhumatismes inveterez , goutreux
, douleurs de nerfs , nerfs retirez , sciatiques
, paralysies et Enquilauses dans les boëtes
des genoux , qui ne cédoient point aux Remedes
ordinaires , elle guérit aussi les playes abandonnées
, elle fait transpirer l'humeur au dehors sans
I. Vol. aucunes
JUIN. 1735. 1185
aucunes cicatrices ; elle ne se corrompt jamais et
peut se transporte en toutes sortes de Pays. La
même Pommade guérit les maux de tête et les
Auxions. Il donne la maniere de s'en servir . Les
Pots sont de cinquante sols et de cent sols , cachetez
de son cachet.
Il demeure à Paris , ruë Pavée , Quartier sains
Sauveur , derriere la Comédie Italienne , proche la
rue Françoise , au premier Apartement , où son
Tableau est exposé .
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue , en verau de ses Approbations ,
de donner avis qu'il a fait la découvere d'un Remede
sans goût , qui préserve les Dents de se gâ
ter et de tomber , quoique sujettes par les indices
qu'il fait connoître en les nettoyant ou visitant ,
et par d'autres Remedes il guérit le mal de Dents .
et les Gencives ulcerées tendant à scorbut ; du
tout il donne l'usage et met son nom et le prix
sur ses Boëres et Bouteilles ; il y en a de deux et
de trois livres. Si demeure avec Tableau est à
Paris , rue du Four , près S. Eustache.
Le sieur Durand , Expert pour les Dents , reçu
à S. Cône , continue de distribuer son Opiat ,
qui en conservant l'émail des Dents , produit la
régeneration des Gencives , dissout le sang grossier
, dont les Gencives ne sont souvent que trop
farcies , raffermit la dent vacillante , empêche que
l'on ne sente de la bouche et répare les mauvais
effets de certains drogues qui ne blanchissent les
dents pendant un temps,que pour les perdre bientôt
après .
Le sieur Durand , toujours apliqué à la perfection
de son Art, annonce en même - temps un Elizir
propre à càimer les douleurs de dents , à net-
I. Vol
toyer
1186 MERCURE DE FRANCE
toyer les gencives , et à guérir les abscès. Il
donne la maniere de s'en servir , aussi-bien que
de son Opiat . Les Pots d'opiat rouge sont de
3. livres et de 6. livres , de- même que les Bou
teilles de son Elixir . Ils se transportent dans les
Provinces les plus éloignées, et ils sont cachetez .
Il va le matin où on le mande et l'après midi
on le trouve chez lui . Sa demeure est avec Tableau
, rue S. Honoré , à la Coupe d'or , vis-à- vis
la Croix du Traboir.
AIR BACHIQUE.
Dans une paix enchanteresse ,
Mes jours sont enchaînez par des plaisirs nou
veaux ;
J'aime à rire et boire sans cesse ,
Et je goute un parfait repos ;
Car on ne voit chez moi ni femme ni Maîtresse
CHANSON.
MA femme te paroît aimable ,
Ami , je t'en crois amoureux ;
Far un accord à l'amiable ,
Je puis satisfaire tes feux ;
Mais il faut aussi que ton ame
Se fasse en ma faveur un effort plus qu'humain ;
Je veux bien te ceder ma femme ,
Si tu veux me ceder ton vin.
1. Vol.
SPECTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX , AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUIN. 1735. 1187
SPECTACLE S.
LE
>
E 9. May , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Réprésentation
de la Mere confi lente , Comédie nouvelle
en Prose et en trois Actes , de M.de
Marivaux , qui fut generalement aplaudie
, par le mérite de la Piece , et par le
jeu des Acteurs ; elle fait un extrême plaisir
, et attire beaucoup de monde à l'Hôtel
de Bourgogne .
,
L'Action de cette Piece se passe dans
une Maison de Campagne. Dorante
Amant d'Angelique , ouvre la Scene avec
Lisette Suivante d'Angelique ; il prie Lisette
de lui être favorable auprès de sa
Maîtresse , et lui promet de faire sa fortune,
s'il a le bonheur d'épouser cette charmante
Personne ; Lisette lui promet tous
les bons offices qui dépendront d'elle ;
mais elle ne sçait comment le faire parvenir
au bonheur où il aspire , quand il
lui aprend , qu'il n'a pour tout bien que
sa légitime , tandis qu'Angelique est un
des plus riches partis ; elle lui promet
cependant de le servir malgré l'obstacle
que sa mauvaise fortune opose à son
1. Vol. G bonheur
188 MERCURE DE FRANCE
bonheur ; comme Angelique doit bien -tôt
venir au rendez - vous que Lisette lui a
donné , sans l'instruire que Dorante doit
s'y trouver , elle dit à cet Amant de s'é
loigner un peu pour lui donner le tems
de parler en sa faveur à sa Maîtresse ,
avant qu'il vienne l'entretenir lui - même.
Angélique vient : Lisette affectant un
air chagrin , lui dit , qu'il ne faut plus
penser à Dorante , et qu'elle a des choses
à lui annoncer qui lui feront prendre le
parti de renoncer à son amour ; Angélique
lui demande avec empressement ce
qu'elle peut avoir apris qui l'oblige à ne
plus penser à son Amant ; Lisette lui dit
que c'est qu'il est tres disgracié du côté
de la Fortune ; Angélique lui répond ge
nereusement qu'elle aura assez de bien
pour elle et pour lui ; Lisette lui répre
sente que Madame Argante , sa Mere
n'aura pas des sentiments si nobles ; Angelique
la rassure , fondée sur la tendresse
que sa Mere a pour elle. Les choses étant
ainsi disposées , Dorante , qui ne s'étoit
éloigné que pour donner le temps à Lisette
de parler en sa faveur , arrive ; Angélique
le reçoit avec des sentiments de
bonté qui redoublent l'amour qu'il a
pour elle ; Lisette s'aperçoit que Lubin ,
Jardinier de Madame Argante les écoute ,
I. Vol
elle
JUIN. 1735 118
elle conseille à Angélique de se retirer .
Lubin aproche , il dit à Dorante et à
Lisette qu'il a tout entendu ; et leur fait
tant de peur , qu'ils prennent la résolution
de le mettre dans leurs interêts à for-¡
ce d'argent ; ils le chargent de leur servir
d'espion ; la convention étant faite et
acceptée , Dorante et Lisette se retirent à
Paproche de Madame Argante , qui se
doutant de quelque chose au sujet de sa
fille , charge Lubin d'observer toutes ses
démarches , et de lui en rendre un compte
fidelle ; Lubin lui répond naïvement
que cela ne se peut en conscience , puisqu'il
est payé pour l'espionner ellemême.
Madame Argante aprend de lui
qu'Angelique aime un jeune homme
qui s'apelle Dorante ; Elle lui promet
de le bien récompenser , s'il continue
à l'instruire de tout ce qui se passera
entre ce Dorante et sa fille . Lubin
ne balance pas à accepter cette seconde
charge d'espion , et se retire voyant aprocher
Angelique .
Madame Argante annonce à Angélique
le dessein qu'elle a formé de la marier à
Ergaste Angelique la prie de ne la pas
contraindre à épouser un homme qu'elle
ne sçauroit aimer ; Madame Argante lui
promet de ne faire jamais de violence à
1. Vol
Gij Son
1190 MERCURE DE FRANCE
son inclination ; elle lui vante la tendresse
qu'elle a toujours eue pour elle , et
lui demande en récompense de la regarder
à l'avenir , plutôt comme son Amie que
comme sa Mere ; Angélique charmée de
tant de bonté , se livre entierement à elle,
et porte la confidence jusqu'à lui décla
rer l'amour qu'elle a pour Dorante ; à cet
aveu ingenu , Madame Argante oubliant
le nom d'Amie pour reprendre celui
de Mere , Angelique se repent de son ingenuité
; Madame Argante répare l'imprudence
qui lui est échapée par de nouvelles
protestations d'amitié , et par là elle
acheve de tirer le secret de sa Fille, à qui
elle fait entendre que la plupart des
Amans sont trompeurs , et qu'ils ne se
prévalent de la foiblesse qu'on a pour eux
que pour en triompher. Angélique est si
touchée des tendres remontrances de sa
Mere , qu'elle lui promet de congédier
Dorante. Madame Argante étant sortie
Lubin vient aporter à Angélique une
Lettre de Dorante , qu'elle refuse.
Au second Acte , Dorante vient chercher
la réponse à sa Lettre ; Lubin dic
qu'Angelique n'ayant pas voulu la recevoir
, il l'a remise à sa Suivante.
Lisette vient rapporter la Lettre en
question à Dorante , à qui elle dit qu'elle
1. Vol
ne
JU IN . 1735. 1191
ne comprend rien à ce refus , après les
tendres protestations qu'elle vient de lui
faire ; elle ajoute qu'Angélique est dans
la plus mauvaise humeur où elle ait jamais
été.
Angélique arrive , toute remplie encore
des sag's leçons de sa Mere ; elle fait un
nouveau crime à Dorante de l'audace qu'il
a , de se présenter à ses yeux après l'injure
quil vient de lui faire , en prenant la
liberté de lui écrire. Dorante ne peut soûtenir
la dureté de ce reproche , auquel il
n'avoit garde de s'attendre ; la fidelle Lisette
lui dit tout bas de se retirer pour un
moment ; Angélique penetrée de la douleur
de son Amant , se repent de l'avoir
si mal traité , et voudroit qu'on le rapellât
pour calmer les transports où il lui a
paru s'abandonner .
Ergaste avec qui sa Mere a formé le dessein
de la marier, ne pouvoit se présenter
à elle dans une conjoncture plus défavorable
; elle le reçoit avec une froideur qui
va jusqu'au mépris ; c'est une espece de
Philosophe qui ne ne dit pas un mot, qui
ne fisse bâiller ceux qui l'entendent , l'accueil
qu'on lui fait le congédie bien tôt.
Après sa prompte retraite , Lisette renouë
la conversation dont le triste Dorante
étoit l'objet ; elle parle si efficacement en
- I. Vol.
sa
G.iij
1192 MERCURE DE FRANCE
sa faveur , qu'Angélique consent qu'on le
rapelle , s'il en est encore temps ; Lisette
l'apelle ; il revient ; on lui pardonne le
passé ; mais il s'agit de prendre des précautions
contre l'avenir ; Lisette lui
aprend qu'Ergaste vient pour épouser Angélique
; Dorante au désespoir , propose
un enlevement à Angélique ; elle en reçoit
la proposition avec colere ; Dorante
ne se rebute pas ; il presse , il soupire , il
gémit , il ébranle Angélique ; Lubin
vel espion de Madame Argante , écoute
tout , et fait connoître par des à pane
qu'il redira tout à celle qui l'employe.
Dorante et Angélique s'étant retirez à l'åproche
de Madame Argante , Lubin ne
manque pas d'éxercer sa charge de double
espion ; Ellle lui ordonne de faire venir
Angélique.
Madame Argante prend le parti de dissimuler
avec une fille qui lui est si chere
, et qu'elle espere ramener à son devoir.
Angélique vient ; Madame Argante
lui demande si elle a revû Dorante ; Angélique
lui répond avec son ingenuité ordinaire
, qu'elle la revû , mais que ce n'a
été que pour le congédier. Madame Argante
l'embrasse tendrement , lui vante
sa victoire ; Angélique est confuse de mériter
si peu les Eloges d'une si tendre
1.Vol.
Mcre
JUI N. 1735. 1193
Mere ; elle se jette à ses pieds , et lui
avouë qu'elle vient de la tromper pour la
premiere fois cette Scene est très pathé
tique de part et d'autre ; Angélique confesse,
les larmes aux yeux, que Dorante lui
a proposé un enlevement auquel elle n'a
eu garde de se prêter ; mais elle ne se prête
pas davantage à l'Hymen que sa Mere lui
propose ; elle lui fait entendre qu'elle ne
poura jamais aimer Ergaste , et qu'elle ne
sçauroit lui répondre de triompher de l'amour
qu'elle a pour Dorante . Madame
Argante ne sçachant plus à quoi se résoudre,
dità Angélique, qu'elle veut parler
à Dorante , et que comme il ne la jamais
vûë , elle pourra passer à ses yeux
pour la Tante et non pour la Mere de sa
Maîtresse ; Angélique lui promet de le
disposer à cette entrevue , et par un secret
pressentiment , elle s'en promet un
heureux succès .
Comme l'ordre des Scenes peut avoir
échapé à notre mémoire , nous prions le
Lecteur de nous en pardonner le déplacement
. Nous allons abréger ce qui reste .
Au troisiéme Acte , Ergaste instruit par
Lubin , sans aucun dessein de la part de
cet espion , à qui un secret échape , lors
qu'il croit le mieux garder , s'explique
avec Dorante son Neveu, qui ne le croyoit
I. Vol. Giiij pas¹
1194 MERCURE DE FRANCE
pas en ce lieu , et qui le soupçonnoit encore
moins d'être l'Epoux que Madame
Argante destinoit à sa Fille ; il aprend que
ce neveu qui lui est cher , est aimé d'Angelique
autant qu'il l'aime ; dès ce moment
il prend son parti en homme sage ,
sans en rien faire connoître à Dorante,qui
est au désespoir d'avoir un Rival si respectable.
Dorante promet à son oncle de
ne plus penser à Angélique ; Ergaste lui
dit, sans s'expliquer plus clairement, d'aller
toujours son chemin . Ces paroles qui '
semblent prononcées sur un ton ironique ,
ne le rassurent pas; Angélique vient, il la
presse plus que jamais de consentir à l'enlevement
qu'il lui a proposé , et pour lequel
il lui dit qu'il a tout préparé ; elle
lui défend de lui en parler davantage , et
le fait consentir à une entrevue avec la
Tante en question , sans l'avertir que c'est
sa Mere. Dorante lui promet de suivre
ce qu'elle lui prescrit , et se retire plus
désesperé que jamais . Madame Argante
vient ; Dorante est aussi - tôt rapelle , elle
lui fait tant d'horreur de la proposition
qu'il a fait à une fille vertueuse de se laisser
enlever , qu'il en témoigne un véritable
repentir cette Scene est dialoguée
avec un art infini ; et Madame Argante
reconnoît un si grand fond de
I. Vol. probité
JUIN. 1735. 1195
probité en Dorante , qu'elle dit à Angélique
: Ma Fille,je vouspermets d'aimerDorante
: Ces dernieres paroles charment également
Angélique et Dorante ; mais pour
mettre le comble à leur joie , Ergaste
vient retirer la parole qu'il a donnée à
Madame Argante et lui propose à sa
place Dorante son Neveu , à qui il assure
tout son bien ; il demande grace pour Lisette
; on lui a trop d'obligation pour
lui rien refuser.
,
Les Représentations de la Tragédie
d'Aben-Said de M. le Blanc , continuent
toujours avec le même succès , et triomphent
de la saison. Elle fut jouée pour la
onzième fois le 29. de ce mois . En attendant
que l'impression de cette Piece nous
mette en état d'en faire un Extrait d'êtaillé
, nous prévenons la juste impatience de
nos Lecteurs par l'argument qui suit elle
ést actuellement sous presse , chez Prault
le fils , Quay de Conti.
Aben - Said , Empereur des Mogols ;
ét l'un des Successeurs des anciens Califes
, pressé par son amour pour Sémire
Femme d'Hassan , forma le dessein de la
ravir à son mari , fondé sur une loi qui
le mettoit en droit d'ordonner un parei
divorce ; quoique cette loi eut perdu de
1. Vola Gv
1196 MERCURE DE FRANCE
>
sa force par une longue interruption , qui
sembloit l'avoir tout- à- fait abolie ; Aben-
Saïd voulut la faire revivre en sa faveur.
Indigné des refus d'Hassan , qui aimoit
trop Sémire pour la ceder à un Rival , il
chargea un de ses Visirs de l'aller enlever ;
Hassan la deffendit contre son cruel ravisseur
, qui l'ayant laissé pour mort , emmena
sa proye dans le Palais du Sultan
Dans le tems de cet enlevement , l'Emir
Pere de Sémire , étoit occupé par des Rébelles
qu'il rangea sous l'obéissance de son
Maître. Cette expédition étant heureusement
achevée , il en rendit compte par
une Lettre à Aben - Saïd , et l'assura de son
prochain retour. Le Sultan déja irrité de
la résistance de Sémire , trop fidelle à son
Epoux immolé , fut frapé du retour
dont il étoit menacé ; il donna ordre de
faire arrêter l'Emir aussitôt qu'il seroit
arrivé ; il ne fut que trop obéi ; Ilcan
secondé par le Visir qui avoit enlevé
Sémire , et brulant de la soif de regner
, lui répondit de l'emprisonnement
de l'Emir qu'il consideroit comme
le principal obstacle à son ambition ;
mais ce brave General des Mogols se fit
jour,le Sabre à la main,jusqu'auprès de son
Maître , devant lequel il mit les armes
bas , en mettant sa tête entre ses mains.
,
1
I. Vol.
L'e
JUIN. 1735
1
1197
·
par
Le Sultan ne put soûtenir ses justes
reproches sur le meurtre de son Gendre
; il le pria d'oublier le passé , et le
retablit dans sa Dignité , dont son der
nier attentat sembloit le dépoüiller . Ilcan
et son perfide complice n'en furent
que plus animés à perdre un Chef adoré
du Peuple et des Soldats. Ils aprirent
qu'Hassan qu'ils avoient cru mort , étoit
encore en vie , et revenoit pour ravir sa
chere Sémire à l'amoureux Sultan . Ilcan
que ce malheureux Epoux avoit toû
jours honoré de sa confiance , prit le
ti de l'artifice pour le perdre plus surement
; il feignit d'entrer dans ses ressenti- .
ments contre son opresseur ;
il lui pro
mit de l'introduire secretement dans le
Palais ; ce fut là que la fidelle Sémire revit
son cher Epoux avec des transports
au - dessus de toute expression . L'Emir les
joignit , et leur fit entendre le péril auquel
ils s'étoient exposés par la perfidie
d'Ilcan et du Visir qui le secondoit
dans tous ses crimes ; ce dernier fut immolé
par la main même de celui à qui ili
croyoit avoir donné la mort . Ilcan ayant
tout disposé pour monter sur le Thrône
la mort du Sultan , se sert de son ar
tifice ordinaire pour mettre Hassan dans
ses interêts ; Hassan détestant sa perfidie ,
par
K Vole
G vi lui
1198 MERCURE DE FRANCE
lui répond en parlant d'Aben - Saïd :
C'est un Tiran pour moi , qui pour vous ne l'est
pas.
Cependant l'Emir à la tête d'un nombre
de ses braves Amis qu'il ne vouloir employer
qu'à la délivrance de son Gendre
êt de sa Filie , ayant apris la conjuration
d'Ilcan , changea son premier dessein en celui
de défendre son Maître ; il fut blessé
d'un coup mortel , et vint mourir aux yeux
d'Aben Saïd , après avoir donné la mort à
Ilcan , et dissipé le reste de la conspiration.
Aben-Saïd fut si touché de la fidelité et de
la mort de l'Emir qu'il renonça à son
injuste amour , et rendit Sémire à son
Epoux ; il le revétit de la Dignité de son
Pere ; et comme l'injuste loi qu'il avoît
voulu faire revivre pour servir son coupable
amour , avoit pensé lui couter la
vie et l'Empire , il l'abolit pour jamais .
La Dlle du Fresne qui remplit le Rôle de
Sémire , le joüc avec tout le pathétique ,
ia finesse et l'intelligence possible.
و
Le Lundy 23. May , les Pensionnaires
du College de Louis le Grand , réprésenterent
devant une très- nombreuse et magnifique
Assemblée , la Tragédie de Jonathas
et David , ou le Triomphe de l'Amitié.
Le
JUIN. 1735. 1199
Le sujet de cette Piéce est tiré du premier
Livre des Rois , depuis le 17. Chapitre
jusqu'au 28. inclusivement. L'amitié
mutuelle de Jonathas et de David
leurs malheurs , leur séparation , leurs
adieux , & c. Anima Jonatha c nglutinata
est anima David , et dilexit eum Jonathas
quasi animam suam . 1. Reg. cap. 18 .. 7 .
et alibi.
Et osculantes se alter utrum fleverunt pariter
, David autem amplius. Dixit ergo Jo-.
nathas ad David : vade in pace . 1. Reg.
cap. 20. . 42. La Scene est dans un bois
où Saül avoit coutume de camper durant
guerre des Philistins . la
Et pour servir d'intermede à la Tragé
die , on réprésenta la Fontaine de fouvence,
ou le Vieillard rajeuni .
Le dessein de cette Piéce est d'aprendre
que l'enfance est le tems le plus heureux
de la vie ; cependant que quand elle est
passée, on ne doit plus la souhaiter ; mais
songer seulement à faire un bon usage de
l'âge où on se trouve , quel qu'il puisse
être. C'est pour cet effet que P'on réprésente
un Vieillard qui désire de rajeunir
, et qui n'a pas plutôt obtenu l'accomplissement
de ses voeux , qu'il se repent
de son changement .
1. Vol. Le
1200 MERCURE DE FRANCE
Le 31. May , l'Académie Royale de
Musique donna la douziéme et derniere
Réprésentation du Ballet des Graces , et let
2. Juin elle remit au Théatre celui des
Fêtes de Thalie , réprésenté avec un trèsgrand
succès en 1714. et repris en 1722.
Le Poëme est de feu M. de la Font , mort
en Mars 1725. Ce Poëte est connu par
d'autres Ouvrages deThéatre qu'il a don
nés avec succés à l'Opera et à la Comédie
Françoise et la Musique est de M. Mouret
. Cette derniere Reprise n'a pas démenti
le succès que ce Ballet eut dans sa
nouveauté , il est reçû aujourd'hui trèsfavorablement
du Public , et goûté autant
qu'il l'ait jamais été.
On a apris de Londres , que le 8. dece
mois on y représenta sur le Théatre du
commun Jardin , un nouvel Opéra Italien
, intitulé Alcine , qui fut fort aplau
di. Cette Représentation fut honorée
de la présence de la Reine , du Princede
Galles , et des Princesses .
I. Vol NOU
JUI N. · 1735.1208
t
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
Es Lettres de Petersbourg , marquent que la
L Czarine a actuellement sur pied 408. Régimens
d'Infanterie , 31. de Cavalerie et 54. der
Dragons , en y comprenant les Régimens de
Milices.
POLOGNE.
"Anniversaire du Couronnement de la Cza
L
rine fut celebré le 9. May à Warsovie , avec
beaucoup de magnificence ; l'Electeur et l'Electrice
dînerent en public à une table de so. cou
verts , et après le dîner , qui dura jusqu'à cinq
heures du soir , la Cour se rendit dans l'Apartement
de l'Electrice , où il y eut Jeu et Concert
à huit heures cette Princesse descendit dans le
Jardin du Palais , qui étoit illuminé et au milieu
duquel on avoit élevé un Arc de Triomphe , orné
de plusieurs Emblêmes et de diverses Inscrip
tions à l'honneur de S. M. Czarienne . L'Elec
teur et l'Electrice souperent avec les Ministres
Etrangers et les Personnes les plus distinguées de
leur Cour , à une table de 100. Couverts , servic
dans le Salon du Pavillon qui est au bout du
Jardin .
Plusieurs Paysans de l'Ukraine Polonoise, one
pris les armes pour chasser de leur Province les
Troupes Moscovites qui y sont en quartiers , e
ils ont choisi pour leur Chef le Capitaine Med-
I Fol wodz
Fio MERCURE DE FRANCE
wodz , Cosaque de naissance et renommé pour
sa valeur et pour son expérience .
Les Partisans de l'Electeur de Saxe avoient
publié que le Prince Ismaïloff s'étant aproché du
Camp des Starostes Maschalski et Paschkouski ,
avec un corps considerable de Troupes Moscovites
, ce General leur avoit fermé tous les passages
par lesquels ils pouvoient se retirer , et
qu'ils avoient été obligez d'envoyer au Prince
Radzivil , chargé par l'Electeur de Saxe de traiter
avec eux , des Députez pour lui offrir de ce
soumettre à ce Prince . Ces bruits ont été détruits
par les nouvelles qu'on a reçûës depuis , et l'on
a eu avis que ces deux Starostes étoient demeurez
fideles au Roy , ainsi que la plus grande partie
de leurs Troupes , et que les ayant divisées en
plusieurs Corps , ils étoient décampez avant que
le Prince Ismaïloff , cût pû être informé de leur
retraite .
Les Seigneurs et les Gentilshommes du Palatinat
de Podolie , attachez à l'Electeur de Saxe ,
ont fait de nouveaux efforts pour attirer dans
son parti le Comte Sapieha , Grand- Trésorier
de Lithuanie , qui a passé le Dnyester et est entré
dans la Valachie avec le Corps de Troupes
qu'il commande ; mais ce Comte a répondu aux
Députez qu'ils lui ont envoyez , que rien ne
pouroit l'engager à trahir son devoir .
On a apris de Warsovie , que quatre Régimens
Saxons avoient reçû ordre de retourner en Saxe ,
et que lesTroupes Moscovites que la Czarine s'est
engagée à fournir à l'Empereur , marchoiens
avec toute la diligence possible vers la Silesie .
On a été informé par les mêmes Lettres , que
le Primat , à qui la Czarine avoit fait esperer de
lui accorder la liberté d'aller à Lowitz , devoit
I. Vol. être
JUIN.. 1735. 1203
Etre transferé incessamment à Pultoski en Ukrai
ne , et que le Colonel Devitz , qui commande les
Troupes destinées à l'escorter , ne lui avoit accordé
que quelques jours pour se préparer à ce
voyage .
ALLEMAGNE.
Hongrie,que le Mécontenu de ce Royau-
Na reçu avis par un Courier arrivé de
me qui se sont assemblez sur les Frontieres de
Transylvanie , continuoient de commettre beaucoup
de désordres ; qu'ils avoient brûlé le Bourg
de Teutschen Stadt , qu'ils s'étoient rendus maîtres
d'un Fort sur le bord de la Theisse , d'où ils
avoient enlevé une quantité considerable de Poudre
et plusieurs Pieces de Canon , et qu'ils avaient
défait entierement un Détachement des Troupes
Imperiales.
-
M. Kinner , Résident de l'Empereur auprès de
l'Electeur de Saxe , a écrit à S. M. I. que le Comte
de Munich avoit donné des ordres pour presser
la marche des Troupes Moscovites destinées
à passer en Silesie , et on vient d'aprendre par
un Courier du Comte de Welseck , que la premiere
colonne de ces Troupes étoit arrivée sur
la Frontiere de cette Province.
ITALIE.
Es Prêtres de l'Eglise de N. Dame de Constantinople
ont reçu ordre du Cardinal Acquaviva
, de mettre sur la porte de leur Eglise les
Armes du Roy d'Espagne , à la place de celles de
l'Empereur.
On mande de Venise que M. Ange -Emo y
avoit amené de Constantinople trois Neveux du
I. Vol. Prince
1204 MERCURE DE FRANCE .
Prince de Moldavie , qui après y avoir passe
quelque temps se rendront à Padoue pour y
aprendre les Belles- Lettres et la Philosophie.
On a apris par d'autres Lettres , que la `Batterie
élevée contre le Fort de Monte- Filippo .
n'ayant pas produit l'effet qu'on en attendoit , on
en avoit établi une autre qui avoit commencé à
tirer le 9. du mois passé , que le 12 et le 13.
cette nouvelle Batterie avoit démonté plusieurs
Canons des Assiegez , et que le r5 . une Bombe
étant tombée sur leur Magazin à Poudre , et y
ayant mis le feu , ils avoient été obligez de se rens
dre à discrétion .
On a sçû en même- temps que le lendemain
la Garnison de Porto- Hercole , et celle du Fort
de l'Etoile , avoient demandé à capituler ; que
tous les Soldats qui composoient l'une et l'autre
avoient été faits prisonniers de guerre , et que les
Officiers s'étoient engagez à ne point porter les
Armes pendant un an contre les Puissances Alliées.
DE NAPLES ET SICILE.
Na reçu avis de Messine , que le 16. du
mois dernier le Roy s'y étoit embarqué
pour se rendre à Palerme , où S. M. étoit arrivée
le 18. au matin , que n'ayant pû descendre à terre
sur le champ , parce que les préparatifs pour
sa réception n'étoient pas encore achevez , elle
avoit dîné sur la Galere qu'elle montoit , et que
l'après midi elle étoit débarquée et étoit entrée
en Carosse dans la Ville , où elle avoit été reçûë
par les Magistrats , au bruit de plusieurs salves
de Canon et de Mousqueterie et des acclamations
réiterées du Peuple.
Ces Lettres ajoûtent que le Roy doit être cou-
I. Vol ronné
JUIN. 1735. 1203
འ ronné incessamment à Palerme , en qualité de
Roy de Sicile , et que le jour fixé pour cette Céremonie
, S. M. fera à cheval son Entrée dans la
Ville.
*
Le Comte de Marsillac a reçu un Courier, par
lequel le Roy a envoyé ordre de faire mettre à
execution les Brefs de tous les Prélats que le Pape
a nommez aux Evêchez vacants dans ce Royaume
, et l'Exequatur du Bref du Cardinal Spinelli,
lui ayant été envoyé , M. Maïello , Chanoine de
la Cathédrale , a pris possession de l'Archevêché
de Naples , au nom de ce Cardinal .
On écrit de Naples , que le Roy des deux Si
ciles a envoyé ordre au Comte de Marsillac de
lui envoyer une Liste des Familles Nobles qui
ont le plus souffert des malheurs de la guerre
dans le Royaume , et qu'on donnera à chacune
une certaine somme pour les dédommager.
On vient d'aprendre que le 2. de ce mois la
Ville de Siracuse s'étoit rendue aux mêmes conditions
qui ont été accordées à la Garnison de la
Citadelle de Messine.
HOLLANDE , PAYS - BAS..
LF
E Roy de la Grande- Bretagne , qui étoit
parti de Londres le 28. May à 5. heures du
matin , débarqua à Hellevoet- Sluys , et Sa Majesté
Britanique , après y avoir vu le Prince d'Orange
, continua sa route vers Rotterdam , ou
elle arriva vers les dix heures, et où elle fut reçüë
au bruit de plusieurs salves de Canon . Elle se
rendit le lendemain à deux heures et demi du
matin à Utrecht , et elle s'est si peu arrêtée dans
toutes les Villes par lesquelles elle a passé , qu'on
compte qu'elle doit être arrivée le 2, Juin au plus
tard à Hanover.
1206 MERCURE DE FRANCE
GRANDE - BRETAGNE.
Ling:
E 2. de ce mois , la Reine se rendit à Kenlequei
après que l'Amiral Wager eut confirmé
que le Roy étoit arrivé à Hellevoet - Sluys , on
lut les Patentes qui nomment la Reine Régente
du Royaume. La Reine monta ensuite sur le
Trône, et ayant pris possession de la Régence, elle
présida au Conseil . Le 4 S. M. donna une Audience
particuliere au Comte de Montijo , Ambassadeur
du Roy d'Espagne , et ce Ministre lui
Com muniqua quelques Dépêches qu'il avoit reçûës
de Madrid , par un Courier extraordinaire.
Le 3. Don Antoine- Marc Azevedo , Envoyé du
Roy de Portugal , eut aussi Audience de la Reine
, qui fit partir le soir un Courier POour Hinover.
On compte que la Reine fera bien- tôt la
Revue des trois Régimens des Gardes à pied . Le
Duc d'Argyle a été nommé par le Roy pour
faire celle des Troupes qui sont en Ecosse , et
celie des Troupes sur l'établissement d'Angleterre,
sera faite par Mrs Evans et Wade , Lieutenåns
Generaux .
Le 7. les 25. Vaisseaux de guerre qu'on a
équipez à Porstmouth , mirent à la voile sous les
ordres de l'Amiral Norris . Le bruft qui avoit
couru qu'on devoit mettre des Troupes de débarquement
sur cette Flotte , étoit sans fondement
, et l'on a augmenté seulement le nombre
des Matelots destinez à son service.
Le 12. de ce mois , le Chevalier Charles Wager;
Premier Commissaire de l'Amirauté , et le
Lord - Archibald Hamiton , allerent chez le
Comte de Montijo , Ambassadeur du Roy d'Es-
I. Vol. pagne ;
JUIN. 1735 1207
pagne , pour l'informer du départ de la Flotte ,
commandée par Te Chevalier Jean Norris .
L'Amiral Cavendish s'est rendu à Porstmouth,
où il doit prendre le commandement de l'Escadre
qu'on y a équipée , et qui est composée de
18. Vaisseaux de guerre , dont un est du second
rang , 6. du troisième , 4. du quatrième , 3. du
cinquième , et 4. du sixième . Les Commissaires
de l'Amirauté ont ordonné d'embarquer des provisions
pour trois mois sur les dix Vaisseaux
qui sont à Spitead , sous les ordres du Contre-
Amiral Stewart.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Prince Ragotzi , qui vivoit retiré à Rodosto , lieu situé sur les bords de
la Mer de Marmora , entre les Dardanelles et
Constantinople , à 25. lieues de cette Ville , y
mou.ut après une maladie de 10. ou 12. jours
le 8. Avril dernier , âgé d'environ 56. ans . Ce
Prince , dont l'Ayeul , le Bisayeul et le Trisayeul
avoient été Princes de Transilvanie , et dont la
mere Helene de Sdrin , fille du malheureux
Comte de Şerin , s'étoit remariée au fameux
Comte Emeric Tekely ; étant suspect à la Cour
de Vienne , avoit été arrêté au mois d'Avril 1701 .
et conduit prisonnier à Neustadt , mais s'étant
échapé de sa prison le 7.Novembre suivant, il alla
se mettre à la tête des Mécontens de Hongrie ,
qui le proclamerent Prince de Transilvanie au
mois d'Août 1704. et encore le 28. Mars 1707.
mais depuis les Hongrois ayant fait leur acom-
I. Vol. modement
1208 MERCURE DE FRANCE
modement avec l'Empereur , il vint en France en
1713. et après avoir fait son séjour quelque tems
à Paris, il se retira aux Camaldules près de Grosbois,
Il y resta jusqu'en 1717. qu'il alla s'embarquersecretement
à Marseille, d'où il se rendit en
Turquie, où il a toujours demeuré depuis , estimé
de la Cour Ottomane et aimé de tous ceux qui
connoissoient ses grandes qualitez . Il avoit épousé
le 25. Septembre 1694. Charlotte - Amelie de
Hesse , fille de Charles Landgrave de Hesse-
Rheinfelds-Wanfried , et d'Alexandrine- Julienne
, née Comtesse de Leinenghen. Etant venuë
à Paris au mois d'Octobre 1721. pour reclamer
les Effets que le Prince , son Mary , avoit laissez
lorsqu'il passa en Turquie , elle y mourut le 18 .
Février 1722. dans la 43. année de son âge ,
étant née le 8. Mars 1679. elle laissa deux Fils .
Le 2. May 1735. mourut à Lisbone , Dona
Bernarde de Tavora , veuve en secondes noces de
D.Rodrigue Loboda Silveira, 3e Comte de Sarzedas
, et en premieres nôces de D. Jean Albert da
Cunha et Tavora , troisiéme Comte de S. Vincent
; elle étoit fille de D. Antoine - Louis de
Tavora , second Marquis de Tavora , et de Dona
Leonore -Marie- Antoinette de Mendonca .
Le même jour , mourut dans le Monastere
Royal de S. Dominique de la Ville de Batalha
en Portugal , Frere Pierre Monteiro , Religieux
du même Ordre , Consulteur du S. Office ,
Examinateur Synodal de l'Archevêché de Lisbone
Orientale , et du Prieuré de Crato , Prédicateur
de la Chapelle de l'Infant D. François
, et Académicien de l'Académic Royale
d'Histoire Portugaise. C'étoit un Religieux fort
Sçavant.
Le 8. May , Philippe Anastasi , Napolitain ,
L. Vol.
PaJUIN.
1735. 1209
Patriarche d'Antioche , Métropolitaine de la Si
rie , in partibus Infidelium , depuis le 20. Décembre
1724. Chanoine de la Basilique de sainte
Marie Majeure , Prélat Assistant au Trône Pontifical
du 26. Decembre 1707. Examinateur d'Evêques
, &c. mourut à Rome ,,âgé d'environ 79.
ans. Il avoit été fait Archevêque de Sorrento ,
dans le Royaume de Naples , le 6. Avril 1699 .
et s'étoit démis au mois de Decembre 1724. de
cet Archevêché en faveur de Louis Agnelle Anastasi
, son Neveu , qui fut sacré le 27. Decembre
1724. et qui occupe actuellement ce Siege.
Le 13. May , mourut à Lisbone , à l'âge de
58. ans , D. Philippe Mascarenhas , troisiéme
Comte de Cocolim , du Conseil du Roy , Député
de la Junte ou Conseil des trois Etats du
Royaume de Portugal , et cy-devant Colonel
d'un des Regimens d'Infanterie de la Garnison
de Lisbone , à la tête duquel il avoit servi avec
valeur dans la derniere guerre.
Le 15. May , D. Bonaventure - Emanuel Fernandez
de Cordoue , Prêtre , Abbé de Rure ,
Chevalier et Commandeur de l'Ordre de S. Jacques
, cy-devant Duc d'Atrisco , mourut à Madrid
, dans la 46. année de son âge , étant né le
6. Septembre 1689. Il étoit fils de feu Felix Fernandez
de Cordoue de Cardone , et Requesens ,
neuviéme Duc de Sessa , Grand d'Espagne , mort
au mois de Juillet 1709. à l'âge de 54. ans , et de
Marguerite Folch d'Aragon , sa seconde femme.
Le 17. Georges Frederic Charles , Margrave ,
Régent de Brandebourg - Bareith - Culmbach ,
Chevalier des Ordres de l'Aigle noir , de l'Aigle
blanc et de l'Elephant , mourut à sa Résidence
de Bareith , dans la 47. année de son âge , étant
né le 19. Juin 1688, il étoit fils ainé de feu
I. Vol. Chré
1210 MERCURE DE FRANCE
Chrétien Henry , Margrave de Brandebourg-
Culmbach , et Veverlingen , mort le 26. Mars
1708. et de Sophie Chrétienne , née Comtesse
de Wolfstein , sa veuve , qui fait sa residence à
Coppenhague , auprès de la Reine regnante de
Dannemarck , sa fi le , et il avoit succedé dans la
Régence de Bareich au Margrave Georges Guillaume
, son Cousin issu de germain , mort le 18 .
Decembre 1726. Il avoit été marié le 17. Avril
1709. avec Dorothée de Holsteins - Sunderbourg,
née le 24. Novembre 1685. fille de Louis-Frederic
, Duc d'Holstein - Sunderbourg Beck , Chevalier
des Ordres de l'Elephant et de l'Aigle noir,
General Feldt -Maréchal des Armées du Roy de
Prusse , et Gouverneur de Koenigsberg , mort le
7. Mars 1728. et de Louise- Charlotte de Holstein
- Augusteburg. Il s'étoit fait séparer d'elle le
3. Decembre 1716. après en avoir eu , 1. Sophie
Chrétienne - Louise , née le 4. Janvier 1710 et
mariee le 11. Avril 171. avec Alexandre Ferdinand
, Prince hereditaire de la Tour - Taxis ,
né le 15.Fevrier 1704. elle embrassa la Religion
Catholique en 1732 .
2. Frederic Guillaume , Prince hereditaire , et
aujourd'hui , par la mort de son pere , Margrave
Regent de Bareith , et Culmbach , né le 10. May
1711. Colonel d'un Regiment de Dragons au
service du Roy de Prusse , et marié le 20. Novembre
1731 avec Frederique - Auguste Guiliel
mine Sophie , Princesse Royale de Prusse , née
le 3. Juillet 1709. fille aînée de Frederic Guillaume
11. Roy de Prusse . Margrave de Brandebourg
, Grand- Chambellan et Prince Electeur
du S. Empire Romain , et de Sophie Dorothée de
Brunswick- Lunebourg. Il a eu Elizabeth Sophie.
Frederique , née le premier Septembre 1732.
1
I, Vol.
3.
JUIN 1735. 1211'
3. Guillaume Ernest , Prince de Bareith , né
le 25. Juillet 1712. qui fut fait en 1733. Colo ..
nel d'un Régiment Împerial , par la démission
du Margrave , son Pere , mais il mourut de la
petite verole , au mois de Novembre de la même
année sur la route d'Italie , où il alloit joindre
ce Regiment.
4. Sophie- Charlotte Albertine , née le 27. Juil
ler 1713.1 or
4. Et Sophie Guillelmine , née le 8. Juillet
1714. et mariée en 1734. avec Charles Edzar ,
Prince d'Oost-Frise , né le 19. Janvier 1716 .
Le 20. May , mourut en son Château de
Campbell Town en Ecosse , Elizabeth Duches
se Douairiere d'Argyle , veuve d'Archibald , Duc
d'Argyle , et mere de l'actuel Duc d'Argyle , du
Comte d'Isla et de la Comtesse Douairiere de
Bute. Elle étoit fille de Lionel Tallmarsh , Chevalier
Baronet , ( bisayeul du Comte de Dysart )
er de la Duchesse Douairiere de Landerdale , que
ee Chevalier avoit épousée .
ADDITION
Aux Nouvelles Eirangeres.
N vient d'aprendre que M. Devitz , qui doit
conduire le Primat à Pultoski en Ukraine ,
avec une escorte de Tropes Moscovites avoitt
reçû ordre de le remettre en liberté et de l'accompagner
jusqu'à Lowitz , s'il se déterminoit
se soumettre à l'Electeur.
On mande de Vienne que le nombre des Méconiens
du Royaume de Hongrie est augmenté
considérablement , et que la plupart des habitans
des Comtez de Zipps , de Sapor et de Zamblin
s'étant joints à eux , le comte de Carolis et le
>
I. Vol. H.. Baron
1212 MERCURE DE FRANCE
Baron d'Orzi , ont demandé un nouveau renfort
de Troupes pour s'oposer au progrès de la revolte.
Les mêmes Lettres marquent que les difficultez
qui avoient retardé l'entrée des Troupes
Moscovites en Silesie , ayant été levées , la pre.
miere colone de ces Troupes à dû continuer le
72. de ce mois sa marche , et que lorsqu'elle sera
arrivée à Oppelen , on la partagers en deux
Corps , dont l'un ira dans la basse Lusace , e
l'autre se rendra sur la frontiere du Royaume de
Bohême.
Le Conseil de Guerre a ordonné à l'Officier
General qui commande dans le Tirol , d'y rassembler
tous les Paysans les plus adroits à tirer ,
de leur donner des armes er de les charger de
la garde de divers postes le long de la frontiere
du Trentin.
Les Lettres qu'a aporté le dernier coutier dépêché
par le Comte de Konigseg , marquent
que les mouvemens des Troupes des Alliez ayant
donné lieu à ce General de croire qu'elles se dis-,
posoient à l'attaquer , il avoit jugé à propos d'abandonner
le Camp de San Benedetto. On a scu
par le même Courier , que les Alliez s'étoient emparez
des postes de Gonzaga et de Reggiolo.
On a reçu avis de Rome , que le a . de ce mois
le Pape tint un Consistire public , dans lequel
SS . donna le Chapeau au Cardinal Cenci , qui
recut ensuite les complimens du Sacré College ,
et qui alla l'après- midi, suivant la coutume, faire
sa priere dans l'Eglise de S. Pierre , et rendre visiteau
Cardinal Doyen
La Congregation chargée d'éxaminer si le
Pape devoit recevoir cette année la Haquenée de
I. Vol
JUIN. 1735 7213
da part de l'Empereur , ayant jugé qu'il n'étoit
pas convenable que SS. la reçut , le Cardinal
Firrao en donna avis le 4. de ce mois au Prince
de Sainte Croix , que S. M.I. avoit nommé son
Ambassadeur pour la presenter. On assure que le
Cardinal Cienfuegos dans l'audience qu'il eut le
6. du Pape, remit à S.S. une protestation à ce sujet,
et que le 7.ce Cardinal dépêcha un Courier à
l'Empereur pour l'informer de la résolution du
Pape..
On écrit de la Haye , que le Marquis de
Saint Gilles , Ambassadeur du Roy d'Espagne
donna le 19. une Fête au Marquis de Fenelon , à
M. de Chavigny , à M. Greys , Ministre du Roi
de Suede, aux Ministres des Electeurs de Baviere,
de Cologne , de l'Electeur Palatin , et à plusieurs
autres Personnes de distinction .
Selon les Lettres écrites d'Alger le 10. May ily
eut le 23. Avril un violentOuragan ,accompagné de
pluye et de tonnerre. Les torrens formez par l'abondance
de l'eau qui tomba des montagnes voi
sines , ont détruit la plupart des maisons aux environs
de la Ville , et plus de 300 personnes ont
été noyées. Tous les Vaisseaux qui étoient dans
le Port ont été considerablement endommagez
Un Vaisseau de Guerre appartenant à la Répu
blique d'Hollande , commandé par le Capitaine
Reinst , a perdu son grand mats , et un autre
Vaisseau de Guerre , que commande le Capitaine
Akkersloot , a beaucoup souffert de cet Ouragan.
Ces deux Capitaines ont écrit que le lendemain
le Dey leur avoit envoyé un Officier pour leur
offrir tous les secours dont ils auroient besoin.
1. Vela
Hij ARMI'S
1214 MERCURE DE FRANCE
ARME'E D'ALLEMAGN E.
27.
E Maréchal de Coigny , ayant résolu d'as-
L sembler le 30 du mois dernier l'Armée qu'il
commande , commença dès le à faire marcher
les differens Corps de Troupes dont elle
devoit être composée , et qui se joignirent tous
le 30. à Phlickum, près de Phedersheim, le long
du Ruisseau qui tombe dans le Rhin à Neuhausen,
Ce General , qui avoit établi le Quartier general
à Phlickum , resta dans le même Camp le
lendemain . Le premier de ce mois il fit marcher
les 40. Bataillons et les fo Escadrons qui forment
l'Armée , et il campa à Westoffen , la droi
te à Ostoffen , et la gauche vis- à - vis de Westoffen
, où est le Quartier general.
Le Comte de Belleisle , après avoir rassemblé
les Troupes qui étoient distribuées en differens
quartiers dans le Hunsruck , marcha pour aller
joindre l'Armée . Il arriva le 2. à Flonheim •
d'où il se rendit à Odernheim .
Le Maréchal de Coigny laissa dans divers Postes
sur les bords du Rhin , depuis le Fort-Louis
jusqu'à Frankendal , 55. Bataillons et plusieurs
Corps de Cavalerie.
L'Armée du Roy quitta le Camp de Westoffen
le 4. de ce mois , et elle arriva le même jour au
Camp de Weinholsheim, Elle marcha sur huit
colonnes , dont quatre étoient formées par les
Troupes d'Infanterie et de Cavalerie , et les quatre
autres par les Equipages. Cette marche se fit
avec autant d'ordre' que de discipline , par l'attention
des Officiers Generaux et des Officiers
particuliers à faire executer ce qui ayoit été òrdonné
par le Marechal de Coigny,
JUIN. 1735. 1215
Le 6. les Troupes de la Maison du Roy et lá
Gendarmerie joignirent l'Armée , dont la droi
te est à Oppenheim , la gauche à Weinhoslheim ,
où est le Quartier general , et le centre vis - à- vis
de Dalheim .
Le Comte de Belleisle est campé avec le Corps
de réserve à Undenheim .
Le 7. le Maréchal de Coigny fit faire à une
demie lieuë de Mayence , un fourage general ,
dont il chargea M. de Quadt , Lieutenant - General
, lequel avoit sous ses ordres le Marquis de
Maubourg , le Comte de Polastron , le Marquis
de Curton , et le Marquis de Castelmoron , Maréchaux
de Camp .
Les 4000. hommes d'Infanterie et les 3600.
de Cavalerie , commandez pour ce fourage , formoient
une chaîne, qui étoit apuyée par la droite
sur Sornheim et par la gauche sur Mayence.
Pendant ce fourage , qui a été très abondant ,
les Ennemis firent sortir de Mayence un Détachement
de 200. hommes de Cavalerie pour soutenir
so. Hussards postez derriere le Village de
Dexheim , et qui ayant été chargez par un Détachement
de nos Hussards , furent obligez de
prendre la fuite , après avoir perdu un de leurs
Officiers et quelques Hussards.
Le Prince Eugene est toujours campé à Bruchsal
; il a fait avancer sur le Necker quelques Bataillons
et quelques Escadrons , et depuis que le
Maréchal de Coigny a marché avec l'Armée du
Roy vers Mayence , les Imperiaux ont étendu
leur droite , et ils ont envoyé de nouvelles Troupes
dans les differens postes qu'ils occupent de
l'autre côté du Rhin.
Le Maréchal de Coigny est toujours campé à
Weinholsheim. Le 14. de ce mois on fit un fou-
}
I. Vol. H iij rage
1218 MERCURE DE FRANCE
rage general plus près de Mayence que le precedent
, et le Comte de Clermont y commanda les
36. Compagnies de Grenadiers , et les 2600.
hommes de Cavalerie , détachez pour ce fourage
, qui a été très -abondant et qui s'est passé
avec beaucoup d'ordre.
M. de Kleinholdt , Brigadier , étant à la tête
d'un Détachement de 200. Dragons de sa Compagnie
franche et de celle de M. Galhau , rencontra
le 17. un parti ennemi de 300. Hussards
du Regiment de Caroli ; M. de Kleinholdt les
attaqua et les obligea de prendre la fuite , après
un combat qui fut très- vif, et dans lequel les
Ennemis ont cû plusieurs de leurs Hussards
tuez on leur a pris 14. Chevaux , et on a fait
14. prisonniers .
;
On écrit du Camp de Weinholsheim du 14
Juin , que le 19. de ce mois ,le Maréchal de Coigny
fit faire un troisiéme fourage general fort
près de Mayence. La droite de la chaîne formée
par les Troupes commandées pour ce fourage ,
étoit appuyée à Dixheim , la gauche à Marienbourg
, et ces Troupes étoient sous les ordres du
Marquis de Putanges , Maréchal de Camp. Le
Maréchal de Coigny , accompagné du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , et de la plus
grande partie des Officiers Generaux , se trouva
à ce fourage , pendant lequel on tira de Maynce
quelques coups de Canon.Les ennemis avoient sur
le glacis de cette Place quelques détachemens de
Hussards , qul pendant une heure escarmoucherent
avec nos Hussards. Des Officiers volontaires
ayant voulu attaquer ceux des Hussards ennemis
qui s'étoient le plus avancez , M. de la Garenue
, Capitaine dans le Régiment de Norman-
I. Vol
die
JUIN. 1217 1735.
die , reçût un coup de carabine , dont il mourut
sur le champ.
Les ennemis sont toujours campez entre Hey,
delberg et Bruchsal , et ils travaillent continuellement
à élever des Redoutes dans les differens
postes qu'ils occupent sur les bords du Rhin.
ARMEE D'ITAL I E.
ON a apris du Camp de Guastalla , de la fin
du mois dernier, qu'après l'établissement du
Pont qui avoit été placé entre Viadana et Ber
sello , le Roy de Sardaigne et le Maréchal de
Noailles avoient jugé à propos de le faire deseendre
près de ce Camp, ce qui ne fut achevé que
le 27. le mauvais temps ayant retardé ce travail
Les Troupes que le Comte de Konigseg avoir
fait avancer sur l'Oglio, du côté de Marcaria et
de Campitello , se sont raprochées de la Tour de
l'Oglio , sans qu'on sçache si le dessein des En
nemis est d'attaquer le Détachement commande
par le Marquis de Maulevrier, ou s'ils ont voulu
mettre ces Troupes plus à portée de revenir au
Camp de San- Benedetto , dans lequel les Imperiaux
continuent de se retrancher , et où ils ras
semblent la plus grande partie de leurs Troupes.
Le Comte de Konigseg conservant toujours
les postes de Gonzaga et de Reggiolo , dans les
quels il a actuellement plus de Cavalerie que
d'Infanterie , il a été résolu de faire attaquer ces
deux postes , et le Maréchal de Noailles est parti
le 29. du mois passé le soir à sept heures pour
se porter sur Gonzaga'; il marche avec 19 Bataillons
, 36. Compagnies de Grenadiers et 27.
Escadrons .
Le Marquis de Maillebois a reçu ordre de
1. Vols Hij marcher
1218 MERCURE DE FRANCE
marcher en même - temps du côté de Reggiolo ,
avec le Corps de réserve qu'il commande , lequel
est composé de 2. Brigades d'Infanterie , de
6. Escadrons et de deux Regimens de Dragons ,
et il doit ensuite s'avancer vers Bondanello .
Le Roy de Sardaigne a dû se mettre en marche
le 30. au natin avec le reste de l'Armée
pour aller caper à deux milles du Camp de
Guastalla .
Le Maréchal de Noailles ne put arriver devant
le Château de Gonzaga d'aussi bonne heure qu'il
l'avoit compté , parce que la pluye excessive qui
tomba pendant toute la nuit , retarda la marche
de l'Infanterie. Ce Contre- temps mit les Ennemis
en état de s'apercevoir du mouvement de pos
Troupes , à l'aproche desquelles ils se retirerent
avec une grande précipitation à San- Benedetto
où étoit le principal Corps de leur Armée , et ils
ne laisserent qu'environ 400. hommes dans les
deux Châteaux de Gonzaga et de Reggiolo . Le
premier s'est rendu aussi- tôt que l'Officier , qui
y commandoit ,ja vu le Canon, que le Maréchal
de Noailles avoit fait venir de Guastalla , prêt à
tirer , et la Garnison , composée de 250. hommes
, a été faite prisonniere de guerre.
Le Château de Reggiolo a essuyé le feu du
Canon depuis le matin du 31. jusqu'à 8. heures
du soir , que le Commandant s'est rendu à discretion
au Marquis de Maillebois , qui avoit été
chargé de cette attaque , avec le Corps de réserve
qu'il commande.
Nous avons perdu devant ces deux Châteaux
un Lieutenant de Grenadiers du Regiment de :
Méloc et un Commissaire d'Artillerie , et il y
a eû environ so . Grenadiers de tuez ou de blessez ..
Le 30. au matin , le Roy de Sardaigne décam-
I. Vol. ра
JUIN. 1735. 1219
pa de Guastalla avec le reste de l'Armée ; il arriva
le soir à la Rotta , et ayant joint le lendemain le
Corps de Troupes commandé par le Maréchal
de Noailles , il campa à Bondino , entre Gonzaga
et Reggiolo.
Le premier de ce mois , l'Armée s'avança à la
Moglia , et le Marquis de Maillebois marcha
avec le Corps de réserve pour se rendre à Bondanello
, et pour y faire établir sur la Secchia um
Pont par lequel on pût communiquer avec les
Espagnols , qui étoient arrivez de l'autre côté de
cette Riviere.
Le 2. le Roy de Sardaigne aprit que les Imperiaux
avoient abandonné leur Camp de San- Benedetto
, qu'ils avoient replié leurs Ponts et qu'ils
se retiroient dans le Seraglio .
Le Comte de Konigseg , voulant couvrir ce
dessein , avoit fait la veille un fourage , pendant
lequel un Détachement commandé par le Comte
d'Aspremont , Maréchal de Camp dans les Troupes
du Roy de Sardaigne , enleva aux Ennemis
60. Chevaux et fit plusieurs prisonniers.
Le 4. le Roy de Sardaigne fit avancer sur la
Secchia Bataillons et 29
30. Escadrons , et il vint
camper à San Benedetto avec le reste de l'Armée.
Le Maréchal de Noailles se rendit le f . sur la
Secchia , et il y trouva les Troupes qui y avoient
été envoyées la veille ; il passa cette Riviere pour
aller à Quistello , où les Espagnols avoient apuyé
leur gauche , et il eut une longue conference avec
le Duc de Montemar.
Le 6 les Troupes Françoises et les Espagnoles
s'avancerent à Quingentoly , et l'après midy le
Maréchal de Noailles et le Duc de Montemar
allerent avec 1000. Grenadiers et un Détachement
de Cavalerie , reconnoître Revere ; ils pri-
.I Vd,
Hy Teat
1220 MERCURE DE FRANCE
rent la résolution d'attaquer ce poste le lende
main , et ils laisserent en avant les Grenadiers
sous les ordres du Marquis de Maillebois et de
M. de Granville , qui s'emparerent pendant la
nuit de toutes les Cassines qui étoient depuis
Quingentoly jusqu'aux Portes de Revere.
On dressa en même- temps sur le bord du Pô
une Batterie de six Pieces de gros Canon , dont le
feu fit cesser en moins d'une heure celui de 13 picçes
de Canon et de 3. Mortiers que les Ennemis
avoient à Ostiglia . Cette même Batterie a coulé
à fond trois des Galiotes que les Ennemis ont sur
le Pô , et elle en a fort endommagé deux autres.
Le 7.les Troupes marcherent avant le jour pour
s'avancer à Revere , et pendant que le Maréchal
de Noailles et le Duc deMontemar faisoient leurs
dispositions pour l'attaque , ils aprirent que les
Imperiaux venoient d'abandonner ce poste , et
que le Marquis de Maillebois y étoit entré avec
quelques Compagnies de Grenadiers François et
Espagnols. Le Duc de Montemar s'y rendit aussitôt
, et le Maréchal de Noailles revint au Camp
de San- Benedetto , rendre compte au Roy de
Sardaigne de ce qui étoit arrivé."
On vient d'aprendre que les Imperiaux avoient
décampé la nuit du 8. d'Ostiglia sans battre la generale,
et qu'ils marchoient du côté de Mantouë.
Le Marquis de Maulevrier est campé sur POglio
; le Corps de Troupes qui est sous ses ordres
étant actuellement composé de 30. Bataillons et
de 30. Escadrons, et d'autres Troupes étant à por
tée de le joindre , on ne croit pas que les Ennemis
puissent former aucune entreprie sur cette Riviere.
Les Lettres du 13. de ce mois marquent , que
le Maréchal de Noailles et le Ducde Montemart,
ayant apris dans le temps qu'ils faisoient leurs dis
J. Vola position
JUIN 1735. 1221
positions pour attaquer Revere , que les Impé
riaux venoient de l'abandonner , ils firent avan
cer dans ce poste un détachement des Troupes
Espagnoles qui en étoient le plus à portée . Lors
que le Duc de Montemart y fut entré , le Maréchal
de Noailles revint à San- Benedetto rejoindre
le Roy de Sardaigne , et il ramena avec lui les
30. Bataillons et les 19. Escadrons qu'on avoit
détachez de l'Armée le 4. pour s'avancer sur la
Secchia , et qui avoient passé certe riviere pour
marcher à Revere. Le 9. de ce mois , le Roy de
Sardaigne partit de San - Benedetto avec toute
l'Armée pour revenir à Guastalla , et il laissa
dans le Camp qu'il quittoit , 12. Bataillons ,
avec 8. Escadrons de Dragons , et un détachement
de 100. Hussards, pour mettre le Marquis
de Maillebois qui commandoit ces Troupes , à
portée de se joindre , si cela étoit nécessaire
aux Troupes de Roy d'Espagne , et en état de
veiller à ce qui pouroit se passer sur le Po , de
puis la Secchia jusqu'à Borgo- forte.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Noail
les arriverent à Guastalla le 10. au matin , et le
11. ils se rendirent au Camp de Bozolo , où ils
furent joints le lendemain par la plus grande par..
tie de l'Armée. On fir passer le 12. vingt Com
pagnies de Grenadiers , et un détachement de Ca--
valerie à Marcaria , pour assurer la construc
tion des deux Ponts que le Roy de Sardaigne y
fait établir.
Le Marquis de Bonas a été commandé en même
temps pour passer l'Oglio dans cet endroit ,
avec 12. Bataillons , et 2. Régimens de Dragons,
et il s'est avancé avec ses Troupes au- delà de
Marcaria. Les ennemis qui après avoir aban
donné Revere avoient campé près d'Ostiglia, en
Is Vol.
H⋅vj
· par
1222 MERCURE DE FRANCE
partirent la nuit du 7 au 8. Ils ont pris le che
min de Mantouë , et on n'a pas sçû depuis de
quel côté ils ont continué leur marche.
Le 13. au soir , le Roy de Sardaigne et le Maréchal
de Noailles qui étoient encore campez à
Bozolo , aprirent par un Courier dépeché par le-
Duc de Montemar et par le marquis de Maillebois
, que les Impériaux après avoir abandonné
Ostiglia , et tous les postes qu'ils occupoient sur
les bords du Po , avoient retiré leurs Troupes de
Borgo-forte.
>
Sitôt qu'on eut reçû cet avis , le Comte de Boisieux
fut détaché avec un Corps d'Infanterie
pour aller s'emparer de cette derniere place , et
les ordres furent envoyez pour y faire descendre
tous les bateaux qui étoient à Guastalla.
Le 14 au matin le Maréchal de Noailles marcha
avec 16. Bataillons et 27. Escadrons de Dragons
, et ayant passé l'Oglio , il s'avança à Castelluchio
qui est éloigné de Goito d'environ trois
lieuës, et qui n'est qu'à trois milles du Seraglio .
Le Roy de Sardaigne partit le même jour de
Bozolo avec le reste de l'Armée , et il alla camper
à Hospitaleto , à une lieuë en - deçà de Castelluchio.
Le 15. le Roy de Sardaigne et le Maréchal de
Noailles s'étant joints dans la marche , ils allerent
camper , leur droite à Rivalta qui est sur le
bord du Lac superieur de Mantouë , et leur gau,
che à Rodiga.
Le même jour , le Marquis d'Avarey fut détaché
avec quelques Compagnies de Grenadiers
pour occuper Curtatone , et on fit entrer en même
temps dans le Seraglio un détachement de
Grenadiers , et le Régiment de Dragons de la
Reine , qui se sont avancez le long dui ac ,
I. Val. jusJUIN.
1735. 1223
jusqu'auprès de la porte de Mantouë.
L'Armée de l'Empereur a pris la route du Tren
tin , et les Alliez sont maîtres de tout le pays , à
l'exception de la Ville de Mantouë.
Les Lettres du Camp de Marmirolo du 19. Juin,
portent que le Marquis de Segur , que le Roy de
Sardaigne et le Maréchal de Noailles avoient détaché
de l'Armée le 15. de ce mois avec 800 .
hommes d'Infanterie , et 600 de Cavalerie pour
investir Goito , trouva en arrivant le lendemain
devant cette Place , que les ennemis l'avoient
abandonnée dès la pointe du jour , et qu'ils s'étoient
retirez avec tant de precipitation , qu'ils y
avoient laissé 7.pieces de Canon et quelques provisions
, et qu'ils n'avoient pas eu le tems de mettre
le feu à leurs fourages.
Le Marquis de Segur fit entrer dans Goito un
détachement de Cavalerie qui y est resté jusqu'à
l'arrivée des 400 hommes d'Infanterie qu'on y a
envoyez sous les ordres de M. Desarmans.
Le Maréchal de Noailles se rendit le 17. au
matin à Goito avec le Corps de reserve commandé
par le Marquis de Bonas , et qui n'étoit composé
que de 12. Bataillons et de trois Régimens
de Dragons , et il fit passer de l'autre côté du
Mincio les Grenadiers et les Piquets de ce Corps
de reserve , pour aller reconnoître un Corps de
Cuirassiers et de Hussards des ennemis , qui s'étoient
avancez le matin fort près de Goito. Ces
Grenadiers et ces Piquets ne rencontrerent au
cunes Troupes des ennemis, et ce ne fut qu'après
qu'ils eurent repassé le Mincio , que les Impériaux
revinrent avec quelques détachemens de
Hussards attaquerent nos grandes Gardes .
Les Grenadiers et les Piquets ayant marché
aussitôt , les Ennemis se retirerent : ils revinrent
I. Vol
une
1224 MER CURE DE FRANCE
une heure après avec 2000. hommes de Cavalerie
dont ils avoient formé 15 Escadrons, et à la faveur
des bois qui sont entre Goito et Marmirolo , ils
s'avancerent fort pres de nos Grenadiers sur lesquels
ils firent une décharge de mousqueterie ..
Ils nous ont tué 3 hommes , et ils en ont blessé
$ , du nombre desquels est le Major du Régiment
de la Sarre , qui l'a été très dangereusement d'un
coup de fusil au travers du corps . Les ennemis »
ont perdu 3 Officiers et 12 Cuirassiers , et ils en
ont eu un plus grand nombre de blessez.
Le détachement des Impériaux , après avoir fair
cette décharge de mousqueterie , s'est retiré pour
aller joindre le Comte de Konigseg dont le dessein
en laissant ces Troupes près de Goito, paroît
avoir été de couvrir sa marche vers Villafranca .
sur
Le Roy de Sardaigne qui étoit resté au Camp
de Rivalta , se rendit le 18. à Goito , où il fur
résolu de jetter , sur le Mincio trois Ponts ,
lesquels toute l'Armée a passé pendant la nuit.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Noailles
devoient marcher le 19. pour attaquer les ennemis
; mais comme ils ont apris que les Impé--
riaux s'étoient retirez à Castiglione Montouane
au-delà de la Fosse Pozzola , et qu'ils marchoient
du côté de Villa - franca qui est dans les Etats dela
Republique de Venise,ils sont allez camperàMarmirolo
, d'où ils doivent s'avancer à Castiglione.
Le Duc de Montemar ayant marché avec les
Troupes Espagnoles par Ponte- Molino et par
Ronco Ferraro , est actuellement à Castellaro ,
et il a détaché de son Armée quelques Corps de
Troupes pour reconnoitre la situation des enne--
mis. Le Marquis de Maillebois , avec le Corps
de reserve qu'il commande est resté près de
Mantouë.
I. Vol. FRANCE.
JUIN. 1735 8225
1
****
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
>
E 9. de ce mois , Fête du Saint Sa
crement , le Roy accompagné de ses
principaux Officiers , se rendit à l'Eglise
de la Paroisse , où S. M. entendit la Grande-
Messe , après avois assisté à la Procession
qui alla suivant l'usage à la Chapelledu
Château de Versailles .
La Reine qui communia la même jour
par les mains du Cardinal de Fleuri , son
Grand Aumônier , se rendit à la Chapelle
dans le tems que la Procession y arriva
, et elle y entendit la Messe . Monseigneur
le Dauphin , et Mesdames de
France virent passer la Procession d'un
des apartemens du Château .
Le même jour , le Roy et la Reine enendirent
les Vêpres dans la Chapelle
du Câhteau, Le soir , leurs Majestez ,
accompagnées de Monseigneur le Dau
phin et de Mesdames de France , assisterent
dans la même Chapelle au Salut ,
qui fut chanté par la Musique,
Le 16. jour de l'octave de la Fête , le
J. Vol.
Roy
1226 MERCURE DE FRANCE
Roy se rendit à l'Eglise de la Paroisse du
Château de Versailles , et S. M. après
avoir assisté à la Procession , entendit la
Grande Messe . Pendant l'Octave , le Roy
et la Reine ont assisté tous les jours au
Salut en differentes Eglises.
Le 9. Juin , jour de la Fête Dieu , l'Académie
Royale de Musique fit chanter
au Concert Spirituel , le Sacris Solemniis,
Motet de M. de la Lande , qui fut suivi
d'un autre de la composition de M. Destouches
, Sur-Intendant de la Musique
du Roy , chanté par la Dlle Fel , avec
aplaudissement. Le sieur le Roy éxecuta
pour la premiere fois un Concerio , sur le
Violon , qui fut très gouté , de même
qu'un petit Motet de M. Mouret , chanté
avec autant de justesse que de précision,
par la Dlie Fel .
Le Roy a nommé Mestre de Camp du
Régiment Royal Piémont , le Marquis
de Cossé , et S. M. a accordé le Régiment
de Cavalerie dont il étoit Mestre de Camp,
au Marquis de Fiennes , Mestre de Camp
de Cavalerie et Capitaine dans le Régi
ment de Cavalerie des Cuirassiers.
Le 2. de ce mois , l'ouverture solem-
1. Vol.
nelle
JUIN. 1735. 1227
nelle de l'Assemblée Generale du Clergé
de France se fir avec les ceremonies accoutumées
, dans l'Eglise des Grands Augustins
, par la Messe du Saint Esprit , à
laquelle les Prélats et les autres Deputez
qui composent l'Assemblée , communierent.
L'Archevêque de Paris y officia pontificalement
, et l'Evêque de Vence y prêcha
avec beaucoup d'éloquence.
Après avoir élu pour Présidents l'Archevêque
de Paris , l'Archevêque de Toulouse
, l'Archevêque de Bourges , l'Archeveque
de Rouen , l'Evêque de Gap ,
l'Evêque de Vabres , l'Evêque de Toulon ,
et l'Evêque de Mende ; pour Promoteurs,
l'Abbé deBrissac, et l'Abbé de Bellefonds ;
et pour Secretaires l'Abbé de Chabannes ,
et l'Abbé Chauvelin , a choisi pour premier
Président le Cardinal de Fleury ,Mi
nistre d'Etat , et l'Assemblée lui a deputé
pour le prier d'accepter cette place.
Le 4. de ce mois , le Cardinal de Fleury
alla présider à l'Assemblée du Clergé ,
qui ayant été informée de son arrivée dans
l'Eglise des Grands Augustins , députa
pour aller le recevoir , l'Archevêque de
Rouen , les Evêques de Mende , de Saint
Paul-Trois- Châteaux de Nevers , de
Coutances et de Sarlat , et les Abbez de
Rochechouart , du Bellay , Daydie , de
,
I. Vol. Narbonne ,
Y228 MERCURE DE FRANCE
Narbonne , de Cambis , et d'Arche. Ces
Députez allerent au devant du Cardinal
de Fleury jusqu'à l'Eglise , d'où ils le conduisirent
dans la Sale de l'Assemblée. Il prit
sa place de premier Président , et il fit un
Discours très éloquent auquel l'Archevêque
de Paris répondit. Le Cardinal de
Fleury tint la séance , et lorsqu'elle fut
finie , il fut reconduit par plusieurs Prélats
de l'Assemblée.
Le
So
,
les Prélats et les autres Deputez
qui composent l'Assemblée generale du
Clergé de France , allerent à Versailles
rendre leurs respects au Roy. Ils s'assem-
Blerent dans la Sale du Château qui leur
est destinée dans ces occasions et le
Comte de Saint Florentin , Secretaire d'E
tat , en l'absence du Comte de Maurepas
qui étoit indisposé , étant venu les prendre
pour les présenter au Roy , ils furent
conduits à Paudience de S. M. avec
les ceremonies ordinaires , et avec les
honneurs qui se rendent au Clergé , lorsqu'il
est en Corps , les Gardes du Corps
étant dans leur Sale en haye et sous les
armes , et les deux batants des portes étant
ouverts ; le Cardinal de Fleury , premier
Président de l'Assemblée alla se joindre
aux Députez dans la Sale où ils étoient assemblez
, et il marcha avec eux à la droite
L..Veh des
JUIN. 1734. 1229
des Archevêques de Toulouse et de Bour
ges. L'Archevêque de Toulouse porta la
parole avec beaucoup d'éloquence , et
après son Discours le Cardinal de Fleury
présenta à S. M. chaque Deputé en particulier.
Après l'audience du Roy , les mêmes
Deputez ayant le Cardinal de Fleury à leur
tête , eurent l'honneur de complimenter
la Reine , et Monseigneur le Dauphin.
HARANGUE de l'Archevêque de Tou
louze au Roy.
SIRE ,
Nous avons l'honneur d'aprocher du
Trône de Votre Majesté , avec une res
pectueuse confiance , sa Religion et sa
bonté nous l'inspirent, et une secrette joye
nous annonce qu'elle daignera être sensible
aux témoignages d'amour et de zele , que
nous aurons le bonheur de lui donner dans
le cours de notre Assemblée.
Nous sçavons que l'autorité suprême
est une émanation de celle de Dieu , établie
pour veiller à la conduite et à la félicité
des peuples exercée avec la Sagesse
et la Justice dont Votre Majesté est remplie
, pourions-nous nous dispenser d'aimer
et de respecter cette même autorité ?
I.Vol. Ge
1230 MERCURE DE FRANCE
Ce n'est donc pas seulement un devoir
politique , et un hommage exterieur que
le premier Corps de votre Royaume vient
rendre à la majesté et à la splendeur du
Trône ; c'est encore un hommage pro..
pre et particulier que nos coeurs conduits
parles mouvemens de notre amour , vous
offrent tous les jours en secret.
·
Ces sentiments , Sire , vous sont dûs ,
et jamais Prince ne les mérita plus que
Votre Majesté. Prévenu des plus précieuses
Benedictions du Ciel , fidele à Dieu
tendre pour vos
pour vos Peuples , superieur aux
plaisirs et maître des passions , Vous
avés toûjours fait paroître les vertus les
plus pures , et en même tems les plus conformes
à la disposition des évenemens et
des conjonctures ; tantôt nous avons admiré
la moderation de vos desirs , la douceur
de vos sentimens Votre amour
pour la tranquillité de vos Peuples ; tantôt
l'élevation de vos conseils , la fermeté
de vos résolutions , et la force de vos entreprises.
Vous avez marqué aux diverses
Vertus que vous possedés l'ordre et le
rang qu'elles doivent tenir entr'elles ; et
dans l'heureux concours de ces Vertus
il n'en est point qui ait jamais affoibli ou
confondu l'éclat et la perfection d'une
autre.
و
1. Vol. Que
JUIN. 1735. 1231
Que pouvoient donc esperer ces Puissances
ennemies , que la jalousie et l'inquiétude
ont armées contre vous ? Témoins
de vos sentimens , de vos ménagemens
et de vos soins pour maintenir la
tranquillité de l'Europe, ne devroient- elles
pas comprendre que ce même esprit de
sigesse et de justice , qui avoit animé toutes
vos actions pendant la paix , ne vous
rendroit que plus fort ,,
que plus puissant
et que plus redoutable dans la
guerre ?
"
En effet , Sire , dès qu'il auroit été dangereux
de porter votre amour pour la
Paix au-delà de ses justes bornes , vous
faites sentir par tout le poids et la superiorité
de vos armes ; par tout , vos Troupes
animées par le zele le plus ardent de
votre service , et par une valeur distinguée
, mais naturelle aux François , confondent
les mesures et les démarches de
vos Ennemis , et triomphent de leurs op
positions et de leurs résistances . L'Italie ,
presque entierement soumise par vos avanrages
réïterez et vos Victoires signalées ,
éprouve combien vous êtes redoutable
dans vos sages Conseils , et dans vos importantes
entreprises . L'Allemagne a senti
à son tour combien il est dificile de vous
résister , et inutile de vous oposer les plus
I, Vol. fortes
T231 MERCURE DE FRANCE
fortes Places. Heureux le Corps Germanique,
si lesdiversesPuissances qui le composent
pouvoient se réunir dans les mêmes
vûës, et les mêmes sentimens , si elles faisoient
une égale attention à leurs véritables
et solides interêts , et si elle rompoient
toutes ensemble les liens qu'on
ravaille depuis long- tems à former pour
détruire un jour plus aisément une liberté
dont elles devroient être si jalouses.
Le Clergé de votre Royaume , dont le
zele est toûjours effectif, empressé et fidele
, et les secours toûjours prompts
abondans et multipliez pour le service de
Votre Majesté , voit avec joye et avec admiration
les merveilles de votre regne s
il benit le Roy des Rois , et l'Arbitre suprême
des Etats et des Empires , des heureux
succès qu'il donne à vos justes desseins
, il leve sans cesse les mains au Ciel
pour votre conservation et pour votre
gloire , pour cette gloire sûre , solide
inalterable pour laquelle vous travaillés
avec tant d'ardeur ; qui sçait toûjours
préferer les avantages des Peuples aux
triomphes les plus flateurs ; elle entretiendra
, Sire , "dans votre coeur l'amour
d'une paix sincere et durable ; elle seule
peut faire dans tous les tems le bonheur
de vos Sujets , et la consolation des Mi
nistres du Seigneur.
JUIN.
1735. 1233
Ces sacrez Ministres assemblez par vos
ordres , sensibles à la justice que vous venés
de rendre aux droits les plus essentiels
et les plus interressants de l'Episcopat
, ont l'honneur de demander à Votre
Majesté la continuation d'une protection
si utile et si nécessaire pour les avantages
de l'Eglise. Plus les veritez sont affoi
blies parmi les enfans des hommes , plus
l'esprit de liberté et d'indépendance fait
de nouveaux progrès ; plus ces aziles sacrez
où les Vierges saintes se renferment ,
et ces utiles établissemens où l'infirmité
et l'indigence trouvoient également des
ressources,sont menacez d'une décadence
prochaine , plus nos soins et nos travaux
autont besoin du secours de votre authorité,
et plus nous ferons agir la juste confiance
que nous avons en vos bontez et en
yos vertus , en ces vertus , Sire , qui ont
été si heureusement cultivées par le grand
et fidele Ministre que votre sage discer
établi à la tête de ses Conseils
pour le bien de la Religion et le bonheur
de ses Peuples.
nement
Que le Ciel continuë de repandre sur
Votre Majesté ses benedictions les plus
abondantes , qu'il éleve votre grandeur
et votre gloire au - dessus de celle des autres
Rois de la Terre , et qu'une heureuse A LeVol
Paix
1234 MERCURE DE FRANCE
Paix mette bientôt le comble à votre satisfaction
et à votre gloire. Ce sont , Sire,
les voeux du Clergé de votre Royaume ,
dont il se flatte que Votre Majesté connoît
toute la sincerité , toute la force , et
toute l'étenduë.
HARANGUE à la Reine.
MADAME
Le Clergé de ce Royaume voit toûjours
arriver avec joye le moment heureux où
il lui est permis de présenter ses respec
tucux hommages à Votre Majesté.
La Religion sur le Thrône est un objet
digne des yeux de Dieu même , le sujet
de l'admiration des Ministres du Seigneur,
la plus assurée ressource des Peuples , et
par là le plus grand bienfait que Dieu
puisse accorder à une Nation dans les
jours de sa misericorde.
1
C'est ce bien-fait , Madame , que Votre
Majesté ne cesse de nous rapeller par
cette foy vive , cette pieté solide qui animent
toutes vos actions , qui vous font
souvent préferer le recueillement et la solitude
du coeur aux plaisirs même les plus
légitimes , qui vous rendent si exacte et
si attentive pour vous- même , si douce
et si compatissante pour vos sujets .
I. Vol. En
JUIN. 1735. x235
1
En effet , Madame , Pélevation du rang
suprême que vous occupés , en multipliant
vos devoirs , n'a fait en vous que
multiplier vos vertus , vous offrir de plus
frequentes et de plus éclatantes occasions
de les exercer , et donner plus de poids
et d'autorité à vos éxemples.
C'est pour recompenser tant de vertus ,
que le Ciel vous a destinée à remplir le
premier Thrône du monde , que vous fixés
la juste tendresse de notre grand Monarque
, que l'auguste Prince à qui vous
avés donné le jour est le gage le plus certain
de votre satisfaction et de notre felicités
et que des Princesses formées par
vos mains , porteront un jour avec votre
sang sur des Thrones étrangers , l'assemblage
des vertus qui honorent le Thrône
même.
,
Quelle consolation , Madame , pour
les Ministres du Seigneur de pouvoir se
flater d'une protection aussi puissante que
celle de Votre Majesté ! Quelle force n'au
Font pas sur les Peuples nos instructions
apuyées de vos grands sentimens et de
vos pieux éxemples ? et quels motifs plus
pressants pourions- nous jamais avoir
pour animer nos voeux et nos prieres d'une
nouvelle ferveur pour votre sanctifi
cation , et pour l'accomplissement de vos
justes désirs ?
I
1236 MERCURE DE FRANCE
A Monseigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
Le Clergé de ce Royaume a l'honneur
de vous présenter ses profonds hommages.
Il respecte en vous le Sang le plus auguste
qui fut jamais , et dans lequel vous
avés puisé les grandes vertus que vous
ferés éclater , un jour pour les avantages
de l'Eglise , et le bonheur de ce Royaume.
Hâtés - vous , Monseigneur , de faire
servir à la felicité publique ces mêmes
vertus , cultivées avec tant de soin par
des mains sages et habiles , et accoutu
mées à former les plus grands Rois . Que
le bras du Tout Puissant vous soutienne
, qu'il protege vos précieux jours , et
qu'imitateur de la Religion et de la
pieté de votre auguste Pere , vous fassiez
toûjours la joye de l'Eglise , celle des Peuples
, et l'admirarion de tout l'Univers .
Ce sont , Monseigneur , les voeux que
nous ne cesserons jamais de former pour
votre auguste Personne .
Le & . de ce mois , M. Fagon , Conseiller
d'Etat ordinaire et du Conseil Royal
des, Finances ; le Comte de Maurepas ,
Secretaire d'Etat 3 M. de Courson , Con-
I.Vol. seiller
JUIN. 1735. 1237
seiller d'Etat ordinaire , et du Conseil
Royal des Finances ; M. d'Ormesson ,
Conseiller d'Etat ordinaire , et Intendant
des Finances ; et M. Crry , Conseiller
d'Etat , et Contrôleur General des Finances
, Commissaires du Roy , se rendirent
à l'Assemble Generale du Clergé, où
ils furent reçûs avec les cérémonies ordinaires
. M. Fagon fit un Discours auquel
l'Archevêque de Paris répondit au nom de
Assemblée .

Le 13. les mêmes Commissaires du Roy
retournerent à l'Assemblée , et ils deman
derent aux Deputez , au nom de S.M. un
secours de dix millions de livres , qui fut
unanimement accordé .
CONTRAT DE CESSION , et Transport
par M. de Saint Vallier , Président au
Parlement de Paris et Requête, du Palais,
au Pays de Provence de 100oo . liv. de
Rente au Principal de 20cooo.l pourl'établissement
par mariage d'une Demoiselle
Noble , par année , à perpetuité , du 26 .
Février 1735. Brochure in 4. A Aix , chez
Joseph David , 1735.
Rien ne peut faire plus d'honneur à M.
le Président de Saint Vallier , au Pays de
Provence , et peut- être à notre siecle
que les dispositions contenues dans les di
,
1. Val. I ij ferentes
1238 MERCURE DE FRANCE
ferentes Piéces qui composent ce Recueil,
lequel peut tenir sa place parmi les Mo
numens les plus distinguez de cette espece
A M. le Duc de B. sur son départ pour ...
Armée en 173 5.
MADRIGAL.
Aillant Guerrier, Epoux fidelle ,
Vous partés pour la gloire , et vous volés pour
elle ,
Quand l'Amour près de vous , par l'Hymep
arrêté ,
Assure à nos neveux votre posterité.
Dans le tems du repos et d'Hyver et d'Agtomne
,
Vous avés préferé le doux Myrthe au Laurier ,
Lucine vous prépare un troisiéme heritier.
Au Frimtems , en Eté , quand le devoir l'or
donnè ,
Vous quittés les plaisirs , pour Mars et pour
Bellone •
Ainsi par de justes raisons ,
yous serés un Heros de toutes les saisons,
J. Kol,
MORTS
JUIN. 1735. 1239
MORTS ET MARIAGES.

Es. May 1735. D. Marie- Madeleine de la
Louis , Marquis de Clere , Chevalier Seigneur
de Goupillieres , Chatelain de Prunay - le - Gillon,
Tourly , Tallemontier , le Quesnoy , & c. mourut
âgée d'environ 86. ans , ne laissant qu'une
fille Religieuse . Elle étoit fille de Pierre de la
Porte , Maître d'Hôtel , et premier Valet dé
Chambre du Roy , mort le 13. Septembre 1680
à
77. ans , et de Françoise Cotignon de Chauvry
, morte le 17. Juin 1650. Elle laisse pour
heritiers Gabriel - Jean de Pleurre , Conseiller au
Parlement de Paris , et Genevieve- Françoise de
Pleurre , sa soeur , ses petits neveu et niece , enfans
de Jean- Nicolas de Pleurre,Seigneur de Ro
milly , Conseiller Honoraire en la Grand- Cham
bre du même Parlement , et de feuë Marguerite-
Françoise de la Porte , sa premiere femme , morte
le 15. Avril 1713. à l'âge de 32 ans , laquelle
étoit restée fille unique de Gabriel de la Porte ,
mort Doyen du Parlement de Paris , le 11. Fcvrier
1730. à l'âge de 82. ans .
Le vingt - cinq André - Robert le Févre
d'Eaubonne , Seigneur de Bazoches , et de
Longueval , Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du koy , et President au Grand Conseil
mourut à Paris presque subitement, après environ
trois mois de maladie, âgé de 54. ans et 13. jours
étant né le 12 May 1681. Il avoit été successivement
reçu Conseiller au Parlement de Paris
I. Vol.
I iij le
1240 MERCURE DE FRANCE
le 1. Juillet 1705. et Maître des Requêtes ordinaire,
le 12. Decembre 1709. Intendantde la Generalité
de Soissons depuis 1713. jusqu'au mois
de Janvier 1717.et enfin reçu President au Grand-
Conseil , le 22. Avril 1720. Il étoit fils aîné de
feu Gervais le Févre , Seigneur d'Eaubonne ,
Conseiller en la Grand- Chambre du Parlement
de Paris , mort le 26. Novembre 1726. àgé de
78. ans , et de Caterine - Agnés de Pomereu , sa
veuve . Il avoit été marié le 4. Janvier 1706 .
avec Marie Caterine Petitpied , fille unique de
feu Pierre- François Petitpied , Avocat et Procureur
du Roy, au Bureau des Finances de Paris , et
de feue Caterine Boucher. Il n'en laisse qu'un
Fils.
Le 5. Juin , Claude-Felix Tarlé , Controleur
General de la Marbrerie , mourut au Château
des Tuilleries , âgé de 69. ans . Il avoit conduit
et executé plusieurs Ouvrages considerables
en marbre , à Marly et à Versailles , qui lui
avoient acquis une grande reputation Il laisse un
fils à qui le Roy a accordé la même Charge.
Le 6 , Claude Thiroux de Villarsy , Seigneur
d'Ouarville en Beausse , et de Villemesle
Conseiller au Grand- Conseil , depuis 1723. et
auparavant successivement Payeur des rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , et Receveur General
des Finances en Flandres , fils aîné de Lazare-
Louis Thiroux , natif d'Autun en Bourgogne ,
Ecuyer , ci- devant Fermier General des Fermes
du Roy , actuellement vivant , et fort âgé , mourut
à Paris après une longue maladie , laissant
de feue Marie- Anne le Maignen , sa femme
d'une famille noble de Bretagne , morte au mois
de May 1729. un fils âgé de 22 ans , nommé
Pierre Marie Thiroux d'Ouarville , reçu
-
I. Vol. Conseiller
J-UIN. 1739.- 1241
Conseiller au Parlement de Paris à la quatrième
des Enquêtes , le 10. Fevrier 1734. et une fille de
dix huit ans non encore pourvuë.
2
Thomas de Chabannes , Maréchal des Camps
et armées du Roy , mourut le 7. Juin , à l'Armé
d'Allemagne où il étoit employé . Il étoit
né le 6 Decembre 1688. Il étoit, frere puiné du
Marquis de Chabannes , Maréchal General des
Logis de l'Armée d'Italie , et du Comte de Cha →
bannes , Major General de l'Armée d'Allemagne
, et troisiéme fils de Gilbert de Chabannes
Comte de Pionssat , Colonel du Régiment de Na
varre , Maréchal des Camps et Armées du Roy,
Gouverneur de l'Isle et Citadelle d'Oleron
nort à Paris en 1720 Et de Dame Anne Françoise
de Lutzelbourg , fille d'Antoine de Lutzelbourg
en Alsace , Seigneur d'Imling , et de Marie
Madeleine de Schellemberg.
IL commença à servir des l'âge de 14. ans
après avoir été quelque tems sur mer
il fut
nonmé Capitaine dans le Régiment de Navarre ;
il passa ensuite au service de l'Electeur deBaviere ,
dont il commanda le Régiment des Cuirassiers
dans la Guerre d'Hongrie . Il revint en France
en 1717.le Roy lui donna un Brevet de Mestre de
Camp à la suite du Régiment de Navarre , le
nomma Brigadier de ses Armées en 1719. , quelque
tems après lui donna une pension de 3000 1,
qui fut dans la suit augmentée de4.autres mille I.
Comme il n'avoit point de Régiment au commencement
de la Guerre présente , il alla comme
volontaire aux Sieges de Kell et de Philisbourg.
Le Roy le nomma en 1734. Miréchal de ses
Camps et Armées , en cette qualité il servoit à
l'Armée d'Allemagne lorsqu'il est mort , après
avoir été plus d'un mois malade d'un coup
de
pied de Cheval , qui lui a fracassé la tête .
I. Vol. Son I
1242 MERCURE DE FRANCE
Son Ayeul étoit Gilbert de Chabannes, Vicomté
de Savigné , Colonel de deux Régimens , Lieutenant
General des Armées , et Lieutenant General
dans le Pays de Bourbonnois , dont il est parlé
dans les Mémoires du Comte de Bussi - Rabutin.
Il fut tué au Siege de Mouron .
>
La Maison de Chabannes est divisée en quatre
Branches. Les Seigneurs et Marquis de Curton
les Comtes de Saignes , les Seigneurs du Verger
et de Sainte Colombe , les Comtes de Pionssat.
Cette Maison est originaire d'Auvergne , du
moins elle y est établie depuis le mariage d'un
Seigneur de cette Maison en 1312.avec Contour
de Thiern , fille de Guillaume IV. du nom , Vicomte
de Thiern , et d'Agnés de Maumoat. La
Ville de Thiern étoit l'apanage des Cadets des
Comtes d'Auvergne.
Du Bouchet, Histoire de Courtenay, page 25.
La Genealogie de la Maison de Chabannes est raportée
dans le septiéme volume de l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne , par les P.
et Simplicien .
Ange
Le 9. mourut à Paris , Robert de Franquetot
, Marquis de Franquetot , Casquebuc , er
autres lieux , Chevalier de l'Ordre Royal et M
fitaire de S. Louis , ancien Lieutenant au Régiment
des Gardes Françoises du Roy , de même
famille que le Maréchal de Coign Il étoit âgé
d'environ 56. ans .
La nuit du 9. au ro. de ce mois , Hubert Vicomte
d'Aubusson , Comte de la Feuillade , premier
Baron de la Marche , Baron de la Borne , et
de Perusse , Seigneur de Felletins , d'Ahun , Chenerailles
, Jarnage , et Droüille , Seigneur du
Duché de Rouanois , Marquis de Boisy , et de
Servieres , Chef du nom , et armes d'Aubusson
I. Vol. Mestre
JUIN. 1735. 1243
Mestre de Camp du Régiment Royal Piémont
de Cavalerie , par Commission du 3. Juin 17256
mourut de maladie à Cavallara , près Guastalla
en Italie , dans la 28. année de son âge , étant
né le 22. Août 1707. Feu Louis d'Aubusson
Duc de la Feuillade , Pair et Maréchal de France ,
mort le 29. Janvier 1725. l'avoit fait son Léga
taire universe!, et par la mort de Jacques d'Aubusson
, Baron de Miremont , son Pere , arrivée
en 1727. Il avoit recueilli les biens substitués
par le premier Maréchal Duc de la Feuillade
, dans la Province de la Marche. Il avoit
été marié le 28. Avril 1727. avec Catherine - Scolastique
Bazin de Besons , née le 10. Fevrier 1706.
fille de feu Jaques Bazin , Seigneur de Besons ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Grand - Croix de celui de S. Louis ,
Gouverneur de Cambray , et de Marie - Marguerite
le Menestrel . Ha eu d'elle Jean- François-
Marie d'Aubusson , né le 30. Janvier 1728.mort
dans la même année ; Louis - Gabriel d'Aubusné
le 3. Août 1729 : Louise- Anne - Gabrielle
d'Aubusson née le trente- un Janvier 173
&c.
son ,
**
et.
Le Régiment Royal Piémont , Cavalerie , vacant
par sa mort , a été donné à René Hugues ,
Comte de Cossé , frere du Duc de Brissac.
Et le Régiment de Cavalerie , dont le Comte
de Cossé étoit Mestre de Camp depuis le 6. Seprembre
1727. fut donné à Charles- Maximilien ,
Marquis de Fiennes , né au mois de Sept. 1701.
Mestre de Camp de Gavalerie, et Capitaine d'une
Compagnie dans le Régiment Royal des Cuirassiers,
Fils de feu Maximilien - François , Mar
quis de Fiennes , Lieutenant General des Armées
du Roi , mort le 26, Avril 1716 .
I. Vol.
I'v Le
1244 MERCURE DE FRANCE
Le 21. May , Augustin - François de Malherbe,
Chevalier Seigneur Marquis de Malherbe Juvigni
, Saint Vast , et Préaux , ci-devant Officier
dans le Régiment du Roy , Infanterie , fils
aîné de feu Jean - Baptiste de Malherbe , Chevalier
Seigneur Marquis de Malherbe- Juvigny ,
Saint Vast , Préaux , Seigneur de Lebisé le Bouillion
, ci - devant Enseigne de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , et auparavant Guidon de
celle des Gendarmes Flamans , et de D Marie-
Françoise le Prévost , fut marié dans la Chapelle
du Château de Lyon proche la Ville de Caen ,
avec Dlle Anastasie- Madeleine - Thérese de Sabine
, fille anique , et héritiere de feu Pierre de
Sabine , Chevalier , Seigneur et Patron de Saint
Laurent de Rieux, Comie de la Quieze , Gentilhomme
ordinaire de la Maison du Roy , Chevalier
de l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis ,
et de D. Caterine Thérese Héron de la Tuillerie
sa veuve . Le nouveau Marié est frere de Jean-
Baptiste- Antoine de Malherbe , Sousdiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , du 6. Juin 1731. qui
a été nommé au mois d'Avril dernier , Abbé de
l'Abbaye de N. D. de Grestain , O. S. B. Diocèse
de Lisieux , de 6000. livres de rente , vacante
par la mort d'Antoine - Leonor le Berceur de
Fontenay , Aumônier ordinaire de la Reine . Ils
sont du Diocèse de Bayeux , et portent pour armes
hermines sans nombre à trois roses de Gueules .
Le vingt- six , François - Louis - Alexandre de
Lombelon des Essars, Chevalier, âgé de 21. ans, fils
aîné de Gilbert Alexandre de Lombelon ,Chevalier
Seigneur des Essars , de la Poultiere , & c.
dans le Diocèse d'Evreux , et de feuë D. Marie-
Françoise Froland , sa premiere femme , fille de
Louis Froland , Avocat au Parlement de Paris ,
I. Vol. СС
JUIN. 1735 1245
et ancien Bâtonnier , épousa à Paris la Dlle de
Bartillat , fille de feu Joachim - Jeannot de Bartillat
, Chevalier Seigneur de Loge , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Capitaine Châtelain
de la Ville de Montluçon en Bourbonnois,
ci- devant Mestre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , mort le 8. Septembre 173 1. et de D.
Marie-Francoise le Bel , sa veuve. La Maison de
Lombelon en Normandie , dont les Armes sont
de Gueu es à un Chevron d'or , est connue depuis
Jean de Lombelon , Ecuyer , qui vivoit en 1352,
avec Agnés des Essars , sa femme , qui hérita
vers l'an 1386. des terres des Essars , de la Poultiere
, & c. par la mort de Jean des Essars , son
frere .
Le 6. Juin , Joseph - Philippe - Thibaud - Hiacinthe
de la Riviere , Chevalier , Comte de Corlay
, fils de feu Charles François Marquis de la
Riviere- Kerlabourat , er de Dame Marie -Anne-
Françoise Gouyon , fut marié à Paris avec Dile
Julie - Louise Celeste de la Riviere , de même Mai
son que lui , fille de Charles - Yves - Thibaut ,
Comte de la Riviere, de Mur et de Ploeuc , Marquis
de Paulmy , d'Wartigny et de Reignac ,
Gouverneur des Ville er Evêché de S. Brieux ,
Tour et Forteresse de Cesson en Bretagne, Sous-
Lieutenant de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roi , et Brigadier de
ses Armées , et de D. Marie- Julie de Barberin
de Reignac , Dame du Palais de S. M. C. la
Reine d'Espagne seconde Douairiere.
9
Le quatorze , Louis - Guillaume Bon , Marquis
de S, Hilaire , né le 22. Octobre 1715 , et reçu
Conseiller, du Roi en sa Cour des Comptes
Aydes et Finances de Montpellier le 30 Janvier
1734 fils aîné de François- Xavier Bon , Che-
I.Vol. I vj valier
1248 MERCURE DE FRANCE
valier , Marquis de S. Hilaire , Baron de Four
ques , Vicomte de S. Quentin , Seigneur de Cel
leneuve &c. Conseiller du Roi en ses Conseils
Premier Président en la même Cour des Comp→
- tes , Aydes et Finances de Montpellier , et de D
Françoise-Elizabeth de Pujol , fut marié à Passy.
près de Paris , avec Dlle Jeanne- Elisabeth-Therese
de Bernage , fille de Louis- Bazile de Bernage
, Chevalier , Seigneur de S. Maurice, Conseiller
d'Etat , Greffier , Grand- Croix de l'Or
dre Roïal et militaire de S. Louis , et Intendant
de Justice , Police , et Finances en la Province
de Languedoc , et de feuë Dame Marie - Anne
Moreau:
"
·
Le 15. Henri François de Bretagne , Ba
ron d'Avaugour ; premier Baron de Bretagne
Comte de Vertus et de Goello , Seigneur de .
Clisson &c. né le 17 Juin 1685 , fils de feu
Claude de Bretagne , Baron d'Avaugour , premier
Baron de Bretagne , Comte de Vertus et
de Goello , mort le 7 Mars 1699 , et d'Anne-
Judith le Lievre , morte le 22 Decembre 1690 ,
et frere puîné et heritier d'Armand-François de
Bretagne , premier Baron de Bretagne et d'Avaugour
, Comte de Vertus et de Goello , Seigneur
de Clisson , la Touche- Limouziniere , le
Grand Bois , et Launay , Maréchal de Camp
des Armées du Roi , mort sans avoir été marié
le 12 Janvier 1734 , âgé de 53 ans ; épousa à
Paris Mlle Madeleine- Caterine-Jeanne d'Aligre ,
née le 18 Octobre 1712 , fille aînée de feu Etienne
d'Aligre , Chevalier , Seigneur de la Riviere ,
la Forest , le Favril , Boislandry , Fretigny ,
Vieux Château , Conseiller du Roi en ses Conseils
, second Président du Parlement de Paris ,
mort en 1725 , et de Dame Madeleine- Caterine
I. Fch
dc
JUIN. 1733 1247
de Boyvin de Bonnetot , sa veuve , et sa troisiéme
femme, La Mariée est soeur aînée de Dame
Charlotte Marguerite d'Aligre , qui a été mariée
le 21 Février dernier avec Anne- Louis-
Michel le Pelletier de S. Fargeau, Avocat du Roi
au Châtelet .
Le 22 Juin , François- Pierre Amyot , Cheva
lier , Seigneur de la Barre , Conseiller au Parle
ment de Paris , où il a été reçu le 30 Avril
1728 , fils aîné de Nicolas-Pierre Amyot , de
Monterigny , Ecuyer , Seigneur de la Barre
Conseiller du Roi , Receveur General , et Païeur
des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , et de
feue Dame Geneviève Parfaict , et neveu de Benoît
-Jean - François Amyot , Seigneur d'Inville
Conseiller en la Cour des Aydes de Paris ,
fut marié en vertu d'une Dispense de Rome ,
avec Dlle Marie-Anne Hatte de Montizambert,
sa cousine issuë de Germain âgée de 17. ans ,
fille de feu Robert - Charles Hatte , Chevalier ,
Seigneur de Montizambert , President , Tresorier
de France au Bureau des Finances , et Chambre
du Domaine de la generalité d'Alençon ,
mort le 9. Juillet 1719. et de D. Louise - Marguerite
Baudry , sa veuve . La Mariée est niece
de Claude- Nicolas Hatte , Seigneur de Chevilly,
des Francs , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris,

>
I. Fol
ARRESTS
1248 MERCURE DE FRANCE
ARRESTS NOTABLES.
O
RDONNANCE DU ROY , du 10. Novembre
1733. pour employer à la gårde du
Roussillon 2960. hommes des Milices ordinaires
du Pays .
ARREST du Parlement , du premier
Mars 1734 , servant de reglement dans la
coûtume de Châlons en Champagne , qui juge
que l'un des Conjoints , soit qu'il ait des enfans
ou non , ne peut donner aux enfans de Pautre
Conjoint nez d'un précedent mariage .
ORDONNANCE des Presidens
Tresoriers de France , Generaux des Finances
et Grands-Voyers en la Generalité de Paris
du 18. Fevrier 1735. portant reglement pour le
service des Huissiers , et pour Padministration
de leur Bourse commune.
H
LETTRES PATENTES SUR ARREST
du 29. Mars , concernant les Taillables de la
Province de Bourgogne..
EDIT DU ROY , portant Création d'un
Office deTrésorier General triennal de l'Extraordinaire
des Guerres . Donné à Versailles au mois
de Mars 1735. Par lequel S. M. a agréé et choisi
le sieur Jean- Baptiste Mouffle pour en faire l'éxercice
et les fonctions , à commencer du premier
Janvier 1736 , &e.
>
I.Vol. ARREST
JUIN. 1735. 1249
ARREST DU CONSEIL du s . Avril , qui
ordonne que les Gardes et Jurez des Marchands
et des Fabriquans , seront tenus de saisir
les Draps et autres Etoffes de laine , ou mêlées
de laine , soye , poil , fil , coton , et autres matieres
, qui , lors des visites qui en seront par
eux faites dans les Bureaux de Fabrique et de
Contrôle , ne seront pas trouvées conformes aux
Reglemens , sans qu'ils puissent , sous quelque
pretexte que ce soit , les rendre à ceux qui les auront
presentées à la visite . Fait deffenses aux fabriquans
,marchands ,commissionnaires et autres,
d'envoier dans les Pays étrangers aucunes pieces
desdites étoffes , sans avoir à la tête et à la queuë
de chaque piece les marques et les plombs prescrits
par les Reglemens. Et ordonne que dans
deux mois ,à compter du jour de la datte de l'Arrêt
, les balles et ballots desdites étoffes , qui
seront envoyez à l'étranger , sur la corde desquels
le plomb de contrôle , ordonné par l'Arrêt
du Conseil du 5. Decembre 1730. ne se trouvera
pas apliqué , seront , à leur arrivée dans les
Villes maritimes et dans les Villes frontieres ,
arrêtez , ouverts , et les étoffes y contenuës , visitées
, à l'effet de reconnoitre si elles sont marquées
à la tête et à la queuë de chaque pièce , des
plombs ordonnez par les Reglemens , & c.
ARREST DU PARLEMENT , du 27. Avril
1735. qui , en ordonnant un plus amplement informé
contre Catherine Lafond , ordonne la publication
aux Prônes des Messes Paroissiales , de
l'Edit du Roy Henry II . du mois de Fevrier
1556. contre les Femmes et Filles qui celent leur
grossesse et leur acouchement conformement à
la Declaration du Roy du 25. Fevrier 1708.
I. Vol. SENTENCE
Taro MERCURE DE FRANCE
SENTENCE DE POLICE , du 29. Avril ,
qui condamne àl'amende le nommé Martin et sa
femme , pour avoir alteré le poids des Bottes de
Paille,et avoir troublé et maltraité les Jurez- Con
trôleurs de la Marchandise de Foin - dans- les fonc
ttons de leurs charges.
ARREST du 1. May , qui fait defenses à
tous les Juges des Justices des Seigneurs , de donner
aucune permission de couper des Bois et Arbres
de Futaye , Bälliveaux sur taillis , ou Ar
bres esparts , et aux Greffiers desdites Justices ,
dé recevoir aucune Declaratión des Particuliers;
pour raison des Arbres qu'ils voudroient abattre
, à peine de 1000. livres d'amende contre les
dits Juges , et de oo . livres contre lesdits Grefe
fiers, sauf auxdits Particuliers, de quelque qualité
et condition qu'ils soient , à se conformer à l'Ar
ticle III. du Titre des Bois des Particuliers , de
P'Ordonnance de 1669. et aux Arrêts du Conseil
des 21. Septembre 1700. et 6 Septembre 1723.
SENTENCE DE POLICE du 13 .
contre plusieurs Particuliers , pour avoir fair
Charivari.
>
SENTENCE DE LA VILLE du même jour ,
concernant le Billage sur les Bateaux , Boutiques
de Poissons Trains de Bois flotté à brûler ,.
Eclusées de Bois quarrez et d'ouvrages , et Bateaux
Coches au passage sous l'Arche avalante
du Pont de la Ville de Melun..
'AUTRE du 27: qui condamne Silvain
Morel , dit Vendosine , Plumet , Porteur de
Charbons , en fo. livres d'aunende , et à un mois
I. Vol.
d'interdiction
JUIN. 1735. 1251
d'interdiction de dessus les Ports, pour avoir les
28. et 29. Avril enlevé dix voyes de Charbons
provenans d'un Bateau naufragé , et taxez à cinquante
sols la voye ; avoit faussement déclaré
aux Sindics des Porteurs de Charbons , qu'ils
étoient pour les femmes Salvia et veuve Beaucreux
, et les avoir laissé la journée sur les Ports
de la Greve ; qui condamne pareillement ladite
femme Salvia en 15. livres d'amende ,, pour
avoir
prêté son nom audit Morel , et la veuve Royau
en cinquante livres aussi d'amende , pour avoir
engagé ladite femme Salvia à prêter son nom
et qui en outre ordonne la confiscation desdits
Charbons , et le prix d'iceux au profit des pauvres
de la Paroisse S. Jean en Greve.
D
ORDONNANCE de M. le Lieutenant Gene→
ral de Police , du 1. Juin , qui interdir pour tou
jours l'entrée de la Bourse au nommé Corval , et
lecomdamne en l'amende , pour s'être immiscé
dans les fonctions des Agens de Change.
'ARREST du Conseil du 30 Avril 1735. qui ora
donne qu'il sera arrêté un Role general des pensions
d'Oblats, dans lequel seront compris toutes
les Abbayes, Prieurez,et autres Benefices qui composent
tant l'ancien Rôle, que celui de 1716.à l'exception
néanmoins des Abbayes ou Prieurés qui
ont été déchargez desdites pensions , ou qui sont
inconnus ou exempts desdites pensions , pour
n'être point originairement de fondation ni de
nomination Royales.
AUTRE du premier May , par lequel il est dis
que le Roy s'étant fait representer une feuille imprimée
qui paroît depuis quelques jours , sans
Nom d'Imprimeur , sans privilege ni permission
sous
1252 MERCURE DE FRANCE
sous le titre de , Lettre de M. l'Evêque de Verdun,
à M. l'Evêque de Laon : Sa Majesté auroit reconnu
que cet écrit est non seulement contraire
au respect qui est dû à l'Arrêt qu'Elle a rendu
le 14. Août dernier , par des considerations
qui n'interessent que son authorité , et non pas
celle de l'Eglise ; mais qu'il n'est propre qu'à iépandre
, d'un côté , de vaines inquietudes sur le
zele que le Roy a toujours fait éclater pour le
bien de la Religion , et de l'autre , à donner licu
d'agiter des questions dangereuses , que Sa Majesté
avoit voulu prévenir par le même Arrêt , en
Continuant de faire rendre aux décisions du Chref
et du Corps des Pasteurs , toute l'obéissance qui
leur est due , et de maintenir les droits sacrez de
l'Episcopat , auxquels elle ne souffrira jamais que
l'on donne la moindre atteinte : à quoi étant nécessaire
de pourvoir , Sa Majesté étant en son
Con eil , a ordonné et ordonne que ladite feuille
imprimée sous le titre de , Lettre de M. l'Eveq
de Verdun , à M. l'Eveque de Laon sera et demeuiera
suprimée ; Enjoint à tous ceux qui en
ont des Exemplaires , de les remettre incessam--
ment au Greffe du Conseil , pour y être suprimez
. Fait deffense à tous Imprimeurs , Libraires,
Colporteurs et autres , de quelque état , qualité
et condition qu'ils soient , d'en imprimer
vendre , débiter , ou autrement distribuer , à peine
de punition éxemplaire.
"
ORDONNANCE du Roy du même jour,pour
mettre à 150. les quatre Compagnies de bas Offi
ciers de l'Hôtel Royal des Invalides , servant
aux Garnisons des Citadelles et Châteaux .
ORDONNANCE DU ROY du meme jour
pour faire jouir de l'Amnistic portée par l'Or-
I. Vol. donnance
JUIN. 1735. 1253
donnance du 6. Novembre 1734. tous Deserteurs
qui se seront engagez , soit dans les Régimens
de l'Armée d'Italie , ou dans quelqu'autre Ré
giment des Troupes de Sa Majesté.
AUTRE du même jour , pour regler le Commandement
des Brigades d'Infanterie , de Cavalerie
et de Dragons , dont les Armées de Sa
Majesté seront composées.
ARREST du Conseil d'Etat du 10. May , par
lequel il est dit ce qui suit . Vû au Conseil du Roi,
S. M. y étant , l'Arrêt du 20. Février dernier ,
par lequel Elle a évoqué à sa personne la connoissance
de tout ce qui concerne l'Arrêt rendu
par le Parlement de Paris , le 18 du même mois,
au sujet d'une Instruction pastorale du sieur Archevêque
de Cambray , et d'une These soûtenue
dans la Faculté de Theologie , et l'exécution dudit
Arrèt , poursuites et procedures qui pou
roient être faites en conséquence ; à l'effet de
quoy Sa Majesté a ordonné par le mêine Arrêt
du 20 Février , que celui du Parlement lui seroit
représenté , ensemble ladite Instruction et ladite
These , pour y être par Elle pourvu , ainsi qu'il
apartiendroit. Vû en conséquence ladite Instruction
pastorale du 14 Août 1734 , ladite These
du 30 Octobre de la même année , et ledit Arrêt
rendu au Parlement de Paris le 18 Février dernier
, qui ordonne la supression de ladite Ins
truction pastorale et de ladite These , pour les
causes , et avec les qualifications qui y sont por
tées. Vû aussi la Requête ou Memoire présenté
à Sa Majesté par le sieur Archevêque de Cam-"
bray. Sa Majesté étant en son Conseil , sans
s'arrêter à l'Arrêt du Parlement de Paris , rendů
I. Vol.
le
1254 MERCURE DE FRANCE
fe 18 Février dernier , en ce qui concerne les
qualifications qui y sont données à ladite Instruction
pastorale , et à ladite These , ordonne
que lesdites qualifications seront et demeureront
comme non advenuës , nulles et de nul effet.
Veut et entend Sa Majesté , que l'Article XXX.
de l'Edit du mois d'Avril 1695 , concernant la
Jurisdiction Ecclésiastique , soit exécutê ; et en
conséquence , que la Connoissance de la Doc
trine concernant la Religion , apartienne aux
Archevêques et Evêques . Enjoint à ses Cours de
Parlement et à tous ses autres Juges , de la leur
renvoyer , le tout conformément audit article
Et en conséquence des représentatious et déclarations
contenues dans les Requêtes ou Memoires
présentez à Sa Majesté par le sieur Archevêque
de Cambray , et par la Faculté de
Theologie , lesquelles Requêtes ou Memoires
demeureront annexés à la minute du prefent arrêt,
reçu & reçoit tant ledit sieur Archevêque de
Cimbray que ladite Faculté de Theologie ,
oposants audit Arrêt du Parlement de Paris ,
18 Février dernier , en ce qui concerne la su
pression de la lite Instruction pastorale et de ladite
These , ordonnée par ledit Arrêt , et en
ce qui est porté par le même Arrêt à l'égard
du Syndic de la Faculté de Theologie et du Répondant
: Ce faisant , Sa Majesté a remis ladite
Instruction pastorale et ladite These , dans
le même état où elles étoient avant ledit Arrêt
du Parlement.
>
da
AUTRE du même jour, servant de Reglement
pour faciliter les voitures des Sels sur les Rivicres
du Rhosne , de la Saône et de l'Isere.
P
I.Fol. DECLARATION
JUIN. 1735. 1255
DECLARA TION DU ROY,du même jour,
qui permet à la Communauté des cent-vingt
Offices d'Inspecteurs, Contrôleurs et Visiteurs de
Vins et Eaux de vie , d'emprunter les deniers nécessaires
au payement de la somme qui reste à
fournir pour la réunion desdits Offices, et exemte
de la retenue du Dixiéme les Rentes consti
tuées pour raison dudit emprunt sur cette Com
munauté. Registrée au Parlement le 18. Juin.
EDIT DU ROY , concernant les Offices
municipaux du Duché de Bourgogne. Donné à
Versailles au mois d'Avril 1735. Registré en la
Chambre des Comptes le 11. May.
ARREST de la Cour des Aydes , du 13. May,
qui défend aux Officiers de l'Election de Mondidier
et à tous autres , d'obliger le Fermier de
prendre la voye extraordinaire , lorsqu'il ne s'agira
que de peines pécuniaires , et leur enjoint
de juger sur les Procès verbaux.
ARREST du Conseil du 15.May dont la teneur
suit. Le Roy s'étant fait représenter deux Lettres
imprimées sans nom d'Imprimeur, sans Privilege
ni Permission , qu'on répand depuis quelques
jours dans le Public , sous le titre de , Seconde
Lettre de M. l'Evêque Duc de Laon , à M M. les
Archevêque et Evêques de la Province de Rheims,
au sujet de l'Arrêt du Conseil du 2. Janvier 1735.
&c. et de , Troisiéme et derniere Lettre de M. PEvêque
Duc de Laon , à MM. les Archevêque es
Evêques de la Province de Rheims . Sa Majesté n'a
pu voir sans une juste indignation , non- sculement
le caractere de violence et d'emportement
qui y regne , mais l'affectation et la témerité avec
1, Vol.
Jaquele
1256 MER CURE DE FRANCE
laquelle on y hazarde les propositions et les expressions
les plus capables d'émouvoir les esprits
et de les révolter contre l'autonté légitime , et
comme le Roy ne sçauroit reprimer trop promp
tement la licence avec laquelle on ose distribuer
des Ecrits si contraires au respect qui est dû à ses
Arrêts , et encore plus à la sagesse des motifs qui
les lui ont inspirez , Sa Majesté étant en son
Conseil , a ordonné et ordorne que lesdits Ecrits
ayant pour titre , Seconde Lettre de M. l'Evêque
Duc de Laon , à M M. les Archevêque et Evêques
de la Province de Rheims , au sujet de l'Arrêt
du Conseil du 2. Janvier 1735. contre sa premiere
Lettre du 18. Octobre , aux mémes Evêques , et sa
Lettre au Roy , du 3. du même mois Et Trois éme
et derniere Lentre de M. l'Evêque Duc de Laon ,
MM les Archevêque et Evêques de la Province
de Rheims, seront et demeureront suprimez, comme
contenant des propositions et des expressions
témeraires , séditieuses , contraires au respect qui
* est dû au Roy et à son autorité , attentatoires aux
maximes du Royaume , tendantes à émouvoir
les esprits et à troubler la tranquillité publique .
Enjoint S. M. à tous ceux qui ont des Excmplaires
desdits Ecrits , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y être lacerez . Fait
défenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colporteurs
et autres , de quelque état , qualité et condition
qu'ils soient , d'en imprimer , & c.
Le second Volume du Mercure de ce
mois est actuellement sous presse et paroîroîtra
incessamment.
à
1. Vol. TABLE
TABLE.
IECES FUGITIVES . L'Idolatrie , Ode , 1045
Pquestion importante , jugée,&c.
Le Rossignol et l'Avare , Fable ,
1050
1078
Suite des Recherches sur le Sel Ammoniac, 1082
L'Inconstance Mutuelle , Idille , 1095
Arc de Triomphe , &c. Entrée solemnelle de
l'Evêque de Cháions , & c.
***
1102
Vers à Madelle sur les couleurs , & c. 1113
Jusqu'où les Anciens avoient poussé leurs connoissances
au tems d'Alexandre le Grand ,
Dissertation ,
Saillie Printaniere à Madelle D ...
Lettre sur d'anciens Manuscrits de Sens ,
1145
1121
d'Au-
1124
1134
Lettre sur le Testament d'un Sanglier , & c. 1140
xerre , & c.
Hilas et Philemon , Eglogue ,
Enigme , Logogryphes , & c.
& c .
Cuvres de Moliere , & c .
1143
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS,
Causes celebres , & c.
1146
1148
1157
Memoire pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres ,
1 1160
T
Tables Astronomiques , dressées , & c. 1172
Traduction Françoise de l'Histoire generale
d'Angleterre , 1174
L'Académie des Jeux Floraux , Programme et
Prix remportez , '
Estampes nouvelles ,
4.61 1 .
1175
1179
Description d'un Tabernacle de Marbre, & . 1181
Airs notez
Spectacles ; la Mere Confidente , & c.
I. Vol
186
1187
Aben
-།
'Aben- Saïd , Tragédie nouvelle , 1191
Nouvelles Etrangeres, de Russie et Pologne, 1201
D'Allemagne
, d'Italie , Naples et Sicile , 1203
Hollande-Pays- Bas et Grande- Bretagne , 1205
Morts des Pays Etrangers ,
Addition aux Nouvelles Etrangeres,
Armées d'Allemagne s
Armée d'Italie ,
1207
1231
1214
1217
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, &c . 1,225
Assemble generale du Clergé , et Harangues ,
au Roy, à la Reine, à M.le Dauphin, &c. 1237
Madrigal à M. le Duc de B..
Morts et Mariages ,
Arrêts Notables ,
Errata de May.
P. 567.1. 17.7.
et sept
1218
1239
1248
Age 898. ligne 8. vestrum , lisez vestium,
P. 967. l. 17.7. pieds et demi , l . sept pieds.
P. 1013. 1. 20 d'Apeson , 1. d'Apechon.
P. 1018. l . 15. de Montalson , l. Montal , soat.
P
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 1097. ligne 22. n'aura , lisez n’a.
P. 1029. 1. 27. Sensage , 1. Finage.
Ibid. 1. 29. Dinechan , l. Dinechien.
P. 1147. 1. 5. Pavillon , l . Pavillous.
P. 1148. 1. 23. d'Egide , l . d'Elide.
P. 1156. l. 11. une , l. un.
P. 1180. l. 18. Boom , 1. Bloom ,
Les Airs note doivent regarder lapare 1156
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
JUI N. 1735 .
SECOND VOLUME.
4
JURICOLLIGIT
SPARG
Fapillut
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy
AVIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis as
Mercure , vis- à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure;
à Paris , peuventse fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
Les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages ,
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
mais
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement
, n'auronɩ
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porterfur
Ibeure à la Pofte, on aux Meffageries qu'on
bui indiquera.
PRIX XXX. SOLS;
MERCURE
DE FRANCE ,
“ DÉDIÉ AV ROY.
JUIN. 1735.
*****************
PIECES FUGITIVES ,
en Prose et en Vers.
PARALLELE
Des Eglises de S. Pierre de Rome et de
S. Paul de Londres.
A
Yant lû dans le Mercure de
Juillet de 1734. une Lettre
de M. Frézier , Ingénieur en
chef de Landau , servant de
Critique à un petit Traité de M. le Blanc,
sur le goût de l'Architecture des Eglises
anciennes et nouvelles , l'idée me ving
II. Vol. A ij de
258 MERCURE DE FRANCE
de lire le Livre de M. le Blanc ; rien
n'est moins long à parcourir. Sans en- -
trer dans le détail répandu dans ces deux
Ouvrages , on ne s'arrêtera qu'au parallele
des Eglises de S. Pierre de Rome et
de S. Paul de Londres : c'est - là le grand
point de dispute entre nos deux Auteurs.
N'auroient- ils pas tous deux un défaut
essentiel pour décider la question ? M.
Frésier n'a jamais été à Londres , et M. le
Blanc , de son propre aveu , n'a point
vû S. Pierre de Rome.
Il sembleroit qu'un homme un peu entendu
dans l'Architecture , qui auroit vû
ces deux grandes Eglises , et qui y auroit
fait les observations nécessaires , seroit plus
en état d'en parler. Je crois être précisément
dans le cas . Une étude des Mathéma
tiques et particulierement de l'Architectu
re chez le fameux le Blond, mort Sur- Intendant
des Bâtimens du feu Czar Pierre
Alexeowitz I. Un voyage de plus de deux
années en Italie , où l'Eglise de S. Pierre
n'a point été le moindre objet de mes
recherches , et enfin un autre voyage fait
il y a six ans en Angleterre , où la belle
fabrique de S. Paul a excité de même ma
curiosité , tout cela joint ensemble m'engage
à en hazarder le parallele. J'ai lû
Le Cavalier Fontana ; le Pere Bonani ; le
sieur Tarade , Ingénieur,
JUÍN. 1735.. 1259
Tes Livres qui en traitent , et peu de gen's
possedent autant de Plans , de Profils et
d'Elevation de ces deux Eglises que mot.
Je les ai vérifiez sur les Lieux , et j'en ai
dessiné plusieurs parties séparément.
Il s'agit , pour être en état de décider
la question, d'examiner sept choses essentielles
à chacune de ces deux Eglises ;
sçavoir , l'Abord , le Plan , la Façade , la
Décoration extérieure , le Dôme ou Coupole
, la Voûte , et enfin la Décoration
intérieure .
A BORD.
Si S. Paul de Londres perdoit autant
dans les six articles suivans que dans ce
premier , le parallele deviendroit inutile ,
et la chose seroit entierement décidée.
On arrive à l'Eglise de S. Paul par la rue
du Strand , qui est fort étroite et toute
de biais sur la façade , dont à peine on
découvre le fronton . Cette Eglise n'est
précedée d'aucune Place , mais seulement
d'un petit quarré de peu d'étendue , entouré
d'une grille de fer de mauvais goût;
on y a placé au milieu la Statue en
pied de la Reine Anne , avec quatre figures
représentant les quatre Royaumes ,
lesquelles sont assises sur les consoles da
piedestal ; c'est peut - être le marbre le
II. Vol. A iij plus
20 MERCURE DE FRANCE
plus mal employé qu'il y ait ; par urr
grand Perron à deux repos , on monte
de cette petite Place au péristile de l'Eglise
, dont le pourtour d'un côté est
fermé d'une grille de fer ; cet espace ,
trop resserré par les maisons voisines
est plein d'herbes et sert de Cimetiere }
l'autre côté encore plus étroit , n'a pû
être entouré de grilles que par partics
rien n'est plus désagréable à la vûë , laquelle
n'atteint qu'à peine à la hauteur
des Clochers et du Dôme.
S. Pierre de Rome , au contraire , est
précedé d'une grande Place ovale , bien
pavée , entourée d'un Portique ou Cofonade
, d'Ordre Dorique, à quatre rangs
de colonnes , au nombre de 294. élevé
de trois marches au- dessus du niveau de
la Place. Ce Portique est surmonté d'un
Attique orné de 86. figures de Saints
assez belles. Un grand Obélisque de granite
Oriental de 74. pieds 8. pouces de
haut , sans le piédestal et la baze , occupe
le milieu de la Place avec deux belles
Fontaines , à droite et à gauche , de forme
pyramidale , dont l'eau sortant en
grosse gerbe , forme en retombant une
double chutte en nappe dans le Bassind'en
bas.
* Ces Fontaines vont continuellement , quoiqu'elles
dépensent une prodigieuse quantité d'eau.
JUIN. 1935: 1261
Deux Galeries achevent de terminer la
Place jusqu'à la façade de l'Eglise ; et
l'espace qu'elles renferment présente la
figure d'un Trapeze , dont les côtez oposez
sont paralleles.
Vis- à-vis le Péristile est une grande
Terrasse , élevée d'un double rang de
marches avec une pente douce dans le
milieu pour les Carosses des Têtes Couronnées
. De cette Terrasse on monte par
un grand Perron au Péristile. Le tout
ensemble forme un abord des plus magnifiques
et de dix arpens et demi d'étenduë.
PLAN.
*
Le Plan de S. Paul de Londres forme
une Croix Latine , trop longue pour la
proportion de ses branches , la Nef a endedans
465. pieds ** 9. pouces de long,
sur 42. pieds 2. pouces de large , et la
Croisée n'a que 234. pieds de long , sur
la même largeur de la Nef. les deux Campaniles
, le Vestibule et les deux Chapelles
d'entrée , forment un avant-corps
en dehors , et en- dedans une espece de
Salon à pans.
1 Le plus grand avant- corps est celui de
* L'Arpent de Paris est de 900. toises quarrées.
** Ce sont de nos pieds de Roy.
II. Vol. A iiij la
Y262 MERCURE DE FRANCE
la Croisée , lequel fait un double resault,
c'est en cet endroit qu'on a placé la Tour
du Dôme, les bas côtez se terminent comme
en culs- de - sac et ne tournent point
autour du Sanctuaire , pratiqué dans une
portion circulaire , mais ils retournent
quarrément dans la Croisée , où ils for
ment deux Salons à chaque bout avec
deux portes Latérales. Le plus ingénieux
de ce Plan est d'avoir fait percer les bascôtez
au travers des Pendentifs et gros
piliers de la Tour du Dôme.
M. Frezier dit que la surface de l'Eglise
de S. Paul n'est qu'environ le tiers
de celle de S. Pierre , ce qui m'a engagé
de recourir au toisé que j'avois fait de
ces deux Eglises. S. Pierre a 5662. toises
quarrées et trois de nos pieds , compris
les épaisseurs des murs , et S. Paul , avec
l'épaisseur de ses murs , n'a que 2389.
toises et demi quarrées , ainsi S. Pierre
contient deux fois un tiers et 88. toises
quarrées au par- delà la superficie de saint
Paul , ou bien S. Pierre est plus grand
que S. Paul d'une fois un tiers et 88. toises
quarrées au par delà , ce qui revient
au même. Il n'est donc pas vrai de dire
que S. Paul ne soit qu'environ le tiers de
S. Pierre , qui alors seroit plus grand de
deux fois , et l'on voit que le tiers de
11. Vol. 9662 .
JUIN 1735. 1263
· Soz. $662 . est 1887. et qu'il reste encore
toises quarrées au-dessus de ce tiers pour
arriver aux 2389. toises quarrées de la
surface entiere de S. Paul.
S. Pierre de Rome offre un Plan des
plus ingénieux. Après un grand Vestibule
on trouve une Croix Latine , bien
proportionnée dans les branches de sa
Croisée , par rapport à sa Nef, qui a
en dedans 571. pieds de long , sur 84.
pieds et demi de large ; la Croisée a ' 422 .
pieds , trois quarts de long , sur 70. pieds
trois quarts de largé. La forme exterieure
du Plan est un grand quarré long à plusieurs
résaults et pans coupez , avec trois
portions circulaires aux extrémitez des
branches de la Croix. En dedans l'on a
inscrit un second quarré dans le premier
, lequel vient couper à angles droits
toutes les branches de la Croix et conduit
autour des gros pilliers de la Tour
du Dôme. Les bas côtez se terminent à
des Chapelles pratiquées dans les gros
piliers de la Tour , et s'élargissent encore
par la profondeur des Chapelles , ména…”
gées sur les aîles . Rien n'est mieux en
rendu.

L'Eglise a en superficie 5662 toises
quarrées , qui font six de nos arpens ee
près d'un tiers , et avec la Place qui la
11. Vél
A v prés
T64 MERCURE DE FRANCE
précede , qui contient , comme on l'a dir
cy-dessus , dix arpens et demi. L'Eglise
de S. Pierre et son abord , occupent en
terrain près de dix - sept de nos arpens ,
sans y comprendre la place qu'occupent
les quatre rangs de la colonade , l'espace
du pourtour par derriere et celui qui
regne tout autour des dehors de l'Eglise,
ce qui fait encore un terrain très- considerable.
FAÇADE.
La Façade de S. Paul de Londres est
comparée par M. Frézier à une tête de
Beuf , à cause de la repetition de deux Tours
très élevées , qui paroissent écraser le milieu
du Frontispice , et cela pour observer une
symétrie et y loger des Cloches. Il dit enles
deux ordres entassez l'un sur
Pautre , ressemblent plutôt à un Palais à
deux étages , qu'à une Eglise ; il veut qu'u
ne façade imitant la structure d'un Arbre,
soit plus haute dans le milieu dans
les côtez.
suite
que
que
M. le Blanc , quoique grand admirateur
de S. Paul , convient cependanɛ ,
page 30. en parlant de ses deux Tours ,
qu'on aforcé la nature du Dessein pour les
y faire venir; et dans un autre endroir
il dir , qu'une seule porte se fair
II. Pob
chercher
JUIN. 1735:
1265
chercher au travers des colonnes , que le
Vestibule est trop petit et que les deux bouts
formant des culs-de- sac , ne se communiquent
point aux deux autres portes collaterales
. Cela est vrai en un sens , cependant
, selon moi , cette Façade est plus
riche que celle de S. Pierre de Rome ;
je dis prise en elle- même , sans parler
des acompagnemens :
Les deux Ordres joints ensemble ne sont
guere plus hauts que la Façade de saint
Pierre ; celui d'en- bas est composé de 12 .
colonnes Corinthiennes acouplées , et celui
d'en -haut , de huit colonnes compo
sites , aussi acouplées ; toutes ces colonnes
portent un beau bas- relief , de marbre
blanc , qui remplit le Tympan ; on y a
représenté la chute de S. Paul et sa Statue
est à la pointe du Fronton , acompagnée
des douze Apôtres en pied à l'aplomb
des colonnes. Il y a encore les
figures des 4. Docteurs de l'Eglise , posées
à l'aplomb des colonnes qui sont aux
extrémitez du Péristile , et quatre autres
figures dans les niches pratiquées dans
les deux Ordres , avec huit bas - reliefs au
dessus de ces figures.
De grands pilastres couplez , conti
nuent la même ordonnance haut et bas
dans les deux Tours ou Campaniles qui
11. Vol. A v1 açom
1266 MERCURE DE FRANCE
acompagnent cette Façade. Ces Campaniles
sont très - élevés et ornez de 16.
colonnes Corinthiennes , avec des avantcorps
, des vases , des percez et un amortissement
de fort bon goût. L'un de ces
Campaniles sert d'Horloge , et l'autre
d'escalier pour aller à la Bibliotheque des
Chanoines , qu'on a pratiquée au dessus
des bas- côtez de l'Eglise .
La Façade de S. Pierre , à peu près
de la même hauteur , paroît plus simple
, n'ayant qu'un seul Ordre surmonté
d'un Attique. Cet Ordre est Corinthien ,
composé de huit colonnes et d'autant de
pilastres , dont chacune a 8. pieds un
quart de diamétre. Le tout soutient un
grand entablement et un fronton enclavé
dans l'Attique , au - dessus duquel sont
posez en pied les figures du Sauveur et
des douze Apôtres , deux fois plus grandes
que Nature . Cinq portes entre les
colonnes , donnent entrée dans le Vestibule
, et deux grandes arcades à côté
du Perron , et qui se joignent aux deux
Galeries qui bordent la Place , terminent
cette Façade , servent à vous conduite
autour de l'Eglise . M. Frezier répond à
la simplicité de cette Façade , que c'est
pour montrer l'unité d'habitation qui regne
tout autour de l'Eglise. Cette raison ne
II. Vol
paroît
JUIN. 1733 1287
paroît pas trop convainquante. Si les
fameux Architectes qui ont travaillé
à l'Eglise et à la Décoration de la Place ,
avoient fait cette Façade, elle seroit toute
autre , ils auroient évité de pratiquer dans
l'Attique des Croisées en messanines avec
de petites niches entre les colonnes , lesquelles
sont entourées d'ornemens trèsmesquins
, et ils n'auroient point fait, sur
tour , les portes si étroites et si basses pour
entrer dans un aussi grand Vaisseau .
DECORATION EXTERIEURE.
La Décoration exterieure de S. Paut
est aussi riche que sa façade ; ce sont
les deux mêmes Ordres d'Architecture
qui regnent tout au pourtour , composé
de pilastres couplez avec des Croisées
ornées de frontons , soutenus de colonnes
et des niches entre deux pour des
figures. Il regne sur l'entablement un
Attique avec des vases à l'aplomb des pilastres
, pour cacher le toit des bas cô
tez , qui est couvert de plomb , ainsi que
la voute. L'on peut dire en general que
S. Paul est une belle et grande fabrique
pour le coup d'oeil le dérail ne lui est
>
"
Fra Gioconde , le Bramante , Antonio S. Galto
, Raphaël , M. Ange , le Vignole , le Caualiew
Bernina
ALa Val
pas ·1
1268 MERCURE DE FRANCE
pas si avantageux. La partie de la Croisée
est terminée à chaque bout par une porte
avec un péristile rond et un perron
de même , orné de six colonnes isolées
un peu trop grosses et trop serrées , qui
soutiennent une calotte de pierre . On aposé
trois figures sur le fronton au - dessus
qui termine cette Décoration . Celle
qui est derriere le Choeur , forme une
Tour ronde , surmontée d'un troisième
Ordre en Attique , avec des consoles sur
les côtez et une Croix. Le Dôme , au
centre de la Croisée , paroît un peu trop
élevé par raport au reste de la fabrique ,
et la naissance de sa Tour se montre
trop nuë , eû égard aux ornemens qui
Penvironnent
.
La Décoration exterieure de S. Pierre
suit le même Ordre de la Façade ; un
grand Ordre de Pilastres Corinthiens cou
plez , forme plusieurs avant - corps , entre
lesquels on a pratiqué des Croisées
à fronton , soutenu de colonnes , avec
des Balcons et au- dessus des niches pour
des figures avec pareils frontons. Il regne
le même défaut que dans la Façade ; cè
sont de petites Croisées entre les pilastres
, le même gout d'ornement et les
croisées en messanines , remplissent l'At
tique , qui n'est orné d'aucunes figures ,
II. Pol. mais
JUIN 17350 1269
mais seulement d'une Balustrade qui le
couronne . Cette uniformité regne dans
les portions circulaires des extrémitez de
la Croisée et du Sanctuaire .
Le Dôme , quoique très- élevé , ne
montre pas assez de sa naissance , quand
on le regarde de la Place , quoique Carle
Maderne , qui en a bâti la façade , l'ait
tenu un peu basse à ce dessein ; les deux
petits Dômes qui l'accompagnent sont
fort ingénieux pour faire paroître ce Dô
me encore plus gros par l'oposition.
LE DÔME OU COUPOLE.
*
Le Dôme de S. Paul a de diametre 108.
de nos pieds , et est égal à celui de sainte
Sophie. Il a de hauteur , depuis le rezde
chaussée , 280. pieds . La Coupole ,
de forme ronde , est soutenuë en dedans.
de deux calottes de brique , l'une dans
l'autre , et couverte en dehors de plomb
à côtes ; elle porte sur trois resaults ou
platebandes tournantes , avec un cordon
de croisées presque quarrées , séparées
par des avant- corps en forme de pilastres.
Au- dessous est une balustrade de
pierre où l'on se promene , servant d'Attique
à l'entablement d'une colonade Co.
Selon Grelet, Voyage de Constantinople , in qi
page 1028,
kl. Kok. rinthienne
1270 MERCURE DE FRANCE
rinthienne , au nombre de 32. colonnes
séparées et isolées , avec des niches et
des croisées entre deux. Le tout est sur
monté d'une lanterne , avec une balustrade
dorée et 12. colonnes composites ,
couplées sur six avant- corps , qui portent
un Attique et un petit Dôme, où se trou
vent la Boule et la Croix.
Quant au Plan intérieur de ce Dôme ;
c'est un Octogone irregulier , dont les
angles rentrans sont occupez par un pilastre
Corinthien plié et acouplé avec un
pilastre droit d'un côté seulement et non
de l'autre , irrégularité , selon M. Frezier,
qui rétrecit les ouvertures de cette Tour , qui
répondent aux bas- côtez et qui se rencontrent
non seulement dans l'acouplement des choses
inégales , mais dans l'intervale des jambages.
Le Chevalier Wren , Architecté de
S. Paul , a voulu faire des passages -à
travers les piliers de la Tour du Dome,
et n'a pû élargir les bas -côtez aux dépens
de la Nef , qui n'est déja que trop
étroite , ainsi il n'a pu faire ces huit Arcs
égaux. M. le Blanc dit au contraire , que
ees buit Arcs sont égaux en grandeur, quoiqu'ils
ne le soient qu'en hauteur et non
dans leur diametre , où il y a environ
un tiers de diférence ce qui rend la
Rose de la Coupole inégale dans ses cô
ג
Ili Kolu tez.
JUIN. 1735: 1271
tez. L'ouverture des quatre grands Arcs
est circulaire , et celle des quatre petits
est ovale ; diversité , selon M. Frezier ,
désagréable à la vie ; les pilastres d'en bas
portent une portion circulaire, surmontée d'un
mur en Balustrade , venant à l'imposte des
Arcs au- dessus est un autre Geintre pour
former une Tribune à jour , qu'il compare
aux Entresols des portes cocheres de Paris ;
il dit dans le même endroit , que ces
Tribunes sont inutiles , et qu'étant trop élevées
, elles ne peuvent servir à la Musique.
Il convient cependant que par le
moyen des huit Arcades , il y a moins
de porte-à-faux qu'au Dôme de S. Pierre,
Quoiqu'en disent ces deux Au
teurs , cette invention est si nouvelle et
si hardie , que j'en ai été surpris sur le
lieu ,et j'en ai raisonné tout autrement que
M. Frezier , j'y ai trouvé beaucoup de
génie. Par là PArchitecte a donné de
la legereté aux gros piliers et aux pendentifs
du Dôme ; il a évité les porteà-
faux des pilastres et de l'entablement
de la Coupole , l'oeil se promene et
perce à travers les gros piliers et
dans le fond de l'Arcade il découvre le
petit ordre des pilastres des bas- côtez .
Il seroit à souhaiter que l'entablement
ne formât pas une portion circulaire ,
II. Vol се
272 MERCURE DE FRANCE
ce qui coupe toujours la corniche et rend
la distribution des modillons et des roses
très- irreguliere ; où est le morceau d'Architecture
où l'on puisse tout avoir à la
fois Le Chevalier Tornilk , * premier
Peintre du Roy d'Angleterre , a représenté
dans la Coupole en huit paneaux
inégaux , l'Histoire de S. Paul en grisailles
, rehaussées d'or ; les figures en sont
grandes , mais peu correctes ; ce sont les
seules Peintures de cette Eglise. Au - dessus
est un espace fort nud , percé de six
lucarnes en abajour ; ensuite est un cordon
de petits pilastres composites , non
acouplez entre les croisées et les niches ,
lesquels portent sur un grand socle jusqu'à
la Balustrade de fer , posée sur le
grand entablement , au dessous duquel
sont huit pendentifs , entre les Arcs dou
bleaux des huit Arcades inégales , dont
il vient d'être parlé ; rien n'est si mesquin
que ce coup d'oeil .
Le Dôme de S. Pierre de Rome est du
génie du grand Michel- Ange ; il a 22 .
toises de diamètre ou 132. pieds dans oeu
vre , et 26. toises ou 152. pieds exterieu
rement ; c'est le même diamètre que celui
du Panthéon , morceau des plus hardis
qui nous reste des Anciens. Il devient
Il est mort l'année derniere.
11. Fol
bien
JUIN. 1735. 1273
398
bien plus étonnant d'en avoir élevé un
pareil dans S. Pierre à la hauteur où on
le voit. On compte en dedans depuis le
pavé jusqu'à la Lanterne du Dôme
pieds et demi , et la hauteur exte
jusqu'au bout de la Croix est de 604 .
pieds , ce qui fait deux fois la hauteur
des Tours Notre -Dame de Paris . Cette
hauteur immense n'en altere point la
belle proportion et le contour agréable.
La Tour en dehors est ronde , et sa naissance
forme plusieurs cordons saillans ,
dont le dernier sert de socle pour porter
seize avant corps , ornez de deux co-
Jonnes Corinthiennes
couplées , avec une
croisée à fronton entre deux. La corniche
fait pareils resaults , ainsi que l'Attique
au dessus , rempli de paneaux
d'ornemens et couronné de vases à l'aplomb
des colonnes. Le Dôme est formé
de deux calottes de brique, l'une dans
l'autre , et couvert de plomb , avec seize
côtes dorées qui tombent aussi à l'aplomb
des avant- corps . Cette calotte est percée
de 42. lucarnes dorées et terminées par
un beau lanternon , pareillement coupé
d'avant- corps et de colonnes , avec un
Attique en consoles et des vases qui portent
un amortissement
en fleche jusqu'à
la Croix .
Le
II. Vola
274 MERCURE DE FRANCE
Le Plan interieur du Dôme est uit
quarré à pans coupez ; les pilastres en
sont pliez régulierement par moitié dans
chaque angle , et accompagnent les Niches
et les Tribunes au- dessus , pratiquées
dans les gros pilier's jusqu'aux pendentifs.
Ces pendentifs ou angles sont ornez de
quatre ronds en ouvrages de Mosaïque
sur les Desseins du Cavalier Joseph Darpino
, qui y a réprésenté les quatre Evangelistes
; au- dessus est l'entablement , où
on lit dans la frise en lettres dorées
plus hautes qu'un homme , Tu ES PETRUS
ET SUPER HANC PETRAM , &c .
L'ordre des pilastres Corinthiens acou
plez et séparez par seize croisées à fronton
, porte sur cette corniche , et sur l'entablement
de cet ordre est un Attique
avec des lunettes où sont représentez en
ouvrages de Mosaïque plusieurs Saints ,
et au-dessus les 12. Apôtres avec quan
tité d'Anges , formant des paneaux qui
séparent la Coupole ou Rose par côtes
égales , rien n'est mieux ordonné.
LA VOUTE.
Rien ne sympathise moins que ces deux
mots ensemble, une voute en plafond, dont
se sert M. le Blanc , en parlant de la
Youte de S. Paul de Londres. Voici ses
ᏞᎥ Val . propres
JUIN. 1735. 1275
et
propres termes : La beauté de la voute en
plafond de S. Paul de Londres est admirable
, en ce que les embrasures des fenêtres
n'y font aucunes échancrures ni lunettes.
M. le Blanc , par cette contradiction
a jetté M. Frezier dans l'erreur ; il croit
que l'Eglise de S. Paul n'est point faite
en voute , mais en plafond ou Soffite ; il
demande quel est l'accord d'une surface plane
à la rencontre des arcades de laTour du Dôme,
dit que cela doitformer un triangle mixte.
La construction de cette voute est faite
de gros soliveaux ou brins de bois ,
avec des courbes , qui forment le ceintre
de la voute , le tout recouvert de mortier
, de plâtre ou de chaux , comme nous
le pratiquons dans plusieurs de nos Eglises
à Paris. Ce ceintre paroît former un
demi cercle parfait et ne fait point l'effet
d'un plafond , que les Italiens apellent
Soffite. La diference qu'il y a de cette
youte avec les autres est d'être coupée
de platebandes et de sept petits plafonds
circulaires et pratiquez entre chaque
croisée , ce qui forme une espece de
Compartiment d'ogives et de pendentifs.
Toutes ces coupures ne s'accordent nullement
avec la grande Coupole du milieu.
L'Architecte n'a pas voulu copier
la voute de S. Pierre , qui est toute en
II. Vol.
Come
1276 MERCURE
DE FRANCE
compartimens
de Roses ; il ne l'a imitée
que dans les quatre grandes platebandes
contigues au Dôme et dans celle qui
est proche du Sanctuaire.
La voute de S. Pierre est bâtie de brique
de trois pieds d'épaisseur , et forme
un berceau très - régulier et tout compar .
de culots ti en caisses remplies de roses ,
et autres petits ornemens de stuc dorez,
avec des bandes qui font resault sur les
avant-corps des pilastres. On en a excepté
la Tribune du fond et les deux extrémitez
de la Croisée,lesquelles on a des
sein de peindre ou de travailler en Mosaïque
pour la varieté. Cette composition
uniforme donne un air de noblesse à
cette voute au-dessus des autres Eglises .
Les plafonds des bas côtez sont tous
peints en Mosaïque d'après de grands
Peintres ; la plupart sont éclairez par de
petites lanternes , que l'on voit en se promenant
sur la Terrasse qui regne sur les
bas côtez de l'Eglise.
DECORATION INTERIEURE.
C'est ici où S Paul de Londres doit
le ceder à S. Pierre de Rome , quoique
M. le Blanc dise , page 5. et 6. que l'Architecture
de la fameuse Eglise de S. Paul
de Londres , est dans le goût moderne , que
II. Vol. d'est
JUIN. 1735. 1277
c'est-là qu'il triomphe avec éclat et qu'il semble
avoir posé son Trône.
On entre par un petit Vestibule dans
l'Eglise de S. Paul , dont la Nef est trop
étroite , et qui paroîtroit l'être encore infiniment
davantage sans la hauteur du
Buffet d'Orgue , posé sur le Jubé de la
Balustrade qui la sépare du Choeur , qui
est presque aussi long que la Nef. On
trouve d'abord un pan coupé qui s'élargit
, comme on a dit cy - dessus , en for
me de Salon , avec deux Chapelles sur
les côtez , fermées et toutes revétuës de
menuiserie , avec des colonnes . On y
voit les Fonts Baptismaux en Marbre
blanc. Il y a quatre Arcades de chaque
côté, et entre chaque Arcade, un seul pilastre
Corinthien , faisant resault , ainsi
que la corniche , avec deux petits pilastres
composites , qui retournent sous
l'imposte , et regnent dans les bas côtez
qui le disputent à la Nef , pour être
étroits . Ils aboutissent d'un bout à l'une
des petites portes du Vestibule , et de
l'autre à un cul - de- sac , ne tournant pas
autour du chevet de l'Eglise , selon l'usage
le plus commun; ces bas côtez percent,
comme on l'a dit , au travers des gros
piliers de la Tour du Dôme , et neanmoins
retournent quarément dans un
11, Vol.
bean
1278 MERCURE DE FRANCE
beau Vestibule ou Salon , que forme chabras
de la Croisée , en entrant par
les portes laterales.
que
Comme il n'y a point de Chapelles
dans cette Eglise , ce sont des portions
circulaires , prises dans l'épaisseur des
murs , où se trouvent les croisées avec
des voussoirs au-dessus , ornez de Compartimens
de Roses et de Mosaïques ,
sculptez en relief dans la pierre de taille .
Tous les ornemens de cette Eglise sont
dans le même goût ; ce sont des têtes de
Chérubins dans la clef des Arcades et dans
les retours des Arcades , dans les platebandes
et paneaux des voutes , ce sont
des compartimens de Roses ; nulle figure,
nul Tableau , nulle dorure pour faire
oposition. Le Sanctuaire est seulement
revétu de quelque Marbre avec de
petits ornemens dorez. Il est fermé par
une Balustrade de fer . Deux gros Chandeliers
dorez sont sur l'Autel , qui est
couvert d'un Tapis de velours cramoisi,
galonné d'or. Les Orgues de bois doré et
sculpté , sont posez sur une Balustrade de
même , qui sépare le Choeur de la Nef;
huit colonnes en ouvrent l'entrée , et font
voir des Formes de bois , sculptées trèsproprement.
Le premier rang est pour
les Musiciens et Clercs d'Eglise , et le se-
II. Vol.
cond
JUIN. 1735. 1279
cond pour les Chanoines . Au - dessus , ce
sont des Tribunes pour les Dames , dans
le goût des Loges de l'Opera ; c'est - là
qu'elles entendent la Prédication qui se
fait dans une Chaire posée au milieu du
Choeur. Il y a encore au - dessus des Tribunes
, des Galeries pour les hommes
lesquelles sont soutenues par des consoles.
S. Pierre de Rome est d'une proportion
bien differente , quoique les mesures en
soient monstrueuses. La Nef est large et
proportionnée à sa longueur et hauteur ,
elle est percée de quatre Arcades de chaque
côté , avec des pilastres Corinthiens
acouplez et des niches entre deux . Deux
figures ornent chaque Archivolte avec
une croisée ceintrée à lunette , au- dessus
de chaque Arcade et de l'Entablement.
Les pilastres font resault , ainsi que la
corniche , dont les modillons sont distribucz
régulierement , sur tout dans les
pans coupez ; l'autre partie de la Nef est
terminée par la fameuse Chaire de saint
Pierre , soutenue par les quatre Docteurs
de l'Eglise. Le coup d'oeil est entierement
satisfait de voir cette longueur prodigieuse
, garder sa proportion avec la hauteur
et la largeur du Vaisseau . Le Baldaquin ,
quoiqu'élevé de 84. pieds , étant percé
à jour , n'arrête point ce coup d'oeil , et
11. Vol. le B
1280 MERCURE DE FRANCE
le Spectateur se trouve embarassé dans
le choix de toutes les belles choses qu'il
voir.
و
En effet cette Eglise offre tant de richesses
dans sa Décoration interieure ,
qu'on ne sçait par où en commencer le
détail . La Peinture , la Sculpture , la Dorure
les Bronzes et les Marbres fins ,
se disputent entre eux à qui ornera mieux
ce grand Vaisseau . Le Vestibule formant
une Galerie , ornée de Peintures et d'ornemens
en relief de stuc doré , introduit
dans l'Eglise par cinq portes ; la grande
Voute est entierement compartie en Roses
et autres ornemens en relief de stuc
doré ; le Baldaquin et la Chaire de saint
Pierre , sont des colosses de Bronze , travaillez
superbement par le Cavalier Bernin
et François Flamant , qui ont fait
voir tous deux qu'ils sçavoient aussibien
animer le Bronze que le Marbre.
Le même Bernin a orné la Chapelle du
S. Sacrement d'un beau Ciboire de Bronze
doré et de forme circulaire , avec deux
Anges du même métail . La Confession
de S. Pierre , qui est au pied du Baldaquin
et à 12. pieds de bas , est revétuë
dans ses murs et escaliers , de pierres précieuses
en compartimens , avec quantité
de Lampes et de Chandeliers d'argent ,
11. Vol.
c'est
JUIN. 1735. 1281
c'est par-là qu'on descend au souterrain
qui forme une seconde Eglise.
Les bas côtez de S. Pierre sont tous revé--
tus de Marbre, avec des enfilades de colonnes
et des Chapelles superbes , en face des
Arcades , ou bien de magnifiques Tombeaux
, parmi lesquels on distingue ceux
de Paul III . d'Urbain VIII . d'Innocent
XI. de Gregoire XIII . et d'Alexandre VII .
tous les Plafonds , ainsi que les Coupoles
, sont en ouvrage de Mosaïque très
bien executée sur les Cartons des meilleurs
Peintres , dont on est obligé tous
les jours d'ôter les Tableaux , que la fraîcheur
de l'Eglise gâteroit sûrement ; sans
cette raison elle seroit toute revétuë de
Marbre,
On ne voit par tout que d'excellentes
figures , dont les plus belles sont les quatre
Docteurs de l'Eglise en Bronze , qui
soutiennent la Chaire de S. Pierre , de la
main de Bernin , qui a fait encore la figure
colossale de 14. pieds de haut de
S. Longin , placée dans une des niches.
des Angles. Le S. André , de la même
proportion , et dans un autre Angle , est
du fameux Quesnoy , autrement dit François
Flamant. Le bas relief de S. Léon ,
menaçant Attila , lequel fait voir une
délica tesse de cizeau surprenante , est sor-
II. Vel. ti Bij
1282 MERCURE DE FRANCE
ti de la main de l'Algarde. Michel Ange
a fait en marbre dans la Chapelle des
Chanoines , une Mere de Pitié , qui passe
pour un chef, d'oeuvre . Le Dominiquain
a peint un S. Sébastien ; le Guerchin sainte
Pétronille ; le Lanfranc , S. Pierre sur les
Eaux le Cigoli , S. Pierre qui guérit un
estropié. On voit un S. Jérôme du Mutian
; S. Grégoire le Grand , d'Andrea
Sacchi ; S. Erasme du Poussin ; S. Chrisestôme
, S. François et S. Antoine de
Pade , tous trois dans le même Tableau ,
de la main de Vouet ; et le Valentin , autre
Peintre François , a peint les saints
Processe et Martinian , Geoliers de saint
Pierre.
C'est dans cette fameuse fabrique de
S. Pierre, que l'on peut dire avec justice,
que le goût de l'Architecture moderne triomphe
avec éclat et qu'il semble avoir posé son
Trônes goût moderne puisé dans le vrai
goût antique ,bien different de celui que le
Borromini a depuis introduit en Italie ,
par la bizarrerie de ses corniches et de
ses ornemens , pour vouloir s'écarter de
la route ordinaire, ce que nos Architectes
vivants tâchent d'étaler par tout, en cher.
chant des formes extraordinaires, des or
nemèns, des mascarons et des cartouches ,
posez de travers et auxquels le bon sens
JI, Fol,
fair
JUIN. 1735. 1283
fait le procès.Quand leBernin qu'ils citent
pour leur modele , a donné l'essor à son
grand génie , le seul caprice ne l'a point
guidé , et il ne s'est jamais écarté du
grand goût dans ses formes .
On ne finiroit point la Description
d'une Eglise si superbement decorée , et
ce n'est point la mitiere d'une Dissertation
, mais d'un Livre entier. Il faut
l'abandonner pour laisser au Public à décider
sur le parallele de ces deux fameuses
Eglises , qui sont certainement les
plus belles que nous ayons dans le Monde.
0 D· E.
Actions de grace's d'une Ame convertie
P Rophanes , pour qui dès l'enfance
Le crime seul eut des attraits ,
En vain vous ne lancés vos traits
Que pour noircir mon innocence .
En vain , Tigres toujours ardents ,
Pour assouvir votre vengeance
Vous armés vos cruelles dents.
Je cesse de craindre vos rages ,
Et vos complots séditieux ,
ASII, Vol. Bij Puisque
1284 MERCURE DE FRANCE
Puisque mes jours sont sous les yeux
Du Dieurqui punit les outrages.
Sa Grace , malgré vos desseins ,
M'a conduit dans les pâturages
Qu'elle a préparez pour les Saints.
M
C'est -là qu'une Onde toujours pure
Serpente sans jamais tarir ,
C'est-là qu'on ne voit point mourir
Des Prez la riante verdure.
Tout plaît, tout charme sur ses bords;
La simple et féconde Nature '
Ouvrit pour eux tous ses trésors.
M
A quelle fureur invincible
Etois-je donc livré , Seigneur ,
Pour ne pas gouter le bonheur
D'une demeure si paisible ?
Quel indigne oubli de ta ' Loy
Et de ta puissance visible
M'avoit soulevé contre toi?

Mais plutôt , Dieu doux et propice;
Jusqu'où se porte ton amour ?
Tu viens me frayer le retour
II. Vol.
Tu
JUIN.
1285
1735
Dans le sentier de la Justice :
Tu me soutiens par ta bonté ,
Tu me tires du précipice ,
Od le crime m'avoit jetté .
Déja ce regard favorable
Change et ranime tout en moi ;
11 fait renaître avec la Foi ,
La confiance inséparable ;
Oui , dans le secours de ton bras ,
Je vois le gage indubitable
Des biens que tu m'accorderas .
Ainsi,soutenu par ta Grace ,
Qui vient aujourd'hui m'éclairer ,
J'espere ne plus m'égarer
Dans le chemin qu'elle me trace ;
Et par ses alles élevé
Vers le séjour où rien ne passe ,
Benir le Dieu qui m'a sauvé.
A Paris , J. J. Desessarts.
II. Vol. EX
B iiij
1286 MERCURE DE FRANCE
LA
產品
A Lettre qui suit nous a été envoyée
comme une Piece fugitive , écrite il
y a près de 40. ans } et on nous prie de la
publier à cause de son importance , et
qu'on travaille actuellement à la révision
du Breviaire de la celebre Eglise de Lyon.
LETTRE de M..... au sujet d'un
endroit du Breviaire de l'Eglise de Lyon,
écrite de Paris à M....
ᏙV ce qu'on doit penser de quelques
Ous souhaités, Monsieur,de sçavoir
ce
9
nouveaux Calendriers dans lesquels le
siecle présent voit mettre desPersonnages
décedez , il y a neuf cent ans , mille ans ,
et même davantage , qui n'avoient jamais
été admis dans aucun Martyrologe , ni dans
aucun Calendrier dont aucune Eglise
n'avoit jamais fait la Fête , et dont on ne
voyoit aucun vestige de culte public et
solemnel ; et vous demandés s'il suffit
qu'on trouve dans quelque Auteur le titre
de Saint donné à un Personnage, pour
en instituer la Fête sans autre formalité ,
quoiqu'il y ait depuis leur mort un intervalle
de mille ou douze cent ans , qui ne
11. Vol. fournit
JUIN. 1735. 1287
fournit ni concours à leur Tombeau , ni
miracles , ni invocation , ni exposition de
Reliques. Vous ajoutés que vous étes
dans un Diocèse où l'on se trouve dans
le cas ; et que vous avés de la répugnance
à invoquer un Evêque nouvellement inseré
dans le Calendrier , sur lequel il vous
paroît que sa propre Eglise a observé un
silence d'environ onze siecles . Vous êtes
persuadé que ce silence n'a pas été sans
fondement, et que, comme dans les siecles
plus voisins de la mort de ce Prélat , on
n'avoit pas encore perdu le souvenir de
ses actions;dès- là que son culte n'a pas été
établi alors , il est trop tard de l'introduire
aujourd'hui , et qu'il peut y avoir
de l'imprudence à faire cet établissement.
Il est fâcheux , Monsieur , que votre
Exposé n'oblige d'attaquer en quelque façon
le Breviaire d'une Eglise aussi illustre
que celle de Lyon. Je n'aurois jamais
cru ce que vous m'en avés marqué
par votre Lettre , si vous n'aviez chargé
une personne de me faire voir dans le
Breviaire de cette Eglise , le fait qui cause
votre doute. Puisqu'il est certain que Pris-
-eus , Evêque du sixiéme siecle s'y trouve
nommé,non pas simplement parmi les personnes
de pieté, mais qu'il y est même mis
.au rang des Saints averezet reconnus au
IL Val.
Bv. premist
1288 MERCURE DE FRANCE
premier jour de Septembre avec Légende
et invocation , il est juste et raisonnable
d'éxaminer si cetteCanonisation subite est
reguliere , et sur quels témoignages elle
peut être fondée.
L'Auteur de la nouvelle Edition du
Breviaire est présumé n'avoir omis dans la
Légende qu'il a composée de ce nouveau
Saint du sixiéme siecle rien de ce qui peut
être favorable à sa mémoire , et l'on doit
croire que s'il avoit eu un plus grandnombre
de preuves de la sainteté de ce
Prélat , il n'auroit pas manqué de les produire.
La Légende de la vie d'un ancien
Evêque nouvellement reconnu Saint par
son Diocèse , doit être comme une espece
de Procès verbal de sa canonisation.
Venons à l'examen de cette Légende.
Il est vrai que je n'y trouve rien que d'édifiant
: elle dit beaucoup de bien en general
de l'Evêque Priscus , et n'en dit
point de mal. Mais il est question de sçavoir
si ce qu'elle avance est fondé sur la
verité. Je ne prétens pas que tout ce
qu'elle contient soit faux , je me restrains
à soutenir seulement que l'essentiel de ce
qu'on y lit , renferme des faussetez insignes,
et qu'elle fait de Priscus un portrait
qui est démenti par la déposition d'un
Auteur contemporain , très digne de foy.
II. Vol. Comme
JUIN. 1735. 1289
Comme la verité a le droit de se manifester
en quelque endroit qu'elle soit
détenue captive , je citerai S.Gregoire de
Tours sur des faits qne vous ne trouveriés
peut être pas dans les Editions qui sont
à Lyon ou ailleurs. La liaison que j'ai
contractée avec le Sçavant Religieux qui
travaille à donner une nouvelle Edition
de ce Pere de l'Histoire de France , laquelle
sera plus ample et plus éxacte que
les précedentes , m'a procuré l'avantage
de jetter la vue sur les matériaux que lui
ont fourni quelques Manuscrits de l'His
toire des François , où il y a sur Priscus de
Lyon , des articles entiers qui avoient été
ônis par le commun des Copistes. Ces
rares fragmens nous découvrent la verité,
qui avoit été ensevelie dans l'oubli, et font
voir évidemment qu'il s'en faut de beaucoup
que la mémoire de Priscus ait été en
benediction à Lyon dans le VI. er VII.siecles
et les suivants , et qu'ainsi l'on étoit
bien éloigné d'avoir la moindre pensée
de lui décerner un culte Religieux de l'espece
dont est celui qu'on rend aux Saints.
Que la Légende nouvellement compo
sée à Lyon dise donc tant qu'elle voudra
, Priscus Sancti Nicetii in sede Lugdu
nensi successor eam Ecclesiam piè et landabiliter
admodùn rexit. Nobilis genere , Dir-
I I. Vol
amte B vi
1290 MERCURE DE FRANCE
>
tute nobilior , mirâ animi constantiâ et candore
enituit. Il n'y a de vrai dans toute
cette premiere Période , que ce qui est
puisé des lieux communs ; elle n'y ajoute
autre chose , sinon que Priscus a été successeur
de S Nisier dans l'Evêché de Lyon.
Il peut se faire néanmoins qu'il ait été de
FamilleNoble, je ne le lui disputerai point,
mais si l'Editeur de votre Breviaire Lyonnois
vouloit jetter un peu la vue sur la vie
de S. Nisier , écrite par Saint Gregoire de
Tours son neveu il y verroit que ce
Priscus qu'il garantit pour un Evêque qui
a gouverné l'Eglise de Lyon d'une maniere
pieuse , digne , et même très- digne
de loüange , laudabiliter admodùm fut toute
sa vie le persécuteur de la mémoire de
S. Nisier son prédecesseur , et que la premicre
action par laquelle il commença son
Episcopat , fut de lui déclarer la guerre ;
ensorte qu'au lieu de conserver les habits
de ce Saint avec quelque espece de véne
ration , il les donna par mépris à des gens
qu'il connoissoit mériter le moins de porter
les dépouilles d'un Saint Prélat.
qui
Saint Gregoire de Tours ajoute dans
son Histoire des traits qui font voir encore
plus sensiblement le mauvais caractere
de Priscus . C'est ici que je n'hésiterai
point de découvrir ce qui se lit dans
II. Vol. de
JUIN. 1735 . 1297
de précieux et très anciens manuscrits de
l'Ouvrage de notre Historien , conservez
en Italie. Ils nous aprennent que Priscus
étoit marié à une nommée Susanne , et
que la haine que lui et sa femme avoient
conçue contre S. Nisier, étoit montée à un
tel excès , qu'ils déclarerent une persécution
ouverte à tous ceux qu'ils connurent
avoir été de ses amis ou de sa Maison ;
qu'eux-mêmes tinrent les discours les plus
affreux contre le S. Prélat , et que le véritable
moyen d'être bien venu auprès d'eux
étoit de répandre des infamies sur sa mémoire
, de quelque maniere que ce fut.
Le Chapelain de Priscus qui n'eut pas le
courage de l'avertir de ses excès , fut tiré
de ce monde . D'autres personnes timorées
, allerent témoigner à Priscus que
la sainteté de Nisier se déclaroit de
plus en plus , et que Dieu leur en avoit
donné des marques. On ne vit point
que rien de tout cela le fit changer. Estce-
là ce que la nouvelle Légende apelle
mirâ animi constantiâ et candore enitere ?
Ce n'est
pas encore là tout ce que Saint
Gregoire de Tours nous a conservé. Depuis
la fondation de l'Eglise de Lyon on
n'avoit point vû la Maison du Clergé ou
verte aux femmes. Priscus amena une
nouvelle mode ; Susanne et ses filles de
II. Vol. cham1292
MERCURE DE FRANCE
chambre ne cesserent de fréquenter et
de s'immiscer dans les appartemens des Eclésiastiques
de la grande Eglise , comme
elles auroient fait dans ceux des gens du
Monde . Apliquésà cela,si vous le pouvés,
le piè etlaudabiliter admodum rexit à l'égard
de celui qui par la nature de sa Dignité ,
doit veiller sur un Diocèse entier. La récompeuse
que Susanne eut de sa temerité
fut , qu'elle devint possedée aux yeux de
toute la ville : L'Evêque Priscus ressentit
aussi la punition de Dieu . Il fut saisi
d'une fievre quarte qui lui dura le reste
de ses jours , avec des tremblemens de
tout le corps ; de maniere que les incommodités
compliquées lui altérerent l'esprit.
Son fils et toute sa famille furent
atteints d'une pâleur mortelle , jointe à la
stupidité ; ce qui fit qu'un chacun les évita
comme des objets de la vengeance divine.
Officii Ecclesiastici , cujus semper in primâ
Galliarum Sede majestas viguit, decorem
multum auxit. Voilà une circonstance qui
seroit glorieuse pour Priscus , si elle étoit
apuyée de l'autorité de quelque monument
; mais il n'y en a aucun qui atteste
ce fait , et l'on ne voit pas où l'Éditeur du
Breviaire l'a puisé ; et quand même il seroit
vrai que Priscus auroit contribué à
11. Vol. la
JUIN. 1735. 1293
la splendeur des Offices divins , ce ne seroit
pas une preuve certaine de sainteté
ni une raison de commencer sa Fête au
dix -septiéme siecle .
Duabus Lugduni Sinodis, et duabus Matiscone
subscripsisse et præsedisse testatur
Gregorius Turonensis , prasentibus Bituricen
si , Rotomagensi , Senonensi , et Burdigalensi
Episcopis. Il paroît par cette Période
que l'Auteur de la Légende a eu une Edition
particuliere de S. Grégoire de Tours.
J'ai consulté toutes les Editions de cet
Historien ; je me suis informé des Sçavans
qui en préparent une nouvelle
on ne trouve nulle part que S. Grégoire
de Tours dise que Priscus ait assisté ni présidé
à des Conciles. Je regarde le Concile
de Lyon et de Mâcon , comme ayant été
réellement tenus : cela est sûr par les Actes
que l'on en a. Mais il ne falloit pas
aporter S. Gregoire de Tours pour témoin
d'une chose sur laquelle il ne dit
pas un seul mot. Ainsi , vous voyés que
La Légende fait parler le Saint Evêque de
Tours, lorsqu'il garde le silence, et qu'au
contraire elle le fait taire , lorsqu'il parle
comme témoin certain et assuré.
In iis multa circà Ecclesiarum jura ;
Christianorum mores , Clericorum Sanctitatem
ejus consilio et auctoritate sancita sunt.
II. Vol. Voilà
1294 MERCURE DE FRANCE
-
Voilà la premiere phrase de la Légende ,
qui ait aparence de verité ; mais ce n'est
pas une preuve évidente de sainteté que
de contribuer à faire de sages reglemens.
On peut , comme les Pharisiens , établir
une saine discipline , et en même temps
faire tout le contraire d'ailleurs , comme
Priscus est dit avoir présidé à ces quatre
Conciles (prasedisse, terme nouveau, qu'on
entend cependant bien ) ce n'est pas une
consequence nécessaire qu'il ait influé le
plus à la manutention de la Discipline
Ecclesiastique. Il y avoir à ces Conciles
de grands Evêques d'une sainteté reconnuë,
qui, sans doute , étoient animez d'un
plus grand zéle que le commun des Prélats
, et qui faisant les propositions , obtenoient
qu'il fut statué conformément
aux anciens Canons. Un Président n'est
quelquefois que l'organe d'une compagnie
il arrive souvent qu'il pronbifce
contre son propre sentiment , et ifpeut
arriver qu'il publie sa propre condamna
tion .
Ejus Sanctitatem testatur Alo Viennensis
in Chronico suo ,
et perantiquum Ecclesia
S. Nicetii Registrum , in quâ Ecclesiâ corpus
ejus sepultum fuisse extant non pauca
eaque satis aperta monumenta. C'est encore
ici un S. Evêque à qui on fait dire ce qu'H
11. Vol.
n'a
JUIN. 1735. 1295
n'a pas dit : le début de cette phrase signifie
que S. Adon Evêque de Vienne ,
raporte dans sa Chronique des preuves
de la sainteté de Priscus . Il semble qu'à
l'ouverture de cette Chronique on doive
trouver un récit des vertus qui font les
Saints , ou bien des miracles qui les su
posent. Mais qu'y lit-on ? Que Priscus fut
l'un des Evêques qui souscrivirent à des
Reglemens Ecclésiastiques , et rien de
plus. Ce qui , comme j'ai déja dit , n'est
point une action qui emporte nécessairement
avec soi , une sainteté de vie,
Il est vrai qu'à cette occasion l'Auteur de
la Chronique l'apelle Sanctus Priscus ; mais
c'est parce que le terme de Sanctus se donnoit
alors par honneur à tous les Evêques,
de la même maniere qu'il se donne encore
à tous les Papes. Il est si évident , qu'en
cet endroit Adon ne supose point par
cette expression que Priscus fut honoré
comme Saint canonisé , qu'il donne libé
ralement la même qualité à tous les Evêques
du Concile. Il faut distinguer soigneusement
quand un Auteur s'exprime
simplement de cette sorte ; Sanctus Priscus
, Sancti Episcopi , d'avec ce langage ;
Evantius vir sanctus , Episcopus Vienna :
Siagrius Edicensis Episcopus , vir summa
Sanctitatis. Ce sont ces dernieres manie-
11. Vel
res
1296 MERCURE DE FRANCE
, -
.
res de parler qui désignent des hommes
de sainte vie , et non pas la simple Epithete
Sanctus , employée suivant le stile
des Actes des Conciles . Il auroit été à
souhaiter pour Priscus , que la Chronique
d'Adon au lieu de dire Sanctus Priscus
, eut mis Priscus vir Sanctus , ou bien
Priscus vir summa Sanctitatis ; pour lors
• ce seroit un témoignage autentique de
sainteté. Mais la place où est situé l'adjectif
Sanctus , marque visiblement que ce
n'est qu'une Epithete honorifique et de
pur stile , et qui ne signifioit pas davantage
que notre Reverendus ou Reverendissimus.
Je ne m'étens point à démontrer
cette verité dont il y a tant de preuves
dans les monumens de l'Histoire Ecclésiastique.
Une marque constante que
S. Adon n'a pas regardé Priscus de Lyon
comme Saint canonisé, est qu'il ne l'a pas
mis dans son Martyrologe , où il a donné
place aux autres Evêques reconnus Saints
de son tems .
Le Registre de l'Eglise de S. Nisier qui
vient au secours de la Légende , est déclaré
un trés ancien manuscrit , peranti
quum. J'ai consulté Severt , et je viens
d'aprendre ce que c'est que ce Registre ;
c'est un Livre dans lequel il est fait mention
de la visite que fit dans cette Eglise
II. Vol.
Hugues,
JUIN. 1735. 1297
Hugues Evêque in partibus , d'un Evêché
apellé Tabariensis l'an 1308. par com-
-mission du Chapitre de Lyon. Ainsi il
faut d'abord rabatre les deux tiers du
perantiquum ; quand même ce volume seroit
le Procès verbal de 1308. en original
, il n'auroit d'âge que trois cent cinquante
ans. Est- ce donc là une antiquité
si reculée pour être désignée par un superlatif
? Dans l'estimation ordinaire des
connoisseurs en manuscrits , le titre de
per
antiquum , ne se donne qu'à ceux qui ont
autour de neuf cent ans , ou mille ans
et au dessus , s'il s'en trouvoit. Voilà par
consequent encore dans la Légende un
trait d'éxageration qui blesse la verité.Or
que dit ce Procès verbal ? l'Evêque y
marque qu'il trouva un Autel dont la
table , qui étoit de marbre , paroissoit
avoir servi de tombe à l'Evêque Priscus ;
et parce que dans l'Epitaphe qui s'y lisoit
en plusieurs distiques , ses ossemens y
sont apellez pia membra , et que ce Poëte
plaçoit son ame dans le Ciel , l'Evêque
commis à la visite , crût pouvoir qualifier
de Bienheureex celui dont on voyoit
la tombe , et faire mettre dans son Acte
Beati Prisci. Mais il faudroit n'avoir jamais
lû d'Epitaphe pour ignorer que ces
termes generaux de Prélat agreable à Dieu,
11. Vol. Prélat
1298 MERCURE DE FRANCE
Prélat élevé dans les Cieux par ses mérites ,
sont un encens commun , que les Poëtes
et les Orateurs prodiguent à tous les défunts,
soit dans les Epitaphes, soit dans les
Oraisons funebres ou Panégiriques, et que
si ces termes suffisoient pour servir de titre
à la canonisation , les Calendriers Ecclesiastiques
et les Martyrologes seroient mille
fois plus remplis qu'ils ne le sont. D'ailleurs
il est certain que cette Epitaphe a
été faite dans un siecle trop éloigné de celui
de Priscus , pour qu'on ait pu s'en autoriser
à le canoniser de nos jours. Avec
un peu d'attention on reconnoît qu'elle
n'est gueres que du douzième siecle.
L'Evêque deTabarie raporte qu'il vit les
Epitaphes de six Evêques deLyon dans les
Cryptes de l'Eglise de S. Nisier , outre celle
de S. Nisier même; et que ces six Evêques
passoient pour être Sacerdos, Aurelien ,Rus
tique Viventiole, Prisque et Annemond.Ceux
qui prendront la peine de les lire dans
Severt aux nombres XXV I. page 65.
XXIX . p. 76. XXXIII . p . 105. XXXIV.
p. 109. XXXV. p. 117. XLV . p. 156 .
et LIX. p. 191. de son Histoire des Archevêques
de Lyon , conviendront avec
moi qu'elles sont toutes du même stile ,
et que c'est un seul et même Poëte qui les
a rédigées. Comme donc l'Evêque Aure-
II. Vol.
lier
JUIN. 1735. 1299
lien n'est mort qu'en l'an 895. cet Auteur
ne peut être du neuviéme siecle,et par con
sequent étant tout au plus du dixième , il
est au moins posterieur de trois siecles
à la mort de l'Evêque Priscus. La preuve
s'en tire des bévuës énormes qu'il commet
en parlant de l'Evêque Aurelien . Il
avoit si peu connu cet Evêque , mort ,
comme je viens de le marquer, à la fin du
neuviéme siecle , qu'il le confond avec
S. Aurelien Evêque d'Arles , décedé au
milieu du sixiéme siecle , et qu'il a la
simplicité d'avancer qu'Aurelien de
Lyon fut transferé de son Evêché à celui
d'Arles , mais qu'il mourut avant que
d'y avoir été .
,
Comme cette translation est absolument
fausse , et fondée seulement sur ce
qu'Aurelien Evêque d'Arles étant devenu
fameux par sa Regle , on le connoissoit
à Lyon et ailleurs ; cela marque que
que le Poëte Lyonnois , Auteur des Proses
, étoit bien éloigné du siecle d'Aurelien
Evêque de Lyon. C'est pourquoi je
crois lui donner toute l'antiquité qu'il
mérite, en le plaçant au douzième siecle ,
d'autant plus que sa Poësie et sa Prose
ressentent assez la dureté de ce siecle - là .
Or , pour revenir à l'Epitaphe.de Priscus,
de quel poids peut être dans une affaire
II. Vol. aussi
1300 MERCURE DE FRANCE
3
il
aussi importante que la canonization , le
témoignage d'un Auteur éloigné de Cinq
ou six siecles de celui duquel il parle ?
Il y a tout lieu de croire qu'il a usé du
privilege que la Poësie donne d'inventer,
et que ne sçachant que dire de Priscus , iĺ
en a fait une espece deComte ou de Gouverneur
de Province , qui vaquoit à regler
les differens des particuliers . Son
dernier Vers marque en quelque maniere,
qu'il y avoit dans Lyon chaque année au
mois de Juin un Mémorial de cet Evêque
Priscus. Il pouvoit être mort dans
ce mois là , et avoir établi quelque usage
singulier pour faire ressouvenir de lui
ou bien on mettoit des illuminations et
des vases odoriferans à son Tombeau
dans ce mois là , pour renouveller la mémoire
de sa déposition ; ceremonies qu'on
observe à l'égard de quantité de personnages
qu'on n'a jamais regardé comme
des Saints à invoquer.
Le second article de votre Lettre ,Monsieur
, roule sur le jour qu'on a choisi dans
le dernier Breviaire de Lyon , pour rendre
à Priscus les honneurs qui ne sont dûs
qu'aux Saints , et reclamer son intercession.
C'est avec raison que vous blamés
le choix qu'on a fait pour cela du premier
jour de Septembre ; mais en même-
II. Vol. tems
JUIN. 1735. 1301
tems que j'en suis informé par la lecture
du Breviaire que vous m'avés fait présenter
, je ne puis m'empêcher de déplorer
l'usage que l'Editeur de ce Breviaire a fait
de l'ancien Calendrier de Lyon que j'ai
trouvé parmi mes Livres . C'est,sans doute
, ce qui fait aussi le sujet de votre peine
: les anciens Calendriers de Lyon et
même ceux du dernier siecle , marquent
au premier jour de Septembre la
fête d'un S. Prisque Martyr , à trois Leçons.
L'Editeur ignore , ou a fait sem
blant de ne pas connoître ce Saint , à cau
se que les Leçons se tiroient du commun
d'un Martyr , et qu'il n'y en avoit pas
de propre ; il a cru procurer au Breviaire
de Lyon une nouvelle richesse et une nouvelle
beauté en effaçant Martyris du Calendrier
, et mettant en place Episcopi
Lugdunensis ; ce qui l'a obligé de composer
la Légende dont j'ai fait ci- dessus la
critique. Mais il faut être absolument
neuf par rapport aux Martyrologes , pour
ne pas sçavoir que le Prisque , Martyr du
prem er Septembre , est un des plus anciens
Martyrs de l'Eglise Latine , que c'est
le Prisquede Capoüe en Italie, mentionné
à ce jour dans Bede , Adon , Usuard ,
et tous les autres posterieurs
, et qui est
estimé avoir été l'un des 7 2. Disciples de
Jesus - Christ .
1302 MERCURE DE FRANCE
Severt dit quelque part , que l'on conserve
à Lyon un Martyrologe de Bede ,
manuscrit. Le correcteur du Breviaire
auroit bien dû le consulter pour apren- ,
dre quel étoit le S. Prisque de tous les anciens
Calendriers Lyonnois , et ne lui en
pas substituer un autre. Que diroit - on de
nous autres Parisiens , si , dissimulant de
connoître quel Saint est le Saint Eusebe ,
Confesseur , marqué dans tous nos anciens
Calendriers au quatorziéme jour
d'Août , nous nous avisions ( au moins
celui qui seroit chargé de la revuë de nos
Livres ) d'effacer ce mot Confessoris , et de
mettre en place Episcopi Parisiensis , et
Confessoris , et de faire composer ensuite
une Legende en l'honneur d'Eusebe Evêque
de Paris qui vivoit au sixième siecle ?
Que penseroit - on de la subtilité ingénieuse
de cette canonization ? On auroit,
certes , grande raison de s'en plaindre , et
de dire qu'il n'est pas permis de faire ainsi
servir les jours dont les anciensSaints sont
en possession , pour y mettre des Evêques
de même nom , dont on n'a aucune
preuve de sainteté. Ce qui est arrivé à
Lyon étant tout - à - fait semblable , mérite
par conséquent les justes plaintes de ceux
qui ont du zele pour la pureté du culte
divin. Si la Canonization de Priscus peut
II. Vol.
passer
JUIN. 17350 1303
passer pour bonne de la maniere subreptice
dont elle paroît faite ; celle de Faustin
, autre Evêque de Lyon du troisiéme
siecle , n'est nullement à désesperer. Pour
y parvenir , il n'y a qu'à se persuader fortement
que c'est lui qui est marqué dans
les anciens Calendriers de Lyon , au 29 .
Juillet , et apuyer cette interprétation
des Calendriers par le suffrage de quelque
Auteur qui l'aura apellé Saint , princi
palement de quelque moderne qui aura
de la réputation , par exemple l'Auteur
des Réponses aux Remarques sur le Breviaire
de Paris , imprimées ici il y a quinze
ans ou environ . * Cet expédient est tout
naturel , si l'on trouve bonne la voie par
laquelle Priscus vient d'être canonisé de
nos jours ; et même le cas est beaucoup
plus favorable à l'égard de Faustin , qu'on
sçait avoir été en relation avec le Pape
S. Etienne , et dont on n'a point de mal
à dire , qu'à l'égard de Priscus dont la
conduite est si décriée . Je vous laisse le
maître , Monsieur , de faire quel usage il
vous plaira de mes Refléxions , et je vous
permets de les communiquer à ceux que
vous jugerés à propos ; si elles ne sont à
* Cet Auteur anonime qualifie p. 116. Faustin
Evêque de Lyon , ( du titre de Saint.)
11. Vol.
C présent
2304 MERCURE DE FRANCE
présent d'aucune utilité , peut être aporteront-
elles leur fruit dans le tems d'une
autre Edition du Breviaire . C'est ce que
je souhaite en vous priant de me croire ;
& c .
NOTES sur la Lettre précédente ; an
sujet de la sainteté de Priscus.
Ette Lettre a deux parties. Dans la
premiere on attaque la sainteté de
Priscus Evêque de Lyon du sixième siecle ,
Dans la seconde on se récrie sur le déplacement
de S. Prisque Martyr , honoré
dans l'Eglise le premier Septembre , pour
lui substituer un autre prétendu Saint du
même nom .
L'on ne peut nier quant à ce second
chef que l'Auteur de la Lettre n'ait raison
, du moins en partie ; il ne convient
pas de dégrader un Saint reconnu et
averé , pour lui en substituer un autre tel
qu'il puisse être ; l'Eglise en pareil cas
doit acquerir et ne rien, perdre.
Les Editeurs ou Reviseurs du Breviaire
de Lyon doivent d'autant plus se refor¬
mersur cet article , que les mêmes monumens
sur lesquels ils fondent la sainteté de-
Priscus Evêque de Lyon , placent sa Fête
au mois de Juin,, ainsi le portent les deux
derniers Vers de l'Epitaphe ancienne
ouvée sur son Tombeau :
JUIN
1735. 1305
Edibus ad coelum migravit ab imis
Juniis et mensis qultus bonoris habet.
L'on ne peut donc qu'aplaudir à l'endroit
de la Lettre qui critique la supression
de la Fête de S. Prisque Martir , au
premier Septembre , pour y placer à pareil
jour celle de Priscus Evêque de Lyon .
Mais quant à la sainteté de cet Evêque ,
il ne paroît pas que les moyens proposez
pour la combatre soient assez décisifs pour
y acquiescer. Ils ne sont ni nouveaux ni
solides.
Ce que l'on opose de plus fort est tiré
du chapitre 36. du cinquiéme Livre de
Gregoire de Tours , qui y dit beaucoup
de mal de Priscus Evêque de Lyon. Or
bien loin que ce monument ait échapé
jusqu'ici , comme on le supose , à la connoissance
des Sçavans , il paroît au contraire
qu'il a attiré en particulier l'atten
tion des Bollandistes ; car en même tems
qu'ils placent Priscus au rang des Saints
que l'Eglise honore , ils s'objectent tout ce
que Gregoire de Tours en dit de désavantageux
, et ils y répondent en s'inscrivant
en faux contre tout le Chapitre où Pris
cus est si maltraité ; ce Chapitre , selon
eux ne se trouve dans aucune Edition
anterieure à celle de Dom Ruinart , non
,
II. Vol. Cij plus
1306 MERCURE DE FRANCE
plus que dans aucun ancien Manuscrit ,
excepté celui du Mont- Cassin. Desorte
que tout consideré , la sainteté de Priscus
leur paroit plus autentique, que les Textes
même de Gregoire de Tours qui semblent
la combattre.
Je dis qui semblent la combattre , car
quand on les suposeroit vrais , il ne s'ensuivroit
pas que Priscus déreglé dans un
tems , n'ait pû devenir Saint dans un autre.
C'est la réponse que donnent à Gregoire
de Tours , les Sçavants Peres Bene
dictins dans leur Gallia Christiana. Nous
aprenons , disent ils , de Sulpice Severe
que Saint Brice fut d'abord très déchaîné
contre S. Martin , jusqu'à le traiter de fol
et d'insensé ; mais que dans la suite il
changea de disposition et de conduite à
son égard. Il s'est donc pû faire de même,
que Priscus après s'être si fort déclaré contre
S.Nisier, l'ait ensuite honoré et imité.
Et il faut bien que cela soit ainsi , et
que les preuves qui établissent la sainteté
Priscus soient plus forts et ayent fait
plus d'impression sur l'esprit des Sçavans,
que les prejugez contraires qui résultent
des Textes de Gregoire de Tours, puisque,
malgré son autorité , et les Bollandistes
et les R. P. Benedictins dans leur Gallia
Christiana , accordent à Priscus le titre de
Saint.
JUIN. 1735. 1357
Ils se fondent 1 ° . Sur un ancien Ma
nuscrit ou Calendrier de Bruxelles , qui
le qualifie tel.
2. Ils se fondent sur l'Epitaphe trouvée
sur son Tombeau lors de sa découverte
en 1308. Non seulement cette Epitaphe
le qualifie de Saint , et de Bienheureux ,
mais ce qui est sans réplique , elle fixe sa
Fête au mois de Juin , ainsi que nous l'avons
ci-dessus observé. Or est-il , que
cette Epitaphe devoit être fort ancienne ,
puisque , quoi qu'elle fut gravée sur du
marbre , plusieurs Vers effacés de vétusté
n'ont pû se lire au rapport des Auteurs
contemporains , qui nous ont transcric
cette Epitaphe,avec deux ou trois vuides.
Il ne faut donc pas s'étonner , si les Actes
de l'invention de Priscus , en consequence
d'un tel monument , l'ont qualifié de
Saint.
Enfin , Adon dans sa Chronique , lui
donne le même titre , et l'associe à d'au--
tres Saints. Voici comme il s'en explique.
Is (Eventius Viennensis ) cum Sancto Prisco
et Artemio Senonensi ac Remigio Bituricensi
et cum aliis Sanctis Episcopis , 20. capitula
Ecclesiastica perfectè roboravit. Quibus consedit
Evagrius Eduensis vir summa sanctitatis.
En vain pour affoiblir l'autorité de ce
II. Vol Ciij texte,
308 MERCURE DE FRANCE
texte , on y dit 1 ° . Que le terme de Saint
dont Adon gratifie Priscus , n'est qu'un
titre honorifique , tel qu'on le donne à
tous les Papes , ce qui fait qu'Adon le
prodigue liberalement à tous les Evêques
du Concile où présidoit Priscus.
L'on ajoute en second lieu , que s'il
avoit voulu marquer que Priscus a été
vraiment Saint , il en auroit parlé comme
d'Evagre , qu'il nomme virum summa sanctitatis.
Mais ni l'une ni l'autre de ces deux Observations
ne sçauroit infirmer la sainteté
de Priscus. Quant à la premiere , il
n'est pas vrai qu'Adon dans l'endroit qui
vient d'être cité , donne le nom de Saint
generalementàtous lesEvêques duConcile
oùprésidoitPriscuss dire qu'il s'y est trouvé
avec plusieurs autres Saints Evêques cum
aliis Sanctis Episcopis , ce n'est pas dire
que tous ayent été Saints.
,
La seconde Observation n'est pas
plus solide , car en détruisant la sainteté
de Priscus , elle détruiroit aussi
celle d'Artemius Archevêque de Sens ,
reconnu pour Saint dans l'Eglise ; car
Adon en le nommant après Priscus , ne
dit point de lui vir Sanctus ou vir summe
Sanctitatis. S'il employe donc cette expression
à l'égard d'Evagre , c'est parce
II. Vol. qu'il
JUIN. 1735 1309
qu'il étoit, sans doute, d'une sainteté plus
Eminente , et non pour lui attribuer le
titre de vrai Saint à l'exclusion de ceux
qu'il lui associe .
De tout ceci il faut conclure que -les
preuves de la sainteté de Priscus subsis
tent dans toute leur force , et qu'au contraire
tout ce qu'on y opose n'est d'aucune
solidité.
REMERCIMENT des Clercs de Procureurs
à Mlle *** qui avoit témoigné
prendre part à leur mauvais sort.
O notre état , Caliste , est des plus mal- heureux ;
De mille déboires affreux
Il nous rend sans cesse la proye :
La Parque avec l'or et la soye
Ne file point nos tristes jours ,
D'un fil épais et noir elle en ourdit la Trame ,
Ce qui nous fait craindre dans l'ame
Que ce fil ne dure toujours.
Les agréables dons de Flore
Que l'ont voit naître sous vos pas }
Sous les nôtres ne croissent pas ;
Mais la Chicane y fait éclore
Les affligeants Soucis , ennemis du repos ,
II.Vol.
Et
Ciiij
1310 MERCURE DE FRANCE
Et nous laisse à regret cueillir quelques Pavots.
De nos maux excessifs si notre ame blessée
Produit au jour quelque pensée ,
Elle est triste ; pour nous il n'est aucunes Acurs
Que nous n'arrosions de nos pleurs.
A peine dans les Cieux la diligente Aurore,
Allume le flambeau du jour ,
Qu'en notre sublime séjour
Où nos travaux passez nous retiennent encore ;
Dans les bras même du sommeil
La Chicane en fureur , hâte notre réveil
La redoutable voix de ce monstre barbare ,
Dans ce fatal instant à nos jambes prépare ,
Plus de cent dégrez à sauter
Dégrez qu'auparavant il a fallu monter ;
Trop bizares effets de notre destinée !
Nous étions guindez dans les Airs ,
Et la course nocturne à peine est terminée
Qu'il nous faut descendre aux Enfers :
Nommons ainsi l'Etude , où malgré nos mure
mures ,
Au milieu des Papiers entassez à grand frais ,
Nous souffrons encor les injures
D'un Argus odieux qui nous tient dans ses fers ;
Que d'objets differents à nos yeux sont offerts !
Si quelque soin nous guide à ce vaste éd.fice,(a)
Où malgré les loix de Thémis ,
(a ) Le Palais.
II,Vol. Regne
JUIN 1735- 1321
Regne la fraude et l'artifice ,
A nos yeux se presente un Monde d'Enn emis ,
Que l'amour des Procès sans relâche consume
Qui s'épuisent en vains projets ;
C'est là que la Chicane assemble ses sujets
Qu'elle abreuve de fiel et nourrit d'amertume,
Tandis qu'en noirs habillements ,
On voit ses funestes Ministres , (a)
Visiter ces appartements
, (b)
Où sur des Registres sinistres ,
Les noms des plaideurs sont inscrits ,
Tels qu'au Triumvirat injuste ,
De Si la , d'Antoine , et d'Auguste ;
Rome vit autrefois le nom de ses Proscrits ,
Composer plus d'um Catalogue ;
Tels que ……….. mais tiêve à l'apologue , ......
Le sens propre est pour nous bien plus inte
ressant.
Sortons de ce Palais , le danger est pressant;
Quitons ces lieux ; malgré la conduite équitable
De plus d'un Magistrat par Thémis inspiré ,
On y respire encor un air pestiferé ;
Et l'entrée en est redoutable :
Sortons encore un coup ; mais le même poison
Infecte aussi notre prison. ....
Qu fuir ?
du .... repas
l'heure sonne
(a) Les Procureurs .
(b) Greffe des présentations.
11. Vol.
Peut- Cv
3112 MERCURE DE FRANCE
Peut -être que fertile en gracieux ébats ,
La table à nos regards offrira plus d'apas à
Hélas ! nous n'y trouvons personne
Par qui nous soyons excitez :
La liberté nous est ravie ,
Elle qui donne la vie
Aux Festins les mieux aprêtez.
Buvons le jus de la Bouteille , }
Du chagrin le plus noir sçait se rendre vaina
queur ;
Quel outrage on te fait , puissant Dieu de la
Treille !
Une onde témeraire a soüillé ta liqueur.
Dieu quel est notre sort ! quand portant sur
la tête ,
Un panier plein d'excellents fruits ,
Pomone viens s'offrir pour embellir la Fête ,
De peur que nous n'osions par la natute instraits
,
Porter jusqu'à ces fruits une main indiscrette
Un
usage
maudit fait battre la retraite ;
Il faut , sans prononcer un mot ,
Passer de la table au cachot ,
Se remettre au travail jusqu'à perte d'haleine ;
´En attendant l'instant où l'on nous permettra
De préparer nos corps à de nouvelles peines ,
Sur un lit où jamais la molesse n'entra.
II. Vol.
ΕΝΤΟΥ.
JUI N. 17358
1313
ΕΝΤΟΥ.
De notre misere acablante ,
Belle Caliste , osés comtempler le portrait 3
Il y manque plus d'un trait ,
Pour rendre la peinture en tout point ressem
blante.
'Aux accès bilieux d'une humeur pétulante ,
Quelquefois , malgré nous , nous nous aban→
donnons ,
Mais quoi ? notre douleur est bien moins violente
,
Puisqu'aujourd'hui nous aprenons
Qu'à la compassion votre coeur accessible
A nos maux se montre sensible.
De ce coeur généreux l'honorable pitié ,
Des traîtemens amers que nous venons de peindre
,
Efface plus de la moitié :
Puisque vous nous plaignés, nous cessons d'être
à plaindre.
11. Vol: Cvj EXPLI
1314 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXX AXXXXXXXXXXXXXX
EXPLICATION d'un ancien Jetton
de cuivre , qui a pour Legende.
AVE MARIA GRACIA.
J'A
' Ai reçu , Monsieur , le curieux Jetton
qu'il vous a plû de m'envoyer ,
et dont vous me demandés en même
tems l'Explication. Il faut essayer de
vous contenter , quoique je sois persuadé
que cette Explication a ses difficultez .
Ce Jetton très - bien conservé , a d'un
côté l'Ecu de France , à trois Fleurs de-
Lys , sans Supports , ni Collier d'aucun
Ordre Roïal , sans datte et sans Cou
ronne , avec cette Legende AVE MARIA
GRACIA. Au Revers est une Croix , pleine
partie , et fleurdelisée , dont les bouts
se terminent dans quatre demi cercles ,
entre lesquels il y a au dessus ces quatre
Lertres A. V. E. M. dont le sens est
AVE MARIA. La Gravûre que voici , fait
mieux entendre cette Description.
Un pareil Monument où sont les Armes
de France , ne peut avoir été frappé
et donné au Public , que par l'ordre ou
avec la permission du Roy , au sujet de
quelque action de pieté ; laquelle est
II. Vol.
d'auTHE
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
YE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
JUIN. 1735. 1315
d'autant plus difficile à découvrir , que
les occasions où nos Rois ont signalé
leur devotion envers la Sainte Vierge,
sont en très grand nombre .
J'ai d'abord pensé à l'Institution de la
pieuse coûtume de reciter la Salutation
Angelique à la fin de l'Exorde des Setmons
; mais j'ai compris avec un peu de
refléxion , que notre Jetton ne peut pas
être la suite de cette Institution , ni en
indiquer l'Epoque , laquelle me paroît
être dans le 14. siecle. Les Auteurs qui ont
parlé de cet usage, disent , que c'est une
loüable coûtume , introduite par quel-.
que Particulier zelé pour l'honneur de
Marie , et ne parlent point d'Ordre émané
d'une Autorité Supérieure.
Erasme qui écrivoit en 1535. avoüe
qu'il ignore l'Auteur de cette maniere
de saluer la Mere de Dieu dans les Sermons
:Mirum verò unde mos inoleverit quod
nunc plerique perorato Exordio falutant B.
Christi Matrem , præter omnium veterum
Exemplum. L. 11. de ratione concionandi.
La Faculté de Theologie de Paris censura
en 1523. la Proposition qui suit , raportée
par M. d'Argentré , à present Evêque de
Tulles , T. 11. p. xv. On doit dire l'Oraison
Dominicale à l'Exorde d'un Sermon , puis-
II. Vol.
qu'on
16 MERCURE DE FRANCE
qu'on y recite la Salutation Angeliques et elle
conclut qu'on peut pratiquer cette Salutation
, qu'elle apelle une lonable coûtume
sans y ajoûter le Pater : Hac Propositio ,
dit la Censure , falsa est , consuetudini laudabili
, contrariam suscitans novitatem.
K
Le Venerable Jean Gerson , né en 1363 ,
Docteur de Paris en 1392 , et ensuite
Chancelier de l'Eglise et de l'Université ,
prêchant le Sermon de la Cêne , fait remarquer
que de son tems cette même
Salutation étoit ordinaire , Salutatio Angelica
folita videretur , in hoc luctu importuna
narratio. T. IV . Tit. VII .
Saint Vincent Ferrier , celebre Dominicain
, né selon la Chronologie du P.
Echard en 1346 , Theologal de la Cathedrale
de Valence en Espagne, depuis 1384
jusqu'en 1390 , est le premier Prédicateur
que je trouve ( quelque recherche que j'aye
faite ) qui ait recité l'Ave Maria dans
ses Sermons , à Valence et à la Cour de
l'Infant Don Martin d'Atragon , pendant
le Carême de 1388 , qu'il s'absenta de sa
Theologale. Ces Sermons sont imprimez
dès l'année 1539 , et on y lit ces paroles :
Sed primò falutetur Virgo Maria.
Le Saint Prédicateur étoit venu à Paris
en 1377 , n'étant âgé que de 31 ans , au
raport des P P. Miguel et Echard , et il
II. Vol.
Y
JUIN. 1735: 1317
Y
ans ,
étoit en 1393 , stile ancien , âgé de 44•
à la suite du Cardinal de Luna ,
Legat du Pape Clement VII . vers le Roy
Charles VI. ainsi que l'ont écrit les sçavans
Continuateurs de Bollandus dans
leur premier tome du mois d'Avril ; il
étoit , dis-je , à Paris pour la seconde
fois , lorsque Gerson , âgé seulement de
28 ans , prononça le Panegyrique de S.
Louis avec l'Ave Maria , au College de
Navarre , n'étant encore que Bachelier ,
Cum adhuc solum esset Baccalaureus , époque
et circonstance qui se trouvent uniquement
dans ce Sermon , et qui font
éntendre que c'étoit le coup d'essay de
Gerson.
C'est donc avec quelque fondement que
le P. Mozet, Dominicain Espagnol, a dit p.
86 de son Dietario virginal , imprimé en
1642 , en parlant de S.Vincent Ferrier : on
tient pour certain que cette pieuse pratique
de saluer Marie , vient de lui. r ſe
tiene per cierto fué el inventor d'esta Salutacion
de Mariainfuos Sermones . Bernardin
Ferrari, Milanois , qur écrivoit en 1620 ,
est du méme sentiment. Je ne voudrois
pas cependant prendre là. dessus l'affirmative
, peut - être poura t'on dans la
suite produi une plus ancienne institution
, il me suffit de faire remarquer ici ,
II. Vo!. 1° Que
1318 MERCURE DE FRANCE
1°. Que du tems de Gerson la Salutation
de Marie dans les Sermons étoit ordinaire
et de coûtume , solita.
2. Que S. Vincent Ferrier qui la pratiquoit
, a précedé Gerson ; et enfin que
ce même S l'Apôtre de son siecle, que les
Auteurs qui ont parlé des Dévots de la
Vierge , ont placé parmi les plus fervens,
summus Deipara Cliens , puissant en oeu
vres et en paroles , étant porté d'inclination
à l'honorer a eu assez d'autorité
pour en introduire la coûtume dans les
Chaires.
>
Après cette petite discussion , qui étoit
necessaire pour ne rien avancer trop legerement
au sujet de notre Jetton , il
faut chercher ailleurs le motif rour lequel
il peut avoir été frapé , et l'Epoque
de sa publication.
Observons d'abord qu'il n'a pas la
forme d'une Monnoye , et qu'il n'aproche
d'aucune des vieilles Especes qui sont
marquées dans le Tarif de 1668 ,
dans les Traitez de Mrs Bouteroüe et le
Blanc. Il est d'ailleurs aisé de voir , que
ce n'est ni un Ange , ou Angelat du re
gne de Philippe de Valois , décedé en
1350 , Monnoye dont parle M. le Blanc ,
p . 243 , ainfi apellée de lnge qui tenoit
l'Ecu de France à trois Fleurs.de
II.Fol.
lys,
JUIN. 1735- 1319
lys , ni un Salut de Charles VI . ayant d'un
côté un Ecu à trois Fleurs de lys , entre
la Ste Vierge ét un Ange , avec ce mot
Ave , et de l'autre une Croix pleine entre
deux Lys , au dessus d'un K , premiere
Lettre du nom du Roy.
Henry V. Roy d'Angleterre , Successeur
prétendu de la Couronne de France,
qui avoit épousé Catherine , fille du Roy
Charles VI , et d'Isabeau de Baviere ,
étant décedé à Vincennes , deux mois
avant son beaupere , le 28 Août 1422 ,
laissa un Fils au berceau , né en Angleterre
, et nommé Henry VI . Ce Prince
encore enfant , passa en France en 1431 ,
fut couronné par le Cardinal de Wincester
dans la Cathédrale de Paris , Roy de
France et d'Angleterre , au préjudice de
Charles VII son Oncle , que la Pucelle
d'Orleans avoit fait sacrer à Rheims trois
ans auparavant . Alors le Roy d'Angleterre
fit battre une nouvelle Monnoye
bien differente des Nobles d'or d'Henry
V. son Pere , sur laquelle il étoit représenté
dans un Vaisseau ; au lieu qu'on
voyoit sur la Monroye du Fils , apellée
des Saluts , d'un côté une Croix pleine
entre une Fleur de-Lys et un Leopard
et la lettre H au - dessous , et de l'autre
côté la Sainte Vierge saluée par un Ange,
9
$
11.Vol. avee
320 MERCURE DE FRANCE
avec ce mot A VE et c'est de cette Salutation
que la Monnoye fut appellée
>
Saluts.
Si le
peu
de conformité de notreJetton
avec les Monnoyes dont nous venons de
parler , en établit la difference , l'Ecu seul
et à trois Fleurs- de Lis , dont il est chargé,
prouve en même tems que cǝ Jetton ne
peut pas avoir été frappé avant le regne
de Charles V. dit le Sage , de cedé en
1380: voici la preuve de ma proposition
comme
trois
Charles Martel , Pere du Roi Pepin
le Bref , portoit pour Armes six Fleursde-
Lis , au chef de France ,
Prince ou Duc des François ,
Croissants en champ de gueules étoient
les Armes de France depuis Clovis , selon
quelques Auteurs. On voit encore aujourd'hui
à Soissons un Tombeau de nos
Rois semé de Croissants . Ceux de la troisiéme
Race portoient des Couronnes à
quatre Fleurs- de- Lis jusques à Louis VI ,
dit le Gros , et à Louis VII . son Fils
dit le Jeune , qui ornerent de Fleurs - de-
Lis les extrémitez de la leur , faite en
forme de bonnet carré. Ce dernier Monarque
, qui, par allusion , les uns disent
à son nom , les autres à sa beauté , fut
nommé Ludovicus Florus , est représenté
tenant un Lis de sa main droite,et on croit
+ LI. Vol.
que
JUIN. 1735. 1327
que ce fut en se croisant pour le voiage
de la Terre Sainte en 1147 qu'il sema son
Ecusson , sa Monnoye et son Sceau de
Fleurs de Lis sans nombre , comme il paroît
par une Chartre du x11 . siecle ; il
voulut qu'au Sacre de son Fils , depuis
nommé Philippe Auguste , la Dalmati
que et les Bottines fussent de couleur
d'azur , et semées de Fleurs- de- Lis d'or.
Le R. P. D. Mabillon p. 139. de sa
Diplomatique , remarque que Philippe
le Hardy , Fils de Saint Louis , avoit
trois Fleurs - de- Lis à son Contrescel , et
que Charles V. est le premier qui a réduit
les Fleurs- de- Lis sans nombre des
Armes de France , à celui de trois , deux
et une : Ea , in trium numerum redegit ; ce
qui paroît , dit- il ; par la Dedicace qui
lui fut faite du Livre de la Cité de Dieu
de S. Augustin , et par l'Inventaire de ses
Joyaux de 1379 , dans lequel il est fait
mention de dix Plats dorez , ayant chacun
sur le bord une espece d'Écusson à
trois Fleurs- de- Lis.
Charles V. est aussi le premier de nos
Rois qui a mis sur l'Ecu de France une
Couronne ouverte , et fleurdelisée ; son
Fils Charles VI . par une Ordonnance de
1380. fixa le nombre de trois Fleurs - de-
Lis dans l'Ecu de France : la Medaille
II. Vol.
frappée
1322 MERCURE DE FRANCE
frappée à ce sujet est fort bien dessinée
dans la page 593 du II . tome de Mezeray.
Elle représente une Renommée qui
tie it un Ecu à trois Fleurs- de- Lis , avec
cette Legende
Lilia sic totum , Famâ , vulgata per Orbem .
Ainsi la Renommée fera connoître les Fleursde-
Lis dans tout l'Univers.
Ces Epoques des trois Fleurs- de- Lis
dont notre Jetton est chargé , et la fabri
que des lettres qui y sont du xv . siecle ,
indiquent que cette Piece fut destinée à
servir de monument pour éterniser la
memoire de quelque action de pieté de
quelqu'un de nos Rois envers la Sainte
Vierge , et distingué de ses Prédecesseurs
par une devotion particuliere à l'invoquer
, depuis Charles V. qui le premier
prit trois Fleurs-de Lis , jusques à ce que
ce caractere changea vers la fin du xv.
siecle , ce qui nous conduit à Louis XI
et lui convient préférablement à tout
autre , puisque la Legende de sa Medaille
est la derniere de ce caractere dans le
Tome II. de Mezeray , et que sa pieté
envers la Mere de Dieu , a rendu , sans
contredit son non plus celebre dans
'Histoire , que celui de tout autre Roy.
Ses liberalitez en faveur des Eglises ,
,
II. Vol. consaJUIN.
1735. 1323
consacrées à Dieu , sous l'invocation de
Marie , à Clery , à Boulogne sur mer , à
l'Abbaye de laVictoire près de Senlis , fondée
par Philippe Auguste après la bataille
de Bovines ; les sentimens de confiance
et de veneration , dont il témoignoit
être penetré , en prononçant le seul nom
de Marie , qu'il apelloit sa bonne Dame
&c. en sont des preuves sensibles.
De plus , l'hommage qu'il lui rendit
avec une pompe extraordinaire dans l'Eglise
de Boulogne, près de Paris , voulant,
dit Varillas tome 4. p . 138 , que les Rois
tinssent à l'avenir le Comté de Boulogne
à hommage de la Sainte Vierge ; et plusieurs
autres faits que je passe sous silence
, afin de m'étendre un peu plus sur
deux de ses Ordonnances au sujet de
l'Ave Maria , ne permettent pas de douter
que notre Jetton ne lui soit propre.
Je me suis déterminé à le croire avec
d'autant plus de fondement , qu'ayant eu
l'honneur de le faire voir à M. de N. de
l'Académie des belles - Lettres , distingué
par son érudition , et singulierement par
la connoissance qu'il a des anciens Monumens
; il a eu la bonté d'écouter mes
raisons , et de les aprouver.
Il est vrai que le Collier de l'Ordre de
S.Michel , institué par Louis
XI . en 146.9%,
II. Vol. 1 ne
324 MERCURE DE FRANCE
ne se trouve pas sur notre Jetton , mais
cela n'est pas sans exemple.Mezeray,tom .
III. pag. 80s . nous donne une Medaille
frappée en 1575 , à l'occasion du Mariage
d'Henry III. avec Louise de Lorraine
, où l'Ecu à trois Fleurs.- de Lys ,
avec cette Devise : Amor omnia vincit ,
est sans le Collier de l'Ordre de S. Michel.
Ce Roy est le premier , qui en instituant
l'Ordre du S. Esprit en 1579 , a
environné les Armes de France d'un se
cond Collier.
Les deux Ordonnances de Louis XI.
au sujet de l'Ave Maria , sont d'un si
grand poids , pour autoriser ce que je
viens de dire de notre Jetton , par raport
à ce Roy , qu'elles meritent une
attention particuliere.
La premiere dattée du 1. May 1472 ;
fut donnée pour faire reciter la Salutation
Angelique , trois fois le jour , au
son de la cloche ; pour ce qui est de
midi , Louis XI. ne fit que renouveller
ce qui se pratiquoit sous Louis le Gros
décédé en 1137.
- Cette Ordonnance de Louis XI . parut
aux R R. P P. Chartreux si conforme
à leur devotion envers la Mere de
Dieu , qu'ils saluent ( en recitant à genoux
un Ave , toutes les fois qu'ils en-
II. Vol. trent
JUIN. 1735 7325
trent dans leurs cellules ) qu'on trouve
dans le Chapitre premier Art. 39. de leurs
anciens Statuts , un ordre exprès de s'y
conformer , adressé à routes leurs Maisons
du Royaume de France.
"
La seconde Ordonnance est comprise
dans les Lettres Patentes du Don que
Louis XI. fit en 1480, de la grande
Maison des Beguines aux Religieuses de
la tierce Ordre Penitente & Observente de
Monsieur S. François , ordonnant que
l'Hôtel des Beguines s'apelleroit désormais
l'Ave Maria : « Bien- tôt après , a
dit le R. P. D. Felibien , Benedictin p .
874. du Tome 11, de l'Histoire de Paris , u
on parla d'y établir des Religieuses «<
de Sainte Claire ; Anne de France «
fille de Louis XI . , et Dame de Beau- «<
jeu , leur obtint des Lettres Patentes , «<
et les Religieuses du tiers- Ordre de «<
Saint François , passant de la contefta- «
tion de leur droit à l'admirarion de «
leur vertu et de leurs grandes auste- <<
ritez , les inviterent elles mêmes à «
venir s'établir dans leur Maison , ce qui
se fit en 1484. "

-
C'est ainsi que l'Ordre de S. François,
si multiplié er si celebre dans l'Eglise
entra en possession de cetre Maison de
Beguines, presque éteintes , dont la Com-
II. Vol. munauté
1325 MERCURE DE FRANCE
i
munauté étoit composée en 1273 d'en
viron quatre cent , circiter quadringenta ,
dit le P. Geoffroi de Beaulieu de Betomas
, Dominicain , Confesseur de Saint
Louis. Ce Prince les avoit établies vers
1230.On voit dans notre Eglise de Paris les
Epitaphes et les Effigies de trois de leurs
Generales perpetuelles de 1284 , 1312 ,
et 1335. Ce choix de leur Sepulture paroît
singulier . Geoffroi est un des 29 RR.
de son Ordre , Confesseurs de nos Rois,
dont il y en a eu 7. depuis Charles VI.
jusques à François II.Nos Reines y en ont
aussi choisi six . Je suis , Monsieur , & c.
Signé , F. Mathieu Texte , Dominicain .
************************
LES DEUX SOEURS.
FABLE ALLEGORIQUE.
Par M. de Sommevesle.
U Ne Ville des plus brillantes ,
Lieu par les Graces habité ,
Vit naître dans ses murs deux Soeurs toutes
charmantes ,
Dont maint galant fut enchanté .
On les nommoit Léonore et Lisette.
Cette derniere étoit coquette ,
( Sa Mere l'avoit bien été )
II. Vol.
Elle

1327
ཤྭ ་ JUIN
. r༡༣༣ :
Elle aimoit fort à la toillette ,
A s'entendre conter Aeurette.
On la flattoit tantôt sur sa beauté ,
Tantôt sur sa taille parfaite.
Celui - cy s'écrioit sur sa vivacité ,
Celui- la loüoit sa parure ,
Un autre son grand air , sa blonde chevelure ;
Chacun l'enfloit de vanité .
Sa Soeur ne recevoit encens ni sacrifices ;
Les Lettres , les Beaux- Arts , faisoient seuls ses
délices.
Heureux celui par qui tel plaisir est goûté !
Il se met à couvert de l'atteinte des vices ,
i toujours vertueux vit dans la volupté,
Dans une tranquille innocence ,
Léonore en faisoit l'utile expérience,
Chez l'élite des beaux esprits
Le mérite de ses Ecrits
Lui fit donner par excellence
L'illustre nom de Sapho du Pays.
Chacune des deux Soeurs dans ses goûts affermie,
Sous même toît tenoit Académie
L'une étoit d'érudition ,
L'autre étoit de galanterie.
Celle où regnoit la belle passion
Etoit plus leste et plus fleuris.
( Galans ne vont point sans atour }
C'est regle de police en l'Empire d'Amour.
Vol. Pour D
1328 MERCURE DE FRANCE
Pour la societé lettrée
Déja par cent Lauriers elle étoit illustrée.
Du sommet du Parnasse Apollon chaque jous
Chez la jeune Sapho venoit tenir sa Cour ;
Lisette en conçut jalousie ;
Dans le dépit dont son ame est saisie ,
A Léonore elle dit aigrement ,
La Science n'est point du sexe et de votre âge ;
Et quand de votre Muse éclora quelque Ou
vrage ,
Chere soeur, croyés-moi ,
croyés- moi , n'en faites d'autr
usage,
Que de le resserrer bien précieusement,
Pour un Autheur tel discours est outrage ;
Qu'on ne fait guere impunément ;
Mais Léonore toujours sage ,
Lui répartit d'un air modeste et doux
Vos atraits ne seroient pour vous
Ma soeur , qu'un frivole avantage ,
Si seule vous viviez dans un sombre réduit´;
En faire à tout le monde un pompeux étalago
Pour yous c'est en tirer le fruit,
Ainsi ce que j'ai , Part d'écrire ,
Seroir pour moi très peu flateur ,
Si je n'avois quelque lecteur.
L'amour
propre est le Dieu , ma soeur , qui nous
inspire ,
Sur tout le genre humain il étend son empire,
II. Vol.
Par
JUIN.
1320 1735
Par lui les favoris du divin Apollon ,
Se livrant au feu de leur veine ,
Ont sçu pour l'honneur de leur nom
Puiser avec succès dans la docte fontaine.
Par lui le guerrier excité ,
S'assurant une place au Temple de la Gloire ;
Vole avec le secours des Filles de mémoire ,
Aux dépens de ses jours à l'immortalité.
sans lui nul des Héros, que consacra l'Histoire,
N'auroit pu parvenir au rang des demi- Dieux
Et de lui vous tenés le pouvoir de vos yeux.
Allés , ma soeur , pensés à plaire ,
Et suprimés votre leçon .
Ne parlez plus ainsi que le vulgaire ,
Qui fronde toujours sans raison ,
Et se plaît à blâmer tout ce qu'il ne peut faire.
A ce propos la Fable dit qu'un Chat
Attiré par l'odeur d'un suculent Potage
Mais n'y pouvant atteindre , empêchoit que de
plat ,
Nul n'aprochat , et faisoit rage.
Hélas ! dans l'homme et dans les animau
L'on découvre mêmes défauts,
Lisete s'ofensa de la mercuriale ;
Coquete rarement a soufert de morale ;
Aussi prit-elle un ton à faire éclat.
Ami commun survient , qui finit le débat ,
Chacun vecut à l'ordinaire ,
11. Vol. Dij La
1330 MERCURE DE FRANCE
La sçavante pour résultat ,
Fournit jusques an bout une illustre cariere ;
La Coquette vieillit , et voulut toujours plaire
Mais ses rides bientôt chasserent les amours.
Dans sa retraite solitaire ,
Où sans cesse aspirant à terminer ses jours,
Ses voeux des Immortels irritent la colere ,
Plus qu'ils ne touchent leur bonté.
Charme trompeur de la beauté ,
Aux coeurs que la fleurete enyvre ;
Tu ne laisses jamais que l'ennui d'y survivre.
C

***************
EXTRAIT du Mémoire lû par M. de
Reaumur, dans l'Assemblée publique do
PAcadémie Royale des Sciences du Mercredy
20. Avril 1735.
Sar les moyens d'abréger , et surles moyens
de prolonger la durée qui semble pres
crite à la vie complete des Insectes de
plusieurs genres,
E cours de la vie complette de tout
Animal est une suite de degrez d'ac
croissement , et une suite de degrez de
décroissement. L'Animal cst dans toute
sa force quand il passé par la suite des
dégrz d'acroissement. Il est vieux , prêt
11. Vol.
JUIN. 1735. 1331
à périr quand il a passé par la suite des
degrez de décroissement ou d'affoiblissement.
On seroit donc maître d'abreger
ou de prolonger la durée de la
vie complette d'un Animal , si on l'étoit
de le faire passer plus rapidement ou plus
lentement par les degrez d'accroissement
et par ceux de dépérissement. Un enfant
qui parviendroit en peu d'années à l'âge
viril , et qui , devenu homme si brusquement
, s'affoibliroit avec la même rapidité
, n'auroit que peu d'années pour le
cours d'une vie complette. L'enfant au
contraire qui ne deviendroit homme
qu'en un ou plusieurs siecles , et à qui il
en faudroit autant ou plus pour arriver à
l'âge le plus décrépit , auroit plusieurs
siccles pour le cours naturel d'une vie
'complette. Qui auroit trouvé le secret de
prolonger ainsi la durée de la vie des
hommes , auroit trouvé celui de tous les
secrets qui nous paroît le plus désirable ;
mais malheureusement ce n'est encore
que celui de prolonger la durée de la vie
des Insectes que M. de Reaumur nous a
apris. Il doit pourtant paroître bien sin.
gulier qu'il nous donne des moyens simples
d'abréger ou de prolonger à notre
gré la durée complette de la vie de ces
petits animaux. Malgré le mépris avec le-
1 1. Vol . Diij quel
1337 MERCURE DE FRANCE
quel le commun des hommes les regarde,
ils sont le juste objet de l'admiration de
ceux qui les observent avec des yeux qui
sçavent voir. Leurs corps sont faits avec
un apareil prodigieux , il entre dans leur
composition un merveilleux assemblage
d'un nombre de parties beaucoup plus
grand que le nombre de celles qui entrenc
dans la composition des corps des Animaux
dont nous avons la plus haute idée.
Dès qu'on sçait combien ces petites machines
animales sont composées et parfaites
, il est donc bien surprenant qu'on
puisse abréger et qu'on puisse prolonger
considerablement la durée de leur vie.
M. de Reaumur en donne pourtant ici
les moyens par raport à un très grand
nombre de genre de diferens Insectes.
Parmi ces petits Animaux il y cu a de
quantité de genres et d'especes qui doivent
chacun paroître dans le cours de
leur vie sous plusieurs formes diferentes.
Tous ceux qui naissent Chenilles , deviennent
dans la suite des Papillons , et
ont passé par un état moyen dans lequel
ils étoient des Crisalides , ou dans le langage
ordinaire de ceux qui élevent des
Vers à Soye , ils étoient des Féves. La durée
ordinaire de la vie de plusieurs especes
de ces Insectes est d'un an ou à peu
II. Vol
près
JUIN. 1735: 7331
près Ils naissent dans le Printemps ,
dans l'Eté ou dans l'Automne , et périssent
l'année suivante dans les mêmes
saisons un peu plutôt ou un peu plus
tard , après avoir pris la forme de Papillons
; mais la plupart de ces Insectes se
métamorphosent en Crisalides avant la
fin de l'Automne , et même bien plutôt ;
c'est sous la forme de Crisalides qu'ils
passent l'Hyver. Tel Insecte , de l'année
qu'il a à vivre , en passe huit à neuf mois
sous cette derniere forme. M. de Reaumur
, après s'être assuré par quantité d'experiences
curieuses que nous ne raporterons
point ici , que l'Insecte qui paroît
Crisalide n'est qu'un Papillon pour ainsidire
emmailloté , et que ce Papillon ne
devient en état de se tirer des envelopes
qui le font paroître Crisalide , que
lorsqu'il
s'est fait une évaporation conside
rable d'une liqueur aqueuse dont ses parties
interieures sont baignées, en a conclu
qu'il abrégeroit le cours de la vie complette
de ces Insectes , ou , ce qui est la
même chose , qu'il les feroit passer plus
rapidement par leur diférens degrez d'accroissement
, s'il faisoit venir le Printemps
ou l'Eté plutôt pour eux , ou s'il
Occasionnoit chez eux dès la fin de l'Automne
ou pendant l'Hyver la transpira
11. Vol. D iiij tion
1334 MERCURE DE FRANCE
tion qui ne s'y devoit faire que dans les
jours chauds. Sur ce principe il a porté
des Crisalides de quantité d'especes dife
rentes dans ces belles Serres du Jardin du
Roy , où par le moyen de Poëles dans lesquels
on entretient du feu , on fait regner
au milieu de l'Hyver un Printemps ou un
Eté,nécessaires aux Plantes des pays chauds
Parmi les Crisalides qui ont été portées
dans ces Serres , plusieurs se sont transformées
en Papillons au bout de peu de jours.
Cinq à six jours passez dans les Serres
ont été pour quelques unes ce qu'eussent
été plusieurs mois si elles eussent vécu
exposées à l'air exterieur , et generalement
le progrès de leur dévelopement a
au moins été tel, qu'un jour passé dans la
Serre a été équivalent à une semaine . Mais
si l'accroissement de ces Insectes a été plus
prompt , la durée de leur vie en a été racourcie
proportionnellement. Les Papillons
ont fait leurs oeufs et ont peri ensuite
comme périssent alors tous les Insectes de
cette espece. Tel Papillon qui n'auroit
paru avec ses aîles qu'en Juillet , avoit
déja terminé le cours de sa vie avant la fin
de Janvier.
Dès qu'on peut accélerer l'accroissement
des Insectes en les tenant pendant
l'Hyver dans des Serres chaudes , M. de
11. Fol. Reaumur
JUIN. 1735. 7333
Réaumur en a conclu qu'on le retarderoit
en leur faisant passer l'Eté dans des
Serres froides ; des caves et des glacieres en
peuvent tenir lieu ; et qu'il y avoit aparence
qu'on prolongeroit ainsi la vie de
ces Insectes par un moyen contraire à celui
qu'on avoit employé pour abréger la
durée de la vie des autres. Avant la fin de
'Hyver il a renfermé dans des Bouteilles
de verre, et il a porté dans une bonne cave
des Crisalides qui devoient se métamorphoser
en Papillons dans l'Eté suivant, et
périr par consequent dans le même Eté.
Ces Crisalides tenues pendant les mois
chauds dans un lieu froid n'y sont point
devenues des Papillons , et n'ont paru en
soufrir aucunement ; après y avoir passé
une année entiere, elles étoient aussi vigoureuses
que le sont les Crisalides les mieux
conditionnées , et en état de se transfor
mer en Papillons dès qu'elles y seroient
aidées par la chaleur de l'air . Voilà donc
déja des Insectes qu'on a fait vivre pendant
un tems double de celui qu'ont vécu
jusqu'à présent tous les Insectes de leur
espece. M. de Reaumur doit faire encore
durer l'Hyver pendant l'Eté prochain
pour les mêmes Crisalides , et il ne doute
pas qu'elles ne soutiennent ce nouvel Hyver
, et que ces Insectes qui n'eussent dû
14. Vol.
Dy vivre
1336 MERCURE DE FRANCE
vivre qu'un an , et qui en ont déja vécu
deux , n'en vivent trois. Il y a lieu de
croire qu'en tenant ainsi des Crisalides
dans des endroits encore plus froids que
des caves , on prolongera leur vie pendant
plus d'années qu'on ne l'ose penser.
Au reste , ce qui a été dit jusqu'ici pour
les Crisalides des Papillons , l'est pour les
Crisalides de tous , les Insectes qui prennent
cette forme ou des formes équivalentes
, comme celles de Nimphes ; on
prolongera de même la vie de la plûpart
des Insectes qui doivent devenir des
Mouches , des Scarabes , &c.
C'est en retardant l'accroissement des
Insectes dont il vient d'être fait mention
qu'on a prolongé le cours de leurs jours ,
par un moyen semblable à celui qui a été
employé ; on peut même prolonger la vie
des Insectes de divers genres qui ont acquis
toute leur grandeur. Quelques especes
de grands Animaux comme les
Ours , les Marmottes , les Loirs , &c. passent
une partie de l'Hyver sans manger ,
mais cela est commun à un très-grand
nombre d'especes d'Insectes ; pendant
P'Hyver ils sont dans un engourdissement
si considerable , qu'il ressemble plus
à un état de mort qu'à celui du someil ;
alors les mouvemens de leurs liqueurs
II. Vol. sont
JUIN 1935. 7337
sont très rallentis ; ils ne transpirent que
très peu. En faisant durer P'Hyver plus
long- tems pour ces Insectes , on les tiendra
plus long- tems dans cet engourdissement
sans leur faire rien perdre , ou en leur
faisant peu perdre de la durée de leur vie
active , parce que cet engourdissement
peut être prolongé sans que les Insectes
en soufrent . M. de Reaumur en raporte
un exemple propre à nous prouver en
même temps que les faits d'Histoire naturelle
les plus reçus , ont encore besoin
d'être éxaminez de nouveau . Il n'en est
pas un,peut-être , dont on soit plus generalement
et depuis plus long temps convaincu,
que de la merveilleuse prévoyance
des Fourmis . Combien de fois a t'on vanté
le travail et la sagesse avec laquelle elles
font pendant l'Eté des magazins de grains
qui doivent leur fournir des alimens pendant
la rude saison . Il n'y a pourtant rien'
de moins réel que ces magazins selon les
observations de M. de Reaumur , qui
promet d'expliquer ailleurs ce qui en impose,
lors qu'on voit transporter des grains
par les Fourmis ; mais ce qui est de certain
, c'est que ces magazins leur seroient
absolument inutiles pendant l'Hyver ; elles
le passent amoncelées les unes sur les
autres sans avoir besoin de manger ; elles
11. Fol. D vj sont
1338 MERCURE DE FRANCE
sont alors si immobiles qu'elles semblent
mortes ; ches sont bien éloignées d'avoir
la force d'entamer des grains de bled , elles
ne peuvent se donner les plus legers
mouvemens. M. de Reaumur a tenu des
Fourmis dans leur état d'engourdissement
pendant un temps une fois plus long que
celui où elles ont coutume d'y être , elles
n'ont pas paru en avoir soufert , leur vie
a été prolongée d'autant.
Nous ne commençons à compter la vie
des Animaux que du temps où ils ont
commencé à vivre pour nous , mais tous
les Physiciens sçavent que le petit animal
vit dans l'oeuf, dès que l'oeufa été fecondé.
M. de Reaumur prouve qu'on peut pres
que allonger ou abréger à son gré la durée
de la vie des Embrions , des Insectes
renfermez dans les oeufs , et il ajoute
qu'il y a grande aparence qu'on peut
de même prolonger la durée de la vie des
Embrions des Oiseaux renfermez dans
les oeufs. Le petit Oiseau ne périt dans
l'oeuf que quand l'oeuf se corrompt : en
empêchant un oeuf de se corrompre , on
Y fera donc vivre plus long temps le petit
animal qui y est renfermé ; c'est ce qui
a donné occasion à M. de Reaumur de
nous aprendre à conserver les oeufs dont
nous faisons une si grande consommations
11.Vol. nonJUIN.
1735. 1335
non- seulement d'empêcher les oeufs de
poule de se gâter , mais de les garder pendant
un long- temps dans l'état des oeufs.
frais . Il remarque , et il prouve que quelque
compacte que nous paroisse la coque
d'un oeuf , qu'il transpire continuellement
, qu'il s'en échape continuellement
une humeur aqueuse ; l'oeuf est d'autant
moins bon , plus prêt à se corrompre ou
plus corrompu, qu'il a plus transpiré. Sur
ce principe M. de Reaumur a pensé qu'en
couvrant un oeuf frais d'un vernis qui
seche vîte , et que l'humidité ne peut
penetrer,qu'on le conserveroit dans l'état
d'oeuffrais pendant long temps. Il en fit la
premiere épreuve il y a huit à neuf ans. Il
donna vers la my- Avril deux couches
d'un vernis fait de Lacque dissoute dans
P'esprit de Vin , à plusieurs oeufs frais ; il
me frt cuire quelques uns des oeufs vernis
qu'au bout de deux mois et demi ou de
trois mois , et de mois chauds . Ils avoient
tout le lait , le blanc extrêmement blanc,
et la graine qu'on voit aux oeufs , et qu'ont
ceux qu'on fait cuire le jour même où
ils ont été pondus. Ils n'avoient aucun
mauvais goût , pas même celui
que des
gonnoisseurs en oeufs trouvent à ceux
qu'on a fait tremper dans l'eau pendant
quelques jours pour les conserver. Il y a
AI. Val
plus
1340 MERCURE DE FRANCE
plus , c'est qu'au bout d'un an et même
au bout de deux ans , M. de Reaumur
fit cuire de ces oeufs vernis , ils avoient
encore alors le blanc des oeufs frais , ils
étoient bien pleins comme le sont les oeufs
frais , mais leur goût étoit legerement alteré
, il étoit tel que celui des oeufs qui
ne paroissent frais , que parce qu'on les a
tenus dans l'eau.
M.
La consommation des oeufs est si grande
, et il y a tant de cas où il seroit agreable
d'avoir des oeufs frais à substituer aux
vieux , qu'il y a aparence qu'on ne négli
gera pas de faire usage du secret que
de Reaumur nous a apris pour les conserver
, d'autant plus qu'il a fait voir en
même tems que la dépense de les vernir
ne sera presque rien , les vernis les plus
communs y seront bons , l'Esprit de Vin
est ce qui sera le plus cher mais une
pinte d'Esprit de Vin , foible foible , peut fournir
à vernir des milliers d'oeufs . Ceux
qui ne sont pas au fait des vernis , et qui
voudront faire cette expérience par curio
sité,quoiqu'un peu plus cherement , n'ont
qu'à mettre de la Cire d'Espagne dissou
dre dans de l'Esprit de Vin , et étendre
de cette dissolution sur les oeufs qu'il voudront
conserver
,
11. Vol.
REFLEJUIN.
1735. 7341
hhhhhh
REFLEXIONS.
N croit qu'il faut plus d'art , a
O proportion , and
Version, toutes les beautez de l'Original,
que pour composer l'Original même.
Les gens d'une profonde érudition ;
ne dédaignent point les ignorans , parce
qu'ils sçavent bien que plus on est sçavant
, mieux on connoît combien on
leur ressemble encore.
Un homme d'esprit ne craint point
la Critique ; il aime ses Ouvrages sans
aveuglément , et tâche d'en connoître
tous les défauts , pour en réformer au
moins une partie , s'il ne peut les réformer
tous. Il ne présume jamais avoir
fait un Ouvrage parfait , sçachant trop
bien que l'attention d'un Auteur ne sçauroit
être toujours la même , sur tout dans
le cours d'un long Ouvrage . La paresse fait
qu'on se néglige ; l'amour propre qu'on
se séduit ; l'humeur , qu'on pense et
qu'on s'exprime moins heureusement ;
tantôt c'est la mémoire qui trompe un
II. Vol.
Ecri342
MERCURE DE FRANCE
Ecrivain , tantôt c'est le jugement ou le
goût qui l'abandonnent. Ici il croit sça-
Voir ce qu'il ne sçait pas , là il croit dire
plus ou moins qu'il ne dit en effet . Véritablement
il y a des Livres qui ne valent
pas la peine d'être critiquez ; mais
n'en est aucun qui ne puisse l'être.
Quelqu'un a dit : pour mettre du fer
et du jugement dans vos Ecrits , travail.
lés au sortir de table , lorsque vous êtes
en belle humeur , et corrigés à jeun .
Exceller dans un Art , ou s'enrichir
par ce même Art , sont deux talens fort
diferens. Mille Avocats dont tous les Ouvrages
ne valent pas le moindre Plaidoyé
de Patru , font une grande fortune , pendant
que Patru , réduit à l'indigence , est
obligé de vendre sa Bibliotheque.
Le Dialogue est un genre d'écrire insinuant.
On a va par expérience qu'une
longue et uniforme discussion , dans les
matieres subtiles et abstraites sur tout ,
est seche et fatigante ; on y languit , rien
n'y délasse un raisonnement en demande
un autre ; un Auteur parle sans cesse
rout seul. Le Lecteur rebuté de ne faire
qu'écouter , sans parler à son tour , is
H. Vol.
sujet
JUI N. 1734. 1345
Sujet lui échape, ou il ne le suit qu'à demi.
Au contraire , faites parler tour - à - tour
plusieurs personnes , avec des caracteres
bien gardez , le Lecteur s'imagine faire
une véritable conversation , et non pas
une étude . Tout l'interesse , tout réveille
sa curiosité , tout le tient en suspense
Tantôt il a la joye de prévenir une réponse
et de la trouver dans son propre
fond ; tantôt il goûte le plaisir de la
surprise , par une réponse décisive qu'il
n'attendoit Ce l'on dit le presse
d'entendre ce que l'autre va dire. Il veut
voir la fin pour découvrir quel est celui
qui répond à tout , et auquel l'autre
ne peut donner une entiere réponse. Ce
Spectacle est une espece de combat , dong
le Lecteur se trouve le Spectateur et le
Juge. Telle est la force du Dramatique
pas. que
C'est beaucoup faire que d'aprocher
de cette naïveté ingénieuse , de cette simplicité
délicate , de cet art inimitable
qui ne paroît point art.
L'imitation fait tort à plusieurs personnes
qui étouffent leur génie pour se
donner à celui qui ne leur convient pas.
Il faut étudier son talent , le bien connoître
et en suivre la pente.
II. Vole
344 MERCURE DE FRANCE
Il n'est permis qu'aux Héros et aux
Grands- hommes de s'élever au- dessus des
regles ordinaires , et ce seroit une imprudence
à bien des gens que
de youloir
les imiter en tout.
Ceux qui dérobent chez les Moder
nes , s'étudient à cacher leurs larcins ;
ceux qui dérobent chez les Anciens , en
font gloire ; mais pourquoi ces derniers
méprisent- ils tant les autres ? Il faut plus
d'esprit pour bien déguiser une pensée
de Pascal , que pour bien traduire un
Passage d'Horace.
Ce n'est pas assez d'étudier les Livres,
Il faut étudier les hommes. Il faut suivre
avant que de marcher à la tête des au
tres , et imiter au commencement pour
devenir inimitable.
Il n'y a rien où le bon soit plus près
du mauvais , que dans la plaisanterie.
On aprend et on retient infiniment
mieux les choses dont on se mocque ,
que celles qu'on aprouve et qu'on admirc
.
Discit enim citiùs meminitque libentiùs illud ,
11. Vol. Quod
JUIN. 17358
1345
Quod quis derides, quam quod probat et veneratur.``
Hor. L. 1. Ep. 1 .
La Profession de Railleur est un Métier
à se faire suivre de tout le monde ,
sans se faire aimer de personne.
Un homme raille d'autant moins, qu'il a
plus d'esprit et de pénetration ; parce qu'à
F'instant qu'il voudroit lâcher une plaisanterie
, il prévoit une répartie , ou même
plusieurs réparties qu'on pourroit
lui faire .
La raillerie peut être galante et même
un peu malicieuse , mais il faut qu'elle
soit modeste et délicate , qu'elle ne soit
ni satirique ni grossiere, ni froide ni extra
vagante ; qu'elle ne blesse ni les oreilles
ni l'imagination , et qu'elle ne fasse ja
mais rougir que de dépit.
Les Railleurs de profession qui veulent
railler sur tout , fatiguent extréme.
ment ; la gêne qu'ils donnent à leur esprit
pour trouver ce qu'ils cherchent ,
leur fait dire mille fadeurs pour une chose
divertissante ; ensorte que pour trois
ou quatre railleries suportables qu'ils auront
dites en toute leur vie , il aura fallu
en entendre cent mille de mauvaises.
II. Vol. On
346 MERCURE DE FRANCE
On est ordinairement si préocupé des
choses que l'on sçait , qu'on s'exprime
d'une maniere fort équivoque pour
ceux qui ne sont pas au fait. C'est
une reflexion que ceux qui écrivent ,
ou qui veulent se rendre intelligibles
en parlant , ne sçauroient trop faire ,
quand ils veulent donner une idée que
T'on n'a pas encore. Ils se servent souvent
de termes relatifs qui sont justes
, par raport à leur imagination , mais
qui ne signifient rien par raport à l'ïmagination
d'autrui ; à moins qu'on ne
les détermine avec d'autres termes qui
soient absolus , ou du moins connus de
ceux à qui on parle .
Minuit presentia famam . L'attente donne
ordinairement une si grande idée des
choses , que quand elles paroissent , il
est dificile qu'elles la soutiennent , si elles
ne sont d'un mérite extraordinai.c;
la surprise impose davantage .
Il est également dangereux de faire
tour de sa tête et de ne rien faire que
par celle des autres .
C'est toujours une marque de jugement
que de douter de sa suffisance . St
II. Vol. deceptum
JUIN. 1737.
1347
deceptum tradidit Hipocrates more scilicet
magnorum virorum fiduciamque magnam has
bentium ; nam lavia ingenia qua nihil ha
bent nibil sibi detrahunt , magno viro convenit
etiam simplex veteris erroris confessio
Il y a long- temps qu'on a dit
que l'esprit
devient souvent la dupe du coeur .
On auroit dû ajouter que le jugement
est bien aussi souvent la dupe de Pima,
gination,
TRAIT remarquable de justice et de
génerosité. Extrait d'une Lettre écrite de
Marseille le 23. Mars 1734.
E dois vous faire d'un
Jéquitable quese pertu un trait ausse
culier de notre Ville , lequel mérite bien
d'être publié , avec le nom de celui qui
en a été capable , malgré les précautions
qu'il avoit prises pour n'être pas connu .
Il y a environ dix jours qu'on vendit à
l'enchere les Meubles de feu M. de Pisancon
, ancien Lieutenant de Galere ,
qui avoit laissé tout son bien aux Payvres
de l'Hôpital S. Esprit. Vous sçavés
que cet Hôpital n'est pas des mieux ren
II. Vol. t (3
1348 MERCURE DE FRANCE
tez et que la Ville de Marseille , en Corps
de Communauté , fournit à ses besoins ,
lorsque les revenus ne sont pas suffisans.
M. Arasy , Secretaire Archiviste * du Bureau
de la Santé , acheta parmi ces Meubles
un Bureau à écrire pour le prix de
trente livres . L'ayant fait transporter chez
lui , il voulut le voir à loisir et en connoître
les commoditez . Il aperçut dans
cet examen un bout de ficele qu'il tira
aussi- tôt , et il vit tomber , avec surprise,
d'une tablette secrete , une quantité d'or.
Sa probité et sa droiture ne lui permirent
pas d'hésiter un moment sur l'usage
qu'il en feroit. Il prit deux cent qua
rante- trois Louis d'or de la marque d'aujourd'hui
, en quoi consistoit toute cette
découverte , et les porta à l'heure même
au Trésorier de l'Hôpital , à qui il ne demanda
pour toute reconnoissance que
le secret , qu'on lui a mal gardé.
Cette action , qui dans l'éxact Chris
tianisme n'auroit presque rien de recommandable
, me paroît cependant trèsbelle
par ses circonstances et par la situation
où se trouve M. Arasy , dont la
fortune est très- bornée. Ce trait , dis- je ,
* C'est un Corps de 16. Négocians , nommez Intendans
de la Santé , qui ont la Police des Infirmsvies
de Marseille et de son district , ¿goro 1
J
II. Vol. est
JUIN. 1735. 1349
est digne de l'estime et du souvenir des
Hommes , comme il est déja l'objet des
benedictions des Pauvres , et comme il
sera , sans doute , un jour le sujet des
récompenses du Seigneur.
*********:*******
ENIGM E.
Nous sommes deux enfans du Tems ;
Tous deux aussi vieux que le Monde ;
Rien n'a pu cependant troubler la paix profonde
Qui regne parmi nous depuis tant de Printems,
Notre Pere équitable et sage ,
Achacun en naissant fixa son héritage.
Nous vivons contens d'icelui ,
Sans empiéter sur l'autruy.
Depuis plus de cinq mille années
Nous sommes en possession
Chacun de notre portion ;
Sans que les fieres destinées ,
Et que l'impitoyable mort
De notre Pere ait pû finir le sort.
11. Vol
LO4350
MERCURE DE FRANCE
LOGOGRYPHE.
AMlle Diga. Par M. D. V. **,
UN Normand qui trent sa parole
Est , dit - on , un Phénix ; ce n'est point hyd
perbole,
Je conviens avec vous de ce proverbe ; oui ;
Mais veux ,
d'hui
belle Diga , vous prouver aujour
Que je suis cet Oiseau dont on prône merveilles,
Recherché si soigneusement ,
Qu'après tant de soins et de veilles
L'on trouve encor si rarement ;
Et deussai - je souffrir cent fois plus que Sisyphe,
Vous composer le Logogryphe
Que je vous promis en partant ,
Pour vous prouver qu'il est tout au moins un
Normand
Des promesses qu'il fait observateur fidelle ,
Et que ce Phénix , c'est V ....
Sans perdre. donc le tems en discours superflus ,
Au fait. Dès ma naissance à demi consumée ,
Si l'on en croit quarante Auteurs et plus ,
Un Mont enflammé m'a formée ;
Le Notaire , le Financier,
II. Vol. Après
JUIN. 1351 1735 .
Après que l'on m'a fait tailler , unir, seier ,
Me conservent dans leur Etude ,
Et je leur plaits , sur tout quand je suis un peu
.rude.
Je fais aussi , dit -on , l'office de Barbier ;
Mais V ** jamais n'a voulu s'y fier,
Si de couper mon chef d'abord on se contente,
Sans rien changer de plus à mon individu ,
Tout aussi-tôt je représente
Un poids en France assez connu.
Mettant en cet état pour mon membre deuxième
Celui qui mon premier faisoit ,
Il faudroit être en quatrième ,
Si dans l'instant on ne voyoit
Un festin qu'en Ville et Village ,
Fait l'ignorant , le docte , aussi bien que Is
sage ,
Quant à l'objet de ses amours
Il vient de s'unir pour toujours ;
Mais changés encor ma structure ,
Et ventre-.
e- Sengris , je vous jure ,
Que vous trouverés sûrement ,
Si l'on en croit le Ruliment ,
Une maudite particule ,
Qui fait à l'Ecolier donner mainte férule.
Lecteur , si ton esprit est encore incertain ,
Malgré ta clair-voyance extréme ;
Tu pourras me trouyer chez un fameux Romain
II. Vol. Qui E
1352 MERCURE DE FRANCE
Qui , juge de son Souverain
Oprima l'innocence même.
Muse , alte- là , c'en est assez
De promettre et tenir pour un homme de Sées
AUTR E.
L Ecteur , comme un autre Prothée ,
Je suis nain , géant , mince , épais ,
Amusant , ennuyeux , excellent ou mauvais ,
Ancien ou nouveau , pieux , menteur , Athée .
A l'estime , au mépris , mon sert est destiné , "
Et souvent par Arrêt aux flammes condamné.
Sans le centre je suis un instrument antique ;
Ou ce qu'il faut , Lecteur , avant qu'on me critique.
Sans chef que peut - on voir ? Un homme sans
raison.
Je fais voir chez les Juifs une illustre Maison ;
Un Epoux , qu'autrefois un Monarque Prophete
Fit servir de victime à sa flâme inquiéte ;
Un Insecte rampant ; un lieu voisin de l'eau
Une utile Liqueur pour fouler le Chapeau ;
Use Ville Normande , un objet méprisable ;
Un degré de Musique ; un vice peu traitable ;
Un traitre qui renvoye un Joueur avec rien ;
Je vais bien- tôt finir ce burlesque entretien .
On peut trouver encor un chemin très-utile ,
Connu sous plusieurs noms au Village, à la Ville
- II. Vol. Un
JUIN. 1735 8353
Un homme de Justice ; ou choisi pour les Cieux;
Le trésor des Humains , qui périt avec eux ;
Un pronom masculin , enfin un grand Prophete;
Mais c'est trop fatiguer un Lecteur , je m'arrête.
Par D. B. de Joinville , en Champagne.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
D
ICTIONNAIRE ITALIEN , Latin
et François , contenant , non ,
seulement un Abregé du Dictionnaire
de la Crusca , mais encore tout ce qu'il
a de plus remarquable dans les meilleurs
Lexicographes , Etymologistes et
Glossaires , qui ont parû jusqu'à présent
en differentes Langues , à l'usage de
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN , Par
M. l'Abbé Antonini. A Paris , chez Jacques
Vincent , ruë et vis- à- vis l'Eglise
Ś. Severin , à l'Ange , 1735 .
L'extréme besoin qu'on avoit d'un bon
Dictionnaire Italien , fera , sans doute ,
recevoir celui-cy , dont nous parlerons
plus amplement , avec avidité et avec
reconnoissance pour l'Auteur , qui paroît
II.Vol. E ij y
1354 MERCURE DE FRANCE
y avoir mis tout l'ordre qu'on pouvoitdé .
sirer , et qui l'a enrichi considérablement,
par une longue et laborieuse aplication.
OEUVRES DE MOLIERE , nouvelle
Edition , in 4.6. volumes . A Paris
, 1734.
Après l'Extrait circonstancié que nous
avons donné du premier Volume de cet
Ouvrage , de l'impression et des ornemens
qui l'accompagnent , nous nous
renfermons pour les autres Volumes à
ne parler que succintement des Pieces
qu'ils contiennent et du jugement qu'on
en porte.
Six Comédies composent le second
Tome , et la premiere est Dom Garcie
de Navarre , où le Prince jaloux , Comédie
héroïque en 5. Actes en Vers , représentée
à Paris sur le Théatre du Palais
Royal le 4. Février 1661. Quelques Auteurs
qui avoient critiqué la Comédie du
Cocu imaginaire, se déchainerent avec plus
de raison contre celle- ci.Le choix du Sujet
tiré ou imité des Espagnols , dans le
quel les incidens apartiennent plus à la
Comédie qu'au genre héroïque , et dont
le fonds même est vicieux , pût contribuer
au peu de succès de cet Ouvrage ;
Moliere qui jouoit le Rôle de Don Gar
11. Vol. cie ,
JUTN. 1735
1355
eie ; ne réussit pas mieux comme Acteur.
Il n'apella point du jugement du Public ,
il ne fit pas même imprimer sa Piéce ,
quoiqu'il y eut des traits qu'il jugeât dignes
d'être inserez depuis dans d'autres
Comédies , et sur tout dans le Misantrope.
Voyés la Scene 8. de l'Acte 4. de Don
Garcie , et la Scene 3. de l'Acte 4. du Misantrope.
:97
L'Ecole des Maris , effaça l'impression
désavantageuse que Don Garcie avoit
laissée. Il est peu de Piece , sur tout en
trois Actes , aussi simple , aussi claire
aussi féconde que celle- ci . Chaque Scene
produit un incident nouveau , et ces incidens
developez avec art , amenent insensiblement
un des plus beaux dénoŷmens
qu'on ait vûs sur le Théatre Fran
çois.Les Adelphes de Terence n'ont fourni
que
l'idée de l'Ecole des Maris : dans
les Adelphes , deux Vieillards d'humeurs
posées , un Pere et un Oncle , donnent
une éducation très differente , l'un à son
fils ; l'autre à son neveu . Dans l'Ecole des
Maris, ce sont deux Tuteurs chargez d'élever
chacun une fille qui leur a été confiée
; l'un severe , l'autre indulgent : le
Poëte François a enchéri sur le Poëte La-.
tin , en donnant à ces deux Personnages ,
non seulement l'interêt des Peres , mais
LIVol. Ei en
1356 MERCURE DE FRANCE
encore celui d'Amans ; interêt si fin , si
vif , qu'il forme une Piece toute nouyelle
, sur l'idée simple de l'ancienne. -
Le Théatre retentissoit encore des
justes aplaudissemens qu'on avoit donnez
à l'Ecole des Maris , lorsque les Fâcheux
furent réprésentez à Vaux , chez-
M. Fouquet , Sur - Intendant des Finances,
en presence du Roy et de la Cour. Paul
Pelisson , moins celebre par la delicatesse
de son esprit , que par son attachement
inviolable à la personne de M. Fouquet ,
jusques dans ses malheurs , en avoit com
posé le Prologue à la louange du Roy ; la
Scene du Chasseur , dont le Roy avoit
donné l'idée à Moliere , fut depuis ajoûtée
dans la Képrésentation de S.Germain.
Cette espece de Comedie est presque sans
noeud , les Scenes n'ont point entre elles
de liaison nécessaire , on peut en changer
l'ordre , en suprimer quelques- unes , en
substituer d'autres , sans faire tort à l'Ouvrage:
mais le point essentiel étoit de soutenir
l'attention du Spectateur , par la varicté
des caracteres , par la verité des portraits
, et par l'élegance continue du stile.
C'est l'assemblage de ces beautez exquises
, c'est cette image , ou plutôt la réa
lité même des embarras et des importuns
de la Cour , qui firent le succès des
11. Vol.
Fâcheux.
JU Í N. 1735. 1357
Fâcheux On vit pour la premiere fois le
chant et la danse unis à un sujet pour ne
faire qu'une seule chose du Ballet et de
la Comedie. Quoique les intermedes ne
soyent pas naturellement licz au sujet ,
ce mélange plut par sa nouveauté ; on eut
peut - ête de l'indulgence pour un Ouvrage
conçû , fait , apris , et représenté
en quinze jours.
L'Ecole des Femmes , parut sur le même
Théatre le 26. Decembre 1662. et attira
tout Paris', mais cette affluence ne garantit
point Moliere des critiques sans nombre
qui se répandirent dans le Public
contre son Ouvrage, cependant elle servit
à l'en consoler. Soit malignité , soit cabale,
on insista sur de légers défauts, on releva
jusqu'aux moindres négligences ; le défaut
le plus essentiel ne fut pas remarqué:
il est des images dangereuses qu'on ne
doit jamais exposer sur la Scene. Mais si
l'on ne considere que l'art qui regne dans
cette Piéce , on sera forcé de convenir
que l'Ecole des Femmes est une des plus
excellentes productions de l'esprit humain
. Les ressorts en sont cachez , et la
machine en produit un mouvement plus
brillant. La confidence réiterée que fait
Horace au jaloux Arnolphe , toujours la
dupe , malgré ses précautions.
11.Vol.

E iiij D'une
358 MERCURE DE FRANCE
D'une jeune innocente et d'un jeune éventé.
Le caractere inimitable d'Agnès , le
jeu des personnages subalternes , tous
formez pour elle , le passage prompt et
naturel de surprise en surprise , sont
autant de coups de maître. Ce qui distinque
encore plus particulierement l'Ecole
des Femmes , et dont l'antiquité ni les
Théatres modernes n'ont donné aucun
modele , c'est que tout paroît récit , et
tout est en action ; chaque récit par sa
proximité avec l'incident qui y a donné
lieu , le retrace si bien , que le Spectateur
croit en être le témoin , et par un avantage
singulier que le récit a sur l'action dans
cette Piéce , en aprenant le fait , on jouit
en même temps de l'effet qu'il produit ,
parce que la personne qui a interêt d'être
instruite , aprend tout de celle qui a le
plus d'interêt à le lui cacher. La ressemblance
que l'on pouroit trouver entre
l'Ecole des Maris et l'Ecole des Femmes ,
sur ce qu'Arnolphe et Sganarelle sont
tous deux trompez par les mesures qu'ils
prennent pour assurer leur tranquillité ,
ne peut tourner qu'à la gloire de Moliere,
qui a trouvé le secret de varier ce qui paroît
uniforme. Les traits naifs d'Agnés
ingénue et spirituelle , qui ne pêche con
tre -les bienséances , que parce qu'Arnol
II. Val phe
JUIN. 1735 1352
phe les lui a laissé ignorer , ne sont pas
les mêmes que ceux d'Isabelle fine et déliée
, qui n'ont d'autre principe que la
contrainte où la tient son Tuteur.
Moliere n'oposa pendant long tems que
les réprésentations toujours suivies de sa
Piece , aux critiques que l'on en faisoit
et ne songea à les détruire , du moins
en partie , qu'au mois de Juin 1653 ,
qu'il donna au Public sa Comedie , intitulée
la Critique de l'Ecole des Femmes.
Le fonds en devoit être une Dissertation ,
et n'admetoit par consequent ni intri
gue ni dénoûment , mais Moliere ne s'écarte
jamais de l'objet que doit avoir un
Auteur Comique , quelque genre qu'il
mette sur la Scene. Il squt par le tableau
de ce qui se passa dans les cercles de Paris
, tandis que l'Ecole des Femmes en
faisoit l'entretien , tracer une image fidele
d'une des parties de la vie civile , en copiant
le langage et le caractere des conversations
ordinaires des personnes du
monde. Par le choix des personnages ridicules
qu'il introduit , il paroît n'avoir
pas eu moins en vûë de faire la satire de
ses censeurs , que l'apologie de sa Piéce ;
séduit , peut être , par le penchant de la
malignité publique , qui croit ne pouvoir
pas mieux se défendre qu'en attaquant.
!L. Vol. Ev Boursault
1360 MERCURE DE FRANCE
1
Boursault , ne laissa pas de faire jouer à
PHôtel de Bourgogne la contre- critique ,
ou le portrait du Peintre ; il suivit l'idée et
le plan de la critique , mais il alla trop
loin , en suposant une clefconnue de l'Ecole
des Femmes , qui indiquoit les originaux
copiez d'après nature.
Moliere penetré des bontez du Roy ;
dont il venoit d'éprouver de nouvelles
marqués , crur devoir en sa présence et
aux yeux de toute la Cour , détruire un
soupçon dont les impressions . lui pouvoient
être désavantageuses , et fit paroître
l'Impromptu de Versailles , &c.
Quelque envie que nous ayons de faire
connoître l'excellente Edition dont nous
rendons compte , nous ne sçaurions donner
plus d'étendue à cet Extrait qui est
déja assez long.
DIALOGUE SUR LA MUS I QUE DES
ANCIENS , nouvelle Edition , in 12. p . 127.
A Paris , chez la veuve Pissot , Quay de
Conty , à la Croix d'or.
Cet Ouvrage est digne de la curiosité
des Lecteurs , non seulement par la maniere
dont il est écrit , mais sur tout par
les lumieres qu'il nous donne sur la Musique
des Anciens.
La Scene de ce Dialogue , est chez la
II. Vol. moderne
JUIN. 1735. 1361
moderne Leontium , c'est la fameuse Damoiselle
Ninon Lenelos . Une nombreuse
compagnie s'étoit assemblée chez elle pout
entendre jouer Pantaleon d'un instrument
de Musique qu'ilavoit lui même inventé.
C'étoit une espece de Tympanum , compo
sé de plus de deux cent cordes de Luth ,
tendues sur une planche de bois , longue
de six pieds , sans aucune concavité. Pantaleon
vint à Paris en 1705. et c'est à ce
tems- là , à ce qu'on nous dit dans l'Avertissement
, que l'on peut fixer l'épo
que de cette conversation sçavante. L'attention
que l'on prêtoit au Musicien
ne fut interrompue que par les aplaudissemens
des Auditeurs. Les diferentes passions
que le Musicien vouloit exprimer, se
peigro ent sur le visage de Leontium. Cha
que son étoit pour elle un sentiment, elle
trouvoit de l'expression où les autres ne
remarquoient que de l'harmonie.
Après que Pantaleon se fut retiré , et
que la compagnie se fut separée , il ne
resta que trois personnes auprès de Léontium
, à sçavoir Théagene , grand admirateur
des anciens ; Callimaque qui prenoitordinairement
le parti oposé à colui
qu'il trouvoit établi dans les compagnies
où il se rencontroit , et enfin l'Abbé Aureur
du Dialogue .
2.11. Vol.
E vj Leon1364
MERCURE DE FRANCE
·
Lyres se trouvent gravées sur les Médailles
, on en trouve la figure dans le Dialogue.
A l'égard de la flute , Marsyas en fur
l'inventeur , Apollon ne lui fit pas plus
de
grace qu'à Linus ; cet instrument n'étoit
percé qu'en quatre endroits , d'aillours
on n'en jouoit que d'une main , il
est donc impossible , dit Callimaque ,
qu'elle produisit des efets aussi agréables,
et autant de tons diferens qu'en produisent
les nôtres.

Le partisan des Anciens prétend au
contraire que les Anciens nous égaloient
en instruments de Músique , et qu'ils
nous surpassoient dans l'expression , dans
la délicatesse , dans la varieté et enfin dans
l'habitude , et dans l'éxercice du chint.
Ils avoient des instrumens Chromatiques,
c'est- à-dire des instrumens à cordes. Ils
en avoient de Pneumatiques , c'est- à-dire
à vent .
Ensuite il prétend que dans le tems même
que laLyre n'avoit que sept cordes , elle
ne laissoit pas d'être susceptible de toutes
les consonances , même de l'octave ;
c'est ce qu'il fait voir , du moins aux yeux
par la représentation d'un Heptacorde ,
autrement Lyre de Mercure ou d'Orphée.
I I. Vol. Mais
JUIN 1735. 1365
Mais dans la suite la Lyre ne fut pas
fixée à sept cordes ; car Pythagore
ayant eu le bonheur de passer devant la
boutique d'un Forgeron , il entendit quatre
marteaux qui frapant sur un enclurendoient
des sons diferens , et formoient
trois consonances. Pythagore ata→
cha les marteaux au bout de quatre cordes
égales qu'il suspendit à une perche ,
frapa les marteaux , et ils rendirent les
mêmes sons qu'ils formoient lorsqu'ils frapoient
sur l'enclume , cela fit découvrir
à Pithagore trois sortes de Consonances ,
dont l'une fut apelée Diapante , l'autre
Diatessaron , et la derniere Diapason ; et
pour exprimer ces sons , il ajouta une
huitiéme corde d'un demi ton à la Lyre ,
ce qui en rendit l'harmonie plus parfaite.
Enfin ils avoient des Polychordes, c'est-àdire
des Lyres à plusieurs cordes , témoin
l'Epigonium inventé par Epigonus,
et qui avoit quarante cordes .
Leontium demande si les anciens sçavoient
noter les airs de Musique ? à quɔi
Théagene répond que Pithagore avoit inventé
L'Art de peindre les sons, et chanter aux yeux
Que cet Art s'apeloit Parasémantique
ou Semeiotique , que par malheur
il ne nous reste aucuns de leurs airs
II. Vol
notés ,
1366 MERCURE DE FRANCE
notés , mais que nous sçavons
que leurs
notes étoient
les lettres
de l'Alphabet
Grec
ou entieres
, ou coupées
par la moitié
, ou
couchées
, ou renversées
, les unes pour la
voix , les autres
pour
les instruments
,
qu'on
les mettoit
sur une ligne
pallele
aux paroles
.
On se servoit encore de ces anciennes notes
du tems de Boëce qui vivoit au commencement
du sixième siecle; mais l'usage
s'en perdit dans le tems de la barbarie ,
qui fit soufrir aux Beaux Arts une longue
éclipse. Ce ne fut que vers le milieu
du onzième siccle que l'Abbé Gui d'Arezzo
inventa la Gamme dont on se sert
aujourd'hui. Il employa pour notes des
figures quarrées , et leur donna les noms
des monosillabes , qui commencent les
six premiers demi vers de l'Hymne de S.
Jean et comme le y desGrecs, apellé Gam
ma répondoit alors à celle de nos clefs
que nous apellons clé de gérésol , delà est
venu le mot de Gamma- ul , et ensuite celui
de Gamme.
Callimaque fait voir ensuite par les bas
reliefs du Palais Farnese , et de S. Jean de
Latran , que les anciens connoissoient l'usage
du manche pour les cadences , celui
des touches pour multiplier la diference
des sons , et qu'ils plaçoient aussi leurs
11. Vol. cordes
JUIN. 1735 . 1367
cordes sur un bois creux pour les rendre
plus sonores , et qu'enfin ils connoissoient
l'usage de l'archet aussi-bien que nous.
A l'égard de la Flute , il est vrai que
Marsias ne lui avoit donné que quatre
trous ; mais de suposer qu'elle ne
s'est point perfectionnée depuis , c'est
une mauvaise foi , dit Théagéne , contre
laquelle toute l'Antiquité réclamera. A
la verité , l'augmentation de trous ne
se doit entendre que du Monaulos ou.
Flute unique , dont on joüoit comme on
joue des nôtres avec les deux mains ; car
pour le Zeugos ou Flutes conjointes , des
chacune desquelles on ne pouvoit joüer
que d'une main , il est certain qu'elles
n'ont jamais eu , chacune plus de quatre
trous ; mais comme on joüoit de toutes
les deux à la fois , elles avoient au
moins autant d'étenduë que la nôtre. On
les apelloit droite et gauche , selon la main
et le côté de la bouche dont on enjoüoit.
On voit ces differentes Flutes dessinées
à la Planche huit , page 63. où il
seroit à souhaiter que le Graveur cût
pris garde à l'effet que produit l'impres
sion ; ce qui est à droite dans le cuivre ,
se trouve à gauche sur le papier ; ainsi
où on lit Flute droite sur le papier de
11. Vol. lą 1
1368 MERCURE DE FRANCE
la Planche huit , c'est précisément la Flutè
gauche. Il est étonnant que les Graveurs
ne préviennent pas un inconvénient qui
ne doit pas leur être inconnu . Nous avons
de fort belles Planches, où l'on fait écrire
Pallas de la main gauche , et où les Ca
valiers tiennent la bride de la main droi
te , et ont l'épée du côté droit.
On demande à Théagéne l'explication
des Flutes égales et inégales , sur quoi
il préfere le sentiment de Manuce à celui
de Scaliger et même à celui de Madame
Dacier. Manuce prétend que les Flutes
égales sont celles dont la gauche et la
droite ont autant de trous l'une que l'au
tre, et ne different qu'en ce que l'une rend
des sons graves et l'autre des sons aigus .
Les Flutes inégales sont celles dont la
gauche a des tons graves et des tons ai
gus ; au lieu que la droite n'en a que
d'aigus.
"

Nous ne dirons rien de ce que que l'Au- teur du Dialogue
remarque
touchant
ces
Vases d'airain
, par le moyen
desquels
la
voix des Acteurs se faisoit entendre distinctement
de tout le Peuple , quoique
dans un Théatre découvert et quatre ou
cinq fois plus spacieux que les nôtres.
Nous ne parlerons pas non plus de ce
qu'il dit sur la Mesure ou Rhythme , et
II. sur
JUIN. 1735- 1369
sur les autres points qui font donner à
l'Auteur la préférence aux Anciens sur
les Modernes , quoique l'Editeur nous
dise dins l'Avertissement , que l'Auteur
du Dialogue n'a pas eu intention de résoudre
cette question , nous croyons devoir
renvoyer le Lecteur au Livre même,
où il trouvera des éclaircissemens dont
il sera satisfait.
LE CHEVALIER DES ESSARS ,
et la Comtesse de Berci , Histoire remplie
d'Evenemens interessants . A Paris ,
an Palais , chez de Nully , 1735. in 12.
2. vol. de plus de 600. pages , sans l'Epitre
et la Préface .
Cet Ouvrage se fait lire agréablement,
il contient en effet des évenemens singuliers
et interessants. La constance d'un
parfait Amant qui surmonte par des actions
genereuses et par mille brillants
exploits , tous les obstacles qui s'oposent
à sa passion , et la sagesse d'une Héroïne
qui ne se dément jamais au milieu des
plus terribles épreuves auxquelles son
courage et sa vertu sont exposez , m'ont
paru , dit l'Auteur dans sa Préface , avoir
un droit acquis de plaire à notre siecle ,
quelque difficile qu'il soit sur ce genre
de lecture.

11. Vol. › Sys
1378 MERCURE DE FRANCE
,
SYSTEME de M. Herman Boerhaave
sur les Maladies Veneriennes , traduit en
François par M. de la Mettrie , Docteur
en Médecine , avec des Notes et une Dis
sertation du Traducteur , sur l'origine, la
nature et la cure de ces Maladies. A Paris,
chez Prault , fils , Quay de Conty , visà-
vis la descente du Pont-Neuf , à la
Charité , 1735º•
LA MERE CONFIDENTE , Comédie en
trois Actes , de M. de Marivaux , représentée
le 9. May 1735. par les Comédiens
Italiens. A Paris , Quay de Conty ,
chez Prault , fils , in 12. de 115. pages.
L'Analyse que nous avons donnée
de cette Piece dans le premier volume
du Mercure de ce mois , nous dispense
d'entrer ici dans aucun détail. Il suffit
d'ajoûter qu'elle se fait fire avec plaisir ,
et que les Représentations en sont tou
jours très- goûtées.
DECISIONS NOTABLES sur diverses
Questions de Droit , jugées par
plusieurs Arrêts de la Cour de Parlement
de Toulouze , divisées en six Livres ,
recueillies par feu M. Jean de Cambolas ,
Président audit Parlement. Cinquième
Edition , revûë , corrigée et augmentée
11. Vol.
des
JUIN. 1735 1371
de Notes sur la matiere qui regarde les
Donations , conformément à l'Ordonnance
du Roy du mois de Février 1731 .
in 4. A Toulouse, chez Nicolas Caranove ,
et à Paris , chez Etienne Ganeau et Louis
Etienne Ganeau , fils , rue S. Jacques .
Guerin, l'aîné , Libraire , ruë S. Jacques ,'
vend la nouvelle Edition augmentée de
la Description du fameux Cabinet de
M. Grollier de Serviere. Vol. in 4. avec
quantité de figures en taille- douce.
J. B. Coignard , fils , et Guerin , l'aîné ;
rue S. Jacques , débitent le Dictionnaire
des Cas de Conscience décidez , & c. Par
Mrs Aug. Lamet et Germ . Fromageau , de
la Maison et Societé de Sorbonne , en
2. vol . in folio , qui peuvent servir de
Suplément aux trois Tomes de Pontas.
Le R. P. Augustin Calmet , Abbé de
Sénones , a publié son COMMENTAIRE
Litteral , Historique et Moral , sur la
Regle de S. Benoît , avec des Remarques
sur les differens Ordres Religieux qui
suivent la Regle de S. Benoît , 2. vol .
in 4. A Paris , chez Emery , Saugrain
pere , et Pierre Martin.
On aprend d'Amsterdam, que les West
II. Vol. thein
1372 MERCURE DE FRANCE
thein et Smith , distribuent le second vo
lume du Cabinet des Curiositez naturelles
de M. Albert Seba.
>
On trouve chez le premier de ces Libraires
, une nouvelle Edition des Me
moires de Mademoiselle de Montpensier,
fille de Gaston d'Orleans , frere de Louis
XIII. On assure que cette Edition est
préférable aux premiéres pour les corrections
, les augmentations et les divers Ou
vrages curieux de Mademoiselle , dont
elle est enrichie, vol. in 12. 1735. Cawelier
, rue S. Jacques , débite aussi le
même Ouvrage.
Innys et Haukesbie , Libraires à Lonares
,
ont publié la suite de leur Essay
pour servir à l'Histoire Naturelle de la
Floride , de la Caroline et des Isles Lucayes
, avec les Desseins en taille - douce
des Oiseaux , des Bêtes et des Poissons ,
&c. Cet important et curieux Ouvrage
se trouve à Paris , ruë S. Jacques , chez
Guerin , Paîné.
L'HISTOIRE JUSTIFIE'E , contre
les Romans , par M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoy. A Amsterdam , chez F. Bernard,
1735. in 12. de 391. pages , sans l'Aver-
II. Vol. tissement
JUIN. 1735- 1373
tissement , la Table et trois Pieces curieuses
qui se trouvent à la fin de l'Ouvrage
.
HISTOIRE d'un Voyage Litteraire ,
fair en 1733. en France , en Angleterre
et en Hollande , &c. A la Haye , chez
Adrien Moetjens, 1735 . in 12. de 204. pag .
BELIDOR , le Bombardier François ,
ou nouvelle Méthode de jetter les Bombes
avec précision . A Amsterdam , chez
Pierre Humbert , in 4. avec fig. 1734.
DE LA BEATIFICATON des Serviteurs
de Dieu , et de la Canonisation des
Bienheureux . Par M. le Cardinal Prosper
Lambertini , d'abord Archevêque
d'Ancône , et depuis Archevêque de Bologne.
A Bologne , chez Lenghi , 1734.
6. volumes in folio. Il n'en paroît que
le premier , qui a 592. pages.
AVERTISSEMENT sur une
nouvelle Edition du Livre des Instructions
Chrétiennes sur les Mysteres de
N. S. J. C. et sur les Dimanches et
Fêtes de l'Année. Par M. de S. G.
I
L seroit inutile de vanter au Public
le mérite de l'Ouvrage dont on lui
propose une nouvelle Edition . Le débit
II. Vel
qu'il
1374 MERCURE DE FRANCE
qu'il a eu jusqu'ici suffit pour en faire
l'éloge . Aussi ne peut- il manquer d'être
toujours cher et précieux à toutes les
personnes qui préferent à des lectures
purement amusantes et frivoles , celles
des véritez salutaires de la Religion . Elies
sont dévelopées dans ce Livre avec tant
de force et de netteté , qu'il est aisé d'y
reconnoître l'esprit dont l'Auteur qui le
composa étoit animé. Une morale pure,
et une simplicité noble, qu'il avoit puisée
dans la lecture des Livres saints , dont il
paroît qu'il s'étoit nouri, font le caractere
principal de ses Discours. Ils sont courts;
le dessein qu'll s'étoit proposé de renfermer
une matiere fort vaste dans un petit
nombre de volumes , ne permettoit
pas de leur donner plus d'étenduë , mais |
ils contiennent en même temps tout ce
que l'Ecriture et les Peres fournissent
de plus instructif sur chaque sujet. Ainsi
da lecture en est également utile aux simples
fideles et à ceux mêmes qui par leur
ministere sont préposez à l'instruction
et à la conduite des ames.
que
On pouroit ajoûter que cinq Editions
du Livre des Instructions Chrétiennes
consécutivement épuisées , marquent
parfaitement la réputation que cet Ou
vrage a toujours oue dans le Public . C'est
11. Vol.
JUIN. 1735 7379
qui a fait penser à en donner une nouvelle.
Celle- cy , au lieu de cinq in oclavo
, contiendra douze volumes in 12.
Si cette forme multiplie les volumes ,
elle aura d'un autre côté l'avantage de
les rendre plus commodes . D'ailleurs cette
Edition sera augmentée de la Vie de
1'Auteur , qui manquoit dans les précédentes
, et que plusieurs personnes de
pieté ont souhaitée. A l'égard de l'exécution
, on espere que le Public en sera
content. Le prix des 12. volumes sera de
20. livres. Ceux qui voudront s'assurer
d'avance d'un nombre raisonable d'Exemplaires
, pouront obtenir une remise
honnête. On s'adressera pour avoir des
Reconnoissances à Rollin , fils , Quay des
Auguftins , à S. Athanase , qui promet
de fournir tout l'Ouvrage au mois de
May 1736 .
Le même Libraire , Auteur de cet
Avertissement , donne avis au Public
qu'il délivrera aux Souscripteurs le V. et
VI . Tomes de la Physique Sacrée , in
folio , Edition de Hollande , avec figures,
et que tout l'Ouvrage contiendra huit
volumes.
11. Vol.
F LET1376
MERCURE DE FRANCE
LETTRE sur la nouvelle Edition de
l'Histoire Generale des Drogues , & c.
Ous prenés tant de part , M.à ce qui
regarde l'utilité publique , que je me
crois dans l'obligation de vous avertir que
Etienne Ganean & Louis- Etienne Ganean
fils , Libraires ruë S. Jacques , aux Ar◄
mes de Dombes , viennent de donner une
nouvelle Edition de l'Histoire generale des
Drogues Simples et Composées , renfermant
dans les trois classes des Vegetaux ,
des Animaux et des Mineraux , tout ce
qui est l'objet de la Physique , de la Chimie
, de la Pharmacie , et des Arts les
plus utiles à la societé des hommes.
Ouvrage enrichi de plus de 400. figures
en Taille douce , tirées d'après nature,
avec un Discours qui explique leurs
differens noms , les Pays d'où elles vien-
.nent , la maniere de connoître les veritables
d'avec les falsifiées , et leurs proprietez
; où l'on découvre l'erreur des Anciens
et des Modernes . Par le sicur Pomet Marchand
Epicier Droguiste , nouvelle Edition
, corrigée et augmentée des doses et
des usages. Par le sieur Pomet fils , Apotiquaire
, 2. vol. in 4 1735 .
Le merite de ce Livre est trop connu
pour vous , en faire un long détail. Sans
II.
Vol.
Yous
JUIN. 1735 8377
vous parler de la rareté de la précedente
Edition , je me bornerai à vous faire part
des grands avantages de celle- ci. Le sieur
Pomet fils , ayant apris que l'on travail.
loit à réimprimer l'Ouvrage de son Pere,
a bien voulu communiquer les observations
qu'il avoit commencé d'y faire depuis
plusieurs années . Elles ont paru diaμ-
sant plus importantes que c'étoient comme
autant de suplemens qui faisoient
connoître les propriétez de plusieurs dro .
gues dont l'Auteur avoit dit peu de choses
, et les differentes maladies. Les diverses
Tables de la précedente Edition
embarrassoient extrêmement ; pour remedier
à cela , l'òn a réuni dans une scule
les differentes matieres au moyen de laquelle
on trouvera aisément tout ce qu'on
poura désirer de sçavoir . Nombre d'Auteurs
ayant cité la précedente Edition qui
étoit in folio , on -a jugé à propos de marquer
à la fin de chaque article , la page de
cette Edition où il a raport. Les figures
sont gravées avec un soin extrême . Enfin
cette Edition ne laisse presque rien à desirer.
J'espere que vous voudrés bien faire
part au Public de cet avis. J'ai l'honneur
d'être , &c.
Les Vers Latins qui suivent sont de M.
11. Vol. Fij de
378 MERCURE DE FRANCE
!
de Senecé , et envoyez depuis peu à son
Medecin , au sujet de la goute et des autres
incommoditez de son âge de 93. ans.
Clarissimo Viro D. Milliet Archiatro
celeberrimo,
EPIGRAMMA.
FLectere nodosam nescit medicina Podagram ¿
Sic Naso : et melius prisca experientia cantat ,
Nec mihi Tussifluum potis est l'argeĩa catharum
Solvere sifieri posset Milletus et ipse-
Hoc faceret meus , ingenuas qui funditus Artes
Novit et antiquo juvenis par est Machaoni ,
Sed vetat insipiens , vetat invidiosa senectus
Arbitra quam penès est humidi siccique potestas
Macte tamen , cita mors aderit qua cuncta res
solvet.
Traduction Libre.
La Medecine ignore le secret de dé
nouer les noeuds dont la goute embarrasse
les pieds des malades . Ainsi chante l'ingenieux
Ovide , et chante encore mieux
que lui , une vieille et funeste experience.
Je suis à peu près dans le même cas , er
cet art divin ne peut résoudre un catherte
mêlé d'une toux opiniatre et d'une aboŋdante
fluxion. Si c'étoit une chose faisable
, sans doute que mon cher Millies
II. Vol.
en
JUIN. 1735 1379
chaon si fort vanté
en viendroit à bout , lui qui possede tous
les beaux Arts , et qui tout jeune qu'il
est , peut aller de pair avec l'ancien Mapar
Homere. Mais la
vieillesse s'oppose à cet effet , vieillesse
extravagante et envieuse , mais pourtant
arbitre souveraine de la secheresse et de
l'humidité qu'elle distribue dans les corps
comme il lui plaît. Prenons courage cependant
, la mort est à notre porte , qui
par une puissance superieure viendra bientôt
résoudre le cathere , apaiser la toux ,
dissiper la pituite , et mettre au niveau
toutes les facultés de l'humanité labo
rieuse. De Senecé.
LETTRE en Réponse à un Gentilhomme
de Province , sur l'éducation de ses
Enfans.
E m'étois flaté , Monsieur , que par le
auriés entendu parler du Bureau Tipogra
phique ; c'est en vain que vous en cherchés
les nouvelles dans le Journal de Verdun.
Je vous prie de changer de route en
faveur de MM. vos Enfans , prenés la
peine de voir le Mercure du mois de ...
dernier , et vous y trouverés une Lettre
de M. l'Abbé L. *** très propre à faire
connoître au Public le merite et les avan-
II. Vol. Fij tages
1380 MERCURE DE FRANCE
tages
de cette nouvelle maniere de montrer
aux Enfans les premiers Elemens des
Lettres , en atendant l'abregé du Sistême
que vous pourés tirer dans la suite des
Mercures de France. J'ai l'honneur d'être
, &c. S. M. D.
Extrait d'une Lettre sur la Langue Angloise.
Adaptic mé
Yant remarqué qu'on nous a donné
nombre de Pieces traduites
de l'Anglois , et que ceux de la nation
se plaignent que nos Traducteurs ,
n'étant pas suffisamment instruits de la '
Langue , n'ont pas rendu justice à leurs
Auteurs ; cela m'a donné une grande cu--
riosité d'aprendre l'Anglois , afin d'être
à portée de lire ces Auteurs dans les Originaux
et heureusement j'ai trouvé un
Maître nommé M. Flint , Gentilhomme
Anglois ( qui demeure proche S. Jaques
du haut Pas ) qui sçachant assez bien notre
Langue , et possedant la sienne dans
la perfection , a inventé une méthode admirable
pour nous communiquer l'An- .
glois , qui nous rend cette langue facile
au-delà de tout ce qu'on peut s'imaginer ,
je vous assûre que j'en suis tout à la fois
surpris et charmé.
Je suis entré dans cette Langue comme
dans un nouveau monde , et comme les
... Fol. Frincipes
JUIN. 1735. 1380
principes en sont aisez et en petit nombre,
je suis parvenu bientôt à la comprendre ,
et à la goûter ; de sorte que j'ai continué
à l'étudier avec bien du plaisir , et beau
coup de régularité , passant d'une décou
verte à une autre , je me vois conduit
par degrez dans sa force et dans ses beautés
, qui comme les richesses de la Nation ,
me paroissent cueillies de toutes les parties
du Monde ; les Langues mortes et vivantes
y ont également contribué , les An.
glo s ont pillé hardiment , et se sont approprié
tous les termes et tous les tours
qu'ils ont jugé leur convenir ; c'est ce qui
a causé une très - grande varieté ; mais
comme au moins une troisième partie de
leur Langue est Françoise , les difficultez
ne sont pas si grandes ; et il n'est pas désagréable
de les surmonter peu à peu .
Mais c'est la méthode et la grande habileté
du Maître qui facilitent tout ; car
les méthodes ordinaires sont la mer à
boire , parce qu'elles sont les Ouvrages
des François , qui, au lieu d'entrer dans le
genie de la Langue Angloise , ont tâché
de la rendre conforme à la nôtre , ce qui
est ridicule les conjugaisons Angloises ,
par exemple , se forment presque toutes
par des verbes auxiliaires , et non pas par
des infléxions ou changements de termi-
II. Vol. Fiiij minai382
MERCURE DE FRANCE
naisons , comme les nôtres : et pour ces
verbes auxiliaires , aussi bien que dans plusieurs
autres cas, M. Flint donne des Regles
qui ne se trouvent nulle part.
Pour ce qui regarde M. votre fils , je
n'ai pas de meilleur conseil à vous donner
que de le mettre sous la conduite
de M. Flint , il a actuellement en pension
chez lui un jeune François d'environ onze
ans , qui en six mois de temps a apris à
parler Anglois avec facilité et avec l'accent
Anglois ; il en a aussi un autre de
ving quatre ans , qui en six mois de tems
possedera l'Anglois dans la même perfection.
Le sieur Bailleul , Geographe , demeurant
sur le Perron Royal de la Sainte Chapelle
du Palais , donne avis au Public
qu'il a mis au jour une Carte du Royaume
de Portugal en deux feuilles , avec les
Plans et Vûës autour de la Carte. Elle
se vend cinquante sols.
Le même Auteur vend aussi le cours du
Rhin en quatre feuilles , et le Wirtemberg
en deux feuilles.
LIVRES D'E'TUDE , d'après les desseins
Originaux de Biocmart , gravez par François
Boucher,Peintre de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture.
II. Vol. Le
JUIN. 1735. 1383
Le Portrait du Roy de Sardaigne en petit,
peint par la Florentina , Peintresse à Turin
, gravé par C. Roy.
Le Cardinal de Fleury , d'après M. Ri
gaud. gravé pas C. Roy.
Jean Claude , Ministre de Charenton ;
peint par feu M. Laurent , gravé par P.Dupin
, d'après le Tableau original du cabinet
de M. Claude Petit , fils du Ministre.
Antoine Arnaud , Docteur de Sorbonne ,
peint par Jean-Baptiste Champagne, gravé
par P. Dupin.
Le tout se vend chez Odieuvre sur le
Quay de l'Ecole , vis -à- vis le côté de la
Samaritaine , à la Belle Image..
DESCRIPTION abregée des Tableaux
qui ont été exposez à l'Académie de
Peinture et de Sculpture.
Academie Royale de Peinture et de
Sculpture , ayant voulu juger avec
connoissance de cause , de la capacité
des habiles gens qui la composent , à
l'occasion d'une Election d'Officiers
résolut , que le Samedy 2. de Juillet,
chacun des prétendans feroit aportes
quelques morceaux de sa façon , fait ou
fini dans la présente année. Voici le dé
tail des principaux
.
11. Vol.
M .. Fv
1384 MERCURE DE FRANCE
M.Vanloo , pere , premier Adjoint et
Professeur , fit voir deux Morceaux , l'un
représentant l'Entrée de Jesus - Christ dans .
Jérusalem ; l'autre , la Résurrection du Lazare
; l'un et l'autre destinez pour l'Eglise
de S. Martin des Champs , où sont
les grandes compositions de l'illustre
Jean Jouvenet. Il eut un aplaudissement
géneral , tant pour la belle et noble com--
position des Sujets , que pour la grande
maniere de peindre ; le grand gout des
Draperies et la richesse du fond.
M. Collin de Vermond, second Adjoint,
exposa un grand Tableau d'Eglise pour les
Capucins du Marais , où l'on voit déja un
grand Tableau de l'Annonciation de la
Vierge , de sa main. Celui - cy représente
S. Siméon , tenant l'Enfant Jésus dans ses
bras . Ce Tableau est fort estimé dans toutes
ses parties ; il fit voir aussi une Cyropé
die , ou Histoire du grand Cyrus , en trente-
deux petits Tableaux , tirez de l'Histoire
Sainte , d'Hérodote , de Xénophon ,
Justin , Joseph , &c. Cette Suite eut des
louanges de toute l'Académie , on y trouva
une grande fécondité de génie , jointe
à la correction du Dessein , à l'expression
des caracteres et à la riche varieté
de la composition . Il commence son
Histoire par la Prophetie d'Isaïe concer-
II. Vol. nant
JUIN. 1735. 1385
nant Cyrus il passe ensuite à sa naissance
, et conduit le Spectateur par toutes
ses grandes Actions , jusqu'à sa mort.
Aucun de ces Sujets n'a jamais été traité,
si ce n'est celui de Rubens , dans le Tableau
que l'on voit au Palais Royal , représentant
la tête de Cyrus plongée dans
le sang.
L'Auteur se fera , sans doute , un plaisir
de les faire voir aux Curieux. Il demeure
ruë Grenier S. Lazare , au coin de
la rue Beaubourg.
M.Vanloo, le fils, nouvellement Adjoint,
montra quatre ou cinq Morceaux ; un
Christ mourant , d'une très - belle expres
sion , S. Antoine et S. Paul Hermite
un grand Portrait en pied , qui furent
tous trouvez peints avec un grand caractere
de Dessein et une heureuse fasilité
de Pinceau .
M. Parossel , présenta la Sortie du Cortége
de l'Ambassadeur de Turquie par
le Pont tournant du Château des Tuilleries
, qui lui fit tout l'honneur possible
, tant pour la magnifique disposition
, que pour la grande intelligence
la belle dégradation , la sçavante varieté
et le contraste des attitudes . Ce beau
Morceau est trop digne de la curiosité
publique , pour ne pas annoncer aux
JI. Vol. F vj Con1386
MERCURE DE FRANCE
1
Connoisseurs qu'ils pouront le voir aux
Gobelins , où demeure l'Auteur.
M. Boucher avoit fait aporter quatre
petits Morceaux , représentans les quatre
Saisons , par de petites femmes et
des enfans , qu'on trouva très -beaux
tant pour la vive couleur , le relief et le
Pinceau , que pour l'aimable invention.
M. Natoire., donna plusieurs Tableaux ,
dont le plus grand représentoit Sancho
Pança dans son Gouvernement exerçant la
Justice ; l'Académie fut très- satisfaite de
l'agréable composition , aussi bien que
de la legereté du Pinceau et de la belle
couleur.
M. Jaurat , montra trois Tableaux ;
le plus grand représentoit S. Antoine , sacré
Evêque , il fut aplaudi dans toutes les
parties de l'Art. Les Amateurs auront
la satisfaction de le voir dans la Maison
de l'Auteur , au bas des Fossez S. Victor.
M. Chardin exposa quatre petits Mor
ceaux excellents , représentans de petites
femmes ocupées dans leur ménage
et un jeune garçon s'amusant avec des
cartes. On loüa beaucoup sa touche sçavante
et la grande verité qui regne par
to ut avecune intelligence peu commune.
M. Tocque donna deux Portraits qui
eurent l'aprobation generale .
II. Vol. Plusicurs
JUIN. 1735. 1387
Plusieurs autres de ceux qui composent
l'Académie , exposerent aussi des Morceaux
de leur composition , tant pour
l'Histoire , que pour les autres talens ,
auxquels on donneroit ici avec plaisir
toutes les louanges qu'ils méritent ; mais
ce détail meneroit trop loin. Ce petit
narré suffit pour prouver que jamais la
Peinture n'a été portée en France à un
plus haut point , ni par un plus grand
nombre d'habiles gens , qu'elle l'est aus
jourd'hui.
Nous prendrons la liberté d'ajoûter au
Memoire qu'on vient de lire , auquel
nous n'avons aucune part , que cette exposition
de Tableaux , quoiqu'en trèspetite
quantité et par un très- petit nombre
d'Académiciens , n'a pas laissé d'attirer
dans les Salles de l'Académie , un
concours considérable , des Gens de l'Art,
des Connoisseurs et des Amateurs , qui
ont marqué beaucoup d'empressement et
d'ardeur pour la Peinture , la Sculpture,
la Gravûre , &c. Cet empressement semble
demander hautement une exposition
publique des Ouvrages de notre Académie
, dont le Public n'a pas été gratifié
depuis très - long- temps , malgré l'exemple
fréquent qu'en donnent les Académies
d'Italie . Outre le plaisir et la magnificence
II. Vol. du
1388 MERCURE DE FRANCE
du Spectacle , on laisse à juger de l'utile
émulation que cela donne pour l'avancement
des Arts et la perfection
du goût.
Dans l'Assemblée tenuë après l'Examen
de tous ces Ouvrages , l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture , élût
pour Professeur M. Vanloo , pere , pour
Adjoints à Professeur , Mrs Vanloo , fils ,
Boucher et Natoire , et pour Conseillers ,
Mrs Lancret et Parossel..
Les magnifiques et nouvelles Tapisseties
et Ouvrages de la Couronne , exposez
cette année à l'occasion des Processions
de la Fêre - Dieu , dans la Manufacture
Royale des Gobelins , ont
atiré un très grand concours et ont
fait l'étonnement et l'admiration publique
, sur tout des Gens de l'Art , des
Curieux intelligents et des Etrangers.
La plupart de ces beaux Ouvrages ont
été executez par Mrs le Févre , de la Tour
et Jans , tels que la Tenture des Indes ,
dont les Originaux ont été dessinez et
peints d'après Nature par les Hollandois.
Une Portiere de M. de Monmerqué,
d'apres les Desseins de M. Perrot.
4. Pieces de l'Histoire de Moyse , d'arès
le Poussin
II. Vol. 10.
JUIN. 1735. 73892
10. Pieces des Mois , d'après Lucas de
Leyde , peintes par M. Chatelin , Inspecteur
de la Manufacture Royale des Gobelins
, et executées par M. le Févre et
Audran.
9. Pieces de l'Histoire de Louis le Grand ,
d'après le Brun et Vandermeulen , execu
tées ; sçavoir , l'Alliance des Suisses , la
Prise de Dunkerque , la Défaite de Marseing
, l'Entrevûë et Marsal , par M. Monmerqué
, et les autres par Mrs de la Croix
et le Blond .
L'Entrée de Méhemet- Effendi , Ambassadeur
du Grand- Seigneur à la Cour
de France , executée par M. le Févre et
peinte admitablement par M. Parossel .
Ce grand Morceau , qui paroît en pu
blic pour la premiere fois , a été honoré
d'un sufrage universel.
- Deux Pieces , le Plan des Invalides
peint par M. Dulin , et le Baptême de
Monseigneur le Dauphin , Ayeul du Roy,
peint par M. Christophe , executées par
M. de la Tour.
5. Pieces ; l'Adieu d'Hector , la Colere
d'Achille, Didon , Achille , qui court venger
la mort de Patrocle et le Sacrifice
Iphigénie, peint par M. Ch. Coypel, executées
nouvellement par M. le Févre , le
Public a rendu justice à l'heureuse composition
de cet Ouvrage.
1390 MERCURE DE FRANCE
8. Pieces représentant Athalie , Jephré,
Suzanne , Joseph , Esther , Laban , Tobie
et le Jugement de Salomon , de feu
M. Antoine Coypel , executées par feu
M. Jans.
7. Pieces , representant la Cêne , le Lavement
des pieds , le Souper du Pharisien
, les Vendeurs chassez du Temple,
la Résurrection du Lazare , la Pêche mi-
Faculeuse et la Guérison des malades ,
d'après feu M. Jean Jouvenet , executées
par M. le Févre , & c.
DESCRIPTION de la Décoration
faite pour le Reposoir de la Porte S. Michel,
à l'occasion de la Procession de la
Fête-Dien.
C
E grand apareil représente un Arc
de Triomphe de 76. pieds de largeur
, sur 55. de haut ; sçavoir , 36. pieds
de proportion pour les piédestaux , colonnes
et entablemens , et le surplus
pour les accessoires. La principale Arcade
a 16. pieds de large , sur 29. de haut ;
on voit au milieu un Médaillon en basrelief
, où est représenté l'Agneau , couché
sur le Livre des sept Sceaux. Ce grand
Médaillon est porté par deux Anges ,
accompagnez de Têtes de Chérubins en
Marbre blanc , le tout environné d'une
11. Vol. Gloire
JUIN. 1735- 1391
Gloire rehaussée d'or , ainsi que le Médaillon
du milieu.
Aux deux côtez de cette grande Arcade
, sont des colonnes d'Ordre Composite
, acouplées , dont les chapitaux
et bases sont en Marbre blanc ; le fût des
colonnes en Marbre Cipolin ; au milieu
de chacun de ces groupes , sont des
Trophées d'Eglise , rehaussez d'or ; sur
les entablemens sont placez la Foy , l'Esperance
et la Charité , feintes en Marbre
blanc ; entre ces figures , au - dessus
de l'entablement , est un Frontispice en
pierre , orné de guirlandes de fleurs qui
s'élevent à 15. pieds de haut , et le milieu
est ocupé par un Tableau représentant
la Cêne de N. S. avec ses Apôtres
ce Tableau a été donné par M. de Chamousset
, Maître des Comptes , en l'année
1732
A la droite et à gauche de cette
Façade , est une Arcade de treize pieds
de large , sur vingt-trois de haut. Elles
sont ornées à chaque milieu d'un groupe
de Chérubins , environnez d'une
Gloire rehaussée d'or ; dans les paneaux
de l'Arcade à droite , sont S. Marc et
S. Mathieu en bas - relief ; dans celle à
gauche , sont S. Jean et S. Luc ; toute
la Décoration se termine par deux co-
11. Vol.
lonnes.
1392 MERCURE DE FRANCE
lonnes et pilastres de même ordonnance
que celle du milieu ; sur l'entablement
à droite , est placé Moyse , et à la gauche
Aaron , et sur les deux petites Ar-.
cades sont des frontons surmontez de
cassolettes , ornez de guirlandes de
fleurs , & c.
Cet Ouvrage peint à huile , est de
M. le Maire , déja fort connu et estimé
pour son intelligence dans son Art , et
sur tout pour ce qui concerne la Perspective.
La dépense de cette Décoration qui a
été fort aprouvée du Public , et qui a
attiré un grand concours , a été faite
par plusieurs Particuliers zelez du Quartier
de la Porte S. Michel , Paroisse de
S: Côme , l'un desquels s'est distingué en
contribuant plus liberalement à cette
dépense.
On trouvera , sans doute , que les proportions
sont mal girdées , en comparant
l'Ouvrage gigantesque ,
dont on
vient de lire la Description , avec l'extrême
petitesse de celui dont nous allons
parler ; mais n'importe ; le contraste ne
paroîtra peut-être pas si bizare aux yeux
de tous les Lecteurs.
Le sieur Liotard , Peintre et Graveur
II. Vol. CR
JUIN. 1735. 1393
en taille- douce , dont on a vû divers Portraits
en Email , qui lui ont acquis de la
réputation , vient de trouver un moyen
fort ingénieux de multiplier ses Ouvra--
ges en Peinture , par le moyen de trois
couleurs et de trois Planches gravées ,
dont les premiers Essais ont satisfait les
Curieux. Ce genre de Peinture peut avoir
lá fraîcheur du Pastel et la force et la
durie de la Peinture à huile . Il vient
de finir deux Portraits de Mrs de Fontenelle
et de Voltaire , de la grandeur
de l'ongle , à pouvoir être mis en Bague,
qui sont très- ressemblans , malgré la petitesse
. Il travaille actuellement à d'autres
Portraits de Personnes illustres , de
la même grandeur qu'on voudra , ainsi
que ceux dont on vient de parler , ruë
S Jacques , chez Mariette , aux colonnes.
d'Hercule , et chez la veuve Chereau ,
aux deux Piliers d'or.
SPECTACLE S.
E 28 Juin , l'ouverture de la Foire
S. Laurent fut faite par le Lieute
nant General de Police , en la maniere
accoutumée.
It. Vol.
Le
394 MERCURE DE FRANCE
Le même jour l'Opera Comique fie
aussi l'ouverture de son Théatre par
deux Pieces nouvelles , précedées d'un
Prologue , la premiere a pour titre , la
Précaution ridicule , et l'autre le Droit da
Seigneur , cette derniere , qui a été goutée
du Public , est une Parodie de la
Tragédie nouvelle d'Aben-said , qu'on
vient de représenter au Théatre François.
Le 30. Juin , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle
d'un Acre , en Vers , terminée par
un très joli Divertissement , intitulée les
Adieux de Mars , cette Piece a été reçûë
très - favorablement du Public , et
on ne manquera pas d'en parler plus
au long , ainsi que de la précédente.
EXTRAIT de la petite Comédie qui
a pour titre : le Conte de Fée , représentée
au Théatre Italien le 26. May.
C
Ette Piece a été fort suivie ; on en
a trouvé la versification très soignee
et très élégante ; s'il y a quelque
défaut dans le fond , on doit l'imputer
à la Loy que les Auteurs se sont imposée
d'y introduire un Géant , pour piquer
la curiosité du Public. En voicy
les Acteurs.
11. Vol. Lo
JUIN. 1735: 1194
Le Chevalier Malencontreux , le sieur
Riccoboni.
La Princesse , Epouse du Chevalier , la
Dile Riccoboni.
Folette , Suivante de la Princesse , la
Dlle Thomassin,
Tornidor , Ecuyer du Chevalier Malencontreux
, Arlequin.
Gridelin , Enchanteur , le sieur Romagnesi.
Un Lutin , Suivant de l'Enchanteur , le
sieur Deshayes.
la Dile Lelio.
La Fée Rancuniere ,
Uu Géant , représenté par un homme
d'une grandeur extraordinaire qui se
trouve actuellement à Paris .
Le Chevalier Malencontreux ouvre la
Scéne avec Tornidor , son Ecuyer ; ils
exposent le Sujet , et font entendre que
l'Enchanteur Gridelin a enlevé la Princesse
et Folette , sa Suivante , nouvellement
mariées , l'une au Maître , et l'autre
à l'Ecuyer. Ils viennent les chercher
dans un Château , qu'un enchantement
dérobe à leurs yeux. On les a adressez
à la Fée Rancuniere , mortellement ennemie
de Gridelin . Cette Fée secourable ,
s'avance vers eux et ne promet de servir
le Chevalier Malencontreux qu'en
cas que sa Princesse lui ait été fidelle.
Elle donne à Tornidor un anneau qui
11. Vol. doit
1396 MERCURE DE FRANCE
' doit le rendre invisible. Muni d'un tel
secours , Tornidor entre dans le Château
après plusieurs lazzis , dont le sieur Thomassin
s'acquitte à son ordinaire. Après
qu'il s'y est introduit , le Théatre représente
l'interieur du Château . Gridelin
paroît avec le Lutin qui lui sert d'Ecuyer.
On aprend par l'exposition qu'il
fait à son tour , que le Genie qui préside
à tous ses enchantemens , l'a commis
à la garde de la Princesse , et qu'il
est arrêté que le Chevalier Malencontreux
ne poura la recouvrer à moins
qu'elle ne lui ait gardé une fidelité à
toute épreuve. La Princesse vient avec
Folette , sa Suivante ; Gridelin fait de
nouvelles tentatives sur son coeur et lui
promet entre autres choses de la rendre
plus belle et même immortelle. Cette
derniere offre est la plus séduisante pour
la Princesse ; Folette qui ne lui ressemble
guére par la fidelité , lui en releve le
prix ; mais la Princesse n'ayant d'autre
objet que son amour pour son Epoux ,
se contente de demander à Gridelin si
' son cher Chevalier jouira du même pri- «
vilege; après quelques contestations , pendant
lesquelles Gridelin paroît tantôt irrité
et tantôt radouci , on sert à dîner,
Tornidor sort du Buffet , à la faveur de
,
II. Vol. l'anJUIN.
1735. 1397
l'anneau qui le rend invisible ; sa gourmandise
naturelle lui donne lieu d'amuser
agréablement les Spectateurs , mais
la vertu de l'anneau le sauve malgré luimême
; il ne peut pas pourtant contenir
sa langue , lorsque Folette lui fait connoître
par des discours coquets , qu'il
s'en faut bien qu'elle soit aussi fidelle
que sa Maîtresse ; Tornidor s'échape en
injures , et s'étant laissé ravir par Gridelin
, l'anneau qui le rendoit invisible , il
est exposé à toute sa colere ; il ordonne
même au Lutin de l'aller précipiter du
haut d'une Tour, La Fée Rancuniere
ayant pris soin de le faire retenir en l'air
par des Génies soumis à ses loix , repa
roît avec le Chevalier Malencontreux ,
et Tornidor ; elle dit à ce dernier qu'il
auroit mérité de franchir le saut tout entier
, par l'imprudence qu'il a faite de
se découvrir. Elle ajoûte , en parlant à
son Maître , que la fidelité de sa Princesse
auroit suffi pour la lui faire rendre ,
mais qu'il faut qu'il porte la faute de
son imprudent Ecuyer ; et que le Génie ,
leur Maître commun , exige qu'il combatte
un Géant d'une grandeur énorme ,
et qu'il remporte la victoire sur un Ennemi
si redoutable. Le Chevalier Malen-
Contreux se soumet sans crainte à cette
II. Vol. derniere
1398 MERCURE DE FRANCE
derniere loi ; il sort pour aller écrire
un cartel que Tornidor doit porter au
Géant ; pendant que le Maitre écrit le
cartel , le Lutin , Rival de Tornidor ,
vient le défier , mais ce dernier ne paroît
pas fort pressé de se battre , ct sur tout
pour recouvrer une coquette . Le Chevalier
revient et remet le cartel entre les
mains de son tremblant Ecuyer. Torni
dor , après avoir long- temps balancé , en
hardi par le dernier péril dont la Fée
Rancuniere l'a préservé , s'avance fierement
vers le Château ; son courage se
ranime à la vûë d'un Nain qui paroît
au lieu du Géant il se prépare à combittre
un Ennemi si foible , mais il le
voit disparoître sur le champ pour faire
place au véritable adversaire de son Maî
tre, à qui il présente le cartel ; le Géant
ayant accepté lé defi par quelques mots
mal articulez ,le Chevalier Malencontreux
s'avance armé d'une épée et d'un bouclier
, dont il pare les coups de Massuë
que son ennemi fait tomber sur lui ; il
remporte enfin la victoire ; Gridelin vient
lui rendre sa Princesse , dont il lui garentit
la fidelité ; Tornidor n'a pas le
même bonheur ; le Lutin lui fait entendre
qu'il ne la lui rend pas telle qu'il
1'a prise. La Piece finit par un Ballez ,
11. Vol.
dont
JUIN. 1735 1399
dont la composition est de M. Marcel ,
et la Musique de M. Mouret ; le Géant
dans les dernieres Représentations y a
battu des Timbales. C'est le même homme
dont nous avons parlé plus au long
dans le Mercure de May , page 967. dont
la hauteur, exactement mésurée, est de 6.
pieds , 8. pouces , 8. lignes , sans souliers.
Le Nain , figuré par un Danseur habillé
d'une maniere grotesque et comique
, a dansé une Entrée avec la Dlle
Thomassin , qui a été très aplaudie . On a
ajoûté dans les dernieres Représentations
de cette Comédie , le Pas de Six , imité
de celui de l'Académie Royale de Musique
, et qu'on a revû avec plaisir.
Voici l'Extrait de la Magie de l'Amour,
Pastorale en un Acte et en Vers . L'Action
se passe entre trois Bergeres et un
Berger ; sçavoir , Sophilette , Dorimene
Rivale de Sophilette , Doris , Cousine
de Dorimene , et Lhidimés , Amant de
Sophilette .
La Scene est en Thessalie , dans un Bosquet
consacré à Diane , dont on voit un
Temple dans le lointain , par- delà le Hameau
où demeure Sophilette. Son Pere
et sa Mere , à la tête des habitans de ce
Hameau,forment la Fête qui finit la Piece.
11. Vol. G M.
1400 MERCURE DE FRANCE
M. Autreau , qui vient de nous donner
cette aimable Pastorale , a bien tort
de vouloir exclure du Théatre François
un genre qu'il y place avec tant d'agrément
; les aplaudissemens réïterez qu'on
a donnez à la Magie de l'Amour , doivent
lui faire perdre une prévention si
injuste. Il faut avouer que la maniere ingénieuse
avec laquelle il a traité son Sujet
, a beaucoup contribué au succès ;
mais cela n'empêche pas que la Pastorale
ne puisse s'échaper avec quelque honneur
des Théatres Italiens et Espagnols,
où il la renferme avec trop de rigueur.
Ce que nous venons de dire ne regarde
qu'un endroit de la Préface de la Pastorale
imprimée depuis peu chez la veuve de
la Tour , rue de la Harpe , aux trois Rois,
prix 24. sols .
Une jeune Bergere nommée Sophilette ,
avoit été élevée par une célebre Magicienne
, chez qui elle prit cette igno
rance d'amour , qui fait tout le sel de
la Piece. Dorimene , sa Rivale , fonde ce
caractere par ces Vers qu'elle adresse à
Doris , sa Confidente .
Or, tu n'as pas de peine à croire
Que dans le terrible séjour
D'un magique laboratoire ,
11. Vol. On
JUIN. 1735 . 1401
On parle beaucoup moins d'Amour,
Que des matieres de Grimoire.
Pour mieux établir ce caractere , l'Auteur
fait encore dire à la même Dorimene.
Une Tante Prêtresse au Temple de Diane ,
Ne la tira qu'à l'âge de dix ans
De cette retraite profane ,
Et depuis dans ce Temple elle resta toujours ,
Chez Diane, dis-moi , connoît - on les Amours ?
Cela suposé , il n'est pas difficile à la
malicieuse Rivale de l'innocente Sophilette
, de lui persuader que tour ce qu'elle
sent pour le Berger Lhidimés , n'est
que l'effet d'un charme que cet adroit
Sorcier a jetté sur elle. Rien n'est plus
naïf que tout ce que Sophilette dit à Dorimene
, qui l'interroge sur les sentimens
de son coeur pour lui prouver la maladie
par les Simptômes. Voici comme elle
s'explique :
Je le voi , même en son absence ,
Quand j'entends son nom seulement ,
Je sens que ma peine commence
Par un secret tressaillement.
Dès qu'il paroît je suis toute interdite ,
Mon Corps frémit , mon coeur palpite ;
11. Vol.
palpite4 11
Gij
1402 MERCURE DE FRANCE
Il me prend un frissonnement ;
Tant qu'il est près de moy , la fievre continuë.
Qu'il touche par hazard ma main , quand je l'ai
nuë ,
Tout aussi- tôt redoublement.
Après lui avoir rendu compte de quelques
songés terribles que sa maladie lui
cause ; elle passe à de plus agréables , qui
pour son bonheur sont plus fréquens.
Voici ses propres paroles :
Ceux -là sont rares par bonheur ;
J'en ai plus souvent d'agréables.
Comme souvent ici je voi
Nos folâtres Bergers, pour amuser nos Belles ,
Leur conter mille bagatelles ,
Quelquefois Lhidimés en songe auprès de moi
Me paroît imiter ce qu'ils font auprès d'elles .
Dans un profond sommeil au milieu du repos ,
Je croi l'entendre qui soupire ;
Et , me serrant les mains , qui me dit certains
mots
Qui me paroissent tout nouveaux ;
Ils sont plaisans sans faire rire .
Dorimene est trop sçavante en amour
pour prendre le change ; elle conçoit , à
n'en pouvoir douter , que Sophilette
aime eperdument Lhidimés , et n'est pas
II. Vol. moins
JUIN. 1735. 1403
moins persuadée qu'elle en est tendrement
aimée ; elle persiste dans la résolution
qu'elle a prise de lui faire peur de
la magie ; elle y réussit si bien , qu'elle
la fait consentir à s'aller renfermer pour
le reste de ses jours dans un Temple de
Diane, où Candide, sa Tante, est Prêtresse.
Sophilette la remercie d'un conseil si salutaire
; elle n'en veut pas differer l'e
xécution ; mais par malheur pour Dorimene
, Lhidimés vient à paroître ; elle
a le chagrin de voir que Sophilette ne
le fuit qu'avec peine ; elle l'entraîne
malgré elle dans un endroit caché
d'où elle entend tout ce que Lhidimés
dit dans un Monologue. L'Auteur a pris
soin de mettre dans ce Monologue des
termes qui confirment l'Amante igno
rante dans l'erreur où sa Rivale l'a
jettée. Voici les termes métaphoriques
dont Lhidimés s'est servi :
Ton Art a réussi ; triomphe Lhidimés:
Mes soins pour la charmer n'ont pas été frivoles.
J'ai dit près d'elle des paroles
Qui produisent de bons effets.
D'un charme tout puissant elle ressent les
traits , & c.
Sophilette ayant entendu cet aveu du
II, Vol. Giij prétendu
1404 MERCURE DE FRANCE
prétendu enchantement , ne peut plus se
contenir ; elle sort du lieu où elle s'étoit
cachée , et transportée de colere , elle
dit à Lhidimés.
Arrête ; écoute- moi , funeste Lhydimés ,
Aprens ici que je te hais ,
Que tes paroles seront vaines
Pour l'effet que tu t'en promets ;
Cesse de triompher des maux que tu m'as faits ,
Diane a pitié de mes peines
Je t'en connois l'Auteur; mes voeux sont satisfaits.
Lhidimés ne comprend rien à ce cruel
reproche ; elle lui dit que c'est en vain
qu'il feint d'ignorer un crime dont il
vient de faire tout haut un aveu qu'elle
n'a que trop entendu ; elle lui défend
de la voir jamais ; il veut s'aller précipiter
dans le Fleuve Penée ; elle lui ordonne
de vivre , et craignant de ceder
encore à l'art d'un si aimable Enchanteur
, elle le quitte ; il veut la suivre ;
mais Dorimene , qui a tout entendu
craignant un éclaircissement , vient l'arrêter
par la promesse qu'elle lui fait
de lui expliquer un mystere dans lequel
il ne comprend rien : elle lui dit que Sophilette
aime Candide sa Tante , à un
tel point , qu'elle ne souhaite rien tant
11 , Vol . que
JUIN. 17358 1405
que de passer le reste de ses jours avec
elle dans le Temple de Diane ; que ses
parens n'y consentent pas ; et qu'elle
vient d'aprendre que c'est Lhidimés qui
leur a inspiré l'envie qu'ils ont de la marier
, et qu'il s'est proposé pour Epoux.
Après lui avoir déclaré les motifs de la
colere que Sophilette vient de faire éclat
ter contre lui , et l'impossibilité qu'il doit
trouver à la faire passer de la haine à
l'amour , elle se réserve , dans un second
entretien de lui parler adroitement d'un
choix plus heureux qu'il pouroit faire.
Lhidimés la quitte pour aller se jetter
aux pieds de Sophilette , et pour se justifier
de la violence qu'elle croit qu'il
veut lui faire en la demandant pour
Epouse sans son aveu .
Doris , Amie de Dorimene , qui vient
d'entendre la conversation qu'elle a euë
avec Sophilette , lui reproche sa fourberie.
Dorimene craignant qu'elle n'aille
tirer Sophilette d'erreur , lui dit qu'il y
va de sa vie , et par là elle l'oblige au
secret , malgré elle . Sophilette revient
du Temple de Diane , plus embarassée
que jamais; elle aprend à Dorimene que sa
Tante Candide en est partie pour exercer
la vertu d'un Talisman qu'elle a sur une
jeune Princesse. Ce Talisman a le pou-
11. Vol. G iiij
voir
1406 MERCURE DE FRANCE
voir de détruire tous les Enchantémens ;
voici ce qu'il a produit sur le prétendu
sort qu'on avoit jetté sur Eriphile , c'est
le nom de la jeune Princesse dont on
vient de parler.
La jeune Princesse Eriphile ,
Enchantée aussi fort que moi ,
Au Talisman de ma Tante ayant foi ,
L'a fait venir de son Temple à la Ville, &c.
Ce mal que ses Parens avoient ignoré tous
Elle l'a découvert en secret à ma Tante ,
>
Qui , de son Talisman, en consultant son poulx ,
Touchant la pauvre languissante ,
Et lui faisant donner aussi- tôt un Epoux ;
A fait cesser le charme qui l'enchante.
Sophilette ajoûte à cela , que malgré
l'absence de sa Tante , elle avoit voulu
se cacher dans le Temple , dont elle croyoit
que son perfide Enchanteur n'oseroit
aprocher , mais qu'elle en a été détournée
par un nouvel effet du charme contre
lequel elle méditoit cette sage précaution
; elle s'explique ainsi :
Mais en voyant de loin cette sainte retraite ,
Une crainte , une horreur secrette
A tout d'un coup renversé ma raison ;
Mon perfide Enchanteur, par son Art détestable,
11. Vol.
M'a
JUIN.
1735. 1407
M'a rendu ce lieu formidable ;
J'ai crû m'aller mettre en prison .
Dorimene la presse plus que jamais
de s'aller renfermer dans ce Temple sacré
, comme dans le seul azile qui lui
reste ; Sophilette n'y peut consentir ; Lhydimés
s'aprochant , Dorimene prie Doris
de ne point abandonner Sophilette et de
la tenir dans sa Cabane ; Lhidimés , qui
croit l'avoir aperçûë , la demande à Dorimene
; c'est dans cette conversation que
Dorimene lui déclare son amour d'une
maniere équivoque , mais que Lhidimés
ne laisse pas d'entendre ; il lui dit que
si elle veut qu'il lui prête une attention
plus favorable , il faut auparavant qu'elle
le conduise au lieu où Sophilette est cachée
; Dorimene est forcée d'y consentir .
Sophilette s'étant échapée du Verger
de Doris , vient chercher son Enchanteur
, pour le prier de ne la plus tourmenter
; c'est là que Doris vient lui
aprendre que Candide est de retour , qu'elle
est instruite de son mal , qu'elle ne
croit point que ce soit un charme affreux
d'autant que Lhidimés craint les Dieux,
qu'elle doit lui ordonner de la traiter
avec moins de rigueur . Sophilette est ravie
de ce qu'elle vient d'entendre ; elle
II. Vol.
G v est
1408 MERCURE DE FRANCE
est toute prête à se réconcilier avec son
prétendu Enchanteur ; Lhidimés vient ,
le pardon que Sophilette lui demande
est une déclaration d'amour des plus neuyes
et des plus délicates ; le crime dont
elle s'accuse d'abord , est de l'avoir crû
Enchanteur ; Lhidimés lui demandant
sur quoi elle avoit fondé cette prétendue
Sorcellerie , elle lui répond :
Sur ce que depuis qu'en ce Bois
Je vous ai vu pour la premiere fois ,
Mon ame est sans cesse agitée
De troubles , de chagrins et de soupçons jaloux ,
Et que des maux dont je suis tourmentée ,
Je ne puis accuser que vous .
Voici la réponse de Lhidimés.
Reconnoissés enfin ma peine dans la vôtre ;
Vous êtes enchantée et vous en jugés bien ;
C'est du même Magicien
Que nous sentons le pouvoir l'un et l'autre à
C'est l'Amour qui nous a charmés ;
Je vous adore et vous m'aimés.
Doris vient interrompre ce tendre entretien
pour leur aprendre que Dorimene
au désespoir de la préference que Lhidimés
donnoit à Sophilette , a pris pour
elle le conseil qu'elle avoit donné, et vient
II. Vol.
de
JUIN. 17357
1409
de s'enfermer dans le Temple de Diane ;
elle ajoûte que les Parens de Sophilette ,
par le conseil de Candide , veulent qu'elle
épouse son cher Enchanteur , et qu'on
vient célebrer son hymen . Voici quelques
Couplets du Vaudeville par lequel
la Piece finit.
Un Berger jeune et bienfait ,
Amusant et tendre ,
Au bonheur le plus parfait
Peut un jour s'attendre ;
L'Art du plus grand Enchanteur
De la Thessalie ,
Pour charmer un jeune coeur ,
Ne vaut pas sa Magie.
A la Ville pour charmer
L'Art est nécessaire ;
Aci , pour se faire aimer ,
C'est assez de plaire ;
Sans trop de rafinement ,
Quand on est jolie ,
Aimer bien fidellement
C'est la bonne Magic.
On soupçonne nos Pasteurs
De Sorcellerie ;
Mais ils ne sont Enchanteurs
II. Vol.
Qu'en G vj
1410 MERCURE
DE FRANCE
Qu'en galanterie ;
Sçavoir saisir le moment ,
Où l'ame attendrie
Ne combat que foiblement ,
C'est toute leur Magic.
Au Parterre.
Voici l'instant où l'Auteur
Attend sa sentence ;
Il sent palpiter son coeur
Sa fievre commence.
Plaire à quelques- uns de vous
Borne son envie ;
Car vous satisfaire tous ,
Le peut-on sans Magie ?
La Musique du Divertissement est de
M. Mouret , et le Balet est figuré par
M. d'Angeville , de l'Académie Royale
de Musique
.
,
"Quoique cet Extrait soit d'une juste
longueur et que nous ayons déja
parlé de la Préface , nous ne pouvons
résister à la tentation d'y revenir pour
en extraire un endroit où l'Auteur s'exprime
ainsi : Mais ce qui m'a sur tout invité
et déterminé à faire la Piece, c'est la con◄
venance du caractere de Sophilette avec celui
de l'aimable Dlle Gaussin , à qui j'en
11. Vol.
destinois
JUIN. 1735. 1411
destinois le Rôle. Je me suis flaué que les
yeux et tous les traits de l'Actrice , si tou
chans et d'une forme si parfaite , que la
douceur et la molestie de son air le plus prom
pre qui fut jamais à exprimer l'innocence
et l'ingénuité d'une jeune Bergere , que le son
tendre et flateur de sa voix , la netteté de
sa prononciation , enfin , que
les graces
son action et de toute se personne , pouroient
supléer à celles que je ne me sentois pas capable
de mettre dans mon Ouvrage.
de
Les Comédiens François répetent une
petite Comédie nouvelle en Prose , de
M. Poisson l'aîné , qu'on joüera le mois
prochain ; elle a pour titre , le Mariage
par Lettre de Change.
On prépare un nouveau Balet à l'Opera
, pour le donner le mois prochain ,
sous le titre des Victoires Galantes . Le Poëme
est de M. Fuzellier , et la Musique de
M. Rameau.
11. Vol NOU1412
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
'Electeur de Saxe ayant fait représenter à Sa
Majesté Czarinar les dommages causez
dans la Pologne par les Troupes Etrangeres qui
y étoient , et qui n'épargnoient pas plus les Terres
de ses Partisans que celles des Polonois fideles
au Roy , elle a résolu d'en faire sortir plusieurs
Régimens , et elle a envoyé ordre à tous les Co-
Saques , que le Comte de Munich avoit sous ses
ordres , de retourner en Ukraine .
Le General Lesci , qui commande les Troupes
Moscovites destinées à passer en Silesie , et qui
a sous ses ordres M. Keith , Lieutenant Feldt-
Maréchal , et Mrs Vrasow et de Biron , Majors
Generaux , a écrit à S. M. Cz. que la premiere
colonne de ces Troupes arriveroit à la fin de
May sur la Frontiere de l'Allemagne , mais que
quelques difficultez qui étoient survenues par raport
à leur marche , les empêcheroit d'y entrer
jusqu'à- ce que la Czarine eût envoyé des ordres
à ce sujet. S. M. Cz. lui a donné de pleins pouvoirs
pour lever ces difficultez , et on compre
qu'elles ne retarderont pas plus long- temps la
marche des Troupes Moscovites.
Les Députez qui étoient allez à Petersbourg ,
pour engager la Czarine à accorder aux Habitans
de Dantzick une diminution sur les sommes
que le Comte de Munich leur avoit demandées
out dépêché un Courier aux Magistrats , pour
II. Vol. Jeur
JUIN. 1735. 1413
leur donner avis , que le 31. du mois de May le
Baron d'Osterman leur avoit déclaré la resolution
de S. M. Cz . à cet égard. Suivant la Lettre
écrite par ces Députez , les habitans seront obligez
de payer à la Czarine le reste de la somme
qu'ils ont promis de lui fournir , mais S. M. Cz.
les dispense de donner le million que le Comte
de Munich avoit éxigé d'eux au - delà de cette
somme.
POLOGNE.
Malgré les représentations réiterées que l'Emages
causez à la Pologne par le grand nombre
de Troupes Etrangeres qui y sont , S. M. Cz. a
résolu d'y l'aisser vingt Régiments d'Infanterie ,
trois de Cuirassiers , et six de Dragons.
Le Colonel Devitz , qui avoit reçû ordre de
conduire le Primat en Ukraine avec une escorte
de 300 hommes , l'avoit obligé de partir le deux
Juin ; mais depuis la Lettre que le Primat a
écrite à l'Evêque de Cracovie , le Comte de Munich,
à la priere de l'Electeur , a depêché le Colonel
Darouski pour faire remettre le Primat en
liberté.
Le Comte Zaluski , Evêque de Dreznenskiegow
, et Secretaire de la Couronne , a fait
publier depuis peu par ordre du Roy , une Lettre
écrite à la Noblesse Polonoise , pour l'avertir
qu'un Manifeste qui a été distribué il y a quelque
temps en Pologne , est une Piéce suposée.
Ce Prélat se plaint au commencement de cette
Lettre , de ce que les ennemis de la Republique
attribuent souvent aux Partisans du Roy des
Ecrits odieux dans le dessein de corrompre les
idées de la plus saine partie des hommes , et dé-
II. Vol
toufer
1414 MERCURE DE FRANCE
toufer en eux les sentimens genereux qui les portent
à s'interresser aux malheurs de ce Royaume.
Il ajoûte que les Ministres de S. M. auroient
continué de garder le silence sur des procedez si
dignes de mépris , mais que la moderation du
Roy ayant porté ses enne nis à hasarder tous les
jours de nouvelles impostures , il est temps de
dévoiler leur fourberie , et d'aprendre au Public
que plusieursEcrits qui ont paru sous le nom
de S. M. et particulierement celui qui porte pour
titre : Manifeste adressé à l'Armée de la Couronne
et à toutes les nouvelles Compagnies levées dans les
Palatinats , ont eté compos :z par des gens interessez
à surprendre la crédulité des sujets du
Roy.
Le Comte Zaluski remarque que les auteurs de
ce Manifeste , pour rendre cette piéce moins suspecte
, affectent d'y faire une vive peinture de
Paff.ction que toute la Nation a témoignée
pour le Roy immediatement après la vacance du
Trône , de l'union qu'il a trouvée à son arrivée
parmi la Noblesse , et de li promesse que tous
les Etats du Royaume lui ont faite de lui garder
une fidelité inviolable ; qu'en employant ainsi la
verité même à mettre leurs mensonges en cré tit,
ils n'ont pas eu honte de faire des aveux qui leur
sont désavantageux , afin de donner cours à une
fausseté dont ils esperoient de tirer quelque avan
tage qu'ils se sont promis l'engager par ce Manifeste
les Pionois qui ont combattu jusqu'ici
pour la liberté et pour l'honneur de la Nation ,
à recevoir des ters de ceux qui veulent leur en
donner , à trahit les interêts du Roy en croyant
exécuter ses or tres , et ceux de la Patrie , en s'imaginant
contribuer à sa tranquillité. Ce Prélat
finit sa Lettre en proscrivant cet Ecrit comme
II. Vol faux
JUIN. 17358 1415
Eaux et indigne du Roy , et comme une piéce
dans laquelle S. M. ne pouroit se connoître que
par les sentimens de bonté qu'on lui attribuë
mais qu'il sçait placer plus à propos et en des occasions
plus convenables à sa gloire et à la fidelité
de ses sujets .
>
L'Evêque de Cujavie , et quelques autres per
sonnes de distinction ont dû partir de Warsovie
sur la fin de Juin pour aller trouver à Lowitz le
Primat qui y est depuis quelque temps.
L'Electeur de Saxe a donné ordre d'imprimer
les Universaux pour convoquer la Diete de la
Noblesse attachée à son parti , laquelle doit s'assembler
à Warsovie vers la fin du mois de Septembre
prochain.
O
ALLEMAGNE.
N écrit de Vienne que M. Foscarini , Ambassadeur
de la Republique de Venise , alla
le 22. de ce mois communiquer à S. M. I. quelques
depêches qu'il avoit reçûes d'Italie par un
Courier extraordinaire , et qui portoient que la
Republique n'avoit point jugé à propos d'accorder
des quartiers dans les Pays de sa Domination
aux Troupes commandées par le Comte de Konigseg
L'Electeur de Biviere ayant é é pressé de nouveau
par l'Empereur de fournir son contingent ,
ce Prince a déclaré que les conjonctures presentes
ne lui permettoient pas de faire marcher sesTroupes
vers le Rhin.
Les Lettres de Berlin marquent que deux détachements
des Troupes Moscovites qui sont en
Pologne , ayant tenté d'entrer dans le Royaume
de Prusse , pour arrêter quelques Polonois ,
I I. Vol.
ا ه
1416 MERCURE DE FRANCE
le General Katte avoit fait déclarer aux Officiers
de ces détachements , que le Roy de Prusse lui
avoit donné ordre de traiter comme ennemis
tous ceux qui entreprendroient de commettre
quelque violence dans ses Etats .
ITALIE.
E Cardinal Acquaviva a défendu aux Ecclé-
L'siastiques de l'Eglise de forte -Dance -
de
Constantinople des Siciliens , de faire porter le
jour de la Fête du Saint Sacrement , à la Procession
, leur Banniere ordinaire, sur laquelle sont
brodées les Armes de l'Empereur , et le Cardinal
Alexandre Albani a fait la même défense au
Clergé de l'Eglise de S. Charles , qui est dans le
Cours .
Le Pape persistant malgré les réprésentations
du Cardinal Cienfuegos dans la résolution de ne
point recevoir la Haquenée de la part de l'Empereur
, le Prince de Sainte Croix est allé à Tivoli ,
où il passera quelque temps.
Le 19 , le Cardinal Alberoni arriva en poste de
Ravenne , et le lendemain il eut audience du Pape
qui lui a accordé 100000 écus Romains pour la
perfection des travaux commencez dans la Romagne
, afin d'empêcher les débordemens des
Rivieres.
Tous les avis reçûs de Genes portent qu'un
nombre considerable de Rebelles de l'Isle de
Corse, ne pouvant soufrir le joug que leurs Chefs
vouloient leur imposer , avoient profité de l'amnistie
qui leur avoit été offerte, et qu'ils s'étoient
soumis à la République.
II. Vol. DI
JUIN. 1735. 1417
L
DE NAPLES ET SICILE .
Es Lettres de Sicile portent au sujet de la Capitulation
de Siracuse , qu'on étoit convenu
le 1. de ce mois que le Marquis Roma , Gouverneur
de cette Place , la remettroit aux Espagnols
le 17.et qu'en attendant , les assigeans garderoient
tous les ouvrages dont ils s'etoient rendus
maîtres ; que la garnison en sortant de la
Ville , pouroit emmener deux piéces de canon
et qu'on accorderoit un mortier au Gouverneur
par consideration pour sa personne ; que huit
jours avant l'entrée des Espagnols dans la Place ,
le Marquis de Gracia- Real envoyeroit des Officiers
d'Artillerie pour prendre un état des canons
, des mortiers et des munitions de guerre
qui y sont ; que l'on fourniroit des Vaisseaux à
la Garnison pour la transporter à Trieste ou à
Fiume , à condition qu'ils seroient fretez aux dépens
de l'Empereur ; qu'on feroit escorter ces
Bâtimens par un vaisseau de Guerre ; que si les
vents contraires ou quelqu'autre accident les
obligoient d'entrer dans des ports apartenants au
Roy des deux Siciles ou à quelqu'une des Puissances
ses Alliées , les Impériaux qui seroient
sur ces Vaisseaux ne pouroient être inquiétez en
aucune maniere,et qu'ils recevroient tous les secours
dont ils auroient besoin ; que les Officiers
ou Soldats faits prisonniers de Guerre pendant le
Siége , seroient remis en liberté ; qu'il seroit
permis à tout Officier ou Soldat de la garnison
d'acheter ce qui lui seroit nécessaire pour son embarquement
; que si quelques- uns d'entre eux désiroient
d'aller dans le Royaume de Naples pour
y regler quelques affaires , on leur donneroit des
11. Vol. passeports
2418 MERCURE DE FRANCE
passeports pour cet effet ; que le Marquis de Roma
laisseroit dans la Place des Commissaires
pour arrêter les comptes des sommes qui pou
roient être dûës aux habitans par l'Empereur ou
par les Officiers ou les Soldats de la garnison ,
et que ces Commissaires y demeureroient , jusqu'à
ce que ces sommes eussent été payées ; que
les nouvelles monnoyes frapées pendant le Siége
par ordre du Gouverneur , continuëroient d'être
reçûës dans le commerce , non- seulement à Siracuse
, mais encore dans toute la Sicile , à raison
de leur poids et de leur titre , et que de part et
d'autre on se donneroit des otages pour garentir
l'éxécution de cette capitulation.
On aprend de Naples que le Comte de Marsillac
a fait partir pour la Sicile par ordre du Roy
plusieurs Bâtiments de transport , destinez à conduire
à Trieste la garnison Impériale qui a défendu
Siracuse , et qui suivant la Capitulation signée
le premier juin par le Marquis de Gracia-
Real et par le Marquis Roma , a dû sortir le
17. de cette Place On avoit mandé de Sicile ,
que cette garnison avoit obtenu les honneurs de
la guerre , et qu'elle devoit sortir tambour battant
, Enseignes déployées , avec armes et baga
ges , et trente coups à tirer pour chaque soldat ,
mais les Lettres reçûes depuis marquent que cet
article ayant été refusé au Marquis Roma , il
avoit été reglé qu'aucun des Impériaux ne pou
roit emmener ses chevaux ni emporter ses armes,
et qu'il leur seroit permis seulement de les vendre
s'ils en trouvoient l'occasion.
Les dernieres Lettres de Messine portent que
le Marquis de Gracia Real avoit laissé 2000
hommes en garnison à Siracuse , et qu'il s'étoit
mis en marche avec le reste des Troupes qui sont
sous ses ordres pour aller faire le siége de Trapani.
JUIN.
1419 1735.
ESPAGNE.
N travaille avec toute la diligence possible
à équiper tous les vaisseaux de Guerre qui
sont dans les Ports du Royaume d'Espagne .
Il paroit un Ecrit qui eft intitulé : Considerations
sur l'Expedition de la Flote de la Grande
Bretagne , dans lequel on a donné quelque
étenduë aux reflexions contenuës dans la Lettre
écrite le 8 de ce mois par M. Patinho à M. Keene,
Ministre du Roy d'Angleterre en cette Cour.
Cet Ecrit porte que S. M. Brit, ayant prévû
que la résolution qu'elle avoit prise , d'envoyer
une nombreuse Escadre sur les côtes de Portugal,
donneroit de l'inquiétude à plusieursPuissances,
elle avoit eu soin de prévenir le Roy sur cet
armement , et de le faire assurer par M. Keene
qu'elle n'avoit d'autre intention que d'empêcher
qu'on n'attaquât la Flote du Bresil , sur laquelle
les Anglois avoient des fonds considerables ; que
le Roy d'Angleterre a eu lieu d'être satisfait de
la maniere dont S. M. a écouté l'offre que S. M.
Britanique lui a faite d'employer ses bons offices
pour terminer dès sa naissance un differend qui
pouvoit retarder la paix , que ce seroit mål juger
de l'équité du Roy de la Grande Bretagne, que de
le soupconner d'avoir pû trouver mauvais que
le Roy de France ayant offert sa médiation
elle ait été acceptée , et que le Roy ait eu dans
cette occasion les égards qu'on doit à S.M.T.C.
dont tout le monde connoît la moderation ;
qu'il y avoit lieu de croire que cette médiation
acceptée , garantissoit sufisamment le Portugal
de toute entreprise de la part de l'Espagne , que
Le Roy s'étoit toujours expliqué avec M. Keene
ÎĮ. Vol. d'une
1420 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à ne laisser aucun soupçon ; que ce
Ministre doit se souvenir que S. M. l'a assuré de
sa propre bouche , que ses Troupes ne commettroient
aucune hostilité ni par mer ni par terre,
par égard pour la médiation du Roy de France
que d'ailleurs le Roy d'Angleterre a reçû souvent
des preuves de la déference que le Roy a
euë pour les sentimens de S. M. Britanique , lorsqu'il
s'est agi de pacification ; qu'il n'étoit donc
ni necessaire ni même utile , que la Grande Bretagne
fit avec beaucoup de dépense un armement
si considerable pour défendre un Allié qui
ne couroit aucun danger , et à qui les bons offices
de plusieurs Puissances procuroient déja une
Sureté suffisante , que non -seulement cette armement
est inutile , mais qu'il est préjudiciable au
commerce de toute l'Europe par les suites qu'il
peut avoir contre l'intention de ceux qui l'ont
souhaité; que la bonne intelligence qui regne
entre les Cours d'Espagne et d'Angleterre contribue
beaucoup à l'empressement avec lequel
toutes les Nations de l'Europe prennent interêt
sur laFlete de la nouvelle Espagne ;que les Négo
ciants persuadez qu'ils n'ont à craindre pour leurs
effets que les tempêtes et les autres accidens auxquels
la mer est sujette , se livrent avec moins de
reserve à un commerce dont ils connoissent les
grands avantages ; que ceux qu'ils en retirent ,
influent sur toutes les autres parties du com
merce , et qu'il se fait une heureuse circulation
de richesses en Espagne , et delà , dans tous les
Pays où le commerce est florissant ; qu'il est
vrai que le Roy étant convaincu de la sincerité
et de la droiture de S.M. Britannique, ne concevra
aucun ombrage d'une Flote destinée uniquement
à prévenir les accidens qui pouroient
II. Vol. rendre
JUIN. 1735. 1421
rendre la paix plus difficile , mais qu'on n'a
pas droit de se promettre la même confiance des
négociants ; qu'ainsi pour assurer le commerce
de Portugal , qui n'étoit menacé d'aucune interruption
prochaine , le Roy d'Angleterre s'expose
à nuire à celui de tous les autres Etats de
l'Europe et à donner occasion à un mal général
, en voulant éviter un danger particulier; que
l'armement de la Grande Bretagne peut devenir
un obstacle pour la paix , aussi- bien que pour le
commerce ; que M. Keene n'ignore pas combien
le Roy étoit éloigné du dessein d'abuser de la
superiorité de ses forces ; que si S. M. l'eut voulu
, elle pouvoit au lieu d'accepter la médiation
du Roy de France , attaquer le Portugal avec
tous les Vaisseaux de Guerre qui étoient à Cadix
, et avec les Troupes qu'elle avoit dans les
Provinces frontieres , et auxquelles le Roy de
Portugal n'avoit aucunes forces à oposer ; qu'alors
rien n'eut arrêté les Espagnols jusqu'à Lisbonne
; que la seule moderation du Roy a sauvé
le Portugal d'une irruption dont il n'étoit point
en état de se garantir , que cette conduite prouvoit
assez que pour rétablir la bonne intelligence
entre la Couronne d'Espagne et celle de Portugal
, il sufisoit que le Roy de Portugal prit les
mêmes sentimens que le Roy lui avoit montrez ;
que peut être S. M. P. apuyée de la Flote de la
Grande Bretagne , sera moins disposée à les
prendre , et que par- là la paix sera plus éloignée
qu'auparavant.
11. Vol.
GRANDE1422
MERCURE DE FRANCE
GRANDE - BRETAGNE.
A Reine se rendit vers la fin de ce mois avec
LieDuc de Cumberlan et les Princesses , chez
M. Reysbrack , et S. M. parut être extrêmement
contente de la Statuë de Guillaume III. que ce
Sculpteur a faite pour la Ville de Bristol .
Le 23 , Don Antoine- Marc Azevedo , Envoyé
du Roy de Portugal , reçût un Courier par lequel
S. M. P. lui a mandé de ne point se rendre
à Hanover. Le Prince de Cantimr , Ministre
de la Czarine , l'Envoyé du Roy de Suede , ce
lui du Prince de Saxe- Gotha , les Residents qui
sont à Londres de la part de la Republique de
Venise et du Grand Duc de Toscane , doivent
aussi demeurer en cettte Ville pendant l'absence
du Roy.
ARMEE D'ITALIE.
Es Lettres du Camp de Marmirolo ,
du 26. Juin , portent que le Roy
de Sardaigne et le Maréchal de Noailles
ayant apris le 19. au matin , dans le tems
qu'ils donnoient leurs Ordres pour marcher
aux Ennemis , que le Comte de Konigseg
avoit pris le parti de se retirer
au-delà de la Fosse Bozzola , ils allerent
camper à Marmirolo.
Le 20. le Marquis de Bonas s'avança
avec le Corps de réserve qu'il commande
, pour s'emparer de plusieurs postes
autour de Mantouë ., et le lendemain on
II. Vol. fit
JUIN. 1735
1423
hit jusques sous le glacis de cette Place
un Fourage general , pendant lequel les
Ennemis tireлent plusieurs coups de canon
, dont aucun des Fourageurs n'a été
tué ni blessé.
On aprit à Marmirolo le 22. aprês
midi , que le Marquis de Bonas qui avoit
été détaché la veille avec 1000. Grenadiers
et 1000. hommes de Cavalerie ,
pour aller à Gussolengo , ne s'étoit avancé
que jusqu'à Castelnovo , qui est à
cinq milles en- deçà de Gussolengo , et
qu'il n'avoit pas jugé devoir s'avancer
jusqu'à ce dernier poste , où les Ennemis
étoient encore , parce que le Comte de
Konigseg n'avoit pû rassembler assez de
bateaux pour faire passer l'Adige à toutes
ses Troupes. Cette nouvelle ayant
fait prendre la résolution de renforcer
le détachement commandé par le Marquis
de Bonas , le Maréchal de Noailles
partit le 22. à l'entrée de la nuit avec
tous les Grenadiers de l'Armée , un détachement
de 100. hommes par Bataillon
, et 2000. hommes de Cavalerie
pour aller à Castelnovo . Il arriva à 9 .
heures du matin à un mille en- deçà de
ce Poste ; et il y joignit le Marquis de
Bonas. Il marcha ensuite à Castelnovo ,
où il aprit que le Comte de Konigs g
>
II. Vol sur H
1424 MERCURE DE FRANCE
sur le bruit de sa marche , avoit passé
l'Adige avec toute son Armée , à l'exception
de deux Regiments de Hussards
qui se sont retirez dans les gorges des
montagnes qui sont entre l'Adige et le
Lac de Garda.
Le Maréchal de Noailles qui avoit
renvoyé dès le 24. la plus grande partie
des Troupes avec lesquelles il avoit marché
à Castelnovo , revint à Marmirolo
le 25. au soir , après avoir reconnu les
bords de l'Adige et ceux du Lac de Garda.
Le Duc de Montemar qui s'étoit avancé
avec un Corps de troupes considérables
à Castiglione Mantouane , est à Castellaro.
Un des Corps de Cavalerie qu'il avoit
détachés pour reconnoître la situation
des Ennemis , a rencontré près de
Villafranca 200. Hussards Imperiaux
qu'il a battus , et sur lesquels il a fait 12 .
prisonniers ; mais ce Corps de Cavalerię
en poursuivant les Hussards , est tombé
dans une embuscade où il a beaucoup
perdu par le feu de quelques Compagnies
d'Infanterie , postées derriere des
hayes , et qui étoient soutenues par un
détachement de Cavalerie. Malgré la superiorité
des Ennemis , les Espagnols se
sont défendus avec tant de courage, qu'ils
II. Vol.
ont
JUIN. 1735. 1425
ont donné le tems à un Corps d'Infanterie
de venir à leur secours , et qu'ils
ont conservé leurs prisonniers.
Le Marquis de Maillebois est toujours
dans le Seraglio , où il a distribué dans
differents Postes les Troupes qu'il commande.
Par les nouvelles qu'on a euës des Im
periaux , depuis qu'ils ont passé l'Adige ,
on a sçû qu'ils avoient marché avec beau
coup de précipitation , et que la tête de
leur Armée étoit le 25. à Trente.
,
>
Les dernieres Nouvelles reçûës du
Camp de Marmirolo portent , que le
Roy de Sardaigne , le Maréchal de Noailles
, et le Duc de Montemar , ayant jugé
à propos de mettre l'Armée des Alliez
en Quartiers de rafraichissement les
Troupes qui la composent ont été distri
buées dans differens Cantons du Haut et
du Bas Mantoüan . Les Troupes Françoises
occupent le Pays qui est entre le Mincio
et l'Oglio , et de l'autre côté du Pô
les Postes qui sont sur la gauche de la Secchia
, à l'exception de celui de San - Benedetto.
Les Troupes du Roy d'Espagne
sont cantonnées dans la partie du Bas
Mantoüan qui est à la droite de la Secchia
: Elles occupent en même tems le
Pays qui est de ce côté du Pô sur la
II. Vol Hij gau1426
MERCURE DE FRANCE
gauche du Mincio , et elles peuvent communiquer
de l'autre côté du Pô par le
Pont qui a été établi à Ostiglia .
Les Troupes Piemontoises sont le long
de l'Oglio , depuis Pozolo , jusqu'à Soncino,
Le Roy de Sardaigne a son Quartier
à Saint Martin de Bozolo. Le Maréchal
de Noailles , a pris le sien à Castiglion
del Stivere , et le Duc de Montemar
à San Benedetto .
ARME'E D'ALLEMAG NE.
Lheim ,tresque
Es Lettres du Camp de Weinholslez,
Win, le
le
Maréchal de Coigny fit marcher la Maison
du Roy , la Gendarmerie , les Brigades
de Cavalerie des Regiments Commissaire
General , Royal et Dauphin Etranger
, les Regiments de Dragons du Roy,
de Condé et d'Harcourt , un Escadron
de celui de Hussards de Berchiny , et les
deux Brigades d'Infanterie de Choiseul
et de Bretagne. Ces Troupes qui forment
un Corps de 8. Bataillons et de 57. Escadrons
, et qui sont sous les Ordres du
Marquis de Dreux , Lieutenant General,
allerent camper en deçà de la S lz , la
droite à Nider- Ulm , et la gauche à Sta
deck .
Le même jour le Comte de Belleisle
II. Vol.
quitta
JUIN. 1735. 1427
quitta ' , avec le Corps de réserve qu'il
commande , le Camp d'Undenheim , et
il s'avança à Algesheim , où il campa le
long de la Selz . Il a fait occuper le Poste
de Veinsheim qui est sur le Rhin , et il
a envoyé un détachement dans celui d'Oberingelsheim.
Les Troupes restées dans ce Camp , fi
rent le 29. un Fourage entre Schornheim
et Gutzpitzheim. Dix Hussards enne--
mis , commandez par un Lieutenant , ayant
passé le 2. Juillet le Rhin en deça
de l'Isle qui est dans cette Riviere , vis
à - vis de Veinsheim , où la gauche du
Corps de réserve est appuyée , ils ont été
pris par un de nos Partis , commandé
M. de Romberg.
par
L'Armée n'a fait aucun mouvement
depuis que le Maréchal de Coigny a envoyé
sur la Selz 8. Bataillons et 57 , Escadrons.
Ces Troupes qui sont sous les Ordres
du Marquis de Dreux , firent le s
Juillet un Fourage au - delà de cette Riviere
, et il fut aussi abondant que celui
que le Maréchal de Coigny avoit fait fatre
la veille sur les hauteurs d'Undenheim
.
Le Comte de Belleisle qui est toujours
campé le long de la Selz avec le Corps
de réserve qu'il commande , détacha la
11. Vol. H iij
nuit
1428 MERCURE DE FRANCE
nuir du 4. au 5. huit Compagnies de Gre
nadiers pour aller chasser les Imperiaux
d'une Isle qui est sur le Rhin , vis - à- vis
de Veinsheim , où sa gauche est appuyée.
Les Ennemis parurent jusqu'à minuit
dans le dessein de se défendre ; mais à
une heure du matin ils retirerent la plus
grande partie de leurs Sentinelles ; et dès
qu'ils crurent que les Grenadiers étoient
embarquez pour venir les attaquer , ils
repasserent de l'autre côté du Rhin , et
abandonnerent cette Isle dans laquelle
on a mis des Troupes , ainsi que dans 2 .
autres plus petites qui sont près de la
premiere.
Le 7. Juillet le Maréchal de Coigny
accompagné du Comte de Clermont , du
Prince de Conti , du Prince de Dombes
et du Comte d'Eu , se rendit au Camp
du Comte de Belleisle ; et étant allé visiter
les Isles qu'on avoit occupées le 5 .
il reconnut la position du Camp que les
Ennemis ont vis- à - vis du Village d'Estrick.
Le Maréchal de Coigny passa le
lendemain à Stadeck dans le Camp du
Marquis de Dreux , et il revint le soir au
Camp de Weinholsheim.
On a apris d'Huningue , que le detahement
de 200. Grenadiers et de zco.
Dragons que le Chevalier de Givry avoit
11. Vol. cavoyé
JUIN. 1735. 1429
envoyé au commencement de Juillet audelà
du Rhin , sous les Ordres du Chevalier
de Montauban , Lieutenant-Colonel
, et commandant une Compagnie
Franche , étoit revenu à Huningue le 7,
que ce détachement avoit ramené avec
lui plusieurs Baillifs et Prevôts des Com
munautez du Brisgaw qui avoient refusé
de payer des Contributions , que le Chevalier
de Montauban avoit toujours mar
ché entre Brisack et Fribourg et les Villes
forestieres , et assez près du General Petrasch
, lequel est avez un Corps d'en
viron 6000. hommes dans le Kinsinguet,
tal ; que son détachement avoit fait 23.
lieuës en 28. heures ; qu'il n'avoit rencontré
dans cette marche qu'un Parti de
Hussards , lequel avoit pris la fuite , et
que cette course avoit répandu l'allarme
dans tout ce Pays.
***X * :*
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Onseigneur le Dauphin et Mesdames
de France sont allez au Château
de Meudon pour y passer quelque
tems.
Hiiij Le
II. Vol.
1430 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a nommé Commandeur de
l'Ordre Royal et Militaire de S. Louis
M. de la Motte de la Perouse Maréchal
des Camps et Armées de Sa Majesté.
,
Le 20. Juin il y eut Concert chez la
Reine à Versailles , Sa Majesté entendit
dans son Salon le Prologue et le premier
Acte de l'Opera d'Amadis de Grece , de
la composition de M. Destouches, Sur-
Intendant de la Musique du Roy , qu'on
continua le 23. et le 27. la Dlle Antier
et le sieur d'Angerville , chanterent avec
succès les Rolles de Melisse et d'Amadis,
ainsi que la Dlle Mathieu celui de Niquée
et le sieur Jeliote , celui du Prince
de Thrace. Les choeurs et toute la symphonie
farent executez dans la plus grande
précision..
M. l'Abbé Larcher ayant obtenu ur
Arrêt du Conseil du 3. Juillet 1734. dont
il a été fait mention dans le Mercure
du même mois , par lequel les ouvrages
de la couverture de l'Egout du Fauxboug
Montmartre étoient ordonnez ,
vient d'en faire faire , au Bureau de la
Ville , l'Adjudication au nommé le Duc ,
Maître Maçon , moyennant la somme
de 21000. liv.
II. Vol. L'EntreJUIN.
1735. F43
L'Entrepreneur est obligé de rendre
parfait cet ouvrage dans trois mois , du
jour de l'Adjudication , comme aussi de
faire paver toute la longueur de la rue
de ce Fauxbourg. Ce pavé formera une
chaussée et deux revers , la ruë aura sept
toises de largeur , ce qui procurera une
grande commodité pour les Voitures et
les gens de pied de ce Quartier qui est
très fréquenté.
La couverture de cet Egout procurera
encore un avantage considerable aux Proprietaires
des heritages de ce Fauxbourg,
en rendant leurs maisons plus saines , et
par consequent plus habitables . M. le
Prevôt des Marchands , toujours tres attentif
pour le bien public , n'a pas pew
contribué au succès de cette entreprise .
Experience des Gouttes du General de la
Motte:
La Dame Beatrix , Religieuse du Monastere
de Blandesques , Ordre de Ci
teaux , à une lieuë de S. Omer, fut attaquée
il y a 18. mois d'une hidropisie
timpanite , avec supression de ses regles ,
fievre , suffocations et cardialgies continuelles
tous les remedes generaux ayang
été mis en usage sans succès, et la mala
de étant réduite au point de désesperer
II. Vol
;
b HV entiere
1432 MERCURE DE FRANCE
entierement de sa vie , par les foiblesses
et douleurs dont elle étoit travaillée , et
le vomissement lui étant survenu depuistrois
jours , ensorte qu'elle rejettoit tout;
Je lui ordonnai les Gouttes jaunes , dont
elle prit dix gouttes de trois en trois heu
res avec un peu de vin d'Espagne : dès
la troisiéme prise elle cessa de vomir
les forces parurent se rétablir , elle rendit
des urines chargées et fort troubles
pendant deux jours ; le troisième jour au
matin elle vomit environ une pinte, mesure
de Paris , d'une liqueur extrémement
verte et opaque ; deux heures après .
elle vomit du sang caillé , avec environ
deux livres de pus fort foetide ; elle eut
plusieurs foiblessés qui la réduisirent à
l'extrémité. Elle continua ce jour- là et
les jours suivans à vomir par intervales ,
quelque peu de pus mêlé de sang. Je luï
fis continuer l'usage des gouttes comme
à l'acoutumée. Enfin je lui ordonnai une
ptisanne vulneraire , les fleurs parurent ,
le ventre s'ouvrit , la timpanie disparut,
et elle jouit depuis d'une parfaite santé..
Autre Experience.
Mlle Bartof , âgée de 44. ans , étant
tombée le 5. Decembre 1733. par un sai
sissement dans des vapeurs acompagnées
11. Vol d'affecJUIN.
17358 1435
d'affections soporeuses, imbecillité de cèrveau
, suffocations , et ne pouvant abso
lument se soutenir sur les pieds , ni faire
aucun mouvement de son corps , sans retomber
dans ces accidens , après avoir essayé
sans succès tous les remedes dont on
peut user en pareille occasion , a peu à peu
recouvré une santé parfaite par l'usage
d'une prise de vingt gouttes blanches
, continuée pendant un mois tous.
les matins à jeun , prenant un boüillor
un quart d'heure après.
A'S . Omer le premier Mars 1734. signé
Sens,, Docteur en Medecine et Chirur
gien Major des Hôpitaux du Roy.
On écrit de Dijon , que le Samedi
deux Juillet , vers les dix heures du
.soir la Lune étant presque pleine
et fort brillante , et le temps serain
9
il parut un double Arc en- ciel aussi bien
formé que ceux du Soleil , les couleurs
bien marquées , mais moins vives . Il
alloit du Nord à l'Ouest , et dura envi
rou 45. minutes .
II. Fol H vj · MORTS
1434 MERCURE DE FRANCE
J
,
MORT S.
>
Ean Auvellier de Chamclos , Conseil
ler Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France , ancien Receveur general
des Tailles des Diocèses de Nismes
et Alais , en la Province de Languedoc ,
Consul de France à Napoli de Romanie
en Morée , né à Nismes le 17. Janvier
1690. mort le 20. Juin 1726. à Naples.
de Romanie en Morée , fils aîné de feu
Pierre Auvellier , Conseiller du Roy et
son Receveur general des Tailles des Diocèses
de Nismes et Alais , mort à Montpellier
le 26 Août 1709. et de feuë Toinette
de Sartre , morte à Nismes le 18..
Mars 1696. épousa le 14. May 1711 .
Dauphine de Lombard de la Tour - Gardon
sa Cousine germaine , née le 3. Mars
1697. fille de feu Claude de Lombard
Seigneur de la Tour - Gardon , Conseiller,
Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France , mort en 1712. et d'Anne Auvellier
, morte en 1718. ils ont eu de leur
Mariage six enfans , quatre garçons et
deux files , sçavoir ; Pierre Auvellier de
Juilly , né à Nismes le 14. Juillet 1714.
II. Vol. mort
JUIN. 1735. 1435
mort le 15. Septembre 1715.
Daniel Auvellier de Courmorée , né à
Naples de Romanie en Morée le 24.
Juillet 1723. mort le 3. Mars 1725.
Guissepe Auvellier de Couphiny , né à
Naples de Romanie en Morée le 6. Janvier
1727. posthume,mort à Nismes le
28. Fevrier 1734.
Claude Auvellier de Juiny , EcuyerChancelier
du Consulat de France à Naples de
Romanie, né à Nismes le 23. Juin 1712.
épousa le 12. Decembre 1731. Catherine
Auvellier sa Cousine issuë de germain ,
née le 9. Novembre 1707. fiile aînée de
Pierre Auvellier de Courbevel , né le 13 .
Août 1682 , ancien Cornette de Cavalerie
d'une des Compagnies - Franches à
Nismes , et Chancelier du Consulat de
France à Naples de Romanie , l'an 1722 .
et 1723. et de Dauphine de Phelip , germaine
du pere , née le 15. Fevrier 1684.
morte le 28. Août 1734.
Françoise Auvellier d'Ermorée , née
le 6. Juillet 1715 .
Jeanne Auvellier d'Oncieux , née le
18. Juillet 1717.
Pierre Auvellier de Marsy , né le 18.
Mars 1691. Consul de France à Naples
de Romanie ; il a succedé à feu son frere
Jean Auvellier de Chamclos . Il est à pre-
II. Vol.
sent
1436 MERCURE DE FRANCE
sent dans la dixiéme année de son Con
sulat.
Le 8. Juin 1735. le Docteur D. Jean
de Ferreras , Curé de la Paroisse de S. André
de Madrid , Examinateur Sinodal de
l'Archevêché de Tolede , et du Tribunal
de la Nonciature , Qualificateur du suprême
Conseil de l'Inquisition , et son
Réviseur , Doyen de la Royale Academie
Espagnole , et Grand Bibliothecaire du
Roy Catholique , fort connu par ses Emplois
et par ses Ecrits , mourut à Madrid
à l'âge de 85. ans.
·
Le 17. Juin D. Françoise Judith de
Lopriac de Catmadeue , épouse de Louis
Hubert de Champagne , Comte de Villaines
, apellé le Comte de Champagne ,
avec lequel elle avoit été mariée le 11 .
Decembre 1731. et auparavant veuve de
Jean François Joubert de la Bastide ,
Comte de Châteaumorant , Coignac , &c.
Commandeur de l'Ordre Militaire de S.
Louis , et Lieutenant- General des Armées
du Roy , mort le 17. Avril 1727.
qu'elle avoit épousé le 15. Octobre 1722.
mourut à Paris , après une longue mala
die , âgée d'environ 35. ans , sans laisser
d'enfans , de sorte que sa succession que
l'on estime être de 20200 , liv . de rente ,
tombe à Gui- Marie de Lopriac , Comte
111. Vol.
de
JUIN. 1735.
43%
de Donges , Marquis de Coëtmadeue son
frere , qui ainsi que la défunte sont enfans
de René de Lopriac , Marquis de
Coëtmadeue , Gentilhomme de Bretagne,.
mort au mois de Juillet 1734. et de D.
Judith-Hieronime Kogon.
Le 18. Georges Thierri Fagnier de Vienne,
Seigneur du Breuil , ancien Lieutenant-
General au Bailliage et Siége Présidial
de Châlons en Champagne , mourut subitement
à Paris , âgé d'environ 74. ans
Il étoit frere du fameux D. Thierri Fagnier
de Vienne , Benedictin de la Congrégation
de S. Vannes , et il avoit été
marié trois fois ; mais il n'a eu des enfans
que d'une de ses trois femmes , de la
Famille de Braux de Sorthon , entr'autres
, Jean-Thierri Fagnier de Vienne ,
Conseiller Clerc au Parlement de Paris ,
de la Troisiéme Chambre des Enquêtes ,
où il a été reçû le 21. Janvier 1733 , un
Chanoine Régulier de la Congrégation
de France, un autre Prémontré de la Commune
Observance , une fille Religieuse
de Sainte Marie de la Congrégation à
Châlons , & c.
J..
Le 21 Juin Jean Lagau , Conseiller ,
Secretaire du Roy honoraire , Maison
Couronne de France et de ses Finances ,
er ancien Avocat ès Conseils de S. M.
II. Vol.
mourut
1438 MERCURE DE FRANCE
mourut à Paris âgé de 83. ans , veuf de
Susanne le Noble , morte au mois d'Octobre
1730. de laquelle i 1 laisse plusieurs
il
enfans , dont l'aîné Jean- Charles Lagau
né le 23. Janvier 168 t . est Chanoine
de l'Eglise de Paris depuis le 3. Avril
1702. ,
Le 29. Jacques Vallin de Serignan , Prêtre
, Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , de la Maison et Societé de Sorbonne
, du 7. Avril 1699. Curé de l'Eglise
Paroissiale de S. Martin , au Cloître
de S. Marcel depuis 1711. mourut en sa
Maison Presbiterale , âgé d'environ 65.
ans.
SUPLEMENT.
REMARQUES fur la Lettre de M....
au fujet du Théatre François , &c.
L
A Lettre qui est dans le Mercure de
Janvier 1735. sur la deuxième par.
tie du Théatre François ( page 38. ) est
sçavante , curieuse et recherchée ; mais il
y a une faute , ou de l'Auteur , ou d'impression
en la même page 38. où on lit :
Fe voudrois , dit M. Marais dans fa Let
tre du 14. Mars 1701. Il falloit dire : fe
II. Vol. 2011
JUI N. 1735. 1439
voudrois , dit Bayle à M. Marais dans fa
Lettre du 14. Mars 1701. car cette Lettre
est de M. Bayle à M. Marais , et il
n'y a qu'à ouvrir les Lettres de Bayle
pour connoître cela tout d'un coup . Ce
n'est pas Murais , c'est Marais .
Et pour faire voir le goût de Bayle sur
cette sorte de Glossaire , il faut consulter
la Préface du Dictionnaire de Furetiere,
de laqueile on sçait que Bayle est l'Auteur
, où il dit » qu'il faudroit y enfer-
» mer tous les mots qui étoient en usage
» du temps de Villchardouin , de Frois-
» sard , de Monstrelet , du Sire de Join-
» ville et de nos vieux Romanciers
>
mais peut-être, ajoûte t'il , seroit il plus
» à propos d'en faire un Volume à part ,
qu'on intituleroit l'Archeologue , ou
» le Glossaire de la Langue Françoise ;
» un parcil Volume , s'il étoit entrepris
par des gens aussi doctes que M. du
>> Cange , pouroit devenir un ouvrage
» très curieux et très fécond en mille sor-
» tes d'éclaircissemens .
»
Bayle explique ensuite comment il faudroit
s'y prendre pour la composition de
cet ouvrage , il ne manque pas de dire
qu'il faudroit se répandre sur les ouvrages
des anciens Poëtes Provençaux , il
parle du Livre des Antiquitez Gauloises.
II. Vol.
et
1440 MERCURE DE FRANCE
*
et Françoises de Borel Jacpoinée , en
1655. et il finit cette Préface par ces
mots : C'est donc un fort beau dessein
celui d'un Archeologue ou d'un Glossaire de
notre Langue.
que
: On peut aussi consulter
l'article
( Cho- que,dans le Dictionnaire
deBayle seconde
Edition
) ce Choquet
étoit un des Poëtes
Auteurs
des Mysteres
: Il en est raporté
plusieurs
fragmens
dans cet article.
Entre les Auteurs qui ont eu le goût
des Glossaires François , il ne falloit pas
oublier Ragueau qui a fait l'Indice des
Droits Royaux et Seigneuriaux , et qui a
été augmenté par M. de Lauriere , et imprimé
en 1704. sous le Titre de Glossaire
du Droit François , 2. vol . in quarto. On
y trouve le mot feurs pour paille et fumier.
Un Seigneur de paille oufeure mange
unVassal d'acier; c'est une regle du Droit
François.
i Au reste il est à croire que la Lettre
nserée dans le Mercure , ne dégoûtera
pas les Auteurs du Théatre François , de
la continuation de leur travail ; si cela é.
toit , le Public y perdroit : C'est un ouvrage
d'ailleurs très utile , et qui traite
une matiere nouvelle ; mais on ne releve
dans cette Lettre que quelques fautes
échapées dans les gloses , qui ne font pas
II. Vol. L'objet
JUIN. 1735.
1441
Pobjet principal de l'ouvrage en question
.
LE TIGNON ,
APOLOGIE.
P Hilinte , vous avés beau dire
Qu'un Tignon est impertinent ,
Le beau sexe en récriminant
Se rira de votre Satyre .
Je le prends sur un autre ton ,
Car ce n'est pas assez de rire' ,
Voyons si vous avés raison
De condamner et de proscrire
Un ornement qui sans comparaison ,
Plait infiniment davantage ,
Et fait plus paroître un visage ,
Qu'une cornette qui descend
Depuis le front jusques à la ceinture ;
Dont l'importune garniture
Nous dérobe des traits qui font qu'un coeur se
rend
Dès la premiere vûë , et ne peut se deffendre.
C'est par là que le mien s'est enfin laissé prendre.
Ma Philis en cornette étoit à redouter ;
J'avois pourtant sçû résister ,
Quand ce fatal Tignon vint mettre en évidence.
Une infinité de trésors ,
1 Vol.
Dont
1442 MERCURE DE FRANCE
Dont les charmes puissans repandus au dehors ,
Triompherent d'abord de mon indifference.
Osés vous bien après cela
Sans sentir remords ni scrupule ,
Trouver cette coëffure et laide et ridicule ,
Et vous faire hair par là ?
Je pense qu'il vaut mieux s'en prendre à la mémoire
,
Qui dominoit alors sur votre jugement
Puisque vos yeux en revoyant l'Aurore ;
Vous démentoient suffisamment ,
Au dessus d'un tas de Grisettes ;
Vous pouviés découvrir plusieurs beautez par
faites ,
Qu'un Tignon favorable offroit au spectateur :
Alors sans écouter votre injuste caprice ,
Ni faire le Réformateur ,
Vous leur eussiés rendu justice.
Mais j'allois oublier que vous parliez par coeur ,
Et parliés assis à votre aise .
Il ne tient donc qu'à s'emporter ,
Sans
penser à prouver sa These ?
Quand il s'agit de refuter ,
Monsieur Philinte , il faut que l'on se taise ,
Si l'on n'a de bonnes raisons ,
Et vos moralitez ne sont que des chansons ,
Qui sans cela ne sçauroient plaire :
C'est seulement beaucoup qu'on vous les laisse
faire .
II. Vela LETTRE
JUIN.
1735. T443
LETTRE au sujet de l'Histoire des
Empires et des Républiques
par M. Guyon.
L
.
A critique , Monsieur ,quia paru depuis
peu de l'Ouvrage de M.Guyon , dans
les Observations sur les EcritsModernes , Lettre
X. est si peu étenduë , et si fort mesurée
, qu'elle donne lieu de croire que
les fautes qu'on fait remarquer dans cette
Histoire , sont les seules qui y sont. A la
faveur de ce ménagement , on regardera
peut être ce Livre comme un assez bon
guide , et on en fera usage pour l'étude
de l'Histoire ancienne ; ce qui ne peut
être assurément que très préjudiciable au
public , par les erreurs dont cet Ouvrage
est rempli . Sans parler d'une quantité
prodigieuse de fautes d'ortographe , par
raport aux noms anciens qui y sont défigurez
, et des fautes de langage qu'on a de
la peine à pardonner à un homme de Lettres
, j'y trouve sur tout un nombre considerable
d'erreurs par rapport à la Geographie
à la Chronologie, et à l'Histoire.
J'ay fait pour ma satisfaction particuliere
sur tous ces articles , 387 remarques,
qui roulent toutes sur des méprises sensibles
, plus ou moins importantes , et dont
je suis prêt de faire part à l'Auteur , lors-
II. Vol. que
1444 MERCURE DE FRANCE
que ses Libraires se verront réduits à l'heureuse
nécessité de faire une seconde Edition
de son Livre ; en attendant , je me contenterai
d'en donner ici un échantillon ,
en le redressant seulement sur sa fausse
Chronologie de l'éducation deCyrus qu'il
fonde sur le témoignage de Xenophon ,
qu'il n'a pas bien entendu . Depuis la page
216. jusqu'à la page 234. (Tome II . )
il ne cite que Xenophon , et cependant
Xenophon dit précisément le contraire
de presque tout ce qu'il avance.
Voici comme M. Guyon arrange les
faits qui regardent la jeunesse de Cyrus.
A dix ans ,dit il , il passa de la classe des
enfans dans celle des jeunes gens qui duroit
dix ans . Cyrus étoit au milieu de cene
deuxième carriere quand il alla à la Cour
d'Astyage;c'est -à - dire qu'il avoit 15. ans
il ajoute que lorsqu'il sortit de Perse , il
étoit suffisament instruit des principes
qu'on enseignoit dans la deuxième classe.Il
étoit, continue- t'il dans sa seizième année
quand il fit sa premiere campagne sous
Astyage. Sur la nouvelle de cette premiere
campagne , Cambyse comprit que
Cyrus son fils étoit en état d'entrer dans
la troisiéme classe, qui étoit celle des hommes
faits. Cyrus , selon lui, fit un séjour de
sept ans à la Cour d'Astyage : il avoit
donc 22. ans lorsqu'il revint en Perse , et
II. Vol. comme
JUIN.
1735.
comme il avoit fait sa
premiere
campa-
1445
gne à 16. ans , il s'ensuit qu'il resta six
ans encore à la Cour
d'Astyage . Tout ce
détail est un tissu de bévues .
Voici ce que dit Xénophon Livre I.
On étoit dans la classe des enfans jusqu'à
16. on 17. ans , ensuite on passoit dans
celle des jeunes gens , et on y restoit
dix ans . Apres cela on étoit reçû dans la
classe des
hommes faits , dans laquelle
on étoit 25.ans, puis on entroit dans celle
des
vieillards vers l'âge de 50. ans . Cyrus
fut dans la classe des enfans jusqu'à l'âge
de 12 ans. A cet âge il alla à la Cour d'Astyage.
A 15. ou 16. ans il fit sa premiere
campagne , ensuite il retourna en Perse ,
où il passa encore un an dans la classe des
enfans , ensuite il fut reçû dans celle des
jeunes gens , où il resta jusqu'à 26 ans , ou
environ et pisu il entra dans celle des
hommes faits . Voyés si cela s'accorde avec
le recit de
l'Auteur moderne , qui cependant
ne s'apuye que sur Xénophon . Après
cela comptés sur les citations
marginales
de certains Auteurs .
Lorsque les étrangers
verront le Livre dont il s'agit , ne seroitil
pas bien facheux qu'ils jugeassent de no .
tre capacité par le succès qu'auroit parmi
nous un Ouvrage de cette espece ? C'est
pour prévenir cet effet que je voudrois
,
1. Vol.
que
$446 MERCURE DE FRANCE
que ma lettre fut publique. J'ai l'honneur
d'être , Monsieur , &c.
MADRIGAL.
IND Nnocentes Beautez ,
Comme un funeste écueil , fuyés le tête à tête ;
Vous y devenés la conquête
De ceux que vous avés domptez.
De mille traits de flame un tendre Amant vous
touche ;
Il en part de ses yeux , il en sort de sa bouche ;
Ses flateuses douceurs ne vous épargnent pas.
En vain vous vous armés d'une vertu farouche ,
En vain un noble orgueil veille sur vos appas ,
L'Amour autour de vous vole , brille , escar
mouche ,
Vous livre de si doux et de si longs combats ,
Qu'ildésarme la plus rébelle ,
Et la dépouille enfin du beau nom de cruelle.
EXTRAIT d'une Lettre de M.....
au sujet des Observations Astronomiques
que trois Académiciens de Paris von
faire dans le Perou par ordre du Roy.
E ne sçai , Monsieur , aucun meil-
Jeur moyen de payer les dettes que je
puis avoir contractées avec vous , qu'en
vous faisant part d'un petit Ouvrage que
le hazard a fiit tomber entre mes mains ;
II. Vol. il
JUIN. 173 $ . 1447
il m'a parû excellent dans son genre , et
fort honorable à notre Nation . Connoisseur
, comme vous l'êtes , vous devinerés
aisement qui en est l'Auteur , et vous
reconnoîtrés la Poësie de l'illustre Marquls
Scipion Maffei ; c'est à son insçû que
je vous envoye ce Sonnet , dont vous ferés
l'usage que vous jugerés à propòs.
Rien n'est plus heureusement exprimé
que la façon dont le sçavant Italien ráporte
les Limites de la France, et en donne
une idée noble et simple en imitant
Petrarque qui parle ainsi de l'Italie.
Il bel paese
Ch'Apennin parte , e il Mar circonda , e l'Alpe .
J'ai cru vous faire plaisir en vous fournissant
une occasion de pouvoir marquer
à M. le Marquis Maffei le cas que vous
faires avec tout le Public , de sa vaste érudition
, et de la multiplicité de ses talens .
Je suis , Monsieur , &c.
Tre Academici delle Scienze vanno al
Perû , per misurar quivi i gradi , afin di
poterne racogliere la vera figura della Terra
; Questo SONETO rappresenta un'Inscrizione
da porsi nel sito , dove le due
linee Equinoziale , e Meridiane da essi
descritte s'intersecheranno.
11. Vol. I
1448 MERCURE DE FRANCE
Peregrin , qui al tuo vagar pon freno
É mira , è apprendi , è tanta sorte afferra ,
Qui il gran' cerchio ,che in due parte la Terra
Incrocia l'altro, che i due Poli ha in seno .
Saggi , per divisarne i gradi a pieno
Venner , senza temer Mar , Venti , o Guerra
Fin d'al bel Regno cui d'intorno serra
L'un Mare , è l'altro , Alpe , Pirene , él Reno.
Perche Alessandro , è Giro esaltar tanto
Acquistar con ruine , e stragi orrende.
Poca parte del Mondo e picciol vanto.
E fa ben più , chi ne discropre , è intende
Forma , ampiezza , e misura , e tutto quanto
Con la mente il possiede , e lo comprende.
DESCRIPTION d'un Insecte volatil
appellé Demoiselle on Perle.

'Est un Ver en forme de Nymphe,
à qui la varieté et le brillant de ses
couleurs , la transparence de ses quatre
aîles , l'agilité de son vol et sa grande vivacité,
sur tout à la poursuite de quelque
moucheron en l'air , ont fait donner le nom
de Demoiselle en France , ou Perle. Les
naturalistes croyent que cet animal prend
II. Vol. naissance
JUIN. 1735. 1449
maissance dans le fond des eaux , enve
lopé d'une seule men brane , qu'il dilate
son ventre pour faire entrer l'eau
dans l'intestin par l'anus , qu'en uite il
comprime con ventre pour en chasser
P'eau assez loin aussi par l'anus , qu'il faie
rentier l'eau dans son intestin pour la rejetter
comme la premiere fois ,recommençant
et continuant si long temps ce petit
jeu , qu'il fait circuler l'eau dans un bassin
avec assez de vitesse.
Comme la raison sans l'experience ,
donne d'abord dans les choses qui semblent
les plus naturelles,quelques uns ont
cru que la Perle puisoit l'eau par la bouche
, pour la seringuer par l'anus et pour
être assurez du fait , ont mis la Perle sur
leur doigt , qu'elle embrassa étroitement
avec ses jambes ; on la plongea dans l'eau
la tête en bas , l'anus à fleur d'eau ; de
sorte qu'elle pouvoit entrer dans l'intestins
la Perle rejetta l'eau fort loin . Ayant
ensuite tant soit peu retiré leur doigt , de
sorte que l'eau ne pouvoit plus entrer
dans l'anus , la Perle continua toujours
les mêmes mouvemens ; mais elle ne rejetta
plus l'eau .
La raison pourquoi la Perle purifie son
intestin de toute sorte de nourriture et
d'excremens , est que , comme il y a un
11. Vol.
I ij` grand
1450 MERCURE DE FRANCE
grand nombre de petits vaisseaux qui unissent
étroitement le corps de la Perle avec
son envelope , et par lesquels la nourriture
est portée du corps de la Perle à l'envelope;
il faut que tous ces petits liens se desseichent
, afin qu'ils puissent facilement se
casser,lorsque la Perle fait ses efforts pour
sortir de son foureau : ce qui n'arriveroit
pas tandis qu'il y auroit des alimens dans
l'intestin de la Perle , qui fourniroit une
nouvelle nourriture au foureau et à ses
liens. C'est aussi peut- être la raison pour
laquelle tous les Insectes ne prennent
plus de nourriture lorsqu'ils veulent changer
de forme ; et s'ils ne se purifient pas ,
comme fait la Perle , c'est qu'ils restent
fort long temps sans alimens , et comme
s'ils étoient morts ; au lieu que la Perle ne
reste pas plus de six heures à quitter sa
vieille peau pour prendre son vol. C'est
une chose admirable comment elle fend
l'air , le coupe et fait mille virevoltes
avec une vitesse extraordinaire . Pour en
chercher la cause , il faut couper la peau
de la Perle bien finement tout au long du
dos , portant toujours la pointe des ciseaux
en haut , pour ne pas détruire les
parties interieures , et l'attacher avec des
épingles sur une table , pour découvrir
entre les aîles et les jambes seize muscles
11. Vol. tous
JUIN. 1735 : 1451
tous dissequez , huit de chaque côté , chacun
de la grosseur , de la longueur , et
presque de la figure d'un grain d'orge
contigus les uns aux autres , et sans adhérence.
Chaque muscle est composé de
plusieurs fibres charnus , qui ne paroissent
point attachez ensemble dins leur
longueur ; ils vont seulement s'unir à
chaque bout du muscle pour y formerun
tendon qui leur est commun ; de sorte
qu'on peut regarder chacun de ces fibres
comme un petit muscle , dont le principal
est composé.
L'usage de tous ces muscles paroît assez
particulier , parce que les mêmes qui
servent à faire battre les aîles , servent.
aussi à faire jouer les jambes ; car les tendons
superieurs des muscles entrent
dans les aîles , dont il est à croire même
qu'ils composent les fibres ; et les inferieurs
entrent fort avant dans les jambes,
Cependant les differens mouvemens de
ces organes ne s'oposent point les uns
aux autres ; car tandis que les aîles jouent,
les pieds restent en repos , et servent d'apuy
aux mêmes muscles qui font agir les
atles ; et lorsque les pieds marchent,les aîles
sont en repos , et servent à leur tour d'a
puy aux tendons qui font remuer les pieds.
Lesyeux de la Perle sont comme deux
11. Vol. I iij grosses
1452 MERCURE DE FRANCE
grosses Perles oblongues , qui commencent
au devant de la tête , et vont finir au
derriere . Ils sont composez d'une membrane
fine , seiche , argentine et transparente
, qui renferme un petit globe molasse
, rempli d'une liqueur fort noire.
Deux petits canaux remplis d'air , entrent
dans chacun de ses yeux , et se continuent
à quelques gros canaux,aussi remplis d'air,
qui accompagnent l'intestin , depuis la
tête jusques vers la queue. Pour les découvrir
sans travail , il faut laisser la Perle
morte pendant quelques jours ; les parties
interieures se pourriront et deviendront
à rien , et les canaux resteront seuls
entiers , et même plus solides qu'ils n'étoient
auparavant.
Cet Insecte a aussi deux cornes , et il
jette ses oeufs dans l'eau , qui ressemblent
à ceux des poissons , d'où l'on voit sortir
une infinité de Vers à six pieds ; il s'en
forme ensuite un Ver volant , qui étoit
auparavant rampant et någeant.
MADRIGAL .
CA , combattons , disoit un jour Hortense
Au Dieu d'Amour , laisse- là tous tes dards.
Soit , répond t'il , mais garde le silence ,
Ta seule voix dompteroit le Dieu Mars ;
II. Vol.
Ferme
JUI N. 1735.
€ 1453

Ferme les yeux , un seul de tes regards
Vaut tous mes traits ; j'obéïs , reprit elle
L'Amour en prend une audace nouvelle ;
Mais dès qu'il vit Hortense de plus près ,
Il s'écria fuyant à tire d'aile ›
Je n'avois pas compté tous tes attraits.
1
GAGEURE SINGULIERE , Extrait
d'une Lettre écrite du Caire le 2 Janvier
mil sept cent vingt- neuf.
' Ay enfin reçû , Monsieur , tout le
Recueil des Mercures de France que
je vous avois demandé , c'est dans notre
éloignement et dans la situation où nous
sommes , un grand régale que vous nous
procurés. Nous avons déja dévoré une
partie de ces Journaux , chacun fait en
les lisant les remarques qu'il trouve à propos
; pour moi qui aime les amusemens ,
je me suis diverti au recit de la Gageure
faite et gagnée par Sebastien Langlois ,
Porteur d'Eau de Paris , qui se trouve
dans le premier vol . de Juin .... p. 1255..
non -seulement parce que la chose en
elle- même est assez singuliere , mais aussi
parce qu'elle me rapelle le souvenir de ce
que nous avons vû ici à peu près dans le
meme genre ; vous ne serés , peut- être ,
fâché que je vous en fasse un petit
'pas
II. Vol I iiij narré,
1454 MERCURE DE FRANCE
narré , sauf à vous de le rendre public
dans le même Journal : on verra que chaque
Pays peut avoir ses Langlois , c'està-
dire des foux publics d'une certaine
espece.
Il y a quelques années qu'il se fit en cette
Ville un gageure entre deux Porte faix,à
qui porteroit plus long- tems une Outre
remplie d'eau et de sable , du poids de cent
trente de nos livres , sans se reposer , ni
quitter le fardeau un moment , sans s'appuyer
en aucun endroit , sans même pouvoir
porter la main contre un mur , ou
contre la terre. La gageure étoit de vingt
piastres. Le premier porta ce fardeau pendant
soixante et cinq heures ; on la vû
rodant nuit et jour par la Ville , suivi de
ła populace , au son d'un tambour. Plusieurs
de sa suite étoient interessez dans
la gageure,ayant parié les uns pour, les autres
contre ils observoient aussi si le
Porte- faix ne manqueroit point à quelqu'une
des conditions. I mangeoit en
marchant , et pour s'empêcher de dormir
il prenoit beaucoup de caffé .
د
Son Antagoniste entra dans la lice huit
jours après , et se montra plus vigoureux,
ayant porté le même fardeau pendant soixante
et sept heures. Il devoit le porter
encore cinq heures ; parce que la gageure
41. Vol.
étoit
JUIN. 17357 1455
toit pour trois fois vingt quatre heures.
Mais l'Outre creva au bout de soixante et
sept heures , ce qui n'empêcha pas qu'il
ne fut déclaré victorieux , et que le prix
de la gageure ne lui fut adjugé . Lelendemain
ses camarades et ceux qui avoient
parié pour lui , le promenerent par toute
la Ville , revetu d'un Cafftan ou Robe
de cérémonie , de la Garde - robe du Pacha
. Il alla en cette équipage dans les
maisons des Grands et des personnes de
distinction qui lui firent chacun quelque
gratification.
BOUTS - RIMEZ ,
A remplir.
S
Age,
Platon ,
Bâton
Rage,
Gage ,
Caton ,
Bouton ,
Cage,
Jupin ,
Crispin
Chute.
II, Vol.
Lapin
1456 MERCURE DE FRANCE
Lapin ,
Sapin ,
Butte.
·
ARRESTS NOTABLES.
ED
DIT DU ROY , donné à Versailles
au niois de Décembre 1732. portant Reglement
pour les Tutelles en Bretagne . Registré en
Parlement le 9. Mars 1733.
ARREST du Conseil , du 2. Mars 1734.
qui ordonne , sans s'arrêter à l'Ordonnance du
sieur de Fontanieu , Intendant de la Province de
Dauphiné , du premier Septembre 1733. que le
Droit d'Amortissement perçu par les Cessionnaires
des restes du Bail du Fermier précedent, pour
l'acquisition d'un Pré , que les Religieux Augustins
de Notre - Dame de Lausier ont faite par
Acte sous signature privée du 6. Décembre 1732.
sera restitué au Fermier actuel , attendu que les
Actes sous seing privé n'ont point de datte , et
ce conformément à l'Arrêt de Reglement du 11.
Janvier 1734.
AUTRES des 16. Février et 8. Juin 1734.
le premier ordonne , sans s'arrêter à l'Ordonnance
du sieur de Fontanieu , Intendant de
Dauphiné , du premier Septembre 1733. que les
Droits de Centiéme denier des biens de la Succession
du défunt sieur Abbé de Belmont, décedé en
Canada au mois de May 1732. dont le Testament
a été déposé le 18. Décembre de la même
II. Vol. année
JUIN. 1457 1735.
année , apartiendront au Fermier du nouveau
>Bail , nonobstant la demande formée par le précedent
Fermier , le 22. Juin 1733. dans les
sept mois du jour du dépôt , mais non pas
dans les sept mois du jour du décès , comme
elle devoit l'être conformément aux Arrêts
de Reglement des 9. Décembre 1718. et 4. Août
1719. Et le second déboute le précedent Fermier
ou ses Cessionnaires , de leur oposition audit
Arrêt du 16. Février 1734. qui sera executé .
AUTRE dus . Avril 1735. qui ordonne le
raport d'une amende de faux entre les mains du
Fermier , nonobstant la restitution qui avoit été
ordonnée en être faite à la Partie par un Arrêt
du Parlement de Toulouse , que Sa Majesté casse
et annulle par le présent Arrêt.
ORDONNANCE de Nosseigneurs les Maré
chaux de France , du 21. Avril , portant Reglement
pour le payement des vacations des Offciers
des Maréchaussées.
ARREST du 10. May , qui casse une Sentence
de l'Election de Langres , en ce qu'elle ordonne
l'élargissement de deux Cavaliers du Régiment
du Maine , et les décharge des amendes
par eux encourues , sous prétexte que le faux
Tabac sui eux saisi , étoit pour leur provision ;
confisque le Tabac et les condamne chacun en
mille livres d'amende , conformément aux Déclarations
du Roy des 6. Décembre 1707. et
premier Août 1721. et à l'Ordonnance du 20 .
Avril 1734. concernant les Troupes.
ARREST du Grand- Conseil , du 16. May',
II. Vol.
qui
44,8 MERCURE DE FRANCE
qui adjuge aux Prieurs Claustraux de l'Ordrè
de Cluny , une double pension payable par les
Abbez et Prieurs Commandataires qui n'ont
point abandonné le tiers des Charges.
LETTRES PATENTES , portant confirmation
des Droits de Voyerie. Données à Fontainebleau
le 22. Octobre 1733. Registrées en Parlement
le 11. May 1735. avec l'Arrêt du Parlement
, portant Enregistrement desdites Lettres ,
et contenant le Tarif et Tableau des Droits dûs
aux quatre Commissaires de la Voyerie , du 11 .
May 1735 .
ARREST de la Cour des Aydes , du 13. May,
qui défend aux Officiers de l'Election de Mondidier
, et à tous autres , d'obliger le Fermier de
prendre la voye extraordinaire , lorsqu'il ne s'agira
que de peines pécuniaires , et leur enjoint
de juger sur les Procès - verbaux.
AUTRE de la Cour des Monnoyes , du 20.
May , qui confisque des Sols de Lorraine , trouvez
sur le nommé Claude Rousseau , se disant
Marchand Mercier roulant , et le condamne en
trois mille livres d'amende , et fait défenses d'exposer
et recevoir ou faire entrer dans le Royaume
des Especes de billon et de cuivre de Lorraine ou
autres de fabriques étrangeres , à peine de confiscation
et de trois mille livres d'amende.
REGLEMENT des Droits et Salaires des Of
ficiers du Siege d'Amirauté à l'Isle-Royale , Du
24. May 1735 .
AUTRE des Droits et Salaires des Officiers du
Siege de l'Amirauté de Quebec. Du 24 May,

JUIN. 1735. 1459
ARREST du 10.Juin,qui permet de faire entrer
par la Ville et Port de Calais , les Livres venant
du Pays Etranger , qui seront destinez pour la
Ville de Paris seulement.
ORDONNANCE DU ROY , du 13. Juin ,
par laquelle S. M. permet à tous Fermiers , Laboureurs
et autres dans la Generalité de Paris ,'
même dans l'étendue des Capitaineries , de faire
faucher pendant la présente année seulement , er
sans tirer à conséquence , tous les Prez de quelque
nature et qualité qu'ils soient , dans le temps
qu'ils jugeront à propos , sans en demander per
mission aux Seigneurs , aux Capitaines de Chasses
, à leurs Officiers et autres , &c.
ARREST du Parlement , du même jour , qui
suprime La Lettre Pastorale de M. l'Archevêque
de Cambray du 19. May 1735.
AUTRE du 17. Juin , qui déclare abusif
un Bref ou Decret de la Cour de Rome , du
18. May 1735 -
SENTENCE DE POLICE , du´17. Juin , qui
renouvelle les Ordonnances et Reglemens de Police
, qui font défenses à tous Cabaretiers , Limonadiers
, Vendeurs de Bierre et d'Eau- de- Vie,
de donner à boire après les heures prescrites par
lesdits Reglemens ; et condamne le nommé
Doyen , Traiteur , en l'amende , et d'avoir son
Cabaret muré pendant six mois , pour y avoir
contrevenu.
AUTRE du 28. Juin , qui renouvelle les défenses
d'injurier ni troubler les Jurcz Contrô-
II. Vol.
leurs
1460 MERCURE DE FRANCE
leurs de la Marchandise de Foin , dans l'exercice
de leurs fonctions ; enjoint à tous Marchands et
Voituriers de ranger leurs Voitures le long des
Murs des Chartreux , ensorte qu'elles n'embarrassent
point la voye publique , et condamne le
nommé Orand , en cinquante livres d'amende ,
pour ses contraventions.
AUTRE du même jour , qui renouvelle les
défenses d'embarasser la voye publique , et condamne
à l'amende plusieurs Particuliers et Parti
culieres , pour avoir fait des Etalages sur la Place
du Pont S. Michel.
ARREST du Conseil , du même jour , qui accorde
un délai jusqu'au dernier Décembre de
Pannée prochaine 1736. pour le Contrôle des
Actes de foi et hommage , déclarations et reconnoissances
aux Papiers Terriers et autres,
PE
TABLE.
IECES FUGITIVES , &c. Parallele des Eglises
de S. Pierre de Rome et de S. Paul de
Londres
,
Ode ,
1258
1-283
Lettre sur le Bréviaire de l'Eglise de Lyon et
Notes , &c,
Remerciment des Clercs , & c.
1286
1309
Explication d'un ancien fetton avec la Légende
Ave Maria Gracia &c. et figure ,
Les deux Soeurs , Fable Allégorique ,
1314
1326
sur
Extrait du Menoire lû par M. de Reaumur ,
les Insectes , à la derniere Assemblée publique
de l'Académie ,
1330
Reflexions , 1341
Trait remarquable de justice er de générosité ,
Enigme , Logogryphes , &c.
1347
1349
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS,
&c. Dictionnaire Italien , Latin et François ,
& c .
Cuvres de Moliere , in 4.
1353
1354
Dialogue sur la Musique des Anciens , & c. 1360
Nouvelle Edition des Instructions Chrétiennes ,
&c.
1373
Lettre sur la nouvelle Edition de l'Histoire Generale
des Drogues ,
Epigramme de M. de Senecé,
Lettre sur l'Education des Enfans ,
1376
1378
1379
Extrait d'une Lettre sur la Langue Angloise, 130
Estampes nouvelles , 1382
1383
Description des Tableaux exposez à l'Académie
de Peinture ,
Nouvelles Tapisseries exposées , & c 1388
Description d'une Décoration pour un Reposoir
,
1390
Nouveaux Portraits coloriez qu'on tire en Estampes
, 1392
Spectacles ; le Droit du Seigneur , Parodie , 1393
Le Conte de Fée , Extrait ,
La Magie de l'Amour , Extrait ,
1394
1399
Nouvelles Etrangeres , de Russie et Pologne , 1412
D'Allemagne , d'Italie , Naples et Sicile , 1415
D'Espagne et Grande - Bretagne ,
Armée d'Italie ,
Armée d'Allemagne ;
1419
1422
1426
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, & c. 1429
Gouttes du General Lamotte ,
Morts ,
1431
1434
Suplément. Remarques sur le Théatre Fançois >
1438
Le Tignon , Apologie , 1441
Lettre au sujet de l'Histoire des Empires , 1443
Madrigal ,
Lettre au sujet des Observations Astronomiques
au Perou , de trois Académiciens , &c.
1446
ibid.
Description d'un Insecte volatil , apellé Demoiselle
,
Madrigal ,
Gageure singuliere ,
Bout-Rimez à remplir ,
Arrêts Notables ,
1448
1452
1453
1451
1456
Errata du premier volume de Juin .
Page 1173. ligne 28. Destercotomie , lisez ¡
Fuutes à corriger dans ce Livre.
Age 1305. ligne 2. Juniis , lisez Junius.
P. 1365. 1. 4. du bas , et chanter , 1. et de
chanter.
Le Jetton gravé doit regarder la page 1314
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le