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1735, 01-02
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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT.
JA
NVIER . 1735
COLLIGIT
SPARGIT
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIEK,
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à lá descente du Pont -Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
PRIVILEGE
DU ROr.
,
LOUIS, par la grace de Die Rol de France & de
&
9
Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra, SALUT
: l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , cy - devant appelé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé ,
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne con
vient pas que le Public ſoit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'est dans cette vue que bien informé des
zalens , & de la fagefle du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Chevalier
de notre Ordre Militaire de Saint Loüis ; nous l'avons
choifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceſſai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
Jui avons permis & permettons par ces Prefentes de
Compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois ,
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement , ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de ie
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de la datte des Prefentes ; à condi .
tion neanmoins que chaque volume portera ſon Approbation
expreffe de l'Examinatu aura éré com
mis à cet effer . Faifons défenfes à toutes fortès de
perfonnes , de quelques qualitez & conditions qu'elles
toient , d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
9
• Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres d'imprimer
, faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches , en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmentation , correc.
tions , changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6c00 . livres
d'amende , payables fans déport par chacun des con-
Trevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Registre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelle's ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcric ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fera
remis dans le même état où les Approbations y auront
été données , és mains de nôtre très - cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARMENON VILLE, Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai .
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de nôtredit très - cher & feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine
ment & paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Preſentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûement fignifiée ,
& qu'aux copies colla ionnées par l'un de nos Amez
& Feaux Secretaires , foy foit ajoûtée , & c;
A ij
CAJR.
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
J
Uin et Juillet 1721
Août , Septembre , Octobre, Novembre
et Decembre ,
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
2. vol.
s. vol
16. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double, 13 . vol.
Année 1724. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
tembre et Decembre doubles ,
Année 1725. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
is. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
14. vol.
'Année 1728. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
'Année 1729. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
tembre et Decembre doubles ,
'Année 1730. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
cembre doubles ,
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
14. vol.
et de Decembre doubles ,
cembre doubles ,
'Année 1732. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
14. vol.
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
"
cembre doubles ,
Année 1734. les mois de Juin et Dé-
Janvier 1735.
14. vol.
1. vol.
394. vcl.
LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Henaut et Forest.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste .
Nantes , chez Julien Maillard , et chez du Verger,
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar et là veuve Garnier.
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon .
Rouen , chez Herault.
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze .
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , shez C. Duchamp.
Orleans, chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau et à la Poste
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier.
Besançon , chez Briffaut , à la Poste.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Poste .
Reims , chez Disain .
A Vitry-le-François , chez Vitalis .
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure .
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne-sur-Mer , chez Parasol.
Nancy, chez Nicolas .
AVERTISSEMENT.
Oici le cent quatre- vingt- quatorzième
volume du Mercure de France , que
nous avons l'honneur de présenter au Roy et
d'offrir au Public , depuis le mois de juin
1721. que nous travaillons à cet Ouvrage .
sans qu'il ait souffert aucune interruption.
Nous rendons de nouvelles et de très-humbles
graces à nos Lecteurs au commencement de
cette Année , de l'accueil favorable qu'ils
continuent de faire au Mercure. De notre
côté nous redoublerons nos soins et notre ap--
plication pour que la lecture en soit encore
plus utile et plus agréable.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelqu'indulgence pour les:
Endroits qui leur paroîtront négligez et dont
la diction ne paroîtra pas assez chatiée. Le
Lecteur judicieux fera , s'il lui plaît , reflexion
que dans un Ouvrage comme celuiil
est très-aisé de manquer ,
les choses les plus communes , dont chacune
on particulier est facile , mais qui ramas_
cy,
même dans
sées
AVERTISSEMENT.
sées ,font ensemble une multiplicité si grande,
qu'il est mal aisé de donner à toutes
la même attention , quelque soin qu'on y
apporte sur tout quand une telle collection
est faite en si peu de temps ; l'Auteur du
Mercure , chargé du pénible et laborieux
employ de donner chaque mois un volume
au Public , ne peut jamais avoir le temps
de faire sur chaque Article les refléxions
quy feroit une Personne qui n'auroit que cet`
Article en tête , le soul auquel elle s'interesseroit,
et peut-être le seul qu'elle liroit. Une
chose qui paroît un peu injuste , c'est qu'on
nous reproche quelquefois des inattentions
et qu'on ne nous sçache aucun gré des corrections
sans nombre qu'on fait et des fautes
qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix au justes
cela sert beaucoup dans les Provinces aux
personnes qui se déterminent là-dessus à les
acheter , et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres personnes
qu'elles chargent de leurs commissions
qui souvent les font surpayer. M Moreau
pourra même se charger de faire les En-
Bois au prix coûtant.
9
A iij Ow
(
AVERTISSEMENT.
On invite aussi les Marchands et les Ow
vriers qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles, Habits, Ajustemens,
Perruques, Coeffures, Ornemens de tête et autres
Parures , ainsi que de Meubles , Carrosses
, Chaises et autres choses , soit pour
Putilité , soit pour l'agrément , d'en donner
quelques Memoires pour en avertir le
Public , ce qui pourra faire plaisir
divers Particuliers et procurer un débi
avantageux aux Marchands et aux Ou
vriers.
के
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers
envoyées pour le Mercure , sont souvent si
mal écrites qu'on ne peut les déchiffrer ,
et pour cela elles sont rejettées ; d'autres
sont bonnes à quelques égards et défectueu →
ses en d'autres. Lorsqu'elles peuvent en valoir
la peine , nous les retouchons avec soins
mais comme nous ne prenons ce parti qu'avec
répugnance , nous prions les Auteurs
de ne le pas trouver mauvais , et de travailler
leurs Ouvrages avec le plus d'attention
qu'il leur sera possibles si on sçavoit leur
adresse , on leur indiqueroit les défectuositez.
et les corrections à faire.
Ies Sçavans , et les Curieux sont priez
de vouloir bien concourir pour rendre ce
Livre encore plus utile , en nous commu
niquants
AVERTISSEMENT.
niquant les Memoires et les Pieces en Prose
et en Vers , qui peuvent instruire et amuser.
Aucun genre de Litterature n'est exclus
de ce Recueil , où l'on tâche de faire regner
une agréable varieté , Poësie , Eloquence
, nouvelles Découvertes dans les Arts
et dans les Sciences , Morale , Antiquitez ,
Histoire Sacrée et Profane , Voyages , Historiettes
, Mythologie , Physique et Métaphy.
sique , Pieces de Théatre , Jurisprudence ,
Anatomie et Medecine , Botanique , Criti
que , Mathématique , Memoires , Projets ,
Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
et récréatives , &c. Quand les Morceaux
d'une certaine consideration seront
trop longs , on les placera dans un volume extraordinaire
et on fera ensorte qu'on puisse les
en détacher facilement , pour la satisfaction
des Auteurs et des personnes qui ne veulent
avoir que certaines Pieces.
A l'égard de la Jurisprudènce , nous continuerons
, autant que nous le pourrons , de
faire part au Public des Questions importan
tes , nouvelles on singulieres, qui se présente--
ront et qui seront discutées et jugées dans les
differens Parlemens et autres Cours Superieu--
res du Royaume , en observant l'ordre et la
méthode que nous avons déja pratiquée en
pareil cas , sur quoi nous prions Messieurs less
A ve Avc→→
AVERTISSEMENT.
Avocats et les Parties interessées , de vou
loir bien nous fournir les Memoires néces--
saires. Il n'est peut-être point d' Article dans
ce Livre qui regarde plus directement le Bien
public que celui-là , et qui soit plus recherché
de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers ,
rejettez par bonnes raisons , ont souvent.
donné lieu àdes plaintes de lapart des Personnes
interessées ; mais on les prie de considerer
que c'est toujours malgré nous que certaines
Pieces sont rebutées ; nous ne nous en rapportons
pas toujours à notre jugement dans le
choix que nous faisons de celles qui méritent-
Fimpression . On nous reproche avec raison
que nous n'avons que trop de complaisance à
cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
faire mettre un Avis à la tête de chaque
Mercure pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste , dont
le port ne soit affranchi , il en vient cepen--
dant quelquefois qu'on est obligé de rebuter,
Ceux qui n'auront pas pris cette précaus
tion ne doivent pas être surpris de ne
pas voir paroître les Pieces qu'ils ont envoyées
, lesquelles sont d'ailleurs perduës poureux
s'ils n'en ont point gardé de copie..
Les Personnes qui desireront avoir leMer
cures
AVERTISSEMENT.
cure des premiers , soit dans les Provinces
soit dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à
s'adresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis-à- vis la Comédie Françoise
, à Paris , qui le leur envoyerapar
la voye la plus convenable et avant qu'il
soit en ventes les Amis à qui on s'adresse
Pour cela
ne sont pas quelquefois fort
exacts ; ils n'envoyent gueres acheter ce Livre
précisément dans le temps qu'il paroît.
Ils ne manquent pas de le lire , souvent ils
Le prêtent et ne l'envoyent enfin que fort
tard ,sous le prétexte spécieux que le Mereure
n'a pas parû plutôt.
>
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on envoye des Piecés
, soit en Vers , soit en Prose , de les faire
transcrire bien lisiblement , chaque morceau
sur des papiers séparez et d'une grandeur
raisonnable , avec des marges , pour y placer
les additions on corrections convenables
et que les noms propres, sur tout, soient exac--
tement écrits. ·
Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas se faire:
connoître , mais il seroit bon qu'ils donnassent
une adresse , sur tout quand il s'agit de
quelque Ouvrage qui peut demander des
éclaircissemens car souvent , faute d'une
A - VI
3
AVERTISSEMENT.
tel secours des Pieces nous restent entre
les mains sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de
leurs correspondances , reçoivent des nou
velles d'Asie , d'Afrique , du Levant , de
Perse , de Tartarie , du Japon , de la Chine,
des Indes Orientales et Occidentales , et d'au
tres Pais et Contrées éloignées ; les Capitaines
, Pilotes et Officiers des Navires et
les Voyageurs , de vouloir nous faire part de
leurs Journaux , à l'Adresse generale du
Mercure. Ces Matieres peuvent rouler sur
les Guerres présentes de ces Etats et de leurs
Voisins les Révolutions , les Traitez de Paix
ou de Tréves les occupations des Souverains,
la Religion des Peuples , leurs Cerémonies ,
Coûtumes et Usages , les Phénomenes et les
productions de la Nature et de l'Ari , &c.
comme Pierres précieuses , Pierres figurées ,
Marcasites rares , Pétrifications et Crystallisations
extraordinaires , Coquillages , &c.
Edifices anciens et modernes , Ruines , Statues
, Bas- Reliefs , Inscriptions , Pierres gravées
, Médailles , Tableaux , Oc
Nous serons plus attentifs que jamais à
aprendre au Public la mort des Sçavans
et de tous ceux qui se sont distinguez dans
les Arts et dans les Mécaniques ; on y joindea
le détail de leurs principales occupations,
de
AVERTISSEMENT
-
de leurs Ouvrages et des plus considerablêsactions
de leur vie. L'Histoire des Lettres
et dés Arts , doit cette marque de reconnoissance
à la memoire de ceux qui s'y sont
rendus celebres , ou qui les ont cultivez avec
soin. Nous espérons que les Parens et les
Amis de ces illustres Morts , aideront vo
lontiers à leur rendre ce devoir , par les
instructions qu'ils voudront bien nous fournr.
Ce que nous venons de dire regarde
non-seulement Paris , mais encore toutes les
Provinces du Royaume et les Pays Etrangers
, qui peuvent fournir des Evenemens
considerables , Morts , Mariages , Actes solemnels
, Fêtes et autres Faits dignes d'être
transmis à la Posterité, en observant d'écrire
exactement et lisiblement les noms propres!
On a fait an Mercure et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer ; c'est une gloire
qui manquoit à ce Livre. On a beau dire ;:
nous ne changerons rien à notre méthode
puisque nos Lecteurs la trouvent passablement
bonne. Un Ouvrage de la nature de
celui-cy , ne sçauroit plaire également à tout
le monde , à cause de la multiplicité et de la
varieté des matieres , dont quelques- unes sont
lues par certains Lecteurs avec plaisir et
avidité , et par d'autres avec des dispositions
contraires. M. du Fresni avoit bien raison
de:
f
AVERTISSEMENT.
de dire
que pour que le Mercure fût genera--
lement approuvé, il faudroit que comme un·
autre Prothée , il pût prendre entre les mains
de chaque Lecteur , une forme convenable à
Pidée qu'il s'en est faité.
C'est assez pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose , à l'instruc- ·
tion et à l'amusement des Citoiens . Le Mercure
ne doit rien prétendre au- delà . Nous
sçavons , il est vrai , que la critique outrée ,
ou la médisance plus ou moins malignement
épicée , fut toujours un mets délicieux pour
beaucoup de Lecteurs ; mais outre que nous
n'y avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon coeur , à la dangereuse
gloire d'être lûs et applaudis aux
dépens de
personne.
Nous serons encore plus retenus sur les
louanges , que quelques . Lecteurs n'ont pas
généralement approuvées , et en effet nous
nous sommes apperçus que nous y trouvions
peu d'avantage ; au contraire on s'est vû
exposé à des especes de reproches , au lien :
des témoignages de reconnoissance , sur toutde
la part des gens à Talens ; car "souvent
tel qu'on lone ne doute nullement que ce
ne soit une chose qui lui soit absolument
dûë , souvent même il trouve qu'on ne le
Lone
pas assez , et ceux qu'on ne louë points
AVERTISSEMEN T..
ou qu'on loue moins , sont très-indisposez
et prétendant qu'on loue les autres à leurs
dépens , ils sont doublement fachez.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , et nous faisons quelques ·
Observations d'après le jugement du Public
sur les beautez et sur les deffauts qu'on y
trouve ; la crainte de blesser la élicatesse
des Auteurs , nous retient quelquefois et nous
empêche d'aller plus loin ; nous craignons que
d'autre part si nous sommes plus sinceres ,»
qu'on ne nous accuse de partialité. Si les Auteurs
eux mêmes-vouloient bien prendre sur
eux de faire un Extrait ou Memoire de leurs
Ouvrages, sans dissimuler les deffants qu'on y
trouve , cela nous donneroit la hardiesse d'etre
un peu plus séveres , et le Lecteur leur en
sçauroit grés ils n'y perdroient rien par les·
remarques , à charge et à décharge , que nous
ne manquerions pas d'ajouter, sans oublier de
* faire observer l'extrême difficulté qu'il y a de
plaire aujourd'hui au Public , et le péril que
courent tous les Ouvrages d'esprit qu'on luis
présente. Nous faisons avec d'autant plus de ·
confiance cette priere aux Auteurs Dra--
matiques et à tous autres , que certainement
Corneillé , Quinault , Moliere , Racine, &c..
n'auroient pas rougi d'avouer des deffants :
dans leurs Pieces.
AVERTISSEMENT.
Nous tâcherons de soutenir le caractere
de moderation de sincerité et d'impartialité,
qu'on nous a déja fait la justice de nous at
tribuer. Les Pieces seront toujours placées
sans préference de rang et sans distinction
pour le mérite et la primauté. Les premieres
reçues seront toujours les premieres employées;
hors le cas qu'un Ouvrage soit tellement du
temps , qu'il mérite pour cela seulement la
préference.
Les honnêtes gens nous sçavent gré d'a
voir garanti ce Livre depuis près de 14:
ans que nous y travaillons , non-seulement
de toute satyre , mais même de portraits trop
ironiques , trop ressemblans et trop suscep
tibles d'applications. On aura toujours la
même délicatesse pour tout ce qui pourra
blesser ou désobliger , mais nous admettros
très-volontiers les Ouvrages dans lesquels
une plume legere s'égayera , même vivement;
contre divers caracteres bien incommodes et
souvent très-dangereux dans la Societé , tels,
par exemple , que les Nouvellistes outrez
partiaux et trop crédules , lès ennuyeux , les
indifferens , les grands parleurs , tyrans des
Conversations, les Fanfarons, les Opiniâtres,
Disputeurs et Clabandeurs éternels , les Ins
dolins , les Glorieux , qui vous disent d'un
air important les plus petites choses , les
"
faux
AVERTISSEMENT.
faux Connoisseurs et ceux qui ne croyent
se connoître à rien , pas même au temps
qu'il fait , les Complaisans et fades Louangeurs
, les Envieux , & c . encore y faut- il
mettre cette clause , que le Lecteur n'y puisse
reconnoître aucune personne en particulier,
mais que chacun se puisse reconnoître en
quelque chose dans la peinture generale des
vices et des ridicules de son siecle.
Rien n'est si rare que de voir une Relation
parfaite d'un Siege ou d'une Batailte
, particulierement quand on la fait sur
les premieres nouvelles qu'on en reçoit. C'est
beaucoup , après avoir ramassé et comparé
tous les Memoires et pris toutes les instruc
tions des témoins oculaires et de leurs Let-·
tres , si on n'omet aucune circonstance essentielle.
Tout ce qu'on écrit peut être vrai ,
mais il y a presque toujours quelque particularité
qui échappe . Par ces considerations
nous aimons mieux donner une Relation plus
tard et la donner moins défectueuse. On
tâche de rendrejustice à tous ceux à qui elle
est due, et nous sommes très - appliquez à cet
égard à ne faire aucune omission injurieuse
ou à ne nous pas étendre hors de propos en
louanges ; mais le Lecteur doit considerer
aussi qu'il est bien difficile d'être infor--
mé de tout bien exactement. Ceux qui
écri
AVERTISSEMENT.
་
écrivent ne sçauroient avoir été en differens
endroits tout à la fois. Dans l'Action
, un homme ignore souvent ce qui se
passe à 20. pas de lui. Nous prions trèsinstamment
les personnes amies de l'exacte
verité et bien instruites , de vouloir faire
passer jusqu'à nous les Lettres et Memoires
qui leur tomberont entre les mains sur
ces matieres.
Il nous reste à remercier au nom du Public
, plusieurs Sçavans du premier ordre ,
d'aimables Muses et quantité d'autres personnes
d'un grand mérite , dont les produc
tions enrichissent le Mercure et le font rechercher:
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Janvier , et j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
P'impression. A Paris, le 3 Févier 1735.
HARDION.
MERCURE
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
JANVIER. 1735
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE TONNERRE ,
P
POEM E.
Ar des crimes nouveaux Jupiter
outragé
Jure dans sa fureur qu'il en sera
vengé ,
Il assemble les Dieux ; partagés ma colere ,
Leur dit- il , l'homme ingrat s'obstine à me dé---
plaire
2 MERCURE DE FRANCE
Il ose m'insulter jusques sur mes Autels ;
J'ouvre en vain sous ses pas des gouffres éternels ,
Noir séjour de l'horreur , trésor de ma vengeance
:
Rien ne peut arrêter cette coupable engeance ;
C'en est trop ; pour jamais détruisons l'Univers ;
Que le crime insolent rentre dans les Enfers ;
Les Enfers l'ont vomi , l'homme étoit mon ouvrage
;
Mais puisque dans son coeur il soüille mon
image
Vengeons - la ; que ce Temple aujourd'hui pro
fané
A la fureur des flots périsse abandonné.
Dans un second déluge il faut noyer la Terre ,,
Non , dit Minerve , il faut vous armer du Tonnerre
,
Et sans exterminer l'ouvrage de vos mains ,
Ce châtiment nouveau retiendra les Humains ;
Je répons du succès que j'ose vous promettre ,
J'en prens sur moi le soin , daignés me le re--
mettre ;
L'industrieux Vulcain dans ses antres brûlans
Sans cesse forgera ces traits étincelans ,
Et je vais à Lemnos lui prescrire moi- même
Du souverain des Dieux la volonté suprême.
Jupiter y consent ; tout l'Olympe applaudit ,
Et bientôt chez Vulcain Minerve descendit .
Environnez de Monts et de Roches fumantes ,
Ou
JANVIER. 1735. 3
Od la Mer vient briser ses vagues écumantes ,
De l'Epoux de Venus les antres ténebreux
N'ont point d'autre clarté que la lueur des feux,
Captifs entre ces Monts les Aquilons mugissent,
D'un effroyable bruit , les Forêts retentissent ,
La flamme brille au loin en replis ondoyans ,
Et la vaste fournaise en vomit des torrens.
L'Airain , le Fer , le Bronze , occupoient les Cy
clopes,
Le nerveux Piracmon, les Brontes , les Steropes ,
Le bras nud , l'oeil en feu, sous leurs pesans marteaux
,
A grands coups redoublés façonnoient les Méaux
.
Là , le Fer s'amollit , ici l'Airain bouillonne ,
Le Bronze écume et prend les formes qu'on luy
donne :
Chalybes , dit Pallas , le souverain des Dieux
Confie à votre adresse un emploi glorieux :
Apprenés à forger les Foudres redoutables ,
Qu'il veut dans sa fureur lancer sur les coupables
;
Formés douze rayons , et dans chaque carreau
Mêlés en trois de feu , de vent , de grêle et d'eau,
Joignés-y des Eclairs la lumiere rapide ,
La terreur , le fracas , et la flamme homicide.
Ainsi parle Minerve,et presque au même instant
Les Foudres sont formés , Jupiter est content.
Minerve
>
4 MERCURE DE FRANCE
2
Minerve les remet dans sa main vengeresse ,
Et les plus prompts effets secondent sa promesse.
Qu'entens-je où fuirô Ciel ! Alecton dans
les Airs
Auroit elle aujourd'hui transporté les Enfers ?
Quel déluge de feux ! quelles clartés sinistres ,
Des vengeances du Ciel formidables Ministres!
Ces traits , portent la mort ; Quels carreaux ménaçans
!
Quelle vapeur funeste a pénetré mes sens !
Que de cris ! que de pleurs ! Quelles tristes images
!
Nemesis s'applaudit de ces affreux ravages .
Du Soleil obscurci les Coursiers allarmez
S'égarent avec lui dans les Cieux enflammez
Les Tritons éperdus , les pâles Nereides
Se cachent en tremblant dans leurs Grottes humides.
Sur son Trône ébranlé le noir Tyran des Morts
Frémit de voir le jour percer les sombres bords.
Incroyables effets ! cette brûlante foudre
Sans entamer la chair , reduit les os en poudre,
De l'Hymen , la barbare ose étouffer les fruits
Dans le sein maternel qui les avoit produits
De ces tristes fardeaux la Mere se délivre
Et gémit d'être encor forcée à leur survivre .
Du pouvoir de ses traits Jupiter est surpris ,
Contraint de les punir , il plaint ses ennemis.
Mais
JANVIER.
5
1735.
Mais on l'irrite encor ; l'insensé Roy d'Elide
Lance des feux ardens du haut d'un Char rapide,
Et sur un Pont d'Airain , ce nouveau Jupiter
Imite de la foudre et le bruit et l'éclair.
Arrête , malheureux ! la foudre véritable
Dans ton triomphe vain te poursuit et t'accable.
Tremblés , Mortels , tremblés , et respectés les
Dieux ,
La foudre gronde et frappe un Cedre audacieux,
Tandis que l'humble Hyssope évite la tempête,
Des plus superbes Tours elle brise le faîte
Et pardonne , souvent au vil toit habité
Par la simple innocence , et par la pieté.
Prêtres impurs, cessons d'immoler des Genisses ;
Jupiter en couroux veut d'autres sacrifices ,
Nos mains brûlent en vain l'Encens sur les Autels
,
Quand notre coeur nourrit des désirs criminels ;
C'est le coeur qu'il demande, épurons la victime,
Et l'offrande à ses yeux en sera légitime :
C'est la seule qui puisse appaiser son courroux ,
Et c'est l'unique bien dont ce Dieu soit jaloux.
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
REMERCURE
DE FRANCE
REPONSE de M. l'Abbé Mariette
à la seconde Réplique de M. de S. Aubin
sur le Mouvement annuel du Flux et
Reflux de la Mer.
Uoique j'eusse promis d'abandonner
la difficulté, que j'avois exposée
au mois de Mars dernier sur le mouvementannuel
du Flux et Reflux de la Mer,
croyant que le Public éclairé étoit suffisamment
instruit , pour juger entre M.
de S. A. et moi, lequel de nous deux avoit
raison cependant comme ce sçavant
vient de donner encore une nouvelle Réplique
sur ce sujet, et que cette Réplique
ne me satisfait pas , j'ai cru devoir instruire
les Personnes capables de juger des
raisons qui m'empêchent de m'y rendre.
Je ne parlerai point ici de tout ce qui
regarde la nouvelle hypothese de M. de
S. A. ou de ce qui peut être étranger
au systême sur le Flux et Reflux de
la Mer , suivi jusqu'ici de tout le Monde,
puisque , comme je l'ai déja observé , je
n'ai pas attaqué l'explication du mouvement
annuel dans les nouvelles hypotheses
qu'on peut imaginer , mais dans
celle
JANVIER. 1735. 7
selle qu'on a suivie jusqu'ici parmi les
Philosophes ; d'ailleurs , comme cette explication
ne peut être véritable que dans
un sistême , il est juste que M. de S. A.
abandonne l'ancien , avant que je lui réponde
sur le nouveau qu'il propose. Ainsi,
comme il veut encore soutenir le premier
, je suis en droit de ne lui répondre
que suivant le premier sistême.
Venons au fait. Il s'agit de sçavoir sí
la pression que la Lune fait dans le tems
des solstices , c'est-à - dire , lorsqu'elle répond
à l'un des Tropiques , est plus indirecte
que lorsqu'elle répond à l'Equateur
dans le temps des Equinoxes. M. de S.
A. soutient l'affirmative pour deux raisons,
ausquelles j'ai déja répondu ; sçavoir
qu'il y a plus d'étendue et de profondeur
des Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ,
et qu'ainsi la pression qui tombe sur les
Tropiques ne fait que glisser sur les Eaux,
comme l'a dit l'Auteur dans sa premiere
Réponse , et va d'une maniere fort indirecte
se faire sentir à l'Equateur , où elle
donne la marée des solstices . Il y a , dit
l'Auteur , plus d'étendue , parce qu'il y a
moins de continent , il y a plus de profondeur
, parce que les Eaux de l'Ocean
étant plus pesantes à l'Equateur qu'aux
Tropiques , elles doivent se creuser um
lit beaucoup plus profond .
B
MERCURE DE FRANCE
Je vois trois questions à examiner icis
la premiere , s'il y a plus d'étendue des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ; la
seconde , s'il y a plus de profondeur ; et
la troisième , si , supposé qu'il y ait plus
d'étendue et de profondeur , c'est une
raison pour que dans le temps que la Lune
répond aux Tropiques , la pression
doive glisser sur les Eaux , et aller se faire
sentir d'une maniere fort indirecte aux
environs de l'Equateur.
1º. Il n'y a pas plus d'étendue des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques , et
cela se voit , comme je l'ai dit , par la
seule inspection des Cartes Géographiques
; mais l'Auteur de la Réplique pousse
les choses plus loin : » C'est une veri-
» té , dit-il , qui n'est pas revoquée en
doute , que tous les Continens qui sont
» au-delà du Tropique du Capricorne ,
» et tous Ceux qui sont proche des Pôles
» Arctique et Antarctique , ne nous sont
presque pas connus , &c . Mais , 1º . il
ne s'agit pas précisément ici de ce qui se
trouve au-delà des Tropiques , puisque
la Lune ne passe presque point ces deux
cercles ; pourvû donc que nous connoissions
les Tropiques et leurs environs , cela
suffit or nous sçavons qu'il y a moins
de Continent par rapport à nous au Tropique
JANVIER. 1735.
pique du Capricorne qu'à l'Equateur
puisque l'Equateur répond à une plus
grande portion des Terres d'Afrique , et
qu'il s'y trouve plus d'Isles qu'au Capricorne
; donc il y a même plus d'étendue
des Eaux au Tropique qu'à l'Equateur .
2. Il n'est pas probable qu'il y ait
plus de Continent au-delà du Tropique
du Capricorne qu'à l'Equateur. Il est certain
d'abord que nous en connoissons
moins ; » mais, dit l'Auteur, il ne s'ensuit
» pas qu'il n'y en ait davantage, parce que
>> tout n'est pas découvert .Je répons qu'il
se peut bien faire qu'on n'ait pas encore
découvert quelques petites Isles de peu
de conséquence , mais qu'il n'est pas possible
que nous en ignorions en assez grande
quantité pour pouvoir dire qu'il y a
plus de Continent au-delà du Tropique
qu'à l'Equateur ; la raison en est que nous
connoissons quantité de Terres au - delà du
Tropiques on connoît au bout de l'Affrique
le Royaume de Monomotapa , les
côtes des Caffres , le Cap de bonne Espérance
, on connoît l'Isle de Madagascar ,
les Isles de Tristan , de Cunha, et de Gonçalo
d'Alvarez. On a pénetré même jusqu'aux
Terres Australes , et cela dès l'année
1603. qu'un Capitaine Normand ,
nommé Gonneville , pour mieux auto-
Bij riser
To MERCURE DE FRANCE
riser la découverte qu'il en avoit faite ,
amena avec lui un des fils du petit Roi du
Païs , où il avoit mis pied à terre. Ce
Roy se nommoit Arosca , et son fils, qui
fut amené en Europe Essomerie ; sa famille
subsiste même encore en Normandie ;
la relation en fut imprimée en 1663 .
Outre cette découverte , le Capitaine
Vlamming Hollandois , découvrit un
autre Continent en 1697. vis- à - vis de
l'Isle de Madagascar , et il y trouva une
plaque d'Etaim sur un pieu avec cette
Inscription , qu'en 1628. un Capitaine
Hollandois y avoit été jetté par la tempête.
Il est donc certain que toutes les
Mers , qui sont au- delà du Tropique du
Capricorne sont fréquentées depuis plus
de 10c. ans , d'où je concluds que s'il Y
avoit desContinents en aussi grande quantité
que le prétend M. de S. A. au- delà
de ce Tropique , on en auroit découvert
la plus grande partie depuis un si grand
nombre d'années . Cela n'est point arrivé ;
Donc il est probable qu'il n'y en a point ,
ainsi il y a du moins autant d'étendue des
Eaux au Tropique du Capricorne et audelà
, qu'il y en a à l'Equateur.
2º. Il n'y a pas plus de profondeur des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques , et
je ferai même voir facilement qu'il y en
JANVIER. 1735 . Ir
moins ; car si la plus grande pesanteur
des Faux qui se creusent un lit plus profond
, détermine la differente profondeur
des Eaux de la Mer , comme le croit M.
de S. A. il est certain qu'il y a plus de
profondeur des Eaux vers les Pôles , que
vers l'Equateur , pourvû que les Eaux
soient plus pesantes vers les Pôles que
vers l'Equateur : Or les Eaux sont plus
pesantes vers les Pôles, que sous la Ligne
équinoxiale : car les corps n'étant d'euxmêmes
ni pesans ni legers , mais seule
ment relativemenr à la cause de la gravi
té , il s'ensuit que si la cause de la gravité
est moindre sous l'Equateur que sous
les Pôles , les corps y doivent être aussi
moins pesans à proportion ; c'est un fair
démontré par les observations de M. Ri
cher , et par les conclusions qu'en ont
tiré les meilleurs Physiciens , que la cause
de la gravité est moindre sous l'Equateur
que vers les Pôles . Car M. Richer
observa à Caïenne en 1672. à environ 4.
degrez de la Ligne , que le Pendule devoit
y être accourci pour battre les secondes
du mouvement moyen , d'où MM . de
l'Académie des Sciences de Paris ont fort
bien conclu que la cause de la gravité , ou
la pesanteur , étoit moindre vers l'Equa
reur que vers les Pôles ; et de cette con-
Biij clusion
12 MERCURE DE FRANCE
clusion j'en tire une autre , qui est que
les Eaux sont par conséquent moins pesantes
vers l'Equateur que vers les Pôles ,
qu'ainsi elles se doivent creuser un lit
moins profond d'où il suit que non
seulement il n'y a pas plus de profondeur
des Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ;
mais même qu'il y en a moins . De plus
je viens de démontrer qu'il y a moins d'étendue
des Eaux à l'Equateur , qu'aux Tropiques
; ainsi la pression qui tombe sur
les Tropiques , ne glisse point sur les Eaux ,
et ne va point se faire sentir indirectement
à l'Equateur , mais elle devroit au
contraire , suivant M. de S. A. se décliner
vers les Pôles ; ce qui est tout - à- fait contre
l'intention de l'Auteur.
3. Supposé qu'il y ait plus d'étendue
et de profondeur des Eaux à l'Equateur
qu'aux Tropiques , s'ensuit- il que dans le
temps que la Lune repond aux Tropiques
ta pression doive glisser sur les Eaux , et
tomber indirectement sur l'Equateur ?
Non; car si cette conséquence étoit juste,
il s'ensuivroit que toutes les fois que la
Lune trouveroit un lieu plus propre à recevoir
une pression qui donnât le Flux
et Reflux , que celui où elle se rencontreroit,
cette pression devroit se décliner,
et aller se faire sentir dans le lieu le plus
propre
JANVIER. 1735 13
propre à produire cet effet; par exemple,
lorsque la Lune répond directement dans
le lieu de l'Equateur , où se trouve l'embouchure
du Fleuve des Amazones , où
il y a sans contredit moins d'étendue des
Eaux de la Mer, que vers le Tropique du
Cancer , il s'ensuivroit que la pression
devroit aller indirectement se faire sentir
au Tropique du Cancer ; on pourroit dire
même par cette raison , que lorsque la Lune
répond à des Continents , où elle ne
peut pas causer de Flux et Reflux : par
exemple , sur les terres d'Afrique ou d'Amerique
, sa pression devroit pareillement
se décliner , et s'en aller indirectement
causer une pression sur les Eaux de
la Mer, pour donner un Flux et Reflux :
or tout ceci ne se peut pas dire. Ainsi
tout ce que M. de S. A. pourroit conclure
de ces deux suppositions , c'est que
dans le tems des Solstices il n'y auroit
point de Flux et Reflux , parce que les
Eaux des Tropiques ne seroient pas propres
à recevoir le pression de la Lune ,
de même qu'on conclud de ce que les
Lacs ne sont point capables de recevoir
une pression qui donne le Flux et Reflux
; on conclud , dis-je , et même l'expérience
le fait voir , qu'il n'y doit point
avoir de Flux et Reflux. Mais comment
Biiij.
M.
14 MERCURE DE FRANCE
M. de S. A. tirera- t'il la même conclu
sion par rapport aux Tropiques ? puisqu'elle
est contraire aux observations
qui font voir que lorsque la Lune répond
aux Tropiques , nous avons Flux et Reflux.
M. de S. A. ne peut donc rien conclure
de ses deux suppositions , sçavoir ,
l'étendue des Eaux et leur profondeur
seroient plus grandes à l'Equateur
que vers les Pôles . D'ailleurs j'ai fait voir
que ces deux suppositions ne peuvent
pas se faire ainsi la pression de la Lune
n'est pas plus indirecte dans le temps
des Solstices que dans celui des Equinoxs
; et c'est ce que j'avois à prouver.
que
PLAINTE d'un Troupeau à son Pasteur,
qui vouloit l'abandonner.
Q
U'un Dieu secourable
Retienne tes pas ;
Pasteur charitable ,
Ne nous quitte pas.
Sous ta garde aimable
Nous passons des jours.
Heureux , pleins de charmes ;
Aucunes allarmee
N'altereng
JANVIER. 1735
N'altérent leur cours.
Ah ! que ta présence
Nous fait de plaisir !
Ah ! que ton absence
Nous feroit souffrir !
Les ris et la joye
Fuiroient loin de nous ::
Nous serions en proye
Aux fureurs des Loups
Qu'un Dieu secourable
Retienne tes pas :
Pasteur charitable ,
Ne nous quitte pas
A XH
REFLEXIONS de Madlle
Archambault , sur la Réponse de M. Simonnet
à la Question: qui de l'Homme
ou de la Femme est plus capable de
Constance. ?
E suis surprise que M. Simonnet
donne dans les préjugés de ceux qui®
soutiennent que l'esprit de la Femme est
plus foible que celui de l'Homme. Il me
permettra , sans manquer au respect que
By je:
16 MERCURE DE FRANCE
je lui dois , de réfuter ce sentiment , de
prouver le contraire de ce qu'il avance ,
et de lui faire connoître qu'il se trompelorsqu'il
dit que l'esprit de l'Homme est
plus capable de grandes vertus par sa destination
; je vois par - là qu'il est tombé
dans le défaut de plusieurs autres Sçavans
qui , sans examiner à fond cette matiere,,
s'en sont rapporté de bonne foi à l'opinion
de quelques anciens Auteurs , dont
aucun n'a donné de preuve d'un bon
raisonnement sur le sujet en question .
Si on a regardé comme des prodiges
les Femmes dont la constance étonnante
a fait l'admiration de tous les siècles
ce ne devoit être que parce qu'il étoit
extraordinaire de voir une telle Constance
dans la nature humaine et non paspar
rapport à leur sexe , puisqu'elles ont
souvent surpassé les Hommes en ce qu'il
ya de plus grand et de plus heroïque..
Le plus sage de tous les Rois , dit M. Simonnet,
s'écrie qui trouvera une Femme
forte? tant il les croyoit rares : ce sage Roy
ne fait aucunement entendre par là qu'il
les croye plus rares que les Hommes. I
dit seulement : qui trouvera une Femme
forte Elle est plus précieuse que ce qui
vient des extrémités du monde : en effet
ine Femme ornée de toutes les vertus:
quli
JANVIER 1734. 17
qui conviennent à son sexe , est ce qu'il
ya de plus excellent dans l'Univers. Elle
est une source de joye , c'est la couronne
de son mari , en un mot, c'est la récompense
de l'Homme juste.
La foiblesse , continue- t'il, paroît être
l'appanage d'un sexe qu'on nomme fragile
; il l'a été dans sa tige et l'est apparemment
dans ses branches : or la foiblesse
et la constance ne s'accordent pas
ensemble. J'avoue cela , lorsque la foiblesse
vient de l'esprit ; mais cette foiblesse
et cette fragilité ne doivent regarder
que le corps de la Femme , comme
la force de l'Homme au - dessus d'elle , ne'
doit s'entendre que de celle du corps. Eni
effet Dieu les'a faits tous deux à son image
et ressemblance . Il leur a donné la
même bénédiction , dans laquelle étoit
renfermée non - seulement la fécondité ,
mais l'abondance des dons naturels et surnaturels
de l'ame ; comme la science ,
force , la droiture , l'innocence , & c. Il
leur a aussi donné également le pouvoir
de dominer sur tous les Animaux de la
Mer , du Ciel et de la Terre.
la
Dans leur chute on voit le même or
gueil préceder leur désobéïssance et leur
foiblesse. Si Eve ne résiste pas à la voix
du Démon , Adam n'a pas la force de ré-
B vj,
sister
1.8 MERCURE DE FRANCE
sister à celle de sa Femme. Après leur
peché, les yeux des deux furent ouverts ,
ils virent le bien qu'ils avoient perdu et
le malheur dans lequel ils s'étoient précipitez.
On voit de plus qu'ils cherchent la
même excuse et qu'au lieu de s'humilier,
Adam rejette sa faute sur Eve et Eve sur
le Serpent. Le sexe les distingue , dit
S. Augustin , l'orgueil les égale. Enfin
Dieu leur imposa à chacun sa penitence
et tous deux l'accomplirent avec la
même force , la même constance et la .
même humilité ; tout cela doit faire juger
que les deux sexes sont sujets aux
mêmes foiblesses , et capables du même
bien et du même mal . Si l'on vouloit
trouver dans l'un plutôt que dans l'autre
quelque chose de plus foible et de plus
, on pourroit remarquer qu'Adam
avoit donné le nom à tous les Animaux.
avant que la Femme fut formée , qu'il
sçavoit qu'aucun ne pouvoit parler &c.
Il avoit ainsi une science d'expérience ,
Eve n'en avoit qu'une de spéculation :
D'ailleurs Adam étoit son Chef, qui devoit
par conséquent lui représenter la
grandeur de sa faute , au lieu de cela il
Limite en sa désobéïssance , mange ' du
fruit qu'elle lui présente , et puis l'accuse
evant Dieu .
bas
IL
JANVIER. 17347 Ty
I sied donc mal aux Hommes de re
procher aux Femmes une foiblesse qu'ils
partagent avec elles , ou plutôt dont la
plus grande partie retombe sur eux.
Il leur conviendroit mieux de faire unejuste
compensation et de reconnoître que
les uns et les autres ont été inférieurs et
superieurs chacun à leur tour, selon la di
versité des occasions où ils se sont trou
vez , sans s'exposer au danger d'être hu÷
miliez : car il arrive quelquefois que nous
avons peine à marcher à pas égaux avec
ceux que nous ne croyons pas capables de
nous suivre. Pour rendre justice aux deux
sexes, je dirai qu'ils ont , à la verité , une
même capacité , qu'ils réussissent également
en tout , mais avec cette différence
que les hommes ont moins de difficulté
que les femmes pour faire les choses ma
terielles , et celles - ci moins que ceux- là
pour apprendre et comprendre solidement
toutes les Sciences ; elles ont em
effet plus de mémoire , l'esprit plus doci
le , plus vif , plus pénétrant que la plûpart
des hommes
و
9"
disent même leurs
ennemis , le gout meilleur et plus sûr ,
avec une grande justesse de discernement
pour les choses fines et délicates. Il est
vrai qu'ils ne conviennent qu'elles ont
au dessus d'eux ces avantages , queparce
que
20 MERCURE DE FRANCE
que les ignorans comme les sçavans en
sont convaincus , et pour se dédommager
ils s'imaginent qu'ils doivent s'approprier
toute force et la solidité. Rien
ne les arrête là- dessus , ils tranchent et
décident , comme si on n'avoit pas droit
d'appeller de leur imagination à la raison.
A.
La femme ayant les mêmes passions
que l'homme à combattre et à détruire ,
les mêmes vertus à pratiquer au même
degré , ne doit- on pas convenir qu'il lui
faut au même degré la force et la solidité
de plus ce fut par elle que Dieu
donna la perfection à toute la nature ; or
avec un peu de refléxion il ne peut tomber
sous le bon sens que l'Auteur de cette
nature , dont la sagesse et la puissance
sont infinies, eut, pour ainsi dire, décliné
en finissant son ouvrage , c'est-à- dire
dans la formation de la femme , qu'il
destinoit à des fonctions qui demandent
que l'esprit agisse presque sans relâche er
sans dissipation. Ne doit - on pas au contraire
être persuadé qu'il est allé en aug
mentant de merveille en merveille
que s'il l'a faite inférieure à l'homme par
la foiblesse du corps, il l'a rendue supérieure
par une plus grande étendue de
génie.
Jė
JANVIER 1734 2Tex
que
Je sçai cependant, comme M. Simonnet ;
l'Homme est dans l'ordre naturel le-
Chef de la Femme , puisqu'il est venu le
premier , il ne seroit pas juste que cela
fut autrement. Je sçai encore qu'il en doit
être le soutien , l'appui , le deffenseur ,
que c'est à lui de maintenir ses droits
de veiller à sa sureté , &c. Mais ne lui a
t'elle pas été donnée pour l'aider' , le secourir
, et lui rendre les mêmes serviceslorsqu'il
en a besoin , comme aussi le for--
tifier dans ses peines , l'encourager dans
ses souffrances ,le relever de ses foiblesses ?
puisque depuis le peché :
De quelquefermeté que l'Homme soit capable , **
Tin souffle le remuë , un accident l'accable :
Il ne paroît constant dans sa force d'esprit
Que dans des tems heureux et lorsque tout lui rit.
L'Homme en effet est aussi muable
que
la femme , et la femme aussi constante
que l'homme ; elle est de même nature,
de même condition ; elle a les mêmes
inclinations que lui et les mêmes interêts .
que
à soutenir.
Pourquoi , dit encore M. Simonnet ,
voit-on les Armes entre les mains des
kommes ? & c. Pourquoi a- t-on recours à
Andrel!
eux
22 MERCURE DE FRANCE
eux plutôt qu'aux femmes pour tout ce
qui demande de la force ? du courage , de
la constance , sinon parce qu'on juge et
qu'on sçait qu'ils en sont plus capables
M. Simonnet me permettra de lui dire
qu'il a tort d'attribuer aux hommes plus
qu'aux femmes la capacité de faire les
actions les plus éclatantes. Toutes les
Histoires nous prouvent que dans les
Occasions elles se sont acquitées aussi parfaitement
qu'eux de toutes sortes d'emplois
, qu'elles les ont mêmes surpassés.
Elles ont défendu leur Patrie , en ont
soutenu la gloire avec une prudence , un
courage , une constance plus qu'heroïques.
Renfermées dans le petit cercle de
leur Sphere, elles ne sont pas moins illus
tres , il s'en trouve un grand nombre dont
l'humilité cache plus de mérite que la
vanité des hommes n'en étale . Elles contribuent
aussi d'une maniere plus noble
au bien de la République , et les fonctons
à quoi elles sont destinées , pour
avoir moins d'éclat , n'en sont pas moins
importantes.
C'est à elles que l'on confie l'éducation
des Enfans or personne n'ignore que
c'est à la bonne éducation qu'on doit ateribuer
tous les biens de la vie, et presque
tous les grands hommes ne sont parvenus:
are
JANVIER . 1735 23
au degré d'honneur et de gloire , qu'ils
se sont acquis dans la suite , que par les
solns de leur Mere . Salomon lui - même
après avoir rapporté les instructions qu'il
avoit reçûës de la sienne , lui consacre un
Eloge magnifique sous l'enom de Femme
Forte , avec le dessein que ce portrait pûr
servir de modéle à toutes les Femmes.Qui
ne voit que ce sage Roy représente un
heroïsme de vertus , en dépeignant une
More de famille avec toutes les perfections
qui lui conviennent Selon S. Paul et
tous les Peres de l'Eglise , elle doit aussi
s'attacher à la sanctification de son mari
il lui faut donc à un très - haut degré la
sagesse , la prudence , le courage , la
constance , la patience ; La sagesse et le
courage pour entreprendre de le retirer
du désordre par ses remontrances , sans
sortir de sa soumission et sans manquer
au respect qu'elle lui doit. La prudence
pour sçavoir prendre le tems , la constance
pour continuer sans se rebuter , la
patience pour souffrir ce qui n'arrive que
trop souvent , ses brutalités , ses emportements
, ses inégalités d'humeur , son
indifférence en un mot , toute sa mauvaise
conduite.
Dans l'Education des Enfans , quelle sagesse,
quelle prudence , et quelle constance
24
MERCURE
DE FRANCE
tance pour former leur caractére , les
instruire , régler leur conduite , et les
élever selon leur état ! La Femme est encore
chargée de la conduite du Domesti
que , pour cela , elle doit être généreuse ,
tendre , compatissante et vigilante , veiller
sur eux , de sorte que les devoirs auxquels
la servitude les engage , n'empêchent
rien de ce qu'ils doivent à Dieu
et donner tous les ordres nécessaires pour
le réglement de sa maison. Ce sont souvent
les Femmes qui par leurs soins et
feur oeconomie rétablissent des familles
ruinées. Mais encore combien d'Etats et
de Pays seroient ruinés il y a longtems
si elles n'avoient apporté un remede effi
cace aux affaires , que la mauvaise conduite
des Hommes avoient rendues déses
perées. Que l'on parcoure enfin tous les
siécles , qu'on lise exactement toutes
les Histoires on conviendra que les
Femmes ont eu la plus grande part aux
plus grands Evenements
"
A Laval , le 12. Décembre 1734.
IMIJANVIER.
1735. 25
22
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Rectiùs vives
, &c.
SII ton coeur a conçu l'envie
De goûter les douceurs d'une paisible vie ;
Trop loin en pleine Mer ne va pas t'exposers
Et lorsque tu craindras l'orage ,
N'approche pas trop près du dangereux rivage .
De peur que ton Vaisseau ne vienne s'y briser.
Licinius , quiconque estime
La médiocrité , cette vertu sublime ,
Par qui plus d'un mortel s'est vû déïfié ,
N'établit point son domicile
Ni sous le toît obscur d'une Chaumiere vile ,.
Ni sous le toit brillant d'un Palais envié.
諾
A la Tour la plus élevée
La plus terrible chûte est dûë et reservée ;
C'est aux Pins les plus grands que la force das
vent
Livre la plus cruelle guerre
MERCURE DE FRANCE
Les plus superbes Monts sont ceux que le Tonnerre
De ses traits enflammés frappe le plus souvent.
**
Un coeur, que la constance anime ,
Espere d'autant plus que le malheur l'opprime ;
Dans la prosperité , craint toujours les revers
Aux pleurs succede l'allegresse.
Jupiter qui nous aime avec tant de tendresse
Est celui qui ramene et chasse les hyvera.
M
Saisi d'un gracieux délire ,
Apollon quelquefois , pour reprendre la Lyte
De son Arc meurtrier aime à se décharger ;
Fai tête au sort quand il t'accable ,
Et songe en même tems qu'au vent trop favo
rable
Qa n'abandonne point ses voiles sans danger,
F. M. F.
LET
JANVIER. 1735. 27
*************:**
!
LETTRE de M. l'Abbé D. B. D. M.
à M. le Comte D. P. en lui envoyant la
Tragedie de Didon.
Uand j'eus l'honneur de vous ap-
Qprendre , Monsieur , qu'on se préparoit
à donner sur le Théatre François
laTragédie de Didon , ce sujet vous effraya ,
vous me fîtes part de vos craintes, et votre
Lettre peut passer pour une Dissertation ,
où les règles du Poëme Dramatique ne
sont pas moins éclaircies que celles de
l'Epopée. Vous craigniez que Didon , qui
fait pleurer dans Virgile , touchât peu
sur le Théatre. Un départ , une séparation,
tant de simplicité sembloient demander
un Racine. Il étoit difficile de lier
un Episode à l'action principale ; quelle
adresse pour le rendre interressant sans
que l'interêt fût partagé ! Car , vous le
sçavés , les personnages Episodiques ne
doivent point ressembler à ces figures
muettes dont un mauvais Peintre remplit
les coins d'un Tableau. Dans la
Tragédie tout doit agir , tout ce qu'on
peut rétrancher sans alterer l'action , est
un ornement inutile , ou plutôt un défaut,
Co
8 MERCURE DE FRANCE
1
Ce n'étoient pas là les seules difficultez
; le caractere d'Enée pouvoit difficilement
passer sur la Scene , il falloit le
changer , et le présenter cependant à cha
que spectateur tel qu'il le porte dans son
imagination. L'Auteur trouvoit , il est
vrai , dans Virgile un commencement
d'action , et des matériaux pour des Scenes
tendres et pathétiques , mais il devoit
créer un dénouement.Un Poëte Epique
est comme une Divinité au - dessus
des autres Dieux , et ils deviennent tous
entre ses mains , s'il est permis de parler
de la sorte , des Mercures qui exécutent
ses volontez ; le Poëte Dramatique ne les
introduit que quand son sujet les améne
nécessairement , ou plutôt aujourd'hui
on a laissé ces Machines à l'Opéra ; un
Dieu sur le Théatre François seroit siflé.
Je n'entre pas dans un plus long détail
; je vous copierois , ou je repeterois
ce que j'ai déja eu l'honneur de vous écrire.
Il suffit de vous envoyer la Tragédie
de Didon , aucun de ses défauts ne vous
échapera, vous en saisirés les beautez ; car
personne ne démêle mieux que vous les
differentes nuances de perfection dans ce
les hommes ordinaires confondent
sous le nom général d'excellent .
que
J'ai à vous parler ici , Monsieur , de
quelque
JANVIER 1737. 29
quelque chose de plus interressant. J'en
rougirois pour la Nation , si le préjugé
que j'ai à combattre n'étoit plutôt le préjugé
de quelques personnes seulement
que celui de la Nation entiere. Que penserés-
vous , Monsieur , en voyant qu'à
Paris , au milieu d'une Ville qui se pique
avec raison de l'emporter sur toutes les
autres , par la délicatesse et la politesse de
l'esprit , on adopte des idées capables de
ruiner le goût et l'émulation ? M. L. F...
en effet, ne le reproche- t'il pas , puisqu'il
se voit ,pour ainsi dire , obligé de se justifier
auprès du Public , de l'avoir amusé
et instruit par un spectacle , où il a couru
avec empressement ?
Le Public rassemble en lui trop de
contradictions , pour qu'on puisse le définir
; mais , à mon gré , rien n'est si bizarre
que de lui voir applaudir de beaux
Vers , et blâmer en même - tems celui qui
les a faits. Je pardonnois cette conduite
à nos bons Ayeux ; c'étoient des especes de
Chevaliers errans,qui prouvoient leurNoblesse
par leur ignorance , et dont l'ambition
étoit satisfaite quand ils s'étoient battus
pour la gloire de leurs Infantes . Mais
aujourd'hui que les Lettres en passant par
les mains des honnêtes Gens , ont perdu
l'air ridicule et sauvage que leur avoient
communiqué
30 MERCURE DE FRANCE
communiqué les Pédans , l'ignorance , et
le mépris des choses , sont une marque
d'une naissance obscure , ou du moins
d'une éducation peu cultivée.
Les talens pour la Poësie ont toujours
été regardés comme un don aussi rare
que précieux. Pourquoi donc un homme
distingué par sa naissance ou par ses
Emplois , n'en pourroit il pas tirer un
nouveau lustre ? La Poësie est- elle reservée
à une espece de gens abaissez audessous
des autres ?
Je sçais bien que les préjugés ne se
détruisent jamais ; plus ils sont grossiers,
plus ils sont chers , en les combattant, on
feur donne de nouvelles forces. Mais ,
Monsieur , je ne sçaurois me taire , et
votre amitié pour moi m'autorise à vous
découvrir tous mes sentimens.
Si je voulois raisonner comme les ennemis
de la Poësie , à mesure qu'ils me
citeroient des Poëtes dont la conduite ne
mérite pas l'estime du Public , je leur
nommerois aussi à mon tour des Citoïens
encore plus recommandables, par la douceur
de leurs moeurs , que par la beauté
de leurs ouvrages. Je ferois un Catalogue
de tous les Grands Hommes qui ont
aimé la Poesie , et je n'oublierois aucun
de tant de Capitaines qui se sont fait
honneur
JANVIER: 1735
af
honneur de mêler les Lauriers du Parnasse
à ceux de la Victoire. Mais tout
cela est étranger à la Poësie ; Auguste en
faisant des Vers , n'a point répandu suv
les Muses la majesté de l'Empire Romain.
Pourquoi donc le mépris qu'on
doit à de certains Auteurs retomberoit-il
sur leur Art ? quand même il en seroit
avili, le Public devroit voir avec empres
sement que d'honnêtes gens veulent le
remettre en son premier honneur.
Il n'en faut point douter , le décri où
est tombée la Poësie dans l'esprit de quelques
personnes , n'a point d'autre sour
ce que le ridicule de cette foule de petits
personnages , qui sans talens et sans génie,
expriment mal leurs plates pensées ,
ou la conduite équivoque qu'ont tenue
quelques autres Auteurs . Ce n'est ni pour
les uns ni pour les autres que j'exige de
l'estime ; les premiers méritent d'épuiser
tous les traits de la Satyre , et je partagerois
avec les derniers le mépris qu'ils
méritent , si je voulois les justifier. Mais
parce qu'on est honnête homme, doit - on
enfoüir ses talens ?
Vous rirés , sans doute , Monsieur , en
me voyant prendre un air si sérieux ; je
conviens qu'ici des railleries seroient
peut-être mieux à leur place , cependant
C permettés
32 MERCURE DE FRANCE
permettés moi de continuer sur le même
ton ; et dussai-je vous proposer des Paradoxes
, faites - moi la grace de m'écou
ter.
Le bien de la societé n'est autre chose
, si je ne me trompe , que cet ordre et
cette harmonie où chacun concourt par
des voyes differentes. Une societé où les
hommes auroient tous les mêmes emplois,
feroit une chimere ; on n'en conçoit pas
même de cette espece ; il faut différens
Etats . Les Ministres de la Religion sont
aussi nécessaires que les Soldats , les Magistrats
ne le sont pas moins que les uns
et les autres , et les gens de Lettres ne rendent
pas moins de services à la Societé
que tous les trois je me bornerai à la
Poësie .
La nature toute seule produit rarement
les Héros ; elle les ébauche , si l'on peut
se servir de ce terme , c'est à l'Art à les
finir. Alexandre puisa dans Homere les
vertus que ce Poëte donnoit à Achille.
Un grand Homme qu'on nous présente
échauffe notre émulation . Charles XII.
de nos jours auroit peut - être été moins
grand s'il n'avoit pas eu devant les yeux
Alexandre qu'il vouloit surpasser . Les
Poëtes Dramatiques en nous peignant les
Héros , jettent dans tous les spectateurs
des
JANVIER. 1735. 33
des semences de vertu , et c'est en ce sens
qu'ils concourent à l'ordre et à la
grandeur
même de l'Etat. Nous devons , sans
doute , à quelques Vers de M. Corneille
et de M. Racine , bien des Actions que
nous avons admirées. On ne me persuadera
jamais qu'un ouvrage où la vertu
paroît avec toutes ses graces , et le vice
avec les couleurs qui le rendent odieux ,
n'influë point sur les moeurs d'un Citoyen
; le fruit même en est plus grand
que celui que produisent les principes
et les maximes d'un Philosophe severe.
Le Théatre est une Ecole d'autant plus
utile , qu'il instruit sans qu'on s'en apperçoive
.
Je ne borne pas là les seuls avantages
de la Poësie. S'il suffit à un Peuple de se
faire par son courage et par sa discipline ,
un rempart contre ses ennemis , et d'avoir
des Juges qui en appaisant ses différens
, entretiennent la paix ; pourquoi les
Grecs ont - ils si fort honoré les Poëtes ?
Et pourquoi après eux Auguste , François.
I. le Cardinal de Richelieu , et Louis
XIV. par les récompenses les plus Aateuont-
ils animé la Poësie ? Tous ces
grands Hommes ne l'auroient pas tant
chérie , s'ils ne l'avoient regardée que
comme un amusement frivole de l'es-
Cij prit,
,
34 MERCURE DE FRANCE
prit. Ils avoient compris comme les
Grecs , qu'elle donnoit , élevoit , et nourrissoit
les sentimens ; qu'une Nation ne
doit négliger aucune espece de gloire , et
qu'il n'en est point de plus flateuse que
de l'emporter sur tous les autres Peuples
par le côté même dont l'homme est le
plus grand , je veux dire par les lumieres
de l'esprit. Les Anglois plus touchez de
cette verité que les François , ne sont pas
moins flattés de leur Milton et de leur
Sakespehard , que de leurs deux plus
grands Capitaines.
Un Poëte en se rendant immortel ;
immortalise aussi sa Patrie . Quand la
Grece subit le même sort que le reste de
la Terre, et devint une Province de la République
Romaine , les Romains ne rougirent
point de devenir les Eleves de leurs
sujets , et les Grecs eurent encore le plaisir
de conserver quelque sorte d'empire
sur leurs Maîtres . Le même sort est arrivé
à Rome ; la grandeur , la politique ,
les vertus , les grands Capitaines de cet
Empire , ne vivent plus que dans les Ouvrages
de ses Ecrivains , et c'est par ses
Virgiles et ses Horaces que l'ancienne
Rome conserve encore un reste de sa
grandeur , et une certaine autorité , partout
ou régne le bon goût.
C
JANVIER 1735. 35
Ce seroit abuser de votre complaisance
, Monsieur , que de raisonner plus
long-tems sur cette matiere. Votre goût
pour les Lettres , et la justesse de votre
esprit , vous ont déja fait penser tout ce
que vous trouvés ici . La naissance , même
la plus illustre , seroit bientôt mépri
sable , si elle devenoit un obstacle à ac
quérir autant de gloire qu'en ont acquis
les Corneilles et les Racines. Qu'on ne
trouve plus mauvais que des Officiers et
des Magistrats , doublement utiles à leur
Patrie , après l'avoir défenduë au péril de
leurs jours , ou après y avoir maintenu
l'ordre établi par les Loix , ennoblissent
leur loisir , et le consacrent encore à sa
gloire. J'ai l'honneur d'être , Monsieur ,
&c.
LE BON CONSEIL.
Q Uand un Berger fidele et tendre
Vous entretiendra de ses feux ,
Ne méprisés jamais ses voeux ;
Malgré ce qu'il ose entreprendre ,
Ne refusés point de vous rendre ;
Quand je dis vous rendre , j'entens ;
C iij
Volls
36 MERCURE DE FRANCE
Vous rendre à ces doux sentimens
Qu'un Amant discret doit prétendre.
En vain à ses tendres désirs
Vous paroissés indifferente ;
Sa passion fait vos plaisirs ,
Et sa tendresse vous enchante.
Si vous aimés , que sert de feindre >
Si vous n'aimés pas , pourquoi craindre i
Pourquoi changés -vous de couleur ?
L'embarras que je vois paroître
Prouve trop qu'on n'est pas le maître
De fuir ce que cherche le coeur.
A votre âge , chaque désir
Est un éguillon qui vous blesse ;
La vertu qui fuit la tendresse ,
Est un mérite sans plaisir.
Apprenés d'un ami sincere
A ne point trop faire mystere
D'un délicat engagement ;
Dites- moi , quel est donc le crime
D'être l'innocente victime
Du caprice de son Amant ?
Trop heureuse si son caprice
Ne va point jusqu'à l'injustice ,
Le reste est un amusement ,
Dont on sçait ce que l'on doit prendre ;
Quand on est au point de s'entendre ,
En amour tout devient charmant .
ا م
Pourquoi
JANVIER . 1735. 37
Pourquoi vous former un sistême
De tyranniser votre coeur ?
On vous aime ; ch bien ! quel malheur !
Iris , quand vous feriez de même :
Sans contredit je n'y connois ,
Ou du moins je crois m'y connoître ;
Mais je vous juge ici peut - être
Comme Femme que j'aimerois.
Je n'approuve point la prudence ,
Où n'est point la sincerité ;
Pardonnés ma temerité ;
Je blâme votre indifference ;
Je dis bien plus : tous vos discours
A mes yeux vous rendent coupable ;
Un ruisseau doit suivre son cours ;
A quoi servent tous ces détours ?
N'est - on pas toûjours excusable
D'aimer ce que l'on trouve aimable a
Lorsqu'on trahit ses sentimens ,
La vanité porte sa peine ;
L'esprit , le coeur toûjours en gêne
Font passer de tristes momens.
Quittés donc votre air trop severe ;
Un coeur par l'amour combattu
Peut bien accorder sans mystere
Sa tendresse avec sa vertu.
1
Par M. D. B. d'Aix.
Ciiij LET
38 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. écrite au R. P.
G. D. P. S. B. sur la seconde partie du
Théatre François.
ST
de
I tout le monde pensoit comme vous,
mon R. P. j'aurois multiplié mes
Remarques sur la seconde Partie du Théatre
François ; mais qui s'interesse aujourd'hui
à la discussion des vieux mots de
notre Langue ? C'est un goût qui jusqu'ici
n'a été que celui d'un petit nombre
de personnes , de Ménage ,
Borel , de Nicot , de Du Chesne et
de Du Cange. Quelques respectables que
soient ces grands Hommes , il n'est peutêtre
point encore sûr de marcher sur leurs
traces . Cependant M. Bayle n'étoit pas
si timide ; et ce Sçavant avoüoit avec sincerité
le besoin que notre Langue avoit
de quelqu'un qui eût la patience de s'appliquer
à ce genre de travail. Je voudrois,
dit M. Murais , dans sa Lettre du 14 .
Mars 1701. qu'on nous donnât l'explication
de tous les vieux mots François que
l'on trouve dans les Auteurs du XVI. siécle
; j'en rencontre tous les jours que je n'enends
pas , et qui ne sont ni dans Nicot , ni
dans
JANVIER. 1735:
39
dans Monet. Et le célebre M. Falconnet
parlant de quelques Ouvrages infiniment
utiles pour la perfection de notre Histoire
, met à la tête un Glossaire François.
( Mem. de l'Acad. des Belles Lettres , tom.
VII. ) Pourquoi ne nous seroit - il pas
permis de faire sur nos premiers * Ecrivains
ce que les Vossius , les Scaligers ,
les Saumaises , les Sciopius et tant d'autres
ont fait sur des Auteurs Grecs ou
Latins ? Un Passage de Ville- Hardoüin ,
ou du Sire de Joinville , ne vaut- il pas
bien un Endroit d'Herodote et de Sue
tone ? Mais enfin ce goût n'est pas encore
venu ; je me contente de satisfaire
votre envie par les Remarques que vous
m'avés- demandées .
* Il n'est pas inutile de faire remarquer ici à l'Auteur
de cette Lettre au Public, que Clement Marot
n'a pas jugé indigne de son application de don
ner une Edition du ROMAN DE LA ROSE et de
plusieurs autres anciens Poëtes François , dont les
expressions étoient déja usées ; il a fait plus à l'égard
de François Villon, qu'il estimoit davantage,
puisqu'il en a donné une Edition , où il explique
tous les anciens termes . Cette Edition a été réimprimée
avec soin chez la Veuve Coustelier en
1723. 1. vol. in 12. Ce Distique est à la tête :
Peu de Villons en bon sçavoir
Trop de Villons pour décevoir.
C v
40 MERCURE DE FRANCE
On ne peut que louer les Auteurs de
Histoire du Théatre François d'avoir entrepris
d'éclaircir par de courtes Notes
les Endroits obscurs de quelques anciennes
Piéces ; c'est dommage qu'ils se soient
trop pressez d'écrire , et qu'ils ayent voulu
donner des fruits précoces ; on le voit
par le discours qu'ils ont mis à la tête de
ce Volume ; le moins qu'on en peut dire
, c'est qu'il est trop foible. Je ne vous
en parlerai pas ; je me borne au Mystere
de la Passion , sur lequel je releverai .
quelques- uns de leurs Commentaires.
A la page 126. ils expliquent le mot de
Benisson houssue par celui de ample bénediction
3 rien n'en approche moins. Houssu
, dit Nicot , est celui qui est hautement
et dru velu , qui est touffu de grands poils ..
Selon ce , on dit : Creins houssus et mouton
boussu ; c'est-à- dire , à la grande laine . Ici
donc Benisson houssuë est, à la lettre , une
bénediction veluë , poiluë ; stile ridicule
, mais pardonnable aux Auteurs de ce
siécle. La raison de cette Epithete est visiblement
renfermée dans l'endroit même
que l'on veut expliquer .
Sathan.
Sans longue protestation
Je m'offre à faire tout debyoir .
Mais
JANVIER:
41
1735.
Mais il faut avant le mouvoir
Avoir la benisson houssuë
De votre orde patte crossuë.
.
Rapprochés patte crossuë de la benisson
houssue ; suivez encore l'idée de Jean
Michel , qui fait de Lucifer un Bouc ,
selon une imagination fort commune de
son tems , et vous sçaurés pourquoi Sathan
appelle bous në la bénediction qu'il
demande. Le Roman de Perceforêt ( T.
1. p. 135. fol. v. col. 2. ) se sert du mot
houssu dans la même signification . Adonc
voient ung homme qui avoit une grande
barbe qui lui battoit jusques à la saincture ,
et une chevelure grande et houssuë. Le Roman
d'Euryalus :
Et avoit les mains fort houssuës
Cette premiere glose n'est pas heu
reuse , comme vous voyés ; en voici une
seconde , qui n'aura pas une meilleure
fortune. Page 131. Emmi , selon ces
Messieurs , est la même chose que debors;
sur quoi ils citent Borel. Mais ils n'y
pensent pas ; Borel dit tout le contraire.
Il rend emmy ou enmy , comme on lit
dans le Thrésor de ses Antiquitez Gauloises
pag. 155. par , au milieu , et c'est là assurément
la signification de ce mot , qui
C vj
ne
42 MERCURE DE FRANCE
ne peut en avoir d'autre dans l'endroit
qu'expliquent
nos Auteurs. Voici le passage
.
Joas.
Vous n'y povez , croyez-vous pas.
Et quand place pour vous auroye
Je ne vous y logeroye ;
Ce n'est pas ici l'Hospital ,
C'est logis pour gents de cheval ,
Et non pas pour gents si méchans ;
Allés loger emmy les champs ,
Et vuidés hors de ma maison.
le sens
Si emmy signifioit
là , dehors ,
du Cabaretier
Joas seroit que Marie
et
Joseph
allassent
coucher
hors les champs
;
c'est néanmoins
dans les champs
qu'il
les envoye
, ne voulant
pas les loger
chez lui . On dit encore
en patois
dans
la Normandie
: Où voulez - vous que j'aille?
Emmi
les Champs
? Remarqués
à cette
occasion
que nos Messieurs
ont obmis
d'expliquer
ici le mot de méchans
, dont
la signification
est aujourd'hui
totalement
changée
nous ne nous en servons
que
pour exprimer
un vicieux
; mais autrefois
le mot de méchant
vouloit
dire un
pauvre
, un homme
mal vêtu , et dans la
misere. C'est en ce sens que Joas appelle
S₁
JANVIER.
1735: 43
S. Joseph et la Vierge des méchans.
Autre méprise d'autant moins excusable
qu'à peine l'endroit où l'on a fait
naufrage mérite t'il le nom d'écueil . Page
134. le Poëte fait parler ainsi S. Joseph.
• O glorieuse Trinité ,
Qu'est-ce que je voys de cette heure
Certes , c'est un enfant qui pleure
Tout nud sur le feure gesant.
1
La faute n'est pas sur gesant , Participe
présent du Verbe gesir , qui signifie se
coucher , reposer , dormir ; mais sur le môt
feure, que nos Auteurs traduisent par
chemin. De bonne foi , je ne comprens
pas comment ils ont pû s'y tromper ;
car tout devoit les en avertir : l'Histoire
de l'Evangile une certaine tradition
fort répanduë , le Texte même de l'Auteur
, Lexicographes tous nos Lexico - graphes , s'ils
avoient voulu les consulter , il n'en est
aucun qui ne rende le mot de feure ou
feurre par celui de chaume ou de paille ;
c'est encore aujourd'hui un mot en usage
dans la Champagne. Feure , disent les
Auteurs du Dictionnaire de Trévoux
paille longue de blé , qui sert à nourrir l'hi
ver les moutons et autres bestiaux . De feure
on a fait fouarre. Il y a à Paris une rue
,
44 MERCURE DE FRANCE
de ce nom , et elle le porte , selon la remarque
de Ménage ( Orig. de la Langue
Fr. p. 325. ) parce qu'on y vendoit de
la paille pour joncher les Ecoles de Philosophie
qui étoient en cette ruë , et celles
de Médecine qui en sont proche , et
sur laquelle les Ecoliers se mettoient
lorsqu'on faisoit des Actes Publics ; à
peu près comme les jeunes Cordeliers
sont aujourd'hui couchez et étendus aux
pieds de la Chaire dans leurs fameuses
Theses de la Pentecôte. Ménage prouve
son étimologie par un Passage fort curieux
de Ramus ; après quoi il ajoûte :
Anciennement on jonchoit de même la
Sale de l'Evêché de Paris quand on y donnoit
le bonnet de Docteur à quelqu'un ,
ce que j'ai appris de M. de Launoy . Une
preuve bien décisive que fouare signifie
paille , c'est que la rue de ce nom , près
la Place Maubert , est appellée dans les
Titres Latins , Vicus straminum . Jean
surnommé Major , parle , je ne sçais à
quelle occasion , de cette rue dans son
Commentaire sur le 22. Chap . de S. Mathieu
, et il l'appelle de même. In straminum
vico Parisiis , astutus Sophista spi
culorum pharetra onustus sic auspicabatur :
Benigna cum venia Presidis Cathedram
circumspectissimè moderantis , omnium Phiz
losophorum
JANVIER. 1735. 45
>
losophorum bujus sæculi facilè principis
Baccalaureos duabus facilibus argumentationibus
oppugnabo. Ce devoit être un
plaisant spectacle de voir une assemblée
de Bacheliers assis , chacun sur une botte
de paille ; je vous laisse à faire la comparaison
qui se présente naturellement
à l'esprit.
Nicot dérive le mot de fouare , ou
comme il écrit , foarre , du Latin far s
mais sa conjecture est démentie par cet
ancien Proverbe , faire gerbe , ou garbe
de feure à Dieu , pour dire , lui donner
ce qu'on a de pire . On l'exprime encore
mieux en Normandie par un changement
de prononciation , en mettant
barbe de feure. On sçait ce que c'est que
la barbe seule d'un épic. Ménage et Du
Cange le font venir de foderagium ou fodrum
, d'où est tiré le mot de foderarii
milites , des fourageurs .
A la page 136. nos Compilateurs de
Comédies Gauloises ont encore fait une
bévûë sur le mot ennuyt ; tout le monde
sçait que c'est le même que buy , qui
veut dire aujourd'hui , quoique plus ordinairement
et selon son étimologie , il
signifie cette nuit , ce soir ; j'avouë cependant
que quelquefois il se prend pour
aujourd'hui , comme dans cet endroit :
Ber
47 MERCURE DE FRANCE
Bergiers ne vueillés crainte avoir ;
Ennuyt est accompli l'esprit ;
Car nostre Sauveur Jesu Christ
Sans doute nous est né sur terre ;
Et si du lieu voulés enquerre ,
C'est en Bethleem la Cité.
C'est encore à la boulevue qu'ils ont
rendu le mot de Tonaille par celui de
Nappe ( pag. 401. ) La faute seroit pardonnable
, si leur Remarque tomboit sur
l'un ou l'autre de ces Endroits du Mystere
de la Passion . ( p . 336. ) Icy dressent
S. Pierre et Sainct Jehan la table et la
Touaille et des fouasses dessus , avec des
laictuës vertes en des plats turquins , et
abillent l'Agneau Paschal.Comment n'ontils
vû
pas
Touaille vouloit dire Serviette
à essuyer les mains ? Il ne falloit que
lire ces Vers :
que
Aporte le pot à laver
Et le bassin et la Touaille ,
Puis à laver me baille :
J'ai grand haste , acheve- moi tost.
Mais ils ne sçavoient pas que ce mot
a l'une et l'autre signification. Le Roman
de Perceforest ( T. 1. p . 35. fol . V.
col. 2. ) Lors veit au meillieu quatre Damoiselles
JANVIER. 1735. 47
selles qui étoient assises dessus l'herbe , es
avoient belles Toüailles blanches mises devant
elles , et y avoit viandes dessus et hanaps
d'argent ; c'est à- dire , coupes. Voilà
Touailles pour nappes ; et le voici pour
serviettes dans le Roman de la Rose , p
125. fol. V. de l'Ed . de 15 29.
Des deux Dieux qui lui apparoient ,
Qui or sur l'arbre le servoient ,
Jupiter se dit le lavoit ,
Et Phoebus la touaille avoit ,
Qui se pênoit de l'essuyer.
Le Sire de Joinville se sert aussi de ce
mot , mais dans un sens un peu different
; car il entend par là cette longue
bande de toile dont se fait le bonnet ou
Turban des Turcs. Adonc , dit cet Auteur
( p. 61. de l'Edit . de M. Du Cange )
partit Monseigneur Philippe de Montfort;
et s'en alla vers les Sarazins , lesquels
avoient osté leurs Toailles de leurs têtes.
Ménage ( Orig. de la Langue Fr. p. 628. )
dérive le mot Tonaille de l'Italien Touaglia
, qui veut dire la même chose ; mais
il vient plutôt de Toallia ou Toballia
qui dans les Auteurs de la basse Latinité
signifient , Mappula , Mamile manutergium
; c'est le sentiment de Du Cange.
Aujour48
MERCURE DE FRANCE
Aujourd'hui de la Touaille en Touraine
, c'est cette espece de Tarte séche , que
l'on nomme vulgairement de la Galette.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Nous pourrons donner sur ce sujet d'antres
Remarques du même Auteur.
RONDE A U.
LA bête que Silene monte
N'est pas si stupide qu'Oronte ;
Chez lui la raison perd ses droits ;
Et quand il opine , sa voix
Pour rien d'ordinaire se compte .
Au Quadrille , sans qu'on l'affronte ,
11 fait avec Manille , Ponte ,
Spadille , Baste et quatre Rois .
La bête.
II ignore , à ce qu'on raconte ;
Les plaisirs que dans Amathonte
Tant d'autres ont goûtez cent fois .
Et croit que l'on parle Gaulois
Lorsqu'on fait quelque amoureux conte
La bête !
SUITE
JANVIER 1735. 49
SUITE de l'Examen des Principes sur
lesquels on peut juger du caractère des
Anciens et des differentes Nations .
S &
Ous la premiere Race de nos Rois
nous étions encore Barbares , excepté
ce que la Religion Chrétienne avoit
commencé d'humaniser chez nous . Dagobert
qui avoit quelque teinture de
bon goût , effaça quelques anciennes impressions
; mais il ne pût aller jusqu'à la
perfection de la politesse . Charlemagne
cultiva les Sciences , et ne put les faire
sortir du berceau ; la chute de sa posterité
, et les desordres que les révolutions
d'Etat entraînent après elles , conduisirent
l'obscurité jusqu'à François I. qui
sçut s'honorer lui- même par la protection
qu'il accorda aux Sçavans . Il a fallu
encore près de deux siècles pour former
des Princes tels que Louis XIV. et Louis
XV. qui sçussent faire revivre le siécle
d'Auguste .
Ce n'est certainement pas le changement
de la Nation qui fait paroître de
tems en tems ces nuages d'ignorance et
de lumiere , c'est le goût du Prince et
des
Jo MERCURE DE FRANCE
des Grands , et la situation des Affaires .
Les malheurs du dixième siecle naissoient
du Gouvernement , les Ducs.et
les Comtes s'étant rendus maîtres des
Pays dont ils étoient les Gouverneurs et
les Juges , formerent dans chaque canton
, un Etat tyrannique , où leur usurpation
établit des Coûtumes conformes
aux principes de leur établissement.
De- là ces résistances à l'autorité Royale
, ces brigandages , le Royaume étoit
Frontiere dans son sein même , et les
Peuples étoient autant d'Ennemis les uns
des autres , qui se faisoient la guerre
sans sujet , et qui souvent rompoient la
Paix par pure fantaisie .
Il faut donc pour juger de chaque siecle
et de chaque Nation , connoître l'état où
il est quand on en juge , et les diffe
rentes situations où il s'est trouvé , les
Loix qui lui sont propres , ce qu'il est
en Paix , ce qu'il est en guerre ; distin
guer ce qui appartient à ceux qui gouvernent
et aux Particuliers , qui pour
ce qui regarde le general , n'agissent que
subordonnément.
Si on veut descendre à ce qui caracte
rise plus particulierement ou les Anciens
ou chaque Nation des Modernes , on
doit plutôt examiner ce qui est plus ordinaire
JANVIER. 1735 Su
dinaire dans le commerce de la vie ,
que ce qui paroit plus grand et plus
general , et on a besoin de revenir pour
ce jugement de certains préjugez qui
donnent toujours la preference aux temps
qui ne sont plus. On regrette , par exemple
, la bonté de coeur des Anciens qui
entretenoient plus long- temps les liaisons
de la parenté , en en renouvellant
les titres dans leurs discours , au lieu
qu'à peine traitons- nous de parens ceux
qui nous sont les plus proches. Cet usage
des Anciens pouvoit venir de la deffense
des nôces jusqu'au septième degré , ce
qui conservoit le souvenir de la parenté
et la faisoit mieux remarquer. Quoiqu'il
en soit , je ne loue pas notre maniere de
ne pas appeller chaque chose par son
nom , mais sans citer Salvien lui- même ,
qui reproche aux hommes de son temps
que les parens étoient autant d'ennemis
les uns des autres , on trouvera dans
tous les temps que la parenté qui devroit
être un principe d'amitié et de secours ,
n'en est pas un effet , et on peut appliquer
sur ce sujet ce qu'a dit le Comique ,
c'est tout comme ici.
On loüe encore la facilité qu'on avoit
de trouver des cautions , c'étoit , dit- on ,
une inclination à rendre service , mais
n'é52
MERCURE DE FRANCE
n'étoit- ce pas un deffaut dans le sentiment
de ceux qui exposoient la fortune
de leurs amis , en les engageant dans
leurs dangers , et une autre faute de la
part de ceux qui se présentoient , de ne
pas se donner la préference dans l'ordre
de la charité , et de ne pas s'exposer à
ruiner leur famille en courant des hazards
volontaires .
Nous pouvons remarquer que les jugemens
varient suivant les interêts , sans
qu'il y ait de changement qui nous porte
à juger differemment , la calomnie exerce
sa tyrannie sur les Anciens , sur les
Nations , comme entre les Particuliers.
Des Guerres inveterées forment des préventions
generales et un systême de Nation
difficile à détruire , si les temps
changent nous revenons à nos interêts ,
il artive ainsi des révolutions dans les
opinions comme dans les Empires et
dans les familles , et je ne doute pas
que les Anglois ne puissent devenir nos
amis , en devenant nos Alliez. Nous
voyons dans nos Histoires que les Espagnols
y sont toujours traitez comme des
Ennemis qui ont tort et dans lesquels nous
cherchons des défauts ; la jalousie de leur
réputation , leurs succez contraires à
nos desseins , n'y ont pas plus de part
qu'ils
JANVIER.
1735 33
qu'ils ont de réalité ? Depuis qu'un Prince
de la Race de nos Rois regne sur cette
Nation , nous commençons à nous taire
sur son sujet , et si les interêts des deux
Nations continuent d'être unis ,
viendrons à aimer l'Espagne, sans changement
de moeurs de part ni d'autre ;
il ne faut qu'un tour d'imagination pour
changer une opinion , et le changement
d'opinion se porte d'un excès à l'autre ,
sans passer par un milieu .
Ce ne seroit peut- être pas aller trop
loin que de penser que toute Nation seroit
toujours de même , si elle étoit toujours
gouvernée par les mêmes Loix ; le
coeur de l'homme est le même par tout.
Si nos François étoient nez chez les
Hurons ou les Iroquois , ils seroient aussi.
grossiers , s'ils étoient nez Grecs , la tyrannie
qui fait des Esclaves , les auroit
rendus aussi lâches qu'eux ; s'ils étoient
nez Suisses , dans un Pays aussi peu propre
pour les communications étrangeres
, on les taxeroit d'avarice comme eux ,
d'aller gagner de l'argent dans un service
étranger ; s'ils étoient nez Anglois , ils
seroient aussi fiers des richesses de leur
commerce , et nous pouvons le devenir
un jour , si nous sçavons bien profiter
de l'avantage de nos Mers.
J'ajoûte
34 MERCURE DE FRANCE
J'ajoûte encore que l'union de l'ame
et du corps est si intime , que les passions
sont dépendantes de ce qui affecte
le corps , et que toute une Nation peut
bien avoir , pour ainsi dire , quelque
nuance commune , par rapport au climat
, à la qualité des alimens , à l'éducation
, &c . On remarque que les Montagnards
ont l'esprit plus ouvert et plus
délié que ceux qui habitent dans les Vallées
, où la terre plus grasse et plus chargée
de vapeurs , épaissit la masse du corps
et rend les opérations de l'esprit moins
actives ; les Pays des vignobles rendent ,
par l'usage du vin , les Habitans brutaux
; ceux qui vivent dans les Bois sont
moins polis et moins propres à la societé .
Enfin chaque condition , chaque Ordre
Religieux , la Cour , la Ville , l'Epée
, la Robe , la Finance , ont des opinions
singulieres que l'interêt de leur
état leur fait prendre pour regles et qui
forment pour chacun de ceux qui s'y engagent
, un préjugé dont il est difficile
de revenir , au moins pour le grand
nombre , qui est toujours entrainé et qui
ne juge pas.
Les passions ont d'ailleurs une fécondité
de rapports, qui fait appercevoir des
differences et des variations , parce qu'on
ne
JANVIER. 1735 .
ne s'occupe que du moyen , et qu'on ne
yeut voir ni le principe ni l'objet , c'est
la source de la difference qu'il y a d'hommé
à homme , et qui est bien plus réelle
qu'entre les Anciens et nous , et les Nations
qui nous environnent , à l'égard
desquels on a voulu faire un partage des
passions par Empire , et leur assigner
comme aux vertus un Territoire .
Les traits generaux de ressemblance
se doivent réduite aux causes generales ,
et les conséquences déterminent bien peu
pour le caractere d'une Nation , qui suivant
ces causes qui varient à chaque
instant , n'aura rien de stable. Ce qu'on
appelle humeur ou caprice ne touche
guere qu'à la maniere d'agir et bien peut
à ce qui produit l'action.
Il y a bien de la difference entre juger
d'une Nation ou d'un siecle , ou de juger
d'un homme ; je ne sçai où il reste
toujours plus à desirer et où il y a moins.
de naturel ; on peut tout au plus tracer
quelques traits éloignés sur les Loix ,
les exemples et les opinions autorisées
et les circonstances où l'on se trouve
qui donnant lieu à certaines actions
font juger pour un temps.
D VERS
36 MERCURE DE FRANCE
※ 出
VERS envoyez le premierjour de l'An par
P. A. B. *** d'Aix , à Maale de
, qui lui avoit promis ses Etrennes.
***
AImable Iris , le jour qui nous éclaire ;
Aux Dons fut toujours destiné ,
Quel Présent pourrai- je vous faire ?
De mon coeur je vous l'ai donné.
Vous qui brillés comme une Fleur nouvelle,
Vous qui d'un seul regard avés sçû me charmer,
Décidés , belle Iris , sur ce Portrait fidelle ,
Si l'on peut ne vous pas aimer.
A peine arrivés- vous dans la saison , dans l'âge
Où tout inspire de l'amour.
Affable , vertueuse et sage ,
Les Jeux , les Plaisirs , tour à tour
Vont vers vous d'une aîle legere :
Vos yeux sont remplis de douceur ;
Vous n'êtes faite que pour plaire :
De mille traits je sens percer mon coeur.
Vos discours enjoüez , inspirent la tendresse ;
On trouve en vous un esprit délicat ,
Un air noble , une politesse ,
Tout vous donne un nouvel éclat.
Si vous dansés , les Ris , les Graces ,
Accom
JANVIER.
1735. 57
Accompagnent toujours vos pas ;
Mille Amours volent sur vos traces ;
Ils soupirent pour tant d'appas :
Par les plus doux accens vous charmés mon
oreille >
Et d'un air gracieux ,
Vous chantés Cupidon et le Dieu de la Treille
Qui ne seroit pas amoureux ?
Mais puisqu'il faut vous donner une Etrenne {
Aimable Iris , recevés en ce jour
L'assurance la plus certaine
De mon profond respect , de mon parfait amour ?
A ce Présent je joins un peu de Confitures
Simbole des douceurs , que l'on goute en aimant,
Acceptés , je vous en conjure ,
Ce Don du plus sincere Amant.
Pour vous , trop aimable Bergere ,
Qui n'avés point brulé d'une amoureuse ardeur;
Quel Don prétendés - vous me faire ?
Je ne veux rien que votre coeur.
Dij SUITE
58 MERCURE DE FRANCE
SUITE de la Promotion d'Officiers
Generaux , faite le premier Août 1734.
et déclarée le 20. Öctobre suivant.
T
Brigadiers d'Infanterie.
DE BLACONS , Cy- devant Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de son nom , réformé
après la Paix en 17 : 4. actuellement Colonel
d'un Régiment de Milice de la Generalité de
Dauphiné.
DE ZURLAUBEN , du Canton de
Zug , Capitaine au Régiment des Gardes Suisses
du 9. Janvier 1709 .
CADOT DE SEBEVILLE , d'abord Ay
de de Camp du Maréchal de Villars en Baviere
puis Colonel d'un Régiment d'Infanterie de son
nom et auparavant de Quergroadez , réformé
en 1714. actuellement Colonel d'un Régiment
de Milice de la Generalité de Caën .
>
BENIGNE BOUHIER , de Dijon , cy- devant
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de son nom,
auparavant Noailles Maréchal , réformé en 1714.
actuellement Colonel d'un Régiment de Milice
de la Generalité de Bourgogne.
... DI PAYSAC , cy - devant Colonel d'un
Régiment d'Infanterie de son nom , auparavant
de Tournon , réformé en 1714. actuellement
Colonel d'un Régiment de Milice de la Generalité
de Limoges.
THEOPHILE DE MAUPEOU , Seigneur de Sa
blonieres en Brie , fait Colonel du Régiment de
Bigorre , par Commission du 6. Mars 1719.
Jospri
JANVIE R. 1735. 59
•
JOSEPH-FRANÇOIS DAMAS , Marquis d'Antigny
, Colonel du Régiment de Boulonnois par
Commission du 6. Mars 1719 .
LOUIS ANTOINE DE LA ROCHE , Marquis
de Rambures , et de Fontenilles , Comte de Courtenay
, Baron de Cessac , Seigneur d'Authy ,
Lambercourt , & c. Colonel du Régiment de
Navarre , par Commission du 6. Mars 1719.
CHARLES-PIERRE GASTON DE LEVIS DE LO
MAGNE , Maréchal hereditaire de la Foy , Marquis
de Mirepoix , fait Colonel du Régiment de
Saintonge , par Commission du 6. Mars 1719.
puis de celui de la Marine le 20. Février dernier.
LOUIS- RENE' - EDOUARD COLBERT , Comte
de Maulevrier , né le r4. Décembre 1699. fait
Colonel du Régiment de Piémont , par Commission
du 6. Mars 1719.
JEAN -BAPTISTE JOACHIM COLBERT , Marquis
de Croissy , né le 25. Janvier 1703. Colonel
du Régiment Royal , par Commission du
6. Mars 1719. et Capitaine des Gardes de la
Porte du Roy , Charge pour laquelle il prêta
serment le 6. Décembre 1723.
LOUIS ENGELBERT , COMTE DE LA MARCK ,
Marquis de Vardes , né en 1701. Colonel d'un
Régiment d'Infanterie Allemande , portant le
nom de la Marck , par Commission du 10.
Juillet 1719.
GUILLAUME DU BELLAY , Seigneur de la
Courbe , appellé le Marquis du Bellay , fait Colonel
d'Infanterie par Brevet du 19. Juillet 1719.
puis Colonel Lieutenant du Régiment de la Marche
, Prince , au mois de Juillet 1726. et ensuite
Colonel de ce Régiment , qui reprit son ancien
nom de Brie au mois de May 1727.
• · MAY , Lieutenant Colonel du Régi-
D iij ment
To MERCURE DE FRANCE
ment Suisse de Villars - Chandieu , avec Brever
de Colonel , puis Colonel de ce Régiment , par
Commission du 9. May 1728 .
RAOUL- ANTOINE DE SAINT SIMON , Comte
de Courtomer , Seigneur et Patron de Sainte
Mere Eglise , Diocèse de Bayeux , entra en 1708 .
dans le Régiment des Gardes Françoises , et y
fut successivement Enseigne , Sous- Lieutenant
Lieutenant en 1711. et enfin Capitaine par Commission
du 22. Décembre 1719.
,
JEAN- PAUL BOCHART , COMTE DE CHAMDIGNY
entra dans le Régiment des Gardes
Françoises en 1709.et il y fut successivement Enseigne
, Sous - Lieutenant , Lieutenant en 1712 .
et enfin Capitaine par Commission du 25. Avril
1720.
JOSEPH - MARIE , DUC DE BOUFFLERS , Pair
de France , né le 22. May 1706. Gouverneur et
Lieutenant General pour le Roy de la Flandre
Françoise et du Hainault , Gouverneur des Ville
et Citadelle de Lille , Grand- Bailly de Beauvais
, et Lieutenant General en la Province de
Beauvoisis , fait Colonel d'Infanterie , par Brevet
du premier Décembre 1720. puis Colonel du
Régiment cy- devant Sobre , par Commission du
24. May 1721. et ensuite de celui de Bourbonnois
, par autre Commission du premier
Juillet 1727.
ANNE DE MONTMORENCY - LUXEMBOURG ,
appelié le Comte de Montmorency , né le 2 Janvier
1707. fait Colonel du Régiment cy- devant
d'Olonne , par Commission du premier Janvier
1721.
JOACHIM AMAURI GASTON , MARQUIS DE
ROSNYVINEN , d'abord Capitaine et Ayde- Major
du Régiment du Roy , Infanterie , ensuite
Cornette
JANVIER : 1735- 69
Cornete des Chevaux- Legers de la Garde da
Roy , Mestre de Camp de Cavalerie en 1721 .
puis Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
de Piquigny , par Commission du 25
May 1733,
• COURTEN , Colonel d'un Régiment
Suisse , par Commission du 12. Février 1724.
DE LA BAUME , appellé le Comte de
la Baume- Montrevel , Colonel du Régiment de
Rouergue.
· •
YVES-MARIE DE BOULOGNE DE LENS DE
LICQUES DE RECOURT , COMTE DE RUPEL
MONDE , Baron de Vissekerke , & c. né le 21 .
Décembre 1707. fait Capitaine d'une Compagnie
d'Infanterie au Régiment d'Alsace , au mois de
Septembre 1725. et Colonel à la suite de ce Régiment
, puis Colonel de celui d'Angoumois le
20. Février dernier .
NICOLAS DE CHAUGY , BARON DE ROUSSILLON
, Marquis d'Aigrevaux , Comte de Musigny,
Soulangé et Longecour, Seigneur de Cus
sy , Hanneau , &c. d'abord Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , puis Colonel du Régiment
de Gâtinois , par Commission du 19 Août 1726.
LOUIS DE PARDAILLAN DE GONDRIN
D'ANTIN , DUC D'EPERNON , Pair de France ,
né le 9. Novembre 1707. Colonel du Régiment ·
Royal de la Marine , par Commission du 10 .
Janvier 1727. puis d'un autre Régiment du nom
de la Gervasais , et auparavant de Gondrin , le
20. Février dernier.
GABRIEL DE BRIQUEVILLE , CHEVALIER DE
LA LUZERNE , né le 16. Avril 1700. reçû Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem au
Grand-Prieuré de France le 14. May 1704. Colonel
du Régiment de Périgord , à la tête duquel
Diiij #
31 MERCURE DE FRANCE
il se trouva le 27. May dernier à l'attaque des
Retranchemens des Moscovites devant Dantzik ;
ce fut lui qui traita de la Capitulation du Corps
de Troupes Françoises , et qui la signa le 22.
Juin suivant.
DE SOULIE' , Lieutenant Colonel , et
cy-devant Major du Régiment de Limozin .
... ROYER DE MONCELOT , Lieutenant
Colonel du Régiment de Saxe .
.. DE LOLMIB , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Bourbonnois.
DE PRAVIEL , Lieutenant- Colonel
et cy-devant Major du Régiment de Touraine.
DE BREANDE , Lieutenant- Colonel
et cy-devant Major d'un Bataillon du Regiment
Royal Artillerie."
•
DE JOUY DE LA MIVOYE , Lieutenant
Colonel , et cy- devant Major du Regi
ment de Poitou.
· DE BARAILLON DU BROCARD
Lieutenant d'Artillerie.
Brigadiers de Cavalerie et de Dragons.
... DE SAINT SIMON , nommé Mestre
de Camp du Regiment du Maine , au mois de
Mars dernier.
LOUIS THEODOSE ANDRAULT , MARQUIS DI
LANGERON , fait Lieutenant de Roy au Gouver
nement de la Basse - Bretagne , et Gouverneur de
la Charité sur Loire , au lieu de feu son Pere, en '
1711. et depuis Capitaine - Sous- Lieutenant de la-
Compagnie des Gendarmes de Berry, et Mestre
de Camp de Cavalerie .
FRANÇOIS LOUIS MARTIAL DE MONTIERS
COMTE DE MERINVILLE , Vicomte de Brigueil,
Baron
JANVIER. 1735 63
Baron de Montrocher et de Châteaubrun , d'abord
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de Berry , puis en 1718. Sous - Lieutenant
de celle des Gendarmes de la Reine , dont il fut
fait Capitaine- Lieutenant par la démission de
son Pere le 26. Mars 1719.
BERTET DE DIGOIGNE , SUCccssivement
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Ayde-
Major de Compagnie , Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , Enseigne et en dernier lieu
Lieutenant des mêmes Gardes du Corps.
, DES BOURNAIS , cy- devant Exempti
des Gardes du Corps du Roy , Mestre de Camp
de Cavalerie à Brevet , actuellement Maréchal des
Logis de l'Armée d'Allemagne..
CLAUDE D'ANJONY DE FOIX DE MARDOIGNE
, Seigneur et Baron d'Anjony et de la Nobre
, reçû Page du Roy en la Grande Ecurie le
8. Juillet 1681. puis successivement Mousquetaire
de la premiere Compagnie le 21. Janvier
1684. Cornette d'une Compagnie de Cavalerie ,
par Brevet du 15 : Janvier 1689. Lieutenant dans
le même Regiment , par auare Brevet du 23 .
Décembre 1690. puis dans le Regiment Royal
de Carabiniers , par Brevet du 29. May 1694.
Capitaine dans celui du Maine , Cavalerie , par
Commission du 20. Janvier 1704. Chevalier de
S. Louis , par Lettres du premier Janvier 1705.
Capitaine dans le Regiment Royal des Carabi--
niers en 1709. ensuite Exempt des Gardes du
Corps du Roy , par Lettres du 20. Mars 1709 .
au lieu et place de feu François d'Anjony de Foix
de Mardoigne , Marquis de Mardoigne , son
frere, mort à Versailles dans le même mois ;
Mestre de Gamp.de Cavalerie , par Commission
du premier Décembre 1718. et enfin Enseigne
D W
dess
64 MERCURE DE FRANCE
des Gardes du Corps , par Lettres du 13. Janvier
1731.
GILBERT HONORE ' DE CHABANNES , appellé
le Marquis de Chabannes , né en la Paroisse de
S. Cyr de Mariol , Diocèse de Clermont en Auvergne
le 30. Décembre 1682. reçû Page du Roy
en sa grande Ecurie , au mois d'Avril 1700. fait
Capitaine de Dragons en 1705. et depuis Exempt
des Gardes du Corps du Roy , Mestre de Camp
de Cavalerie , Chevalier de S. Louis , et enfin Enseigne
des Gardes du Corps , du mois de May
dernier.
• DI MONTGIBAUT , Exempt , puis
Enseigne des Gartes du Corps du Roy.
· DE GAULT , Lieutenant de la Compagne
des Grenadiers à Cheval , avec Brevet de
Mostre de Camp.
CHARLES DE MARTEL , Seigneur de Montreal
, appelé le Chevalier de Martel , Premier
Cornette de la Compagne des Chevaux - Legers
d'Orleans , et Mestre de Camp de Cavalerie ,
Commission du 7. Octobre 1719.
par
..... DE SAINT MAUR , Lieutenant Colonel
du Regiment de Ruffec , et Mestre de Camp.
DE MONTIERS , Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin Etranger , et Mestre de
Camp.
BARON DE LORDAT , fait au mois
de Juin dernier, Mestre de Camp du Régiment ,
cy- devant de Lorraine , dont il étoit Lieutenant
Colonel , avec Commission de Mestre de Camp.
• PAUL JEROME PHELYPEAUX , MARQUIS DE
PONTCHARTRAIN , né le 25. Avril 1703. et reçû
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem au
Grand- Prieuré de France le 4. Août suivant ,
xommé Sous- Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes
JANVIER 1735. 65
Gendarmes de la Reine le premier Février 1719.
puis Capitaine- Lieutenant de celle des Gendarmes
Anglois , le 12 Septembre 1726 .
MARQUIS DE VISSECQ , Major , puis
Lieutenant- Colonel du Régiment de la Suze , cydevant
de Sommery, et Mestre de Camp à Brevet.
GASPARD DE CASTELANE D'ESPARON , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem , Gentilhomme
de la Chambre du Duc d'Orleans
Mestre de Camp réformé de Dragons , nommé
le 20. Février dernier , Mestre de Camp Lieute
nant du Régiment de Dragons d'Orleans.
PAUL -FRAN OIS DE L'HOSPITAL , MARQUIS
DE VITRY , reçû Chevalier des Ordres de N. D.
du Mont Carmel et de S. Lazare de Jerusalem le
17. Décembre 1711. Enseigne au Régiment des
Gardes Françoises en 1718. Enseigne de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roy en
1719. et ensuite Mestre de Camp d'un Regiment
de Dragons , par Commission dų 29. May 1725.
LOUIS CHARLES DE GOUFFIER , MARQUIS
D'HEILLY , appellé le Marquis de Gouffier , né
le 27. Septembre 1698. Capitaine de Cavalerie:
dans le Régiment de Saint Simon , puis Mestre
de Camp du Régiment de Condé , Cavaleric, par
Commission du 24. Novembre 1719 .
JOSEPH ANDRE' D'ANCEZUNE D'ORAISON, appellé
le Marquis d'Ancezune , Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , nommé le 20. Février dernier
, Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, cy-devant du Chayla.
GUY · MICHEL DE DURFORT , COMTE DE
LOREES , puis Duc de Randan , né le 26. Août
1704. fait Mestre de Camp de Cavalerie , par
Commission du f . Janvier 1720. et Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , cy -de-
D vj vant
66 MERCURE DE FRANCE
vanr Germinon , au mois d'Octobre , 1723 .
LOUIS MARIE DE SAINTE MAURE , Marquis
de Chaux et d'Archiac , Baron d'Augé ,.
appellé le Comte de Sainte Maure , reçû Premier
Ecuyer , Commandant la Grande Ecurie du Roy
le 27. Février 1720. et fait Mestre de Camp du.
Régiment Royal Etranger, Cavalerie, par Commission
du 5. May 1720 .
LOUIS LEON POTIER , appellé le Comte de
Trêmes , depuis 1729 et auparavant le Marquis
de Gandelus , né le 28. Juillet 1695. d'abod successivement
Enseigne et Lieutenant de Vaisseaux
le 22. Janvier 1716. et ensuite Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par la démission.
du Duc de Gesvres , son frere .
CHARLES- FRANÇOIS , MARQUIS DE SASSENAGE
, et de Pont en Royans , Comte de Brionet
de Monteillers , &c . né lé 21. Mars 1704. fait
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie ,
cy-devant Saint Germain Beaupré , par Commission
du 30. Juin 1721. et reçû le 11. Juilles
1732. en la Charge de Lieutenant General au .
Gouvernement de Dauphiné , dont il avoit obtenu
la survivance dès le mois de Mars 1719 .
LOUIS PHILOGENE BRULART , MARQUIS DE
PUISIEUX ET DE SILLERY , né le 12. May
1701. Mestre de Camp à Brevet , puis Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , cy-devant
du Luc , le 20 Février dernier.
• DE BEAUREGARD , Lieutenant- Co
Jonel du Régiment de Turenne , et Mestre de:
Camp..
ETRIN.
JANVIER 1735. 1735. 67
ETRENNES à Mademoiselle de Ficte
de
Chevry.
DADS l'âge malin où nous sommes
Prodigues en Janvier de bénedictions ,
Les hommes veulent tous fêter leurs Compa--
gnons ;
Et
Mais qui connoît un peu ces hommes ,
Trouve leur encens bien fumeux ,
quatre fois benest qui ne sifle leurs voeux.
Pour moi , belle Chevry , qui suis né dans So
logne ,
Qui prends les écus pour
dés
sous,
Je ris de voir tous ces vieux fous
Se lecher le menton , composer belle trogne
Et prêchant la sincerité ,
Etouffer dans leurs bras amis et verité ';
Je ris de voir tant de sotise
Que la raison condamne , et l'usage autorise :
Je ris ; car il vaut mieux du monde d'aujour
d'hui
S'égayer avec Démocrite ,
Que d'imiter le dolent Héraclite ,
Ce lugubre Censeur des sotises d'autrui.
Quoiqu'il en soit pourtant , il est des voeux sin--
ceres ;
78 MERCURE DE FRANCE
Il en est , et j'en sçai qui vous sont adressez ;
Mais de pareils on n'en voit gueres ;
Je ne sçai , Janneton , si vous les connoissés .
LETTRE de M. P. D. D. C. E. N.
à M. A. D. T. fur la Tragédie nouvelle
de Sabinus.
J
E commencerai par les Spectacles ,
Monsieur , à vous mander ce qu'il y
a de nouveau ici . On a donné depuis peu
sur le Théatre de la Comédie Françoise
une Tragédie nouvelle , intitulée Sabinus.
En attendant que je sois en état de
vous en donner un Extrait exact , je crois
vous faire plaisir de vous dire deux mots
de la Piéce et de l'Auteur . La Tragédie
m'a paru sur tout bien conduite et heureusement
disposée , et la versification
à quelques Vers près , qui doivent être
corrigez , noble et élegante ; les situations
Théatrales , qui sont en assez grand nombre
, sont belles et frappantes. Cependant
la premiere Représentation en fut
fort tumultueuse ; mais une ou deux expressions
hazardées , certains termes
équivoques , quelques Endroits qui ne
seront pas si délicatement maniez ne doivent
JANVIER: 1734. 69
vent point révolter le Public contre un
Ouvrage de longue haleine , dans lequel
le bon surpasse de beaucoup ce qui est›
défectueux .
Verum ubi plura nitent in carmine , non ego
paucis
Offendar maculis , dit Horace.
Le Public est redevable de cette Tra
gédie nouvelle a M. Richer , Avocat au
Parlement de Normandie , déja connu
du Public d'une maniere avantageuse par
plusieurs Ouvrages . Il donna en 1723.
un Recueil de Poësies de sa façon ; on y
trouve huit Epitres traduites d'Ovide .
Cette Traduction est un excellent mor
ceau , et l'on peut dire qu'on a peu
d'Auteurs
qui ayent traduit en Ves comme
l'a fait M. Richer : c'est ce qui fait qu'on
a sujet de regretter qu'il n'ait traduit
qu'une partie de ce précieux Ouvrage
d'Ovide. Jamais Traduction en Vers n'a
été plus exacte , et en même tems plus
noble et plus élegante ; c'est ce qui caracterise
et ce qui distingue cet Auteur de
tous les autres Traducteurs. M. Richer.
donne dans le même Volume , des Cantates
des Eglogues , des Epigrammes et
quelques autres Piéces de Vers : le moindre
éloge qu'on puisse donner à ses Can-
›
tates ,
70 MERCURE DE FRANCE
tates , c'est de dire qu'après celles de M.
Rousseau , la lecture en fait beaucoup
de plaisir. M. Richer s'est fait connoître
aussi sous le titre de Fabuliste ; ce titre
doit lui faire au moins autant d'honneur .
que celui de Traducteur . Jamais Fabuliste
n'a approché de plus près du stile.
et des graces de M. de la Fontaine , qui
jusqu'ici n'a point trouvé et ne trouvera
peut-être jamais son pareil . Du reste , ib
est constant que M. Richer a surpassé
de bien loin tous les autres qui ont couru.
la même carriere que luí : le stile de ses
Fables est naïf , doux et coulant ; on n'y
voit point d'ornemens étrangers , ni de
beautez recherchées et affectées ; tous les
sujets qu'il a choisis lui font honneur
tant ceux qui sont de son invention
que ceux qui ont déja été mis en oeuvre
par d'autres ; en un mot , ces Fables ont
toutes les qualitez requises pour mériter .
l'approbation du Public , et pour vivre
éternellement. Ce Recueil a été donné:
en 1730. Les louanges que la justice me:
fait ici donner à cet Auteur , ne doivent:
point , Monsieur , vous être suspectes ;
car je n'ai point l'honneur de le connoîere.
La lecture seule de ses Ouvrages ins
pirera les mêmes sentimens à tous ceux .
qui :
JANVIER .
1735: 78
qui sçavent lire sans prévention , &c. Je
suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce 8. Janvier 1735.
A Mphi
ETRENNES
A M. Naudot.
Mphion de nos jours , dont la juste har
manie
Charme , plaît , enchante les coeurs ;
Et dont le fertile genie
En composant , produit des fleurs .
Keçois , ami Naudot , ces marques de mon zele
Dans un jour où les complimens ,
Avec l'an qui se renouvelle ,
Sont suivis de mille sermens.
Ta probité qui n'a pas son égale ,
Rehausse en toi plus d'un talent connu ,
Ton coeur qu'on voit toûjours à nû,
Te gagne d'un chacun l'estime génerale.
Mais que fais-je ? en disant de toi
Tant de merveilles que j'y vói ,
Je fatigue ta modestie ;
Ce portrait , diras.tu , n'est pas fait d'après moi;
Mon amitié pour toi le justifie ;
Et
72 MERCURE DE FRANCE
Et le Public qui juge sainement ,
Se plaint de ne le voir qu'ébauché foiblement.
M. Carolet.
X:XXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite par M ... à M ....
sur les Oeuvres mêlées de M. le Chevalier
de S. Jory.
J
›
E dois , Monsieur , vous envoyer incessamment
de quoi vous faire passer
le tems agréablement au milieu de cette
solitude où vous vous confinés si souvent;
ce sont les Oeuvres mêlées de M. le Chevalier
de S. Jorry , 2. vol . in 12. 1735.
Il suffit de vous en nommer l'Auteur
pour justifier ma promesse : vous sçavés
qu'il écrit d'une maniere enjoüée et agréa
ble : vous de trouverés dans cet Ouvrage
badinant avec délicatesse , et assaisonnant
ce qu'il dit d'un sel attique, que le
feu anime et que les graces accompagnent
; toutes ses paroles expriment -
vous y trouverés peu de redites , talent
assez rare aujourd'hui parmi nos Ecrivains
; mais vous y reconnoîtrés sur tout
le caractere de l'honnête homme , qui
dans ses amusemens même et ses badineries
JANVIER. 1734. 73
ries respecte en toute occasion la vertu ,
et ne tend qu'à l'inspirer à ses Lecteurs.
Si quelquefois il la représente dans un
dégré héroïque , dans des Infideles et des
Mahometans , ce n'est pas qu'il croye
qu'elle puisse habiter dans des Païs soumis
au Pere du mensonge , c'est plutôt
un avis qu'il nous donne qu'elle devroit
paroître telle parmi nous.
Cette Collection est en 2. vol. in 12.
imprimée à Amsterdam, chez Chastelain ,
sur le Dam , et se trouve à Paris chez
Didot.
Elle contient , suivant l'usage de ces
sortes de Recueils , des Lettres , des Poësies
, quelques Piéces de Théatre , des
Piéces détachées de Litterature ; celle - ci
a quelque chose de plus singulier , c'est
de la Litterature Orientale dont elle
présente plusieurs morceaux sous le nom
de Fragmens.
Vous croirés peut - être que c'est à
l'Auteur même que nous devons cette
Collection ; le Libraire vous va détromper
: voici ce qu'il nous en apprend.
» J'ai , dit il , oüi parler si avantageuse-
» ment de la maniere d'écrire de M. le
» Chevalier de S. Jorry , que j'ai crû
» faire une chose agréable au Public de
recueillir tout ce que je pourrois de ses
autres
74 MERCURE DE FRANCE
" autres Ouvrages . Comme il étoit absent
» lorsque je formai ce dessein , je ne pûs
» m'adresser à lui-même ; mais M ....
son ami particulier , me tira de peine ,
» en me communiquant un porte- feuille ,
» où je trouvai toute faite la Collection'
"'que je cherchois. Les Gens de Lettres
que je consulte sur les Livres dont j'entreprends
l'impression , après avoir
eximiné celui - ci , m'en ont dit assez
» de bien pour m'en faire esperar du suc-
» cès. Il ne s'agissoit plus pour le met-
» tre sous presse , que d'en obtenir la permission
de M. le Chevalier de S. Jorry ;
»j'eus l'honneur de lui en écrire , et voilà
la réponse qu'il me fir.
"Je consens , M. que vous imprimiez
» mes Ouvrages : je ne suis point assez
» vain pour m'y opposer ; car un refust
signifieroit que je crois avoir à ménager
n une réputation d'Auteur , et je vous
D proteste que je ne suis point dans ce
cas-là. Imprimés donc les bagatelles-
» dont vous m'avés envoyé la table , sous
» le titre d'Oeuvres mêlées , ou sous ce-
>> lui qu'il vous plaira , j'y consens ; mais
je ne vous en prie pas . Je ne veux me
rendre comptable de rien , ni envers
>> -vous , ni envers le Public. A l'égard du
fameux Walstein et de quelques autres
Héros
JANVIER. 1735. 7$
Héros dont j'ai écrit l'Histoire , je n'ai
point encore de réponse à vous faire ;
le succès de ce que vous allez publier
» me déterminera .
Pour vous mettre au fait de la maniere
dont les Piéces de ce Recueil sont écrites
, souffrez que je vous en transcrive
une ici , en attendant que le Livre même
parvienne jusqu'à vous ; elle est tirée
du premier Volume : c'est une Lettre
que l'Auteur écrivit.à un jeune Seigneur,
en lui envoyant un Mémoire sur l'atta
que des Places fortes . La voici .
LETTRE à un jeune Seigneur , en
lui envoyant un Mémoire concernant l'Attaque
des Places.
Vsi
Ous m'avés demandé , Monsieur ,
si je ne connoîtrois point quelqu'un
qui sçût parfaitement le Picquet ,
pour vous l'enseigner ; parce que dans
la nécessité où vous êtes de le jouer par
complaisance , il est désagréable pour
vous d'y risquer de grosses sommes , et
de ne sçavoir pas vous défendre.
J'ai trouvé votre homme , vous aurés
demain votre premiere leçon ; mais quelle
heure lui donnerés-yous ? C'est ce que je
n'ai pû lui dire ; car vous vous levés à
huit
76 MERCURE DE FRANCE
huit heures, et d'abord les rouës du Tour
se mettent en mouvement ; vous avez
commencé cent Tabatieres , et mille autres
petits Ouvrages , et rien ne finit ;
vous n'avés pas le tems : le Maitre de
Violon arrive , celui de la Flûte Traversiere
succede ; M. Rigaudon vient , vous
dansés ; M. des Soupirs paroît , il faut
chanter ; en voilà jusqu'à midi ; on vous
habille ; vous dinés .
:
Autre troupe de Sçavans vous assiege
Lionnois fait sauter votre Barbet ; on sifle
vos Serins ; on répete votre Perroquet;
on montre l'exercice à votre Singe .
Cinq heures sonnent , les Spectacles
vont commencer votre équipage est
prêt , vous partés ; on vous verra ce soir
sur tous les Théatres de Paris ; un soupé
splendide vous attend chez vous , ou ailleurs.
Voilà votre journée finie ; celle de
demain se passera de la même maniere.
Plus j'examine l'emploi de votre tems,
moins je le trouve assorti avec ce que la
Profession des Armes exige de vous ; car
de quelle utilité pour la Guerre sont les
talens agréables que vous possedés ? Je
ne blâme point que vous vous soyez
donné quelque peine à les acquerir , et
je ne rejette point aussi , comme entierement
méprisables , les bagatelles dont
vous
JANVIER. 1735.
77
Vous vous amusés ; elles sont innocentes
, et c'est beaucoup ; mais je voudrois
que les Etudes Militaires eussent la préference
sur la Musique et sur un Mécanisme
qui n'a rien de solide.
Permettés- moi de vous parler , M. avec
ma franchise ordinaire , et qui jusqu'aujourd'hui
ne vous a point déplû.
par
On vient de vous donner une Com
pagnie dans un beau Régiment dont
vous serés Colonel avant qu'il soit peu ,
la démission de M. votre pere , qui
sera fait Officier Géneral. Vous n'aves
que seize ans , n'importe ; vous serés Colonel
, vous dis-je ; car la grande Nais
sance a des privileges particuliers .
Pourquoi ce privilege aux Personnes
de votre qualité ? C'est qu'on leur suppose
une éducation digne de leur Naissance
et de leurs richesses , et qu'ayant
de bonne heure une théorie parfaite des
choses qu'ils doivent sçavoir , l'expérience
est moins tardive à se déveloper
chez eux que chez d'autres, qui , faute de
moyens pour être instruits , ne peuvent
apprendre qu'à force de voir et de faire,
On suppose ce que je viens de dire
et on se trompe souvent ; parce que la
magnificence des Grands , autrefois si
noble et si sensée , n'est plus la même ,
78 MERCURE DE FRANCE
et qu'elle a tout à fait changé de caractere.
Ceux dont vous descendés tenoient
à leur suite autant de Gentilshommes
qu'ils en pouvoient nourrir ; cela valoit
bien le faste de la table , des meubles
des carosses , dans lequel on donne à
présent avec une indiscretion deshonorante.
Vos sages Ayeux n'épargnoient rien
pour mettre auprès de leurs Enfans des
Personnes du premier mérite , et leur
assignoient sur leurs revenus des récompenses
solides pour toute leur vie : aujourd'hui
on donne mille écus de gages
à un Cuisinier , et mille francs à un Gou
verneur ; de - là vient que celui- ci pour
rendre sa condition plus douce , cherche
comme l'autre , à flater votre goût ;
qu'enfin on vous empoisonne également
avec des mets exquis et des complaisances
criminelles ; moi à qui votre gloire
est plus chere que votre amitié même
je vais risquer des veritez qui vous déplairont
peut être.
Vous n'aurés pas oublié, sans doute , le
joli soupé que nous fimes la semaine
derniere à Mont- Rouge : vous y char
mâtes tout le monde par la politesse de
vos manieres et votre enjouëment ; vous
brillâtes dans le petit Concert qui précédoit
JANVIER: 1735.
cedoit le repas ; vous dîtes dans la conversation
une infinité de choses très - raisonnables
, très- ingénieuses sur des bagatelles
; mais malheureusement on parla
de votre métier , c'est à dire de la guerre,
et il vous échappa des discours peu judicieux
sur cette matiere importante , qui
doit faire l'objet principal de votre application.
Je remarquai qu'une femme d'esprit ,
qui vous regardoit avec une complaisance
très-animée , baissà tout d'un coup
les yeux , ouvrit sa boëte à mouches ,
tira toutes ses tabatieres , badina avec son
éventail : sçavés - vous ce que signifioit
cet air décontenancé ? Elle disoit en ellemême
; je ne suis qu'une sotte ; il n'y a
dans ce Colonel là que dequoi faire un
joli Abbé. Voici , Monsieur , les motifs
d'un Arrêt si sévere .
Le Breviaire d'un homme d'épée , c'est
la Géographie , l'Histoire , les Fortifications
, la Géométrie , et l'on remarqua
que vous n'en sçaviez pas un mot ; enfin
que tout votre mérite se réduisoit à exceller
dans des Sciences , dont s'occupe
l'oisiveté elle - même. Hé , comment vous
tenir compte des choses aimables que
vous possedés , lorsqu'on s'apperçoit que
les plus essentielles à votre Profession
E Vous
So MERCURE DE FRANCE
vous manquent ? Vous allés convenir du
mauvais effet que cela doit produire ; il
ne faut que vous remettre sous les yeux
un petit extrait de la mauvaise Scêne
que vous jouâtes.
Vous vous mîtes fierement à la tête
de cinquante mille hommes , et passant
à la nâge un fleuve large et rapide , vous
joignîtes nos ennemis dans des montagnes
que vous preniez pour une plaine ;
vous livrâtes bataille , ils fûrent vaincus
et séparant en deux votre armée victorieuse
, vous fîtes en vingt quatre heures
une trentaine de lieues avec bagages et
gros canons , pour assieger tout à la fois
deux Places , que dans les circonstances
les plus favorables cent mille hommes
ne prendroient peut être pas. Mais enfin
tout cede à votre bonne fortune ; on capitule
; on se rend. Voilà une Campagne
très glorieuse , et que vous fîtes d'un air
aussi aisé qu'un compas se promeneroit
sur une Carte .
Il faut cependant l'avouer , Monsieur ,
vous débitiez tout ceci avec un certain
feu qui annonce du courage et de l'intrépidité
; et la Compagnie , si peu satisfaite
de ce que vous disiez , parut l'être
beaucoup de votre extérieur vif et passionné
pour la gloire. Vous êtes brave ,
j'en
JANVIER. 1735. 8
Pen suis sûr ; mais la valeur ne suffit pas
pour le commandement nous aurons
moins besoin de votre épée que de votre
tête , et cette tête- là , d'ailleurs si pleine
d'esprit , n'est pas munie des choses nécessaires
. '
M. de S. Jorry parle ensuite à ce jeune
Seigneur du Mémoire qu'il lui envoye
sur les moyens d'assiéger une Place forte
et qui est joint à cette Lettre : c'est un
Mémoire , dit il lui même , qu'il écrivit
pendant le dernier Siége de Landaw
où il se trouva en qualité de Dragon
volontaire , sous la conduite de M. le
Comte de Barbazan , son beau-frere , Ancien
Brigadier des Armées du Roi.
Vous pouvés juger par cet échantillon
du stile et de la maniere dont les autres
Piéces de ce Recueil sont écrites.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A MADAME DE BRUNVILLE ,
ETRENNES.
EN ce jour, où chacun
s'empresse ;
D'accompagner son compliment
De quelque marque de tendresse ,
E ij
De
& MERCURE
DE FRANCE
De respect ou d'attachement
;
Belle Iris , pour répondre au zele qui m'engage,
Non , pour me conformer à ce commun usage ,
Je voudrois de mes sentimens
Renouveller encor l'hommage ,
Et par quelques petits présens ,
T'en apporter un nouveau gage.
Mais, hélas ! que puis -je t'offrir ?
Tu ne l'ignore pas ; un buveur d'Hypocrêne
N'est pas en état de choisir ;
Même le plus souvent , on sçait qu'il est en peine
De trouver de quoi se vêtir.
Non-seulement cette Fontaine
N'a pas la vertu d'enrichir ;
Mais on pourroit dire , au contraire ,
Qu'elle a la vertu d'appauvrir
Ceux qui séduits par son eau claire ,
D'y puiser font tout leur plaisir.
Où dois -je donc , Iris , te chercher une étrenne
Seroit- ce le don de mon coeur ?
Mais tu sçais bien qu'en Souveraine ,
Déja depuis long- tems tu le tiens dans ta chaîne,
Et que pour son charmant Vainqueur
Il conserve toûjours l'ardeur la plus sincere.
Ce don et tous les veux que pour toi dans ce
jour ,
Aux Immortels je pourrois faire ,
Fruits dès long- tems produits par mon fidele
amour )
N'ont
JANVIER. 1 . 1735
N'ont rien de nouveau pour te plaire.}
Tu vois mon embarras ; daigne te satisfaire
De l'hommage de mon talent ;
Reçoi ces mauvais Vers ; dans mon destin con
traire
Ils doivent' tenir lieu de tout autre présent ;
Après tout , en ce jour , chacun , comme il l'en
rend ,
Et comme il peut donne l'aubade ,
Iris , chacun a sa façon ;
Le voltigeur paye en gambade ,
Et le Rimeur paye en chanson.
LETTRE de M. le Chevalier de G...
à M. de Senecé
J
*
E vols , Monsieur , par votre * Réponse
à la Lettre que j'ai eu l'honneur
de vous écrire , que vous consentés
au commerce que je vous avois proposé ;
votre Muse en tirera toute la gloire , et
la mienne tout l'avantage , par les riches
modeles de la plus parfaite Poësie que
j'attends de votre complaisance ; les plus
habiles Maîtres en cet Art divin n'en
connoissent pas mieux que vous toutes
Mercure de Décembre 1. Vol. p. 273.50
84 MERCURE DE FRANCE
les beautez , et vous les sçavés mettre
dans leur plus beau jour.
A dix- huit lustres et deux ans ,
Dans la Prose et les Vers briller également
Vous ne faites pas un Ouvrage ,
Qu'on ne jurât en le lisant ,
Que vous êtes encore au Printems de votre âge.-
Vous êtes un des plus cheris Nourrissons
du Dieu du Parnasse il vous est
Apollon , par les jolies choses qu'il ne
cesse de vous inspirer ; il vous est Esculape
, par le soin qu'il prend de vos jours
précieux.
Aquatre-vingt douze ans avoir de la santé,
Du feu , de la vivacité ,
Une mémoire sans seconde ,.
N'avoir rien de vieux que vos ans ;
Vous allés vivre si long- tems ,
Que vous ferés un jour l'Epitaphe du Monde..
Votre ingénieuse Epigramme m'apə
prend que de votre côté vous êtes atten
tif à vous ménager
une longue
vie ; vous
n'avés
pas voulu
vous livrer
aux reme→
des équivoques
de votre
Apotiquaire
.
Usés-en toûjours de même s
Qu'il ne soit point écouté ;
Laissés
JANVIER. 1735.
Laissés au Dieu qui vous aimè ,
Le soin de votre santé
Souvenés-vous ,
Monsieur 2:qu'une⋅
grande et sage Princesse ( c'est feuë MA
DAME )
Voyant un Apoticaire ,
Un Medecin ordinaire ,
Sur l'Etat de sa Maison ;
Fit , dit-on , rayer leur nom
Vous nous mettés en parallele avec
ces célebres Héros de la vie Héremitique,
Paul et Antoine ; je trouve , comme vous,
qu'il y
parfait
,
a dudu
rapport
; pour
le rendre
Imitons les dans leur vertu ,
Et dans l'âge qu'ils ont vêcu.
Au reste , Monsieur , je me rends justice
sur les choses flateuses que vous me
dites ; je ne les dois qu'à votre politesse.
Tous mes Vers , dites -vous , malgré le froid de
l'âge ,
Sont pleins de feu , d'esprit et de naïveté j
J'appelle de votre suffrage ;
Mais si c'étoit la verité ,
Jaurois tout sujet de craindre
E iiij Que
MERCURE DE FRANCE
Que ce feu ne fût la clarté
D'une lampe' qui va s'éteindre.
Comme un des articles du Traité de
commerce que nous avons fait ensemble,
porte que tous les mois nous nous envoyerons
réciproquement des Piéces de
Poësie de notre façon , je joins ici deux
Epigrammes.
I.
Un Normand disoit à son frere ,
J'ai le mensonge en horreur ,
Et ce qui me désespere ,
C'est que mon frere est menteur ;
Que ce maudit penchant chez lui toûjours aug
mente :
Son frere lui répond , tant pis ;
Mais c'est desheriter ton fils ,
Que de ne vouloir pas qu'il mente.
I I.
Sur un Tableau de M. Coypel, représentant
la Matrone d'Ephese.
Qu'il a bien exprimé ! cet habile pinceau ,
Dans le Soldat , dans la Matrone ,
La tendre ardeur d'un feu nouveau
Dans cet ingénieux Tableau ,
Coypel a peint comme Petrone
SI
F
87
JANVIER
. 1735.
2
Si le vin de Mâcon , ce breuvage enchanté ,
Dès vieilles gens conservoit la santé ,
Comme on voudroit nous faire croire ,.
A Mâcon , cher ami , chez vous j'en irois boire ;
Au vieux Antoine , Paul ne donna que du pain
Pour toute nourriture ,
Pour toute boisson de l'eau `pure..
Et vous me donneriez du vin.
Adieu , Monsieur , je suis inviolable
ment , &c.
A Paris , ce 10. Janvier 1735♪
On a dû expliquer les mots de l'Enig
me et des Logogryphes du premier Volume
de Décembre par Corbeau , Pain ',
Boeuf et Rime.
Ceux du second Volume du même
mois , sont Vent , Rome , Camerlingue.
ENIGM E..
ZEuxis , Parrhasins , Appelle , Michel -Ange
Sont tous auprès de moi des ignorans affreux ;.
Sans couleurs , ni pinceau je sçais peindre mieux
qu'cux.
EW Da
88 MERCURE DE FRANCE
De même que Prothée à tout moment je change
Il ne faut que m'offrir quelque nouvel objet,
Souvent comme Pâris, je suis Juge des Belles ;
Mais ainsi que Caton , je suis Censeur parfait ,
Emploi qui maintefois m'attira des querelles.
Je n'ai bouche ni voix ; je parlé cependant.
La Coquette et le Fat me veulent complaisant ::
Ils ont tort ; car menteur je ne dois jamais être : -
Quiconque voudra me connoître ,
Qu'il se connoisse auparavant.
-
JE
LOGOGRY PH'E.
E n'ai ni pieds , ni mains , ni corps , ni bras >
ni tête ; *
Par deux jambes sans plus , tout mon être est
construit ;
Une Lettre de moins , on me sçait tout esprit ;
Orez en deux , je ne suis qu'une bête. -
DE
AUTRE.-
E mon être aisément on en formera trois :
Toute entiere , je suis Ville de Picardie ;
Sans tête , je deviens animal amphibie :
Sans queue, on me respecte , et je donne des loi
AT
JANVIER. 1735.
JE
AUTR E.
E suis l'objet de vos mépris ;
Et cependant en Province , à Paris
Je suis utile nourriture .
Tête , col , ventre , pied , quatre lettres sans plus
Forment mon tout. Sans pied , une des trois Ver
tus
Se présente à vos yeux : sans col , dans la nature -
Je suis le terme où tout vient aboutir :
En cet état , retranchés ma finale ,
C'est terme de mépris . Si vous voulés unir
Mon ventre et puis ma tête , à vos regards j'étales
L'ornement d'un Jardin, l'Eté comme l'Hyver,
Voici pour me connoître une derniere note :
Dans mon tout , je suis bon en sec ainsi qu'en
verd ,
Et quand je viens des Champs , je suis souvent
en botte.
On
Q
AUTRE.
Uatre lettres forment mon tout :
trouve en moi , qui ne craint point l'orage -
l'humain cherche par tout ;
Ce
que
Un
instrument
qui
prépare
au carnage
.
AUTRE.
EN cinq lettres je suis nom d'une Ville'anciend's
Otés ma tête , alors je suis celui d'un Saint ,
Evj , Re--
90 MERCURE
DE FRANCE
Remettés-la , tranchés ma queuë, on voit la peine
Dont on punit un assassin :
En moi l'on trouve encore un fleuve bien rapide
Un grand chem in ; l'objet flatteur
J
Qui fait tant courir l'homme avide..
Et qui fait souvent son malheur.
AUTRE.
E suis un composé des rebuts des humains?:
Six lettres forment tout mon être ,
Voici comme on peut me connoître .
Un , deux ; trois , cinq , je suis un des grands :
Souverains ;
Un, quatre, trois et cinq . , je contiens une essence
Qui conforte, qui brûle, et qui perd la santé ;
Trois , quatre et cinq , je jase à toute outrance .
Ou bien je suis un nom à Rome respecté.
E. M. I. D. L.
EXPLICATION du second Logogryphe:
du premier Volume dis Mercure de Décembre
1734
alsambleu , tu dis bien , Auteur Logogryphique, ›
vec du pain je vis ; j'en conviens sans réplique ;
De connois le Dieu Pán et le Pin non oblique ,
Zombrant ces quatre Vers , l'Acrostiche s'ex
plique.
NOU
JANVIER 1735.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.' ·
Cla
ODE MILITAIRE , ou Compi
lation des Ordonnances des Rois
de France , concernant les gens de guerre
Par M. de Briquet , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , et l'un des premiers Commis
de M. d'Angerviliers , Secretaire d'Etat
de la Guerre . Chez J. B. Coignard'
fils , rue S. Jacques , 1734. in 12. 4 , VO◄
lumes.
Cet Ouvrage , véritablement important
et estimable en plusieurs manieres ,
que le Public connoît déja par une Edi--
tion de l'Imprimerie Royale , faite en
1728. est augmenté dans cette nouvelle
Edition d'un 4. volume , qui porte le
titre dé Supplément : il contient les Ordonnances
renduës depuis 1728. et celles
qui avoient échappé aux Recherches:
du laborieux Auteur. Le Supplément est
suivi d'un Appendix , de plusieurs Décisions
rendües par le Conseil de Guerre.
ou par des Lettres du Secretalre d'Etat :
de la Guerre , sur des Cas qui embaras
sen tr
92 MERCURE DE FRANCE
sent journellement les Officiers Militai
res. Par exemple , page 408. il fut dé
cidé par Lettre du 11. Mars 1731. » qu'un-
Chevalier de Malte pouvoit en cons →
>> cience assister au Conseil de Guerre ;
» Les Constitutions Canoniques qui doi-
>> vent servir de Regle sur cette Ques-
» tion , n'interdisant la connoissance des
» Affaires Criminelies qu'aux seuls Clercs ›
» engagez dans les Ordres et Ministeres
Ecclesiastiques , ou qui possedent ac-
>> tuellement des Benefices.
On a inseré à la fin de ce même IV.
Volume , deux Projets d'Instruction , approuvez
par le Roy , concernant le Service
de la Cavalerie . Le premier sur la
Marche d'un Régiment de Cavalerie en
Route , et le Service de la Cavalerie en
Campagne , et le second pour les Evolutions
de la Cavalerie,
INSTRUCTIONS sur les Dimanches et :
les Fêtes en general , et sur toutes les
Fêtes qui se celebrent dans le cours de
l'année , Ouvrage utile à toutes les Familles
Chrétiennes , sur tout aux Personnes
qui sont chargées de l'instruction de
la jeunesse. Par M. P. C. Docteur de
Sorbonne. Chez Henry , 1734. in 12.-
CALE
JANVIER. 1733: 935
CALCULS D'USAGE , pour les Comptatables
. , Trésoriers , Marchands , Banquiers
, Financiers et Officiers de Judicature.
Nouvelle Edition , revûe , corri
gée et augmentée par l'Auteur , M. Mas
son. Chez le même , 1735. in 8:
›
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE , pour ser
vir de continuation à celle de M. l'Aba.
bé Fleury , Tome XXXIII. depuis.
l'année 1562. jusqu'en 1568. A Paris ,
chez Pierre Jean Mariette , 1734. in 4..
et in 12. pp. 59. pour le Discours qui
est à la tête de ce Volume , et 570. pour
le corps de l'Ouvrage.
RECUEIL de Pieces d'Eloquence et de
Poësie , qui ont remporté les Prix donnez
par l'Académie Françoise en l'année
1733. avec plusieurs Discours qui ont
été prononcez dans l'Académie , et plusieurs
Pieces de Poësie qui y ont été lûës
en differentes occasions . A Paris , che
J. B. Coignard fils , Imprimeur du Roy
et de l'Académie Françoise , 1734. vol.
in 12. pp. 239.
ACTA SANCTORUM , Augusti , & c . LES
ACTESDES SAINTS , du mois d'Août, recueil
les des Monumens Grecs et Latins fidele--
meng
74 MERCURE DE FRANCE
copiez sur les Originaux mis en ordre ,
enrichis de Notes et d'Observations , par
les P P. J. B. du Solier , Jean Piné , Guillaume
Cupers, et Pierre du Bosch , Prêtres et
Théologiens de la Compagnie de Jesus .
Tome I. qui renferme les 4. premiers
jours. In folio. A Anvers , che Jacques-
Antoine Gherwen , 1733 .
TRAITE' de Cesar Magatus , sur le
besoin de panser rarement les playes ,
où l'on examine deux questions ; la pre--
miere , s'il est plus à propos de les rouvrir
tous les jours ou de les laisser plusieurs
jours sans y toucher. La seconde ,
si l'usage des Tentes et des Plumaceaux
est nécessaire pour les bien panser.
Ensemble un Traité de J. B. Magatus ,
où cet Auteur defend contre Sennert le
sentiment de Cesar Magatus : qu'il faut
rarement toucher aux playes ; avec une
Préface de Fré leric- Chrétien Cregut , Dòcteur
en Médecine , Conseiller et Premier
Medecin du Comte d'Hanaw , où
Ron montre combien les Italiens ont
mérité de la République des Lettres en
toutes sortes de Sciences , et principalè
ment en ce qui concerne la Médecine.-
Se vend aux Foires de Francfort et de
Leipsic, et à Amsterdam, che J.B. Shmidi,
1733
JANVIER 1735
1733. in 4. 2. volume , Tom. I. pp. 566;
sans compter la Préface et la Table , qui
sont très-amples. Tom. II . pp. 648. sang
compter non- plus un ample Index. Tout
Ouvrage est en Latin.
TRAITE' DU CHYLE , ou du Suc nour
ricier de l'homme , dans lequel on rap
porte plusieurs Histoires de faims canines
, d'appétits déreglez , de jeûnes excessifs
, de gens qui ont avalé des coû
teaux , du verre , du poison , du feu ;
et où l'on cite un grand nombre d'exemples
de choses extraordinaires con
tenues dans les intestins , ou rejettées par
le vomissement. On y a joint diverses
Observations sur la résolution Chimique.
des superfluitez qui se déchargent par
les intestins , et plusieurs Questions de
Jurisprudence Médicale , avec une Table
très - ample des Matieres. Par Maw
rice Gurischius . A Leipsick , aux frais de
Maurice- George Weindmann , Libraire
1730. vol. in 4. pp. 911. L'Ouvrage ess
en Latin.
Le sieur Marc- Michel Bousquet , LE
braire à Genêve , a imprimé depuis peu
une Lettre , dont nous avons reçû un
Exemplaire signé de lui , dans laquelle
98 MERCURE DE FRANCE
i rend compte au Public des empêchemens
qui ont retardé l'exécution du grand
Ouvrage de M. Gibert , sur le Droit -Ca.
non , dont l'impression et là distribution
avoient été promises pour la fin de l'année
1732. par un Prospectus , publié en
1731. Cet Ouvrage , dont la Lettre imprimée
répete le Plan , sera , selon la même
Lettre , totalement achevé dans tout
le mois de Février 1735. divisé en trois
volumes in folio , sous le titre suivant :
CORPUS Juris Canonici per Regulas natu
rali ordine digestas , & c. Antore J. Petro
Gibert D. T. et Canonista. On le vendra
en feüiile 24. livres monnoye du Pays ,
c'est-à-dire 35. livres argent de France.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de la
Suisse et des Pays du Nord , année 1733 .
Tome 27. A Amsterdam , chez Pierre
Humbert , in 12. de 226. pages.
Nous continuons à donner une idée
de cet Ouvrage , qui se fait toujours lire
avec plaisir , en transcrivant ici les Titres
de quelques Livres peu connus à
Paris.
EXAMEN DU PYRRHONISME , ancien et
moderne. Par M. de Crouzas , de l'Académie
Royale des Sciences , Gouverneur
de
JANVIER. 1735. 97
de S. Al. Ser. le Prince Frederic de Hesse
Cassel , A la Haye , chez P. de Hondt ,
1733. infolio de 776 : pages , sans la Préface
et la Table.
و
MEMOIRES de Frederic- Henry de Nas
sau , Prince d'Orange , depuis 1621. jus
qu'en 1646. trouvez dans le Cabinet de
Madame Henriette -Catherine , la troisiéme
de ses Filles et Mere de S. A. S. le
Prince d'Anhalt - Dessau , enrichi du
Portrait du Prince et de figures dessinées
et gravées par Bernard Picart. A Amster
dam , chez P. Humbert , 1733. in 4. de
362. pages , sans la Préface et la Table ,.
qui en font 48 .
ENTRETIENS HISTORIQUES ET CRITI
QUES Sur diverses Matieres de Litterature
Sacrée. Par M. la Brune. Amsterdam
chez le même Libraire , 1733. 2. vol . in 8.
HISTOIRE DES ROIS DE POLOGNE , et du
Gouvernement de ce Royaume , où l'on
trouve un détail fort circonstancié de
tout ce qui s'est passé sous le Regne de
Fréderic Auguste . Par M. M ..... Chez
le même , 3. vol. in 8. 1733..
>
JOANN. PHILIPPI BREINII Disserta
tio Physica de Polytalamiis , &c. C'est
à dire DISSERTATION sur une nouvelle:
Classe de Testacées qui a plusieurs cellulules
on cavitez , avec la Méthode de ran
›
ger
MERCURE DE FRANCE
par
ger les Testacées
classes
et par genres
'; on a ajoûté
un petit Mémoire
sur les Bellemnites
de Prusse , et un petit Traité sur la Méthode
de bien ranger
les Hé rissons
de Mer , volume
in 4. de 64. pa- ges , imprimé
à Dantzik
en 1732. Ou- vrage curieux
:
On trouve dans les Nouvelles Litte
raires de ce Journal , que le troisiéme
volume des Mémoires de l'Académie ,
établie par le feu Czar , est achevé d'im
primer , et a paru il y a plus d'un an.
De Genêve. Que Fabry et Barillot ont
imprimé un court Abregé de Physique, suivant
les dernieres Observations des Aca
démies Royales de Paris et de Londres ,
par G. L. Le Sage.
De Strasbourg. On a publié dans cette
Ville sous les auspices de M. Schapfflin ,
une Dissertation sur les Augures . Le Magistrat
a accordé à ce sçavant Professeur
la permission de faire un voyage tous
les deux ans pour perfectionner de plus
en plus ses connoissances , et une somme
considerable pour chaque voyage.
$
BIBLIOTHEQUE ITALIQUE , OU
Histoire Litteraire de l'Italie , May , Juin ,
Juillet, Août 1729. Tome V.1 . vol. in 12 .
Genêve , chez Bousquet et Compagnie.
Suite
JANVIER. 1735.
Suite des Lettres de M ... sur ce Journal.
Nous voici , Monsieur , au V. Tome
du Journal , pour lequel vous continués
de vous interesser , et dont j'ai entrepris
de vous rendre un compte sommaire , je
dis sommaire , car je ne feray guere que
toucher les principaux Articles , par la
raison que je vous ai marquée dans ma
derniere Lettre.
Art. 1. De Litteris Encyclicis Dissertatio,
&c. DISSERTATION de M. l'Abbé Bencini
, sur les Lettres Encycliques . Dédiée
au Roy de Sardaigne , i . vol . in 4. à
Turin , 1728. pp . 318. L'Auteur , après
avoir remarqué dans la Préface , qui est
toute Polemique , que pour rendre les
les Controverses en matiere de Religion,
plus fructueuses , il faudroit s'attacher à
des Monumens décisifs et sans réplique,
mettre au nombre de ces Pieces les Lettres
Circulaires que l'Antiquité nous a
conservées , il en fait remonter l'origine
au temps même des Apôtres , et il en
trouve un exemple bien marqué dans la
Lettre de S. Paul aux Ephésiens . Cette
Institution devint , dit- il , d'un usage
plus fréquent et plus nécessaire dans les
siecles suivans, où les persécutions ôtoient
la liberté de s'assembler et de voyager.
C'est ainsi qu'on en usa dans les circonstances
40 MERCURE DE FRANCE
tances multipliées des heresies qui précéderent
le Concile de Nicée.
Tout l'Ouvrage est divisé en sept Dissertations
particulieres ; la premiere donne
une idée generale des Lettres Circulaires
; la seconde traite en détail des Héresies
qui se sont élevées jusqu'au premier
Concile General , et qui ont été
éteintes par le secours de ces sortes de
Lettres . La troisiéme et la quatriéme rapportent
les plus fameuses Lettres Encycliques
ou Circulaires des Evêques et
des Conciles jusqu'à celui de Calcedoine,
La cinquième conduit cette même Discipline
ju qu'au XI. siecle , et les deux
dernieres prouvent par le Livre d'Esther
, et par le second des Machabées ,
que cet usage a été en vigueur dans l'Eglise
Judaïque , ce qui a
qui a , sans doute
servi d'Exemple et de modele à l'Eglise
Chrétienne.
Art . VI . EXTRAIT d'une Lettre écrite
d'un Bourg près du Lac Majeur , au sujet
de trois oeufs de Poule trouvés dans un vieux
mur. Cette Lettre est datée d'Arcisate ,
de 30. Juin 1729. Voici le fait . En démolissant
le mur de la Sacristie de l'Eglise
d'Arcisate , qui est le Bourg dont
il s'agit , on trouva dans l'épaisseur de
ce mur , qui est en cet Endroit d'une
brasse
#
JANVIER . 1735. TOZ
brasse , trois ceufs de Poule , couchez
suivant le lit des Pierres , scellez et enchassez
de toutes parts par la Chaux.
Deux étoient près l'un de l'autre , et le
troisiéme à quelque distance . On en ouvrit
un , et on le trouva liquide avec
son blanc et son jaune bien formez et
avec son odeur et sa saveur naturelles ,
ce que l'oeuf conservoit encore quatre
jours après . Cette Sacristie a d'antiquité
assurée plus de 15o . ans et l'Eglise, qui est
Gothique , plus de 500. L'Auteur de la
Lettre fait remarquer que la Chaux de
cet endroit est extrémement forte , et
qu'elle durcit en vieillissant jusqu'à se
pétrifier .
·
Art X. Memoriè , &c. Memoires concernant
la Ville d'Urbin. A Rome , 1724.
chez Jean Marie Salvioni
grand
in folio de 147. pages , orné de 74. Planches
, qui représentent le Palais Ducal ,
ses Portes, ses Plafonds , &c. et de 7 2. autres
Planches , où sont représentez les
Bas- Reliefs de Marbre qui ornent le sousbassement
de cet Edifice. M. Bianchini
de Verone , a joint à de sçavantes Remarques
de sa façon , sur tout ce qui regarde
ce Palais , une Relation curieuse
des Observations qu'il a faites à Urbin ,
à Rimini , à Assize , et sur le Mont Su
basio
202 MERCURE DE FRANCE
basio , afin de déterminer la Latitude et
et la Longitude de la Ville d'Urbin et
des Pays voisins , pour servir ensuite à
fixer les Positions Géographiques de toute
l'Italie , et même à mesurer le tour
de la Terre.
Art. XII. Imperat. Romanorum Numismata
, &c. C'est l'Edition faite par
M. Argelati , et annoncée dans le IH.
Tome de la Bibliotheque Italique , du
grand Recueil des Médailles d'Occon ,
expliquées par le Comre de Mezzabarba
Cet Article , qui regarde l'Antiquité ,
me fait souvenir de vous dire le
que
II. Article de ce V. Tome du Journal
dont il s'agit ici , contient un bel Extrait
du Traité Italien des Amphithéatres , et
en particuler de celui de Verone , par
M.le Marquis Maffei, imprimé à Verone,
I. vol. in 12. 1728. Je ne vous ai rien
dit de cet Extrait , parce que ce même
Traité des Amphithéatres , &c . a été
depuis réimprimé dans la même Ville
avec des augmentations , &c. il est à la
tête du IV. Tome de Verona illustrata ,
& c. du même sçavant Auteur , et c'est
un des plus beaux ornemens de ce grand
Ouvrage , lequel est ici répandu , et que
je lis actuellement avec beaucoup de
plaisir. Vous en trouverés un précis dans
le
JANVIER. 1735. 10
le Mercure du mois de Mars 1733. P.
545. Vous trouverés aussi le Catalogue
des Ouvrages de M. Maffei dans le Mercure
de Jun , premier volume 1731 .
page 1321.
Les Nouvelles Litteraires font le XIV.
et dernier Article de ce Volume. Voici
ce que j'y trouve de plus interessant à
certains égards. De Rome . FRANCISCI
Mariani de Etruria Metropoli cum Parerga
de Episcopis Viterbiensibus . Nos Journalistes
paroissent faire cas de cet Ouvrage ,
et en font esperer un Extrait un peu détaillé
.
De Padone. JOANNIS Poleni Epistola ,
&c. C'est une Edition de toutes les Lettres
du Marquis Poleni , Professeur de
Mathématique à Padoüe , sur divers Sujets
d'Astronomie et de Mathématique ,
vol. in 4. de 200. pages , imprimé à Padoue
en 1729. De Venise. On a traduit
et imprimé ici l'Histoire des Sevarambes ,
aussi-bien que la grande Histoire Romaine
des P P. Catrou et Rouillé. Cette
derniere Version est faite par le P. Zannino
Marsecco . Coletti , Libraire de cette
Ville , en est déja au quatriéme Tome
du Commentaire sur l'Ecriture Sainte de
Dom Augustin Calmet , traduit en Latin ,
qu'il imprime par Souscriptions . La Tra-
F duction
194
MERCURE DE FRANCE
duction des Préfaces et des Dissertations
est du P. Mansi de Lucques , et le reste
d'un Religieux Sommasque de cette mê
me Ville
De Ferrare. Le Docteur Joseph Lanzoni
, Professeur en Medecine dans
cette ville , qui étoit sa patrie , est mort
depuis peu. Il a ordonné en mourant
qu'on eut soin de recueillir ses oeuvres
dont quelques-unes n'ont pas encore vû
le jour. Ce sont divers Traitez singuliers ,
dont voici les titres De Balsamatione
Cadaverum. Delle Corone ed unguenti de gli
antichi conviti. Citrologia seu de Citro ;
Zoologia parva , seu de Animalibus ad
Medicinamfacientibus. De Luctus mortuali
veterum ; de Saliva humana. De Lacrimis.
Ce Medecin écrivoit actuellement
quand il est mort , De Caseo , de Ludis
puerilibus. Il avoit aussi dessein de faire
un Traité sur l'excellence du Miel , et de
discuter la Question ; Se il lume sia necessaria
alla vista.
Le 9. du mois de Decembre 1734-
M. le Duc de Villars , après avoir été élu
( comme nous l'avons dit ailleurs ) par
MM . de l'Académie Françoise , à la plade
feu M , le Maréchal Duc de Villars
Son
JANVIER. 1735. 105
,
son Pere , y prit seance , et prononça.
un fort beau Discours , auquel M. l'Abbé
d'Houteville , Directeur répondit
avec beaucoup d'éloquence. L'Assemblée
étoit des plus brillantes et des plus nombreuses.
On jugera par quelques traits
que nous allons raporter de ces deux
Discours , qu'ils méritoient les applaudissements
qu'ils ont reçûs
»
ימ
M. le Duc de Villars , pous exprimerses
sentimens envers M M. de l'Acadé
mie , dit d'abord dans son Exorde.
Lorsqu'il s'agit de parler de vous et
» devant vous , je ne vois plus que vos
» Talens , la Gloire où vous daignés m'as-
» socier , ce qu'elle suppose , ce qu'elle
» récompense , et ce qui me manque
pour la mériter . Je fais cet aveu d'au-
» tant plus volontiers , qu'il rehausse vos
»faveurs : Il me sufit de vous découvrir
» les sentimens qu'elles font naître , et
je me flate qu'à vos yeux , le langage
» du coeur tiendra lieu d'éloquence.
Ensuite retraçant la mémoire du Pere ,
du Grand Homme auquel il succede
mémoire triste , qui ne lui permet guere
de s'occuper des soins de l'esprit , il finit
l'éxorde par ces mots : » Pardonnés
» dans un jour si brillant pour moi , je
» m'abandonne à tous mes regrets ; vous
,
>
si
Fij
mêmes •
106 MERCURE DE FRANCE
» mêmes me jugeriez indigne de vos bon-
» tez , si , dans le temps que vous vous
offrés à moi pous me consoler , je cher-
» chois à oublier le sujet de ma tristesse.
Pour rendre à la mémoire du Cardinal
de Richelieu le tribut que lui doit
chaque nouvel Académicien , il parla
ainsi. » LE CARDINAL DE RICHELIEU par
» ses prodiges de politique et de sagesse ,
» étoit infiniment utile à sa nation , mais
» par votre établissement , il le devint à
» toute l'Europe ; la vraie grandeur dans
» un peuple , est moins sa puissance que
»la lumiere qu'il distribuë : Rome par
» ses forces , n'a été qu'un temps la mai-
» tresse du Monde ; elle subsiste toujours,
» elle l'instruit encore par les Ecrits im-
» mortels qu'elle a produits.
Le Chancelier Seguier fut aussi très
dignement loué , mais rien n'est plus
brillant que ce qu'il dit avec plus d'étendue
, à la gloire de LOUIS LE GRAND.
Nous l'omettons à regret à cause de
nos bornes , pour ne point omettre
les hommages de l'Illustre Orateur , à l'égard
de l'Auguste et aimable Maître qui
nous gouverne,
» Déja , Messieurs , ce Prince a rempli
» ce que vous attendiez de lui dès ses
» premieres années , ce que nous en pro
mettoi
JANVIER. 1735. 107
mettoit le sage Moderateur , qui a
>> cultivé ses qualitez naissantes , et qui
depuis lui a si heureusement inspiré
»
ןכ
» ses vertus le gout de la Justice et de
la Verité , l'Esprit de l'Ordre , le res-
39 pect de la Religion , Vous aves chanté
" sous ce Regne les douceurs d'une paix
» tranquille , une matiere nouvelle s'offre
aujourd'hui ; publiés ses victoires
» et ses conquêtes. Il n'apartient qu'à
vous , seuls Dispensateurs de la vraie
gloire , d'élever à la sienne un monu-
» ment durable. Pour moi , partagé en-
» tre le bonheur de le servir et celui de
vous étudier après les soins de mon
>> zele pour
lui , mon occupation la
>> plus douce , sera de venir aprendre de
» vous à exprimer les sentimens de respect
et d'admiration qui lui sont dus ;
» heureux si dans l'ambition de lui plai-
» re , mes efforts , et j'ose le dire , un
» amour hereditaire , pouvoient contri-
» buer un jour à la prosperité de ses ar-
>> mes , comme vos éloges à sa gloire . Si
» j'y parviens , j'aurai rempli le plus vif
» de mes désirs , et peut- être que par- là
» du moins j'aurai sçû mériter ou justifier
» l'honneur de votre choix .
La réponse de M. l'Abbé d'Houtevil
le est une de ces Piéces qu'il faut ra-
Fiij porter
108 MERCURE DE FRANCE
porter dans leur entier pour n'en rien
omettre de beau et d'essentiel ; c'est un
précieux Abregé de la vie du Maréchal
Duc de Villars , orné de tous les agréments
de l'Eloquence la plus vraie et la
plus sublime.
L'Orateur , après avoir dit au commencement
à M. le Duc de Villars , que
tout contribue à la celebrité de sa Réception
, dont il marque les circonstances
finit son Exorde par ces mots : » Voilà
» dans quelles conjonctures vous com-
» mencés à nous apartenir. Il vous en
» coute ce que vous aviez de plus cher ;
» Il nous en coute ce qui nous honoroit
le plus.
>>
L'omission de l'Eloge du Pere dans le
Discours du Fils , fut ainsi marquée
Pourquoi faut - il seulement qu'il ne
» vous ait pas été permis de vous conformer
à nos Loix ? Elles attendent de
» l'Academicien que nous adoptons , qu'il
» rende à celui qui l'a precedé , le juste
» tribut de louanges que lui ont merité
ses travaux et ses talens . Mais une Loi ·
»plus rigoureuse vous ferme la bouche ,
» et l'austere bienseance contraint la na-
>> ture à se taire.
» C'est donc à moi , Messieurs , conti-
» nua t'il , de prendre la parole , et de
présenter
JANVIER. 1735. 109
présenter quelques traits du Heros que
" nous avons perdu . Il est trop grand
en effet pour être montré tout entier ,
» cet Homme né pour l'honneur de son
siecle et de sa Patrie ; cet Homme tou-
» jours employé et toujours au dessus de
» ses divers emplois , cet Homme capa-
» ble d'enfanter les plus vastes , les plus
»> nobles desseins , et de suffire seul à les
> executer. Habile à prendre l'ascendang
» sur la Fortune même , à l'enchainer à
» nos interêts , ou à la forcer au retour ,
quand elle osoit nous trahir où il n'é-
» toit pas ; cet Homme dont la Sagesse a
» fait le bonheur , et dont le bonheur n'a
» jamais ébloui la Sagesse ; Pour tout dire,
» cet Homme enrichi des dons accordez
» seulement à ces ames principales , que
» la Providence tient en reserve pour
fraper et pour sauver , pour élever et
» pour abbatre quand il lui plaît , la for-
» tune des Rois et des Royaumes. Tel at
» été M. le Maréchal de Villars & c .
Ce n'est là , pour ainsi dire , que l'Esquisse
d'un grand Tableau , très habilement
et heureusement executé dans tout
le reste de ce Discours . Nous sommes fâchez
de ne pouvoir pas en marquer les
principales parties ; qu'il nous soit permis
du moins d'en faire sentir la perfection
par quelques traits de la fir .
Fiiij. Voila
10 MERCURE DE FRANCE
» Voila , dit l'habile Orateur , voila ;
»Messieurs , l'Histoire de 40. années de
» travaux , ou , pour mieux dire, de suc-
>> cès ; car ici nous n'avons point d'éve-
» nements malheureux à sauver par lé-
>> clat des autres . C'est une suite de prosperitez
constantes : et peut-être est-ce
un prodige unique que le même
» Homme ait soutenu la guerre en tant
» de lieux , contre tant d'ennemis , par◄
» mi tant de hazards , et si long -temps ,
39
Я
>
avec un avantage toujours égal , tou-
» jours brillant, toûjours utile, ou glorieux
» à sa Patrie. Gardons -nous bien d'en faire
» honneur à la Fortune. Accordons - lui
» qu'elle peut aider les Grands Hommes ,
» n'ayons pas l'injustice ou la foiblesse
» de croire qu'elle puisse les faire. La
» Fortune des Heros est toute dans leur
n
i
ame. Leur Fortune est la fermeté de
» leur courage , la sagesse de leur con-
» duite , l'élevation de leurs vûës , la
» noblesse et la dignité de leurs motifs.
» C'est le grand Art de commander aux
» Hommes , et d'en obtenir tout ensem-
» ble l'obéissance , l'amour et la confiance.
» Ce sont ces éminentes qualitez quifor-
>> moient le caractere de M. le Maréchal
de VILLARS ; c'est à elle qu'il a dû son
» bonheur et sa gloire , &c.
EA
JANVIER. 1735 III
En parlant de sa derniere Campagne ,
Voici encore un très - beau trait . » Dès
» que nos besoins le redemandent à la tête
» des Armées , tout en lui se renouvelle :
» Sa noble confiance renaît avec sa pré-
2
miere valeur , et plus il va servir de
>> Couronnes , plus il semble se repro-
» duire pour les venger. Ne lui dites
» point qu'il expose une vie plus pré-
» cieuse pour nous que des victoires
» ni qu'au défaut de son bras , il nous
» suffit de son expérience et de ses conseils
;
Il croit ne nous pas aimer s'il ne
» nous sert , et ne nous pas servir , s'il ne
>> nous sert qu'à demi . Allés donc , Heros
invincible , allés au milieu de nos accla
» mations , ddee nnooss llaarrmmeess , et de nos
» voeux. Traversés encore une fois les
Alpes étonnées. Il vous sera donné de
» vaincre comme autrefois , d'enlever des
» Royaumes à l'ennemi , de mettre de
» nouveaux Sceptres dans la main des
>>> Rois et de ne finir vos hautes desti-
» nées , que quand vous n'aurés plus
>> rien de mortel à faire.
2
Sa qualité d'amateur des Lettres et de
Membre de l'Académie Françoise , ne:
peut être plus heureusement exprimée
que par ces paroles : » Je rappellerai ce
que nous avons tous . vû , ce que nous
no
112 MERCURE DE FRANCE
n ne pouvions nous rassasier de voir ; un
» Héros tout couvert de ses lauriers ,
assis modestement au milieu de nous
» s'assujettir à nos Loix , s'interesser à
» nos travaux , les partager , et se plaire
» à venir dans le sein des Lettres jouir du
» repos qu'elles devoient à ses victoires.
» Sensible aux charmes de l'Eloquence
» vous lui étiez tous chers par vos talens
pour elle. Eloquent lui - même , avec
» cette dignité facile et naturelle , qui est
» le modele , et presque toûjours l'écuëil
» de l'Art , il trouva celui d'être aimable
et vif dans l'Entretien , grave et subli-
»me dans les Conseils du Prince , éner-
» gique et précis dans ses Discours à la
» tête des Armées ; et si la posterité voit
un jour les Mémoires de ce nouveau
,}
ésar , ce qu'on a dit de l'un , elle le
dira de l'autre : Que le même Esprit
qui l'animoit dans les combats , l'inspiroit
pour la parole.
» Aussi digne imitateur de ce vaste
et profond Génie * qui nous à donné
la naissance , il sentit comme lui de
quelle importance est le Sçavoir dans
les Etats ; comme lui il voulut encore
servir sa Patrie , lors même qu'il ne ser-
* Le Cardinal de Richelieu.
vit
JANVIER. 1735. 113
» vit plus , et rassembler à jamais des 'ta-
» lens épars, qui réunis , aideroient à per-
» fectionner ou à fixer le goût. Quel té-
» moignage de bienveillance plus écla-
» tant pouvoit-il donner à la Province
>> dont il étoit le Chef ? Les autres bien-
» faits qu'il y a répandus périront avec
» les années ; celui- ci ne finira jamais ;
» les graces faires à l'esprit tiennent de
» leur objet elles sont immortelles com
» me lui.
Le même jour qui vous donne à nous,'
» Monsieur , vous confirme la possession
» de ce précieux héritage. L'Académie
» de Marseille a désiré l'honneur de vo
» tre protection , et ce sera , sans doute ,
» avec complaisance qu'elle verra dans
» notre choix l'éloge du sien . Soyés dé
»sormais l'Interprete et le nouveau lien
» de notre estime pour elle ; favorisés
»une Compagnie si digne de vos soins
» par ses talens , et par la main dont elle
» est l'ouvrage ; protegés les Lettres ; c'est
» partager un des plus nobles privileges
» des Souverains .
Enfin après avoir prévû que l'Acadé
mie ne possedera pas M. le Duc de Villars
au gré de ses souhaits , et que les
engagemens qu'il vient de contracter
avec elle , cederont à des devors plus
F vj indis
114 MERCURE DE FRANCE
indispensables , c'est à-dire , à des devoirs
militaires , suivant le sort de son nom ,
l'Orateur conclud ainsi son Discours.
» L'objet de l'Académie n'est pas de
» tenir ses Enfans toûjours rassemblez au-
» près d'elle ; sa vraye gloire est de les
» voir concourir par des chemins , quoi-
» que differens , à celle de son auguste
» Protecteur. Tandis que tous à l'envi pu-
» blient ses vertus , chantent ses victoires
» et celebrent ses conquêtes , l'un s'ex-
» po e dans les combats , et contribue à
la prosperité de ses armes ; l'autre dans
les Cours Etrangeres exécute ses ordres
» et seconde ses vûës ; celui ci est l'organe
» de sa Justice ; celui ci , et il nous est
» bien flatteur de le pouvoir dire , est à
la tête de ses Conseils : Ministre habi-
» le , désinteressé , fidele , qui ne connoît
» dans ses penibles veilles d'autre écom-
» pense que notre amour , d'autre ambi-
>> tion que de faire du Regne de son Maî-
» tre l'époque de la félicité publique.
» Réunis ainsi par un zele commun , et
» dans le concours des mêmes sentimens ,
malgré les emplois qui nous séparent s
»loisir et travaux , ici tout se consacre
» au plus sage , au plus religieux , au plus
» aimable des Rois.
Ces Discours sont imprimez in 4° . ruë
S. Jacques , chez Coignard fils .
JANVIER. 1735. 115
L'Académie Françoise délivrera le 25 .
Août prochain , Fête de S. Louis , le Prix.
d'Eloquence , fondé par M. de Balzac
et elle propose pour Sujet : Combien it
importe d'acquerir l'Esprit de societé , conformément
à ces paroles de l'Ecriture
Sainte Vir amabilis ad Societatem magis
amicus erit , quam frater.
:
Le même jour elle donnera le Prix
de Poësie , fondé par le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Les Progrès
de la Musique sous le Regne de Louis
le Grand.
BALLADE qui a remporté le premier
Prix au Palinod de Caën , le jour
de la Conception de la Vierge 1734..
L'Argument est la Bibliotheque ( 1 ) nouvellement
établie dans l'Université de
la même Ville.
A L'envi , l'Art et la Nature
Ont construit ce Palais brillant ; (2)
(1 ) La Bibliotheque fut ouverte pour la premiere
fois au mois de Juin 1731. par les soins de M. de
Than , Professeur de Philosophie au College du Bois,
pour lors Recteur , qui obtint des Lettres Patentes.
de réunion des revenus du College du Cloutier à
ceux de l'Université , pour l'entretien d'un Biblio
thequaire , c
(2 ) L'Architecture du Bâtiment de l'Université
où est la Bibliotheque , est des plus réguliere,
116 MERCURE DE FRANCE
Mais son plus utile ornement
Ne doit point être en sa structure.
Livres sçavans et curieux ,
Venés parer ce Sanctuaire ,
Et faire briller à nos yeux
La plus éclatante lumiere.
Je les vois est - ce une imposture ? ( 3 )
Non , non. Ministre ( 4) bien faisant
D'un Roy liberal et puissant ,
Ta protection m'en assure.
Venés , Esprits laborieux ,
Ici tout peut vous satisfaire ;
(3 ) Ce n'est pas sans sujet qu'on marque ici de
la surprise ; rien de plus étonnant que les progrès de
la nouvelle Bibliotheque . Avant la fin du Rectoras
qui lui avoit donné naissance , elle se trouva presque
remplie d'Armoires et garnie d'un grand nombre
de très excellents Livres de differentes donations
, sur tout de celle que fit M. de Colleville , de
la Bibliotheque du celebre M. Bochard , et des
2000. livres données d'abord par M. Antoine Ca
velier , seul Imprimeur du Roy et de l'Université.
(4) M. le Cardinal de Fleury . C'est à la protec➡ .
tion et aux liberalite de ce grand Ministre , que
PUniversité est redevable de ce bel établissement ;
S. E. fit présent de sommes considerables pour le
commencer , pourvut aux appointemens du Biblio- .
they caire , par la réunion du College du Cloutier ,
et a fait obtenir depuis peu sur l'Abbaye de Barbery
, une pension de mille écus à laquelle la Bibliotheque
aura la plus grande part.
Cher
JANVIER. 1735. 117
· Cherchés en ces augustes Lieux
La plus éclatante lumiere.
Trop long-temps une nuit obscure
Offusqua ce climat charmant ,
Mais cet immortel Monument
Détruit pour jamais cette injure,
Trésor naissant et précieux
Source féconde et salutaire ,
Soyés pour nos derniers Neveux
La plus éclatante lumiere,
ALLUSION.
Vous qui des Enfers ténebreux
Dissipés la vapeur grossiere ,
N'êtes- vous pas , REINE DES CIEUX }
La plus éclatante lumiere.
A Mrs de l'Université.
Esprits judicieux Troupe illustre et sçavantt ,
Arbitres de notre combat ,
A la Lumiere que je chante ,
Votre Prix , en ce jour , donne un nouvel éclat
Par M. Hardouin .
JETS
18 MERCURE DE FRANCE
JETTONS frappez pour le premier.
jour de Fanvier M. DCC . Xxxv.
avec l'Explication des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
UN
N Oranger chargé de fleurs et de
fruits , même au fort de l'Hyver.
Non spoliant hyemes.
II. PARTIES CASUELLES.
Un Autel fumant devant le Temple
de la Fortune . Parvo thure litatur.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Une Vigne chargée de Raisins. Dapes
Diis et Pocula prestat.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES .
Des Aigles prenant l'essor et regardant
le Soleil. Hinc vivida Virtus.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Thémis tenant d'une main sa Balance
er de l'autre une Epée nuë. Vel jure vel
armis.
VI. BATIMENS DU ROY.
Minerve appuyée contre un Obelisque
JETTONS DE 1 LANNEE 1735
II
THURE
NON
SPOLIANT
HYEMES
III
PARVO
IV
PARTIES
CASUELLES
1735
IVIDA
TRI SOR ROYAL
1735
REX
VIRTUS
DEIS
DAPES
CHRISTIANIS
VI
NON
OBLITA
VII
ORDINAIRE
DES GUERRES
NOST
1735
ROS
CONSUMP
MPSIMUS
IGNES
VIII
ARTILLERIE
1735.
EXPLICUISSE
POCULA
PRESTAT
CHAMBRE AUX
DENTERS
1735 .
VEL
JURE
NEL
CORIS
BATIMENS DUROY
TOREM
1735 .
COMITANT
SATIS
MARINE
1733.
ARMIS
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1735
TUR
GALERES
1735
IX
D.G.
FR
.
MARIA
OVANTES
ET
NAV
DUVIVIER
DULCIA
REGINA
VI
X
MAISON DE
LA REINE
1735.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JANVIE R. 1735. 19
et montrant d'autres grands Morceaux
d'Architecture. Prisci non oblita decoris .
VII. ARTILLERIE .
Le Mont Ethna vomissant des flammes
, au pied duquel sont des Mortiers ,
des Canons , Barils à Poudre , Bombes ,
&c. Nec dum nostros consumpsimus ignes ,
VIII. MARINE.
La Tête de Méduse. Explicuisse satis
IX.
GALERES.
Une Troupe de Nereïdes
accompagnant
Neptune , dont le Trident est chargé
de deux Couronnes à longues pointes.
Victorem comitantur Ovantes.
X. MAISON DE LA REINE.
Un Sep de Vigne attaché à un Orme.
Dulcia incla.
L'Académie Royale de Peinture a fait
une perte considerable en la personne
de M. Noël-Nicolas Coypel , Professeur
en la même Académie , fils de Noël Coy.
pel , et frere puîné d'Antoine Coypel
Premier Peintre du Roy. Il est mort le 14.
du Mois dernier , âgé d'environ 45. ans.
Il possedoit à un haut degré l'heureux
talent
120 MERCURE DE FRANCE
talent que la Nature a donné à ceux qui
portent ce nom. Son Dessein est correct,
elegant et agréable , l'on voit de ses
Compositions bien raisonnées , et aussi
piquantes que gracieuses . Voicy des Stances
irrégulieres , dans lesquelles on a exprimé
les regrets de sa perte .
N E cessons point de répandre des larmes ;
A nos soupirs donnons un libre cours ;
Que les chagrins , que les allarmes ,
Désormais nous suivent toujours.
Du grand Coypel , la Parque impitoyable ,
Vient de trancher le destin précieux ;
J'ay vú ce Mortel respectable ,
Accablé sous le poids de ses coups furieux.
Signale tes douleurs , Muse de la Peinture ,
Vien pleurer avec nous cet Appelle nouveau ;
Sujet aux Loix de la Nature ,
Son mérite n'a pû le sauver du Tombeau.
Et vous, chers Nourrissons de cet illustre Maître,
Loin d'apaiser vos déplaisirs secrets ,
Par vos sanglots faites connoître
Que rien ne peut calmer de si justes regrets.
Rappellés les instants , où ce rare Génie
Vous
JANVIER. I20
1735 .
Vous ouvroit les trésors de son Art enchanté ;
En vous communiquant sa science infinie ,
Il conduisoit vos pas à l'immortalité.
Qu'une juste reconnoissance
Excite à présent vos Esprits.
De ses Vertus si vous êtes épris ,
Empressés-vous d'en peindre l'excellence.
Exprimés dignement sa bonté , sa candeur ;
Marqués pour ses devoirs son ardeur et son zelez
Faites-nous un Portrait fidele
De la droiture de son coeur .
N'oubliés point sur tout son humble modestie,
Amateur de conseils prudents ,
Il s'appliqua toute sa vie
A n'écouter que le bon sens.
C'est par là qu'il acquit une solide gloire.
Ses Ouvrages divins , de chacun admirez ,
Au fameux Temple de Memoire
Seront à jamais reverez .
Implacable ennemi d'un gain vil et sordide ,
Plein de désinteressement ,
De l'honneur Partisan avide ,
avoit pour la gloire un noble empressement.
De
22 MERCURE DE FRANCE
De tant de vertus étonnantes ,
Admirons le charmant accord.
De ces qualitez surprenantes ,
Le souvenir peut seul consoler de sa mort.
JAUSSIN.
Les sieurs Desprez et Barbou , Libraires Associez
pour l'impression de la nouvelle Edition
des Oeuvres de S. Jean Chrisostôme , par le R. P.
de Montfaucon , donnent avis au Public , que le
XI. Tome est achevé et se distribue chez eux.
Le XII. Tome est fort avancé. Le XIII. et
dernier , sera commencé d'imprimer vers la
Pentecôte de cette année 1735.
L'Oraison Funebre du Maréchal de Villars ;
que l'Abbé Segui prononça dans l'Eglise de S.
Sulpice , le 27. de ce mois , et qui est generalement
applaudie , se débite actuellement chez
Prault , pere , Quay de Gesvres, in 4. grand Papier,
avec de très -belles Vignettes. On trouve chez le
même la Vie de l'Empereur Julien , qui a un
très- grand débit.
Il paroît une très - belle Estampe , gravée d'az
près un des meilleurs Tableaux de Wattau ; c'est
un Paysage en large avec plusieurs figures , ou
l'on voit le Portrait historié d'Antoine de la
Roque , &c. On lit ces Vers au bas.
Victime du Dieu Mars , les Filles de Memoira
Occupent à présent son coeur et son Esprit.
Il a combattu pour la Gloire ,
c'est pour elle qu'il écrit,
Cerp
JANVIER. 1735. 123.
Cette Estampe se vend chez Surugue , ruë des
Noyers, et chez la veuve Chereau , ruë S. Jaques.
On vient de mettre au jour une Estampe nouvellement
gravée par le sieur Beaumont , d'après
un fort beau Tableau de Wouvermans , du Cabinet
de M. de Julienne , de 19. pouces de large
sur 13. pouces et demi de haut. L'Estampe trèsproprement
gravée , est de la même grandeur ,
représentant un Paysage intitulé La Pêche. Elle
se vend chez l'Auteur , rue S. Jacques , chez
Made Monbart , à la Ville d'Anvers .
Nous avons déja annoncé 4. nouvelles Estam →
pes dans des Cartouches en large , d'après l'illustre
Wattau , ce sont les Quatre Saisons , gravées
par le sieur Huguier. Elles se vendent chez
lui , vis - à-vis le grand Châtelet . Deux nouveaux
Cartouches , gravez par le même , d'aprèsWat
tau , et de la même grandeur , viennent de pa-i
roître ; deux Sujets y sont traitez fort galamment
, sous le titre du Présent Champêtre et du
Duo Champêtre.
Il paroît aussi depuis peu chez le sieur Hu
guier , et gravez par lui , deux Suites d'Ornemens
de douze Pieces chacune de Cartouches et Trophées
, variez et ingénieusement composez par le
sieur de la Jone , de l'Académie Royale de
Peinture.
On mande de Londres , que le Pont de Pierre
que les Habitans de Westminster ont résolu de
faire construire , sera bâti sur le Dessein qui a
été présenté par le Chevalier Haucksmore , et il
sera composé de sept Arches , dont celle du mi-
Jeu aura 120. pieds de largeur , sur 72, de hau◄
tena
124 MERCURE DE FRANCE
teur . Les Proprietaires des Terres dépendantes
de Westminster , avanceront les sommes nécessaires
pour l'execution de cet Ouvrage , qui doit
coûter 100000. livres sterlings , et ils recevront ,
jusqu'à leur entier remboursement , un Peage
qui sera reglé par le Parlement.
L
On mande aussi de Londres , que le sieur
Churchmann , a fait présent à la Societé Royale
du Modele d'une Machine qu'il a inventée pour
faire remonter l'Eau , et cette Machine a paru
être d'une grande simplicité et d'un usage trèsétendu.
On apprend par les mêmes avis , que le 5. de
ce mois , un terrain assez considerable sur l'une
des Côtes de l'Isle de Portland , s'abîma dans la
Mer , sans que cet accident eût été précédé par
aucun Tremblement de Terre , et plusieurs ou
vertures qui se sont faites en divers endroits de
cette Isle , et qu'on juge très - profondes , causent
beaucoup d'inquiétude aux Habitans .
M. Frigot nous écrit en ces termes au sujet
d'un Orage extraordinaire , de Montebourg en
Basse Normandie le 27. Décembre 1734. Le jour
de Noël dernier , nous eûmes un Orage des plus
violents. Un gros vent d'Ouest , qui duroit depuis
quelques jours , excita ce jour - là plusieurs
coups de Tonnerre affreux , dont l'un frappa
avec beaucoup de dommage la Tour de l'Eglise
de Freville , à une lieue d'ici . On remarque que
depuis 1717. il ne s'est point passé une seule an
née que le Tonnerre n'ait fait quelque ravage
dans ce Canton , vers le Solstice d'hyver. Avant
cette année là il étoit rare d'entendre tonner ici
en hyver.
"
JANVIER.
1735. 125
Il arrête le Tonnerre
Dans la main du Roy des Dieux.
Nous dit M. Rousseau , mais cela n'est plus
vrai , du moins en Normandie , depuis l'Epoque
cy-dessus,qui est à peu près celle où les Aurores
Boreales sont devenues si fréquentes. Les Physiciens
peuvent s'exercer là - dessus , & c.
Le sieur Mangean , Ordinaire de l'Académie
de Musique de Dijon , vient de mettre au jour
un Concert de Symphonic pour les Violons ,
Flutes et Hautbois . Prix 3. liv . 12. sols les trois
Parties séparées. Le même Auteur en promet
une suite nouvelle tous les deux mois jusqu'à six.
L'Ouvrage se vend à Paris , chez la veuve Boivin,
rue S. Honoré,à la Regle d'or , chez le sieur Lo
Clerc, rae du Roule, â la Croix d'or , et à Lyon,
chez le sieur de Bretonne , rue Merciere , à côté
de la Banniere de France.
Le sieur Lescure , ci- devant Chirurgien des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , possede
un remede spécifique pour la guérison de l'és
pilepsie ou mal - caduc , pour les vapeurs , soit
Convulsives ou simples , vertiges , étourdissement
, paralisie , tremblemens et foiblesses de
nerfs. Il est très- souverain dans toutes les maladies
qui attaquent le genre nerveux . La preuve
de la bonté de ce remede ce sont les expériences
qui en ont été faites , tant à l'Hôpital Géneral ,
que sous les yeux de plusieurs célebres Médecins
de la Faculté de Paris , sur un grand nombre
de malades de tout sexe , de differens âges , qui
lui en ont mérite leurs approbations , et le Pri
vilege du Roi,
26 MERCURE DE FRANCE
Ce remede opére la guérison de ces maladies ;
avec douceur ; il purifie la masse du sang , dissipe
les obstructions , et corrige les humeurs acides
et gluantes qui picottent et embarrassent les
nerfs . Il est aisé à prendre , conserve toûjours
sa vertu , et peut se transporter par tour : on
donne la maniere de s'en servir .
Le sieur Lescure demeure à côté de la Comé→
die Françoise , à Paris. Ceux qui lui écriront de
Province auront soin d'affranchir leurs Lettres.
Le sieur Briart , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des Přez , ruë Cardinale , vis - à - vis
le Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
d'Ogni fiori , ou de toutes fleurs , d'une odeur
agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau
dont on se lave après avoir été rasé ; elle blanchit
l'eau. Les Dames s'en servent pour se décrasser
; elle rend la peau douce et unie , et ne
nuit point au teint : elle se conserve long- tems .
Les plus petites bouteilles sont d'environ cinq
onces ; on la vend 15. sols l'once.
Il continue à faire la veritable Essence de Savon
à la Bergamotte , et autres odeurs douces , dont
on se sert pour la barbe , au lieu de Savonnette.
Les Dames s'en servent aussi pour se laver le visage
et les mains. Il en a de deux prix , à 5 .
sols et à 8. sols l'once : il avertit que ses bouteilles
ont toûjours été cachetées , et qu'autour du
cachet on y lit son nom et sa demeure ; dans
le milieu , il y a une bouteille avec le nom de la
liqueur.
Il fait aussi de bons cuirs à repasser les rasoirs,
avec lesquels il ne faut point de pierre à éguiser.
Il les vend depuis 40. sols jusqu'à 8. livres ; il
donne la maniere de s'en servir.
Le
TH
HO
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
B
JANVIER.
1735. 127
Les Lettres fréquentes et souvent redoublées
que M. l'Abbé Soumille reçoit de toutes parts ,
l'occasion de sa nouvelle rape , faisant un objet
considérable pour un Particulier , il prie les
personnes qui lui feront l'honneur de lui écrire ,
d'affranchir le port. Le prix est et sera toujours
de sa part de 30. liv. et la caisse d'ambalage, coutera
1. liv. Ceux des Provinces qui en voudront
avoir , sont priez de fournir des moyens pour
lui faire toucher son argent à mesure qu'il livrera
les rapes ; et ceux de Paris qui en souhaite
ront,n'auront qu'à s'adresser au sicur Dulac, Marchand
Parfumeur , rue S. Honoré , au Berceau
d'or , proche la rue des Poulies , qui les leur fera
venir par eau au prix susdit , en lui remboursant
seulement les frais dont il produira
les acquits. On trouvera incessamment chez lui
une de ces rapes , qu'on pourra voir , pour se
déterminer à en prendre : on joint à chacune un
Imprimé , pour expliquer les quatre manieres
differentes de s'en servir .
J'A
CHANSON.
'Ai vieilli sous les étendars
Du Dieu d'amour , de Bacchus et de Mars ;
Mars m'a toûjours flatté d'une vaine esperance
Ce fut toute ma récompense.
L'Amour ne m'a pas mieux traitté ;
Je n'ai trouvé sous son Empire
G Qu'un
128 MERCURE DE FRANCE
Qu'un long et penible martire ,
Des coeurs ingrats , de l'infidelité.
Sans toi , divin Bacchus , sans toi , Dieu secou
rable ,
J'aurois été sans cesse accablé de chagrin
Mais tous les jours ton jus divin
Le calmeit quand j'étois à table .
Le Chevalier de ***.
AUTRE CHANSON.
Lorsque Tircis me parut infidelle ,
Après m'avoir promis une amour éternelle ,
Je fis voeu de haïr un si leger Amant ;
Mais malgré le dépit que cause un tel outrage
Je n'eus pas si tôt vû cet ingrat , ce volage ,
Que je me repentis d'avoir fait le serment.
SPECJANVIER.
1735. 129
*************:**
SPECTACLES.
LES ME'CONTENS , Comédie nouvelle
, représentée sur le Théatre François
le premier Décembre 1734. Extrait.
CE
Ette Piéce a d'abord été donnée
en trois Actes , précedez d'un Prologue
, et suivis d'un Divertissement . Le
Prologue et le premier Acte furent trèsapplaudis
; mais comme le second et le
dernier n'eurent pas le même sort , l'Auteur
prit le parti de conserver ce qui
avoit fait tant de plaisir , en réduisant sa
Piéce à un seul Acte e à un Prologue ,
dont même il auroit pu se passer , quoi
qu'il soit très bien versifié. Voici en peu
de mors de quoi il s'agit.
Jupiter importuné des plaintes éter
nelles des hommes , a envoyé Mercure
sur la Terre , pour s'informer du sujet de
leurs mécontentemens. Mercure , après
avoir exécuté les ordres du Maître des
Dieux , revient lui rendre compte de tout
ce qu'il a vû; il lui apprend qu'il y a
dans le Monde autant de mécontens que
d'habitans : après une énumération des
Gij mécon10
MERCURE DE FRANCE
mécontentemens des hommes de l'un et
de l'autre sexe , Jupiter prend le parti
de descendre lui même sur la Terre, pour
appliquer le remede le plus convenable
au mal ; il n'en imagine point de plus
efficace que de remplir tous les voeux
qu'on lui adressera , pour en tirer une
conviction de l'insatiable cupidité des
hommes , et pour l'éteindre par l'impossibilité
de la satisfaire : voilà de quoi
il s'agit dans le Prologue. La Comédic
qui le suit , ne sert qu'à mettre en action
ce qui n'a été qu'en récit . Jupiter étant
descendu sur la Terre , et ayant fait publier
qu'il est prêt à donner audience
dans son Temple à tous les Mécontens
il s'en présente à lui de differentes espeees,
que l'Auteur a réduites à cinq . Voic
les noms des Acteurs :
Leonor
Angelique
Richardin
Themiston
Emilie
la Dlle Dangeville
la Dlle Grandval.
le Sr de la Thorilliere,
le Sr Poisson.
la Dlle la Mothe.
Ces cinq Rôles ont été bien remplis.
Leonor veut devenir Garçon ; Angelique
brûle d'être grand' Fille ; Richardin souhaite
les richesses ; Themiston fait son
bonheur de passer de la robe à l'épée ;
CE
JANVIER. 1735. 131
et Emilie engagée dans un mariage dont
les noeuds ne lui plaisent pas , voudroit
le pouvoir dissoudre. Jupiter est assez
complaisant pour leur accorder tout ce
qu'ils demandent ; mais dans la suite ils
ne sont pas plus contens . Il est irrité de
leurs nouvelles demandes ; il les menace
de les punir de leurs désirs sans cesse renaissans.
Momus vient , et leur donne
l'esperance pour soulager des chagrins
dont ils sont eux- mêmes les auteurs éternels.
Voilà le fond de la Piéce ; mais
nous ne croirions pas nous être acquitez
envers le Public , si nous n'ajoûtions à
ce simple récit quelques morceaux de
Paccessoire qui y a donné un nouveau
prix . Commençons par là Scene qui est
entre Jupiter et Leonor ; c'est une femme
qui veut devenir garçon : voici sur
quoi elle fonde sa demande , en répondant
à Jupiter , qui lui vante les avantages
de son sexe , et sur tout celui de
se faire aimer :
De mon sexe , en effet , c'est là le seul partage ,
Mais c'est un fâcheux avantage :
Ce sexe infortuné paye bien cherement
La triste vanité d'être un sexe charmant &c.
Un motif mieux connu conduit ici mes pas ;
Quand je m'engagerois encor dans d'autres
chaînes , Giij J'y
132 MERCURE DE FRANCE
J'y trouverois les mêmes peines.
Tel est notre malheur ;
Déplorables victimes
Des loix d'un tyrannique honneur ,
Qui n'est presque jamais d'accord avec le coeur ,
De tous nos sentimens cet honneur fait des crimes
:
Notre coeur toujours combattu ,
Plus il a de devoirs , plus il a de foiblesse ,
L'insensibilité doit être sa vertu ,
Et tous ses sentimens tournent à la tendresse. &c.
Comme Jupiter persiste à lui faire valoir
les privileges de son sexe , et sur
tout celui d'assujettir les coeurs des hommes
; elle finit par cette réponse , au su
jet de ces prétendus esclaves :
Dès que nous comblons leurs désirs ,
Par une barbare injustice ,
Ils jouissent de nos plaisirs ,
Et nous souffrons de leur caprice.
Si vous avés dessein de répondre à mes voeux
Délivrés-moi d'un sexe malheureux.
18
Jupiter lui accorde sa demande , et la
renvoye très - satisfaite.
Le second Mécontent qui vient se présenter
à Jupiter est encore du même sexe;
c'est Angelique ; elle n'est qu'un enfant ,
ભાર
JANVIER. 1735. 133
et voudroit devenir grand - fille. Voici
tomme elle s'explique , lorsque Jupiter
lui demande quel sujet l'amene dans son
Temple :
Ne pouvés vous le deviner ?
Je voudrois bien devenir grande.
Vous riez ! Ah ! vraiment , si ma soeur vous
prioit ,
Vous n'hésiteriés pas , Seigneur , sur sa de
maude.
Voici le motif de son désir :
Mais ...tenés ; c'est que je m'ennuye
De voir l'empressement que l'on a pour ma
sceur ;
Tandis que moi , qui suis bien plus jolie ,
Personne ne me dit un seul mot de douceur.
Jupiter lui demandant comment elle
sçait que sa grand - soeur a des' Amans secrets
, elle lui répond :
Eh ! mais ; la chose est toute claire ;
Je ne suis pas enfant autant qu'il le paroît.
Premierement , devant le monde >
Elle ne lui dit mot , ne le regarde pas ,
Le tout pour empêcher que quelqu'autre në
gronde ;
Puis , quand il se croit seul , ils se parlent tout
bas i G iiij Il
134 MERCURE DE FRANCE
Il lui prend les mains , il les baise ,
Et ce sont des transports... il ne se sent pas
Il lui dit qu'elle a mille appas ,
Qu'il l'adore ; ensuite il soupire ;
d'aise,
Il la regarde avec des yeux ... Oh ! ces yeux-là,
Je ne sçais pas encor tout ce qu'ils veulent dire.
Jupiter lui accorde ce qu'elle souhaite,
pour lui faire voir qu'elle ne sera pas
plus contente de son sort.
Le troisiéme Mécontent qui vient présenter
sa Requête , s'appelle Richardin.
C'est un Avare , qui croit que la souveraine
félicité de l'homme consiste dansla
p ss ssion de l'or. Voici le portrait
qu'i . fait de la pauvreté :
Car qu'est- ce qu'un homme indigent ?
Toûjours anéanti sous le poids accablant
De la misere qui le presse ,
Il ne jouit jamais , et désire sans cesse , &C.
Par tout son aspect importune ;
S'il a quelques talens , les Petits et les Grands
Avec sa pauvreté confondent ses talens ,
Et tout prend le vernis de son peu de fortune.
Il oppose à ce portrait celui de la richesse.
Au contraire un homme opulent ,
Chacun le fatte et le caresse ;
Au
JANVIER 1735. 135
Autour de lui tout le monde s'empresse ;
jouit de la cour qu'on fait à son argent.
Enfin quelques agrémens que Jupiter
lui propose d'ailleurs , il le prie de lui
donner tout son bonheur en argent ; Jupiter
l'exauce à cause de son importunité
Le quatriéme Importun s'appelle The
miston ; c'est un Magistrat qui veut quit
ter la robe pour l'épée. Voici le portrait
que Jupiter lui fait de ces deux Etats si
opposez ::
Pensés y'; vous allés faire un fort mauvais choix
Le Ministere saint d'Interprete des loix
N'a point d'état qui lui soit comparable;
Themis a remis en vos mains´
Et son épée et sa balance ;
Vangeurs du crime , appuis de l'innocence ,
Vous êtes l'instrument du bonheur des humaine
Vous portés sur les pas du crime
Le flambeau de la verité ;
Soûtiens de la societé ;
Le soin de sa félicité
Est toûjours ce qui vous anime ;
Par vous , le bon ordre et la paix
se maintiennent malgré le tumulte des Villes ;
Par vous les Citoyens sont heureux et tran
quilles ;
Giv Pari
136 MERCURE DE FRANCE
Et réglant leurs débats par de justes Arrêts , `
Chaque instant est marqué par un de vos bien
faits.
Ainsi conservant l'ordre et la paix nécessaire ,
Vous imités par vos soins vigilans
Les Dieux , qui toûjours bienfaisans
Sont toûjours occupés du bonheur de la terre.
Le Guerrier est aussi vangeur du genre humain
Mais il détruit , met tout en poudre ;
Il n'imite les Dieux que la foudre à la main ;
Et toûjours à regret les Dieux lancent la foudre.
Toutes ces grandes maximes de Jupiter
ne font que blanchir contre la fureur
qui porte Themiston à devenir guerrier ;
Jupiter l'exauce pour le punir.
De peur d'être trop longs , nous passons
la derniere demande , qui est pareillement
accordée à une femme qui
veut être démariée . Qu'arrive- t'il enfin
de tous ces changemens d'état ? Ce que
Jupiter en a prévû - ceux qu'il a exaucez
n'en sont pas moins malheureux ; ils en
reviennent à leurs premieres importunitez.
Jupiter les menace de toute sa colere,
et leur parle ainsi :
Ce n'est pas pour vous satisfaire
Que je vous ai comblés de biens ;
Je ne vous regardois que comme des moyens
JANVIER. 1735. 137
De servir d'exemple à la Terre ;
Faites la retentir de vos gemissemens ;
Allés , traînés par tout vos mécontentemens ,
Et désirant toûjours au gré d'un coeur avide,
Que rend infortuné le désir d'être heureux ,
Apprenés aux Mortels que la passion guide ,
A jouir des bienfaits des Dieux .
Ces derniers Vers font voir la fin
que
l'Auteur s'est proposée pour dénouement.
Momus en vient faire un second , par
l'espérance dont il fait présent aux hommes
, pour leur donner par avance la félicité
dont ils ne sçauroient joüir autrement
; c'est ce qui donne lieu à une trèsjolie
fête , dont la Musique est de M.
Mouret. Voici quelques Couplets du
Vaudeville , qui a été géneralement applaudi.
Qu'aujourd'hui le Maître des Dieux
De chacun remplisse les voeux ;
L'ambition déraisonnable ,
De l'or la soif insatiable ,
Chez nous renaissent à l'instant j
Et voilà comme
L'homme
Nest jamais content.
A
138 MERCURE DE FRANCE
Argante regorgeant de bien
Compte tout ce qu'il a pour rien ;~
Indigent de ce qu'il désire ,
L'avarice fait son martire ;
De l'or eût il cent fois autant :
Et voilà comme & c.
L'Hymen a t'il joint par ses noeuds
L'Amant à l'objet de ses feux ?
L'Epouse perd sa bonne mine ,
L'Epoux trouve chez sa voisine
Je ne sçai quoi de séduisant :.
Et voilà comme & c.
Autrefois Clerc chez Arpagon,
J'étois aimé dans sa maison ;
J'obtiens et la Veuve et l'Etude ;
Le fardeau me paroît bien rude
Que ne suis-je Clerc à présent ; -
Et voilà comme & c..
Au. Partere.
Nous travaillons de notre mieux ,
A vous divertir par nos jeux ;
Si nous obtenons vos suffrages ,
Chaque jour pour tous les Ouvrages
Nous en demanderons autant
Et voilà comme &c . 1.
vẩ
JANVIER. 1735. 139
La Dlle Dangeville , qui joue le
rôle de Léonor , paroît en Cavalier après
sa Scene avec Jupiter , et il s'en faut
bien qu'elle perde aucun de ses agrémens;
elle joue et danse dans le balet sous ce
déguisement , avec une vivacité et des
graces infinies. Tous les Spectateurs lui
scurent gré d'une espece d'impromptu
à la fin de la Représentation , au sujet d'un
coupler qu'on lui fit repeter ; comme on
lui crioit encore bis dans le tems qu'elle
se retiroit , elle se retourna et chanta.
Eh ! voilà comme
L'Homme
N'est jamais content.
Le 6. Janvier l'Académie Royale de
Musique donna le prémier Bal de cette
année , sur le Theatre de l'Opera , qu'on
continuera de donner pendant le Carnaval
jusqu'au Carême.
Le 13. on reprit l'Opera d'Omphale ,
pour être joué tous les Jeudis ; et celui
d'Iphigenie , les trois autres jours de la
semaine.
On repete actuellement une Tragedie
nouvelle qui a pour titre , Achille &.
Deidamie , dont le Poëme est de M. Dan--
chet , et la Musique de M. Campra , ill
doit être representé le mois prochain.
F40 MERCURE DE FRANCE
On doit donner sur le Theatre François
dans les premiers jours de Fevrier .
la Comédie nouvelle du Prejugé à la
mode , dont nous ne manquerons pas de
rendre un fidele compte à nos Lecteurs,
Après huit Réprésentations , on a cessé
la Tragedie de Sabinus ; Nous en donnerons
l'extrait dans le prochain Mercure .
On mande de Rome , qu'il y est déja
arrivé quantité d'Etrangers pour y prendre
part aux divertissements du Carnaval
, que les Spectacies y sont fort fréquentez
, etet qu'on a construit un cinquiéme
rang de loges au Theatre de
fordinona ; depuis ce changement , les
loges du second et du troisiéme rang
sont du même prix que celles du premier.
Il sera permis de les louer suivant
la coûtume pour tout le tems du Carnaval
, mais afin d'éviter tous les inconveniens
que la jalousie des distinctions
peut occasionner , les Souscripteurs tireront
les loges au sort pour chaque Réprésentation
.
NOUVELLES
JANVIER. 173·5. 141
NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUIE.
Es Lettres de Constantinople portent que la
Peste y fait de grands ravages.
On a appris par les mêmes avis , qu'un Sei--
gneur Persan , que Thamas Kouli Kan , avoit
envoyé dans le Candahar pour y donner quelques
ordres , s'étoit révolté et qu'il avoit assemblé
un corps considerable de Troupes pour sou
tenir sa rébellion..
Ces avis ajoûtent que le bruit couroit à Constantinople
que Thamas Kouli - Kan ayant été
informé de la trahison de ce Seigneur , avoit
marché pour l'attaquer ; qu'ayant remporté la
victoire sur les Rebelles , il avoit fait leur Chef
prisonnier , et qu'il lui avoit fait couper la tête ,
mais que cette derniere nouvelle n'étoit pas encore
confirmée.
L
RUSSIE.
Perse
qui y est arrivé depuis peu , avoit eu sa premiere
Audience de la Czarine et lui avoit remis ses
Lettres de Créance , -dressées au nom du jeune
Roy de Perse , et signées par le General Thamas
Kouli - Kan , comme Régent du Royaume ; que
S. M. Czarienne avoit ordonné que cet Ambassadeu
☛ et sa Suite , consistant en 26. personnes
40 Chevaux , seroient deffrayez pendant leur
séjour à Pétersbourg,
Es Lettres de Pétersbourg du 20. du mois
PoRe
142 MERCURE DE FRANCE
1
POLOGNE.
Tribunal établi à Kolbuzow pour con-
Lnoître de toutes les affaires ayant rapport à
la nouvelle Conféderation generale faite en faveur
du Roy , a été transferé à Præmislia , où
le Staroste de Jasielski , Vice - Maréchal de la
Noblesse Confédérée , s'est rendů avec la plupart
des Députez des differens Palatinats , pour
présider à ce Tribunal en l'absence de M. Ozarowski
, Maréchal de la Cónfédération. Dans les
premieres Assemblées tenuës par les Seigneurs
et les Gentilshommes qui composent ce Tribunal
, il a été décidé que les Partisans de l'Electéur
de Saxe , s'étant rendus , par leur obstination
dans leur révolte , indignes des ménagemens
qu'on avoit eus jusqu'à présent pour eux , on les
poursuivroit à l'avenir selon toute la rigueur des
Loix , et qu'on feroit le procès à ceux qui se
roient pris les armes à la main par les Troupes
de Sa Majesté.
Le General Sagreski , après avoir repassé la
Riviere de Pilica , pour éviter d'être investi dans
son Camp par les Troupes de M. Ozarowski ,
passa la Vistule au commencement de ce mois
Jarowitz , avec le Corps de Troupes Moscovites
qu'il commande , et s'étant engagé dans des
défilez qu'il n'avoit pas eu la précaution de faire
reconnoître , il fut attaqué par queiques Troupes
du Roy. Le combat fut très - vif de part er
d'autre , mais enfin les Moscovites furent contraints
de se retirer en désordre et d'abandonner
presque tous leurs bagages. On dit que le butin
fait par les Polonois dans cette occasion est fort
considerable , et qu'ils ont enlevé la plus grande
partie des équipages du General Sagreski,
VA
JANVIER . 173-5 . 143
Un Détachement des Troupes de S. M. commandé
par le Castellan de Czersk , étant entré
par escalade dans le Château de Mitria , appar-
Tenant au Comte de Bielinski , cy - devant Maréchal
de la Cour , s'est emparé des principaux ef
fets de ce Seigneur , et a fait prisonniers quel
ques Gentilshommes du parti des Opposans, qui
s'étoient retirez dans son Château et environ 20 .
Soldats qui y étoient.
Le Comte Pocci , Régimentaire de Lithua
nie , qui est toujours dans le Palatinat de Bretsch ,
et dont les Troupes augmentent de jour en jour
par l'arrivée d'un grand nombre de Gentilshommes
Confederez , a détaché une partie de sa Cavalerie
pour escorter les Députez que la Noblesse
qui s'est assemblée dernierement à Niska , envoye
à Konigsberg .
Depuis que le General Sagreski a pris le parti
de mettre la Riviere de Pilica et celle de la Vistule,
entre lui et M. Ozarowski ; ce dernier qui n'a
pas été assez tôt instruit de la retraite du General
Moscovite pour le suivre , a marché du côté de
Nowiemasto , où il a établi des Magazins et ou
il a fait porter les contributions qu'il a tirées des
Villages de plusieurs Seigneurs attachez à l'Elec- 1
teur de Saxe.
Le Primat , auprès de qui l'Electeur de Saxe a
fait de nouvelles tentatives pour l'engager à le
reconnoître , a envoyé à Warsovie un Ecclesiastique
qu'il a chargé de témoigner à ce Prince que,
plein de respect pour sa personne , il ne pouvoit
cependant obéir à ses ordres.
Les Lettres de Konigsberg , marquent qu'on y
avoit transporté tous les Ornemens Royaux et les
autres Effets appartenans au Trésor de la Couronne,
CesLettres ajoûtent que les Equipages deM.Ossolinska
144 MERCURE DE FRANCE
Solinski , Grand-Trésorier de la Couronne , y
étoient aussi arrivez , et que le bruit qui avoit
couru que les Meubles , la Vaisselle et les Bijoux
de ce Seigneur , avoient été enlevez pai les Moscovites
, étoit sans aucun fondement.
ALLEMAGNE.
LebruitCourtque a porte,de
E bruit court que l'Empereur a fait écrire
presser le Grand - Visir, de déclarer les motifs qui
ont engagé le Grand Seigneur à ordonner
les préparatifs de guerre auxquels ou travaille
dans la Bosnie.
-
On écrit de Berlin , que le Roy de Prusse a
augmenté de r2oo. florins par mois les appoin
temens de M. Von - Katte , Lieutenant - Feldt- Maréchal
et Commandant de la Ville de Konig
sberg , afin de le mettre en état de fournir aux
dépenses auxquelles l'engage l'arrivée du grand
nombre de Seigneurs Polonois qui s'y rendent
pour faire leur cour au Roy de Pologne.
On mande de Ratisbonne , que les Ministres
qui composent la Diette de l'Empire , s'étant
assemblez pour déliberer sur deux Memoires en
voyez par le Prince Ferdinand de Baviere et par
le Duc de Saxe Wesseinfels , au sujet de la Charge
de General de l'Artillerie , donnée au Prince
Maximilien de Hesse - Cassel , ils avoient résolu
qu'on créeroit en faveur des deux premiers de
ces Princes deux nouvelles Charges de Generaux
de l'Artillerie de l'Empire.
Les dernieres Lettres de Ratisbonne marquent
que le Cercle de Suabe avoit écrit à la Diette
de l'Empire pour lui représenter que les Princes
de la Maison de Bade et les Villes de Gengenbach ,
d'Offembourg , et de Zell , étoient absolument
dang
JANVIER . 1735 . 145
Jans l'impuissance de fournir leurs contingents
et pour demander à cette occasion une diminution
des sommes que le Cercle doit payer pour
kes dépenses de la guerre.
ITALIE .
E Roy d'Espagne á renvoyé à Rome , un
Don Louis une pension considerable sur l'Archevêché
de Tolede.
Selon quelques Lettres écrites de Porto- Ercole,
un Vaisseau portant Pavillon Imperial , s'est emparé
d'une Tartane de l'Etat Ecclesiastique , chargée
d'une quantité considérable de grains , mais ,
une tempête ayant contraint le Capitaine de ce
Vaisseau de relâcher avec sa prise à Civita- Vec
chia , on a exigé non- seulement qu'il la rendît .
mais encore qu'il donnât un dédommagement
au Proprietaire de la Tartane pour le retardement.
de la vente de ses Marchandises.-
L
DE NAPLES ET SICILE..
E Duc de Montemar se prépare à partir
pour aller joindre les Troupes que le Roy
envoye en Lombardie et qui traverseront l'Abruzze
et la Marche d'Ancone , Les Officiers Generaux
nominez pour servir dans ces Troupes ,
sont le Marquis de Gracia Real , le Marquis de
la Mina , et le Comte de Maceda , Lieutenants
Generaux ; le Marquis de Bay , le Chevalier de
Gomicourt ; Don Isidor Parina de la Puente ,
Maréchaux de Camp , et le bruit court que le
Marquis de Pozzobianco aura le Commande-
>
meng
146 MERCURE DE FRANCE
ment des Troupes qui bloquent Siracuse , à la Pla
ce du Comte de Maceda.
On a reçû avis de Messine , que le Prince
Lobkowits , qui commande dans la Citadelle
ayant fait armer un Pinque , et l'ayant envoyé
en course , le Comte de Marsillac lui avoit fair
donner la chasse par un Vaisseau et par quelques
Félouques qui l'avoient joint à quelque distance
du Port et qui l'avoient pris après un combat de
cinq heures.
Le 3. de ce mois au matin , le Roy partit de
Naples avec la plupart des principaux Seigneurs
de sa Cour , pour se rendre en Sicile . Sa Majesté
coucha à Avellino , et elle a dû continuer
sa route le 4.
Le Duc de Montemar partit aussi le 3. pour
la Lombardie ainsi que la derniere colonne des
Troupes destinées pour aller joindre l'Armée des
Alliez.
S. M. a ordonné que pendant son : absence le
Comte de Charny , Lieutenant General da
Royaume , présideroit à tous les Conseils , et seroit
chargé de la direction generale des affaires.
Le Comte de Mace ia devant servir en qualité
de Lieutenant General dans les Troupes qui vont
en Lombardie , le Roy a nommé le Marquis de
Pozzobianco pour commander celles qui sont
employées au Blocus de Siracuse.
Le Pere Naselli, de la Congrégation des Clercs
Réguliers de la divine Providence , a obtenu la
place d'Inquisiteur General du Royaume de Sicile,
et S M. a attaché à cette Dignité une pension
de 4000. écus.
Quelques jours avant le départ du Roy , le
Nonce du Pape informa Sa Majesté que S. 5.
avoit nommé M. Spinelli à l'Archevêché de
Naples
2
JANVIER. 1735. 14Y
Naples , mais le Roy ne s'est pas encore expliqué
sur cette nomination.
On a trouvé sur le Pinque qui a été pris à
quelque distance du Port de Messine , dix pieces
de Canon et trois Pierriers , et l'on a fait prisonniers
à bord de ce Bâtiment so. Grenadiers
et trois Officiers , du nombre desquels est celui
qui avoit le Gouvernement de la Tour del Faro.
Le Capitaine d'un Vaisseau , qui est arrivé de
Gibraltar il y a quelques jours , a rapporté qu'une
Tartane de Marseille avoit coulé à fond dans
les environs du Détroit , un Bâtiment Corsaire
sur lequel on avoit fait 27. Esclaves.
de
On a eu avis que le Roy étoit arrivé le 7 ,
ce mois à Bovino dans la Poüille , d'où S. M. n'a
partir que le 12. dû
Q
ESPAGNE.
Uoique la perte causée par l'Incendie qui
a détruit le Palais de Madrid , soit trèsconsiderable
, elle ne l'est cependant pas autant
qu'on l'avoit crû d'abord , parce qu'on a sauvé
plusieurs Tableaux , les Meubles les plus précieux
, et une partie du Trésor de la Chapelle
Royale.
GRANDE BRETAGNE,
E bruit court que le Roi nommera le Duc
Lde Cumberland , Amiral de la Grande- Bretagne
, et que S. M voulant que ce Prince passe
auparavant par tous les Grades du service de la
Marine , il doit servir en qualité de Quartier-
Maître sur le Vaisseau la Britannia , de l'Escadre
qui sera commandée par le Chevalier Jean
Norris.
48 MERCURE DE FRANCE
On a appris de l'Isle de la Jamaïque , que le
nombre des Negres Rebelles y est augmenté si
considerablement , qu'on a été obligé de faire
prendre les armes à tous les Blancs et à tous les
Creoles , pour s'opposer aux progrès de la Révolte.
Le Vaisseau la Grande Bretagne , en revenant
de Cadix , a fait naufrage sur les côtes de France
,et tous ceux qui étoient à bord de ce Bâtiment
, ont péri , à l'exception du Capitaine.
Le 25. de ce mois , le Parlement s'étant assemblé
, le Roi se rendit à la Chambre des Pairs
avec les céremonies accoutumées , et S. M, ayant
mandé la Chambre des Communes , ordonna
aux Membres qui la composent , de procéder à
l'élection d'un Orateur. Les Membres de cette
Chambre , après avoir reçû cet ordre du Roi ,
qui , contre la coûtume , n'a point fait ce jour-
Jà de discours au Parlement , retournerent à leur
Chambre , et malgré les efforts de quelques- uns
d'entr'eux pour faire élire M. Gibbins , M. Arthur
Onslow , qui a rempli cet emploi dans le
dernier Parlement , fut nommé à la pluralité des
voix ,pour en exercer encore les fonctions dans
celui- ci.
Il y a eu de violentes tempêtes sur les côtes
de ce Royaume , qui ont causé beaucoup de naufrages.
La nuit du 17. au 18. deux Vaisseaux
qui étaient dans le Port de Bristol , se briserent
en se heurtant l'un contre l'autre , et ils coulerent
à fond.
Un Bâtiment qu'on avoit chargé de bled à
Falmouth pour le Portugal , ayant perdu la
même nuit ses ancres , fut poussé par le vent
en pleine mer , et l'on ne sçait encore ce qu'il
est devenu.
Le
JANVIER . 1735. 149
Le Vaisseau le Boston a rencontré à 12. lieuës
Sud- Sud- Ouest des Dunes un Vaisseau de Dannemarc
, nommé la Infrois Madellina , qui étoit
sans Mâts , et renversé sur un banc contre lequel
il avoit échoué ; tout l'équipage de ce Bâtiment
avoit péri , à l'exception de quatre personnes
, que le Capitaine du Boston reçut sur
son bord.
Le 19. Janvier , il s'éleva à Londres un ouragan
si violent , qu'on n'en avoit point essuyé
de pareil depuis un grand nombre d'années.
Plusieurs Bâtimens ont péri dans la Tamise , er
presque toutes les maisons de cette grande Ville
ont été considerablement endommagées.
Par les Registrés mortuaires des Eglises de la
Ville de Londres , il paroît que depuis le 120
Décembre 1733. jusqu'au 10. du même mois de
l'année derniere , il y est né 8675. garçons , et
8955. filles , et qu'il y est mort 3200. personnes
moins que l'année derniere.
Il n'est mort à Amsterdam pendant l'année
derniere que 7764. personnes , au lieu que Pannée
précedente 1733 .
il en mourut 10691.
MORTS
C
>
NAISSANCES
des Pays Etrangers.
Harles Ruzini , Doge de la République de
Venise , est mort le 9. de ce mois dans la
32e année de son âge , après avoir regné 2. ans
7. mois et 3. jours.
Le 13. Janvier 1735. Polixene Christine-Jeapmette
, Reine de Sardaigne , Duchesse de Savoye,
Pria
150 MERCURE DE FRANCE
1
Princesse de Piémont , &c. née Princesse de
Hesse - Rhinfels , mourut à Turin après une longue
maladie de langueur , âgée de 28. ans 3 .
inois 22. jours , étant née le 21. Septembre
1706. Elle étoit fille aînée de feu Ernest Leopold
, Landgrave de Hesse- Rhinfels -Rottembourg
, mort le 25. Septembre 1731. et d'Eleonore-
Marie- Anne sa veuve née Princesse de
Loewenstein - Wertheim. Elle avoit été mariée
le 2. Juillet 1724. avec Charles- Emanuel- Victor
, Roi de Sardaigne , Duc de Savoye , de
Chablais , d'Aoste , de Genevois et de Montfer
rat ; Prince de Piémont , d'Achaye , de Morée
et d'Oneglie ; Marquis de Saluces , & c . Prince
et Vicaire perpetuel du Saint Empire Romain
en Italie ; veuf d'Anne - Christine- Louise de Baviere
, née Comtesse Palatine de Sultzbach
morte le 12. Mars 1723 . Cette Princesse étant
arrivée à Thonon dans le Chablais , le 19. Août
1724. y reçut le même jour la bénediction
tiale , et elle fit son Entrée solemnelle à Turin ,
le 28. de Novembre suivant. Elle a eu six enfans
, qui sont :
nup-
Victor- Amé-Marie , Duc de Savoye , né à
Turin , le 26. Juin 1726.
·
Eleonore Marie - Therese de Savoye , née à
Turin le 28. Fevrier 1728 .
Marie -Louise - Gabrielle de Savoye ,
Mars 1729.
née le 25.
Marie- Félicité de Savoye , née à Turin le 19 .
Mars 1730.
Joseph- Charles- Emmanuel de Savoye , Duc
d'Aoste , né à Turin le 18. Mai 173.1.
Et Charles - François- Romuald de Savoye ,
Duc de Chablais , né à Turin le 23. Juillet 1733 .
mort le 28. Décembre suivant.
Le
JANVIER.
1735 152
Les cinq premiers sont vivans,
La Reine de Sardaigne avoit pour freres et
soeurs :
Joseph , Landgrave Régent de Hesse- Rhin
fels - Rothembourg , né le 23 , Septembre 1705.
marié le 8. Mars 1726. avec Christine - Anne-
Louise Oswaldine , Princesse de Salm , née le
29. Avril 1707. de laquelle il a Anne-Victoire
de Hesse-Rhinfels , née le 25. Fevrier 1728. et
Eleonore-Louise de Hesse - Rhinfels , née le 17 .
Avril 1729.
François - Alexandre , Prince de Hesse- Rhinfels
, né le 8. Décembre 1710.
Eleonore Philippine de Hesse Rhinfels , née
le 10. Octobre 1712. et mariée le 20. Décembre
1750. avec Jean - Chrétien , Comte Palatin
du Rhin , Prince Régent de Sultzbach , veuf de
Marie-Anne de la Tour- Bouillon , Marquise de
Berg- op Zoom.
Charlotte de Hesse . Rhinfels , née le 18. Août
1714 et mariée le 27. Juin 1728. avec Louis-
Henri , Duc de Bourbon , Prince du Sang , Pair
et Grand- Maître de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant- General de ses Armées
, Gouverneur et Lieutenant Géneral de la
Province et Duché de Bourgogne.
Constantin , Prince de Hesse- Rhinfels , né le
21. Mai 1716.
Et Chrétienne - Henriette de Hesse - Rhinfels ,
née le 24. Novembre 1717 .
La Princesse du Brezil accoucha le 17. du
mois passé heureusement d'une fille , que le Roi
de Portugal a nommée la Princesse de Beira.
H PRO
52 MERCURE DE FRANCE
PROMOTION d'Officiers Généraux
du 18. Octobre 1734.
Sernin.
•
Lieutenants Généraux.
. DE MAILLANE , Marquis de Saing
DE BERNIERES de Louvigny?
Il fut blessé considerablement à la cuisse à la
Bataille de Guastalla le 19. Septembre dernier ,'
Il avoit reçu une contusion considerable à celle
de Parme le 29. Juin precedent.
LOUIS CHARLES , COMTE DE LA MOTHES
HOUDANCOURT.
FRANÇOIS D'ESPINAY , Marquis de Boisgueroul
d'Espinay .
JEAN-CHARLES DE SENECTERRE , Comte de
Saint Victour , dit de Senecterre , nommé au
mois de Juin dernier Ambassadeur du Roy à la
Cour de Turin .
CHARLES FRANÇOIS D'ESTAING , Marquis de
Saillans dit d'Estaing. Il fut blessé legerement
à la cuisse à la Bataille de Guastalla.
Ces six nouveaux Lieutenants Généraux , étoient
Maréchaux de Camp de la Promotion du ving
Février dernier.
Maréchaux de Camp.
DE CADEVILLE. Il étoit en 1722.
Capitaine Commandant le quatriéme Bataillon
du Régiment du Roy , et Colonel d'Infanterie,
Etant Commandant du second Bataillon , il fut
fait Lieutenant Colonel de ce Régiment au mois
de Février 1730. et Brigadier le 28, Septembre
17320
JANVIER 1735.
153
1732. Il fut blessé légerement à la Bataille de
Parme le 29. Juin , et se trouva à celle de Guassalla
le 19. Septembre dernier.
Ceux qui suivent , étoient Brigadiers de la
Promotion du 20. Février dernier.
CHARLES DE ROHAN , PRINCE DE MONTAUBAN
, Colonel du Régiment de Picardie.
Il fut blessé à la main et au bras , à la Bataille
de Parme le 29. Juin , et combattit encore à
celle de Guastalla . Il fut depêché le lendemain
pour porter au Roy le détail de l'Action.
FRANÇOIS - FERDINAND DE CLERMONT ,
COMTE DE CHASTE , Colonel du Régiment Dauphin
, depuis le mois d'Août dernier , et auparavant
de celui de Luxembourg.
HENRY DE SAINT SIMON , appellé le Marquis
de Saint Simon
Colonel d'un Régiment
d'Infanterie.
,
›
LOUIS ANTOINE DE GONTAUT , COMTE DE
BIRON Colonel du Régiment Royal Rou
sillon. Il reçut une contusion à la cuisse le 29 .
Juin dernier à la Bataille de Parme et il fut
fait Inspecteur Général d'Infanterie au mois de
Juillet suivant. Deuxième Fils du Duc de Biron.
MICHEL ANCEL DES GRANGES , Maître des
Cérémonies de France Colonel reformé de
Dragons.
>
ETIENNE - JULIEN LOCQUET DE GRANVILLE ,
Colonel réformé de Dragons , beau - frere du
Maréchal de Broglio.
CESAR - ANTOINE DE LA LUZERNE , Сомта
DE BEUSEVILLE , Mestre de Camp , Lieute¬
nant du Régiment des Cuirassiers du Roy.
MARQUIS D'ESTOURMEL , Mestre .....
Hij de
154 MERCURE DE FRANCE
•
deCamp , Lieutenant du Régiment deToulouze,
DE LA MOTTE , Mestre de Camp ,
Commandant une des Brigades du Régiment
Royale des Carabiniers . Il fut blessé dangereusement
à la Bataille de Guastalla , en se signalant
à la tête des Carabiniers .
Brigadiers d'Infanterie.
ETIENNE GUINOT , MARQUIS DE MONCONSEIL
, Gentilhomme du pays de Saintonge , reçû
Lieutenant au Régiment des Gardes Françoises
en 1717. puis Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , cy- devant de Lionne , par commission
du premier Février 1723. et Introduc
teur des Ambassadeurs , et des Princes Etrangers
auprès du Roy , au mois de Novembre 1725. se
demit de cette Charge au mois de Févrir 1730.
LOUIS DE CONFLANS , MARQUIS D'ARMENTIERES
, Vicomte d'Ouchy , &c. né le 23. Février
1711. Colonel du Régiment d'Anjou
par Commission du 16. Septembre 1727.
fut blessé legerement d'un coup de fusil derriere
le col à la Bataille de Guastalla le 19. Septembre
dernier.
CHARLES-RENE' ARMAND DE LA TREMOILLE
, Duc de Thouars , Pair de France , né le
14. Janvier 1708. fait premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , au mois de Février
1717. Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
de Bacqueville , par commission du 7,
Octobre 1728. puis de celui de Champagne ,
par autre commission du 25. Septembre 1731.
servit en 1733. aux Siéges de la Gherra d'Adda,
et du Château de Milan , et en 1734. au Siége
de Tortonne,dont il apporta le 12. Fév.au Roy
la
JANVIER . 1735 : Iss
>
la nouvelle de la réduction . Il reçut le 4. Juin
suivant une contusion à la cuisse à la reprise
de Colorno , fut blessé legerement le 29. da
même mois à la Bataille de Parme .
ERASME DE CONTADE , reçû Enseigne au Régiment
des Gardes Françoises en 1720 , depuis
successivementSous- Lieutenant , Lieutenant, et enfin
Capitaine dans ce Régiment , le 27.Juin 1729 .
nommé Colonel du Régiment de Flandres 1e 20.
Février 1734. se distingua le premier Juin suivant
à la defense du Château de Colorno dans
le Parmesan , d'où après avoir soutenu les premiers
efforts des Impériaux , il se retira sans
perdre un seul homme. Il reçut une grande contusion
le 29. du même mois à la Bataille de Parme,
ayant été nommé quelques jours aupara →
vant Colonel du Régiment d'Auvergne. Il se
trouva le 19. Septembre à la Bataille de Guastalla.
CHEVALIER DE CONTADE , reça !
en 1709. Sous - Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoises , dont il fut ensuite Sous-
Aide-Major , et en 1721. Lieutenant , actuelle
ment Aide- Major General de l'Armée d'Italie .
JEAN- BAPTISTE - FRANÇOIS DE VILLEMBUR
né le 30. Juillet 1698. Colonel du Régiment
de Bassigny , par commission du 5. Octobre
1730. Il fut blessé d'un coup de fusil dans la {
cuisse , à la Bataille de Guastalla le 19. Septembre
dernier.
FRANÇOIS- LOUIS LE TELLIER DE REBENAC ,
MARQUIS DE SOUVRE' , ET DE LOUVOIS , né
le 17. Septembre 1704. Lieutenant General
pour le Roy des Provinces de Bearn , et de Navarre
, Capitaine dans le Régiment Royal des
Cravattes , Cavalerie , fait Maître de la Garde
H iij
robe
153 MERCURE DE FRANCE
robe de S. M. au mois de Decembre 1725. et
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cy- devant
la Chenelaye , par commission du 12. Octobre
1730. Il fut blessé à la Bataille de Guastalla le
19. Septembre dernier , d'un coup de sabre à
la tête , et de deux coup de fusil , l'un à la tête et
l'autre au genouil..
DE LA BRUNIE , Major , puis Lieutenant
Colonel du Régiment de Bourbon .
.. DE MONTROSIER , Lieutenant Colo
nel du Régiment de Senecterre , cy - devant Tessé.
Il fut fait prisonnier le 15. Septembre dernier
avec 400 hommes qui étoient sous ses ordres
au poste de la Prépositure , ayant été coupé
par les Imperiaux , après l'attaque du quartier
du Maréchal de Broglio.
DE LA GRANGE , Lieutenant Colonel
du Régiment du Maine.
CHEVALIER DE TRETZ , Lieute
tenant Colonel du Régiment de Medoc.
Brigadiers de Cavalerie , et de Dragons.
DENIS FRANÇOIS DE MAUROY , né le neuf
Octobre 1698. Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment Dauphin . et Mestre de Camp de Cavalerie
, par commission du mois de Mai 1719.
FERON , SIEUR DE LA FERONMAYE
, en Bretagne , Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , sur la démission de son
Pere , par commission du Avril 1727. 10 .
LOUIS ROBERT DE CRASMENIL MALET ,
apellé le Marquis de Graville , et auparavant de
Valsemey , reçû Chevallier des Ordres de N. D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem ,
le 31. Mars 1721. et Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Orleans en 1724. successivement
Guidon
JANVIER . 1735. 157
Guidon de la Compagnie des Gendarmes Fla
mans , Enseigne de celle des Gendarmes d'Orleans
, et au mois de Janvier 1730. Sous - Lieu
tenant de celle des Chevaux- Legers de Berry ,
et nommé au mois de Mars dernier , Mestre de
Camp , Lieutenant du Régiment d'Orleans .
JEAN PAUL DE COSSE' , DUC DE BRISSAC }
Pair et Grand Pannetier de France , né le 12.
Octobre 1698. Capitaine d'une Compagnie de
Cavalerie, avec commission de Mestre de Camps
nommé Mestre de Camp d'un Régiment cy- devant
laMothe Houdancourt , le zo Février dernier
ANNE - PIERRE D'HARCOURT COMTE DE
BEUVRON , Seigneur de Tourneville né le 2
Avril 1701. Lieutenant General au Gouverne¬
ment de la Haute Normandie et Gouverneur
du vieux Palais de Rouen , en 1716. et Mestre
de Camp à Brevet , nommé Mestre de Camp
du Régiment cy-devant du Chastelet , le 20
Février dernier.
2
>
FRANÇOIS -MARIE DE LA MARCK , reçû Chevallier
des Ordres de N. D. de Mont - Carmel ,
et de S. Lazare de Jerusalem , le 6. Avril 1718 .
Mestre de Camp , Commandant d'une Brigade
de Carabiniers aussi Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis fait Capitaine des Gardes
du Duc de Bourbon dans le Gouvernement de
Bourgogne , au mois de May 1729. et son premier
Ecuyer au mois de Novembre 1733 .
?
GASPARD NICOLAS DE VICHY , DE CHAM
PROND , Mestre de Camp .
JACQUES ARMAND , MASQUIS DE VASSE' ,
Vidame du Mans , Baron de la Rocherabile ,
Seigneur de Balon &c. né le 10. Mai 1706 ,
Gouverneur du Château Royal du Plessis lès-
Tours , Mestre de Camp du Régiment Dauphin ,
Hiiij Dragona
158 MERCURE DE FRANCE
Dragons , par commission du 20. Février 1727.
CHEVALIER DE VIGNACOURT , Lieutenant
Colonel du Régiment de Toulouze , Cavalerie
, avec commission de Mestre de Camp.
... DE CHILLOIS , Major , puis Lieutenant
Colonel du Régiment Dauphin , Cavale
rie , ayant commission de Mestre de Camp.
DE LA TOUR DU PIN DE MONTAUBAN
, Major , puis Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans , Cayalerie , avec commission
de Mestre de Camp .
•
"MARECHAUX DE FRANCE
nommez par le Roy le 14. Juin 1734.
et déclarez le 17. de ce mois.
ARMAND CHARLES DE GONTAUT , DUC
DE BIRON , Pair de France , né le 5. Août 1663 .
d'abord Capitaine dans le Régiment du Roy ,
puis nommé Colonel du Régiment de la Marche
, Infanterie , le 5. Septembre 1684. et fait
Brigadier le 3. Janvier 1696. servit la même année
en cette qualité dans l'Armée de Flandres.
Il fut fait Maréchal de Camp le 29.Janvier 1702.
et nommé au mois de Mars suivant , pour faire
la Campagne en Allemagne . Il contribua le 12 .
Octobre à la prise de Neubourg sur le Rhin , et
le 14. du même mois , il se trouva à la Bataille
de Fridlingue. Il fut nommé au mois de Février
1703. pour servir en Flandres , et il fut fait
Lieutenant Général des Armées du Roy le 264
Octobre 1704. et Chevalier de l'Ordre de saint
Louis la même année. Il se distingua beaucoup
dans la belle retraite que fit un Corps de troupes
Françoises après la prise des Lignes près de Tillemont
par Milord Marlborough. Il fut blessé
CE
JAN
VIER.
1735. 159
et fait prisonnier à la journée d'Oudenarde le
11. Juillet 1708. Il servit en 1713. au Siége de
Landau , où le 2. Juillet , commandant la tran
chée , il eut le bras gauche cassé d'un coup de
fauconneau dans une sortie des assiegez . Il fut
obligé de se faire couper le bras , et après la ré
duction de cette Place , le Gouvernement lui en
fut donné. Il fut fait Conseiller au Conseil de
Guerre créé au mois de Septembre 1715. et après
la supression de ce Conseil faite le 21. Septembre
1718. il demeura chargé en chef , du détail
de l'Infanterie. Le feu Duc d'Orleans Regent, le
fit son prémier Ecuyer le 17. Juin 1719. ct le
Roy par ses Lettres Patentes du mois de Février
1723. érigea de nouveau en sa faveur , et de ses
descendans inâles à perpetuité , la Terre et Baronnie
de Biron , et ses dépendances en Titre de
Duché et Pairie de France. Ces Lettres furent
registrées au Parlement , le Roy y séant en son
Lit deJustice , à l'occasion de sa Majorité le 22–
du même mois , et il préta serment , et prit séan
ce le même jour au Parlement.
> JACQUES DE CHASTENET SEIGNEUR DE
PUYSEGUR , Vicomte de Buzancy P'un des
Quart Comtes de Soissons , successivement Capitaine
et Lieutenant Colonel du Régiment du
Roy , Infanterie , fait Maréchal General des Logis
des Camps et Armées du Roy en 1690 Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis le 6 Février
1694. Brigadier d'Infanterie le 3. Janvier
1696. Gentilhomme de la Manche du Duc de
Bourgogne , au mois de Juin 1698. Maréchal de
Camp le 29. Janvier 17c2. Lieutenant Général
des Armées du Roy le 26. Octobee 1704 et
Gouverneur de Condé au mois d'Octobre
3707. Il est Fils de Jacques de Chastenet , Sei-
Hy gueu
160 MERCURE DE FRANCE
gneur de Puysegur , Colonel du Régiment de
Piemont , et Lieutenant Général des Armées des
Rois Louis XIII et Louis XI V. mort le 4 .
Septembre 1682. agé de 82 ans , dont on a des
Mémoires Militaires imprimez à Paris et à Amsterdam
en 1690 ,
CHRETIEN LOUIS DE MONTMORENCY DB
LUXEMBOURG , PRINCE DE TINGRY , Comte
Souverain de Luxe , Comte de Beaumont en
Gatinois , Seigneur de Dollot , né le 9. Février
1675. se trouva au Combat de Steinkerque en
1692. et à la Bataille de Nerwinde en 1693 .
il fut fait la même année Colonel du Régiment
de Provence , et au mois de Février 1700. de
celui de Piemont , par la démission du Duc de
Chatillon son frere . Le Roy lui donna au mois
d'Avril 1701. une Pension de 6000. liv . er il le
fit Brigadier d'Infanterie le 29. Janvier 1702 .
Il se trouva le 13. Janvier 1703 à la prise du
poste de Bondanella en Italie , où il fut chargé
de la principale attaque , batit le 11. Mars suis ,
vant le Régiment de Dragons d'Herbeville Allemand
, et fut commandé le 10. Avril 1704 avec
30. Compagnies de Grenadiers , pour attaquer
la Ville de Revere sur la Secchia , que les Imperiaux,
après avoir fait leur prémiere décharge,
abandonnerent. Il fut ensuite dépêché pour por
ter à la Cour la nouvelle de la prise de catre
Place , et il fut fait Maréchal de Camp le 26.
Octobre de la même année. A son retour en Italie
, il alla servir au Siége de la Ville de Verrue
, qui fut soumise le 9 Avril 1705. Se trouva
le 16. Août suivant à la Bataille de Cassano ,
et s'y distingua , fut aussi employé le 16. Octobre
à l'attaque des retranchemens que les Imperiaux
avoient fait à la tête d'un Pont qu'ils
avoient
JANVIER. 1735. 161
avoient jetté sur le Serio , au Village de Montodeno
, et qui furent forcez. Le 18. du même
mois étant à la poursuite des Imperiaux , il reçut
une contusion. Il continua en 1706. de servir
en Italie , d'où il passa en 1737. à l'Armée
de Flandres . Ayant traité au mois de Janvier
1708. avec le Comte de Montbrun , de la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement de
la Flandre Françoise , le Roy lui accorda le 14..
du même mois un Brevet de retenue de 25000.
écus sur cette Charge , pour laquelie il préta
serment de fidelité entre les mains de S. M. le
17. Avril suivant. Il se trouva le 11. Juillet de
la même année au Combat d'Oudenarde , où il
mena jusqu'à quinze fois à ia charge.les Troupes.
qui étoien sous ses ordres . Le 28.deSept. suivant
étant parti de Douay avec 2000. Carabiniers ,
Cavaliers et Dragons , il traversa l'Armée des
Alliez qui assiégeoient Lille , et y introduisit heureusement
des poudres dont la Place manquoit.
Le Roy ayant reçû le 30. suivant , la nouvelle
de cette entreprise , le nomma sur le champ
Lieutenant Général de ses Armées . Après la reddition
de la Ville de Lille , il entra dans la Citadelle
pendant le Siége de laquelle il fit une sor
tie le 12 de Novembre , dans laquelle les assiégeans
perdirent près de 800. hommes sans les
bless z . Il conduisoit le Corps de réserve à la
Bataille de Malplaquet près de Mons , le 11. Septembre
1709.ct il commanda l'arrieregarde dans
la retraite honorable que fit l'Armée Françoiss
après cette sanglante Bataille. Le Gouvernement
de Valenciennes lui fut donné au mois de Mars
1711. et il prit la même année en se mariant ,
le Titre de Prince de Tingry , ayant été connu
jusqu'alors sous celui de Chevalier de Luxem-
H vj bourg.
16: MERCURE DE FRANCE
bourg. Il servit en 1712. aux Siéges des Villes
de Douay , du Quesnoy , et de Bouchain , qui
furent reprises après l'heureux succés de l'affaire
de Denain . Il obtiat au mois de Février 1729 .
le Gouvernement des Ville et Château de Mantes
, et la Lieutenance de Roy du Pays Mantois ;
et ayant été proposé le premier Janvier 1731.
pour être associé à l'Ordre du Saint Esprit , il
en reçut le Collier et la Croix le 2. Février suivant
, ayant été fait auparavant Chevalier de
celui de Saint Michel . Depuis sa Promotion ,
il a pris le Titre de Maréchal de Montmorency .
Il est le dixéme de cette Illustre Maison qui ait
merité cette Dignité.
A. M. G. ETRENNE S.
Du compliment dans la Mytologie ,
J'ai lu jadis la Généalogie :
Sans ressemblance et sans fraternité ,
Double être en terre est de ce nom doté ;
Double est leur sort , double leur origine ,
Et double objet toujours les détermine.
De flatterie , et du mensonge Fils ,
L'un bas , rampant , courbé dans ses replis ,
Perfidement se glisse et s'insinuë ,
Puis fierement s'élance vers la nuë ;
Le Mirmidon sur son aîle porté ,
S'enfle , et se croit un Géant redouté ;
En mots dorés sa boutique est fertile
Encens mielé de sa bouche distile ,
Pas
JANVIER . 1735. 16
>
Par l'interêt , vil encens fabriqué :
Un faux respect décore sa malice
Par son crédit vice sophistiqué ,
De la vertu revêt le frontispice .
Du vrai mérite , et de la verité ,
L'autre est le fils , l'antique probité ,
De cour pléniere honora sa naissance ;
La modestie éleva son Enfance ,
Discernement fut son cher favori ,
Et de son lait la Vertu l'a nourri ;
Sincerité lui forma la parole ,
De son discours Gigantesque hyperbole
Für éxilée , et depuis n'a jamais
Enflé sa langue , ou grossi ses portraits ;
A bien penser fut son aprentissage ,
Le coeur , la bouche eurent même langage
A louanger habile sans effort ,
De l'interêt ignorant le ressort
Son pur encens jamais il ne frelatte ,
Estime vraie en sa loüange éclatte ;
Du vice heureux , du faux ennemi né,
A l'éxalter onc ne s'est profané.
De tous les deux brille aujourd'hui la fête ;
L'un triomphant en char que rien n'arrête ,
Pompeux , fleuri , volant de Cour en Cour ,
En vrai Tiran domine dans ce jour,
L'autre modeste , à pieds , doux et tranquile ,
Chez peu de gens élit son domicile ,
C'est
164 MERCURE DE FRANCE
C'est le second ; je l'ai vû ce matin ' ,
Heurté , poussé , demandant son chemin.
Je vous l'adresse , ou pouroit- il mieux être ₹
Il m'a paru d'abord vous reconnoître ,
Il vous cherchoit ; son concurrent jaloux ;
S'efforceroit en vain d'entrer chez vous.
De le None , Comédien de Strasbourg,
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E premier Janvier , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs
et Dames de la Cour eurent 'l'honneur de
complimenter le Roy et la Reine sur la
nouvelle année .
Le Corps de Ville rendit à cette occasion
ses respects à leurs Majestez à Monseigneur
le Dauphin et à Mesdames de
France , étant présenté et conduit en la
maniere accoûtumée .
Le même jour , les Chevaliers , Commandeurs,
et Officiers de l'Ordre du Saint
Esprit, s'étant rendus dans le Cabinet du
Roy S. M. tint un Chapitre dans lequel
le Comte de Belleisle , et le Mar-
,
F
quis
JANVIER. 1735. 169
quis de Perignan , qui avoient été proposez
dans le Chapitre tenu par le koy
le 13. Juin dernier , pour être reçus Chevaliers
, furent admis , après que l'Abbé
de Pomponne , Chancelier des Ordres du
Roy , cut raporté qu'ils avoient satisfait
à ce qui est prescrit par les Statuts .
Le Chapitre étant fini , le Comte de
Belleisle fut introduit dans le Cabinet du
Roy , où S. M. le fit Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel. Le Roy sortit ensuite
de son appartement pour se rendre
à la Chapelle. S M. étoit precedée du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Clermont , du Prince de
Conti , du Duc du Maine , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouze , et des Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers des Ordres , et le
Comte de Belleisle en habit de Novice
marchoit entre les Chevaliers et les Officiers
. Le Roy , devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , étoit en manteau , le Collier
de l'Ordre pardessus , ainsi que les Che
valiers.
Après la Grand' Messe qui fut cele.
brée pontificalement par l'Archevêque
de Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
, le Roy quitta son Prie- Dicu , ` et
monta
166 MERCURE DE FRANCE
monta à son Trône auprès de l'Autel,oà
S. M. reçut Chevalier , avec les Ceremonies
accoûtumées , le Comte de Belleisle,
qui eut pour Parains le Marquis de
Livri, et le Comte de Matignon. La Reine
s'étoit renduë Ivec les Dames de la Cour
à saTribune , où S. M. entendit la Grand-
Messe.
Le Roy a accordé le Gouvernement
de Vannes , qu'avoit le Marquis de Lannion
, au Comte de Lannion son Fils.
S. M. a accordé l'agrément du Régiment
de Cavalerie de Turenne , dont le
Duc de Bouillon étoit Mestre de Camp ,
au Marquis de Grammont , Capitaine dans
ce Régiment.
Le s . Janvier , le Maréchal Duc de
Noailles , préta entre les mains du Roy
le Serment de fidelité , dont M. d'Angervilliers
Ministre et Secretaire d'Etat
ayant le département de la guerre , fit la
lecture .
,
Le 26. le Maréchal de Biron , et le Maréchal
de Montmorenci , préterent aussi
Serment de fidelité entre les mains de
S. M. Quelques jours auparavant le Maréchal
de Coigny avoit prêté le même
Serment.
Le
JANVIER . 1735. 167
Le Roy a permis au Marquis de Perignan
, dont les preuves ont été admises
dans le Chapitre de l'Ordre du Saint Esprit
, tenu le premier de ce mois , de
porter le Cordon et la Croix de cet Ordre
jusqu'à ce qu'il vienne recevoir le
Collier des mains de Sa Majesté.
Le Roy a nommé Colonel Lieutenant
et Inspecteur de son Régiment d'Infanterie
, le Comte de Biron , Maréchal de
Camp , et Inspecteur d'Infanterie.
Par une Ordonnance du premier Janvier
de cette année , le Roy a rétabli la
Charge de Major de la Gendarmerie ,
en faveur du Marquis du Chastelet , cydevant
Mestre de Camp de Cavalerie du
premier Septembre 1722. Commandant
et Major du Régiment Royal . Cette charge
réunissant tous les détails qui concernoient
l'inspection suprimée par la même
Ordonnance . Le mérite du Marquis
du Chastelet , est aussi connu que sa naissance
est distinguée.
>
S.M. a donné l'agrément de la Charge
de Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Bourguignons , vacante
par la démission volontaire du
Marquis de Castelmoron , au Comte de
Castelmoron son Fils, Sous- Lieutenant de
la
168 MERCURE DE FRANCE
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans ,
et l'agrément de la Charge de Sous Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
de Flandres , dont le Marquis de Gratot
s'est démis , au Marquis de la Chaise
Premier Cornette de la Compagnie des
Chevaux-Legers de la Reine. M. de Barantin
, Guidon de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , a été nommé Premier
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Reines et le Comte de
Polignac , Guidon de la Compagnie des
Gendarmes Anglois .
Le Roy a nommé le Maréchal Duc de
Noailles General de ses Troupes en
Italie , et le Maréchal de Coigny , General
de l'Armée d'Allemagne.
S. M. a donné au Marquis de Monconseil
, Brigadier de ses Armées , et Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , la
place d'Inspecteur d'Infanterie , qu'avoit
le Comte de Biron.
Le 25. de ce mois , le Marquis de Rosignan
, Ambassadeur du Roy de Sardaigne,
eut, en grand manteau de deuil
une audience particuliere du Roy , et il
donna part à S. M. de la mort de
la Reine de Sardaigne. Il alla le même
jour à l'audience de la Reine , de
Monseigneur
JANVIER:
1735. 169
Monseigneur le Dauphin , et de Mesdames
de France , et il fut conduit à toutes
ces audiences par M. Hebert , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 27. le Roy prit le deuil
mort de cette Princesse .
pour la
S. M. a nommé à l'Archevêché de Besançon
l'Abbé de Grammont > Haut-
Doyen de l'Eglise Métropolitaine de la
même Ville.
Le 9. de ce mois , l'Abbé de Crussol
nommé à l'Evêché de Blois , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché , par
l'Archevêque de Paris , assisté des Evêques
de Senlis et de Noyon.
Le premier jour de l'An , le Roy entendit
à son lever les Hautbois de sa
Chambre , qui jouerent plusieurs Airs
de Lully.
Le même jour , pendant le diné de S.M :
les vingt- quatre éxecuterent plusieurs piéces
de Simphonie de la composition de
M. Destouches, Sur- Intendant de la Musique
de la Chambre , en semestre.
Y
Le 10. il y eut concert chez la Reine.on
chanta le Prologue et la premiereEntrée
du Ballet des Elemens. On continua le 12.
les deux Entrées suivantes , et on donna
le
170 MERCURE DE FRANCE
le 17. la derniere Entrée , qui fut précedée
du Prologue du Ballet des Stratagêmes
de l'Amour. La Dlle Antier y fut très
aplaudie dans le rôle de Prétresse de la Gloire
, et dans celui d'Emilie dans l'Acte
du Feu. La Dlle Mathieu réussit parfaitement
dans les rôles de Junon et de
Pomone.
Le 19. on chanta devant la Reine , le
Prologue et le premier Acte de l'Opera
d'Hypermnestre , mis en mis en Musique par
M. Gervais , Maître de Musique de la
Chapelle , qu'on continua le 24. et le
26. Il fut parfaitement bien éxecuté .
Les Comédiens François représenterent
à la Cour le Jeudi 9. Décembre , les
Bourgeoises à la Mode et le Retour imprevu.
Le 14. le Mercure Galant et le Galant
Jardinier.
Le 16. la Tragédie d'Habis et la Pupille.
Le 30. l'Ingrat et les Mécontens .
Le 4. Janvier 1735. Didon et le Dédit.
Le 11. le Curieux impertinent et les Folies
amourenses.
Le 13. Britannicus et la Nouveauté.
Le 18. Jodelet Maître et le Mari r
trouvé.
Le 20. Sabinus , qui eut beaucoup de
succès , et le Mary retrouvé,
JANVIER 1785 171
Le 25. le Réveil d'Epimenide et les Précieuses
ridicules.
Le 27. Bajazet et Colin Maillard.
Le 4. Decembre , les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , les Deux
Arlequins , et la Veuve Coquette.
Le 11. l'Embarras des Richesses , et
la Folle Raisonnable.
Le 18. la Double Inconstance , et la
Petite Piéce nouvelle du Déguisement.
Le 8. Janvier , la Surprise de l'Amour
et l'Isle du Divorce.
Le 15. la Comédie nouvelle du Frere
Ingrat , ou le Prodigue puni , qui fut suivie
du Je ne sçai quoy.
Le 22. Arlequin Sauvage , et l'Ecole
des Meres.
Le 29. L' Amour Précepteur , et le Portrais
Les pluyes et les vents impétueux qui
regnent depuis quelque temps , ont causé
beaucoup de naufrages sur nos Côtes , et
beaucoup de dégâts dans les terres .L'Ouragan
qui se fit sentir dans la Province
d'Artois le 19. de ce mois , fut des plus
violents ; dans les Campagnes les arbres
ont été déracinez , et grande quantité de
maisons abatuës , les Clochers de plusieurs
Eglises renversez , aussi- bien que
plus de 60. Moulins à vent , qui one
écrasé
172 MERCURE DE FRANCE
écrasé plusieurs personnes , des Fleches
de Clochers ont été transportées à plus
de 200. toises ; il n'y a pas à Arras une
seule maison qui n'ait ressenti la fureur
de ce vent. Toutes les Eglises en sont
découvertes , les vitres renversées et plu
sieurs de ces Eglises sont endommagées
dans la maçonnerie. A l'Abbaye de saint
Eloy , qui est à deux lieües d'Arras , le
Choeur de l'Eglise a été entierement
renversé. Le vent commença sur les 8 .
heures du matin avec assez de force ,
mais sa violence augmenta considérablement
sur les 4. heures après midy , et
dura jusqu'à 7. heures du soir. Il fut mêlé
de pluye , de grêle , d'éclairs et de
tonnerre.
CEREMONIE particuliere , faite à
la Messe de Minuit. Extrait d'une Lettre
écrite par M. Demas , Curé de la Villeneuve
en Chevrie , le 7. Janvier 1735"
A Paroisse de la Villeneuve en Che-
Lvrie , est située à deux petites lielies
de la Ville de Mante , et sur la route
de celle de Vernon . C'est dans l'Eglise
de cette Paroisse que de temps immémorial
se fait à la Messe de Minuit , par
frente Bergers et huit Bergeres , la Ĉéremonic
>
JANVIER. 1735 173
remonie dont on va voir ici le détail ,
à laquelle on accourt de plusieurs lieües.
On a préparé dans le Choeur de l'Eglise
une Crêche très-proprement faite , dans
laquelle est couché l'Enfant Jesus , en
figure de cire. La Crêche est éclairée de
plusieurs flambeaux de cite blanche.
L'heure de l'Office étant arrivée , on
commence par chanter l'Hymne Te Deum ,
&c. laquelle étant finie , le Célebrant en
Chappe , accompagné de son Clergé ,
fait les encensemens de la Crêche , au
son d'une Symphonie de Violons , de
Basses et d'autres Instrumens . Un Ber ger
fort
proprement
habillé
, vient
ensuite
se prosterner
au pied
de la Crêche
,
tenant
attaché
par
un
grand
ruban
un
Mouton
, sur
lequel
il y a une
espece
de
petit
Bât
artistement
fait
, et sur
le
Bât
seize
Cierges
allumés
. Il est suivi
de
deux
Bergeres
habillées
de blanc
, portant
chacune
une
Quenoüille
ornée
de
rubans
, et un cierge
à la main
, Les
autres
Bergeres
de
la Ceremonie
portent
aussi
des
Quenouilles
pareilles
et
un
cierge
.
Suit un second Berger qui porte une
belle branche de Laurier , à laquelle sont
attachés avec un certain arrangement des
Oran174
MERCURE DE FRANCE
Oranges , des Citrons , d'autres Fruits ,
des Biscuits et des Sucreries , & c. Ce
Berger est au milieu de deux Bergeres .
Deux autres Bergers , portent sur un
Brancard, couvert d'une magnifique Toilette
, trois grands Pains benits , sur chacun
desquels sont un Rameau de Laurier
, orné de rubans , et des cierges allumés.
Les quatre autres Bergeres viennent
ensuite faire leurs adorations devant la
Crêche. Elles sont suivies des autres Bergers
, qui se présentent deux à deux ,
portant d'une main un cierge et de l'autre
une Houlette ornée de Festons .
Les Bergers et les Bergeres viennent
à l'Offrande dans le même ordre , et
pendant leur marche on chante un Prologue
sur la Naissance du Sauveur , accompagné
d'une belle Symphonie. La
Messe finie , on recommence les Adorations
avec la même ceremonie , et puis
on se retire.
Il se fait après cette Messe de Minuit,
dans un lieu marqué , un petit Reveillon
ou Repas pour les Bergeres , qui sont
servies par quatre Bergers ; nuë tête. Les
Bergers leur font présent à chacune d'un
Gateau , et ils vont les reconduire. Les
Bergers reviennent sur leurs pas , et font
20
JANVIER. 1735. 175
au même lieu un petit Repas , où tout
se passe avec beaucoup de modestie et
de frugalité.
La même Céremonie des Adorations ,
&c. cy- dessus décrite , se fait encore à
la Messe du Point du jour , dans le même
ordre et avec les mêmes circonstances
.Celle- ci finit par une Exhortation que
fait M. le Curé aux Bergers et aux Bergeres
sur les devoirs de leur état , &c.
wh
Enfin les Bergers viennent en Corps
remercier leur Curé , et ils lui font présent
de la Branche de Laurier , chargée
comme il a été marqué ci- dessus. Tout
se passe dans cette Cerémonie avec tant
de pieté et d'édification ; que lorsque ces
Bergers sortent de l'Eglise , gardant le
silence et dans un Esprit de recueillement
, on peut leur appliquer ce que
dit l'Evangile des Pasteurs de Judée , qui
vinrent adorer le Sauveur dans la Crêche
de Bethléem. Et reversi sunt Pastores
glorificantes et laudantes Deum , in
omnibus qua audierant et viderant. Luc
II . 20.
1
I LET
176 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Rouen
écrite le 22. Décembre 173.4 . sur la mort
de M. de Pontcarré , Ancien Premier
Président du Parlement de Normandie.
R Hurard , Curé de la Paroisse
Msai
>
Saint Lo , dans laquelle est l'Hôtel
de Messieurs nos Premiers Presidents,
fit celebrer Lundi dernier 18. de ce
mois,un Service solemnel , pour le repos
de l'Ame de feu M. dePontcarré. Toute
l'Eglise étoit tendue de deuil avec des
bandes de velours , chargées des Armoiries
du deffunt l'Aurel principal et le
Choeur furent extraordinairement éclai
rés , et tout répondoit à l'apareil d'une
grande Pompe funebre. Messieurs du
Parlement , invitez en ceremonie le
Corps des Avocats , la Communauté des
Procureurs , et autres Personnes de Robe
y assisterent. Quantité de Personnes
du premier rang de la Ville et des environs
s'y trouverent , et plusieurs Prêtres
de l'Ordre Seculier et Regulier celebrerent
des Messes dans la même Eglise.
Enfin toute la Ville s'empressa en cette
occasion de rendre ses devoirs à la mémoire
d'un Magistrat qui lui avoit été
cher , et qui méritoit sans doute sa recon-
,
noissance .
JANVIER. 1735. 177
noissance. On sçait le service important
qu'il rendit à l'Eglise de Rouen dans l'affaire
celebre de la Primatie , laquelle fut
maintenue dans ses Droits par un Arrêt
contradictoire du Conseil d'Etat rendu
par le Roy même , au raport de ce grand
Magistrat. On sçait aussi les soins qu'il
se donna dans les années 1709. et 1725.
pour calmer une Populace , plus malheu
reuse que coupable , dans un temps de
disette ez de misere Enfin on se souviendra
toujours des grandes charitez qu'il
a faites dans cette Ville • particulierement
à l'égard de plusieurs Communautez
Religieuses. C'est à lui que nous
sommes redevables de l'institution des
Petites Ecoles , pour l'instruction des
Enfans des pauvres. C'est aussi par cette
consideration les Freres de la Doctrique
ne Chrétienne , ont fait des prieres particulieres
, et fait aussi celebrer un Service
à son intention. Les Sçavans et les
gens de Lettres ont aussi marqué leurs
regrets en plusieurs manieres, parce qu'il
les avoit toujours protegés , et qu'ils
reconnoissoient en lui un Esprit du premier
ordre , rempli des plus belles connoissances
, surtout de celles qui concernent
l'Antiquité Metallique . Son magnique
Cabinet de Médailles , qu'il laisse
I ij
178 MERCURE DE FRANCE
rempli des plus belles suites en tout genest
un Monument de sa Sagacité et
de son gout excellent , qui mérite de passer
jusqu'à sa derniere Posterité,
,
La Princesse hereditaire de Modéne ,
étant arrivée à Marseille sur les Galeres
du Roy, à leur retour de Naples , S.A.S.
y a fait quelque séjour , et ensuite elle
s'est rendue à Lyon , où le Prince Hereditaire
de Modéne son Epoux est venų
la joindre . Ce Prince arriva à Paris au
commencement du mois de Décembre ,
Il a été fort bien reçu du Roy , de la
Reine , de toute la Famille Royale , des
Princes et Princesses du Sang , ainsi que
de son Altesse Royale sa belle - Mere , et
du Duc d'Orleans,
3
Le de ce mois
27.
on célebra dans
Eglise Paroissiale de S. Sulpice , un
Service solemnel pour le repos de l'Ame
du Maréchal Duc de Villars , Maréchal
General des Camps et Armées de S. M.
On avoit élevé un magnifique Catafalque
au milieu de cette Eglise , qui étoit
entierement tendue de noir , et éclairée
par une grande quantité de lumieres ,
avec armes et bandes de velours . Le
Curé de S. Sulpice célebra la Messe , et
l'Abbé
JANVIER. 1735i 179
Abbé Segui prononça l'Oraison funebre
avec beaucoup d'éloquence. Les Cardinaux
de Rohan , de Polignac, et de Bissy,
et plusieurs Evéques assisterent à ce Service
, ainsi qu'un grand nombre de Personnes
de distinction . Le Duc de Villars,
Fils unique du Maréchal Duc de Villars ,
qui avoit ordonné la Pompe funebre , en
faisoit les honneurs.
Le Catafalque étoit placé au milieu
de la Nef , et de proportion convenable
à la grandeur et au waste de cette magnifique
Eglise. L'idée generale de la Pompe
funebre , étoir de caracteriser une espece
de Champ de Mars . Pour cela'on avoit
placé sans ordre , ou plutôt sans symétrie,
mais avec art , divers Canons et Mortiers
sur leurs affuts, Cuirasses, Boucliers , Timballes
, Trompettes , et autres armes et
instruments
de guerre , le tout servant
à l'élevation du Tombeau , qui étoit feint
de marbre portore , orné d'armes , têtes
de Lion et consolles . Sur ce Tombeau
étoit la Représentation , avec le poile
croisé de moire d'argent , bordé d'hermine
, couverte des honneurs , sçavoir , de
la Couronne et Manteau Ducal , des Cordons
des Ordres du Saint Esprit et de la
* Toison d'Or , du Bâton de Maréchal de
France , &c. Le tout placé dans le milieu
de
180 MERCURE DE FRANCE
de quatre grandsPalmiers en argent dont
les sommets cherchoient à s'unir pour
servir de couronnement au Tombeau .
Au corps ou tronc des Palmiers étoient
suspendus des trophées de guerre , composés
de Drapeaux, Etendarts, Armures ,
Casques , Corcelets , Boucliers , Beliers ,
Massues , Faisseaux d'Armes , et autres ,
le tout doré et entremelé de palmes et
et festons de Ciprez , et d'un très grand
nombre de cierges placés pour former
un beau groupe de feu et de lumiere qui
produisoit un grand effet , et servoit à
distinguer les differens membres d'architecture.
, les morceaux de sculpture , et la
singularité des diverses sortes de marbre.
Vers le haut des troncs des Palmiers feints
en argent , étoient plusieurs Couronnes .
dorées , de lauriers , de chesnes , triomphales
, murales , civiques , & c ,
Au socle ou Estrade sur quoi étoient:
tous les sujets dont ou vient de parler ,
on avoit pratiqué les degrez qu'on apelle
d'honneur , au nombre de trois , sur lesquels
on voyoit deux figures en marbre
blanc , de grandeur naturelle , l'une répresentant
la Valeur , appuyée sur un
Lion ,
exprimant par son attitude la .
douleur de la perte de son Heros. Du
côté oposé , on avoit placé la Prudence
JANVIER. 1735 . 181
ce , vertu inseparable des Grands Hommes
.
Sur les flancs de l'Estrade et aux pié
destaux qui étoient en marbre blanc veiné,
et paneaux de vert d'Egypte, étoient
des cartouchés avec têtes de morts et festóns
de Ciprez , le tout doré , d'où partoient
grand nombre de girandolles en
argent , ce qui produisoit un grand éclat
de lumieres.
Cette Estrade faisoit un plan quarré
long , circulaire à chacun de ses bouts ,
avec pieédestaux en saillie , elle avoit
seize pieds de long , et tout le Catafalque
en pouvoit avoir trenet de hauteur,
sans y comprendre le grand pavillon qui
couronnoit tout ce magnifique sujet. "Il
répresentoit une espece de tente retroussée
en festons , avec beaucoup d'art et
dé gout , ainsi que tout ce qui composoit
ce grand appareil , dont les corps
d'architecture étoient dorés , et lès pentés
garnies d'hermines et de larmes .
Le Carafalque et la disposition du Lieu ,
des ornemens , et de tout ce qui composoit
ce pompeux spectacle , aussi heureusement
que dignement caracterisé, est de
l'idée de M. de Selles, Intendant et Contrôleur
General des menus plaisirs et affaires
de la Chambre du Roy, et éxecuté sous
iiij ,
ses
182 MERCURE DE FRANCE
ses ordres , par le sieur Perrot pour la
peinture , et par les sieurs Slodtz pour
Îa sculpture.
MORTS , NAISSANCES ,
L
Mariages.
E nommé Jean Geneste , Laboureur , est
mort d'une attaque d'apoplexie dans la Paroisse
de Monbasillac , Diocèse de Sarlat , âgé
de III. ans.
D. Catherine- Louise de la Fontaine- Solare 2
veuve de Guillaume de la Boissiere , Seigneur de
Chambors , Ancien Lieutenant des Cent Suisses
de la Garde ordinaire du Roi , mourut à S. Germain
en Laye le 18. Décembre , âgée de près de
80. ans. Elle avoit été pendant plusieurs années
Fille d'honneur de feue S. A. Madame la Duchesse
de Nemours . Elle étoit petite niéce de
Pierre de la Fontaine , Grand- Prieur de France
et Géneral des Galeres de Malte en 1563. La
Génealogie de cette Maison est rapportée , dans
le VIII. Vol. de l'Histoire des Grands Officiers
.
Le 28. Décembre 1734. Anne Bretagne , Sire
et Comte de Lannion , Baron et Fair de Bretagne ,
Vicomte de Rennes & c Lieutenant Géneral des
Armées du Roi , et Gouverneur de Vannes et
Auray , qui avoit eu la jambe fracassée d'un
coup de mousquet à la bataille de Guastalla , le
19. de Septembre dernier , après avoir beaucoup
souffert , et long- tems , mourut à Guastalla , âgé
d'erre
JANVIER. 1735 183
d'environ 52. ans. Il avoit été fait Lieutenant-
Géneral le premier Août dernier , ainsi qu'on l'a
rapporté dans le Mercure du même mois , page
1878. où l'on a marqué les differens grades par
lesquels il étoit parvenu à ce dernier. Il étoit
fils aîné de feu Pierre , Sire et Comte de Lannion
, Baron et Pair de Bretagne , Vicomte de
Rennes , Marquis d'Espinay , &c. Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , et Gouverneur des
Villes et Châteaux de S. Malo , Vannes , et Auray
, mort le 26. May 1717. âgé de 75. ans 3 .
mois , et de deffunte D. Marie- Genevieve Eschalard
de la Marck son épouse , morte le 27 .
Avril 1726. dans la 76. année de son âge , et il
avoit été marié au commencement de l'année
1708. avec Marie -Gaëtane de Mornay , fille unique
de feu Gaston - Jean- Baptiste de Mornay ,
Comte de Montchevreuil , Colonel du Régiment
du Roi , Lieutenant- General de ses Armées
, Gouverneur de la Ville et Cité, d'Arras ,
Lieutenant- General au Gouvernement de la Province
d'Artois , et Grand - Croix de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis , tué à la bataille
de Nerwinde , le 29 Juillet 1693. et de Perine
Barin de Bois - Geoffroy sa veuve. Il laisse d'elle
plusieurs enfans , dont l'aîné est le Comte de
Lannion , à qui le Roi a donné le Gouvernement
de Vannes . François Gaëtan , Chevalier
de Lannion , qui étoit le second , vient de mourir
le 11. du présent mois de Janvier 1735. dans
la 13. année de son âge.
Le 8. Janvier 1735. Joseph-Hiacinthe de Broglio
, Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , du 6. Septembre 1683. Abbé
Commandataire des Abbayes de Sainte Marie de
Pignerol en Piémont , et de Valloires , Ordre de
Ly Ci
184 MERCURE DE FRANCE
-
Y Citeaux , Diocèse d'Amiens nommé à cette
derniere en 1692. ci - devant Chanoine de la Ste
Chapelle du Palais à Paris ; oncle de Charles-
Guillaume , Marquis de Broglio , Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , Gouverneur de
Gravelines ; de François - Marie , Comte de Broglio
, Chevalier des Ordres du Roi , Maréchal
de France , et Gouverneur de Bergue , d'Achilles
, Chevalier de Broglio , Gouverneur d'Avesnes
, et Chef d'Escadre des Armées Navales
du Roi , et de Charles Maurice de Broglio
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris ,
de la Maison et Societé de Sorbonne ct Abbé
Commandataire des Abbayes , des Vaux de Cernay
, Diocèse de Paris ; de Baume-les - Moines ,
Diocèse de Besançon , et du Mont S. Michel ,
Diocèse d'Avranches ; ci - devant Agent Géneral
du Clergé de France par deux fois ; mourut à
Paris dans la 83. année de son âge , ayant institué
par son Testament pour sa Légataire universelle
, la Demoiselle de Revel sa niéce , âgée
de 21. ans , fille unique de feu François- Rai
mond Felix de Broglio , Comte de Revel , Lieu
tenant -General des Armées du Roi , et Grand-
Croix de l'Ordre Militaire de S. Louis , mort le
34. Août 1720. et de D. Marthe des Champs de
Marsilly sa veuve , qui avoit épousé en premieres
nôces Nicolas de Chaugy , Seigneur , Comte
de Roussillon .
Le 10. D. Marie- Cécile Pellard , veuve depuis
le 29. May 1723. de Jean de la Chapelle , Seigneur
de S. Port , l'un des 40. de l'Académie
Françoise , et Sécretaire des Commandemens de
feu S. A. S. le Prince de Conti , et auparavant
Receveur General des Finances de la Rochelle ,
mourut à Paris , d'accident , s'étant laissé tomben
JANVIER.
1735. 185
ber dans son feu , où elle eut la tête et un bras
brûlez.
Le 11. mourut à Paris , âgé de 3. ans et demi
, Marie. Charles - François , Comte de Rongé
du Plessis-Beliere , second fils de feu Lonis de
Rougé ; Marquis du Plessis - Belliere , Colonel du'
Régiment de Vexin Infanterie , mort à l'âge de
26. ans et demi , le 24. Juin 1732. ainsi qu'on´
l'a rapporté dans le Mercure de Juillet suivant ,
P. 1664. et de D. Marie Anne- Therese d'Albert
-d'Ailly de Chaulnes , Marquise Douairiere
du Plessis- Belliere sa veuve.
·
Le 11. D. Catherine- Antoinette Betault , fille
de feu Louis Betault , Seigneur de Chemault et
de Montbarrois , mort Président en la Chambre
des Comptes de Paris , le 15 May 1684. et de
Marie Lorthon , morte le 3. Juillet 1700. et
euve depuis le premier Mars 1697. de Jean de
Creil , Seigneur de Soisy , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , ci - devant Inten
dant à Rouen , qu'elle avoit épousé le 9. Mar
1671. mourut à Paris , âgée de plus de 80 anslaissant
pour héritiers Jean- François de Creil s
Marquis de Nancré , Seigneur de Chémault ,,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gre-,
nadiers à cheval , et Maréchal de Camp du 20-
Fevrier 1734 son fils et Jacques - François
d'Hautefort , Marquis de S. Chamans , son petit-
fils , fils unique de Charles Nicolas d'Hautefort
, Marquis de S. Chamans , Sous- Lieutenant
de la seconde Compagnie des Mousquetaires du
Roi , et Maréchal de Camp de ses Armées ,
mort le 2. Fevrier 1712. et de Marie - Elisabeth
de Creil , morte le 21. Fevrier 1733. dans la
60. année de son âge.
"
Le 14 Guillaume Bernard de Montebise
Prêtre
186 MERCURE DE FRANCE
Prêtre , Docteur en Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maison et Societé de Sorbonne, du26.
Fevrier 1693. et Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , depuis le 15. Mars 1698. mourut
en sa maison Canoniale , àgé d'environ 75.
ans .
Le 28. Janvier , D. Marguerite Barbier , fille
de feu Philippe Barbier , Lieutenant- General de
Robe longue de la Prevôté de l'Hôtel , et veuve
depuis le 28. Juin 1714. de Louis - Denis Longuet
, Seigneur de Vernoüillet , de Chauvilliers,
&c. Receveur General , et Payeur des Rentes de
'P'Hôtel de Ville de Paris , mourut d'accident ,
ayant avalé un os ; elle étoit âgée de 60 ans et
plus. Elle laisse un fils et une fille , qui sont François
Longuet , Seigneur de Vernouillet , Conseiller
an Grand Conseil , où il a été reçû en
1719. et qui fut marié au mois de fuillet 1726.
avec une fille du feu Sieur Barraly , Directeur
Géneral de la Monnoye de Rennes , et Marie-
Helene Longuet , mariée au mois de Fevrier
1716. avec Jacques Olivier de Vigny , Seigneur
de Courquetaine , Cervolles , Montgazon et
Villepayen , Maître ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , veuf de Marie-Anne
Rouillé des Filletierés.
Le 30. Décembre 1734. sur les cinq heures
après- midi il est né un fils à Louis - François-
Armand de Vignerod du Plessis , Duc de Richelieu
et de Fronsac , Pair de France , Marquis du
Pont-Courlay , Comte de Cosnac , Prince de
Mortagne , &c Chevalier des Ordres du Roi ,
Brigadier de ses Armées , et Colonel d'un Régiment
d'afanterie de son nom , de son mariage
avec Dame N. de Lorraine de Guise,celebré le
སྩ་
7.
JANVIER. 1735. 187
7. Avril dernier . Le nouveau né portera le titre
de Duc de Fronsac.
Le 10. Janvier a été baptisée à S. Roch une.
fille de Michel- Philippe Levesque , Seigneur de
Gravelle et de Guinionville , Conseiller au Par
lement de Paris , et de Dame Marie- Barthele
mie Thoynard son épouse , ses pere et mere ,
née le 4. précedent.
Le Jeudi 20, Janvier, furent supplécés les Cé--
remonies du Baptême à la fille de M. Michel
Fessy de Linau , Ancien Capitaine de Cavalerie,
et de D. Marie Magdelaine, de Knapper son
´épouse , née le ro. Août 1734. et ondoyée le 11.
dudit mois . Elle fut nommée Françoise Charlotte
par M François Bonnardy de Cressy, Conseiller
au Parlement , et S. A. Madame Marie-
Charlotte Sobieski , Princesse née Royale de
Pologne , Duchesse de Bouilon .
On nous mande de Dijon que le 22. Décem
bre 1734. le Marquis des Prez , Capitaine de
Dragons au Régiment de Vitry , y a été marié
avec Dlle N. de Saulx, fille du Comte de Tavannes
, Commandant pour le Roi en Bourgogne
qu'à l'occasion de ce mariage , il y a eu a
Dijon de grandes réjouissances , et que les Officiers
de la Maison de Ville y ont donné ur
grand Bal . On ajoûte que les Maisons des nouveaux
Mariez sont si connues . qu'il n'est pas
Eesoin d'en parler ; il n'eût cependant pas été
hors de propos , pour faire connoître plus particulierement
le Marié , de nous instruire des
noms et qualitez de ses pere et mere. Le nom
de sa famille , qui est originaire de Beaujolois ,
est Thibaut , auquel il joint celui de Noblet ,
cause de la substitution faite le 2. Janvier 1722.
par
188 MERCURE DE FRANCE
par Claude Noblet , Baron des Prez , Seigneur
de la Tour de Romanesche , en faveur des enfans
de Philibert de Thibaut , Seigneur de Thulon
, et d'Elisabeth Noblet sa fille. A l'égard de
la Maison de Saulx- Tavannes , on en trouve la
Génealogie imprimée dans plusieurs Ouvrages ,
et en dernier lieu dans le 7. Tome des Grands-
Officiers de la Couronne , de la derniere Edition
P. 239. La nouvelle mariée est fille de Henri-
Charles de Saulx , Comte de Tavannes , Marquis
de Suilly et d'Arc- sur-Thil, Maréchal des Campset
Armées du Roi , de la promotion du premier-
Août 1734. Lieutenant - General au Gouvernement
de Bourgogne , Commandant pour S. M.
dans cette Province , et Grand Bailli de Dijon ,
et de D. Marie-Anne-Ursule Amelot son épouse.
Le 29. Décembre 1734. Charles de Rohan ,
Prince de Soubise , né le 15. Juillet 1715. Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , reçû en cette Charge
au lieu et par la démissiou du Prince de Rohan
son ayeul , et fils aîné de feu Louis - François - Jules
de Rohan , Prince de Soubise , Capitaine-
Lieutenant de la même Compagnie des Gendar
mes en survivance , mort le 6. May 1724. et de
feue Anne Julie- Adelaide de Melun d'Espinoy ,
son épouse , morte le 18. du même mois de
Mai 1724 épousa à Paris Anne - Marie- Louise
de la Tour de Bouillon , née du premier Août
1722.fille unique d'Emmanuel - Theodose de la
Tour , Duc de Bouillon , Duc d'Albret et de
Châteauthierri , Pair et Grand-Chambellan de
France , Comte d'Auvergne , d'Evreux et de
Beaumont-le- Roger , Vicomte de Turenne , Gouverneur
et Lieutenant- Géneral pour le Roi du
haut et bas Auvergne , mort le 17. Mai 1730
e
C
JANVIER. 1735. 1899
et de feue Anne-Marie- Christine de Simiane de
Moncha de Gordes , sa troisieme femme , morte
le 8. Août 1722. dans la 39. année de son âge ,
laquelle étoit restée fille unique et seule héritiere
de feu François- Louis -Claude - Edme de
Simiane , Comte de Moncha , Gouverneur de
Valence , et Sénechal de Valentinois , et d'Anne-
Therese de Simiane , héritiere de Gordes , sa
veuve , actuellement vivante , er veuve en secondes
nôces de Charles Pot , Marquis de Rhodes ,
Grand-Maître des Ceremonies de France.
·
Le 25. Janvier 1735. Marie - Charles - Louis
d'Albert , Duc de Chevreuse . né le 24. Avril
1717. Mestre de Camp d'un Regiment de Cavalerie
de son nom , par commission du 23.
Avril 1733. fils unique de Charles- Philippe d'Albert
, Duc de Luynes et de Chevreuse , Fair de
France , Comte de Montfort , de Dunois , de
Chaumont , de Tours et de Noyers , Baron de
Rochecourbon , Samblancay et Lucheux , Seigneur
de Coulomiers , Bonneuil , Ayrennes , &c.-
et de deffunte Louise Leontine - Jacqueline de
Bourbon-Soissons , sa premiere femme , morte
à l'âge de 24. ans , le 11. Janvier 1721. épousa =
Therese-Pelagie d'Albert, née Princesse de Grimberghen
, sa cousine du deuxième au quatriéme
degré , âgée de 16 ans , fille unique de Joseph--
Louis d'Albert de Luynes , Prince de Grinber
ghen , de Semps , Meys , Thisselt , Buggenhout,
Beusrode , Comte d'Arquennes , Baron de Feluy,.
l'Escaille , S. Amand , Bois de Barry , Montigny,
dans les Pays-Bas Autrichiens , Seigneur de Wer--
tinghen , Hochenreichen , Reichbergreitten dans
'Empire , Seigneur de Cantaing , Pair du Cam--
bresis , Baron de Castelnau de Brettenaux , a'Es
palion , de Venés , Marquis de Saissac , &c . Ministre
.
195 MERCURE DE FRANCE
nistre et Conseiller d'Etat Intime de S. A. 3. E.
de Baviere , Lieutenant - Géneral de ses Troupes,
et Colonel de son Régiment des Gardes à pied ,
& c. et de Honorine - Charlotte de Berghes de
Montigny , née Princesse de Berghes son
épouse.
›
La nuit du Mardi au Mercredi 26. Janvier , le
Marquis de Pomereu , fils de M. de Pomereu ,
Intendant d'Alençon , et petit- fils de M. de Pomereu
, Intendant en Bretagne , et depuis Conseiller
au Conseil Royal , épousa dans l'Eglise de
S. Sulpice Dlle Agnès Bouvard de Fourqueux ,
fille de M. de Fourqueux Procureur Géneral
de la Chambre des Comptes , et ci-devant Conseiller
au Conseil Royal des Finances.
>
ARRESTS NOTABLES
RDONNANCE du Roi du 30. Novembre,
par laquelle il est dit que Sa Majesté ayant
jugé à propos de déterminer l'étendue des Dépar
temens et Quartiers des Classes , dépendans de
l'Intendance de la Marine de Brest , elle a résolu
un nouveau Réglement , contenant les lieux
et Paroisses dont chaque Département et Quartier
doit être composé.
Que l'Intendance de Brest sera divisée en quatre
Départemens et vingt Quartiers , situez sur
les côtes de la Province de Bretagne ; lesquels
Départemens et Quartiers sont désignez danschaque
article de ladite Ordonnance , avec les
noms des Villes , Ports , licux et Paroisses qui
en dépendent , & c.
AUTRE
JANVIER. 1735 191
AUTRE du 16. Décembre , pour augmenter
le Régiment d'Infanterie d'Enghien , d'un Bataillon
, et le mettre à deux , au moyen des dix-'
sept Compagnies qui seront incessamment levées
pour former le second Bataillon.
AUTRE du 19. Décembre ⚫ portant amnistic
génerale en faveur des Soldats déserteurs des
Troupes de la Marine.
ARREST du 28. Décembre , qui en interpre
tant l'article III . de l'Arrêt du Conseil du 9. Février
1734. dispense les Gardes -Jurez du Corps
et Communauté des Fabriquans de Romorentin,
qui entreront en exercice au 2. Janvier de l'année
1735. et ceux qui leur succederont à l'avenir
dans les fonctions de Gardes - Jurez de lidite
Communauté , de faire graver la premiere lettre
de leur nom , et leur surnom en entier , sur les
coins ou marques dont ils se serviront pour appliquer
les plombs de fabrique et de contrôle
sur les draps et autres étoffes qu'ils auront visi
tées , à condition que la datte de l'année de leur
exercice sera gravée sur lesdits coins ou marques
, suivant ce qui est prescrit par l'article II.
dudit Arrêt du 9. Février 1734. et à la charge
par lesdits Gardes - Jurez d'être solidairement ga
rans des plombs qu'ils auront appliquez.
DECLARATION du Roy , en faveur de
l'Hôpital General , donnée à Versailles au mois
de Décembre 1734. par laquelle S. M. ordonne
qu'il soit levé au profit dudit Hôpital General
de Paris pendant le temps de quatre années entieres
et consécutives, qui commenceront au premier
t
192 MERCURE DE FRANCE
mier Janvier 173 5. un droit de cinq sols pour
chaque cent de bottes de Foin , à prendre sur
tous les Foins arrivant et entrant en ladite Ville
Faubourgs et Banlieue de Paris , tant par cau
que par Terre , pour lui donner moyen de subvenir
à ses pressans besoins. , &c.
AUTRE du 28. Décembre , Registrée en
Parlement le 15. Janvier 1735. concernant le
Contrôle des Actes .
Louis , &c. L'établissement du Contrôle des
Actes des Notaires a cû pour principal objet l'utilité
de nos Sujets en assurant la date des Contrats
, et nous avions lieu d'esperer que les diffezens
Reglemens qui ont été faits sur cette matiere
, Y avoient suffisamment pourvu cependant
nous sommes informez que plusieurs Notaires
, dans la vue d'appliquer à leur profit les
droits qui nous appartiennent , et abusant de la
confiance publique , font mention du Contrôle
sur les Expeditions qu'ils délivrent , quoique les
Minutes n'ayent pas été contrôlées et que ces
contraventions demeurent souvent impunies parla
difficulté que font nos Juges et ceux des Hauts-
Justiciers de poursuivre extraordinairement les-
Notaires , sous prétexte que les Déclarations cydevans
intervenuës n'ont prononcé en ce cas
pour la premiere contravention qu'une amende
de deux cent livres ; mais comme une pareille
prévarication , indépendamment de la contravention
aux Edits et Déclarations sür le fait du
Contrôle , ne peut être regardée que comme
une fausseté qui mérité par cette raison d'être
réprimée par les peines prononcées par les Ordonnaces
contre les Officiers publics qui se rendent
coupables du crime de faux dans la fonction
JANVIER.
1735. 193
tión de leurs Offices. A ces causes , & c . nous
avons par ces Présentes , sigées de notre main
statué et ordonné , statuons et ordonnoas , voulons
et nous plaît , que les Notaires , Tabellions,
Greffiers , ou autres ayant faculté de passer des -
Actes et Contrats qui seront convaincus d'avoir
faussement fait mention sur les Expéditions
par eux délivrées des Actes qu'ils auront passés,
que les Minutes auront été contrôlées , soient
poursuivis extraordinairement , même pour la
premiere fois , et puissent être condamnez aux
peines prononcées par les Ordonnances contre
les Faussaires. Enjoignons à cet effet à tous nos
Fermiers , Souferiniers , leurs Commis , et autres,
de remettre à la premiere réquisition aux Substituts
de nos Procureurs Generaux , et aux Procu
reurs des Hauts-Justiciers , les Extraits des Registres
des Contrôles , même de déposer les Régistres
, s'il est ordonné par les Juges , aux Greffes
des Justices , pour être ensuite rendus aur
Commis après le Jugement du Procès. St don
nons en mandement , & c. .
ORDONNANCE du Roy , du premier Ján
vier , pour rétablir l'Etat- Major de la Gendarmerie
, et en supprimer l'inspection .
ARREST du 4. Janvier , concernant les
Rentes Viageres , créées en forme de Tontine
par lequel il est dit ce qui suit . Le Roy voulant
favoriser et accelerer tout ce qui peut contribuer
à l'arrangement de ceux qui ont levé et le
veront des Actions à ses Tontines , a permis er
permet , jusqu'au dernier Mars prochain inclusivement
, aux Particuliers placez au - dessus et audessous
de leur âge , dans les classes de la Tontine
194 MERCURE DE FRANCE ]
tine établie par Edit du mois de Nov. 1733. d'en
trer à la nouvelle Tontiné créée par Edit du mois
d'Août dernier , pour le même nombre d'Actions
qu'ils avoient à la précedente , sous les mêmes
noms et têtes , au lieu et place desquels il sera
admis de nouveaux Actionnaires , du même jour,
pour pareil nombre d'Actions et dans les mê
mes classes de la presente Tontine ; en remettant
par lesdits Notaires , au sieur Gaudion , Garde
du Trésor Royal , un état certifié de leurs Syndics
, de tous les Particuliers qui sont dans le
cas de ces erreurs de classes et le Certificat du
sieur Paris de Montmartel , aussi Garde du
Trésor Royal , du.nombre d'Actions que lesdits
Notaires auront levé sous les mêmes noms et
têtes desdits Particuliers qui entreront à la nouvelle
Tontine , en execution du présent Arrêt ,
pour enjustifier l'existence et procurer à leur place
dans la précedente Tontine , l'entrée des nouveaux
Actionnaires , lesquels seront tenus de
faire raison à ceux qui sortiront de la précedente
Tontine , des arrérages qui leur seront échus
attendu que les nouveaux Actionnaires qui entreront
à leur place , auront la même jouissance
d'arrerages que celle acquise ausdits Particuliers ;
en conséquence , ordonne S. M. que les Contrats
de constitution qui ont été passez ausdits Particuliers
placez à la précedente Tontine , dans les
classes au-dessus et au - dessous de leur âge , seront
nuls et de nul effet , dont mention sera
faite sur les minutes desdits Contrats et sur les
quittances de finance y annexées , par les Notaires
qui les auront passez , ensemble sur les grosses
desdits Contrats qui seront par eux rapportées
et déposées au Greffe de la Ville de Paris.
Veut S. M. que par le Greffier de ladite Ville , il
soit
JANVIER. 1735. 195
soit délivré ausdits Notaires , des Certificats du
dépôt desdites grosses , et des mentions faites sur
icelles , pour servir à faire mention sur le Regis
tre du Contrôle general des Finances , de la nullité
des quittances de Finance annexées aux minutes
desdits Contrats . Et à l'égard des quittances
qui ont été contrôlées , sans que les Contrars
en ayent été passez , ordonne S. M. qu'elles seront
rapportées comme nulles au sieur Gaudion,
Garde du Trésor Royal , qui en expediera d'autres
au profit des Actionnaires qui remplacerone
ceux qui sortiront de la précedente Tontine ; et
seront ensuite lesdites anciennes et nouvelles
quittances , remises au sicur de Barmond , pour
faire les mentions et les enregistremens nécessaires
à ce sujet sur le Registre du Contrôle general
des Finances.
ORDONNANCE du Roy , du s . Janvier
pour proroger le Semestre jusqu'au premier
Avril prochain , en faveur des Troupes qui ont
agi sur les Frontieres d'Alsace et Pays-Messin.
DECLARATION du Roy , du 12. Janvier ,
Registrée au Parlement le 18. portant établis
sement d'une Chambre de Tournelle Civile au
Parlement de Paris.
EDIT du Roy , portant suppression des deux
Offices de Trésoriers - Payeurs des Gages des
Corps et Communautez d'Arts et Métiers de
Paris , et des deux Offices de Contrôleurs. Donné
à Versailles au mois de Décembre 1734. Re,
gistré en Parlement le 15. Janvier suivant .
SEN
196 MERCURE DE FRANCE
SENTENCE de Police , du 21. Janvier , qui,
Condamne le nommé la Ville en cinquante livres,
d'amende , pour avoir allumé dans les Lanternes
publiques des Chandelles des huit à la livre ,
au lieu des quatre à la livre qu'il devoit allumer.
TABLE.
Rivilege du Roy.
Paralogue des Mercures de France depuis
1721. jusqu'à présent.
Liste des Libraires qui débitent le Mercure en
France et hors du Royaume.
Avertissement de 13. pages . Approbation.
Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Le Tonnerre
, Poëme ,
Réponse sur le Flux et Reflux ,
Plainte d'un Troupeau à son Pasteur , 14
Reflexions sur la Question , Qui de l'homme ou
de la femme est plus capable deconstance
Imitation d'une Ode d'Horace ,
Lettre sur la Tragédie de Didon ,
Le bon Conseil , Poëme ,
IS
25
27
35
38
48
Lettre sur la seconde Partie du Théatre François,
Rondeau ,
Suite de l'Examen des Principes pour juger du
Caractere des Anciens , &c.
Vers , Etrennes , & c ,
49
56
Suite de la Promotion des Officiers Generaux, 58
Etrennes à Madlle , &c .
Lettre sur la Tragédie de Sabinus , & c.
Etrennes à M.
67
68
Let-
C
Lettre sur les Cvres Mêlées du Chevalier de
S. Jory ,
Memoire concernant l'Attaque des Places,
A Madame de Br . Etrennes
Lettre du Chevalier de G. à M. de Senecé ,
Enigme , Logogryphes ;
NOUVELLES LITTERAIRES ,
Code Militaire
Bibliotheque Germanique ,
Bibliotheque Italique
des Beaux-Ars ,
72
75
81
8;
87
&c.
191
+96
9.8
Réception du Duc de Villars à l'Académie Françoise
, Discours , &c. 104
Prix de l'Académie Françoise , Programme , 115
Ballade , Prix du Palinod de Caën , &c. ibid
Jettons frappez pour le premier jour de l'An ,
& c.
Morts illustres , et Vers ,
Estampes nouvellement gravées ,
Cansons notées ,
118
119
122
127
129
Spectacles. Les Mécontens , Comédie nouvelle ,
Extrait ,
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , de Russie
et Pologne ,
D'Allemagne, Italie , Naples et Sicile ,
D'Espagne et d'Angleterre ,
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
141
244
147
1.49
Promotion d'Officiers Generaux du mois d'Oc
tobre dernier
Maréchaux de France ,
Etrennes à M. G.
158
162
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
164
Ceremonie singuliere , faite à la Messe de Minuit
172
Lettre sur la Mort de M. de Pontcarré , 176
Pompe funebre du Maréchal de Villars , 178
Morts ,
Morts , Naissances et Mariagés ,
Arrêts Notables ,
* 1.82
190
Erraia du premier volume de Décembre.
P
Age 2577. ligne 1. seconde , lisez troisiémc
Race.
Errata du second volume de Décembre.
Age 2854. ligne 8. Edme , lisez Elme .
Ibid. 1. 15. Larrey , l. Laray.
Faute à corriger dans ce Livre.
PAge 123. ligne 15. Huguier , lisez Ha- quier , &c
Les Jetsons gravez doivent regarder la page 117
La Chanson notée , la page 128
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
FEVRIER. 1735 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Fap.11108
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais.
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy
HEN YORK
BLICLIBRANT
A VIS.
560189
ASTOR, LENOX AND
1905
છે. TILDEN'
FUNDADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
1
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER. 173.5.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
IMITATION des Apologies de S.
Justin et de Tertullien en faveur des
Chrétiens.
I
*
Nvincibles Cesars , que les Ro
mains adorent ;-
Mais que plus genereux les seuls
Chrétiens honorent ,
Maîtres des Nations , et non pas de nos coeurs s
* C'est un Chrétien cité devant les Empereurs
Diocletien et Maximien , qui parle.
A ij
Dai198
MERCURE DE FRANCI
Danés pour un moment suspendre vos ri
gueurs ;
Prêtés à notre voix une oreille propice.
Lorsque vous ordonnés qu'on nous livre au sup
plice ,
Vous croyés les Chrétiens dignes de vos Arrêts :
Que nous reprochés- vous ? Et quels sont nos
forfaits
Nous n'adorons qu'un Dieu , dont le suprême
Empire
Embrasse tous les tems et tout ce qui respire ;
Il dit : Que l'Univers soit fait ; il fut formé ;
De son souffle divin l'homme fut animé.
Ce Dieu , que l'Enfer craint , et que le Ciel re
vére ,
Est le maître des Rois et leur Juge sevére ;
Vous ne devés qu'à lui votre propre grandeur
Vos Héros leurs vertus , et Rome sa splendeur ;
Sa loi , dans son objet toûjours sainte et sublime,
Nous ordonne de fuir l'ombre même du crime.
Intrépides Soldats , fideles Citoyens ,
Nous prodiguons pour vous et nos jours et nos
biens ,
Tandis que sous vos yeux des Gouverneurs avares
S'unissent, pour nous perdre , à des Juges barbares.
Connoissés les Chrétiens ; contre nos ennemis
Le plus juste couroux ne nous est pas permis ;
Tout
FEVRIER.
1735. 199
Tout homme est notre frere , et lorsqu'on nous
offense
Le pardon est pour nous la plus douce vengeance.
Ah ! lorsqu'à nos pareils vous avés eu recours,
Vous ont- ils refusé de genereux secours ?
Ne les a t'on pas vú par de nouveaux prodiges
De l'Enfer irrité confondre les prestiges ?
Ranimer dans le sein des sombres monumens
Une cendre muette et de froids ossemens ?
Chasser loin de vos murs ces vapeurs infernales ,
Du trépas le plus promt les semences fatales ?
Ramener la Victoire au parti des Vaincus ?
Et soudain dissiper vos ennemis confus ?
Les lugubres échos de vos prisons obscures
Répetent- ils jamais leurs plaintes , leurs mur→
mures ?
Tous ces lieux aux tourmens , aux larmes destinés
,
Ces abîmes affreux , où vous nous retenés ,
De nos voeux pour l'Etat sans cesse retentissent
;
C'est sur vous , non sur eux , que les Chrétiens
gémissent ;
Nous fuyons , il est vrai , la pompe de vos
jeux ;
Pourquoi sont- ils soüillez par des objets honteux
>
Notre Religion , contraire à vos maximes ,
Abhorre des plaisirs où triomphent les crimes :
A ilj
Los
200 MERCURE DE FRANCE
Les spectacles du Cirque inspirent trop d'horreur
;
Pouvés-vous approuver leur brutale fureur ?
Là , des infortunez s'immolent pour vous plaire,
Et vos cris triomphans sont le cruel salaire
Du sang que sur l'Aréne ils versent à grands
Alots ;
Quels exemples , Romains , pour vos jeunes
Héros !
Vous les accoûtumés aux meurtres , au carnage;
De ces leçons sur vous ils font l'aprentissage ;
Ne vous en plaignés pas ; s'ils vous percent le
flanc ,
Ils ont appris de vous l'art de verser du sang.
Nous sommes à vos yeux une race infléxible ?
Non ; mais pour de vrais biens notre coeur est
sensible :
Ces biens sont éternels , et pour les acquerir
› On nous voit tout quitter tout tenter , tout
souffrir.
Dans les lentes horreurs d'un supplice barbare ,
Tristes momens où l'homme et s'ébranle et s'égare
,
Le Chrétien seul se montre , et l'homme disparoît
;
L'un brave ses Tyrans , et benit son Arrêt ;
Sous quatre âges courbé , ce Vieillard intrépide
Va présenter sa tête à l'acier homicide :
Nos Juges , nos bourreaux deviennent des Mar-
-tirs ; Le
FÉVRIER . 201
1935.
Le profane Histrion abjure vos plaisirs ;
11 descend du Théatre , il vole sur l'Aréne ;
Il y souffre la mort qu'il feignoit sur la scene.
Immoler des Chrétiens , c'est faire des heureux ;
Qu'ont produit contre nous vos Edits rigoureux
?
Nous ne sommes que d'hier ; nous remplissons
le Monde ;
Nous semblons reproduits d'une cendre feconde;
Votre haine nous sert , elle fait éclater
Des vertus
ter ;
dont › sans vous , on auroit pû dou-
Vous ornés de vos mains notre char de victoire ;
Des échaffauts sanglans , nous courons à la
gloire,
Mais quelle sainte ardeur échauffe mes esprits?
Les méchans confondus poussent d'horribles
cris ;
La verité triomphe , et je vois le mensonge
Fuir devant ses regards comme fuit un vain
songe :
La croix brille , elle regne ; ô Maître des hu
mains !
Dieu des Dieux ! Dieu puissant , nos coeurs sont
dans tes mains :
Qui peut te resister ? du roc le plus aride
Au seul son de ta voix jaillit l'onde rapide ;
Tu changes à ton gré le destin des Mortels ;
Les plus frêles roseaux soûtiennent tes Autels ,
A in
Rome
202 MERCURE DE FRANCE
Rome adore ton nom , et le Cesars eux - mêmes
Déposent à tes pieds leurs pompeux diadêmes ;
L'allegresse succede aux funebres apprêts ;
La Justice descend , elle embrasse la Paix ;
Sion leve la tête , et sort de la poussiere ;
Et les ombres par tout cedent à la lumiere.
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
****
OUVRAGE sur les Fiefs. Extrait d'une
Lettre écrite de Paris le 15. May 1734.
L
A matiere des anciens Fiefs est si interessante
; elle a été jusqu'à présent
si peu éclaircie ,, que le Livre dont vous
me parlés , et que vous ne connoissés
encore qu'imparfaitement , quoiqu'il ne
soit pas tout à fait nouveau , ne peut que
faire plaisir aux Amateurs de ces sortes
de Recherches ; car il leur servira de guide
dans leurs Etudes , et de plus il peut
fournir de grands secours à ceux qui étudient
l'Histoire de France des XI. XII.
XIII. et XIV. siécles ; c'est ce qui m'engage
à vous en rendre compte , mais le
plus sommairement qu'il me sera possi
ble. En voici le titre :
Nou
FEVRIER 1735. 203
Nouvel Examen de l'Usage géneral des
Fiefs en France , pendant le XI . le XII.
le XIII. et le XIV . siécle , pour servir
à l'intelligence des plus anciens Titres du
Domaine de la Couronne . Par M. Brussel
, Conseiller du Roi , Auditeur ordinaire
en sa Chambre des Comptes. A
Paris , chez Claude Prudhomme , dans la
Grand Sale du Palais , devant la Cour
des Aydes , et Claude Robustel , ruë Saint
Facques , à l'Image S. Jean 1727. 2. vol.
in 4° .
L'Auteur commence par un Discours
préliminaire , dans lequel il explique ce
que c'est que le Dépôt des Terriers de
Fa Couronne. C'est Fassemblage des Registres
, contenant les Titres des Domai
nes de la Couronne de France , lesquels
étoient épars dans les differens Dépôts
de Paris et des Provinces du Royaume..
L'établissement de ce Dépôt fut ordonné
par le feu Roy Louis XIV. er exécuté
conformément à l'Edit qu'il donna
à ce sujet au mois de Décembre 169r . Il
est à la Chambre des Comptes de Paris
distribué en deux parties ; la premiere
renferme les anciens Terriers , ceux dont:
la datte est antérieure au Régne de Louis
XIV. et l'autre partie est composée des
nouveaux Terriers .
Av Par
204 MERCURE DE FRANCE
Par l'examen que M. Brussel a fait des
plus anciens Titres , il a reconnu , contre
l'opinion vulgaire , que les Anglois repoussez
hors du Royaume par le koy
Charles VII . n'emporterent avec eux aucun
des Registres de la Couronne , puisque
les Cartulaires , concernant les Provinces
de Normandie et d'Aquitaine , se
trouvent dans le Dépôt ; la plûpart même
de ces Cartulaires sont aux Armes du
Roy d'Angleterre ; de sorte que le Recueil
que Rymer a publié des Piéces de
la France , qui sont dans la Tour de Londres
, ne renferme que quelques Piéces
échapées , et non point des Registres entiers
et considérables . Il est impossible
d'embrasser dans une Lettre toutes les
Recherches dont ce Livre est rempli ; je
me contenterai de donner une idée de
quelques Chapitres.
Les termes de Foy et Hommage paroissent
synonimes , et semblent ne présenter
qu'une seule et même idée ; celui de
Foy cependant , exprime les engagemens
dont la personne qui fait l'Hommage au
Souverain est tenue envers lui , comme
son Sujet ; et le terme d'Hommage désigne
les engagemens du Vasselage ; plusieurs
Exemples rapportez dans le Livre
justifient cette distinction.
Tous
FEVRIER . 1735. 20
Tous les Auteurs ne reconnoissent que
deux sortes d'Hommages , le Lige et le
Simple ; notre Auteur en a découvert un
troisième , qu'il nomme l'Hommage ordinaire
, c'est le plus ancien de tous ; le
Simple en est un diminutif , et le Lige ,
au contraire , en est un renforcement.
L'étimologie du mot Lige se tire ordinairement
de Ligamen ; parce que , disent
ceux qui sont de cette opinion , la
formule de la prestation de l'Hommage-
Lige consistoit entr'autres choses , à lier
le pouce du Vassal avec celui du Suzerain
; mais il est plus vrai - semblable qu'il
vient de Liga , terme de la moyenne Latinité
, qui est traduit par Ligue. En effet
, la ligence étoit obligatoire entre le
Suzerain et le Vassal , puisqu'ils s'engageoient
réciproquement à servir l'un et
l'autre ; cet engagement mutuel fait l'ob
jet principal d'une véritable ligue offensive
et déffensive.
Personne n'ignore que dans les tems
où les Fiefs étoient dans leur plus grande
vigueur , la Noblesse de France , alors
moins soumise aux Loix , qu'emportée
par son ambition et par sés passions , ne
connoissoit presque que la voye du duel
pour terminer tous ses différends. M.
Brussel examine dans un Chapitre parti-
A vi culier.
206 MERCURE DE FRANCE
culier , les conditions , les régles , les formalitez
qui s'observoient dans les preuves
par la bataille et par le duel . Cette
coûtume avoit pris naissance chez les
Peuples Septentrionaux , arrivée jusques
dans nos Climats , elle avoit jetté de si
profondes racines parmi nos Peres , que
l'une des plus difficiles et des plus glorieuses
entreprises de nos derniers Rois,
a été de l'extirper . Eh comment cet usage
ne se seroit-il pas établi ? Les Rois , les
Souverains l'autorisoient par leur présence
; les Juges qui auroient dû le réprimer
, en étoient les premiers Ministres
. Avant que d'en venir au duel , it
falloit que le Juge l'eût ordonné , il décidoit
si la cause méritoit d'êire terminée
par bataille , si les Parties étoient d'âge
et de condition à pouvoir la provoquer
et l'accepter , et lors qu'une fois elle avoit
êté ordonnée ; il n'étoit plus permis aux
deux Combattans de venir à un accommodement
, ou bien ils étoient condamnez
à une forte amande.
Tous les faits avancez dans ce Livre y
sont expliquez dans un grand détail , et
justifiez par les Titres et les Ordonnances
, dont M. Brussel produit les Copies,
la plupart d'après les Originaux. On peut
dire que le grand nombre de Piéces dont
son
FEVRIER. 1735. 207
son Livre est rempli , n'en est pas la partie
la moins considérable ni la moins curieuse
; et pour finir par les termes dont
P'Approbateur s'est servi dans son Approbation
, on doit le regarder comme plein
d'éclaircissemens convenables à ce que l'Au
teur s'est proposé.
L'AMOUR VAINQUEUR,
ODE ANACREONTIQUE.
Queldoux transport
saisit mon ame !
Quels mouvemens ! Quelle langueur !
Je soupire ; une ardente flâme
Me brûle jusqu'au fond du coeur..
Je me plains , je cheris ma peine ¿
Hélas ! mes maux sont infinis ;
Du plaisir d'avoir vû Climene ,
Mes yeux ,vous êtes bien punis..
Nymphe , qui causés mon martire
En vain je vous cherche en ces lieux,
Cruel Amour , sous ton Empire
Ne serai-je jamais heureux
Mais
208 MERCURE DE FRANCE
Mais quel objet s'offre à ma vûë ?
Est-ce Climene ? Est ce Venus ?
Aux transports de mon ame émûë ;
C'est Climene , n'en doutons plus.
Approchons , et de ma tendresse
Découvrons-lui toute l'ardeur ;
Partons .... Dieux ! quelle est ma foiblesse !
Je vais ... tu me trahis , mon coeur.
諾
Quoi ! je rougis en sa présence !
Je tremble ! je suis interdit !
C'en est trop ; rompons le silence
Rassurons-nous ; Ciel ! Elle fuit.
M
Que deviendrai -je ? Elle me quitter
Mes feux pourroient- ils l'outrager
Ah ! je crois lire dans sa fuite .
Qu'un autre aura sçû l'engager.
a
Du désespoir , de la vengeance
Je sens le venin dangereux ,
Les soupçons et la méfiance
Déchirent mon coeur amoureux,
Bri
FEVRIER . 209 1735 .
Brisons une importune chaîne ;
Il en coûte trop en aimant .. ..
T'oublier ! Le puis - je , Climene ?
Je goûte un espoir plus.charmant.
來
Par un regard qui me rassure
Mes maux semblent s'évanouir ;
"
Fais , tendre Amour , je t'en conjure ,
Que rien ne puisse me guerir.
Par P. A. B. d'Aix. ...
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre
le 28. Janvier 1735. touchant certains
Phosphores , pris pour des feux celestes.
E Mercredi 26. de ce mois , plusieurs
Habitans du Bourg d'Oüenne,
éloigné d'Auxerre de quatre lieues sur
la route de Berri , s'étant mis en chemin
avant quatre heures du matin , pour
apporter leurs denrées à la Ville , il leur
est arrivé à environ une lieuë de leur demeure
, de voir de la lumiere sur les habits
les uns des autres , comme des restes
de pailles volantes qui sont prêtes à s'éteindre
;
230 MERCURE DE FRANCE
teindre ; ce qui les a assez surpris. Cette
lumiere ne les éclairoit pas , et ne leur
faisoit pas même appercevoir plus clairement
le chemin où ils marchoient.
Quelques- uns m'ont dit qu'en passant la
main sur leurs habits , cela se dissipoit ,
et cessoit d'être lumineux ; qu'au reste ,
leurs habits ne ressentoient de cela aucune
humidité. Il survint pendant ce
tems là un vent horrible , qui amena une
petite grêle ou grésil , qu'ils appellent
gréliss Pendant cet orage , le lumineux
d'autour d'eux duroit encore , et il n'y
cut que lorsque la grêle devint plus
grosse , que ce Phénoméne fut dissipé.
Ces illuminations, continuerent en tout
environ l'espace d'un quart d'heure , et
les différentes bandes de Paysans entre
Oüenne et Avigneau eurent la même
avanture.
Peut-on traiter cela de pluye phos
phorique ou de feu Celeste ? N'est- ce
pas plutôt une exhalaison terrestre de
l'espece de celles qu'on voit souvent dans
les lieux marécageux ? L'étenduë de Pays
d'Oüenne à Auxerre , est un territoire
sec et pierreux , et comme on dit ici ,
un terrain de pruche. Mais comme il n'est
zien qui ne soit abbreuvé par les pluyes
continuelles qui tombent depuis plus
Lun
FEVRIER. 1735. 211
>
d'un mois , il n'est point aussi de chemins
qui ne tienne maintenant du marais
, et qui ne soit détrempé jusqu'à un
certain degré. Ceci me fait ressouvenir
de vous faire part de l'observation que
je trouve dans une Chronique d'Angers,
comme extraite de celle de Frodoard
Chanoine de Reims . On y lit l'an 565 .
Hoc Anno 1v . Idus Maii in maximâ parte
hujus regni , in omnibus fermè villis in
quibus Ecclesia sunt,Celestis ignis sine vento
et tonitru ac turbine , non hominem neque
pecus ladens , cecidit : et in quibusdam
locis damones in forma luporum ad imitationem
caprearum balantes apparuerunt , et
nocte auditi sunt. Voilà , ce me semble , un
feu pareil à celui que nos Paysans ont vû,
et un bruit ou Musique assez semblable
à celle que les Paysans d'Ansac en
Beauvoisis entendirent une certaine nuit
à la fin du mois de Décembre 1730. Je
vous avois communiqué le Memoire d'un
Sçavant qui prouvoit que ce bruit pouvoit
plutôt venir ex visceribus terra , que
de la Region superieure de l'air . Le
Phosphore de nos bonnes gens paroissant
aussi venir de quelque exhalaison
inferieure , doit être mis dans la même
classe . Je croy qu'il n'est pas plus vrai
de dire que ces feux soient venus du
Cicli
212 MERCURE DE FRANCE
Ciel , qu'il l'est de dire que la Musique
d'Ansac ait été formée par les Démons .
Adoptons les faits des Historiens , mais
non pas la cause qu'ils en donnent . Il
n'y a pas encore trois jours écoulez depuis
l'Evenement de ce Phosphore , et
l'on divulgue déja que ç'a été une pluye
de feu , faute d'avoir bien interrogé
comme j'ai fait , les témoins oculaires ,
qui disent qu'il ne tomboit rien du Ciel
lorsqu'il commença à paroître.
X:XXXXXXXXXXXXX :X
A MADAME DE **
Sur ce qu'elle avoit demandé à l'Auteur une
Enigme de sa composition .
J
ENIGME MANQUE .
E ne connus jamais le genre Enigmatique ;
Mais dussai -je essuyer la plus vive critique ,
Dussai- je d'Apollon m'exposer au refus ,
J'obéis , vos désirs sont ordres absolus ;
Pour les bien seconder , proposons- nous un Etre,
Qui, bien que dans mes Vers exprimé trait pour
trait ,
Soit aux plus pénétrans difficile à connoitre.
C'en est fait , j'en trouve un , commençons le
Portrait,
L'Etre
FEVRIER 213
1
. 1735.
L'Etre que je dépeins est de tous le plus digne ;
Il est doux , bienfaisant et d'une égale humeur ,
En lui brille un mérite insigne ;
A lui plaire chacun s'empresse avec ardeur ;
Chez lui la probité s'allie à la finesse ,
Il est doué d'un esprit délicat ;
Il sçait répandre en tout certain air de noblesse ,
Ennemi cependant du faste et de l'éclat ;
Il unit la prudence à beaucoup de jeunesse ,
Et l'aimable enjoüement à l'austere sagesse ;
? Il est au siecle d'aujourd'hui ,
De l'Amour conjugal l'exemple peu suivi ;
Mais , Grands Dieux ! où m'emporte une verve
indiscrete !
Je mets trop au grand jour une vertu parfaite ;
La verité trop nuë a conduit mon Pinceau ;
Non , l'Enigme n'est point de mon foible génie .
Ne voit- on pas d'abord , & divine Uranie !
Qui j'ai dépeint dans ce Tableau ?
M. de Summervesle.
LETTRE de M. de *** à Me ***
sur la Mort de son Chien et de son
: Moineau.
A
Quel emploi me destinés - vous
Madame ? Vous m'ordonnés de
chanter Bagatelle et Chiffon ; le Moineau
le
274 MERCURE DE FRANCE
,
le plus aimable , et le Chien le plus fi
delle , sans me donner seulement le tems,
de sécher mes pleurs. Que ne donniés- vous
à votre tendresse pendant leur vie ,et à vos
regrets après leur mort , à faire leur Panégyrique
? et pourquoi n'en avés - vous
pas dispensé mes foibles talents ? Votre
choix m'honore et m'allarme. Mes sentimens
m'inspireront ils , et mon coeur
me donnera- t'il de l'esprit ? D'ailleurs
l'éclat de mon dernier Héros ne fut
pas
sans tache. Serai - je sincere , Madame ,
et apprendrai -je à la Posterité , pour qui
ceci , sans doute , sera fort interessant
que Chiffon étoit libertin , qu'il n'avoit
qu'un oeil , qu'il s'en falloit bien
qu'il n'eût toutes ses dents , et qu'il em
ployoit cruellement contre son prochain
le peu qui lui en restoit. Qu'importe ?
Les négligences de la Nature , les outrages
du temps , les foiblesses du temperamment
, n'ont jamais dégradé de l'héroïsme
. Soyons Sinceres. La fiction est
inutile , quand la verité fournit . Mais
( refléxion peut être un peu tardive )
mon obéissance ne rendra t'elle pas mon
amitié suspecte ? Les grandes douleurs
sont muettes , diront mes Accusateurs.
Cependant mon silence vous offenseroit ;
parlons donc , mais parlons peu , et tâchons
FEVRIER. 1735. 215
chons d'accorder les bienséances de la
douleur , avec la docilité à vos ordres et
les devoirs que je rends à vos illustres
Amis.
EPITAPHE
De Bagatelle , Moineau de Mª ***.
A Son devoir , à son amour fidelle ,
Caressant Joujou d'une Belle ,
Cy gît , qui des Moineaux étoit le plus heureux,
Jaloux de son bonheur le Destin rigoureux
A tranché de ses jours la trame encor nouvelle.
Passant , à la pitié ne soyez point rebelle ,
Pleurez- le , plaignez- nous. Ce jour malencontreux
,
Emporte les Ris et les Jeux ,
Avec l'aimable Bagatelle,
1
EPITAPHE
De Chiffon , Chien de Me ***.
CHarmant dans mes
perfections ,
Et redoutable dans mes vices ,
J'ai fait des ennemis , j'ai fait des passions ,
De Soissons la terreur , ainsi que les délices.
Contre un systême injurieux et faux ,
De
216 MERCURE DE FRANCE
De mon espece appuyant la défense ,
J'ai défié des Mortels , mes rivaux ,
La Raison et l'Intelligence.
Héros , même par mes malheurs ,
Mais trop facile à la tendresse ,
J'ai partagé des plus grands coeurs
Et les vertus et la foiblesse .
Contre les vains empressemens ,
Contre l'importune Fémelle
Et les traîtres embrassemens ,
Moins éclairé qu'Argus, mais meilleur sentinelle,
J'armai l'oeil le plus sûr , la dent la plus cruelle ;
Mais la raison regla mes jaloux mouvemens ,
Et je sçus épargner dans mes emportemens ,
L'Ami constant , l'Amant fidelle.
Tu t'étonnerois sans raison ,
Passant , de l'éclat de mon nom
Et des regrets dont ma mort est suivie ,
Je ne suis rien , je ne fus qu'un Chiffon ,
Mais je fus celui de Silvie
LET-
1
FEVRIE R. 1734. 217
:
LETTRE écrite par le sieur Julien
Le Roy , Horloger , et de la Societé des
Arts , au sujet des grosses Horloges , dont
il a perfectionné et simplifié la construction
, en substituant à leur cage , qui est
composée d'onze Pieces considerables , un
seul Chassis , posé horisontalement , et
sur lequel sont placées les Roues et les
autres Pieces.
'Interêt que vous prenés aux pro-
Lgrès des Arts , Monsieur , et le plaisir
que vous vous faites d'en instruire
le Public , m'ont déterminé à vous écrire
cetre Lettre et à vous prier de la mettre
au jour.
Dans le second Tome du Mercure de
Juin , année 1732. page 1312. vous m'avés
fait plaisir d'inserer un Memoire que
j'ai lû à la Societé des Arts , et dans lequel
j'ai démontré que la nouvelle construction
des grosses Horloges est préferable
à l'ancienne , en ce qu'il y a envi
ron un tiers moins d'ouvrage , que les
frottemens y sont considérablement diminuez
, et que d'ailleurs elle réunit plusieurs
avantages qui font partie du Mémoire
218 MERCURE DE FRANCE
moire que je viens de citer . Mais comme
les descriptions les plus exactes ne
présentent preque jamais d'idées parfaitement
justes des choses décrites , et
qu'on en prend toujours de plus claires
et de plus distinctes en les voyant de
ses propres yeux , je me sens obligé d'avertir
ceux qui voudront faire ou faire
faire de ces sortes d'Ouvrages , qu'ils en
pourront voir deux à Paris , lesquelles
sont executées suivant la nouvelle construction
que j'ai imaginée.
L'une de ces Horloges , qui est placée
au College de Beauvais , sonne les heures
et les quarts ; elle est à doubles détentes
et le mouvement est à rochet. Son
échappement est à deux verges de palettes
, lesquelles portent deux portions
de roues qui s'engrennent l'une dans l'autre.
Cet Ouvrage , qui a été entrepris et
conduit par M. le Faucheur , est si bien
entendu et si bien executé dans toutes
ses parties, qu'il pourra servir de modele
2 ceux qui dans la suite en voudront faire
de semblables.
L'autre est chez M. Roussel , Maître
Horloger , ruë Aubri-boucher ; elle sonne
simplement les heures et les demies ;
d'ailleurs il se prépare à en faire une
seconde qui marquera et sonnera le tems.
vrai
FEVRIER. 1735 219
vrai
, au moyen du Cadran mobile dont
j'ai montré le modèle à la Societé des
Arts ; c'est celui dont j'ai donné la description
avec figure dans le Mercure de
Septembre dernier , page 1924. Je suis,
Monsieur , & c.
L'EPAGNEUL LE MATIN
•JULIIV 7.
or ob EsTLE LOUBO 2
at
FABLE
. ' 11-292041
96
Iron , jeune Epagneul , Chien flateur et tid
Cmide,
Voyoit de loin Mouflar , dogue intrépide ,
Qui lutoit contre un Loup ; et le Mâtin d'abord
Lui sembloit être le plus fort .
Le jeune Chien , séduit par l'apparence ,
Vers le champ de bataille accourt en diligence
Pour féliciter son Heros.
100 II se hâtoit mal à propos.
Dans le même instant la victoire
Favorisa l'Hôte des bois .
Il me souvient d'avoir lû mainte fois
De pareils revers dans l'Histoire .
L'Epagneul , qui venoit pour celebrer la gloire
De Mouflar , le trouve aux abois .
Notre pauvre Citron en cette conjoncture ,
B Em
220 MERCURE DE FRANCE
Embarrassé de sa figure ,
Baisse l'oreille et déguîse avec art
Le compliment destiné pour Mouflar ,
Qu'au farouche vainqueur , en tremblant , ♫
applique.
Il y perdit sa réthorique.
Mon ami , dit le Loup , je voi ton embarras.
Tu m'as crû mort , et tu n'accourois pas
Pour faire mon Panegyrique,
Je hais les complimens et faits hors de saison ;
Penses- tu m'ébloüir d'une fadle loüange ?
Non , non , je ne prends point le change.
Enachevant ces mots, il étrangla Citron
M. Richer.
REFLEXIONS.
'Amour est un mal dont on ne con-
Lnoît bien les effets qu'après les avoir
éprouvé. C'est en vain que tous les jours
des Gens sages et experimentez , donnent
à la jeunesse des avis salutaires pour le
lui faire éviter ; occupée de mille plaisirs
chimeriques , elle n'envisage point
les suites funestes de l'Amour , et s'imagine
que c'est par mauvaise humeur ou
par
FEVRIER. 1735. 221
par dégoût qu'on tâche de l'en détourner.
Si l'homme pendant sa vie est sans
cesse exposé à la critique et à la médisance
on peut dire aussi qu'il reçoit
souvent bien des éloges , quoiqu'inutiles
après sa mort. Tout le monde semble
Oublier en un instant jusqu'aux moindres
deffauts qu'il avoit , pour le louer sur des
vertus qu'il n'avoit peut- être pas.
Les hommes feroient bien moins de
folies , si , avant la possession des choses
qu'ils désirent ardemment, ils pouvoient
prévoir les sentimens qu'ils auront après
leur possession.
Rarement on regrette un homme
Jui-même.
pour
1
Il est inconcevable combien les
hommes sont industrieux à déguiser
leurs propres deffauts , et à mettre
dans tout leur jour les foiblesses des
autres. Le prodigue s'emporte par une
passion ruineuse , en fait gloire , et par
cent dépenses frivoles , croit mériter
le nom de liberal , tandis qu'il se déchaîne
contre les avares , les déchire ,
Bij les
222 MERCURE DE FRANCE
-
les accable d'injures. L'avare , de son côté
, possesseur de trésors dont il ne connut
jamais l'usage , maudit ceux qui sans
choix , sans raison , prodiguent indifferemment
à tout le monde leur bien
au lieu de vivre comme lui dans les bornes
étroites d'une sage médiocrité.
On voit tous les jours des gens quí
se disent dégoûtez du monde ; leur mépris
est- il sincere ? J'en doute ; une place
manquée , la mort d'un ami qu'on chérissoit
une infidelité en est souvent
la cause.
Que n'a - ton pas dit ? Que ne dit- on
pas même à présent contre la flaterie ?
Eh bien , tout cela est inutile , rien ne
peut étouffer cette passion naturelle que
nous avons pour les louanges. L'homme
est si préoccupé de son mérite , qu'on
le voit souvent recevoir avec un plaisir
inexprimable , et savourer , pour
ainsi - dire , des éloges fades et insipides ,
et s'il se trouve dans le monde des personnes
qui passent pour les mépriser ,
ce n'est pas qu'au fond elles en soient
dégoûtées , mais seulement par une politique
rafinée , elles en recherchent de
plus délicats et de plus piquants.
Le
FEVRIER. 1735. 225
Le jeu , quoique très - dangereux par
lui- même, a cependant cela d'utile , qu'il
fait taire les autres passions.
Plusieurs femmes ont seulement été
sensibles pendant leur jeunesse , sont devenues
coquettes dans un âge plus avan
cé, et sont mortes dans le jeu.
Il seroit à souhaiter que certaines femmes
eussent autant d'aversion pour les
intrigues secrettes , qu'elles ont d'adresse
à les cacher..
,
Je redoute le ressentiment d'un faux
Dévot ; sous le masque d'une humilité
apparente , il cache un orgueil qu'on ne
dévoila jamais impunément. Calomnie
médisance , tout est emprunté , ses discours
pleins de fiel , empoisonnent les
actions les plus innocentes. En vain se
riez -vous generalement reconnu pour
homme de bien, vous ne l'êtes plus dès le
moment funeste , où vous avez découvert
son hypocrisie , votre réputation est entierement
perdue, et par un dernier effort
de ses noirs artifices , il vous fait passer
Pour ce qu'il est.
M. T ......
Biij LES
124 MERCURE DE FRANCE
LES PLAISIRS CHAMPESTRES ,,
O D E.
Paroisses , brillante Jeunesse ,
Tout ici flatte vos désirs ;
Dans ces lieux remplis d'allegresse ,.
Venés partager nos plaisirs.
Sous un toît champêtre et rustique ,
Goûtant un bonheur pacifique ,
Nous ne voyons couler de pleurs
Que ceux dont au matin l'Aurore
Fait présent à la jeune Flore
Pour orner la Terre de fleurs.
L'Onde avec un tendre murmure ,
Fuit dans les Joncs et les Roseaux;
Nos Prez sont ornez de verdure
Et nos Champs de Pampres nouveaux .
Zéphir folâtre dans nos Plaines ;
Du creux fertile des vieux Chênes
Le Miel coule au milieu des Bois ,
Où la plaintive Philomele
Répand une douceur nouvelle
Par sa mélodieuse voix.
Les
FEVRIER. 1735, 225
Les Graces simples et naïves
S'assemblent sous de frais Berceaux
9.
༞ གླ་
Et Pan fait retentir nos Rives
De ses rustiques Chalumeaux,
La Nimphe au bord de la Fontaine ,
Avec le Sylvain hors d'haleine ,
Foule les fleurs et le gazon.
Un folâtre Essein de Bergeres
Anime leurs danses legeres
Par une agréable Chanson.
Au sein d'une douce abondance
Exempts de soins et de chagrin ,
Nous jouissons en assurance
Des faveurs d'un heureux destin
Le Laboureur , triste et timide
Ne craint point qu'un Soldat avide
Ravisse ses biens moissonnez.
Sur un Pipeau tendre et champêtre ,
L'heureux Tytire au pied d'un Hêtre ,
Celebre ses jours fortunez.
Le vainqueur de l'Inde et du Gange ,
Comble nos voeux et nos desirs ,
Et sur les flots de la vendange ,
Ramene avec lui les Plaisirs
Dans une Coupe délectable
iiij
....
228
MERCURE DE
FRANCE
De jeunes Silenes à tables
Déclarent la guerre aux chagrins .
Agitez d'une douce yvresse
Ils ne ressentent de tristesse
Que quand la Vigne est sans raisins .
En vain la fortune inconstantes
Par les douces illusions
D'une grandeur éblouissante „ kabiga
Cherche à flatter nos passions ,.
Sa constante vicissitude ,
Jamais de cette solitude,
Ne peut altérer les plaisirs
Au sein même de l'indigence ,.
On peut jouir de l'abondance
Quand on sçait borner ses désirs.
M 1. 2 :
Occupé des soins de ma Lyre ,
Sous an Berceau de Mirthes verds ,,
Ou de Corine ou de Thémire ,
Je fais l'objet de mes Concerts ; .
C'est ainsi que fuyant la Ville
Dans une volupté tranquille
L'illustre vainqueur d'Annibal
Ne moissonna pas moins de gloire
Que par l'Eclatante victoire
Qu'il remporta sur son Rival .
3
M. T *** de Caën.
FEVRIER. 1735. 227
MEMOIRE D. R. P. T. sur la mort du
F. François Romain , de l'Ordre de
S. Dominique , célebre Architecte.
E Frere François Romain , né à
Gand , et Religieux Profès du
Convent de Maëstrich , mourut à Paris
dans la Maison du Noviciat Géneral ,
Faubourg S. Germain , le 7. Janvier
1735. âgé de 89. ans , dont il en avoit
passé plus de soixante en Religion , et
cinquante à Paris. C'étoit un des plus .
habiles Ingénieurs et Architectes de son
tems , sur tout pour la construction des
Ponts et Chaussées ; on peut juger de sa
capacité par les Edifices importans dont
la construction lui a été confiée ; et qu'il
a tous conduits avec un grand succès.
Il entreprit en l'année 1684. celle du
Pont de Maëstrich , par ordre des Etats
de Hollande , et il y mit la derniere main
avec tant de perfection , que les Etats
lui accorderent une pension considérable
; ce qui lui fit dès - lors une grando :
réputations
Sur les grandes difficultez qu'il y avoie
de construire solidement un Pont dec
By's pierres
228 MERCURE DE FRANCE
pierre à Paris , au lieu et place du Pont
de bois , nommé le Pont Rouge , le feu
Roi informé de la capacité du F. Romain
, donna ses ordres pour le faire venir
en France . Il arriva à Paris au mois
de Janvier 1685. et après un mûr examen
des difficultez qu'on n'avoit pû surmonter
jusqu'alors , il entreprit l'entiere
construction du magnifique Pont , nommé
depuis le PONT ROYAL , et il le
conduisit à son entiere perfection ..
Ce grand Edifice est un des plus con.
sidérables en ce genre , que l'on connoisse
dans toute l'Europe : les Fondacions
en furent jettées le 25. Octobre de la
même année 1685. L'habile Architecte
franchit tous les grands obstacles prévûs,.
et d'autres qui se présenterent dans l'éxécution.
Il trouva , sur tout , le moyen
d'évacuer Fabondance prodigieuse deseaux
que donnoient quantité de sources .
multipliées , et ne négligea rien pour
l'entiere solidité d'un Edifice ,, posé à
la fureur des débordemens et à la rapi
dité d'un grand Fleuve , lequel étant en
eer Endroit plus profond , et son lit plus.
étoit qu'ailleurs , y coule avec plus de
violence. Tout ce prodigieux Ouvrage:
est-soûtenu de quatre Piles et de deux
Culées , qui forment cinq Arches , dont
lės
FEVRIER. 1735 224
Tes Cintres d'un trait hardi et correct ,
sont d'une grande beauté.
Un si heureux saccès , suivi de plusieurs
autres , mérita au F. Romain les
Charges d'Inspecteur des Ponts et Chaussées
et d'Architecte des Bâtimens des
Domaines du Roi dans la Generalité de
Paris , et lui procura l'honneur d'être
souvent nommé par la Cour pour les
Commissions les plus importantes de
son Art ; d'abord dans quelques Provin
ces , et ensuite dans presque toute l'éten
due du Royaume.
V
On pourroit se contenter de citer làdessus
l'Arrêt du Conseil du 11. Octo
bre 1695. mais l'amour de la justice et
de la verité engagent de rapporter ici
cet Arrêt dans sa teneur , le R. P. Feli
bien n'en ayant pas apparemment eq
connoissance , lorsque dans son Histoire
de la Ville de Paris , T. II. pag. 151s . it
a traité le F. Romain d'Ayde dans la
construction da Pont Royal,
EXTRAIT des Régistres du Conseil
d'Etat.
LE ROI voulant commettre une Fer--
sanne intelligente et capable pour faire les
visites , dresser less Devis et les Rapport33
Bvjj .
230 MERCURE DE FRANCE
·
pour la réception des ouvrages des Ponts et
Chaussées , réparations des Bâtimens dé
pendans des Domaines de S. M. et autres
Ouvrages Publics dans toute l'étenduë de la
Géneralité de Paris , au lieu du Sr Bruand,
qui ne se trouve plus , par ses infirmitez ,
en état de les faire ; et S. M. étant informée
de la capacité du Frere Romain , Con=
vers Profes de l'Ordre des Dominicains ;
natif de Gand , par la conduite et inspection
qu'il a euë du Pont de Pierre ,
que S M. a fait construire en 1685. visà-
vis le grand Pavillon de son Palais des
Thuilleries , par le compte qu'il a rendu
de plusieurs autres Ouvrages , tant de ladite
Géneralité , que de quelques autres Géneralitez
et Provinces du Royaume , don't
il a depuis fait les visites et dressé les Plans
et Devis ; S. M: auroit jugé à propos d'en
faire choix. A quoi voulant pourvoir ?
Our le Rapport du Sieur Phelippeaux de
Pontchartrain , Conseiller ordinaire au Conseil
Royal , Contrôleur Géneral des Finances
; S. M. en son Conseil , a commis et
commet ledit Frere Romain pour faire les
Visites et Constructions à neuf, ou Entretenement
des Ponts , Chemins , & c. FAIT
au Conseil d'Etat du Roi , tenu à Fontai--
nebleau le onzième jour d'Octobre 1695 :
Signé , DELAISTRE. Collationné &
y-
Res
FEVRIER . 1735. 2371
Registré au Bureau des Finances de la Géneralité
de Paris. Oni le Procureur du Roi
suivant l'Ordonnance du 29. Decembre
1695. Collationné , & c.
Ce ne seroit rendre au mérite du Frere
Romain que la moitié de la justice qui
lui est dûë , si après avoir reconnu en
lui un grand et heureux Architecte , or
omettoit son principal caractére d'homme
véritablement Religieux , et très - attaché
aux devoirs de son Etat. Exposé :
dans le Monde par ses emplois , il se
comporta toûjours avec une régularité
et une circonspection édifiante ; dans les
intervales que pouvoient lui laisser ses
Occupations , il n'avoit pas de plus grand '
plaisir que celui d'être avec ses Freres ,
qu'il charmoit la douceur de son
naturel , et par un esprit de charité ,
qui s'étendoit souvent au dehors envers
les Pauvres , avec la permission des Supérieurs.
par
Les Religieuses de S. Dominique du
Monastere de la Ville de Menin , dont
la Soeur du Frere Romain fut la premiere
Supérieure , lui sont redevables en
plusieurs manieres , sur tout des Lettres
Patentes de leur Etablissement , et de
plusieurs secours qu'elles en ont reçûs ,
pour perfectionner et pour maintenir
cet Etablissement.
232 MERCURE DE FRANCE
Enfin ce bon Religieux chargé de mérites
, et affoibli par son grand âge
acheva sa course dans de grands sentimens
de pieté , et avec une entiere liber
té d'Esprit , le jour marqué au commencement
de cet Ecrit. Un de ses amis a
Honoré sa mémoire de l'Epitaphe qui:
suit ::
TITULUS SEPULCHRI
V. F. Francisci Romain , Ordinis FF.
Prædicatorum .
Qui fractis superba Sequane Fluctibus
Arcuate Molis , PONTEM REGIUM , Parisiis
propè LUPARAM , arte mirabili :
constructum , anno D. M DC LXXXV.
à Fundamentis erexit ,
JACET HIC.
Frater FRANCISCUS ROMAIN , Gandavus,.
Natus anno R. S. M. DC. XLVI.
Conventûs Trajectensis ad Mosam , Ore
dinis F F. Prædicatorum Alumnus , Dominii
Regalis Architectus 2
·
nec non
Pontium Aggerumque Conductor in Generalitate
Parisiensi effectus , ac per totam
ferè Galliam delegiras,
Denatus Lutetiæ Parisiorum , die VII.
Januarii , anni M. DCC . XXXV.
ORA VIATOR ,
Wr virum Religiosum , Professione
CORFEVRIER.
1735 2333
Conversum , prudentiâ et moribus conspicuum
, Aulicis Ministris acceptissimum
, quem tot præclaris Architecture
Monumentis celebrem , Terra et Pontus
ubique commendant.
Ætherea sedes suscipiant gloriosum.
AMEN .
Luge ævi nostri Opificum Decus , illiusque
non immemor jactura tuam
provide
ABI et resipisce..
>
Sodali carissimo marens posuit F..
Matthaus Texte.
ODE SACRE'E tirée de la fin di
Pscaume IX.
Dieu juste , par qui nos Péress
De leurs maux furent vengez ;
Dans ces excès de miseres
Serons- nous toujours plongez ?
Quand verrons- nous ta puissance
Détourner de la licence-
Les impitoyables coups ?
Pourquoi , Seigneur , ta clemence
N'agit- elle plus pour nous ?
No
234 MERCURE DE FRANCE
Ne vois-tu pas le Superbe
Animé par les Flatteurs ,
Fouler aux pieds , comme l'herbe ,,
Tes fideles serviteurs ?
Et comme sa langue aiguë ,
Sans respect , accable et tuë
Et le pauvre et l'innocent
Près de ses traits la ciguë
N'est qu'un poison impuissant..
粥
C'est en vain que la Fortune
A comblé tous ses désirs ;
Le Juste seul . l'importune
Et rend amers ses plaisirs ; ,
Avec chagrin il s'y noye ,
Et ne conçoit d'autre joye
Que celle d'exterminer
Geux dont l'innocente voye
Ne sert qu'à le condamners -
O que de complots sinistres
De nos maux avantcoureurs !
Combien d'infâmes Ministres
Vont seconder ses fureurs !
De ses ordres détestables ,
Flatteurs vils et méprisables ,
Its arment déja leurs mains
FEVRIER . 1735. 2351
De ces traits inévitables
Dont ils opprimene les Saints.
32
Poursuivons ; qui nous arrête ? -
Disent ces coeurs aveuglez ;
Qui peut soustraire leur tête
A nos efforts rassemblez ?
Le Seigneur n'a plus d'oreilles ;
Ce qu'on dit de ses merveilles
N'est qu'un bruit vain et confus ;
Il n'en fait plus de pareilles ;
Le Seigneur ne nous voit plus..
雜
Réveille-toi , Dieu suprême ;:
Jette enfin sur nous les yeux ;
Entends l'horrible blasphême
Qu'ont vomi ces furieux ;
Que sous les foudres célestes
Tombent ces indignes restes
Des Philistins confondus ,
Et que leurs chutes funestes .
Vengent enfin tes Elûs .
Mais quoi le Seigneur propice ;,
Se prête à nos tristes chants ;
236 MERCURE DE FRANCE
Il comble le précipice
Où nous poussoient les méchans ;
Sa puissance déclarée ,
De leur fureur conjurée ,
A dissipé les projets ,
Comme le fougueux Borée
Fait fuir un nuage épais.
A ce spectacle terrible ,
Sentés , coupables humains ,
Qu'il est un Juge infléxible
Dont l'oeil voit tous vos desseins
Qui confond la calomnie ;
Qui sçait deffendre la vie
Du Juste et de l'Orphelin ,
Et dont la force infinie
Ne connoît point de déclin
Ce premier Janvier 1735.
J. J. V
TROI
FEVRIER. 1735. 237
TROISIE'ME Lettre de M. D. L. R..
sur la Litterature des Mahometans , sur
celle des Turcs en particulier ; Et Réfutation
d'un Exposé du R. P. Labat , dans
le III. Tome des Memoires du Chevalier
d'Arvieux.
E m'apperçois , Monsieur, avec plaisir
que vos préjugez au sujet de la Litterature
des Mahometans diminuent un peu
depuis la lecture de ma derniere Lettre ,
et qu'en general vous commencés de leur
rendre quelque justice ; mais vous avés
encore de la peine à vous rendre sur le
Chapitre des Turcs , malgré tout ce que
je vous ay déja allegué , et malgré toutce
que vous pouvés voir par vous - même
dans la Capitale de l'Empire Ottoman
où vous résidés ; tant la prévention a de
force , même sur les meilleurs esprits. Je
croyois que des exemples modernes , récens
mêmes , de Turcs Lettrez et Sçavans,
vous auroient tout- à- fait persuadé, il me
paroît aujourd'hui que vous voulés remonter
plus haut , et m'engager en quelque
façon de vous faire l'Histoire Litteraire
de cette Nation jusqu'au tems pre
sent..
238 MERCURE DE FRANCE
sent. C'est , Monsieur , un détail dans
lequel je n'ai nullement envie d'entrer ',
et qui excederoit de beaucoup les bornes
d'une Lettre. Celle- ci ne contiendra , pour
donner quelque chose à votre satisfaction ,
qu'un seul exemple pris dans un tems
bien reculé du nôtre ; c'est - à- dire , d'un
Turc veritablement sçavant , avant que
la Nation Turque eût aucun commerce
avec celles de l'Europe. Je tire cet Article
de la Bibliotheque Orientale , Oùvrage
dont je vous ai parlé dans ma précedente
Lettre ; je le tire mot à mot
et tel que vous l'allés lire , vous le trouverés
, je m'assure , curieux et réjoüis
sant:
FARABI ou Fariabi , est le surnom
d'Ab ou Nassar Mohammed Tarkani, que
les Arabes appellent ordinairement par
excellence Al Fariabi , le Farabien , et
nous autres Alfarabius , parce qu'il étoit
natif de la Ville nommée Farab , qui est
la même qu'Otrar.-
Ce Docteur étoit réputé le Phenix dé
son siècle , le Coriphée des Philosophes
de son tems , et surnommé Maallem Tsani
, le second Maître ; duquel enfin Avicenne
confesse avoir puisé toute sa science.
* Otrar ou Farab , Ville de l'Asie Septentrionalo
sur le Sihum ou Jaxarte.
L'an
FEVRIER. 1735. -239
L'An de l'Hegire 343. ( a ) qu'il mourut,
il avoit fait le Pelerinage de la Mecque ,
et passa à son retour par la Syrie , ou regnoit
alors Scifeddoulat , Sultan de la
Maison de Hamadam , sous le Khalifat de
"Mouthi XXIII . Khalife des Abassides . Il
vint d'abord à la Cour de ce Prince, chez
lequel il y avoit toujours un grand concours
de Gens de Letttes , et il se trouva
present et inconnu à une célebre Dispute
, qui se faisoit devant le Sultan.
→
Fariabi étant entré dans cette Assemblée
, il se tint debout jusqu'à ce que
Seifeddoulat lui fit signe de s'asseoir;
alors il demanda où il lui plaisoit qu'il prit
sa place ? le Prince lui répondit : là où
Vous vous trouverés le plus commodément
. Fariabi , sans autre ceremonie , alla
s'asseoir sur un coin du Sofa ou de l'Estrade,
sur laquelle étoit assis le Sultan. Ce
Prince étonné de la hardiesse de cet Etranger
, dit en sa langue maternelle à un de
ses Officiers : puisque ce Turc est si indiscret
, allés fui faire une réprimande ,
et faites-lui en même tems quitter la place
qu'il a prise.
>
Fariabi ayant entendu ce commandement
dit au Sultan : tout beau , Seigneur
, celui qui commande si legere-
(*) 954. de J. G.
ment
240 MERCURE DE FRANCE
sment est sujet à se repentir. Le Prince
surpris d'entendre ces paroles , lui dit :
Entendés vous ma langue ? Fariabi lui répartit
, je l'entens et plusieurs autrės ; et
entrant tout d'un temps en dispute avec
les Docteurs assemblez , il leur imposa
bien-tôt silence , les réduisant à l'écouter,
et à aprendre de lui beaucoup de choses
qu'ils ne sçavoient point.
La dispute étant finie , le Sultan rendit
beaucoup d'honneur à Fariabi , et le
retint auprès de lui pendant que les Musiciens
qu'il avoit fait venir chanterent.
Fariabi se mêla avec eux , et les accompagnant
avec un Luth qu'il prit en main, il
se fit admirer du Prince , qui lui demanda
s'il n'avoit point quelque Piece de sa composition.
Il tira sur le champ de sa poche
une Piece avec toutes ses parties , qu'il disstribua
aux Musiciens, et continuant à soutenir
leurs voix de son Luth , il mit toute
l'Assemblée en si belle humeur , qu'ils se
mirent tous à rire à gorge déployées après
quoi , faisant chanter une autre Piece , il
les fit tous pleurer , et en dernier lieu
changeant de Regître , il endormit agréablement
tous les Assistans .
Seifeddoulat fut si charmé de la Musique
et de la doctrine de Fariabi , qu'il
l'eut voulu toujours avoir en sa compagnic
FEVRIER. 1735. 247
gnse : mais ce grand Philosophe qui étoit
entierement détaché des choses du Monde
, voulut quitter cette Cour pour retourner
en son Pays. Il continua sa route
par la Syrie , dans laquelle ayant trouvé
des voleurs qui l'attaquerent , comme il
sçavoit très-bien se servir de l'Arc , il se
mit en défense ; mais une fléche des Assasins
l'ayant percé , il tomba roide mort.
On rapporte encore de ce grand Homme
, qu'étant un jour en compagnie avec
Saheb Ben Ebad , il prit le Luth d'un
des Musiciens et ayant joué de ces trois
manieres dont nous avons parlé , lorsque
la troisiéme eut endormi les assistans , il
écrivit sur le manche du Luth dont il s'étoit
servi , ces paroles : Fariab eft venu ,
et les chagrins fe font diffipez. Saheb ayant
lû un jour par hazard ces paroles , fut
tout le reste de sa vie dans un grand déplaisir
de ne l'avoir pas connu ; car il s'étoit
retiré sans rien dire et sans se faire
connoître.
Un Auteur distingué , nommé Alfarabius
, le plus grand Philosophe des Musulmans
, et le plus détaché du monde
parmi les hommes. Abulfeda souscrit à ce
sentiment : on lui attribue ordinairement
la traduction des Analytiques d'Aristore,
sous le nom arabisé d'Analouthica.
Voilà,
242 MERCURE DE FRANCE
Voilà , Monsieur , ce que m'apprend
de ce sçavant Turc la Bibliotheque Orien
tale. Vous trouverés les titres des Ouvrages
qu'il a composez , dans Hadgi Calfa
, ce fameux Bibliographe Turc, dont je
vous ai déja parlé , et dans les autres Bibliographes
Orientaux . QuelquesDocteurs
Musulmans , pour ne rien omettre sur ce
sujet , ont accusé notre Alfarabius d'impieté
, et l'un d'entr'eux le range avec
Avicenne son disciple, parmi les Philosophes
qui ont crû l'Eternité du Monde
quoiqu'ils admissent un premier Moteur;
ce qui passe parmi les Mahometans pour
un par Atheisme.
Si vous voulés d'autres exemples de
Turcs Lettrés , habiles et sçavans dans le
même siécle , dans ceux qui ont suivi, et
enfin parmi les Turcs modernes , vous les
trouverés dans les Auteurs que je viens
de citer , et dans ce que j'ai rapporté dans
mes précedentes Lettres. J'ay oublié dans
ma derniere un trait qui merite de n'être
pas omis , et que vous ne seres pas faché
de trouver ici.
M. Colbert , ce Ministre si éclairé , et
qui sans étre sçavant de profession , aimoit
et protegeoit si fort les Sciences et les Sçavans
; ce grand Ministre , dis-je , étoit
tellement persuadé que les Mahometans
Turcs , Arabes et Persans , avoient chez
,
eux
FEVRIER. 1735. 243
eux de la Litterature , malgré leur faus e
Religion , et malgré la barbarie ou la
grossiereté qu'on attribue aux premiers,
que dans la longue Instruction dont il
chargea M. Petis de la Croix , en partant
pour le Levant , de laquelle j'ay une copie
; il lui ordonne , comme je l'ai dit
dans ma derniere Lettre , de s'instruire
particulierement à l'égard des Sciences et
des Arts cultivés dans les differens Pays
qu'il devoit voir.
J'ai ajouté que M. de la Croix, après
avoir séjourné successivement à Alep , à
Hispaham , à Constantinople , revint à
Paris , chargé de beaucoup de doctrine
Orientale , &c. Je devois dire en même
temps, qu'en partant de Constantinople ,
M. le Marquis de Nointel , Ambassadeur
du Roi , l'honora d'une Attestation fort
ample et étendue , et en même temps raisonnée
et détaillée, sur la capacité qu'il s'étoit
acquise , non seulement dans les dif
ferentes Langues du Levant , mais encore
dans les Sciences & les Arts des Orien
taux anciens & modernes , comme l'Histoire
, la Poësie , la Geographie , &c. de
sorte , Monsieur , que ce Ministre en
rendant justice à M. de la Croix , nous
fournit ici une nouvelle preuve qu'il y a
certainement de la Litterature chez les
Ma- C
244 MERCURE DE FRANCE
Mahometans et chez les Turcs en particulier
; et ce témoignage dont j'ai vû
l'Original , signé Olier de Nointel , scellé
et datté du 27. Mars 1679. est donné
par un Homme des plus intelligens , reconnu
pour sçavant lui - même de tous les
Gens de Lettres de son tems , et particulierement
au fait de la Litterature , dont
il s'agit icl par une expérience de plusieurs
années. Persuadé , Monsieur , que
vous ferés des réflexions utiles sur tout
ce que je viens de vous dire , je passe
un autre sujet.
L'Effendi auquel vous vous êtes d'abord
adressé pour être bien éclairci au sujet
de la Mosquée d'Eyoub ou de Job , ne
vous a donc encore rien appris de satisfaisant
, c'est à dire de plausible ; attendons
ce que d'autres mieux instruits ou
moins superstitieux pourront vous en
dire ; voici ce qui a fait naître ma curiosité
sur ce sujet.
Lorsque je partis de Marseille pour mon
voyage du Levant , une Personne respectable
, et qui m'étoit chere , me donna un
Memoire des choses les plus considerables
qu'il ne faut pas manquer de voir à Constantinople
. Cette Personne y avoit séjourné
quelques années durant l'Ambassade
de M. de la Haye le Pere, et son Memoire
conteFEVRIER.
1735.
245
contenoit bien des choses
curieuses et omises
dans la plupart des
Relations.
,
Sur la fin du
Memoire étoit cet article :
» La
Mosquée
d'Eyoub qui est au fond
ou au bout du Port de
Constantinople,
» dans
laquelle le Grand
Seigneur est couronné
et où on lui ceint l'Epée , céré-
» monie qui
marque la prise de
posses-
» sion de son
Empire. Les Turcs ont une
grande
vénération pour cette
Mosquée
» dans
laquelle ils
croyent Job enterré.
Je vous avouë ,
Monsieur
prévenu sur la capacité des Turcs , je
que mal
donnai
bonnement dans
l'illusion de penser
qu'ils
croyent avoir dans cette Mosquée
la
sépulture du
Patriarche
Job , et
que c'est par cette
consideration
que le
Conquerant de
Constantinople , Mahomet
II. l'a faite bâtir.
L'Auteur du Memoire
ne
rapportoit là - dessus que le bruit
public,
Prévenu , dis-je, de cette erreur, je
me
contentai d'en rire et de
plaindre ces
pauvres
Gens , sans songer à me mieux
instruire. Ce n'est que depuis mon retour
que la
réflexion est venue, et qu'elle
m'a
engagé à vous écrire ce que vous
avez vû dans une de mes
Lettres . J'ai
fait
ensuite des
recherches , et ces recherches
m'ont
conduit , comme je le crois
à la
découverte de la verité ; c'est- à-dire,
C ij de
246 MERCURE DE FRANCE
de sçavoir précisément qui est cet Eyoub,
ou Aïub , ou Job , car ces trois noms
sont synonimes , dont la mémoire et la
Mosquée sont en si grande véneration à
Constantinople. Nous verrons si vos Docteurs
s'accorderont avec les miens. Je
vous prépare un Memoire sur ce sujet
pour ma premiere Lettre.
qu'
Je me contenterai de vous dire ici
' une foule de Voyageurs , qui ont écrit
de la Ville de Constantinople , et que j'ai
consulté , se sont contentés de nommer
cetteMosquée , sans s'embarrasser de sa dénomination
, ni du fait historique qu'elle
renferme le seul M. de Monconys, dont
les Relations seroient plus estimées , si
ses Editeurs avoient eu un peu plus de
Critique et de respect pour le Public , a
commencé de me donner là -dessus quelque
lumiere. Les Memoires du sieur de la
Croix, ci-devant Secretaire de l'Ambassade
de Conftantinople sous M. de Nointel ,
imprimez à Paris chez Barbin en 1684.
auroient achevé de m'éclairer , si l'Auteur
n'avoit pas confondu ce sujet dans
l'article trop general de la Religion des
Turcs et de Mahomet , ensorte que notre
Eyoub ou Job , dont on rapporte
l'histoire , est comme absorbé dans les
rêveries des traditions Musulmanes, &c.
Je
FEVRIER. 1735- 247
Je m'étois flatté du moins que M. le
Chevalier d'Arvieux , dont on vient de
publier six gros volumes de Memoires ,
et qui s'est acquis jusqu'ici une grande
réputation de capacité dans l'Histoire et
dans les Langues du Mahométisme , m'instruiroit
pleinement sur cet article : mais
j'ai été tout étonné de voir que dans un
assez long détail sur la Ville de Constantinople
et dans l'article particulier des
Mosquées , à peine nomme- t'il celle dont
il s'agit ici ; encore omet il son veritable
nom.
i
M. d'Arvieux n'est pas plus heureux ,
ni plus instructif , quand , page 475
du même IV. T. en parlant de la principale
Porte du Serrail , il s'exprime ainsi ,
qui ressemble plutôt à un Corps - de- Garde
qu'à l'entrée du Palais d'un aussi grand
Seigneur que l'Empereur des Turcs . Elle ne
Laiffe pas de donner le nom à toute fa Cour.
Deux habiles Voyageurs sçavoir N.
Grelot et M. Pitton de Tournefort , ont
parlé à peu près de la même maniere de
cette Porte , comme on peut le voir dans
leurs Relations imprimées. Celle de Tournefort
peut passer pour l'original des termes
employez dans les Memoires du
Chevalier d'Arvieux , car c'est précisé
hent la même chose . J'ai fait voir ail
C iij leurs7
248 MERCURE DE FRANCE
leurs combien cette idée est absurde et
insou tenable en donnant l'explication du
terme la Porte Ottomane , pour signifier
Cour du Grand Seigneur.
et
Mais ce que je n'ai vû nulle part, que
je ne crois emprunté de personne ,
qu'on peut compter pour une de ces mé
prises qu'il est presque impossible d'excuser;
c'est d'assurer , p. 450. même vol. que
Stambol ou Stamboul , nom vulgaire de
Constantinople , veut dire la Ville par
excellence , ce qui ne peut se soutenir : la
Langue Turque a , comme vous le sçavés
, le mot Chehir , pour signifier Ville ,
et la Langue Arabe celui de Medinah
d'où vient le nom de Medine ou de la
Ville par excellence , à cause de la mort
et du Tombeau de Mahomet. Pour ce
qui est de Stamboul , il vient originaire
ment du Grec vulgaire Stanpolin , diminutif
dérivé de Constantinopolis , Ville
qui l'étoit veritablement par excellence
sous les Empereurs Grecs , qui l'est encore
, si l'on veut, sous les Sultans Otho
mans ** , mais dont le nom vulgaire ďáu
* Mercure de France du mois de Juin 1721
pag. 1.
** Les Turcs, afin que le nom de Stambol fignifiât
quelque chofe en leur langue , ont donné à
cette Capitale celui d'Islambol , qui fignific abondance
et étendue du Muſulmaniſme.
jourd'hui
FEVRIER. 1735. 249
jourd'hui ne signifie du tout point grammaticalement
, et par lui - même , celui
de Ville , comme le veut M. d'Arvieux.
Au reste , Monsieur , je ne doute pás
que votre vigilant Commissionnaire ne
vous fasse tenir incessamment les Me
moires imprimez , dont je viens de vous
parler : c'est un Ouvrage qui merite de
passer la Mer. Le seul nom du R. P.
Labat , célebre par tant d'autres Ouvrages
, et qui fait ce nouveau present au
Public , est digne de cette distinction
vous connoissés , sans doute , sa réputation
, et vous ne manquerés pas de lul
rendre justice:
Vous ne serés pas surpris de voir dans
son III. tome la Relation du voyage de
M. d'Arvieux chez des Arabes du Mont-
Carmel , suivie d'un Traité en plusieurs
Chapitres, des Maurs , Religion et Cou
tumes des Arabes ; car c'est peut-être ce
qu'il y a de plus interessant et de plus
neuf dans ces Memoires : le reste , à l'exception
des Histoires ou des Affaires personnelles
de l'Auteur , fort longues et
surchargées d'Episodes , peut se trouver
ailleurs.
Cefut le merite particulier de cette Relation
et la nouveauté du sujet , omis part
tous les Voyageurs , qui me détermina ,
Cilij comme
250 MERCURE DE FRANCE
comme vous le sçavés , à la donner au
Public en l'année 1717. sous le titre qui
lui convenoit le mieux , après avoir
obtenu une copie du Manuscrit original
de la Dame veuve de M. d'Arvieux ,
qui étoit ma Parente . Vous serés , sans
doute , étonné de la raison que donne
le P. L. que personne ne lui auroit
jamais demandée , pour autoriser sa répetition
.
Il ne l'auroit pas faite , fi des perfonnes,
dit-il , à qui je dois du respect, ne m'avoient
fait comprendre que je ne devois pas laiffer
le Public dans l'erreur ou la Relation de M.
D. L. R. l'a jetté , & que j'étois dans l'obligation
de le détromper..
Il n'y a Personne qui ne soit en droit
de croire sur cet Exposé , que ma Relation
est un veritable Roman , et que le
P. L. seul a donné la pure verité sur le
sujet en question : cependant il n'est rien
de tout cela ; les deux Relations , la sienne
et la mienne , les deux Traitez , sont
les mêmes , le temps et la datte précise:
du Voyage de M. d'Arvieux sont aussi les
mêmes que veut donc dire le P. L. par
une phrase si obligeante ? le voici..
Il prétend que le motif de ce Voyage
étoit different de celui que j'ai allegué . Je
ne veux pas allonger ma Lettre par la
disFEVRIER
. 1735. 251
discussion de ces motifs , dont la certitude
paroîtra toujours frivole et indifferente
à un Lecteur sensé . Je vous demande
seulement , Monsieur , si ce motif,
quel qu'il puisse être , influë quels
que chose d'important sur le fond d'un
sujet que je n'ai point alteré ni dégra
dé , comme le nouvel Editeur en convient
, et qui est enfin le même dans má
Relation , que le P. L. vient de répeter
dans sa compilation ; je demande , dis-je ,
s'il n'impose pas lui- même au Public , en
disant que ma Relation a jetté dans l'erreur
, a trompé ce même Public?
Quant aux personnes à qui le P. L. doit
du refpect ; lesquelles l'ont déterminé à
faire cette répetition , pour détromper les
Lecteurs , &c. Je crois , Monsieur , que
vous sçavés la valeur de ces termes, Lieu
commun usé , qui ne trompe plus personne.
Je suis cependant bien aise de vous
dire , pour éviter toute équivoque , que
par ces Personnes respectables et respectées
, il ne faut point entendre les Superieurs
du P. L. car dans tout cet Ouvra
ge , comme dans les précedens de ce célebre
Ecrivain , il n'y a pas le moindre ves--
tige de permission ni d'approbation de ses
Superieurs, lesquels au contraire ont des--
approuvé en particulier l'Endroit qui don
Cy no
252 MERCURE DE FRANCE
ne lieu à cet article de ma Lettre.
Je la finis en vous apprenanr (et je rentre
par- là dans mon sujet principal ) que
nous avons actuellement ici le Sçavant
Mehemet Effendi , Envoyé pour la troi
siéme fois à la Cour , de la part des Puissances
de Tripoly de Barbarie. Il a gagné
depuis son dernier voyage un titre
de plus , ayant fait le Pelerinage de la
Mecque et de Medine ; ensorte que c'est
aujourd'hui Hadgi Mehemet ; Effendi ,
comme vous sçavés , signifie Lettré , et
ce n'est point en lui un vain titre , 'car :
c'est un vrai sçavant Turc , et un Homme
de Lettres dans toutes les formes..
Vous devés vous souvenir de lui pour
l'avoir vû souvent ensemble à Paris sure
la fin du Regne du feu Roy: Je suis ,.
Monsieur , & c..
A Paris , le 15. Janvier 1735
BOUTS
FEVRIER. 1735. 253
************* :**
BOUTS - RIMEZ ,
SUR LE DESIR DES RICHESSES.
L'Homme pour éviter la triste
Et jouir des douceurs qu'apprête la
Employe également et valeur et
Pauvreté
Richesse ,
Proüesse ,
Mensonge ; trahison , orgueil et
Lâcheté.
Malgré l'air dédaigneux qu'affecte la Noblesse ,
Elle va pour de l'or jusqu'à
L'humilité
Et fait pour soutenir sa folle € Vanité
Des efforts importuns qui sentent la Bassesse.
Sur ce point les desirs du genre
Masculin
Feminin
Passent rapidement au Sexe
Erlui font oublier rouge , blanc , mouches , Jupe.
Tel est notre destin , soit coëffe , soit Chapeau ,
Nous portons tous un coeur que l'interêt rend
Dupe,
Er jugeons par lui seul tout affreux ou Tout beaus .
Cv RE254
MERCURE DE FRANCE
•
REPONS E du R. P. Emmanuël de
Viviers , à l'Auteur anonime d'une Critique
inserée dans les Mercures d'Août
et de Septembre 1734.
J
E viens , Monsieur , de voir dans
deux Mercures consécutifs la Critique
que vous avés faire de ma nouvelle
Méthode pour trouver les XIV. des nouvelles
Lunes Pascales , avec la Réforme
de la Pâque. Pour répondre à vos Ob
jections,je n'ai qu'à vous opposer les deux.
Lettres que j'ai reçûes de Rome , et qui
m'ont été écrites par ordre de N. S. Pero
le Pape , touchant mon Ouvrage . Vous
y trouverés que je n'ai rien avancé qui
n'ait été prévû par ceux qu'on a préposez
à l'examen de ma nouvelle Méthode:
Il faut mesurer ses forces avant que d'entrer
en lice , sur tout lorsqu'on entre
prend de s'élever contre le jugement pu--
blic , et contre une décision aussi auguste
que celle de la sacrée Congrégation
des Rites . J'ai l'honneur d'être
Monsieur , & c..
A Toulouse le s. Décembre 17340-
Now
FEVRIER. 1735: 255
Nous avons reçû avec cette Réponse
du R. P. Emmanuel , deux Feuilles de sa
composition , imprimées nouvellement à
Toulouse , chez Delrieu . La premiere est
intitulée , Nouvelle Méthode pour trouver
les XIV. des nouvelles Lunes Pascales , aves
la Réforme de la Pâque depuis 1700. jusqu'à
dix mille ans , selon le stile Gré---
gorien , & c.
*
L'autre Feüille , d'égale grandeur , contient
fort au long l'Explication de cette
Table ; au bas de l'Explication sont imprimées
deux Lettres écrites de Rome "
au P. Emmanuel , par ordre du Pape. Las
premiere est du P. Pierre Marie , Pro-
Gureur et Commissaire General des Capucins
, écrite en Latin , et datée du 30 .
Septembre 1734. par laquelle il lui mar--
que qu'après avoir conferé avec le Car
dinal Zondodari , au sujet de son Ou
vrage , cette Eminence l'avoit assuré que
Sa Sainteté a loüé le génie et l'applica
tion de l'Auteur , &c.
2.
Nous offrons à l'Auteur de la Critique ,
de lui communiquer cette Lettre dans
son entier , nos bornes ne nous permet
tant pas de l'inserer ici.
La seconde Lettre plus abregée et des
même date , est du R. P. Justin , Deffisiteur
General des Capucins ; elle roulex
256 MERCURE DE FRANCE
le sur le même sujet , et contient ce
qui suit.
M. T. R. P."
Il y a quelques jours que M. le CardinalZondodari
envoya chercher notre P. Procureur
, pour lui faire part de la Réponse
de S. S. à une Lettre anonime qu'on a envoyée
ici , avec un Exemplaire de la Table
que vous avés faite sur les Lunaisons Pascales.
Je ne sçai si cette Lettre est de vous ,
ou si elle a été envoyée par quelqu'un de
vos amis ; je vous rapporterai seulement ce
que notre P. Procureur m'en a dit. Le Pape
ayant fait examiner votre Ouvrage , on l'a
loué , et S. S. a dit qu'on avoit prévu les
incidens dont vous parlés ; et que pour
de
bonnes raisons on ne vouloit rien changer
au Reglement qu'on a fait. On loue donc
votre attention pour le bien de l'Eglise ; mais
S. S. veut que la chose en reste là ; cependant
pour accréditer votre Ouvrage, et afin
qu'un autre ne s'en attribue T'honneur
,
il seroit bon que vous m'en envoyassiez un
nombre d'Exemplaires que je distribuerai
aux Sçavans. Je suis , &c.
pas
LETSFEVRIER.
1735. 257
LETTRE de M. Pavillon , à Mlle de
Saint Christophle , au sujet du Mariage
de Mlle Pelissari avec Milord ***
On nous a envoyé ce petit Ouvrage comme une ?
Piece fugitive , écrite il y a plus de 5o. ans...
Ui , Mademoiselle , un François a
épousé une Angloise , sans qu'aucun
des deux entende la Langue de
l'autre. Cela paroît d'abord assez bizarre ;
mais c'est faute de bien considerer ce≈
dont il s'agit..
Dès le moment qu'un coeur soupire ,
On connoît en tous lieux. ce que cela veut dire s
Et malgré Babel et la Tour ,
Dans le climat le plus sauvage
Ne demandés que de l'amour,
On entendra votre langage.
La Terre en mille Etats a beau se partager ;
En Asie , en Afrique , en Europe , il n'importe
L'Amour n'est jamais étranger ,
Eu quelque. Pays qu'on le porte..
Comme il est pere de tous les hom
mes , il est entendu de tous ses enfans..
Il est vrai que quand il veut faire quelquee
258 MERCURE DE FRANCE
que mauvais coup , comme il faut qu'il
se masque et qu'il se déguise , il faut
aussi qu'il se serve de la Langue du Pays.
Mais quand il est conduit par l'Hymen,
sans lequel il ne peut être reçû chez les
honnêtes gens , il lui suffit de se montrer
pour se faire entendre.
}
En quelque Langue qu'il s'exprime ,
On sçait d'abord ce qu'il prétend ;
Et dès qu'il peut parler sans crime ,
Une honnête fille l'entend .
La raison de cela est , que la Langue
d'Amour n'est qu'une tradition très - simple
et très - aisée , dont la Nature est dé--
positaire , et qu'elle ne manque jamais
de réveler à toutes les filles , quand elles
en ont besoin.
Si-tôt que l'on en vient aux privautés secretes ,
Parmi toutes les Nations ,
L'Hymen en ces occasions
A certaines expressions
Qui n'ont point besoin d'Interprétes.
Ne vous étonnés donc point que deux
personnes étrangeres , et d'un langage
si different , ayent pû se résoudre à se
marier ensemble , et croyés comme un
articles
FEVRIER. 1735. 259
article de foy naturelle , que dans ces
sortes de mysteres , tout le monde parle
François. Ajoûtés à cela que de jeunes
Epoux ont leur maniere particuliere de
s'entretenir , indépendamment de toutes
les Langues de la Terre .
L'Amour est la seule de toutes les Di-
,
vinités dont le service n'a point changé.
Son culte est encore à présent tel qu'il
étoit au commencement du Monde. On
lui adresse les mêmes Sacrifices , on lui
immole les mêmes Victimes ; et quand
deux Amans veulent bien assister en
personne à ses mysteres secrets , on n'en a
pas si- tôt chassé les profanes , que pleins
de ce Dieu qui les possede , ils en comprennent
en un moment toutes les céremonies
et tout ce qui se fait en son
honneur .
Si vous faisiés ce sot argument à Thomas
Diafoirus ; vos deux Epoux ne parlent
pas la même Lange , Ergo , ils ne
s'entendent pas il vous répondroit ,
Distinguo , Mademoiselle ; ils ne s'entendent
pas le jour , Concedo , Mademoiselle
; ils ne s'entendent pas la nuit , Nego,
Mademoiselle . Or s'entendre la nuit ,
c'est s'entendre la moitié de la vie , et.
c'est beaucoup pour des Mariés. Je connois
bien des gens , et vous aussi , qui
parlent:
260 MERCURE DE FRANCE
parlent très - bon François et qui n'en demanderoient
pas davantage.
Qu'un Mariage est plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peut contenter se
Aamme ,
Et que le jour il n'entend pas
Les sottises que dit sa femme !
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Picardie
au mois de Janvier 1735. sur des dénominations
populaires , et sur la cause
pour laquelle les noms de Le Roi et Le
Prince sont si communs en France.
N
Ous ne voyons ici le Mercure que
fort tard , et ordinairement plusieurs
Volumes nous viennent à la fois ;
j'ai été fort aise d'y trouver l'explication
d'une des qualifications populaires qu'on
donnoit autrefois à la Ville de Sens ; c'est
dans le Mercure de Février 1734. Cela
m'a fait recourir à celui de Septembre
1733. qui m'avoit échappé , et à celui de
Mars 1734. où j'ai lû avec plaisir la liste
entiere des anciens Proverbes , touchant
plusieurs Villes de France ; je souhaiterois
que quelque Curieux voulut don
ner
FÉVRIER. 1735- 2684
-
ner l'explication de tous les autres , com
me on a fait à l'égard de celui de Sens.
Loin d'être choqué de ce qui y est rapporté
, touchant les Picards , je m'en
suis diverti avec eux , etplusieurs avouent
la verité du fait. Ils disent que cette
grande hardiesse , suivie quelquefois d'un
grand abattement et d'une grande désolation
, our timidité , exprimée par
Conardise , est un reste du caractere des
anciens Belges , dont Cesar et tant d'au
tres ont fait la description . Je trouve
que c'est remonter bien haut , que de
s'imaginer que le sang de ces anciens .
Gaulois coule encore dans leurs veines ;
si cela étoit , la Picardie devroit produire
encore plus d'hommes de hauteles
autres Provinces de l'ancienne
Gaule ; ce qui n'est pas cependant;
mais laissons à d'autres la discussion de
cet article.
stature que
Je vous envoye pour vous réjouir ,
une Liste de quelques Epithetes qu'on
donne à plusieurs Villes de nos quartiers ;
il ne seroit pas inutile que lorsqu'on fera
une seconde Edition du Dictionnaire
Universel de la France , ces Epithetes ,
quoique badines , y fussent placées ; elles
sont toûjours fondées sur quelque événement
, ou sur un caractere réel et spéciali
262 MERCURE DE FRANCE
cial. On dit donc ici : Les Friands de
Noyon , les Sots de Hum , les Yvrognes de
Peronne , les Cocus de Nêle , les Dormeurs
de Compiegne , les Singes de Chauny , les
Béyeurs de Saint Quentin , les Corbeaux de
la Fere , les Larrons de Vermand.
་
Je ne sçai pas l'origine de la plupart
de ces Dictons 3 je sçai seulement qu'il y
avoit à Ham une Compagnie de Foux ,
ou de Sots , comme on dit dans le Pays ;
car ce mot vient de Stultus : leur Chef .
nommé le Prince des Sots , les recevoit
en folâtrant. Ces foux montoient sur un
âne , tenant la queue au lieu de bride
on ne pouvoit faire de folies sans la permission
du Prince , sous peine d'amende.
La petite fille du dernier Prince est encore
vivante ; on l'appelle la Princesse.
Mais le reste est cessé par les soins des
Missionnaires : voilà pour ce qui est des
Sots de Ham. A l'égard des Singes de
Chauny , je sçai que les Arquebusiers de
cette Ville ont un Singe dans leur étèndart
; c'est peut-être là l'origine de leur
dénomination ; mais pourquoi ont- ils un
Singe , animal fort laid ? C'est ce qui
reste à trouver. Béyeurs de Saint Quentin,
veut dire curieux , et qui regardent les
Etrangers au nez ; ce n'est pas , au reste ,
un grand défaut. Je croi qu'on ne dit
pluss
FEVRIER . 1735. 26.3
plus les Larrons de Vermand ; mais on
l'a dit autrefois. Voyés le Vasseur dans
les Annales de Noyon , Tom. 1. p . 36.
où il paroît assez bien prouver que ce
Vermand a été Ville. » Quand quelqu'un
»de ce lieu , dit il , passe par les Villa-
» ges d'alentour et est reconnu pour
tel , chacun le houppe , et crie après
» Voilà un des Larrons de Vermand. De
» sorte , ajoûte- t'il , que les reliques mal-
>> heureuses de cette ancienne Ville , ne
peuvent se vanter de posseder rien de
remarquable , sauf un nom infâme.
,
→
Le Doyen de Noyon tenoit ce langage
en l'an 1633. Il marque aussi ailleurs
, Tome 2. pag. 373. que dans le
Diocèse de Noyon on disoit de son tems :
Noyon la Sainte , S. Quentin la Grande ,
Peronne la Dévote , Chauny la bien nommée
, Ham la bien placée , Bobaim la frontiere
, Nesle la noble , Athie la desolée.
Pour revenir à la Principauté de Ham
je suis persuadé que ce sont des Principautez
de cette nature , ou des Royautez
de même genre , qui ont rendu le
nom de le Prince et de le Roi si commun
en France. On créoit des Royautez ,
non seulement à l'occasion des repas du
6. Janvier , mais encore pour des objets
bien différens. Un de mes amis de Bourgogne
264 MERCURE DE FRANCE
gogne m'écrivoit , il y a quelques années ,
qu'un Curieux de ce Pays- là lui avoit
montré l'Extrait d'un Registre Baptistaire
du 10. Février 1575. où pour premier
Parrain d'un garçon baptisé ce jourlà
, qui étoit le Jeudi gras , dans la Paroisse
de Saint L ... d'A ..... le Curé
avoit inscrit Edme Fanay , Roy des Poles
et cet ami ajoûte que c'étoit , sans doute,
parceque ledit Edme Fanay étoit Roi de
la joûte aux Coqs , laquelle joûte se fai-
-soit par les jeunes Ecoliers qui fournissoient
chacun un coq bien abreuvé de
vin , et les mettoient en bataille les uns
contre les autres le Jeudi gras ; or comme
il y avoit toûjours un Coq victorieux,
ce Coq valeureux et magnanime- mériroit
bien par excellence le noble titre de
Roi des Poles ; et c'étoit le Propriétaire
du Coq qui avoit tous les honneurs de
la victoire. On écrivoit alors Poles au
lieu de Poules , et dobles pour doubles.
Il y a eu à Soissons , qui n'est pas bien
loin de nos quartiers , un Prince de la
Jeunesse , dont Dormay fait un Chapitre
exprès , T. 2. p. 423. Les Rois des Arquebusiers
sont très connus , et je n'en
dis rien. Il y a encore des Villes , dit on,
où les Concierges de l'Hôtel commun
des Habitans sont revêtus en certains
jours
E VRIER . 265 1735.
,
jours d'une Dalmatique , et portent en
Public un Sceptre de bois doré. Je ne
sçai plus dans quel Mercure de l'année
1733. il est parlé de plusieurs Villes à
Epithetes d'au- delà de Paris , comme Orleans
, Montargis , Joigny ; je n'en ai retenu
que l'Epithete de Mirandolins
qu'on donne aux Habitans de cette derniere
Ville ; et ce qui m'a fait retenir ce
titre , qui paroît Italien , est que je me
ressouviens très - bien que descendant un
jour du côté de Paris par le Coche d'eau
d'Auxerre , j'entendis plusieurs personnes
, qui de cette voiture saluerent à haute
voix le Corps des Habitans de la Ville
de Joigny ( qui me parut située sur un
Côteau fort roide ) non sous le nom de
Mirandolins , mais sous celui de Maillotins.
Cela me rappella l'histoire des
Maillotins de Paris , dont il est parlé
chez les Ecrivains du quinzième siècle.
?
J
CAPRICE.
'Aime l'oisiveté , c'est là mon plus grand
vice ;
Le repos me paroît l'unique volupté ;
Je ne veux plus aimer la cruelle Artenice ;
Je
266 MERCURE DE FRANCE
&
Je connois trop le prix de ma tranquillité .
Fuyés , trompeurs Amours ; fuyés , je vous l'ordonne
;
Je ne respire plus que les plaisirs des Champs :
Oui , ce sont les faveurs de Flore et de Pomonke
,
Que je veux désormais célebrer par mes chants.
Que dis-je ? dans les fleurs se retrace l'image
Des frivoles plaisirs que goûtent les Amans.
Dans ces champêtres lieux tour est fait au lan-
• gage ,
Qui forme de nos coeurs les doux engagemens.
Aimable Dieu du vin ! puissant fils de Sémele !
Bacchus ! c'est dans ce jour qu'animé de tes
. feux , -
Oubliant mes amours , mes tourmens , ma querelle
,
J'instruirai les Mortels des charmes de tes jeux.
Muses , ce n'est plus vous , c'est ce Dieu qui
m'inspire ;
Je m'égare avec lui dans ces sombres Forêts .
Vif et nouveau transport ! agréable délire !
O divines fureurs ! que vous avés d'attraits !
Les Vallons , les échos de ces lieux solitaires
Ont déja retenti des doux sons de ma voix ;-
Jamais ils ne l'ont fait pour d'amoureux misteres
;
Jamais le foible Amant ne parvint dans ces bois.
La pente des Côteaux , de Planes couronnée ,
Ne
FEVRIER. 1735 267
Ne m'offre que festons , que pampres toûjours
verds ;
La Vigne sous son fruit paroît être accablée ;
Rien ne ressent ici les rigueurs des hyvers.
Je vois de tous côtez s'étendre des Prairies ,
Où le raisin foulé , coulant par cent canaux ;
Quitte sans murmurer ces rives si fleuries ,
Et de ses flots fumeux court remplir nos ton
neaux.
Foible Fils de Venus , vois ton peu de puissance;
Tes traits sont émoussez , ton carquois est rompu
:
... Que vois -je ? avec l'Amour Bacchus d'in
telligence ?
C'en est fait ; je me rends ; Artenice a vaincu,
Auditis ? an me ludit amabilis
Insania ? audire , et videor pios
Errare per lucos , amoene
Quos et aqua subeunt , et aura.
Horat. Lib. III. Od. IV.
1
1
4
D LET
268 MERCURE DE FRANCE
ᎣᎣᎣ Ꭳ
LETTRE de M. L. Chanoine et Sous
chantre d'Auxerre , à M. Fenel , Chanoine
de Sens, touchant le Lieu d'une an
cienne Bataille donnée en Bourgogne.
ST
I les anciens Ecrivains avoient été
aussi soigneux qu'on l'est aujourd'hui
de spécifier lesLieux où se sont don
nées les Batailles importantes , on ne seroit
pas dans l'embarras où l'on se trouve
de nos jours , quand il est question
de rendre en Langage vulgaire le nom
des Endroits où il y a eu des Combats
remarquables ; mais nos Ecrivains se contentent
de dire souvent : » Une telle
» année il y eut Armée à tel lieu , Anno
M. C. IV. Exercitus de Brioleto . Anno
M. C. XII. Exercitus de Bracco sicco.
Anno M. C. XXIV. Exercitus de Monsteriolo.
Anno M. C. XXIII. Exercitus de
Candeio. ( a ) Et quand ils font l'effort
de parler plus exactement , ils disent :
» Telle année la guerre fut en tel lieu
» et tel y fut tué. Anno D CCC. XLI.
Bellum in Fontaneto , & c . C'est ainsi que
(a) Voyés les differentes Chroniques publiées par
Le P. Labbe , Jesuite.
dans
?
FEVRIER. 1735. 269
dans une petite Chronique de l'Abbaye
de Vezelay , je lis à l'an 926. Bellum in
Monte Callan , ubi Garnerius Comes cecidit.
A la faveur de quatre ou cinq mots ,
il faut deviner le reste . Il est vrai que la
Bataille de Fontenai de l'an 841. n'a pas
tout - à - fait manqué d'Historiens ; Ñithard
qui y assista , en a fait une Description
, dont on peut se contenter. J'ai
essayé de désigner à la Posterité l'endroit
où cette bataille a été donnée ; j'ai fait
là -dessus une Dissertation assez longue ,
que j'avois promise au Public dès l'an
1723. ( a ) mais qu'il ne plaît pas au Sr
Simart , Imprimeur , de tirer de ses porte
- feuilles pour lui faire voir le jour
quoique le Censeur Royal et d'autres habiles
Gens lui ayent donné leur approbation
il y a plus de trois ans. ( b )
La bataille in Monte Callau n'a pas eu
le même avantage ; tout ce qu'on en
sçait , en rassemblant les fragments de diverses
petites Chroniques , se réduit à
( a ) Dans ma Préface sur les Antiquitez d'Auxerre
, imprimée en 1723 .
(b) Il est question ici de la continuation des
Mémoires de Litterature et d'Histoire , dont on
n'a rien vû depuis l'an 1732. quoi qu'il y ait plusieurs
Porte -feuilles remplis dé Piéces qui méritent
de voir le jour , et qui sont approuvées.
Dij dire
270 MERCURE DE FRANCE
par
dire qu'elle fut donnée par les Chrétiens
François contre des Payens ; ( c'est ainsi
qu'on appelloit les Normans , conduits
leur Chef Rainold ) que ces Payens
y perdirent plus de huit cens hommes ;
mais que le nombre des Chrétiens qui
furent tuez alla à plusieurs milliers ; que
parmi les Notables on comptoit un Comte
Warnier , ( que d'autres ne qualifient
que de Vicomte de Sens ) dont le cheval
fut tué , et lui arrêté tout aussi-tôt , et
mis à mort , et que dans le nombre des
blessez , fut Ansegire , Evêque de Troyes,
Un Comte Manasses , que Duchêne dit
êrre des Seigneurs de Vergy , se trouva
aussi à cette Guerre avec un Evêque ,
nommé Gozeclin , qu'on croit avoir occupé
le Siége de Langres . Voilà un détail
, qui tout succinct qu'il est , n'a encore
été fait par aucun de ceux qui ont
écrit notre Histoire en Langue vulgaire,
Je puise les dix ou douze lignes qui la
composent , dans Frodoard de Reims
qui vivoit alors , dans le Continuateu
d'Aymoin , dans une Chronique de Sens ,
dans la Chronique de S. Marien d'Auxerre
du XIII. siècle , dans la petite
Chronique de Vezelay ci - dessus citée , et
dans une Chronique de Tours , publiée
par Dom Martene au VI, Tome de sa
grands
FEVRIER . 1735. 27
grande Collection . Je n'ai réservé pour
une plus grande discussion , que le lieu
de la Bataille .
, Il doit avoir été en Bourgogne puisque
se fut dans le tems que les Normans
la ravageoient , ainsi que dit Frodoard
et les autres depuis lui , et un peu après
qu'ils eurent quitté les bords de la Loire,
que se fit ce conflit ; mais dans quel Endroit
de la Bourgogne ? C'est sur quoi
j'ai entrepris de donner quelques lumieres.
Remarqués , s'il vous plaît , qu'après
Frodoard , ce ne sont que des Bourguignons
des environs d'Auxerre , qui nous
transmettent l'Epoque et le lieu de cette
Bataille ; sçavoir , la Chronique de Vezelay
, celle de S. Marien d'Auxerre , et
celle de Tours , que je soupçonne avoir
été rédigée par un Auxerrois , puisqu'il
y fait tant entrer de faits qui regardent
Í'Eglise et le Pays d'Auxerre , qu'il a
emprunté jusqu'à la Préface de notre
Robert , Prémontré de S. Marien. Ne
cherchons donc pas extrêmement loin
d'Auxerre , ni de Vezelay , le champ de
cette Bataille ; laissons les grandes Chroniques
de France , et Golut ( a ) aussibien
que Pithou , ( b ) dire après elles ,
( a ) Mémoire des Bourgougnons , page 406.
( b ) Recueil des Evêques de Troyes , au bout de
D iij que
272 MERCURE DE FRANCE
que ce fut en Charolois qu'elle fut don
née: Desguerrois ( a) et le Pere Daniel assurent
que ce fut à Chaumont en Bassigny,
ou auprès ; cherchons quelque chose de
plus vrai semblable , et ne nous éloignons
point si fort du territoire de la vraye
Bourgogne. Je suis fâché de n'avoir point
eu la pensée que je vais vous communi
quer , lorsque j'écrivis il y a sept ans, sur
les tombeaux de Quarrée , en faveur du
sentiment de M. Bocquillot. ( b ) Ce sçavant
Chanoine d'Avallon , qui avoit d'abord
eu l'idée du voisinage de quelque
Ville dont Quarrée auroit été le Cimetiere
, est enfin revenu à croire que Quarrée
n'étoit qu'un Magazin et un Entrepôt
de tombeaux pour le Morvan , dont
la pierre est difficile à mettre en oeuvre ;
il l'a fort bien prouvé , et le Sieur Thomassin
n'a pû lui opposer que de foibles
raisons ; mais je suis persuadé que
s'il avoit songé que Chalau et sa montagne
peuvent être le lieu où ce grand
nombre de Chrétiens furent tuez par les
Normans en 9 : 5 . il n'auroit pas si fort
méprisé la Tradition de Quarrée , toula
Coûtume de Troyes 1567. page 677.
( ) Sainteté Chrétienne , page 237.
( b) Continuation des Mém. de Litt. et d'Histoire
, T. 3. Partie 1. page 216.
chan
FEVRIER. 1735: 273
chant une Bataille qu'on débite de temps
immémorial avoir été donnée dans le
voisinage.
Il est vrai qu'on a tort d'en conclurre
que les tombeaux furent apportez - là, de
la carriere de Champ Rotar , pour inhumer
ces Chrétiens ; ce nombre prodigieux
de cercueils devoit y être long- tems auparavant,
il n'y a qu'un Auteur aussi mal instruit
que l'a été l'Ecrivain du Roman de
Girard de Roussillon ; qui puisse assurer le
contraire*, c'est donc parce que le hazard
voulut que le sang des Chrétiens fut répandu
à une lieuë de l'ancien magasin
sépulcral , que les corps des plus Notables
y furent portez , et que quelquesuns
y recurent la sépulture. C'étoit bien
la moindre chose qu'on pût observer à
l'égard du Comte Warnier ou Garnier.
Je vous ai quelquefois entretenu sur ces
tombeaux ; j'ai vû ceux qui sont sur
terre et qui sont vuides ; mais il y en a
eu autrefois dans la terre , et il y en a
encore qui sont remplis chacun de leur
corps. Il étoit plus commode de porter
un corps mort pour le placer à Quarrée
* On voit bien que cet Auteur avoit oùi parler
d'une bataille , mais la maniere dont il la raconte
eft fi pleine de contradictions & d'anacronismes ,
qu'on ne peut tabler que sur peu de chose.
D iiij dans
274 MERCURE DE FRANCE
dans un cercueil , que de faire voiturer
bien loin un cercueil de pierre d'une pesanteur
énorme . Ne croyés pas , Monsieur
, qu'on ait été si simple dans le
Morvan , que d'y laisser ainsi inutile le
magasin de tombeaux , et de n'en point
faire usage. Au commencement de l'année
1733. on abbattit un gros arbre assez
proche de l'Eglise , lequel avoit sept pieds
quatre pouces de diametre dans la partie
la moins épaisse , et en creusant à son
pied , on trouva cinq cercueils bien couverts
, dans chacun desquels il y avoit
un corps presque réduit en poussiere ,
dont les dents dans quelques uns ,
>
-
étoient conservées. L'un de ces cercueils
étoit précisément sous le milieu de cet
arbre , et avoit les pieds tournez vers
l'Orient ; les autres étoient un peu autrement
et placez en tout sens
comme par hazard. La tête d'un de ces
cadavres paroissoit avoir été percée d'un
coup de glaive , selon ce qui m'a été
rapporté.
autour ,
Le magasin de Quarrée n'est donc point
le signe qu'il y ait eu une Bataille dans
le voisinage , il n'y a aucun rapport de
l'un à l'autre ; mais c'est la Bataille donnée
dans le voisinage du magasin , qui
est cause que plusieurs des tombeaux qui
Y
FEVRIER : 1735. 275
,
y étoient exposez en vente depuis longtemps
, ou qui y étoient restez vuides et
negligez , furent remplis chacun d'un
corps , et cela parce qu'on les y porta.
Or , que la Bataille se soit donnée proche
quelqu'une des montagnes voisines de
Chalau , c'est à quoi il y a toute apparence.
Il n'y a point de rapport entre
les noms Kalau , Callau , Calo , ou
Chalo , qui sont ceux que les plus anciens
Historiens ont employez et le
nom de Charolois. Ce Pays de Charolois
étoit appellé originairement Quadrigelle
, dont on a formé depuis Kadrelle
ou Cadrella , comme le marque M. Valois
( a ) . Il n'y a gueres davantage de
rapport entre les quatre mots ci - dessus
et le nom de Chaumont , puisque , selon
le même M. Valois , Chaumont vient de
Calvus mons , qui est une dénomination
purement latine et assez commune , fondée
, comme il dit , sur la secheresse ou la
sterilité de certaines montagnes. Les quatre
manieres dont s'expriment les Historiens
les plus voisins du temps de la Bataille
, sont également barbares , et nullement
de l'idiome latin . Ainsi elles ne
peuvent désigner qu'un lieu nommé Chalau
ou Chalo dans notre langage françois,
(a ( Notit. Galliar.
>
D▾ et
276 MERCURE DE FRANCE
et peut être tout le Canton de montagnes
qui commencent le Morvan , vers Vezelay
et Avallon ( a ) . Il est vrai que le
continuateur d'Aymoin , selon l'édition
que j'ai , semble ne faire qu'un seul mot
de Kalomonte , en quoi il a été suivi par
Taveau votre Historien , qui met propè
Calomontem (b ) , et par Pithou , qui met
ad Kalaumontem : mais il est plus sûr de
s'en rapporter à votre Chronique Senonoise
du xII . Siécle , qui met in monte
Chalo , aussi-bien que celle d'Auxerre ,
et à celle de Vezelay , qui met in monte
Callan. Vous avez à Sens une copie de
cette Chronique qui m'a paru du XIII .
siécle au plus tard , où les deux mots sont
de même et séparez . J'ay voulu consulter
l'original de celle de Robert de Saint-
Marien , pour voir s'il y auroit d'une
autre maniere que dans l'imprimé de Camusat
; mais ce précieux Manuscrit n'est
plus à Auxerre , ayant été porté l'année
derniere à Estival en Lorraine. J'ay fait
écrire pour sçavoir s'il y a Chalo ou Callau
, et il n'est point venu de réponse.
( a ) Celle qu'on appelle Saint - Martin du Puy
dans ce canton - là m'a paru être des plus élevées
et son nom le marque assez ; Podium fignifiant
une élevation .
( 6 ) Histor. Archiep. Senon . p. so.
2
L'Im
FEVRIER. 1735
277
L'Imprimé de Frodoard met également
en langage barbare , apud montem Calaun.
Je soupçonne qu'il peut y avoir dans
l'original montem Calauu , ou bien montem
Calaux. Le nom de mons doit être
regardé comme substantif en cet endroit,
et non pas comme composant le nom
propre c'est ainsi que quand cet His-
⚫torien parlant d'un Evêque de Laon, dit :
anno 921. Rodulfus Epifcopus montis Lauduni
moritur. Jamais on n'a pensé à ne
faire qu'un seul mot de ces deux - là , ni
à dire Montlaon ou Laonmont. Ainsi ne
cherchons ni Montchal ou Montchau , ni
Chaumont non plus , pour y placer la
Bataille de l'an 925. et contentons* nous
de la montagne de Chalau , située au
midi d'Avallon , à trois lieuës ou environ
de cette Ville et de celle de Vezelay.
La tradition du Pays sur une Bataille em
general, sans specifier le temps , est un
indice qui conduit- là . Le langage du
vieux Romancier de Girard de Roussil
lon conduit au même point , par le mê
lange qu'il fait des Sarrazins , de Char
les le Chauve , et des Chevaliers de Bous
gogne d'un temps bien posterieur.
On pourroit cependant m'objecter que
l'endroit de la Bataille dont je parle a dûs
être plus près de la Riviere de Seine, que
D vj n'em
278 MERCURE DE FRANCE
n'en est l'entrée du Morvan , où Chalaux
est situé , et s'appuyer sur ce que Frodoard
semble dire, que peu de temps après
les Normans étoient campez sur les bords
de la Seine , et que c'étoit en hyver , où
e peut pas beaucoup avancer en peu
d. ours. Mais je réponds à cela que c'é
toit la même saison à l'égard des François
, et qu'avant qu'on les trouvât sur
les bords de la Seine , ils purent avoir
le temps de faire une longue traitte . Il
fallut d'abord après la Bataille de Chalaux
en donner avis au Roi Raoul , qui
étoit dans le Pays Soissonnois ou dans le
Rémois ( a ) ; ce Prince prit ensuite le
temps de rassembler plusieurs Chevaliers
de l'Eglise de Reims et autres Guerriers,
et vint avec Abdon Evêque de Soissons
en Bourgogne. Y étant arrivé il lui fallut
encore le temps d'y ramasser une grande
quantité de troupes ( b ) ; et ce fut
après tout cela qu'il gagna les bords de
la Seine où il trouva les Normans dans
leur camp. Tant de choses ne se font
pas en trois ou quatre jours peut -être
en fallut- il plus de quinze et même un
( a ) Tout ceci eft de Frodoard Auteur contem
porain.
( b ) Collectâque in Burgundia militum manu
mon paucâ.
配
mois
FEVRIER. 1735.
279
mois entier . Pendant ce temps là la Nation
Normande , accoutumée au froid et
à la fatigue , pût avancer à petites journées
fort aisément vers la Seine , soit
vers Châtillon ou vers Troyes , ou encore
plus bas , si l'on veut , vers Net
ou Bray , ou enfin même jusquesors
Melun .
Si vous goutés mes Remarques , je vous
prie , Monsieur , de les adresser aux Libraires
qui débitent le Mercure de France
, je suis persuadé que votre jugement
ne sçauroit qu'être confirmé à Paris , et
par conséquent que les Imprimeurs ne
differeront point à les rendre publiques,
en faveur des Personnes curieuses de notre
ancienne Histoire de France , et qu'ils
n'imiteront point l'exemple du Sr Simart,
qui laisse languir toutes les Piéces qui sont
dans ses portefeuilles. La mienne sur la
Bataille de Fontenay est la plus ancienne
de ses prisonnieres : je n'ai pû obtenir liberté
pour elle , quelques instances que
je lui aye faites là - dessus à plusieurs fois ,
et par écrit et de vive voix . Si votre
ardeur pour la Litterature Françoise vous
portoit à la retirer de ses mains , lorsque
vous irés à Paris , je vous prie d'y changer
deux ou trois lignes dans ce que j'y
ai mis touchant Rindam Burgundionum ,
que
280 MERCURE DE FRANCE
que M. Pithou nous a donné comme s'il
eût été dans son manuscrit . Ce manuscrit
est à Rome : il a passé dans la Bibliotheque
du Vatican , avec plusieurs
autres de France , et je le crois unique
dans le Monde..
Pendant les délais du Sr Simart , j'ai
obtenu qu'on collationnât quelques endroits
de l'Imprimé avec ce Manuscrit :
ceux qui se sont prêtés à cette Collation,
ont marqué qu'il n'y a pas Riudam, que
je croyois être le mot de Druiam un peu
renversé , mais qu'il y a rivolum : c'est
vers la fin du second Livre de Nithard.
J'ajoute assez de foi à ce qu'ils assurent ,
parce qu'il a été assez aisé de prendre
pour un d un o et une / qui se touchent,
aussi-bien que de croire qu'un o est un a
cependant je serois encore plus sastisfait
, si j'avois vû le Manuscrit de mes
yeux, tant pour juger du temps auquel il
a été écrit, que de la configuration des lettres
en question , et de celle de plusieurs
autres noms propres , où il est à craindre
que les Copistes ne se soient trompés
. Admettant donc le témoignage venu
de Rome , ne lisés plus dans votre Nithard
, Pralium fuper Riudam Burgundionum
magno certamine committunt , mais
bien , Pralium fuper rivolum Burgundionum
magno
FEVRIER. 1735 281
magno certamine committunt : le terme de
rivolus employé pour rivulus , laisse à
penser que le Manuscrit de Rome n'est
pas des derniers siécles . Au reste , cette
correction ne change point mon systême,
le ruisseau en question ne pouvant être
que celui qui , de Druyes , s'écoule dans
l'Yonne et le reste de ma Dissertation
paroîtra dans son entier.
Ce 15. Decembre 1734 .
PUISSANCE DE LA LYRE ,,
Sujet tiré de Pindare , par le P. G. J.
Toy , dont la puissante harmonie
Me captive au sacré Vallon ,
Ranime mon foible génie ,
Puissante Lyre d'Apollon.
Venés , yvresse témeraire ,
Transports ignorez du vulgaire ,
Venés , rallumés mon ardeur.
Raison , témoin de leurs Miracles ,
Respecte les sacrez Oracles
De la plus sublime fureur.
Quy
282 MERCURE DE FRANCE
Oui , tout cede , charmant délire ,
Tout obéit à tes transports ;
Tout , de tes sons , sçavante Lyre ,
Revere les puissants accords.
En vain le Maître du Tonnerre ,
Veut malgré toi frapper la Terre
De ses carreaux étincellans ;
Par ta douceur enchanteresse ,
Bien-tôt la Foudre vengeresse ,
S'exhale en éclats impuissants.
Que dis-je ? la Foudre s'arrêté ;
Tu sçais en éteindre les feux :
L'Oiseau qui porte la Tempête ,
Tombe aux pieds du Maître des Dieux.
Je le vois de ses vastes aîles ,
Couvrir les Armes immortelles ;
Je le vois vaincu par tes airs ,
Au lieu de tout réduire en poudre ,
Dormant à l'ombre de la Foudre ,
Laisser respirer l'Univers.
Connu dans les Royaumes sombres
Ton pouvoir s'étend sur les Morts ;
Dans les Enfers je vois les Ombres
Prêter l'oreille à tes accords.
Je vois les coupables Furies ,
Par tes sons vainqueurs attendries ;
Laisser
FEVRIER. 1735.
28%
Laisser tomber leur feu vengeur.
Sur leurs têtes étincellantes ,
Je vois leurs couleuvres sanglantes ,
Oublier leur noire fureur.
EXTRAIT d'une Dissertation de
M. Maillart , Avocat au Parlement de
Paris , sur le Lieu de la Naissance de
S. Louis , Roy de France.
Omme on ne prescrit jamais contre
Cla vérité , il est toujours tempsde la
faire connoître et de se rendre à son évidence.
On ne sçauroit trop louer le R. P.
de Montfaucon , lequel entre les Ecri
vains modernes , est le premier , qui dans
ses Monumens de la Monarchie Françoise,
Tome II . page 122. Edition 1730.
s'est écarté de l'opinion commune , qui
fait naître S. Louis au Château de Poissy
sur Seine , Diocèse de Chartres , et a
écrit que cet auguste Prince est né au
Château de la Neuville en Hez , Diocèse
de Beauvais.
Le sçavant Benedictin n'a pris ce parti
que sur la Dissertation que lui a communiquée
M. Adrien Maillart , ancien
Avocat au Parlement de Paris , lequel
284 MERCURE DE FRANCE
a bien voulu nous en faire part pour
rendre publique par cet Extrait.
la
Si le Lieu de la Naissance de S. Louis
a pû former un Problême , on peut dire
que ce Problême n'a pas été résolu en
faveur de Poissi par Guillaume de Nangis,
Religieux de S. Denis , décedé le 1. Avril
1301. quoique presque contemporain de
S. Louis , né le 25. Avril 1215. et décedé
le 25. Août 1270.
Cet Historien , de l'autorité duquel
on s'est trop prévalu , n'a pas écrit que
S. Louis se glorifiât d'être né à Poissi ,
mais bien d'y avoir été baptisé , à cause
de quoi , lorsqu'il trouvoit à propos de
taire sa qualité de Roy , il s'appelloit
Louis de Poissi , ou Seigneur de Poissi
Voici les termes de Nangis.
>> Capite de honore quem Ludovicus
" Rex dixit sibi factum apud Poissia-
» cum .... Insuper ad laudem devotionis
» fidei ipsius pertinet , quod cum una
» vice esset apud Poissiacum Castrum ,
» quibusdam familiaribus suis gauden , et
» glorians dixit. Quod majus bonum , et
digniorem honorem quam unquam
» habuerit in hoc mundo , fuerat sibi se-
» mel in Castro illo predicto , mirantibus
qui aderant de quo honore hoc diceret
; Cum de Civitate Remensi , ubi
» Regui
20
FEVRIER . 1735. 28
» Regni Coronam et sacram suscepe-
>> rat unctionem hoc dixisse eum potius
» æstimarent
subridendo respondit ,
» quod in Castro illo Sacri Baptismi gra-
» tiam susceperat : Quod super omnes ho-
و
nores sive dignitates mundanas , majus
» donum et dignitatem incomparabilem
» reputabat. Unde etiam cum Secretas
» Litteras alicui Familiari mittebat
» ex aliqua volebat supprimere nomen
» Regis , LUDOVICUM DE POISSIA CO ,
sive DOMINUM POISSIACI se vocabat.
,
Cette omission du Lieu de la Naissance
de S. Louis dans Nangis , a empêché
le judicieux M. de la Chaise d'en
parler affirmativement à la page 35. de
son S. Louis , Edition de 1688. voici
ses termes : Le jeune Louis , né , selon les
meilleurs Auteurs , à PPooiissssii llee 25. Avril
x215.
La premiere opinion et la plus genera-
- le est donc , que S. Louis est né au Château
de Poissi . Cette opinion est confirmée
dans les Auteurs suivans.
M. Du Cange , à la page 43. de ses
Observations sur S. Louis , Edition de
1668. dit. » S. Louis nâquit le 25. jour
» d'Avril , Fêre de S. Marc , l'an 1215. à
» Poissi , où l'on voit encore en la Cha-
» pelle dite de S. Louis de l'Eglise Col-
» legiale
286 MERCURE DE FRANCE
» legiale , un grand Vase de pierre tail-
» lée , porté sur une haute Console ,
» que l'on dit être les Fonts Baptismaux
» où S. Louis reçut le Baptême .
Dom Michel Germain , adopté par
Dom Jean Mabillon , dans le 4. Livre
de sa Diplomatique , dit au Chap . 115.
sur le nom de Pinciacum. » Sed nihil est
quod Pinciacensis Regiæ decus extol-
>> lat magis , quam Ludovici IX . Piissi-
»mi Regis Natales , Sacrique Fontis
>> ablutio : quibus ille , testante Guillelmo
» Nangiacensi ; præ Regii generis di-
»gnitate ac pompâ religiosius gloriari so
lebat. Eô vero locô , ubi editus est in
» lucem Ludovicus , insignem Basilicam
" erexit , cum nobili Virginum Parthe-
" none , quæ hactenus sancti Dominici
» Normam , Institutaque sectantur.
La Naissance de S. Louis à Poissi est
encore affirmée par M. de Choisy , aux
pages 5. 32. et 33. de son S. Louis ,
Edition de 1689 .
Elle l'est aussi par M. Baillet , en la
Vie de S. Louis , 25. Août , dont voici
les termes. Louis IX. du nom , Roy de
France ; fils de Louis VIII. et de Blanche ,
fille d'Alphonse IX. Roy de Castille , nâquit
à Poissi le 25. Avril de l'an 1215 .
M. Baillet , né en la Neuville en Hez,
le
FEVRIER . 1735 287
>
le 13. Juin 1649. élevé par les Cordelier
de la Garde , qui y sont contigus
et décedé à Paris le 21. Janvier 1706.
ne cite pour ses garants que Guillaume
du Puylaurent , et Geoffroy de Beaulieu ,
lesquels au V. Tome des Historiens François
dans André Duchesne , ne parlent
pas de la Naissance de S. Louis. Il cite
aussi Philippe Mousk.
M. Baillet n'est pas excusable d'avoir
tû ici la Tradition de son Lieu natal ,
Laquelle porte que S. Louis est né à la
Neuville en Hez.
La Naissance de S. Louis à Poissi est
encore indiquée par les Génealogistes de
la Maison de France , page 35. Edition
de 1712.
M. Maillart se croit obligé de rapporter
encore les termes de M. Piganiol de
la Force , sur le même sujet. On les trouve
à la page 476. Tome second , de sa
Description de la France , Edition de
1718.
ور
Philippe le Bel , son petit- fils , fit
» bâtir , dit cet Auteur , sous les auspices
» de ce S. Roy , la magnifique Eglise et
» le Monastere des Religieuses de saint
» Dominique , qu'il dota de grands re-
»venus. On a remarqué qu'il fit bâtir
l'Eglise au même lieu où étoit le Châ
» teau
288 MERCURE DE FRANCE
» teau , et que le grand Autel fut placé
au même Endroit où étoit le Lit de
» la Reine Blanche , lorsqu'elle accoucha
>> du Roy S. Louis ; ce qui est cause que
cette Eglise n'est pas orientée comme
elle devroit l'être.
La page 29. de l'Extrait attribué au
feu Comte de Boulainvilliers , Edition
Angloise de 1727. des Memoires de la
Géneralité de Paris , dressez en 1698.
contient ce qui suit. La Ville de Poissi
est très- ancienne ..... S. Louis 9 naquio J
le 25. Avril 1215.
Et voilà tout ce que notre Auteur a
trouvé en faveur de l'opinion de la
Naissance de S. Louis à Poissi.
Mais voici , d'un autre côté , ce qui
forme une opinion toute contraire , selon
laquelle S. Louis est né au Château de
la Neuville en Hez , entre la Ville de
Beauvais et Clermont.
La premiere autorité se tire des Additions
à l'Histoire de Beauvais par M.Simon
, Conseiller à Beauvais , page 46 .
Edition de 1704. où on lit ce qui suit
Nova Villa Hessei , in Hetio , ou Comitis
de Hez : Neuville en Hez . » J'ai vû
» ajoûte t'il , les Originaux de trois Ti-
» tres , dont il y en a deux du Roy Louis
» XI. l'un du mois d'Août 1468. l'autre
» du
FEVRIER. 1735 289
du 13. Octobre 1475. et le troisiéme
» qui sont Lettres du Roy Henry IV.
» de 1601. où on a accordé aux Habitants
de la Neuville pour un temps ,
>> l'exemption de la Taille , en honneur
>> et souvenir de la Naissance de saint
» Louis, Et il est énoncé dans le der-
» nier de ces Titres , qu'il avoit lui - mê-
» me accordé la même exemption par
» Lettres.
· Voici le préambule des Lettres de 1468 .
Considerant aussi qu'audit Lieu de la Neufville
, qui est situé en Forêt , et Pays fort
infertile , et où il ne croit que très - peu de
bien , Monsieur Saint Louis , notre Prédécesseur
, de glorieuse memoire , fut né es
y prins sa naissance , ainsi qu'il nous a
été affirmé par lesdits Habitants.
Cette même Enonciation est rappellée
dans les Lettres du 13. Octobre 1475 .
et dans celles de 1601. M. Maillart a des
copies entieres de ces trois Titres.
Enfin Louvet , dans les anciennes Remarques
de la Noblesse Beauvoisine , Edition
de 1640. in 8. p.399 . a écrit que par
le décès de Thibault VI . Comte de Blois
et de Chartres par son Pere Thibault V.
et Comte de Clermont en Beauvoisis , par
Catherine sa Mere , fille et heritiere de
Clermont , le Comté de Clermont tomba
250 MERCURE DE FRAN
i ba entre les mains du Roy Philp
guste , par l'acquisition qu'il en fit ae
ceux lesquels y prétendoient droit.
On observe à cette occasion , 1 °. que
le Comte Thibault VI. est décedé en
1218. selon Bernier , en son Histoire de
Blois , page 307. Edition de 1682. 29 .
que par une Charte de l'année 1220. qui
est au Registre de Philippe Auguste ,
dont l'Original est le 7. au Trésor des
Chartes de la Sainte - Chapelle du Palais
à Paris , et deux copies sont à la Bibliotheque
du Roy , falio 161. le Roy Philippe
Auguste donna à l'Abbaye de Froidmont,
Diocèse de Beauvais , et assise dans
la Forêt de Hez , 350. Arpens de bois
et 25. Arpens de Friches , à prendre dans
cette Forêt , laquelle est une partie inte,
grante du Comté de Clermont.
のののか
IMITATION de cette Piece de
Catulle , qui commence , Lugete ê
Veneres , &c.
TEndre Venus , tendres Amours , et vous
Hommes galans qui servés belle amie ,
En noir atour aujourd'hui venés tous ,
Pleurer la mort du Moineau de Lesbie,
Las !
FEVRIER: 1735.
Las ! il étoit son ébat le plus doux ,
Elle l'aimoit plus que sa propre vie:
Posé tantôt sur son sein , sur son bras ,
Jamais Enfant ne connut mieux sa Mere,
En quelque lieu qu'elle tournât ses pas.
On le voyoit qui d'une aîle legere ,
Deçà , delà , se hâtant de voler ,
Par sos pipies sembloit le rappeller.
Or vole- t'il vers ces Manoirs funebres ,
Où dès qu'on entre , on demeure toujours.
Que maudit soit ce Pays de Tenebres
Qui nous ravit nos plaisirs , nos amours.
O Parque injuste , ô rigueur sans seconde !
Pauvre Moineau , cause de nos douleurs ,
C'est pour ta mort que Lesbie est en pleurs
Et qu'il en cuit aux plus beaux yeux du Monde.
LETTRE écrite d'Evreux le 15. Dicembre
1734. par M. A. C. D. S. T.
sur un Droit honorifique singulier.
N
Ous lisons , Monsieur , de temps
en temps dans le Mercure des
Questions singulieres de Droit Civil ,
bien discutées par les Avocats des Parties
et décidées par des Arrêts , ce qui
interesse extrémement le Public en plu-
E sieurs
292 MERCURE DE FRANCE
sieurs manieres. Nous n'avions encore
rien vû dans votre Journal de ce qui
concerne la Jurisprudence Féodale , et
en particulier sur les Droits Honorifiques
, si ce n'est la cérémonie de l'Eglise
Cathédrale d'Auxerre, en faveur du
Comte de Chastellux, qui se trouve dans
le Mercure de Juin 1732 .
Pour rendre cette matiere un peu plus
familiere , et pour engager les Curieux
des Provinces à vous fournir d'autres
faits , principalement sur les droits Honorifiques
; en voici un qui n'est pas
moins remarquable que celui qui s'exerce
dans l'Eglise d'Auxerre et qui
regarde aussi une Eglise Cathédrale.
n'en suis informé que depuis peu de
tems par la lecture d'un Aveu en bonne
forme , fait par un Vassal à son Seigneur
Suzerain . Voici de quoi il s'agit .
ܯ
Ezy , est une Châtellenie dans le Dioeèse
d'Evreux , à un quart de lieuë d'Anet
, où il y a Bailliage , Vicomté , Eaux
et Forêts , &c. Elle a pour un de ses
Seigneurs un Gentilhomme sur le Fief *
duquel est bâtie l'Eglise de la Paroisse ,
attenant la Maison Seigneuriale . Ce
Gentilhomme succede à un autre qui
›
* Ce Fief s'appelle le Petit Sassay , et le Seigneur
est Patron de la Cure , &c.
en
FEVRIER . 1735. 293
en l'année 1642. donna l'Aveu qui suic
à son Seigneur Suzerain.
>> De Haut et Puissant Seigneur Mes-
» sire Louis de Carvoisin , Chevalier ,
» Gentilhomme Ordinaire de la Chamnbre
du Roy , Seigneur de Sassay , * &c.
» Je, Loüis des Brosses, Ecuyer , Seigneur
» de Batigny et autresTerres , avoue te-
> nir de mondit sieur , à cause de sondit
noble Fief de Sassay , &c . ....
» Item . Peut ledit sieur de Sassay faire
dire la Messe par le Curé d'Ezy , ou
autre , en l'Eglise Notre- Dame d'E-
» vreux , devant le Grand Autel , quand
» il lui plaira , et peut ledit sieur
» ou Curé , chasser sur tout le Diocèse
» d'Evreux , avec Autour et Tiercelet .
» six Epagneuls , et deux Levriers , et
peut ledit sieur faire porter et mettre
son Oiseau sur le coin du Grand Autel
, au lieu le plus près et le plus com-
» mode , à son vouloir. Peut ledit sieur
Curé , dire la Messe botté et éperonné
» en ladite Eglise N. D. d'Evreux , tam-
» bour battant en lieu et place des Or-
» gues , &c. Signé de Carvoisin Sassay.
9
» par
Présenté , avoué et affirmé veritable
ledit sieur des Brosses , devant nous
* Ou le grand Sassay , par opposition au Fief
cy--dessus de même nom.
E ij Nicolas
294 MERCURE DE FRANCE
» Nicolas le Courtois , Licentié ès Loix ,
» Lieutenant de M. le Sénéchal de ladite
»>-Sieurie de Sassay , le 10. Septembre
» 1642. lequel Aveu lui avons ordonné
» bailler à mondit sieur ou à son Pro-
» cureur et Receveur , &c. Signé , Le
» Courtois et Des Hayes , avec Paraphe.
Il y a cinq Aveux anterieurs et semblables
qui établissent le même Droit,
Je suis , Monsieur , &c.
ETRENNES A MERCURE,
LOGOGRYPHE,
M'En dût- il coûter de la peine ;
Seigneur Mercure, il vous faut votre Etrenne
Vous le voulés , il faut vous obéïr.
Mais un Mortel sçaura- t'il divertir
Un Dieu , Pere de l'Eloquence
Quel sujet faut-il vous offrir ?
L'embarras est de conséquence ,
Pour moi , qui ne puis pas vous donner à choi◄
sir.
Mais à quoi bon tant discourir !
Je vois jusqu'où va l'indulgence ;
Düi , oüi , je commence à sentir
Quand
FEVRIER. 1735. 295
Quand on est , comme vous , plongé dans l'abondance
,
Que des mets succulens on peut bien s'abste
nir,
Et se réduire à faire pénitence ;
C'est à l'excès pousser la complaisance ."
Ainsi vous n'aurés donc , Seigneur , pour tous
présent ,
Qu'un Logogryphe .... Eh quoi ! vous conmencés
à rire ?
De ce foible morceau vous n'êtes pas content ?
Je conviens avec vous que c'est jeûner vraiment.
Gependant , j'aurois à vous dire ,
Que le sujet est grand , qu'il vous est cher ; ainsi
Daignés écouter ; le voici :
Mon essence est toute diviné ;
Cependant , par un attentat ,
Les Mortels ici bas ont changé mon état,
Sur tout en fait de Médecine ,
Où sans moi , plus d'un Candidat
N'auroit pas si bonne cuisine.
Mais , faisons tréve à la digression ,
Lecteur , sept Lettres font mon nom ;
Que vous diviserés en pieds , en ventre , en têtes
Pour débrouiller l'ouvrage que j'apprête ,
Voilà la plus courte façon.
Ma tête offre d'abord l'Empire Lunatique
D'un des freres du grand Jupin ;
E iij Mon
298 MERCURE DE FRANCE
Mon ventre , un laid visage , et qu'on voite avec
soin ;
Et mes pieds , un ton de Musique.
Si de mon tout l'on ôte un membre seulement,
Dans le surplus , en l'arrangeant , "
On trouvera ce que produit la rage ,
Et dont on purge le potage.
Enfin , Lecteur , remis en mon entier ,
Tout divin que je suis , admirés le métier
Que sous certaine forme on m'oblige de faire :
Quoique je sois né dans Paris ,.
Je parle de tous les Pays ;
Je suis chargé de mainte affaire ;.
Je donne et reçois des avis :
Aussi voit- on dans ma boutique
Des effets de toute fabrique ;
Bref , jusqu'au moindre évenement .
Il n'est rien que je ne débite ;
Tout est de mon ressort ; mais ce qui plus m'irs
rite ,
C'est qu'on me charge indécemment
De publier l'enterrement
De gens de tout rang , de tout âge .
Comment à ce discours vous changés de visage p
Seigneur , seriez- vous mécontent ?
Pardon , s'il vous a fait outrage ;
Je n'ai pas crû qu'en vous obéissant ,
On pût blesser l'Auteur de cet Ouvrage..
J .... de Paris.
FEVRIER 1735. 299
AUTRE.
J
E suis dans le Commerce un secours néces
saire :
Assembler plusieurs points , c'est mon unique
affaire ;
Un rien en me faisant , conduit droit à l'erreurg
Mutilons à présent , pour aider mon Lecteur ,
Ma figure coupée en égale partié ,
Se trouve dans l'instant en deux mots convertie ;
L'un est un durillon , que cause sur la peau
Un pénible travail ; l'autre de son fardeau
Four être déchargé , fait souvent plier l'hom
me.
Les bouts de chaque mot font tout juste la
somme >
Chacun de cent cinquante , ou de trois cent les.
deux.
Expliquons mieux ces mots par quelques petits
jeux :
La tête de chacun , Lecteur , si tu transposes
Au lieu l'une de l'autre , on verra mêmes choses;
De l'une et l'autre fin un pareil changement
Doit donner du nouveau ; non , même arrange
ment ;
Enfin pour le milieu , le changement , je pense ,
Va donner dans l'instant un peu de différence ;
Point du tout ; excepté , qu'on voit le mot premier
,
Far un retour égal , se placer le dernier .
E iiij
C'est
298 MERCURE DE FRANCE
C'est pousser assez loin cette badinerie ;
Essayons cependant d'une autre batterie :
Les deux mots rapprochez , sans prendre dès dés
tours ,
Deux autres vont paroître en lisant à rebours ;
Le premier est un Saint connu par ses Ouvrages ;
L'autre est une cau tranquille entre quatre rivages.
D. B. de Joinville.
Si je
ENIG ME.
I montre les dents par tout où je me trouve,
C'est , Lecteur , sans faire de mal ;
Telle qu'on voit en furie une Louve ,
D'abord tu m'aurois crû peut-être un animal ;
Mais , non ; je n'eus jamais pareille renommée ;
Car sans mentir , je suis inanimée.
Un Element sous moi souvent est agité ,
Fendant que je jouis de ma tranquillité ;
Quoiqu'en différens lieux je sois plus ou moins
forte ,
Je pese souvent moins que tout ce que je porte ,
Chez le Petit et chez le Grand
Je suis utile , et tiens le même rang.
Ainsi par tout étant de même usage ,
En vain j'en dirois davantage.
Par L. H. D. G. sur les bords de l'Isere
AUFEVRIER
. 1735 299
N
AUTR E.
Ez dans differente Province ;
Nous nous réunissons tous quatre dans Paris ¿
Dans un même panier compris
Souvent nous faisons mets du Bourgeois et du
Prince.
Qui sommes nous ? De plusieurs attributs
Celui- ci peut suffire à nous faire connoître :
Dès que du Carnaval les jeux sont disparus ,
Nous commençons alors tous les soirs à pa
roître ;
Nous sortons de l'obscurité ;
Faisons-nous faire pénitence ?
Ou flattons - nous la sensualité ?
C'est à vous d'en juger ; je garde le silence.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du mois de Janvier , sont , Miroir ,
Angle , Roye , Foin , Broc , Rouen , Par
pier.
Ev NOU
300 MERCURE DE FRANCE
X:XXXXXXXXXXXXX :X
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
L vient de paroître un Prospectus fort:
étendu du grand Ouvrage que prépare
le R. P. de Montfaucon sous le titre
de BIBLIOTHECA Bibliothecarum Ma
nuscriptorum nova , & c. que nous avons
déja annoncé au Public dans le II . Vol .
du Mercure de Décembre 1733. Voici
la Traduction de ce Prospectus faite par
l'Auteur même.
Cet Ouvrage fera connoître au Public:
qu'il y a de plus précieux et de plusutile
en tout genre de Litterature dans
les Manuscrits des Bibliotheques et des .
principaux Cabinets des Sçavans de l'Eu
rope.
Il y en a beaucoup qui renferment des
Pieces originales sur l'Histoire , des Manuscrits
rares , des Chartres , des Titres ,
plusieurs Ecrits enfin , qui quoiqu'inconnus
, n'en sont pas moins précieux ,,
et qui ne seront peut- être jamais imprimez.
Il est donc utile , il est même
absolument nécessaire d'apprendre aus
Public:
FEVRIER . 1735. 301
que ces Pieces existent , et d'indiquer les
endroits où l'on peut les chercher dans
l'occasion.
C'est dans cette vûë que quelques celebres
Bibliothequaires ont fait imprimer
les Catalogues des Manuscrits des Bibliotheques
commises à leurs soins ; les se--
cours que l'on a retirés de leurs travaux forment
un heureux préjugé pour celui que
nous annonçons au Public , car non seulement
il renferme tout ce qu'il y a d'important
dans les Catalogues déja imprimez
, mais il contient encore ceux d'un
grand nombre d'autres Bibliotheques ,
dont on n'avoit presque aucune connoissance.
La Préface qui sera à la tête de l'Ouvrage
apprendra en détail au Public les
moyens que l'Auteur a mis en usage pendant
plus de 47. ans pour remplir un
si vaste projet. Nous donnerons seule
ment ici le contenu de chaque Volume.
Le premier Tome comprendra les Bibliotheques
d'Italie , et commencera par
la celebre Bibliotheque Vaticane , dans
laquelle l'Auteur a travaillé pendant plusde
deux ans , et d'où il a tiré encore
par le secours de ses amis , tout ce qu'il
yavoit de plus important.
2. Presques toutes les autres Biblio
theques E vis
302 MERCURE DE FRANCE
bliotheques de Rome , de la plupart desquelles
l'Auteur a fait lui- même les Catalogues.
3. Les Bibliotheques du Mont Cassin
et de Naples.
4. La Bibliotheque de S. Laurent de
Florence , fameuse par les rares Manuscrits
qu'elle contient. Outre les Notes
que l'Auteur a faites sur un grand nombre
de ces Manuscrits , il en donne un
Catalogue nouveau , auquel deux sçavans
Hommes ont employé dix années
de travail. Le Grand Duc Cosme III . qui
honoroit l'Auteur de sa protection , lui
envoya ce Catalogue pour en tirer copie.
Après suivront les autres Bibliotheques
de Florence , où il y a des Manuscrits
rares et précicux.
5. Les Catalogues de Boulogne , celui
de la Bibliotheque de Ceséne , qui appartenoit
autrefois aux Malatestes ; le Catalogue
des Archives de Ravenne , trois
fois plus ample que celui qu'on a imprimé
dans l'Histoire de cette Ville.
6°. Le Catalogue des Manuscrits quele
Cardinal Bessarion donna au Sénat de Venise.
Les Catalogues des Manuscrits quí
se trouvent dans les Bibliotheques deVenise,
dressez la plupart de la main de l'Au
teur
2 .
FEVRIER. 173.5.
305
7°. Ceux de Padoüe et de Verone ,
ceux du Duc de Modêne , ceux de S. Be
noît de Padolirone , et la fameuse Bibliotheque
de S. Ambroise de Milan , dans
laquelle l'Auteur a travaillé quelque tems.
8. Après les Bibliotheques d'Italie
viennent celles d'Allemagne . Ce qu'il y
a de plus important dans la Bibliotheque
de l'Empereur , extrait des gros Recueils
de Lambecius et de Nessel. Des
Extraits aussi de celles d'Ausbourg, de Baviere
et de quelques autres d'Allemagne.
9 °. Le Catalogue des Manuscrits de
l'Escurial,
10º. Ce Volume finira par le Catalogue
des Manuscrits du Roy d'Angle
terre , et par les Catalogues des Bibliotheques
de la Grande Bretagne.
Le Tome second est destiné pour les
Manuscrits des Bibliotheques de France.
Il commence par celle du Roi , la plus
nombreuse et la plus belle qui fut jamais.
Charles V. est le premier de nos Rois
qui ait formé un Corps de Bibliotheque
au Louvre. Charles VI. et Charles VII.
l'augmenterent . François I. le Pere et le
Restaurateur des Lettres , l'enrichit de
Manuscrits Grecs , Latins et autres ; ses.
Successeurs continuerent à l'augmenter.
Sous Louis XIV . cette Bibliotheque s'accrut
304 MERCURE DE FRANCE
crut tellement , qu'elle surpassoit déja
les plus nombreuses de l'Europe . Mais
elle doit ses plus grandes augmentations
à S. E. M. le Cardinal de Fleury , qui a
envoyé en Orient , par l'ordre du Roi ,
deux Hommes très-habiles , pour y ramasser
des Manuscrits Grecs et Orientaux
, et ils en sont revenus chargez ,
pour ainsi dire , des dépouilles du Levant.
Il y a joint aussi la Bibliotheque des Manuscrits
de M. Colbert , une des plus considerables
de l'Europe ; la Bibliotheque
de S. Martial de Limoges , et plusieurs
autres. Ensorte qu'il est entré dans la
Bibliotheque du Roi , en moins de troisannées
, près de dix milles Manuscrits ,
qui joints avec les anciens montent au
nombre de trente trois mille, dont quatre
mille sont Grecs . Il n'y eut jamais de si
nombreuse Bibliotheque , sans en excepter
celle de Ptolomée.
Après ce Catalogue , suivra celui de la
Bibliotheque de S. Germain des Prez ,
une des plus considerables de l'Europe.
Le dérail en sera fort curieux et encore
plus utile.
On y trouvera ensuite les Catalogues de
plus de 70. Bibliotheques ou Cabinets de
Manuscrits qui termineront ce Recueil.
C'est de tous ces Materiaux que l'Au--
teur
FEVRIER. 1735
3057
teur a composé son Ouvrage , le Public
sera surpris du grand nombre de Piéces
qui y sont renfermées. Outre les Catalole
Lecteur sera souvent guidé par
gues ,
des Notes que l'Auteur a faites pour indiquer
l'âge et la qualité de plusieurs
Manuscrits.
C
Ceux qui travaillent à la correction des
Auteurs Grecs , Latins , Hebreux , &c .
verront du premier coup d'oeil avec l'aide
des Tables , combien il y a de Manuscrits
sur chaque Auteur..
3
Il s'y en trouve un nombre presqu'infini
sur les Arts et les Sciences , sur la:
Philosophie , les Mathématiques , l'His--
toire Naturelle , la Medecine, la Chymie,
l'Astronomie , l'Astrologie , &c.
›
Les Historiens tant anciens que modernes
, anonymes ou autres , souvent in--
connus , l'Histoire Generale , celle de
Nations , de Royaumes , de Républiques
, de Provinces , de Villes , d'Egli--
ses , &c .
Les Genealogies de Rois , Princes , Seigneurs
, tant de France que d'ailleurs.
Des Chartres, Cartulaires , Papiers Censiers
, Terriers , Nécrologes , &c. Ce qui
regarde les Parlemens , Chambres des
Comptes , Cours de Justice , &c.
En un mot,pour ne pas entrer dans un
trop
306 MERCURE DE FRANCE
trop long détail , on peut assurer , que
dans cette Bibliotheque , qui embrasse
toute la Litterature, et sacrée et profane,
on trouvera un très - grand nombre d'Ouvrages
ignorez jusqu'à present , et cependant
aussi intéressans pour le Public
qu'utiles aux Particuliers.
Pour faciliter l'usage et la recherche
de cette multitude de Piéces , il y aura
deux Tables des plus amples. La premiere
, qui sera à la tête du premier Volume
, sera distribuée par matieres , et
la seconde , qui terminera l'Ouvrage ,
sera par ordre Alphabetique. C'est au
moyen de ces deux Tables que le Public
reconnoîtra toute l'utilité de ce Livre ,
et qu'après y avoir trouvé même au- delà
de ce qu'on lui promet , il conviendra
que c'est un des plus grands services
qu'on pouvoit rendre à la République
des Lettres.
L'Ouvrage contiendra deux Volumes
in folio d'environ 225. feüilles chacun.
imprimé en caractere que l'on nomme
Cicero neuf, et du papier tout pareil à
celui du Projet. Il n'en sera tiré qu'un
très- petit nombre.
Le Libraire chargé de l'Impression a
déja fort avancé le premier Volume . On
peut en voir les feuilles chez lui . Tout
Fow
FEVRIER . 1735. 307
l'Ouvrage sera livré en feuilles au commencement
de l'année 1736.
Il s'imprime chez Briasson , ruë S. Jac
ques , à la Science. On le vendra cinquante
livres en feuilles lorsque l'Edition
sera achevée ; mais on le donnera pour
trente six livres à ceux qui avanceront
presentement vingt- quatre livres , et qui
donneront douze livres en recevant les
deux Volumes.
LI
On trouve actuellement à Paris , chez
Bauche , Libraire du Roi de Portugal ,
Quay des Augustins ; à Lyon , chez Duplein
, Libraire ; à Lille, chez Maton,
braire,sur la petite Place , et à Liege, chez
Everard Kints , Libraire et Imprimeur ,
en Souverain -Pont , à la nouvelle Imprimerie,
le premier et le deuxième Tome
in quarto , de l'Abregé Chronologique es
Hiftorique de l'Origine , du Progrès & de
l'Etat actuel de toutes les Troupes de France.
Cet Ouvrage est dédié au Roy. Il est
enrichi d'un très- grand nombre d'Armoiries
et de Vignettes en taille- douce ,
dessinées et gravées par les plus habiles
Maîtres. Ces Vignettes représentent les
Siéges , Attaques et Combats où chaque
Corps s'est trouvé.
Le premier Tome comprend les quatre
Com
308 MERCURE DE FRANCE
Compagnies des Gardes du Corps et celle
des Gendarmes de la Garde. Le deuxième ,
la Compagnie des Chevau - Legers de la
Garde , les deux Compagnies des Mousquetaires
, celle des Grenadiers à Cheval,
et les seize Compagnies de la Gendarmerie.
Le troisiéme , qui ne paroît pas encore
, traitera du Regiment des Gardes
Françoises, et de celui des Gardes Suisses.
Cet Ouvrage est le fruit de travaux
immenses.
1º. L'Auteur y fait une exacte recherche
de l'Origine et de l'Institution de
chaque Compagnie , qu'il fixe à des Epoques
, qui paroissent beaucoup plus certaines
que celles d'aucun autre Ecrivain ,
par les preuves qu'il en rapporte , et qui
sont tirées de la Chambre des Comptes,
et de Manuscrits de la Bibliotheque du
Roy.
2. Il donne une Liste Chronologique
des Capitaines , Lieutenans , Enseignes ,
Cornettes , & c. de chaque Compagnie ,
depuis son Institution avec la datte de
leurs Commissions tirée de la Chambte
des Comptes , et des Memoires pour servir
à l'Histoire de ces Officiers.
· 3º A la fin de chaque Compagnie
on trouve un Journal Historique , ample
et détaillé de toutes les actions , où
elle:
FEVRIER. 1735. 309.
elle s'est trouvée depuis son Institution
. Cette recherche des actions particulieres
de chaque Compagnie , donne
à l'Auteur occasion de rapporter quantité
de traits curieux de P'Histoire des
Guerres de France , tant du dedans du
Royaume , que du dehors , ce qui rend
cet Ouvrage d'autant plus intéressant
pour toute la Nation en general , et en
particulier pour toutes les Familles distinguées,
qui y trouvent leurs Ancêtres se
signaler dans leur tems , et se couvrir dela
gloire dont leurs Descendans jouissent
encore aujourd'hui .
Chaque Tome se vend en feüilles 21..
liv. argent de France. Le premier contient
246. Armoiries et 16. Vignettes ,
et le deuxième 222. Armoiries et 19. Vignetes.
DISSERTATIONS DE MEDECINE , Tome II..
contenant une Dissertation sur la Goute ,
et la méthode de la guerir radicalement,
avec un Recueil d'Observations sur les
Maladies dépendantes du défaut de la respiration.
Par Pierre Default , Docteur en
Medecine , Agregé au College des Mede--
cins de Bordeaux . A Paris , chez Jacques-
Guerin , Quay des Augustins 1735. in 12 ..
His
to MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE DES REVOLUTIONS d'Espa
gne , depuis la destruction de l'Empire
des Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite
réunion des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie. Par le P.
Joseph d'Orleans , de la Compagnie de
Jesus , et publiée par les Peres Rouillé et
Brumoy , 1734 A Paris , chez Rollin fils,
Quay des Augustins , à S. Athanafe , trois
Vol. in 4. Tome I. pp . 579. Tome II.
PP . 644. Tome III . pp. 655.
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens
, des Carthaginois , des Assyriens ,
des Babyloniens , des Médes , et des
Perses , des Macedoniens , des Grecs.
Par M. Rollin , ancien Recteur de l'Université
de Paris , Professeur d'Eloquence
au College Royale , et Associé à l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres. Tome VIII. A Paris , chez la
veuve Etienne , Libraire, ruë saint Jacques,
à la Vertu. 1734. in 12.
GEOGRAPHIE PHYSIQUE , OU Essai sur
l'Histoire naturelle de la Terre , traduit
de Langlois de M. Woodvvard , par M.
Noguez , Docteur en Medecine , avec la
Réponse aux Observations de M. le Docteur
Camerarius ; plusieurs Lettres écrites
Sur
FEVRIER. 1735. 31r
sur la même matiere , et la Distribution
méthodique des Fossiles , traduite de
l'Anglois du même M. Woodvvard , par
le R. P. Niceron , Barnabite, A Paris ,
chez Briasson , à la Science , 1735. in 4°
>
et
ANATOMIE CHIRURGICALE ,
ou Description exacte des Parties du
Corps Humain , avec des Remarques utiles
aux Chirurgiens dans la Pratique de
leur Art , publiées ci- devant par M. Palfin
, Chirurgien Juré , Anatomiste
Lecteur en Chirurgie à Gand , nouvelle
Edition , revûë , corrigée et augmentée ,
accompagnée de Notes dans le premier
volume , et refondue dans le second par
B. Boudon , Docteur en Medecine. On y
a joint les Observations Anatomiques et
Chirurgicales de M. Ruisch , et celles de
M. Brisseau , avec plusieurs Figures en
Taille douce. A Paris , chez Guillaume
Cavelier , rue faint Jacques , au Lys d'or.
1734. 2. vol in 8 ° . Tome I. pp. 457. T.
II . pp. 403. à quoi il faut ajoûter 176 pp.
pour les Observations Anatomiques de
M. Ruisch , et 36. pour celles de M.
Brisseau.
L'ORIGINE ANCIENNE DE LA PHYSIQUE
NOUVELLE , où l'on voit dans des Entretiens
312 MERCURE DE FRANCE
tiens par Lettres ce que la Physique
nouvelle a de commun avec l'ancienne,
le degré de perfection de la Physique
nouvelle sur l'ancienne, les mayensqui ont
amené la Physique à ce point de perfection
.Par le R.P.Regnault,de la Compagnie
de Jesus. A Paris, chez Clouzier,rue S.Jacques
1734. in 12. 3.vol. Tome I. pp. 329.
T. II. pp. 392. T. III. pp. 358. sans compter
les Tables qui sont à chaque Tome.
CONVERSATIONS sur plusieurs Sujets
de Morale , propres à former les jeunes
Demoiselles à la Pieté. Ouvrage utile
à toutes les Personnes qui sont chargées
de leur éducation . Par M. P. C. Docteur
de Sorbonne. A Paris , chez J. B. La-
Mefle , François Heriffant , & Henry.
1733. vol . in 12. pp . 540.
LETTRE écrite d'Arles , le 25. Janvier
1735. par M. de .... à un de
ses Amis en Languedoc , au sujet des
Poësies de Mlle de Malcrais de la Vigne.
E viens de recevoir , Monsieur , un
Exemplaire
Malcrais de la Vigne , nouvellement imprimées
à Paris. Comme je sçai l'estime
que vous faites des Ouvrages de cette.
charFEVRIER.
1735. 318
charmante Muse , je me hâte de vous
rendre compte de son Livre , qui pourroit
peut-être ne pas tomber si - tôt entre
vos mains .
Les applaudissemens que le Public avoit
si justement donnés à ceux des Ouvrages
de cette sçavante Fille , qui avoient
parû dans les Mercures de France et qui
lui avoient mérité les éloges des meilleures
plumes de notre siccle , exigeoient
sans doute de sa reconnoissance qu'elle
présentât à ce même Public , non seulement
le Recueil des Pieses déja imprimées
dans differens endroits , mais encore
un nombre d'autres qui n'avoient
jamais parû. Animée par le même motif,
elle devoit aussi , pour la gloire de ceux
qui l'avoient celebrée , accompagner son
Recueil des Pieces qu'ils lui avoient adressées
avec les Réponses qu'elle leur avoit
faites ; ce qui compose un volume in 12.
de 300. pages ou environ.
Je ne vous dis rien des Ouvrages que
vous connoissez déja , je me contente
de vous rapporter quelques traits choisis
parmi ceux qui paroissent pour la
premiere fois , et je suis persuadé que
lorsque vous les verrés en entier , vous
ne trouverés ni moins d'élevation , ni
moins de délicatesse et de sentimens
dans
14 MERCURE DE FRANCE
dans celui - ci , que vous en avez admiré
dans les premiers.
On a peu vû de ces heureux Génies
qui se soutiennent également dans le
grand , le simple , le tendre et le bâdin ;
chacun de ces genres demande un esprit
tout entier ; mais il étoit réservé
pour la gloire du beau Sexe , à une Fille
élevée dans le fond d'une Province et
peu à portée ,
, pour ainsi -dire , des in-
Auences du Parnasse , d'allier tous ces
talens divers . Les La Mottes , les Voltaires
,les Destouches , et tant d'autres Esprits
sublimes , en ont été frappez , et n'ont
pû retenir leur juste admiration : leurs
Vers sont des garants immortels du mérite
de Mlle de Malcrais et de ses Ouvrages.
Elle n'a pas pris le soin de dédier
son Livre. En effet elle n'avoit pas besoin
d'un nom respectable pour le favoriser
; celui de Malcrais de la Vigne
suffit pour en faire l'éloge et en assurer
le succès. Elle ne l'a pas non plus , suivant
un usage trop établi , chargé d'une
Préface ennuyeuse,plutôt que nécessaire,
et vaine ,plutôt que sçavante; mais par
un tour bien digne de son esprit , elle
la commencé par une Piece qui est en
même temps une Epitre et une Préface.
Cette
FEVRIER.
1735.
315
Cette
aimable Fille , avec cette
naïveté
et cette
délicatesse qui lui sont si naturelles
,
s'adresse à ses Vers , qui
veulent
se
produire au grand jour ; elle les blâme
de leur
témerité , et leur
reproche
qu'arrivez à peine de la
Province , ils se
Aattent d'être
recherchez avec
empressement
de tout le
monde ; de-là
prenant
occasion de se
récrier
contre la
vanité
inséparable de
l'homme , et sur tout du
Foëte , elle
s'exprime ainsi :
Un Nain , vis- à- vis d'un
Miroir ,
Sur la pointe du pied se leve pour se voir ;
D'un plaisir
ravissant son ame est
enyvrée ;
A ses yeux
fascinez , il devient un Géant ,
Et se
trouve en se
rengorgeant ,
Fort
comme
Hercule et beau
comme Niréc.
Un Poëte
commence à rimer bien ou mal ,
Et dès lors il se juge à tout le moins égal
A
Despréaux , à
Corneille , à
Moliere ;
Il a sur tout un goût
original ;
C'est un Soleil naissant qui
franchit la barriere.
Mais elle leur fait voir tous les
écueils
qu'ils
doivent
craindre. Elle
dépeint ces
Aristarques
caustiques ,
gendarmez contre
toutes les
nouveautez
dont les cris
tumultueux et les
Arrêts
terribles font
trop
souvent
retentir les Caffez et les Pro-
F
menades
13 MERCURE DE FRANCE
menades de Paris . Elle prévient ses Vers
que leurs excuses envers leurs Critiques
seront inutiles.
Vous leur dirés pour abreger leur Glose ,
Que tout dans un Jardin n'est pas Eillet etRose;
Rien ne peut les fléchir , et vous voudrés en vain
Vous couvrir des brillants suffrages
Que vous donna plus d'une docte main , &c.
Elle passe delà à une autre espece de
Critiques encore plus dangereux.
Il est d'autres Censeurs , affables Personnages ,
A l'oeil simple , à la peau douce comme satin ,
Du titre au dernier Vers , ils loüeront vos Oue
vrages ,
Ils vous embrasseront avec un air benin ;
Tournés-vous un moment la tête
Par derriere aussi - tôt on enfonce le dard , &6.
Ensuite n'aprouvant point l'usage de
ceux qui mettent de grandes Disserta
tions à la tête de leurs Ouvrages , sur
la nature , les progrès , les délicatesses de
' Art qu'ils ont cultivé , et du genre qu'ils
ont choisi , et blâmant tout ce galimatias
pompeux dont un Auteur se pare
dans une Préface , elle dit :
Mais quand je lis ses Vers chargez d'ennui ,
Je crois que l'Ouvrage est de lui ,
E
FEVRIER. 1735. 317
Et que ce beau Preliminaire
Est le fruit emprunté d'une main étrangere.
Ce fatras donne- t'il aux OEuvres quelque prix
Je n'ai pas vu qu'Horace et que Virgile ,
A la tête de leurs Ecrits ,
Missent un préambule aussi long qu'inutile.
Ne se révoltant pas moins contre l'usage
des Dédicaces par où les Auteurs
cherchent plutôt à se vanter qu'à loüer
le Seigneur à qui ils parlent , elle finit
par ces mots :
S'il est quelque Lecteur complaisant , gracieux ,
Qui vous trouve un peu de génie ;
Votre destin, mes Vers , est assez glorieux
C'est à lui que je vous dédie.
Cette Piece m'a parû si ingénieuse que
je n'ai pû me refuser au plaisir de m'y
arrêter ; mais.entrons plus avant dans le
Livre . L'Ode , comme un des genres de
Poësie le plus élevé , y tient le premier
rang ; et j'ose dire qu'il s'en trouve ici
que nos plus grands Maîtres ne désavotie
roient pas. Telles sont celle de la Fievre
et celle qui est adressée à la vertu ,
force , l'élevation , la beauté des images
et de la versification , tout s'y trouve
en voici quelques Strophes ; je ne suis
embarassé que du choix .
la
Fij Que
318 MERCURE DE FRANCE
Quel souffle , execrable Peste ,
Dans l'Univers t'apporta !
Mon corps infecté , déteste
Le démon qui t'enfanta ;
Tant que ta rage s'éguise
Sur un Mortel qu'elle épuise ,
On languit , on ne vit pas,
L'accès de retour sans cesse ,
Est pour celui qu'il oppresse ,
Toujours un nouveau trépas,
L'inéxorable justice
Du Monarque des Enfers ,
Punit d'un pareil supplice
Un Géant chargé de fers,
Ses entrailles dévorées ,
Sont aussi - tôt réparées
Sous les serres d'un Vautour ,
Sa faim n'est point assouvie
Et de la mort à la vie
Il le mene tour à tour.
Souvent d'un obscur nuage
?
L'éclat du Ciel s'obscurcit
Si- tôt qu'on voit fuir l'orage ,
Il s'épure , il s'éclaircit .
L'accès fuit , la fievre passe ,
C'est à la Fieure que parle l'Auteur.
J
FEVRIER . 1734.
319
Je vis ; mes sens ont leur place ;
Mais hélas ! calme cruel !
Puisqu'encor à la même heure ,
Il faut que demain je meure ,
Jouet d'un mal immortel .
L'Ode sur la Noblesse est adressée à
la Vertu . L'Auteur n'oublie aucun des
désordres où ne se livrent que trop souvent
ceux qui , satisfaits de porter un
nom illustre , ne s'embarassent pas de le
soutenir par leurs propres vertus , et leur
fait voir avec autant de feu que d'énergie
, que la véritable Noblesse ne peut
subsister sans la vertu . Cette Piece contient
trente Strophes , sans celle qui est
adressée au Cardinal de Fleury , et l'on
peut dire qu'elle est également soutenuë ;
en voici quelques traits pris au hazard .
Toi , qu'engendra l'impure écume ,
Parmi les flots tumaltueux ,
Venus , combien ton feu consume
De ces Pâris voluptueux !
Effeminez Sardanapales ,
Prodigues Heliogabales ,
Ils t'obéissent sans effort .
Vils flateurs , brulants idolâtres
Des dévorantes Cléopatres ,
Le crime en son sein les endort.
Fiij Leur
20 MERCURE DE FRANCE
Leur âge s'écoule dans l'ombre ,
Leurs biens entiers sont envahis ,
Pour fournir aux besoins sans nombre
Des Gliceres et des Lays :
Souvent un hymen deshonnête
Les joint en une affreuse fête ,
Noirs serments ! execrables noeuds !
L'Amour bien- tôt se change en haîne ,
Et voit , de leur indigne chaîne ,
Naître des Monstres dignes d'eux.
Voici pour les mauvais Juges .
Dignitez , charges fastueuses
Que méconnoissent les Vertus ,
Tribunaux , Banques tortueuses ,
Ou préside le seul Plutus ;
L'Avarice aux mains infernales ,
Dans ses balances inégales ,
Pese le sang et la faveur r ;
Et souvent d'une Courtisane ,.
La bouche obscéne fut l'organe.
Par où parla le Sénateur .
Eh quoi ! ces feuilles surannées
Que n'ont point épargné les Vers ,
Devront à vos moeurs effrenées ,
Attirer des respects divers ?
J'y lis de vos Ayeux antiques
Les
FEVRIER. 1735. 32
Les Vertus , les faits authentiques ,
Par vous sans cesse démentis ;
Ayeux qui n'ont d'autres supplices,
Quand on leur raconte vos vices
Que d'avoir eu d'indignes Fils
Mais ne crois pas qu'au sang illustre
Ma Muse veüille avec mépris ,
Ravir un légitime lustre ,
Dont elle connoît tout le prix.
Oüi , marqué d'un tel caractere ,
Tu mérites qu'on te révere ,
Si la vertu fait ton bonheur :
Mais si le vice te domine ,
Ton nom , ta brillante origine ,
Eclaireront ton deshonneur.
Un vrai Noble expose et prodigue
Tout son sang pour servir son Royj
C'est alors que rompant la digue ,
Son coeur exerce son emploi .
Mais quand d'Olive couronnée¿
La Paix fertile est ramenée ,
Il revient chez lui souhaité ;
Juste , honnête , affable , sincere ,
DeDe ses Vassaux , il est le Pere
Et non le Tyran redouté.
Fij L
122 MERCURE DE FRANCE
Les Idilles suivent les Odes. Il y en
a peu qui n'ayent déja parû. Les Hirondelles
, les Tourterelles , les Coquillages ,
&c. ont beaucoup contribué à la réputation
de Mlle de Malcrais . Celle de
'Hyver , qui est une Imitation de l'Ode
IX . du premier Livre d'Horace , estici
toute nouvelle , et n'est pas inferieure
aux autres : après une peinture trèsnaturelle
et très- bien caractérisée de l'Hyver
, Voici comme parle l'Auteur :
"Ami, près d'un bon feu , consumons les journées
Mais qui peut retarder là- bas ton Sommelier
Qu'il ne soit jamais las de tirer du Cellier
Ces flacons pleins d'un jus , que depuis quatr☛
années
Tu conserves si cherement ;
¿Que nos tasses soient couronnées
Des flots de ce Nectar charmant.
Laissons regler aux Dieux l'ordre des Destinées,
A ces Dieux , qui des vents arrêtant la fureur
Calment les Ondes mutinées ;
༞ ཎ
Et des bois , où l'orage avoit porté l'horreur a
Font des retraites fortunées.
Sans nous embarasser du douteux lendemain
De ce jour, quel qu'il soit, faisons un bon usage,
Passons- le avec plaisir , qu'il soit clair et serain ,
Où voilé d'un sombre nuage , &c.
Les
FEVRIER . 323 1735 .
Les Cantates viennent ensuite . Parmi
celles qui n'ont pas vû le jour , celle de
la Rose est une des plus ingénieuses :
c'est une Rose qui veut empêcher Corilas
qui l'a cultivée , de la cueillir ; mais
le Berger malgré les remontrances de la
Rose , s'obstine dans son dessein , et ne
lui trouve plus de charmes . En voici la
morale :
Amans , sous les plus douces chaines
Contraignés vos brûlans désirs ;
Le comble des tendres plaisirs
Est souvent le comble des peines
Les Epitres marchent après. Il n'y en
a aucune qui ait été ci-devant imprimée
l'imagination et la délicatesse de:
P'Auteur brillent dans la plupart de ces
Piéces ; dans d'autres , c'est le sentiment
et le naturel qui en font le mérite. L'Epitre
sixième est adressée à un Jesuite ,
qui n'a pas crû pouvoir mieux marquer
sa reconnoissance et le cas qu'il en faisoit
, qu'en la renvoyant à l'Auteur traduite
en Latin . Cette Traduction se
trouve à la suite de l'Original. Je ne
puis passer sous silence l'Epitre au Prince
de Conti ; elle répond parfaitement a
la dignité du Sujets en voici des traits =
FV Le
324 MERCURE DE FRANCE
Le Ciel vous récompense , à nos voeux favorable ,
Il vous offre à votre retour
Le présent le plus agréable
Qui puisse flatter votre amour.
Les Jeux en voltigeant vous enlevent vos armes
Le plaisir succede aux allarmes ,
Le repos aux travaux guerriers ;
L'Hymen tendrement vous embrasse ;
Et sa main legere entrelasse
Ses mirthes parmi vos lauriers .
Parlant ensuite des Exploits du Prince,.
voici comment l'Auteur s'exprime :
Kell vit avec effroi son invincible Epée
Dans le sang du Germain trempée ,
Guider nos Conquerans , sous les armes vieillis ,
Et sur ses aîles la Victoire
Porta son noble Eleve au sommet de la gloire ,
Couronné des lauriers que lui-même a cuëillis.
Orgueilleux Philisbourg , où triomphent nos
Armes ,
Vous avés éprouvé jusqu'où va sa valeur ,
Et le Rhin dans ses flots le voyant sans allarmes ,
Frémit en admirant sa belliqueuse ardeur ..
Ces Grecs et ces Romains , dont les noms d'âge
en âge
* La Naissance du Comte d'Alais , dont la Princesse
de Conti a accouché, pendant que son Illustre
Epoux étoit à l'armée.
2
On
FEVRIER. 1735 .
325
Ont été préservez des horreurs du tombeau
Du métier de Héros faisoient l'apprentissage ;
La guerre étoit pour eux d'abord un Art nouveau
:
Les Contis sont Héros au sortir du berceau .
Conti , vous imités vos illustres Ayeux ;
Votre Fils marchera sur vos pas glorieux ; .
Le Lion , toûjours intrépide ,
N'engendre point un Cerf timide ,
Et les Dieux engendrent les Dieux.
Je passe aux Epigrammes , dont quel.
ques-unes sont très - vives , et d'autres
très- naturelles ; je n'en raporterai qu'u
ne , m'appercevant que j'ai déja excedé
de beaucoup les bornes d'une Lettre.
EPIGRAM M E.-
Alix versoit des pleurs en abondance -
Le propre jour que son mari mourut ; .
Un Papelard de profonde éloquence ,
Vint l'exhorter à prendre patience ;
L'onctueux Pere en ces mots discourut
Le Ciel le veut votre homme est mort ; ça ', chut
Consolés- vous vos pleurs , Mademoiselle ,
Le pourront- ils racheter du trépas ?
Las! que diroir le Pablic , reprit-elle ,
Veuve aujourd'hui , si je ne pleurois pas ?
F-vj
326 MERCURE DE FRANCE
Il me resteroit à vous parler d'un grand
nombre d'autres Poësies diverses qui
viennent après les Epigrammes sans arrangement
; mais cela me meneroit trop
loin. Il y a sur tout des Poësies Anacréontiques
, qui ne sont pas ce qui est
sorti de plus foible de la plume de Mlle
de la Vigne. Je ne vous dirai rien non
plus des Epitres qui lui sont adressées
quoi qu'il s'en trouve quelques- unes qui
n'ont jamais parû ; une entr'autres dans
notre Langue , où le Génie de cette Langue
et la force de l'expression qui lui est
propre , sont parfaitement conservez.
Mais je ne puis m'empêcher de vous envoyer
encore la Parodie de quelques
Stances de l'Ode de Rousseau , Que l'hom
me , & c. qui est fort heureuse.
Qu'un Livre est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs !
En naissant , sous la presse , il crie
Et semble prévoir ses malheurs.
Un essain de fâcheux Censeurs ,
D'abord qu'il commence à paroître,
En dégoûte les acheteurs ,
Qui le blâment sans le connoître.
A
FEVRIER.
$735. 327
A la fin , pour comble de maux ,
Un Droguiste qui s'en rend maître ,
En habille poivre et pruneaux ;
C'étoit bien la peine de naître !
Je suis avec mes sentimens ordinaires ,
votre , & c .
EXTRAIT d'une Lettre du mois de
Fanvier dernier , contenant quelques
Nouvelles Litteraires..
D
"
E Lauzanne. Notre célebre Compatriote
, M. de Crouzas , retiré de
la Cour de Hesse , où il étoit Gouverneur
de S. A. le Prince Héreditaire , a
repris ses travaux Litteraires , âgé de
72. ans. Il va publier un Abregé de sa
Logique Française , et un nouvel Ouvrage,
intitulé : Pensées libres sur l'Institution
de la Jeunesses mais son plus bel Ouvrage
est une Conférence qu'il a ouverte
dans sa maison , où il fait des Discours
suivis sur la Logique , Discours aisez , ett
qui ont tout l'air de conversation ; il en
applique continuellement les régles à la
perfection du goût et des moeurs : les
exemples , la critique , les caracteres , la
lecture , les maximes , la connoissance du
Monde , tout ce qui peut aider a penser
juste
28 MERCURE DE FRANCE
Juste et agréablement , s'y trouve mêlé
avec beaucoup d'art. Son but a été de
former à la vertu et au goût des Sciences
ses jeunes Compatriotes ; il le fait
gratis , avec une ardeur extrême , et d'une
maniere utile à tous les âges ; on y va en
foule vous m'avouërés que c'est une façon
bien noble de terminer sa carriere ;
à l'âge où il est , il seroit difficile de lui
opposer un jeune homme qui eut plus
de feu et d'enjouëment.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de lá
Suisse et des Pays du Nord . Année 1732-
Tome 24. A Amsterdam , chez P. Humbert
, in 12, de 220. pages.
མ
HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE depuis
le commencement du Monde , jusqu'à
la naissance de J. C. par demandes et
par réponses. Par Jacques Brucker , à Ulm,
chez Bartholomaei 1731. in 12. pp . 11207
sans la Préface et les Tables . L'Ouvrage
est en Allemand.
Extrait des Nouvelles Litteraires . De:
Leipzig , le premier Avril 1732. On a
fait une perte très considérable
mort de M. Jean Burchard Mencke
par
la
あ
Con
FEVRIER. 1735. 329
7
Conseiller de Cour et Historiographe de
l'Electeur de Saxe. Il étoit Professeur en
Histoire , Membre du grand College des
Princes , Decemvir , et le plus ancien
des Professeurs de l'Université , quoiqu'il
ne fut que dans sa 58. année . M. Frider
ric Otton Mencke , son fils aîné , continuëra
les Acta Eruditorum , et travaillera
à soûtenir la réputation de ce Journal ,
qu'il regarde avec raison comme son patrimoine
, puisqu'il a pris naissance dans
sa famille , et y est demeuré sans interruption
jusqu'à présent.
De Dresde. M. le Conseiller Schramm :
travaille à une Histoire des Ponts , où il
s'étendra particulierement sur la des
cription de celui de cette Ville.
De Hambourg. On débite ici des Supplémens
aux Ouvrages de divers Auteurs
sur les Livres rares , par M. Voge.
M. Wolff le jeune , Professeur à notre
College , travaille à un Dictionnaire des
Médailles , Lexicon Numismaticum , qu'on
croit qui pourra être de 4. vol. in fol.
L'article X. placé après les Nouvelles
Litteraires contient une Lettre adressée
aux Auteurs de la Bibliotheque Germanique
, de la de la Societé amusante de
part
Berlin , laquelle se plaint par la plume
de quelqu'un de ses Membres , qu'on a
donné
330 MERCURE DE FRANCE
donné dans les Gazettes une idée fort
équivoque de cette Societé , dont voici
le plan.
Nous ne songions point assurément à
nous faire connoître ; nous ne présumions
pas assez de nous- mêmes pour
croire que notre établisssement pût interesser
le Public ; la circonstance présente
nous oblige de changer d'avis. Quelques
personnes se feroient peut être de fausses
idées , il faut les détromper ; c'est ce que
nous ferons aisément , en leur apprenant
en peu de mots quel est le plan et le but
de nos Assemblées .
que
Chacun y traitte tour à tour divers Sujets
que l'on se donne réciproquement ,
et la critique en suit la lecture. Pour
plus de varieté , on entremêle ceux qui
demandent de l'étude avec d'autres qui
ne demandent de la réflexion . On y
donne des Extraits raisonnez des Livres.
nouveaux , et on se fait une loi d'y produire
les doutes auxquels la lecture de
ces Livres donne quelquefois nécessairement
occasion . En géneral , chacun est
admis à faire part des Nouvelles Litteraires
qu'il a aprises , et on en porte
son jugement ; on se prescrit enfin de
communiquer à l'Assemblée ce qu'on
trouve de remarquable dans ses lectures
par
FEVRIER. 1735 . 337
particulieres , et tout ce qui peut regarder
la Litterature par quelque endroit.
Par ce Plan , il est facile de juger du
but que la Societé se propose , et dans
quel esprit elle s'est formée ; elle a en
vûë une utilité commune , qui rejaillisse
sur ceux qui la composent. Elle se propose
la verité ; mais en même- tems
après qu'on croit l'avoir aperçûë , on
fait ses efforts pour la présenter , non
avec un visage fier et sévère , mais avec
un air agréable , qui la fasse paroître
telle qu'elle est. La Societé n'a pas crû
pouvoir exprimer ce but avec plus de
modestie , qu'en l'appellant un amusement
, et en prenant elle- même le nom
de Société amusante.
Nous souhaitons que quelqu'un d'entre
nous puisse être un jour utile au Public
; mais c'est ce dont nous n'osons encore
nous flatter , comme nous voudrions
pouvoir nous en flatter dans la suite ;
nous demeurons pour le présent dans les
bornes de notre premier Projet , qui est
de nous instruire nous mêmes.
La Lettre est datée de Berlin le 24
Décembre 1731.
NOV332
MERCURE DE FRANCE
NOUVEL Avis sur les Memoires de la
Vie des Hommes Illustres , & c.
On a vu dans le Mercure du mois d'Octobre
dernier , un premier Avis sur les Memoires des
principales Actions des Hommes Illustres du Regne›
de LOUIS XI V. avec la Liste de 30. premie
res Vies ; là-dessus plusieurs personnes ont fait
des plaintes , les uns de n'avoir pas trouvé dans
cette Liste des Grands Homines recommandables
sous le dernier Regne ; les autres qui vou.
droient avoir cet Ouvrage , sont fâchés qu'il
s'imprime si loin et qu'il ne soit pas répandu dans
le Royaume pour l'avoir plus facilement , et il y
en a d'autres qui voudroient envoyer des Memoires
sur ces vies à l'Auteur , et ne sçavent ou
les adresser ; pour satisfaire à ces plaintes on a
cru devoir donner au Public la Liste de toutes
les Vies que contiendra cet Ouvrage , de même
que les Endroits où l'on pourra le trouver , avec
le nom de ceux qui le vendront et chez lesquels
on pourra remettre les Memoires qu'on voudra
envoyer à l'Auteur,
LISTE de toutes les Vies qui seront
dans les Memoires des principales Actions
des Hommes Illustres du Regne
de Louis XIV.
Maréchaux de France.
Mrs de Catinat
de Bellefont.
d'Etrées.
de la Feüillade.
de Vauban .
de Noailles.
de Montrevel.
de Berwick.
de Villars.
de Lorge.
d'Harcourt.
de Choiseul.
FEVRIER. 1935. 333
Je Navailles.
de Boufflers.
de Rozen.
de Tallard.
de Tessé .
de Chamilly.
de Crequy .
de Luxembourg .
d'Humieres..
de Duras.
de Villeroy.
de Tourville .
de Gassion.
de la Ferté.
d'Uxelles.
de Médavi.
de Marcin.
de Chateaurenaud,
de Gramont.
de Joyeuse.
Officiers Generaux.
Mrs le Duc de Vivonne. de Magaloti
le Duc de Lesdiguieres. D'Illon,
le Bret.
de Crement.
de Laubanie.
le Comte de Vertillac.
de Vaudray.
de Saint Silvestre.
d'Albergoti ,
d'Artagnan.
de Magnac.
Daubeterre.
de Saint Pater .
le Guerchois .
Mornas Siffredy .
de Blainville.
de Guiscar.
de Feuquieres .
de la Chétardie ..
de Loëmaria.
de Montal .
de Rivaroles.
de Montauban .
de Melac .
de Fimarcon,
Duquesne.
de Relingue.
de l'Harteloire;
de la Hoguette.
le Duc de Gadagne,
de Chaseron.
de Fourbin.
de Chanlay
de Némond.
d'Imecourt.
de Praslin .
de Vaubecourt
de Megrigny.
de Rubantel .
d'Aligre.
de Gabaret.
de Refuge.
de la Bretêche:
de Greder ..
de Calvo .
de Tilladet .
de Langeron .
le Chevalier Bar.
Ano
334 MERCURE DE FRANCE
Ambassadeurs.
Mrs le Card. d'Estrées . Amelot .
le Cardinal de Bonzy . le Comte Davaux .
le Cardinal de la Tre- Amelot de la Houssaye
moüille .
Autres Illustres.
Mrs l'Evêque deNîmes. Esprit Fléchier.
l'Archevêque d'Alby . Serrony.
de Bezons , Conseiller d'Etat .
On trouvera cet Ouvrage chez les Libraires
suivans. A Paris , chez Briasson , ruë S. Jacques ,
à la Science. A Lyon , chez Rigolet , Quay des
Celestins . A Besançon , chez Boussillo , Libraire.
A Toulouze , chez Carnau , Libraire - Imprimeur.
A Bordeaux , chez Labotiere aîné , Libraire . Ez
a Avignon , chez François Girard , Place saint
Didier, qui imprime l'Ouvrage.
Barbou , Libraire , rue S. Jacques , aux Cygognes
, continue à débiter les Oeuvres de M. de
Fontenelles , de l'Edition d'Hollande in fol. 3 .
Vol. et in 4. 3. Vol . outre la beauté de l'impression
et du papier , cet Ouvrage est recommandable
par les Frontispices , Vignettes et Culs
de lampes , dessinez et gravez par B. Picart.
Le même Libraire vend l'Imitation de J. C.
traduite nouvellement par M. L. D. F. augmentée
d'un Chapitre qui n'avoit jamais été imprimé.
Cette Edition in 18. est ornée de Vignettes
en taille douce , et d'un Ordinaire de la Messe
Fouge et noir.
Le 7. de ce mois , le Pere de la Sante , l'un
des Professeurs de Rethorique au College de
Louis
FEVRIER. 1735. 335
Louis le Grand , y prononça un Discours Latin
Arès-éloquent , dans lequel il fit connoître
Combien il est difficile à un Orateur , durant le
cours d'une guerre , d'en faire le sujet d'un Discours
Public. Les Cardinaux de Polignac et de
Bissi , le Nonce du Pape , plusieurs Archevêques
et Evêques , et un grand nombre de personnes
de considération s'y trouverent.
Nous esperons donner un Extrait de cette
Piéce d'Eloquence,
Le Roi ayant nommé les principaux Officiers
de l'Académie Royale des Sciences pour la
présente année , ils y prirent séance dans l'As
semblée du 8. Janvier ; sçavoir , le Duc de Richelieu
en qualité de Président , le Comte de
Maurepas, Vice- Président , et M M. de Reaumur,
et de Maupertuis , Directeur et Sous Directeur.
Le 21. du mois dernier , l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place de Pensionnaire
Astronome , vacante depuis long- tems par
la mort de M. Lieutaud , élût pour les trois Sujets
qu'elle présente au Roi ; sçavoir , MM . Bouguer
et la Condamine , de la Compagnie , et M.
Cassini fils , Externe.
Le 26. le Comte de Maurepas , Ministre d'Etat
, écrivit à la Compagnie , que le Roi avoit
choisi M. Bouguer , qui par cette promotion a
laissé vacante une place d'Associé Géometre .
Le premier de ce mois , pour remplir cette
place , l'Académie élut pour les deux Sujets
qu'elle présente au Roi , M de la Condamine ,
de la Compagnie , et M. Belidor , Officier d'Artillerie
, et Professeur des Ecoles de cet Art.
Le
836 MERCURE DE FRANCE
•
Le Mercredi 9. le Comte de Maurepas écrivit
à la Compagnie , que le Roi avoit choisi M. de
la Condamine , qui par là , a laissé vacante uge
place d'Adjoint Chimiste.
Le Mercredi 16. Février , pour remplir cette
derniere place , l'Académie élut pour les deux
Sujets qu'elle présente au Roi MM. Hellot et
Habert.
Le 12. le Comte de Maurepas fit sçavoir à
la Compagnie , que le Roi avoit choisi M.
Hellot.
11 résulte des Observations faites à l'occasion
de la Description de la Méridienne de Paris , tracée
d'une extrémité à l'autre de la France , comme
on le peut voir dans l'Ouvrage sur la figure
de la Terre , publié en 1718. par M. Cassini ,
que les degrez du Méridien vont en diminuant
de longueur, en approchant du Pole, d'où il suit
que la Terre doit être oblongue.
La mesure du parallele de Paris , tracée l'année
derniere par M. Cassini , l'a confirmé dans cette
opinion . M. Newton , M. Huygens et plusieurs
autres Philosophes , fondez sur l'Observation des
M. Richer , de l'Académie des Sciences , qui a
remarqué que le Pendule à secondes étoit plus
court vers l'Equateur que dans nos climats , et
en conséquence d'une sçavante Théorie , ont conclu
au contraire quela Terre étoit rehaussée vers
l'Equateur et aplatie vers les Poles . Rien n'a parû
plus propre à décider cette question , qui est
importante par rapport à la Géographie et à la
Navigation , que d'avoir la mesure exacte d'un
degré de l'Equateur et du Méridien aux envi
rons de l'Equateur pour les comparer à celles des
degrez de Longitude et de Latitude mesurez en
France,
FEVRIER . 1735. 3.37
france. C'est le principal objet du voyage que
vont faire Mrs Godin et Bouguer , Pensionnaires
Astronothes,et M.de la Condamine,Associé Géometre
de l'Académie Royale des Sciences , envoyez
par le Roy , munis des Passeports néces
saires de Sa Majesté Catholique , dans le Royaume
du Perou , qui a parû le seul Endroit de la
Terre sous la ligne habitée dans une étendue
suffisante par une Nation policée , où ces Observations
pussent se faire avec toute l'éxactitude
nécessaire. Les trois Académiciens , M. de Jussieu
, Docteur en 'Médecine , Botaniste , un Chirurgien
, un Dessinateur , un Horlogeur , &c.
doivent se rendre à la fin de ce mois à Rochefort
, pour passer sur un Vaisseau du Roy à
S. Domingue , d'où ils se rendront à Portubels
et de- là au Pérou , dans la Province de Quilo ,
dieu choisi pour leurs Observations.
PRIX proposé par l'Académie de
Chirurgie , pour l'année 1735.
L
' Académie de Chirurgie , établie à Paris sous
la protection du Roy , désirant contribuer
aux progrès de cet Art et à l'utilité publique
propose pour le Prix de l'année 1735. le Sujet
suivant :
a
Déterminer le caractere distinctif des playes faives
par arme à feu et le traitement qui leur convient.
Ceux qui travailleront pour le Prix , sont in
vitez à fonder leurs raisonnemens sur la pratique
; on les prie d'écrire en François ou en Latin
, autant qu'il se pourra , et d'avoir attention
que leurs écrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leur Mémoire une marque dissinctive
, comme Sentence , Devise , Paraphe ou
Signature
338 MERCURE
DE FRANCE
Signature ; et cette marque sera couverte d'un
papier blanc collé ou cacheté , qui ne sera levé
qu en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages francs de port
à M. Morand , Secretaire de l'Académie de Chirurgie
à Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains .
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Le Prix est une Médaille d'or de la valeur de
200. livres , qui sera donnée à celui , qui au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur
Memoire sur le sujet proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur même ;
qui se fera connoître , ou au Porteur d'une Pro-
Curation de sa part ; l'un ou l'autre représentant
la marque distinctive , avec une copie nette da
Mémoire.
Les Ouvrages seront reçûs jusques au dernier
jour du mois de Février 1736. inclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique de
1736. qui se tiendra le Mardy d'après la Trinité
; proclamera la Piece qui aura mérité le Prix .
Le Prix de l'année 1733. a été adjugê à la Piecc
Nº. 21. dont la Devise étoit , Celatus optat decelari.
L'Auteur est M. le Cat , Maître Chirurgien
et Chirurgien de l'Hôtel - Dieu en survivance
Roüen.
L'Académie a jugé que la Piece Nº. 19. dont
la Devise est : Sic vos non vobis mellificatis apes,
méritoit seule de concourir pour le Prix ; mais
l'Auteur ne s'est pas encore déclaré.
M. Frigot , toujours attentif à instruire le Pu
blic de ce qui se passe d'extraordinaire dans la
Nature a
FEVRIER. 1735. 339
Nature , nous écrit ce qui suit dans sa derniere
Lettre datée de Montebourg en Cotentin , le 4.
Février 1735.
Depuis le jour de Noël dernier nous avons essuyé
des pluyes presque continuelles , souvent
mêlées de bourasques et de Tonnerre. Deux ouragans
furieux , l'un arrivé la nuit du 9. au
10. l'autre, la matinée du 19. du mois detnier
, ont déraciné une quantité prodigieuse
d'arbres , et sur tout de Pommiers > ce qui
forme un spectacle désolant dans nos Campagnes
beaucoup de maisons sont décou
vertes , et la Mer a gagné un terrain considerable
près du Grand Vey. Dieu nous préserve d'un
accident pareil à celui de l'Isle de Portland, dont
nous parle la Gazette. L'Angleterre et la Bas: e
Normandie vont-elles donc devenir une seconde
Sicile et une autre Calabre ? Je trouve dans le
Mercure de Novembre , deux Extraits de ce que
j'ai pris la liberté de vous écrire au sujet du
Tremblement de Terre arrivé ici le 5. du même
mois. En voici encore quelques circonstances remarquées
par des Personnes qui ne dormoient
point.Le mouvement de bascule ou bercement, fut
iel qu'il est marqué avoir été en Angleterre, mais
outre ce mouvement qui se repeta 4. ou 5. fois
de suite , le Tremblement fut terminé par une
secousse verticale , accompagnée de ce bruit
sourd qui me réveilla et qui ressembloit à un
gros coup de Tonnerre éloigné. Ainsi finit cette
terrible Scene , qui avoit été annoncée quelque
temps auparavant par des sifflemens inusitez. Un
jeune Marinier de ma connoissance , revenu depuis
8. jours de S. Domingue , nous assure que
pareil Tremblement s'y est fait sentir au commencement
du même mois , mais il n'a point
G exac$
40 MERCURE DE FRANCE
exactement remarqué le jour. Pour moi , qui
suis assez curieux de ce qui arrive dans la Nature
, j'ai remarqué depuis trois mois que lorsque
le vent a été Sud pendant quelque temps et que
vers le soir il s'est tout à coup mis au Nord-
Ouest , ce qui est arrivé fort souvent sur le
champ on a vû paroître une Aurore Boreale ;
j'ai vu des nuits au déclin de la derniere Lune er
au commencement de celle- ci presque aussi lumineuses
que si on eût été dans la pleine Lune ,
Quelquefois tout l'horisor étoit couvert de
nuages enflammez ; quelquefois ce n'étoit qu'une
Jumiere comme celle du jour naissant.
SUITE des Médailles du Roy.
La double Médaille frappée pour le Roy , et
dont nous donnons ici la gravûre , est sur le
même sujet et a le même Revers ; sçavoir , le
Gaiu de la Bataillé de Guastalla. Deux habiles
Maîtres, M. du Vivier et Rocettiers, ont travaillé
chacun de son côté aux Coins de la tête du Roy ,
et ont donné des marques de leur capacité dans
ce bel Art La Médaille executée par M. du Vivier
, fut présentée au Roy le premier jour de
cette année ; les deux Médailles ont d'un côté la
Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Lau
riers , avec la Légende ordinaire , et sur le Revers
, gravé par le sieur le Blanc , un Trophée
élevé sur les bords du Pô , ayant pour baze des
Canons , des Mortiers et des Timballes , avec
une Armure au- dessus , d'où sortent des Drapeaux
aux Armes de l'Empire. En bas, le Fleuve
est représenté sous la figure d'un Vieillard couronné
de Roseaux , panché sur son Urne , et reg
gardant le Trophée avec admiration . De l'autre
εὐτε
DE
XV
.
REX
GERMANIS
AD GUASTALLAM
XIX SEPTEMBRIS
MDCCXXXIV
ITERU
CHRISTIANISS
THE NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
' AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER. 1735. 341
sôté on voit dans les Airs une Victoire passante,
tenant d'une main une Palme, et de l'autre une
Couronne de Lauriers , posée au- dessus du Trophée
; pour Légende DE GERMANIS ITERUM .
Sur le rebord de l'Urne du Pô ERIDANUS. Et
dans l'Fxergue , AD GUASTALLAM XIX . SEP♣
TEMBRIS M. DCC . XXXIV .
Le Roy vient d'accorder au sieur du Vivier
une gratification de mille livres.
où sont
Le sieur Huquier , Marchand d'Estampes , visà-
vis le grand Châtelet , vient de donner au Public
un Livre de douze feuilles de Trophées d'aprês
les Desseins du celebre Watteau ,
des attributs des quatre Saisons , d'autres de
Guerre , d'Amour , de Chasses , de Musique ,
des Arts , &c. Le grand débit qu'il s'en fait ,
prouve l'excellence de la composition.
Il a aussi depuis peu mis au jour sept Cartouches
de guerre d'après les Desseins du sieur de
la Jože, Peintre de l'Académie Royale de Peinture.
Il ne s'est encore gravé que peu de Morceaux
où il ait parû une composition aussi riche et
d'aussi bon goût ; ils sont dédiez au Duc de
Montemar , qui les a honorez de son suffrage.
Le sieur Huquier a acquis depuis peu trois
Planches , gravées d'après le sieur Noël Coypel ,
dont nous avons déja parlé avec éloge ; l'une
représente Galathée , l'autre l'Amour qui allume
le Flambeau de l'Hymenée , & c. La troisiéme
est une Femme vûe à moitié et dans une attitude
agréable et pittoresque.
Nous avons annoncé dans les précedens Mercures
l'Estampe de Mlle Dufresne , gravée par le
sieur Lépicier , d'après le Portrait peint par le
Gij sieur
342 MERCURE DE FRANCE
sieur Aved , l'un et l'autre Peintre et Graveur
de l'Académie. Elle est actuellement en vente ,
rue des Noyers , chez Suruque , et rue S. Jacques
, chez la veuve Chereau.
M. Travenol , cy- devant Premier Violon de
la Musique du Roy de Pologne , fait graver une
Cantate intitulée , la Fierté vaincuë par l'Amour
qui paroîtra dans le courant du mois prochain .
Les paroles de cette Cantate sont aussi de sa
composition.
Le sieur le Maire , Maître de Musique à Paris,
vient de faire graver six nouvelles Cantatilles ,
intitulées , la Musette , les Effets de l'Absence , le
Triomphe de l'Amour , le Dédain affecté , le Retour
de Bellonne , et la Jalousie. Elles sont du même
prix de 24. sols , que les seize autres qui sont
gravées , et qui ont été chantées au Concert des
Tuilleries. On trouvera tous ces Ouvrages au
Mont Parnasse , ruë S. Jean de Beauvais ; chez
l'Auteur, ruë de la vieille Bouclerie, au Chefsaint
Jean ; à la Regle d'or , ruë S. Honoré , et chez le
Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or.
Le même Auteur donnera le mois prochain
un Recueil d'Airs choisis de Due, Récits de Basse,
Vaudevilles , et Rondes de Table , de sa composition
, le prix sera de trois livres .
1c
On trouvera aussi aux mêmes adresses les
nouveaux Motets qu'il a composez pour
Concert Spirituel , le prix de chaque Livre est
30. sols. de
AIR
W YORK
PUBLIC LIBRARY.
ABTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
E NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
FEVRIER.
1735. 343
AIR A BOIRE.
R Ien ici bas n'est ferme ni durable :
Par ce funeste exemple aprenés - le , Mortels.
Le Cabaret , séjour jadis si délectable ,
Dont les destins sembloient être éternels ,
N'est plus , hélas ! qu'un Désert effroyable
Où Bacchus voit renverser ses Autels.
Dieu des Raisins , viens venger cette injure ,
Dans ces lieux si charmants rapelle tes Buveurs ,
Ou pour te signaler chez la Race future ,
Par un trait éclatant punis tes Déserteurs ;
Que leurs gosiers brulants d'une ardeur dévo
rante ,
Ne soient plus rafraîchis par ta Liqueur char
mante ,
Ou que privez au moins de ton plus doux Nectar,
Ils ne boivent jamais ni Beaune , ni Pomar.
SPECTACLE S.
A Tragédie de Sabinus fut repré-
Lsentée pour la premiere fois sur le
Théatre François le 29. Décembre , et
Giij elles
344 MERCURE DE FRANCE
elle a eu huit Représentations , qui ont
été extrémement applaudies , si on en
excepte la premiere , que le Public , c'està-
dire un certain Public , ne voulut point
écouter. Une interruption de huit jours,
fortifia le progrès du mauvais bruit qu'on
avoit répandu sur cet Ouvrage. Sabinus
reparut avec très - peu de changemens ;
il fut autant relevé qu'il avoit été abaissé;
mais ce secours vint trop tard ; les mauvaises
impressions se prennent facilement
, mais elles ne s'effacent pas de même.
Le petit nombre de Représentations
de ce Poëme n'a pas laissé de faire hon .
neur à M. Richer , qui a fait voir par
ce coup d'essai , qu'il sçait remplir aussi
bien que les plus grands Maîtres , les
deux Objets principaux que la Tragédie
se propose , qui sont d'exciter la terreur
et la pitié. Il est vrai qu'on n'a pas
été
aussi content de la versification ; on n'y
a trouvé ni le sublime de Corneille , ni
l'élegance continuë de Racine , mais eston
deshonoré pour être inférieur à ces
grands Hommes ? l'Auteur de Sabinus
s'est attaché à nous donner un bon fond
de Poëme Dramatique , et il a un peu
négligé l'accessoire qu'on a porté depuis
quelques années au delà des bornes qu'il
faut lui prescrire , si l'on ne veut confondre
FEVRIER . 1735 . 345
fondre la Tragédie avec l'Epopée . Au
reste nous ne prétendons pas convenir
que la versification de Sabinus soit aussi
foible qu'on a voulu le persuader , on
pourra en juger par quelques morceaux
que nous en citerons dans cet Extrait.
La Scene est dans le Camp des Romains
, sur les bords de la Mozelle , c'est
Sabinus qui l'ouvre avec Sinorix , un de
ses Affranchis ; il est habillé en Romain ,
pour n'être pas connu . Il fait entendre
à Sinorix les mesures qu'il a prises pour
faire secouer le joug des Romains aux
Gaulois , ses chers Compatriotes ; il deffend
à cet Affranchi d'apprendre son
projet à Eponine , son Epouse , dont il
craint les larmes . Sinorix se retire et un
moment après Primus , que Sabinus attend
, vient le joindre . Ce Primus , quoique
Gaulois de Nation , a autrefois contribué
à mettre Vespasien sur le Trône ;
mais se voyant méprisé de cet Empereur
depuis qu'il lui est inutile , il ne cherche
qu'une occasion de faire éclater son juste
ressentiment. Sabinus lui apprend que
l'heureux moment de venger leurs communs
affronts est enfin arrivé . C'est ici
qu'on fait l'exposition , tant du passé que
du présent ; Sabinus apprend à Primus
qu'ayant été vaincu par la trahison des
G iiij Peuples
346 MERCURE DE FRANCE
Peuples de la Seine , il s'étoit retiré dans
un lieu souterrain , après avoir fait répandre
le bruit de sa mort après l'embrasement
de son Palais , &c. Il ajoûte
qu'ayant fait sçavoir à Eponine en quels
lieux il s'étoit , pour ainsi dire , enseveli
tout vivant , elle n'avoit pas balancé
à venir partager son sort , et à se renfermer
avec son Epoux dans cette espece
de tombeau , où deux Enfans leur étoient
nez. L'Auteur le fait parler avec beaucoup
de feu et d'énergie , dans le récit
qu'il fait de la premiere guerre qu'il déclara
aux Romains dans les premieres années
du Regne de Vespasien ; voici comme
ce fier Gaulois s'exprime , parlant à
ses Compatriotes :
De vos vastes Citez contemplés les ruines ,
Leur dis-je , et des Vainqueurs les meurtres , les
rapines ;
Quoi ! vos coeurs sont- ils faits pour ces indignitez
?
Voyés au bord du Rhin les Germains révoltez,
Civilis contre Rome excitant les Bataves ;
Osés les imiter , vous n'êtes plus Esclaves ;
De Jules descendu , mais né dans ces Climats ,
Vers l'Italie en feu , je veux guider vos pas ;
Tandis qu'à ses Tyrans sa liberté s'immole ,
Retournés assiéger les murs du Capitole ;
Ces
FEVRIER . 1735. 347
Ces murs pour deffenseurs n'ont plus de Manlius
;
Mais les Sujets d'Othon et de Vitellius ,
Esclaves des Tyrans que les Gaulois abhorrent ,
Et qui n'ont de Romain qu'un nom qu'ils deshonorent.
D'un joug trop odieux délivrons l'Univers ;
Vangeons les Nations de tant d'affronts soufferts
;
Que Rome à ños Exploits connoisse qui nous
sommes ,
Et qu'en tout tems la Gaule est fertile en grands
hommes.
.
"
Quoique ces Vers regardent des tems
antérieurs à l'action Théatrale nous
avons jugé à propos de les citer , pour
justifier la versification de cette Piéce :
elle n'est pas par tout également soûtenuë
; mais il s'en faut bien qu'elle soit
aussi défectueuse qu'on l'a voulu persua
der. Reprenons le fil de l'action...
›
Primus ayant appris de Sabinus que
Civilis , soutenu des Germains et des Bataves
, et favorisé par les ombres de la
nuit , doit surprendre les Romains plorgez
dans le sommeil , lui promet de le
seconder , suivi de ses braves Amis , entre
lesquels il nomme Cecinna , Meiel--
lus , Rutile , Fabien. Ces deux premiers
G&y noms
348 MERCURE DE FRANCE
noms sur tout doivent servir à la Piéce ;
Metellus et Cecinna avoient été les plus
mortels ennemis de Sabinus ; ce qui dans
la suite doit donner lieu à la prétenduë
imprudence d'Eponine , qu'on a accusée
de trop de babil. Domitien vient ordonner
à Primus de la part de Vespasien ,
de chercher par tout Sabinus , qu'on dit
être encore vivant ; Primus se retire ,
sçachant bien à quoi s'en tenir . Domitien
fait connoître à Pâris , son Confi .
dent , sa jalousie contre Titus son frere ;
il lui apprend son amour pour une inconnuë
qu'il a vûë dans le Temple de
Vesta. Titus survient ; il blâme la trop
timide prudence de Domitien. Le mépris
de l'un , et la haine de l'autre , paroissent
également dans cette courte
Scene. Titus finit ce premier Acte par
un Monologue , où il fait connoître qu'il
aime la même Inconnue , sans qu'il sçache
qu'il a Domitien pour Rival.
Eponine commence le second Acte
par un Monologue , où elle dit qu'elle
ne confie qu'aux Dieux le secret du sort
de son cher Epoux ; mais ce secret lui
échappe dans la Scene suivante . Elise ,
Dame Gauloise en qui elle a beaucoup
de confiance , lui vient annoncer que sur
un bruit qui s'est répandu que Sabinus
respire
FEV KIER. 1735. 349
respire encore , on fait chercher ce Héros
par tout ; Eponine lui demande avec
frayeur en quels lieux on le cherche
Elise lui répond , que c'est sous les ruines
de son Palais, qu'il avoit embrasé lui-même.
Cette derniere circonstance acheve
de déconcerter Eponine , et lui fait reveler
un secret , dont sa Confidente lui
dit qu'elle se doutoit déja ; elle tremble
également pour son Epoux et pour ses
Enfans. A peine a t'elle appris ce premier
malheur , qu'Alberic , Affranchi de
Sabinus, vient lui annoncer , comme une
bonne nouvelle , une conjuration qu'il a
aprise de deux Soldats , et lui nomme
Cecinna et Metellus comme Chefs des
Conjurez. Eponine est frappée d'effroi à
ces noms ennemis ; elle congédie Alberic
, et ouvrant son coeur à Elise , elle
forme la résolution de reveler à Vespasien
ce qu'elle vient d'apprendre d'Alberic.
Voici sur quoi elle est fondée :
Metellus et Cecinna ont été , et vraisemblablement
doivent être encore , les
plus dangereux ennemis de Sabinus ;
Vespasien le poursuit comme son ancien
Concurrent à l'Empire ; mais la clemence
de Titus laisse quelque esperance à cette
tremblante Epouse , au lieu qu'elle voit
tout perdu , si Metellus et Cecinna sont
G vj
élevez
350 MERCURE DE FRANCE
élevez à l'Empire ; elle balance quelque
tems ; et voyant approcher Vespasien ,
elle se retire , pour peser ce qu'elle doit
faire dans une conjoncture si délicate.
Voilà sur quoi on l'a condamnée , et
peut-être l'auroit -t'on loüée , si les suites
n'avoient pas été si funestes , tant il
est vrai qu'on ne juge bien souvent que
sur les Evénemens .
Vespasien entre sur la Scene avec Titus
et Primus ; ce dernier lui rend compte
de la commission dont Domitien l'a
chargé de sa part ; il lui dit que toutes
ses recherches ont été vaines ; il ne pouvoit
parler autrement , puisqu'il étoit
lié d'interêt avec ce même Sabinus , dont
la vie allarmoit l'Empereur ; mais l'avis
qu'on vient donner à Vespasien commence
à l'allarmer. Pâris , Confident de Do
mitien , dit à l'Empereur qu'une inconnuë
demande à lui parler , et qu'elle a
un avis d'importance à lui communiquer ;
l'Empereur ordonne qu'on la fasse entrer
: c'est Eponine même ; Titus la reconnoît
pour l'Inconnue qu'il aime , et
Primus ne sçait que penser de ce qui
amene la femme de Sabinus auprès de
son plus grand ennemi. Eponine revéle
le secret de la conspiration ; Vespasien
se retire , après l'avoir assurée de sa reconnoissance.
FEVRIER. 1735 33x
fr
connoissance. Titus qui reste auprès
d'elle , lui confirme les promesses de son
Pere ; il lui parle de son amour ; Epo
nine répond à cette déclaration en femme
qui est bien éloignée d ' s'en préva-.
Ioir ; mais quel coup de foudre pour
elle ! elle aprend un moment après que
Primus est allé joindre Civilis , Chef de
la conspiration , et que Sabinus même Y
entre , et excite les Gaulois à suivre son
exemple. Titus quitte Eponine , en lui
disant qu'il va lui faire voir que l'amour
qu'il a pour elle ne l'arrache pas à la
gloire , comme elle a voulu le lui faire
entendre. On peut juger de la situation
où se trouve Eponine en ce moment ; elle
fait connoître ce qui se passe dans son
coeur par ce court Monologue :
Qu'entens -je ? Dieux cruels , od me réduisés .
vous ?
Se peut - il qu'Eponine ait trahi son Epoux ?
l'auriés-vous permis ? et sourd à mes Ciel
prieres >
Vous servés - vous de moi pour combler ses mi
serts ?
M'avés -vous inspiré ce funeste dessein ,
Pour lui plonger moi-même un poignard dans
le sein ?
Revoyons sa retraite , aprenons si mon zele ,
Si l'amour, la pitié , me rendent criminelle.
Les
!
352 MERCURE DE FRANCE
Les Critiques trop séveres diront peutêtre
ici qu'ils n'ont point fait d'injustice
à Eponine en l'accusant d'imprudence ,
puisqu'elle s'en accuse elle-même ; mais
ne sçavent- ils pas que la douleur est injuste
, et qu'ils n'ont pas dû prononcer
de sang froid un Arrêt de condamnation
que la passion a mis dans la bouche de
la criminelle prétenduë ?
Pendant l'Entr'acte , Eponine est allée
au lieu de sa retraite ; elle n'y a point
trouvé son Epoux : Sinorix même , son
fidele Affranchi , lui a avoué qu'il a repris
les armes contre les Romains ; elle
persevere à s'accuser d'imprudence ; elle
frémit du sort où elle peut l'avoir livré ;
elle plaint celui de ses enfans , qui peutêtre
ne verront le jour pour la premiere
fois , que pour ne le revoir jamais . Elise
n'oublie rien pour lui rendre l'esperance ;
elle appuye sur tout sur la génerosité et
la magnanimité de Titus ; mais toute apparence
d'espoir s'évanouit à l'approche
de Sinorix , qui lui annonce la victoire
de Titus , et l'entiere défaite de Civilis ;
il lui dit qu'on n'a point de nouvelles
précises de Sabinus ; mais il lui aprend
que Titus a fait un Prisonnier , dont la
valeur fait beaucoup de bruit dans l'Armée
Romaine . C'en est assez pour faire
,
soup
FEVRIER . 1735. 319
soupçonner Eponine que cet illustre Prisonnier
n'est autre que Sabinus. Titus
vient ; il est surpris de trouver Eponine
si affligée dans un succès que Vespasien
ne doit qu'à elle - même ; elle lui dit que
quelqu'un de ses Parens pourroit être du
nombre de ceux qui ont perdu la vie
sous les Drapeaux de Civilis ; elle lui demande
le nom du vaillant Prisonnier
qu'il a fait ; Titus lui dit qu'il l'ignore ,
mais qu'il va le faire paroître à ses yeux ;
elle le prie de lui permettre de le voir ,
et de lui parler sans témoins ; Titus y
consent avec sa bonté ordinaire ; le Prisonnier
vient , et Eponine le reconnoît
pour son cher Epoux . Cette Scene est
une de celles qui ont plus tiré de larmes ;
en voici quelques Vers : c'est Sabinus
qui parle :
J'aurois sçu prévenir cette injure sanglante ;
Mais il ne m'est resté qu'une rage impuissante ;
Et voulant dans leur Chef braver tous les Romains
,
Mon fer , teint de leur sang , s'est brisé dans
mes mains.
Mais dans un tel revers , mes plus rudes allarmes
Sont d'augmenter vos maux de voir couler
vos larmes ;
Madame , retenés des soupirs superflus ;
Ne
314 MERCURE DE FRANCE
Ne pleurés point mon sort ; estimés Sabinus
J'ai rempli mon devoir , et le sort qui m'outrage
,
N'a pas détruit .mon nom , ni flétri mon courage
;
Son aveugle fureur peut servir les Tyrans ; ;
Mais les Héros trahis en paroissent plus grands.
Eponine lui aprend que c'est elle
seule qui l'a trahi , en découvrant une
conspiration , où elle ignoroit qu'il fûr
entré ; elle se plaint tendrement du silence
qu'il lui a fait de cet important secret
, par ces Vers :.
A ce hardi projet me serois je oposée ?
Hélas ! à quel mépris suis- je donc exposée
Vous n'aves vû paroître encor que mes soupirs ›
Vous m'eussiés vû répondre à vos nobles désirs
Oui , Seigneur , mon courage eût essuyé mes
larmes
J'eusse armé votre bras pour courir aux allatmes
;
Mon coeur même avec vous eût pû les partager;
Que n'avois je point fait enfin pour vous vanger
?
Dans ce climat , Seigneur , fertile en grandes .
ames .
La mollesse n'est pas le partage des femmes.
Sabi
FEVRIER. 1735. 355
Sabinus la prie de lui faire donner un
poignard , pour terminer un sort si malheureux
; elle lui reproche la cruauté
qu'il a de vouloir achever de la rendre
complice de sa mort ; elle lui dit qu'elle
a encore esperance dans la génerosité de
Titus .. Sabinus s'obstine à vouloir mou
rir , & c.
›
Quoique les deux derniers Actes soient
les plus interessans de la Piéce , nous
n'en ferons qu'une Analise succincte ,
pour ne point passer les bornes que nous
nous sommes prescrites sur ces sortes
de matieres. Vespasien suivi de Titus et
de Domitien , commence le quatrièmes
il ordonne qu'on amene le Prisonnier
que Titus a fait : Sabinus vient ; mais
rien ne peut le contraindre à se nommer.
Voici la réponse fiere qu'il fait à l'Empereur
:
Tu ne le sçauras point ; non ; malgré ma dis
grace ,
Cesar , ne prétends pas que je te satisfasse ;.
?
Mais juge à ma fierté , qui brave les revers
Quel ennémi le sort fait tomber dans tes fers
Mon courage du moins te fait assez connoître
Que si je ne suis Roi , je mérite de l'être ;
Des coeurs comme le mien ne peuvent se tra
hir ,. Et
356 MERCURE DE FRANCE
Et ce n'est qu'aux Dieux seuls qu'ils sçavent
obeïr .
Il ajoûte en parlant de Sabinus , dont
Vespasien veut qu'il lui aprenne le
sort :
Je connois le Guerrier qui cause ta terreur ;
Oui , tant qu'il vit , tu dois redouter sa valeur
Sorti du grand Cesar , c'est sa vivante image ,
S'il n'en a le bonheur , il en a le courage ;
Sans le sort ennemi qui borna ses Exploits ,
Son Païs étoit libre , et rentroit dans ses droits ;
A tous ses Citoyens sa disgrace est commune ,
Et l'espoir des Gaulois tombe avec sa fortune ;
Je dis plus ; s'il est mort , l'Univers est soumis ;
Sabinus t'eût cherché par tout des ennemis.
C'est tout ce que je sçais du sort de ce grand
homme ,
Digne de ses Ayeux , digne ennemi de Rome.
De l'horreur des tourmens ne crois pas m'éton
ner ;
Je ne crains point la mort , et tu peux l'ordon
ner.
Cet éloge de Sabinus dans sa propre
bouche a révolté quelques Censeurs
trop séveres ; mais il semble que rien
n'est plus permis dans une semblable occasion
; et comme ce Héros ne doute
point qu'on ne lui fasse donner la mort,
il
FEVRIER . 1735: 357
il veut joüir du plaisir d'allarmer ses ennemis
, même après son trépas. Vespasien
transporté de colere , veut le faire
périr ; mais Titus le ramene à la clemence
, malgré tout ce que Domitien
lui dit pour le tourner du côté de la rigueur.
Vespasien et Domitien s'étant retirez
, Titus demeure pour attendre Eponine
, qui lui a fait demander un entretien.
Cette désolée Epouse de Sabinus
arrive bientôt. La Scene entre Titus et
elle est des plus touchantes : elle se fait
connoître pour femme de Sabinus ; mais
ce n'est qu'après que Titus l'a rassurée,
par un serment : elle va plus loin ; Titus
lui ayant promis de proteger son Epoux ,
elle ne balance plus à le lui faire connoître
dans la personne de son Prisonnier
Titus ne dément point sa vertu ;
il promet un secret inviolable à Eponine
, et lui fait esperer qu'il lui rendra
son Epoux ; mais il la prie de l'exhorter
à paroître plus soumis aux yeux de Vespasien
; Eponine lui répond qu'elle n'espere
rien , si son Epoux ne peut lui être
rendu qu'à ce prix. Elle se retire à l'approche
de Domitien , après avoir dit à
Titus qu'il est son Rival. La Scene entre
Domitien et Titus est toûjours sur
le même ton de contradiction récipro-
:
que
358 MERCURE DE FRANCE
que ; Titus lui aprend qu'Eponine est
et se retire . Domitien s'aban- mariée
donne plus que jamais à son amour ,
dit à son Confident , en parlant d'Epo
nine :
et
J'ai déclaré mes feux ; sa fierté les dédaigne ;
Sí je n'en suis aimé , du moins qu'elle me craię
gne.
Il commence à soupçonner que ce
Prisonnier si fier pourroit bien être Sabinus
lui- même ; il résout sa perte , et
n'attend plus pour exécuter ce lâche
projet , que l'éloignement de Titus , qui
doit aller conclure un Traité de paix
avec Civilis , Chef de la derniere . conjuration.
C'est durant l'absence de cet
unique Protecteur de Sabinus et d'Eponine
, que se passe presque toute l'action
du cinquiéme Acte . Domitien détermine
le foible Vespasien à faire donner la
mort au Prisonnier , s'il s'obstine à garder
le silence sur le sort de Sabinus. Domitien
n'est que trop fidele à exécuter
dès la premiere Scene du cinquième Acte
le noir projet qu'il a conçû à la fin du
quatriéme ; se prévalant de l'absence de
Titus , il tourne comme il veut le coeur
de . Vespasien. Cet Empereur oubliant
tout ce qu'il a promis à Titus en faveur
de
-
1735
.
FEVRIER
.
de son Prisonnier , ordonne qu'on le
fasse venir , et qu'on fasse entrer après
lui l'Esclave et les Enfans qu'on a trouvez
sous les ruines de l'ancien Palais de
Sabinus. Get illustre malheureux toujours
plus fier , s'obstine à garder le sile
ice ,
et brave son Tyran ; c'est un nom
que Domitien ne mérite que trop dans
ce dernier Acte. Sabinus lui parle ainsi :
Va , ne présume pas que ma fierté fléchisse ,
Ami de Sabinus , que mon coeur le trahisse ;
Punis moi , si tu veux , d'un supplice nouveau,
Ma gloire me suivra jusques dans le tombeau.
Je me fais de ton trouble une image charmante,
Que du grand Sabinus le nom seul t'épouvante ;
Et ton sort me paroît moins noble que le sien ,
Puisqu'il peut faire encor trembler Vespasien.
Cette noble fierté de Sabinus ne peut
Pourtant tenir contre les sentimens de
la nature : on amene ses Enfans , suivis
de Sinorix ; ce fidele Esclave aime mieux
mourir dans les supplices dont on le
menace , que de trahir son Maître . Vespasien
poussé à bout , ordonne qu'on
immole les Enfans ; Sabinus ne peut plus
se contraindre ; if demande grace pour
eux , et se fait connoître . Vespasien commande
qu'on leur donne la mort , eg
qu'on
358 MERCURE DE FRANCE
qu'on commence par Sabinus et par son
fidele Affranchi ; on les conduit au supplice.
Eponine vient , et se jette aux
pieds de Vespasien , pour lui faire révoquer
un Arrêt si cruel ; Titus vient se
joindre à elle , pour obtenir la même
grace ; Vespasien la lui accorde ; mais
c'en est déja fait, Alberic vient faire le
triste récit de la mort de ce Héros ; Epo
nine se tuë , et dit à ses Enfans qu'elle
leur laisse un Héros pour appui dans la
petsonne de Titus.
Voilà quel est le fond de cette Tragé
die , qui méritoit un meilleur sort. On
ne disconvient pas qu'il n'y ait quelques
deffauts ; mais n'auroit- on pas dû les passer
en faveur des beautez , et sur tout de
l'interêt qui regne presque par tout.
Les principaux Rôles de Sabinus , d'Eponine
, de Vespasien , de Titus et de Domitien
, sont remplis par le Sr et la Dlle
Dufresne , et par les Srs Sarrazin , Grandval
et Legrand.
LE
FEVRIER. 1735. 36
LE ROSSIGNOL,
FABL E.
,
A M. Richer au sujet de sa Tragédie
de Sabinus.
UN Rossignol par son ramage ;
Des autres Rossignols surpassoit les accens ,
Et les oiseaux du voisinage
Se taisoient , pour ouir un si tendre langage ;
Mais des Rivaux , jaloux de ces aimables chants,
Disoient , hélas ! ce foible Areopage
Décide de ces sons , les trouve ravissans ;
Le bel Orphée à railler on persiste ,
Et la Cohorte antagoniste
Prévient toujours les Auditeurs ,
Faut-il que la critique existe ,
Pour que le vrai mérite ait des persécuteurs ,
Quand le vice souvent a des adulateurs ?
Mais non ; que rien ne nous irrite ,
Calmons un vain couroux ;
La preuve
du mérite
Est de voir naître des jaloux .
Le lendemain , au lever de l'Aurore ,
Le Rossignol paroît , et fait encore
Répeter aux échos ses sons harmonieux ;
Mais cette Secte d'envieux
Occu
382 MERCURE DE FRANCE
Occupoit en ce jour une plage étrangere,
Le Rossignol dans ces beaux lieux
Derechef se donne carriere ;
On voit revenir les Oiseaux ,
Attirez par ces chants nouveaux ;
Guidez par le goût seul , ils trouvent magnifi
ques
Les accens dont ils sont nouvellement surpris ,
Et le mépris des vains Critiques
'Paroissoit n'avoir pû qu'en augmenter le prix.
Inutiles fureurs d'une Secte vulgaire ,
Cher Richer , vainement on prétend t'outrager ¡
De cette audace témeraire
Lebon goût sçaura te venger .
Devalois Dorville.
La Tragédie nouvelle d'Arisbe et Ma
rius , que les Comédiens François préparoient
pour donner à la fin de ce mois,
ne sera représentée que l'hyver prochain.
La Tragédie de Marie Stuart , dont
les Comédiens François avoient donné
quelques Représentations l'Eté dernier
fut remise au Théatre le 6. de ce mois ,
avec quelques changemens que l'Auteur
a fait au cinquiéme Acte , et que le
Public a reçûs avec applaudissement.
L'AuFEVRIER.
1735 365
L'Auteur l'a retirée après deux Représentations.
Le 3. de ce mois , on donna au Théatre
François la premiere Représentation
de la Comédie nouvelle de M. de la
Chaussée , intitulée , Le Préjugé à la mode,
en cinq Actes , qui fut géneralement applaudie
, et qui est tous les jours plus
goûtée , même par les gens les plus difficiles
et les plus mal aisez à contenter.
Cette Piéce est très- bien versifiée , pleine
d'esprit et de traits aussi neufs que
naturels , vifs et délicats , avec des situations
variées et très interessantes , sur
tout des moeurs pures , vrayes et nobles.
Nous ne manquerons pas de rendre un
compte exact de ce beau Poëme , qui attire
un grand concours au Théatre François
,, qui fait l'amusement de tout Paris
, et qui fournit à tous les Entretiens ,
par les beaux morceaux qu'on se plaît à
retenir
par coeur.
Le 18. Février , l'Académie Royale de
Musique donna la derniere Représentation
de l'Opera d'Iphigenie. La Dlle Antier
a chanté deux fois le principal Rôle
dans la plus grande perfection , et a été
géneralement applaudie .
Le 17. on reprit Omphale , qu'on a
H con364
MERCURE DE FRANCE
continué jusques et compris le 22. Cette
Piéce fut suivie du Pas de six dont on a
déja parlé , et qui fait toûjours un extrême
plaisir , par l'excellence de l'exé
cution.
Le 24 on donna la premiere Représentation
d'Achille et Deidamie , Tragé
die nouvelle , annoncée dans le dernier
Mercure , dont on ne manquera pas de
parler plus au long.
Le 19. Février , les Comédiens Italiens
donnerent deux Piéces nouvelles d'un
Acte chacune et en Vers ; la premiere a
pour titre , Les Femmes Corsaires , qui
n'a eu qu'une Représentation. La seconde
est intitulée , les Ennuis du Carnaval,
er a été reçûë très favorablement du Public.
Cette Piéce dont on parlera plus au
long , fut suivie d'une Entrée de six personnes
, à l'imitation du Pas de six qu'on
a dansé à l'Opera après la Tragédie d'Omphale.
Cette danse figurée et fort bien caracterisée
, est parfaitement bien exécutée
par les Acteurs de la Troupe , et
composée d'un Arlequin et d'une Arlequine
, d'un Pierrot et d'une Perrette ,
d'un Polichinelle et d'un Paysan ou Sabotier
; les Airs sont parodiez sur ceux
qui ont été composez pour le Pas de six
de l'Opera .
FEVRIER. 1735. 365
Le 3. Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Géneral de Police , avec les cerémonies
accoûtumées. Ce Magistrat avoit rendu
son Ordonnance le 20. Janvier précedent
, concernant ce qui doit être ob
servé par les Marchands qui y sont établis
, et qui renouvelle les deffenses des
Jeux , &c.
Le même jour , l'Opera Comique fit
aussi l'ouverture d'un nouveau Théatre,
qu'on a construit dans le Cul de Sac de
la rue des Quatre- Vents , tout auprès de
la principale Porte de la Foire , et on
y représenta deux Piéces nouvelles
précédées d'un Prologue ; elles ont
pour titre , la Comédie sans Hommes , et
Académie Bourgeoise , dont on pourra
parler plus au long.
Le 10. on donna une autre Piéce , in
titulée , la Ramée et Dondon , jouée à la
Foire S. Laurent derniere ; c'est une Parodie
de la Tragédie d'Enée et Didon ;
représentée au Théatre François au mois
de Juin dernier.
Le 16. ils ont encore représenté une
Piéce nouvelle d'un Acte , intitulée , le
Quartier d'Hyver.
Le 26. ils donnerent une autre pe
Hij tite
366 MERCURE DE FRANCE
tite Piéce nouvelle d'un Acte en Vau
deville , qui a pour titre le Double - Tour
ou le Prêté Rendu ; elle fut suivie d'une
autre qu'on a remis au Théatre , représentée
dans sa nouveauté en 1731. avec
succès ; elle est intitulée , la Fausse Ridicule
; la Dlle Legrand y joue le principal
Rôle avec applaudissement ; on en peut
voir l'Extrait dans le Mercure de Mars
1731. Ces deux Piéces ont été suivies du
Balet des Tricotets , Concerto Comique ,
dansé avec beaucoup de vivacité par les
meilleurs Sujets de la Troupe.
NOUVELLES ETRANGERES.
POLOGNE.
E Géneral Lesci a envoyé à Dantzick an
Détachement de 200. Soldats Moscovites ,
qui y arriverent le 15. de Janvier , et qui ont
pris des logemens dans divers quartiers de la
Ville. L'Officier qui les commande ayant déclaré
qu'ils devoient être suivis d'un autre Détachement
de soo . hommes , si les Habitans differoient
plus long- tems le second payement des
sommes que la Czarine leur a fait demander ,
les Magistrats ont fait remettre à cet Officier
ooooo. écus , et l'ont prié de leur accorder un
erme de trois semaines , pour fournir le reste
de
FEVRIER. 1735 3.67
de la somme qu'il a ordre de recevoir.
Quelques Lettres du Palatinat de Sandomir'
marquent que la Noblesse Confederée en faveur
du Roi , a chargé d'une Commission auprès du
Roi de France , le Comte Jablonowski , qui est
parti depuis peu pour se rendre à Paris.
Le Commandant de la Garnison Saxone , qui
est dans le Fort de Wechselmunde , a reçû ordre
d'en faire sortir ses Troupes , aussi- tôt après
qu'on aura payé 50000. écus à l'Electeur de
Saxe.
Il a été reglé dans le Conseil de ce Prince ,"
que l'Officier qui commande pour lui dans la
Ville de Thorn , y permettoit aux Réformez de
jouir des privileges qui leur ont été ôtez par le
Décret de 1724. mais ce Prince n'a pris encore
aucune résolution sur la conduite qu'il tiendra'
à l'égard des Protestans des autres Villes de
Pologne et de Lithuanie .
Les Partisans de l'Electeur de Saxe font courir
le bruit que le Comte Potocki , Palatin de
Kiovie , et le Comte Pocci , Régimentaire de
Lithuanie , ont proposé une suspension d'armes
aux Géneraux des Troupes Moscovites , et à
ceux des Troupes Saxones , et que l'Electeur de
Saxe fait offrir au Comte Potocki de lui laisser
le commandement des Troupes de la Couronne,
de payer tout ce qui est dû aux Officiers et aux
Troupes qu'il a sous ses ordres , et de leur avancer
trois mois de paye , si ce Géneral et ses
Troupes se déterminent à abandonner le parti
du Roi.
On apprend par d'autres Lettres que les mê→
mes Partisans continuent d'assurer que l'Evêque
de Cujavie ayant profité de la mesintelligence
qui regne entre le Comte Potocki , Régimen-
Hiij taire
368 MERCURE DE FRANCE
taire de la Couronne , et le Palatin de Lublin.
avoit déterminé le premier de ces deux Géneraux
à se soumettre à l'Electeur de Saxe , et
que le second étoit prêt à suivre cet exemple .
Elles ajoûtent même que le Palatin de Lublinayant
écrit à l'Evêque de Cracovie à ce sujet ,
1'Electeur de Saxe avoit nommé des Commissaires
, pour traiter avec ce Géneral et avec l'Armée
de la Couronne .
Les derniers avis qu'on a reçûs de Cracovie
sont absolument contraires à ces bruits , et ils
portent que le Comte Potocki , bien loin d'avoir
abandonné le parti du Roi , avoit refusé
d'accepter la suspension d'armes qui lui avoit
été proposée par les Géneraux de la Czarine ett
par ceux de l'Electeur de Saxe , et que le Palatin
de Lublin , M. Ozarowski , Maréchal de la.
Conféderation faite dernierement à Niska en
faveur du Roi , le Staroste de Jasielski , Vice-
Maréchal de la même Confédération , et neveu
du Palatin de Lublin , le Castellan de Czersk >
la plupart des autres Seigneurs qui ont pris les
soûtenir les armes pour droits de S. M. et toutes
les Troupes qu'ils commandent s'étoient engagés
par un nouveau serment à demeurer fide
les au Roi.
Selon les mêmes avis , le Palatin de Lublin et
le Staroste de Jasielski , qui à la tête d'un Cóips :
de plus de 20000. hommes , sont allez à Czestochow
, se sont arrêtez huit jours avec leurs
Troupes dans les environs de Cracovie , et pendant
ce tems , l'Acte de la nouvelle Conféderation
génerale a été signé par plusieurs Seigneurs,
du nombre desquels sont l'Evêque de Kaminieck
et M. Szembeck , Palatin de Siradie.
Suivant quelques avis reçus de Czersk , 1500 .
homFEVRIER
. 1735. 36,
hommes des Troupes du Palatin de Lublin ayant
attaqué deux Bataillons des Troupes Saxones ,
les ont mis en fuite , après leur avoir tué beaucoup
de monde , et les Saxons ont perdu en
cette occasion plusieurs Drapeaux .
DANNEMARCK.
"
N apprend de Coppenhague que le Roi
de Dannemarck a conclu depuis peu avec
le Roi de la Grande - Bretagne un Traité , qui
porte que S. M. Danoise s'engage à fournir au
Roi de la Grande- Bretagne , lorsqu'il l'exigera,
un Corps de fooo. hommes d'Infanterie et de
1000. de Cavalerie ; qu'afin de subvenir à l'entretien
de ces Troupes , le Roi de la Grande-
Bretagne accordera tous les ans à S. M. Danoise
un subside de 250000. écus , qui sera réduità
150000. lorsque ces Troupes seront employées
au service de S. M. Britannique ; que
le Roi de Dannemarck recevra du Roi de la
Grande- Bretagne 700000. livres la moitié
payable après la signature du Traité , et l'autre
moitié quand S. M. Britannique demandera les
Troupes que S. M. Danoise promer de lui fournir
; que S. M. Britannique pourra les employer
où elle jugera à propos , excepté en Italie et sur
Mer ,et qu'elle se conformera au Traité dé 1701 .
par rapport aux dépenses extraordinaires , et au
remplacement des recrues ; que si le Roi de
Dannemarck venoit à être attaqué par quelque
Puissance Etrangere , S. M. Britannique ne pourra
garder les Troupes Danoises qu'elle aura pri
ses à son service , et qu'elle fournira au Roi de
Dannemarck , et sur Terre et sur Mer , tous les
secours que les circonstances rendront nécessai
res. Hiiij AL370
MERCURE DE FRANCE
LE
ALLEMAGNE.
Es differens qui sont survenus entre l'Empereur
et l'Electeur de Cologne , au sujet du
Comte de Plettemberg , ont augmenté la mesintelligence
entre cette Cour et celle de Baviere ,
et on doute que le Comte de Konigseg aille à
Munich , où il devoit se rendre par ordre de
S. M. Impériale .
On a reçû avis qu'un Corps de 3000. Turcs ;
qui conduisent en Bosnie un train d'artillerie de
100. piéces de canon , avoit passé dans les environs
de Barakin sur les frontieres de Hongrie.
La Cour de l'Empereur a pris le deuil qu'elle
portera pendant six semaines , pour la mort de
la Princesse Clementine, Sobieska , Epouse du
'Chevalier de S. George.
On écrit de Schwerin du 14. Février , que le
Duc Charles Leopold ayant répondu aux Députez
qui lui avoient été envoyez dernierement
par les Commissaires de l'Empereur , qu'il persistoit
dans la résolution de ne point obeïr au
Décret Impérial , les Commissaires donnerent
ordre à 2500. hommes des Troupes de Holstein
et de Schwartzembourg , d'assieger cette Ville ,
et le 2. de ce mois , ces Troupes s'en étant approchées
, commencerent à faire les dispositions
nécessaires pour l'attaque.
Le 4. M. de Platen , Major General qui les
commandoit , fit sommer les Habitans de se
rendre , et comme ils déclarerent qu'ils étoient
déterminez à se deffendre jusqu'à la derniere
extrémité , les Assiegeans firent tirer une batteie
de s . piéces de canon , qu'ils avoient établie
La
FEVRIER: 1745. 371
la veille ; mais le feu de la Place fut si vif, que
cette batterie fut démontée . Le 6. les Assiegeans
jetterent dans la Ville quelques bombes , dont
une tomba sur le Magasin des poudres , et le fit
sauter.
Cet accident ayant découragé la Garnison , le
Duc Charles Leopold écrivit le 8. à M. de Platen
, pour le prier de faire suspendre le feu du
canon , et de nommer un Officier avec lequel
on pût convenir des articles de la Capitulation .
Un Major des Troupes de Holstein se rendit
aussi- tôt dans la Place ; mais le Duc ayant proposé
des conditions que les Assiegeans ne voulurent
point accepter , et M. de Platen jugeant
que ce Prince songeoit seulement à gagner du
tems , se disposa le 8. au matin à donner un
as aut.
Il divisa pour cet effet ses Troupes en deux
Corps , et celles de Schwartzembourg ayant été
distribuées dans differens postes pour faire plusieurs
fausses attaques , les Troupes de Holstein
furent chargées de la veritable.
La Garnison et la Bourgeoisie ne pûrent rẻ-
sister long tems aux efforts des Assiegeans , qui
s'étant emparez de la plupart des ouvrages extrieurs
, entrerent dans la Ville l'épée à la main.
Pendant qu'un détachement des Troupes des
Assiegeans se rendit maître de la principale bat--
erie dressée par les Assiegez , un autre alla ser
mettre en bataille dans la Place du Marché , eg:
un troisiéme ouvrit les portes pour faire entrert
le reste des Troupes , commandées par M. de
Platen.
La Garnison et la plus grande partie des Ha
Bitans se retirerent dans la Citadelle , à mesure
que les Assiegeans penetrerént dans là Ville , qui
Hiy
372 MERCURE DE FRANCE
demeura exposée au pillage pendant trois heu--
res , parce que les Troupes de Holstein n'avoient
consenti de monter à l'assaut qu'à cette condition.
Le même jour , le Duc Charles Leopold s'étant
embarqué pour Wismar , les Troupes qui
s'étoient enfermées dans la Citadelle , battirent
la chamade ; mais M. de Platen ne voulut point
leur accorder de Capitulation , et elles ont été
faites prisonnieres de guerre . Ce Géneral après
s'être emparé de la Citadelle , a fait marcher un
détachement des Troupes de Holstein , pour
attaquer Domitz.
L
ITALIE.
E 16. Janvier , le Pape tint un Consistoire
secret , dans lequel il nomma Cardinal M.
Spinelli , Archevêque de Naples . S. S. déclara
dans le même Consistoire qu'elle avoit donné
la Legation de Ravenne au Cardinal Alberoni .
ON apprend de Rome que le Duc de Caserte
a fait mettre au commencement de Janvier les
Armes du Roi d'Espagne sur la porte de son
Palais , et le bruit court que le Roi des deux Si.
ciles lui a fait donner ordre de se rendre auprès
de sa personne.
Le lendemain de la mort de la Princesse Sobieska
, son corps fut transporté à l'Eglise des
douze Apôtres , pour y être exposé à visage dé-
Couvert.
Le Carosse dans lequel étoit le corps , étoit
précedé de cinq autres , et il étoit entouré d'un
grand nombre de Domestiques , vêtus de noir ,
et portant des flambeaux .
Après qu'an cût récité les prieres des Morts ,
ausFEVRIER.
1735- 373
ausquelles assisterent M. Colonne , Majordome
du Sacré Palais , M. Gamberucci , Archevêque
d'Amasie , et M. Reali , Maître des Céremonies
de S. S. le corps fut porté dans une des Sales
du Convent , où il fut ouvert et embaumé.
La Duchesse Strozzi l'ayant fait ensuite revêtir
d'un habit de Religieuse de l'Ordre de S. Dominique
, on le mit en dépôt dans une Chapelle,
à la porte de laquelle on posta un Détachement
de la Garde Suisse du Pape.
Le 23. on plaça le corps sur un magnifique
Catafalque , dressé pour cet effet dans le milieu
de l'Eglise , laquelle étoit tendue de noir jusqu'à
la voute , éclairée d'une grande quantité de lumieres
, et ornée de plusieurs Devises et Inscriptions
, et les Vêpres des Morts , ausquelles se
trouverent 32. Cardinaux , furent chantées par
la Musique de la Chapelle de S. s.
Pendant les Vêpres , le Chapitre de l'Eglise de
S. Pierre , toutes les Communautez Religieuses
et les Confrairies qui avoient ordre d'accompa
gner le Convoi Funebre , se rendirent proces
sionellement à l'Eglise des douze Apôtres , d'où
le corps après les absoutes fut transporté à l'Eglise
de S. Pierre.
Dans la marche , les Communautez Religiou
ses étoient précedées des Confrairies et des Pensionnaires
du College de S. Michel et de celui
des Orphelins ; les Curez des Eglises de S. Pierre
et des douze Apôtres , et au milieu d'eux le Camerlingue
du Clergé de Rome , suivoient le
Clergé Régulier ; le Séminaire et le Chapitre de
S. Pierre marchoient devant le corps , qui étoit
entouré de la Garde Suisse du Pape ; le corps
étoit suivi du Capitaine de la Garde Suisse , du
Majordome du Sacré Palais , des deux Maîtres
H vj
des
374
MERCURE DE FRANCE
des Céremonies , des Prélats assistans du Trône,
des Protonotaires Apostoliques , des Cameriers
et des Ecuyers du Pape , et de dix Carosses de
deüil ; un grand nombre de Domestiques portant
des flambeaux , éclairoient le Convoi .
Lorsque le corps fut arrivé à l'Eglise de S.
Pierre , on le mi, dans un cercuëil , et il demeuṛa
pendant la nuit sur une estrade au milieu de laNef
Le lendemain on célebra les obseques de la
Princesse , et après que M. Thomas Cervini ,
Patriarche de Jerusalem , assisté de l'Archevêque
de Geropolis et des Evêques de Cirene , de.
Costanza et de Marciana , eût fait les encensemens
et les absoutes , le corps de la Princesse fut
inhumé dans la Cave de l'Eglise de S. Pierre .
Les avis reçûs de Livourne portent que le 22 .
du mois passé l'avant- garde des Troupes Espagnoles
qui vont joindre l'Armée des Alliez en
Lombardie , étoit arrivée à Arezzo dans la Toscane
; qu'une partie de ces Troupes passeroit
par Sienne , et que l'autre iroit en droiture à
Pise , où étoit leur Rendez - vous géneral , et où
elles attendront les Troupes qui doivent venir
incessa nment de Barcelonne : quand elles auront
été jointes par ce renfort , elles se divise--
ront en deux colonnes , dont l'une prendra la
route de Parme , et l'autre se rendra dans le
Boulonnois.
Le 5. de ce mois , le Duc de Montemar arriva
à Florence avec plusieurs Officiers Generaux
des Troupes Espagnoles , et il alla descendre chez :
le Pere Ascanio , Ministre du Roy d'Espagne.
Le Grand Duc a ordonné qu'on distribuat des
quartiers aux Troupes de S. M. C. qui s'y reposeront
jusqu'au 15.du mois prochain et se remettront
ensuite en marche pour se rendre dans
Je Parmezan et le Boulonnois ..
FEVRIER. 1715. 375
Le Duc de Montemar ayant apris le 6. au
matin , que le dernier convoy parti de Naples
et celui qui fit voile de Barcelonne le 28. du
mois dernier , étoient entrez dans le Port de
Livourne , ce General se disposoit a y aller pas
ser quelques jours afin de faire la revue des Troupes
venues par ces deux convois , et de donner
les ordres necessaires pour leur marche .
On a apris de Naples , que le Roy étoit arrivé
le 24. du mois dernier à Terranuova en Calabre
, et que dans tous les lieux ou S. M passoit
le peuple s'empressoit de se trouver sur sa route
pour lui marquer par ses acclamations la joie
qu'il avoit d'etre sous sa domination .
Les Lettres de Genes du commencement de ce
mois portant , que les Commissaires que le Senat
a envoyez dans l'Isle de Corse pour
faire
rentrer les Rébelles dans l'obéissance , avoient
engagé l'un des Chefs de la revolts à livrer le celebre
Ciafferi , mais ce complot ayant été découvert
, les Rébelles en ont fait arrêter l'auteur, et
l'ont condamné à être empalé , quelques - uns de
ceux qui devoient le servir dans l'execution de
ce dessen , ont été conduits dans une Forteresse
dont les Rebelles sont les maîtres , et ces .
derniers ont fait publier qu'ils traiteroient avec
la derniere rigueur tous ceux qui seroient soupçonnez
d'entretenir quelque intelligence avec les
Commissaires de la Republique.
On a apris par quelques Bâtimens arrivez de
l'Archipel , que le 24. du mois dernier le Vaisseau
de guerie la Flore , apartenant au Roy de
France , et commandé par M. de Gallifet-, ayant
attaqué près de Cerigo le Vaissseau d'un Arma--
reur , portant Pavillon Imperial , s'en étoit em--
paré après un combat très -long et très- vif
dang
ye
376 MERCURE DE FRANCE
dans lequel l'Armateur avoit perdu environ 70.
hommes. Cet Armateur qui avoit équipé son
Vaisseau à Porto-Ercole , avoit fait depuis quelque
temps plusieurs prises.
Le 6. Janvier , Charles Ruzini , Doge de la
République de Venise , mourut , âgé de 81. ans ,
un mois et 15. jours , étant né le 25. Décembre
1653. Il avoit été élevé à la Dignité de Doge le
6. Juillet 1732. Son corps fut exposé pendant
trois jours dans une des Sales du Palais Ducal à
Venise , et le 11. il fut porté dans l'Eglise des
Carmes Déchaussez , où il fut inhumé sans aucune
ceremonie. Le 12 le Patriarche , le Chapitre
de l'Eglise Ducale de S. Marc , et tout le
Clergé Séculier et Regulier de cette Ville , s'étant
rendus processionnellement à l'Eglise des ,
Dominiquains , on y celebra un Service solemnel
pour le repos
de l'ame
du Doge
deffunt
, et
P'Oraison funebre fut prononcée par Dom Barthelemy
Schiantarelli. La Seigneurie assista à
cette Ceremonie , ainsi que tous les Tribunaux
lés Provéditeurs Generaux et les principaux Of
ficiers des Troupes de Terre et de Mer qui sont
à Venise.
Le 14. on tira au sort les noms des 41. Nobles
qui devoient élire le nouveau Doge , et ceux
à qui le hazard décerna cet honneur , s'étant
assemblez le 17. au matin , et ayant entendu
selon la coûtume , la Messe du S. Esprit , nommerent
unanimement Doge de la République
M. Louis Pisani , Procurateur de S. Marc , qu'ils
allerent prendre en sa maison pour le conduire
au Palais Ducal , où ils dînerent avec lui. L'après
midi on annonça au Peuple la nouvelle de
cette nouvelle Election , par le son des cloches
de toutes les Eglises et par plusieurs salves d'Artillerie
et de Mousqueterie.
FEVRIER. 1735. 377-
Le Doge, accompagné de la Seigneurie , alla
le lendemain à l'Eglise de Saint Marc , et après y
avoir prêté le serment accoûtumé , il fut porté
autour de la Place , vis - à- vis de cette Eglise , au
bruit des acclamations du Peuple , à qui il jetta
une grande quantité de pieces d'or et d'argent ,
dont plusieurs étoient frappées à son coin.
Le 20. le Doge se rendit à la même Eglise
avec les 41. Nobles que l'ont élu , et il y assista
à la Messe solemnelle , après laquelle le Te
Deum fut chanté à plusieurs Choeurs de Musique.
La nuit suivante et celle d'après , il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les ruës ,
et on fit couler en plusieurs endroits de la Ville
des Fontaines de vin pour le Peuple.
L Le Grand- Conseil s'assembla le 20. pour élire
un Procurateur de S. Marc , à la place du nouveau
Doge , et M. Daniel Bragadino eut la pluralité
des suffrages.
GRANDE BRETAGNE.
E 19. Janvier après -midy, il fit à Londres le
Lplus terrible Ouragan qu'on ait vu depuis
celui de l'anuée 1703. Plusieurs toîts de maisons
et quantité de cheminées en- furent renversés . Il
y eut dans le Parc de S. James 36. arbres déracinez
divers Bâteaux et Barques enfoncez ou renversez
dans la Tamise , et un grand nombre de
personnes noyées.
Le Roy, qui contre la coûtume , n'avoit point
expliqué ses intentions aux deux Chambres lejour
de l'ouverture du Parlement , se rendit le 3 .
de ce mois à une heure après midi à la Chambre
des Pairs , avec les Ceremonies accoûtumées , et
S
8 MERCURE DE FRANCE
S: M. ayant mandé la Chambre des Communes ,
fit le discours suivant :
+
MY LORDS ET MESSIEURS , La situa
tion présente dos affaires de l'Europe vous est si connue
, et les bonnes ou mauvaises suites que peut ·
avoir pour ce Royaume la fin ou la continuation de
la guerre , se présentent si naturellement à l'esprit ,
que je suis persuadé que vous avés pris en vous assemblant
une ferme résolution de répondre dans
cette conjoncture critique , à la confiance que la
Nation a en vous , de la maniere qui contribuera
le plus à l'honneur et au bien de ma Couronne , et :
à celui de mon Peuple. J'ouvris la derniers séance
du précedent Parlement , en lui apprenant que je
n'avois d'autre part que celle des bons offices et de
la médiation aux Négociations qu'on a citées com--
me les principales causes de la guerre. Il falloit une
prudence extraordinaire , une circonspection extrê
me, et toute la précaution possible , pour ne pass
prendre parti dans une conjoncture si délicate et si
importante.
#
Il étoit nécessaire d'examiner les faits alleguez
de part et d'autre , d'attendre le résultat des déliberations
des Puissances qui ont un interêt plus im
médiat que nous aux suites de la guerre , et sur
tout de prendre , de concert avec les Ftats Gene
raux des Provinces - Unies , qui ont les mêmes engagemens
que moi , les mesures les plus convenables
pour notre sûreté commune et pour le rétablissement
de la Paix en Europe.
Voilà sur quoi nous avons reglé notre conduite
dans cette grande afiire , à la faveur de l'unionétroite
et de la confiance qui subsistent entre moi et
Gerte Répubique.
Après avoir mûrement examiné d'un côté les
pressantes instances que la Cour Imperiale a faites
FEVRIER. 1735. 379
·
ici et en Hollande , pour obtenir des secours contre
les Puissances qui sont en guerre avec l'Empereur
et de l'autre côté , les assurances réiterées que les
Alliez nous ont toujours données de leur desir sincere
de conclure une Paix honorable et solide , nous
primes conjointement avec les Etats Generaux ,
la
résolution d'employer sans perdre de temps , tous nos
efforts pour porter les choses à un heureux et prompt"
accommodement avant que de nous déterminer sur
les secours demandez l'Empereur. par
1
Les réponses que les Puissances qui sont en guerre
ont faites à nos pressantes sollicitation , n'ont pas
été d'abord assez précises pour nous mettre en état
de ne point prendre de parti , et d'executer nos bons
desseins. Résolus , malgré cela , de poursuivre la
fin d'un si grand outrage et d'empêcher que nos Sujets
ne fussent engagez sans necessité dans une
guerre , nous avons renouvellé les offres de notre
médiation d'nne maniere si pressante , qu'elle a étéi
acceptée.
En conséquence de cette acceptation et de la déclaration
que nous ont faite à ce sujet les Puissances
qui sont en guerre , nous n'avons pas perdu de
temps à profiter de leurs bonnes dispositions pour le
rétablissement du repos de l'Europe et j'ai la satisfaction
de vous apprendre que les affaires sont s
avancées, que j'espere de proposer bien - tôt aux Puissances
engagées dans la présente guerre un projes
d'accommodement qui servira de base aux négociations
generales de la Paix , et dans lequel l'honneur
et l'interét des deux Partis ont été consultez ,
autant que la conjoncture des temps et que
la dis
position présente des affaires ont pu le permettre.
Je n'oserois répondre du succès d'une Négocia
tion , où il s'agit d'examiner et d'allier tant d'interêts
differens, mais je serois inexcusable d'avoir né
380 MERCURE DE FRANCE
gligé un ouvrage qui peut produire une infinité d'avantages
sans causer aucun mal , et il y auroit de
l'imprudence à nous laisser amuser par des esperanses
qui pourroient nous tromper dans la suite et nous
laisser exposez à des dangers réels .
Je me suis servi avec modération du pouvoir que
le dernier Parlement m'a confié ; j'ai conclu avec
le Roy de Dannemarck , un Traité qui est d'une
extrême importance dans les conjonctures presentes .
Lorsque toutes les Cours de l'Europe sont en
mouvement et occupées à se procurer les secours qui
peuvent leur étre ou leur devenir necessaires , je ne
puis me tenir en repos et négliger des occasions qu'il
est non-seulement impossible de recouvrer quand elles
sont une fois perdues , mais qui pourroient nous
porter autant de préjudice, si on les négligeoit , qu'el---
les peuvent nous procurer d'avantages en les saisissant
à propos et qu'on n'auroit pû laisser échapper
sans donner lieu à de justes plaintes La confiance
qu'on a euë en moi , a rendu très- efficaces let
mesures que j'ai prises pour le bien public .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.-
J'ai ordonné qu'on préparât et qu'on remit devant
Tous les Etats des dépenses extraordinaires de l'année
derniere , de celles qu'il est d'une nécessité indispensable
de faire cette année , et des nouvelles Charges
qu'il faudra réduire aussi-tôt que cette réduction
pourra s'accorder avec notre sûreté commune.
Comme le Traité que j'ai conclu avec le Roy de
Dannemarck , a engagé à de nouvelles dépenses ,
J'ai donne ordre qu'on vous en remit l'état . Je ne
doute point queje ne trouve dans la Chambre des
Communes le même Zele , et les mêmes sentimens dont
elle m'a donné des preuves pendant tout le cours de
mon Regne, et qu'elle n'accorde les subsides necessmires
FEVRIER. 1735.
3812
saires avec joye , avec unanimité et avec promp
titude.
Les sentimens de la Nation ne peuvent mieux
se. connoitre que par le choix det personnes qui la
représentent , et je suis persuadé que la conduite de..
ma fidelle Chambre des Communes prouvera à l'U
nivers l'inebranlable fidelité de mes bons Sujets et
leur attachement inviolable à ma Personne et d
mon Gouvernement.
MY LORD SET MESSIEURS C'est un
bonheur pour nous d'avoir vécu jusqu'ici dans lar
Paix , mais la plupart des Puissances de l'Europe
étant engagées dans une guerre dont les suites peu
vent nous interesser plus ou moins , et les mesures lesi.
mieux concertées étant sujettes à l'incertitude des
évenemens , nous devons nous préparer à tous ceux
qui peuvent arriver . Si nos dépenses ont été augmentées
, ce n'a été que pour en prévenir de plus,
grandes , et comme il seroit difficile de prévoir cellesque
nous serions obligez de faire si nous étions une
fois engagez dans la guerre , j'espere que mes bons...
Sujets concourreront sans répugnance aux moyens ·
de procurer les avantages d'une Paix generale , ou
de nous mettre en état de prendre dans la situation
présente des affaires , le parti auquel nous serons
peut-être indispensablement obligez de nous déter
miner.
Le Roy s'étant retiré de la Chambre des Pairs
après avoir déclaré ses intentions aux deux Cham ...
bres , les Seigneurs résolurent de présenter une
Adresse au Roy , pour le remercier , et ils nommerent
des Commissaires pour en dresser le
projet.
Celui qui fut proposé à la Chambre , ne fut
pas
382 MERCURE DE FRANCE
pas aprouvé par plusieurs Pairs , du nombre desquels
étoient les Comtes de Chesterfield , et des
Nottingham , et le Lord Carteret , mais enfin
il fut décidé à la plutalité de 89. voix contre-
37. qu'on se serviroit de ce Projet sans y faire
aucuns changemens .
Les Seigneurs s'assemblerent le 4. de ce mois ,
et après s'être ajournez au 7. ils se rendirent au
Palais de S. James, où ils présenterent leur Adresse
, par laquelle ils assurerent le Roy que la conduite
tenue par S. M dans la conjoncture présente
des affaires , et ses soins pour prévenir les
inconveniens qui pourroient empêcher ses Sujets
de continuer de jouir des avantages de la Paix ,
leur inspiroient la plus vive reconnoissance .
Ils prierent en même- temps le Roy d'être persuadé
qu'également remplis de zele pour S. M. et
de confiance en ses lumieres , ils seroient toujours
prêts à seconder ses vûës et à concourir
aux moyens de rendre la tranquillité à l'Europe
ou de mettre le Roy en état de prendre les
parti le plus convenable à l'honneur et aux inte
rêts de la Nation .
Sa Majesté leur répondit :
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adresse
qui contient des marques de votre attachement à
ma Personne. La part que vous témoignés prendre
aux succès des soins que je me donne conjointemens
avec les Etats Generaux pour procurer les avanta –
ges d'une Paix generale , m'est fort agréable . Je suis
dans la résolution de contribuer de tout mon pou -
voir à achever ce grand ouvrage , et je ne doute
pas que la fidelité et l'afection de mon Parlement et
de mes Sujets , de qui j'attends toujours les mêmes
sentimens , quel qu'évenement qui arrive, n'ajoutent`.
ungrand poids à mes négociations.
FEVRIER. 1735. 385
Le jour auquel le Roy prononça sa Harangue
aux deux Chambres , tous les Pairs d'Ecosse
ayant entrée au Parlement , prirent séance dans
la Chambre des Pairs , excepté le Comte d'Isla ,
que sa maladie empêcha de s'y trouver.
9
·
L'Adresse présentée le 9. de ce mois au Roy
par la Chambre des Communes , porte que les
Membres qui la composent , demandent à S. M.
la permission de la remercier de la marque d'affection
qu'elle donne à ses Sujets , en prenant la
la résolution de faire tous ses efforts pour procurer
la Paix , plutôt que d'engager trop précipitamment
la Nation dans une guerre ruineuse ;
que le Roi ne pouvoit rien faire de plus glorieux
et de plus avantageux pour la Grande Bretagne
que d'engager les Puissances qui sont en guerre
à accepter l'offre que S. M. leur a faite d'em
ployer ses bons offices, de concert avec la République
de Hollande pour terminer leurs differends
, et que tous les bons et fideles Sujets du
Roy apprennent avec autant de joye que' de reconnoissance
, que S. M. et les Etats . Generaux
malgré les grandes difficultez qui se rencontrent
dans une négociation si épineuse , ont déja assez
avancé l'important ouvrage qu'ils ont entrepris,
pour être en état de proposer un Projet d'accommodement
dans lequel ou a égard à l'honneur et
à l'interêt de toutes les Puissances , autant que
conjoncture des affaires peut le permettre.
>
la
Les Membres de la Chambre ajoûtent dans leur
Adresse que quand même les mesures prises par
le Roy afin d'assurer le repos commun de l'Europe
, ne réussiroient point , on seroit toujours
obligé de rendre justice aux lumieres et aux intentions
de S. M. et ils finissent en assurant le
Roy que quelqu'évenement qui arrive , la Chainbre
384 MERCURE DE FRANCE
bre fournira avec empressement les subsides qui
seront nécessaires pour P'honneur et la sûreté de
S. M. et de ses Royaumes , et pour lui donner
les moyens de soutenir avec gloire le parti que
P'interét de la Nacion et la justice - l'obligeront
d'embrasser.
Le Roy répondit à cette Adresse , Messieurs,
Je vous remorcie de cette Adresse respectueuse , et
je me repose entierement sur votre affection . Comme
je suis convaincu de la part que vous prenés à l'interêt
public , je compte que vous me seconderes dans
toutes les mesures que je serai obligé de prendre.Vous
pouvés être presuadez que l'honneur et l'interêt de
ma Couronne et de mes Sujets seront toujours la
principale regle qui dirigera mes résolutions et ma
conduite.
Lorsque les Commissaires chargez de dresser
le projet de cette Adresse , le lurent à la Chambre
des Communes , plusieurs Membres propo
serent d'y inserer qu'avant de déliberer sur le
subside , la Chambre demanderoit qu'on lui
communiquât tous les Actes dont elle avoit besoin
pour être pleinement instruite de la situa
tion des affaires publiques , et que le subside
qu'elle accorderoit seroit proportionné aux efforts
que feroient les Puissances qui ont des en
gagemens communs avec la Nation , mais il fut
décidé à la pluralité de 265. voix contre 185.
qu'on ne feroit aucun changement à l'Adresse
projectée.
Le 14. la Chambre des Communes résolut en
grand Comité d'accorder un subside au Roy , et
le lendemain on en fit le rapport à la Chambre.
Vingt- trois Seigneurs Ecossois ont signé la
Protestation contre l'Election des seize Pairs d'E
COSSE
FEVRIER. 1735. 385
cosse ayant séance au Parlement , et ils ont réasolu
de présenter une Requête à la Chambre des
Pairs , pour demander qu'on fasse des perquisitions
au sujet des faits alleguez dans leur Protestation.
Le Doyen de l'Eglise de S. David , qui étoir
allé par ordre du Roy dans les Montagnes d'Ecosse
, dont la plupart des Habitans sont encore
Idolâtres , afin de s'informer des progrès qu'y
fait le Christianisme , a fait rapport à S. M. que
plus de 4000. Montagnards avoient déja demandé
le Baptême,
La Compagnie qui s'est engagée à fournir à
l'Empereur les 250000, liv. sterlings que S.M. I.
à Londres , en a déja remis 50000. au
emprunte
Comte Joseph de Kinski , qui en recevra encore
71000. le 15. de ce mois , et le reste de la somme
le 1. du mois prochain.
fait
On assure que S. M. Br. n'a consenti à ce prêtpar
divers Particuliers de la Ville de Londres,
qu'à condition que cette somme ne sortiroit point
de la Grande - Bretagne, et qu'elle seroit employée
à acheter des vivres pour les Troupes Impériales.
HOLLANDE , PAYS - BA s.
N mande d'Amstersdam , que la tempête
du 13. Janvier a causé de grands domma
ges aux Vaisseaux qui étoient au Texel ; il y en
à eu plus de 60. qui ayant filé sur leurs Ancres ,
ont été emportez par la violence des vents , er
l'on a appris qu'il en est péri 22. Les Vaisseaux le
Cerfvolant et l'Anne Catherine , appartenans à la
Compagnie des Indes Orientales , se sont brisez
contre un banc , en sortant du Canal de Middelbourg
, et toutes les Personnes qui étoient sur
ces deux Bâtimens , ont été noyées .
Es
86 MERCURE DE FRANCE
O
ESPAGNE.
Na appris de Barcelone , que le 28. de
mois dernier, plusieurs Bâtimens de transport
, sur lesquels six Bataillons Espagnols s'étoient
embarquez avec une grande quantité de
munitions de guerre , en étoient partis pour Livourne
avec un vent très-favorable .
On écrit de Lisbonne , que le 9. du mois dernier
, la Princesse de Beïra , dont la Princesse du
Brézil , accoucha le 17. Décembre 1734. reçût
dans l'Eglise Patriarchale de cette Ville , le Sacrement
de Baptême , qui lui fut administré par
le Patriarche , et qu'elle fut nommée Marie-
Françoise-Elizabeth-Josphine Antoinette - Gertrude.
Le Roy fut Parain de cette Princesse , qui
présentée aux Fonts par le Marquis de Ni
Majordôme de la Princesse du Brezil , et ella.O
pour Maraine la Reine d'Espagne , que l'Inn
Dona Françoise représenta dans cette Cers
nie. Après que la Princesse eut été baptisés , a
chanta le Te Deum , et le Patriarche donna ensuite
la Benediction . Le soir toutes les Maisons
de la Ville de Lisbonne et les Vaisseaux qui
étoient dans le Port , furent illuminez , et l'on
plusieurs salves de l'Artillerie des Forteresses
PRO.
FEVRIER: 1735 387
PROMOTION de Brigadiers de
Cavalerie du mois de Novembre dernier.
CH
HARLES -MARTIN , ECUYER , SIEUR DE
VALENDRE' , Marechal des Logis , et Ayde
Major en Chef de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie
.
GASPARD PICARD , ECUYER , SIEUR DỪ
CHAMBON , Marechal des Logis , et Ayde- Major
en Chef de la même Compagnie de Gendarmes
de la Garde du Roy , Mestre de Camp de
Cavalerie.
1
d
q
JOSEPH-MARIE DE COUET , MARQUIS DE
RIGNANE , Gouverneur des Isles de Porte-
Sous-Lieutenant de la Compagnie des
au-Legers de la Garde du Roy , Charge
il cut l'agrément le 24 - May 1718. et en lail
succeda au Marquis de Coëtanfao.
LO JIS - RENE DE BRIZAY DE DENONVILLE
apellé le Comte de Brizay , né le 17. May 1701 .
Cornette de la même Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Roy , depuis le commencement
de l'année 1718. ayant acheté cette
Charge 100000. livres .
PIERRE-JOSEPH CHAPELLE , MARQUIS DE
JUMILHAC , en Perigord , né le 6. Mars 1692 .
reçû Coinette de la premiere Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roy , le 14. May
1719. ayant acheté cette Charge 60000. livres .
devint Enseigne de cette Compagnie au mois de
Septembre 1722. et Sous - Lieutenant au mois de
Novembre 1727.
LOUIS-CLAUDE DE GRIMOARD DE BEAUVOIR
DE MONTLAUR , COMŢE DU KOURE , né
I lc
388 MERCURE DE FRANCE
le 19. Septembre 1695. Cornette , puis Enseigne
de la premiere Compagnie des Mousquetaires.
de la Garde du Roy.
- LOUIS FRANÇOIS DE GAUTIER MARQUIS
DE CHIFFREVILLE ,en Normandie,successivement
Cornette , Enseigne et Sous- Lieutenant de la seconde
Compagnie des Mousquetaires de la Garde
du Roy , reçû en cette derniere Place le 19. May
1729.
CHARLES-YVES THIBAUT DE LA RIVIER &
DU PLESSIS , COMTE DE LA RIVIERE , de Ploeuc,
et de Mur, Marquis de Paulmy , de Wartigny ,
et de Reignac , successivement Cornette , Ensei
gne et Sous - Lieutenant de la même seconde
Compagnie des Mousquetaires de la Garde du
Roy , et fait Gouverneur de Saint Brieux au
mois de Janvier 1729 .
OFFICIERS.Generaux nommez par
le Roy , qui seront employez dans ses
Armées pendant la Campagne prochaine
sçavoir , en Italie , sous les
ordres du Maréchal Duc de Noailles..
Lieutenans Generaux.
Le Marquis de Savines.
Le Marquis de Maulevrier-
Langeron.
Le Comte de Beuil.
Le Marq. de Maillebois .
Le Marquis de Sandricourt.
Le Marquis de Bonas-
Gonärin .
M.de Saint Perier,Commandant
l'Artillerie.
Le Marquis de Montal.
Le Comte de Châtillon .
Le Duc d'Harcourt .
Le Marquis de Saint
Sernin.
M. de Louvigny.
Le Comte de Senecterre.
Le
FEVRIER. 1734. 389
Le Comte de la Motte- Le Marquis d'Epinay.
Houdancourt . Le Marquis d'Estaing
Maréchaux de Camp.
Le Comte Scipion Bo- M. de Granville ,
zelly .
Le Comte de Grammont.
M. du Cayla.
Le Marquis de Segur.
Le Comte de Boissieux.
M. Rattski.
Le Marquis de Chepy.
M. Bettens..
Le Comte de Lautrec.
M. de Cadeville.
M..Desgranges,
Le Comte de Beuzeville,
LeMarq.d'Estourmelles
M. de la Motte , Com
mandant une des Brigades
du Régiment
Royal des Carabi
niers.
Le Prince de Montau
ban.
→
Le Comte de Chaste.
Le Marq. de S. Simon..
Et le Comte de Biron ,
ARMEE d'Allemagne , sous les ordres
du Maréchal de Coigny.
Lieutenans Generaux.
Lê Marq. de Guerchy . M. de la Billarderie ,
Le Marquis de Dreux.
Le Duc de Chaulnes.
Le Marquis de Nangis.
Le Marq. de Ravignan.
Le Prince d'Isenghien.
M. de Quadt.
Le Duc de Duras.
Le Prince de Carignan.
Le Marquis de Leuville.
Le Comte de Belleisle.
M. de Vernassal.
M. de Tarneau.
Lieutenant des Gardes
du Corps.
M. de Valliere , Commandant
l'Artillerie.
Le Marq . de Gassion.
Le Chevalier de Givry.
Le Comte de Laval-
Montmorency.
Le Comte d'Aubigné.
Le Marq. de Balincourt.
Le Duc de Bethune.
Le Marquis de la Farre.
I ij Le
390 MERCURE
DE
FRANCE
L
Le Comte de Saxe . mont-Tonnerre.
Ro- Le Duc de Grammont. Le Chevalier de
Le Marquis de Cler- cozel .
Maréchaux de Camp.
Le Chevalier d'Erlach. Le Comte de Clermont.
Le Comte de Montboissier.
Le Marq. de Maubourg.
Le Baron d'Eltz .
M. de Terlaye.
Le Comte de Polastron .
M. d'Herouvillė .
Le Marquis de Curton .
M. de Lutteaux.
Le Marquis de Castelmoron.
M. Phelippe.
Le Marquis de Meuse ..
M. de Cherisey.
Le Marquis de Creil.
Le Chevalier Dauger..
M. de Bulkley .
Le Marquis de Bauffremont.
Le Marquis de Clermont-
Gallerande.
Le Marquis du Chaila .
Le Comte de Vaudrey.
Le Comte d'Avejan .
Le Comte de Baviere .
Le Prince de Conty.
Le Prince de Dombes.
Le Comte d'Eu.
Le Chev.de Montesson;
M. de Fortisson.
Le Comte de Chastelux .
M. Pajot de Villeperot.
Le Marq.de Saint Saens.
M. de Varennes .
M. de Manville .
Le Marquis de Ximenes
Le Marquis de Putange .
Le Marquis d'Oyse.
M. de Malan .
M. de Danois .
LeComte de Chabannes.
M. de Varennes , Capitaine
d'une Compagnie
des Grenadiers
du Régiment des
Gardes Françoises.
Chevalier de Mar- Le
cieu .
M. Oshagnussy.
Le Marquis de Coigny.
FRAN
FEVRIER. 1735 390
あの
88888888888888
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E premier de ce mois , M. Gibert ,
Recteur de l'Université , accompagné
des Doyens des Facultez et des Procureurs
des Nations , eut l'honneur , suivant
l'ancien usage , de présenter un
Cierge au Roy , à la Reine et à Monseigneur
le Dauphin .
Le même jour , le Pere Braban , Commandeur
du Couvent du Marais , des Religieux
de la Mercy , accompagné de'
trois Religieux de cette Maison , eut
Phonneur de présenter un Cierge à
la Reine , pour satisfaire à une des
conditions de leur Etablissement , fait
à Paris en 1615. par la Reine Marie de
Médicis.
Le 2. Février , jour de la Fête de la
Purification de la sainte Vierge , les Chevaliers
Commandeurs et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant assemblez dans
le Cabinet du Roy , S. M. se rendit à la
Chapelle , étant précedé du Duc d'Or-
I ilj leans
392 MERCURE DE FRANCE
leans , du Duc de Bourbon , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du
Duc du Maine , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouze,
et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers
de l'Ordre. Le Roy , devant lequel
les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Manteau
, le Collier de l'Ordre par- dessus
ainsi que les Chevaliers. S. M. assista à
la Benediction des Cierges , à la Procession
et à la Grand - Messe , qui fut celcbrée
par l'Archevêque de Vienne , Prélat
, Commandeur de l'Ordre . La Reine
entendit la même Messe dans sa Tribune.
L'après midi , Leurs Majestez entendirent
le Sermon du Pere Zingoult , de la
Compagnie de Jesus , et ensuite les Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
Le même jour , Fête de la Purification ,
il y eut Concert au Château des Tuilleries
, où l'on chanta l'Exaltabo te , Motet
de M. de la Lande , dont l'execution
répondit à la beauté de composition , il
fut suivi d'un autre , chanté par deux
Basses Tailles , qui ne fit pas moins de
plaisir . Le sieur Aubert executa sur le
Violon un nouveau Concerto de sa composition
, qui fut très - applaudi.
La
FEVRIER. 1735. 395
La Dlle Erremens chanta seule un
Motet de M. Mouret , avec beaucoup de
précision. Le Concert fut terminé par
un autre Motet à grand Choeur , dans
lequel la Dlle Fel chanta differens Récits
avec applaudissement.
Le 3. de ce mois , le Roy , accompagné
comme le jour précedent , se rendit
vers les 11. heures du matin à la Chapelle
du Château de Versailles , et S. M.
y assista au Service qui fut celebré pour
le repos des ames des Chevaliers de l'Ordre
du S Esprit ; morts pendant le cours
de l'année derniere. L'Archevêque de
Vienne , Prélat , Commandeur de l'Ordre
, celebra la Messe.
Le Roy a nommé Intendant de la
Géneralité d'Auch , M. de Balosre , Maître
des Requêtes .
Le 17. de ce mois , S. M. quitta le deüil
qu'elle avoit pris trois semaines auparavant
pour la mort de la Reine de Sardaigne.
Le Roy et la Reine étant revenus à
Versailles du Château de Marly le 26.
de ce mois , L. M. entendirent le len-
I iiij demain
394 MERCURE DE FRANCE
demain , premier Dimanche de Carême ,
dans la Chapelle du Château , la Messe
chantée par la Musique ; et l'aprés midi
elles assisterent à la Prédication du Pere
Zingoult , de la Compagne de Jesus.
Le Roy a accordé au Duc de Chaulne ,
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Chevau - Legers de la Garde ordinaire
du Roy , la permission de se démettre
de cette Charge en faveur du Duc de
Picquiny , son fils , qui étoit Cornette
de cette Compagnie.
Le 5. Février , on chanta à Marly devant la
Reine , le Prologue et le premier Acte de l'Opera
d'Issé , qu'on continua le 7.et le 9. La Dlle Erremens
fit te Rôle d'Issé , avec beaucoup de succès ;
les sieurs Petillot et d'Angerville , furent très applaudis
dans ceux de Philemon et d'Hilas. Le
reste fut executé parfaitement .
Le 12. la Reine entendit le Prologue et le premier
Acte de Callirhoé , dont les Actes suivans
furent chantez le 14. et le 16. la Dlle Pelissier
executa d'une façon très - touchante , le Rôle de
Callirhoé , ainsi que le sieur d'Angerville , celui
de Coresus . Le sieur Jeliotte se surpassa dans le
Rôle d'Agenor , et l'on fut étonné de lui trouver
la voix si grande et si nette après la maladie dangereuse
qu'il vient d'essuyer.
Le 19.le 21 et le 22. la Reine entendit la Musi
que du Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dile
Pelissier chanta ce Rôle avec une legereté et une
précision
FEVRIER: 1735. 395
précison infinie. Le sieur d'Angerville executa
celui du Carnaval d'une maniere très - convenable
à ce caractere. Les Choeurs et la Symphonie mériterent
tous les applaudissemens qu'on leur
-donna.
ARREST du Parlement , du 18. Décembre
1734. portant deffenses à tous Marchands et
autres Personnes , d'exposer en vente , ni vendre
même dans les Lieux prétendus Privilegiez , aucunes
Marchandises les Dimanches e Fêtes an
nuelles et solemnelles.
AUTRE Arrêt du Parlement , du 19 Février
1735. qui , en conséquence du Mandement
de M. l'Archevêque , dont il ordonne l'execution
, permet d'exposer et vendre des OEufs dans
Ies Marchez et Places publiques dans la Ville et
Fauxbourgs de Paris durant lǝ Carême .
Le 18. Février M. l'Archevêque donna
le Mindement qui suit , portant permission
de manger des oeufs , &c.
-
HARLES GASPARD - GUILLAUME ,
Il sembleroit qu'à l'approche d'un tempsconsacré
à la Penitence depuis le commencement
du Christianisme , nous ne devrions élever notre
voix , que pour recommander aux Fidelles d'observer
, dans toute son étenduë´, la Loi du Jeûne ·
et de l'abstinence , et d'ajoûter même plusieurs
pratiques d'une mortification volontaire à celles >
que l'Eglise a prescrites .
La Guerre , ce fleau, redoutable qui nous affli--
ge , l'esprit de parti qui continue à troubler P2--
glise , et qui dans plasieurs de ceux qui s'y son
I 7- ligrezz
396 MERCURE DE FRANCE
livrez , dégenere en un veritable fanatisme, peuvent-
ils nous laisser ignorer que la main du Seigneur
est étendue sur nous , et que pour appaiser
sa colere et prévenir de nouveaux châtimens , il
nous importe de redoubler nos jeûnes et d'employer
les saintes austeritez de la pénitence dans
•ces jours de salut , que sa misericorde nous a
ménagez ?
Cependant les sages Magistrats , qui veillent
avec application aux besoins du Public , nous
ayant représenté que le débordement des Rivieres
a empêché l'arrivée des provisions nécessaires
au temps du Carême , nous nous croyons
obligez d'user de quelque indulgence touchant
l'usage des alimens prohibez en ce saint Temps
et de moderer à cet égard la rigueur des Loix
de l'Eglise.
A ces Causes , nous permettons , sans que cette
permission puisse tirer à conséquence , l'usage
des OEufs dans la Ville de Paris et dans toutes
les Paroisses de notre Diocèse pendant le Carême
prochain , depuis le Mercredy des Cendres
inclusivement , jusqu'au Vendredy de la Semaine
de Passion exclusivement ; exhortant les Fidelles
d'observer au surplus avec exactitude , ce que
Eglise leur prescrit , et de ne point chercher
dans de vains prétextes l'exemption d'une Loi ,
dont le violement seroit d'autant plus inexcusable
, que l'observaton en est aujourd'ui plus facile.
Nous les conjurons en même tempsde demander
à Dieu par leurs gémissemens et par
leuts prieres , qu'il accorde à l'Etat une paix glo
rieuse , et à l'Eglise la cessation des troubles qui
Paffligent depuis si long-temps. Si vous mandons
, &c.
MORT'S
FEVRIER.
1735. 397
MORTS NAISSANCES .
Mariages.
E 26. Janvier 1735. Abraham-François de
Migien , Marquis de Savigny sous-Beaune ,
Seigneur de Chorey , Varenne , Vimpelle et la
Trembleraye , Président à Mortier au Parlement
de Bourgogne , Charge en laquelle il avoit été
reçu , au lieu et par la mort de feu Antide de
Migieu , son pere , le 14. Décembre 1717 , ayant
été auparavant reçû Conseiller au même Parkment
le 13. Janvier 1706. mourut à Dijon subitement
, en sortant de table , âgé de so . ans ou
environ. Il avoit épousé ...... Cheriere , fille
de Claude Cheriere , Seigneur d'Egligny , Gravon
, Vimpelle , &c. Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , mort le 29. Octobre
1710. et de Marguerite Méliand , Dame
d'Egligny, sa femme. Il en laisse deux fils et une
fille , avec de très - gros biens . La famille de Migieu
est originaire de la Province de Bugey , et
porte pour armes de sable , à trois étoiles d'argent.
On en trouve la Genealogie dans l'Histoire
de Bresse et de Bugey de Samuel Guichenon , p .
162. de la continuation de la troisième partie .
Le trente-un , mourut à Paris dans la 76e
année de son âge , Jean-Baptiste Deschiens , Sieur
de Ressons , qui avoit été reçû Chevalier des
Ordres de Nôtre Dame du Mont- Carmel et de
S. Lazare de Jerusalem , le 11. Janvier 1686. I
fut fait Capitaine de Vaisseaux au mois de Désembre
1692. et Chevalier de l'Ordre Militaire
Iv j
de
398 MERCURE DE FRANCE
de S. Louis le 8. Février 1694. Il fut aussi
Commissaire Géneral de la Marine , Contrôleur
Géneral de l'Artillerie , et Commandant les
Bombardiers de la Marine ; ensuite ayant quitté
le service de Mer , et passé dans celui de Terre,
il fut fait Lieutenant- Géneral d'Artillerie , reçû
Associé libre de l'Académie Royale des Sciences
en 1716. nommé Brigadier des Armées du
Roi le premier Février 1719. Lieutenant pour
S. M. dans la Province du Maine , Charge pour
laquelle il prêta serment de fidelité le 26. Août
1720. et enfin Commandeur de l'Ordre de S.
Louis au mois de Juin 1721. H. étoit fils puîné
de feu Pierre Deschiens , Seigneur de Valcourt,
Vicomte de Verneuil , Sécretaire du Roi , mort
au mois d'Août 1704. et de deffunte Marie Morizet
, il avoit épousé au mois de Février 1697 ..
Anne -Catherine Berrier , fille de Jean - Baptiste-
Louis Berrier , Marquis de la Ferriere , Conseiller
d'Etat ordinaire , et Doyen des Maîtres des
Requêtes ordinaires de l'Hôtel , et de D. Marie
Potier de Novion.
Le 8. de ce mois , Louis François Ladvocat ,
Conseiller du Roi en ses Conseils , et Doyen
des Maîtres ordinaires en la Chambre des Comp,
tes de Paris , où il avoit été reçû au lieu et par
le décès de Louis Ladvocat , son oncle , le 27
Avril 1671. mourut à Paris , dans la 91. année
de son âge , étant né le 5. Avril 1644. Il avoit
épousé au mois de Juillet 1695. Genevieve
Brüere de la Motte , soeur uterine de Pierre-André
, Maître ordinaire en la même Chambre des
Comptes , de laquelle il laisse deux fils , dont
Paîné a été reçû Maître ordinaire en la même
Chambre des Comptes en 1724, et n'est pointencore
marié;
Lo
FEVRIER . 1735. 395
Le même jour mourut à Paris dans la 95. année
de son âge , Charles de Lamperiere , Ecuyer,
Sieur de Montigny , autrefois Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal d'Artillerie , avec Commission
de Colonel , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , du 10. Mai 1693. et Brigadier
des Armées du Roi du 28. Avril 1694. Il
étoit d'une famille de Normandie , dont les Ar
mes sont d'azur , à deux pots d'argent en chef,
chargez chacun de flammes de gueules , et en
pointe , un Lion passant , d'or .
"
Le neuf Claude - Charles le Tonnellier de
Breteuil de Chanteclerc Comte de Vaux et de
Sainte Croix , Seigneur de Bévilliers , Mestre de
Camp de Cavalerie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , et ci - devant Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Chevau- Legers do
Bretagne , dont il se démit à cause de ses infir
mitez , au mois de Mars de l'année derniere
après l'avoir commandée depuis le 6. Avril
1716. mourut à Paris après une longue maladie
de langueur , âgé d'environ 37. ans. Il étoit
cousin germain de François Victor le Tonnellier
de Breteuil , Marquis de Fontenay , Tresigny ,
&c. Commandeur , Prévôt et Maître des Céremonies
des Ordres du Roi , et Chancelier de la
Reine , et fils unique de feu Charles - Achilles le
Tonnellier de Breteuil , Seigneur de Ruville ,,
Chevalier Commandeur des Ordres de Nôtre--
Dame du Mont - Carmel et de S. Lazare de Jerusalem
, ci devant Capitaine au Régiment Royal
des Vaisseaux , mort le 26. Janvier 1708. et de
D: Anne- Magdeleine de Testart de la Guette
sa veuve. Il avoit épousé le 24. Avril 1720.
Laure ô Brien de Clare , fille de feu Charles ô
Brien , Comte de Clare , Pair d'Irlande , Maré:
y
cha
200 MERCURE DE FRANCE
chal des Camps et Armées du Roi , et Colonel
d'un Régiment d'Infanterie Irlandoise , mort en
1706. des blessures qu'il avoit reçûës à la Bataille
de Ramillies , et de D. Charlotte Beulkley,
sa veuve , Dame d'honneur de feuë Marie- Beatrix-
Eleonor d'Est -Modene , Reine d'Angleterre,
et soeur de la Maréchale Duchesse de Berwick.
Il la laisse veuve avec cinq garçons et deux filles
en bas âge. Lê Comte de Breteuil , dont on rapporte
la mort , joignoit à son nom de famille.
celui de Chanteclerc , en vertu du Testament de
Pierre de Chanteclerc , Seigneur de Vaux et de
Bévilliers , Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roi , mort le 26. Juin 1662. qui avoit
fait une substitution graduelle et perpetuelle de
ses biens , laquelle se trouva ouverte au profit du
Comte de Breteüil,le 27.Avril 1712. par le décès
de Charles Renouard , Seigneuf de Bévilliers et
de Vaux.
2
Le 10. Dame Marguerite-Genevieve Fauvel
, veuve en premieres nôces de Nicolas Le
Roux de Tilly , Seigneur de Berville , et en secondes
depuis le 29. Avril 1729. de René
de Harlus , Marquis de Vertilly , Seigneur d'Aven
, Viluy , la Pere , Boisgravier , &c . Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , autrefois
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de la Reine
, qu'elle avoit épousé le 7. Avril 1710 et dont
elle étoit la seconde femme , mourut à Paris âgée
d'environ 60. ans. Feu le Marquis de Vertilly
avoit eu de feue Anne- Angelique Godet de Soudé
, morte le 10. Mai 1702. pour fille unique
Aune- Angelique de Harlus de Vertilly , épouse:
de Charles- Paul Sigismond de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Châtillon.
Le
FEVRIER . 1735. 401
Le 13. D. Anne Parfaict , fille d'Etienne Parfaict
, Contrôleur Géneral de la Maison du Roi,
et de D. Anne Vaillant de Guelis , sa seconde
femme , et veuve en dernieres nôces de Jean-
François-Paul Lescalopier , Seigneur du grand-
Hôtel de Chalo S. Mars , Maréchal des Logis
et Major de la seconde Compagnie des Mous
quetaires de la Garde du Roi , mourut au grand
S. Mars , à deux lieuës d'Estampes , dans la 94
année de son âge , étant née à Paris le 27. Octobre
1641. Elle avoit été mariée en premieres
nôces le 5. Mars 1665. avec Benoît de Savoye ,
Ecuyer , Seigneur d'Ainay en Lionnois , de Nan--
teau et de Formarville en Beauce , Trésorier
Géneral des Fortifications de Champagne , Metz,:
Toul et Verdun , Lorraine et Barrois , mort le
4. Août 1683. duquel elle laisse deux filles , qui
sont Marguerite- Angelique de Savoye , veuve
depuis le 4. Février 1731. de Nicolas de Foyal ,
Seigneur d'Allonne , Dosnery , le Château-Herpin
, et à cause d'elle, de Nanteau sur Essonne , et
Formarville , dont il y a des enfans ; et Marie de
Savoye , mariée le 14. Février 1695. avec Jacques-
Philippe de Prunelé , Seigneur du grand
Hôtel de Chalo S. Mars , et en partie de S Mars,
du grand Guignard sur Authon , du Fief de
Morville , &c . Ancien Lieutenant de l'Artillerie
de France , dont il y a des enfans .
Le 16. Dile Françoise - Catherine de Bethune
fille de feu Maximilien Alpin de Bethune , Mar
-quis de Courville , Comte d'Orval , &c . mort
le dernier Juin 1692. et de D. Catherine de la
Porte de Montigny , son épouse , décedée le 7.
Août 1706. mourut à Paris , âgée de 80. ans.
Elle étoit tante de Louis - Pierre- Maximilien de
Bethune , aujourd'hui Duc de Sully , Pair de
France ,
202 MERCURE DE FRANCE
France , Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or.
Le 23. Louis -Leonard Hennequin de Charmont,
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris du 28. Mai 1690. Seigneur de la Terre et
Châtellenie de Coribert , et Abbé Commandataire
de Val-Secret , Ordre de Prémontré , Dia
cèse de Soissons , depuis 1681. mourut subite
ment à Paris , âgé d'environ 60 : ans. Il étoit
fils aîné de feu Louis- François Hennequin ,
Seigneur de Charmont , Courlaverdei , &c. Pro--
cureur Géneral du Grand- Conseil , mort le 18.
Novembre 1708. et de Marie - Marguerite l'Hoste
de Beaulieu , sa seconde femme.
Le 25. Leonor le Berceur de Fontenay , Prêtre
du Diocèse de Coutance , Aumônier ordinaire
de la Reine , Prieur de S. Jacques de l'Hermitage
, Diocèse de Sées , et Vicaire Géneral de
P'Evêque de Lisieux , mourut à Paris âgé d'en--
viron 43. ans. Il étoit frete de Jacques- Fran
çois le Berceur , Comte de Fontenay . Capitains
de Vaisseaux , et Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , il avoit été Député de la Province
de Rouen à l'Assemblée génerale du Clergé
de France temuë en 1723. et Député de la
Province de Reims à celle de 1725. Il fut aussi
Promoteur de cette derniere ..
André Geoffroy de Valbelle , Chevalier , Marquis
de Rians , de Monfuron et de Bressieux ,
Comte de Ribiers , Baron de Meyrargues , Déaures
et de Pomet , Seigneur de Caderache
Serre , Venelles , & c. Mestre de Camp de Cavalerie
cy-devant Premier Enseigne des Gendarmes
de la garde du Roy , Conseiller du Roy
en scs Conseils et Grand Senechal de Marseille , -
Grand Baillif des Montagues de Dauphiné , l'um
des quatre Premiers Barons de la même Provin- -
Ge
FEVRIER. · 1735 4.03
ce , Procureur joint de la Noblesse de Provence
aux Etats du même Pays , mourut en son Châ
teau de Meyrargues le 16. Fevrier après une lon-,
gue maladie âgé de 33. ans accomplis. Il étoit fils
de Cosme-Maximilien de Valbelle , Chevalier ,
Marquis de Rians , Baron de Meyrargues , Seigneur
de Caderache , Carces Beauvezet , Palieres
, &c. Mestre de Camp de Cavalerie , et Lieutenant
de Roy en Provence , et de Dame Marie
- Therese d'Oraison ; il avoit épousé le premier
Juin 1723. Dame Marguerite Delphine de
Valbelle Tourues , de laquelle il laisse plusieurs
Enfants .
Le 15. D. Elizabeth - Genevieve Bouzitat de
Chanay , veuve d'Abel - Jean de la Barre , Tresorier
de France à Paris , qu'elle avoit épousé au
mois de Juillet 1699. mourut à Paris , laissant
un fils unique qui est Charles- Jean - Abel de la
Barre, Seigneur de Caroy en Brie , reçû Conseil
ler en la Cour des Aydes de Paris , le 9. Fe
vrier 1726.
་
Le 19. D. Susanne Bauyn de Bersan , épouse
de Gilles le Maitre , Marquis de Ferrieres , Baron
du Plessis , Chattigne , Chabosson , la Chapelle
Chassy , Carob , Prémaison , Belle- fontaine
, & c. Conseiller au Parlement de Paris , qui
l'avoit épousée au mois d'Août 1724. mourut à
Paris sans enfans . Elle étoit soeur d'André Prosper
Bauyn de Bersan , Seigneur de Jallais , Conseiller
Honoraire au Parlement de Paris , et actnellement
Intendant en Roussillon , et fille de
feu André Baüyn , Seigneur de Bersan , Jallais ,
la Briere , & c . vivant Fermier General des Fer
mes unies du Roy , et de feu Susanne de la Ferriere.
Le 20. D. Louise-Françoise de Harlay , veuve
de
404 MERCURE DE FRANCE
de Louis de Vielbourg , son cousin germain ,
Marquis de Mienne , Seigneur des Granges , de
Saint Germain sur Eaulne , Cours sur Loire ,
et de Thou en Puisaïe , Lieutenant General pour
le Roy au Gouvernement du Nivernois , et Donziois
, et Colonel du Régiment de Beauvoisis , tuẻ
au Siége de Namur dans une sortie le 18. Juillet
1695. avec lequel elle avoit été mariée le 7. May
1693. mourut à Paris après une longue maladie
, dans la 55 année de son âge , étant
née le 5. Juin 1680. Elle étoit fille de feu Nicolas
- Auguste de Harlay , Comte de Celi , et de
Compans , Seigneur de Bonneuil , de Sainte Mesme
, &c . Conseiller d'Etat ordinaire , Premier
Ambassadeur extraordinaire er Plenipotentiaire
au traité de la paix generale de Riswick , mort
le 2. Avril 1704. et de feue Dame Anne- Françoise-
Louise- Marie Boucherat , morte le 23. Novembre
1730. fille du Chancellier Boucherat. La
Marquise de Vieilbourg , n'ayant point eu d'enfans
, laisse pour heritiers Louis- Achilles- Auguste
de Harlay , Conseiller d'Etat ordinaire , et
Intendant de Paris , son frere , et Dame Elizabeth
-Claude de Harlay , sa soeur , veuve d'Adrien
Alexandre de Hanyvel , Marquis de Crevecoeur
, Comte de Mennevillette , President du
Parlement de Paris. Elle a fait par son testament
une substitution de partie de ses biens en
faveur du Comte de Luxe , son cousin , fils du
Maréchal de Montmorency.
Le 18. Janvier D. Marie de Champagne , Epou
se de Cesar- Gabriel de Choiseul , Sous-Lieutenant
des Gendarmes de la Garde du Roy , accoucha
d'un Fils qui fut tenu sur les fonts et
nommé Regnault- Cesar-Louis par Louis Hubert
FEVRIER. 1735. 40
bert , Comte de Champagne , et par Dame Hens
riette- Louise de Beauveau , veuve de Hubert de
Choiseul , Brigadier des Armées du Roy.
›
Le 3. Fevrier D. Elizabeth- Philippine de Poi-
-tiers Epouse de Guy- Michel de Durfort de
Lorges , Duc de Randan , Brigadier des Armées
du Roy , Lieutenant General du Comté de Bourgogne
, accoucha d'une Fille , qui fut nommée-
Marie- Jeanne- Genevieve par Jean de Durfort ,
Duc de Duras , Lieurenant General des Armées
du Roy , Commandeur de ses ordres , Commandant
pour S. M. au Comté de Bourgogne , Gouverneur
du Château Trompette de Bourdeaux , er
par Dame Marie-Genevieve. Henriette Gertrude
de Bourbon Malauze , veuve de Ferdinand- Joseph
Comte de Poitiers.
Le huit , Dame Barbe - Charlotte Aubourg
Epouse de M. Guillaume Aubourg de Boury ,
Garde des Rôles des Offices de France , accoucha
d'un fils qui fut baptisé le même jour , et
nommé Louis par M. Antoine- Louis Aubourg ,
Conseiller Clerc au Parlement de Paris , et Chantre
en Dignité de P'Eglise Collegiale de Saint:
Maur- les fossez , son oncle maternel et Dame
Barbe Tamisié , veuve de M. Nicolas- Augustin
Damond , Seigneur de Guienneville , Conseiller.
au Grand- Conseil.
-
"
>
Christophe - Louis de Bullion , Comte de
Bullion , fils de Jean Louis de Bullion
Marquis de Courcy , Comte de Fontenay
Conseiller au Parlement , et de Dame Marie-
Genevieve Pinette de Charmois , épousa le 21
Février à Peyreusse en Roüergue , Demoiselle
Antoinette de Rouget , fille d'Antoine de Rou--
get Ecuyer , et de Dame Jeanne de Bonenfant..
On
06 MERCURE DE FRANCE
rent sous les armes , et que la joie fut si grande
que les danses continuerent toute la nuit dans les
ruës.
La Maison de Bullion est considerable par
ses grandes alliances et par les services qu'elle a
rendus à l'Etat ; Jean de Bullion étoit employé
près de Louis XII . au Siége de Genes , Claude
de Bullion Sur - Intendant des Finances , & c . Président
à Mortier , fut souvent employé par les
Rois Henry le Grand et Louis le Juste , en plusieurs
Ambassades , Traités et autres affaires importantes
; Charles de Bullion frere paisné du
Pere de l'époux , étoit premier Chambellan de
Philipes de France , Duc d'Orleans , frere unique
de Louis XIV. Le Comte de Bullion qui
vient de se marier a servi en qualité de Capitaine
de Dragons dans le Régiment de Goësbriant aux
Siéges de Fontarabie , Saint Sebastien , Urgel-en
1719.
La Maison de Roger ou Rouget étoit connue
dès le 12. siécle à Villeneuve de Rouergue , Bertrand
de Rouget fils de Gaillard de Rouget , Damoiseau
, prend la qualité de Chevalier , dans
une fondation qu'il fit en 1255. Les Seigneur
de Rouget ont toûjours eu entrée aux Etats de
la Province de Rouergue en qualité de Gentilshommes
: Geraud et Bertrand de Rouget furent
ruež à la tête des Troupes qu'ils commandoient
contre les Anglois en 1340 et 1341. en Guyenne.
Leur neveu Gaillard de Rouget fut tué aussi
en chassant les Anglois de plusieurs postes en
1360. Cette Maison est alliée aux plus grandes
Maisons de la Province. Jean de Rouget épousa
Suzanne de la Vallette en 1561. niéce du fameux
Grand - Maître de Malthe. Il y a eu plusieurs autres
alliances entre ces deux Maisons ; Pierre de
Rouget
FEVRIER. 1735. 407
Rouget fut député de la Province de Rouergue
vers Edouard , Prince de Galles , fils du Roy
d'Angleterre en 1363. pour aller prêter serment
de fidelité à ce Prince à Poitiers. Geraud de Rouget
habitoit à Flanhac en 1963. et étoit Trisayeul
de la Dlle qui vient de se marier ; il étoit
Capitaine de 200 hommes de guerre à pied ,
qui passerent en revûë le 8. Janvier 1973. devant
les Commissaires nommez par l'Amiral de Coligny
, Lieutenant - General de Guyenne.
Le vingt et un, Anne- Louis - Michel le Pelletier
de S. Fargeau , Conseiller du Roy , et son Avocat
au Chatelet et Siege Présidial de Paris , fils
de Michel- Robert le Pelletier des Forts , Comte
de S. F
argeau , &c. Gouverneur de la Ville et
Château et Grand- Bailly de Gien , Ministre d'Etat
, et de D. Marie- Magdelaine de Lamoignon
de Basville , épousa Dlle Charlotte- Marguerite
d'Aligre , fille de feu Etienne d'Aligre , second
Président du Parlement, et de Dame Magdeleine- .
Catherine de Boivin de Bonnetot.
D.
Le vingt deux , Louis - Antoine Duprat . Marquis
de Barbanson , fils de François Duprat, Com- .
te de Barbanson , Marquis de Nantouillet et de
Vitaux , &c Brigadier des Armées du Roy , et de
Marie-Claire- Charlotte - Séraphine Du Tillet
de S. Mathieu , épousa Dlle Angélique- Fran
çoise -Josephine de Thyard de Bissy , fille de
Anne-Claude de Thyard , Marquis de Bissy ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Gouverneur
des Ville et Château d'Auxerre , et de
D. Angélique- Henriette, Thérese Chauvelin.
408 MERCURE DE FRANCE
ARRESTS NOTABLES.
RREST de la Cour des Aydes , du 23 .
A Décembre 1734. portant Reglement pour
Mes Officiers des Elections et Greniers à Sel.
Scellé le 19. Février suivant.
ORDONNANCE du Roy , du 31. Décembre
pour créer une nouvelle Compagnie d'Ouvriers
de 40. hommes pour le service de l'Artillerie à
l'Armée d'Italie , lesquels seront pris dans les
Régimens dénommez dans ladite Ordonnance.
TABLE.
PIECES FUGITIVES , Apologie de S Justin ,
Ouvrage sur les Fiefs , Lettre , &c.
L'Amour vainqueur , Ode Anacréontique ,
Lettre touchant certains Phosphores , &c.
Enigme manquée , &c.
Lettre à Mad . sur la Mort de son Chien
son Moineau. Epitaphes , & c.
Lettre au sujet des grosses Horloges ,
197
202
207
209
212
et de
213
217 .
L'Epagneul , le Mâtin et le Loup , Fable , 219
Refléxions ,
Les Plaisirs Champêtres , Ode ,
Mort du Frere Romain , Architecte ,
Ode Sacrée
220
224
227
233
T.oiTroisiéme
Lettre sur la Litterature des Mahometans
, " 737
253 Bouts- Rimez sur le desir des Richesses ,
Réponse du R. R. Emanuel de Viviers , sur une
Critique , &c. 254
Lettre de feu M.Pavillon , en Prose et en Vers,257
Lettre écrite de Picardie sur les Dénominations
de le Roy , le Prince , & c.
Caprice , Poëme ,
260
265
Lettre touchant le Lieu d'une Bataille donnée
en Bourgogne ,
La Puissance de la Lyre , Poëme ,
268
285
Dissertation sur le Lieu de la Naissance de saint
Louis ,
Imitation de Catule ,
Droit honorifique singulier , & c.
Logogryphes , Enigmes ,
283
290
291
294
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX-ARTS ,
&c. L'Ouvrage du R. P. de Montfaucon , sur
les Manuscrits , &c .
300
Lettre sur les Poësies de Mlle de Malciais , & c.
Bibliotheque Germanique ,
312
328
Nouvel Avis sur les Memoires de la Vie des
Hommes Illustres , &c .
335
332
Académie Royale des Sciences , et Observations
sur le Méridien , et Voyage de trois Académiciens
au Pérou , &c.
Frix proposé par l'Académie de Chirurgie , 337
Ouragan et Tremblement de Terre , & c.
Médaille du Roy nouvellement frapée ,
Nouvelles Estampes ,
Air noté ,
339
340
341
343
Spectacles . Tragédie de Sabinus , Extrait , ibid.
Fable à l'Auteur de Sabinus ,
Nouvelles Etrangeres , de Pologne ,
361
366
D'Italie et Grande - Bretagne ,
Hollande- Pays- Bas et Espagne ,
Promotion de Brigadiers de Cavalerie
prochaine ,
De Dannemarck et Allemagne ,
369
372
385
387
358
Officiers Generaux , nommez pour la Campagne
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Arrêts et Mandement , & c.
Morts , Naissances et Mariages ,
Arrêts Notables ,
391
395
397
408
Errata de Janvier.
Page 160. ligne 11. 1675. lisez 1676 .
P
Fauts à corriger dans ce Livre .
Age , 200. ligne 15. nous sommes
sommes nous .
>
l. nous l'avons .
P. 210. l . 13. il n'y eut , l. ce ne fut.
P. 228. 1. 23. posé , l . exposé.
P. 233.1 . 10. provide , l. prævide.
P. 252. l . 16. pour l'avoir ,
P. 273. 1. 1. débite , . dit .
P. 315.1. 17. Nirée , 1. Nerée.
P. 336. 1. 9. le 22. l. le 2. Mars.
P. 340. 1. 19. Rocetiers , 1. Rottier.
P. 354. 23. n'avois - je , l. n'aurois -je ,
lisex
La Medaille gravée doit regarder la page
La Chanson notée , la page
340
343
DE FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT.
JA
NVIER . 1735
COLLIGIT
SPARGIT
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIEK,
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à lá descente du Pont -Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy:
PRIVILEGE
DU ROr.
,
LOUIS, par la grace de Die Rol de France & de
&
9
Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confeil ,
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra, SALUT
: l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , cy - devant appelé le Mercure Galant ,
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé ,
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni ,
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne con
vient pas que le Public ſoit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'agréable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'est dans cette vue que bien informé des
zalens , & de la fagefle du fieur ANTOINE DE LA ROQUE,
Ecuyer ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Chevalier
de notre Ordre Militaire de Saint Loüis ; nous l'avons
choifi pour compofer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceſſai
res : A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
Jui avons permis & permettons par ces Prefentes de
Compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois ,
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France , qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge,
caractere , conjointement , ou feparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de ie
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de la datte des Prefentes ; à condi .
tion neanmoins que chaque volume portera ſon Approbation
expreffe de l'Examinatu aura éré com
mis à cet effer . Faifons défenfes à toutes fortès de
perfonnes , de quelques qualitez & conditions qu'elles
toient , d'en introduire d'impreffions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéiffance , comme auffi à tous
9
• Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres d'imprimer
, faire imprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre , ou planches , en tout
ou en partie , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmentation , correc.
tions , changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6c00 . livres
d'amende , payables fans déport par chacun des con-
Trevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
qui auront droit de lui , & de tous dépens , dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Registre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelle's ; que l'impreffion
de ce Livre fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , confor
mément aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcric ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fera
remis dans le même état où les Approbations y auront
été données , és mains de nôtre très - cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARMENON VILLE, Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai .
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de nôtredit très - cher & feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu defquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleine
ment & paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêchemens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy- devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Preſentes
qui fera imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dûement fignifiée ,
& qu'aux copies colla ionnées par l'un de nos Amez
& Feaux Secretaires , foy foit ajoûtée , & c;
A ij
CAJR.
CATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
J
Uin et Juillet 1721
Août , Septembre , Octobre, Novembre
et Decembre ,
Année 1722. les mois de Mars , May,
Septembre et Novembre doubles ,
2. vol.
s. vol
16. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double, 13 . vol.
Année 1724. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
tembre et Decembre doubles ,
Année 1725. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
is. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De-
14. vol.
cembre doubles ,
14. vol.
'Année 1728. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
'Année 1729. les mois de Juin , de Sep-
14. vol.
tembre et Decembre doubles ,
'Année 1730. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
cembre doubles ,
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
14. vol.
et de Decembre doubles ,
cembre doubles ,
'Année 1732. les mois de Juin et de De-
Is. vol.
14. vol.
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
"
cembre doubles ,
Année 1734. les mois de Juin et Dé-
Janvier 1735.
14. vol.
1. vol.
394. vcl.
LISTE
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Henaut et Forest.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , et chez
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste .
Nantes , chez Julien Maillard , et chez du Verger,
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guillaume
Jouanet Vatar et là veuve Garnier.
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon .
Rouen , chez Herault.
Châlons-sur - Marne , chez Seneuze .
Amiens , chez la veuve François et Godard.
Arras , shez C. Duchamp.
Orleans, chez Rouzeaux .
Angers , chez Fourreau et à la Poste
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste.
Versailles , chez Monnier.
Besançon , chez Briffaut , à la Poste.
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Poste .
Reims , chez Disain .
A Vitry-le-François , chez Vitalis .
Beauvais , chez De Saint.
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin .
Moulins , chez Faure .
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne-sur-Mer , chez Parasol.
Nancy, chez Nicolas .
AVERTISSEMENT.
Oici le cent quatre- vingt- quatorzième
volume du Mercure de France , que
nous avons l'honneur de présenter au Roy et
d'offrir au Public , depuis le mois de juin
1721. que nous travaillons à cet Ouvrage .
sans qu'il ait souffert aucune interruption.
Nous rendons de nouvelles et de très-humbles
graces à nos Lecteurs au commencement de
cette Année , de l'accueil favorable qu'ils
continuent de faire au Mercure. De notre
côté nous redoublerons nos soins et notre ap--
plication pour que la lecture en soit encore
plus utile et plus agréable.
En remerciant nos Lecteurs du cas qu'ils
daignent faire de ce Livre , nous leur demandons
toujours quelqu'indulgence pour les:
Endroits qui leur paroîtront négligez et dont
la diction ne paroîtra pas assez chatiée. Le
Lecteur judicieux fera , s'il lui plaît , reflexion
que dans un Ouvrage comme celuiil
est très-aisé de manquer ,
les choses les plus communes , dont chacune
on particulier est facile , mais qui ramas_
cy,
même dans
sées
AVERTISSEMENT.
sées ,font ensemble une multiplicité si grande,
qu'il est mal aisé de donner à toutes
la même attention , quelque soin qu'on y
apporte sur tout quand une telle collection
est faite en si peu de temps ; l'Auteur du
Mercure , chargé du pénible et laborieux
employ de donner chaque mois un volume
au Public , ne peut jamais avoir le temps
de faire sur chaque Article les refléxions
quy feroit une Personne qui n'auroit que cet`
Article en tête , le soul auquel elle s'interesseroit,
et peut-être le seul qu'elle liroit. Une
chose qui paroît un peu injuste , c'est qu'on
nous reproche quelquefois des inattentions
et qu'on ne nous sçache aucun gré des corrections
sans nombre qu'on fait et des fautes
qu'on évite.
Nous faisons de la part du Public de
nouvelles instances aux Libraires qui envoyent
des Livres pour les annoncer dans
le Mercure , d'en marquer le prix au justes
cela sert beaucoup dans les Provinces aux
personnes qui se déterminent là-dessus à les
acheter , et qui ne sont pas sûres de l'exactitude
des Messagers et des autres personnes
qu'elles chargent de leurs commissions
qui souvent les font surpayer. M Moreau
pourra même se charger de faire les En-
Bois au prix coûtant.
9
A iij Ow
(
AVERTISSEMENT.
On invite aussi les Marchands et les Ow
vriers qui ont quelques nouvelles Modes , soit
par des Etoffes nouvelles, Habits, Ajustemens,
Perruques, Coeffures, Ornemens de tête et autres
Parures , ainsi que de Meubles , Carrosses
, Chaises et autres choses , soit pour
Putilité , soit pour l'agrément , d'en donner
quelques Memoires pour en avertir le
Public , ce qui pourra faire plaisir
divers Particuliers et procurer un débi
avantageux aux Marchands et aux Ou
vriers.
के
Plusieurs Pieces en Prose et en Vers
envoyées pour le Mercure , sont souvent si
mal écrites qu'on ne peut les déchiffrer ,
et pour cela elles sont rejettées ; d'autres
sont bonnes à quelques égards et défectueu →
ses en d'autres. Lorsqu'elles peuvent en valoir
la peine , nous les retouchons avec soins
mais comme nous ne prenons ce parti qu'avec
répugnance , nous prions les Auteurs
de ne le pas trouver mauvais , et de travailler
leurs Ouvrages avec le plus d'attention
qu'il leur sera possibles si on sçavoit leur
adresse , on leur indiqueroit les défectuositez.
et les corrections à faire.
Ies Sçavans , et les Curieux sont priez
de vouloir bien concourir pour rendre ce
Livre encore plus utile , en nous commu
niquants
AVERTISSEMENT.
niquant les Memoires et les Pieces en Prose
et en Vers , qui peuvent instruire et amuser.
Aucun genre de Litterature n'est exclus
de ce Recueil , où l'on tâche de faire regner
une agréable varieté , Poësie , Eloquence
, nouvelles Découvertes dans les Arts
et dans les Sciences , Morale , Antiquitez ,
Histoire Sacrée et Profane , Voyages , Historiettes
, Mythologie , Physique et Métaphy.
sique , Pieces de Théatre , Jurisprudence ,
Anatomie et Medecine , Botanique , Criti
que , Mathématique , Memoires , Projets ,
Traductions , Grammaires , Pieces amusantes
et récréatives , &c. Quand les Morceaux
d'une certaine consideration seront
trop longs , on les placera dans un volume extraordinaire
et on fera ensorte qu'on puisse les
en détacher facilement , pour la satisfaction
des Auteurs et des personnes qui ne veulent
avoir que certaines Pieces.
A l'égard de la Jurisprudènce , nous continuerons
, autant que nous le pourrons , de
faire part au Public des Questions importan
tes , nouvelles on singulieres, qui se présente--
ront et qui seront discutées et jugées dans les
differens Parlemens et autres Cours Superieu--
res du Royaume , en observant l'ordre et la
méthode que nous avons déja pratiquée en
pareil cas , sur quoi nous prions Messieurs less
A ve Avc→→
AVERTISSEMENT.
Avocats et les Parties interessées , de vou
loir bien nous fournir les Memoires néces--
saires. Il n'est peut-être point d' Article dans
ce Livre qui regarde plus directement le Bien
public que celui-là , et qui soit plus recherché
de la plupart des Lecteurs.
Quelques Morceaux de Prose et de Vers ,
rejettez par bonnes raisons , ont souvent.
donné lieu àdes plaintes de lapart des Personnes
interessées ; mais on les prie de considerer
que c'est toujours malgré nous que certaines
Pieces sont rebutées ; nous ne nous en rapportons
pas toujours à notre jugement dans le
choix que nous faisons de celles qui méritent-
Fimpression . On nous reproche avec raison
que nous n'avons que trop de complaisance à
cet égard.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de
faire mettre un Avis à la tête de chaque
Mercure pour avertir qu'on ne recevra point
de Lettres ni de Paquets par la Poste , dont
le port ne soit affranchi , il en vient cepen--
dant quelquefois qu'on est obligé de rebuter,
Ceux qui n'auront pas pris cette précaus
tion ne doivent pas être surpris de ne
pas voir paroître les Pieces qu'ils ont envoyées
, lesquelles sont d'ailleurs perduës poureux
s'ils n'en ont point gardé de copie..
Les Personnes qui desireront avoir leMer
cures
AVERTISSEMENT.
cure des premiers , soit dans les Provinces
soit dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à
s'adresser à M. Moreau , Commis au
Mercure , vis-à- vis la Comédie Françoise
, à Paris , qui le leur envoyerapar
la voye la plus convenable et avant qu'il
soit en ventes les Amis à qui on s'adresse
Pour cela
ne sont pas quelquefois fort
exacts ; ils n'envoyent gueres acheter ce Livre
précisément dans le temps qu'il paroît.
Ils ne manquent pas de le lire , souvent ils
Le prêtent et ne l'envoyent enfin que fort
tard ,sous le prétexte spécieux que le Mereure
n'a pas parû plutôt.
>
Nous renouvellons la priere que nous
avons déja faite , quand on envoye des Piecés
, soit en Vers , soit en Prose , de les faire
transcrire bien lisiblement , chaque morceau
sur des papiers séparez et d'une grandeur
raisonnable , avec des marges , pour y placer
les additions on corrections convenables
et que les noms propres, sur tout, soient exac--
tement écrits. ·
Nous aurons toujours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas se faire:
connoître , mais il seroit bon qu'ils donnassent
une adresse , sur tout quand il s'agit de
quelque Ouvrage qui peut demander des
éclaircissemens car souvent , faute d'une
A - VI
3
AVERTISSEMENT.
tel secours des Pieces nous restent entre
les mains sans pouvoir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de
leurs correspondances , reçoivent des nou
velles d'Asie , d'Afrique , du Levant , de
Perse , de Tartarie , du Japon , de la Chine,
des Indes Orientales et Occidentales , et d'au
tres Pais et Contrées éloignées ; les Capitaines
, Pilotes et Officiers des Navires et
les Voyageurs , de vouloir nous faire part de
leurs Journaux , à l'Adresse generale du
Mercure. Ces Matieres peuvent rouler sur
les Guerres présentes de ces Etats et de leurs
Voisins les Révolutions , les Traitez de Paix
ou de Tréves les occupations des Souverains,
la Religion des Peuples , leurs Cerémonies ,
Coûtumes et Usages , les Phénomenes et les
productions de la Nature et de l'Ari , &c.
comme Pierres précieuses , Pierres figurées ,
Marcasites rares , Pétrifications et Crystallisations
extraordinaires , Coquillages , &c.
Edifices anciens et modernes , Ruines , Statues
, Bas- Reliefs , Inscriptions , Pierres gravées
, Médailles , Tableaux , Oc
Nous serons plus attentifs que jamais à
aprendre au Public la mort des Sçavans
et de tous ceux qui se sont distinguez dans
les Arts et dans les Mécaniques ; on y joindea
le détail de leurs principales occupations,
de
AVERTISSEMENT
-
de leurs Ouvrages et des plus considerablêsactions
de leur vie. L'Histoire des Lettres
et dés Arts , doit cette marque de reconnoissance
à la memoire de ceux qui s'y sont
rendus celebres , ou qui les ont cultivez avec
soin. Nous espérons que les Parens et les
Amis de ces illustres Morts , aideront vo
lontiers à leur rendre ce devoir , par les
instructions qu'ils voudront bien nous fournr.
Ce que nous venons de dire regarde
non-seulement Paris , mais encore toutes les
Provinces du Royaume et les Pays Etrangers
, qui peuvent fournir des Evenemens
considerables , Morts , Mariages , Actes solemnels
, Fêtes et autres Faits dignes d'être
transmis à la Posterité, en observant d'écrire
exactement et lisiblement les noms propres!
On a fait an Mercure et même plus d'une
fois l'honneur de le critiquer ; c'est une gloire
qui manquoit à ce Livre. On a beau dire ;:
nous ne changerons rien à notre méthode
puisque nos Lecteurs la trouvent passablement
bonne. Un Ouvrage de la nature de
celui-cy , ne sçauroit plaire également à tout
le monde , à cause de la multiplicité et de la
varieté des matieres , dont quelques- unes sont
lues par certains Lecteurs avec plaisir et
avidité , et par d'autres avec des dispositions
contraires. M. du Fresni avoit bien raison
de:
f
AVERTISSEMENT.
de dire
que pour que le Mercure fût genera--
lement approuvé, il faudroit que comme un·
autre Prothée , il pût prendre entre les mains
de chaque Lecteur , une forme convenable à
Pidée qu'il s'en est faité.
C'est assez pour ce Livre de contribuer
tous les mois en quelque chose , à l'instruc- ·
tion et à l'amusement des Citoiens . Le Mercure
ne doit rien prétendre au- delà . Nous
sçavons , il est vrai , que la critique outrée ,
ou la médisance plus ou moins malignement
épicée , fut toujours un mets délicieux pour
beaucoup de Lecteurs ; mais outre que nous
n'y avons pas le moindre penchant , nous
renonçons et de très-bon coeur , à la dangereuse
gloire d'être lûs et applaudis aux
dépens de
personne.
Nous serons encore plus retenus sur les
louanges , que quelques . Lecteurs n'ont pas
généralement approuvées , et en effet nous
nous sommes apperçus que nous y trouvions
peu d'avantage ; au contraire on s'est vû
exposé à des especes de reproches , au lien :
des témoignages de reconnoissance , sur toutde
la part des gens à Talens ; car "souvent
tel qu'on lone ne doute nullement que ce
ne soit une chose qui lui soit absolument
dûë , souvent même il trouve qu'on ne le
Lone
pas assez , et ceux qu'on ne louë points
AVERTISSEMEN T..
ou qu'on loue moins , sont très-indisposez
et prétendant qu'on loue les autres à leurs
dépens , ils sont doublement fachez.
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Pieces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , et nous faisons quelques ·
Observations d'après le jugement du Public
sur les beautez et sur les deffauts qu'on y
trouve ; la crainte de blesser la élicatesse
des Auteurs , nous retient quelquefois et nous
empêche d'aller plus loin ; nous craignons que
d'autre part si nous sommes plus sinceres ,»
qu'on ne nous accuse de partialité. Si les Auteurs
eux mêmes-vouloient bien prendre sur
eux de faire un Extrait ou Memoire de leurs
Ouvrages, sans dissimuler les deffants qu'on y
trouve , cela nous donneroit la hardiesse d'etre
un peu plus séveres , et le Lecteur leur en
sçauroit grés ils n'y perdroient rien par les·
remarques , à charge et à décharge , que nous
ne manquerions pas d'ajouter, sans oublier de
* faire observer l'extrême difficulté qu'il y a de
plaire aujourd'hui au Public , et le péril que
courent tous les Ouvrages d'esprit qu'on luis
présente. Nous faisons avec d'autant plus de ·
confiance cette priere aux Auteurs Dra--
matiques et à tous autres , que certainement
Corneillé , Quinault , Moliere , Racine, &c..
n'auroient pas rougi d'avouer des deffants :
dans leurs Pieces.
AVERTISSEMENT.
Nous tâcherons de soutenir le caractere
de moderation de sincerité et d'impartialité,
qu'on nous a déja fait la justice de nous at
tribuer. Les Pieces seront toujours placées
sans préference de rang et sans distinction
pour le mérite et la primauté. Les premieres
reçues seront toujours les premieres employées;
hors le cas qu'un Ouvrage soit tellement du
temps , qu'il mérite pour cela seulement la
préference.
Les honnêtes gens nous sçavent gré d'a
voir garanti ce Livre depuis près de 14:
ans que nous y travaillons , non-seulement
de toute satyre , mais même de portraits trop
ironiques , trop ressemblans et trop suscep
tibles d'applications. On aura toujours la
même délicatesse pour tout ce qui pourra
blesser ou désobliger , mais nous admettros
très-volontiers les Ouvrages dans lesquels
une plume legere s'égayera , même vivement;
contre divers caracteres bien incommodes et
souvent très-dangereux dans la Societé , tels,
par exemple , que les Nouvellistes outrez
partiaux et trop crédules , lès ennuyeux , les
indifferens , les grands parleurs , tyrans des
Conversations, les Fanfarons, les Opiniâtres,
Disputeurs et Clabandeurs éternels , les Ins
dolins , les Glorieux , qui vous disent d'un
air important les plus petites choses , les
"
faux
AVERTISSEMENT.
faux Connoisseurs et ceux qui ne croyent
se connoître à rien , pas même au temps
qu'il fait , les Complaisans et fades Louangeurs
, les Envieux , & c . encore y faut- il
mettre cette clause , que le Lecteur n'y puisse
reconnoître aucune personne en particulier,
mais que chacun se puisse reconnoître en
quelque chose dans la peinture generale des
vices et des ridicules de son siecle.
Rien n'est si rare que de voir une Relation
parfaite d'un Siege ou d'une Batailte
, particulierement quand on la fait sur
les premieres nouvelles qu'on en reçoit. C'est
beaucoup , après avoir ramassé et comparé
tous les Memoires et pris toutes les instruc
tions des témoins oculaires et de leurs Let-·
tres , si on n'omet aucune circonstance essentielle.
Tout ce qu'on écrit peut être vrai ,
mais il y a presque toujours quelque particularité
qui échappe . Par ces considerations
nous aimons mieux donner une Relation plus
tard et la donner moins défectueuse. On
tâche de rendrejustice à tous ceux à qui elle
est due, et nous sommes très - appliquez à cet
égard à ne faire aucune omission injurieuse
ou à ne nous pas étendre hors de propos en
louanges ; mais le Lecteur doit considerer
aussi qu'il est bien difficile d'être infor--
mé de tout bien exactement. Ceux qui
écri
AVERTISSEMENT.
་
écrivent ne sçauroient avoir été en differens
endroits tout à la fois. Dans l'Action
, un homme ignore souvent ce qui se
passe à 20. pas de lui. Nous prions trèsinstamment
les personnes amies de l'exacte
verité et bien instruites , de vouloir faire
passer jusqu'à nous les Lettres et Memoires
qui leur tomberont entre les mains sur
ces matieres.
Il nous reste à remercier au nom du Public
, plusieurs Sçavans du premier ordre ,
d'aimables Muses et quantité d'autres personnes
d'un grand mérite , dont les produc
tions enrichissent le Mercure et le font rechercher:
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Janvier , et j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
P'impression. A Paris, le 3 Févier 1735.
HARDION.
MERCURE
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROT.
JANVIER. 1735
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE TONNERRE ,
P
POEM E.
Ar des crimes nouveaux Jupiter
outragé
Jure dans sa fureur qu'il en sera
vengé ,
Il assemble les Dieux ; partagés ma colere ,
Leur dit- il , l'homme ingrat s'obstine à me dé---
plaire
2 MERCURE DE FRANCE
Il ose m'insulter jusques sur mes Autels ;
J'ouvre en vain sous ses pas des gouffres éternels ,
Noir séjour de l'horreur , trésor de ma vengeance
:
Rien ne peut arrêter cette coupable engeance ;
C'en est trop ; pour jamais détruisons l'Univers ;
Que le crime insolent rentre dans les Enfers ;
Les Enfers l'ont vomi , l'homme étoit mon ouvrage
;
Mais puisque dans son coeur il soüille mon
image
Vengeons - la ; que ce Temple aujourd'hui pro
fané
A la fureur des flots périsse abandonné.
Dans un second déluge il faut noyer la Terre ,,
Non , dit Minerve , il faut vous armer du Tonnerre
,
Et sans exterminer l'ouvrage de vos mains ,
Ce châtiment nouveau retiendra les Humains ;
Je répons du succès que j'ose vous promettre ,
J'en prens sur moi le soin , daignés me le re--
mettre ;
L'industrieux Vulcain dans ses antres brûlans
Sans cesse forgera ces traits étincelans ,
Et je vais à Lemnos lui prescrire moi- même
Du souverain des Dieux la volonté suprême.
Jupiter y consent ; tout l'Olympe applaudit ,
Et bientôt chez Vulcain Minerve descendit .
Environnez de Monts et de Roches fumantes ,
Ou
JANVIER. 1735. 3
Od la Mer vient briser ses vagues écumantes ,
De l'Epoux de Venus les antres ténebreux
N'ont point d'autre clarté que la lueur des feux,
Captifs entre ces Monts les Aquilons mugissent,
D'un effroyable bruit , les Forêts retentissent ,
La flamme brille au loin en replis ondoyans ,
Et la vaste fournaise en vomit des torrens.
L'Airain , le Fer , le Bronze , occupoient les Cy
clopes,
Le nerveux Piracmon, les Brontes , les Steropes ,
Le bras nud , l'oeil en feu, sous leurs pesans marteaux
,
A grands coups redoublés façonnoient les Méaux
.
Là , le Fer s'amollit , ici l'Airain bouillonne ,
Le Bronze écume et prend les formes qu'on luy
donne :
Chalybes , dit Pallas , le souverain des Dieux
Confie à votre adresse un emploi glorieux :
Apprenés à forger les Foudres redoutables ,
Qu'il veut dans sa fureur lancer sur les coupables
;
Formés douze rayons , et dans chaque carreau
Mêlés en trois de feu , de vent , de grêle et d'eau,
Joignés-y des Eclairs la lumiere rapide ,
La terreur , le fracas , et la flamme homicide.
Ainsi parle Minerve,et presque au même instant
Les Foudres sont formés , Jupiter est content.
Minerve
>
4 MERCURE DE FRANCE
2
Minerve les remet dans sa main vengeresse ,
Et les plus prompts effets secondent sa promesse.
Qu'entens-je où fuirô Ciel ! Alecton dans
les Airs
Auroit elle aujourd'hui transporté les Enfers ?
Quel déluge de feux ! quelles clartés sinistres ,
Des vengeances du Ciel formidables Ministres!
Ces traits , portent la mort ; Quels carreaux ménaçans
!
Quelle vapeur funeste a pénetré mes sens !
Que de cris ! que de pleurs ! Quelles tristes images
!
Nemesis s'applaudit de ces affreux ravages .
Du Soleil obscurci les Coursiers allarmez
S'égarent avec lui dans les Cieux enflammez
Les Tritons éperdus , les pâles Nereides
Se cachent en tremblant dans leurs Grottes humides.
Sur son Trône ébranlé le noir Tyran des Morts
Frémit de voir le jour percer les sombres bords.
Incroyables effets ! cette brûlante foudre
Sans entamer la chair , reduit les os en poudre,
De l'Hymen , la barbare ose étouffer les fruits
Dans le sein maternel qui les avoit produits
De ces tristes fardeaux la Mere se délivre
Et gémit d'être encor forcée à leur survivre .
Du pouvoir de ses traits Jupiter est surpris ,
Contraint de les punir , il plaint ses ennemis.
Mais
JANVIER.
5
1735.
Mais on l'irrite encor ; l'insensé Roy d'Elide
Lance des feux ardens du haut d'un Char rapide,
Et sur un Pont d'Airain , ce nouveau Jupiter
Imite de la foudre et le bruit et l'éclair.
Arrête , malheureux ! la foudre véritable
Dans ton triomphe vain te poursuit et t'accable.
Tremblés , Mortels , tremblés , et respectés les
Dieux ,
La foudre gronde et frappe un Cedre audacieux,
Tandis que l'humble Hyssope évite la tempête,
Des plus superbes Tours elle brise le faîte
Et pardonne , souvent au vil toit habité
Par la simple innocence , et par la pieté.
Prêtres impurs, cessons d'immoler des Genisses ;
Jupiter en couroux veut d'autres sacrifices ,
Nos mains brûlent en vain l'Encens sur les Autels
,
Quand notre coeur nourrit des désirs criminels ;
C'est le coeur qu'il demande, épurons la victime,
Et l'offrande à ses yeux en sera légitime :
C'est la seule qui puisse appaiser son courroux ,
Et c'est l'unique bien dont ce Dieu soit jaloux.
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
REMERCURE
DE FRANCE
REPONSE de M. l'Abbé Mariette
à la seconde Réplique de M. de S. Aubin
sur le Mouvement annuel du Flux et
Reflux de la Mer.
Uoique j'eusse promis d'abandonner
la difficulté, que j'avois exposée
au mois de Mars dernier sur le mouvementannuel
du Flux et Reflux de la Mer,
croyant que le Public éclairé étoit suffisamment
instruit , pour juger entre M.
de S. A. et moi, lequel de nous deux avoit
raison cependant comme ce sçavant
vient de donner encore une nouvelle Réplique
sur ce sujet, et que cette Réplique
ne me satisfait pas , j'ai cru devoir instruire
les Personnes capables de juger des
raisons qui m'empêchent de m'y rendre.
Je ne parlerai point ici de tout ce qui
regarde la nouvelle hypothese de M. de
S. A. ou de ce qui peut être étranger
au systême sur le Flux et Reflux de
la Mer , suivi jusqu'ici de tout le Monde,
puisque , comme je l'ai déja observé , je
n'ai pas attaqué l'explication du mouvement
annuel dans les nouvelles hypotheses
qu'on peut imaginer , mais dans
celle
JANVIER. 1735. 7
selle qu'on a suivie jusqu'ici parmi les
Philosophes ; d'ailleurs , comme cette explication
ne peut être véritable que dans
un sistême , il est juste que M. de S. A.
abandonne l'ancien , avant que je lui réponde
sur le nouveau qu'il propose. Ainsi,
comme il veut encore soutenir le premier
, je suis en droit de ne lui répondre
que suivant le premier sistême.
Venons au fait. Il s'agit de sçavoir sí
la pression que la Lune fait dans le tems
des solstices , c'est-à - dire , lorsqu'elle répond
à l'un des Tropiques , est plus indirecte
que lorsqu'elle répond à l'Equateur
dans le temps des Equinoxes. M. de S.
A. soutient l'affirmative pour deux raisons,
ausquelles j'ai déja répondu ; sçavoir
qu'il y a plus d'étendue et de profondeur
des Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ,
et qu'ainsi la pression qui tombe sur les
Tropiques ne fait que glisser sur les Eaux,
comme l'a dit l'Auteur dans sa premiere
Réponse , et va d'une maniere fort indirecte
se faire sentir à l'Equateur , où elle
donne la marée des solstices . Il y a , dit
l'Auteur , plus d'étendue , parce qu'il y a
moins de continent , il y a plus de profondeur
, parce que les Eaux de l'Ocean
étant plus pesantes à l'Equateur qu'aux
Tropiques , elles doivent se creuser um
lit beaucoup plus profond .
B
MERCURE DE FRANCE
Je vois trois questions à examiner icis
la premiere , s'il y a plus d'étendue des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ; la
seconde , s'il y a plus de profondeur ; et
la troisième , si , supposé qu'il y ait plus
d'étendue et de profondeur , c'est une
raison pour que dans le temps que la Lune
répond aux Tropiques , la pression
doive glisser sur les Eaux , et aller se faire
sentir d'une maniere fort indirecte aux
environs de l'Equateur.
1º. Il n'y a pas plus d'étendue des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques , et
cela se voit , comme je l'ai dit , par la
seule inspection des Cartes Géographiques
; mais l'Auteur de la Réplique pousse
les choses plus loin : » C'est une veri-
» té , dit-il , qui n'est pas revoquée en
doute , que tous les Continens qui sont
» au-delà du Tropique du Capricorne ,
» et tous Ceux qui sont proche des Pôles
» Arctique et Antarctique , ne nous sont
presque pas connus , &c . Mais , 1º . il
ne s'agit pas précisément ici de ce qui se
trouve au-delà des Tropiques , puisque
la Lune ne passe presque point ces deux
cercles ; pourvû donc que nous connoissions
les Tropiques et leurs environs , cela
suffit or nous sçavons qu'il y a moins
de Continent par rapport à nous au Tropique
JANVIER. 1735.
pique du Capricorne qu'à l'Equateur
puisque l'Equateur répond à une plus
grande portion des Terres d'Afrique , et
qu'il s'y trouve plus d'Isles qu'au Capricorne
; donc il y a même plus d'étendue
des Eaux au Tropique qu'à l'Equateur .
2. Il n'est pas probable qu'il y ait
plus de Continent au-delà du Tropique
du Capricorne qu'à l'Equateur. Il est certain
d'abord que nous en connoissons
moins ; » mais, dit l'Auteur, il ne s'ensuit
» pas qu'il n'y en ait davantage, parce que
>> tout n'est pas découvert .Je répons qu'il
se peut bien faire qu'on n'ait pas encore
découvert quelques petites Isles de peu
de conséquence , mais qu'il n'est pas possible
que nous en ignorions en assez grande
quantité pour pouvoir dire qu'il y a
plus de Continent au-delà du Tropique
qu'à l'Equateur ; la raison en est que nous
connoissons quantité de Terres au - delà du
Tropiques on connoît au bout de l'Affrique
le Royaume de Monomotapa , les
côtes des Caffres , le Cap de bonne Espérance
, on connoît l'Isle de Madagascar ,
les Isles de Tristan , de Cunha, et de Gonçalo
d'Alvarez. On a pénetré même jusqu'aux
Terres Australes , et cela dès l'année
1603. qu'un Capitaine Normand ,
nommé Gonneville , pour mieux auto-
Bij riser
To MERCURE DE FRANCE
riser la découverte qu'il en avoit faite ,
amena avec lui un des fils du petit Roi du
Païs , où il avoit mis pied à terre. Ce
Roy se nommoit Arosca , et son fils, qui
fut amené en Europe Essomerie ; sa famille
subsiste même encore en Normandie ;
la relation en fut imprimée en 1663 .
Outre cette découverte , le Capitaine
Vlamming Hollandois , découvrit un
autre Continent en 1697. vis- à - vis de
l'Isle de Madagascar , et il y trouva une
plaque d'Etaim sur un pieu avec cette
Inscription , qu'en 1628. un Capitaine
Hollandois y avoit été jetté par la tempête.
Il est donc certain que toutes les
Mers , qui sont au- delà du Tropique du
Capricorne sont fréquentées depuis plus
de 10c. ans , d'où je concluds que s'il Y
avoit desContinents en aussi grande quantité
que le prétend M. de S. A. au- delà
de ce Tropique , on en auroit découvert
la plus grande partie depuis un si grand
nombre d'années . Cela n'est point arrivé ;
Donc il est probable qu'il n'y en a point ,
ainsi il y a du moins autant d'étendue des
Eaux au Tropique du Capricorne et audelà
, qu'il y en a à l'Equateur.
2º. Il n'y a pas plus de profondeur des
Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques , et
je ferai même voir facilement qu'il y en
JANVIER. 1735 . Ir
moins ; car si la plus grande pesanteur
des Faux qui se creusent un lit plus profond
, détermine la differente profondeur
des Eaux de la Mer , comme le croit M.
de S. A. il est certain qu'il y a plus de
profondeur des Eaux vers les Pôles , que
vers l'Equateur , pourvû que les Eaux
soient plus pesantes vers les Pôles que
vers l'Equateur : Or les Eaux sont plus
pesantes vers les Pôles, que sous la Ligne
équinoxiale : car les corps n'étant d'euxmêmes
ni pesans ni legers , mais seule
ment relativemenr à la cause de la gravi
té , il s'ensuit que si la cause de la gravité
est moindre sous l'Equateur que sous
les Pôles , les corps y doivent être aussi
moins pesans à proportion ; c'est un fair
démontré par les observations de M. Ri
cher , et par les conclusions qu'en ont
tiré les meilleurs Physiciens , que la cause
de la gravité est moindre sous l'Equateur
que vers les Pôles . Car M. Richer
observa à Caïenne en 1672. à environ 4.
degrez de la Ligne , que le Pendule devoit
y être accourci pour battre les secondes
du mouvement moyen , d'où MM . de
l'Académie des Sciences de Paris ont fort
bien conclu que la cause de la gravité , ou
la pesanteur , étoit moindre vers l'Equa
reur que vers les Pôles ; et de cette con-
Biij clusion
12 MERCURE DE FRANCE
clusion j'en tire une autre , qui est que
les Eaux sont par conséquent moins pesantes
vers l'Equateur que vers les Pôles ,
qu'ainsi elles se doivent creuser un lit
moins profond d'où il suit que non
seulement il n'y a pas plus de profondeur
des Eaux à l'Equateur qu'aux Tropiques ;
mais même qu'il y en a moins . De plus
je viens de démontrer qu'il y a moins d'étendue
des Eaux à l'Equateur , qu'aux Tropiques
; ainsi la pression qui tombe sur
les Tropiques , ne glisse point sur les Eaux ,
et ne va point se faire sentir indirectement
à l'Equateur , mais elle devroit au
contraire , suivant M. de S. A. se décliner
vers les Pôles ; ce qui est tout - à- fait contre
l'intention de l'Auteur.
3. Supposé qu'il y ait plus d'étendue
et de profondeur des Eaux à l'Equateur
qu'aux Tropiques , s'ensuit- il que dans le
temps que la Lune repond aux Tropiques
ta pression doive glisser sur les Eaux , et
tomber indirectement sur l'Equateur ?
Non; car si cette conséquence étoit juste,
il s'ensuivroit que toutes les fois que la
Lune trouveroit un lieu plus propre à recevoir
une pression qui donnât le Flux
et Reflux , que celui où elle se rencontreroit,
cette pression devroit se décliner,
et aller se faire sentir dans le lieu le plus
propre
JANVIER. 1735 13
propre à produire cet effet; par exemple,
lorsque la Lune répond directement dans
le lieu de l'Equateur , où se trouve l'embouchure
du Fleuve des Amazones , où
il y a sans contredit moins d'étendue des
Eaux de la Mer, que vers le Tropique du
Cancer , il s'ensuivroit que la pression
devroit aller indirectement se faire sentir
au Tropique du Cancer ; on pourroit dire
même par cette raison , que lorsque la Lune
répond à des Continents , où elle ne
peut pas causer de Flux et Reflux : par
exemple , sur les terres d'Afrique ou d'Amerique
, sa pression devroit pareillement
se décliner , et s'en aller indirectement
causer une pression sur les Eaux de
la Mer, pour donner un Flux et Reflux :
or tout ceci ne se peut pas dire. Ainsi
tout ce que M. de S. A. pourroit conclure
de ces deux suppositions , c'est que
dans le tems des Solstices il n'y auroit
point de Flux et Reflux , parce que les
Eaux des Tropiques ne seroient pas propres
à recevoir le pression de la Lune ,
de même qu'on conclud de ce que les
Lacs ne sont point capables de recevoir
une pression qui donne le Flux et Reflux
; on conclud , dis-je , et même l'expérience
le fait voir , qu'il n'y doit point
avoir de Flux et Reflux. Mais comment
Biiij.
M.
14 MERCURE DE FRANCE
M. de S. A. tirera- t'il la même conclu
sion par rapport aux Tropiques ? puisqu'elle
est contraire aux observations
qui font voir que lorsque la Lune répond
aux Tropiques , nous avons Flux et Reflux.
M. de S. A. ne peut donc rien conclure
de ses deux suppositions , sçavoir ,
l'étendue des Eaux et leur profondeur
seroient plus grandes à l'Equateur
que vers les Pôles . D'ailleurs j'ai fait voir
que ces deux suppositions ne peuvent
pas se faire ainsi la pression de la Lune
n'est pas plus indirecte dans le temps
des Solstices que dans celui des Equinoxs
; et c'est ce que j'avois à prouver.
que
PLAINTE d'un Troupeau à son Pasteur,
qui vouloit l'abandonner.
Q
U'un Dieu secourable
Retienne tes pas ;
Pasteur charitable ,
Ne nous quitte pas.
Sous ta garde aimable
Nous passons des jours.
Heureux , pleins de charmes ;
Aucunes allarmee
N'altereng
JANVIER. 1735
N'altérent leur cours.
Ah ! que ta présence
Nous fait de plaisir !
Ah ! que ton absence
Nous feroit souffrir !
Les ris et la joye
Fuiroient loin de nous ::
Nous serions en proye
Aux fureurs des Loups
Qu'un Dieu secourable
Retienne tes pas :
Pasteur charitable ,
Ne nous quitte pas
A XH
REFLEXIONS de Madlle
Archambault , sur la Réponse de M. Simonnet
à la Question: qui de l'Homme
ou de la Femme est plus capable de
Constance. ?
E suis surprise que M. Simonnet
donne dans les préjugés de ceux qui®
soutiennent que l'esprit de la Femme est
plus foible que celui de l'Homme. Il me
permettra , sans manquer au respect que
By je:
16 MERCURE DE FRANCE
je lui dois , de réfuter ce sentiment , de
prouver le contraire de ce qu'il avance ,
et de lui faire connoître qu'il se trompelorsqu'il
dit que l'esprit de l'Homme est
plus capable de grandes vertus par sa destination
; je vois par - là qu'il est tombé
dans le défaut de plusieurs autres Sçavans
qui , sans examiner à fond cette matiere,,
s'en sont rapporté de bonne foi à l'opinion
de quelques anciens Auteurs , dont
aucun n'a donné de preuve d'un bon
raisonnement sur le sujet en question .
Si on a regardé comme des prodiges
les Femmes dont la constance étonnante
a fait l'admiration de tous les siècles
ce ne devoit être que parce qu'il étoit
extraordinaire de voir une telle Constance
dans la nature humaine et non paspar
rapport à leur sexe , puisqu'elles ont
souvent surpassé les Hommes en ce qu'il
ya de plus grand et de plus heroïque..
Le plus sage de tous les Rois , dit M. Simonnet,
s'écrie qui trouvera une Femme
forte? tant il les croyoit rares : ce sage Roy
ne fait aucunement entendre par là qu'il
les croye plus rares que les Hommes. I
dit seulement : qui trouvera une Femme
forte Elle est plus précieuse que ce qui
vient des extrémités du monde : en effet
ine Femme ornée de toutes les vertus:
quli
JANVIER 1734. 17
qui conviennent à son sexe , est ce qu'il
ya de plus excellent dans l'Univers. Elle
est une source de joye , c'est la couronne
de son mari , en un mot, c'est la récompense
de l'Homme juste.
La foiblesse , continue- t'il, paroît être
l'appanage d'un sexe qu'on nomme fragile
; il l'a été dans sa tige et l'est apparemment
dans ses branches : or la foiblesse
et la constance ne s'accordent pas
ensemble. J'avoue cela , lorsque la foiblesse
vient de l'esprit ; mais cette foiblesse
et cette fragilité ne doivent regarder
que le corps de la Femme , comme
la force de l'Homme au - dessus d'elle , ne'
doit s'entendre que de celle du corps. Eni
effet Dieu les'a faits tous deux à son image
et ressemblance . Il leur a donné la
même bénédiction , dans laquelle étoit
renfermée non - seulement la fécondité ,
mais l'abondance des dons naturels et surnaturels
de l'ame ; comme la science ,
force , la droiture , l'innocence , & c. Il
leur a aussi donné également le pouvoir
de dominer sur tous les Animaux de la
Mer , du Ciel et de la Terre.
la
Dans leur chute on voit le même or
gueil préceder leur désobéïssance et leur
foiblesse. Si Eve ne résiste pas à la voix
du Démon , Adam n'a pas la force de ré-
B vj,
sister
1.8 MERCURE DE FRANCE
sister à celle de sa Femme. Après leur
peché, les yeux des deux furent ouverts ,
ils virent le bien qu'ils avoient perdu et
le malheur dans lequel ils s'étoient précipitez.
On voit de plus qu'ils cherchent la
même excuse et qu'au lieu de s'humilier,
Adam rejette sa faute sur Eve et Eve sur
le Serpent. Le sexe les distingue , dit
S. Augustin , l'orgueil les égale. Enfin
Dieu leur imposa à chacun sa penitence
et tous deux l'accomplirent avec la
même force , la même constance et la .
même humilité ; tout cela doit faire juger
que les deux sexes sont sujets aux
mêmes foiblesses , et capables du même
bien et du même mal . Si l'on vouloit
trouver dans l'un plutôt que dans l'autre
quelque chose de plus foible et de plus
, on pourroit remarquer qu'Adam
avoit donné le nom à tous les Animaux.
avant que la Femme fut formée , qu'il
sçavoit qu'aucun ne pouvoit parler &c.
Il avoit ainsi une science d'expérience ,
Eve n'en avoit qu'une de spéculation :
D'ailleurs Adam étoit son Chef, qui devoit
par conséquent lui représenter la
grandeur de sa faute , au lieu de cela il
Limite en sa désobéïssance , mange ' du
fruit qu'elle lui présente , et puis l'accuse
evant Dieu .
bas
IL
JANVIER. 17347 Ty
I sied donc mal aux Hommes de re
procher aux Femmes une foiblesse qu'ils
partagent avec elles , ou plutôt dont la
plus grande partie retombe sur eux.
Il leur conviendroit mieux de faire unejuste
compensation et de reconnoître que
les uns et les autres ont été inférieurs et
superieurs chacun à leur tour, selon la di
versité des occasions où ils se sont trou
vez , sans s'exposer au danger d'être hu÷
miliez : car il arrive quelquefois que nous
avons peine à marcher à pas égaux avec
ceux que nous ne croyons pas capables de
nous suivre. Pour rendre justice aux deux
sexes, je dirai qu'ils ont , à la verité , une
même capacité , qu'ils réussissent également
en tout , mais avec cette différence
que les hommes ont moins de difficulté
que les femmes pour faire les choses ma
terielles , et celles - ci moins que ceux- là
pour apprendre et comprendre solidement
toutes les Sciences ; elles ont em
effet plus de mémoire , l'esprit plus doci
le , plus vif , plus pénétrant que la plûpart
des hommes
و
9"
disent même leurs
ennemis , le gout meilleur et plus sûr ,
avec une grande justesse de discernement
pour les choses fines et délicates. Il est
vrai qu'ils ne conviennent qu'elles ont
au dessus d'eux ces avantages , queparce
que
20 MERCURE DE FRANCE
que les ignorans comme les sçavans en
sont convaincus , et pour se dédommager
ils s'imaginent qu'ils doivent s'approprier
toute force et la solidité. Rien
ne les arrête là- dessus , ils tranchent et
décident , comme si on n'avoit pas droit
d'appeller de leur imagination à la raison.
A.
La femme ayant les mêmes passions
que l'homme à combattre et à détruire ,
les mêmes vertus à pratiquer au même
degré , ne doit- on pas convenir qu'il lui
faut au même degré la force et la solidité
de plus ce fut par elle que Dieu
donna la perfection à toute la nature ; or
avec un peu de refléxion il ne peut tomber
sous le bon sens que l'Auteur de cette
nature , dont la sagesse et la puissance
sont infinies, eut, pour ainsi dire, décliné
en finissant son ouvrage , c'est-à- dire
dans la formation de la femme , qu'il
destinoit à des fonctions qui demandent
que l'esprit agisse presque sans relâche er
sans dissipation. Ne doit - on pas au contraire
être persuadé qu'il est allé en aug
mentant de merveille en merveille
que s'il l'a faite inférieure à l'homme par
la foiblesse du corps, il l'a rendue supérieure
par une plus grande étendue de
génie.
Jė
JANVIER 1734 2Tex
que
Je sçai cependant, comme M. Simonnet ;
l'Homme est dans l'ordre naturel le-
Chef de la Femme , puisqu'il est venu le
premier , il ne seroit pas juste que cela
fut autrement. Je sçai encore qu'il en doit
être le soutien , l'appui , le deffenseur ,
que c'est à lui de maintenir ses droits
de veiller à sa sureté , &c. Mais ne lui a
t'elle pas été donnée pour l'aider' , le secourir
, et lui rendre les mêmes serviceslorsqu'il
en a besoin , comme aussi le for--
tifier dans ses peines , l'encourager dans
ses souffrances ,le relever de ses foiblesses ?
puisque depuis le peché :
De quelquefermeté que l'Homme soit capable , **
Tin souffle le remuë , un accident l'accable :
Il ne paroît constant dans sa force d'esprit
Que dans des tems heureux et lorsque tout lui rit.
L'Homme en effet est aussi muable
que
la femme , et la femme aussi constante
que l'homme ; elle est de même nature,
de même condition ; elle a les mêmes
inclinations que lui et les mêmes interêts .
que
à soutenir.
Pourquoi , dit encore M. Simonnet ,
voit-on les Armes entre les mains des
kommes ? & c. Pourquoi a- t-on recours à
Andrel!
eux
22 MERCURE DE FRANCE
eux plutôt qu'aux femmes pour tout ce
qui demande de la force ? du courage , de
la constance , sinon parce qu'on juge et
qu'on sçait qu'ils en sont plus capables
M. Simonnet me permettra de lui dire
qu'il a tort d'attribuer aux hommes plus
qu'aux femmes la capacité de faire les
actions les plus éclatantes. Toutes les
Histoires nous prouvent que dans les
Occasions elles se sont acquitées aussi parfaitement
qu'eux de toutes sortes d'emplois
, qu'elles les ont mêmes surpassés.
Elles ont défendu leur Patrie , en ont
soutenu la gloire avec une prudence , un
courage , une constance plus qu'heroïques.
Renfermées dans le petit cercle de
leur Sphere, elles ne sont pas moins illus
tres , il s'en trouve un grand nombre dont
l'humilité cache plus de mérite que la
vanité des hommes n'en étale . Elles contribuent
aussi d'une maniere plus noble
au bien de la République , et les fonctons
à quoi elles sont destinées , pour
avoir moins d'éclat , n'en sont pas moins
importantes.
C'est à elles que l'on confie l'éducation
des Enfans or personne n'ignore que
c'est à la bonne éducation qu'on doit ateribuer
tous les biens de la vie, et presque
tous les grands hommes ne sont parvenus:
are
JANVIER . 1735 23
au degré d'honneur et de gloire , qu'ils
se sont acquis dans la suite , que par les
solns de leur Mere . Salomon lui - même
après avoir rapporté les instructions qu'il
avoit reçûës de la sienne , lui consacre un
Eloge magnifique sous l'enom de Femme
Forte , avec le dessein que ce portrait pûr
servir de modéle à toutes les Femmes.Qui
ne voit que ce sage Roy représente un
heroïsme de vertus , en dépeignant une
More de famille avec toutes les perfections
qui lui conviennent Selon S. Paul et
tous les Peres de l'Eglise , elle doit aussi
s'attacher à la sanctification de son mari
il lui faut donc à un très - haut degré la
sagesse , la prudence , le courage , la
constance , la patience ; La sagesse et le
courage pour entreprendre de le retirer
du désordre par ses remontrances , sans
sortir de sa soumission et sans manquer
au respect qu'elle lui doit. La prudence
pour sçavoir prendre le tems , la constance
pour continuer sans se rebuter , la
patience pour souffrir ce qui n'arrive que
trop souvent , ses brutalités , ses emportements
, ses inégalités d'humeur , son
indifférence en un mot , toute sa mauvaise
conduite.
Dans l'Education des Enfans , quelle sagesse,
quelle prudence , et quelle constance
24
MERCURE
DE FRANCE
tance pour former leur caractére , les
instruire , régler leur conduite , et les
élever selon leur état ! La Femme est encore
chargée de la conduite du Domesti
que , pour cela , elle doit être généreuse ,
tendre , compatissante et vigilante , veiller
sur eux , de sorte que les devoirs auxquels
la servitude les engage , n'empêchent
rien de ce qu'ils doivent à Dieu
et donner tous les ordres nécessaires pour
le réglement de sa maison. Ce sont souvent
les Femmes qui par leurs soins et
feur oeconomie rétablissent des familles
ruinées. Mais encore combien d'Etats et
de Pays seroient ruinés il y a longtems
si elles n'avoient apporté un remede effi
cace aux affaires , que la mauvaise conduite
des Hommes avoient rendues déses
perées. Que l'on parcoure enfin tous les
siécles , qu'on lise exactement toutes
les Histoires on conviendra que les
Femmes ont eu la plus grande part aux
plus grands Evenements
"
A Laval , le 12. Décembre 1734.
IMIJANVIER.
1735. 25
22
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Rectiùs vives
, &c.
SII ton coeur a conçu l'envie
De goûter les douceurs d'une paisible vie ;
Trop loin en pleine Mer ne va pas t'exposers
Et lorsque tu craindras l'orage ,
N'approche pas trop près du dangereux rivage .
De peur que ton Vaisseau ne vienne s'y briser.
Licinius , quiconque estime
La médiocrité , cette vertu sublime ,
Par qui plus d'un mortel s'est vû déïfié ,
N'établit point son domicile
Ni sous le toît obscur d'une Chaumiere vile ,.
Ni sous le toit brillant d'un Palais envié.
諾
A la Tour la plus élevée
La plus terrible chûte est dûë et reservée ;
C'est aux Pins les plus grands que la force das
vent
Livre la plus cruelle guerre
MERCURE DE FRANCE
Les plus superbes Monts sont ceux que le Tonnerre
De ses traits enflammés frappe le plus souvent.
**
Un coeur, que la constance anime ,
Espere d'autant plus que le malheur l'opprime ;
Dans la prosperité , craint toujours les revers
Aux pleurs succede l'allegresse.
Jupiter qui nous aime avec tant de tendresse
Est celui qui ramene et chasse les hyvera.
M
Saisi d'un gracieux délire ,
Apollon quelquefois , pour reprendre la Lyte
De son Arc meurtrier aime à se décharger ;
Fai tête au sort quand il t'accable ,
Et songe en même tems qu'au vent trop favo
rable
Qa n'abandonne point ses voiles sans danger,
F. M. F.
LET
JANVIER. 1735. 27
*************:**
!
LETTRE de M. l'Abbé D. B. D. M.
à M. le Comte D. P. en lui envoyant la
Tragedie de Didon.
Uand j'eus l'honneur de vous ap-
Qprendre , Monsieur , qu'on se préparoit
à donner sur le Théatre François
laTragédie de Didon , ce sujet vous effraya ,
vous me fîtes part de vos craintes, et votre
Lettre peut passer pour une Dissertation ,
où les règles du Poëme Dramatique ne
sont pas moins éclaircies que celles de
l'Epopée. Vous craigniez que Didon , qui
fait pleurer dans Virgile , touchât peu
sur le Théatre. Un départ , une séparation,
tant de simplicité sembloient demander
un Racine. Il étoit difficile de lier
un Episode à l'action principale ; quelle
adresse pour le rendre interressant sans
que l'interêt fût partagé ! Car , vous le
sçavés , les personnages Episodiques ne
doivent point ressembler à ces figures
muettes dont un mauvais Peintre remplit
les coins d'un Tableau. Dans la
Tragédie tout doit agir , tout ce qu'on
peut rétrancher sans alterer l'action , est
un ornement inutile , ou plutôt un défaut,
Co
8 MERCURE DE FRANCE
1
Ce n'étoient pas là les seules difficultez
; le caractere d'Enée pouvoit difficilement
passer sur la Scene , il falloit le
changer , et le présenter cependant à cha
que spectateur tel qu'il le porte dans son
imagination. L'Auteur trouvoit , il est
vrai , dans Virgile un commencement
d'action , et des matériaux pour des Scenes
tendres et pathétiques , mais il devoit
créer un dénouement.Un Poëte Epique
est comme une Divinité au - dessus
des autres Dieux , et ils deviennent tous
entre ses mains , s'il est permis de parler
de la sorte , des Mercures qui exécutent
ses volontez ; le Poëte Dramatique ne les
introduit que quand son sujet les améne
nécessairement , ou plutôt aujourd'hui
on a laissé ces Machines à l'Opéra ; un
Dieu sur le Théatre François seroit siflé.
Je n'entre pas dans un plus long détail
; je vous copierois , ou je repeterois
ce que j'ai déja eu l'honneur de vous écrire.
Il suffit de vous envoyer la Tragédie
de Didon , aucun de ses défauts ne vous
échapera, vous en saisirés les beautez ; car
personne ne démêle mieux que vous les
differentes nuances de perfection dans ce
les hommes ordinaires confondent
sous le nom général d'excellent .
que
J'ai à vous parler ici , Monsieur , de
quelque
JANVIER 1737. 29
quelque chose de plus interressant. J'en
rougirois pour la Nation , si le préjugé
que j'ai à combattre n'étoit plutôt le préjugé
de quelques personnes seulement
que celui de la Nation entiere. Que penserés-
vous , Monsieur , en voyant qu'à
Paris , au milieu d'une Ville qui se pique
avec raison de l'emporter sur toutes les
autres , par la délicatesse et la politesse de
l'esprit , on adopte des idées capables de
ruiner le goût et l'émulation ? M. L. F...
en effet, ne le reproche- t'il pas , puisqu'il
se voit ,pour ainsi dire , obligé de se justifier
auprès du Public , de l'avoir amusé
et instruit par un spectacle , où il a couru
avec empressement ?
Le Public rassemble en lui trop de
contradictions , pour qu'on puisse le définir
; mais , à mon gré , rien n'est si bizarre
que de lui voir applaudir de beaux
Vers , et blâmer en même - tems celui qui
les a faits. Je pardonnois cette conduite
à nos bons Ayeux ; c'étoient des especes de
Chevaliers errans,qui prouvoient leurNoblesse
par leur ignorance , et dont l'ambition
étoit satisfaite quand ils s'étoient battus
pour la gloire de leurs Infantes . Mais
aujourd'hui que les Lettres en passant par
les mains des honnêtes Gens , ont perdu
l'air ridicule et sauvage que leur avoient
communiqué
30 MERCURE DE FRANCE
communiqué les Pédans , l'ignorance , et
le mépris des choses , sont une marque
d'une naissance obscure , ou du moins
d'une éducation peu cultivée.
Les talens pour la Poësie ont toujours
été regardés comme un don aussi rare
que précieux. Pourquoi donc un homme
distingué par sa naissance ou par ses
Emplois , n'en pourroit il pas tirer un
nouveau lustre ? La Poësie est- elle reservée
à une espece de gens abaissez audessous
des autres ?
Je sçais bien que les préjugés ne se
détruisent jamais ; plus ils sont grossiers,
plus ils sont chers , en les combattant, on
feur donne de nouvelles forces. Mais ,
Monsieur , je ne sçaurois me taire , et
votre amitié pour moi m'autorise à vous
découvrir tous mes sentimens.
Si je voulois raisonner comme les ennemis
de la Poësie , à mesure qu'ils me
citeroient des Poëtes dont la conduite ne
mérite pas l'estime du Public , je leur
nommerois aussi à mon tour des Citoïens
encore plus recommandables, par la douceur
de leurs moeurs , que par la beauté
de leurs ouvrages. Je ferois un Catalogue
de tous les Grands Hommes qui ont
aimé la Poesie , et je n'oublierois aucun
de tant de Capitaines qui se sont fait
honneur
JANVIER: 1735
af
honneur de mêler les Lauriers du Parnasse
à ceux de la Victoire. Mais tout
cela est étranger à la Poësie ; Auguste en
faisant des Vers , n'a point répandu suv
les Muses la majesté de l'Empire Romain.
Pourquoi donc le mépris qu'on
doit à de certains Auteurs retomberoit-il
sur leur Art ? quand même il en seroit
avili, le Public devroit voir avec empres
sement que d'honnêtes gens veulent le
remettre en son premier honneur.
Il n'en faut point douter , le décri où
est tombée la Poësie dans l'esprit de quelques
personnes , n'a point d'autre sour
ce que le ridicule de cette foule de petits
personnages , qui sans talens et sans génie,
expriment mal leurs plates pensées ,
ou la conduite équivoque qu'ont tenue
quelques autres Auteurs . Ce n'est ni pour
les uns ni pour les autres que j'exige de
l'estime ; les premiers méritent d'épuiser
tous les traits de la Satyre , et je partagerois
avec les derniers le mépris qu'ils
méritent , si je voulois les justifier. Mais
parce qu'on est honnête homme, doit - on
enfoüir ses talens ?
Vous rirés , sans doute , Monsieur , en
me voyant prendre un air si sérieux ; je
conviens qu'ici des railleries seroient
peut-être mieux à leur place , cependant
C permettés
32 MERCURE DE FRANCE
permettés moi de continuer sur le même
ton ; et dussai-je vous proposer des Paradoxes
, faites - moi la grace de m'écou
ter.
Le bien de la societé n'est autre chose
, si je ne me trompe , que cet ordre et
cette harmonie où chacun concourt par
des voyes differentes. Une societé où les
hommes auroient tous les mêmes emplois,
feroit une chimere ; on n'en conçoit pas
même de cette espece ; il faut différens
Etats . Les Ministres de la Religion sont
aussi nécessaires que les Soldats , les Magistrats
ne le sont pas moins que les uns
et les autres , et les gens de Lettres ne rendent
pas moins de services à la Societé
que tous les trois je me bornerai à la
Poësie .
La nature toute seule produit rarement
les Héros ; elle les ébauche , si l'on peut
se servir de ce terme , c'est à l'Art à les
finir. Alexandre puisa dans Homere les
vertus que ce Poëte donnoit à Achille.
Un grand Homme qu'on nous présente
échauffe notre émulation . Charles XII.
de nos jours auroit peut - être été moins
grand s'il n'avoit pas eu devant les yeux
Alexandre qu'il vouloit surpasser . Les
Poëtes Dramatiques en nous peignant les
Héros , jettent dans tous les spectateurs
des
JANVIER. 1735. 33
des semences de vertu , et c'est en ce sens
qu'ils concourent à l'ordre et à la
grandeur
même de l'Etat. Nous devons , sans
doute , à quelques Vers de M. Corneille
et de M. Racine , bien des Actions que
nous avons admirées. On ne me persuadera
jamais qu'un ouvrage où la vertu
paroît avec toutes ses graces , et le vice
avec les couleurs qui le rendent odieux ,
n'influë point sur les moeurs d'un Citoyen
; le fruit même en est plus grand
que celui que produisent les principes
et les maximes d'un Philosophe severe.
Le Théatre est une Ecole d'autant plus
utile , qu'il instruit sans qu'on s'en apperçoive
.
Je ne borne pas là les seuls avantages
de la Poësie. S'il suffit à un Peuple de se
faire par son courage et par sa discipline ,
un rempart contre ses ennemis , et d'avoir
des Juges qui en appaisant ses différens
, entretiennent la paix ; pourquoi les
Grecs ont - ils si fort honoré les Poëtes ?
Et pourquoi après eux Auguste , François.
I. le Cardinal de Richelieu , et Louis
XIV. par les récompenses les plus Aateuont-
ils animé la Poësie ? Tous ces
grands Hommes ne l'auroient pas tant
chérie , s'ils ne l'avoient regardée que
comme un amusement frivole de l'es-
Cij prit,
,
34 MERCURE DE FRANCE
prit. Ils avoient compris comme les
Grecs , qu'elle donnoit , élevoit , et nourrissoit
les sentimens ; qu'une Nation ne
doit négliger aucune espece de gloire , et
qu'il n'en est point de plus flateuse que
de l'emporter sur tous les autres Peuples
par le côté même dont l'homme est le
plus grand , je veux dire par les lumieres
de l'esprit. Les Anglois plus touchez de
cette verité que les François , ne sont pas
moins flattés de leur Milton et de leur
Sakespehard , que de leurs deux plus
grands Capitaines.
Un Poëte en se rendant immortel ;
immortalise aussi sa Patrie . Quand la
Grece subit le même sort que le reste de
la Terre, et devint une Province de la République
Romaine , les Romains ne rougirent
point de devenir les Eleves de leurs
sujets , et les Grecs eurent encore le plaisir
de conserver quelque sorte d'empire
sur leurs Maîtres . Le même sort est arrivé
à Rome ; la grandeur , la politique ,
les vertus , les grands Capitaines de cet
Empire , ne vivent plus que dans les Ouvrages
de ses Ecrivains , et c'est par ses
Virgiles et ses Horaces que l'ancienne
Rome conserve encore un reste de sa
grandeur , et une certaine autorité , partout
ou régne le bon goût.
C
JANVIER 1735. 35
Ce seroit abuser de votre complaisance
, Monsieur , que de raisonner plus
long-tems sur cette matiere. Votre goût
pour les Lettres , et la justesse de votre
esprit , vous ont déja fait penser tout ce
que vous trouvés ici . La naissance , même
la plus illustre , seroit bientôt mépri
sable , si elle devenoit un obstacle à ac
quérir autant de gloire qu'en ont acquis
les Corneilles et les Racines. Qu'on ne
trouve plus mauvais que des Officiers et
des Magistrats , doublement utiles à leur
Patrie , après l'avoir défenduë au péril de
leurs jours , ou après y avoir maintenu
l'ordre établi par les Loix , ennoblissent
leur loisir , et le consacrent encore à sa
gloire. J'ai l'honneur d'être , Monsieur ,
&c.
LE BON CONSEIL.
Q Uand un Berger fidele et tendre
Vous entretiendra de ses feux ,
Ne méprisés jamais ses voeux ;
Malgré ce qu'il ose entreprendre ,
Ne refusés point de vous rendre ;
Quand je dis vous rendre , j'entens ;
C iij
Volls
36 MERCURE DE FRANCE
Vous rendre à ces doux sentimens
Qu'un Amant discret doit prétendre.
En vain à ses tendres désirs
Vous paroissés indifferente ;
Sa passion fait vos plaisirs ,
Et sa tendresse vous enchante.
Si vous aimés , que sert de feindre >
Si vous n'aimés pas , pourquoi craindre i
Pourquoi changés -vous de couleur ?
L'embarras que je vois paroître
Prouve trop qu'on n'est pas le maître
De fuir ce que cherche le coeur.
A votre âge , chaque désir
Est un éguillon qui vous blesse ;
La vertu qui fuit la tendresse ,
Est un mérite sans plaisir.
Apprenés d'un ami sincere
A ne point trop faire mystere
D'un délicat engagement ;
Dites- moi , quel est donc le crime
D'être l'innocente victime
Du caprice de son Amant ?
Trop heureuse si son caprice
Ne va point jusqu'à l'injustice ,
Le reste est un amusement ,
Dont on sçait ce que l'on doit prendre ;
Quand on est au point de s'entendre ,
En amour tout devient charmant .
ا م
Pourquoi
JANVIER . 1735. 37
Pourquoi vous former un sistême
De tyranniser votre coeur ?
On vous aime ; ch bien ! quel malheur !
Iris , quand vous feriez de même :
Sans contredit je n'y connois ,
Ou du moins je crois m'y connoître ;
Mais je vous juge ici peut - être
Comme Femme que j'aimerois.
Je n'approuve point la prudence ,
Où n'est point la sincerité ;
Pardonnés ma temerité ;
Je blâme votre indifference ;
Je dis bien plus : tous vos discours
A mes yeux vous rendent coupable ;
Un ruisseau doit suivre son cours ;
A quoi servent tous ces détours ?
N'est - on pas toûjours excusable
D'aimer ce que l'on trouve aimable a
Lorsqu'on trahit ses sentimens ,
La vanité porte sa peine ;
L'esprit , le coeur toûjours en gêne
Font passer de tristes momens.
Quittés donc votre air trop severe ;
Un coeur par l'amour combattu
Peut bien accorder sans mystere
Sa tendresse avec sa vertu.
1
Par M. D. B. d'Aix.
Ciiij LET
38 MERCURE DE FRANCE
LETTRE de M. écrite au R. P.
G. D. P. S. B. sur la seconde partie du
Théatre François.
ST
de
I tout le monde pensoit comme vous,
mon R. P. j'aurois multiplié mes
Remarques sur la seconde Partie du Théatre
François ; mais qui s'interesse aujourd'hui
à la discussion des vieux mots de
notre Langue ? C'est un goût qui jusqu'ici
n'a été que celui d'un petit nombre
de personnes , de Ménage ,
Borel , de Nicot , de Du Chesne et
de Du Cange. Quelques respectables que
soient ces grands Hommes , il n'est peutêtre
point encore sûr de marcher sur leurs
traces . Cependant M. Bayle n'étoit pas
si timide ; et ce Sçavant avoüoit avec sincerité
le besoin que notre Langue avoit
de quelqu'un qui eût la patience de s'appliquer
à ce genre de travail. Je voudrois,
dit M. Murais , dans sa Lettre du 14 .
Mars 1701. qu'on nous donnât l'explication
de tous les vieux mots François que
l'on trouve dans les Auteurs du XVI. siécle
; j'en rencontre tous les jours que je n'enends
pas , et qui ne sont ni dans Nicot , ni
dans
JANVIER. 1735:
39
dans Monet. Et le célebre M. Falconnet
parlant de quelques Ouvrages infiniment
utiles pour la perfection de notre Histoire
, met à la tête un Glossaire François.
( Mem. de l'Acad. des Belles Lettres , tom.
VII. ) Pourquoi ne nous seroit - il pas
permis de faire sur nos premiers * Ecrivains
ce que les Vossius , les Scaligers ,
les Saumaises , les Sciopius et tant d'autres
ont fait sur des Auteurs Grecs ou
Latins ? Un Passage de Ville- Hardoüin ,
ou du Sire de Joinville , ne vaut- il pas
bien un Endroit d'Herodote et de Sue
tone ? Mais enfin ce goût n'est pas encore
venu ; je me contente de satisfaire
votre envie par les Remarques que vous
m'avés- demandées .
* Il n'est pas inutile de faire remarquer ici à l'Auteur
de cette Lettre au Public, que Clement Marot
n'a pas jugé indigne de son application de don
ner une Edition du ROMAN DE LA ROSE et de
plusieurs autres anciens Poëtes François , dont les
expressions étoient déja usées ; il a fait plus à l'égard
de François Villon, qu'il estimoit davantage,
puisqu'il en a donné une Edition , où il explique
tous les anciens termes . Cette Edition a été réimprimée
avec soin chez la Veuve Coustelier en
1723. 1. vol. in 12. Ce Distique est à la tête :
Peu de Villons en bon sçavoir
Trop de Villons pour décevoir.
C v
40 MERCURE DE FRANCE
On ne peut que louer les Auteurs de
Histoire du Théatre François d'avoir entrepris
d'éclaircir par de courtes Notes
les Endroits obscurs de quelques anciennes
Piéces ; c'est dommage qu'ils se soient
trop pressez d'écrire , et qu'ils ayent voulu
donner des fruits précoces ; on le voit
par le discours qu'ils ont mis à la tête de
ce Volume ; le moins qu'on en peut dire
, c'est qu'il est trop foible. Je ne vous
en parlerai pas ; je me borne au Mystere
de la Passion , sur lequel je releverai .
quelques- uns de leurs Commentaires.
A la page 126. ils expliquent le mot de
Benisson houssue par celui de ample bénediction
3 rien n'en approche moins. Houssu
, dit Nicot , est celui qui est hautement
et dru velu , qui est touffu de grands poils ..
Selon ce , on dit : Creins houssus et mouton
boussu ; c'est-à- dire , à la grande laine . Ici
donc Benisson houssuë est, à la lettre , une
bénediction veluë , poiluë ; stile ridicule
, mais pardonnable aux Auteurs de ce
siécle. La raison de cette Epithete est visiblement
renfermée dans l'endroit même
que l'on veut expliquer .
Sathan.
Sans longue protestation
Je m'offre à faire tout debyoir .
Mais
JANVIER:
41
1735.
Mais il faut avant le mouvoir
Avoir la benisson houssuë
De votre orde patte crossuë.
.
Rapprochés patte crossuë de la benisson
houssue ; suivez encore l'idée de Jean
Michel , qui fait de Lucifer un Bouc ,
selon une imagination fort commune de
son tems , et vous sçaurés pourquoi Sathan
appelle bous në la bénediction qu'il
demande. Le Roman de Perceforêt ( T.
1. p. 135. fol. v. col. 2. ) se sert du mot
houssu dans la même signification . Adonc
voient ung homme qui avoit une grande
barbe qui lui battoit jusques à la saincture ,
et une chevelure grande et houssuë. Le Roman
d'Euryalus :
Et avoit les mains fort houssuës
Cette premiere glose n'est pas heu
reuse , comme vous voyés ; en voici une
seconde , qui n'aura pas une meilleure
fortune. Page 131. Emmi , selon ces
Messieurs , est la même chose que debors;
sur quoi ils citent Borel. Mais ils n'y
pensent pas ; Borel dit tout le contraire.
Il rend emmy ou enmy , comme on lit
dans le Thrésor de ses Antiquitez Gauloises
pag. 155. par , au milieu , et c'est là assurément
la signification de ce mot , qui
C vj
ne
42 MERCURE DE FRANCE
ne peut en avoir d'autre dans l'endroit
qu'expliquent
nos Auteurs. Voici le passage
.
Joas.
Vous n'y povez , croyez-vous pas.
Et quand place pour vous auroye
Je ne vous y logeroye ;
Ce n'est pas ici l'Hospital ,
C'est logis pour gents de cheval ,
Et non pas pour gents si méchans ;
Allés loger emmy les champs ,
Et vuidés hors de ma maison.
le sens
Si emmy signifioit
là , dehors ,
du Cabaretier
Joas seroit que Marie
et
Joseph
allassent
coucher
hors les champs
;
c'est néanmoins
dans les champs
qu'il
les envoye
, ne voulant
pas les loger
chez lui . On dit encore
en patois
dans
la Normandie
: Où voulez - vous que j'aille?
Emmi
les Champs
? Remarqués
à cette
occasion
que nos Messieurs
ont obmis
d'expliquer
ici le mot de méchans
, dont
la signification
est aujourd'hui
totalement
changée
nous ne nous en servons
que
pour exprimer
un vicieux
; mais autrefois
le mot de méchant
vouloit
dire un
pauvre
, un homme
mal vêtu , et dans la
misere. C'est en ce sens que Joas appelle
S₁
JANVIER.
1735: 43
S. Joseph et la Vierge des méchans.
Autre méprise d'autant moins excusable
qu'à peine l'endroit où l'on a fait
naufrage mérite t'il le nom d'écueil . Page
134. le Poëte fait parler ainsi S. Joseph.
• O glorieuse Trinité ,
Qu'est-ce que je voys de cette heure
Certes , c'est un enfant qui pleure
Tout nud sur le feure gesant.
1
La faute n'est pas sur gesant , Participe
présent du Verbe gesir , qui signifie se
coucher , reposer , dormir ; mais sur le môt
feure, que nos Auteurs traduisent par
chemin. De bonne foi , je ne comprens
pas comment ils ont pû s'y tromper ;
car tout devoit les en avertir : l'Histoire
de l'Evangile une certaine tradition
fort répanduë , le Texte même de l'Auteur
, Lexicographes tous nos Lexico - graphes , s'ils
avoient voulu les consulter , il n'en est
aucun qui ne rende le mot de feure ou
feurre par celui de chaume ou de paille ;
c'est encore aujourd'hui un mot en usage
dans la Champagne. Feure , disent les
Auteurs du Dictionnaire de Trévoux
paille longue de blé , qui sert à nourrir l'hi
ver les moutons et autres bestiaux . De feure
on a fait fouarre. Il y a à Paris une rue
,
44 MERCURE DE FRANCE
de ce nom , et elle le porte , selon la remarque
de Ménage ( Orig. de la Langue
Fr. p. 325. ) parce qu'on y vendoit de
la paille pour joncher les Ecoles de Philosophie
qui étoient en cette ruë , et celles
de Médecine qui en sont proche , et
sur laquelle les Ecoliers se mettoient
lorsqu'on faisoit des Actes Publics ; à
peu près comme les jeunes Cordeliers
sont aujourd'hui couchez et étendus aux
pieds de la Chaire dans leurs fameuses
Theses de la Pentecôte. Ménage prouve
son étimologie par un Passage fort curieux
de Ramus ; après quoi il ajoûte :
Anciennement on jonchoit de même la
Sale de l'Evêché de Paris quand on y donnoit
le bonnet de Docteur à quelqu'un ,
ce que j'ai appris de M. de Launoy . Une
preuve bien décisive que fouare signifie
paille , c'est que la rue de ce nom , près
la Place Maubert , est appellée dans les
Titres Latins , Vicus straminum . Jean
surnommé Major , parle , je ne sçais à
quelle occasion , de cette rue dans son
Commentaire sur le 22. Chap . de S. Mathieu
, et il l'appelle de même. In straminum
vico Parisiis , astutus Sophista spi
culorum pharetra onustus sic auspicabatur :
Benigna cum venia Presidis Cathedram
circumspectissimè moderantis , omnium Phiz
losophorum
JANVIER. 1735. 45
>
losophorum bujus sæculi facilè principis
Baccalaureos duabus facilibus argumentationibus
oppugnabo. Ce devoit être un
plaisant spectacle de voir une assemblée
de Bacheliers assis , chacun sur une botte
de paille ; je vous laisse à faire la comparaison
qui se présente naturellement
à l'esprit.
Nicot dérive le mot de fouare , ou
comme il écrit , foarre , du Latin far s
mais sa conjecture est démentie par cet
ancien Proverbe , faire gerbe , ou garbe
de feure à Dieu , pour dire , lui donner
ce qu'on a de pire . On l'exprime encore
mieux en Normandie par un changement
de prononciation , en mettant
barbe de feure. On sçait ce que c'est que
la barbe seule d'un épic. Ménage et Du
Cange le font venir de foderagium ou fodrum
, d'où est tiré le mot de foderarii
milites , des fourageurs .
A la page 136. nos Compilateurs de
Comédies Gauloises ont encore fait une
bévûë sur le mot ennuyt ; tout le monde
sçait que c'est le même que buy , qui
veut dire aujourd'hui , quoique plus ordinairement
et selon son étimologie , il
signifie cette nuit , ce soir ; j'avouë cependant
que quelquefois il se prend pour
aujourd'hui , comme dans cet endroit :
Ber
47 MERCURE DE FRANCE
Bergiers ne vueillés crainte avoir ;
Ennuyt est accompli l'esprit ;
Car nostre Sauveur Jesu Christ
Sans doute nous est né sur terre ;
Et si du lieu voulés enquerre ,
C'est en Bethleem la Cité.
C'est encore à la boulevue qu'ils ont
rendu le mot de Tonaille par celui de
Nappe ( pag. 401. ) La faute seroit pardonnable
, si leur Remarque tomboit sur
l'un ou l'autre de ces Endroits du Mystere
de la Passion . ( p . 336. ) Icy dressent
S. Pierre et Sainct Jehan la table et la
Touaille et des fouasses dessus , avec des
laictuës vertes en des plats turquins , et
abillent l'Agneau Paschal.Comment n'ontils
vû
pas
Touaille vouloit dire Serviette
à essuyer les mains ? Il ne falloit que
lire ces Vers :
que
Aporte le pot à laver
Et le bassin et la Touaille ,
Puis à laver me baille :
J'ai grand haste , acheve- moi tost.
Mais ils ne sçavoient pas que ce mot
a l'une et l'autre signification. Le Roman
de Perceforest ( T. 1. p . 35. fol . V.
col. 2. ) Lors veit au meillieu quatre Damoiselles
JANVIER. 1735. 47
selles qui étoient assises dessus l'herbe , es
avoient belles Toüailles blanches mises devant
elles , et y avoit viandes dessus et hanaps
d'argent ; c'est à- dire , coupes. Voilà
Touailles pour nappes ; et le voici pour
serviettes dans le Roman de la Rose , p
125. fol. V. de l'Ed . de 15 29.
Des deux Dieux qui lui apparoient ,
Qui or sur l'arbre le servoient ,
Jupiter se dit le lavoit ,
Et Phoebus la touaille avoit ,
Qui se pênoit de l'essuyer.
Le Sire de Joinville se sert aussi de ce
mot , mais dans un sens un peu different
; car il entend par là cette longue
bande de toile dont se fait le bonnet ou
Turban des Turcs. Adonc , dit cet Auteur
( p. 61. de l'Edit . de M. Du Cange )
partit Monseigneur Philippe de Montfort;
et s'en alla vers les Sarazins , lesquels
avoient osté leurs Toailles de leurs têtes.
Ménage ( Orig. de la Langue Fr. p. 628. )
dérive le mot Tonaille de l'Italien Touaglia
, qui veut dire la même chose ; mais
il vient plutôt de Toallia ou Toballia
qui dans les Auteurs de la basse Latinité
signifient , Mappula , Mamile manutergium
; c'est le sentiment de Du Cange.
Aujour48
MERCURE DE FRANCE
Aujourd'hui de la Touaille en Touraine
, c'est cette espece de Tarte séche , que
l'on nomme vulgairement de la Galette.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Nous pourrons donner sur ce sujet d'antres
Remarques du même Auteur.
RONDE A U.
LA bête que Silene monte
N'est pas si stupide qu'Oronte ;
Chez lui la raison perd ses droits ;
Et quand il opine , sa voix
Pour rien d'ordinaire se compte .
Au Quadrille , sans qu'on l'affronte ,
11 fait avec Manille , Ponte ,
Spadille , Baste et quatre Rois .
La bête.
II ignore , à ce qu'on raconte ;
Les plaisirs que dans Amathonte
Tant d'autres ont goûtez cent fois .
Et croit que l'on parle Gaulois
Lorsqu'on fait quelque amoureux conte
La bête !
SUITE
JANVIER 1735. 49
SUITE de l'Examen des Principes sur
lesquels on peut juger du caractère des
Anciens et des differentes Nations .
S &
Ous la premiere Race de nos Rois
nous étions encore Barbares , excepté
ce que la Religion Chrétienne avoit
commencé d'humaniser chez nous . Dagobert
qui avoit quelque teinture de
bon goût , effaça quelques anciennes impressions
; mais il ne pût aller jusqu'à la
perfection de la politesse . Charlemagne
cultiva les Sciences , et ne put les faire
sortir du berceau ; la chute de sa posterité
, et les desordres que les révolutions
d'Etat entraînent après elles , conduisirent
l'obscurité jusqu'à François I. qui
sçut s'honorer lui- même par la protection
qu'il accorda aux Sçavans . Il a fallu
encore près de deux siècles pour former
des Princes tels que Louis XIV. et Louis
XV. qui sçussent faire revivre le siécle
d'Auguste .
Ce n'est certainement pas le changement
de la Nation qui fait paroître de
tems en tems ces nuages d'ignorance et
de lumiere , c'est le goût du Prince et
des
Jo MERCURE DE FRANCE
des Grands , et la situation des Affaires .
Les malheurs du dixième siecle naissoient
du Gouvernement , les Ducs.et
les Comtes s'étant rendus maîtres des
Pays dont ils étoient les Gouverneurs et
les Juges , formerent dans chaque canton
, un Etat tyrannique , où leur usurpation
établit des Coûtumes conformes
aux principes de leur établissement.
De- là ces résistances à l'autorité Royale
, ces brigandages , le Royaume étoit
Frontiere dans son sein même , et les
Peuples étoient autant d'Ennemis les uns
des autres , qui se faisoient la guerre
sans sujet , et qui souvent rompoient la
Paix par pure fantaisie .
Il faut donc pour juger de chaque siecle
et de chaque Nation , connoître l'état où
il est quand on en juge , et les diffe
rentes situations où il s'est trouvé , les
Loix qui lui sont propres , ce qu'il est
en Paix , ce qu'il est en guerre ; distin
guer ce qui appartient à ceux qui gouvernent
et aux Particuliers , qui pour
ce qui regarde le general , n'agissent que
subordonnément.
Si on veut descendre à ce qui caracte
rise plus particulierement ou les Anciens
ou chaque Nation des Modernes , on
doit plutôt examiner ce qui est plus ordinaire
JANVIER. 1735 Su
dinaire dans le commerce de la vie ,
que ce qui paroit plus grand et plus
general , et on a besoin de revenir pour
ce jugement de certains préjugez qui
donnent toujours la preference aux temps
qui ne sont plus. On regrette , par exemple
, la bonté de coeur des Anciens qui
entretenoient plus long- temps les liaisons
de la parenté , en en renouvellant
les titres dans leurs discours , au lieu
qu'à peine traitons- nous de parens ceux
qui nous sont les plus proches. Cet usage
des Anciens pouvoit venir de la deffense
des nôces jusqu'au septième degré , ce
qui conservoit le souvenir de la parenté
et la faisoit mieux remarquer. Quoiqu'il
en soit , je ne loue pas notre maniere de
ne pas appeller chaque chose par son
nom , mais sans citer Salvien lui- même ,
qui reproche aux hommes de son temps
que les parens étoient autant d'ennemis
les uns des autres , on trouvera dans
tous les temps que la parenté qui devroit
être un principe d'amitié et de secours ,
n'en est pas un effet , et on peut appliquer
sur ce sujet ce qu'a dit le Comique ,
c'est tout comme ici.
On loüe encore la facilité qu'on avoit
de trouver des cautions , c'étoit , dit- on ,
une inclination à rendre service , mais
n'é52
MERCURE DE FRANCE
n'étoit- ce pas un deffaut dans le sentiment
de ceux qui exposoient la fortune
de leurs amis , en les engageant dans
leurs dangers , et une autre faute de la
part de ceux qui se présentoient , de ne
pas se donner la préference dans l'ordre
de la charité , et de ne pas s'exposer à
ruiner leur famille en courant des hazards
volontaires .
Nous pouvons remarquer que les jugemens
varient suivant les interêts , sans
qu'il y ait de changement qui nous porte
à juger differemment , la calomnie exerce
sa tyrannie sur les Anciens , sur les
Nations , comme entre les Particuliers.
Des Guerres inveterées forment des préventions
generales et un systême de Nation
difficile à détruire , si les temps
changent nous revenons à nos interêts ,
il artive ainsi des révolutions dans les
opinions comme dans les Empires et
dans les familles , et je ne doute pas
que les Anglois ne puissent devenir nos
amis , en devenant nos Alliez. Nous
voyons dans nos Histoires que les Espagnols
y sont toujours traitez comme des
Ennemis qui ont tort et dans lesquels nous
cherchons des défauts ; la jalousie de leur
réputation , leurs succez contraires à
nos desseins , n'y ont pas plus de part
qu'ils
JANVIER.
1735 33
qu'ils ont de réalité ? Depuis qu'un Prince
de la Race de nos Rois regne sur cette
Nation , nous commençons à nous taire
sur son sujet , et si les interêts des deux
Nations continuent d'être unis ,
viendrons à aimer l'Espagne, sans changement
de moeurs de part ni d'autre ;
il ne faut qu'un tour d'imagination pour
changer une opinion , et le changement
d'opinion se porte d'un excès à l'autre ,
sans passer par un milieu .
Ce ne seroit peut- être pas aller trop
loin que de penser que toute Nation seroit
toujours de même , si elle étoit toujours
gouvernée par les mêmes Loix ; le
coeur de l'homme est le même par tout.
Si nos François étoient nez chez les
Hurons ou les Iroquois , ils seroient aussi.
grossiers , s'ils étoient nez Grecs , la tyrannie
qui fait des Esclaves , les auroit
rendus aussi lâches qu'eux ; s'ils étoient
nez Suisses , dans un Pays aussi peu propre
pour les communications étrangeres
, on les taxeroit d'avarice comme eux ,
d'aller gagner de l'argent dans un service
étranger ; s'ils étoient nez Anglois , ils
seroient aussi fiers des richesses de leur
commerce , et nous pouvons le devenir
un jour , si nous sçavons bien profiter
de l'avantage de nos Mers.
J'ajoûte
34 MERCURE DE FRANCE
J'ajoûte encore que l'union de l'ame
et du corps est si intime , que les passions
sont dépendantes de ce qui affecte
le corps , et que toute une Nation peut
bien avoir , pour ainsi dire , quelque
nuance commune , par rapport au climat
, à la qualité des alimens , à l'éducation
, &c . On remarque que les Montagnards
ont l'esprit plus ouvert et plus
délié que ceux qui habitent dans les Vallées
, où la terre plus grasse et plus chargée
de vapeurs , épaissit la masse du corps
et rend les opérations de l'esprit moins
actives ; les Pays des vignobles rendent ,
par l'usage du vin , les Habitans brutaux
; ceux qui vivent dans les Bois sont
moins polis et moins propres à la societé .
Enfin chaque condition , chaque Ordre
Religieux , la Cour , la Ville , l'Epée
, la Robe , la Finance , ont des opinions
singulieres que l'interêt de leur
état leur fait prendre pour regles et qui
forment pour chacun de ceux qui s'y engagent
, un préjugé dont il est difficile
de revenir , au moins pour le grand
nombre , qui est toujours entrainé et qui
ne juge pas.
Les passions ont d'ailleurs une fécondité
de rapports, qui fait appercevoir des
differences et des variations , parce qu'on
ne
JANVIER. 1735 .
ne s'occupe que du moyen , et qu'on ne
yeut voir ni le principe ni l'objet , c'est
la source de la difference qu'il y a d'hommé
à homme , et qui est bien plus réelle
qu'entre les Anciens et nous , et les Nations
qui nous environnent , à l'égard
desquels on a voulu faire un partage des
passions par Empire , et leur assigner
comme aux vertus un Territoire .
Les traits generaux de ressemblance
se doivent réduite aux causes generales ,
et les conséquences déterminent bien peu
pour le caractere d'une Nation , qui suivant
ces causes qui varient à chaque
instant , n'aura rien de stable. Ce qu'on
appelle humeur ou caprice ne touche
guere qu'à la maniere d'agir et bien peut
à ce qui produit l'action.
Il y a bien de la difference entre juger
d'une Nation ou d'un siecle , ou de juger
d'un homme ; je ne sçai où il reste
toujours plus à desirer et où il y a moins.
de naturel ; on peut tout au plus tracer
quelques traits éloignés sur les Loix ,
les exemples et les opinions autorisées
et les circonstances où l'on se trouve
qui donnant lieu à certaines actions
font juger pour un temps.
D VERS
36 MERCURE DE FRANCE
※ 出
VERS envoyez le premierjour de l'An par
P. A. B. *** d'Aix , à Maale de
, qui lui avoit promis ses Etrennes.
***
AImable Iris , le jour qui nous éclaire ;
Aux Dons fut toujours destiné ,
Quel Présent pourrai- je vous faire ?
De mon coeur je vous l'ai donné.
Vous qui brillés comme une Fleur nouvelle,
Vous qui d'un seul regard avés sçû me charmer,
Décidés , belle Iris , sur ce Portrait fidelle ,
Si l'on peut ne vous pas aimer.
A peine arrivés- vous dans la saison , dans l'âge
Où tout inspire de l'amour.
Affable , vertueuse et sage ,
Les Jeux , les Plaisirs , tour à tour
Vont vers vous d'une aîle legere :
Vos yeux sont remplis de douceur ;
Vous n'êtes faite que pour plaire :
De mille traits je sens percer mon coeur.
Vos discours enjoüez , inspirent la tendresse ;
On trouve en vous un esprit délicat ,
Un air noble , une politesse ,
Tout vous donne un nouvel éclat.
Si vous dansés , les Ris , les Graces ,
Accom
JANVIER.
1735. 57
Accompagnent toujours vos pas ;
Mille Amours volent sur vos traces ;
Ils soupirent pour tant d'appas :
Par les plus doux accens vous charmés mon
oreille >
Et d'un air gracieux ,
Vous chantés Cupidon et le Dieu de la Treille
Qui ne seroit pas amoureux ?
Mais puisqu'il faut vous donner une Etrenne {
Aimable Iris , recevés en ce jour
L'assurance la plus certaine
De mon profond respect , de mon parfait amour ?
A ce Présent je joins un peu de Confitures
Simbole des douceurs , que l'on goute en aimant,
Acceptés , je vous en conjure ,
Ce Don du plus sincere Amant.
Pour vous , trop aimable Bergere ,
Qui n'avés point brulé d'une amoureuse ardeur;
Quel Don prétendés - vous me faire ?
Je ne veux rien que votre coeur.
Dij SUITE
58 MERCURE DE FRANCE
SUITE de la Promotion d'Officiers
Generaux , faite le premier Août 1734.
et déclarée le 20. Öctobre suivant.
T
Brigadiers d'Infanterie.
DE BLACONS , Cy- devant Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de son nom , réformé
après la Paix en 17 : 4. actuellement Colonel
d'un Régiment de Milice de la Generalité de
Dauphiné.
DE ZURLAUBEN , du Canton de
Zug , Capitaine au Régiment des Gardes Suisses
du 9. Janvier 1709 .
CADOT DE SEBEVILLE , d'abord Ay
de de Camp du Maréchal de Villars en Baviere
puis Colonel d'un Régiment d'Infanterie de son
nom et auparavant de Quergroadez , réformé
en 1714. actuellement Colonel d'un Régiment
de Milice de la Generalité de Caën .
>
BENIGNE BOUHIER , de Dijon , cy- devant
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de son nom,
auparavant Noailles Maréchal , réformé en 1714.
actuellement Colonel d'un Régiment de Milice
de la Generalité de Bourgogne.
... DI PAYSAC , cy - devant Colonel d'un
Régiment d'Infanterie de son nom , auparavant
de Tournon , réformé en 1714. actuellement
Colonel d'un Régiment de Milice de la Generalité
de Limoges.
THEOPHILE DE MAUPEOU , Seigneur de Sa
blonieres en Brie , fait Colonel du Régiment de
Bigorre , par Commission du 6. Mars 1719.
Jospri
JANVIE R. 1735. 59
•
JOSEPH-FRANÇOIS DAMAS , Marquis d'Antigny
, Colonel du Régiment de Boulonnois par
Commission du 6. Mars 1719 .
LOUIS ANTOINE DE LA ROCHE , Marquis
de Rambures , et de Fontenilles , Comte de Courtenay
, Baron de Cessac , Seigneur d'Authy ,
Lambercourt , & c. Colonel du Régiment de
Navarre , par Commission du 6. Mars 1719.
CHARLES-PIERRE GASTON DE LEVIS DE LO
MAGNE , Maréchal hereditaire de la Foy , Marquis
de Mirepoix , fait Colonel du Régiment de
Saintonge , par Commission du 6. Mars 1719.
puis de celui de la Marine le 20. Février dernier.
LOUIS- RENE' - EDOUARD COLBERT , Comte
de Maulevrier , né le r4. Décembre 1699. fait
Colonel du Régiment de Piémont , par Commission
du 6. Mars 1719.
JEAN -BAPTISTE JOACHIM COLBERT , Marquis
de Croissy , né le 25. Janvier 1703. Colonel
du Régiment Royal , par Commission du
6. Mars 1719. et Capitaine des Gardes de la
Porte du Roy , Charge pour laquelle il prêta
serment le 6. Décembre 1723.
LOUIS ENGELBERT , COMTE DE LA MARCK ,
Marquis de Vardes , né en 1701. Colonel d'un
Régiment d'Infanterie Allemande , portant le
nom de la Marck , par Commission du 10.
Juillet 1719.
GUILLAUME DU BELLAY , Seigneur de la
Courbe , appellé le Marquis du Bellay , fait Colonel
d'Infanterie par Brevet du 19. Juillet 1719.
puis Colonel Lieutenant du Régiment de la Marche
, Prince , au mois de Juillet 1726. et ensuite
Colonel de ce Régiment , qui reprit son ancien
nom de Brie au mois de May 1727.
• · MAY , Lieutenant Colonel du Régi-
D iij ment
To MERCURE DE FRANCE
ment Suisse de Villars - Chandieu , avec Brever
de Colonel , puis Colonel de ce Régiment , par
Commission du 9. May 1728 .
RAOUL- ANTOINE DE SAINT SIMON , Comte
de Courtomer , Seigneur et Patron de Sainte
Mere Eglise , Diocèse de Bayeux , entra en 1708 .
dans le Régiment des Gardes Françoises , et y
fut successivement Enseigne , Sous- Lieutenant
Lieutenant en 1711. et enfin Capitaine par Commission
du 22. Décembre 1719.
,
JEAN- PAUL BOCHART , COMTE DE CHAMDIGNY
entra dans le Régiment des Gardes
Françoises en 1709.et il y fut successivement Enseigne
, Sous - Lieutenant , Lieutenant en 1712 .
et enfin Capitaine par Commission du 25. Avril
1720.
JOSEPH - MARIE , DUC DE BOUFFLERS , Pair
de France , né le 22. May 1706. Gouverneur et
Lieutenant General pour le Roy de la Flandre
Françoise et du Hainault , Gouverneur des Ville
et Citadelle de Lille , Grand- Bailly de Beauvais
, et Lieutenant General en la Province de
Beauvoisis , fait Colonel d'Infanterie , par Brevet
du premier Décembre 1720. puis Colonel du
Régiment cy- devant Sobre , par Commission du
24. May 1721. et ensuite de celui de Bourbonnois
, par autre Commission du premier
Juillet 1727.
ANNE DE MONTMORENCY - LUXEMBOURG ,
appelié le Comte de Montmorency , né le 2 Janvier
1707. fait Colonel du Régiment cy- devant
d'Olonne , par Commission du premier Janvier
1721.
JOACHIM AMAURI GASTON , MARQUIS DE
ROSNYVINEN , d'abord Capitaine et Ayde- Major
du Régiment du Roy , Infanterie , ensuite
Cornette
JANVIER : 1735- 69
Cornete des Chevaux- Legers de la Garde da
Roy , Mestre de Camp de Cavalerie en 1721 .
puis Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
de Piquigny , par Commission du 25
May 1733,
• COURTEN , Colonel d'un Régiment
Suisse , par Commission du 12. Février 1724.
DE LA BAUME , appellé le Comte de
la Baume- Montrevel , Colonel du Régiment de
Rouergue.
· •
YVES-MARIE DE BOULOGNE DE LENS DE
LICQUES DE RECOURT , COMTE DE RUPEL
MONDE , Baron de Vissekerke , & c. né le 21 .
Décembre 1707. fait Capitaine d'une Compagnie
d'Infanterie au Régiment d'Alsace , au mois de
Septembre 1725. et Colonel à la suite de ce Régiment
, puis Colonel de celui d'Angoumois le
20. Février dernier .
NICOLAS DE CHAUGY , BARON DE ROUSSILLON
, Marquis d'Aigrevaux , Comte de Musigny,
Soulangé et Longecour, Seigneur de Cus
sy , Hanneau , &c. d'abord Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , puis Colonel du Régiment
de Gâtinois , par Commission du 19 Août 1726.
LOUIS DE PARDAILLAN DE GONDRIN
D'ANTIN , DUC D'EPERNON , Pair de France ,
né le 9. Novembre 1707. Colonel du Régiment ·
Royal de la Marine , par Commission du 10 .
Janvier 1727. puis d'un autre Régiment du nom
de la Gervasais , et auparavant de Gondrin , le
20. Février dernier.
GABRIEL DE BRIQUEVILLE , CHEVALIER DE
LA LUZERNE , né le 16. Avril 1700. reçû Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem au
Grand-Prieuré de France le 14. May 1704. Colonel
du Régiment de Périgord , à la tête duquel
Diiij #
31 MERCURE DE FRANCE
il se trouva le 27. May dernier à l'attaque des
Retranchemens des Moscovites devant Dantzik ;
ce fut lui qui traita de la Capitulation du Corps
de Troupes Françoises , et qui la signa le 22.
Juin suivant.
DE SOULIE' , Lieutenant Colonel , et
cy-devant Major du Régiment de Limozin .
... ROYER DE MONCELOT , Lieutenant
Colonel du Régiment de Saxe .
.. DE LOLMIB , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Bourbonnois.
DE PRAVIEL , Lieutenant- Colonel
et cy-devant Major du Régiment de Touraine.
DE BREANDE , Lieutenant- Colonel
et cy-devant Major d'un Bataillon du Regiment
Royal Artillerie."
•
DE JOUY DE LA MIVOYE , Lieutenant
Colonel , et cy- devant Major du Regi
ment de Poitou.
· DE BARAILLON DU BROCARD
Lieutenant d'Artillerie.
Brigadiers de Cavalerie et de Dragons.
... DE SAINT SIMON , nommé Mestre
de Camp du Regiment du Maine , au mois de
Mars dernier.
LOUIS THEODOSE ANDRAULT , MARQUIS DI
LANGERON , fait Lieutenant de Roy au Gouver
nement de la Basse - Bretagne , et Gouverneur de
la Charité sur Loire , au lieu de feu son Pere, en '
1711. et depuis Capitaine - Sous- Lieutenant de la-
Compagnie des Gendarmes de Berry, et Mestre
de Camp de Cavalerie .
FRANÇOIS LOUIS MARTIAL DE MONTIERS
COMTE DE MERINVILLE , Vicomte de Brigueil,
Baron
JANVIER. 1735 63
Baron de Montrocher et de Châteaubrun , d'abord
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de Berry , puis en 1718. Sous - Lieutenant
de celle des Gendarmes de la Reine , dont il fut
fait Capitaine- Lieutenant par la démission de
son Pere le 26. Mars 1719.
BERTET DE DIGOIGNE , SUCccssivement
Exempt des Gardes du Corps du Roy , Ayde-
Major de Compagnie , Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , Enseigne et en dernier lieu
Lieutenant des mêmes Gardes du Corps.
, DES BOURNAIS , cy- devant Exempti
des Gardes du Corps du Roy , Mestre de Camp
de Cavalerie à Brevet , actuellement Maréchal des
Logis de l'Armée d'Allemagne..
CLAUDE D'ANJONY DE FOIX DE MARDOIGNE
, Seigneur et Baron d'Anjony et de la Nobre
, reçû Page du Roy en la Grande Ecurie le
8. Juillet 1681. puis successivement Mousquetaire
de la premiere Compagnie le 21. Janvier
1684. Cornette d'une Compagnie de Cavalerie ,
par Brevet du 15 : Janvier 1689. Lieutenant dans
le même Regiment , par auare Brevet du 23 .
Décembre 1690. puis dans le Regiment Royal
de Carabiniers , par Brevet du 29. May 1694.
Capitaine dans celui du Maine , Cavalerie , par
Commission du 20. Janvier 1704. Chevalier de
S. Louis , par Lettres du premier Janvier 1705.
Capitaine dans le Regiment Royal des Carabi--
niers en 1709. ensuite Exempt des Gardes du
Corps du Roy , par Lettres du 20. Mars 1709 .
au lieu et place de feu François d'Anjony de Foix
de Mardoigne , Marquis de Mardoigne , son
frere, mort à Versailles dans le même mois ;
Mestre de Gamp.de Cavalerie , par Commission
du premier Décembre 1718. et enfin Enseigne
D W
dess
64 MERCURE DE FRANCE
des Gardes du Corps , par Lettres du 13. Janvier
1731.
GILBERT HONORE ' DE CHABANNES , appellé
le Marquis de Chabannes , né en la Paroisse de
S. Cyr de Mariol , Diocèse de Clermont en Auvergne
le 30. Décembre 1682. reçû Page du Roy
en sa grande Ecurie , au mois d'Avril 1700. fait
Capitaine de Dragons en 1705. et depuis Exempt
des Gardes du Corps du Roy , Mestre de Camp
de Cavalerie , Chevalier de S. Louis , et enfin Enseigne
des Gardes du Corps , du mois de May
dernier.
• DI MONTGIBAUT , Exempt , puis
Enseigne des Gartes du Corps du Roy.
· DE GAULT , Lieutenant de la Compagne
des Grenadiers à Cheval , avec Brevet de
Mostre de Camp.
CHARLES DE MARTEL , Seigneur de Montreal
, appelé le Chevalier de Martel , Premier
Cornette de la Compagne des Chevaux - Legers
d'Orleans , et Mestre de Camp de Cavalerie ,
Commission du 7. Octobre 1719.
par
..... DE SAINT MAUR , Lieutenant Colonel
du Regiment de Ruffec , et Mestre de Camp.
DE MONTIERS , Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin Etranger , et Mestre de
Camp.
BARON DE LORDAT , fait au mois
de Juin dernier, Mestre de Camp du Régiment ,
cy- devant de Lorraine , dont il étoit Lieutenant
Colonel , avec Commission de Mestre de Camp.
• PAUL JEROME PHELYPEAUX , MARQUIS DE
PONTCHARTRAIN , né le 25. Avril 1703. et reçû
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem au
Grand- Prieuré de France le 4. Août suivant ,
xommé Sous- Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes
JANVIER 1735. 65
Gendarmes de la Reine le premier Février 1719.
puis Capitaine- Lieutenant de celle des Gendarmes
Anglois , le 12 Septembre 1726 .
MARQUIS DE VISSECQ , Major , puis
Lieutenant- Colonel du Régiment de la Suze , cydevant
de Sommery, et Mestre de Camp à Brevet.
GASPARD DE CASTELANE D'ESPARON , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem , Gentilhomme
de la Chambre du Duc d'Orleans
Mestre de Camp réformé de Dragons , nommé
le 20. Février dernier , Mestre de Camp Lieute
nant du Régiment de Dragons d'Orleans.
PAUL -FRAN OIS DE L'HOSPITAL , MARQUIS
DE VITRY , reçû Chevalier des Ordres de N. D.
du Mont Carmel et de S. Lazare de Jerusalem le
17. Décembre 1711. Enseigne au Régiment des
Gardes Françoises en 1718. Enseigne de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roy en
1719. et ensuite Mestre de Camp d'un Regiment
de Dragons , par Commission dų 29. May 1725.
LOUIS CHARLES DE GOUFFIER , MARQUIS
D'HEILLY , appellé le Marquis de Gouffier , né
le 27. Septembre 1698. Capitaine de Cavalerie:
dans le Régiment de Saint Simon , puis Mestre
de Camp du Régiment de Condé , Cavaleric, par
Commission du 24. Novembre 1719 .
JOSEPH ANDRE' D'ANCEZUNE D'ORAISON, appellé
le Marquis d'Ancezune , Mestre de Camp de
Cavalerie à Brevet , nommé le 20. Février dernier
, Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, cy-devant du Chayla.
GUY · MICHEL DE DURFORT , COMTE DE
LOREES , puis Duc de Randan , né le 26. Août
1704. fait Mestre de Camp de Cavalerie , par
Commission du f . Janvier 1720. et Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , cy -de-
D vj vant
66 MERCURE DE FRANCE
vanr Germinon , au mois d'Octobre , 1723 .
LOUIS MARIE DE SAINTE MAURE , Marquis
de Chaux et d'Archiac , Baron d'Augé ,.
appellé le Comte de Sainte Maure , reçû Premier
Ecuyer , Commandant la Grande Ecurie du Roy
le 27. Février 1720. et fait Mestre de Camp du.
Régiment Royal Etranger, Cavalerie, par Commission
du 5. May 1720 .
LOUIS LEON POTIER , appellé le Comte de
Trêmes , depuis 1729 et auparavant le Marquis
de Gandelus , né le 28. Juillet 1695. d'abod successivement
Enseigne et Lieutenant de Vaisseaux
le 22. Janvier 1716. et ensuite Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par la démission.
du Duc de Gesvres , son frere .
CHARLES- FRANÇOIS , MARQUIS DE SASSENAGE
, et de Pont en Royans , Comte de Brionet
de Monteillers , &c . né lé 21. Mars 1704. fait
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie ,
cy-devant Saint Germain Beaupré , par Commission
du 30. Juin 1721. et reçû le 11. Juilles
1732. en la Charge de Lieutenant General au .
Gouvernement de Dauphiné , dont il avoit obtenu
la survivance dès le mois de Mars 1719 .
LOUIS PHILOGENE BRULART , MARQUIS DE
PUISIEUX ET DE SILLERY , né le 12. May
1701. Mestre de Camp à Brevet , puis Mestre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , cy-devant
du Luc , le 20 Février dernier.
• DE BEAUREGARD , Lieutenant- Co
Jonel du Régiment de Turenne , et Mestre de:
Camp..
ETRIN.
JANVIER 1735. 1735. 67
ETRENNES à Mademoiselle de Ficte
de
Chevry.
DADS l'âge malin où nous sommes
Prodigues en Janvier de bénedictions ,
Les hommes veulent tous fêter leurs Compa--
gnons ;
Et
Mais qui connoît un peu ces hommes ,
Trouve leur encens bien fumeux ,
quatre fois benest qui ne sifle leurs voeux.
Pour moi , belle Chevry , qui suis né dans So
logne ,
Qui prends les écus pour
dés
sous,
Je ris de voir tous ces vieux fous
Se lecher le menton , composer belle trogne
Et prêchant la sincerité ,
Etouffer dans leurs bras amis et verité ';
Je ris de voir tant de sotise
Que la raison condamne , et l'usage autorise :
Je ris ; car il vaut mieux du monde d'aujour
d'hui
S'égayer avec Démocrite ,
Que d'imiter le dolent Héraclite ,
Ce lugubre Censeur des sotises d'autrui.
Quoiqu'il en soit pourtant , il est des voeux sin--
ceres ;
78 MERCURE DE FRANCE
Il en est , et j'en sçai qui vous sont adressez ;
Mais de pareils on n'en voit gueres ;
Je ne sçai , Janneton , si vous les connoissés .
LETTRE de M. P. D. D. C. E. N.
à M. A. D. T. fur la Tragédie nouvelle
de Sabinus.
J
E commencerai par les Spectacles ,
Monsieur , à vous mander ce qu'il y
a de nouveau ici . On a donné depuis peu
sur le Théatre de la Comédie Françoise
une Tragédie nouvelle , intitulée Sabinus.
En attendant que je sois en état de
vous en donner un Extrait exact , je crois
vous faire plaisir de vous dire deux mots
de la Piéce et de l'Auteur . La Tragédie
m'a paru sur tout bien conduite et heureusement
disposée , et la versification
à quelques Vers près , qui doivent être
corrigez , noble et élegante ; les situations
Théatrales , qui sont en assez grand nombre
, sont belles et frappantes. Cependant
la premiere Représentation en fut
fort tumultueuse ; mais une ou deux expressions
hazardées , certains termes
équivoques , quelques Endroits qui ne
seront pas si délicatement maniez ne doivent
JANVIER: 1734. 69
vent point révolter le Public contre un
Ouvrage de longue haleine , dans lequel
le bon surpasse de beaucoup ce qui est›
défectueux .
Verum ubi plura nitent in carmine , non ego
paucis
Offendar maculis , dit Horace.
Le Public est redevable de cette Tra
gédie nouvelle a M. Richer , Avocat au
Parlement de Normandie , déja connu
du Public d'une maniere avantageuse par
plusieurs Ouvrages . Il donna en 1723.
un Recueil de Poësies de sa façon ; on y
trouve huit Epitres traduites d'Ovide .
Cette Traduction est un excellent mor
ceau , et l'on peut dire qu'on a peu
d'Auteurs
qui ayent traduit en Ves comme
l'a fait M. Richer : c'est ce qui fait qu'on
a sujet de regretter qu'il n'ait traduit
qu'une partie de ce précieux Ouvrage
d'Ovide. Jamais Traduction en Vers n'a
été plus exacte , et en même tems plus
noble et plus élegante ; c'est ce qui caracterise
et ce qui distingue cet Auteur de
tous les autres Traducteurs. M. Richer.
donne dans le même Volume , des Cantates
des Eglogues , des Epigrammes et
quelques autres Piéces de Vers : le moindre
éloge qu'on puisse donner à ses Can-
›
tates ,
70 MERCURE DE FRANCE
tates , c'est de dire qu'après celles de M.
Rousseau , la lecture en fait beaucoup
de plaisir. M. Richer s'est fait connoître
aussi sous le titre de Fabuliste ; ce titre
doit lui faire au moins autant d'honneur .
que celui de Traducteur . Jamais Fabuliste
n'a approché de plus près du stile.
et des graces de M. de la Fontaine , qui
jusqu'ici n'a point trouvé et ne trouvera
peut-être jamais son pareil . Du reste , ib
est constant que M. Richer a surpassé
de bien loin tous les autres qui ont couru.
la même carriere que luí : le stile de ses
Fables est naïf , doux et coulant ; on n'y
voit point d'ornemens étrangers , ni de
beautez recherchées et affectées ; tous les
sujets qu'il a choisis lui font honneur
tant ceux qui sont de son invention
que ceux qui ont déja été mis en oeuvre
par d'autres ; en un mot , ces Fables ont
toutes les qualitez requises pour mériter .
l'approbation du Public , et pour vivre
éternellement. Ce Recueil a été donné:
en 1730. Les louanges que la justice me:
fait ici donner à cet Auteur , ne doivent:
point , Monsieur , vous être suspectes ;
car je n'ai point l'honneur de le connoîere.
La lecture seule de ses Ouvrages ins
pirera les mêmes sentimens à tous ceux .
qui :
JANVIER .
1735: 78
qui sçavent lire sans prévention , &c. Je
suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce 8. Janvier 1735.
A Mphi
ETRENNES
A M. Naudot.
Mphion de nos jours , dont la juste har
manie
Charme , plaît , enchante les coeurs ;
Et dont le fertile genie
En composant , produit des fleurs .
Keçois , ami Naudot , ces marques de mon zele
Dans un jour où les complimens ,
Avec l'an qui se renouvelle ,
Sont suivis de mille sermens.
Ta probité qui n'a pas son égale ,
Rehausse en toi plus d'un talent connu ,
Ton coeur qu'on voit toûjours à nû,
Te gagne d'un chacun l'estime génerale.
Mais que fais-je ? en disant de toi
Tant de merveilles que j'y vói ,
Je fatigue ta modestie ;
Ce portrait , diras.tu , n'est pas fait d'après moi;
Mon amitié pour toi le justifie ;
Et
72 MERCURE DE FRANCE
Et le Public qui juge sainement ,
Se plaint de ne le voir qu'ébauché foiblement.
M. Carolet.
X:XXXXXXXXXXXXXX
LETTRE écrite par M ... à M ....
sur les Oeuvres mêlées de M. le Chevalier
de S. Jory.
J
›
E dois , Monsieur , vous envoyer incessamment
de quoi vous faire passer
le tems agréablement au milieu de cette
solitude où vous vous confinés si souvent;
ce sont les Oeuvres mêlées de M. le Chevalier
de S. Jorry , 2. vol . in 12. 1735.
Il suffit de vous en nommer l'Auteur
pour justifier ma promesse : vous sçavés
qu'il écrit d'une maniere enjoüée et agréa
ble : vous de trouverés dans cet Ouvrage
badinant avec délicatesse , et assaisonnant
ce qu'il dit d'un sel attique, que le
feu anime et que les graces accompagnent
; toutes ses paroles expriment -
vous y trouverés peu de redites , talent
assez rare aujourd'hui parmi nos Ecrivains
; mais vous y reconnoîtrés sur tout
le caractere de l'honnête homme , qui
dans ses amusemens même et ses badineries
JANVIER. 1734. 73
ries respecte en toute occasion la vertu ,
et ne tend qu'à l'inspirer à ses Lecteurs.
Si quelquefois il la représente dans un
dégré héroïque , dans des Infideles et des
Mahometans , ce n'est pas qu'il croye
qu'elle puisse habiter dans des Païs soumis
au Pere du mensonge , c'est plutôt
un avis qu'il nous donne qu'elle devroit
paroître telle parmi nous.
Cette Collection est en 2. vol. in 12.
imprimée à Amsterdam, chez Chastelain ,
sur le Dam , et se trouve à Paris chez
Didot.
Elle contient , suivant l'usage de ces
sortes de Recueils , des Lettres , des Poësies
, quelques Piéces de Théatre , des
Piéces détachées de Litterature ; celle - ci
a quelque chose de plus singulier , c'est
de la Litterature Orientale dont elle
présente plusieurs morceaux sous le nom
de Fragmens.
Vous croirés peut - être que c'est à
l'Auteur même que nous devons cette
Collection ; le Libraire vous va détromper
: voici ce qu'il nous en apprend.
» J'ai , dit il , oüi parler si avantageuse-
» ment de la maniere d'écrire de M. le
» Chevalier de S. Jorry , que j'ai crû
» faire une chose agréable au Public de
recueillir tout ce que je pourrois de ses
autres
74 MERCURE DE FRANCE
" autres Ouvrages . Comme il étoit absent
» lorsque je formai ce dessein , je ne pûs
» m'adresser à lui-même ; mais M ....
son ami particulier , me tira de peine ,
» en me communiquant un porte- feuille ,
» où je trouvai toute faite la Collection'
"'que je cherchois. Les Gens de Lettres
que je consulte sur les Livres dont j'entreprends
l'impression , après avoir
eximiné celui - ci , m'en ont dit assez
» de bien pour m'en faire esperar du suc-
» cès. Il ne s'agissoit plus pour le met-
» tre sous presse , que d'en obtenir la permission
de M. le Chevalier de S. Jorry ;
»j'eus l'honneur de lui en écrire , et voilà
la réponse qu'il me fir.
"Je consens , M. que vous imprimiez
» mes Ouvrages : je ne suis point assez
» vain pour m'y opposer ; car un refust
signifieroit que je crois avoir à ménager
n une réputation d'Auteur , et je vous
D proteste que je ne suis point dans ce
cas-là. Imprimés donc les bagatelles-
» dont vous m'avés envoyé la table , sous
» le titre d'Oeuvres mêlées , ou sous ce-
>> lui qu'il vous plaira , j'y consens ; mais
je ne vous en prie pas . Je ne veux me
rendre comptable de rien , ni envers
>> -vous , ni envers le Public. A l'égard du
fameux Walstein et de quelques autres
Héros
JANVIER. 1735. 7$
Héros dont j'ai écrit l'Histoire , je n'ai
point encore de réponse à vous faire ;
le succès de ce que vous allez publier
» me déterminera .
Pour vous mettre au fait de la maniere
dont les Piéces de ce Recueil sont écrites
, souffrez que je vous en transcrive
une ici , en attendant que le Livre même
parvienne jusqu'à vous ; elle est tirée
du premier Volume : c'est une Lettre
que l'Auteur écrivit.à un jeune Seigneur,
en lui envoyant un Mémoire sur l'atta
que des Places fortes . La voici .
LETTRE à un jeune Seigneur , en
lui envoyant un Mémoire concernant l'Attaque
des Places.
Vsi
Ous m'avés demandé , Monsieur ,
si je ne connoîtrois point quelqu'un
qui sçût parfaitement le Picquet ,
pour vous l'enseigner ; parce que dans
la nécessité où vous êtes de le jouer par
complaisance , il est désagréable pour
vous d'y risquer de grosses sommes , et
de ne sçavoir pas vous défendre.
J'ai trouvé votre homme , vous aurés
demain votre premiere leçon ; mais quelle
heure lui donnerés-yous ? C'est ce que je
n'ai pû lui dire ; car vous vous levés à
huit
76 MERCURE DE FRANCE
huit heures, et d'abord les rouës du Tour
se mettent en mouvement ; vous avez
commencé cent Tabatieres , et mille autres
petits Ouvrages , et rien ne finit ;
vous n'avés pas le tems : le Maitre de
Violon arrive , celui de la Flûte Traversiere
succede ; M. Rigaudon vient , vous
dansés ; M. des Soupirs paroît , il faut
chanter ; en voilà jusqu'à midi ; on vous
habille ; vous dinés .
:
Autre troupe de Sçavans vous assiege
Lionnois fait sauter votre Barbet ; on sifle
vos Serins ; on répete votre Perroquet;
on montre l'exercice à votre Singe .
Cinq heures sonnent , les Spectacles
vont commencer votre équipage est
prêt , vous partés ; on vous verra ce soir
sur tous les Théatres de Paris ; un soupé
splendide vous attend chez vous , ou ailleurs.
Voilà votre journée finie ; celle de
demain se passera de la même maniere.
Plus j'examine l'emploi de votre tems,
moins je le trouve assorti avec ce que la
Profession des Armes exige de vous ; car
de quelle utilité pour la Guerre sont les
talens agréables que vous possedés ? Je
ne blâme point que vous vous soyez
donné quelque peine à les acquerir , et
je ne rejette point aussi , comme entierement
méprisables , les bagatelles dont
vous
JANVIER. 1735.
77
Vous vous amusés ; elles sont innocentes
, et c'est beaucoup ; mais je voudrois
que les Etudes Militaires eussent la préference
sur la Musique et sur un Mécanisme
qui n'a rien de solide.
Permettés- moi de vous parler , M. avec
ma franchise ordinaire , et qui jusqu'aujourd'hui
ne vous a point déplû.
par
On vient de vous donner une Com
pagnie dans un beau Régiment dont
vous serés Colonel avant qu'il soit peu ,
la démission de M. votre pere , qui
sera fait Officier Géneral. Vous n'aves
que seize ans , n'importe ; vous serés Colonel
, vous dis-je ; car la grande Nais
sance a des privileges particuliers .
Pourquoi ce privilege aux Personnes
de votre qualité ? C'est qu'on leur suppose
une éducation digne de leur Naissance
et de leurs richesses , et qu'ayant
de bonne heure une théorie parfaite des
choses qu'ils doivent sçavoir , l'expérience
est moins tardive à se déveloper
chez eux que chez d'autres, qui , faute de
moyens pour être instruits , ne peuvent
apprendre qu'à force de voir et de faire,
On suppose ce que je viens de dire
et on se trompe souvent ; parce que la
magnificence des Grands , autrefois si
noble et si sensée , n'est plus la même ,
78 MERCURE DE FRANCE
et qu'elle a tout à fait changé de caractere.
Ceux dont vous descendés tenoient
à leur suite autant de Gentilshommes
qu'ils en pouvoient nourrir ; cela valoit
bien le faste de la table , des meubles
des carosses , dans lequel on donne à
présent avec une indiscretion deshonorante.
Vos sages Ayeux n'épargnoient rien
pour mettre auprès de leurs Enfans des
Personnes du premier mérite , et leur
assignoient sur leurs revenus des récompenses
solides pour toute leur vie : aujourd'hui
on donne mille écus de gages
à un Cuisinier , et mille francs à un Gou
verneur ; de - là vient que celui- ci pour
rendre sa condition plus douce , cherche
comme l'autre , à flater votre goût ;
qu'enfin on vous empoisonne également
avec des mets exquis et des complaisances
criminelles ; moi à qui votre gloire
est plus chere que votre amitié même
je vais risquer des veritez qui vous déplairont
peut être.
Vous n'aurés pas oublié, sans doute , le
joli soupé que nous fimes la semaine
derniere à Mont- Rouge : vous y char
mâtes tout le monde par la politesse de
vos manieres et votre enjouëment ; vous
brillâtes dans le petit Concert qui précédoit
JANVIER: 1735.
cedoit le repas ; vous dîtes dans la conversation
une infinité de choses très - raisonnables
, très- ingénieuses sur des bagatelles
; mais malheureusement on parla
de votre métier , c'est à dire de la guerre,
et il vous échappa des discours peu judicieux
sur cette matiere importante , qui
doit faire l'objet principal de votre application.
Je remarquai qu'une femme d'esprit ,
qui vous regardoit avec une complaisance
très-animée , baissà tout d'un coup
les yeux , ouvrit sa boëte à mouches ,
tira toutes ses tabatieres , badina avec son
éventail : sçavés - vous ce que signifioit
cet air décontenancé ? Elle disoit en ellemême
; je ne suis qu'une sotte ; il n'y a
dans ce Colonel là que dequoi faire un
joli Abbé. Voici , Monsieur , les motifs
d'un Arrêt si sévere .
Le Breviaire d'un homme d'épée , c'est
la Géographie , l'Histoire , les Fortifications
, la Géométrie , et l'on remarqua
que vous n'en sçaviez pas un mot ; enfin
que tout votre mérite se réduisoit à exceller
dans des Sciences , dont s'occupe
l'oisiveté elle - même. Hé , comment vous
tenir compte des choses aimables que
vous possedés , lorsqu'on s'apperçoit que
les plus essentielles à votre Profession
E Vous
So MERCURE DE FRANCE
vous manquent ? Vous allés convenir du
mauvais effet que cela doit produire ; il
ne faut que vous remettre sous les yeux
un petit extrait de la mauvaise Scêne
que vous jouâtes.
Vous vous mîtes fierement à la tête
de cinquante mille hommes , et passant
à la nâge un fleuve large et rapide , vous
joignîtes nos ennemis dans des montagnes
que vous preniez pour une plaine ;
vous livrâtes bataille , ils fûrent vaincus
et séparant en deux votre armée victorieuse
, vous fîtes en vingt quatre heures
une trentaine de lieues avec bagages et
gros canons , pour assieger tout à la fois
deux Places , que dans les circonstances
les plus favorables cent mille hommes
ne prendroient peut être pas. Mais enfin
tout cede à votre bonne fortune ; on capitule
; on se rend. Voilà une Campagne
très glorieuse , et que vous fîtes d'un air
aussi aisé qu'un compas se promeneroit
sur une Carte .
Il faut cependant l'avouer , Monsieur ,
vous débitiez tout ceci avec un certain
feu qui annonce du courage et de l'intrépidité
; et la Compagnie , si peu satisfaite
de ce que vous disiez , parut l'être
beaucoup de votre extérieur vif et passionné
pour la gloire. Vous êtes brave ,
j'en
JANVIER. 1735. 8
Pen suis sûr ; mais la valeur ne suffit pas
pour le commandement nous aurons
moins besoin de votre épée que de votre
tête , et cette tête- là , d'ailleurs si pleine
d'esprit , n'est pas munie des choses nécessaires
. '
M. de S. Jorry parle ensuite à ce jeune
Seigneur du Mémoire qu'il lui envoye
sur les moyens d'assiéger une Place forte
et qui est joint à cette Lettre : c'est un
Mémoire , dit il lui même , qu'il écrivit
pendant le dernier Siége de Landaw
où il se trouva en qualité de Dragon
volontaire , sous la conduite de M. le
Comte de Barbazan , son beau-frere , Ancien
Brigadier des Armées du Roi.
Vous pouvés juger par cet échantillon
du stile et de la maniere dont les autres
Piéces de ce Recueil sont écrites.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A MADAME DE BRUNVILLE ,
ETRENNES.
EN ce jour, où chacun
s'empresse ;
D'accompagner son compliment
De quelque marque de tendresse ,
E ij
De
& MERCURE
DE FRANCE
De respect ou d'attachement
;
Belle Iris , pour répondre au zele qui m'engage,
Non , pour me conformer à ce commun usage ,
Je voudrois de mes sentimens
Renouveller encor l'hommage ,
Et par quelques petits présens ,
T'en apporter un nouveau gage.
Mais, hélas ! que puis -je t'offrir ?
Tu ne l'ignore pas ; un buveur d'Hypocrêne
N'est pas en état de choisir ;
Même le plus souvent , on sçait qu'il est en peine
De trouver de quoi se vêtir.
Non-seulement cette Fontaine
N'a pas la vertu d'enrichir ;
Mais on pourroit dire , au contraire ,
Qu'elle a la vertu d'appauvrir
Ceux qui séduits par son eau claire ,
D'y puiser font tout leur plaisir.
Où dois -je donc , Iris , te chercher une étrenne
Seroit- ce le don de mon coeur ?
Mais tu sçais bien qu'en Souveraine ,
Déja depuis long- tems tu le tiens dans ta chaîne,
Et que pour son charmant Vainqueur
Il conserve toûjours l'ardeur la plus sincere.
Ce don et tous les veux que pour toi dans ce
jour ,
Aux Immortels je pourrois faire ,
Fruits dès long- tems produits par mon fidele
amour )
N'ont
JANVIER. 1 . 1735
N'ont rien de nouveau pour te plaire.}
Tu vois mon embarras ; daigne te satisfaire
De l'hommage de mon talent ;
Reçoi ces mauvais Vers ; dans mon destin con
traire
Ils doivent' tenir lieu de tout autre présent ;
Après tout , en ce jour , chacun , comme il l'en
rend ,
Et comme il peut donne l'aubade ,
Iris , chacun a sa façon ;
Le voltigeur paye en gambade ,
Et le Rimeur paye en chanson.
LETTRE de M. le Chevalier de G...
à M. de Senecé
J
*
E vols , Monsieur , par votre * Réponse
à la Lettre que j'ai eu l'honneur
de vous écrire , que vous consentés
au commerce que je vous avois proposé ;
votre Muse en tirera toute la gloire , et
la mienne tout l'avantage , par les riches
modeles de la plus parfaite Poësie que
j'attends de votre complaisance ; les plus
habiles Maîtres en cet Art divin n'en
connoissent pas mieux que vous toutes
Mercure de Décembre 1. Vol. p. 273.50
84 MERCURE DE FRANCE
les beautez , et vous les sçavés mettre
dans leur plus beau jour.
A dix- huit lustres et deux ans ,
Dans la Prose et les Vers briller également
Vous ne faites pas un Ouvrage ,
Qu'on ne jurât en le lisant ,
Que vous êtes encore au Printems de votre âge.-
Vous êtes un des plus cheris Nourrissons
du Dieu du Parnasse il vous est
Apollon , par les jolies choses qu'il ne
cesse de vous inspirer ; il vous est Esculape
, par le soin qu'il prend de vos jours
précieux.
Aquatre-vingt douze ans avoir de la santé,
Du feu , de la vivacité ,
Une mémoire sans seconde ,.
N'avoir rien de vieux que vos ans ;
Vous allés vivre si long- tems ,
Que vous ferés un jour l'Epitaphe du Monde..
Votre ingénieuse Epigramme m'apə
prend que de votre côté vous êtes atten
tif à vous ménager
une longue
vie ; vous
n'avés
pas voulu
vous livrer
aux reme→
des équivoques
de votre
Apotiquaire
.
Usés-en toûjours de même s
Qu'il ne soit point écouté ;
Laissés
JANVIER. 1735.
Laissés au Dieu qui vous aimè ,
Le soin de votre santé
Souvenés-vous ,
Monsieur 2:qu'une⋅
grande et sage Princesse ( c'est feuë MA
DAME )
Voyant un Apoticaire ,
Un Medecin ordinaire ,
Sur l'Etat de sa Maison ;
Fit , dit-on , rayer leur nom
Vous nous mettés en parallele avec
ces célebres Héros de la vie Héremitique,
Paul et Antoine ; je trouve , comme vous,
qu'il y
parfait
,
a dudu
rapport
; pour
le rendre
Imitons les dans leur vertu ,
Et dans l'âge qu'ils ont vêcu.
Au reste , Monsieur , je me rends justice
sur les choses flateuses que vous me
dites ; je ne les dois qu'à votre politesse.
Tous mes Vers , dites -vous , malgré le froid de
l'âge ,
Sont pleins de feu , d'esprit et de naïveté j
J'appelle de votre suffrage ;
Mais si c'étoit la verité ,
Jaurois tout sujet de craindre
E iiij Que
MERCURE DE FRANCE
Que ce feu ne fût la clarté
D'une lampe' qui va s'éteindre.
Comme un des articles du Traité de
commerce que nous avons fait ensemble,
porte que tous les mois nous nous envoyerons
réciproquement des Piéces de
Poësie de notre façon , je joins ici deux
Epigrammes.
I.
Un Normand disoit à son frere ,
J'ai le mensonge en horreur ,
Et ce qui me désespere ,
C'est que mon frere est menteur ;
Que ce maudit penchant chez lui toûjours aug
mente :
Son frere lui répond , tant pis ;
Mais c'est desheriter ton fils ,
Que de ne vouloir pas qu'il mente.
I I.
Sur un Tableau de M. Coypel, représentant
la Matrone d'Ephese.
Qu'il a bien exprimé ! cet habile pinceau ,
Dans le Soldat , dans la Matrone ,
La tendre ardeur d'un feu nouveau
Dans cet ingénieux Tableau ,
Coypel a peint comme Petrone
SI
F
87
JANVIER
. 1735.
2
Si le vin de Mâcon , ce breuvage enchanté ,
Dès vieilles gens conservoit la santé ,
Comme on voudroit nous faire croire ,.
A Mâcon , cher ami , chez vous j'en irois boire ;
Au vieux Antoine , Paul ne donna que du pain
Pour toute nourriture ,
Pour toute boisson de l'eau `pure..
Et vous me donneriez du vin.
Adieu , Monsieur , je suis inviolable
ment , &c.
A Paris , ce 10. Janvier 1735♪
On a dû expliquer les mots de l'Enig
me et des Logogryphes du premier Volume
de Décembre par Corbeau , Pain ',
Boeuf et Rime.
Ceux du second Volume du même
mois , sont Vent , Rome , Camerlingue.
ENIGM E..
ZEuxis , Parrhasins , Appelle , Michel -Ange
Sont tous auprès de moi des ignorans affreux ;.
Sans couleurs , ni pinceau je sçais peindre mieux
qu'cux.
EW Da
88 MERCURE DE FRANCE
De même que Prothée à tout moment je change
Il ne faut que m'offrir quelque nouvel objet,
Souvent comme Pâris, je suis Juge des Belles ;
Mais ainsi que Caton , je suis Censeur parfait ,
Emploi qui maintefois m'attira des querelles.
Je n'ai bouche ni voix ; je parlé cependant.
La Coquette et le Fat me veulent complaisant ::
Ils ont tort ; car menteur je ne dois jamais être : -
Quiconque voudra me connoître ,
Qu'il se connoisse auparavant.
-
JE
LOGOGRY PH'E.
E n'ai ni pieds , ni mains , ni corps , ni bras >
ni tête ; *
Par deux jambes sans plus , tout mon être est
construit ;
Une Lettre de moins , on me sçait tout esprit ;
Orez en deux , je ne suis qu'une bête. -
DE
AUTRE.-
E mon être aisément on en formera trois :
Toute entiere , je suis Ville de Picardie ;
Sans tête , je deviens animal amphibie :
Sans queue, on me respecte , et je donne des loi
AT
JANVIER. 1735.
JE
AUTR E.
E suis l'objet de vos mépris ;
Et cependant en Province , à Paris
Je suis utile nourriture .
Tête , col , ventre , pied , quatre lettres sans plus
Forment mon tout. Sans pied , une des trois Ver
tus
Se présente à vos yeux : sans col , dans la nature -
Je suis le terme où tout vient aboutir :
En cet état , retranchés ma finale ,
C'est terme de mépris . Si vous voulés unir
Mon ventre et puis ma tête , à vos regards j'étales
L'ornement d'un Jardin, l'Eté comme l'Hyver,
Voici pour me connoître une derniere note :
Dans mon tout , je suis bon en sec ainsi qu'en
verd ,
Et quand je viens des Champs , je suis souvent
en botte.
On
Q
AUTRE.
Uatre lettres forment mon tout :
trouve en moi , qui ne craint point l'orage -
l'humain cherche par tout ;
Ce
que
Un
instrument
qui
prépare
au carnage
.
AUTRE.
EN cinq lettres je suis nom d'une Ville'anciend's
Otés ma tête , alors je suis celui d'un Saint ,
Evj , Re--
90 MERCURE
DE FRANCE
Remettés-la , tranchés ma queuë, on voit la peine
Dont on punit un assassin :
En moi l'on trouve encore un fleuve bien rapide
Un grand chem in ; l'objet flatteur
J
Qui fait tant courir l'homme avide..
Et qui fait souvent son malheur.
AUTRE.
E suis un composé des rebuts des humains?:
Six lettres forment tout mon être ,
Voici comme on peut me connoître .
Un , deux ; trois , cinq , je suis un des grands :
Souverains ;
Un, quatre, trois et cinq . , je contiens une essence
Qui conforte, qui brûle, et qui perd la santé ;
Trois , quatre et cinq , je jase à toute outrance .
Ou bien je suis un nom à Rome respecté.
E. M. I. D. L.
EXPLICATION du second Logogryphe:
du premier Volume dis Mercure de Décembre
1734
alsambleu , tu dis bien , Auteur Logogryphique, ›
vec du pain je vis ; j'en conviens sans réplique ;
De connois le Dieu Pán et le Pin non oblique ,
Zombrant ces quatre Vers , l'Acrostiche s'ex
plique.
NOU
JANVIER 1735.
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.' ·
Cla
ODE MILITAIRE , ou Compi
lation des Ordonnances des Rois
de France , concernant les gens de guerre
Par M. de Briquet , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , et l'un des premiers Commis
de M. d'Angerviliers , Secretaire d'Etat
de la Guerre . Chez J. B. Coignard'
fils , rue S. Jacques , 1734. in 12. 4 , VO◄
lumes.
Cet Ouvrage , véritablement important
et estimable en plusieurs manieres ,
que le Public connoît déja par une Edi--
tion de l'Imprimerie Royale , faite en
1728. est augmenté dans cette nouvelle
Edition d'un 4. volume , qui porte le
titre dé Supplément : il contient les Ordonnances
renduës depuis 1728. et celles
qui avoient échappé aux Recherches:
du laborieux Auteur. Le Supplément est
suivi d'un Appendix , de plusieurs Décisions
rendües par le Conseil de Guerre.
ou par des Lettres du Secretalre d'Etat :
de la Guerre , sur des Cas qui embaras
sen tr
92 MERCURE DE FRANCE
sent journellement les Officiers Militai
res. Par exemple , page 408. il fut dé
cidé par Lettre du 11. Mars 1731. » qu'un-
Chevalier de Malte pouvoit en cons →
>> cience assister au Conseil de Guerre ;
» Les Constitutions Canoniques qui doi-
>> vent servir de Regle sur cette Ques-
» tion , n'interdisant la connoissance des
» Affaires Criminelies qu'aux seuls Clercs ›
» engagez dans les Ordres et Ministeres
Ecclesiastiques , ou qui possedent ac-
>> tuellement des Benefices.
On a inseré à la fin de ce même IV.
Volume , deux Projets d'Instruction , approuvez
par le Roy , concernant le Service
de la Cavalerie . Le premier sur la
Marche d'un Régiment de Cavalerie en
Route , et le Service de la Cavalerie en
Campagne , et le second pour les Evolutions
de la Cavalerie,
INSTRUCTIONS sur les Dimanches et :
les Fêtes en general , et sur toutes les
Fêtes qui se celebrent dans le cours de
l'année , Ouvrage utile à toutes les Familles
Chrétiennes , sur tout aux Personnes
qui sont chargées de l'instruction de
la jeunesse. Par M. P. C. Docteur de
Sorbonne. Chez Henry , 1734. in 12.-
CALE
JANVIER. 1733: 935
CALCULS D'USAGE , pour les Comptatables
. , Trésoriers , Marchands , Banquiers
, Financiers et Officiers de Judicature.
Nouvelle Edition , revûe , corri
gée et augmentée par l'Auteur , M. Mas
son. Chez le même , 1735. in 8:
›
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE , pour ser
vir de continuation à celle de M. l'Aba.
bé Fleury , Tome XXXIII. depuis.
l'année 1562. jusqu'en 1568. A Paris ,
chez Pierre Jean Mariette , 1734. in 4..
et in 12. pp. 59. pour le Discours qui
est à la tête de ce Volume , et 570. pour
le corps de l'Ouvrage.
RECUEIL de Pieces d'Eloquence et de
Poësie , qui ont remporté les Prix donnez
par l'Académie Françoise en l'année
1733. avec plusieurs Discours qui ont
été prononcez dans l'Académie , et plusieurs
Pieces de Poësie qui y ont été lûës
en differentes occasions . A Paris , che
J. B. Coignard fils , Imprimeur du Roy
et de l'Académie Françoise , 1734. vol.
in 12. pp. 239.
ACTA SANCTORUM , Augusti , & c . LES
ACTESDES SAINTS , du mois d'Août, recueil
les des Monumens Grecs et Latins fidele--
meng
74 MERCURE DE FRANCE
copiez sur les Originaux mis en ordre ,
enrichis de Notes et d'Observations , par
les P P. J. B. du Solier , Jean Piné , Guillaume
Cupers, et Pierre du Bosch , Prêtres et
Théologiens de la Compagnie de Jesus .
Tome I. qui renferme les 4. premiers
jours. In folio. A Anvers , che Jacques-
Antoine Gherwen , 1733 .
TRAITE' de Cesar Magatus , sur le
besoin de panser rarement les playes ,
où l'on examine deux questions ; la pre--
miere , s'il est plus à propos de les rouvrir
tous les jours ou de les laisser plusieurs
jours sans y toucher. La seconde ,
si l'usage des Tentes et des Plumaceaux
est nécessaire pour les bien panser.
Ensemble un Traité de J. B. Magatus ,
où cet Auteur defend contre Sennert le
sentiment de Cesar Magatus : qu'il faut
rarement toucher aux playes ; avec une
Préface de Fré leric- Chrétien Cregut , Dòcteur
en Médecine , Conseiller et Premier
Medecin du Comte d'Hanaw , où
Ron montre combien les Italiens ont
mérité de la République des Lettres en
toutes sortes de Sciences , et principalè
ment en ce qui concerne la Médecine.-
Se vend aux Foires de Francfort et de
Leipsic, et à Amsterdam, che J.B. Shmidi,
1733
JANVIER 1735
1733. in 4. 2. volume , Tom. I. pp. 566;
sans compter la Préface et la Table , qui
sont très-amples. Tom. II . pp. 648. sang
compter non- plus un ample Index. Tout
Ouvrage est en Latin.
TRAITE' DU CHYLE , ou du Suc nour
ricier de l'homme , dans lequel on rap
porte plusieurs Histoires de faims canines
, d'appétits déreglez , de jeûnes excessifs
, de gens qui ont avalé des coû
teaux , du verre , du poison , du feu ;
et où l'on cite un grand nombre d'exemples
de choses extraordinaires con
tenues dans les intestins , ou rejettées par
le vomissement. On y a joint diverses
Observations sur la résolution Chimique.
des superfluitez qui se déchargent par
les intestins , et plusieurs Questions de
Jurisprudence Médicale , avec une Table
très - ample des Matieres. Par Maw
rice Gurischius . A Leipsick , aux frais de
Maurice- George Weindmann , Libraire
1730. vol. in 4. pp. 911. L'Ouvrage ess
en Latin.
Le sieur Marc- Michel Bousquet , LE
braire à Genêve , a imprimé depuis peu
une Lettre , dont nous avons reçû un
Exemplaire signé de lui , dans laquelle
98 MERCURE DE FRANCE
i rend compte au Public des empêchemens
qui ont retardé l'exécution du grand
Ouvrage de M. Gibert , sur le Droit -Ca.
non , dont l'impression et là distribution
avoient été promises pour la fin de l'année
1732. par un Prospectus , publié en
1731. Cet Ouvrage , dont la Lettre imprimée
répete le Plan , sera , selon la même
Lettre , totalement achevé dans tout
le mois de Février 1735. divisé en trois
volumes in folio , sous le titre suivant :
CORPUS Juris Canonici per Regulas natu
rali ordine digestas , & c. Antore J. Petro
Gibert D. T. et Canonista. On le vendra
en feüiile 24. livres monnoye du Pays ,
c'est-à-dire 35. livres argent de France.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de la
Suisse et des Pays du Nord , année 1733 .
Tome 27. A Amsterdam , chez Pierre
Humbert , in 12. de 226. pages.
Nous continuons à donner une idée
de cet Ouvrage , qui se fait toujours lire
avec plaisir , en transcrivant ici les Titres
de quelques Livres peu connus à
Paris.
EXAMEN DU PYRRHONISME , ancien et
moderne. Par M. de Crouzas , de l'Académie
Royale des Sciences , Gouverneur
de
JANVIER. 1735. 97
de S. Al. Ser. le Prince Frederic de Hesse
Cassel , A la Haye , chez P. de Hondt ,
1733. infolio de 776 : pages , sans la Préface
et la Table.
و
MEMOIRES de Frederic- Henry de Nas
sau , Prince d'Orange , depuis 1621. jus
qu'en 1646. trouvez dans le Cabinet de
Madame Henriette -Catherine , la troisiéme
de ses Filles et Mere de S. A. S. le
Prince d'Anhalt - Dessau , enrichi du
Portrait du Prince et de figures dessinées
et gravées par Bernard Picart. A Amster
dam , chez P. Humbert , 1733. in 4. de
362. pages , sans la Préface et la Table ,.
qui en font 48 .
ENTRETIENS HISTORIQUES ET CRITI
QUES Sur diverses Matieres de Litterature
Sacrée. Par M. la Brune. Amsterdam
chez le même Libraire , 1733. 2. vol . in 8.
HISTOIRE DES ROIS DE POLOGNE , et du
Gouvernement de ce Royaume , où l'on
trouve un détail fort circonstancié de
tout ce qui s'est passé sous le Regne de
Fréderic Auguste . Par M. M ..... Chez
le même , 3. vol. in 8. 1733..
>
JOANN. PHILIPPI BREINII Disserta
tio Physica de Polytalamiis , &c. C'est
à dire DISSERTATION sur une nouvelle:
Classe de Testacées qui a plusieurs cellulules
on cavitez , avec la Méthode de ran
›
ger
MERCURE DE FRANCE
par
ger les Testacées
classes
et par genres
'; on a ajoûté
un petit Mémoire
sur les Bellemnites
de Prusse , et un petit Traité sur la Méthode
de bien ranger
les Hé rissons
de Mer , volume
in 4. de 64. pa- ges , imprimé
à Dantzik
en 1732. Ou- vrage curieux
:
On trouve dans les Nouvelles Litte
raires de ce Journal , que le troisiéme
volume des Mémoires de l'Académie ,
établie par le feu Czar , est achevé d'im
primer , et a paru il y a plus d'un an.
De Genêve. Que Fabry et Barillot ont
imprimé un court Abregé de Physique, suivant
les dernieres Observations des Aca
démies Royales de Paris et de Londres ,
par G. L. Le Sage.
De Strasbourg. On a publié dans cette
Ville sous les auspices de M. Schapfflin ,
une Dissertation sur les Augures . Le Magistrat
a accordé à ce sçavant Professeur
la permission de faire un voyage tous
les deux ans pour perfectionner de plus
en plus ses connoissances , et une somme
considerable pour chaque voyage.
$
BIBLIOTHEQUE ITALIQUE , OU
Histoire Litteraire de l'Italie , May , Juin ,
Juillet, Août 1729. Tome V.1 . vol. in 12 .
Genêve , chez Bousquet et Compagnie.
Suite
JANVIER. 1735.
Suite des Lettres de M ... sur ce Journal.
Nous voici , Monsieur , au V. Tome
du Journal , pour lequel vous continués
de vous interesser , et dont j'ai entrepris
de vous rendre un compte sommaire , je
dis sommaire , car je ne feray guere que
toucher les principaux Articles , par la
raison que je vous ai marquée dans ma
derniere Lettre.
Art. 1. De Litteris Encyclicis Dissertatio,
&c. DISSERTATION de M. l'Abbé Bencini
, sur les Lettres Encycliques . Dédiée
au Roy de Sardaigne , i . vol . in 4. à
Turin , 1728. pp . 318. L'Auteur , après
avoir remarqué dans la Préface , qui est
toute Polemique , que pour rendre les
les Controverses en matiere de Religion,
plus fructueuses , il faudroit s'attacher à
des Monumens décisifs et sans réplique,
mettre au nombre de ces Pieces les Lettres
Circulaires que l'Antiquité nous a
conservées , il en fait remonter l'origine
au temps même des Apôtres , et il en
trouve un exemple bien marqué dans la
Lettre de S. Paul aux Ephésiens . Cette
Institution devint , dit- il , d'un usage
plus fréquent et plus nécessaire dans les
siecles suivans, où les persécutions ôtoient
la liberté de s'assembler et de voyager.
C'est ainsi qu'on en usa dans les circonstances
40 MERCURE DE FRANCE
tances multipliées des heresies qui précéderent
le Concile de Nicée.
Tout l'Ouvrage est divisé en sept Dissertations
particulieres ; la premiere donne
une idée generale des Lettres Circulaires
; la seconde traite en détail des Héresies
qui se sont élevées jusqu'au premier
Concile General , et qui ont été
éteintes par le secours de ces sortes de
Lettres . La troisiéme et la quatriéme rapportent
les plus fameuses Lettres Encycliques
ou Circulaires des Evêques et
des Conciles jusqu'à celui de Calcedoine,
La cinquième conduit cette même Discipline
ju qu'au XI. siecle , et les deux
dernieres prouvent par le Livre d'Esther
, et par le second des Machabées ,
que cet usage a été en vigueur dans l'Eglise
Judaïque , ce qui a
qui a , sans doute
servi d'Exemple et de modele à l'Eglise
Chrétienne.
Art . VI . EXTRAIT d'une Lettre écrite
d'un Bourg près du Lac Majeur , au sujet
de trois oeufs de Poule trouvés dans un vieux
mur. Cette Lettre est datée d'Arcisate ,
de 30. Juin 1729. Voici le fait . En démolissant
le mur de la Sacristie de l'Eglise
d'Arcisate , qui est le Bourg dont
il s'agit , on trouva dans l'épaisseur de
ce mur , qui est en cet Endroit d'une
brasse
#
JANVIER . 1735. TOZ
brasse , trois ceufs de Poule , couchez
suivant le lit des Pierres , scellez et enchassez
de toutes parts par la Chaux.
Deux étoient près l'un de l'autre , et le
troisiéme à quelque distance . On en ouvrit
un , et on le trouva liquide avec
son blanc et son jaune bien formez et
avec son odeur et sa saveur naturelles ,
ce que l'oeuf conservoit encore quatre
jours après . Cette Sacristie a d'antiquité
assurée plus de 15o . ans et l'Eglise, qui est
Gothique , plus de 500. L'Auteur de la
Lettre fait remarquer que la Chaux de
cet endroit est extrémement forte , et
qu'elle durcit en vieillissant jusqu'à se
pétrifier .
·
Art X. Memoriè , &c. Memoires concernant
la Ville d'Urbin. A Rome , 1724.
chez Jean Marie Salvioni
grand
in folio de 147. pages , orné de 74. Planches
, qui représentent le Palais Ducal ,
ses Portes, ses Plafonds , &c. et de 7 2. autres
Planches , où sont représentez les
Bas- Reliefs de Marbre qui ornent le sousbassement
de cet Edifice. M. Bianchini
de Verone , a joint à de sçavantes Remarques
de sa façon , sur tout ce qui regarde
ce Palais , une Relation curieuse
des Observations qu'il a faites à Urbin ,
à Rimini , à Assize , et sur le Mont Su
basio
202 MERCURE DE FRANCE
basio , afin de déterminer la Latitude et
et la Longitude de la Ville d'Urbin et
des Pays voisins , pour servir ensuite à
fixer les Positions Géographiques de toute
l'Italie , et même à mesurer le tour
de la Terre.
Art. XII. Imperat. Romanorum Numismata
, &c. C'est l'Edition faite par
M. Argelati , et annoncée dans le IH.
Tome de la Bibliotheque Italique , du
grand Recueil des Médailles d'Occon ,
expliquées par le Comre de Mezzabarba
Cet Article , qui regarde l'Antiquité ,
me fait souvenir de vous dire le
que
II. Article de ce V. Tome du Journal
dont il s'agit ici , contient un bel Extrait
du Traité Italien des Amphithéatres , et
en particuler de celui de Verone , par
M.le Marquis Maffei, imprimé à Verone,
I. vol. in 12. 1728. Je ne vous ai rien
dit de cet Extrait , parce que ce même
Traité des Amphithéatres , &c . a été
depuis réimprimé dans la même Ville
avec des augmentations , &c. il est à la
tête du IV. Tome de Verona illustrata ,
& c. du même sçavant Auteur , et c'est
un des plus beaux ornemens de ce grand
Ouvrage , lequel est ici répandu , et que
je lis actuellement avec beaucoup de
plaisir. Vous en trouverés un précis dans
le
JANVIER. 1735. 10
le Mercure du mois de Mars 1733. P.
545. Vous trouverés aussi le Catalogue
des Ouvrages de M. Maffei dans le Mercure
de Jun , premier volume 1731 .
page 1321.
Les Nouvelles Litteraires font le XIV.
et dernier Article de ce Volume. Voici
ce que j'y trouve de plus interessant à
certains égards. De Rome . FRANCISCI
Mariani de Etruria Metropoli cum Parerga
de Episcopis Viterbiensibus . Nos Journalistes
paroissent faire cas de cet Ouvrage ,
et en font esperer un Extrait un peu détaillé
.
De Padone. JOANNIS Poleni Epistola ,
&c. C'est une Edition de toutes les Lettres
du Marquis Poleni , Professeur de
Mathématique à Padoüe , sur divers Sujets
d'Astronomie et de Mathématique ,
vol. in 4. de 200. pages , imprimé à Padoue
en 1729. De Venise. On a traduit
et imprimé ici l'Histoire des Sevarambes ,
aussi-bien que la grande Histoire Romaine
des P P. Catrou et Rouillé. Cette
derniere Version est faite par le P. Zannino
Marsecco . Coletti , Libraire de cette
Ville , en est déja au quatriéme Tome
du Commentaire sur l'Ecriture Sainte de
Dom Augustin Calmet , traduit en Latin ,
qu'il imprime par Souscriptions . La Tra-
F duction
194
MERCURE DE FRANCE
duction des Préfaces et des Dissertations
est du P. Mansi de Lucques , et le reste
d'un Religieux Sommasque de cette mê
me Ville
De Ferrare. Le Docteur Joseph Lanzoni
, Professeur en Medecine dans
cette ville , qui étoit sa patrie , est mort
depuis peu. Il a ordonné en mourant
qu'on eut soin de recueillir ses oeuvres
dont quelques-unes n'ont pas encore vû
le jour. Ce sont divers Traitez singuliers ,
dont voici les titres De Balsamatione
Cadaverum. Delle Corone ed unguenti de gli
antichi conviti. Citrologia seu de Citro ;
Zoologia parva , seu de Animalibus ad
Medicinamfacientibus. De Luctus mortuali
veterum ; de Saliva humana. De Lacrimis.
Ce Medecin écrivoit actuellement
quand il est mort , De Caseo , de Ludis
puerilibus. Il avoit aussi dessein de faire
un Traité sur l'excellence du Miel , et de
discuter la Question ; Se il lume sia necessaria
alla vista.
Le 9. du mois de Decembre 1734-
M. le Duc de Villars , après avoir été élu
( comme nous l'avons dit ailleurs ) par
MM . de l'Académie Françoise , à la plade
feu M , le Maréchal Duc de Villars
Son
JANVIER. 1735. 105
,
son Pere , y prit seance , et prononça.
un fort beau Discours , auquel M. l'Abbé
d'Houteville , Directeur répondit
avec beaucoup d'éloquence. L'Assemblée
étoit des plus brillantes et des plus nombreuses.
On jugera par quelques traits
que nous allons raporter de ces deux
Discours , qu'ils méritoient les applaudissements
qu'ils ont reçûs
»
ימ
M. le Duc de Villars , pous exprimerses
sentimens envers M M. de l'Acadé
mie , dit d'abord dans son Exorde.
Lorsqu'il s'agit de parler de vous et
» devant vous , je ne vois plus que vos
» Talens , la Gloire où vous daignés m'as-
» socier , ce qu'elle suppose , ce qu'elle
» récompense , et ce qui me manque
pour la mériter . Je fais cet aveu d'au-
» tant plus volontiers , qu'il rehausse vos
»faveurs : Il me sufit de vous découvrir
» les sentimens qu'elles font naître , et
je me flate qu'à vos yeux , le langage
» du coeur tiendra lieu d'éloquence.
Ensuite retraçant la mémoire du Pere ,
du Grand Homme auquel il succede
mémoire triste , qui ne lui permet guere
de s'occuper des soins de l'esprit , il finit
l'éxorde par ces mots : » Pardonnés
» dans un jour si brillant pour moi , je
» m'abandonne à tous mes regrets ; vous
,
>
si
Fij
mêmes •
106 MERCURE DE FRANCE
» mêmes me jugeriez indigne de vos bon-
» tez , si , dans le temps que vous vous
offrés à moi pous me consoler , je cher-
» chois à oublier le sujet de ma tristesse.
Pour rendre à la mémoire du Cardinal
de Richelieu le tribut que lui doit
chaque nouvel Académicien , il parla
ainsi. » LE CARDINAL DE RICHELIEU par
» ses prodiges de politique et de sagesse ,
» étoit infiniment utile à sa nation , mais
» par votre établissement , il le devint à
» toute l'Europe ; la vraie grandeur dans
» un peuple , est moins sa puissance que
»la lumiere qu'il distribuë : Rome par
» ses forces , n'a été qu'un temps la mai-
» tresse du Monde ; elle subsiste toujours,
» elle l'instruit encore par les Ecrits im-
» mortels qu'elle a produits.
Le Chancelier Seguier fut aussi très
dignement loué , mais rien n'est plus
brillant que ce qu'il dit avec plus d'étendue
, à la gloire de LOUIS LE GRAND.
Nous l'omettons à regret à cause de
nos bornes , pour ne point omettre
les hommages de l'Illustre Orateur , à l'égard
de l'Auguste et aimable Maître qui
nous gouverne,
» Déja , Messieurs , ce Prince a rempli
» ce que vous attendiez de lui dès ses
» premieres années , ce que nous en pro
mettoi
JANVIER. 1735. 107
mettoit le sage Moderateur , qui a
>> cultivé ses qualitez naissantes , et qui
depuis lui a si heureusement inspiré
»
ןכ
» ses vertus le gout de la Justice et de
la Verité , l'Esprit de l'Ordre , le res-
39 pect de la Religion , Vous aves chanté
" sous ce Regne les douceurs d'une paix
» tranquille , une matiere nouvelle s'offre
aujourd'hui ; publiés ses victoires
» et ses conquêtes. Il n'apartient qu'à
vous , seuls Dispensateurs de la vraie
gloire , d'élever à la sienne un monu-
» ment durable. Pour moi , partagé en-
» tre le bonheur de le servir et celui de
vous étudier après les soins de mon
>> zele pour
lui , mon occupation la
>> plus douce , sera de venir aprendre de
» vous à exprimer les sentimens de respect
et d'admiration qui lui sont dus ;
» heureux si dans l'ambition de lui plai-
» re , mes efforts , et j'ose le dire , un
» amour hereditaire , pouvoient contri-
» buer un jour à la prosperité de ses ar-
>> mes , comme vos éloges à sa gloire . Si
» j'y parviens , j'aurai rempli le plus vif
» de mes désirs , et peut- être que par- là
» du moins j'aurai sçû mériter ou justifier
» l'honneur de votre choix .
La réponse de M. l'Abbé d'Houtevil
le est une de ces Piéces qu'il faut ra-
Fiij porter
108 MERCURE DE FRANCE
porter dans leur entier pour n'en rien
omettre de beau et d'essentiel ; c'est un
précieux Abregé de la vie du Maréchal
Duc de Villars , orné de tous les agréments
de l'Eloquence la plus vraie et la
plus sublime.
L'Orateur , après avoir dit au commencement
à M. le Duc de Villars , que
tout contribue à la celebrité de sa Réception
, dont il marque les circonstances
finit son Exorde par ces mots : » Voilà
» dans quelles conjonctures vous com-
» mencés à nous apartenir. Il vous en
» coute ce que vous aviez de plus cher ;
» Il nous en coute ce qui nous honoroit
le plus.
>>
L'omission de l'Eloge du Pere dans le
Discours du Fils , fut ainsi marquée
Pourquoi faut - il seulement qu'il ne
» vous ait pas été permis de vous conformer
à nos Loix ? Elles attendent de
» l'Academicien que nous adoptons , qu'il
» rende à celui qui l'a precedé , le juste
» tribut de louanges que lui ont merité
ses travaux et ses talens . Mais une Loi ·
»plus rigoureuse vous ferme la bouche ,
» et l'austere bienseance contraint la na-
>> ture à se taire.
» C'est donc à moi , Messieurs , conti-
» nua t'il , de prendre la parole , et de
présenter
JANVIER. 1735. 109
présenter quelques traits du Heros que
" nous avons perdu . Il est trop grand
en effet pour être montré tout entier ,
» cet Homme né pour l'honneur de son
siecle et de sa Patrie ; cet Homme tou-
» jours employé et toujours au dessus de
» ses divers emplois , cet Homme capa-
» ble d'enfanter les plus vastes , les plus
»> nobles desseins , et de suffire seul à les
> executer. Habile à prendre l'ascendang
» sur la Fortune même , à l'enchainer à
» nos interêts , ou à la forcer au retour ,
quand elle osoit nous trahir où il n'é-
» toit pas ; cet Homme dont la Sagesse a
» fait le bonheur , et dont le bonheur n'a
» jamais ébloui la Sagesse ; Pour tout dire,
» cet Homme enrichi des dons accordez
» seulement à ces ames principales , que
» la Providence tient en reserve pour
fraper et pour sauver , pour élever et
» pour abbatre quand il lui plaît , la for-
» tune des Rois et des Royaumes. Tel at
» été M. le Maréchal de Villars & c .
Ce n'est là , pour ainsi dire , que l'Esquisse
d'un grand Tableau , très habilement
et heureusement executé dans tout
le reste de ce Discours . Nous sommes fâchez
de ne pouvoir pas en marquer les
principales parties ; qu'il nous soit permis
du moins d'en faire sentir la perfection
par quelques traits de la fir .
Fiiij. Voila
10 MERCURE DE FRANCE
» Voila , dit l'habile Orateur , voila ;
»Messieurs , l'Histoire de 40. années de
» travaux , ou , pour mieux dire, de suc-
>> cès ; car ici nous n'avons point d'éve-
» nements malheureux à sauver par lé-
>> clat des autres . C'est une suite de prosperitez
constantes : et peut-être est-ce
un prodige unique que le même
» Homme ait soutenu la guerre en tant
» de lieux , contre tant d'ennemis , par◄
» mi tant de hazards , et si long -temps ,
39
Я
>
avec un avantage toujours égal , tou-
» jours brillant, toûjours utile, ou glorieux
» à sa Patrie. Gardons -nous bien d'en faire
» honneur à la Fortune. Accordons - lui
» qu'elle peut aider les Grands Hommes ,
» n'ayons pas l'injustice ou la foiblesse
» de croire qu'elle puisse les faire. La
» Fortune des Heros est toute dans leur
n
i
ame. Leur Fortune est la fermeté de
» leur courage , la sagesse de leur con-
» duite , l'élevation de leurs vûës , la
» noblesse et la dignité de leurs motifs.
» C'est le grand Art de commander aux
» Hommes , et d'en obtenir tout ensem-
» ble l'obéissance , l'amour et la confiance.
» Ce sont ces éminentes qualitez quifor-
>> moient le caractere de M. le Maréchal
de VILLARS ; c'est à elle qu'il a dû son
» bonheur et sa gloire , &c.
EA
JANVIER. 1735 III
En parlant de sa derniere Campagne ,
Voici encore un très - beau trait . » Dès
» que nos besoins le redemandent à la tête
» des Armées , tout en lui se renouvelle :
» Sa noble confiance renaît avec sa pré-
2
miere valeur , et plus il va servir de
>> Couronnes , plus il semble se repro-
» duire pour les venger. Ne lui dites
» point qu'il expose une vie plus pré-
» cieuse pour nous que des victoires
» ni qu'au défaut de son bras , il nous
» suffit de son expérience et de ses conseils
;
Il croit ne nous pas aimer s'il ne
» nous sert , et ne nous pas servir , s'il ne
>> nous sert qu'à demi . Allés donc , Heros
invincible , allés au milieu de nos accla
» mations , ddee nnooss llaarrmmeess , et de nos
» voeux. Traversés encore une fois les
Alpes étonnées. Il vous sera donné de
» vaincre comme autrefois , d'enlever des
» Royaumes à l'ennemi , de mettre de
» nouveaux Sceptres dans la main des
>>> Rois et de ne finir vos hautes desti-
» nées , que quand vous n'aurés plus
>> rien de mortel à faire.
2
Sa qualité d'amateur des Lettres et de
Membre de l'Académie Françoise , ne:
peut être plus heureusement exprimée
que par ces paroles : » Je rappellerai ce
que nous avons tous . vû , ce que nous
no
112 MERCURE DE FRANCE
n ne pouvions nous rassasier de voir ; un
» Héros tout couvert de ses lauriers ,
assis modestement au milieu de nous
» s'assujettir à nos Loix , s'interesser à
» nos travaux , les partager , et se plaire
» à venir dans le sein des Lettres jouir du
» repos qu'elles devoient à ses victoires.
» Sensible aux charmes de l'Eloquence
» vous lui étiez tous chers par vos talens
pour elle. Eloquent lui - même , avec
» cette dignité facile et naturelle , qui est
» le modele , et presque toûjours l'écuëil
» de l'Art , il trouva celui d'être aimable
et vif dans l'Entretien , grave et subli-
»me dans les Conseils du Prince , éner-
» gique et précis dans ses Discours à la
» tête des Armées ; et si la posterité voit
un jour les Mémoires de ce nouveau
,}
ésar , ce qu'on a dit de l'un , elle le
dira de l'autre : Que le même Esprit
qui l'animoit dans les combats , l'inspiroit
pour la parole.
» Aussi digne imitateur de ce vaste
et profond Génie * qui nous à donné
la naissance , il sentit comme lui de
quelle importance est le Sçavoir dans
les Etats ; comme lui il voulut encore
servir sa Patrie , lors même qu'il ne ser-
* Le Cardinal de Richelieu.
vit
JANVIER. 1735. 113
» vit plus , et rassembler à jamais des 'ta-
» lens épars, qui réunis , aideroient à per-
» fectionner ou à fixer le goût. Quel té-
» moignage de bienveillance plus écla-
» tant pouvoit-il donner à la Province
>> dont il étoit le Chef ? Les autres bien-
» faits qu'il y a répandus périront avec
» les années ; celui- ci ne finira jamais ;
» les graces faires à l'esprit tiennent de
» leur objet elles sont immortelles com
» me lui.
Le même jour qui vous donne à nous,'
» Monsieur , vous confirme la possession
» de ce précieux héritage. L'Académie
» de Marseille a désiré l'honneur de vo
» tre protection , et ce sera , sans doute ,
» avec complaisance qu'elle verra dans
» notre choix l'éloge du sien . Soyés dé
»sormais l'Interprete et le nouveau lien
» de notre estime pour elle ; favorisés
»une Compagnie si digne de vos soins
» par ses talens , et par la main dont elle
» est l'ouvrage ; protegés les Lettres ; c'est
» partager un des plus nobles privileges
» des Souverains .
Enfin après avoir prévû que l'Acadé
mie ne possedera pas M. le Duc de Villars
au gré de ses souhaits , et que les
engagemens qu'il vient de contracter
avec elle , cederont à des devors plus
F vj indis
114 MERCURE DE FRANCE
indispensables , c'est à-dire , à des devoirs
militaires , suivant le sort de son nom ,
l'Orateur conclud ainsi son Discours.
» L'objet de l'Académie n'est pas de
» tenir ses Enfans toûjours rassemblez au-
» près d'elle ; sa vraye gloire est de les
» voir concourir par des chemins , quoi-
» que differens , à celle de son auguste
» Protecteur. Tandis que tous à l'envi pu-
» blient ses vertus , chantent ses victoires
» et celebrent ses conquêtes , l'un s'ex-
» po e dans les combats , et contribue à
la prosperité de ses armes ; l'autre dans
les Cours Etrangeres exécute ses ordres
» et seconde ses vûës ; celui ci est l'organe
» de sa Justice ; celui ci , et il nous est
» bien flatteur de le pouvoir dire , est à
la tête de ses Conseils : Ministre habi-
» le , désinteressé , fidele , qui ne connoît
» dans ses penibles veilles d'autre écom-
» pense que notre amour , d'autre ambi-
>> tion que de faire du Regne de son Maî-
» tre l'époque de la félicité publique.
» Réunis ainsi par un zele commun , et
» dans le concours des mêmes sentimens ,
malgré les emplois qui nous séparent s
»loisir et travaux , ici tout se consacre
» au plus sage , au plus religieux , au plus
» aimable des Rois.
Ces Discours sont imprimez in 4° . ruë
S. Jacques , chez Coignard fils .
JANVIER. 1735. 115
L'Académie Françoise délivrera le 25 .
Août prochain , Fête de S. Louis , le Prix.
d'Eloquence , fondé par M. de Balzac
et elle propose pour Sujet : Combien it
importe d'acquerir l'Esprit de societé , conformément
à ces paroles de l'Ecriture
Sainte Vir amabilis ad Societatem magis
amicus erit , quam frater.
:
Le même jour elle donnera le Prix
de Poësie , fondé par le feu Evêque de
Noyon , dont le Sujet sera : Les Progrès
de la Musique sous le Regne de Louis
le Grand.
BALLADE qui a remporté le premier
Prix au Palinod de Caën , le jour
de la Conception de la Vierge 1734..
L'Argument est la Bibliotheque ( 1 ) nouvellement
établie dans l'Université de
la même Ville.
A L'envi , l'Art et la Nature
Ont construit ce Palais brillant ; (2)
(1 ) La Bibliotheque fut ouverte pour la premiere
fois au mois de Juin 1731. par les soins de M. de
Than , Professeur de Philosophie au College du Bois,
pour lors Recteur , qui obtint des Lettres Patentes.
de réunion des revenus du College du Cloutier à
ceux de l'Université , pour l'entretien d'un Biblio
thequaire , c
(2 ) L'Architecture du Bâtiment de l'Université
où est la Bibliotheque , est des plus réguliere,
116 MERCURE DE FRANCE
Mais son plus utile ornement
Ne doit point être en sa structure.
Livres sçavans et curieux ,
Venés parer ce Sanctuaire ,
Et faire briller à nos yeux
La plus éclatante lumiere.
Je les vois est - ce une imposture ? ( 3 )
Non , non. Ministre ( 4) bien faisant
D'un Roy liberal et puissant ,
Ta protection m'en assure.
Venés , Esprits laborieux ,
Ici tout peut vous satisfaire ;
(3 ) Ce n'est pas sans sujet qu'on marque ici de
la surprise ; rien de plus étonnant que les progrès de
la nouvelle Bibliotheque . Avant la fin du Rectoras
qui lui avoit donné naissance , elle se trouva presque
remplie d'Armoires et garnie d'un grand nombre
de très excellents Livres de differentes donations
, sur tout de celle que fit M. de Colleville , de
la Bibliotheque du celebre M. Bochard , et des
2000. livres données d'abord par M. Antoine Ca
velier , seul Imprimeur du Roy et de l'Université.
(4) M. le Cardinal de Fleury . C'est à la protec➡ .
tion et aux liberalite de ce grand Ministre , que
PUniversité est redevable de ce bel établissement ;
S. E. fit présent de sommes considerables pour le
commencer , pourvut aux appointemens du Biblio- .
they caire , par la réunion du College du Cloutier ,
et a fait obtenir depuis peu sur l'Abbaye de Barbery
, une pension de mille écus à laquelle la Bibliotheque
aura la plus grande part.
Cher
JANVIER. 1735. 117
· Cherchés en ces augustes Lieux
La plus éclatante lumiere.
Trop long-temps une nuit obscure
Offusqua ce climat charmant ,
Mais cet immortel Monument
Détruit pour jamais cette injure,
Trésor naissant et précieux
Source féconde et salutaire ,
Soyés pour nos derniers Neveux
La plus éclatante lumiere,
ALLUSION.
Vous qui des Enfers ténebreux
Dissipés la vapeur grossiere ,
N'êtes- vous pas , REINE DES CIEUX }
La plus éclatante lumiere.
A Mrs de l'Université.
Esprits judicieux Troupe illustre et sçavantt ,
Arbitres de notre combat ,
A la Lumiere que je chante ,
Votre Prix , en ce jour , donne un nouvel éclat
Par M. Hardouin .
JETS
18 MERCURE DE FRANCE
JETTONS frappez pour le premier.
jour de Fanvier M. DCC . Xxxv.
avec l'Explication des Types , &c.
I. TRESOR ROYAL.
UN
N Oranger chargé de fleurs et de
fruits , même au fort de l'Hyver.
Non spoliant hyemes.
II. PARTIES CASUELLES.
Un Autel fumant devant le Temple
de la Fortune . Parvo thure litatur.
III. CHAMBRE AUX DENIERS.
Une Vigne chargée de Raisins. Dapes
Diis et Pocula prestat.
IV. ORDINAIRE DES GUERRES .
Des Aigles prenant l'essor et regardant
le Soleil. Hinc vivida Virtus.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Thémis tenant d'une main sa Balance
er de l'autre une Epée nuë. Vel jure vel
armis.
VI. BATIMENS DU ROY.
Minerve appuyée contre un Obelisque
JETTONS DE 1 LANNEE 1735
II
THURE
NON
SPOLIANT
HYEMES
III
PARVO
IV
PARTIES
CASUELLES
1735
IVIDA
TRI SOR ROYAL
1735
REX
VIRTUS
DEIS
DAPES
CHRISTIANIS
VI
NON
OBLITA
VII
ORDINAIRE
DES GUERRES
NOST
1735
ROS
CONSUMP
MPSIMUS
IGNES
VIII
ARTILLERIE
1735.
EXPLICUISSE
POCULA
PRESTAT
CHAMBRE AUX
DENTERS
1735 .
VEL
JURE
NEL
CORIS
BATIMENS DUROY
TOREM
1735 .
COMITANT
SATIS
MARINE
1733.
ARMIS
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1735
TUR
GALERES
1735
IX
D.G.
FR
.
MARIA
OVANTES
ET
NAV
DUVIVIER
DULCIA
REGINA
VI
X
MAISON DE
LA REINE
1735.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JANVIE R. 1735. 19
et montrant d'autres grands Morceaux
d'Architecture. Prisci non oblita decoris .
VII. ARTILLERIE .
Le Mont Ethna vomissant des flammes
, au pied duquel sont des Mortiers ,
des Canons , Barils à Poudre , Bombes ,
&c. Nec dum nostros consumpsimus ignes ,
VIII. MARINE.
La Tête de Méduse. Explicuisse satis
IX.
GALERES.
Une Troupe de Nereïdes
accompagnant
Neptune , dont le Trident est chargé
de deux Couronnes à longues pointes.
Victorem comitantur Ovantes.
X. MAISON DE LA REINE.
Un Sep de Vigne attaché à un Orme.
Dulcia incla.
L'Académie Royale de Peinture a fait
une perte considerable en la personne
de M. Noël-Nicolas Coypel , Professeur
en la même Académie , fils de Noël Coy.
pel , et frere puîné d'Antoine Coypel
Premier Peintre du Roy. Il est mort le 14.
du Mois dernier , âgé d'environ 45. ans.
Il possedoit à un haut degré l'heureux
talent
120 MERCURE DE FRANCE
talent que la Nature a donné à ceux qui
portent ce nom. Son Dessein est correct,
elegant et agréable , l'on voit de ses
Compositions bien raisonnées , et aussi
piquantes que gracieuses . Voicy des Stances
irrégulieres , dans lesquelles on a exprimé
les regrets de sa perte .
N E cessons point de répandre des larmes ;
A nos soupirs donnons un libre cours ;
Que les chagrins , que les allarmes ,
Désormais nous suivent toujours.
Du grand Coypel , la Parque impitoyable ,
Vient de trancher le destin précieux ;
J'ay vú ce Mortel respectable ,
Accablé sous le poids de ses coups furieux.
Signale tes douleurs , Muse de la Peinture ,
Vien pleurer avec nous cet Appelle nouveau ;
Sujet aux Loix de la Nature ,
Son mérite n'a pû le sauver du Tombeau.
Et vous, chers Nourrissons de cet illustre Maître,
Loin d'apaiser vos déplaisirs secrets ,
Par vos sanglots faites connoître
Que rien ne peut calmer de si justes regrets.
Rappellés les instants , où ce rare Génie
Vous
JANVIER. I20
1735 .
Vous ouvroit les trésors de son Art enchanté ;
En vous communiquant sa science infinie ,
Il conduisoit vos pas à l'immortalité.
Qu'une juste reconnoissance
Excite à présent vos Esprits.
De ses Vertus si vous êtes épris ,
Empressés-vous d'en peindre l'excellence.
Exprimés dignement sa bonté , sa candeur ;
Marqués pour ses devoirs son ardeur et son zelez
Faites-nous un Portrait fidele
De la droiture de son coeur .
N'oubliés point sur tout son humble modestie,
Amateur de conseils prudents ,
Il s'appliqua toute sa vie
A n'écouter que le bon sens.
C'est par là qu'il acquit une solide gloire.
Ses Ouvrages divins , de chacun admirez ,
Au fameux Temple de Memoire
Seront à jamais reverez .
Implacable ennemi d'un gain vil et sordide ,
Plein de désinteressement ,
De l'honneur Partisan avide ,
avoit pour la gloire un noble empressement.
De
22 MERCURE DE FRANCE
De tant de vertus étonnantes ,
Admirons le charmant accord.
De ces qualitez surprenantes ,
Le souvenir peut seul consoler de sa mort.
JAUSSIN.
Les sieurs Desprez et Barbou , Libraires Associez
pour l'impression de la nouvelle Edition
des Oeuvres de S. Jean Chrisostôme , par le R. P.
de Montfaucon , donnent avis au Public , que le
XI. Tome est achevé et se distribue chez eux.
Le XII. Tome est fort avancé. Le XIII. et
dernier , sera commencé d'imprimer vers la
Pentecôte de cette année 1735.
L'Oraison Funebre du Maréchal de Villars ;
que l'Abbé Segui prononça dans l'Eglise de S.
Sulpice , le 27. de ce mois , et qui est generalement
applaudie , se débite actuellement chez
Prault , pere , Quay de Gesvres, in 4. grand Papier,
avec de très -belles Vignettes. On trouve chez le
même la Vie de l'Empereur Julien , qui a un
très- grand débit.
Il paroît une très - belle Estampe , gravée d'az
près un des meilleurs Tableaux de Wattau ; c'est
un Paysage en large avec plusieurs figures , ou
l'on voit le Portrait historié d'Antoine de la
Roque , &c. On lit ces Vers au bas.
Victime du Dieu Mars , les Filles de Memoira
Occupent à présent son coeur et son Esprit.
Il a combattu pour la Gloire ,
c'est pour elle qu'il écrit,
Cerp
JANVIER. 1735. 123.
Cette Estampe se vend chez Surugue , ruë des
Noyers, et chez la veuve Chereau , ruë S. Jaques.
On vient de mettre au jour une Estampe nouvellement
gravée par le sieur Beaumont , d'après
un fort beau Tableau de Wouvermans , du Cabinet
de M. de Julienne , de 19. pouces de large
sur 13. pouces et demi de haut. L'Estampe trèsproprement
gravée , est de la même grandeur ,
représentant un Paysage intitulé La Pêche. Elle
se vend chez l'Auteur , rue S. Jacques , chez
Made Monbart , à la Ville d'Anvers .
Nous avons déja annoncé 4. nouvelles Estam →
pes dans des Cartouches en large , d'après l'illustre
Wattau , ce sont les Quatre Saisons , gravées
par le sieur Huguier. Elles se vendent chez
lui , vis - à-vis le grand Châtelet . Deux nouveaux
Cartouches , gravez par le même , d'aprèsWat
tau , et de la même grandeur , viennent de pa-i
roître ; deux Sujets y sont traitez fort galamment
, sous le titre du Présent Champêtre et du
Duo Champêtre.
Il paroît aussi depuis peu chez le sieur Hu
guier , et gravez par lui , deux Suites d'Ornemens
de douze Pieces chacune de Cartouches et Trophées
, variez et ingénieusement composez par le
sieur de la Jone , de l'Académie Royale de
Peinture.
On mande de Londres , que le Pont de Pierre
que les Habitans de Westminster ont résolu de
faire construire , sera bâti sur le Dessein qui a
été présenté par le Chevalier Haucksmore , et il
sera composé de sept Arches , dont celle du mi-
Jeu aura 120. pieds de largeur , sur 72, de hau◄
tena
124 MERCURE DE FRANCE
teur . Les Proprietaires des Terres dépendantes
de Westminster , avanceront les sommes nécessaires
pour l'execution de cet Ouvrage , qui doit
coûter 100000. livres sterlings , et ils recevront ,
jusqu'à leur entier remboursement , un Peage
qui sera reglé par le Parlement.
L
On mande aussi de Londres , que le sieur
Churchmann , a fait présent à la Societé Royale
du Modele d'une Machine qu'il a inventée pour
faire remonter l'Eau , et cette Machine a paru
être d'une grande simplicité et d'un usage trèsétendu.
On apprend par les mêmes avis , que le 5. de
ce mois , un terrain assez considerable sur l'une
des Côtes de l'Isle de Portland , s'abîma dans la
Mer , sans que cet accident eût été précédé par
aucun Tremblement de Terre , et plusieurs ou
vertures qui se sont faites en divers endroits de
cette Isle , et qu'on juge très - profondes , causent
beaucoup d'inquiétude aux Habitans .
M. Frigot nous écrit en ces termes au sujet
d'un Orage extraordinaire , de Montebourg en
Basse Normandie le 27. Décembre 1734. Le jour
de Noël dernier , nous eûmes un Orage des plus
violents. Un gros vent d'Ouest , qui duroit depuis
quelques jours , excita ce jour - là plusieurs
coups de Tonnerre affreux , dont l'un frappa
avec beaucoup de dommage la Tour de l'Eglise
de Freville , à une lieue d'ici . On remarque que
depuis 1717. il ne s'est point passé une seule an
née que le Tonnerre n'ait fait quelque ravage
dans ce Canton , vers le Solstice d'hyver. Avant
cette année là il étoit rare d'entendre tonner ici
en hyver.
"
JANVIER.
1735. 125
Il arrête le Tonnerre
Dans la main du Roy des Dieux.
Nous dit M. Rousseau , mais cela n'est plus
vrai , du moins en Normandie , depuis l'Epoque
cy-dessus,qui est à peu près celle où les Aurores
Boreales sont devenues si fréquentes. Les Physiciens
peuvent s'exercer là - dessus , & c.
Le sieur Mangean , Ordinaire de l'Académie
de Musique de Dijon , vient de mettre au jour
un Concert de Symphonic pour les Violons ,
Flutes et Hautbois . Prix 3. liv . 12. sols les trois
Parties séparées. Le même Auteur en promet
une suite nouvelle tous les deux mois jusqu'à six.
L'Ouvrage se vend à Paris , chez la veuve Boivin,
rue S. Honoré,à la Regle d'or , chez le sieur Lo
Clerc, rae du Roule, â la Croix d'or , et à Lyon,
chez le sieur de Bretonne , rue Merciere , à côté
de la Banniere de France.
Le sieur Lescure , ci- devant Chirurgien des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , possede
un remede spécifique pour la guérison de l'és
pilepsie ou mal - caduc , pour les vapeurs , soit
Convulsives ou simples , vertiges , étourdissement
, paralisie , tremblemens et foiblesses de
nerfs. Il est très- souverain dans toutes les maladies
qui attaquent le genre nerveux . La preuve
de la bonté de ce remede ce sont les expériences
qui en ont été faites , tant à l'Hôpital Géneral ,
que sous les yeux de plusieurs célebres Médecins
de la Faculté de Paris , sur un grand nombre
de malades de tout sexe , de differens âges , qui
lui en ont mérite leurs approbations , et le Pri
vilege du Roi,
26 MERCURE DE FRANCE
Ce remede opére la guérison de ces maladies ;
avec douceur ; il purifie la masse du sang , dissipe
les obstructions , et corrige les humeurs acides
et gluantes qui picottent et embarrassent les
nerfs . Il est aisé à prendre , conserve toûjours
sa vertu , et peut se transporter par tour : on
donne la maniere de s'en servir .
Le sieur Lescure demeure à côté de la Comé→
die Françoise , à Paris. Ceux qui lui écriront de
Province auront soin d'affranchir leurs Lettres.
Le sieur Briart , demeurant Cour Abbatiale de
S. Germain des Přez , ruë Cardinale , vis - à - vis
le Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
d'Ogni fiori , ou de toutes fleurs , d'une odeur
agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau
dont on se lave après avoir été rasé ; elle blanchit
l'eau. Les Dames s'en servent pour se décrasser
; elle rend la peau douce et unie , et ne
nuit point au teint : elle se conserve long- tems .
Les plus petites bouteilles sont d'environ cinq
onces ; on la vend 15. sols l'once.
Il continue à faire la veritable Essence de Savon
à la Bergamotte , et autres odeurs douces , dont
on se sert pour la barbe , au lieu de Savonnette.
Les Dames s'en servent aussi pour se laver le visage
et les mains. Il en a de deux prix , à 5 .
sols et à 8. sols l'once : il avertit que ses bouteilles
ont toûjours été cachetées , et qu'autour du
cachet on y lit son nom et sa demeure ; dans
le milieu , il y a une bouteille avec le nom de la
liqueur.
Il fait aussi de bons cuirs à repasser les rasoirs,
avec lesquels il ne faut point de pierre à éguiser.
Il les vend depuis 40. sols jusqu'à 8. livres ; il
donne la maniere de s'en servir.
Le
TH
HO
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
B
JANVIER.
1735. 127
Les Lettres fréquentes et souvent redoublées
que M. l'Abbé Soumille reçoit de toutes parts ,
l'occasion de sa nouvelle rape , faisant un objet
considérable pour un Particulier , il prie les
personnes qui lui feront l'honneur de lui écrire ,
d'affranchir le port. Le prix est et sera toujours
de sa part de 30. liv. et la caisse d'ambalage, coutera
1. liv. Ceux des Provinces qui en voudront
avoir , sont priez de fournir des moyens pour
lui faire toucher son argent à mesure qu'il livrera
les rapes ; et ceux de Paris qui en souhaite
ront,n'auront qu'à s'adresser au sicur Dulac, Marchand
Parfumeur , rue S. Honoré , au Berceau
d'or , proche la rue des Poulies , qui les leur fera
venir par eau au prix susdit , en lui remboursant
seulement les frais dont il produira
les acquits. On trouvera incessamment chez lui
une de ces rapes , qu'on pourra voir , pour se
déterminer à en prendre : on joint à chacune un
Imprimé , pour expliquer les quatre manieres
differentes de s'en servir .
J'A
CHANSON.
'Ai vieilli sous les étendars
Du Dieu d'amour , de Bacchus et de Mars ;
Mars m'a toûjours flatté d'une vaine esperance
Ce fut toute ma récompense.
L'Amour ne m'a pas mieux traitté ;
Je n'ai trouvé sous son Empire
G Qu'un
128 MERCURE DE FRANCE
Qu'un long et penible martire ,
Des coeurs ingrats , de l'infidelité.
Sans toi , divin Bacchus , sans toi , Dieu secou
rable ,
J'aurois été sans cesse accablé de chagrin
Mais tous les jours ton jus divin
Le calmeit quand j'étois à table .
Le Chevalier de ***.
AUTRE CHANSON.
Lorsque Tircis me parut infidelle ,
Après m'avoir promis une amour éternelle ,
Je fis voeu de haïr un si leger Amant ;
Mais malgré le dépit que cause un tel outrage
Je n'eus pas si tôt vû cet ingrat , ce volage ,
Que je me repentis d'avoir fait le serment.
SPECJANVIER.
1735. 129
*************:**
SPECTACLES.
LES ME'CONTENS , Comédie nouvelle
, représentée sur le Théatre François
le premier Décembre 1734. Extrait.
CE
Ette Piéce a d'abord été donnée
en trois Actes , précedez d'un Prologue
, et suivis d'un Divertissement . Le
Prologue et le premier Acte furent trèsapplaudis
; mais comme le second et le
dernier n'eurent pas le même sort , l'Auteur
prit le parti de conserver ce qui
avoit fait tant de plaisir , en réduisant sa
Piéce à un seul Acte e à un Prologue ,
dont même il auroit pu se passer , quoi
qu'il soit très bien versifié. Voici en peu
de mors de quoi il s'agit.
Jupiter importuné des plaintes éter
nelles des hommes , a envoyé Mercure
sur la Terre , pour s'informer du sujet de
leurs mécontentemens. Mercure , après
avoir exécuté les ordres du Maître des
Dieux , revient lui rendre compte de tout
ce qu'il a vû; il lui apprend qu'il y a
dans le Monde autant de mécontens que
d'habitans : après une énumération des
Gij mécon10
MERCURE DE FRANCE
mécontentemens des hommes de l'un et
de l'autre sexe , Jupiter prend le parti
de descendre lui même sur la Terre, pour
appliquer le remede le plus convenable
au mal ; il n'en imagine point de plus
efficace que de remplir tous les voeux
qu'on lui adressera , pour en tirer une
conviction de l'insatiable cupidité des
hommes , et pour l'éteindre par l'impossibilité
de la satisfaire : voilà de quoi
il s'agit dans le Prologue. La Comédic
qui le suit , ne sert qu'à mettre en action
ce qui n'a été qu'en récit . Jupiter étant
descendu sur la Terre , et ayant fait publier
qu'il est prêt à donner audience
dans son Temple à tous les Mécontens
il s'en présente à lui de differentes espeees,
que l'Auteur a réduites à cinq . Voic
les noms des Acteurs :
Leonor
Angelique
Richardin
Themiston
Emilie
la Dlle Dangeville
la Dlle Grandval.
le Sr de la Thorilliere,
le Sr Poisson.
la Dlle la Mothe.
Ces cinq Rôles ont été bien remplis.
Leonor veut devenir Garçon ; Angelique
brûle d'être grand' Fille ; Richardin souhaite
les richesses ; Themiston fait son
bonheur de passer de la robe à l'épée ;
CE
JANVIER. 1735. 131
et Emilie engagée dans un mariage dont
les noeuds ne lui plaisent pas , voudroit
le pouvoir dissoudre. Jupiter est assez
complaisant pour leur accorder tout ce
qu'ils demandent ; mais dans la suite ils
ne sont pas plus contens . Il est irrité de
leurs nouvelles demandes ; il les menace
de les punir de leurs désirs sans cesse renaissans.
Momus vient , et leur donne
l'esperance pour soulager des chagrins
dont ils sont eux- mêmes les auteurs éternels.
Voilà le fond de la Piéce ; mais
nous ne croirions pas nous être acquitez
envers le Public , si nous n'ajoûtions à
ce simple récit quelques morceaux de
Paccessoire qui y a donné un nouveau
prix . Commençons par là Scene qui est
entre Jupiter et Leonor ; c'est une femme
qui veut devenir garçon : voici sur
quoi elle fonde sa demande , en répondant
à Jupiter , qui lui vante les avantages
de son sexe , et sur tout celui de
se faire aimer :
De mon sexe , en effet , c'est là le seul partage ,
Mais c'est un fâcheux avantage :
Ce sexe infortuné paye bien cherement
La triste vanité d'être un sexe charmant &c.
Un motif mieux connu conduit ici mes pas ;
Quand je m'engagerois encor dans d'autres
chaînes , Giij J'y
132 MERCURE DE FRANCE
J'y trouverois les mêmes peines.
Tel est notre malheur ;
Déplorables victimes
Des loix d'un tyrannique honneur ,
Qui n'est presque jamais d'accord avec le coeur ,
De tous nos sentimens cet honneur fait des crimes
:
Notre coeur toujours combattu ,
Plus il a de devoirs , plus il a de foiblesse ,
L'insensibilité doit être sa vertu ,
Et tous ses sentimens tournent à la tendresse. &c.
Comme Jupiter persiste à lui faire valoir
les privileges de son sexe , et sur
tout celui d'assujettir les coeurs des hommes
; elle finit par cette réponse , au su
jet de ces prétendus esclaves :
Dès que nous comblons leurs désirs ,
Par une barbare injustice ,
Ils jouissent de nos plaisirs ,
Et nous souffrons de leur caprice.
Si vous avés dessein de répondre à mes voeux
Délivrés-moi d'un sexe malheureux.
18
Jupiter lui accorde sa demande , et la
renvoye très - satisfaite.
Le second Mécontent qui vient se présenter
à Jupiter est encore du même sexe;
c'est Angelique ; elle n'est qu'un enfant ,
ભાર
JANVIER. 1735. 133
et voudroit devenir grand - fille. Voici
tomme elle s'explique , lorsque Jupiter
lui demande quel sujet l'amene dans son
Temple :
Ne pouvés vous le deviner ?
Je voudrois bien devenir grande.
Vous riez ! Ah ! vraiment , si ma soeur vous
prioit ,
Vous n'hésiteriés pas , Seigneur , sur sa de
maude.
Voici le motif de son désir :
Mais ...tenés ; c'est que je m'ennuye
De voir l'empressement que l'on a pour ma
sceur ;
Tandis que moi , qui suis bien plus jolie ,
Personne ne me dit un seul mot de douceur.
Jupiter lui demandant comment elle
sçait que sa grand - soeur a des' Amans secrets
, elle lui répond :
Eh ! mais ; la chose est toute claire ;
Je ne suis pas enfant autant qu'il le paroît.
Premierement , devant le monde >
Elle ne lui dit mot , ne le regarde pas ,
Le tout pour empêcher que quelqu'autre në
gronde ;
Puis , quand il se croit seul , ils se parlent tout
bas i G iiij Il
134 MERCURE DE FRANCE
Il lui prend les mains , il les baise ,
Et ce sont des transports... il ne se sent pas
Il lui dit qu'elle a mille appas ,
Qu'il l'adore ; ensuite il soupire ;
d'aise,
Il la regarde avec des yeux ... Oh ! ces yeux-là,
Je ne sçais pas encor tout ce qu'ils veulent dire.
Jupiter lui accorde ce qu'elle souhaite,
pour lui faire voir qu'elle ne sera pas
plus contente de son sort.
Le troisiéme Mécontent qui vient présenter
sa Requête , s'appelle Richardin.
C'est un Avare , qui croit que la souveraine
félicité de l'homme consiste dansla
p ss ssion de l'or. Voici le portrait
qu'i . fait de la pauvreté :
Car qu'est- ce qu'un homme indigent ?
Toûjours anéanti sous le poids accablant
De la misere qui le presse ,
Il ne jouit jamais , et désire sans cesse , &C.
Par tout son aspect importune ;
S'il a quelques talens , les Petits et les Grands
Avec sa pauvreté confondent ses talens ,
Et tout prend le vernis de son peu de fortune.
Il oppose à ce portrait celui de la richesse.
Au contraire un homme opulent ,
Chacun le fatte et le caresse ;
Au
JANVIER 1735. 135
Autour de lui tout le monde s'empresse ;
jouit de la cour qu'on fait à son argent.
Enfin quelques agrémens que Jupiter
lui propose d'ailleurs , il le prie de lui
donner tout son bonheur en argent ; Jupiter
l'exauce à cause de son importunité
Le quatriéme Importun s'appelle The
miston ; c'est un Magistrat qui veut quit
ter la robe pour l'épée. Voici le portrait
que Jupiter lui fait de ces deux Etats si
opposez ::
Pensés y'; vous allés faire un fort mauvais choix
Le Ministere saint d'Interprete des loix
N'a point d'état qui lui soit comparable;
Themis a remis en vos mains´
Et son épée et sa balance ;
Vangeurs du crime , appuis de l'innocence ,
Vous êtes l'instrument du bonheur des humaine
Vous portés sur les pas du crime
Le flambeau de la verité ;
Soûtiens de la societé ;
Le soin de sa félicité
Est toûjours ce qui vous anime ;
Par vous , le bon ordre et la paix
se maintiennent malgré le tumulte des Villes ;
Par vous les Citoyens sont heureux et tran
quilles ;
Giv Pari
136 MERCURE DE FRANCE
Et réglant leurs débats par de justes Arrêts , `
Chaque instant est marqué par un de vos bien
faits.
Ainsi conservant l'ordre et la paix nécessaire ,
Vous imités par vos soins vigilans
Les Dieux , qui toûjours bienfaisans
Sont toûjours occupés du bonheur de la terre.
Le Guerrier est aussi vangeur du genre humain
Mais il détruit , met tout en poudre ;
Il n'imite les Dieux que la foudre à la main ;
Et toûjours à regret les Dieux lancent la foudre.
Toutes ces grandes maximes de Jupiter
ne font que blanchir contre la fureur
qui porte Themiston à devenir guerrier ;
Jupiter l'exauce pour le punir.
De peur d'être trop longs , nous passons
la derniere demande , qui est pareillement
accordée à une femme qui
veut être démariée . Qu'arrive- t'il enfin
de tous ces changemens d'état ? Ce que
Jupiter en a prévû - ceux qu'il a exaucez
n'en sont pas moins malheureux ; ils en
reviennent à leurs premieres importunitez.
Jupiter les menace de toute sa colere,
et leur parle ainsi :
Ce n'est pas pour vous satisfaire
Que je vous ai comblés de biens ;
Je ne vous regardois que comme des moyens
JANVIER. 1735. 137
De servir d'exemple à la Terre ;
Faites la retentir de vos gemissemens ;
Allés , traînés par tout vos mécontentemens ,
Et désirant toûjours au gré d'un coeur avide,
Que rend infortuné le désir d'être heureux ,
Apprenés aux Mortels que la passion guide ,
A jouir des bienfaits des Dieux .
Ces derniers Vers font voir la fin
que
l'Auteur s'est proposée pour dénouement.
Momus en vient faire un second , par
l'espérance dont il fait présent aux hommes
, pour leur donner par avance la félicité
dont ils ne sçauroient joüir autrement
; c'est ce qui donne lieu à une trèsjolie
fête , dont la Musique est de M.
Mouret. Voici quelques Couplets du
Vaudeville , qui a été géneralement applaudi.
Qu'aujourd'hui le Maître des Dieux
De chacun remplisse les voeux ;
L'ambition déraisonnable ,
De l'or la soif insatiable ,
Chez nous renaissent à l'instant j
Et voilà comme
L'homme
Nest jamais content.
A
138 MERCURE DE FRANCE
Argante regorgeant de bien
Compte tout ce qu'il a pour rien ;~
Indigent de ce qu'il désire ,
L'avarice fait son martire ;
De l'or eût il cent fois autant :
Et voilà comme & c.
L'Hymen a t'il joint par ses noeuds
L'Amant à l'objet de ses feux ?
L'Epouse perd sa bonne mine ,
L'Epoux trouve chez sa voisine
Je ne sçai quoi de séduisant :.
Et voilà comme & c.
Autrefois Clerc chez Arpagon,
J'étois aimé dans sa maison ;
J'obtiens et la Veuve et l'Etude ;
Le fardeau me paroît bien rude
Que ne suis-je Clerc à présent ; -
Et voilà comme & c..
Au. Partere.
Nous travaillons de notre mieux ,
A vous divertir par nos jeux ;
Si nous obtenons vos suffrages ,
Chaque jour pour tous les Ouvrages
Nous en demanderons autant
Et voilà comme &c . 1.
vẩ
JANVIER. 1735. 139
La Dlle Dangeville , qui joue le
rôle de Léonor , paroît en Cavalier après
sa Scene avec Jupiter , et il s'en faut
bien qu'elle perde aucun de ses agrémens;
elle joue et danse dans le balet sous ce
déguisement , avec une vivacité et des
graces infinies. Tous les Spectateurs lui
scurent gré d'une espece d'impromptu
à la fin de la Représentation , au sujet d'un
coupler qu'on lui fit repeter ; comme on
lui crioit encore bis dans le tems qu'elle
se retiroit , elle se retourna et chanta.
Eh ! voilà comme
L'Homme
N'est jamais content.
Le 6. Janvier l'Académie Royale de
Musique donna le prémier Bal de cette
année , sur le Theatre de l'Opera , qu'on
continuera de donner pendant le Carnaval
jusqu'au Carême.
Le 13. on reprit l'Opera d'Omphale ,
pour être joué tous les Jeudis ; et celui
d'Iphigenie , les trois autres jours de la
semaine.
On repete actuellement une Tragedie
nouvelle qui a pour titre , Achille &.
Deidamie , dont le Poëme est de M. Dan--
chet , et la Musique de M. Campra , ill
doit être representé le mois prochain.
F40 MERCURE DE FRANCE
On doit donner sur le Theatre François
dans les premiers jours de Fevrier .
la Comédie nouvelle du Prejugé à la
mode , dont nous ne manquerons pas de
rendre un fidele compte à nos Lecteurs,
Après huit Réprésentations , on a cessé
la Tragedie de Sabinus ; Nous en donnerons
l'extrait dans le prochain Mercure .
On mande de Rome , qu'il y est déja
arrivé quantité d'Etrangers pour y prendre
part aux divertissements du Carnaval
, que les Spectacies y sont fort fréquentez
, etet qu'on a construit un cinquiéme
rang de loges au Theatre de
fordinona ; depuis ce changement , les
loges du second et du troisiéme rang
sont du même prix que celles du premier.
Il sera permis de les louer suivant
la coûtume pour tout le tems du Carnaval
, mais afin d'éviter tous les inconveniens
que la jalousie des distinctions
peut occasionner , les Souscripteurs tireront
les loges au sort pour chaque Réprésentation
.
NOUVELLES
JANVIER. 173·5. 141
NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUIE.
Es Lettres de Constantinople portent que la
Peste y fait de grands ravages.
On a appris par les mêmes avis , qu'un Sei--
gneur Persan , que Thamas Kouli Kan , avoit
envoyé dans le Candahar pour y donner quelques
ordres , s'étoit révolté et qu'il avoit assemblé
un corps considerable de Troupes pour sou
tenir sa rébellion..
Ces avis ajoûtent que le bruit couroit à Constantinople
que Thamas Kouli - Kan ayant été
informé de la trahison de ce Seigneur , avoit
marché pour l'attaquer ; qu'ayant remporté la
victoire sur les Rebelles , il avoit fait leur Chef
prisonnier , et qu'il lui avoit fait couper la tête ,
mais que cette derniere nouvelle n'étoit pas encore
confirmée.
L
RUSSIE.
Perse
qui y est arrivé depuis peu , avoit eu sa premiere
Audience de la Czarine et lui avoit remis ses
Lettres de Créance , -dressées au nom du jeune
Roy de Perse , et signées par le General Thamas
Kouli - Kan , comme Régent du Royaume ; que
S. M. Czarienne avoit ordonné que cet Ambassadeu
☛ et sa Suite , consistant en 26. personnes
40 Chevaux , seroient deffrayez pendant leur
séjour à Pétersbourg,
Es Lettres de Pétersbourg du 20. du mois
PoRe
142 MERCURE DE FRANCE
1
POLOGNE.
Tribunal établi à Kolbuzow pour con-
Lnoître de toutes les affaires ayant rapport à
la nouvelle Conféderation generale faite en faveur
du Roy , a été transferé à Præmislia , où
le Staroste de Jasielski , Vice - Maréchal de la
Noblesse Confédérée , s'est rendů avec la plupart
des Députez des differens Palatinats , pour
présider à ce Tribunal en l'absence de M. Ozarowski
, Maréchal de la Cónfédération. Dans les
premieres Assemblées tenuës par les Seigneurs
et les Gentilshommes qui composent ce Tribunal
, il a été décidé que les Partisans de l'Electéur
de Saxe , s'étant rendus , par leur obstination
dans leur révolte , indignes des ménagemens
qu'on avoit eus jusqu'à présent pour eux , on les
poursuivroit à l'avenir selon toute la rigueur des
Loix , et qu'on feroit le procès à ceux qui se
roient pris les armes à la main par les Troupes
de Sa Majesté.
Le General Sagreski , après avoir repassé la
Riviere de Pilica , pour éviter d'être investi dans
son Camp par les Troupes de M. Ozarowski ,
passa la Vistule au commencement de ce mois
Jarowitz , avec le Corps de Troupes Moscovites
qu'il commande , et s'étant engagé dans des
défilez qu'il n'avoit pas eu la précaution de faire
reconnoître , il fut attaqué par queiques Troupes
du Roy. Le combat fut très - vif de part er
d'autre , mais enfin les Moscovites furent contraints
de se retirer en désordre et d'abandonner
presque tous leurs bagages. On dit que le butin
fait par les Polonois dans cette occasion est fort
considerable , et qu'ils ont enlevé la plus grande
partie des équipages du General Sagreski,
VA
JANVIER . 173-5 . 143
Un Détachement des Troupes de S. M. commandé
par le Castellan de Czersk , étant entré
par escalade dans le Château de Mitria , appar-
Tenant au Comte de Bielinski , cy - devant Maréchal
de la Cour , s'est emparé des principaux ef
fets de ce Seigneur , et a fait prisonniers quel
ques Gentilshommes du parti des Opposans, qui
s'étoient retirez dans son Château et environ 20 .
Soldats qui y étoient.
Le Comte Pocci , Régimentaire de Lithua
nie , qui est toujours dans le Palatinat de Bretsch ,
et dont les Troupes augmentent de jour en jour
par l'arrivée d'un grand nombre de Gentilshommes
Confederez , a détaché une partie de sa Cavalerie
pour escorter les Députez que la Noblesse
qui s'est assemblée dernierement à Niska , envoye
à Konigsberg .
Depuis que le General Sagreski a pris le parti
de mettre la Riviere de Pilica et celle de la Vistule,
entre lui et M. Ozarowski ; ce dernier qui n'a
pas été assez tôt instruit de la retraite du General
Moscovite pour le suivre , a marché du côté de
Nowiemasto , où il a établi des Magazins et ou
il a fait porter les contributions qu'il a tirées des
Villages de plusieurs Seigneurs attachez à l'Elec- 1
teur de Saxe.
Le Primat , auprès de qui l'Electeur de Saxe a
fait de nouvelles tentatives pour l'engager à le
reconnoître , a envoyé à Warsovie un Ecclesiastique
qu'il a chargé de témoigner à ce Prince que,
plein de respect pour sa personne , il ne pouvoit
cependant obéir à ses ordres.
Les Lettres de Konigsberg , marquent qu'on y
avoit transporté tous les Ornemens Royaux et les
autres Effets appartenans au Trésor de la Couronne,
CesLettres ajoûtent que les Equipages deM.Ossolinska
144 MERCURE DE FRANCE
Solinski , Grand-Trésorier de la Couronne , y
étoient aussi arrivez , et que le bruit qui avoit
couru que les Meubles , la Vaisselle et les Bijoux
de ce Seigneur , avoient été enlevez pai les Moscovites
, étoit sans aucun fondement.
ALLEMAGNE.
LebruitCourtque a porte,de
E bruit court que l'Empereur a fait écrire
presser le Grand - Visir, de déclarer les motifs qui
ont engagé le Grand Seigneur à ordonner
les préparatifs de guerre auxquels ou travaille
dans la Bosnie.
-
On écrit de Berlin , que le Roy de Prusse a
augmenté de r2oo. florins par mois les appoin
temens de M. Von - Katte , Lieutenant - Feldt- Maréchal
et Commandant de la Ville de Konig
sberg , afin de le mettre en état de fournir aux
dépenses auxquelles l'engage l'arrivée du grand
nombre de Seigneurs Polonois qui s'y rendent
pour faire leur cour au Roy de Pologne.
On mande de Ratisbonne , que les Ministres
qui composent la Diette de l'Empire , s'étant
assemblez pour déliberer sur deux Memoires en
voyez par le Prince Ferdinand de Baviere et par
le Duc de Saxe Wesseinfels , au sujet de la Charge
de General de l'Artillerie , donnée au Prince
Maximilien de Hesse - Cassel , ils avoient résolu
qu'on créeroit en faveur des deux premiers de
ces Princes deux nouvelles Charges de Generaux
de l'Artillerie de l'Empire.
Les dernieres Lettres de Ratisbonne marquent
que le Cercle de Suabe avoit écrit à la Diette
de l'Empire pour lui représenter que les Princes
de la Maison de Bade et les Villes de Gengenbach ,
d'Offembourg , et de Zell , étoient absolument
dang
JANVIER . 1735 . 145
Jans l'impuissance de fournir leurs contingents
et pour demander à cette occasion une diminution
des sommes que le Cercle doit payer pour
kes dépenses de la guerre.
ITALIE .
E Roy d'Espagne á renvoyé à Rome , un
Don Louis une pension considerable sur l'Archevêché
de Tolede.
Selon quelques Lettres écrites de Porto- Ercole,
un Vaisseau portant Pavillon Imperial , s'est emparé
d'une Tartane de l'Etat Ecclesiastique , chargée
d'une quantité considérable de grains , mais ,
une tempête ayant contraint le Capitaine de ce
Vaisseau de relâcher avec sa prise à Civita- Vec
chia , on a exigé non- seulement qu'il la rendît .
mais encore qu'il donnât un dédommagement
au Proprietaire de la Tartane pour le retardement.
de la vente de ses Marchandises.-
L
DE NAPLES ET SICILE..
E Duc de Montemar se prépare à partir
pour aller joindre les Troupes que le Roy
envoye en Lombardie et qui traverseront l'Abruzze
et la Marche d'Ancone , Les Officiers Generaux
nominez pour servir dans ces Troupes ,
sont le Marquis de Gracia Real , le Marquis de
la Mina , et le Comte de Maceda , Lieutenants
Generaux ; le Marquis de Bay , le Chevalier de
Gomicourt ; Don Isidor Parina de la Puente ,
Maréchaux de Camp , et le bruit court que le
Marquis de Pozzobianco aura le Commande-
>
meng
146 MERCURE DE FRANCE
ment des Troupes qui bloquent Siracuse , à la Pla
ce du Comte de Maceda.
On a reçû avis de Messine , que le Prince
Lobkowits , qui commande dans la Citadelle
ayant fait armer un Pinque , et l'ayant envoyé
en course , le Comte de Marsillac lui avoit fair
donner la chasse par un Vaisseau et par quelques
Félouques qui l'avoient joint à quelque distance
du Port et qui l'avoient pris après un combat de
cinq heures.
Le 3. de ce mois au matin , le Roy partit de
Naples avec la plupart des principaux Seigneurs
de sa Cour , pour se rendre en Sicile . Sa Majesté
coucha à Avellino , et elle a dû continuer
sa route le 4.
Le Duc de Montemar partit aussi le 3. pour
la Lombardie ainsi que la derniere colonne des
Troupes destinées pour aller joindre l'Armée des
Alliez.
S. M. a ordonné que pendant son : absence le
Comte de Charny , Lieutenant General da
Royaume , présideroit à tous les Conseils , et seroit
chargé de la direction generale des affaires.
Le Comte de Mace ia devant servir en qualité
de Lieutenant General dans les Troupes qui vont
en Lombardie , le Roy a nommé le Marquis de
Pozzobianco pour commander celles qui sont
employées au Blocus de Siracuse.
Le Pere Naselli, de la Congrégation des Clercs
Réguliers de la divine Providence , a obtenu la
place d'Inquisiteur General du Royaume de Sicile,
et S M. a attaché à cette Dignité une pension
de 4000. écus.
Quelques jours avant le départ du Roy , le
Nonce du Pape informa Sa Majesté que S. 5.
avoit nommé M. Spinelli à l'Archevêché de
Naples
2
JANVIER. 1735. 14Y
Naples , mais le Roy ne s'est pas encore expliqué
sur cette nomination.
On a trouvé sur le Pinque qui a été pris à
quelque distance du Port de Messine , dix pieces
de Canon et trois Pierriers , et l'on a fait prisonniers
à bord de ce Bâtiment so. Grenadiers
et trois Officiers , du nombre desquels est celui
qui avoit le Gouvernement de la Tour del Faro.
Le Capitaine d'un Vaisseau , qui est arrivé de
Gibraltar il y a quelques jours , a rapporté qu'une
Tartane de Marseille avoit coulé à fond dans
les environs du Détroit , un Bâtiment Corsaire
sur lequel on avoit fait 27. Esclaves.
de
On a eu avis que le Roy étoit arrivé le 7 ,
ce mois à Bovino dans la Poüille , d'où S. M. n'a
partir que le 12. dû
Q
ESPAGNE.
Uoique la perte causée par l'Incendie qui
a détruit le Palais de Madrid , soit trèsconsiderable
, elle ne l'est cependant pas autant
qu'on l'avoit crû d'abord , parce qu'on a sauvé
plusieurs Tableaux , les Meubles les plus précieux
, et une partie du Trésor de la Chapelle
Royale.
GRANDE BRETAGNE,
E bruit court que le Roi nommera le Duc
Lde Cumberland , Amiral de la Grande- Bretagne
, et que S. M voulant que ce Prince passe
auparavant par tous les Grades du service de la
Marine , il doit servir en qualité de Quartier-
Maître sur le Vaisseau la Britannia , de l'Escadre
qui sera commandée par le Chevalier Jean
Norris.
48 MERCURE DE FRANCE
On a appris de l'Isle de la Jamaïque , que le
nombre des Negres Rebelles y est augmenté si
considerablement , qu'on a été obligé de faire
prendre les armes à tous les Blancs et à tous les
Creoles , pour s'opposer aux progrès de la Révolte.
Le Vaisseau la Grande Bretagne , en revenant
de Cadix , a fait naufrage sur les côtes de France
,et tous ceux qui étoient à bord de ce Bâtiment
, ont péri , à l'exception du Capitaine.
Le 25. de ce mois , le Parlement s'étant assemblé
, le Roi se rendit à la Chambre des Pairs
avec les céremonies accoutumées , et S. M, ayant
mandé la Chambre des Communes , ordonna
aux Membres qui la composent , de procéder à
l'élection d'un Orateur. Les Membres de cette
Chambre , après avoir reçû cet ordre du Roi ,
qui , contre la coûtume , n'a point fait ce jour-
Jà de discours au Parlement , retournerent à leur
Chambre , et malgré les efforts de quelques- uns
d'entr'eux pour faire élire M. Gibbins , M. Arthur
Onslow , qui a rempli cet emploi dans le
dernier Parlement , fut nommé à la pluralité des
voix ,pour en exercer encore les fonctions dans
celui- ci.
Il y a eu de violentes tempêtes sur les côtes
de ce Royaume , qui ont causé beaucoup de naufrages.
La nuit du 17. au 18. deux Vaisseaux
qui étaient dans le Port de Bristol , se briserent
en se heurtant l'un contre l'autre , et ils coulerent
à fond.
Un Bâtiment qu'on avoit chargé de bled à
Falmouth pour le Portugal , ayant perdu la
même nuit ses ancres , fut poussé par le vent
en pleine mer , et l'on ne sçait encore ce qu'il
est devenu.
Le
JANVIER . 1735. 149
Le Vaisseau le Boston a rencontré à 12. lieuës
Sud- Sud- Ouest des Dunes un Vaisseau de Dannemarc
, nommé la Infrois Madellina , qui étoit
sans Mâts , et renversé sur un banc contre lequel
il avoit échoué ; tout l'équipage de ce Bâtiment
avoit péri , à l'exception de quatre personnes
, que le Capitaine du Boston reçut sur
son bord.
Le 19. Janvier , il s'éleva à Londres un ouragan
si violent , qu'on n'en avoit point essuyé
de pareil depuis un grand nombre d'années.
Plusieurs Bâtimens ont péri dans la Tamise , er
presque toutes les maisons de cette grande Ville
ont été considerablement endommagées.
Par les Registrés mortuaires des Eglises de la
Ville de Londres , il paroît que depuis le 120
Décembre 1733. jusqu'au 10. du même mois de
l'année derniere , il y est né 8675. garçons , et
8955. filles , et qu'il y est mort 3200. personnes
moins que l'année derniere.
Il n'est mort à Amsterdam pendant l'année
derniere que 7764. personnes , au lieu que Pannée
précedente 1733 .
il en mourut 10691.
MORTS
C
>
NAISSANCES
des Pays Etrangers.
Harles Ruzini , Doge de la République de
Venise , est mort le 9. de ce mois dans la
32e année de son âge , après avoir regné 2. ans
7. mois et 3. jours.
Le 13. Janvier 1735. Polixene Christine-Jeapmette
, Reine de Sardaigne , Duchesse de Savoye,
Pria
150 MERCURE DE FRANCE
1
Princesse de Piémont , &c. née Princesse de
Hesse - Rhinfels , mourut à Turin après une longue
maladie de langueur , âgée de 28. ans 3 .
inois 22. jours , étant née le 21. Septembre
1706. Elle étoit fille aînée de feu Ernest Leopold
, Landgrave de Hesse- Rhinfels -Rottembourg
, mort le 25. Septembre 1731. et d'Eleonore-
Marie- Anne sa veuve née Princesse de
Loewenstein - Wertheim. Elle avoit été mariée
le 2. Juillet 1724. avec Charles- Emanuel- Victor
, Roi de Sardaigne , Duc de Savoye , de
Chablais , d'Aoste , de Genevois et de Montfer
rat ; Prince de Piémont , d'Achaye , de Morée
et d'Oneglie ; Marquis de Saluces , & c . Prince
et Vicaire perpetuel du Saint Empire Romain
en Italie ; veuf d'Anne - Christine- Louise de Baviere
, née Comtesse Palatine de Sultzbach
morte le 12. Mars 1723 . Cette Princesse étant
arrivée à Thonon dans le Chablais , le 19. Août
1724. y reçut le même jour la bénediction
tiale , et elle fit son Entrée solemnelle à Turin ,
le 28. de Novembre suivant. Elle a eu six enfans
, qui sont :
nup-
Victor- Amé-Marie , Duc de Savoye , né à
Turin , le 26. Juin 1726.
·
Eleonore Marie - Therese de Savoye , née à
Turin le 28. Fevrier 1728 .
Marie -Louise - Gabrielle de Savoye ,
Mars 1729.
née le 25.
Marie- Félicité de Savoye , née à Turin le 19 .
Mars 1730.
Joseph- Charles- Emmanuel de Savoye , Duc
d'Aoste , né à Turin le 18. Mai 173.1.
Et Charles - François- Romuald de Savoye ,
Duc de Chablais , né à Turin le 23. Juillet 1733 .
mort le 28. Décembre suivant.
Le
JANVIER.
1735 152
Les cinq premiers sont vivans,
La Reine de Sardaigne avoit pour freres et
soeurs :
Joseph , Landgrave Régent de Hesse- Rhin
fels - Rothembourg , né le 23 , Septembre 1705.
marié le 8. Mars 1726. avec Christine - Anne-
Louise Oswaldine , Princesse de Salm , née le
29. Avril 1707. de laquelle il a Anne-Victoire
de Hesse-Rhinfels , née le 25. Fevrier 1728. et
Eleonore-Louise de Hesse - Rhinfels , née le 17 .
Avril 1729.
François - Alexandre , Prince de Hesse- Rhinfels
, né le 8. Décembre 1710.
Eleonore Philippine de Hesse Rhinfels , née
le 10. Octobre 1712. et mariée le 20. Décembre
1750. avec Jean - Chrétien , Comte Palatin
du Rhin , Prince Régent de Sultzbach , veuf de
Marie-Anne de la Tour- Bouillon , Marquise de
Berg- op Zoom.
Charlotte de Hesse . Rhinfels , née le 18. Août
1714 et mariée le 27. Juin 1728. avec Louis-
Henri , Duc de Bourbon , Prince du Sang , Pair
et Grand- Maître de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant- General de ses Armées
, Gouverneur et Lieutenant Géneral de la
Province et Duché de Bourgogne.
Constantin , Prince de Hesse- Rhinfels , né le
21. Mai 1716.
Et Chrétienne - Henriette de Hesse - Rhinfels ,
née le 24. Novembre 1717 .
La Princesse du Brezil accoucha le 17. du
mois passé heureusement d'une fille , que le Roi
de Portugal a nommée la Princesse de Beira.
H PRO
52 MERCURE DE FRANCE
PROMOTION d'Officiers Généraux
du 18. Octobre 1734.
Sernin.
•
Lieutenants Généraux.
. DE MAILLANE , Marquis de Saing
DE BERNIERES de Louvigny?
Il fut blessé considerablement à la cuisse à la
Bataille de Guastalla le 19. Septembre dernier ,'
Il avoit reçu une contusion considerable à celle
de Parme le 29. Juin precedent.
LOUIS CHARLES , COMTE DE LA MOTHES
HOUDANCOURT.
FRANÇOIS D'ESPINAY , Marquis de Boisgueroul
d'Espinay .
JEAN-CHARLES DE SENECTERRE , Comte de
Saint Victour , dit de Senecterre , nommé au
mois de Juin dernier Ambassadeur du Roy à la
Cour de Turin .
CHARLES FRANÇOIS D'ESTAING , Marquis de
Saillans dit d'Estaing. Il fut blessé legerement
à la cuisse à la Bataille de Guastalla.
Ces six nouveaux Lieutenants Généraux , étoient
Maréchaux de Camp de la Promotion du ving
Février dernier.
Maréchaux de Camp.
DE CADEVILLE. Il étoit en 1722.
Capitaine Commandant le quatriéme Bataillon
du Régiment du Roy , et Colonel d'Infanterie,
Etant Commandant du second Bataillon , il fut
fait Lieutenant Colonel de ce Régiment au mois
de Février 1730. et Brigadier le 28, Septembre
17320
JANVIER 1735.
153
1732. Il fut blessé légerement à la Bataille de
Parme le 29. Juin , et se trouva à celle de Guassalla
le 19. Septembre dernier.
Ceux qui suivent , étoient Brigadiers de la
Promotion du 20. Février dernier.
CHARLES DE ROHAN , PRINCE DE MONTAUBAN
, Colonel du Régiment de Picardie.
Il fut blessé à la main et au bras , à la Bataille
de Parme le 29. Juin , et combattit encore à
celle de Guastalla . Il fut depêché le lendemain
pour porter au Roy le détail de l'Action.
FRANÇOIS - FERDINAND DE CLERMONT ,
COMTE DE CHASTE , Colonel du Régiment Dauphin
, depuis le mois d'Août dernier , et auparavant
de celui de Luxembourg.
HENRY DE SAINT SIMON , appellé le Marquis
de Saint Simon
Colonel d'un Régiment
d'Infanterie.
,
›
LOUIS ANTOINE DE GONTAUT , COMTE DE
BIRON Colonel du Régiment Royal Rou
sillon. Il reçut une contusion à la cuisse le 29 .
Juin dernier à la Bataille de Parme et il fut
fait Inspecteur Général d'Infanterie au mois de
Juillet suivant. Deuxième Fils du Duc de Biron.
MICHEL ANCEL DES GRANGES , Maître des
Cérémonies de France Colonel reformé de
Dragons.
>
ETIENNE - JULIEN LOCQUET DE GRANVILLE ,
Colonel réformé de Dragons , beau - frere du
Maréchal de Broglio.
CESAR - ANTOINE DE LA LUZERNE , Сомта
DE BEUSEVILLE , Mestre de Camp , Lieute¬
nant du Régiment des Cuirassiers du Roy.
MARQUIS D'ESTOURMEL , Mestre .....
Hij de
154 MERCURE DE FRANCE
•
deCamp , Lieutenant du Régiment deToulouze,
DE LA MOTTE , Mestre de Camp ,
Commandant une des Brigades du Régiment
Royale des Carabiniers . Il fut blessé dangereusement
à la Bataille de Guastalla , en se signalant
à la tête des Carabiniers .
Brigadiers d'Infanterie.
ETIENNE GUINOT , MARQUIS DE MONCONSEIL
, Gentilhomme du pays de Saintonge , reçû
Lieutenant au Régiment des Gardes Françoises
en 1717. puis Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , cy- devant de Lionne , par commission
du premier Février 1723. et Introduc
teur des Ambassadeurs , et des Princes Etrangers
auprès du Roy , au mois de Novembre 1725. se
demit de cette Charge au mois de Févrir 1730.
LOUIS DE CONFLANS , MARQUIS D'ARMENTIERES
, Vicomte d'Ouchy , &c. né le 23. Février
1711. Colonel du Régiment d'Anjou
par Commission du 16. Septembre 1727.
fut blessé legerement d'un coup de fusil derriere
le col à la Bataille de Guastalla le 19. Septembre
dernier.
CHARLES-RENE' ARMAND DE LA TREMOILLE
, Duc de Thouars , Pair de France , né le
14. Janvier 1708. fait premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , au mois de Février
1717. Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cydevant
de Bacqueville , par commission du 7,
Octobre 1728. puis de celui de Champagne ,
par autre commission du 25. Septembre 1731.
servit en 1733. aux Siéges de la Gherra d'Adda,
et du Château de Milan , et en 1734. au Siége
de Tortonne,dont il apporta le 12. Fév.au Roy
la
JANVIER . 1735 : Iss
>
la nouvelle de la réduction . Il reçut le 4. Juin
suivant une contusion à la cuisse à la reprise
de Colorno , fut blessé legerement le 29. da
même mois à la Bataille de Parme .
ERASME DE CONTADE , reçû Enseigne au Régiment
des Gardes Françoises en 1720 , depuis
successivementSous- Lieutenant , Lieutenant, et enfin
Capitaine dans ce Régiment , le 27.Juin 1729 .
nommé Colonel du Régiment de Flandres 1e 20.
Février 1734. se distingua le premier Juin suivant
à la defense du Château de Colorno dans
le Parmesan , d'où après avoir soutenu les premiers
efforts des Impériaux , il se retira sans
perdre un seul homme. Il reçut une grande contusion
le 29. du même mois à la Bataille de Parme,
ayant été nommé quelques jours aupara →
vant Colonel du Régiment d'Auvergne. Il se
trouva le 19. Septembre à la Bataille de Guastalla.
CHEVALIER DE CONTADE , reça !
en 1709. Sous - Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoises , dont il fut ensuite Sous-
Aide-Major , et en 1721. Lieutenant , actuelle
ment Aide- Major General de l'Armée d'Italie .
JEAN- BAPTISTE - FRANÇOIS DE VILLEMBUR
né le 30. Juillet 1698. Colonel du Régiment
de Bassigny , par commission du 5. Octobre
1730. Il fut blessé d'un coup de fusil dans la {
cuisse , à la Bataille de Guastalla le 19. Septembre
dernier.
FRANÇOIS- LOUIS LE TELLIER DE REBENAC ,
MARQUIS DE SOUVRE' , ET DE LOUVOIS , né
le 17. Septembre 1704. Lieutenant General
pour le Roy des Provinces de Bearn , et de Navarre
, Capitaine dans le Régiment Royal des
Cravattes , Cavalerie , fait Maître de la Garde
H iij
robe
153 MERCURE DE FRANCE
robe de S. M. au mois de Decembre 1725. et
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , cy- devant
la Chenelaye , par commission du 12. Octobre
1730. Il fut blessé à la Bataille de Guastalla le
19. Septembre dernier , d'un coup de sabre à
la tête , et de deux coup de fusil , l'un à la tête et
l'autre au genouil..
DE LA BRUNIE , Major , puis Lieutenant
Colonel du Régiment de Bourbon .
.. DE MONTROSIER , Lieutenant Colo
nel du Régiment de Senecterre , cy - devant Tessé.
Il fut fait prisonnier le 15. Septembre dernier
avec 400 hommes qui étoient sous ses ordres
au poste de la Prépositure , ayant été coupé
par les Imperiaux , après l'attaque du quartier
du Maréchal de Broglio.
DE LA GRANGE , Lieutenant Colonel
du Régiment du Maine.
CHEVALIER DE TRETZ , Lieute
tenant Colonel du Régiment de Medoc.
Brigadiers de Cavalerie , et de Dragons.
DENIS FRANÇOIS DE MAUROY , né le neuf
Octobre 1698. Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment Dauphin . et Mestre de Camp de Cavalerie
, par commission du mois de Mai 1719.
FERON , SIEUR DE LA FERONMAYE
, en Bretagne , Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , sur la démission de son
Pere , par commission du Avril 1727. 10 .
LOUIS ROBERT DE CRASMENIL MALET ,
apellé le Marquis de Graville , et auparavant de
Valsemey , reçû Chevallier des Ordres de N. D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem ,
le 31. Mars 1721. et Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Orleans en 1724. successivement
Guidon
JANVIER . 1735. 157
Guidon de la Compagnie des Gendarmes Fla
mans , Enseigne de celle des Gendarmes d'Orleans
, et au mois de Janvier 1730. Sous - Lieu
tenant de celle des Chevaux- Legers de Berry ,
et nommé au mois de Mars dernier , Mestre de
Camp , Lieutenant du Régiment d'Orleans .
JEAN PAUL DE COSSE' , DUC DE BRISSAC }
Pair et Grand Pannetier de France , né le 12.
Octobre 1698. Capitaine d'une Compagnie de
Cavalerie, avec commission de Mestre de Camps
nommé Mestre de Camp d'un Régiment cy- devant
laMothe Houdancourt , le zo Février dernier
ANNE - PIERRE D'HARCOURT COMTE DE
BEUVRON , Seigneur de Tourneville né le 2
Avril 1701. Lieutenant General au Gouverne¬
ment de la Haute Normandie et Gouverneur
du vieux Palais de Rouen , en 1716. et Mestre
de Camp à Brevet , nommé Mestre de Camp
du Régiment cy-devant du Chastelet , le 20
Février dernier.
2
>
FRANÇOIS -MARIE DE LA MARCK , reçû Chevallier
des Ordres de N. D. de Mont - Carmel ,
et de S. Lazare de Jerusalem , le 6. Avril 1718 .
Mestre de Camp , Commandant d'une Brigade
de Carabiniers aussi Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis fait Capitaine des Gardes
du Duc de Bourbon dans le Gouvernement de
Bourgogne , au mois de May 1729. et son premier
Ecuyer au mois de Novembre 1733 .
?
GASPARD NICOLAS DE VICHY , DE CHAM
PROND , Mestre de Camp .
JACQUES ARMAND , MASQUIS DE VASSE' ,
Vidame du Mans , Baron de la Rocherabile ,
Seigneur de Balon &c. né le 10. Mai 1706 ,
Gouverneur du Château Royal du Plessis lès-
Tours , Mestre de Camp du Régiment Dauphin ,
Hiiij Dragona
158 MERCURE DE FRANCE
Dragons , par commission du 20. Février 1727.
CHEVALIER DE VIGNACOURT , Lieutenant
Colonel du Régiment de Toulouze , Cavalerie
, avec commission de Mestre de Camp.
... DE CHILLOIS , Major , puis Lieutenant
Colonel du Régiment Dauphin , Cavale
rie , ayant commission de Mestre de Camp.
DE LA TOUR DU PIN DE MONTAUBAN
, Major , puis Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans , Cayalerie , avec commission
de Mestre de Camp .
•
"MARECHAUX DE FRANCE
nommez par le Roy le 14. Juin 1734.
et déclarez le 17. de ce mois.
ARMAND CHARLES DE GONTAUT , DUC
DE BIRON , Pair de France , né le 5. Août 1663 .
d'abord Capitaine dans le Régiment du Roy ,
puis nommé Colonel du Régiment de la Marche
, Infanterie , le 5. Septembre 1684. et fait
Brigadier le 3. Janvier 1696. servit la même année
en cette qualité dans l'Armée de Flandres.
Il fut fait Maréchal de Camp le 29.Janvier 1702.
et nommé au mois de Mars suivant , pour faire
la Campagne en Allemagne . Il contribua le 12 .
Octobre à la prise de Neubourg sur le Rhin , et
le 14. du même mois , il se trouva à la Bataille
de Fridlingue. Il fut nommé au mois de Février
1703. pour servir en Flandres , et il fut fait
Lieutenant Général des Armées du Roy le 264
Octobre 1704. et Chevalier de l'Ordre de saint
Louis la même année. Il se distingua beaucoup
dans la belle retraite que fit un Corps de troupes
Françoises après la prise des Lignes près de Tillemont
par Milord Marlborough. Il fut blessé
CE
JAN
VIER.
1735. 159
et fait prisonnier à la journée d'Oudenarde le
11. Juillet 1708. Il servit en 1713. au Siége de
Landau , où le 2. Juillet , commandant la tran
chée , il eut le bras gauche cassé d'un coup de
fauconneau dans une sortie des assiegez . Il fut
obligé de se faire couper le bras , et après la ré
duction de cette Place , le Gouvernement lui en
fut donné. Il fut fait Conseiller au Conseil de
Guerre créé au mois de Septembre 1715. et après
la supression de ce Conseil faite le 21. Septembre
1718. il demeura chargé en chef , du détail
de l'Infanterie. Le feu Duc d'Orleans Regent, le
fit son prémier Ecuyer le 17. Juin 1719. ct le
Roy par ses Lettres Patentes du mois de Février
1723. érigea de nouveau en sa faveur , et de ses
descendans inâles à perpetuité , la Terre et Baronnie
de Biron , et ses dépendances en Titre de
Duché et Pairie de France. Ces Lettres furent
registrées au Parlement , le Roy y séant en son
Lit deJustice , à l'occasion de sa Majorité le 22–
du même mois , et il préta serment , et prit séan
ce le même jour au Parlement.
> JACQUES DE CHASTENET SEIGNEUR DE
PUYSEGUR , Vicomte de Buzancy P'un des
Quart Comtes de Soissons , successivement Capitaine
et Lieutenant Colonel du Régiment du
Roy , Infanterie , fait Maréchal General des Logis
des Camps et Armées du Roy en 1690 Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis le 6 Février
1694. Brigadier d'Infanterie le 3. Janvier
1696. Gentilhomme de la Manche du Duc de
Bourgogne , au mois de Juin 1698. Maréchal de
Camp le 29. Janvier 17c2. Lieutenant Général
des Armées du Roy le 26. Octobee 1704 et
Gouverneur de Condé au mois d'Octobre
3707. Il est Fils de Jacques de Chastenet , Sei-
Hy gueu
160 MERCURE DE FRANCE
gneur de Puysegur , Colonel du Régiment de
Piemont , et Lieutenant Général des Armées des
Rois Louis XIII et Louis XI V. mort le 4 .
Septembre 1682. agé de 82 ans , dont on a des
Mémoires Militaires imprimez à Paris et à Amsterdam
en 1690 ,
CHRETIEN LOUIS DE MONTMORENCY DB
LUXEMBOURG , PRINCE DE TINGRY , Comte
Souverain de Luxe , Comte de Beaumont en
Gatinois , Seigneur de Dollot , né le 9. Février
1675. se trouva au Combat de Steinkerque en
1692. et à la Bataille de Nerwinde en 1693 .
il fut fait la même année Colonel du Régiment
de Provence , et au mois de Février 1700. de
celui de Piemont , par la démission du Duc de
Chatillon son frere . Le Roy lui donna au mois
d'Avril 1701. une Pension de 6000. liv . er il le
fit Brigadier d'Infanterie le 29. Janvier 1702 .
Il se trouva le 13. Janvier 1703 à la prise du
poste de Bondanella en Italie , où il fut chargé
de la principale attaque , batit le 11. Mars suis ,
vant le Régiment de Dragons d'Herbeville Allemand
, et fut commandé le 10. Avril 1704 avec
30. Compagnies de Grenadiers , pour attaquer
la Ville de Revere sur la Secchia , que les Imperiaux,
après avoir fait leur prémiere décharge,
abandonnerent. Il fut ensuite dépêché pour por
ter à la Cour la nouvelle de la prise de catre
Place , et il fut fait Maréchal de Camp le 26.
Octobre de la même année. A son retour en Italie
, il alla servir au Siége de la Ville de Verrue
, qui fut soumise le 9 Avril 1705. Se trouva
le 16. Août suivant à la Bataille de Cassano ,
et s'y distingua , fut aussi employé le 16. Octobre
à l'attaque des retranchemens que les Imperiaux
avoient fait à la tête d'un Pont qu'ils
avoient
JANVIER. 1735. 161
avoient jetté sur le Serio , au Village de Montodeno
, et qui furent forcez. Le 18. du même
mois étant à la poursuite des Imperiaux , il reçut
une contusion. Il continua en 1706. de servir
en Italie , d'où il passa en 1737. à l'Armée
de Flandres . Ayant traité au mois de Janvier
1708. avec le Comte de Montbrun , de la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement de
la Flandre Françoise , le Roy lui accorda le 14..
du même mois un Brevet de retenue de 25000.
écus sur cette Charge , pour laquelie il préta
serment de fidelité entre les mains de S. M. le
17. Avril suivant. Il se trouva le 11. Juillet de
la même année au Combat d'Oudenarde , où il
mena jusqu'à quinze fois à ia charge.les Troupes.
qui étoien sous ses ordres . Le 28.deSept. suivant
étant parti de Douay avec 2000. Carabiniers ,
Cavaliers et Dragons , il traversa l'Armée des
Alliez qui assiégeoient Lille , et y introduisit heureusement
des poudres dont la Place manquoit.
Le Roy ayant reçû le 30. suivant , la nouvelle
de cette entreprise , le nomma sur le champ
Lieutenant Général de ses Armées . Après la reddition
de la Ville de Lille , il entra dans la Citadelle
pendant le Siége de laquelle il fit une sor
tie le 12 de Novembre , dans laquelle les assiégeans
perdirent près de 800. hommes sans les
bless z . Il conduisoit le Corps de réserve à la
Bataille de Malplaquet près de Mons , le 11. Septembre
1709.ct il commanda l'arrieregarde dans
la retraite honorable que fit l'Armée Françoiss
après cette sanglante Bataille. Le Gouvernement
de Valenciennes lui fut donné au mois de Mars
1711. et il prit la même année en se mariant ,
le Titre de Prince de Tingry , ayant été connu
jusqu'alors sous celui de Chevalier de Luxem-
H vj bourg.
16: MERCURE DE FRANCE
bourg. Il servit en 1712. aux Siéges des Villes
de Douay , du Quesnoy , et de Bouchain , qui
furent reprises après l'heureux succés de l'affaire
de Denain . Il obtiat au mois de Février 1729 .
le Gouvernement des Ville et Château de Mantes
, et la Lieutenance de Roy du Pays Mantois ;
et ayant été proposé le premier Janvier 1731.
pour être associé à l'Ordre du Saint Esprit , il
en reçut le Collier et la Croix le 2. Février suivant
, ayant été fait auparavant Chevalier de
celui de Saint Michel . Depuis sa Promotion ,
il a pris le Titre de Maréchal de Montmorency .
Il est le dixéme de cette Illustre Maison qui ait
merité cette Dignité.
A. M. G. ETRENNE S.
Du compliment dans la Mytologie ,
J'ai lu jadis la Généalogie :
Sans ressemblance et sans fraternité ,
Double être en terre est de ce nom doté ;
Double est leur sort , double leur origine ,
Et double objet toujours les détermine.
De flatterie , et du mensonge Fils ,
L'un bas , rampant , courbé dans ses replis ,
Perfidement se glisse et s'insinuë ,
Puis fierement s'élance vers la nuë ;
Le Mirmidon sur son aîle porté ,
S'enfle , et se croit un Géant redouté ;
En mots dorés sa boutique est fertile
Encens mielé de sa bouche distile ,
Pas
JANVIER . 1735. 16
>
Par l'interêt , vil encens fabriqué :
Un faux respect décore sa malice
Par son crédit vice sophistiqué ,
De la vertu revêt le frontispice .
Du vrai mérite , et de la verité ,
L'autre est le fils , l'antique probité ,
De cour pléniere honora sa naissance ;
La modestie éleva son Enfance ,
Discernement fut son cher favori ,
Et de son lait la Vertu l'a nourri ;
Sincerité lui forma la parole ,
De son discours Gigantesque hyperbole
Für éxilée , et depuis n'a jamais
Enflé sa langue , ou grossi ses portraits ;
A bien penser fut son aprentissage ,
Le coeur , la bouche eurent même langage
A louanger habile sans effort ,
De l'interêt ignorant le ressort
Son pur encens jamais il ne frelatte ,
Estime vraie en sa loüange éclatte ;
Du vice heureux , du faux ennemi né,
A l'éxalter onc ne s'est profané.
De tous les deux brille aujourd'hui la fête ;
L'un triomphant en char que rien n'arrête ,
Pompeux , fleuri , volant de Cour en Cour ,
En vrai Tiran domine dans ce jour,
L'autre modeste , à pieds , doux et tranquile ,
Chez peu de gens élit son domicile ,
C'est
164 MERCURE DE FRANCE
C'est le second ; je l'ai vû ce matin ' ,
Heurté , poussé , demandant son chemin.
Je vous l'adresse , ou pouroit- il mieux être ₹
Il m'a paru d'abord vous reconnoître ,
Il vous cherchoit ; son concurrent jaloux ;
S'efforceroit en vain d'entrer chez vous.
De le None , Comédien de Strasbourg,
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E premier Janvier , les Princes et
Princesses du Sang , et les Seigneurs
et Dames de la Cour eurent 'l'honneur de
complimenter le Roy et la Reine sur la
nouvelle année .
Le Corps de Ville rendit à cette occasion
ses respects à leurs Majestez à Monseigneur
le Dauphin et à Mesdames de
France , étant présenté et conduit en la
maniere accoûtumée .
Le même jour , les Chevaliers , Commandeurs,
et Officiers de l'Ordre du Saint
Esprit, s'étant rendus dans le Cabinet du
Roy S. M. tint un Chapitre dans lequel
le Comte de Belleisle , et le Mar-
,
F
quis
JANVIER. 1735. 169
quis de Perignan , qui avoient été proposez
dans le Chapitre tenu par le koy
le 13. Juin dernier , pour être reçus Chevaliers
, furent admis , après que l'Abbé
de Pomponne , Chancelier des Ordres du
Roy , cut raporté qu'ils avoient satisfait
à ce qui est prescrit par les Statuts .
Le Chapitre étant fini , le Comte de
Belleisle fut introduit dans le Cabinet du
Roy , où S. M. le fit Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel. Le Roy sortit ensuite
de son appartement pour se rendre
à la Chapelle. S M. étoit precedée du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Clermont , du Prince de
Conti , du Duc du Maine , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , du Comte
de Toulouze , et des Chevaliers , Commandeurs
, et Officiers des Ordres , et le
Comte de Belleisle en habit de Novice
marchoit entre les Chevaliers et les Officiers
. Le Roy , devant lequel les deux
Huissiers de la Chambre portoient leurs
Masses , étoit en manteau , le Collier
de l'Ordre pardessus , ainsi que les Che
valiers.
Après la Grand' Messe qui fut cele.
brée pontificalement par l'Archevêque
de Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
, le Roy quitta son Prie- Dicu , ` et
monta
166 MERCURE DE FRANCE
monta à son Trône auprès de l'Autel,oà
S. M. reçut Chevalier , avec les Ceremonies
accoûtumées , le Comte de Belleisle,
qui eut pour Parains le Marquis de
Livri, et le Comte de Matignon. La Reine
s'étoit renduë Ivec les Dames de la Cour
à saTribune , où S. M. entendit la Grand-
Messe.
Le Roy a accordé le Gouvernement
de Vannes , qu'avoit le Marquis de Lannion
, au Comte de Lannion son Fils.
S. M. a accordé l'agrément du Régiment
de Cavalerie de Turenne , dont le
Duc de Bouillon étoit Mestre de Camp ,
au Marquis de Grammont , Capitaine dans
ce Régiment.
Le s . Janvier , le Maréchal Duc de
Noailles , préta entre les mains du Roy
le Serment de fidelité , dont M. d'Angervilliers
Ministre et Secretaire d'Etat
ayant le département de la guerre , fit la
lecture .
,
Le 26. le Maréchal de Biron , et le Maréchal
de Montmorenci , préterent aussi
Serment de fidelité entre les mains de
S. M. Quelques jours auparavant le Maréchal
de Coigny avoit prêté le même
Serment.
Le
JANVIER . 1735. 167
Le Roy a permis au Marquis de Perignan
, dont les preuves ont été admises
dans le Chapitre de l'Ordre du Saint Esprit
, tenu le premier de ce mois , de
porter le Cordon et la Croix de cet Ordre
jusqu'à ce qu'il vienne recevoir le
Collier des mains de Sa Majesté.
Le Roy a nommé Colonel Lieutenant
et Inspecteur de son Régiment d'Infanterie
, le Comte de Biron , Maréchal de
Camp , et Inspecteur d'Infanterie.
Par une Ordonnance du premier Janvier
de cette année , le Roy a rétabli la
Charge de Major de la Gendarmerie ,
en faveur du Marquis du Chastelet , cydevant
Mestre de Camp de Cavalerie du
premier Septembre 1722. Commandant
et Major du Régiment Royal . Cette charge
réunissant tous les détails qui concernoient
l'inspection suprimée par la même
Ordonnance . Le mérite du Marquis
du Chastelet , est aussi connu que sa naissance
est distinguée.
>
S.M. a donné l'agrément de la Charge
de Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Bourguignons , vacante
par la démission volontaire du
Marquis de Castelmoron , au Comte de
Castelmoron son Fils, Sous- Lieutenant de
la
168 MERCURE DE FRANCE
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans ,
et l'agrément de la Charge de Sous Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
de Flandres , dont le Marquis de Gratot
s'est démis , au Marquis de la Chaise
Premier Cornette de la Compagnie des
Chevaux-Legers de la Reine. M. de Barantin
, Guidon de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , a été nommé Premier
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Reines et le Comte de
Polignac , Guidon de la Compagnie des
Gendarmes Anglois .
Le Roy a nommé le Maréchal Duc de
Noailles General de ses Troupes en
Italie , et le Maréchal de Coigny , General
de l'Armée d'Allemagne.
S. M. a donné au Marquis de Monconseil
, Brigadier de ses Armées , et Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , la
place d'Inspecteur d'Infanterie , qu'avoit
le Comte de Biron.
Le 25. de ce mois , le Marquis de Rosignan
, Ambassadeur du Roy de Sardaigne,
eut, en grand manteau de deuil
une audience particuliere du Roy , et il
donna part à S. M. de la mort de
la Reine de Sardaigne. Il alla le même
jour à l'audience de la Reine , de
Monseigneur
JANVIER:
1735. 169
Monseigneur le Dauphin , et de Mesdames
de France , et il fut conduit à toutes
ces audiences par M. Hebert , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 27. le Roy prit le deuil
mort de cette Princesse .
pour la
S. M. a nommé à l'Archevêché de Besançon
l'Abbé de Grammont > Haut-
Doyen de l'Eglise Métropolitaine de la
même Ville.
Le 9. de ce mois , l'Abbé de Crussol
nommé à l'Evêché de Blois , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché , par
l'Archevêque de Paris , assisté des Evêques
de Senlis et de Noyon.
Le premier jour de l'An , le Roy entendit
à son lever les Hautbois de sa
Chambre , qui jouerent plusieurs Airs
de Lully.
Le même jour , pendant le diné de S.M :
les vingt- quatre éxecuterent plusieurs piéces
de Simphonie de la composition de
M. Destouches, Sur- Intendant de la Musique
de la Chambre , en semestre.
Y
Le 10. il y eut concert chez la Reine.on
chanta le Prologue et la premiereEntrée
du Ballet des Elemens. On continua le 12.
les deux Entrées suivantes , et on donna
le
170 MERCURE DE FRANCE
le 17. la derniere Entrée , qui fut précedée
du Prologue du Ballet des Stratagêmes
de l'Amour. La Dlle Antier y fut très
aplaudie dans le rôle de Prétresse de la Gloire
, et dans celui d'Emilie dans l'Acte
du Feu. La Dlle Mathieu réussit parfaitement
dans les rôles de Junon et de
Pomone.
Le 19. on chanta devant la Reine , le
Prologue et le premier Acte de l'Opera
d'Hypermnestre , mis en mis en Musique par
M. Gervais , Maître de Musique de la
Chapelle , qu'on continua le 24. et le
26. Il fut parfaitement bien éxecuté .
Les Comédiens François représenterent
à la Cour le Jeudi 9. Décembre , les
Bourgeoises à la Mode et le Retour imprevu.
Le 14. le Mercure Galant et le Galant
Jardinier.
Le 16. la Tragédie d'Habis et la Pupille.
Le 30. l'Ingrat et les Mécontens .
Le 4. Janvier 1735. Didon et le Dédit.
Le 11. le Curieux impertinent et les Folies
amourenses.
Le 13. Britannicus et la Nouveauté.
Le 18. Jodelet Maître et le Mari r
trouvé.
Le 20. Sabinus , qui eut beaucoup de
succès , et le Mary retrouvé,
JANVIER 1785 171
Le 25. le Réveil d'Epimenide et les Précieuses
ridicules.
Le 27. Bajazet et Colin Maillard.
Le 4. Decembre , les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , les Deux
Arlequins , et la Veuve Coquette.
Le 11. l'Embarras des Richesses , et
la Folle Raisonnable.
Le 18. la Double Inconstance , et la
Petite Piéce nouvelle du Déguisement.
Le 8. Janvier , la Surprise de l'Amour
et l'Isle du Divorce.
Le 15. la Comédie nouvelle du Frere
Ingrat , ou le Prodigue puni , qui fut suivie
du Je ne sçai quoy.
Le 22. Arlequin Sauvage , et l'Ecole
des Meres.
Le 29. L' Amour Précepteur , et le Portrais
Les pluyes et les vents impétueux qui
regnent depuis quelque temps , ont causé
beaucoup de naufrages sur nos Côtes , et
beaucoup de dégâts dans les terres .L'Ouragan
qui se fit sentir dans la Province
d'Artois le 19. de ce mois , fut des plus
violents ; dans les Campagnes les arbres
ont été déracinez , et grande quantité de
maisons abatuës , les Clochers de plusieurs
Eglises renversez , aussi- bien que
plus de 60. Moulins à vent , qui one
écrasé
172 MERCURE DE FRANCE
écrasé plusieurs personnes , des Fleches
de Clochers ont été transportées à plus
de 200. toises ; il n'y a pas à Arras une
seule maison qui n'ait ressenti la fureur
de ce vent. Toutes les Eglises en sont
découvertes , les vitres renversées et plu
sieurs de ces Eglises sont endommagées
dans la maçonnerie. A l'Abbaye de saint
Eloy , qui est à deux lieües d'Arras , le
Choeur de l'Eglise a été entierement
renversé. Le vent commença sur les 8 .
heures du matin avec assez de force ,
mais sa violence augmenta considérablement
sur les 4. heures après midy , et
dura jusqu'à 7. heures du soir. Il fut mêlé
de pluye , de grêle , d'éclairs et de
tonnerre.
CEREMONIE particuliere , faite à
la Messe de Minuit. Extrait d'une Lettre
écrite par M. Demas , Curé de la Villeneuve
en Chevrie , le 7. Janvier 1735"
A Paroisse de la Villeneuve en Che-
Lvrie , est située à deux petites lielies
de la Ville de Mante , et sur la route
de celle de Vernon . C'est dans l'Eglise
de cette Paroisse que de temps immémorial
se fait à la Messe de Minuit , par
frente Bergers et huit Bergeres , la Ĉéremonic
>
JANVIER. 1735 173
remonie dont on va voir ici le détail ,
à laquelle on accourt de plusieurs lieües.
On a préparé dans le Choeur de l'Eglise
une Crêche très-proprement faite , dans
laquelle est couché l'Enfant Jesus , en
figure de cire. La Crêche est éclairée de
plusieurs flambeaux de cite blanche.
L'heure de l'Office étant arrivée , on
commence par chanter l'Hymne Te Deum ,
&c. laquelle étant finie , le Célebrant en
Chappe , accompagné de son Clergé ,
fait les encensemens de la Crêche , au
son d'une Symphonie de Violons , de
Basses et d'autres Instrumens . Un Ber ger
fort
proprement
habillé
, vient
ensuite
se prosterner
au pied
de la Crêche
,
tenant
attaché
par
un
grand
ruban
un
Mouton
, sur
lequel
il y a une
espece
de
petit
Bât
artistement
fait
, et sur
le
Bât
seize
Cierges
allumés
. Il est suivi
de
deux
Bergeres
habillées
de blanc
, portant
chacune
une
Quenoüille
ornée
de
rubans
, et un cierge
à la main
, Les
autres
Bergeres
de
la Ceremonie
portent
aussi
des
Quenouilles
pareilles
et
un
cierge
.
Suit un second Berger qui porte une
belle branche de Laurier , à laquelle sont
attachés avec un certain arrangement des
Oran174
MERCURE DE FRANCE
Oranges , des Citrons , d'autres Fruits ,
des Biscuits et des Sucreries , & c. Ce
Berger est au milieu de deux Bergeres .
Deux autres Bergers , portent sur un
Brancard, couvert d'une magnifique Toilette
, trois grands Pains benits , sur chacun
desquels sont un Rameau de Laurier
, orné de rubans , et des cierges allumés.
Les quatre autres Bergeres viennent
ensuite faire leurs adorations devant la
Crêche. Elles sont suivies des autres Bergers
, qui se présentent deux à deux ,
portant d'une main un cierge et de l'autre
une Houlette ornée de Festons .
Les Bergers et les Bergeres viennent
à l'Offrande dans le même ordre , et
pendant leur marche on chante un Prologue
sur la Naissance du Sauveur , accompagné
d'une belle Symphonie. La
Messe finie , on recommence les Adorations
avec la même ceremonie , et puis
on se retire.
Il se fait après cette Messe de Minuit,
dans un lieu marqué , un petit Reveillon
ou Repas pour les Bergeres , qui sont
servies par quatre Bergers ; nuë tête. Les
Bergers leur font présent à chacune d'un
Gateau , et ils vont les reconduire. Les
Bergers reviennent sur leurs pas , et font
20
JANVIER. 1735. 175
au même lieu un petit Repas , où tout
se passe avec beaucoup de modestie et
de frugalité.
La même Céremonie des Adorations ,
&c. cy- dessus décrite , se fait encore à
la Messe du Point du jour , dans le même
ordre et avec les mêmes circonstances
.Celle- ci finit par une Exhortation que
fait M. le Curé aux Bergers et aux Bergeres
sur les devoirs de leur état , &c.
wh
Enfin les Bergers viennent en Corps
remercier leur Curé , et ils lui font présent
de la Branche de Laurier , chargée
comme il a été marqué ci- dessus. Tout
se passe dans cette Cerémonie avec tant
de pieté et d'édification ; que lorsque ces
Bergers sortent de l'Eglise , gardant le
silence et dans un Esprit de recueillement
, on peut leur appliquer ce que
dit l'Evangile des Pasteurs de Judée , qui
vinrent adorer le Sauveur dans la Crêche
de Bethléem. Et reversi sunt Pastores
glorificantes et laudantes Deum , in
omnibus qua audierant et viderant. Luc
II . 20.
1
I LET
176 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Rouen
écrite le 22. Décembre 173.4 . sur la mort
de M. de Pontcarré , Ancien Premier
Président du Parlement de Normandie.
R Hurard , Curé de la Paroisse
Msai
>
Saint Lo , dans laquelle est l'Hôtel
de Messieurs nos Premiers Presidents,
fit celebrer Lundi dernier 18. de ce
mois,un Service solemnel , pour le repos
de l'Ame de feu M. dePontcarré. Toute
l'Eglise étoit tendue de deuil avec des
bandes de velours , chargées des Armoiries
du deffunt l'Aurel principal et le
Choeur furent extraordinairement éclai
rés , et tout répondoit à l'apareil d'une
grande Pompe funebre. Messieurs du
Parlement , invitez en ceremonie le
Corps des Avocats , la Communauté des
Procureurs , et autres Personnes de Robe
y assisterent. Quantité de Personnes
du premier rang de la Ville et des environs
s'y trouverent , et plusieurs Prêtres
de l'Ordre Seculier et Regulier celebrerent
des Messes dans la même Eglise.
Enfin toute la Ville s'empressa en cette
occasion de rendre ses devoirs à la mémoire
d'un Magistrat qui lui avoit été
cher , et qui méritoit sans doute sa recon-
,
noissance .
JANVIER. 1735. 177
noissance. On sçait le service important
qu'il rendit à l'Eglise de Rouen dans l'affaire
celebre de la Primatie , laquelle fut
maintenue dans ses Droits par un Arrêt
contradictoire du Conseil d'Etat rendu
par le Roy même , au raport de ce grand
Magistrat. On sçait aussi les soins qu'il
se donna dans les années 1709. et 1725.
pour calmer une Populace , plus malheu
reuse que coupable , dans un temps de
disette ez de misere Enfin on se souviendra
toujours des grandes charitez qu'il
a faites dans cette Ville • particulierement
à l'égard de plusieurs Communautez
Religieuses. C'est à lui que nous
sommes redevables de l'institution des
Petites Ecoles , pour l'instruction des
Enfans des pauvres. C'est aussi par cette
consideration les Freres de la Doctrique
ne Chrétienne , ont fait des prieres particulieres
, et fait aussi celebrer un Service
à son intention. Les Sçavans et les
gens de Lettres ont aussi marqué leurs
regrets en plusieurs manieres, parce qu'il
les avoit toujours protegés , et qu'ils
reconnoissoient en lui un Esprit du premier
ordre , rempli des plus belles connoissances
, surtout de celles qui concernent
l'Antiquité Metallique . Son magnique
Cabinet de Médailles , qu'il laisse
I ij
178 MERCURE DE FRANCE
rempli des plus belles suites en tout genest
un Monument de sa Sagacité et
de son gout excellent , qui mérite de passer
jusqu'à sa derniere Posterité,
,
La Princesse hereditaire de Modéne ,
étant arrivée à Marseille sur les Galeres
du Roy, à leur retour de Naples , S.A.S.
y a fait quelque séjour , et ensuite elle
s'est rendue à Lyon , où le Prince Hereditaire
de Modéne son Epoux est venų
la joindre . Ce Prince arriva à Paris au
commencement du mois de Décembre ,
Il a été fort bien reçu du Roy , de la
Reine , de toute la Famille Royale , des
Princes et Princesses du Sang , ainsi que
de son Altesse Royale sa belle - Mere , et
du Duc d'Orleans,
3
Le de ce mois
27.
on célebra dans
Eglise Paroissiale de S. Sulpice , un
Service solemnel pour le repos de l'Ame
du Maréchal Duc de Villars , Maréchal
General des Camps et Armées de S. M.
On avoit élevé un magnifique Catafalque
au milieu de cette Eglise , qui étoit
entierement tendue de noir , et éclairée
par une grande quantité de lumieres ,
avec armes et bandes de velours . Le
Curé de S. Sulpice célebra la Messe , et
l'Abbé
JANVIER. 1735i 179
Abbé Segui prononça l'Oraison funebre
avec beaucoup d'éloquence. Les Cardinaux
de Rohan , de Polignac, et de Bissy,
et plusieurs Evéques assisterent à ce Service
, ainsi qu'un grand nombre de Personnes
de distinction . Le Duc de Villars,
Fils unique du Maréchal Duc de Villars ,
qui avoit ordonné la Pompe funebre , en
faisoit les honneurs.
Le Catafalque étoit placé au milieu
de la Nef , et de proportion convenable
à la grandeur et au waste de cette magnifique
Eglise. L'idée generale de la Pompe
funebre , étoir de caracteriser une espece
de Champ de Mars . Pour cela'on avoit
placé sans ordre , ou plutôt sans symétrie,
mais avec art , divers Canons et Mortiers
sur leurs affuts, Cuirasses, Boucliers , Timballes
, Trompettes , et autres armes et
instruments
de guerre , le tout servant
à l'élevation du Tombeau , qui étoit feint
de marbre portore , orné d'armes , têtes
de Lion et consolles . Sur ce Tombeau
étoit la Représentation , avec le poile
croisé de moire d'argent , bordé d'hermine
, couverte des honneurs , sçavoir , de
la Couronne et Manteau Ducal , des Cordons
des Ordres du Saint Esprit et de la
* Toison d'Or , du Bâton de Maréchal de
France , &c. Le tout placé dans le milieu
de
180 MERCURE DE FRANCE
de quatre grandsPalmiers en argent dont
les sommets cherchoient à s'unir pour
servir de couronnement au Tombeau .
Au corps ou tronc des Palmiers étoient
suspendus des trophées de guerre , composés
de Drapeaux, Etendarts, Armures ,
Casques , Corcelets , Boucliers , Beliers ,
Massues , Faisseaux d'Armes , et autres ,
le tout doré et entremelé de palmes et
et festons de Ciprez , et d'un très grand
nombre de cierges placés pour former
un beau groupe de feu et de lumiere qui
produisoit un grand effet , et servoit à
distinguer les differens membres d'architecture.
, les morceaux de sculpture , et la
singularité des diverses sortes de marbre.
Vers le haut des troncs des Palmiers feints
en argent , étoient plusieurs Couronnes .
dorées , de lauriers , de chesnes , triomphales
, murales , civiques , & c ,
Au socle ou Estrade sur quoi étoient:
tous les sujets dont ou vient de parler ,
on avoit pratiqué les degrez qu'on apelle
d'honneur , au nombre de trois , sur lesquels
on voyoit deux figures en marbre
blanc , de grandeur naturelle , l'une répresentant
la Valeur , appuyée sur un
Lion ,
exprimant par son attitude la .
douleur de la perte de son Heros. Du
côté oposé , on avoit placé la Prudence
JANVIER. 1735 . 181
ce , vertu inseparable des Grands Hommes
.
Sur les flancs de l'Estrade et aux pié
destaux qui étoient en marbre blanc veiné,
et paneaux de vert d'Egypte, étoient
des cartouchés avec têtes de morts et festóns
de Ciprez , le tout doré , d'où partoient
grand nombre de girandolles en
argent , ce qui produisoit un grand éclat
de lumieres.
Cette Estrade faisoit un plan quarré
long , circulaire à chacun de ses bouts ,
avec pieédestaux en saillie , elle avoit
seize pieds de long , et tout le Catafalque
en pouvoit avoir trenet de hauteur,
sans y comprendre le grand pavillon qui
couronnoit tout ce magnifique sujet. "Il
répresentoit une espece de tente retroussée
en festons , avec beaucoup d'art et
dé gout , ainsi que tout ce qui composoit
ce grand appareil , dont les corps
d'architecture étoient dorés , et lès pentés
garnies d'hermines et de larmes .
Le Carafalque et la disposition du Lieu ,
des ornemens , et de tout ce qui composoit
ce pompeux spectacle , aussi heureusement
que dignement caracterisé, est de
l'idée de M. de Selles, Intendant et Contrôleur
General des menus plaisirs et affaires
de la Chambre du Roy, et éxecuté sous
iiij ,
ses
182 MERCURE DE FRANCE
ses ordres , par le sieur Perrot pour la
peinture , et par les sieurs Slodtz pour
Îa sculpture.
MORTS , NAISSANCES ,
L
Mariages.
E nommé Jean Geneste , Laboureur , est
mort d'une attaque d'apoplexie dans la Paroisse
de Monbasillac , Diocèse de Sarlat , âgé
de III. ans.
D. Catherine- Louise de la Fontaine- Solare 2
veuve de Guillaume de la Boissiere , Seigneur de
Chambors , Ancien Lieutenant des Cent Suisses
de la Garde ordinaire du Roi , mourut à S. Germain
en Laye le 18. Décembre , âgée de près de
80. ans. Elle avoit été pendant plusieurs années
Fille d'honneur de feue S. A. Madame la Duchesse
de Nemours . Elle étoit petite niéce de
Pierre de la Fontaine , Grand- Prieur de France
et Géneral des Galeres de Malte en 1563. La
Génealogie de cette Maison est rapportée , dans
le VIII. Vol. de l'Histoire des Grands Officiers
.
Le 28. Décembre 1734. Anne Bretagne , Sire
et Comte de Lannion , Baron et Fair de Bretagne ,
Vicomte de Rennes & c Lieutenant Géneral des
Armées du Roi , et Gouverneur de Vannes et
Auray , qui avoit eu la jambe fracassée d'un
coup de mousquet à la bataille de Guastalla , le
19. de Septembre dernier , après avoir beaucoup
souffert , et long- tems , mourut à Guastalla , âgé
d'erre
JANVIER. 1735 183
d'environ 52. ans. Il avoit été fait Lieutenant-
Géneral le premier Août dernier , ainsi qu'on l'a
rapporté dans le Mercure du même mois , page
1878. où l'on a marqué les differens grades par
lesquels il étoit parvenu à ce dernier. Il étoit
fils aîné de feu Pierre , Sire et Comte de Lannion
, Baron et Pair de Bretagne , Vicomte de
Rennes , Marquis d'Espinay , &c. Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , et Gouverneur des
Villes et Châteaux de S. Malo , Vannes , et Auray
, mort le 26. May 1717. âgé de 75. ans 3 .
mois , et de deffunte D. Marie- Genevieve Eschalard
de la Marck son épouse , morte le 27 .
Avril 1726. dans la 76. année de son âge , et il
avoit été marié au commencement de l'année
1708. avec Marie -Gaëtane de Mornay , fille unique
de feu Gaston - Jean- Baptiste de Mornay ,
Comte de Montchevreuil , Colonel du Régiment
du Roi , Lieutenant- General de ses Armées
, Gouverneur de la Ville et Cité, d'Arras ,
Lieutenant- General au Gouvernement de la Province
d'Artois , et Grand - Croix de l'Ordre
Royal et Militaire de S. Louis , tué à la bataille
de Nerwinde , le 29 Juillet 1693. et de Perine
Barin de Bois - Geoffroy sa veuve. Il laisse d'elle
plusieurs enfans , dont l'aîné est le Comte de
Lannion , à qui le Roi a donné le Gouvernement
de Vannes . François Gaëtan , Chevalier
de Lannion , qui étoit le second , vient de mourir
le 11. du présent mois de Janvier 1735. dans
la 13. année de son âge.
Le 8. Janvier 1735. Joseph-Hiacinthe de Broglio
, Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , du 6. Septembre 1683. Abbé
Commandataire des Abbayes de Sainte Marie de
Pignerol en Piémont , et de Valloires , Ordre de
Ly Ci
184 MERCURE DE FRANCE
-
Y Citeaux , Diocèse d'Amiens nommé à cette
derniere en 1692. ci - devant Chanoine de la Ste
Chapelle du Palais à Paris ; oncle de Charles-
Guillaume , Marquis de Broglio , Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , Gouverneur de
Gravelines ; de François - Marie , Comte de Broglio
, Chevalier des Ordres du Roi , Maréchal
de France , et Gouverneur de Bergue , d'Achilles
, Chevalier de Broglio , Gouverneur d'Avesnes
, et Chef d'Escadre des Armées Navales
du Roi , et de Charles Maurice de Broglio
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris ,
de la Maison et Societé de Sorbonne ct Abbé
Commandataire des Abbayes , des Vaux de Cernay
, Diocèse de Paris ; de Baume-les - Moines ,
Diocèse de Besançon , et du Mont S. Michel ,
Diocèse d'Avranches ; ci - devant Agent Géneral
du Clergé de France par deux fois ; mourut à
Paris dans la 83. année de son âge , ayant institué
par son Testament pour sa Légataire universelle
, la Demoiselle de Revel sa niéce , âgée
de 21. ans , fille unique de feu François- Rai
mond Felix de Broglio , Comte de Revel , Lieu
tenant -General des Armées du Roi , et Grand-
Croix de l'Ordre Militaire de S. Louis , mort le
34. Août 1720. et de D. Marthe des Champs de
Marsilly sa veuve , qui avoit épousé en premieres
nôces Nicolas de Chaugy , Seigneur , Comte
de Roussillon .
Le 10. D. Marie- Cécile Pellard , veuve depuis
le 29. May 1723. de Jean de la Chapelle , Seigneur
de S. Port , l'un des 40. de l'Académie
Françoise , et Sécretaire des Commandemens de
feu S. A. S. le Prince de Conti , et auparavant
Receveur General des Finances de la Rochelle ,
mourut à Paris , d'accident , s'étant laissé tomben
JANVIER.
1735. 185
ber dans son feu , où elle eut la tête et un bras
brûlez.
Le 11. mourut à Paris , âgé de 3. ans et demi
, Marie. Charles - François , Comte de Rongé
du Plessis-Beliere , second fils de feu Lonis de
Rougé ; Marquis du Plessis - Belliere , Colonel du'
Régiment de Vexin Infanterie , mort à l'âge de
26. ans et demi , le 24. Juin 1732. ainsi qu'on´
l'a rapporté dans le Mercure de Juillet suivant ,
P. 1664. et de D. Marie Anne- Therese d'Albert
-d'Ailly de Chaulnes , Marquise Douairiere
du Plessis- Belliere sa veuve.
·
Le 11. D. Catherine- Antoinette Betault , fille
de feu Louis Betault , Seigneur de Chemault et
de Montbarrois , mort Président en la Chambre
des Comptes de Paris , le 15 May 1684. et de
Marie Lorthon , morte le 3. Juillet 1700. et
euve depuis le premier Mars 1697. de Jean de
Creil , Seigneur de Soisy , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , ci - devant Inten
dant à Rouen , qu'elle avoit épousé le 9. Mar
1671. mourut à Paris , âgée de plus de 80 anslaissant
pour héritiers Jean- François de Creil s
Marquis de Nancré , Seigneur de Chémault ,,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gre-,
nadiers à cheval , et Maréchal de Camp du 20-
Fevrier 1734 son fils et Jacques - François
d'Hautefort , Marquis de S. Chamans , son petit-
fils , fils unique de Charles Nicolas d'Hautefort
, Marquis de S. Chamans , Sous- Lieutenant
de la seconde Compagnie des Mousquetaires du
Roi , et Maréchal de Camp de ses Armées ,
mort le 2. Fevrier 1712. et de Marie - Elisabeth
de Creil , morte le 21. Fevrier 1733. dans la
60. année de son âge.
"
Le 14 Guillaume Bernard de Montebise
Prêtre
186 MERCURE DE FRANCE
Prêtre , Docteur en Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maison et Societé de Sorbonne, du26.
Fevrier 1693. et Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , depuis le 15. Mars 1698. mourut
en sa maison Canoniale , àgé d'environ 75.
ans .
Le 28. Janvier , D. Marguerite Barbier , fille
de feu Philippe Barbier , Lieutenant- General de
Robe longue de la Prevôté de l'Hôtel , et veuve
depuis le 28. Juin 1714. de Louis - Denis Longuet
, Seigneur de Vernoüillet , de Chauvilliers,
&c. Receveur General , et Payeur des Rentes de
'P'Hôtel de Ville de Paris , mourut d'accident ,
ayant avalé un os ; elle étoit âgée de 60 ans et
plus. Elle laisse un fils et une fille , qui sont François
Longuet , Seigneur de Vernouillet , Conseiller
an Grand Conseil , où il a été reçû en
1719. et qui fut marié au mois de fuillet 1726.
avec une fille du feu Sieur Barraly , Directeur
Géneral de la Monnoye de Rennes , et Marie-
Helene Longuet , mariée au mois de Fevrier
1716. avec Jacques Olivier de Vigny , Seigneur
de Courquetaine , Cervolles , Montgazon et
Villepayen , Maître ordinaire en la Chambre
des Comptes de Paris , veuf de Marie-Anne
Rouillé des Filletierés.
Le 30. Décembre 1734. sur les cinq heures
après- midi il est né un fils à Louis - François-
Armand de Vignerod du Plessis , Duc de Richelieu
et de Fronsac , Pair de France , Marquis du
Pont-Courlay , Comte de Cosnac , Prince de
Mortagne , &c Chevalier des Ordres du Roi ,
Brigadier de ses Armées , et Colonel d'un Régiment
d'afanterie de son nom , de son mariage
avec Dame N. de Lorraine de Guise,celebré le
སྩ་
7.
JANVIER. 1735. 187
7. Avril dernier . Le nouveau né portera le titre
de Duc de Fronsac.
Le 10. Janvier a été baptisée à S. Roch une.
fille de Michel- Philippe Levesque , Seigneur de
Gravelle et de Guinionville , Conseiller au Par
lement de Paris , et de Dame Marie- Barthele
mie Thoynard son épouse , ses pere et mere ,
née le 4. précedent.
Le Jeudi 20, Janvier, furent supplécés les Cé--
remonies du Baptême à la fille de M. Michel
Fessy de Linau , Ancien Capitaine de Cavalerie,
et de D. Marie Magdelaine, de Knapper son
´épouse , née le ro. Août 1734. et ondoyée le 11.
dudit mois . Elle fut nommée Françoise Charlotte
par M François Bonnardy de Cressy, Conseiller
au Parlement , et S. A. Madame Marie-
Charlotte Sobieski , Princesse née Royale de
Pologne , Duchesse de Bouilon .
On nous mande de Dijon que le 22. Décem
bre 1734. le Marquis des Prez , Capitaine de
Dragons au Régiment de Vitry , y a été marié
avec Dlle N. de Saulx, fille du Comte de Tavannes
, Commandant pour le Roi en Bourgogne
qu'à l'occasion de ce mariage , il y a eu a
Dijon de grandes réjouissances , et que les Officiers
de la Maison de Ville y ont donné ur
grand Bal . On ajoûte que les Maisons des nouveaux
Mariez sont si connues . qu'il n'est pas
Eesoin d'en parler ; il n'eût cependant pas été
hors de propos , pour faire connoître plus particulierement
le Marié , de nous instruire des
noms et qualitez de ses pere et mere. Le nom
de sa famille , qui est originaire de Beaujolois ,
est Thibaut , auquel il joint celui de Noblet ,
cause de la substitution faite le 2. Janvier 1722.
par
188 MERCURE DE FRANCE
par Claude Noblet , Baron des Prez , Seigneur
de la Tour de Romanesche , en faveur des enfans
de Philibert de Thibaut , Seigneur de Thulon
, et d'Elisabeth Noblet sa fille. A l'égard de
la Maison de Saulx- Tavannes , on en trouve la
Génealogie imprimée dans plusieurs Ouvrages ,
et en dernier lieu dans le 7. Tome des Grands-
Officiers de la Couronne , de la derniere Edition
P. 239. La nouvelle mariée est fille de Henri-
Charles de Saulx , Comte de Tavannes , Marquis
de Suilly et d'Arc- sur-Thil, Maréchal des Campset
Armées du Roi , de la promotion du premier-
Août 1734. Lieutenant - General au Gouvernement
de Bourgogne , Commandant pour S. M.
dans cette Province , et Grand Bailli de Dijon ,
et de D. Marie-Anne-Ursule Amelot son épouse.
Le 29. Décembre 1734. Charles de Rohan ,
Prince de Soubise , né le 15. Juillet 1715. Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , reçû en cette Charge
au lieu et par la démissiou du Prince de Rohan
son ayeul , et fils aîné de feu Louis - François - Jules
de Rohan , Prince de Soubise , Capitaine-
Lieutenant de la même Compagnie des Gendar
mes en survivance , mort le 6. May 1724. et de
feue Anne Julie- Adelaide de Melun d'Espinoy ,
son épouse , morte le 18. du même mois de
Mai 1724 épousa à Paris Anne - Marie- Louise
de la Tour de Bouillon , née du premier Août
1722.fille unique d'Emmanuel - Theodose de la
Tour , Duc de Bouillon , Duc d'Albret et de
Châteauthierri , Pair et Grand-Chambellan de
France , Comte d'Auvergne , d'Evreux et de
Beaumont-le- Roger , Vicomte de Turenne , Gouverneur
et Lieutenant- Géneral pour le Roi du
haut et bas Auvergne , mort le 17. Mai 1730
e
C
JANVIER. 1735. 1899
et de feue Anne-Marie- Christine de Simiane de
Moncha de Gordes , sa troisieme femme , morte
le 8. Août 1722. dans la 39. année de son âge ,
laquelle étoit restée fille unique et seule héritiere
de feu François- Louis -Claude - Edme de
Simiane , Comte de Moncha , Gouverneur de
Valence , et Sénechal de Valentinois , et d'Anne-
Therese de Simiane , héritiere de Gordes , sa
veuve , actuellement vivante , er veuve en secondes
nôces de Charles Pot , Marquis de Rhodes ,
Grand-Maître des Ceremonies de France.
·
Le 25. Janvier 1735. Marie - Charles - Louis
d'Albert , Duc de Chevreuse . né le 24. Avril
1717. Mestre de Camp d'un Regiment de Cavalerie
de son nom , par commission du 23.
Avril 1733. fils unique de Charles- Philippe d'Albert
, Duc de Luynes et de Chevreuse , Fair de
France , Comte de Montfort , de Dunois , de
Chaumont , de Tours et de Noyers , Baron de
Rochecourbon , Samblancay et Lucheux , Seigneur
de Coulomiers , Bonneuil , Ayrennes , &c.-
et de deffunte Louise Leontine - Jacqueline de
Bourbon-Soissons , sa premiere femme , morte
à l'âge de 24. ans , le 11. Janvier 1721. épousa =
Therese-Pelagie d'Albert, née Princesse de Grimberghen
, sa cousine du deuxième au quatriéme
degré , âgée de 16 ans , fille unique de Joseph--
Louis d'Albert de Luynes , Prince de Grinber
ghen , de Semps , Meys , Thisselt , Buggenhout,
Beusrode , Comte d'Arquennes , Baron de Feluy,.
l'Escaille , S. Amand , Bois de Barry , Montigny,
dans les Pays-Bas Autrichiens , Seigneur de Wer--
tinghen , Hochenreichen , Reichbergreitten dans
'Empire , Seigneur de Cantaing , Pair du Cam--
bresis , Baron de Castelnau de Brettenaux , a'Es
palion , de Venés , Marquis de Saissac , &c . Ministre
.
195 MERCURE DE FRANCE
nistre et Conseiller d'Etat Intime de S. A. 3. E.
de Baviere , Lieutenant - Géneral de ses Troupes,
et Colonel de son Régiment des Gardes à pied ,
& c. et de Honorine - Charlotte de Berghes de
Montigny , née Princesse de Berghes son
épouse.
›
La nuit du Mardi au Mercredi 26. Janvier , le
Marquis de Pomereu , fils de M. de Pomereu ,
Intendant d'Alençon , et petit- fils de M. de Pomereu
, Intendant en Bretagne , et depuis Conseiller
au Conseil Royal , épousa dans l'Eglise de
S. Sulpice Dlle Agnès Bouvard de Fourqueux ,
fille de M. de Fourqueux Procureur Géneral
de la Chambre des Comptes , et ci-devant Conseiller
au Conseil Royal des Finances.
>
ARRESTS NOTABLES
RDONNANCE du Roi du 30. Novembre,
par laquelle il est dit que Sa Majesté ayant
jugé à propos de déterminer l'étendue des Dépar
temens et Quartiers des Classes , dépendans de
l'Intendance de la Marine de Brest , elle a résolu
un nouveau Réglement , contenant les lieux
et Paroisses dont chaque Département et Quartier
doit être composé.
Que l'Intendance de Brest sera divisée en quatre
Départemens et vingt Quartiers , situez sur
les côtes de la Province de Bretagne ; lesquels
Départemens et Quartiers sont désignez danschaque
article de ladite Ordonnance , avec les
noms des Villes , Ports , licux et Paroisses qui
en dépendent , & c.
AUTRE
JANVIER. 1735 191
AUTRE du 16. Décembre , pour augmenter
le Régiment d'Infanterie d'Enghien , d'un Bataillon
, et le mettre à deux , au moyen des dix-'
sept Compagnies qui seront incessamment levées
pour former le second Bataillon.
AUTRE du 19. Décembre ⚫ portant amnistic
génerale en faveur des Soldats déserteurs des
Troupes de la Marine.
ARREST du 28. Décembre , qui en interpre
tant l'article III . de l'Arrêt du Conseil du 9. Février
1734. dispense les Gardes -Jurez du Corps
et Communauté des Fabriquans de Romorentin,
qui entreront en exercice au 2. Janvier de l'année
1735. et ceux qui leur succederont à l'avenir
dans les fonctions de Gardes - Jurez de lidite
Communauté , de faire graver la premiere lettre
de leur nom , et leur surnom en entier , sur les
coins ou marques dont ils se serviront pour appliquer
les plombs de fabrique et de contrôle
sur les draps et autres étoffes qu'ils auront visi
tées , à condition que la datte de l'année de leur
exercice sera gravée sur lesdits coins ou marques
, suivant ce qui est prescrit par l'article II.
dudit Arrêt du 9. Février 1734. et à la charge
par lesdits Gardes - Jurez d'être solidairement ga
rans des plombs qu'ils auront appliquez.
DECLARATION du Roy , en faveur de
l'Hôpital General , donnée à Versailles au mois
de Décembre 1734. par laquelle S. M. ordonne
qu'il soit levé au profit dudit Hôpital General
de Paris pendant le temps de quatre années entieres
et consécutives, qui commenceront au premier
t
192 MERCURE DE FRANCE
mier Janvier 173 5. un droit de cinq sols pour
chaque cent de bottes de Foin , à prendre sur
tous les Foins arrivant et entrant en ladite Ville
Faubourgs et Banlieue de Paris , tant par cau
que par Terre , pour lui donner moyen de subvenir
à ses pressans besoins. , &c.
AUTRE du 28. Décembre , Registrée en
Parlement le 15. Janvier 1735. concernant le
Contrôle des Actes .
Louis , &c. L'établissement du Contrôle des
Actes des Notaires a cû pour principal objet l'utilité
de nos Sujets en assurant la date des Contrats
, et nous avions lieu d'esperer que les diffezens
Reglemens qui ont été faits sur cette matiere
, Y avoient suffisamment pourvu cependant
nous sommes informez que plusieurs Notaires
, dans la vue d'appliquer à leur profit les
droits qui nous appartiennent , et abusant de la
confiance publique , font mention du Contrôle
sur les Expeditions qu'ils délivrent , quoique les
Minutes n'ayent pas été contrôlées et que ces
contraventions demeurent souvent impunies parla
difficulté que font nos Juges et ceux des Hauts-
Justiciers de poursuivre extraordinairement les-
Notaires , sous prétexte que les Déclarations cydevans
intervenuës n'ont prononcé en ce cas
pour la premiere contravention qu'une amende
de deux cent livres ; mais comme une pareille
prévarication , indépendamment de la contravention
aux Edits et Déclarations sür le fait du
Contrôle , ne peut être regardée que comme
une fausseté qui mérité par cette raison d'être
réprimée par les peines prononcées par les Ordonnaces
contre les Officiers publics qui se rendent
coupables du crime de faux dans la fonction
JANVIER.
1735. 193
tión de leurs Offices. A ces causes , & c . nous
avons par ces Présentes , sigées de notre main
statué et ordonné , statuons et ordonnoas , voulons
et nous plaît , que les Notaires , Tabellions,
Greffiers , ou autres ayant faculté de passer des -
Actes et Contrats qui seront convaincus d'avoir
faussement fait mention sur les Expéditions
par eux délivrées des Actes qu'ils auront passés,
que les Minutes auront été contrôlées , soient
poursuivis extraordinairement , même pour la
premiere fois , et puissent être condamnez aux
peines prononcées par les Ordonnances contre
les Faussaires. Enjoignons à cet effet à tous nos
Fermiers , Souferiniers , leurs Commis , et autres,
de remettre à la premiere réquisition aux Substituts
de nos Procureurs Generaux , et aux Procu
reurs des Hauts-Justiciers , les Extraits des Registres
des Contrôles , même de déposer les Régistres
, s'il est ordonné par les Juges , aux Greffes
des Justices , pour être ensuite rendus aur
Commis après le Jugement du Procès. St don
nons en mandement , & c. .
ORDONNANCE du Roy , du premier Ján
vier , pour rétablir l'Etat- Major de la Gendarmerie
, et en supprimer l'inspection .
ARREST du 4. Janvier , concernant les
Rentes Viageres , créées en forme de Tontine
par lequel il est dit ce qui suit . Le Roy voulant
favoriser et accelerer tout ce qui peut contribuer
à l'arrangement de ceux qui ont levé et le
veront des Actions à ses Tontines , a permis er
permet , jusqu'au dernier Mars prochain inclusivement
, aux Particuliers placez au - dessus et audessous
de leur âge , dans les classes de la Tontine
194 MERCURE DE FRANCE ]
tine établie par Edit du mois de Nov. 1733. d'en
trer à la nouvelle Tontiné créée par Edit du mois
d'Août dernier , pour le même nombre d'Actions
qu'ils avoient à la précedente , sous les mêmes
noms et têtes , au lieu et place desquels il sera
admis de nouveaux Actionnaires , du même jour,
pour pareil nombre d'Actions et dans les mê
mes classes de la presente Tontine ; en remettant
par lesdits Notaires , au sieur Gaudion , Garde
du Trésor Royal , un état certifié de leurs Syndics
, de tous les Particuliers qui sont dans le
cas de ces erreurs de classes et le Certificat du
sieur Paris de Montmartel , aussi Garde du
Trésor Royal , du.nombre d'Actions que lesdits
Notaires auront levé sous les mêmes noms et
têtes desdits Particuliers qui entreront à la nouvelle
Tontine , en execution du présent Arrêt ,
pour enjustifier l'existence et procurer à leur place
dans la précedente Tontine , l'entrée des nouveaux
Actionnaires , lesquels seront tenus de
faire raison à ceux qui sortiront de la précedente
Tontine , des arrérages qui leur seront échus
attendu que les nouveaux Actionnaires qui entreront
à leur place , auront la même jouissance
d'arrerages que celle acquise ausdits Particuliers ;
en conséquence , ordonne S. M. que les Contrats
de constitution qui ont été passez ausdits Particuliers
placez à la précedente Tontine , dans les
classes au-dessus et au - dessous de leur âge , seront
nuls et de nul effet , dont mention sera
faite sur les minutes desdits Contrats et sur les
quittances de finance y annexées , par les Notaires
qui les auront passez , ensemble sur les grosses
desdits Contrats qui seront par eux rapportées
et déposées au Greffe de la Ville de Paris.
Veut S. M. que par le Greffier de ladite Ville , il
soit
JANVIER. 1735. 195
soit délivré ausdits Notaires , des Certificats du
dépôt desdites grosses , et des mentions faites sur
icelles , pour servir à faire mention sur le Regis
tre du Contrôle general des Finances , de la nullité
des quittances de Finance annexées aux minutes
desdits Contrats . Et à l'égard des quittances
qui ont été contrôlées , sans que les Contrars
en ayent été passez , ordonne S. M. qu'elles seront
rapportées comme nulles au sieur Gaudion,
Garde du Trésor Royal , qui en expediera d'autres
au profit des Actionnaires qui remplacerone
ceux qui sortiront de la précedente Tontine ; et
seront ensuite lesdites anciennes et nouvelles
quittances , remises au sicur de Barmond , pour
faire les mentions et les enregistremens nécessaires
à ce sujet sur le Registre du Contrôle general
des Finances.
ORDONNANCE du Roy , du s . Janvier
pour proroger le Semestre jusqu'au premier
Avril prochain , en faveur des Troupes qui ont
agi sur les Frontieres d'Alsace et Pays-Messin.
DECLARATION du Roy , du 12. Janvier ,
Registrée au Parlement le 18. portant établis
sement d'une Chambre de Tournelle Civile au
Parlement de Paris.
EDIT du Roy , portant suppression des deux
Offices de Trésoriers - Payeurs des Gages des
Corps et Communautez d'Arts et Métiers de
Paris , et des deux Offices de Contrôleurs. Donné
à Versailles au mois de Décembre 1734. Re,
gistré en Parlement le 15. Janvier suivant .
SEN
196 MERCURE DE FRANCE
SENTENCE de Police , du 21. Janvier , qui,
Condamne le nommé la Ville en cinquante livres,
d'amende , pour avoir allumé dans les Lanternes
publiques des Chandelles des huit à la livre ,
au lieu des quatre à la livre qu'il devoit allumer.
TABLE.
Rivilege du Roy.
Paralogue des Mercures de France depuis
1721. jusqu'à présent.
Liste des Libraires qui débitent le Mercure en
France et hors du Royaume.
Avertissement de 13. pages . Approbation.
Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Le Tonnerre
, Poëme ,
Réponse sur le Flux et Reflux ,
Plainte d'un Troupeau à son Pasteur , 14
Reflexions sur la Question , Qui de l'homme ou
de la femme est plus capable deconstance
Imitation d'une Ode d'Horace ,
Lettre sur la Tragédie de Didon ,
Le bon Conseil , Poëme ,
IS
25
27
35
38
48
Lettre sur la seconde Partie du Théatre François,
Rondeau ,
Suite de l'Examen des Principes pour juger du
Caractere des Anciens , &c.
Vers , Etrennes , & c ,
49
56
Suite de la Promotion des Officiers Generaux, 58
Etrennes à Madlle , &c .
Lettre sur la Tragédie de Sabinus , & c.
Etrennes à M.
67
68
Let-
C
Lettre sur les Cvres Mêlées du Chevalier de
S. Jory ,
Memoire concernant l'Attaque des Places,
A Madame de Br . Etrennes
Lettre du Chevalier de G. à M. de Senecé ,
Enigme , Logogryphes ;
NOUVELLES LITTERAIRES ,
Code Militaire
Bibliotheque Germanique ,
Bibliotheque Italique
des Beaux-Ars ,
72
75
81
8;
87
&c.
191
+96
9.8
Réception du Duc de Villars à l'Académie Françoise
, Discours , &c. 104
Prix de l'Académie Françoise , Programme , 115
Ballade , Prix du Palinod de Caën , &c. ibid
Jettons frappez pour le premier jour de l'An ,
& c.
Morts illustres , et Vers ,
Estampes nouvellement gravées ,
Cansons notées ,
118
119
122
127
129
Spectacles. Les Mécontens , Comédie nouvelle ,
Extrait ,
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , de Russie
et Pologne ,
D'Allemagne, Italie , Naples et Sicile ,
D'Espagne et d'Angleterre ,
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
141
244
147
1.49
Promotion d'Officiers Generaux du mois d'Oc
tobre dernier
Maréchaux de France ,
Etrennes à M. G.
158
162
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
164
Ceremonie singuliere , faite à la Messe de Minuit
172
Lettre sur la Mort de M. de Pontcarré , 176
Pompe funebre du Maréchal de Villars , 178
Morts ,
Morts , Naissances et Mariagés ,
Arrêts Notables ,
* 1.82
190
Erraia du premier volume de Décembre.
P
Age 2577. ligne 1. seconde , lisez troisiémc
Race.
Errata du second volume de Décembre.
Age 2854. ligne 8. Edme , lisez Elme .
Ibid. 1. 15. Larrey , l. Laray.
Faute à corriger dans ce Livre.
PAge 123. ligne 15. Huguier , lisez Ha- quier , &c
Les Jetsons gravez doivent regarder la page 117
La Chanson notée , la page 128
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
FEVRIER. 1735 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Fap.11108
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais.
M. DCC. XXXV.
Avec Approbation & Privilege du Roy
HEN YORK
BLICLIBRANT
A VIS.
560189
ASTOR, LENOX AND
1905
છે. TILDEN'
FUNDADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
1
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
FEVRIER. 173.5.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
IMITATION des Apologies de S.
Justin et de Tertullien en faveur des
Chrétiens.
I
*
Nvincibles Cesars , que les Ro
mains adorent ;-
Mais que plus genereux les seuls
Chrétiens honorent ,
Maîtres des Nations , et non pas de nos coeurs s
* C'est un Chrétien cité devant les Empereurs
Diocletien et Maximien , qui parle.
A ij
Dai198
MERCURE DE FRANCI
Danés pour un moment suspendre vos ri
gueurs ;
Prêtés à notre voix une oreille propice.
Lorsque vous ordonnés qu'on nous livre au sup
plice ,
Vous croyés les Chrétiens dignes de vos Arrêts :
Que nous reprochés- vous ? Et quels sont nos
forfaits
Nous n'adorons qu'un Dieu , dont le suprême
Empire
Embrasse tous les tems et tout ce qui respire ;
Il dit : Que l'Univers soit fait ; il fut formé ;
De son souffle divin l'homme fut animé.
Ce Dieu , que l'Enfer craint , et que le Ciel re
vére ,
Est le maître des Rois et leur Juge sevére ;
Vous ne devés qu'à lui votre propre grandeur
Vos Héros leurs vertus , et Rome sa splendeur ;
Sa loi , dans son objet toûjours sainte et sublime,
Nous ordonne de fuir l'ombre même du crime.
Intrépides Soldats , fideles Citoyens ,
Nous prodiguons pour vous et nos jours et nos
biens ,
Tandis que sous vos yeux des Gouverneurs avares
S'unissent, pour nous perdre , à des Juges barbares.
Connoissés les Chrétiens ; contre nos ennemis
Le plus juste couroux ne nous est pas permis ;
Tout
FEVRIER.
1735. 199
Tout homme est notre frere , et lorsqu'on nous
offense
Le pardon est pour nous la plus douce vengeance.
Ah ! lorsqu'à nos pareils vous avés eu recours,
Vous ont- ils refusé de genereux secours ?
Ne les a t'on pas vú par de nouveaux prodiges
De l'Enfer irrité confondre les prestiges ?
Ranimer dans le sein des sombres monumens
Une cendre muette et de froids ossemens ?
Chasser loin de vos murs ces vapeurs infernales ,
Du trépas le plus promt les semences fatales ?
Ramener la Victoire au parti des Vaincus ?
Et soudain dissiper vos ennemis confus ?
Les lugubres échos de vos prisons obscures
Répetent- ils jamais leurs plaintes , leurs mur→
mures ?
Tous ces lieux aux tourmens , aux larmes destinés
,
Ces abîmes affreux , où vous nous retenés ,
De nos voeux pour l'Etat sans cesse retentissent
;
C'est sur vous , non sur eux , que les Chrétiens
gémissent ;
Nous fuyons , il est vrai , la pompe de vos
jeux ;
Pourquoi sont- ils soüillez par des objets honteux
>
Notre Religion , contraire à vos maximes ,
Abhorre des plaisirs où triomphent les crimes :
A ilj
Los
200 MERCURE DE FRANCE
Les spectacles du Cirque inspirent trop d'horreur
;
Pouvés-vous approuver leur brutale fureur ?
Là , des infortunez s'immolent pour vous plaire,
Et vos cris triomphans sont le cruel salaire
Du sang que sur l'Aréne ils versent à grands
Alots ;
Quels exemples , Romains , pour vos jeunes
Héros !
Vous les accoûtumés aux meurtres , au carnage;
De ces leçons sur vous ils font l'aprentissage ;
Ne vous en plaignés pas ; s'ils vous percent le
flanc ,
Ils ont appris de vous l'art de verser du sang.
Nous sommes à vos yeux une race infléxible ?
Non ; mais pour de vrais biens notre coeur est
sensible :
Ces biens sont éternels , et pour les acquerir
› On nous voit tout quitter tout tenter , tout
souffrir.
Dans les lentes horreurs d'un supplice barbare ,
Tristes momens où l'homme et s'ébranle et s'égare
,
Le Chrétien seul se montre , et l'homme disparoît
;
L'un brave ses Tyrans , et benit son Arrêt ;
Sous quatre âges courbé , ce Vieillard intrépide
Va présenter sa tête à l'acier homicide :
Nos Juges , nos bourreaux deviennent des Mar-
-tirs ; Le
FÉVRIER . 201
1935.
Le profane Histrion abjure vos plaisirs ;
11 descend du Théatre , il vole sur l'Aréne ;
Il y souffre la mort qu'il feignoit sur la scene.
Immoler des Chrétiens , c'est faire des heureux ;
Qu'ont produit contre nous vos Edits rigoureux
?
Nous ne sommes que d'hier ; nous remplissons
le Monde ;
Nous semblons reproduits d'une cendre feconde;
Votre haine nous sert , elle fait éclater
Des vertus
ter ;
dont › sans vous , on auroit pû dou-
Vous ornés de vos mains notre char de victoire ;
Des échaffauts sanglans , nous courons à la
gloire,
Mais quelle sainte ardeur échauffe mes esprits?
Les méchans confondus poussent d'horribles
cris ;
La verité triomphe , et je vois le mensonge
Fuir devant ses regards comme fuit un vain
songe :
La croix brille , elle regne ; ô Maître des hu
mains !
Dieu des Dieux ! Dieu puissant , nos coeurs sont
dans tes mains :
Qui peut te resister ? du roc le plus aride
Au seul son de ta voix jaillit l'onde rapide ;
Tu changes à ton gré le destin des Mortels ;
Les plus frêles roseaux soûtiennent tes Autels ,
A in
Rome
202 MERCURE DE FRANCE
Rome adore ton nom , et le Cesars eux - mêmes
Déposent à tes pieds leurs pompeux diadêmes ;
L'allegresse succede aux funebres apprêts ;
La Justice descend , elle embrasse la Paix ;
Sion leve la tête , et sort de la poussiere ;
Et les ombres par tout cedent à la lumiere.
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
****
OUVRAGE sur les Fiefs. Extrait d'une
Lettre écrite de Paris le 15. May 1734.
L
A matiere des anciens Fiefs est si interessante
; elle a été jusqu'à présent
si peu éclaircie ,, que le Livre dont vous
me parlés , et que vous ne connoissés
encore qu'imparfaitement , quoiqu'il ne
soit pas tout à fait nouveau , ne peut que
faire plaisir aux Amateurs de ces sortes
de Recherches ; car il leur servira de guide
dans leurs Etudes , et de plus il peut
fournir de grands secours à ceux qui étudient
l'Histoire de France des XI. XII.
XIII. et XIV. siécles ; c'est ce qui m'engage
à vous en rendre compte , mais le
plus sommairement qu'il me sera possi
ble. En voici le titre :
Nou
FEVRIER 1735. 203
Nouvel Examen de l'Usage géneral des
Fiefs en France , pendant le XI . le XII.
le XIII. et le XIV . siécle , pour servir
à l'intelligence des plus anciens Titres du
Domaine de la Couronne . Par M. Brussel
, Conseiller du Roi , Auditeur ordinaire
en sa Chambre des Comptes. A
Paris , chez Claude Prudhomme , dans la
Grand Sale du Palais , devant la Cour
des Aydes , et Claude Robustel , ruë Saint
Facques , à l'Image S. Jean 1727. 2. vol.
in 4° .
L'Auteur commence par un Discours
préliminaire , dans lequel il explique ce
que c'est que le Dépôt des Terriers de
Fa Couronne. C'est Fassemblage des Registres
, contenant les Titres des Domai
nes de la Couronne de France , lesquels
étoient épars dans les differens Dépôts
de Paris et des Provinces du Royaume..
L'établissement de ce Dépôt fut ordonné
par le feu Roy Louis XIV. er exécuté
conformément à l'Edit qu'il donna
à ce sujet au mois de Décembre 169r . Il
est à la Chambre des Comptes de Paris
distribué en deux parties ; la premiere
renferme les anciens Terriers , ceux dont:
la datte est antérieure au Régne de Louis
XIV. et l'autre partie est composée des
nouveaux Terriers .
Av Par
204 MERCURE DE FRANCE
Par l'examen que M. Brussel a fait des
plus anciens Titres , il a reconnu , contre
l'opinion vulgaire , que les Anglois repoussez
hors du Royaume par le koy
Charles VII . n'emporterent avec eux aucun
des Registres de la Couronne , puisque
les Cartulaires , concernant les Provinces
de Normandie et d'Aquitaine , se
trouvent dans le Dépôt ; la plûpart même
de ces Cartulaires sont aux Armes du
Roy d'Angleterre ; de sorte que le Recueil
que Rymer a publié des Piéces de
la France , qui sont dans la Tour de Londres
, ne renferme que quelques Piéces
échapées , et non point des Registres entiers
et considérables . Il est impossible
d'embrasser dans une Lettre toutes les
Recherches dont ce Livre est rempli ; je
me contenterai de donner une idée de
quelques Chapitres.
Les termes de Foy et Hommage paroissent
synonimes , et semblent ne présenter
qu'une seule et même idée ; celui de
Foy cependant , exprime les engagemens
dont la personne qui fait l'Hommage au
Souverain est tenue envers lui , comme
son Sujet ; et le terme d'Hommage désigne
les engagemens du Vasselage ; plusieurs
Exemples rapportez dans le Livre
justifient cette distinction.
Tous
FEVRIER . 1735. 20
Tous les Auteurs ne reconnoissent que
deux sortes d'Hommages , le Lige et le
Simple ; notre Auteur en a découvert un
troisième , qu'il nomme l'Hommage ordinaire
, c'est le plus ancien de tous ; le
Simple en est un diminutif , et le Lige ,
au contraire , en est un renforcement.
L'étimologie du mot Lige se tire ordinairement
de Ligamen ; parce que , disent
ceux qui sont de cette opinion , la
formule de la prestation de l'Hommage-
Lige consistoit entr'autres choses , à lier
le pouce du Vassal avec celui du Suzerain
; mais il est plus vrai - semblable qu'il
vient de Liga , terme de la moyenne Latinité
, qui est traduit par Ligue. En effet
, la ligence étoit obligatoire entre le
Suzerain et le Vassal , puisqu'ils s'engageoient
réciproquement à servir l'un et
l'autre ; cet engagement mutuel fait l'ob
jet principal d'une véritable ligue offensive
et déffensive.
Personne n'ignore que dans les tems
où les Fiefs étoient dans leur plus grande
vigueur , la Noblesse de France , alors
moins soumise aux Loix , qu'emportée
par son ambition et par sés passions , ne
connoissoit presque que la voye du duel
pour terminer tous ses différends. M.
Brussel examine dans un Chapitre parti-
A vi culier.
206 MERCURE DE FRANCE
culier , les conditions , les régles , les formalitez
qui s'observoient dans les preuves
par la bataille et par le duel . Cette
coûtume avoit pris naissance chez les
Peuples Septentrionaux , arrivée jusques
dans nos Climats , elle avoit jetté de si
profondes racines parmi nos Peres , que
l'une des plus difficiles et des plus glorieuses
entreprises de nos derniers Rois,
a été de l'extirper . Eh comment cet usage
ne se seroit-il pas établi ? Les Rois , les
Souverains l'autorisoient par leur présence
; les Juges qui auroient dû le réprimer
, en étoient les premiers Ministres
. Avant que d'en venir au duel , it
falloit que le Juge l'eût ordonné , il décidoit
si la cause méritoit d'êire terminée
par bataille , si les Parties étoient d'âge
et de condition à pouvoir la provoquer
et l'accepter , et lors qu'une fois elle avoit
êté ordonnée ; il n'étoit plus permis aux
deux Combattans de venir à un accommodement
, ou bien ils étoient condamnez
à une forte amande.
Tous les faits avancez dans ce Livre y
sont expliquez dans un grand détail , et
justifiez par les Titres et les Ordonnances
, dont M. Brussel produit les Copies,
la plupart d'après les Originaux. On peut
dire que le grand nombre de Piéces dont
son
FEVRIER. 1735. 207
son Livre est rempli , n'en est pas la partie
la moins considérable ni la moins curieuse
; et pour finir par les termes dont
P'Approbateur s'est servi dans son Approbation
, on doit le regarder comme plein
d'éclaircissemens convenables à ce que l'Au
teur s'est proposé.
L'AMOUR VAINQUEUR,
ODE ANACREONTIQUE.
Queldoux transport
saisit mon ame !
Quels mouvemens ! Quelle langueur !
Je soupire ; une ardente flâme
Me brûle jusqu'au fond du coeur..
Je me plains , je cheris ma peine ¿
Hélas ! mes maux sont infinis ;
Du plaisir d'avoir vû Climene ,
Mes yeux ,vous êtes bien punis..
Nymphe , qui causés mon martire
En vain je vous cherche en ces lieux,
Cruel Amour , sous ton Empire
Ne serai-je jamais heureux
Mais
208 MERCURE DE FRANCE
Mais quel objet s'offre à ma vûë ?
Est-ce Climene ? Est ce Venus ?
Aux transports de mon ame émûë ;
C'est Climene , n'en doutons plus.
Approchons , et de ma tendresse
Découvrons-lui toute l'ardeur ;
Partons .... Dieux ! quelle est ma foiblesse !
Je vais ... tu me trahis , mon coeur.
諾
Quoi ! je rougis en sa présence !
Je tremble ! je suis interdit !
C'en est trop ; rompons le silence
Rassurons-nous ; Ciel ! Elle fuit.
M
Que deviendrai -je ? Elle me quitter
Mes feux pourroient- ils l'outrager
Ah ! je crois lire dans sa fuite .
Qu'un autre aura sçû l'engager.
a
Du désespoir , de la vengeance
Je sens le venin dangereux ,
Les soupçons et la méfiance
Déchirent mon coeur amoureux,
Bri
FEVRIER . 209 1735 .
Brisons une importune chaîne ;
Il en coûte trop en aimant .. ..
T'oublier ! Le puis - je , Climene ?
Je goûte un espoir plus.charmant.
來
Par un regard qui me rassure
Mes maux semblent s'évanouir ;
"
Fais , tendre Amour , je t'en conjure ,
Que rien ne puisse me guerir.
Par P. A. B. d'Aix. ...
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre
le 28. Janvier 1735. touchant certains
Phosphores , pris pour des feux celestes.
E Mercredi 26. de ce mois , plusieurs
Habitans du Bourg d'Oüenne,
éloigné d'Auxerre de quatre lieues sur
la route de Berri , s'étant mis en chemin
avant quatre heures du matin , pour
apporter leurs denrées à la Ville , il leur
est arrivé à environ une lieuë de leur demeure
, de voir de la lumiere sur les habits
les uns des autres , comme des restes
de pailles volantes qui sont prêtes à s'éteindre
;
230 MERCURE DE FRANCE
teindre ; ce qui les a assez surpris. Cette
lumiere ne les éclairoit pas , et ne leur
faisoit pas même appercevoir plus clairement
le chemin où ils marchoient.
Quelques- uns m'ont dit qu'en passant la
main sur leurs habits , cela se dissipoit ,
et cessoit d'être lumineux ; qu'au reste ,
leurs habits ne ressentoient de cela aucune
humidité. Il survint pendant ce
tems là un vent horrible , qui amena une
petite grêle ou grésil , qu'ils appellent
gréliss Pendant cet orage , le lumineux
d'autour d'eux duroit encore , et il n'y
cut que lorsque la grêle devint plus
grosse , que ce Phénoméne fut dissipé.
Ces illuminations, continuerent en tout
environ l'espace d'un quart d'heure , et
les différentes bandes de Paysans entre
Oüenne et Avigneau eurent la même
avanture.
Peut-on traiter cela de pluye phos
phorique ou de feu Celeste ? N'est- ce
pas plutôt une exhalaison terrestre de
l'espece de celles qu'on voit souvent dans
les lieux marécageux ? L'étenduë de Pays
d'Oüenne à Auxerre , est un territoire
sec et pierreux , et comme on dit ici ,
un terrain de pruche. Mais comme il n'est
zien qui ne soit abbreuvé par les pluyes
continuelles qui tombent depuis plus
Lun
FEVRIER. 1735. 211
>
d'un mois , il n'est point aussi de chemins
qui ne tienne maintenant du marais
, et qui ne soit détrempé jusqu'à un
certain degré. Ceci me fait ressouvenir
de vous faire part de l'observation que
je trouve dans une Chronique d'Angers,
comme extraite de celle de Frodoard
Chanoine de Reims . On y lit l'an 565 .
Hoc Anno 1v . Idus Maii in maximâ parte
hujus regni , in omnibus fermè villis in
quibus Ecclesia sunt,Celestis ignis sine vento
et tonitru ac turbine , non hominem neque
pecus ladens , cecidit : et in quibusdam
locis damones in forma luporum ad imitationem
caprearum balantes apparuerunt , et
nocte auditi sunt. Voilà , ce me semble , un
feu pareil à celui que nos Paysans ont vû,
et un bruit ou Musique assez semblable
à celle que les Paysans d'Ansac en
Beauvoisis entendirent une certaine nuit
à la fin du mois de Décembre 1730. Je
vous avois communiqué le Memoire d'un
Sçavant qui prouvoit que ce bruit pouvoit
plutôt venir ex visceribus terra , que
de la Region superieure de l'air . Le
Phosphore de nos bonnes gens paroissant
aussi venir de quelque exhalaison
inferieure , doit être mis dans la même
classe . Je croy qu'il n'est pas plus vrai
de dire que ces feux soient venus du
Cicli
212 MERCURE DE FRANCE
Ciel , qu'il l'est de dire que la Musique
d'Ansac ait été formée par les Démons .
Adoptons les faits des Historiens , mais
non pas la cause qu'ils en donnent . Il
n'y a pas encore trois jours écoulez depuis
l'Evenement de ce Phosphore , et
l'on divulgue déja que ç'a été une pluye
de feu , faute d'avoir bien interrogé
comme j'ai fait , les témoins oculaires ,
qui disent qu'il ne tomboit rien du Ciel
lorsqu'il commença à paroître.
X:XXXXXXXXXXXXX :X
A MADAME DE **
Sur ce qu'elle avoit demandé à l'Auteur une
Enigme de sa composition .
J
ENIGME MANQUE .
E ne connus jamais le genre Enigmatique ;
Mais dussai -je essuyer la plus vive critique ,
Dussai- je d'Apollon m'exposer au refus ,
J'obéis , vos désirs sont ordres absolus ;
Pour les bien seconder , proposons- nous un Etre,
Qui, bien que dans mes Vers exprimé trait pour
trait ,
Soit aux plus pénétrans difficile à connoitre.
C'en est fait , j'en trouve un , commençons le
Portrait,
L'Etre
FEVRIER 213
1
. 1735.
L'Etre que je dépeins est de tous le plus digne ;
Il est doux , bienfaisant et d'une égale humeur ,
En lui brille un mérite insigne ;
A lui plaire chacun s'empresse avec ardeur ;
Chez lui la probité s'allie à la finesse ,
Il est doué d'un esprit délicat ;
Il sçait répandre en tout certain air de noblesse ,
Ennemi cependant du faste et de l'éclat ;
Il unit la prudence à beaucoup de jeunesse ,
Et l'aimable enjoüement à l'austere sagesse ;
? Il est au siecle d'aujourd'hui ,
De l'Amour conjugal l'exemple peu suivi ;
Mais , Grands Dieux ! où m'emporte une verve
indiscrete !
Je mets trop au grand jour une vertu parfaite ;
La verité trop nuë a conduit mon Pinceau ;
Non , l'Enigme n'est point de mon foible génie .
Ne voit- on pas d'abord , & divine Uranie !
Qui j'ai dépeint dans ce Tableau ?
M. de Summervesle.
LETTRE de M. de *** à Me ***
sur la Mort de son Chien et de son
: Moineau.
A
Quel emploi me destinés - vous
Madame ? Vous m'ordonnés de
chanter Bagatelle et Chiffon ; le Moineau
le
274 MERCURE DE FRANCE
,
le plus aimable , et le Chien le plus fi
delle , sans me donner seulement le tems,
de sécher mes pleurs. Que ne donniés- vous
à votre tendresse pendant leur vie ,et à vos
regrets après leur mort , à faire leur Panégyrique
? et pourquoi n'en avés - vous
pas dispensé mes foibles talents ? Votre
choix m'honore et m'allarme. Mes sentimens
m'inspireront ils , et mon coeur
me donnera- t'il de l'esprit ? D'ailleurs
l'éclat de mon dernier Héros ne fut
pas
sans tache. Serai - je sincere , Madame ,
et apprendrai -je à la Posterité , pour qui
ceci , sans doute , sera fort interessant
que Chiffon étoit libertin , qu'il n'avoit
qu'un oeil , qu'il s'en falloit bien
qu'il n'eût toutes ses dents , et qu'il em
ployoit cruellement contre son prochain
le peu qui lui en restoit. Qu'importe ?
Les négligences de la Nature , les outrages
du temps , les foiblesses du temperamment
, n'ont jamais dégradé de l'héroïsme
. Soyons Sinceres. La fiction est
inutile , quand la verité fournit . Mais
( refléxion peut être un peu tardive )
mon obéissance ne rendra t'elle pas mon
amitié suspecte ? Les grandes douleurs
sont muettes , diront mes Accusateurs.
Cependant mon silence vous offenseroit ;
parlons donc , mais parlons peu , et tâchons
FEVRIER. 1735. 215
chons d'accorder les bienséances de la
douleur , avec la docilité à vos ordres et
les devoirs que je rends à vos illustres
Amis.
EPITAPHE
De Bagatelle , Moineau de Mª ***.
A Son devoir , à son amour fidelle ,
Caressant Joujou d'une Belle ,
Cy gît , qui des Moineaux étoit le plus heureux,
Jaloux de son bonheur le Destin rigoureux
A tranché de ses jours la trame encor nouvelle.
Passant , à la pitié ne soyez point rebelle ,
Pleurez- le , plaignez- nous. Ce jour malencontreux
,
Emporte les Ris et les Jeux ,
Avec l'aimable Bagatelle,
1
EPITAPHE
De Chiffon , Chien de Me ***.
CHarmant dans mes
perfections ,
Et redoutable dans mes vices ,
J'ai fait des ennemis , j'ai fait des passions ,
De Soissons la terreur , ainsi que les délices.
Contre un systême injurieux et faux ,
De
216 MERCURE DE FRANCE
De mon espece appuyant la défense ,
J'ai défié des Mortels , mes rivaux ,
La Raison et l'Intelligence.
Héros , même par mes malheurs ,
Mais trop facile à la tendresse ,
J'ai partagé des plus grands coeurs
Et les vertus et la foiblesse .
Contre les vains empressemens ,
Contre l'importune Fémelle
Et les traîtres embrassemens ,
Moins éclairé qu'Argus, mais meilleur sentinelle,
J'armai l'oeil le plus sûr , la dent la plus cruelle ;
Mais la raison regla mes jaloux mouvemens ,
Et je sçus épargner dans mes emportemens ,
L'Ami constant , l'Amant fidelle.
Tu t'étonnerois sans raison ,
Passant , de l'éclat de mon nom
Et des regrets dont ma mort est suivie ,
Je ne suis rien , je ne fus qu'un Chiffon ,
Mais je fus celui de Silvie
LET-
1
FEVRIE R. 1734. 217
:
LETTRE écrite par le sieur Julien
Le Roy , Horloger , et de la Societé des
Arts , au sujet des grosses Horloges , dont
il a perfectionné et simplifié la construction
, en substituant à leur cage , qui est
composée d'onze Pieces considerables , un
seul Chassis , posé horisontalement , et
sur lequel sont placées les Roues et les
autres Pieces.
'Interêt que vous prenés aux pro-
Lgrès des Arts , Monsieur , et le plaisir
que vous vous faites d'en instruire
le Public , m'ont déterminé à vous écrire
cetre Lettre et à vous prier de la mettre
au jour.
Dans le second Tome du Mercure de
Juin , année 1732. page 1312. vous m'avés
fait plaisir d'inserer un Memoire que
j'ai lû à la Societé des Arts , et dans lequel
j'ai démontré que la nouvelle construction
des grosses Horloges est préferable
à l'ancienne , en ce qu'il y a envi
ron un tiers moins d'ouvrage , que les
frottemens y sont considérablement diminuez
, et que d'ailleurs elle réunit plusieurs
avantages qui font partie du Mémoire
218 MERCURE DE FRANCE
moire que je viens de citer . Mais comme
les descriptions les plus exactes ne
présentent preque jamais d'idées parfaitement
justes des choses décrites , et
qu'on en prend toujours de plus claires
et de plus distinctes en les voyant de
ses propres yeux , je me sens obligé d'avertir
ceux qui voudront faire ou faire
faire de ces sortes d'Ouvrages , qu'ils en
pourront voir deux à Paris , lesquelles
sont executées suivant la nouvelle construction
que j'ai imaginée.
L'une de ces Horloges , qui est placée
au College de Beauvais , sonne les heures
et les quarts ; elle est à doubles détentes
et le mouvement est à rochet. Son
échappement est à deux verges de palettes
, lesquelles portent deux portions
de roues qui s'engrennent l'une dans l'autre.
Cet Ouvrage , qui a été entrepris et
conduit par M. le Faucheur , est si bien
entendu et si bien executé dans toutes
ses parties, qu'il pourra servir de modele
2 ceux qui dans la suite en voudront faire
de semblables.
L'autre est chez M. Roussel , Maître
Horloger , ruë Aubri-boucher ; elle sonne
simplement les heures et les demies ;
d'ailleurs il se prépare à en faire une
seconde qui marquera et sonnera le tems.
vrai
FEVRIER. 1735 219
vrai
, au moyen du Cadran mobile dont
j'ai montré le modèle à la Societé des
Arts ; c'est celui dont j'ai donné la description
avec figure dans le Mercure de
Septembre dernier , page 1924. Je suis,
Monsieur , & c.
L'EPAGNEUL LE MATIN
•JULIIV 7.
or ob EsTLE LOUBO 2
at
FABLE
. ' 11-292041
96
Iron , jeune Epagneul , Chien flateur et tid
Cmide,
Voyoit de loin Mouflar , dogue intrépide ,
Qui lutoit contre un Loup ; et le Mâtin d'abord
Lui sembloit être le plus fort .
Le jeune Chien , séduit par l'apparence ,
Vers le champ de bataille accourt en diligence
Pour féliciter son Heros.
100 II se hâtoit mal à propos.
Dans le même instant la victoire
Favorisa l'Hôte des bois .
Il me souvient d'avoir lû mainte fois
De pareils revers dans l'Histoire .
L'Epagneul , qui venoit pour celebrer la gloire
De Mouflar , le trouve aux abois .
Notre pauvre Citron en cette conjoncture ,
B Em
220 MERCURE DE FRANCE
Embarrassé de sa figure ,
Baisse l'oreille et déguîse avec art
Le compliment destiné pour Mouflar ,
Qu'au farouche vainqueur , en tremblant , ♫
applique.
Il y perdit sa réthorique.
Mon ami , dit le Loup , je voi ton embarras.
Tu m'as crû mort , et tu n'accourois pas
Pour faire mon Panegyrique,
Je hais les complimens et faits hors de saison ;
Penses- tu m'ébloüir d'une fadle loüange ?
Non , non , je ne prends point le change.
Enachevant ces mots, il étrangla Citron
M. Richer.
REFLEXIONS.
'Amour est un mal dont on ne con-
Lnoît bien les effets qu'après les avoir
éprouvé. C'est en vain que tous les jours
des Gens sages et experimentez , donnent
à la jeunesse des avis salutaires pour le
lui faire éviter ; occupée de mille plaisirs
chimeriques , elle n'envisage point
les suites funestes de l'Amour , et s'imagine
que c'est par mauvaise humeur ou
par
FEVRIER. 1735. 221
par dégoût qu'on tâche de l'en détourner.
Si l'homme pendant sa vie est sans
cesse exposé à la critique et à la médisance
on peut dire aussi qu'il reçoit
souvent bien des éloges , quoiqu'inutiles
après sa mort. Tout le monde semble
Oublier en un instant jusqu'aux moindres
deffauts qu'il avoit , pour le louer sur des
vertus qu'il n'avoit peut- être pas.
Les hommes feroient bien moins de
folies , si , avant la possession des choses
qu'ils désirent ardemment, ils pouvoient
prévoir les sentimens qu'ils auront après
leur possession.
Rarement on regrette un homme
Jui-même.
pour
1
Il est inconcevable combien les
hommes sont industrieux à déguiser
leurs propres deffauts , et à mettre
dans tout leur jour les foiblesses des
autres. Le prodigue s'emporte par une
passion ruineuse , en fait gloire , et par
cent dépenses frivoles , croit mériter
le nom de liberal , tandis qu'il se déchaîne
contre les avares , les déchire ,
Bij les
222 MERCURE DE FRANCE
-
les accable d'injures. L'avare , de son côté
, possesseur de trésors dont il ne connut
jamais l'usage , maudit ceux qui sans
choix , sans raison , prodiguent indifferemment
à tout le monde leur bien
au lieu de vivre comme lui dans les bornes
étroites d'une sage médiocrité.
On voit tous les jours des gens quí
se disent dégoûtez du monde ; leur mépris
est- il sincere ? J'en doute ; une place
manquée , la mort d'un ami qu'on chérissoit
une infidelité en est souvent
la cause.
Que n'a - ton pas dit ? Que ne dit- on
pas même à présent contre la flaterie ?
Eh bien , tout cela est inutile , rien ne
peut étouffer cette passion naturelle que
nous avons pour les louanges. L'homme
est si préoccupé de son mérite , qu'on
le voit souvent recevoir avec un plaisir
inexprimable , et savourer , pour
ainsi - dire , des éloges fades et insipides ,
et s'il se trouve dans le monde des personnes
qui passent pour les mépriser ,
ce n'est pas qu'au fond elles en soient
dégoûtées , mais seulement par une politique
rafinée , elles en recherchent de
plus délicats et de plus piquants.
Le
FEVRIER. 1735. 225
Le jeu , quoique très - dangereux par
lui- même, a cependant cela d'utile , qu'il
fait taire les autres passions.
Plusieurs femmes ont seulement été
sensibles pendant leur jeunesse , sont devenues
coquettes dans un âge plus avan
cé, et sont mortes dans le jeu.
Il seroit à souhaiter que certaines femmes
eussent autant d'aversion pour les
intrigues secrettes , qu'elles ont d'adresse
à les cacher..
,
Je redoute le ressentiment d'un faux
Dévot ; sous le masque d'une humilité
apparente , il cache un orgueil qu'on ne
dévoila jamais impunément. Calomnie
médisance , tout est emprunté , ses discours
pleins de fiel , empoisonnent les
actions les plus innocentes. En vain se
riez -vous generalement reconnu pour
homme de bien, vous ne l'êtes plus dès le
moment funeste , où vous avez découvert
son hypocrisie , votre réputation est entierement
perdue, et par un dernier effort
de ses noirs artifices , il vous fait passer
Pour ce qu'il est.
M. T ......
Biij LES
124 MERCURE DE FRANCE
LES PLAISIRS CHAMPESTRES ,,
O D E.
Paroisses , brillante Jeunesse ,
Tout ici flatte vos désirs ;
Dans ces lieux remplis d'allegresse ,.
Venés partager nos plaisirs.
Sous un toît champêtre et rustique ,
Goûtant un bonheur pacifique ,
Nous ne voyons couler de pleurs
Que ceux dont au matin l'Aurore
Fait présent à la jeune Flore
Pour orner la Terre de fleurs.
L'Onde avec un tendre murmure ,
Fuit dans les Joncs et les Roseaux;
Nos Prez sont ornez de verdure
Et nos Champs de Pampres nouveaux .
Zéphir folâtre dans nos Plaines ;
Du creux fertile des vieux Chênes
Le Miel coule au milieu des Bois ,
Où la plaintive Philomele
Répand une douceur nouvelle
Par sa mélodieuse voix.
Les
FEVRIER. 1735, 225
Les Graces simples et naïves
S'assemblent sous de frais Berceaux
9.
༞ གླ་
Et Pan fait retentir nos Rives
De ses rustiques Chalumeaux,
La Nimphe au bord de la Fontaine ,
Avec le Sylvain hors d'haleine ,
Foule les fleurs et le gazon.
Un folâtre Essein de Bergeres
Anime leurs danses legeres
Par une agréable Chanson.
Au sein d'une douce abondance
Exempts de soins et de chagrin ,
Nous jouissons en assurance
Des faveurs d'un heureux destin
Le Laboureur , triste et timide
Ne craint point qu'un Soldat avide
Ravisse ses biens moissonnez.
Sur un Pipeau tendre et champêtre ,
L'heureux Tytire au pied d'un Hêtre ,
Celebre ses jours fortunez.
Le vainqueur de l'Inde et du Gange ,
Comble nos voeux et nos desirs ,
Et sur les flots de la vendange ,
Ramene avec lui les Plaisirs
Dans une Coupe délectable
iiij
....
228
MERCURE DE
FRANCE
De jeunes Silenes à tables
Déclarent la guerre aux chagrins .
Agitez d'une douce yvresse
Ils ne ressentent de tristesse
Que quand la Vigne est sans raisins .
En vain la fortune inconstantes
Par les douces illusions
D'une grandeur éblouissante „ kabiga
Cherche à flatter nos passions ,.
Sa constante vicissitude ,
Jamais de cette solitude,
Ne peut altérer les plaisirs
Au sein même de l'indigence ,.
On peut jouir de l'abondance
Quand on sçait borner ses désirs.
M 1. 2 :
Occupé des soins de ma Lyre ,
Sous an Berceau de Mirthes verds ,,
Ou de Corine ou de Thémire ,
Je fais l'objet de mes Concerts ; .
C'est ainsi que fuyant la Ville
Dans une volupté tranquille
L'illustre vainqueur d'Annibal
Ne moissonna pas moins de gloire
Que par l'Eclatante victoire
Qu'il remporta sur son Rival .
3
M. T *** de Caën.
FEVRIER. 1735. 227
MEMOIRE D. R. P. T. sur la mort du
F. François Romain , de l'Ordre de
S. Dominique , célebre Architecte.
E Frere François Romain , né à
Gand , et Religieux Profès du
Convent de Maëstrich , mourut à Paris
dans la Maison du Noviciat Géneral ,
Faubourg S. Germain , le 7. Janvier
1735. âgé de 89. ans , dont il en avoit
passé plus de soixante en Religion , et
cinquante à Paris. C'étoit un des plus .
habiles Ingénieurs et Architectes de son
tems , sur tout pour la construction des
Ponts et Chaussées ; on peut juger de sa
capacité par les Edifices importans dont
la construction lui a été confiée ; et qu'il
a tous conduits avec un grand succès.
Il entreprit en l'année 1684. celle du
Pont de Maëstrich , par ordre des Etats
de Hollande , et il y mit la derniere main
avec tant de perfection , que les Etats
lui accorderent une pension considérable
; ce qui lui fit dès - lors une grando :
réputations
Sur les grandes difficultez qu'il y avoie
de construire solidement un Pont dec
By's pierres
228 MERCURE DE FRANCE
pierre à Paris , au lieu et place du Pont
de bois , nommé le Pont Rouge , le feu
Roi informé de la capacité du F. Romain
, donna ses ordres pour le faire venir
en France . Il arriva à Paris au mois
de Janvier 1685. et après un mûr examen
des difficultez qu'on n'avoit pû surmonter
jusqu'alors , il entreprit l'entiere
construction du magnifique Pont , nommé
depuis le PONT ROYAL , et il le
conduisit à son entiere perfection ..
Ce grand Edifice est un des plus con.
sidérables en ce genre , que l'on connoisse
dans toute l'Europe : les Fondacions
en furent jettées le 25. Octobre de la
même année 1685. L'habile Architecte
franchit tous les grands obstacles prévûs,.
et d'autres qui se présenterent dans l'éxécution.
Il trouva , sur tout , le moyen
d'évacuer Fabondance prodigieuse deseaux
que donnoient quantité de sources .
multipliées , et ne négligea rien pour
l'entiere solidité d'un Edifice ,, posé à
la fureur des débordemens et à la rapi
dité d'un grand Fleuve , lequel étant en
eer Endroit plus profond , et son lit plus.
étoit qu'ailleurs , y coule avec plus de
violence. Tout ce prodigieux Ouvrage:
est-soûtenu de quatre Piles et de deux
Culées , qui forment cinq Arches , dont
lės
FEVRIER. 1735 224
Tes Cintres d'un trait hardi et correct ,
sont d'une grande beauté.
Un si heureux saccès , suivi de plusieurs
autres , mérita au F. Romain les
Charges d'Inspecteur des Ponts et Chaussées
et d'Architecte des Bâtimens des
Domaines du Roi dans la Generalité de
Paris , et lui procura l'honneur d'être
souvent nommé par la Cour pour les
Commissions les plus importantes de
son Art ; d'abord dans quelques Provin
ces , et ensuite dans presque toute l'éten
due du Royaume.
V
On pourroit se contenter de citer làdessus
l'Arrêt du Conseil du 11. Octo
bre 1695. mais l'amour de la justice et
de la verité engagent de rapporter ici
cet Arrêt dans sa teneur , le R. P. Feli
bien n'en ayant pas apparemment eq
connoissance , lorsque dans son Histoire
de la Ville de Paris , T. II. pag. 151s . it
a traité le F. Romain d'Ayde dans la
construction da Pont Royal,
EXTRAIT des Régistres du Conseil
d'Etat.
LE ROI voulant commettre une Fer--
sanne intelligente et capable pour faire les
visites , dresser less Devis et les Rapport33
Bvjj .
230 MERCURE DE FRANCE
·
pour la réception des ouvrages des Ponts et
Chaussées , réparations des Bâtimens dé
pendans des Domaines de S. M. et autres
Ouvrages Publics dans toute l'étenduë de la
Géneralité de Paris , au lieu du Sr Bruand,
qui ne se trouve plus , par ses infirmitez ,
en état de les faire ; et S. M. étant informée
de la capacité du Frere Romain , Con=
vers Profes de l'Ordre des Dominicains ;
natif de Gand , par la conduite et inspection
qu'il a euë du Pont de Pierre ,
que S M. a fait construire en 1685. visà-
vis le grand Pavillon de son Palais des
Thuilleries , par le compte qu'il a rendu
de plusieurs autres Ouvrages , tant de ladite
Géneralité , que de quelques autres Géneralitez
et Provinces du Royaume , don't
il a depuis fait les visites et dressé les Plans
et Devis ; S. M: auroit jugé à propos d'en
faire choix. A quoi voulant pourvoir ?
Our le Rapport du Sieur Phelippeaux de
Pontchartrain , Conseiller ordinaire au Conseil
Royal , Contrôleur Géneral des Finances
; S. M. en son Conseil , a commis et
commet ledit Frere Romain pour faire les
Visites et Constructions à neuf, ou Entretenement
des Ponts , Chemins , & c. FAIT
au Conseil d'Etat du Roi , tenu à Fontai--
nebleau le onzième jour d'Octobre 1695 :
Signé , DELAISTRE. Collationné &
y-
Res
FEVRIER . 1735. 2371
Registré au Bureau des Finances de la Géneralité
de Paris. Oni le Procureur du Roi
suivant l'Ordonnance du 29. Decembre
1695. Collationné , & c.
Ce ne seroit rendre au mérite du Frere
Romain que la moitié de la justice qui
lui est dûë , si après avoir reconnu en
lui un grand et heureux Architecte , or
omettoit son principal caractére d'homme
véritablement Religieux , et très - attaché
aux devoirs de son Etat. Exposé :
dans le Monde par ses emplois , il se
comporta toûjours avec une régularité
et une circonspection édifiante ; dans les
intervales que pouvoient lui laisser ses
Occupations , il n'avoit pas de plus grand '
plaisir que celui d'être avec ses Freres ,
qu'il charmoit la douceur de son
naturel , et par un esprit de charité ,
qui s'étendoit souvent au dehors envers
les Pauvres , avec la permission des Supérieurs.
par
Les Religieuses de S. Dominique du
Monastere de la Ville de Menin , dont
la Soeur du Frere Romain fut la premiere
Supérieure , lui sont redevables en
plusieurs manieres , sur tout des Lettres
Patentes de leur Etablissement , et de
plusieurs secours qu'elles en ont reçûs ,
pour perfectionner et pour maintenir
cet Etablissement.
232 MERCURE DE FRANCE
Enfin ce bon Religieux chargé de mérites
, et affoibli par son grand âge
acheva sa course dans de grands sentimens
de pieté , et avec une entiere liber
té d'Esprit , le jour marqué au commencement
de cet Ecrit. Un de ses amis a
Honoré sa mémoire de l'Epitaphe qui:
suit ::
TITULUS SEPULCHRI
V. F. Francisci Romain , Ordinis FF.
Prædicatorum .
Qui fractis superba Sequane Fluctibus
Arcuate Molis , PONTEM REGIUM , Parisiis
propè LUPARAM , arte mirabili :
constructum , anno D. M DC LXXXV.
à Fundamentis erexit ,
JACET HIC.
Frater FRANCISCUS ROMAIN , Gandavus,.
Natus anno R. S. M. DC. XLVI.
Conventûs Trajectensis ad Mosam , Ore
dinis F F. Prædicatorum Alumnus , Dominii
Regalis Architectus 2
·
nec non
Pontium Aggerumque Conductor in Generalitate
Parisiensi effectus , ac per totam
ferè Galliam delegiras,
Denatus Lutetiæ Parisiorum , die VII.
Januarii , anni M. DCC . XXXV.
ORA VIATOR ,
Wr virum Religiosum , Professione
CORFEVRIER.
1735 2333
Conversum , prudentiâ et moribus conspicuum
, Aulicis Ministris acceptissimum
, quem tot præclaris Architecture
Monumentis celebrem , Terra et Pontus
ubique commendant.
Ætherea sedes suscipiant gloriosum.
AMEN .
Luge ævi nostri Opificum Decus , illiusque
non immemor jactura tuam
provide
ABI et resipisce..
>
Sodali carissimo marens posuit F..
Matthaus Texte.
ODE SACRE'E tirée de la fin di
Pscaume IX.
Dieu juste , par qui nos Péress
De leurs maux furent vengez ;
Dans ces excès de miseres
Serons- nous toujours plongez ?
Quand verrons- nous ta puissance
Détourner de la licence-
Les impitoyables coups ?
Pourquoi , Seigneur , ta clemence
N'agit- elle plus pour nous ?
No
234 MERCURE DE FRANCE
Ne vois-tu pas le Superbe
Animé par les Flatteurs ,
Fouler aux pieds , comme l'herbe ,,
Tes fideles serviteurs ?
Et comme sa langue aiguë ,
Sans respect , accable et tuë
Et le pauvre et l'innocent
Près de ses traits la ciguë
N'est qu'un poison impuissant..
粥
C'est en vain que la Fortune
A comblé tous ses désirs ;
Le Juste seul . l'importune
Et rend amers ses plaisirs ; ,
Avec chagrin il s'y noye ,
Et ne conçoit d'autre joye
Que celle d'exterminer
Geux dont l'innocente voye
Ne sert qu'à le condamners -
O que de complots sinistres
De nos maux avantcoureurs !
Combien d'infâmes Ministres
Vont seconder ses fureurs !
De ses ordres détestables ,
Flatteurs vils et méprisables ,
Its arment déja leurs mains
FEVRIER . 1735. 2351
De ces traits inévitables
Dont ils opprimene les Saints.
32
Poursuivons ; qui nous arrête ? -
Disent ces coeurs aveuglez ;
Qui peut soustraire leur tête
A nos efforts rassemblez ?
Le Seigneur n'a plus d'oreilles ;
Ce qu'on dit de ses merveilles
N'est qu'un bruit vain et confus ;
Il n'en fait plus de pareilles ;
Le Seigneur ne nous voit plus..
雜
Réveille-toi , Dieu suprême ;:
Jette enfin sur nous les yeux ;
Entends l'horrible blasphême
Qu'ont vomi ces furieux ;
Que sous les foudres célestes
Tombent ces indignes restes
Des Philistins confondus ,
Et que leurs chutes funestes .
Vengent enfin tes Elûs .
Mais quoi le Seigneur propice ;,
Se prête à nos tristes chants ;
236 MERCURE DE FRANCE
Il comble le précipice
Où nous poussoient les méchans ;
Sa puissance déclarée ,
De leur fureur conjurée ,
A dissipé les projets ,
Comme le fougueux Borée
Fait fuir un nuage épais.
A ce spectacle terrible ,
Sentés , coupables humains ,
Qu'il est un Juge infléxible
Dont l'oeil voit tous vos desseins
Qui confond la calomnie ;
Qui sçait deffendre la vie
Du Juste et de l'Orphelin ,
Et dont la force infinie
Ne connoît point de déclin
Ce premier Janvier 1735.
J. J. V
TROI
FEVRIER. 1735. 237
TROISIE'ME Lettre de M. D. L. R..
sur la Litterature des Mahometans , sur
celle des Turcs en particulier ; Et Réfutation
d'un Exposé du R. P. Labat , dans
le III. Tome des Memoires du Chevalier
d'Arvieux.
E m'apperçois , Monsieur, avec plaisir
que vos préjugez au sujet de la Litterature
des Mahometans diminuent un peu
depuis la lecture de ma derniere Lettre ,
et qu'en general vous commencés de leur
rendre quelque justice ; mais vous avés
encore de la peine à vous rendre sur le
Chapitre des Turcs , malgré tout ce que
je vous ay déja allegué , et malgré toutce
que vous pouvés voir par vous - même
dans la Capitale de l'Empire Ottoman
où vous résidés ; tant la prévention a de
force , même sur les meilleurs esprits. Je
croyois que des exemples modernes , récens
mêmes , de Turcs Lettrez et Sçavans,
vous auroient tout- à- fait persuadé, il me
paroît aujourd'hui que vous voulés remonter
plus haut , et m'engager en quelque
façon de vous faire l'Histoire Litteraire
de cette Nation jusqu'au tems pre
sent..
238 MERCURE DE FRANCE
sent. C'est , Monsieur , un détail dans
lequel je n'ai nullement envie d'entrer ',
et qui excederoit de beaucoup les bornes
d'une Lettre. Celle- ci ne contiendra , pour
donner quelque chose à votre satisfaction ,
qu'un seul exemple pris dans un tems
bien reculé du nôtre ; c'est - à- dire , d'un
Turc veritablement sçavant , avant que
la Nation Turque eût aucun commerce
avec celles de l'Europe. Je tire cet Article
de la Bibliotheque Orientale , Oùvrage
dont je vous ai parlé dans ma précedente
Lettre ; je le tire mot à mot
et tel que vous l'allés lire , vous le trouverés
, je m'assure , curieux et réjoüis
sant:
FARABI ou Fariabi , est le surnom
d'Ab ou Nassar Mohammed Tarkani, que
les Arabes appellent ordinairement par
excellence Al Fariabi , le Farabien , et
nous autres Alfarabius , parce qu'il étoit
natif de la Ville nommée Farab , qui est
la même qu'Otrar.-
Ce Docteur étoit réputé le Phenix dé
son siècle , le Coriphée des Philosophes
de son tems , et surnommé Maallem Tsani
, le second Maître ; duquel enfin Avicenne
confesse avoir puisé toute sa science.
* Otrar ou Farab , Ville de l'Asie Septentrionalo
sur le Sihum ou Jaxarte.
L'an
FEVRIER. 1735. -239
L'An de l'Hegire 343. ( a ) qu'il mourut,
il avoit fait le Pelerinage de la Mecque ,
et passa à son retour par la Syrie , ou regnoit
alors Scifeddoulat , Sultan de la
Maison de Hamadam , sous le Khalifat de
"Mouthi XXIII . Khalife des Abassides . Il
vint d'abord à la Cour de ce Prince, chez
lequel il y avoit toujours un grand concours
de Gens de Letttes , et il se trouva
present et inconnu à une célebre Dispute
, qui se faisoit devant le Sultan.
→
Fariabi étant entré dans cette Assemblée
, il se tint debout jusqu'à ce que
Seifeddoulat lui fit signe de s'asseoir;
alors il demanda où il lui plaisoit qu'il prit
sa place ? le Prince lui répondit : là où
Vous vous trouverés le plus commodément
. Fariabi , sans autre ceremonie , alla
s'asseoir sur un coin du Sofa ou de l'Estrade,
sur laquelle étoit assis le Sultan. Ce
Prince étonné de la hardiesse de cet Etranger
, dit en sa langue maternelle à un de
ses Officiers : puisque ce Turc est si indiscret
, allés fui faire une réprimande ,
et faites-lui en même tems quitter la place
qu'il a prise.
>
Fariabi ayant entendu ce commandement
dit au Sultan : tout beau , Seigneur
, celui qui commande si legere-
(*) 954. de J. G.
ment
240 MERCURE DE FRANCE
sment est sujet à se repentir. Le Prince
surpris d'entendre ces paroles , lui dit :
Entendés vous ma langue ? Fariabi lui répartit
, je l'entens et plusieurs autrės ; et
entrant tout d'un temps en dispute avec
les Docteurs assemblez , il leur imposa
bien-tôt silence , les réduisant à l'écouter,
et à aprendre de lui beaucoup de choses
qu'ils ne sçavoient point.
La dispute étant finie , le Sultan rendit
beaucoup d'honneur à Fariabi , et le
retint auprès de lui pendant que les Musiciens
qu'il avoit fait venir chanterent.
Fariabi se mêla avec eux , et les accompagnant
avec un Luth qu'il prit en main, il
se fit admirer du Prince , qui lui demanda
s'il n'avoit point quelque Piece de sa composition.
Il tira sur le champ de sa poche
une Piece avec toutes ses parties , qu'il disstribua
aux Musiciens, et continuant à soutenir
leurs voix de son Luth , il mit toute
l'Assemblée en si belle humeur , qu'ils se
mirent tous à rire à gorge déployées après
quoi , faisant chanter une autre Piece , il
les fit tous pleurer , et en dernier lieu
changeant de Regître , il endormit agréablement
tous les Assistans .
Seifeddoulat fut si charmé de la Musique
et de la doctrine de Fariabi , qu'il
l'eut voulu toujours avoir en sa compagnic
FEVRIER. 1735. 247
gnse : mais ce grand Philosophe qui étoit
entierement détaché des choses du Monde
, voulut quitter cette Cour pour retourner
en son Pays. Il continua sa route
par la Syrie , dans laquelle ayant trouvé
des voleurs qui l'attaquerent , comme il
sçavoit très-bien se servir de l'Arc , il se
mit en défense ; mais une fléche des Assasins
l'ayant percé , il tomba roide mort.
On rapporte encore de ce grand Homme
, qu'étant un jour en compagnie avec
Saheb Ben Ebad , il prit le Luth d'un
des Musiciens et ayant joué de ces trois
manieres dont nous avons parlé , lorsque
la troisiéme eut endormi les assistans , il
écrivit sur le manche du Luth dont il s'étoit
servi , ces paroles : Fariab eft venu ,
et les chagrins fe font diffipez. Saheb ayant
lû un jour par hazard ces paroles , fut
tout le reste de sa vie dans un grand déplaisir
de ne l'avoir pas connu ; car il s'étoit
retiré sans rien dire et sans se faire
connoître.
Un Auteur distingué , nommé Alfarabius
, le plus grand Philosophe des Musulmans
, et le plus détaché du monde
parmi les hommes. Abulfeda souscrit à ce
sentiment : on lui attribue ordinairement
la traduction des Analytiques d'Aristore,
sous le nom arabisé d'Analouthica.
Voilà,
242 MERCURE DE FRANCE
Voilà , Monsieur , ce que m'apprend
de ce sçavant Turc la Bibliotheque Orien
tale. Vous trouverés les titres des Ouvrages
qu'il a composez , dans Hadgi Calfa
, ce fameux Bibliographe Turc, dont je
vous ai déja parlé , et dans les autres Bibliographes
Orientaux . QuelquesDocteurs
Musulmans , pour ne rien omettre sur ce
sujet , ont accusé notre Alfarabius d'impieté
, et l'un d'entr'eux le range avec
Avicenne son disciple, parmi les Philosophes
qui ont crû l'Eternité du Monde
quoiqu'ils admissent un premier Moteur;
ce qui passe parmi les Mahometans pour
un par Atheisme.
Si vous voulés d'autres exemples de
Turcs Lettrés , habiles et sçavans dans le
même siécle , dans ceux qui ont suivi, et
enfin parmi les Turcs modernes , vous les
trouverés dans les Auteurs que je viens
de citer , et dans ce que j'ai rapporté dans
mes précedentes Lettres. J'ay oublié dans
ma derniere un trait qui merite de n'être
pas omis , et que vous ne seres pas faché
de trouver ici.
M. Colbert , ce Ministre si éclairé , et
qui sans étre sçavant de profession , aimoit
et protegeoit si fort les Sciences et les Sçavans
; ce grand Ministre , dis-je , étoit
tellement persuadé que les Mahometans
Turcs , Arabes et Persans , avoient chez
,
eux
FEVRIER. 1735. 243
eux de la Litterature , malgré leur faus e
Religion , et malgré la barbarie ou la
grossiereté qu'on attribue aux premiers,
que dans la longue Instruction dont il
chargea M. Petis de la Croix , en partant
pour le Levant , de laquelle j'ay une copie
; il lui ordonne , comme je l'ai dit
dans ma derniere Lettre , de s'instruire
particulierement à l'égard des Sciences et
des Arts cultivés dans les differens Pays
qu'il devoit voir.
J'ai ajouté que M. de la Croix, après
avoir séjourné successivement à Alep , à
Hispaham , à Constantinople , revint à
Paris , chargé de beaucoup de doctrine
Orientale , &c. Je devois dire en même
temps, qu'en partant de Constantinople ,
M. le Marquis de Nointel , Ambassadeur
du Roi , l'honora d'une Attestation fort
ample et étendue , et en même temps raisonnée
et détaillée, sur la capacité qu'il s'étoit
acquise , non seulement dans les dif
ferentes Langues du Levant , mais encore
dans les Sciences & les Arts des Orien
taux anciens & modernes , comme l'Histoire
, la Poësie , la Geographie , &c. de
sorte , Monsieur , que ce Ministre en
rendant justice à M. de la Croix , nous
fournit ici une nouvelle preuve qu'il y a
certainement de la Litterature chez les
Ma- C
244 MERCURE DE FRANCE
Mahometans et chez les Turcs en particulier
; et ce témoignage dont j'ai vû
l'Original , signé Olier de Nointel , scellé
et datté du 27. Mars 1679. est donné
par un Homme des plus intelligens , reconnu
pour sçavant lui - même de tous les
Gens de Lettres de son tems , et particulierement
au fait de la Litterature , dont
il s'agit icl par une expérience de plusieurs
années. Persuadé , Monsieur , que
vous ferés des réflexions utiles sur tout
ce que je viens de vous dire , je passe
un autre sujet.
L'Effendi auquel vous vous êtes d'abord
adressé pour être bien éclairci au sujet
de la Mosquée d'Eyoub ou de Job , ne
vous a donc encore rien appris de satisfaisant
, c'est à dire de plausible ; attendons
ce que d'autres mieux instruits ou
moins superstitieux pourront vous en
dire ; voici ce qui a fait naître ma curiosité
sur ce sujet.
Lorsque je partis de Marseille pour mon
voyage du Levant , une Personne respectable
, et qui m'étoit chere , me donna un
Memoire des choses les plus considerables
qu'il ne faut pas manquer de voir à Constantinople
. Cette Personne y avoit séjourné
quelques années durant l'Ambassade
de M. de la Haye le Pere, et son Memoire
conteFEVRIER.
1735.
245
contenoit bien des choses
curieuses et omises
dans la plupart des
Relations.
,
Sur la fin du
Memoire étoit cet article :
» La
Mosquée
d'Eyoub qui est au fond
ou au bout du Port de
Constantinople,
» dans
laquelle le Grand
Seigneur est couronné
et où on lui ceint l'Epée , céré-
» monie qui
marque la prise de
posses-
» sion de son
Empire. Les Turcs ont une
grande
vénération pour cette
Mosquée
» dans
laquelle ils
croyent Job enterré.
Je vous avouë ,
Monsieur
prévenu sur la capacité des Turcs , je
que mal
donnai
bonnement dans
l'illusion de penser
qu'ils
croyent avoir dans cette Mosquée
la
sépulture du
Patriarche
Job , et
que c'est par cette
consideration
que le
Conquerant de
Constantinople , Mahomet
II. l'a faite bâtir.
L'Auteur du Memoire
ne
rapportoit là - dessus que le bruit
public,
Prévenu , dis-je, de cette erreur, je
me
contentai d'en rire et de
plaindre ces
pauvres
Gens , sans songer à me mieux
instruire. Ce n'est que depuis mon retour
que la
réflexion est venue, et qu'elle
m'a
engagé à vous écrire ce que vous
avez vû dans une de mes
Lettres . J'ai
fait
ensuite des
recherches , et ces recherches
m'ont
conduit , comme je le crois
à la
découverte de la verité ; c'est- à-dire,
C ij de
246 MERCURE DE FRANCE
de sçavoir précisément qui est cet Eyoub,
ou Aïub , ou Job , car ces trois noms
sont synonimes , dont la mémoire et la
Mosquée sont en si grande véneration à
Constantinople. Nous verrons si vos Docteurs
s'accorderont avec les miens. Je
vous prépare un Memoire sur ce sujet
pour ma premiere Lettre.
qu'
Je me contenterai de vous dire ici
' une foule de Voyageurs , qui ont écrit
de la Ville de Constantinople , et que j'ai
consulté , se sont contentés de nommer
cetteMosquée , sans s'embarrasser de sa dénomination
, ni du fait historique qu'elle
renferme le seul M. de Monconys, dont
les Relations seroient plus estimées , si
ses Editeurs avoient eu un peu plus de
Critique et de respect pour le Public , a
commencé de me donner là -dessus quelque
lumiere. Les Memoires du sieur de la
Croix, ci-devant Secretaire de l'Ambassade
de Conftantinople sous M. de Nointel ,
imprimez à Paris chez Barbin en 1684.
auroient achevé de m'éclairer , si l'Auteur
n'avoit pas confondu ce sujet dans
l'article trop general de la Religion des
Turcs et de Mahomet , ensorte que notre
Eyoub ou Job , dont on rapporte
l'histoire , est comme absorbé dans les
rêveries des traditions Musulmanes, &c.
Je
FEVRIER. 1735- 247
Je m'étois flatté du moins que M. le
Chevalier d'Arvieux , dont on vient de
publier six gros volumes de Memoires ,
et qui s'est acquis jusqu'ici une grande
réputation de capacité dans l'Histoire et
dans les Langues du Mahométisme , m'instruiroit
pleinement sur cet article : mais
j'ai été tout étonné de voir que dans un
assez long détail sur la Ville de Constantinople
et dans l'article particulier des
Mosquées , à peine nomme- t'il celle dont
il s'agit ici ; encore omet il son veritable
nom.
i
M. d'Arvieux n'est pas plus heureux ,
ni plus instructif , quand , page 475
du même IV. T. en parlant de la principale
Porte du Serrail , il s'exprime ainsi ,
qui ressemble plutôt à un Corps - de- Garde
qu'à l'entrée du Palais d'un aussi grand
Seigneur que l'Empereur des Turcs . Elle ne
Laiffe pas de donner le nom à toute fa Cour.
Deux habiles Voyageurs sçavoir N.
Grelot et M. Pitton de Tournefort , ont
parlé à peu près de la même maniere de
cette Porte , comme on peut le voir dans
leurs Relations imprimées. Celle de Tournefort
peut passer pour l'original des termes
employez dans les Memoires du
Chevalier d'Arvieux , car c'est précisé
hent la même chose . J'ai fait voir ail
C iij leurs7
248 MERCURE DE FRANCE
leurs combien cette idée est absurde et
insou tenable en donnant l'explication du
terme la Porte Ottomane , pour signifier
Cour du Grand Seigneur.
et
Mais ce que je n'ai vû nulle part, que
je ne crois emprunté de personne ,
qu'on peut compter pour une de ces mé
prises qu'il est presque impossible d'excuser;
c'est d'assurer , p. 450. même vol. que
Stambol ou Stamboul , nom vulgaire de
Constantinople , veut dire la Ville par
excellence , ce qui ne peut se soutenir : la
Langue Turque a , comme vous le sçavés
, le mot Chehir , pour signifier Ville ,
et la Langue Arabe celui de Medinah
d'où vient le nom de Medine ou de la
Ville par excellence , à cause de la mort
et du Tombeau de Mahomet. Pour ce
qui est de Stamboul , il vient originaire
ment du Grec vulgaire Stanpolin , diminutif
dérivé de Constantinopolis , Ville
qui l'étoit veritablement par excellence
sous les Empereurs Grecs , qui l'est encore
, si l'on veut, sous les Sultans Otho
mans ** , mais dont le nom vulgaire ďáu
* Mercure de France du mois de Juin 1721
pag. 1.
** Les Turcs, afin que le nom de Stambol fignifiât
quelque chofe en leur langue , ont donné à
cette Capitale celui d'Islambol , qui fignific abondance
et étendue du Muſulmaniſme.
jourd'hui
FEVRIER. 1735. 249
jourd'hui ne signifie du tout point grammaticalement
, et par lui - même , celui
de Ville , comme le veut M. d'Arvieux.
Au reste , Monsieur , je ne doute pás
que votre vigilant Commissionnaire ne
vous fasse tenir incessamment les Me
moires imprimez , dont je viens de vous
parler : c'est un Ouvrage qui merite de
passer la Mer. Le seul nom du R. P.
Labat , célebre par tant d'autres Ouvrages
, et qui fait ce nouveau present au
Public , est digne de cette distinction
vous connoissés , sans doute , sa réputation
, et vous ne manquerés pas de lul
rendre justice:
Vous ne serés pas surpris de voir dans
son III. tome la Relation du voyage de
M. d'Arvieux chez des Arabes du Mont-
Carmel , suivie d'un Traité en plusieurs
Chapitres, des Maurs , Religion et Cou
tumes des Arabes ; car c'est peut-être ce
qu'il y a de plus interessant et de plus
neuf dans ces Memoires : le reste , à l'exception
des Histoires ou des Affaires personnelles
de l'Auteur , fort longues et
surchargées d'Episodes , peut se trouver
ailleurs.
Cefut le merite particulier de cette Relation
et la nouveauté du sujet , omis part
tous les Voyageurs , qui me détermina ,
Cilij comme
250 MERCURE DE FRANCE
comme vous le sçavés , à la donner au
Public en l'année 1717. sous le titre qui
lui convenoit le mieux , après avoir
obtenu une copie du Manuscrit original
de la Dame veuve de M. d'Arvieux ,
qui étoit ma Parente . Vous serés , sans
doute , étonné de la raison que donne
le P. L. que personne ne lui auroit
jamais demandée , pour autoriser sa répetition
.
Il ne l'auroit pas faite , fi des perfonnes,
dit-il , à qui je dois du respect, ne m'avoient
fait comprendre que je ne devois pas laiffer
le Public dans l'erreur ou la Relation de M.
D. L. R. l'a jetté , & que j'étois dans l'obligation
de le détromper..
Il n'y a Personne qui ne soit en droit
de croire sur cet Exposé , que ma Relation
est un veritable Roman , et que le
P. L. seul a donné la pure verité sur le
sujet en question : cependant il n'est rien
de tout cela ; les deux Relations , la sienne
et la mienne , les deux Traitez , sont
les mêmes , le temps et la datte précise:
du Voyage de M. d'Arvieux sont aussi les
mêmes que veut donc dire le P. L. par
une phrase si obligeante ? le voici..
Il prétend que le motif de ce Voyage
étoit different de celui que j'ai allegué . Je
ne veux pas allonger ma Lettre par la
disFEVRIER
. 1735. 251
discussion de ces motifs , dont la certitude
paroîtra toujours frivole et indifferente
à un Lecteur sensé . Je vous demande
seulement , Monsieur , si ce motif,
quel qu'il puisse être , influë quels
que chose d'important sur le fond d'un
sujet que je n'ai point alteré ni dégra
dé , comme le nouvel Editeur en convient
, et qui est enfin le même dans má
Relation , que le P. L. vient de répeter
dans sa compilation ; je demande , dis-je ,
s'il n'impose pas lui- même au Public , en
disant que ma Relation a jetté dans l'erreur
, a trompé ce même Public?
Quant aux personnes à qui le P. L. doit
du refpect ; lesquelles l'ont déterminé à
faire cette répetition , pour détromper les
Lecteurs , &c. Je crois , Monsieur , que
vous sçavés la valeur de ces termes, Lieu
commun usé , qui ne trompe plus personne.
Je suis cependant bien aise de vous
dire , pour éviter toute équivoque , que
par ces Personnes respectables et respectées
, il ne faut point entendre les Superieurs
du P. L. car dans tout cet Ouvra
ge , comme dans les précedens de ce célebre
Ecrivain , il n'y a pas le moindre ves--
tige de permission ni d'approbation de ses
Superieurs, lesquels au contraire ont des--
approuvé en particulier l'Endroit qui don
Cy no
252 MERCURE DE FRANCE
ne lieu à cet article de ma Lettre.
Je la finis en vous apprenanr (et je rentre
par- là dans mon sujet principal ) que
nous avons actuellement ici le Sçavant
Mehemet Effendi , Envoyé pour la troi
siéme fois à la Cour , de la part des Puissances
de Tripoly de Barbarie. Il a gagné
depuis son dernier voyage un titre
de plus , ayant fait le Pelerinage de la
Mecque et de Medine ; ensorte que c'est
aujourd'hui Hadgi Mehemet ; Effendi ,
comme vous sçavés , signifie Lettré , et
ce n'est point en lui un vain titre , 'car :
c'est un vrai sçavant Turc , et un Homme
de Lettres dans toutes les formes..
Vous devés vous souvenir de lui pour
l'avoir vû souvent ensemble à Paris sure
la fin du Regne du feu Roy: Je suis ,.
Monsieur , & c..
A Paris , le 15. Janvier 1735
BOUTS
FEVRIER. 1735. 253
************* :**
BOUTS - RIMEZ ,
SUR LE DESIR DES RICHESSES.
L'Homme pour éviter la triste
Et jouir des douceurs qu'apprête la
Employe également et valeur et
Pauvreté
Richesse ,
Proüesse ,
Mensonge ; trahison , orgueil et
Lâcheté.
Malgré l'air dédaigneux qu'affecte la Noblesse ,
Elle va pour de l'or jusqu'à
L'humilité
Et fait pour soutenir sa folle € Vanité
Des efforts importuns qui sentent la Bassesse.
Sur ce point les desirs du genre
Masculin
Feminin
Passent rapidement au Sexe
Erlui font oublier rouge , blanc , mouches , Jupe.
Tel est notre destin , soit coëffe , soit Chapeau ,
Nous portons tous un coeur que l'interêt rend
Dupe,
Er jugeons par lui seul tout affreux ou Tout beaus .
Cv RE254
MERCURE DE FRANCE
•
REPONS E du R. P. Emmanuël de
Viviers , à l'Auteur anonime d'une Critique
inserée dans les Mercures d'Août
et de Septembre 1734.
J
E viens , Monsieur , de voir dans
deux Mercures consécutifs la Critique
que vous avés faire de ma nouvelle
Méthode pour trouver les XIV. des nouvelles
Lunes Pascales , avec la Réforme
de la Pâque. Pour répondre à vos Ob
jections,je n'ai qu'à vous opposer les deux.
Lettres que j'ai reçûes de Rome , et qui
m'ont été écrites par ordre de N. S. Pero
le Pape , touchant mon Ouvrage . Vous
y trouverés que je n'ai rien avancé qui
n'ait été prévû par ceux qu'on a préposez
à l'examen de ma nouvelle Méthode:
Il faut mesurer ses forces avant que d'entrer
en lice , sur tout lorsqu'on entre
prend de s'élever contre le jugement pu--
blic , et contre une décision aussi auguste
que celle de la sacrée Congrégation
des Rites . J'ai l'honneur d'être
Monsieur , & c..
A Toulouse le s. Décembre 17340-
Now
FEVRIER. 1735: 255
Nous avons reçû avec cette Réponse
du R. P. Emmanuel , deux Feuilles de sa
composition , imprimées nouvellement à
Toulouse , chez Delrieu . La premiere est
intitulée , Nouvelle Méthode pour trouver
les XIV. des nouvelles Lunes Pascales , aves
la Réforme de la Pâque depuis 1700. jusqu'à
dix mille ans , selon le stile Gré---
gorien , & c.
*
L'autre Feüille , d'égale grandeur , contient
fort au long l'Explication de cette
Table ; au bas de l'Explication sont imprimées
deux Lettres écrites de Rome "
au P. Emmanuel , par ordre du Pape. Las
premiere est du P. Pierre Marie , Pro-
Gureur et Commissaire General des Capucins
, écrite en Latin , et datée du 30 .
Septembre 1734. par laquelle il lui mar--
que qu'après avoir conferé avec le Car
dinal Zondodari , au sujet de son Ou
vrage , cette Eminence l'avoit assuré que
Sa Sainteté a loüé le génie et l'applica
tion de l'Auteur , &c.
2.
Nous offrons à l'Auteur de la Critique ,
de lui communiquer cette Lettre dans
son entier , nos bornes ne nous permet
tant pas de l'inserer ici.
La seconde Lettre plus abregée et des
même date , est du R. P. Justin , Deffisiteur
General des Capucins ; elle roulex
256 MERCURE DE FRANCE
le sur le même sujet , et contient ce
qui suit.
M. T. R. P."
Il y a quelques jours que M. le CardinalZondodari
envoya chercher notre P. Procureur
, pour lui faire part de la Réponse
de S. S. à une Lettre anonime qu'on a envoyée
ici , avec un Exemplaire de la Table
que vous avés faite sur les Lunaisons Pascales.
Je ne sçai si cette Lettre est de vous ,
ou si elle a été envoyée par quelqu'un de
vos amis ; je vous rapporterai seulement ce
que notre P. Procureur m'en a dit. Le Pape
ayant fait examiner votre Ouvrage , on l'a
loué , et S. S. a dit qu'on avoit prévu les
incidens dont vous parlés ; et que pour
de
bonnes raisons on ne vouloit rien changer
au Reglement qu'on a fait. On loue donc
votre attention pour le bien de l'Eglise ; mais
S. S. veut que la chose en reste là ; cependant
pour accréditer votre Ouvrage, et afin
qu'un autre ne s'en attribue T'honneur
,
il seroit bon que vous m'en envoyassiez un
nombre d'Exemplaires que je distribuerai
aux Sçavans. Je suis , &c.
pas
LETSFEVRIER.
1735. 257
LETTRE de M. Pavillon , à Mlle de
Saint Christophle , au sujet du Mariage
de Mlle Pelissari avec Milord ***
On nous a envoyé ce petit Ouvrage comme une ?
Piece fugitive , écrite il y a plus de 5o. ans...
Ui , Mademoiselle , un François a
épousé une Angloise , sans qu'aucun
des deux entende la Langue de
l'autre. Cela paroît d'abord assez bizarre ;
mais c'est faute de bien considerer ce≈
dont il s'agit..
Dès le moment qu'un coeur soupire ,
On connoît en tous lieux. ce que cela veut dire s
Et malgré Babel et la Tour ,
Dans le climat le plus sauvage
Ne demandés que de l'amour,
On entendra votre langage.
La Terre en mille Etats a beau se partager ;
En Asie , en Afrique , en Europe , il n'importe
L'Amour n'est jamais étranger ,
Eu quelque. Pays qu'on le porte..
Comme il est pere de tous les hom
mes , il est entendu de tous ses enfans..
Il est vrai que quand il veut faire quelquee
258 MERCURE DE FRANCE
que mauvais coup , comme il faut qu'il
se masque et qu'il se déguise , il faut
aussi qu'il se serve de la Langue du Pays.
Mais quand il est conduit par l'Hymen,
sans lequel il ne peut être reçû chez les
honnêtes gens , il lui suffit de se montrer
pour se faire entendre.
}
En quelque Langue qu'il s'exprime ,
On sçait d'abord ce qu'il prétend ;
Et dès qu'il peut parler sans crime ,
Une honnête fille l'entend .
La raison de cela est , que la Langue
d'Amour n'est qu'une tradition très - simple
et très - aisée , dont la Nature est dé--
positaire , et qu'elle ne manque jamais
de réveler à toutes les filles , quand elles
en ont besoin.
Si-tôt que l'on en vient aux privautés secretes ,
Parmi toutes les Nations ,
L'Hymen en ces occasions
A certaines expressions
Qui n'ont point besoin d'Interprétes.
Ne vous étonnés donc point que deux
personnes étrangeres , et d'un langage
si different , ayent pû se résoudre à se
marier ensemble , et croyés comme un
articles
FEVRIER. 1735. 259
article de foy naturelle , que dans ces
sortes de mysteres , tout le monde parle
François. Ajoûtés à cela que de jeunes
Epoux ont leur maniere particuliere de
s'entretenir , indépendamment de toutes
les Langues de la Terre .
L'Amour est la seule de toutes les Di-
,
vinités dont le service n'a point changé.
Son culte est encore à présent tel qu'il
étoit au commencement du Monde. On
lui adresse les mêmes Sacrifices , on lui
immole les mêmes Victimes ; et quand
deux Amans veulent bien assister en
personne à ses mysteres secrets , on n'en a
pas si- tôt chassé les profanes , que pleins
de ce Dieu qui les possede , ils en comprennent
en un moment toutes les céremonies
et tout ce qui se fait en son
honneur .
Si vous faisiés ce sot argument à Thomas
Diafoirus ; vos deux Epoux ne parlent
pas la même Lange , Ergo , ils ne
s'entendent pas il vous répondroit ,
Distinguo , Mademoiselle ; ils ne s'entendent
pas le jour , Concedo , Mademoiselle
; ils ne s'entendent pas la nuit , Nego,
Mademoiselle . Or s'entendre la nuit ,
c'est s'entendre la moitié de la vie , et.
c'est beaucoup pour des Mariés. Je connois
bien des gens , et vous aussi , qui
parlent:
260 MERCURE DE FRANCE
parlent très - bon François et qui n'en demanderoient
pas davantage.
Qu'un Mariage est plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peut contenter se
Aamme ,
Et que le jour il n'entend pas
Les sottises que dit sa femme !
శ్రీ శ్రీ శ్రీ శ్రీ
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Picardie
au mois de Janvier 1735. sur des dénominations
populaires , et sur la cause
pour laquelle les noms de Le Roi et Le
Prince sont si communs en France.
N
Ous ne voyons ici le Mercure que
fort tard , et ordinairement plusieurs
Volumes nous viennent à la fois ;
j'ai été fort aise d'y trouver l'explication
d'une des qualifications populaires qu'on
donnoit autrefois à la Ville de Sens ; c'est
dans le Mercure de Février 1734. Cela
m'a fait recourir à celui de Septembre
1733. qui m'avoit échappé , et à celui de
Mars 1734. où j'ai lû avec plaisir la liste
entiere des anciens Proverbes , touchant
plusieurs Villes de France ; je souhaiterois
que quelque Curieux voulut don
ner
FÉVRIER. 1735- 2684
-
ner l'explication de tous les autres , com
me on a fait à l'égard de celui de Sens.
Loin d'être choqué de ce qui y est rapporté
, touchant les Picards , je m'en
suis diverti avec eux , etplusieurs avouent
la verité du fait. Ils disent que cette
grande hardiesse , suivie quelquefois d'un
grand abattement et d'une grande désolation
, our timidité , exprimée par
Conardise , est un reste du caractere des
anciens Belges , dont Cesar et tant d'au
tres ont fait la description . Je trouve
que c'est remonter bien haut , que de
s'imaginer que le sang de ces anciens .
Gaulois coule encore dans leurs veines ;
si cela étoit , la Picardie devroit produire
encore plus d'hommes de hauteles
autres Provinces de l'ancienne
Gaule ; ce qui n'est pas cependant;
mais laissons à d'autres la discussion de
cet article.
stature que
Je vous envoye pour vous réjouir ,
une Liste de quelques Epithetes qu'on
donne à plusieurs Villes de nos quartiers ;
il ne seroit pas inutile que lorsqu'on fera
une seconde Edition du Dictionnaire
Universel de la France , ces Epithetes ,
quoique badines , y fussent placées ; elles
sont toûjours fondées sur quelque événement
, ou sur un caractere réel et spéciali
262 MERCURE DE FRANCE
cial. On dit donc ici : Les Friands de
Noyon , les Sots de Hum , les Yvrognes de
Peronne , les Cocus de Nêle , les Dormeurs
de Compiegne , les Singes de Chauny , les
Béyeurs de Saint Quentin , les Corbeaux de
la Fere , les Larrons de Vermand.
་
Je ne sçai pas l'origine de la plupart
de ces Dictons 3 je sçai seulement qu'il y
avoit à Ham une Compagnie de Foux ,
ou de Sots , comme on dit dans le Pays ;
car ce mot vient de Stultus : leur Chef .
nommé le Prince des Sots , les recevoit
en folâtrant. Ces foux montoient sur un
âne , tenant la queue au lieu de bride
on ne pouvoit faire de folies sans la permission
du Prince , sous peine d'amende.
La petite fille du dernier Prince est encore
vivante ; on l'appelle la Princesse.
Mais le reste est cessé par les soins des
Missionnaires : voilà pour ce qui est des
Sots de Ham. A l'égard des Singes de
Chauny , je sçai que les Arquebusiers de
cette Ville ont un Singe dans leur étèndart
; c'est peut-être là l'origine de leur
dénomination ; mais pourquoi ont- ils un
Singe , animal fort laid ? C'est ce qui
reste à trouver. Béyeurs de Saint Quentin,
veut dire curieux , et qui regardent les
Etrangers au nez ; ce n'est pas , au reste ,
un grand défaut. Je croi qu'on ne dit
pluss
FEVRIER . 1735. 26.3
plus les Larrons de Vermand ; mais on
l'a dit autrefois. Voyés le Vasseur dans
les Annales de Noyon , Tom. 1. p . 36.
où il paroît assez bien prouver que ce
Vermand a été Ville. » Quand quelqu'un
»de ce lieu , dit il , passe par les Villa-
» ges d'alentour et est reconnu pour
tel , chacun le houppe , et crie après
» Voilà un des Larrons de Vermand. De
» sorte , ajoûte- t'il , que les reliques mal-
>> heureuses de cette ancienne Ville , ne
peuvent se vanter de posseder rien de
remarquable , sauf un nom infâme.
,
→
Le Doyen de Noyon tenoit ce langage
en l'an 1633. Il marque aussi ailleurs
, Tome 2. pag. 373. que dans le
Diocèse de Noyon on disoit de son tems :
Noyon la Sainte , S. Quentin la Grande ,
Peronne la Dévote , Chauny la bien nommée
, Ham la bien placée , Bobaim la frontiere
, Nesle la noble , Athie la desolée.
Pour revenir à la Principauté de Ham
je suis persuadé que ce sont des Principautez
de cette nature , ou des Royautez
de même genre , qui ont rendu le
nom de le Prince et de le Roi si commun
en France. On créoit des Royautez ,
non seulement à l'occasion des repas du
6. Janvier , mais encore pour des objets
bien différens. Un de mes amis de Bourgogne
264 MERCURE DE FRANCE
gogne m'écrivoit , il y a quelques années ,
qu'un Curieux de ce Pays- là lui avoit
montré l'Extrait d'un Registre Baptistaire
du 10. Février 1575. où pour premier
Parrain d'un garçon baptisé ce jourlà
, qui étoit le Jeudi gras , dans la Paroisse
de Saint L ... d'A ..... le Curé
avoit inscrit Edme Fanay , Roy des Poles
et cet ami ajoûte que c'étoit , sans doute,
parceque ledit Edme Fanay étoit Roi de
la joûte aux Coqs , laquelle joûte se fai-
-soit par les jeunes Ecoliers qui fournissoient
chacun un coq bien abreuvé de
vin , et les mettoient en bataille les uns
contre les autres le Jeudi gras ; or comme
il y avoit toûjours un Coq victorieux,
ce Coq valeureux et magnanime- mériroit
bien par excellence le noble titre de
Roi des Poles ; et c'étoit le Propriétaire
du Coq qui avoit tous les honneurs de
la victoire. On écrivoit alors Poles au
lieu de Poules , et dobles pour doubles.
Il y a eu à Soissons , qui n'est pas bien
loin de nos quartiers , un Prince de la
Jeunesse , dont Dormay fait un Chapitre
exprès , T. 2. p. 423. Les Rois des Arquebusiers
sont très connus , et je n'en
dis rien. Il y a encore des Villes , dit on,
où les Concierges de l'Hôtel commun
des Habitans sont revêtus en certains
jours
E VRIER . 265 1735.
,
jours d'une Dalmatique , et portent en
Public un Sceptre de bois doré. Je ne
sçai plus dans quel Mercure de l'année
1733. il est parlé de plusieurs Villes à
Epithetes d'au- delà de Paris , comme Orleans
, Montargis , Joigny ; je n'en ai retenu
que l'Epithete de Mirandolins
qu'on donne aux Habitans de cette derniere
Ville ; et ce qui m'a fait retenir ce
titre , qui paroît Italien , est que je me
ressouviens très - bien que descendant un
jour du côté de Paris par le Coche d'eau
d'Auxerre , j'entendis plusieurs personnes
, qui de cette voiture saluerent à haute
voix le Corps des Habitans de la Ville
de Joigny ( qui me parut située sur un
Côteau fort roide ) non sous le nom de
Mirandolins , mais sous celui de Maillotins.
Cela me rappella l'histoire des
Maillotins de Paris , dont il est parlé
chez les Ecrivains du quinzième siècle.
?
J
CAPRICE.
'Aime l'oisiveté , c'est là mon plus grand
vice ;
Le repos me paroît l'unique volupté ;
Je ne veux plus aimer la cruelle Artenice ;
Je
266 MERCURE DE FRANCE
&
Je connois trop le prix de ma tranquillité .
Fuyés , trompeurs Amours ; fuyés , je vous l'ordonne
;
Je ne respire plus que les plaisirs des Champs :
Oui , ce sont les faveurs de Flore et de Pomonke
,
Que je veux désormais célebrer par mes chants.
Que dis-je ? dans les fleurs se retrace l'image
Des frivoles plaisirs que goûtent les Amans.
Dans ces champêtres lieux tour est fait au lan-
• gage ,
Qui forme de nos coeurs les doux engagemens.
Aimable Dieu du vin ! puissant fils de Sémele !
Bacchus ! c'est dans ce jour qu'animé de tes
. feux , -
Oubliant mes amours , mes tourmens , ma querelle
,
J'instruirai les Mortels des charmes de tes jeux.
Muses , ce n'est plus vous , c'est ce Dieu qui
m'inspire ;
Je m'égare avec lui dans ces sombres Forêts .
Vif et nouveau transport ! agréable délire !
O divines fureurs ! que vous avés d'attraits !
Les Vallons , les échos de ces lieux solitaires
Ont déja retenti des doux sons de ma voix ;-
Jamais ils ne l'ont fait pour d'amoureux misteres
;
Jamais le foible Amant ne parvint dans ces bois.
La pente des Côteaux , de Planes couronnée ,
Ne
FEVRIER. 1735 267
Ne m'offre que festons , que pampres toûjours
verds ;
La Vigne sous son fruit paroît être accablée ;
Rien ne ressent ici les rigueurs des hyvers.
Je vois de tous côtez s'étendre des Prairies ,
Où le raisin foulé , coulant par cent canaux ;
Quitte sans murmurer ces rives si fleuries ,
Et de ses flots fumeux court remplir nos ton
neaux.
Foible Fils de Venus , vois ton peu de puissance;
Tes traits sont émoussez , ton carquois est rompu
:
... Que vois -je ? avec l'Amour Bacchus d'in
telligence ?
C'en est fait ; je me rends ; Artenice a vaincu,
Auditis ? an me ludit amabilis
Insania ? audire , et videor pios
Errare per lucos , amoene
Quos et aqua subeunt , et aura.
Horat. Lib. III. Od. IV.
1
1
4
D LET
268 MERCURE DE FRANCE
ᎣᎣᎣ Ꭳ
LETTRE de M. L. Chanoine et Sous
chantre d'Auxerre , à M. Fenel , Chanoine
de Sens, touchant le Lieu d'une an
cienne Bataille donnée en Bourgogne.
ST
I les anciens Ecrivains avoient été
aussi soigneux qu'on l'est aujourd'hui
de spécifier lesLieux où se sont don
nées les Batailles importantes , on ne seroit
pas dans l'embarras où l'on se trouve
de nos jours , quand il est question
de rendre en Langage vulgaire le nom
des Endroits où il y a eu des Combats
remarquables ; mais nos Ecrivains se contentent
de dire souvent : » Une telle
» année il y eut Armée à tel lieu , Anno
M. C. IV. Exercitus de Brioleto . Anno
M. C. XII. Exercitus de Bracco sicco.
Anno M. C. XXIV. Exercitus de Monsteriolo.
Anno M. C. XXIII. Exercitus de
Candeio. ( a ) Et quand ils font l'effort
de parler plus exactement , ils disent :
» Telle année la guerre fut en tel lieu
» et tel y fut tué. Anno D CCC. XLI.
Bellum in Fontaneto , & c . C'est ainsi que
(a) Voyés les differentes Chroniques publiées par
Le P. Labbe , Jesuite.
dans
?
FEVRIER. 1735. 269
dans une petite Chronique de l'Abbaye
de Vezelay , je lis à l'an 926. Bellum in
Monte Callan , ubi Garnerius Comes cecidit.
A la faveur de quatre ou cinq mots ,
il faut deviner le reste . Il est vrai que la
Bataille de Fontenai de l'an 841. n'a pas
tout - à - fait manqué d'Historiens ; Ñithard
qui y assista , en a fait une Description
, dont on peut se contenter. J'ai
essayé de désigner à la Posterité l'endroit
où cette bataille a été donnée ; j'ai fait
là -dessus une Dissertation assez longue ,
que j'avois promise au Public dès l'an
1723. ( a ) mais qu'il ne plaît pas au Sr
Simart , Imprimeur , de tirer de ses porte
- feuilles pour lui faire voir le jour
quoique le Censeur Royal et d'autres habiles
Gens lui ayent donné leur approbation
il y a plus de trois ans. ( b )
La bataille in Monte Callau n'a pas eu
le même avantage ; tout ce qu'on en
sçait , en rassemblant les fragments de diverses
petites Chroniques , se réduit à
( a ) Dans ma Préface sur les Antiquitez d'Auxerre
, imprimée en 1723 .
(b) Il est question ici de la continuation des
Mémoires de Litterature et d'Histoire , dont on
n'a rien vû depuis l'an 1732. quoi qu'il y ait plusieurs
Porte -feuilles remplis dé Piéces qui méritent
de voir le jour , et qui sont approuvées.
Dij dire
270 MERCURE DE FRANCE
par
dire qu'elle fut donnée par les Chrétiens
François contre des Payens ; ( c'est ainsi
qu'on appelloit les Normans , conduits
leur Chef Rainold ) que ces Payens
y perdirent plus de huit cens hommes ;
mais que le nombre des Chrétiens qui
furent tuez alla à plusieurs milliers ; que
parmi les Notables on comptoit un Comte
Warnier , ( que d'autres ne qualifient
que de Vicomte de Sens ) dont le cheval
fut tué , et lui arrêté tout aussi-tôt , et
mis à mort , et que dans le nombre des
blessez , fut Ansegire , Evêque de Troyes,
Un Comte Manasses , que Duchêne dit
êrre des Seigneurs de Vergy , se trouva
aussi à cette Guerre avec un Evêque ,
nommé Gozeclin , qu'on croit avoir occupé
le Siége de Langres . Voilà un détail
, qui tout succinct qu'il est , n'a encore
été fait par aucun de ceux qui ont
écrit notre Histoire en Langue vulgaire,
Je puise les dix ou douze lignes qui la
composent , dans Frodoard de Reims
qui vivoit alors , dans le Continuateu
d'Aymoin , dans une Chronique de Sens ,
dans la Chronique de S. Marien d'Auxerre
du XIII. siècle , dans la petite
Chronique de Vezelay ci - dessus citée , et
dans une Chronique de Tours , publiée
par Dom Martene au VI, Tome de sa
grands
FEVRIER . 1735. 27
grande Collection . Je n'ai réservé pour
une plus grande discussion , que le lieu
de la Bataille .
, Il doit avoir été en Bourgogne puisque
se fut dans le tems que les Normans
la ravageoient , ainsi que dit Frodoard
et les autres depuis lui , et un peu après
qu'ils eurent quitté les bords de la Loire,
que se fit ce conflit ; mais dans quel Endroit
de la Bourgogne ? C'est sur quoi
j'ai entrepris de donner quelques lumieres.
Remarqués , s'il vous plaît , qu'après
Frodoard , ce ne sont que des Bourguignons
des environs d'Auxerre , qui nous
transmettent l'Epoque et le lieu de cette
Bataille ; sçavoir , la Chronique de Vezelay
, celle de S. Marien d'Auxerre , et
celle de Tours , que je soupçonne avoir
été rédigée par un Auxerrois , puisqu'il
y fait tant entrer de faits qui regardent
Í'Eglise et le Pays d'Auxerre , qu'il a
emprunté jusqu'à la Préface de notre
Robert , Prémontré de S. Marien. Ne
cherchons donc pas extrêmement loin
d'Auxerre , ni de Vezelay , le champ de
cette Bataille ; laissons les grandes Chroniques
de France , et Golut ( a ) aussibien
que Pithou , ( b ) dire après elles ,
( a ) Mémoire des Bourgougnons , page 406.
( b ) Recueil des Evêques de Troyes , au bout de
D iij que
272 MERCURE DE FRANCE
que ce fut en Charolois qu'elle fut don
née: Desguerrois ( a) et le Pere Daniel assurent
que ce fut à Chaumont en Bassigny,
ou auprès ; cherchons quelque chose de
plus vrai semblable , et ne nous éloignons
point si fort du territoire de la vraye
Bourgogne. Je suis fâché de n'avoir point
eu la pensée que je vais vous communi
quer , lorsque j'écrivis il y a sept ans, sur
les tombeaux de Quarrée , en faveur du
sentiment de M. Bocquillot. ( b ) Ce sçavant
Chanoine d'Avallon , qui avoit d'abord
eu l'idée du voisinage de quelque
Ville dont Quarrée auroit été le Cimetiere
, est enfin revenu à croire que Quarrée
n'étoit qu'un Magazin et un Entrepôt
de tombeaux pour le Morvan , dont
la pierre est difficile à mettre en oeuvre ;
il l'a fort bien prouvé , et le Sieur Thomassin
n'a pû lui opposer que de foibles
raisons ; mais je suis persuadé que
s'il avoit songé que Chalau et sa montagne
peuvent être le lieu où ce grand
nombre de Chrétiens furent tuez par les
Normans en 9 : 5 . il n'auroit pas si fort
méprisé la Tradition de Quarrée , toula
Coûtume de Troyes 1567. page 677.
( ) Sainteté Chrétienne , page 237.
( b) Continuation des Mém. de Litt. et d'Histoire
, T. 3. Partie 1. page 216.
chan
FEVRIER. 1735: 273
chant une Bataille qu'on débite de temps
immémorial avoir été donnée dans le
voisinage.
Il est vrai qu'on a tort d'en conclurre
que les tombeaux furent apportez - là, de
la carriere de Champ Rotar , pour inhumer
ces Chrétiens ; ce nombre prodigieux
de cercueils devoit y être long- tems auparavant,
il n'y a qu'un Auteur aussi mal instruit
que l'a été l'Ecrivain du Roman de
Girard de Roussillon ; qui puisse assurer le
contraire*, c'est donc parce que le hazard
voulut que le sang des Chrétiens fut répandu
à une lieuë de l'ancien magasin
sépulcral , que les corps des plus Notables
y furent portez , et que quelquesuns
y recurent la sépulture. C'étoit bien
la moindre chose qu'on pût observer à
l'égard du Comte Warnier ou Garnier.
Je vous ai quelquefois entretenu sur ces
tombeaux ; j'ai vû ceux qui sont sur
terre et qui sont vuides ; mais il y en a
eu autrefois dans la terre , et il y en a
encore qui sont remplis chacun de leur
corps. Il étoit plus commode de porter
un corps mort pour le placer à Quarrée
* On voit bien que cet Auteur avoit oùi parler
d'une bataille , mais la maniere dont il la raconte
eft fi pleine de contradictions & d'anacronismes ,
qu'on ne peut tabler que sur peu de chose.
D iiij dans
274 MERCURE DE FRANCE
dans un cercueil , que de faire voiturer
bien loin un cercueil de pierre d'une pesanteur
énorme . Ne croyés pas , Monsieur
, qu'on ait été si simple dans le
Morvan , que d'y laisser ainsi inutile le
magasin de tombeaux , et de n'en point
faire usage. Au commencement de l'année
1733. on abbattit un gros arbre assez
proche de l'Eglise , lequel avoit sept pieds
quatre pouces de diametre dans la partie
la moins épaisse , et en creusant à son
pied , on trouva cinq cercueils bien couverts
, dans chacun desquels il y avoit
un corps presque réduit en poussiere ,
dont les dents dans quelques uns ,
>
-
étoient conservées. L'un de ces cercueils
étoit précisément sous le milieu de cet
arbre , et avoit les pieds tournez vers
l'Orient ; les autres étoient un peu autrement
et placez en tout sens
comme par hazard. La tête d'un de ces
cadavres paroissoit avoir été percée d'un
coup de glaive , selon ce qui m'a été
rapporté.
autour ,
Le magasin de Quarrée n'est donc point
le signe qu'il y ait eu une Bataille dans
le voisinage , il n'y a aucun rapport de
l'un à l'autre ; mais c'est la Bataille donnée
dans le voisinage du magasin , qui
est cause que plusieurs des tombeaux qui
Y
FEVRIER : 1735. 275
,
y étoient exposez en vente depuis longtemps
, ou qui y étoient restez vuides et
negligez , furent remplis chacun d'un
corps , et cela parce qu'on les y porta.
Or , que la Bataille se soit donnée proche
quelqu'une des montagnes voisines de
Chalau , c'est à quoi il y a toute apparence.
Il n'y a point de rapport entre
les noms Kalau , Callau , Calo , ou
Chalo , qui sont ceux que les plus anciens
Historiens ont employez et le
nom de Charolois. Ce Pays de Charolois
étoit appellé originairement Quadrigelle
, dont on a formé depuis Kadrelle
ou Cadrella , comme le marque M. Valois
( a ) . Il n'y a gueres davantage de
rapport entre les quatre mots ci - dessus
et le nom de Chaumont , puisque , selon
le même M. Valois , Chaumont vient de
Calvus mons , qui est une dénomination
purement latine et assez commune , fondée
, comme il dit , sur la secheresse ou la
sterilité de certaines montagnes. Les quatre
manieres dont s'expriment les Historiens
les plus voisins du temps de la Bataille
, sont également barbares , et nullement
de l'idiome latin . Ainsi elles ne
peuvent désigner qu'un lieu nommé Chalau
ou Chalo dans notre langage françois,
(a ( Notit. Galliar.
>
D▾ et
276 MERCURE DE FRANCE
et peut être tout le Canton de montagnes
qui commencent le Morvan , vers Vezelay
et Avallon ( a ) . Il est vrai que le
continuateur d'Aymoin , selon l'édition
que j'ai , semble ne faire qu'un seul mot
de Kalomonte , en quoi il a été suivi par
Taveau votre Historien , qui met propè
Calomontem (b ) , et par Pithou , qui met
ad Kalaumontem : mais il est plus sûr de
s'en rapporter à votre Chronique Senonoise
du xII . Siécle , qui met in monte
Chalo , aussi-bien que celle d'Auxerre ,
et à celle de Vezelay , qui met in monte
Callan. Vous avez à Sens une copie de
cette Chronique qui m'a paru du XIII .
siécle au plus tard , où les deux mots sont
de même et séparez . J'ay voulu consulter
l'original de celle de Robert de Saint-
Marien , pour voir s'il y auroit d'une
autre maniere que dans l'imprimé de Camusat
; mais ce précieux Manuscrit n'est
plus à Auxerre , ayant été porté l'année
derniere à Estival en Lorraine. J'ay fait
écrire pour sçavoir s'il y a Chalo ou Callau
, et il n'est point venu de réponse.
( a ) Celle qu'on appelle Saint - Martin du Puy
dans ce canton - là m'a paru être des plus élevées
et son nom le marque assez ; Podium fignifiant
une élevation .
( 6 ) Histor. Archiep. Senon . p. so.
2
L'Im
FEVRIER. 1735
277
L'Imprimé de Frodoard met également
en langage barbare , apud montem Calaun.
Je soupçonne qu'il peut y avoir dans
l'original montem Calauu , ou bien montem
Calaux. Le nom de mons doit être
regardé comme substantif en cet endroit,
et non pas comme composant le nom
propre c'est ainsi que quand cet His-
⚫torien parlant d'un Evêque de Laon, dit :
anno 921. Rodulfus Epifcopus montis Lauduni
moritur. Jamais on n'a pensé à ne
faire qu'un seul mot de ces deux - là , ni
à dire Montlaon ou Laonmont. Ainsi ne
cherchons ni Montchal ou Montchau , ni
Chaumont non plus , pour y placer la
Bataille de l'an 925. et contentons* nous
de la montagne de Chalau , située au
midi d'Avallon , à trois lieuës ou environ
de cette Ville et de celle de Vezelay.
La tradition du Pays sur une Bataille em
general, sans specifier le temps , est un
indice qui conduit- là . Le langage du
vieux Romancier de Girard de Roussil
lon conduit au même point , par le mê
lange qu'il fait des Sarrazins , de Char
les le Chauve , et des Chevaliers de Bous
gogne d'un temps bien posterieur.
On pourroit cependant m'objecter que
l'endroit de la Bataille dont je parle a dûs
être plus près de la Riviere de Seine, que
D vj n'em
278 MERCURE DE FRANCE
n'en est l'entrée du Morvan , où Chalaux
est situé , et s'appuyer sur ce que Frodoard
semble dire, que peu de temps après
les Normans étoient campez sur les bords
de la Seine , et que c'étoit en hyver , où
e peut pas beaucoup avancer en peu
d. ours. Mais je réponds à cela que c'é
toit la même saison à l'égard des François
, et qu'avant qu'on les trouvât sur
les bords de la Seine , ils purent avoir
le temps de faire une longue traitte . Il
fallut d'abord après la Bataille de Chalaux
en donner avis au Roi Raoul , qui
étoit dans le Pays Soissonnois ou dans le
Rémois ( a ) ; ce Prince prit ensuite le
temps de rassembler plusieurs Chevaliers
de l'Eglise de Reims et autres Guerriers,
et vint avec Abdon Evêque de Soissons
en Bourgogne. Y étant arrivé il lui fallut
encore le temps d'y ramasser une grande
quantité de troupes ( b ) ; et ce fut
après tout cela qu'il gagna les bords de
la Seine où il trouva les Normans dans
leur camp. Tant de choses ne se font
pas en trois ou quatre jours peut -être
en fallut- il plus de quinze et même un
( a ) Tout ceci eft de Frodoard Auteur contem
porain.
( b ) Collectâque in Burgundia militum manu
mon paucâ.
配
mois
FEVRIER. 1735.
279
mois entier . Pendant ce temps là la Nation
Normande , accoutumée au froid et
à la fatigue , pût avancer à petites journées
fort aisément vers la Seine , soit
vers Châtillon ou vers Troyes , ou encore
plus bas , si l'on veut , vers Net
ou Bray , ou enfin même jusquesors
Melun .
Si vous goutés mes Remarques , je vous
prie , Monsieur , de les adresser aux Libraires
qui débitent le Mercure de France
, je suis persuadé que votre jugement
ne sçauroit qu'être confirmé à Paris , et
par conséquent que les Imprimeurs ne
differeront point à les rendre publiques,
en faveur des Personnes curieuses de notre
ancienne Histoire de France , et qu'ils
n'imiteront point l'exemple du Sr Simart,
qui laisse languir toutes les Piéces qui sont
dans ses portefeuilles. La mienne sur la
Bataille de Fontenay est la plus ancienne
de ses prisonnieres : je n'ai pû obtenir liberté
pour elle , quelques instances que
je lui aye faites là - dessus à plusieurs fois ,
et par écrit et de vive voix . Si votre
ardeur pour la Litterature Françoise vous
portoit à la retirer de ses mains , lorsque
vous irés à Paris , je vous prie d'y changer
deux ou trois lignes dans ce que j'y
ai mis touchant Rindam Burgundionum ,
que
280 MERCURE DE FRANCE
que M. Pithou nous a donné comme s'il
eût été dans son manuscrit . Ce manuscrit
est à Rome : il a passé dans la Bibliotheque
du Vatican , avec plusieurs
autres de France , et je le crois unique
dans le Monde..
Pendant les délais du Sr Simart , j'ai
obtenu qu'on collationnât quelques endroits
de l'Imprimé avec ce Manuscrit :
ceux qui se sont prêtés à cette Collation,
ont marqué qu'il n'y a pas Riudam, que
je croyois être le mot de Druiam un peu
renversé , mais qu'il y a rivolum : c'est
vers la fin du second Livre de Nithard.
J'ajoute assez de foi à ce qu'ils assurent ,
parce qu'il a été assez aisé de prendre
pour un d un o et une / qui se touchent,
aussi-bien que de croire qu'un o est un a
cependant je serois encore plus sastisfait
, si j'avois vû le Manuscrit de mes
yeux, tant pour juger du temps auquel il
a été écrit, que de la configuration des lettres
en question , et de celle de plusieurs
autres noms propres , où il est à craindre
que les Copistes ne se soient trompés
. Admettant donc le témoignage venu
de Rome , ne lisés plus dans votre Nithard
, Pralium fuper Riudam Burgundionum
magno certamine committunt , mais
bien , Pralium fuper rivolum Burgundionum
magno
FEVRIER. 1735 281
magno certamine committunt : le terme de
rivolus employé pour rivulus , laisse à
penser que le Manuscrit de Rome n'est
pas des derniers siécles . Au reste , cette
correction ne change point mon systême,
le ruisseau en question ne pouvant être
que celui qui , de Druyes , s'écoule dans
l'Yonne et le reste de ma Dissertation
paroîtra dans son entier.
Ce 15. Decembre 1734 .
PUISSANCE DE LA LYRE ,,
Sujet tiré de Pindare , par le P. G. J.
Toy , dont la puissante harmonie
Me captive au sacré Vallon ,
Ranime mon foible génie ,
Puissante Lyre d'Apollon.
Venés , yvresse témeraire ,
Transports ignorez du vulgaire ,
Venés , rallumés mon ardeur.
Raison , témoin de leurs Miracles ,
Respecte les sacrez Oracles
De la plus sublime fureur.
Quy
282 MERCURE DE FRANCE
Oui , tout cede , charmant délire ,
Tout obéit à tes transports ;
Tout , de tes sons , sçavante Lyre ,
Revere les puissants accords.
En vain le Maître du Tonnerre ,
Veut malgré toi frapper la Terre
De ses carreaux étincellans ;
Par ta douceur enchanteresse ,
Bien-tôt la Foudre vengeresse ,
S'exhale en éclats impuissants.
Que dis-je ? la Foudre s'arrêté ;
Tu sçais en éteindre les feux :
L'Oiseau qui porte la Tempête ,
Tombe aux pieds du Maître des Dieux.
Je le vois de ses vastes aîles ,
Couvrir les Armes immortelles ;
Je le vois vaincu par tes airs ,
Au lieu de tout réduire en poudre ,
Dormant à l'ombre de la Foudre ,
Laisser respirer l'Univers.
Connu dans les Royaumes sombres
Ton pouvoir s'étend sur les Morts ;
Dans les Enfers je vois les Ombres
Prêter l'oreille à tes accords.
Je vois les coupables Furies ,
Par tes sons vainqueurs attendries ;
Laisser
FEVRIER. 1735.
28%
Laisser tomber leur feu vengeur.
Sur leurs têtes étincellantes ,
Je vois leurs couleuvres sanglantes ,
Oublier leur noire fureur.
EXTRAIT d'une Dissertation de
M. Maillart , Avocat au Parlement de
Paris , sur le Lieu de la Naissance de
S. Louis , Roy de France.
Omme on ne prescrit jamais contre
Cla vérité , il est toujours tempsde la
faire connoître et de se rendre à son évidence.
On ne sçauroit trop louer le R. P.
de Montfaucon , lequel entre les Ecri
vains modernes , est le premier , qui dans
ses Monumens de la Monarchie Françoise,
Tome II . page 122. Edition 1730.
s'est écarté de l'opinion commune , qui
fait naître S. Louis au Château de Poissy
sur Seine , Diocèse de Chartres , et a
écrit que cet auguste Prince est né au
Château de la Neuville en Hez , Diocèse
de Beauvais.
Le sçavant Benedictin n'a pris ce parti
que sur la Dissertation que lui a communiquée
M. Adrien Maillart , ancien
Avocat au Parlement de Paris , lequel
284 MERCURE DE FRANCE
a bien voulu nous en faire part pour
rendre publique par cet Extrait.
la
Si le Lieu de la Naissance de S. Louis
a pû former un Problême , on peut dire
que ce Problême n'a pas été résolu en
faveur de Poissi par Guillaume de Nangis,
Religieux de S. Denis , décedé le 1. Avril
1301. quoique presque contemporain de
S. Louis , né le 25. Avril 1215. et décedé
le 25. Août 1270.
Cet Historien , de l'autorité duquel
on s'est trop prévalu , n'a pas écrit que
S. Louis se glorifiât d'être né à Poissi ,
mais bien d'y avoir été baptisé , à cause
de quoi , lorsqu'il trouvoit à propos de
taire sa qualité de Roy , il s'appelloit
Louis de Poissi , ou Seigneur de Poissi
Voici les termes de Nangis.
>> Capite de honore quem Ludovicus
" Rex dixit sibi factum apud Poissia-
» cum .... Insuper ad laudem devotionis
» fidei ipsius pertinet , quod cum una
» vice esset apud Poissiacum Castrum ,
» quibusdam familiaribus suis gauden , et
» glorians dixit. Quod majus bonum , et
digniorem honorem quam unquam
» habuerit in hoc mundo , fuerat sibi se-
» mel in Castro illo predicto , mirantibus
qui aderant de quo honore hoc diceret
; Cum de Civitate Remensi , ubi
» Regui
20
FEVRIER . 1735. 28
» Regni Coronam et sacram suscepe-
>> rat unctionem hoc dixisse eum potius
» æstimarent
subridendo respondit ,
» quod in Castro illo Sacri Baptismi gra-
» tiam susceperat : Quod super omnes ho-
و
nores sive dignitates mundanas , majus
» donum et dignitatem incomparabilem
» reputabat. Unde etiam cum Secretas
» Litteras alicui Familiari mittebat
» ex aliqua volebat supprimere nomen
» Regis , LUDOVICUM DE POISSIA CO ,
sive DOMINUM POISSIACI se vocabat.
,
Cette omission du Lieu de la Naissance
de S. Louis dans Nangis , a empêché
le judicieux M. de la Chaise d'en
parler affirmativement à la page 35. de
son S. Louis , Edition de 1688. voici
ses termes : Le jeune Louis , né , selon les
meilleurs Auteurs , à PPooiissssii llee 25. Avril
x215.
La premiere opinion et la plus genera-
- le est donc , que S. Louis est né au Château
de Poissi . Cette opinion est confirmée
dans les Auteurs suivans.
M. Du Cange , à la page 43. de ses
Observations sur S. Louis , Edition de
1668. dit. » S. Louis nâquit le 25. jour
» d'Avril , Fêre de S. Marc , l'an 1215. à
» Poissi , où l'on voit encore en la Cha-
» pelle dite de S. Louis de l'Eglise Col-
» legiale
286 MERCURE DE FRANCE
» legiale , un grand Vase de pierre tail-
» lée , porté sur une haute Console ,
» que l'on dit être les Fonts Baptismaux
» où S. Louis reçut le Baptême .
Dom Michel Germain , adopté par
Dom Jean Mabillon , dans le 4. Livre
de sa Diplomatique , dit au Chap . 115.
sur le nom de Pinciacum. » Sed nihil est
quod Pinciacensis Regiæ decus extol-
>> lat magis , quam Ludovici IX . Piissi-
»mi Regis Natales , Sacrique Fontis
>> ablutio : quibus ille , testante Guillelmo
» Nangiacensi ; præ Regii generis di-
»gnitate ac pompâ religiosius gloriari so
lebat. Eô vero locô , ubi editus est in
» lucem Ludovicus , insignem Basilicam
" erexit , cum nobili Virginum Parthe-
" none , quæ hactenus sancti Dominici
» Normam , Institutaque sectantur.
La Naissance de S. Louis à Poissi est
encore affirmée par M. de Choisy , aux
pages 5. 32. et 33. de son S. Louis ,
Edition de 1689 .
Elle l'est aussi par M. Baillet , en la
Vie de S. Louis , 25. Août , dont voici
les termes. Louis IX. du nom , Roy de
France ; fils de Louis VIII. et de Blanche ,
fille d'Alphonse IX. Roy de Castille , nâquit
à Poissi le 25. Avril de l'an 1215 .
M. Baillet , né en la Neuville en Hez,
le
FEVRIER . 1735 287
>
le 13. Juin 1649. élevé par les Cordelier
de la Garde , qui y sont contigus
et décedé à Paris le 21. Janvier 1706.
ne cite pour ses garants que Guillaume
du Puylaurent , et Geoffroy de Beaulieu ,
lesquels au V. Tome des Historiens François
dans André Duchesne , ne parlent
pas de la Naissance de S. Louis. Il cite
aussi Philippe Mousk.
M. Baillet n'est pas excusable d'avoir
tû ici la Tradition de son Lieu natal ,
Laquelle porte que S. Louis est né à la
Neuville en Hez.
La Naissance de S. Louis à Poissi est
encore indiquée par les Génealogistes de
la Maison de France , page 35. Edition
de 1712.
M. Maillart se croit obligé de rapporter
encore les termes de M. Piganiol de
la Force , sur le même sujet. On les trouve
à la page 476. Tome second , de sa
Description de la France , Edition de
1718.
ور
Philippe le Bel , son petit- fils , fit
» bâtir , dit cet Auteur , sous les auspices
» de ce S. Roy , la magnifique Eglise et
» le Monastere des Religieuses de saint
» Dominique , qu'il dota de grands re-
»venus. On a remarqué qu'il fit bâtir
l'Eglise au même lieu où étoit le Châ
» teau
288 MERCURE DE FRANCE
» teau , et que le grand Autel fut placé
au même Endroit où étoit le Lit de
» la Reine Blanche , lorsqu'elle accoucha
>> du Roy S. Louis ; ce qui est cause que
cette Eglise n'est pas orientée comme
elle devroit l'être.
La page 29. de l'Extrait attribué au
feu Comte de Boulainvilliers , Edition
Angloise de 1727. des Memoires de la
Géneralité de Paris , dressez en 1698.
contient ce qui suit. La Ville de Poissi
est très- ancienne ..... S. Louis 9 naquio J
le 25. Avril 1215.
Et voilà tout ce que notre Auteur a
trouvé en faveur de l'opinion de la
Naissance de S. Louis à Poissi.
Mais voici , d'un autre côté , ce qui
forme une opinion toute contraire , selon
laquelle S. Louis est né au Château de
la Neuville en Hez , entre la Ville de
Beauvais et Clermont.
La premiere autorité se tire des Additions
à l'Histoire de Beauvais par M.Simon
, Conseiller à Beauvais , page 46 .
Edition de 1704. où on lit ce qui suit
Nova Villa Hessei , in Hetio , ou Comitis
de Hez : Neuville en Hez . » J'ai vû
» ajoûte t'il , les Originaux de trois Ti-
» tres , dont il y en a deux du Roy Louis
» XI. l'un du mois d'Août 1468. l'autre
» du
FEVRIER. 1735 289
du 13. Octobre 1475. et le troisiéme
» qui sont Lettres du Roy Henry IV.
» de 1601. où on a accordé aux Habitants
de la Neuville pour un temps ,
>> l'exemption de la Taille , en honneur
>> et souvenir de la Naissance de saint
» Louis, Et il est énoncé dans le der-
» nier de ces Titres , qu'il avoit lui - mê-
» me accordé la même exemption par
» Lettres.
· Voici le préambule des Lettres de 1468 .
Considerant aussi qu'audit Lieu de la Neufville
, qui est situé en Forêt , et Pays fort
infertile , et où il ne croit que très - peu de
bien , Monsieur Saint Louis , notre Prédécesseur
, de glorieuse memoire , fut né es
y prins sa naissance , ainsi qu'il nous a
été affirmé par lesdits Habitants.
Cette même Enonciation est rappellée
dans les Lettres du 13. Octobre 1475 .
et dans celles de 1601. M. Maillart a des
copies entieres de ces trois Titres.
Enfin Louvet , dans les anciennes Remarques
de la Noblesse Beauvoisine , Edition
de 1640. in 8. p.399 . a écrit que par
le décès de Thibault VI . Comte de Blois
et de Chartres par son Pere Thibault V.
et Comte de Clermont en Beauvoisis , par
Catherine sa Mere , fille et heritiere de
Clermont , le Comté de Clermont tomba
250 MERCURE DE FRAN
i ba entre les mains du Roy Philp
guste , par l'acquisition qu'il en fit ae
ceux lesquels y prétendoient droit.
On observe à cette occasion , 1 °. que
le Comte Thibault VI. est décedé en
1218. selon Bernier , en son Histoire de
Blois , page 307. Edition de 1682. 29 .
que par une Charte de l'année 1220. qui
est au Registre de Philippe Auguste ,
dont l'Original est le 7. au Trésor des
Chartes de la Sainte - Chapelle du Palais
à Paris , et deux copies sont à la Bibliotheque
du Roy , falio 161. le Roy Philippe
Auguste donna à l'Abbaye de Froidmont,
Diocèse de Beauvais , et assise dans
la Forêt de Hez , 350. Arpens de bois
et 25. Arpens de Friches , à prendre dans
cette Forêt , laquelle est une partie inte,
grante du Comté de Clermont.
のののか
IMITATION de cette Piece de
Catulle , qui commence , Lugete ê
Veneres , &c.
TEndre Venus , tendres Amours , et vous
Hommes galans qui servés belle amie ,
En noir atour aujourd'hui venés tous ,
Pleurer la mort du Moineau de Lesbie,
Las !
FEVRIER: 1735.
Las ! il étoit son ébat le plus doux ,
Elle l'aimoit plus que sa propre vie:
Posé tantôt sur son sein , sur son bras ,
Jamais Enfant ne connut mieux sa Mere,
En quelque lieu qu'elle tournât ses pas.
On le voyoit qui d'une aîle legere ,
Deçà , delà , se hâtant de voler ,
Par sos pipies sembloit le rappeller.
Or vole- t'il vers ces Manoirs funebres ,
Où dès qu'on entre , on demeure toujours.
Que maudit soit ce Pays de Tenebres
Qui nous ravit nos plaisirs , nos amours.
O Parque injuste , ô rigueur sans seconde !
Pauvre Moineau , cause de nos douleurs ,
C'est pour ta mort que Lesbie est en pleurs
Et qu'il en cuit aux plus beaux yeux du Monde.
LETTRE écrite d'Evreux le 15. Dicembre
1734. par M. A. C. D. S. T.
sur un Droit honorifique singulier.
N
Ous lisons , Monsieur , de temps
en temps dans le Mercure des
Questions singulieres de Droit Civil ,
bien discutées par les Avocats des Parties
et décidées par des Arrêts , ce qui
interesse extrémement le Public en plu-
E sieurs
292 MERCURE DE FRANCE
sieurs manieres. Nous n'avions encore
rien vû dans votre Journal de ce qui
concerne la Jurisprudence Féodale , et
en particulier sur les Droits Honorifiques
, si ce n'est la cérémonie de l'Eglise
Cathédrale d'Auxerre, en faveur du
Comte de Chastellux, qui se trouve dans
le Mercure de Juin 1732 .
Pour rendre cette matiere un peu plus
familiere , et pour engager les Curieux
des Provinces à vous fournir d'autres
faits , principalement sur les droits Honorifiques
; en voici un qui n'est pas
moins remarquable que celui qui s'exerce
dans l'Eglise d'Auxerre et qui
regarde aussi une Eglise Cathédrale.
n'en suis informé que depuis peu de
tems par la lecture d'un Aveu en bonne
forme , fait par un Vassal à son Seigneur
Suzerain . Voici de quoi il s'agit .
ܯ
Ezy , est une Châtellenie dans le Dioeèse
d'Evreux , à un quart de lieuë d'Anet
, où il y a Bailliage , Vicomté , Eaux
et Forêts , &c. Elle a pour un de ses
Seigneurs un Gentilhomme sur le Fief *
duquel est bâtie l'Eglise de la Paroisse ,
attenant la Maison Seigneuriale . Ce
Gentilhomme succede à un autre qui
›
* Ce Fief s'appelle le Petit Sassay , et le Seigneur
est Patron de la Cure , &c.
en
FEVRIER . 1735. 293
en l'année 1642. donna l'Aveu qui suic
à son Seigneur Suzerain.
>> De Haut et Puissant Seigneur Mes-
» sire Louis de Carvoisin , Chevalier ,
» Gentilhomme Ordinaire de la Chamnbre
du Roy , Seigneur de Sassay , * &c.
» Je, Loüis des Brosses, Ecuyer , Seigneur
» de Batigny et autresTerres , avoue te-
> nir de mondit sieur , à cause de sondit
noble Fief de Sassay , &c . ....
» Item . Peut ledit sieur de Sassay faire
dire la Messe par le Curé d'Ezy , ou
autre , en l'Eglise Notre- Dame d'E-
» vreux , devant le Grand Autel , quand
» il lui plaira , et peut ledit sieur
» ou Curé , chasser sur tout le Diocèse
» d'Evreux , avec Autour et Tiercelet .
» six Epagneuls , et deux Levriers , et
peut ledit sieur faire porter et mettre
son Oiseau sur le coin du Grand Autel
, au lieu le plus près et le plus com-
» mode , à son vouloir. Peut ledit sieur
Curé , dire la Messe botté et éperonné
» en ladite Eglise N. D. d'Evreux , tam-
» bour battant en lieu et place des Or-
» gues , &c. Signé de Carvoisin Sassay.
9
» par
Présenté , avoué et affirmé veritable
ledit sieur des Brosses , devant nous
* Ou le grand Sassay , par opposition au Fief
cy--dessus de même nom.
E ij Nicolas
294 MERCURE DE FRANCE
» Nicolas le Courtois , Licentié ès Loix ,
» Lieutenant de M. le Sénéchal de ladite
»>-Sieurie de Sassay , le 10. Septembre
» 1642. lequel Aveu lui avons ordonné
» bailler à mondit sieur ou à son Pro-
» cureur et Receveur , &c. Signé , Le
» Courtois et Des Hayes , avec Paraphe.
Il y a cinq Aveux anterieurs et semblables
qui établissent le même Droit,
Je suis , Monsieur , &c.
ETRENNES A MERCURE,
LOGOGRYPHE,
M'En dût- il coûter de la peine ;
Seigneur Mercure, il vous faut votre Etrenne
Vous le voulés , il faut vous obéïr.
Mais un Mortel sçaura- t'il divertir
Un Dieu , Pere de l'Eloquence
Quel sujet faut-il vous offrir ?
L'embarras est de conséquence ,
Pour moi , qui ne puis pas vous donner à choi◄
sir.
Mais à quoi bon tant discourir !
Je vois jusqu'où va l'indulgence ;
Düi , oüi , je commence à sentir
Quand
FEVRIER. 1735. 295
Quand on est , comme vous , plongé dans l'abondance
,
Que des mets succulens on peut bien s'abste
nir,
Et se réduire à faire pénitence ;
C'est à l'excès pousser la complaisance ."
Ainsi vous n'aurés donc , Seigneur , pour tous
présent ,
Qu'un Logogryphe .... Eh quoi ! vous conmencés
à rire ?
De ce foible morceau vous n'êtes pas content ?
Je conviens avec vous que c'est jeûner vraiment.
Gependant , j'aurois à vous dire ,
Que le sujet est grand , qu'il vous est cher ; ainsi
Daignés écouter ; le voici :
Mon essence est toute diviné ;
Cependant , par un attentat ,
Les Mortels ici bas ont changé mon état,
Sur tout en fait de Médecine ,
Où sans moi , plus d'un Candidat
N'auroit pas si bonne cuisine.
Mais , faisons tréve à la digression ,
Lecteur , sept Lettres font mon nom ;
Que vous diviserés en pieds , en ventre , en têtes
Pour débrouiller l'ouvrage que j'apprête ,
Voilà la plus courte façon.
Ma tête offre d'abord l'Empire Lunatique
D'un des freres du grand Jupin ;
E iij Mon
298 MERCURE DE FRANCE
Mon ventre , un laid visage , et qu'on voite avec
soin ;
Et mes pieds , un ton de Musique.
Si de mon tout l'on ôte un membre seulement,
Dans le surplus , en l'arrangeant , "
On trouvera ce que produit la rage ,
Et dont on purge le potage.
Enfin , Lecteur , remis en mon entier ,
Tout divin que je suis , admirés le métier
Que sous certaine forme on m'oblige de faire :
Quoique je sois né dans Paris ,.
Je parle de tous les Pays ;
Je suis chargé de mainte affaire ;.
Je donne et reçois des avis :
Aussi voit- on dans ma boutique
Des effets de toute fabrique ;
Bref , jusqu'au moindre évenement .
Il n'est rien que je ne débite ;
Tout est de mon ressort ; mais ce qui plus m'irs
rite ,
C'est qu'on me charge indécemment
De publier l'enterrement
De gens de tout rang , de tout âge .
Comment à ce discours vous changés de visage p
Seigneur , seriez- vous mécontent ?
Pardon , s'il vous a fait outrage ;
Je n'ai pas crû qu'en vous obéissant ,
On pût blesser l'Auteur de cet Ouvrage..
J .... de Paris.
FEVRIER 1735. 299
AUTRE.
J
E suis dans le Commerce un secours néces
saire :
Assembler plusieurs points , c'est mon unique
affaire ;
Un rien en me faisant , conduit droit à l'erreurg
Mutilons à présent , pour aider mon Lecteur ,
Ma figure coupée en égale partié ,
Se trouve dans l'instant en deux mots convertie ;
L'un est un durillon , que cause sur la peau
Un pénible travail ; l'autre de son fardeau
Four être déchargé , fait souvent plier l'hom
me.
Les bouts de chaque mot font tout juste la
somme >
Chacun de cent cinquante , ou de trois cent les.
deux.
Expliquons mieux ces mots par quelques petits
jeux :
La tête de chacun , Lecteur , si tu transposes
Au lieu l'une de l'autre , on verra mêmes choses;
De l'une et l'autre fin un pareil changement
Doit donner du nouveau ; non , même arrange
ment ;
Enfin pour le milieu , le changement , je pense ,
Va donner dans l'instant un peu de différence ;
Point du tout ; excepté , qu'on voit le mot premier
,
Far un retour égal , se placer le dernier .
E iiij
C'est
298 MERCURE DE FRANCE
C'est pousser assez loin cette badinerie ;
Essayons cependant d'une autre batterie :
Les deux mots rapprochez , sans prendre dès dés
tours ,
Deux autres vont paroître en lisant à rebours ;
Le premier est un Saint connu par ses Ouvrages ;
L'autre est une cau tranquille entre quatre rivages.
D. B. de Joinville.
Si je
ENIG ME.
I montre les dents par tout où je me trouve,
C'est , Lecteur , sans faire de mal ;
Telle qu'on voit en furie une Louve ,
D'abord tu m'aurois crû peut-être un animal ;
Mais , non ; je n'eus jamais pareille renommée ;
Car sans mentir , je suis inanimée.
Un Element sous moi souvent est agité ,
Fendant que je jouis de ma tranquillité ;
Quoiqu'en différens lieux je sois plus ou moins
forte ,
Je pese souvent moins que tout ce que je porte ,
Chez le Petit et chez le Grand
Je suis utile , et tiens le même rang.
Ainsi par tout étant de même usage ,
En vain j'en dirois davantage.
Par L. H. D. G. sur les bords de l'Isere
AUFEVRIER
. 1735 299
N
AUTR E.
Ez dans differente Province ;
Nous nous réunissons tous quatre dans Paris ¿
Dans un même panier compris
Souvent nous faisons mets du Bourgeois et du
Prince.
Qui sommes nous ? De plusieurs attributs
Celui- ci peut suffire à nous faire connoître :
Dès que du Carnaval les jeux sont disparus ,
Nous commençons alors tous les soirs à pa
roître ;
Nous sortons de l'obscurité ;
Faisons-nous faire pénitence ?
Ou flattons - nous la sensualité ?
C'est à vous d'en juger ; je garde le silence.
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du mois de Janvier , sont , Miroir ,
Angle , Roye , Foin , Broc , Rouen , Par
pier.
Ev NOU
300 MERCURE DE FRANCE
X:XXXXXXXXXXXXX :X
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
L vient de paroître un Prospectus fort:
étendu du grand Ouvrage que prépare
le R. P. de Montfaucon sous le titre
de BIBLIOTHECA Bibliothecarum Ma
nuscriptorum nova , & c. que nous avons
déja annoncé au Public dans le II . Vol .
du Mercure de Décembre 1733. Voici
la Traduction de ce Prospectus faite par
l'Auteur même.
Cet Ouvrage fera connoître au Public:
qu'il y a de plus précieux et de plusutile
en tout genre de Litterature dans
les Manuscrits des Bibliotheques et des .
principaux Cabinets des Sçavans de l'Eu
rope.
Il y en a beaucoup qui renferment des
Pieces originales sur l'Histoire , des Manuscrits
rares , des Chartres , des Titres ,
plusieurs Ecrits enfin , qui quoiqu'inconnus
, n'en sont pas moins précieux ,,
et qui ne seront peut- être jamais imprimez.
Il est donc utile , il est même
absolument nécessaire d'apprendre aus
Public:
FEVRIER . 1735. 301
que ces Pieces existent , et d'indiquer les
endroits où l'on peut les chercher dans
l'occasion.
C'est dans cette vûë que quelques celebres
Bibliothequaires ont fait imprimer
les Catalogues des Manuscrits des Bibliotheques
commises à leurs soins ; les se--
cours que l'on a retirés de leurs travaux forment
un heureux préjugé pour celui que
nous annonçons au Public , car non seulement
il renferme tout ce qu'il y a d'important
dans les Catalogues déja imprimez
, mais il contient encore ceux d'un
grand nombre d'autres Bibliotheques ,
dont on n'avoit presque aucune connoissance.
La Préface qui sera à la tête de l'Ouvrage
apprendra en détail au Public les
moyens que l'Auteur a mis en usage pendant
plus de 47. ans pour remplir un
si vaste projet. Nous donnerons seule
ment ici le contenu de chaque Volume.
Le premier Tome comprendra les Bibliotheques
d'Italie , et commencera par
la celebre Bibliotheque Vaticane , dans
laquelle l'Auteur a travaillé pendant plusde
deux ans , et d'où il a tiré encore
par le secours de ses amis , tout ce qu'il
yavoit de plus important.
2. Presques toutes les autres Biblio
theques E vis
302 MERCURE DE FRANCE
bliotheques de Rome , de la plupart desquelles
l'Auteur a fait lui- même les Catalogues.
3. Les Bibliotheques du Mont Cassin
et de Naples.
4. La Bibliotheque de S. Laurent de
Florence , fameuse par les rares Manuscrits
qu'elle contient. Outre les Notes
que l'Auteur a faites sur un grand nombre
de ces Manuscrits , il en donne un
Catalogue nouveau , auquel deux sçavans
Hommes ont employé dix années
de travail. Le Grand Duc Cosme III . qui
honoroit l'Auteur de sa protection , lui
envoya ce Catalogue pour en tirer copie.
Après suivront les autres Bibliotheques
de Florence , où il y a des Manuscrits
rares et précicux.
5. Les Catalogues de Boulogne , celui
de la Bibliotheque de Ceséne , qui appartenoit
autrefois aux Malatestes ; le Catalogue
des Archives de Ravenne , trois
fois plus ample que celui qu'on a imprimé
dans l'Histoire de cette Ville.
6°. Le Catalogue des Manuscrits quele
Cardinal Bessarion donna au Sénat de Venise.
Les Catalogues des Manuscrits quí
se trouvent dans les Bibliotheques deVenise,
dressez la plupart de la main de l'Au
teur
2 .
FEVRIER. 173.5.
305
7°. Ceux de Padoüe et de Verone ,
ceux du Duc de Modêne , ceux de S. Be
noît de Padolirone , et la fameuse Bibliotheque
de S. Ambroise de Milan , dans
laquelle l'Auteur a travaillé quelque tems.
8. Après les Bibliotheques d'Italie
viennent celles d'Allemagne . Ce qu'il y
a de plus important dans la Bibliotheque
de l'Empereur , extrait des gros Recueils
de Lambecius et de Nessel. Des
Extraits aussi de celles d'Ausbourg, de Baviere
et de quelques autres d'Allemagne.
9 °. Le Catalogue des Manuscrits de
l'Escurial,
10º. Ce Volume finira par le Catalogue
des Manuscrits du Roy d'Angle
terre , et par les Catalogues des Bibliotheques
de la Grande Bretagne.
Le Tome second est destiné pour les
Manuscrits des Bibliotheques de France.
Il commence par celle du Roi , la plus
nombreuse et la plus belle qui fut jamais.
Charles V. est le premier de nos Rois
qui ait formé un Corps de Bibliotheque
au Louvre. Charles VI. et Charles VII.
l'augmenterent . François I. le Pere et le
Restaurateur des Lettres , l'enrichit de
Manuscrits Grecs , Latins et autres ; ses.
Successeurs continuerent à l'augmenter.
Sous Louis XIV . cette Bibliotheque s'accrut
304 MERCURE DE FRANCE
crut tellement , qu'elle surpassoit déja
les plus nombreuses de l'Europe . Mais
elle doit ses plus grandes augmentations
à S. E. M. le Cardinal de Fleury , qui a
envoyé en Orient , par l'ordre du Roi ,
deux Hommes très-habiles , pour y ramasser
des Manuscrits Grecs et Orientaux
, et ils en sont revenus chargez ,
pour ainsi dire , des dépouilles du Levant.
Il y a joint aussi la Bibliotheque des Manuscrits
de M. Colbert , une des plus considerables
de l'Europe ; la Bibliotheque
de S. Martial de Limoges , et plusieurs
autres. Ensorte qu'il est entré dans la
Bibliotheque du Roi , en moins de troisannées
, près de dix milles Manuscrits ,
qui joints avec les anciens montent au
nombre de trente trois mille, dont quatre
mille sont Grecs . Il n'y eut jamais de si
nombreuse Bibliotheque , sans en excepter
celle de Ptolomée.
Après ce Catalogue , suivra celui de la
Bibliotheque de S. Germain des Prez ,
une des plus considerables de l'Europe.
Le dérail en sera fort curieux et encore
plus utile.
On y trouvera ensuite les Catalogues de
plus de 70. Bibliotheques ou Cabinets de
Manuscrits qui termineront ce Recueil.
C'est de tous ces Materiaux que l'Au--
teur
FEVRIER. 1735
3057
teur a composé son Ouvrage , le Public
sera surpris du grand nombre de Piéces
qui y sont renfermées. Outre les Catalole
Lecteur sera souvent guidé par
gues ,
des Notes que l'Auteur a faites pour indiquer
l'âge et la qualité de plusieurs
Manuscrits.
C
Ceux qui travaillent à la correction des
Auteurs Grecs , Latins , Hebreux , &c .
verront du premier coup d'oeil avec l'aide
des Tables , combien il y a de Manuscrits
sur chaque Auteur..
3
Il s'y en trouve un nombre presqu'infini
sur les Arts et les Sciences , sur la:
Philosophie , les Mathématiques , l'His--
toire Naturelle , la Medecine, la Chymie,
l'Astronomie , l'Astrologie , &c.
›
Les Historiens tant anciens que modernes
, anonymes ou autres , souvent in--
connus , l'Histoire Generale , celle de
Nations , de Royaumes , de Républiques
, de Provinces , de Villes , d'Egli--
ses , &c .
Les Genealogies de Rois , Princes , Seigneurs
, tant de France que d'ailleurs.
Des Chartres, Cartulaires , Papiers Censiers
, Terriers , Nécrologes , &c. Ce qui
regarde les Parlemens , Chambres des
Comptes , Cours de Justice , &c.
En un mot,pour ne pas entrer dans un
trop
306 MERCURE DE FRANCE
trop long détail , on peut assurer , que
dans cette Bibliotheque , qui embrasse
toute la Litterature, et sacrée et profane,
on trouvera un très - grand nombre d'Ouvrages
ignorez jusqu'à present , et cependant
aussi intéressans pour le Public
qu'utiles aux Particuliers.
Pour faciliter l'usage et la recherche
de cette multitude de Piéces , il y aura
deux Tables des plus amples. La premiere
, qui sera à la tête du premier Volume
, sera distribuée par matieres , et
la seconde , qui terminera l'Ouvrage ,
sera par ordre Alphabetique. C'est au
moyen de ces deux Tables que le Public
reconnoîtra toute l'utilité de ce Livre ,
et qu'après y avoir trouvé même au- delà
de ce qu'on lui promet , il conviendra
que c'est un des plus grands services
qu'on pouvoit rendre à la République
des Lettres.
L'Ouvrage contiendra deux Volumes
in folio d'environ 225. feüilles chacun.
imprimé en caractere que l'on nomme
Cicero neuf, et du papier tout pareil à
celui du Projet. Il n'en sera tiré qu'un
très- petit nombre.
Le Libraire chargé de l'Impression a
déja fort avancé le premier Volume . On
peut en voir les feuilles chez lui . Tout
Fow
FEVRIER . 1735. 307
l'Ouvrage sera livré en feuilles au commencement
de l'année 1736.
Il s'imprime chez Briasson , ruë S. Jac
ques , à la Science. On le vendra cinquante
livres en feuilles lorsque l'Edition
sera achevée ; mais on le donnera pour
trente six livres à ceux qui avanceront
presentement vingt- quatre livres , et qui
donneront douze livres en recevant les
deux Volumes.
LI
On trouve actuellement à Paris , chez
Bauche , Libraire du Roi de Portugal ,
Quay des Augustins ; à Lyon , chez Duplein
, Libraire ; à Lille, chez Maton,
braire,sur la petite Place , et à Liege, chez
Everard Kints , Libraire et Imprimeur ,
en Souverain -Pont , à la nouvelle Imprimerie,
le premier et le deuxième Tome
in quarto , de l'Abregé Chronologique es
Hiftorique de l'Origine , du Progrès & de
l'Etat actuel de toutes les Troupes de France.
Cet Ouvrage est dédié au Roy. Il est
enrichi d'un très- grand nombre d'Armoiries
et de Vignettes en taille- douce ,
dessinées et gravées par les plus habiles
Maîtres. Ces Vignettes représentent les
Siéges , Attaques et Combats où chaque
Corps s'est trouvé.
Le premier Tome comprend les quatre
Com
308 MERCURE DE FRANCE
Compagnies des Gardes du Corps et celle
des Gendarmes de la Garde. Le deuxième ,
la Compagnie des Chevau - Legers de la
Garde , les deux Compagnies des Mousquetaires
, celle des Grenadiers à Cheval,
et les seize Compagnies de la Gendarmerie.
Le troisiéme , qui ne paroît pas encore
, traitera du Regiment des Gardes
Françoises, et de celui des Gardes Suisses.
Cet Ouvrage est le fruit de travaux
immenses.
1º. L'Auteur y fait une exacte recherche
de l'Origine et de l'Institution de
chaque Compagnie , qu'il fixe à des Epoques
, qui paroissent beaucoup plus certaines
que celles d'aucun autre Ecrivain ,
par les preuves qu'il en rapporte , et qui
sont tirées de la Chambre des Comptes,
et de Manuscrits de la Bibliotheque du
Roy.
2. Il donne une Liste Chronologique
des Capitaines , Lieutenans , Enseignes ,
Cornettes , & c. de chaque Compagnie ,
depuis son Institution avec la datte de
leurs Commissions tirée de la Chambte
des Comptes , et des Memoires pour servir
à l'Histoire de ces Officiers.
· 3º A la fin de chaque Compagnie
on trouve un Journal Historique , ample
et détaillé de toutes les actions , où
elle:
FEVRIER. 1735. 309.
elle s'est trouvée depuis son Institution
. Cette recherche des actions particulieres
de chaque Compagnie , donne
à l'Auteur occasion de rapporter quantité
de traits curieux de P'Histoire des
Guerres de France , tant du dedans du
Royaume , que du dehors , ce qui rend
cet Ouvrage d'autant plus intéressant
pour toute la Nation en general , et en
particulier pour toutes les Familles distinguées,
qui y trouvent leurs Ancêtres se
signaler dans leur tems , et se couvrir dela
gloire dont leurs Descendans jouissent
encore aujourd'hui .
Chaque Tome se vend en feüilles 21..
liv. argent de France. Le premier contient
246. Armoiries et 16. Vignettes ,
et le deuxième 222. Armoiries et 19. Vignetes.
DISSERTATIONS DE MEDECINE , Tome II..
contenant une Dissertation sur la Goute ,
et la méthode de la guerir radicalement,
avec un Recueil d'Observations sur les
Maladies dépendantes du défaut de la respiration.
Par Pierre Default , Docteur en
Medecine , Agregé au College des Mede--
cins de Bordeaux . A Paris , chez Jacques-
Guerin , Quay des Augustins 1735. in 12 ..
His
to MERCURE DE FRANCE
HISTOIRE DES REVOLUTIONS d'Espa
gne , depuis la destruction de l'Empire
des Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite
réunion des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie. Par le P.
Joseph d'Orleans , de la Compagnie de
Jesus , et publiée par les Peres Rouillé et
Brumoy , 1734 A Paris , chez Rollin fils,
Quay des Augustins , à S. Athanafe , trois
Vol. in 4. Tome I. pp . 579. Tome II.
PP . 644. Tome III . pp. 655.
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens
, des Carthaginois , des Assyriens ,
des Babyloniens , des Médes , et des
Perses , des Macedoniens , des Grecs.
Par M. Rollin , ancien Recteur de l'Université
de Paris , Professeur d'Eloquence
au College Royale , et Associé à l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres. Tome VIII. A Paris , chez la
veuve Etienne , Libraire, ruë saint Jacques,
à la Vertu. 1734. in 12.
GEOGRAPHIE PHYSIQUE , OU Essai sur
l'Histoire naturelle de la Terre , traduit
de Langlois de M. Woodvvard , par M.
Noguez , Docteur en Medecine , avec la
Réponse aux Observations de M. le Docteur
Camerarius ; plusieurs Lettres écrites
Sur
FEVRIER. 1735. 31r
sur la même matiere , et la Distribution
méthodique des Fossiles , traduite de
l'Anglois du même M. Woodvvard , par
le R. P. Niceron , Barnabite, A Paris ,
chez Briasson , à la Science , 1735. in 4°
>
et
ANATOMIE CHIRURGICALE ,
ou Description exacte des Parties du
Corps Humain , avec des Remarques utiles
aux Chirurgiens dans la Pratique de
leur Art , publiées ci- devant par M. Palfin
, Chirurgien Juré , Anatomiste
Lecteur en Chirurgie à Gand , nouvelle
Edition , revûë , corrigée et augmentée ,
accompagnée de Notes dans le premier
volume , et refondue dans le second par
B. Boudon , Docteur en Medecine. On y
a joint les Observations Anatomiques et
Chirurgicales de M. Ruisch , et celles de
M. Brisseau , avec plusieurs Figures en
Taille douce. A Paris , chez Guillaume
Cavelier , rue faint Jacques , au Lys d'or.
1734. 2. vol in 8 ° . Tome I. pp. 457. T.
II . pp. 403. à quoi il faut ajoûter 176 pp.
pour les Observations Anatomiques de
M. Ruisch , et 36. pour celles de M.
Brisseau.
L'ORIGINE ANCIENNE DE LA PHYSIQUE
NOUVELLE , où l'on voit dans des Entretiens
312 MERCURE DE FRANCE
tiens par Lettres ce que la Physique
nouvelle a de commun avec l'ancienne,
le degré de perfection de la Physique
nouvelle sur l'ancienne, les mayensqui ont
amené la Physique à ce point de perfection
.Par le R.P.Regnault,de la Compagnie
de Jesus. A Paris, chez Clouzier,rue S.Jacques
1734. in 12. 3.vol. Tome I. pp. 329.
T. II. pp. 392. T. III. pp. 358. sans compter
les Tables qui sont à chaque Tome.
CONVERSATIONS sur plusieurs Sujets
de Morale , propres à former les jeunes
Demoiselles à la Pieté. Ouvrage utile
à toutes les Personnes qui sont chargées
de leur éducation . Par M. P. C. Docteur
de Sorbonne. A Paris , chez J. B. La-
Mefle , François Heriffant , & Henry.
1733. vol . in 12. pp . 540.
LETTRE écrite d'Arles , le 25. Janvier
1735. par M. de .... à un de
ses Amis en Languedoc , au sujet des
Poësies de Mlle de Malcrais de la Vigne.
E viens de recevoir , Monsieur , un
Exemplaire
Malcrais de la Vigne , nouvellement imprimées
à Paris. Comme je sçai l'estime
que vous faites des Ouvrages de cette.
charFEVRIER.
1735. 318
charmante Muse , je me hâte de vous
rendre compte de son Livre , qui pourroit
peut-être ne pas tomber si - tôt entre
vos mains .
Les applaudissemens que le Public avoit
si justement donnés à ceux des Ouvrages
de cette sçavante Fille , qui avoient
parû dans les Mercures de France et qui
lui avoient mérité les éloges des meilleures
plumes de notre siccle , exigeoient
sans doute de sa reconnoissance qu'elle
présentât à ce même Public , non seulement
le Recueil des Pieses déja imprimées
dans differens endroits , mais encore
un nombre d'autres qui n'avoient
jamais parû. Animée par le même motif,
elle devoit aussi , pour la gloire de ceux
qui l'avoient celebrée , accompagner son
Recueil des Pieces qu'ils lui avoient adressées
avec les Réponses qu'elle leur avoit
faites ; ce qui compose un volume in 12.
de 300. pages ou environ.
Je ne vous dis rien des Ouvrages que
vous connoissez déja , je me contente
de vous rapporter quelques traits choisis
parmi ceux qui paroissent pour la
premiere fois , et je suis persuadé que
lorsque vous les verrés en entier , vous
ne trouverés ni moins d'élevation , ni
moins de délicatesse et de sentimens
dans
14 MERCURE DE FRANCE
dans celui - ci , que vous en avez admiré
dans les premiers.
On a peu vû de ces heureux Génies
qui se soutiennent également dans le
grand , le simple , le tendre et le bâdin ;
chacun de ces genres demande un esprit
tout entier ; mais il étoit réservé
pour la gloire du beau Sexe , à une Fille
élevée dans le fond d'une Province et
peu à portée ,
, pour ainsi -dire , des in-
Auences du Parnasse , d'allier tous ces
talens divers . Les La Mottes , les Voltaires
,les Destouches , et tant d'autres Esprits
sublimes , en ont été frappez , et n'ont
pû retenir leur juste admiration : leurs
Vers sont des garants immortels du mérite
de Mlle de Malcrais et de ses Ouvrages.
Elle n'a pas pris le soin de dédier
son Livre. En effet elle n'avoit pas besoin
d'un nom respectable pour le favoriser
; celui de Malcrais de la Vigne
suffit pour en faire l'éloge et en assurer
le succès. Elle ne l'a pas non plus , suivant
un usage trop établi , chargé d'une
Préface ennuyeuse,plutôt que nécessaire,
et vaine ,plutôt que sçavante; mais par
un tour bien digne de son esprit , elle
la commencé par une Piece qui est en
même temps une Epitre et une Préface.
Cette
FEVRIER.
1735.
315
Cette
aimable Fille , avec cette
naïveté
et cette
délicatesse qui lui sont si naturelles
,
s'adresse à ses Vers , qui
veulent
se
produire au grand jour ; elle les blâme
de leur
témerité , et leur
reproche
qu'arrivez à peine de la
Province , ils se
Aattent d'être
recherchez avec
empressement
de tout le
monde ; de-là
prenant
occasion de se
récrier
contre la
vanité
inséparable de
l'homme , et sur tout du
Foëte , elle
s'exprime ainsi :
Un Nain , vis- à- vis d'un
Miroir ,
Sur la pointe du pied se leve pour se voir ;
D'un plaisir
ravissant son ame est
enyvrée ;
A ses yeux
fascinez , il devient un Géant ,
Et se
trouve en se
rengorgeant ,
Fort
comme
Hercule et beau
comme Niréc.
Un Poëte
commence à rimer bien ou mal ,
Et dès lors il se juge à tout le moins égal
A
Despréaux , à
Corneille , à
Moliere ;
Il a sur tout un goût
original ;
C'est un Soleil naissant qui
franchit la barriere.
Mais elle leur fait voir tous les
écueils
qu'ils
doivent
craindre. Elle
dépeint ces
Aristarques
caustiques ,
gendarmez contre
toutes les
nouveautez
dont les cris
tumultueux et les
Arrêts
terribles font
trop
souvent
retentir les Caffez et les Pro-
F
menades
13 MERCURE DE FRANCE
menades de Paris . Elle prévient ses Vers
que leurs excuses envers leurs Critiques
seront inutiles.
Vous leur dirés pour abreger leur Glose ,
Que tout dans un Jardin n'est pas Eillet etRose;
Rien ne peut les fléchir , et vous voudrés en vain
Vous couvrir des brillants suffrages
Que vous donna plus d'une docte main , &c.
Elle passe delà à une autre espece de
Critiques encore plus dangereux.
Il est d'autres Censeurs , affables Personnages ,
A l'oeil simple , à la peau douce comme satin ,
Du titre au dernier Vers , ils loüeront vos Oue
vrages ,
Ils vous embrasseront avec un air benin ;
Tournés-vous un moment la tête
Par derriere aussi - tôt on enfonce le dard , &6.
Ensuite n'aprouvant point l'usage de
ceux qui mettent de grandes Disserta
tions à la tête de leurs Ouvrages , sur
la nature , les progrès , les délicatesses de
' Art qu'ils ont cultivé , et du genre qu'ils
ont choisi , et blâmant tout ce galimatias
pompeux dont un Auteur se pare
dans une Préface , elle dit :
Mais quand je lis ses Vers chargez d'ennui ,
Je crois que l'Ouvrage est de lui ,
E
FEVRIER. 1735. 317
Et que ce beau Preliminaire
Est le fruit emprunté d'une main étrangere.
Ce fatras donne- t'il aux OEuvres quelque prix
Je n'ai pas vu qu'Horace et que Virgile ,
A la tête de leurs Ecrits ,
Missent un préambule aussi long qu'inutile.
Ne se révoltant pas moins contre l'usage
des Dédicaces par où les Auteurs
cherchent plutôt à se vanter qu'à loüer
le Seigneur à qui ils parlent , elle finit
par ces mots :
S'il est quelque Lecteur complaisant , gracieux ,
Qui vous trouve un peu de génie ;
Votre destin, mes Vers , est assez glorieux
C'est à lui que je vous dédie.
Cette Piece m'a parû si ingénieuse que
je n'ai pû me refuser au plaisir de m'y
arrêter ; mais.entrons plus avant dans le
Livre . L'Ode , comme un des genres de
Poësie le plus élevé , y tient le premier
rang ; et j'ose dire qu'il s'en trouve ici
que nos plus grands Maîtres ne désavotie
roient pas. Telles sont celle de la Fievre
et celle qui est adressée à la vertu ,
force , l'élevation , la beauté des images
et de la versification , tout s'y trouve
en voici quelques Strophes ; je ne suis
embarassé que du choix .
la
Fij Que
318 MERCURE DE FRANCE
Quel souffle , execrable Peste ,
Dans l'Univers t'apporta !
Mon corps infecté , déteste
Le démon qui t'enfanta ;
Tant que ta rage s'éguise
Sur un Mortel qu'elle épuise ,
On languit , on ne vit pas,
L'accès de retour sans cesse ,
Est pour celui qu'il oppresse ,
Toujours un nouveau trépas,
L'inéxorable justice
Du Monarque des Enfers ,
Punit d'un pareil supplice
Un Géant chargé de fers,
Ses entrailles dévorées ,
Sont aussi - tôt réparées
Sous les serres d'un Vautour ,
Sa faim n'est point assouvie
Et de la mort à la vie
Il le mene tour à tour.
Souvent d'un obscur nuage
?
L'éclat du Ciel s'obscurcit
Si- tôt qu'on voit fuir l'orage ,
Il s'épure , il s'éclaircit .
L'accès fuit , la fievre passe ,
C'est à la Fieure que parle l'Auteur.
J
FEVRIER . 1734.
319
Je vis ; mes sens ont leur place ;
Mais hélas ! calme cruel !
Puisqu'encor à la même heure ,
Il faut que demain je meure ,
Jouet d'un mal immortel .
L'Ode sur la Noblesse est adressée à
la Vertu . L'Auteur n'oublie aucun des
désordres où ne se livrent que trop souvent
ceux qui , satisfaits de porter un
nom illustre , ne s'embarassent pas de le
soutenir par leurs propres vertus , et leur
fait voir avec autant de feu que d'énergie
, que la véritable Noblesse ne peut
subsister sans la vertu . Cette Piece contient
trente Strophes , sans celle qui est
adressée au Cardinal de Fleury , et l'on
peut dire qu'elle est également soutenuë ;
en voici quelques traits pris au hazard .
Toi , qu'engendra l'impure écume ,
Parmi les flots tumaltueux ,
Venus , combien ton feu consume
De ces Pâris voluptueux !
Effeminez Sardanapales ,
Prodigues Heliogabales ,
Ils t'obéissent sans effort .
Vils flateurs , brulants idolâtres
Des dévorantes Cléopatres ,
Le crime en son sein les endort.
Fiij Leur
20 MERCURE DE FRANCE
Leur âge s'écoule dans l'ombre ,
Leurs biens entiers sont envahis ,
Pour fournir aux besoins sans nombre
Des Gliceres et des Lays :
Souvent un hymen deshonnête
Les joint en une affreuse fête ,
Noirs serments ! execrables noeuds !
L'Amour bien- tôt se change en haîne ,
Et voit , de leur indigne chaîne ,
Naître des Monstres dignes d'eux.
Voici pour les mauvais Juges .
Dignitez , charges fastueuses
Que méconnoissent les Vertus ,
Tribunaux , Banques tortueuses ,
Ou préside le seul Plutus ;
L'Avarice aux mains infernales ,
Dans ses balances inégales ,
Pese le sang et la faveur r ;
Et souvent d'une Courtisane ,.
La bouche obscéne fut l'organe.
Par où parla le Sénateur .
Eh quoi ! ces feuilles surannées
Que n'ont point épargné les Vers ,
Devront à vos moeurs effrenées ,
Attirer des respects divers ?
J'y lis de vos Ayeux antiques
Les
FEVRIER. 1735. 32
Les Vertus , les faits authentiques ,
Par vous sans cesse démentis ;
Ayeux qui n'ont d'autres supplices,
Quand on leur raconte vos vices
Que d'avoir eu d'indignes Fils
Mais ne crois pas qu'au sang illustre
Ma Muse veüille avec mépris ,
Ravir un légitime lustre ,
Dont elle connoît tout le prix.
Oüi , marqué d'un tel caractere ,
Tu mérites qu'on te révere ,
Si la vertu fait ton bonheur :
Mais si le vice te domine ,
Ton nom , ta brillante origine ,
Eclaireront ton deshonneur.
Un vrai Noble expose et prodigue
Tout son sang pour servir son Royj
C'est alors que rompant la digue ,
Son coeur exerce son emploi .
Mais quand d'Olive couronnée¿
La Paix fertile est ramenée ,
Il revient chez lui souhaité ;
Juste , honnête , affable , sincere ,
DeDe ses Vassaux , il est le Pere
Et non le Tyran redouté.
Fij L
122 MERCURE DE FRANCE
Les Idilles suivent les Odes. Il y en
a peu qui n'ayent déja parû. Les Hirondelles
, les Tourterelles , les Coquillages ,
&c. ont beaucoup contribué à la réputation
de Mlle de Malcrais . Celle de
'Hyver , qui est une Imitation de l'Ode
IX . du premier Livre d'Horace , estici
toute nouvelle , et n'est pas inferieure
aux autres : après une peinture trèsnaturelle
et très- bien caractérisée de l'Hyver
, Voici comme parle l'Auteur :
"Ami, près d'un bon feu , consumons les journées
Mais qui peut retarder là- bas ton Sommelier
Qu'il ne soit jamais las de tirer du Cellier
Ces flacons pleins d'un jus , que depuis quatr☛
années
Tu conserves si cherement ;
¿Que nos tasses soient couronnées
Des flots de ce Nectar charmant.
Laissons regler aux Dieux l'ordre des Destinées,
A ces Dieux , qui des vents arrêtant la fureur
Calment les Ondes mutinées ;
༞ ཎ
Et des bois , où l'orage avoit porté l'horreur a
Font des retraites fortunées.
Sans nous embarasser du douteux lendemain
De ce jour, quel qu'il soit, faisons un bon usage,
Passons- le avec plaisir , qu'il soit clair et serain ,
Où voilé d'un sombre nuage , &c.
Les
FEVRIER . 323 1735 .
Les Cantates viennent ensuite . Parmi
celles qui n'ont pas vû le jour , celle de
la Rose est une des plus ingénieuses :
c'est une Rose qui veut empêcher Corilas
qui l'a cultivée , de la cueillir ; mais
le Berger malgré les remontrances de la
Rose , s'obstine dans son dessein , et ne
lui trouve plus de charmes . En voici la
morale :
Amans , sous les plus douces chaines
Contraignés vos brûlans désirs ;
Le comble des tendres plaisirs
Est souvent le comble des peines
Les Epitres marchent après. Il n'y en
a aucune qui ait été ci-devant imprimée
l'imagination et la délicatesse de:
P'Auteur brillent dans la plupart de ces
Piéces ; dans d'autres , c'est le sentiment
et le naturel qui en font le mérite. L'Epitre
sixième est adressée à un Jesuite ,
qui n'a pas crû pouvoir mieux marquer
sa reconnoissance et le cas qu'il en faisoit
, qu'en la renvoyant à l'Auteur traduite
en Latin . Cette Traduction se
trouve à la suite de l'Original. Je ne
puis passer sous silence l'Epitre au Prince
de Conti ; elle répond parfaitement a
la dignité du Sujets en voici des traits =
FV Le
324 MERCURE DE FRANCE
Le Ciel vous récompense , à nos voeux favorable ,
Il vous offre à votre retour
Le présent le plus agréable
Qui puisse flatter votre amour.
Les Jeux en voltigeant vous enlevent vos armes
Le plaisir succede aux allarmes ,
Le repos aux travaux guerriers ;
L'Hymen tendrement vous embrasse ;
Et sa main legere entrelasse
Ses mirthes parmi vos lauriers .
Parlant ensuite des Exploits du Prince,.
voici comment l'Auteur s'exprime :
Kell vit avec effroi son invincible Epée
Dans le sang du Germain trempée ,
Guider nos Conquerans , sous les armes vieillis ,
Et sur ses aîles la Victoire
Porta son noble Eleve au sommet de la gloire ,
Couronné des lauriers que lui-même a cuëillis.
Orgueilleux Philisbourg , où triomphent nos
Armes ,
Vous avés éprouvé jusqu'où va sa valeur ,
Et le Rhin dans ses flots le voyant sans allarmes ,
Frémit en admirant sa belliqueuse ardeur ..
Ces Grecs et ces Romains , dont les noms d'âge
en âge
* La Naissance du Comte d'Alais , dont la Princesse
de Conti a accouché, pendant que son Illustre
Epoux étoit à l'armée.
2
On
FEVRIER. 1735 .
325
Ont été préservez des horreurs du tombeau
Du métier de Héros faisoient l'apprentissage ;
La guerre étoit pour eux d'abord un Art nouveau
:
Les Contis sont Héros au sortir du berceau .
Conti , vous imités vos illustres Ayeux ;
Votre Fils marchera sur vos pas glorieux ; .
Le Lion , toûjours intrépide ,
N'engendre point un Cerf timide ,
Et les Dieux engendrent les Dieux.
Je passe aux Epigrammes , dont quel.
ques-unes sont très - vives , et d'autres
très- naturelles ; je n'en raporterai qu'u
ne , m'appercevant que j'ai déja excedé
de beaucoup les bornes d'une Lettre.
EPIGRAM M E.-
Alix versoit des pleurs en abondance -
Le propre jour que son mari mourut ; .
Un Papelard de profonde éloquence ,
Vint l'exhorter à prendre patience ;
L'onctueux Pere en ces mots discourut
Le Ciel le veut votre homme est mort ; ça ', chut
Consolés- vous vos pleurs , Mademoiselle ,
Le pourront- ils racheter du trépas ?
Las! que diroir le Pablic , reprit-elle ,
Veuve aujourd'hui , si je ne pleurois pas ?
F-vj
326 MERCURE DE FRANCE
Il me resteroit à vous parler d'un grand
nombre d'autres Poësies diverses qui
viennent après les Epigrammes sans arrangement
; mais cela me meneroit trop
loin. Il y a sur tout des Poësies Anacréontiques
, qui ne sont pas ce qui est
sorti de plus foible de la plume de Mlle
de la Vigne. Je ne vous dirai rien non
plus des Epitres qui lui sont adressées
quoi qu'il s'en trouve quelques- unes qui
n'ont jamais parû ; une entr'autres dans
notre Langue , où le Génie de cette Langue
et la force de l'expression qui lui est
propre , sont parfaitement conservez.
Mais je ne puis m'empêcher de vous envoyer
encore la Parodie de quelques
Stances de l'Ode de Rousseau , Que l'hom
me , & c. qui est fort heureuse.
Qu'un Livre est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs !
En naissant , sous la presse , il crie
Et semble prévoir ses malheurs.
Un essain de fâcheux Censeurs ,
D'abord qu'il commence à paroître,
En dégoûte les acheteurs ,
Qui le blâment sans le connoître.
A
FEVRIER.
$735. 327
A la fin , pour comble de maux ,
Un Droguiste qui s'en rend maître ,
En habille poivre et pruneaux ;
C'étoit bien la peine de naître !
Je suis avec mes sentimens ordinaires ,
votre , & c .
EXTRAIT d'une Lettre du mois de
Fanvier dernier , contenant quelques
Nouvelles Litteraires..
D
"
E Lauzanne. Notre célebre Compatriote
, M. de Crouzas , retiré de
la Cour de Hesse , où il étoit Gouverneur
de S. A. le Prince Héreditaire , a
repris ses travaux Litteraires , âgé de
72. ans. Il va publier un Abregé de sa
Logique Française , et un nouvel Ouvrage,
intitulé : Pensées libres sur l'Institution
de la Jeunesses mais son plus bel Ouvrage
est une Conférence qu'il a ouverte
dans sa maison , où il fait des Discours
suivis sur la Logique , Discours aisez , ett
qui ont tout l'air de conversation ; il en
applique continuellement les régles à la
perfection du goût et des moeurs : les
exemples , la critique , les caracteres , la
lecture , les maximes , la connoissance du
Monde , tout ce qui peut aider a penser
juste
28 MERCURE DE FRANCE
Juste et agréablement , s'y trouve mêlé
avec beaucoup d'art. Son but a été de
former à la vertu et au goût des Sciences
ses jeunes Compatriotes ; il le fait
gratis , avec une ardeur extrême , et d'une
maniere utile à tous les âges ; on y va en
foule vous m'avouërés que c'est une façon
bien noble de terminer sa carriere ;
à l'âge où il est , il seroit difficile de lui
opposer un jeune homme qui eut plus
de feu et d'enjouëment.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE , ou Histoire
Litteraire de l'Allemagne , de lá
Suisse et des Pays du Nord . Année 1732-
Tome 24. A Amsterdam , chez P. Humbert
, in 12, de 220. pages.
མ
HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE depuis
le commencement du Monde , jusqu'à
la naissance de J. C. par demandes et
par réponses. Par Jacques Brucker , à Ulm,
chez Bartholomaei 1731. in 12. pp . 11207
sans la Préface et les Tables . L'Ouvrage
est en Allemand.
Extrait des Nouvelles Litteraires . De:
Leipzig , le premier Avril 1732. On a
fait une perte très considérable
mort de M. Jean Burchard Mencke
par
la
あ
Con
FEVRIER. 1735. 329
7
Conseiller de Cour et Historiographe de
l'Electeur de Saxe. Il étoit Professeur en
Histoire , Membre du grand College des
Princes , Decemvir , et le plus ancien
des Professeurs de l'Université , quoiqu'il
ne fut que dans sa 58. année . M. Frider
ric Otton Mencke , son fils aîné , continuëra
les Acta Eruditorum , et travaillera
à soûtenir la réputation de ce Journal ,
qu'il regarde avec raison comme son patrimoine
, puisqu'il a pris naissance dans
sa famille , et y est demeuré sans interruption
jusqu'à présent.
De Dresde. M. le Conseiller Schramm :
travaille à une Histoire des Ponts , où il
s'étendra particulierement sur la des
cription de celui de cette Ville.
De Hambourg. On débite ici des Supplémens
aux Ouvrages de divers Auteurs
sur les Livres rares , par M. Voge.
M. Wolff le jeune , Professeur à notre
College , travaille à un Dictionnaire des
Médailles , Lexicon Numismaticum , qu'on
croit qui pourra être de 4. vol. in fol.
L'article X. placé après les Nouvelles
Litteraires contient une Lettre adressée
aux Auteurs de la Bibliotheque Germanique
, de la de la Societé amusante de
part
Berlin , laquelle se plaint par la plume
de quelqu'un de ses Membres , qu'on a
donné
330 MERCURE DE FRANCE
donné dans les Gazettes une idée fort
équivoque de cette Societé , dont voici
le plan.
Nous ne songions point assurément à
nous faire connoître ; nous ne présumions
pas assez de nous- mêmes pour
croire que notre établisssement pût interesser
le Public ; la circonstance présente
nous oblige de changer d'avis. Quelques
personnes se feroient peut être de fausses
idées , il faut les détromper ; c'est ce que
nous ferons aisément , en leur apprenant
en peu de mots quel est le plan et le but
de nos Assemblées .
que
Chacun y traitte tour à tour divers Sujets
que l'on se donne réciproquement ,
et la critique en suit la lecture. Pour
plus de varieté , on entremêle ceux qui
demandent de l'étude avec d'autres qui
ne demandent de la réflexion . On y
donne des Extraits raisonnez des Livres.
nouveaux , et on se fait une loi d'y produire
les doutes auxquels la lecture de
ces Livres donne quelquefois nécessairement
occasion . En géneral , chacun est
admis à faire part des Nouvelles Litteraires
qu'il a aprises , et on en porte
son jugement ; on se prescrit enfin de
communiquer à l'Assemblée ce qu'on
trouve de remarquable dans ses lectures
par
FEVRIER. 1735 . 337
particulieres , et tout ce qui peut regarder
la Litterature par quelque endroit.
Par ce Plan , il est facile de juger du
but que la Societé se propose , et dans
quel esprit elle s'est formée ; elle a en
vûë une utilité commune , qui rejaillisse
sur ceux qui la composent. Elle se propose
la verité ; mais en même- tems
après qu'on croit l'avoir aperçûë , on
fait ses efforts pour la présenter , non
avec un visage fier et sévère , mais avec
un air agréable , qui la fasse paroître
telle qu'elle est. La Societé n'a pas crû
pouvoir exprimer ce but avec plus de
modestie , qu'en l'appellant un amusement
, et en prenant elle- même le nom
de Société amusante.
Nous souhaitons que quelqu'un d'entre
nous puisse être un jour utile au Public
; mais c'est ce dont nous n'osons encore
nous flatter , comme nous voudrions
pouvoir nous en flatter dans la suite ;
nous demeurons pour le présent dans les
bornes de notre premier Projet , qui est
de nous instruire nous mêmes.
La Lettre est datée de Berlin le 24
Décembre 1731.
NOV332
MERCURE DE FRANCE
NOUVEL Avis sur les Memoires de la
Vie des Hommes Illustres , & c.
On a vu dans le Mercure du mois d'Octobre
dernier , un premier Avis sur les Memoires des
principales Actions des Hommes Illustres du Regne›
de LOUIS XI V. avec la Liste de 30. premie
res Vies ; là-dessus plusieurs personnes ont fait
des plaintes , les uns de n'avoir pas trouvé dans
cette Liste des Grands Homines recommandables
sous le dernier Regne ; les autres qui vou.
droient avoir cet Ouvrage , sont fâchés qu'il
s'imprime si loin et qu'il ne soit pas répandu dans
le Royaume pour l'avoir plus facilement , et il y
en a d'autres qui voudroient envoyer des Memoires
sur ces vies à l'Auteur , et ne sçavent ou
les adresser ; pour satisfaire à ces plaintes on a
cru devoir donner au Public la Liste de toutes
les Vies que contiendra cet Ouvrage , de même
que les Endroits où l'on pourra le trouver , avec
le nom de ceux qui le vendront et chez lesquels
on pourra remettre les Memoires qu'on voudra
envoyer à l'Auteur,
LISTE de toutes les Vies qui seront
dans les Memoires des principales Actions
des Hommes Illustres du Regne
de Louis XIV.
Maréchaux de France.
Mrs de Catinat
de Bellefont.
d'Etrées.
de la Feüillade.
de Vauban .
de Noailles.
de Montrevel.
de Berwick.
de Villars.
de Lorge.
d'Harcourt.
de Choiseul.
FEVRIER. 1935. 333
Je Navailles.
de Boufflers.
de Rozen.
de Tallard.
de Tessé .
de Chamilly.
de Crequy .
de Luxembourg .
d'Humieres..
de Duras.
de Villeroy.
de Tourville .
de Gassion.
de la Ferté.
d'Uxelles.
de Médavi.
de Marcin.
de Chateaurenaud,
de Gramont.
de Joyeuse.
Officiers Generaux.
Mrs le Duc de Vivonne. de Magaloti
le Duc de Lesdiguieres. D'Illon,
le Bret.
de Crement.
de Laubanie.
le Comte de Vertillac.
de Vaudray.
de Saint Silvestre.
d'Albergoti ,
d'Artagnan.
de Magnac.
Daubeterre.
de Saint Pater .
le Guerchois .
Mornas Siffredy .
de Blainville.
de Guiscar.
de Feuquieres .
de la Chétardie ..
de Loëmaria.
de Montal .
de Rivaroles.
de Montauban .
de Melac .
de Fimarcon,
Duquesne.
de Relingue.
de l'Harteloire;
de la Hoguette.
le Duc de Gadagne,
de Chaseron.
de Fourbin.
de Chanlay
de Némond.
d'Imecourt.
de Praslin .
de Vaubecourt
de Megrigny.
de Rubantel .
d'Aligre.
de Gabaret.
de Refuge.
de la Bretêche:
de Greder ..
de Calvo .
de Tilladet .
de Langeron .
le Chevalier Bar.
Ano
334 MERCURE DE FRANCE
Ambassadeurs.
Mrs le Card. d'Estrées . Amelot .
le Cardinal de Bonzy . le Comte Davaux .
le Cardinal de la Tre- Amelot de la Houssaye
moüille .
Autres Illustres.
Mrs l'Evêque deNîmes. Esprit Fléchier.
l'Archevêque d'Alby . Serrony.
de Bezons , Conseiller d'Etat .
On trouvera cet Ouvrage chez les Libraires
suivans. A Paris , chez Briasson , ruë S. Jacques ,
à la Science. A Lyon , chez Rigolet , Quay des
Celestins . A Besançon , chez Boussillo , Libraire.
A Toulouze , chez Carnau , Libraire - Imprimeur.
A Bordeaux , chez Labotiere aîné , Libraire . Ez
a Avignon , chez François Girard , Place saint
Didier, qui imprime l'Ouvrage.
Barbou , Libraire , rue S. Jacques , aux Cygognes
, continue à débiter les Oeuvres de M. de
Fontenelles , de l'Edition d'Hollande in fol. 3 .
Vol. et in 4. 3. Vol . outre la beauté de l'impression
et du papier , cet Ouvrage est recommandable
par les Frontispices , Vignettes et Culs
de lampes , dessinez et gravez par B. Picart.
Le même Libraire vend l'Imitation de J. C.
traduite nouvellement par M. L. D. F. augmentée
d'un Chapitre qui n'avoit jamais été imprimé.
Cette Edition in 18. est ornée de Vignettes
en taille douce , et d'un Ordinaire de la Messe
Fouge et noir.
Le 7. de ce mois , le Pere de la Sante , l'un
des Professeurs de Rethorique au College de
Louis
FEVRIER. 1735. 335
Louis le Grand , y prononça un Discours Latin
Arès-éloquent , dans lequel il fit connoître
Combien il est difficile à un Orateur , durant le
cours d'une guerre , d'en faire le sujet d'un Discours
Public. Les Cardinaux de Polignac et de
Bissi , le Nonce du Pape , plusieurs Archevêques
et Evêques , et un grand nombre de personnes
de considération s'y trouverent.
Nous esperons donner un Extrait de cette
Piéce d'Eloquence,
Le Roi ayant nommé les principaux Officiers
de l'Académie Royale des Sciences pour la
présente année , ils y prirent séance dans l'As
semblée du 8. Janvier ; sçavoir , le Duc de Richelieu
en qualité de Président , le Comte de
Maurepas, Vice- Président , et M M. de Reaumur,
et de Maupertuis , Directeur et Sous Directeur.
Le 21. du mois dernier , l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place de Pensionnaire
Astronome , vacante depuis long- tems par
la mort de M. Lieutaud , élût pour les trois Sujets
qu'elle présente au Roi ; sçavoir , MM . Bouguer
et la Condamine , de la Compagnie , et M.
Cassini fils , Externe.
Le 26. le Comte de Maurepas , Ministre d'Etat
, écrivit à la Compagnie , que le Roi avoit
choisi M. Bouguer , qui par cette promotion a
laissé vacante une place d'Associé Géometre .
Le premier de ce mois , pour remplir cette
place , l'Académie élut pour les deux Sujets
qu'elle présente au Roi , M de la Condamine ,
de la Compagnie , et M. Belidor , Officier d'Artillerie
, et Professeur des Ecoles de cet Art.
Le
836 MERCURE DE FRANCE
•
Le Mercredi 9. le Comte de Maurepas écrivit
à la Compagnie , que le Roi avoit choisi M. de
la Condamine , qui par là , a laissé vacante uge
place d'Adjoint Chimiste.
Le Mercredi 16. Février , pour remplir cette
derniere place , l'Académie élut pour les deux
Sujets qu'elle présente au Roi MM. Hellot et
Habert.
Le 12. le Comte de Maurepas fit sçavoir à
la Compagnie , que le Roi avoit choisi M.
Hellot.
11 résulte des Observations faites à l'occasion
de la Description de la Méridienne de Paris , tracée
d'une extrémité à l'autre de la France , comme
on le peut voir dans l'Ouvrage sur la figure
de la Terre , publié en 1718. par M. Cassini ,
que les degrez du Méridien vont en diminuant
de longueur, en approchant du Pole, d'où il suit
que la Terre doit être oblongue.
La mesure du parallele de Paris , tracée l'année
derniere par M. Cassini , l'a confirmé dans cette
opinion . M. Newton , M. Huygens et plusieurs
autres Philosophes , fondez sur l'Observation des
M. Richer , de l'Académie des Sciences , qui a
remarqué que le Pendule à secondes étoit plus
court vers l'Equateur que dans nos climats , et
en conséquence d'une sçavante Théorie , ont conclu
au contraire quela Terre étoit rehaussée vers
l'Equateur et aplatie vers les Poles . Rien n'a parû
plus propre à décider cette question , qui est
importante par rapport à la Géographie et à la
Navigation , que d'avoir la mesure exacte d'un
degré de l'Equateur et du Méridien aux envi
rons de l'Equateur pour les comparer à celles des
degrez de Longitude et de Latitude mesurez en
France,
FEVRIER . 1735. 3.37
france. C'est le principal objet du voyage que
vont faire Mrs Godin et Bouguer , Pensionnaires
Astronothes,et M.de la Condamine,Associé Géometre
de l'Académie Royale des Sciences , envoyez
par le Roy , munis des Passeports néces
saires de Sa Majesté Catholique , dans le Royaume
du Perou , qui a parû le seul Endroit de la
Terre sous la ligne habitée dans une étendue
suffisante par une Nation policée , où ces Observations
pussent se faire avec toute l'éxactitude
nécessaire. Les trois Académiciens , M. de Jussieu
, Docteur en 'Médecine , Botaniste , un Chirurgien
, un Dessinateur , un Horlogeur , &c.
doivent se rendre à la fin de ce mois à Rochefort
, pour passer sur un Vaisseau du Roy à
S. Domingue , d'où ils se rendront à Portubels
et de- là au Pérou , dans la Province de Quilo ,
dieu choisi pour leurs Observations.
PRIX proposé par l'Académie de
Chirurgie , pour l'année 1735.
L
' Académie de Chirurgie , établie à Paris sous
la protection du Roy , désirant contribuer
aux progrès de cet Art et à l'utilité publique
propose pour le Prix de l'année 1735. le Sujet
suivant :
a
Déterminer le caractere distinctif des playes faives
par arme à feu et le traitement qui leur convient.
Ceux qui travailleront pour le Prix , sont in
vitez à fonder leurs raisonnemens sur la pratique
; on les prie d'écrire en François ou en Latin
, autant qu'il se pourra , et d'avoir attention
que leurs écrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leur Mémoire une marque dissinctive
, comme Sentence , Devise , Paraphe ou
Signature
338 MERCURE
DE FRANCE
Signature ; et cette marque sera couverte d'un
papier blanc collé ou cacheté , qui ne sera levé
qu en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages francs de port
à M. Morand , Secretaire de l'Académie de Chirurgie
à Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains .
Les Chirurgiens de tous Pays seront admis à
concourir pour le Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
Le Prix est une Médaille d'or de la valeur de
200. livres , qui sera donnée à celui , qui au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur
Memoire sur le sujet proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur même ;
qui se fera connoître , ou au Porteur d'une Pro-
Curation de sa part ; l'un ou l'autre représentant
la marque distinctive , avec une copie nette da
Mémoire.
Les Ouvrages seront reçûs jusques au dernier
jour du mois de Février 1736. inclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique de
1736. qui se tiendra le Mardy d'après la Trinité
; proclamera la Piece qui aura mérité le Prix .
Le Prix de l'année 1733. a été adjugê à la Piecc
Nº. 21. dont la Devise étoit , Celatus optat decelari.
L'Auteur est M. le Cat , Maître Chirurgien
et Chirurgien de l'Hôtel - Dieu en survivance
Roüen.
L'Académie a jugé que la Piece Nº. 19. dont
la Devise est : Sic vos non vobis mellificatis apes,
méritoit seule de concourir pour le Prix ; mais
l'Auteur ne s'est pas encore déclaré.
M. Frigot , toujours attentif à instruire le Pu
blic de ce qui se passe d'extraordinaire dans la
Nature a
FEVRIER. 1735. 339
Nature , nous écrit ce qui suit dans sa derniere
Lettre datée de Montebourg en Cotentin , le 4.
Février 1735.
Depuis le jour de Noël dernier nous avons essuyé
des pluyes presque continuelles , souvent
mêlées de bourasques et de Tonnerre. Deux ouragans
furieux , l'un arrivé la nuit du 9. au
10. l'autre, la matinée du 19. du mois detnier
, ont déraciné une quantité prodigieuse
d'arbres , et sur tout de Pommiers > ce qui
forme un spectacle désolant dans nos Campagnes
beaucoup de maisons sont décou
vertes , et la Mer a gagné un terrain considerable
près du Grand Vey. Dieu nous préserve d'un
accident pareil à celui de l'Isle de Portland, dont
nous parle la Gazette. L'Angleterre et la Bas: e
Normandie vont-elles donc devenir une seconde
Sicile et une autre Calabre ? Je trouve dans le
Mercure de Novembre , deux Extraits de ce que
j'ai pris la liberté de vous écrire au sujet du
Tremblement de Terre arrivé ici le 5. du même
mois. En voici encore quelques circonstances remarquées
par des Personnes qui ne dormoient
point.Le mouvement de bascule ou bercement, fut
iel qu'il est marqué avoir été en Angleterre, mais
outre ce mouvement qui se repeta 4. ou 5. fois
de suite , le Tremblement fut terminé par une
secousse verticale , accompagnée de ce bruit
sourd qui me réveilla et qui ressembloit à un
gros coup de Tonnerre éloigné. Ainsi finit cette
terrible Scene , qui avoit été annoncée quelque
temps auparavant par des sifflemens inusitez. Un
jeune Marinier de ma connoissance , revenu depuis
8. jours de S. Domingue , nous assure que
pareil Tremblement s'y est fait sentir au commencement
du même mois , mais il n'a point
G exac$
40 MERCURE DE FRANCE
exactement remarqué le jour. Pour moi , qui
suis assez curieux de ce qui arrive dans la Nature
, j'ai remarqué depuis trois mois que lorsque
le vent a été Sud pendant quelque temps et que
vers le soir il s'est tout à coup mis au Nord-
Ouest , ce qui est arrivé fort souvent sur le
champ on a vû paroître une Aurore Boreale ;
j'ai vu des nuits au déclin de la derniere Lune er
au commencement de celle- ci presque aussi lumineuses
que si on eût été dans la pleine Lune ,
Quelquefois tout l'horisor étoit couvert de
nuages enflammez ; quelquefois ce n'étoit qu'une
Jumiere comme celle du jour naissant.
SUITE des Médailles du Roy.
La double Médaille frappée pour le Roy , et
dont nous donnons ici la gravûre , est sur le
même sujet et a le même Revers ; sçavoir , le
Gaiu de la Bataillé de Guastalla. Deux habiles
Maîtres, M. du Vivier et Rocettiers, ont travaillé
chacun de son côté aux Coins de la tête du Roy ,
et ont donné des marques de leur capacité dans
ce bel Art La Médaille executée par M. du Vivier
, fut présentée au Roy le premier jour de
cette année ; les deux Médailles ont d'un côté la
Tête de cet Auguste Prince , couronnée de Lau
riers , avec la Légende ordinaire , et sur le Revers
, gravé par le sieur le Blanc , un Trophée
élevé sur les bords du Pô , ayant pour baze des
Canons , des Mortiers et des Timballes , avec
une Armure au- dessus , d'où sortent des Drapeaux
aux Armes de l'Empire. En bas, le Fleuve
est représenté sous la figure d'un Vieillard couronné
de Roseaux , panché sur son Urne , et reg
gardant le Trophée avec admiration . De l'autre
εὐτε
DE
XV
.
REX
GERMANIS
AD GUASTALLAM
XIX SEPTEMBRIS
MDCCXXXIV
ITERU
CHRISTIANISS
THE NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
' AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER. 1735. 341
sôté on voit dans les Airs une Victoire passante,
tenant d'une main une Palme, et de l'autre une
Couronne de Lauriers , posée au- dessus du Trophée
; pour Légende DE GERMANIS ITERUM .
Sur le rebord de l'Urne du Pô ERIDANUS. Et
dans l'Fxergue , AD GUASTALLAM XIX . SEP♣
TEMBRIS M. DCC . XXXIV .
Le Roy vient d'accorder au sieur du Vivier
une gratification de mille livres.
où sont
Le sieur Huquier , Marchand d'Estampes , visà-
vis le grand Châtelet , vient de donner au Public
un Livre de douze feuilles de Trophées d'aprês
les Desseins du celebre Watteau ,
des attributs des quatre Saisons , d'autres de
Guerre , d'Amour , de Chasses , de Musique ,
des Arts , &c. Le grand débit qu'il s'en fait ,
prouve l'excellence de la composition.
Il a aussi depuis peu mis au jour sept Cartouches
de guerre d'après les Desseins du sieur de
la Jože, Peintre de l'Académie Royale de Peinture.
Il ne s'est encore gravé que peu de Morceaux
où il ait parû une composition aussi riche et
d'aussi bon goût ; ils sont dédiez au Duc de
Montemar , qui les a honorez de son suffrage.
Le sieur Huquier a acquis depuis peu trois
Planches , gravées d'après le sieur Noël Coypel ,
dont nous avons déja parlé avec éloge ; l'une
représente Galathée , l'autre l'Amour qui allume
le Flambeau de l'Hymenée , & c. La troisiéme
est une Femme vûe à moitié et dans une attitude
agréable et pittoresque.
Nous avons annoncé dans les précedens Mercures
l'Estampe de Mlle Dufresne , gravée par le
sieur Lépicier , d'après le Portrait peint par le
Gij sieur
342 MERCURE DE FRANCE
sieur Aved , l'un et l'autre Peintre et Graveur
de l'Académie. Elle est actuellement en vente ,
rue des Noyers , chez Suruque , et rue S. Jacques
, chez la veuve Chereau.
M. Travenol , cy- devant Premier Violon de
la Musique du Roy de Pologne , fait graver une
Cantate intitulée , la Fierté vaincuë par l'Amour
qui paroîtra dans le courant du mois prochain .
Les paroles de cette Cantate sont aussi de sa
composition.
Le sieur le Maire , Maître de Musique à Paris,
vient de faire graver six nouvelles Cantatilles ,
intitulées , la Musette , les Effets de l'Absence , le
Triomphe de l'Amour , le Dédain affecté , le Retour
de Bellonne , et la Jalousie. Elles sont du même
prix de 24. sols , que les seize autres qui sont
gravées , et qui ont été chantées au Concert des
Tuilleries. On trouvera tous ces Ouvrages au
Mont Parnasse , ruë S. Jean de Beauvais ; chez
l'Auteur, ruë de la vieille Bouclerie, au Chefsaint
Jean ; à la Regle d'or , ruë S. Honoré , et chez le
Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or.
Le même Auteur donnera le mois prochain
un Recueil d'Airs choisis de Due, Récits de Basse,
Vaudevilles , et Rondes de Table , de sa composition
, le prix sera de trois livres .
1c
On trouvera aussi aux mêmes adresses les
nouveaux Motets qu'il a composez pour
Concert Spirituel , le prix de chaque Livre est
30. sols. de
AIR
W YORK
PUBLIC LIBRARY.
ABTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
E NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
FEVRIER.
1735. 343
AIR A BOIRE.
R Ien ici bas n'est ferme ni durable :
Par ce funeste exemple aprenés - le , Mortels.
Le Cabaret , séjour jadis si délectable ,
Dont les destins sembloient être éternels ,
N'est plus , hélas ! qu'un Désert effroyable
Où Bacchus voit renverser ses Autels.
Dieu des Raisins , viens venger cette injure ,
Dans ces lieux si charmants rapelle tes Buveurs ,
Ou pour te signaler chez la Race future ,
Par un trait éclatant punis tes Déserteurs ;
Que leurs gosiers brulants d'une ardeur dévo
rante ,
Ne soient plus rafraîchis par ta Liqueur char
mante ,
Ou que privez au moins de ton plus doux Nectar,
Ils ne boivent jamais ni Beaune , ni Pomar.
SPECTACLE S.
A Tragédie de Sabinus fut repré-
Lsentée pour la premiere fois sur le
Théatre François le 29. Décembre , et
Giij elles
344 MERCURE DE FRANCE
elle a eu huit Représentations , qui ont
été extrémement applaudies , si on en
excepte la premiere , que le Public , c'està-
dire un certain Public , ne voulut point
écouter. Une interruption de huit jours,
fortifia le progrès du mauvais bruit qu'on
avoit répandu sur cet Ouvrage. Sabinus
reparut avec très - peu de changemens ;
il fut autant relevé qu'il avoit été abaissé;
mais ce secours vint trop tard ; les mauvaises
impressions se prennent facilement
, mais elles ne s'effacent pas de même.
Le petit nombre de Représentations
de ce Poëme n'a pas laissé de faire hon .
neur à M. Richer , qui a fait voir par
ce coup d'essai , qu'il sçait remplir aussi
bien que les plus grands Maîtres , les
deux Objets principaux que la Tragédie
se propose , qui sont d'exciter la terreur
et la pitié. Il est vrai qu'on n'a pas
été
aussi content de la versification ; on n'y
a trouvé ni le sublime de Corneille , ni
l'élegance continuë de Racine , mais eston
deshonoré pour être inférieur à ces
grands Hommes ? l'Auteur de Sabinus
s'est attaché à nous donner un bon fond
de Poëme Dramatique , et il a un peu
négligé l'accessoire qu'on a porté depuis
quelques années au delà des bornes qu'il
faut lui prescrire , si l'on ne veut confondre
FEVRIER . 1735 . 345
fondre la Tragédie avec l'Epopée . Au
reste nous ne prétendons pas convenir
que la versification de Sabinus soit aussi
foible qu'on a voulu le persuader , on
pourra en juger par quelques morceaux
que nous en citerons dans cet Extrait.
La Scene est dans le Camp des Romains
, sur les bords de la Mozelle , c'est
Sabinus qui l'ouvre avec Sinorix , un de
ses Affranchis ; il est habillé en Romain ,
pour n'être pas connu . Il fait entendre
à Sinorix les mesures qu'il a prises pour
faire secouer le joug des Romains aux
Gaulois , ses chers Compatriotes ; il deffend
à cet Affranchi d'apprendre son
projet à Eponine , son Epouse , dont il
craint les larmes . Sinorix se retire et un
moment après Primus , que Sabinus attend
, vient le joindre . Ce Primus , quoique
Gaulois de Nation , a autrefois contribué
à mettre Vespasien sur le Trône ;
mais se voyant méprisé de cet Empereur
depuis qu'il lui est inutile , il ne cherche
qu'une occasion de faire éclater son juste
ressentiment. Sabinus lui apprend que
l'heureux moment de venger leurs communs
affronts est enfin arrivé . C'est ici
qu'on fait l'exposition , tant du passé que
du présent ; Sabinus apprend à Primus
qu'ayant été vaincu par la trahison des
G iiij Peuples
346 MERCURE DE FRANCE
Peuples de la Seine , il s'étoit retiré dans
un lieu souterrain , après avoir fait répandre
le bruit de sa mort après l'embrasement
de son Palais , &c. Il ajoûte
qu'ayant fait sçavoir à Eponine en quels
lieux il s'étoit , pour ainsi dire , enseveli
tout vivant , elle n'avoit pas balancé
à venir partager son sort , et à se renfermer
avec son Epoux dans cette espece
de tombeau , où deux Enfans leur étoient
nez. L'Auteur le fait parler avec beaucoup
de feu et d'énergie , dans le récit
qu'il fait de la premiere guerre qu'il déclara
aux Romains dans les premieres années
du Regne de Vespasien ; voici comme
ce fier Gaulois s'exprime , parlant à
ses Compatriotes :
De vos vastes Citez contemplés les ruines ,
Leur dis-je , et des Vainqueurs les meurtres , les
rapines ;
Quoi ! vos coeurs sont- ils faits pour ces indignitez
?
Voyés au bord du Rhin les Germains révoltez,
Civilis contre Rome excitant les Bataves ;
Osés les imiter , vous n'êtes plus Esclaves ;
De Jules descendu , mais né dans ces Climats ,
Vers l'Italie en feu , je veux guider vos pas ;
Tandis qu'à ses Tyrans sa liberté s'immole ,
Retournés assiéger les murs du Capitole ;
Ces
FEVRIER . 1735. 347
Ces murs pour deffenseurs n'ont plus de Manlius
;
Mais les Sujets d'Othon et de Vitellius ,
Esclaves des Tyrans que les Gaulois abhorrent ,
Et qui n'ont de Romain qu'un nom qu'ils deshonorent.
D'un joug trop odieux délivrons l'Univers ;
Vangeons les Nations de tant d'affronts soufferts
;
Que Rome à ños Exploits connoisse qui nous
sommes ,
Et qu'en tout tems la Gaule est fertile en grands
hommes.
.
"
Quoique ces Vers regardent des tems
antérieurs à l'action Théatrale nous
avons jugé à propos de les citer , pour
justifier la versification de cette Piéce :
elle n'est pas par tout également soûtenuë
; mais il s'en faut bien qu'elle soit
aussi défectueuse qu'on l'a voulu persua
der. Reprenons le fil de l'action...
›
Primus ayant appris de Sabinus que
Civilis , soutenu des Germains et des Bataves
, et favorisé par les ombres de la
nuit , doit surprendre les Romains plorgez
dans le sommeil , lui promet de le
seconder , suivi de ses braves Amis , entre
lesquels il nomme Cecinna , Meiel--
lus , Rutile , Fabien. Ces deux premiers
G&y noms
348 MERCURE DE FRANCE
noms sur tout doivent servir à la Piéce ;
Metellus et Cecinna avoient été les plus
mortels ennemis de Sabinus ; ce qui dans
la suite doit donner lieu à la prétenduë
imprudence d'Eponine , qu'on a accusée
de trop de babil. Domitien vient ordonner
à Primus de la part de Vespasien ,
de chercher par tout Sabinus , qu'on dit
être encore vivant ; Primus se retire ,
sçachant bien à quoi s'en tenir . Domitien
fait connoître à Pâris , son Confi .
dent , sa jalousie contre Titus son frere ;
il lui apprend son amour pour une inconnuë
qu'il a vûë dans le Temple de
Vesta. Titus survient ; il blâme la trop
timide prudence de Domitien. Le mépris
de l'un , et la haine de l'autre , paroissent
également dans cette courte
Scene. Titus finit ce premier Acte par
un Monologue , où il fait connoître qu'il
aime la même Inconnue , sans qu'il sçache
qu'il a Domitien pour Rival.
Eponine commence le second Acte
par un Monologue , où elle dit qu'elle
ne confie qu'aux Dieux le secret du sort
de son cher Epoux ; mais ce secret lui
échappe dans la Scene suivante . Elise ,
Dame Gauloise en qui elle a beaucoup
de confiance , lui vient annoncer que sur
un bruit qui s'est répandu que Sabinus
respire
FEV KIER. 1735. 349
respire encore , on fait chercher ce Héros
par tout ; Eponine lui demande avec
frayeur en quels lieux on le cherche
Elise lui répond , que c'est sous les ruines
de son Palais, qu'il avoit embrasé lui-même.
Cette derniere circonstance acheve
de déconcerter Eponine , et lui fait reveler
un secret , dont sa Confidente lui
dit qu'elle se doutoit déja ; elle tremble
également pour son Epoux et pour ses
Enfans. A peine a t'elle appris ce premier
malheur , qu'Alberic , Affranchi de
Sabinus, vient lui annoncer , comme une
bonne nouvelle , une conjuration qu'il a
aprise de deux Soldats , et lui nomme
Cecinna et Metellus comme Chefs des
Conjurez. Eponine est frappée d'effroi à
ces noms ennemis ; elle congédie Alberic
, et ouvrant son coeur à Elise , elle
forme la résolution de reveler à Vespasien
ce qu'elle vient d'apprendre d'Alberic.
Voici sur quoi elle est fondée :
Metellus et Cecinna ont été , et vraisemblablement
doivent être encore , les
plus dangereux ennemis de Sabinus ;
Vespasien le poursuit comme son ancien
Concurrent à l'Empire ; mais la clemence
de Titus laisse quelque esperance à cette
tremblante Epouse , au lieu qu'elle voit
tout perdu , si Metellus et Cecinna sont
G vj
élevez
350 MERCURE DE FRANCE
élevez à l'Empire ; elle balance quelque
tems ; et voyant approcher Vespasien ,
elle se retire , pour peser ce qu'elle doit
faire dans une conjoncture si délicate.
Voilà sur quoi on l'a condamnée , et
peut-être l'auroit -t'on loüée , si les suites
n'avoient pas été si funestes , tant il
est vrai qu'on ne juge bien souvent que
sur les Evénemens .
Vespasien entre sur la Scene avec Titus
et Primus ; ce dernier lui rend compte
de la commission dont Domitien l'a
chargé de sa part ; il lui dit que toutes
ses recherches ont été vaines ; il ne pouvoit
parler autrement , puisqu'il étoit
lié d'interêt avec ce même Sabinus , dont
la vie allarmoit l'Empereur ; mais l'avis
qu'on vient donner à Vespasien commence
à l'allarmer. Pâris , Confident de Do
mitien , dit à l'Empereur qu'une inconnuë
demande à lui parler , et qu'elle a
un avis d'importance à lui communiquer ;
l'Empereur ordonne qu'on la fasse entrer
: c'est Eponine même ; Titus la reconnoît
pour l'Inconnue qu'il aime , et
Primus ne sçait que penser de ce qui
amene la femme de Sabinus auprès de
son plus grand ennemi. Eponine revéle
le secret de la conspiration ; Vespasien
se retire , après l'avoir assurée de sa reconnoissance.
FEVRIER. 1735 33x
fr
connoissance. Titus qui reste auprès
d'elle , lui confirme les promesses de son
Pere ; il lui parle de son amour ; Epo
nine répond à cette déclaration en femme
qui est bien éloignée d ' s'en préva-.
Ioir ; mais quel coup de foudre pour
elle ! elle aprend un moment après que
Primus est allé joindre Civilis , Chef de
la conspiration , et que Sabinus même Y
entre , et excite les Gaulois à suivre son
exemple. Titus quitte Eponine , en lui
disant qu'il va lui faire voir que l'amour
qu'il a pour elle ne l'arrache pas à la
gloire , comme elle a voulu le lui faire
entendre. On peut juger de la situation
où se trouve Eponine en ce moment ; elle
fait connoître ce qui se passe dans son
coeur par ce court Monologue :
Qu'entens -je ? Dieux cruels , od me réduisés .
vous ?
Se peut - il qu'Eponine ait trahi son Epoux ?
l'auriés-vous permis ? et sourd à mes Ciel
prieres >
Vous servés - vous de moi pour combler ses mi
serts ?
M'avés -vous inspiré ce funeste dessein ,
Pour lui plonger moi-même un poignard dans
le sein ?
Revoyons sa retraite , aprenons si mon zele ,
Si l'amour, la pitié , me rendent criminelle.
Les
!
352 MERCURE DE FRANCE
Les Critiques trop séveres diront peutêtre
ici qu'ils n'ont point fait d'injustice
à Eponine en l'accusant d'imprudence ,
puisqu'elle s'en accuse elle-même ; mais
ne sçavent- ils pas que la douleur est injuste
, et qu'ils n'ont pas dû prononcer
de sang froid un Arrêt de condamnation
que la passion a mis dans la bouche de
la criminelle prétenduë ?
Pendant l'Entr'acte , Eponine est allée
au lieu de sa retraite ; elle n'y a point
trouvé son Epoux : Sinorix même , son
fidele Affranchi , lui a avoué qu'il a repris
les armes contre les Romains ; elle
persevere à s'accuser d'imprudence ; elle
frémit du sort où elle peut l'avoir livré ;
elle plaint celui de ses enfans , qui peutêtre
ne verront le jour pour la premiere
fois , que pour ne le revoir jamais . Elise
n'oublie rien pour lui rendre l'esperance ;
elle appuye sur tout sur la génerosité et
la magnanimité de Titus ; mais toute apparence
d'espoir s'évanouit à l'approche
de Sinorix , qui lui annonce la victoire
de Titus , et l'entiere défaite de Civilis ;
il lui dit qu'on n'a point de nouvelles
précises de Sabinus ; mais il lui aprend
que Titus a fait un Prisonnier , dont la
valeur fait beaucoup de bruit dans l'Armée
Romaine . C'en est assez pour faire
,
soup
FEVRIER . 1735. 319
soupçonner Eponine que cet illustre Prisonnier
n'est autre que Sabinus. Titus
vient ; il est surpris de trouver Eponine
si affligée dans un succès que Vespasien
ne doit qu'à elle - même ; elle lui dit que
quelqu'un de ses Parens pourroit être du
nombre de ceux qui ont perdu la vie
sous les Drapeaux de Civilis ; elle lui demande
le nom du vaillant Prisonnier
qu'il a fait ; Titus lui dit qu'il l'ignore ,
mais qu'il va le faire paroître à ses yeux ;
elle le prie de lui permettre de le voir ,
et de lui parler sans témoins ; Titus y
consent avec sa bonté ordinaire ; le Prisonnier
vient , et Eponine le reconnoît
pour son cher Epoux . Cette Scene est
une de celles qui ont plus tiré de larmes ;
en voici quelques Vers : c'est Sabinus
qui parle :
J'aurois sçu prévenir cette injure sanglante ;
Mais il ne m'est resté qu'une rage impuissante ;
Et voulant dans leur Chef braver tous les Romains
,
Mon fer , teint de leur sang , s'est brisé dans
mes mains.
Mais dans un tel revers , mes plus rudes allarmes
Sont d'augmenter vos maux de voir couler
vos larmes ;
Madame , retenés des soupirs superflus ;
Ne
314 MERCURE DE FRANCE
Ne pleurés point mon sort ; estimés Sabinus
J'ai rempli mon devoir , et le sort qui m'outrage
,
N'a pas détruit .mon nom , ni flétri mon courage
;
Son aveugle fureur peut servir les Tyrans ; ;
Mais les Héros trahis en paroissent plus grands.
Eponine lui aprend que c'est elle
seule qui l'a trahi , en découvrant une
conspiration , où elle ignoroit qu'il fûr
entré ; elle se plaint tendrement du silence
qu'il lui a fait de cet important secret
, par ces Vers :.
A ce hardi projet me serois je oposée ?
Hélas ! à quel mépris suis- je donc exposée
Vous n'aves vû paroître encor que mes soupirs ›
Vous m'eussiés vû répondre à vos nobles désirs
Oui , Seigneur , mon courage eût essuyé mes
larmes
J'eusse armé votre bras pour courir aux allatmes
;
Mon coeur même avec vous eût pû les partager;
Que n'avois je point fait enfin pour vous vanger
?
Dans ce climat , Seigneur , fertile en grandes .
ames .
La mollesse n'est pas le partage des femmes.
Sabi
FEVRIER. 1735. 355
Sabinus la prie de lui faire donner un
poignard , pour terminer un sort si malheureux
; elle lui reproche la cruauté
qu'il a de vouloir achever de la rendre
complice de sa mort ; elle lui dit qu'elle
a encore esperance dans la génerosité de
Titus .. Sabinus s'obstine à vouloir mou
rir , & c.
›
Quoique les deux derniers Actes soient
les plus interessans de la Piéce , nous
n'en ferons qu'une Analise succincte ,
pour ne point passer les bornes que nous
nous sommes prescrites sur ces sortes
de matieres. Vespasien suivi de Titus et
de Domitien , commence le quatrièmes
il ordonne qu'on amene le Prisonnier
que Titus a fait : Sabinus vient ; mais
rien ne peut le contraindre à se nommer.
Voici la réponse fiere qu'il fait à l'Empereur
:
Tu ne le sçauras point ; non ; malgré ma dis
grace ,
Cesar , ne prétends pas que je te satisfasse ;.
?
Mais juge à ma fierté , qui brave les revers
Quel ennémi le sort fait tomber dans tes fers
Mon courage du moins te fait assez connoître
Que si je ne suis Roi , je mérite de l'être ;
Des coeurs comme le mien ne peuvent se tra
hir ,. Et
356 MERCURE DE FRANCE
Et ce n'est qu'aux Dieux seuls qu'ils sçavent
obeïr .
Il ajoûte en parlant de Sabinus , dont
Vespasien veut qu'il lui aprenne le
sort :
Je connois le Guerrier qui cause ta terreur ;
Oui , tant qu'il vit , tu dois redouter sa valeur
Sorti du grand Cesar , c'est sa vivante image ,
S'il n'en a le bonheur , il en a le courage ;
Sans le sort ennemi qui borna ses Exploits ,
Son Païs étoit libre , et rentroit dans ses droits ;
A tous ses Citoyens sa disgrace est commune ,
Et l'espoir des Gaulois tombe avec sa fortune ;
Je dis plus ; s'il est mort , l'Univers est soumis ;
Sabinus t'eût cherché par tout des ennemis.
C'est tout ce que je sçais du sort de ce grand
homme ,
Digne de ses Ayeux , digne ennemi de Rome.
De l'horreur des tourmens ne crois pas m'éton
ner ;
Je ne crains point la mort , et tu peux l'ordon
ner.
Cet éloge de Sabinus dans sa propre
bouche a révolté quelques Censeurs
trop séveres ; mais il semble que rien
n'est plus permis dans une semblable occasion
; et comme ce Héros ne doute
point qu'on ne lui fasse donner la mort,
il
FEVRIER . 1735: 357
il veut joüir du plaisir d'allarmer ses ennemis
, même après son trépas. Vespasien
transporté de colere , veut le faire
périr ; mais Titus le ramene à la clemence
, malgré tout ce que Domitien
lui dit pour le tourner du côté de la rigueur.
Vespasien et Domitien s'étant retirez
, Titus demeure pour attendre Eponine
, qui lui a fait demander un entretien.
Cette désolée Epouse de Sabinus
arrive bientôt. La Scene entre Titus et
elle est des plus touchantes : elle se fait
connoître pour femme de Sabinus ; mais
ce n'est qu'après que Titus l'a rassurée,
par un serment : elle va plus loin ; Titus
lui ayant promis de proteger son Epoux ,
elle ne balance plus à le lui faire connoître
dans la personne de son Prisonnier
Titus ne dément point sa vertu ;
il promet un secret inviolable à Eponine
, et lui fait esperer qu'il lui rendra
son Epoux ; mais il la prie de l'exhorter
à paroître plus soumis aux yeux de Vespasien
; Eponine lui répond qu'elle n'espere
rien , si son Epoux ne peut lui être
rendu qu'à ce prix. Elle se retire à l'approche
de Domitien , après avoir dit à
Titus qu'il est son Rival. La Scene entre
Domitien et Titus est toûjours sur
le même ton de contradiction récipro-
:
que
358 MERCURE DE FRANCE
que ; Titus lui aprend qu'Eponine est
et se retire . Domitien s'aban- mariée
donne plus que jamais à son amour ,
dit à son Confident , en parlant d'Epo
nine :
et
J'ai déclaré mes feux ; sa fierté les dédaigne ;
Sí je n'en suis aimé , du moins qu'elle me craię
gne.
Il commence à soupçonner que ce
Prisonnier si fier pourroit bien être Sabinus
lui- même ; il résout sa perte , et
n'attend plus pour exécuter ce lâche
projet , que l'éloignement de Titus , qui
doit aller conclure un Traité de paix
avec Civilis , Chef de la derniere . conjuration.
C'est durant l'absence de cet
unique Protecteur de Sabinus et d'Eponine
, que se passe presque toute l'action
du cinquiéme Acte . Domitien détermine
le foible Vespasien à faire donner la
mort au Prisonnier , s'il s'obstine à garder
le silence sur le sort de Sabinus. Domitien
n'est que trop fidele à exécuter
dès la premiere Scene du cinquième Acte
le noir projet qu'il a conçû à la fin du
quatriéme ; se prévalant de l'absence de
Titus , il tourne comme il veut le coeur
de . Vespasien. Cet Empereur oubliant
tout ce qu'il a promis à Titus en faveur
de
-
1735
.
FEVRIER
.
de son Prisonnier , ordonne qu'on le
fasse venir , et qu'on fasse entrer après
lui l'Esclave et les Enfans qu'on a trouvez
sous les ruines de l'ancien Palais de
Sabinus. Get illustre malheureux toujours
plus fier , s'obstine à garder le sile
ice ,
et brave son Tyran ; c'est un nom
que Domitien ne mérite que trop dans
ce dernier Acte. Sabinus lui parle ainsi :
Va , ne présume pas que ma fierté fléchisse ,
Ami de Sabinus , que mon coeur le trahisse ;
Punis moi , si tu veux , d'un supplice nouveau,
Ma gloire me suivra jusques dans le tombeau.
Je me fais de ton trouble une image charmante,
Que du grand Sabinus le nom seul t'épouvante ;
Et ton sort me paroît moins noble que le sien ,
Puisqu'il peut faire encor trembler Vespasien.
Cette noble fierté de Sabinus ne peut
Pourtant tenir contre les sentimens de
la nature : on amene ses Enfans , suivis
de Sinorix ; ce fidele Esclave aime mieux
mourir dans les supplices dont on le
menace , que de trahir son Maître . Vespasien
poussé à bout , ordonne qu'on
immole les Enfans ; Sabinus ne peut plus
se contraindre ; if demande grace pour
eux , et se fait connoître . Vespasien commande
qu'on leur donne la mort , eg
qu'on
358 MERCURE DE FRANCE
qu'on commence par Sabinus et par son
fidele Affranchi ; on les conduit au supplice.
Eponine vient , et se jette aux
pieds de Vespasien , pour lui faire révoquer
un Arrêt si cruel ; Titus vient se
joindre à elle , pour obtenir la même
grace ; Vespasien la lui accorde ; mais
c'en est déja fait, Alberic vient faire le
triste récit de la mort de ce Héros ; Epo
nine se tuë , et dit à ses Enfans qu'elle
leur laisse un Héros pour appui dans la
petsonne de Titus.
Voilà quel est le fond de cette Tragé
die , qui méritoit un meilleur sort. On
ne disconvient pas qu'il n'y ait quelques
deffauts ; mais n'auroit- on pas dû les passer
en faveur des beautez , et sur tout de
l'interêt qui regne presque par tout.
Les principaux Rôles de Sabinus , d'Eponine
, de Vespasien , de Titus et de Domitien
, sont remplis par le Sr et la Dlle
Dufresne , et par les Srs Sarrazin , Grandval
et Legrand.
LE
FEVRIER. 1735. 36
LE ROSSIGNOL,
FABL E.
,
A M. Richer au sujet de sa Tragédie
de Sabinus.
UN Rossignol par son ramage ;
Des autres Rossignols surpassoit les accens ,
Et les oiseaux du voisinage
Se taisoient , pour ouir un si tendre langage ;
Mais des Rivaux , jaloux de ces aimables chants,
Disoient , hélas ! ce foible Areopage
Décide de ces sons , les trouve ravissans ;
Le bel Orphée à railler on persiste ,
Et la Cohorte antagoniste
Prévient toujours les Auditeurs ,
Faut-il que la critique existe ,
Pour que le vrai mérite ait des persécuteurs ,
Quand le vice souvent a des adulateurs ?
Mais non ; que rien ne nous irrite ,
Calmons un vain couroux ;
La preuve
du mérite
Est de voir naître des jaloux .
Le lendemain , au lever de l'Aurore ,
Le Rossignol paroît , et fait encore
Répeter aux échos ses sons harmonieux ;
Mais cette Secte d'envieux
Occu
382 MERCURE DE FRANCE
Occupoit en ce jour une plage étrangere,
Le Rossignol dans ces beaux lieux
Derechef se donne carriere ;
On voit revenir les Oiseaux ,
Attirez par ces chants nouveaux ;
Guidez par le goût seul , ils trouvent magnifi
ques
Les accens dont ils sont nouvellement surpris ,
Et le mépris des vains Critiques
'Paroissoit n'avoir pû qu'en augmenter le prix.
Inutiles fureurs d'une Secte vulgaire ,
Cher Richer , vainement on prétend t'outrager ¡
De cette audace témeraire
Lebon goût sçaura te venger .
Devalois Dorville.
La Tragédie nouvelle d'Arisbe et Ma
rius , que les Comédiens François préparoient
pour donner à la fin de ce mois,
ne sera représentée que l'hyver prochain.
La Tragédie de Marie Stuart , dont
les Comédiens François avoient donné
quelques Représentations l'Eté dernier
fut remise au Théatre le 6. de ce mois ,
avec quelques changemens que l'Auteur
a fait au cinquiéme Acte , et que le
Public a reçûs avec applaudissement.
L'AuFEVRIER.
1735 365
L'Auteur l'a retirée après deux Représentations.
Le 3. de ce mois , on donna au Théatre
François la premiere Représentation
de la Comédie nouvelle de M. de la
Chaussée , intitulée , Le Préjugé à la mode,
en cinq Actes , qui fut géneralement applaudie
, et qui est tous les jours plus
goûtée , même par les gens les plus difficiles
et les plus mal aisez à contenter.
Cette Piéce est très- bien versifiée , pleine
d'esprit et de traits aussi neufs que
naturels , vifs et délicats , avec des situations
variées et très interessantes , sur
tout des moeurs pures , vrayes et nobles.
Nous ne manquerons pas de rendre un
compte exact de ce beau Poëme , qui attire
un grand concours au Théatre François
,, qui fait l'amusement de tout Paris
, et qui fournit à tous les Entretiens ,
par les beaux morceaux qu'on se plaît à
retenir
par coeur.
Le 18. Février , l'Académie Royale de
Musique donna la derniere Représentation
de l'Opera d'Iphigenie. La Dlle Antier
a chanté deux fois le principal Rôle
dans la plus grande perfection , et a été
géneralement applaudie .
Le 17. on reprit Omphale , qu'on a
H con364
MERCURE DE FRANCE
continué jusques et compris le 22. Cette
Piéce fut suivie du Pas de six dont on a
déja parlé , et qui fait toûjours un extrême
plaisir , par l'excellence de l'exé
cution.
Le 24 on donna la premiere Représentation
d'Achille et Deidamie , Tragé
die nouvelle , annoncée dans le dernier
Mercure , dont on ne manquera pas de
parler plus au long.
Le 19. Février , les Comédiens Italiens
donnerent deux Piéces nouvelles d'un
Acte chacune et en Vers ; la premiere a
pour titre , Les Femmes Corsaires , qui
n'a eu qu'une Représentation. La seconde
est intitulée , les Ennuis du Carnaval,
er a été reçûë très favorablement du Public.
Cette Piéce dont on parlera plus au
long , fut suivie d'une Entrée de six personnes
, à l'imitation du Pas de six qu'on
a dansé à l'Opera après la Tragédie d'Omphale.
Cette danse figurée et fort bien caracterisée
, est parfaitement bien exécutée
par les Acteurs de la Troupe , et
composée d'un Arlequin et d'une Arlequine
, d'un Pierrot et d'une Perrette ,
d'un Polichinelle et d'un Paysan ou Sabotier
; les Airs sont parodiez sur ceux
qui ont été composez pour le Pas de six
de l'Opera .
FEVRIER. 1735. 365
Le 3. Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Géneral de Police , avec les cerémonies
accoûtumées. Ce Magistrat avoit rendu
son Ordonnance le 20. Janvier précedent
, concernant ce qui doit être ob
servé par les Marchands qui y sont établis
, et qui renouvelle les deffenses des
Jeux , &c.
Le même jour , l'Opera Comique fit
aussi l'ouverture d'un nouveau Théatre,
qu'on a construit dans le Cul de Sac de
la rue des Quatre- Vents , tout auprès de
la principale Porte de la Foire , et on
y représenta deux Piéces nouvelles
précédées d'un Prologue ; elles ont
pour titre , la Comédie sans Hommes , et
Académie Bourgeoise , dont on pourra
parler plus au long.
Le 10. on donna une autre Piéce , in
titulée , la Ramée et Dondon , jouée à la
Foire S. Laurent derniere ; c'est une Parodie
de la Tragédie d'Enée et Didon ;
représentée au Théatre François au mois
de Juin dernier.
Le 16. ils ont encore représenté une
Piéce nouvelle d'un Acte , intitulée , le
Quartier d'Hyver.
Le 26. ils donnerent une autre pe
Hij tite
366 MERCURE DE FRANCE
tite Piéce nouvelle d'un Acte en Vau
deville , qui a pour titre le Double - Tour
ou le Prêté Rendu ; elle fut suivie d'une
autre qu'on a remis au Théatre , représentée
dans sa nouveauté en 1731. avec
succès ; elle est intitulée , la Fausse Ridicule
; la Dlle Legrand y joue le principal
Rôle avec applaudissement ; on en peut
voir l'Extrait dans le Mercure de Mars
1731. Ces deux Piéces ont été suivies du
Balet des Tricotets , Concerto Comique ,
dansé avec beaucoup de vivacité par les
meilleurs Sujets de la Troupe.
NOUVELLES ETRANGERES.
POLOGNE.
E Géneral Lesci a envoyé à Dantzick an
Détachement de 200. Soldats Moscovites ,
qui y arriverent le 15. de Janvier , et qui ont
pris des logemens dans divers quartiers de la
Ville. L'Officier qui les commande ayant déclaré
qu'ils devoient être suivis d'un autre Détachement
de soo . hommes , si les Habitans differoient
plus long- tems le second payement des
sommes que la Czarine leur a fait demander ,
les Magistrats ont fait remettre à cet Officier
ooooo. écus , et l'ont prié de leur accorder un
erme de trois semaines , pour fournir le reste
de
FEVRIER. 1735 3.67
de la somme qu'il a ordre de recevoir.
Quelques Lettres du Palatinat de Sandomir'
marquent que la Noblesse Confederée en faveur
du Roi , a chargé d'une Commission auprès du
Roi de France , le Comte Jablonowski , qui est
parti depuis peu pour se rendre à Paris.
Le Commandant de la Garnison Saxone , qui
est dans le Fort de Wechselmunde , a reçû ordre
d'en faire sortir ses Troupes , aussi- tôt après
qu'on aura payé 50000. écus à l'Electeur de
Saxe.
Il a été reglé dans le Conseil de ce Prince ,"
que l'Officier qui commande pour lui dans la
Ville de Thorn , y permettoit aux Réformez de
jouir des privileges qui leur ont été ôtez par le
Décret de 1724. mais ce Prince n'a pris encore
aucune résolution sur la conduite qu'il tiendra'
à l'égard des Protestans des autres Villes de
Pologne et de Lithuanie .
Les Partisans de l'Electeur de Saxe font courir
le bruit que le Comte Potocki , Palatin de
Kiovie , et le Comte Pocci , Régimentaire de
Lithuanie , ont proposé une suspension d'armes
aux Géneraux des Troupes Moscovites , et à
ceux des Troupes Saxones , et que l'Electeur de
Saxe fait offrir au Comte Potocki de lui laisser
le commandement des Troupes de la Couronne,
de payer tout ce qui est dû aux Officiers et aux
Troupes qu'il a sous ses ordres , et de leur avancer
trois mois de paye , si ce Géneral et ses
Troupes se déterminent à abandonner le parti
du Roi.
On apprend par d'autres Lettres que les mê→
mes Partisans continuent d'assurer que l'Evêque
de Cujavie ayant profité de la mesintelligence
qui regne entre le Comte Potocki , Régimen-
Hiij taire
368 MERCURE DE FRANCE
taire de la Couronne , et le Palatin de Lublin.
avoit déterminé le premier de ces deux Géneraux
à se soumettre à l'Electeur de Saxe , et
que le second étoit prêt à suivre cet exemple .
Elles ajoûtent même que le Palatin de Lublinayant
écrit à l'Evêque de Cracovie à ce sujet ,
1'Electeur de Saxe avoit nommé des Commissaires
, pour traiter avec ce Géneral et avec l'Armée
de la Couronne .
Les derniers avis qu'on a reçûs de Cracovie
sont absolument contraires à ces bruits , et ils
portent que le Comte Potocki , bien loin d'avoir
abandonné le parti du Roi , avoit refusé
d'accepter la suspension d'armes qui lui avoit
été proposée par les Géneraux de la Czarine ett
par ceux de l'Electeur de Saxe , et que le Palatin
de Lublin , M. Ozarowski , Maréchal de la.
Conféderation faite dernierement à Niska en
faveur du Roi , le Staroste de Jasielski , Vice-
Maréchal de la même Confédération , et neveu
du Palatin de Lublin , le Castellan de Czersk >
la plupart des autres Seigneurs qui ont pris les
soûtenir les armes pour droits de S. M. et toutes
les Troupes qu'ils commandent s'étoient engagés
par un nouveau serment à demeurer fide
les au Roi.
Selon les mêmes avis , le Palatin de Lublin et
le Staroste de Jasielski , qui à la tête d'un Cóips :
de plus de 20000. hommes , sont allez à Czestochow
, se sont arrêtez huit jours avec leurs
Troupes dans les environs de Cracovie , et pendant
ce tems , l'Acte de la nouvelle Conféderation
génerale a été signé par plusieurs Seigneurs,
du nombre desquels sont l'Evêque de Kaminieck
et M. Szembeck , Palatin de Siradie.
Suivant quelques avis reçus de Czersk , 1500 .
homFEVRIER
. 1735. 36,
hommes des Troupes du Palatin de Lublin ayant
attaqué deux Bataillons des Troupes Saxones ,
les ont mis en fuite , après leur avoir tué beaucoup
de monde , et les Saxons ont perdu en
cette occasion plusieurs Drapeaux .
DANNEMARCK.
"
N apprend de Coppenhague que le Roi
de Dannemarck a conclu depuis peu avec
le Roi de la Grande - Bretagne un Traité , qui
porte que S. M. Danoise s'engage à fournir au
Roi de la Grande- Bretagne , lorsqu'il l'exigera,
un Corps de fooo. hommes d'Infanterie et de
1000. de Cavalerie ; qu'afin de subvenir à l'entretien
de ces Troupes , le Roi de la Grande-
Bretagne accordera tous les ans à S. M. Danoise
un subside de 250000. écus , qui sera réduità
150000. lorsque ces Troupes seront employées
au service de S. M. Britannique ; que
le Roi de Dannemarck recevra du Roi de la
Grande- Bretagne 700000. livres la moitié
payable après la signature du Traité , et l'autre
moitié quand S. M. Britannique demandera les
Troupes que S. M. Danoise promer de lui fournir
; que S. M. Britannique pourra les employer
où elle jugera à propos , excepté en Italie et sur
Mer ,et qu'elle se conformera au Traité dé 1701 .
par rapport aux dépenses extraordinaires , et au
remplacement des recrues ; que si le Roi de
Dannemarck venoit à être attaqué par quelque
Puissance Etrangere , S. M. Britannique ne pourra
garder les Troupes Danoises qu'elle aura pri
ses à son service , et qu'elle fournira au Roi de
Dannemarck , et sur Terre et sur Mer , tous les
secours que les circonstances rendront nécessai
res. Hiiij AL370
MERCURE DE FRANCE
LE
ALLEMAGNE.
Es differens qui sont survenus entre l'Empereur
et l'Electeur de Cologne , au sujet du
Comte de Plettemberg , ont augmenté la mesintelligence
entre cette Cour et celle de Baviere ,
et on doute que le Comte de Konigseg aille à
Munich , où il devoit se rendre par ordre de
S. M. Impériale .
On a reçû avis qu'un Corps de 3000. Turcs ;
qui conduisent en Bosnie un train d'artillerie de
100. piéces de canon , avoit passé dans les environs
de Barakin sur les frontieres de Hongrie.
La Cour de l'Empereur a pris le deuil qu'elle
portera pendant six semaines , pour la mort de
la Princesse Clementine, Sobieska , Epouse du
'Chevalier de S. George.
On écrit de Schwerin du 14. Février , que le
Duc Charles Leopold ayant répondu aux Députez
qui lui avoient été envoyez dernierement
par les Commissaires de l'Empereur , qu'il persistoit
dans la résolution de ne point obeïr au
Décret Impérial , les Commissaires donnerent
ordre à 2500. hommes des Troupes de Holstein
et de Schwartzembourg , d'assieger cette Ville ,
et le 2. de ce mois , ces Troupes s'en étant approchées
, commencerent à faire les dispositions
nécessaires pour l'attaque.
Le 4. M. de Platen , Major General qui les
commandoit , fit sommer les Habitans de se
rendre , et comme ils déclarerent qu'ils étoient
déterminez à se deffendre jusqu'à la derniere
extrémité , les Assiegeans firent tirer une batteie
de s . piéces de canon , qu'ils avoient établie
La
FEVRIER: 1745. 371
la veille ; mais le feu de la Place fut si vif, que
cette batterie fut démontée . Le 6. les Assiegeans
jetterent dans la Ville quelques bombes , dont
une tomba sur le Magasin des poudres , et le fit
sauter.
Cet accident ayant découragé la Garnison , le
Duc Charles Leopold écrivit le 8. à M. de Platen
, pour le prier de faire suspendre le feu du
canon , et de nommer un Officier avec lequel
on pût convenir des articles de la Capitulation .
Un Major des Troupes de Holstein se rendit
aussi- tôt dans la Place ; mais le Duc ayant proposé
des conditions que les Assiegeans ne voulurent
point accepter , et M. de Platen jugeant
que ce Prince songeoit seulement à gagner du
tems , se disposa le 8. au matin à donner un
as aut.
Il divisa pour cet effet ses Troupes en deux
Corps , et celles de Schwartzembourg ayant été
distribuées dans differens postes pour faire plusieurs
fausses attaques , les Troupes de Holstein
furent chargées de la veritable.
La Garnison et la Bourgeoisie ne pûrent rẻ-
sister long tems aux efforts des Assiegeans , qui
s'étant emparez de la plupart des ouvrages extrieurs
, entrerent dans la Ville l'épée à la main.
Pendant qu'un détachement des Troupes des
Assiegeans se rendit maître de la principale bat--
erie dressée par les Assiegez , un autre alla ser
mettre en bataille dans la Place du Marché , eg:
un troisiéme ouvrit les portes pour faire entrert
le reste des Troupes , commandées par M. de
Platen.
La Garnison et la plus grande partie des Ha
Bitans se retirerent dans la Citadelle , à mesure
que les Assiegeans penetrerént dans là Ville , qui
Hiy
372 MERCURE DE FRANCE
demeura exposée au pillage pendant trois heu--
res , parce que les Troupes de Holstein n'avoient
consenti de monter à l'assaut qu'à cette condition.
Le même jour , le Duc Charles Leopold s'étant
embarqué pour Wismar , les Troupes qui
s'étoient enfermées dans la Citadelle , battirent
la chamade ; mais M. de Platen ne voulut point
leur accorder de Capitulation , et elles ont été
faites prisonnieres de guerre . Ce Géneral après
s'être emparé de la Citadelle , a fait marcher un
détachement des Troupes de Holstein , pour
attaquer Domitz.
L
ITALIE.
E 16. Janvier , le Pape tint un Consistoire
secret , dans lequel il nomma Cardinal M.
Spinelli , Archevêque de Naples . S. S. déclara
dans le même Consistoire qu'elle avoit donné
la Legation de Ravenne au Cardinal Alberoni .
ON apprend de Rome que le Duc de Caserte
a fait mettre au commencement de Janvier les
Armes du Roi d'Espagne sur la porte de son
Palais , et le bruit court que le Roi des deux Si.
ciles lui a fait donner ordre de se rendre auprès
de sa personne.
Le lendemain de la mort de la Princesse Sobieska
, son corps fut transporté à l'Eglise des
douze Apôtres , pour y être exposé à visage dé-
Couvert.
Le Carosse dans lequel étoit le corps , étoit
précedé de cinq autres , et il étoit entouré d'un
grand nombre de Domestiques , vêtus de noir ,
et portant des flambeaux .
Après qu'an cût récité les prieres des Morts ,
ausFEVRIER.
1735- 373
ausquelles assisterent M. Colonne , Majordome
du Sacré Palais , M. Gamberucci , Archevêque
d'Amasie , et M. Reali , Maître des Céremonies
de S. S. le corps fut porté dans une des Sales
du Convent , où il fut ouvert et embaumé.
La Duchesse Strozzi l'ayant fait ensuite revêtir
d'un habit de Religieuse de l'Ordre de S. Dominique
, on le mit en dépôt dans une Chapelle,
à la porte de laquelle on posta un Détachement
de la Garde Suisse du Pape.
Le 23. on plaça le corps sur un magnifique
Catafalque , dressé pour cet effet dans le milieu
de l'Eglise , laquelle étoit tendue de noir jusqu'à
la voute , éclairée d'une grande quantité de lumieres
, et ornée de plusieurs Devises et Inscriptions
, et les Vêpres des Morts , ausquelles se
trouverent 32. Cardinaux , furent chantées par
la Musique de la Chapelle de S. s.
Pendant les Vêpres , le Chapitre de l'Eglise de
S. Pierre , toutes les Communautez Religieuses
et les Confrairies qui avoient ordre d'accompa
gner le Convoi Funebre , se rendirent proces
sionellement à l'Eglise des douze Apôtres , d'où
le corps après les absoutes fut transporté à l'Eglise
de S. Pierre.
Dans la marche , les Communautez Religiou
ses étoient précedées des Confrairies et des Pensionnaires
du College de S. Michel et de celui
des Orphelins ; les Curez des Eglises de S. Pierre
et des douze Apôtres , et au milieu d'eux le Camerlingue
du Clergé de Rome , suivoient le
Clergé Régulier ; le Séminaire et le Chapitre de
S. Pierre marchoient devant le corps , qui étoit
entouré de la Garde Suisse du Pape ; le corps
étoit suivi du Capitaine de la Garde Suisse , du
Majordome du Sacré Palais , des deux Maîtres
H vj
des
374
MERCURE DE FRANCE
des Céremonies , des Prélats assistans du Trône,
des Protonotaires Apostoliques , des Cameriers
et des Ecuyers du Pape , et de dix Carosses de
deüil ; un grand nombre de Domestiques portant
des flambeaux , éclairoient le Convoi .
Lorsque le corps fut arrivé à l'Eglise de S.
Pierre , on le mi, dans un cercuëil , et il demeuṛa
pendant la nuit sur une estrade au milieu de laNef
Le lendemain on célebra les obseques de la
Princesse , et après que M. Thomas Cervini ,
Patriarche de Jerusalem , assisté de l'Archevêque
de Geropolis et des Evêques de Cirene , de.
Costanza et de Marciana , eût fait les encensemens
et les absoutes , le corps de la Princesse fut
inhumé dans la Cave de l'Eglise de S. Pierre .
Les avis reçûs de Livourne portent que le 22 .
du mois passé l'avant- garde des Troupes Espagnoles
qui vont joindre l'Armée des Alliez en
Lombardie , étoit arrivée à Arezzo dans la Toscane
; qu'une partie de ces Troupes passeroit
par Sienne , et que l'autre iroit en droiture à
Pise , où étoit leur Rendez - vous géneral , et où
elles attendront les Troupes qui doivent venir
incessa nment de Barcelonne : quand elles auront
été jointes par ce renfort , elles se divise--
ront en deux colonnes , dont l'une prendra la
route de Parme , et l'autre se rendra dans le
Boulonnois.
Le 5. de ce mois , le Duc de Montemar arriva
à Florence avec plusieurs Officiers Generaux
des Troupes Espagnoles , et il alla descendre chez :
le Pere Ascanio , Ministre du Roy d'Espagne.
Le Grand Duc a ordonné qu'on distribuat des
quartiers aux Troupes de S. M. C. qui s'y reposeront
jusqu'au 15.du mois prochain et se remettront
ensuite en marche pour se rendre dans
Je Parmezan et le Boulonnois ..
FEVRIER. 1715. 375
Le Duc de Montemar ayant apris le 6. au
matin , que le dernier convoy parti de Naples
et celui qui fit voile de Barcelonne le 28. du
mois dernier , étoient entrez dans le Port de
Livourne , ce General se disposoit a y aller pas
ser quelques jours afin de faire la revue des Troupes
venues par ces deux convois , et de donner
les ordres necessaires pour leur marche .
On a apris de Naples , que le Roy étoit arrivé
le 24. du mois dernier à Terranuova en Calabre
, et que dans tous les lieux ou S. M passoit
le peuple s'empressoit de se trouver sur sa route
pour lui marquer par ses acclamations la joie
qu'il avoit d'etre sous sa domination .
Les Lettres de Genes du commencement de ce
mois portant , que les Commissaires que le Senat
a envoyez dans l'Isle de Corse pour
faire
rentrer les Rébelles dans l'obéissance , avoient
engagé l'un des Chefs de la revolts à livrer le celebre
Ciafferi , mais ce complot ayant été découvert
, les Rébelles en ont fait arrêter l'auteur, et
l'ont condamné à être empalé , quelques - uns de
ceux qui devoient le servir dans l'execution de
ce dessen , ont été conduits dans une Forteresse
dont les Rebelles sont les maîtres , et ces .
derniers ont fait publier qu'ils traiteroient avec
la derniere rigueur tous ceux qui seroient soupçonnez
d'entretenir quelque intelligence avec les
Commissaires de la Republique.
On a apris par quelques Bâtimens arrivez de
l'Archipel , que le 24. du mois dernier le Vaisseau
de guerie la Flore , apartenant au Roy de
France , et commandé par M. de Gallifet-, ayant
attaqué près de Cerigo le Vaissseau d'un Arma--
reur , portant Pavillon Imperial , s'en étoit em--
paré après un combat très -long et très- vif
dang
ye
376 MERCURE DE FRANCE
dans lequel l'Armateur avoit perdu environ 70.
hommes. Cet Armateur qui avoit équipé son
Vaisseau à Porto-Ercole , avoit fait depuis quelque
temps plusieurs prises.
Le 6. Janvier , Charles Ruzini , Doge de la
République de Venise , mourut , âgé de 81. ans ,
un mois et 15. jours , étant né le 25. Décembre
1653. Il avoit été élevé à la Dignité de Doge le
6. Juillet 1732. Son corps fut exposé pendant
trois jours dans une des Sales du Palais Ducal à
Venise , et le 11. il fut porté dans l'Eglise des
Carmes Déchaussez , où il fut inhumé sans aucune
ceremonie. Le 12 le Patriarche , le Chapitre
de l'Eglise Ducale de S. Marc , et tout le
Clergé Séculier et Regulier de cette Ville , s'étant
rendus processionnellement à l'Eglise des ,
Dominiquains , on y celebra un Service solemnel
pour le repos
de l'ame
du Doge
deffunt
, et
P'Oraison funebre fut prononcée par Dom Barthelemy
Schiantarelli. La Seigneurie assista à
cette Ceremonie , ainsi que tous les Tribunaux
lés Provéditeurs Generaux et les principaux Of
ficiers des Troupes de Terre et de Mer qui sont
à Venise.
Le 14. on tira au sort les noms des 41. Nobles
qui devoient élire le nouveau Doge , et ceux
à qui le hazard décerna cet honneur , s'étant
assemblez le 17. au matin , et ayant entendu
selon la coûtume , la Messe du S. Esprit , nommerent
unanimement Doge de la République
M. Louis Pisani , Procurateur de S. Marc , qu'ils
allerent prendre en sa maison pour le conduire
au Palais Ducal , où ils dînerent avec lui. L'après
midi on annonça au Peuple la nouvelle de
cette nouvelle Election , par le son des cloches
de toutes les Eglises et par plusieurs salves d'Artillerie
et de Mousqueterie.
FEVRIER. 1735. 377-
Le Doge, accompagné de la Seigneurie , alla
le lendemain à l'Eglise de Saint Marc , et après y
avoir prêté le serment accoûtumé , il fut porté
autour de la Place , vis - à- vis de cette Eglise , au
bruit des acclamations du Peuple , à qui il jetta
une grande quantité de pieces d'or et d'argent ,
dont plusieurs étoient frappées à son coin.
Le 20. le Doge se rendit à la même Eglise
avec les 41. Nobles que l'ont élu , et il y assista
à la Messe solemnelle , après laquelle le Te
Deum fut chanté à plusieurs Choeurs de Musique.
La nuit suivante et celle d'après , il y eut des
Feux et des Illuminations dans toutes les ruës ,
et on fit couler en plusieurs endroits de la Ville
des Fontaines de vin pour le Peuple.
L Le Grand- Conseil s'assembla le 20. pour élire
un Procurateur de S. Marc , à la place du nouveau
Doge , et M. Daniel Bragadino eut la pluralité
des suffrages.
GRANDE BRETAGNE.
E 19. Janvier après -midy, il fit à Londres le
Lplus terrible Ouragan qu'on ait vu depuis
celui de l'anuée 1703. Plusieurs toîts de maisons
et quantité de cheminées en- furent renversés . Il
y eut dans le Parc de S. James 36. arbres déracinez
divers Bâteaux et Barques enfoncez ou renversez
dans la Tamise , et un grand nombre de
personnes noyées.
Le Roy, qui contre la coûtume , n'avoit point
expliqué ses intentions aux deux Chambres lejour
de l'ouverture du Parlement , se rendit le 3 .
de ce mois à une heure après midi à la Chambre
des Pairs , avec les Ceremonies accoûtumées , et
S
8 MERCURE DE FRANCE
S: M. ayant mandé la Chambre des Communes ,
fit le discours suivant :
+
MY LORDS ET MESSIEURS , La situa
tion présente dos affaires de l'Europe vous est si connue
, et les bonnes ou mauvaises suites que peut ·
avoir pour ce Royaume la fin ou la continuation de
la guerre , se présentent si naturellement à l'esprit ,
que je suis persuadé que vous avés pris en vous assemblant
une ferme résolution de répondre dans
cette conjoncture critique , à la confiance que la
Nation a en vous , de la maniere qui contribuera
le plus à l'honneur et au bien de ma Couronne , et :
à celui de mon Peuple. J'ouvris la derniers séance
du précedent Parlement , en lui apprenant que je
n'avois d'autre part que celle des bons offices et de
la médiation aux Négociations qu'on a citées com--
me les principales causes de la guerre. Il falloit une
prudence extraordinaire , une circonspection extrê
me, et toute la précaution possible , pour ne pass
prendre parti dans une conjoncture si délicate et si
importante.
#
Il étoit nécessaire d'examiner les faits alleguez
de part et d'autre , d'attendre le résultat des déliberations
des Puissances qui ont un interêt plus im
médiat que nous aux suites de la guerre , et sur
tout de prendre , de concert avec les Ftats Gene
raux des Provinces - Unies , qui ont les mêmes engagemens
que moi , les mesures les plus convenables
pour notre sûreté commune et pour le rétablissement
de la Paix en Europe.
Voilà sur quoi nous avons reglé notre conduite
dans cette grande afiire , à la faveur de l'unionétroite
et de la confiance qui subsistent entre moi et
Gerte Répubique.
Après avoir mûrement examiné d'un côté les
pressantes instances que la Cour Imperiale a faites
FEVRIER. 1735. 379
·
ici et en Hollande , pour obtenir des secours contre
les Puissances qui sont en guerre avec l'Empereur
et de l'autre côté , les assurances réiterées que les
Alliez nous ont toujours données de leur desir sincere
de conclure une Paix honorable et solide , nous
primes conjointement avec les Etats Generaux ,
la
résolution d'employer sans perdre de temps , tous nos
efforts pour porter les choses à un heureux et prompt"
accommodement avant que de nous déterminer sur
les secours demandez l'Empereur. par
1
Les réponses que les Puissances qui sont en guerre
ont faites à nos pressantes sollicitation , n'ont pas
été d'abord assez précises pour nous mettre en état
de ne point prendre de parti , et d'executer nos bons
desseins. Résolus , malgré cela , de poursuivre la
fin d'un si grand outrage et d'empêcher que nos Sujets
ne fussent engagez sans necessité dans une
guerre , nous avons renouvellé les offres de notre
médiation d'nne maniere si pressante , qu'elle a étéi
acceptée.
En conséquence de cette acceptation et de la déclaration
que nous ont faite à ce sujet les Puissances
qui sont en guerre , nous n'avons pas perdu de
temps à profiter de leurs bonnes dispositions pour le
rétablissement du repos de l'Europe et j'ai la satisfaction
de vous apprendre que les affaires sont s
avancées, que j'espere de proposer bien - tôt aux Puissances
engagées dans la présente guerre un projes
d'accommodement qui servira de base aux négociations
generales de la Paix , et dans lequel l'honneur
et l'interét des deux Partis ont été consultez ,
autant que la conjoncture des temps et que
la dis
position présente des affaires ont pu le permettre.
Je n'oserois répondre du succès d'une Négocia
tion , où il s'agit d'examiner et d'allier tant d'interêts
differens, mais je serois inexcusable d'avoir né
380 MERCURE DE FRANCE
gligé un ouvrage qui peut produire une infinité d'avantages
sans causer aucun mal , et il y auroit de
l'imprudence à nous laisser amuser par des esperanses
qui pourroient nous tromper dans la suite et nous
laisser exposez à des dangers réels .
Je me suis servi avec modération du pouvoir que
le dernier Parlement m'a confié ; j'ai conclu avec
le Roy de Dannemarck , un Traité qui est d'une
extrême importance dans les conjonctures presentes .
Lorsque toutes les Cours de l'Europe sont en
mouvement et occupées à se procurer les secours qui
peuvent leur étre ou leur devenir necessaires , je ne
puis me tenir en repos et négliger des occasions qu'il
est non-seulement impossible de recouvrer quand elles
sont une fois perdues , mais qui pourroient nous
porter autant de préjudice, si on les négligeoit , qu'el---
les peuvent nous procurer d'avantages en les saisissant
à propos et qu'on n'auroit pû laisser échapper
sans donner lieu à de justes plaintes La confiance
qu'on a euë en moi , a rendu très- efficaces let
mesures que j'ai prises pour le bien public .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.-
J'ai ordonné qu'on préparât et qu'on remit devant
Tous les Etats des dépenses extraordinaires de l'année
derniere , de celles qu'il est d'une nécessité indispensable
de faire cette année , et des nouvelles Charges
qu'il faudra réduire aussi-tôt que cette réduction
pourra s'accorder avec notre sûreté commune.
Comme le Traité que j'ai conclu avec le Roy de
Dannemarck , a engagé à de nouvelles dépenses ,
J'ai donne ordre qu'on vous en remit l'état . Je ne
doute point queje ne trouve dans la Chambre des
Communes le même Zele , et les mêmes sentimens dont
elle m'a donné des preuves pendant tout le cours de
mon Regne, et qu'elle n'accorde les subsides necessmires
FEVRIER. 1735.
3812
saires avec joye , avec unanimité et avec promp
titude.
Les sentimens de la Nation ne peuvent mieux
se. connoitre que par le choix det personnes qui la
représentent , et je suis persuadé que la conduite de..
ma fidelle Chambre des Communes prouvera à l'U
nivers l'inebranlable fidelité de mes bons Sujets et
leur attachement inviolable à ma Personne et d
mon Gouvernement.
MY LORD SET MESSIEURS C'est un
bonheur pour nous d'avoir vécu jusqu'ici dans lar
Paix , mais la plupart des Puissances de l'Europe
étant engagées dans une guerre dont les suites peu
vent nous interesser plus ou moins , et les mesures lesi.
mieux concertées étant sujettes à l'incertitude des
évenemens , nous devons nous préparer à tous ceux
qui peuvent arriver . Si nos dépenses ont été augmentées
, ce n'a été que pour en prévenir de plus,
grandes , et comme il seroit difficile de prévoir cellesque
nous serions obligez de faire si nous étions une
fois engagez dans la guerre , j'espere que mes bons...
Sujets concourreront sans répugnance aux moyens ·
de procurer les avantages d'une Paix generale , ou
de nous mettre en état de prendre dans la situation
présente des affaires , le parti auquel nous serons
peut-être indispensablement obligez de nous déter
miner.
Le Roy s'étant retiré de la Chambre des Pairs
après avoir déclaré ses intentions aux deux Cham ...
bres , les Seigneurs résolurent de présenter une
Adresse au Roy , pour le remercier , et ils nommerent
des Commissaires pour en dresser le
projet.
Celui qui fut proposé à la Chambre , ne fut
pas
382 MERCURE DE FRANCE
pas aprouvé par plusieurs Pairs , du nombre desquels
étoient les Comtes de Chesterfield , et des
Nottingham , et le Lord Carteret , mais enfin
il fut décidé à la plutalité de 89. voix contre-
37. qu'on se serviroit de ce Projet sans y faire
aucuns changemens .
Les Seigneurs s'assemblerent le 4. de ce mois ,
et après s'être ajournez au 7. ils se rendirent au
Palais de S. James, où ils présenterent leur Adresse
, par laquelle ils assurerent le Roy que la conduite
tenue par S. M dans la conjoncture présente
des affaires , et ses soins pour prévenir les
inconveniens qui pourroient empêcher ses Sujets
de continuer de jouir des avantages de la Paix ,
leur inspiroient la plus vive reconnoissance .
Ils prierent en même- temps le Roy d'être persuadé
qu'également remplis de zele pour S. M. et
de confiance en ses lumieres , ils seroient toujours
prêts à seconder ses vûës et à concourir
aux moyens de rendre la tranquillité à l'Europe
ou de mettre le Roy en état de prendre les
parti le plus convenable à l'honneur et aux inte
rêts de la Nation .
Sa Majesté leur répondit :
MYLORDS , Je vous remercie de cette Adresse
qui contient des marques de votre attachement à
ma Personne. La part que vous témoignés prendre
aux succès des soins que je me donne conjointemens
avec les Etats Generaux pour procurer les avanta –
ges d'une Paix generale , m'est fort agréable . Je suis
dans la résolution de contribuer de tout mon pou -
voir à achever ce grand ouvrage , et je ne doute
pas que la fidelité et l'afection de mon Parlement et
de mes Sujets , de qui j'attends toujours les mêmes
sentimens , quel qu'évenement qui arrive, n'ajoutent`.
ungrand poids à mes négociations.
FEVRIER. 1735. 385
Le jour auquel le Roy prononça sa Harangue
aux deux Chambres , tous les Pairs d'Ecosse
ayant entrée au Parlement , prirent séance dans
la Chambre des Pairs , excepté le Comte d'Isla ,
que sa maladie empêcha de s'y trouver.
9
·
L'Adresse présentée le 9. de ce mois au Roy
par la Chambre des Communes , porte que les
Membres qui la composent , demandent à S. M.
la permission de la remercier de la marque d'affection
qu'elle donne à ses Sujets , en prenant la
la résolution de faire tous ses efforts pour procurer
la Paix , plutôt que d'engager trop précipitamment
la Nation dans une guerre ruineuse ;
que le Roi ne pouvoit rien faire de plus glorieux
et de plus avantageux pour la Grande Bretagne
que d'engager les Puissances qui sont en guerre
à accepter l'offre que S. M. leur a faite d'em
ployer ses bons offices, de concert avec la République
de Hollande pour terminer leurs differends
, et que tous les bons et fideles Sujets du
Roy apprennent avec autant de joye que' de reconnoissance
, que S. M. et les Etats . Generaux
malgré les grandes difficultez qui se rencontrent
dans une négociation si épineuse , ont déja assez
avancé l'important ouvrage qu'ils ont entrepris,
pour être en état de proposer un Projet d'accommodement
dans lequel ou a égard à l'honneur et
à l'interêt de toutes les Puissances , autant que
conjoncture des affaires peut le permettre.
>
la
Les Membres de la Chambre ajoûtent dans leur
Adresse que quand même les mesures prises par
le Roy afin d'assurer le repos commun de l'Europe
, ne réussiroient point , on seroit toujours
obligé de rendre justice aux lumieres et aux intentions
de S. M. et ils finissent en assurant le
Roy que quelqu'évenement qui arrive , la Chainbre
384 MERCURE DE FRANCE
bre fournira avec empressement les subsides qui
seront nécessaires pour P'honneur et la sûreté de
S. M. et de ses Royaumes , et pour lui donner
les moyens de soutenir avec gloire le parti que
P'interét de la Nacion et la justice - l'obligeront
d'embrasser.
Le Roy répondit à cette Adresse , Messieurs,
Je vous remorcie de cette Adresse respectueuse , et
je me repose entierement sur votre affection . Comme
je suis convaincu de la part que vous prenés à l'interêt
public , je compte que vous me seconderes dans
toutes les mesures que je serai obligé de prendre.Vous
pouvés être presuadez que l'honneur et l'interêt de
ma Couronne et de mes Sujets seront toujours la
principale regle qui dirigera mes résolutions et ma
conduite.
Lorsque les Commissaires chargez de dresser
le projet de cette Adresse , le lurent à la Chambre
des Communes , plusieurs Membres propo
serent d'y inserer qu'avant de déliberer sur le
subside , la Chambre demanderoit qu'on lui
communiquât tous les Actes dont elle avoit besoin
pour être pleinement instruite de la situa
tion des affaires publiques , et que le subside
qu'elle accorderoit seroit proportionné aux efforts
que feroient les Puissances qui ont des en
gagemens communs avec la Nation , mais il fut
décidé à la pluralité de 265. voix contre 185.
qu'on ne feroit aucun changement à l'Adresse
projectée.
Le 14. la Chambre des Communes résolut en
grand Comité d'accorder un subside au Roy , et
le lendemain on en fit le rapport à la Chambre.
Vingt- trois Seigneurs Ecossois ont signé la
Protestation contre l'Election des seize Pairs d'E
COSSE
FEVRIER. 1735. 385
cosse ayant séance au Parlement , et ils ont réasolu
de présenter une Requête à la Chambre des
Pairs , pour demander qu'on fasse des perquisitions
au sujet des faits alleguez dans leur Protestation.
Le Doyen de l'Eglise de S. David , qui étoir
allé par ordre du Roy dans les Montagnes d'Ecosse
, dont la plupart des Habitans sont encore
Idolâtres , afin de s'informer des progrès qu'y
fait le Christianisme , a fait rapport à S. M. que
plus de 4000. Montagnards avoient déja demandé
le Baptême,
La Compagnie qui s'est engagée à fournir à
l'Empereur les 250000, liv. sterlings que S.M. I.
à Londres , en a déja remis 50000. au
emprunte
Comte Joseph de Kinski , qui en recevra encore
71000. le 15. de ce mois , et le reste de la somme
le 1. du mois prochain.
fait
On assure que S. M. Br. n'a consenti à ce prêtpar
divers Particuliers de la Ville de Londres,
qu'à condition que cette somme ne sortiroit point
de la Grande - Bretagne, et qu'elle seroit employée
à acheter des vivres pour les Troupes Impériales.
HOLLANDE , PAYS - BA s.
N mande d'Amstersdam , que la tempête
du 13. Janvier a causé de grands domma
ges aux Vaisseaux qui étoient au Texel ; il y en
à eu plus de 60. qui ayant filé sur leurs Ancres ,
ont été emportez par la violence des vents , er
l'on a appris qu'il en est péri 22. Les Vaisseaux le
Cerfvolant et l'Anne Catherine , appartenans à la
Compagnie des Indes Orientales , se sont brisez
contre un banc , en sortant du Canal de Middelbourg
, et toutes les Personnes qui étoient sur
ces deux Bâtimens , ont été noyées .
Es
86 MERCURE DE FRANCE
O
ESPAGNE.
Na appris de Barcelone , que le 28. de
mois dernier, plusieurs Bâtimens de transport
, sur lesquels six Bataillons Espagnols s'étoient
embarquez avec une grande quantité de
munitions de guerre , en étoient partis pour Livourne
avec un vent très-favorable .
On écrit de Lisbonne , que le 9. du mois dernier
, la Princesse de Beïra , dont la Princesse du
Brézil , accoucha le 17. Décembre 1734. reçût
dans l'Eglise Patriarchale de cette Ville , le Sacrement
de Baptême , qui lui fut administré par
le Patriarche , et qu'elle fut nommée Marie-
Françoise-Elizabeth-Josphine Antoinette - Gertrude.
Le Roy fut Parain de cette Princesse , qui
présentée aux Fonts par le Marquis de Ni
Majordôme de la Princesse du Brezil , et ella.O
pour Maraine la Reine d'Espagne , que l'Inn
Dona Françoise représenta dans cette Cers
nie. Après que la Princesse eut été baptisés , a
chanta le Te Deum , et le Patriarche donna ensuite
la Benediction . Le soir toutes les Maisons
de la Ville de Lisbonne et les Vaisseaux qui
étoient dans le Port , furent illuminez , et l'on
plusieurs salves de l'Artillerie des Forteresses
PRO.
FEVRIER: 1735 387
PROMOTION de Brigadiers de
Cavalerie du mois de Novembre dernier.
CH
HARLES -MARTIN , ECUYER , SIEUR DE
VALENDRE' , Marechal des Logis , et Ayde
Major en Chef de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie
.
GASPARD PICARD , ECUYER , SIEUR DỪ
CHAMBON , Marechal des Logis , et Ayde- Major
en Chef de la même Compagnie de Gendarmes
de la Garde du Roy , Mestre de Camp de
Cavalerie.
1
d
q
JOSEPH-MARIE DE COUET , MARQUIS DE
RIGNANE , Gouverneur des Isles de Porte-
Sous-Lieutenant de la Compagnie des
au-Legers de la Garde du Roy , Charge
il cut l'agrément le 24 - May 1718. et en lail
succeda au Marquis de Coëtanfao.
LO JIS - RENE DE BRIZAY DE DENONVILLE
apellé le Comte de Brizay , né le 17. May 1701 .
Cornette de la même Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Roy , depuis le commencement
de l'année 1718. ayant acheté cette
Charge 100000. livres .
PIERRE-JOSEPH CHAPELLE , MARQUIS DE
JUMILHAC , en Perigord , né le 6. Mars 1692 .
reçû Coinette de la premiere Compagnie des
Mousquetaires de la Garde du Roy , le 14. May
1719. ayant acheté cette Charge 60000. livres .
devint Enseigne de cette Compagnie au mois de
Septembre 1722. et Sous - Lieutenant au mois de
Novembre 1727.
LOUIS-CLAUDE DE GRIMOARD DE BEAUVOIR
DE MONTLAUR , COMŢE DU KOURE , né
I lc
388 MERCURE DE FRANCE
le 19. Septembre 1695. Cornette , puis Enseigne
de la premiere Compagnie des Mousquetaires.
de la Garde du Roy.
- LOUIS FRANÇOIS DE GAUTIER MARQUIS
DE CHIFFREVILLE ,en Normandie,successivement
Cornette , Enseigne et Sous- Lieutenant de la seconde
Compagnie des Mousquetaires de la Garde
du Roy , reçû en cette derniere Place le 19. May
1729.
CHARLES-YVES THIBAUT DE LA RIVIER &
DU PLESSIS , COMTE DE LA RIVIERE , de Ploeuc,
et de Mur, Marquis de Paulmy , de Wartigny ,
et de Reignac , successivement Cornette , Ensei
gne et Sous - Lieutenant de la même seconde
Compagnie des Mousquetaires de la Garde du
Roy , et fait Gouverneur de Saint Brieux au
mois de Janvier 1729 .
OFFICIERS.Generaux nommez par
le Roy , qui seront employez dans ses
Armées pendant la Campagne prochaine
sçavoir , en Italie , sous les
ordres du Maréchal Duc de Noailles..
Lieutenans Generaux.
Le Marquis de Savines.
Le Marquis de Maulevrier-
Langeron.
Le Comte de Beuil.
Le Marq. de Maillebois .
Le Marquis de Sandricourt.
Le Marquis de Bonas-
Gonärin .
M.de Saint Perier,Commandant
l'Artillerie.
Le Marquis de Montal.
Le Comte de Châtillon .
Le Duc d'Harcourt .
Le Marquis de Saint
Sernin.
M. de Louvigny.
Le Comte de Senecterre.
Le
FEVRIER. 1734. 389
Le Comte de la Motte- Le Marquis d'Epinay.
Houdancourt . Le Marquis d'Estaing
Maréchaux de Camp.
Le Comte Scipion Bo- M. de Granville ,
zelly .
Le Comte de Grammont.
M. du Cayla.
Le Marquis de Segur.
Le Comte de Boissieux.
M. Rattski.
Le Marquis de Chepy.
M. Bettens..
Le Comte de Lautrec.
M. de Cadeville.
M..Desgranges,
Le Comte de Beuzeville,
LeMarq.d'Estourmelles
M. de la Motte , Com
mandant une des Brigades
du Régiment
Royal des Carabi
niers.
Le Prince de Montau
ban.
→
Le Comte de Chaste.
Le Marq. de S. Simon..
Et le Comte de Biron ,
ARMEE d'Allemagne , sous les ordres
du Maréchal de Coigny.
Lieutenans Generaux.
Lê Marq. de Guerchy . M. de la Billarderie ,
Le Marquis de Dreux.
Le Duc de Chaulnes.
Le Marquis de Nangis.
Le Marq. de Ravignan.
Le Prince d'Isenghien.
M. de Quadt.
Le Duc de Duras.
Le Prince de Carignan.
Le Marquis de Leuville.
Le Comte de Belleisle.
M. de Vernassal.
M. de Tarneau.
Lieutenant des Gardes
du Corps.
M. de Valliere , Commandant
l'Artillerie.
Le Marq . de Gassion.
Le Chevalier de Givry.
Le Comte de Laval-
Montmorency.
Le Comte d'Aubigné.
Le Marq. de Balincourt.
Le Duc de Bethune.
Le Marquis de la Farre.
I ij Le
390 MERCURE
DE
FRANCE
L
Le Comte de Saxe . mont-Tonnerre.
Ro- Le Duc de Grammont. Le Chevalier de
Le Marquis de Cler- cozel .
Maréchaux de Camp.
Le Chevalier d'Erlach. Le Comte de Clermont.
Le Comte de Montboissier.
Le Marq. de Maubourg.
Le Baron d'Eltz .
M. de Terlaye.
Le Comte de Polastron .
M. d'Herouvillė .
Le Marquis de Curton .
M. de Lutteaux.
Le Marquis de Castelmoron.
M. Phelippe.
Le Marquis de Meuse ..
M. de Cherisey.
Le Marquis de Creil.
Le Chevalier Dauger..
M. de Bulkley .
Le Marquis de Bauffremont.
Le Marquis de Clermont-
Gallerande.
Le Marquis du Chaila .
Le Comte de Vaudrey.
Le Comte d'Avejan .
Le Comte de Baviere .
Le Prince de Conty.
Le Prince de Dombes.
Le Comte d'Eu.
Le Chev.de Montesson;
M. de Fortisson.
Le Comte de Chastelux .
M. Pajot de Villeperot.
Le Marq.de Saint Saens.
M. de Varennes .
M. de Manville .
Le Marquis de Ximenes
Le Marquis de Putange .
Le Marquis d'Oyse.
M. de Malan .
M. de Danois .
LeComte de Chabannes.
M. de Varennes , Capitaine
d'une Compagnie
des Grenadiers
du Régiment des
Gardes Françoises.
Chevalier de Mar- Le
cieu .
M. Oshagnussy.
Le Marquis de Coigny.
FRAN
FEVRIER. 1735 390
あの
88888888888888
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E premier de ce mois , M. Gibert ,
Recteur de l'Université , accompagné
des Doyens des Facultez et des Procureurs
des Nations , eut l'honneur , suivant
l'ancien usage , de présenter un
Cierge au Roy , à la Reine et à Monseigneur
le Dauphin .
Le même jour , le Pere Braban , Commandeur
du Couvent du Marais , des Religieux
de la Mercy , accompagné de'
trois Religieux de cette Maison , eut
Phonneur de présenter un Cierge à
la Reine , pour satisfaire à une des
conditions de leur Etablissement , fait
à Paris en 1615. par la Reine Marie de
Médicis.
Le 2. Février , jour de la Fête de la
Purification de la sainte Vierge , les Chevaliers
Commandeurs et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant assemblez dans
le Cabinet du Roy , S. M. se rendit à la
Chapelle , étant précedé du Duc d'Or-
I ilj leans
392 MERCURE DE FRANCE
leans , du Duc de Bourbon , du Comte
de Clermont , du Prince de Conty , du
Duc du Maine , du Prince de Dombes ,
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouze,
et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers
de l'Ordre. Le Roy , devant lequel
les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Manteau
, le Collier de l'Ordre par- dessus
ainsi que les Chevaliers. S. M. assista à
la Benediction des Cierges , à la Procession
et à la Grand - Messe , qui fut celcbrée
par l'Archevêque de Vienne , Prélat
, Commandeur de l'Ordre . La Reine
entendit la même Messe dans sa Tribune.
L'après midi , Leurs Majestez entendirent
le Sermon du Pere Zingoult , de la
Compagnie de Jesus , et ensuite les Vêpres
qui furent chantées par la Musique.
Le même jour , Fête de la Purification ,
il y eut Concert au Château des Tuilleries
, où l'on chanta l'Exaltabo te , Motet
de M. de la Lande , dont l'execution
répondit à la beauté de composition , il
fut suivi d'un autre , chanté par deux
Basses Tailles , qui ne fit pas moins de
plaisir . Le sieur Aubert executa sur le
Violon un nouveau Concerto de sa composition
, qui fut très - applaudi.
La
FEVRIER. 1735. 395
La Dlle Erremens chanta seule un
Motet de M. Mouret , avec beaucoup de
précision. Le Concert fut terminé par
un autre Motet à grand Choeur , dans
lequel la Dlle Fel chanta differens Récits
avec applaudissement.
Le 3. de ce mois , le Roy , accompagné
comme le jour précedent , se rendit
vers les 11. heures du matin à la Chapelle
du Château de Versailles , et S. M.
y assista au Service qui fut celebré pour
le repos des ames des Chevaliers de l'Ordre
du S Esprit ; morts pendant le cours
de l'année derniere. L'Archevêque de
Vienne , Prélat , Commandeur de l'Ordre
, celebra la Messe.
Le Roy a nommé Intendant de la
Géneralité d'Auch , M. de Balosre , Maître
des Requêtes .
Le 17. de ce mois , S. M. quitta le deüil
qu'elle avoit pris trois semaines auparavant
pour la mort de la Reine de Sardaigne.
Le Roy et la Reine étant revenus à
Versailles du Château de Marly le 26.
de ce mois , L. M. entendirent le len-
I iiij demain
394 MERCURE DE FRANCE
demain , premier Dimanche de Carême ,
dans la Chapelle du Château , la Messe
chantée par la Musique ; et l'aprés midi
elles assisterent à la Prédication du Pere
Zingoult , de la Compagne de Jesus.
Le Roy a accordé au Duc de Chaulne ,
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Chevau - Legers de la Garde ordinaire
du Roy , la permission de se démettre
de cette Charge en faveur du Duc de
Picquiny , son fils , qui étoit Cornette
de cette Compagnie.
Le 5. Février , on chanta à Marly devant la
Reine , le Prologue et le premier Acte de l'Opera
d'Issé , qu'on continua le 7.et le 9. La Dlle Erremens
fit te Rôle d'Issé , avec beaucoup de succès ;
les sieurs Petillot et d'Angerville , furent très applaudis
dans ceux de Philemon et d'Hilas. Le
reste fut executé parfaitement .
Le 12. la Reine entendit le Prologue et le premier
Acte de Callirhoé , dont les Actes suivans
furent chantez le 14. et le 16. la Dlle Pelissier
executa d'une façon très - touchante , le Rôle de
Callirhoé , ainsi que le sieur d'Angerville , celui
de Coresus . Le sieur Jeliotte se surpassa dans le
Rôle d'Agenor , et l'on fut étonné de lui trouver
la voix si grande et si nette après la maladie dangereuse
qu'il vient d'essuyer.
Le 19.le 21 et le 22. la Reine entendit la Musi
que du Ballet du Carnaval et de la Folie. La Dile
Pelissier chanta ce Rôle avec une legereté et une
précision
FEVRIER: 1735. 395
précison infinie. Le sieur d'Angerville executa
celui du Carnaval d'une maniere très - convenable
à ce caractere. Les Choeurs et la Symphonie mériterent
tous les applaudissemens qu'on leur
-donna.
ARREST du Parlement , du 18. Décembre
1734. portant deffenses à tous Marchands et
autres Personnes , d'exposer en vente , ni vendre
même dans les Lieux prétendus Privilegiez , aucunes
Marchandises les Dimanches e Fêtes an
nuelles et solemnelles.
AUTRE Arrêt du Parlement , du 19 Février
1735. qui , en conséquence du Mandement
de M. l'Archevêque , dont il ordonne l'execution
, permet d'exposer et vendre des OEufs dans
Ies Marchez et Places publiques dans la Ville et
Fauxbourgs de Paris durant lǝ Carême .
Le 18. Février M. l'Archevêque donna
le Mindement qui suit , portant permission
de manger des oeufs , &c.
-
HARLES GASPARD - GUILLAUME ,
Il sembleroit qu'à l'approche d'un tempsconsacré
à la Penitence depuis le commencement
du Christianisme , nous ne devrions élever notre
voix , que pour recommander aux Fidelles d'observer
, dans toute son étenduë´, la Loi du Jeûne ·
et de l'abstinence , et d'ajoûter même plusieurs
pratiques d'une mortification volontaire à celles >
que l'Eglise a prescrites .
La Guerre , ce fleau, redoutable qui nous affli--
ge , l'esprit de parti qui continue à troubler P2--
glise , et qui dans plasieurs de ceux qui s'y son
I 7- ligrezz
396 MERCURE DE FRANCE
livrez , dégenere en un veritable fanatisme, peuvent-
ils nous laisser ignorer que la main du Seigneur
est étendue sur nous , et que pour appaiser
sa colere et prévenir de nouveaux châtimens , il
nous importe de redoubler nos jeûnes et d'employer
les saintes austeritez de la pénitence dans
•ces jours de salut , que sa misericorde nous a
ménagez ?
Cependant les sages Magistrats , qui veillent
avec application aux besoins du Public , nous
ayant représenté que le débordement des Rivieres
a empêché l'arrivée des provisions nécessaires
au temps du Carême , nous nous croyons
obligez d'user de quelque indulgence touchant
l'usage des alimens prohibez en ce saint Temps
et de moderer à cet égard la rigueur des Loix
de l'Eglise.
A ces Causes , nous permettons , sans que cette
permission puisse tirer à conséquence , l'usage
des OEufs dans la Ville de Paris et dans toutes
les Paroisses de notre Diocèse pendant le Carême
prochain , depuis le Mercredy des Cendres
inclusivement , jusqu'au Vendredy de la Semaine
de Passion exclusivement ; exhortant les Fidelles
d'observer au surplus avec exactitude , ce que
Eglise leur prescrit , et de ne point chercher
dans de vains prétextes l'exemption d'une Loi ,
dont le violement seroit d'autant plus inexcusable
, que l'observaton en est aujourd'ui plus facile.
Nous les conjurons en même tempsde demander
à Dieu par leurs gémissemens et par
leuts prieres , qu'il accorde à l'Etat une paix glo
rieuse , et à l'Eglise la cessation des troubles qui
Paffligent depuis si long-temps. Si vous mandons
, &c.
MORT'S
FEVRIER.
1735. 397
MORTS NAISSANCES .
Mariages.
E 26. Janvier 1735. Abraham-François de
Migien , Marquis de Savigny sous-Beaune ,
Seigneur de Chorey , Varenne , Vimpelle et la
Trembleraye , Président à Mortier au Parlement
de Bourgogne , Charge en laquelle il avoit été
reçu , au lieu et par la mort de feu Antide de
Migieu , son pere , le 14. Décembre 1717 , ayant
été auparavant reçû Conseiller au même Parkment
le 13. Janvier 1706. mourut à Dijon subitement
, en sortant de table , âgé de so . ans ou
environ. Il avoit épousé ...... Cheriere , fille
de Claude Cheriere , Seigneur d'Egligny , Gravon
, Vimpelle , &c. Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , mort le 29. Octobre
1710. et de Marguerite Méliand , Dame
d'Egligny, sa femme. Il en laisse deux fils et une
fille , avec de très - gros biens . La famille de Migieu
est originaire de la Province de Bugey , et
porte pour armes de sable , à trois étoiles d'argent.
On en trouve la Genealogie dans l'Histoire
de Bresse et de Bugey de Samuel Guichenon , p .
162. de la continuation de la troisième partie .
Le trente-un , mourut à Paris dans la 76e
année de son âge , Jean-Baptiste Deschiens , Sieur
de Ressons , qui avoit été reçû Chevalier des
Ordres de Nôtre Dame du Mont- Carmel et de
S. Lazare de Jerusalem , le 11. Janvier 1686. I
fut fait Capitaine de Vaisseaux au mois de Désembre
1692. et Chevalier de l'Ordre Militaire
Iv j
de
398 MERCURE DE FRANCE
de S. Louis le 8. Février 1694. Il fut aussi
Commissaire Géneral de la Marine , Contrôleur
Géneral de l'Artillerie , et Commandant les
Bombardiers de la Marine ; ensuite ayant quitté
le service de Mer , et passé dans celui de Terre,
il fut fait Lieutenant- Géneral d'Artillerie , reçû
Associé libre de l'Académie Royale des Sciences
en 1716. nommé Brigadier des Armées du
Roi le premier Février 1719. Lieutenant pour
S. M. dans la Province du Maine , Charge pour
laquelle il prêta serment de fidelité le 26. Août
1720. et enfin Commandeur de l'Ordre de S.
Louis au mois de Juin 1721. H. étoit fils puîné
de feu Pierre Deschiens , Seigneur de Valcourt,
Vicomte de Verneuil , Sécretaire du Roi , mort
au mois d'Août 1704. et de deffunte Marie Morizet
, il avoit épousé au mois de Février 1697 ..
Anne -Catherine Berrier , fille de Jean - Baptiste-
Louis Berrier , Marquis de la Ferriere , Conseiller
d'Etat ordinaire , et Doyen des Maîtres des
Requêtes ordinaires de l'Hôtel , et de D. Marie
Potier de Novion.
Le 8. de ce mois , Louis François Ladvocat ,
Conseiller du Roi en ses Conseils , et Doyen
des Maîtres ordinaires en la Chambre des Comp,
tes de Paris , où il avoit été reçû au lieu et par
le décès de Louis Ladvocat , son oncle , le 27
Avril 1671. mourut à Paris , dans la 91. année
de son âge , étant né le 5. Avril 1644. Il avoit
épousé au mois de Juillet 1695. Genevieve
Brüere de la Motte , soeur uterine de Pierre-André
, Maître ordinaire en la même Chambre des
Comptes , de laquelle il laisse deux fils , dont
Paîné a été reçû Maître ordinaire en la même
Chambre des Comptes en 1724, et n'est pointencore
marié;
Lo
FEVRIER . 1735. 395
Le même jour mourut à Paris dans la 95. année
de son âge , Charles de Lamperiere , Ecuyer,
Sieur de Montigny , autrefois Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal d'Artillerie , avec Commission
de Colonel , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , du 10. Mai 1693. et Brigadier
des Armées du Roi du 28. Avril 1694. Il
étoit d'une famille de Normandie , dont les Ar
mes sont d'azur , à deux pots d'argent en chef,
chargez chacun de flammes de gueules , et en
pointe , un Lion passant , d'or .
"
Le neuf Claude - Charles le Tonnellier de
Breteuil de Chanteclerc Comte de Vaux et de
Sainte Croix , Seigneur de Bévilliers , Mestre de
Camp de Cavalerie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , et ci - devant Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Chevau- Legers do
Bretagne , dont il se démit à cause de ses infir
mitez , au mois de Mars de l'année derniere
après l'avoir commandée depuis le 6. Avril
1716. mourut à Paris après une longue maladie
de langueur , âgé d'environ 37. ans. Il étoit
cousin germain de François Victor le Tonnellier
de Breteuil , Marquis de Fontenay , Tresigny ,
&c. Commandeur , Prévôt et Maître des Céremonies
des Ordres du Roi , et Chancelier de la
Reine , et fils unique de feu Charles - Achilles le
Tonnellier de Breteuil , Seigneur de Ruville ,,
Chevalier Commandeur des Ordres de Nôtre--
Dame du Mont - Carmel et de S. Lazare de Jerusalem
, ci devant Capitaine au Régiment Royal
des Vaisseaux , mort le 26. Janvier 1708. et de
D: Anne- Magdeleine de Testart de la Guette
sa veuve. Il avoit épousé le 24. Avril 1720.
Laure ô Brien de Clare , fille de feu Charles ô
Brien , Comte de Clare , Pair d'Irlande , Maré:
y
cha
200 MERCURE DE FRANCE
chal des Camps et Armées du Roi , et Colonel
d'un Régiment d'Infanterie Irlandoise , mort en
1706. des blessures qu'il avoit reçûës à la Bataille
de Ramillies , et de D. Charlotte Beulkley,
sa veuve , Dame d'honneur de feuë Marie- Beatrix-
Eleonor d'Est -Modene , Reine d'Angleterre,
et soeur de la Maréchale Duchesse de Berwick.
Il la laisse veuve avec cinq garçons et deux filles
en bas âge. Lê Comte de Breteuil , dont on rapporte
la mort , joignoit à son nom de famille.
celui de Chanteclerc , en vertu du Testament de
Pierre de Chanteclerc , Seigneur de Vaux et de
Bévilliers , Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roi , mort le 26. Juin 1662. qui avoit
fait une substitution graduelle et perpetuelle de
ses biens , laquelle se trouva ouverte au profit du
Comte de Breteüil,le 27.Avril 1712. par le décès
de Charles Renouard , Seigneuf de Bévilliers et
de Vaux.
2
Le 10. Dame Marguerite-Genevieve Fauvel
, veuve en premieres nôces de Nicolas Le
Roux de Tilly , Seigneur de Berville , et en secondes
depuis le 29. Avril 1729. de René
de Harlus , Marquis de Vertilly , Seigneur d'Aven
, Viluy , la Pere , Boisgravier , &c . Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , autrefois
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de la Reine
, qu'elle avoit épousé le 7. Avril 1710 et dont
elle étoit la seconde femme , mourut à Paris âgée
d'environ 60. ans. Feu le Marquis de Vertilly
avoit eu de feue Anne- Angelique Godet de Soudé
, morte le 10. Mai 1702. pour fille unique
Aune- Angelique de Harlus de Vertilly , épouse:
de Charles- Paul Sigismond de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Châtillon.
Le
FEVRIER . 1735. 401
Le 13. D. Anne Parfaict , fille d'Etienne Parfaict
, Contrôleur Géneral de la Maison du Roi,
et de D. Anne Vaillant de Guelis , sa seconde
femme , et veuve en dernieres nôces de Jean-
François-Paul Lescalopier , Seigneur du grand-
Hôtel de Chalo S. Mars , Maréchal des Logis
et Major de la seconde Compagnie des Mous
quetaires de la Garde du Roi , mourut au grand
S. Mars , à deux lieuës d'Estampes , dans la 94
année de son âge , étant née à Paris le 27. Octobre
1641. Elle avoit été mariée en premieres
nôces le 5. Mars 1665. avec Benoît de Savoye ,
Ecuyer , Seigneur d'Ainay en Lionnois , de Nan--
teau et de Formarville en Beauce , Trésorier
Géneral des Fortifications de Champagne , Metz,:
Toul et Verdun , Lorraine et Barrois , mort le
4. Août 1683. duquel elle laisse deux filles , qui
sont Marguerite- Angelique de Savoye , veuve
depuis le 4. Février 1731. de Nicolas de Foyal ,
Seigneur d'Allonne , Dosnery , le Château-Herpin
, et à cause d'elle, de Nanteau sur Essonne , et
Formarville , dont il y a des enfans ; et Marie de
Savoye , mariée le 14. Février 1695. avec Jacques-
Philippe de Prunelé , Seigneur du grand
Hôtel de Chalo S. Mars , et en partie de S Mars,
du grand Guignard sur Authon , du Fief de
Morville , &c . Ancien Lieutenant de l'Artillerie
de France , dont il y a des enfans .
Le 16. Dile Françoise - Catherine de Bethune
fille de feu Maximilien Alpin de Bethune , Mar
-quis de Courville , Comte d'Orval , &c . mort
le dernier Juin 1692. et de D. Catherine de la
Porte de Montigny , son épouse , décedée le 7.
Août 1706. mourut à Paris , âgée de 80. ans.
Elle étoit tante de Louis - Pierre- Maximilien de
Bethune , aujourd'hui Duc de Sully , Pair de
France ,
202 MERCURE DE FRANCE
France , Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or.
Le 23. Louis -Leonard Hennequin de Charmont,
Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté de
Paris du 28. Mai 1690. Seigneur de la Terre et
Châtellenie de Coribert , et Abbé Commandataire
de Val-Secret , Ordre de Prémontré , Dia
cèse de Soissons , depuis 1681. mourut subite
ment à Paris , âgé d'environ 60 : ans. Il étoit
fils aîné de feu Louis- François Hennequin ,
Seigneur de Charmont , Courlaverdei , &c. Pro--
cureur Géneral du Grand- Conseil , mort le 18.
Novembre 1708. et de Marie - Marguerite l'Hoste
de Beaulieu , sa seconde femme.
Le 25. Leonor le Berceur de Fontenay , Prêtre
du Diocèse de Coutance , Aumônier ordinaire
de la Reine , Prieur de S. Jacques de l'Hermitage
, Diocèse de Sées , et Vicaire Géneral de
P'Evêque de Lisieux , mourut à Paris âgé d'en--
viron 43. ans. Il étoit frete de Jacques- Fran
çois le Berceur , Comte de Fontenay . Capitains
de Vaisseaux , et Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , il avoit été Député de la Province
de Rouen à l'Assemblée génerale du Clergé
de France temuë en 1723. et Député de la
Province de Reims à celle de 1725. Il fut aussi
Promoteur de cette derniere ..
André Geoffroy de Valbelle , Chevalier , Marquis
de Rians , de Monfuron et de Bressieux ,
Comte de Ribiers , Baron de Meyrargues , Déaures
et de Pomet , Seigneur de Caderache
Serre , Venelles , & c. Mestre de Camp de Cavalerie
cy-devant Premier Enseigne des Gendarmes
de la garde du Roy , Conseiller du Roy
en scs Conseils et Grand Senechal de Marseille , -
Grand Baillif des Montagues de Dauphiné , l'um
des quatre Premiers Barons de la même Provin- -
Ge
FEVRIER. · 1735 4.03
ce , Procureur joint de la Noblesse de Provence
aux Etats du même Pays , mourut en son Châ
teau de Meyrargues le 16. Fevrier après une lon-,
gue maladie âgé de 33. ans accomplis. Il étoit fils
de Cosme-Maximilien de Valbelle , Chevalier ,
Marquis de Rians , Baron de Meyrargues , Seigneur
de Caderache , Carces Beauvezet , Palieres
, &c. Mestre de Camp de Cavalerie , et Lieutenant
de Roy en Provence , et de Dame Marie
- Therese d'Oraison ; il avoit épousé le premier
Juin 1723. Dame Marguerite Delphine de
Valbelle Tourues , de laquelle il laisse plusieurs
Enfants .
Le 15. D. Elizabeth - Genevieve Bouzitat de
Chanay , veuve d'Abel - Jean de la Barre , Tresorier
de France à Paris , qu'elle avoit épousé au
mois de Juillet 1699. mourut à Paris , laissant
un fils unique qui est Charles- Jean - Abel de la
Barre, Seigneur de Caroy en Brie , reçû Conseil
ler en la Cour des Aydes de Paris , le 9. Fe
vrier 1726.
་
Le 19. D. Susanne Bauyn de Bersan , épouse
de Gilles le Maitre , Marquis de Ferrieres , Baron
du Plessis , Chattigne , Chabosson , la Chapelle
Chassy , Carob , Prémaison , Belle- fontaine
, & c. Conseiller au Parlement de Paris , qui
l'avoit épousée au mois d'Août 1724. mourut à
Paris sans enfans . Elle étoit soeur d'André Prosper
Bauyn de Bersan , Seigneur de Jallais , Conseiller
Honoraire au Parlement de Paris , et actnellement
Intendant en Roussillon , et fille de
feu André Baüyn , Seigneur de Bersan , Jallais ,
la Briere , & c . vivant Fermier General des Fer
mes unies du Roy , et de feu Susanne de la Ferriere.
Le 20. D. Louise-Françoise de Harlay , veuve
de
404 MERCURE DE FRANCE
de Louis de Vielbourg , son cousin germain ,
Marquis de Mienne , Seigneur des Granges , de
Saint Germain sur Eaulne , Cours sur Loire ,
et de Thou en Puisaïe , Lieutenant General pour
le Roy au Gouvernement du Nivernois , et Donziois
, et Colonel du Régiment de Beauvoisis , tuẻ
au Siége de Namur dans une sortie le 18. Juillet
1695. avec lequel elle avoit été mariée le 7. May
1693. mourut à Paris après une longue maladie
, dans la 55 année de son âge , étant
née le 5. Juin 1680. Elle étoit fille de feu Nicolas
- Auguste de Harlay , Comte de Celi , et de
Compans , Seigneur de Bonneuil , de Sainte Mesme
, &c . Conseiller d'Etat ordinaire , Premier
Ambassadeur extraordinaire er Plenipotentiaire
au traité de la paix generale de Riswick , mort
le 2. Avril 1704. et de feue Dame Anne- Françoise-
Louise- Marie Boucherat , morte le 23. Novembre
1730. fille du Chancellier Boucherat. La
Marquise de Vieilbourg , n'ayant point eu d'enfans
, laisse pour heritiers Louis- Achilles- Auguste
de Harlay , Conseiller d'Etat ordinaire , et
Intendant de Paris , son frere , et Dame Elizabeth
-Claude de Harlay , sa soeur , veuve d'Adrien
Alexandre de Hanyvel , Marquis de Crevecoeur
, Comte de Mennevillette , President du
Parlement de Paris. Elle a fait par son testament
une substitution de partie de ses biens en
faveur du Comte de Luxe , son cousin , fils du
Maréchal de Montmorency.
Le 18. Janvier D. Marie de Champagne , Epou
se de Cesar- Gabriel de Choiseul , Sous-Lieutenant
des Gendarmes de la Garde du Roy , accoucha
d'un Fils qui fut tenu sur les fonts et
nommé Regnault- Cesar-Louis par Louis Hubert
FEVRIER. 1735. 40
bert , Comte de Champagne , et par Dame Hens
riette- Louise de Beauveau , veuve de Hubert de
Choiseul , Brigadier des Armées du Roy.
›
Le 3. Fevrier D. Elizabeth- Philippine de Poi-
-tiers Epouse de Guy- Michel de Durfort de
Lorges , Duc de Randan , Brigadier des Armées
du Roy , Lieutenant General du Comté de Bourgogne
, accoucha d'une Fille , qui fut nommée-
Marie- Jeanne- Genevieve par Jean de Durfort ,
Duc de Duras , Lieurenant General des Armées
du Roy , Commandeur de ses ordres , Commandant
pour S. M. au Comté de Bourgogne , Gouverneur
du Château Trompette de Bourdeaux , er
par Dame Marie-Genevieve. Henriette Gertrude
de Bourbon Malauze , veuve de Ferdinand- Joseph
Comte de Poitiers.
Le huit , Dame Barbe - Charlotte Aubourg
Epouse de M. Guillaume Aubourg de Boury ,
Garde des Rôles des Offices de France , accoucha
d'un fils qui fut baptisé le même jour , et
nommé Louis par M. Antoine- Louis Aubourg ,
Conseiller Clerc au Parlement de Paris , et Chantre
en Dignité de P'Eglise Collegiale de Saint:
Maur- les fossez , son oncle maternel et Dame
Barbe Tamisié , veuve de M. Nicolas- Augustin
Damond , Seigneur de Guienneville , Conseiller.
au Grand- Conseil.
-
"
>
Christophe - Louis de Bullion , Comte de
Bullion , fils de Jean Louis de Bullion
Marquis de Courcy , Comte de Fontenay
Conseiller au Parlement , et de Dame Marie-
Genevieve Pinette de Charmois , épousa le 21
Février à Peyreusse en Roüergue , Demoiselle
Antoinette de Rouget , fille d'Antoine de Rou--
get Ecuyer , et de Dame Jeanne de Bonenfant..
On
06 MERCURE DE FRANCE
rent sous les armes , et que la joie fut si grande
que les danses continuerent toute la nuit dans les
ruës.
La Maison de Bullion est considerable par
ses grandes alliances et par les services qu'elle a
rendus à l'Etat ; Jean de Bullion étoit employé
près de Louis XII . au Siége de Genes , Claude
de Bullion Sur - Intendant des Finances , & c . Président
à Mortier , fut souvent employé par les
Rois Henry le Grand et Louis le Juste , en plusieurs
Ambassades , Traités et autres affaires importantes
; Charles de Bullion frere paisné du
Pere de l'époux , étoit premier Chambellan de
Philipes de France , Duc d'Orleans , frere unique
de Louis XIV. Le Comte de Bullion qui
vient de se marier a servi en qualité de Capitaine
de Dragons dans le Régiment de Goësbriant aux
Siéges de Fontarabie , Saint Sebastien , Urgel-en
1719.
La Maison de Roger ou Rouget étoit connue
dès le 12. siécle à Villeneuve de Rouergue , Bertrand
de Rouget fils de Gaillard de Rouget , Damoiseau
, prend la qualité de Chevalier , dans
une fondation qu'il fit en 1255. Les Seigneur
de Rouget ont toûjours eu entrée aux Etats de
la Province de Rouergue en qualité de Gentilshommes
: Geraud et Bertrand de Rouget furent
ruež à la tête des Troupes qu'ils commandoient
contre les Anglois en 1340 et 1341. en Guyenne.
Leur neveu Gaillard de Rouget fut tué aussi
en chassant les Anglois de plusieurs postes en
1360. Cette Maison est alliée aux plus grandes
Maisons de la Province. Jean de Rouget épousa
Suzanne de la Vallette en 1561. niéce du fameux
Grand - Maître de Malthe. Il y a eu plusieurs autres
alliances entre ces deux Maisons ; Pierre de
Rouget
FEVRIER. 1735. 407
Rouget fut député de la Province de Rouergue
vers Edouard , Prince de Galles , fils du Roy
d'Angleterre en 1363. pour aller prêter serment
de fidelité à ce Prince à Poitiers. Geraud de Rouget
habitoit à Flanhac en 1963. et étoit Trisayeul
de la Dlle qui vient de se marier ; il étoit
Capitaine de 200 hommes de guerre à pied ,
qui passerent en revûë le 8. Janvier 1973. devant
les Commissaires nommez par l'Amiral de Coligny
, Lieutenant - General de Guyenne.
Le vingt et un, Anne- Louis - Michel le Pelletier
de S. Fargeau , Conseiller du Roy , et son Avocat
au Chatelet et Siege Présidial de Paris , fils
de Michel- Robert le Pelletier des Forts , Comte
de S. F
argeau , &c. Gouverneur de la Ville et
Château et Grand- Bailly de Gien , Ministre d'Etat
, et de D. Marie- Magdelaine de Lamoignon
de Basville , épousa Dlle Charlotte- Marguerite
d'Aligre , fille de feu Etienne d'Aligre , second
Président du Parlement, et de Dame Magdeleine- .
Catherine de Boivin de Bonnetot.
D.
Le vingt deux , Louis - Antoine Duprat . Marquis
de Barbanson , fils de François Duprat, Com- .
te de Barbanson , Marquis de Nantouillet et de
Vitaux , &c Brigadier des Armées du Roy , et de
Marie-Claire- Charlotte - Séraphine Du Tillet
de S. Mathieu , épousa Dlle Angélique- Fran
çoise -Josephine de Thyard de Bissy , fille de
Anne-Claude de Thyard , Marquis de Bissy ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Gouverneur
des Ville et Château d'Auxerre , et de
D. Angélique- Henriette, Thérese Chauvelin.
408 MERCURE DE FRANCE
ARRESTS NOTABLES.
RREST de la Cour des Aydes , du 23 .
A Décembre 1734. portant Reglement pour
Mes Officiers des Elections et Greniers à Sel.
Scellé le 19. Février suivant.
ORDONNANCE du Roy , du 31. Décembre
pour créer une nouvelle Compagnie d'Ouvriers
de 40. hommes pour le service de l'Artillerie à
l'Armée d'Italie , lesquels seront pris dans les
Régimens dénommez dans ladite Ordonnance.
TABLE.
PIECES FUGITIVES , Apologie de S Justin ,
Ouvrage sur les Fiefs , Lettre , &c.
L'Amour vainqueur , Ode Anacréontique ,
Lettre touchant certains Phosphores , &c.
Enigme manquée , &c.
Lettre à Mad . sur la Mort de son Chien
son Moineau. Epitaphes , & c.
Lettre au sujet des grosses Horloges ,
197
202
207
209
212
et de
213
217 .
L'Epagneul , le Mâtin et le Loup , Fable , 219
Refléxions ,
Les Plaisirs Champêtres , Ode ,
Mort du Frere Romain , Architecte ,
Ode Sacrée
220
224
227
233
T.oiTroisiéme
Lettre sur la Litterature des Mahometans
, " 737
253 Bouts- Rimez sur le desir des Richesses ,
Réponse du R. R. Emanuel de Viviers , sur une
Critique , &c. 254
Lettre de feu M.Pavillon , en Prose et en Vers,257
Lettre écrite de Picardie sur les Dénominations
de le Roy , le Prince , & c.
Caprice , Poëme ,
260
265
Lettre touchant le Lieu d'une Bataille donnée
en Bourgogne ,
La Puissance de la Lyre , Poëme ,
268
285
Dissertation sur le Lieu de la Naissance de saint
Louis ,
Imitation de Catule ,
Droit honorifique singulier , & c.
Logogryphes , Enigmes ,
283
290
291
294
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX-ARTS ,
&c. L'Ouvrage du R. P. de Montfaucon , sur
les Manuscrits , &c .
300
Lettre sur les Poësies de Mlle de Malciais , & c.
Bibliotheque Germanique ,
312
328
Nouvel Avis sur les Memoires de la Vie des
Hommes Illustres , &c .
335
332
Académie Royale des Sciences , et Observations
sur le Méridien , et Voyage de trois Académiciens
au Pérou , &c.
Frix proposé par l'Académie de Chirurgie , 337
Ouragan et Tremblement de Terre , & c.
Médaille du Roy nouvellement frapée ,
Nouvelles Estampes ,
Air noté ,
339
340
341
343
Spectacles . Tragédie de Sabinus , Extrait , ibid.
Fable à l'Auteur de Sabinus ,
Nouvelles Etrangeres , de Pologne ,
361
366
D'Italie et Grande - Bretagne ,
Hollande- Pays- Bas et Espagne ,
Promotion de Brigadiers de Cavalerie
prochaine ,
De Dannemarck et Allemagne ,
369
372
385
387
358
Officiers Generaux , nommez pour la Campagne
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
Arrêts et Mandement , & c.
Morts , Naissances et Mariages ,
Arrêts Notables ,
391
395
397
408
Errata de Janvier.
Page 160. ligne 11. 1675. lisez 1676 .
P
Fauts à corriger dans ce Livre .
Age , 200. ligne 15. nous sommes
sommes nous .
>
l. nous l'avons .
P. 210. l . 13. il n'y eut , l. ce ne fut.
P. 228. 1. 23. posé , l . exposé.
P. 233.1 . 10. provide , l. prævide.
P. 252. l . 16. pour l'avoir ,
P. 273. 1. 1. débite , . dit .
P. 315.1. 17. Nirée , 1. Nerée.
P. 336. 1. 9. le 22. l. le 2. Mars.
P. 340. 1. 19. Rocetiers , 1. Rottier.
P. 354. 23. n'avois - je , l. n'aurois -je ,
lisex
La Medaille gravée doit regarder la page
La Chanson notée , la page
340
343
Qualité de la reconnaissance optique de caractères