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Presented by
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DĚDIE AV ROT.
MAR S.
1735.
RACOLLIGITI
SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
635490
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
A VIS.
LADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran-
COL à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Librairès qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de`ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
ême de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
و
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la preiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS. 1735.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE SA CRE' E.
N
Oble et rare présent des Cieux ,
Divine Foy , sacré Myster
Ta vivifiante lumiere
Enfin me dessille les yeux.
Dans quels goufres , dans quels abîmes
D'horreurs , d'impiétez , de crimes
N'étois je pas précipité ?
-
Grand Dieu , sans ta main secourable ,
A ij
Esclave
410 MERCURE DE FRANCE
Esclave et victime du Diable ,
J'étois mort à la Verité.
Séduit par l'appas enchanteur
D'un faux plaisir , d'un bien fragile ,
Voluptueusement docile ,
Je me livrois tout à l'erreur.
Mysteres les plus redoutables
N'étoient pour moi que simples Fables
Sacrilege , impie, orgueilleux ,
Dans mon aveuglement extrême ,
L'avourai -je ? L'Etre suprême ,
Tout en lui me sembloit douteux .
諾
Fier de mon incrédulité ,
Etouffant remords et scrupules ,
De mes sentimens ridicules
Par tout je faisois vanité .
Inutilement sur ma tête
La foudre à tomber toute prête ,
Me faisoit entendre ses coups ,
Ingénieux à me contraindre ,
Loin de trembler , frémir et craindre ,
Du Ciel je bravois le couroux ,
De perfides adulateurs ,
MARS. 1735. 411
Une Cabale abominable
Autant , ou plus que moi , coupable ,
M'applaudissoit dans mes erreurs ;
Ce Monstre odieux , infléxible ,
Aux yeux du Juste si terrible ,
La mort me causoit
peu d'effroy ,
Approche , disois- je , implacable ,
Si ton coup est inévitable ,
Qu'importe ? tout meurt avec moy.
諾
Pardonne cet aveu , Seigneur ,
Et daigne d'une main propice
Me retirer du précipice ,
On m'avoit englouti l'erreur.
Suspends le coup de ta vengeance ;
Entre les bras de ta clémence
Je mets ma vie et mon salut
J'entends ta voix ; elle m'apelle ;
Désormais à ta Loy fidelle •
Tu seras mon unique but.
Vivier Desgrone
A iij
TROI
412 MERCURE DE FRANCE
鼎鼎鼎綸
TROISIEME et derniere Replique
de M. D. S. A. sur le Flux de la Mer.
Psatisfait de ma seconde Réplique , je
Uisque M. l'Abbé Mariette n'est pas
vais employer ici tous mes soins pour
lever ses difficultez . Ma nouvelle hypothese
sur le mouvement de la Terre , paroît
encore à M. l'Abbé Mariette étrangere
à la question. Cependant le principe
de sa premiere Objection a été que
dans les Tropiques , la Lune décrit un
grand Cercle de la Sphere ; et rien ne
tranche plus la difficulté , qu'une hypothese
, suivant laquelle la Lune étant dans
un des Tropiques , décrit le Cercle du
Tropique , et non un des grands Cercles
de la Sphere. Cette hypothése est comparée
à celle de Copernic , et démontrée
par ses figures , dans la nouvelle
Edition de mon Traité de l'Opinion ,
Tome 3. Livre 4. Ch . 3. Mais n'en parlons
plus ici , puisque M. l'Abbé Mariette
n'a dessein de s'expliquer que sur
le Systême de Copernic .
Je vais répondre en même temps aux
deux Dissertations inserées dans le second
MARS. 17358 413
cond Mercure de Décembre et dans celui
de Janvier ; pour observer plus d'ordre
, je commencerai par la derniere , où
M. l'Abbé Mariette reprend sa premiere
objection , et je passerai ensuite à la seconde
objection .
que
Comme les effets en Physique , font
présumer les causes , je serois en droit de
supposer tout ce que j'ai avancé : Qu'il
ya dans les Mers certains espaces plus
profonds ; qu'il est fort vrai- semblable
la plus grande profondeur de l'Océan est
vers l'Equateur ; que les espaces les plus
profonds des Mers sont beaucoup plus susceptibles
de l'impression causée sur les Eaux
par la matiere éthérée lors du passage de
la Lune par le Méridien . Mais outre que
ces suppositions n'ont rien que de probable
, elles sont appuyées sur l'experience
et sur le raisonnement.
Il n'y a aucuns amas d'eaux courantes
ou dormantes , Rivieres , Etangs , Gouffres
, &c. qui n'ayent plus de profondeur
en certains endroits , et leurs bords sont
toujours moins profonds . C'est donc une
conjecture approchante d'une certitude
physique , qu'il y a dans certains espaces
des Mers beaucoup plus de profondeur ,
et qu'elle se trouve aux endroits où ces
Mers ont une plus vaste étenduë. Si l'on
A iiij
com
414 MERCURE DE FRANCE
compare les Mers qui sont sous l'Equateur
, et celles qui sont sous le Tropique
du Capricorne , qui est celui des
deux Tropiques où il y a le moins de
continents , il est certain que l'Equateur
beaucoup plus grand que ce Tropique ,
contient une superficie d'eaux plus etenduë
; et cependant toutes les terres voisines
de la ligne équinoxiale , nous sont
bien plus connues què celles qui sont
sous le Tropique du Capricorne , où l'on
peut bien en avoir omis plusieurs qui
ne soient pas encore découvertes . C'est
tout ce que je prétends dire , sans qu'il
y ait lieu dans la question présente , de
suivre l'histoire des Découvertes qui ont
été faites jusqu'aux Poles.
De tous les espaces compris entre les
deux Tropiques , ceux qui paroissent indiquer
davantage les milieux de l'Ocean,
sont les Mers du Nord , traversées par
notre premier Méridien , et les grandes
Mers Orientales , qui y répondent sur
l'hémisphere opposé. Il y a beaucoup
d'apparence que ce sont là , sous le Colure
des équinoxes , les deux milieux de
P'Ocean où se fait toujours la plus grande
impression de la matiere etherée ; et
il est clair que les espaces de l'Océan ,
qui ont le plus de profondeur , sont les
plus
MARS. 1735 419
plus susceptibles de cette impression ,
qui n'agit presque pas sur ses bords et
dont l'effet doit être proportionné au
volume d'eau qui lui est exposé.
Le Flux se renouvelle deux fois en 24.
heures par la pression alternative de la matiere
éthérée sur les deux milieux de l'Océan
, de chaque côté du Globe , et Fune
et l'autre de ces pressions opere un effet
commun aux eaux des deux hémispheres.
Les marées sont plus basses pendant les
conjonctions et oppositions des solstices,
que pendant celles des équinoxes , parce
que la Lune , étant dans un Tropique ,
cause une pression moins perpendicu
laire sur les deux milieux de l'Océan
quoique cette pression ne soit que forr
peu indirecte par rapport à l'éloignement
de la Lune ; l'espace de l'Equateur à un
Tropique étant à la distance de la Lune
environ comme 1. à 180 .
La nouvelle explication que je donne
ici, est nécessaire pour soutenir le Systême
Cartésien sur le Flux de la Mer. Car lors
qu'on objecte , 1. que le même Méridien
ne passe qu'une fois au - dessous de la Lu
ne , et que cependant il y a deux Aux
en 24. heures. 2. Que le Flux ne peut
arriver sur nos Côtes à la même heure
lorsque la Lune est dans le Tropique le
A v
plus
416 MERCURE DE FRANCE
plus éloigné de nous ; il est insoutenable
de répondre , comme on a fait jusqu'ici ,
que dans l'hémisphère opposé à la Lune
l'Océan est exposé à la même pression ,
vis- à- vis de cet Astre par le reculement
du Globe Terrestre ; car 1. la pression n'a
plus d'effet , dès que le corps pressé céde;
2. en supposant ce reculement du Globe
, la pression de la matiere éthérée à
l'opposite , portant également sur tout
l'hémisphère , ne peut enfoncer les Eaux
dans une partie de l'Océan et les soulever
dans l'autre.
L'explication nouvelle prévient encore
cette difficulté , que le Flux devroit cesser
lorsque dans le Tropique de l'Ecrevisse ,
la Lune est perpendiculaire à cette longue
chaîne de continents qui s'y trouve.
A légard de l'expérience que le Pendule
a besoin d'être accourci auprès de
l'Equateur , la plus grande raréfaction
de l'air dans cette Zône , qui est une
suite nécessaire de la chaleur , n'empê--
che pas que les Eaux n'y pésent à proportion
qu'elles sont abondantes , comme
dans les autres parties du Monde. Quoique
les particules de l'air , atténuées par
les rayons du Soleil , donnent un peu
moins de force aux vibrations du Pendule
, cette difference ne peut être sensible
MARS . 1735. 417
sible par rapport à la pesanteur d'un
volume d'eau plus profond.S'il n'y a point
de vuide dans la Nature ( ce qui est parfaitement
démontré ) une masse , quelque
rarefiée qu'elle soit , comprime également
tous les corps qui l'environnent ;
car sans cela elle ne conserveroit pas un
même espace. Il ne s'agit même ici que de
comparer la qualité de l'air sous l'Equa
teur à celle qu'il a sous les Tropiques
où la chaleur n'est pas moindre , n'y étant
modérée comme sous l'Equateur par
des vents et des pluyes qui rafraîchissent
beaucoup l'air. Le battement du Pendule
doit donc être à peu prè, le même sous
les Tropiques et sous l'Equateur. La condensation
de l'air sous les Poles , n'est
ici d'aucune considération , puisque la
Lune en est toujours fort éloignée . L'ob
jet que nous traitons est trop important
et trop étendu , pour nous jetter dans;
des questions étrangeres et purement sub
tiles .
pas
Ainsi , pour résumer cette premie
re partie de ma Réplique , 1. Si l'om
considere de combien l'Equateur surpas
se en étendue les Tropiques , l'inspec
tion des Cartes Géographiques fera con
noître l'étendue des Mers est plus
grande sous l'Equateur que sous aucum
que
A vj
autor
418 MERCURE DE FRANCE
autre Cercle de la Sphere. 2. La plus
grande profondeur des eaux doit se trouver
où est leur plus grande étenduë , et
cette profondeur plus grande , les rend
plus susceptibles de l'impression de la
matiere éthérée , lorsque cette matiere
est resserrée par le Globe Lunaire . 3. En
conséquence de ces principes , ou au moins
de ces suppositions , l'origine du Flux
et du Reflux , est en tout temps sous
le même Méridien et sous le même parallele
dans les deux milieux de l'Océan ,
des deux côtez du Globe Terrestre ; et
la pression de la Lune un peu moins perpendiculaire
lorsqu'elle se trouve dans
les Tropiques , fait que les marées sont
moins hautes dans les conjonctions et
oppositions des solstices , que dans celles
des équinoxes , qui est le Phénomene
dont j'ai entrepris de rendre raison. Je
passe à la seconde objection de M. l'Abbé
Mariette .
Il se propose de sapper l'explication
Cartésienne du Flux de la Mer , dans
son Principe , en prouvant que la Lune
ne cause aucune pression . Sans suivre
M. l'Abbé Mariette dans toutes les alternatives
qu'il discute , je m'arrête à
cette hypotése. La Lune est composée
de la matiere même du tourbillon , elle
est
MARS. 1735: 419
est aussi ancienne que le tourbillon , elle
entraîne une athmosphére ou un tourbillon
particulier. Cette derniere proposition
me paroît fort indifferente ici , mais
tout Globe qui circule avec vitesse , ne
peut être sans une athmosphére , puisque ·
l'expérience nous fait connoître qu'un
boulet de Canon , qui est d'une petitesse
si disproportionnée au Globe Lunaire ,
entraîne avec soi un tourbillon dont les
effets ne sont guéres moins violents
ceux du Globe lui - même.
que
Le précis de l'objection se réduit à ce
raisonnement. Si la Lune est composée
de la matiere du tourbillon , les petites
molécules qui ont formé ce corps serré et
compact , ont laissé dans toutes les parties
du tourbillon de petits espaces vurdes
, qui ont été nécessairement remplis
d'une égale quantité de matiere : done
la Lune ne peut causer de pression dans
le tourbillon. Pour répondre en forme
j'avoue l'antécédent , mais je nie la conséquence.
Ce raisonnement est détruit par plusieurs
expériences. Les Planettes formées
de la matiere du tourbillon solaire , causent
dans leurs conjonctions une telle
pression de la matiere éthérée , qu'elle
cause de très - grandes variations dans les
dis
420 MERCURE DE FRANCE
distances de ces vastes Globes. Le vent
dont la pression nous est si sensible , est
formé de la matiere de notre tourbillon
et d'une matiere qui n'arrive pas de bien
loin. Mais comme retorquer un Argu
ment n'est pas en donner une solution
entiere , il faut entrer dans quelque dé
tail des principes physiques.
un
La matiere éthérée peut être conside
rée en trois états differens , ou de
condensation , ou de rarefaction , ou d'u
ne direction impétueuse vers un mêmecô
é. La condensation de la matiere qui
compose le Globe de la Lune , n'occupe
pas un plus grand espace dans le tourbillon
, mais ce Globe serré et compact
imprime une forte direction vers
même côté , à une matiere , qui avant que
de trouver son passage retressi , étoit
fort rarefiée , c'est à - dire , que ses particules
tourbillonnoient librement sur
leurs petits axes . Un air comprimé est
froid , pénétrant et impétueux au lieu
qu'un air libre et rarefié est chaud , foible
et doux. Ces directions differentes
de mouvements causent 14 mollesse des
Zéphirs ou la rigueur des Aquilons . Elles
causent aussi le Flux le Reflux de
la Mer. Il n'est pas besoin que la matiere
du tourbillon soit augmentée pour
que
MARS. 1735. 427
que les passages de sa circulation soient
plus étroits dans certains espaces , que
dans d'autres.
De même qu'une Riviere qui trouve
son lit resserré , augmente beaucoup la
rapidité de ses Eaux , parce qu'elles ne
peuvent passer à la fois en égale quantité
, la matiere éthérée qui circuloit librement
autour du Globe Terrestre , nepouvant
passer en égale quantité dans le
lieu où se rencontre la Lune , la direction
de cette matiere est changée , et
au lieu de tourbillonner librement , elle
a dans ce passage retressi une rapidité ,.
dont l'effort , semblable à un vent impétueux
, presse d'autant plus le Globe
Terrestre , que cette impulsion part d'u̟-
ne plus grande hauteur de l'athmosphére,
et se communique à une plus grande partie
du fluide. Nous ne nous en appercevons
pas , parce qu'elle nous environne
de toute part ; mais la compression inégale
des eaux , qui arrive seulement dansune
partie de l'Océan , les contraint de
refluer de part et d'autre , jusqu'à ce que:
par leur propre poids elles reviennent
sur elles mêmes quand cette cause cesse
d'agir.
M. l'Abbé Mariette avoue que les mouvements
de la Mer s'accordent trop bien
avec
422 MERCURE DE FRANCE
avec le cours de la Lune , pour que cet
Astre n'y ait point de part. Mais ce ne
peut être que par l'impulsion Cartésienne,
ou par l'attraction Newtonienne. Lorsqu'on
perce les obscurités de Newton ,
on trouve que rien n'est plus mal imaginé
qu'une gravitation qui agit au travers
d'espaces supposés vuides et qu'une
attraction dont il suit ( en supposang
sa force constante en raison inverse des
quarrés des distances ) que les absides
des Planetes doivent détruire l'Univers .
D'ailleurs l'attraction est une qualité occulte
qui n'a rien de physique. Il faut
donc en revenir à l'impulsion Cartésienne
, c'est- à- dire , que la Lune ne peut
avoir part au Flux de la Mer , que par
une pression .
Je souhaite fort que ces explications
s'attirent le suffrage d'un Physicien qui
montre autant de capacité , et des vûës
aussi étendues que M. l'Abbé Mariette.
Au reste , je ne regarde toutes ces opi
nions que comme fort problématiques ;
et je suis persuadé que la question du
Flux de la Mer est une de ces questions
Physiques au sujet desquelles on peut appliquer
à l'esprit humain ce que la sainte
Ecriture dit de la Mer elle-même : Vous
viendrés jusqu'ici et vous y briserés l'ar
gueil de vos flots
MARS.
1735. 423
888
L'HOMME ET LE CHAT,
U
FABL E.
N Manant oublia d'enfermer son fromage
Un jeune Chat étoit dans la maison ;
Mais , quoique jeune encor , Raton
N'avoit besoin d'apprentissage ,
Pour sçavoir son métier : qni dit Chat dit Larron
;
Ses pareils à deux fois ne se font point connoître,
Celui-ci donc gripa le dîné de son Maître ,
Qui de retour fut étonné ,
Quand il vit que sans lui Raton avoit dîné.
Il aperçoit l'animal hypocrite ,
Tapi près du foyer , dans un humble maintien ;
Tu fais en vain la chatemite ,
Lui cria le Manant , et je te connois bien ;
Ton pere étoit un franc vaurien ,
Friand , escroc , et pour tout dire en somme ;
Pendu pour ses beaux faits ; tu marches sur ses
pas ,
Larrons de pere en fils ; mais tu me le paîras ,
Et sans plus différer , il faut que je t'assomme.
Le crime est- il si grand , répart le Chat à l'hom
me
Yous
424 MERCURE DE FRANCE
Vous êtes raisonnable ; on le dit ; je le croi ;
Pourquoi donc vous en prendre à moi ?
Devés-vous me punir de votre négligence ?
yous laissés sous mes yeux un mets qui m'a
renté ;
Je n'y voi pas , en verité ,
Dequoi foüetter un Chat ; en pareille occur
rence ,
Trouverés -vous jamais Chat qui fasse absti
nence ?
Il disoit vrai , l'Homme fut imprudent.
De la leçon faisons usage ;
De peur de pareil accident ,
Ne tentons point le Chat , et serrons le fro
mage,
M. Richer.
出患※
LETTRE écrite de la Ville d'Auxerre à
un Curieux de la Ville de Bourges , touchant
quelques Usages des Feuples dis
Berri.
V
Ous vous ressouvenés , sans doute,
Monsieur , qu'en lisant les Réponses
qu'ont faites M M. les Curez de votre
Diocèse aux questions proposées pour
la confection d'un bon Calendrier Diocésain
, j'ai remarqué quelques réponses
inci
MARS. 1735. 425
incidentes , qui ont servi à exciter ma
curiosité ; et quoiqu'elles ne regardassent
que fort indirectement les Saints
Locaux destinez à remplir le Calendrier
de votre futur Breviaire , j'y ai trouvé
matiere à plus ample recherche. Deux
Curez entr'autres , de l'Archiprêtré d'Heriscon
en Bourbonnois , ont fait entendre
que les Peuples de leur Paroisse
croyoient autrefois honorer S. Jean l'Evangeliste,
ou S. Ursin , en courant la soles
c'est-à- dire , que cet exercice se faisoit
dans l'une de ces Paroisses le 27. Décembre
, et dans l'autre le 29. du même
mois. C'est ce qui m'a fait naître l'envie
de découvrir avec vous ce que c'étoit
que cet usage.
Toute perquisition faite , nous n'avons
pû aprendre autre chose sur la sole , sinon
que , 1º c'étoit un morceau de bois
rond et plat , de la figure d'un petit palet
, qu'un homme des plus forts jettoit
en l'air , et que le plus agile des Contendans
attrapoit , et gagnoit par ce
moyen tout ce qui avoit été consigné
dans l'année entre les mains d'un honnêre
homme de la Paroisse . En d'autres
Cantons de votre Diocése , le morceau
de bois appellé Sole , a environ un pied
de longueur ; il est de poignée , mais
beau42
MERCURE DE FRANCE
beaucoup plus gros par les deux bouts ,
qui sont ronds comme de petites boules,
et dans l'un de ces bours est renfermée
une pièce d'argent. 2 ° . Vous dites qu'on
ne sçait point qu'il y ait eu de Statuts
Synodaux du Diocèse qui ayent défendu
cette course ; mais que les Curez l'ont
abolie parce que souvent elle étoit la
cause de plusieurs querelles et disputes
et souvent même de quelque chose de
pire. 3 ° . Qu'il n'y avoit point de jour
fixé uniformément pour cette course ;
que cependant c'étoit communément
pendant hyver qu'on la faisoit , lorsqu'il
geloit , et un jour de Fête : qu'ou
tre les deux jours cy-dessus nommez ,
on couroit aussi la Sole le premier jour
de l'an ou celui des Rois , selon les circonstances
du temps et des lieux . Enfia
ceux qui nous ont instruit ont voulu
remonter jusqu'à l'étymologie du nom
de Sole , et ils ont crû que c'étoit une
corruption du mot de Solde , parce que
ce nom de Solde leur paroît convenir
assez à une certaine somme que payoient
ceux qui étoient mariez dans l'année
dont le total appartenoit à celui qui at
trapoit la Sole.
Vous avés crû devoir tirer cette étymologie
de Solidata ; et moi j'avois eu
la
MARS. 1735. 427
la pensée de la faire venir de Solea , fondé
sur la ressemblance de la Sole à une
semelle de bois. Mais il peut se faire
que nous n'ayons rencontré juste ni l'un
ni l'autre.
Ce qui me fait douter de la validité
de votre étymologie , est que M. Du
Cange tire l'origine de ce jeu du mot
Solea. Si vous voulés vous donner la
peine de parcourir ce qu'il dit dans son
Glossaire , au mot Cheolare , et ce que
ses sçavans Continuateurs ont dit au
mot Mellat , vous verrés qu'il y a fondement
à se rapprocher de l'idée qui m'étoit
venuë ; vous y apprendrés aussi que
le jeu de la Sole n'étoit pas particulier
aux Pays de Berry et de Bourbonnois.
On joüoit à la Sole dès le XIV . siecle
en differens endroits du Royaume. En
certains Pays ce jeu s'appelloit la Soule ,
en d'autres la Cheole. On voit ce jeu désigné
dans des Ordonnances de nos Rois
et dans des Statuts Synodaux . Dans les
Pays-Bas on avoit formé du nom primi
tif le verbe Cheoller ou Choler , ou même
Chouiller , qu'en France on prononçoit
plus poliment Souller. L'instrument
du jeu , s'il étoit gros , s'appelloit Soule ,
et Soulette , s'il étoit petit. En Basse- Bretagne
le jeu s'appelloit Mellat , en lan
gage
428 MERCURE DE FRANCE
gage vulgaire du XV. siecle (a ) qui est
le temps auquel Raoul , Evêque de Tréguier
, le défendit . ( b ) Son Statut est de
l'an 1440. L'Ordonnance de Charles VI.
qui parle de ce jeu auquel s'exerçoient
les Paysans du Vexin , devant la porte
de l'Abbaye de Mortemer , n'est pas la
plus ancienne qui fasse mention du jeu
de la Sole. Une Ordonnance du Roy
Charles V. qui est de l'an 1369. met ce
jeu dans le rang de ceux qui sont défendus
, comme ne servant en aucune maniere
à dresser la Jeunesse pour la guerre . En
voici le fragment rapporté dans les augmentations
du Glossaire , au mot Ludi
de Rege et Regina. Défendons tous jeux
de Dez , de Tables , de Paulme , de Quil
les , de Palet , de Soule , de Billes et autres
jeux qui ne chéent point à exercer ne habiliter
nos Sujets à fait d'armes en la défense
de notre Royaume .
Ce n'est point, au reste , parce que le
morceau de bois pouvoit ressembler à
une Semelle , que M. Du Cange croit
qu'il tiroit son nom de Soule ou Sole ,
mais parce que c'étoit avec la plante des
(a)T. Thes. Anecdot
. Col. 1151. 4.
(b) La maniere de courir la Sole en cette Provin
se paroît avoir été la plus divertissante , mais aussi
étois- elle la plus dangereuse . Voyez le Glossaire.
pieds
MARS. 1735. 429
pieds qu'on repoussoit l'instrument. Car
il nous représente la Sole tantôt comme
un bâlon enflé de vent , tantôt comme
une boule de bois. Cependant parmi les
Textes des Auteurs qu'il allegue , on
apperçoit quelque chose de semblable au
jeu de crosse , auquel les enfans s'exercent
encore de nos jours pendant l'hyver
; et ainsi ce n'étoit pas par tout que
le morceau de bois se poussoit avec le
pied , ni qu'il se jettoit en l'air avec la
main ; ce ne seroient tout au plus que
les balons ou pelotes enflées de vent qui
auroient pû être poussez avec la plante
des pieds.
A ce mot de bâlon et de pelotte , vous
vous ressouvenés , sans doute , de ce que
j'ai publié dans le Mercure de France du
mois de May 1726. et vous n'êtes pas
bien éloigné de faire la refléxion qui me
vient. Je pense de quelle maniere on
auroit pû empêcher des Séculiers et des
Gens de Village de jouer à la Soule ou
au Bâlon , tandis que les Gens d'Eglise
joüoient à ce jeu le jour de Pâques dans
les Galeries des Cloîtres des Eglises Cathédrales
, ou dans l'Eglise même .
Relisés un peu cet Ecrit et dites- mol
si vous avés jamais rien vû de plus grotesque
que ce qui se pratiquoit à Auxerre.
J'attends
430 MERCURE DE FRANCE
J'attends la publication de la lettre P.
du nouveau Glossaire , pour voir si quel
que Eglise a jamais enchéri sur le goût
de nos Chanoines d'alors . Il faut pourtant
les excuser un peu de ce que c'é
toit dans la Nefde l'Eglise qu'ils joüoient
au ballon et qu'ils pelottoient , c'est que
depuis plusieurs siecles les Galeries
des Cloîtres avoient été abbattuës
et ainsi on ne pouvoit faire comme ailleurs.
Je n'ai rien découvert depuis sur
ce ballon ou pelote , que deux petits
Textes : Le premier est François , et tiré
du Roman de Girard de Roussillon , rédigé
au treiziéme siecle . Le Poëte y met
ces paroles dans la bouche d'un Seigneur,
au sujet de Charles le Chauve :
1
Se pranre au Roy de France n'est pas jeu de
pelotte ;
Trestous nous cût- il mis en très-malle riotted
L'autre Texte est tiré des Statuts du
Chapitre de Sens , dont je ne sçai pas le
temps. Il renferme cet Article , sous le
titre , De Canonicis Clericis : Item Canonici
qui faciunt stagium, debent pilotas et
roulettas in crastino Pascha. Mais peut- être
s'agit- il dans ce dernier Texte de quelque
chose de manducable.
Je n'ai pas crû M. que ces Minuties
fussent
MARS. 1735. 431
fussent indignes de votre attention. Souvenés-
vous que le celebre Adrien de Valois
n'a pas crû deshonorer sa Notice des
Gaules , lorsqu'en parlant de Marcillysur-
Seine , au Diocèse de Troyes , il y
insere six ou sept lignes au sujet d'une
Course singuliere qui s'y faisoit par les
jeunes garçons. ( a) Il est vrai qu'il ne
développe pas assez la chose , et qu'il y
a de l'obscurité dans quelques - unes de
ses expressions. Mais le Curé du Lieu
pressé par le Bibliothequaire de S. Jacques
de Provins , homme curieux , (b) a débrouillé
ce dont il s'agissoit . La course
en question est abolie à Marcilly depuis
40. ans ou environ , mais elle subsiste
encore dans un Village voisin nommé.
Saint Quentin , le jour de S. Jean . Toute
la récompense de celui d'entre les jeunes
gens , lestement vétus, qui arrivoit le
premier au terme proposé , consistoit
dans une aulne et demie de futaine , ce
qui faisoit appeller ce jeu Courir la Fu
(a) Valesius in voce Marcellacum , p. 31f.
Ibi quot annis juvenes nudi cursu contendere consueverant
, proposito pranio , panno videlicet aliquo .
Qui unum milliare confecerit primus omnium ,
aqualesque velocitate corporis superaverit , is pramium
capit , puellis carus ; et bond condicions
essurus.
6) P. le Pelletier.
B taine
432 MERCURE DE FRANCE
taine , d'où l'on nomme encore un certain
chemin à Marcilly , le chemin de la
Futains. Le second avoit pour prix seulement
une paire de gants . Je sens qu'avec
la connoissance de tous ces anciens
usages de la Campagne , on peut venir
à bout d'entendre les differentes expres
sions populaires et allegoriques de certains
Pays . En ce Pays - cy on donne à
Pâques la Roullée aux enfans sages ; mais
elle n'est pas pour ceux qui ont fait la
Futaine , c'est-à- dire qui ont été vagabonds.
M. Valois ne manque pas de faire
remarquer à l'occasion de l'exercice corporel
de la jeunesse de Marcilly , qu'on
voit à Rome les Juifs s'exercer à courir
les uns avec les autres les trois jours de
devant le Carême.
Tout ce qui regarde les anciennes superstitions
, les droits des Seigneurs , les
usages défendus dans les Ordonnances de
nos Rois , dans des Conciles , ou par des
Synodes , mérite d'être recueilli et développé.
Serions- nous , par exemple , si embarassez
que nous le sommes aujourd'hui
sur l'intelligence des Canons de notre
Concile d'Auxerre du VI. siecle , où il
est parlé de Cervollo vecola , caragiis ,
sortes de pane vel de ligno , si dès le huitiéme
ou neuvième siècle quelque Egrivain
MARS. 1735 433
ain eût donné une explication de ces
usages , alors récemment abolis ? Aussi
M. l'Abbé des Thailleries , si connu par
son zele pour l'éclaircissement de l'His
toire de France , avoit- il fort recommandé
à ceux qui pressoient l'Edition du Dic
tionnaire Universel de ce Royaume , de
ne point négliger les Fêtes et Céremonies
particulieres des Villages ou petites
Villes , et de faire mention de tout , au
tant qu'il seroit possible. Je présume que
vous êtes assez de son goût : Pour moi
je fais gloire d'en être , et de me dire
Monsieur , votre , &c.
Ce 26. Mars 1734 .
は༧
ODE
Tirée du Pseaume XIII . Dixit insipiens.
in Corde suo : non est Deus , & c.
Q'Uattendés - vous d'une chimere
Nous dit ce Peuple aveugle en son impieté ,
D'un Etre vain , imaginaire ,
Votre esprit à ce point peut il être entêté ?
Que servent , insensés , tous les voeux que vous
faites ?
Bij Non
444 MERCURE DE FRANCE
Non , il n'est point de Dieu . Crédules que vous
‚êtes ,
Désabusés-vous aujourd'hui :
S'il existe ce Dieu , s'il a tant de puissance ;
Qu'il prouve donc son existence ;
Qu'il délivre son Peuple et nous croirons en lui
M
´Dans ces détestables maximes ,
Que combat leur raison , mais qui flattent leurs
coeurs
Il n'est ni cruautez ni crimes ,
Qu ne se soient portez nos barbares vainqueurs.
Dans l'erreur qui séduit ce Peuple abominable
Aucun d'eux a-t'il craint de se rendre coupable
Des excès les plus odieux ?
Le Seigneur cherche en vain qui l'aime et qui
J'adore ;
Il n'en est aucun qui l'honore ,
Il n'en est pas un seul qui soir pur à ses yeux
M
Leur bouche profane , empestée ,
D'un infâme sépulchre exhale les vapeurs ;
Sous une candeur affectée
Ils cachent le venin de leurs discours trompeurs,
Il n'est rien de sacré dans leur aveugle rage ,
Les pleurs du malheureux sont leur plus doux
breuvage ,
De sa substance ils font leurs mets :
LA
MARS:
435 1735.
Le désespoir y pousse un soupir inutile ,
Le doux repos , la paix tranquille ,,
De ces funestes Lieux sont bannis pour jamais .
Ta justice est-elle assoupie , -
Grand Dieu ? Quelle raison peut arrêter ta mair
Fais toi connoître au Peuple impie
Qui nous dévore , ainsi qu'il dévore le pain.
Descends ; sous les efforts de ton bras redoutable
Anéanti , Seigneur , cette race exécrable ,
Qui contre toi s'ose assembler ....
Mais que vois -je ? A nos cris tu prêtes ton oreill
Un homme (a ) à ta voix se réveille ,
Dans le sein de leur Ville il les fait tous trembler .
Du Dieu ( 6 ) puissant qui nous protega
Le souffle a dissipé la folle Nation ,
Qui rend un honneur sacrilege
A d'indignes Mortels , au mépris de son nom .
Ce Dieu qu'ils ont osé traiter de chimerique ,
Détruit enfin ces murs , leur esperance unique ;
Ils n'ont pû tenir contre lui ;
Ce même Dieu vengeur de la foible innocence
( a ) Cyrus.
(o) La moitié de cette Strophe est tirée du Psear
me 7. qui n'est qu'un abregé de celui - ci.
Bij Se
436 MERCURE DE FRANCE
Se déclare , et prend la deffense
De ceux qui dans son nom ont mis tout leur apu
諾
Hâte ce moment favorable
Qui doit voir d'Israël finir l'oppression.
Tends-nous une main secourable ,
Encore un peu , Seigneur , et c'est fait de Sion .
Dieu de Jacob , rends-lui sa premiere allegresse ,
Justifie en ce jour ton antique promesse ,
A l'aspect de tous les Humains :
Fais connoître, il est temps, quelle est la difference
D'un juste espoir en ta puissance ,
Aux ridicules voeux qu'on offre à ces Dieux
vains.
LETTRE de M. l'Abbé des Fontaines.
à M. de la R. Auteur du Mercure de
France , écrite de Paris , le IS. Février
1735
Ermettés -moi , Monsieur , de me
P servir de votre canal pour désabuser
, s'il est possible , plusieurs Personnes
qui s'imaginent faussement que je
suis l'Auteur d'un Livre qui a paru il y a
environ deux mois , intitulé les Amusemens
Historiques. L'Auteur de cet Ou
vrage
MAR S.
17355- 437
>
vrage m'en ayant parlé il y a plus d'un
an , me pria alors de le proposer à quelque
Libraire de ma connoissance . J'en
parlai au sieur Prault fils , et je lui adressai
l'Auteur , qui traita seul avec lui
sans même me consulter .Je proteste que
je n'avois point vu le Livre avant qu'on
eut commencé de l'imprimer , si ce n'est
quelques pages que l'Auteur m'avoit lûës
assez rapidement. Lorsqu'il fut sous presse
, il m'en fit voir les 4. ou 5. premieres
feuilles en épreuves , sur lesquelles je
lui donnai des avis peu importans . Comme
je n'ai pas lû l'Ouvrage depuis , je
ne sçai s'il en a profité . Cependant quoique
le sieur Prault n'ait eu affiire qu'à
l'Auteur du Livre , avec lequel il a traité
sans ma participation , et à qui il a payé,
comme il étoit juste , la somme dont il
étoit convenu avec lui , il a néanmoins
jugé à propos , pour donner du cours au
Livre qu'il débiteroit, de laisser croire aux
Acheteurs qu'il étoit de moi , comme si
mon nom étoit capable de faire valoir un
mauvais Ouvrage. Ce Livre , tel qu'il
est , a assez réüssi pour donner sujet à
l'Auteur de faire de grandes plaintes du
procedé du Libraire ; mais malgré un
certain cours qu'il a , je serois fort fâché de
Pavoir fait. M: Prévôt en a fort bien jugé
Biiij
dans
438 MERCURE DE FRANCE
dans une feuille de son Pour et Contre
mais s'il l'avoit lû avec un peu d'atten
tion , est-il assez peu connoisseur pour
qu'il me l'eût alors attribué , comme il
à fait , néanmoins fort legerement , ou
du moins comme il l'a insinué , accompagnant
son jugement de paroles obligeantes.
Mais a t'on jamais vû de moi
aucun Ouvrage d'un stile tantôt si plat ,
et tantôt si précieux ? Si j'avois conçû
le dessein de faire un Recueil d'Histoires
, m'estime- t'on assez peu pour croi
re que je n'aurois pas fait un meilleur
choix , et que je n'aurois pas en vûë d'ê
tre toujours très-fidelement attaché à la
verité historique ? Aurois-je défiguré ces
Histoires par des fictions déplacées ? Ne
me serois-je pas plutôt proposé M.Rollin
pour modele , que Mad . de Villedieu et
autres pareils Ecrivains Romanesques ,
que je n'ai jamais eu le courage de lire.
Mais dans quel temps supposera - t'on que
j'ai composé ce Recueil , où je conviens
qu'il y a de l'esprit ? Il a commencé à
être imprimé il y a un an. N'étois - je pas
alors occupé plus que jamais aucun Ecrivain
ne l'a été ( comme tous mes amis le
sçavent bien ) à un grand Ouvrage , auquel
j'ai consacré plus de deux années
d'un travail assidu . On est accoûtumé à
me
MARS. 1735. 439
me faire l'Auteur de plusieurs Ecrits auxquels
je n'ai jamais eu la moindre part.
On m'a attribué quelque temps les trois
Lettres qui ont parû il y a un an contre
l'Académie Françoise ; on a osé même
me donner depuis peu une certaine
Lettre contre les Avocats . Si les Auteurs
de ces Ecrits Satiriques ne s'étoient pas
laissé connoître , je ne sçai si on ne me
les attribueroit pas encore. J'ai souffert
avec patience ces injustices , ainsi que
plusieurs autres , dont personne n'a jamais
été plus accablé que moi en differens
genres. Ceux qui me connoissent peu , et
qui ignorent l'horreur que j'ai pour la Satyre
personnelle , qu'ils confondent malà
- propos avec la Critique innocente des
Ouvrages , m'ont attribué depuis dix ans
une infinité de petits Ouvrages que je
n'ai jamais pensé à faire. Sans entrer dans
un détail ennuyeux , je me servirai seulement
de cette occasion pour déclarer
publiquement que l'Edition du Dictionnaire
Néologique , imprimé en Hollande ,
et réimprimé depuis , a été faite par
les
soins d'un autre ; que je n'ai eu aucune
part aux Additions de ce Dictionnaire ,
et encore moins à l'insertion des Pieces
dont il est accompagne , telles
que la
Harangue de Mathanasius et le Pantalo
B.V Phe
440 MERCURE DE FRANCE
Phebeana , dont l'Auteur , ainsi que ce
lui du Rat Calotin , est aujourd hui connu ,
de plusieurs Personnes ..
Ce qu'il y a de bien singulier est que
tandis qu'on me donne d'un côté des
Ecrits qui ne sont jamais sortis de ma
plume , on m'en ôte qui sont réellement.
de moi. je devrois peut-être être content
de ctte compensation ; ce qu'il y ..
a de vrai , c'est que jusqu'ici je me suis
mis assez peu en peine de toutes les impostures
publiées contre ma réputation
dans une miserable brochure , intitulée
le faux Aristarque , où l'Auteur ose avan
cer , entr'autres choses , que je n'ai point
fait les Lettres au sujet de la Religion prouvće
par les faits , imprimées chez Pissot -
en 1722. Selon lui l'Ouvrage est du P. R.
il me permettra de le sommer ici d'en
apporter la preuve ; en attendant je l'avertis
que le P. R. Jésuite , m'a offert
d'assurer publiquement le contraire. Si
je n'ai pas accepé cette offre , c'est que
j'ai jugé que ce seroit faire trop d'honneur
à cet Ecrivain , que de paroître avoir
~fait attention à ce qu'il écrit . Le R. P. R. ,
avec qui j'étois fart lié autrefois , me
donna une Liste des Auteurs modernes
qui ont écrit sur la Religion Chrétienne ,
et dont M. l'Abbé H. n'a point parlé
dans
1
MARS. 1735. 441
dans la Préface de son Livre. Cette Liste
occupe trois lignes dans ma premiere Lettre
; voila toute la part que le P. R. &
eüe à l'Ouvrage dont il s'agit. On peut
juger des autres traits de l'Aristarqué par
celui - ci que j'ai honte de relever . J'ai
l'honneur d'être , Monsieur , &c.
LES DEUX EPICS DE BLED ,
FABLE.
Tout doit parler , dit - on , dans l'Apologue į
Oyons-y jazer deux Epics ;
Bon , si vous duit leur Dialogue ,
Et s'il vous fait bailler ... tantpis. -
L'un étoit humble et l'autre étoit superbe ;
Or , dans le temps de la moisson
Et qu'on alloit les mettre en gerbe ,
L'Epic sans grain dit à son Compagnon ,
D'où vient baisses-tu tant la tête ,
Et que moi j'ai le corps si droit ,
L'air si leger , toi l'air si bête pe
Ne faut juger par ce qu'on voit ,
Répond l'autre Epic , d'un ton preste
We vois tu pas pourquoi mon chef modeste 1
Est si bas , le tien si hautain ?
Le tien est vuide et le mien plein ;
Bvj
442 MERCURE DE FRANCE
Que ce petit trait te corrige ,
Et souviens - toi , mon cher voisin ,
Que c'est beaucoup moins par la tige
Qu'on nous prise , que par le grain.
Aux Epics ressemblent les hommes ,
Ils sont presque ce que nous sommes.
Les uns mauvais , les autres excellens ;
Il n'en faut juger par la taille ;
Le plus droit est l'homme de paille ,
Le plus humble est l'homme à talens.
ຈ
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé
Soumille , écrite à M. D. L. R. sur les
prétendues Influences de la Lune.
J
'Aurois crâ , Monsieur , que quelque
Personne de l'un ou de l'autre parti
nous auroit fait part de ses Refléxions
sur les Influences de la Lune ; mais quatre
mois de silence depuis ma premiere Let-
* me font désesperer d'avoir jamais
cette satisfaction . Je sens même que je
m'en étois flatté trop legcrement , car
ceux qui pensent que la Lune n'influë
point , méprisent trop cette erreur pour
tre ,
Cette Lettre est imprimée dans le Mercure
Août 1734. page 1738.
сп
MARS. 17338
445
en parler , et ceux qui sont d'un sentiment
contraire , n'ont ni d'assez bonnes
experiences , ni d'assez bonnes raisons à
pouvoir exposer au grand jour.
Si j'avois à disputer de vive voix con
tre des Personnes de la Campagne ,je n'ai
ni assez de patience , ni assez de poûmons
pour répondre à toutes leurs redites , et
j'abandonnerois la partie ; mais ayant 3.
parler raison à des Personnes raisonnables
, je croirai me faire assez entendre si
l'on veut bien se dépouiller des préjugez
vulgaires , et s'imaginer pour un moment
que c'est ici la premiere fois de la
vie qu'on entend parler de Lune ; car
enfin ce sont là , ce me semble , les veritables
dispositions où l'on doit être pour
porter un juste jugement sur une opinion
qui traverse la nôtre .
La Lune , au sentiment de tout l'Univers
, est un Corps opaque composé
d'une matiere solide , capable de reflé .
chir sur la Terre les rayons qu'elle reçoit
du Soleil , et c'est là tout ce que
l'on connoît de sa substance . Qu'elle soit
terre, pierre ou rocher, matiere homogêne
ou heterogene , c'est ce qu'on ne sçait
point et qu'on ne sçaura jamais sans miracle.
Son Globe étant beaucoup plus
petit que celui du Soleil , il faut tou
jours
444 MERCURE DE FRANCE
jours nécessairement que sa plus grande
moitié soit éclairée , et sa plus petite sans
lumiere, excepté dans le temps des Eclipses
; ensorte qu'elle est toujours nécessairement
nouvelle et pleine tout à la fois .
et par conséquent toujours là même en
elle- même. Les differentes phases que
nous voyons journellement et qui sont
comme autant d'Epoques où les Paysans
fixent le commencement ou la fin de sess
influences, ne sont point l'effet d'une matiere
changeante , elles naissent des dif
ferentes positions , où elle se trouve avec
le Soleil , causées par la lenteur de son
mouvement diurne et par la vitesse de
son mouvement sur l'Ecliptique.
Il est donc vrai que la Lune n'a par
elle- même aucune lumiere, et qu'elle tient
du Soleil celle que nous voyons ; elle ester
par- là semblable à la Terre , et si les
Habitans de celle- ci pouvoient se transporter
dans celle - là , ils verroient sur la
Terre un hémisphere éclairé , un hémisphere
sans lumiere et differentes pha-..
ses comme celles de la Lune , avec cette
seule difference , qu'elles seroient plus
lentes , à cause que le Soleil parcourt
plus lentement l'Ecliptique.
Cela une fois supposé , il seroit naturel
de conclure que la Terre peut autant
MAR S. 1735 445
tant influer sur la Lune , que li Lune
sur la Terre , et que comme nous no
trouvons sur la Terre aucun principe d'in-
Agences , nous n'en devrions point admettre
dans la Lune ; on répond d'abord à cela
que la Lune peut en avoir que nous ne
connoissons pas. J'en demeure d'accord,
mais si l'on ne les connoît pas , on devroit
au moins en douter et ne pas les ..
regarder comme incontestables . Laissonslà
ces raisons de vrai semblance pour faire
place à un raisonnement sans réplique.
Si la Lune , telle que nous venons de
la décrire , est capable d'influer sur la
Terre , ce ne peut être que par sa lu-.
miere ou par son.ombre , puisqu'elle esttoujours
la même en elle même , et que
les differences que nous y remarquons .
ne consistent que dans l'augmentation ou
diminution de l'une ou de l'autre . Si c'est
par sa lumiere qu'elle influë , ses influences
doivent échauffer , et si c'est par son
ombre , elles doivent refroidir , du moins ..
négativement . Je voudrois bien pouvoir
ici donner aux Influants , le choix de
Palternative et attendre leur réponse
mais il y faut suppléer en faisant voir
l'une ne vaut pas mieux que l'autre.
Supposons d'abord la Lune
que
lumiere donne pendant une nuit à une
certaine
que
par
sa
445 MERCURE DE FRANCE
certaine plante un certain degré de cha
leur ; on ne peut disconvenir que le Soleil
lejour d'après ne l'échauffe infiniment
davantage ainsi , supposé qu'elle eût bcsoin
de chaleur pour végeter avantageusement
, ce sera àu Soleil et non pas à la
Lune qu'il en faudra céder la gloire. Que
si l'on veut que ce soit par son ombre
que la Lune influë , suposons une seconde
fois qu'elle donne pendant une
nuit à une certaine plante un certain dégré
de froideur , le Soleil le jour d'après
Péchauffera beaucoup plus que la Lune ne
peut l'avoir refroidie ainsi que cette
plante aye besoin de chaleur ou de froideur
pour végeter , ce sera incontesta
blement à l'Astre du jour et non à l'Astre
de la nuit qu'il en faudra raporter
le bon ou le mauvais succès. Ubi major ,
minor cessat.
que
,
Ce raisonnement simple et naturel ,
devroit , ce me semble , embarrasser des
Personnes qui ne fondent leur sentiment
que sur l'ancienneté de l'opinion et sur
des prétendues experiences que personne
n'a jamais faites , ou qu'on a faites mal
à propos. Mais je me trompe ; ces sortes
de Gens ont une réponse universelle
qui les tire de tout embarras. Consultés ,
disent- ils , l'opinion generale depuis le commencement.
MARS. 1735% 447
mencement du Monde et les experiences jours
malieres de l'Univers entier , allés tailler
votre Vigne au décroissant de la Lune , et
couper du bois de charpente , vous verrés
ce qu'il en arrivera . En vain leur dit- on
que c'est- là l'état de la question ; qu'on
avoue que bien des Personnes ont agi et
agissent conformément à ce Sistême , mais
que le point consiste à sçavoir , si elles
ont dû ou doivent s'y conformer ; c'est
peine perdue ; on les voit s'aplaudir par
de grands éclats de rire , et tirer avan
tage du silence de leur Adversaire , qui
méprise l'occasion de donner des raisons
qu'on n'écoutera pas . Permettés- moi moi , ..
Monsieur , de poursuivre ce que j'ai commencé
, et de mettre , s'il se peut , cette
question dans un plus grand jour.
L'opinion la plus ancienne et la plus
generale n'est pas toujours la meilleure.
Les circonstances de temps , de lieux et
de personnes , doivent nous servir de
guide dans l'examen que nous en faisons.
Par exemple , avant qu'on eût reconnu
que l'air a une pésanteur réelle , on expliquoit
les effets du Siphon de la Pompe
et plusieurs autres de cette nature
par l'horreur du vuide ; ce n'étoit pas seu
lement une opinion du Peuple , les meilleurs
Physiciens n'en rendoient pas d'au .
tres
448 MERCURE DE FRANCES
tres raisons , et malgré le peu de jour
qu'ils apercevoient dans ce sentiment
ils étoient obligés de le soutenir , faute
d'autre ; ce n'est que depuis peu qu'on
a reconnu la véritable cause de ces cffets
merveilleux et l'ancienneté de l'opinion
n'a pas empêché la nouvelle de
rünr tous les suffrages. L'opinion des
influences de la Lune est d'autant moins
comparable à celle- là , qu'elle est radicalement
populaire et qu'elle ne doit son
progrès chez les Personnes raisonnables ,
qu'au manque de refléxion ; il reste à réfuter
ce déluge d'experiences que jamais
personne n'a faites et qu'on ne se lasse pas
de citer.
Une experience , pour mériter ce nom,
doit arriver toujours de la même maniere
sur le même sujet. La Boussole aban
donnée à elle - même , cherche toujours
la ligne de midy. Les corps pésants tendent
toujours au centre de la Terre , et
les plus légers s'en éloignent , selon les
loix de l'équilibre . Le Flux et Reflux de la
Mer arrive tous les jours environ trois
quarts d'heure plus tard , suivant le retardement
de la Lune dans son mouvement
diurne. Voilà ce qu'on peut apel
ler de véritables experiences ; voyons
maintenant si nous pourrons reconnoî
tro
MARS. 179 449
心
tre à ces marques celles qu'on nous opose
avec tant d'emphase.
et le
Suivant l'opinion générale , le temps :
qui se rencontre lors du renouveau de la
Lune ou de sa plénitude , continue or◄
dinairement pendant le quartier ; ainsi ,
s'il pleut quand la Lune fait , il pleuvra
tout le quartier , et s'il fait vent , s'il
grêle ou s'il fait beau , le même temps ..
continuera pendant le même es pace . Quelle
contradiction ! Quoi la nouvelle Lune
a - t'elle tout à la fois la proprieté de pro………..
roger le vent et l'air serain , la pluye:
temps sec , la bise et le vent du midy
? Les corpuscules qu'elle envoye sure
la Terre , sont- ils faits de façon à pouvoir
causer dans l'air toutes sortes de
dispositions , même les plus oposées ? S'il
pleuvoit toujours en pleine Lune et qu'il
fit toujours du vent quand elle est nous.
velle , on ne pourroit se refuser à cetteexperience.
Mais qu'au même âge de la
Lune et en differents mois , il fasse toutes
sortes de temps , n'est- ce pas une mar◄.
que
évidente de la vanité de ces prétenduës
influences , et peut - on conclure
autre chose , sans vouloir s'aveugler soig
même ?
.
Ces corpuscules influants que jamais .
personne n'a vûs et qu'on ne comprend
point :
.
450 MERCURE DE FRANCE
point , mettent - ils des vers dans le bois,
ou font- ils éclore des oeufs qui y sont
naturellement ? si comme on le prétend ,
la Lune influë sur tous les bois , peut- on
distinguer dans une branche qu'on a coupée
et qui se carie , si c'est à cause qu'on
l'a coupée dans un tel âge de la Lune ,
ou si cela provient du tronc qui avoic
été coupé lui-même ou planté en mauvaise
Lune ??
Que si malgré le peu de vrai - semblance,
on veut absolument que la Lune influë ,
peut on refuser cette qualité à tant d'au
tres Astres plus grands et plus brillants
que la Lune , à ces millions d'Etoiles qui
ont dans elles -mêmes le principe de la
lumiere qui les fait briller à nos yeux?
Mais si tous les Astres influent , n'y en
a t'il point qui puisse dans le même tems
et sur la même plante envoyer des in-
Auences toutes contraires à celles de la
Lune , et nous donner par là le change ?
D'ailleurs y a -t'il quelqu'un des effers
qu'on attribue à la Lune , qui ne puisse
venir d'une autre cause ? Cela étant
quelles précautions ne faudoit- il pas avoir
dans les experiences pour distinguer , par
exemple , si les vers qui rongent un tel
bois , doivent leur naissance à l'âge de
la Lune , où il a été coupé , ou à la terra
.
qui
3
'MAR'S. 17358 4
qui l'a noutri , ou à l'eau qui l'a humecté
, ou enfin à l'humidité , ou à la
sécheresse du lieu où il a été depuis sa
séparation d'avec le tronc , et ainsi des
autres ? Sont- ce là des experiences à confier
aux gens grossiers de la Campagne,
qui ignorent même les choses les plus
communes , qui prennent les Joueurs de
Gobelets pour des Sorciers , qui croyent
que l'année bissextile produit un changement
dans les Féves et dans les Oliviers ?
Cependant ces mêmes personnes de la
Campagne ne sont -elles pas les seuls témoins
de tout ce qu'on avance sur cette
matiere ? Tous les autres ne parlent
que par oui dire , chacun dit , personne
n'a vû , ou si quelqu'un est assez hardi
que de dire j'ai vu , on l'arrête tout court
par le moindre défi sur une pareille experience
qu'on propose de faire.
Tous les Paysans sont persuadés par. la
Tradition de pere en fils , que la Lune
fait tout sur la Terre . Cela une fois suposé
, un d'entre eux voit-il un mor
ceau de bois carié , il a été , dit il , coupé
en mauvaise Lune . Une Vigne porte t'elle
beaucoup de raisins , elle a eu la Lune
favorable quand on la taillée : le Soleil
avec toute sa chaleur , les pluyes , les
rosées , la qualité de la terre , n'entrent
pour
452 MERCURE DE FRANCE
pour rien dans cette fertilité , c'est te
temps de la taille qui a tout fait.
Peut -on rien imaginer de si extravagant
que ce qu'ils attribuent au Figuier?
Ils prétendent que si lorsqu'on le plante
on manque la pleine Lune , il sera autant
d'années avant que de porter du fruit
qu'il y avoit de jours à courir jusqu'à
la pleine Lune ; ensorte que si l'on l'a
planté le 16. il sera 28. ans sans porter de
Figues . Quel homme seroit assez patient
pour ne pas arracher un arbre qui seroit
28. ans sans porter de fruit? Cette proportion
des jours aux ans , n'est- elle pas
bien trouvées Le premier qui a fait cette
découverte ne méritoit-il pas une récompense
proportionnée à ses observations
, et a- t'on pû l'en frustrer sans injustice
?
Si ceux qui soutiennent les influences.
vouloient agir de bonne foi et chercher
sérieusement dans les experiences la verité
ou la fausseté de leur opinion , il
ne seroit pas difficile de leur en fournir
les moyens . On pourroit , par exemple
sur un même arbre couper une branche
en pleine Lune et une au renouveau ,
faire la même chose trois mois de suite
et mettre séparément les trois branches
de chaque nouvelle et pleine Lune. Si les
trois
"MARS. 1715. 453
trois de la pleine Lune se conservoient
pendant six ans ,
et les autres se carioient
quoique cela pût absolument arriver
par hazard ) je commencerois à douter
et j'aprofondirois davantage ; mais toutes
les experiences qu'on nous cite ,
sont si mal commencées , si mal conduites
et si mal finies , que personne
ne voudroit s'y fier et accepter le moindre
défi là - dessus .
Mais si ces sortes d'experiences sont trop
longues à faire , qu'on prenne celle qui
est la plus journaliere , je veux dire celle
qui regarde le changement de temps.
Qu'on observe exactement au commencement
de chaque quartier le temps qui
se rencontrera et qu'on examine s'il ne
changera précisément qu'au bout du mê.
me quartier , je me condamne à ce qu'on
voudra si dans six mois il se trouve seulement
deux quartiers où le temps commence
at finisse précisément au commencement
et à la fin de ce terme.
Que conclure de tout ce que je viens
d'avancer , si- non que l'opinion des influences
de la Lune n'est fondée sur aucun
raisonnement recevable ? on ne voit
aucune connexion entre la cause et l'effet.
Elle n'est pas plus heureuse du côté
des autoritez. De plus de cinquante Passages
454 MERCURE DE FRANCE
sages de l'Ecriture Sainte où il est parlé
de la Lune , aucun ne lui attribuë d'autres
effets que celui d'éclairer .pendant
la nuit. Dira- on que Moïse , les Prophetes
et les Evangelistes, entendoient moins
cette matiere que les Vignerons d'aujourd'hui
? N'est- il pas évident au moins
que cette opinion n'est pas aussi ancienne
et aussi génerale qu'on le prétend?
Que si quelques Auteurs prophanes en
ont parlé dans leurs Ecrits , ç'à toujours été
d'une maniere chancelante et sans preuve.
Il est donc honteux de voir des personnes
raisonnables se laisser entraîner
au torrent et donner aveuglément dans
le sens du Peuple. Peut- on passer cette
foiblesse à certains Médecins qui consultent
l'âge de la Lune dans l'aplication
de leurs Remedes ? Que n'a- t'on pas à
craindre de leur ignorance , s'ils ne voyent
pas plus clair dans les maladies des corps
que dans les influences des Astres ? 11
est vrai que le nombre n'en est pas grand
et qu'une infinité d'autres nous font assez
connoître la profondeur de leurs lumieres
par le succès de leurs opérations.
Mais je m'aperçois un peu tard que j'excede
les bornes d'une Lettre.Je suis , &c.
LES
MARS. 1735 455
LES MOEURS ET LES JEUX
Des Bergers de l'ancienne Arcadic,
A THEM IR E.
EP ITR E.
C'Est à vous , aimable Thémire ;
Que je prends soin de dédier
Les Moeurs de l'Arcadie ... Eh ! .. qu'en pour
rois -je dire ,
Si vous ne daigniez apuyer
De la main, de la voix, et ma plume et ma Lyres
Aydés -moi donc à les conduire ,
Sans cela je vais bégayer ;
Accourés , venés égayer
De votre feu riant, ce que je vais produire ;
Jettés dans tous mes Vers ce sage et beau délire ,
Cette grace qui plaît ; je vais tout essayer.
Dictés ... je ne ferai qu'écrire ;
Sans vous peut- on se varier ?
Avec vous manque- t'on de charmer et d'ins
truire ?
Ou court t'on risque d'ennuyer ?
L'Arcadie étoit une Province du Peloponese ;
son air étoit si pur et si riant , qu'il inspiroit à ses
Habitans lapaix , l'amour et le plaisir.
C On
455 MERCURE DE FRANCE
Non , non je sens déja que votre voix m'inspire,
de rien rayer.
J'écris sans peur
L'Arcadie autrefois fut l'aimable Contrée ,
Qu'habitoit la brillante Astrée ,
Avant que de voler au Ciel ;
Flore y faisoit regner un Printemps éternel ,
Et jamais le fougueux Borée
N'y flétrit d'un souffle cruel
Les fleurs dont elle étoit parée ;
Un vent plus doux , plus caressant ,
En deffendoit les Lys , les Roses
Et leurs boutons , même en naissant ,
Avoient l'odeur des fleurs écloses.
S'en parfumoit le blond Zéphir ,
Son vol en répandoit les charmes ;
Sur son aile il portoit l'Amour et le Plaisir ,
Mais il n'en avoit pris que le seul Elixir ;
Il en écartoit les allarmes ,
Les soins interessés , le criminel désir ,
Même les pleurs et le soupir.
La seule Aurore y répandoit ses larmes
Dans le sein des Bergers , dont l'amoureux loisir
N'étoit jamais troublé du bruit affreux des
armes ,
Y vit-on ou Fleuve, ou Ruisseau
Décoloré par le carnage ,
Dont Mars vient de rougir et le Rhin et le Pô ,
Non,non sur un plus doux, et plus heureux Rivage
Le
MARS.
457 ∙1735 .
Le Berger , la Bergere en se mirant dans l'eau ,
Ne
cherchoient qu'à doubler l'Image
De l'objet qu'ils se rendoient beau ,
Afin de s'aimer
davantage .
L'Amour n'étoit point là tel qu'on le voit ici ,
Aveugle , outré , plein de caprice ;
Là , clair-voyant, durable , égal , sage, adouci ,
Il dédaignoit tout artifice.
Là, ce Dieu paroissoit craintif, doux , ingénu ,
Respirant et joye et simplesse ,
Et vouloit dès qu'on avoit lû
Dans les yeux de quelque Maîtresse ,
Ou son estime ou sa tendresse ,
Que l'on fût bien aimé , si- tôt qu'on avoit plâ .
Que loin d'être Tigre ou
Tigresse ,
On
s'entredit de bonne foi ,
Lysis , je vous aime; aimés- moi ?
Qu'un oui , qu'un non finit l'affaire ;
Que le Berger et la Bergere
Satisfaits de leur double choix ,
Vécussent contens sous ses loix ;
C'étoit là le train ordinaire ,
Mais c'étoit le train d'autrefois.
Aujourd'hui pour s'unir il faut plus de mystere
Si les Parens , si le Notaire
N'ont signé nos liens et compté par leurs doigt
Bien moins nos
penchans que nos droits ,
L'Amour est traité de chimere.
Cij Jadis
458 MERCURE
DE FRANCE
Jadis tout alloit plus de gô ;
Une main mise l'une en l'autre ,
Sans Curé ni sans conjungo ,
Fit leur hymen et rompt le nôtre
On se marioit in petto ,
Quelquefois même incognito ,
Jans cierges ni sans patenotre.
Tout s'y passoit sans apareil ;
Là , le Berger naïf , la Bergere modeste ,
S'étoient chosi pour Dieu , pour Prêtre ,
Soleil ;
Dès qu'il frapoit d'un trait pareil
Les deux jeunes Epoux , le coeur faisoit le reste
On voyoit sur de verds gazons ,
Dans ce riant Pays de Grece >
La Bergere danser avec Bergers grisons ;
L'on n'y méprisoit point la galante vieillesse ;
Dès qu'elle avoit le goût , l'esprit de gentillesse ,
Et loin d'admettre les raisons
Qui lui font preferer la bouillante jeunesse "
On chantoit que l'Amour est de toutes saisons ,
Qu'ainsi juger , c'étoit sagesse ;
Sur tout , la charmante Lysis
Soutenoit ce prudent avis ;
De toutes c'étoit la Bergere
Qui sçavoit mieux penser et plaire ;
Lysis étoit la fleur de ces brillants Cantons
Dansant aux doux sons de sa Lyre .
Elle
MARS.
1735 459
Elle ne cessoit point , sur de differens tons ,
De chanter cet Air et de dire ,
"
Que l'Amour ait tous nos instans ,
" De ce Dieu que tout fasse usage ;
Si pour charmer il est un temps ,
» Pour être aimable il n'est point d'âge.
Ainsi donc se voyoit le Berger Corilas ,
Encor galant dans son Automne ,
A sa jeune Bergere offrir une Couronne
De fleurs qu'il cueilloit sous ses pas
Lysis ne la dédaignoit pas ,
Même en souriant , la friponne ,
"Paroissoit lui dire tout bas.
Vieux Berger , prends mon coeur , il te plaît , je
le donne
A tes sentimens délicats ,
Si ce n'est pas à ta personne..
Corilas , du don enchanté
Admiroit autant sa bonté
Que ses graces , sa voix , sa danse si legere
Qu'à peine sous ses pieds se plioit la fougeres
A son exemple , tout dansoit ,
Ce n'étoit que Jeux et que Fêtes ;
Au son des Chalumeaux le Mouton bondissoit.
Le Chien et le Pasteur , tout s'entre- caressoit ,
On voyoit briller sur les têtes ,
Le Jassemin , le Lys , dont tout se fleurissoit ;
Chanson de Lysis.
C iij D'un
460 MERCURE DE FRANCE
D'un calme plein de joye alors tout joüissoit ,
Zéphir écartoit les tempêtes ;
De cent cris amoureux l'Echo retentissoit ;
Mais les ris sont bien près des larmes ;
Un Loup survient , on crie aux armes ;
Le cruel emportoit l'Agneau ,
L'Amour et l'honneur du Troupeau
De la triste Lysis ... quelles sont ses allarmes !
Corilas les voit , il les plaint ,
Moins pour lui que pour elle il craint.
L'aimer et la servir est sa plus chere envie ,
Il vole après le Loup ; furieux, il l'atteint ;
Il aime mieux perdre la vie
Qu'à sa chere Lysis la Brebis soit ravie ;
Il combat , il l'ôte au voleur ,
La rend à sa Bergere et calme sa douleur .
Jugés s'il n'eût pas fait mille fois plus pour celle
Dont il venoit d'avoir le coeur.
La Beigere étoit tendre et le Berger fidelle ,
Qui des deux plus aimer dût- elle ,
De la Brebis où du vainqueur ,
Je le demande à cette Belle ?
Voila les jeux , les moeurs du gracieux Pays,
Que plein de votre feu j'écris ;
Heureux si l'aimable Thémire ,
Res entant tout ce qu'elle inspire
Devenoit une autre Lysis !
SUITE
MARS. 1734. 461
XXXXXXX:XXXXXX :XX
SUITE du Discours de M. Beneton
de Perrin , sur les Hieroglyphes , sem
conde Partie.
A Près avoir donné des exemples
pour les Hieroglyphes d'actions et
de passions , essayons présentement d'en
donner aussi pour d'autres Hieroglyphes
que je nommerai Sacrez , Moraux et
Historiques.
Tout ce que les Religions du Monde
peuvent enseigner , s'est toujours distingué
en deux parties principales , l'une
contenant les Mysteres , et l'autre la
Morale ; chacune de ces parties dans
les Religions anciennes avoit ses Hieroglyphes
propres à transmettre ce qu'elles
contenoient de plus élevé , et les Egyptiens
qui en inventerent beaucoup , s'en
servirent avec tant de méthode , n'employant
jamais ceux qui étoient destinez
pour signifier une chose , à en signifier
une autre , que bien d'autres Peuples et
sur tout les Grecs , qui allerent en prendre
chez les Egyptiens la connoissance, se
firent un mérite de garder le même arrangement
et de les suivre sur cela .
C iiij
Je
482 MERCURE DE FRANCE
Je crois qu'on ne s'étonnera pas si
dans cette seconde partie de mon Ouvrage
je continue ainsi que j'ai fait dans la
premiere , à mettre au rang des Hiero
glyphes non-seulement des figures . d'animaux
, mais aussi des figures humaines,
quand elles se trouvent accompagnées de
quelques attributs de puissance , mon
idée est que toutes images mysterieuses
étant faites pour servir de Type de choses
grandes et recommandables , doivent par
là être mises dans ce rang , et c'est
la raison pour laquelle , afin de mieux
établir la distinction entre les deux sortes
de caracteres emblématiques , dont
l'Antiquité s'est servie , que j'ai déja dit
qu'il falloit appeller Hieroglyphes ceux
qui avoient la figure de quelque chose
d'animé , et nommer Hierogrammes ceux
qui n'étoient qu'un composé de lignes
bizarement tracées , je sçais bien que les
termes de γράφος , et de γραμμα , joints aà
celui de pos , signifiant égalememt une
Ecriture sacrée , je n'aurois pas dû donner
differentes significations à ces deux
termes qui sont constamment Synonymes ,
mais je ne l'ai fait que pour mieux faire
sentir la difference que je mets entre les
Hieroglyphes figurez , qui sont l'objet
de ce Discours , d'avec les Hieroglyphes
1
MARS. 1735 463
glyphes de caracteres dont je ne parle
qu'en passant.
J'ai dit que l'Idolatrie commença par
l'adoration des Astres , ensorte que les
premiers hommes qui s'écarterent de la
bonne route , n'eurent d'abord pour objet
de leur culte que l'Univers entier ;
mais ensuite on le partagea dans la croyan
ce que chaque corps Elementaire , com
me le Soleil , la Lune et les autres Planettes
pouvoient être des Puissances particulieres
, on les personifia et on établit
un culte pour chacun de ces Corps. Notre
Terre eut le sien , plusieurs Peuples
la firent de deux sexes ; elle étoit Adonis
et Cybelle chez les Syriens ; Serapis
et Isis en Egypte ; Pan et Cérés dans la
Grece ; Saturne et Ops parmi les Latins ;
on marioit Isis avec Osiris ou le Soleil ;
Rea avec Cælus , et Adonis avec Astarte
ou la Lune , pour montrer par ces alliances
allégoriques que cette Terre ne
pouvoit pas se suffire à elle - même , et
qu'elle ne produisoit que par les béni
gnes influences qu'elle recevoit du Ciel.
Jusques-là le nombre des Dieux étoit
encore petit , et si les hommes s'en fussent
tenus à ceux que je viens de nommer
et à quelques autres qui ne désignoient
que des portions de l'Univers ,
C v. оп
464 MERCURE DE FRANCE
on n'auroit pas eu besoin de beaucoup
de symboles pour les représenter ; mais
toutes les parties de notre Terre , de même
que ses diverses productions , ayant
été Apothéosées , chacune en leur particulier
, et par- là les hommes ayant à honorer
les Montagnes , les Rivieres , les Bois
et toutes les Vegetations , il fallut autant
de Symboles nouveaux pour désigner
et représenter toutes ces Divinitez
de nouvelle fabrique .
On s'accoutuma tellemer t à déïfier tout
ce que la Terre produisoit de different ,
qu'on multiplia même ces Déïtez productrices
, en en admettant plusieurs
dont on croyoit que la faveur fût néces
saire pour qu'une récolte ou une vendange
arrivât à sa perfection , il y eut plusieurs
Dieux du vin , il y eut plusieurs
Déesses des bleds , chaque Bois , chaque
Pré , chaque Fontaine avoit son Faune ,
sa Nymphe et sa Nayade pour Protecteur
et Protectrice .
Le premier Dieu du Négoce , connu
sous le nom de Mercure , ne fut pas longtemps
seul dans sa fonction . Chaque Peuple
qui cut un pareil Dieu , le nomma
en son langage d'un nom significatif à
la chose à quoi on le faisoit présider ,
tel fut l'Ogmus des Gaulois et le Jedut
ou
MARS. 1735. 465
ou fedod des Germains , que je tiens avoir
été deux Puissances differentes du Mercure
des Grecs , quoique toutes trois eussent
été imaginées pour dominer sur le
Commerce et sur la fraude.
On donna le nom d'Hercule ou celui
de Geryon à chaque Conducteur de Navire
ou de Flotte d'une Nation étrangere,
qui pour la premiere fois se faisoit voir
sur une Côre où l'envie de commercer
l'avoit attiré.
La Déesse de l'Amour n'a aussi été
multipliée sous tant de differens noms ,
que parce que chique Pays ayant une
maniere d'aimer conformément à son
goût et à son génie , les Habitans de ces
Pays s'aviserent d'invoquer la Déïté qu'ils
se firent de cette passion sous un terme
qui en leur Langue exprimoit quelque
Acte de la Passion même , et ce furent
les Romains , qui Maîtres d'une partie
de l'Univers , rassemblerent dans la suite
sous le nom general de Déesses Meres ,
toutes ces Déesses de l'Amour , pour
éviter
l'embarras de nommer diversement
ce qui au fond étoit la même chose.
Voilà au vrai quelles ont été ces venerables
Matrones que quelques Auteurs
nous ont données pour les Parques , quoique
celles - cy n'eussent jamais été Meres ,
C vj
311
466 MERCURE DE FRANCE
au lieu que celles qui furent invoquées
comme Meres des Amours , c'est à - dire
de la passion qui entretient et fait tout
renaître , méritoient mieux que toutes
autres Déitez d'être traitées de Meres
par excellence.
Il fallut donc beaucoup de Hieroglyphes
pour désigner ce grand nombre de
Divinitez , tant Celestes que Terrestres';
ceux d'entre ces Hieroglyphes qui étoient
les plus communs et qui caractérisoient
le mieux ce dont ils étoient le Symbole
furent l'Aigle armée de foudre , l'oeil au
bout d'un Sceptre ; le Thirse , le Serpent
qui forme un cercle en se mordant la
queue, les têtes couronnées de Tours , d'Epics
, ou portant un panier plein de fruits,
ce qui sans autre figure désignoit les
principaux Dieux naturels , ou pour
mieux dire , les Vertus suprêmes , telles
que la Puissance, la Vigilance, le Temps et
l'Abondance ; l'Année avoit aussi son
Symbole , qui étoit une Tête remplie
d'autant de visages qu'elle avoit de saisons
; les Egyptiens représentoient la Divinité
en general par un Serpent avec des
aîles et une tête d'Epervier. Les Japonois
la représentent encore par un Miroir
, qu'ils placent dans le lieu le plus
apparent de leurs Temples . appellez
Mia
MARS. 1.73.5. 467
Mias. Quelquefois l'attribut désignatif
d'une Puissance paroissoit tout seul ,
souvent aussi on joignoit à l'attribut
le Simulacre qu'on s'étoit formé de
cette Puissance , et souvent quand on
vouloit qu'un même Simulacre représentât
plusieurs de ces Puissances , on le
chargeoit de l'attribut désignatif propre
à chacune , ce qui formoit une fi
gure Hieroglyphique composée , qui se
nommoit Panthée , soit du mot Grec
mavros , omnis , ou soit à cause du prétendu
Dieu Pan ; fait pour représenter
la Nature entiere ; donc toutes les au--
tres Divinitez , dont l'attribut entroit dans
la composition du Panthée, n'étoient que
des portions de cette même nature qui
se réunissoient en leur tout sous cette Ima
ge plaisamment accoutrée et qui le plus
souvent étoit un composé d'un corps
humain sur des cuisses et des jambes de
bêtes , ayant à la tête de grandes Cornes
et de longues oreilles ; tels étoient
le Ceraunos et le Tarvotrigaranos , que
que j'ai démontré avoir été les Symbo
les de la Chasse.
dans
Toutes les Religions qui ont paru
le monde ont eu leurs Types qu'il faut
regarder comme des Emblêmes significatifs
de ce qui s'est passé de plus considerable
468 MERCURE DE FRANCE
siderable dans leur établissement et pen
dant leur durée .
Le Soleil étoit le type des anciens Perses
, les Chrétiens ont la Croix pour le
leur ; on a quelquefois figuré la Trinité
par une Tête à trois faces couronnée à
Pantique ; chaque chose qui chez les Juifs
servoit dans le Temple,avoit son applica
tion mysterieuse ; combien les Rabbins
n'ont ils pas écrit en vrais Mystagogistes
sur la signification des Pierres précieuses
du Rational de leur Grand - Prêtre , sur le
Chandelier à sept branches , et sur le Serpent
d'airain , élevé par Moyse dans le
desert ? Ce dernier type me fait souvenir
que dans l'Eglise de S. Ambroise de Milan
on voit un Serpent de cuivre qu'une
Fausse Tradition dit être le même que celui
qui fut autrefois si salutaire aux Israëlites
mais cett picuse erreur ne s'est accréditée
que faute de sçavoir que le serpent
est depuis plus de 300. ans le Symbole
armorial de cette Ville ; car par une coutume
ancienne er generale chez toutes les
Nations , on a eu soin de mertre dan les
Temples , de même que sur les Edifices
prophanes , la marque distinctive de l'Etat
où ces Edifices sont situez ; ainsi il ne
faut pas plus s'étonner de voir des figures
de Serpens dans les Eglises du Milanois ,
que
MARS. 1735. 469
que
de voir des Fleurs-de - Lys et des Aigles
dans celles de France et d'Allemagne.
La Ville de Milan a changé de Symbole
sous chaque Dinastie de Princes qui
a dominé sur elle ; sous le gouvernement
des Turriani elle eut une Tour , et sous
celui des Visconti un Serpent , parce que
les Seigneurs de cette derniere Maison
ayant eu pour premiere possession la
Terre d'Anglerie , cela leur donna occasion
de prendre , lors qu'on se fixa à des
Armoiries,une Anguille comme une espece
d'armes parlantes ; et quand ces Seigneurs
vinrent ensuite à regner dans Milan
cette Ville , selon son usage ordinaire ,
adopta pour ses Armes celles de ses nouveaux
Maîtres.
.
Les anciens Legiflateurs en apprenant
aux peuples qu'ils dirigeoient , leur Religion
, leur Histoire , et de quelle maniere
il falloit servir les Dieux qu'ils s'étoient
faits ; quand dans celles de ces Ins
tructions qui se donnoient par écrit la
matiere rouloit sur des choses qui ne devoient
pas être sçuës de tout le monde
ils I nveloppoient sous des figures énig
matiques d'animaux , les uns veritablement
existants , et les autres monstrueux ,
qu'ils supposoient avoir vus au Ciel , ou
en revélation.
Ces
47 MERCURE DE FRANCE
•
Ces Monstres étoient un composé de
differentes parties d'autres animaux ,
pour qu'en rendant ces allégories plus
sensibles , il n'y eut cependant que les
initiés qui les comprissent ; les Prophetes
Hebreux annonçoient l'avenir sous de
semblables figures ; Daniel vit en songe
celle qui sous une forme humaine composée
de différentes matieres , fut le Type
des quatre grands Empires du Monde qui
devoient se succeder ; d'autres de ccs .
Hommes inspirez voyoient des Lions ailés
, des Cherubins et des Seraphins , ce
qui a servi ensuite aux Auteurs qui ont
écrit sur la Hierarchie Celeste de suposer
Corporalité dans les Etres dont Dieu
est accompagné dans le sein de sa gloire.
Nous avons les Images typiques dés .
quatre Evangelistes , tirées des Revéla-.
tions des Prophetes ; la Republique de
Venise ayant pris S. Marc pour son Patron
, n'a pas manqué de faire son Symbole
du Type de cet Evangeliste ; il est
bon de remarquer à propos de cela
de cela , ce
que dit Amelot de la Houssaye d'un Ambassadeur
de l'Empereur , qui ayant demandé
, en riant , à un Doge de Venise
dans quel païs se trouvoient les Lions ailez
de S. Marc , le Doge lui répondit
froidement , qu'ils se trouvoient dans les
païs
MARS. 1735. 478
païs où étoient les Aigles à deux têtes .
Après les Hieroglyphes sacrez qui faisoient
connoître les Dieux , ou les choses
dont on les croyoit Auteurs ou Protec
teurs, et qui par consequent expliquoient
les Mysteres d'une Religion , venoient
encore d'autres Hieroglyphes , qui n'étoient
que pour enseigner la Morale , ou
pour cacher au commun du peuple ce
que par politique de gouvernement il n'étoit
pas necessaire qu'il sçût .
Les habitans d'Alexandrie ( selon Ma
crobe) représentoient les trois Temps de la
vie humaine , par un Monstre à trois têtes
de bêtes sur un même corps d'homme
, une de Lion pour le present , une de
Loup pour le passé , et une de Chien pour
Pavenir on voit sur d'autres monumens
Egyptiens , que ces mêmes trois Temps
de la vie sont symbolisés par un autre
Monstre à Tête humaine sur un Corps
d'Oiseau , la tête étoit sans barbe , pour
defigner la Jeunesse , et elle en avoit une
longue pour montrer la Vieilliesse ; ceux
d'entre les Anciens qui admettoient l'Eternité
du Monde , l'exprimoient par un
Cercle qui n'a ni commencement ni fin ;
et ceux qui au contraire convenoient
qu'il avoit commencement et que par
Consequent il devoit finir , exprimoient
>
cela
472 MERCURE DE FRANCE
cela par uunn RRaatt ,, animal rongeur , Symbole
très-juste d'une entiere destruction.
Le Sphinx , Monstre composé de nature
humaine , et de nature animale , servoit
de leçon aux personnes trop curieuses
de sonder les Mysteres de leur Religion
, et étoit fait pour les faire ressouvenir
de Pinutilité de semblab'es recherches
qui ne conduisent qu'à l'erreur et à l'incrédulité
; le même Sphinx par ses deux
natures de femme et de lion symbolisoit
encore les deux Etats ou les deux Vies de
l'homme , la présente qui se termine par
la mort , et a future qui doit être éternelle.
Beaucoup d'autres figures bizarres ne
furent imaginées que pour multiplier ces
connoissances énigmatiques , qui comme
je l'ai dit , montroient les moeurs d'un
peuple , son culte et son histoire , et pour
caracteriser même les Princes qui avoient
regné sur lui ; mais toutes ces figures sont
depuis long temps inexplicables. Que
peut- on dire d'un Argus et d'un Briare ,
l'un qui avoit cent yeux , et l'autre cent
bras , d'une Hydre qui avoit sept têtes qui
se reproduisoient aussi tôt qu'elles étoient
coupées , si on n'en brûloit le tronc ; ce
ne sont là sans doute que des Images instructives
, les unes d'un Roy qui avoit
regné
MARS. 1735. 473
regné sur cent Villes , comme les Rois de
Crete , ou d'un Prince bon politique ,
qui entretenoit cent Ministres dans autant
de Cours Etrangeres , comme autant
d'espions qui veilloient aux interêts de
leur Maître , ou bien d'un autre Prince ,
qui pour appaiser les seditions élevées
dans son Etat , avoit été contraint d'em .
ployer le fer et le feu, mais tout cela n'est
que conjectural.
;
Que n'a -t'on pas fait pour expliquer la
Fable du Geryon à trois corps , et celle du
fameux Chien à trois têtes , portier fidele
de l'Enfer ; examinons à notre tour d'où
ont pû venir ces Fables qui ne doivent
leur origine qu'à des traits d'une Histoire
bien défigurée ? Il faut convehir que l'Es
pagne a été peuplée dès les premiers
temps du Monde ; mais sans remonter à
un prétendu Iberus , fils de Tubal , et
petit- fils de Japhet , qu'on dit y être venu
le premier des parties Septentrionales , où
le gros de sa posterité demeura pour faire
portion des Celtes et des Scythes , il faut
convenir aussi que l'Espagne dont je parle
doit encore ses anciens habitans à d'autres
Iberiens , voisins du mont Caucase
, qui s'étant poussés dans l'Asie , y
passerent delà , mêlez avec des Pheniciens
, sous la conduite d'un Chef , dont
,
le
474 MERCURE DE FRANCE
le vrai nom étant ignoré , fut nommé
Geryon , c'est-à - dire l'Etranger.
"'
Les actions de ce Chef ne sont guere
mieux connues que son nom envelo
pées , comme elles sont , de Fables incompréhensibles
, dont l'une lui donne
trois corps , ou plutôt trois têtes sur un
même corps . On a voulu éxpliquer cela
en disant que ce personnage avant que
d'aborder au Continent , fit la conquête
Jes Ifles Baleares , qui étant au nombre
de trois occasionnerent de feindre qu'il
avoit autant de têtes , c'est -à - dire trois
Lieux , qui soumis à sa puissance , augmentoient
sa force , puis qu'il auroit en
eux ne retraite assurée , s'il eût manqué
de son entreprise I , la tête étant
1 bole de la Force .
Une autre Fable qui approche cependant
mieux de la verité , porte que ce
Geyn , après son établissement en Espagne
, ayant été défait et tué par Ofiris
Roy d'Egypte , qui étoit venu lui faire
la guerre , laissa trois fils qui dans la suite
se revoltérent contre Orus fils d'Ofiri .
Cet Orus , dont les Espagnols font leur
Hercule , vainquit et tua à son tour les
trois fils de Geryon , dont l'union étoit si
grande , qu'on ne pouvoit les comparer
qu'à un Corps à trois têtes , cela est veritable.
MARS. 1735:
475
tablement de l'Histoire; mais il faut avant
que de la détailler , remonter à ce qui est
anterieur à l'arrivée d'Hercule . Pour moi
je pense qu'il faut admettre , pour avoir
porté le nom de Geryon , plusieurs de ces
premiers Chefs de Colonies Etrangeres ,
qui vinrent habiter l'Espagne , dont l'un
nous a été donné par la Fable pour le Roi
des Enfers , par des raisons que je dirai
en son lieu , et qu'on a attribué à un seu.
des Geryons, ce qui étoit arrivé plusieurs,
semblables en cela aux Hercules , dont
l'un a été surchargé des Actions de tous
les autres.
La suite pour un autre Mères.
EPITRE de Trottin , Chien de M. L.
M. et de Fifi , son Serein ; écrite à leur
Mauresse , des Champs Elisées.
AUx Champs Elisiens nos ames réunies ,
Goûtoient dans la félicité ,
Mille douceurs dont l'équité
Couronne les plus belles vies.
Mais nos deux coeurs toujours jaloux
Des sentimens d'une auguste Maîtresse ,
De ses regrets , de sa tendresse
Faisoiens
1
476 MERCURE DE FRANCE
Faisoient leur bonheur le plus doux.
Non , justement sensible aux trop funestes coups,
Qui nous ont fait, hélas ! traverser l'Onde noire
Rien ne pourra , nous disions-nous ,
Nous effacer de sa memoire.
Qui pourroit remplacer du folâtre Trottin ,
L'attachement et la délicatesse ,
Les Graces et la gentillesse ,
L'air caressant , noble et badin ?
Pourroit-on refuser un souvenir fidelle
A ce charmant Fifi , dont les aimables sons ,
Dans la saison la plus cruclie ,
Bravoient la sombre nuit et les fiers Aquilons ?
Une nouvelle préference
u'on vous arrache injustement ,
Qu'
Détruit la crédule esperance
Dont nous nous flattions vain ement.
Elevez sur notre disgrace ,
Des jaseurs indiscrets , un éternel pleureur ,
ccupent aujourd'hui la place
220-49
Que vous nous accordiés, hélas ! dans votre coeur.
De pareils successeurs ont droit de nous surę
prendre.
*
Et notre vieux frere Chiffon
Gronde et murmure avec raison ,
De l'affront fait à notre cendre.
Il le partage , et son coeur irrité
* Autre Chien de la Dame,
D'nne
MARS. 1735.
477
D'une aigreur menaçante appuyant sa tendresse,
S'oppose justement à la rivalité
Dont vous flétrissés sa vieillesse .
Vangés - le , calmés- nous ; à leur obscurité
Rendés par Arrêt légitime ,
Des vils sujets indignes d'une estime
Et d'un choix qui conduit à l'immortalité.
Par M. D. R.
REPONSE de Chiffon à Trottin
et à Fifi .
Depuisqu'aux bords du Stix plongez dans
la tristesse ,
Vous regrettés en vain une aimable Maîtresse
Qui faisoit votre heureux destin ,
Tendre Fifi , jaloux Trottin ,
Vous insultés à ma vieillesse.
Vous semblés m'envier encor quelques instans
Trop heureux , mais trop courts , que j
auprès d'elle ;
Eh ! ne voyés- vous pas que la Parque cruelle
Va couper pour toujours la trame de mes ans.
Dans ses canaux glacez à regret mon sang coule;
Par mille infirmitez dont s'affoiblit mon corps ,
Je sens à chaque instant désunir les ressorts
De l'Edifice que s'écroule ,
Et vivant , je me sens entraîner chez les Morts.
Fardeau
478 MERCURE DE FRANCE
Fardeau sur la Terre inutile ,
Pour mes amis , pour moi , source de vains rea
grets ,
J'ai vu de mes plaisirs tarir tous les progrès.
Je ne suis qu'un Chiffon , moi qui fus un Achile:
Cessés donc , chers amis, de me lancer vos traitas
Permetés qu'en paix je jouisse
De l'inépuisable bonté
De notre aimable.Protectrice.
Et quand l'Arrêt fatal du Destin irrité ,
M'appellant près de vous aux rives de Léthé
Me fera consommer mon triste sacrifice ,
Expirant ses pieds, ah ! du moins que je puisse
Lui prouver ma fidelité.
Je n'ai point à ce prix de regret à la vie;
J'irai m'entretenir là bas de la tu ,
Des bienfaits de notre Uranie ;
Regrettant à jamais celle que j'ai servie ,
Je mourrai , mais j'aurai vécu.
Par M. L. J
RE
MARS. 1735.
$479
Į Į Į į į į į į į į į į į į j
REFLEXIONS sur
et sur les Grands.
L
Ambition
'Homme est naturellement ambi
tieux ; appellé au vrai bonheur , il
en poursuit continuellement la jouissance
; mais ébloui par l'éclat flateur de la
fausse félicité des Grands d'ici bas , il s'y
arrête , il ne sçait pas que cette trompeuse
apparence de bonheur cache de
veritables malheurs. Il croit bannis de
l'état d'élevation , les chagrins , les craintes,
les jalousiés et tout ce qui est réellement
de son apanage. La même erreur qui lui
fait croire fortunez les Puissants du siecle,
les lui fait aussi croire vertueux, parce
qu'il n'ignore pas que la vertu seule peut
faire des heureux ; ainsi il se juge permis
d'aspirer au sort de leur condition. On
peut dire que c'est- là précisément où paroît
le faux des jugemens ordinaires des
Esprits préoccupez . La sagesse fait consister
le veritable bonheur à se contenter
de ce qu'on a ; mais comme le coeur ne
peut être sans désirs , elle voudroit que
l'esprit les bornât à ce à quoi il peut rai,
sonnablement prétendre , toujours selon
l'ordre des situations.
DMais
480 MERCURE DE FRANCE
P
Jamais les inimitiez des Princes ne sont
irréconciliables , parce que l'interêt d'Etat
leur est toujours plus cher que leur
passion.
Un Prince ne conserve pas moins son
autorité , en s'abstenant de commander
une chose à laquelle il prévoit qu'on
n'obéira point , qu'en se faisant obeïr
dans celle qu'il commande à propos.
Un des plus beaux secrets de l'art de
regner , c'est de sçavoir cacher son impuissance.
Les Princes sont excusables en quelque
Façon sur bien des foiblesses , par la grande
facilité qu'ils trouvent à satisfaire toutes
leurs passions ; mais aussi ils doivent
être bien plus circonspects que les autres
hommes , par le compte exact que
leur tient la Renommée des moindres
victoires qu'ils remportent sur eux- mêmes.
Un Valet fait tous les jours cent
incartades , et cent méprises en choses qui
sont de conséquence pour son Maître .
Il les souffre patiemment ; qui en parle ?
Qui le sçait ? Philippe II. ne s'emporte
de l'étourderie d'un Page qui répand
pas
sur une Lettre le pot à encre au lieu
de
MAR S. 1735.
de poudre ; cent Auteurs ont admiré sa
moderation ; il est trop payé.
Les Grands ont souvent le goût plus
dépravé que les autres ; comme ils ont
beaucoup de bien et qu'on cherche toujours
ce qu'on n'a point , ils se portent
souvent au mal pour diversifier. Le Ciel
le permet ainsi pour les punir par le
mal même, de ce qu'ils s'y portent aveu
glément.
Un grand feu brûle ceux qui en sont
trop près , mais il échauffe , éclaire et
fait du bien à ceux qui en sont à une
distance raisonnable. C'est la similitude
de Sid. Apollinaris , sur la familiarité avec
les Grands.
D'ordinaire les Grands ont plus de mé
moire pour se venger que pour récompenser.
Que les Grands se rendroient recom
mandables , s'ils vouloient écouter tou
tes les plaintes , et non pas toutes les
flateries.
Il y a long-temps qu'on a dit , et on
ne le sçauroit trop dire , que
les Grands
Dij dois
482 MERCURE DE FRANCE
doivent vivre , comme ils veulent qu'on
écrive d'eux .
C'est souvent un pesant fardeau pour
un homme de qualité , que
d'être obligé
de soutenir la grande réputation de ses
Ancêtres.
Les Grands se persuadent facilement
que comme ils surpassent les aurres hommes
en puissance et en richesses , ils les
surmontent aussi en lumieres et en sagesse
. D'ordinaire ils veulent bien être
aidez dans ce qu'ils font , mais non pas.
surpassez.
Si on est engagé à leur donner quelque
conseil , on doit agir comme si on
les faisoit seulement souvenir de ce qu'ils
oublienr.
Quand ils se familiarisent avec vous,
profités des momens où il leur prend
envie de se rendre vos égaux , sans oublier
qu'ils sont vos Superieurs.
Le naturel ordinaire des Peuples les
porte à regarder les malheurs des Grands
comme une consolation de leur bassesse.
L'expérience nous prouve que les
Grands
MARS: 1735.- 48-2
Grands s'attirent plus souvent l'amitié
des Peuples par des manieres affables, que
par des bienfaits.
On ne doit jamais beaucoup comprer
sur la protection et sur la faveur des
Grands ; car l'une et l'autre dépend de
deux choses fort inconstantes , leur volonté
et leur crédit.
Les conquêtes qui se font par la crain
te des Armes , vont toujours plus loin
que celles qui se font par les Armes
même.
Il y a plus de choses qui nous font
peur , qu'il n'y en a qui nous font du
mal , et la crainte du mal nous tourmente
souvent plus que le mal même.
Il n'y a rien de si contagieux ni qui
coure si vîte que la frayeur et la crainte.
L'imagination frapée se figure d'abord
les plus grands maux.
Il y a des miserables qui n'ont rien
à craindre , et qui par lå ont tout ce
qu'il faut pour perdre les autres.
Il n'est point de si bonne raison que
D iij la
484 MERCURE DE FRANCE
crainte , pour obliger les esprits les plus
incertains et les plus infléxibles à se déterminer.
On doit craindre , mais sans foiblesse
, et être hardi , mais sans témerité.
La plupart des hommes ont une étranẻ
ge maniere de calmer leurs frayeurs en
se faisant par avance tous les maux qu'ils.
craignent.
On est quelquefois plus touché de
la crainte de retomber dans le péril ,
qu'on ne l'est de s'y voir .
Tacite parlant d'Agricola , dit que dans
les Emplois de la Guerre il ne recher
choit rien par vanité , et ne refusoit rien
par crainte. Nihil appetere jactatione , nibil
ob formidinem recusare .
Il y a toujours de la prudence à crain
dre ce qui n'est point craint.
Les plus lâches deviennent hardis , s'ils
s'aperçoivent qu'on les craigne . Vilissimo
cuique crescit audacia , si se timeri sential..
Strada .
On fait presque toujours plus par pitié,
que par crainte.
Quantité
MARS.
173.5. 489
Quantité de Braves ne passent pour
tels qu'aux dépens de la foiblesse de
ceux à qui ils ont affaire.
Les faux Braves sont justement com
parez aux bassins d'une balance , dont
s'éleve quand l'autre s'abaisse , et
s'abaisse quand l'autre s'éleve.
Beaucoup de gens se croyent pleins de
courage et de valeur , quoiqu'ils ne se
soient jamais trouvez dans le péril. Cela
est fort imprudent ; on ne doit pas se
vanter d'être capable d'une infinité de
choses , lorsqu'on ne s'est jamais trouvé
dans l'occasion de les faire.
Je voudrois qu'un vrai Brave fût également
prompt et retenu dans les conjonctures
differentes , et qu'on ne fit pas
tant de cas d'une valeur brusque et impétueuse
, qui semble se défier d'elle- même
, et qui ne se précipite dans les dangers
que pour n'avoir pas le temps de
les reconnoître ; d'une valeur bruyante
et incertaine , qui s'aplaudit sans cesse et
qui ne se sou tient pas ; d'une valeur lente
et tardive , qui s'anime dans l'occasion
mais qui se fait trainer au péril ; d'une
valeur enfin imprudente et indiscrete
D iiij qui
486 MERCURE DE FRANCE
qui se flate que la victoire doit obéirà
sa vivacité.. રે .
Scipion ayant pris sur les Côtes d'Afrique
un Vaisseau de Cesar , et voulu
donner la vie à Grannius Prétonius , dé
signé Questeur , après avoir abandonné
les autres à la discrétion du Soldar , Gran
nius lui dit fierement , les Soldats de
Cesar ont coûtume de donner la vie , et
non pas de la recevoir , et en finissant
ces paroles , il se tua .
Un des plus grands effets de la valeur
est de connoitre parfaitement le péril ,
sans connoître la crainte,
Il n'y a de vrai courage qu'à résister
aux difficultez , aux fatigues , aux peines
d'esprit , et à combattre les nécessitez et
les adversitez de la vie , et non pas à
faire les violens , à se battre en duel, &c.
Sempre si dee conservar il timore , e non
si dee mai palesare .
La valore e una muta eloquenza , che
tira a se tutti gli homini , o perché la ammirano
• perche la temono 0
ne gadono.
> • perche
REMAR
S. 1735
487
REMERCIMENT de M. de Claville ;
à Mlle de Malcrais de la Vigne , sur
ce qu'elle lui a fait présent du Recueil
de ses Poësies.
Qu'entends je , quels tendres accene
Viennent s'emparer de mes sens !
Est- ce Vildieu, Bernard , Scuderi , des Houliere ;
Qui recommencent leur carriere ?
N'est-ce point Pavillon , l'Abbé Regnier , Se
grais ?
Ce sont eux , je les vois , je reconnois leurs traits.
Ils sont si sûrs de nos suffrages ;
Faut- il pour s'illustrer par de nouveaux Ouvrages
Emprunter le nom de Malcrais
Mais quelle illusion me transporte et m'agite !
Non , l'Hipocrêne et le Cocyte.
N'arrosent point les mêmes bords.
Quand nous descendons chez les Morts
Nous quittons tout, et tout nous quitte.
Des dons , et des talents les précieux accords
Les graces de l'esprit , les agrémens du corps ,
Tout fond , tout se dissout et tout se précipite ;
Et du plus éclatant dehors
DV Il
488 MERCURE DE FRANCE
Il ne nous reste aucun mérite,
On n'a qu'à consulter les grands noms que je cite,
Malgré les dignes fruits de leurs divins transports
Ils disent franchement qu'il s'agit moins alors,
De bel esprit, que de conduite.
Ecrivons bien , mais instruisons ;
Sans chercher à plaire , plaisons ;
Laissons agir la Renommée ;
N'attendons pas de vains honneurs ;
De bons Ecrits , de bonnes moeurs
Valent mieux qu'un peu de fumée.
Je ne me pique pas d'insensibilité ;
Je sçai que le succès flate la vanité ;
Et tous les Connoisseurs font grand cas d'un
bon Livre,
Mais ne prétendons pas à l'immortalité.
Nous ne sentons que trop notre caducité ¿
A soi- même on ne peut survivre..
La vanité qui nous enyvre,
Est un surcroît d'infirmité.
Ce poison de l'esprit ne m'a point infecté
Sçavoir mourir et sçavoir vivre ,
Est tout le plan que l'on doit suivre ,
Et c'est la fin de mon Traité .
Moi , transmettre mon nom à la Posterité !
D'un si frivole espoir bien loin de me repaître
Je
&
MARS. 1735. 489
Je suis content du plaisir d'être ,
Et ne connoître point l'honneur d'avoir été.
Mille pardons , Malcrais , je vous ai reconnuë ;
Mais la veriré toute nuë
Blesse la plupart des Lecteurs ;
Et si je vous compare à nos plus grands Auteurs;
Je vous dois ce tribut , ce n'est point politesse .
Toute la France sçait que vous leur ressemblés ,
Et si vous n'êtes leur Maîtresse ,
Tout au moins vous les égalés.
C'est vous dont les brillantes times
Ornent les plus petits sujets ,
Et qui,vous élevant jusqu'aux plus grands objets,
Nourissés notre esprit par vos Ecrits sublimes.
Sans doute votre coeur a souvent combattu
Contre le sot orgueil et la folle tendresse ;
Et les vices de toute espece
Ont respecté votre vertu. 2 .
Que de justes motifs de nos tendres hommages!
•
J'admire dans toutes les pages
Le présent que vous m'avés fait,
Il est d'un prix inestimable.
Vos dons sont merveilleux , votre stile est
parfait ,
Vous rendés la sagesse aimable
D vj J:
490 MERCURE DE FRANCE
Je crois qu'à tous égards vous êtés adorable ;
Mais le diable est diablement fin
Peut- être le iusé se flatte qu'à la fin ,
A force de vertus , il vous rendra coupable.
Que le beau sexe est glorieux
D'avoir en vous une Héroïne ,
Dont l'esprit mâle et vertueux ,
Enrichit la raison d'une aimable doctrine.
Ne le révélés pas à ce Sexe enchanteur ;
Malcrais , je vous ouvre mon ame ,
Yous-même passés- moi cette mauvaise humeur;
J'enrage que vous soyez femme.
Ce mérite de trop ralentit mon ardeur ,
Je vous crains et je crains mon coeur ;
La tendresse est l'écueil de la Philosophie ,
Trouvés bon que je m'en défie.
Peut- être à trop d'esprit joignés - vous trop
d'appas?
Moi , fils d'Adam , je crains la pomme,
Hélas ! si vous deveniés homme ,
vous aimèrois trop et ne vous araindrois pas
REMARS.
17350 491
LETTRE de M. L. Chanoine et Sou
chantre d'Auxerre , à M. Dunod , ancien
Profeffeur en l'Univerfité de Be
sançon , sur sa nouvelle Histoire de Franche-
Comté, & en particulier sur l'ancien
Château de Portus Abucini , dont il a
fait la découverte.
A
Yant appris , M. que votre Histoire
de la Franche Comté , nouyellement
imprimée à Dijon , chez de
Fay , étoit en cette Ville , entre les mains
de Dom Urbain Plancher , Benedictin ,
qui compose celle de toute la Bourgogae
, je n'ai pas manqué d'aller au plutôt
jetter la vûë dessus pour sçavoir si
Vous y parliez du Portus Bucini ou Portus
Abucini , sur lequel je médite depuis
long-temps une petite Dissertation pour
fixer ce que M. Valois ne dit qu'en hésitant
. Vous en parlés dès la page 30. de
votre Ouvrage , et nous nous trouvons
de même sentiment. C'est ce qui me dispensera
de faire là - dessus une Dissertatio
en forme , puisque vous prouvés
suffisamment que c'est Port-sur- Saone ;
ce que je m'étois proposé de montrer.
Quoi492
MERCURE DE FRANCE
,
Quoiqu'on estime infiniment et avec
raison la Notice des Gaules de Mr Valois
, il y auroit cependant beaucoup à
retoucher aujourd'hui , si on entreprenoit
de l'examiner de fort près. On m'a
assuré que ce Sçavant ne se donnoit pas
toujours la peine d'écrire dans les Pays
d'où il auroit pu tirer des lumieres , encore
moins de s'y transporter , comme
je fais quelquefois quand je veux appro- -
fondir un fait.
Permettés-moi , M. de vous faire part
du Mémoire que j'envoyai en 1732. au
R. P. Coquelin , Coadjuteur du R. P.
Abbé de Faverney , qui est un Monastere
fort voisin , comme vous sçavés
de Port-sur Saone , et de la Réponse
qu'il eut la bonté de me faire . Cela vous
prouvera qu'il y a long - temps que je
ruminois les mêmes choses que vous, touchant
Portus Abucini..
Copie de ce Memoire.
« Les anciennes Notices des Gaules faisant
l'énumeration des Villes de la Pro-
» vince des Sequanois , et des Châteaux
» du même pays , marquent pour dernier
» Château Portus Abucini , ou Portus Bucini.
La position de ce Lieu a été inconnuë
jusqu'aujourd'hui. M. Valois se se-
» roit.
MAR S 1735 495
roit visiblement trompé , s'il eût assuré
» qu'il faut le chercher jusques vers le
» Lac de Genéve , il balance , il hesite ,
uet ne sçait où le fixer. Un endroit de la
» vie de S. Valere , Diacre de Langres ,
» peut servir beaucoup à désigner cette
a position. M. Valois le produit , mais il
ne le fait pas assez valoir. Il y est dit
que ce Saint Diacre conçut le dessein
» d'aller de Langres, dans le pays des Se-
» quanois , et d'atteindre jusqu'aux monts
» Jura , et que s'étant mis en chemin il
» arriva ad locum quem haud longè positum
ex antiquo incola vocant Portum Bucinum.
Ce fut là qu'il souffrir le martyre .
Il faut donc chercher ce Lieu vers le
» Sud- Est, ou environ , de la ville de Lan- -
gres , et sur la route qui conduit aux
» monts Jura. En même temps , il faut ·
» que ce soit un Lieu assez peu éloigné
» de Langres , hand longè positum. Un troisiéme
indice qui peut servir à reconnoître
ce Lieu , est si l'on trouve le nom
» de Port donné à quelque Endroit , et
qu'il y ait en ce Lieu une tradition immemoriale
du culte de S. Valere . Or
il se rencontre sur la route en question,
> vers l'Orient d'hyver de Langres , au
» bout de la premiere journée , deux Enndroits
appellez Port,tous deux situez sur
✔
mla.
2
494 MERCURE DE FRANCE
Sea
» la Saone , l'un se nomme Port d'Atten
lan , l'autre Port fur Saone. Il faut que
>> l'un des deux soit le Portus Bucini : mais
nje serois plus porté à croire que c'est
» Port sur Saone , par la raison que je
trouve dans la Carte aux environs de
» ce Port un Village du nom de S. Valier,
» lequel Lieu pourroit bien avoir été ce-
» lui où le S. Diacre fût inhumé , ou mê-
» me martyrisé.
» Il seroit donc à propos de s'informer
Ȉ Port sur Saone , et au Village ou Hameau
voisin apellé Saint Valier , quelle
» est la tradition du Pays, et si l'on y croit
que S. Valere , Archidiacre de Langres ,
» y ait souffert le martyre le 22. ou 23 .
Octobre. De plus , il seroit bon de sçavoir
, lequel des deux Ports a la repu
» tation d'être plus ancien de Port d'Attelan
, ou de Port sur Saone ; et s'il n'y
en a pas un des deux où l'on trouve des
Antiquitez Romaines , comme Medail
les , Inscriptions , restes d'Edifices an
» ciens , &c. J'ai parcouru beaucoup
» de curiositez du Diocèse de Besançon
» que les Bollandistes raportent au 6.
» Juin, après le Pere Chifflet ; mais je n'y
ai rien rouvé touchant Portus Bucini.
» Je ne croi pas qu'il soit necessaire de
raprocher ce Portus Bucini plus près de
» LanMARS
1735 498
Langres que de 10 ou 12. licuës , parce
» qu'il faut qu'il soit sur quelque Riviere
» renommée. Or ni l'Ayron ni l'Amance
ne sont point des Rivieres de ce rang , ni
» qui ayent pû avoir des Ports comme la
» Saone. Il est donc plus sûr de cher-
» cher ce Port sur cette Riviere celebre ;
» mais il est question de se déterminer
» entre Port d'Attelan et Port sur Saone ;
» et c'est à quoi contribueront les éclair-
» cissemens qui viendront de la part du
» R. P. Coadjureur de l'Abbaye de Fa-
» verney à celui qui est & c . figné Lebeuf;
Ch. & Souch. de l'Eglise d'Auxerre , co
21. Juillet 1732..
REPONSE au Memoire , datée de
Faverney le 20. Decembre 1732 .
» Depuis mon retour dans la Province
Dje cherche , M. à vous satisfaire sur la
» Question proposée dans un Memoire
» qu'on me remit de votre part à Saint
» Martin des Champs ; et je trouve votre
» sentiment très-apuyé . A Port sur Saone,
c'est une Tradition constante que le
» Diacre S. Valere y a souffert le martyre.
» Le Village de Saint Valier n'est separé
» de ce Bourg que par la Riviere. Il s'y
trouve une Chapelle sous l'invocation
» de
456 MERCURE DE FRANCE
,
de ce Saint , dépendante de la Cure de
Port sur Saone , et sous cette Chapelle
-on en voit encore une autre où l'on
» est persuadé que ce S. Diacre fut inhu
» mé . Par consequent il y a tout lieu de
croire , que c'est là le Portus Abucini ,
dont vous cherchés la position ; le Port
» d'Atelan ou d'Ateley qui est au voisi
»nage , ne doit pas vous faire de la peine
; il ne s'y trouve aucun vestige d'Antiquitez
Romaines , ni d'autres ; ce n'est
» pas une grande route , et c'est depuis
Dune vintaine d'années seulement qu'il
s'y est formé un petit Village ; car au-
» paravant il n'y avoit qu'une chaumiere
» pour le Batelier, et quelques autres pour
ceux qui travailloient à la construction
» des bateaux , d'où l'on prétend qu'est
» venu à cet Endroit les noms d'Atelan
» d'Ateley , ou d'Atelier. Ainsi , M. du
moment que vous n'hesités plus
» qu'entre Port sur Saone et Port d'Ate
» lan , votre parti est facile à prendre.
» Portus Abucini , selon un de nos Curieux
, pourroit être ce que nous apel
lons Port Aubert , proche l'endroit où
» la Louve se jette dans le Doux. Il veut
» trouver quelque conformité dans les
» mots d'Abucini et d'Aubert. Le P. Dunod
, Jesuite , a crû que ce Port étoit
» sur
MARS. 1735. 497
sur le Doux, proche le village de Noire,
» à trois ou quatre lieuës au dessous de
» Dole , disant qu'on y avoit trouvé de
grosses pierres et des boucles qui ser-
-voient à fixer les bateaux : c'est ce qu'on
>> me racontoit dernierement. Mais après
» tout , l'opinion presque universelle est
>> pour Port sur Saone; et, comme vous le
» remarqués , M. l'endroit de la vie de S.
» Valere est ce que nous avons de plus
» juste pour désigner la position de cet :
ancien Port dont il est fait mentions
dans les anciennes Notices des Gaules.
>> Je souhaiterois être en état de vous
» donner plus de satisfaction , puisque j'ai *
n . l'honneur d'être , &c. signé Coquelin ,
» Coadjuteur de Faverney.
Vous voyés , Monsieur , que j'êtois en
état de toucher une bonne partie des rai
sons sur lesquelles vous vous fondés. Vous
y en avés ajoûté qui sont excellentes , et
que vous étiez plus à portée de connoître
que moi.J'ai vu ici en 1715. le P.Dunod ,
dont il est parlé ci - dessus, et je me ressou
viens que m'entretenant avec lui sur quel
ques points d'Antiquité , il me parut
avoir des pensées bien neuves , comme
de croire que Celidoine ou Chelidoine
dont la déposition fit du bruit au cinquiéme
siecle , n'étoit pas Evêque de Be--
sançon
›
498 MERCURE DE FRANCE
sançon , mais de Vaison ; et qu'on avoite
été trompé par la ressemblance des noms
Vesuntionensis , et Vasionensis . J'ai remarqué
que sur cet article vous suivés la route
-ancienne .
Les Annonces des Martyrologes ou des
Calendriers qui ont un certain âge , ne
sont pas à negliger , aussi - bien que les
Legendes des anciens Livres d'Eglise , lors
qu'on veut rencontrer juste dans certaines
positions Geographiques ; j'ai experi
menté plus d'une fois qu'avec leur aide ,
et en faisant attention au lieu du culte .
des Saints , on parvient à découvrir la verité.
Vous avés , sans doute , observé qu'un
Martyrologe d'Auxerre récrit au x1.siecle ,
et publié par Dom Martene Thes . Anecdot
T. vi. p. 736. met le Portus Bucinus, comme
dépendant de Langres , au 22. Octobre,
Lingonis civitate in Portu Bucino, Passio
S. Valerii Martyris et Levita.
J'ai une fois proposé à un savant Benedictin
, la pensée qui m'étoit venue tou--
chant une certaine Regle qui est dans le
Codex Regularum , apellee Regula Pauli
et Stephanis et je lui disois qu'il me pa--
roissoit que ces noms Paulus et Stephanus
n'étoient pas ceux des Auteurs de cetteRegle
, mais les noms des Communautez où
on l'observoit. Quoique je pusse jetter
la .
MARS. 1735. 499
la vue sur la ville de Lyon où il y a un ancien
Clergé de S.Paul et un de S. Etienne,
je m'imaginois que c'étoit plutôt à Besançon
que cette Regle avoit été compo
sée et observée dans la Communauté de
Saint- Paul , et dans celle de S. Etienne
sur la montagne ; parce que les anciens
Evêques de Besançon aimoient fort la
regularité ; qu'au reste il ne falloit pas
être surpris si les Ecrivains n'avoient pas
mis Regula S. Pauli et S. Stephani, qu'en
core aujourd'hui en certaines Cathédrales
, comme celle d'Autun , on parle cet
ancien langage dans les Rubriques , et
sans se servir du mot Sanctus : par exemple
, au Dimanche des Rameaux on dit :
Aspersio in Ecclesia Nazarii..... Processio
ad Ecclesiam Andochii . Ostiarii in albis
deferunt Reliquias Rachonis , ... Statio
ante portam inferiorem Ecclesia Lazari.
Voyés les Brefs particuliers de la
Cathedrale. Ce Benedictin parut goûter
ma pensée ; mais je me flatte que vous
me fournirés de quoi la fortifier , et lui
donner assez de poids , pour qu'on n'aille
plus chercher parmi les Peres des deserts
un Paul et un Etienne pour les faire Auteurs
de cette Regle , qui doit être plutôt
sortie de la plume d'un Evêque de
Besançon . Je suis , & c,
A Auxerre , ce 28. Février 173505
Too MERCURE DE FRANCE
On a dû expliquer les Logogryphes
et Enigmes du mois de Février par Mercure
, Calcul , Crémaillere , les quatre Mandians
, mets de Carême.
J
九
ENIGM E.
E suis un composé de nombre de parties ,
Que, pour la propreté les mains ont assorties;
Mon corps n'est destiné que pour un autre corps,
Je suis presque la même au dedans qu'au dehors
Ou du moins on en fait très -peu de difference ;
J'en apelle à témoins certains braves de France ;
Ces Messieurs , sans façon et sans difficulté ,
Me font souvent servir d'un et d'autre côté.
Pour me mettre en usage , il faut , quoique l'on
fasse ,
Que par beaucoup de mains je passe er je repasse
On m'expose d'abord à plus d'un Element ,
L'on me tourne et retourne , et même à toug
momens ;
Après avoir souffert differentes tortures
Et de chaque Element essuyé les injures ,
Je me trouve en état de faire quelqu'honneur
A celui qui de moi veut être le Porteur.
Jay sous le même non figure differente ,
Je
'MARS.
1735. Sat
Je suis pour les Humains parure bien séante ,
Il est pourtant des gens qui se font une loi
De vivre et de mourir sans se servir de moi.
M. Travenol.
**
J
LOGO GRYPH E.
>
E suis Hébreu , Latin , Grec et François )
Selon que l'on m'habille .
Scavante gent , rongés ici vos doigts
Tandis que je pointille.
Cinq Lettres font les membres de mon corps.
Je ne suis cependant qu'un simple caractere.
Le temps venu du plus triste Mystere ,
Enfans de Choeur me fredonnent alors.
Prenés 3. 2. en ajoutant le reste
Vous distillés la Rosée et la Fleur.
3. 4. et 5. plus 1. je vous proteste
A
Qu'au mot susdit je suis plein de douceur.
Renversés- moi , maint Ouvrier m'employe
En tout Pays , au propre , au figuré.
1. 2. 5. 4. aux ris je suis en proye ,
( Neuve Ortographe ici m'a rassurée )
Voyés de plus en m'écrivant de même ,
Nom de Boufon , de Filet et de Saint.
Alongés , 1. l'Element qui m'enceint
Donne au Marché viande, de Carême.
Ajoutés
52 MERCURE DE FRANCE
Ajoûtés 5. je suis neuf fois plus grand.
8. 2. et 4. et 5. mis en leur rang ,
Tu te dis en langue étrangere ,
U
Ami , ce que tu viens de faire.
P. E. F. de S. B.
AUTR E.
N présent du Soleil doit me faire connoître
Lecteur , et te développer mon être.
Mon nom , quoique françois, est tout Latin
Dans son premier lambeau , dans celui de la finë
Je suis nécessaire à la guerre.
Précisément , voilà tout le mystere.
AUTR E.
CE que je suis se fait porter par la Milice ;
Tu me comprens , Lecteur , ou tu n'es guere fine
Ma premiere moitié te rend un mot Latin ,
Combine l'autte , tu vois Nice.
AUTR E. *
LEcteur , je suis dans la Cavalerie-§
Prens-moi de suite , je te prie.
C'est d'abord un adverbe, ou préposition:
Terme Latin d'un endroit de l'Eglise.;
Nom, chez les Juifs de grand renom ;
Dictum
MARS. 1735
505.
Dictum d'un Capucin et de son Compagnon ;
Ce qu'un quidam fait sans feintise ,
Lecteur , un peu d'attention.
XXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.'
LETTRE sur le Livre intitulé le
Spectacle de la Nature.
E vous tiens parole , Monsieur , au
sujet du Livre dont le premier Tome
vous a fait tant de plaisir ; en attendant
que le second puisse parvenir sur
les bords du Tibre que vous habités , je
yous avertis qu'il vient de paroître sous
ce titre .
LE SPECTACLE DE LA NATURE ou
Entretiens sur les Particularitez de l'Histoire
Naturelle , qui ont parû les plus
propè rendre les jeunes gens curieux,
et à leur former l'esprit . Seconde Partie ,
contenant ce qui regarde les dehors et
l'interieur de la Terre.Tome second , brochure
in 12. de 478. pages , sans le Plan
de l'Ouvrage , qui sert de Préface , lequel
en contient 24. et sans la Table . A Paris,
E chez
594 MERCURE
DE FRANGE
chez la veuve Etienne , rue S. Jacques ;
et Jean Dessaint , vis- à - vis le College de
Beauvais. Le prix est de 3. livres chaque
volume en blanc. Il y a 35. Planches en
taille-douce.
On a employé , comme vous sçavés ;
M. le premier Volume de cet Ouvrage
à faire la revûë de la plupart des Animaux
, et on n'a qu'entamé , pour ainsi
dire , la matiere des Plantes , & c. on encre
ici dans un détail sur cette matiere
qui ne laisse rien à désirer.
x
Nous commencerons , dit l'Auteur
dans le Plan de son Ouvrage , par les
productions que la Terre nous offre dans
nos propres demeures , c'est-à - dire , par
les Fleurs et par la verdure de nos Jardins
... Aprés nos Parterres et nos Bosquets
, nous trouverons nos Potagers et
nos Jardins fruitiers. Pour n'y être pas
embarassés de nos propres richesses , nous
nous bornerons par tout à l'excellent et
au nécessaire. Nous nous garderons bien
de vouloir trouver tout dans un Pota-
Mais par le retranchement du
médiocre et de l'inutile , nous parviendrons
à faire ensorte qu'il répande ses
résens sur toute l'année , sans laisser au-
'cun vuide. De- là nous pourrons passer
dans nos terres labourables , puis visiter
ger.
P
sage
nos
MARS. 1735. 505
Vignobles , er examiner les productions
de ces deux fonds si importans , sans
perdre de vûe l'industrie avec laquelle
l'homme sçait les mettre en oeuvre , puisque
la façon nous en interesse autant que
la chose même .
De la nature de tant de Plantes bienfaisantes
dont la Terre est couverte , nous
passerons à la considération des Fontaines
et des Rivieres dont elle est arrosée.
Nous suivrons avec quelque soin le mouvement
de ces Eaux , qui ont reçû ordre
de balayer nos demeures , de fertiliser
nos Plaines , de désalterer les animaux ,
de donner l'accroissement aux Plantes
de fournir à nos tables des Poissons d'un
suc excellent , et de lier les differentes
Régions du Monde par la facilité des
transports réciproques . Nous tâcherons
ensuite de découvrir l'origine de leur
cours. En perçant dans les entrailles des
Montagnes et des Plaines , nous pourrons
entrevoir la structure merveilleuse des
Réservoirs qui contiennent les Eaux.
Nous observerons la destination des Montagnes
qui les rassemblent , l'artifice des
Canaux qui les distribuent , la nature ,
P'usage et les productions du vaste Bassin
où elles se vont rendre. Nous risquerons
un Essay sur l'opération de l'Air ,
E ij qui
ses MERCURE DE FRANCE
qui recommence sans cesse à les pomper,
et sur la force mouvante qui les éleve
assez pour en pouvoir arroser les Montagnes
même et les disperse suffisamment
pour entretenir par une distilation toujours
nouvelle , tant le cours des Fleuves ,
que la verdure de la Terre.
Après avoir parcouru ce qui nous a
a été donné de meilleur dans les dehors
de notre Globe , nous en irons visiter
l'interieur . Là , comme dans un vaste Magazin,
nous trouverons en réserve pour tous
nos besoins , differens Sucs huileux , des
Sels féconds en mille effets et des terres
dont les secours se multiplient comme
les proprietez . Nous descendrons en
fin dans les Carrieres et dans les Mines ,
où nous continuerons , comme dans ce qui
précede, à remarquer le rapport que Dieu
a mis entre son présent et notre besoin .
Nous examinerons d'abord les Pierres et
les Métaux , tels que la Nature nous les
donne , et ensuite les principaux usages
que nous en sçavons faire.
Après le désir d'accoutumer la jeunesse
à reconnoître la voix et la volonté de
Dieu dans tout ce qui tombe tous les
jours sous nos yeux , nous n'avons rien eu
plus à coeur que de lui procurer la connoisance
même des choses de la vie les plus
comMARS.
1735:
ser
communes et les plus ordinaires . C'est
un bonheur de trouver des Maîtres qui
puissent nous apprendre des choses su
blimes , difficiles , rares ; mais on se plaint
tous les jours de n'être pas au fait de
celles qui sont le plus d'usage , et les
Sçavans sont peut - être ceux qui ont le
le plus de sujet de se faire ce reproct
....La vie se passe ainsi , poursuit
P'Auteur , sans connoître la plupart des
choses qui en sont le soutien . D'ailleurs
ces choses sont dispersées , et il arrive
rarement qu'on les aille chercher où elles
se trouvent, ou qu'on les remarque quand·
elles se présentent. Tel qui connoît les
Ormes de ses Avenues,ou qui a souvent vû
PErable et le Chêne dans ses Bois , ne connoîtra
ni le Pin ni le Chataignier. Celui
qui a souvent remarqué le Trefle dans
ses Prairies , ne connoît peut - être ni le
Sainfoin , ni la Luzerne.L'un a vû les dehors
d'un Vaisseau , mais il n'en connoît
pas l'arrangement interieur. Celui qui a
vû les Vaisseaux du Havre , ou de Dieppe
, ne sçait pas quelle est la forme des
Galeres de la Méditerranée. Il peut donc
y avoir un avantage considerable pour
bien des Lecteurs , de trouver la plupart
des choses usuelles et dont on parle tous
les jours , raprochées dans un Ouvrage
E iij por508
MERCURE DE FRANCE
portatif et renduës sensibles par le se-.
cours de la Peinture.
C'est dans cette vûë que nous avons
fait graver sur des Desseins , la plupartd'après
nature , les Fleurs les plus belles
que les Curieux cultivent par préference;.
les divers arrangemens que nous donhs
à nos Parterres , à nos Bosquets et
à nos Terrains les plus irréguliers , cnsuite
les divers feuillages des arbres tou-,
jours verds , et autres dont nous composons
nos Palissades et nos Allées ; les .
feuillages des Bois de Charpente , de
Charonage , de Menuiserie et de chauffage
, que nous abbatons dans nos Forês,
les Pressoirs qui servent à exprimer
le jus des Raisins , des Pommes et des
Olives ; enfin les Herbes les plus souhaitées
dans nos Prairies. A la suite de ces
objets , qu'on connoît si peu , quoiqu'on
les trouve par tout , viennent ceux qui
ont rapport aux Rivieres , à la Mer et à
l'interieur de la Terre. On trouvera d'abord
la disposition des Couches de difa..
ferentes matieres qui s'étendent les unes
sur les autres dans le coeur des Montagnes
et sous les Plaines ; le cours que
cette disposition fait prendre aux eaux
qui coulent sous terre ou dans les dehors
; ensuite les Poissons, qui ne vivent
que
MA RS. 17350 sog
que dans l'eau douce , ceux qui passent
de la Mer dans les Rivieres, et les principales
Pêches. Après avoir rassemblé ce que
la Mer a de plus curieux , comme sont
ses Poissons d'une figure éloignée de l'ordinaire
, ses plus belles especes de Coquillages,
ses principales Plantes et la Pêche
duCorail , nous aurions crû , en par
lant des avantages de la Navigation , avoir
omis un point fort peu connu , quoi
qu'on en parle sans cesse , si nous n'avions
fait graver les dehors et les dedans
d'un grand Bâtiment de Mer , d'une Galere
et des plus petits Vaisseaux , avec la
maniere de les lancer à l'eau.
Les Pierreries , les Pierres et les Métaux
ne pouvanɩ tirer aucun secours de
la Gravûre , comme on peut s'en convaine
cre , continue l'Auteur , en jettant les
yeux sur les magnifiques et inutiles Planches
du troisiéme Tome de l'Histoire du
Danube , par M. le Comte de Marsilly ,
de toutes les singularitez qu'on trouve
sous terre , nous avons cru ne devoir faire
graver que les diverses pétrifications
et les Pierres figurées , parce que , représentant
des Animaux ou des Plantes , elles
deviennent reconnoissables , et que
d'ailleurs elles donnent lieu à diverses
questions curieuses . On trouvera l'expli-
E iiij cation
ro MERCURE DE FRANCE
cation des Planches à la fin de chaque
volume.
Pour rendre l'accès de toutes ces choses
aisé et agréable , nous avons eu recours,
autant qu'il a été possible , à des
figures de grandeur naturelle , toujours
plus propres à fixer le souvenir de l'objet
, que toutes les descriptions qu'on en
pourroit faire. Qu'on parle à un jeune
Lecteur de feuilles grêles , charnuës ,'
oblongues , sinueuses , laciniées ; tous ces
mots sçavans le déroutent et convertissent
son amusement en une étude sérieu
se. Montrés- lui le feuillage de la Plante ,
il comprend sur le champ la difference
de l'Orme au Charme , et du Tilleul
au Bouleau . Par la suite il les reconnoî
tra sans effort. Il dira en passant dans
un Bois , ou sur une Prairie : voilà du
Sainfoin ; vollà du Tremble ; ceci est un
Chêne verd ; cet arbre un Sapin , &c .
Je passerois les bornes d'une Lettre
M. si je voulois vous donner ici une idée
plus complette de l'Ouvrage de M. l'Abbé
Noël , déja traduit en plusieurs des
principales Langues de l'Europe , Ouvrage
aussi utile qu'agréable et amusant,
mais je ne puis me refuser encore quelques
lignes au sujet des 25. Planches qui
ornent ce second volume.
Ca
MARS. 1735 :
SII
Ce sont plusieurs sortes de Pressoirs ,
des Parterres , des Bosquets , des Fleurs ,
des Fruits , des Branches , Feüilles et Racines
de diverses Plantes , Arbustes et
Feüillages de divers Arbres, &c. toutes ces
choses , sur tout ces dernieres, sont executées
au mieux qu'on puisse le desirer par
deux Personnes du Sexe, et qui lui font
beaucoup d'honneur par leurs talens .. La
premiere est Mad: Mag lelaine Basse Porte,
qui a peint avec un art et une précision admirable
d'après Nature , tout ce qu'on
voit ici en ce genre , gravé par Mad.
Magdelaine Hortemels , Epouse de M. Cochin
, nom connu et illustre dans ce bel
Art. Je crois devoir ajouter que le célebre
Venceslas- Hollar , dont vous connoissés
le Burin tendre , leger , délicat
et flour,ne désavoüeroit pas cette gravûre,
s'il revenoit au Monde. Le Frontispice de
ce Volume , représente la Vigne plantée
dans les Gaules , du Dessein de M. Boy--
chet , et gravé par M. Cochin , dont je
viens de parler, lequel , pour la finesse du
trait , pour l'intelligence et la précision ,
est incomparable.
Le troisiéme Volume , de 563. pages ,'
est aussi curieux que les deux premiers
et enrichi de 33, Planches , grandeur
d'in 4. en large , comme celles du pré-
E v cedent
$ 12 MERCURE DE FRANCE
cedent Volume , excepté deux en hau
teur , dont l'une sert de Fronstispice ,.
du Dessein de M. Bouchet , gravée par
M. Cochin , représentant la jonction de
l'Océan et de la Méditerranée , et l'autre
un Attelier où l'on voit un Fayancier
travaillant sur le Tour. Dans les autres
Planches , ce sont des Pétrifications .
des Plantes , des Poissons et Pêches de
la Seine , des Fontaines et Rivieres souterraines
, des Animaux , des Bâtimens ,
de Mer , divers Poissons de Mer , Coquillages
, Plantes Marines , la Pêche du
Corail , Pierres figurées , Vegétations ,
&c. Je suis , Monsieur , & c.
>
A Paris le 19. Février 1735. -
·
ORAISON FUNEBRE de très-haut--
et très puissant Seigneur Louis - Hector
Dac de Villars , Pair ct Maréchal de Fran
ce , Maréchal General des Camps et Armées
du Roi , Grand d'Espagne , Commandeur
des Ordres du Roi , Chevalier
de la Toison d'or , Gouverneur des Pays
et Comté de Provence , & c . Prononcée à
Paris dans l'Eglise de saint Sulpice sa Paroisse,
le 27. Janvier 1735 , par M. l'Abbé
Seguy , Prédicateur du Roi , Abbé de
Genlis , Chanoine de la Cathedrale de
Meaux ,
MAR S.- 1735 513
Meaux. Se vendà Paris chez Prault Pere ,
Quay de Gévres , au Paradis 1735 .
Voilà , Monfieur , le Titre précis de
POraison Funebre du Maréchal de Villars ,
qui vient d'être rendue publique , que
vous ne verrés pas si- tôt par la situation
où vous vous trouvés , et dont , en attendant
, je vous trace ici le Plan , et quelques-
uns des principaux Traits . C'est à
quoi je vais tâcher de satisfaire , autant
que les bornes d'une Lettre pourront me
le permettre.
L'Orateur , après avoir exposé son Texte
, pris du 1. Livre des Machábées , ch.-
14. par ces paroles : * Sa gloire brilla tous
Les jours de sa vie .... Personne ne lui resistoit
, et il fit la paix sur la Terre , entame
son Discours de cette maniere .
» Ils meurent donc comme le reste des
Hommes , ces Heros comblez de Gloire ,
» ces Foudres de Guerre , qui ont fait
trembler les Peuples , ces Arbitres de la
Paix, qui ont fait cesser leur terreur ! et
nile Défenseur de Juda , que loue l'Esprit
Saint dans ces Paroles , ni le Vengeur
de la France , à qui je viens les
>> appliquer , n'ont pû résister au Bras
{ * Gloria ejus omnibus diebus. ... et non erat quiz
resiste ret ei.... et fecit pacem super terram...
Evjs puis514
MERCURE DE FRANCE
puissant de la Mort , elle à qui rien ne
> resistoit sur la Terre.
Une Morale Chrétienne , courte et pa
thétique naît de ces grandes Paroles , qui
sont suivies de la Division du Discours.
L'Auteur l'établit ainsi : » Vous verrés.
» dans M. le Maréchal de Villars unGene-
» ral d'Armée et un Homme d'Etat. L'un,
avec toute la Gloire à laquelle l'Ambia
tion la plus grande d'un Guerrier peut
prétendre ; l'autre , avec tout l'éclat au-
» quelles voeux les plus étendus d'un Mi-
» nistre peuvent aspirer . En un mot, vous
» verrés dans M- le Maréchal de Villars un
>>Homme qui fût en nos jours le Heros de
» la Guerre et le Heros de la Paix.
Un Portrait plus détaillé de M. de Vil
lars paroît un peu après l'Exorde de la
Premiere Partie . » M. le Maréchal de Vil-
» lars , dit notre Orateur , a été un de
» ces nobles Instrumens qu'employe la
>> main de Dieu , pour faire le sort des
» Empires, pour défendre , ou abatre, ou
» humilier les Rois ; et pour cela , qu'avonsnous
vu en lui , Messieurs ? un Heros
» qui a fait de bonne heure un des plus
» glorieux apprentissages de la Victoire ;
» un Heros dont la Victoire , un Heros
dont la puissante audace a sçu se justil'exécution
des plus étonnantes
» fier
par
entreMARS.
17358 315
entreprises , un Heros dont la conduite
» et l'Art ont éclaté éminemment dans
» les plus difficiles conjonctures de la
Guerre , un Heros dont les succès ont
» été plus importans encore qu'admira-
» bles , un Heros dont la valeur , par un
exemple peut-être unique dans tous les
âges , a toujours été exempte de la vi-
» cissitude des Armes. Eh ! dans quel autre
a plus brillé à nos yeux tout l'éclat
de l'Heroïsme militaire ?
}}
Tout ce qui suit et qui compose cette
premiere Partie du Panegyrique , est une
preuve continuelle de ce que l'Orateur
vient d'avancer , apuyée sur la verité de
P'Histoire , et ornée de tout ce que l'Elo
quence a de brillant et de sublime. Vous
distinguerés, Monsieur , avec plaisir dans la
lecture , les magnifiques traits qui peignent
notre Heros , Vainqueur à Frede
lingue , à Hochstet , lors de la premiere
Bataille , à Stolophe où il est représenté
comme un Ange exterminateur ; enfin à
Denain comme un Ange Tutelaire ; Denain
, dont l'heureuse journée ouvrit la
porte à tant d'autres heureux succès , et
qui fut suivie de la tranquillité de l'Eu
rope .
» Cherchés , cherchés ailleurs , dit le
Panegyriste en finissant cette premiere
Partie
MERCURE DE FRANCE
» Partie , Appréciateurs éclairez du me
write des Grands Hommes , un Guerrier
qui ait joint à une prosperité si brillante
, une prosperité si durable : et sis
» vous le trouvés , cherchés encore ; voyés
» s'il a joint , comme le nôtre , au titre de.
Heros de la Guerre , le caractere de-
» Heros de la Paix , second trait de la
gloire de M. le Maréchal de Villars .
Ce second trait , qui fait tout le fond
de la seconde Partie de ce Discours , représente
dans le même Heros Guerrier
un Negociateur , un Pacificateur , un
Homme d'Etat , et dans ces differens
ministeres un veritable Héros de la Paix .
Il m'est impossible , Monsieur , de suivre
notre Orateur dans tout le détail des Em ,
plois politiques confiez au Maréchal de
Villars , dont les succès sont exposez ici :
avec autant d'éloquence que de verité.
Je vous renvoye au Discours entier ; ou
plutôt je vous renvoye , pour me servir
des termes de l'Auteur, à » l'Histoire des
2
hauts Faits de ce Grand Homme ; His--
» toire , dit- il , que les premieres Plumes
» doivent au siécle pour l'honneur du
» siécle même , et du nom François, pour
»l'avantage de la Patrie.
Les Gens de Lettres du premier ordre
doivent , sans doute , ce tribut à un He.
Los
M A& R S.. 317- 1735.
tos , qui a aimé les Lettres , qui les a cultivées
, qui les a protegées , qui a fondé
une Académie dans le sein de ma Patrie ,
Académie devenuë florissante par une
telle protection , illustrée dès sa naissance
par son Affiliation à la plus celebre de
toutes les Académies . Ecoutons sur ce
sujet l'Auteur de son Panegyrique.
" Nous l'avons vû , dit il , à l'exemple.
» du sage Ministre , dont nous benissons
» les travaux , s'asseoir avec complaisance
» parmi ces Hommes , l'honneur de la
» Litterature , et mettre au nombre de ses
>> Titres les plus glorieux , celui de leur
Confrere. Que dis- je ? Peu content de
>> cultiver les Lettres , devenu leur Pro-
» tecteur , n'a -t'il pas rassemblé ailleurs
sous ses auspices , tous ceux qui pou-
» voient les enrichir, ces Lettres , par leurs
.talens ? et la Province dont il étoit le-
» Chef , ne lui doit elle pas l'Etablisse
» ment d'une Societé également polie et
sçavante Que ces talens payent , à3
» l'envi , à sa memoire , le tribut qu'elle
» merite et voyés , M M , combien ce
tribut doit être grand ! &c.
Ici l'Orateur retrace aux Sçavans char
gez du soin de celebrer cette Memoire ,,
toutes les vertus de son Heros , qui sont
en grand nombre : Ensorte , dit- il en s
finissant
318 MERCURE DE FRANCE
finissent ce Tableau magnifique , qu'on
pourroit dire qu'il auroit manqué à sa
» gloire l'épreuve des Adversitez , si le
» merite de soûtenir , comme il faisoit la
» bonne fortune , ne supposoit un coeur
capable de constance dans la mauvaise.
Cependant de nouvelles conjonctures ,
qui sont ici noblement exprimées , de
nouveaux besoins redemandent le Heros
Guerrier . Ce Heros , dans l'âge des Patriarches
, s'aprête à servir une juste querelle
, et retrouve encore dans l'Ardeur
de son zele immortel , le premier feu de sa
jeunesse guerriere .
» Villars part honoré des marques les
» plus flateuses de l'estime de son Roy ,
qui sensible à tant de zele , le dis-
» tingue dans le suprême commandement
» par un Titre accordé à luy seul depuis
» Turenne ; il part le coeur ferme et le
» regard vainqueur , parmi les regrets et
» les larmes de ses proches et de ses con-
> citoyens & c.
» Il étoit déterminé qu'il triompheroit
encore . . . . , qu'il rendroit à des Cou-
» ronnes leur ancien Heritage ; et qu'il
» montreroit à l'Italie surprise , ce que
» Rone Belliqueuse ne lui avoit pas
» montré , un Conquérant de quatre-
➜ vingt- trois ans , et le plus rapide peut-
34. être
MARS. 1735. 19
-être qui se soit jamais emparé de ses
Provinces & c.
Mais , ô Lauriers , que nous devions
baigner de nos larmes s'écrie le Panegyriste
, la Mort l'attendoit ce Heros ,
aussi bien que la Victoire ... M. le Maré
chal de Villars , continue t'il , à force d'éclat,
vous a ébloüis ; il va maintenant vous
instruire : Paroles qui sont suivies d'une
Morale très édifiante, digne d'ün Orateur
Chrétien , et pénetré de son Sujet .
Voilà , M. tout ce que je puis vous dire
que vous trouverés , je
m'assure , en le lisant entier , digne du
succès qu'il a eu lorsqu'il a été prononcé
Je suis & c.
d'un Discours
,
LE REVEIL D'EPIMENIDE Comédie
en trois Actes , par M. Poisson ; repré
sentée pour la premiere fois par les Comédiens
François le 7. Janvier 1735. A
Paris , Quay des Augustins , 1735. in 12.
de 102. pages. Prix 24. sols.
Cette Piece n'a pas eu tout le succès
que son titre promettoit. On s'attendoit
à voir naître d'un sommeil de quarante
ans , un grand nombre d'avantures plaisantes,
et cela ne se pouvoit qu'à la faveur
d'un genre de Comédie , qu'on appelle
Pieces à Tiroir , selon le style des grands .
Goll
TO MERCURE DE FRANCE
Gourmets de Spectacles ; c'est -à- dire ,
dont les Scenes sont détachées , comme
dans les Fâcheux de Moliere . L'Auteur a
crû mieux faire en donnant une intrigue
suivic , dont le somineil du principal Héros
n'est devenu que l'accessoire , au lieu
qu'on s'attendoit qu'il en seroit le fond, il
a préferé le meilleur genre deDramatique
à celui qui auroit été le plus convenable
au sujet et le plus sûr du succès . Voici
de quelle maniere il a traité ce long sommeil,
il en parle dans son Prologue : lionssous
ensemble , die Melpomene à Thalie ,
Et cherchons quelque nouveauté ,
Quelque sujet que l'on n'ait point traité , &
A l'Histoire joignons la Fable ....
Ah ! j'en trouve un merveilleux ,
Offrons aux yeux de tous ce Mortel admirable .
Ce Philosophe vertueux ,
Qui par l'ordre des Destinées ,
Dormit pendant quarante années
Et crut à son réveil n'avoir dormi qu'un jour
Thalie a raison de lui répondre que ce...
sujet lui plaît fort ; mais Melpomene
commenec à prendre un travers,en disant
qu'il sera pathétique ; Thalie est plus raisonnable
quand elle lui répond :
J'aurai
MAR S.
1735 Sit
Fatrai soin d'y mêler quelqu'interêt d'Amour.
Melpomene veut aller plus loin , conformément
à sa passion dominante ; mais
Thalie modere ce transport , et lui répond
plaisamment :
Ah ! ne tuons personne ,
Le feu qui vous emporte iroit un peu trop loin
De ce tragique là nous n'avons pas
besoin.
L'Auteur a pris sagement ce dernier
parti ; il s'est contenté du pathétique de
la reconnoissance ; mais il auroit encore:
mieux fait de ne pas faire une intrigue .
d'Amour si régulierement suivie , et d'égayer
sa Piece par des surprises que son
titre sembloit promettre et auxquelles
tous les Spectateurs s'attendoient , on va
en convenir par la lecture de cet Extrait...
Leonide , Amant de Chloé , ouvre la
Scene et parle d'abord sur le ton le plus
tragique. Voici comme il s'exprime , parlant
à Dave , son Valet.
Qui pourroit supporter l'état où je me trouve ?
La mort n'est rien au prix du destin que j'é
prouve
Ciel ! quel revers ! eh ! quoi ? passer en un mog
ment
De la plus vive joye au plus affeux tourment !
Après
522 MERCURE DE FRANCE
Après un sort si doux trouver mille supplices L
Se voir précipité du comble des délices !
Fortune , Amour , Destin , ne vous unissés - vous
Que pour percer mon coeur des plus terribles
coups ?
Dave très- surpris d'un désespoir si tra
giquement annoncé , lui en demande la
raison ; Léonide lui apprend que Chloé
vient de le binnir , quoiqu'elle l'aime ,
et qu'elle lui a fait un mistere de la cause
d'un exil si rigoureux ; Dave égaye cette
Scene par du comique qui roule sur l'in
certitude de partir ou de demeurer. Léanide
est encore dans l'irrésolution ,
quand Epimenide sort de la caverne où
il a dormi quarante ans , et où il croit
n'avoir dormi qu'un jour. Surpris du
changement qui se montre à ses yeux,
et ne sçachant quel chemin il doit prenpour
aller à Grosse , sa Patrie et Capitale
de Crete, il le demande à Léonide,
qui le prenant pour un Etranger , lui
dit qu'il en voit la Ville ; il sort dans le
dessein d'executer ce que Chloé vient
de lui prescrire.
dre
Epimenide seul refléchit sur son étrang
ge avanture : il s'explique ainsi :
Bevois -je bien le jour qui m'éclaire et me guide
-DorMARS.
· 173.50 323
Dormai-je encor ? veillai- je ? et suis - je Epimenide
?
Dans le sommeil ici mes sens étoient plongez . ;
Comment depuis hier ces lieux sont - ils changeze
Je n'y reconnois rien que la caverne obscure ,
Où j'ai pris le repos . Quelle est cette avanture
Jupiter , des Crétois souverain Protecteur ,
Daigne ôter le bandeau qui cause mon erreur .
Il voit venir deux femmes qu'il ne
connoît il se retire
pas ;
les écou
pour
ter d'un endroit où il va se cacher , ét
pour tâcher de s'instruire par leur conversation.
Melite , amie de Chloé , demande
à cette Amante de Leonide , d'où
peut venir son chagrin . Chloé lui aprend
qu'elle vient de bannir pour jamais cet
Amant infortuné ; auquel il faut qu'elle
renonce , parce que Misis sa Mere lui a
declaré que Gnaton , un des plus riches
Habitans de Gnosse la demande en mariage
; Melite lui conseille d'aller se jetter
aux pieds de sa Mere , er de lui demander
au moins quelque temps pour se déterminer
à un Hymen qui ne lui plaît pas ;
Epimenide, qui n'est pas plus insttruit
cetteconversation qu'il l'étoit auparavant,
parce que l'Auteur a pris soin de ne pas
faire prononcer le nom deMisis sa fille , s'a
proche, et demande à ces deux Inconnuës
par
24 MERCURE DE FRANCE
où demeure Ariston , un des Principaux
de Gnosse , à qui il doit mettre entre les
mains des Lettres de crédit ; Melite lui
répond en riant , qu'il est mort depuis
vingt- cinq ou trente ans. Etouné de cette
réponse , il demande des nouvelles de
Nicandre ; pour celui- là , répond Melite ,
il n'est pas mort , mais il est si vieux ,
qu'il est prêt à cesser de vivre. Il paroît si
étonné de tout ce qu'on lui dit , que Melite
le prend pour un Etranger tombé des
nues , ou pour un fou ; Melite lui conseille
d'aller se reposer au prochain logis ,
apartenant à Misis ; Quoy ? la jeune Misis....
dit alors Epimenide à cette Epithete
de Jeune , Melite lui dit de ne pas
l'appeller ainsi , et que Misis est dans un
âge à le prendre pour une ironie des plus
sanglantes ; Epimenide va chez cette chere
Fille.
Gnaton arrive , et en entrant ordonne
à ses Esclaves d'aller tout préparer pour
son hymen avec Chloé ; il en parle à sa
future Epouse, en Amant qui ne soupire
qu'après cet heureux moment ; il est tout
étonné de la froideur avec laquelle Chloé
lui dit :
Monsieur , contentés-vous de mon obéissance.
Dave arrive , chargé d'une Lettre de
SOF
"MARS. 1795. 325
,
son Maître
pour Chloé
; la présence
de Gnaton
le déconcerte
: cet importun
Ri- val de Leonide
se retire enfin , et donne la main
à Chloé
, qui ne sort que pour. donner
lieu à Dave de faire sa commission
; Dave remet la Lettre
entre les mains
de Melite
, qui le charge
d'aller
faire revenir son Maître.
Epimenide commence ce second Acte
avec Straton , son ancien Esclave , qui
pénetré de la plus vive joye , lui dit :
Voilà donc ce retour qu'avoit prédit l'Oracle !
Ah ! Seigneur , quel sommeil ! ou plutôt , quel
miracle !
Vos tra'ts n'ont point vicilli ; quoi ! pendang
quarante ans
Ils ont été sauvez des outrages du tems ?
Mon coeur plus que mes yeux a sçû vous reconnoître
;
Epimenide ! ô Ciel ! quoi ? je revoi mon Máî
tre !
je ne puis me lasser d'embrasser vos genoux ;
Souffrés que je me livre à des transports
doux.
Epimenide charmé de sa fidelité , lui
demande d'abord des nouvelles de sa famille
; Straton lui apprend qu'il ne lui
en reste que Misis sa fille , veuve de Miltiade
, et Mere de Chloé. Epimenide
n'ayant
526 MERCURE
DE FRANCE
n'ayant pas trouvé sa chere Misis chez
elle , va chez Nicandre son ancien ami
et le seul qui lui soit resté ; il ordonne à
Straton de venir l'avertir chez Nicandre
dès que Misis sera de retour chez elle.
Straton réflechit sur le sort de son
Maître ; il se flatte d'une fortune brillante
; il en est si rempli quand Gnaton
arrive , qu'il le reçoit avec un air important
: Gnaton en est tout surpris ; mais
il l'est bien plus , quand Straton lui apprend
qu'Epimenide est vivant ; Straton
le quitte , en lui donnant quelque espece
de consolation par ces Vers :"
Ne vous allarmés point ; en épousant Chloé ;
Nous ne serés pas tant de vos biens denué ;
Mon Maître Epimenide est juste et raisonnag
ble
Et les comptes pourront se faire à l'amiable.
Gnaton ne comprend rien à tout ce
que Straton wient de dui diré ; après
quelques réflexions , il s'imagine qu'on
pourroit bien lui susciter un faux Epimenide
pour lui faire rendre gorge , at
tendu que feu son Pere fut autrefois
chargé de ses affaires . Misis et Chloé arrivent
; Gnaton presse son hymen ;
Chloé demande du tems à sa Mere , qui
lui
MARS. 1735 527
lui en accorde , au grand étonnement de
Gnaton , qui , grace à ses richesses , n'est
pas fait à de pareils délais ; frappé des
soupçons qu'il a témoignez dans le précedent
Monologue , il quitte brusque
ment Misis , en lui disant :
Et moi , je vous entends ;
L'on veut ruser ici , mais on perdra son tems
Je sçaurai prévenir ce que l'on prétend faire ;
Les manoeuvres à moi ne peuvent que déplaire
Vous pouvés là - dessus , si c'est votre dessein ,
Réflechir à loisir ; adieų , jusqu'à demain.
:
Misis ne comprend rien aux menaces
de Gnaton ; elle fait une douce reprimande
à sa fille au sujet du délai qu'elle
vient de lui demander . Cette Scene a
paru longue et ennuyeuse , autant que la
que
suivante a paru interessante ; c'est la reconnoissance
entre Epimenide et Misis
sa fille il la remene chez elle , pour
achever de s'instruire de tout ce qui regarde
sa chere Patrie ; Straton se livre
toûjours à des esperances de fortune ;
Dave qui atrive suivi de son Maître ,
voudroit se défaire de cet importun ,
qui ne lui parle plus qu'un langage auquel
il ne comprend rien : enfin Melite
arrive ; elle congédie Straton , et donne
F licy
$ 28 MERCURE DE FRANCE
lieu à Leonide de s'avancer ; il est déja
instruit du retour d'Epimenide par Nicandre
son oncle. Chloé vient accablée
de douleur , et lui apprend que ce retour
ne change rien en son sort , et qu't pimenide
, sur la foi du choix que Misis a
fait de Gnaton , approuve l'hymen qui
les désespere. Leonide sort , prêt à se
porter aux dernieres extrémitez contre
son Rival ; Chloé le suit , pour l'empêcher
d'éclater contre un homme auffi
puissant que Gnaton.
Comme le dernier Acte est beaucoup
plus chargé d'action que les précédens ,
nous passerons legetement sur le Dialogue
, pour ne nous arrêter qu'à l'action
. Gnaton qui a déja soupçonné qu'on
supposoit un Epimenide pour l'inquiéter
, a pris des mesures pour confondre
et pour faire arrêter le fantôme qu'on
ressuscite après quarante ans ; il ne croit
pas pouvoir s'y mieux prendre , qu'en
engageant Straton à confesser devant le
Sénat assemblé , qu'il ne reconnoît pas
ce prétendu Epimenide , lui qui ayant
été son Esclave devroit moins s'y tromper
qu'un autre. Les prieres et les menaces
ne pouvant ébranler ce fidele Esclave ,
Gnaton a recours à l'argent ; il lui présente
une bourse dans laquelle il y a cent ›
piéces
MARS. 1735.
529
a
piéces d'or , ce qui fait dire plaisamment
Straton que ce sont là cent raisons contre
une. On voit bien cependant par les
termes équivoques que l'Auteur à inserés
dans cette espece de capitulation
que Straton ne servira pas Gnaton aussi
bien qu'il s'en flatte ; cela n'empêche
pas que Leonide et Chloé ne soient allarmez
de ce qu'il va faire au Sénat avec
Gnaton , assez riche pour corrompre facilement
un Esclave , en qui on ne connoît
point d'autre défaut que d'être avare.
Epimenide qui arrive comblé de joye,
et disant que l'amour et la fidelité ne
sont pas éteints dans tous les coeurs , n'est
pas aussi allarmé que Leonide et Chloé ,
et rend plus de justice à son Esclave .
On vient lui apporter une Lettre de
Gnaton , conçûë en ces termes.
On assure par tout que vous n'êtes pas mort,
Et qu'on vous reconnoît pour être Epimenide ;
Malgré l'ardent amour qui vers Chloé me
guide ,
Je crois malaisément un pareil jeu du sort ;
J'ai , je vous l'avourai , cependant grande envie
De m'unir à Chloé par les noeuds les plus doux,
Et si vous consentés que je sois son Epoux ,
Je croirai tout de bọn que vous êtes en vie.
Fij Cette
530 MERCURE DE FRANCE
Cette lettre produit tout l'effet que
Leonide et Chloé pouvoient souhaiter.
Epimenide mieux instruit , se repent
d'avoir
accepté un si mauvais Citoyen pour
être l'Epoux de Chloé . Straton vient
se justifier de la trahison dont on l'avoit
injustement soupçonné , et fait entendre
qu'il a déclaré en plein Sénat que celui
qu'on accusoit d'imposture , est le véritable
Epimenide , son ancien Maître .
Gnaton vient parler à Epimenide sur le
ton qu'il lui a écrit ; ce sage Legislateur
lui reproche la dureté qu'il a exercée envers
ses enfans , dont Cratina son Pere
avoit usurpé tous les biens ; il prouve
cette usurpation par un Ecrit de Cratina
même ; Gnaton lui répond que le Sénat
en décidera ; Epimenide lui fait voir son
désinteressement , par le don qu'il lui
fait de cet Ecrit , dans lequel il ne s'agit
pas moins que de trois cent talens à restituer.
Gnaton ne peut tenir contre une
générosité si éclatante ; et voyant que
Chloé aime Leonide , non seulement il
consent à leur hymen , mais il veut payer
les trois cent talens en question , pour
servir de dot à Chloé. Cet acte d'équité
lui acquiert l'estime d'Epimenide , qui
après avoir consenti à rendre Leonide
heu
MARS. 1755. 53⋅r
reux , va au devant du Sénat , qui veut
l'honorer d'une visite .
LE TRAITE' DE L'OPINION , Ou Mémoires
pour servir à l'Histoire de l'esprit
humain . Seconde Edition , revûë ,
corigée et augmentée. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science.
6. vol. in 12.
Nous nous contenterons d'indiquer
ici , au sujet de cette seconde Edition
, les principales Découvertes qui s'y
trouvent insérées en Physique , en Astronomie
et en Géomérrie. 1.Une hyporhése
qui concilie ce qui se trouve de contradictoire
dans le Systême Cartésien , par
rapport aux loix generales du mouvement
et au mechanisme de la Nature . 2 .
Une cause nouvelle de la pesanteur et
de la chute des corps toujours perpendiculaire
au centre de la Terre , ensorte
que le Systême Cartésien , qu'il paroissoit
inévitable d'abandonner à cet égard ,
se trouve entierement réparé. 3. Une
explication du flux et reflux de la Mer ,
qui rend raison des inégalitez de ce Phénomene
, et qui satisfait à des objections
dont on n'avoit donné jusqu'ici que des
solutions insoutenables . 4. Un Systême
Astronomique du mouvement de la Ter-
Fiij
re ,
532 MERCURE DE FRANCE
re , qui , des quatre mouvemens attribuez
à ce Globe par Copernic, en retranche
deux . 5. Plusieurs remarques importantes
, répandues en differens endroits de
Pouvrage, sur les differentes especes d'Infinis,
Métaphysique, Phisique et Géométrique.
6.UneMéthode nouvelle d'un Calcul
differentiel qui opere sur des grandeurs
finies quelconques , et où la supposition
des infiniment petits n'est point admise.
M. D. S. A. attribue l'invention de ce
Calcul à M. Roüalle de Boisgelou , Conseiller
au Grand - Conseil . A la fin du
sixiéme volume , il y deux morceaux
détachez , mais qui ne laissent pas de
se raporter au dessein general de l'Ouvrage
, qui est de suivre l'opinion danı
les differens genres des Sciences. L'un est
là comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton ; l'autre est la ré- ,
solution d'un Problême sur l'essence de
la matiere. Les Sciences abstraites sont
traitées avec beaucoup de clarté ; et la
plus grande partie de l'Ouvrage est tou
jours composée , comme dans la premiere
Edition , de morceaux historiques ou
de matieres utilement amusantes et qui
sont à la portée du commun des Lecteurs
. Cette Edition , quoique beaucoup
augMARS.
1735 333
augmentée , n'est pas plus ample par l'é
paisseur de ses volumes , parce que beaucoup
de Citations ont été mises en marge
, et que les differentes Tables qui occupoient
un Tome entier dans la premiere
Edition , ont été réduites à une
Table unique des Matieres , travaillée
avec beaucoup de soin , et imprimée en
caracteres fort serrez .
>
LES OEUVRES DE SALVIEN , Prêtre de
Marseille , contenant ses Lettres et ses
Traitez sur l'esprit d'intérêt et sur la providence
, traduites en François par le Re
verend Pere **, de la Compagnie de Jesus.
I. vol. in 12. de 620. pp. sans la Préface
et la Table. A Paris , chez Jean - Baptifte
de l'Espine , Imprimeur - Libraire ordi
naire du Roi , ruë S. Jacques 1735.
Nous n'avons fait qu'indiquer ce Livre
dans notre Journal du mois de Novembre
dernier. Le titre seul a excité notre
attention , et nous avons reconnu depuis
par sa lecture , que ce nouveau Traduce
teur de Salvien , qui nous donne tout
entier un Ecrivain si solide et si respec
table, avec des Notes fort étendues , mérite
toute la justice qui est due à la fidélité
, à l'élegance de sa traduction , et à
la justesse de sa Critique. Cet Ouvrage
F iiij pa34
MERCURE DE FRANCE
•
paroit très- propre à dédommager le Pu
blic de tant de Livres frivoles , dont on
l'accable depuis quelque tems , de ceux
principalement où la Religion et les
Moeurs ne sont pas respectées. Qu'il nous
soit permis d'ajoûter que nous devons la
publication de notre Salvien , traité de la
maniere que nous venons de le dire , au
travail du R. P. de Mareuil , Jesuite du
College de Louis le Grand , dont on a
des Poësies Latines d'un excellent gout ,
et la traduction d'un Livre Anglois sar
les devoirs des Personnes de qualité .
L'Auteur travaille actuellement à nous
donner en François d'autres bons Livres
Anglois sur la Religion , et sur la Phi❤
losophie.
NOUVELLE ECOLE MILITAIRE, OU
la Fortification moderne , en quatre Farties
, ornée de 150. Planches en Taillesdouces.
Cet Ouvrage renferme la maniere
d'aprendre facilement les Fortifications ,
et tout ce qui en dépend , suivant les Systêmes
François , Espagnols , Allemands , Ita
liens , et Hollandois , avec Plans , Coupes ,
Profils et Elevations ; les Marches et conduites
des Armées en general ; les distributions
et Constructions des Lignes et Campements
desTroupes ; la Conduite et Con
struction
MAR S. 1735.
535
struction des Tranchées , des Sapes , Logemens
dans les Ouvrages &c. Pour les
Siéges et Attaques des Places , la défense
des Places contre toutes sortes de Siéges ,
Capitulation , réduction , &c. Distribution
de Troupes pour combattre , et la
maniere de les mettre en bataille rangée ;
les Constructions de differentes Mines
Fourneaux & c . Le tout enrichi de Plans ,
Coupes , Profils et Elevations. L'Ouvrage
est dédiéà S. A. S. Monseigneur le Prince :
de . Conty , par P.S.Desprez de S. Savin,
Ingenieur et Professeur de Mathématiques
, vol. in 8 ° , se vend 12, liv , relié.
A Paris , chez P. G. Le Mercier , ruë
S. Jacques , au Livre d'or , 1735 ..
4
COMMENTAIRE LITTERA L, Historique
et Moral sur la Regle de Saint
Benoît , avec des Remarques sur les differents
Ordres Religieux , qui suivent la
Regle de S. Benoît.Par le R.P.Dom Augustin
Calmet Abbé de Senones , 1734. in 4.
2.volumes .A Paris, chez Emery , Saugrain
Pere , et Pierre Martin , Quay des Augus
tins,>.
HISTOIRE SAINTE , selon l'ordre
des Temps , depuis la Création du Monde
jusqu'à J. C. pour servir à l'édification
Fv des
136 MERCURE DE FRANCE
des Personnes de pieté , et principalement
à l'instruction de la Jeunesse , tirée des
seules paroles de l'Ecriture , avec de courtes
Notes pour l'éclaircissement des Endroits
les plus difficiles. , A Paris, ruë saint
Jacques , chez Charles Osmont , Jacques
Clouzier , et Worle Henri 1735. in 12. 2 .
volumes.
L'IMPROMPTU DE CAMPAGNE
Comedie en Vers et en un Acte. Par M.
Poisson , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens François , le 21. Decembre
1733. A Paris , chez le Breton
Quay des Augustins 1735. prix 20. sols .
Nous avons donné l'Extrait de cette
Piece dans le temps de sa nouveauté.
LETTRES Sur divers Sujets de Morale
et de Pieté . Par feu M. l'Abbé du Gué.
Rue S. Facques, chez Cavelier 1735.tomes
V. et VI.
DESCRIPTION du Gouvernement
de Bourgogne , avec un Abregé de l'Histoire
de la Province . Par Garreau. Ouvrage
imprimé à Dijon , et se vend à Pa
ris, chez Briasson, Libraire , à la Science ,
1734-
LA
MARS. 1735. 539
LA VIE DE S. IGNACE , Fondateur
de la Compagnie de Jesus , troisiéme
Edition . A Paris , chez Louis Josse , à la
Couronne d'Epines , in - 12 . 1735-
HISTOIRE DE GIL- BLAS DE SAN
TILLANE. Par M. Le Sage. Tome IV.
Chez Pierre Facques Ribou , vis - à- vis la
Comedie Françoise, 1735. in douze.
L'AMINTE DU TASSE. Pastorale.
Chez André Cailleau , Quay des Augustins,
et Gregoire Antoine Dupuis Grande Sale du
Palais , 175 , in douze .
LE PARFAIT NOTAIRE. Par Ma
de Ferriere. Rue S. Jacques , chez Cavelier,
1735. in-4° . 2. vol.
> GEOGRAPHIE PHYSIQUE Ou
Essais sur l'Histoire naturelle de la Terre.
Par M.Woduvard , traduits de l'Anglois
par M. Noguès , avec plusieurs autres
Pieces traduites aussi de Langlois , par le
P. Niceron , 1735. chez le méme Libraire.
TRAITE HISTORIQUE sur la
Foire de Beaucaire , où l'on voit son Origine
, ses Privileges et Exemptions ; le
Tarif des droits de Reapréciation , et Do
raaniale
Fvj
338 MERCURE DE FRANCE
maniale des Marchandises qui sortent de
cette Foire , et qui y sont sujettes , et ce
qu'il faut observer pour joüir de sa Franchise.
A Marseille , de l'Imprimerie de
Jean- Pierre Brebion 1734. brochure inquarto.
DESCRIPTION DE LA SICILE
et de ses Côtes Maritimes , avec les Plans
de toutes ses Forteresses , nouvellement
tirés , comme elles se trouvent presentement,
suivant l'Edition qu'en a faite l'Imprimeur
de S. M. I. et C. à Vienne , par
Pierre de Callejo y Angulo Onta , avec un
Memoire de l'Etat Folitique de la Sicile
présenté au Roy Victor Amedée , par le
Baron Apary, de la Ville de Catanea , d'après
un Manuscrit autentique , à Amsterdam
, chez, J. Westhein et Smith , 173 4.
vol. in- 12 . et se vend à Paris , chez Cavelier
, Libraire , ruë saint Jacques , au
Lys d'or.
TRAITE' sur les Maladies de l'Organe
immédiat de la Vuë , adressé a Messieurs
de l'Académie Royale des Sciences à Paris
. Par Jean Taylor , Docteur en Medecine,
Chirurgien et Oculiste , et Mem
bre de la Faculté de Medecine de l'Uni-
Nersité de Basle en Suisse . A Paris , chez
Prauls
,
•
MARS. 1735
535
Brault , fils , Quay de Conty , vis -à - vis
la descente du Pont-neuf, à la Charité ,
735
AVANTURES de Flores et de Blanche-
Fleurs , tirées de l'Espagnol , par Madame
L. G D. R. à Paris , Grande Sale du Pa
lais , chez Greg. Ant. Dupuis , 1735. in 12.
premiere Partie, 227. pages, seconde Par
tie , 20+ pages , prix 2. liv. broché .
On écrit de Zurick , que les Libraires Heidena
gers ont proposé par souscription un Ouvrage
qui sera, sans doute, recherché par tous les Amateurs
de l'Antiquité Métallique. En voicile titre :
THESAURUS Universalis omnium Numismatum
veterum , Grecorum et Romanorum , inde a
temporibus cusi Numismatis , usque ad Imperii Gra
ci per Turcas destructionem cusorum . C'est à M.
Gesner de Zurick , qu'on est redevable de cette
ample Collection . On y trouvera les Médailles de
Goltzius , de Patin , de Vaillant , d'Espanheim ,
du P. Hardouin , d'Occo , de Mezabarba , des
PP. Pédruzzi et Banduri , &c. sans parler de
quantité d'autres que le nouvel Editeur a recueillies
en differens Cabinets. Cet Ouvrage contiendra
4. Vol. in folio , enrichis de 220. Planches ,
chacune desquelles comprendra 20. Médailles
avec leurs Revers. Le prix de la Souscription
florins en tout , payables en 42 n'est
que
termes..
de 20.
STATUTS et Reglements pour les Chirurgiens
des Provinces établis ou non établis en Corps de
Сол
$40 MERCURE DE FRANCE
Communauté , avec une Table Chronologique
de tous les Edits , Déclarations , Lettres Patentes
et Arrêts du Conseil , concernant les Médecins
Chirurgiens Accoucheurs , Apotiquaires , Herbiers,
Sages- Femmes, Recommandaresses, Nour
rices , Barbiers , Peruquiers , Baigneurs. Brochure
in 4. de 88. pages. A Paris , chez Pierre
Prault , Imprimeur des Fermes et Droits du Roy ,
Quay de Gêvres , au Paradis , 173 f .
Le même Imprimeur possede un Ample
Recueil d'une grande quantité d'Edits , d'Or
donnances , d'Arrêts , &c. sur toutes sortes de
sujets , qu'il distribuera séparément et à un prix
raisonnable.
EPIGRAM ME.
Sur une Image de la Vierge , exposée à la
veneration des Pensionnaires du College
de Louis le Grand..
On alio esse velit sub numine casta Ju
N
ventus ;
Non alibi sedem ponere Virgo velit.
P.
Voici une Estampe , gravée par le sieur Cos
chin , dont les gens de gour connoîtront le mérite
. Elle est faite d'après un grand Tableau de
M. Hallé , Peintre du Roy et Recteur en son
Académie de Peinture et Sculpture. Le Sujet est
une Annonciation , traité d'une maniere simple
et noble. Ce Tableau , qui est d'une très - belle
execution a 13. pieds de haut sur 12. de large
et on peut le diminuer pour une place convena➡
ble
J
Halle
CeTableau a de Hauteur 13 pieds 13 pieds sur 12 pieds de lar
500
MARS.. 17350 541
ble , sans alterer la composition. Les personnes
qui auroient occasion de placer un Tableau de
ce caractere,sont avertis , que celui- ci est à vendre,
et qu'on en fera une composition raisonna
ble. M. Hallé demeure à l'entrée de la ruë des
Cordeliers , chez un Sellier.
Le sieur Moyreau vient de mettre en vente
chez lui , rue Galande , vis - à - vis S. Blaise , la
17. Estampe qu'il a gravée d'après Vauvremens.
Celle- cy est une riche et admirable composition
en large , intitulée , Arrivée de Chasseurs et de Chas
seresses. Le Tableau original , du Cabinet de la
Comtesse de Veruë , a 36. pouces de large sur
18. de haut.
Le sieur Odieuvre , Marchand d'Estémpes , an
coin du Carrefour de Pele , vis- à vis la Samaritaine
, a mis en vente deux Estampes en hauteur
, gravées par le sieur Jean - Baptiste Guelard,
d'après deux Tableaux du sieur Jacques de Lyen,
Peintre de l'Académie , qui sont fort recherchées;
ce sont deux Sujets fort singuliers ; l'une est intilée
la Marmotte en vie , et l'autre la Lanterne
Magique , avec des Vers au bas.
On trouve chez le même , deux autres Estampes
d'un goût exquis , et qui ont un fort grand
débit . Ce sont l'Amour Moissonneur , et l'Amour
Oiseleur , gravées par le sieur Lépicier , d'après
deux Tableaux du sieur Bouchet , Peintre de l'A
cadémie , avec des Vers au bas du Sr Lépicier.
La Coquette , l'Econôme , la Sçavante et la Dévote
, sont les Sujets des quatre belles Estampes ,
gravées par le sieur Michel Aubert , d'après le
sieur Etienne Jaurat , Peintre de l'Académic
Op
$42 : MERCURE DE FRANCE
On trouve chez le même Odieuvre , plusieurs :
Collections de Desseins et d'Estampes des meilleurs
Maîtres , entre autres ; l'OEuvre de Sébastien :
le Clerc , composée de 2000. Morceaux un autre
de Callot , de près de 1200. Morceaux ,
toutes belles Epreuves. -
&c. -
On a apris de Lisbonne , que le 30. Janvier ,.
l'Académie Latine et Portugaise fit célebrer un «
Service solemnel pour le repos de l'ame du Pere
Manuel Gaëtan de Souza , Clerc Régulier de la ›
Divine Providence , Procommissaire de la Bulle
de la Croisade , qui étoit l'un des Académiciens
de cette Académie . Don Philippe - Joseph de
Gama , prononça l'Oraison Funcbre..
Nous nous sommes mépris dans le précédent
Mercure en parlant de la Médaille frappée sur le
Gain de la Bataille de Guastalla . Les Têtes du
Roy, nouvellement gravées , l'une par M. du
Vivier , et l'autre par M. Roettiers , pour cette
Médaille , ne sont couronnées ni l'une ni l'autre.
Le sieur Fauchard , Chirurgien Dentiste , nous
prie de publier qu'après avoir déja donné auPublic
des preuves de son zele , en mettant au jour son
Traité sur les Dents, il croit devoir lui renouveller
les marques de son attention en lui offrant une
Eau singuliere , à la composition de laquelle il
s'est appliqué depuis ce temps- là et dont la vertu
est souveraine contre les affections scorbutiques
des gencives. En effet , elle empêche que les gencives
ne se gonflent et ne soient sujettes à saigner
aisément , et par ce moyen elle les fortifie et les
consolide.
Elle empêche aussi par là que les dents ne
foient
MARS. 1735 3439
Soient ébranlées avant le temps ; raffermit cel
les qui ne sont pas considerablement déchaussées
et chancelantes et les maintient dans leurs
alvéoles , et comme elle est propre à émousser
les pointes acides de la salive , qui se mêlant avec .
des particules alimentaires , produisent ordinairement
la carie des dents , cette Eau prévient ce
qui les peut gâter..
Elle ôte la mauvaise odeur de la bouche , vi
vifie les gencives et entretient les dents dans leur
propreté et leur blancheur .
En un mot ce remede est le plus parfait qu'on
ait encore trouvé pour la conservation des dents
et des gencives.
Le sieur Fauchard l'auroit distribué il y a plus.
sieurs années , mais il vouloit ne rien donner
de défectueux et d'incertain , et il a jugé qu'il
étoit convenable à l'utilité publique et à sa ré .
putation de s'assurer des merveilleux effets der
cette Eau par det Experiences long- temps réïtérées.
La demeure du sieur Fauchard est toujours à
Paris , vis- à- vis la Comédie Françoise.
If donne un Imprimé qui instruit de la ma
niere de se servir de cette Eau .
Les Bouteilles sont de jo . sols , de 3. livres
et de 6 , livres.
Le sieur Baradelle , Ingénieur du Roy pour les
Instruments de Mathématique , avertit le Public
qu'il a fait depuis l'année 1726. une grande
quantité de ces Encriers qui conservent l'encre
Très-long- temps sans se secher ni s'épaissir et
sans y mettre de coton , parce qu'il est fermé
comme hermétiquement , par le moyen d'une
Soupape à queue qui est libre autour d'une vis à
oreille
$ 44 MERCURE DE FRANCE
oreille , de sorte qu'en serrant la vis , elle com
prime le cuir sur l'embouchure de l'Encrier et le
ferme si exactement que l'air qui épaissit tous
liquides , ne peut y entrer . Ces sortes d'Ecritoires
sont fort propres pour les Personnes qui vont
en campagne .
Le sicur Bardelle avertit , pour que l'on ne se
trouve point surpris , qu'il n'en débitera aucun
qui ne soit numéroré , et son nom gravé dessus
, afin que l'on ne lui en rapporte point
qui ne soient de sa façon , il en construit de
differente forme Pou en trouvera toujours
à choisir grand ou petit. Sa demeure est
toujours Quay de 1 Horloge du Palais , à l'enseigne
de l'Observatoire vis-à- vis les grands
degrez de la Riviere , à Paris.
"
CHANSON A MANGER.
Qu
Uoi ! toûjours des Chansons à boire !
N'entendrai -je jamais des Chansons à manger
De la vigne par tout on célebre la gloire ;
Personne ne dit mot du Jardin potager !
Quel charme , quel plaisir quand la faim nou
damine ,
De dévorer un Gigot succulent !
Est-on las de manger Perdrix et Becassines
On ranime son gout d'un Turbot excellent ?
Le Vin par un effet étrange ,
Met tous nos sens en désaroi ;
Je
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
MARS .
1735.
54%
Je pers la raison quand je boi ;
Je la retrouve quand je mange.
のののの
SPECTACLES.
Es Comediens François continuent
avec succès les Représentations de la
Comedie nouvelle du Préjugé à la mode :
nous n'en donnons point ici l'Analise
faute de place. On la lira dans le prochain
Mercure.
Le Mercredi 16. de ce mois, les mêmes
Comédiens donnerent par extraordinaire
une Représentation du Préjugé à la mode
et de la Pupille , qui attira un très- grand
concours , quoique les places fussent
haussées d'un tiers et le Parterre au double.
La Dlle Gussin joüa le principal
rôle dans les deux Piéces , et toute la
recette fut à son profit , pour la dedommager
d'un incendie dont elle a beaucoup
perdu .
On fit la cloture de ce Theatre jusqu'au
Lundi de la Quasimodo , le Samedy 26. de
ce mois . par deux Pieces qui sont fort au
gré du Public , la Tragedie de Za et la
Comedie des trois Cousines. Le sieur Fleury
complimenta la nombreuse Assemblée ,
et fut fort aplaudi.
54 MERCURE DE FRANCE
ACHILLE ET DETDAMIE
Tragedie de M. Danchet , l'un des
quarante de l'Academie Françoise ,
mise en Musique par Mr.Campra, Maître
de musique de la Chapelle du Roi ,
et représentée pour la premiere fois sur le
Théatre de l'Opera le 24. Février 1735.
Uoique les Représentations de cette
Tragedie n'ayent pas été bien nombreuses
, on n'a pas laissé de convenir
qu'elle est élegamment versifiée , et que
la Musique est remplie de ce beau feu
qui a toujours animé son Auteur , qui
jusqu'ici n'a cedé. qu'au grand . Lully ;
son premier Ouvrage Lyrique dont M.
de la Mothe a composé le Poëme , auroit
suffi pour l'immortaliser ; à l'Europe
Galante , M. Campra a ajoûté Hesione ,
Tancrede , et les Fétes Venitiennes , trois
Ouvrages dont il a partagé la gloire avec
M. Danchet ; nous n'avons pas besoin
d'en citer d'autres , pour justifier le choix
d'Apollon ; et s'ils n'ont pas rempli l'attente
du Public , on ne le doit imputer
qu'au choix du Sujet , qu'Apollon luimême
n'auroit pû rendre interessant.
Nous avons crû devoir rendre cette justi
ce à deux Auteurs aussi dignes de la
reputaMARS.
.1735.
547
reputation qu'ils se sont acquise , et que
rien ne sçauroit affoiblir .
Au Prologue , le Théatre représente
dans l'éloignement , la double Colline du
Parnasse , au bas duquel le Permesse , environné
de ses Nymphes , et appuyé sur
son Urne , laisse couler ses paisibles eaux,
&c. Un appareil convenable au Sujet enrichit
une espéce de Monument ; ou ,
d'un côté , la Déesse de l'Harmonie , une
Lyre à la main , foule aux pieds Envie,
& de l'autre Erato , Muse qui préside aux
Amours , enchaîne la Satyre. Au - dessus
de ce Trophée sont posées les Statuës de
Quinault et de Lully , que le Genie des
Arts couronne de Myrthes et de Lauriers.
Les Muses , les Graces , et les Plaisirs
sons rangés au tour , pour celebrer
des jeux que l'Amour et Melpomene ont
consacrés à ces illustres Fondateurs du
Théatre Lyrique . La gloire fait l'exposi
tion du Sujet par ces vers :
Deux Mortels autrefois dans le Sein de la Fran
ce ,
Unissant leurs talents divers ,
Firent à tous les coeurs ressentir la puissance
Des plus brillants accords et des plus tendres
vers.
Ce Monument pompeux élevé par la gloire ,
AK
348 MERCURE DE FRANCE
Au Parnasse à jamais assure leur mémoire ;
Je viens avec plaisir y célebrer le jour ,
Que leur ont consacré Melpomene et l'Amour.
L'Amour et Melpomene signalent leur
reconnoissance , à l'égard de deux Auteurs
qui les ont fait paroître avec tant
d'éclat , sur le plus beau Theatre du
monde.
L'Amour invite Terpsicore à embellir
leurs jeux ; les graces s'offrent à les assaisonner
et s'expliquent ainsi :
Venus nous conduit sur ses traces ,
Lorsqu'elle veut tout enflammer ;
La beauté n'est rien , si les graces
Ne s'unissent pour l'animer.
Sans nous , Apollon sur sa Lyre
Ne peut trouver de sons flatteurs ;
C'est des Graces qu'il tient l'empire ,
Qu'il exerce sur tous les coeurs.
On entend une Symphonie qui annonce
Apollon ; ce Dieu des Vers et de la
Musique s'exprime ainsi :
Tendre Fils de Venus , aimable Melpomene ,
Rassemblés vos plus doux attraits ;
Je veux aujourd'hui sur la scene
D'un
MARS. 1755.
549
D'un spectacle Lyrique ordonner les apprêts.
Ceux que pour ces fêtes nouvelles
J'honore de mon choix
Penetrés de respect pour de si grands modeles ,
N'oseroient qu'en tremblant obéir à mes loix &c.
Représentons Achille au printemps de son âge ;
Malgré le charme des plaisirs ,
La gloire fit toûjours ses plus ardents desirs ;
Que veut-elle de plus d'un genereux courage ?
Le Prologue finit par ce choeur.
Brillante gloire , tendre Amour ,
Triomphés tour à tour.
Regnés d'intelligence ;
Les plus grands coeurs suivront vos loix
Que la gloire les porte à de nouveaux exploies ;
Que par de doux plaisirs l'Amour les recom
pense.
Brillante gloire , tendre Amour ,
Triomphés tour à tour.
Le Théatre représente au premier Acte
des Hameaux , et des Prairies d'un côté
et de l'autre des Bois , et la Mer dans l'éloignement.
Thetis Mere d'Achille , et
Lycomede son Frere , Roi de Scyros , lieu
de la Scene , commencent la Piéce par
he exposition très claire et très bien
écrite i
-
530 MERCURE DE FRANCE
écrite ; Lycomede témoigne sa surprise à
la Déesse au sujet du déguisement de son
Fils sous le nom du Berger Polemon . The
tis lui apprend qu'un oracle lui a prédit
qu'Achille perdroit le jour sur les rivages
Troyens , et que les Grecs , à qui il est
inconnu le font chercher par tout , pour
l'obliger à venir avec eux vanger l'enlevement
d'Helene . Les frayeurs de The
tis se font connoître par ces vers :
Aimable et cher objet qui cause mon effroi
Que ne suis-je soumise à la Parque cruelle ,
Puisque tu dois subir sa loi !
Helas ! puis - je cherir sans toi
Le triste honneur d'être Immortelle?
[Lycomede sensible aux regrets de The
tis , lui promet tous les soins qui dépen
dront de lui pour arracher son Fils au
sort dont il est menacé. Thetis lui ré
pond qu'il n'est pas possible qu'Achille
soit insensible aux charmes de sa Fille
Déidamie , qui se plaît à la chasse , où le
faux Polemon signale souvent son adres :
se ; ils conviennent tous deux qu'on ne
peut mieux arrêter son bouillant coura
ge que par l'attrait du plaisir . Thetis ap
percevant Achille , qui sort de la forêt
en rêvant , annonce la fête de ce premier
Acte par ces vers,
Mos
MAR S.
1735. 3ST
Mon Fils paroît ; il rêve ! une sombre tristesse
Semble l'attirer dans ces bois ;
Les Syrenes suivent mes loix ;
C'est par leur voix enchanteresse
Que je puis dissiper le trouble où je le vois .
Thetis et Lycomede s'étant retirés ;
'Achille s'avance et fait connoître par un
beau Monologue , l'ambition qui le devore
, et à laquelle il n'aime à se livrer
que pour se rendre digne de l'objet de
son Amour. Thetis vient le joindre ; il
la prie , comme Souveraine des Mers ,
de lui en ouvrir le passage pour voler à
la gloire ; Thetis tâche de reprimer ces
desirs ambitieux ; et comme son Fils persiste
dans ses desirs , & lui fait entendre
que son penchant l'entraine jusqu'au
thrône des Rois ; elle lui répond :
Contemplés ces Mers que l'orage
Laisse rarement en repos ;
Quand les vents déchainez y soulevent les flots ;
C'est de la Cour des Rois une effrayante image.
Ces quatre beaux Vers , parfaitement
rendus par le Musicien et par la premiere
Actrice qui a chanté le rôle de Thetis,
ont été generalement aplaudis.
G Les
552 MERCURE DE FRANCE
Les Tritons , les Nymphes , et les Sy
renes , déja annoncés par Thetis , font
dire à cette divinité des Mers , parlant à
Achille :
Les Nymphes , les Tritons s'assemblent fur ce
bords ;
Ecoutés ces tendres Accords ;
Apprenés des Dieux même ,
Que la tranquillité fait le bonheur Suprême,
Cette Fête est trés brillante et trés
Alateuſe , mais un bruit de Cors , qui fe
fait entendre , est encore plus picquant
pour Achille. Thetis , qui voit
fon empressement qu'il préfere le bruit
de Chasse au Chant flateur des Syrenes ,
finit cet Acte par ces Vers, qu'elle adresse
à son Fils .
Ce bruit a pour vous des Appas
Allés ; à vos desirs je ne m'oppose pas ;
Puisse cette Guerre innocente
Occuper seule vôtre Bras !
Le Second Acte , où le Théatre représente
une forest , &c. a paru le plus
parfait et le plus interessant de la Piece.
Deidamie paroit d'abord avec deux Confidentes
qui lui vantent la victoire , que
Polemon
MARS. 1735. 335
Polemon vient de remporter sur un monstre
, qui étoit la terreur des Forests ; Deidamie
ne s'ouvre point à elles, et les fait
retirer pour s'entrenir seule de l'objet
qui l'occupe malgré elle ; elle le fait
connoître dans ce Monologue.
Amour , ily a de ta Gloire
4
De mieux choisir les Traits dont tu veux nous
blesser
Ah ! du moins tu dois nous laisser
douce liberté d'avoüer ta Victoire.
Polemon vient ; la Scene entre lui et
Deidamie est une des plus parfaites qu'on
ait mises au Théatre ; nous n'en citerons
que la declaration d'amour , faite
de part et d'autre ; voici celle du faux
Polemon.
Vous offrés à nos yeux une brillante Image
De la Déesse de ces Bois ;
Helas ! souvenés , vous qu'un Berger autrefois
Osa lui présenter ses Voeux et son Hommage.
Deidamie veut se retirer ; Polemon
l'arrête , et lui dit encore des choses si
touchantes , qu'elle ne peut s'empêcher
de faire ce tendre souhait.
Gij
Pous
$54 MERCURE DE FRANCE
Pour l'éclat des grandeurs votre coeur fait des
Voeux ;
De nos desirs secrets , quelle est la difference !
Ah ! parmi des Bergers , si j'avois pris naissance,
Mon destin seroit plus heureux .
Achille ne peut retenir ses transports.:
Deidamie acheve de le mettre au comble
de la joye par ces paroles.
On vient ; contraignés- vous ;
Polemon , j'ai vu votre flamme .;
Et vous ne voyés pas éclater mon couroux:
Le Divertissement de ce second Acte ;
est un retour de Chasse qui a fait un
honneur infini au Musicien .
Au troisiéme Acte le Théatre représente
un Temple de l'Amour ; aux pieds
de la Statuë de ce Dieu , paroît un Autel
orné de Houlettes , de Panetieres , de
Musettes , de Hautbois et de Guirlandes.
Ulisse commence l'Acte avec Arcas , son
Confident, à qui il ordonne d'aller mettre
une Epée et un Bouclier sur l'Autel de
P'Amour ; il lui dit que c'est par le conseil
de Calchas qu'il vient chercher Achille
dans ces Bois , et qu'il ne doute
point que ce jeune Heros déguisé en Berger
par les soins de Thetis sa Mere , ne
se décele
霍
MARS. 1735:
555
se décele à la vûë de ces Armes. Voici
sur quoi il fonde le succès de son artifice .
Ces Ornemens Guerriers auront pour lui des
charmes ,
Puisqu'il est né du Sang des Dieux.
Il se retire pour observer ce qui se passera.
Deidamie se livre à son Amour, et dit:
Injuste Tyran d'un coeur tendre ,
Fierté , ne venés plus me reprocher mon choix ;
Aux Autels de l'Amour votre importune Voix-
Pourroît - elle se faire entendre !
Thetis qui avoit mandé Deidamic au
Temple de l'Amour , ne tarde pas de
s'y rendre ; elle achêve de la déterminer
a soumettre son coeur à un Dieu dont
elle avoit toûjours redouté les traits ;
et pour vaincre sa resistance , elle se donne
pour exemple par ces Vers.
Quand mon Coeur se laissa toucher ,
Je fis ceder ma Gloire à mon Amour extrême,
Oserois-je vous reprocher
Ce que j'ai ressenti moi- même ?
Deidamie enhardie par un exemple
si persuasif, chante avec elle.
G iij Amour
356 MERCURE DE FRANCE
Amour, tes traits victorieux ,
Rendent de tous les Coeurs la resistance vaine
n'est point de Mortels qui ne portent ta chaine;
Tu triomphes même des Dieux.
Une Symphonie champêtre annonce
des Bergers et des Bergeres , qui viennent
apporter leurs hommages à l'Autel de
P'Amour cette aimable Fête étant finie ,
Achille s'avance vers l'Autel ; il est frappé
de l'éclat des Armes dont Ulisse l'a
paré : et dit avec transport.
Amour , de ta faveur cette Epée est le gage ;
Qu'il flatte un coeur ambitieux !
Devien la source de ma Gloire ,
Par ce fer qui m'est destiné ;.
*
Je n'aspire à chercher l'éclat de la Victoire
Que pour être Amant fortuné.
Ulisse paroît dans le fond du Théatre
; il parle tout bas à Achille et l'emmene
: Thetis reconnoissant Ulisse , finit
cet Acte par ces quatre Vers.
Que j'éprouve un cruel Supplice !
Eloignés- vour , Bergers ; Princesse suivés - moi ,
O Ciel je viens de voir Ulisse ;
Mon coeur en est saisi d'éffroy.
Le
MAR S. 1735 557
>
Le Théatre représente au quatriéme
Acte , le Camp des Thessaliens et des
autres Grecs , qui ont accompagné Ulisse
dans l'Ile de Scyros . La Scene est ouverte
par Achille et par Ulisse qui
dans l'entr'Acte a appris son sort à ce
jeune Heros. Quelque noble ardeur que
ée dernier ressente , comme Fils d'une
Déesse , il n'en est pas moins Amant ,
et ne peut sans un regret mortel s'éloigner
de sa chere Deidamie ; Ulisse
déploye à ses yeux toute son éloquence ,
et lui dit.
Jaime , et je suis aimé qu'il m'étoit doux
de vivre
Près de l'objet de mes desirs !
Mais la Gloire aujourd'huy m'ordonne de la
suivre ;
J'arrache mon coeur aux plaisirs. ;'
J'ai quitté l'objet qui m'engage ;
Achille voudroit- il montrer moins de courage
Achille ne pouvant plus tenir contre
les genereux conseils d'Ulisse , dit avec
Jui :
Allons ; partons ; courons aux Armes ,
La gloire , le devoir , tout doit nous animer
Allons ; partons , courons aux Armes ;
G iiij Dans
558 MERCURE DE FRANCE
Dans le sein de la Paix , un Heros peut aimer ;
Mais quand Bellone vient l'armer ,
Pour lui , l'Amour n'a plus de charmes.
Ils s'animent par ce second Duo contre
Pâris :
Frémi , tremble , Ennemi perfide ;
Nous allons punir tes forfaits ;
La fureur prépare les traits
De la vengeance qui nous guide.
Ulisse fait entendre à Achille que ses
Thessaliens viendront bientôt lui rendre
hommage , et qu'il va les rassembler.
Achille balance encore entre l'Amour
et la Gloire . Thetis vient faire une
nouvelle tentative pour l'empêcher d'aller
au devant du Sort que les Dieux luf
ont prédit ; mais ne pouvant l'ébranler ,
elle va chercher Deidamie ; ce qui fait
dire au jeune Heros :
Le seul péril qui
m'épouvante
Va se présenter à mes yeux ;
Pourrai-je soutenir , grands Dieux !
Les frayeurs d'une Mere , et les pleurs d'une
Amante.
Les Thessaliens viennent reconnoître
Achille pour leur Roy ; c'est-là le
Sujet
MARS. 1735. 559
par-
Sujet de cette quatriéme Fête, qui est
faitement exécutée , ornée de très - beaux
Airs , et sur tout d'une Passacaille generalement
applaudie . Ulisse vient annoncer
que les vaisseaux sont prêts à partir ;
Achille se trouble à l'approche du fatal
moment qui va le separer de l'objet de
son amour .
Au cinquième Acte , le Theatre représente
le Port de l'Isle de Scyros , et à sa
rade les vaisseaux des Thessaliens , couronnés
de Festons , et prêts à faire voile.
Achille fait connoître par un Monologue
l'agitation de son coeur ; il apostrophe
la Gloire et l'Amour , qu'il prie de terminer
leurs combats ; Ulisse le trouvant
retombé dans ses premieres foiblesses , le
picque d'honneur par ces Vers ::
Non , Seigneur , ne redoutés plus
Dés discours importuns , des conseils superflus .
Dans l'Aulide assemblez , prets à tout entre
prendre ,.
Vingt Rois vous invitoient à cueillir des Lau
riers ;
Mais je cours annoncer à ces vaillants Guerriers;
Qu'ils ne doivent plus vous attendre ;
Livrés-vous cependant à de tendres soupirs ;
Goutés les doux attraits de ce séjour tranquille ;
Aux yeux de l'Univers montrés le jeune Achille
G v En560
MERCURE DE FRANCE
Enchaîné par l'Amour dans le sein des plaisirs.
Je pars :
Achille ne peut soûtenir ce reproche
il retient Ulisse ; ils disent ensemble :
Amour ,
, que sur les coeurs ton pouvoir est terrible
!
Heureux qui se refuse à tes traits dangereux !
Des Héros les plus fiers , l'effort le plus pénible ;
Est de triompher de tes feux.
L'arrivée de Minerve qui descend accompagnée
de Bellone et de la Victoire,
et les Cyclopes qui aportent les celebres
Armes que Vulcain a forgées lui- mêmepour
le Fils de Thétis ; pressent le départ
du Héros à qui le Destin a reservé la
prise de Troye , et forment la derniere
Fête de ce Poëme ; il n'en falloit pas moins
au jeune Achille pour resister au dernier
effort que Deidamie vient tenter sur son
courage.
Dans les premieres
Représentations
Déidamie se tuoit ; mais l'Auteur très:
docile aux avis du Públic , a jugé à pro-
Fos dans les suivantes de se conformer
plus scrupuleusement à là Fable , qui fait
naitre Pyrthus de son Hymen avec la
Fille de Lycomede. Thétis , comme Sou
veraine
MARS. 1734: 5600
;
veraine des Mers , fait soulever les Flots
pour empêcher le départ de son Fils ;
Mercure vient luy ordonner de la part
du Destin , à qui tout doit être soûmis
de ne s'opposer plus à des Décrets irrévo
cables ; Achille la prie de prendre soin
de Déidamie , et de la consoler de son
absence, par l'espoir d'un heureux retour.
Voilà quel est ce Poëme, qui, malgré son
peu de succès , ne laisse pas d'avoir d'excellentes
Parties , tant du côté du Poëme
que de la Musique..
La 8. Mars on donna la huitième et
derniere Représentation de cette Piece ,
et le 10. on remit au Theatre la Tragedie:
de Jephté , qu'on a revûë avec plaisir.
Le 21 on donna par extraordinaire ,
comme cela se pratique toutes les années
pour la Capitation des Acteurs , la Tragédie
d'Omphale , après laquelle la Dller
Fel chanta une Cantatille , et la Dile Bour
bonnois un Air Italien , elles furent très
aplaudies. On finit par un Pas de Trois
dansé par la Dlle Mariette , et par les
fieurs Dumoulin et Dupré.
Le 26. qui fut la clôture du Theatre
on donna une Représentation d'Iphige
me pour les mêmes Acteurs ; le sieur Je
liog et la Dlle Bourbonnois chanterent
G. vjj ensuite
562 MERCURE DE FRANCE
le ensuite un Air Italien , et on finit par
même Pas de Trois dont on vient de
parler .
Le 14. Mars , les Comédiens Italiens don
nerent une Piece nouvelle d'un Acte en
Vaudeville , et ornée de Divertissemens ;
elle a pour titre Achille et Déidamie . C'est
la Parodie du dernier Opera nouveau cette
Piece qui a éte reçuëtrès - favorablement du
Public, est des Sieurs Romagnesy et Riccoboni
; on en parlera plus au long.
Le 26. les mêmes Comédiens donnerent
pour la clôture de leur Theatre , les
Ennuis du Carnaval , et la Parodie nouvelle.
La Dlle Riccoboni et le sieur Des
Hayes, qui ont été reçus les derniers dans 、
la Troupe du Roy , firent le Compliment
qu'on fait ordinairement toutes les années.
Cette Piece qui a été très-goutée ,
est en Vers libres , et dialoguée ; elle parut
le même jour imprimée ; le Pas de
Six dont on a parlé , fut dansé ensuite , et
fit la clôture du Theatre.
Le 11. l'Opera Comique donna une
Piece nouvelle d'un Acte , qui a pour
titre le Racoleur , ou la Parodie de l'Opera
d'Achille et Déidamie ; elle fut suivie du
Ballet des Tricotéts, Concerto Comique qui
est toujours très- aplaudi.
MARS 17357 563
Le 19. on donna une autre Piece now
velle d'un Acte , ayant pour titre les Effets
du Hazard , qui a été reçue favorablement
du Public.
,
Le 26 on représenta une autre Piece
nouvelle d'un Acte , intitulée Pigmalion .
suivie d'un nouveau Ballet Pantomime
, ayant pour titre les Veillées Hol
landoises , et suivies des Caracteres de la
Danse. Ces Nouveautez ont été goutées
du Public.
its t
NOUVELLES ETRANGERES;
L
POLOGNE.
Es Partisans de l'Electeur de Saxe , publient
que le Palatin du Lublin a déja eu plusieurs
conférences avec l'Evêque de Cujavie à Czestochow
, où M. de Keiserling , Ministre de la Cza
rine et le Comte de Poniatowski , doivent se rendre
pour regler avec ce Géneral les conditions
auxquelles il quittera les Armes , et ils assurent
que l'Evêque de Cujavie est déja convenu avec
lui de plusieurs articles préliminaires , mais on
est informé d'ailleurs que le Palatin de Lublin eg
tous les autres Conféderez persistent dans la réso
Jution de demeurer fideles au Roy , que bien loin
de vouloir écouter aucune proposition de la part
de l'Electeur de Saxe , ils avoient commis encore
depuis peu plusieurs Actes d'hostilité, et que deux
de
$64 MERCURE DE FRANCE
de leurs Détachemens avoient enlevé près de Pe
trickaw les Equipages du Chevalier de Brulh , et
quelques Chariots chargez d'argent , qui apartenoient
à l'Electeur de Saxe , et qui alloient dr
Dresde à Warsovie.
On a reçu avis de Czestochow , que l'Evêque
de Cujavie , qui y étoit allé le 8. du mois passé
pour engager le Palatin de Lublin à se soumettre ,
l'Electeur de Saxe , n'avoit pas trouvé ce General
disposé à écouter aucune proposition d'accommodement
, et que les principaux Seigneurs ,
qui sont entrez dans la Conféderation faite à
Niska en faveur du Roy , ayant rassemblé leurs
Troupes , n'avoient d'autres vûës que de penetrer
dans la Prusse Polonoise.
Les mêmes Lettres marquent que le 12. Fé
vrier l'avant-garde des Troupes conféderées s'étoit
mise en marche sous les ordres de M. Stein--
icht, Major General , pour se rendre dans cette
Province ; que le lendemain elle avoit été suivie
par le reste des Troupes commandées par le Palatin
de Lublin et par le Staroste de Jasieslki , er
que ces Generaux avoient divisé leur Armée en
trois colonnes qui avoient pris differens chemins
pour traverser la grande Pologne .
corps
dans
Un autre Courier qui est venu de Kalisch de--
puis qu'on a reçu ces Lettres , a raporté que
M. Steinflicht y étoit arrivé le 20. avec le
de Troupes qui est sous ses ordres , et que
sa marche il s'étoit emparé de plusieurs postes
occupez par des Détachemens des Troupes Sazones,
qu'il avoit contraints de se retirer dans le
Palatinat de Posnanie..
On a sçû par le même Courier que le bruie
couroit à Kalisch, qu'un Détachement des Trou
pes du Palatin de Lublin avoit enlevé 150. Chas
xiotss
MARS. 1735. 565
riott chargez de fourages destinez pour les
Troupes de l'Electeur de Saxe ; que 600-
Cuirassiets Saxons , qui escortoient ce Con--
voy, avoient été entierement défaits , et qu'un
Major General des Troupes Saxones avoit été
blessé et fait prisonnier dans cette occasion.
ou
300. Lithuaniens des Troupes que commande
le Comte Pocci , Régimentaire de Lithuanie , étant
entrez par surprise dans la Ville de Kiech ,
étoient environ 200. hommes des Troupes
du Prince Wienovieski , ils se sont rendus
maîtres de la Ville après avoir tué le Commandant
et la plus grande partie des Soldats de
la Garnison .
Un Corps de Cavalerie des Troupes du Roy ,
s'est avancé du côté de Sobola , pour reconnoî
tre les Marais qui sont dans les environs et les
endroits les plus propres pour le passage des
Troupes , et l'Officier qui commande ce Corps ,
a mis des Garnisons dans les Villes de Sobola ets
de Bigteb .
Le Comté Potocki s'étant déterminé à accepter
la suspension d'Armes qui lui avoit été proposée
par les Generaux de la Czarine et par ceux de-
' Electeur de Saxe , M. Bachmatow , Major
General au service de S. M. Czarienne , et M.-
Golembiowki ,nommez Coinmissaires par le General
Lesci , pour regler les conditions auxquel
les on suspendroit les Actes d'hostilité , le Baron
de Loevendahl , Major General dans les Troupes
Saxones , et M. Simonis , Conseiller Privé de l'Electeur
de Saxe , chargez par ce Prince de la meme
Commission , se sont rendus au lieu dont
on étoit convenu et où ils ont trouvé le Castel ---
lan de Polonock , et les Starostes de Novogrod.
et de Prilutz , qu'y avoit envoyé le Comte Pog
tocki,.
566 MERCURE DE FRANCE
→
ne
Les Commissaires munis des pouvoirs de ce
General, ont reglé avec ceux du parti contraire,
que depuis le 14. Février jusqu'au 6. Mars les
Troupes qui sont sous les Ordres du Comre Potocki
, et celles de la Czarine et de l'Electeur de
Saxe ne commettroient aucun Acte d'hostilité
les unes contre les autres ; que pendant la durée
de la suspension d'Armes , les Troupes Polonoises
, avec lesquelles elle est conclue , pourront
changer de quartiers et qu'elles demeureront
à Zamosk , à Becensk , à Pilsnen , à Kiersin
et dans les autres lieux où elles se trouvent
actuellement,mais qu'elles auront la liberté d'envoyer
des Détachemens dans les Villages voisins
pour y chercher les vivres et les fourages
dont elles auront besoin , qu'il ne sera pas permis
aux Troupes Moscovites de s'aprocher à une certaine
distance des endroits où les Polonois sont en
quartiers et qu'elles n'exigeront des Habitans des
Pays où elles passeront , que la quantité de subsistance
qui leur sera nécessaire ; enfin que les.
Generaux des deux Partis se rendront réciproquement
tous les Soldats qui ont été faits prisonniers
de part et d'autre.
Par les Lettres de Czestochow , on apprend
que l'Evêque de Cujavie s'y étoit rendu le 8. du
mois dernier , pour faire diverses propositions
de la part de l'Electeur de Sixe au Palatin de
Lublin et aux autres Seigneurs qui sont entrez
dans la nouvelle Confédération faite en faveur
du Roy . Ce Prélat eut les jours suivans plusieus
Conférences avec les Generaux des Troupes Con.
fédérées , mais les efforts qu'il a faits pour les
engager à abandonner le parti de S. M. n'ont
point eu le succès qu'il en attendoit et il a
Trouvé les Officiers et les Soldats également disposez
MARS. 1725. 567
posez à tout sacrifier plutôt que de trahir leur
devoir.
Il se préparoit le 12.à partir ponr retourner
à Warsovie, lorsqu'il reçut un Courier que l'Electeur
de Saxe lui avoit dépêché , par lequel ce
Prince lui mandoit de tâcher de déterminer les
Confederez a convenir d'une suspension d'Armes.
Aussi-tôt après avoir lû les Dépêches que ce
Courier lui avoit aportées , il fit sçavoir au Palatin
de Lublin et au Staroste de Jasielski , que
s'ils vouloient consentir de suspendre tous Actes
d'hostilité de leur part pendant un certain tems
lesTroupes Moscovites et Saxones demeureroient
pendant le même tems sans sortir de leurs
quartiers.
Les Confederez n'écouterent pas cette proposi
tion plus favorablement que les autres qui leur
avoient éé faites par l'Evêque de Cujavie , et ils
lui envoyerent M. Pulauski , Staroste de Waretz
et M. Rosnowski , pour lui déclarer qu'ils ne
pouvoient conclure ni Paix ni Tréve avec les
Ennemis du Roy , sans être autorisez par un or
dre exprès de S. M.
Le même jour le Palatin de Lublin donna or
dre aux Troupes qui sont sous ses ordres , de
se tenir prêtes à marcher ; et le soir M. Steinflicht
, Major Géneral , partit avec un Corps
de Cavalerie pour se rendre par la grande Pologne
dans la Prusse Polonoise.
Le lendemain le reste des Troupes Confederées,
après que leurs Géneraux eurent reçû la Communion
des mains du Nonce du Pape , prit la
même route sur trois colonnes , dont la premiere
est commandée par le Palatin de Lublin
et le Staroste de Jasielski , la seconde par le Castellan
68 MERCURE DE FRANCE
rellan de Czersk et la derniere par le Palatin
de Siradie et M. Zagwoyski .
"
Depuis le départ de ces Troupes , on a apris
qu'elles s'étoient emparées de plusieurs Postes
importans dans la grande Pologne , et qu'elles
avoient contraint les Troupes Saxones , qui les
Occupoient , de se retirer dans le Palatinat de
Posnanie.
Le Palatin de Lublin n'ayant pas jugé à propos
d'accorder un Passeport à l'Evêque de Cujavie
, ce Prélat a pris le parti de demeurer à
Czestochow , jusqu'à ce que les Troupes Confederées
fussent assez éloignées pour qu'il n'eût
point à craindre d'être enlevé par quelqu'un de
leurs Partis.
Par un Courier arrivé à Dantzick le 26. Fegrier
on a ais les particularitez suivantes.
M. Steinflicht ayant été informé de la route
qu'avoit pris le Major Géneral Birckoltz , marcha
avec tant de diligence , qu'il le joignit le
19. à quelque distance de Warsovie. Les Saxons 3
furent d'abord mis en desordre par le premier
feu de la mousqueterie des Troupes Polonoifes :
mais s'étant bientôt ralliez , ils combattirent
avec beaucoup de valeur , et ce ne fut qu'après
une longue résistance qu'ils prirent le parti de se
rendre.
La plupart des Officiers et environ 300 Cuirassiers
du Regiment de Birckoltz ont été tucz
dans cette occasion ; presque tous ceux qui n'ont
pas été tuez , ont été faits prisonniers de guerre,.
et M. de Birckoltz est de ce nombre.
Le Convoi que son Regiment escortoit étoit
composé de 150. Chariots , et le butin fait par
les Troupes de M. Steinflicht , est très considerable.
MARS. 1735. 569
Outre une grande quantité de vivres et de fou
rages que ce dernier a fait conduire à Kalisch , et
les effets qu'on a trouvé dans dix ou douze carosses
à six chevaux apartenans à quelques personnes
de distinction attachées à l'Electeur de Saxe , qui
avoient voulu profiter de l'escorte du Convoi
pour faire le voyage de Warsovie avec plus de
sûreté , les Polonois se sont emparez de 4000,00
florins que M. de Birckoltz portoit à l'Electeur
de Saxe , et de plusieurs Papiers importans , lesquels
ont été envoyez au Roi à Konigsberg,
avis
Depuis l'arrivée du Courrier par lequel on as
fçu le détail de cette action , on a reçu que
le 20. le Staroste Stobinski , qui commande
V'Arfiere- garde de la troisiéme colonne des Troupes
confederées , avoit enlevé un autre Convoi
escorté par 250. Moscovites , et 200. Cosaques,
qui avoient été entierement défaits.
Les Lettres écrites de Posnanie marquent qu'il¨*
y étoit arrivé plus de 800. hommes des Troupes
Saxones , qui avoient été contraints par le Major
Géneral Steinflicht d'abandonner divers Poftes
qu'ils occupoient dans le Palatinat de Kalich.
Ces Lettres ajoûtent, que la premiere colonnejdes
TroupesConfederées, commandée par le Palatin de
Lublin , étoit entrée le 24. en Posnanie ; que le
25. ce Palatin avoit envoyé pour reconnoître les
dehors de la Ville de Lissa , un détachement qui
étoit entré dans un des Fauxbourgs , où il avoit
fait plusieurs prisonniers, et que ce détachement,
en retournant au Camp du Palatin de Lublin
s'étoit emparé de plusieurs Chariots qui venoient
de Silesie , et qui portoient des habits uniformes
pour un Regiment des Troupes de l'Electeur des
Saxe.
On a apris par les mêmes Lettres , que le Palatin
de Lublin s'étoit présenté le premier de ce
mois
$70 MERCURE DE FRANCE
mois avec un Corps de Troupes devant Lissa ,
et que la Garnison qui étoit composée de 300 .
Saxons , ayant refusé de se rendre , ce Géneral
avoit emporté la Place d'assaut ; qu'un Officier
et 56. hommes de la Garnison avoient été tuez
dans l'attaque , que le reste des Soldats de cette
Garnison n'avoit évité d'être passé au fil de l'épée
, qu'en prenant parti dans les Troupes Polonoises
; que M.Zulchen qui la commandoit , avoit
été fait prisonnier de guerre , ainsi que les autres
Officiers qu'il avoit sous ses ordres , et que le
Palatin de Lublin avoit fait punir de mort un
d'entr-eux , qui a été reconnu pour avoir aban
donné l'Armée de la Couronne,
Le 2. de ce mois , le même General s'empara
de Schwiegel , où il trouva des magasins considerables
de vivres et de fourages que les Saxons
y avoient établis , et un Détachement de ces
Troupes se rendit maître de Fraudstadt.
1
Suivant les derniers avis reçus de la Grande
Pologne , le Palatin de Lublin après la prise de
ces trois Villes, a marché vers Carga, où une partie
des troupes Saxones , que le Major General
Steinflicht avoit chassées du Palatinat de Kalich ,
s'étoit retirée , et ayant donné un assaut à la
Place,il a contraint laGarnison de subir le même
sort que celle de Lissa . La Ville a été abandonnée
au pillage ; etles magasins que les Saxons y avoient,
ont été brûlez Le Palatin de Lublin a affiegé
enfuite la Citadelle , qui est défendue par 300.
Saxons.
a
Le bruit court que le Major General Steinflicht
a fait une irruption en Silesie avec un Corps
considerable de Troupes , et qu'il y mené avec
lui un train d'Artillerie de 20. pieces de canon,
Quelques avis reçus de Warsovie , portent que
le Duc de Saxe -Wesseinfels , qui y est arrivé de
Dresde
MARS. 1735. 378
Dresde il y a quelques jours , s'étoit mis à la
tête de quelques Troupes de l'Electeur de Saxe ,
e qu'il étoit allé du côté de Neustadt pour inquieter
lesTroupesConfederées dans leur marche.
La Garnison qui détendoit la Citadelle de
Carga , demanda le 6. de ce mois à capituler ; et
fuivant les Articles dont le Palatin de Lubin est
convenu avec le Gouverneur , elle fortit le 7. de
la Place avec tous les honneurs de la Guerre.
Le Palatin de Lublin , après avoir donné fes
ordres pour que cette Garnison fût conduite au
Camp du Duc de Saxe - Wesseinfels , qui est dans
les environs de Neustadt , fit entrer un détachement
de fes Troupes dans la Citadelle , où l'on
a trouvé une grande quantité de munitions.
Le Castellan de Czersk , le Palatın de Siradie ,
et M. Zagwoyski ayant joint le Palatin de Lublin
avec leur Détachement , ce General quitta
le 9. Mars les environs de Carga , et toutes les
Troupes Confederées réunies sous ses ordres ,
passerent l'Obera à Bombst , à Grotzig , et à
Bentzchem .
-pos
Il avoit resolu de tenter aussi le passage de
l'Oder pour penetrer en Saxe ; mais le bruit court
qu'il a changé de dessein , et qu'il a jugé à prod'entrer
dans la Prusse Polonoise afin de
faciliter la jonction de fes Troupes avec celles du
Comte de Pocci , qui s'est avancé sur la frontiere
de cette Province avec un Corps considerable
de Cavalerie , et qui doit être suivi incessampar
des Troupes Lithuaniennes dont il a le
commandement.
ment
Depuis l'arrivée du Courier par lequel on a
apris les particularitez du combat donné le 19 .
Fevrier près de Widawa , entre les Troupes Polonoises
commandées par le Major General
Steinflicht , et le Regiment de Cavalerie Saxone
de
572 MERCURE DE FRANCE
de M. Birckoltz , on a reçu avis qu'unDétachement
des Troupes de M. Steinflicht avoit fait
prifonniers 300 hommes de Recruë qui venoient
de Saxe , et qui étoient destinez pour le Regiment
du Colonel Sibilski .
Le Prince Michel Lubomirski , M.Ozarowski,
Quartier-Maître General de la Couronne , et le
Staroste de Radomirski font allez à Berlin pour
y executer auprès du Roi de Prusse une Commission
de la part des Seigneurs et des Gentils
hommes confederez en faveur dn Roi.
TRADUCTION de la Déclaration
que le Primat de Pologne a publiée à
l'occasoin de l'ordre qu'il avoit reçû de
S. M. Czarienne et de l'Electeur de
Saxe , de se tenir prêt à partir pour
être conduit à Pulitoski. Elle est adressée
à la Czarine ; en voici l'Extrait.
L
E Primat , après avoir fait mention de
son Arrêt , ensuite de la reddition de la
Ville de Dantzig , par les Armes victorieuses
» de S. M. I. de Russie , et qu'il a été conduit
à Thorn , sans s'être plaint de sa captivité
de 93 sept mois , se soumettant patiemment et
avec humilité aux Decrets adorables de la Divinité
, ajoûte :
Je ne me suis point plaint de ma mauvaise for
tune ni des destinées qui s'embloient s'élever avec
tant d'inhumanité contre mon Etat , mon honneur
et ma vieillesse. Persuadé , comme tout bon Chréen
doit l'être , que ce qu'on apelle fortune , hazard
, destinée , n'est autre chose que Dieu même
qui permet souvent que les plus justes et les plus inmocens
MARS. 1735. $73
9
Recents souffrent les persécutions et les oprobres.
Combien a plus forte raison , moi qui suis si grand
pecheur , coupable de tant de crimes , non de ceux
qui regardent l'Etat mais de tant d'autres que
j'ai commis , ne dois-je pas reconnoître dans ma
présente situation , la juste punition de Dieu pour
mes pechez et baiser la verge dont il châtie mes
iniquitex ? Mais me confiant pleinement en sa misericorde
infinie, j'espere que ce même Dieu qui m'a
puni sur la Terre , me pardonnera dans le Ciel , ou
du moins que ce que je souffre pendant ma vie, sera
compté sur ce que j'ai mérité de souffrir après ma
mort.
Il dit ensuite. Qu'il ne prétend point parler
des malheurs publics ni en déveloper les principes
et les sources ; qu'il n'entrera pas nonplus
dans le détail des peines et des soins qu'il
s'est donnés pendant la crise de l'interregne
» pour conserver la Paix au - dedans et au- dehors
du Royaume , ni de la funeste métamorphose
» dont de si belles aparences ont été suivies : il
→ ne veut accuser personne , laissant à Dieu , à
qui rien n'est caché , à décider quel tourbillon
à excité cette horrible tempête , au contraire ,
ajoute-t'il , Je m'accuse moi- même et je m'a-
Voue coupable , mais de cela seul, que suivant que
ma conscience et le devoir de mon Etat et de ma
Dignité m'y obligeoient , je me suis exposé , comme
un Mats inébranlable pour la défense des Loix et
des libertez de cette Nation libre et jusqu'à présen
indépendante , et que, ayant toujours le coeur et les
mains pures , j'ai méprisé mes propres › avantages et
ceux de ma Maison , ne m'étant proposé d'autre
but dans tout ce que j'ai fait , que le bien et l'ade
la Patrie.
vantage
Il poursuit , » que Dieu nous ayant laissé
» chacun
t
374 MERCURE DE FRANCE
chacun notre libre arbitre , il a cru que, comme
Primat , il lui étoit permis de suivre le sien
et de chercher les avantages qui pourroient
» s'accorder , ou du moins paroître s'accorder
avec celui de de la République et qui ne devoient
point causer de troubles ni offenser les
Puissances voisines . Je n'accuse point ceux , ajoûte
- t'il , qui , quoiqu'en très petit nombre , ont dès
le commencement et suivant leurs inclinations et
obligations particulieres , pensé autrement que ne
'pensoient tous les autres . Je ne blâme pas non -plus
ceux qui après avoir d'abord embrassé un parti ,
l'ont abandonné par la suite sans hésiter , parce
que dans ce qui regarde la conscience , sur tout
Lorsqu'elle s'engage par serment , on ne doit reconnoitre
qu'elle pour juge et n'écouter d'autre témoi–
gnage que le sien ; mais pour moi je redoute les
jugemens de mon Dieu , et je tremble d'horreur
quand je pense à son Commandement , Tu ne pren■
pas
le Nom de ton Dieu en vain.
» Le Primat dit après cela que ce n'est pas lui
qui a été le prémier Auteur de ces sermens ,
ou qui les a suggerés ; qu'il n'a fait qu'executer
la volonté de la République , qu'ils lui sont
peut -être malicieusement imputez par ceux
même qui en sont les premiers Auteurs ; qu'il
avoit été convenu unanimement d'élire un
» Piast ; que quelques- uns vouloient même
pas attendre pour cela le temps prescrit par les
»Loix , induits peut- être par un secret appétît
»pour la Couronne , qu'il auroit pû dans ce
temps - là favoriser sa Famille ; mais qu'il n'avoit
jamais eu en vue son interêt particulier
, se reposant sur la Divine Providence du
soin de faire ce que bon lui sembleroit , et de
lui indiquer celui sur lequel tomberoient
dras
5 )
هد
Les
MARS. 1735. 573
33
les suffrages par une Election libre. Il est inu
tile , dit-il , d'entrer dans le détail de ce qui
s'est passé à ce sujet , tout l'Univers en étant
instruit par les Relations et quantité d'Ecrits
qui ont été publiez : Cependant , poursuit- il ,
je souffre aujourd'hui une captivité que je n'ai point
méritée. On m'impute tout les maux dans lesquels
la République est tombée par la fameuse division
de ses Citoyens , et l'on mefait un crime et un deshonneur
de ce qui ailleurs seroit digne de loüange
ayant préferé les interêts publics aux miens.
59
23
»
Il ajoute , qu'il avoit toujours esperé que
S. M. Imp. reconnoîtroit enfin son innocence ,
et qu'après avoir éprouvé les premiers mouve
mens de séverité , s'il avoit eu le malheur d'y
donner lieu , elle se laisseroit toucher de com-
, passsion sur la foiblesse de sa santé et sur son
âge avancé , ayant passé 70. ans ; qu'il ne peut
» même encore suposer que ce ne soit du sçû de
S. M. Imp. qu'on lui ait annoncé un ordre de
General Lasci pour le tirer de Thorn , le mener
à Pultusk er de - là en Lithuanie , dans une sai
son si rude , le mois de Mars lui étant ordi-
» nairement fatal et presque mortel , à cause de
la goutte , gravelle et autres incommoditez ;
qu'il croit plutôt que cet ordre a été suggeré
» par des gens qui lui veulent du mal , et après
» avoir assuré qu'il n'a cu aucune part de fait ni
"
d'intention aux troubles qui agitent le Royau
» me , ni donné occasion à l'efusion du sang
innocent , ayant même empêché qu'on en répandit
, lorsque la Noblesse vouloit attaquer
» celle qui étoit à Prague , avant qu'elle pû être
» secourue par l'Armée Russienne . Il finit ainsi.
Je déclare devant tout le monde , et même dewant
S. M. Imp. de Russie, queje n'ai jamais eu
H AUCUN
374 MERCURE DE FRANCE
>
aucune intrigue contre ses interêts , ou qui pût lui
faire aucun tort ; que je n'ai souhaité uniquement
que l'observation de la Paix , des Traitez et d'une
bonne harmonie entre les deux Nations , que même
depuis ma détent on , me conformant à la volonté de
eclui qui donne les Couronnes et qui donne les Rois
aux Peuples même les plus libres , disposant des
Royaumes à son gré , j'ai proposé des moyens pour
appaiser les troubles présens et rétablir la tranquillité
ne demandant ma liberté qu'afin de pouvoir agir
plus efficacement. Je raportois l'exemple du Sérenissime
Roy Auguste II. de glorieuse mémoire , qui
ayant été élu en scission le même jour que son Compétiteur
et dans le lien établi par les Loix et qui
trouvant alors la République dans un trouble pareil
à celui d'aujourd'hui , a sçû tout réunir et pa
sifier par la douceur et parla clémence, et a reyné ensuite
plus heureusement et avec plus de certitude,
que S'il eût employé la force et la violence ; mais
Puisque toutes mes remontrances et tous mes efforts
n'ont eu aucun succès par le mépris qu'on a fait de
la Dignité Primatiale , des Loix et des libertez,
que Dieu juge qui est l'Auteur de la perte et de la
ruine du Royaume. Pour moi et pour ma justifica
tisn , j'en apelle à la Posterité , ne doutant pas que
quiconque jugera des choses sainement , sans par
sialité et sans passion , rendra cette justice à ma
memoire ; que tant que j'ai vécu je n'ai souhaité de
vivre que dans cette entiere liberté que nos Ancêtres
nous ont acquise par leffusion de leur sang.
Si Dien me fait la grace de surmonter toutes les
fatigues et incommoditez du voyage que je vais faire
et de survivre aux miseres que j'essuyerai à Pultusk,
et de-là en Lithuanie , je ne desespere pas encore de
la clémence de S. M. I. de Russie , qu'elle n'accor
dera pas à mes Ennemis la satisfaction de voir conMARS.
1735.
то
$
750
Finuer ma détention , et qu'elle me laissera finir en
liberté ma vie innocente , ayant toujours été natu¬
rellement incliné à m'accommoder à toutes ses volontez
, sans préjudice néanmoins de ma chere Patrie
, dont l'amour par préference doit être chez tous
les honnêtes gens , le lien le plus étroit et le plus indissoluble
: Enfoi de quoi j'ai signé la présente Déclaration
. Fait à Thorn le Février 1735.
4.
En même-temps que le Primat écrivit cette
Lettre , il dépêcha un Courier au General Lasci ,
pour lui représenter que l'état de sa santé ne lui
permettoit pas de soutenir les fatigues d'un
voyage.
ST
ALLEMAGNE.
Uivant les avis reçûs de la partie de la Bos
nie qui appartient à l'Empereur un détachement
des Troupes du Grand - Seigneur ya
fait une irruption , et il ne s'est retiré qu'après
avoir fait un grand nombre d'Esclaves , et enlevé
beaucoup de butin.
L'Electeur de Saxe fait esperer à l'Empereur ,
qu'il envoyera cette année à l'armée Impériale
sur le Rhin quatre Bataillons du Régiment de
ses Gardes à pied , deux du Régiment de Saxe-
Weissenfels , trois Escadrons de ses Gardes du
Corps , et les Régimens de Nassau et d'Arnheim,
Cuirassiers.
On écrit de Ratisbonne que tous les Ministres
qui composent la Diete de l'Empire , étoient
Convenus unanimement dans leur derniere Assemblée
, qu'on leveroit deux Mois Romains
pour les réparations des Fortifications de la Ville
de Mayence.
Les mêmes Lettres marquent qu'on avoit dé-
Hij libcré
"
576 MERCURE
DE FRANCE
fiberé aussi dans cette Assemblée
sur les moyens d'engager
les Etats de l'Empire
à fournir
au
plutôt kurs contingens
; que le Ministre
de l'Electeur
de Baviere
avoit déclaré
à cette occasion
le Prince son Maître
ne pouvoit
envoyer que te sien , qu'après
que les difficultés
qui en avoient jusqu'à
présent
retardé
le départ , seroient
entierement
levées ; que celui de l'Electeur
de Co- logne avoit représenté
qu'il ne convenoit
point à cet Electeur
de dégarnir
ses Etats de Troupes
,
standis que la plupart
des Bourgs
et des Villages de son Electorat
étoient
remplis
de Troupes
celui de l'Electeur
Palatin
,
Etrangeres
que après avoir insisté
sur les dommages
que la
guerre
avoit causés aux Sujets de ce Prince , -avoit dit qu'on ne devoit point compter
sur un
contingent
plus considérable
que celui qui avoit été fourni l'année
derniere
.
et
Un Courier
de Schwerin
arrivé à Vienne
, a rapporté
que le Duc Chrétien
Louis y avoit établi sa résidence
, et que les Magistrats
ayant obtenu de ce Prince que la garnison
de la Ville ne fut composée
que de 200. hommes
, 300 Soldats
des Troupes
Schwartzembourgeoises
, que M. de Platen y avoit fait entrer , étoient,
allés joindre
celles qui assicgent
Domitz
. Le bruit court que le Duc Charles
Leopold
s'étoi absenté
de Wismar
pendant
quelques
jours sans qu'on sçût où il étoit allé , mais qu'il y étoil retourné
le 20. et qu'on croyoit qu'il prendroi le parti de se soumettre
au Décret Impérial
.
.
On a appris depuis que les Troupes
du Hol stein ét de Schwartzembourg
, qui font le Siég
de Domitz
, avoient
entierement
enfermé
ce Place du côté de la terre par de fortes
lig
et que pour empêcher
les Assiegez
de recero.
aucu
+
MARS. 1785.
$77 ,
aucun secours par l'Elbe , elles avoient commen.
cé à construire quelques ouvrages sur le bord
de cette Riviere.
Suivant les derniers avis reçûs du Duché dé
Meckelbourg , le Duc Charles Leopold s'est dém
terminé à se soumettre au Décret Impérial , qui
donne l'administration de ses Etats au Duc
Chrétien Louis , son Frere.
ITALIE.
E Titre de Protecteur de S. Thomas des An-
Falconieri , a été donné par le Pape au Cardinal
Riviera , que Sa Sainteté a chargé en mêmetems
de donner part de la mort de la Princesse
Clementine Sobieska , Epouse du Chevalier de
S. Georges , à tous les Princes Catholiques.
Le Pape a ordonné qu'on érigeât dans l'Eglise
de S. Pierre un magnifique Mausolée
Ithonneur de cette Princesse.
Le premier de ce mois , l'Abbé de Canillac ,.
Auditeur de Rote pour la France , soûtint son
examen public , suivant la coûtume , dans la
grande Sale de la Chancellerie , en présence de
31. Cardinaux.
DE NAPLES ET SICILE.
Ldans la Citadelle de Messine
E Prince de Lobkowits , qui commande
, ayant fait
équiper une Peote , et l'ayant envoyée à l'Isle
de Lipari pour y chercher des provisions , les
Habitans de l'Isle s'en sont emparés , et ils ont
fait prisonniers de guerre tous les Soldats et
les Matelots qui étoient à bord de ce Bâtiment.
Hiij Sept
78 MERCURE DE FRANCE
Sept Soldats Suisses qui ont été reconnus parmi
les Prisonniers pour avoir déserté des Troupes.
Espagnoles , ont été punis de mort.
On a appris de Rome que ce Prince avoit dépêché
un Officier de sa Garnison au Cardinal :
de Cienfugos , pour lui donner avis que s'il ne
recevoit promptement du secours , il ne pouvoit
se défendre plus long- tems , et qu'il étoit.
résolu de ne point s'exposer , en faisant une résistance
inutile , à ne pas 2 obtenir de capitulation
.
On a appris depuis que le Roi ayant approu
vé les articles de la Capitulation accordée à la
Garnison de la Citadelle de Messine , ils furent .
signez le Février par 22. le Marquis de Gracia➡
Real , Commandant des Troupes qui font le
Siége , et par le Prince de Lobkowits , Gouverneur
de la Place.
25.
Il a été reglé par cette Capitulation , que le
de ce mois les Assiégez abandonneroient aux
Espagnols tous les ouvrages extérieurs , et qu'ils.
consigneroient aux Officiers d'artillerie nommez
par le Marquis de Gracia-Real , l'artillerie et les
munitions qui sont dans la Citadelle ; que le
31. à huit heures du matin ils remettroient les
Forts du Salvador et de la Lanterne ; que le mê
me jour les Assiegez entreroient dans la Citatadelle
, et que la garnison se retireroit au Lazaret
, où les Espagnols ne pourroient entrer
avant qu'elle fut embarquée qu'elle sortiroit
de la Place avec les honneurs de la guerre , armes
et bagages , tambour battant , Enseignes
déployées , et 30. coups à tirer pour chaque
Soldat ; qu'elle pourroit emmener deux piéces
de canon de 8 à 12. liures de bales , avec so.
soups à tirer pour chaque pièce , et deux char ).
riots
A 1735 R. S. 575
riots d'artile, et qu'on accorderoit un mortier
de 8. à 1o. pouces au Prince de Lobkowitz,
par considération pour lui ; que les Bâtimens
sur lesquels la Garnison s'embarqueroit ne pourroient
être visitez ; qu'ils seroient escortez par
un Vaisseau de guerre du Roy d'Espagne , qui
les conduiroit jusqu'à Fiume ou à Trieste , er
que si les vents contraires les obligeoient de relâcher
dans un des Ports du Royaume de Naples
, les Impériaux qui seroient à bord de ces
Bâtimens seroient en droit de demander' qu'on
leur fournisse , moyennant un prix convenable,
tout ce dont ils auront besoin , qu'il seroit permis
à la Garnison d'acheter des vivres dans la
Ville de Messine.
Que le Prince de Lobkowitz pourroit donner
part de la Capitulation au Géneral Roma ,
qui commande à Siracuse , même d'en faire
venir de l'argent.
Que les Prisonniers faits par les Espagnols a
l'attaque des Châteaux de Gonzague et de la
Pantorne , seroient libres le jour que les Assiegez
sortiroient de la Citadelle.
Que les Officiers Impériaux qui ont laissé
leurs familles et leurs bagages dans la Ville de
Messine ou dans quelques autres lieux du Royaume
de Sicile , pourroient les retirer et les emmener
avec eux :
Que ceux qui auroient quelques affaires dans
la Ville , y seroient reçûs avec un passeport du
Prince de Lobkowitz , à condition que les Assfegez
recevroient dans la Citadelle les Officiers
Espagnols qui auroient des passeports du Mårquis
de Gracia-Real. Qu'en attendant que la
Garnison sorte de la Place , les Espagnols sus-
Pendroient leurs travaux , et ne commettrofent
2
Hiiij
aucum
o MERCURE DE FRANCE
aucun acte d'hostilité , pourvu que les Assiege
m'entretiennent commerce avec aucun Bâtiment
, et qu'ils laissent entrer et sortir libre
ment tous ceux qui appartiennent aux Espa
gnols.
Que si après que les Entrepreneurs qui ont
fait quelques fournitures à la Garnison , auront
reglé leurs comptes avec le Commissaire Impé
rial , qui est à Siracuse , il se trouve que l'Empereur
leur est redevable , la Garnison ne pour
roit être inquietée ni retenue pour cette raison
et qu'on exigeroit seulement qu'elle laissâr des
Stages , ainsi qu'il est d'usage en pareille occae.
sion.
GRANDE BRETAGNE.
9:
N écrit de Londres que les Seigneurs s'é
tant assemblez le 24. Février , le Duc de
Bedford leur présenta la Requête des Seigneurs
Ecossois qui ont protesté contre l'Election des
seize Pairs d'Ecosse. Cette Requête signée par
le Duc d'Hamilton et de Brandon , le Duc de
Queensbury et de Douvres , le Duc de Montrose
, les Comtes de Dundonald , de Marche- -
mont et de Stairs , porte que les seize Lords .
choisis pour représenter les Pairs d'Ecosse dans .
le Parlement , ont employé pour se faire élire
défendus par les Loix , contraires .
la liberté des Parlemens et à l'honneur de la
Pairie , et qui peuvent tendre à renverser las
constitution de l'Etat. Les Lords qui se plaignent:
de la maniere peu réguliere dont ces seize Pairs
ont été élus , ajoûtent dans leur Requête qu'ils
s'engagent à donner des preuves des faits qu'ils
avancent , et qu'ils supplient la Chambre de le
permettre , et d'examiner cette affaire impor
des moyens
tante
MARS. 1735. 581
·
tante avec toute l'attention qu'elle mérite , puisqu'il
s'agit de maintenir la dignité de la Pairie,
la liberté des Elections des Pairs , et l'indépendance
des Parlemens .
Après la lecture de la Requête , il fut résolu
qu'on la liroit le 3. Mars une seconde fois ,
afin d'être plus en état de prendre un parti convenable
, et que tous les Seigneurs seroient invitez
à se trouver à la Chambre .
Le 24. du mois dernier , pendant que la Cham
bre des Communes étoit assemblée , les Domestiques
des Membres de la Chambre s'étant divisez
en deux fictions , dont ils appellerent
l'une le parti de la Cour , et l'autre le parti opposé
, ils en vinrent aux invectives et ensuite aux
coups , et il y en eut plusieurs de blessez de
part et d'autre.
Le 11. de ce mois , la Chambre des Commu
nes continua de deliberer en grand Comitté sur
le subside , et après la lecture du Traité conclu
le 19. Décembre de l'année derniere avec le
Roi de Dannemarck , et l'examen de plusieurs
Etats de dépenses , remis devant la Chambre
par le Contrôleur de la Maison du Roi , il fut
résolu d'accorder à S. M. 5625o. liv. sterlings,
pour remplir les engagemens pris avec S. M
Danoise , et 81568. liv. sterlings , pour les dé
penses extraordinaires qu'exige l'augmentation
des forces de terre et de mer. Le sapport de ces
résolutions fut fait le 14 à la Chambre , qui
régla qu'avant que de donner son approbation ,
elle les examineroit encore une fois en grand..
Committé.
Le 18. la Chambre résolut en grand Com
mitté , que le Roy pourroit prendre un million
de livres sterling sur les revenus du fond d'a-
Hy mortissement-
1
382 MERCURE DE FRANCE
mortissement , et que les droits qui sont établis
sur le sel et sur les salines , et qui ne devoient
être perçus que jusqu'au 25. Mars 1742. seroient
levez jusqu'au 25. du même mois de
l'année 1746.
Les Commissaires de l'Amirauté , dans la derniere
assemblée qu'ils ont tenue , ont réglé qu'on .
équiperoit cette année un Vaisseau du premier.
rang , deux du second , hurt du troisiéme , dixhuit
du quatrième , et quatorze du cinquième .
**
MORTS NAISSANCES
des Pays Etrangers.
N'a appris de Lombardie que le Baron der
Zingenberg , Lieutenant- Feldt- Maréchal ,.
et Colonel d'un Régiment de Hussards ; y étoit
mort depuis quelque tems. Ce Baron étoit fils
du Pacha qui commandoit dans la Ville de Bude
lorsqu'elle fut prise en 1686. par les Impériaux,
et qui après avoir demeuré long- tems prison .
nier à Newstadt , embrassa la Religion Chrétienne.
Le 3 .. Février 1735. Chrétien III. da nom
Comte Palatin du Rhin , Duc de Baviere et de
Deux-Ponts , Prince de Birckenfeld et de Bischwveiler
, Comte de Veldentz , de Spanheim , de
Rappolstein , de Hohenach , &c. Chevalier de
1 Ordre de S. Hubert , et Lieutenant Général
des Armées du Roi , mourut à Deux Ponts après
une courte maladie , dans là 61 , année de son
Age , étant né le 7. Novembre 1674. Il est uniersellement
regretté , à cause de sa grande affa
bilité ,:
MARS. 1735.
5831
Wilité , qui lui avoit gagné tous les coeurs. Il
étoit fils de Chrétien II . du nom , Comte Pa
latin du Rhin , Duc de Baviere , Prince de Bir◄
kenfeld et de Bischweiler , Colonel du Régiment
d'Alsace , et Lieutenant Géneral des Armées du
Roi , mort au mois de Mai 1717. à l'âge de
8o. ans , et de Catherine - Agathe , née Comtessede
Rappolstein , morte le 6. Juillet 1683. Il s'étoit
attaché , comme le Prince son pere , au service
de France , et il fut fait d'abord Colonel du
Régiment d'Alsace par sa démission . Il servit .
en 1697. au siége de Barcelone , où il blessa et
fit prisonnier dans une sortie un Officier de la
Garnison ; la même année il fut fait Brigadier
d'Infanterie , et le 23. Décembre 1702. Maréchal
de Camp , il fut nommé au mois de Fé--
vrier 1763. pour faire en cette qualité la Campagne
en Flandres , et fut fait Lieutenant Géne
ral le 26. Octobre 1704. Il se trouva en 1705.
à la retraite de l'Armée Françoise , après que
ses lignes curent été forcées ; depuis il continua
de servir en Flandres - jusqu'à la Paix . Il succeda
au mois de Mai 1717. à son pere , dans la Ré•·
gence des Etats de Birckenfeld ; er Gustave Samuel-
Leopold , dernier Duc de Deux- Ponts ,
étant mort sans posterité le 17. Décembre 17318
H prétendit , comme plus proche parent du dé--
funt , sa succession , dans laquelle il eut pour
Concurrent l'Electeur Comte Palatin du Rhin
mais cette affaire ayant été décidée au Conseil
Aulique de l'Empire à son avantage , il fit son
Entrée à Deux - Ponts le premier Avril 1934. et
prit posseseion de la Régence de cet Etat, Il avoiss
été marié le 21 Septembre 1719 avec Caroline
de Nassau , née le 12 Août 1704.- filé de feu
Louis Craton , Comte da. Nassau Saarbruk ,,
Liege
j
584 MERCURE DE FRANCE
J
Lieutenant Général des Armées du Roi , et Co♫ ´
lonel du Régiment Royal Allemand Infanterie;
mort en 1713 er de Philippine- Henrieure , née
Comtesse de Hohenlohe - Langenbourg. Il a e
d'elle Christine Caroline Philippine-Henriette ,
née le 9. Mars 1721. Chrétien , né le 65 Septembre
1722. Frederic , né le 27. Février 172402
et Henriette- Caroline , née le 17. Novembre
1725. Chrétien IV . du nom , est devenu Duc de
Deux-Ponts , Prince de Birckenfeld er de Bischweiler
, par la mort de son pere ; mais étant
mineur , sa mere a pris en son nom possession
de la Régence de ses Etats. Frederic , son frere
puîné , a été fait Colonel du Régiment d'Alsace,
au lieu et par la démission de son pere , au moiss
de Mars 1734.
Le premier Mars Louis Rodolfe , Duc de
Brunsvvich-Wolfembutte!, Prince de Blanckem
burg, mourut à Brunswich dans la 644 années
de son âge , étant né le 22. Juillet 1671. Il étoitt
le troisième et dernier fils d'Antoine Ulric , Duct
de Brunswch-Wolfembuttel , mort le 27. Mars ?
1714. et d'Elisabeth - Julienne , née Duchesse
de Holstein- Norbourg. Il avoit d'abord étée
Chanoine Protestant de l'Eglise de Strasbourg ;
et Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
au mois de Décembre 1689. Commandeur de
Supplinbourg , et ensuite Géneral Major desi
Armées du Roi de Pologne , au mois de Sép
tembre 1698. Rodolfe Auguste , Duc de Bruns
wich-Wolfembuttel , son oncle paternet , lui
donna en 1690. le Comté de Blanckenburg
qui fut érigé en sa faveur en Principauté en
1707. par l'Empereur Joseph ; et George I. Roi
de la Grande- Btagne , en qualité d'Electeur
et Duc de Brunswich-Lunebourg , lui ceda en
173Sj
MAR S. 17383
15: sa vie durant , voix et séance à la Diese
de l'Empire pour la terre de Grubenhagen. Il
devint Duc de Brunswich-Wolfenbuttel par laa
mort sans enfans du Duc Auguste- Guillaume
son frere aîné , le 23. Mars 1731. Il avoit été
marié le 12. Avril 1690. avec Christine - Louise :
d'Oettingen , née le 16 Mars 1671. fille d'Albert
Ernest , Prince d'Oettingen , et de Chris--
tine- Frederique , née Duchesse de Wirtemberg,.
sa premiere femme , et il avoit eu d'elle Elisabeth
Christine de Brunswich , née le 28. Août
1691. mariée à Barcelone le premier Août 1708 .
avec Charles VI . Empereurs des Romains , Archiduc
d'Autriche , Roi de Hongrie et de Boheme
; Charlotte- Christine-Sophie de Bruns--
wich , née le 2. Août 1694. mariée le 25. Octobre
1711. avec Alexis Petrowits , Czarowits s
de Moscovie et des Russies , et morte le premiers
Novembre 1715. et Antoinette- Amélie de Brunswich
, née le 14. Avril 1696. et marie le 15..
Octobre 1712. avec . Ferdinand - Albert II. du
nom , Duc de Brunswich- Bevern , son cousin
ayant le germain sur elle , né le 19. May 1680.
General -Feldt - Maréchal des Armées de l'Empereur
, et second . Géneral de son Armée en 、
Allemagne.
Le Duc de Wolfembüttel n'ayant point laissé
d'enfans mâles , a eu pour successeur dans ses
Etats de Brunswich -Wolfembuttel et autres , le..
Duc de Bevern , son cousin germain , non com
me ayant épousé sa fille , mais de son propres
chef , comme plus proche héritier mâle , suivante
les Loix d'Allemagne...
La Princesse dont l'Electrice de Saxe accou
cha les 13. du mois dernier à Warsovic , fus
baps
1986 MERCURE DE FRANCE
Baptisée le même jour par l'Evêque de Gracod
et nommée Marie- Christine - Anne- The
rese-Salomée- Eulalie - Xaviere.
vic
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c..
LE
E 6. de ce mois , second Dimanche:
du Carême , le Roy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château ?
là Messe , qui fut chantée par la Musi
que , et.pendant laquelle l'Evêque de
Langres prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy,
Le Roy a nommé le Chevalier de Cau
zan , Colonel- Lieutenant du Regiment .
de Conty , Infanterie , et S M.-a accordé
au Marquis de Gontaut l'agrément du
Regiment d'Infanterie , dont le Marquis
de Mailly étoit Colonel .
Le Duc de Ruffec , Mestre de Camp dus
Regiment de Cavalerie de Saint Simon ,
ayant demandé eu Roy la permission de
le remettre , S. Mi era donné l'agrément
au Marquis de Ruffec son Frere , et celui
du Regiment de Cavaleris , dont il étoit :
Mestre de Camp , au Marquis de Barbans
Con
MARS. 1735 584-
on , Capitaine dans le Regiment de Ca
valerie de Toulouze.
Le 29. de ce mois , M. de Contade ;
Lieutenant Colonel du Regiment des
Gardes Françoises , ayant demandé au
Roy la permission de se retirer , S. M
lui a donné une pension de 6000. livres ,.
et l'agrément de vendre sa Compagnie.
Le Roy a nommé en même temps Lieu
tenant Colonel de ce Regiment M. de:
Terlaye , Maréchal de Camp :
Le Roy a accordé il y a déja quelque
temps , au Marquis de Lenoncourt , Brigadier
, la permission de ceder le Regi
ment de Cavalerie dont il étoit Mestre
de Camp , au Marquis d'Headicourt son
Frere.
La Princesse Hereditaire de Modéne,
après avoir fait quelque séjour à Lyon,
arriva ici de 10 de ce mois , et alla descen--
dre à l'Hôtel de Luines , ruë du Colom--
bier , que le Prince Hereditaie de Modé
ne , son Epoux , lui avoit fait préparer.
Cette Princesse alla le même jour au Palais
Royal, pour voir Son Altesse Royale
Madame la Duchesse d'Orleans sa Mere ,
et le Duc d'Orleans son Frere . Certe Prin--
eesse a été présentée au Roy et à la Reine
, et a éré reçue très gracieusement de
Meurs Majestez
MERCURE DE FRANCE
Le 13. de ce mois , les Députez des Etats
de Bourgogne eurent audience publique
Roy, étant présentez par le Duc de Bourbon
, Gouverneur de la Province , et par
le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits par le Marquis de
Brezé , Grand Maître des Cérémonies .
Ils eurent le même jour audience de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin et de
Mesdames de France. La députation étoit
composée pour le Clergé , de l'Evêque
d'Autun , qui porta la parole , de M.
Giller , Maire de la Ville de Beaune pour
le Tiers-Etat , et de M. Rigoley , Syndic
de la Province. Le Député pour la Noblesse
étoit le Marquis de Montal , Lieutenant
General , qui ne s'est point trouvé
à l'Audience de S. M. parce qu'il est
actuellement employé dans l'Armée d'Italie.
Le 23 les nouveaux Drapeaux du Re
giment des Gardes Françoises , et de celui
des Gardes Suisses , furent portés à l'Eglise
Metropolitaine , où ils fatent bénits
avec les Cérémonies accoûtumées , par
Abbé d'Hircourt, Doyen du Chapitre.
Le 24. le Roy fit- frire un Service so-
Jemnel pour le. repos de l'ame de la Reine
de
MARS. 1735.
de Sardaigné dans l'Eglise Metropolitai
ne , qui étoit éclairée par un grand nombre
de lumieres , et où on avoit elevé
un magnifique Catafalque l'Archevêque
de Paris n'ayant pû . officier , l'Abbé
Harcourt , Doyen du Chapitre , dit là.
Meffe , pendant quelle le Pere Perusseau,
de la Compagnie de Jesus, prononça .
L'Oraison funebre . Le Duc de Bourbon ;
le Comte de Clermont et le Prince de
Conty conduisirent à l'offrande , avec les
cérémonies ordinaires , la Duchesse de
Bourbon , la Princesse de Conty , et Mlle
de Sens , qui étoient les Princesses du
deuil Plusieurs Archevêques et Evêques
assisterent à ce Service,ainsi que le Parle
ment , lá Chambre des Comptes , la Cour
des Aydès , l'Université et le Corps de
Ville , qui y avoient été invitez de la part
du Roy par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies..
La Reine , qui étoit grosse de trois mois
se trouva indisposée le 20 de ce mois à
l'issue de son diner , et elle eut un mouvement
de fievre qui ne l'empêcha pas
d'assister au Sermon , aux Vêpres et au
Salut.
Le 22. la Reine ayant eu un accès de
evre plus marqué , elle fut saignée le
soir
*
90 MERCURE DE FRANCE
soir on la saigna une seconde fois le 24
et comme la fievre s'étoit déclarée , on se
détermina le 25 à purger la Reine pour
la mettre en état de prendre du Quinqui
na , dont elle commença l'usage le 26 au
matin , à la fin d'un quatrième accès de
fievre qui avoit été plus violent que les
precedents.
Des accidens qui donnerent lieu de
craindre une fausse couche étant survenus
le 26 au soir , la Reine fut saignée le
lendemain à midy , elle le fut encore les
28. à deux heures du matin , et le même
jour vers les onzes heures et demie , elle
accoucha d'un faux germe. Depuis ce mo
ment la Reine qui n'avoit point eu de
févre depuis le quatriéme accès , s'est
portée beaucoup mieux , et elle est actuellement
aussi bien qu'on puisse le désirer,
Le dix- neuf Mars , M.Jerôme de Loistron
, ancien Avocat au Parlement , fut
reçu à la Cour des Monnoyes dans la
Charge de Président et Commissaire en
cette Cour , assisté de plusieurs Magis- .
trats , et des Avocats ses Confreres , pré- ,
cedez par M. Frollant Batonnier , lequel.
fit placé entre M M. les Gens du Roy.
Le nouveau Président a été dispensé par
S.M. de dix années de service dans une
Cour
MARS 1735. F9F
Cour Superieure , requises par les Reglemens
, à cause de vingt années de Profession
d'Avocat qu'il a honorablement
exercée. Il a été aussi dispensé de parler
sar un Texte des Loix , suivant la Cou
tume , en ayant seulement allegué l'espece,
ensuite d'un beau Compliment qu'il
fir à la Cour en Langue latine.
Messieurs Herault , Conseiller d'Etat,
Lieutenant General de Police , Choppin
d'Arnouville , Maîtres des Requêtes , et
Menessier , Curé de S. Etienne du Mont
sont les Témoins qui ont signé dans l'In
formation des Vie et Mours.
9''
Le 29. de ce mois , le Roy fit dans la
Plaine des Sablons la revue des Regimens .
des Gardes Françoises et Suisses , et S. M.
les vit défiler.
Après la Revue le Roy prit la route dur
Château de la Meutte ; et malgré la pluye,.
S. M. voulut bien se détourner pour aller
auprès de la Barriere du Fauxbourg Saint
Honoré , dans l'Attelier du sieur Le
Moine , Sculpteur de l'Académie , pour
y voir le Modéle de la Statue Equestre
de quinze pieds d'élevation , qu'on doit
jetter en bronze incessamment , pour
Ja Ville de Bordeaux . Sa Majesté parut
très contente de ce superbe Monument 3
Elle
59r MERCURE DE FRANCE
Elle en remarqua avec beaucoup de discernement
les beautez , et voulut bien
Elle-même répondre pour la justification
du freur LeMoine , à quelques observations
qu'on avoit faites sur un prétendu
défaut
囂
Nous sommes priez d'avertir le Public qu'il se
fait actuellement dans la Forêt de la Hunaudaie
en Bretagne, une Exploitation, ou coupe de Bois,
qui doit durer 18. ou 20. ans. On assure que
cet endroit est fort propre pour y établir une
Manufacture de Verre , étant à trois lieues de la.
Merer dans le voisinage de plusieurs bonnes ,
Villes , d'ailleurs le bois et les autres materiaux:
nécessaires pour la fabrique du Verre s'y trou
vent en abondance et à bon marché , aussi bien
que les vivres. Si tous ces avantages faisoient
naître l'envie à quelqu'un d'établir une Verreries
dans.ce. Lieu-là , les adjudicataires de la Forêt
lui procureront tous les agrémens et toutes les
facilitez qui dépendront d'eux . Es pour sçavoir
plus en détail en quoi ils peuvent contribuer à
Pétablissement que l'on propose , on pourra
écrire à Me du Breil Sevoy , à la Forêt de la Hunaudaie
, proche Lamballe en Bretagne , ou bien
à M. Poulmain le Barre , à Pontivi , aussi en
Bretagne.
Le Mardi premier Mars, les Comédiens François
jouerent à Versailles le Préjugé à la mode et
La Pupille.
Le 3. la Tragédie de Gustave et l'Usurier Gentilbomme.
La 8..la Mere Coquette et Crispin Rival.
Le
MAR S. 1735.
393
Le 1o. Iphigénie et l'Epreuve réciproque.
Le 19. PEcole, des Femmes et l'Avocat Patelin.
Le 17. Penelope et les Plaideurs.
Le 22. le Préjugé et la Pupille , qui ont fait
grand plaisir à toute la Cour , quoique vûës
pour la seconde fois.
Le 26. Fevrier les Comediens Italiens représenterent
à la Cour la Comedie du PetitMai-
~tre Amoureux qui fût suivie de celle des Paysans
de Qualité.
Le cinq Mars ils représenterent à la Cour
la Comedie de l'Heureux Strangême et la
-petite Piece des Ennuis da Carnaval qui fût
très goutée ; on dansa ensuite le Pas de Six
-composé de Six Acteurs Pantomimes qui l'é-
Xecuterent avec aplaudissement.
Le 12. le Faucon et la Petite Comedie des
Billets Doux le 19. la Sueprise de la Haine , et
le Bouquet.
Le 28. Février , la Reine entendit dans son Sa
lon à Versailles , le Prologue et le premier ›Acte
` de l'Opera d'Armide , qu'on continua le 2. et le
7. Mars. Le Rôle d'Armide fut chanté par le
Dlle Antier, et celui de Renaud , par le sieur Jeliot
, qui s'y distingua infiniment.
#
Le 9.on chanta le Prologue et le Divertissement
du dernier Acte d'Amadis de Gaule , qui fut suivi
d'un Concerto , de la composition du sieur
le Clerc , (Ordinaire de la Musique du Roy ) dont
le jeu brillant et délicat fut extremement aplaudi,
La Reine ayant désiré d'entendre l'Opera d'-
chille eDeidamic, composé par Mrs Danchever
Campra on le chanta devant S. M. le 14. et le
16. Les Diles Antier et le Maure , les sieurs Chas$
94 MERCURE DE FRANCE
sé , Tribou et Jeliet , executerent les Rêles, qui
les concernoient avec tout le goût dont ils sont
capables.
Le 21. on chanta le Prologue et la Fête du
troisiéme Acte de Phaeton .
Le 23. M. des Touches , Sur- Intendant de la
Musique de la Chambre en semestre , pour donner
à la Reine une image du Concert Spirituel ,
fit entendre à S. M. deux Motets à grands
Choeurs , de sa composition , l'un Diligame
Domine , et l'autre Te Deum laudamus. La Mpsique
de la Chapelle se joignit à celle de la
Chambre. La Dlle Erremens , les sieurs le Pringe
et Jeliot , chanterent les principaux Récits aucc
un aplaudissement generaliles Choeurs et la Symphonie
se distinguerent tellement , que la Reine
et toute la Cour ne cessoient d'admirer une execution
si parfaite.
Le 25. Mars , Fête de l'Annonciation de la
Vierge , on chanta au Concert Spirituel du
Château des Tuilleries deux Moters à grand
Choeur de M, de la Lande , les Dlles Erremens
et Fel chanterent differens Reçits avec beaucoup
de precision , de même que le Sr. Jeliot dans
un petit Motet Benedictus de M. Mouret . et
aprês deux Concerto executés par les Srs . Blavet
et le Clerc , le Concert fût terminé par le Motet
Quemadmodum du même Auteur qui t
fort aplaudi par une très nombreuse Assemblée .
Le 30. on executa le Motet in convertendo
de M. de la Lande , qui fût suivi du Beatus Vir,
du S. Mion : les Dlies . Fel et Bourbonnois ,
chanterent un autre petit Moter du Sr. le
Maire qui fit beaucoup de plaisir .
Le même jour après le Motet, Usquequo de M,
de
MARS. 1735- 595
de la Lande , et d'un autre du Sr. Cheron
les Srs. Bezossi Hautbois et Basson de la Musique
du Roi de Sardaigne , jouerent des Pieces
de leur composition , dont l'execution fr
genéralement admirée.
Le 31. les mêmes Joueurs de Hautbois et de
Basson , exécuterent d'autres Pieces de leur
Composition avec toute la précision imaginable
, qui furent extrêmement applaudis.
Hadgi Mehemet Effendi , Envoyé de
Tripoly d'Affrique à la Cour de France ,
et en Hollande , arriva à Paris le 2. Janvier
1735. avec une suite d'environ 12 .
Personnes. I cut sa premiere Audience
le 6. de M. le Comte de Maurepas. Il
alla à Versailles le 18. où il eût une seconde
Audience de ce Ministre , le même
jour il eût l'honneut d'être présenté
à S. E. M. le Cardinal de Fleury , qu'il
complimenta en peu de mots , il eûc
ensuite Audience de M. le Garde des
Sceaux .
Le 19. il eût Audience du Roi dans la
Cour de Marbre , il présenta à S. M. la
Lettre du Pacha de Tripoly ; cependant
quatre Turcs tenoient les quatre beaux
Chevaux , présentés de la part du Pacha ,
dont deux extrêmement petits , étoient
pour Monseigneur le Dauphin. Le Roi
les considera , les loua , et remercia l'Envoyé.
Celul
MERCURE DE FRANCE
Celui- cy monta ensuite à la grande
Galerie , ou il eût l'honneur de saluër
la Reine qui alloit à la Messe , il alla
tout de suite chez Monseigneur le Dauphin
, où se trouva S. E. M. le Cardinal
Ministre , et M. le Comte de Maurepas.
1 admira la vivacité , le bon air , et les
autres qualitez de cet Auguste Frince.
Il alla peu demps aprés à l'Audience
de M. le Comte de Toulouse , Mela
Comtesse étant présente. I alla aussi
saluer M. le Duc de Penthiévre,et revint
à Paris le 20. avec beaucoup de satisfaction
de son voyage.
Il a sejourné en tout vingt- quatre jours
à Paris. Pendant ce temps la il est allé
à la Bibliotheque Royale , aux Invalides ,
dont le Commandant accorda à sa consideration
la liberté à trois Invalides ,
qui étoient aux Artêts ; à l'Opera , à la
Comedie Françoise , et à la Comedie
Italienne. Il a visité M. l'Ambassa
deur d'Hollande , qui lui a rendu plusieurs
visites .
Le 26. Janvier il partit de Paris pour
Bruxelles , et pour la Hollande .
Hadgi Mehemet est le même , qui fût
Envoyé en France en 1715. pour faire
des Soumissions au feu Roi , au sujet de
Infraction des Traitez , faite par un des
Sujets
MARS. 1735. 599
Sujets de la Republique de Tripoli . Il
est Turc d'Origine , étant né dans une
petite Ville de la Natolie ,nommée Guon-
Kal- Hhissar , c'est - à - dire le Beau Châ
teau. Il y a plus de trente ans qu'il est
attaché à la Republique de Tripoli , ou
aprés avoir été Secretaire du Divan , il
est parvenu au Grade d'Intendant des Finances
de l'Etat. Il a beaucoup d'Esprit ,
et a acquis bien de l'Experience dans ses
differens Voyages à Constantinople , à
Vienne , à Venise , à Rome , et à Naples.
Le Pacha de Tripoli a beaucoup
de confiance en lui à cause de ses bonnes
qualitez. Il est âgé d'environ soixante
et huit ans , et a toûjours cultivé
les Lettres.
A Mlle de Sezille , pour le jour de sa
Profession , le Samedi 26. Février 1735.
chez les Dames Ursulines de la ruë
S. Facques.
Pour suivre un Dieu qui vous apelle ,
Vierge sage , Epouse fidelle ,
Vous croyés avoir tout quitté ;
Mais avés -vous bien supputé
Vous portés dans la solitude ,
Un esprit orné par l'étude ,
Que le sçavoir n'a point gâté ;
[
600 MERCURE DE FRANCE
Un coeur par les leçons d'un Pere ,
Par les tendres soins d'une Mere ,
D'honneur , de vertu bien doté.
Je ne blâme point vos promesses ;
Mais je puis dire en verité ,
Qu'en faisant vou de Pauvreté ,
Vous conservés bien des richesses.
P..
OBSEQUES de M. la Duchesse
de S. Aignan faites au Havre de Grace.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 30 Janvier 1735.
E Jeudi à midi 27. Janvier la Cérémonie
Lfût annoncée par le son de toutes les Clocommenches
de la Ville et par le bruit du Canon . Le
lendemain dès la pointe du jour l'Artillerie ,
tant de la Citadelle que de la Tour ,
ça à tirer , ce qui fut continué par petits intervales
, et ne finit qu'aprés midi par une décharge
Genérale.
Sur les dix heures M. le Comte de Beauvoir ,
Lieutenant de Roi et Commandant de la Place ,
de la Citadelle et du Gouvernement , à la tête
de tout le Corps de Ville en habits de Cerémo❤
..nie , precedé des Valets de Vile et des Gardes
du Duc de S Aignan , les Armes renversées ,
suivi de tous les anciens Officiers de la Bourgeoisie,
sortit de l'Hôtel de Ville dont toute la
Façade étoit Tenduë de Noir , et chargée des
Ecussons aux Armes de Me la Duchesse de S.
Aignan ,
MARS. 1735. 301
な
:
Aignan sur la principale porte on avoit placé
un grand Tableau peint en Camayeu, dans lequel
étoit représentée la Ville du Havre avec tous ses
attributs , sous la figure d'une Femme couronnéede
tours , à demi couchée , s'appuyant d'une
main sur l'Ecusson de ses Armes, et de l'autre es◄
suyant ses larmes ; à ses côtés étoit l'Amour Con
jugal dont le flambeau éteint sembloit lui cau
ser la plus vive douleur.
Le Corps de Ville marcha dans l'ordre qu'on
vient de décrire jusqu'à la principale Porte de
P'Eglise de Notre-Dame qui étoit gardée par une
Compagnie de Grenadiers de la Garnison. Le
Portail étoit tendu de noir , et le dedans de
'Eglise l'étoit jusqu'aux Voutes. Comme le
Choeur , quoique vaste , n'auroit pû contenir
tous les Corps , on avoit dressé dans la Nef
un trés grand Autel auquel on montoit par plu
siurs gradins couverts de Drap Noir , il étoit
accompagné de deux autres Autels moins élevés ,
mais tous trois également chargez d'un nombre
infint de Cierges et de Bougies.
Dans le milieu de la Nef on avoit construit
un grand Catafalque de quinze pieds de face ,
sur trente pieds d'Elevation . Toute la Baze étoit
peinte en Marbre de Languedoc ; Elle avoit sur
chaque Face six Gradins , sur lesquels étoient
rangés plus de deux cent Chandeliers garnis de
Flambeaux de Cire blanche. Au dsssus de ces
Gradins étoient peintes dans de grands Cartouches
, quatre Figures de Marbre blanc, presque
de hauteur naturelle qui représentoient la Foi ,
P'Esperance , la Charité et la Religion avec leurs
Attributs,
Chaque Angle étoit occupé par un Pilastre
tourné en consolle,qui soutenoit une Girandolle
Tij chargea
Go2 MERCURE DE FRANCE
chargée de vingt -quatre Bougies , du milieų
de laquelle s'élevoit un Cierge presque aussi haut
que le Carafalque , le reste du pilastre étoit chargé
de Bras avec des Bougies et le haut étoit
terminé par une Cassolette remplie de parfums.
Cette Baze étoit Couronnée par une Corniche
du même Marbre sur laquelle étoit posé un grand
Tombeau de forme Antique , peint en Jaspe entouré
d'ornemers d'Hermines en relief, lesquels
servoient de suports sur les 4. Faces aux Ecussons
des Armes de la Duchesse ,qui paroissoient
de Marbre blanc ainsi que les têtes de Morts
qui étoient au pied.
Ce Carafalque portoit une représentaton couverte
d'un grand Voile de Velours Noir semé
de Larmes d'Argent , chargé de têtes de Morts
et orné de Franges d'Argent ; au dessus sur
ún Coussin étoit placée la Couronne Ducalle
Couverte d'un grand Crêpe .
Environ dix pieds audesus de ce Catafalque
s'élevoit un magnifique Dais dont les Rideaux
de Diap Noir , semés de Larmes d'Argent et
ornés d'Hermines , trainoient jusqu'à terre ,
quoique par les quatre Coins , ils fussent attachez
en plusieurs Festons . Les Pentes du Dais
étoient de Velours Noir sur lequel regnoit un
double Feston de Gaze d'Argent , relevé en
gros Nauds de distance a autre , et suporrant
Les Armoiries , il étoit terminé par une Crêpine
d'Argent ; sur les 4. Coins on avoit placé
quatre grandes Aigrettes de plumes de la coukeur
du fond des Armoiries.
Au tour du Catafalque et tout le long de
Nef , on avoit disposé trois rangs de Bancs
ous couverts de Drap Noir , pour placer le
Clergé et les Corps. Une pattie des Fenêtres
de
MARS. 1735. 603
de l'Eglise étoit bouchée , elle ne recevoit pres
que d'autre Lumiere que celle des Cierges de
Autel , et du Catafalque , dont le grand nombre
formoit une Illumination tout a fait Bril
lante . On avoit placé par intervalles sur tou
tes les Tentures , tant du Portail que de la Nef,
et de l'Autel une grande quantité d'Écusson's
aux Armes de la Duchesse de S. Aignan.
A l'heure marquée , plus de mille hommes de
la Bourgeoisie se trouverent sous les Arines
qu'ils portoient renversées , leurs Tambours
étoient couverts de Drap Noir , il marcherent
en quatre Compagnies avec leurs Drapeaux
jusqu'à l'Eglise au tour de laquelle ils se rangesent
et où ils firent trois Décharges genérales .
Le Corps de Ville , qui avoit ordonné cette
Cerémonie , et qui en faisoit la dépense y avoit
invité tout le Clergé des Paroisses , le Corps
du Bailliage, celui de l'Amirauté, et celui du Grenier
à Sel,les Officiers de la Garnison et ceux de
la Marine , qui avoient à leur tête M. de Rancé
Commandant , par les ordres duquel on avoit
aporté autour de l'Eglise plusieurs Pieces d'Artillerie
de la Marine , qui ne cesserent de tirer
pendant l'Office.
Chaque Corps ayant pris la Place qui lui
avoit été assignée et les Gardes de M. le Duc
de S. Aignan s'étant rangés au tour du Catafalque
, le reste de l'Eglise füt occupé par tout
ce qu'il y a de Gens remarquables dans la Ville
de l'un et de l'autre Sexe en habits de Deüil
quoique le nombre en fût infini, il n'y eût pas
la moindre confusion , ce qu'on doit moins
attribuer aux sages Précautions qu'on avoit
prises pour maintenir le bon ordre , qu'aux
Sentimens de douleur et de respect qu'im-
I iij primo
604 MERCURE DE FRANCE
primoit dans tous les coeurs cette triste Cerémonie.
La Messe fût solemnellement celebrée ; a….
près l'Evangile M. l'Abbé Nollent Principal
du College , prononça l'Oraison Funebre avec.
beaucoup d'Eloquence, il avoit pris pour Texte
, ces parolles du VIII. Chapitre du Livre
de Judith, dont l'Application ne pouvoît être
plus juste , Erat hac in omnibus famosisima
quoniam timebat Dominum valde , nec erat qui
loqueretur de ea Verbum malum.
2
REJOUISSANCES faites à Die à la
Nomination & Réception de M. de
Cofnac , nouvel Evêque de Die . Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
6. Fevrier 1735.
A
La premiere nouvelle de la nomination de
notre Evêque , toutes les cloches sonnerent,
et la joye fut generalement répandue dans toute
Ja Ville ; tous les Corps et les Particuliers accoururent
en foule au Palais Epifcopal pour la
témoigner à M. l'ancien Evêque son oncle qui
la ressentoit vivement , et qui en donna les mar
ques les plus sensibles.
Le soir de ce même jour , second du mois de
Juin dernier , il y eut des feux de joye et des
illuminations . Les Consuls firent mettre 300 .
hommes sous les Armes , qui firent plusieurs
décharges.
Le lendemain , jour de l'Ascension , la même
Toupe reprit les Armes , et après un grand
souper qu'ils firent ensemble , on alluma un autre
fea de joye dans le Pré de l'Evêché , directement
auMAR
S. 17355-
605
>
au-dessous du Palais ; ils firent plusieurs décharges
aux acclamations du Peuple , qui étoit sortis
de la Ville pour voir cette Réjouissance et
l'Illumination du Palais qui étoit très - belle.
Pendant ces premiers jours , M l'ancien Evêque
donna à manger au Chapi re de la Cathedrale
, à la Noblesse , à tous les Religieux , au
Corps des Avocats , et à tous les Notables de la
Ville. Le Dimanche il y eut encore une ilumi
nation au Palais avec grande Fanfare de Fifres ,
fon de Violons et de Hautbois qu'on mit à la
tête de la Bourgeoisie armée , laquelle fit plusieurs
décharges au bruit des Tambours &c .
Ce n'est pas dans Dye feulement qu'on a faitdes
Réjouissances à cette occasion ; il y en a eu dans
presque tout le Diocese. Cependant l'arrivée de
M. l'Evêque à Valence ayant été fixée au 30.
du
mois de Decembre dernier , la Ville de Dye députa
le Sieur Buis Consul , et le Sieur Gache ,
Avocat et Procureur du Roy de l'Echevinage ,
pour aller recevoir et lui faire compliment au .
nom de la Ville , ce que fit le Sieur Ĝache dans
le Palais Episcopal , où M. l'Evêque de Valence
reçut notre Evêque , les Députations et toute
leur suite avec beaucoup d'honneur et de politesse
. Le Chapitre députa aussi Mrs. de Nantes
et Durif Chanoines , et M. de Nantes fit le compliment.
Il y eut de même une Députation du
Chapitre de Crest .
Le jour du départ de Valence , le Marquis de,
Vacheres , le Marquis de Gramont son fils
Gouverneur de Crest , le Marquis du Poët , M.
de S Michel , M. le Prévôt du Chapitre de Crest,
et un Chanoine du même Chapitre , monterent
en Carosse , et allerent au - devant de M.'Evêque
qu'ils rencontrerent à trois quarts de licuë de
leur
606 MERCURE DE FRANCE
Jeur Ville ; après plusieurs démonstrations de
joye et d'amitié , il monta dans le Carosse de
M. Dupoët , er alla dîner chez Madame le Marquise
de Pluvinel où il étoit attendu .
A un quart de lieuë de Crest , il y avoit une
affluence de monde qui augmentoit à mesure
qu'on aprochoit de la Ville. zoo . hommes tous
en Cocardes avec des Grenadiers en Bonnets à la
Houzarde borderent la haye des deux côtez de la
ruë , depuis la porte par où l'on entra , jusques.
chez Madame de Pluvinek , chez laquelle M. l'Evêque
fut complimenté par le Corps de Ville ,
par le Chapitre , par les Magistrats , par les
Cordeliers et les Capucins . Il y eut plusieurs dé
charges pendant le dîner ; et le Commandant de
la Compagnie des Invalides qui gardent la Tour
de cette Ville , leur fit prendre les Armes et
monter la Garde chez Madame de Pluvinel par
ordre du Gouverneur .
Ge même jour toute la Bourgeoisie du Bourg
d'Aoufte se mit sous les Armes ; il s'y étoit formé
une Troupe de Gens à pied et une autre à
cheval : celle - ci alla au- devant , et M. l'Evêque
fut reçu à la porte par le Sieur Aimar Curé , qui
le complimenta , suivi de tous les Officiers de la
Communauté. Il y eut des Feux de joye , et plusieurs
décharges , après quoi ils l'accompagnerent
tous jusques aux extremitez de leur Territoire.
A une très-petite diftance de-là , il parut une
Troupe à Cheval , composée des plus Notables
du Lieu de Saillans , à la tête desquels étoit le
Sicur Peloux , Capitaine- Châtelain´ , qui fit un
compliment. Une autre Troupe de gens à pied
de ce même lieu vint au - devant jusques à une
demie-lieue, tous fort lestes . A l'aproche de l'
vêque
MARS. 1735. 607
veque , ils firent une décharge , et se diviserent
ensuite en deux Quadrilles , dont l'une marcha
devant et l'autre derriere la Chaise , qu'ils escorrerent
jusques chez le Sieur Peloux , où M. l'Evêque
logea avec toute sa suite ..
Le lendemain ils reprirent tous les Armes , et
P'Infanterie borda la haye depuis la Maison du
Sieur Peloux jusqu'à l'Eglise , où l'Evêque alla
entendre la Messe Ils l'accompagnerent ensuite,
l'Infanterie jusqu'à un grand quart de lieuë , et
la Cavalerie jusqu'à une lieuë loin , où elle fut
relevée par celle de la Ville de Dye , qui alla à
trois lieuës au- devant .
Cette derniere Troupe étoit composée de 50.
Cavaliers en Cocardes blanches et Chapeaux bordez
; ils avoient un Etendart , un Trompette et
des Timballes . Le Sieur Viguier , premier Consul
, qui en étoit le Chef, les fit inettre en bon
ordre lorsque M. l'Evêque parut , et on le salua
par une décharge ; après quoi le Sieur Fesan
Avocat , et l'un des deux Capitaines de cette
Troupe , le complimenta.
Après le compliment , un Détachement de six
Cavaliers commandez par le Sieur Gueymar ,
Avocat , et Lieutenant de la Compagnie, marcha
devant , et le reste suivit sous le commandement
des Sieurs Reynaud et Faisan: A quelques portécs.
de fusil de là il y eut un Feu de joye, que fir
' allumer le Sieur Barnave de Vercheiny , dont
les Officiers et lui vinrent présenter leurs respects
au Prélat sur le même chemin.
Aux aproches de Dye toutes les Cloches son
nerent , et les chemins étoient si fort remplis de:
monde qu'on avoit de la peine à passer:il y en cut
surtout beaucoup pour arriver à la Porte S. Pierre,
gat où M. l'Evêque entra on avoit dressé d
808 MERCURE DE FRANCE
7
cette Porte un Arc de triomphe , et un autre ✯
elle de l'Evêché , où étoient les Armes de M.
C'Evêque , et au - dessous cette Inscription et les
Vers qui suivent.
Illustrissimo ac Reverendissimo Domino DANIELI
JOSEPHO DE COSNAC Episcopo et Comiti Diensi
Doctori Parisino , Summo Regii Oratorii
Magistro. Sancti Benedicti ad Lige im Abbati ;
DEA CIVITAS hoc perenne sui amoris et obsequii
Monumentum. D.D.
Te sacris COSNACE suis praponit et avis
Te Dea consiliis praficit alma suis .
Munus utrumque ingens , utrique at sufficis unus
Successuque pari munus utrumque geres ,
Moribus ornabis , calamo tutaberis aras
Ingenua populos dexteritate reges ,
Proderit et docta solers facundia lingua
>
Et generis splendor multus et oris honos ;
Sic dicêre Pater , sic maxima cura tuorum
Sic decus et columen Religionis eris
Vive tuis COSNACE , tui sub Prasule tanto,
Vivant et noster vive perennis amor.
M. l'Evêque étant arrivé à la Porte de S. Pierre,
y fut reçu par MM les Consuls, le St Viguier, premier
Consul , le complimenta au nom de la Ville
Après le compliment on le revétit de ses Habits
Pontificaux , et le Chapitre alla le prendre en
Procession avec un Dais porté par les Consuls
tles Magistrats , M.le Doyen fit un compliment,
ensuite M. l'Evêque marcha en Crosse et en
Mitre
MARS. 1735. 609
Mittre , sous le Dais jusqu'à l'Eglise , entre la
double baye que formoit un Corps d'Infanterie :
cette Troupe étoit commandée par Mrs de Montauban
de Jansac , de la Batye et de S. Agnan ;
elle avoit un Drapeau , un Fifre et quatre Tambours.
>
Loisque le Prélat fut arrivé à la porte de l'Eglise
, il entonna le Te Deum , qui fut chanté
solemnellement , et ensuite le Chapitre l'accom
pagna avec la Croix jusques dans son Palais , audevant
duquel la Cavalerie étoit rangée en bataille
.
A peine M. l'Evêque fut- il entré, que la Ville ,le
Chapitre et la Justice y allerent en Corps , il
reçut les compliments de M.le Doyen , de M. de
Gilbert , Juge- Mage , de M. Viguier , premier
Consul et celui des Peres Jésuites , des Cordeliers
et des Jacobins .
Pendant ce tems - là la Troupe de Cavalerie et
célle d'Infanterie , allerent se ranger dans le Pré
de l'Evêché , autour d'un grand Bucher qu'on
y avoit préparé ; on y mit le feu , et il y eut
plusieurs décharges , on avoit préparé aussi une
grande Ilumination , mais le mauvais temps
en troubla l'execution .
Le lendemain M. l'Evêque fut encore complimenté
par M.Sibat, Subdelegué de l'intendance,
Maître particulier des Eaux et Forêts en la Maî-g
trise Royale de Die , à la tête de cette Justice , e
par le sieur de la Condamine au nom des Avocats,
ses Confreres , qui y vinrent en Corps .
On ne sçauroit exprimer quelle est la satisfaction
du Public, d'avoir un si digne Evêque qui ne
pense qu'à faire toute sorte de biens dans sons
Diocèse , &c.
Ivj BE310
MERCURE DE FRANCE
BENEFICES DONNEZ
du 2. et 27. Février.
' Archevêché de Besançon . vacant par le dé--
Lcés de M. de Blitervick de Moncley , à M.de
Grammont.
L'Abbaye Commandataire de Montmajour ,
Ordre de S. Benoît , Diocêse d'Arles , à M. de
Canillac , Auditeur de Rotte , à la charge d'une
pension de 3000. livres pour M. de Luzancy.
L'Abbaye Commandataire de Valloires , Ordre
de Cîteaux , Diocèse d'Amiens , à M. Henriau ,
Evêque de Boulogne , à la charge de aroo . livde
pension ; sçavoir , au sieur Machet 900. lib.
au sieur de la Nouë ,
au sieur Boyer ,
au sieur Ros ,
soo. liv.
soo. liv.
600.
liv.
L'Abbaye
Commandataire
de la Victoire
, Ordre
de S. Augustin
, Diocèse
de Senlis
, à M.
Trudaine
, Evêque
de Senlis
, à la charge
de
4000.
livres
de pension
sçavoir
, au sieur
Pasgnon
au sieur de S. Sauveur ,
au sieur Lucas ,
2000. liv.
1200. liv.
800. liv..
L'Abbaye Commandataire de S. Rigaud , Ordre
de S. Benoît , Diocèse de Mâcon , à M. d'Eterno.
L'Abbaye d'Argensolle , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Soissons à la Dame de Villefort.
L'Abbaye Commandataire de Fontenay , Ordie
de Citeaux , Diocèse d'Autun , vacante par
le décès de M. de Blitervick de Moncley , Ar
chevêque de Besacçon , au Comte de Zaluski.
L'Abbaye de Notre - Dame des Martys de
Montmartre , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Paris
MARS. 1735. 617
Paris , vacante par la démission de Madame d
la Tour 'Auvergne, à Madame de la Rochefaucault
de Couzages ,
·
L'Abbaye Regaliere de Clairmarais , Ordre de
Citeaux, Diocèse de S. Omer , à Dom le Porc.
Et celle d'Aunay , Ordre de Cîteaux , Diocèse
d'Arras , à la Dame du Beron.
*************
MORTS , NAISSANCES .
L
Mariages:
Ouis Robert Hyppolite de Brehan , Comte
de Plelo , ci - devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons > et auparavant Sous-
Lieutenant des Gendarmes de Flandres , et Ambassadeur
du Roy en Dannemarc depuis 1729. a
été tué le 27. May dernier , à l'âge d'environ
35. ans à l'attaque des Retranchemens de
l'Armée Moscovite assiegeant Dantzică. Il com.
mandoit la premiere colonne du secours François
destiné pour cette Ville assicgée ; après
avoir forcé les barricades , et péneiré jusques
dans les Retranchemens , il y a été frappé de
plusieurs coups , ralliant ses Troupes qui plioient
sous le nombre et le grand feu des Moscovites.
Il étoit fils de Jean- François de Brehan , Comte
de Mauron , et petit - fils de Maurille de Brehan,
Comte de Mauron et de Plelo ; et de Louise de
Quelen. Son bisayeul étoit Louis de Brehan
Baron de Château- Brehan , du Plessis , Mau
ron , Galinée &c . Chevalier de l'Ordre du Roy,
Gentilhomme ordinaire de sa Chambre , Ma
réchal de ses Camps et Armées , tué aux guerres
d'Allemagne en 1634,
Lovies
art MERCURE DE FRANCE
Louise Phelypeaux , sa veuve , est fille de feu
Louis Phelypeaux , Marquis de la Vrilliere ,.
Ministre et Sécretaire d'Etat , et de Françoise
de Mailli , aujourd'hui Duchesse de Mazarin et
Dame d'Atours de la Reine , dont il laisse plusieurs
enfans en bas âge , auxquels le Roi a
accordé dix mille livres de pension .
Charles de Lampériere Ecuyer Sr de Montigny,
Brigadier des Armées du Roy , dont on a rapporté
la mort dans le Mercure de Février dernier
, pag, étoit dans la 94. année de son
âge , étant né en 1642. Il avoit commencé par
être Cadet dans les Gardes du Corps , d'où il
sortit pour prendre une Compagnie d'Infanterie
dans le Régiment de Bretagne. Il eut ensuite
une Compagnie dans le Régiment du Roy Infanterie
, d'où il fut tiré lui quatrième , par ordre
du Marquis de Louvois en 1670. pourformer
le Régiment des Fusiliers , appelé depuis
Royal Artillerie , et à la tête duquel il a servi
l'espace de 40. ans. Il s'est trouvé pendant la
guerre de Hollande à la prise de 40. Places , et
depuis à plus de 10 batailles et combats , tant
sous le Prince de Condé , que sous le Vicomte
de Turenne , et autres Généraux I servit en
1673. au siége de Mastricht , et en 1674. il reçut
au combat de Senef un coup de mousquet
au travers du corps , qui fut si considérable ,
qu'il rendoit les excrémens par la playe. En
1678. il se trouva au combat de S. Denis près
d : Mons , et en 1688. il servit aux siéges de
Philisbourg , de Spire , de Worms , Manheim
Franckendal et autres Places en Allemagne. En
1689. il se trouva à l'affaire de Valcourt , et les
années suivantes à la Bataille de Fleurus , aux
combats de Leuze et de Steinkerque , et à la Ba-
Laille de Nervinde.
રે
2
MARS. 1735. 613
Le premier Mars 1735. Dlle Elisabeth de
Beauvau , fille de feu Jacques de Beauvau , Marquis
du Rivau , Baron de S. Gassien , Scign ur
de Lussay , de S. Michel de Chavaigne , & c.
Chevalier de l'Ordre du Roi , Maréchal de ses
Camps et Armées , Capitaine Colonel des Cent
Suisses de la Garde du Corps de Gaston - Jean-
Baptiste , fils de France , Dac d'Orleans , mort
le 5. Juillet 1702. à l'âge de 76. ans , et de feuë
Marie Diane de Camper de Saugeon , morte le
30 Juin 1702. à l'âge de 82 ans , mourut à
Paris en la Maison des Filles de S. Thomas ,
Fauxbourg S. Germain , dans la 78. année de
son âge , et le lendemain elle fut inhumée , suivant
sa volonté , au Cimetiere des Pauvres de la
Paroisse de S. Sulpice. Elle étoit soeur de René
François de Beauvau , Archevêque de Narbonne ,
et Commandeur des Ordres du Roy.
Le 3. mourut Pierre - Nicolas de la Follye
Président , Trésorier de France au Bureau des
Finances de la Géneralité de Paris , où il avoit
été reçû en 1729.
Le 7. Claude Barroyer , ancien " Avocat an
Parlement , où il avoit été immatriculé le 22
Février 1677. et ancien Bâtonnier , l'un des
premiers Consultans du Barreau , mourut subitement
d'une attaque d'apoplexie , àgé d'environ
78. ans
Le 10. D. Marie Madeleine le Tellier de Bar
besieux , épouse de François Duc d'Harcourt
Pair de France , Chevalier des Ordres du Rei
Capitaine d'une Compagnie de ses Gardes du
Corps , et Lieutenant General des Armées , avec
lequel elle avoit été mariée le 31. Mai 1717.
mourut à Paris après une longue maladie de poitxine
, âgée d'environ 37. ans ,
et le 12 au soir
SO
614 MERCURE DE FRANCE
son corps fut transporté de S. Sulpice sa paroisse
en l'Eglise des Capucins , pour y être inhumé
dans la sepulture de sa Maison. Elle étoit fille
aînée de Louis-Marie- François le Tellier , Marquis
de Barbesieux , Commandeur et Chancelier
des ordres du Roi , Secretaire d'Etat ayant le département
de la guerre,mort le 5.Janvier 1701.Et
de Marie -Thérese Delfine Eustochie d'Alegre , sa
seconde femme morte le 29. Octobre 1706. Elle
a eu pour enfans , Françoise Claire d'Harcourt ,
née le 12. Mai 1718. Angelique Adelaide d'Harcourt
, née le 30. Août 1719 Gabriele Lidie
d'Harcourt , née le 21. Decembre 1722 . Et
Louis- François d'Harcourt , né le 6. Octobre
1728.
Le 12. D. Marie- Louise de Laval , épouse
d'Antoin Gaston Jean- Baptiste , Duc de Roque-
Faure et du Lude , Prince de Montfort , Marquis
de Biran , de Puiguilhem et de Lavardens , Comte
d'Astarac , de Gaure et de Pontgibaut , Baron
de Capendu , Montesquiou , S. Barthelemi , Cancon
, Casseneuil , Champheurier , Pradines ,
Bizaudon , du Montel de Gelat , du Rocher &c.
Maréchal de France , Chevalier des ordres du
Roi , Gouverneur des Ville et Citadelle de Leittoure
, et ci - devant Commandant en chef pour
S. M. en la province de Languedoc , avec lequel
elle avoit été mariée le 20 Mai 1683. mourat
à Paris agée d'environ 78 ans étant née en
1657. Elle avoit été premiere fille d'honneur de
feue la Dauphine , ayeule du Roi Louis XV. Et
elle étoit fille de Guy de Laval , Marquis de Lezay
, Baron de la Plesse , Seigneur de la Motte-
Clerambaut , Grand Chambellan , de Gaston Jean-
Baptiste , fils de France , Duc d'Orleans , et de
Françoise de Sesmaisons. Elle ne laisse que deux
filles
MARS. 1735 615
les qui sont Françoise de Roquelaure , ma
riée le 29 Mai 1708. avec Louis Bretagne
Alain de Rohan-Chabot , Prince de Leon , Duc de
Rohan , Pair de France , Comte de Porhoët , et
dont elle a le Duc de Rohan , Colonel du Régiment
de Vermandois , le Vicomte de Porhoët ,
fe Chevalier de Rohan , et trois filles , dont l'ai
née est Religieuse à la Madeleine de Trénel , et
Elizabeth de Roquelaure , mariée le 1. Mars
1715. avec Louis de Lorraine sire de Pons ,
Prince de Mortagne , Souverain de Bedeilles
Marquis de Mirambeau et d'Ambleville & c . Che
valier des ordres du Roi , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie petit vieux corps , et Briga
dier des Armées de S. M. dont elle a le Comte
de Marsan , la Comtesse de Belalcazar et deux
autres filles .
›
>
>
Le Mars Jean-Louis Guillemin de Courchamp
Igny , Seigneur Vicomte de Passy sur Marne ,
Courcelles , Rozoy , Violennes , S. Aignan ,
Saconnay et la Chapelle Mondon , Ancien Maître
d'Hôtel du Roi , charge en laquelle il avoit
été reçu en 1683. ci - devant Colonel du Régiment
de Touraine , et auparavant Capitaine dans
celui de Piemont , mourut dans une âge avancé,
Il étoit second fils de feu Jean Guillemin , Seigneur
de Courchamp , Conseiller Secretaire du
Roi , Maison Couronne de France et de ses Finance
, et Fermier General de S. M. mort le 26.
Mai 1694. Et de Marie Bouilliant , et il avoit
épousé Marie- Claire- Madeleine de Guiry , fille
de Hector de Guiry, Seigneur de Roisieres,Lieutenant
General pour le Roi au gouvernement
du pays d'Aulnis Gouverneur des Tours et
Chaines du Havre de la Rochelle , et aupara
van Enseigne des Gardes du Corps de S. M. Et
,
346 MERCURE DE FRANCE
de Claire Guillory. Il en a laissé Louis Guille- ·
min d'Igny , ci-devant Capitaine de Cavaleriedans
le Régiment de Toulouse , Maître d'Hôtel
du Roi , Charge à laquelle il avoit été reçu en
survivance de son pere..
Le 13 Guillaume le Brun , Marquis d'Inteville ;
Seigneur de Juvencourt. , ci devant Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment Colonel General
de la Cavalerie Legere de France , appellé la ·
Cornette blanche , dont il avoit eu l'agrément au
mois de Decembre 1702. et dont il se demit au
commencement de l'année 1711. mourut à Paris
âgé de 61 ans Il étoit fils unique de feu Jean
le Brun , Seigneur du Breuil , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , et Presidents
au Grand- Conseil , Garde des Rôles des Offices
de France , et auparavant Secretaire du Roi , et
Conseiller au Parlement de Paris , mort le cinq
Juin 1676. Et de D. Helene de Besançon , sa
veuve qui épousa en secondes noces le 14.Juillet
1688. Louis-Charles , Prince de Courtenay
Comte de Cesy , et mourut le 1. Decembre 1713
ayant eu de son deuxième mari , Helene de
Courtenay , née le 7. Avril 1689. et mariée le
5. Mars 1712 avec Lous Benigne de Bauffre--
mont , Marquis de Ciervaux , Comte de Poli-
&c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
gny ,
d'Or , Maréchal
de Cimp
des Armées
du Roi .
Le Marquis
d'Inteville
avoit épousé
au mois de
Fevrier
1706.
Elizabeth
Quantin
de la Vienne
,
file de feu François
Quintin
de la Vienne
Marquis
de Champcenest
, premier
Valet
de
Chambre
ordinaire
du Roi , et d'Elizabeth
Orceau
, sa seconde
femme
. Il en avoit eu 14. enfans
, dont il n'en reste plus que 7. trois fils , et
quatre
filles , dont les trois dernieres
sont Chanoinesses
'MARS. 617 173 .
"
oinesses aux Dames de Montigni en Franche-
Comté.
" Le 16. Jaques Jametz de la Rivaudais de :
Nantes en Bretagne , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes , reçu à cette charge le
10 de Septembre 1726. mourut , laissant une
veuve d'environ 28. ans , et sans enfans , fille
du Président Cavelier , de Rouen .
Le 16. Pierre Moreau , Seigneur de Morcoux ,,
de Lepanaux , & c. Tresorier Payeur des gages
des Secretaires du Roi , établis en la Chancellerie
, près le Parlement d'Aix , et Caissier de l'extraordinaire
des Guerres mourut à Paris.
Le 27. Jean de Bar , Ecuyer Seigneur de Regnault
le Chatel , ancien Conseiller au Présidial
de Chaalons en Champagne mourut à Paris .
âgé de
"
75. ans .
›
Le 1. Mars , Charles - Auguste de Rochechouars
de Mortemart , Duc de Rochechouart , Pair de
France , Comte de Bizançois , Grand d'Espagne ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
Prince de Tonnay- Charente , Mestre de Camp .
du Régiment de Mortemart Infanterie , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Chevalier des ordres du Roi
Lieutenant General de ses Armées , & c . et de feue
D Henriette de Beauvilliers , épousa D. Augustine
de Coetquen de Combourg , fille de feu Jules
Malo de Coetquen de Combourg , Gouverneur
en survivance des Ville Château , et Citadelle
de S. Malo , et de D. Marie-Eizabeth Nicolai
Epouse en seconde noces de M. le Duc de
Mortemart.
Joseph - Joachim - Thomas de Coborn , Marquis de
la Palun , &c. Gouverneur de Bourbon , et de
lax
318 MERCURE DE FRANCE
la ville et principauté d'Orange , ci-devant Ca
pitaine des Gardes du Comte de Charolois , épou
sa le mois dernier , Marie - Louise Elizabeth Hennequin
de Charmont , veuve de Joseph de Trudaine
, Cominandeur de l'ordre de S. Louis ,
Brigadier des Armées du Roi , et Capitaine des
Gendarmes de Bretagne . Elle est fille unique de
Joseph Antoine de Charmont , qui après avoir
été Page du Roi,fut Capitaine dans son Régiment,
où il servit avec distinction ; ayant pris depuis
le parti de la Robbe , il fut Procureur General au
Grand Conseil , sur la demission de son Pere. II
fut nommé en 1701. Ambassadeur à Venise , où.
il fit son entrée le 29. Avril 1703 .
La Maison de Cohorn est originaire de Suede ,
et quoique nous ayons déja fait mention de cette
Maison en 1725. dans l'article de Rome , à l'occasion
de la nomination de l'Abbé de la Palun
P'Évêché de Vaison , nous ajouterons içi , que le
premier de cette Maison qui soit connu , est
Eric , quien l'an ror . reçut le Batême à la suite
d'Olaüs second du nom , Roi de Suede , qui se
fit batiser à Husbye par David , un des Prêtres
qu'Ethelred , Roi d'Angleterre lui avoit envoyé
pour convertir son Royaume à la Religion Chretienne
on conserve encore à Husbye la liste des
Courtisans qui recurent le Butême en mêmetems
que le Roi Olaus ou Eric . Cohorn est des
premiers , Toussaints de Cohorn , General de la
Cavalerie Suedoise , Resident à Upsal en 1400.
eut d'Yolande Munken son Epouse , Frederic
Christian et Pierre. Ce dernier suivit le parti de
Christian premier , Roi de Dannemarcx et de
Suede , qui fut deffait en 1470. par Stenonstare
son competiteur , et Regent de la Couronne de
Suede , lequel l'obligea de repasser en Danne
marck
MARS. 619 1735.
marck. Pierre de Cohorn le suivit dans ce Royaume
où il fut fait Chambellan et Lieutenant General.
Le Roi Christian alla à Rome en 1476.
pour s'aboucher avec le Pape Sixte IV. et mena
avec lui Pierre de Cohorn qui eut dans cette
ville un demêlé avec le fils du Comte de Scheylenbergx
, Ministre du Roi , qu'il tua , et pour
éviter le courroux de ce Prince , et ne pouvant
retourner en Suede , ayant pris un parti contraire
à Stenonsture qui y regnoit , il se mit sous la
protection du Cardinal de la Rouere , parent du
Pape , qui le mena à quelque tems de-là à Avi❤
gnon dont il avoit été nommé Evêque .
-Pierre de Cohorn y fit venir Jean son fils unique
, qu'il avoit eu d'Heleine de Caplendon , famille
Illustre de Dannemarck , pour le marier
avec Agnés de Rhodes , heritiere d'une Branche
de cette grande Maison , doù sont sorties les diferentes
branches desCohorn qui sont aujourd'hui
dans le Comtat d'Avignon.
Pierre de Cohorn avoit un frere aîné apellé
Frederic Christian , qui prit le parti de Stenonsture
, et se maria en Suede avec Suzanne Fol-
Rengicn. Il seroit trop long de mettre ici toute
la genealogie de cette branche , qui étant établie
dans les pays étrangers et hors de notre sujet , il
sufira d'aprendre qu'en 1760. il y avoit un Cohorn
, General des Hollandois qui a fait bâtir un
Fort à Namur , qu'on apelle encore aujourd'hui
le Fort Cohorn .
La Maison d'Hennequin est originaire du
Comté d'Artois. Jean le Carpentier , dans son
Histoire du Cambresis , fait mention de Baudouin
Hennequin qui vivoit en 1195 Le Roi Philipe
Auguste à son retour de la Terre Sainte
ayant porté la guerre en Flandre au sujet da
Comté
620 MERCURE DE FRANCE
X
Comté d'Artois , qui lui avoit été promis pour
la dotte d'Issabelle d'Haynaut sa premiere femme
Plusieurs familles considerables de Flandre et entr'autres
les Hennequins, vinrent en France avec
luy , et il y a plus de 400. ans qu'à Troies en
Champagne , il y a des Monuments de la pieté
et de la liberalité ds plusieurs de cette famille .
Oudinant Hennequin rendit des grands services
à l'Etat pendant la prison du Roi Jean ,
et donna de grandes preuves de sa valeur au
Camp de Breteuil , dont Charles de France Duc
de Normandie , et alors Regent du Royaume ,
voulut bien le recompenser , et reconnoître les
services par des lettres données à Melun le 23 .
Julliet 13 19. Il seroit trop long de raporter ici .
tout ce qui est arrivé de considérable soit dans
l'Eglise , soit dans l'Epée , soit dans la Robbe aux
seize Branches de cette Famille qu'il y a eu saccessivement.
On peut consulter la dessus le Dic
tionnaire de Moreri , Edition de 1732 .
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Prose , Ode
sacrée , 409
Lettre sur le flux de la mer ,
412
423 L'Homme et le Chat , Fable.
Lettre touchant quelques usages des Peuples du
Berry ,
433
Ode ,
424
Lettre de M. l'Abbé des Fontaines à M.D.L.R.
436
Les deux Epics de blé , Fable. 441
Dis>
Seconde Lettre sur les influences de la Lune, 442
Epitre à Themire , sur l'ancienne Arcadie , 455
Distours sur les Hieroglyphes , seconde partie ,
Epitre de Trottin et de Fifi & c .
461
475
477
Réponse de Chiffon à Trottin et à Fifi ,
Réfléxion sur l'ambition et sur les Grands , 479
Remerciment en Vers à Mlle de la Vigne , 487
Lettre sur la nouvelle Histoire de Franche-
Comté et sur l'ancien Château de Portus Abucini
, &c.
Enigme , Logogryphes ,
491
500
"NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS ,
&c. Le Spectacle de la Nature , 505
Oraison funebre du Maréchal de Villars , 512
Le Réveil d'Epimenide , Comedie. 519
Traité de l'Opinion &c . seconde Edition , S31
Les OEuvres de Salvien &c. 533
Nouvelle Ecole militaire & c. 534
Epigramme &c . 540
Annonciation , Estampe ici gravée ,
ibid.
Nouvelles Estampes , 541
Chanson à manger ,
544
Spectacles & c. 545
Achille et Deidamie , Extrait , 546
Nouvelles Etrangeres ,
Déclaration faites par le Primat ,
D'Allemagne , d'Italie , de Naples et Sicile , &c.
Grande-Bretagne ,
Morts , Naissances , & c .
575
580
582
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
561
570
G
Statue Equestre du Roy ,
Envoyé de Tripoli ,
586
591
195
$1
599 Vers à Madlle pour le jour de sa Fête ,
Obseques de la Duchesse de S. Aignan , & c.
Réjouissances faites à Die
Penefices donnez ,
Morts, Naissances ,
600
604
610
611
Errata de Février.
P173.1 . 18. Abdon , 1. Abbon . P. 336. 1.
Age 270. ligne 13. Ansegirelise Ansegise.
13. et 14. tracée , 1. tracé. P. 337. 1. 8. habitée
7. babité. Ibid. 1. 16. S. Domingue , / Domingue.
Ibid. Portubels , l . Porto- bello . L. 17. Quilo ,
1. Quito . P. 405. 1. derniere , ajoûtez , On écrit
que tous les Bourgeois de la Ville furent , &c.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 472. ligne 24. Briare , lisez Briarée.
P. 486. ligne derniere , gadono ., 1. godono.
P. 519. 1. 21. Quay des Augustins
chez le Breton .
La Planche gravée doit regarder la page
Le Chanson notée , la page
•
3 ajoutez
540
544
2
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AV
ROT
AVRIL. 1735.
JACOLLIGIT
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIEK,
ruë 5. Jacques.
LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU
Commis au
>
›
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mersure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL.
1735 .
*************************
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EP IT RE
De M. D. R. Capitaine d'Infanterie , sur
sa Convalescence , à M. L. J.
S
Ans moi , cher * *
L'avare Vieillard
Ramene sa Barque ;
Pour moi , de nouveau ,
La facile Parque
Tourne son fuseau.
A ij Issy
622 MERCURE DE FRANCE
Issu de Pandore ,
Un lent assassin ,
D'un feu qui dévore
Embrasoit mon sein.
Nourri dans mes veines ;
Ce subtil poison
Tenoit dans ses chaînes
Ma frêle raison ;
Son triste esclavage
M'avoit de mes sens
Usez , impuissants ,
Dérobé l'usage ;
Aux cruels soupirs ,
Mon coeur en partage ,
Traçoit des Plaisirs
Une affreuse image
A mes repentirs ;
La langueur funeste
Minant mes ressorts
A mon foible reste
Offroit mille morts,
En proye à l'injure
Que souffroient ses Loix ,
Chez moi la Nature
Oublioit ses droits ;
Sourd à ma priere ,
Le Dieu du repos ,
Versoit ses pavots
Loin de ma paupiere §
D'une
AVRIL. 623 1735.
D'une autre moitié
La tendre amitié
·
Sentoit mille allarmes ;
La juste Pitié
Me donnoit des larmes j
Un nouveau Chiron
Que le Ciel m'envoye ,
Contraint l'Acheron
De rendre sa proye.
Le puissant secours
D'un Art invincible ,
Donne un libre cours
A mon sang paisible ;
Aux pâles soucis
Sur mon teint décrits ,
Aux soins mis en fuite ,
Succede des Ris
La brillante suite.
L'Amour avec eux .
Reprenant sa place ,
D'un coeur tout de glace
Rallume les feux.
Favorable augure !
La faim qui murmure
De mes nouveaux soins ,
M'offre sans mesure
D'avides besoins
Mais ma défiance ,
A iij Regle
624 MERCURE DE FRANCE
Regle ses accès ,
Et de ma prudence
Naissent des succès ,
Que l'intempérance
Refuse à l'excès.
D'une ingrate rime
M'imposant la loi ,
Déja malgré moi ,
Ma Verve s'anime ;
Avec les Hivers
Mes maux disparoissent
Avec l'Univers ,
Mes forces renaissent ;
Des songes flateurs
M'offrent de Climene
Les traits enchanteurs ;
Le Plaisir l'amene
Et l'Amour enchaîne
Ses vaines rigueurs.
Aimable délire !
Portrait dangereux ,
Qu'un réveil fâcheux
A peine à détruire !
Mais la volupté
La plus séduisante ,
Vainement attente
Sur ma liberté ;
Sa main séductrice
Couvre
AVRIL. 1738. 625
Couvre en vain de fleurs
Les dehors trompeurs
De son précipice ;
En vain sous tes loix ,
Sirene cruelle ,
Ta perfide voix
Sans cesse m'apelle ;
J'opose aux désirs
Une Loi sévere ;
J'opose aux plaisirs
Un régime austere ;
Si l'Amour répand
Ses fausses caresses ,
Ses Roses traitresses ,
Cachent le Serpent ;
Ainsi ma sagesse
Obtiendra des Dieux-
Des jours qu'à mes yeux ;
Ami , ta tendresse
Rend plus précieux.
A iiij
LET
626 MERCURE DE FRANCE
LETTRE à M. l'Abbé Poncy de
Neuville , sur sa Piece des Adieux et
Testament d'un Sanglier occis sur la fin
de l'Automne 1734.
V
Ous avés bien choisi votre saison ,
>
Monsieur ,pour nous faire admirer
l'économie des Legs Testamentaires de
Robin . L'hyver , et sur tout le mois de
Décembre , est le temps le plus fatal à
la race Porcine ou Grunnienne . Les Anciens
ne vouloient pas qu'on perdît de
vûë ces Traditions Gauloises , et ils étoient
soigneux de les marquer d'année à autre
dans leurs Calendriers. Je viens d'en
quitter un de trois cent ans où j'ai lû
à la tête du mois de Novembre cette
Sentence : Mihi pasco Sues , et à la tête
de Décembre Mihi macto. Un autre Calendrier
de deux cent ans , fait orner le
Frontispice du mois de Décembre du
beau Vers qui suit :
Quarit habere cibum,Porcum mactando December.
Le Testament de Robin , noble Sanglier,
que vous aves publié dans le second
volume du Mercure de Décembre dernier
AVRIL: 1735 627
nier , m'a rappellé celui de Grunnius Corocotta
, qu'on lit dans un Livre qui n'est
pas commun. J'ai cru depuis que j'ai fait
la lecture du Testament de Robin , qu'il
seroit bon que le Public fût aussi informé
de celui de Grunnius , afin qu'on puisse
décider en cas de besoin , lequel des
deux, de Robin, ou de Grunnius , avoit le
plus d'esprit
de
ces
Grunnius Corocotta ne fut pas
Personnages communs de l'Arcadie. Vous
verrés dans son Epitaphe le grand nombre
d'années qu'il a vécu . Il avoit eu le
loisir d'apprendre à bien rédiger son Testament
, et on diroit en le lisant qu'au
moins vers la fin de ses jours il avoit
été en commerce avec Minerve , et qu'il
s'étoit quelquefois apliqué à l'étude dans
son toit. Rien de mieux ordonné que:
la distribution de tout ce qu'il possedoit .
il y a un legs pour chacun dans sa condition
, depuis le plus petit jusqu'au plus
grand . Ecoutés l'histoire douloureuse de
sa mort , telle que Fabricius l'a trouvée
gravée, et que Gruter (a ) l'a raportée
après lui ; et pesés ( je vous prie ) avec.
attention les articles de son Testament-
(a ) Gruter in fine Tomi primi , pag. XVIII
A Y I
28 MERCURE DE FRANCE
M. Grunnius Corocotta Porcellus Testamentum
feci , quod quoniam manu scribere
non potui , scribendum dictavi.
Magirus Cocus dixit : Veni huc eversor
domi , soli versor, fugitive porcelle ; ego hodie
tibi vitam adimo . Corocotia porcellus dixit :
si qua feci , si qua peccavi , si qua vascula
pedibus meis confregi ; rogo Domine
Coce , veniam peto , roganti concede.
Magirus Cocus dixi Transi puer , adfer
mihi de culina cultrum , ut hunc porcellum
faciam cruentum. Porcellus comprehenditur.
A famulis ductus sub die XVI. Calendas
Lucerninas ubi abundant cyna Clibanato
et Piperato Consulibus , ut vidit se moriturum
esse hore spatium petiit , Cocum
rogavit ut testamentum facere posset. Inclamavit
ad se suos parentes , ut de cibariis
suis aliquid dimitieret eis. Qui ait :
,
Patri meo Verrino Lardino do , lego dari
glandis modios XXX.
Matri mea Veturrine scrofa do , lego dari
Laconica siliginis modios XL .
Sorori mea Quirine in cujus votum interesse
non potui do , lego dari hordei modios
X X X.
De meis visceribus dabo , donabo į
Sutoribus , setas :
Rixatoribus , capitinas :
Surdis , auriculas :
CanAVRIL.
1735 629 .
Causidicis et verbosis , linguam :
Bubulariis ; intestina :
Esitiariis , femora :
Mulieribus , lumbulos :
Pueris , vesicam :
Puellis , caudam :
Cinadis , musculos ;
Cursoribus et venatoribus, talos ;
Latronibus , ungulas.
Et nec nominando , Coco do , lego ac dimitto
popam et pistillum que mecum detuleram
à querceto usque ad haram. Liger
sibi collum de reste.
Volo mihi fieri monumentum ex literis
aureis scriptum.
M. Grunnius Corocotta.
Optimi amatores mei , vel consules vita
rogo vos ut corpori meo benefaciatis , bene
condiatis de bonis condimentis nuclei piperis
et mellis , ut nomen meum in sempiternum
nominetur. Mei Domini et conse
brini qui huic meo testamento interfuistis ,
jubete signari.
Lucanicus signavit..
Tergillus signavit .
Nuptialicus signavit.
Celsanus signavit.
Offellicus signavit.
Lardio signavit.
Cymatus signavit.
A vi P
630 MERCURE DE FRANCE
Porcellus vixit annos D CCC XCVIII. S.
Quod si semis vixisset , mille annos implesset.
Il me paroît que cette Inscription mériteroit
au moins un aussi ample Commentaire
que celui qu'on nous a donné
sur l'Acte d'éntrée de la Chevre au Parlement
, dans la continuation des Mémoires
de Litterature de l'an 1728. qui
est plus connu sous le nom de Lantran . (a)
Outre les noms propres contenus dans
l'Histoire de l'apréhension corporelle du
pauvre Corocotta , il n'y a guere de mots
dans les Articles du Testament , qui ne
méritent un Commentaire d'une page ;
sçavoir , une demie page pour illustrer
les qualitez des Légataires , et autre demie
page pour faire connoître l'espece
et la valeur du Legs. Il y a entre autres
un fameux Legs pour les querelleurs qui
demande une plus longue explication ,
atrendu que le terme par lequel il est
exprimé , ne se trouve ni dans les Dictionnaires,
ni dans les Glossaires : Les Légataires
des Cuisses ou Fesses du pauvre
Corocotta , sont dans le même cas ; ils ne
sont connus par aucuns Livres. C'est sur
quoi brillera , sans doute , l'Erudition du
Commentateur ; et déja pour ma part
( a ) Tome VI. Part. II. pag. 1.
jo
AVRIL. 1735. бут
je m'attends d'être critiqué au sujet d'une
transposition que j'ai faite en vous
envoyant cet Extrait Mortuaire.
Je ne parle pas des noms des témoins dur
Testament ; ils sont aussi curieux à expli
quer que l'est la substance de l'Acte ,
et il n'y en a pas un , où quelque Grammaitien
avide d'écrire , ne mît une Note
d'une bonne page . En cas de Commentaire
, je suplie très - sérieusement ,
et raillerie à part , celui qui prendra la
plume en main , de nous apprendre sur
quoi Gruter est fondé , lorsqu'il dit que
S. Jérôme fait mention de Grunnius Porcellus
, dans son Proemium sur Isaïe . Je
trouve bien dans les Ouvrages de ce
saint Docteur quelques peintures desho
norantes d'un certain Grunnius de
l'espece apparemment de ces gens qu'on
entend toujours grognans dans les ruës ,
dans les Eglises , dans leurs maisons : c'est
le naturel , dit- on , des gens , mais le fond
en est bon . Les anciens disoient la même
chose du Porc ; mais d'autres ont ajouté
en explication , que s'il y a du bon dans
le Porc , ce n'est qu'après sa mort. Autre
matiere pour le Commentateur . Mais
que ne dira- t'il point encore sur le nom:
Verrinus , que portoit le pere du pauvre.
défunt Cochon , sur tout s'il interroge
>
nos
632 MERCURE DE FRANCE
nos Champenois ? Car ils apellent les
Porcs du nom de Ver ou Verat. Il y
aura là de quoi détailler bien de l'érudition
étymologique , aussi- bien que sur
Lardinus , qui étoit son surnom . Je suis
Monsieur , & c.
Ce 31. Janvier 1735-
CHANSON.
Sur l'Air : Réveillés -vous, belle Endormie.
Nos plaisirs seront sans allarmes ,
Chers Amis , buvons nuit et jour ,
Bacchus nous fait verser des larmes
Plus douces que celles d'Amour .
Rien , à mon sens , n'est plus aimable
Que ce jus charmant et divin ;
Ne sortons pas si - tôt de table ,
Demeurons y jusqu'à demain.
諮
Une Iris charmante et cruelle ,
De nos ans abrége le cours ;
Le vin éclaircit la prunelle ,
Sa douceur prolonge nos jours,
Qué
AVRIL. 1735. 633
Que tardons-nous , cher Camarade ,
Buvons vingt coups le verre plein ;
Commençons par cette rasade ,
A noyer l'Amour dans le vin.
諾
Mêlons les plaisirs de la vie
Prenons le verre d'une main ;
De l'autre , caressons Silvie ;
Est- il un plus charmant destin !
M. de Glat.
LETTRE écrite de la Rochelle , le
12. Mars 1735. par M. D. C. de l'Académie
de la Rochelle , à M. F. Avocat
au Parlement de Paris.
Es soins que vous vous êtes donnés ,
Lettres Patentes de notre Académie , au
Parlement , et l'interêt que vous continués
d'y prendre , méritent bien que
je vous fisse le détail que vous me demandés
; par là je satisferai en mêmetemps
votre curiosité et mon inclination ;
les autres compagnies auxquelles je suis
associé , me font , sans doute , beaucoup
d'hon34
MERCURE DE FRANCE
d'honneur , mais je trouve dans celle- cy
une gloire plus délicate ; le hazard ou
la fortune donnent les Charges , il semble
que le mérite seul fasse un Académicien
..
Vous avés vû par la Liste attachée aux
Lettres Patentes , que nous avons deux
sortes d'Académiciens , d'Honoraires et
de Titulaires. Le Doyen du Chapitre et
celui du Bureau des Finances , partagent
aujourd'hui le premier Titre avec M. l'Evêque
M. le Gouverneur, etM. l'Intendant.
Le nombre des Titulaires est presque complet
, l'Eglise , l'Epée , la Robbe, nous ont
fourni les Sujets qui manquoient d'abord
ou que la mort a enlevé, depuis notre établissement.
La protection auguste dont nous sommes
honorés , nous laisse dans cette indépendance
si nécessaire pour ne ceder dans
le choix que nous faisons à aucune impression
de puissance ou de faveur ; chacun
trouve un ami dans son nouveau
Confrere , et jamais un Rival. Comme
les moeurs forment le premier degré du
mérite , nos liaisons particulieres sont
aussi douces qu'elles seront durables.
L'assiduité aux Assemblées passe pour
un devoir qu'il est honteux de ne pas
remplir avec exactitudesensorte que, quoique
AVRIL. 1735. 635
1
que plusieurs d'entre nous soient attachez
à des fonctions pénibles , ils ont
cependant trouvé l'Art de multiplier
leur temps avec leurs travaux.
Vous sçavés , Monsieur , que la Critique
fronde volontiers les occupations
des Corps Academiques ; le progrès du
goût échappe au vulgaire , et donne un
avantage apparent à sa malignité , parce
que les fruits en sont lents et comme
imperceptibles. L'Académie de la Rochelle
est en droit de mépriser le frivole
d'une pareille censure , par le but
qu'elle se propose , c'est l'Histoire de sa
Ville et de sa Province ; mais cette entreprise
demande un temps considerable;
les révolutions qui ont agité la Rochelle
depuis deux siecles , lui ont enlevé presque
tous ses enseignemens particuliers ;
ensorte que la recherche des materiaux
coutera plus que la construction de l'Edifice
; cependant un de nos Mrs a déjà
rassemblé une assez grande quantité de
Titres et de Manuscrits originaux.
Cet objet principal n'occupe pas tout
le temps destiné pour nos séances , on
y examine quelquefois les Pieces nouvelles
en tout genre de Litterature qui
paroissent le mériter , celles qui partent
de l'Académie Françoise y sont lûës avec
les
636 MERCURE DE FRANCE
les aplaudissemens et la discrétion qu'on
doit au premier Tribunal Litteraire de
l'Europe ; plus souvent quelqu'un de
nous y apporte son tribut en Prose ou
en Vers , dont le sujet regarde toujours
les Belles Lettres ou les moeurs . Nos Muses
y celebrent à l'envi notre auguste Protecteur
, ell s chantent cette valeur naissante
que le Rhin voit depuis deux ans
avec étonnement et qui suit déja de si
près celle des Héros ses ayeux , les Condés
et les Contis .
Continués , je vous prie , d'avoir pour
moi ces sentimens d'amitié qui me sont
si chers , et soyés bien persuadé que je
serai toute ma vie avec l'attachement le
plus sincere , Monsieur , & c.
ISRAEL , témoin paisible des Playes
dont l'Egypte est frapée.
OD E.
En l'honneur de Marie , exempte de la
Playe hereditaire , & c. Couronnée an
Palinod de l'Université de Caën le 8.
Décembre 1734.
LOIN de ces fertiles Vallées ;
Où le Jourdain roule ses Eaux ,
Jusqu'à
AVRIL. 1735- 637
}
}
Jusqu'à quand, Tribus exilées ,
Serons- nous le jouet des maux ?
Et toi , du Peuple saint l'azile ,
Grand Dieu , vois - tu d'un oeil tranquille
Nos mains aux fers , nos yeux en pleurs ;
N'es tu donc plus qu'un vain refuge ,
Et non le Dieu qui voit , qui juge
Et qui frappe les oppresseurs
M
Ainsi sur ses Rives améres ,
Le Nil ouit plus d'une fois
Israël au Dieu de ses Peres ,
Adresser sa plaintive voix.
Viens , disoit- il , et si ta gloire
Doit à ton Peuple la victoire ;
Roy des Rois , rends - nous triomphans.
Si le nom de Pere a des charmes ,
Pour des Orphelins prends les armes ;
Ces Orphelins sont tes Enfans.
讚
Crois- tu donc que ton Dieu sommeille ?
Non , Israël , il ne dort pas.
A tes cris il prête l'oreille ;
Il marche et la Mort suit ses pas.
L'Eternel (a) vole à ta défense.
Un homme armé de sa puissance ,
(a) Qui est misit me ad vos. Ex.
Vient
638
MERCURE DE FRANCE
Vient d'être fait le Dieu ( a ) des Rois.
Et la Nature assujettie ,
Eprouvera dans ta sortie
Que rien ne résiste à ses Loix.
粥
Je le vois , ce Vengeur sévere ,
Qui sonde les reins et les coeurs ,
Prendre la Coupe de colere
Dont il enyvre les Pécheurs.
Dès que sur eux sa main lassée ,
Du haut du Trône l'a versée ,
Le temps de la pitié n'est plus.
Mille genres d'affreux suplices
Les livrent avec leuts Complices
A mille regrets superflus.
Déja dans la main de Moïse ,
La Coupe terrible a passé.
L'Egypte à ce Mortel soumise ,
En lui trouve un Dieu courroucé.
Jaloux de servir sa vengeance ·
Cent fleaux dans l'obéissance ,
N'attendent que l'ordre fatal.
O Ministres épouventables !
O Juge , ô tourmens redoutables !
Juste Ciel ! jentends le signal.´
(a ) Constitui te Deum Pharaonis.
Proc
AVRIL.
630 1735
Près de toi . grand Dieu , (a ) la poussiere
Peut-elle encore avoir accès ?
Attens , du vin de ta colere ,
Suspens les tragiques effets .
A l'aspect de ce noir Orage ,
Si Pharaon pleuroit sa rage
Et son aveugle impieté ;
Ses pleurs .... Mais non , le Frénetique
Des Rocs de la brulante Afrique
Surpasse encor la dureté .
Un sang
M
Le Nil frapé , soudain se change ,
infect comble ses bords.
Le Fleuve effrayé sur la fange ,
Voit par milliers ses Hôtes morts .
Quels Escadrons couvrent la Terre !
De vils Insectes font la guerre ,
Au Rival du Dieu des Combats.
Il craint leurs épaisses cohortes ;
C'est Dieu seul qui les rend si fortes ,
C'est ce Dieu seul qu'il ne craint pas.
Cieux trop bravez , sur ce Rebelle ,
Déchargés des coups plus puissants.
Tonnés , frappés ; peste cruelle ,
( a ) Loquar ad Dominum cum sim pulvis et
sinis. Gen.
De
640 MERCURE DE FRANCE
De Troupeaux dépeuple ses Champs.
Ulceres , Foudres , Grêle , Orages ,
Venés , signalés vos ravages.
Soleil , retire ton flambeau ;
Anges , volés : Aux yeux des Peres ,
Faites passer du sein des Meres ,
Leurs premiers nez dans le Tombeau.
M
C'en est fait , l'Egypte éplorée
N'est plus qu'un Théatre d'horreurs.
Gessen , plus heureuse Contrée ,
Est à l'abri de ces fureurs .
Consolé par tes vaines larmes ,
Tyran , Jacob voit sans allarmes ,
Pleuvoir tant de fleaux divers.
Un Dieu rend Jacob intrépide ,
Et fait par le glaive homicide
Dans ta chute (a) tomber ses fers.
ALLUSION.
Soustraite seule au dur Empire
Dont tout Mortel naît le sujet ,
Vierge , des accords de ma Lyre ,
Ton Privilege fut l'objet
Pécheur même avant que de naître ,
( a ) Vocatis Pharao Moyse et Aaron ait surgite
et egredimini.
L'homme
A VRIL.
641 1735.
Lhomme (4) meurt dès qu'il reçoit l'Etre ;
Tu reçus l'Etre sans mourir.
Comment la Playe hereditaire
Eût-elle osé blesser la Mere
Du Dieu qui venoit nous guérir
J ****** de l'Oratoire, à Riom .
(a) In Adam omnes moriuntur . 2. Cor.
ののね
LETTRE de M. D. L. R. sur le
111. Volume des Ordonnances de nos
Rois de France de la troisiéme Race.
J
E croyois , Monsieur , n'avoir pas
oublié dans notre correspondance Litteraite
, de vous parler du III. Tome
des Ordonnances de nos Rois . Vous me
rapellés fort à propos le souvenir de ce
magnifique Ouvrage , lequel a changé
de main depuis la publication des deux
premiers Volumes . Il s'agit aujourd'hui
de vous rendre compte de celui qui a
suivi. En voici d'abord le Titre entier .
ORDONNANCES des Rois de France
de la troisiéme Race , recueillies par
ordre Chronologique , troisième Volume
, contenant les Ordonnances du Roy
Jean
642 MERCURE DE FRANCE
1
Jean , depuis le commencement de l'année
1355. jusqu'à sa mort , arrivée le
8. Avril 1364. avec un Supplément pour
toutes les années de son Regne . Par
M. SECOUSSE , ancien Avocat au Parlement
, et Associé à l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres . In folio.
A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
M. DCC. XXXII pp. 694. sans la
Préfice et plusieurs Tables.
›
Tout le Monde est déja prévenu en
faveur de cette grande Compilation , et
on en reconnoit tous les jours le mérite
et l'utilité. Elle a été commencée et conduite
jusqu'au II . Volume par M. de
Lauriere , décedé au mois de Janvier
1728. et elle est heureusement continuée
par M. Secousse , qui outre la grande
part qu'il a euë à l'Edition du II. Volume
, fait aujourd'hui au Public un présent
de son propre fond , en lui offrant
le III . Tome dont il s'agit ici . On peut
dire le nouvel Auteur marche , nonque
seulement avec succès sur les traces de
son Prédecesseur , mais qu'il le surpasse
même en plusieurs choses . Non content
des Notes qui sont imprimées au bas des
pages , comme dans les Volumes précedens
, il a encore chargé les marges de
celui- cy d'un grand nombre d'autres Notes
AVRIL. 1735.
643
, tes moins étendues mais qui servent
merveilleusement , les unes à l'intelligence
du Texte , les autres à entendre les
vieux mots François ; d'autres supléent
ou restituent des mots entiers , omis ou
alterez dans le même Texte.
Une Préface de 120. pages , toute
remplie de sçavantes et curieuses Observations
d'Histoire , de Critique , & c. fait
connoître d'avance la vaste matiere des
Ordonnances comprises dans ce troisiéme
Volume. Ces Observations , relatives
aux differens sujets traitez dans les Ordonnances
, regardent particulierement
leur date , puis les Guerres Privées , l'Arriere
- Ban , les Assemblées des Etats , les
Monnoyes , & c.
Entre ces differens Sujets , celui qui
concerne l'Arriere- Ban m'a paru également
curieux et important , à cause du
rapport qu'il a avec notreHistoire, et avec
la discipline Militaire , à l'égard sur tout
de la Noblesse du Royaume , & c. Cette
matiere , malgré son importance , n'avoit
pas , selon notre Auteur , encore été aussi
aprofondie qu'elle le mérite. Il paroît
qu'il a donné là- dessus une attention particuliere
à l'occasion de l'Ordonnance du
Roy Jean du 28. Décembre 1355 .
L'Article XXV I. de cette Ordonnan.
B ce
644 MERCURE DE FRANCE
ce contient differentes dispositions par
rapport
à l'Arriere- Ban , 1 ° . que le Roy
seul en personne et son Fils Aîné , pourfont
convoquer l'Arriere- Ban , 2 ° . que
le Roy n'assemblera l'Arriere - Ban que
dans le cas de nécessité ; * et après une
mûre déliberation , 3 ° . le Roy , sous certaines
modifications , remet les peines
encouruës par ceux qui n'ont pas été au
dernier Arriere-Ban . Une partie des dispositions
portées dans cet Article , est
renouvellée par l'Article XXXII . de l'Ordonnance
du mois de Mars 1356. Toutes
ces dispositions donnent lieu à plusieurs
Observations importantes , à des
Notes judicieuses et instructives sur le
sujet en question.
Par exemple , dans l'Article cité de
l'Ordonnance de 1356. il est dit que par
la mauvaise Ordonnance de faire crier les
Arriere- Bans , plusieurs personnes qui
n'y sont point venues ont été poursuivies
en Justice. Notre Auteur , dans une
Note sur cet Article , croit que par ces
mots on pouvoit entendre que la convocation
des Arriere- Bans n'avoit pas
été faite avec les formalitez nécessaires
* L'Ordonnance du mois de Mars 1356. porte
que ce ne sera qu'après une Bataille dans le cas
d'une évidente nécessité , ¿e,
enAVRIL.
1735. 645
ensorte que plusieurs personnes n'avoient
pas sçû qu'ils eussent été convoquez ,
Peut-être aussi , ajoûte- t'il , que par ces
mauvaises Ordonnances de faire crier les
Arriere- Bans , il faut entendre les Proclamations
publiées par l'ordre de gens
qui n'avoient pas le droit de convoquer
l'Arriere- Ban , et auxquels tous ceux qui
étoient tenus au Service Militaire , n'avoient
pas crû être obligez d'obéïr.
C'est tout ce qui se peut dire de plus
judicieux sur un point qui paroît assez
embarrassé.Quoiqu'il en soit je saisis avec
plaisir cette occasion , engagé par la conformité
la curiosité et par du Sujet , pour
vous faire part d'une Piece originale qui
m'est tombée entre les mains et qui peut
faire connoître quelle étoit à peu près
la formule ordinaire de la convocation
de l'Arriere- Ban vers le milieu du XIII.
siecle. Elle peut aussi donner quelque
connoissance de l'Histoire Militaire de
ce temps - là. Voici le contenu de cette
Piece.
De par mo Seignor Alphons , Conte de
Poeters.
Nré ame e feal é no de Dieu a vos
me ( 1 ) reade tat q fair se puet ci nos
( 1 ) A vous je me recommande,
Bij faizons
646 MERCURE DE FRANCE
faizons sauer qnoyze seit mue ét ( 2 )
nré Cosein de la Marche e nos e auos (3)
talet de ly mouer guerre e debat (4)
éfōdre o leide de nre Seignor le Rey ( 5 )
preceu uos mados qa ure poeir (6 ) ucignez
a nos ó (7) to harneis q a Chevaler
aptéit et a ceu ne faiglez e nos uos á
scaros gre et de tot nré poeir ( 8 ) e chevace
no lo cognoistrons tant e si for q
sere (9) cotant de nos. Done a Poeters
lo ior ( 10 ) dauat la tifaine M. CC. XLI.
Alphons. Au dos est écrit : A nre ame
feal gerards calains. Et au côte oposé
on lit ces mots d'une main differente : Lré
de Monseigneur le Conte de Poitiers
pour Gerar Calain.
Cette Lettre est très- bien écrite sur
un carré de parchemin qui se plioit en trois
et se fermoit par des lacs de soye, auxquels
pendoit , sans doute , le Sceau des Armes
du Prince , qui a été enlevé. Je vous communiquerai
cet Original quand vous voudrés
, et à tous ceux qui en seront curieux.
( 2 ) Entre. ( 3 ) Avons envie.
( 4 ) Débat enfondre , c'est une répetition de
Houer guerre.
( s ) C'est pourquoi . (6) Pouvoir.
(7 ) Avec l'Equipage convenable d'un Chevalier
( 8 ) Pouvoir et chevance.
( 9 ) Content .
( 10) La veille de l'Epiphanie on des Rois.
AVRIL. 1735.
647
>
Il n'est presque pas nécessaire de vous
faire un Commentaire Historique sur
cette Lettre . Vous reconnoîtrés d'abord
que le Prince dont elle porte le nom
est ALPHONSE DE FRANCE , l'un des neuf
Fils de Louis VIII. et de Blanche de Cas
tille Frere par consequent du Roy
S. Louis , lequel » l'an 1240. dit Meze-
>> rai , ayant assemblé la fleur des Barons
net de la Chevalerie de son Royaume
» à Saumur , donna la Ceinture de Che-
» valier à son frere Alphonse ( dont le
Mariage avoit été peu auparavant ac-
» compli avec Jeanne , Fille et heritiere
du Comte de Toulouse ) et le partag
gea des Comtés de Poitou et d'Auver-
» gne , et de tout ce qui avoit été conquis
en Languedoc sur les Albigeois.
Le même Historien nous aprend le
sujet et les suites de la guerre pour laquelle
le Comte de Poitou assembloit
la Noblesse de ses Etats , et quel étoit
le Prince qu'il nomme dans sa Lettre de
Convocation notre Cosein de la Marche.
Voici les termes de notre Historien .
» Hugues , Comte de la Marche , àમ
» son malheur , avoit épousé Isabelle
» veuve du Roy Jean , qui la lui avoit
ravie autrefois. L'orgueil de cette fem-
» me ne permettoit pas qu'il rendît hom-
B iij » mage
648 MERCURE DE FRANCE
,
mage à Alfonse , nouveau Comte
» de Poitou , le Roy entreprit de l'y
» contraindre , emporta d'abord plusieurs
» de ses Places et les démolit , Fontenay,
» entre autres où son Frere Alfonse
» avoit été blessé d'un coup de Trait, & c.
» Le Comte et son orgueilleuse Femme
> contrainte d'oublier qu'elle avoit été
» Reine , ne trouverent de salut qu'aux
» pieds du Roy. Ils éprouverent qu'il étoit
» aussi bon que vaillant .... Il lui par-
» donna à elle et à son Mari , retenant
seulement trois de leurs Places , jus-
» qu'à ce qu'il fût plus assuré de leur obéïs-
» sance.
D'autres Sujets curieux et interessants
traitez dans ce même volume des Or
donnances et éclaircis par de sçavantes
Notes , mériteroient ici une attention
particuliere , si les bornes d'une Lettre
pouvoient me le permettre. Je me contenterai
de vous faire remarquer ce que
l'habile Editeur a observé au sujet du
jour des Etrennes , terme qui se trouve
employé dans deux Ordonnances.
La premiere de Charles , * Régent du
Royaume , du mois de Janvier 1358 .
CHARLIS , Ainé Fils du Roy de France , Regent
le Royaume , Duc de Normandie et Dauphin
de Viennois. Il étoit Fils du Roy Jean.
intitulé
AVRIL. 1735. 649
intitulée , Lettres concernant les Privileges ,
Droits et Prérogatives , et la Jurisdiction
du Concierge du Palais à Paris , contient
entre autres Articles la disposition qui
suit.
» Item. Ledit Concierge , à cause de
» ladite Conciergerie , peut et doit met-
» tre au Palais , et ès Allées de la Mer-
» cerie en haut et en bas audit Palais
»tels Merciers ou Mercieres que bon lui
» semble ou à ses Officiers ..... Et s'il
>> advient que lesdits Merciers dudit Palais
, veulent faire ensemble ou chacun
» par soy , aucune courtoisie une fois en
» l'an , comme aux Estraines ou autre-
» ment , ledit Concierge le peut prendre
>> sans offense , et ainsi a été fait long-
» temps.
La seconde Ordonnance est du Roy
Jean I. ou Jean II . selon d'autres , donnée
à Villers -Costerez en Juillet 1362. et
porte pour titre , Lettres contenant des
Statuts pour la Confrerie des Drapiers , e&
des Reglemens pour leur Métier.
On y lit entre autres cet Article.
» Item. Ladite Confrerie doit seoir la
» premier Dimanche après les Estraines
»se celle de Notre - Dame n'y eschoir
* Par cette Confrairie de N. D. il est très-vraisemblable
, dit l'Editeur , qu'il faut entendre la
Bij de750
MERCURE DE FRANCE
» demandé sur ce et obtenu congié de
»> notre Prévôt de Paris , et à y cellui
» Siege appellé notre Procureur.
Il n'est pas aisé , dit là - dessus notre
Commentateur , de fixer quel est ce Dimanche
après les Etrennes. On pourroit
croire d'abord que c'est le z. Dimanche
de l'Année , laquelle dans ce temps- là
commençoit le jour de Pâques , et par
consequent un Dimanche ; mais si c'étoit
le Dimanche qu'on cût voulu marquer
on se seroit servi de cette expression ,
le Dimanche après Pâques , ou le Diman
che de la Quasimodo , et non pas de cellecy
, le Dimanche après les Estraines , laquelle
semble marquer que le jour des .
Etrennes n'arrive pas toujours un Dimanche.
Pour fixer l'Epoque que nous cherchons
, il faudroit , dit- il , sçavoir quel
jour on donnoit les Etrennes en France
en 1362. et pour parvenir à cette découverte
il remonte à l'origine des Etrennes
chez les Romains .
On les donnoit , continuë t'il , le premier
jour de Janvier , parce que c'épit le
premier jour de l'Année , sur quoi il cite
grande Confrairie de N. D. aux Seigneurs , Prêtres
et Bourgeois de Paris , établie dès l'année
1168. dans l'Eglise de la Magdelaine à Paris, &c.
le
AVRIL. 1735. 652
le Dictionnaire Etymologique de Menage,
au mot Etrennes. Mais lorsque l'usage
s'introduisit en France de commencer
l'Année le jour de Pâques , continua - t'on
de donner les Etrennes le premier Janvier
? où ne fit on plus ces présens que
le jour de Pâques ? M. Ducange , au mot
Strena , rapporte un Passage de Falcandus
, Historien de Sicile , qui vivoit vers
l'an 1260. suivant M. l'Abbé Lenglet ,
qui prouve que de son temps les Etrennes
se donnoient au premier Janvier
mais pour faire usage de ce passage ,
faudroit sçavoir en quel temps l'Année
commençoit en Sicile vers 1260 .
il
Faute de Passage précis sur les Etrennes
, c'est toujours notre Auteur qui parle,
je présume que l'on a toujours conservé
en France l'ancien usage de les
donner le premier de Janvier , parce que
dans le temps même où l'Année com-.
mençoit à Pâques , on ne laissoit pas de
regarder le premier de Janvier comme
le premier jour de l'An . M. Ducange l'a
prouvé par un Passage précis dans son
Glossaire au mot Annus , p . 203. Je crois
donc , conclud M. Secousse , que par le
Dimanche après les Etrennes il faut entendre
ici le premier Dimanche de Janvier.
BY Ea
652 MERCURE DE FRANCE
En voilà assez , Monsieur , pour vous
donner une idée exacte de ce troisiéme
Volume des Ordonnances. J'apprens que
le IV . Volume est achevé d'imprimer,
toujours à l'Imprimerie Royale , d'où il ne
sort rien que de parfait et de magnifique .
J'aurai soin de vous en rendre compte plus
diligemment que de celui ci . Je suis , & c.
LAURE ET DAMON.
EGLOGUE.
Laure.
Vous m'aprenés, Berger ,à ne compter sur rien,
Je gagai l'autre jour ma houlette et mon chien
Que de la jeune Eglé dont nous faisons la fête ,
Les fleurs de nos Jardins couronneroient la tête .
Vous deviés les cueillir ; je lai dit , mais en vain;
Qui n'auroit , comme moi , cru le pari certain ?
Don.
D'un soin plus important j'avois l'ame occupée.
Laure.
Que dites-vous , Damon ? me serois je trompée !
Eglé , l'aimable Eglé n'a t'elle plus sur vous
L'empire qui faisoit vos plaisirs les plus doux ?
Damon
AVRIL.
1735. 653
Damon.
Je n'ai jamais compté sur la foi des Bergeres.
En est-il qui ne soient où fieres , ou legeres a
C'est en vain qu'un Amant pour elles s'atendrit.
Nul retour, l'art de plaire occupe leur esprit ,
Et pleines du désir des conquêtes nouvelles ,
Les services passez ne peuvent rien sur elles.
Laure.
Nous avons des deffauts. Quel homme en est
exempt ?
Notre sexe est leger , le vôtre est inconstant ;
On ne se plaindroit plus de ce désordre extrême,
Si l'on sçavoit aimer , ainsi que Damon aime.
Damon.
Pourquoi me fattés - vous ? J'ai suivi quelquefois
Le Dieu des coeurs ; par tout ce sont les mêmes
loix ;.
Je pourrois des Bergers être le plus fidelle
Et je ne verrois point qu'on fit de loi nouvelle.
Non , aussi de l'Amour je n'ai suivi les pas
Qu'autant de jours qu'il faut pour ne s'en plaindre
pas.
Laure.
Ce sont là les discours que tous les Bergers tien
nent ;
Plus ils sont amoureux et moins ils en convien
nent.
Damon.
Je ne me défens point d'avoir livré mon coeur ;
B vj
D'a654
MERCURE DE FRANCE
D'avoir porté des fers qui faisoient mon bonheur;
J'aimai , peut -être encor l'erreur me seroit chere ,
Si je n'avois aimé qu'une beauté severe ;
Mais la honte de voir un Rival mieux traité ,
A remis pour jamais mon coeur en liberté.
Laure.
Vous dites vrai , Damon , et je pense de même;
Gardons-nous bien d'aimer à moins qu'on ne
nous aime ;
Depuis le triste jour que le cruel trépas ,
Vint fraper Philémon , expirant dans mes bras ;
J'ai détesté l'Amour , j'ai redouté ses chaînes ;
Sûre que ses plaisirs sont moindres que ses peines.
Damon.
Ma Musete a chanté la volage Philis ,
J'ai servi tour à tour Corinne , Amarilis :
Eglé seule auroit pû fixer mon inconstance ;
Mais Eglé n'eut pour moi que de l'indifference,
Laure.
Bergers infortunés , vous fuyés qui vous suit ;
Et plus à plaindre encor , vous suivés qui vous
fuit.
Damon .
C'en est fait , de l'Amour je sçaurai me deffendre
;
Ne pouvant en donner , je ne veux plus en pren¬
dre , Le
AVRIL . 1735.
655
Le soin de mes troupeaux remplira la moitié ,
D'un temps que je destine à la douce amitié ;
De mes jours désormais tel sera le partage ;
Ce sont les seuls objets qu'aujourd'hui j'envie
sage.
Laure.
J'ai perdu sans regret ma houlette et Médor .
Je perdrois volontiers quelqu'autre chose encor
,
Si Damon à mes yeux s'ouvroit avec franchise..
Damon.
Ce n'est point parmi nous que le coeur se déguise.
Laure.
Dans le coeur de Damon si l'amour n'entroît
plus ,
Pourois-je demander sans crainte de refus ,
La place destinée à l'amitié sincere ?
Damon.
•
Que demanderiez vous ? Le pourois- je , Bergere
La place est pour Eglé ; j'ai choisi ce beau jour
Four la lui faire offrir par la soeur de l'Amour
C'est tout ce que les Dieux ont mis en ma puissance
:
J'aime à compter un peu sur sa reconnoissance .
Trop heureux ! Si des voeux encor plus dili
gens ,
Ne m'ont pas enlevé le seul bien que j'attens !
Laure
2.
756 MERCURE DE FRANCE
Dès l'instant
Maître ,
que
Laure.
d'un coeur l'Amour s'est rendu
Peut-on , foibles Bergers , l'empêcher de patoître
?
Vous avés beau masquer tout ce que vous
sentés ,
Vous ne prenés , Damon , que des noms empruntez.
Damon.
Vous vous trompés ; Eglé par un choix juste et
sage ,
Prefere à tout Amant qui peut être volage ,
L'ami solide , tendre , et qui ne change point :
Ne dois- je pas penser comme elle sur ce point ?
En vain me flaterois-je autrement de lui plaire ?
Sou coeur que la raison , que la sagesse éclaire
Se fait voir à mes yeux comme un trésor sans
prix ;
Un chemin seul y mene; Ah ! que ne l'ai-je pris &
QUESAVRIL.
1735. 697
おのののか
QUESTION IMPORTANTE
jugée par Arrêt de la Grande Chambre
du Parlement de Normandie le 10. Fevrier
1735. sur la Regle De publicandis
Resignationibus.
U
NE des plus importantes Regles de
la Chancellerie Romaine est sans
contredit celle De publicandis Resignationibus
. Elle porte en substance » Que les
» Résignations admises en Cour de Rome
doivent être renduës publiques , par
» l'exhibition des Lettres , l'Insinuation ,
» et la prise de possession dans les six
» mois ; et celles qui sont admises par le
Legat d'Avignon , où par les Ordinai-
» res dans un mois , autrement les Provi-
» sions nultes . Reg . 34. Innocent VIII.
le
Sur cette Regle , que nous pouvons
apelker Loi de l'Etat , parce qu'elle a été
reçue en France dès l'an 1493. se sont
élevées plusieurs Contestations ; mais celque
le Parlement de Rouen vient de juger
, merite plus particulierement l'attention
du Public, parce qu'elle a partagé ce
qu'il y a de plus célébre dans l'ordre des
Avocats ; sçavoir à Paris M.M. de Blaru ,
le
658 MERCURE DE FRANCE
le Normand , Noüet , Caperon , Fuet ,
et autres. A Rouen M. M. Routier , Simon
, Pigache , Perchel , et autres. Voici
de quoi il s'agit.
FAIT.
Le 21. Mai 1731. Le sieur Tribouel ;
Curé de saint Oüen le Mancel , Diocèse
d'Evreux , résigna sa Cure au sieur de la
Noe son Vicaire , qui la desservoit depuis
plus de 10 ans , que le sieur Curé
étoit incommodé.
Le 11. Juin suivant , la Résignation fur
reçue en Cour de Rome ; mais parce
qu'il y avoit une pension retenue de 300..
les Officiers de la Daterie en refuserent
les expéditions. C'étoit une espece de
Jurisconsulte Espagnol desoeuvré , qui
avoit introduit cette rigidité à Rome du
temps du Pape Benoît XIII .
Le sieur de la Noe , informé du refus
résolut d'attendre. Il crut que les changemens
arrivez à Rome dès l'année précedente
, rendroient l'Avocat Espagnol
plus raisonnable , il se trompa.
>
Le 12. Mars 1732. le sieur de la Noe
obtint de son Banquier un Certificat
qui atteste le refus . Il se présenta au Parlement
avec le sieur Tribouel , et il y eut
Arrêt le 23. qui reçut l'un et l'autre apellans
AVRIL .
1735.
ة ر و
lans comme d'abus de ce refus , et renvoya
le sieur de la Noe devant M. l'Evêque
d'Evreux , pour en obtenir ses provisions
, lesquelles vaudroient du jour et
datte de la réception de la résignation à
Rome , sans que la Regle De Publicandis ,
&c. pût être objectée tant que le refus
de Cour de Rome , et autres Superieurs
Ecclesiastiques dureroit , le sieur de la
Noe autorisé à prendre possession ad conservationem
Juris.
En consequence , le sieur de la Noe se
pourvût vers M. l'Evêque d'Evreux le 26,
du même mois . Ce Prélat , Patron du Bénéfice
, fit refus ; on en eût Acte en forme
, et le troisième Juin le sieur de la Noe
prit possession ad conservationem furis ,
aux termes de son Arrêt .
Le lendemain déceda le sieur Tribouel.
M. l'Evêque d'Evreux en
ayant été
informé , nomma au Bénéfice en question
le sieur Chretien . Celui- ci résigna
son droit au sicur Hardy , et M. l'Evêque
étant pareillement décedé , le sieur de la
Noe , après avoir obtenu ses Provisions
du Chapitre d'Evreux , Sede vacante
prit possession réelle.
Le sieur Hardy étant venu pareillement
prendre possession , il y eut opposition
et complainte , ce qui donna lieu à un
Procès
660 MERCURE DE FRANCE
Procès devant le Bailly de Breteuil , qui
rendit sa Sentence au mois de Mars 1734.
par laquelle la récreance du Bénéfice contentieux
fut adjugée au sieur de la Noe ,
parce qu'au principal les Parties étoient
apointées à écrire et produire.
L'Appel porté an Parlement , le sieur
Hardy y présenta sa Requête , où il prétendit
démontrer que le plein possessoire
lui auroit du être accordé , puisque les
termes et l'esprit de la Loi sont en sa faveur
; que cependant si l'Arrêt obtenu
par le sieur de la Noe faisoit quelque impression
, il prendroit le parti de l'opposition
, pourquoi il concluoit à ce qu'il
plut à la Cour le recevoir oposant à l'Arrêt
du 23. Mai 1732. ce faisant le raporter
comme surpris , en tant que par icelui
le sieur de la Noe pretendroit être dispensé
de la Regle De Publicandis , & c . mettre
l'apellation et ce dont est appel , au
néant , émandant et évoquant le principal
trouvé en état de juger , maintenir
lui sieur Hardy au plein possessoire du
Bénéfice dont est question , et condamner
la partie aux dépens .
La Cause mise au grand Rôle , les
Parties curent cet avantage d'avoir pour
la plaider , M. M. Thouars et Brehain ,
Avocats , que la Cour honore d'une attention
AVRIL. 1735. - 661
tention particuliere , et que le Public avec
justice reconnoît pour être des premiers du
Barreau de Rouen. Voici quel est le principe
dont l'un et l'autre convenoient res
pectivement.
Le droit des Parties , toutes deux rési
gnataires , est un droit étroit , sujet à la
lettre de la Loi , parce que le droit des
résignations est une faveur ou une tolerance
que la necessité des tems a introduite.
C'est un droit nouveau qui n'a été
connu que fort tard dans l'Eglise ; et sans
la plénitude du pouvoir des Clefs , ce seroit
une espece de Paction ou de Contrat
Sinnallagmatique. Facio utfacias, Facio ut
des , que ce qui se passe entre le Resignant
et les Officiers de la Daterie , ou
un Titulaire ne remet son Bénéfice qu'à
la charge qu'il sera conferé à un tel , et non
autrement.
Que les résignations ayent été reçuës
par la nécessité des tems , apuyée de quelques
éxemples de résignations sages et sensées
, c'est ce dont tous les Auteurs conviennent
, et on scait que ce qui arrêta
les Ambassadeurs de France au Concile
de Trente dans les vives instances qu'ils
faisoient pour en abolir l'usage , fut une
espece de convention entre les deux Puissances
, de faire executer leurs Loix à la
lettre 2
662 MERCURE DE FRANCE
Lettre , pour en retrancher les abus.
En un mot, les résignations qui forcent
leCollateur , étoient inconnuës dans le tens
d'Alexandre III. Innocent III. Boniface
VIII. et Clement V. Si l'Eglise les altolerées
sur l'éxemple de sagesse dans plusieurs
, elle a aussi -tôt élevé des remparts
contre la cupidité des autres : c'est
l'objet de la Regle De Publicandis , et d'un
nombre considerable d'autres Loix de l'une
et de l'autre Puissance.
M. Thouars , qui brille toujours par
la delicatesse de ses expressions , et par
la solidité de ses raisonnemens , fit pour
le sieur Hardy apellant , l'aplication de
toutes ces autoritez. Il s'arma de la décision
respectable du Pape Pie V. dans la
Bulle du 1: Juin 1569. confirmative d'u I
autre de Pie IV. confirmée par une
troisiéme de Sixte V. où le Saint Pontife
détaillant les especes de confidences en résignation
, et dans lesquelles on trouve
celle de jouir des fruits au de-là du temps
prescrit par la Regle , a ajouté , que les
seules présomptions font une preuve parfaite
de ces sortes de confidences. Prasump
tiones et Conjectura plenam probationem faciant
in pradictis. Les Bulles citées sont
reçues en France.
L'Orateur , toujours disposé à ignorer
la
AVRIL. 1735. 663
la funeste science de noircir la réputation
des Parties adverses , fit simplement
observer que le sieur de la Noe se devoit
imputer la faute d'avoir donné lieu par
son peu d'attention , et par son long silence
à des présomptions légitimes : en
effet , dit- il , la résignation du sieur de la
Noe a été reçûë en Cour de Rome le 11 .
Juin 1731. et depuis le mois de Juillet
de la même année qu'il en a dû être informé
jusqu'au 12. Mai 1732. il a laissé
tranquillement son Résignant joüir des
fruits , il n'a pas fait la moindre démar
che , cela ne s'accorde point avec cette pureté
d'intention qui doit être dans le résignant
et le résignataire. Si post resignationem
quam scit expeditam , remanet in detentione
beneficii , et capit fructus , non est
in conscientia tutus , nec ille in cujus fanorem
resignavit , si permittit . Rebuffe in, 3.
de pub. Glos. 13. Nº . 5 .
Qu'on ne dise, pas , ajouta- t'il , que les
expeditions du sieur de la Noe lui ayant
été refusées , il n'a pû satisfaire aux préceptes.
Si cette excuse pouvoit être admise
d'intelligence avec les Officiers de
la Daterie , les coureurs de Bénéfices feroient
bien tôt reparoître ces especes d'expectatives
, qui ont si long temps désolé
I'Eglise de France , en se ménageant un
refus
664 MERCURE DE FRANCE
refus de Cour de Rome ; les Bénéfices
ne se résigneroient plus que par donation.
Testamentaire : en un mot, nous avons en
France des moyens surs pour avoir des
Actes qui équipollent les expeditions de
Rome. Quand un François , dit l'article
47. des Libertez de l'Eglise Gallicanne ,
Demande au Pape un Benefice assis en France
par quelque vacance que ce soit , le Pape
est tenu de lui en faire expédier la signature
du jour que la requisition et suplication lui
est faite ..... , et en cas de refus , peut celui
qui y pretend interêt,présenter sa Requête
à la Cour , laquelle ordonne que l'Evêque
Diocésain ou autre , en donnera sa provision
pour être de même effet qu'eût été la date prise
en Cour de Rome , si elle n'eût été lors refusée.
Il est vrai , dit M. Thouars en finissant,
que le Résignataire dans les trois ans ,
peut se servir de ses provisions , ou actes
équipollens ; que le Résignant n'est pas
en droit de les arguer de nullité , et que
cclui ci étant ainsi dépouillé , venant à
déceder , ne fera point vaquer le Bénéfice
par mort: mais c'est qu'alors cette dépossessions
forcée,fait cesser toutes presomptions
de confidences, ce qui ne se rencontre
pas dans une prise de possession , telle
que celle du sieur de la Noe , faite quelques
AVRIL 1735: 665
ques
de
heures avant la mort de son Résignant
, parce qu'alors , comme dit la
Loi , ce Résignant n'est plus censé du
nombre des vivans : Pro mortuo habetur qui
proximè moriturus est. Aussi l'artitle 12. de
l'Edit de 1691. décide en termes exprès ,
que Si les Résignataires ou Permutans , pourvus
par le Pape , ont differé leur prise
possession plus de six mois , et les pourvus
par démission ou permutation en la légation,
ou par l'ordinaire , plus d'un mois , ils seront
tenus de prendre ladite possession , et icelle
faire publier et insinuer conjointement avec
ladite provision au plus tard deux jours auparavant
le déceds du Résignant ou Copermutant
sans que le jour de la prise de possession
, publication et insinuation d'icelle
,
et celui de la mort du Résignant , soient compris
dans ledit temps de deuxjours , et à faute
d'avoir pris ladite possession , et icelle fait
publier et insinuer deux jours avant ledit déceds
, lesdits Benefices sont déclarez vacants
la mort du Résignant. par
M. Brehain répondant avec cette éloquence
qui lui est si naturelle , adopta
tout ce qu'on peut dire contre les résigna
tions ; mais après avoir fait observer que
c'étoit un droit reçu , il ajoûta qu'il falloit
faire une grande difference entre un
Résignataire pourvû , et un Résignataire
qui
666 MERCURE DE FRANCE
2
qui ne l'est pas. L'un , dit-il , en citant
Du Moulin , a réellement Fus in re. Il est
le maître du Bénéfice et le délai qu'il
aporte à s'en saisir , fait présumer la confidence
l'autre : au contraire n'a que le
Jus ad rem. Il ne tient encore rien , et on
ne peut pas dire , lors qu'il y a un refus ,
qu'il est de concert pour laisser à un autre
des fruits qui lui appartiennent : car
le Résignant ne perd ni titre ni possession
, tant que le refus subsiste , il retient
toujours le Bénéfice jusqu'à ce que le refus
soit levé. Usque ad resignationem admissam.
L'habile Avocat dévelopa avec art cette
proposition , il prouva par tous les Auteurs
que le Résignant ne peut jamais
êrre censé avoir réellement remis son Bénéfice
, tant que la résignation n'est point
admise , ante admissam resignationem , parce
que , pour qu'un titre soit censé remis
réellement , il faut le concours de deux
volontez ; celle du Titulaire qui veut remettre
, celle du Superieur Ecclesiastique
qui reçoit. Il prouva pareillement
que dans ces circonstances , la confidence
chez le Résignataire ne peut être présumée
, parce que son droit est en quelque
maniere en litige , tant que le refus subsiste
; il n'y a point de certitude que le refus
AVRIL· 1735.
667
1
fus soit mal fondé ; et par les raisons dont
on vient de parler , les fruits ne lui sont
point remis , d'où il est aisé de conclure
que ce Résignataire , usque ad resignationem
admissam , n'est point forcé de faire
lever l'empêchement dans un certain
temps , n'étant pas le maître de le faire ,
pouvant même n'avoir pas de connoissance
de la résignation , et trouver des
difficultez imprévûës dans l'appel comme
d'abus. Cela se fait d'ailleurs assez sentir
par le silence de toutes les Loix ; car il
n'y en a aucune qui limite quelque temps
à un Résignataire non pourvû ; toutes
parlent de résignation admise , et le Résignataire
non pourvû , n'est borné que
par le Decret de pacificis possessoribus , qui
rendroit la résignation nulle , s'il n'agissoit
dans les trois ans.
Il est vrai , continua l'Avocat , que
l'Arrêt de la Cour , par un effet rétroactif
, tient lieu de Provisions du jour et
datte qu'elles auroient dû être accordées
à Rome ; mais cela ne peut pas opérer que
la possession du Résignant n'ait pas été
légitime dans l'intervalle de l'un et de
l'autre temps , et par consequent il faut
reprendre l'état des choses dans l'ordre
maturel.
19. Le Résignant n'a réellement re-
C mis
-
8 MERCURE DE FRANCE
mis son Bénéfice que le jour de l'Arrêt
qu'il a obtenu , c'est là l'époque de sa certitude
, puisque cet Arrêt pouvoit lui être
refusé ; c'est là le parfait de la résignation ,
puis qu'il n'y a que ce même Arrêt qui
démontre qu'elle est acceptée. 2. Le
Résignataire , à proprement parler , n'a
été réellement Résignataire que ce jourlà
; ce ne seroit que de ce jour que courroit
la prescription des trois ans , sans la
Regle de pacificis possessoribus , et il n'y a
ici que cette époque pour la Regle de ри-
blicandis resignationibus , puisque dans le
Sistême de l'Intimé même , cette Regle
ne prescrit la necessité de prendre possession
dans les six mois , qu'à ceux auxquels
le droit de le faire à été accordé.
Mais , dit M. Brehain , la Regle de
blicandis , n'a été introduite qu'en faveur
des Résignataires ; il peut arriver que dans
les six mois le Résignant sera surpris de
mort , sans que le Résignataire ait été informé
, ou qu'il ait eû le temps de prendre
possession , et cette Regle , par une
faveur particuliere , lui permet en ce cas
de faire valoir ses expeditions , sans qu'on
puisse lui objecter que le Bénéfice est vacant
par mort , ce qui n'a pas lieu après
les six mois ; car si le Résignant décede
le Résignataire ait pris possessans
que
sion
AVRIL. 1735 669
›
sion , les provisions de ce Résignataire se
ront nulles , parce qu'alors la Regle generale
reprend son cours. Le Résignant est
mort sans avoir été dépouillé , par consequent
sonBénéfice
vaque par mort ; mais ,
comme l'observent tous les Auteurs , si
ce Résignant et ce Résignataire vivent , le
dernier peut encore se servir de ses Provisions
pendant trois ans , pourvû que
son Résignant ne soit pas prévenu par
une mort subite , qui l'ait empêché de
prendre possession de son vivant , ce sont
les termes d'un * Auteur très versé dans
cette matiere , cela est conforme aux dispositions
expresses de la Déclaration du
Roi de l'an 1645. Article 14. et l'Edit de
1991. n'y répugne absolument pas.
Le sieur de la Noe , dit l'Orateur en
finissant , est donc en regle , puis qu'il
étoit dans les six mois du jour que le pou
voir de prendre possession lui a été accordé
, puisque son Résignant n'avoit pas
acquis contre lui les trois ans de la Regle
de pacificis possessoribus , puis qu'enfin
par abondance de droit il a pris possession
du vivant de ce Résignant ; il faut
joindre à cela que la confidence ne peut
pas être présumée dans deux personnes
qui viennent elles mêmes à la Cour se plain-
* Maximé du Droit Canon , Tome I I.
Cij dre
670 MERCURE DE FRANCE
dre de l'injustice que les Officiers de la
Daterie leur font , et qui en consequence
de l'Arrêt qu'elles ont obtenu , se présentent
à leur Evêque Diocésain ; il faut d'ail
leur faire attention que le sieur de la Noc
a merité le Bénéfice par ses services , plus
de dix ans avant qu'il lui eût été resigné,
M. le Bailly Menager , Avocat General
, en démontrant les abus qui naîtroient
de la Jurisprudence que vouloit établir
l'Intimé , écarta toutes les distinctions
metaphysiques des Auteurs , pour ne s'en
tenir qu'à la lettre de la Regle de publicandis
resignationibus , reçûë en France ,
notamment dans la Déclaration de 1646.
registrée en ce Parlement, il representa à la
Cour l'attention qu'elle a toujours éüe
pour la pureté de la discipline Ecclesiastique
, attention dont elle a donné des
marques si éclatantes dans l'Arrêt du sieur
du Bourget en 1732. et il se déclara pour
l'exécution de la Regle à la lettre , après
néanmoins avoir pesé les raisons pour et
contre avec cette éxactitude et ce désinteressement
qui le font voir avec plaisir à
la tête de cet ordre d'Hommes que le Jurisconsulte
apelle cupidos inspicienda veriratis.
LA COUR par son Arrêt prononcé par
M. le Président d'Esneval , reçût le sieur
Hardy
AVRIL. 1735 : 678
Hardy opposant à l'Arrêt du 23 Mai 1732 .
et sans s'arrêter à cet Arrêt , met l'appel
lation et ce dont est appel au néant , évoquant
le principal trouvé en état d'être
jugé , maintint le sieur Hardy au plein
possessoire du Bénéfice en question , et
condamna le sieur de la Noe aux dépens.
Voici l'espece de l'Arrêt cité par M. PAvocat
General . Le sieur Belard Curé d'Alençon
, ayant resigné au sieur Guilloré le
7. Juillet 1731. la procuration ad resignandum
et la suplique,furent envoyées à Paris
le 9. pour n'en partir que la nuit du 11 .
au 12 .
Le 11. mourut le Résignant , et le 12.
l'Abbé de Lonley , Patron du Bénéfice , y
présenta , mais une personne sans degrez ,
qui ne prit pas même de Visa.
Cela forma la contestation ; car l'Abbé
de Lonley ayant nommé au mois de Septembre
le sieur du Bourget , qui avoit fait
signifier ses Grades , le sieur Guilloré
qui avoit obtenu le 28. Juillet ses provisions
de Cour de Rome , avec la clause
siveper obitum aut alias quovis modo vacet ,
prétendit avoir ce Bénéfice , non en vertu
de la résignation , mais en vertu de la
Clause , soutenant que la Regle de verisimili
notitia obitus ne lui pouvoit être ob
jectée , parce qu'elle n'avoit lieu que con-
G iij
tre
72 MERCURE DE FRANCE
tre les courses ambitieuses . L'Arrêt lui fit
perdre sa cause , plaidant les mêmes Avocats.
**
TIRSIS ET CORIDON,
A Mlle de Malcrais de la Vigne .
DE
EG LOGUE.
E Palés en ce jour nous célébrons la fête ,
J'entens de toutes parts le son des chalumeaux ›
Les Bergeres de ces hameaux ,
Ont orné de bouquets et leur sein et leur tête ;
La Bergere qui touche au quinziéme Printemps ,
Dans ce jour fortuné par un aveu sincere ,
Doit nommer parmi ses amans
L'heureux Berger qui sçait lui plaire ,
Cet usage en ces lieux est reçû de tout temps ,
Après ce choix plus de mistere ,
Ee sur tout plus de changemens ;
Les parjures , les inconstans ,
De Palés sur le champ éprouvent la colere.
Tirsis et Coridon de même ardeur épris ,
Brûloient tous les deux pour Chloris ,
De leurs soins assidus , qu'ils redoubloient sans
cesse`,
Ils
A VRIL. 1735. 973
Ils n'auroient jamais pû reconnoîte l'effet ,,
Leur Bergere toujours sçût cacher sa tendresse ;
Mais en ce jour , ainsi l'ordonne la Déesse ,
Elle doit aux Bergers révéler son secret .
Pour obtenir cet aveu qui le flate ,
Tirsis disoit ces mots , inspiré par l'Amour ;
» Ah ! vous allés passer , Chloris , pour une in
grate ,
» Si vous me refusez votre coeur en ce jour ;
Je me plaindrai par tout de ma flamme trahie
» De mes voeux méprisés , de votre barbarie .
» Coridon répondit ; je ne me plaindrai pas ,
• Si vous me refusés , Bergere trop aimable ,
» Mon malheur en effet ne vous rend point coupable
;
» Mais vos refus seront suivis de mon trépas.
Tirsis.
Un jour dans le Lignon vous tombâtes , Bergere
Et je sçus en någeant vous tirer du danger ;
Vos yeux furent long- tepms fer més à la lumiere ;
Les devez- vous ouvrir pour un autre Berger
Coridon.
L'autre jour dans un bois une bête sauvage ,
Poursuivoit ma Chloris , en vouloit à ses jours ;
Ma valeur la sauva des effets de sa rage ,
Trop heureux de sauver l'objet de mes amours.
Tirsis.
J'ai refusé pour vous Aminte et Célimene ,
Civ L'une
674 MERCURE DE FRANCE
L'une riche en troupeaux , l'autre riche en at
traits ;
Ah ! je refuserois pour Chloris une Reine ,
Si pour moi de l'Amour Chloris sentoit les traits
Coridon.
J'ai refusé Philis , j'ai refusé Melisse ,
Et ne demande point le prix de mes refus.
Les refuser pour vous , c'est vous rendre justice ;
Je fais ce que je dois ; je ne veux rien de plus.
Tirsis.
Chloris vous le sçavés , un fertile héritage ,
Accompagne le don que je fais de ma main .
Coridon.
Chloris , ces prez , ces champs , sont un foible
partage ;
Un coeur tendre est pour vous un trésor plus ce
、tain ,
Tirsis.
Recevés de ma main , ô Bergere cruelle ,
Ce jeune Marcassin surpris dans la Forêt ;
De votre cruauté c'est un rare modele .
Coridon.
Je vous offre , Chloris , ma chere Tourterelle ,
C'est un present leger , mais d'un amour parfais
Les Tourterelles sont un image fidelle .
Tirsis.
J'ai fait des vers pour vous ; j'eus pour maître
Amphion ,
Les
AVRIL. 1734.
675
Les échos , les Bergers à ma voix applaudissent .
Coridon,
Que jamais de mes chants les bois ne retentissent
;
Il suffit que Chloris écoute ma chanson .
Tirsis.
J'aime à voir de nos prez la verdure naissante,
Nos jardins au Printemps de Narcisses parés ;
Mais Chloris à mes yeux est cent fois plus charmante
?
Que ne sont au Printemps nos jardins et nos
prez .
Coridon.
La mer me plaît , sur tout quand son onde est
paisible ,
J'aime à voir le Soleil sortant du sein des flots ;
Votre beauté, Chloris, m'est encor plus sensible
Que le Soleil naissant , où le calme des eaux .
Tirtis.
J'ai gravé votre nom sur un pommier sauvage ;
LesBergers m'ont promis d'en respecter lestraits
Coridon.
L'Amour a dans mon coeur imprimé votre
image ;
Cette image , Chloris , n'en sortira jamais..
Tirsis.
Prononcés , ma Bergere , un concurrent mo
fense ;
Je ne puis plus long- temps soutenir ses amours.
C v Coridon.
676 MERCURE DE FRANCE
Coridon.
Prononcés ; mais songés que de votre sentence
,
Vont dépendre à la fois mon bonheur et mes jours .
Tirsis étoit trop fier , Coridon fut plus tendre ,
Chloris en rougissant lui présente la main ,
Et défend à Tirsis de la suivre en chemin ,
C'étoit, à mon avis, assés se faire entendre .
Belle Malcrais ; vos vertus , vos talens ,
Vous ont attiré les suffrages ,
Et même les tendres hommages ;
De cent Bergers de pays differens ,
Vous voyés tous les jours , et les voyés sant
peine ,
Bergers demeurans sur la Seine ,
De la Garonne aussi plusieurs viennent à vous ;
Je n'en dis rien , ils ont l'ame hautaine ,
Je craindrois trop d'éxciter leur couroux .
Or souffrés qu'un Berger demeurant sur la
Loire ,
Et même quelquefois habitant de l'Allier ,
Vienne à vos genoux publier ,
Sa défaite et votre victoire ;
Les Bergers de notre pays ,
Ne sont pas si galans que sont ceux de Paris ,
Mais ils ont en amour pourtant quelque science
Faites - en , croyés moi , la douce expérience ;
Vous trouverés en moi Berger tendre , soumis ,
Es
AVRIL. 1735. 677
Et qui de vos vertus sçait connoître le prix;
Je ne demande point l'heureuse préference ,
Maintenés entre -nous une jufte balance ,
Et songés qu'en comblant d'un seul Berger les
voeux ,
Vous rendrés à la fois cent Bergers malheureux,
P. D. F.
→ OBSERVATION de M. Astruc
Professeurde Medecine , au College Royal,
sur la Machine appeléeFauteuil de poste .
la
, se ré-
Es regles qu'on doit se proposer pour
Laconservation de la santé
duisent ( 1 ) à deux points principaux
l'un de se nourrir sobrement , et l'autre de
faire un éxercice convenable.
La sobrieté est le moyen le plus sûr de
conserver la santé , parce que l'estomac ,
à mesure qu'il reçoit peu d'alimens , est
mieux en état de les bien digerer. Par ce
moyen il passe dans le sang moins de chiles
mais celui qui y passe est mieux preparé ,
9+ (1 ) Sanitatis studium est non satiari cibis
et impigrum esse ad labores . Hippocrates Epidem .
Lib . 6. Sect. 4. Textu 220
C vj
CC
678 MERCURE DE FRANCE
ce qui fait que le sang qui le reçoit a plus
de facilité de le changer en sang, et ce qui
n'est pas moins important , il a aussi plus
de facilité de le changer en sang d'une
meilleure qualité.
sang
D'un autre côté l'éxercice procure des
(1 ) avantages qui ne sont gueres moindres
que la sobrieté. Il brise et attenuë le
sang et les differentes humeurs que le
fournit , iill lleess pousse et les fait couler
dans leurs canaux ( 2 ) , il augmente
et facilite toutes les évacuations sensibles
et insensibles ( 3 ) de la transpiration .
Enfin il fortifie le ressort des fibres de
toutes les parties du corps , et par tous
ces differens moyens réunis , il corrige les
épaississemens du sang et des humeurs , et
il sert à les faire circuler plus librement ,
et à en prévenir les engorgemens et les
la-
( 1 ) Oportet sanum hominem
frequenter
se exercere , si quidem ignavia corpus hebetat ,
bor firmat ; illa maturam senectutem , bic ,longam
adolescentiam reddit . Celsus . Lib. 1. cap. 1 .
( 2 ) Motus preparat corpora ad excretionem excrementorum
sensibilium et insensibilium. Ibid . §.
10. Sanctorius de medicinâ staticâ.
( 3 ) Exercitio corpora leviora fiunt , omnes enim
partes , precipuè musculi et ligamenta mota ab excrementis
purgantur , perspirabile ad exhalationem
preparatur , et spiritus tenuiores fiunt. Sanctorius
de medicinâ staticâ , Sect. 5. §. 9.
obstrucAVRIL.
1735. 679
obstructions qui sont les causes les plus
ordinaires des maladies .
reuse ,
Comme ces deux moyens de conserver
la santé , tendent au même but , et procurent
à peu près les mêmes avantages ,
ils peuvent dans le besoin se supléer l'un
l'autre. La sobrieté lors qu'elle est rigoudispense
de l'exercice , et l'exercice
lors qu'il est fort grand , donne ( 1 )
la liberté d'être moins éxact sur les regles
de la sobrieté. Mais le parti le plus
sage est d'éviter toute sorte d'excès sur l'un
et sur l'autre article , c'est-à- dire , qu'il
faut se nourrir raisonablement , et faire
en même temps un éxercice moderé.
11 est difficile de fixer des regles certaines
sur ces deux points , parce qu'ils varient
dans chaque sujet suivant l'âge , le
temperament , les forces , &c . Mais chacun
doit sur cela s'éxaminer de bonne foi,
ee se regler sur sa propre experience . C'est
à cet égard que l'Empereur Tibere disoit
que dès qu'on étoit parvenu à l'âge de rai-
( 1 ) Qui comedit , nisi etiam laboribus utatur
sanus esse non potest ; cibi enim et labores adversas
in se facultates mutuo tamen ad sanitatem conferentes
obtinent. Labores enim ea qua adsunt consumere
solent. Cibi vero , et potiones ea qua vacuata
sunt explent. Hippocrates, Lib. 1. de victûs ratione.
son ,
680 MERCURE DE FRANCE
son , chacun devoit être son propre Médecin
.
>
Il faut convenir 1 ° . Que l'exercice n'est
jamais plus salutaire que quand on le fait
en plein air , parce qu'on joint alors aux
avantages qu'il procure , ceux qu'on doit
attendre d'un air pur, et, pour ainsi dire
d'un air neuf. 2 ° . Qu'entre les differens
éxercices qu'on peut faire en plein air , les.
plus utiles sont ceux qui agitent , ébranlent
, secoüent et compriment successivement
et à plusieurs reprises les differentes
parties du corps , sur tout celles du bas
ventre , qui sont les plus sujettes à s'engorger.
Ces deux raisons ont obligé les Médecins
à donner la préférence à ( 1 ) la promenade
à Pied , à ( 2 ) la promenade à
Cheval , à ( 3 ) la promenade en Cale-
( 1 ) Deambulatio retentas partes solvit , Thoracem
purgat , facilem reddit anhelitum , ventriculum
firmat , sensus organa roborat , animum remittit
, omnemque perturbantem affectionem explicat.
Ex Galeno , Lib. 2. de diætâ.
( 2 ) Equitatio non tantum corpus sed sensus omnes
exercet. Ex eodem Lib. 2. de sanitate tuendâ.
( 3 ) Gestatio in lectica levissima est ....
propterea agris et sentibus conducit, Galenus Lib.
de sanit. tuend . cap . 7 .
Gestatio vehiculo acrior est. Celsus , Lib. za
Cap. 15.
cha
AVRIL. 1735. 631
che où en Carosse , &c. Les Auteurs recommandent
de faire d'abord ces promenades
sur un terrein uni pour s'y accoutumer
, sur tout quand on est foible ou
convalescent , mais ils conseillent de preferer
ensuite un terrein inégal , comme est
le pavé , afin de rendre les secousses plus
fréquentes, plus vives, et , pour ainsi dire,
plus brusques.
Malheureusement il n'est pas toujours
en notre pouvoir de faire ces sortes d'éxercices.
La foiblesse du temperament, ou
les occupations en interdisent l'usage à
beaucoup de gens ; Ceux même qui ont
la force et le loisir nécessaire , ne sçauroient
en profiter pour faire de pareils éxercices
dans le grand froid , ni dans le grand
chaud.
Il faut donc avoir recours dans ces cas
qui sont fréquens , à des éxercices d'une
autre espece , qu'on puisse faire à couvert,
et quelquefois même à des éxercices qu'on
puisse faire dans sa chambre , lors que les
affaires ou l'état de la santé ne permettent
d'en sortir. Et c'est à cette occapas
sion qu'on a cherché à imaginer des Machines
propres à secouer le corps , et capables
par ce moyen de supléer à l'exercice
du Cheval ou du Carosse.
Les
682 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ( 1 ) qui ont traité de la
Gimnastique des Anciens , ont observé
que les Médecins avoient accoutumé de
recommander l'usage de plusieurs Machines
de cette espece , soit pour la conservation
de la santé , soit pour le soulagement
des maladies.
1. L'Escarpolete connue autrefois sous
le nom de ( 2 ) Petaurum ou Doscella , dont
il paroît par quelques passages des anciens
Auteurs qu'on se servoit souvent
par principe de santé .
2. Les lits mobiles en forme de berceau,
connus dans les ouvrages des Anciens sous
le nom de Cuna. ( 3 ) Oribase premier
Médecin de l'Empereur Julien , nous en
a laissé la description , en nous assurant
qu'ils avoient été employez long- temps
( 1 ) Gonterius de sanitate tuendâ. Lib . 15.
Mercurialis de arte Gymnasticâ . Lib. 3. et 6.
(1) An magis oblectant amicum jactata Petauro
Corpora , quique solent rectum descendere funem....
Juven. Sat. 14. *
(3 ) Oribasius , Lib. 6. collectionum .
Celsus , Lib. 2. Cap . 15. uni , inquit , pedi lecti.
Fulmentum subjiciendum'est,atque ita lectus
Huc , et illuc manu impellendus.
2
Galenus , Lib. 2. de sanitate tuendâ . cap. II.
Aëtius , Lib . 3. cap. 6 .
avant
AVRIL.
1735
683
avant lui par plusieurs autres Médecins ,
comme Antyllus , Celse , Aëtius , &c.
3. Les lits suspendus par les quatre
angles , lecti pensiles. Hippocrate ( 1 )
avoit parlé d'une Machine approchante ,
dont-il recommande l'usage. Mais l'invention
de ces lits suspendus , doit être
raportée à Asclepiade de Pruse qui faisoit
la Medecine à Rome avec éclat , du tems
de Pompée ; le Grand Pline , de qui nous
tenons ce fait , (2) nous aprend en mème
tems que cette invention acquit à ce Médecin
une très- grande reputation . ( 3 )
Celse , et ( 4 ) Galien qui ont vécu depuis
, en ont approuvé l'usage.
Un ancien Médecin , apellé Herodotus ,
croyoit cet éxercice si utile , qu'il voulut
qu'on l'employât chaque jour pendant
tout le tems qu'on auroit mis à faire en
Litiere le chemin de quarante stades
c'est à dire , d'environ une lieuë et demie .
4. Coelius Aurelianus , célebre Méde-
(1 ) Pensiles gestationes ex vehiculis utiles. Hippocr.
Lib 2. de morbis mulier.
(2) Asclepiades suspendit lectulos , quorum jactatu
... morbos extenuaret. Plin . Histor. Natur.
Lib. 26. Cap . 3 .
(3 ) Si nihil horum est. Suspendi lectus debet ot
moveri. Celsus Lib. Cap. 15.
( 4 ) Galenus , Lib. 2. de Sanitate tuendâ.
Cap. 11.
cin
684 MERCURE DE FRANCE
cin du quatrieme siecle , ( 1 ) fait mention
d'une autreMachine plus composée , employée
de son tems pour faire faire de l'éxercice
qu'il apelle Macron Sparson , ou
instrumentum rapsorium , mais dont il n'a
donné aucune description , quoiqu'il en
désigne sufisamment l'usage.
5.Enfin je ne sçai si l'on doit ajoûter ici
les differens moyens que Bernard de Gordon
, ( 2 ) Professeur fameux de la Faculté
(1) Calius Aurelianus , Lib. 3. Cap . 6.
(2 ) Bernardus Gordonius in Lib . de conservatione
vitæ humanæ , cap . 8. de Speciebus exercitiorum
.
>
et
Pralati autem oportet quod habeant alios modos.
In Camera enim debet esse una grossa chorda ,
vid. infra, nodosa suspensa , et tunc illa chorda accipitur
cum manibus duabus et homo debet stare
erectus , ita quod non tangat terram . Et sic longe
tempore deinde saltabit cum illâ chorda currendo
quantum poterit hinc et inde , se volvendo et deambulando.
Vel si non placet sibi iste lectus , habeat
lapidem de trigenta libris in quo sit annulus ,
portet frequenter, ab una parte usque ad aliam , vel
teneat superius in acre longo tempore antequam deponat
, vel portet ad collum suum , vel intra manus
et ita de aliis modis donec incipiat fatigarii vel teneat
baculum in manu, et quod alter auferat sibi si potest
trahendo , vel quod auferat denarium à manu suâ
elausa , et dicit Galenus quod aliquis accipiat pellem
uva , et quod ponat in capite indicis , et quod alter
teneat manum clausam , et quod videat si cum ille
digito poterit pugnum aperire. Alter modus est quod
dc
AVRIL. 1735. 685
de Montpellier dans le 13. siecle , proposa
pour faire faire de l'éxercice dans la
chambre , aux personnes qui y sont retenuës
par leurs affaires . Quelques - uns
de ces moyens paroîtront peut-être puériles
, mais ils prouvent du moins de
quelle importance ce Médecin croyoit
qu'il étoit , de tâcher de supléer en quelque
façon que ce fut , à l'exercice qu'on
n'avoit pas la commodité de faire d'une
maniere plus utile .
On ne peut pas disconvenir , ajoute
Lessius , que les exercices du corps qui
ne passent point de justes bornes et qui
se font à propos , ne soient utiles et même
nécessaires. Mais la plupart de ceux
qui vivent sobrement et qui ne s'appliduo
sedeant in terra pedibus contrapedes , et quod
teneant ambo baculum unum , et quod postea videant
uter istorum poterit alterum elevare .
Paul d'Egine , Medecin du cinquiéme siecle ,
avoit donné les mêmes conseils avant Gordon ,
comme per funem manibus apprehensum scandere ,
et duos summis manibus concertare. Voyés Pauli
Egineta operum , Lib. 1. Cap . 17. de exercitationum
generibus.
Lessius , ce pieux et sçavant Jesuite , qui a vécu
si long-temps il y a 140 ans dans son Traité
des moyens de conserver la santé , Chap. 5. cite
les paroles d'Hippocrates : Pour se bien porter il
faut toujours demeurer sur son appétit et faire quelque
exercice
quent
686 MERCURE DE FRANCE
quent qu'aux choses de l'esprit , n'ont
pas besoin d'exercice de longue haleine ,
et qui d'ailleurs consumeroient trop de
tems , ils peuvent se contenter d'un
quart d'heure ou de demie heure d'une
sorte d'exercice, qu'on peut prendre avant
le repas sans sortir de sa chambre , et qui
est en usage chez les personnes les plus
graves , même chez quantité de Cardinaux
et qui n'a rien d'indigne d'eux . Il
se fait de deux manieres , l'une à prendre
dans chaque main des poids d'une
livre ou d'une livre et demie chacun , et
de se secouer les bras de toutes sortes
de sens , comme si l'on combattoit en l'air.
L'autre maniere consiste à prendre des
deux mains un grand bâton où il y ait
à chaque bout une livre ou une livre
et demie de plomb , et laissant entre les
deux mains un intervalle de quatre
pieds , se secouer les bras comme on vient
de le dire.
CONCLUSION .
>
Ces éxemples et ces citations doivent
faire sentir l'utilité d'une Machine nouvellement
inventée par M. Du Guet , Ingenieur
, sous le nom de Fauteuil de poste,
qui tend au même but , mais qui y tend
d'une maniere infiniment plus simple et
plus
AVRIL: 1735. 687
plus commode.On est exposé dans ce Fauteüil
aux mêmes sécousses qu'on éprouve
dans une Chaise de poste , de devant en
derriere , de droit à gauche , et de haut
en bas , tantôt ces differens mouvemens
se succcdent de differentes façons , et tantôt
ils concourent plusieurs à la fois. On
peut à son gré les rendre plus brusques
ou plus doux , plus prompts ou plus lents,
plus violens ou plus foibles.
On peut donc par le moyen
de cette
Machine , dont la
construction est simple
et le mouvement aisé , faire un éxercice
raisonnable sans sortir de sa chambre , et
un éxercice d'autant plus utile , qu'il réunit
tous les avantages des éxercices les
plus vantez , sur tout si la Machine est
dans un air ouvert ; car d'ailleurs toutes
les parties du corps et sur tout les visceres
du bas-ventre se trouvent successiveanent
exposez à des
trémoussemens , des
compressions , et des sécousses fréquemment
repetées , dont on peut regler la
vivacité à son gré , qui sont assez brusques
et assezpromtes pour procurer les mêmes
effets que la Chaise de poste , qu'on peut
varier à l'infini selon le besoin , et qu'on
peut enfin se procurer avec facilité , à peu
de frais , et sans se déranger du soin de
ses affaires ,
auxquelles on peut vaquer
dans
388 MERCURE DE FRANCE
dans le tems même qu'on est dans le Faueüil.
AVERTISSEMEN T.
M. Duguet , Auteur de la Machine ,
demeure rue de l'Arbresec , au Vaze d'Or.
On voit le Mémoire sur l'utilité et l'u
sage de cette Machine dans le Mercure de
France , Décembre 1734. deuxième volume
, page 2889.
Les malades qui voudront essayer chez
eux l'effet de la Machine pendant quel
ques jours , donneront 3. liv. pour le premier
jour , et 25. f. pour chacun des autres
jours qu'ils la garderont.
On donne 12.f.pour voir la Machine ,
et pour en faire l'essai .
L'Auteur a trouvé le moyen d'ajouter
aux nouvelles Machines qu'il a envoyées
dans les Pays étrangers , le mouvement
vertical de haut en bas , au mouvement
horizontal de droit à gauche , ce qui les
rend beaucoup plus commodes , et plus
utiles à la santé.
O DE
AVRIL: 1735.
Q
O D E.
Uelle rapide violence ,
Loin de nous emporte le temps !
Quelle coupable négligence
En perd les précieux instants !
Oubliant leur propte noblesse ,
Les Mortels le passent sans cesse ,
Dans des travaux indignes d'eux ;
Des soins , des projets inutiles ,
Des biens et des plaisirs fragiles
En causent l'abus malheureux .
L'avarice avide , alterée ,
Et qui court après mille maux ,
Du temps fait servir la durée
A grossir d'injustes monceaux.
L'ambition audacieuse ,
Vigilante , laborieuse ,
Pleine d'une jalouse ardeur ,
S'aplaudit et croit être sage ,
Quand du temps elle met l'usage.
A suivre une frêle grandeur.
Quel renversement déplorable "
790 MERCURE DE FRANCE
It quel funeste aveuglement !
La sagesse si désirable
N'occupe pas l'homme un moment.
Il ne va point à son Ecole ,
Ménager du temps qui s'envole ,
Apprendre ses vrais interêts.
Des Jeux , où regne un sort bisarre ;
Des cercles où son coeur s'égare ,
Ont pour lui de plus doux attraits .
Il craint de rentrer en soi - même ,
Pour s'y voir , s'y considerer ,
Et tel est son désordre extrême ,
Qu'il ne cherche qu'à s'ignorer.
Si le désir de tout connoître
Le porte à penetrer son Etre ,
S'il veille pour ce grand dessein ,
Après une étude si vaine ,
Sçait- il qu'un prompt courroux l'entraine¸
Qu'il est inégal et hautain .
M
Oui , dans nos sçavantes études
Nous sommes prodigues du temps ,
Si malgré des veilles si rudes ,
Nous sommes encore ignorants ;
Si , loin que nos vices nous frapent
Toujours négligez ils échapent
A
AVRIL: 1735
691
A notre curiosité ;;
Si nos connoissances sublimes
Ne font de nous que des victimes
D'une insolente vanité.
Bouchet , Chanoine de Sens.
X:XXXXXX********:*
NOTICE PARTICULIERE,
d'une partie des principaux Monumens
d'Antiquité , transportez de l'Hôtel de
Sully à l'Hôtel de Mezieres , ruë de
Varennes , à Paris.
Ans le Vestibule sont trois Statuës
Dde Marbre blanc , beaucoup plus
grandes que Nature , dont l'une représente
Esculape avec son bâton , entouré
d'un Serpent. La seconde représente Hygie
, sa fille , ayant le bras droit , entouré
aussi d'un Serpent. La troisiéme Figure
représente une Dame Romaine , que les
uns croyent être Julie , fille d'Auguste ,
d'autres Octavie , soeur de cet Empereur
et femme de Marc- Antoine.
A côté du grand Escalier est une Statuë
d'Apollon , couronné de Laurier , tenant
un Arc d'une main et de l'autre
ne branche de Laurier.
D Sug
792 MERCURE DE FRANCE
Sur le premier Paillier, se voit contre le
mur une grande Figure noire de Marbre
d'Egypte , qui représente la Déesse
Isis , laquelle est d'une très grande antiquité,
c'est - à- dire , du temps des Ptolo
mées , Rois d'Egypte.
Dans le Salon en face du Jardin , sont
dix Bustes antiques , posez sur des Scabellons
, entre autres celui de Scipion
l'Afriquain , et sur la table est un Buste
de Vitellius , dont la tête est de Pierre
de Touche , ce qui en fait la rareté. Et
sur la Cheminée on voit une Tête seule ,
restée de quelques ruines , représentant
le visage d'une femme qui dort , dont
les traits sont d'une beauté parfaire , et
le sommeil est caracterisé d'une maniere
tendre et touchante.
A côté du Vestibule à droite , sont deux
Sales dans lesquelles on voit des Urnes
antiques , de petits Tombeaux , des Bas-
Reliefs , et grand nombre de Bustes et
de Têtes qui représentent des Consuls
et Sénateurs Romains , des Empereurs
et Imperatrices , des Rois Grecs et des
Philosophes et Poëtes anciens , et autres
dont on peut reconnoître une partie par
comparaison aux Médailles antiques et
aux Pietres gravées. On y remarque af
sément un Homere , un Pyrrhus , un Se-
Crate , un Seneque , &c.
AVRIL: 1735: 793
Dans la premiere Sale est un grand
Bas - Relief, découvert dans les ruines du
Palais de Neron , qui représente le Mariage
de Bacchus avec Ariane , accompagné
d'un côté des Bacchantes et du
Dieu Sylvain , ayant une grande barbe
et des pieds de Chevre , tenant à sa main
une racine de Cyprès , et de l'autre côté
est un Sacrifice en l'honneur de Bacchus.
Dans les deux Niches qui sont aux coins
de cette Sale , on voit dans l'une une
Statue de Venus , dont l'attitude est semblable
à celle de la Venus de Médicis , et
dans l'autre une Figure d'Atalante , désignée
par son Carquois , qui de la main
gauche tient un Arc et de la droite élevée
, tient la pointe du Dard dont elle
a blessé le Sanglier de Calidon .
Dans la seconde Sale , se voit un grand
Tombeau ou Sarcophage , de Marbre
blanc , orné de Sculpture et des trois
Graces dans le milieu , lequel a été tiré
du Sépulchre de la Maison Imperiale de
Livie , découvert en 1716. à deux mille
de Rome , dans la voye Appienne.
Dans la Sale à gauche du Vestibule ,
on voit onze Statues de la Cour de Licomede
, Roy de Scyros , dont il y en a
dix posées sur des Piédestaux , qui sort
présentes à l'arrivée d'Ulisse pour dé-
Dij couvrir
94 MERCURE DE FRANCE '
couvrir Achille. On voit Ulisse déguisé
en Marchand qui porte sous son bras
gauche une espece de boëte carrée à deux
tiroirs , dont l'un paroît ouvert et contenir
plusieurs Bijoux . Il fixe ses regards
sur Achille déguisé en fille , et il le reconnoît
à la Lance et au Bouclier dont
il s'est saisi , et qu'il a préferés aux ornemens
de femmes .
La Reine de Scyros est désignée par
un Diadême dans ses cheveux et par un
Sceptre à sa main droite ; de la gauche
elle tient une bourse pleine de monnoyes
destinées à l'achapt des Marchandises d'U .
lisse. On voit la figure d'une Pallas , qui
dans un pan de son Corset Militaire
porte Pyrrhus enfant , dont on a confé
l'éducation à cette Déesse. Chacune
des Filles de la Cour de la Reine , dans
des attitudes differentes , tient à la main ,
ou un Miroir , ou une Bague , où une
médaille , ou un Baguier , dont elles ont
fait l'emplette.
Celle qui frappe le plus la vue , est
appuyée sur une espece de Cyppe , di
tinguée par une Draperie fine et lege =
et par sa coeffure ornée d'un Diadoras a
et tenant un Brasselet de la main a
On veut que cette figure soit cele
Deidamie , la seule fille de Licor
AVRIL. 1735.
ة و ر
et
de laquelle Achille devint amoureux ,
dont il eut le jeune Pyrrhus . Toutes ces
Statues ont été déterrées à 13 ou 14 milles
de Rome , dans un Champ sur le chemin
de Frescati , où étoit autrefois la Maison
de Campagne de Maríus , où l'on voyoit
un Salon destiné pour les Bains , dont
ces Statues faisoient l'ornement , et en
effer on y a ajoûté une onzième Figure ,
ayant un genou en terre , qui représente
une femme sortant du Bain , dont
l'attitude , l'air de tête , la coëffure et la
draperie sont d'une beauté parfaite , tenant
d'une main une de ses Sandales ou
chaussure à la Romaine,
Du côté du Jardin est la figure d'un
jeune Faune qui joue de la flute.
Dans la Sale qui suit du côté du Jardin
, sont deux Statuës ; la premiere d'un
jeune Bacchus , couronné de Pampres de
Vigne , tenant de la main droite une
grappe de Raisin et de l'autre une Coupc.
La seconde est la Statuë de Marsyas ,
attaché par les deux bras et par une
jambe à un grand tronc de Chêne ; il
tient de la main droite une flute cham-`
pêtre , prêt à subir la punition de sa témerité
, pour avoir voulu disputer de
l'harmonie avec la Lyre d'Apollon.
Dans la Cheminée, sont quatre grands
Dilj Chc898
MERCURE DE FRANCE
Chenets de Bronze antiques , très - rares
et très - singuliers , ornez de Sculpture et
de figures en relief.
A l'opposite , on voit une Figure de
Venus , de Bronze , nuë , et assise sur un
tronc d'arbre , accompagnée d'un petit
Cupidon.
Dans la premiere Sale de l'Appartement
d'en haut , on voit sur une Table la Fi
gure d'une jeune fille , à demi couchée
et appuyée sur sa main gauche , de l'autre
main elle paroît jouer aux Osselets ;
on croit qu'elle représente la Déesse du
Sort.
Dans la premiere Antichambre , il y
a sur une Table une Tête de Vitellius ,
de Marbre blanc , et sur l'autre un Buste
d'Antinous , de Bronze.
Plusieurs autres Monumens qui comprennent
ces Bustes , les Têtes , les Urnes
, les Bas- Reliefs , les Inscriptions ,
sont détaillez dans la Description Historique
qui en a été faite.
EN
AVRIL. 1735 89%
ENVOT d'une Fleur à M....
jour de sa Fête.
Q Uoi ! penses - tu , charmante Fleur ,
Parer le sein d'une Climene ?
Je ne connois plus de langueur ,
Et je suis à l'abri d'une amoureuse chaîne.
Pars, vole promptement dans la main de Damis
C'est le meilleur de mes amis ;
Qu'en te prenant il te caresse ,
Qu'en te voyant il reconnoisse
Que je te cueillis , belle Fleur ,"
Dans le Parterre de mon coeur.
Mais si par quelque catastrophe
Il avoit oublié mon nom.
Dis-lui que c'est un Philosophe
Habitant du sacré Vallon ,
Moins
Qui , quelquefois prenant sa Lyre ;
pour chanter que pour s'instruire ,
S'amuse à composer des Vers ,
Homicides de l'Univers.
C'est pour cela que le Parnasse
Est hérissé pour lui de frimats et de glace ;
Et que dès qu'il y fait un pas ,
Voilà le pauvre Here à bas.
In vain reclame- t'il le secours des neuf Foles
Sce
898 MERCURE DE FRANCE
Ses gémissemens sont frivoles ,
On ne l'écoute pas , et son unique appuy
Est dans le bras de Botentuy . *
A ces traits , mon Damis ne peut me mécor
noître ;
Je pense qu'il dira peut- être ,
Ces Vers sont les Enfans d'un timide Gascon ;
Timide ( dites-vous ? ) où diable en trouve-t'on
Puis tu prendras un air honnête ,
Tu souriras en inclinant la tête
Et lui montrant un visage serain ,
Tu lui débiteras ce sincere Quatrain.
Recevès , cher Damis , ce gage de tendresse ,'
Ou si ce dernier mot vous blesse ,
Daignès recevoir par pitié
Ce fragment de mon amitié.
* Fameux Chirurgien de Paris pour les fractu
res et dislocations .
LETTRE d'un Solitaire à M.D.L.R.
au sujet des nouveaux Livres sur les anciennes
Representations Théatrales.
J
E vois , Monsieur , dans ma solitude
& vos Journaux & les autres
Ouvrages périodiques , mais rarement les
Livres qu'on annonce y parviennent ils
dans
AVRIL. 1735 699
dans leur nouveauté ; la cherté du prix
Lorsqu'ils commencent à paroître peut
être la cause de ce retardement; quoiqu'il
en soit , j'ai passé d'agreables quartsd'heures
dans mon désert à lire l'Extrait
d'un livre intitulé : Histoire du Théatre
François , depuis son origine jusqu'à présent.
Quelques uns des Journalistes renvoyent
les Lecteurs à cette occasion à un
autre Livre publié en 1733 , sous le titre
de Bibliotheque du Théatre , qu'ils disent
n'être qu'une ébauche de l'Histoire du
Théatre François . Je vous avoue que n'ayant
ni l'un ni l'autre de ces deux livres,
j'ai de la peine à concevoir que la Bibliotheque
ne soit veritablement qu'une
ébauche, et que l'Histoire comprenne un
objet plus vaste . Par tous les Extraits que
jai lûs de l'Histoire , il me paroît que
les
Auteurs se bornent à ne nous entretenir
que des représentations qui ont été faites
& déclamées ou chantées en langage
François .
La Bibliotheque des Théatres est un
titre plus étendu , & qui semble devoit
comprendre autant les Scenes données
dans le temps de la basse latinité , que
celles dont le langage est François . Vous
me ferés plaisir , Monsieur , d'éclairer
mes doutes. Le dessein de la Bibliothe
D' V que
700 MERCURE DE FRANCE
que paroissant plus vaste , ne peut être
regardé comme une ébauche , qu'autant
l'Auteur n'a fait qu'effleurer la matiere
en parlant des différentes Représen
tations Théatrales de tous les siècles.
que
Vous aviez indiqué à ce Bibliothequaire
dans le Mercure de Decembre 1729 ,
un Livre manuscrit qui me paroit curieux
. Est - il possible qu'aucun de ces
Compilateurs des matiéres Théatrales
n'ait pris la peine d'aller consulter ce Livre.
Je veux , si vous me le permettés ,
ajoûter ici quelque chose à ce que vous
en avés publié. Je le ferai succinctement ,
parce que je n'ai pas eu le loisir de transcrire
le Livre en entier. Comme il est du
treiziéme sicle , il mérite certainement
quelque attention ; on y voit le genie
de ce temps - là , au moins le genie claustral
, car il ne s'y passoit rien que de
modeste & de sage ; mais on ne laissoit
pas de faire des dépenses pour des machines.
Vous avés donné la seconde Tragédie
'de S. Nicolas , qui est dans ce volume ;
voici ce que j'ai transcrit de la premiere,
sans avoir eu alors aucun dessein de le
publier. Cette Tragedie roule sur ce qui
est dit de ce Saint , qu'il jetta trois fois
de l'or par une fenêtre , pour marier les
filles d'un pauvre homme.
OR
AVRIL
1735. 701
On y lit en rubrique : Pater conqueritur
ad filias. Ce pere se nommoit Hilaire; &
voici comment il parle :
Cara mihi pignora filiæ ;
Opes patris inopis unice ,
Et solamen meæ miseriæ ,
Mihi mosto tandem consulite ;
Me miserum !
Un connoisseur en chant s'apperçoit
aisément que cela est noté du premier
ton en plain- chant. Le Pere continue :
Olim dives , et nunc pauperrimus
Luce fruor et nocte anxius ;
Et quam ferre non consuevimus
Paupertatem
graviter
ferimus.-
Me miserum
!>
Prima filia ad patrem : La premiere
fille portant la parole à son Pere :
Care pater , lugere desine ,
Nec nos lugens , lugendum promove ž
Et quod tibi valeo dicere ,
Consilium hoc à me recipe ;
Care pater.
Unum nobis restat auxilium
2
D vj
Per
702 MERCURE DE FRANCE
Per dedecus et per opprobrium ,
Ut nostrorum species corporum
Nobis victum lueretur publicum
Care pater.
Ily a encore un Quatrain de ce genre,
ensuite :
Projecto auro pater Hilarius ad filias ::
Jamjam mecum gaudere filiæ ,
Paupertatis elapso tempore ;
Ecce enim in auri pondete
Quod sufficit nostræ miseriæ.
Me beatum !.
Filia stantes ; dicant :
Gratiarum ergo præconia
Offeramus et laudum munera
Uni Deo , cui in sæcula
Laus et honor , virtus et gloria ,
Care pater.
Il y a ensuite de semblables Quatrains ,
intitulez : Gener ad patrem , Filia ad patrem
: Fater ad generum. La seconde. fille
se mêle aussi de consoler son cher pere.
A l'instant il tombe de l'or une seconde
fois par la fenêtre.
Le
AVRIL 1735. 709
Le second gendre paroît sur la Scene
fort à propos , et parle au Pere ; la se
conde fille se met de la partie : et le
Pere leur répond , finissant toujours ses
discours par dire qu'il est bien miséra
ble : Me miserum !
Ce Pere si affligé se plaint à sa troisiéme
fille ; elle ne tarde pas à lui dire
des paroles consolantes . Saint Nicolas
jette de l'or pour la troisième fois , & le
Pere changeant de ton , ne dit plus , me
miserum ; mais voyant des especcs , plein
un troisiéme sac , il se prosterne par
terre , & apostrophant l'inconnu
plein de charité , il lui chante ces mots ::
Siste gradum quisquis es , Domine ;
Siste precor , et quis sis exprime ,
Qui dedecus tollens infamiæ ,
Onus quoque levas inopia..
Me beatum !
>
si
Vous pouvés croire , Monsieur , quel
dialogue font ensuite les trois Filles et
les trois Gendres : La conclusion de la
Piece est ainsi ordonnée.
Totus chorus sic dicat : O Christi pietas ,
c. C'étoit ainsi qu'on finissoit par l'antienne
de Magnificat des secondes Vê
pres de Saint Nicolas cette Representa
tion
704 MERCURE DE FRANCE.
tion charmante. Voilà du chant dans les
Scenes et dans les Choeurs , mais je crois
ce chant bien different de celui des an
ciennes Tragédies Grecques , dont un
nouveau Journal nous a parlé. Car icy
ce n'étoit que du pur plainchant.
Vous avés la seconde Tragedie dans
le Mercure de Decembre 1729 , sond
volume , page 2981 .
Je n'ai rien transcrit de la troisiéme
qui est encore un trait de la vie de Saint
Nicolas ou de l'histoire de son culte. Il
s'y agit d'un Juif qui avoit de la dévotion
envers l'image de ce Saint. Il la
portoit toujours sur lui ; mais un jour
qu'il entreprit un voïage , il la laissa
dans sa maison , pour la défendre contre
les voleurs ; cela n'empêcha pas les voleurs
d'y entrer , et ils emporterent
même l'image qui faisoit la confiance du
Juif. Le Saint Evêque parut lui- même et
les obligea à la restituer , au sujet de quoi
le Juif ayant recouvré l'Image , entonne
un magnifique Gaudeamus , au bout du
quel succede de la part du Chorus , l'Introite
: Statuit ei Dominus . Tout cela du
même mode .
Je n'ai tiré de la quatrième Tragédie ,
que ce qui suit: Ad representandum quomode
S. Nicolaus Getron filium de manu
MarAVRIL
1735. 9054
Marmorini , Regis Agarenorum liberavit ,
paretur in competenti loco cum ministris suis
armatis , Rex Marmorinus in alta sede
qua-
'si in regno suo sedens . Paretur in alio loco
Excoranda Getronis civitas ; in ea Getrom
cum consolatricibus suis , uxor ejus Eufrosi
na et filius ejus. Sitque ab Orientali parte
sivitatis excoranda , Ecclesia S. Nicolai in
qua puer rapietur. Voilà quelques especesde
Machines , mais qui ne demandoient
pas une grande subtilité..
Les Ministres du Prince commencent
ainsi la Piece :
Salve , Princeps , salve , Rex optime .
Que sit tua voluntas anime
Servis tuis ne tardes dicere ,
Sumus qua vis parati facere..
Cette Piéce est de ce qu'on appelle le
sept en chant grégorien , et cependant
elle est couronnée par l'exclamation faite
par tout le Choeur d'une Antienne du
tiers.Tous Chorus : Copiosa caritatis, Nicolae
Pontifex, & c. Je ne sçai , au reste , si tous
ces quatre morceaux détachez n'étoient
pas des Actes differens de la même Trage
dic.On voit sensiblement que ces quatre
Représentations ne pouvoient gueres du
rer que l'espace de deux heures ; encore
c'est
For MERCURE DE FRANCE
c'est selon la durée du chant des Choeurs
car du Plainchant dure plus ou moins
suivant le mouvement qu'on lui donne .
pas
Si jamais on entreprend un recueil de
tout ce que nos Histoires marquent des
Juifs , on ne doit oublier le trait cydessus
rapporté. Il est certainement curieux
de voir un Juif dévot envers une
Statuë et encore la Statuë d'un Saint
des Chrétiens . Vous sçavés mieux que
mois'il est vrai que les Turcs ont de
Ia dévotion pour notre S Georges , qu'on
dit qu'ils appellent Chederles . C'est ce que
je lis dans le Dictionnaire de Bayle Meta
quand cela ne seroit pas , on voit bien
' où pouvoir venir la dévotion d'un Juf
envers le Saint Evêque de Myre . Les
vieux Légendaires de cinq et six cent ans
rapportent qu'un Chrétien fut puni de
Dieu , pour n'avoir pas tenu à un Juif la
promesse qu'il lui avoit faire par serment
sur S.Nicolas, de lui rendre la somme qu'il
tenoit de lui par emprunt ,, et d'avoir au
contraire affirmé devant le Juge qu'il
* Les Mahometans mettent S. Georges qu'ils appent
Gergis , au nombre des Prophetes , et le traitent
comme Elie , en lui donnant le surnom de
Kheherles , qui est celui du Prophete Elie ,
vant l'Auteur de la Bibliotheque Orientale , page
3.83
suiavoir
AVRIL. 1735 707
avoit remis au Juif une somme même
plus considérable que celle à laquelle le
prêt montoit , parce que dans le moment
qu'il fallut lever la main, il avoit
donné subtilement à garder à ce Juif son
bâton o sa canne , dans le creux de laquelle
étoit une quantité de pieces d'or
qui excedoit la somme contestée . Si ce
trait n'est pas bien veritable , il est certain
au moins que quelques Juifs convertis
y ont ajouté foy , à cause qu'on
leur assura que le parjure puni , avoit
été ensuite guéri par l'intercession de
S. Nicolas , et qu'il avoit satisfait la partie
lézée , qui étoit de leur nation .
La vie de S. Nicolas a été un fond si
abondant pour ceux qui vouloient anciennement
donner des Représentations ,
qu'on en voyoit , dit-on , dans quantité
de Professions . Je soupçonne que les
Clercs de Basoche qui choment les
jours de sa Fête , se distinguoient de ce
côté-là . Les Ecoliers ont toujours été fort
devots à Saint Nicolas , et souvent leurs
Maîtres étoient bien aises de leur devotion.
Un grave Champenois m'a assuré que
dans sa Capitale , ( je croi qu'il étoit de
Reims ) il est encore d'usage que les
Maîtres d'Ecole fassent habiller un de
leurs
708 MERCURE DE FRANCE
leurs jeunes enfans en Evêque , portant
une Chape et une Mitre de papier , et
qu'ils sont quelquefois assez hardis pour
produire ces jeunes gens ainsi habillez
jusques dans les Eglises. Il ajoutoit qu'il
y a aussi une Cathédrale en cette même
Province , où le jour de Saint Nicolas les
Enfans de Choeur sont tenus , en vertu
d'une fondation , de venir chanter un
Motet dans la Sale du Chapitre , en presence
de Messieurs assemblez. Tout cela
me paroît être un reste des anciennes Re
présentations de la vie de Saint Nicolas.
Vous en croirés ce qu'il vous plaira , jet
n'en suis pas moins sincerement , M. & c.
Ce 20 Mars 17350
XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE ET BOUQUET à Mlle de
Malcrais de la Vigne , le jour de sa
Fête , par M. Pesselier.
Q
Uelle étoit mon audace , ou plutôt me
folie !
Quand j'osai te chanter pour la premiere fois ,
Avant qu'une lettre polie
Est animé les sons dé ma timide voix ?
Aussi
AVRIL. 1735. 709
Aussi n'osant pour toi m'expliquer par moi
même ,
D'un plus illustre nom j'empruntai le secours-
Pour te faire goûter de vulgaires discours.
A quelque innocent stratagême
Il fallut bien avoir recours.
Je passai les rivages sombres ;
Et fus chercher parmi les Ombres ,
Un Auteur qu'on aime à vanter ;
Son sexe , ses talens me parurent répondre
Au fertile sujet que j'avois à traitter.
11 est vrai que sans rien retoucher , ni refondre
Comme un fidelle Echo ma Muse repeta
Tout ce qu'à ton honneur le Parnasse public .
Pour celebrer ta gloire en tous lieux établie.-
J'écrivis seulement ; Deshoulieres dicta .
Moins timide aujourd'hui je parois en personne
C'est un droit que ta lettre auprès de toi me
donne ;
J'en ai fait une utile emploi ;
Ton billet a rendu les Filles de Mémoire
Beaucoup moins cruelles pour moi ,.
Je veux consacrer à ta gloire ,
L'effet d'un passeport que j'ai reçû de toi
Le jour de ta fête s'approche ,.
Il a addressé une piece de vers à Mlle Malcrais
de la Vigne , intitulée l'Ombre de Madame des
Houlieres.
Je
710 MERCURE DE FRANCE
Je l'aurois peut - être ignoré ,
Sans l'agréable écrit dont tu m'as honoré ,
Et j'aurois à me faire un éternel reproche ,
Si ma veine rebelle à mon empressement ,
Gardant un silence peu sage ,
Je manquois de saisir le précieux moment
De te rendre un nouvel hommage.
Mais quel bouquet t'offrir des Vers ? c'est être
fou ;
Un semblable présent seroit - il en sa place ,
Pour qui sçait disposer des trésors du Parnasse
Ce seroit envoyer un lingot au Pérou
Ce scroit porter à Neptune ,
Le don ridicule et nouveau ,
De quelques goutes
d'eau
Des fleurs on n'en trouve pas une
Pendant cette froide saison ;
Et qu'and j'en aurois à foison
Je ne t'en donnerois aucune ,
En veux-tu sçavoir la raison ?
Ah ! prux-tu l'ignorer encore
On la lit dans tes Vers , elle est sur tes papiers
Offrirois- je les dous de Flore ,
A celle qu'Apollon couronne de lauriers ?
Je n'exprime ici , Mademoiselle , que
la moitié des sentimens que vos ouvra
ges m'ont inspirez . Quand on pense ausAVRIL.
1735. 71 €
si délicatement que vous faites , on entend
à demi mot. Plura intelligenti , pauca
dicenda sunt.
Le Seigneur Mercure dont la vigilance
égale la politesse , et qui suffit à tout par
sa merveilleuse attention à ne point faire
de mécontens , m'oublia , je ne sçais comment
, l'année derniere . Il differa si longtemps
le plaisir que me devoit causer votre
réponse à la piece que je vous avois
adressée , que je m'échappai tout bas en
murmures , contre vous et contre lui .
Comme je ne sçavois à qui m'en prendre ,
vous fûtes tous deux envelopez dans ma
plainte. Votre Madrigal qui parut , me
rendit ma joie en vous justifiant l'un et
l'autre , et je condamnai mes murmureş ,
sans faire procès à mon impatience.
Que ne pus-je hâter ces bienheureux instans ,
En lui donnant encore une autre paire d'aîles
Quand on attend de vos nouvelles ,
On attend toujours trop long- tems.
Mais à propos , le Mercure nous a annoncé
le Recueil de vos Ouvrages , par - là
le Public gagne en gros , ce qu'il perd en
détail. J'ai l'honneur d'être , &c.
REPONSE
12 MERCURE DE FRANCE
REPONSE à la Lettre du R. P. Emmanuel
de Viviers , inserée dans le Mercure
de Février 1735.
V
Ous prenés , mon R. P. le parti le
plus aisé , de ne point répondre aux
objections que je vous ai faites contre
votre Reforme du Calendrier Gregorien.
Elles en valoient pourtant bien la peine.
Trouverés vous bon que je vous les remette
en abregé sous les yeux.
La premiere est , qu'il y a une faute
dans votre définition de la Lune Pascale ;
c'est , dites- vous , celle dont le 14 jour
arrive après l'Equinoxe du Printemps . Je
vous ai dit que le 14 jour tombe quel
quefois au jour même de l'Equinoxe .
La seconde est , que vous mettés le jour
de Pâque au 14 jour de la Lune Pascale ,
quand le 14. n'est pas un Dimanche. Je
vous ai cité le Concile de Nicée , qui ordonne
que Pâques ne sera que le Dimanche
d'après le 14. de la Lunc ..
La troisiéme est , que vous faites un
mauvais reproche aux Astronomes réformateurs
, de n'avoir retranché que trois
jours à la Lune , au lieu, dites vous , qu'il
falloit
AVRIL. 8735. 713
falloit lui en retrancher quatre. Je vous
ai démontré qu'au lieu de trois ou de qua
tre , ils lui en ont retranché dix.
La quatrième est , que vous assurés ,
que depuis le Concile de Nicée jusqu'à
la réformation Gregorienne , l'Eglise a
toujours pris la conjonction de la Lune
au Soleil , pour le premier jour de la Lu
ne Pascale. Je vous ai prouvé au contraire
, que pendant ce tems là , on avoit toujours
suivi le nombre d'Or , qui par
succession de tems , ne marquoit plus la
nouvelle Lune en 1582. que le quatrième
jour après la conjonction .
La cinquiéme est , que vous proposés
à l'Eglise de reprendre aujourd hui l'usage
que vous imaginés , qu'elle suivoit avant
la Réformation , c'est - à - dire , que le premier
jour de la Lune Pascale soit le jour
même de la conjonction . Je vous ai ob
jecté , que ce n'est pas l'esprit de l'Eglise ,
et qu'elle préfere son calcul politique des
Epactes à l'astronomique , pour ne se pas
rencontrer avec les Juifs , ou les Quartodecimans.
La sixième est , que vous reprochés sans
fondement aux Epactes Gregoriennes
d'avancer quelquefois Pâques d'un mois
plutôt qu'il n'est ordonné par l'Eglise.
Je vous ai fait voir par ses propres regles,
que
14 MERCURE DE FRANCE
que cela n'est pas même possible.
Enfin je vous ai dit que votre Reforme
telle que vous l'imaginés , si elle étoit suivie
, tomberoit dans de grands défauts.
Que vous abolissés le nombre d'Or , dont
il est nécessaire de joindre le Cicle avec
celui des Epactes ; que vous ne retranchés
rien à la Lune dans les années centenaires
, où il faut lui ôter un jour pour en
tretenir l'équation avec le Soleil , par où
dans quelques siecles elle regagneroit ce
qu'on lui a fait perdre à la Réformation ;
dans le cours d'un Cicle lunaire vous
que
faites contre son institution rencontrer
deux fois la nouvelle Lune dans un même
jour ; et que vous feriés souvent Pâques ,
un mois plus tard qu'il n'est par les
Epactes Gregoriennes .
?
N'aprehendés- vous point , mon R. P.
en gardant un profond silence sur tout
cela , que
le Public ne pense naturellement
que vous passés condamnation Il
ne se contentera pas du ton victorieux
que vous prenés , sans autre secours que
celui des deux Lettres des R. P. vos confreres
de Rome , qui vous écrivent , l'un
que N. S. P. le Pape a loüé votre génie et
Votre aplication T'autre que Sa Sainteté
a dit qu'on avoit prévû les incidens
dont vous parlés , mais que pour de bon-
,
nes
AVRIL. 715 1735
nes raisons , on ne vouloit rien anger
au Calendrier.
pas avec
J'entens , sans que vous l'expliquiés ,
ce qu'on a prévû à Rome. C'est ce que je
vous ai observé moi - même dans ma Critique
, que les Epactes Gregoriennes à un
jour ou deux près , ne s'accordent
la nouvelle Lune Astronomique , ce qui
peut donner quelquefois Pâques huit
jours plus tard. Mais l'Eglise le sçait , et
elle a de bonnes raisons en effet , pour n'y
rien changer. Quant au reste , de ce que
vous avés imaginé dans votre Réforme
il est aisé de croire qu'on ne l'a ni prévû,
ni pu prévoir.
A l'égard de la louange dont- il paroît
que vous étes satisfait , si on la réduit à sa
juste valeur , ce n'est autre chose , que
laudo conatum : mais après cela on ne veut
point de votre Ouvrage. Nolim laudarier
sic me.
Vous finissés , mon R. P. votre Lettre
par une belle Sentence. Il faut, dites- vous
à mon sujet, mésurer ses forces avant que
d'entrer en lice , sur tout lors qu'on entreprend
de s'élever contre le jugement
public. J'en profiterai quand j'en aurai
l'occasion ; mais dans celle- ci la complaisance
des deux R. P. vos confreres n'est
Fas unjugement public ; et au fond , qui
E de
715 MERCURE DE FRANCE
1
de vous ou de moi n'a pas suivi votre belle
leçon ? Est- ce vous qui avés attaqué le Calendrier
Gregorien avec de mauvaises armes
, et sans succès ? Est ce moi qui aj
défendu cet Ouvrage si autentique et si
public , et qui l'ay mis en sureté ? Je laisse
au bon sens à en faire le discernement.
En voilà assés pour mettre fin à notre
dispute. Quintilius , au raport d'Horace ,
me fait une autre leçon que je suivrai
et je ne voudrois pas vous dire un mot
de plus pour empêcher : Quin sine ri
vali teque et tua solus amares. J'ai l'honneur
d'être , nos opinions à part , mon
R.P. Votre , & c.
A Paris , le 23. Mars 1735 ;
totett
ODE à l'imitation de l'Ode d'Horace ,
Vixi puellis nuper idoneus , &c. Par
M. L. de Toulborzo,
J E l'ai perdu ce tems heureux ;
Où le Sexe faisoit mes plaisirs et ma gloire ;
Après mainte et mainte victoire ,
Je vais de ma défaite importuner les Dieux,
Au Temple de Venus consacrons notre Lire;
Puisse-t'on y garder ce gage de ma foi ,
Avec
AVRIL: 1735 717
Avec la même clef qui jadis chés The mire ,
Dans la plus sombre nuit n'introduisoit que
moi !
Si tu m'en veux marquer quelque reconnois
sance ›
Déesse qu'on adore à Cypre et dans Memphis ,
Fais que de son indifference ,
L'orgueilleuse Chloé , reçoive enfin le prix ,
Et des feux de ton fils , comme moi consumée ,
Eprouve le tourment d'aimer sans être aimée.
LETTRE de M. *** Docteur en
Médecine , à M. *** sur le Maronier
d'Inde.
V
, Ous avés vû , Monsieur , le Maronier
d'Inde cultivé avec beaucoup
de soin ; par tout on l'a planté , et il a fair
pendant plusieurs années l'ornement des
jardins et des promenades ; bientôt on
s'en est dégouté , on l'a regardé comme
un arbre absolument inutile , on lui a
trouvé de grands défauts , et depuis quelque
tems nos Jardiniers ne travaillent
qu'à le détruire , ils n'en font plus de pépinieres
, et ils abbatent les Maroniers
qui sont déja grands. Les Botanistes n'ont
jamais désesperé de sçavoir l'usage du
E ij
Maronier
718 MERCURE DE FRANCE
Maronier d'Inde , et ils ont fait beaucoup
de recherches pour découvrir ses vertus.
Vous verrés par là, Monsieur , que les Botanistes
de notre siecle qui connoissent
un si grand nombre de plantes , ne né
gligent rien pour trouver quelque chose
d'utile à la santé et aux Arts , c'est à l'utile
où se sont toujours rapporté les travaux
et les veilles de ces Grands Hommes,
qui font l'ornement des Académies les
plus célebres cent Plantes nouvelles
dont les vertus sont ignorées , ne feront
jamais aux Botanistes plus d'honneur que
le Sycomore en a fait à l'illustre M. de
Jussieu ; il faut avoir une connoissance
bien éxacte et bien parfaite de toutes les
plantes, pour faire des découvertes importantes
en Botanique : le hazard n'apprend
rarement quelque chose , qu'à celui qui
par la Science.
est éclairé
M. Zanichelli , célebre Médecin de
Venise , vient de donner un Ouvrage ,
dans lequel on reconnoît le zele d'un
grand Médecin , et l'habileté d'un sçavant
Botaniste cet Ouvrage est une
Lettre en Italien , de 15. pages in 4° . sur
le Maronier d'Inde ; elle est adressée à
M. Pouledexa , Professeur de Botanique à
Padoüe . M. Zanichelli fait d'abord la description
du Maronier d'Inde, et de toutes
ses.
AVRIL. 1735. 719
ses parties. ( Il a fait graver une planche
où l'arbre , ses fleurs et son fruit sont trèsbien
réprésentez , ) et il donne ensuite les
observations qu'il a faites sur l'usage médecinal
du Maronier d'Inde ; ces observations
confirment celles de M. Bon , impri
mées dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences . M. Zanichelli sçavoit que l'écorce
du Maronier d'Inde , est aussi amere
que son fruit , qu'elle change peu à peu
de couleur après avoir été séparée du bois,
et qu'elle devient obscure comme le Kinakina
; il sçavoit aussi que le Maron
d'Inde pulverisé, et pris comme du tabac
est un bon sternutatoire ; enfin le Maron
d'Inde donné aux Chevaux poussifs les
soulage et les guerit : ces connoissances
engagerent notre Scavant Médecin à faire
des experiences pour s'assurer de la vertu
fébrifuge qu'il soupçonnoit au Maronier
d'Inde, il pulverisa de l'écorce deMaronier
d'Inde après l'avoir fait sécher , nonseulement
il en fit l'analise chimique
mais il éxamina encore l'effet du mélange
de cette poudre avec differentes substances
, il repeta toutes ces expériences avec
le même soin sur la poudre de Kinakina ,
le résultat fut absolument le même. Le
succès de cette découverte encouragea M.
Zanichelli à donner de cette poudre de
E iij Maro720
MERCURE DE FRANCE
Maronier d'Inde à des personnes attaquées
de la fiévre, il la fit prendre pour
la
premiere fois dans le mois de Juillet 1731 .
à une femme attaquée d'une fiévre tierce
fort violente , accompagnée pendant l'accès
d'un vomissement de bile , de douleur
de tête , d'accablement , et d'une soif ardente
. Il lui en donna sur la fin de l'accès
deux dragmes infusées dans quatre onces
d'eau de Chardon benit , et ordonna
qu'une heure après l'on fit prendre un
bouillon à la malade , la poudre purgea
legerement la malade. Deux autres prises
de la même poudre données , l'une le matin
, l'autre le soir du lendemain , gueri-`
rent la malade , il ne fallut point d'autre
remede. Pour éviter la récidive , M. Zanichelli
en fit prendre encore quelques matins
à cette femme.
M. Zanichelli fit éprouver sa poudre
dans quelques Hôpitaux de Venise , par
tout elle réussit également bien , et nonseulement
elle guerit les fiévres tierces et
doubles tierces , mais encore elle a chassé
des fievres atrabilaires et cardiaques , tant
fausses que vraies . Cette poudre melée avec
quelque antipleuretique , a aussi contribué
à la guérison de quelques pleuresies ,
accompagnées de fiévres qui n'étoient dans
leur signe que des doubles tierces .
On
AVRIL 1735 : 721
On peut voir par tout ces bons succès
que la Médecine peut tirer de grands
avantages du Maronier d'Inde ; mais il
faut que de pareils remedes ne soient employez
que par des Praticiens habiles ; le
meilleur remede dans la main d'un ignorant
peut devenir très - dangereux . Je
suis , & c .
Le mot de l'Enigme du mois de Mars
est Chemise. On a dû expliquer les Logogryghes
par Gimel , Lettre Hebraique ,
ou l'on trouve Miel Eime , &c. Par
Soldat , où est Sol et Dat. Par Fascine
où est Nice , Fas , et par Carabinier , où
l'on trouve Car , Ara Rabin , Bini
Nier.
>
J
ENIGM E.
NE' parmi les plaisirs , je vis dans les dou-
Ν leurs ,
De deuil toujours couvert , sombre , mélance
lique ,
Je passe mon tems dans les pleurs.
Quelqu'un à ce trait lunatique ,
3
Ya penser qu'un fatal destin ,
E iiij Me
722 MERCURE DE FRANCE
Me force de la Lune à suivre le caprice ,
Et qu'elle a sur mes jours un pouvoir souve
rain ?
J'enseigne les vertus , je fais craindre le vice.
Heureux , si je pouvois ôter du coeur humain
Une indigne foiblesse ,
Qui toujours me fait voir la fin
De mes jours et de sa sagesse,
Mon regne paroit long , et je donne des loix ,
Aux grands comme aux petits , aux sujets comme
aux Rois ;
Le riche cependant en rit et les méprise ;
Avec un passeport obtenu par surprise
Il me frustre de tous mes droits .
>
Ce n'est pas tout ; de mon Empire
Il est un vieux voisin à moi bien oposé ,
N'aimant qu'à manger , boire et rire ,
Yvre , étourdi , brutal , de débauche épuisé .
Je n'ai qu'un suscesseur sage , puissant , severe
Des vertus sur son fronr brille le caractere ,
Joyeux , grand et majestueux ,
Pour lui de mes sujets il réunit les voeux.
J'y joins les miens et suis sincere ,
Quoique par un funeste sort ,
Si-tôt qu'il voit le jour , il prononce ma mort .
Mais admirons l'effet de sa puissance ,
Qui n'ouvre qu'un tombeau pour se donner naissance
.
Restons en- là. J'ai toujours le malheur
D'être
AVRIL. 1735. 723
D'être trop -long , dit - on , mais prenés patience ;
C'est mon destin d'ennuyer, cher Lecteur ,
Vous m'avés bien des fois reproché ma longueur.
A Paris , par Ricard de Marseille.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHXH
LOGOGRYPHE.
Mon nom , du nom d'un gros Seigneur ,
Tire son origine ,
Et , bien plus étendu que lui - même , Lecteur ,
La tige emporte la racine.
Sans parler du total dont il est composé ,
Il prétend contenter ta curiosité ;
De ce qu'il peut avoir , tu le verras prodigue ;
Tu trouveras en lui de la varieté ,
Jusqu'à procurer une Digue ,
A ton appetit déreglé ;
Par éxemple , as-tu faim ? d'abord il te présente
Un morceau de bon pain ;
Un ragoûtant Lapin
T'est dû comme une rente :
Si c'est ton inclination
De voir la ville de Lyon ,
Sans beaucoup de façon il te la fait paroître :
Veux-tu voir la ville de Laon ?
Veux-tu te recréer d'un Paon ?
Tout-à-l'instant cecy semble te naître.
E Y Veux-ta
724 MERCURE DE FRANCE
Veux-tu te marier ? il te donne Lia ;
Laver ton corps le Nil te servira ;
Te mettre à couvert de la pluye
A l'ombre du Soleil il t'offre un Pin :
Si de gros linge endosser il t'ennuie ,
Il te fait présent de beau Lin :
Il te donne de l'ail , pour piquer une éclanche
Four matiere du temps , le plan de Philisbourg *
Pour te faire le poil , un rasoir il t'emmanche ;
C'est assez dire en tâchant d'être court,
AUTR E.
Lecteur , mon nom est générique ;
Il s'étend dans l'Europe , enfin dans l'Amérique
Et pour ne point t'alambiquer l'esprit
Presque l'univers il régit.
Une huitiéme lettre acheve son essence :
Par chifre , autant de noms trouvent chez-mo
naissance.
3. 8. 1. 5. d'abord j'habille un Capucin ,
Un Cordelier , un Carme et un- Benedictin
3. et 4. je suis terme de répugnance :-
5. 1. 2. 3.8.7. je garde la finance,
5. 1. et 8. je suis instrument de chasseur ,
1. 2. 3. 8. et 7. trait d'un genereux coeur ,
3. 7. 8. d'un voleur les pieds et maius j'en≥
chaine ,
2. 1. 8. 5. et 7. je fais perdre l'haleine ,
A
AVRIL
1735 .
72 $
A qui se joue à moi. Te rends- tu , cher Lecreur
?
I. 2. 3. 4. 5. et 7. je suis au coeur,
ENtier
AUTRE
je traverse les Airs ,
Étant Ambassadeur céleste :
Partagés - moi ; pour lors je sers
Au Marchand ; au Prêtre le reste?
AUTR E.
LEcteur , de mon secret je te fais confidence ¿
Ma premiere moitié ne produit que du mal ;
Mon autre envoye à l'Hopital ,
Que suis - je donc
のか
Ville de France .
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS, &C.
ISTOIRE NATURELLE DY
L'UNIVERS , dans laquelle on
raporte des raisons Physiques sur les ef
fers les plus curieux et les plus extraor
dinaires de la Nature , enrichie de figu
ses en Taille douce . Par M. Colonne ,
Gentilhomme Romain , en 4. Tomes
E vi in
726 MERCURE DE FRANCE
in 12. A Paris , chez André Cailleau ,
Quay des Augustins , 1734. Tome premier
, 404. pages.
TRAITE' de la Dévotion au S. Esprit ,
tiré des Livres Saints , par un Solitaire
de Sept-Fons. A Paris , ruë de la Harpe,
1735. in 12. de 46. pages.
MEMOIRES du Comte de Comminville.
A Paris , chez J. Fr. Josse , ruë S. Jacques
, 1735. in 12.
ANECDOTES GALANTES ET TRAGIQUES
de la Cour de Neron. A Paris , Quay
des Augustins , chez Rollin fils , in 12.
REFLEXIONS Militaires et Politiques ,
traduites de l'Espagnol de M. le Marquis
de Santa- Cruz de Marzenado. Chez le
même.. 2. vol. in 12. 1735.
MEDITATIONS Sur l'Epitre de S. Paul
aux Romains , avec le Texte Latin et
François , partagé par Versets pour Sujet
de chaque Méditation . A Paris , chez
Antonin des Hayes , et Etienne Savoye ,
à l'Esperance , et Henry , ruë S. Jacques,
1735. in 12. 2. volumes.
AMUSEMENS HISTORIQUES. A Paris ;
Quay
AVRIL. 1735.
727
Quay de Gêvres , Grande Sale du Palais ,
et Quay de Conty , chez Prault pere , le
Clerc , et Prault fils , 1735. 2. vol . in 12.
d'environ 700. pages.
L'Auteur dit dans un Avertissement
qui est à la tête de cet Ouvrage , en parlant
de M. Rollin , je me suis proposé
comme lui , d'être à la fois amusant et
instructif, sans me flater de pouvoir réüssir
; je me loüe cependant de l'avoir imité
, et j'espere que le Public me sçaura
du moins gré de me l'être proposé pour
guide ; c'est une preuve certaine que je
voulois le contenter.
ABREGE' DU MECANISME UNIVERSEL .
ou Discours et Questions Physiques , à
l'usage des Colleges où l'on fait publiquement
les Experiences de Physique , par
M. Morin , Prêtre , Professeur de Philosophie
au College Royal de Chartres ,
in 12. avec figures. A Chartres , chez
Jacques le Roux , rue des Changes.
LA LUSIADE DU CAMOENS , Poëme Héroïque
, sur la Découverte des Indes
Orientales , traduit du Portugais , par
M. du Perron de Castera. A Paris , chez
Huart , Briasson , Clousier , rue S. Jacques
, et David , Quay des Augustins ,
1735. in 12. 3. volumes .
728 MERCURE DE FRANCE
ABREGE' DE L'HISTOIRE SAINTE , avec
'des Preuves de la Religion , par Demandes
et par Réponses. Rue S. Jacques et
Quay des Augustins , chez la veuve Etien
ne , Facques Guerin et Briasson , $73.5 .
in 12. prix 24. sols broché.
VOYAGE MERVEILLEUX du Prince Fan
Feredin , dans la Romancie , contenant
plusieurs Observations Historiques , Geographiques
, Physiques , Critiques et Morales.
Chez P. G. le Mercier , ruë sains -
Jacques , 1739. in 12.
OUVRAGES POLITIQUES de M. l'Abbé
de S. Pierre , Tomes 6. 7. 8. et 9. A
Rotterdam , chez Daniel Beman, 1734. in Sv
ESSAIS sur quelques Odes d'Horace.
A Paris , chez Jean de Saint , vis - à - vis
le College de Beauvais , 1734. Brochure
de 76. pages .
OEUVRES DIVERSES de M. Rousseau
Nouvelle Edition , revûë , corrigée , et
considérablement augmentée par luimême.
Chez François Changuion , à
Amsterdam , 1734. in 12. 4. volumes .
LA VIE du R. P. Charles de Lorraine
de
AVRIL. 1735 729
de la Compagnie de Jesus , par la R. P.
de Laubrusse , de la même Compagnie.
A Nancy , chez la veuve de Jean - Baptiste
Cusson , Imprimeur - Libraire de
S. A. R. sur la Place , au Nom de Jesus.
1733. in 12. de 259. pages.
LA STATIQUE des Végétaux et l'Analy
se de l'Air : Experiences nouvelles , lûës
à la Société Royale de Londres , par
M. Hales , D.-D. et Membre de cette Société
. Ouvrage traduit de l'Anglois par
M..de Buffon , de l'Académie des Sciences
.Vol. in 4º . A Paris , Quay des Augustins,
chez de Bure l'aîné , à S. Paul . M. DCC
xxxv. pag. 408. avec des Figures.
Je continue , Monsieur , de vous rend
dre un compte sommaire des bons Ouvrages
qui paroissent icy. Tel est celui
dont vous venés de lire le titre : Ouvrage
d'un Physicien hardi , mais en même
temps sage , qui toujours guidé par l'Expérience
, fait de grands pas sans faire
aucune fausse démarche ; peu content
de voir sous toutes les faces les objets
qu'il veut examiner , il sçait les transpor
ter dans de nouveaux Elemens . Dans cette
situation il interroge la Nature et la
force à lui découvrir son secret ; ce sont
des résultats souvent bien singuliers , mais
qui
730 MERCURE DE FRANCE
qui cessent de le paroître par la singularité
plus grande , et sur tout par la verité
de la Methode qui les produit.
Ce Livre est divisé en sept Chapitres
outre un Appendice fort long que l'Auteur
a ajouté dans la seconde Edition. Le
premier Chapitre contient vingt Expériences
tres- curieusés , sur la quantité de
nourriture que les Arbres et les Plantes
tirent à proportion de leurs racines et de
leur surface ; aon -seulement cette quantité
est icy déterminée avec exactitude ;
mais l'auteur toujours le compas et la
balance à la main , nous apprend comment
et combien les Végétaux transpirent
; cette transpiration dont il démontre
l'existence et les proportions dans les
différentes especes , répand une grande
lumiere sur la Physique des Plantes ; c'est
par elle que l'on explique un nombre
infini de faits embarassans , par rapport
aux terrains et à l'exposition , qui conviennent
aux différentes Plantes ; c'est
par elle qu'on peuger de l'action du
Soleil , des Vents et des Saisons sur les
Végétaux , et même en reconncêtre les
effets avec toute la précision possible ;
enfin c'est elle qui doit nous fournir des
idées utiles pour la culture , la conservation
et la taille des Arbres de toute es-
реса
Après
AVRIL. 1735. 732
Après avoir montré sur un tres-grand
>
nombre d'Arbres et de Plantes la réalité
et la vraie mesure de leur transpiration ,
l'Auteur entre dans un plus grand détail
et nous apprend combien les branches , les
feuilles et les fruits transpirent; il accompagne
ces faits d'observations fines et interessantes
; il essaye , en passant , de
donner un gout artificiel aux fruits , et
il réussit à donner de l'odeur aux Arbres
et à leurs feüilles ; il cherche ensuite
la cause de la transpiration , ou plutôt la
puissance qui la fait naître , et il prouve
que cette cause ne réside point dans les
vaisseaux , même du tronc , ou des racines
, mais dans l'action du Soleil sur les
feuilles , et en general , sur la surface du
Végétal. A cette occasion il éclaircit un
point de Physique assés obscur et fait
voir que le mouvement de la sève ne cesse
point pendant l'hyver . Tout cela le
conduit à des Expériences ingénieuses
sur l'humidité et la chaleur de la terre ,
à differentes profondeurs et sur la
quan
tité de rosée bien differente , selon les différens
terrains ; ensorte que sur un terrain
humide il en tombe beaucoup plus
que sur un terrain sec , et trois fois plussur
l'eau , que sur la terre.
Le second Chapitre contient treize Experiences
32 MERCURE DE FRANCÉ
périences , sur la force que les Végétaux
exercent pour tirer leur nourriture di
sein de la terre et du milieu des airs . D'a
bord l'Auteut détermine la force des racines
, ensuite celle des branches , des
fruits , des feuilles et des graines , et enfin
par occasion celle des cendres et du
plomb rouge , contenus dans des tuyaux ;
et il fait voir qu'un Arbre est une machine
dont toutes les puissances sont
concertées pour pomper avec force la li
queur qui doit le nourrir et le faire
croître.
de
La force de succion qui réside dans les
racines , n'est presque jamais assez gran
pour pousser au dehors la séve qu'el-
Les ont pompée ; ce, endant la vigne dans
la saison des pleurs fait sortir cette séve
en abondance ; c'est le sujet des six Expériences
qui composent le troisiéme
Chapitre , elles sont extrémement curieuses
, et on ne peut manquer d'être
surpris d'aprendre qu'un petit cep de
vigne ait assez de force pour pousser sa
séve à plus de trente pieds de hauteur
dans un tuyau de verre qui y est ajusté ;
l'Auteur mesure de la même façon la
force du sang dans différens animaux , et
accompagne tout cela de remarques excellentes.
Un
A V R IL: 1735:
733
On a été long temps sans soupçonner
la circulation du sang , mais après cette
grande découverte , l'analogie a d'abord
fait croire celle de la séve , à peine restoit-
il quelques esprits plus sages qui
continuoient d'en douter ; notre Auteur
met ce point important bien près d'être
décidé , et l'on peut dire que s'il n'a pas
démontré la non circulation de la séve , il
en a dit asez pour faire douter extrêmement
de la circulation , ensorte qu'il
n'y a plus que l'inspection qui puisse
être plus claire et plus convaincante que
les raisons qu'il donne dans les sept Expériences
du Chapitre quatre , contre la
circulation de la séve.
Dans le cinquiéme Chapitre , qui ne
contient que deux Expériences , l'Auteur
fait voir que les Plantes respirent , et
comment elles respirent ; et de là il passe
au sixième Chapitre , sans contredit le
plus beau et le plus singulier de tout
l'Ouvrage. C'est une Analyse Chymique
et Statique de l'air. Je vais tâcher de vous
donner quelque idée de ces ingénieuses
recherches .
On savoir depuis M. Boyle que les Vé
gétaux contenoient de l'air dans leurs
substances , et que cet air s'en échapoiť
par la fermentation ; il étoit assez naturel
734 MERCURE DE FRANCE
·
rel d'ajouter à cette découverte et de penser
que les liqueurs et même les corps les
plus solides , contenoient aussi de l'air ,
et que ces liqueurs en fermentant , ou
ces corps en se divisant , le laissoient
échaper mais on n'avoit garde de
soupçonner que l'air pût exister dans
ces corps sous une autre forme que celle
d'un fluide élastique ; c'est icy la plus
brillante découverte de notre Auteur , il
fait voir avec la derniere évidence que
tous les corps , même les plus solides
contiennent de l'air , non seulement
dans leurs pores , mais dans l'intimité même
de leurs parties constitutives , ensor
te que cet air fait une portion de leur
substance ; dans plusieurs corps cette
portion est tres - considérable ; le Tartre ,
par exemple, et les Pierres qui se forment
dans la Vessie ne sont composez , pour
plus des deux tiers , que d'air solide s
l'Auteur aussi exact qu'ingénieux en mesure
la quantité avec la derniere précision
; mais pour entrer un peu dans le
détail de ses découvertes , suivons le
dans ses Expériences ; il décrit d'abord
le moïen qu'il a imaginé, pour mesurer la
quantité d'air que le feu ou la fermentation
peuvent faire sortir des corps , et
ensuite il donne le résultat de cinquante-
-
trois
AVRIL. 17350 735
trois Expériences , toutes sur différentes
matieres , dont il a tiré l'air par ces deux
moïens . Il examine les propriétez de cet
air factice , et lui trouve les mêmes qualitez
qu'à l'air ordinaire , comme la transparence
, l'élasticité , la compressibilité
en même proportion , & c. ensorte que
l'on ne peut douter que ce ne soit de veritable
air ; il cherche ensuite à décou
vrir les effets de la flamme et de la respiration
des animaux sur l'air,et il démontre
qu'elles le détruisent et l'absorbent
en grande quantité , et que de l'air bru
lé ou long - temps respiré , ou, encore imprégné
de vapeurs sulphureuses , diminuë
de quantité en changeant de nature
; c'est-à- dire, en se fixant et devenant
un corps dense ; à cette occasion l'Au
teur rapporte des Expériences tres-singulieres
sur la respiration , sur la capacité
et la surface des poumons , sur leur
force de dilatation , leur jeu et leur struc
ture , et enfin sur les moïens de purifier
lair infecté après quoi il donne ses
dées sur la nature du feu. Tout montre
le genie et l'esprit d'invention . Il brille
de même dans le Chapitre septième , et
dans un Appendice, lesquels contiennent
d'excellens morceaux , tous fondez sur
l'expérience qui guide par tout notre
sca
736 MERCURE DE FRANCE
sçavant Auteur. Je le quitte à regret
pour ne point trop grossir ma Lettre
dans laquelle je ne puis gueres donner
qu'un échantillon de ses découvertes .
Au reste il ne falloit pas moins qu'un
Académicien de la capacité de M. de
Buffon , pour manier dignement un tel
Ouvrage , et pour ne lui rien faire perdre
de sa clarté et de son mérite dans
une Traduction. Celle - cy est précédée
d'une Préface dans laquelle l'habile Ecrivain
s'exprime ainsi au sujet de son travail
: » Ma Traduction est litterale , sur
» tout celle des endroits où l'Auteur fait
le détail de ses Expériences. Je me suis
donné un peu plus de liberté dans
ceux qui sont moins importans ; mais
> en general je me suis attaché à bien
rendre le sens et à éclaircir ce qui m'a
» paru obscur. J'ai méme ajouté aux Figures
, pour mieux faire entendre quel-
» ques endroits interessans, qui ne m'ont
pas paru assez dévelopez dans l'ori-
» ginal .
Toute cette Préface merite d'être luë.
ESSAIS sur divers Sujets de Litterature
et de Morale , par M. l'Abbé Trublet,
deux Parties reliées en un volume . 262 .
pages pour la premiere Partie , et 188 .
pour
AVRIL. 1735. 737
pour la seconde. A Paris , chez Briasson,
ruë S. Jacques , à la Science , 1735. in 12,
L'Auteur de ce Livre est déja conņu dų
Public par quelques autres petits Ouvra
ges qui ont annoncé un Ecrivain élegant
et judicieux. Nous croyons faire
plaisir au Lecteur de lui donner une
idée un peu plus étendue de ces Essais ,
que celle qu'il en pourroit prendre sur
Le simple Titre C'est un Recueil de plusieurs
Ecrits indépendans les uns des autres
, ce qui fait une varieté agréable.
Voici les Titres de ces differens Morceaux
.
Sur la maniere d'écrire par pensées dé
tachées.
Cet Ecrit contient plusieurs Refléxions
generales sur ce genre d'écrire , et quelques
Refléxions particulieres sur Fouvrage
même auquel il sert comme de
Préface.
De la Conversation,
Du talent de parler et de celui d'écrire.
Des qualitez nécessaires pour la Societé.
De la Critique des Ouvrages d'Esprit.
Des effets de l'habitude de l'amour propre
et de la modestie.
De la simplicité et des differentes sortes
de modestie,
De la nécessité de suivre son talent.
De
738 MERCURE DE FRANCE
De la prévention.
De l'Orgueil et de ses effets.
De la Douceur.
Caractere et Apologie de Balzac.
Du Goût et du Talent.
Du Bonheur.
De la Lecture et de la Memoire.
De la Noblesse.
Reflexions sur le Goût , où l'on examins
la maxime qu'il faut écrire pour tout le
monde.
De ceux qui se loüent eux-mêmes.
Remarques sur quelques endroits de la
Preface des Oeuvres de M. Despreaux .
De la Politesse.
Du Naturel.
De l'Esprit.
De l'Incrédulité.
Voilà les Titres des principaux Ecri
qui composent ce Recueil , car nous en
avons omis quelques - uns p eger.
Ils sont assez propres à exci er la curiosité
du Lecteur , et il peut s'assurer qu'il
trouvera sur les matieres qu'il annonce
des pensées également fines e solides
, et par tout un stile pur et correct ,
délicat et sans affectation et concis , sans
obscurité : en voici la preuve dans quelques
endroits que nous allons transcrire
au hazard .
Sur
AVRIL: 1735 739
Sur la maniere d'écrire par pensées détachées
, page 17. nombre 10.
Je crains qu'il n'y air dans cet Ouvrage
quelques Endroits trop abstraits et
trop métaphisiques. Je n'annonce que
de la Litterature et de la Morale , et sur
cela le Lecteur ne se prépare pas , sans
doute , à beaucoup d'attention . Je l'avertis
néanmoins qu'il trouvera quelquefois
une assez longue suite de raisonnemens
, dont il seroit difficile de bien sentir
la liaison et la force , sans quelque
application .
Quand un Lecteur ordinaire n'entend
pas tout ce qu'il lit dans un Livre dont
le Sujet est fort relevé , il ne s'en prend
qu'à soi - même. Mais il ne s'imagine pas
qu'il puisse y avoir de sa faute , s'il a
de la peine à entendre des Refléxions
sur l'ence , sur la Poësie , sur les
Vertides Vices. Comme il a lû plusieurs
Ouvrages touchant ces matieres où
rien ne l'arrêtoit , il décide tout d'un
coup , que ceux qui ne lui paroissent pas
si clars , ne valent rien ; sans songer que
des Ouvrages qui roulent sur la même
matiere et qui portent le même titre , peu-
´vent être d'une nature très - differente ;
e l'obscurité prétendue de quelquesuns,
ne vient que de ce qu'ils sont plus
F pen
740 MERCURE DE FRANCE
pensez et plus profonds , et de ce qu'on
s'y est proposé des idées claires , plutôt
que d'exciter des sentimens confus.
On peut parler de la Philosophie en
Orateur ou en Poëte , et parler de la
Poësie ou de l'Eloquence en Philosophe.
On ne sçauroit guere aprofondir un
sujet , quel qu'il puisse être , chercher les
causes des effets les plus communs et démêler
les differences délicates qui sont
entre les choses , sans être un peu abstrait
; mais être abstrait et être obscur ,
c'est la même chose pour ceux qui sont
accoutumez à faire plus d'usage de leur
imagination que de leur esprit. Un Ouvrage
clair pour cette espece de Lecteurs ,
c'est celui qui les remuë vivement . Au
contraire un Lecteur Philosophe ne trouve
souvent que de l'obscurité et de la
confusion , où les esprits les plus bornez
croient voir l'évidence la plus lumineuse .
De la Conversation , page 24. nomb . 4 .
C'est un désagrément presque égal de
se trouver en conversation ou plu
tôt en compagnie avec de grands parleurs
, qui , à la verité , ont de l'esprit
mais qu'il faut toujours écouter ; ou avec
des sots , incapables de nous entendre et
de nous répondre à propos.
,
Pourvû qu'on soit entendu et goûté
on
AVRIL. 1735 741
on s'amuse plus en parlant qu'en écoutant.
Celui qui parle est toujours plus occupé
, plus agité que celui qui écoute.
La vanité assaisonne le plaisir de parler
; c'est tout ensemble un plaisir de l'esprit
et du coeur. Au contraire , le plaisir
d'écouter n'est guere qu'un plaisir de
l'esprit il ne flate point l'amour propre ,
il a même quelque chose d'humiliant.
La conversation ne nous plaît jamais
davantage qu'avec ceux qui ont un peu
moins d'esprit que nous .
De la critique des ouvrages d'esprit. nombre
1. page 75.
J'accompagnai une fois un jeune Auteur
qui alloit lire une de ses Pieces à un
autre Auteur fort célebre . Celui - cy me fit
sentir à merveilles , les défauts de l'Ou
vrage qu'on lui lisoit . J'admirai la justesse
de sa critique ; quelle sureté de goût !
disois-je en moi -même ; quelle finesse de
sentiment! quelle connoissance des regles!
il nous lût ensuite quelque chose de sa façon
. Au milieu des plus grandes beautés
, je fus surpris d'y trouver des défauts
assez considérables ; et l'évenement m'a
fait voir depuis , que je ne me trompois
pas. Ces Endroits dont j'étois blessé , lui
attirerent une rude critique , lorsque son
Ouvrage parut . Je pris la liberté de lui
Fij dire
742 MERCURE DE FRANCE
dire mon sentiment ; il me répondit avec
beaucoup de douceur et de politesse , mais
je ne pus jamais le faire convenir de rien .
Ce n'étoit point mauvaise foi ; je 'voyois
bien qu'il me parloit sincerement ; je ne
méritois pas ,à la verité, qu'il déferât beaucoup
à mon avis , mais le jugement du
Public , et les raisons des Critiques ne le
désabuserent pas dans la suite ; autant il
m'avoit paru penetrant et éclairé sur l'Ouvrage
de mon ami , autant il me parois,
soit aveugle sur le sien propre , et je sor
tis fort étonné de ce mélange de ténebres
et de lumieres , si bizarre en apparence.J'ai
vû depuis mille éxemples pareils , et ils
ne m'étonnent plus.
Page 86. nombre 6.La critique est aisée,
la critique est odieuse , et cela par la même
raison , parce qu'elle ne s'attache ordinairement
qu'à relever des deffauts. Si
dans les reflexions qu'on donne au Public
sur une Piece de Théatre qui a attiré ses
applaudissements , sur un livre qu'il a lû
avec plaisir , on étoit assez équitable pour
en remarquer les beautez , et assez habile
pour les faire bien sentir; si l'on se proposoit
d'éclairer les Auteurs et les Lecteurs
plutôt que de divertir les uns aux dépens
des autres;en un mot , si la critique étoit un
éxamen raisonné des Ouvrages , pour en
faire
AVRIL 17358 743
faire connoître également le bon et le
mauvais , ce genre d'écrire seroit digne
des plus honnêtes gens , et ne seroit pas
au dessous des meilleurs esprits.
Du Bonheur, page 168 , nombre 3 .
Si j'avois à trouver le plus heureux et
le plus malheureux homme du monde ,
je le chercherois dans un Cloître.
Page 191. nombre 23 .
Il faut fuir les plaisirs , crainte de s'y accoutumer.
Du plaisir naît le besoin du plaisir , et
d'un plus grand plaisir.
Une des plus grandes peines qui suivent
les plaisirs , c'est la passion même
des plaisirs.
Quand les plaisirs trop vifs n'auroient
d'autre suite fâcheuse que la langueur ei
Pennui où l'ame tombe lors qu'elle en
est privée, c'en seroit assez pour les éviter .
On ne s'ennuye jamais davantage qu'après
les plaisirs , et l'ennui qui les fait"
chercher , est presque toujours plus aisé
à supporter , que celui qui les suit.
Sur le Goût , page 258. nombre 7 .
Le vrai beau , le vrai bon , c'est ce qui
plaît à ceux qui ont beaucoup d'esprit et
de goût. Le degré de bonté d'un ouvrage
est la mesure de leur plaisir , comme la
mesure de leur plaisir est la preuve du de-
Fiij gré
744 MERCURE DE FRANCE
gré de bonté de l'ouvrage. Mais souvent
ce qui plaît beaucoup à ceux qui ont beaucoup
d'esprit et de goût , plaît moins ou
même ne plaît point du tout à ceux qui
en ont moins et il est bien naturel que
cela soit ainsi . Le bon goût en toutes matieres
, n'est point le goût du plus grand
nombre en general ; c'est le goût du plus
grand nombre de ceux qui ont les qualiles
connoissances , l'experience né-
و
cessaires pour bien juger de la chose dont
il s'agit ; c'est , si je puis m'exprimer de
la sorte , le goût le plus commun parmi
les personnes les moins communes.
Le Lecteur nous sçauroit gré,sans doute ,
de pousser plus loin l'Extrait de cet Ouvrage
; mais les bornes du nôtre ne nous
le permettent pas.
NOUVELLE CLAS SE DE MALADIES ,
qui dans un ordre semblable à celui des
Botanistes , comprennent les genres et les
especes de toutes les Maladies , avec leurs
signes et leurs indications , par S...
de L ... Docteur Médecin de Montpellier,
Correspondant de la Societé Royale des
Sciences. Vol. in 12 pp. 450. A Avignon ,
chez B. d'Avanville , Imprimeur , près
la Place Saint Didier , 1734 .
ME'MOIRES
AVRIL. 1935 74%
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
de la Grande Bretagne sous les regnes de
Guillaume III. de Marie, et d'Anne , traduits
de l'Anglois de Gilbert Burnet
Evêque de Salisbury . Tomes IV . V. et VI .
A la Haye , chez Jean Neaulme 1735 .
in quarto
.
HISTOIRE D'ANGLETERRE de
M. Rapin Thoyras , continuée jusqu'à l'avenement
de Georges I. à la Couronne.
Tome XI . contenant le regne de Guillaume
III. et de Marie , et les deux premieres
années du regne d'Anne. A la Haye , chez
Jean Van- Duren , et P. de Hondt , 17358
in quarto.
REFLEXIONS , sur l'introduction à
l'Histoire de l'Univers , par M. de Puffendorf.
A Amsterdam chez H. du
Sauzet , 1734. Brochure in 8 °.
,
EUVRES D'HORACE , en Latin et
en François, avec des Remarques Critiques
et Historiques, Par M.Dacier, cinquiéme
Edition revûë , corrigée d'un nombre
confiderable de fautes , et augmentée de
Notes Critiques , Historiques et Geographiques
, et des differentes Leçons de
Mrs Bentley et Cuningam , et du P. Sana-
Fiiij don:
746 MERCURE DE FRANCE
don. Quatre Tomes in 4° . Tome I. PP.
283. Tome II . pp . 415. Tome III . pp.
319. Tome IV. pp . 410. A Hambourg.
de l'Imprimerie d'A. Vandenhoeck. A
Londres 17:23.
و
LA THEORIE ET LA PRATIQU’Ž
de la Coupe des Pierres et des Bois
pour
la construction des voutes et autres
parties des Bâtimens civils et militaires
ou Traité de Stereotomie , à l'usage
de l'Architecture , par M. Frezier , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
Ingenieur ordinaire du Roi , en Chef, à
Landau , auquel on joindra une Dissertation
Critique sur les- Ordres d'Architec
ture. A Strasbourg , chez Jean - Daniel
Dulsequer le Fils.
Cet Ouvrage qu'on propose par sous
cription , est actuellement sous presse.
Le premier Tome in 4° . paroitra vers la
fin de cette année , et les deux autres aussi
in 4°. ornés de 95. Planches bient gravées
, scront delivrez dans le cours de
l'année prochaine .
Le prix des souscriptions est de 24. liv.
dont le premier payement sera de 12. liv .
en souscrivant ; le second de 6 livres en
recevant le 1. Tome , et le troisiéme de
6. livres en recevant les deux derniers
#
Tomes.
AVRIL •
747 1735.
Tomes. Ceux qui n'auront pas souscrit ,
payeront 36. livres quand il sera achevé.
On recevra les souscriptions jusqu'au
mois de May de l'année courante , chez
Jacques Guerin l'ainé , Coignard fils , Glonsier
, Ganeau , Cavelier , Briasson , &c.
ruë S. Jacques,
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
ou Histoire Litteraire d'Allemagne , de la
Suisse , et des Pays du Nord , Tome 259.
26. ét 27 ° . Volume, année 1732. et 1733 .
MEMOIRE Sur la Vieet sur les Ouvrages:
de M. Léonard-Cristophle Sturm, mort Architecte
du Duc Louis Rodolphe de
Brunswick , par M. Hombert . Art. 4.
du 27. Tome.
Il naquit le 5: Novembre 1669. à Altorff
, Université dépendante de la Ville
de Nuremberg ; son Pere Jean- Christophle
Sturm , y étoit Professeur en Philosophie
et en Mathematiques , et du nom .
bre de ces sçavans de l'Europe , à qui le
Roy de France donnoit alors des pensions.
Leonard commença ses études en 1683. àª
Heilsbruun , Ville dans le Margraviat
d'Anspach
Son Cours d' Architecture imprimé à
Ausbourgen 16.Volumes, estun des plus
Fy completss
748 MERCURE DE FRANCE
complets que nous ayons ; il y traite avec
beaucoup d'éxactitude de la Simetrie ;
et pour en donner des regles évidentes ,
il propose le dessein du magnifique Temple
de Salomon , dont il donne de beaux
Plans, des Elevations et des Profils. Il a fait
imprimer une relation de ses voyages, où
Remarques d'Architecture faites en Allemagne
, en France , et aux Pays - Bas. Il
mourut le 16. Juin 1719. âgé de 49 ans ,
7. mois.
DISSERTATION sur une nouvelle
Classe de Testacées , qui a plusieurs cellules
ou cavitez , avec la Méthode de ranger
les Testacées par Classes et par genres.
On a ajouté un petit Mémoire sur
les BELEMNITES de Prusse , et un petit
Traité sur la Méthode de bien ranger
les Herissons de Mer, avec figures . I. vol.
A Dantzic 1732.
Cet Ouvrage écrit en Latin , est sorti
de la plume de M. Breyn , Membre de la
Societé Royale de Londres , et de quelques
autres Académies du Nord. On
en trouve un fort bon Extrait dans le
XXVI . Volume de cette Bibliotheque ; et
on revient encore à ce même Ouvrage
dans le Volume suivant , page 193. à
l'occasion de quelques Lettres Latines ,
publiées
AVRIL . 1735 .
749
publiées à Amsterdam la même année ,
1732. où il est parlé des Ouvrages imprimez
depuis peu par MM. Klein et
Breyn. Ces Lettres font un in 4 ° . de 15.
pages.
Les Nouvelles litteraires du Tome
XXVII , apprennent que le III. Vol.
des Mémoires de l'Académie de Petersbourg
est achevé d'imprimer , et qu'on
doit voir dans peu deux Cartes de l'Empire
de Russie, & c.
On a réimprimé à Strasbourg, les Aw
nales des Arsacides , Ouvrage Latin de
l'Abbé de Longuerue , avec des corrections
communiquées par l'Auteur, & c.
au
La Feuille du Pour et Contre continue
toujours et avec le succès qu'elle mérite.
On lit à la page 37 , du nombre 77 ,
sujet d'une vente de Tableaux faite à
Londres depuis peu . » Où sont les ama-
» teurs François de la Peinture , lorsqu'ils
» négligent de faire rentrer en France des
» Pieces que le malheur des temps nous a
»fait perdre , et qu'on a mille fois regrettez-
M. Cock vient de vendre à l'encan pour la
petite somme de 80 Guinées , le Tancrede
et l'Argant du Poussin , &c . L'Auteur de
cet Ouvrage auroit poussé ses réfléxions
et ses gemisse mens bien plus loin , s'il
F vi avoir
750 MERCURE DE FRANCE
avoit été informé qu'un Gentilhomme
Anglois vient d'acheter 13000 liv. pour
faire passer en Angleterre , deux des plus
beaux morceaux du même Poussin ; l'un
est le celebre Tableau du Frapement de
Roche ; peut-être la plus belle , la plus
riche et la plus heureuse composition qui
soit au monde ; qui a long - temps fait
l'admiration des plus fins connoisseurs
de Paris , chez M. de Vanolles , et chez
M. le Chevalier de la Valliere ; et l'au
tre est une Adoration des Rois.
Il a paru le mois dernier un Ouvrage
dans le goût de celui dont on vient de
parler. Il se débite en feuille toutes les
semaines , et chaque feuille contient une
Lettre, sous le titre d'Observations sur lès
Ecrits modernes . A Paris , chez Chaubert
à l'entrée du Quai des Augustins , du cô
tê du Pont S. Michel . 1735 .
La premiere feuille commence par des
Remarques critiques , sur une nouvelle
Edition du Temple du Gout , faite à Amsterdam.
Le second article ragarde le Discours
que le Duc de Villars prononça le jour
de sa Reception à l'Académie Françoise ,
et la réponse de l'Abbé Houtteville.
L'Auteur dit ensuite quelque chose de
l'Orai
AVRIL 1733 7516
l'Oraison Funebre du Maréchal Duc de
Villars , par l'Abbé Ségui ; suit l'histoire
de Portugal , par M. de la Clede , & c . -
l'article d'après regarde M. d'Auvigni
Auteur des Amusemens Historiques , lèquel
se défend contre l'Auteur du Pour
er Contre , &c. le reste de la feuille regarde
les Ouvrages connus jusqu'à present
, sous le nom de Mlle de Malcraisde
la Vigne , & c .
Au reste cet Ouvrage se fait lire avec.
plaisir , et il y a lieu de croire qu'il aura
un grand succès.
Dans la seconde feuille , après avoir
parlé du succès et du caractere de quelques
Comédies nouvelles , l'Auteur s'exprime
ainsi : Mais malgré les lumieres de
notre nation , je ne puis m'empêcher de dire
icy qu'il me paroît que le gout de la vraie
Comédie est un peu en danger de se perdre
Rarmi nous. Thalie , n'est plus Thalie , elle .
ne rit plus ; c'est une prude, grave et sérieuse
qui se contente d'être bel esprit , de
parler bien , d'avoir de la délicatesse et de
beaux sentimens et de débiter une loйable
morale ; souvent même démentant -son caractere
, elle s'attendrit et fait verser des larmes.
D'autrefois c'est une ennuyeuse Sophiste ,
une pointilleuse ridicule , une subtile raison--
neuse , une ingénieuse babillarde , dont le
langage
,
752 MERCURE DE FRANCE
•
Langage affecté et précieux est toujours celui
de l'Auteur, et jamais celui du personnages
source infaillible de dégout et d'ennui. Enfin
c'est assez souvent une Muse tortuë , sans
objet et sans conduite , qui cloche et s'égare
à chaque pas , qui prend en une demi-heure
toutes sortes de figures et de couleurs, qui s'entretient
avec des Phantômes , avec des Etres
moraux , et qui se repaît d'Epigrammes et
d'allusions satyriques . Nos grands génies
s'exercent dans le premier genre ; nos beaux
esprits pourvus de mauvais gout , dans le
second et les esprits médiocres dans le dernier,
qui est à leur portée. Cependant le genre
de Moliere et de Renard est abandonné ;
et si l'on excepte le Flateur , le Philosophe
marié , le Glorieux , et la Pupille , toutes
les Comedies en plusieurs Actes , qui depuis
quelque temps ont réussi , sont dans l'un des
trois genres que je viens de dire.
L'Histoire de M.de Turenne,attendue
avec impatience du public , paroîtra à la
fin de ce mois ; enrichie de plusieurs Pieces
originales , qu'on a recouvrées depuis
peu , et dont l'impression a retardé la
publication de cet Ouvrage. A Paris ,
chez la veuve Maziere , rue S. Jacques.
M- Hooker , a fait réimprimer depuis
peu à Londres , dans son Veecky Miscellanici
;
AVRIL. 1735° 753
cellanici , le Recueil de Poësies Latines ,
intitulé : Musa Rhetorices ; partagé en six
Livres. Imprimé depuis près de deux ans,
à Paris , chez Barbou , et composé des
Piéces dictées en Classe , par le Pere dela
Sante , Jésuite , Professeur de Rhétorique
au Collège de Louis LE GRAND
Elles paroissent dans l'Edition de Londres
sous le nom du Maître ; et à Paris ,
sous le nom des Disciples.
Le Mardy 19 Avril , l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres , tint
son Assemblée publique. M. le Cardinal
de Polignac y présida . M. de Boze , Secretaire
perpetuel , déclara d'abord que la
Piéce composée parM.de *Nicolaï le fils,
Gentilhomme d'Arles , sur le sujet proposé
par l'Académie , dans l'Assemblée du
7 May 1734. avoit remporté le prix.
M. Morand ami et compatriote de M.de
Nicolaï, chargé de son pouvoir , s'avança
et eut l'honneur de recevoir des mains
de S. E. une tres belle Médaille d'or, de
la valeur de 400 liv. La Tête du Roy ,
couronnée de Laurier , avec la Légende
ordinaire : LUDOVICUS REX CHRISTIANIS-
* M. de Nicolaï , âgé seulement de 19 ans , est
d'Arles , fils et petit-fils du Gouverneur de cette
Ville.
SIMUS,
714 MERCURE DE FRANCE
SIMUS , paroît d'un côté sur cette Médail
Te, et sur le Revers on lit cette Inscription .
dans une Couronne de Laurier : PREMIUM
IN REGIA INSCRIPTIONUM ET HUMANIORUM
LITTERARUM ACADEMIA CONS--
TITUTUM . ANNO M DCC . XXXIII.
M. de la Nauze ouvrit la Séance par
une Dissertation sur le raport nécessai
re , que les Belles - Lettres et les Sciences .
ont entre Elles .
M. de Foncemagne lut ensuite pour
M. Lancelot , un Mémoire historique sur
la vie et sur les Ouvrages d'Arnoul de
Presle , sous le Regne de Charles V.
M. l'Abbé Gédoyn termina la Séance ' ,
en lisant pour M.Racine , un Discours sur
I'Imitation des Moeurs dans les Poëmes ,.
&c.
Un peu avant l'ouverture on avoit distribué
le Programme suivant.
PRIX
LITTERAIRE , fondě
dans l'Académie Royale des Inscriptions·
et Belles - Lettres..
E Sujet que l'Académie Royale des Inscrip
tions et Belles- Lettres , donne à traiter pour
le concours au Prix qu'elle distribuera l'année
. prochaine 1736 est de sçavoir QUELLE S
TOLENT LES LOIX COMMUNES AUX PEUPLES →
ОБ L-A GRICE , QUI FORMOIENT LE CORPS
HELL
AVRIL. 1735 755
HELLENIQUE ; L'ORIGINE , L'OBJET DE CES
MESMES LOIX , ET LES AVANTAGES QU'ELLES
PROCUROIENT !
Le Prix sera toujours une Médaille d'or de la
valeur de quatre cent livres.
être
Toutes personnes , de quelque pays et condi
tien qu'elles soient , excepté celles qul compo
sent ladite Académie , seront admises à concou
rir pour ce Prix , et leurs Ouvrages pourront
écrits en François ou en Latin , à leur choix . Il
faudra seulement les borner à une heure de les
ture au plus..
Les Auteurs mettront simplement une Devise
à leurs Ouvrages ; mais pour se faire connoître,
ils y joindront , dans un papier cacheté et écrit
de leur propre main , leurs nom , demeure et
qualitez , et ce papier ne sera ouvert qu'après
l'adjudication du Prix.
Les Pieces , affranchies de tous ports , seront
remises entre les mains du Secretaire de l'Acadé
mie avant le premier de Décembre 1735 .
On déclarera dans l'Assemblée publique d'à--
près Pâques , la Piece qui aura remporté le Prix,
et on y indiquera ensuite le Sujet que l'Acadé
mie aura déterminé pour le concours de l'année
suivante.
Il paroît une fort belle Estampe en large , gravéc
par le sieur E. Fessard , d'après un excellent
Tableau de M. de Troy , dans lequel cet habile:
Maître a exprimé d'une maniere fine et très- bien
entendue , un Sujet de la Fable que ces Vers
expliquent.
De la Déesse des Forêts ,
Pour tromper Calisto , Jupiter prend les Traits" ,
Jeunes
736 MERCURE DE FRANCE
Jeunes Beautez, l'Amour joint la ruse à ses armes
L'Amant , qui pour se rendre heureux,
Du voile d'amitié vous déguise ses feux ,
Doit vous causer le plus d'allarmes.
Il a paru en même-temps une autre Estampe
en hauteur , très piquante , gravée par M. C. N.
Cochin , d'après un Tableau très - ingenieux du
même Auteur. Ce sont deux charmantes Personnes
qui jouent au pied de Boeuf avec un aimable
Cavalier , dans un beau et riche Paysage . On lit
ces Vers au bas.
En vain je voudrois m'en défendre ,
Vous m'aprenés trop , jeune Iris ,
Qu'à ce jeu lorsqu'on croit vous prendre ,
On ne manque pas d'être pris.
A cause des habits et des modes , M. de Troy
a daté celle - ci de 1725. temps auquel le Tableau
a été fait. Nous osons à cette occasion prier les
Peintres et les Graveurs , au nom du Public et de
tous les Curieux , de mettre toujours l'année à
leurs Ouvrages. Cela fait plaisir et ne peut jamais
être blâmé. Au reste ces deux Estampes , qui ont
un très -grand débit , se trouvent chez l'Auteur ,
Place des Victoires , et chez le sieur Duchange ,
ruë S. Jacques.
Il vient de paroître deux nouvelles Estampes
d'après deux excellens Tableaux de M. Boucher,
de l'Académie Royale de Peinture. La premiere
est en large , de médiocre grandeur , gravée par
le sieur Michel Aubert , d'après le Tableau original
,
AVRI L. 1735. 737
ginal , Cabinet du Chevalier de la Roque , et
représente Vénus endormie , un petit Amour auprès
; on lit ces Vers de M. Lépicier au bas.
Ne cessons de craindre une Belle ,
Son repos même a des appas.
L'Amourfait toujours sentinelle ,
Et ce Dieu ne sommeille pas.
Cette Estampe , qui a un grand débit , se vend
ruë de Richelieu , au Bain Royal , chez le sieur
Droüais , Peintre du Roy .
L'autre Estampe , intitulée la Belle Cuisiniere ;
et gravée d'après le Tableau original qu'un Seigneur
Anglois a emporté à Londres , représente
au vrai l'interieur d'une Cuisine , avec la Marmite
sur le feu , &c . un jeune homme assis , voulant
retenir la Cuisiniere , lui fait répandre des
ceufs qu'elles tient dans son Tablier. On lit au
bas ces Vers de M. Lépicier.
Vos oeufs s'échapent , Maturine,
Ce présage est mauvais pour vous ;
Ce Grivois dans votre Cuisine ,
Pourroit bien vous les casser tous .
Cette Estampe en hauteur , très- bien gravée
par le sieur P. Aveline , se vend avec un trèsgrand
succès , chez le même.
On trouve aussi chez le sieur Droüais , une
très-belle Estampe en hauteur , gravée par le sieur
J. B. le Bas , d'après un des meilleurs Tableaux
de feu M. Noël- Nicolas Coypel ; C'est une Charité
Romaine , d'une composition riche , simple
et
758 MERCURE DE FRANCE
et noble. On lit au bas ces Vers de M. de Lafont
de Saint Yonne.
Quel Spectacle touchant ! quel merveilleux Tableau
,
Chargé d'ans et de fers , Cimon presque au Tombeau
,
Trouve au sein de sa fille une nouvelle vie
Cimon , de quel bonheur ta misere est suivie !
Tu renais de ton sang , et ta fille à son tour ››
Est meré de celui qui lui donna le jour."
Il paroît depuis le commencement de ce mois
deux Estampes d'après Ph . Wauvermens , d'unc
admirable composition et fort bien gravées par
le sieur Beaumont , qui les débite chez lui , ruë
S: Jacques , chez Made Mombart , à la Ville
d'Anvers. Elles ont chacune 19. pouces et demi'
de large , sur 5 pouces de haut. Elles sont inti
tulées , Pune , Course de Bague Flamande , er
l'autre , Reste d'Armée décampée.
M. Cochin , Graveur du Roy , aussi modeste
qu'habile dans sa Profession,nous a témoigné et
par écrit et de vive voix , combien il est mortifié
des grands éloges qu'on lui a donnez , page
448. du troisiéme volume du Spectacle de la Na
ture. Eloges qui même ne conviennent point , ditil
, moins encore d'une maniere si outrée . Je suis
bien éloigné , poursuit- il avec la même simplicité
, d'avoir une idée si avantageuse de mon peis
de capacité , et si j'ai fait quelque chose de passa
ble, ce sont ses termes , je ne le dois qu'aux efforts
que j'ai faits en imitant , quoique de loin , les beaux
Tableaux et Desseins que j'ai gravez de differens
Maitress
AVRIL: 1735.
759
Maitres , je reconnois que mes Ouvrages leur sont
très inferieurs .
Voici ce que contient le Passage cité ci-dessus.
On a quelquefois vû le Burin enchérir sur le
Pinceau , M. le Brun doit une partie de sa gloire
à M.Gerard Audran , M. Cochin a mis des
graces
et de l'esprit où le Peintre n'avoit rien mis du
sien.
Ce qui n'est pas vrai exactement , ajoûte
M. Cochin , puisque la composition , le dessein
et l'intelligence , viennent absolument du mérite
des Tableaux et des Desseins , et niême la conduite
du tout , lorsque le Peintre est vivant et
qu'il fait graver ses Ouvrages. Ce n'est pas que
la gravure n'ait son intelligence et son génie particulier
, mais l'execution en est d'une grande
difficulté , parce que tout résiste , Cuivre et Bu
rins , ce qui fait qu'on ne fait pas tout ce que
Fon sent , et que l'on fait plus facilement avec le
Pinceau ou le Crayon. Ce n'est que par un long
travail et une grande aplication qu'on les surmonte
et que l'on arrive à un certain degré de
perfection.
Nous prions nos Lecteurs de rendre à M. Cochin
la justice qui lui est due et qu'il mérite bien.
Nous sommes persuadez que M. Audran , dont
on éleve ici le Burin au-dessus du Pinceau de
M. le Brun , penseroit , s'il étoit au monde ,
comme M. Cochin.
>
M. Baillicul , Géographe , demeurant à Paris ,
sur le Perron Royal de la Sainte Chapelle , donne
avis qu'il a mis au jour le Plan de la Bataille
de Guastalla , gagnée sur l'Armée de l'Empereur
le 19. Septembre 1734. par l'Armée des Alliez ,
commandée par le Roy de Sardaigne et les Ma
séchaux de Coigny et de Broglie,
760 MERCURE DE FRANCE
>
Rien ne peut mieux tenir sa place dans cet Article
des Beaux Arts , que les Ouvrages de sieur Lewet
, Anglois , Eleve de feu M. le Normand , natif
de Rouen , Inventeur de ces ingenieux Ouvrages
, lesquels consistent dans une espece de Tissu
de plumes qui ne sont ni cousues ni colées, mais
travaillées sur le Métier , ce qui fait une sorte de
Tapisserie , pas plus épaisse , aussi moëlieuse
qu'un Damas , et au moins également solide
pour la durée , avec cet avantage que la poussiere
ne s'y attache jamais et qu'elle conserve toujours
son éclat et ses couleurs vives et brillantes;
car on n'employe que des plumes naturelles
sans aucune teinture et l'on chosit les plus belles
et les plus convenables . Au reste il n'est pas aisé
de donner ici une idée bien juste de ces Ouvrages;
il faut les voir chez l'Ouvrier , rue Taranne ,
Fauxbourg S. Germain , chez M. Paris , Gentilhomme
Anglois . Nous avons vû deux Piecessorties
de ses mains depuis peu , qui nous ont
paru d'une grande beauté. La premiere est un
Vase de fleurs , avec une Bordure d'un gout exquis
sur un fond blanc , pour un Ecran. Le Duc
de Leeds , Anglois , vient de l'acheter. Il travaille
actuellement pour le même Seigneur , et dans le
même gout , à un Morceau où un Paon sera représenté
, sur le Dessein de M. Oudry , Peintre
du Roy.
L'autre Piece que nous avons vûë représente
un Arbre des Indes , aussi sur un fond blanc, et
dont la Bordure , les Fruits , les Terrasses , sont
admirables. Il en a fait sur des fonds noirs , avec
des Vases bleus et blancs , imitant les plus belles
Porcelaines du Japon .
Le sieur Levet donne ses Ouvrages à un prix
raisonnable , et plusieurs Seigneurs lui en ont
comAVRIL.
1735. 761
commandé , comme Tentures de Cabinet ou
d'Alcove , Paravents , Portieres , & c. qu'il achevera
pendant le séjour qu'il fera à Paris.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû à S. Côme ,
Expert pour la guérison desHermes ou Descentes,
demeurant au Cocq d'or , rue Dauphine à Paris,
traite ces sortes de maladies d'une façon particuliere
et sans que le Malade soit empêché de
vaquer à ses affaires ; il donne aussi son avis et
ses Remedes â ceux qui sont dans les Provinces,
soulage les Hernies les plus inveterées , rend
cette incommodité supportable et en empêche
les mauvaises suites.
Il a inventé de nouveaux Bandages pour
P'un et l'autre Sexe , d'une façon méchanique ,
toute singuliere et la plus propre pour retenir
les Parties et en faciliter la guérison sans embarras
ni incommodité , tant ils sont legers , minces
et aisez à porter.
Toutes personnes , sans avoir de Descentes ,
pendant qu'ils font des exercices violens , comme
de jouer à la Paulme , courir la poste , aller
à la Chasse , &c . auroient besoin de ces Bandages
pour se garantir de pareils accidens .
Ceux qui en auront besoin dans les Provinces ,
pourront envoyer leur mesure , et la prendront
précisément au - dessus de l'os Pubis ; s'ils ont
des Hernies ou Descentes , marquer de quel côté
, et s'ils en ont des deux côtez , indiquer celui
qui est le plus malade.
N. Il ne reçoit point de Lettres sans que le
port en soit payé,
CHAN
762 MERCURE DE FRANCE
CHANSON.
Lesparoles et la Musique sont de M.Morel.
PRintemps , par ton retour fais retentir les
Du doux chant des Oiseaux ; ranime leurs ra
mages.
Yous , Ruisseaux amoureux , qui baignés ces
Rivages ,
Mêlés votre murmure à leurs charmans Con
certs.
J
CHANSON
Contre les Querelleurs.
E veux dans une Chanson
Donner aussi ma leçon :
Suis- je bien à l'unissonè
Ma voix infidelle
Avec le véritable ton ,
Fut toujours en querelle.
Ne point se faire d'ami
C'est n'être sot qu'à demi:
Se vanger d'un Ennemi ,
Sottise nouvelle !
3
Mais
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
1 aprend leur trépas ,
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
G
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
AVRIL.
763 1735.
Mais l'on est sot bien accompli
Quand on cherche querelle.
Le courage moins brutal ,
Dans son feu toujours égal ,
N'eut jamais rien de fatal
Pour l'ami fidelle :
Un ami devient un Rival
Pour qui cherche querelle.
Chez les hommes de tous rangs ,
Caracteres differents ,
Ont allumé de tout temps
Guerre naturelle.
Il n'est que trop de differends ,
Sans qu'on cherche querelle.
Il faut souvent filer doux ,
Et maîtriser son courroux .
Quand on en veut seul à tous
Chacun vous apelle ;
C'est bien souvent chercher les coups
Que de chercher querelle.
Aussi ne voyons- nous pas
Regretter ces fier - à - brass
Si l'on aprend leur trépas ,
G La
764 MERCURE DE FRANCE
L'heureuse nouvelle !
C'est qu'on est de trop ici bas ,
Quand on cherche querelle.
Fussiez vous plus brave encor
Que le genereux Hector ,
Un Achille un peu plus fort
Vous en donne dans l'aile ;
Rarement on devient Nestor ,
Quand on cherche querelle.
Un peu de sincerité ;
O la belle qualité !
Complimenteur affecté
Est un sot modelle ;
Mais dire toujours vérité ,
Seroit chercher querelle .
Badiner , c'est un grand Art ,
N'aller pas rire au hazard ;
Rire d'un sot à l'écart ,
Oui , c'est bagatelle ;
Mais rire du tiers et du quart
Seroit chercher querelle .
S'il se trouvoit dans Paris
De ces jeunes étourdis ;
Yous
AVRIL.
765 1735.
Que contre nos_Ennemis
Ils portent leur zele ;
Alors il est plus que permis
D'aller chercher querelle.
Vous témoins de nos travaux ,
Profités de nos propos ;
Oubliés tous les défauts
De la Piece nouvelle
Et n'allés point mal à propos
Nous chercher de querelle.
Un Professeur de Seconde a fait les
Paroles de ce Vaudeville , qui fut chanté
le Mardi 11. Janvier 1735. à la fin de
la Comédie des Querelleurs , qu'on représenta
sur le petit Théatre du College
de Louis le Grand.
SPECTACLES.
Oici le Discours dont nous avons
parlé dans le dernier Journal , que
le sieur Fleury prononça entre les deux
Pieces de la clôture du Théatre François.
MESSIEURS ,
Lorsque nous vous faisons des remercimens
, c'est moins pour obéir à l'usage , que
pour satisfaire à une juste reconnoissance.
Gij Que
66 MERCURE DE FRANCE
Que ne puis - je vous l'exprimer aussi dignement
, qu'elle est vive ; mais en vous remerciant
de vos bontez , je sens combien dans
ce moment méme j'ai encore besoin de les
éprouver. Je sçais tout ce que je vous dois à
cet égard, heureux , si je peux bien-tôtjustifier
votre indulgence . Oni , MESSIEURS ,j'ose
l'esperer sur le désir ardent que j'ai de vous
plaire. En effet, il y a peu de talens que vous
n'ayez fait naître, ou que vous n'ayez dévelopé
. Envain un jeune Acteur chercheroit- il
à s'exercer d'abord sur un autre Théatre , ce
n'est que sous vos yeux que naissent les progrès
; l'expérience nous apprend qu'un Acteur
ne parvientjamais au bonheur de vous plaire,
que lorsque vous l'avés formé vous-mêmes.
?
Vos décisions ne sont pas de celles qui ,
stériles pour les talents , n'interressent que l'aour
propre ; soit que vous condamniez
soit que vous approuviez , tous vos jugemens
sont des leçonsi jusques dans vos applaudissemens
, il est facile de discerner ceux qui
sont des récompenses , et ceux qui ne sont
que de simples encouragemens . Les Auteurs
comme les Acteurs ont souvent besoin d'ob.
tenir les derniers pour s'exciter à mériter les
autres. Les talens ne s'élevent guere que par
dégrez. Il est rare de voir des coups d'essai
tels que la Tragedie de Didon , de ces Pieses
qui seroient capables de rehausser encore
La réputation la mieux établie. La
AVRIL· 1735. 767
Le Préjugé à la mode vous a moins sur
pris ; la Fausse Antipatie vous l'avoit déja
annoncé: ces ouvrages ont eu votre approbation.
Eh ! que ne devoit point attendre de
vous un Auteur , dont le goût sage et délicat,
fait du Théatre une Ecole de vertu ,
rien dérober au plaisir. Vous avez aussi applandi
à la Pupllle : ses situations vives et
pressées vous ont fait juger qu'il y a souvent
plus d'art à se renfermer en un Acte , que de
fécondité à les multiplier.
sans
Ces Ouvrages ont fait presque seuls cette
année le destin du Théatre , et c'est un des
plusgrands éloges qu'on puisse leur donner
les Pieces qui se succedent rapidement et en
grand nombre ne laissentguere de trace après
elles. Dans les Lettres comme dans les Etats ,
les Héros ne font pas la multitude.
Vos plaisirs , MESSIEURS , font l'unique
objet des soins des Auteurs et des Acteurs.
Venés. les instruire dans l'art de vous plaire
venés faire naître l'émulation , récompenser
les talens , encourager les efforts , corriger
les deffauts.
,
Quelque respect , quelque crainte même
que nous devions sentir devant vous , nous
voyons toujours avec plaisir , des Juges dont
la presencefréquente est l'approbation la plus
seure.
Giij La
768 MERCURE DE FRANCE
LE PRE JUGE A LA MODE , Comédie en
vers et en cinq Actes . Par M. Nivelle de
La Chaussée. A Paris , Quai des Augustins ,
chez le Breton , 1735 , in 12 , de 120 pages
, prix, 30 sols.
LA
'Approbation générale du Public ,
nous dispense de nous répandre en
Eloges sur cet Ouvrage ; un Extrait simple
et succint , suffira pour justifier les
applaudissemens réïterés, dont il a été accueilli
pendant plus de vingt Representations
, et qui continueroient encore , si
l'Auteur avoit voulu joüir plus longtemps
de sa gloire , en se conformant
aux Regles établies pour leur durée.
L'objet que M.de la Chaussée s'est proposé
, c'est de corriger un abus qui par le
progrès qu'il fait tous les jours, à la honte
du siecle , a mérité le nom de Préjugé
à la mode il ne pouvoit mieux en montrer
les funestes effets , qu'en prenant
pour le Héros de sa Piéce, un Personnage
aussi galant homme que d'Urval , dont la
vertu est telle que Damon , son ami, dont
les moeurs le rendent digne de ce nom ,
dit dans un endroit de la Piece , en parlant
de ce même d'Urval .
Si la mode empoisonne un naturel heureux ,
A quoi sert le bonheur d'être né vertueux a
L'action
AVRIL. 1734. 969
L'action Théatrale se passe au Château
de d'Urval. Damon ouvre la Scene avec
Constance,femme de son illustre ami. Il paroft
surpris qu'une femme si peu contente
de l'Hymen , ne laisse pas d'en prendre
la défense ; Constance lui répond qu'elle
n'a qu'à s'en loüer, et lui promet de ne rien
oublier , pour porter Sophie sa cousine
dont il est éperdument amoureux , à lui
donner la main , malgré la répugnance
qu'elle a pour le mariage , que le Préjugé
à la mode n'a que trop décrié dans
son esprit. Damon la quitte après l'avoir
remercié de ses bons offices , et dit à part.
Quelle Epouse peut rendre un Epoux plus heureux
?
Que d'Urval devroit bien y borner tous ses
voeux !
Constance établit son caractere et celui
de Damon , par ce court Monologue.
Faut-il que mon Epoux ne fasse aucun usage
Des Conseils d'un ami si fidelle et si sage ?
Me verrai-je toujours dans l'embarras cruel
D'affecter un bonheur qui n'a rien de réel ?
Oui , je dois m'imposer cette loy rigoureuse # :
Le devoir d'une Epouse est de paroître heureuse;
L'éclat ne serviroit encor qu'à me trahir ;
D'un ingrat qui m'est cher , je me ferois haïr ;
Giiij Da
770 MERCURE DE FRANCE
Du moins n'ajoutons pas ce supplice à ma peine;
Son inconstance est moins affreuse que sa haine,
Argant, Pere de Constance , vient tout
en colere se plaindre à sa fille d'un entretien
qu'il vient d'avoir avec Sophie , qui
ne veut pas se marier , parce qu'elle ne
croît pas qu'un mari puisse être constant ,
selon le préjugé établi . Il ajoute que
d'Urval la confirme dans son opinion
par l'indifférence qu'il a pour elle. Constance
lui répond qu'elle est tres - contente
de son sort, et qu'elle n'a nullement à se
plaindre de son mari ,
Sophie arrive et soutient en face à Constance
, qu'elle n'est pas heureuse , quoiqu'elle
ait assez de vertu pour vouloir le
paroître. Constance soutient toujours son
caractere de modération et de prudence,
ce qui oblige Sophie à dire avec beau
coup de vivacité :
Ma crainte cependant n'est pas moins légitime ,
Je veux bien pour Damon avoir un peu d'estime,
Plus que je n'en avouë , et que je ne m'en crois ;
Peut-être , si mon sexe , abusé tant de fois ,
Pouvoit esperer d'être heureux en mariage ,
Je choisirois Damon ... l'exemple me rend sage ,
Madame , j'ai des yeux et je vois assez clair ,
Je remarque aujourd'hui qu'il n'est plus du bon
air, D'aiAVRIL:
1735. 775
D'aimer une Compagne à qui l'on s'associe ;
Cet usage n'est plus que chez la Bougeoisie ;
Mais ailleurs on a fait de l'amour conjugal ,
Un parfait ridicule , un travers sans égal ,
Un Epoux aujourd'hui n'ose plus le paroître .
On lui reprocheroit tout ce qu'il voudroit être s
Il faut qu'il sacrifie au préjugé cruel ,
Les plaisirs d'un amour permis et mutuel ;
Envain il est épris d'une Epouse qui l'aime ,
La mode le subjugue en dépit de lui- même ;
Et le réduit ben-tôt à la nécessité ,
De passer de la honte à l'infidelité.
J
Argant ne pouvant faire consentir So
phie sa niece à épouser Damon , tout
aimé qu'il est , se retire en colere , et
dit qu'il va le remercier . Sophie fait connoître
ses tendres sentiments pour Damon
par cet à parié :
Damon n'osera s'en aller.
Après une Scene dans laquelle Cons
tance lui parle en faveur de Damon , à
qui elle a promis de prendre soin de ses
interêts , Florine , sa suivante , vient lui
annoncer avec transport qu'elle vient de
voir son habit de chasse , dont elle est encore
enchantée ; Constance ne sçait ce
qu'elle veut dire , n'ayant point comman
Gv de
772 MERCURE DE FRANCE
ம்
dé l'habillement , dont elle lui parle : elle ·
soupçonne que c'est un galanterie qu'on
lui fait , elle en est dans la derniere colere ;
d'Urval son Mari survient , et fait d'abord
connoître par un à parié , que ce
présent vient de lui même , et qu'il
est l'Amant secret de sa femme ; il voudroit
bien qu'elle le devinât,mais tous ses
soins ne peuvent l'y faire parvenir ; il lui
dit même en termes équivoques , qu'il
souhaite ardemment qu'elle aprofondisse
ce mistere, et qu'au reste il sera ravi qu'elle
se serve de cet habit , de cette caleche
et de ce double attelage qu'on lui a envoyés
; il s'en va très mortifié qu'elle n'ait
pas penetré son secret ; il est vrai qu'après
son départ elle en témoigne quelque
leger soupçon , dont on croit que l'Auteur
auroit bien se passer : ce 1. Acte
finit par une ferme resolution que Constance
forme , de ne point être témoin des
fêtes qui semblent n'être préparées que
pour elle , et qu'elle prend pour des outrages.
Le deuxième Acte a paru sans contredit
, le plus parfait de la Piece , d'Urval
le commence avec Damon. Ce fidelle
et vertueux Ami l'invite à aller
chez Constance , qui n'a point paru à la
chasse , et qu'on dit être indisposée ; d'Urval
AVRIL. 1735. 773
val bien loin de répondre à son empressement
, luimarque une indifference qui le
met dans uneespece de colere, et lui fait dires
Du sort de ton Epouse adouci la rigueur ,
L'esprit doit reparer les caprices du coeur ;
C'est trop d'y joindre encor un mépris manifeste
;
Souvent les procedez font excuser le reste.
Nous avons cru que le Lecteur nous
sçauroit bon gré de deux citations qu'on
va voir ici . La premiere est dans la bouche
de Damon la voici .
D'Urval,j'ai des deffauts et même des plus grands
Mais je n'ai pas celui d'être de ces Tirans ,
Qui font de leurs amis de malheureux esclaves ;
Leur pénible amitié n'est que fers et qu'entraves
Toûjours jaloux , et prêts à se formaliser ,
Il leur faut des sujets qu'ils puissent maîtriser
Mais la vraie amitié n'est point impérieuse ;
C'est une liaison Jibre et délicieuse ,
Dont le coeur et l'esprit , la raison et le temps
Ont ensemble formé les noeuds toujours charmants
,
Et sa chaîne , au besoin , plus souple et plus liant
Doit prêter de concert , sans qu'on la violente ;
Voilà ce qu'avec vous jus-qu'ici j'ai trouvé „
Et qu'avec-moi , je crois , vous avés éprouvé..
Gvj La
774 MERCURE DE FRANCE
La seconde citation sert de réponse à ce
témoignage d'amitié , et acheve d'engager
d'Urval à s'ouvrir à un si parfait ami .
Voici comme il s'exprime :
Eh bien , sois donc enfin le seul dépositaire
D'un secret dont je vais t'avouer le mistere ;
Que du fond de mon coeur il passe dans le tien ,
Qu'il y reste caché , comme il l'est dans le mien.
Mes inclinations , Ami , sont bien changées ;
Mes infidelités vont être bien vangées ;
J'aime ...... Helas ! que ce terme exprime foiblement
,
Un feu ...... qui n'est pourtant qu'un renouvellement
,
Qu'un retour de tendresse imprévuë , inouië ,
Mais qui va décider du reste de ma vie.
Damon , croyant que d'Urval va lui
faire confidence de quelque nouvel amour,
refuse d'être son complice, en devenant son
Confident; mais il est au comble de la joie ,
quand il apprend que l'objet de cet amour,
dont sa vertu s'effarouche, n'est autre que
Constance . Le reste de cette Scene n'est
que pour mieuxfaire voir la force du préjugé
que l'Auteur s'est proposé de combatre
, puisque d'Urval, tout changé qu'il
est dans le fond du coeur , n'a pas le courage
de faire paroître au dehors , ce qu'il
est
AVRIL. 1735. 775
est au dedans. Il n'ose aller chez Constance
, et ce n'est que parce que Damon
lui dit que par un plus long silence il
peut exposer les jours d'une femme si aimable
et sf tendrement aimée ,qu'il prend
enfin son parti , et qu'il lui répond :
Eh bien ! il faut se rendre , et lui sauver la vie ;
C'en est fait ; pour jamais ma honte est asservie ,'
Sois content ; mon coeur cede et se rend à l'Amour
Viens être le témoin d'un si tendre retour.
L'arrivée subite de Constance , le fait
presque rentrer dans sa premiere incertitude
; il la veut fuir ; il ne lui parle qu'à
mots couverts ; mais ce qui acheve de le
replonger dans le préjugé en question ,
c'est le ridicule que Clitandre et Damis ,
deux jeunes évaporez , viennent donner
en sa présence , à un de leurs amis communs
, qui s'est fait mocquer de tout le
monde , pour être redevenu amoureux de
sa femme , ils lui disent même qu'on a
déja joué et qu'on joue actuellement à
cette occasion unePiece qui a beaucoup de
succès , et qui a pour titre le Mari amoureux
de sa Femme. Comme Clitandre ,
Damis,et Argant lui -même paroissent surpris
d'une pareille avanture , Constance
a la noble fermeté de leur dire :
vous
776 MERCURE DE FRANCE
Vous vous étonnés fort à propos de rien ;
C'est un coeur égaré que le devoir ramene ,
Quel'Amour fait rentrer dans sa premiere chaîne,
Qui n'a jamais trouvé de vrais plaisirs ailleurs
Et qui veut être heureux en dépit des railleurs ;
Je crains que ma présence ici ne vous déplaise ;
Je vous laisse railler et médire à votre aise .
Les mauvais railleurs du nombre desquels
Argant même se trouve , ne laissent
pas d'aller leur train ; l'un deux a sur lui
la Piece dont on vient de parler ; on se
propose de la jouer ; on fait la distri–
bution des rôles ; d'Urval a même la complaisance
d'accepter celui du Mari amoureux
de sa Femme ; on va se préparer à l'éxécution
, et d'Urval qui reste seul sur la
Scene avec son fidelle Damon est si fort
ébranlé par ce dernier incident qu'il
prend le parti de s'éloigner de Constance ,
il charge son ami de retirer d'entre les
mains d'un Peintre qui demeure au voisinage
, un Portrait qu'il a fait faire de sa
femme , et qui lui servira , dit-il , à adoucir
les peines de l'absence.
2
On doit convenir que deux Actes aussi
beaux que ceux dont nous venons de faire
l'Extrait,n'avoient besoin que d'un troisiè
me de la même force pour faire une Piece
parfaite mais la plupart des Auteurs ,
croyent
AVRIL
A VRI . 1735. 777
croyent qu'une Piece en trois Actes les
dégraderoit
, ou du moins ne leur feroit
pas autant d'honneur qu'une en cinq
M. de la Chaussée avoit fait voir le contraire
dans sa Comedie de la Fausse Antipatie
, mais l'erreur generale n'a pas laissé
de l'entraîner; le succès du Préjugé à la mode
ne lui donne pas lieu de s'en repentir ;
mais il n'y a personne qui ne sente que sa
Piece auroit été encore meilleure en trois
Actes ; il est vrai que les Spectateurs y auroientperdu
du côté de l'interêt , et que l'Au
teur n'auroit peutêtre pas vû couler de précieuses
l'armes, qui ont infiniment contribué
au succès de sa Piece ; il voudra bien
nous pardonner cette petite digression :
Le troisiéme Acte , n'a pas été trouvé,
à beaucoup près , digne des précedens : en
voici l'action en peu de mots : Damon
fait entendre qu'il a empêché le départ :
precipité de son ami d'Urval ; il se flatte
même si affirmativement de le guerir du
fatal préjugé , que dans une Scene qu'il a
avec Sophie , il se contente de la faire consentirà
recevoir sa main , pourvû que d'Ur
val vienne à resipiscence ; elle y consent
d'autant plus volontiers, qu'elle croit cette
conversion impossible.
و
Clitandre et Damis viennent lui présenter
un rôle dans laPiece concertée entr
eux
778 MERCURE DE FRANCE
eux ; il le refuse absolument. D'Urval
qui arrive , accepte le sien par maniere
d'acquit ; il est tout-à fait déterminé à voir
Constance , et à l'assurer de son heureux
retour . Damon le laisse dans cette bonne
disposition : une mauvaise honte le retenant
encore , il prend le parti d'écrire à
Constance ; il appelle son valet de chambre;
il se fait apporter une table et du papier
dans le temps qu'il écrit , ce valet
de chambre à qui on a donné un rôle , le
lit tout haut : en voici quelques Vers que
d'Urval a le malheur d'entendre , pendant
qu'il écrit à Constance :
Ouy , Nerine , je suis à l'imbecille maître
Qui s'est accoquiné dans ce taudi champêtre
A la triste moitié dont il s'est empêtré ;
Son ridicule encor ici l'a sequestré ;
1
C'est un oison bridé , tapi dans sa retraite ,
Qui n'a plus que l'instinct que sa femme lui prête?
Comme cesVers injurieux s'emblent être
faits pour d'Urval , il en est picqué jusqu'au
vif; et ordonne à cet importun valet
d'aller lire son Rôle plus loin ; il acheve
sa Lettre pour Constance ; il en lit tout
haut ces deux Vers :
C'est trop entretenir vos mortelles douleurs ;
L'ingrat
AVRIL. 1735: 779
L'ingrat que vous pleurés ne fait plus vos malheurs
.
a
Il rappelle Henry , ce même valet , et
lui dit d'aller porter cette Lettre , à laquelle
il joint un richeEcrain
.Henry croit
que c'est pour
certaine Duchesse , dont
l'Auteur à fait parler fort à propos dans
cet Acte , pour préparer ce qui doit se
passer dans le suivant , et faire un grand
interêt ; mais d'Urval le désabuse ; il obéit
et revient un moment après , parce que son maître a oublié de mettre l'adresse ; d'Ur
val qui commençant
à se repentir d'avoir
envoyé cette Lettre à Constance , est ravi
de ce nouvel incident ; il se propose de mettre les diamans sur la toilette de sa
femme , et de supprimer
la Lettre. Nous ometons dans cet Acte une
Scene entre Clitandre et Damis , pour
abréger , et nous n'avertissons nos Lecteurs
de cette omission volontaire , que
pour leur faire voir que l'Auteur a préparé
l'avanture du Portrait dont nous devons
parler dans l'Acte suivant.
Constance commence ce quatriémeActe
avec Florine ; elle tient un paquet de Lettres
dans ses mains , et un écrain . Elle
commande à Florine d'aller chercher
d'Urval ; pendant que Florine va éxécuter
780 MERCURE DE FRANCE
ter ses ordres , elle fait connoître aux Spectateurs
que ce paquet de Lettres lui a été
donné par un inconnu , et qu'une indigne
Rivale les lui envoie pour se venger de
d'Urval qui la quitte pour une nouvelle
conquête , ou plutôt pour lui porter le
dernier coup mortel , en lui faisant voir
à quel point cet ingrat Epoux la méprise .
Florine étant revenue sans avoir trouvé
d'Urval ; Constance , par les conseils de
cette fidelle Suivante , quitte la résolution
où elle étoit , de lui montrer l'écrain qu'on
lui a envoyé , et qu'elle ne peut soupçonner
de venir de la main de d'Urval même.
Elle le remet entre les mains de Florine ,
pour le rendre à celui qui lui envoie des
présens si injurieux. FFlloorriinnee. , ne sçachant
sur qui fixer ses soupçons entre Damis
et Clitandre , qui lui font connoître
tour à tour l'amour qu'ils ont pour sa vertueuse
Maîtresse , est tentée de le garder
mais les voyant paroître tous deux , elle
dit :
Mais la Fortune ici les amene tous deux
Fort à propos ; fuyés , présens trop dangereux.
,
Clitandre et Damis , à qui Florine remet
l'écrain ne sçavent que penser de
cette avanture ; ils se soupçonnent l'un
l'autre de l'avoir envoyé , et par vanité
aucun
AVRIL. 1735: 781
aucun d'eux n'ose subir la honte d'avoir
été refusé. D'Urval qui survient pendant
leur contestation , apercevant son Ecrain
entre leurs mains , en est d'abord surpris
mais il fait connoître un moment après ce
qu'il en pense par cet à parte.
Constance aura pensé qu'il venoit de l'un d'eux.
On lui remet la pomme de discorde ,
qu'il dit ironiquement ne pouvoir être
mise en de plus sûres mains. Après une
longue contestation , qui fait dire à d'Urval
sur le même ton :
Eh ! mais , vous pouriez être
Bien plus honnêtes gens que vous ne vous croyés,
Damis dit à d'Urval en le frappant sur
l'épaule :
Si je l'avois donné , croi qu'on l'auroit gardé.
,
Pendant toute la Scene , ces deux éventés
ont eu la prudence de ne point faire
connoitre à d'Úrval d'où leur venoit cet
Ecrain qu'ils désavoüoient tous deux ;
mais enfin Damis poussé à bout entre
prend de prouver à Clitandre qu'il est aimé
de celle qui a renvoyé l'Ecrain ; il éxige
que d'Urval s'éloigne un peu , et
l'ayant placé dans une distance d'où il ne
puisse
782 MERCURE DE FRANCE
puisse voir la preuve qu'il veut donner de
son triomphe ; il montre à ce Rival , aussi
vain et aussi malhonnête-homme que lui,
le portrait de Constance , dont on a préparé
l'incident dans le troisiéme Acte ,
comme nous l'avons fait remarquer. Clitandre
ayant vû ce portrait fatal , s'écrie
en s'en allant :
Ah ! l'infidelle !
Damis se retire à son tour après avoir
dit à d'Urval :
D'Vrval , une autre fois pense un peu mieux de
moi.
On conçoit aisément quelle doit êtse
la situation de d'Urval après cetre funeste
découverte , il a entendu Damis dire à
Clitandre :
•
Est-ce là le portrait de celle en question !
De la Dame à l'Ecrain ?
Clitandre en est convenu , et la Dame
à l'Ecrain ne peut être que Constance ,
puis qu'il a mis lui-même ce fatal Ecrain
sur sa toilette, comme il la dit dans l'Acte
précedent. Agité de fureur , toute la vertu
de sa femme ne sçauroit l'empêcher de
la soupçonner d'infidelité ; ce qu'il vient
de voir l'emporte sur tout ce qu'il peut
avoir
AVRIL. 17358 783
voir vu pat le. passé ; il croit que sa vû
femme ne lui a paru vertueuse que pour
tendre un piege plus sûr à sa crédulité ;
Damon qui arrive , ne sçait que penser de
sa fureur , il a beau deffendre Constance ,
d'Urval ne veut rien entendre , et ordonne
qu'on la fasse venir ; Constance vient,
d'Urval lui prononce sa sentence mortelle ,
en ces termes :
Il faut nous séparer,pour ne nous voir jamais
Voyés où vous voulés vous fixer désormais ,
Jusqu'à ce que le Ciel , au gré de votre envie ,
Termine, mais trop tard, ma déplorable vie , &c.
Constance lui répond avec sa moderation
ordinaire , quoique penetrée de la plus
vive douleur :
Disposés de mon sort au gré de vos souhaits ;
Je n'éxamine rien , puisque je vous déplais ;
Daignés déterminer ma derniere demeure ;
Où faut-il que je vive , ou plutôt que je meure i
Une reponse si sage , passe aux yeux de
d'Urval , pour un nouveau piege qu'elle
lui tend ; il l'appelle perfide . Cette injure
saisit à tel point Constance , qu'elle s'évanouit
; Damon ramasse des Lettres qu'elle
a laissé tomber dans sa foiblesse ;; d'Urval
les lui arrache avec fureur. Damon va appeller
84 MERCURE DE FRANCE
peller du monde pour secourir Constance ;
elle revient de sa pamoison , et se jette aux
pieds de son Mari , pour le prier de ne
point lire ces écrits injurieux ; elle en devient
encore plus suspecte à ses yeux ;
Damon revient , suivi d'Argant , de Sophie
et de Florine. D'Urval remet les Lettres
que Constance à l'aissé tomber , entre
les mains d'Argant et de Sophie
comme une conviction de son infidelité.
Argant voyant qu'elles sont de la main
même de d'Urval , ne veut pas qu'on
passe outre , mais la vindicative Sophie ,
veut s'en donner le régal , et lit tout haut.
Que je suis offensé de toutes vos allarmes !
S'il est vrai qu'à mes yeux Constance ait eu des
charmes ,
Ils ont fait dans leur temps leur effet sur mon
coeur .
Vous allumés des feux qui ne peuvent s'éteindre ;
Une Epouse n'est point une Rivale à craindre ;
Puis-je vous préferer un semblable vainqueur ?
Madame , en verité , c'est trop d'être incredule
Et de me soupçonner d'un si grand ridicule,
Après la lecture de cette Lettre , Sophie
emmene Constance malgré elle ; d’Urval ,
resté seul avec son fidelle Damon , est
comblé de confusion , il s'emporte conttla
AVRIL. 1735 785
+
la perfide Maîtresse qui lui a joué un tour
si lâche:mais il n'en croit pas moins Constance
coupable du don de son Portrait à
Damis ; il cede pourtant aux sages conseils
de Damon qui lui promet de tout
mettre en usage pour approfondir le sujet
de son injuste jalousie.
Le dernier Acte ne nous arrêtera pas
long - temps; l'action principale est arrivée
au point de n'avoir besoin que d'un éclair
cissement pour être dénouée . Damon
s'est chargé de ce soin ; il apprend à d'Ur
val
Ďamis ayant été
que
par hazard chez
le Peintre qui faisoit le portrait de Cons
tance , l'avoit envoyé chercher par un de
ses domestiques , travesti , et couvert de
sa livrée ; et s'étoit vanté de l'avoir reçû
de Constance même , il lui remet entre les
mains ce fatal Portrait , qu'il s'est fait rendre
; Damis et Clitandre , lui dit- il , se
sont retirés ; il ne reste donc plus à ce Jaloux
détrompé , qu'à s'excuser envers
Constance ; il n'ose se présenter à ses yeux
de peur d'éprouver les premiers transports
d'un courroux si bien mérité; l'heu
reuse circonstance d'un bal annoncé dès
le commencement de la Piece , pourvoit
à cette petite difficulté ; d'Urval sous un
Domino , semblable à celui de Damon ;
passe pour Damon même ; Constance a
demandé
786 MERCURE DE FRANCE
demandé un entretien à ce dernier pour
lui ouvrir son coeur ; elle dit des choses
si touchantes au faux Damon , qu'il se jette
à ses pieds , et se fait reconnoître pour le
tendre d'Urval ; cette Scene a paru la plus
interessante de la Piece , et on ne l'a jamais
jouée , qu'elle n'ait été honorée des
larmes de toute l'assemblée. Damon est
heureux à son tour ; il fait souvenir Sophie
de leur convention ; Sophie lui répond
qu'elle ne l'a point oubliée , et comme
elle demande conseil à Constance , Argant
mettant leurs mains l'une dans l'autre
, finit la Piece par ces deux Vers :
Oüy; conseillés un coeur déja déterminé ;
Le conseil en est pris quand l'amour l'a donné.
Au reste , quoique cette Piece soit remplie
de beautés, la Critique n'y a pas voulu
perdre ses droits ; voici à quoi se réduisent
les principales observations ; la
Piece , a- t'on dit , est parfaitement bien
écrite , à quelques petites négligences
près , l'Auteur pense , et s'exprime également
bien; mais il n'est pas aussi
loüable du côté de l'invention ; il perd
son principal objet de vuë dès le troisié–
me Acte. Il s'agit moins dans la derniere
moitié du Prejugé à la mode , que du Jaloux
AVRIL. 1735 789
loux désabusé ; on trouve pourtant que
l'Auteur a prudemment fait de prendre
ce parti , et de n'être pas tout à- fait si
regulier , pour être plus interessant ; il se
seroit fait plus estimer , ajoutent quelques-
ns , mais il auroit cu un succès
moins clatant il ne sera pas bien difficile
à M. de la Chaussée de répondre à
toutes ces critiques en effet tout ce qui
paroit étranger à son principal objet , y
tient par quelque endroit , et il y revient
de temps en temps , pour faire voir qu'il
me l'a jamais perdu de vuë.
Le19 . de ce mois , les Comédiens Francois
firent l'ouverture de leur Théatre :
et avant laRepresentation de la premiere
Piece , le sieur Fleury qui avoit prononcé
le Discours de la clôture que nous avons
raporté plus haut , harangua le Public en
ces termes .
MESSIEURS , Nous comptions
ouvrir hier le Théatre par la Tragedie d'Inés,
mais la maladie subite de Mile Gaussin
nous a obligé de differer d'un jour pourpréparer
la Tragedie d'Electre , que nous allons
avoir l'honneur de vous donner.
>
Comme nous sommes uniquement occupe
du soin de vous amuser , un de nos principanx
devoirs , est de vous annoncer les amu-
H semens
788 MERCURE DE FRANCE
semens que nous vous destinons ; Plusieurs
Auteurs s'empressent de vous donner des nouveautés
.
Quelque perilleuse que soit la carriere dis
Théatre , le desir de vous plaire en dissimule
le danger , et quelquefois le fait surmonter.
Oseroit - on jamais paroître devant des fuges
aussi éclairez , et toujours en droit d'être severe
, si leurs bontez , si l'émulation , si les
succès passez , ne temperoient la crainte , en
Excitant le courage ?
Votre goût dicte les regles aux Auteurs 3
P'espoir de vos applaudissementsflate leur ambitions
le bonheur de les obtenir fait leur
gloire. Alors que les critiques s'élevent , les
victoires les plus disputées , sont les plus glo
rieuses pour les vainqueurs ; la critique instruit,
les applaudissements récompensent.
Rarement la mediocrité attire t'elle l'atten
tion ; on ne remarque guere les defauts dans
une Piece , que lorsque les beautez les font
apercevoir , et peu -être n'y a t'il que les bons
Quvrages qui puissent faire naître de bonnes
critiques , elles sont donc après les Eloges ,
se qu'ily a de plusflateur.
Nous allons remettre au Théatre deux
Pieces qui ontjoui plus qu'aucune de ces deux
genres de gloire ; la Tragedie d'Inés et celle
de Marianne.
Quoique ces Pieces ayent eu sur la Sane
un
AVRIL: 1735. 789
un regne si long qu'elles s'embloient en être ex
possession, nous ne comptons de lesy faire paroître
qu'autant de temps qu'il nous en faudra
pour vous préparer des nouveautez.
Nous aurions désiré pour varier vos plai
sirs , que les Auteurs eussent partagé leurs ta◄
lens entre le Tragique et le Comique , mais
la plupart les ont consacrés à la Tragedie.
Sans-doute
leurgout particulier les a déterminés
, ou qu'ils ont crû suivre le plus
general.
que
Il ne nous convient pas d'entrer dans le dé
tail au sujet des ouvrages nouveaux ; ce seroit
prevenir vos jugemens , et c'est de vous
seuls que depend leur sort.
Il semble , Messieurs , qu'apres avoir
·éprouvéjusqu'ici tant de bontez de votre part,
nous avons presque un droit d'habitude d'y
prétendre ; mais nous sentons que les bienfaits
ne doivent engager que ceux qui les
reçoivent. D'ailleurs ce n'est pas toujours une
voye sûre d'obtenir les graces , que de commencer
par les implorer ; Nous allons faire
tous nos efforts pour les mériter.
Cependant , si les besoins autorisoient les
suplications , j'oserois ici , Messieurs , reclamer
pour moi vatre indulgence , heureux si
vous daignés me l'accorder.
Ce Discours fut goûté , fort bien prononcé
, et très aplaudi.
Hij Сл
750 MERCURE DE FRANCE
On donna pour petite Piece le Moulin
de Favelle , de feu M. Dancourt , que le
Public revoit avec beaucoup de plaisir.
On donna le lendemain la Comédie de
Madame Fobin , ou la Devineresse, qui est
fort bien remise , et fort bien représentée,
La Dlle du Breuil y joue le principal role.
Le 23. on reprit la Tragédie de Didon ,
qu'on revoit avec autant de plaisir .ct
d'empressement que dans sa nouveauté.
Le 28. on remit au Théatre la Tragedie
d'Inés de Castro , de feu M. de la
Motte , qu'on n'avoit point reprise depuis
sa nouveauté,le grand succès qu'elle
eut alors, la faisoit demander avec ardeur,
et le Public qui l'afort aplaudie , paroît
charmé de la revoir. Le pathétique de ce
Poëme , et l'action Théatrale , produisent
toujours le même effet , qui est d'émou
voir excessivement , et d'attendrir les
Spectateurs. Le sieur Dufresne y joüe
toujours son Rôle de Don Pedre. Le sieur
Sarrazin y remplit très-bien celui du Roi,
que jouoit feu BARON , et ceux de la
Reine , d'Inés et de Constance , sont joüez
par les Demoiselles Balicour , Dufresne et
Gaussin .
Les mêmes Comédiens viennent de recevoir
unanimement uneTragédie nouvelle
sous le Titre d'Artaxerxes , de M. Deschamps
AVRIL. 1735 798
champs , Auteur de Caton , Tragédie qui
a paru avec succès sur le même Théatre.
On ne manquera pas d'en rendre compte
au Public .
On répette la Magie de l'Amour , pe
tite Comédie de M. Autreau , qu'on
donnera au premier jour.
Le 18. Avril , les Comédiens Italiens
représenterent pour l'ouverture de leur
Théatre , la Surprise de la Haine , et la
parodie d'Achille et Deidamie. Le sieur
Riccoboni fit un Compliment qui fur
très- bien reçû du Public .
Le 19. l'Académie Royale de Musique ,
fit l'ouverture de son Théatre par la reprise
d'Omphale. La Dlle Pelissier qui
n'avoit pas paru depuis plus d'une
année , et qu'on souhaitoit revoir ,
y joua le principal Rôle avec beaucoup
d'aplaudissemens. On donna le Jeudy
28 par extraordinaire , en faveur des
Acteurs , une Representation d'Iphigenie
en Tauride. La Dile Antier remplit le
principal Rôle avec beaucoup d'aplau
dissemens , la Dlle Pelissier joua celui
d Electre , et la Dlle Bourbonnois chanta
à la fin un Air Italien , qui fut très goutê.
On doit donner incessammentun Ballet
héroïque, intitulé les Graces,dont le Poëme
Hiij
est
792 MERCURE DE FRANCE
est de M. Roy, et la Musique de M. Mou
ret. On en parlera plus au long.
Le 2. Avril , l'Opera Comique fit la clôture de
son Théatre de la Foire S. Germain , par les trois
petites Pieces dont il a été parlé dans le dernier
Mercure. La Dlle le Grand fit un Compliment
Dialogué enVaudeville , avec deux autres Actents
de la Troupe , et fut fort aplaudie du Public.
La Troupe Hollandoise de Danseurs de Corde
qui a joué dans l'enceinte de la Foire , finit aussi
le même jour ses Exercices. Cette Troupe étoit
composée d'excellents sujets , et a attiré un concours
extraordinaire cette année.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE TURQUIE.
Elon les Lettres de Constantinople ; le G
Seigneur à formé un nouveau corps de Trou
pes , composé de quatre Bataillons , chacun de
750. homines. Tous les Soldats de ce Corps sont
armez de la même maniere que les Chrétiens
et les Officiers ont ordre de leur faire observer
la discipline qui est en usage parmi les Troupes.
des autres Princes de l'Europe .
O
D'AFRIQUE.
Na apris par Lisbonne , que la famine qui
regne en Barbarié depuis les guerres civiles
qui désolent ce Pays , oblige un grand nombre
de Maures de se rendre à la Ville de Marzagam ,
et de demander la permission de s'établir dans
les
AVRÍL . 1735. 793
Tes Pays de la domination du Roi de Portugal .
Don Bernard Pereira de Berredo , Gouver
neur et Capitaine General de Marzagam , ayant
apris par ces transfuges , que les Noirs avoient
déposé le Roy Abdalla , pour mettre Muley Aly
sur le Thrône , et que ces deux Princes se fai
soient la guerre , fit sortir il y a quelque - temps
un détachement de sa garnison pour sçavoir si
Abdalla ayoit retiré lesTroupes qui bloquoient la
Ville depuis dix - huit mois. Ce détachement rentra
sans avoir découvert aucun ennemi , et le
Gouverneur détacha so . Cavaliers commandez
par Don Mathieu Valente de Couto , qu'il fit
soutenir par quelques Troupes , avec ordre de
reconnoître les travaux que les Infideles avoient
fait autour de la Place . Don Mathieu Valente de
Couto , après avoir marché quelque- temps, arrià
un retranchement fait de terre et de chaux ,
élevé à la hauteur de huit pieds . Douze Maures
qui gardoient ce retranchement, ayant pris la fuit
va
l'aproche des Portugais , ces derniers y entrerent
, et ils y trouverent deux puits que les Enmemis
y avoient creusez , et quelques fours nouvellement
construits. Comme Don Mathieu Va-
·lente de Couto n'avoit point d'Infanterie, et qu'il
craignoit que les Maures qui s'étoient enfuis lorsqu'il
avoit paru , n'eussent averti quelque Corps
de leurs Troupes , par lequel il auroit pu être envelopé
, il ne fit point démolir ces ouvrages , et
il se retira.
,
L'Officier Maure , qui commande dans Azamor
pour le Roy Abdalla fut bientôt instruit
de la hardiesse qu'un si petit nombre de Portugais
avoit euë de penétrer dans les retranchemens
des Assiégeans , et jugeant que le Gouver
neur de Marzagam envoyeroit d'autres détache-
Hij ments
794 MERCURE
DE FRANCE
ments à la découverte , et qu'il seroit aisé d'ex
surprendre quelqu'un , il fit marcher 300. Cavaliers
qui se posterent en embuscade dans des
Lieux couverts , voisins de la Place.
Un détachement de Cavalerie en étant sorti
un matin , les Maures tuerent le cheval d'un
Cavalier que l'on avoit fait avancer pour voir
s'il n'apercevroit point d'ennemis , et ils le fi
rent prisonnier,
Au bruit du premier coup de feu , Don Bernard
Pereira de Berredo ordonna à Don Manuel
de Azevedo Coutinho , de marcher avec so.
hommes d'Infanterie , et &o. de Cavalerie ; er
les Portugais ayant reçu ce secours , attaquerent
les Ennemis qui furent mis en fuite. Les Infideles
ont cu dans cette occasion 60. Cavaliers
blessiz , et ils ont perdu 12. hommes , du nombre
desquels sont l'oncle et le frere du Commandant
d'Azamor. Du côté des Portugais , il n'y
a cu qu'un Soldat et deux Cavaliers blessez ..
L
DE POLOGNE.
et
Palatin du Lublin après divers · mouve
ments qu'il a fait faire à ses Troupes
qui avoient donné lieu de croire qu'il avoit dessein
ou de pénetrer en Saxe , ou d'entrer dans la
Prusse Polonoise , .s'est raproché des bords de la
riviere de Warte , et a campé près de Kriese
sur la fin du mois dernier..
Le Duc de SaxeWeseinfels étant arrivé à Mezeritz
avec quelquesTroupesSaxones, et ayant apris
que celles du Palatin de Lublin avoient abandonné
les environs de Carga , ce Prince les a suivies
, et il a attaqué leur arriere - garde à quelque
distance de Crossen avec le détachement de Cavalerie
qu'il avoit avec lui ; les Saxons ont perdu
caviron.
AVRIL.. 1733 795
Environ hommes dans cette occasion , et 300.
les Polonois ont fait cent prisonniers , du nombre
desquels sont trois Capitaines et huit Lieu
tenants.
Les Troupes Polonoises , avant que de s'éloi
gner de Carga , ont exigé de fortes contribu
tions , non-seulement des habitans de la Ville ,
mais encore de ceux de toutes les Villes voisines ,
et les Magistrats de Lissa , de Schiwegel et dè
Fraustadt , ont été obligsz , de leur fournir deg
sommes considerables .
Un détachement de ces Troupes emporta d'as
saut il y a quelque tems , la Ville de Polnisch
Gratz , dont les Habitans avoient refusé de lui
ouvrir les portes. Tous ceux qui y furent trouvez
les armes à la main , furent passez au fil de
l'épée , la Ville fut pillée , et le principal quartier
dans lequel une partie de la garnison s'ob
stina à se defendre , fut entierement brulé.
Le Castellan de Czersk , qui commande un
Corps de Troupes , fait des courses dans le Pala
tinat de Posnanie , et il ravage les terres des Seigneurs
et des Gentilshommes attachez aux inté“ .
rêts de l'Electeur de Saxe. Comme ce Prince :
aprehende que si les Generaux des Troupes Confederées
renoncent au dessein de passer en Sixe ,,
et s'ils prennent le parti de porter leurs principa
les forces dans la Prusse Polonoise , ils ne forment
quelque entreprise sur Dantzick , il a fait :
écrire aux Magistrats de n'en point diminuer la s
Garnison comme ils l'avoient resolu , ét même
de prendre des mesures pour l'augmenter s'il est
nécessaire , et ses Generaux ont menacé de peines
très rigoureuses, ceux qui fourniroient des vivres »
erdes fourages à l'armée Polonoise ."',
My Keiserling , Ministre Plenipotentiaise de
Lau
76 MERCURE DE FRANCE
la Czarine auprès de l'Electeur de Saxe , a envoyé
aussi ordre à M. Ikskull , qui doit sortir de
Dantzick avec les Troupes qu'il commande ,
aussi- tôt après que la somme qu'il doit recevoir,
Jui aura éré remise , de se tenir à portée de se
jetter dans Elbing , s'il aprend que les Polonois
se disposent à former le Siége de cette derniere
Place.
La Ville deMarienbourg n'étant pas en étatde
se defendre si elle est attaquée par les Troupes
du Roy , l'Administrateur et quelques autres Saxons
qui y demeuroient pour y veiller aux intérêts
du Prince leur Maître , se sont retirez à
Dantzik avec leurs principaux effets . Le Comte
Pocci , Régimentaire de Lithuanie , et le Palatin
de Witeps , se sont avancez avec les Troupes qui
sont sous leurs ordres , vers les frontieres du
Royaume de Prusse , et ils paroissent persister
dans la resolution d'aller joindre le Palatin de
Lublin.
La suspension d'armes dont le Comte Potocki
est convenu avec les Generaux de la Czarine er
ceux de l'Electeur de Saxe , et qui ne devoir durer
que jusqu'au 6. du mois dernier , a été prolongée
jusqu'au 16. du mois de Mai , et on a reçû
avis que les Starostes Stobarski , Noyworski ,
Strasnisk , et Zkargoski , et la plus grande partie
des Troupes qui étoient restées sous les ordres
de ce Palatin , n'ayant pas aprouvé cette prolon
gation , l'avoient abandonné pour se rendre au
Canip des Troupes Confederées .
Le Comte Potocki , depuis le départ de ces
Troupes , s'est déterminé à se soumettre à l'Electeur
de Saxe.
Depuis qne le Comte s'est soumis à l'Electeur
de Saxe , le Palatin de Velhinie , le Comte Sapieha
AVRIL . 1735. 797
ha , Grand Enseigne de Lituanie , et le Comte
Jablonowski , Staroste de Czerinshi , ont quitté
ce General avec les Troupes qui sont sous leurs
ordres , et ils ont joint le Comte Pocci à Kolinska
peès de Grodno.
Le Castellan de Czersk est allé dans la Grande
Pologne pour favoriser la marche des Troupes
des Starostes Stobarski , Noyworski , Strasnisk
et Zкargoski , qui n'ayant pas aprouvé la continuation
de la suspension d'armes dont le Comte
Potocki étoit convenu avec les Generaux de la
Czarine et ceux de l'Electeur de Saxe , s'étoient
separez de ce General quelques jours avant qu'il
'eut conclu son Traité avec ce Prince.
Un détachement des Troupes du Palatin de Lublin
a attaqué près de Fraustadt l'escorte de M.
de Wolffring , Lieutenant Colonel dans les Troupes
Saxones , qui portoit à Warsovie plusieurs
effets précieux , appartenans à l'Electeur et à l'Electrice
de Saxe : la plupart des Saxons dont cette
escorte étoit composée , ont été tuez ou faits prisoniers
, et les Polonois se sont emparez nonseulement
des effets dont M. de Wolffring étoit
chargé , mais encore de quelques voitures chargées
d'argent et de marchandises .
Le Duc de Saxe Wesseinfels ayant reçû avis
que le Palatin de Lublin avoit jugé à propos de
apeller auprès de lui les Troupes qu'il avoit laissées
dans les Villes de Carga , de Fraustadt , ce
de Lissa , il a mis des Garnisons dans ces trois
Places.
On a apris depuis , que pendant que les Tronpes
Saxones , commandées par le Duc de Sage
Wesseinfels faisoient divers mouvemens dans
Je dessein de tâcher de retablir la communication
Satre le Royaume de Pologne et la Silesie , celles
Hvj du
798 MERCURE DE FRANCE
du Palatin de Lublin , et du Castellan de Czers
lesquelles avoient été divisées en plusieurs Corps.
par ces Generaux , ont enlevé tous les grains ,
les fourages , et les bestiaux d'un grand nombre
de Villages apartenans à des Seigneurs attachez i
l'Electeur de Saxe , et qu'elles ont ravagé entierement
les terres de Rorrhof , de Laterne , et de
Buschave , dont M. Zichlinski , ci- devant Vice-
Chambellan de la Couronne , est Seigneur.
Ces Troupes s'étant ensuite rassemblées en un
seul Corps , ont marché vers Kalisch > et l'on
compte qu'elles passeront la riviere de Warte ,
sans que le Duc de Saxe Wesseinfels puisse s'y
oposer.
Les Partisans de l'Electeur de Saxe publient ,.
que le Major General Sibilski , après avoir fait
une marche forcée de sept lieuës en six heures de
temps , étoit arrivé à Wieruschow le 27. Mars
au matin , qu'ayant joint le même jour l'arriere
garde des Troupes commandées par le Palatin de
Lublin , il l'avoit attaquée , et que les Polonois
avoient perdu environ 100. hommes en cette occasion.
Le bruit court , que le Comte Potocki , Palatin
de Kiovie , qui commandoit ci - devant les
Troupes de la Couronne , et qui vient de se soumettre
à l'Electeur de Saxe , s'étant mis en chemin
pour aller à Warsovie , étoit tombé dangereusement
malade à Duckla . On assure que depuis
qu'il a quitté son Camp , presque toutes les
Troupes qui étoient restées sous ses ordres , ont
suivi l'éxemple de celles du Palatin de Volhinie ,,,
et qu'elles ont pris la route de la Grande Pologne
pour aller joindre le Palatin de Lublin.
Les derniers avis reçus , portent que le Palt
inde Lublin , après avoir rassemblé ses Troupes ›
СП
AVRIL. 1735. 7533
G
en un seul Corps , a passé la riviere de Warto ,
sans avoir trouvé aucun obstacle de la 'part des-
Troupes Saxones , et qu'ayant marché pendant
"plusieurs jours le long des Frontieres de la Silesie,
il s'est rendu à Tarnowitz , d'où il doit aller dans
les provinces de la Petite Pologne , voisine de la
Hongrie.
On assure que ce General , en faisant les di
vers mouvemens qui ont donné lieu de croire
qu'il avoit desein de penetrer en Saxe , n'a cupour
but que d'attirer du côté de laPrusse Polonoise la
plus grande patie des Troupes Moscovites et Saxones
, afin d'éxecuter plus facilement quelques ›
entreprises qu'il médite ,
La nouvelle du Combat donné prés de Wieruschow,
entre l'arriere- garde des Troupes Confede
rées , et le Corps de Troupes commandé par le
Major General Sibilski , a été confirmée , et on
a appris que les Saxons avoient perdu en cette :
occasion du moins autant de monde que les Polonois
, et que M. Starckouscki , Colonel d'uns
Régiment , étoit le seul Officier de distinction >
qui cut été tué de la part de ces derniers.
I'
ALLEMAGNE VIENNE. -
>
'Electeur de Cologne a fait déclarer à l'Emporeur
par son Ministre , qu'il envoyeroit incessamment
à l'Armée sur le Rhin , les Troupes
qu'il doit fournir comme Evêque de Munster
et de Paderbon, mais qu'à l'égard de celles qu'il
comptoit d'envoyer pour le contingent de son
Electorat , il étoit obligé d'en differer le depart ,
parce qu'il en avoit besoin dans la conjecture présente,
pour garder ses principales Places .
M. Dahlman , Ministre de l'Empereur à la
Ports
k
2
Foo MERCURE DE FRANCE
Forte , a écrit à S. M. I. qu'ayant pressé le Grand
Visir de s'expliquer plus précisement qu'il n'avoit
fait sur les raisons qui obligent le Grand
Seigneur à faire des préparatifs de Guerre en Bosnie,
et lui ayant representé que l'Empereur avoit
droit de penser que sa Hautesse n'avoit assemblé
un si grand nombre de Tartares sur les frontieres
de Moscovic , que pour l'empêcher d'être secouru
par la Czarine , ce Ministre lui avoit repondu
que l'Empereur se plaignoit avec peu de justice
des mouvemens des Tartares , pendant que les
Troupes de la Czarine son Alliée , étoient assemblées
dans les Provinces voisines des Etats de Sa
Hautesse ; que pour ce qui regarde les préparatifs.
-de guerre que le Grand Seigneur a ordonné de
faire en Bosnie , Sa Hautesse usoit du droit que
tous les Princes Souverains ont de prendre les mesures
qu'ils jugent les plus convenables au bien
de leurs peuples , sans être obligez de rendre
compre de leur conduite.
Les habitants des Villes de Hambourg , de
Brême , et de Lubec , à qui l'Empereur n'a pa
ôter la liberté d'entretenir leur commerce avec
la France et l'Espagne pendant la guerre , à cause
du tort qu'il auroit fait à l'Allemagne , en les
en privant , ont été forcez de faire à S. M. F. un
don gratuit de 400000 florins , en consideration
de cette liberté .
ITALIE.
Nécrit de Rome , que le 12. du mois passé,
Ole Duc de S. Aignan reçut avis que le Roy
de France avoit nommé le Comte Zaluski , à une
Abbaye considerable dans le Diocèse d'Autun.
On a apris de Sienne , que les Troupes Espagnoles
qui ont formé le Siége de Porto Hercole,
ayans
AVRIL. 1735 301
ayant fait toutes les dispositions nécessaires pour
l'attaque , avoient commencé le 23.Mars à battre
la Place , que le Marquis de la Mina étoit allé investir
avec un détachement d'Infanterie et de Cavalerie
, le Fort Monte - Philippo , et que quelques
Troupes qui étoient sur une Frégate que le Duc
de Montemar avoit envoyée pour bloquerOrbitello
du côté de la Mer s'étoient emparé de
la Tour et du Port de Saint Esteve.
S
NAPLES
"
ET SICILE.
Elon les Lettres.de Messine , le Roy que les
vents contraires avoient retenu pendant plusieurs
jours à Palmi , s'y embarqua le 9. de ce
mois à bord de la Felouque destirée à le transporter
dans cette Isle , et S. M. ayant fait le trajet
sous l'escorte des Galeres du Royaume de
Naples , arriva au Salvador des Grecs , quatre
heures après avoir mis à la voile.
Le lendemain , le Roy accompagné de la principale
Noblesse des Royaumes de Naples et de
Sicile , fit son entrée publique dans la Ville de
Messine S. M. qui étoit à cheval ; étoit suivie
d'un très grand nombre de personnes de toutes
sortes de conditions , qui étoient allées au devant
´d'elle , et toutes les rues où elle passa , étoient remplies
d'un concours extraordinaire de peuple
qui lui marquoient par leurs acclamations, la joie
qu'ils avoient de voir leur Souverain
Le Roy alla descendre à l'Eglise Cathedrale ,
et S. M. après y avoir assisté au Te Deum , se
rendit au Palais du Prince d'Alcontres , où elle
demeurera pendant le sejour qu'elle doit faire à
Messine,parce que le Palais Royal a été ruiné par
les Allemans,
802 MERCURE DE FRANCE
Il y a eu des feux et des illuminations dans
toutes les rues pendant quatre nuits consecutives,
et un soir le Roy , a fait à cheval le tour de la
Ville pour voir les réjouissances.
Le Prince de Lobkowitz ayant envoyé à Rome
deux Officiers de sa garnison , ainsi qu'il avoit
été reglé par la Capitulation dont il étoit convenu
avec le Marquis de Gracia- Real pour demander
au Cardinal Cienfuegos ; s'il pouvoit es
perer de recevoir quelques secours avant le 25 ..
Mars , et ce Cardinal lui ayant mandé qu'il n'en ·
devoit point attendre , les Troupes Imperiales
qui étoient dans la Citadelle , non - seulement en
abandonnerent le même jour tous les ouvrages
exterieurs conformément à la Capitulation , mais
ils remirent la Place au Commandant des Troupcs
Espagnoles .
Cette garnison sortit avec les honneurs de la
guerre , armes et bagages , tambour battant , En
seignes deployées , deux canons et un mortier,
et après avoir defilé en presence du Roy qui s'é- -
toit rendu au Palais Royal pour la voir passer ,
elle se retira au Lazaret . Les bâtiments qui doi
vent la transporter à Trieste , et sur lesquels elle
est embarquée , sont prets à mettre à la voile au e
premier vent favorable.
On a trouvé dans la Citadelle 250. pieces de .
canon dont 150. sont de bronze , et 45. mortiers
, avec une très grande quantité de poudre ,
de boulets et d'autres munitions de guerre.
Le Prince de Lobkowitz , avant que de s'embarquer
, a envoyé avec la permission du Roy ,
un courier à Siracuse , pour engager le General
Roma à ne pas faire inutilement une plus lon
gue resistance , et pour linformer que S. M. pa- -
roissoit disposée à lui accorder les mêmes condi-.
tionss
AVRIL. 1735. 803
tions que la garnison de la Citadelle de Messine
avoit obtenues , s'il consentoit de se rendre avang
qu'on attaquât la Place dans les formes , mais ce
General a fait réponse qu'il étoit resolu de se
deffendre jusqu'à la derniere extremité.
On a ôté de la Sale du Palais Royal de Naples,
les Portraits des Vicerois qui ont été nommez
›
par
le Gouvernement Allemand et l'on a mis à lai
place le Portrait du Comte de Charni , qui suit
immediatement celui du Duc d'Escalone , dernier
Viceroi sous le Gouvernement Espagnol.
On a apris de Genes , que les Rebelles de
BIsle de Corse , s'étant déterminez à. former une
République, avoient aboli toutes les anciennes Loire
données par les Génois aux Habitans de l'Isle ,
et qu'après en avoir fait de nouvelles , ils avoient
établi un Conseil composé de neuf Personnes , a
qui ils avoient donné le pouvoir de conferer les
Charges et les Emplois , de décider souverainement
de toutes les affaires , tant de celles du dedans
, que de celles du dehors , de faire tous les
Reglemens qu'ils jugeront utiles au bien public,
et de punir ceux qui refuseront de s'y soumettre.
André Ciacaldi , Hiacinte Pauli et Louis Ciafferri
, Chefs des Rebelles , ont été mis à la tête
de ce Conseil , et ils ont pris le titre de Primats
du Royaume de Corse. Les Rebelles ont déclaré
tous les biens appartenants aux Genois dévolus
au Fisc public. Voici quelques articles des résolutions
prises par les Rebelles .
Le Royaume élit pour sa Protectrice l'Immaculée
Conception de la Vierge Marie , dont l'Image sera
empreinte sur les Armes et les Drapeaux , et l'on
en celebrera la Fête dans tout le Pays par des salves
de Mousqueterie et de Canon , conformément à
que la Jonte du Royaume ordonnera à ce sujet .
804 MERCURE DE FRANCE
On abolit tout ce qui peut rester encore du Gouvernement
Genois dont les Loix et les Statuts seront
brulez publiquement dans le lieu où la Jonte du
nouveau Gouvernement établira sa résidence et au
jour qu'elle fixera , afin que les Peuples puissenty
assister.
Tous les Notaires seront cassez et rétablis en même
temps par des Patentes de la nouvelle Jonte ,
dont ils reconnoîtront tenir leurs Charges.
On frapera des Especes de toutes qualitez , au
nom des Primats du Royaume qui en fixeront la va
leur.
Les Terres et Fiefs apartenans aux Genois , seront
confisquez , de même que les Etangs , lesquels
seront dévolus aux Primats , afin de les faire cultiver
et en affermer la Pêche à ceux que la Jonte
choisira.
Ceux qui désobéiront à la Fonte ou à ses Officiers
ou qui refuseront d'accepter les Charges et Emplois
conferez par elle , seront déclarez rebelles et condamnez
à mort , avec confiscation des biens , de
même que ceux qui oseront mépriser ou tourner
en ridicule les Titres qui seront donnez aux Primats
du Royaume, à la Jonte du Gouvernement et
à tous les Officiers et Ministres de la Diette de
Convocation.
Quiconque osera insinuer en aucune façon de
traiter avec les Genois ou de détourner les Peuples
de s'en tenir auxprésentes Déliberations , sera sujet
aux mêmes peines .
André Ciacaldi , Hiacinte Pauli et Don Louis
Ciafferri , déja élus Generaux du Royaume , seront
à l'avenir reconnus Primats , avec le Titre
d'Altesse Royale qu'on donnera aussi doresnavano
aux Chefs et Primats , tant de la Diette
generale que de la Jonte.
,
A VRIL. 1735. 809
On convoquera une Diette generale , laquelle se
ra qualifiée de Serenissime ; chaque Ville et Village
y envoyera un Député. Douze suffiront pour représenter
tout le Royaume . Ces Dépurez auront l'autorité
de déliberer et décider de toutes les affaires ,
taxes et impositions , et auront le Titre d'Excellence
, tant dans cette Diette , que dans les lieux de
leur demeure , avec la superiorité et le commandement
respectifà chacun d'eux , subordonnez neanmoins
aux Primats et à la Jonte.
La Jonte souveraine sera composée de six Sujets
quifixeront leur demeure dans le lieu qui sera déterminé
; ils auront le Titre d'Excellence et seront
changez de 3. mois en 3. mois par la Diette Generale
, au cas qu'elle lejuge à propos ; ladite Diette
nepourra être convoquée que par ordre des Primats .
On établira un Magistrat ou Conseil de Guerre
composé de 4. Sujets , dont les Déliberations devront
être aprouvées par la Jonte.
On établira un Magistrat de l'Abondance , com
posé pareillement de 4. Sujets , qualifiez de Très -illustres
, et subordonnez à la Jonte pour tout ce qui
regarde la subsistance des Peuples et le prix des
Denrées..
On créera un Magistrat de Peres du Commun ,
composé de 4. Sujets , qui seront chargez de tout ce
qui concerne les Chemins , les Sbires , les Executions
de Justice et autres Personnes employées pour
le Public. Ils seront traitez de très - Illustres , et
changez de 3 mois en 3. mois .
On élira un autre Magistrat de 4. Sujets pour
tout ce qui regarde les Monnoyes , ils auront aussi
le Titre de très Illustres.
On établira un Commissaire General de Guer
re aves 4. Lieutenants Generaux , la Milice et
les Officiers Subalternes dépendront d'eux , et ils
deurone
806 MERCURE DE FRANCE
devront executer les ordres qui leur viendront da
Conseil de Guerre.
La Jonte fera un nouveau Code , qui sera publié
dans 15. jours , et aux loix duquel tous les Peuples
du Royaume seront soumis .
On élira un Contrôleur General qui sera Secretaire
et Garde des Sceaux , tant desdits Generaux
que de la Jonte , il fera et signera tous les Decrets,
La Jonte donnera les Patentes à chaque Officier ,
depuis le Commissaire General des Armées , jusqu'au
dernier Garde inclusivement , et nul ne pourra
exercer sa Charge sans ces Patentes , sous peine'
de mort.
Tout Membre de la Diette Generale sera obligé
de nommer un Auditeur , qui sera tenu de se mu→
nir des Patentes de la Jonte.
Enfin on élira un Magistrat de Secretaires d'Etat
, composé de deux Sujets , lesquels seront traite
de très - Illustres , et seront chargez de veiller sur le
repos du Royaume et notamment sur les Traîtres de
la Patrie , ou soupçonnez tels
avec pouvoir de
leurfaire leurs procès secrets et de les condamner à
mort.
>
Le pouvoir de nommer des Sujets , tant pour la
Diette Generale que pour la Jonte , sera communiqué
aux Lieutenant- Generaux ; qui , pour de justes
empêchemens , n'ont pû assister à cette Assem
blée.
On déclare que le sieur Don Charles - François
Rafalli , à son retour en Corse , reprendra son Poste
de Président , de mème que le sieur Louis Cicaldini
, qui , à son retour , sera aussi reconnu Lieutewant-
General.
AVRIL. 807 1735.
ESPAGNE.
R Patinho a écrit par ordre du Roy , une
MLettre circulaire aux Ministres Etrangers
qui sont à Madrid , pour les informer que quelques
domestiques du Marquis de Belmonte , Ministre
du Roy de Portugal , ayant eu la hardiesse
de tirer des mains de la Justice , un assassin qu'on
conduisoit en prison dans le lieu et à l'heure de
la promenade publique , et à un endroit dependant
du Palais de Buen - Retiro ,S.M . a jugé à pro
pos de les faire arrêter dans la maison de ce Ministre
Voici la traduction de cette Lettre.
M.CONSIEUR ,
Quoique les circonstances extraordinaires qui ont
accompagné l'entreprisefaite le 10. Fevrier , par le
Ministre de Portugal , et de ses domestiques , soient
si connues , qu'elles justifient la resolution que le
Roi a prise le 22. de faire arrêter les domestiques
coupables en quelque endroit qu'on put les trouver
ainsi que cela a été éxecuté dans l'Hôtel de ce Ministre
, cependant S. M. m'a ornné de communiquer
à V. Exc. bes motifs qui ont forcé le Roy a
prendre cette résolution , afin que non - seulement V.
Exc. soit.convaincuë de la nécessité indispensable on
l'on a été , vú la hardiesse de ce Ministre , d'avoir
recours à des moyens si violens ; mais aussi pour
qu'elle soit assurée que le Roi et ses Ministres observent
avec la derniere exactitude , les égards qu'on
doit au caractere des Ministres des Puissances Souveraines
qui resident en cette Cour.
L'attaque publique commise par les domestiques
de ce Ministre , sur les Soldats et Officiers de Justice
, qui conduisoient par la Porte d'Alcala un prisonnier
coupable d'un meurtre le plus horrible , et
l'enlevement
808 MERCURE DE FRANCE
l'enlevement du même prisonnier des mains des Officiers
de la Justice , si près du Palais du Buen- Retiro
, font apercevoir, que non seulement on presend
s'attribuer une protection publique des criminels aw
préjudice de l'autorité et de la souveraineté du Roi ;
mais on y voit en même-temps une violation manifeste
de la residence Royale , qui jusqu'à present a
été regardée comme un lieu sacré , tantpar les naturels
du Pays , que par les Etrangers , et si digne,
de respect , que la moindre violation qu'on pouroit
commettre sur son territoire , merite la mort. La
precaution prise de placer une personne à la Porte de
la Ville pour veiller sur l'approche du criminel , ce
qui fait soupçonner un dessein premedité de l'entreprise
, et a été cause , sans doute , qu'on a d'abord
sçu dans la maison du Ministre l'arrivée dudit criminel,
exclut tout pretexte , que des incidens en tou
te autre occasion auroient pu fournir. La maniere
avec laquelle le prisonnier a été conduit depuis la
Porte du Palais , en vuë d'éxciter un tumulte au
moyen des cris dignes de punition , au milieu d'un
concours de tant de peuple dans une promenade publique
, exposoit au mépris l'autorité souveraine du
Roi , et deshonoroit son droit dans les ruës publiques.
La liberté accordée au criminel , à qui on avoit
ôté les fers après son arrivée dans la maison du Ministre
, et qu'ensuite on avoit exposé aux fenêtres
pour le faire voir aux spectateurs , fait connoître
evidemment combien on méprisoit l'autorité de ceux›
qui l'ont fait prendre.
}
Ces circonstances ne permettoient pas à la bien .
seance ni à l'autorité souveraine , de dissimuler our
de laisser impuni un tel attentat , bien loin qu'une
affaire aussi publique demeur ât sans une satisfaction
publique : cependant on en a differé la punition
jusqu'au troisiéme jour , sans que les coupables donnassent
AVRIL. 17 ×5. 809
massent à S.M.la moindre marque de repentir, et quoi
qu'onpublie qu'on ait écrit uneLettre au Gouverneur
du Conseil de Castille, ce qui n'étoit qu'une voie indirecte
pour en donner part au Roi , il étoit notoire.
que la maladie dangereuse de ce Gouverneur l'empêchoit
de recevoir des Lettres et d'y repondre : mais
quand même on voudroit faire attention au contenu
de cette Lettre , de quelle faute ne pourroit- on pas
accuser ce Ministre ? Il y avouë qu'il a donné la
liberté au criminel , aprouvant par la la conduite de
ses domestiques et il dit qu'il l'a fait immediatement
après qu'on l'eut mené dans sa maison > et
qu'il eut eu connoissance de l'affaire : On sçait cependant
quele Ministre se promenoit alors dans son
jardin , que le criminel a resté plus de 30. heures
dans sa maison , et qu'ensuite il a été conduit avec
beaucoup de précaution en lieu de sureté : Il dit
qu'il a chasséses laquais,et on les a tous trouvés chez
lui: de sorte que tout ce qu'il allegue pour sa justi
fication, prouve au contraire sa faute, oubliant ainsi
le respect qu'on doit à un Monarque dans sa propre
Cour , et que tout Souverain veut maintenir , sans
permettre qu'on yfasse la moindre infraction. C'est
pourquoi S. M. se persuade que V. Exc . compren
dra facilement que le cas présent ne peut être comparé
à aucun deceux où les fugitifspeuventpendant
un peu de temps joüir d'un azile dans les maisons
des Ministres caracterise , ni a ceux ou la liberté ,
soit par rapport à la personne , soit par rapport au
lieu , peut avoir place. Fait au Pardo le 28. Février
1735. Signé , D. Joseph Patinho .
Les Lettres écrites d'Oran , du 19 Mars, portent
que les Chefs de la plupart des habitations
des Maures du Royaume de Béniamer , étoient
venus peu de jours auparavant avec une nombreuse
suite à la portée du Canon de la Place
($ ro MERCURE DE FRANCE
set qu'ils avoient envoié des Députez au Cov
verneur pour le prier d'ordonner à quelquesuns
des Maures qui sont soumis au Roy de se
rendre à leurs Tentes , parce qu'ils avoient une
affaire importante è leur communiquer .
Le Gouverneur chargea aussi-tôt plusieurs
Maures en qui il avoit confiance , d'aller au
Camp de ceux de leur Nation , qui les reçûrent
avec de grandes marques de distinction et de
joye , et qui leur dirent qu'ils étoient prêts à se
soumettre à S. M. si on vouloit donner à un Officier
de la Garnison des pleins pouvoirs pour
traiter avec eux .
La résolution des Chefs des Maures ayant
été sçue du Gouverneur , il nomma Don Juan
de Villalba , Colonel du Regiment de la Ville ,
pour regler avec les Maures les conditions du
Traité, et il fit sortir de la Place un Corps d'Infanterie
et de Cavalerie qui alla se mettre en ba
taille sous le Fort S. Charles.
Don Juan de Villalba donna en même temps
avis aux Chefs des Maures , de la commissio
dont il étoit chargé , et les principaux d'entre
eux s'étant rendus à sa Tente , on conclut un
Traité qui contient onze articles , et par lequel
les habitans du Royaume de Beniamer
promettent une entierę obeïssance et une fidété
inviolable au Roy et s'engagent à fournir à
S. M. tous les secours qu'ils seront en état de
lui offrir , et à ne laisser manquer la Ville d'O
ran d'aucunes provisions , pourvû que le Roy
consente à les recevoir au nombre de ses Sujets,
et que S. M. les assute de sa protection .
Après que ce Traité eut été signé par les
Commandans de la Cavalerie des Noirs et par
les autres Chefs des Maures , du Païs de Beniamere
A VRIL: 1735 IT
mer.Don Juan de Villalba alla en rendre compte
au Gouverneur qui aprouva les conditions , et
les principaux Officiers des Troupes des Maures
entrerent dans la Ville , où le Gouverneur leur
-fit distribuer des rafraichissemens en abondance,
et leur fit present de plusieurs Bijoux d'or et
d'argent , et de Sabres de diverses especes. La
plupart passerent la nuit dans Oran, et le lendemain
étant retournez à leur Camp, ils écrivirent
une Lettre au Roy pour l'assurer de leur respect
et de leur soumission , et pour supplier S.M. de
les compter parmi ses Sujets les plus zélez et les
plus fidèles.
MORTS DES PAYS ETRANGERS:
E 8 Mars 1735.D. Manuel Vigil de Quiño
Laes- Pimentel - et Borgia , Comte de Luna ,
fils aîné de D. François - Antoine Pimentel de
Quiñones, treiziéme Comte de Benavente , de
Luna , et de Mayorga , Grand d'Espagne , Gentilhomme
de la Chambre de S. M. C. et de D.
Ignace de Borgia de Gaadie, mourut à Madrid,
à l'âge de 35 ans.
vers les
Le 13 >
heures du matin ,
quatre
Sophie Hedwige , Princesse de Dannemarck ,
tante de Chrétien , VI Roy regnant de Danne
marck et de Norwerge , mourut d'un mal de
poitrine à Copenhague, âgé de $7 ans , 6 mois,
16 jours , étant née le 28 Août 1677. Elle étoit
fille de Chrétien , Ve du nom , Roy de Danne
macx et de Norwege , mort le 25 Août 1699 .
et de Charlotte- Amelie de Hesse-Cassel , morte
27 Mars 1714. le
I Eli812
MERCURE DE FRANCE
Elizabeth Evangeliste , Soeur converse du Mo
nastere de Odivellas , mourut à Lisbonne le 20
du mois dernier , âgée de 105 ans et demi.
Le 24 , mourut à Madrid , à l'âge de 56
D. Hippolite Attendola Bolognina Visconti
,, veuve de D. Baltasar Patigno , Marquis de
Castelar , Commandeur d'Alange dans l'Ordre
de S. Jacques , Gentilhomme de la Chambre du
Roy d'Espagne , de son Conseil de Guerre , Secretaire
d'Etat et des dépêches universelles de la
Guerre , son Ambassadeur extraordinaire et Plénipotentiaire
à la Cour de France , mort à Paris
le 19 Octobre 1733 .
Le 26 , Vincent - Antoine Alamanni , Archevêque
de Seleucie , et Nonce Apostolique en
Espagne , mourut à Madrid à l'âge de 56 ans
étant né à Florence le 7 Avril 1679. Il avoit
passé par une grande partie des Charges et Émplois
de la Cour Romaine , ayant été entr’autres
Camétier d'honneur du Pape Clement XI.
qui le déclara Secretaire des Chiffres le 15 Avril
1717 , et Prélat domestique , et Consulteur du
S. Office , le 7 Decembre 1718. Il étoit aussi de
la Congrégation du bon Gouvernement , et de
celle du Consistoire , lorsqu'il fut nommé par
Je Pape Innocent XIII , au mois de Novembre
1723 à la Nonciature de Naples . Il fut fait le
22 du même mois Archevêque titulaire de Seleucie
, in partibus Infidelium , et sacré le 30 suivant
, dans l'Eglise nationale de S. Jean des Florentins
par le Cardinal Corsini , aujourd'hui
Pape , assisté des Archevêques de Patras et de
Césarée. Il se rendit ensuite à Naples où il fit son
entrée le 20 Janvier 1724 ayant eu le même
jour sa premiere audience publique du Viceroi ,
Le Pape regnant Clement Xil , son compatriote
,
AVRIL. 1735 ° 813
te , l'ayant destiné pour aller remplacer en Espagne
le Cardinal Aldovran di . Iprit congé de
Viceroi de Naples le 25 Octobre 1730 , et revint
le 25 suivant à Rome , d'où il partit le 22 Janvier
1731 , pour se rendre en Espagne ; et étant
arrivé le 27 Mai à Séville où étoit la Cour ,
eut sa premiere audiance de leurs Majestez Çatholiques
, le 31 Mai 1731 .
1 :
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Reine est entierement rétablie de
La Russe -couche , et S. M. se porte
aussi-bien qu'on puisse le souhaitér .
Le Maréchal de Coigni , Général de
l'Armée du Roy en Allemagne , après
avoir pris congé de S. M. partit le 16 de
ce mois pour se rendre à Strasbourg .
Le Roy a donné le Gouvernement du
Quesnoi , vacant par la mort du Comte
de Rottembourg , au Marquis de Fénéllon
, Ambassadeur de S. M. auprès de la
République d'Hollande .
Le Jeudi- Saint le Roy entendit le Ser
Simon de la Cêne de l'Abbé Desjardins ,
I ij Doc$
14 MERCURE DE FRANCE
1
.
Docteur de Sorbonne ; après quoi l'Evêque
de Valence fit l'Absoute . S. M. lava
les pieds à douze pauvres et Elle les servit
à table. Le Duc de Bourbon , Grand-
Maître de la Maison du Roy , à la tête
des Maîtres d'Hôtel , précedoit le Service.
Monseigneur le Dauphin , le Comte
de Clermont, le Prince de Conti , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu et les principaux
Officiers de S. M. portoient les
Plats. Après cette cérémonie le Roy sẹ
rendit à la Chapelle du Château , où S.M.
entendit la grande Messe , célébrée par
l'Abbé Brosseau , et assista à la Procession
, et ensuite aux Vêpres . L'après midi
le Roy entendit dans la Chapelle du
Château l'Office des Tenebres .
Georges - Lazare Berger de Charency ;
Prêtre du Diocèse d'Autun , Archidiacre
et Chanoine de l'Eglise de Meaux, dont
il a été cy- devant Chantre , Vicaire- Général
du Cardinal de Bissy , Evêque de
Meaux, a été nommé à l'Evêché de Saint
Papoul , suffragant de Toulouse , vacant
la démission volontaire de Jean-
Charles de Ségur , qui y avoit été nominé
le 17 Octobre 1723 , et sacré le 24
Août 1724
par
t
L'Abbé de S. Aulaire a été nommé
Aumô .
AVRIL 1735 815
Aumônier ordinaire de la Reine , et sa
charge d'Aumônier de quartier a été
donnée à l'Abbé d'Alégre .
S. M. a accordé l'agrément du Régiment
d'Infanterie de Blaisois , au Mar
quis de Pereuze , Capitaine dans le Ré
giment de Cavalerie de Béthune
Le Dimanche de Quasimodo, 17 Avril,
on celebra dans l'Eglise des RR.PP.Cordeliers
du grand Convent de Paris , la
ceremonie ordinaire de la Confrairie des
Chevaliers,Voyageurs et Palmiers du S.Sépulchre
de Ferusalem . Les Confreres s'assemblerent
à huit heures du matin dans
cette Eglise , d'où ils partirent avec la
Procession pour se rendre à l'Eglise du
S. Sépulcre , ruë S. Denis . Ils prirent leur
route par le grand Châtelet , où ( suivant
le pieux usage que cette Confrairie
a commencé en 1727 , et a heureusement
continué jusqu'à présent ) , ils délivrerent
cinquante- trois prisonniers pour
dettes , lesquels accompagnerent la Procession
.
›
Au retour de l'Eglise du S. Sepulchre
en celle des Cordeliers , la Messe fut
chantée au grand Autel , en Grec , suivant
la coutume.
I iij Après
816 MERCURE DE FRANCE
Après l'Offertoire il y eut un Sermon
en François , et puis en Grec , par M. Ferrand
de Monthelon . Il prit pour son Texte
ces paroles de la premiere Epître de
S. Paul , aux Corinthiens. Absorpta est
Mors in victoria,qui expliquent leTriomphe
de la Résurrection de J. C. Le Discours
François fut fort aplaudi. On se.
dispense d'entrer là - dessus dans aucun
détail.
On ne s'étendra pas non plus sur cette
Confrairie , qui reconnoît S.Loüis pour
son Instituteur en l'année 1254. ni sur
l'Ordre des Chevaliers du S. Sepulcre de
Jerusalem , institué par Charlemagne ;.
toute cette matiere étant très - connue et
traitée au long dans plusieurs Livres .
Le 19 de ce mois après midi , le
Roy fit dans la Place d'Armes , qui est
entre le Château et les Ecuries , la revuë
de la Compagnie des Gendarmes et de
celle des Chevau - Légers de la Garde.
S. M. passa dans les rangs et les vit défiler.
Monseigneur le Dauphin et Mesdames
de France se trouverent à cette revue
, pendant laquelle le Duc de Picqui
ny , auquel le Roy a accordé au mois de
Février dernier , la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Che
vau
AVRIL. 1735. 817
vau Legers de la Garde , dont le Duc
de Chaulnes s'est démis en sa faveur, fur
reçû à la tête de cette Compagnie.
Le même jour le Roy prit le deuil
pour la mort de la Princesse Sophie Hedwige
, tante du Roy de Danemack , que
S. M. quitta le 250
Le 1 Avril , le Concert spirituel fut
continué au Château des Tuilleries ; il a
été donné à differens jours de chaque semaine
, jusques et compris le Dimanche
de Quasimode . On y a exécuté les plus.
beaux Motets à grands Choeurs de M.de
la Lande , et plusieurs autres petits Motets
à une et à deux voix , de la composition
des Sieurs Mouret, le Maire , Cheron
, du Bousset , &c. On y a chanté
deux fois le Choeur du premier Acte de
la Tragedie de Jephté , de M. de Monteclair
, qui fur précedé d'un grand Motet
du même Auteur. Ces deux Pieces ont
été tres bien executées et fort aplaudies.
Les sieurs Bezossi , Hautbois et Basson de
la Musique du Roy de Sardaigne , ont
executé différentes Pieces de leur composition
, avec une précision admirable
et qui ne laisse rien à desirer. Les Diles
Erremens et Fel , et le sieur Jéliot ont
chanté differens recits avec applaudisse-
I iiij ment
818 MERCURE DE FRANCE
ment , de même que les Sieurs le Clair
Guignon , Aubert et Blavet , dans les dif
ferens Concerto , qu'ils ont executé sur le
Violon et la Flute.
**********
MORTS NAISSANCES
Mariages.
>
2
"
E 2. Mars 1735. Henri-Joseph de Salagnac de
Fenelon,Seigneur de Beausejour ,de S.Abse
et de Menebre , appellé le Comte de Fenelon
autrefois Exempt des Gardes du Corps du Roi ,
frere puiné du celebre François de Salagnae de
Fenelon , Archevêque de Cambrai , mort le 7.
Janvier1715.et fils de Pons de Salagnac, Seignent
de la Mothe. Fenelon et de Louise de la Cropte
de Chanterao mourut à Paris , âgé d'environ
175. ans , laissant une veuve sans enfans ct
ayant institué son légataire universel Gabriel de
Salagnac , Marquis de Fenelon , son petit neveu,
Maréchal des Camps et Armées du Roi , Inspecteur
general d'Infanterie , et actuellement Âmbassadeur
ordinaire en Hollande. Le Comte de
Fenelon avoit été marié en premieres noces le2 3 .
Fevrier 1694. avec Marie- Françoise de Salagnac, -
de la Motte Fenelon , sa cousine germaine , veuve
de Pierre de Laval , Marquis de Laval- Lezay , et
de Magnac , Comte de la Bigeotiere , et de Fontaine
-Chalendray Lieutenant General de la
Haute et Basse Marche , et Mere de Gui André,
chef du nom et armes de Laval , Marquis de
Laval- Lezay , et de Magnac , ci -devant Colonel
dun Régiment d'Infanterie de son nom , né le
>
21.
AVRIL. 1735. 819
1. Octobre 1686. Il n'avoit point eu d'efans
d'elle non plus que de sa seconde femme.
Le 6. Jean- Nicolas de Francine , Conseiller
et ancien Maître d'Hôtel du Roi , fils aîné de
Pierre de Francine, aussi Conseiller Maître d'Hôtel
du Roi , mort le 4, Avril 1686. et de Marie-
Louise Pidou , morte le 29. Avril 1708. mourut
à Paris , Septuagenaire. Il avoit été chargé pendant
un très long- temps de la Direction generle
de l'Académie Royale de Musique de Paris , appellée
l'Opera. Il la quitta au commencement de
l'année 1728. mais il lui fut conservé sur les reyenus
de ce Spectacle une pension annuelle de
18000. liv . Il étoit veuf de Madelaine- Catering
de Lulli , fille du fameux Jean Baptiste Lulli , Sur-
Intendant de la Musique de la Chambre du Roi,
morte le 2. Janvier 1703. Il l'avoit épousée au
mois Avril 1684. il n'en laisse que Louis- Joseph
de Francine , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment Colonel General , et une fille .
ori-
On a parlé de la famille de Francini ,
ginaire de Florence , dans le Mercure de Janvier
1734. p. 188. à l'occasion de la mort de Tho-
Honoré de Francine de Grandınaison
Doyen de la Faculté de Théologie de Paris .
cousin germain de celui qui vient de mourir.
mas -
Le 10. Jean Jacques Boileau , Prêtre Chanoine
de l'Eglise Collegiale de S. Honoré à Paris , et
qui avoit été Confesseur du feu Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris , mourut âgé de
86. ans Il n'étoit point frere , comme quelques
nouvelles étrangeres l'ont marqué , de feu Nicolas
Boileau des Preaux .
Som
Le 20. l'Evêque de Pamiers mourut dans
Diocèse , âgé d'environ 88. ans , et dans la 1-
année de son Episcopat. Il se nommoit Jean-
19 Baptiste
$ 20 MERCURE DE FRANCE
Baptiste de Verthamon , et étoit fils de François
de Verthamon , Comte de Villemenon , Seigneur
Châtelain de la Ville aux Clercs , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , mort le 24?
Juin 1697. et de Renée Quatresols , morte le
24. Novembre 1657. Il avoit été reçû Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , le 6. Septembre
1676. et étant Vicaire general de l'Archevêque
de Rouen à Pontoise' le feu Roi le
nomma à l'Evêché de Pamiers le 7. Septembre
1693. Il fut sacré le trois Janvier 1694. dans
P'Eglise du Noviciat des Jesuites à Paris , par
P'Archevêque d'Albi , assisté des Evêques de Cahors
, et de Vence , et le 5. du même mois il prêfa
serment de fidelité entre les mains du Roi. Il
fut deputé de la Province de Toulouze à l'Assemblée
generale du Clergé de France , tenuë en
1702.
M. Antoine Daquin , Chevalier , Seigneur de
Château - Renard , ancien Secretaire du Cabinet
du Roy , ancien President en son Grand - Conseil,
Conseiller Honoraire au Parlement , mourut à
Paris le 30. Mars dernier , âgé de 77, ans six
mois.
Le 3. Avril 1735. D. Anne- Louise- Françoise
de Monpellier , épouse de Jean Aymeret , Seigneur
de Gazeau , Conseiller au Parlement de Paris
où il a été reçu le 30. Janvier 1728. mourut âgée
de 19. ans huit jours après être acouchée heureusement
d'une fille, son premier enfant, n'étant
mariée que depuis deux ans . Elle étoit fille de feu
François Monpellier de Vertigny , ancien Fermier
general des Fermes du Roi , et Directeur de
la Compagnie des Indes mort en 1720.
Le 4. Connad Alexandre Comte de Rottembourg,
Seigneur de Moissevaux , de Rougemont, de Keiyenheim
AVRIL. 1735. 821
4-
venheim, de Seintein , et d'Oberbruck , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Gouverneur du
Quesnoi , mourut à Paris , âgé de 1. ans un
mois neuf jours , étant né le vingt - six Fevrier
1684. Il avoit d'abord ésé Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie du Comte de Rosen son
oncle, sur la démission duquel il en fut fait Mestre
de Camp , par commission du 22. Mars
1709. et Brigadier le 20. Octobre 1716. Il fut
reçû Chevalier d'honneur du Conseil Souverain
d'Alsace le 27. Août 1717. et Chevalier des or →
dres de N. D. du Mont- Carmel , et de S. Lazare
de Jerusalem , le 25. Fevrier 1721. Il fut nommé
dans le même- temps Envoyé Extraordinaire
auprès du Roi de Prusse , et en 1723. second
Ambassadeur extraordinaire , et Plenipotentiaire
au Congrès de Cambrai , après la séparation duquel
il fut nommé au mois de Juillet 1725. pour
retourner auprès du Roi de Prusse , avec le Titre
de Ministre Plenipotentiaire. Il en fut rappelle
en 1727. pour se rendre à la Cour d'Espagne
où il signa le 6. Mars 1728. en qualité de Ministre
Plenipotentiaire du Roi avec les Ministres
de l'Empereur , d'Espagne , d'Angleterie , et de
Hollande , les préliminaires d'un fatur Congrès
pour la pacification de l'Europe . Le Roi Catho
lique le régala à son départ de son Portrait en
richi de diamans , et estimé 2000. pistoles. I
retourna en Espagne à la fin de l'année 1730.
avec le caractere d'Ambassadeur extraordinaire
et il ariya le 13. Janvier 1731. à Seville , où il
eut le lendemain sa premiere audience de leurs
M. C. Sa mauvaise santé l'ayant obligé de demander
son rapel , qui lui fut accordé , il quittá
cette Cour , et arriva à Paris le 23. Mai 17345
Le Roi l'avoit fait Maréchal de Camp de ses Ar
3 vj méd
822 MERCURE DE FRANCE
à
mées le 20. Fevrier precedent . S.M. l'avoir aussi
proposé le premier Janvier 1731. pour être Chevalier
de ses ordres , et ses preuves avoient été
admises le 13. Mai suivant. Șes infirmités continuelles
depuis son retour , ont empêché qu'il
n'ait été reçû , mais il avoit eu permission de
porter , en attendant , la Croix et le Cordon de
l'Ordre du S. Esprit. Le gouvernemene du Quesnoy
lui avoit été donné l'année derniere. Le
Comte de Rottembourg, dans tous les Emplois
qu'il avoit remplis , avoit donné des marques de
sa capacité , de ses talens pour les negotiations
, et de son zele pour le bien du service de
Roi. Il étoit fils de Nicolas Frederic , Comte de
Rottembourg , Gentilhomme du pays de Brandebourg,
en Allemagne , Maréchal de Camp des
Armées du Roi Très Chrétien , mort en sa terre
de Moissevaux en Alsace , le 20. Avril 1716.
l'âge de 70. ans et d'Anne-Jeanne de Rosen
son épouse , fille de feu Conrad de Rosen , Maréchal
de France. Le Comte de Rottembourg
avoit épousé au mois d'Avril 172 1 -Jeanne -Magdelaine
de Helmstat , fille de Bleickard , Comie
de Helmstat , Seigneur de Hingsange et de Rifchoffsheim
, Baron du S. Empire , et de Marie-
Joseph de Pottiers , des Comies de Wagnée. Il
n'en laisse point d'enfans. Il fait par son testa
ment un legs de 20000. liv. à son Intendant
laisse des pensions viageres à tous ses autres domestiques
, donne aux pauvres de la Paroisse de
S. Sulpice , où il a été enterré , une somme de
Sooo. liv. pour leur être distribuée publiquement
en présence de quatre personnes , et institue un
Neveu , son légataire universel . Le bel Hôtel
qu'il occupoit ruë du Regard , et où il avoit fait
des embellissemens pour des sommes considera-
'
bles >
AVRIL: 173.5. 823
Bles , retourne par sa mort aux Carmes Deschaussez
, desquels il l'avoit acheté à vie,
Le même jour 4. Avril , Pierre de Rosset , sieur
des Frettes, Conseiller Secretaire du Roi , Honoraire
, Maison Couronne de France et de ses Fi-
Hances , ci- devant Greffier en chef Civil et Criminel
de la Cour des Aydes de Paris , mourut
dans la 77. année de son âge , et fut inhumé le
lendemain à S. Eustache , auprès de Louis de
Rosset son pere , aussi Conseiller Secretaire du
Roi Maison Couronne deFrance et de ses Finan
ces , mort le 19. Janvier 1700; et de Marguerite
Peticpied sa mere morte le zo.Mars 1704.Il étoit
d'une famille originaire de Daufiné, ou ses Peres
ayeul et bisayeul ont été Secretaires du Roi , et
Greffiers en chef de la Cour de Parlement de cette
Province , Ses armes sont d'azare à trois treflès
d'or. Il laisse de Suzanne Anguier sa femme
fille de Michel Anguier , et de Marguerite du
Bois , Pierre François de Rosset , Seigneur de
Frettes , né le 9. Juillet 1691. et reçû Conseiller
en la Cour des Aydes de Paris le 7. Decembre
1713. qui a épousé le 21. Août 1731. Marie- Càtherine
Bérauld de Villiers , fille de feu Charles
Bérauld , sieur de Villiers , Maître des Comptes
à Paris , et de feuë Marie- Anne le Moine , et Antoine
- Philippe de Rosset des Frettes , reçû Con
seiller au Parlement de Paris le 28 Mais 1732.
>
Le Comte de la Baume Montrevel , Colon
du Régiment de Rouergae et Brigadier des Ar-.-
mées du Roy , de la Promotion du premier Août
1734 mort à Keyserlouter le 5. Avril , étois
frere puiné de Charles- Ferdinand - François de la
Baume- Montrevel , Marquis de S. Martin , cydevant
Colonel du Régiment de Rouergue , qui
a épousé Elizabeth Charlotte de Beauvau Craon,
824 MERCURE DE FRANCE
et fils de Charles- Antoine de la Baume- Montrevel
, Marquis de Saint- Martin , et de Marie-
Françoise de Poitiers de Vadans .
Le 7. Dile Magdelaine-Antoinette Turgot , fille
de Marc- Antoine Turgot , Seigneur de S. Clair,
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du
Roi , ci- devant Intendant successivement en Auvergne
, à Moulins , et à Soissons , et de feuë
Louise le Gouz - Maillard , decedée le 16. Avril
1721. mourut , après une maladie de plus de trois
années, âgée d'environ 31. ans.
> > •
>
Le 10. Alexandre le Riche de Courgain , Conseiller
Secretaire du Roi , Maison Couronne de
France et de ses Finances , ancien Receveur general
des Finances de Montaaban , et ancien Fermier
general des Fermesdu Roi,mourut à Paris âgé
de 72. ans,laissant d'une premiere femme un fils
Fermier General , et de sa seconde femme , Alexandre-
Edme le Riche , Seigneur de Cheveigne
le Perché , Gouzangrez Valliere & c. reçû
Conseiller au Parlement de Paris , et Commissaires
aux Requêtes du Palais , le 19. Janvier , 1720.
et marié la même année avec Claire- Elizabeth
le Pelletier de la Houssaye , un autre fils Ecclesiastique,
un autre Seigneur de Vendy en Champagne
, mariéen 1729. avec la fille de Charles
Ycard , Secretaire du Roi , et Avocat ès Conseils ;
un autre Officier dans les Troupes du Roi , et
Marie-Therese le Riche , mariée avec Adrien de
Saffray , Baron d'Angranville .
Le 11. Jean Pierre de Cormis , Comte de
S. Georges , Gentilhomme Provençal , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , de la
Promotion du 8. Fevrier 1694. Ancien Mestre
de Camp de Cavalerie , et ci- devant Cornette de
la premiere Compagnie des Mousquetaires du
Roi
A V RI L. 1735 . 825
Roi , mourut à Paris dans la 91. année de son
âge . Il étoit troisiéme fils de Louis de Cormis
Marquis de Briançon , Seigneur de Beaurecueil ,
en son vivant Président à Mortier du Parlement
d'Aix , et de Marie de Cadenet des Seigneurs de
Lamanon , ses pere et mere , qui avoient été
mariez en 1644. Il avoit épousé au mois de Janvier
1692 Marie - Anne des Chiens , soeur de
Jean- Baptiste des Chiens de Ressons ' , dont on a'
rapporté la mort dans le Mercure de Fevrier der
nier , p. 397. Il la laisse veuve sans enfans.
Le 12. Cardin - Antoine le Bret , Comte de
Selles en Berri , Seigneur de Pantin , fils aîné de
feu Cardin le Bret , Conseiller d'Etat , Premier
Président du Parlement de Provence , Comman
dant et Intendant de la même Province , dont on
a raporté la mort dans le Mercure du mais d'Oc²
tobre dernier p. 2310. et de feuë Marguerite-
Henriette de la Briffe sa quatrième femme , mouen
l'Hôtel d'Antoine- François Meliand
, Conseiller d'Etat ordinaire , son Oncle
de la petite verole , dont il a été attaqué en arrivant
de Provence. Il n'étoit que dans la 18 année
de son âge , étant né le 9. Juin 1717 .
rut à pe
Le 13 , Pierre Benoit Morel , President en la
Cour des Aydes de Paris, Seigneur de Courtavan,
Veindé , le Meix , &c, mourut à Sézanne en Brie ,
en s ou 6 jours de maladie , d'une fuxion de
poitrine , accompagnée d'une inflamation dans.
le bas ventre , et d'une rétention d'urine . Il étoit
dans la 67 année de son âge, suivant son Extrait
Baptistaire du 28 Juillet 1668. Il avoit été reçu
Conseiller en la Cour des Aydes le 29 May
1702 , et ensuite Président le 23 Avril 1708. Il
étoit second fils de Marius Basile Morel de
Boistiroux , Seigneur de Veindé , le Meix , saint
"
Espoing
826 MERCURE DE FRANCE'
Espoing, la Bécherelle, &c . Directeur de la Ma
rine et du Commerce des Païs étrangers et Commissaire
des Domaines de France et des Fermes
du Roy , mort le 6 Mars 1686. et d'Antoinette
Collart, morte le 24 Mars 1726 âgée de 81 ans.
Le President Morel avoit épousé en premieres
nôces au mois de Septembre 1703 , Jeanne-Jacobé
de Nauroy , morte le 17 Octobre 1723 , fille
de Louis Jacobé , Sieur de Nauroy , et de
Jeanne de Mauclerc, et en secondes , au mois de
Novembre 1724 , Angelique de Lossendiere
fille de Louis Gaston de Lossendiere , Conseiller
en la Cour des Aydes de Paris , et de Marie-
Angelique des Hayettes. Il laisse de cette derniere
6 enfans vivans , et leur mere enceinte. II
a eu de la premiere 3 filles. Claire Morel l'aînée ,
a été mariée à l'âge de 18 ans , le 27 Juillet
1728 , avec René Choppin , Seigneur d'Arnouville
, Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy , la seconde est veuve , sans enfans
d'Antoine le Febvre de la Malinaison , Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , mort le 12 Octobre 1731 ,
qu'elle avoit épousé le 26 Janvier 1730 , et la
troisiéme a été mariée le 26 Avril 1731 , avec
Augustin le Pileur , Seigneur de Brevanes, Conseiller
au Parlement de Paris .
3.
Le 15. D.Marie-Anne Garnier , Soeur de François
Garnier , Seigneur de Montigny , Payeur
des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ; et Contrôleur
general de lArtillerie de France , et veuve
depuis le mois de Septembre 17 2 8. de Louis
Roualle , Ecuyer , Receveur General , et Payeur
des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , mourut
d'une apoplexie dont elle avoit été attaquée le 3 ,
du même mois , au commencement de la qua
Janse
AVRIL. 1735. 8.27
.
Tante et uniéme année de son âge , étant née le
13 Mars 1695. Elle laisse un fils , âgé de 9 ans
et demi , et une fille de 8 ans .
Le 16 , D. Caterine Charlotte Augis , Dame du
Plessis -Plassay . fille de François Augis , vivant
Conseiller- Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de ses Finances , et de Madeleine
de Mousel , ses pere et mere , et veuve depuis
le mois d'Avril 1708 , de Gabriel d'Estan
cheau , Conseiller du Roy en ses Conseils , Secretaire
de S. M. Maison , Couronne de France
et de ses Finances , et Secretaire des Commandemens
de Monseigneur le Dauphin , aycul du Roy
Louis XV . mourut à Paris, âgée de 86 à 87 ans ,
laissant pour enfans Louis d'Estancheau , Seigneur
du Plessis - Plassay , cy - devant Maître
d'Hôtel du Roy qui a épousé en 1721 , Helene
Benett , fille de feu Patrice Benett, Gentilhomme
Irlandois , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy , et
de Marguerite Kelly dite Paine , une fille Religieuse
, et Marie Marguerite- Françoise . Gabriele
d'Estancheau , qui fut mariée en 1716, avec Philippe
Gaspard de Castille , Marquis de Chenoise,
Seigneur de la Baronie de Trossy , Vicomte de.
Nesle , Lieutenant de Roy au Gouvernement de
Champagne et Brie , cy- devant Enseigne de la
Compagnie des Gendarmes d'Anjou , mort au
mois de May 1726 , laissant deux filles.
Le 20 de ce mois , mourut en son Château du
Point- du-jour , près de Vernon , Marie- Anne
le Tellier , âgée de 73 ans , veuve de M. Urbain
Aubert , ancien Président en la Chambre des
Comptes de Rouen , mort au mois de Septembre
1726 ; elle étoit fille de Jean le Tellier , Secretaire
du Roy , Maison , Couronne de France
de ses Finances , mort au mois de Novembre
V
1690
828 MERCURE DE FRANCE
1690. et de M. Bourse , morte au mois de Septembre
1691. Elle laisse trois enfans qui sont
Urbain Aubert , Marquis de Tourny , Seigneur
de la Falaise , de Présagny , de Bernieres ,
de
Mercey , &c. Intendant en la Generalité de Limoges
, marié à N. des Gracieres . N. le Tellier,
veuve de M. N. le Camus , mort en 1710. Intendant
en la Generalité de Pau. Et N. le Tellier
, veuve de N. de Medavi , Comte de Grancey
, mort en 1727.
Le 22. Charles Leonor Aubry , Marquis de
Castelnau en Berry , Seigneur de Lazenay , Plotard
, &c. Conseiller en la Cour de Parlement de
Paris , et Commissaire aux Requêtes du Palais
Doyen de la premiere Chambre , qui avoit été
reçû en cette Charge le 26 Juillet 1690. mourut
après une longue maladie , âgé de 68. ans . II
étoit fils de feu Léonor Aubry , Maître Ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , Secretaire
du Roy , Maison , Couronne de France et
de ses Finances , auparavant Lieutenant Criminel
à Tours , mort le 26. Janvier 1706. à l'âge de-
75. ans , et de Marie Bigot , et il avoit épousé
Catherine Coustard , fille de feu Gabriel Coustard
, Conseiller - Secretaire du Roy , Contrôleur
General de l'Audience de la Chancellerie de France
, et de Marie- Anne Regnault. Elle mourut en
sa Terre de Castelnau au mois d'Octobre 1728.
âgée d'environ 55. ans . Il laisse d'elle deux fils ,
qui sont Leonor Aubry , Seigneur , Marquis de
Castelnau , reçû Conseiller au Châtelet au mois
de May 1717. puis au Parlement de Paris le 5 .
Janvier 1720. et Gabriel Aubry , né le 4. Août
1711. et reçû Conseiller au même Parlement le
premier Septembre 1731. Ils ne sont point encore
mariez ni l'un ni l'autre.
LP:
AVRIL 1735. 829
Le 25. Pierre de Paris , Doyen du Parlement
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
étant né le 18. Août 1651. Il avoit été reçû
Conseiller le 30. Décembre 1678. et étant
Doyen de la cinquiéme Chambre des Enquêtes ,
il monta à la Grand Chambre en 1714. Il en devint
Doyen par le décès d'Ambroise Ferrand le
3. May 1731. l étoit fils d'Anne de Paris , Conseiller
en la Grand'Chambre du même Parle
ment , mort le 13. Mais 1678. âgé de 70. ans ,
et de Nicole du Val de Beauregard , morte an
mois d'Octobre 1691. Il n'a point été marié . Il
avoit eu pour frere et soeurs Louis - François de
Paris , Seigneur
de Songy et des Tournelles
,
Maître des Comptés à Paris , mort sans posterité
le 16. Juin 1710. âgé de 14. ans ; Françoise
de
Paris , norte le 15. Mars 1720. âgée de 72. ans,
veuve de François
du Gué , Président
en la
Chambre
des Comptes
de Paris , et mere de Françoise-
Nicole du Gué , morte le 3. Janvier 173.2
agée de 1. ans , veuve d'Antoine
d'Aix , Seigneur
, Marquis
de la Chaize , Capitaine
des
Gardes de la Porte du Roy , dont elle n'a laissée
que des filles , et d'Angelique
du Gué , qui épousa
le 7 Février 1726. Michel le Pelletier
de la
Houssaye
, Sous Lieutenant
au Régiment
des
Gardes Françoises
; et Marie Nicole de Paris
veuve depuis le 27. Octobre
1723. de Pierre de
Berulle , Vicomte
de Guyencourt
, Premier Pré- /
sident du Parlement
de Grenoble
, dont elle a et
des enfans.
Par la Mort de Pierre de Paris , Zacharie Morel
, reçû Conseiller le 6 May 1682. et qui monta
à la Grand’Chambre au mois de Novembre
1714. est devenu Doyen.
Le 26. à 3. heures après midi , D. Marie, Anne
Petit
830 MERCURE DE FRANCE
Petit de Villeneuve , femme de Louis- Gabriel des
Acres ,Comte de l'Aigle,Colonel -Lieutenant duRé
giment d'Enguien, Infanterie, qu'elle avoit épousé
au mois de Février dernier , et auparavant veuve
de Jean- Baptiste-Maximilien le Feron , Scigneur
du Plessis - aux- Bois , Iverny , Cuisy , &c ,
et Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du
Roy , mort le 22. Octobre 1734 mourut à Paris
d'une maladie de poitrine , sans laisser d'enfans
et dans la 26. année de son âge , étant néc
au mois de Juillet 1709. elle étoit fille unique de
feu Nicolas Petit , sieur de Villeneuve , `Président
en la Cour des Aydes de Paris , mort le 7.
Mars 1710. à l'âge de 28. ans et de Marie- Anne
Neyret , sa veuve.
"
و ا
Le 27. Mars , Jean- Antoine Loxis , surnommé
Robelet , Negre de Nation des Côtes de Guinée ,
âgé d'environ 10. ans , fut baptisé en l'Eglise de
S. Eustache , et tenu sur les Fonts par M. Jean-
François Ogier , Président au Parlement , et
D. Marie- Anne Barbier , Epouse de M. Jacques
Charles- André de la Guerche , Ecuyer.
M. Claude-Louis Bouthillier de Chavigny, Co mte
de Ponts,âgé de 19, à 20. ans, Colonel du Régiment
de Cambresis , par Commission du 18.
May 1732. fils de M. Louis Bouthillier de Chavigny
, Chevalier , Marquis de Ponts - sur-Seine ,
et de Mad . Antoinette le Gouz - Maillard, épousa
le 13. Avril Maille Françoise-Mélanie de la Fase
, fille de M. Philippe-Charles , Marquis de la
Fare , Lieutenant General des Armées du Roy
Chevalier de sesOrdres et de la Toison d'Or , Gouverneur
des Ville et Château d'Alais et du Pays
des Sévenes , Lieutenant General et Commandant
A VRIL. 173.5. 831
dant en Chef en la Province de Languedoc ; er
de feue Dame Françoise Paparel , morte le 7.
Mars 1730. àgée dé 34. ans.
ARRESTS NOTABLES.
ETTRES PATENTES sur Arrêt
Ldonné à Versailles le 28. Décembre 1734.
qui permet aux Consul , Directeur , Procureur ,
Syndic et Habitans de Chaileville et dépendances
, d'emprunter une somme de 40000. livres
pour faire construire des Casernes dans ladite
Ville , autorise à cet effet l'imposition de six deniers
par livre de Sel qui sera distribué dans la
dite Ville et dépendances pour le payement des
interêts dudit emprunt.
REGLEMENTS Generaux et particuliers de
Réformation pour la Maîtrise des Eaux et Forêts
d'Arques , Département de Rouen , des 31-
Août , 2. et 7. Septembre 1734. en execution de
l'Arrêt du Conseil et Lettres Patentes sur icelui
du 26. Février 1732. Registrées où besoin a été.
ARREST du Conseil d'Etat du Roy , du
16 , Novembre 1734. qui casse un Arrêt de la
Cour des Aydes de Paris , du 17. Avril 1733.
par lequel Pierre Nicolas , Sous- Fermier des Aydes
de Champagne , a été débouté avec depens de sa
demande , à ce que Edme Pissey , Voiturier demeurant
à Ricey Hault , fut condamné solidairement
avec Etienne Pouard , son Domestique,
aux dépens adjugez audit Nicolas , par Arrêt de
La Cour des Aydes du 14. Janvier 1733. &c . .
OR
$ 32 MERCURE DE FRANCE
*
ORDONNANCE du Roy , premier Janvier,
pour l'établissement de deux Maréchaux des Logis
et de deux Sous- Brigadiers d'augmentation
en chacune des deux Compagnies de Mousquetaires
de la Garde de Sa Majesté."
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier ,
portant défenses à tous les Habitans de la Principauté
de Montbeliard , de s'engager pour servir
dans d'autres Troupes que celles de S. M.
ARREST du 11 Janvier . qui en interpretant
l'article III. de l'Arrêt du Conseil du 9. Février
1734.dispense les Gardes de la Communauté des
Merciers Drapiers unis de la Ville de Rouen ,
qui sont entrez en exercice au 2. Janvier de la
présente année 1735. et ceux qui leur succederont
à l'avenir dans les fonctions de Gardes
de ladite Communauté , de faire graver la premiere
Lettre de leur nom et leur surnom en entier
sur les Coins ou Marques dont ils se serviront
pour appliquer le Plomb de Contrôle sur les
Draps et autres Etoffes qu'ils auront visitez ,
condition que la date de l'année de leur exercice
sera gravée sur lesdits Coins ou Marques . suivant
ce qui est prescrit par Particle II . dudit Arrêt
du 9. Février 1734. et à la charge par lesdits
Gardes d'être solidairement garants des Plombs
qu'ils auront appliquez pendant le temps de leur
exercice.
à
Ple
TABLE.
f July
IRCES FUGITIVES. Epitre en Yers , 621
Lettre sur les Adieux et Testament d'un
Sanglier, &c. 626
Chanson ; 632
Lettre écrite de la Rochelle sur l'Académie , 633
Ode couronnée au Palinod de Caen ,
Lettre sur le troisiéme volume des Ordonnances
des Rois de France ,
Laure et Damon , Eglogue ,
636
641
652
Question importante jugée au Parlement de
Normandie ,
Eglogue ,
657
672
Observations de M. Astruc , sur le Fauteuil de
Poste,
Ode ,
677
689
Notice particuliere de divers Monumens d'Antiquité
, qu'on voit à l'Hôtel de Meziere , 691
Envoy d'une Fleur à ... le jour de sa Fête , 697
Lettre sur les anciennes Représcutations Theatrales
,
Lettre et Bouquet en Vers ,
698
708
Réponse au R. P. Em . de Vivier , &c. 712
Ode à l'imitation d'Horace ; -716
Lettre sur le Maronier d'Inde , 717
Enigme , Logogryphes , & c. 721
725
729
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,
&c .
La Statique des Vegetaux , &c.
Essais sur divers Sujets de Litterature ce de Mo-
736
rale ,
La Théorie
et la Pratique
de la Coupe
des Pierres
et des Bois
,
Bibliotheque Germanique , & c.
746
747
La Feuille du Pour et Contre, Tableaux, &c . 749
Autre Feuille , Observations sur les Ecris môdernes
, 750
743
Rentrée de l'Académie Royale des Belles - Lettres
et Prix donné par cette Académie ,
Programme pour le Prix de 1736. de la même
Académie
754
Estampes nouvelles , 755
Nouveaux Ouvrages et Tableaux en Plumes naturelles
,
Chansons notées ,
760
7.62
Spectacles; Discours prononcé au Théatre François
,
Le Préjugé à la Mode , Extrait ,
765
768
Discours prononcé à la Rentrée du Théatre ,787
Nouvelles de Turquie , d'Afrique , de Pologne ,
742
D'Allemagne , d'Italie , de Naples et Sicile , de
Corse , &c.
D'Espagne ,
Morts des Pays Etrangers
799
807
811
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Morts , Naissances et Mariages ,
Arrêts Notables 2
813
818
831
Errata de Mars.
PAge-604 . ligne 15. voile , lise poële. P. 616. l. 17. et auparavent Secretaire du
Roy , ôtez ces mots .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 636. ligne 3. plus , lisez le plus.
P. 729. ligne 1. la , l. le.
Les Chansons notées doivent regarder la page 762
John
Bigelow
to the
Century
Association
MERCURE
DE FRANCE ,
DĚDIE AV ROT.
MAR S.
1735.
RACOLLIGITI
SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
635490
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
A VIS.
LADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran-
COL à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Librairès qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de`ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
ême de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
و
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaitevont
avoir le Mercure de France de la preiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MARS. 1735.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE SA CRE' E.
N
Oble et rare présent des Cieux ,
Divine Foy , sacré Myster
Ta vivifiante lumiere
Enfin me dessille les yeux.
Dans quels goufres , dans quels abîmes
D'horreurs , d'impiétez , de crimes
N'étois je pas précipité ?
-
Grand Dieu , sans ta main secourable ,
A ij
Esclave
410 MERCURE DE FRANCE
Esclave et victime du Diable ,
J'étois mort à la Verité.
Séduit par l'appas enchanteur
D'un faux plaisir , d'un bien fragile ,
Voluptueusement docile ,
Je me livrois tout à l'erreur.
Mysteres les plus redoutables
N'étoient pour moi que simples Fables
Sacrilege , impie, orgueilleux ,
Dans mon aveuglement extrême ,
L'avourai -je ? L'Etre suprême ,
Tout en lui me sembloit douteux .
諾
Fier de mon incrédulité ,
Etouffant remords et scrupules ,
De mes sentimens ridicules
Par tout je faisois vanité .
Inutilement sur ma tête
La foudre à tomber toute prête ,
Me faisoit entendre ses coups ,
Ingénieux à me contraindre ,
Loin de trembler , frémir et craindre ,
Du Ciel je bravois le couroux ,
De perfides adulateurs ,
MARS. 1735. 411
Une Cabale abominable
Autant , ou plus que moi , coupable ,
M'applaudissoit dans mes erreurs ;
Ce Monstre odieux , infléxible ,
Aux yeux du Juste si terrible ,
La mort me causoit
peu d'effroy ,
Approche , disois- je , implacable ,
Si ton coup est inévitable ,
Qu'importe ? tout meurt avec moy.
諾
Pardonne cet aveu , Seigneur ,
Et daigne d'une main propice
Me retirer du précipice ,
On m'avoit englouti l'erreur.
Suspends le coup de ta vengeance ;
Entre les bras de ta clémence
Je mets ma vie et mon salut
J'entends ta voix ; elle m'apelle ;
Désormais à ta Loy fidelle •
Tu seras mon unique but.
Vivier Desgrone
A iij
TROI
412 MERCURE DE FRANCE
鼎鼎鼎綸
TROISIEME et derniere Replique
de M. D. S. A. sur le Flux de la Mer.
Psatisfait de ma seconde Réplique , je
Uisque M. l'Abbé Mariette n'est pas
vais employer ici tous mes soins pour
lever ses difficultez . Ma nouvelle hypothese
sur le mouvement de la Terre , paroît
encore à M. l'Abbé Mariette étrangere
à la question. Cependant le principe
de sa premiere Objection a été que
dans les Tropiques , la Lune décrit un
grand Cercle de la Sphere ; et rien ne
tranche plus la difficulté , qu'une hypothese
, suivant laquelle la Lune étant dans
un des Tropiques , décrit le Cercle du
Tropique , et non un des grands Cercles
de la Sphere. Cette hypothése est comparée
à celle de Copernic , et démontrée
par ses figures , dans la nouvelle
Edition de mon Traité de l'Opinion ,
Tome 3. Livre 4. Ch . 3. Mais n'en parlons
plus ici , puisque M. l'Abbé Mariette
n'a dessein de s'expliquer que sur
le Systême de Copernic .
Je vais répondre en même temps aux
deux Dissertations inserées dans le second
MARS. 17358 413
cond Mercure de Décembre et dans celui
de Janvier ; pour observer plus d'ordre
, je commencerai par la derniere , où
M. l'Abbé Mariette reprend sa premiere
objection , et je passerai ensuite à la seconde
objection .
que
Comme les effets en Physique , font
présumer les causes , je serois en droit de
supposer tout ce que j'ai avancé : Qu'il
ya dans les Mers certains espaces plus
profonds ; qu'il est fort vrai- semblable
la plus grande profondeur de l'Océan est
vers l'Equateur ; que les espaces les plus
profonds des Mers sont beaucoup plus susceptibles
de l'impression causée sur les Eaux
par la matiere éthérée lors du passage de
la Lune par le Méridien . Mais outre que
ces suppositions n'ont rien que de probable
, elles sont appuyées sur l'experience
et sur le raisonnement.
Il n'y a aucuns amas d'eaux courantes
ou dormantes , Rivieres , Etangs , Gouffres
, &c. qui n'ayent plus de profondeur
en certains endroits , et leurs bords sont
toujours moins profonds . C'est donc une
conjecture approchante d'une certitude
physique , qu'il y a dans certains espaces
des Mers beaucoup plus de profondeur ,
et qu'elle se trouve aux endroits où ces
Mers ont une plus vaste étenduë. Si l'on
A iiij
com
414 MERCURE DE FRANCE
compare les Mers qui sont sous l'Equateur
, et celles qui sont sous le Tropique
du Capricorne , qui est celui des
deux Tropiques où il y a le moins de
continents , il est certain que l'Equateur
beaucoup plus grand que ce Tropique ,
contient une superficie d'eaux plus etenduë
; et cependant toutes les terres voisines
de la ligne équinoxiale , nous sont
bien plus connues què celles qui sont
sous le Tropique du Capricorne , où l'on
peut bien en avoir omis plusieurs qui
ne soient pas encore découvertes . C'est
tout ce que je prétends dire , sans qu'il
y ait lieu dans la question présente , de
suivre l'histoire des Découvertes qui ont
été faites jusqu'aux Poles.
De tous les espaces compris entre les
deux Tropiques , ceux qui paroissent indiquer
davantage les milieux de l'Ocean,
sont les Mers du Nord , traversées par
notre premier Méridien , et les grandes
Mers Orientales , qui y répondent sur
l'hémisphere opposé. Il y a beaucoup
d'apparence que ce sont là , sous le Colure
des équinoxes , les deux milieux de
P'Ocean où se fait toujours la plus grande
impression de la matiere etherée ; et
il est clair que les espaces de l'Océan ,
qui ont le plus de profondeur , sont les
plus
MARS. 1735 419
plus susceptibles de cette impression ,
qui n'agit presque pas sur ses bords et
dont l'effet doit être proportionné au
volume d'eau qui lui est exposé.
Le Flux se renouvelle deux fois en 24.
heures par la pression alternative de la matiere
éthérée sur les deux milieux de l'Océan
, de chaque côté du Globe , et Fune
et l'autre de ces pressions opere un effet
commun aux eaux des deux hémispheres.
Les marées sont plus basses pendant les
conjonctions et oppositions des solstices,
que pendant celles des équinoxes , parce
que la Lune , étant dans un Tropique ,
cause une pression moins perpendicu
laire sur les deux milieux de l'Océan
quoique cette pression ne soit que forr
peu indirecte par rapport à l'éloignement
de la Lune ; l'espace de l'Equateur à un
Tropique étant à la distance de la Lune
environ comme 1. à 180 .
La nouvelle explication que je donne
ici, est nécessaire pour soutenir le Systême
Cartésien sur le Flux de la Mer. Car lors
qu'on objecte , 1. que le même Méridien
ne passe qu'une fois au - dessous de la Lu
ne , et que cependant il y a deux Aux
en 24. heures. 2. Que le Flux ne peut
arriver sur nos Côtes à la même heure
lorsque la Lune est dans le Tropique le
A v
plus
416 MERCURE DE FRANCE
plus éloigné de nous ; il est insoutenable
de répondre , comme on a fait jusqu'ici ,
que dans l'hémisphère opposé à la Lune
l'Océan est exposé à la même pression ,
vis- à- vis de cet Astre par le reculement
du Globe Terrestre ; car 1. la pression n'a
plus d'effet , dès que le corps pressé céde;
2. en supposant ce reculement du Globe
, la pression de la matiere éthérée à
l'opposite , portant également sur tout
l'hémisphère , ne peut enfoncer les Eaux
dans une partie de l'Océan et les soulever
dans l'autre.
L'explication nouvelle prévient encore
cette difficulté , que le Flux devroit cesser
lorsque dans le Tropique de l'Ecrevisse ,
la Lune est perpendiculaire à cette longue
chaîne de continents qui s'y trouve.
A légard de l'expérience que le Pendule
a besoin d'être accourci auprès de
l'Equateur , la plus grande raréfaction
de l'air dans cette Zône , qui est une
suite nécessaire de la chaleur , n'empê--
che pas que les Eaux n'y pésent à proportion
qu'elles sont abondantes , comme
dans les autres parties du Monde. Quoique
les particules de l'air , atténuées par
les rayons du Soleil , donnent un peu
moins de force aux vibrations du Pendule
, cette difference ne peut être sensible
MARS . 1735. 417
sible par rapport à la pesanteur d'un
volume d'eau plus profond.S'il n'y a point
de vuide dans la Nature ( ce qui est parfaitement
démontré ) une masse , quelque
rarefiée qu'elle soit , comprime également
tous les corps qui l'environnent ;
car sans cela elle ne conserveroit pas un
même espace. Il ne s'agit même ici que de
comparer la qualité de l'air sous l'Equa
teur à celle qu'il a sous les Tropiques
où la chaleur n'est pas moindre , n'y étant
modérée comme sous l'Equateur par
des vents et des pluyes qui rafraîchissent
beaucoup l'air. Le battement du Pendule
doit donc être à peu prè, le même sous
les Tropiques et sous l'Equateur. La condensation
de l'air sous les Poles , n'est
ici d'aucune considération , puisque la
Lune en est toujours fort éloignée . L'ob
jet que nous traitons est trop important
et trop étendu , pour nous jetter dans;
des questions étrangeres et purement sub
tiles .
pas
Ainsi , pour résumer cette premie
re partie de ma Réplique , 1. Si l'om
considere de combien l'Equateur surpas
se en étendue les Tropiques , l'inspec
tion des Cartes Géographiques fera con
noître l'étendue des Mers est plus
grande sous l'Equateur que sous aucum
que
A vj
autor
418 MERCURE DE FRANCE
autre Cercle de la Sphere. 2. La plus
grande profondeur des eaux doit se trouver
où est leur plus grande étenduë , et
cette profondeur plus grande , les rend
plus susceptibles de l'impression de la
matiere éthérée , lorsque cette matiere
est resserrée par le Globe Lunaire . 3. En
conséquence de ces principes , ou au moins
de ces suppositions , l'origine du Flux
et du Reflux , est en tout temps sous
le même Méridien et sous le même parallele
dans les deux milieux de l'Océan ,
des deux côtez du Globe Terrestre ; et
la pression de la Lune un peu moins perpendiculaire
lorsqu'elle se trouve dans
les Tropiques , fait que les marées sont
moins hautes dans les conjonctions et
oppositions des solstices , que dans celles
des équinoxes , qui est le Phénomene
dont j'ai entrepris de rendre raison. Je
passe à la seconde objection de M. l'Abbé
Mariette .
Il se propose de sapper l'explication
Cartésienne du Flux de la Mer , dans
son Principe , en prouvant que la Lune
ne cause aucune pression . Sans suivre
M. l'Abbé Mariette dans toutes les alternatives
qu'il discute , je m'arrête à
cette hypotése. La Lune est composée
de la matiere même du tourbillon , elle
est
MARS. 1735: 419
est aussi ancienne que le tourbillon , elle
entraîne une athmosphére ou un tourbillon
particulier. Cette derniere proposition
me paroît fort indifferente ici , mais
tout Globe qui circule avec vitesse , ne
peut être sans une athmosphére , puisque ·
l'expérience nous fait connoître qu'un
boulet de Canon , qui est d'une petitesse
si disproportionnée au Globe Lunaire ,
entraîne avec soi un tourbillon dont les
effets ne sont guéres moins violents
ceux du Globe lui - même.
que
Le précis de l'objection se réduit à ce
raisonnement. Si la Lune est composée
de la matiere du tourbillon , les petites
molécules qui ont formé ce corps serré et
compact , ont laissé dans toutes les parties
du tourbillon de petits espaces vurdes
, qui ont été nécessairement remplis
d'une égale quantité de matiere : done
la Lune ne peut causer de pression dans
le tourbillon. Pour répondre en forme
j'avoue l'antécédent , mais je nie la conséquence.
Ce raisonnement est détruit par plusieurs
expériences. Les Planettes formées
de la matiere du tourbillon solaire , causent
dans leurs conjonctions une telle
pression de la matiere éthérée , qu'elle
cause de très - grandes variations dans les
dis
420 MERCURE DE FRANCE
distances de ces vastes Globes. Le vent
dont la pression nous est si sensible , est
formé de la matiere de notre tourbillon
et d'une matiere qui n'arrive pas de bien
loin. Mais comme retorquer un Argu
ment n'est pas en donner une solution
entiere , il faut entrer dans quelque dé
tail des principes physiques.
un
La matiere éthérée peut être conside
rée en trois états differens , ou de
condensation , ou de rarefaction , ou d'u
ne direction impétueuse vers un mêmecô
é. La condensation de la matiere qui
compose le Globe de la Lune , n'occupe
pas un plus grand espace dans le tourbillon
, mais ce Globe serré et compact
imprime une forte direction vers
même côté , à une matiere , qui avant que
de trouver son passage retressi , étoit
fort rarefiée , c'est à - dire , que ses particules
tourbillonnoient librement sur
leurs petits axes . Un air comprimé est
froid , pénétrant et impétueux au lieu
qu'un air libre et rarefié est chaud , foible
et doux. Ces directions differentes
de mouvements causent 14 mollesse des
Zéphirs ou la rigueur des Aquilons . Elles
causent aussi le Flux le Reflux de
la Mer. Il n'est pas besoin que la matiere
du tourbillon soit augmentée pour
que
MARS. 1735. 427
que les passages de sa circulation soient
plus étroits dans certains espaces , que
dans d'autres.
De même qu'une Riviere qui trouve
son lit resserré , augmente beaucoup la
rapidité de ses Eaux , parce qu'elles ne
peuvent passer à la fois en égale quantité
, la matiere éthérée qui circuloit librement
autour du Globe Terrestre , nepouvant
passer en égale quantité dans le
lieu où se rencontre la Lune , la direction
de cette matiere est changée , et
au lieu de tourbillonner librement , elle
a dans ce passage retressi une rapidité ,.
dont l'effort , semblable à un vent impétueux
, presse d'autant plus le Globe
Terrestre , que cette impulsion part d'u̟-
ne plus grande hauteur de l'athmosphére,
et se communique à une plus grande partie
du fluide. Nous ne nous en appercevons
pas , parce qu'elle nous environne
de toute part ; mais la compression inégale
des eaux , qui arrive seulement dansune
partie de l'Océan , les contraint de
refluer de part et d'autre , jusqu'à ce que:
par leur propre poids elles reviennent
sur elles mêmes quand cette cause cesse
d'agir.
M. l'Abbé Mariette avoue que les mouvements
de la Mer s'accordent trop bien
avec
422 MERCURE DE FRANCE
avec le cours de la Lune , pour que cet
Astre n'y ait point de part. Mais ce ne
peut être que par l'impulsion Cartésienne,
ou par l'attraction Newtonienne. Lorsqu'on
perce les obscurités de Newton ,
on trouve que rien n'est plus mal imaginé
qu'une gravitation qui agit au travers
d'espaces supposés vuides et qu'une
attraction dont il suit ( en supposang
sa force constante en raison inverse des
quarrés des distances ) que les absides
des Planetes doivent détruire l'Univers .
D'ailleurs l'attraction est une qualité occulte
qui n'a rien de physique. Il faut
donc en revenir à l'impulsion Cartésienne
, c'est- à- dire , que la Lune ne peut
avoir part au Flux de la Mer , que par
une pression .
Je souhaite fort que ces explications
s'attirent le suffrage d'un Physicien qui
montre autant de capacité , et des vûës
aussi étendues que M. l'Abbé Mariette.
Au reste , je ne regarde toutes ces opi
nions que comme fort problématiques ;
et je suis persuadé que la question du
Flux de la Mer est une de ces questions
Physiques au sujet desquelles on peut appliquer
à l'esprit humain ce que la sainte
Ecriture dit de la Mer elle-même : Vous
viendrés jusqu'ici et vous y briserés l'ar
gueil de vos flots
MARS.
1735. 423
888
L'HOMME ET LE CHAT,
U
FABL E.
N Manant oublia d'enfermer son fromage
Un jeune Chat étoit dans la maison ;
Mais , quoique jeune encor , Raton
N'avoit besoin d'apprentissage ,
Pour sçavoir son métier : qni dit Chat dit Larron
;
Ses pareils à deux fois ne se font point connoître,
Celui-ci donc gripa le dîné de son Maître ,
Qui de retour fut étonné ,
Quand il vit que sans lui Raton avoit dîné.
Il aperçoit l'animal hypocrite ,
Tapi près du foyer , dans un humble maintien ;
Tu fais en vain la chatemite ,
Lui cria le Manant , et je te connois bien ;
Ton pere étoit un franc vaurien ,
Friand , escroc , et pour tout dire en somme ;
Pendu pour ses beaux faits ; tu marches sur ses
pas ,
Larrons de pere en fils ; mais tu me le paîras ,
Et sans plus différer , il faut que je t'assomme.
Le crime est- il si grand , répart le Chat à l'hom
me
Yous
424 MERCURE DE FRANCE
Vous êtes raisonnable ; on le dit ; je le croi ;
Pourquoi donc vous en prendre à moi ?
Devés-vous me punir de votre négligence ?
yous laissés sous mes yeux un mets qui m'a
renté ;
Je n'y voi pas , en verité ,
Dequoi foüetter un Chat ; en pareille occur
rence ,
Trouverés -vous jamais Chat qui fasse absti
nence ?
Il disoit vrai , l'Homme fut imprudent.
De la leçon faisons usage ;
De peur de pareil accident ,
Ne tentons point le Chat , et serrons le fro
mage,
M. Richer.
出患※
LETTRE écrite de la Ville d'Auxerre à
un Curieux de la Ville de Bourges , touchant
quelques Usages des Feuples dis
Berri.
V
Ous vous ressouvenés , sans doute,
Monsieur , qu'en lisant les Réponses
qu'ont faites M M. les Curez de votre
Diocèse aux questions proposées pour
la confection d'un bon Calendrier Diocésain
, j'ai remarqué quelques réponses
inci
MARS. 1735. 425
incidentes , qui ont servi à exciter ma
curiosité ; et quoiqu'elles ne regardassent
que fort indirectement les Saints
Locaux destinez à remplir le Calendrier
de votre futur Breviaire , j'y ai trouvé
matiere à plus ample recherche. Deux
Curez entr'autres , de l'Archiprêtré d'Heriscon
en Bourbonnois , ont fait entendre
que les Peuples de leur Paroisse
croyoient autrefois honorer S. Jean l'Evangeliste,
ou S. Ursin , en courant la soles
c'est-à- dire , que cet exercice se faisoit
dans l'une de ces Paroisses le 27. Décembre
, et dans l'autre le 29. du même
mois. C'est ce qui m'a fait naître l'envie
de découvrir avec vous ce que c'étoit
que cet usage.
Toute perquisition faite , nous n'avons
pû aprendre autre chose sur la sole , sinon
que , 1º c'étoit un morceau de bois
rond et plat , de la figure d'un petit palet
, qu'un homme des plus forts jettoit
en l'air , et que le plus agile des Contendans
attrapoit , et gagnoit par ce
moyen tout ce qui avoit été consigné
dans l'année entre les mains d'un honnêre
homme de la Paroisse . En d'autres
Cantons de votre Diocése , le morceau
de bois appellé Sole , a environ un pied
de longueur ; il est de poignée , mais
beau42
MERCURE DE FRANCE
beaucoup plus gros par les deux bouts ,
qui sont ronds comme de petites boules,
et dans l'un de ces bours est renfermée
une pièce d'argent. 2 ° . Vous dites qu'on
ne sçait point qu'il y ait eu de Statuts
Synodaux du Diocèse qui ayent défendu
cette course ; mais que les Curez l'ont
abolie parce que souvent elle étoit la
cause de plusieurs querelles et disputes
et souvent même de quelque chose de
pire. 3 ° . Qu'il n'y avoit point de jour
fixé uniformément pour cette course ;
que cependant c'étoit communément
pendant hyver qu'on la faisoit , lorsqu'il
geloit , et un jour de Fête : qu'ou
tre les deux jours cy-dessus nommez ,
on couroit aussi la Sole le premier jour
de l'an ou celui des Rois , selon les circonstances
du temps et des lieux . Enfia
ceux qui nous ont instruit ont voulu
remonter jusqu'à l'étymologie du nom
de Sole , et ils ont crû que c'étoit une
corruption du mot de Solde , parce que
ce nom de Solde leur paroît convenir
assez à une certaine somme que payoient
ceux qui étoient mariez dans l'année
dont le total appartenoit à celui qui at
trapoit la Sole.
Vous avés crû devoir tirer cette étymologie
de Solidata ; et moi j'avois eu
la
MARS. 1735. 427
la pensée de la faire venir de Solea , fondé
sur la ressemblance de la Sole à une
semelle de bois. Mais il peut se faire
que nous n'ayons rencontré juste ni l'un
ni l'autre.
Ce qui me fait douter de la validité
de votre étymologie , est que M. Du
Cange tire l'origine de ce jeu du mot
Solea. Si vous voulés vous donner la
peine de parcourir ce qu'il dit dans son
Glossaire , au mot Cheolare , et ce que
ses sçavans Continuateurs ont dit au
mot Mellat , vous verrés qu'il y a fondement
à se rapprocher de l'idée qui m'étoit
venuë ; vous y apprendrés aussi que
le jeu de la Sole n'étoit pas particulier
aux Pays de Berry et de Bourbonnois.
On joüoit à la Sole dès le XIV . siecle
en differens endroits du Royaume. En
certains Pays ce jeu s'appelloit la Soule ,
en d'autres la Cheole. On voit ce jeu désigné
dans des Ordonnances de nos Rois
et dans des Statuts Synodaux . Dans les
Pays-Bas on avoit formé du nom primi
tif le verbe Cheoller ou Choler , ou même
Chouiller , qu'en France on prononçoit
plus poliment Souller. L'instrument
du jeu , s'il étoit gros , s'appelloit Soule ,
et Soulette , s'il étoit petit. En Basse- Bretagne
le jeu s'appelloit Mellat , en lan
gage
428 MERCURE DE FRANCE
gage vulgaire du XV. siecle (a ) qui est
le temps auquel Raoul , Evêque de Tréguier
, le défendit . ( b ) Son Statut est de
l'an 1440. L'Ordonnance de Charles VI.
qui parle de ce jeu auquel s'exerçoient
les Paysans du Vexin , devant la porte
de l'Abbaye de Mortemer , n'est pas la
plus ancienne qui fasse mention du jeu
de la Sole. Une Ordonnance du Roy
Charles V. qui est de l'an 1369. met ce
jeu dans le rang de ceux qui sont défendus
, comme ne servant en aucune maniere
à dresser la Jeunesse pour la guerre . En
voici le fragment rapporté dans les augmentations
du Glossaire , au mot Ludi
de Rege et Regina. Défendons tous jeux
de Dez , de Tables , de Paulme , de Quil
les , de Palet , de Soule , de Billes et autres
jeux qui ne chéent point à exercer ne habiliter
nos Sujets à fait d'armes en la défense
de notre Royaume .
Ce n'est point, au reste , parce que le
morceau de bois pouvoit ressembler à
une Semelle , que M. Du Cange croit
qu'il tiroit son nom de Soule ou Sole ,
mais parce que c'étoit avec la plante des
(a)T. Thes. Anecdot
. Col. 1151. 4.
(b) La maniere de courir la Sole en cette Provin
se paroît avoir été la plus divertissante , mais aussi
étois- elle la plus dangereuse . Voyez le Glossaire.
pieds
MARS. 1735. 429
pieds qu'on repoussoit l'instrument. Car
il nous représente la Sole tantôt comme
un bâlon enflé de vent , tantôt comme
une boule de bois. Cependant parmi les
Textes des Auteurs qu'il allegue , on
apperçoit quelque chose de semblable au
jeu de crosse , auquel les enfans s'exercent
encore de nos jours pendant l'hyver
; et ainsi ce n'étoit pas par tout que
le morceau de bois se poussoit avec le
pied , ni qu'il se jettoit en l'air avec la
main ; ce ne seroient tout au plus que
les balons ou pelotes enflées de vent qui
auroient pû être poussez avec la plante
des pieds.
A ce mot de bâlon et de pelotte , vous
vous ressouvenés , sans doute , de ce que
j'ai publié dans le Mercure de France du
mois de May 1726. et vous n'êtes pas
bien éloigné de faire la refléxion qui me
vient. Je pense de quelle maniere on
auroit pû empêcher des Séculiers et des
Gens de Village de jouer à la Soule ou
au Bâlon , tandis que les Gens d'Eglise
joüoient à ce jeu le jour de Pâques dans
les Galeries des Cloîtres des Eglises Cathédrales
, ou dans l'Eglise même .
Relisés un peu cet Ecrit et dites- mol
si vous avés jamais rien vû de plus grotesque
que ce qui se pratiquoit à Auxerre.
J'attends
430 MERCURE DE FRANCE
J'attends la publication de la lettre P.
du nouveau Glossaire , pour voir si quel
que Eglise a jamais enchéri sur le goût
de nos Chanoines d'alors . Il faut pourtant
les excuser un peu de ce que c'é
toit dans la Nefde l'Eglise qu'ils joüoient
au ballon et qu'ils pelottoient , c'est que
depuis plusieurs siecles les Galeries
des Cloîtres avoient été abbattuës
et ainsi on ne pouvoit faire comme ailleurs.
Je n'ai rien découvert depuis sur
ce ballon ou pelote , que deux petits
Textes : Le premier est François , et tiré
du Roman de Girard de Roussillon , rédigé
au treiziéme siecle . Le Poëte y met
ces paroles dans la bouche d'un Seigneur,
au sujet de Charles le Chauve :
1
Se pranre au Roy de France n'est pas jeu de
pelotte ;
Trestous nous cût- il mis en très-malle riotted
L'autre Texte est tiré des Statuts du
Chapitre de Sens , dont je ne sçai pas le
temps. Il renferme cet Article , sous le
titre , De Canonicis Clericis : Item Canonici
qui faciunt stagium, debent pilotas et
roulettas in crastino Pascha. Mais peut- être
s'agit- il dans ce dernier Texte de quelque
chose de manducable.
Je n'ai pas crû M. que ces Minuties
fussent
MARS. 1735. 431
fussent indignes de votre attention. Souvenés-
vous que le celebre Adrien de Valois
n'a pas crû deshonorer sa Notice des
Gaules , lorsqu'en parlant de Marcillysur-
Seine , au Diocèse de Troyes , il y
insere six ou sept lignes au sujet d'une
Course singuliere qui s'y faisoit par les
jeunes garçons. ( a) Il est vrai qu'il ne
développe pas assez la chose , et qu'il y
a de l'obscurité dans quelques - unes de
ses expressions. Mais le Curé du Lieu
pressé par le Bibliothequaire de S. Jacques
de Provins , homme curieux , (b) a débrouillé
ce dont il s'agissoit . La course
en question est abolie à Marcilly depuis
40. ans ou environ , mais elle subsiste
encore dans un Village voisin nommé.
Saint Quentin , le jour de S. Jean . Toute
la récompense de celui d'entre les jeunes
gens , lestement vétus, qui arrivoit le
premier au terme proposé , consistoit
dans une aulne et demie de futaine , ce
qui faisoit appeller ce jeu Courir la Fu
(a) Valesius in voce Marcellacum , p. 31f.
Ibi quot annis juvenes nudi cursu contendere consueverant
, proposito pranio , panno videlicet aliquo .
Qui unum milliare confecerit primus omnium ,
aqualesque velocitate corporis superaverit , is pramium
capit , puellis carus ; et bond condicions
essurus.
6) P. le Pelletier.
B taine
432 MERCURE DE FRANCE
taine , d'où l'on nomme encore un certain
chemin à Marcilly , le chemin de la
Futains. Le second avoit pour prix seulement
une paire de gants . Je sens qu'avec
la connoissance de tous ces anciens
usages de la Campagne , on peut venir
à bout d'entendre les differentes expres
sions populaires et allegoriques de certains
Pays . En ce Pays - cy on donne à
Pâques la Roullée aux enfans sages ; mais
elle n'est pas pour ceux qui ont fait la
Futaine , c'est-à- dire qui ont été vagabonds.
M. Valois ne manque pas de faire
remarquer à l'occasion de l'exercice corporel
de la jeunesse de Marcilly , qu'on
voit à Rome les Juifs s'exercer à courir
les uns avec les autres les trois jours de
devant le Carême.
Tout ce qui regarde les anciennes superstitions
, les droits des Seigneurs , les
usages défendus dans les Ordonnances de
nos Rois , dans des Conciles , ou par des
Synodes , mérite d'être recueilli et développé.
Serions- nous , par exemple , si embarassez
que nous le sommes aujourd'hui
sur l'intelligence des Canons de notre
Concile d'Auxerre du VI. siecle , où il
est parlé de Cervollo vecola , caragiis ,
sortes de pane vel de ligno , si dès le huitiéme
ou neuvième siècle quelque Egrivain
MARS. 1735 433
ain eût donné une explication de ces
usages , alors récemment abolis ? Aussi
M. l'Abbé des Thailleries , si connu par
son zele pour l'éclaircissement de l'His
toire de France , avoit- il fort recommandé
à ceux qui pressoient l'Edition du Dic
tionnaire Universel de ce Royaume , de
ne point négliger les Fêtes et Céremonies
particulieres des Villages ou petites
Villes , et de faire mention de tout , au
tant qu'il seroit possible. Je présume que
vous êtes assez de son goût : Pour moi
je fais gloire d'en être , et de me dire
Monsieur , votre , &c.
Ce 26. Mars 1734 .
は༧
ODE
Tirée du Pseaume XIII . Dixit insipiens.
in Corde suo : non est Deus , & c.
Q'Uattendés - vous d'une chimere
Nous dit ce Peuple aveugle en son impieté ,
D'un Etre vain , imaginaire ,
Votre esprit à ce point peut il être entêté ?
Que servent , insensés , tous les voeux que vous
faites ?
Bij Non
444 MERCURE DE FRANCE
Non , il n'est point de Dieu . Crédules que vous
‚êtes ,
Désabusés-vous aujourd'hui :
S'il existe ce Dieu , s'il a tant de puissance ;
Qu'il prouve donc son existence ;
Qu'il délivre son Peuple et nous croirons en lui
M
´Dans ces détestables maximes ,
Que combat leur raison , mais qui flattent leurs
coeurs
Il n'est ni cruautez ni crimes ,
Qu ne se soient portez nos barbares vainqueurs.
Dans l'erreur qui séduit ce Peuple abominable
Aucun d'eux a-t'il craint de se rendre coupable
Des excès les plus odieux ?
Le Seigneur cherche en vain qui l'aime et qui
J'adore ;
Il n'en est aucun qui l'honore ,
Il n'en est pas un seul qui soir pur à ses yeux
M
Leur bouche profane , empestée ,
D'un infâme sépulchre exhale les vapeurs ;
Sous une candeur affectée
Ils cachent le venin de leurs discours trompeurs,
Il n'est rien de sacré dans leur aveugle rage ,
Les pleurs du malheureux sont leur plus doux
breuvage ,
De sa substance ils font leurs mets :
LA
MARS:
435 1735.
Le désespoir y pousse un soupir inutile ,
Le doux repos , la paix tranquille ,,
De ces funestes Lieux sont bannis pour jamais .
Ta justice est-elle assoupie , -
Grand Dieu ? Quelle raison peut arrêter ta mair
Fais toi connoître au Peuple impie
Qui nous dévore , ainsi qu'il dévore le pain.
Descends ; sous les efforts de ton bras redoutable
Anéanti , Seigneur , cette race exécrable ,
Qui contre toi s'ose assembler ....
Mais que vois -je ? A nos cris tu prêtes ton oreill
Un homme (a ) à ta voix se réveille ,
Dans le sein de leur Ville il les fait tous trembler .
Du Dieu ( 6 ) puissant qui nous protega
Le souffle a dissipé la folle Nation ,
Qui rend un honneur sacrilege
A d'indignes Mortels , au mépris de son nom .
Ce Dieu qu'ils ont osé traiter de chimerique ,
Détruit enfin ces murs , leur esperance unique ;
Ils n'ont pû tenir contre lui ;
Ce même Dieu vengeur de la foible innocence
( a ) Cyrus.
(o) La moitié de cette Strophe est tirée du Psear
me 7. qui n'est qu'un abregé de celui - ci.
Bij Se
436 MERCURE DE FRANCE
Se déclare , et prend la deffense
De ceux qui dans son nom ont mis tout leur apu
諾
Hâte ce moment favorable
Qui doit voir d'Israël finir l'oppression.
Tends-nous une main secourable ,
Encore un peu , Seigneur , et c'est fait de Sion .
Dieu de Jacob , rends-lui sa premiere allegresse ,
Justifie en ce jour ton antique promesse ,
A l'aspect de tous les Humains :
Fais connoître, il est temps, quelle est la difference
D'un juste espoir en ta puissance ,
Aux ridicules voeux qu'on offre à ces Dieux
vains.
LETTRE de M. l'Abbé des Fontaines.
à M. de la R. Auteur du Mercure de
France , écrite de Paris , le IS. Février
1735
Ermettés -moi , Monsieur , de me
P servir de votre canal pour désabuser
, s'il est possible , plusieurs Personnes
qui s'imaginent faussement que je
suis l'Auteur d'un Livre qui a paru il y a
environ deux mois , intitulé les Amusemens
Historiques. L'Auteur de cet Ou
vrage
MAR S.
17355- 437
>
vrage m'en ayant parlé il y a plus d'un
an , me pria alors de le proposer à quelque
Libraire de ma connoissance . J'en
parlai au sieur Prault fils , et je lui adressai
l'Auteur , qui traita seul avec lui
sans même me consulter .Je proteste que
je n'avois point vu le Livre avant qu'on
eut commencé de l'imprimer , si ce n'est
quelques pages que l'Auteur m'avoit lûës
assez rapidement. Lorsqu'il fut sous presse
, il m'en fit voir les 4. ou 5. premieres
feuilles en épreuves , sur lesquelles je
lui donnai des avis peu importans . Comme
je n'ai pas lû l'Ouvrage depuis , je
ne sçai s'il en a profité . Cependant quoique
le sieur Prault n'ait eu affiire qu'à
l'Auteur du Livre , avec lequel il a traité
sans ma participation , et à qui il a payé,
comme il étoit juste , la somme dont il
étoit convenu avec lui , il a néanmoins
jugé à propos , pour donner du cours au
Livre qu'il débiteroit, de laisser croire aux
Acheteurs qu'il étoit de moi , comme si
mon nom étoit capable de faire valoir un
mauvais Ouvrage. Ce Livre , tel qu'il
est , a assez réüssi pour donner sujet à
l'Auteur de faire de grandes plaintes du
procedé du Libraire ; mais malgré un
certain cours qu'il a , je serois fort fâché de
Pavoir fait. M: Prévôt en a fort bien jugé
Biiij
dans
438 MERCURE DE FRANCE
dans une feuille de son Pour et Contre
mais s'il l'avoit lû avec un peu d'atten
tion , est-il assez peu connoisseur pour
qu'il me l'eût alors attribué , comme il
à fait , néanmoins fort legerement , ou
du moins comme il l'a insinué , accompagnant
son jugement de paroles obligeantes.
Mais a t'on jamais vû de moi
aucun Ouvrage d'un stile tantôt si plat ,
et tantôt si précieux ? Si j'avois conçû
le dessein de faire un Recueil d'Histoires
, m'estime- t'on assez peu pour croi
re que je n'aurois pas fait un meilleur
choix , et que je n'aurois pas en vûë d'ê
tre toujours très-fidelement attaché à la
verité historique ? Aurois-je défiguré ces
Histoires par des fictions déplacées ? Ne
me serois-je pas plutôt proposé M.Rollin
pour modele , que Mad . de Villedieu et
autres pareils Ecrivains Romanesques ,
que je n'ai jamais eu le courage de lire.
Mais dans quel temps supposera - t'on que
j'ai composé ce Recueil , où je conviens
qu'il y a de l'esprit ? Il a commencé à
être imprimé il y a un an. N'étois - je pas
alors occupé plus que jamais aucun Ecrivain
ne l'a été ( comme tous mes amis le
sçavent bien ) à un grand Ouvrage , auquel
j'ai consacré plus de deux années
d'un travail assidu . On est accoûtumé à
me
MARS. 1735. 439
me faire l'Auteur de plusieurs Ecrits auxquels
je n'ai jamais eu la moindre part.
On m'a attribué quelque temps les trois
Lettres qui ont parû il y a un an contre
l'Académie Françoise ; on a osé même
me donner depuis peu une certaine
Lettre contre les Avocats . Si les Auteurs
de ces Ecrits Satiriques ne s'étoient pas
laissé connoître , je ne sçai si on ne me
les attribueroit pas encore. J'ai souffert
avec patience ces injustices , ainsi que
plusieurs autres , dont personne n'a jamais
été plus accablé que moi en differens
genres. Ceux qui me connoissent peu , et
qui ignorent l'horreur que j'ai pour la Satyre
personnelle , qu'ils confondent malà
- propos avec la Critique innocente des
Ouvrages , m'ont attribué depuis dix ans
une infinité de petits Ouvrages que je
n'ai jamais pensé à faire. Sans entrer dans
un détail ennuyeux , je me servirai seulement
de cette occasion pour déclarer
publiquement que l'Edition du Dictionnaire
Néologique , imprimé en Hollande ,
et réimprimé depuis , a été faite par
les
soins d'un autre ; que je n'ai eu aucune
part aux Additions de ce Dictionnaire ,
et encore moins à l'insertion des Pieces
dont il est accompagne , telles
que la
Harangue de Mathanasius et le Pantalo
B.V Phe
440 MERCURE DE FRANCE
Phebeana , dont l'Auteur , ainsi que ce
lui du Rat Calotin , est aujourd hui connu ,
de plusieurs Personnes ..
Ce qu'il y a de bien singulier est que
tandis qu'on me donne d'un côté des
Ecrits qui ne sont jamais sortis de ma
plume , on m'en ôte qui sont réellement.
de moi. je devrois peut-être être content
de ctte compensation ; ce qu'il y ..
a de vrai , c'est que jusqu'ici je me suis
mis assez peu en peine de toutes les impostures
publiées contre ma réputation
dans une miserable brochure , intitulée
le faux Aristarque , où l'Auteur ose avan
cer , entr'autres choses , que je n'ai point
fait les Lettres au sujet de la Religion prouvće
par les faits , imprimées chez Pissot -
en 1722. Selon lui l'Ouvrage est du P. R.
il me permettra de le sommer ici d'en
apporter la preuve ; en attendant je l'avertis
que le P. R. Jésuite , m'a offert
d'assurer publiquement le contraire. Si
je n'ai pas accepé cette offre , c'est que
j'ai jugé que ce seroit faire trop d'honneur
à cet Ecrivain , que de paroître avoir
~fait attention à ce qu'il écrit . Le R. P. R. ,
avec qui j'étois fart lié autrefois , me
donna une Liste des Auteurs modernes
qui ont écrit sur la Religion Chrétienne ,
et dont M. l'Abbé H. n'a point parlé
dans
1
MARS. 1735. 441
dans la Préface de son Livre. Cette Liste
occupe trois lignes dans ma premiere Lettre
; voila toute la part que le P. R. &
eüe à l'Ouvrage dont il s'agit. On peut
juger des autres traits de l'Aristarqué par
celui - ci que j'ai honte de relever . J'ai
l'honneur d'être , Monsieur , &c.
LES DEUX EPICS DE BLED ,
FABLE.
Tout doit parler , dit - on , dans l'Apologue į
Oyons-y jazer deux Epics ;
Bon , si vous duit leur Dialogue ,
Et s'il vous fait bailler ... tantpis. -
L'un étoit humble et l'autre étoit superbe ;
Or , dans le temps de la moisson
Et qu'on alloit les mettre en gerbe ,
L'Epic sans grain dit à son Compagnon ,
D'où vient baisses-tu tant la tête ,
Et que moi j'ai le corps si droit ,
L'air si leger , toi l'air si bête pe
Ne faut juger par ce qu'on voit ,
Répond l'autre Epic , d'un ton preste
We vois tu pas pourquoi mon chef modeste 1
Est si bas , le tien si hautain ?
Le tien est vuide et le mien plein ;
Bvj
442 MERCURE DE FRANCE
Que ce petit trait te corrige ,
Et souviens - toi , mon cher voisin ,
Que c'est beaucoup moins par la tige
Qu'on nous prise , que par le grain.
Aux Epics ressemblent les hommes ,
Ils sont presque ce que nous sommes.
Les uns mauvais , les autres excellens ;
Il n'en faut juger par la taille ;
Le plus droit est l'homme de paille ,
Le plus humble est l'homme à talens.
ຈ
SECONDE LETTRE de M. l'Abbé
Soumille , écrite à M. D. L. R. sur les
prétendues Influences de la Lune.
J
'Aurois crâ , Monsieur , que quelque
Personne de l'un ou de l'autre parti
nous auroit fait part de ses Refléxions
sur les Influences de la Lune ; mais quatre
mois de silence depuis ma premiere Let-
* me font désesperer d'avoir jamais
cette satisfaction . Je sens même que je
m'en étois flatté trop legcrement , car
ceux qui pensent que la Lune n'influë
point , méprisent trop cette erreur pour
tre ,
Cette Lettre est imprimée dans le Mercure
Août 1734. page 1738.
сп
MARS. 17338
445
en parler , et ceux qui sont d'un sentiment
contraire , n'ont ni d'assez bonnes
experiences , ni d'assez bonnes raisons à
pouvoir exposer au grand jour.
Si j'avois à disputer de vive voix con
tre des Personnes de la Campagne ,je n'ai
ni assez de patience , ni assez de poûmons
pour répondre à toutes leurs redites , et
j'abandonnerois la partie ; mais ayant 3.
parler raison à des Personnes raisonnables
, je croirai me faire assez entendre si
l'on veut bien se dépouiller des préjugez
vulgaires , et s'imaginer pour un moment
que c'est ici la premiere fois de la
vie qu'on entend parler de Lune ; car
enfin ce sont là , ce me semble , les veritables
dispositions où l'on doit être pour
porter un juste jugement sur une opinion
qui traverse la nôtre .
La Lune , au sentiment de tout l'Univers
, est un Corps opaque composé
d'une matiere solide , capable de reflé .
chir sur la Terre les rayons qu'elle reçoit
du Soleil , et c'est là tout ce que
l'on connoît de sa substance . Qu'elle soit
terre, pierre ou rocher, matiere homogêne
ou heterogene , c'est ce qu'on ne sçait
point et qu'on ne sçaura jamais sans miracle.
Son Globe étant beaucoup plus
petit que celui du Soleil , il faut tou
jours
444 MERCURE DE FRANCE
jours nécessairement que sa plus grande
moitié soit éclairée , et sa plus petite sans
lumiere, excepté dans le temps des Eclipses
; ensorte qu'elle est toujours nécessairement
nouvelle et pleine tout à la fois .
et par conséquent toujours là même en
elle- même. Les differentes phases que
nous voyons journellement et qui sont
comme autant d'Epoques où les Paysans
fixent le commencement ou la fin de sess
influences, ne sont point l'effet d'une matiere
changeante , elles naissent des dif
ferentes positions , où elle se trouve avec
le Soleil , causées par la lenteur de son
mouvement diurne et par la vitesse de
son mouvement sur l'Ecliptique.
Il est donc vrai que la Lune n'a par
elle- même aucune lumiere, et qu'elle tient
du Soleil celle que nous voyons ; elle ester
par- là semblable à la Terre , et si les
Habitans de celle- ci pouvoient se transporter
dans celle - là , ils verroient sur la
Terre un hémisphere éclairé , un hémisphere
sans lumiere et differentes pha-..
ses comme celles de la Lune , avec cette
seule difference , qu'elles seroient plus
lentes , à cause que le Soleil parcourt
plus lentement l'Ecliptique.
Cela une fois supposé , il seroit naturel
de conclure que la Terre peut autant
MAR S. 1735 445
tant influer sur la Lune , que li Lune
sur la Terre , et que comme nous no
trouvons sur la Terre aucun principe d'in-
Agences , nous n'en devrions point admettre
dans la Lune ; on répond d'abord à cela
que la Lune peut en avoir que nous ne
connoissons pas. J'en demeure d'accord,
mais si l'on ne les connoît pas , on devroit
au moins en douter et ne pas les ..
regarder comme incontestables . Laissonslà
ces raisons de vrai semblance pour faire
place à un raisonnement sans réplique.
Si la Lune , telle que nous venons de
la décrire , est capable d'influer sur la
Terre , ce ne peut être que par sa lu-.
miere ou par son.ombre , puisqu'elle esttoujours
la même en elle même , et que
les differences que nous y remarquons .
ne consistent que dans l'augmentation ou
diminution de l'une ou de l'autre . Si c'est
par sa lumiere qu'elle influë , ses influences
doivent échauffer , et si c'est par son
ombre , elles doivent refroidir , du moins ..
négativement . Je voudrois bien pouvoir
ici donner aux Influants , le choix de
Palternative et attendre leur réponse
mais il y faut suppléer en faisant voir
l'une ne vaut pas mieux que l'autre.
Supposons d'abord la Lune
que
lumiere donne pendant une nuit à une
certaine
que
par
sa
445 MERCURE DE FRANCE
certaine plante un certain degré de cha
leur ; on ne peut disconvenir que le Soleil
lejour d'après ne l'échauffe infiniment
davantage ainsi , supposé qu'elle eût bcsoin
de chaleur pour végeter avantageusement
, ce sera àu Soleil et non pas à la
Lune qu'il en faudra céder la gloire. Que
si l'on veut que ce soit par son ombre
que la Lune influë , suposons une seconde
fois qu'elle donne pendant une
nuit à une certaine plante un certain dégré
de froideur , le Soleil le jour d'après
Péchauffera beaucoup plus que la Lune ne
peut l'avoir refroidie ainsi que cette
plante aye besoin de chaleur ou de froideur
pour végeter , ce sera incontesta
blement à l'Astre du jour et non à l'Astre
de la nuit qu'il en faudra raporter
le bon ou le mauvais succès. Ubi major ,
minor cessat.
que
,
Ce raisonnement simple et naturel ,
devroit , ce me semble , embarrasser des
Personnes qui ne fondent leur sentiment
que sur l'ancienneté de l'opinion et sur
des prétendues experiences que personne
n'a jamais faites , ou qu'on a faites mal
à propos. Mais je me trompe ; ces sortes
de Gens ont une réponse universelle
qui les tire de tout embarras. Consultés ,
disent- ils , l'opinion generale depuis le commencement.
MARS. 1735% 447
mencement du Monde et les experiences jours
malieres de l'Univers entier , allés tailler
votre Vigne au décroissant de la Lune , et
couper du bois de charpente , vous verrés
ce qu'il en arrivera . En vain leur dit- on
que c'est- là l'état de la question ; qu'on
avoue que bien des Personnes ont agi et
agissent conformément à ce Sistême , mais
que le point consiste à sçavoir , si elles
ont dû ou doivent s'y conformer ; c'est
peine perdue ; on les voit s'aplaudir par
de grands éclats de rire , et tirer avan
tage du silence de leur Adversaire , qui
méprise l'occasion de donner des raisons
qu'on n'écoutera pas . Permettés- moi moi , ..
Monsieur , de poursuivre ce que j'ai commencé
, et de mettre , s'il se peut , cette
question dans un plus grand jour.
L'opinion la plus ancienne et la plus
generale n'est pas toujours la meilleure.
Les circonstances de temps , de lieux et
de personnes , doivent nous servir de
guide dans l'examen que nous en faisons.
Par exemple , avant qu'on eût reconnu
que l'air a une pésanteur réelle , on expliquoit
les effets du Siphon de la Pompe
et plusieurs autres de cette nature
par l'horreur du vuide ; ce n'étoit pas seu
lement une opinion du Peuple , les meilleurs
Physiciens n'en rendoient pas d'au .
tres
448 MERCURE DE FRANCES
tres raisons , et malgré le peu de jour
qu'ils apercevoient dans ce sentiment
ils étoient obligés de le soutenir , faute
d'autre ; ce n'est que depuis peu qu'on
a reconnu la véritable cause de ces cffets
merveilleux et l'ancienneté de l'opinion
n'a pas empêché la nouvelle de
rünr tous les suffrages. L'opinion des
influences de la Lune est d'autant moins
comparable à celle- là , qu'elle est radicalement
populaire et qu'elle ne doit son
progrès chez les Personnes raisonnables ,
qu'au manque de refléxion ; il reste à réfuter
ce déluge d'experiences que jamais
personne n'a faites et qu'on ne se lasse pas
de citer.
Une experience , pour mériter ce nom,
doit arriver toujours de la même maniere
sur le même sujet. La Boussole aban
donnée à elle - même , cherche toujours
la ligne de midy. Les corps pésants tendent
toujours au centre de la Terre , et
les plus légers s'en éloignent , selon les
loix de l'équilibre . Le Flux et Reflux de la
Mer arrive tous les jours environ trois
quarts d'heure plus tard , suivant le retardement
de la Lune dans son mouvement
diurne. Voilà ce qu'on peut apel
ler de véritables experiences ; voyons
maintenant si nous pourrons reconnoî
tro
MARS. 179 449
心
tre à ces marques celles qu'on nous opose
avec tant d'emphase.
et le
Suivant l'opinion générale , le temps :
qui se rencontre lors du renouveau de la
Lune ou de sa plénitude , continue or◄
dinairement pendant le quartier ; ainsi ,
s'il pleut quand la Lune fait , il pleuvra
tout le quartier , et s'il fait vent , s'il
grêle ou s'il fait beau , le même temps ..
continuera pendant le même es pace . Quelle
contradiction ! Quoi la nouvelle Lune
a - t'elle tout à la fois la proprieté de pro………..
roger le vent et l'air serain , la pluye:
temps sec , la bise et le vent du midy
? Les corpuscules qu'elle envoye sure
la Terre , sont- ils faits de façon à pouvoir
causer dans l'air toutes sortes de
dispositions , même les plus oposées ? S'il
pleuvoit toujours en pleine Lune et qu'il
fit toujours du vent quand elle est nous.
velle , on ne pourroit se refuser à cetteexperience.
Mais qu'au même âge de la
Lune et en differents mois , il fasse toutes
sortes de temps , n'est- ce pas une mar◄.
que
évidente de la vanité de ces prétenduës
influences , et peut - on conclure
autre chose , sans vouloir s'aveugler soig
même ?
.
Ces corpuscules influants que jamais .
personne n'a vûs et qu'on ne comprend
point :
.
450 MERCURE DE FRANCE
point , mettent - ils des vers dans le bois,
ou font- ils éclore des oeufs qui y sont
naturellement ? si comme on le prétend ,
la Lune influë sur tous les bois , peut- on
distinguer dans une branche qu'on a coupée
et qui se carie , si c'est à cause qu'on
l'a coupée dans un tel âge de la Lune ,
ou si cela provient du tronc qui avoic
été coupé lui-même ou planté en mauvaise
Lune ??
Que si malgré le peu de vrai - semblance,
on veut absolument que la Lune influë ,
peut on refuser cette qualité à tant d'au
tres Astres plus grands et plus brillants
que la Lune , à ces millions d'Etoiles qui
ont dans elles -mêmes le principe de la
lumiere qui les fait briller à nos yeux?
Mais si tous les Astres influent , n'y en
a t'il point qui puisse dans le même tems
et sur la même plante envoyer des in-
Auences toutes contraires à celles de la
Lune , et nous donner par là le change ?
D'ailleurs y a -t'il quelqu'un des effers
qu'on attribue à la Lune , qui ne puisse
venir d'une autre cause ? Cela étant
quelles précautions ne faudoit- il pas avoir
dans les experiences pour distinguer , par
exemple , si les vers qui rongent un tel
bois , doivent leur naissance à l'âge de
la Lune , où il a été coupé , ou à la terra
.
qui
3
'MAR'S. 17358 4
qui l'a noutri , ou à l'eau qui l'a humecté
, ou enfin à l'humidité , ou à la
sécheresse du lieu où il a été depuis sa
séparation d'avec le tronc , et ainsi des
autres ? Sont- ce là des experiences à confier
aux gens grossiers de la Campagne,
qui ignorent même les choses les plus
communes , qui prennent les Joueurs de
Gobelets pour des Sorciers , qui croyent
que l'année bissextile produit un changement
dans les Féves et dans les Oliviers ?
Cependant ces mêmes personnes de la
Campagne ne sont -elles pas les seuls témoins
de tout ce qu'on avance sur cette
matiere ? Tous les autres ne parlent
que par oui dire , chacun dit , personne
n'a vû , ou si quelqu'un est assez hardi
que de dire j'ai vu , on l'arrête tout court
par le moindre défi sur une pareille experience
qu'on propose de faire.
Tous les Paysans sont persuadés par. la
Tradition de pere en fils , que la Lune
fait tout sur la Terre . Cela une fois suposé
, un d'entre eux voit-il un mor
ceau de bois carié , il a été , dit il , coupé
en mauvaise Lune . Une Vigne porte t'elle
beaucoup de raisins , elle a eu la Lune
favorable quand on la taillée : le Soleil
avec toute sa chaleur , les pluyes , les
rosées , la qualité de la terre , n'entrent
pour
452 MERCURE DE FRANCE
pour rien dans cette fertilité , c'est te
temps de la taille qui a tout fait.
Peut -on rien imaginer de si extravagant
que ce qu'ils attribuent au Figuier?
Ils prétendent que si lorsqu'on le plante
on manque la pleine Lune , il sera autant
d'années avant que de porter du fruit
qu'il y avoit de jours à courir jusqu'à
la pleine Lune ; ensorte que si l'on l'a
planté le 16. il sera 28. ans sans porter de
Figues . Quel homme seroit assez patient
pour ne pas arracher un arbre qui seroit
28. ans sans porter de fruit? Cette proportion
des jours aux ans , n'est- elle pas
bien trouvées Le premier qui a fait cette
découverte ne méritoit-il pas une récompense
proportionnée à ses observations
, et a- t'on pû l'en frustrer sans injustice
?
Si ceux qui soutiennent les influences.
vouloient agir de bonne foi et chercher
sérieusement dans les experiences la verité
ou la fausseté de leur opinion , il
ne seroit pas difficile de leur en fournir
les moyens . On pourroit , par exemple
sur un même arbre couper une branche
en pleine Lune et une au renouveau ,
faire la même chose trois mois de suite
et mettre séparément les trois branches
de chaque nouvelle et pleine Lune. Si les
trois
"MARS. 1715. 453
trois de la pleine Lune se conservoient
pendant six ans ,
et les autres se carioient
quoique cela pût absolument arriver
par hazard ) je commencerois à douter
et j'aprofondirois davantage ; mais toutes
les experiences qu'on nous cite ,
sont si mal commencées , si mal conduites
et si mal finies , que personne
ne voudroit s'y fier et accepter le moindre
défi là - dessus .
Mais si ces sortes d'experiences sont trop
longues à faire , qu'on prenne celle qui
est la plus journaliere , je veux dire celle
qui regarde le changement de temps.
Qu'on observe exactement au commencement
de chaque quartier le temps qui
se rencontrera et qu'on examine s'il ne
changera précisément qu'au bout du mê.
me quartier , je me condamne à ce qu'on
voudra si dans six mois il se trouve seulement
deux quartiers où le temps commence
at finisse précisément au commencement
et à la fin de ce terme.
Que conclure de tout ce que je viens
d'avancer , si- non que l'opinion des influences
de la Lune n'est fondée sur aucun
raisonnement recevable ? on ne voit
aucune connexion entre la cause et l'effet.
Elle n'est pas plus heureuse du côté
des autoritez. De plus de cinquante Passages
454 MERCURE DE FRANCE
sages de l'Ecriture Sainte où il est parlé
de la Lune , aucun ne lui attribuë d'autres
effets que celui d'éclairer .pendant
la nuit. Dira- on que Moïse , les Prophetes
et les Evangelistes, entendoient moins
cette matiere que les Vignerons d'aujourd'hui
? N'est- il pas évident au moins
que cette opinion n'est pas aussi ancienne
et aussi génerale qu'on le prétend?
Que si quelques Auteurs prophanes en
ont parlé dans leurs Ecrits , ç'à toujours été
d'une maniere chancelante et sans preuve.
Il est donc honteux de voir des personnes
raisonnables se laisser entraîner
au torrent et donner aveuglément dans
le sens du Peuple. Peut- on passer cette
foiblesse à certains Médecins qui consultent
l'âge de la Lune dans l'aplication
de leurs Remedes ? Que n'a- t'on pas à
craindre de leur ignorance , s'ils ne voyent
pas plus clair dans les maladies des corps
que dans les influences des Astres ? 11
est vrai que le nombre n'en est pas grand
et qu'une infinité d'autres nous font assez
connoître la profondeur de leurs lumieres
par le succès de leurs opérations.
Mais je m'aperçois un peu tard que j'excede
les bornes d'une Lettre.Je suis , &c.
LES
MARS. 1735 455
LES MOEURS ET LES JEUX
Des Bergers de l'ancienne Arcadic,
A THEM IR E.
EP ITR E.
C'Est à vous , aimable Thémire ;
Que je prends soin de dédier
Les Moeurs de l'Arcadie ... Eh ! .. qu'en pour
rois -je dire ,
Si vous ne daigniez apuyer
De la main, de la voix, et ma plume et ma Lyres
Aydés -moi donc à les conduire ,
Sans cela je vais bégayer ;
Accourés , venés égayer
De votre feu riant, ce que je vais produire ;
Jettés dans tous mes Vers ce sage et beau délire ,
Cette grace qui plaît ; je vais tout essayer.
Dictés ... je ne ferai qu'écrire ;
Sans vous peut- on se varier ?
Avec vous manque- t'on de charmer et d'ins
truire ?
Ou court t'on risque d'ennuyer ?
L'Arcadie étoit une Province du Peloponese ;
son air étoit si pur et si riant , qu'il inspiroit à ses
Habitans lapaix , l'amour et le plaisir.
C On
455 MERCURE DE FRANCE
Non , non je sens déja que votre voix m'inspire,
de rien rayer.
J'écris sans peur
L'Arcadie autrefois fut l'aimable Contrée ,
Qu'habitoit la brillante Astrée ,
Avant que de voler au Ciel ;
Flore y faisoit regner un Printemps éternel ,
Et jamais le fougueux Borée
N'y flétrit d'un souffle cruel
Les fleurs dont elle étoit parée ;
Un vent plus doux , plus caressant ,
En deffendoit les Lys , les Roses
Et leurs boutons , même en naissant ,
Avoient l'odeur des fleurs écloses.
S'en parfumoit le blond Zéphir ,
Son vol en répandoit les charmes ;
Sur son aile il portoit l'Amour et le Plaisir ,
Mais il n'en avoit pris que le seul Elixir ;
Il en écartoit les allarmes ,
Les soins interessés , le criminel désir ,
Même les pleurs et le soupir.
La seule Aurore y répandoit ses larmes
Dans le sein des Bergers , dont l'amoureux loisir
N'étoit jamais troublé du bruit affreux des
armes ,
Y vit-on ou Fleuve, ou Ruisseau
Décoloré par le carnage ,
Dont Mars vient de rougir et le Rhin et le Pô ,
Non,non sur un plus doux, et plus heureux Rivage
Le
MARS.
457 ∙1735 .
Le Berger , la Bergere en se mirant dans l'eau ,
Ne
cherchoient qu'à doubler l'Image
De l'objet qu'ils se rendoient beau ,
Afin de s'aimer
davantage .
L'Amour n'étoit point là tel qu'on le voit ici ,
Aveugle , outré , plein de caprice ;
Là , clair-voyant, durable , égal , sage, adouci ,
Il dédaignoit tout artifice.
Là, ce Dieu paroissoit craintif, doux , ingénu ,
Respirant et joye et simplesse ,
Et vouloit dès qu'on avoit lû
Dans les yeux de quelque Maîtresse ,
Ou son estime ou sa tendresse ,
Que l'on fût bien aimé , si- tôt qu'on avoit plâ .
Que loin d'être Tigre ou
Tigresse ,
On
s'entredit de bonne foi ,
Lysis , je vous aime; aimés- moi ?
Qu'un oui , qu'un non finit l'affaire ;
Que le Berger et la Bergere
Satisfaits de leur double choix ,
Vécussent contens sous ses loix ;
C'étoit là le train ordinaire ,
Mais c'étoit le train d'autrefois.
Aujourd'hui pour s'unir il faut plus de mystere
Si les Parens , si le Notaire
N'ont signé nos liens et compté par leurs doigt
Bien moins nos
penchans que nos droits ,
L'Amour est traité de chimere.
Cij Jadis
458 MERCURE
DE FRANCE
Jadis tout alloit plus de gô ;
Une main mise l'une en l'autre ,
Sans Curé ni sans conjungo ,
Fit leur hymen et rompt le nôtre
On se marioit in petto ,
Quelquefois même incognito ,
Jans cierges ni sans patenotre.
Tout s'y passoit sans apareil ;
Là , le Berger naïf , la Bergere modeste ,
S'étoient chosi pour Dieu , pour Prêtre ,
Soleil ;
Dès qu'il frapoit d'un trait pareil
Les deux jeunes Epoux , le coeur faisoit le reste
On voyoit sur de verds gazons ,
Dans ce riant Pays de Grece >
La Bergere danser avec Bergers grisons ;
L'on n'y méprisoit point la galante vieillesse ;
Dès qu'elle avoit le goût , l'esprit de gentillesse ,
Et loin d'admettre les raisons
Qui lui font preferer la bouillante jeunesse "
On chantoit que l'Amour est de toutes saisons ,
Qu'ainsi juger , c'étoit sagesse ;
Sur tout , la charmante Lysis
Soutenoit ce prudent avis ;
De toutes c'étoit la Bergere
Qui sçavoit mieux penser et plaire ;
Lysis étoit la fleur de ces brillants Cantons
Dansant aux doux sons de sa Lyre .
Elle
MARS.
1735 459
Elle ne cessoit point , sur de differens tons ,
De chanter cet Air et de dire ,
"
Que l'Amour ait tous nos instans ,
" De ce Dieu que tout fasse usage ;
Si pour charmer il est un temps ,
» Pour être aimable il n'est point d'âge.
Ainsi donc se voyoit le Berger Corilas ,
Encor galant dans son Automne ,
A sa jeune Bergere offrir une Couronne
De fleurs qu'il cueilloit sous ses pas
Lysis ne la dédaignoit pas ,
Même en souriant , la friponne ,
"Paroissoit lui dire tout bas.
Vieux Berger , prends mon coeur , il te plaît , je
le donne
A tes sentimens délicats ,
Si ce n'est pas à ta personne..
Corilas , du don enchanté
Admiroit autant sa bonté
Que ses graces , sa voix , sa danse si legere
Qu'à peine sous ses pieds se plioit la fougeres
A son exemple , tout dansoit ,
Ce n'étoit que Jeux et que Fêtes ;
Au son des Chalumeaux le Mouton bondissoit.
Le Chien et le Pasteur , tout s'entre- caressoit ,
On voyoit briller sur les têtes ,
Le Jassemin , le Lys , dont tout se fleurissoit ;
Chanson de Lysis.
C iij D'un
460 MERCURE DE FRANCE
D'un calme plein de joye alors tout joüissoit ,
Zéphir écartoit les tempêtes ;
De cent cris amoureux l'Echo retentissoit ;
Mais les ris sont bien près des larmes ;
Un Loup survient , on crie aux armes ;
Le cruel emportoit l'Agneau ,
L'Amour et l'honneur du Troupeau
De la triste Lysis ... quelles sont ses allarmes !
Corilas les voit , il les plaint ,
Moins pour lui que pour elle il craint.
L'aimer et la servir est sa plus chere envie ,
Il vole après le Loup ; furieux, il l'atteint ;
Il aime mieux perdre la vie
Qu'à sa chere Lysis la Brebis soit ravie ;
Il combat , il l'ôte au voleur ,
La rend à sa Bergere et calme sa douleur .
Jugés s'il n'eût pas fait mille fois plus pour celle
Dont il venoit d'avoir le coeur.
La Beigere étoit tendre et le Berger fidelle ,
Qui des deux plus aimer dût- elle ,
De la Brebis où du vainqueur ,
Je le demande à cette Belle ?
Voila les jeux , les moeurs du gracieux Pays,
Que plein de votre feu j'écris ;
Heureux si l'aimable Thémire ,
Res entant tout ce qu'elle inspire
Devenoit une autre Lysis !
SUITE
MARS. 1734. 461
XXXXXXX:XXXXXX :XX
SUITE du Discours de M. Beneton
de Perrin , sur les Hieroglyphes , sem
conde Partie.
A Près avoir donné des exemples
pour les Hieroglyphes d'actions et
de passions , essayons présentement d'en
donner aussi pour d'autres Hieroglyphes
que je nommerai Sacrez , Moraux et
Historiques.
Tout ce que les Religions du Monde
peuvent enseigner , s'est toujours distingué
en deux parties principales , l'une
contenant les Mysteres , et l'autre la
Morale ; chacune de ces parties dans
les Religions anciennes avoit ses Hieroglyphes
propres à transmettre ce qu'elles
contenoient de plus élevé , et les Egyptiens
qui en inventerent beaucoup , s'en
servirent avec tant de méthode , n'employant
jamais ceux qui étoient destinez
pour signifier une chose , à en signifier
une autre , que bien d'autres Peuples et
sur tout les Grecs , qui allerent en prendre
chez les Egyptiens la connoissance, se
firent un mérite de garder le même arrangement
et de les suivre sur cela .
C iiij
Je
482 MERCURE DE FRANCE
Je crois qu'on ne s'étonnera pas si
dans cette seconde partie de mon Ouvrage
je continue ainsi que j'ai fait dans la
premiere , à mettre au rang des Hiero
glyphes non-seulement des figures . d'animaux
, mais aussi des figures humaines,
quand elles se trouvent accompagnées de
quelques attributs de puissance , mon
idée est que toutes images mysterieuses
étant faites pour servir de Type de choses
grandes et recommandables , doivent par
là être mises dans ce rang , et c'est
la raison pour laquelle , afin de mieux
établir la distinction entre les deux sortes
de caracteres emblématiques , dont
l'Antiquité s'est servie , que j'ai déja dit
qu'il falloit appeller Hieroglyphes ceux
qui avoient la figure de quelque chose
d'animé , et nommer Hierogrammes ceux
qui n'étoient qu'un composé de lignes
bizarement tracées , je sçais bien que les
termes de γράφος , et de γραμμα , joints aà
celui de pos , signifiant égalememt une
Ecriture sacrée , je n'aurois pas dû donner
differentes significations à ces deux
termes qui sont constamment Synonymes ,
mais je ne l'ai fait que pour mieux faire
sentir la difference que je mets entre les
Hieroglyphes figurez , qui sont l'objet
de ce Discours , d'avec les Hieroglyphes
1
MARS. 1735 463
glyphes de caracteres dont je ne parle
qu'en passant.
J'ai dit que l'Idolatrie commença par
l'adoration des Astres , ensorte que les
premiers hommes qui s'écarterent de la
bonne route , n'eurent d'abord pour objet
de leur culte que l'Univers entier ;
mais ensuite on le partagea dans la croyan
ce que chaque corps Elementaire , com
me le Soleil , la Lune et les autres Planettes
pouvoient être des Puissances particulieres
, on les personifia et on établit
un culte pour chacun de ces Corps. Notre
Terre eut le sien , plusieurs Peuples
la firent de deux sexes ; elle étoit Adonis
et Cybelle chez les Syriens ; Serapis
et Isis en Egypte ; Pan et Cérés dans la
Grece ; Saturne et Ops parmi les Latins ;
on marioit Isis avec Osiris ou le Soleil ;
Rea avec Cælus , et Adonis avec Astarte
ou la Lune , pour montrer par ces alliances
allégoriques que cette Terre ne
pouvoit pas se suffire à elle - même , et
qu'elle ne produisoit que par les béni
gnes influences qu'elle recevoit du Ciel.
Jusques-là le nombre des Dieux étoit
encore petit , et si les hommes s'en fussent
tenus à ceux que je viens de nommer
et à quelques autres qui ne désignoient
que des portions de l'Univers ,
C v. оп
464 MERCURE DE FRANCE
on n'auroit pas eu besoin de beaucoup
de symboles pour les représenter ; mais
toutes les parties de notre Terre , de même
que ses diverses productions , ayant
été Apothéosées , chacune en leur particulier
, et par- là les hommes ayant à honorer
les Montagnes , les Rivieres , les Bois
et toutes les Vegetations , il fallut autant
de Symboles nouveaux pour désigner
et représenter toutes ces Divinitez
de nouvelle fabrique .
On s'accoutuma tellemer t à déïfier tout
ce que la Terre produisoit de different ,
qu'on multiplia même ces Déïtez productrices
, en en admettant plusieurs
dont on croyoit que la faveur fût néces
saire pour qu'une récolte ou une vendange
arrivât à sa perfection , il y eut plusieurs
Dieux du vin , il y eut plusieurs
Déesses des bleds , chaque Bois , chaque
Pré , chaque Fontaine avoit son Faune ,
sa Nymphe et sa Nayade pour Protecteur
et Protectrice .
Le premier Dieu du Négoce , connu
sous le nom de Mercure , ne fut pas longtemps
seul dans sa fonction . Chaque Peuple
qui cut un pareil Dieu , le nomma
en son langage d'un nom significatif à
la chose à quoi on le faisoit présider ,
tel fut l'Ogmus des Gaulois et le Jedut
ou
MARS. 1735. 465
ou fedod des Germains , que je tiens avoir
été deux Puissances differentes du Mercure
des Grecs , quoique toutes trois eussent
été imaginées pour dominer sur le
Commerce et sur la fraude.
On donna le nom d'Hercule ou celui
de Geryon à chaque Conducteur de Navire
ou de Flotte d'une Nation étrangere,
qui pour la premiere fois se faisoit voir
sur une Côre où l'envie de commercer
l'avoit attiré.
La Déesse de l'Amour n'a aussi été
multipliée sous tant de differens noms ,
que parce que chique Pays ayant une
maniere d'aimer conformément à son
goût et à son génie , les Habitans de ces
Pays s'aviserent d'invoquer la Déïté qu'ils
se firent de cette passion sous un terme
qui en leur Langue exprimoit quelque
Acte de la Passion même , et ce furent
les Romains , qui Maîtres d'une partie
de l'Univers , rassemblerent dans la suite
sous le nom general de Déesses Meres ,
toutes ces Déesses de l'Amour , pour
éviter
l'embarras de nommer diversement
ce qui au fond étoit la même chose.
Voilà au vrai quelles ont été ces venerables
Matrones que quelques Auteurs
nous ont données pour les Parques , quoique
celles - cy n'eussent jamais été Meres ,
C vj
311
466 MERCURE DE FRANCE
au lieu que celles qui furent invoquées
comme Meres des Amours , c'est à - dire
de la passion qui entretient et fait tout
renaître , méritoient mieux que toutes
autres Déitez d'être traitées de Meres
par excellence.
Il fallut donc beaucoup de Hieroglyphes
pour désigner ce grand nombre de
Divinitez , tant Celestes que Terrestres';
ceux d'entre ces Hieroglyphes qui étoient
les plus communs et qui caractérisoient
le mieux ce dont ils étoient le Symbole
furent l'Aigle armée de foudre , l'oeil au
bout d'un Sceptre ; le Thirse , le Serpent
qui forme un cercle en se mordant la
queue, les têtes couronnées de Tours , d'Epics
, ou portant un panier plein de fruits,
ce qui sans autre figure désignoit les
principaux Dieux naturels , ou pour
mieux dire , les Vertus suprêmes , telles
que la Puissance, la Vigilance, le Temps et
l'Abondance ; l'Année avoit aussi son
Symbole , qui étoit une Tête remplie
d'autant de visages qu'elle avoit de saisons
; les Egyptiens représentoient la Divinité
en general par un Serpent avec des
aîles et une tête d'Epervier. Les Japonois
la représentent encore par un Miroir
, qu'ils placent dans le lieu le plus
apparent de leurs Temples . appellez
Mia
MARS. 1.73.5. 467
Mias. Quelquefois l'attribut désignatif
d'une Puissance paroissoit tout seul ,
souvent aussi on joignoit à l'attribut
le Simulacre qu'on s'étoit formé de
cette Puissance , et souvent quand on
vouloit qu'un même Simulacre représentât
plusieurs de ces Puissances , on le
chargeoit de l'attribut désignatif propre
à chacune , ce qui formoit une fi
gure Hieroglyphique composée , qui se
nommoit Panthée , soit du mot Grec
mavros , omnis , ou soit à cause du prétendu
Dieu Pan ; fait pour représenter
la Nature entiere ; donc toutes les au--
tres Divinitez , dont l'attribut entroit dans
la composition du Panthée, n'étoient que
des portions de cette même nature qui
se réunissoient en leur tout sous cette Ima
ge plaisamment accoutrée et qui le plus
souvent étoit un composé d'un corps
humain sur des cuisses et des jambes de
bêtes , ayant à la tête de grandes Cornes
et de longues oreilles ; tels étoient
le Ceraunos et le Tarvotrigaranos , que
que j'ai démontré avoir été les Symbo
les de la Chasse.
dans
Toutes les Religions qui ont paru
le monde ont eu leurs Types qu'il faut
regarder comme des Emblêmes significatifs
de ce qui s'est passé de plus considerable
468 MERCURE DE FRANCE
siderable dans leur établissement et pen
dant leur durée .
Le Soleil étoit le type des anciens Perses
, les Chrétiens ont la Croix pour le
leur ; on a quelquefois figuré la Trinité
par une Tête à trois faces couronnée à
Pantique ; chaque chose qui chez les Juifs
servoit dans le Temple,avoit son applica
tion mysterieuse ; combien les Rabbins
n'ont ils pas écrit en vrais Mystagogistes
sur la signification des Pierres précieuses
du Rational de leur Grand - Prêtre , sur le
Chandelier à sept branches , et sur le Serpent
d'airain , élevé par Moyse dans le
desert ? Ce dernier type me fait souvenir
que dans l'Eglise de S. Ambroise de Milan
on voit un Serpent de cuivre qu'une
Fausse Tradition dit être le même que celui
qui fut autrefois si salutaire aux Israëlites
mais cett picuse erreur ne s'est accréditée
que faute de sçavoir que le serpent
est depuis plus de 300. ans le Symbole
armorial de cette Ville ; car par une coutume
ancienne er generale chez toutes les
Nations , on a eu soin de mertre dan les
Temples , de même que sur les Edifices
prophanes , la marque distinctive de l'Etat
où ces Edifices sont situez ; ainsi il ne
faut pas plus s'étonner de voir des figures
de Serpens dans les Eglises du Milanois ,
que
MARS. 1735. 469
que
de voir des Fleurs-de - Lys et des Aigles
dans celles de France et d'Allemagne.
La Ville de Milan a changé de Symbole
sous chaque Dinastie de Princes qui
a dominé sur elle ; sous le gouvernement
des Turriani elle eut une Tour , et sous
celui des Visconti un Serpent , parce que
les Seigneurs de cette derniere Maison
ayant eu pour premiere possession la
Terre d'Anglerie , cela leur donna occasion
de prendre , lors qu'on se fixa à des
Armoiries,une Anguille comme une espece
d'armes parlantes ; et quand ces Seigneurs
vinrent ensuite à regner dans Milan
cette Ville , selon son usage ordinaire ,
adopta pour ses Armes celles de ses nouveaux
Maîtres.
.
Les anciens Legiflateurs en apprenant
aux peuples qu'ils dirigeoient , leur Religion
, leur Histoire , et de quelle maniere
il falloit servir les Dieux qu'ils s'étoient
faits ; quand dans celles de ces Ins
tructions qui se donnoient par écrit la
matiere rouloit sur des choses qui ne devoient
pas être sçuës de tout le monde
ils I nveloppoient sous des figures énig
matiques d'animaux , les uns veritablement
existants , et les autres monstrueux ,
qu'ils supposoient avoir vus au Ciel , ou
en revélation.
Ces
47 MERCURE DE FRANCE
•
Ces Monstres étoient un composé de
differentes parties d'autres animaux ,
pour qu'en rendant ces allégories plus
sensibles , il n'y eut cependant que les
initiés qui les comprissent ; les Prophetes
Hebreux annonçoient l'avenir sous de
semblables figures ; Daniel vit en songe
celle qui sous une forme humaine composée
de différentes matieres , fut le Type
des quatre grands Empires du Monde qui
devoient se succeder ; d'autres de ccs .
Hommes inspirez voyoient des Lions ailés
, des Cherubins et des Seraphins , ce
qui a servi ensuite aux Auteurs qui ont
écrit sur la Hierarchie Celeste de suposer
Corporalité dans les Etres dont Dieu
est accompagné dans le sein de sa gloire.
Nous avons les Images typiques dés .
quatre Evangelistes , tirées des Revéla-.
tions des Prophetes ; la Republique de
Venise ayant pris S. Marc pour son Patron
, n'a pas manqué de faire son Symbole
du Type de cet Evangeliste ; il est
bon de remarquer à propos de cela
de cela , ce
que dit Amelot de la Houssaye d'un Ambassadeur
de l'Empereur , qui ayant demandé
, en riant , à un Doge de Venise
dans quel païs se trouvoient les Lions ailez
de S. Marc , le Doge lui répondit
froidement , qu'ils se trouvoient dans les
païs
MARS. 1735. 478
païs où étoient les Aigles à deux têtes .
Après les Hieroglyphes sacrez qui faisoient
connoître les Dieux , ou les choses
dont on les croyoit Auteurs ou Protec
teurs, et qui par consequent expliquoient
les Mysteres d'une Religion , venoient
encore d'autres Hieroglyphes , qui n'étoient
que pour enseigner la Morale , ou
pour cacher au commun du peuple ce
que par politique de gouvernement il n'étoit
pas necessaire qu'il sçût .
Les habitans d'Alexandrie ( selon Ma
crobe) représentoient les trois Temps de la
vie humaine , par un Monstre à trois têtes
de bêtes sur un même corps d'homme
, une de Lion pour le present , une de
Loup pour le passé , et une de Chien pour
Pavenir on voit sur d'autres monumens
Egyptiens , que ces mêmes trois Temps
de la vie sont symbolisés par un autre
Monstre à Tête humaine sur un Corps
d'Oiseau , la tête étoit sans barbe , pour
defigner la Jeunesse , et elle en avoit une
longue pour montrer la Vieilliesse ; ceux
d'entre les Anciens qui admettoient l'Eternité
du Monde , l'exprimoient par un
Cercle qui n'a ni commencement ni fin ;
et ceux qui au contraire convenoient
qu'il avoit commencement et que par
Consequent il devoit finir , exprimoient
>
cela
472 MERCURE DE FRANCE
cela par uunn RRaatt ,, animal rongeur , Symbole
très-juste d'une entiere destruction.
Le Sphinx , Monstre composé de nature
humaine , et de nature animale , servoit
de leçon aux personnes trop curieuses
de sonder les Mysteres de leur Religion
, et étoit fait pour les faire ressouvenir
de Pinutilité de semblab'es recherches
qui ne conduisent qu'à l'erreur et à l'incrédulité
; le même Sphinx par ses deux
natures de femme et de lion symbolisoit
encore les deux Etats ou les deux Vies de
l'homme , la présente qui se termine par
la mort , et a future qui doit être éternelle.
Beaucoup d'autres figures bizarres ne
furent imaginées que pour multiplier ces
connoissances énigmatiques , qui comme
je l'ai dit , montroient les moeurs d'un
peuple , son culte et son histoire , et pour
caracteriser même les Princes qui avoient
regné sur lui ; mais toutes ces figures sont
depuis long temps inexplicables. Que
peut- on dire d'un Argus et d'un Briare ,
l'un qui avoit cent yeux , et l'autre cent
bras , d'une Hydre qui avoit sept têtes qui
se reproduisoient aussi tôt qu'elles étoient
coupées , si on n'en brûloit le tronc ; ce
ne sont là sans doute que des Images instructives
, les unes d'un Roy qui avoit
regné
MARS. 1735. 473
regné sur cent Villes , comme les Rois de
Crete , ou d'un Prince bon politique ,
qui entretenoit cent Ministres dans autant
de Cours Etrangeres , comme autant
d'espions qui veilloient aux interêts de
leur Maître , ou bien d'un autre Prince ,
qui pour appaiser les seditions élevées
dans son Etat , avoit été contraint d'em .
ployer le fer et le feu, mais tout cela n'est
que conjectural.
;
Que n'a -t'on pas fait pour expliquer la
Fable du Geryon à trois corps , et celle du
fameux Chien à trois têtes , portier fidele
de l'Enfer ; examinons à notre tour d'où
ont pû venir ces Fables qui ne doivent
leur origine qu'à des traits d'une Histoire
bien défigurée ? Il faut convehir que l'Es
pagne a été peuplée dès les premiers
temps du Monde ; mais sans remonter à
un prétendu Iberus , fils de Tubal , et
petit- fils de Japhet , qu'on dit y être venu
le premier des parties Septentrionales , où
le gros de sa posterité demeura pour faire
portion des Celtes et des Scythes , il faut
convenir aussi que l'Espagne dont je parle
doit encore ses anciens habitans à d'autres
Iberiens , voisins du mont Caucase
, qui s'étant poussés dans l'Asie , y
passerent delà , mêlez avec des Pheniciens
, sous la conduite d'un Chef , dont
,
le
474 MERCURE DE FRANCE
le vrai nom étant ignoré , fut nommé
Geryon , c'est-à - dire l'Etranger.
"'
Les actions de ce Chef ne sont guere
mieux connues que son nom envelo
pées , comme elles sont , de Fables incompréhensibles
, dont l'une lui donne
trois corps , ou plutôt trois têtes sur un
même corps . On a voulu éxpliquer cela
en disant que ce personnage avant que
d'aborder au Continent , fit la conquête
Jes Ifles Baleares , qui étant au nombre
de trois occasionnerent de feindre qu'il
avoit autant de têtes , c'est -à - dire trois
Lieux , qui soumis à sa puissance , augmentoient
sa force , puis qu'il auroit en
eux ne retraite assurée , s'il eût manqué
de son entreprise I , la tête étant
1 bole de la Force .
Une autre Fable qui approche cependant
mieux de la verité , porte que ce
Geyn , après son établissement en Espagne
, ayant été défait et tué par Ofiris
Roy d'Egypte , qui étoit venu lui faire
la guerre , laissa trois fils qui dans la suite
se revoltérent contre Orus fils d'Ofiri .
Cet Orus , dont les Espagnols font leur
Hercule , vainquit et tua à son tour les
trois fils de Geryon , dont l'union étoit si
grande , qu'on ne pouvoit les comparer
qu'à un Corps à trois têtes , cela est veritable.
MARS. 1735:
475
tablement de l'Histoire; mais il faut avant
que de la détailler , remonter à ce qui est
anterieur à l'arrivée d'Hercule . Pour moi
je pense qu'il faut admettre , pour avoir
porté le nom de Geryon , plusieurs de ces
premiers Chefs de Colonies Etrangeres ,
qui vinrent habiter l'Espagne , dont l'un
nous a été donné par la Fable pour le Roi
des Enfers , par des raisons que je dirai
en son lieu , et qu'on a attribué à un seu.
des Geryons, ce qui étoit arrivé plusieurs,
semblables en cela aux Hercules , dont
l'un a été surchargé des Actions de tous
les autres.
La suite pour un autre Mères.
EPITRE de Trottin , Chien de M. L.
M. et de Fifi , son Serein ; écrite à leur
Mauresse , des Champs Elisées.
AUx Champs Elisiens nos ames réunies ,
Goûtoient dans la félicité ,
Mille douceurs dont l'équité
Couronne les plus belles vies.
Mais nos deux coeurs toujours jaloux
Des sentimens d'une auguste Maîtresse ,
De ses regrets , de sa tendresse
Faisoiens
1
476 MERCURE DE FRANCE
Faisoient leur bonheur le plus doux.
Non , justement sensible aux trop funestes coups,
Qui nous ont fait, hélas ! traverser l'Onde noire
Rien ne pourra , nous disions-nous ,
Nous effacer de sa memoire.
Qui pourroit remplacer du folâtre Trottin ,
L'attachement et la délicatesse ,
Les Graces et la gentillesse ,
L'air caressant , noble et badin ?
Pourroit-on refuser un souvenir fidelle
A ce charmant Fifi , dont les aimables sons ,
Dans la saison la plus cruclie ,
Bravoient la sombre nuit et les fiers Aquilons ?
Une nouvelle préference
u'on vous arrache injustement ,
Qu'
Détruit la crédule esperance
Dont nous nous flattions vain ement.
Elevez sur notre disgrace ,
Des jaseurs indiscrets , un éternel pleureur ,
ccupent aujourd'hui la place
220-49
Que vous nous accordiés, hélas ! dans votre coeur.
De pareils successeurs ont droit de nous surę
prendre.
*
Et notre vieux frere Chiffon
Gronde et murmure avec raison ,
De l'affront fait à notre cendre.
Il le partage , et son coeur irrité
* Autre Chien de la Dame,
D'nne
MARS. 1735.
477
D'une aigreur menaçante appuyant sa tendresse,
S'oppose justement à la rivalité
Dont vous flétrissés sa vieillesse .
Vangés - le , calmés- nous ; à leur obscurité
Rendés par Arrêt légitime ,
Des vils sujets indignes d'une estime
Et d'un choix qui conduit à l'immortalité.
Par M. D. R.
REPONSE de Chiffon à Trottin
et à Fifi .
Depuisqu'aux bords du Stix plongez dans
la tristesse ,
Vous regrettés en vain une aimable Maîtresse
Qui faisoit votre heureux destin ,
Tendre Fifi , jaloux Trottin ,
Vous insultés à ma vieillesse.
Vous semblés m'envier encor quelques instans
Trop heureux , mais trop courts , que j
auprès d'elle ;
Eh ! ne voyés- vous pas que la Parque cruelle
Va couper pour toujours la trame de mes ans.
Dans ses canaux glacez à regret mon sang coule;
Par mille infirmitez dont s'affoiblit mon corps ,
Je sens à chaque instant désunir les ressorts
De l'Edifice que s'écroule ,
Et vivant , je me sens entraîner chez les Morts.
Fardeau
478 MERCURE DE FRANCE
Fardeau sur la Terre inutile ,
Pour mes amis , pour moi , source de vains rea
grets ,
J'ai vu de mes plaisirs tarir tous les progrès.
Je ne suis qu'un Chiffon , moi qui fus un Achile:
Cessés donc , chers amis, de me lancer vos traitas
Permetés qu'en paix je jouisse
De l'inépuisable bonté
De notre aimable.Protectrice.
Et quand l'Arrêt fatal du Destin irrité ,
M'appellant près de vous aux rives de Léthé
Me fera consommer mon triste sacrifice ,
Expirant ses pieds, ah ! du moins que je puisse
Lui prouver ma fidelité.
Je n'ai point à ce prix de regret à la vie;
J'irai m'entretenir là bas de la tu ,
Des bienfaits de notre Uranie ;
Regrettant à jamais celle que j'ai servie ,
Je mourrai , mais j'aurai vécu.
Par M. L. J
RE
MARS. 1735.
$479
Į Į Į į į į į į į į į į į į j
REFLEXIONS sur
et sur les Grands.
L
Ambition
'Homme est naturellement ambi
tieux ; appellé au vrai bonheur , il
en poursuit continuellement la jouissance
; mais ébloui par l'éclat flateur de la
fausse félicité des Grands d'ici bas , il s'y
arrête , il ne sçait pas que cette trompeuse
apparence de bonheur cache de
veritables malheurs. Il croit bannis de
l'état d'élevation , les chagrins , les craintes,
les jalousiés et tout ce qui est réellement
de son apanage. La même erreur qui lui
fait croire fortunez les Puissants du siecle,
les lui fait aussi croire vertueux, parce
qu'il n'ignore pas que la vertu seule peut
faire des heureux ; ainsi il se juge permis
d'aspirer au sort de leur condition. On
peut dire que c'est- là précisément où paroît
le faux des jugemens ordinaires des
Esprits préoccupez . La sagesse fait consister
le veritable bonheur à se contenter
de ce qu'on a ; mais comme le coeur ne
peut être sans désirs , elle voudroit que
l'esprit les bornât à ce à quoi il peut rai,
sonnablement prétendre , toujours selon
l'ordre des situations.
DMais
480 MERCURE DE FRANCE
P
Jamais les inimitiez des Princes ne sont
irréconciliables , parce que l'interêt d'Etat
leur est toujours plus cher que leur
passion.
Un Prince ne conserve pas moins son
autorité , en s'abstenant de commander
une chose à laquelle il prévoit qu'on
n'obéira point , qu'en se faisant obeïr
dans celle qu'il commande à propos.
Un des plus beaux secrets de l'art de
regner , c'est de sçavoir cacher son impuissance.
Les Princes sont excusables en quelque
Façon sur bien des foiblesses , par la grande
facilité qu'ils trouvent à satisfaire toutes
leurs passions ; mais aussi ils doivent
être bien plus circonspects que les autres
hommes , par le compte exact que
leur tient la Renommée des moindres
victoires qu'ils remportent sur eux- mêmes.
Un Valet fait tous les jours cent
incartades , et cent méprises en choses qui
sont de conséquence pour son Maître .
Il les souffre patiemment ; qui en parle ?
Qui le sçait ? Philippe II. ne s'emporte
de l'étourderie d'un Page qui répand
pas
sur une Lettre le pot à encre au lieu
de
MAR S. 1735.
de poudre ; cent Auteurs ont admiré sa
moderation ; il est trop payé.
Les Grands ont souvent le goût plus
dépravé que les autres ; comme ils ont
beaucoup de bien et qu'on cherche toujours
ce qu'on n'a point , ils se portent
souvent au mal pour diversifier. Le Ciel
le permet ainsi pour les punir par le
mal même, de ce qu'ils s'y portent aveu
glément.
Un grand feu brûle ceux qui en sont
trop près , mais il échauffe , éclaire et
fait du bien à ceux qui en sont à une
distance raisonnable. C'est la similitude
de Sid. Apollinaris , sur la familiarité avec
les Grands.
D'ordinaire les Grands ont plus de mé
moire pour se venger que pour récompenser.
Que les Grands se rendroient recom
mandables , s'ils vouloient écouter tou
tes les plaintes , et non pas toutes les
flateries.
Il y a long-temps qu'on a dit , et on
ne le sçauroit trop dire , que
les Grands
Dij dois
482 MERCURE DE FRANCE
doivent vivre , comme ils veulent qu'on
écrive d'eux .
C'est souvent un pesant fardeau pour
un homme de qualité , que
d'être obligé
de soutenir la grande réputation de ses
Ancêtres.
Les Grands se persuadent facilement
que comme ils surpassent les aurres hommes
en puissance et en richesses , ils les
surmontent aussi en lumieres et en sagesse
. D'ordinaire ils veulent bien être
aidez dans ce qu'ils font , mais non pas.
surpassez.
Si on est engagé à leur donner quelque
conseil , on doit agir comme si on
les faisoit seulement souvenir de ce qu'ils
oublienr.
Quand ils se familiarisent avec vous,
profités des momens où il leur prend
envie de se rendre vos égaux , sans oublier
qu'ils sont vos Superieurs.
Le naturel ordinaire des Peuples les
porte à regarder les malheurs des Grands
comme une consolation de leur bassesse.
L'expérience nous prouve que les
Grands
MARS: 1735.- 48-2
Grands s'attirent plus souvent l'amitié
des Peuples par des manieres affables, que
par des bienfaits.
On ne doit jamais beaucoup comprer
sur la protection et sur la faveur des
Grands ; car l'une et l'autre dépend de
deux choses fort inconstantes , leur volonté
et leur crédit.
Les conquêtes qui se font par la crain
te des Armes , vont toujours plus loin
que celles qui se font par les Armes
même.
Il y a plus de choses qui nous font
peur , qu'il n'y en a qui nous font du
mal , et la crainte du mal nous tourmente
souvent plus que le mal même.
Il n'y a rien de si contagieux ni qui
coure si vîte que la frayeur et la crainte.
L'imagination frapée se figure d'abord
les plus grands maux.
Il y a des miserables qui n'ont rien
à craindre , et qui par lå ont tout ce
qu'il faut pour perdre les autres.
Il n'est point de si bonne raison que
D iij la
484 MERCURE DE FRANCE
crainte , pour obliger les esprits les plus
incertains et les plus infléxibles à se déterminer.
On doit craindre , mais sans foiblesse
, et être hardi , mais sans témerité.
La plupart des hommes ont une étranẻ
ge maniere de calmer leurs frayeurs en
se faisant par avance tous les maux qu'ils.
craignent.
On est quelquefois plus touché de
la crainte de retomber dans le péril ,
qu'on ne l'est de s'y voir .
Tacite parlant d'Agricola , dit que dans
les Emplois de la Guerre il ne recher
choit rien par vanité , et ne refusoit rien
par crainte. Nihil appetere jactatione , nibil
ob formidinem recusare .
Il y a toujours de la prudence à crain
dre ce qui n'est point craint.
Les plus lâches deviennent hardis , s'ils
s'aperçoivent qu'on les craigne . Vilissimo
cuique crescit audacia , si se timeri sential..
Strada .
On fait presque toujours plus par pitié,
que par crainte.
Quantité
MARS.
173.5. 489
Quantité de Braves ne passent pour
tels qu'aux dépens de la foiblesse de
ceux à qui ils ont affaire.
Les faux Braves sont justement com
parez aux bassins d'une balance , dont
s'éleve quand l'autre s'abaisse , et
s'abaisse quand l'autre s'éleve.
Beaucoup de gens se croyent pleins de
courage et de valeur , quoiqu'ils ne se
soient jamais trouvez dans le péril. Cela
est fort imprudent ; on ne doit pas se
vanter d'être capable d'une infinité de
choses , lorsqu'on ne s'est jamais trouvé
dans l'occasion de les faire.
Je voudrois qu'un vrai Brave fût également
prompt et retenu dans les conjonctures
differentes , et qu'on ne fit pas
tant de cas d'une valeur brusque et impétueuse
, qui semble se défier d'elle- même
, et qui ne se précipite dans les dangers
que pour n'avoir pas le temps de
les reconnoître ; d'une valeur bruyante
et incertaine , qui s'aplaudit sans cesse et
qui ne se sou tient pas ; d'une valeur lente
et tardive , qui s'anime dans l'occasion
mais qui se fait trainer au péril ; d'une
valeur enfin imprudente et indiscrete
D iiij qui
486 MERCURE DE FRANCE
qui se flate que la victoire doit obéirà
sa vivacité.. રે .
Scipion ayant pris sur les Côtes d'Afrique
un Vaisseau de Cesar , et voulu
donner la vie à Grannius Prétonius , dé
signé Questeur , après avoir abandonné
les autres à la discrétion du Soldar , Gran
nius lui dit fierement , les Soldats de
Cesar ont coûtume de donner la vie , et
non pas de la recevoir , et en finissant
ces paroles , il se tua .
Un des plus grands effets de la valeur
est de connoitre parfaitement le péril ,
sans connoître la crainte,
Il n'y a de vrai courage qu'à résister
aux difficultez , aux fatigues , aux peines
d'esprit , et à combattre les nécessitez et
les adversitez de la vie , et non pas à
faire les violens , à se battre en duel, &c.
Sempre si dee conservar il timore , e non
si dee mai palesare .
La valore e una muta eloquenza , che
tira a se tutti gli homini , o perché la ammirano
• perche la temono 0
ne gadono.
> • perche
REMAR
S. 1735
487
REMERCIMENT de M. de Claville ;
à Mlle de Malcrais de la Vigne , sur
ce qu'elle lui a fait présent du Recueil
de ses Poësies.
Qu'entends je , quels tendres accene
Viennent s'emparer de mes sens !
Est- ce Vildieu, Bernard , Scuderi , des Houliere ;
Qui recommencent leur carriere ?
N'est-ce point Pavillon , l'Abbé Regnier , Se
grais ?
Ce sont eux , je les vois , je reconnois leurs traits.
Ils sont si sûrs de nos suffrages ;
Faut- il pour s'illustrer par de nouveaux Ouvrages
Emprunter le nom de Malcrais
Mais quelle illusion me transporte et m'agite !
Non , l'Hipocrêne et le Cocyte.
N'arrosent point les mêmes bords.
Quand nous descendons chez les Morts
Nous quittons tout, et tout nous quitte.
Des dons , et des talents les précieux accords
Les graces de l'esprit , les agrémens du corps ,
Tout fond , tout se dissout et tout se précipite ;
Et du plus éclatant dehors
DV Il
488 MERCURE DE FRANCE
Il ne nous reste aucun mérite,
On n'a qu'à consulter les grands noms que je cite,
Malgré les dignes fruits de leurs divins transports
Ils disent franchement qu'il s'agit moins alors,
De bel esprit, que de conduite.
Ecrivons bien , mais instruisons ;
Sans chercher à plaire , plaisons ;
Laissons agir la Renommée ;
N'attendons pas de vains honneurs ;
De bons Ecrits , de bonnes moeurs
Valent mieux qu'un peu de fumée.
Je ne me pique pas d'insensibilité ;
Je sçai que le succès flate la vanité ;
Et tous les Connoisseurs font grand cas d'un
bon Livre,
Mais ne prétendons pas à l'immortalité.
Nous ne sentons que trop notre caducité ¿
A soi- même on ne peut survivre..
La vanité qui nous enyvre,
Est un surcroît d'infirmité.
Ce poison de l'esprit ne m'a point infecté
Sçavoir mourir et sçavoir vivre ,
Est tout le plan que l'on doit suivre ,
Et c'est la fin de mon Traité .
Moi , transmettre mon nom à la Posterité !
D'un si frivole espoir bien loin de me repaître
Je
&
MARS. 1735. 489
Je suis content du plaisir d'être ,
Et ne connoître point l'honneur d'avoir été.
Mille pardons , Malcrais , je vous ai reconnuë ;
Mais la veriré toute nuë
Blesse la plupart des Lecteurs ;
Et si je vous compare à nos plus grands Auteurs;
Je vous dois ce tribut , ce n'est point politesse .
Toute la France sçait que vous leur ressemblés ,
Et si vous n'êtes leur Maîtresse ,
Tout au moins vous les égalés.
C'est vous dont les brillantes times
Ornent les plus petits sujets ,
Et qui,vous élevant jusqu'aux plus grands objets,
Nourissés notre esprit par vos Ecrits sublimes.
Sans doute votre coeur a souvent combattu
Contre le sot orgueil et la folle tendresse ;
Et les vices de toute espece
Ont respecté votre vertu. 2 .
Que de justes motifs de nos tendres hommages!
•
J'admire dans toutes les pages
Le présent que vous m'avés fait,
Il est d'un prix inestimable.
Vos dons sont merveilleux , votre stile est
parfait ,
Vous rendés la sagesse aimable
D vj J:
490 MERCURE DE FRANCE
Je crois qu'à tous égards vous êtés adorable ;
Mais le diable est diablement fin
Peut- être le iusé se flatte qu'à la fin ,
A force de vertus , il vous rendra coupable.
Que le beau sexe est glorieux
D'avoir en vous une Héroïne ,
Dont l'esprit mâle et vertueux ,
Enrichit la raison d'une aimable doctrine.
Ne le révélés pas à ce Sexe enchanteur ;
Malcrais , je vous ouvre mon ame ,
Yous-même passés- moi cette mauvaise humeur;
J'enrage que vous soyez femme.
Ce mérite de trop ralentit mon ardeur ,
Je vous crains et je crains mon coeur ;
La tendresse est l'écueil de la Philosophie ,
Trouvés bon que je m'en défie.
Peut- être à trop d'esprit joignés - vous trop
d'appas?
Moi , fils d'Adam , je crains la pomme,
Hélas ! si vous deveniés homme ,
vous aimèrois trop et ne vous araindrois pas
REMARS.
17350 491
LETTRE de M. L. Chanoine et Sou
chantre d'Auxerre , à M. Dunod , ancien
Profeffeur en l'Univerfité de Be
sançon , sur sa nouvelle Histoire de Franche-
Comté, & en particulier sur l'ancien
Château de Portus Abucini , dont il a
fait la découverte.
A
Yant appris , M. que votre Histoire
de la Franche Comté , nouyellement
imprimée à Dijon , chez de
Fay , étoit en cette Ville , entre les mains
de Dom Urbain Plancher , Benedictin ,
qui compose celle de toute la Bourgogae
, je n'ai pas manqué d'aller au plutôt
jetter la vûë dessus pour sçavoir si
Vous y parliez du Portus Bucini ou Portus
Abucini , sur lequel je médite depuis
long-temps une petite Dissertation pour
fixer ce que M. Valois ne dit qu'en hésitant
. Vous en parlés dès la page 30. de
votre Ouvrage , et nous nous trouvons
de même sentiment. C'est ce qui me dispensera
de faire là - dessus une Dissertatio
en forme , puisque vous prouvés
suffisamment que c'est Port-sur- Saone ;
ce que je m'étois proposé de montrer.
Quoi492
MERCURE DE FRANCE
,
Quoiqu'on estime infiniment et avec
raison la Notice des Gaules de Mr Valois
, il y auroit cependant beaucoup à
retoucher aujourd'hui , si on entreprenoit
de l'examiner de fort près. On m'a
assuré que ce Sçavant ne se donnoit pas
toujours la peine d'écrire dans les Pays
d'où il auroit pu tirer des lumieres , encore
moins de s'y transporter , comme
je fais quelquefois quand je veux appro- -
fondir un fait.
Permettés-moi , M. de vous faire part
du Mémoire que j'envoyai en 1732. au
R. P. Coquelin , Coadjuteur du R. P.
Abbé de Faverney , qui est un Monastere
fort voisin , comme vous sçavés
de Port-sur Saone , et de la Réponse
qu'il eut la bonté de me faire . Cela vous
prouvera qu'il y a long - temps que je
ruminois les mêmes choses que vous, touchant
Portus Abucini..
Copie de ce Memoire.
« Les anciennes Notices des Gaules faisant
l'énumeration des Villes de la Pro-
» vince des Sequanois , et des Châteaux
» du même pays , marquent pour dernier
» Château Portus Abucini , ou Portus Bucini.
La position de ce Lieu a été inconnuë
jusqu'aujourd'hui. M. Valois se se-
» roit.
MAR S 1735 495
roit visiblement trompé , s'il eût assuré
» qu'il faut le chercher jusques vers le
» Lac de Genéve , il balance , il hesite ,
uet ne sçait où le fixer. Un endroit de la
» vie de S. Valere , Diacre de Langres ,
» peut servir beaucoup à désigner cette
a position. M. Valois le produit , mais il
ne le fait pas assez valoir. Il y est dit
que ce Saint Diacre conçut le dessein
» d'aller de Langres, dans le pays des Se-
» quanois , et d'atteindre jusqu'aux monts
» Jura , et que s'étant mis en chemin il
» arriva ad locum quem haud longè positum
ex antiquo incola vocant Portum Bucinum.
Ce fut là qu'il souffrir le martyre .
Il faut donc chercher ce Lieu vers le
» Sud- Est, ou environ , de la ville de Lan- -
gres , et sur la route qui conduit aux
» monts Jura. En même temps , il faut ·
» que ce soit un Lieu assez peu éloigné
» de Langres , hand longè positum. Un troisiéme
indice qui peut servir à reconnoître
ce Lieu , est si l'on trouve le nom
» de Port donné à quelque Endroit , et
qu'il y ait en ce Lieu une tradition immemoriale
du culte de S. Valere . Or
il se rencontre sur la route en question,
> vers l'Orient d'hyver de Langres , au
» bout de la premiere journée , deux Enndroits
appellez Port,tous deux situez sur
✔
mla.
2
494 MERCURE DE FRANCE
Sea
» la Saone , l'un se nomme Port d'Atten
lan , l'autre Port fur Saone. Il faut que
>> l'un des deux soit le Portus Bucini : mais
nje serois plus porté à croire que c'est
» Port sur Saone , par la raison que je
trouve dans la Carte aux environs de
» ce Port un Village du nom de S. Valier,
» lequel Lieu pourroit bien avoir été ce-
» lui où le S. Diacre fût inhumé , ou mê-
» me martyrisé.
» Il seroit donc à propos de s'informer
Ȉ Port sur Saone , et au Village ou Hameau
voisin apellé Saint Valier , quelle
» est la tradition du Pays, et si l'on y croit
que S. Valere , Archidiacre de Langres ,
» y ait souffert le martyre le 22. ou 23 .
Octobre. De plus , il seroit bon de sçavoir
, lequel des deux Ports a la repu
» tation d'être plus ancien de Port d'Attelan
, ou de Port sur Saone ; et s'il n'y
en a pas un des deux où l'on trouve des
Antiquitez Romaines , comme Medail
les , Inscriptions , restes d'Edifices an
» ciens , &c. J'ai parcouru beaucoup
» de curiositez du Diocèse de Besançon
» que les Bollandistes raportent au 6.
» Juin, après le Pere Chifflet ; mais je n'y
ai rien rouvé touchant Portus Bucini.
» Je ne croi pas qu'il soit necessaire de
raprocher ce Portus Bucini plus près de
» LanMARS
1735 498
Langres que de 10 ou 12. licuës , parce
» qu'il faut qu'il soit sur quelque Riviere
» renommée. Or ni l'Ayron ni l'Amance
ne sont point des Rivieres de ce rang , ni
» qui ayent pû avoir des Ports comme la
» Saone. Il est donc plus sûr de cher-
» cher ce Port sur cette Riviere celebre ;
» mais il est question de se déterminer
» entre Port d'Attelan et Port sur Saone ;
» et c'est à quoi contribueront les éclair-
» cissemens qui viendront de la part du
» R. P. Coadjureur de l'Abbaye de Fa-
» verney à celui qui est & c . figné Lebeuf;
Ch. & Souch. de l'Eglise d'Auxerre , co
21. Juillet 1732..
REPONSE au Memoire , datée de
Faverney le 20. Decembre 1732 .
» Depuis mon retour dans la Province
Dje cherche , M. à vous satisfaire sur la
» Question proposée dans un Memoire
» qu'on me remit de votre part à Saint
» Martin des Champs ; et je trouve votre
» sentiment très-apuyé . A Port sur Saone,
c'est une Tradition constante que le
» Diacre S. Valere y a souffert le martyre.
» Le Village de Saint Valier n'est separé
» de ce Bourg que par la Riviere. Il s'y
trouve une Chapelle sous l'invocation
» de
456 MERCURE DE FRANCE
,
de ce Saint , dépendante de la Cure de
Port sur Saone , et sous cette Chapelle
-on en voit encore une autre où l'on
» est persuadé que ce S. Diacre fut inhu
» mé . Par consequent il y a tout lieu de
croire , que c'est là le Portus Abucini ,
dont vous cherchés la position ; le Port
» d'Atelan ou d'Ateley qui est au voisi
»nage , ne doit pas vous faire de la peine
; il ne s'y trouve aucun vestige d'Antiquitez
Romaines , ni d'autres ; ce n'est
» pas une grande route , et c'est depuis
Dune vintaine d'années seulement qu'il
s'y est formé un petit Village ; car au-
» paravant il n'y avoit qu'une chaumiere
» pour le Batelier, et quelques autres pour
ceux qui travailloient à la construction
» des bateaux , d'où l'on prétend qu'est
» venu à cet Endroit les noms d'Atelan
» d'Ateley , ou d'Atelier. Ainsi , M. du
moment que vous n'hesités plus
» qu'entre Port sur Saone et Port d'Ate
» lan , votre parti est facile à prendre.
» Portus Abucini , selon un de nos Curieux
, pourroit être ce que nous apel
lons Port Aubert , proche l'endroit où
» la Louve se jette dans le Doux. Il veut
» trouver quelque conformité dans les
» mots d'Abucini et d'Aubert. Le P. Dunod
, Jesuite , a crû que ce Port étoit
» sur
MARS. 1735. 497
sur le Doux, proche le village de Noire,
» à trois ou quatre lieuës au dessous de
» Dole , disant qu'on y avoit trouvé de
grosses pierres et des boucles qui ser-
-voient à fixer les bateaux : c'est ce qu'on
>> me racontoit dernierement. Mais après
» tout , l'opinion presque universelle est
>> pour Port sur Saone; et, comme vous le
» remarqués , M. l'endroit de la vie de S.
» Valere est ce que nous avons de plus
» juste pour désigner la position de cet :
ancien Port dont il est fait mentions
dans les anciennes Notices des Gaules.
>> Je souhaiterois être en état de vous
» donner plus de satisfaction , puisque j'ai *
n . l'honneur d'être , &c. signé Coquelin ,
» Coadjuteur de Faverney.
Vous voyés , Monsieur , que j'êtois en
état de toucher une bonne partie des rai
sons sur lesquelles vous vous fondés. Vous
y en avés ajoûté qui sont excellentes , et
que vous étiez plus à portée de connoître
que moi.J'ai vu ici en 1715. le P.Dunod ,
dont il est parlé ci - dessus, et je me ressou
viens que m'entretenant avec lui sur quel
ques points d'Antiquité , il me parut
avoir des pensées bien neuves , comme
de croire que Celidoine ou Chelidoine
dont la déposition fit du bruit au cinquiéme
siecle , n'étoit pas Evêque de Be--
sançon
›
498 MERCURE DE FRANCE
sançon , mais de Vaison ; et qu'on avoite
été trompé par la ressemblance des noms
Vesuntionensis , et Vasionensis . J'ai remarqué
que sur cet article vous suivés la route
-ancienne .
Les Annonces des Martyrologes ou des
Calendriers qui ont un certain âge , ne
sont pas à negliger , aussi - bien que les
Legendes des anciens Livres d'Eglise , lors
qu'on veut rencontrer juste dans certaines
positions Geographiques ; j'ai experi
menté plus d'une fois qu'avec leur aide ,
et en faisant attention au lieu du culte .
des Saints , on parvient à découvrir la verité.
Vous avés , sans doute , observé qu'un
Martyrologe d'Auxerre récrit au x1.siecle ,
et publié par Dom Martene Thes . Anecdot
T. vi. p. 736. met le Portus Bucinus, comme
dépendant de Langres , au 22. Octobre,
Lingonis civitate in Portu Bucino, Passio
S. Valerii Martyris et Levita.
J'ai une fois proposé à un savant Benedictin
, la pensée qui m'étoit venue tou--
chant une certaine Regle qui est dans le
Codex Regularum , apellee Regula Pauli
et Stephanis et je lui disois qu'il me pa--
roissoit que ces noms Paulus et Stephanus
n'étoient pas ceux des Auteurs de cetteRegle
, mais les noms des Communautez où
on l'observoit. Quoique je pusse jetter
la .
MARS. 1735. 499
la vue sur la ville de Lyon où il y a un ancien
Clergé de S.Paul et un de S. Etienne,
je m'imaginois que c'étoit plutôt à Besançon
que cette Regle avoit été compo
sée et observée dans la Communauté de
Saint- Paul , et dans celle de S. Etienne
sur la montagne ; parce que les anciens
Evêques de Besançon aimoient fort la
regularité ; qu'au reste il ne falloit pas
être surpris si les Ecrivains n'avoient pas
mis Regula S. Pauli et S. Stephani, qu'en
core aujourd'hui en certaines Cathédrales
, comme celle d'Autun , on parle cet
ancien langage dans les Rubriques , et
sans se servir du mot Sanctus : par exemple
, au Dimanche des Rameaux on dit :
Aspersio in Ecclesia Nazarii..... Processio
ad Ecclesiam Andochii . Ostiarii in albis
deferunt Reliquias Rachonis , ... Statio
ante portam inferiorem Ecclesia Lazari.
Voyés les Brefs particuliers de la
Cathedrale. Ce Benedictin parut goûter
ma pensée ; mais je me flatte que vous
me fournirés de quoi la fortifier , et lui
donner assez de poids , pour qu'on n'aille
plus chercher parmi les Peres des deserts
un Paul et un Etienne pour les faire Auteurs
de cette Regle , qui doit être plutôt
sortie de la plume d'un Evêque de
Besançon . Je suis , & c,
A Auxerre , ce 28. Février 173505
Too MERCURE DE FRANCE
On a dû expliquer les Logogryphes
et Enigmes du mois de Février par Mercure
, Calcul , Crémaillere , les quatre Mandians
, mets de Carême.
J
九
ENIGM E.
E suis un composé de nombre de parties ,
Que, pour la propreté les mains ont assorties;
Mon corps n'est destiné que pour un autre corps,
Je suis presque la même au dedans qu'au dehors
Ou du moins on en fait très -peu de difference ;
J'en apelle à témoins certains braves de France ;
Ces Messieurs , sans façon et sans difficulté ,
Me font souvent servir d'un et d'autre côté.
Pour me mettre en usage , il faut , quoique l'on
fasse ,
Que par beaucoup de mains je passe er je repasse
On m'expose d'abord à plus d'un Element ,
L'on me tourne et retourne , et même à toug
momens ;
Après avoir souffert differentes tortures
Et de chaque Element essuyé les injures ,
Je me trouve en état de faire quelqu'honneur
A celui qui de moi veut être le Porteur.
Jay sous le même non figure differente ,
Je
'MARS.
1735. Sat
Je suis pour les Humains parure bien séante ,
Il est pourtant des gens qui se font une loi
De vivre et de mourir sans se servir de moi.
M. Travenol.
**
J
LOGO GRYPH E.
>
E suis Hébreu , Latin , Grec et François )
Selon que l'on m'habille .
Scavante gent , rongés ici vos doigts
Tandis que je pointille.
Cinq Lettres font les membres de mon corps.
Je ne suis cependant qu'un simple caractere.
Le temps venu du plus triste Mystere ,
Enfans de Choeur me fredonnent alors.
Prenés 3. 2. en ajoutant le reste
Vous distillés la Rosée et la Fleur.
3. 4. et 5. plus 1. je vous proteste
A
Qu'au mot susdit je suis plein de douceur.
Renversés- moi , maint Ouvrier m'employe
En tout Pays , au propre , au figuré.
1. 2. 5. 4. aux ris je suis en proye ,
( Neuve Ortographe ici m'a rassurée )
Voyés de plus en m'écrivant de même ,
Nom de Boufon , de Filet et de Saint.
Alongés , 1. l'Element qui m'enceint
Donne au Marché viande, de Carême.
Ajoutés
52 MERCURE DE FRANCE
Ajoûtés 5. je suis neuf fois plus grand.
8. 2. et 4. et 5. mis en leur rang ,
Tu te dis en langue étrangere ,
U
Ami , ce que tu viens de faire.
P. E. F. de S. B.
AUTR E.
N présent du Soleil doit me faire connoître
Lecteur , et te développer mon être.
Mon nom , quoique françois, est tout Latin
Dans son premier lambeau , dans celui de la finë
Je suis nécessaire à la guerre.
Précisément , voilà tout le mystere.
AUTR E.
CE que je suis se fait porter par la Milice ;
Tu me comprens , Lecteur , ou tu n'es guere fine
Ma premiere moitié te rend un mot Latin ,
Combine l'autte , tu vois Nice.
AUTR E. *
LEcteur , je suis dans la Cavalerie-§
Prens-moi de suite , je te prie.
C'est d'abord un adverbe, ou préposition:
Terme Latin d'un endroit de l'Eglise.;
Nom, chez les Juifs de grand renom ;
Dictum
MARS. 1735
505.
Dictum d'un Capucin et de son Compagnon ;
Ce qu'un quidam fait sans feintise ,
Lecteur , un peu d'attention.
XXXXXXXXXXXXXXX
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.'
LETTRE sur le Livre intitulé le
Spectacle de la Nature.
E vous tiens parole , Monsieur , au
sujet du Livre dont le premier Tome
vous a fait tant de plaisir ; en attendant
que le second puisse parvenir sur
les bords du Tibre que vous habités , je
yous avertis qu'il vient de paroître sous
ce titre .
LE SPECTACLE DE LA NATURE ou
Entretiens sur les Particularitez de l'Histoire
Naturelle , qui ont parû les plus
propè rendre les jeunes gens curieux,
et à leur former l'esprit . Seconde Partie ,
contenant ce qui regarde les dehors et
l'interieur de la Terre.Tome second , brochure
in 12. de 478. pages , sans le Plan
de l'Ouvrage , qui sert de Préface , lequel
en contient 24. et sans la Table . A Paris,
E chez
594 MERCURE
DE FRANGE
chez la veuve Etienne , rue S. Jacques ;
et Jean Dessaint , vis- à - vis le College de
Beauvais. Le prix est de 3. livres chaque
volume en blanc. Il y a 35. Planches en
taille-douce.
On a employé , comme vous sçavés ;
M. le premier Volume de cet Ouvrage
à faire la revûë de la plupart des Animaux
, et on n'a qu'entamé , pour ainsi
dire , la matiere des Plantes , & c. on encre
ici dans un détail sur cette matiere
qui ne laisse rien à désirer.
x
Nous commencerons , dit l'Auteur
dans le Plan de son Ouvrage , par les
productions que la Terre nous offre dans
nos propres demeures , c'est-à - dire , par
les Fleurs et par la verdure de nos Jardins
... Aprés nos Parterres et nos Bosquets
, nous trouverons nos Potagers et
nos Jardins fruitiers. Pour n'y être pas
embarassés de nos propres richesses , nous
nous bornerons par tout à l'excellent et
au nécessaire. Nous nous garderons bien
de vouloir trouver tout dans un Pota-
Mais par le retranchement du
médiocre et de l'inutile , nous parviendrons
à faire ensorte qu'il répande ses
résens sur toute l'année , sans laisser au-
'cun vuide. De- là nous pourrons passer
dans nos terres labourables , puis visiter
ger.
P
sage
nos
MARS. 1735. 505
Vignobles , er examiner les productions
de ces deux fonds si importans , sans
perdre de vûe l'industrie avec laquelle
l'homme sçait les mettre en oeuvre , puisque
la façon nous en interesse autant que
la chose même .
De la nature de tant de Plantes bienfaisantes
dont la Terre est couverte , nous
passerons à la considération des Fontaines
et des Rivieres dont elle est arrosée.
Nous suivrons avec quelque soin le mouvement
de ces Eaux , qui ont reçû ordre
de balayer nos demeures , de fertiliser
nos Plaines , de désalterer les animaux ,
de donner l'accroissement aux Plantes
de fournir à nos tables des Poissons d'un
suc excellent , et de lier les differentes
Régions du Monde par la facilité des
transports réciproques . Nous tâcherons
ensuite de découvrir l'origine de leur
cours. En perçant dans les entrailles des
Montagnes et des Plaines , nous pourrons
entrevoir la structure merveilleuse des
Réservoirs qui contiennent les Eaux.
Nous observerons la destination des Montagnes
qui les rassemblent , l'artifice des
Canaux qui les distribuent , la nature ,
P'usage et les productions du vaste Bassin
où elles se vont rendre. Nous risquerons
un Essay sur l'opération de l'Air ,
E ij qui
ses MERCURE DE FRANCE
qui recommence sans cesse à les pomper,
et sur la force mouvante qui les éleve
assez pour en pouvoir arroser les Montagnes
même et les disperse suffisamment
pour entretenir par une distilation toujours
nouvelle , tant le cours des Fleuves ,
que la verdure de la Terre.
Après avoir parcouru ce qui nous a
a été donné de meilleur dans les dehors
de notre Globe , nous en irons visiter
l'interieur . Là , comme dans un vaste Magazin,
nous trouverons en réserve pour tous
nos besoins , differens Sucs huileux , des
Sels féconds en mille effets et des terres
dont les secours se multiplient comme
les proprietez . Nous descendrons en
fin dans les Carrieres et dans les Mines ,
où nous continuerons , comme dans ce qui
précede, à remarquer le rapport que Dieu
a mis entre son présent et notre besoin .
Nous examinerons d'abord les Pierres et
les Métaux , tels que la Nature nous les
donne , et ensuite les principaux usages
que nous en sçavons faire.
Après le désir d'accoutumer la jeunesse
à reconnoître la voix et la volonté de
Dieu dans tout ce qui tombe tous les
jours sous nos yeux , nous n'avons rien eu
plus à coeur que de lui procurer la connoisance
même des choses de la vie les plus
comMARS.
1735:
ser
communes et les plus ordinaires . C'est
un bonheur de trouver des Maîtres qui
puissent nous apprendre des choses su
blimes , difficiles , rares ; mais on se plaint
tous les jours de n'être pas au fait de
celles qui sont le plus d'usage , et les
Sçavans sont peut - être ceux qui ont le
le plus de sujet de se faire ce reproct
....La vie se passe ainsi , poursuit
P'Auteur , sans connoître la plupart des
choses qui en sont le soutien . D'ailleurs
ces choses sont dispersées , et il arrive
rarement qu'on les aille chercher où elles
se trouvent, ou qu'on les remarque quand·
elles se présentent. Tel qui connoît les
Ormes de ses Avenues,ou qui a souvent vû
PErable et le Chêne dans ses Bois , ne connoîtra
ni le Pin ni le Chataignier. Celui
qui a souvent remarqué le Trefle dans
ses Prairies , ne connoît peut - être ni le
Sainfoin , ni la Luzerne.L'un a vû les dehors
d'un Vaisseau , mais il n'en connoît
pas l'arrangement interieur. Celui qui a
vû les Vaisseaux du Havre , ou de Dieppe
, ne sçait pas quelle est la forme des
Galeres de la Méditerranée. Il peut donc
y avoir un avantage considerable pour
bien des Lecteurs , de trouver la plupart
des choses usuelles et dont on parle tous
les jours , raprochées dans un Ouvrage
E iij por508
MERCURE DE FRANCE
portatif et renduës sensibles par le se-.
cours de la Peinture.
C'est dans cette vûë que nous avons
fait graver sur des Desseins , la plupartd'après
nature , les Fleurs les plus belles
que les Curieux cultivent par préference;.
les divers arrangemens que nous donhs
à nos Parterres , à nos Bosquets et
à nos Terrains les plus irréguliers , cnsuite
les divers feuillages des arbres tou-,
jours verds , et autres dont nous composons
nos Palissades et nos Allées ; les .
feuillages des Bois de Charpente , de
Charonage , de Menuiserie et de chauffage
, que nous abbatons dans nos Forês,
les Pressoirs qui servent à exprimer
le jus des Raisins , des Pommes et des
Olives ; enfin les Herbes les plus souhaitées
dans nos Prairies. A la suite de ces
objets , qu'on connoît si peu , quoiqu'on
les trouve par tout , viennent ceux qui
ont rapport aux Rivieres , à la Mer et à
l'interieur de la Terre. On trouvera d'abord
la disposition des Couches de difa..
ferentes matieres qui s'étendent les unes
sur les autres dans le coeur des Montagnes
et sous les Plaines ; le cours que
cette disposition fait prendre aux eaux
qui coulent sous terre ou dans les dehors
; ensuite les Poissons, qui ne vivent
que
MA RS. 17350 sog
que dans l'eau douce , ceux qui passent
de la Mer dans les Rivieres, et les principales
Pêches. Après avoir rassemblé ce que
la Mer a de plus curieux , comme sont
ses Poissons d'une figure éloignée de l'ordinaire
, ses plus belles especes de Coquillages,
ses principales Plantes et la Pêche
duCorail , nous aurions crû , en par
lant des avantages de la Navigation , avoir
omis un point fort peu connu , quoi
qu'on en parle sans cesse , si nous n'avions
fait graver les dehors et les dedans
d'un grand Bâtiment de Mer , d'une Galere
et des plus petits Vaisseaux , avec la
maniere de les lancer à l'eau.
Les Pierreries , les Pierres et les Métaux
ne pouvanɩ tirer aucun secours de
la Gravûre , comme on peut s'en convaine
cre , continue l'Auteur , en jettant les
yeux sur les magnifiques et inutiles Planches
du troisiéme Tome de l'Histoire du
Danube , par M. le Comte de Marsilly ,
de toutes les singularitez qu'on trouve
sous terre , nous avons cru ne devoir faire
graver que les diverses pétrifications
et les Pierres figurées , parce que , représentant
des Animaux ou des Plantes , elles
deviennent reconnoissables , et que
d'ailleurs elles donnent lieu à diverses
questions curieuses . On trouvera l'expli-
E iiij cation
ro MERCURE DE FRANCE
cation des Planches à la fin de chaque
volume.
Pour rendre l'accès de toutes ces choses
aisé et agréable , nous avons eu recours,
autant qu'il a été possible , à des
figures de grandeur naturelle , toujours
plus propres à fixer le souvenir de l'objet
, que toutes les descriptions qu'on en
pourroit faire. Qu'on parle à un jeune
Lecteur de feuilles grêles , charnuës ,'
oblongues , sinueuses , laciniées ; tous ces
mots sçavans le déroutent et convertissent
son amusement en une étude sérieu
se. Montrés- lui le feuillage de la Plante ,
il comprend sur le champ la difference
de l'Orme au Charme , et du Tilleul
au Bouleau . Par la suite il les reconnoî
tra sans effort. Il dira en passant dans
un Bois , ou sur une Prairie : voilà du
Sainfoin ; vollà du Tremble ; ceci est un
Chêne verd ; cet arbre un Sapin , &c .
Je passerois les bornes d'une Lettre
M. si je voulois vous donner ici une idée
plus complette de l'Ouvrage de M. l'Abbé
Noël , déja traduit en plusieurs des
principales Langues de l'Europe , Ouvrage
aussi utile qu'agréable et amusant,
mais je ne puis me refuser encore quelques
lignes au sujet des 25. Planches qui
ornent ce second volume.
Ca
MARS. 1735 :
SII
Ce sont plusieurs sortes de Pressoirs ,
des Parterres , des Bosquets , des Fleurs ,
des Fruits , des Branches , Feüilles et Racines
de diverses Plantes , Arbustes et
Feüillages de divers Arbres, &c. toutes ces
choses , sur tout ces dernieres, sont executées
au mieux qu'on puisse le desirer par
deux Personnes du Sexe, et qui lui font
beaucoup d'honneur par leurs talens .. La
premiere est Mad: Mag lelaine Basse Porte,
qui a peint avec un art et une précision admirable
d'après Nature , tout ce qu'on
voit ici en ce genre , gravé par Mad.
Magdelaine Hortemels , Epouse de M. Cochin
, nom connu et illustre dans ce bel
Art. Je crois devoir ajouter que le célebre
Venceslas- Hollar , dont vous connoissés
le Burin tendre , leger , délicat
et flour,ne désavoüeroit pas cette gravûre,
s'il revenoit au Monde. Le Frontispice de
ce Volume , représente la Vigne plantée
dans les Gaules , du Dessein de M. Boy--
chet , et gravé par M. Cochin , dont je
viens de parler, lequel , pour la finesse du
trait , pour l'intelligence et la précision ,
est incomparable.
Le troisiéme Volume , de 563. pages ,'
est aussi curieux que les deux premiers
et enrichi de 33, Planches , grandeur
d'in 4. en large , comme celles du pré-
E v cedent
$ 12 MERCURE DE FRANCE
cedent Volume , excepté deux en hau
teur , dont l'une sert de Fronstispice ,.
du Dessein de M. Bouchet , gravée par
M. Cochin , représentant la jonction de
l'Océan et de la Méditerranée , et l'autre
un Attelier où l'on voit un Fayancier
travaillant sur le Tour. Dans les autres
Planches , ce sont des Pétrifications .
des Plantes , des Poissons et Pêches de
la Seine , des Fontaines et Rivieres souterraines
, des Animaux , des Bâtimens ,
de Mer , divers Poissons de Mer , Coquillages
, Plantes Marines , la Pêche du
Corail , Pierres figurées , Vegétations ,
&c. Je suis , Monsieur , & c.
>
A Paris le 19. Février 1735. -
·
ORAISON FUNEBRE de très-haut--
et très puissant Seigneur Louis - Hector
Dac de Villars , Pair ct Maréchal de Fran
ce , Maréchal General des Camps et Armées
du Roi , Grand d'Espagne , Commandeur
des Ordres du Roi , Chevalier
de la Toison d'or , Gouverneur des Pays
et Comté de Provence , & c . Prononcée à
Paris dans l'Eglise de saint Sulpice sa Paroisse,
le 27. Janvier 1735 , par M. l'Abbé
Seguy , Prédicateur du Roi , Abbé de
Genlis , Chanoine de la Cathedrale de
Meaux ,
MAR S.- 1735 513
Meaux. Se vendà Paris chez Prault Pere ,
Quay de Gévres , au Paradis 1735 .
Voilà , Monfieur , le Titre précis de
POraison Funebre du Maréchal de Villars ,
qui vient d'être rendue publique , que
vous ne verrés pas si- tôt par la situation
où vous vous trouvés , et dont , en attendant
, je vous trace ici le Plan , et quelques-
uns des principaux Traits . C'est à
quoi je vais tâcher de satisfaire , autant
que les bornes d'une Lettre pourront me
le permettre.
L'Orateur , après avoir exposé son Texte
, pris du 1. Livre des Machábées , ch.-
14. par ces paroles : * Sa gloire brilla tous
Les jours de sa vie .... Personne ne lui resistoit
, et il fit la paix sur la Terre , entame
son Discours de cette maniere .
» Ils meurent donc comme le reste des
Hommes , ces Heros comblez de Gloire ,
» ces Foudres de Guerre , qui ont fait
trembler les Peuples , ces Arbitres de la
Paix, qui ont fait cesser leur terreur ! et
nile Défenseur de Juda , que loue l'Esprit
Saint dans ces Paroles , ni le Vengeur
de la France , à qui je viens les
>> appliquer , n'ont pû résister au Bras
{ * Gloria ejus omnibus diebus. ... et non erat quiz
resiste ret ei.... et fecit pacem super terram...
Evjs puis514
MERCURE DE FRANCE
puissant de la Mort , elle à qui rien ne
> resistoit sur la Terre.
Une Morale Chrétienne , courte et pa
thétique naît de ces grandes Paroles , qui
sont suivies de la Division du Discours.
L'Auteur l'établit ainsi : » Vous verrés.
» dans M. le Maréchal de Villars unGene-
» ral d'Armée et un Homme d'Etat. L'un,
avec toute la Gloire à laquelle l'Ambia
tion la plus grande d'un Guerrier peut
prétendre ; l'autre , avec tout l'éclat au-
» quelles voeux les plus étendus d'un Mi-
» nistre peuvent aspirer . En un mot, vous
» verrés dans M- le Maréchal de Villars un
>>Homme qui fût en nos jours le Heros de
» la Guerre et le Heros de la Paix.
Un Portrait plus détaillé de M. de Vil
lars paroît un peu après l'Exorde de la
Premiere Partie . » M. le Maréchal de Vil-
» lars , dit notre Orateur , a été un de
» ces nobles Instrumens qu'employe la
>> main de Dieu , pour faire le sort des
» Empires, pour défendre , ou abatre, ou
» humilier les Rois ; et pour cela , qu'avonsnous
vu en lui , Messieurs ? un Heros
» qui a fait de bonne heure un des plus
» glorieux apprentissages de la Victoire ;
» un Heros dont la Victoire , un Heros
dont la puissante audace a sçu se justil'exécution
des plus étonnantes
» fier
par
entreMARS.
17358 315
entreprises , un Heros dont la conduite
» et l'Art ont éclaté éminemment dans
» les plus difficiles conjonctures de la
Guerre , un Heros dont les succès ont
» été plus importans encore qu'admira-
» bles , un Heros dont la valeur , par un
exemple peut-être unique dans tous les
âges , a toujours été exempte de la vi-
» cissitude des Armes. Eh ! dans quel autre
a plus brillé à nos yeux tout l'éclat
de l'Heroïsme militaire ?
}}
Tout ce qui suit et qui compose cette
premiere Partie du Panegyrique , est une
preuve continuelle de ce que l'Orateur
vient d'avancer , apuyée sur la verité de
P'Histoire , et ornée de tout ce que l'Elo
quence a de brillant et de sublime. Vous
distinguerés, Monsieur , avec plaisir dans la
lecture , les magnifiques traits qui peignent
notre Heros , Vainqueur à Frede
lingue , à Hochstet , lors de la premiere
Bataille , à Stolophe où il est représenté
comme un Ange exterminateur ; enfin à
Denain comme un Ange Tutelaire ; Denain
, dont l'heureuse journée ouvrit la
porte à tant d'autres heureux succès , et
qui fut suivie de la tranquillité de l'Eu
rope .
» Cherchés , cherchés ailleurs , dit le
Panegyriste en finissant cette premiere
Partie
MERCURE DE FRANCE
» Partie , Appréciateurs éclairez du me
write des Grands Hommes , un Guerrier
qui ait joint à une prosperité si brillante
, une prosperité si durable : et sis
» vous le trouvés , cherchés encore ; voyés
» s'il a joint , comme le nôtre , au titre de.
Heros de la Guerre , le caractere de-
» Heros de la Paix , second trait de la
gloire de M. le Maréchal de Villars .
Ce second trait , qui fait tout le fond
de la seconde Partie de ce Discours , représente
dans le même Heros Guerrier
un Negociateur , un Pacificateur , un
Homme d'Etat , et dans ces differens
ministeres un veritable Héros de la Paix .
Il m'est impossible , Monsieur , de suivre
notre Orateur dans tout le détail des Em ,
plois politiques confiez au Maréchal de
Villars , dont les succès sont exposez ici :
avec autant d'éloquence que de verité.
Je vous renvoye au Discours entier ; ou
plutôt je vous renvoye , pour me servir
des termes de l'Auteur, à » l'Histoire des
2
hauts Faits de ce Grand Homme ; His--
» toire , dit- il , que les premieres Plumes
» doivent au siécle pour l'honneur du
» siécle même , et du nom François, pour
»l'avantage de la Patrie.
Les Gens de Lettres du premier ordre
doivent , sans doute , ce tribut à un He.
Los
M A& R S.. 317- 1735.
tos , qui a aimé les Lettres , qui les a cultivées
, qui les a protegées , qui a fondé
une Académie dans le sein de ma Patrie ,
Académie devenuë florissante par une
telle protection , illustrée dès sa naissance
par son Affiliation à la plus celebre de
toutes les Académies . Ecoutons sur ce
sujet l'Auteur de son Panegyrique.
" Nous l'avons vû , dit il , à l'exemple.
» du sage Ministre , dont nous benissons
» les travaux , s'asseoir avec complaisance
» parmi ces Hommes , l'honneur de la
» Litterature , et mettre au nombre de ses
>> Titres les plus glorieux , celui de leur
Confrere. Que dis- je ? Peu content de
>> cultiver les Lettres , devenu leur Pro-
» tecteur , n'a -t'il pas rassemblé ailleurs
sous ses auspices , tous ceux qui pou-
» voient les enrichir, ces Lettres , par leurs
.talens ? et la Province dont il étoit le-
» Chef , ne lui doit elle pas l'Etablisse
» ment d'une Societé également polie et
sçavante Que ces talens payent , à3
» l'envi , à sa memoire , le tribut qu'elle
» merite et voyés , M M , combien ce
tribut doit être grand ! &c.
Ici l'Orateur retrace aux Sçavans char
gez du soin de celebrer cette Memoire ,,
toutes les vertus de son Heros , qui sont
en grand nombre : Ensorte , dit- il en s
finissant
318 MERCURE DE FRANCE
finissent ce Tableau magnifique , qu'on
pourroit dire qu'il auroit manqué à sa
» gloire l'épreuve des Adversitez , si le
» merite de soûtenir , comme il faisoit la
» bonne fortune , ne supposoit un coeur
capable de constance dans la mauvaise.
Cependant de nouvelles conjonctures ,
qui sont ici noblement exprimées , de
nouveaux besoins redemandent le Heros
Guerrier . Ce Heros , dans l'âge des Patriarches
, s'aprête à servir une juste querelle
, et retrouve encore dans l'Ardeur
de son zele immortel , le premier feu de sa
jeunesse guerriere .
» Villars part honoré des marques les
» plus flateuses de l'estime de son Roy ,
qui sensible à tant de zele , le dis-
» tingue dans le suprême commandement
» par un Titre accordé à luy seul depuis
» Turenne ; il part le coeur ferme et le
» regard vainqueur , parmi les regrets et
» les larmes de ses proches et de ses con-
> citoyens & c.
» Il étoit déterminé qu'il triompheroit
encore . . . . , qu'il rendroit à des Cou-
» ronnes leur ancien Heritage ; et qu'il
» montreroit à l'Italie surprise , ce que
» Rone Belliqueuse ne lui avoit pas
» montré , un Conquérant de quatre-
➜ vingt- trois ans , et le plus rapide peut-
34. être
MARS. 1735. 19
-être qui se soit jamais emparé de ses
Provinces & c.
Mais , ô Lauriers , que nous devions
baigner de nos larmes s'écrie le Panegyriste
, la Mort l'attendoit ce Heros ,
aussi bien que la Victoire ... M. le Maré
chal de Villars , continue t'il , à force d'éclat,
vous a ébloüis ; il va maintenant vous
instruire : Paroles qui sont suivies d'une
Morale très édifiante, digne d'ün Orateur
Chrétien , et pénetré de son Sujet .
Voilà , M. tout ce que je puis vous dire
que vous trouverés , je
m'assure , en le lisant entier , digne du
succès qu'il a eu lorsqu'il a été prononcé
Je suis & c.
d'un Discours
,
LE REVEIL D'EPIMENIDE Comédie
en trois Actes , par M. Poisson ; repré
sentée pour la premiere fois par les Comédiens
François le 7. Janvier 1735. A
Paris , Quay des Augustins , 1735. in 12.
de 102. pages. Prix 24. sols.
Cette Piece n'a pas eu tout le succès
que son titre promettoit. On s'attendoit
à voir naître d'un sommeil de quarante
ans , un grand nombre d'avantures plaisantes,
et cela ne se pouvoit qu'à la faveur
d'un genre de Comédie , qu'on appelle
Pieces à Tiroir , selon le style des grands .
Goll
TO MERCURE DE FRANCE
Gourmets de Spectacles ; c'est -à- dire ,
dont les Scenes sont détachées , comme
dans les Fâcheux de Moliere . L'Auteur a
crû mieux faire en donnant une intrigue
suivic , dont le somineil du principal Héros
n'est devenu que l'accessoire , au lieu
qu'on s'attendoit qu'il en seroit le fond, il
a préferé le meilleur genre deDramatique
à celui qui auroit été le plus convenable
au sujet et le plus sûr du succès . Voici
de quelle maniere il a traité ce long sommeil,
il en parle dans son Prologue : lionssous
ensemble , die Melpomene à Thalie ,
Et cherchons quelque nouveauté ,
Quelque sujet que l'on n'ait point traité , &
A l'Histoire joignons la Fable ....
Ah ! j'en trouve un merveilleux ,
Offrons aux yeux de tous ce Mortel admirable .
Ce Philosophe vertueux ,
Qui par l'ordre des Destinées ,
Dormit pendant quarante années
Et crut à son réveil n'avoir dormi qu'un jour
Thalie a raison de lui répondre que ce...
sujet lui plaît fort ; mais Melpomene
commenec à prendre un travers,en disant
qu'il sera pathétique ; Thalie est plus raisonnable
quand elle lui répond :
J'aurai
MAR S.
1735 Sit
Fatrai soin d'y mêler quelqu'interêt d'Amour.
Melpomene veut aller plus loin , conformément
à sa passion dominante ; mais
Thalie modere ce transport , et lui répond
plaisamment :
Ah ! ne tuons personne ,
Le feu qui vous emporte iroit un peu trop loin
De ce tragique là nous n'avons pas
besoin.
L'Auteur a pris sagement ce dernier
parti ; il s'est contenté du pathétique de
la reconnoissance ; mais il auroit encore:
mieux fait de ne pas faire une intrigue .
d'Amour si régulierement suivie , et d'égayer
sa Piece par des surprises que son
titre sembloit promettre et auxquelles
tous les Spectateurs s'attendoient , on va
en convenir par la lecture de cet Extrait...
Leonide , Amant de Chloé , ouvre la
Scene et parle d'abord sur le ton le plus
tragique. Voici comme il s'exprime , parlant
à Dave , son Valet.
Qui pourroit supporter l'état où je me trouve ?
La mort n'est rien au prix du destin que j'é
prouve
Ciel ! quel revers ! eh ! quoi ? passer en un mog
ment
De la plus vive joye au plus affeux tourment !
Après
522 MERCURE DE FRANCE
Après un sort si doux trouver mille supplices L
Se voir précipité du comble des délices !
Fortune , Amour , Destin , ne vous unissés - vous
Que pour percer mon coeur des plus terribles
coups ?
Dave très- surpris d'un désespoir si tra
giquement annoncé , lui en demande la
raison ; Léonide lui apprend que Chloé
vient de le binnir , quoiqu'elle l'aime ,
et qu'elle lui a fait un mistere de la cause
d'un exil si rigoureux ; Dave égaye cette
Scene par du comique qui roule sur l'in
certitude de partir ou de demeurer. Léanide
est encore dans l'irrésolution ,
quand Epimenide sort de la caverne où
il a dormi quarante ans , et où il croit
n'avoir dormi qu'un jour. Surpris du
changement qui se montre à ses yeux,
et ne sçachant quel chemin il doit prenpour
aller à Grosse , sa Patrie et Capitale
de Crete, il le demande à Léonide,
qui le prenant pour un Etranger , lui
dit qu'il en voit la Ville ; il sort dans le
dessein d'executer ce que Chloé vient
de lui prescrire.
dre
Epimenide seul refléchit sur son étrang
ge avanture : il s'explique ainsi :
Bevois -je bien le jour qui m'éclaire et me guide
-DorMARS.
· 173.50 323
Dormai-je encor ? veillai- je ? et suis - je Epimenide
?
Dans le sommeil ici mes sens étoient plongez . ;
Comment depuis hier ces lieux sont - ils changeze
Je n'y reconnois rien que la caverne obscure ,
Où j'ai pris le repos . Quelle est cette avanture
Jupiter , des Crétois souverain Protecteur ,
Daigne ôter le bandeau qui cause mon erreur .
Il voit venir deux femmes qu'il ne
connoît il se retire
pas ;
les écou
pour
ter d'un endroit où il va se cacher , ét
pour tâcher de s'instruire par leur conversation.
Melite , amie de Chloé , demande
à cette Amante de Leonide , d'où
peut venir son chagrin . Chloé lui aprend
qu'elle vient de bannir pour jamais cet
Amant infortuné ; auquel il faut qu'elle
renonce , parce que Misis sa Mere lui a
declaré que Gnaton , un des plus riches
Habitans de Gnosse la demande en mariage
; Melite lui conseille d'aller se jetter
aux pieds de sa Mere , er de lui demander
au moins quelque temps pour se déterminer
à un Hymen qui ne lui plaît pas ;
Epimenide, qui n'est pas plus insttruit
cetteconversation qu'il l'étoit auparavant,
parce que l'Auteur a pris soin de ne pas
faire prononcer le nom deMisis sa fille , s'a
proche, et demande à ces deux Inconnuës
par
24 MERCURE DE FRANCE
où demeure Ariston , un des Principaux
de Gnosse , à qui il doit mettre entre les
mains des Lettres de crédit ; Melite lui
répond en riant , qu'il est mort depuis
vingt- cinq ou trente ans. Etouné de cette
réponse , il demande des nouvelles de
Nicandre ; pour celui- là , répond Melite ,
il n'est pas mort , mais il est si vieux ,
qu'il est prêt à cesser de vivre. Il paroît si
étonné de tout ce qu'on lui dit , que Melite
le prend pour un Etranger tombé des
nues , ou pour un fou ; Melite lui conseille
d'aller se reposer au prochain logis ,
apartenant à Misis ; Quoy ? la jeune Misis....
dit alors Epimenide à cette Epithete
de Jeune , Melite lui dit de ne pas
l'appeller ainsi , et que Misis est dans un
âge à le prendre pour une ironie des plus
sanglantes ; Epimenide va chez cette chere
Fille.
Gnaton arrive , et en entrant ordonne
à ses Esclaves d'aller tout préparer pour
son hymen avec Chloé ; il en parle à sa
future Epouse, en Amant qui ne soupire
qu'après cet heureux moment ; il est tout
étonné de la froideur avec laquelle Chloé
lui dit :
Monsieur , contentés-vous de mon obéissance.
Dave arrive , chargé d'une Lettre de
SOF
"MARS. 1795. 325
,
son Maître
pour Chloé
; la présence
de Gnaton
le déconcerte
: cet importun
Ri- val de Leonide
se retire enfin , et donne la main
à Chloé
, qui ne sort que pour. donner
lieu à Dave de faire sa commission
; Dave remet la Lettre
entre les mains
de Melite
, qui le charge
d'aller
faire revenir son Maître.
Epimenide commence ce second Acte
avec Straton , son ancien Esclave , qui
pénetré de la plus vive joye , lui dit :
Voilà donc ce retour qu'avoit prédit l'Oracle !
Ah ! Seigneur , quel sommeil ! ou plutôt , quel
miracle !
Vos tra'ts n'ont point vicilli ; quoi ! pendang
quarante ans
Ils ont été sauvez des outrages du tems ?
Mon coeur plus que mes yeux a sçû vous reconnoître
;
Epimenide ! ô Ciel ! quoi ? je revoi mon Máî
tre !
je ne puis me lasser d'embrasser vos genoux ;
Souffrés que je me livre à des transports
doux.
Epimenide charmé de sa fidelité , lui
demande d'abord des nouvelles de sa famille
; Straton lui apprend qu'il ne lui
en reste que Misis sa fille , veuve de Miltiade
, et Mere de Chloé. Epimenide
n'ayant
526 MERCURE
DE FRANCE
n'ayant pas trouvé sa chere Misis chez
elle , va chez Nicandre son ancien ami
et le seul qui lui soit resté ; il ordonne à
Straton de venir l'avertir chez Nicandre
dès que Misis sera de retour chez elle.
Straton réflechit sur le sort de son
Maître ; il se flatte d'une fortune brillante
; il en est si rempli quand Gnaton
arrive , qu'il le reçoit avec un air important
: Gnaton en est tout surpris ; mais
il l'est bien plus , quand Straton lui apprend
qu'Epimenide est vivant ; Straton
le quitte , en lui donnant quelque espece
de consolation par ces Vers :"
Ne vous allarmés point ; en épousant Chloé ;
Nous ne serés pas tant de vos biens denué ;
Mon Maître Epimenide est juste et raisonnag
ble
Et les comptes pourront se faire à l'amiable.
Gnaton ne comprend rien à tout ce
que Straton wient de dui diré ; après
quelques réflexions , il s'imagine qu'on
pourroit bien lui susciter un faux Epimenide
pour lui faire rendre gorge , at
tendu que feu son Pere fut autrefois
chargé de ses affaires . Misis et Chloé arrivent
; Gnaton presse son hymen ;
Chloé demande du tems à sa Mere , qui
lui
MARS. 1735 527
lui en accorde , au grand étonnement de
Gnaton , qui , grace à ses richesses , n'est
pas fait à de pareils délais ; frappé des
soupçons qu'il a témoignez dans le précedent
Monologue , il quitte brusque
ment Misis , en lui disant :
Et moi , je vous entends ;
L'on veut ruser ici , mais on perdra son tems
Je sçaurai prévenir ce que l'on prétend faire ;
Les manoeuvres à moi ne peuvent que déplaire
Vous pouvés là - dessus , si c'est votre dessein ,
Réflechir à loisir ; adieų , jusqu'à demain.
:
Misis ne comprend rien aux menaces
de Gnaton ; elle fait une douce reprimande
à sa fille au sujet du délai qu'elle
vient de lui demander . Cette Scene a
paru longue et ennuyeuse , autant que la
que
suivante a paru interessante ; c'est la reconnoissance
entre Epimenide et Misis
sa fille il la remene chez elle , pour
achever de s'instruire de tout ce qui regarde
sa chere Patrie ; Straton se livre
toûjours à des esperances de fortune ;
Dave qui atrive suivi de son Maître ,
voudroit se défaire de cet importun ,
qui ne lui parle plus qu'un langage auquel
il ne comprend rien : enfin Melite
arrive ; elle congédie Straton , et donne
F licy
$ 28 MERCURE DE FRANCE
lieu à Leonide de s'avancer ; il est déja
instruit du retour d'Epimenide par Nicandre
son oncle. Chloé vient accablée
de douleur , et lui apprend que ce retour
ne change rien en son sort , et qu't pimenide
, sur la foi du choix que Misis a
fait de Gnaton , approuve l'hymen qui
les désespere. Leonide sort , prêt à se
porter aux dernieres extrémitez contre
son Rival ; Chloé le suit , pour l'empêcher
d'éclater contre un homme auffi
puissant que Gnaton.
Comme le dernier Acte est beaucoup
plus chargé d'action que les précédens ,
nous passerons legetement sur le Dialogue
, pour ne nous arrêter qu'à l'action
. Gnaton qui a déja soupçonné qu'on
supposoit un Epimenide pour l'inquiéter
, a pris des mesures pour confondre
et pour faire arrêter le fantôme qu'on
ressuscite après quarante ans ; il ne croit
pas pouvoir s'y mieux prendre , qu'en
engageant Straton à confesser devant le
Sénat assemblé , qu'il ne reconnoît pas
ce prétendu Epimenide , lui qui ayant
été son Esclave devroit moins s'y tromper
qu'un autre. Les prieres et les menaces
ne pouvant ébranler ce fidele Esclave ,
Gnaton a recours à l'argent ; il lui présente
une bourse dans laquelle il y a cent ›
piéces
MARS. 1735.
529
a
piéces d'or , ce qui fait dire plaisamment
Straton que ce sont là cent raisons contre
une. On voit bien cependant par les
termes équivoques que l'Auteur à inserés
dans cette espece de capitulation
que Straton ne servira pas Gnaton aussi
bien qu'il s'en flatte ; cela n'empêche
pas que Leonide et Chloé ne soient allarmez
de ce qu'il va faire au Sénat avec
Gnaton , assez riche pour corrompre facilement
un Esclave , en qui on ne connoît
point d'autre défaut que d'être avare.
Epimenide qui arrive comblé de joye,
et disant que l'amour et la fidelité ne
sont pas éteints dans tous les coeurs , n'est
pas aussi allarmé que Leonide et Chloé ,
et rend plus de justice à son Esclave .
On vient lui apporter une Lettre de
Gnaton , conçûë en ces termes.
On assure par tout que vous n'êtes pas mort,
Et qu'on vous reconnoît pour être Epimenide ;
Malgré l'ardent amour qui vers Chloé me
guide ,
Je crois malaisément un pareil jeu du sort ;
J'ai , je vous l'avourai , cependant grande envie
De m'unir à Chloé par les noeuds les plus doux,
Et si vous consentés que je sois son Epoux ,
Je croirai tout de bọn que vous êtes en vie.
Fij Cette
530 MERCURE DE FRANCE
Cette lettre produit tout l'effet que
Leonide et Chloé pouvoient souhaiter.
Epimenide mieux instruit , se repent
d'avoir
accepté un si mauvais Citoyen pour
être l'Epoux de Chloé . Straton vient
se justifier de la trahison dont on l'avoit
injustement soupçonné , et fait entendre
qu'il a déclaré en plein Sénat que celui
qu'on accusoit d'imposture , est le véritable
Epimenide , son ancien Maître .
Gnaton vient parler à Epimenide sur le
ton qu'il lui a écrit ; ce sage Legislateur
lui reproche la dureté qu'il a exercée envers
ses enfans , dont Cratina son Pere
avoit usurpé tous les biens ; il prouve
cette usurpation par un Ecrit de Cratina
même ; Gnaton lui répond que le Sénat
en décidera ; Epimenide lui fait voir son
désinteressement , par le don qu'il lui
fait de cet Ecrit , dans lequel il ne s'agit
pas moins que de trois cent talens à restituer.
Gnaton ne peut tenir contre une
générosité si éclatante ; et voyant que
Chloé aime Leonide , non seulement il
consent à leur hymen , mais il veut payer
les trois cent talens en question , pour
servir de dot à Chloé. Cet acte d'équité
lui acquiert l'estime d'Epimenide , qui
après avoir consenti à rendre Leonide
heu
MARS. 1755. 53⋅r
reux , va au devant du Sénat , qui veut
l'honorer d'une visite .
LE TRAITE' DE L'OPINION , Ou Mémoires
pour servir à l'Histoire de l'esprit
humain . Seconde Edition , revûë ,
corigée et augmentée. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science.
6. vol. in 12.
Nous nous contenterons d'indiquer
ici , au sujet de cette seconde Edition
, les principales Découvertes qui s'y
trouvent insérées en Physique , en Astronomie
et en Géomérrie. 1.Une hyporhése
qui concilie ce qui se trouve de contradictoire
dans le Systême Cartésien , par
rapport aux loix generales du mouvement
et au mechanisme de la Nature . 2 .
Une cause nouvelle de la pesanteur et
de la chute des corps toujours perpendiculaire
au centre de la Terre , ensorte
que le Systême Cartésien , qu'il paroissoit
inévitable d'abandonner à cet égard ,
se trouve entierement réparé. 3. Une
explication du flux et reflux de la Mer ,
qui rend raison des inégalitez de ce Phénomene
, et qui satisfait à des objections
dont on n'avoit donné jusqu'ici que des
solutions insoutenables . 4. Un Systême
Astronomique du mouvement de la Ter-
Fiij
re ,
532 MERCURE DE FRANCE
re , qui , des quatre mouvemens attribuez
à ce Globe par Copernic, en retranche
deux . 5. Plusieurs remarques importantes
, répandues en differens endroits de
Pouvrage, sur les differentes especes d'Infinis,
Métaphysique, Phisique et Géométrique.
6.UneMéthode nouvelle d'un Calcul
differentiel qui opere sur des grandeurs
finies quelconques , et où la supposition
des infiniment petits n'est point admise.
M. D. S. A. attribue l'invention de ce
Calcul à M. Roüalle de Boisgelou , Conseiller
au Grand - Conseil . A la fin du
sixiéme volume , il y deux morceaux
détachez , mais qui ne laissent pas de
se raporter au dessein general de l'Ouvrage
, qui est de suivre l'opinion danı
les differens genres des Sciences. L'un est
là comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton ; l'autre est la ré- ,
solution d'un Problême sur l'essence de
la matiere. Les Sciences abstraites sont
traitées avec beaucoup de clarté ; et la
plus grande partie de l'Ouvrage est tou
jours composée , comme dans la premiere
Edition , de morceaux historiques ou
de matieres utilement amusantes et qui
sont à la portée du commun des Lecteurs
. Cette Edition , quoique beaucoup
augMARS.
1735 333
augmentée , n'est pas plus ample par l'é
paisseur de ses volumes , parce que beaucoup
de Citations ont été mises en marge
, et que les differentes Tables qui occupoient
un Tome entier dans la premiere
Edition , ont été réduites à une
Table unique des Matieres , travaillée
avec beaucoup de soin , et imprimée en
caracteres fort serrez .
>
LES OEUVRES DE SALVIEN , Prêtre de
Marseille , contenant ses Lettres et ses
Traitez sur l'esprit d'intérêt et sur la providence
, traduites en François par le Re
verend Pere **, de la Compagnie de Jesus.
I. vol. in 12. de 620. pp. sans la Préface
et la Table. A Paris , chez Jean - Baptifte
de l'Espine , Imprimeur - Libraire ordi
naire du Roi , ruë S. Jacques 1735.
Nous n'avons fait qu'indiquer ce Livre
dans notre Journal du mois de Novembre
dernier. Le titre seul a excité notre
attention , et nous avons reconnu depuis
par sa lecture , que ce nouveau Traduce
teur de Salvien , qui nous donne tout
entier un Ecrivain si solide et si respec
table, avec des Notes fort étendues , mérite
toute la justice qui est due à la fidélité
, à l'élegance de sa traduction , et à
la justesse de sa Critique. Cet Ouvrage
F iiij pa34
MERCURE DE FRANCE
•
paroit très- propre à dédommager le Pu
blic de tant de Livres frivoles , dont on
l'accable depuis quelque tems , de ceux
principalement où la Religion et les
Moeurs ne sont pas respectées. Qu'il nous
soit permis d'ajoûter que nous devons la
publication de notre Salvien , traité de la
maniere que nous venons de le dire , au
travail du R. P. de Mareuil , Jesuite du
College de Louis le Grand , dont on a
des Poësies Latines d'un excellent gout ,
et la traduction d'un Livre Anglois sar
les devoirs des Personnes de qualité .
L'Auteur travaille actuellement à nous
donner en François d'autres bons Livres
Anglois sur la Religion , et sur la Phi❤
losophie.
NOUVELLE ECOLE MILITAIRE, OU
la Fortification moderne , en quatre Farties
, ornée de 150. Planches en Taillesdouces.
Cet Ouvrage renferme la maniere
d'aprendre facilement les Fortifications ,
et tout ce qui en dépend , suivant les Systêmes
François , Espagnols , Allemands , Ita
liens , et Hollandois , avec Plans , Coupes ,
Profils et Elevations ; les Marches et conduites
des Armées en general ; les distributions
et Constructions des Lignes et Campements
desTroupes ; la Conduite et Con
struction
MAR S. 1735.
535
struction des Tranchées , des Sapes , Logemens
dans les Ouvrages &c. Pour les
Siéges et Attaques des Places , la défense
des Places contre toutes sortes de Siéges ,
Capitulation , réduction , &c. Distribution
de Troupes pour combattre , et la
maniere de les mettre en bataille rangée ;
les Constructions de differentes Mines
Fourneaux & c . Le tout enrichi de Plans ,
Coupes , Profils et Elevations. L'Ouvrage
est dédiéà S. A. S. Monseigneur le Prince :
de . Conty , par P.S.Desprez de S. Savin,
Ingenieur et Professeur de Mathématiques
, vol. in 8 ° , se vend 12, liv , relié.
A Paris , chez P. G. Le Mercier , ruë
S. Jacques , au Livre d'or , 1735 ..
4
COMMENTAIRE LITTERA L, Historique
et Moral sur la Regle de Saint
Benoît , avec des Remarques sur les differents
Ordres Religieux , qui suivent la
Regle de S. Benoît.Par le R.P.Dom Augustin
Calmet Abbé de Senones , 1734. in 4.
2.volumes .A Paris, chez Emery , Saugrain
Pere , et Pierre Martin , Quay des Augus
tins,>.
HISTOIRE SAINTE , selon l'ordre
des Temps , depuis la Création du Monde
jusqu'à J. C. pour servir à l'édification
Fv des
136 MERCURE DE FRANCE
des Personnes de pieté , et principalement
à l'instruction de la Jeunesse , tirée des
seules paroles de l'Ecriture , avec de courtes
Notes pour l'éclaircissement des Endroits
les plus difficiles. , A Paris, ruë saint
Jacques , chez Charles Osmont , Jacques
Clouzier , et Worle Henri 1735. in 12. 2 .
volumes.
L'IMPROMPTU DE CAMPAGNE
Comedie en Vers et en un Acte. Par M.
Poisson , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens François , le 21. Decembre
1733. A Paris , chez le Breton
Quay des Augustins 1735. prix 20. sols .
Nous avons donné l'Extrait de cette
Piece dans le temps de sa nouveauté.
LETTRES Sur divers Sujets de Morale
et de Pieté . Par feu M. l'Abbé du Gué.
Rue S. Facques, chez Cavelier 1735.tomes
V. et VI.
DESCRIPTION du Gouvernement
de Bourgogne , avec un Abregé de l'Histoire
de la Province . Par Garreau. Ouvrage
imprimé à Dijon , et se vend à Pa
ris, chez Briasson, Libraire , à la Science ,
1734-
LA
MARS. 1735. 539
LA VIE DE S. IGNACE , Fondateur
de la Compagnie de Jesus , troisiéme
Edition . A Paris , chez Louis Josse , à la
Couronne d'Epines , in - 12 . 1735-
HISTOIRE DE GIL- BLAS DE SAN
TILLANE. Par M. Le Sage. Tome IV.
Chez Pierre Facques Ribou , vis - à- vis la
Comedie Françoise, 1735. in douze.
L'AMINTE DU TASSE. Pastorale.
Chez André Cailleau , Quay des Augustins,
et Gregoire Antoine Dupuis Grande Sale du
Palais , 175 , in douze .
LE PARFAIT NOTAIRE. Par Ma
de Ferriere. Rue S. Jacques , chez Cavelier,
1735. in-4° . 2. vol.
> GEOGRAPHIE PHYSIQUE Ou
Essais sur l'Histoire naturelle de la Terre.
Par M.Woduvard , traduits de l'Anglois
par M. Noguès , avec plusieurs autres
Pieces traduites aussi de Langlois , par le
P. Niceron , 1735. chez le méme Libraire.
TRAITE HISTORIQUE sur la
Foire de Beaucaire , où l'on voit son Origine
, ses Privileges et Exemptions ; le
Tarif des droits de Reapréciation , et Do
raaniale
Fvj
338 MERCURE DE FRANCE
maniale des Marchandises qui sortent de
cette Foire , et qui y sont sujettes , et ce
qu'il faut observer pour joüir de sa Franchise.
A Marseille , de l'Imprimerie de
Jean- Pierre Brebion 1734. brochure inquarto.
DESCRIPTION DE LA SICILE
et de ses Côtes Maritimes , avec les Plans
de toutes ses Forteresses , nouvellement
tirés , comme elles se trouvent presentement,
suivant l'Edition qu'en a faite l'Imprimeur
de S. M. I. et C. à Vienne , par
Pierre de Callejo y Angulo Onta , avec un
Memoire de l'Etat Folitique de la Sicile
présenté au Roy Victor Amedée , par le
Baron Apary, de la Ville de Catanea , d'après
un Manuscrit autentique , à Amsterdam
, chez, J. Westhein et Smith , 173 4.
vol. in- 12 . et se vend à Paris , chez Cavelier
, Libraire , ruë saint Jacques , au
Lys d'or.
TRAITE' sur les Maladies de l'Organe
immédiat de la Vuë , adressé a Messieurs
de l'Académie Royale des Sciences à Paris
. Par Jean Taylor , Docteur en Medecine,
Chirurgien et Oculiste , et Mem
bre de la Faculté de Medecine de l'Uni-
Nersité de Basle en Suisse . A Paris , chez
Prauls
,
•
MARS. 1735
535
Brault , fils , Quay de Conty , vis -à - vis
la descente du Pont-neuf, à la Charité ,
735
AVANTURES de Flores et de Blanche-
Fleurs , tirées de l'Espagnol , par Madame
L. G D. R. à Paris , Grande Sale du Pa
lais , chez Greg. Ant. Dupuis , 1735. in 12.
premiere Partie, 227. pages, seconde Par
tie , 20+ pages , prix 2. liv. broché .
On écrit de Zurick , que les Libraires Heidena
gers ont proposé par souscription un Ouvrage
qui sera, sans doute, recherché par tous les Amateurs
de l'Antiquité Métallique. En voicile titre :
THESAURUS Universalis omnium Numismatum
veterum , Grecorum et Romanorum , inde a
temporibus cusi Numismatis , usque ad Imperii Gra
ci per Turcas destructionem cusorum . C'est à M.
Gesner de Zurick , qu'on est redevable de cette
ample Collection . On y trouvera les Médailles de
Goltzius , de Patin , de Vaillant , d'Espanheim ,
du P. Hardouin , d'Occo , de Mezabarba , des
PP. Pédruzzi et Banduri , &c. sans parler de
quantité d'autres que le nouvel Editeur a recueillies
en differens Cabinets. Cet Ouvrage contiendra
4. Vol. in folio , enrichis de 220. Planches ,
chacune desquelles comprendra 20. Médailles
avec leurs Revers. Le prix de la Souscription
florins en tout , payables en 42 n'est
que
termes..
de 20.
STATUTS et Reglements pour les Chirurgiens
des Provinces établis ou non établis en Corps de
Сол
$40 MERCURE DE FRANCE
Communauté , avec une Table Chronologique
de tous les Edits , Déclarations , Lettres Patentes
et Arrêts du Conseil , concernant les Médecins
Chirurgiens Accoucheurs , Apotiquaires , Herbiers,
Sages- Femmes, Recommandaresses, Nour
rices , Barbiers , Peruquiers , Baigneurs. Brochure
in 4. de 88. pages. A Paris , chez Pierre
Prault , Imprimeur des Fermes et Droits du Roy ,
Quay de Gêvres , au Paradis , 173 f .
Le même Imprimeur possede un Ample
Recueil d'une grande quantité d'Edits , d'Or
donnances , d'Arrêts , &c. sur toutes sortes de
sujets , qu'il distribuera séparément et à un prix
raisonnable.
EPIGRAM ME.
Sur une Image de la Vierge , exposée à la
veneration des Pensionnaires du College
de Louis le Grand..
On alio esse velit sub numine casta Ju
N
ventus ;
Non alibi sedem ponere Virgo velit.
P.
Voici une Estampe , gravée par le sieur Cos
chin , dont les gens de gour connoîtront le mérite
. Elle est faite d'après un grand Tableau de
M. Hallé , Peintre du Roy et Recteur en son
Académie de Peinture et Sculpture. Le Sujet est
une Annonciation , traité d'une maniere simple
et noble. Ce Tableau , qui est d'une très - belle
execution a 13. pieds de haut sur 12. de large
et on peut le diminuer pour une place convena➡
ble
J
Halle
CeTableau a de Hauteur 13 pieds 13 pieds sur 12 pieds de lar
500
MARS.. 17350 541
ble , sans alterer la composition. Les personnes
qui auroient occasion de placer un Tableau de
ce caractere,sont avertis , que celui- ci est à vendre,
et qu'on en fera une composition raisonna
ble. M. Hallé demeure à l'entrée de la ruë des
Cordeliers , chez un Sellier.
Le sieur Moyreau vient de mettre en vente
chez lui , rue Galande , vis - à - vis S. Blaise , la
17. Estampe qu'il a gravée d'après Vauvremens.
Celle- cy est une riche et admirable composition
en large , intitulée , Arrivée de Chasseurs et de Chas
seresses. Le Tableau original , du Cabinet de la
Comtesse de Veruë , a 36. pouces de large sur
18. de haut.
Le sieur Odieuvre , Marchand d'Estémpes , an
coin du Carrefour de Pele , vis- à vis la Samaritaine
, a mis en vente deux Estampes en hauteur
, gravées par le sieur Jean - Baptiste Guelard,
d'après deux Tableaux du sieur Jacques de Lyen,
Peintre de l'Académie , qui sont fort recherchées;
ce sont deux Sujets fort singuliers ; l'une est intilée
la Marmotte en vie , et l'autre la Lanterne
Magique , avec des Vers au bas.
On trouve chez le même , deux autres Estampes
d'un goût exquis , et qui ont un fort grand
débit . Ce sont l'Amour Moissonneur , et l'Amour
Oiseleur , gravées par le sieur Lépicier , d'après
deux Tableaux du sieur Bouchet , Peintre de l'A
cadémie , avec des Vers au bas du Sr Lépicier.
La Coquette , l'Econôme , la Sçavante et la Dévote
, sont les Sujets des quatre belles Estampes ,
gravées par le sieur Michel Aubert , d'après le
sieur Etienne Jaurat , Peintre de l'Académic
Op
$42 : MERCURE DE FRANCE
On trouve chez le même Odieuvre , plusieurs :
Collections de Desseins et d'Estampes des meilleurs
Maîtres , entre autres ; l'OEuvre de Sébastien :
le Clerc , composée de 2000. Morceaux un autre
de Callot , de près de 1200. Morceaux ,
toutes belles Epreuves. -
&c. -
On a apris de Lisbonne , que le 30. Janvier ,.
l'Académie Latine et Portugaise fit célebrer un «
Service solemnel pour le repos de l'ame du Pere
Manuel Gaëtan de Souza , Clerc Régulier de la ›
Divine Providence , Procommissaire de la Bulle
de la Croisade , qui étoit l'un des Académiciens
de cette Académie . Don Philippe - Joseph de
Gama , prononça l'Oraison Funcbre..
Nous nous sommes mépris dans le précédent
Mercure en parlant de la Médaille frappée sur le
Gain de la Bataille de Guastalla . Les Têtes du
Roy, nouvellement gravées , l'une par M. du
Vivier , et l'autre par M. Roettiers , pour cette
Médaille , ne sont couronnées ni l'une ni l'autre.
Le sieur Fauchard , Chirurgien Dentiste , nous
prie de publier qu'après avoir déja donné auPublic
des preuves de son zele , en mettant au jour son
Traité sur les Dents, il croit devoir lui renouveller
les marques de son attention en lui offrant une
Eau singuliere , à la composition de laquelle il
s'est appliqué depuis ce temps- là et dont la vertu
est souveraine contre les affections scorbutiques
des gencives. En effet , elle empêche que les gencives
ne se gonflent et ne soient sujettes à saigner
aisément , et par ce moyen elle les fortifie et les
consolide.
Elle empêche aussi par là que les dents ne
foient
MARS. 1735 3439
Soient ébranlées avant le temps ; raffermit cel
les qui ne sont pas considerablement déchaussées
et chancelantes et les maintient dans leurs
alvéoles , et comme elle est propre à émousser
les pointes acides de la salive , qui se mêlant avec .
des particules alimentaires , produisent ordinairement
la carie des dents , cette Eau prévient ce
qui les peut gâter..
Elle ôte la mauvaise odeur de la bouche , vi
vifie les gencives et entretient les dents dans leur
propreté et leur blancheur .
En un mot ce remede est le plus parfait qu'on
ait encore trouvé pour la conservation des dents
et des gencives.
Le sieur Fauchard l'auroit distribué il y a plus.
sieurs années , mais il vouloit ne rien donner
de défectueux et d'incertain , et il a jugé qu'il
étoit convenable à l'utilité publique et à sa ré .
putation de s'assurer des merveilleux effets der
cette Eau par det Experiences long- temps réïtérées.
La demeure du sieur Fauchard est toujours à
Paris , vis- à- vis la Comédie Françoise.
If donne un Imprimé qui instruit de la ma
niere de se servir de cette Eau .
Les Bouteilles sont de jo . sols , de 3. livres
et de 6 , livres.
Le sieur Baradelle , Ingénieur du Roy pour les
Instruments de Mathématique , avertit le Public
qu'il a fait depuis l'année 1726. une grande
quantité de ces Encriers qui conservent l'encre
Très-long- temps sans se secher ni s'épaissir et
sans y mettre de coton , parce qu'il est fermé
comme hermétiquement , par le moyen d'une
Soupape à queue qui est libre autour d'une vis à
oreille
$ 44 MERCURE DE FRANCE
oreille , de sorte qu'en serrant la vis , elle com
prime le cuir sur l'embouchure de l'Encrier et le
ferme si exactement que l'air qui épaissit tous
liquides , ne peut y entrer . Ces sortes d'Ecritoires
sont fort propres pour les Personnes qui vont
en campagne .
Le sicur Bardelle avertit , pour que l'on ne se
trouve point surpris , qu'il n'en débitera aucun
qui ne soit numéroré , et son nom gravé dessus
, afin que l'on ne lui en rapporte point
qui ne soient de sa façon , il en construit de
differente forme Pou en trouvera toujours
à choisir grand ou petit. Sa demeure est
toujours Quay de 1 Horloge du Palais , à l'enseigne
de l'Observatoire vis-à- vis les grands
degrez de la Riviere , à Paris.
"
CHANSON A MANGER.
Qu
Uoi ! toûjours des Chansons à boire !
N'entendrai -je jamais des Chansons à manger
De la vigne par tout on célebre la gloire ;
Personne ne dit mot du Jardin potager !
Quel charme , quel plaisir quand la faim nou
damine ,
De dévorer un Gigot succulent !
Est-on las de manger Perdrix et Becassines
On ranime son gout d'un Turbot excellent ?
Le Vin par un effet étrange ,
Met tous nos sens en désaroi ;
Je
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
MARS .
1735.
54%
Je pers la raison quand je boi ;
Je la retrouve quand je mange.
のののの
SPECTACLES.
Es Comediens François continuent
avec succès les Représentations de la
Comedie nouvelle du Préjugé à la mode :
nous n'en donnons point ici l'Analise
faute de place. On la lira dans le prochain
Mercure.
Le Mercredi 16. de ce mois, les mêmes
Comédiens donnerent par extraordinaire
une Représentation du Préjugé à la mode
et de la Pupille , qui attira un très- grand
concours , quoique les places fussent
haussées d'un tiers et le Parterre au double.
La Dlle Gussin joüa le principal
rôle dans les deux Piéces , et toute la
recette fut à son profit , pour la dedommager
d'un incendie dont elle a beaucoup
perdu .
On fit la cloture de ce Theatre jusqu'au
Lundi de la Quasimodo , le Samedy 26. de
ce mois . par deux Pieces qui sont fort au
gré du Public , la Tragedie de Za et la
Comedie des trois Cousines. Le sieur Fleury
complimenta la nombreuse Assemblée ,
et fut fort aplaudi.
54 MERCURE DE FRANCE
ACHILLE ET DETDAMIE
Tragedie de M. Danchet , l'un des
quarante de l'Academie Françoise ,
mise en Musique par Mr.Campra, Maître
de musique de la Chapelle du Roi ,
et représentée pour la premiere fois sur le
Théatre de l'Opera le 24. Février 1735.
Uoique les Représentations de cette
Tragedie n'ayent pas été bien nombreuses
, on n'a pas laissé de convenir
qu'elle est élegamment versifiée , et que
la Musique est remplie de ce beau feu
qui a toujours animé son Auteur , qui
jusqu'ici n'a cedé. qu'au grand . Lully ;
son premier Ouvrage Lyrique dont M.
de la Mothe a composé le Poëme , auroit
suffi pour l'immortaliser ; à l'Europe
Galante , M. Campra a ajoûté Hesione ,
Tancrede , et les Fétes Venitiennes , trois
Ouvrages dont il a partagé la gloire avec
M. Danchet ; nous n'avons pas besoin
d'en citer d'autres , pour justifier le choix
d'Apollon ; et s'ils n'ont pas rempli l'attente
du Public , on ne le doit imputer
qu'au choix du Sujet , qu'Apollon luimême
n'auroit pû rendre interessant.
Nous avons crû devoir rendre cette justi
ce à deux Auteurs aussi dignes de la
reputaMARS.
.1735.
547
reputation qu'ils se sont acquise , et que
rien ne sçauroit affoiblir .
Au Prologue , le Théatre représente
dans l'éloignement , la double Colline du
Parnasse , au bas duquel le Permesse , environné
de ses Nymphes , et appuyé sur
son Urne , laisse couler ses paisibles eaux,
&c. Un appareil convenable au Sujet enrichit
une espéce de Monument ; ou ,
d'un côté , la Déesse de l'Harmonie , une
Lyre à la main , foule aux pieds Envie,
& de l'autre Erato , Muse qui préside aux
Amours , enchaîne la Satyre. Au - dessus
de ce Trophée sont posées les Statuës de
Quinault et de Lully , que le Genie des
Arts couronne de Myrthes et de Lauriers.
Les Muses , les Graces , et les Plaisirs
sons rangés au tour , pour celebrer
des jeux que l'Amour et Melpomene ont
consacrés à ces illustres Fondateurs du
Théatre Lyrique . La gloire fait l'exposi
tion du Sujet par ces vers :
Deux Mortels autrefois dans le Sein de la Fran
ce ,
Unissant leurs talents divers ,
Firent à tous les coeurs ressentir la puissance
Des plus brillants accords et des plus tendres
vers.
Ce Monument pompeux élevé par la gloire ,
AK
348 MERCURE DE FRANCE
Au Parnasse à jamais assure leur mémoire ;
Je viens avec plaisir y célebrer le jour ,
Que leur ont consacré Melpomene et l'Amour.
L'Amour et Melpomene signalent leur
reconnoissance , à l'égard de deux Auteurs
qui les ont fait paroître avec tant
d'éclat , sur le plus beau Theatre du
monde.
L'Amour invite Terpsicore à embellir
leurs jeux ; les graces s'offrent à les assaisonner
et s'expliquent ainsi :
Venus nous conduit sur ses traces ,
Lorsqu'elle veut tout enflammer ;
La beauté n'est rien , si les graces
Ne s'unissent pour l'animer.
Sans nous , Apollon sur sa Lyre
Ne peut trouver de sons flatteurs ;
C'est des Graces qu'il tient l'empire ,
Qu'il exerce sur tous les coeurs.
On entend une Symphonie qui annonce
Apollon ; ce Dieu des Vers et de la
Musique s'exprime ainsi :
Tendre Fils de Venus , aimable Melpomene ,
Rassemblés vos plus doux attraits ;
Je veux aujourd'hui sur la scene
D'un
MARS. 1755.
549
D'un spectacle Lyrique ordonner les apprêts.
Ceux que pour ces fêtes nouvelles
J'honore de mon choix
Penetrés de respect pour de si grands modeles ,
N'oseroient qu'en tremblant obéir à mes loix &c.
Représentons Achille au printemps de son âge ;
Malgré le charme des plaisirs ,
La gloire fit toûjours ses plus ardents desirs ;
Que veut-elle de plus d'un genereux courage ?
Le Prologue finit par ce choeur.
Brillante gloire , tendre Amour ,
Triomphés tour à tour.
Regnés d'intelligence ;
Les plus grands coeurs suivront vos loix
Que la gloire les porte à de nouveaux exploies ;
Que par de doux plaisirs l'Amour les recom
pense.
Brillante gloire , tendre Amour ,
Triomphés tour à tour.
Le Théatre représente au premier Acte
des Hameaux , et des Prairies d'un côté
et de l'autre des Bois , et la Mer dans l'éloignement.
Thetis Mere d'Achille , et
Lycomede son Frere , Roi de Scyros , lieu
de la Scene , commencent la Piéce par
he exposition très claire et très bien
écrite i
-
530 MERCURE DE FRANCE
écrite ; Lycomede témoigne sa surprise à
la Déesse au sujet du déguisement de son
Fils sous le nom du Berger Polemon . The
tis lui apprend qu'un oracle lui a prédit
qu'Achille perdroit le jour sur les rivages
Troyens , et que les Grecs , à qui il est
inconnu le font chercher par tout , pour
l'obliger à venir avec eux vanger l'enlevement
d'Helene . Les frayeurs de The
tis se font connoître par ces vers :
Aimable et cher objet qui cause mon effroi
Que ne suis-je soumise à la Parque cruelle ,
Puisque tu dois subir sa loi !
Helas ! puis - je cherir sans toi
Le triste honneur d'être Immortelle?
[Lycomede sensible aux regrets de The
tis , lui promet tous les soins qui dépen
dront de lui pour arracher son Fils au
sort dont il est menacé. Thetis lui ré
pond qu'il n'est pas possible qu'Achille
soit insensible aux charmes de sa Fille
Déidamie , qui se plaît à la chasse , où le
faux Polemon signale souvent son adres :
se ; ils conviennent tous deux qu'on ne
peut mieux arrêter son bouillant coura
ge que par l'attrait du plaisir . Thetis ap
percevant Achille , qui sort de la forêt
en rêvant , annonce la fête de ce premier
Acte par ces vers,
Mos
MAR S.
1735. 3ST
Mon Fils paroît ; il rêve ! une sombre tristesse
Semble l'attirer dans ces bois ;
Les Syrenes suivent mes loix ;
C'est par leur voix enchanteresse
Que je puis dissiper le trouble où je le vois .
Thetis et Lycomede s'étant retirés ;
'Achille s'avance et fait connoître par un
beau Monologue , l'ambition qui le devore
, et à laquelle il n'aime à se livrer
que pour se rendre digne de l'objet de
son Amour. Thetis vient le joindre ; il
la prie , comme Souveraine des Mers ,
de lui en ouvrir le passage pour voler à
la gloire ; Thetis tâche de reprimer ces
desirs ambitieux ; et comme son Fils persiste
dans ses desirs , & lui fait entendre
que son penchant l'entraine jusqu'au
thrône des Rois ; elle lui répond :
Contemplés ces Mers que l'orage
Laisse rarement en repos ;
Quand les vents déchainez y soulevent les flots ;
C'est de la Cour des Rois une effrayante image.
Ces quatre beaux Vers , parfaitement
rendus par le Musicien et par la premiere
Actrice qui a chanté le rôle de Thetis,
ont été generalement aplaudis.
G Les
552 MERCURE DE FRANCE
Les Tritons , les Nymphes , et les Sy
renes , déja annoncés par Thetis , font
dire à cette divinité des Mers , parlant à
Achille :
Les Nymphes , les Tritons s'assemblent fur ce
bords ;
Ecoutés ces tendres Accords ;
Apprenés des Dieux même ,
Que la tranquillité fait le bonheur Suprême,
Cette Fête est trés brillante et trés
Alateuſe , mais un bruit de Cors , qui fe
fait entendre , est encore plus picquant
pour Achille. Thetis , qui voit
fon empressement qu'il préfere le bruit
de Chasse au Chant flateur des Syrenes ,
finit cet Acte par ces Vers, qu'elle adresse
à son Fils .
Ce bruit a pour vous des Appas
Allés ; à vos desirs je ne m'oppose pas ;
Puisse cette Guerre innocente
Occuper seule vôtre Bras !
Le Second Acte , où le Théatre représente
une forest , &c. a paru le plus
parfait et le plus interessant de la Piece.
Deidamie paroit d'abord avec deux Confidentes
qui lui vantent la victoire , que
Polemon
MARS. 1735. 335
Polemon vient de remporter sur un monstre
, qui étoit la terreur des Forests ; Deidamie
ne s'ouvre point à elles, et les fait
retirer pour s'entrenir seule de l'objet
qui l'occupe malgré elle ; elle le fait
connoître dans ce Monologue.
Amour , ily a de ta Gloire
4
De mieux choisir les Traits dont tu veux nous
blesser
Ah ! du moins tu dois nous laisser
douce liberté d'avoüer ta Victoire.
Polemon vient ; la Scene entre lui et
Deidamie est une des plus parfaites qu'on
ait mises au Théatre ; nous n'en citerons
que la declaration d'amour , faite
de part et d'autre ; voici celle du faux
Polemon.
Vous offrés à nos yeux une brillante Image
De la Déesse de ces Bois ;
Helas ! souvenés , vous qu'un Berger autrefois
Osa lui présenter ses Voeux et son Hommage.
Deidamie veut se retirer ; Polemon
l'arrête , et lui dit encore des choses si
touchantes , qu'elle ne peut s'empêcher
de faire ce tendre souhait.
Gij
Pous
$54 MERCURE DE FRANCE
Pour l'éclat des grandeurs votre coeur fait des
Voeux ;
De nos desirs secrets , quelle est la difference !
Ah ! parmi des Bergers , si j'avois pris naissance,
Mon destin seroit plus heureux .
Achille ne peut retenir ses transports.:
Deidamie acheve de le mettre au comble
de la joye par ces paroles.
On vient ; contraignés- vous ;
Polemon , j'ai vu votre flamme .;
Et vous ne voyés pas éclater mon couroux:
Le Divertissement de ce second Acte ;
est un retour de Chasse qui a fait un
honneur infini au Musicien .
Au troisiéme Acte le Théatre représente
un Temple de l'Amour ; aux pieds
de la Statuë de ce Dieu , paroît un Autel
orné de Houlettes , de Panetieres , de
Musettes , de Hautbois et de Guirlandes.
Ulisse commence l'Acte avec Arcas , son
Confident, à qui il ordonne d'aller mettre
une Epée et un Bouclier sur l'Autel de
P'Amour ; il lui dit que c'est par le conseil
de Calchas qu'il vient chercher Achille
dans ces Bois , et qu'il ne doute
point que ce jeune Heros déguisé en Berger
par les soins de Thetis sa Mere , ne
se décele
霍
MARS. 1735:
555
se décele à la vûë de ces Armes. Voici
sur quoi il fonde le succès de son artifice .
Ces Ornemens Guerriers auront pour lui des
charmes ,
Puisqu'il est né du Sang des Dieux.
Il se retire pour observer ce qui se passera.
Deidamie se livre à son Amour, et dit:
Injuste Tyran d'un coeur tendre ,
Fierté , ne venés plus me reprocher mon choix ;
Aux Autels de l'Amour votre importune Voix-
Pourroît - elle se faire entendre !
Thetis qui avoit mandé Deidamic au
Temple de l'Amour , ne tarde pas de
s'y rendre ; elle achêve de la déterminer
a soumettre son coeur à un Dieu dont
elle avoit toûjours redouté les traits ;
et pour vaincre sa resistance , elle se donne
pour exemple par ces Vers.
Quand mon Coeur se laissa toucher ,
Je fis ceder ma Gloire à mon Amour extrême,
Oserois-je vous reprocher
Ce que j'ai ressenti moi- même ?
Deidamie enhardie par un exemple
si persuasif, chante avec elle.
G iij Amour
356 MERCURE DE FRANCE
Amour, tes traits victorieux ,
Rendent de tous les Coeurs la resistance vaine
n'est point de Mortels qui ne portent ta chaine;
Tu triomphes même des Dieux.
Une Symphonie champêtre annonce
des Bergers et des Bergeres , qui viennent
apporter leurs hommages à l'Autel de
P'Amour cette aimable Fête étant finie ,
Achille s'avance vers l'Autel ; il est frappé
de l'éclat des Armes dont Ulisse l'a
paré : et dit avec transport.
Amour , de ta faveur cette Epée est le gage ;
Qu'il flatte un coeur ambitieux !
Devien la source de ma Gloire ,
Par ce fer qui m'est destiné ;.
*
Je n'aspire à chercher l'éclat de la Victoire
Que pour être Amant fortuné.
Ulisse paroît dans le fond du Théatre
; il parle tout bas à Achille et l'emmene
: Thetis reconnoissant Ulisse , finit
cet Acte par ces quatre Vers.
Que j'éprouve un cruel Supplice !
Eloignés- vour , Bergers ; Princesse suivés - moi ,
O Ciel je viens de voir Ulisse ;
Mon coeur en est saisi d'éffroy.
Le
MAR S. 1735 557
>
Le Théatre représente au quatriéme
Acte , le Camp des Thessaliens et des
autres Grecs , qui ont accompagné Ulisse
dans l'Ile de Scyros . La Scene est ouverte
par Achille et par Ulisse qui
dans l'entr'Acte a appris son sort à ce
jeune Heros. Quelque noble ardeur que
ée dernier ressente , comme Fils d'une
Déesse , il n'en est pas moins Amant ,
et ne peut sans un regret mortel s'éloigner
de sa chere Deidamie ; Ulisse
déploye à ses yeux toute son éloquence ,
et lui dit.
Jaime , et je suis aimé qu'il m'étoit doux
de vivre
Près de l'objet de mes desirs !
Mais la Gloire aujourd'huy m'ordonne de la
suivre ;
J'arrache mon coeur aux plaisirs. ;'
J'ai quitté l'objet qui m'engage ;
Achille voudroit- il montrer moins de courage
Achille ne pouvant plus tenir contre
les genereux conseils d'Ulisse , dit avec
Jui :
Allons ; partons ; courons aux Armes ,
La gloire , le devoir , tout doit nous animer
Allons ; partons , courons aux Armes ;
G iiij Dans
558 MERCURE DE FRANCE
Dans le sein de la Paix , un Heros peut aimer ;
Mais quand Bellone vient l'armer ,
Pour lui , l'Amour n'a plus de charmes.
Ils s'animent par ce second Duo contre
Pâris :
Frémi , tremble , Ennemi perfide ;
Nous allons punir tes forfaits ;
La fureur prépare les traits
De la vengeance qui nous guide.
Ulisse fait entendre à Achille que ses
Thessaliens viendront bientôt lui rendre
hommage , et qu'il va les rassembler.
Achille balance encore entre l'Amour
et la Gloire . Thetis vient faire une
nouvelle tentative pour l'empêcher d'aller
au devant du Sort que les Dieux luf
ont prédit ; mais ne pouvant l'ébranler ,
elle va chercher Deidamie ; ce qui fait
dire au jeune Heros :
Le seul péril qui
m'épouvante
Va se présenter à mes yeux ;
Pourrai-je soutenir , grands Dieux !
Les frayeurs d'une Mere , et les pleurs d'une
Amante.
Les Thessaliens viennent reconnoître
Achille pour leur Roy ; c'est-là le
Sujet
MARS. 1735. 559
par-
Sujet de cette quatriéme Fête, qui est
faitement exécutée , ornée de très - beaux
Airs , et sur tout d'une Passacaille generalement
applaudie . Ulisse vient annoncer
que les vaisseaux sont prêts à partir ;
Achille se trouble à l'approche du fatal
moment qui va le separer de l'objet de
son amour .
Au cinquième Acte , le Theatre représente
le Port de l'Isle de Scyros , et à sa
rade les vaisseaux des Thessaliens , couronnés
de Festons , et prêts à faire voile.
Achille fait connoître par un Monologue
l'agitation de son coeur ; il apostrophe
la Gloire et l'Amour , qu'il prie de terminer
leurs combats ; Ulisse le trouvant
retombé dans ses premieres foiblesses , le
picque d'honneur par ces Vers ::
Non , Seigneur , ne redoutés plus
Dés discours importuns , des conseils superflus .
Dans l'Aulide assemblez , prets à tout entre
prendre ,.
Vingt Rois vous invitoient à cueillir des Lau
riers ;
Mais je cours annoncer à ces vaillants Guerriers;
Qu'ils ne doivent plus vous attendre ;
Livrés-vous cependant à de tendres soupirs ;
Goutés les doux attraits de ce séjour tranquille ;
Aux yeux de l'Univers montrés le jeune Achille
G v En560
MERCURE DE FRANCE
Enchaîné par l'Amour dans le sein des plaisirs.
Je pars :
Achille ne peut soûtenir ce reproche
il retient Ulisse ; ils disent ensemble :
Amour ,
, que sur les coeurs ton pouvoir est terrible
!
Heureux qui se refuse à tes traits dangereux !
Des Héros les plus fiers , l'effort le plus pénible ;
Est de triompher de tes feux.
L'arrivée de Minerve qui descend accompagnée
de Bellone et de la Victoire,
et les Cyclopes qui aportent les celebres
Armes que Vulcain a forgées lui- mêmepour
le Fils de Thétis ; pressent le départ
du Héros à qui le Destin a reservé la
prise de Troye , et forment la derniere
Fête de ce Poëme ; il n'en falloit pas moins
au jeune Achille pour resister au dernier
effort que Deidamie vient tenter sur son
courage.
Dans les premieres
Représentations
Déidamie se tuoit ; mais l'Auteur très:
docile aux avis du Públic , a jugé à pro-
Fos dans les suivantes de se conformer
plus scrupuleusement à là Fable , qui fait
naitre Pyrthus de son Hymen avec la
Fille de Lycomede. Thétis , comme Sou
veraine
MARS. 1734: 5600
;
veraine des Mers , fait soulever les Flots
pour empêcher le départ de son Fils ;
Mercure vient luy ordonner de la part
du Destin , à qui tout doit être soûmis
de ne s'opposer plus à des Décrets irrévo
cables ; Achille la prie de prendre soin
de Déidamie , et de la consoler de son
absence, par l'espoir d'un heureux retour.
Voilà quel est ce Poëme, qui, malgré son
peu de succès , ne laisse pas d'avoir d'excellentes
Parties , tant du côté du Poëme
que de la Musique..
La 8. Mars on donna la huitième et
derniere Représentation de cette Piece ,
et le 10. on remit au Theatre la Tragedie:
de Jephté , qu'on a revûë avec plaisir.
Le 21 on donna par extraordinaire ,
comme cela se pratique toutes les années
pour la Capitation des Acteurs , la Tragédie
d'Omphale , après laquelle la Dller
Fel chanta une Cantatille , et la Dile Bour
bonnois un Air Italien , elles furent très
aplaudies. On finit par un Pas de Trois
dansé par la Dlle Mariette , et par les
fieurs Dumoulin et Dupré.
Le 26. qui fut la clôture du Theatre
on donna une Représentation d'Iphige
me pour les mêmes Acteurs ; le sieur Je
liog et la Dlle Bourbonnois chanterent
G. vjj ensuite
562 MERCURE DE FRANCE
le ensuite un Air Italien , et on finit par
même Pas de Trois dont on vient de
parler .
Le 14. Mars , les Comédiens Italiens don
nerent une Piece nouvelle d'un Acte en
Vaudeville , et ornée de Divertissemens ;
elle a pour titre Achille et Déidamie . C'est
la Parodie du dernier Opera nouveau cette
Piece qui a éte reçuëtrès - favorablement du
Public, est des Sieurs Romagnesy et Riccoboni
; on en parlera plus au long.
Le 26. les mêmes Comédiens donnerent
pour la clôture de leur Theatre , les
Ennuis du Carnaval , et la Parodie nouvelle.
La Dlle Riccoboni et le sieur Des
Hayes, qui ont été reçus les derniers dans 、
la Troupe du Roy , firent le Compliment
qu'on fait ordinairement toutes les années.
Cette Piece qui a été très-goutée ,
est en Vers libres , et dialoguée ; elle parut
le même jour imprimée ; le Pas de
Six dont on a parlé , fut dansé ensuite , et
fit la clôture du Theatre.
Le 11. l'Opera Comique donna une
Piece nouvelle d'un Acte , qui a pour
titre le Racoleur , ou la Parodie de l'Opera
d'Achille et Déidamie ; elle fut suivie du
Ballet des Tricotéts, Concerto Comique qui
est toujours très- aplaudi.
MARS 17357 563
Le 19. on donna une autre Piece now
velle d'un Acte , ayant pour titre les Effets
du Hazard , qui a été reçue favorablement
du Public.
,
Le 26 on représenta une autre Piece
nouvelle d'un Acte , intitulée Pigmalion .
suivie d'un nouveau Ballet Pantomime
, ayant pour titre les Veillées Hol
landoises , et suivies des Caracteres de la
Danse. Ces Nouveautez ont été goutées
du Public.
its t
NOUVELLES ETRANGERES;
L
POLOGNE.
Es Partisans de l'Electeur de Saxe , publient
que le Palatin du Lublin a déja eu plusieurs
conférences avec l'Evêque de Cujavie à Czestochow
, où M. de Keiserling , Ministre de la Cza
rine et le Comte de Poniatowski , doivent se rendre
pour regler avec ce Géneral les conditions
auxquelles il quittera les Armes , et ils assurent
que l'Evêque de Cujavie est déja convenu avec
lui de plusieurs articles préliminaires , mais on
est informé d'ailleurs que le Palatin de Lublin eg
tous les autres Conféderez persistent dans la réso
Jution de demeurer fideles au Roy , que bien loin
de vouloir écouter aucune proposition de la part
de l'Electeur de Saxe , ils avoient commis encore
depuis peu plusieurs Actes d'hostilité, et que deux
de
$64 MERCURE DE FRANCE
de leurs Détachemens avoient enlevé près de Pe
trickaw les Equipages du Chevalier de Brulh , et
quelques Chariots chargez d'argent , qui apartenoient
à l'Electeur de Saxe , et qui alloient dr
Dresde à Warsovie.
On a reçu avis de Czestochow , que l'Evêque
de Cujavie , qui y étoit allé le 8. du mois passé
pour engager le Palatin de Lublin à se soumettre ,
l'Electeur de Saxe , n'avoit pas trouvé ce General
disposé à écouter aucune proposition d'accommodement
, et que les principaux Seigneurs ,
qui sont entrez dans la Conféderation faite à
Niska en faveur du Roy , ayant rassemblé leurs
Troupes , n'avoient d'autres vûës que de penetrer
dans la Prusse Polonoise.
Les mêmes Lettres marquent que le 12. Fé
vrier l'avant-garde des Troupes conféderées s'étoit
mise en marche sous les ordres de M. Stein--
icht, Major General , pour se rendre dans cette
Province ; que le lendemain elle avoit été suivie
par le reste des Troupes commandées par le Palatin
de Lublin et par le Staroste de Jasieslki , er
que ces Generaux avoient divisé leur Armée en
trois colonnes qui avoient pris differens chemins
pour traverser la grande Pologne .
corps
dans
Un autre Courier qui est venu de Kalisch de--
puis qu'on a reçu ces Lettres , a raporté que
M. Steinflicht y étoit arrivé le 20. avec le
de Troupes qui est sous ses ordres , et que
sa marche il s'étoit emparé de plusieurs postes
occupez par des Détachemens des Troupes Sazones,
qu'il avoit contraints de se retirer dans le
Palatinat de Posnanie..
On a sçû par le même Courier que le bruie
couroit à Kalisch, qu'un Détachement des Trou
pes du Palatin de Lublin avoit enlevé 150. Chas
xiotss
MARS. 1735. 565
riott chargez de fourages destinez pour les
Troupes de l'Electeur de Saxe ; que 600-
Cuirassiets Saxons , qui escortoient ce Con--
voy, avoient été entierement défaits , et qu'un
Major General des Troupes Saxones avoit été
blessé et fait prisonnier dans cette occasion.
ou
300. Lithuaniens des Troupes que commande
le Comte Pocci , Régimentaire de Lithuanie , étant
entrez par surprise dans la Ville de Kiech ,
étoient environ 200. hommes des Troupes
du Prince Wienovieski , ils se sont rendus
maîtres de la Ville après avoir tué le Commandant
et la plus grande partie des Soldats de
la Garnison .
Un Corps de Cavalerie des Troupes du Roy ,
s'est avancé du côté de Sobola , pour reconnoî
tre les Marais qui sont dans les environs et les
endroits les plus propres pour le passage des
Troupes , et l'Officier qui commande ce Corps ,
a mis des Garnisons dans les Villes de Sobola ets
de Bigteb .
Le Comté Potocki s'étant déterminé à accepter
la suspension d'Armes qui lui avoit été proposée
par les Generaux de la Czarine et par ceux de-
' Electeur de Saxe , M. Bachmatow , Major
General au service de S. M. Czarienne , et M.-
Golembiowki ,nommez Coinmissaires par le General
Lesci , pour regler les conditions auxquel
les on suspendroit les Actes d'hostilité , le Baron
de Loevendahl , Major General dans les Troupes
Saxones , et M. Simonis , Conseiller Privé de l'Electeur
de Saxe , chargez par ce Prince de la meme
Commission , se sont rendus au lieu dont
on étoit convenu et où ils ont trouvé le Castel ---
lan de Polonock , et les Starostes de Novogrod.
et de Prilutz , qu'y avoit envoyé le Comte Pog
tocki,.
566 MERCURE DE FRANCE
→
ne
Les Commissaires munis des pouvoirs de ce
General, ont reglé avec ceux du parti contraire,
que depuis le 14. Février jusqu'au 6. Mars les
Troupes qui sont sous les Ordres du Comre Potocki
, et celles de la Czarine et de l'Electeur de
Saxe ne commettroient aucun Acte d'hostilité
les unes contre les autres ; que pendant la durée
de la suspension d'Armes , les Troupes Polonoises
, avec lesquelles elle est conclue , pourront
changer de quartiers et qu'elles demeureront
à Zamosk , à Becensk , à Pilsnen , à Kiersin
et dans les autres lieux où elles se trouvent
actuellement,mais qu'elles auront la liberté d'envoyer
des Détachemens dans les Villages voisins
pour y chercher les vivres et les fourages
dont elles auront besoin , qu'il ne sera pas permis
aux Troupes Moscovites de s'aprocher à une certaine
distance des endroits où les Polonois sont en
quartiers et qu'elles n'exigeront des Habitans des
Pays où elles passeront , que la quantité de subsistance
qui leur sera nécessaire ; enfin que les.
Generaux des deux Partis se rendront réciproquement
tous les Soldats qui ont été faits prisonniers
de part et d'autre.
Par les Lettres de Czestochow , on apprend
que l'Evêque de Cujavie s'y étoit rendu le 8. du
mois dernier , pour faire diverses propositions
de la part de l'Electeur de Sixe au Palatin de
Lublin et aux autres Seigneurs qui sont entrez
dans la nouvelle Confédération faite en faveur
du Roy . Ce Prélat eut les jours suivans plusieus
Conférences avec les Generaux des Troupes Con.
fédérées , mais les efforts qu'il a faits pour les
engager à abandonner le parti de S. M. n'ont
point eu le succès qu'il en attendoit et il a
Trouvé les Officiers et les Soldats également disposez
MARS. 1725. 567
posez à tout sacrifier plutôt que de trahir leur
devoir.
Il se préparoit le 12.à partir ponr retourner
à Warsovie, lorsqu'il reçut un Courier que l'Electeur
de Saxe lui avoit dépêché , par lequel ce
Prince lui mandoit de tâcher de déterminer les
Confederez a convenir d'une suspension d'Armes.
Aussi-tôt après avoir lû les Dépêches que ce
Courier lui avoit aportées , il fit sçavoir au Palatin
de Lublin et au Staroste de Jasielski , que
s'ils vouloient consentir de suspendre tous Actes
d'hostilité de leur part pendant un certain tems
lesTroupes Moscovites et Saxones demeureroient
pendant le même tems sans sortir de leurs
quartiers.
Les Confederez n'écouterent pas cette proposi
tion plus favorablement que les autres qui leur
avoient éé faites par l'Evêque de Cujavie , et ils
lui envoyerent M. Pulauski , Staroste de Waretz
et M. Rosnowski , pour lui déclarer qu'ils ne
pouvoient conclure ni Paix ni Tréve avec les
Ennemis du Roy , sans être autorisez par un or
dre exprès de S. M.
Le même jour le Palatin de Lublin donna or
dre aux Troupes qui sont sous ses ordres , de
se tenir prêtes à marcher ; et le soir M. Steinflicht
, Major Géneral , partit avec un Corps
de Cavalerie pour se rendre par la grande Pologne
dans la Prusse Polonoise.
Le lendemain le reste des Troupes Confederées,
après que leurs Géneraux eurent reçû la Communion
des mains du Nonce du Pape , prit la
même route sur trois colonnes , dont la premiere
est commandée par le Palatin de Lublin
et le Staroste de Jasielski , la seconde par le Castellan
68 MERCURE DE FRANCE
rellan de Czersk et la derniere par le Palatin
de Siradie et M. Zagwoyski .
"
Depuis le départ de ces Troupes , on a apris
qu'elles s'étoient emparées de plusieurs Postes
importans dans la grande Pologne , et qu'elles
avoient contraint les Troupes Saxones , qui les
Occupoient , de se retirer dans le Palatinat de
Posnanie.
Le Palatin de Lublin n'ayant pas jugé à propos
d'accorder un Passeport à l'Evêque de Cujavie
, ce Prélat a pris le parti de demeurer à
Czestochow , jusqu'à ce que les Troupes Confederées
fussent assez éloignées pour qu'il n'eût
point à craindre d'être enlevé par quelqu'un de
leurs Partis.
Par un Courier arrivé à Dantzick le 26. Fegrier
on a ais les particularitez suivantes.
M. Steinflicht ayant été informé de la route
qu'avoit pris le Major Géneral Birckoltz , marcha
avec tant de diligence , qu'il le joignit le
19. à quelque distance de Warsovie. Les Saxons 3
furent d'abord mis en desordre par le premier
feu de la mousqueterie des Troupes Polonoifes :
mais s'étant bientôt ralliez , ils combattirent
avec beaucoup de valeur , et ce ne fut qu'après
une longue résistance qu'ils prirent le parti de se
rendre.
La plupart des Officiers et environ 300 Cuirassiers
du Regiment de Birckoltz ont été tucz
dans cette occasion ; presque tous ceux qui n'ont
pas été tuez , ont été faits prisonniers de guerre,.
et M. de Birckoltz est de ce nombre.
Le Convoi que son Regiment escortoit étoit
composé de 150. Chariots , et le butin fait par
les Troupes de M. Steinflicht , est très considerable.
MARS. 1735. 569
Outre une grande quantité de vivres et de fou
rages que ce dernier a fait conduire à Kalisch , et
les effets qu'on a trouvé dans dix ou douze carosses
à six chevaux apartenans à quelques personnes
de distinction attachées à l'Electeur de Saxe , qui
avoient voulu profiter de l'escorte du Convoi
pour faire le voyage de Warsovie avec plus de
sûreté , les Polonois se sont emparez de 4000,00
florins que M. de Birckoltz portoit à l'Electeur
de Saxe , et de plusieurs Papiers importans , lesquels
ont été envoyez au Roi à Konigsberg,
avis
Depuis l'arrivée du Courrier par lequel on as
fçu le détail de cette action , on a reçu que
le 20. le Staroste Stobinski , qui commande
V'Arfiere- garde de la troisiéme colonne des Troupes
confederées , avoit enlevé un autre Convoi
escorté par 250. Moscovites , et 200. Cosaques,
qui avoient été entierement défaits.
Les Lettres écrites de Posnanie marquent qu'il¨*
y étoit arrivé plus de 800. hommes des Troupes
Saxones , qui avoient été contraints par le Major
Géneral Steinflicht d'abandonner divers Poftes
qu'ils occupoient dans le Palatinat de Kalich.
Ces Lettres ajoûtent, que la premiere colonnejdes
TroupesConfederées, commandée par le Palatin de
Lublin , étoit entrée le 24. en Posnanie ; que le
25. ce Palatin avoit envoyé pour reconnoître les
dehors de la Ville de Lissa , un détachement qui
étoit entré dans un des Fauxbourgs , où il avoit
fait plusieurs prisonniers, et que ce détachement,
en retournant au Camp du Palatin de Lublin
s'étoit emparé de plusieurs Chariots qui venoient
de Silesie , et qui portoient des habits uniformes
pour un Regiment des Troupes de l'Electeur des
Saxe.
On a apris par les mêmes Lettres , que le Palatin
de Lublin s'étoit présenté le premier de ce
mois
$70 MERCURE DE FRANCE
mois avec un Corps de Troupes devant Lissa ,
et que la Garnison qui étoit composée de 300 .
Saxons , ayant refusé de se rendre , ce Géneral
avoit emporté la Place d'assaut ; qu'un Officier
et 56. hommes de la Garnison avoient été tuez
dans l'attaque , que le reste des Soldats de cette
Garnison n'avoit évité d'être passé au fil de l'épée
, qu'en prenant parti dans les Troupes Polonoises
; que M.Zulchen qui la commandoit , avoit
été fait prisonnier de guerre , ainsi que les autres
Officiers qu'il avoit sous ses ordres , et que le
Palatin de Lublin avoit fait punir de mort un
d'entr-eux , qui a été reconnu pour avoir aban
donné l'Armée de la Couronne,
Le 2. de ce mois , le même General s'empara
de Schwiegel , où il trouva des magasins considerables
de vivres et de fourages que les Saxons
y avoient établis , et un Détachement de ces
Troupes se rendit maître de Fraudstadt.
1
Suivant les derniers avis reçus de la Grande
Pologne , le Palatin de Lublin après la prise de
ces trois Villes, a marché vers Carga, où une partie
des troupes Saxones , que le Major General
Steinflicht avoit chassées du Palatinat de Kalich ,
s'étoit retirée , et ayant donné un assaut à la
Place,il a contraint laGarnison de subir le même
sort que celle de Lissa . La Ville a été abandonnée
au pillage ; etles magasins que les Saxons y avoient,
ont été brûlez Le Palatin de Lublin a affiegé
enfuite la Citadelle , qui est défendue par 300.
Saxons.
a
Le bruit court que le Major General Steinflicht
a fait une irruption en Silesie avec un Corps
considerable de Troupes , et qu'il y mené avec
lui un train d'Artillerie de 20. pieces de canon,
Quelques avis reçus de Warsovie , portent que
le Duc de Saxe -Wesseinfels , qui y est arrivé de
Dresde
MARS. 1735. 378
Dresde il y a quelques jours , s'étoit mis à la
tête de quelques Troupes de l'Electeur de Saxe ,
e qu'il étoit allé du côté de Neustadt pour inquieter
lesTroupesConfederées dans leur marche.
La Garnison qui détendoit la Citadelle de
Carga , demanda le 6. de ce mois à capituler ; et
fuivant les Articles dont le Palatin de Lubin est
convenu avec le Gouverneur , elle fortit le 7. de
la Place avec tous les honneurs de la Guerre.
Le Palatin de Lublin , après avoir donné fes
ordres pour que cette Garnison fût conduite au
Camp du Duc de Saxe - Wesseinfels , qui est dans
les environs de Neustadt , fit entrer un détachement
de fes Troupes dans la Citadelle , où l'on
a trouvé une grande quantité de munitions.
Le Castellan de Czersk , le Palatın de Siradie ,
et M. Zagwoyski ayant joint le Palatin de Lublin
avec leur Détachement , ce General quitta
le 9. Mars les environs de Carga , et toutes les
Troupes Confederées réunies sous ses ordres ,
passerent l'Obera à Bombst , à Grotzig , et à
Bentzchem .
-pos
Il avoit resolu de tenter aussi le passage de
l'Oder pour penetrer en Saxe ; mais le bruit court
qu'il a changé de dessein , et qu'il a jugé à prod'entrer
dans la Prusse Polonoise afin de
faciliter la jonction de fes Troupes avec celles du
Comte de Pocci , qui s'est avancé sur la frontiere
de cette Province avec un Corps considerable
de Cavalerie , et qui doit être suivi incessampar
des Troupes Lithuaniennes dont il a le
commandement.
ment
Depuis l'arrivée du Courier par lequel on a
apris les particularitez du combat donné le 19 .
Fevrier près de Widawa , entre les Troupes Polonoises
commandées par le Major General
Steinflicht , et le Regiment de Cavalerie Saxone
de
572 MERCURE DE FRANCE
de M. Birckoltz , on a reçu avis qu'unDétachement
des Troupes de M. Steinflicht avoit fait
prifonniers 300 hommes de Recruë qui venoient
de Saxe , et qui étoient destinez pour le Regiment
du Colonel Sibilski .
Le Prince Michel Lubomirski , M.Ozarowski,
Quartier-Maître General de la Couronne , et le
Staroste de Radomirski font allez à Berlin pour
y executer auprès du Roi de Prusse une Commission
de la part des Seigneurs et des Gentils
hommes confederez en faveur dn Roi.
TRADUCTION de la Déclaration
que le Primat de Pologne a publiée à
l'occasoin de l'ordre qu'il avoit reçû de
S. M. Czarienne et de l'Electeur de
Saxe , de se tenir prêt à partir pour
être conduit à Pulitoski. Elle est adressée
à la Czarine ; en voici l'Extrait.
L
E Primat , après avoir fait mention de
son Arrêt , ensuite de la reddition de la
Ville de Dantzig , par les Armes victorieuses
» de S. M. I. de Russie , et qu'il a été conduit
à Thorn , sans s'être plaint de sa captivité
de 93 sept mois , se soumettant patiemment et
avec humilité aux Decrets adorables de la Divinité
, ajoûte :
Je ne me suis point plaint de ma mauvaise for
tune ni des destinées qui s'embloient s'élever avec
tant d'inhumanité contre mon Etat , mon honneur
et ma vieillesse. Persuadé , comme tout bon Chréen
doit l'être , que ce qu'on apelle fortune , hazard
, destinée , n'est autre chose que Dieu même
qui permet souvent que les plus justes et les plus inmocens
MARS. 1735. $73
9
Recents souffrent les persécutions et les oprobres.
Combien a plus forte raison , moi qui suis si grand
pecheur , coupable de tant de crimes , non de ceux
qui regardent l'Etat mais de tant d'autres que
j'ai commis , ne dois-je pas reconnoître dans ma
présente situation , la juste punition de Dieu pour
mes pechez et baiser la verge dont il châtie mes
iniquitex ? Mais me confiant pleinement en sa misericorde
infinie, j'espere que ce même Dieu qui m'a
puni sur la Terre , me pardonnera dans le Ciel , ou
du moins que ce que je souffre pendant ma vie, sera
compté sur ce que j'ai mérité de souffrir après ma
mort.
Il dit ensuite. Qu'il ne prétend point parler
des malheurs publics ni en déveloper les principes
et les sources ; qu'il n'entrera pas nonplus
dans le détail des peines et des soins qu'il
s'est donnés pendant la crise de l'interregne
» pour conserver la Paix au - dedans et au- dehors
du Royaume , ni de la funeste métamorphose
» dont de si belles aparences ont été suivies : il
→ ne veut accuser personne , laissant à Dieu , à
qui rien n'est caché , à décider quel tourbillon
à excité cette horrible tempête , au contraire ,
ajoute-t'il , Je m'accuse moi- même et je m'a-
Voue coupable , mais de cela seul, que suivant que
ma conscience et le devoir de mon Etat et de ma
Dignité m'y obligeoient , je me suis exposé , comme
un Mats inébranlable pour la défense des Loix et
des libertez de cette Nation libre et jusqu'à présen
indépendante , et que, ayant toujours le coeur et les
mains pures , j'ai méprisé mes propres › avantages et
ceux de ma Maison , ne m'étant proposé d'autre
but dans tout ce que j'ai fait , que le bien et l'ade
la Patrie.
vantage
Il poursuit , » que Dieu nous ayant laissé
» chacun
t
374 MERCURE DE FRANCE
chacun notre libre arbitre , il a cru que, comme
Primat , il lui étoit permis de suivre le sien
et de chercher les avantages qui pourroient
» s'accorder , ou du moins paroître s'accorder
avec celui de de la République et qui ne devoient
point causer de troubles ni offenser les
Puissances voisines . Je n'accuse point ceux , ajoûte
- t'il , qui , quoiqu'en très petit nombre , ont dès
le commencement et suivant leurs inclinations et
obligations particulieres , pensé autrement que ne
'pensoient tous les autres . Je ne blâme pas non -plus
ceux qui après avoir d'abord embrassé un parti ,
l'ont abandonné par la suite sans hésiter , parce
que dans ce qui regarde la conscience , sur tout
Lorsqu'elle s'engage par serment , on ne doit reconnoitre
qu'elle pour juge et n'écouter d'autre témoi–
gnage que le sien ; mais pour moi je redoute les
jugemens de mon Dieu , et je tremble d'horreur
quand je pense à son Commandement , Tu ne pren■
pas
le Nom de ton Dieu en vain.
» Le Primat dit après cela que ce n'est pas lui
qui a été le prémier Auteur de ces sermens ,
ou qui les a suggerés ; qu'il n'a fait qu'executer
la volonté de la République , qu'ils lui sont
peut -être malicieusement imputez par ceux
même qui en sont les premiers Auteurs ; qu'il
avoit été convenu unanimement d'élire un
» Piast ; que quelques- uns vouloient même
pas attendre pour cela le temps prescrit par les
»Loix , induits peut- être par un secret appétît
»pour la Couronne , qu'il auroit pû dans ce
temps - là favoriser sa Famille ; mais qu'il n'avoit
jamais eu en vue son interêt particulier
, se reposant sur la Divine Providence du
soin de faire ce que bon lui sembleroit , et de
lui indiquer celui sur lequel tomberoient
dras
5 )
هد
Les
MARS. 1735. 573
33
les suffrages par une Election libre. Il est inu
tile , dit-il , d'entrer dans le détail de ce qui
s'est passé à ce sujet , tout l'Univers en étant
instruit par les Relations et quantité d'Ecrits
qui ont été publiez : Cependant , poursuit- il ,
je souffre aujourd'hui une captivité que je n'ai point
méritée. On m'impute tout les maux dans lesquels
la République est tombée par la fameuse division
de ses Citoyens , et l'on mefait un crime et un deshonneur
de ce qui ailleurs seroit digne de loüange
ayant préferé les interêts publics aux miens.
59
23
»
Il ajoute , qu'il avoit toujours esperé que
S. M. Imp. reconnoîtroit enfin son innocence ,
et qu'après avoir éprouvé les premiers mouve
mens de séverité , s'il avoit eu le malheur d'y
donner lieu , elle se laisseroit toucher de com-
, passsion sur la foiblesse de sa santé et sur son
âge avancé , ayant passé 70. ans ; qu'il ne peut
» même encore suposer que ce ne soit du sçû de
S. M. Imp. qu'on lui ait annoncé un ordre de
General Lasci pour le tirer de Thorn , le mener
à Pultusk er de - là en Lithuanie , dans une sai
son si rude , le mois de Mars lui étant ordi-
» nairement fatal et presque mortel , à cause de
la goutte , gravelle et autres incommoditez ;
qu'il croit plutôt que cet ordre a été suggeré
» par des gens qui lui veulent du mal , et après
» avoir assuré qu'il n'a cu aucune part de fait ni
"
d'intention aux troubles qui agitent le Royau
» me , ni donné occasion à l'efusion du sang
innocent , ayant même empêché qu'on en répandit
, lorsque la Noblesse vouloit attaquer
» celle qui étoit à Prague , avant qu'elle pû être
» secourue par l'Armée Russienne . Il finit ainsi.
Je déclare devant tout le monde , et même dewant
S. M. Imp. de Russie, queje n'ai jamais eu
H AUCUN
374 MERCURE DE FRANCE
>
aucune intrigue contre ses interêts , ou qui pût lui
faire aucun tort ; que je n'ai souhaité uniquement
que l'observation de la Paix , des Traitez et d'une
bonne harmonie entre les deux Nations , que même
depuis ma détent on , me conformant à la volonté de
eclui qui donne les Couronnes et qui donne les Rois
aux Peuples même les plus libres , disposant des
Royaumes à son gré , j'ai proposé des moyens pour
appaiser les troubles présens et rétablir la tranquillité
ne demandant ma liberté qu'afin de pouvoir agir
plus efficacement. Je raportois l'exemple du Sérenissime
Roy Auguste II. de glorieuse mémoire , qui
ayant été élu en scission le même jour que son Compétiteur
et dans le lien établi par les Loix et qui
trouvant alors la République dans un trouble pareil
à celui d'aujourd'hui , a sçû tout réunir et pa
sifier par la douceur et parla clémence, et a reyné ensuite
plus heureusement et avec plus de certitude,
que S'il eût employé la force et la violence ; mais
Puisque toutes mes remontrances et tous mes efforts
n'ont eu aucun succès par le mépris qu'on a fait de
la Dignité Primatiale , des Loix et des libertez,
que Dieu juge qui est l'Auteur de la perte et de la
ruine du Royaume. Pour moi et pour ma justifica
tisn , j'en apelle à la Posterité , ne doutant pas que
quiconque jugera des choses sainement , sans par
sialité et sans passion , rendra cette justice à ma
memoire ; que tant que j'ai vécu je n'ai souhaité de
vivre que dans cette entiere liberté que nos Ancêtres
nous ont acquise par leffusion de leur sang.
Si Dien me fait la grace de surmonter toutes les
fatigues et incommoditez du voyage que je vais faire
et de survivre aux miseres que j'essuyerai à Pultusk,
et de-là en Lithuanie , je ne desespere pas encore de
la clémence de S. M. I. de Russie , qu'elle n'accor
dera pas à mes Ennemis la satisfaction de voir conMARS.
1735.
то
$
750
Finuer ma détention , et qu'elle me laissera finir en
liberté ma vie innocente , ayant toujours été natu¬
rellement incliné à m'accommoder à toutes ses volontez
, sans préjudice néanmoins de ma chere Patrie
, dont l'amour par préference doit être chez tous
les honnêtes gens , le lien le plus étroit et le plus indissoluble
: Enfoi de quoi j'ai signé la présente Déclaration
. Fait à Thorn le Février 1735.
4.
En même-temps que le Primat écrivit cette
Lettre , il dépêcha un Courier au General Lasci ,
pour lui représenter que l'état de sa santé ne lui
permettoit pas de soutenir les fatigues d'un
voyage.
ST
ALLEMAGNE.
Uivant les avis reçûs de la partie de la Bos
nie qui appartient à l'Empereur un détachement
des Troupes du Grand - Seigneur ya
fait une irruption , et il ne s'est retiré qu'après
avoir fait un grand nombre d'Esclaves , et enlevé
beaucoup de butin.
L'Electeur de Saxe fait esperer à l'Empereur ,
qu'il envoyera cette année à l'armée Impériale
sur le Rhin quatre Bataillons du Régiment de
ses Gardes à pied , deux du Régiment de Saxe-
Weissenfels , trois Escadrons de ses Gardes du
Corps , et les Régimens de Nassau et d'Arnheim,
Cuirassiers.
On écrit de Ratisbonne que tous les Ministres
qui composent la Diete de l'Empire , étoient
Convenus unanimement dans leur derniere Assemblée
, qu'on leveroit deux Mois Romains
pour les réparations des Fortifications de la Ville
de Mayence.
Les mêmes Lettres marquent qu'on avoit dé-
Hij libcré
"
576 MERCURE
DE FRANCE
fiberé aussi dans cette Assemblée
sur les moyens d'engager
les Etats de l'Empire
à fournir
au
plutôt kurs contingens
; que le Ministre
de l'Electeur
de Baviere
avoit déclaré
à cette occasion
le Prince son Maître
ne pouvoit
envoyer que te sien , qu'après
que les difficultés
qui en avoient jusqu'à
présent
retardé
le départ , seroient
entierement
levées ; que celui de l'Electeur
de Co- logne avoit représenté
qu'il ne convenoit
point à cet Electeur
de dégarnir
ses Etats de Troupes
,
standis que la plupart
des Bourgs
et des Villages de son Electorat
étoient
remplis
de Troupes
celui de l'Electeur
Palatin
,
Etrangeres
que après avoir insisté
sur les dommages
que la
guerre
avoit causés aux Sujets de ce Prince , -avoit dit qu'on ne devoit point compter
sur un
contingent
plus considérable
que celui qui avoit été fourni l'année
derniere
.
et
Un Courier
de Schwerin
arrivé à Vienne
, a rapporté
que le Duc Chrétien
Louis y avoit établi sa résidence
, et que les Magistrats
ayant obtenu de ce Prince que la garnison
de la Ville ne fut composée
que de 200. hommes
, 300 Soldats
des Troupes
Schwartzembourgeoises
, que M. de Platen y avoit fait entrer , étoient,
allés joindre
celles qui assicgent
Domitz
. Le bruit court que le Duc Charles
Leopold
s'étoi absenté
de Wismar
pendant
quelques
jours sans qu'on sçût où il étoit allé , mais qu'il y étoil retourné
le 20. et qu'on croyoit qu'il prendroi le parti de se soumettre
au Décret Impérial
.
.
On a appris depuis que les Troupes
du Hol stein ét de Schwartzembourg
, qui font le Siég
de Domitz
, avoient
entierement
enfermé
ce Place du côté de la terre par de fortes
lig
et que pour empêcher
les Assiegez
de recero.
aucu
+
MARS. 1785.
$77 ,
aucun secours par l'Elbe , elles avoient commen.
cé à construire quelques ouvrages sur le bord
de cette Riviere.
Suivant les derniers avis reçûs du Duché dé
Meckelbourg , le Duc Charles Leopold s'est dém
terminé à se soumettre au Décret Impérial , qui
donne l'administration de ses Etats au Duc
Chrétien Louis , son Frere.
ITALIE.
E Titre de Protecteur de S. Thomas des An-
Falconieri , a été donné par le Pape au Cardinal
Riviera , que Sa Sainteté a chargé en mêmetems
de donner part de la mort de la Princesse
Clementine Sobieska , Epouse du Chevalier de
S. Georges , à tous les Princes Catholiques.
Le Pape a ordonné qu'on érigeât dans l'Eglise
de S. Pierre un magnifique Mausolée
Ithonneur de cette Princesse.
Le premier de ce mois , l'Abbé de Canillac ,.
Auditeur de Rote pour la France , soûtint son
examen public , suivant la coûtume , dans la
grande Sale de la Chancellerie , en présence de
31. Cardinaux.
DE NAPLES ET SICILE.
Ldans la Citadelle de Messine
E Prince de Lobkowits , qui commande
, ayant fait
équiper une Peote , et l'ayant envoyée à l'Isle
de Lipari pour y chercher des provisions , les
Habitans de l'Isle s'en sont emparés , et ils ont
fait prisonniers de guerre tous les Soldats et
les Matelots qui étoient à bord de ce Bâtiment.
Hiij Sept
78 MERCURE DE FRANCE
Sept Soldats Suisses qui ont été reconnus parmi
les Prisonniers pour avoir déserté des Troupes.
Espagnoles , ont été punis de mort.
On a appris de Rome que ce Prince avoit dépêché
un Officier de sa Garnison au Cardinal :
de Cienfugos , pour lui donner avis que s'il ne
recevoit promptement du secours , il ne pouvoit
se défendre plus long- tems , et qu'il étoit.
résolu de ne point s'exposer , en faisant une résistance
inutile , à ne pas 2 obtenir de capitulation
.
On a appris depuis que le Roi ayant approu
vé les articles de la Capitulation accordée à la
Garnison de la Citadelle de Messine , ils furent .
signez le Février par 22. le Marquis de Gracia➡
Real , Commandant des Troupes qui font le
Siége , et par le Prince de Lobkowits , Gouverneur
de la Place.
25.
Il a été reglé par cette Capitulation , que le
de ce mois les Assiégez abandonneroient aux
Espagnols tous les ouvrages extérieurs , et qu'ils.
consigneroient aux Officiers d'artillerie nommez
par le Marquis de Gracia-Real , l'artillerie et les
munitions qui sont dans la Citadelle ; que le
31. à huit heures du matin ils remettroient les
Forts du Salvador et de la Lanterne ; que le mê
me jour les Assiegez entreroient dans la Citatadelle
, et que la garnison se retireroit au Lazaret
, où les Espagnols ne pourroient entrer
avant qu'elle fut embarquée qu'elle sortiroit
de la Place avec les honneurs de la guerre , armes
et bagages , tambour battant , Enseignes
déployées , et 30. coups à tirer pour chaque
Soldat ; qu'elle pourroit emmener deux piéces
de canon de 8 à 12. liures de bales , avec so.
soups à tirer pour chaque pièce , et deux char ).
riots
A 1735 R. S. 575
riots d'artile, et qu'on accorderoit un mortier
de 8. à 1o. pouces au Prince de Lobkowitz,
par considération pour lui ; que les Bâtimens
sur lesquels la Garnison s'embarqueroit ne pourroient
être visitez ; qu'ils seroient escortez par
un Vaisseau de guerre du Roy d'Espagne , qui
les conduiroit jusqu'à Fiume ou à Trieste , er
que si les vents contraires les obligeoient de relâcher
dans un des Ports du Royaume de Naples
, les Impériaux qui seroient à bord de ces
Bâtimens seroient en droit de demander' qu'on
leur fournisse , moyennant un prix convenable,
tout ce dont ils auront besoin , qu'il seroit permis
à la Garnison d'acheter des vivres dans la
Ville de Messine.
Que le Prince de Lobkowitz pourroit donner
part de la Capitulation au Géneral Roma ,
qui commande à Siracuse , même d'en faire
venir de l'argent.
Que les Prisonniers faits par les Espagnols a
l'attaque des Châteaux de Gonzague et de la
Pantorne , seroient libres le jour que les Assiegez
sortiroient de la Citadelle.
Que les Officiers Impériaux qui ont laissé
leurs familles et leurs bagages dans la Ville de
Messine ou dans quelques autres lieux du Royaume
de Sicile , pourroient les retirer et les emmener
avec eux :
Que ceux qui auroient quelques affaires dans
la Ville , y seroient reçûs avec un passeport du
Prince de Lobkowitz , à condition que les Assfegez
recevroient dans la Citadelle les Officiers
Espagnols qui auroient des passeports du Mårquis
de Gracia-Real. Qu'en attendant que la
Garnison sorte de la Place , les Espagnols sus-
Pendroient leurs travaux , et ne commettrofent
2
Hiiij
aucum
o MERCURE DE FRANCE
aucun acte d'hostilité , pourvu que les Assiege
m'entretiennent commerce avec aucun Bâtiment
, et qu'ils laissent entrer et sortir libre
ment tous ceux qui appartiennent aux Espa
gnols.
Que si après que les Entrepreneurs qui ont
fait quelques fournitures à la Garnison , auront
reglé leurs comptes avec le Commissaire Impé
rial , qui est à Siracuse , il se trouve que l'Empereur
leur est redevable , la Garnison ne pour
roit être inquietée ni retenue pour cette raison
et qu'on exigeroit seulement qu'elle laissâr des
Stages , ainsi qu'il est d'usage en pareille occae.
sion.
GRANDE BRETAGNE.
9:
N écrit de Londres que les Seigneurs s'é
tant assemblez le 24. Février , le Duc de
Bedford leur présenta la Requête des Seigneurs
Ecossois qui ont protesté contre l'Election des
seize Pairs d'Ecosse. Cette Requête signée par
le Duc d'Hamilton et de Brandon , le Duc de
Queensbury et de Douvres , le Duc de Montrose
, les Comtes de Dundonald , de Marche- -
mont et de Stairs , porte que les seize Lords .
choisis pour représenter les Pairs d'Ecosse dans .
le Parlement , ont employé pour se faire élire
défendus par les Loix , contraires .
la liberté des Parlemens et à l'honneur de la
Pairie , et qui peuvent tendre à renverser las
constitution de l'Etat. Les Lords qui se plaignent:
de la maniere peu réguliere dont ces seize Pairs
ont été élus , ajoûtent dans leur Requête qu'ils
s'engagent à donner des preuves des faits qu'ils
avancent , et qu'ils supplient la Chambre de le
permettre , et d'examiner cette affaire impor
des moyens
tante
MARS. 1735. 581
·
tante avec toute l'attention qu'elle mérite , puisqu'il
s'agit de maintenir la dignité de la Pairie,
la liberté des Elections des Pairs , et l'indépendance
des Parlemens .
Après la lecture de la Requête , il fut résolu
qu'on la liroit le 3. Mars une seconde fois ,
afin d'être plus en état de prendre un parti convenable
, et que tous les Seigneurs seroient invitez
à se trouver à la Chambre .
Le 24. du mois dernier , pendant que la Cham
bre des Communes étoit assemblée , les Domestiques
des Membres de la Chambre s'étant divisez
en deux fictions , dont ils appellerent
l'une le parti de la Cour , et l'autre le parti opposé
, ils en vinrent aux invectives et ensuite aux
coups , et il y en eut plusieurs de blessez de
part et d'autre.
Le 11. de ce mois , la Chambre des Commu
nes continua de deliberer en grand Comitté sur
le subside , et après la lecture du Traité conclu
le 19. Décembre de l'année derniere avec le
Roi de Dannemarck , et l'examen de plusieurs
Etats de dépenses , remis devant la Chambre
par le Contrôleur de la Maison du Roi , il fut
résolu d'accorder à S. M. 5625o. liv. sterlings,
pour remplir les engagemens pris avec S. M
Danoise , et 81568. liv. sterlings , pour les dé
penses extraordinaires qu'exige l'augmentation
des forces de terre et de mer. Le sapport de ces
résolutions fut fait le 14 à la Chambre , qui
régla qu'avant que de donner son approbation ,
elle les examineroit encore une fois en grand..
Committé.
Le 18. la Chambre résolut en grand Com
mitté , que le Roy pourroit prendre un million
de livres sterling sur les revenus du fond d'a-
Hy mortissement-
1
382 MERCURE DE FRANCE
mortissement , et que les droits qui sont établis
sur le sel et sur les salines , et qui ne devoient
être perçus que jusqu'au 25. Mars 1742. seroient
levez jusqu'au 25. du même mois de
l'année 1746.
Les Commissaires de l'Amirauté , dans la derniere
assemblée qu'ils ont tenue , ont réglé qu'on .
équiperoit cette année un Vaisseau du premier.
rang , deux du second , hurt du troisiéme , dixhuit
du quatrième , et quatorze du cinquième .
**
MORTS NAISSANCES
des Pays Etrangers.
N'a appris de Lombardie que le Baron der
Zingenberg , Lieutenant- Feldt- Maréchal ,.
et Colonel d'un Régiment de Hussards ; y étoit
mort depuis quelque tems. Ce Baron étoit fils
du Pacha qui commandoit dans la Ville de Bude
lorsqu'elle fut prise en 1686. par les Impériaux,
et qui après avoir demeuré long- tems prison .
nier à Newstadt , embrassa la Religion Chrétienne.
Le 3 .. Février 1735. Chrétien III. da nom
Comte Palatin du Rhin , Duc de Baviere et de
Deux-Ponts , Prince de Birckenfeld et de Bischwveiler
, Comte de Veldentz , de Spanheim , de
Rappolstein , de Hohenach , &c. Chevalier de
1 Ordre de S. Hubert , et Lieutenant Général
des Armées du Roi , mourut à Deux Ponts après
une courte maladie , dans là 61 , année de son
Age , étant né le 7. Novembre 1674. Il est uniersellement
regretté , à cause de sa grande affa
bilité ,:
MARS. 1735.
5831
Wilité , qui lui avoit gagné tous les coeurs. Il
étoit fils de Chrétien II . du nom , Comte Pa
latin du Rhin , Duc de Baviere , Prince de Bir◄
kenfeld et de Bischweiler , Colonel du Régiment
d'Alsace , et Lieutenant Géneral des Armées du
Roi , mort au mois de Mai 1717. à l'âge de
8o. ans , et de Catherine - Agathe , née Comtessede
Rappolstein , morte le 6. Juillet 1683. Il s'étoit
attaché , comme le Prince son pere , au service
de France , et il fut fait d'abord Colonel du
Régiment d'Alsace par sa démission . Il servit .
en 1697. au siége de Barcelone , où il blessa et
fit prisonnier dans une sortie un Officier de la
Garnison ; la même année il fut fait Brigadier
d'Infanterie , et le 23. Décembre 1702. Maréchal
de Camp , il fut nommé au mois de Fé--
vrier 1763. pour faire en cette qualité la Campagne
en Flandres , et fut fait Lieutenant Géne
ral le 26. Octobre 1704. Il se trouva en 1705.
à la retraite de l'Armée Françoise , après que
ses lignes curent été forcées ; depuis il continua
de servir en Flandres - jusqu'à la Paix . Il succeda
au mois de Mai 1717. à son pere , dans la Ré•·
gence des Etats de Birckenfeld ; er Gustave Samuel-
Leopold , dernier Duc de Deux- Ponts ,
étant mort sans posterité le 17. Décembre 17318
H prétendit , comme plus proche parent du dé--
funt , sa succession , dans laquelle il eut pour
Concurrent l'Electeur Comte Palatin du Rhin
mais cette affaire ayant été décidée au Conseil
Aulique de l'Empire à son avantage , il fit son
Entrée à Deux - Ponts le premier Avril 1934. et
prit posseseion de la Régence de cet Etat, Il avoiss
été marié le 21 Septembre 1719 avec Caroline
de Nassau , née le 12 Août 1704.- filé de feu
Louis Craton , Comte da. Nassau Saarbruk ,,
Liege
j
584 MERCURE DE FRANCE
J
Lieutenant Général des Armées du Roi , et Co♫ ´
lonel du Régiment Royal Allemand Infanterie;
mort en 1713 er de Philippine- Henrieure , née
Comtesse de Hohenlohe - Langenbourg. Il a e
d'elle Christine Caroline Philippine-Henriette ,
née le 9. Mars 1721. Chrétien , né le 65 Septembre
1722. Frederic , né le 27. Février 172402
et Henriette- Caroline , née le 17. Novembre
1725. Chrétien IV . du nom , est devenu Duc de
Deux-Ponts , Prince de Birckenfeld er de Bischweiler
, par la mort de son pere ; mais étant
mineur , sa mere a pris en son nom possession
de la Régence de ses Etats. Frederic , son frere
puîné , a été fait Colonel du Régiment d'Alsace,
au lieu et par la démission de son pere , au moiss
de Mars 1734.
Le premier Mars Louis Rodolfe , Duc de
Brunsvvich-Wolfembutte!, Prince de Blanckem
burg, mourut à Brunswich dans la 644 années
de son âge , étant né le 22. Juillet 1671. Il étoitt
le troisième et dernier fils d'Antoine Ulric , Duct
de Brunswch-Wolfembuttel , mort le 27. Mars ?
1714. et d'Elisabeth - Julienne , née Duchesse
de Holstein- Norbourg. Il avoit d'abord étée
Chanoine Protestant de l'Eglise de Strasbourg ;
et Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
au mois de Décembre 1689. Commandeur de
Supplinbourg , et ensuite Géneral Major desi
Armées du Roi de Pologne , au mois de Sép
tembre 1698. Rodolfe Auguste , Duc de Bruns
wich-Wolfembuttel , son oncle paternet , lui
donna en 1690. le Comté de Blanckenburg
qui fut érigé en sa faveur en Principauté en
1707. par l'Empereur Joseph ; et George I. Roi
de la Grande- Btagne , en qualité d'Electeur
et Duc de Brunswich-Lunebourg , lui ceda en
173Sj
MAR S. 17383
15: sa vie durant , voix et séance à la Diese
de l'Empire pour la terre de Grubenhagen. Il
devint Duc de Brunswich-Wolfenbuttel par laa
mort sans enfans du Duc Auguste- Guillaume
son frere aîné , le 23. Mars 1731. Il avoit été
marié le 12. Avril 1690. avec Christine - Louise :
d'Oettingen , née le 16 Mars 1671. fille d'Albert
Ernest , Prince d'Oettingen , et de Chris--
tine- Frederique , née Duchesse de Wirtemberg,.
sa premiere femme , et il avoit eu d'elle Elisabeth
Christine de Brunswich , née le 28. Août
1691. mariée à Barcelone le premier Août 1708 .
avec Charles VI . Empereurs des Romains , Archiduc
d'Autriche , Roi de Hongrie et de Boheme
; Charlotte- Christine-Sophie de Bruns--
wich , née le 2. Août 1694. mariée le 25. Octobre
1711. avec Alexis Petrowits , Czarowits s
de Moscovie et des Russies , et morte le premiers
Novembre 1715. et Antoinette- Amélie de Brunswich
, née le 14. Avril 1696. et marie le 15..
Octobre 1712. avec . Ferdinand - Albert II. du
nom , Duc de Brunswich- Bevern , son cousin
ayant le germain sur elle , né le 19. May 1680.
General -Feldt - Maréchal des Armées de l'Empereur
, et second . Géneral de son Armée en 、
Allemagne.
Le Duc de Wolfembüttel n'ayant point laissé
d'enfans mâles , a eu pour successeur dans ses
Etats de Brunswich -Wolfembuttel et autres , le..
Duc de Bevern , son cousin germain , non com
me ayant épousé sa fille , mais de son propres
chef , comme plus proche héritier mâle , suivante
les Loix d'Allemagne...
La Princesse dont l'Electrice de Saxe accou
cha les 13. du mois dernier à Warsovic , fus
baps
1986 MERCURE DE FRANCE
Baptisée le même jour par l'Evêque de Gracod
et nommée Marie- Christine - Anne- The
rese-Salomée- Eulalie - Xaviere.
vic
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c..
LE
E 6. de ce mois , second Dimanche:
du Carême , le Roy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château ?
là Messe , qui fut chantée par la Musi
que , et.pendant laquelle l'Evêque de
Langres prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy,
Le Roy a nommé le Chevalier de Cau
zan , Colonel- Lieutenant du Regiment .
de Conty , Infanterie , et S M.-a accordé
au Marquis de Gontaut l'agrément du
Regiment d'Infanterie , dont le Marquis
de Mailly étoit Colonel .
Le Duc de Ruffec , Mestre de Camp dus
Regiment de Cavalerie de Saint Simon ,
ayant demandé eu Roy la permission de
le remettre , S. Mi era donné l'agrément
au Marquis de Ruffec son Frere , et celui
du Regiment de Cavaleris , dont il étoit :
Mestre de Camp , au Marquis de Barbans
Con
MARS. 1735 584-
on , Capitaine dans le Regiment de Ca
valerie de Toulouze.
Le 29. de ce mois , M. de Contade ;
Lieutenant Colonel du Regiment des
Gardes Françoises , ayant demandé au
Roy la permission de se retirer , S. M
lui a donné une pension de 6000. livres ,.
et l'agrément de vendre sa Compagnie.
Le Roy a nommé en même temps Lieu
tenant Colonel de ce Regiment M. de:
Terlaye , Maréchal de Camp :
Le Roy a accordé il y a déja quelque
temps , au Marquis de Lenoncourt , Brigadier
, la permission de ceder le Regi
ment de Cavalerie dont il étoit Mestre
de Camp , au Marquis d'Headicourt son
Frere.
La Princesse Hereditaire de Modéne,
après avoir fait quelque séjour à Lyon,
arriva ici de 10 de ce mois , et alla descen--
dre à l'Hôtel de Luines , ruë du Colom--
bier , que le Prince Hereditaie de Modé
ne , son Epoux , lui avoit fait préparer.
Cette Princesse alla le même jour au Palais
Royal, pour voir Son Altesse Royale
Madame la Duchesse d'Orleans sa Mere ,
et le Duc d'Orleans son Frere . Certe Prin--
eesse a été présentée au Roy et à la Reine
, et a éré reçue très gracieusement de
Meurs Majestez
MERCURE DE FRANCE
Le 13. de ce mois , les Députez des Etats
de Bourgogne eurent audience publique
Roy, étant présentez par le Duc de Bourbon
, Gouverneur de la Province , et par
le Comte de Saint Florentin , Secretaire
d'Etat , et conduits par le Marquis de
Brezé , Grand Maître des Cérémonies .
Ils eurent le même jour audience de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin et de
Mesdames de France. La députation étoit
composée pour le Clergé , de l'Evêque
d'Autun , qui porta la parole , de M.
Giller , Maire de la Ville de Beaune pour
le Tiers-Etat , et de M. Rigoley , Syndic
de la Province. Le Député pour la Noblesse
étoit le Marquis de Montal , Lieutenant
General , qui ne s'est point trouvé
à l'Audience de S. M. parce qu'il est
actuellement employé dans l'Armée d'Italie.
Le 23 les nouveaux Drapeaux du Re
giment des Gardes Françoises , et de celui
des Gardes Suisses , furent portés à l'Eglise
Metropolitaine , où ils fatent bénits
avec les Cérémonies accoûtumées , par
Abbé d'Hircourt, Doyen du Chapitre.
Le 24. le Roy fit- frire un Service so-
Jemnel pour le. repos de l'ame de la Reine
de
MARS. 1735.
de Sardaigné dans l'Eglise Metropolitai
ne , qui étoit éclairée par un grand nombre
de lumieres , et où on avoit elevé
un magnifique Catafalque l'Archevêque
de Paris n'ayant pû . officier , l'Abbé
Harcourt , Doyen du Chapitre , dit là.
Meffe , pendant quelle le Pere Perusseau,
de la Compagnie de Jesus, prononça .
L'Oraison funebre . Le Duc de Bourbon ;
le Comte de Clermont et le Prince de
Conty conduisirent à l'offrande , avec les
cérémonies ordinaires , la Duchesse de
Bourbon , la Princesse de Conty , et Mlle
de Sens , qui étoient les Princesses du
deuil Plusieurs Archevêques et Evêques
assisterent à ce Service,ainsi que le Parle
ment , lá Chambre des Comptes , la Cour
des Aydès , l'Université et le Corps de
Ville , qui y avoient été invitez de la part
du Roy par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies..
La Reine , qui étoit grosse de trois mois
se trouva indisposée le 20 de ce mois à
l'issue de son diner , et elle eut un mouvement
de fievre qui ne l'empêcha pas
d'assister au Sermon , aux Vêpres et au
Salut.
Le 22. la Reine ayant eu un accès de
evre plus marqué , elle fut saignée le
soir
*
90 MERCURE DE FRANCE
soir on la saigna une seconde fois le 24
et comme la fievre s'étoit déclarée , on se
détermina le 25 à purger la Reine pour
la mettre en état de prendre du Quinqui
na , dont elle commença l'usage le 26 au
matin , à la fin d'un quatrième accès de
fievre qui avoit été plus violent que les
precedents.
Des accidens qui donnerent lieu de
craindre une fausse couche étant survenus
le 26 au soir , la Reine fut saignée le
lendemain à midy , elle le fut encore les
28. à deux heures du matin , et le même
jour vers les onzes heures et demie , elle
accoucha d'un faux germe. Depuis ce mo
ment la Reine qui n'avoit point eu de
févre depuis le quatriéme accès , s'est
portée beaucoup mieux , et elle est actuellement
aussi bien qu'on puisse le désirer,
Le dix- neuf Mars , M.Jerôme de Loistron
, ancien Avocat au Parlement , fut
reçu à la Cour des Monnoyes dans la
Charge de Président et Commissaire en
cette Cour , assisté de plusieurs Magis- .
trats , et des Avocats ses Confreres , pré- ,
cedez par M. Frollant Batonnier , lequel.
fit placé entre M M. les Gens du Roy.
Le nouveau Président a été dispensé par
S.M. de dix années de service dans une
Cour
MARS 1735. F9F
Cour Superieure , requises par les Reglemens
, à cause de vingt années de Profession
d'Avocat qu'il a honorablement
exercée. Il a été aussi dispensé de parler
sar un Texte des Loix , suivant la Cou
tume , en ayant seulement allegué l'espece,
ensuite d'un beau Compliment qu'il
fir à la Cour en Langue latine.
Messieurs Herault , Conseiller d'Etat,
Lieutenant General de Police , Choppin
d'Arnouville , Maîtres des Requêtes , et
Menessier , Curé de S. Etienne du Mont
sont les Témoins qui ont signé dans l'In
formation des Vie et Mours.
9''
Le 29. de ce mois , le Roy fit dans la
Plaine des Sablons la revue des Regimens .
des Gardes Françoises et Suisses , et S. M.
les vit défiler.
Après la Revue le Roy prit la route dur
Château de la Meutte ; et malgré la pluye,.
S. M. voulut bien se détourner pour aller
auprès de la Barriere du Fauxbourg Saint
Honoré , dans l'Attelier du sieur Le
Moine , Sculpteur de l'Académie , pour
y voir le Modéle de la Statue Equestre
de quinze pieds d'élevation , qu'on doit
jetter en bronze incessamment , pour
Ja Ville de Bordeaux . Sa Majesté parut
très contente de ce superbe Monument 3
Elle
59r MERCURE DE FRANCE
Elle en remarqua avec beaucoup de discernement
les beautez , et voulut bien
Elle-même répondre pour la justification
du freur LeMoine , à quelques observations
qu'on avoit faites sur un prétendu
défaut
囂
Nous sommes priez d'avertir le Public qu'il se
fait actuellement dans la Forêt de la Hunaudaie
en Bretagne, une Exploitation, ou coupe de Bois,
qui doit durer 18. ou 20. ans. On assure que
cet endroit est fort propre pour y établir une
Manufacture de Verre , étant à trois lieues de la.
Merer dans le voisinage de plusieurs bonnes ,
Villes , d'ailleurs le bois et les autres materiaux:
nécessaires pour la fabrique du Verre s'y trou
vent en abondance et à bon marché , aussi bien
que les vivres. Si tous ces avantages faisoient
naître l'envie à quelqu'un d'établir une Verreries
dans.ce. Lieu-là , les adjudicataires de la Forêt
lui procureront tous les agrémens et toutes les
facilitez qui dépendront d'eux . Es pour sçavoir
plus en détail en quoi ils peuvent contribuer à
Pétablissement que l'on propose , on pourra
écrire à Me du Breil Sevoy , à la Forêt de la Hunaudaie
, proche Lamballe en Bretagne , ou bien
à M. Poulmain le Barre , à Pontivi , aussi en
Bretagne.
Le Mardi premier Mars, les Comédiens François
jouerent à Versailles le Préjugé à la mode et
La Pupille.
Le 3. la Tragédie de Gustave et l'Usurier Gentilbomme.
La 8..la Mere Coquette et Crispin Rival.
Le
MAR S. 1735.
393
Le 1o. Iphigénie et l'Epreuve réciproque.
Le 19. PEcole, des Femmes et l'Avocat Patelin.
Le 17. Penelope et les Plaideurs.
Le 22. le Préjugé et la Pupille , qui ont fait
grand plaisir à toute la Cour , quoique vûës
pour la seconde fois.
Le 26. Fevrier les Comediens Italiens représenterent
à la Cour la Comedie du PetitMai-
~tre Amoureux qui fût suivie de celle des Paysans
de Qualité.
Le cinq Mars ils représenterent à la Cour
la Comedie de l'Heureux Strangême et la
-petite Piece des Ennuis da Carnaval qui fût
très goutée ; on dansa ensuite le Pas de Six
-composé de Six Acteurs Pantomimes qui l'é-
Xecuterent avec aplaudissement.
Le 12. le Faucon et la Petite Comedie des
Billets Doux le 19. la Sueprise de la Haine , et
le Bouquet.
Le 28. Février , la Reine entendit dans son Sa
lon à Versailles , le Prologue et le premier ›Acte
` de l'Opera d'Armide , qu'on continua le 2. et le
7. Mars. Le Rôle d'Armide fut chanté par le
Dlle Antier, et celui de Renaud , par le sieur Jeliot
, qui s'y distingua infiniment.
#
Le 9.on chanta le Prologue et le Divertissement
du dernier Acte d'Amadis de Gaule , qui fut suivi
d'un Concerto , de la composition du sieur
le Clerc , (Ordinaire de la Musique du Roy ) dont
le jeu brillant et délicat fut extremement aplaudi,
La Reine ayant désiré d'entendre l'Opera d'-
chille eDeidamic, composé par Mrs Danchever
Campra on le chanta devant S. M. le 14. et le
16. Les Diles Antier et le Maure , les sieurs Chas$
94 MERCURE DE FRANCE
sé , Tribou et Jeliet , executerent les Rêles, qui
les concernoient avec tout le goût dont ils sont
capables.
Le 21. on chanta le Prologue et la Fête du
troisiéme Acte de Phaeton .
Le 23. M. des Touches , Sur- Intendant de la
Musique de la Chambre en semestre , pour donner
à la Reine une image du Concert Spirituel ,
fit entendre à S. M. deux Motets à grands
Choeurs , de sa composition , l'un Diligame
Domine , et l'autre Te Deum laudamus. La Mpsique
de la Chapelle se joignit à celle de la
Chambre. La Dlle Erremens , les sieurs le Pringe
et Jeliot , chanterent les principaux Récits aucc
un aplaudissement generaliles Choeurs et la Symphonie
se distinguerent tellement , que la Reine
et toute la Cour ne cessoient d'admirer une execution
si parfaite.
Le 25. Mars , Fête de l'Annonciation de la
Vierge , on chanta au Concert Spirituel du
Château des Tuilleries deux Moters à grand
Choeur de M, de la Lande , les Dlles Erremens
et Fel chanterent differens Reçits avec beaucoup
de precision , de même que le Sr. Jeliot dans
un petit Motet Benedictus de M. Mouret . et
aprês deux Concerto executés par les Srs . Blavet
et le Clerc , le Concert fût terminé par le Motet
Quemadmodum du même Auteur qui t
fort aplaudi par une très nombreuse Assemblée .
Le 30. on executa le Motet in convertendo
de M. de la Lande , qui fût suivi du Beatus Vir,
du S. Mion : les Dlies . Fel et Bourbonnois ,
chanterent un autre petit Moter du Sr. le
Maire qui fit beaucoup de plaisir .
Le même jour après le Motet, Usquequo de M,
de
MARS. 1735- 595
de la Lande , et d'un autre du Sr. Cheron
les Srs. Bezossi Hautbois et Basson de la Musique
du Roi de Sardaigne , jouerent des Pieces
de leur composition , dont l'execution fr
genéralement admirée.
Le 31. les mêmes Joueurs de Hautbois et de
Basson , exécuterent d'autres Pieces de leur
Composition avec toute la précision imaginable
, qui furent extrêmement applaudis.
Hadgi Mehemet Effendi , Envoyé de
Tripoly d'Affrique à la Cour de France ,
et en Hollande , arriva à Paris le 2. Janvier
1735. avec une suite d'environ 12 .
Personnes. I cut sa premiere Audience
le 6. de M. le Comte de Maurepas. Il
alla à Versailles le 18. où il eût une seconde
Audience de ce Ministre , le même
jour il eût l'honneut d'être présenté
à S. E. M. le Cardinal de Fleury , qu'il
complimenta en peu de mots , il eûc
ensuite Audience de M. le Garde des
Sceaux .
Le 19. il eût Audience du Roi dans la
Cour de Marbre , il présenta à S. M. la
Lettre du Pacha de Tripoly ; cependant
quatre Turcs tenoient les quatre beaux
Chevaux , présentés de la part du Pacha ,
dont deux extrêmement petits , étoient
pour Monseigneur le Dauphin. Le Roi
les considera , les loua , et remercia l'Envoyé.
Celul
MERCURE DE FRANCE
Celui- cy monta ensuite à la grande
Galerie , ou il eût l'honneur de saluër
la Reine qui alloit à la Messe , il alla
tout de suite chez Monseigneur le Dauphin
, où se trouva S. E. M. le Cardinal
Ministre , et M. le Comte de Maurepas.
1 admira la vivacité , le bon air , et les
autres qualitez de cet Auguste Frince.
Il alla peu demps aprés à l'Audience
de M. le Comte de Toulouse , Mela
Comtesse étant présente. I alla aussi
saluer M. le Duc de Penthiévre,et revint
à Paris le 20. avec beaucoup de satisfaction
de son voyage.
Il a sejourné en tout vingt- quatre jours
à Paris. Pendant ce temps la il est allé
à la Bibliotheque Royale , aux Invalides ,
dont le Commandant accorda à sa consideration
la liberté à trois Invalides ,
qui étoient aux Artêts ; à l'Opera , à la
Comedie Françoise , et à la Comedie
Italienne. Il a visité M. l'Ambassa
deur d'Hollande , qui lui a rendu plusieurs
visites .
Le 26. Janvier il partit de Paris pour
Bruxelles , et pour la Hollande .
Hadgi Mehemet est le même , qui fût
Envoyé en France en 1715. pour faire
des Soumissions au feu Roi , au sujet de
Infraction des Traitez , faite par un des
Sujets
MARS. 1735. 599
Sujets de la Republique de Tripoli . Il
est Turc d'Origine , étant né dans une
petite Ville de la Natolie ,nommée Guon-
Kal- Hhissar , c'est - à - dire le Beau Châ
teau. Il y a plus de trente ans qu'il est
attaché à la Republique de Tripoli , ou
aprés avoir été Secretaire du Divan , il
est parvenu au Grade d'Intendant des Finances
de l'Etat. Il a beaucoup d'Esprit ,
et a acquis bien de l'Experience dans ses
differens Voyages à Constantinople , à
Vienne , à Venise , à Rome , et à Naples.
Le Pacha de Tripoli a beaucoup
de confiance en lui à cause de ses bonnes
qualitez. Il est âgé d'environ soixante
et huit ans , et a toûjours cultivé
les Lettres.
A Mlle de Sezille , pour le jour de sa
Profession , le Samedi 26. Février 1735.
chez les Dames Ursulines de la ruë
S. Facques.
Pour suivre un Dieu qui vous apelle ,
Vierge sage , Epouse fidelle ,
Vous croyés avoir tout quitté ;
Mais avés -vous bien supputé
Vous portés dans la solitude ,
Un esprit orné par l'étude ,
Que le sçavoir n'a point gâté ;
[
600 MERCURE DE FRANCE
Un coeur par les leçons d'un Pere ,
Par les tendres soins d'une Mere ,
D'honneur , de vertu bien doté.
Je ne blâme point vos promesses ;
Mais je puis dire en verité ,
Qu'en faisant vou de Pauvreté ,
Vous conservés bien des richesses.
P..
OBSEQUES de M. la Duchesse
de S. Aignan faites au Havre de Grace.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 30 Janvier 1735.
E Jeudi à midi 27. Janvier la Cérémonie
Lfût annoncée par le son de toutes les Clocommenches
de la Ville et par le bruit du Canon . Le
lendemain dès la pointe du jour l'Artillerie ,
tant de la Citadelle que de la Tour ,
ça à tirer , ce qui fut continué par petits intervales
, et ne finit qu'aprés midi par une décharge
Genérale.
Sur les dix heures M. le Comte de Beauvoir ,
Lieutenant de Roi et Commandant de la Place ,
de la Citadelle et du Gouvernement , à la tête
de tout le Corps de Ville en habits de Cerémo❤
..nie , precedé des Valets de Vile et des Gardes
du Duc de S Aignan , les Armes renversées ,
suivi de tous les anciens Officiers de la Bourgeoisie,
sortit de l'Hôtel de Ville dont toute la
Façade étoit Tenduë de Noir , et chargée des
Ecussons aux Armes de Me la Duchesse de S.
Aignan ,
MARS. 1735. 301
な
:
Aignan sur la principale porte on avoit placé
un grand Tableau peint en Camayeu, dans lequel
étoit représentée la Ville du Havre avec tous ses
attributs , sous la figure d'une Femme couronnéede
tours , à demi couchée , s'appuyant d'une
main sur l'Ecusson de ses Armes, et de l'autre es◄
suyant ses larmes ; à ses côtés étoit l'Amour Con
jugal dont le flambeau éteint sembloit lui cau
ser la plus vive douleur.
Le Corps de Ville marcha dans l'ordre qu'on
vient de décrire jusqu'à la principale Porte de
P'Eglise de Notre-Dame qui étoit gardée par une
Compagnie de Grenadiers de la Garnison. Le
Portail étoit tendu de noir , et le dedans de
'Eglise l'étoit jusqu'aux Voutes. Comme le
Choeur , quoique vaste , n'auroit pû contenir
tous les Corps , on avoit dressé dans la Nef
un trés grand Autel auquel on montoit par plu
siurs gradins couverts de Drap Noir , il étoit
accompagné de deux autres Autels moins élevés ,
mais tous trois également chargez d'un nombre
infint de Cierges et de Bougies.
Dans le milieu de la Nef on avoit construit
un grand Catafalque de quinze pieds de face ,
sur trente pieds d'Elevation . Toute la Baze étoit
peinte en Marbre de Languedoc ; Elle avoit sur
chaque Face six Gradins , sur lesquels étoient
rangés plus de deux cent Chandeliers garnis de
Flambeaux de Cire blanche. Au dsssus de ces
Gradins étoient peintes dans de grands Cartouches
, quatre Figures de Marbre blanc, presque
de hauteur naturelle qui représentoient la Foi ,
P'Esperance , la Charité et la Religion avec leurs
Attributs,
Chaque Angle étoit occupé par un Pilastre
tourné en consolle,qui soutenoit une Girandolle
Tij chargea
Go2 MERCURE DE FRANCE
chargée de vingt -quatre Bougies , du milieų
de laquelle s'élevoit un Cierge presque aussi haut
que le Carafalque , le reste du pilastre étoit chargé
de Bras avec des Bougies et le haut étoit
terminé par une Cassolette remplie de parfums.
Cette Baze étoit Couronnée par une Corniche
du même Marbre sur laquelle étoit posé un grand
Tombeau de forme Antique , peint en Jaspe entouré
d'ornemers d'Hermines en relief, lesquels
servoient de suports sur les 4. Faces aux Ecussons
des Armes de la Duchesse ,qui paroissoient
de Marbre blanc ainsi que les têtes de Morts
qui étoient au pied.
Ce Carafalque portoit une représentaton couverte
d'un grand Voile de Velours Noir semé
de Larmes d'Argent , chargé de têtes de Morts
et orné de Franges d'Argent ; au dessus sur
ún Coussin étoit placée la Couronne Ducalle
Couverte d'un grand Crêpe .
Environ dix pieds audesus de ce Catafalque
s'élevoit un magnifique Dais dont les Rideaux
de Diap Noir , semés de Larmes d'Argent et
ornés d'Hermines , trainoient jusqu'à terre ,
quoique par les quatre Coins , ils fussent attachez
en plusieurs Festons . Les Pentes du Dais
étoient de Velours Noir sur lequel regnoit un
double Feston de Gaze d'Argent , relevé en
gros Nauds de distance a autre , et suporrant
Les Armoiries , il étoit terminé par une Crêpine
d'Argent ; sur les 4. Coins on avoit placé
quatre grandes Aigrettes de plumes de la coukeur
du fond des Armoiries.
Au tour du Catafalque et tout le long de
Nef , on avoit disposé trois rangs de Bancs
ous couverts de Drap Noir , pour placer le
Clergé et les Corps. Une pattie des Fenêtres
de
MARS. 1735. 603
de l'Eglise étoit bouchée , elle ne recevoit pres
que d'autre Lumiere que celle des Cierges de
Autel , et du Catafalque , dont le grand nombre
formoit une Illumination tout a fait Bril
lante . On avoit placé par intervalles sur tou
tes les Tentures , tant du Portail que de la Nef,
et de l'Autel une grande quantité d'Écusson's
aux Armes de la Duchesse de S. Aignan.
A l'heure marquée , plus de mille hommes de
la Bourgeoisie se trouverent sous les Arines
qu'ils portoient renversées , leurs Tambours
étoient couverts de Drap Noir , il marcherent
en quatre Compagnies avec leurs Drapeaux
jusqu'à l'Eglise au tour de laquelle ils se rangesent
et où ils firent trois Décharges genérales .
Le Corps de Ville , qui avoit ordonné cette
Cerémonie , et qui en faisoit la dépense y avoit
invité tout le Clergé des Paroisses , le Corps
du Bailliage, celui de l'Amirauté, et celui du Grenier
à Sel,les Officiers de la Garnison et ceux de
la Marine , qui avoient à leur tête M. de Rancé
Commandant , par les ordres duquel on avoit
aporté autour de l'Eglise plusieurs Pieces d'Artillerie
de la Marine , qui ne cesserent de tirer
pendant l'Office.
Chaque Corps ayant pris la Place qui lui
avoit été assignée et les Gardes de M. le Duc
de S. Aignan s'étant rangés au tour du Catafalque
, le reste de l'Eglise füt occupé par tout
ce qu'il y a de Gens remarquables dans la Ville
de l'un et de l'autre Sexe en habits de Deüil
quoique le nombre en fût infini, il n'y eût pas
la moindre confusion , ce qu'on doit moins
attribuer aux sages Précautions qu'on avoit
prises pour maintenir le bon ordre , qu'aux
Sentimens de douleur et de respect qu'im-
I iij primo
604 MERCURE DE FRANCE
primoit dans tous les coeurs cette triste Cerémonie.
La Messe fût solemnellement celebrée ; a….
près l'Evangile M. l'Abbé Nollent Principal
du College , prononça l'Oraison Funebre avec.
beaucoup d'Eloquence, il avoit pris pour Texte
, ces parolles du VIII. Chapitre du Livre
de Judith, dont l'Application ne pouvoît être
plus juste , Erat hac in omnibus famosisima
quoniam timebat Dominum valde , nec erat qui
loqueretur de ea Verbum malum.
2
REJOUISSANCES faites à Die à la
Nomination & Réception de M. de
Cofnac , nouvel Evêque de Die . Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
6. Fevrier 1735.
A
La premiere nouvelle de la nomination de
notre Evêque , toutes les cloches sonnerent,
et la joye fut generalement répandue dans toute
Ja Ville ; tous les Corps et les Particuliers accoururent
en foule au Palais Epifcopal pour la
témoigner à M. l'ancien Evêque son oncle qui
la ressentoit vivement , et qui en donna les mar
ques les plus sensibles.
Le soir de ce même jour , second du mois de
Juin dernier , il y eut des feux de joye et des
illuminations . Les Consuls firent mettre 300 .
hommes sous les Armes , qui firent plusieurs
décharges.
Le lendemain , jour de l'Ascension , la même
Toupe reprit les Armes , et après un grand
souper qu'ils firent ensemble , on alluma un autre
fea de joye dans le Pré de l'Evêché , directement
auMAR
S. 17355-
605
>
au-dessous du Palais ; ils firent plusieurs décharges
aux acclamations du Peuple , qui étoit sortis
de la Ville pour voir cette Réjouissance et
l'Illumination du Palais qui étoit très - belle.
Pendant ces premiers jours , M l'ancien Evêque
donna à manger au Chapi re de la Cathedrale
, à la Noblesse , à tous les Religieux , au
Corps des Avocats , et à tous les Notables de la
Ville. Le Dimanche il y eut encore une ilumi
nation au Palais avec grande Fanfare de Fifres ,
fon de Violons et de Hautbois qu'on mit à la
tête de la Bourgeoisie armée , laquelle fit plusieurs
décharges au bruit des Tambours &c .
Ce n'est pas dans Dye feulement qu'on a faitdes
Réjouissances à cette occasion ; il y en a eu dans
presque tout le Diocese. Cependant l'arrivée de
M. l'Evêque à Valence ayant été fixée au 30.
du
mois de Decembre dernier , la Ville de Dye députa
le Sieur Buis Consul , et le Sieur Gache ,
Avocat et Procureur du Roy de l'Echevinage ,
pour aller recevoir et lui faire compliment au .
nom de la Ville , ce que fit le Sieur Ĝache dans
le Palais Episcopal , où M. l'Evêque de Valence
reçut notre Evêque , les Députations et toute
leur suite avec beaucoup d'honneur et de politesse
. Le Chapitre députa aussi Mrs. de Nantes
et Durif Chanoines , et M. de Nantes fit le compliment.
Il y eut de même une Députation du
Chapitre de Crest .
Le jour du départ de Valence , le Marquis de,
Vacheres , le Marquis de Gramont son fils
Gouverneur de Crest , le Marquis du Poët , M.
de S Michel , M. le Prévôt du Chapitre de Crest,
et un Chanoine du même Chapitre , monterent
en Carosse , et allerent au - devant de M.'Evêque
qu'ils rencontrerent à trois quarts de licuë de
leur
606 MERCURE DE FRANCE
Jeur Ville ; après plusieurs démonstrations de
joye et d'amitié , il monta dans le Carosse de
M. Dupoët , er alla dîner chez Madame le Marquise
de Pluvinel où il étoit attendu .
A un quart de lieuë de Crest , il y avoit une
affluence de monde qui augmentoit à mesure
qu'on aprochoit de la Ville. zoo . hommes tous
en Cocardes avec des Grenadiers en Bonnets à la
Houzarde borderent la haye des deux côtez de la
ruë , depuis la porte par où l'on entra , jusques.
chez Madame de Pluvinek , chez laquelle M. l'Evêque
fut complimenté par le Corps de Ville ,
par le Chapitre , par les Magistrats , par les
Cordeliers et les Capucins . Il y eut plusieurs dé
charges pendant le dîner ; et le Commandant de
la Compagnie des Invalides qui gardent la Tour
de cette Ville , leur fit prendre les Armes et
monter la Garde chez Madame de Pluvinel par
ordre du Gouverneur .
Ge même jour toute la Bourgeoisie du Bourg
d'Aoufte se mit sous les Armes ; il s'y étoit formé
une Troupe de Gens à pied et une autre à
cheval : celle - ci alla au- devant , et M. l'Evêque
fut reçu à la porte par le Sieur Aimar Curé , qui
le complimenta , suivi de tous les Officiers de la
Communauté. Il y eut des Feux de joye , et plusieurs
décharges , après quoi ils l'accompagnerent
tous jusques aux extremitez de leur Territoire.
A une très-petite diftance de-là , il parut une
Troupe à Cheval , composée des plus Notables
du Lieu de Saillans , à la tête desquels étoit le
Sicur Peloux , Capitaine- Châtelain´ , qui fit un
compliment. Une autre Troupe de gens à pied
de ce même lieu vint au - devant jusques à une
demie-lieue, tous fort lestes . A l'aproche de l'
vêque
MARS. 1735. 607
veque , ils firent une décharge , et se diviserent
ensuite en deux Quadrilles , dont l'une marcha
devant et l'autre derriere la Chaise , qu'ils escorrerent
jusques chez le Sieur Peloux , où M. l'Evêque
logea avec toute sa suite ..
Le lendemain ils reprirent tous les Armes , et
P'Infanterie borda la haye depuis la Maison du
Sieur Peloux jusqu'à l'Eglise , où l'Evêque alla
entendre la Messe Ils l'accompagnerent ensuite,
l'Infanterie jusqu'à un grand quart de lieuë , et
la Cavalerie jusqu'à une lieuë loin , où elle fut
relevée par celle de la Ville de Dye , qui alla à
trois lieuës au- devant .
Cette derniere Troupe étoit composée de 50.
Cavaliers en Cocardes blanches et Chapeaux bordez
; ils avoient un Etendart , un Trompette et
des Timballes . Le Sieur Viguier , premier Consul
, qui en étoit le Chef, les fit inettre en bon
ordre lorsque M. l'Evêque parut , et on le salua
par une décharge ; après quoi le Sieur Fesan
Avocat , et l'un des deux Capitaines de cette
Troupe , le complimenta.
Après le compliment , un Détachement de six
Cavaliers commandez par le Sieur Gueymar ,
Avocat , et Lieutenant de la Compagnie, marcha
devant , et le reste suivit sous le commandement
des Sieurs Reynaud et Faisan: A quelques portécs.
de fusil de là il y eut un Feu de joye, que fir
' allumer le Sieur Barnave de Vercheiny , dont
les Officiers et lui vinrent présenter leurs respects
au Prélat sur le même chemin.
Aux aproches de Dye toutes les Cloches son
nerent , et les chemins étoient si fort remplis de:
monde qu'on avoit de la peine à passer:il y en cut
surtout beaucoup pour arriver à la Porte S. Pierre,
gat où M. l'Evêque entra on avoit dressé d
808 MERCURE DE FRANCE
7
cette Porte un Arc de triomphe , et un autre ✯
elle de l'Evêché , où étoient les Armes de M.
C'Evêque , et au - dessous cette Inscription et les
Vers qui suivent.
Illustrissimo ac Reverendissimo Domino DANIELI
JOSEPHO DE COSNAC Episcopo et Comiti Diensi
Doctori Parisino , Summo Regii Oratorii
Magistro. Sancti Benedicti ad Lige im Abbati ;
DEA CIVITAS hoc perenne sui amoris et obsequii
Monumentum. D.D.
Te sacris COSNACE suis praponit et avis
Te Dea consiliis praficit alma suis .
Munus utrumque ingens , utrique at sufficis unus
Successuque pari munus utrumque geres ,
Moribus ornabis , calamo tutaberis aras
Ingenua populos dexteritate reges ,
Proderit et docta solers facundia lingua
>
Et generis splendor multus et oris honos ;
Sic dicêre Pater , sic maxima cura tuorum
Sic decus et columen Religionis eris
Vive tuis COSNACE , tui sub Prasule tanto,
Vivant et noster vive perennis amor.
M. l'Evêque étant arrivé à la Porte de S. Pierre,
y fut reçu par MM les Consuls, le St Viguier, premier
Consul , le complimenta au nom de la Ville
Après le compliment on le revétit de ses Habits
Pontificaux , et le Chapitre alla le prendre en
Procession avec un Dais porté par les Consuls
tles Magistrats , M.le Doyen fit un compliment,
ensuite M. l'Evêque marcha en Crosse et en
Mitre
MARS. 1735. 609
Mittre , sous le Dais jusqu'à l'Eglise , entre la
double baye que formoit un Corps d'Infanterie :
cette Troupe étoit commandée par Mrs de Montauban
de Jansac , de la Batye et de S. Agnan ;
elle avoit un Drapeau , un Fifre et quatre Tambours.
>
Loisque le Prélat fut arrivé à la porte de l'Eglise
, il entonna le Te Deum , qui fut chanté
solemnellement , et ensuite le Chapitre l'accom
pagna avec la Croix jusques dans son Palais , audevant
duquel la Cavalerie étoit rangée en bataille
.
A peine M. l'Evêque fut- il entré, que la Ville ,le
Chapitre et la Justice y allerent en Corps , il
reçut les compliments de M.le Doyen , de M. de
Gilbert , Juge- Mage , de M. Viguier , premier
Consul et celui des Peres Jésuites , des Cordeliers
et des Jacobins .
Pendant ce tems - là la Troupe de Cavalerie et
célle d'Infanterie , allerent se ranger dans le Pré
de l'Evêché , autour d'un grand Bucher qu'on
y avoit préparé ; on y mit le feu , et il y eut
plusieurs décharges , on avoit préparé aussi une
grande Ilumination , mais le mauvais temps
en troubla l'execution .
Le lendemain M. l'Evêque fut encore complimenté
par M.Sibat, Subdelegué de l'intendance,
Maître particulier des Eaux et Forêts en la Maî-g
trise Royale de Die , à la tête de cette Justice , e
par le sieur de la Condamine au nom des Avocats,
ses Confreres , qui y vinrent en Corps .
On ne sçauroit exprimer quelle est la satisfaction
du Public, d'avoir un si digne Evêque qui ne
pense qu'à faire toute sorte de biens dans sons
Diocèse , &c.
Ivj BE310
MERCURE DE FRANCE
BENEFICES DONNEZ
du 2. et 27. Février.
' Archevêché de Besançon . vacant par le dé--
Lcés de M. de Blitervick de Moncley , à M.de
Grammont.
L'Abbaye Commandataire de Montmajour ,
Ordre de S. Benoît , Diocêse d'Arles , à M. de
Canillac , Auditeur de Rotte , à la charge d'une
pension de 3000. livres pour M. de Luzancy.
L'Abbaye Commandataire de Valloires , Ordre
de Cîteaux , Diocèse d'Amiens , à M. Henriau ,
Evêque de Boulogne , à la charge de aroo . livde
pension ; sçavoir , au sieur Machet 900. lib.
au sieur de la Nouë ,
au sieur Boyer ,
au sieur Ros ,
soo. liv.
soo. liv.
600.
liv.
L'Abbaye
Commandataire
de la Victoire
, Ordre
de S. Augustin
, Diocèse
de Senlis
, à M.
Trudaine
, Evêque
de Senlis
, à la charge
de
4000.
livres
de pension
sçavoir
, au sieur
Pasgnon
au sieur de S. Sauveur ,
au sieur Lucas ,
2000. liv.
1200. liv.
800. liv..
L'Abbaye Commandataire de S. Rigaud , Ordre
de S. Benoît , Diocèse de Mâcon , à M. d'Eterno.
L'Abbaye d'Argensolle , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Soissons à la Dame de Villefort.
L'Abbaye Commandataire de Fontenay , Ordie
de Citeaux , Diocèse d'Autun , vacante par
le décès de M. de Blitervick de Moncley , Ar
chevêque de Besacçon , au Comte de Zaluski.
L'Abbaye de Notre - Dame des Martys de
Montmartre , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Paris
MARS. 1735. 617
Paris , vacante par la démission de Madame d
la Tour 'Auvergne, à Madame de la Rochefaucault
de Couzages ,
·
L'Abbaye Regaliere de Clairmarais , Ordre de
Citeaux, Diocèse de S. Omer , à Dom le Porc.
Et celle d'Aunay , Ordre de Cîteaux , Diocèse
d'Arras , à la Dame du Beron.
*************
MORTS , NAISSANCES .
L
Mariages:
Ouis Robert Hyppolite de Brehan , Comte
de Plelo , ci - devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons > et auparavant Sous-
Lieutenant des Gendarmes de Flandres , et Ambassadeur
du Roy en Dannemarc depuis 1729. a
été tué le 27. May dernier , à l'âge d'environ
35. ans à l'attaque des Retranchemens de
l'Armée Moscovite assiegeant Dantzică. Il com.
mandoit la premiere colonne du secours François
destiné pour cette Ville assicgée ; après
avoir forcé les barricades , et péneiré jusques
dans les Retranchemens , il y a été frappé de
plusieurs coups , ralliant ses Troupes qui plioient
sous le nombre et le grand feu des Moscovites.
Il étoit fils de Jean- François de Brehan , Comte
de Mauron , et petit - fils de Maurille de Brehan,
Comte de Mauron et de Plelo ; et de Louise de
Quelen. Son bisayeul étoit Louis de Brehan
Baron de Château- Brehan , du Plessis , Mau
ron , Galinée &c . Chevalier de l'Ordre du Roy,
Gentilhomme ordinaire de sa Chambre , Ma
réchal de ses Camps et Armées , tué aux guerres
d'Allemagne en 1634,
Lovies
art MERCURE DE FRANCE
Louise Phelypeaux , sa veuve , est fille de feu
Louis Phelypeaux , Marquis de la Vrilliere ,.
Ministre et Sécretaire d'Etat , et de Françoise
de Mailli , aujourd'hui Duchesse de Mazarin et
Dame d'Atours de la Reine , dont il laisse plusieurs
enfans en bas âge , auxquels le Roi a
accordé dix mille livres de pension .
Charles de Lampériere Ecuyer Sr de Montigny,
Brigadier des Armées du Roy , dont on a rapporté
la mort dans le Mercure de Février dernier
, pag, étoit dans la 94. année de son
âge , étant né en 1642. Il avoit commencé par
être Cadet dans les Gardes du Corps , d'où il
sortit pour prendre une Compagnie d'Infanterie
dans le Régiment de Bretagne. Il eut ensuite
une Compagnie dans le Régiment du Roy Infanterie
, d'où il fut tiré lui quatrième , par ordre
du Marquis de Louvois en 1670. pourformer
le Régiment des Fusiliers , appelé depuis
Royal Artillerie , et à la tête duquel il a servi
l'espace de 40. ans. Il s'est trouvé pendant la
guerre de Hollande à la prise de 40. Places , et
depuis à plus de 10 batailles et combats , tant
sous le Prince de Condé , que sous le Vicomte
de Turenne , et autres Généraux I servit en
1673. au siége de Mastricht , et en 1674. il reçut
au combat de Senef un coup de mousquet
au travers du corps , qui fut si considérable ,
qu'il rendoit les excrémens par la playe. En
1678. il se trouva au combat de S. Denis près
d : Mons , et en 1688. il servit aux siéges de
Philisbourg , de Spire , de Worms , Manheim
Franckendal et autres Places en Allemagne. En
1689. il se trouva à l'affaire de Valcourt , et les
années suivantes à la Bataille de Fleurus , aux
combats de Leuze et de Steinkerque , et à la Ba-
Laille de Nervinde.
રે
2
MARS. 1735. 613
Le premier Mars 1735. Dlle Elisabeth de
Beauvau , fille de feu Jacques de Beauvau , Marquis
du Rivau , Baron de S. Gassien , Scign ur
de Lussay , de S. Michel de Chavaigne , & c.
Chevalier de l'Ordre du Roi , Maréchal de ses
Camps et Armées , Capitaine Colonel des Cent
Suisses de la Garde du Corps de Gaston - Jean-
Baptiste , fils de France , Dac d'Orleans , mort
le 5. Juillet 1702. à l'âge de 76. ans , et de feuë
Marie Diane de Camper de Saugeon , morte le
30 Juin 1702. à l'âge de 82 ans , mourut à
Paris en la Maison des Filles de S. Thomas ,
Fauxbourg S. Germain , dans la 78. année de
son âge , et le lendemain elle fut inhumée , suivant
sa volonté , au Cimetiere des Pauvres de la
Paroisse de S. Sulpice. Elle étoit soeur de René
François de Beauvau , Archevêque de Narbonne ,
et Commandeur des Ordres du Roy.
Le 3. mourut Pierre - Nicolas de la Follye
Président , Trésorier de France au Bureau des
Finances de la Géneralité de Paris , où il avoit
été reçû en 1729.
Le 7. Claude Barroyer , ancien " Avocat an
Parlement , où il avoit été immatriculé le 22
Février 1677. et ancien Bâtonnier , l'un des
premiers Consultans du Barreau , mourut subitement
d'une attaque d'apoplexie , àgé d'environ
78. ans
Le 10. D. Marie Madeleine le Tellier de Bar
besieux , épouse de François Duc d'Harcourt
Pair de France , Chevalier des Ordres du Rei
Capitaine d'une Compagnie de ses Gardes du
Corps , et Lieutenant General des Armées , avec
lequel elle avoit été mariée le 31. Mai 1717.
mourut à Paris après une longue maladie de poitxine
, âgée d'environ 37. ans ,
et le 12 au soir
SO
614 MERCURE DE FRANCE
son corps fut transporté de S. Sulpice sa paroisse
en l'Eglise des Capucins , pour y être inhumé
dans la sepulture de sa Maison. Elle étoit fille
aînée de Louis-Marie- François le Tellier , Marquis
de Barbesieux , Commandeur et Chancelier
des ordres du Roi , Secretaire d'Etat ayant le département
de la guerre,mort le 5.Janvier 1701.Et
de Marie -Thérese Delfine Eustochie d'Alegre , sa
seconde femme morte le 29. Octobre 1706. Elle
a eu pour enfans , Françoise Claire d'Harcourt ,
née le 12. Mai 1718. Angelique Adelaide d'Harcourt
, née le 30. Août 1719 Gabriele Lidie
d'Harcourt , née le 21. Decembre 1722 . Et
Louis- François d'Harcourt , né le 6. Octobre
1728.
Le 12. D. Marie- Louise de Laval , épouse
d'Antoin Gaston Jean- Baptiste , Duc de Roque-
Faure et du Lude , Prince de Montfort , Marquis
de Biran , de Puiguilhem et de Lavardens , Comte
d'Astarac , de Gaure et de Pontgibaut , Baron
de Capendu , Montesquiou , S. Barthelemi , Cancon
, Casseneuil , Champheurier , Pradines ,
Bizaudon , du Montel de Gelat , du Rocher &c.
Maréchal de France , Chevalier des ordres du
Roi , Gouverneur des Ville et Citadelle de Leittoure
, et ci - devant Commandant en chef pour
S. M. en la province de Languedoc , avec lequel
elle avoit été mariée le 20 Mai 1683. mourat
à Paris agée d'environ 78 ans étant née en
1657. Elle avoit été premiere fille d'honneur de
feue la Dauphine , ayeule du Roi Louis XV. Et
elle étoit fille de Guy de Laval , Marquis de Lezay
, Baron de la Plesse , Seigneur de la Motte-
Clerambaut , Grand Chambellan , de Gaston Jean-
Baptiste , fils de France , Duc d'Orleans , et de
Françoise de Sesmaisons. Elle ne laisse que deux
filles
MARS. 1735 615
les qui sont Françoise de Roquelaure , ma
riée le 29 Mai 1708. avec Louis Bretagne
Alain de Rohan-Chabot , Prince de Leon , Duc de
Rohan , Pair de France , Comte de Porhoët , et
dont elle a le Duc de Rohan , Colonel du Régiment
de Vermandois , le Vicomte de Porhoët ,
fe Chevalier de Rohan , et trois filles , dont l'ai
née est Religieuse à la Madeleine de Trénel , et
Elizabeth de Roquelaure , mariée le 1. Mars
1715. avec Louis de Lorraine sire de Pons ,
Prince de Mortagne , Souverain de Bedeilles
Marquis de Mirambeau et d'Ambleville & c . Che
valier des ordres du Roi , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie petit vieux corps , et Briga
dier des Armées de S. M. dont elle a le Comte
de Marsan , la Comtesse de Belalcazar et deux
autres filles .
›
>
>
Le Mars Jean-Louis Guillemin de Courchamp
Igny , Seigneur Vicomte de Passy sur Marne ,
Courcelles , Rozoy , Violennes , S. Aignan ,
Saconnay et la Chapelle Mondon , Ancien Maître
d'Hôtel du Roi , charge en laquelle il avoit
été reçu en 1683. ci - devant Colonel du Régiment
de Touraine , et auparavant Capitaine dans
celui de Piemont , mourut dans une âge avancé,
Il étoit second fils de feu Jean Guillemin , Seigneur
de Courchamp , Conseiller Secretaire du
Roi , Maison Couronne de France et de ses Finance
, et Fermier General de S. M. mort le 26.
Mai 1694. Et de Marie Bouilliant , et il avoit
épousé Marie- Claire- Madeleine de Guiry , fille
de Hector de Guiry, Seigneur de Roisieres,Lieutenant
General pour le Roi au gouvernement
du pays d'Aulnis Gouverneur des Tours et
Chaines du Havre de la Rochelle , et aupara
van Enseigne des Gardes du Corps de S. M. Et
,
346 MERCURE DE FRANCE
de Claire Guillory. Il en a laissé Louis Guille- ·
min d'Igny , ci-devant Capitaine de Cavaleriedans
le Régiment de Toulouse , Maître d'Hôtel
du Roi , Charge à laquelle il avoit été reçu en
survivance de son pere..
Le 13 Guillaume le Brun , Marquis d'Inteville ;
Seigneur de Juvencourt. , ci devant Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment Colonel General
de la Cavalerie Legere de France , appellé la ·
Cornette blanche , dont il avoit eu l'agrément au
mois de Decembre 1702. et dont il se demit au
commencement de l'année 1711. mourut à Paris
âgé de 61 ans Il étoit fils unique de feu Jean
le Brun , Seigneur du Breuil , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , et Presidents
au Grand- Conseil , Garde des Rôles des Offices
de France , et auparavant Secretaire du Roi , et
Conseiller au Parlement de Paris , mort le cinq
Juin 1676. Et de D. Helene de Besançon , sa
veuve qui épousa en secondes noces le 14.Juillet
1688. Louis-Charles , Prince de Courtenay
Comte de Cesy , et mourut le 1. Decembre 1713
ayant eu de son deuxième mari , Helene de
Courtenay , née le 7. Avril 1689. et mariée le
5. Mars 1712 avec Lous Benigne de Bauffre--
mont , Marquis de Ciervaux , Comte de Poli-
&c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
gny ,
d'Or , Maréchal
de Cimp
des Armées
du Roi .
Le Marquis
d'Inteville
avoit épousé
au mois de
Fevrier
1706.
Elizabeth
Quantin
de la Vienne
,
file de feu François
Quintin
de la Vienne
Marquis
de Champcenest
, premier
Valet
de
Chambre
ordinaire
du Roi , et d'Elizabeth
Orceau
, sa seconde
femme
. Il en avoit eu 14. enfans
, dont il n'en reste plus que 7. trois fils , et
quatre
filles , dont les trois dernieres
sont Chanoinesses
'MARS. 617 173 .
"
oinesses aux Dames de Montigni en Franche-
Comté.
" Le 16. Jaques Jametz de la Rivaudais de :
Nantes en Bretagne , Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes , reçu à cette charge le
10 de Septembre 1726. mourut , laissant une
veuve d'environ 28. ans , et sans enfans , fille
du Président Cavelier , de Rouen .
Le 16. Pierre Moreau , Seigneur de Morcoux ,,
de Lepanaux , & c. Tresorier Payeur des gages
des Secretaires du Roi , établis en la Chancellerie
, près le Parlement d'Aix , et Caissier de l'extraordinaire
des Guerres mourut à Paris.
Le 27. Jean de Bar , Ecuyer Seigneur de Regnault
le Chatel , ancien Conseiller au Présidial
de Chaalons en Champagne mourut à Paris .
âgé de
"
75. ans .
›
Le 1. Mars , Charles - Auguste de Rochechouars
de Mortemart , Duc de Rochechouart , Pair de
France , Comte de Bizançois , Grand d'Espagne ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
Prince de Tonnay- Charente , Mestre de Camp .
du Régiment de Mortemart Infanterie , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Chevalier des ordres du Roi
Lieutenant General de ses Armées , & c . et de feue
D Henriette de Beauvilliers , épousa D. Augustine
de Coetquen de Combourg , fille de feu Jules
Malo de Coetquen de Combourg , Gouverneur
en survivance des Ville Château , et Citadelle
de S. Malo , et de D. Marie-Eizabeth Nicolai
Epouse en seconde noces de M. le Duc de
Mortemart.
Joseph - Joachim - Thomas de Coborn , Marquis de
la Palun , &c. Gouverneur de Bourbon , et de
lax
318 MERCURE DE FRANCE
la ville et principauté d'Orange , ci-devant Ca
pitaine des Gardes du Comte de Charolois , épou
sa le mois dernier , Marie - Louise Elizabeth Hennequin
de Charmont , veuve de Joseph de Trudaine
, Cominandeur de l'ordre de S. Louis ,
Brigadier des Armées du Roi , et Capitaine des
Gendarmes de Bretagne . Elle est fille unique de
Joseph Antoine de Charmont , qui après avoir
été Page du Roi,fut Capitaine dans son Régiment,
où il servit avec distinction ; ayant pris depuis
le parti de la Robbe , il fut Procureur General au
Grand Conseil , sur la demission de son Pere. II
fut nommé en 1701. Ambassadeur à Venise , où.
il fit son entrée le 29. Avril 1703 .
La Maison de Cohorn est originaire de Suede ,
et quoique nous ayons déja fait mention de cette
Maison en 1725. dans l'article de Rome , à l'occasion
de la nomination de l'Abbé de la Palun
P'Évêché de Vaison , nous ajouterons içi , que le
premier de cette Maison qui soit connu , est
Eric , quien l'an ror . reçut le Batême à la suite
d'Olaüs second du nom , Roi de Suede , qui se
fit batiser à Husbye par David , un des Prêtres
qu'Ethelred , Roi d'Angleterre lui avoit envoyé
pour convertir son Royaume à la Religion Chretienne
on conserve encore à Husbye la liste des
Courtisans qui recurent le Butême en mêmetems
que le Roi Olaus ou Eric . Cohorn est des
premiers , Toussaints de Cohorn , General de la
Cavalerie Suedoise , Resident à Upsal en 1400.
eut d'Yolande Munken son Epouse , Frederic
Christian et Pierre. Ce dernier suivit le parti de
Christian premier , Roi de Dannemarcx et de
Suede , qui fut deffait en 1470. par Stenonstare
son competiteur , et Regent de la Couronne de
Suede , lequel l'obligea de repasser en Danne
marck
MARS. 619 1735.
marck. Pierre de Cohorn le suivit dans ce Royaume
où il fut fait Chambellan et Lieutenant General.
Le Roi Christian alla à Rome en 1476.
pour s'aboucher avec le Pape Sixte IV. et mena
avec lui Pierre de Cohorn qui eut dans cette
ville un demêlé avec le fils du Comte de Scheylenbergx
, Ministre du Roi , qu'il tua , et pour
éviter le courroux de ce Prince , et ne pouvant
retourner en Suede , ayant pris un parti contraire
à Stenonsture qui y regnoit , il se mit sous la
protection du Cardinal de la Rouere , parent du
Pape , qui le mena à quelque tems de-là à Avi❤
gnon dont il avoit été nommé Evêque .
-Pierre de Cohorn y fit venir Jean son fils unique
, qu'il avoit eu d'Heleine de Caplendon , famille
Illustre de Dannemarck , pour le marier
avec Agnés de Rhodes , heritiere d'une Branche
de cette grande Maison , doù sont sorties les diferentes
branches desCohorn qui sont aujourd'hui
dans le Comtat d'Avignon.
Pierre de Cohorn avoit un frere aîné apellé
Frederic Christian , qui prit le parti de Stenonsture
, et se maria en Suede avec Suzanne Fol-
Rengicn. Il seroit trop long de mettre ici toute
la genealogie de cette branche , qui étant établie
dans les pays étrangers et hors de notre sujet , il
sufira d'aprendre qu'en 1760. il y avoit un Cohorn
, General des Hollandois qui a fait bâtir un
Fort à Namur , qu'on apelle encore aujourd'hui
le Fort Cohorn .
La Maison d'Hennequin est originaire du
Comté d'Artois. Jean le Carpentier , dans son
Histoire du Cambresis , fait mention de Baudouin
Hennequin qui vivoit en 1195 Le Roi Philipe
Auguste à son retour de la Terre Sainte
ayant porté la guerre en Flandre au sujet da
Comté
620 MERCURE DE FRANCE
X
Comté d'Artois , qui lui avoit été promis pour
la dotte d'Issabelle d'Haynaut sa premiere femme
Plusieurs familles considerables de Flandre et entr'autres
les Hennequins, vinrent en France avec
luy , et il y a plus de 400. ans qu'à Troies en
Champagne , il y a des Monuments de la pieté
et de la liberalité ds plusieurs de cette famille .
Oudinant Hennequin rendit des grands services
à l'Etat pendant la prison du Roi Jean ,
et donna de grandes preuves de sa valeur au
Camp de Breteuil , dont Charles de France Duc
de Normandie , et alors Regent du Royaume ,
voulut bien le recompenser , et reconnoître les
services par des lettres données à Melun le 23 .
Julliet 13 19. Il seroit trop long de raporter ici .
tout ce qui est arrivé de considérable soit dans
l'Eglise , soit dans l'Epée , soit dans la Robbe aux
seize Branches de cette Famille qu'il y a eu saccessivement.
On peut consulter la dessus le Dic
tionnaire de Moreri , Edition de 1732 .
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Prose , Ode
sacrée , 409
Lettre sur le flux de la mer ,
412
423 L'Homme et le Chat , Fable.
Lettre touchant quelques usages des Peuples du
Berry ,
433
Ode ,
424
Lettre de M. l'Abbé des Fontaines à M.D.L.R.
436
Les deux Epics de blé , Fable. 441
Dis>
Seconde Lettre sur les influences de la Lune, 442
Epitre à Themire , sur l'ancienne Arcadie , 455
Distours sur les Hieroglyphes , seconde partie ,
Epitre de Trottin et de Fifi & c .
461
475
477
Réponse de Chiffon à Trottin et à Fifi ,
Réfléxion sur l'ambition et sur les Grands , 479
Remerciment en Vers à Mlle de la Vigne , 487
Lettre sur la nouvelle Histoire de Franche-
Comté et sur l'ancien Château de Portus Abucini
, &c.
Enigme , Logogryphes ,
491
500
"NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX ARTS ,
&c. Le Spectacle de la Nature , 505
Oraison funebre du Maréchal de Villars , 512
Le Réveil d'Epimenide , Comedie. 519
Traité de l'Opinion &c . seconde Edition , S31
Les OEuvres de Salvien &c. 533
Nouvelle Ecole militaire & c. 534
Epigramme &c . 540
Annonciation , Estampe ici gravée ,
ibid.
Nouvelles Estampes , 541
Chanson à manger ,
544
Spectacles & c. 545
Achille et Deidamie , Extrait , 546
Nouvelles Etrangeres ,
Déclaration faites par le Primat ,
D'Allemagne , d'Italie , de Naples et Sicile , &c.
Grande-Bretagne ,
Morts , Naissances , & c .
575
580
582
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
561
570
G
Statue Equestre du Roy ,
Envoyé de Tripoli ,
586
591
195
$1
599 Vers à Madlle pour le jour de sa Fête ,
Obseques de la Duchesse de S. Aignan , & c.
Réjouissances faites à Die
Penefices donnez ,
Morts, Naissances ,
600
604
610
611
Errata de Février.
P173.1 . 18. Abdon , 1. Abbon . P. 336. 1.
Age 270. ligne 13. Ansegirelise Ansegise.
13. et 14. tracée , 1. tracé. P. 337. 1. 8. habitée
7. babité. Ibid. 1. 16. S. Domingue , / Domingue.
Ibid. Portubels , l . Porto- bello . L. 17. Quilo ,
1. Quito . P. 405. 1. derniere , ajoûtez , On écrit
que tous les Bourgeois de la Ville furent , &c.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 472. ligne 24. Briare , lisez Briarée.
P. 486. ligne derniere , gadono ., 1. godono.
P. 519. 1. 21. Quay des Augustins
chez le Breton .
La Planche gravée doit regarder la page
Le Chanson notée , la page
•
3 ajoutez
540
544
2
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AV
ROT
AVRIL. 1735.
JACOLLIGIT
SPARGIT
Chez
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIEK,
ruë 5. Jacques.
LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU
Commis au
>
›
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mersure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL.
1735 .
*************************
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EP IT RE
De M. D. R. Capitaine d'Infanterie , sur
sa Convalescence , à M. L. J.
S
Ans moi , cher * *
L'avare Vieillard
Ramene sa Barque ;
Pour moi , de nouveau ,
La facile Parque
Tourne son fuseau.
A ij Issy
622 MERCURE DE FRANCE
Issu de Pandore ,
Un lent assassin ,
D'un feu qui dévore
Embrasoit mon sein.
Nourri dans mes veines ;
Ce subtil poison
Tenoit dans ses chaînes
Ma frêle raison ;
Son triste esclavage
M'avoit de mes sens
Usez , impuissants ,
Dérobé l'usage ;
Aux cruels soupirs ,
Mon coeur en partage ,
Traçoit des Plaisirs
Une affreuse image
A mes repentirs ;
La langueur funeste
Minant mes ressorts
A mon foible reste
Offroit mille morts,
En proye à l'injure
Que souffroient ses Loix ,
Chez moi la Nature
Oublioit ses droits ;
Sourd à ma priere ,
Le Dieu du repos ,
Versoit ses pavots
Loin de ma paupiere §
D'une
AVRIL. 623 1735.
D'une autre moitié
La tendre amitié
·
Sentoit mille allarmes ;
La juste Pitié
Me donnoit des larmes j
Un nouveau Chiron
Que le Ciel m'envoye ,
Contraint l'Acheron
De rendre sa proye.
Le puissant secours
D'un Art invincible ,
Donne un libre cours
A mon sang paisible ;
Aux pâles soucis
Sur mon teint décrits ,
Aux soins mis en fuite ,
Succede des Ris
La brillante suite.
L'Amour avec eux .
Reprenant sa place ,
D'un coeur tout de glace
Rallume les feux.
Favorable augure !
La faim qui murmure
De mes nouveaux soins ,
M'offre sans mesure
D'avides besoins
Mais ma défiance ,
A iij Regle
624 MERCURE DE FRANCE
Regle ses accès ,
Et de ma prudence
Naissent des succès ,
Que l'intempérance
Refuse à l'excès.
D'une ingrate rime
M'imposant la loi ,
Déja malgré moi ,
Ma Verve s'anime ;
Avec les Hivers
Mes maux disparoissent
Avec l'Univers ,
Mes forces renaissent ;
Des songes flateurs
M'offrent de Climene
Les traits enchanteurs ;
Le Plaisir l'amene
Et l'Amour enchaîne
Ses vaines rigueurs.
Aimable délire !
Portrait dangereux ,
Qu'un réveil fâcheux
A peine à détruire !
Mais la volupté
La plus séduisante ,
Vainement attente
Sur ma liberté ;
Sa main séductrice
Couvre
AVRIL. 1738. 625
Couvre en vain de fleurs
Les dehors trompeurs
De son précipice ;
En vain sous tes loix ,
Sirene cruelle ,
Ta perfide voix
Sans cesse m'apelle ;
J'opose aux désirs
Une Loi sévere ;
J'opose aux plaisirs
Un régime austere ;
Si l'Amour répand
Ses fausses caresses ,
Ses Roses traitresses ,
Cachent le Serpent ;
Ainsi ma sagesse
Obtiendra des Dieux-
Des jours qu'à mes yeux ;
Ami , ta tendresse
Rend plus précieux.
A iiij
LET
626 MERCURE DE FRANCE
LETTRE à M. l'Abbé Poncy de
Neuville , sur sa Piece des Adieux et
Testament d'un Sanglier occis sur la fin
de l'Automne 1734.
V
Ous avés bien choisi votre saison ,
>
Monsieur ,pour nous faire admirer
l'économie des Legs Testamentaires de
Robin . L'hyver , et sur tout le mois de
Décembre , est le temps le plus fatal à
la race Porcine ou Grunnienne . Les Anciens
ne vouloient pas qu'on perdît de
vûë ces Traditions Gauloises , et ils étoient
soigneux de les marquer d'année à autre
dans leurs Calendriers. Je viens d'en
quitter un de trois cent ans où j'ai lû
à la tête du mois de Novembre cette
Sentence : Mihi pasco Sues , et à la tête
de Décembre Mihi macto. Un autre Calendrier
de deux cent ans , fait orner le
Frontispice du mois de Décembre du
beau Vers qui suit :
Quarit habere cibum,Porcum mactando December.
Le Testament de Robin , noble Sanglier,
que vous aves publié dans le second
volume du Mercure de Décembre dernier
AVRIL: 1735 627
nier , m'a rappellé celui de Grunnius Corocotta
, qu'on lit dans un Livre qui n'est
pas commun. J'ai cru depuis que j'ai fait
la lecture du Testament de Robin , qu'il
seroit bon que le Public fût aussi informé
de celui de Grunnius , afin qu'on puisse
décider en cas de besoin , lequel des
deux, de Robin, ou de Grunnius , avoit le
plus d'esprit
de
ces
Grunnius Corocotta ne fut pas
Personnages communs de l'Arcadie. Vous
verrés dans son Epitaphe le grand nombre
d'années qu'il a vécu . Il avoit eu le
loisir d'apprendre à bien rédiger son Testament
, et on diroit en le lisant qu'au
moins vers la fin de ses jours il avoit
été en commerce avec Minerve , et qu'il
s'étoit quelquefois apliqué à l'étude dans
son toit. Rien de mieux ordonné que:
la distribution de tout ce qu'il possedoit .
il y a un legs pour chacun dans sa condition
, depuis le plus petit jusqu'au plus
grand . Ecoutés l'histoire douloureuse de
sa mort , telle que Fabricius l'a trouvée
gravée, et que Gruter (a ) l'a raportée
après lui ; et pesés ( je vous prie ) avec.
attention les articles de son Testament-
(a ) Gruter in fine Tomi primi , pag. XVIII
A Y I
28 MERCURE DE FRANCE
M. Grunnius Corocotta Porcellus Testamentum
feci , quod quoniam manu scribere
non potui , scribendum dictavi.
Magirus Cocus dixit : Veni huc eversor
domi , soli versor, fugitive porcelle ; ego hodie
tibi vitam adimo . Corocotia porcellus dixit :
si qua feci , si qua peccavi , si qua vascula
pedibus meis confregi ; rogo Domine
Coce , veniam peto , roganti concede.
Magirus Cocus dixi Transi puer , adfer
mihi de culina cultrum , ut hunc porcellum
faciam cruentum. Porcellus comprehenditur.
A famulis ductus sub die XVI. Calendas
Lucerninas ubi abundant cyna Clibanato
et Piperato Consulibus , ut vidit se moriturum
esse hore spatium petiit , Cocum
rogavit ut testamentum facere posset. Inclamavit
ad se suos parentes , ut de cibariis
suis aliquid dimitieret eis. Qui ait :
,
Patri meo Verrino Lardino do , lego dari
glandis modios XXX.
Matri mea Veturrine scrofa do , lego dari
Laconica siliginis modios XL .
Sorori mea Quirine in cujus votum interesse
non potui do , lego dari hordei modios
X X X.
De meis visceribus dabo , donabo į
Sutoribus , setas :
Rixatoribus , capitinas :
Surdis , auriculas :
CanAVRIL.
1735 629 .
Causidicis et verbosis , linguam :
Bubulariis ; intestina :
Esitiariis , femora :
Mulieribus , lumbulos :
Pueris , vesicam :
Puellis , caudam :
Cinadis , musculos ;
Cursoribus et venatoribus, talos ;
Latronibus , ungulas.
Et nec nominando , Coco do , lego ac dimitto
popam et pistillum que mecum detuleram
à querceto usque ad haram. Liger
sibi collum de reste.
Volo mihi fieri monumentum ex literis
aureis scriptum.
M. Grunnius Corocotta.
Optimi amatores mei , vel consules vita
rogo vos ut corpori meo benefaciatis , bene
condiatis de bonis condimentis nuclei piperis
et mellis , ut nomen meum in sempiternum
nominetur. Mei Domini et conse
brini qui huic meo testamento interfuistis ,
jubete signari.
Lucanicus signavit..
Tergillus signavit .
Nuptialicus signavit.
Celsanus signavit.
Offellicus signavit.
Lardio signavit.
Cymatus signavit.
A vi P
630 MERCURE DE FRANCE
Porcellus vixit annos D CCC XCVIII. S.
Quod si semis vixisset , mille annos implesset.
Il me paroît que cette Inscription mériteroit
au moins un aussi ample Commentaire
que celui qu'on nous a donné
sur l'Acte d'éntrée de la Chevre au Parlement
, dans la continuation des Mémoires
de Litterature de l'an 1728. qui
est plus connu sous le nom de Lantran . (a)
Outre les noms propres contenus dans
l'Histoire de l'apréhension corporelle du
pauvre Corocotta , il n'y a guere de mots
dans les Articles du Testament , qui ne
méritent un Commentaire d'une page ;
sçavoir , une demie page pour illustrer
les qualitez des Légataires , et autre demie
page pour faire connoître l'espece
et la valeur du Legs. Il y a entre autres
un fameux Legs pour les querelleurs qui
demande une plus longue explication ,
atrendu que le terme par lequel il est
exprimé , ne se trouve ni dans les Dictionnaires,
ni dans les Glossaires : Les Légataires
des Cuisses ou Fesses du pauvre
Corocotta , sont dans le même cas ; ils ne
sont connus par aucuns Livres. C'est sur
quoi brillera , sans doute , l'Erudition du
Commentateur ; et déja pour ma part
( a ) Tome VI. Part. II. pag. 1.
jo
AVRIL. 1735. бут
je m'attends d'être critiqué au sujet d'une
transposition que j'ai faite en vous
envoyant cet Extrait Mortuaire.
Je ne parle pas des noms des témoins dur
Testament ; ils sont aussi curieux à expli
quer que l'est la substance de l'Acte ,
et il n'y en a pas un , où quelque Grammaitien
avide d'écrire , ne mît une Note
d'une bonne page . En cas de Commentaire
, je suplie très - sérieusement ,
et raillerie à part , celui qui prendra la
plume en main , de nous apprendre sur
quoi Gruter est fondé , lorsqu'il dit que
S. Jérôme fait mention de Grunnius Porcellus
, dans son Proemium sur Isaïe . Je
trouve bien dans les Ouvrages de ce
saint Docteur quelques peintures desho
norantes d'un certain Grunnius de
l'espece apparemment de ces gens qu'on
entend toujours grognans dans les ruës ,
dans les Eglises , dans leurs maisons : c'est
le naturel , dit- on , des gens , mais le fond
en est bon . Les anciens disoient la même
chose du Porc ; mais d'autres ont ajouté
en explication , que s'il y a du bon dans
le Porc , ce n'est qu'après sa mort. Autre
matiere pour le Commentateur . Mais
que ne dira- t'il point encore sur le nom:
Verrinus , que portoit le pere du pauvre.
défunt Cochon , sur tout s'il interroge
>
nos
632 MERCURE DE FRANCE
nos Champenois ? Car ils apellent les
Porcs du nom de Ver ou Verat. Il y
aura là de quoi détailler bien de l'érudition
étymologique , aussi- bien que sur
Lardinus , qui étoit son surnom . Je suis
Monsieur , & c.
Ce 31. Janvier 1735-
CHANSON.
Sur l'Air : Réveillés -vous, belle Endormie.
Nos plaisirs seront sans allarmes ,
Chers Amis , buvons nuit et jour ,
Bacchus nous fait verser des larmes
Plus douces que celles d'Amour .
Rien , à mon sens , n'est plus aimable
Que ce jus charmant et divin ;
Ne sortons pas si - tôt de table ,
Demeurons y jusqu'à demain.
諮
Une Iris charmante et cruelle ,
De nos ans abrége le cours ;
Le vin éclaircit la prunelle ,
Sa douceur prolonge nos jours,
Qué
AVRIL. 1735. 633
Que tardons-nous , cher Camarade ,
Buvons vingt coups le verre plein ;
Commençons par cette rasade ,
A noyer l'Amour dans le vin.
諾
Mêlons les plaisirs de la vie
Prenons le verre d'une main ;
De l'autre , caressons Silvie ;
Est- il un plus charmant destin !
M. de Glat.
LETTRE écrite de la Rochelle , le
12. Mars 1735. par M. D. C. de l'Académie
de la Rochelle , à M. F. Avocat
au Parlement de Paris.
Es soins que vous vous êtes donnés ,
Lettres Patentes de notre Académie , au
Parlement , et l'interêt que vous continués
d'y prendre , méritent bien que
je vous fisse le détail que vous me demandés
; par là je satisferai en mêmetemps
votre curiosité et mon inclination ;
les autres compagnies auxquelles je suis
associé , me font , sans doute , beaucoup
d'hon34
MERCURE DE FRANCE
d'honneur , mais je trouve dans celle- cy
une gloire plus délicate ; le hazard ou
la fortune donnent les Charges , il semble
que le mérite seul fasse un Académicien
..
Vous avés vû par la Liste attachée aux
Lettres Patentes , que nous avons deux
sortes d'Académiciens , d'Honoraires et
de Titulaires. Le Doyen du Chapitre et
celui du Bureau des Finances , partagent
aujourd'hui le premier Titre avec M. l'Evêque
M. le Gouverneur, etM. l'Intendant.
Le nombre des Titulaires est presque complet
, l'Eglise , l'Epée , la Robbe, nous ont
fourni les Sujets qui manquoient d'abord
ou que la mort a enlevé, depuis notre établissement.
La protection auguste dont nous sommes
honorés , nous laisse dans cette indépendance
si nécessaire pour ne ceder dans
le choix que nous faisons à aucune impression
de puissance ou de faveur ; chacun
trouve un ami dans son nouveau
Confrere , et jamais un Rival. Comme
les moeurs forment le premier degré du
mérite , nos liaisons particulieres sont
aussi douces qu'elles seront durables.
L'assiduité aux Assemblées passe pour
un devoir qu'il est honteux de ne pas
remplir avec exactitudesensorte que, quoique
AVRIL. 1735. 635
1
que plusieurs d'entre nous soient attachez
à des fonctions pénibles , ils ont
cependant trouvé l'Art de multiplier
leur temps avec leurs travaux.
Vous sçavés , Monsieur , que la Critique
fronde volontiers les occupations
des Corps Academiques ; le progrès du
goût échappe au vulgaire , et donne un
avantage apparent à sa malignité , parce
que les fruits en sont lents et comme
imperceptibles. L'Académie de la Rochelle
est en droit de mépriser le frivole
d'une pareille censure , par le but
qu'elle se propose , c'est l'Histoire de sa
Ville et de sa Province ; mais cette entreprise
demande un temps considerable;
les révolutions qui ont agité la Rochelle
depuis deux siecles , lui ont enlevé presque
tous ses enseignemens particuliers ;
ensorte que la recherche des materiaux
coutera plus que la construction de l'Edifice
; cependant un de nos Mrs a déjà
rassemblé une assez grande quantité de
Titres et de Manuscrits originaux.
Cet objet principal n'occupe pas tout
le temps destiné pour nos séances , on
y examine quelquefois les Pieces nouvelles
en tout genre de Litterature qui
paroissent le mériter , celles qui partent
de l'Académie Françoise y sont lûës avec
les
636 MERCURE DE FRANCE
les aplaudissemens et la discrétion qu'on
doit au premier Tribunal Litteraire de
l'Europe ; plus souvent quelqu'un de
nous y apporte son tribut en Prose ou
en Vers , dont le sujet regarde toujours
les Belles Lettres ou les moeurs . Nos Muses
y celebrent à l'envi notre auguste Protecteur
, ell s chantent cette valeur naissante
que le Rhin voit depuis deux ans
avec étonnement et qui suit déja de si
près celle des Héros ses ayeux , les Condés
et les Contis .
Continués , je vous prie , d'avoir pour
moi ces sentimens d'amitié qui me sont
si chers , et soyés bien persuadé que je
serai toute ma vie avec l'attachement le
plus sincere , Monsieur , & c.
ISRAEL , témoin paisible des Playes
dont l'Egypte est frapée.
OD E.
En l'honneur de Marie , exempte de la
Playe hereditaire , & c. Couronnée an
Palinod de l'Université de Caën le 8.
Décembre 1734.
LOIN de ces fertiles Vallées ;
Où le Jourdain roule ses Eaux ,
Jusqu'à
AVRIL. 1735- 637
}
}
Jusqu'à quand, Tribus exilées ,
Serons- nous le jouet des maux ?
Et toi , du Peuple saint l'azile ,
Grand Dieu , vois - tu d'un oeil tranquille
Nos mains aux fers , nos yeux en pleurs ;
N'es tu donc plus qu'un vain refuge ,
Et non le Dieu qui voit , qui juge
Et qui frappe les oppresseurs
M
Ainsi sur ses Rives améres ,
Le Nil ouit plus d'une fois
Israël au Dieu de ses Peres ,
Adresser sa plaintive voix.
Viens , disoit- il , et si ta gloire
Doit à ton Peuple la victoire ;
Roy des Rois , rends - nous triomphans.
Si le nom de Pere a des charmes ,
Pour des Orphelins prends les armes ;
Ces Orphelins sont tes Enfans.
讚
Crois- tu donc que ton Dieu sommeille ?
Non , Israël , il ne dort pas.
A tes cris il prête l'oreille ;
Il marche et la Mort suit ses pas.
L'Eternel (a) vole à ta défense.
Un homme armé de sa puissance ,
(a) Qui est misit me ad vos. Ex.
Vient
638
MERCURE DE FRANCE
Vient d'être fait le Dieu ( a ) des Rois.
Et la Nature assujettie ,
Eprouvera dans ta sortie
Que rien ne résiste à ses Loix.
粥
Je le vois , ce Vengeur sévere ,
Qui sonde les reins et les coeurs ,
Prendre la Coupe de colere
Dont il enyvre les Pécheurs.
Dès que sur eux sa main lassée ,
Du haut du Trône l'a versée ,
Le temps de la pitié n'est plus.
Mille genres d'affreux suplices
Les livrent avec leuts Complices
A mille regrets superflus.
Déja dans la main de Moïse ,
La Coupe terrible a passé.
L'Egypte à ce Mortel soumise ,
En lui trouve un Dieu courroucé.
Jaloux de servir sa vengeance ·
Cent fleaux dans l'obéissance ,
N'attendent que l'ordre fatal.
O Ministres épouventables !
O Juge , ô tourmens redoutables !
Juste Ciel ! jentends le signal.´
(a ) Constitui te Deum Pharaonis.
Proc
AVRIL.
630 1735
Près de toi . grand Dieu , (a ) la poussiere
Peut-elle encore avoir accès ?
Attens , du vin de ta colere ,
Suspens les tragiques effets .
A l'aspect de ce noir Orage ,
Si Pharaon pleuroit sa rage
Et son aveugle impieté ;
Ses pleurs .... Mais non , le Frénetique
Des Rocs de la brulante Afrique
Surpasse encor la dureté .
Un sang
M
Le Nil frapé , soudain se change ,
infect comble ses bords.
Le Fleuve effrayé sur la fange ,
Voit par milliers ses Hôtes morts .
Quels Escadrons couvrent la Terre !
De vils Insectes font la guerre ,
Au Rival du Dieu des Combats.
Il craint leurs épaisses cohortes ;
C'est Dieu seul qui les rend si fortes ,
C'est ce Dieu seul qu'il ne craint pas.
Cieux trop bravez , sur ce Rebelle ,
Déchargés des coups plus puissants.
Tonnés , frappés ; peste cruelle ,
( a ) Loquar ad Dominum cum sim pulvis et
sinis. Gen.
De
640 MERCURE DE FRANCE
De Troupeaux dépeuple ses Champs.
Ulceres , Foudres , Grêle , Orages ,
Venés , signalés vos ravages.
Soleil , retire ton flambeau ;
Anges , volés : Aux yeux des Peres ,
Faites passer du sein des Meres ,
Leurs premiers nez dans le Tombeau.
M
C'en est fait , l'Egypte éplorée
N'est plus qu'un Théatre d'horreurs.
Gessen , plus heureuse Contrée ,
Est à l'abri de ces fureurs .
Consolé par tes vaines larmes ,
Tyran , Jacob voit sans allarmes ,
Pleuvoir tant de fleaux divers.
Un Dieu rend Jacob intrépide ,
Et fait par le glaive homicide
Dans ta chute (a) tomber ses fers.
ALLUSION.
Soustraite seule au dur Empire
Dont tout Mortel naît le sujet ,
Vierge , des accords de ma Lyre ,
Ton Privilege fut l'objet
Pécheur même avant que de naître ,
( a ) Vocatis Pharao Moyse et Aaron ait surgite
et egredimini.
L'homme
A VRIL.
641 1735.
Lhomme (4) meurt dès qu'il reçoit l'Etre ;
Tu reçus l'Etre sans mourir.
Comment la Playe hereditaire
Eût-elle osé blesser la Mere
Du Dieu qui venoit nous guérir
J ****** de l'Oratoire, à Riom .
(a) In Adam omnes moriuntur . 2. Cor.
ののね
LETTRE de M. D. L. R. sur le
111. Volume des Ordonnances de nos
Rois de France de la troisiéme Race.
J
E croyois , Monsieur , n'avoir pas
oublié dans notre correspondance Litteraite
, de vous parler du III. Tome
des Ordonnances de nos Rois . Vous me
rapellés fort à propos le souvenir de ce
magnifique Ouvrage , lequel a changé
de main depuis la publication des deux
premiers Volumes . Il s'agit aujourd'hui
de vous rendre compte de celui qui a
suivi. En voici d'abord le Titre entier .
ORDONNANCES des Rois de France
de la troisiéme Race , recueillies par
ordre Chronologique , troisième Volume
, contenant les Ordonnances du Roy
Jean
642 MERCURE DE FRANCE
1
Jean , depuis le commencement de l'année
1355. jusqu'à sa mort , arrivée le
8. Avril 1364. avec un Supplément pour
toutes les années de son Regne . Par
M. SECOUSSE , ancien Avocat au Parlement
, et Associé à l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres . In folio.
A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
M. DCC. XXXII pp. 694. sans la
Préfice et plusieurs Tables.
›
Tout le Monde est déja prévenu en
faveur de cette grande Compilation , et
on en reconnoit tous les jours le mérite
et l'utilité. Elle a été commencée et conduite
jusqu'au II . Volume par M. de
Lauriere , décedé au mois de Janvier
1728. et elle est heureusement continuée
par M. Secousse , qui outre la grande
part qu'il a euë à l'Edition du II. Volume
, fait aujourd'hui au Public un présent
de son propre fond , en lui offrant
le III . Tome dont il s'agit ici . On peut
dire le nouvel Auteur marche , nonque
seulement avec succès sur les traces de
son Prédecesseur , mais qu'il le surpasse
même en plusieurs choses . Non content
des Notes qui sont imprimées au bas des
pages , comme dans les Volumes précedens
, il a encore chargé les marges de
celui- cy d'un grand nombre d'autres Notes
AVRIL. 1735.
643
, tes moins étendues mais qui servent
merveilleusement , les unes à l'intelligence
du Texte , les autres à entendre les
vieux mots François ; d'autres supléent
ou restituent des mots entiers , omis ou
alterez dans le même Texte.
Une Préface de 120. pages , toute
remplie de sçavantes et curieuses Observations
d'Histoire , de Critique , & c. fait
connoître d'avance la vaste matiere des
Ordonnances comprises dans ce troisiéme
Volume. Ces Observations , relatives
aux differens sujets traitez dans les Ordonnances
, regardent particulierement
leur date , puis les Guerres Privées , l'Arriere
- Ban , les Assemblées des Etats , les
Monnoyes , & c.
Entre ces differens Sujets , celui qui
concerne l'Arriere- Ban m'a paru également
curieux et important , à cause du
rapport qu'il a avec notreHistoire, et avec
la discipline Militaire , à l'égard sur tout
de la Noblesse du Royaume , & c. Cette
matiere , malgré son importance , n'avoit
pas , selon notre Auteur , encore été aussi
aprofondie qu'elle le mérite. Il paroît
qu'il a donné là- dessus une attention particuliere
à l'occasion de l'Ordonnance du
Roy Jean du 28. Décembre 1355 .
L'Article XXV I. de cette Ordonnan.
B ce
644 MERCURE DE FRANCE
ce contient differentes dispositions par
rapport
à l'Arriere- Ban , 1 ° . que le Roy
seul en personne et son Fils Aîné , pourfont
convoquer l'Arriere- Ban , 2 ° . que
le Roy n'assemblera l'Arriere - Ban que
dans le cas de nécessité ; * et après une
mûre déliberation , 3 ° . le Roy , sous certaines
modifications , remet les peines
encouruës par ceux qui n'ont pas été au
dernier Arriere-Ban . Une partie des dispositions
portées dans cet Article , est
renouvellée par l'Article XXXII . de l'Ordonnance
du mois de Mars 1356. Toutes
ces dispositions donnent lieu à plusieurs
Observations importantes , à des
Notes judicieuses et instructives sur le
sujet en question.
Par exemple , dans l'Article cité de
l'Ordonnance de 1356. il est dit que par
la mauvaise Ordonnance de faire crier les
Arriere- Bans , plusieurs personnes qui
n'y sont point venues ont été poursuivies
en Justice. Notre Auteur , dans une
Note sur cet Article , croit que par ces
mots on pouvoit entendre que la convocation
des Arriere- Bans n'avoit pas
été faite avec les formalitez nécessaires
* L'Ordonnance du mois de Mars 1356. porte
que ce ne sera qu'après une Bataille dans le cas
d'une évidente nécessité , ¿e,
enAVRIL.
1735. 645
ensorte que plusieurs personnes n'avoient
pas sçû qu'ils eussent été convoquez ,
Peut-être aussi , ajoûte- t'il , que par ces
mauvaises Ordonnances de faire crier les
Arriere- Bans , il faut entendre les Proclamations
publiées par l'ordre de gens
qui n'avoient pas le droit de convoquer
l'Arriere- Ban , et auxquels tous ceux qui
étoient tenus au Service Militaire , n'avoient
pas crû être obligez d'obéïr.
C'est tout ce qui se peut dire de plus
judicieux sur un point qui paroît assez
embarrassé.Quoiqu'il en soit je saisis avec
plaisir cette occasion , engagé par la conformité
la curiosité et par du Sujet , pour
vous faire part d'une Piece originale qui
m'est tombée entre les mains et qui peut
faire connoître quelle étoit à peu près
la formule ordinaire de la convocation
de l'Arriere- Ban vers le milieu du XIII.
siecle. Elle peut aussi donner quelque
connoissance de l'Histoire Militaire de
ce temps - là. Voici le contenu de cette
Piece.
De par mo Seignor Alphons , Conte de
Poeters.
Nré ame e feal é no de Dieu a vos
me ( 1 ) reade tat q fair se puet ci nos
( 1 ) A vous je me recommande,
Bij faizons
646 MERCURE DE FRANCE
faizons sauer qnoyze seit mue ét ( 2 )
nré Cosein de la Marche e nos e auos (3)
talet de ly mouer guerre e debat (4)
éfōdre o leide de nre Seignor le Rey ( 5 )
preceu uos mados qa ure poeir (6 ) ucignez
a nos ó (7) to harneis q a Chevaler
aptéit et a ceu ne faiglez e nos uos á
scaros gre et de tot nré poeir ( 8 ) e chevace
no lo cognoistrons tant e si for q
sere (9) cotant de nos. Done a Poeters
lo ior ( 10 ) dauat la tifaine M. CC. XLI.
Alphons. Au dos est écrit : A nre ame
feal gerards calains. Et au côte oposé
on lit ces mots d'une main differente : Lré
de Monseigneur le Conte de Poitiers
pour Gerar Calain.
Cette Lettre est très- bien écrite sur
un carré de parchemin qui se plioit en trois
et se fermoit par des lacs de soye, auxquels
pendoit , sans doute , le Sceau des Armes
du Prince , qui a été enlevé. Je vous communiquerai
cet Original quand vous voudrés
, et à tous ceux qui en seront curieux.
( 2 ) Entre. ( 3 ) Avons envie.
( 4 ) Débat enfondre , c'est une répetition de
Houer guerre.
( s ) C'est pourquoi . (6) Pouvoir.
(7 ) Avec l'Equipage convenable d'un Chevalier
( 8 ) Pouvoir et chevance.
( 9 ) Content .
( 10) La veille de l'Epiphanie on des Rois.
AVRIL. 1735.
647
>
Il n'est presque pas nécessaire de vous
faire un Commentaire Historique sur
cette Lettre . Vous reconnoîtrés d'abord
que le Prince dont elle porte le nom
est ALPHONSE DE FRANCE , l'un des neuf
Fils de Louis VIII. et de Blanche de Cas
tille Frere par consequent du Roy
S. Louis , lequel » l'an 1240. dit Meze-
>> rai , ayant assemblé la fleur des Barons
net de la Chevalerie de son Royaume
» à Saumur , donna la Ceinture de Che-
» valier à son frere Alphonse ( dont le
Mariage avoit été peu auparavant ac-
» compli avec Jeanne , Fille et heritiere
du Comte de Toulouse ) et le partag
gea des Comtés de Poitou et d'Auver-
» gne , et de tout ce qui avoit été conquis
en Languedoc sur les Albigeois.
Le même Historien nous aprend le
sujet et les suites de la guerre pour laquelle
le Comte de Poitou assembloit
la Noblesse de ses Etats , et quel étoit
le Prince qu'il nomme dans sa Lettre de
Convocation notre Cosein de la Marche.
Voici les termes de notre Historien .
» Hugues , Comte de la Marche , àમ
» son malheur , avoit épousé Isabelle
» veuve du Roy Jean , qui la lui avoit
ravie autrefois. L'orgueil de cette fem-
» me ne permettoit pas qu'il rendît hom-
B iij » mage
648 MERCURE DE FRANCE
,
mage à Alfonse , nouveau Comte
» de Poitou , le Roy entreprit de l'y
» contraindre , emporta d'abord plusieurs
» de ses Places et les démolit , Fontenay,
» entre autres où son Frere Alfonse
» avoit été blessé d'un coup de Trait, & c.
» Le Comte et son orgueilleuse Femme
> contrainte d'oublier qu'elle avoit été
» Reine , ne trouverent de salut qu'aux
» pieds du Roy. Ils éprouverent qu'il étoit
» aussi bon que vaillant .... Il lui par-
» donna à elle et à son Mari , retenant
seulement trois de leurs Places , jus-
» qu'à ce qu'il fût plus assuré de leur obéïs-
» sance.
D'autres Sujets curieux et interessants
traitez dans ce même volume des Or
donnances et éclaircis par de sçavantes
Notes , mériteroient ici une attention
particuliere , si les bornes d'une Lettre
pouvoient me le permettre. Je me contenterai
de vous faire remarquer ce que
l'habile Editeur a observé au sujet du
jour des Etrennes , terme qui se trouve
employé dans deux Ordonnances.
La premiere de Charles , * Régent du
Royaume , du mois de Janvier 1358 .
CHARLIS , Ainé Fils du Roy de France , Regent
le Royaume , Duc de Normandie et Dauphin
de Viennois. Il étoit Fils du Roy Jean.
intitulé
AVRIL. 1735. 649
intitulée , Lettres concernant les Privileges ,
Droits et Prérogatives , et la Jurisdiction
du Concierge du Palais à Paris , contient
entre autres Articles la disposition qui
suit.
» Item. Ledit Concierge , à cause de
» ladite Conciergerie , peut et doit met-
» tre au Palais , et ès Allées de la Mer-
» cerie en haut et en bas audit Palais
»tels Merciers ou Mercieres que bon lui
» semble ou à ses Officiers ..... Et s'il
>> advient que lesdits Merciers dudit Palais
, veulent faire ensemble ou chacun
» par soy , aucune courtoisie une fois en
» l'an , comme aux Estraines ou autre-
» ment , ledit Concierge le peut prendre
>> sans offense , et ainsi a été fait long-
» temps.
La seconde Ordonnance est du Roy
Jean I. ou Jean II . selon d'autres , donnée
à Villers -Costerez en Juillet 1362. et
porte pour titre , Lettres contenant des
Statuts pour la Confrerie des Drapiers , e&
des Reglemens pour leur Métier.
On y lit entre autres cet Article.
» Item. Ladite Confrerie doit seoir la
» premier Dimanche après les Estraines
»se celle de Notre - Dame n'y eschoir
* Par cette Confrairie de N. D. il est très-vraisemblable
, dit l'Editeur , qu'il faut entendre la
Bij de750
MERCURE DE FRANCE
» demandé sur ce et obtenu congié de
»> notre Prévôt de Paris , et à y cellui
» Siege appellé notre Procureur.
Il n'est pas aisé , dit là - dessus notre
Commentateur , de fixer quel est ce Dimanche
après les Etrennes. On pourroit
croire d'abord que c'est le z. Dimanche
de l'Année , laquelle dans ce temps- là
commençoit le jour de Pâques , et par
consequent un Dimanche ; mais si c'étoit
le Dimanche qu'on cût voulu marquer
on se seroit servi de cette expression ,
le Dimanche après Pâques , ou le Diman
che de la Quasimodo , et non pas de cellecy
, le Dimanche après les Estraines , laquelle
semble marquer que le jour des .
Etrennes n'arrive pas toujours un Dimanche.
Pour fixer l'Epoque que nous cherchons
, il faudroit , dit- il , sçavoir quel
jour on donnoit les Etrennes en France
en 1362. et pour parvenir à cette découverte
il remonte à l'origine des Etrennes
chez les Romains .
On les donnoit , continuë t'il , le premier
jour de Janvier , parce que c'épit le
premier jour de l'Année , sur quoi il cite
grande Confrairie de N. D. aux Seigneurs , Prêtres
et Bourgeois de Paris , établie dès l'année
1168. dans l'Eglise de la Magdelaine à Paris, &c.
le
AVRIL. 1735. 652
le Dictionnaire Etymologique de Menage,
au mot Etrennes. Mais lorsque l'usage
s'introduisit en France de commencer
l'Année le jour de Pâques , continua - t'on
de donner les Etrennes le premier Janvier
? où ne fit on plus ces présens que
le jour de Pâques ? M. Ducange , au mot
Strena , rapporte un Passage de Falcandus
, Historien de Sicile , qui vivoit vers
l'an 1260. suivant M. l'Abbé Lenglet ,
qui prouve que de son temps les Etrennes
se donnoient au premier Janvier
mais pour faire usage de ce passage ,
faudroit sçavoir en quel temps l'Année
commençoit en Sicile vers 1260 .
il
Faute de Passage précis sur les Etrennes
, c'est toujours notre Auteur qui parle,
je présume que l'on a toujours conservé
en France l'ancien usage de les
donner le premier de Janvier , parce que
dans le temps même où l'Année com-.
mençoit à Pâques , on ne laissoit pas de
regarder le premier de Janvier comme
le premier jour de l'An . M. Ducange l'a
prouvé par un Passage précis dans son
Glossaire au mot Annus , p . 203. Je crois
donc , conclud M. Secousse , que par le
Dimanche après les Etrennes il faut entendre
ici le premier Dimanche de Janvier.
BY Ea
652 MERCURE DE FRANCE
En voilà assez , Monsieur , pour vous
donner une idée exacte de ce troisiéme
Volume des Ordonnances. J'apprens que
le IV . Volume est achevé d'imprimer,
toujours à l'Imprimerie Royale , d'où il ne
sort rien que de parfait et de magnifique .
J'aurai soin de vous en rendre compte plus
diligemment que de celui ci . Je suis , & c.
LAURE ET DAMON.
EGLOGUE.
Laure.
Vous m'aprenés, Berger ,à ne compter sur rien,
Je gagai l'autre jour ma houlette et mon chien
Que de la jeune Eglé dont nous faisons la fête ,
Les fleurs de nos Jardins couronneroient la tête .
Vous deviés les cueillir ; je lai dit , mais en vain;
Qui n'auroit , comme moi , cru le pari certain ?
Don.
D'un soin plus important j'avois l'ame occupée.
Laure.
Que dites-vous , Damon ? me serois je trompée !
Eglé , l'aimable Eglé n'a t'elle plus sur vous
L'empire qui faisoit vos plaisirs les plus doux ?
Damon
AVRIL.
1735. 653
Damon.
Je n'ai jamais compté sur la foi des Bergeres.
En est-il qui ne soient où fieres , ou legeres a
C'est en vain qu'un Amant pour elles s'atendrit.
Nul retour, l'art de plaire occupe leur esprit ,
Et pleines du désir des conquêtes nouvelles ,
Les services passez ne peuvent rien sur elles.
Laure.
Nous avons des deffauts. Quel homme en est
exempt ?
Notre sexe est leger , le vôtre est inconstant ;
On ne se plaindroit plus de ce désordre extrême,
Si l'on sçavoit aimer , ainsi que Damon aime.
Damon.
Pourquoi me fattés - vous ? J'ai suivi quelquefois
Le Dieu des coeurs ; par tout ce sont les mêmes
loix ;.
Je pourrois des Bergers être le plus fidelle
Et je ne verrois point qu'on fit de loi nouvelle.
Non , aussi de l'Amour je n'ai suivi les pas
Qu'autant de jours qu'il faut pour ne s'en plaindre
pas.
Laure.
Ce sont là les discours que tous les Bergers tien
nent ;
Plus ils sont amoureux et moins ils en convien
nent.
Damon.
Je ne me défens point d'avoir livré mon coeur ;
B vj
D'a654
MERCURE DE FRANCE
D'avoir porté des fers qui faisoient mon bonheur;
J'aimai , peut -être encor l'erreur me seroit chere ,
Si je n'avois aimé qu'une beauté severe ;
Mais la honte de voir un Rival mieux traité ,
A remis pour jamais mon coeur en liberté.
Laure.
Vous dites vrai , Damon , et je pense de même;
Gardons-nous bien d'aimer à moins qu'on ne
nous aime ;
Depuis le triste jour que le cruel trépas ,
Vint fraper Philémon , expirant dans mes bras ;
J'ai détesté l'Amour , j'ai redouté ses chaînes ;
Sûre que ses plaisirs sont moindres que ses peines.
Damon.
Ma Musete a chanté la volage Philis ,
J'ai servi tour à tour Corinne , Amarilis :
Eglé seule auroit pû fixer mon inconstance ;
Mais Eglé n'eut pour moi que de l'indifference,
Laure.
Bergers infortunés , vous fuyés qui vous suit ;
Et plus à plaindre encor , vous suivés qui vous
fuit.
Damon .
C'en est fait , de l'Amour je sçaurai me deffendre
;
Ne pouvant en donner , je ne veux plus en pren¬
dre , Le
AVRIL . 1735.
655
Le soin de mes troupeaux remplira la moitié ,
D'un temps que je destine à la douce amitié ;
De mes jours désormais tel sera le partage ;
Ce sont les seuls objets qu'aujourd'hui j'envie
sage.
Laure.
J'ai perdu sans regret ma houlette et Médor .
Je perdrois volontiers quelqu'autre chose encor
,
Si Damon à mes yeux s'ouvroit avec franchise..
Damon.
Ce n'est point parmi nous que le coeur se déguise.
Laure.
Dans le coeur de Damon si l'amour n'entroît
plus ,
Pourois-je demander sans crainte de refus ,
La place destinée à l'amitié sincere ?
Damon.
•
Que demanderiez vous ? Le pourois- je , Bergere
La place est pour Eglé ; j'ai choisi ce beau jour
Four la lui faire offrir par la soeur de l'Amour
C'est tout ce que les Dieux ont mis en ma puissance
:
J'aime à compter un peu sur sa reconnoissance .
Trop heureux ! Si des voeux encor plus dili
gens ,
Ne m'ont pas enlevé le seul bien que j'attens !
Laure
2.
756 MERCURE DE FRANCE
Dès l'instant
Maître ,
que
Laure.
d'un coeur l'Amour s'est rendu
Peut-on , foibles Bergers , l'empêcher de patoître
?
Vous avés beau masquer tout ce que vous
sentés ,
Vous ne prenés , Damon , que des noms empruntez.
Damon.
Vous vous trompés ; Eglé par un choix juste et
sage ,
Prefere à tout Amant qui peut être volage ,
L'ami solide , tendre , et qui ne change point :
Ne dois- je pas penser comme elle sur ce point ?
En vain me flaterois-je autrement de lui plaire ?
Sou coeur que la raison , que la sagesse éclaire
Se fait voir à mes yeux comme un trésor sans
prix ;
Un chemin seul y mene; Ah ! que ne l'ai-je pris &
QUESAVRIL.
1735. 697
おのののか
QUESTION IMPORTANTE
jugée par Arrêt de la Grande Chambre
du Parlement de Normandie le 10. Fevrier
1735. sur la Regle De publicandis
Resignationibus.
U
NE des plus importantes Regles de
la Chancellerie Romaine est sans
contredit celle De publicandis Resignationibus
. Elle porte en substance » Que les
» Résignations admises en Cour de Rome
doivent être renduës publiques , par
» l'exhibition des Lettres , l'Insinuation ,
» et la prise de possession dans les six
» mois ; et celles qui sont admises par le
Legat d'Avignon , où par les Ordinai-
» res dans un mois , autrement les Provi-
» sions nultes . Reg . 34. Innocent VIII.
le
Sur cette Regle , que nous pouvons
apelker Loi de l'Etat , parce qu'elle a été
reçue en France dès l'an 1493. se sont
élevées plusieurs Contestations ; mais celque
le Parlement de Rouen vient de juger
, merite plus particulierement l'attention
du Public, parce qu'elle a partagé ce
qu'il y a de plus célébre dans l'ordre des
Avocats ; sçavoir à Paris M.M. de Blaru ,
le
658 MERCURE DE FRANCE
le Normand , Noüet , Caperon , Fuet ,
et autres. A Rouen M. M. Routier , Simon
, Pigache , Perchel , et autres. Voici
de quoi il s'agit.
FAIT.
Le 21. Mai 1731. Le sieur Tribouel ;
Curé de saint Oüen le Mancel , Diocèse
d'Evreux , résigna sa Cure au sieur de la
Noe son Vicaire , qui la desservoit depuis
plus de 10 ans , que le sieur Curé
étoit incommodé.
Le 11. Juin suivant , la Résignation fur
reçue en Cour de Rome ; mais parce
qu'il y avoit une pension retenue de 300..
les Officiers de la Daterie en refuserent
les expéditions. C'étoit une espece de
Jurisconsulte Espagnol desoeuvré , qui
avoit introduit cette rigidité à Rome du
temps du Pape Benoît XIII .
Le sieur de la Noe , informé du refus
résolut d'attendre. Il crut que les changemens
arrivez à Rome dès l'année précedente
, rendroient l'Avocat Espagnol
plus raisonnable , il se trompa.
>
Le 12. Mars 1732. le sieur de la Noe
obtint de son Banquier un Certificat
qui atteste le refus . Il se présenta au Parlement
avec le sieur Tribouel , et il y eut
Arrêt le 23. qui reçut l'un et l'autre apellans
AVRIL .
1735.
ة ر و
lans comme d'abus de ce refus , et renvoya
le sieur de la Noe devant M. l'Evêque
d'Evreux , pour en obtenir ses provisions
, lesquelles vaudroient du jour et
datte de la réception de la résignation à
Rome , sans que la Regle De Publicandis ,
&c. pût être objectée tant que le refus
de Cour de Rome , et autres Superieurs
Ecclesiastiques dureroit , le sieur de la
Noe autorisé à prendre possession ad conservationem
Juris.
En consequence , le sieur de la Noe se
pourvût vers M. l'Evêque d'Evreux le 26,
du même mois . Ce Prélat , Patron du Bénéfice
, fit refus ; on en eût Acte en forme
, et le troisième Juin le sieur de la Noe
prit possession ad conservationem furis ,
aux termes de son Arrêt .
Le lendemain déceda le sieur Tribouel.
M. l'Evêque d'Evreux en
ayant été
informé , nomma au Bénéfice en question
le sieur Chretien . Celui- ci résigna
son droit au sicur Hardy , et M. l'Evêque
étant pareillement décedé , le sieur de la
Noe , après avoir obtenu ses Provisions
du Chapitre d'Evreux , Sede vacante
prit possession réelle.
Le sieur Hardy étant venu pareillement
prendre possession , il y eut opposition
et complainte , ce qui donna lieu à un
Procès
660 MERCURE DE FRANCE
Procès devant le Bailly de Breteuil , qui
rendit sa Sentence au mois de Mars 1734.
par laquelle la récreance du Bénéfice contentieux
fut adjugée au sieur de la Noe ,
parce qu'au principal les Parties étoient
apointées à écrire et produire.
L'Appel porté an Parlement , le sieur
Hardy y présenta sa Requête , où il prétendit
démontrer que le plein possessoire
lui auroit du être accordé , puisque les
termes et l'esprit de la Loi sont en sa faveur
; que cependant si l'Arrêt obtenu
par le sieur de la Noe faisoit quelque impression
, il prendroit le parti de l'opposition
, pourquoi il concluoit à ce qu'il
plut à la Cour le recevoir oposant à l'Arrêt
du 23. Mai 1732. ce faisant le raporter
comme surpris , en tant que par icelui
le sieur de la Noe pretendroit être dispensé
de la Regle De Publicandis , & c . mettre
l'apellation et ce dont est appel , au
néant , émandant et évoquant le principal
trouvé en état de juger , maintenir
lui sieur Hardy au plein possessoire du
Bénéfice dont est question , et condamner
la partie aux dépens .
La Cause mise au grand Rôle , les
Parties curent cet avantage d'avoir pour
la plaider , M. M. Thouars et Brehain ,
Avocats , que la Cour honore d'une attention
AVRIL. 1735. - 661
tention particuliere , et que le Public avec
justice reconnoît pour être des premiers du
Barreau de Rouen. Voici quel est le principe
dont l'un et l'autre convenoient res
pectivement.
Le droit des Parties , toutes deux rési
gnataires , est un droit étroit , sujet à la
lettre de la Loi , parce que le droit des
résignations est une faveur ou une tolerance
que la necessité des tems a introduite.
C'est un droit nouveau qui n'a été
connu que fort tard dans l'Eglise ; et sans
la plénitude du pouvoir des Clefs , ce seroit
une espece de Paction ou de Contrat
Sinnallagmatique. Facio utfacias, Facio ut
des , que ce qui se passe entre le Resignant
et les Officiers de la Daterie , ou
un Titulaire ne remet son Bénéfice qu'à
la charge qu'il sera conferé à un tel , et non
autrement.
Que les résignations ayent été reçuës
par la nécessité des tems , apuyée de quelques
éxemples de résignations sages et sensées
, c'est ce dont tous les Auteurs conviennent
, et on scait que ce qui arrêta
les Ambassadeurs de France au Concile
de Trente dans les vives instances qu'ils
faisoient pour en abolir l'usage , fut une
espece de convention entre les deux Puissances
, de faire executer leurs Loix à la
lettre 2
662 MERCURE DE FRANCE
Lettre , pour en retrancher les abus.
En un mot, les résignations qui forcent
leCollateur , étoient inconnuës dans le tens
d'Alexandre III. Innocent III. Boniface
VIII. et Clement V. Si l'Eglise les altolerées
sur l'éxemple de sagesse dans plusieurs
, elle a aussi -tôt élevé des remparts
contre la cupidité des autres : c'est
l'objet de la Regle De Publicandis , et d'un
nombre considerable d'autres Loix de l'une
et de l'autre Puissance.
M. Thouars , qui brille toujours par
la delicatesse de ses expressions , et par
la solidité de ses raisonnemens , fit pour
le sieur Hardy apellant , l'aplication de
toutes ces autoritez. Il s'arma de la décision
respectable du Pape Pie V. dans la
Bulle du 1: Juin 1569. confirmative d'u I
autre de Pie IV. confirmée par une
troisiéme de Sixte V. où le Saint Pontife
détaillant les especes de confidences en résignation
, et dans lesquelles on trouve
celle de jouir des fruits au de-là du temps
prescrit par la Regle , a ajouté , que les
seules présomptions font une preuve parfaite
de ces sortes de confidences. Prasump
tiones et Conjectura plenam probationem faciant
in pradictis. Les Bulles citées sont
reçues en France.
L'Orateur , toujours disposé à ignorer
la
AVRIL. 1735. 663
la funeste science de noircir la réputation
des Parties adverses , fit simplement
observer que le sieur de la Noe se devoit
imputer la faute d'avoir donné lieu par
son peu d'attention , et par son long silence
à des présomptions légitimes : en
effet , dit- il , la résignation du sieur de la
Noe a été reçûë en Cour de Rome le 11 .
Juin 1731. et depuis le mois de Juillet
de la même année qu'il en a dû être informé
jusqu'au 12. Mai 1732. il a laissé
tranquillement son Résignant joüir des
fruits , il n'a pas fait la moindre démar
che , cela ne s'accorde point avec cette pureté
d'intention qui doit être dans le résignant
et le résignataire. Si post resignationem
quam scit expeditam , remanet in detentione
beneficii , et capit fructus , non est
in conscientia tutus , nec ille in cujus fanorem
resignavit , si permittit . Rebuffe in, 3.
de pub. Glos. 13. Nº . 5 .
Qu'on ne dise, pas , ajouta- t'il , que les
expeditions du sieur de la Noe lui ayant
été refusées , il n'a pû satisfaire aux préceptes.
Si cette excuse pouvoit être admise
d'intelligence avec les Officiers de
la Daterie , les coureurs de Bénéfices feroient
bien tôt reparoître ces especes d'expectatives
, qui ont si long temps désolé
I'Eglise de France , en se ménageant un
refus
664 MERCURE DE FRANCE
refus de Cour de Rome ; les Bénéfices
ne se résigneroient plus que par donation.
Testamentaire : en un mot, nous avons en
France des moyens surs pour avoir des
Actes qui équipollent les expeditions de
Rome. Quand un François , dit l'article
47. des Libertez de l'Eglise Gallicanne ,
Demande au Pape un Benefice assis en France
par quelque vacance que ce soit , le Pape
est tenu de lui en faire expédier la signature
du jour que la requisition et suplication lui
est faite ..... , et en cas de refus , peut celui
qui y pretend interêt,présenter sa Requête
à la Cour , laquelle ordonne que l'Evêque
Diocésain ou autre , en donnera sa provision
pour être de même effet qu'eût été la date prise
en Cour de Rome , si elle n'eût été lors refusée.
Il est vrai , dit M. Thouars en finissant,
que le Résignataire dans les trois ans ,
peut se servir de ses provisions , ou actes
équipollens ; que le Résignant n'est pas
en droit de les arguer de nullité , et que
cclui ci étant ainsi dépouillé , venant à
déceder , ne fera point vaquer le Bénéfice
par mort: mais c'est qu'alors cette dépossessions
forcée,fait cesser toutes presomptions
de confidences, ce qui ne se rencontre
pas dans une prise de possession , telle
que celle du sieur de la Noe , faite quelques
AVRIL 1735: 665
ques
de
heures avant la mort de son Résignant
, parce qu'alors , comme dit la
Loi , ce Résignant n'est plus censé du
nombre des vivans : Pro mortuo habetur qui
proximè moriturus est. Aussi l'artitle 12. de
l'Edit de 1691. décide en termes exprès ,
que Si les Résignataires ou Permutans , pourvus
par le Pape , ont differé leur prise
possession plus de six mois , et les pourvus
par démission ou permutation en la légation,
ou par l'ordinaire , plus d'un mois , ils seront
tenus de prendre ladite possession , et icelle
faire publier et insinuer conjointement avec
ladite provision au plus tard deux jours auparavant
le déceds du Résignant ou Copermutant
sans que le jour de la prise de possession
, publication et insinuation d'icelle
,
et celui de la mort du Résignant , soient compris
dans ledit temps de deuxjours , et à faute
d'avoir pris ladite possession , et icelle fait
publier et insinuer deux jours avant ledit déceds
, lesdits Benefices sont déclarez vacants
la mort du Résignant. par
M. Brehain répondant avec cette éloquence
qui lui est si naturelle , adopta
tout ce qu'on peut dire contre les résigna
tions ; mais après avoir fait observer que
c'étoit un droit reçu , il ajoûta qu'il falloit
faire une grande difference entre un
Résignataire pourvû , et un Résignataire
qui
666 MERCURE DE FRANCE
2
qui ne l'est pas. L'un , dit-il , en citant
Du Moulin , a réellement Fus in re. Il est
le maître du Bénéfice et le délai qu'il
aporte à s'en saisir , fait présumer la confidence
l'autre : au contraire n'a que le
Jus ad rem. Il ne tient encore rien , et on
ne peut pas dire , lors qu'il y a un refus ,
qu'il est de concert pour laisser à un autre
des fruits qui lui appartiennent : car
le Résignant ne perd ni titre ni possession
, tant que le refus subsiste , il retient
toujours le Bénéfice jusqu'à ce que le refus
soit levé. Usque ad resignationem admissam.
L'habile Avocat dévelopa avec art cette
proposition , il prouva par tous les Auteurs
que le Résignant ne peut jamais
êrre censé avoir réellement remis son Bénéfice
, tant que la résignation n'est point
admise , ante admissam resignationem , parce
que , pour qu'un titre soit censé remis
réellement , il faut le concours de deux
volontez ; celle du Titulaire qui veut remettre
, celle du Superieur Ecclesiastique
qui reçoit. Il prouva pareillement
que dans ces circonstances , la confidence
chez le Résignataire ne peut être présumée
, parce que son droit est en quelque
maniere en litige , tant que le refus subsiste
; il n'y a point de certitude que le refus
AVRIL· 1735.
667
1
fus soit mal fondé ; et par les raisons dont
on vient de parler , les fruits ne lui sont
point remis , d'où il est aisé de conclure
que ce Résignataire , usque ad resignationem
admissam , n'est point forcé de faire
lever l'empêchement dans un certain
temps , n'étant pas le maître de le faire ,
pouvant même n'avoir pas de connoissance
de la résignation , et trouver des
difficultez imprévûës dans l'appel comme
d'abus. Cela se fait d'ailleurs assez sentir
par le silence de toutes les Loix ; car il
n'y en a aucune qui limite quelque temps
à un Résignataire non pourvû ; toutes
parlent de résignation admise , et le Résignataire
non pourvû , n'est borné que
par le Decret de pacificis possessoribus , qui
rendroit la résignation nulle , s'il n'agissoit
dans les trois ans.
Il est vrai , continua l'Avocat , que
l'Arrêt de la Cour , par un effet rétroactif
, tient lieu de Provisions du jour et
datte qu'elles auroient dû être accordées
à Rome ; mais cela ne peut pas opérer que
la possession du Résignant n'ait pas été
légitime dans l'intervalle de l'un et de
l'autre temps , et par consequent il faut
reprendre l'état des choses dans l'ordre
maturel.
19. Le Résignant n'a réellement re-
C mis
-
8 MERCURE DE FRANCE
mis son Bénéfice que le jour de l'Arrêt
qu'il a obtenu , c'est là l'époque de sa certitude
, puisque cet Arrêt pouvoit lui être
refusé ; c'est là le parfait de la résignation ,
puis qu'il n'y a que ce même Arrêt qui
démontre qu'elle est acceptée. 2. Le
Résignataire , à proprement parler , n'a
été réellement Résignataire que ce jourlà
; ce ne seroit que de ce jour que courroit
la prescription des trois ans , sans la
Regle de pacificis possessoribus , et il n'y a
ici que cette époque pour la Regle de ри-
blicandis resignationibus , puisque dans le
Sistême de l'Intimé même , cette Regle
ne prescrit la necessité de prendre possession
dans les six mois , qu'à ceux auxquels
le droit de le faire à été accordé.
Mais , dit M. Brehain , la Regle de
blicandis , n'a été introduite qu'en faveur
des Résignataires ; il peut arriver que dans
les six mois le Résignant sera surpris de
mort , sans que le Résignataire ait été informé
, ou qu'il ait eû le temps de prendre
possession , et cette Regle , par une
faveur particuliere , lui permet en ce cas
de faire valoir ses expeditions , sans qu'on
puisse lui objecter que le Bénéfice est vacant
par mort , ce qui n'a pas lieu après
les six mois ; car si le Résignant décede
le Résignataire ait pris possessans
que
sion
AVRIL. 1735 669
›
sion , les provisions de ce Résignataire se
ront nulles , parce qu'alors la Regle generale
reprend son cours. Le Résignant est
mort sans avoir été dépouillé , par consequent
sonBénéfice
vaque par mort ; mais ,
comme l'observent tous les Auteurs , si
ce Résignant et ce Résignataire vivent , le
dernier peut encore se servir de ses Provisions
pendant trois ans , pourvû que
son Résignant ne soit pas prévenu par
une mort subite , qui l'ait empêché de
prendre possession de son vivant , ce sont
les termes d'un * Auteur très versé dans
cette matiere , cela est conforme aux dispositions
expresses de la Déclaration du
Roi de l'an 1645. Article 14. et l'Edit de
1991. n'y répugne absolument pas.
Le sieur de la Noe , dit l'Orateur en
finissant , est donc en regle , puis qu'il
étoit dans les six mois du jour que le pou
voir de prendre possession lui a été accordé
, puisque son Résignant n'avoit pas
acquis contre lui les trois ans de la Regle
de pacificis possessoribus , puis qu'enfin
par abondance de droit il a pris possession
du vivant de ce Résignant ; il faut
joindre à cela que la confidence ne peut
pas être présumée dans deux personnes
qui viennent elles mêmes à la Cour se plain-
* Maximé du Droit Canon , Tome I I.
Cij dre
670 MERCURE DE FRANCE
dre de l'injustice que les Officiers de la
Daterie leur font , et qui en consequence
de l'Arrêt qu'elles ont obtenu , se présentent
à leur Evêque Diocésain ; il faut d'ail
leur faire attention que le sieur de la Noc
a merité le Bénéfice par ses services , plus
de dix ans avant qu'il lui eût été resigné,
M. le Bailly Menager , Avocat General
, en démontrant les abus qui naîtroient
de la Jurisprudence que vouloit établir
l'Intimé , écarta toutes les distinctions
metaphysiques des Auteurs , pour ne s'en
tenir qu'à la lettre de la Regle de publicandis
resignationibus , reçûë en France ,
notamment dans la Déclaration de 1646.
registrée en ce Parlement, il representa à la
Cour l'attention qu'elle a toujours éüe
pour la pureté de la discipline Ecclesiastique
, attention dont elle a donné des
marques si éclatantes dans l'Arrêt du sieur
du Bourget en 1732. et il se déclara pour
l'exécution de la Regle à la lettre , après
néanmoins avoir pesé les raisons pour et
contre avec cette éxactitude et ce désinteressement
qui le font voir avec plaisir à
la tête de cet ordre d'Hommes que le Jurisconsulte
apelle cupidos inspicienda veriratis.
LA COUR par son Arrêt prononcé par
M. le Président d'Esneval , reçût le sieur
Hardy
AVRIL. 1735 : 678
Hardy opposant à l'Arrêt du 23 Mai 1732 .
et sans s'arrêter à cet Arrêt , met l'appel
lation et ce dont est appel au néant , évoquant
le principal trouvé en état d'être
jugé , maintint le sieur Hardy au plein
possessoire du Bénéfice en question , et
condamna le sieur de la Noe aux dépens.
Voici l'espece de l'Arrêt cité par M. PAvocat
General . Le sieur Belard Curé d'Alençon
, ayant resigné au sieur Guilloré le
7. Juillet 1731. la procuration ad resignandum
et la suplique,furent envoyées à Paris
le 9. pour n'en partir que la nuit du 11 .
au 12 .
Le 11. mourut le Résignant , et le 12.
l'Abbé de Lonley , Patron du Bénéfice , y
présenta , mais une personne sans degrez ,
qui ne prit pas même de Visa.
Cela forma la contestation ; car l'Abbé
de Lonley ayant nommé au mois de Septembre
le sieur du Bourget , qui avoit fait
signifier ses Grades , le sieur Guilloré
qui avoit obtenu le 28. Juillet ses provisions
de Cour de Rome , avec la clause
siveper obitum aut alias quovis modo vacet ,
prétendit avoir ce Bénéfice , non en vertu
de la résignation , mais en vertu de la
Clause , soutenant que la Regle de verisimili
notitia obitus ne lui pouvoit être ob
jectée , parce qu'elle n'avoit lieu que con-
G iij
tre
72 MERCURE DE FRANCE
tre les courses ambitieuses . L'Arrêt lui fit
perdre sa cause , plaidant les mêmes Avocats.
**
TIRSIS ET CORIDON,
A Mlle de Malcrais de la Vigne .
DE
EG LOGUE.
E Palés en ce jour nous célébrons la fête ,
J'entens de toutes parts le son des chalumeaux ›
Les Bergeres de ces hameaux ,
Ont orné de bouquets et leur sein et leur tête ;
La Bergere qui touche au quinziéme Printemps ,
Dans ce jour fortuné par un aveu sincere ,
Doit nommer parmi ses amans
L'heureux Berger qui sçait lui plaire ,
Cet usage en ces lieux est reçû de tout temps ,
Après ce choix plus de mistere ,
Ee sur tout plus de changemens ;
Les parjures , les inconstans ,
De Palés sur le champ éprouvent la colere.
Tirsis et Coridon de même ardeur épris ,
Brûloient tous les deux pour Chloris ,
De leurs soins assidus , qu'ils redoubloient sans
cesse`,
Ils
A VRIL. 1735. 973
Ils n'auroient jamais pû reconnoîte l'effet ,,
Leur Bergere toujours sçût cacher sa tendresse ;
Mais en ce jour , ainsi l'ordonne la Déesse ,
Elle doit aux Bergers révéler son secret .
Pour obtenir cet aveu qui le flate ,
Tirsis disoit ces mots , inspiré par l'Amour ;
» Ah ! vous allés passer , Chloris , pour une in
grate ,
» Si vous me refusez votre coeur en ce jour ;
Je me plaindrai par tout de ma flamme trahie
» De mes voeux méprisés , de votre barbarie .
» Coridon répondit ; je ne me plaindrai pas ,
• Si vous me refusés , Bergere trop aimable ,
» Mon malheur en effet ne vous rend point coupable
;
» Mais vos refus seront suivis de mon trépas.
Tirsis.
Un jour dans le Lignon vous tombâtes , Bergere
Et je sçus en någeant vous tirer du danger ;
Vos yeux furent long- tepms fer més à la lumiere ;
Les devez- vous ouvrir pour un autre Berger
Coridon.
L'autre jour dans un bois une bête sauvage ,
Poursuivoit ma Chloris , en vouloit à ses jours ;
Ma valeur la sauva des effets de sa rage ,
Trop heureux de sauver l'objet de mes amours.
Tirsis.
J'ai refusé pour vous Aminte et Célimene ,
Civ L'une
674 MERCURE DE FRANCE
L'une riche en troupeaux , l'autre riche en at
traits ;
Ah ! je refuserois pour Chloris une Reine ,
Si pour moi de l'Amour Chloris sentoit les traits
Coridon.
J'ai refusé Philis , j'ai refusé Melisse ,
Et ne demande point le prix de mes refus.
Les refuser pour vous , c'est vous rendre justice ;
Je fais ce que je dois ; je ne veux rien de plus.
Tirsis.
Chloris vous le sçavés , un fertile héritage ,
Accompagne le don que je fais de ma main .
Coridon.
Chloris , ces prez , ces champs , sont un foible
partage ;
Un coeur tendre est pour vous un trésor plus ce
、tain ,
Tirsis.
Recevés de ma main , ô Bergere cruelle ,
Ce jeune Marcassin surpris dans la Forêt ;
De votre cruauté c'est un rare modele .
Coridon.
Je vous offre , Chloris , ma chere Tourterelle ,
C'est un present leger , mais d'un amour parfais
Les Tourterelles sont un image fidelle .
Tirsis.
J'ai fait des vers pour vous ; j'eus pour maître
Amphion ,
Les
AVRIL. 1734.
675
Les échos , les Bergers à ma voix applaudissent .
Coridon,
Que jamais de mes chants les bois ne retentissent
;
Il suffit que Chloris écoute ma chanson .
Tirsis.
J'aime à voir de nos prez la verdure naissante,
Nos jardins au Printemps de Narcisses parés ;
Mais Chloris à mes yeux est cent fois plus charmante
?
Que ne sont au Printemps nos jardins et nos
prez .
Coridon.
La mer me plaît , sur tout quand son onde est
paisible ,
J'aime à voir le Soleil sortant du sein des flots ;
Votre beauté, Chloris, m'est encor plus sensible
Que le Soleil naissant , où le calme des eaux .
Tirtis.
J'ai gravé votre nom sur un pommier sauvage ;
LesBergers m'ont promis d'en respecter lestraits
Coridon.
L'Amour a dans mon coeur imprimé votre
image ;
Cette image , Chloris , n'en sortira jamais..
Tirsis.
Prononcés , ma Bergere , un concurrent mo
fense ;
Je ne puis plus long- temps soutenir ses amours.
C v Coridon.
676 MERCURE DE FRANCE
Coridon.
Prononcés ; mais songés que de votre sentence
,
Vont dépendre à la fois mon bonheur et mes jours .
Tirsis étoit trop fier , Coridon fut plus tendre ,
Chloris en rougissant lui présente la main ,
Et défend à Tirsis de la suivre en chemin ,
C'étoit, à mon avis, assés se faire entendre .
Belle Malcrais ; vos vertus , vos talens ,
Vous ont attiré les suffrages ,
Et même les tendres hommages ;
De cent Bergers de pays differens ,
Vous voyés tous les jours , et les voyés sant
peine ,
Bergers demeurans sur la Seine ,
De la Garonne aussi plusieurs viennent à vous ;
Je n'en dis rien , ils ont l'ame hautaine ,
Je craindrois trop d'éxciter leur couroux .
Or souffrés qu'un Berger demeurant sur la
Loire ,
Et même quelquefois habitant de l'Allier ,
Vienne à vos genoux publier ,
Sa défaite et votre victoire ;
Les Bergers de notre pays ,
Ne sont pas si galans que sont ceux de Paris ,
Mais ils ont en amour pourtant quelque science
Faites - en , croyés moi , la douce expérience ;
Vous trouverés en moi Berger tendre , soumis ,
Es
AVRIL. 1735. 677
Et qui de vos vertus sçait connoître le prix;
Je ne demande point l'heureuse préference ,
Maintenés entre -nous une jufte balance ,
Et songés qu'en comblant d'un seul Berger les
voeux ,
Vous rendrés à la fois cent Bergers malheureux,
P. D. F.
→ OBSERVATION de M. Astruc
Professeurde Medecine , au College Royal,
sur la Machine appeléeFauteuil de poste .
la
, se ré-
Es regles qu'on doit se proposer pour
Laconservation de la santé
duisent ( 1 ) à deux points principaux
l'un de se nourrir sobrement , et l'autre de
faire un éxercice convenable.
La sobrieté est le moyen le plus sûr de
conserver la santé , parce que l'estomac ,
à mesure qu'il reçoit peu d'alimens , est
mieux en état de les bien digerer. Par ce
moyen il passe dans le sang moins de chiles
mais celui qui y passe est mieux preparé ,
9+ (1 ) Sanitatis studium est non satiari cibis
et impigrum esse ad labores . Hippocrates Epidem .
Lib . 6. Sect. 4. Textu 220
C vj
CC
678 MERCURE DE FRANCE
ce qui fait que le sang qui le reçoit a plus
de facilité de le changer en sang, et ce qui
n'est pas moins important , il a aussi plus
de facilité de le changer en sang d'une
meilleure qualité.
sang
D'un autre côté l'éxercice procure des
(1 ) avantages qui ne sont gueres moindres
que la sobrieté. Il brise et attenuë le
sang et les differentes humeurs que le
fournit , iill lleess pousse et les fait couler
dans leurs canaux ( 2 ) , il augmente
et facilite toutes les évacuations sensibles
et insensibles ( 3 ) de la transpiration .
Enfin il fortifie le ressort des fibres de
toutes les parties du corps , et par tous
ces differens moyens réunis , il corrige les
épaississemens du sang et des humeurs , et
il sert à les faire circuler plus librement ,
et à en prévenir les engorgemens et les
la-
( 1 ) Oportet sanum hominem
frequenter
se exercere , si quidem ignavia corpus hebetat ,
bor firmat ; illa maturam senectutem , bic ,longam
adolescentiam reddit . Celsus . Lib. 1. cap. 1 .
( 2 ) Motus preparat corpora ad excretionem excrementorum
sensibilium et insensibilium. Ibid . §.
10. Sanctorius de medicinâ staticâ.
( 3 ) Exercitio corpora leviora fiunt , omnes enim
partes , precipuè musculi et ligamenta mota ab excrementis
purgantur , perspirabile ad exhalationem
preparatur , et spiritus tenuiores fiunt. Sanctorius
de medicinâ staticâ , Sect. 5. §. 9.
obstrucAVRIL.
1735. 679
obstructions qui sont les causes les plus
ordinaires des maladies .
reuse ,
Comme ces deux moyens de conserver
la santé , tendent au même but , et procurent
à peu près les mêmes avantages ,
ils peuvent dans le besoin se supléer l'un
l'autre. La sobrieté lors qu'elle est rigoudispense
de l'exercice , et l'exercice
lors qu'il est fort grand , donne ( 1 )
la liberté d'être moins éxact sur les regles
de la sobrieté. Mais le parti le plus
sage est d'éviter toute sorte d'excès sur l'un
et sur l'autre article , c'est-à- dire , qu'il
faut se nourrir raisonablement , et faire
en même temps un éxercice moderé.
11 est difficile de fixer des regles certaines
sur ces deux points , parce qu'ils varient
dans chaque sujet suivant l'âge , le
temperament , les forces , &c . Mais chacun
doit sur cela s'éxaminer de bonne foi,
ee se regler sur sa propre experience . C'est
à cet égard que l'Empereur Tibere disoit
que dès qu'on étoit parvenu à l'âge de rai-
( 1 ) Qui comedit , nisi etiam laboribus utatur
sanus esse non potest ; cibi enim et labores adversas
in se facultates mutuo tamen ad sanitatem conferentes
obtinent. Labores enim ea qua adsunt consumere
solent. Cibi vero , et potiones ea qua vacuata
sunt explent. Hippocrates, Lib. 1. de victûs ratione.
son ,
680 MERCURE DE FRANCE
son , chacun devoit être son propre Médecin
.
>
Il faut convenir 1 ° . Que l'exercice n'est
jamais plus salutaire que quand on le fait
en plein air , parce qu'on joint alors aux
avantages qu'il procure , ceux qu'on doit
attendre d'un air pur, et, pour ainsi dire
d'un air neuf. 2 ° . Qu'entre les differens
éxercices qu'on peut faire en plein air , les.
plus utiles sont ceux qui agitent , ébranlent
, secoüent et compriment successivement
et à plusieurs reprises les differentes
parties du corps , sur tout celles du bas
ventre , qui sont les plus sujettes à s'engorger.
Ces deux raisons ont obligé les Médecins
à donner la préférence à ( 1 ) la promenade
à Pied , à ( 2 ) la promenade à
Cheval , à ( 3 ) la promenade en Cale-
( 1 ) Deambulatio retentas partes solvit , Thoracem
purgat , facilem reddit anhelitum , ventriculum
firmat , sensus organa roborat , animum remittit
, omnemque perturbantem affectionem explicat.
Ex Galeno , Lib. 2. de diætâ.
( 2 ) Equitatio non tantum corpus sed sensus omnes
exercet. Ex eodem Lib. 2. de sanitate tuendâ.
( 3 ) Gestatio in lectica levissima est ....
propterea agris et sentibus conducit, Galenus Lib.
de sanit. tuend . cap . 7 .
Gestatio vehiculo acrior est. Celsus , Lib. za
Cap. 15.
cha
AVRIL. 1735. 631
che où en Carosse , &c. Les Auteurs recommandent
de faire d'abord ces promenades
sur un terrein uni pour s'y accoutumer
, sur tout quand on est foible ou
convalescent , mais ils conseillent de preferer
ensuite un terrein inégal , comme est
le pavé , afin de rendre les secousses plus
fréquentes, plus vives, et , pour ainsi dire,
plus brusques.
Malheureusement il n'est pas toujours
en notre pouvoir de faire ces sortes d'éxercices.
La foiblesse du temperament, ou
les occupations en interdisent l'usage à
beaucoup de gens ; Ceux même qui ont
la force et le loisir nécessaire , ne sçauroient
en profiter pour faire de pareils éxercices
dans le grand froid , ni dans le grand
chaud.
Il faut donc avoir recours dans ces cas
qui sont fréquens , à des éxercices d'une
autre espece , qu'on puisse faire à couvert,
et quelquefois même à des éxercices qu'on
puisse faire dans sa chambre , lors que les
affaires ou l'état de la santé ne permettent
d'en sortir. Et c'est à cette occapas
sion qu'on a cherché à imaginer des Machines
propres à secouer le corps , et capables
par ce moyen de supléer à l'exercice
du Cheval ou du Carosse.
Les
682 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ( 1 ) qui ont traité de la
Gimnastique des Anciens , ont observé
que les Médecins avoient accoutumé de
recommander l'usage de plusieurs Machines
de cette espece , soit pour la conservation
de la santé , soit pour le soulagement
des maladies.
1. L'Escarpolete connue autrefois sous
le nom de ( 2 ) Petaurum ou Doscella , dont
il paroît par quelques passages des anciens
Auteurs qu'on se servoit souvent
par principe de santé .
2. Les lits mobiles en forme de berceau,
connus dans les ouvrages des Anciens sous
le nom de Cuna. ( 3 ) Oribase premier
Médecin de l'Empereur Julien , nous en
a laissé la description , en nous assurant
qu'ils avoient été employez long- temps
( 1 ) Gonterius de sanitate tuendâ. Lib . 15.
Mercurialis de arte Gymnasticâ . Lib. 3. et 6.
(1) An magis oblectant amicum jactata Petauro
Corpora , quique solent rectum descendere funem....
Juven. Sat. 14. *
(3 ) Oribasius , Lib. 6. collectionum .
Celsus , Lib. 2. Cap . 15. uni , inquit , pedi lecti.
Fulmentum subjiciendum'est,atque ita lectus
Huc , et illuc manu impellendus.
2
Galenus , Lib. 2. de sanitate tuendâ . cap. II.
Aëtius , Lib . 3. cap. 6 .
avant
AVRIL.
1735
683
avant lui par plusieurs autres Médecins ,
comme Antyllus , Celse , Aëtius , &c.
3. Les lits suspendus par les quatre
angles , lecti pensiles. Hippocrate ( 1 )
avoit parlé d'une Machine approchante ,
dont-il recommande l'usage. Mais l'invention
de ces lits suspendus , doit être
raportée à Asclepiade de Pruse qui faisoit
la Medecine à Rome avec éclat , du tems
de Pompée ; le Grand Pline , de qui nous
tenons ce fait , (2) nous aprend en mème
tems que cette invention acquit à ce Médecin
une très- grande reputation . ( 3 )
Celse , et ( 4 ) Galien qui ont vécu depuis
, en ont approuvé l'usage.
Un ancien Médecin , apellé Herodotus ,
croyoit cet éxercice si utile , qu'il voulut
qu'on l'employât chaque jour pendant
tout le tems qu'on auroit mis à faire en
Litiere le chemin de quarante stades
c'est à dire , d'environ une lieuë et demie .
4. Coelius Aurelianus , célebre Méde-
(1 ) Pensiles gestationes ex vehiculis utiles. Hippocr.
Lib 2. de morbis mulier.
(2) Asclepiades suspendit lectulos , quorum jactatu
... morbos extenuaret. Plin . Histor. Natur.
Lib. 26. Cap . 3 .
(3 ) Si nihil horum est. Suspendi lectus debet ot
moveri. Celsus Lib. Cap. 15.
( 4 ) Galenus , Lib. 2. de Sanitate tuendâ.
Cap. 11.
cin
684 MERCURE DE FRANCE
cin du quatrieme siecle , ( 1 ) fait mention
d'une autreMachine plus composée , employée
de son tems pour faire faire de l'éxercice
qu'il apelle Macron Sparson , ou
instrumentum rapsorium , mais dont il n'a
donné aucune description , quoiqu'il en
désigne sufisamment l'usage.
5.Enfin je ne sçai si l'on doit ajoûter ici
les differens moyens que Bernard de Gordon
, ( 2 ) Professeur fameux de la Faculté
(1) Calius Aurelianus , Lib. 3. Cap . 6.
(2 ) Bernardus Gordonius in Lib . de conservatione
vitæ humanæ , cap . 8. de Speciebus exercitiorum
.
>
et
Pralati autem oportet quod habeant alios modos.
In Camera enim debet esse una grossa chorda ,
vid. infra, nodosa suspensa , et tunc illa chorda accipitur
cum manibus duabus et homo debet stare
erectus , ita quod non tangat terram . Et sic longe
tempore deinde saltabit cum illâ chorda currendo
quantum poterit hinc et inde , se volvendo et deambulando.
Vel si non placet sibi iste lectus , habeat
lapidem de trigenta libris in quo sit annulus ,
portet frequenter, ab una parte usque ad aliam , vel
teneat superius in acre longo tempore antequam deponat
, vel portet ad collum suum , vel intra manus
et ita de aliis modis donec incipiat fatigarii vel teneat
baculum in manu, et quod alter auferat sibi si potest
trahendo , vel quod auferat denarium à manu suâ
elausa , et dicit Galenus quod aliquis accipiat pellem
uva , et quod ponat in capite indicis , et quod alter
teneat manum clausam , et quod videat si cum ille
digito poterit pugnum aperire. Alter modus est quod
dc
AVRIL. 1735. 685
de Montpellier dans le 13. siecle , proposa
pour faire faire de l'éxercice dans la
chambre , aux personnes qui y sont retenuës
par leurs affaires . Quelques - uns
de ces moyens paroîtront peut-être puériles
, mais ils prouvent du moins de
quelle importance ce Médecin croyoit
qu'il étoit , de tâcher de supléer en quelque
façon que ce fut , à l'exercice qu'on
n'avoit pas la commodité de faire d'une
maniere plus utile .
On ne peut pas disconvenir , ajoute
Lessius , que les exercices du corps qui
ne passent point de justes bornes et qui
se font à propos , ne soient utiles et même
nécessaires. Mais la plupart de ceux
qui vivent sobrement et qui ne s'appliduo
sedeant in terra pedibus contrapedes , et quod
teneant ambo baculum unum , et quod postea videant
uter istorum poterit alterum elevare .
Paul d'Egine , Medecin du cinquiéme siecle ,
avoit donné les mêmes conseils avant Gordon ,
comme per funem manibus apprehensum scandere ,
et duos summis manibus concertare. Voyés Pauli
Egineta operum , Lib. 1. Cap . 17. de exercitationum
generibus.
Lessius , ce pieux et sçavant Jesuite , qui a vécu
si long-temps il y a 140 ans dans son Traité
des moyens de conserver la santé , Chap. 5. cite
les paroles d'Hippocrates : Pour se bien porter il
faut toujours demeurer sur son appétit et faire quelque
exercice
quent
686 MERCURE DE FRANCE
quent qu'aux choses de l'esprit , n'ont
pas besoin d'exercice de longue haleine ,
et qui d'ailleurs consumeroient trop de
tems , ils peuvent se contenter d'un
quart d'heure ou de demie heure d'une
sorte d'exercice, qu'on peut prendre avant
le repas sans sortir de sa chambre , et qui
est en usage chez les personnes les plus
graves , même chez quantité de Cardinaux
et qui n'a rien d'indigne d'eux . Il
se fait de deux manieres , l'une à prendre
dans chaque main des poids d'une
livre ou d'une livre et demie chacun , et
de se secouer les bras de toutes sortes
de sens , comme si l'on combattoit en l'air.
L'autre maniere consiste à prendre des
deux mains un grand bâton où il y ait
à chaque bout une livre ou une livre
et demie de plomb , et laissant entre les
deux mains un intervalle de quatre
pieds , se secouer les bras comme on vient
de le dire.
CONCLUSION .
>
Ces éxemples et ces citations doivent
faire sentir l'utilité d'une Machine nouvellement
inventée par M. Du Guet , Ingenieur
, sous le nom de Fauteuil de poste,
qui tend au même but , mais qui y tend
d'une maniere infiniment plus simple et
plus
AVRIL: 1735. 687
plus commode.On est exposé dans ce Fauteüil
aux mêmes sécousses qu'on éprouve
dans une Chaise de poste , de devant en
derriere , de droit à gauche , et de haut
en bas , tantôt ces differens mouvemens
se succcdent de differentes façons , et tantôt
ils concourent plusieurs à la fois. On
peut à son gré les rendre plus brusques
ou plus doux , plus prompts ou plus lents,
plus violens ou plus foibles.
On peut donc par le moyen
de cette
Machine , dont la
construction est simple
et le mouvement aisé , faire un éxercice
raisonnable sans sortir de sa chambre , et
un éxercice d'autant plus utile , qu'il réunit
tous les avantages des éxercices les
plus vantez , sur tout si la Machine est
dans un air ouvert ; car d'ailleurs toutes
les parties du corps et sur tout les visceres
du bas-ventre se trouvent successiveanent
exposez à des
trémoussemens , des
compressions , et des sécousses fréquemment
repetées , dont on peut regler la
vivacité à son gré , qui sont assez brusques
et assezpromtes pour procurer les mêmes
effets que la Chaise de poste , qu'on peut
varier à l'infini selon le besoin , et qu'on
peut enfin se procurer avec facilité , à peu
de frais , et sans se déranger du soin de
ses affaires ,
auxquelles on peut vaquer
dans
388 MERCURE DE FRANCE
dans le tems même qu'on est dans le Faueüil.
AVERTISSEMEN T.
M. Duguet , Auteur de la Machine ,
demeure rue de l'Arbresec , au Vaze d'Or.
On voit le Mémoire sur l'utilité et l'u
sage de cette Machine dans le Mercure de
France , Décembre 1734. deuxième volume
, page 2889.
Les malades qui voudront essayer chez
eux l'effet de la Machine pendant quel
ques jours , donneront 3. liv. pour le premier
jour , et 25. f. pour chacun des autres
jours qu'ils la garderont.
On donne 12.f.pour voir la Machine ,
et pour en faire l'essai .
L'Auteur a trouvé le moyen d'ajouter
aux nouvelles Machines qu'il a envoyées
dans les Pays étrangers , le mouvement
vertical de haut en bas , au mouvement
horizontal de droit à gauche , ce qui les
rend beaucoup plus commodes , et plus
utiles à la santé.
O DE
AVRIL: 1735.
Q
O D E.
Uelle rapide violence ,
Loin de nous emporte le temps !
Quelle coupable négligence
En perd les précieux instants !
Oubliant leur propte noblesse ,
Les Mortels le passent sans cesse ,
Dans des travaux indignes d'eux ;
Des soins , des projets inutiles ,
Des biens et des plaisirs fragiles
En causent l'abus malheureux .
L'avarice avide , alterée ,
Et qui court après mille maux ,
Du temps fait servir la durée
A grossir d'injustes monceaux.
L'ambition audacieuse ,
Vigilante , laborieuse ,
Pleine d'une jalouse ardeur ,
S'aplaudit et croit être sage ,
Quand du temps elle met l'usage.
A suivre une frêle grandeur.
Quel renversement déplorable "
790 MERCURE DE FRANCE
It quel funeste aveuglement !
La sagesse si désirable
N'occupe pas l'homme un moment.
Il ne va point à son Ecole ,
Ménager du temps qui s'envole ,
Apprendre ses vrais interêts.
Des Jeux , où regne un sort bisarre ;
Des cercles où son coeur s'égare ,
Ont pour lui de plus doux attraits .
Il craint de rentrer en soi - même ,
Pour s'y voir , s'y considerer ,
Et tel est son désordre extrême ,
Qu'il ne cherche qu'à s'ignorer.
Si le désir de tout connoître
Le porte à penetrer son Etre ,
S'il veille pour ce grand dessein ,
Après une étude si vaine ,
Sçait- il qu'un prompt courroux l'entraine¸
Qu'il est inégal et hautain .
M
Oui , dans nos sçavantes études
Nous sommes prodigues du temps ,
Si malgré des veilles si rudes ,
Nous sommes encore ignorants ;
Si , loin que nos vices nous frapent
Toujours négligez ils échapent
A
AVRIL: 1735
691
A notre curiosité ;;
Si nos connoissances sublimes
Ne font de nous que des victimes
D'une insolente vanité.
Bouchet , Chanoine de Sens.
X:XXXXXX********:*
NOTICE PARTICULIERE,
d'une partie des principaux Monumens
d'Antiquité , transportez de l'Hôtel de
Sully à l'Hôtel de Mezieres , ruë de
Varennes , à Paris.
Ans le Vestibule sont trois Statuës
Dde Marbre blanc , beaucoup plus
grandes que Nature , dont l'une représente
Esculape avec son bâton , entouré
d'un Serpent. La seconde représente Hygie
, sa fille , ayant le bras droit , entouré
aussi d'un Serpent. La troisiéme Figure
représente une Dame Romaine , que les
uns croyent être Julie , fille d'Auguste ,
d'autres Octavie , soeur de cet Empereur
et femme de Marc- Antoine.
A côté du grand Escalier est une Statuë
d'Apollon , couronné de Laurier , tenant
un Arc d'une main et de l'autre
ne branche de Laurier.
D Sug
792 MERCURE DE FRANCE
Sur le premier Paillier, se voit contre le
mur une grande Figure noire de Marbre
d'Egypte , qui représente la Déesse
Isis , laquelle est d'une très grande antiquité,
c'est - à- dire , du temps des Ptolo
mées , Rois d'Egypte.
Dans le Salon en face du Jardin , sont
dix Bustes antiques , posez sur des Scabellons
, entre autres celui de Scipion
l'Afriquain , et sur la table est un Buste
de Vitellius , dont la tête est de Pierre
de Touche , ce qui en fait la rareté. Et
sur la Cheminée on voit une Tête seule ,
restée de quelques ruines , représentant
le visage d'une femme qui dort , dont
les traits sont d'une beauté parfaire , et
le sommeil est caracterisé d'une maniere
tendre et touchante.
A côté du Vestibule à droite , sont deux
Sales dans lesquelles on voit des Urnes
antiques , de petits Tombeaux , des Bas-
Reliefs , et grand nombre de Bustes et
de Têtes qui représentent des Consuls
et Sénateurs Romains , des Empereurs
et Imperatrices , des Rois Grecs et des
Philosophes et Poëtes anciens , et autres
dont on peut reconnoître une partie par
comparaison aux Médailles antiques et
aux Pietres gravées. On y remarque af
sément un Homere , un Pyrrhus , un Se-
Crate , un Seneque , &c.
AVRIL: 1735: 793
Dans la premiere Sale est un grand
Bas - Relief, découvert dans les ruines du
Palais de Neron , qui représente le Mariage
de Bacchus avec Ariane , accompagné
d'un côté des Bacchantes et du
Dieu Sylvain , ayant une grande barbe
et des pieds de Chevre , tenant à sa main
une racine de Cyprès , et de l'autre côté
est un Sacrifice en l'honneur de Bacchus.
Dans les deux Niches qui sont aux coins
de cette Sale , on voit dans l'une une
Statue de Venus , dont l'attitude est semblable
à celle de la Venus de Médicis , et
dans l'autre une Figure d'Atalante , désignée
par son Carquois , qui de la main
gauche tient un Arc et de la droite élevée
, tient la pointe du Dard dont elle
a blessé le Sanglier de Calidon .
Dans la seconde Sale , se voit un grand
Tombeau ou Sarcophage , de Marbre
blanc , orné de Sculpture et des trois
Graces dans le milieu , lequel a été tiré
du Sépulchre de la Maison Imperiale de
Livie , découvert en 1716. à deux mille
de Rome , dans la voye Appienne.
Dans la Sale à gauche du Vestibule ,
on voit onze Statues de la Cour de Licomede
, Roy de Scyros , dont il y en a
dix posées sur des Piédestaux , qui sort
présentes à l'arrivée d'Ulisse pour dé-
Dij couvrir
94 MERCURE DE FRANCE '
couvrir Achille. On voit Ulisse déguisé
en Marchand qui porte sous son bras
gauche une espece de boëte carrée à deux
tiroirs , dont l'un paroît ouvert et contenir
plusieurs Bijoux . Il fixe ses regards
sur Achille déguisé en fille , et il le reconnoît
à la Lance et au Bouclier dont
il s'est saisi , et qu'il a préferés aux ornemens
de femmes .
La Reine de Scyros est désignée par
un Diadême dans ses cheveux et par un
Sceptre à sa main droite ; de la gauche
elle tient une bourse pleine de monnoyes
destinées à l'achapt des Marchandises d'U .
lisse. On voit la figure d'une Pallas , qui
dans un pan de son Corset Militaire
porte Pyrrhus enfant , dont on a confé
l'éducation à cette Déesse. Chacune
des Filles de la Cour de la Reine , dans
des attitudes differentes , tient à la main ,
ou un Miroir , ou une Bague , où une
médaille , ou un Baguier , dont elles ont
fait l'emplette.
Celle qui frappe le plus la vue , est
appuyée sur une espece de Cyppe , di
tinguée par une Draperie fine et lege =
et par sa coeffure ornée d'un Diadoras a
et tenant un Brasselet de la main a
On veut que cette figure soit cele
Deidamie , la seule fille de Licor
AVRIL. 1735.
ة و ر
et
de laquelle Achille devint amoureux ,
dont il eut le jeune Pyrrhus . Toutes ces
Statues ont été déterrées à 13 ou 14 milles
de Rome , dans un Champ sur le chemin
de Frescati , où étoit autrefois la Maison
de Campagne de Maríus , où l'on voyoit
un Salon destiné pour les Bains , dont
ces Statues faisoient l'ornement , et en
effer on y a ajoûté une onzième Figure ,
ayant un genou en terre , qui représente
une femme sortant du Bain , dont
l'attitude , l'air de tête , la coëffure et la
draperie sont d'une beauté parfaite , tenant
d'une main une de ses Sandales ou
chaussure à la Romaine,
Du côté du Jardin est la figure d'un
jeune Faune qui joue de la flute.
Dans la Sale qui suit du côté du Jardin
, sont deux Statuës ; la premiere d'un
jeune Bacchus , couronné de Pampres de
Vigne , tenant de la main droite une
grappe de Raisin et de l'autre une Coupc.
La seconde est la Statuë de Marsyas ,
attaché par les deux bras et par une
jambe à un grand tronc de Chêne ; il
tient de la main droite une flute cham-`
pêtre , prêt à subir la punition de sa témerité
, pour avoir voulu disputer de
l'harmonie avec la Lyre d'Apollon.
Dans la Cheminée, sont quatre grands
Dilj Chc898
MERCURE DE FRANCE
Chenets de Bronze antiques , très - rares
et très - singuliers , ornez de Sculpture et
de figures en relief.
A l'opposite , on voit une Figure de
Venus , de Bronze , nuë , et assise sur un
tronc d'arbre , accompagnée d'un petit
Cupidon.
Dans la premiere Sale de l'Appartement
d'en haut , on voit sur une Table la Fi
gure d'une jeune fille , à demi couchée
et appuyée sur sa main gauche , de l'autre
main elle paroît jouer aux Osselets ;
on croit qu'elle représente la Déesse du
Sort.
Dans la premiere Antichambre , il y
a sur une Table une Tête de Vitellius ,
de Marbre blanc , et sur l'autre un Buste
d'Antinous , de Bronze.
Plusieurs autres Monumens qui comprennent
ces Bustes , les Têtes , les Urnes
, les Bas- Reliefs , les Inscriptions ,
sont détaillez dans la Description Historique
qui en a été faite.
EN
AVRIL. 1735 89%
ENVOT d'une Fleur à M....
jour de sa Fête.
Q Uoi ! penses - tu , charmante Fleur ,
Parer le sein d'une Climene ?
Je ne connois plus de langueur ,
Et je suis à l'abri d'une amoureuse chaîne.
Pars, vole promptement dans la main de Damis
C'est le meilleur de mes amis ;
Qu'en te prenant il te caresse ,
Qu'en te voyant il reconnoisse
Que je te cueillis , belle Fleur ,"
Dans le Parterre de mon coeur.
Mais si par quelque catastrophe
Il avoit oublié mon nom.
Dis-lui que c'est un Philosophe
Habitant du sacré Vallon ,
Moins
Qui , quelquefois prenant sa Lyre ;
pour chanter que pour s'instruire ,
S'amuse à composer des Vers ,
Homicides de l'Univers.
C'est pour cela que le Parnasse
Est hérissé pour lui de frimats et de glace ;
Et que dès qu'il y fait un pas ,
Voilà le pauvre Here à bas.
In vain reclame- t'il le secours des neuf Foles
Sce
898 MERCURE DE FRANCE
Ses gémissemens sont frivoles ,
On ne l'écoute pas , et son unique appuy
Est dans le bras de Botentuy . *
A ces traits , mon Damis ne peut me mécor
noître ;
Je pense qu'il dira peut- être ,
Ces Vers sont les Enfans d'un timide Gascon ;
Timide ( dites-vous ? ) où diable en trouve-t'on
Puis tu prendras un air honnête ,
Tu souriras en inclinant la tête
Et lui montrant un visage serain ,
Tu lui débiteras ce sincere Quatrain.
Recevès , cher Damis , ce gage de tendresse ,'
Ou si ce dernier mot vous blesse ,
Daignès recevoir par pitié
Ce fragment de mon amitié.
* Fameux Chirurgien de Paris pour les fractu
res et dislocations .
LETTRE d'un Solitaire à M.D.L.R.
au sujet des nouveaux Livres sur les anciennes
Representations Théatrales.
J
E vois , Monsieur , dans ma solitude
& vos Journaux & les autres
Ouvrages périodiques , mais rarement les
Livres qu'on annonce y parviennent ils
dans
AVRIL. 1735 699
dans leur nouveauté ; la cherté du prix
Lorsqu'ils commencent à paroître peut
être la cause de ce retardement; quoiqu'il
en soit , j'ai passé d'agreables quartsd'heures
dans mon désert à lire l'Extrait
d'un livre intitulé : Histoire du Théatre
François , depuis son origine jusqu'à présent.
Quelques uns des Journalistes renvoyent
les Lecteurs à cette occasion à un
autre Livre publié en 1733 , sous le titre
de Bibliotheque du Théatre , qu'ils disent
n'être qu'une ébauche de l'Histoire du
Théatre François . Je vous avoue que n'ayant
ni l'un ni l'autre de ces deux livres,
j'ai de la peine à concevoir que la Bibliotheque
ne soit veritablement qu'une
ébauche, et que l'Histoire comprenne un
objet plus vaste . Par tous les Extraits que
jai lûs de l'Histoire , il me paroît que
les
Auteurs se bornent à ne nous entretenir
que des représentations qui ont été faites
& déclamées ou chantées en langage
François .
La Bibliotheque des Théatres est un
titre plus étendu , & qui semble devoit
comprendre autant les Scenes données
dans le temps de la basse latinité , que
celles dont le langage est François . Vous
me ferés plaisir , Monsieur , d'éclairer
mes doutes. Le dessein de la Bibliothe
D' V que
700 MERCURE DE FRANCE
que paroissant plus vaste , ne peut être
regardé comme une ébauche , qu'autant
l'Auteur n'a fait qu'effleurer la matiere
en parlant des différentes Représen
tations Théatrales de tous les siècles.
que
Vous aviez indiqué à ce Bibliothequaire
dans le Mercure de Decembre 1729 ,
un Livre manuscrit qui me paroit curieux
. Est - il possible qu'aucun de ces
Compilateurs des matiéres Théatrales
n'ait pris la peine d'aller consulter ce Livre.
Je veux , si vous me le permettés ,
ajoûter ici quelque chose à ce que vous
en avés publié. Je le ferai succinctement ,
parce que je n'ai pas eu le loisir de transcrire
le Livre en entier. Comme il est du
treiziéme sicle , il mérite certainement
quelque attention ; on y voit le genie
de ce temps - là , au moins le genie claustral
, car il ne s'y passoit rien que de
modeste & de sage ; mais on ne laissoit
pas de faire des dépenses pour des machines.
Vous avés donné la seconde Tragédie
'de S. Nicolas , qui est dans ce volume ;
voici ce que j'ai transcrit de la premiere,
sans avoir eu alors aucun dessein de le
publier. Cette Tragedie roule sur ce qui
est dit de ce Saint , qu'il jetta trois fois
de l'or par une fenêtre , pour marier les
filles d'un pauvre homme.
OR
AVRIL
1735. 701
On y lit en rubrique : Pater conqueritur
ad filias. Ce pere se nommoit Hilaire; &
voici comment il parle :
Cara mihi pignora filiæ ;
Opes patris inopis unice ,
Et solamen meæ miseriæ ,
Mihi mosto tandem consulite ;
Me miserum !
Un connoisseur en chant s'apperçoit
aisément que cela est noté du premier
ton en plain- chant. Le Pere continue :
Olim dives , et nunc pauperrimus
Luce fruor et nocte anxius ;
Et quam ferre non consuevimus
Paupertatem
graviter
ferimus.-
Me miserum
!>
Prima filia ad patrem : La premiere
fille portant la parole à son Pere :
Care pater , lugere desine ,
Nec nos lugens , lugendum promove ž
Et quod tibi valeo dicere ,
Consilium hoc à me recipe ;
Care pater.
Unum nobis restat auxilium
2
D vj
Per
702 MERCURE DE FRANCE
Per dedecus et per opprobrium ,
Ut nostrorum species corporum
Nobis victum lueretur publicum
Care pater.
Ily a encore un Quatrain de ce genre,
ensuite :
Projecto auro pater Hilarius ad filias ::
Jamjam mecum gaudere filiæ ,
Paupertatis elapso tempore ;
Ecce enim in auri pondete
Quod sufficit nostræ miseriæ.
Me beatum !.
Filia stantes ; dicant :
Gratiarum ergo præconia
Offeramus et laudum munera
Uni Deo , cui in sæcula
Laus et honor , virtus et gloria ,
Care pater.
Il y a ensuite de semblables Quatrains ,
intitulez : Gener ad patrem , Filia ad patrem
: Fater ad generum. La seconde. fille
se mêle aussi de consoler son cher pere.
A l'instant il tombe de l'or une seconde
fois par la fenêtre.
Le
AVRIL 1735. 709
Le second gendre paroît sur la Scene
fort à propos , et parle au Pere ; la se
conde fille se met de la partie : et le
Pere leur répond , finissant toujours ses
discours par dire qu'il est bien miséra
ble : Me miserum !
Ce Pere si affligé se plaint à sa troisiéme
fille ; elle ne tarde pas à lui dire
des paroles consolantes . Saint Nicolas
jette de l'or pour la troisième fois , & le
Pere changeant de ton , ne dit plus , me
miserum ; mais voyant des especcs , plein
un troisiéme sac , il se prosterne par
terre , & apostrophant l'inconnu
plein de charité , il lui chante ces mots ::
Siste gradum quisquis es , Domine ;
Siste precor , et quis sis exprime ,
Qui dedecus tollens infamiæ ,
Onus quoque levas inopia..
Me beatum !
>
si
Vous pouvés croire , Monsieur , quel
dialogue font ensuite les trois Filles et
les trois Gendres : La conclusion de la
Piece est ainsi ordonnée.
Totus chorus sic dicat : O Christi pietas ,
c. C'étoit ainsi qu'on finissoit par l'antienne
de Magnificat des secondes Vê
pres de Saint Nicolas cette Representa
tion
704 MERCURE DE FRANCE.
tion charmante. Voilà du chant dans les
Scenes et dans les Choeurs , mais je crois
ce chant bien different de celui des an
ciennes Tragédies Grecques , dont un
nouveau Journal nous a parlé. Car icy
ce n'étoit que du pur plainchant.
Vous avés la seconde Tragedie dans
le Mercure de Decembre 1729 , sond
volume , page 2981 .
Je n'ai rien transcrit de la troisiéme
qui est encore un trait de la vie de Saint
Nicolas ou de l'histoire de son culte. Il
s'y agit d'un Juif qui avoit de la dévotion
envers l'image de ce Saint. Il la
portoit toujours sur lui ; mais un jour
qu'il entreprit un voïage , il la laissa
dans sa maison , pour la défendre contre
les voleurs ; cela n'empêcha pas les voleurs
d'y entrer , et ils emporterent
même l'image qui faisoit la confiance du
Juif. Le Saint Evêque parut lui- même et
les obligea à la restituer , au sujet de quoi
le Juif ayant recouvré l'Image , entonne
un magnifique Gaudeamus , au bout du
quel succede de la part du Chorus , l'Introite
: Statuit ei Dominus . Tout cela du
même mode .
Je n'ai tiré de la quatrième Tragédie ,
que ce qui suit: Ad representandum quomode
S. Nicolaus Getron filium de manu
MarAVRIL
1735. 9054
Marmorini , Regis Agarenorum liberavit ,
paretur in competenti loco cum ministris suis
armatis , Rex Marmorinus in alta sede
qua-
'si in regno suo sedens . Paretur in alio loco
Excoranda Getronis civitas ; in ea Getrom
cum consolatricibus suis , uxor ejus Eufrosi
na et filius ejus. Sitque ab Orientali parte
sivitatis excoranda , Ecclesia S. Nicolai in
qua puer rapietur. Voilà quelques especesde
Machines , mais qui ne demandoient
pas une grande subtilité..
Les Ministres du Prince commencent
ainsi la Piece :
Salve , Princeps , salve , Rex optime .
Que sit tua voluntas anime
Servis tuis ne tardes dicere ,
Sumus qua vis parati facere..
Cette Piéce est de ce qu'on appelle le
sept en chant grégorien , et cependant
elle est couronnée par l'exclamation faite
par tout le Choeur d'une Antienne du
tiers.Tous Chorus : Copiosa caritatis, Nicolae
Pontifex, & c. Je ne sçai , au reste , si tous
ces quatre morceaux détachez n'étoient
pas des Actes differens de la même Trage
dic.On voit sensiblement que ces quatre
Représentations ne pouvoient gueres du
rer que l'espace de deux heures ; encore
c'est
For MERCURE DE FRANCE
c'est selon la durée du chant des Choeurs
car du Plainchant dure plus ou moins
suivant le mouvement qu'on lui donne .
pas
Si jamais on entreprend un recueil de
tout ce que nos Histoires marquent des
Juifs , on ne doit oublier le trait cydessus
rapporté. Il est certainement curieux
de voir un Juif dévot envers une
Statuë et encore la Statuë d'un Saint
des Chrétiens . Vous sçavés mieux que
mois'il est vrai que les Turcs ont de
Ia dévotion pour notre S Georges , qu'on
dit qu'ils appellent Chederles . C'est ce que
je lis dans le Dictionnaire de Bayle Meta
quand cela ne seroit pas , on voit bien
' où pouvoir venir la dévotion d'un Juf
envers le Saint Evêque de Myre . Les
vieux Légendaires de cinq et six cent ans
rapportent qu'un Chrétien fut puni de
Dieu , pour n'avoir pas tenu à un Juif la
promesse qu'il lui avoit faire par serment
sur S.Nicolas, de lui rendre la somme qu'il
tenoit de lui par emprunt ,, et d'avoir au
contraire affirmé devant le Juge qu'il
* Les Mahometans mettent S. Georges qu'ils appent
Gergis , au nombre des Prophetes , et le traitent
comme Elie , en lui donnant le surnom de
Kheherles , qui est celui du Prophete Elie ,
vant l'Auteur de la Bibliotheque Orientale , page
3.83
suiavoir
AVRIL. 1735 707
avoit remis au Juif une somme même
plus considérable que celle à laquelle le
prêt montoit , parce que dans le moment
qu'il fallut lever la main, il avoit
donné subtilement à garder à ce Juif son
bâton o sa canne , dans le creux de laquelle
étoit une quantité de pieces d'or
qui excedoit la somme contestée . Si ce
trait n'est pas bien veritable , il est certain
au moins que quelques Juifs convertis
y ont ajouté foy , à cause qu'on
leur assura que le parjure puni , avoit
été ensuite guéri par l'intercession de
S. Nicolas , et qu'il avoit satisfait la partie
lézée , qui étoit de leur nation .
La vie de S. Nicolas a été un fond si
abondant pour ceux qui vouloient anciennement
donner des Représentations ,
qu'on en voyoit , dit-on , dans quantité
de Professions . Je soupçonne que les
Clercs de Basoche qui choment les
jours de sa Fête , se distinguoient de ce
côté-là . Les Ecoliers ont toujours été fort
devots à Saint Nicolas , et souvent leurs
Maîtres étoient bien aises de leur devotion.
Un grave Champenois m'a assuré que
dans sa Capitale , ( je croi qu'il étoit de
Reims ) il est encore d'usage que les
Maîtres d'Ecole fassent habiller un de
leurs
708 MERCURE DE FRANCE
leurs jeunes enfans en Evêque , portant
une Chape et une Mitre de papier , et
qu'ils sont quelquefois assez hardis pour
produire ces jeunes gens ainsi habillez
jusques dans les Eglises. Il ajoutoit qu'il
y a aussi une Cathédrale en cette même
Province , où le jour de Saint Nicolas les
Enfans de Choeur sont tenus , en vertu
d'une fondation , de venir chanter un
Motet dans la Sale du Chapitre , en presence
de Messieurs assemblez. Tout cela
me paroît être un reste des anciennes Re
présentations de la vie de Saint Nicolas.
Vous en croirés ce qu'il vous plaira , jet
n'en suis pas moins sincerement , M. & c.
Ce 20 Mars 17350
XXXXXXXXXXXXXXX
LETTRE ET BOUQUET à Mlle de
Malcrais de la Vigne , le jour de sa
Fête , par M. Pesselier.
Q
Uelle étoit mon audace , ou plutôt me
folie !
Quand j'osai te chanter pour la premiere fois ,
Avant qu'une lettre polie
Est animé les sons dé ma timide voix ?
Aussi
AVRIL. 1735. 709
Aussi n'osant pour toi m'expliquer par moi
même ,
D'un plus illustre nom j'empruntai le secours-
Pour te faire goûter de vulgaires discours.
A quelque innocent stratagême
Il fallut bien avoir recours.
Je passai les rivages sombres ;
Et fus chercher parmi les Ombres ,
Un Auteur qu'on aime à vanter ;
Son sexe , ses talens me parurent répondre
Au fertile sujet que j'avois à traitter.
11 est vrai que sans rien retoucher , ni refondre
Comme un fidelle Echo ma Muse repeta
Tout ce qu'à ton honneur le Parnasse public .
Pour celebrer ta gloire en tous lieux établie.-
J'écrivis seulement ; Deshoulieres dicta .
Moins timide aujourd'hui je parois en personne
C'est un droit que ta lettre auprès de toi me
donne ;
J'en ai fait une utile emploi ;
Ton billet a rendu les Filles de Mémoire
Beaucoup moins cruelles pour moi ,.
Je veux consacrer à ta gloire ,
L'effet d'un passeport que j'ai reçû de toi
Le jour de ta fête s'approche ,.
Il a addressé une piece de vers à Mlle Malcrais
de la Vigne , intitulée l'Ombre de Madame des
Houlieres.
Je
710 MERCURE DE FRANCE
Je l'aurois peut - être ignoré ,
Sans l'agréable écrit dont tu m'as honoré ,
Et j'aurois à me faire un éternel reproche ,
Si ma veine rebelle à mon empressement ,
Gardant un silence peu sage ,
Je manquois de saisir le précieux moment
De te rendre un nouvel hommage.
Mais quel bouquet t'offrir des Vers ? c'est être
fou ;
Un semblable présent seroit - il en sa place ,
Pour qui sçait disposer des trésors du Parnasse
Ce seroit envoyer un lingot au Pérou
Ce scroit porter à Neptune ,
Le don ridicule et nouveau ,
De quelques goutes
d'eau
Des fleurs on n'en trouve pas une
Pendant cette froide saison ;
Et qu'and j'en aurois à foison
Je ne t'en donnerois aucune ,
En veux-tu sçavoir la raison ?
Ah ! prux-tu l'ignorer encore
On la lit dans tes Vers , elle est sur tes papiers
Offrirois- je les dous de Flore ,
A celle qu'Apollon couronne de lauriers ?
Je n'exprime ici , Mademoiselle , que
la moitié des sentimens que vos ouvra
ges m'ont inspirez . Quand on pense ausAVRIL.
1735. 71 €
si délicatement que vous faites , on entend
à demi mot. Plura intelligenti , pauca
dicenda sunt.
Le Seigneur Mercure dont la vigilance
égale la politesse , et qui suffit à tout par
sa merveilleuse attention à ne point faire
de mécontens , m'oublia , je ne sçais comment
, l'année derniere . Il differa si longtemps
le plaisir que me devoit causer votre
réponse à la piece que je vous avois
adressée , que je m'échappai tout bas en
murmures , contre vous et contre lui .
Comme je ne sçavois à qui m'en prendre ,
vous fûtes tous deux envelopez dans ma
plainte. Votre Madrigal qui parut , me
rendit ma joie en vous justifiant l'un et
l'autre , et je condamnai mes murmureş ,
sans faire procès à mon impatience.
Que ne pus-je hâter ces bienheureux instans ,
En lui donnant encore une autre paire d'aîles
Quand on attend de vos nouvelles ,
On attend toujours trop long- tems.
Mais à propos , le Mercure nous a annoncé
le Recueil de vos Ouvrages , par - là
le Public gagne en gros , ce qu'il perd en
détail. J'ai l'honneur d'être , &c.
REPONSE
12 MERCURE DE FRANCE
REPONSE à la Lettre du R. P. Emmanuel
de Viviers , inserée dans le Mercure
de Février 1735.
V
Ous prenés , mon R. P. le parti le
plus aisé , de ne point répondre aux
objections que je vous ai faites contre
votre Reforme du Calendrier Gregorien.
Elles en valoient pourtant bien la peine.
Trouverés vous bon que je vous les remette
en abregé sous les yeux.
La premiere est , qu'il y a une faute
dans votre définition de la Lune Pascale ;
c'est , dites- vous , celle dont le 14 jour
arrive après l'Equinoxe du Printemps . Je
vous ai dit que le 14 jour tombe quel
quefois au jour même de l'Equinoxe .
La seconde est , que vous mettés le jour
de Pâque au 14 jour de la Lune Pascale ,
quand le 14. n'est pas un Dimanche. Je
vous ai cité le Concile de Nicée , qui ordonne
que Pâques ne sera que le Dimanche
d'après le 14. de la Lunc ..
La troisiéme est , que vous faites un
mauvais reproche aux Astronomes réformateurs
, de n'avoir retranché que trois
jours à la Lune , au lieu, dites vous , qu'il
falloit
AVRIL. 8735. 713
falloit lui en retrancher quatre. Je vous
ai démontré qu'au lieu de trois ou de qua
tre , ils lui en ont retranché dix.
La quatrième est , que vous assurés ,
que depuis le Concile de Nicée jusqu'à
la réformation Gregorienne , l'Eglise a
toujours pris la conjonction de la Lune
au Soleil , pour le premier jour de la Lu
ne Pascale. Je vous ai prouvé au contraire
, que pendant ce tems là , on avoit toujours
suivi le nombre d'Or , qui par
succession de tems , ne marquoit plus la
nouvelle Lune en 1582. que le quatrième
jour après la conjonction .
La cinquiéme est , que vous proposés
à l'Eglise de reprendre aujourd hui l'usage
que vous imaginés , qu'elle suivoit avant
la Réformation , c'est - à - dire , que le premier
jour de la Lune Pascale soit le jour
même de la conjonction . Je vous ai ob
jecté , que ce n'est pas l'esprit de l'Eglise ,
et qu'elle préfere son calcul politique des
Epactes à l'astronomique , pour ne se pas
rencontrer avec les Juifs , ou les Quartodecimans.
La sixième est , que vous reprochés sans
fondement aux Epactes Gregoriennes
d'avancer quelquefois Pâques d'un mois
plutôt qu'il n'est ordonné par l'Eglise.
Je vous ai fait voir par ses propres regles,
que
14 MERCURE DE FRANCE
que cela n'est pas même possible.
Enfin je vous ai dit que votre Reforme
telle que vous l'imaginés , si elle étoit suivie
, tomberoit dans de grands défauts.
Que vous abolissés le nombre d'Or , dont
il est nécessaire de joindre le Cicle avec
celui des Epactes ; que vous ne retranchés
rien à la Lune dans les années centenaires
, où il faut lui ôter un jour pour en
tretenir l'équation avec le Soleil , par où
dans quelques siecles elle regagneroit ce
qu'on lui a fait perdre à la Réformation ;
dans le cours d'un Cicle lunaire vous
que
faites contre son institution rencontrer
deux fois la nouvelle Lune dans un même
jour ; et que vous feriés souvent Pâques ,
un mois plus tard qu'il n'est par les
Epactes Gregoriennes .
?
N'aprehendés- vous point , mon R. P.
en gardant un profond silence sur tout
cela , que
le Public ne pense naturellement
que vous passés condamnation Il
ne se contentera pas du ton victorieux
que vous prenés , sans autre secours que
celui des deux Lettres des R. P. vos confreres
de Rome , qui vous écrivent , l'un
que N. S. P. le Pape a loüé votre génie et
Votre aplication T'autre que Sa Sainteté
a dit qu'on avoit prévû les incidens
dont vous parlés , mais que pour de bon-
,
nes
AVRIL. 715 1735
nes raisons , on ne vouloit rien anger
au Calendrier.
pas avec
J'entens , sans que vous l'expliquiés ,
ce qu'on a prévû à Rome. C'est ce que je
vous ai observé moi - même dans ma Critique
, que les Epactes Gregoriennes à un
jour ou deux près , ne s'accordent
la nouvelle Lune Astronomique , ce qui
peut donner quelquefois Pâques huit
jours plus tard. Mais l'Eglise le sçait , et
elle a de bonnes raisons en effet , pour n'y
rien changer. Quant au reste , de ce que
vous avés imaginé dans votre Réforme
il est aisé de croire qu'on ne l'a ni prévû,
ni pu prévoir.
A l'égard de la louange dont- il paroît
que vous étes satisfait , si on la réduit à sa
juste valeur , ce n'est autre chose , que
laudo conatum : mais après cela on ne veut
point de votre Ouvrage. Nolim laudarier
sic me.
Vous finissés , mon R. P. votre Lettre
par une belle Sentence. Il faut, dites- vous
à mon sujet, mésurer ses forces avant que
d'entrer en lice , sur tout lors qu'on entreprend
de s'élever contre le jugement
public. J'en profiterai quand j'en aurai
l'occasion ; mais dans celle- ci la complaisance
des deux R. P. vos confreres n'est
Fas unjugement public ; et au fond , qui
E de
715 MERCURE DE FRANCE
1
de vous ou de moi n'a pas suivi votre belle
leçon ? Est- ce vous qui avés attaqué le Calendrier
Gregorien avec de mauvaises armes
, et sans succès ? Est ce moi qui aj
défendu cet Ouvrage si autentique et si
public , et qui l'ay mis en sureté ? Je laisse
au bon sens à en faire le discernement.
En voilà assés pour mettre fin à notre
dispute. Quintilius , au raport d'Horace ,
me fait une autre leçon que je suivrai
et je ne voudrois pas vous dire un mot
de plus pour empêcher : Quin sine ri
vali teque et tua solus amares. J'ai l'honneur
d'être , nos opinions à part , mon
R.P. Votre , & c.
A Paris , le 23. Mars 1735 ;
totett
ODE à l'imitation de l'Ode d'Horace ,
Vixi puellis nuper idoneus , &c. Par
M. L. de Toulborzo,
J E l'ai perdu ce tems heureux ;
Où le Sexe faisoit mes plaisirs et ma gloire ;
Après mainte et mainte victoire ,
Je vais de ma défaite importuner les Dieux,
Au Temple de Venus consacrons notre Lire;
Puisse-t'on y garder ce gage de ma foi ,
Avec
AVRIL: 1735 717
Avec la même clef qui jadis chés The mire ,
Dans la plus sombre nuit n'introduisoit que
moi !
Si tu m'en veux marquer quelque reconnois
sance ›
Déesse qu'on adore à Cypre et dans Memphis ,
Fais que de son indifference ,
L'orgueilleuse Chloé , reçoive enfin le prix ,
Et des feux de ton fils , comme moi consumée ,
Eprouve le tourment d'aimer sans être aimée.
LETTRE de M. *** Docteur en
Médecine , à M. *** sur le Maronier
d'Inde.
V
, Ous avés vû , Monsieur , le Maronier
d'Inde cultivé avec beaucoup
de soin ; par tout on l'a planté , et il a fair
pendant plusieurs années l'ornement des
jardins et des promenades ; bientôt on
s'en est dégouté , on l'a regardé comme
un arbre absolument inutile , on lui a
trouvé de grands défauts , et depuis quelque
tems nos Jardiniers ne travaillent
qu'à le détruire , ils n'en font plus de pépinieres
, et ils abbatent les Maroniers
qui sont déja grands. Les Botanistes n'ont
jamais désesperé de sçavoir l'usage du
E ij
Maronier
718 MERCURE DE FRANCE
Maronier d'Inde , et ils ont fait beaucoup
de recherches pour découvrir ses vertus.
Vous verrés par là, Monsieur , que les Botanistes
de notre siecle qui connoissent
un si grand nombre de plantes , ne né
gligent rien pour trouver quelque chose
d'utile à la santé et aux Arts , c'est à l'utile
où se sont toujours rapporté les travaux
et les veilles de ces Grands Hommes,
qui font l'ornement des Académies les
plus célebres cent Plantes nouvelles
dont les vertus sont ignorées , ne feront
jamais aux Botanistes plus d'honneur que
le Sycomore en a fait à l'illustre M. de
Jussieu ; il faut avoir une connoissance
bien éxacte et bien parfaite de toutes les
plantes, pour faire des découvertes importantes
en Botanique : le hazard n'apprend
rarement quelque chose , qu'à celui qui
par la Science.
est éclairé
M. Zanichelli , célebre Médecin de
Venise , vient de donner un Ouvrage ,
dans lequel on reconnoît le zele d'un
grand Médecin , et l'habileté d'un sçavant
Botaniste cet Ouvrage est une
Lettre en Italien , de 15. pages in 4° . sur
le Maronier d'Inde ; elle est adressée à
M. Pouledexa , Professeur de Botanique à
Padoüe . M. Zanichelli fait d'abord la description
du Maronier d'Inde, et de toutes
ses.
AVRIL. 1735. 719
ses parties. ( Il a fait graver une planche
où l'arbre , ses fleurs et son fruit sont trèsbien
réprésentez , ) et il donne ensuite les
observations qu'il a faites sur l'usage médecinal
du Maronier d'Inde ; ces observations
confirment celles de M. Bon , impri
mées dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences . M. Zanichelli sçavoit que l'écorce
du Maronier d'Inde , est aussi amere
que son fruit , qu'elle change peu à peu
de couleur après avoir été séparée du bois,
et qu'elle devient obscure comme le Kinakina
; il sçavoit aussi que le Maron
d'Inde pulverisé, et pris comme du tabac
est un bon sternutatoire ; enfin le Maron
d'Inde donné aux Chevaux poussifs les
soulage et les guerit : ces connoissances
engagerent notre Scavant Médecin à faire
des experiences pour s'assurer de la vertu
fébrifuge qu'il soupçonnoit au Maronier
d'Inde, il pulverisa de l'écorce deMaronier
d'Inde après l'avoir fait sécher , nonseulement
il en fit l'analise chimique
mais il éxamina encore l'effet du mélange
de cette poudre avec differentes substances
, il repeta toutes ces expériences avec
le même soin sur la poudre de Kinakina ,
le résultat fut absolument le même. Le
succès de cette découverte encouragea M.
Zanichelli à donner de cette poudre de
E iij Maro720
MERCURE DE FRANCE
Maronier d'Inde à des personnes attaquées
de la fiévre, il la fit prendre pour
la
premiere fois dans le mois de Juillet 1731 .
à une femme attaquée d'une fiévre tierce
fort violente , accompagnée pendant l'accès
d'un vomissement de bile , de douleur
de tête , d'accablement , et d'une soif ardente
. Il lui en donna sur la fin de l'accès
deux dragmes infusées dans quatre onces
d'eau de Chardon benit , et ordonna
qu'une heure après l'on fit prendre un
bouillon à la malade , la poudre purgea
legerement la malade. Deux autres prises
de la même poudre données , l'une le matin
, l'autre le soir du lendemain , gueri-`
rent la malade , il ne fallut point d'autre
remede. Pour éviter la récidive , M. Zanichelli
en fit prendre encore quelques matins
à cette femme.
M. Zanichelli fit éprouver sa poudre
dans quelques Hôpitaux de Venise , par
tout elle réussit également bien , et nonseulement
elle guerit les fiévres tierces et
doubles tierces , mais encore elle a chassé
des fievres atrabilaires et cardiaques , tant
fausses que vraies . Cette poudre melée avec
quelque antipleuretique , a aussi contribué
à la guérison de quelques pleuresies ,
accompagnées de fiévres qui n'étoient dans
leur signe que des doubles tierces .
On
AVRIL 1735 : 721
On peut voir par tout ces bons succès
que la Médecine peut tirer de grands
avantages du Maronier d'Inde ; mais il
faut que de pareils remedes ne soient employez
que par des Praticiens habiles ; le
meilleur remede dans la main d'un ignorant
peut devenir très - dangereux . Je
suis , & c .
Le mot de l'Enigme du mois de Mars
est Chemise. On a dû expliquer les Logogryghes
par Gimel , Lettre Hebraique ,
ou l'on trouve Miel Eime , &c. Par
Soldat , où est Sol et Dat. Par Fascine
où est Nice , Fas , et par Carabinier , où
l'on trouve Car , Ara Rabin , Bini
Nier.
>
J
ENIGM E.
NE' parmi les plaisirs , je vis dans les dou-
Ν leurs ,
De deuil toujours couvert , sombre , mélance
lique ,
Je passe mon tems dans les pleurs.
Quelqu'un à ce trait lunatique ,
3
Ya penser qu'un fatal destin ,
E iiij Me
722 MERCURE DE FRANCE
Me force de la Lune à suivre le caprice ,
Et qu'elle a sur mes jours un pouvoir souve
rain ?
J'enseigne les vertus , je fais craindre le vice.
Heureux , si je pouvois ôter du coeur humain
Une indigne foiblesse ,
Qui toujours me fait voir la fin
De mes jours et de sa sagesse,
Mon regne paroit long , et je donne des loix ,
Aux grands comme aux petits , aux sujets comme
aux Rois ;
Le riche cependant en rit et les méprise ;
Avec un passeport obtenu par surprise
Il me frustre de tous mes droits .
>
Ce n'est pas tout ; de mon Empire
Il est un vieux voisin à moi bien oposé ,
N'aimant qu'à manger , boire et rire ,
Yvre , étourdi , brutal , de débauche épuisé .
Je n'ai qu'un suscesseur sage , puissant , severe
Des vertus sur son fronr brille le caractere ,
Joyeux , grand et majestueux ,
Pour lui de mes sujets il réunit les voeux.
J'y joins les miens et suis sincere ,
Quoique par un funeste sort ,
Si-tôt qu'il voit le jour , il prononce ma mort .
Mais admirons l'effet de sa puissance ,
Qui n'ouvre qu'un tombeau pour se donner naissance
.
Restons en- là. J'ai toujours le malheur
D'être
AVRIL. 1735. 723
D'être trop -long , dit - on , mais prenés patience ;
C'est mon destin d'ennuyer, cher Lecteur ,
Vous m'avés bien des fois reproché ma longueur.
A Paris , par Ricard de Marseille.
HHHHHHHHHHHHHHHHHHXH
LOGOGRYPHE.
Mon nom , du nom d'un gros Seigneur ,
Tire son origine ,
Et , bien plus étendu que lui - même , Lecteur ,
La tige emporte la racine.
Sans parler du total dont il est composé ,
Il prétend contenter ta curiosité ;
De ce qu'il peut avoir , tu le verras prodigue ;
Tu trouveras en lui de la varieté ,
Jusqu'à procurer une Digue ,
A ton appetit déreglé ;
Par éxemple , as-tu faim ? d'abord il te présente
Un morceau de bon pain ;
Un ragoûtant Lapin
T'est dû comme une rente :
Si c'est ton inclination
De voir la ville de Lyon ,
Sans beaucoup de façon il te la fait paroître :
Veux-tu voir la ville de Laon ?
Veux-tu te recréer d'un Paon ?
Tout-à-l'instant cecy semble te naître.
E Y Veux-ta
724 MERCURE DE FRANCE
Veux-tu te marier ? il te donne Lia ;
Laver ton corps le Nil te servira ;
Te mettre à couvert de la pluye
A l'ombre du Soleil il t'offre un Pin :
Si de gros linge endosser il t'ennuie ,
Il te fait présent de beau Lin :
Il te donne de l'ail , pour piquer une éclanche
Four matiere du temps , le plan de Philisbourg *
Pour te faire le poil , un rasoir il t'emmanche ;
C'est assez dire en tâchant d'être court,
AUTR E.
Lecteur , mon nom est générique ;
Il s'étend dans l'Europe , enfin dans l'Amérique
Et pour ne point t'alambiquer l'esprit
Presque l'univers il régit.
Une huitiéme lettre acheve son essence :
Par chifre , autant de noms trouvent chez-mo
naissance.
3. 8. 1. 5. d'abord j'habille un Capucin ,
Un Cordelier , un Carme et un- Benedictin
3. et 4. je suis terme de répugnance :-
5. 1. 2. 3.8.7. je garde la finance,
5. 1. et 8. je suis instrument de chasseur ,
1. 2. 3. 8. et 7. trait d'un genereux coeur ,
3. 7. 8. d'un voleur les pieds et maius j'en≥
chaine ,
2. 1. 8. 5. et 7. je fais perdre l'haleine ,
A
AVRIL
1735 .
72 $
A qui se joue à moi. Te rends- tu , cher Lecreur
?
I. 2. 3. 4. 5. et 7. je suis au coeur,
ENtier
AUTRE
je traverse les Airs ,
Étant Ambassadeur céleste :
Partagés - moi ; pour lors je sers
Au Marchand ; au Prêtre le reste?
AUTR E.
LEcteur , de mon secret je te fais confidence ¿
Ma premiere moitié ne produit que du mal ;
Mon autre envoye à l'Hopital ,
Que suis - je donc
のか
Ville de France .
NOUVELLES LITTERAIRES
H
DES BEAUX ARTS, &C.
ISTOIRE NATURELLE DY
L'UNIVERS , dans laquelle on
raporte des raisons Physiques sur les ef
fers les plus curieux et les plus extraor
dinaires de la Nature , enrichie de figu
ses en Taille douce . Par M. Colonne ,
Gentilhomme Romain , en 4. Tomes
E vi in
726 MERCURE DE FRANCE
in 12. A Paris , chez André Cailleau ,
Quay des Augustins , 1734. Tome premier
, 404. pages.
TRAITE' de la Dévotion au S. Esprit ,
tiré des Livres Saints , par un Solitaire
de Sept-Fons. A Paris , ruë de la Harpe,
1735. in 12. de 46. pages.
MEMOIRES du Comte de Comminville.
A Paris , chez J. Fr. Josse , ruë S. Jacques
, 1735. in 12.
ANECDOTES GALANTES ET TRAGIQUES
de la Cour de Neron. A Paris , Quay
des Augustins , chez Rollin fils , in 12.
REFLEXIONS Militaires et Politiques ,
traduites de l'Espagnol de M. le Marquis
de Santa- Cruz de Marzenado. Chez le
même.. 2. vol. in 12. 1735.
MEDITATIONS Sur l'Epitre de S. Paul
aux Romains , avec le Texte Latin et
François , partagé par Versets pour Sujet
de chaque Méditation . A Paris , chez
Antonin des Hayes , et Etienne Savoye ,
à l'Esperance , et Henry , ruë S. Jacques,
1735. in 12. 2. volumes.
AMUSEMENS HISTORIQUES. A Paris ;
Quay
AVRIL. 1735.
727
Quay de Gêvres , Grande Sale du Palais ,
et Quay de Conty , chez Prault pere , le
Clerc , et Prault fils , 1735. 2. vol . in 12.
d'environ 700. pages.
L'Auteur dit dans un Avertissement
qui est à la tête de cet Ouvrage , en parlant
de M. Rollin , je me suis proposé
comme lui , d'être à la fois amusant et
instructif, sans me flater de pouvoir réüssir
; je me loüe cependant de l'avoir imité
, et j'espere que le Public me sçaura
du moins gré de me l'être proposé pour
guide ; c'est une preuve certaine que je
voulois le contenter.
ABREGE' DU MECANISME UNIVERSEL .
ou Discours et Questions Physiques , à
l'usage des Colleges où l'on fait publiquement
les Experiences de Physique , par
M. Morin , Prêtre , Professeur de Philosophie
au College Royal de Chartres ,
in 12. avec figures. A Chartres , chez
Jacques le Roux , rue des Changes.
LA LUSIADE DU CAMOENS , Poëme Héroïque
, sur la Découverte des Indes
Orientales , traduit du Portugais , par
M. du Perron de Castera. A Paris , chez
Huart , Briasson , Clousier , rue S. Jacques
, et David , Quay des Augustins ,
1735. in 12. 3. volumes .
728 MERCURE DE FRANCE
ABREGE' DE L'HISTOIRE SAINTE , avec
'des Preuves de la Religion , par Demandes
et par Réponses. Rue S. Jacques et
Quay des Augustins , chez la veuve Etien
ne , Facques Guerin et Briasson , $73.5 .
in 12. prix 24. sols broché.
VOYAGE MERVEILLEUX du Prince Fan
Feredin , dans la Romancie , contenant
plusieurs Observations Historiques , Geographiques
, Physiques , Critiques et Morales.
Chez P. G. le Mercier , ruë sains -
Jacques , 1739. in 12.
OUVRAGES POLITIQUES de M. l'Abbé
de S. Pierre , Tomes 6. 7. 8. et 9. A
Rotterdam , chez Daniel Beman, 1734. in Sv
ESSAIS sur quelques Odes d'Horace.
A Paris , chez Jean de Saint , vis - à - vis
le College de Beauvais , 1734. Brochure
de 76. pages .
OEUVRES DIVERSES de M. Rousseau
Nouvelle Edition , revûë , corrigée , et
considérablement augmentée par luimême.
Chez François Changuion , à
Amsterdam , 1734. in 12. 4. volumes .
LA VIE du R. P. Charles de Lorraine
de
AVRIL. 1735 729
de la Compagnie de Jesus , par la R. P.
de Laubrusse , de la même Compagnie.
A Nancy , chez la veuve de Jean - Baptiste
Cusson , Imprimeur - Libraire de
S. A. R. sur la Place , au Nom de Jesus.
1733. in 12. de 259. pages.
LA STATIQUE des Végétaux et l'Analy
se de l'Air : Experiences nouvelles , lûës
à la Société Royale de Londres , par
M. Hales , D.-D. et Membre de cette Société
. Ouvrage traduit de l'Anglois par
M..de Buffon , de l'Académie des Sciences
.Vol. in 4º . A Paris , Quay des Augustins,
chez de Bure l'aîné , à S. Paul . M. DCC
xxxv. pag. 408. avec des Figures.
Je continue , Monsieur , de vous rend
dre un compte sommaire des bons Ouvrages
qui paroissent icy. Tel est celui
dont vous venés de lire le titre : Ouvrage
d'un Physicien hardi , mais en même
temps sage , qui toujours guidé par l'Expérience
, fait de grands pas sans faire
aucune fausse démarche ; peu content
de voir sous toutes les faces les objets
qu'il veut examiner , il sçait les transpor
ter dans de nouveaux Elemens . Dans cette
situation il interroge la Nature et la
force à lui découvrir son secret ; ce sont
des résultats souvent bien singuliers , mais
qui
730 MERCURE DE FRANCE
qui cessent de le paroître par la singularité
plus grande , et sur tout par la verité
de la Methode qui les produit.
Ce Livre est divisé en sept Chapitres
outre un Appendice fort long que l'Auteur
a ajouté dans la seconde Edition. Le
premier Chapitre contient vingt Expériences
tres- curieusés , sur la quantité de
nourriture que les Arbres et les Plantes
tirent à proportion de leurs racines et de
leur surface ; aon -seulement cette quantité
est icy déterminée avec exactitude ;
mais l'auteur toujours le compas et la
balance à la main , nous apprend comment
et combien les Végétaux transpirent
; cette transpiration dont il démontre
l'existence et les proportions dans les
différentes especes , répand une grande
lumiere sur la Physique des Plantes ; c'est
par elle que l'on explique un nombre
infini de faits embarassans , par rapport
aux terrains et à l'exposition , qui conviennent
aux différentes Plantes ; c'est
par elle qu'on peuger de l'action du
Soleil , des Vents et des Saisons sur les
Végétaux , et même en reconncêtre les
effets avec toute la précision possible ;
enfin c'est elle qui doit nous fournir des
idées utiles pour la culture , la conservation
et la taille des Arbres de toute es-
реса
Après
AVRIL. 1735. 732
Après avoir montré sur un tres-grand
>
nombre d'Arbres et de Plantes la réalité
et la vraie mesure de leur transpiration ,
l'Auteur entre dans un plus grand détail
et nous apprend combien les branches , les
feuilles et les fruits transpirent; il accompagne
ces faits d'observations fines et interessantes
; il essaye , en passant , de
donner un gout artificiel aux fruits , et
il réussit à donner de l'odeur aux Arbres
et à leurs feüilles ; il cherche ensuite
la cause de la transpiration , ou plutôt la
puissance qui la fait naître , et il prouve
que cette cause ne réside point dans les
vaisseaux , même du tronc , ou des racines
, mais dans l'action du Soleil sur les
feuilles , et en general , sur la surface du
Végétal. A cette occasion il éclaircit un
point de Physique assés obscur et fait
voir que le mouvement de la sève ne cesse
point pendant l'hyver . Tout cela le
conduit à des Expériences ingénieuses
sur l'humidité et la chaleur de la terre ,
à differentes profondeurs et sur la
quan
tité de rosée bien differente , selon les différens
terrains ; ensorte que sur un terrain
humide il en tombe beaucoup plus
que sur un terrain sec , et trois fois plussur
l'eau , que sur la terre.
Le second Chapitre contient treize Experiences
32 MERCURE DE FRANCÉ
périences , sur la force que les Végétaux
exercent pour tirer leur nourriture di
sein de la terre et du milieu des airs . D'a
bord l'Auteut détermine la force des racines
, ensuite celle des branches , des
fruits , des feuilles et des graines , et enfin
par occasion celle des cendres et du
plomb rouge , contenus dans des tuyaux ;
et il fait voir qu'un Arbre est une machine
dont toutes les puissances sont
concertées pour pomper avec force la li
queur qui doit le nourrir et le faire
croître.
de
La force de succion qui réside dans les
racines , n'est presque jamais assez gran
pour pousser au dehors la séve qu'el-
Les ont pompée ; ce, endant la vigne dans
la saison des pleurs fait sortir cette séve
en abondance ; c'est le sujet des six Expériences
qui composent le troisiéme
Chapitre , elles sont extrémement curieuses
, et on ne peut manquer d'être
surpris d'aprendre qu'un petit cep de
vigne ait assez de force pour pousser sa
séve à plus de trente pieds de hauteur
dans un tuyau de verre qui y est ajusté ;
l'Auteur mesure de la même façon la
force du sang dans différens animaux , et
accompagne tout cela de remarques excellentes.
Un
A V R IL: 1735:
733
On a été long temps sans soupçonner
la circulation du sang , mais après cette
grande découverte , l'analogie a d'abord
fait croire celle de la séve , à peine restoit-
il quelques esprits plus sages qui
continuoient d'en douter ; notre Auteur
met ce point important bien près d'être
décidé , et l'on peut dire que s'il n'a pas
démontré la non circulation de la séve , il
en a dit asez pour faire douter extrêmement
de la circulation , ensorte qu'il
n'y a plus que l'inspection qui puisse
être plus claire et plus convaincante que
les raisons qu'il donne dans les sept Expériences
du Chapitre quatre , contre la
circulation de la séve.
Dans le cinquiéme Chapitre , qui ne
contient que deux Expériences , l'Auteur
fait voir que les Plantes respirent , et
comment elles respirent ; et de là il passe
au sixième Chapitre , sans contredit le
plus beau et le plus singulier de tout
l'Ouvrage. C'est une Analyse Chymique
et Statique de l'air. Je vais tâcher de vous
donner quelque idée de ces ingénieuses
recherches .
On savoir depuis M. Boyle que les Vé
gétaux contenoient de l'air dans leurs
substances , et que cet air s'en échapoiť
par la fermentation ; il étoit assez naturel
734 MERCURE DE FRANCE
·
rel d'ajouter à cette découverte et de penser
que les liqueurs et même les corps les
plus solides , contenoient aussi de l'air ,
et que ces liqueurs en fermentant , ou
ces corps en se divisant , le laissoient
échaper mais on n'avoit garde de
soupçonner que l'air pût exister dans
ces corps sous une autre forme que celle
d'un fluide élastique ; c'est icy la plus
brillante découverte de notre Auteur , il
fait voir avec la derniere évidence que
tous les corps , même les plus solides
contiennent de l'air , non seulement
dans leurs pores , mais dans l'intimité même
de leurs parties constitutives , ensor
te que cet air fait une portion de leur
substance ; dans plusieurs corps cette
portion est tres - considérable ; le Tartre ,
par exemple, et les Pierres qui se forment
dans la Vessie ne sont composez , pour
plus des deux tiers , que d'air solide s
l'Auteur aussi exact qu'ingénieux en mesure
la quantité avec la derniere précision
; mais pour entrer un peu dans le
détail de ses découvertes , suivons le
dans ses Expériences ; il décrit d'abord
le moïen qu'il a imaginé, pour mesurer la
quantité d'air que le feu ou la fermentation
peuvent faire sortir des corps , et
ensuite il donne le résultat de cinquante-
-
trois
AVRIL. 17350 735
trois Expériences , toutes sur différentes
matieres , dont il a tiré l'air par ces deux
moïens . Il examine les propriétez de cet
air factice , et lui trouve les mêmes qualitez
qu'à l'air ordinaire , comme la transparence
, l'élasticité , la compressibilité
en même proportion , & c. ensorte que
l'on ne peut douter que ce ne soit de veritable
air ; il cherche ensuite à décou
vrir les effets de la flamme et de la respiration
des animaux sur l'air,et il démontre
qu'elles le détruisent et l'absorbent
en grande quantité , et que de l'air bru
lé ou long - temps respiré , ou, encore imprégné
de vapeurs sulphureuses , diminuë
de quantité en changeant de nature
; c'est-à- dire, en se fixant et devenant
un corps dense ; à cette occasion l'Au
teur rapporte des Expériences tres-singulieres
sur la respiration , sur la capacité
et la surface des poumons , sur leur
force de dilatation , leur jeu et leur struc
ture , et enfin sur les moïens de purifier
lair infecté après quoi il donne ses
dées sur la nature du feu. Tout montre
le genie et l'esprit d'invention . Il brille
de même dans le Chapitre septième , et
dans un Appendice, lesquels contiennent
d'excellens morceaux , tous fondez sur
l'expérience qui guide par tout notre
sca
736 MERCURE DE FRANCE
sçavant Auteur. Je le quitte à regret
pour ne point trop grossir ma Lettre
dans laquelle je ne puis gueres donner
qu'un échantillon de ses découvertes .
Au reste il ne falloit pas moins qu'un
Académicien de la capacité de M. de
Buffon , pour manier dignement un tel
Ouvrage , et pour ne lui rien faire perdre
de sa clarté et de son mérite dans
une Traduction. Celle - cy est précédée
d'une Préface dans laquelle l'habile Ecrivain
s'exprime ainsi au sujet de son travail
: » Ma Traduction est litterale , sur
» tout celle des endroits où l'Auteur fait
le détail de ses Expériences. Je me suis
donné un peu plus de liberté dans
ceux qui sont moins importans ; mais
> en general je me suis attaché à bien
rendre le sens et à éclaircir ce qui m'a
» paru obscur. J'ai méme ajouté aux Figures
, pour mieux faire entendre quel-
» ques endroits interessans, qui ne m'ont
pas paru assez dévelopez dans l'ori-
» ginal .
Toute cette Préface merite d'être luë.
ESSAIS sur divers Sujets de Litterature
et de Morale , par M. l'Abbé Trublet,
deux Parties reliées en un volume . 262 .
pages pour la premiere Partie , et 188 .
pour
AVRIL. 1735. 737
pour la seconde. A Paris , chez Briasson,
ruë S. Jacques , à la Science , 1735. in 12,
L'Auteur de ce Livre est déja conņu dų
Public par quelques autres petits Ouvra
ges qui ont annoncé un Ecrivain élegant
et judicieux. Nous croyons faire
plaisir au Lecteur de lui donner une
idée un peu plus étendue de ces Essais ,
que celle qu'il en pourroit prendre sur
Le simple Titre C'est un Recueil de plusieurs
Ecrits indépendans les uns des autres
, ce qui fait une varieté agréable.
Voici les Titres de ces differens Morceaux
.
Sur la maniere d'écrire par pensées dé
tachées.
Cet Ecrit contient plusieurs Refléxions
generales sur ce genre d'écrire , et quelques
Refléxions particulieres sur Fouvrage
même auquel il sert comme de
Préface.
De la Conversation,
Du talent de parler et de celui d'écrire.
Des qualitez nécessaires pour la Societé.
De la Critique des Ouvrages d'Esprit.
Des effets de l'habitude de l'amour propre
et de la modestie.
De la simplicité et des differentes sortes
de modestie,
De la nécessité de suivre son talent.
De
738 MERCURE DE FRANCE
De la prévention.
De l'Orgueil et de ses effets.
De la Douceur.
Caractere et Apologie de Balzac.
Du Goût et du Talent.
Du Bonheur.
De la Lecture et de la Memoire.
De la Noblesse.
Reflexions sur le Goût , où l'on examins
la maxime qu'il faut écrire pour tout le
monde.
De ceux qui se loüent eux-mêmes.
Remarques sur quelques endroits de la
Preface des Oeuvres de M. Despreaux .
De la Politesse.
Du Naturel.
De l'Esprit.
De l'Incrédulité.
Voilà les Titres des principaux Ecri
qui composent ce Recueil , car nous en
avons omis quelques - uns p eger.
Ils sont assez propres à exci er la curiosité
du Lecteur , et il peut s'assurer qu'il
trouvera sur les matieres qu'il annonce
des pensées également fines e solides
, et par tout un stile pur et correct ,
délicat et sans affectation et concis , sans
obscurité : en voici la preuve dans quelques
endroits que nous allons transcrire
au hazard .
Sur
AVRIL: 1735 739
Sur la maniere d'écrire par pensées détachées
, page 17. nombre 10.
Je crains qu'il n'y air dans cet Ouvrage
quelques Endroits trop abstraits et
trop métaphisiques. Je n'annonce que
de la Litterature et de la Morale , et sur
cela le Lecteur ne se prépare pas , sans
doute , à beaucoup d'attention . Je l'avertis
néanmoins qu'il trouvera quelquefois
une assez longue suite de raisonnemens
, dont il seroit difficile de bien sentir
la liaison et la force , sans quelque
application .
Quand un Lecteur ordinaire n'entend
pas tout ce qu'il lit dans un Livre dont
le Sujet est fort relevé , il ne s'en prend
qu'à soi - même. Mais il ne s'imagine pas
qu'il puisse y avoir de sa faute , s'il a
de la peine à entendre des Refléxions
sur l'ence , sur la Poësie , sur les
Vertides Vices. Comme il a lû plusieurs
Ouvrages touchant ces matieres où
rien ne l'arrêtoit , il décide tout d'un
coup , que ceux qui ne lui paroissent pas
si clars , ne valent rien ; sans songer que
des Ouvrages qui roulent sur la même
matiere et qui portent le même titre , peu-
´vent être d'une nature très - differente ;
e l'obscurité prétendue de quelquesuns,
ne vient que de ce qu'ils sont plus
F pen
740 MERCURE DE FRANCE
pensez et plus profonds , et de ce qu'on
s'y est proposé des idées claires , plutôt
que d'exciter des sentimens confus.
On peut parler de la Philosophie en
Orateur ou en Poëte , et parler de la
Poësie ou de l'Eloquence en Philosophe.
On ne sçauroit guere aprofondir un
sujet , quel qu'il puisse être , chercher les
causes des effets les plus communs et démêler
les differences délicates qui sont
entre les choses , sans être un peu abstrait
; mais être abstrait et être obscur ,
c'est la même chose pour ceux qui sont
accoutumez à faire plus d'usage de leur
imagination que de leur esprit. Un Ouvrage
clair pour cette espece de Lecteurs ,
c'est celui qui les remuë vivement . Au
contraire un Lecteur Philosophe ne trouve
souvent que de l'obscurité et de la
confusion , où les esprits les plus bornez
croient voir l'évidence la plus lumineuse .
De la Conversation , page 24. nomb . 4 .
C'est un désagrément presque égal de
se trouver en conversation ou plu
tôt en compagnie avec de grands parleurs
, qui , à la verité , ont de l'esprit
mais qu'il faut toujours écouter ; ou avec
des sots , incapables de nous entendre et
de nous répondre à propos.
,
Pourvû qu'on soit entendu et goûté
on
AVRIL. 1735 741
on s'amuse plus en parlant qu'en écoutant.
Celui qui parle est toujours plus occupé
, plus agité que celui qui écoute.
La vanité assaisonne le plaisir de parler
; c'est tout ensemble un plaisir de l'esprit
et du coeur. Au contraire , le plaisir
d'écouter n'est guere qu'un plaisir de
l'esprit il ne flate point l'amour propre ,
il a même quelque chose d'humiliant.
La conversation ne nous plaît jamais
davantage qu'avec ceux qui ont un peu
moins d'esprit que nous .
De la critique des ouvrages d'esprit. nombre
1. page 75.
J'accompagnai une fois un jeune Auteur
qui alloit lire une de ses Pieces à un
autre Auteur fort célebre . Celui - cy me fit
sentir à merveilles , les défauts de l'Ou
vrage qu'on lui lisoit . J'admirai la justesse
de sa critique ; quelle sureté de goût !
disois-je en moi -même ; quelle finesse de
sentiment! quelle connoissance des regles!
il nous lût ensuite quelque chose de sa façon
. Au milieu des plus grandes beautés
, je fus surpris d'y trouver des défauts
assez considérables ; et l'évenement m'a
fait voir depuis , que je ne me trompois
pas. Ces Endroits dont j'étois blessé , lui
attirerent une rude critique , lorsque son
Ouvrage parut . Je pris la liberté de lui
Fij dire
742 MERCURE DE FRANCE
dire mon sentiment ; il me répondit avec
beaucoup de douceur et de politesse , mais
je ne pus jamais le faire convenir de rien .
Ce n'étoit point mauvaise foi ; je 'voyois
bien qu'il me parloit sincerement ; je ne
méritois pas ,à la verité, qu'il déferât beaucoup
à mon avis , mais le jugement du
Public , et les raisons des Critiques ne le
désabuserent pas dans la suite ; autant il
m'avoit paru penetrant et éclairé sur l'Ouvrage
de mon ami , autant il me parois,
soit aveugle sur le sien propre , et je sor
tis fort étonné de ce mélange de ténebres
et de lumieres , si bizarre en apparence.J'ai
vû depuis mille éxemples pareils , et ils
ne m'étonnent plus.
Page 86. nombre 6.La critique est aisée,
la critique est odieuse , et cela par la même
raison , parce qu'elle ne s'attache ordinairement
qu'à relever des deffauts. Si
dans les reflexions qu'on donne au Public
sur une Piece de Théatre qui a attiré ses
applaudissements , sur un livre qu'il a lû
avec plaisir , on étoit assez équitable pour
en remarquer les beautez , et assez habile
pour les faire bien sentir; si l'on se proposoit
d'éclairer les Auteurs et les Lecteurs
plutôt que de divertir les uns aux dépens
des autres;en un mot , si la critique étoit un
éxamen raisonné des Ouvrages , pour en
faire
AVRIL 17358 743
faire connoître également le bon et le
mauvais , ce genre d'écrire seroit digne
des plus honnêtes gens , et ne seroit pas
au dessous des meilleurs esprits.
Du Bonheur, page 168 , nombre 3 .
Si j'avois à trouver le plus heureux et
le plus malheureux homme du monde ,
je le chercherois dans un Cloître.
Page 191. nombre 23 .
Il faut fuir les plaisirs , crainte de s'y accoutumer.
Du plaisir naît le besoin du plaisir , et
d'un plus grand plaisir.
Une des plus grandes peines qui suivent
les plaisirs , c'est la passion même
des plaisirs.
Quand les plaisirs trop vifs n'auroient
d'autre suite fâcheuse que la langueur ei
Pennui où l'ame tombe lors qu'elle en
est privée, c'en seroit assez pour les éviter .
On ne s'ennuye jamais davantage qu'après
les plaisirs , et l'ennui qui les fait"
chercher , est presque toujours plus aisé
à supporter , que celui qui les suit.
Sur le Goût , page 258. nombre 7 .
Le vrai beau , le vrai bon , c'est ce qui
plaît à ceux qui ont beaucoup d'esprit et
de goût. Le degré de bonté d'un ouvrage
est la mesure de leur plaisir , comme la
mesure de leur plaisir est la preuve du de-
Fiij gré
744 MERCURE DE FRANCE
gré de bonté de l'ouvrage. Mais souvent
ce qui plaît beaucoup à ceux qui ont beaucoup
d'esprit et de goût , plaît moins ou
même ne plaît point du tout à ceux qui
en ont moins et il est bien naturel que
cela soit ainsi . Le bon goût en toutes matieres
, n'est point le goût du plus grand
nombre en general ; c'est le goût du plus
grand nombre de ceux qui ont les qualiles
connoissances , l'experience né-
و
cessaires pour bien juger de la chose dont
il s'agit ; c'est , si je puis m'exprimer de
la sorte , le goût le plus commun parmi
les personnes les moins communes.
Le Lecteur nous sçauroit gré,sans doute ,
de pousser plus loin l'Extrait de cet Ouvrage
; mais les bornes du nôtre ne nous
le permettent pas.
NOUVELLE CLAS SE DE MALADIES ,
qui dans un ordre semblable à celui des
Botanistes , comprennent les genres et les
especes de toutes les Maladies , avec leurs
signes et leurs indications , par S...
de L ... Docteur Médecin de Montpellier,
Correspondant de la Societé Royale des
Sciences. Vol. in 12 pp. 450. A Avignon ,
chez B. d'Avanville , Imprimeur , près
la Place Saint Didier , 1734 .
ME'MOIRES
AVRIL. 1935 74%
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
de la Grande Bretagne sous les regnes de
Guillaume III. de Marie, et d'Anne , traduits
de l'Anglois de Gilbert Burnet
Evêque de Salisbury . Tomes IV . V. et VI .
A la Haye , chez Jean Neaulme 1735 .
in quarto
.
HISTOIRE D'ANGLETERRE de
M. Rapin Thoyras , continuée jusqu'à l'avenement
de Georges I. à la Couronne.
Tome XI . contenant le regne de Guillaume
III. et de Marie , et les deux premieres
années du regne d'Anne. A la Haye , chez
Jean Van- Duren , et P. de Hondt , 17358
in quarto.
REFLEXIONS , sur l'introduction à
l'Histoire de l'Univers , par M. de Puffendorf.
A Amsterdam chez H. du
Sauzet , 1734. Brochure in 8 °.
,
EUVRES D'HORACE , en Latin et
en François, avec des Remarques Critiques
et Historiques, Par M.Dacier, cinquiéme
Edition revûë , corrigée d'un nombre
confiderable de fautes , et augmentée de
Notes Critiques , Historiques et Geographiques
, et des differentes Leçons de
Mrs Bentley et Cuningam , et du P. Sana-
Fiiij don:
746 MERCURE DE FRANCE
don. Quatre Tomes in 4° . Tome I. PP.
283. Tome II . pp . 415. Tome III . pp.
319. Tome IV. pp . 410. A Hambourg.
de l'Imprimerie d'A. Vandenhoeck. A
Londres 17:23.
و
LA THEORIE ET LA PRATIQU’Ž
de la Coupe des Pierres et des Bois
pour
la construction des voutes et autres
parties des Bâtimens civils et militaires
ou Traité de Stereotomie , à l'usage
de l'Architecture , par M. Frezier , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis
Ingenieur ordinaire du Roi , en Chef, à
Landau , auquel on joindra une Dissertation
Critique sur les- Ordres d'Architec
ture. A Strasbourg , chez Jean - Daniel
Dulsequer le Fils.
Cet Ouvrage qu'on propose par sous
cription , est actuellement sous presse.
Le premier Tome in 4° . paroitra vers la
fin de cette année , et les deux autres aussi
in 4°. ornés de 95. Planches bient gravées
, scront delivrez dans le cours de
l'année prochaine .
Le prix des souscriptions est de 24. liv.
dont le premier payement sera de 12. liv .
en souscrivant ; le second de 6 livres en
recevant le 1. Tome , et le troisiéme de
6. livres en recevant les deux derniers
#
Tomes.
AVRIL •
747 1735.
Tomes. Ceux qui n'auront pas souscrit ,
payeront 36. livres quand il sera achevé.
On recevra les souscriptions jusqu'au
mois de May de l'année courante , chez
Jacques Guerin l'ainé , Coignard fils , Glonsier
, Ganeau , Cavelier , Briasson , &c.
ruë S. Jacques,
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
ou Histoire Litteraire d'Allemagne , de la
Suisse , et des Pays du Nord , Tome 259.
26. ét 27 ° . Volume, année 1732. et 1733 .
MEMOIRE Sur la Vieet sur les Ouvrages:
de M. Léonard-Cristophle Sturm, mort Architecte
du Duc Louis Rodolphe de
Brunswick , par M. Hombert . Art. 4.
du 27. Tome.
Il naquit le 5: Novembre 1669. à Altorff
, Université dépendante de la Ville
de Nuremberg ; son Pere Jean- Christophle
Sturm , y étoit Professeur en Philosophie
et en Mathematiques , et du nom .
bre de ces sçavans de l'Europe , à qui le
Roy de France donnoit alors des pensions.
Leonard commença ses études en 1683. àª
Heilsbruun , Ville dans le Margraviat
d'Anspach
Son Cours d' Architecture imprimé à
Ausbourgen 16.Volumes, estun des plus
Fy completss
748 MERCURE DE FRANCE
complets que nous ayons ; il y traite avec
beaucoup d'éxactitude de la Simetrie ;
et pour en donner des regles évidentes ,
il propose le dessein du magnifique Temple
de Salomon , dont il donne de beaux
Plans, des Elevations et des Profils. Il a fait
imprimer une relation de ses voyages, où
Remarques d'Architecture faites en Allemagne
, en France , et aux Pays - Bas. Il
mourut le 16. Juin 1719. âgé de 49 ans ,
7. mois.
DISSERTATION sur une nouvelle
Classe de Testacées , qui a plusieurs cellules
ou cavitez , avec la Méthode de ranger
les Testacées par Classes et par genres.
On a ajouté un petit Mémoire sur
les BELEMNITES de Prusse , et un petit
Traité sur la Méthode de bien ranger
les Herissons de Mer, avec figures . I. vol.
A Dantzic 1732.
Cet Ouvrage écrit en Latin , est sorti
de la plume de M. Breyn , Membre de la
Societé Royale de Londres , et de quelques
autres Académies du Nord. On
en trouve un fort bon Extrait dans le
XXVI . Volume de cette Bibliotheque ; et
on revient encore à ce même Ouvrage
dans le Volume suivant , page 193. à
l'occasion de quelques Lettres Latines ,
publiées
AVRIL . 1735 .
749
publiées à Amsterdam la même année ,
1732. où il est parlé des Ouvrages imprimez
depuis peu par MM. Klein et
Breyn. Ces Lettres font un in 4 ° . de 15.
pages.
Les Nouvelles litteraires du Tome
XXVII , apprennent que le III. Vol.
des Mémoires de l'Académie de Petersbourg
est achevé d'imprimer , et qu'on
doit voir dans peu deux Cartes de l'Empire
de Russie, & c.
On a réimprimé à Strasbourg, les Aw
nales des Arsacides , Ouvrage Latin de
l'Abbé de Longuerue , avec des corrections
communiquées par l'Auteur, & c.
au
La Feuille du Pour et Contre continue
toujours et avec le succès qu'elle mérite.
On lit à la page 37 , du nombre 77 ,
sujet d'une vente de Tableaux faite à
Londres depuis peu . » Où sont les ama-
» teurs François de la Peinture , lorsqu'ils
» négligent de faire rentrer en France des
» Pieces que le malheur des temps nous a
»fait perdre , et qu'on a mille fois regrettez-
M. Cock vient de vendre à l'encan pour la
petite somme de 80 Guinées , le Tancrede
et l'Argant du Poussin , &c . L'Auteur de
cet Ouvrage auroit poussé ses réfléxions
et ses gemisse mens bien plus loin , s'il
F vi avoir
750 MERCURE DE FRANCE
avoit été informé qu'un Gentilhomme
Anglois vient d'acheter 13000 liv. pour
faire passer en Angleterre , deux des plus
beaux morceaux du même Poussin ; l'un
est le celebre Tableau du Frapement de
Roche ; peut-être la plus belle , la plus
riche et la plus heureuse composition qui
soit au monde ; qui a long - temps fait
l'admiration des plus fins connoisseurs
de Paris , chez M. de Vanolles , et chez
M. le Chevalier de la Valliere ; et l'au
tre est une Adoration des Rois.
Il a paru le mois dernier un Ouvrage
dans le goût de celui dont on vient de
parler. Il se débite en feuille toutes les
semaines , et chaque feuille contient une
Lettre, sous le titre d'Observations sur lès
Ecrits modernes . A Paris , chez Chaubert
à l'entrée du Quai des Augustins , du cô
tê du Pont S. Michel . 1735 .
La premiere feuille commence par des
Remarques critiques , sur une nouvelle
Edition du Temple du Gout , faite à Amsterdam.
Le second article ragarde le Discours
que le Duc de Villars prononça le jour
de sa Reception à l'Académie Françoise ,
et la réponse de l'Abbé Houtteville.
L'Auteur dit ensuite quelque chose de
l'Orai
AVRIL 1733 7516
l'Oraison Funebre du Maréchal Duc de
Villars , par l'Abbé Ségui ; suit l'histoire
de Portugal , par M. de la Clede , & c . -
l'article d'après regarde M. d'Auvigni
Auteur des Amusemens Historiques , lèquel
se défend contre l'Auteur du Pour
er Contre , &c. le reste de la feuille regarde
les Ouvrages connus jusqu'à present
, sous le nom de Mlle de Malcraisde
la Vigne , & c .
Au reste cet Ouvrage se fait lire avec.
plaisir , et il y a lieu de croire qu'il aura
un grand succès.
Dans la seconde feuille , après avoir
parlé du succès et du caractere de quelques
Comédies nouvelles , l'Auteur s'exprime
ainsi : Mais malgré les lumieres de
notre nation , je ne puis m'empêcher de dire
icy qu'il me paroît que le gout de la vraie
Comédie est un peu en danger de se perdre
Rarmi nous. Thalie , n'est plus Thalie , elle .
ne rit plus ; c'est une prude, grave et sérieuse
qui se contente d'être bel esprit , de
parler bien , d'avoir de la délicatesse et de
beaux sentimens et de débiter une loйable
morale ; souvent même démentant -son caractere
, elle s'attendrit et fait verser des larmes.
D'autrefois c'est une ennuyeuse Sophiste ,
une pointilleuse ridicule , une subtile raison--
neuse , une ingénieuse babillarde , dont le
langage
,
752 MERCURE DE FRANCE
•
Langage affecté et précieux est toujours celui
de l'Auteur, et jamais celui du personnages
source infaillible de dégout et d'ennui. Enfin
c'est assez souvent une Muse tortuë , sans
objet et sans conduite , qui cloche et s'égare
à chaque pas , qui prend en une demi-heure
toutes sortes de figures et de couleurs, qui s'entretient
avec des Phantômes , avec des Etres
moraux , et qui se repaît d'Epigrammes et
d'allusions satyriques . Nos grands génies
s'exercent dans le premier genre ; nos beaux
esprits pourvus de mauvais gout , dans le
second et les esprits médiocres dans le dernier,
qui est à leur portée. Cependant le genre
de Moliere et de Renard est abandonné ;
et si l'on excepte le Flateur , le Philosophe
marié , le Glorieux , et la Pupille , toutes
les Comedies en plusieurs Actes , qui depuis
quelque temps ont réussi , sont dans l'un des
trois genres que je viens de dire.
L'Histoire de M.de Turenne,attendue
avec impatience du public , paroîtra à la
fin de ce mois ; enrichie de plusieurs Pieces
originales , qu'on a recouvrées depuis
peu , et dont l'impression a retardé la
publication de cet Ouvrage. A Paris ,
chez la veuve Maziere , rue S. Jacques.
M- Hooker , a fait réimprimer depuis
peu à Londres , dans son Veecky Miscellanici
;
AVRIL. 1735° 753
cellanici , le Recueil de Poësies Latines ,
intitulé : Musa Rhetorices ; partagé en six
Livres. Imprimé depuis près de deux ans,
à Paris , chez Barbou , et composé des
Piéces dictées en Classe , par le Pere dela
Sante , Jésuite , Professeur de Rhétorique
au Collège de Louis LE GRAND
Elles paroissent dans l'Edition de Londres
sous le nom du Maître ; et à Paris ,
sous le nom des Disciples.
Le Mardy 19 Avril , l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles- Lettres , tint
son Assemblée publique. M. le Cardinal
de Polignac y présida . M. de Boze , Secretaire
perpetuel , déclara d'abord que la
Piéce composée parM.de *Nicolaï le fils,
Gentilhomme d'Arles , sur le sujet proposé
par l'Académie , dans l'Assemblée du
7 May 1734. avoit remporté le prix.
M. Morand ami et compatriote de M.de
Nicolaï, chargé de son pouvoir , s'avança
et eut l'honneur de recevoir des mains
de S. E. une tres belle Médaille d'or, de
la valeur de 400 liv. La Tête du Roy ,
couronnée de Laurier , avec la Légende
ordinaire : LUDOVICUS REX CHRISTIANIS-
* M. de Nicolaï , âgé seulement de 19 ans , est
d'Arles , fils et petit-fils du Gouverneur de cette
Ville.
SIMUS,
714 MERCURE DE FRANCE
SIMUS , paroît d'un côté sur cette Médail
Te, et sur le Revers on lit cette Inscription .
dans une Couronne de Laurier : PREMIUM
IN REGIA INSCRIPTIONUM ET HUMANIORUM
LITTERARUM ACADEMIA CONS--
TITUTUM . ANNO M DCC . XXXIII.
M. de la Nauze ouvrit la Séance par
une Dissertation sur le raport nécessai
re , que les Belles - Lettres et les Sciences .
ont entre Elles .
M. de Foncemagne lut ensuite pour
M. Lancelot , un Mémoire historique sur
la vie et sur les Ouvrages d'Arnoul de
Presle , sous le Regne de Charles V.
M. l'Abbé Gédoyn termina la Séance ' ,
en lisant pour M.Racine , un Discours sur
I'Imitation des Moeurs dans les Poëmes ,.
&c.
Un peu avant l'ouverture on avoit distribué
le Programme suivant.
PRIX
LITTERAIRE , fondě
dans l'Académie Royale des Inscriptions·
et Belles - Lettres..
E Sujet que l'Académie Royale des Inscrip
tions et Belles- Lettres , donne à traiter pour
le concours au Prix qu'elle distribuera l'année
. prochaine 1736 est de sçavoir QUELLE S
TOLENT LES LOIX COMMUNES AUX PEUPLES →
ОБ L-A GRICE , QUI FORMOIENT LE CORPS
HELL
AVRIL. 1735 755
HELLENIQUE ; L'ORIGINE , L'OBJET DE CES
MESMES LOIX , ET LES AVANTAGES QU'ELLES
PROCUROIENT !
Le Prix sera toujours une Médaille d'or de la
valeur de quatre cent livres.
être
Toutes personnes , de quelque pays et condi
tien qu'elles soient , excepté celles qul compo
sent ladite Académie , seront admises à concou
rir pour ce Prix , et leurs Ouvrages pourront
écrits en François ou en Latin , à leur choix . Il
faudra seulement les borner à une heure de les
ture au plus..
Les Auteurs mettront simplement une Devise
à leurs Ouvrages ; mais pour se faire connoître,
ils y joindront , dans un papier cacheté et écrit
de leur propre main , leurs nom , demeure et
qualitez , et ce papier ne sera ouvert qu'après
l'adjudication du Prix.
Les Pieces , affranchies de tous ports , seront
remises entre les mains du Secretaire de l'Acadé
mie avant le premier de Décembre 1735 .
On déclarera dans l'Assemblée publique d'à--
près Pâques , la Piece qui aura remporté le Prix,
et on y indiquera ensuite le Sujet que l'Acadé
mie aura déterminé pour le concours de l'année
suivante.
Il paroît une fort belle Estampe en large , gravéc
par le sieur E. Fessard , d'après un excellent
Tableau de M. de Troy , dans lequel cet habile:
Maître a exprimé d'une maniere fine et très- bien
entendue , un Sujet de la Fable que ces Vers
expliquent.
De la Déesse des Forêts ,
Pour tromper Calisto , Jupiter prend les Traits" ,
Jeunes
736 MERCURE DE FRANCE
Jeunes Beautez, l'Amour joint la ruse à ses armes
L'Amant , qui pour se rendre heureux,
Du voile d'amitié vous déguise ses feux ,
Doit vous causer le plus d'allarmes.
Il a paru en même-temps une autre Estampe
en hauteur , très piquante , gravée par M. C. N.
Cochin , d'après un Tableau très - ingenieux du
même Auteur. Ce sont deux charmantes Personnes
qui jouent au pied de Boeuf avec un aimable
Cavalier , dans un beau et riche Paysage . On lit
ces Vers au bas.
En vain je voudrois m'en défendre ,
Vous m'aprenés trop , jeune Iris ,
Qu'à ce jeu lorsqu'on croit vous prendre ,
On ne manque pas d'être pris.
A cause des habits et des modes , M. de Troy
a daté celle - ci de 1725. temps auquel le Tableau
a été fait. Nous osons à cette occasion prier les
Peintres et les Graveurs , au nom du Public et de
tous les Curieux , de mettre toujours l'année à
leurs Ouvrages. Cela fait plaisir et ne peut jamais
être blâmé. Au reste ces deux Estampes , qui ont
un très -grand débit , se trouvent chez l'Auteur ,
Place des Victoires , et chez le sieur Duchange ,
ruë S. Jacques.
Il vient de paroître deux nouvelles Estampes
d'après deux excellens Tableaux de M. Boucher,
de l'Académie Royale de Peinture. La premiere
est en large , de médiocre grandeur , gravée par
le sieur Michel Aubert , d'après le Tableau original
,
AVRI L. 1735. 737
ginal , Cabinet du Chevalier de la Roque , et
représente Vénus endormie , un petit Amour auprès
; on lit ces Vers de M. Lépicier au bas.
Ne cessons de craindre une Belle ,
Son repos même a des appas.
L'Amourfait toujours sentinelle ,
Et ce Dieu ne sommeille pas.
Cette Estampe , qui a un grand débit , se vend
ruë de Richelieu , au Bain Royal , chez le sieur
Droüais , Peintre du Roy .
L'autre Estampe , intitulée la Belle Cuisiniere ;
et gravée d'après le Tableau original qu'un Seigneur
Anglois a emporté à Londres , représente
au vrai l'interieur d'une Cuisine , avec la Marmite
sur le feu , &c . un jeune homme assis , voulant
retenir la Cuisiniere , lui fait répandre des
ceufs qu'elles tient dans son Tablier. On lit au
bas ces Vers de M. Lépicier.
Vos oeufs s'échapent , Maturine,
Ce présage est mauvais pour vous ;
Ce Grivois dans votre Cuisine ,
Pourroit bien vous les casser tous .
Cette Estampe en hauteur , très- bien gravée
par le sieur P. Aveline , se vend avec un trèsgrand
succès , chez le même.
On trouve aussi chez le sieur Droüais , une
très-belle Estampe en hauteur , gravée par le sieur
J. B. le Bas , d'après un des meilleurs Tableaux
de feu M. Noël- Nicolas Coypel ; C'est une Charité
Romaine , d'une composition riche , simple
et
758 MERCURE DE FRANCE
et noble. On lit au bas ces Vers de M. de Lafont
de Saint Yonne.
Quel Spectacle touchant ! quel merveilleux Tableau
,
Chargé d'ans et de fers , Cimon presque au Tombeau
,
Trouve au sein de sa fille une nouvelle vie
Cimon , de quel bonheur ta misere est suivie !
Tu renais de ton sang , et ta fille à son tour ››
Est meré de celui qui lui donna le jour."
Il paroît depuis le commencement de ce mois
deux Estampes d'après Ph . Wauvermens , d'unc
admirable composition et fort bien gravées par
le sieur Beaumont , qui les débite chez lui , ruë
S: Jacques , chez Made Mombart , à la Ville
d'Anvers. Elles ont chacune 19. pouces et demi'
de large , sur 5 pouces de haut. Elles sont inti
tulées , Pune , Course de Bague Flamande , er
l'autre , Reste d'Armée décampée.
M. Cochin , Graveur du Roy , aussi modeste
qu'habile dans sa Profession,nous a témoigné et
par écrit et de vive voix , combien il est mortifié
des grands éloges qu'on lui a donnez , page
448. du troisiéme volume du Spectacle de la Na
ture. Eloges qui même ne conviennent point , ditil
, moins encore d'une maniere si outrée . Je suis
bien éloigné , poursuit- il avec la même simplicité
, d'avoir une idée si avantageuse de mon peis
de capacité , et si j'ai fait quelque chose de passa
ble, ce sont ses termes , je ne le dois qu'aux efforts
que j'ai faits en imitant , quoique de loin , les beaux
Tableaux et Desseins que j'ai gravez de differens
Maitress
AVRIL: 1735.
759
Maitres , je reconnois que mes Ouvrages leur sont
très inferieurs .
Voici ce que contient le Passage cité ci-dessus.
On a quelquefois vû le Burin enchérir sur le
Pinceau , M. le Brun doit une partie de sa gloire
à M.Gerard Audran , M. Cochin a mis des
graces
et de l'esprit où le Peintre n'avoit rien mis du
sien.
Ce qui n'est pas vrai exactement , ajoûte
M. Cochin , puisque la composition , le dessein
et l'intelligence , viennent absolument du mérite
des Tableaux et des Desseins , et niême la conduite
du tout , lorsque le Peintre est vivant et
qu'il fait graver ses Ouvrages. Ce n'est pas que
la gravure n'ait son intelligence et son génie particulier
, mais l'execution en est d'une grande
difficulté , parce que tout résiste , Cuivre et Bu
rins , ce qui fait qu'on ne fait pas tout ce que
Fon sent , et que l'on fait plus facilement avec le
Pinceau ou le Crayon. Ce n'est que par un long
travail et une grande aplication qu'on les surmonte
et que l'on arrive à un certain degré de
perfection.
Nous prions nos Lecteurs de rendre à M. Cochin
la justice qui lui est due et qu'il mérite bien.
Nous sommes persuadez que M. Audran , dont
on éleve ici le Burin au-dessus du Pinceau de
M. le Brun , penseroit , s'il étoit au monde ,
comme M. Cochin.
>
M. Baillicul , Géographe , demeurant à Paris ,
sur le Perron Royal de la Sainte Chapelle , donne
avis qu'il a mis au jour le Plan de la Bataille
de Guastalla , gagnée sur l'Armée de l'Empereur
le 19. Septembre 1734. par l'Armée des Alliez ,
commandée par le Roy de Sardaigne et les Ma
séchaux de Coigny et de Broglie,
760 MERCURE DE FRANCE
>
Rien ne peut mieux tenir sa place dans cet Article
des Beaux Arts , que les Ouvrages de sieur Lewet
, Anglois , Eleve de feu M. le Normand , natif
de Rouen , Inventeur de ces ingenieux Ouvrages
, lesquels consistent dans une espece de Tissu
de plumes qui ne sont ni cousues ni colées, mais
travaillées sur le Métier , ce qui fait une sorte de
Tapisserie , pas plus épaisse , aussi moëlieuse
qu'un Damas , et au moins également solide
pour la durée , avec cet avantage que la poussiere
ne s'y attache jamais et qu'elle conserve toujours
son éclat et ses couleurs vives et brillantes;
car on n'employe que des plumes naturelles
sans aucune teinture et l'on chosit les plus belles
et les plus convenables . Au reste il n'est pas aisé
de donner ici une idée bien juste de ces Ouvrages;
il faut les voir chez l'Ouvrier , rue Taranne ,
Fauxbourg S. Germain , chez M. Paris , Gentilhomme
Anglois . Nous avons vû deux Piecessorties
de ses mains depuis peu , qui nous ont
paru d'une grande beauté. La premiere est un
Vase de fleurs , avec une Bordure d'un gout exquis
sur un fond blanc , pour un Ecran. Le Duc
de Leeds , Anglois , vient de l'acheter. Il travaille
actuellement pour le même Seigneur , et dans le
même gout , à un Morceau où un Paon sera représenté
, sur le Dessein de M. Oudry , Peintre
du Roy.
L'autre Piece que nous avons vûë représente
un Arbre des Indes , aussi sur un fond blanc, et
dont la Bordure , les Fruits , les Terrasses , sont
admirables. Il en a fait sur des fonds noirs , avec
des Vases bleus et blancs , imitant les plus belles
Porcelaines du Japon .
Le sieur Levet donne ses Ouvrages à un prix
raisonnable , et plusieurs Seigneurs lui en ont
comAVRIL.
1735. 761
commandé , comme Tentures de Cabinet ou
d'Alcove , Paravents , Portieres , & c. qu'il achevera
pendant le séjour qu'il fera à Paris.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû à S. Côme ,
Expert pour la guérison desHermes ou Descentes,
demeurant au Cocq d'or , rue Dauphine à Paris,
traite ces sortes de maladies d'une façon particuliere
et sans que le Malade soit empêché de
vaquer à ses affaires ; il donne aussi son avis et
ses Remedes â ceux qui sont dans les Provinces,
soulage les Hernies les plus inveterées , rend
cette incommodité supportable et en empêche
les mauvaises suites.
Il a inventé de nouveaux Bandages pour
P'un et l'autre Sexe , d'une façon méchanique ,
toute singuliere et la plus propre pour retenir
les Parties et en faciliter la guérison sans embarras
ni incommodité , tant ils sont legers , minces
et aisez à porter.
Toutes personnes , sans avoir de Descentes ,
pendant qu'ils font des exercices violens , comme
de jouer à la Paulme , courir la poste , aller
à la Chasse , &c . auroient besoin de ces Bandages
pour se garantir de pareils accidens .
Ceux qui en auront besoin dans les Provinces ,
pourront envoyer leur mesure , et la prendront
précisément au - dessus de l'os Pubis ; s'ils ont
des Hernies ou Descentes , marquer de quel côté
, et s'ils en ont des deux côtez , indiquer celui
qui est le plus malade.
N. Il ne reçoit point de Lettres sans que le
port en soit payé,
CHAN
762 MERCURE DE FRANCE
CHANSON.
Lesparoles et la Musique sont de M.Morel.
PRintemps , par ton retour fais retentir les
Du doux chant des Oiseaux ; ranime leurs ra
mages.
Yous , Ruisseaux amoureux , qui baignés ces
Rivages ,
Mêlés votre murmure à leurs charmans Con
certs.
J
CHANSON
Contre les Querelleurs.
E veux dans une Chanson
Donner aussi ma leçon :
Suis- je bien à l'unissonè
Ma voix infidelle
Avec le véritable ton ,
Fut toujours en querelle.
Ne point se faire d'ami
C'est n'être sot qu'à demi:
Se vanger d'un Ennemi ,
Sottise nouvelle !
3
Mais
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
1 aprend leur trépas ,
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
G
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
AVRIL.
763 1735.
Mais l'on est sot bien accompli
Quand on cherche querelle.
Le courage moins brutal ,
Dans son feu toujours égal ,
N'eut jamais rien de fatal
Pour l'ami fidelle :
Un ami devient un Rival
Pour qui cherche querelle.
Chez les hommes de tous rangs ,
Caracteres differents ,
Ont allumé de tout temps
Guerre naturelle.
Il n'est que trop de differends ,
Sans qu'on cherche querelle.
Il faut souvent filer doux ,
Et maîtriser son courroux .
Quand on en veut seul à tous
Chacun vous apelle ;
C'est bien souvent chercher les coups
Que de chercher querelle.
Aussi ne voyons- nous pas
Regretter ces fier - à - brass
Si l'on aprend leur trépas ,
G La
764 MERCURE DE FRANCE
L'heureuse nouvelle !
C'est qu'on est de trop ici bas ,
Quand on cherche querelle.
Fussiez vous plus brave encor
Que le genereux Hector ,
Un Achille un peu plus fort
Vous en donne dans l'aile ;
Rarement on devient Nestor ,
Quand on cherche querelle.
Un peu de sincerité ;
O la belle qualité !
Complimenteur affecté
Est un sot modelle ;
Mais dire toujours vérité ,
Seroit chercher querelle .
Badiner , c'est un grand Art ,
N'aller pas rire au hazard ;
Rire d'un sot à l'écart ,
Oui , c'est bagatelle ;
Mais rire du tiers et du quart
Seroit chercher querelle .
S'il se trouvoit dans Paris
De ces jeunes étourdis ;
Yous
AVRIL.
765 1735.
Que contre nos_Ennemis
Ils portent leur zele ;
Alors il est plus que permis
D'aller chercher querelle.
Vous témoins de nos travaux ,
Profités de nos propos ;
Oubliés tous les défauts
De la Piece nouvelle
Et n'allés point mal à propos
Nous chercher de querelle.
Un Professeur de Seconde a fait les
Paroles de ce Vaudeville , qui fut chanté
le Mardi 11. Janvier 1735. à la fin de
la Comédie des Querelleurs , qu'on représenta
sur le petit Théatre du College
de Louis le Grand.
SPECTACLES.
Oici le Discours dont nous avons
parlé dans le dernier Journal , que
le sieur Fleury prononça entre les deux
Pieces de la clôture du Théatre François.
MESSIEURS ,
Lorsque nous vous faisons des remercimens
, c'est moins pour obéir à l'usage , que
pour satisfaire à une juste reconnoissance.
Gij Que
66 MERCURE DE FRANCE
Que ne puis - je vous l'exprimer aussi dignement
, qu'elle est vive ; mais en vous remerciant
de vos bontez , je sens combien dans
ce moment méme j'ai encore besoin de les
éprouver. Je sçais tout ce que je vous dois à
cet égard, heureux , si je peux bien-tôtjustifier
votre indulgence . Oni , MESSIEURS ,j'ose
l'esperer sur le désir ardent que j'ai de vous
plaire. En effet, il y a peu de talens que vous
n'ayez fait naître, ou que vous n'ayez dévelopé
. Envain un jeune Acteur chercheroit- il
à s'exercer d'abord sur un autre Théatre , ce
n'est que sous vos yeux que naissent les progrès
; l'expérience nous apprend qu'un Acteur
ne parvientjamais au bonheur de vous plaire,
que lorsque vous l'avés formé vous-mêmes.
?
Vos décisions ne sont pas de celles qui ,
stériles pour les talents , n'interressent que l'aour
propre ; soit que vous condamniez
soit que vous approuviez , tous vos jugemens
sont des leçonsi jusques dans vos applaudissemens
, il est facile de discerner ceux qui
sont des récompenses , et ceux qui ne sont
que de simples encouragemens . Les Auteurs
comme les Acteurs ont souvent besoin d'ob.
tenir les derniers pour s'exciter à mériter les
autres. Les talens ne s'élevent guere que par
dégrez. Il est rare de voir des coups d'essai
tels que la Tragedie de Didon , de ces Pieses
qui seroient capables de rehausser encore
La réputation la mieux établie. La
AVRIL· 1735. 767
Le Préjugé à la mode vous a moins sur
pris ; la Fausse Antipatie vous l'avoit déja
annoncé: ces ouvrages ont eu votre approbation.
Eh ! que ne devoit point attendre de
vous un Auteur , dont le goût sage et délicat,
fait du Théatre une Ecole de vertu ,
rien dérober au plaisir. Vous avez aussi applandi
à la Pupllle : ses situations vives et
pressées vous ont fait juger qu'il y a souvent
plus d'art à se renfermer en un Acte , que de
fécondité à les multiplier.
sans
Ces Ouvrages ont fait presque seuls cette
année le destin du Théatre , et c'est un des
plusgrands éloges qu'on puisse leur donner
les Pieces qui se succedent rapidement et en
grand nombre ne laissentguere de trace après
elles. Dans les Lettres comme dans les Etats ,
les Héros ne font pas la multitude.
Vos plaisirs , MESSIEURS , font l'unique
objet des soins des Auteurs et des Acteurs.
Venés. les instruire dans l'art de vous plaire
venés faire naître l'émulation , récompenser
les talens , encourager les efforts , corriger
les deffauts.
,
Quelque respect , quelque crainte même
que nous devions sentir devant vous , nous
voyons toujours avec plaisir , des Juges dont
la presencefréquente est l'approbation la plus
seure.
Giij La
768 MERCURE DE FRANCE
LE PRE JUGE A LA MODE , Comédie en
vers et en cinq Actes . Par M. Nivelle de
La Chaussée. A Paris , Quai des Augustins ,
chez le Breton , 1735 , in 12 , de 120 pages
, prix, 30 sols.
LA
'Approbation générale du Public ,
nous dispense de nous répandre en
Eloges sur cet Ouvrage ; un Extrait simple
et succint , suffira pour justifier les
applaudissemens réïterés, dont il a été accueilli
pendant plus de vingt Representations
, et qui continueroient encore , si
l'Auteur avoit voulu joüir plus longtemps
de sa gloire , en se conformant
aux Regles établies pour leur durée.
L'objet que M.de la Chaussée s'est proposé
, c'est de corriger un abus qui par le
progrès qu'il fait tous les jours, à la honte
du siecle , a mérité le nom de Préjugé
à la mode il ne pouvoit mieux en montrer
les funestes effets , qu'en prenant
pour le Héros de sa Piéce, un Personnage
aussi galant homme que d'Urval , dont la
vertu est telle que Damon , son ami, dont
les moeurs le rendent digne de ce nom ,
dit dans un endroit de la Piece , en parlant
de ce même d'Urval .
Si la mode empoisonne un naturel heureux ,
A quoi sert le bonheur d'être né vertueux a
L'action
AVRIL. 1734. 969
L'action Théatrale se passe au Château
de d'Urval. Damon ouvre la Scene avec
Constance,femme de son illustre ami. Il paroft
surpris qu'une femme si peu contente
de l'Hymen , ne laisse pas d'en prendre
la défense ; Constance lui répond qu'elle
n'a qu'à s'en loüer, et lui promet de ne rien
oublier , pour porter Sophie sa cousine
dont il est éperdument amoureux , à lui
donner la main , malgré la répugnance
qu'elle a pour le mariage , que le Préjugé
à la mode n'a que trop décrié dans
son esprit. Damon la quitte après l'avoir
remercié de ses bons offices , et dit à part.
Quelle Epouse peut rendre un Epoux plus heureux
?
Que d'Urval devroit bien y borner tous ses
voeux !
Constance établit son caractere et celui
de Damon , par ce court Monologue.
Faut-il que mon Epoux ne fasse aucun usage
Des Conseils d'un ami si fidelle et si sage ?
Me verrai-je toujours dans l'embarras cruel
D'affecter un bonheur qui n'a rien de réel ?
Oui , je dois m'imposer cette loy rigoureuse # :
Le devoir d'une Epouse est de paroître heureuse;
L'éclat ne serviroit encor qu'à me trahir ;
D'un ingrat qui m'est cher , je me ferois haïr ;
Giiij Da
770 MERCURE DE FRANCE
Du moins n'ajoutons pas ce supplice à ma peine;
Son inconstance est moins affreuse que sa haine,
Argant, Pere de Constance , vient tout
en colere se plaindre à sa fille d'un entretien
qu'il vient d'avoir avec Sophie , qui
ne veut pas se marier , parce qu'elle ne
croît pas qu'un mari puisse être constant ,
selon le préjugé établi . Il ajoute que
d'Urval la confirme dans son opinion
par l'indifférence qu'il a pour elle. Constance
lui répond qu'elle est tres - contente
de son sort, et qu'elle n'a nullement à se
plaindre de son mari ,
Sophie arrive et soutient en face à Constance
, qu'elle n'est pas heureuse , quoiqu'elle
ait assez de vertu pour vouloir le
paroître. Constance soutient toujours son
caractere de modération et de prudence,
ce qui oblige Sophie à dire avec beau
coup de vivacité :
Ma crainte cependant n'est pas moins légitime ,
Je veux bien pour Damon avoir un peu d'estime,
Plus que je n'en avouë , et que je ne m'en crois ;
Peut-être , si mon sexe , abusé tant de fois ,
Pouvoit esperer d'être heureux en mariage ,
Je choisirois Damon ... l'exemple me rend sage ,
Madame , j'ai des yeux et je vois assez clair ,
Je remarque aujourd'hui qu'il n'est plus du bon
air, D'aiAVRIL:
1735. 775
D'aimer une Compagne à qui l'on s'associe ;
Cet usage n'est plus que chez la Bougeoisie ;
Mais ailleurs on a fait de l'amour conjugal ,
Un parfait ridicule , un travers sans égal ,
Un Epoux aujourd'hui n'ose plus le paroître .
On lui reprocheroit tout ce qu'il voudroit être s
Il faut qu'il sacrifie au préjugé cruel ,
Les plaisirs d'un amour permis et mutuel ;
Envain il est épris d'une Epouse qui l'aime ,
La mode le subjugue en dépit de lui- même ;
Et le réduit ben-tôt à la nécessité ,
De passer de la honte à l'infidelité.
J
Argant ne pouvant faire consentir So
phie sa niece à épouser Damon , tout
aimé qu'il est , se retire en colere , et
dit qu'il va le remercier . Sophie fait connoître
ses tendres sentiments pour Damon
par cet à parié :
Damon n'osera s'en aller.
Après une Scene dans laquelle Cons
tance lui parle en faveur de Damon , à
qui elle a promis de prendre soin de ses
interêts , Florine , sa suivante , vient lui
annoncer avec transport qu'elle vient de
voir son habit de chasse , dont elle est encore
enchantée ; Constance ne sçait ce
qu'elle veut dire , n'ayant point comman
Gv de
772 MERCURE DE FRANCE
ம்
dé l'habillement , dont elle lui parle : elle ·
soupçonne que c'est un galanterie qu'on
lui fait , elle en est dans la derniere colere ;
d'Urval son Mari survient , et fait d'abord
connoître par un à parié , que ce
présent vient de lui même , et qu'il
est l'Amant secret de sa femme ; il voudroit
bien qu'elle le devinât,mais tous ses
soins ne peuvent l'y faire parvenir ; il lui
dit même en termes équivoques , qu'il
souhaite ardemment qu'elle aprofondisse
ce mistere, et qu'au reste il sera ravi qu'elle
se serve de cet habit , de cette caleche
et de ce double attelage qu'on lui a envoyés
; il s'en va très mortifié qu'elle n'ait
pas penetré son secret ; il est vrai qu'après
son départ elle en témoigne quelque
leger soupçon , dont on croit que l'Auteur
auroit bien se passer : ce 1. Acte
finit par une ferme resolution que Constance
forme , de ne point être témoin des
fêtes qui semblent n'être préparées que
pour elle , et qu'elle prend pour des outrages.
Le deuxième Acte a paru sans contredit
, le plus parfait de la Piece , d'Urval
le commence avec Damon. Ce fidelle
et vertueux Ami l'invite à aller
chez Constance , qui n'a point paru à la
chasse , et qu'on dit être indisposée ; d'Urval
AVRIL. 1735. 773
val bien loin de répondre à son empressement
, luimarque une indifference qui le
met dans uneespece de colere, et lui fait dires
Du sort de ton Epouse adouci la rigueur ,
L'esprit doit reparer les caprices du coeur ;
C'est trop d'y joindre encor un mépris manifeste
;
Souvent les procedez font excuser le reste.
Nous avons cru que le Lecteur nous
sçauroit bon gré de deux citations qu'on
va voir ici . La premiere est dans la bouche
de Damon la voici .
D'Urval,j'ai des deffauts et même des plus grands
Mais je n'ai pas celui d'être de ces Tirans ,
Qui font de leurs amis de malheureux esclaves ;
Leur pénible amitié n'est que fers et qu'entraves
Toûjours jaloux , et prêts à se formaliser ,
Il leur faut des sujets qu'ils puissent maîtriser
Mais la vraie amitié n'est point impérieuse ;
C'est une liaison Jibre et délicieuse ,
Dont le coeur et l'esprit , la raison et le temps
Ont ensemble formé les noeuds toujours charmants
,
Et sa chaîne , au besoin , plus souple et plus liant
Doit prêter de concert , sans qu'on la violente ;
Voilà ce qu'avec vous jus-qu'ici j'ai trouvé „
Et qu'avec-moi , je crois , vous avés éprouvé..
Gvj La
774 MERCURE DE FRANCE
La seconde citation sert de réponse à ce
témoignage d'amitié , et acheve d'engager
d'Urval à s'ouvrir à un si parfait ami .
Voici comme il s'exprime :
Eh bien , sois donc enfin le seul dépositaire
D'un secret dont je vais t'avouer le mistere ;
Que du fond de mon coeur il passe dans le tien ,
Qu'il y reste caché , comme il l'est dans le mien.
Mes inclinations , Ami , sont bien changées ;
Mes infidelités vont être bien vangées ;
J'aime ...... Helas ! que ce terme exprime foiblement
,
Un feu ...... qui n'est pourtant qu'un renouvellement
,
Qu'un retour de tendresse imprévuë , inouië ,
Mais qui va décider du reste de ma vie.
Damon , croyant que d'Urval va lui
faire confidence de quelque nouvel amour,
refuse d'être son complice, en devenant son
Confident; mais il est au comble de la joie ,
quand il apprend que l'objet de cet amour,
dont sa vertu s'effarouche, n'est autre que
Constance . Le reste de cette Scene n'est
que pour mieuxfaire voir la force du préjugé
que l'Auteur s'est proposé de combatre
, puisque d'Urval, tout changé qu'il
est dans le fond du coeur , n'a pas le courage
de faire paroître au dehors , ce qu'il
est
AVRIL. 1735. 775
est au dedans. Il n'ose aller chez Constance
, et ce n'est que parce que Damon
lui dit que par un plus long silence il
peut exposer les jours d'une femme si aimable
et sf tendrement aimée ,qu'il prend
enfin son parti , et qu'il lui répond :
Eh bien ! il faut se rendre , et lui sauver la vie ;
C'en est fait ; pour jamais ma honte est asservie ,'
Sois content ; mon coeur cede et se rend à l'Amour
Viens être le témoin d'un si tendre retour.
L'arrivée subite de Constance , le fait
presque rentrer dans sa premiere incertitude
; il la veut fuir ; il ne lui parle qu'à
mots couverts ; mais ce qui acheve de le
replonger dans le préjugé en question ,
c'est le ridicule que Clitandre et Damis ,
deux jeunes évaporez , viennent donner
en sa présence , à un de leurs amis communs
, qui s'est fait mocquer de tout le
monde , pour être redevenu amoureux de
sa femme , ils lui disent même qu'on a
déja joué et qu'on joue actuellement à
cette occasion unePiece qui a beaucoup de
succès , et qui a pour titre le Mari amoureux
de sa Femme. Comme Clitandre ,
Damis,et Argant lui -même paroissent surpris
d'une pareille avanture , Constance
a la noble fermeté de leur dire :
vous
776 MERCURE DE FRANCE
Vous vous étonnés fort à propos de rien ;
C'est un coeur égaré que le devoir ramene ,
Quel'Amour fait rentrer dans sa premiere chaîne,
Qui n'a jamais trouvé de vrais plaisirs ailleurs
Et qui veut être heureux en dépit des railleurs ;
Je crains que ma présence ici ne vous déplaise ;
Je vous laisse railler et médire à votre aise .
Les mauvais railleurs du nombre desquels
Argant même se trouve , ne laissent
pas d'aller leur train ; l'un deux a sur lui
la Piece dont on vient de parler ; on se
propose de la jouer ; on fait la distri–
bution des rôles ; d'Urval a même la complaisance
d'accepter celui du Mari amoureux
de sa Femme ; on va se préparer à l'éxécution
, et d'Urval qui reste seul sur la
Scene avec son fidelle Damon est si fort
ébranlé par ce dernier incident qu'il
prend le parti de s'éloigner de Constance ,
il charge son ami de retirer d'entre les
mains d'un Peintre qui demeure au voisinage
, un Portrait qu'il a fait faire de sa
femme , et qui lui servira , dit-il , à adoucir
les peines de l'absence.
2
On doit convenir que deux Actes aussi
beaux que ceux dont nous venons de faire
l'Extrait,n'avoient besoin que d'un troisiè
me de la même force pour faire une Piece
parfaite mais la plupart des Auteurs ,
croyent
AVRIL
A VRI . 1735. 777
croyent qu'une Piece en trois Actes les
dégraderoit
, ou du moins ne leur feroit
pas autant d'honneur qu'une en cinq
M. de la Chaussée avoit fait voir le contraire
dans sa Comedie de la Fausse Antipatie
, mais l'erreur generale n'a pas laissé
de l'entraîner; le succès du Préjugé à la mode
ne lui donne pas lieu de s'en repentir ;
mais il n'y a personne qui ne sente que sa
Piece auroit été encore meilleure en trois
Actes ; il est vrai que les Spectateurs y auroientperdu
du côté de l'interêt , et que l'Au
teur n'auroit peutêtre pas vû couler de précieuses
l'armes, qui ont infiniment contribué
au succès de sa Piece ; il voudra bien
nous pardonner cette petite digression :
Le troisiéme Acte , n'a pas été trouvé,
à beaucoup près , digne des précedens : en
voici l'action en peu de mots : Damon
fait entendre qu'il a empêché le départ :
precipité de son ami d'Urval ; il se flatte
même si affirmativement de le guerir du
fatal préjugé , que dans une Scene qu'il a
avec Sophie , il se contente de la faire consentirà
recevoir sa main , pourvû que d'Ur
val vienne à resipiscence ; elle y consent
d'autant plus volontiers, qu'elle croit cette
conversion impossible.
و
Clitandre et Damis viennent lui présenter
un rôle dans laPiece concertée entr
eux
778 MERCURE DE FRANCE
eux ; il le refuse absolument. D'Urval
qui arrive , accepte le sien par maniere
d'acquit ; il est tout-à fait déterminé à voir
Constance , et à l'assurer de son heureux
retour . Damon le laisse dans cette bonne
disposition : une mauvaise honte le retenant
encore , il prend le parti d'écrire à
Constance ; il appelle son valet de chambre;
il se fait apporter une table et du papier
dans le temps qu'il écrit , ce valet
de chambre à qui on a donné un rôle , le
lit tout haut : en voici quelques Vers que
d'Urval a le malheur d'entendre , pendant
qu'il écrit à Constance :
Ouy , Nerine , je suis à l'imbecille maître
Qui s'est accoquiné dans ce taudi champêtre
A la triste moitié dont il s'est empêtré ;
Son ridicule encor ici l'a sequestré ;
1
C'est un oison bridé , tapi dans sa retraite ,
Qui n'a plus que l'instinct que sa femme lui prête?
Comme cesVers injurieux s'emblent être
faits pour d'Urval , il en est picqué jusqu'au
vif; et ordonne à cet importun valet
d'aller lire son Rôle plus loin ; il acheve
sa Lettre pour Constance ; il en lit tout
haut ces deux Vers :
C'est trop entretenir vos mortelles douleurs ;
L'ingrat
AVRIL. 1735: 779
L'ingrat que vous pleurés ne fait plus vos malheurs
.
a
Il rappelle Henry , ce même valet , et
lui dit d'aller porter cette Lettre , à laquelle
il joint un richeEcrain
.Henry croit
que c'est pour
certaine Duchesse , dont
l'Auteur à fait parler fort à propos dans
cet Acte , pour préparer ce qui doit se
passer dans le suivant , et faire un grand
interêt ; mais d'Urval le désabuse ; il obéit
et revient un moment après , parce que son maître a oublié de mettre l'adresse ; d'Ur
val qui commençant
à se repentir d'avoir
envoyé cette Lettre à Constance , est ravi
de ce nouvel incident ; il se propose de mettre les diamans sur la toilette de sa
femme , et de supprimer
la Lettre. Nous ometons dans cet Acte une
Scene entre Clitandre et Damis , pour
abréger , et nous n'avertissons nos Lecteurs
de cette omission volontaire , que
pour leur faire voir que l'Auteur a préparé
l'avanture du Portrait dont nous devons
parler dans l'Acte suivant.
Constance commence ce quatriémeActe
avec Florine ; elle tient un paquet de Lettres
dans ses mains , et un écrain . Elle
commande à Florine d'aller chercher
d'Urval ; pendant que Florine va éxécuter
780 MERCURE DE FRANCE
ter ses ordres , elle fait connoître aux Spectateurs
que ce paquet de Lettres lui a été
donné par un inconnu , et qu'une indigne
Rivale les lui envoie pour se venger de
d'Urval qui la quitte pour une nouvelle
conquête , ou plutôt pour lui porter le
dernier coup mortel , en lui faisant voir
à quel point cet ingrat Epoux la méprise .
Florine étant revenue sans avoir trouvé
d'Urval ; Constance , par les conseils de
cette fidelle Suivante , quitte la résolution
où elle étoit , de lui montrer l'écrain qu'on
lui a envoyé , et qu'elle ne peut soupçonner
de venir de la main de d'Urval même.
Elle le remet entre les mains de Florine ,
pour le rendre à celui qui lui envoie des
présens si injurieux. FFlloorriinnee. , ne sçachant
sur qui fixer ses soupçons entre Damis
et Clitandre , qui lui font connoître
tour à tour l'amour qu'ils ont pour sa vertueuse
Maîtresse , est tentée de le garder
mais les voyant paroître tous deux , elle
dit :
Mais la Fortune ici les amene tous deux
Fort à propos ; fuyés , présens trop dangereux.
,
Clitandre et Damis , à qui Florine remet
l'écrain ne sçavent que penser de
cette avanture ; ils se soupçonnent l'un
l'autre de l'avoir envoyé , et par vanité
aucun
AVRIL. 1735: 781
aucun d'eux n'ose subir la honte d'avoir
été refusé. D'Urval qui survient pendant
leur contestation , apercevant son Ecrain
entre leurs mains , en est d'abord surpris
mais il fait connoître un moment après ce
qu'il en pense par cet à parte.
Constance aura pensé qu'il venoit de l'un d'eux.
On lui remet la pomme de discorde ,
qu'il dit ironiquement ne pouvoir être
mise en de plus sûres mains. Après une
longue contestation , qui fait dire à d'Urval
sur le même ton :
Eh ! mais , vous pouriez être
Bien plus honnêtes gens que vous ne vous croyés,
Damis dit à d'Urval en le frappant sur
l'épaule :
Si je l'avois donné , croi qu'on l'auroit gardé.
,
Pendant toute la Scene , ces deux éventés
ont eu la prudence de ne point faire
connoitre à d'Úrval d'où leur venoit cet
Ecrain qu'ils désavoüoient tous deux ;
mais enfin Damis poussé à bout entre
prend de prouver à Clitandre qu'il est aimé
de celle qui a renvoyé l'Ecrain ; il éxige
que d'Urval s'éloigne un peu , et
l'ayant placé dans une distance d'où il ne
puisse
782 MERCURE DE FRANCE
puisse voir la preuve qu'il veut donner de
son triomphe ; il montre à ce Rival , aussi
vain et aussi malhonnête-homme que lui,
le portrait de Constance , dont on a préparé
l'incident dans le troisiéme Acte ,
comme nous l'avons fait remarquer. Clitandre
ayant vû ce portrait fatal , s'écrie
en s'en allant :
Ah ! l'infidelle !
Damis se retire à son tour après avoir
dit à d'Urval :
D'Vrval , une autre fois pense un peu mieux de
moi.
On conçoit aisément quelle doit êtse
la situation de d'Urval après cetre funeste
découverte , il a entendu Damis dire à
Clitandre :
•
Est-ce là le portrait de celle en question !
De la Dame à l'Ecrain ?
Clitandre en est convenu , et la Dame
à l'Ecrain ne peut être que Constance ,
puis qu'il a mis lui-même ce fatal Ecrain
sur sa toilette, comme il la dit dans l'Acte
précedent. Agité de fureur , toute la vertu
de sa femme ne sçauroit l'empêcher de
la soupçonner d'infidelité ; ce qu'il vient
de voir l'emporte sur tout ce qu'il peut
avoir
AVRIL. 17358 783
voir vu pat le. passé ; il croit que sa vû
femme ne lui a paru vertueuse que pour
tendre un piege plus sûr à sa crédulité ;
Damon qui arrive , ne sçait que penser de
sa fureur , il a beau deffendre Constance ,
d'Urval ne veut rien entendre , et ordonne
qu'on la fasse venir ; Constance vient,
d'Urval lui prononce sa sentence mortelle ,
en ces termes :
Il faut nous séparer,pour ne nous voir jamais
Voyés où vous voulés vous fixer désormais ,
Jusqu'à ce que le Ciel , au gré de votre envie ,
Termine, mais trop tard, ma déplorable vie , &c.
Constance lui répond avec sa moderation
ordinaire , quoique penetrée de la plus
vive douleur :
Disposés de mon sort au gré de vos souhaits ;
Je n'éxamine rien , puisque je vous déplais ;
Daignés déterminer ma derniere demeure ;
Où faut-il que je vive , ou plutôt que je meure i
Une reponse si sage , passe aux yeux de
d'Urval , pour un nouveau piege qu'elle
lui tend ; il l'appelle perfide . Cette injure
saisit à tel point Constance , qu'elle s'évanouit
; Damon ramasse des Lettres qu'elle
a laissé tomber dans sa foiblesse ;; d'Urval
les lui arrache avec fureur. Damon va appeller
84 MERCURE DE FRANCE
peller du monde pour secourir Constance ;
elle revient de sa pamoison , et se jette aux
pieds de son Mari , pour le prier de ne
point lire ces écrits injurieux ; elle en devient
encore plus suspecte à ses yeux ;
Damon revient , suivi d'Argant , de Sophie
et de Florine. D'Urval remet les Lettres
que Constance à l'aissé tomber , entre
les mains d'Argant et de Sophie
comme une conviction de son infidelité.
Argant voyant qu'elles sont de la main
même de d'Urval , ne veut pas qu'on
passe outre , mais la vindicative Sophie ,
veut s'en donner le régal , et lit tout haut.
Que je suis offensé de toutes vos allarmes !
S'il est vrai qu'à mes yeux Constance ait eu des
charmes ,
Ils ont fait dans leur temps leur effet sur mon
coeur .
Vous allumés des feux qui ne peuvent s'éteindre ;
Une Epouse n'est point une Rivale à craindre ;
Puis-je vous préferer un semblable vainqueur ?
Madame , en verité , c'est trop d'être incredule
Et de me soupçonner d'un si grand ridicule,
Après la lecture de cette Lettre , Sophie
emmene Constance malgré elle ; d’Urval ,
resté seul avec son fidelle Damon , est
comblé de confusion , il s'emporte conttla
AVRIL. 1735 785
+
la perfide Maîtresse qui lui a joué un tour
si lâche:mais il n'en croit pas moins Constance
coupable du don de son Portrait à
Damis ; il cede pourtant aux sages conseils
de Damon qui lui promet de tout
mettre en usage pour approfondir le sujet
de son injuste jalousie.
Le dernier Acte ne nous arrêtera pas
long - temps; l'action principale est arrivée
au point de n'avoir besoin que d'un éclair
cissement pour être dénouée . Damon
s'est chargé de ce soin ; il apprend à d'Ur
val
Ďamis ayant été
que
par hazard chez
le Peintre qui faisoit le portrait de Cons
tance , l'avoit envoyé chercher par un de
ses domestiques , travesti , et couvert de
sa livrée ; et s'étoit vanté de l'avoir reçû
de Constance même , il lui remet entre les
mains ce fatal Portrait , qu'il s'est fait rendre
; Damis et Clitandre , lui dit- il , se
sont retirés ; il ne reste donc plus à ce Jaloux
détrompé , qu'à s'excuser envers
Constance ; il n'ose se présenter à ses yeux
de peur d'éprouver les premiers transports
d'un courroux si bien mérité; l'heu
reuse circonstance d'un bal annoncé dès
le commencement de la Piece , pourvoit
à cette petite difficulté ; d'Urval sous un
Domino , semblable à celui de Damon ;
passe pour Damon même ; Constance a
demandé
786 MERCURE DE FRANCE
demandé un entretien à ce dernier pour
lui ouvrir son coeur ; elle dit des choses
si touchantes au faux Damon , qu'il se jette
à ses pieds , et se fait reconnoître pour le
tendre d'Urval ; cette Scene a paru la plus
interessante de la Piece , et on ne l'a jamais
jouée , qu'elle n'ait été honorée des
larmes de toute l'assemblée. Damon est
heureux à son tour ; il fait souvenir Sophie
de leur convention ; Sophie lui répond
qu'elle ne l'a point oubliée , et comme
elle demande conseil à Constance , Argant
mettant leurs mains l'une dans l'autre
, finit la Piece par ces deux Vers :
Oüy; conseillés un coeur déja déterminé ;
Le conseil en est pris quand l'amour l'a donné.
Au reste , quoique cette Piece soit remplie
de beautés, la Critique n'y a pas voulu
perdre ses droits ; voici à quoi se réduisent
les principales observations ; la
Piece , a- t'on dit , est parfaitement bien
écrite , à quelques petites négligences
près , l'Auteur pense , et s'exprime également
bien; mais il n'est pas aussi
loüable du côté de l'invention ; il perd
son principal objet de vuë dès le troisié–
me Acte. Il s'agit moins dans la derniere
moitié du Prejugé à la mode , que du Jaloux
AVRIL. 1735 789
loux désabusé ; on trouve pourtant que
l'Auteur a prudemment fait de prendre
ce parti , et de n'être pas tout à- fait si
regulier , pour être plus interessant ; il se
seroit fait plus estimer , ajoutent quelques-
ns , mais il auroit cu un succès
moins clatant il ne sera pas bien difficile
à M. de la Chaussée de répondre à
toutes ces critiques en effet tout ce qui
paroit étranger à son principal objet , y
tient par quelque endroit , et il y revient
de temps en temps , pour faire voir qu'il
me l'a jamais perdu de vuë.
Le19 . de ce mois , les Comédiens Francois
firent l'ouverture de leur Théatre :
et avant laRepresentation de la premiere
Piece , le sieur Fleury qui avoit prononcé
le Discours de la clôture que nous avons
raporté plus haut , harangua le Public en
ces termes .
MESSIEURS , Nous comptions
ouvrir hier le Théatre par la Tragedie d'Inés,
mais la maladie subite de Mile Gaussin
nous a obligé de differer d'un jour pourpréparer
la Tragedie d'Electre , que nous allons
avoir l'honneur de vous donner.
>
Comme nous sommes uniquement occupe
du soin de vous amuser , un de nos principanx
devoirs , est de vous annoncer les amu-
H semens
788 MERCURE DE FRANCE
semens que nous vous destinons ; Plusieurs
Auteurs s'empressent de vous donner des nouveautés
.
Quelque perilleuse que soit la carriere dis
Théatre , le desir de vous plaire en dissimule
le danger , et quelquefois le fait surmonter.
Oseroit - on jamais paroître devant des fuges
aussi éclairez , et toujours en droit d'être severe
, si leurs bontez , si l'émulation , si les
succès passez , ne temperoient la crainte , en
Excitant le courage ?
Votre goût dicte les regles aux Auteurs 3
P'espoir de vos applaudissementsflate leur ambitions
le bonheur de les obtenir fait leur
gloire. Alors que les critiques s'élevent , les
victoires les plus disputées , sont les plus glo
rieuses pour les vainqueurs ; la critique instruit,
les applaudissements récompensent.
Rarement la mediocrité attire t'elle l'atten
tion ; on ne remarque guere les defauts dans
une Piece , que lorsque les beautez les font
apercevoir , et peu -être n'y a t'il que les bons
Quvrages qui puissent faire naître de bonnes
critiques , elles sont donc après les Eloges ,
se qu'ily a de plusflateur.
Nous allons remettre au Théatre deux
Pieces qui ontjoui plus qu'aucune de ces deux
genres de gloire ; la Tragedie d'Inés et celle
de Marianne.
Quoique ces Pieces ayent eu sur la Sane
un
AVRIL: 1735. 789
un regne si long qu'elles s'embloient en être ex
possession, nous ne comptons de lesy faire paroître
qu'autant de temps qu'il nous en faudra
pour vous préparer des nouveautez.
Nous aurions désiré pour varier vos plai
sirs , que les Auteurs eussent partagé leurs ta◄
lens entre le Tragique et le Comique , mais
la plupart les ont consacrés à la Tragedie.
Sans-doute
leurgout particulier les a déterminés
, ou qu'ils ont crû suivre le plus
general.
que
Il ne nous convient pas d'entrer dans le dé
tail au sujet des ouvrages nouveaux ; ce seroit
prevenir vos jugemens , et c'est de vous
seuls que depend leur sort.
Il semble , Messieurs , qu'apres avoir
·éprouvéjusqu'ici tant de bontez de votre part,
nous avons presque un droit d'habitude d'y
prétendre ; mais nous sentons que les bienfaits
ne doivent engager que ceux qui les
reçoivent. D'ailleurs ce n'est pas toujours une
voye sûre d'obtenir les graces , que de commencer
par les implorer ; Nous allons faire
tous nos efforts pour les mériter.
Cependant , si les besoins autorisoient les
suplications , j'oserois ici , Messieurs , reclamer
pour moi vatre indulgence , heureux si
vous daignés me l'accorder.
Ce Discours fut goûté , fort bien prononcé
, et très aplaudi.
Hij Сл
750 MERCURE DE FRANCE
On donna pour petite Piece le Moulin
de Favelle , de feu M. Dancourt , que le
Public revoit avec beaucoup de plaisir.
On donna le lendemain la Comédie de
Madame Fobin , ou la Devineresse, qui est
fort bien remise , et fort bien représentée,
La Dlle du Breuil y joue le principal role.
Le 23. on reprit la Tragédie de Didon ,
qu'on revoit avec autant de plaisir .ct
d'empressement que dans sa nouveauté.
Le 28. on remit au Théatre la Tragedie
d'Inés de Castro , de feu M. de la
Motte , qu'on n'avoit point reprise depuis
sa nouveauté,le grand succès qu'elle
eut alors, la faisoit demander avec ardeur,
et le Public qui l'afort aplaudie , paroît
charmé de la revoir. Le pathétique de ce
Poëme , et l'action Théatrale , produisent
toujours le même effet , qui est d'émou
voir excessivement , et d'attendrir les
Spectateurs. Le sieur Dufresne y joüe
toujours son Rôle de Don Pedre. Le sieur
Sarrazin y remplit très-bien celui du Roi,
que jouoit feu BARON , et ceux de la
Reine , d'Inés et de Constance , sont joüez
par les Demoiselles Balicour , Dufresne et
Gaussin .
Les mêmes Comédiens viennent de recevoir
unanimement uneTragédie nouvelle
sous le Titre d'Artaxerxes , de M. Deschamps
AVRIL. 1735 798
champs , Auteur de Caton , Tragédie qui
a paru avec succès sur le même Théatre.
On ne manquera pas d'en rendre compte
au Public .
On répette la Magie de l'Amour , pe
tite Comédie de M. Autreau , qu'on
donnera au premier jour.
Le 18. Avril , les Comédiens Italiens
représenterent pour l'ouverture de leur
Théatre , la Surprise de la Haine , et la
parodie d'Achille et Deidamie. Le sieur
Riccoboni fit un Compliment qui fur
très- bien reçû du Public .
Le 19. l'Académie Royale de Musique ,
fit l'ouverture de son Théatre par la reprise
d'Omphale. La Dlle Pelissier qui
n'avoit pas paru depuis plus d'une
année , et qu'on souhaitoit revoir ,
y joua le principal Rôle avec beaucoup
d'aplaudissemens. On donna le Jeudy
28 par extraordinaire , en faveur des
Acteurs , une Representation d'Iphigenie
en Tauride. La Dile Antier remplit le
principal Rôle avec beaucoup d'aplau
dissemens , la Dlle Pelissier joua celui
d Electre , et la Dlle Bourbonnois chanta
à la fin un Air Italien , qui fut très goutê.
On doit donner incessammentun Ballet
héroïque, intitulé les Graces,dont le Poëme
Hiij
est
792 MERCURE DE FRANCE
est de M. Roy, et la Musique de M. Mou
ret. On en parlera plus au long.
Le 2. Avril , l'Opera Comique fit la clôture de
son Théatre de la Foire S. Germain , par les trois
petites Pieces dont il a été parlé dans le dernier
Mercure. La Dlle le Grand fit un Compliment
Dialogué enVaudeville , avec deux autres Actents
de la Troupe , et fut fort aplaudie du Public.
La Troupe Hollandoise de Danseurs de Corde
qui a joué dans l'enceinte de la Foire , finit aussi
le même jour ses Exercices. Cette Troupe étoit
composée d'excellents sujets , et a attiré un concours
extraordinaire cette année.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE TURQUIE.
Elon les Lettres de Constantinople ; le G
Seigneur à formé un nouveau corps de Trou
pes , composé de quatre Bataillons , chacun de
750. homines. Tous les Soldats de ce Corps sont
armez de la même maniere que les Chrétiens
et les Officiers ont ordre de leur faire observer
la discipline qui est en usage parmi les Troupes.
des autres Princes de l'Europe .
O
D'AFRIQUE.
Na apris par Lisbonne , que la famine qui
regne en Barbarié depuis les guerres civiles
qui désolent ce Pays , oblige un grand nombre
de Maures de se rendre à la Ville de Marzagam ,
et de demander la permission de s'établir dans
les
AVRÍL . 1735. 793
Tes Pays de la domination du Roi de Portugal .
Don Bernard Pereira de Berredo , Gouver
neur et Capitaine General de Marzagam , ayant
apris par ces transfuges , que les Noirs avoient
déposé le Roy Abdalla , pour mettre Muley Aly
sur le Thrône , et que ces deux Princes se fai
soient la guerre , fit sortir il y a quelque - temps
un détachement de sa garnison pour sçavoir si
Abdalla ayoit retiré lesTroupes qui bloquoient la
Ville depuis dix - huit mois. Ce détachement rentra
sans avoir découvert aucun ennemi , et le
Gouverneur détacha so . Cavaliers commandez
par Don Mathieu Valente de Couto , qu'il fit
soutenir par quelques Troupes , avec ordre de
reconnoître les travaux que les Infideles avoient
fait autour de la Place . Don Mathieu Valente de
Couto , après avoir marché quelque- temps, arrià
un retranchement fait de terre et de chaux ,
élevé à la hauteur de huit pieds . Douze Maures
qui gardoient ce retranchement, ayant pris la fuit
va
l'aproche des Portugais , ces derniers y entrerent
, et ils y trouverent deux puits que les Enmemis
y avoient creusez , et quelques fours nouvellement
construits. Comme Don Mathieu Va-
·lente de Couto n'avoit point d'Infanterie, et qu'il
craignoit que les Maures qui s'étoient enfuis lorsqu'il
avoit paru , n'eussent averti quelque Corps
de leurs Troupes , par lequel il auroit pu être envelopé
, il ne fit point démolir ces ouvrages , et
il se retira.
,
L'Officier Maure , qui commande dans Azamor
pour le Roy Abdalla fut bientôt instruit
de la hardiesse qu'un si petit nombre de Portugais
avoit euë de penétrer dans les retranchemens
des Assiégeans , et jugeant que le Gouver
neur de Marzagam envoyeroit d'autres détache-
Hij ments
794 MERCURE
DE FRANCE
ments à la découverte , et qu'il seroit aisé d'ex
surprendre quelqu'un , il fit marcher 300. Cavaliers
qui se posterent en embuscade dans des
Lieux couverts , voisins de la Place.
Un détachement de Cavalerie en étant sorti
un matin , les Maures tuerent le cheval d'un
Cavalier que l'on avoit fait avancer pour voir
s'il n'apercevroit point d'ennemis , et ils le fi
rent prisonnier,
Au bruit du premier coup de feu , Don Bernard
Pereira de Berredo ordonna à Don Manuel
de Azevedo Coutinho , de marcher avec so.
hommes d'Infanterie , et &o. de Cavalerie ; er
les Portugais ayant reçu ce secours , attaquerent
les Ennemis qui furent mis en fuite. Les Infideles
ont cu dans cette occasion 60. Cavaliers
blessiz , et ils ont perdu 12. hommes , du nombre
desquels sont l'oncle et le frere du Commandant
d'Azamor. Du côté des Portugais , il n'y
a cu qu'un Soldat et deux Cavaliers blessez ..
L
DE POLOGNE.
et
Palatin du Lublin après divers · mouve
ments qu'il a fait faire à ses Troupes
qui avoient donné lieu de croire qu'il avoit dessein
ou de pénetrer en Saxe , ou d'entrer dans la
Prusse Polonoise , .s'est raproché des bords de la
riviere de Warte , et a campé près de Kriese
sur la fin du mois dernier..
Le Duc de SaxeWeseinfels étant arrivé à Mezeritz
avec quelquesTroupesSaxones, et ayant apris
que celles du Palatin de Lublin avoient abandonné
les environs de Carga , ce Prince les a suivies
, et il a attaqué leur arriere - garde à quelque
distance de Crossen avec le détachement de Cavalerie
qu'il avoit avec lui ; les Saxons ont perdu
caviron.
AVRIL.. 1733 795
Environ hommes dans cette occasion , et 300.
les Polonois ont fait cent prisonniers , du nombre
desquels sont trois Capitaines et huit Lieu
tenants.
Les Troupes Polonoises , avant que de s'éloi
gner de Carga , ont exigé de fortes contribu
tions , non-seulement des habitans de la Ville ,
mais encore de ceux de toutes les Villes voisines ,
et les Magistrats de Lissa , de Schiwegel et dè
Fraustadt , ont été obligsz , de leur fournir deg
sommes considerables .
Un détachement de ces Troupes emporta d'as
saut il y a quelque tems , la Ville de Polnisch
Gratz , dont les Habitans avoient refusé de lui
ouvrir les portes. Tous ceux qui y furent trouvez
les armes à la main , furent passez au fil de
l'épée , la Ville fut pillée , et le principal quartier
dans lequel une partie de la garnison s'ob
stina à se defendre , fut entierement brulé.
Le Castellan de Czersk , qui commande un
Corps de Troupes , fait des courses dans le Pala
tinat de Posnanie , et il ravage les terres des Seigneurs
et des Gentilshommes attachez aux inté“ .
rêts de l'Electeur de Saxe. Comme ce Prince :
aprehende que si les Generaux des Troupes Confederées
renoncent au dessein de passer en Sixe ,,
et s'ils prennent le parti de porter leurs principa
les forces dans la Prusse Polonoise , ils ne forment
quelque entreprise sur Dantzick , il a fait :
écrire aux Magistrats de n'en point diminuer la s
Garnison comme ils l'avoient resolu , ét même
de prendre des mesures pour l'augmenter s'il est
nécessaire , et ses Generaux ont menacé de peines
très rigoureuses, ceux qui fourniroient des vivres »
erdes fourages à l'armée Polonoise ."',
My Keiserling , Ministre Plenipotentiaise de
Lau
76 MERCURE DE FRANCE
la Czarine auprès de l'Electeur de Saxe , a envoyé
aussi ordre à M. Ikskull , qui doit sortir de
Dantzick avec les Troupes qu'il commande ,
aussi- tôt après que la somme qu'il doit recevoir,
Jui aura éré remise , de se tenir à portée de se
jetter dans Elbing , s'il aprend que les Polonois
se disposent à former le Siége de cette derniere
Place.
La Ville deMarienbourg n'étant pas en étatde
se defendre si elle est attaquée par les Troupes
du Roy , l'Administrateur et quelques autres Saxons
qui y demeuroient pour y veiller aux intérêts
du Prince leur Maître , se sont retirez à
Dantzik avec leurs principaux effets . Le Comte
Pocci , Régimentaire de Lithuanie , et le Palatin
de Witeps , se sont avancez avec les Troupes qui
sont sous leurs ordres , vers les frontieres du
Royaume de Prusse , et ils paroissent persister
dans la resolution d'aller joindre le Palatin de
Lublin.
La suspension d'armes dont le Comte Potocki
est convenu avec les Generaux de la Czarine er
ceux de l'Electeur de Saxe , et qui ne devoir durer
que jusqu'au 6. du mois dernier , a été prolongée
jusqu'au 16. du mois de Mai , et on a reçû
avis que les Starostes Stobarski , Noyworski ,
Strasnisk , et Zkargoski , et la plus grande partie
des Troupes qui étoient restées sous les ordres
de ce Palatin , n'ayant pas aprouvé cette prolon
gation , l'avoient abandonné pour se rendre au
Canip des Troupes Confederées .
Le Comte Potocki , depuis le départ de ces
Troupes , s'est déterminé à se soumettre à l'Electeur
de Saxe.
Depuis qne le Comte s'est soumis à l'Electeur
de Saxe , le Palatin de Velhinie , le Comte Sapieha
AVRIL . 1735. 797
ha , Grand Enseigne de Lituanie , et le Comte
Jablonowski , Staroste de Czerinshi , ont quitté
ce General avec les Troupes qui sont sous leurs
ordres , et ils ont joint le Comte Pocci à Kolinska
peès de Grodno.
Le Castellan de Czersk est allé dans la Grande
Pologne pour favoriser la marche des Troupes
des Starostes Stobarski , Noyworski , Strasnisk
et Zкargoski , qui n'ayant pas aprouvé la continuation
de la suspension d'armes dont le Comte
Potocki étoit convenu avec les Generaux de la
Czarine et ceux de l'Electeur de Saxe , s'étoient
separez de ce General quelques jours avant qu'il
'eut conclu son Traité avec ce Prince.
Un détachement des Troupes du Palatin de Lublin
a attaqué près de Fraustadt l'escorte de M.
de Wolffring , Lieutenant Colonel dans les Troupes
Saxones , qui portoit à Warsovie plusieurs
effets précieux , appartenans à l'Electeur et à l'Electrice
de Saxe : la plupart des Saxons dont cette
escorte étoit composée , ont été tuez ou faits prisoniers
, et les Polonois se sont emparez nonseulement
des effets dont M. de Wolffring étoit
chargé , mais encore de quelques voitures chargées
d'argent et de marchandises .
Le Duc de Saxe Wesseinfels ayant reçû avis
que le Palatin de Lublin avoit jugé à propos de
apeller auprès de lui les Troupes qu'il avoit laissées
dans les Villes de Carga , de Fraustadt , ce
de Lissa , il a mis des Garnisons dans ces trois
Places.
On a apris depuis , que pendant que les Tronpes
Saxones , commandées par le Duc de Sage
Wesseinfels faisoient divers mouvemens dans
Je dessein de tâcher de retablir la communication
Satre le Royaume de Pologne et la Silesie , celles
Hvj du
798 MERCURE DE FRANCE
du Palatin de Lublin , et du Castellan de Czers
lesquelles avoient été divisées en plusieurs Corps.
par ces Generaux , ont enlevé tous les grains ,
les fourages , et les bestiaux d'un grand nombre
de Villages apartenans à des Seigneurs attachez i
l'Electeur de Saxe , et qu'elles ont ravagé entierement
les terres de Rorrhof , de Laterne , et de
Buschave , dont M. Zichlinski , ci- devant Vice-
Chambellan de la Couronne , est Seigneur.
Ces Troupes s'étant ensuite rassemblées en un
seul Corps , ont marché vers Kalisch > et l'on
compte qu'elles passeront la riviere de Warte ,
sans que le Duc de Saxe Wesseinfels puisse s'y
oposer.
Les Partisans de l'Electeur de Saxe publient ,.
que le Major General Sibilski , après avoir fait
une marche forcée de sept lieuës en six heures de
temps , étoit arrivé à Wieruschow le 27. Mars
au matin , qu'ayant joint le même jour l'arriere
garde des Troupes commandées par le Palatin de
Lublin , il l'avoit attaquée , et que les Polonois
avoient perdu environ 100. hommes en cette occasion.
Le bruit court , que le Comte Potocki , Palatin
de Kiovie , qui commandoit ci - devant les
Troupes de la Couronne , et qui vient de se soumettre
à l'Electeur de Saxe , s'étant mis en chemin
pour aller à Warsovie , étoit tombé dangereusement
malade à Duckla . On assure que depuis
qu'il a quitté son Camp , presque toutes les
Troupes qui étoient restées sous ses ordres , ont
suivi l'éxemple de celles du Palatin de Volhinie ,,,
et qu'elles ont pris la route de la Grande Pologne
pour aller joindre le Palatin de Lublin.
Les derniers avis reçus , portent que le Palt
inde Lublin , après avoir rassemblé ses Troupes ›
СП
AVRIL. 1735. 7533
G
en un seul Corps , a passé la riviere de Warto ,
sans avoir trouvé aucun obstacle de la 'part des-
Troupes Saxones , et qu'ayant marché pendant
"plusieurs jours le long des Frontieres de la Silesie,
il s'est rendu à Tarnowitz , d'où il doit aller dans
les provinces de la Petite Pologne , voisine de la
Hongrie.
On assure que ce General , en faisant les di
vers mouvemens qui ont donné lieu de croire
qu'il avoit desein de penetrer en Saxe , n'a cupour
but que d'attirer du côté de laPrusse Polonoise la
plus grande patie des Troupes Moscovites et Saxones
, afin d'éxecuter plus facilement quelques ›
entreprises qu'il médite ,
La nouvelle du Combat donné prés de Wieruschow,
entre l'arriere- garde des Troupes Confede
rées , et le Corps de Troupes commandé par le
Major General Sibilski , a été confirmée , et on
a appris que les Saxons avoient perdu en cette :
occasion du moins autant de monde que les Polonois
, et que M. Starckouscki , Colonel d'uns
Régiment , étoit le seul Officier de distinction >
qui cut été tué de la part de ces derniers.
I'
ALLEMAGNE VIENNE. -
>
'Electeur de Cologne a fait déclarer à l'Emporeur
par son Ministre , qu'il envoyeroit incessamment
à l'Armée sur le Rhin , les Troupes
qu'il doit fournir comme Evêque de Munster
et de Paderbon, mais qu'à l'égard de celles qu'il
comptoit d'envoyer pour le contingent de son
Electorat , il étoit obligé d'en differer le depart ,
parce qu'il en avoit besoin dans la conjecture présente,
pour garder ses principales Places .
M. Dahlman , Ministre de l'Empereur à la
Ports
k
2
Foo MERCURE DE FRANCE
Forte , a écrit à S. M. I. qu'ayant pressé le Grand
Visir de s'expliquer plus précisement qu'il n'avoit
fait sur les raisons qui obligent le Grand
Seigneur à faire des préparatifs de Guerre en Bosnie,
et lui ayant representé que l'Empereur avoit
droit de penser que sa Hautesse n'avoit assemblé
un si grand nombre de Tartares sur les frontieres
de Moscovic , que pour l'empêcher d'être secouru
par la Czarine , ce Ministre lui avoit repondu
que l'Empereur se plaignoit avec peu de justice
des mouvemens des Tartares , pendant que les
Troupes de la Czarine son Alliée , étoient assemblées
dans les Provinces voisines des Etats de Sa
Hautesse ; que pour ce qui regarde les préparatifs.
-de guerre que le Grand Seigneur a ordonné de
faire en Bosnie , Sa Hautesse usoit du droit que
tous les Princes Souverains ont de prendre les mesures
qu'ils jugent les plus convenables au bien
de leurs peuples , sans être obligez de rendre
compre de leur conduite.
Les habitants des Villes de Hambourg , de
Brême , et de Lubec , à qui l'Empereur n'a pa
ôter la liberté d'entretenir leur commerce avec
la France et l'Espagne pendant la guerre , à cause
du tort qu'il auroit fait à l'Allemagne , en les
en privant , ont été forcez de faire à S. M. F. un
don gratuit de 400000 florins , en consideration
de cette liberté .
ITALIE.
Nécrit de Rome , que le 12. du mois passé,
Ole Duc de S. Aignan reçut avis que le Roy
de France avoit nommé le Comte Zaluski , à une
Abbaye considerable dans le Diocèse d'Autun.
On a apris de Sienne , que les Troupes Espagnoles
qui ont formé le Siége de Porto Hercole,
ayans
AVRIL. 1735 301
ayant fait toutes les dispositions nécessaires pour
l'attaque , avoient commencé le 23.Mars à battre
la Place , que le Marquis de la Mina étoit allé investir
avec un détachement d'Infanterie et de Cavalerie
, le Fort Monte - Philippo , et que quelques
Troupes qui étoient sur une Frégate que le Duc
de Montemar avoit envoyée pour bloquerOrbitello
du côté de la Mer s'étoient emparé de
la Tour et du Port de Saint Esteve.
S
NAPLES
"
ET SICILE.
Elon les Lettres.de Messine , le Roy que les
vents contraires avoient retenu pendant plusieurs
jours à Palmi , s'y embarqua le 9. de ce
mois à bord de la Felouque destirée à le transporter
dans cette Isle , et S. M. ayant fait le trajet
sous l'escorte des Galeres du Royaume de
Naples , arriva au Salvador des Grecs , quatre
heures après avoir mis à la voile.
Le lendemain , le Roy accompagné de la principale
Noblesse des Royaumes de Naples et de
Sicile , fit son entrée publique dans la Ville de
Messine S. M. qui étoit à cheval ; étoit suivie
d'un très grand nombre de personnes de toutes
sortes de conditions , qui étoient allées au devant
´d'elle , et toutes les rues où elle passa , étoient remplies
d'un concours extraordinaire de peuple
qui lui marquoient par leurs acclamations, la joie
qu'ils avoient de voir leur Souverain
Le Roy alla descendre à l'Eglise Cathedrale ,
et S. M. après y avoir assisté au Te Deum , se
rendit au Palais du Prince d'Alcontres , où elle
demeurera pendant le sejour qu'elle doit faire à
Messine,parce que le Palais Royal a été ruiné par
les Allemans,
802 MERCURE DE FRANCE
Il y a eu des feux et des illuminations dans
toutes les rues pendant quatre nuits consecutives,
et un soir le Roy , a fait à cheval le tour de la
Ville pour voir les réjouissances.
Le Prince de Lobkowitz ayant envoyé à Rome
deux Officiers de sa garnison , ainsi qu'il avoit
été reglé par la Capitulation dont il étoit convenu
avec le Marquis de Gracia- Real pour demander
au Cardinal Cienfuegos ; s'il pouvoit es
perer de recevoir quelques secours avant le 25 ..
Mars , et ce Cardinal lui ayant mandé qu'il n'en ·
devoit point attendre , les Troupes Imperiales
qui étoient dans la Citadelle , non - seulement en
abandonnerent le même jour tous les ouvrages
exterieurs conformément à la Capitulation , mais
ils remirent la Place au Commandant des Troupcs
Espagnoles .
Cette garnison sortit avec les honneurs de la
guerre , armes et bagages , tambour battant , En
seignes deployées , deux canons et un mortier,
et après avoir defilé en presence du Roy qui s'é- -
toit rendu au Palais Royal pour la voir passer ,
elle se retira au Lazaret . Les bâtiments qui doi
vent la transporter à Trieste , et sur lesquels elle
est embarquée , sont prets à mettre à la voile au e
premier vent favorable.
On a trouvé dans la Citadelle 250. pieces de .
canon dont 150. sont de bronze , et 45. mortiers
, avec une très grande quantité de poudre ,
de boulets et d'autres munitions de guerre.
Le Prince de Lobkowitz , avant que de s'embarquer
, a envoyé avec la permission du Roy ,
un courier à Siracuse , pour engager le General
Roma à ne pas faire inutilement une plus lon
gue resistance , et pour linformer que S. M. pa- -
roissoit disposée à lui accorder les mêmes condi-.
tionss
AVRIL. 1735. 803
tions que la garnison de la Citadelle de Messine
avoit obtenues , s'il consentoit de se rendre avang
qu'on attaquât la Place dans les formes , mais ce
General a fait réponse qu'il étoit resolu de se
deffendre jusqu'à la derniere extremité.
On a ôté de la Sale du Palais Royal de Naples,
les Portraits des Vicerois qui ont été nommez
›
par
le Gouvernement Allemand et l'on a mis à lai
place le Portrait du Comte de Charni , qui suit
immediatement celui du Duc d'Escalone , dernier
Viceroi sous le Gouvernement Espagnol.
On a apris de Genes , que les Rebelles de
BIsle de Corse , s'étant déterminez à. former une
République, avoient aboli toutes les anciennes Loire
données par les Génois aux Habitans de l'Isle ,
et qu'après en avoir fait de nouvelles , ils avoient
établi un Conseil composé de neuf Personnes , a
qui ils avoient donné le pouvoir de conferer les
Charges et les Emplois , de décider souverainement
de toutes les affaires , tant de celles du dedans
, que de celles du dehors , de faire tous les
Reglemens qu'ils jugeront utiles au bien public,
et de punir ceux qui refuseront de s'y soumettre.
André Ciacaldi , Hiacinte Pauli et Louis Ciafferri
, Chefs des Rebelles , ont été mis à la tête
de ce Conseil , et ils ont pris le titre de Primats
du Royaume de Corse. Les Rebelles ont déclaré
tous les biens appartenants aux Genois dévolus
au Fisc public. Voici quelques articles des résolutions
prises par les Rebelles .
Le Royaume élit pour sa Protectrice l'Immaculée
Conception de la Vierge Marie , dont l'Image sera
empreinte sur les Armes et les Drapeaux , et l'on
en celebrera la Fête dans tout le Pays par des salves
de Mousqueterie et de Canon , conformément à
que la Jonte du Royaume ordonnera à ce sujet .
804 MERCURE DE FRANCE
On abolit tout ce qui peut rester encore du Gouvernement
Genois dont les Loix et les Statuts seront
brulez publiquement dans le lieu où la Jonte du
nouveau Gouvernement établira sa résidence et au
jour qu'elle fixera , afin que les Peuples puissenty
assister.
Tous les Notaires seront cassez et rétablis en même
temps par des Patentes de la nouvelle Jonte ,
dont ils reconnoîtront tenir leurs Charges.
On frapera des Especes de toutes qualitez , au
nom des Primats du Royaume qui en fixeront la va
leur.
Les Terres et Fiefs apartenans aux Genois , seront
confisquez , de même que les Etangs , lesquels
seront dévolus aux Primats , afin de les faire cultiver
et en affermer la Pêche à ceux que la Jonte
choisira.
Ceux qui désobéiront à la Fonte ou à ses Officiers
ou qui refuseront d'accepter les Charges et Emplois
conferez par elle , seront déclarez rebelles et condamnez
à mort , avec confiscation des biens , de
même que ceux qui oseront mépriser ou tourner
en ridicule les Titres qui seront donnez aux Primats
du Royaume, à la Jonte du Gouvernement et
à tous les Officiers et Ministres de la Diette de
Convocation.
Quiconque osera insinuer en aucune façon de
traiter avec les Genois ou de détourner les Peuples
de s'en tenir auxprésentes Déliberations , sera sujet
aux mêmes peines .
André Ciacaldi , Hiacinte Pauli et Don Louis
Ciafferri , déja élus Generaux du Royaume , seront
à l'avenir reconnus Primats , avec le Titre
d'Altesse Royale qu'on donnera aussi doresnavano
aux Chefs et Primats , tant de la Diette
generale que de la Jonte.
,
A VRIL. 1735. 809
On convoquera une Diette generale , laquelle se
ra qualifiée de Serenissime ; chaque Ville et Village
y envoyera un Député. Douze suffiront pour représenter
tout le Royaume . Ces Dépurez auront l'autorité
de déliberer et décider de toutes les affaires ,
taxes et impositions , et auront le Titre d'Excellence
, tant dans cette Diette , que dans les lieux de
leur demeure , avec la superiorité et le commandement
respectifà chacun d'eux , subordonnez neanmoins
aux Primats et à la Jonte.
La Jonte souveraine sera composée de six Sujets
quifixeront leur demeure dans le lieu qui sera déterminé
; ils auront le Titre d'Excellence et seront
changez de 3. mois en 3. mois par la Diette Generale
, au cas qu'elle lejuge à propos ; ladite Diette
nepourra être convoquée que par ordre des Primats .
On établira un Magistrat ou Conseil de Guerre
composé de 4. Sujets , dont les Déliberations devront
être aprouvées par la Jonte.
On établira un Magistrat de l'Abondance , com
posé pareillement de 4. Sujets , qualifiez de Très -illustres
, et subordonnez à la Jonte pour tout ce qui
regarde la subsistance des Peuples et le prix des
Denrées..
On créera un Magistrat de Peres du Commun ,
composé de 4. Sujets , qui seront chargez de tout ce
qui concerne les Chemins , les Sbires , les Executions
de Justice et autres Personnes employées pour
le Public. Ils seront traitez de très - Illustres , et
changez de 3 mois en 3. mois .
On élira un autre Magistrat de 4. Sujets pour
tout ce qui regarde les Monnoyes , ils auront aussi
le Titre de très Illustres.
On établira un Commissaire General de Guer
re aves 4. Lieutenants Generaux , la Milice et
les Officiers Subalternes dépendront d'eux , et ils
deurone
806 MERCURE DE FRANCE
devront executer les ordres qui leur viendront da
Conseil de Guerre.
La Jonte fera un nouveau Code , qui sera publié
dans 15. jours , et aux loix duquel tous les Peuples
du Royaume seront soumis .
On élira un Contrôleur General qui sera Secretaire
et Garde des Sceaux , tant desdits Generaux
que de la Jonte , il fera et signera tous les Decrets,
La Jonte donnera les Patentes à chaque Officier ,
depuis le Commissaire General des Armées , jusqu'au
dernier Garde inclusivement , et nul ne pourra
exercer sa Charge sans ces Patentes , sous peine'
de mort.
Tout Membre de la Diette Generale sera obligé
de nommer un Auditeur , qui sera tenu de se mu→
nir des Patentes de la Jonte.
Enfin on élira un Magistrat de Secretaires d'Etat
, composé de deux Sujets , lesquels seront traite
de très - Illustres , et seront chargez de veiller sur le
repos du Royaume et notamment sur les Traîtres de
la Patrie , ou soupçonnez tels
avec pouvoir de
leurfaire leurs procès secrets et de les condamner à
mort.
>
Le pouvoir de nommer des Sujets , tant pour la
Diette Generale que pour la Jonte , sera communiqué
aux Lieutenant- Generaux ; qui , pour de justes
empêchemens , n'ont pû assister à cette Assem
blée.
On déclare que le sieur Don Charles - François
Rafalli , à son retour en Corse , reprendra son Poste
de Président , de mème que le sieur Louis Cicaldini
, qui , à son retour , sera aussi reconnu Lieutewant-
General.
AVRIL. 807 1735.
ESPAGNE.
R Patinho a écrit par ordre du Roy , une
MLettre circulaire aux Ministres Etrangers
qui sont à Madrid , pour les informer que quelques
domestiques du Marquis de Belmonte , Ministre
du Roy de Portugal , ayant eu la hardiesse
de tirer des mains de la Justice , un assassin qu'on
conduisoit en prison dans le lieu et à l'heure de
la promenade publique , et à un endroit dependant
du Palais de Buen - Retiro ,S.M . a jugé à pro
pos de les faire arrêter dans la maison de ce Ministre
Voici la traduction de cette Lettre.
M.CONSIEUR ,
Quoique les circonstances extraordinaires qui ont
accompagné l'entreprisefaite le 10. Fevrier , par le
Ministre de Portugal , et de ses domestiques , soient
si connues , qu'elles justifient la resolution que le
Roi a prise le 22. de faire arrêter les domestiques
coupables en quelque endroit qu'on put les trouver
ainsi que cela a été éxecuté dans l'Hôtel de ce Ministre
, cependant S. M. m'a ornné de communiquer
à V. Exc. bes motifs qui ont forcé le Roy a
prendre cette résolution , afin que non - seulement V.
Exc. soit.convaincuë de la nécessité indispensable on
l'on a été , vú la hardiesse de ce Ministre , d'avoir
recours à des moyens si violens ; mais aussi pour
qu'elle soit assurée que le Roi et ses Ministres observent
avec la derniere exactitude , les égards qu'on
doit au caractere des Ministres des Puissances Souveraines
qui resident en cette Cour.
L'attaque publique commise par les domestiques
de ce Ministre , sur les Soldats et Officiers de Justice
, qui conduisoient par la Porte d'Alcala un prisonnier
coupable d'un meurtre le plus horrible , et
l'enlevement
808 MERCURE DE FRANCE
l'enlevement du même prisonnier des mains des Officiers
de la Justice , si près du Palais du Buen- Retiro
, font apercevoir, que non seulement on presend
s'attribuer une protection publique des criminels aw
préjudice de l'autorité et de la souveraineté du Roi ;
mais on y voit en même-temps une violation manifeste
de la residence Royale , qui jusqu'à present a
été regardée comme un lieu sacré , tantpar les naturels
du Pays , que par les Etrangers , et si digne,
de respect , que la moindre violation qu'on pouroit
commettre sur son territoire , merite la mort. La
precaution prise de placer une personne à la Porte de
la Ville pour veiller sur l'approche du criminel , ce
qui fait soupçonner un dessein premedité de l'entreprise
, et a été cause , sans doute , qu'on a d'abord
sçu dans la maison du Ministre l'arrivée dudit criminel,
exclut tout pretexte , que des incidens en tou
te autre occasion auroient pu fournir. La maniere
avec laquelle le prisonnier a été conduit depuis la
Porte du Palais , en vuë d'éxciter un tumulte au
moyen des cris dignes de punition , au milieu d'un
concours de tant de peuple dans une promenade publique
, exposoit au mépris l'autorité souveraine du
Roi , et deshonoroit son droit dans les ruës publiques.
La liberté accordée au criminel , à qui on avoit
ôté les fers après son arrivée dans la maison du Ministre
, et qu'ensuite on avoit exposé aux fenêtres
pour le faire voir aux spectateurs , fait connoître
evidemment combien on méprisoit l'autorité de ceux›
qui l'ont fait prendre.
}
Ces circonstances ne permettoient pas à la bien .
seance ni à l'autorité souveraine , de dissimuler our
de laisser impuni un tel attentat , bien loin qu'une
affaire aussi publique demeur ât sans une satisfaction
publique : cependant on en a differé la punition
jusqu'au troisiéme jour , sans que les coupables donnassent
AVRIL. 17 ×5. 809
massent à S.M.la moindre marque de repentir, et quoi
qu'onpublie qu'on ait écrit uneLettre au Gouverneur
du Conseil de Castille, ce qui n'étoit qu'une voie indirecte
pour en donner part au Roi , il étoit notoire.
que la maladie dangereuse de ce Gouverneur l'empêchoit
de recevoir des Lettres et d'y repondre : mais
quand même on voudroit faire attention au contenu
de cette Lettre , de quelle faute ne pourroit- on pas
accuser ce Ministre ? Il y avouë qu'il a donné la
liberté au criminel , aprouvant par la la conduite de
ses domestiques et il dit qu'il l'a fait immediatement
après qu'on l'eut mené dans sa maison > et
qu'il eut eu connoissance de l'affaire : On sçait cependant
quele Ministre se promenoit alors dans son
jardin , que le criminel a resté plus de 30. heures
dans sa maison , et qu'ensuite il a été conduit avec
beaucoup de précaution en lieu de sureté : Il dit
qu'il a chasséses laquais,et on les a tous trouvés chez
lui: de sorte que tout ce qu'il allegue pour sa justi
fication, prouve au contraire sa faute, oubliant ainsi
le respect qu'on doit à un Monarque dans sa propre
Cour , et que tout Souverain veut maintenir , sans
permettre qu'on yfasse la moindre infraction. C'est
pourquoi S. M. se persuade que V. Exc . compren
dra facilement que le cas présent ne peut être comparé
à aucun deceux où les fugitifspeuventpendant
un peu de temps joüir d'un azile dans les maisons
des Ministres caracterise , ni a ceux ou la liberté ,
soit par rapport à la personne , soit par rapport au
lieu , peut avoir place. Fait au Pardo le 28. Février
1735. Signé , D. Joseph Patinho .
Les Lettres écrites d'Oran , du 19 Mars, portent
que les Chefs de la plupart des habitations
des Maures du Royaume de Béniamer , étoient
venus peu de jours auparavant avec une nombreuse
suite à la portée du Canon de la Place
($ ro MERCURE DE FRANCE
set qu'ils avoient envoié des Députez au Cov
verneur pour le prier d'ordonner à quelquesuns
des Maures qui sont soumis au Roy de se
rendre à leurs Tentes , parce qu'ils avoient une
affaire importante è leur communiquer .
Le Gouverneur chargea aussi-tôt plusieurs
Maures en qui il avoit confiance , d'aller au
Camp de ceux de leur Nation , qui les reçûrent
avec de grandes marques de distinction et de
joye , et qui leur dirent qu'ils étoient prêts à se
soumettre à S. M. si on vouloit donner à un Officier
de la Garnison des pleins pouvoirs pour
traiter avec eux .
La résolution des Chefs des Maures ayant
été sçue du Gouverneur , il nomma Don Juan
de Villalba , Colonel du Regiment de la Ville ,
pour regler avec les Maures les conditions du
Traité, et il fit sortir de la Place un Corps d'Infanterie
et de Cavalerie qui alla se mettre en ba
taille sous le Fort S. Charles.
Don Juan de Villalba donna en même temps
avis aux Chefs des Maures , de la commissio
dont il étoit chargé , et les principaux d'entre
eux s'étant rendus à sa Tente , on conclut un
Traité qui contient onze articles , et par lequel
les habitans du Royaume de Beniamer
promettent une entierę obeïssance et une fidété
inviolable au Roy et s'engagent à fournir à
S. M. tous les secours qu'ils seront en état de
lui offrir , et à ne laisser manquer la Ville d'O
ran d'aucunes provisions , pourvû que le Roy
consente à les recevoir au nombre de ses Sujets,
et que S. M. les assute de sa protection .
Après que ce Traité eut été signé par les
Commandans de la Cavalerie des Noirs et par
les autres Chefs des Maures , du Païs de Beniamere
A VRIL: 1735 IT
mer.Don Juan de Villalba alla en rendre compte
au Gouverneur qui aprouva les conditions , et
les principaux Officiers des Troupes des Maures
entrerent dans la Ville , où le Gouverneur leur
-fit distribuer des rafraichissemens en abondance,
et leur fit present de plusieurs Bijoux d'or et
d'argent , et de Sabres de diverses especes. La
plupart passerent la nuit dans Oran, et le lendemain
étant retournez à leur Camp, ils écrivirent
une Lettre au Roy pour l'assurer de leur respect
et de leur soumission , et pour supplier S.M. de
les compter parmi ses Sujets les plus zélez et les
plus fidèles.
MORTS DES PAYS ETRANGERS:
E 8 Mars 1735.D. Manuel Vigil de Quiño
Laes- Pimentel - et Borgia , Comte de Luna ,
fils aîné de D. François - Antoine Pimentel de
Quiñones, treiziéme Comte de Benavente , de
Luna , et de Mayorga , Grand d'Espagne , Gentilhomme
de la Chambre de S. M. C. et de D.
Ignace de Borgia de Gaadie, mourut à Madrid,
à l'âge de 35 ans.
vers les
Le 13 >
heures du matin ,
quatre
Sophie Hedwige , Princesse de Dannemarck ,
tante de Chrétien , VI Roy regnant de Danne
marck et de Norwerge , mourut d'un mal de
poitrine à Copenhague, âgé de $7 ans , 6 mois,
16 jours , étant née le 28 Août 1677. Elle étoit
fille de Chrétien , Ve du nom , Roy de Danne
macx et de Norwege , mort le 25 Août 1699 .
et de Charlotte- Amelie de Hesse-Cassel , morte
27 Mars 1714. le
I Eli812
MERCURE DE FRANCE
Elizabeth Evangeliste , Soeur converse du Mo
nastere de Odivellas , mourut à Lisbonne le 20
du mois dernier , âgée de 105 ans et demi.
Le 24 , mourut à Madrid , à l'âge de 56
D. Hippolite Attendola Bolognina Visconti
,, veuve de D. Baltasar Patigno , Marquis de
Castelar , Commandeur d'Alange dans l'Ordre
de S. Jacques , Gentilhomme de la Chambre du
Roy d'Espagne , de son Conseil de Guerre , Secretaire
d'Etat et des dépêches universelles de la
Guerre , son Ambassadeur extraordinaire et Plénipotentiaire
à la Cour de France , mort à Paris
le 19 Octobre 1733 .
Le 26 , Vincent - Antoine Alamanni , Archevêque
de Seleucie , et Nonce Apostolique en
Espagne , mourut à Madrid à l'âge de 56 ans
étant né à Florence le 7 Avril 1679. Il avoit
passé par une grande partie des Charges et Émplois
de la Cour Romaine , ayant été entr’autres
Camétier d'honneur du Pape Clement XI.
qui le déclara Secretaire des Chiffres le 15 Avril
1717 , et Prélat domestique , et Consulteur du
S. Office , le 7 Decembre 1718. Il étoit aussi de
la Congrégation du bon Gouvernement , et de
celle du Consistoire , lorsqu'il fut nommé par
Je Pape Innocent XIII , au mois de Novembre
1723 à la Nonciature de Naples . Il fut fait le
22 du même mois Archevêque titulaire de Seleucie
, in partibus Infidelium , et sacré le 30 suivant
, dans l'Eglise nationale de S. Jean des Florentins
par le Cardinal Corsini , aujourd'hui
Pape , assisté des Archevêques de Patras et de
Césarée. Il se rendit ensuite à Naples où il fit son
entrée le 20 Janvier 1724 ayant eu le même
jour sa premiere audience publique du Viceroi ,
Le Pape regnant Clement Xil , son compatriote
,
AVRIL. 1735 ° 813
te , l'ayant destiné pour aller remplacer en Espagne
le Cardinal Aldovran di . Iprit congé de
Viceroi de Naples le 25 Octobre 1730 , et revint
le 25 suivant à Rome , d'où il partit le 22 Janvier
1731 , pour se rendre en Espagne ; et étant
arrivé le 27 Mai à Séville où étoit la Cour ,
eut sa premiere audiance de leurs Majestez Çatholiques
, le 31 Mai 1731 .
1 :
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Reine est entierement rétablie de
La Russe -couche , et S. M. se porte
aussi-bien qu'on puisse le souhaitér .
Le Maréchal de Coigni , Général de
l'Armée du Roy en Allemagne , après
avoir pris congé de S. M. partit le 16 de
ce mois pour se rendre à Strasbourg .
Le Roy a donné le Gouvernement du
Quesnoi , vacant par la mort du Comte
de Rottembourg , au Marquis de Fénéllon
, Ambassadeur de S. M. auprès de la
République d'Hollande .
Le Jeudi- Saint le Roy entendit le Ser
Simon de la Cêne de l'Abbé Desjardins ,
I ij Doc$
14 MERCURE DE FRANCE
1
.
Docteur de Sorbonne ; après quoi l'Evêque
de Valence fit l'Absoute . S. M. lava
les pieds à douze pauvres et Elle les servit
à table. Le Duc de Bourbon , Grand-
Maître de la Maison du Roy , à la tête
des Maîtres d'Hôtel , précedoit le Service.
Monseigneur le Dauphin , le Comte
de Clermont, le Prince de Conti , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu et les principaux
Officiers de S. M. portoient les
Plats. Après cette cérémonie le Roy sẹ
rendit à la Chapelle du Château , où S.M.
entendit la grande Messe , célébrée par
l'Abbé Brosseau , et assista à la Procession
, et ensuite aux Vêpres . L'après midi
le Roy entendit dans la Chapelle du
Château l'Office des Tenebres .
Georges - Lazare Berger de Charency ;
Prêtre du Diocèse d'Autun , Archidiacre
et Chanoine de l'Eglise de Meaux, dont
il a été cy- devant Chantre , Vicaire- Général
du Cardinal de Bissy , Evêque de
Meaux, a été nommé à l'Evêché de Saint
Papoul , suffragant de Toulouse , vacant
la démission volontaire de Jean-
Charles de Ségur , qui y avoit été nominé
le 17 Octobre 1723 , et sacré le 24
Août 1724
par
t
L'Abbé de S. Aulaire a été nommé
Aumô .
AVRIL 1735 815
Aumônier ordinaire de la Reine , et sa
charge d'Aumônier de quartier a été
donnée à l'Abbé d'Alégre .
S. M. a accordé l'agrément du Régiment
d'Infanterie de Blaisois , au Mar
quis de Pereuze , Capitaine dans le Ré
giment de Cavalerie de Béthune
Le Dimanche de Quasimodo, 17 Avril,
on celebra dans l'Eglise des RR.PP.Cordeliers
du grand Convent de Paris , la
ceremonie ordinaire de la Confrairie des
Chevaliers,Voyageurs et Palmiers du S.Sépulchre
de Ferusalem . Les Confreres s'assemblerent
à huit heures du matin dans
cette Eglise , d'où ils partirent avec la
Procession pour se rendre à l'Eglise du
S. Sépulcre , ruë S. Denis . Ils prirent leur
route par le grand Châtelet , où ( suivant
le pieux usage que cette Confrairie
a commencé en 1727 , et a heureusement
continué jusqu'à présent ) , ils délivrerent
cinquante- trois prisonniers pour
dettes , lesquels accompagnerent la Procession
.
›
Au retour de l'Eglise du S. Sepulchre
en celle des Cordeliers , la Messe fut
chantée au grand Autel , en Grec , suivant
la coutume.
I iij Après
816 MERCURE DE FRANCE
Après l'Offertoire il y eut un Sermon
en François , et puis en Grec , par M. Ferrand
de Monthelon . Il prit pour son Texte
ces paroles de la premiere Epître de
S. Paul , aux Corinthiens. Absorpta est
Mors in victoria,qui expliquent leTriomphe
de la Résurrection de J. C. Le Discours
François fut fort aplaudi. On se.
dispense d'entrer là - dessus dans aucun
détail.
On ne s'étendra pas non plus sur cette
Confrairie , qui reconnoît S.Loüis pour
son Instituteur en l'année 1254. ni sur
l'Ordre des Chevaliers du S. Sepulcre de
Jerusalem , institué par Charlemagne ;.
toute cette matiere étant très - connue et
traitée au long dans plusieurs Livres .
Le 19 de ce mois après midi , le
Roy fit dans la Place d'Armes , qui est
entre le Château et les Ecuries , la revuë
de la Compagnie des Gendarmes et de
celle des Chevau - Légers de la Garde.
S. M. passa dans les rangs et les vit défiler.
Monseigneur le Dauphin et Mesdames
de France se trouverent à cette revue
, pendant laquelle le Duc de Picqui
ny , auquel le Roy a accordé au mois de
Février dernier , la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Che
vau
AVRIL. 1735. 817
vau Legers de la Garde , dont le Duc
de Chaulnes s'est démis en sa faveur, fur
reçû à la tête de cette Compagnie.
Le même jour le Roy prit le deuil
pour la mort de la Princesse Sophie Hedwige
, tante du Roy de Danemack , que
S. M. quitta le 250
Le 1 Avril , le Concert spirituel fut
continué au Château des Tuilleries ; il a
été donné à differens jours de chaque semaine
, jusques et compris le Dimanche
de Quasimode . On y a exécuté les plus.
beaux Motets à grands Choeurs de M.de
la Lande , et plusieurs autres petits Motets
à une et à deux voix , de la composition
des Sieurs Mouret, le Maire , Cheron
, du Bousset , &c. On y a chanté
deux fois le Choeur du premier Acte de
la Tragedie de Jephté , de M. de Monteclair
, qui fur précedé d'un grand Motet
du même Auteur. Ces deux Pieces ont
été tres bien executées et fort aplaudies.
Les sieurs Bezossi , Hautbois et Basson de
la Musique du Roy de Sardaigne , ont
executé différentes Pieces de leur composition
, avec une précision admirable
et qui ne laisse rien à desirer. Les Diles
Erremens et Fel , et le sieur Jéliot ont
chanté differens recits avec applaudisse-
I iiij ment
818 MERCURE DE FRANCE
ment , de même que les Sieurs le Clair
Guignon , Aubert et Blavet , dans les dif
ferens Concerto , qu'ils ont executé sur le
Violon et la Flute.
**********
MORTS NAISSANCES
Mariages.
>
2
"
E 2. Mars 1735. Henri-Joseph de Salagnac de
Fenelon,Seigneur de Beausejour ,de S.Abse
et de Menebre , appellé le Comte de Fenelon
autrefois Exempt des Gardes du Corps du Roi ,
frere puiné du celebre François de Salagnae de
Fenelon , Archevêque de Cambrai , mort le 7.
Janvier1715.et fils de Pons de Salagnac, Seignent
de la Mothe. Fenelon et de Louise de la Cropte
de Chanterao mourut à Paris , âgé d'environ
175. ans , laissant une veuve sans enfans ct
ayant institué son légataire universel Gabriel de
Salagnac , Marquis de Fenelon , son petit neveu,
Maréchal des Camps et Armées du Roi , Inspecteur
general d'Infanterie , et actuellement Âmbassadeur
ordinaire en Hollande. Le Comte de
Fenelon avoit été marié en premieres noces le2 3 .
Fevrier 1694. avec Marie- Françoise de Salagnac, -
de la Motte Fenelon , sa cousine germaine , veuve
de Pierre de Laval , Marquis de Laval- Lezay , et
de Magnac , Comte de la Bigeotiere , et de Fontaine
-Chalendray Lieutenant General de la
Haute et Basse Marche , et Mere de Gui André,
chef du nom et armes de Laval , Marquis de
Laval- Lezay , et de Magnac , ci -devant Colonel
dun Régiment d'Infanterie de son nom , né le
>
21.
AVRIL. 1735. 819
1. Octobre 1686. Il n'avoit point eu d'efans
d'elle non plus que de sa seconde femme.
Le 6. Jean- Nicolas de Francine , Conseiller
et ancien Maître d'Hôtel du Roi , fils aîné de
Pierre de Francine, aussi Conseiller Maître d'Hôtel
du Roi , mort le 4, Avril 1686. et de Marie-
Louise Pidou , morte le 29. Avril 1708. mourut
à Paris , Septuagenaire. Il avoit été chargé pendant
un très long- temps de la Direction generle
de l'Académie Royale de Musique de Paris , appellée
l'Opera. Il la quitta au commencement de
l'année 1728. mais il lui fut conservé sur les reyenus
de ce Spectacle une pension annuelle de
18000. liv . Il étoit veuf de Madelaine- Catering
de Lulli , fille du fameux Jean Baptiste Lulli , Sur-
Intendant de la Musique de la Chambre du Roi,
morte le 2. Janvier 1703. Il l'avoit épousée au
mois Avril 1684. il n'en laisse que Louis- Joseph
de Francine , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment Colonel General , et une fille .
ori-
On a parlé de la famille de Francini ,
ginaire de Florence , dans le Mercure de Janvier
1734. p. 188. à l'occasion de la mort de Tho-
Honoré de Francine de Grandınaison
Doyen de la Faculté de Théologie de Paris .
cousin germain de celui qui vient de mourir.
mas -
Le 10. Jean Jacques Boileau , Prêtre Chanoine
de l'Eglise Collegiale de S. Honoré à Paris , et
qui avoit été Confesseur du feu Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris , mourut âgé de
86. ans Il n'étoit point frere , comme quelques
nouvelles étrangeres l'ont marqué , de feu Nicolas
Boileau des Preaux .
Som
Le 20. l'Evêque de Pamiers mourut dans
Diocèse , âgé d'environ 88. ans , et dans la 1-
année de son Episcopat. Il se nommoit Jean-
19 Baptiste
$ 20 MERCURE DE FRANCE
Baptiste de Verthamon , et étoit fils de François
de Verthamon , Comte de Villemenon , Seigneur
Châtelain de la Ville aux Clercs , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , mort le 24?
Juin 1697. et de Renée Quatresols , morte le
24. Novembre 1657. Il avoit été reçû Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , le 6. Septembre
1676. et étant Vicaire general de l'Archevêque
de Rouen à Pontoise' le feu Roi le
nomma à l'Evêché de Pamiers le 7. Septembre
1693. Il fut sacré le trois Janvier 1694. dans
P'Eglise du Noviciat des Jesuites à Paris , par
P'Archevêque d'Albi , assisté des Evêques de Cahors
, et de Vence , et le 5. du même mois il prêfa
serment de fidelité entre les mains du Roi. Il
fut deputé de la Province de Toulouze à l'Assemblée
generale du Clergé de France , tenuë en
1702.
M. Antoine Daquin , Chevalier , Seigneur de
Château - Renard , ancien Secretaire du Cabinet
du Roy , ancien President en son Grand - Conseil,
Conseiller Honoraire au Parlement , mourut à
Paris le 30. Mars dernier , âgé de 77, ans six
mois.
Le 3. Avril 1735. D. Anne- Louise- Françoise
de Monpellier , épouse de Jean Aymeret , Seigneur
de Gazeau , Conseiller au Parlement de Paris
où il a été reçu le 30. Janvier 1728. mourut âgée
de 19. ans huit jours après être acouchée heureusement
d'une fille, son premier enfant, n'étant
mariée que depuis deux ans . Elle étoit fille de feu
François Monpellier de Vertigny , ancien Fermier
general des Fermes du Roi , et Directeur de
la Compagnie des Indes mort en 1720.
Le 4. Connad Alexandre Comte de Rottembourg,
Seigneur de Moissevaux , de Rougemont, de Keiyenheim
AVRIL. 1735. 821
4-
venheim, de Seintein , et d'Oberbruck , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Gouverneur du
Quesnoi , mourut à Paris , âgé de 1. ans un
mois neuf jours , étant né le vingt - six Fevrier
1684. Il avoit d'abord ésé Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie du Comte de Rosen son
oncle, sur la démission duquel il en fut fait Mestre
de Camp , par commission du 22. Mars
1709. et Brigadier le 20. Octobre 1716. Il fut
reçû Chevalier d'honneur du Conseil Souverain
d'Alsace le 27. Août 1717. et Chevalier des or →
dres de N. D. du Mont- Carmel , et de S. Lazare
de Jerusalem , le 25. Fevrier 1721. Il fut nommé
dans le même- temps Envoyé Extraordinaire
auprès du Roi de Prusse , et en 1723. second
Ambassadeur extraordinaire , et Plenipotentiaire
au Congrès de Cambrai , après la séparation duquel
il fut nommé au mois de Juillet 1725. pour
retourner auprès du Roi de Prusse , avec le Titre
de Ministre Plenipotentiaire. Il en fut rappelle
en 1727. pour se rendre à la Cour d'Espagne
où il signa le 6. Mars 1728. en qualité de Ministre
Plenipotentiaire du Roi avec les Ministres
de l'Empereur , d'Espagne , d'Angleterie , et de
Hollande , les préliminaires d'un fatur Congrès
pour la pacification de l'Europe . Le Roi Catho
lique le régala à son départ de son Portrait en
richi de diamans , et estimé 2000. pistoles. I
retourna en Espagne à la fin de l'année 1730.
avec le caractere d'Ambassadeur extraordinaire
et il ariya le 13. Janvier 1731. à Seville , où il
eut le lendemain sa premiere audience de leurs
M. C. Sa mauvaise santé l'ayant obligé de demander
son rapel , qui lui fut accordé , il quittá
cette Cour , et arriva à Paris le 23. Mai 17345
Le Roi l'avoit fait Maréchal de Camp de ses Ar
3 vj méd
822 MERCURE DE FRANCE
à
mées le 20. Fevrier precedent . S.M. l'avoir aussi
proposé le premier Janvier 1731. pour être Chevalier
de ses ordres , et ses preuves avoient été
admises le 13. Mai suivant. Șes infirmités continuelles
depuis son retour , ont empêché qu'il
n'ait été reçû , mais il avoit eu permission de
porter , en attendant , la Croix et le Cordon de
l'Ordre du S. Esprit. Le gouvernemene du Quesnoy
lui avoit été donné l'année derniere. Le
Comte de Rottembourg, dans tous les Emplois
qu'il avoit remplis , avoit donné des marques de
sa capacité , de ses talens pour les negotiations
, et de son zele pour le bien du service de
Roi. Il étoit fils de Nicolas Frederic , Comte de
Rottembourg , Gentilhomme du pays de Brandebourg,
en Allemagne , Maréchal de Camp des
Armées du Roi Très Chrétien , mort en sa terre
de Moissevaux en Alsace , le 20. Avril 1716.
l'âge de 70. ans et d'Anne-Jeanne de Rosen
son épouse , fille de feu Conrad de Rosen , Maréchal
de France. Le Comte de Rottembourg
avoit épousé au mois d'Avril 172 1 -Jeanne -Magdelaine
de Helmstat , fille de Bleickard , Comie
de Helmstat , Seigneur de Hingsange et de Rifchoffsheim
, Baron du S. Empire , et de Marie-
Joseph de Pottiers , des Comies de Wagnée. Il
n'en laisse point d'enfans. Il fait par son testa
ment un legs de 20000. liv. à son Intendant
laisse des pensions viageres à tous ses autres domestiques
, donne aux pauvres de la Paroisse de
S. Sulpice , où il a été enterré , une somme de
Sooo. liv. pour leur être distribuée publiquement
en présence de quatre personnes , et institue un
Neveu , son légataire universel . Le bel Hôtel
qu'il occupoit ruë du Regard , et où il avoit fait
des embellissemens pour des sommes considera-
'
bles >
AVRIL: 173.5. 823
Bles , retourne par sa mort aux Carmes Deschaussez
, desquels il l'avoit acheté à vie,
Le même jour 4. Avril , Pierre de Rosset , sieur
des Frettes, Conseiller Secretaire du Roi , Honoraire
, Maison Couronne de France et de ses Fi-
Hances , ci- devant Greffier en chef Civil et Criminel
de la Cour des Aydes de Paris , mourut
dans la 77. année de son âge , et fut inhumé le
lendemain à S. Eustache , auprès de Louis de
Rosset son pere , aussi Conseiller Secretaire du
Roi Maison Couronne deFrance et de ses Finan
ces , mort le 19. Janvier 1700; et de Marguerite
Peticpied sa mere morte le zo.Mars 1704.Il étoit
d'une famille originaire de Daufiné, ou ses Peres
ayeul et bisayeul ont été Secretaires du Roi , et
Greffiers en chef de la Cour de Parlement de cette
Province , Ses armes sont d'azare à trois treflès
d'or. Il laisse de Suzanne Anguier sa femme
fille de Michel Anguier , et de Marguerite du
Bois , Pierre François de Rosset , Seigneur de
Frettes , né le 9. Juillet 1691. et reçû Conseiller
en la Cour des Aydes de Paris le 7. Decembre
1713. qui a épousé le 21. Août 1731. Marie- Càtherine
Bérauld de Villiers , fille de feu Charles
Bérauld , sieur de Villiers , Maître des Comptes
à Paris , et de feuë Marie- Anne le Moine , et Antoine
- Philippe de Rosset des Frettes , reçû Con
seiller au Parlement de Paris le 28 Mais 1732.
>
Le Comte de la Baume Montrevel , Colon
du Régiment de Rouergae et Brigadier des Ar-.-
mées du Roy , de la Promotion du premier Août
1734 mort à Keyserlouter le 5. Avril , étois
frere puiné de Charles- Ferdinand - François de la
Baume- Montrevel , Marquis de S. Martin , cydevant
Colonel du Régiment de Rouergue , qui
a épousé Elizabeth Charlotte de Beauvau Craon,
824 MERCURE DE FRANCE
et fils de Charles- Antoine de la Baume- Montrevel
, Marquis de Saint- Martin , et de Marie-
Françoise de Poitiers de Vadans .
Le 7. Dile Magdelaine-Antoinette Turgot , fille
de Marc- Antoine Turgot , Seigneur de S. Clair,
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du
Roi , ci- devant Intendant successivement en Auvergne
, à Moulins , et à Soissons , et de feuë
Louise le Gouz - Maillard , decedée le 16. Avril
1721. mourut , après une maladie de plus de trois
années, âgée d'environ 31. ans.
> > •
>
Le 10. Alexandre le Riche de Courgain , Conseiller
Secretaire du Roi , Maison Couronne de
France et de ses Finances , ancien Receveur general
des Finances de Montaaban , et ancien Fermier
general des Fermesdu Roi,mourut à Paris âgé
de 72. ans,laissant d'une premiere femme un fils
Fermier General , et de sa seconde femme , Alexandre-
Edme le Riche , Seigneur de Cheveigne
le Perché , Gouzangrez Valliere & c. reçû
Conseiller au Parlement de Paris , et Commissaires
aux Requêtes du Palais , le 19. Janvier , 1720.
et marié la même année avec Claire- Elizabeth
le Pelletier de la Houssaye , un autre fils Ecclesiastique,
un autre Seigneur de Vendy en Champagne
, mariéen 1729. avec la fille de Charles
Ycard , Secretaire du Roi , et Avocat ès Conseils ;
un autre Officier dans les Troupes du Roi , et
Marie-Therese le Riche , mariée avec Adrien de
Saffray , Baron d'Angranville .
Le 11. Jean Pierre de Cormis , Comte de
S. Georges , Gentilhomme Provençal , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , de la
Promotion du 8. Fevrier 1694. Ancien Mestre
de Camp de Cavalerie , et ci- devant Cornette de
la premiere Compagnie des Mousquetaires du
Roi
A V RI L. 1735 . 825
Roi , mourut à Paris dans la 91. année de son
âge . Il étoit troisiéme fils de Louis de Cormis
Marquis de Briançon , Seigneur de Beaurecueil ,
en son vivant Président à Mortier du Parlement
d'Aix , et de Marie de Cadenet des Seigneurs de
Lamanon , ses pere et mere , qui avoient été
mariez en 1644. Il avoit épousé au mois de Janvier
1692 Marie - Anne des Chiens , soeur de
Jean- Baptiste des Chiens de Ressons ' , dont on a'
rapporté la mort dans le Mercure de Fevrier der
nier , p. 397. Il la laisse veuve sans enfans.
Le 12. Cardin - Antoine le Bret , Comte de
Selles en Berri , Seigneur de Pantin , fils aîné de
feu Cardin le Bret , Conseiller d'Etat , Premier
Président du Parlement de Provence , Comman
dant et Intendant de la même Province , dont on
a raporté la mort dans le Mercure du mais d'Oc²
tobre dernier p. 2310. et de feuë Marguerite-
Henriette de la Briffe sa quatrième femme , mouen
l'Hôtel d'Antoine- François Meliand
, Conseiller d'Etat ordinaire , son Oncle
de la petite verole , dont il a été attaqué en arrivant
de Provence. Il n'étoit que dans la 18 année
de son âge , étant né le 9. Juin 1717 .
rut à pe
Le 13 , Pierre Benoit Morel , President en la
Cour des Aydes de Paris, Seigneur de Courtavan,
Veindé , le Meix , &c, mourut à Sézanne en Brie ,
en s ou 6 jours de maladie , d'une fuxion de
poitrine , accompagnée d'une inflamation dans.
le bas ventre , et d'une rétention d'urine . Il étoit
dans la 67 année de son âge, suivant son Extrait
Baptistaire du 28 Juillet 1668. Il avoit été reçu
Conseiller en la Cour des Aydes le 29 May
1702 , et ensuite Président le 23 Avril 1708. Il
étoit second fils de Marius Basile Morel de
Boistiroux , Seigneur de Veindé , le Meix , saint
"
Espoing
826 MERCURE DE FRANCE'
Espoing, la Bécherelle, &c . Directeur de la Ma
rine et du Commerce des Païs étrangers et Commissaire
des Domaines de France et des Fermes
du Roy , mort le 6 Mars 1686. et d'Antoinette
Collart, morte le 24 Mars 1726 âgée de 81 ans.
Le President Morel avoit épousé en premieres
nôces au mois de Septembre 1703 , Jeanne-Jacobé
de Nauroy , morte le 17 Octobre 1723 , fille
de Louis Jacobé , Sieur de Nauroy , et de
Jeanne de Mauclerc, et en secondes , au mois de
Novembre 1724 , Angelique de Lossendiere
fille de Louis Gaston de Lossendiere , Conseiller
en la Cour des Aydes de Paris , et de Marie-
Angelique des Hayettes. Il laisse de cette derniere
6 enfans vivans , et leur mere enceinte. II
a eu de la premiere 3 filles. Claire Morel l'aînée ,
a été mariée à l'âge de 18 ans , le 27 Juillet
1728 , avec René Choppin , Seigneur d'Arnouville
, Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roy , la seconde est veuve , sans enfans
d'Antoine le Febvre de la Malinaison , Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , mort le 12 Octobre 1731 ,
qu'elle avoit épousé le 26 Janvier 1730 , et la
troisiéme a été mariée le 26 Avril 1731 , avec
Augustin le Pileur , Seigneur de Brevanes, Conseiller
au Parlement de Paris .
3.
Le 15. D.Marie-Anne Garnier , Soeur de François
Garnier , Seigneur de Montigny , Payeur
des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ; et Contrôleur
general de lArtillerie de France , et veuve
depuis le mois de Septembre 17 2 8. de Louis
Roualle , Ecuyer , Receveur General , et Payeur
des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , mourut
d'une apoplexie dont elle avoit été attaquée le 3 ,
du même mois , au commencement de la qua
Janse
AVRIL. 1735. 8.27
.
Tante et uniéme année de son âge , étant née le
13 Mars 1695. Elle laisse un fils , âgé de 9 ans
et demi , et une fille de 8 ans .
Le 16 , D. Caterine Charlotte Augis , Dame du
Plessis -Plassay . fille de François Augis , vivant
Conseiller- Secretaire du Roy , Maison , Couronne
de France et de ses Finances , et de Madeleine
de Mousel , ses pere et mere , et veuve depuis
le mois d'Avril 1708 , de Gabriel d'Estan
cheau , Conseiller du Roy en ses Conseils , Secretaire
de S. M. Maison , Couronne de France
et de ses Finances , et Secretaire des Commandemens
de Monseigneur le Dauphin , aycul du Roy
Louis XV . mourut à Paris, âgée de 86 à 87 ans ,
laissant pour enfans Louis d'Estancheau , Seigneur
du Plessis - Plassay , cy - devant Maître
d'Hôtel du Roy qui a épousé en 1721 , Helene
Benett , fille de feu Patrice Benett, Gentilhomme
Irlandois , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy , et
de Marguerite Kelly dite Paine , une fille Religieuse
, et Marie Marguerite- Françoise . Gabriele
d'Estancheau , qui fut mariée en 1716, avec Philippe
Gaspard de Castille , Marquis de Chenoise,
Seigneur de la Baronie de Trossy , Vicomte de.
Nesle , Lieutenant de Roy au Gouvernement de
Champagne et Brie , cy- devant Enseigne de la
Compagnie des Gendarmes d'Anjou , mort au
mois de May 1726 , laissant deux filles.
Le 20 de ce mois , mourut en son Château du
Point- du-jour , près de Vernon , Marie- Anne
le Tellier , âgée de 73 ans , veuve de M. Urbain
Aubert , ancien Président en la Chambre des
Comptes de Rouen , mort au mois de Septembre
1726 ; elle étoit fille de Jean le Tellier , Secretaire
du Roy , Maison , Couronne de France
de ses Finances , mort au mois de Novembre
V
1690
828 MERCURE DE FRANCE
1690. et de M. Bourse , morte au mois de Septembre
1691. Elle laisse trois enfans qui sont
Urbain Aubert , Marquis de Tourny , Seigneur
de la Falaise , de Présagny , de Bernieres ,
de
Mercey , &c. Intendant en la Generalité de Limoges
, marié à N. des Gracieres . N. le Tellier,
veuve de M. N. le Camus , mort en 1710. Intendant
en la Generalité de Pau. Et N. le Tellier
, veuve de N. de Medavi , Comte de Grancey
, mort en 1727.
Le 22. Charles Leonor Aubry , Marquis de
Castelnau en Berry , Seigneur de Lazenay , Plotard
, &c. Conseiller en la Cour de Parlement de
Paris , et Commissaire aux Requêtes du Palais
Doyen de la premiere Chambre , qui avoit été
reçû en cette Charge le 26 Juillet 1690. mourut
après une longue maladie , âgé de 68. ans . II
étoit fils de feu Léonor Aubry , Maître Ordinaire
en la Chambre des Comptes de Paris , Secretaire
du Roy , Maison , Couronne de France et
de ses Finances , auparavant Lieutenant Criminel
à Tours , mort le 26. Janvier 1706. à l'âge de-
75. ans , et de Marie Bigot , et il avoit épousé
Catherine Coustard , fille de feu Gabriel Coustard
, Conseiller - Secretaire du Roy , Contrôleur
General de l'Audience de la Chancellerie de France
, et de Marie- Anne Regnault. Elle mourut en
sa Terre de Castelnau au mois d'Octobre 1728.
âgée d'environ 55. ans . Il laisse d'elle deux fils ,
qui sont Leonor Aubry , Seigneur , Marquis de
Castelnau , reçû Conseiller au Châtelet au mois
de May 1717. puis au Parlement de Paris le 5 .
Janvier 1720. et Gabriel Aubry , né le 4. Août
1711. et reçû Conseiller au même Parlement le
premier Septembre 1731. Ils ne sont point encore
mariez ni l'un ni l'autre.
LP:
AVRIL 1735. 829
Le 25. Pierre de Paris , Doyen du Parlement
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
étant né le 18. Août 1651. Il avoit été reçû
Conseiller le 30. Décembre 1678. et étant
Doyen de la cinquiéme Chambre des Enquêtes ,
il monta à la Grand Chambre en 1714. Il en devint
Doyen par le décès d'Ambroise Ferrand le
3. May 1731. l étoit fils d'Anne de Paris , Conseiller
en la Grand'Chambre du même Parle
ment , mort le 13. Mais 1678. âgé de 70. ans ,
et de Nicole du Val de Beauregard , morte an
mois d'Octobre 1691. Il n'a point été marié . Il
avoit eu pour frere et soeurs Louis - François de
Paris , Seigneur
de Songy et des Tournelles
,
Maître des Comptés à Paris , mort sans posterité
le 16. Juin 1710. âgé de 14. ans ; Françoise
de
Paris , norte le 15. Mars 1720. âgée de 72. ans,
veuve de François
du Gué , Président
en la
Chambre
des Comptes
de Paris , et mere de Françoise-
Nicole du Gué , morte le 3. Janvier 173.2
agée de 1. ans , veuve d'Antoine
d'Aix , Seigneur
, Marquis
de la Chaize , Capitaine
des
Gardes de la Porte du Roy , dont elle n'a laissée
que des filles , et d'Angelique
du Gué , qui épousa
le 7 Février 1726. Michel le Pelletier
de la
Houssaye
, Sous Lieutenant
au Régiment
des
Gardes Françoises
; et Marie Nicole de Paris
veuve depuis le 27. Octobre
1723. de Pierre de
Berulle , Vicomte
de Guyencourt
, Premier Pré- /
sident du Parlement
de Grenoble
, dont elle a et
des enfans.
Par la Mort de Pierre de Paris , Zacharie Morel
, reçû Conseiller le 6 May 1682. et qui monta
à la Grand’Chambre au mois de Novembre
1714. est devenu Doyen.
Le 26. à 3. heures après midi , D. Marie, Anne
Petit
830 MERCURE DE FRANCE
Petit de Villeneuve , femme de Louis- Gabriel des
Acres ,Comte de l'Aigle,Colonel -Lieutenant duRé
giment d'Enguien, Infanterie, qu'elle avoit épousé
au mois de Février dernier , et auparavant veuve
de Jean- Baptiste-Maximilien le Feron , Scigneur
du Plessis - aux- Bois , Iverny , Cuisy , &c ,
et Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du
Roy , mort le 22. Octobre 1734 mourut à Paris
d'une maladie de poitrine , sans laisser d'enfans
et dans la 26. année de son âge , étant néc
au mois de Juillet 1709. elle étoit fille unique de
feu Nicolas Petit , sieur de Villeneuve , `Président
en la Cour des Aydes de Paris , mort le 7.
Mars 1710. à l'âge de 28. ans et de Marie- Anne
Neyret , sa veuve.
"
و ا
Le 27. Mars , Jean- Antoine Loxis , surnommé
Robelet , Negre de Nation des Côtes de Guinée ,
âgé d'environ 10. ans , fut baptisé en l'Eglise de
S. Eustache , et tenu sur les Fonts par M. Jean-
François Ogier , Président au Parlement , et
D. Marie- Anne Barbier , Epouse de M. Jacques
Charles- André de la Guerche , Ecuyer.
M. Claude-Louis Bouthillier de Chavigny, Co mte
de Ponts,âgé de 19, à 20. ans, Colonel du Régiment
de Cambresis , par Commission du 18.
May 1732. fils de M. Louis Bouthillier de Chavigny
, Chevalier , Marquis de Ponts - sur-Seine ,
et de Mad . Antoinette le Gouz - Maillard, épousa
le 13. Avril Maille Françoise-Mélanie de la Fase
, fille de M. Philippe-Charles , Marquis de la
Fare , Lieutenant General des Armées du Roy
Chevalier de sesOrdres et de la Toison d'Or , Gouverneur
des Ville et Château d'Alais et du Pays
des Sévenes , Lieutenant General et Commandant
A VRIL. 173.5. 831
dant en Chef en la Province de Languedoc ; er
de feue Dame Françoise Paparel , morte le 7.
Mars 1730. àgée dé 34. ans.
ARRESTS NOTABLES.
ETTRES PATENTES sur Arrêt
Ldonné à Versailles le 28. Décembre 1734.
qui permet aux Consul , Directeur , Procureur ,
Syndic et Habitans de Chaileville et dépendances
, d'emprunter une somme de 40000. livres
pour faire construire des Casernes dans ladite
Ville , autorise à cet effet l'imposition de six deniers
par livre de Sel qui sera distribué dans la
dite Ville et dépendances pour le payement des
interêts dudit emprunt.
REGLEMENTS Generaux et particuliers de
Réformation pour la Maîtrise des Eaux et Forêts
d'Arques , Département de Rouen , des 31-
Août , 2. et 7. Septembre 1734. en execution de
l'Arrêt du Conseil et Lettres Patentes sur icelui
du 26. Février 1732. Registrées où besoin a été.
ARREST du Conseil d'Etat du Roy , du
16 , Novembre 1734. qui casse un Arrêt de la
Cour des Aydes de Paris , du 17. Avril 1733.
par lequel Pierre Nicolas , Sous- Fermier des Aydes
de Champagne , a été débouté avec depens de sa
demande , à ce que Edme Pissey , Voiturier demeurant
à Ricey Hault , fut condamné solidairement
avec Etienne Pouard , son Domestique,
aux dépens adjugez audit Nicolas , par Arrêt de
La Cour des Aydes du 14. Janvier 1733. &c . .
OR
$ 32 MERCURE DE FRANCE
*
ORDONNANCE du Roy , premier Janvier,
pour l'établissement de deux Maréchaux des Logis
et de deux Sous- Brigadiers d'augmentation
en chacune des deux Compagnies de Mousquetaires
de la Garde de Sa Majesté."
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier ,
portant défenses à tous les Habitans de la Principauté
de Montbeliard , de s'engager pour servir
dans d'autres Troupes que celles de S. M.
ARREST du 11 Janvier . qui en interpretant
l'article III. de l'Arrêt du Conseil du 9. Février
1734.dispense les Gardes de la Communauté des
Merciers Drapiers unis de la Ville de Rouen ,
qui sont entrez en exercice au 2. Janvier de la
présente année 1735. et ceux qui leur succederont
à l'avenir dans les fonctions de Gardes
de ladite Communauté , de faire graver la premiere
Lettre de leur nom et leur surnom en entier
sur les Coins ou Marques dont ils se serviront
pour appliquer le Plomb de Contrôle sur les
Draps et autres Etoffes qu'ils auront visitez ,
condition que la date de l'année de leur exercice
sera gravée sur lesdits Coins ou Marques . suivant
ce qui est prescrit par Particle II . dudit Arrêt
du 9. Février 1734. et à la charge par lesdits
Gardes d'être solidairement garants des Plombs
qu'ils auront appliquez pendant le temps de leur
exercice.
à
Ple
TABLE.
f July
IRCES FUGITIVES. Epitre en Yers , 621
Lettre sur les Adieux et Testament d'un
Sanglier, &c. 626
Chanson ; 632
Lettre écrite de la Rochelle sur l'Académie , 633
Ode couronnée au Palinod de Caen ,
Lettre sur le troisiéme volume des Ordonnances
des Rois de France ,
Laure et Damon , Eglogue ,
636
641
652
Question importante jugée au Parlement de
Normandie ,
Eglogue ,
657
672
Observations de M. Astruc , sur le Fauteuil de
Poste,
Ode ,
677
689
Notice particuliere de divers Monumens d'Antiquité
, qu'on voit à l'Hôtel de Meziere , 691
Envoy d'une Fleur à ... le jour de sa Fête , 697
Lettre sur les anciennes Représcutations Theatrales
,
Lettre et Bouquet en Vers ,
698
708
Réponse au R. P. Em . de Vivier , &c. 712
Ode à l'imitation d'Horace ; -716
Lettre sur le Maronier d'Inde , 717
Enigme , Logogryphes , & c. 721
725
729
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS,
&c .
La Statique des Vegetaux , &c.
Essais sur divers Sujets de Litterature ce de Mo-
736
rale ,
La Théorie
et la Pratique
de la Coupe
des Pierres
et des Bois
,
Bibliotheque Germanique , & c.
746
747
La Feuille du Pour et Contre, Tableaux, &c . 749
Autre Feuille , Observations sur les Ecris môdernes
, 750
743
Rentrée de l'Académie Royale des Belles - Lettres
et Prix donné par cette Académie ,
Programme pour le Prix de 1736. de la même
Académie
754
Estampes nouvelles , 755
Nouveaux Ouvrages et Tableaux en Plumes naturelles
,
Chansons notées ,
760
7.62
Spectacles; Discours prononcé au Théatre François
,
Le Préjugé à la Mode , Extrait ,
765
768
Discours prononcé à la Rentrée du Théatre ,787
Nouvelles de Turquie , d'Afrique , de Pologne ,
742
D'Allemagne , d'Italie , de Naples et Sicile , de
Corse , &c.
D'Espagne ,
Morts des Pays Etrangers
799
807
811
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Morts , Naissances et Mariages ,
Arrêts Notables 2
813
818
831
Errata de Mars.
PAge-604 . ligne 15. voile , lise poële. P. 616. l. 17. et auparavent Secretaire du
Roy , ôtez ces mots .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 636. ligne 3. plus , lisez le plus.
P. 729. ligne 1. la , l. le.
Les Chansons notées doivent regarder la page 762
Qualité de la reconnaissance optique de caractères