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MERCURE
DE FRANCE,
DE1 DIE1 AV ROY.
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy;
AVIS. L'ADRESSE generale cft à
MonsieurMOREAU ,
Commis au
Mercure -vis-à-vis la Comedie Françoise)
à Paris. Ceux qui pour leur commoditévoudront
remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris,peuventse servirde cette voye
pourles fairetenir.
,
On prie très-instamment., quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Poste, ettvotr
foin d'en affranchir le Port., comme cela s'efi
toujours pratique, afin d'épargner à nous
le déplaisir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent, celui ,
nonfeulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages ,
mais
même de les perdre
3
s'ils n'en ont pas gardé
de copie..
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement,n'auront
qu'à donner leurs adresses à M. Monau,
qui aura foin de faire leurs Paquets sans
~erte de temps ,
& de les faire porter fur
l'heure à la Poste, oh aux Messageries qu'on
Hf; indiquera.
fxix XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE,
DÉ1 DIÉ1 AV ROY.
DECEMBRE. 1734.
PIECES FUGITIVES,
, en Vers et en Prose.
LE ROSSIGNOL
ET LA FAUVETTE,
FABLE.
N RasignaI étaloit son ramage
De Bocage en Bocage, -
Et charmoir par son chant les H*--
* bitans des Bois;
L'harmonieux Echo répondoit à sa voix.
Pendant plus d'une année
L'Oyseau goûta par sestendres accens,
La douce destinée
Des plaisirs innocens.
Un lieu lui déplaît-il? aussi-tôt il en change ;
Cela n'est point étrange, j
Rien ne fixoit son coeur,
L'Amour n'en étoit pas vainqueur ;
jamais il ne battit de l'aîle
Pour aucune femelle:
Il chantoit, et rien plus ; trop heureux mille feii
De former des Concerts aux Habitans des bois.
Cetrop simple bonheur est doux autant qu'il
dure;
Par son destin conduit sous la tendre verdure,
11 commence de s'égayer,
Et fait briller les sons de son gosier;
Une Fauvette,
Belle et jeunette ,
Cachée en ce Bosquet ;
Ecoutoit son caquet;
Il lui plût:c'est tout dire;
Elle s'en approcha,
L'Oyseau l'envisagea,
Alors plus de chant ; il soupire;
Dela Fauvette il devient amoureux,
Et ne prononce plus que des sons langoureux, ilabeausedeffendre
Pour ne point s'enflammer,
Hélas! il faut se rendre
,
Enfin il veut l'aimer.
Il lui gazoüille un doux langage j:
-
Lui fait entendre par ses chants j
Qu'elle seule a fixé son naturel volage;
Illui fredonne des sermems.::
Mais la Fauvette
- Fait la muette.
-
-
Le Rossignol s'obstinè à rester au bosquet;
Il redouble son doux caquet,
Fait l'impossible
Pour toucher l'insensible.
l'heureux moment enfin seconde son ardeur.
La Fauvette attendrie,
Etoit ravie
Dans le fond desoncoeur ,
Decauser l'amoureuse plainte;
Du tendre Rossignol,
Que le respect retenoit dans la crainte
Pressé d'amour,près d'elle il prend son vol.
Un accueil gracieux met le comble à sa joye;
Avec plus de courage il s'anime et déploye
Ce que peut inspirer un amoureux jargon.
Il invente avec art nouvelle mélodie
Et sur plus d'un doux ton
Il fait retentir l'air d'une tendre harmonie.
Dans un calme flateur
La Fauvette l'écoute et reçoit sa ferveur.
Sensible à sa délicatesse,
Elle s'approche et veut d'une simple caresse
Payer ses soins et sa fidélité.
Le Rossignol plus enchanté
,
Chante avec bien plus d'assurance
Mais hélas! sa constance
N'a pas tout le crédit
Qi1'il attendoit de son amour extrême ;
La Fauvette en soi-même
De son triomphe s'applaudit,
Contente d'accorder une premiere grace.
Elle fuit et cede la place.
Le désesperé Rossignol
Eût bien voulu suivre son vol.
Mais le Destin met obstacle à sa chaîne ;.
Seul pour lors il gémit et médite sa peine.
Tel est le sort d'un Amant malheureux
Qui près d'une Inhumaine a sçû former des
voeux.
J. C. Fontaine, de Pontoise.
C A V S E plaidée en François par les
Rhétoriciens duCollege de L0vS li
GRAND,leVendredy 27. Août 1734. ENtre plusieurs Exercicesqui se font
au College de Louis le Grand, avec
un concours et un succès qui en justifient
l'avantage, il en est peu qui soient plus
justement applaudis, que les Plaidoyers
par lesquels on y forme la Jeunesse a
composer avec art et à juger avec goût
des Discours qu'elle entend. Les Plaidoyers
dont nous allons donner l'Extrait
embrassent quatre Professions glorieuses
en elles-mêmes et avantageuses à l'Etat;
en voici le Sujet, que le Pere de laSaute9
run des Professeurs de Rethorique, il
prescrit et fait exécuter à ses jeunes Eleves.'
»Un riche et sçavant Citoyen ,
zelF
»pour le progrès des Arts et des Sciences
»qui peuvent contribuer à l'avantage du
»Public, se sent un goût et un attrait
»particulier pour quatre Professions
»dont les divers objets lui paroissent
»tendre à cette fin.
»LaProfession de Pilote, celle d'ln..
au génieur, celle de Méchanicien, celle
» d'Astronôme, sont, à son gre., si es- »timablesence genre, qu'il se déter-
» mine à fonder quatre
Placespour
d'ex-
»cellens Maîtres qui en perfectionnent
*et en perpétuent les exercices.Il affer
»mit ces fondations par un Contrat en
» bonne forme, dans lequel il assigne à
»perpétuité des sommes differentes pour
»servit d'appointemens à ces nouveaux
« Maîtres, Il veut que l'on proportionne
» chaque pension annuelle au mérite plus
» ou moins grand de chacune de leurs
» Professions.
» Comme elles balancent son estime , Met qu'il ne sçait à laquelle donner la
» préférence, il en laisse la décision à
» un Tribunal composé de Connoisseurs
» et de Juges éclairez sur le prix de ces
» Arts.
» Quatre Concurrents font valoir leurs
» prétentions, c'est l'objet des Plaidoyers
» sui vans.
Plaidoyer du Pilote.
Le Pilote chargé d'exposer les avantages
de son Art, marqua d'abord dans
un court Exorde, la crainte où il étoit
que son Discours ne se sentît de la barbarie
des Nations diverses avec lesquelles
il avoit eu à vivre; et que François
de naissance, il ne parût Etranger dans
son langage. Ensuite distinguant deux
sortes de Flottes, les unes Marchandes
qui enrichissent la Patrie, par le moyen
du Commerce, les autres Guerrieres qui
deffendent et illustrentl'Etat par la voye
des Armes, il entreprit de montrer que
le Pilotage est tout à la fois et un fonds
d'opulence, et une source de gloire pour
les Royaumes.
Premiere Partie. Le Commerce ancien
et moderne, les richesses dont il est la
source, la foi et le témoignage de tous
les siecles, font la preuve de cette première
Partie.
Et d'abord sans vouloir apuyer ses droits
sur la fictionet surceque lesPoëtcs racontent
du fameux Vaisseau des Argonautes,
le jeune Orateur, en développant
le tissu de cette ingénieuse allégorie,
puise dans la Fable une preuve sans rcbplleique
,et du sein d'un mensonge agréafait
éclore, en faveur de sa Cause,
des véritez solides.
Que de modernes Typhis sont peints
Dans le fabuleux Conducteur d'Argo!
dans les prétendus Oracles de ce Bois mysterieux
de Dodone, qui faisoit connoître
les bancs de sable que l'on devoit
éviter, les Poëtes n'ont-ils pas voulu
peindre l'adresse d'un Expert Navigateur
qui sçait prévoir et éviter les dangers
qu'on peut craindre dans la Navigation?
CesTaureaux aux pieds d'aitain, ces Dragons
au souffle empoisonné, ne représentent-
ils pas ces Ouragans et ces Typhons
impétueux de l'Océan,dontl'industrie
des Pilotes 4;çait triompher?
Si l'on consu l te l'Histoireancienne,
kS Phéniciens, les Tyriens et tant de
Peuples, ne furent ils pas redevables des
richesses de leurs Villes au secours du
Commerce, et ne dûrent-ils pasle succès
du Commerce à l'adresse et à l'expérience
des Pilotes ?
Si l'Espagne regne sous l'un et l'autre
Hémisphere;si le Portugal, Royaume
si resserré dans l'ancien Monde, a possedé
tant de vastes Royaumes dans le
nouveau; si la Hollande compte dans ces
Plages éloignées plus de lieües de pays
soumises à ses Loix, que d'arpens de terre
dans les Provinces- Unies;si la France
et l'Angleterre ont transporté et entretiennent
dans des climats étrangers tant
de Colonies florissantes; si le Pérou a envoyé
tant d'or en Europe; le Méxique
tant de Minéraux
,
l'Amérique tant de
couleurs brillantes, d'animaux singuliers,.
de Plantes salutaires; si la Religion a
porté sa lumiere presque dans toutes les
contrées où le Soleil porte la sienne,
à qui en est-on redevable,si ce n'est aux
heureuses découvertes d'unChristophe
Colomb? d'un Amétic Vespuce, quia
donné son nom à la plus grande partie
du Monde connu? et de tant d'autres Pilo
tes, hardisimitateurs de ces grands modeles?
LePilotage ne triomphe pasmoins.
dans la guerre.
Seconde Partie. Si les Flotes sont quelque
fois nécessaires pour la deffnse et
pour la gloire des Etats, les Pilotes le
sont toujours pour la conduite et le
triomphe des Vaisseaux armez en guerre;
ce sont eux qui repoussent ces Pirates et
ces Ecumeurs de Mer; ces Insulaires,
qui par des courses, des descentes, des
bombardemens viennent désoler les Cê.
tes et porter le feu dans les Villes Maritimes,
Xerxès couvre l'Hélespont de douze
cent Voiles, et par une cspece de Pont
continu joint l'Asie à l'Europe; Thémistocle
l'attaque avec peu de Vaisseaux; la
différence des Pilotes fait celle du combat
; la Grece est sauvée et la Perse en
quelque sorte submergée avec sa Flotte,
Le succès de la Bataille d'Actium et de
celle de Lépante, sont des monumens
éternels à la gloire du Pilotage.
Le recouvrement de la nouvelle France
,
la Prise de Messineet de Riogener,
les victoires de Palerme et d'Agousta , tant d'Expéditions navales contre Alger,
Tunis, Gènes, n'ont-elles pas réduit des
Nations entières à ramper aux pieds du
Trône François,et à rendre à nos Rois des
hommages dont la gloire rejaillit en partie
sur nos Pilotes î Combien de Héros cet
Art n'a-t'il pas donnés à la France? Quel
avantage n'a-t'il pas sur le Génie? 1°.
celui-cy ne peut procurer le Commerce
comme le Pilotage; 2°. pour contribuer
àune victoire, le Génie n'a d'ordinaire
qu'un Elément à combattre, mais dans
la Marine, tous les Elemens conjurez
s'opposent à l'adresse des Pilotes, et poux
une victoire il faut en remporter cent.
Plaidoyerdel'Ingénieur.
L'Orateur qui défendit cette Cause
, se
fonda sur deux titres qui assurent à l'Ingénieur
un triomphe éclatant sur ses Rivaux,
JQ, nul autre ne garantit l'Etat de
plus grands périls; 2 nul autre ne s'expose
à deplus grands périls pour l'Etat.
Premiere Partie. On doit juger des services
qu'on rend à la Patrie par les dangers
dont on la délivre. Qui pourroit contester
cet honneur aux Guerriers ? Si
doncl'Ingénieur tient dans ce genre le
premier rang parmi les Guerriers, peuton
le lui disputer parmi ses Concurrens?
Pour connoître la grandeur de ses services
, il ne faut que considérer les hor.
reurs de la guerre, la Patrie éplorée, ses
Provinces désolées, le fer qui les ravage,
le feu qui les consume, le sang qui les
inonde, les Campagnes changées en Ds"
serfS, les Forêts en -
buchers, les Ruisseaux
en Fleuves de sang, les Villes en
Solitudes
»
les Maisons en tas de cendres,
les Plaines en Tombeaux; images funebres
, qui en nous peignant les malheurs
de la guerre,nous fait sentir la nécessité
d'unGuerrier, qui sçache fortifier et
réparer les Places, couvrir et deffendre
les Frontières,arrêter l'Ennemi danssa
marche, lui fermer l'entrée dans le Royaume
1
&c.Or n'est-ce pas à l'Ingénieur que
l'on doit ces secours prompts etefficaces?
N'est-cepasluiqui met à la main des.
Soldats,les Armes offensives et deffensives
dont ils ont besoin pour écarter le danger
ou le porter ailleurs? &c.
De quelle ressource ne sont pas les te.
gles qu'il prescrit ? N'est-ce pas l'expérience
de leur utilité qui a fait établir
ces Ecoles de Génie, où dans le sein dcla
Paix on forme tant de jeunesHéros
aux exercices Militaires? En faut-il davantage
pour justifier la haute idée quel'ona
de l'A rchitecture Militaire? Tous
jusqu'à son nom fait connoître son excellence,
et sans doute qu'on ne l'appelle
Génie que parce que la Nation croit troi>
ver dans les Héros qui se forment à cette
Ecole ses Génies tutelaires.Aussi quelles
récompenses ne leurprodigue-t'elle pas,--.
L'Orateur prend de-là occasion de loüer
le célebre M. de Vauban, ce grand Homme
à qui nous devons,dit-il, plus de
50. Villes ouvertes à nos Armes et plus
de 300. fermées aux Armes des Ennemis
, &c. Après tout la rapidité de ces
grades Militaires est autant une suite des
périls qui enlevent tant de Braves qu'il
faut rem placer, qu'un effet de la' juste
reconnoissance que l'on a pour les dangers
dont ils délivrent l'Etat, et de ceux
ausquels ils s'exposent eux-mêmes.
Seconde Partie. Les périls de cette Profession
sont fatiguans et continus. Quelles
fatigues à essuyer,soit dans la construction
,
soit dans la réparation des Places,
des Ramparts
,
des Bastions, &cet cela
en tout tem ps , en toute es pece de terrein
! Quelle continuité de travaux et de
périls dans les Sieges ! C'est à lui de connoître
et de faire connoître le fort et lefoible
des Places, de conduire et d'ouvrir
les Tranchées, de construire les Galeries
, de faire miner et contreminer
y &c. Quelle chaîne de dangers! L'Orateur
les rassemble tous dans le seul Siege
de Philisbourg
,
où la constance de
nos Ingénieurs s'est si glorieusement signalée
contre un des plus forts Boulevarts
de l'Allemagne contre les incommoditez
d'une saison pluvieuse,contre
les horreurs d'un feu continuel, contre
les débordemens d'un Fleuve impétueux,
contre les menaces des principales forces
de l'Empire, contre la ruse ,
l'expe
rience etla valeur d'un grand Prince
d'un vieux Capitaine, dont le nom est
si cher à la France, et dont le bras lui
fut autrefois redoutable
y tant que la fortune
nous débauchala victoire, et qui enfin
fondoit un brillant espoir sur la mort
de ce grand Maréchal
, nouveau Turenne
, dans sa vie et dans sa mort, couronné
comme lui des plus belles vietoires,
et enseveli comme lui sous sesTrophées,
en faisant la dangereuse fonction
d'Ingénieur. L'Orateur prend delà occasion
de marquer les allarmes de la France
sur M. le Prince de Conty, qui n'étoit
qu'à quelques pas du Générallorsqu'il
fut tué, et qui bravant le danger
dans le même lieu où fumoit encore la
foudre qui avoir frappé ce Hétos--;', faisoit
craindre sans cesse que les Lauriers
d'une tête si chere ne fussent bien-tôt
teints de son sang et arrosez de nos larmes
, &c.
L'Ingénieur voittous ces dangersetune
grande quantité d'autres réunis contre
lui; quelle difference, entre les périlsde
sa Profession et la sécurité de cellequ'exercent
ses Concurrens! Je Juge équitable
qui pese dans une même balance
leurs prétentions diverses, peut-il ne
pas garantir du danger de perdre sa Cause,
un homme qui s'expose à tant de
périls pour nous faire gagner des victoires?
et ne doit-il pas faire triampher
un Art qui tant de fois fit triompher.
l'Etat? -
Plaidoyer du JMèehanicrcir.
L'Orateur fait envisager leMéchanique
sous deux points de vûë bien capables
d'en donner une haute idée,
comme la Science des Sciences yz° comme
l'Art des Arts.
Premiere Partie. IL est deux sortes de
Méchanique
,
l'une de spéculation qui
invente, l'autre de pratique qui execute.
L'une et l'autre ne dépend d'aucune Science
; toutes lesSciences dépendent d'elles-
Qu'elle ne dépende d'aucune autre
Science, l'Orateur le prouve en. marquant
l'objetprincipal de la. Méchanique.
Quel est-il en effet? C'est d'enseigner
la nature des Forces mouvantes
et d'augmenter tellement la Puissance
upar le moyen etla délicatesse des ressorts, Enfant, puisse élever de. lourdes
masses et des poids énormes, qui sans
un tel secours passent la portée de plusieurs
hommes des plus robustes, &c.
Or c'estcet Art que la Méchanique n'emprunta
jamais d'aucune autre faculté. Si
quelquefois elle s'associe la Géométrie et
l'Arithmétique, c'est plutôt un secours de
commodité que de nécessité.
Mais est-il une Science qui ne dépende
d'elle? Si elle ne leur prétoit la main,
elles se borneroient toutes à de pures
spéculations
, qui resteroientignorées du
Public dans la pointe de l'esprit, ou dans
les Manuscrits de leurs Auteurs, sans
pouvoir même trouver un Libraire qui
les produisit au jour. Les Auteurs euxmêmes
se dégouteroient;et si leur Etude
devoit rester inconnue, au lieu de faire
leur plaisir, elle feroit leur supplice.
L'Orateur fait l'application de son Art
à celui des Concurrens; que feroit le
Pilote si la Méchanique ne construisoit,
ne lançoit, n'équipoitle Vaisseau
, et si
elle n'aprêtoit les métaux précieux et les
autres richesses qu'il va chercher dans le
nouveau monde. ? Que feroit l'Ingénieur
si la Méchanique ne fortifioit, ne défendoit
, n'attaquoit les Places
, ne fondoit,
ne pointoit, ne tiroit le canon? &c.Sans la
Méchanique qui prépare les Instruments
propres à considérer les Astres, l'Astronome
les connoirroit-il mieux que le
vulgaire ignorant?
- La Méchanique peut doncse passer des
autres Sciences, il n'est aucune Science
qui puisse se passer d'elle; ainsi elle est
non-seu lement la Science des Sciences
mais elle est encore l'Art des Arts?
SecondePartie. Un Art qui renferme
en soi tous ceux qui sont établis parmi
les hommes,soit pour la nécessité
y
soie
pour la commodité
,
soit pour le plasir,
soit pour la splendeur et la magnificence,
ne doit-il pas être appellél'Art des Artsî
telle est la Méchanique.
Artsnécessaires. C'est la Méchanique
qui prescrit et donne la forme de tous les
instrumentsutiles à l'Agriculture; elle
partage les RivieresenRuisseaux pour la
fertilité des Campagnes;elle donne des
digues aux torrents;ellesçait tantôt enchaîner
les vents et réünir leurs efforts.
tantôt faire travailler les Eaux pour donner
le mouvement aux roües des Moulins,
et préparer la nourriture et la subsistance
des Peuples. Elle fait couler à grands
flots le vin dans les cuves, et pressant
le raisin sous l'effort de la Vis,elle fait
distiller ces larmes délicieuses où nagent
les Ris et où les Chagrins vont se
noyer &c.
Ar s commodes. N'est-ce pas elle - qui
par le secours des Machines qu'elle a inventées
et qu'elle sçait mettre en usage,
éleve ces bârimens si commodes, dans
lesquels on brave l'intemperie des Saisons,
&c ?
Arts pour le plaisir. Ces théatres où
mille pompeuses illusions ébloiiissent les
yeux, ces instruments dont la douce
harmonie charme les oreilles, et tant
d'autres inventions imaginées pour enchanter
les sens, ne sont-elles pas son
ouvrage? La Scene nest-elle pas le regnc:,
des Machines et de la Méchanique&cf
Art pour la splendeur. Tant de monuments
célébrés
<
de Temples augustes
de Palais superbes, de Jardins délicieux
, sont des Jeux de la Méchanique.
Ces Cascades,ces Chûres, ces Jers
d'eau, ces Aqutducs;, ces Canaux souterrains
qui dérobent autant de prodiges
à nos yeux qu'ils en présentent à notre
admiration dans leurs surprenantes saillies
/sur tout ce Canal prodigieux qui
fait la jonction des deux Mers, sont autant
de chefs-d'cruvres de la Méchlnique.
Que dire de ces Manufactures de Glaces,
de Miroirs, de Tapisseries
,
d'Etoffes
précieuses, où la Méchanique a tant de
part ? Tant de prodigesqu'elle enfante
ne nous disent-ils pas qu'elle est l'Art des
Arts?
Plaidoyer de l'Astronôrf¡.
L'Orateur dans son Exorde tâche de
détruire l'injuste idée que le Peuple se
forme d'un Astronome
, comme d'un
homme qui dédaignant la terre et la société
des hommes, mérite d'en être
dédaigné à son tour comme un membre
parfaitement inutile. IL prétend
faire voir qu'il n'est peut-être point
d'homme qui fasse plus d'honneur à l'état
qu'un excellent Astronome; pourquoii
1°. Parce que sa Science est la plus parfaite
des Sciences humaines. zw. Parce
qu'elle est la plus capable de perfectionner
la plûpart des autres Sciences utiles.
à la Patrie.
Premicre Partie. La sublimité de son
objet, la sureté de ses principes, nous
fontconnoîcre quelle est sa perfection.
Son objet est grand-et aussi élevé
au-dessus de tous les objets qui nous environnent
3
que les Astres le sont audessus
de la Terre qni nous porte. C'est
l'immensité duCiel
,
c'est le mouvement
réglé de ces Globes lumineux qui roulent
sur nos têtes; c'est l'arrangement
ct l'harmonie des plus brillantes parties
quL
qui composent cet Univers: objet bien
digne d'occuper l'esprit et bien propre
a élever l'ame au dessus d'elle-même;
et jusqu'au Trône de cet Etre suprême
dont la puissance a crcé, et dont la sagesse
gouverne les Astres; objet si attrayant
,qu'on ne doit pis être, surpris
qu'un Astronome sacrifie son repos à
des observations si curieuses et si interestantes?
N'est-il donc pas indigne que
tant d'illustres fainéants qui passent les
nuits dans des débauches outréestou qui
se livrent alors aux molles douceurs d'un
sommeil indolent, reprochent à l'A stronome
comme perdues ces nuits précieuses,
où nop-seulement il s'occupe des
plus nobles objets
,
mais se forme des
principes certains sur lesquels il puisse
appuyer ses Observations ?
Il ne faut pour garant de leur certitude
que celle des supputations qui rendent
cette Science, pour ainsi parler;
l'Arbitre souverain des Saisons,et semblent
soumettre le Firmament à ses Loix
et à son impérieux calcul. On diroit que
l'Astronome prend son vol jusqu'aux
Cieux pour en mesurer l'étendue et y
lire le cours secret des Astres, leurs déclinaisons
,
leurs parallaxes, leurs réva..
iutions, &c. L'Orateur établit ensuite
un parallèle délicat et fin entre cette
Science et les autres; et comparant ses
qualitez à leurs deffauts, fait voir que
non-seulement elle est la plus parfaire
des Sciences, mais que presque toutes
les Sciences ont besoin d'elle pour être
perfectionnées.
Seconde Partie. Parmi toutes les Sciences
qui tirent leur source ou qui trouvent
leur embellissement dans l'Astronomie,
l'Histoire tient un des premiers
rangs. C'est l'Astronomie qui fixe les
Epoques, qui garantit les dates, qui préside
à la Chronologie, qui a enfanté la
réformation de ce beau Calendrier Grégorien
, com posé par les veilles des plus
sçavans Astronomes. Quelle peine ne fut-ce pas pour eux de remédier par
leur calcul au dérangement qui se trouvoit
dans les saisons ,et d'accorder le
temps marqué pour les Fêtes Mobiles,
avec l'inégalité des mouvemens celesres?
La Cosmographie pourroitelle tracer
en ricourci les divers Climats de laTerre,
si l'Astronomie ne lui en faisoitconnoître
les distances, l'éenduii, les limites,
à lafa/eur des Longitudes et des Latitudes
dont elle l'instruit? &c. Que ne
doit pas la Navigation à l'Astronomie,
sur tout depuis la découverte du second
Satellite de Jupiter î &c.
N'est ee pas l'Astronomie qui pendant
un si long temps a donné tant de cré.
dit à de pieux Mathématiciens
, qui en
faisant connoître les Astres aux Chinois,
leur donnèrent la connoissance du Dieu
Créateur des Astres?&c. Les Spheres, les
Globes Celestes, les Pendules, les Cadrans
et tant d'autres Inventions admirables,
ne sont-elles pas le fruit de l' Astronomie
? En faut-il davantage pour lui
assurer le triomphe sur les autres Arts?
le Juge est trop éclairé pour refuser le
prix à une Science qui en perfectionnetant
d'autres, et qui dans tous les siecles a fait
la noble occupation des plus grands Génies
, des Ptolomées, des Pithagores, des
Copernics, de Galilées
,
des Clavius,
des Cassini, &c.
Examen et Jugement de la Cause.
Le Jugeétablit trois principes sur le"
quels il appuyé sa décision. On connoît
qu'un Art est plus ou moins utile au
Public par un usage plus ou moins étendu
,
plus ou moins important, plus ou.
moins essentiel.
D'abord, le Pilotage contribuë infiniment
à la richesse età la sûreté des
Etats; mais l'usage en est-il si uni versel
? Les Flottes arméesquidefïendent
les Côtes Maritimes, préservent-elles
le coeur de l'Etat? Utiles en guerre,
ne sont-elles pas inutiles en paix? Les
Flottes Marchandes entretiennent le
Commerce, mais est-ce l'unique voye de
l'entretenir ? Les Etats qui sont sans Côtes
, sans Havres, sans Ports, sont-ils
sans Commerce? On a conquis des nouveaux
Royaumes,mais ces conquêtes ont
enlevé bien des Sujets à l'Europe, et en
l'enrichissant par des trésors
3
l'ont épuisé
d'hommes, &c.
L'Ingénieur court de grands risquesj
mais n'y trouvet'il pas sa gloire et son
interêt ? Il est plus exposé que le commun
des Guerriers,mais plus promptement
récompensé.Doit-on juger de l'utilité
d'une Profession par les dangers?
Que la Paix se fasse, a t'on besoin de
l'Architecture Militaire? l'Ingénieur mec
nos Places en état de tenir contre l'Ennemi,
mais l'Ennemi n'a-t'il pas ses Ingénieurs
qui mettent ses Places en état de
tenir contre nous?
La Méchanique se donne les titres fastueux
de Scieace des Sciences
,
d'Art
des Arts; on lui accorde qu'elle est indépendante
des autres dans ce qui regarde
les Forces motivantes; mais ne voiton
pas qu'elle ne fait souvent qu'executer
plusieurs Machinesinventées par
le Pilote, l'Ingénieur, l'Astronome,
&c. Ainsi la Médunique usant d'unlangage
plus modeste
,
pourroit se dire plutôt
la Suivante que la Reine des Sciences.
Si elle les renfermoit toutes, il ne
faudroit plus désormais d'autres Sçnvans
que des Méchaniciens et des Machinistes
, &c.
L'Asrroneme adroit de se plaindre des
mauvaises plaisanteries par où l'on veut
Tepandre du ridicule sur sa Profession.
C'est un malheur qu'on l'ait confondue
avec cette Astrologiejudiciaire dont tant
de Peuples et de Princes ont été la duppdee.
L'air et les manieres extraordinaires
quelques Astronomes,ont pu donner
lieu à ces railleries; Thalés lui-mcme
les essuya quand il tomba dans un
"Puits en contemplant les Asr": Cette
Science est d'un grand prix et-d'un grand
usage pour les Arts qu'ont détaillez;
entre autres pour la Navigation,par l'avantage
qu'on en tire pour les Cartes Marines
et pour la fixation des Méridiens
,&ci Mais aprèscetEloge il faut
avoiier qu'elle est plus commode'ouamusante
, qu'utile ou nécessaire. C'est une
de ces Sciences dont on peut relever le
mérite d'autant plus impunément qu'elle
est moins à la portée du commun,.et
qui trouvera d'autant plus d'admirateurs
qu'elle trouve moins de connoisseurs.
Après cet examen ,
le Juge assigne en
premier lieu auMéchanicien sur les dix
mille cinq cens livres de revenu annuel,
déposé entre les mains de la Justice, une
pension viagere de 4000. livres, et cela
parce que son Art est d'un usage plus
étendu, soit par rapport aux différentes
conditions de l'Etat, qui en ont toutes
besoin soit par rapport à tous les temps
et à toutes les occurrences, puisqu'il n'en
est aucune où elle ne soit utile ou même
nécessaire; d'ailleurs peut-on erre
bon Méchaniciensans êrre un peu Pilote.
Ingénieur et Astronome?&c.
La seconde pension de 3000. livres est
assignée au Pilote., parce que saPiofession
esd'un usage plus grand que les
deux suivantes, et à raison du Commerce
qu'elle facilite dans tous les tem ps et
dans tous les Pays Maritimes les plus
éloignez et les plus opulents, &c.
La troisièmepension de 2000. livres
est assignée à l'Ingénieur, en considération
des dangers auxquels il s'expose
et dont il préserve l'Etat, &c.
L'Astronome est pourvû d'une pension
de lSOO livres pour récompenser
les connoissances importantes er curieuses
dont le Public lui est redevable, &o.
La Cause du Pilote fur plaidée par
M. Begon celle de l'Ingénieur
, par
M. d'Agenois; celle du Méchanicicn,pair
M. Maynon d'Invau; celle de l'Astronome
, par M. le Févre
, et fut jugée par
M. Naudin. Tous ces jeunes Orateurs
méritèrent les applaudissemens d'une illustre
et nombreuse Assemblée
, par li
grâce et par l'éloquence avec laquelle ils
prononcèrent leurs Discours. L'un d'eux
nomma avec éloge, plusieurs autres Khe"
toriciens qui avoient travaillé avec le
plus desuccèsà lacomposition de zes Pinàoyers)
enrreaurrs,Mrs de Charost,d'Ancenis,
d'ArgougesJ'urgot d'VLY)deBIgI.lt de
Fondras,Cholet, de la Bellangeray;
,
Bacularde
Deshayes, &c. et les remercia
ravoir prêté leur plume à l'Ouvrage
dont nous ne donnons ici qu'un précis
des plus abrégez.
1,,I,.f 1 -rA 710 N de la v1*ngt et -uniem_ll
Ode dtlllje. Livre des Odud'Horace*.
Imable
Mere de l'yvresse
Bouteille, soit que dans ton sein
Des doux Enfans de la Tendresse
Tu portes le folâtre Essain
, Soit que tu renfermes les craintes,
Les cendres plaisirs ou les plaintes,
Le sommeil, ou les ris badins,
La paix oules sanglantes guerres,
Descends et viens remplir nosverres
Du plus délicieux des vins.
Descends, c'est Corvin qui t'en prie
Quoiqu'imbu des Poirts sourcilleux
D'une austere Philosophie,
Il n'est point ennemi des Jeux;
par tout ailleurs il Socratise;
Mais en débauche il s'humanise ;
Comme ce Sage tant vanté,
Qui quelquefois d'un vin Massique,
Sçavoir de sa vertu Stoïque,
Egayer la sévérité.
Tu sçais d'un naturel barbare
Adoucir la férocité,
Et de l'humeur la plus bizarre
Corriger l'instabilité;
C'est dans ton jus que la sagesse
A son inquiète tristesse
Trouve un heureux soulagement;
Par toi l'homme devient sincere,
Et découvre enfin le mystère
Qu'il gardoit le plus chérement.
Tu remets la douce esperance
Au sein des Esprits languissants,
Et ta merveilleuse puissance
Ranime les plus impuissants:
Remplis d'une fureur guerriere
On les entend d'une voix fiere
Ranger l'Univers sous leurs Loix ,
Et dans l'ardeur qui les emporte,
Braver l'intrépide cohorte,
Qui veille à la garde des Rois.
Descends donc, charmante Bouteille,f
Que si la Mere des appas,
Et l'aimable Dieu de la Treille,
Veulent bien être du répas,
Si les inséparables Graces
Marchent sur tes paisibles traces,
Nous te presserons tour àtour.
Jusqu'à ce que l'Aube naissante
Dans la Fougere étincelante
Darde les premiers feux du jour.
sVITEde la Lettre de M.sur
un nouvel Ouvrage de Ai. Titon du
Tillet. TROISIE'ME DISCOURS sur
les honneurs et sur les Mouuments
que les Romains ont accordez, aux Personnes
qui ont excellé dans les Sciences. Je ne
m'étendrai pas sur ce qui est traité dans
ce Dicours., parce qu'on y voit que les.
Romains ont suivi l'exemple des Grecs
en ce qui concerne les honneurs et les
Monuments qu'ils ont accordez à leurs
Sçavans , dont l'Auteur rapporte il
une infinité d'exemples.
Les Romains,dit-il, que tant de vertus
éminenres et sur tout leur grand
a^mour pour la Patrie
,
ont.rendus l'admiration
de tous les siècles;ces vainqueurs.
et cesMaîtres du Monde furent les dignes
imitateurs des Grecs par la nobleémulation
qu'ils eurent pour les Sciences et
pour les Beaux Arts, et par les honneurs
et les récompenses qu'ils accordérentaux
Hommes qui s'y distinguoient.Ils puisèrent
les Sciences, les Arts
, et le bon
gour chez les Grecs, dont ils devinrentvictorieux,
ayant conquis leur Pays comice
le dit Horace. Ç^id.
Grtcta eapt/t
c
ferum Victorem cepit et Artesry
Jhiidtt agresti Latio.
-
Epist.1.Liv.II.
-
- On voit dans ce Discoursque les plus
Grands Hommes de la République et de
l'Empire Romain, ne se contentoient
pas d'honorer les Sçavans de leur estime
et de leur amitié
, et de leur rendre les
honneurs les plus distinguez, mais qu'ils
ambitionnoient encore d'être mis au rang
de ces Sçavants ; plusieurs mériterenr
d'être de ce nombre , entre autres Caton
le Censeur, Sylla, les deux Scipions a.
Aetius, Luculle,Pollion,Germanicus,Cesar,
Auguste,etune grande partie des Empereurs
,
dont les Statuës furent placées à
TitredeSçavants,dans les Bibliothèques"
publiques, dont ont fait la Description.
Dans ce mêmeDiscours on fait aussi connaître
que les plus illustres Ennemis des
Romains aimoient les Sçavants et cultivoient
les Sciences: Pyrrhus, Annibal,
Mithridate et Zenobie Reine de Pàlmirc,
sont de ce nombre.
Le Discours finit par la décadence et
par la Iuine de l'Empire Romain, ruine
qui a donné naissanceàplusieurs Royaumes
puissants,entreautres celui dela
France. On y marque aussi que la chûte
de l'Empire causa presque la perte entiers
des Sciences
,
lesquelles n'eurent d"autre
azile que chez les Ecclésiastiques et-dans
les Mônasteres ,où elles furent cultivées
d'unemaniéré seche et scholastique dénuée de cette elegance , et de cette po.,
litesse, qui en font toute la grâce.
QUATRIEME DISCOURS sur
les honneurs et les récompenses que les Nationspolicées
etflorissantes
,
qui ont pain
depuis les Romains, ont accordés aux Illustres
Spavants.
On voit au commencement de ce Discours
que les Sciences et les Beaux Arts
furent entierement négligez en Europe
dans le V. et VI. siècles. Chiperic F.
petit-filsdeClovis qui étoit un Prince
sçavant pour son siècle,fit de vains efforts
pour faire revivre les Sciences. Quelque
temps après, Charlemagne donna ses
-
fsuotins pour les faire refleurir, mais il ne guere plus heureux que Chilperic.
Notre Auteur après avoir donné des
exemples, des honneurset des récompenses
, que les Rois de France de la
premiere Race accordèrent à quelques
Sçavants, et après avoir remarqué que
ces Princes élevèrent quelques Eglises et
d'autres Edifices, passe au Regne de
Hugues Capet,premier Roy de la seconde
Race, qui vivoit dans le X. siècle.
Il dit, après le Sçavant M. Huet, dans
son Traité de l'Origine des Romans,
que Ig Poëtes François nommez Trouveres
3
qui parurent d'abord sous le Regne
de Loiiis le Débonnaire,romanisérent tout
de bon du temps de HuguesCapet. Cepleesndant,
continue-t'il, on peut dire que
Sciences necommencèrent à prendre
quelque vigueur en France que sous le
Regne de Louis VII. dit le Jeune et sous
celui de Philippe Auguste son Fils.
Il parut quelques Sçavans
, entre lesquels
on pourroit compter plusieurs Seigneurs
de la Cour , sous le Regne de
S. Loüis, petit-fils de Philippe Auguste.
LaLangue Françoise commença à se polir,
et la Poésie,.qui étoit en grande vague,
avoi, t dde nouveauxagrémens. La,moet
la galanterieanimérent le géniedeiPoêtes,
qui donnèrent plus de vivacité et de délicatesse
à leurs ouvrages. L'Auteut
nomme ici plus de40. Princeset Seigneurs
1 '- entre lesquels on trouve des Empereurs
et des Rois qui se faisoient un honneur
et un plaisir de composer desVers à Li,
gloire des Dames.
Il marque l-es récompenses que les
Princes donnoient aux Poëtes et aux Sçavans,
et ajoute qu'ilsenatachoienttoujours
quelques uns auprès d'eux. Il parleensuite
des Princes de l'Europe qui s'appliquèrent
aux Sciences, et qui répandirentleurs
bienfaits surceuxqui icscultlfroienfr
avec succès. Parmi ces Princes,AlfonseX
Roy de Castille, Aifonse V. Roy d'Aragon
et de Naples, Laurent de Medicis
Chef de la République de Florence
tiennent un beau rang. ainsi que CharleJs.
V. Roy de France. Il donne plusieurs,
exemples des honneurs qu'on rendit aux*,
Sçavants dans ces tems-là
f et il fait une
belle Description du Triomphede Petrarque.
Il faitconnoître les plus beaux Edifices
j
les Eglises, er les Collèges qui ont
çté construits dans le XIV. siécle : il
marque le tems auquel l'Imprimerie
,
la
Gravûre
, la Peinture à l'huile, et la Pou-
4*4 canon ont étéinventées. Il donn-e*-
ensuite une idée des Sciences et des Arts
en Grece et dans l'Orient, particulièrement
en Perse, aux.Indes et à la Chine,
Notre Auteur vient au XVI.siècle
dans lequel trois des plus grands Princes
qui ayent régné
,
cherchèrent à l'envi
afaire briller les Sciences et les Brau^.
Arts,en répandant leurs
bienfaitssur
çeux. qui yexcelloient. Ces trois Princes.
sont le Pape Leon X. Charles V. Emperçur
et Roy d'EspagneetFrançois t;
Roy de France, les vrais Restaurateurs
et les Peres des Sciences et des Beaux
Arts. Ils comblèrent de bienfaits une infinité
de Sçavants et plusieurs personnes,
qui ont brillé dans les Beaux Arts.
C'est depuis ce tems-là qu'on a vis
parottre dans presque toutes les Parties
de l'Europe, tant d'Hommes Illustres
dans la République des Lc:tres-'et tant
d'autres qui ont excellé dans les Beaux-
Arts. On rapporte leurs noms , et on fait
connoître les honneurs qui leur ont étérendus.
Les Rois et les Souverains;
qui ont succedé à ces troisGrands Princes,
ont presque tous suivi leur exem pk, et,
ont animé les Sçavans et les habiles Artistes
par de nobles récompenses. Ort
distingue sur tout les Rois de France vsçavoit
Henri,II. Charles IX, Henri III,
Henri IV. Louis XIII. et Louis XIV.
On fait paroître à cette occasion
, parmi
un nombre infini de célebres Ecrivains
, plusieurs Grands Seigneursrevêtus
des premieres Dignitezdu Royaume
qui se sont signalezparleurs Ecrits, autant
que par leurs belles actions et parles
services qu'ils ont rendus àl'Etat. On
voit aussil'établissement de toutes les
Académies ,.et le Progrès de toutes les*
Sciences et de. tous les Beaux Arts eu
France. On parte enfin de tous les grands
Edifices q.iri ont été élevez depuis le R..
gne de François I. et de plusieurs Chefsd'oeuvre
de Peinture etde Sculpture.
Le Regne de Louis XIV. surnommé
LE GRAND ,
paroît le plus brillant detous,
par la quantité considérable.
d'Hommes Illustres qu'il a produits dans
tous les differenscaractères de génie
comme parlessuperbes Edifices et par
les beaux morceaux dé Peinture et de
Sculpture qui ont été exécutez perses
ordres. On entre même surce sujet dans
ledétail des Fêtes ,des Carrousels, des
Feux d'Artifices
,
&c. qu'on a vûs sous
son Regne.M.Titon du Tilletqui aime
.1es Projets les plus éclaranset lés plus
magnifiques paroît extrêmement satisfaitde
toutes ces grandes Fêtes.
11 sou haiteroit cependant qu'on exécutât
encorequelque chose de plus grand
à la gloirede Loüis XIV. et de Loiiis XV.
Il propose là-dessus de faire célebrerà Paris
tous les quatre ans des Jzux LODOï-
CIENS. Il donne des Plans les plus superbesetles
plus magnifiques pour leurexécution,
laquelle necouteroit, dit-il,rien à,
l'Etat, qui au contraire en retireroit du
profit, par le nombreux concours des
Etrangers que ces Spectacles, attireraient.
a Paris. Il croit enfin qu'il sera aisé de
trouver une Compagnie qui entreprenne
Th Représentation de ces Jeux, moyennant
unPrivilege accordé par le Roy, d'élever de grandsAmphithéâtres pour
placer jusqu'à cent mille Spectateurs
3 selon le lieu qui leur seroitdonné, et
en faisant payer à ces Spectateurs une
certaine somme fixée par le Privilege.
Voilà, Monsieur
,
à peu près le Plan
ou le Sommairedu Livre de M. Titon
duTillet,dont le prix n'est que de quarante
sols non relié; et qui se vendchez
Coignard Chaubert, la veuve Pissotet
Jean de Nully. On trouve c hez les mêmes
Libraires la Description du Parnasse
François exécuté en bronze par le même
Auteur, vol. fol. de 800. pp. orné de
XXV. Estampes,dont il yen a XII nouvelles
, des Portraits oos Personnes Illustres,
qui tiennent le premier rang sur ce
Parnasse. Cette Edition aété corrigée
de qaelques fautes, et augmentée de
vingt pages. Le prix en blanc est de dixhuit
livres. Je suis., Monsieur ,,&c.
IMITATIONdel'Oded'Horace, qui commence par ces mots : Quid sles
Asterie Sec. J): lJÂbsncc
de Gigès,quivous est sifidèle,
Charmante Asterié
,
doit-elle
Couter tant de pleursà vos yeux?
Chargé des dons que fait la rive où naîtFAtt*
rore,
Les Zéphirs, au retour de Flore,
Le rameneront ences Lieux,
Les siers vents du Midi l'ont jette dans Orique-.,'
Où chagrin et mélancolique
Il se livre aux plus noirs ennuis;
,/f..e sommeil ne sçauroit inerrompre les larmes
Que l'éloignement de vos charmes
Lui fait verser toutes les nuits.
Cependant l'Envoyé de Chloé son hôtesse
Par un langage plein d'adresse
>
Tentant sa vertu chaque jour,
Lui dit qu'éperdûment la belle Chloé l'aime
v
Que vous n'avez jamais vous-même
Brulépourlui deplus d'amour
Il lui conte comment une Reine indignée
De voir sa flamedédaignée ,
Dansses transports impétueux
,
Contre Bellerophon armant la calomnie
A
Pressa Pretus d'ôter la vie
Ait Prince le plus vertueux,
Il ajoute comment,en fuyant Hippolyte)
Pelée aux bords du noir Cocyte
Risqua de se faire envoyer;
Il épuise en un mot les Histoires, les Fabl.s.
Et n'obmet aucuns traits capables
De le séduire et l'effrayer.
Vains efforts! jusqu'iciGigès est invincible.
Gigès est toujoursinsensible ;
Les Rochers ne sont pas si sourds.'
Mais vous, craignez l'ardeur qu'en votre amt
trompée
Pourroient allumer d'El'lipée
Le voisinage et les discours.
Qui, quoi qu'au Champ de Mars aucun autre.
, jeune homme
Ne brille tant aux yeux de Rome,
Sur un Coursier fougueux monté,
Ir quoi qu'aucun Nageur, dans le courant dit
Tibre
,
Ne garde un si juste cçjuilibrt
? Sttnobét».
Et n'ait tant de legereté.
Renfermés-vous pourtant; quand la nuit est
venue,
Ne regardez point dans la rue
,
N'écoutez point son luth plaintif;
le tâchez qu'à sa voix, qui souvent vous agv
pelle,
Sous le nom de beautécruelle,
Votre coeur soit toujours récif:
F.M.F.
SUPPLEMENT à ce qui Il été inséré
dans le Mercure de Novembre 1734.
AU sujet de PHistoire du Chien de ltlonta'ygis
3
où par occasion il est parlé d'un
Chien renommédaml'HistoireOrientale.
L 9 'Auteur de l'Extrait imprimé dans
leMercure du mois d'Août dernier,
du Journal Littéraire de la Haye 1732. ,
a eu raison de dire que le trait de Critique
du Journaliste Etranger sur le Fait
duChien de Montargis
,
rapporté pix
le R. P. de Montfaucon, dans le troisième
Tome des Monumens de la Monarchie
Françoise, ne demeureroit pas
sans réponse. Il y en a une, en effet , et
cette Réponse est liliprimé'e, sous le nom
de Lettre, dans le Mercure du mois de'
Novembre passé. On auroit pu
, ce me
semble, donner plus d'étendue et plus
de poids à fa réfutation de cette Critique,
et aller plus directement au fait
qui se trouve assez constaté,et selon moi,,
presque démontré.Voici cependant quelques
Refléxions qu'on peut àjoûter pour
servir de Supplément à ce qui a déjà été
dit pour la défense du R.P.de Montfaucon
,
lequel n'a pas jugé à propos
d'interrompre ses grandes occupations
- pour prendre lui-même son fait et cause.
Il me paroît d'abord que l'Histoire
du Combat du Chien en question étoit
regardée comme indubitable dans leXV.
et XVI. siecles. Plusieurs grands Hom
mes attestent la vérité du fait, et pas
un n'a jamais témoigné en douter. L'Histoire
n'a d'ailleurs rien qui choque la
vrai-semblance. Ce que dit l'Auteur de
la Lettre du Mercure, que l'Histoire
s'est passée long-temps avant le Regne
de Charles V. mérite quelque refléxion
mais comme le sentiment universel a été
jusqu'à présent, que ce Combat s'est fait
sous le Regne de ce Prince,il me sem
blé qu'on ne peut adopter cette opinion
oucette conj*ecture, sans quelque fo-r.t-e
preuve, et l'Auteur de la Lettre n'en
raporte aucune. Je sçai cependant que quelqu'un a entrepris de faire des recher- ches sur cette Histoire dans plusieurs
Chroniqueurs de nos Bibliotheques qui n'onr jamais été imprimez, déciderontpeut-être, etqui duFait, tant pour la verité
que pour le
@
Evenement temps auquel cet s'est passé.
Pour ce qui est des habits des Personnages
représentez dans la Gravûre dir
P. de Montfaucon, sur quoi l'Auteur du.
Journal de la Haye prétendapuyer Critique;à sa. l'égard, dis-je, des habits,
sur tout pour celui des Dames, il est cer- tain qu'elles étoient habillées de cette maniere du temps de Charles V. et depuis
S. Louis. Les habits des hommes
varioient beaucoup en ce temps-là, comme
il est aisé de le prouver par plusieurs
Peintures de ce même temps. Il y avoit
mêmedesSeigneurs, sur tout de ceux qui vi voient auprès des Princes, qui
étoient habillez à la Romaine; on en voit
quelques-uns dans cette Gravûre et c'est
ce qui a trompé le Critique, qui n'en
sçait pas tant sur ce sujet. En un mot, il n'y a rien dans les habits en question
qui puisse autoriser le moindresoupçon
sut la vérité du Fait, ci toutconsideré,
je crois avoir droit de conclure au moinsque
la Peinture de Montargis a étécertainement
faire du temps de Charles V.
l'an 1372. comme il est marqué dans ce
Monument même. Elle a été renouvellée
plusieurs fois
,
dit Jules Scaliger; s'il
y avoit quelque chose à reprendre dans
les habits, il faudroit attribuer la faute
au Peintre qui les a peints comme on
les portoit du temps de Charles V.
J'¡>.ÿ déja dit que l'Histoire du Chien
de Montargis n'a rien qui choque la
vari-semblance. A joûtons que d'autres
Histoires aussi surprenantes, semblentl'autoriser
et prouverjusques où peut
aller la sagacité ct la fidélité d'un Chien,
On a vû depuis peu celle que rapporte
Jean Tzetzez, Auteur Grec du XII.
siecle, versifiée dans le Mercure d'Août
dernier, page 1747. C'est un Fait presque
pareil à celui de Montargis. On
peut y joindre une autre Histoire bien
antérieure
,
puisqu'elle est du temps de
Louis le Debonnaire, c'est celle du
Chien Ganelon
,
qui sauva la vie au fils
unique de son Maître, aux dépens de
la sienne ,
qu'il perdit en deffendant
ccet,Enfantcontre un Srpent monstrueux La fidélité de Ganelon, dit l'Histoire
, lui mérita un Tombeau Maître que son fit élever auprès d'une Fontaine.
L'Avanture de ce Chien et la circonstance
duTombeau me fontsouvenir d'une
autre Chien , dont j'ai lû l'Histoire dans
la Bibliothéque Orientale, car l'Orient
a eu aussi ses Chiens célebres, Je rapporterai
ici ce Trait,lequel étant tout ré.
joüissantpeut faire uneespece decontraste
avec ce qu'on dit jusq u'ici de funesteet de
tragique sur ce sujet. Il servira aussi à
montrer qu'elle est en général l'hypocrisie
et l'avarice des Juges de la Loy
de Mahomer
C'est Abdalah BenMahmoud ,surnomméLamai
,
qui rapporte ce trait
d'Histoire dans un Livre écrit en Turc, moitié Prose moitié Vers, intituléHistoiresRécréatives
,Bons Mots &c. dedié
au Grand Soliman
>
Fils de Selim I,
Sul tan des Turcs.
Un certain homme, dit-il,avoitun
excellent Chien, qui chassoit le jour et
faisoit bonne garde la nuit, il ne quittoit
jamais son Maître
,
aussi en étoit il fort
aimé.Ce Chien venant à mourir il en fut
inconsolable. Pour soulager un peu sa
douleur, il l'enterra fort proprement
dans sonJardin
, et convia le soir ses
amis à un festin,pendant lequel il s'étenliÍr
beaucoup sur les loüanges de cet
Animal
, et ainsi finit la Céremonie.
Lelendemain quelques gens malintentionnés
allérent rapporter au Cadhi
, ou
Juge en Chef du Lieu, tout ce qui s'étoit
passé le soir, et ajoutèrent à la verité du
Fait un détail de toutes lescérémonies
funébres des Musulmans
,
qu'ilsdisoient
avoir été pratiquées àl'enterrement du
Chien.Le Cadhi fort scandalisé de cette
action, envoya prendre l'Accusépar ses
Huissiers , et a près bien des injuresil
lui demanda s'il étoit de ces Infideles qui
adorérent les Chiens, puisqu'il avoit fait
plus d'honneur au sien,que l'on n'en
avoit fait àcelui des septDormans
) et à
l'Asne d'Ozairou d'Esdras.
Le Maître du Chien lui répondit;
sans s'émouvoir,Seigneur
,
l'Histoire de
mon Chienseroit trop longue à vous
raconter; mais ce qu'on ne vous a peutêtre
pas dit, c'est qu'il a fait un Testament
, et entre autres choses dont il a disposé, il vous a fait un legs de deux
cent Aspres
, que je vous apporte de sa
part. Le Cadhi entendant parler d'argent,
se tournaaussi-tôt vers les Huissiers et dit, voyez comme les gens de bien sont
exposez à l'envie, et quels discours on
faisoit de cet honnête homme: puis
s'adressant à l'Accusé il lui dit ; puisqus
vous n'avez, pas fait des prieres pour le
Dlfimt,je suis d'avis que nous les commencions
ensemble. Cette expression en
Langue Turque est équivoque; elle signifie
commencer des prieres et ouvrir unsac
d'argent.L'Auteur finit son narré par un
trait de Morale : les Juges, dit-il,étoient
autrefois des Epées nuës, qui se faisoient
craindre des méchans, mais ils sont devenus
des fourreaux vuides
,
qui ne cherchent
qu'à se remplir de l'argentdes
Parties.
Je n'ai point rapporté les Vers Turcs
faits à la loüange du Chien de son vivant,
ni d'autres Vers sur l'accusation intentée
à son Maître par des envieux, dont le
mêmeAuteur a embelli son Histoire.
Cela auroit trop allongé mon Ecrit, qui
demande cependantencore deux ou trois
lignes pour éclaircir la citation du Chien
des sept Dormans et de l'A sne d'Esdras,
dans la reprimande du Cadhi.
L'Histoire des sept Dormans, produite
par des Auteurs Grecs, et adoptée par
quelques Légendaires Latins ,a toujours
passé pour apocriphe chez les bons Critiques
, qui l'ont même rejettée des oeuvres
de * Gregoire de Tours, comme une
Piece supposée et faussement attribuée
à cet Historien. L'Eglise ne reconnoîc
dans le fond de cette Histoire que le
Martyre de sept jeunes Chrétiens, qui
souffrirentà Ephese ou aux environs,dans
le tems de la Persécution de Déce. Il a
plû aux Fabricateurs de l'Alcoran d'habiller
la même Histoire à leur manicre ;
et de rencherir si fort sur la Narration
des Grecs, qu'ils donnent aux Fideles
Dormans,unChien, lequel veilloit et
faisoit bonne garde durant leur sommeil
de plusieurs siècles. Dieu sçait en quelle
véneration est ce Chien dans tout le
Mahométisme.Les Commentateurs de
l'Alcoran l'ont placé dans le Paradis de
leur Prophete
, avec d'autres Animaux
privilégiez, parmi lesquels est aussi un
Asne, qu'ils donnentàEsdras,envertu
d'une autre Histoire que je n'ai pas
envie de rapporter. Ashab Kehef,ou les
Com pa gnons de la Caverne, est le nom
que les Arabes donnent aux sept Dor-,
mans , et Katmirou Kitmer est celui du
* Voyez, cette Histoire à l* fin des oeuzrei
de Grégoire de Tours, Edition de Paris
par D. Thierry Ruinart, qui la traite de Piece
supposée
,
&c.
Chien célebre qui les garda à l'entrée
d'une Grotte ; j'ai dit quelque part * de
quelle efficace est ce nom quand on l'écrit
dans certaines occasions. En voilà toujours
assez pour expliquer les paroles du
Juge Mahometan.
EPIGRAMME,
J
E suis, dites-vous,Ligdamis,
Trop long dans tout ce que j'écris;
Que ne me rendez vous l'ennui que je vous
donni'
Mais vous n'écrivez jamais rien;
C'est le véritable moyen
De n'ennuyer jamais personne.
* Voyage de l'ArabieHeureuse,&c. page
f4-
BOUQUET)
A M. de Pibrac
,
Comte de Alarignyi
1 E rêvois ce matin , Monsieur, à la
maniere dont je vous payerois le tribut
que je vous dois tous les ans au jour
de votre Fête, quand deux Divinitez
sont venuës fort à propos à mon secours.
La Candeur et la Modestie étoientpeintes
sur le front de l'une, qui n'avoit pour
tOlt ornement qu'une noble simplicité;
c'étoit la Prose. L'autre plus riante,quoi
qu'un peu plusfiere,avoit relevé l'éclat
de sa beauté par mille fleurs dont elle
s'étoit faitcouronner par la main des
Graces;c'étoit la Poësie. Ces Divinitez
ayant vû l'inquiétude où j'étois,avoient
formé toutes deux séparement le dessein
de vous complimenter de ma part pour
votre Bouquet. La Prose s'étoit imaginé
que je lui devois donner aujourd'hui la
préférence sur la Poësie
.*
la Poësie se
flatoit de l'obtenir sur la Prose; et voici
comment elles se sont à l'envi disputé cet
avantage, après m'avoir communiqué
leur intention en présence l'une de l'autre;
La Prose
,
à la Poësie.
En verité je ne puis comprendre quelles
sont les raisons qui vous engagent à
croire qu'en cette occasion la préférence
yous est plutôt dûe qu'à moi.
La Poësie.
C'est par moi que C * - signafant son Cfprxt
S'est de Pibrac,qui me chérit,
Acquis la connoissance aussi-bien que l'estime j
Peut - il donc en ce jour, sans me manquer de
foi,
Consentir qu'une autre que moi
Offre i son Protecteur un encens légitime t
La Prose.
Eh quoi! n'y a-t-il pas assez longtems
que vous rendez hommage à ce
Protecteur genereux? Pourroit-il désapprouver
que je vous succédasse dans cet
emploi?
La Poësie.
Coi, oui, ce noble emploi vous doit être intfttë
dit;
tt quoique tous les ans je chante sur ma Lyre,
les vertus de Pibrac que tout le monde admir~u ;
Apprenez que plus j'en ai dit,
Plus il me reste encore à dire;
La Pr,j.:e.
Eh ! voilà justement ce qui devroie
vous engager à me laisser entrer à mon
tour dans la même carriere. Souvent la
contrainte de la mesure et de la rime est
cause que vous ne dites que ce que vous
pouvez; au lieu que moi qui suis plus
libre et plus maîtresse de mes expressions,
je dis aisément toutce que je veur-
La Poësie.
Si cette liberté qui fut votre partage,
A vos yeux ébloüis paroît un bien si dour;
Je m'exprime du moins plus noblement qrc
vous,
Et je sçais plaire davantage,
La Prose.
Ah! dans le siécle où noussommes; * ne vous flatez pas de réünir tous les suf
frages en votre faveur; vous ne pouvez
même dissimuler que M. de la Motte
un de vos plus fameux Nourissons, désa..
busé de vos charmes trompeurs, n'ait décrie
votre langage, pour mieux me faire
sa cour? (I)
La Poësie.
Oüi, j'ai sçu que l'ingrat m'avoit fort etragbg
( 1 ) Le Discours de M. de la Motte sur lé
Tragédie, àIOCKHÏQH d'Oedipe.
Mais la Faye, Arouët ne 'ont-iIs pas rea.
géc?(2 )
LaProse.
Quelques soins qu'ils ayent pris de ré.
tablir la réputation que vous vous étiez
acquise , votre langage
La Poësie.
Mon langage est harmonieux;
Ht tous les Dieux
,
hors vous, le parlent da.
les Cieux.
La Prose.
Quoique vous vous vantiez que votre
langage est celui des Dieux, il trouve
cependant moins de créance que le mien
dans l'esprit des hommes.
La Paine.
ye ne vous nierai point qu'en mes Ecrits divelo
Une certaine politique
Me force quelquefois d'être peu veridique.
Mais qui de flaterie a soupçonné mes Vers,
Quand j'ai dit de Pibrac que sa naissance illustre
Lui donnoit cent fois moins de lustre
( 2 ) Y. V0d, de M. de la Faye en faveur
des Vers,à lafin du deuxième tome des Piéces dé
Théâtre de M. de la Motte ; etla Préface dt
l'Ocdipe de M. de Voltairt,
Qu'iln'en reçoit de ses vertus?
Quand j'ai dit qu'il étoit sage,modeste, affable,
Genereux, sincere
,
équitable,
tc l'ami déclaré des Enfans de Phoebus ?
La Prose.
Je demeure d'accord avec vous de fa
vérité de cet Eloge, je demeure d'accord
queM. de Pibrac mérite d'autant mieux
notre encens ,
qu'il recherche plutôt la
vertu pour elle-même que pour la gloire
qu'elle procure, toutefois comme je passe
Fl.Lr être naturellement plus sincere que
vous, quand j'aurai ratifié tout ce que
vous avez publié à sa louange,et que j'y
aurai mis mon sceau, la postérité ne sera
pas incertaine,si vous l'avez peint tel qu'il
est , ou seulement tel qu'il doit être elle , sera persuadée qu'en le représentant
l'une et l'autre tel qu'il doit être, nous
l'aurons en mêmetèmsrepresenté tel qu'il
est en effet.
La Poësie.
C'est assez plaider votre cause :
Que C * dise enfin, pour finir nos débats,
Ce qu'il croit qu'à son Mécenas
convient mieux d'offrir des Vers ou de la
Prose,
Vous serez toutes deux satisfaites
charmantes Divinitez
, me suis-je écric~r
à l'instant ; vous pouvez l'une et l'autre
seconder mes voeux , en composant chacune
un Compliment que je prendrai la
liberté d'envoyer sous mon nom àM. de
fibrac. La Prose et la Poësie contentes
ide mon jugement, qui les mettoit d'accord
ensemble
, ayant un peu médité;
m'ont dicté alternativement les deux
petits Complimens que vous allez lire.
Compliment en Vers pour le jour de Sttilll
François.
.Vous imitez si bien le célèbre Patron
m Dont sur les Fonts sacrez on vousdonna 10
nom,
» Et du Roi que le Ciel a placé sur nos tétxY-
»Avec tant de ferveur vous soutenez les droits
» Que l'on peut dire que vous êtes
* De tout point un fort bon FR.ANiO-I
Compliment en Prose.
» Ce jour qui m'est si cher m'a enga-
» gc
,
Monsieur, à recourir à la Prose
» aussi-bien qu'à la Poësie, pour rendre
»un hommage plus solemnel à vos vert)
tus, et pour vous donner plus de mar-
» ques de ma reconnoissance et de mon
»'dévoüement respectueux. J'ai cru,
» Monsieur, que les Vers seuls ne répon-
» droient pas suffisamment à l'ardeur de
» mon zele qui est infini, et queje ne
î* pouvois employer trop de differens
» langages à vous exprimer mes divers
»sentimens. J'ose me flatter , Monsieur,
tt que vous jcf,<udercz ma Prose d'un
« oeil aussi favorable que vous avez jus-
,) qu'ici regardé mes Vers; puisque si
» mes Vers vous ont fait connoître le
» peu d'esprit que j'ai reçu du Ciel , ma
D Prose moins suspecte vous est un sûr
- é garant de ce qui se passe dans mon
» coeur , toujours empressé à vous té-
» maigner, singulierement le jour de
» votre Fête, que je suis autant par pen- chant que par devoir,Monsieur &Co
EXTRAITdul'Aemoire lû à la rentrée
publique de /'Académie Royale des Sciences
,
le treize Novembre 1734. par
.(vL Godin.
M.Godin lut un Mempire sur l'obliquité
de l'Ecliptique et sur les
conséquences qui en résultent pour la
ThéodedcsPlaneccs principales. Il prouve
après feu M. le Chevalier de Louville,
célébré Astronome de cette même Académie
, que l'obliquité de l'Ecliptiquediminue
; mais au lieu que M. de Louville
s'étoit appliqué à tirer cetteconséquence
des observations anciennes, M. Godin aime mieux s'en tenir aux
observations modernes qui sont plus
exactes, et il fait voir que depuis 1655.
jusqu'en 1734 cette obliquité a diminué
de 55. secondes, d'où il conclud que
cette diminution doit être d'une minute
en 90. ans à très peu près.
M. Godin examine ensuite lequel des
deux cercles, de l'Equateur ou de l'Ecliptique,
s'approche de l'autre. Un Copernicienjugera
aussitôt que l'axe de la révolution
diurne de la Terre devient peu à
peu perpendiculaire àl'Ecliptique; mais
il faudroit scavoir si- les observations
s'accordent à cette hypothese. Car si
elles ne s'y accordent pas, et qu'il s'en
trouve même qui favorisent l'hypothese
contraire ,ou celle qui fait approcher
l'Ecliptique de l'Equateur immobile, il
paroît qu'il faut les suivre. Quelque peu
exactes que soient les Observations des
Anciens, M. Godin saisit une maniere
de les corriger, et les rend propres à
l'examen de cette question;et il fait voir
que c'est effectivement l'Ecliptique qui
s'approche
,
de l'Equateur, et que ce dernier
cercle doit être regardé comme immobile
du moins en ce sens.
Ce principe établi,M. Godin examine
l'efft qu'il doit produire par rapport aux
noeuds des Planetes. Ce sont les points,
où les orbites des Planetes coupent l'Ecliptique.
Jusqu'ici on a cru que ces noeuds
étoient mobiles d Occident en Orient,
car il n'est iciquestion que des Planètes
principales, et effectivement les apparences
y sont, mais on ne sçavoit pas trop
sur quels fondemens leurs mouvemens
étoientétablis; de sorteque les Astronomes
n'étoient pas d'accord, et que même
quelques-uns ont cru ces noeuds immobilesmais
sans sçavoir pourquoi et comment
sauverleur mouvement apparent
de la maniere dont il étoit determiné ec
limité.
Les vûës de M. Godin débrouillent
entièrement cette matiere
, et il fait voir
que, posé la diminution d'obliquité de
l'Ecliptique d'une minute en 90. ans» ,
et que c'est l'Ecliptique qui s'approche
de l'Equateur,lesnoeuds des Planetes seront
fixes et leur mouvement apparent
sera entierement causé par la diminution
d'obliquité del'Ecliptique combinéeavec
le mouvement de précession des Eqarnoxes.
Le résultat de son hypothèse et
de ses calculs là-dessus s'accorde aux observations
avec une précision assez singuliere
Pour faire cetre comparaisonil
employe les Observations meme plutôt
que les Tables en faisant voir que cellescr
n'ont pas pû donner exactement le
mouvement des noeuds des Planetes par
les méthodes ordinaires et connuës, Il n'aexamine,
dit-il, que le noeud ascendant,
et il insinue que les noeuds pourroient
bien n'être pas opposez l'un à l'autre.
Il promet enfin d'examiner ce qui résulte'
de cette même hypothese pour le mouvement
des Aphélies.
L E TTR E écrite de Nantes le 14. No.
vC'tl.bre
, au sujet d'une ancienne Piece
deTheatre. uNde mes amis, Monsieur, vient
de me communiquer le premier
volume de l'Histroire du Theatre Franç,
is
,
n'ayant pas l'honneur d'en connoître
les Auteurs, je me sers de la voye
du Mercure pour leur faire sçavoir que
je possede une Pieces Dramatique da
quinzièmesiècle
,
dont je leur faaÍ part
avec plaisir
,
supposé qu'elle ait échappé
à leurs recherches et qu'ils la jugent digne
d'pccuper une place dans leur ouvrage.
Le sujet de la Picce est la Destruction
de Troye la Grant , pour me servir des
termes de l'Auteur. Elle est divisée en4.
journées. Le tout remplit 460. pages in-4.
chaque page divisée en deux colonnes
d'environ 50 Vers chacune,de sorte que
l'ouvrage entier est de près de 28000.
Vers, la plûparr de 8. syllabes. L'Exem
plaire que j'ai n'apprend ni quand elle
fut representée, ni quel enest l'Auteur.
Il n'y a point de titre. On lit ceci à b
fin.
Cyfinist lA Destruction deTroye l-a Gran:;)
miseparpersonnages imprimée à Lyona
par Maisire Gui/La: Leroy
,
finit l'an mil
4 c cc. quatre vingts et v.
Au reste, on - y voit le même ordre et
à peu piès le même stile que dans les
Mysteres de la Passion. Il y regne la
même naïveté. En voici un échantillon.,
La Piece commence par les plaintes
que fait Priam en l'assemblée des Princes
Troyens, de ce que Telamon a enlevé sa
Soeur Hesione. Il commenie ainsi sa harangue.
Seigneurs, Barons et Chevaliers,
, Amis et feaulx Conseillers,
Bien est raison que je vous dye ;.
Les douleurs et les destourbiers
».
Que j'ai passé dix ans entiers
Pour ma seur qui tant est jolye )
Laquelle par grant villanie
Pouraccomplir sa ribauldie
Thelamon maintient faulcemenf
»
Antenorest député pour aller demander
Hesione aux Princes Grecs. Il s'embarque
et arrive d'abord chez PeintS,
que l'Auteur fair Roy deManise.Illui
adresse ces Vers.
Roy Peleus à vous je vien
De lieu loingtain,
Pour vous pailer d'une querelle
Laquelle pour Priam je tien.
Et soutien,
Pour sa seur qui est si très belle.
Thelamoalui est troprebelle,
Carilfaitd'elle
Sa putain,dont c'estgran.t donunaigtj,
Puisqu'illa trouvée pucelle
,
Fresche et nouvelle,
51 la deust prendre en mariai..
Pource Leroy Priam vous prie,
£tvousnupplit
<§ucEsionne lui soit readuë,
Car se vous ne lay rendez mie-'
Je vous afHe,
Qu'elle vous sera cher YeDdu. J
Voussçavés bien qu'elle estvefirê
Et descendue
Du lignaige Laomedon -,
Et qu'elle soit ainsi pollue
Et corrompue,
Gkescun scet que pas n'est raisoS;
Peleus,Thtlarron
,
Roy detSalefIfJint;
Nestor
,
Roy dePilles, Castoret Pollus,
Rois de ThloJe et les autres Princes Grecs,
.dl z lesquels-va Antenor 3.letraimnefort
mal et il revient à Troye sansavoir
obt-enu Hesione.
.Palaiiide.s ayant blessé mortellement
Dephebus, Priam le défieetsur ce out
Palamede lui reproche sa veillesse,leBohomme
lui dit-:,:
Vassal, vous avez fait ouïtraîge
,
D'avoir mon en fant mis a-mortp.
Mis je vengeray mon dommaige.
Et Pire-de-mon descontoit;
Jaçoit ce que vous 50)ez tort
Si peut bien pour son droit porter
Ung vieillarr vengier son granttortcar
besnin&faif•vielle-tWer-0»,3
Soit diten passant quesi M. LeDuchat
avoit eu connoissance de ce dernier Vers
il n'eur pas manqué d'en orner ses Notes
sur Rab lais, à l'occasion de ce quolibet
':lu'on lit au chap. 3«>. du Livre 3. Curtere
plus que le pas velulam compellit egesta!.
Calchas et Finées son Clerc, vont
consulterApollon dans son Temple et
lui adressent: cette Oraison.
Calcas.
Elrabon
Finées.
Dans un autre endroit Thoas, Prêtre
Troyen
,
voulant faire un Sacrifice dit
à son Clerc:
Cidrac apporte nous du féa
,
Pour £airc Sacrifice à Dieu
On met le feu à du Genefure, afin, dit
l'Auteur, que la fumée ne face mal ; mais
comme il nes'allume point, Thoasétonac
t dit ;
Vecy la nonpareille chose,
Que je veis onrqgcs en ma 71s«
Car les Dieux comme je suppose , -
Ont contre moy auculne envie.
Cefeunesallumemye,
Mais ne fait riens fors que fumer j
Si suis en grant melancoulie,
Comment le pourray allumer;
Lors Thoas commence à crier,
Zebay ferme Cidrac,
Zebay ferme -Cidrac,
Gesi sabaoh cayaulx.
C,draÚ
Belchimepsi exanictos
Belchi zoe athanatos
Hely
,
helybelsanitos.
L'Ouvrage est enrichi de plusieurs e.
ures en bois. Il y en a une entr'aurresqui
représente l'inrérieur d'un Templ.
On voit Hector couché dansun cercu-il,
autour duquel sont ces motsa (de peur
qu'on ne s'y trompe) hic jacet Hector
Au pied du cercueil sont trois femmes
a genoux, chacune tenant un grand Li-
'vre et disant apparemment des especesde
De profundis pour le défunt.
Je voudrais que les bornes de cette
Lettre me permissent d copier tout au
long un Acte intitulé 1mtrament de lamebison
de Troye. Il est en Prose et dans le
vrai stile des Notaires. Aprèsavoir narré
fort amplement le rapt d'Helene
, commis
sans meure délibération de conseil, par
ffiu très-noble Prince Paris, Extraict de la
lignée de très noble, trés-excellent
,
trèsredoublé
et très renommé Princeet Royde
Troye Et tous les malheurs qui ont
suivi ce rapt;Anthenor, Anchise, Enée
et Polidamas, s'engagent à livrer aux
Grecs la Ville de Troye
, pour éviter les
suites fâcheuses del'obstination du-Roy,
soitsa voulentè ou non. Etl'Acte finitpar
ces mots: et ainsi le promettons, jurons et
certifions tesmoings noz saingz. manhelXjst
noz. seaulx cy miz, et appliquez,àceprésent
Contraict. L'an de nouvelle fondation de
Troye laGrant 38. le 23. jour de A£iy.
Nota que l'Auteur suppose que les Grecs
avoient brûléTroye38. ans auparavant,
et Priam au commencement sefélicite de
l'avoir rétablie.
Au reste je crois cette Piece très-rare,
et ce qui me porte à le penser, c'est que
je n'en ai pas trouve la moindre mention
dans les Editions nouvelles qu'on a données
de nos vieux Poëtes et de Rabelais,
qtte les Editeurs ont pris soin de conférer
avec ce qu'ils ont pû découvrir d'An-; teurscontemporains.
P. S. Le mot Myre
3
qui est expliqué à
la page 474. de l'Histoire du Théâtre par
le mot Médecin, n'a jamais signifié,que
Chirurgien, il seroit aisé de le prouver
par un nombre infini d'exemples; et 11
signifielàChirurgien
,
étant joint au mot
Médecin.
Page 1 34.on explique sur le feure;sur
le chemin ; je crois bien que c'est là -une. ute de l'Imprimeur
y car Feure, en cet
endroit sur tout, signifie paille. Je suis,
&c. Signé, BER-TRANDjT Avocat an
Parlement de Bretagne , et Procureur du
Royen la Maréchaussée à Nantes.
Qu'il nous soit permis d'ajoûter que
la Piece dont il est ici question est de
Jean Millet, Licentié ès Droits. Elle est
rare, cependant on en connoît au moins
trois Exemplaires à Paris,dont un dans le
Recueilsingulier du Marquis de Calviere,
Edition de Lyon, chez Mathieu Husz
,
en 1500.l'autre dans le Cabinet de M. de-
Bombarde, et le troisième dans celui às.
M. de Cangé.
LE SAPINETL'ARBRISSEAU.
U - FABLE.
N Sapin, dont la cime aiguë
Sembloit se perdre dans la nuë,
&e ses vastes rameaux couvroir les environs;
C'était le Dieu des Bois, c'étoit l'honneur clet
Monts;
Un Arbrisseau crût être sage
De souhaiter son voisinage.
t Chaque jour de ma vie en butte aux Aquilons,
W » Disoit le petit Personnage,
» Je ne puis soutenirleur soufle véhément;
H Le Soleil irrité seche ma tendre écorce,
» Mon feüillage est trop clair, et je manque dç
force
» Contre ses traits; je fera i prudemment
39 De me mettre sous cet ombrage,
» Dans cet endroitpaisible à l'abri de l'orage y
» De jour en jour je deviendrai plus beau.,
Ainsi raisonnoit l'Arbrisseau,
Et tout d'un coup avec étourdcHC,
Il quitte la Plaine fleurie
Et se vient transplanter àl'ombre du Sapin;
D'abord il se trouva content de son destin ;
Jtien ne l'agiteencet azile,
Il ne sent ni vent ni chaleur ;
Mais cetArbuste mal habile
Ne voyoit point encor que c'étoit son malheur£
Du fier Borée au vol rapide,
S'il ne craint plus le souflerigoureux
,
Les doux Zéphirs aux soupirs amoureux
Ne le caressent plus de leurs baisers humide.Il"
Phébus n'a contre lui que des traits impuissante
A son Midy, quand il brûle le Monde,
Mais il ne ressent plus ses rayons bienfaisants-
Lorsqu'il s'éleve ou qu'il entre dans l'Onde j
L'Arbuste malheureux ne retire aucun fruit
Des larmes de l'Aurore et du frais de la nuit *-
Son support prétendu ne sert qu'à le détruire 1
Et si Diane luit et si l'Air est serein ,
Ce n'est plus que pour le Sapin.
Son exemple nous peut instruire 5
Assez souvent un grand Seigneur
Est un dangereux Protecteur;
REFLEXIONS. c'Esttoujours par une sorte d'orgueil
que nous ne voulons pas que les
hommes soient orgueilleux ; nous ne
pouvons souffrir d'ailleurs que les autres
nous fassentsentir l'estime qu'ilsont
pour eux-mêmes; nous pensons interieurément
que c'est autant de rabattu sur
celle que nous croyons qu'on doit avoir
pour nous.
Les hommes qui abondent ordinairement
en bonne opinion d'eux-mêmes et
en présomption,pechent aussi quelquefois
dans des entreprises qui paroissent audessus
de leur portée par trop peu dcf
confiance en leur génie, en leur adresse
et en leurs lumières. Si on pesoit bien
ces deux inconvéniens, peut-être trouveroit-
on-qu'on se trompe plus souvent
en se défiant trop de l'industrie humaine
j qu'en s'y confiant trop,
L'amour propre est la source de tous
les déreglemens du coeur,et la prévention
,
l'origine de tous les égaremens de
l'esprit.
L'amour propre et l'équité nous pressent
souvent également de prendre le
meilleurparti.
Le même amour propre qui nousaveu- te sur nos producrions, nous fou nit
bien des lumieres sur celfes des autres.
Nous aimons presque toujours ceux
qui nous admirent, mais nous aimons
rarement ceux que nous admirons.
La plupart des hommes croyent qu'il
est moins honteux de se tromper toujours
,que d'avoüer qu'on s'est trompe',
On cherche toujourshors de soi l'excuse
de son im prudence.
lxhominum qtasUifacta fortuna est Dea.Lucien;
Tout amour et toute bienveillance que
nous avons pour autrui, a toujours son
principe dans l'amour et la bienveillance
que nous avons pour nous-mêmes.
Amicabiliaad alterum fiunt ex amicabilibus ad u
Aristote.
Je n'ai point eu honte de demander
ce que j'ignorais à ceux qui m'en pouvoient
instruite, disoit un Scavant 1
ceux qui lui demandoient comment il
avoit pû faire pour devenir si habile.
Entre les foiblesses des hommes
,
l'or
gueil est la plus générale,l'intérêt suit
immédiatement après; on voit assez que
l'amour propre en est la source.
Nous aimons toujours à voir abaisser
ceux en qui nous découvronsplus de
mérite qu'en nous;nous souffrons avec
impatience les louanges qu'on leur donne,
et nous sommes charmez de la Satyre,
parce qu'elle a l'adresse de changer
les vertus en dessauts, et que nous ne
voyons point d'abaissement dans les autres,
qui ne nous semble une espece d'élevation
pour nous.
Notre amour propre n'a garde de
nous faire appercevoir des défauts dans
les personnes que nous aimons, parce
qu'il faudroit nous les attribuer et nous
offenser nous-mêmes. Notre jugement
souffrirait trop de faire paroître que
nous nous sommes trompez dans le choix
que nous avons fait. Conditio amantis est
de amato credere omniasumma, et idem
sapere, ut omnes credant. Pic de la Mirande.
Nous méritons presque également d'être
blâmez de nous croire meilleurs oit
plus mauvais que nous ne sommes.
Hypolire dit dans Seneque le Tragî.
que, que ce qui le console de la se perte
sa Mere , c'est qu'il lui sera permis dé.
sormais de haïr toutes lesfemmes.
Solamen HnHm Matris amissa fert,
Odisse quodjamfaminas omnes ,
licet.
Celui qui offense le premier est toujours
le premier à haïr.
Il est plus conforme à l'ordre de Dieu
dans cette vie, que les Justes succombent
, que de les voir se venger de l'in
justice des méchants.
On ne doit point publier l'injure qu'on
21c veut point venger.
La vengeance a toujours passépour un
témoignage de la foiblesse de l'esprit.
Nous devons du moins paroître capables
de rendre mal pour mal
, sans
quoi, on ne nous rend jamais bien pour
bien.
ISirs ingiusto pette
Lungamente si toel;
Quantt pH tardafù, tanto pià mil.
Il n'y a ordinairement de haîne ni de
guerre si cruelle qu'entre ceux qui ont étéamis.
L'inimitié des freres est la plus graa*
akde toutes.
0n huit avec excès lorsque l'on hait un frere.
Racinedans la Thébaïde.
Quindon s'est une fois mis à haïr un
homme,on interprete en mal toutce qu'il
fait, et le bien même qu'il fait; il auroit
beau se mettre en retraite, s'abstenir
de tous plaisirs, ne faire que prier
Dieu et donner l'aumône,on diroit toujours
que c'est feinte et hypocrisie.
il est naturel de soupçonner des pius
grands crimes, ceux que l'on veut avoir
quelque raison de haïr.
Les hommes ne regardent d'ordinaire
les choses qu'ils n'aiment point, que du
côté qui peut les animer davantage à les
haïr.
La haine tourne toujours les plus
légeres conjectures au désavantage de
ceux qu'elle a résolu de noircir.
Comme il est naturel d'aimer ceux
que l'on a fort obligez, parce qu'on en
attend de la reconnoissance, il est trèsordinaire
de haïr ceux que l'on a offensez,
parce que l'on craint toujoursleur
ressentiment.
Rarement les inimitiez qui sont entre
les hommes sont fondées;etcelles
qui le sont le moins, sont ordinairement
les plus opiniâtres.
EXTRAIT de la Dissertation du R. P.
DomBernard de Montfaucon, lûëà
l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Belles Lettres, le 12. Novembre
dernier sur les Armes des anciens
Gaulois et des Nations voi=sines. COmme là Guerre est un des principaux
objets de l'Histoire, les Armes
dont on se servoit aux temps les
plus reculezméritent particulièrement
notre attention.
En 1685. on découvrit dans la Terrede
Cocherel, Diocèsed'Evreux,un Tombeau
depierres brutes, qui renfermoit
deux Cranes. Sous l'un étoit une Pierre
qu'on nommePyrités, taillée en fer de
hache, et sous l'autre un beau Giade
Oriental, verdâtre et marquetéd'argent,
de la même forme. Le Tombeau levé
parurent les ossemens de deux autres
Corps, dont la têtereposoit de même
1iUI des haches de pierre. En élargissant
la fosse, on trouva de suite seize à dixhuit
Corps, le visagetourné au Midi,
lecrâne plus dur et plus épais qu'il ne
l'est ordinairement, avec des haches de
pierre de differentes couleurs, rousses ,
grises, noirâtres, blanches. Il y avoir au
même Lieu trois os semblables au fer d'une
Lance, quelques bouts d'yvoireet de
pierre, qui avoient servi de pointes de
Fleches, et un morceau de corne de Cerf.
A côté, sur un terrain plus élevé de huit
pouces, étoient beaucoup d'ossemens à
demi brulez, un monceau de pierres, et
une Urne de terre cuite, pleine de charbons.
Une couche de cendre d'un pied
et demi de haut couvroit ces ossemens,
entre lesquels on vit deux morceaux de
crânemoinsépais.
Ces Corps entiers, rangez sur la même
ligne, étoient de quelque Nation
barbare et peut-être Germanique, fort
ancienne, qui n'avoirencore l'usage, ni
du fer, ni d'aucun autre métal. Les deux
Corps du Tombeau, dont l'un avoit
pour fer de hache une pierreprécieuse,
étoient apparamment les Chefs de la Nation.
Les cendres et les os brulez marquent
incontestablement une sépulture
de Gaulois, qui auroientappelle ces
Barbares à leur secours. L'épaisseur du
crâne de ces derniers semble prouver
qu'ils avoient la tête nuë, comme les
Egyptiens du temps d'Hérodote ;les
Gaulois la couvroient du Cucullus ou Bardocucullus.
A l'occasion de ce Monument, le Pere
de Montfaucon cite plusieurs Découvertes
de ce genre, expliquées par des Passages
d' Auteurs; d'où il résulte que l'usage
du Cuivre, qui a succedé aux Armes
de pierre, de corne et d'os
, a subsisté
, mêmedepuis les Empereurs Romains,
conjointement avec l'usage du fer.
On voit entre autres Observations de
ce Pere, que le Materis ou Matar",
qu'on appelle encore Matras dans les
Provinces Méridionales du Royaume,
avoit des ailerons et se lançoit avec la,
main; d'où vient le Proverbe usité autrefois
dans ces mêmesProvinces; Il va
comme un Matras désempenné (pennis
avulsis. ) Goudouli, fameux Poëte Toulousain
de ces derniers temps , dit en
langage de son Pays:
D'un grand cop de Matras,
Mouric leieur de sontrépas.
IMITATION de l'Epitaphe Latine
du A4arechai de Bewik, inserée dans
leMercure d'Août 1734. U
N illustre Héros, un descendant des Rois;
Expire sous les coups des Parques inhumaines.
On reconnoît bientôt à ses fameux Exploits,
La source du beau sang qui couloit dans sç»
veines.
Prie rare prudence, une rarevaleur
Des plus fiers.ennemis l'ont sçû rendre vainqueur.
Peuples, en doutez-vous? Almanza,Barcelonne
Vousl'apprendront mieux que personne.
Que de fois on l'a vû,bravant mille hazards,
Pour l'honneur de nos Lys voler aux Champs
de Mars !
Le François consterné, par un torrent de larmes,
Montre ce qu'il doità ses Armes.
Il apprit de Turenne à mépriser la morr;
A vaincre, â renverser les plus fortesbarrieres;
Vivantsces deux Guerriers eurent un même sort;
Un même sort termina leurs carrieres.
Hélas! pour nous rendre contens,
U devoit vivre plus long-temps;
Mais ii acquît assez de gloirer
Pour vivre à jamais dans l'Histoire
A. X. H.
III. LETTRE d'un Mêdecinde
Montpellier à un Médecin de Paris.
y E vous ai promis, Monsieur, dans
ma derniere Lettre que je vous donnetois
dans celle-cy le reste des preuves
du peu de justesse de la Critique qu'on
a faite du Traité de Chimie de M. Mttlouin;
mais je passerois les hornes ordinaires
d'une Lettre si j'y rapportois tout
ce qui reste à relever dans cette Critique.
On y conteste les veritez les plus
reconnuës, comme lorsqu'on' y reprend
page 1825. les Propositionssuivantes.
a) Les parties d'eau se touchent par
»des surfaces d'autant pluspetites,que-
»ces parties sont plus petites elles-mêmes.
» Les corps ont d'autant plus de surat
face, qu'ils sont plus divisez.
m Plus les Tuyaux Capillaires sont pe";
»tits
3
plus la surface de leurs côtez est
« grande, en comparaison de l'eau qu'ils
« peuvent contenir.
Il suffit d'exposer ces propositions pour
réfuter la Critique qui les combat.
On sçait communément qu'il est certaines
Préparations ou Recettes de Remedes,
reçûes en Pharmacie et confirmées
bonnes par un long usage, auxquelles
on ne doit point aporter de
changement par envie de mettre du sien,
parce qu'on ne peut les changer sans les
rendre moins boBufs, La conduite que
vient de tenir la Faculté de Médecine de
Paris, doit certainement servir sur cela de
décision et de regle. Cette sage Compagnie
ayant à donnerions son CodeMédicamentaire
la préparation du Régule ordinaire
d'Antimoine, a choisi celle que
lesChimistes donnent pour la meilleure.
Le Critique reproche donc mal à. propos
à M.Malouin d'avoir aussi donné
cette même préparation; et il est aussi
injuste de l'accuser de l'avoir prise du
Code de la Faculté, qu'ille seroit d'accuser
la Faculté de l'avoir prise du Cours
de Chimie de M. Lemeri , parce qu'on
y lit, page 224. de la septiéme Edition ce
qui Slt.
- Prenez seize onces d'Antimoine, douze
onces de Tartre crud , et six onces de Salpêtrerafinê
, mettez, les en poudre et les
ayant mêlez exactement, faites rougir un
grand creuset entre les charbons, puis jettez
dedans une cuillerée de votre mêlange et le
couvrez d'une tuile, il se fera une détonaiion
,
laquelle étant passée, vous continuerez
à mettre des cuillerées dudit rnêlanat
dans le creuset successivementjusqu'à ce que
tout y soit entré faites alors un grandfeu
autour, et quand la matiere sera en [ulion
versez-la dans un mortier ou dans un ca-,
lot de fer graissé avec du suif et chauffé ;
puis avec des pincettes
,
frappez les co.es
afin de faireprécipiter le regule au fond.
Lorsqu'il sera froid
, vous le séparerez, des
scories avec un coup de marteau*
Voila le François de M. Lemeri, et pour
me servir des termes du Critique, voici
le Latin du Code, page 241. » Recipe
» Antimonii crudi libram unam, Tar-
N tari crudi uncias duodecim,Nitri puri
» uncias sex. Sensim et ténuissimè trita
t, mixtaque
,
in crucibulum candens co-
» chleatim injice;singulis vicibus détonent
» cooperto crucibulo. Omni detonatione
»peractâ, augeatur ignis
donecfluida.
Ilfiac materia ; hancfluentem in conum
» ferreum calefactum, illitumque sebo
» effunde. Concute conum,
solidescet
» materia. Regulum exime à scoriis se-
»parandum ictumallei. Diiij C'est
C'estavec la même justesse qu'on
reproche à M. Malouin de donner pour
faire l'Emétique, la même formule qu'en
donne la Faculté. Le Critique est, je
croi, le seul qui désaprouve qu'on s'accorde
dans la préparation de ce Remede,
dont les diffrrences jettent les Médecins
dans l'embarras et les Malades dans le
danger.M.Malouin n'a pas prétendu
donner une façon de préparer l'Emétique
differente de celle des autres; c'est ce
qu'il déclare expressément lorsqu'il dit,
page 255. l'Emétique dont nous venons dç
décrire la préparation, est très efficace;on
le prépare de la même façon à Parischez
tous les Apoticaires. Il paroît même que M.Malomn a eu la délicatesse de ne
pas dire qu'il donnait la préparation de
l'Emétique, puisqu'il se sert du terme
de décrire. Cette préparation de l'Emétique
n'appartient pas plus au Code qu'au
Traité de Chimie; en effet cette maniere
de faire l'Emétique étoit enusage depuis
long-temps et avant que le Code parût.
Enfin ce qui décide la chose tout-à-fait en
faveur de M. Malouin, c'est qu'il a donné
touchant ces Recettes, des Remarques
qui lui sont propres.
Le Critique, en voulant censurer ces
Remarques, est tombé dans des fautes
considérables. Je vous ai mandé dans ma
derniere Lettre celle qu'il a faite de confondre
le Tartre Stibié cristallisé, avec la
crême de Tartre; il confond encore le
"Sel Soluble, la crème de Tartre Soluble
ouSelVegetal, avec l'Emétique; c'est
page 1844.
Le Critique page ier3. faitentrer
dans le Texte ce qui n'est mis qu'en Note,
p. 10, du Traité de Chimie ; il prend
le commencement de cette Note, ensuite
la fin, et enfin ce qui est au milieu;
et il dit tour de suite après cette Note,
comme s'il parloit du même Texte contenu
dans le même Chapitre, que poter
rendre raison, &e. il passe ainsi de h
page 10. à la page n. d'une Note au
-Texte, d'un Chapitre à un autre, et il
odônne toutes ces choses differentes pour
une même matiere. Il continue encore
tout de suite, passant decette page 2z.:.
a la page zge. du commencement, du
Livre à la fin. Il dit parrapport frlet soit* dité,&c.
Lorsque M. Malouin a dit que l'on
entendparsolidité des corps,leur diametre
,
il a dit quelle est leur mesure,
sans prétendre dire là de quelle façon
on prend cette mesure,parcequ'ill'avoit
dit dans le commencementde son
Livre. Ainsi il n'a point dit, comme le
Critique le veut faire entendre, que 1(5
corps sont comme leurs diamétres, au
contraire lorsqu'il a parlé de leur raison,
page 35. il a dit qu'elle est triplée.
De la page 296. où se trouve l'article
de la solidité du corps, le Critique revient
sans en avertir le Lecteur, au Chapitre
des principes, qui est page 20. et
de-là il repasse aussi-tôt à la page 279.
et il revient tout de suite à la p. 25.
Après tous ces écarts le Critique dit
page 1826.tandis que nous en sommes sur
le début de l'Ouvrage, &c. il veut faire
enterdre par là que le sujet de tout ce
qu'il vient de critiquer ne fait que le
commencement de l'Ouvrage, et au contraire
il avoit déja parcouru tout le Livre,
et étoit allé jusqu'à la fin
, pag 296..
lpeosur choisir les endroits qui lui ont parû
plus propres à donner du ridicule.
Et en disant ainsi qu'il n'en est qu'au debut
de l'Ouvrage, ilconfirme bien ce
qu'on voyoit d'ailleurs assez, qu'en metant
après des phrases, prises du commencement
du Livre, d'autres propositions
tirées de la fin, il a voulu faire
entendre qu'elles se suivent ainsi dans
l'Ouvrage critiqué.
Notre Critiquese sert enfin de tous
moyens pour combattre le Trairéde Chimie;
en voici encore un exemple.Pour faire
croire qu'il y a dans ce Traité un Endroit
copié du Cours de Chimie, il rapporte
un passage de ce Cours de Chimie et
un autre du Traité de Chimie,sur la même
matiere, et il les rapporte avec une
confiance capable de séduire un Lecteur
qui neseroit pas attentifà distinguer la
difference qui se trouve entre deux Passages
qui énoncent la même vérité, mais
ce qui rend le Critique bien blâmable,
c'est que pour rendre ces deux Passages
ressemblants, il a eu l'adresse de changer
page 1823. les expressions de celui qui
se litdans le Cours de Chimie, et ila détaché
celui du Traité de Chimie de ce
qui le précede et le suit essentiellement.
Vous voyez donc, Monsieur, ce qu'on
doit penser
@
de cette Critique; on n'a
rien épargné pour la grossir, on y a même
employé des choses qui sont tout-àfait
étrangeres au Sujet, comme lorsque
le Critique indique un Recueil de Pieces
qui est imprimé sous le nom des Ecoliers
de Rhétorique du College de LOUIS
L(EdiGt-RiAl,ND. Nous remarqueronsenpassant, page iSz8.) puisque l'occasion
s'en présente,qu'il y a sur cette matiere un
excellent VGÏme Latin intituléFerrum ,
dont il s'est fait plusieurs Editions, et une
entre autres toute nouvelle inserée dans un
Recueil qui a pourtitre Musa; Rherorices,
&c. imprimé à Paris chezBarbon
; rue
S. Jacqes. On peut bien assurer que cela
n'est point du tout à sa place dans la
Critique d'un Livre de Pharmacie, on atir
roit été moins surpris si on y avoit pris
occasion d'indiquer l'Eau de fougere.
Cette Critique enfin est remplie de
choses semblables, qui la rendent aussi
diffuse et ennuyeuse, qu'elle est peu
juste dans le fond. Je suis, Monsieur,&c,
BOUQUET
'A Mademoiselle * *
P
Artés, mes Vers,allés, présentés VOUJ-,
Aux pieds d'Iris, qui si fort vous désire j
Dites lui que la peur d'exciter son couroux ,
A ses commandemens m'oblige de souscrire.
Marqués lui mes respects et mes soumissions,
Et lui portésencor mes adorations ;
Vousêtes,je le sçais,indignes de paraître, tvous étiez aussi très-indignes de naître i.
¥.ai, il faut oj?€jjc à ses ordres pressants; Vk
- Elle a dit, je le veux, partés-donc, j'y consens. - -
Puisque vous le voulés, Iris; il faut vous plaire;
Vous demandés desVers,etje vais vousenfaire
Ce n'étoit point monsentiment;
La grandeur du sujet épouvantoit ma Muse.
Mais, dires vous,travaille,et laissantton excuse,
1
Satisfais mon empressement.
C'est pour toi trop d'honneur, Poëte misérable.
Tant d'autres seroient fort heureux
De pouvoir répondre à mes voeux.
Belle Iris, je l'avouë et je devienstraitable;
Mais que dirai-je enfin? dirai-je que vos yeur
Vont percer jsqu'aufond les coeurs les plus rebelles?
Qu'ils y laissent souvent des blessures mortelles
Et qu'ils auroient jadis soumis le Roy des Dieux.
Quepartoutles graces fidelles,
Sans cesse accompagnant vos past
Font adorer par tout vos célestes aps l
Qu'Apollon VCJ.us destine ausommet du Parnasse
Auprès des doctes Soeurs une honorable places
Etqu'enfin vousjoignez par d'aimables accords
Les charmes de l'esprit > aux agrémens du corps
Mille autres l'ont pensé :: mille autres l'ont pet,
dire ;
Ainsi ctemo-n pésant cerveau
- N'ayantrien tiré de nouveau ;,
Comme il me convientmieux, je me tais et j'admire
:
A.D. T.
DISSERTATIONde M.Barrés;
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier, sur la Nature du Ver Solitaire.
LEs Auteurs sont fort partagez sur la
nature du Ver Solitaire. Les uns veulent
que ce soit un seul Ver d'une extrême
longueur,les autres prétendent que
c'est un assemblage de plusieurs petits
Vers, qui s'accrochant par leurs éxtré-
Dlirez, forment une longue chaîne. Dans
cette contrariété de sentimens, que tant
d'habiles gens autorisent, le parti le plus
sûr et la seule regle qu'on peut suivre
, c'est l'expérience ;ainsi je me contenterai
de proposer le Fait suivant
, et pour
le mettre dans un plus grand jour, on
me permettra d'ajouter quelques réflexions
et d'hasarder quelques conjectures
à la fin. Fait.
Il n'y a pas long-temps qu'un de mes
malades de la Campagne rendit par bas
un grand nombre de petits vers plats,
de couleur blanche, de figurequarrée,
mais un peu convexes sur les côtez, et
dont la grosseur répondoit au Lobe d'une
petite féve. Leur mouvement me parut
singulier; tantôt ils s'élançoient et faisoient
de petits sauts, tantôt ils se rouloient
vigoureusement, pour tâcher de
se rattraper et de se rejoindre. On en
voyoit parmiceux-ci,qui se tenant accrochez
par leurs extrémitez
,
formoient
une petite bande d'un demi pied de long,
où l'on pouvoit compter par autant d'intersections
assez sensibles, quantité de
ces animaux,si fortement liez entr'eux , qu'on avoit beaucoup de peine à les séparer.
En effet à mesure que je tâchois
moi-même d'en venir à bout, leur peau
s'étendoit et se prêtoit si fort
,
qu'elle
étoit sur le point de se déchirer; et alors
des mouvemens si violents causant indubitablement
de grands tourmens à cette
traînée de vers, n'a-t-on pas tout sujet
de penser que la douleurdémontoit leurs
ressorts, et leur faisoit lâcher pris. C'est
aussi dans cet état qu'on les remarquoit
si irritez par des mouvemens violens et
irréguliers, qui ne finissoient qu'après
que ces animaux avoicnt reprisla place
d'où on les avoit arrachés.
Cet exercice se fit pendant quelque
peude tems que la vigueur deceuxqu'on
retenoit dans l'éloignement pour les empêcher
de se reprendre, devenant insensiblement
foible et languissante, se perdit
bientôtavec la vie. Je remarquai avec
surprise le bon ordre que ces vers sembloient
garder dans leur arrangement rien de plus merveilleux ;- que de les voir
autour de cette chaîne vermineuse
, sans
avoir de débat pour gagner leur poste , ceder, pour ainsi dire, tout le droit de
se prendre le premier à celui qui se trou:,
voit le plusàportée
,
dans le tems que
les autres plus éloignez attendoient que
leur tour fut venu dese ranger, de suite.
Cependantle tems qui se passa dans cette
opération fut de trèscourte durée ,puisque
dans un petit instant le nombre de
ceux qui se mirent de la partie
, augmenta
beaucoup la longueur de la chaîne.
Cette observation a été faite le 16. du
mois d'Avril 1.734. à Panlian,
,
petite
Ville du Diocése de Beziers..
Que peut-on penser sur cette espece de
déference qui regnoit parmi ces petits
animaux? Pour moi je crois qu'ilest
très-difficile de deviner en cette occasion.
Cependant le diffèrent état de grosseur
dé chaque ver en particulier
','
neseroit-
-
ilpasla cause de ce mystere ?Dumoins.
ledécroissement que la chaînevermineuse
laissoit appercevoir dans son étenduë i
semble favoriser cette conjecture. C'est
sur cette observation que j'ai formé le
desseind'écrire sur la nature du Ver Solitaire.
Je ne m'attache au sentiment de
personne, me contentant de rapporter
d'abord en peu de mots ce que j'ai pû decouvrir
de plus singulier sans le secours
du Microscope sur la structure de ces
petits vers; je passerai ensuite à la Méchmique
de leur étatsystématique,c'est
à-dire, à la façon dont la chaîne vermineuse
se fait et finit par le mouvement
progressifqui lui est propre.
Structure des petits Vers quiforment enscm':;
bis le Ver Solitaire.
L'observation,dont on vient de parler
, laisse une difficulté à éclaircir. Ces
petits Vers, dira t-on ,
seprenoient-ils
par la tête ou par l'extrémité opposée?
Quoiqu'il semble d'abord assez mal aisé
de résoudre cette question
y
le mouvement
progressif, quelque derangé qu'il
fut, de chaque Ver en particulier vers la
partie engagée
, et celui que la chaîne
vermineuse faisoit suivant la mêmedirection
, montrent assez sensiblement que
c'étoit par la tête que ces petits animaux
s'accrochoient les uns aux autres.
Ce fut en effet dans cette partie qu'on
prend pour la tête du Ver,que je remarquai
unecavité peu profonde, dont Iar
circonférence a un diametre égal à celui
du reste du corps de l'animal ;cette ciro
conférence étoit garnie d'un Plan de fibres
circulaires. Du milieu de cette cavité,
comme d'un centre, s'élevoit un petit
Cone dont la base renversée le faisoit
ressembler à une espece de Trompedont
les bords étoient paralleles à ceux de la
cavité. Tout cet appareil étoit enduit
d'un suc muscilagineux, ou d'une espece
de glû,qui probablement ne devoit avoir
d'autre usage qued'entretenir la souplesse
de ces parties, ou de boucher exactement
jusqu'au moindre soupirail, qui
pouvoir se trouver aux berds de cette
même cavité dans le tems qu'elle s'appliquoir
à la croupe, pour ainsi-dire,de
l'autre Ver ; ce qui augmentoit la résistance
que ces petits Vers faisoient pour
empêcher leur désunion. La position du
Sphincter, ou de ce Plan de fibres musculaires
dans cette extremité, et les mouvemens
de dilatation ou de contraction
avec ceux de la Trompe dans les différents
besoins de cet animal, démontrent,
ce me semble
t
clairement les usages de
ces parties.
Les mouvemens convulsifs des Vers
détachez de leur bandepeuvent nous
conduire à la connoissance de leur structure
,en nous découvrant les effets de
deux Plans de fibres musculaires qui
formoient le tissu de la peau, ou qui
étoientinfailliblement couchez au-dessous.
Le prernjer étoit un Plan de fibres
Spiralesqui s'étendoient de la tête
jusqu'à l'extrémité du Ver. Le second
étoit un Plan de fibres longitudinales , qui prenant origine au-dessous ou tout
auprèsdu Sphincter venoit s'inserer
àl'extrémité opposée, et coupoit les
fibres du premier ran g à angles droits ,
ou presque droits ; ainsi selon la po ition
de ces deux Plans musculaires, leurs fibres
dans un état violent de contraction
agissant de concert, comme autant de
détentes, et heurtant contre une surface
solide
, se trouvoient repoussez avec vigueur
sur elles-mêmes, et donnoient
lieu à ces mouvemens convulsifs, qui
faîsoient perdre terre à ces petits Vers,
-et qui les agitoient jusqu'à ce qu'ils eussent
regagné leur chaîne. Du reste cette
étroite adhérence qu'ils recherchoient
avec tant d'ardeur me parut si naturelle
à leur espece, qu'il n'étoit pas possible
de les séparer et-de les tenir éloignez les
uns desautres sans leur faire perdre la
vie.
Mechanique de l'EtatSistematique de ces
petits Vers.
On entend par Etat Sistematique l'ordre
de tous ces petits Vers pris ensemble,
ou bien l'arrangement de ce cordon vermineux
,
dont je dois faire voir la maniéré
d'agir des ressorts dans leurs entrelassements.
Lesdécouvertes que j'ai déja
ex posées sur la structure des parties de
cette extrémité
,
qu'on regarde comme
la tête du Ver, ne seront pas là- dessus
d'un petit secours: par-là il ne sera pas
difficile de démontrer de quelle façon
ces petits Vers se prenoient les uns les
autres. Toute leurMechaniquedépendoit
de la contraction de la Trompe et du
Sphincter de la cavité,du ressort de l'air
intérieur, et de la pesanteurde la colonne
de l'air de dehors. C'est ainsiquelesSangsuës
s'attachent à leur proye. C'est ainsi
à peu près que les ventouses se prennent
dans lesapplications qu'on en fait sur la
peau; et pour ne laisser aucun doute sur
la certitude de cette Mécanique , il est
bon de faire observer que ce qui me dévoila
le jeu secret des parties de l'animal
ou de ses ressorts fut que dans le même
tems que ces petits Versséparez cherchoient
à se rejoindre, on voyoit distinc-
-
tement leur Sphincter se dilater et se disposer
à recevoir sa prise, se resserrer ensuite
et l'étrangler fortement lorsqu'ils
l'avoient rattra pée. Il est aisé de juger
que la Trompe qu'on avoit vû s'élever
ct s'enfler lors de la dilatation du Plan
des fibres circulaires. ne s'adaptoit pas
avec moins d'exactitude pour affermir le
tout, et que la 111 dont on a parlén'étoit
point en cette occasion un ciment inutile:
Peut-être même que la croupe de tous
ces petits Vers étoit faite de façon à faciiiterl'étroite-
liaison de ces parties ensemble.
gouvernent progressif de la chaînevermineuse.
Cette suite continüe de Vers se traînoit
en rampant et avançoit peu à peu. Le
chefdela bandefaisoit d'abord son mouvement
vermiculaire de latête vers l'ex
tremité opposée
, par la contraction des
deux Plans de fibrescatanées. Le Ver
quisuivoit se mettoit en jeu de la même
maniere a près que le premier avoit fini
-lesien, le troisième alloit le même train
et ainsi des autres jusqu'au dernier;
! pourvû toutefois qu'on les laissât faire
sans les agacer. Tous ces mouvemens
successifs se faisoient sans interruption
avec une vivacité et une adresse admirable
, comme si ce n'eut été qu'un s,:ul
Verront les fibres eussentété comprises
dans de petits intervalles;aussi étoientils
naturels à toute la bande: mais dans
la désunion violente causée à ces petits
Vers par des distractions outrées et douloureuses
qui l'avoient précédée
, ces
mêmes mouvemens devenoient convulsifs
, et les avant-coureurs de la mort.
On reconnoîtra
, sans doute, par le
mouvement dont on vient de parler,
de véritables signes de vie dans toute cette
chaîne de Vers; maison ne sçauroit découvrir
précisément en quoi consistoit
dans cet état systématique la vie de chaque
Ver en particulier. Il me paroît cependant
qu'on peut dire qu'elle dépendoit
seulement du cours des liqueurs
-t
ou bien que la respiration se faisoit à la
faveur de quelque ouverture placée audehors
du Cercle musculaire, qui embrassoit
la croupe du dernier pris. Il en
est de même- de l'extrémité du conduit
des aliments et de celui des excréments,
et on doit nécessairement su poser que
les ouvertures extérieures de ces conduits
sortent des parties qui ne sont pas engagées.
il
il faut maintenant observer au sujet
de la vie de tous ces Vers, que sui vant
l'état bon ou mauvais de leur santé, les
liens qui les accrochent ensemble ont
une inégale force; En effet, lorsque tous
ces petits animaux sont également vigoureux
dans toute l'étendue de la chaîne
9
et que leur vigueur se maintient pendant
un assez long espace de tems, l'étroite
union, fait un noeud gordien:mais si,par
.quelque cause que ce soit, une maladie
commune ou particulière à quelqu'un
d'eux, les vient attaquer; cette vigueur
se rallentit peu à peu, les parties engagées
se relâchent, ces petits Vers ,'aban.
donnent mutuellement, ils se divisent
bpiaernbandes de différentes longueurs, ou
ils se détachent tout-à-faitles uns
des autres. Ce qu'on voit ordinairement
arriver par l'usage des Contrevers
, ou de
certains aliments qui approchent de lai
nature de ces Remedes.
Des effets si salutaires devroient nous
porter à chercher un remede assuré pour
nous garantir de cette pernicieuse troupe
d'ennemis je conviens même qu'il
seroit fort à propos de rapporter ici le
plus puissant secours capable de les ex- terminer. Mais comme l'on ne manque
pas de bons Contrevers dans la Médecine
qu'on em ploye tousles jours avec succès,
je croi pouvoir me dispenser d'en faire
d'autre recherche. Il est vrai cependant
par l'experience,que les mêmes remedes
qui tuent les autres especes deVers, sont
quelquefois des secours impuissants contre
celle-cy ; mais alors ce n'est pas toutà-
fait l'impuissance de ces Remedes. Pour
se convaincre de cette vérité il faut seulement
considérer que la chaîne vermineuse
toujours habile à réparer les pertes
qu'elle fait de quelques-uns de ses individus
, reprend bien-tôt après de nouvelles
forces, et que d'ailleurs la longueurprodigieuse
de ce cordon de Vers
qui suit toute l'étenduë des intestins,
sçait, pour ainsi dire, se mettre à couvert
de l'impression desremedes,quiseroient
toujours efficaces, s'il n'y avoit
qu'un seulVer à exterminer.
, On se croit en droit de conclure de
tout ce que dessus, que le Ver Solitaire
n'est autre chose qu'une suite, de petits
Vers, qui étroitement unis ensemble,
font une chaîne différente
,
tantôt par sa
longueur (t par sa grosseur, tantôt par
la figure monstrueuse etla couleur noire
de la tête du chef de cette chaîne.
On aura peut-être de la peine à se persuader
que dans cette enchaînure de Vers,
la tête du chef paroisse souvent différence
de celles des autres Vers de la suite;
mais la difficulté disparoîtra si on fait
attention que la tournure des parties ne
se montre pas toujours la même dans
cetteextrémité du Ver, et que par conséquent
les changemcns bizarcs dont la
délicatesse la rend susceptible
, ne sçauroient
permettre de lui assigner une figure
constante et positive; ainsi il n'y
a point à hésiter si on s'en tient aux
justes conséquences de notre Observation,
ce qui m'empêche de pousser plus
loin ce raisonnemenr.
En établissant ainsi la nature du Ver
Solitaire, on peut compter dans cette corde
vermineuse autant de vies qu'il y a
de noeuds ou d'intersections dans toute
son étendue; il sera donc facile d'expliquer
commentlever Solitaire ne laisse
pas de vivre, quoiqu'il s'en détache de
temps en temps des pieces assez considérables
,qui bien souvent, à cause de
l'ancienneté de la chaîne et de plusieurs
autres circonstances
3
ne permettent pas
de distinguer si ces pieces sont un véritable
assemblage de petits Vers, tant
leur adhérence se fortifie avec le temps.
On peut encore, suivant ce Système,
rendre raison pourquoi certains Sujets
rendent par le bas des Vers de cette espece,
souvent tout-à fait séparez ce
qu'on regarde alors comme des semences
du Ver Solitaire, tantôt par bandes
de differente longueur, tantôtne faisant
qu'un seulVer de plusieurs aulnes de long,
connu sous le nom du Solitaire,Ces désordres
viennent
, sans doute, ou de
l'effet de quelque puissant Remede, comme
on l'a remarqué cy-dessus,ou bien
de ce que la chaîne vermineuse n'étant
pas encore bien affermie, les Vers se
trouvant trop jeunes et trop foibles pour
soutenir les entrelassements, permet aisément
son entiere destruction.
Quoique cette observation, faite avec
toute l'exactitude possible,paroisse propre
à éclaircir la Question , sçavoir si le
Ver Solitaire est un seulVer
,
distingué
dans sa longueur par plusieurs noeuds ,
ou si c'est un assemblage de plusieurs
Vers attachez les uns aux autres par
leurs extrémitez
,
je ne me flatte point
d'avoir satisfait tous les Lecteurs éclairez
-,
et je déclare que je recevrai avec
plaisir toutes les objections qu'on pourra
former contre le sentiment que j'ai embrassé.
L'EMULATION.
Ode prononcéeau College de Lizieux, r,
jour de la Distribution des Prix, 1,r ,
Août 1734. DE
l'Emulation en Miracles séconde,
Muse, celebrons les bienfaits:
Dans les nobles projets sa vertu nous-seconde;
J'en ressens cléja les effèrsj
Je la voi; de ses yeux sortent des traits de fUme.
Dont le divin pouvoir encourage mon ame
Aux plus difficiles travaux;
Vien ;( dit-elle) que je t'inspire;
Ceux qui vivent sous mon Empire
Combattent les plus fiers Rivaux.
Il est pour arriver au Temple de Mémoire,
Ilest,croi-moi, plus d'un chemin;
4&ais par mon entremise, un beau désir de gloire
Y conduit comme par la main.
D'un travail assidu je fais aimer les chaînes ;
Par un Mortel soumis à mes loix souveraine5
Que d'obstacles sont surmontez 1
Je lui prête une aile intrépide,
Qui l'ékve d'un vol rapide
Au-dessus des difficukez.
Loin d'ici l'ennuyeuse er coupable indolence^
Pour qui l'étude est sans attraits;
Elle arrête l'essor d'un esprit qui s'élance,
Elle en émousse tous les traits:
Que d'Ouvrages fameux on n'eût jamais râ
naître
.9
Sile soin glorieux de sefaire connoître
N'avoit excité nos Ayeux!
Songeons quand notre oeil les contempla
Qu'ils nous donnèrent un exemple
, Que nous devons à nos Neveux.
Mais que vois-je? Quelle est cette vaste carriere
Qui s'offre à mes regards surpris 1
Est-ceici qu'aux efforts d'une vertu guerriere
Mars exerce ses Favoris?
Non j'y vois Apollon que sa Cour environne,
De jeunes concurrens disputent la Couronne
Que le vainqueur doit remporter.
Tous travaillent pour la victoire;
C'est par le desir de la gloire
Qu'on parvient à la mériter.
SJtvcs d'Apollon, vous que sa main décore
De ses Lauriers les plus chéris,
Kos applaudissemens vous excitent encore
A mériter de nouveaux prix;
Vous sçavez que la gloire est de peu de durée
Lorsque d'un beau succès l'aine trop enyvI.
Néglige de la conserver;
Soyez toujours prêts à combattre ;
Les Ennemis qu'on vient d'abattre
Sont ceux qu'on doit le moins braver.
Tandis que nos Guerriers signalent leur courage
Sous lesauspicesde Louis
Tandis qu'à leur aspect l'Ennemi plein de rage,
Voit ses projets évanoüis;
Sous les yeux d'un Mortel* quegaide la Sagesse
J'aime à voir exercer la timide Jeunesse
A de pacifiques travaux ,
Non moins grands, non moins profitables
Que ceux qui sont plus redoutables:
La Paix fait aussi des Héros.
* M. le Chevalier, Principal du Collège de Lié
xttHx, ou l'Auteursétudié.
PfSSELiER* de la Fcy.¿ sons Jl)ü!tt.
Il
SVITE des Questions élémentaires et
pédagogiquesx tiréesdu Livre intitulé,.
la Bibliothèque desEnfans, contenant
le Système du Bureau Typographique. APrès avoir donné bien des Questions sut
la premiere Institution de l'Enfance. sur
les premiers élémens des Lettres et du Rudiment.
Pratique,n'est-il pas à propos d'en donner sur
l'Orthographe Françoise
, et de demander si en
fait de.langue vivante il n'est pas plus raisonnable
de prêcher la vie,la culture, l'innovation et
la-perfection, que de s'obstiner, comme dans
les Langues mortes, à vouloir toujours laisser les.
coses ainsi qu'on les trouve?
2. L'Orthographe des sons n'est-elle pas la
moins équivoque en fait de Langue vivante 1
.Cent personnes qui entendent lire ou prêcher-,
font-ellesplus d'attention aux Lettres qu'aux
sons pu aux mots, et si ces personnes ne sçavect
pas lire, pensent-elles à autre chose qu'aux sons,
aux mots et aux idéesde ces mêmes mots?
3. Un homme qui ne sçait pas lire ne comprendroit-
il pas mieux l'idée de l'Enfant du Bureau
»qui prononceroit rapidement les trois sons du mot a) gn,0, que l'idée de l'Enfant de la
Méthode vulgaire, qui prononceroit aussi rapidement
les noms des six lettres age) enne, e, l'l,H,
pour faire entendre le mot agneau?
4 L'Orthographe variée de l'oreille n'altérant
jamais les sons de la Langue quiconstituent les
mots, n'est-elle pas préferableaux Onhogra,.
phes variées des yeux qui altèrent les sons ,
les*-
mots et le langage et qui sont un obstacle à a.'
lecture? - -
5. L'Orthographe qui approche le plus du caractere
vivant, ne donne-t'elle pas un des plus
surs moyens de lire
,
de perfectionner la Langue
ançaise, et de. lacommuniquer-dans les Provinces
les plus éloignées
6. Seroit-ildifficile d'exprimer chaque son par
son propre caracterc,simple ou composé, et d'établir
pour la meilleure Orthographe ila Scienoc
théorique et pratique des rapports exacts entre les
sons et la maniéré de les exptimer, ainsi qu'on le
pratique à l'égard des sons de la Musique et des
mots ou des caractères inventez pour en exprimer
la juste valeur >
7. D'od vient qu'on tolere et qu'on est obligé
de sçàvoir lire, ou pour mieux dire, de sçavoir
déchiffrer et traduire toute sorte d'Orthographes
dans les Ecritures vulgaires du commerce du
Monde? Ne seroit-ilpas mieux d'éta.le principe
général en faveur de l'oreille etsons de
la Langue, que de choquer en même-temps et
l'oreille et les yeux par des Orthographes indéchiffrables,
suite dela Méthode vulgaire,et non
QlLSys[êm Typographique?
8. D'où vient que le commun des hommes et
des femmes après trente ans de lectures et d'écritures,
suivant la Méthode vulgaire, ne sçait
pas si bien l'Orthographe qne de petits Encans
montrez suivant le Système du Bureau Typograptyqaef
9. Chacun suivant ses lumieres et ses études,
n'a-t'il pas droit d'écrire et de parler pourse
faire entendre et pour communiquer ses pensées
à tout le Monde? Or l'Orthographe moderne
d'usage 'C!St-elIe pas- plus propre pour cettt.
communication, que ne Test la vieille Orthographet
10. Le nouvel usagede-la nouvelle prononciation
s'étant introduit malgré l'ancien usage de
l'ancienne prononciation, pourquoi l'usage db
la nouvelle Orthographe ne s'introduiroit-il pas
malgré celui de la vieille Orthographe? La vérité
et la justesse des rapports entre les caractères
et les sons, ne doivent-elles pas toujours ser
vir de regle ? n. La copie ne répondoit-elle pas au commencement
à l'original? Cet original ou l'usage
qui est le martrevivant en changeant la prononciation
d'un mot, donne-t'il à la Servante ou à
la copie le droit de préférer l'ancien commande*
ment au nouveau ?
12. La copie du langage écrit, ou des yeux, tient—iliieu d'original a d'autres qu'aux sourds
Toyans; et la parole ou le langage ne sont-il.
pas l'o'r*al impérieux dont l'écriture ou la
copie nesont que l'esclave et l'écho"?'
13. Le changement en fait de prononciation,
n'est-il pas plus arbirraire et plus capricieux. que
le changement en fait d'Ortographe?Et si le
langage mort doit s'exprimer avec son ancienne
Orthographe,te langage vivant ne doit-ilpas
s'exprimer avec son Orthographevivante et courante?
L'Orthographe ne se rapproche-t'elle pas
toujours peu-à- peu de la prononciation?
'14-. Pourquoi les Italiens et les Espagnols sont-
"Hs moins esclaves que les François, en fait d'étimologie
et d'Orthographe? Et pourquoi ontils
voulu rapporter l'écriture à la prononciation,
et écrire comme l'on parle ? Et au contraire
pourquoi le Peuple,dit Franc, est-ilresté esclave
d'une vieille Orthographe suranée,vicieuse
et captieuse en fait de lecture et de prononciation?
15. Pourquoi les Ecoliers sçavent-ilsordinairement
l'Orthographe Latine beaucoup mieux
que l'Orthographe Françoise?
16. La vieille Orthographe ne doit-elle pas
être regardée comme l'Orthographe de certains
Sçavans qui sont amateurs d'étimologie,d'Analogie,
&c. ne peut-elle pas encore être regardée
tn quelque maniere comme celle de certains
ignorans Ecrivains publics, ou des Clercs qui
lisant et copiant de vieux Actes dans les Etudes
de Notaires et de Procureurs, ne peuvent sçavoir
l'Orthographe que d'après les Titres, les Actes,
les Procédures et les Patrocines qu'ils transcris
vent ?
- 17. D'où vient que tant d'Ecrivains à la Cour
.et à la Ville, suivent encore à l'égard du jaet
duve consonnes,et à l'égard des Lettres capitales,
les mauvaises pratiques des Maîtres ignorans
qui leur ont montré à icrire?
18» D'où vient. que l'impression des page
d'un Livre paraît plus belle quand on supprime
les lettres double's,inutiles, les ligatures, les lettres
à longue queue et àlongue tête, comme <S, ¡T,
Hïfij/» Ó>,et,qu'on leurpréfère si, les et., ss et?
19. L'impressionne paroît-elle pas aussibelle
lorsqu'on n'employe des lettres capitales que
pour les noms propres,et qu'on préfére les petites
majuscules aux grandes; exemple,parts au
lieu de Paris? Et n'est-il pas mieux au commencement1
d'un Livre et d'un Chapitre, d'imprimer
comme l'on écrit les petites lettres au bas de là
capitale
, que de les mettre au haut ; exemple,
MontaiiliendeM°n2- Iv -
D~oj~;
20. D'où vient qu'à l'ouverture des Livres Latins.
Anglois, Italiens, Espagnols, &c. un Lecteur
sans étude rencontrera la signification de
bien des mots, qui pour ces Langues, n'en devineroit
pas un seul à l'ouverture d'un Livre
François?
21. D'où vient qu'il est plus aisé d'entendre
un homme qui nous parle Latin
,
qu'il n'est aiséde
lui répondre en cette même Langue? D'od
vient que tant de Religieuses entendent une partie
des Leçons du Bréviaire et qu'elles ne peuvent
les mettr de François en Latin?
11. La théorie fera-t'elle revivre les Langues,
mortes aussi facilement que la pratique?
- 2 3. Les Anciens qui écrivoient à longueligne
sans l'usage des points et des accens , sans séparer
les, périodes par des alinea, et les Musiciens
qui alloient tout de suite sans séparer leurs mesures
par des bares, en étoient-ils plus habiles?
QUESTIONSDIVERSES.
24. D'où vient que par rapport au bien pnblic,
peu de gens sont en état de juger sainement
de l'utilité et du mérite des moindres choses,et
quetant de prétendusSçavants font gloire de passer
la vie à l'étude d'une infinité de riens par rapport
à la société et à la Religion? N'y a-eil
donc point de régle sûre pour évaluer le prix des
choses? L'empressementdes hommes pour an
ebjet, en prouve-t'il l'excellence à proportion è
Les petits sontilstoujours obligez de se conformer
au goût ds Grands? Et pourquoi l'empire
du. faux et de l'opinion rend-il les hommes,
ai esclaves de leurs préjugez et siindifferens pour
Je vrai?
jr Ne doit-on pas tâcher de rendre un Ensant
bon Acteur dans la Monde, à mesure qu'il
en deviendra Spectateur i Et s'il faut montrer
les jeux de commerce à un Enfant, n'est-il pas
bon de l'accoutumer à joüer de l'argent, de l'accoûtumer
au gain et à la perte et de l'instruire
par la dépense de son argent et par le compte
de cette même dépense?
2.6. Le silence des Journaux est-il toujours un
préjugé contre les Livres nouveaux et contre les
nouvelles Méthodes? Et doit-on même toujours
juger du mérite des Ouvrages par l'Extrait des
Journalistes?
27. D'où vient que les Parens sont en général
si indifférens sur le choix d'un Instituteur ou
d'un Précepteur? Voyez la Bibliothéque des Enfans
in4-. page lOf. Article XIII,
Magni momenti est prima litterarum elementa i perfectissimoPraceptore tradi.
On a dû. expliquer les deux Enigmes
du mois dernier parBac et Giroüette,
et les deux Logogryphes par Cerf er
Boucher.
EN.1 G M Bo-
DEs long-temps mon pareil échappé du,,, Murage,
Servit de sinistreprésage; -
Ce n'est pas que je sois en pouvoir d'en cause,
Je sens l'orage etje viens l'annoncer.
On me donne l'Art de prédire,
Mais hélas! ce n'est que malheurs.
Je suis cause que l'on soupire,
Quand par mes cris on prévoit des douleurs ;
Si je voulais,Lecteur, me faire mieux con- noître,
Ce n'est pas sous ces tralts que je voudrois pa-
J^roîtrej
Je deviendrois ton vrai fléau.
Tu trouveras peut-être mon corps b,au,
Et mon air fier et magnifique,
J'ai presque dit le mot Enigmatique.
LOGOGRYPHE. A
quatre pieds, un Animal,
Coupez mon chef, je suis en coque,
Renversez-moi, Ville et Bicoque,
En guerre, je leur suis fatal.
Par M. de Glat.
AVTRE.
p Ar moi tu vis, Mortel, tu lesçais siné
conteste;
Abrege-moi le trois, je suis Seigneur agreste;
Incise mon second, un arbre manifeste,
Nombre ces quatre Vers, tu me vois,jeprotes
ParM.de GI",
AUTRE. Q
Uatre Lettres forment mon nom;
Si vous retranchez la deuxiéme
,
Arrangeant le surplus de certaine façon,
L'hommepour contenter son avarice extrême-
A travers mes écueils sçait se faire un chemin ;
Rendez la moi, placez ma tête avant ma fin,
-
Puis ma troisiéme retranchée,
Je sçai me faire craindre; à peine suis-je néet-
Je tonne, je menace et cherche à me vanger ;
De mon tout tirez l'Anagramme,
Vous y verrez un Saint que le François réclam-
Enfin voulez-vous me trouver?
Lecteur, adressez-vous aux Enfans du Parnasse,
L'Ode sans moi n'a point de grâce.
Par M. Emery ,Sieur de Vlsle C. D. N
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, &c. pRIE R ES sur les Epîtres et sur les
Evangiles par feu M. Pelisson
,
de
l'Académie Françoise. A Paris ,
chez
François Ma\hey) rueS. Jacques, au coin.
de la rue des Noyers,à S. Augustin 1734.
in-16. de 194 pages.
Dans l'Approbation de cet Ouvrage
le Censeur dit y avoir trouvé les sentimens
de la pieté la plus tendre et la plus
éclairée. Il seroit facile de s'étendre sur
un pareil sujet, mais on se contentera
d'ajouter que le suc de chaque Epître et
de chaque Evangile étant présenté de la
sorte, il en résulte entre autres avantages,
celui-ci, qu'avec un peu de réflexion on
apprend quel a été l'Esprit de l'Eglise en
joignant dans son Office Public telle Epître
à tel Evangile en particulier.
Les Vies des Hommes Illustres
de Plutarque, traduites en François, avec
des Remarques Historiques et Critiques,
par M.Daciers de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles-Lettres, &c.
Nouvelle Edition,augmentéede plusieurs
Notes et d'un neuviéme Tome des Vies
omises par Plutarque, traduites de l'Anglois
, par M. l'Abbé Bellenger,9. volumes
in-4. A Paris chez, Emeri, David
rainé,Dumesnil, Huart ,Rollin fils,et
de Hansy , Libraires1735, Le tome neuviéme
en grand et petit papier
,
enrichi
de Portraits gravez par M.Audran
,
se
vend séparément; on trouvera chez ces.
Libraires les mêmes Vies des Hommes
Illustres en 10. vol. in-11,
PRIÈRES au S. Sacrement de l'Autel
pour chaque semaine de l'année, avec
des Méditations sur divers Pseaumes de
David,par feu M. Pelisson de l'Académie
Françoise, seconde Edition.AParis
chez François Mathey ,rueS. Jacques, au
coin de la rue des Noyers, à S.Augustin,
1734. in 16. de 168. pages.
La lumiere et l'onction,l'élévation et
la clarté se trouventréunies dans cet
Ouvrage
,
dont le seul but est de ranimer
les vertus chrétiennes dans tous les
coeurs. L'unité qui y reg ne dans les différentes
parties, et l'art avec lequel est fondue
, si l'on peut s'ex primer ainsi, toute
la substance des Epîtres et des Evangiles,
le caractérisent encore davantage, et
le distinguent de -tous les autres de la
même nature.
ESSAIS du Chevalier BACON; Chancelier d'Angletere, sur divers su jets
de Politique et de Morale. A Paris, Quay
des Augustins, chez Emery 1734. in-12.
de 396. pages, sans l'Avertissement et
la Table, Prix 45. sols.
On ignore le nom du Traducteur de
cet excellent original Anglois. On sçait
que le célebre Bacon vivoit sousle Regne
de Jacques I. o.i voit dans cet Ouvrage,
comme en racourci, tout son gnie.Un
esprit aisé, un jugementsain; le Philosophe
sensé, l'homme de réflexions y
brillent tour à tour. C'est un des fruits
de sa retraite après avoir quitté le monde,
dont il avoit long-tems éprouvé les prosperitez
et les disgraces.
Le Libraire espere avec raison dans
son Avertissement,que ces Essais ne seront
ni moins recherchez, ni moins lus,
ni moins utiles que les Maximes de M. de
la Rochefoucault.Tout y paroît si raisonnable
, que chacun croit penser de
lui-même ce qu'il trouve exprimé dans
Bacon.
La Politique n'y est point contraireà
la Religion,et celle-ci y soutient à son
tour la Politique. C'est un Livre de Principes
qui peuvent également servir a
l'Homme d'Etat et au Philosophe. Ce ne
sont point des Maximes de spitituilité
mais des rélfexions saines
,
judicieuses,
solides. L'Auteur parle librement: c'était
assez le caractére des Anglois ; et c'est
encorecelui de leurs Auteurs: mais quand
cette liberté n'a rien que de conforme
au bonsens et à la raison, quand, elle
respecte la Religion et la Pieté qui
doivent
-
être raisonnables elles-mêmes
3 loin d'être blamable, c'est le meilleur
assaisonnement qu'on puisse donner à un
Ecrit, aujourd'hui sur tout, que ce gout
paroît regner de plus en plus en Francea
etmême dans presque toute l'Europe.
- Cet Ouvrage, dit-on dans l'Avertissement,
donneen peu de mots tant
deRegles lumineuses d'une sage conduite,
qu'il plaît, qu'il instruit, qu'il charme
ceux qui aiment à se connoître et qui
craignent de se tromper. S'il reprend des
défauts, c'est pour apprendre à les corriger
; s'il attaque des abus, c'est pour
montrer à les éviter s'il donne des Préceptes,
c'est pour faire discerner ce qui
est de devoir et fuir ce qui n'est que de
caprice et de fantaisie.
Ces Essais de Politique et de Morale
sont contenus en 51. Traitez ou Chapitres
; sçavoir de l'habitude et de l'éduca;
tion
,
du Mariage et du Célibat, de la
conversation,de la noblesse., de la colere,
de la louange &c. donnons quelques
exemples pris çà et là pour
-
faire juger
de ces
Maximes.
- Des Cérémonies et des Complimens. Il est
certain qu'avoir des attentions.. de la Por
litesse er s'acquiter des cérémonies convanables
, contribue beaucoup à nous attirer
des louanges. Ces manieres polies et
engageantes, comme disoit la Reine Isabelle
de Castille, sont de perpetuelles
Lettres de recommandation pour celui
qui les a. Ilsuffit,pour s'en instruire
de , ne pas les mépriser, et d'être attentif
aux manieres des autres. Au reste,on peut
s'en fier à soi-même. Car si l'on se donne
trop de peine pour ne rien omettre à cet
égard, on perd ce qu'il y a de plus estimable
, qui est de paroître naturel
s et
sans affectation. Les manieres de quelques
Personnes ressemblent aux Vers,
dont toutes les syllabes sont comptées.
Lorsqu'on s'attache à de si petites choses,
on ne sçauroit se rendre capable des
grandes.
De la Noblesse: Ceux qui sont les premiers
élevez à la Noblesse,ont ordinairement
de plus grandes qua litez
,
mais
moins d'innocence que leursDescendans.
Car rarement on ne s'élève que par des
bons et des mauvais moyens ensemble.
Il est injuste que la memoire des vertus
demeure à la Postérité et que les défauts
soient ensevelis avec ceux qui les ont.
Du Discours. Il y a des gens qui ont
des lieux communs et des Thèmes tout
faits, oû ils brillent d'abord; mais manpriant
de varieté, ils ennuyent bientôt
et paroissent ridicules aussi-tôt qu'ils sont
découverts.
De la Plaisanterie. Plusieurs choses
doivent être privilegiées; la Religion
3 les Matieres d'Etat, les Grands Hommes,
les affaires graves des Particuliers et tout
ce qui est digne de pitié.
Un homme satyrique fait craindre aux
autres son esprit, et doit à son tour
craindre leur memoire.
Il n'y a qu'une occasion où l'on peut
se loüer de bonne grace c'est en loiiant
dans un autre une vertu que l'on possede
soi-même.
, Sur tout gardez-vous bien soigneusement
des discours railleurset malins. La
conversation doit être comme une promenade
, et non pas comme un grand
chemin qui mene à la maison de quelqu'un.
Des Magistrats et des Dignitez. A l'égard
de la corruption, ne liez pas seulement
vos mains et celles de vos Domestiques
,
afin qu'ils ne prennent rien, mais
liez aussi celles des solliciteurs pour qu'ils
n'offrent rien.
La severité inspire la crainte, mais la
brutalité attire la haine.
C'est une marque certaine de grandeur
d'ame
3
lorsque les honneurs rendent un
homme meilleur. *
- De la Colere. La Colere est certainement
une petitesse dans l'homme ,comme
on peut le remarquer par la foiblesse
des sujets qu'elle domine; les enfans , les femmes, les vieillards et lesmalades.
Dela Loüange. Trop loüer quelquun
ou quelque chose réveille la contradiction
et l'envie. Il ne sied pas de se loüer
soi-même, si ce n'est encertains cas qui
sont fort rares. Mais on peut loüer son
emploi ou sa profession. Ily a mêmeune
espece de magnanimité à le faire.
Des Richesses. Ne croyez point facilement
ceux qui semblent mépriser les
Richesses; ils méprisent les Richesses
qu'ils désesperent d'obtenir, et vous ne
trouverez point de gensquiy soient plus
atcach'C'Z,qlld.nils enont une fois acquis.
Ne differez point jusqu'à votre mort
à faire des oeuvres de charité. Tout consideré,
celui qui en use de la sorte, est
plutôt libéraldu bien d'autrui que du
sien propre.
- De l'Envie. Celui qui n'a aucune vertu
porte toujours envie à celle des autres.
L'esprit de l'homme se plaît et se nourrit
du bon qui est en lui, ou du mal qui est
en autrui. Si l'unluimanque, il se rassasie
de l'autre. S'il n'aspire pas à une
vertu qu'on admi re ,
il tâchera du moins
de nuire à celui qui la possede, pour diminuer
l'inégalité qui est entre eux.
D I DON Tragédie, representée pour k premicre fois sur le Theatre de la Comédie
Françoise,le zi. du mois de Juin
1734. A Paris, chez Chaubert, Quay des
Augustins 1734.in8. de 70. pages sans
l'Epître au Marquis de Nele
,
Chevalier
des Ordres du Roy, qui en contient
douze.
L'impression pour parler le langage
de l'Aprobateur
, assure à ce Poëme le
succès qu'il a dans les Représentations
qu'on a recommencéesdepuis le retour
de Fontainebleau, lesquelles viennent
d'être interrompuës par la maladie dit
principal Acteur.
On apprend dans le Privilege que cette
Piece est de M. Lefranc; nous n'entre
rons ici dans aucun détail de la Tragédie;
on croit en avoir suffisamment rendu
compte dans le Mercure du mois de
Juillet dernier. Mais il nous semble à
propos de dire quelque chose de la Lettre
qui est à la tête. Elle commence ainsi.
» M. voici le moment critique de » ma Tragédie.C'est peu de l'avoir livrée aux
»écüeils du Théatre, j'ose lui faire soutenir
le grand jour de l'im pression. Les »applaudissements dontelleaété comblée
» sur la Scene, ne me répondent point de
» l'effet qu'elle produira sur l'esprit du
» Lecteur. L'illusion est dissipée. La décla-
»mation des Acteurs,la pompe duThéatre
» ne l'accompagnent pas dansle Cabinet,
»et c'est d'un Examen plus tranquille et
a plus réfléchi, que dépend aujourd'hui sa »réputation. Vous même, Monsieur
» qui l'avez si souvent honoréedesEloges
Jt,les plus flateurs, vous allez l'examiner
» avec d'autres yeux, et l'amitié que vous
» avez pour moi ne me fait pas moins
»craindre votre décision que celle des
» Censeurs les plus severes. J'ai cent fois
a éprouvé à mon avantage que vos senn
timens ne vous aveuglent pas sur les
» défauts des personnes que vous aimez.
» Les qualitez du coeur et les produc-
» tions de l'esprit trouvent en vous le
-
fe juge le moins partial et le plus éclairé.
L'Auteur entre ensuite dans des détails
et des réflexions où nous ne pouvons
pas le suivre, sur sa Tragédie et
sur l'Eneïde &c. Il ajoute vers la fin sur
ce qu'il s'est fait connoitre pour l'Auteur
de Didon. » Je me cacherois, sans
* doute, si j'avois le malheur de mériter
7) par ma conduite la censure du Public;
-1) mais tant qu'il m'honorera de ses sutira.
» ges, je croirois enêtre indigne si j'osois
» les désavoüer.
Au reste nous pouvons assurer que cette
Piece fait grand plaisir à la lecture,qu'elle
est très-bien imprimée et qu'elle a un
grand débit.
PROPOSITIONd'une Mesure de
la Terre, dont.il résulte une diminution
considérable dans sa circonférence sur
les paralleles, par M. d'Anville, Géographe
ordinaire du Roy,dédiée à Monseigneur,
le Duc de Chartres. A Paris,
,the%Cblubert, Quay desAugustins.
L'Auteur fait voir dans cet Ouvrage
que par le détail de ses Etudes Geographiques
,
il a senti que les degrés de longitude
ne doivent point avoir autant
d'étendue qu'on leur en suppose dans
l'hypothese de la Terre sphérique, et
qu'il peut y avoir un trentième ou environ
à rabattre sur cette étenduë supposée
des degrés de longitude.
On avertit que les personnes qui auront
eu de trop bonne heure des Exemplaires
de cet Ouvrage, pourront,s'ils
souhaitent l'avoir entier, demander au
Libraire qui le débite, quelques pages
d'observations, qui ont été imprimées
par su pplément.
Le Duc de Villars qui avoit été éhl
par l'Académie Françoise le 5. Octobre
dernier,pour y rem plir la place vacante
par la mort du Maréchal Duc de Villars
son Pere ; y prit séance le 9.de ce mois.
Il parla avec autant de dignité que d'éloquence,
et l'Abbé Houteville, Directeur
de l'Académie,lui répondit par un trèsbeau
discours.
L'Histoire de la Noblesse du Comté
Venaissin, d'Avignon et d'Orange,
dont nous avons parlédans les Mercures
précédents , se trouve à présent fort
avancée et à la veille d'être imprimée.
L'Abbé Pithon-Curt, Auteur de cet Ouvrage,
nous prie de rendre compte de
l'état où il se trouve;soit pour satisfaire
l'empressement des Familles intéressées
qui ont fourni leurs preuves, soit pour
émouvoir l'indolence de celles qui ont
différé jusqu'ici de le faire.
Les Branches que le Lecteur ne trouvera
pas ici,neseront point comprises dans
l'article de leurs Familles,si les personnes
intéressées ne s'empressent d'y supléer
par l'envoi de leurs preuves; conformément
au Projet qui en a été répandu
parmi la Noblesse du Pays.
Les Maisons et Familles Nobles qui
forment actuellement le corps de cette
Histoire
, sont celles:
..D'gar. D'Alleman- Chateauneuf et
Fenoüillet. D'Alric-Rousset et Vinssobre.
D'Ancezune. D'Arnoul-Rochegude.
D'Astoaud-Mazan
,
Velleron, Limaye,
Murt, Riez
,
Mamelu, Bezaureet Calian.
D'Aurel. De la Bautu-Montreve! ,
pour les Seigneuries xle Caromb et de
S. Hypolire. De la Baume-Suze
, pour
la Garde-Pareol. De la Baume-Pluvinel-
Terlltlle. De BaroncelliJavon. De Bernard-
S. Andiol. De Blanc du Broc et de la
Rouviere. De Boutin- Valouze. De Blegiers-
Taulignan. De Boulogne-Alençon. De
Berlons-Crillon. De Brancas. De Brassie•
Jocas. De Brunellisla Chaux. De Bus.
De Cabassole. De Cambis-Alais
s
Fargues,
Vellcron et Orssan. De Car,leba'':'
Saignon. De Caritat-Condorcet. De CVvaillon-
Rochegude. De la Cepede. De
Ceps-Taillades. De ChabestanRibeiret
Sorbiers et Guire. De Cheilus. De Ciceri,.
De Cheisolme- Crombis. De Collin - du
Janet.
DeDonj. De Donodej
-
S. Laurent et
Campredon. De Florans-S. Esteve. De
Fourbin. De Fournier-Pradine et Aultane.
De Fortias-Urban, Montréal
,
Piles et
Cuirol. De Fougasse-la Bartalasse
,
Sampson
, Grugierc
5
la Royere ,Ste Gémeet
la Bâtie.
De Gabrielis. De Galean-Yssars
,
Castellet
et Gadagne. De Gahjfst. De Gast-
S. Savournin
,
Venasque , Mongauger
etLussaut. DeGaultierGirentonLirac et
Chauteauneuf. De Gerard Aubres. De
Guillaumont-Ambonj. De Grillet-Brissac,
Cassillac
,
Bremieu et S. Trivier.
De GuillemPascalis. De Guilhem-Montjustin
,
Castellet et la Chassagne. De
Guiramand-la Gremuse, Entrechaux et
Blauvac.
De la Jardine. De Jarente -
Orgeval,
Senas ,
la Bruyere et Venelle. Des Isnards.
De Laurent. Brantes
,
de LaurensBeauregard.
De Lopés Lafare
,
Mondevergue
et Montmirail. DeMarcelBlainDupoët,
Crochans ,
du Pavon et S. Andiol. De
Mantin. De MainierOppede. De Majiissi
Venasque.
D'OrleanslaMotte et Bedoüin.
De Pagan.De Panisse. De Pazzi. De
'Perui-Bade et du Baron. De Petris Gravilleet
la-Ramiere. Du Pilhon-d'Angelle.
De Planchette -
Piégon. De Quiqueranèaujeu,
Ventabren et Venasque.
De Rabasse. De RaimondMontlaur
Pomorols ,
,
Modéne et Dublignet.De
Raphelis Roquesante et la RoqueHenri.
De Raxi-Flassans. De Rhode. De Riviere-
Ste Marie et Brucis.DeRobin-Barbentane
et Gravezon. De Rolland- Reilhanete et
Reauville. De Roquard - Vinssobre et
S. Laurent. De Rostagnis-la Costiere. De
Rousset S. Sauveur.
De Sade,Saumane, Mazan, Aiguiere,
Ubrais et Vauredone. De Saignet - Vaucluse.
De La Sais-la Garde
-
Pareol. Des
Seguins-Aubignan, Cabassole et S. Roman.
De Serres- la Marine. De Seiti-es-
Caumont, Vaucluse et Piévert. De Sit
miane.DeSoubirats. De Suarés-Aulan.
De Taulignan. De ThésanPujols, Venasque,
Saze et S. Giniés. De Tulle-Villefranche
et Trebiliane.
De Vanelpour sa Baronie deBarenque.
Bc Vassous. De Vincens-Causans,Savoillans
a
Propiac et Servane. D'UrreBretre,
du Puy-S. Martin, Aiguebone et Montanégue.
Si parmi les Gentilshommes que cette
Histoire regarde
,
il s'en trouve qui n'en
ayent pas reçuleProspectus,AbbéPithon-
Curt est bien aise de leur déclarer que ce
n'est point par esprit de partialité et de
préférencequ'il y a manqué; mais par
oubli, ou parce qu'il seseraégaréquelques
paquets. Au reste, si certaines Maisons
sont surprises de se voir ici sans
avoir fourni leurs preuves ; il est bon
qu'elles sachent que l'Auteur a été en
état de les dresser surles découvertes
qu'une longue et exacte recherche des
Actes originaux et desHistoires auxquelles
elles ont eu part,lui a procuré. Ceux
quiontenmain des Titres qu'ilscroyent
avoir échappéàla connoissance de l'Auteur,
sont priez de lui en faire part,
pour qu'il en puisse faire usage dans
leur article. Son adresse est toujours chez
le Sr Bonvalet, MarchandEpicier, rue
du Bacq àParis
,
où l'on peut continuer
de lui faire tenir les preuves, port payé,
c'est-là tout ce qu'il en coûtera.
TRE'SOR DE M. MOREL , ou le Recüeil
de toutes les Medailles des Familles
Romaines ,
recherchées avec
,
beaucoup
de soin,exactement dessinées sur les
Pieces même, et arrangées selon l'ordre
de Fulvius Ursinus,et de Charles Patin,
par le célebre Antiquaire M. Morel.
On y a joint un mélange de Medailles
de Rome, les Espagnoles,etenfin toutes
celles de Goltzius
,
qui passent pour
suspectes. Premiere Edition, publiée et
éclaircie par les interprétations de M. Sigebert
Havercamp.AAmsterdam,chez J.
We;:tein" et Guill.Smith1734. 2 vol. in.
folio
,
l'un de Planches, l'autre d'expications.
L'Ouvrage est en Latin.
LETTRES D'HENRY IV. Roy de France,
et de MrsdeViM:roi et de Puisieux,
a' M. Antoine Let•.;<? de la Boderie,
Ambassadeur de Franceen Angleterre,
depuis1606. jusqu'en 1611, 2. vol. in-9.
premier vol. pp. 387. second, pp. 279.
A Amstérdam
3 aux dépens de la Corn»;
pagnie 1733.
DESCRIPTION CHIROGRAPHIQUE dis
Grand Cacho ,des usages, des moeurs;
du caractére des innombrables Nations
qui l'habitent; des efforts qu'ont fait
les Espagnols pour les soumettre à la
Couronne de Castille,et les Jesuites pour
les gagner à J. C. composée par le Pere
Pierre Loan()"de la Compagnie de Jesus,
imprimée par les soins du P. Antoine
Machoni
,
député à Rome par les Jesuites
de la Province du Paraguay. A Cordoits
,
dans le College de l'Assomption,
par JosephS<:??tos Balbas, 1733. in4. pp.
485. L'Ouvtage est en Espagnol.
HISTOIRE ROMAINE de Sext. Aurelius
Victor, avec les Notes entieres de Dominique
Machaneus
, d'Elias-Vinetus, du
P. André SchottusJ. de Jean Gruter, et
deMlle Ll fevre. Edition nouvelle, faite
par les soins de M. Jean Arntzenius Jurisconsulte.
A Amsterdam
,
chez les Janssen-
Waesberg
, et à Virecht
i
chez Jacques
Poolsum
, 1733. in 4. pp. 668. sans les
Tables et les Prolegomenes de 21. feüilles
et plus. L'Ouvrage est en Latin.
MEMOIRES de Charles Loüis,Baron de
Polnitz,contenant les Observations qu'il
a faites dans ses Voyages et le caractére
des personnes qui com posent les principales
Cours de l'Europe. 3. vol in 12.
A Amsterdam, cheZ François Changuion.
On trouve chez le même Libraire,
les Oeuvres de M. de Fontenelle, in-fôl.
et in 4. trois vol. avec les magnifiques
Planches de B. Picart, et les Oeuvres de
Boileau,in-fol. en 2. vol. enrichis d'Estampes
du même Maître.
On mande de Rome que AntoineRossi
y débite un Livre intitulé Vitte de Pittori,
Scultori è Architetti
s
Perugini, scrite è
dedicate alla Maesta di Carlo Emmanuel
Re di Sardegna da Lione Pascoli.
On débite avec grand succès à Venise
les Méditations de M. Bossuet,Evêque
de Meaux , et les Sermons du Pcre de
Larue, traduits en Italien.
1
Tumermani a imprimé à Verone
le Pastorfido
, sur la derniere Edition de
Londres,in 4. A la suite de cet Ouvrage
est l'Idropicha
,
Comédie du Guarini;
le tout accompagné des Remarques du
Rolli,et orné de plus de 30. Planches
en Taille-douce.
On écrit de Londres qu'un jeune Ec
clesiastique a mis au jour un Dialogue
à la manicre de Platon, au sujet de la
supériorité des plaisirs de l'entendement
sur les plaisirs des Sens. Cet Auteur
a donné dans le même gout un autre
Dialogue sur la Beauté. Ces deux Bro
chures sont imprimées chez T. Cooper.
OUVRAGES DE JEAN CASSIEN
, avec
les Commentaires de D.Alard Gazé
Moine de , S. Vast
3
de l'Ordre de S. Benoît.
A Lipsick..173" in-fol. 832. pp.
sans la Préface et les Tables. L'Ouvrage
est en Latin.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
, ou Histoire
Litreraire d'Allemagne, de Suisse
et des Pays du Nord. Année1731.
tome 21.A Amsterdam chez P. Humbert.
in 12.
Nous ne pouvons que donner une idée
abregée de chacun de ces volumescomme
nous avons accoutumé de le faire.
DISSERTATION SUR REMPHAH, Dieu
des Egyptiens, que les Israëlites adorérent
dans le Déserr. Par M. Jablonski , Docteur et Professeur en Théologie,
Pasteurde l'Eglise reformée deFrancfort
sur l'Oder. A Francfort et a Leipzig
> chez Jean Godefr. Conradi 1731. inS, pp..
Dans l'article des nouvelles Littéraites
de Petersbourg,on apprend que M. Bayer
est fort occupé depuis quelques temps à
dresser une Carte de la Chine, et peutêtre
en publiera-t'ilplusieurs à la fois.
Il travaille aussi à un Dictionnaire Géographique
de la Chine, où il joindra la
prononciation aux caractéres Chinois,
et il marquera les degrez et les minutes
de longitude et de latitude. Les noms des
Villes, des Rivieres
,
des Montagnes, des
Lacs &c. situez hors de la muraille
, p.vroîtront
en Mongalois dans le Dictionnaire
et sur les Cartes.
Le même Sçavant a lû depuis peu à
l'Académie une Dissertation sur une statuë
de Venus, qui est à Petersboutg dans
la Grote du jardin Impérial. Il prétend
que c'est une copie exacte de la Venus
Gnidienne ,du fameux Praxitele, et il le
prouve par une Médaille de Gnide ,
qui
estdans la chambre des Curiositez de cette
ville: cette Médaille présente d'un.
coté une tête deVenus,parfaitement ressemblante
à celle de la Grote
, et de l'autre
une tête deLion avec la Massuë d'Hercule.
M. Bayer assure que la Venus surnomméedeMedicis,
n'est point une copie
de la Gnidienne,outre qu'elle ne ressemble
point au visage representé sur la
Médaille dont on vient de parler
,
plusieurs
autres raisons persuadent que M.
le Marquis Maffei est bien fondé à dire
que c'est une Venus Genitrix. M.Bayer
s'est permis dans sa Dissertation quelques
digressions, auxquelles son- sujet
l'engageoit. Il examine, par exemple,
en quel tems a vécûPraxitels ,et il soutientcontre
Meursuis.3 et feuM. O¡(trius
deLeipsic
, que le Calfistrate dont on
a publiélesdescri ptions de quelques statuësà
la suite de Phibslmteyn'est.nul!cment
celui qui fut contemporain de Démosthêne,
mais un autre qui vivoit du
tems d'Alciphron
, et qui par conséquent
fut de beaucoup postérieur à celui d'A.
lexandre le Grand.
SophieElisabeth Brenner, femme célebre
par son scavoir, mourut à Stokolm
dans un âgefortavancé au mois de Sepbre1731.
D'Abo, M. le Professeur Algoth de
Scarin, a publié une Dissertation Académique
sur les os des Géants) il y prouve
qu'il y a eu véritablement des Géants,
et prétend que la Scandinavie étoit leur
véritable Patrie. Le même Auteur a fait
dans une autre Dissertation l'Apologie
d'Attila,et de la nation des Huns.
De Zurich. Le célcbre M. de Scheuchzera
publié en Allemand un Traité qui
a pour titre: Nouvelle et facile maniere
de lire de vieilles Lettres, et de vieux
Actes.
DeHelmstadt.Vérs la fin de 1719. on
publia sous les auspices de M. Mosheim,
une Dissertation historique et théologique
sur le soin avec lequel les anciens
Payens imitoient à divers égards, les
Chrétiens:De studio Ethnicorum Christianos
imitandi.
De Jene. M. Emmanuel Chrétien Loeber
, Professeurextraordinaireen Médecine
, a fait imprimer en 1731. un court
Traité Latin sur l'utilité de la saignée
dans les maladies aiguës des Enfans.
De Leipsic. Gleditsch a imprimé en la
même année un Recüeil de plusieurs Dissertations
sur l'Architecture
, tant civile
que militaire,in8. par M. BenjaminHederich.
De Francfortsurl'Oder. M. Jean-Georges
MichaëlÚ
,
Recteur du College de
cette Ville,et Professeur extraordinaire
en Philosophie, publia en 1731.à sa réception
deux Dissertations. De victimarum
corde ad AltareDomini non addu-.
cendo.
De Berlin. Ona publié une brochure
en Allemand, intitulée: Traité HistoriqueetPhisiquesurles
Sauterelles,à l'occasion
du mal que ces animaux ont fait
dans certains Endroits de la Marche,
BIBLIOTHÈQUE ITALIQJJE , ou
Histoire Littéraire de l'ltalie,&c. LETTRE
de M.sur le IV.T.deceJournal
, contenant les mois de Janvier, Févriery
Mars et Avril 17z9. A Genêve
chez. MarcMichelBousquet et Compagnie,
pp. 303.
Je suis, Monsieur
, un peu en arriere
à l'égard du compte que j'ai entrepris de
vous rendre de la Bibliothèque Italique
Deux raisons me serviront d'excuse. Je
ne reçois pasceJournal Littéraire bien
régulièrement, er yz me dois d'ailleurs à
diverses occupations qui ne me laissent
guére de ce qu'on appelle heures de loisir.
Tâchons cependant denous remettre
sur les voyes, et de venir le plutôt qu'il
sera possible au volume courant.
Celui dont il s'agit ici, qui est le IV.
contient XV. articles, dont je ne toucherai
sommairement que les principaux,
par la raison que je viens de dire. LeI.
présente la suite de l-, Lettre deM. le
Comte de sur le caractere des Ita*
liens, dont la premiere partie est rapportée
dans le précèdent Journal. L'Auteur
examine ici la valeur des Italiens, et remarque
que leurstroupes ont toujours
été plus propres à servir dans l'infanterie
que dans la cavalerie; il passe à leur bravouredans
les combats singuliers,età cette
occasion il recherche l'origine des
Duels, qu'il fait naître dans. l'Italie, et
qu'il attribueauxLoix barbares des Lombards
; il en examine les progrès., et les
Loix qu'on voulut établir au XVI. siécle
, pour régler ces sortes de combats,
et il nomme les Auteurs qui ont écrit
dans ce même siécle contre ce faux point
d'honneur
, et ceux qui en ont pris la défense
et les intérêts. L'Auteur considère
ensuite les Italiens du côté de leur inclination
et de leur penchant pour les
plaisirs des sens; cela doit être lûdans le
Journal même.
Le second article est une suite de l'extrait
du VI. tome du Recüeil des Historiens
de l'Italie de M. Muratori. On trouve
entr'autres choses curieuses dans cet
Extrait,la Descri ption du siége d'Ancone
par les troupes de l'Empereur Frede.
ric I. en 1572. C'est un très-beaumorceau.,
Les articles VI. et VIT. doivent faire
un grand plaisir aux Amateurs de l'Antiquitéion
y trouve l'Extrait de deux Ouvrages
considerables, dont le premier est
intitulé: Inscriptionum antiquarumGrcarum
et Romanarum,&c. Inscriptions antiquesGrecques
et Romaines,qui sont'
en Toscane; première partie,qui contientcelles
de Florence., avec des Remarques
de M. Antoine-Marie Salvini, Professeur
en Grec à Florence, par Antoine-
François Gori Prêtre du Ba ptistaire et de
l'Eglise de S. Jean de Florence, &c. à
Florence, chez Joseph Manni, in-folio
1727. PP. 88.pour laPréface)etles015.
servations sur les Pierres gravées, et pp.
4.66. pour les Inscriptions.
Le second Ouvrage porte pour titre:
Camera ed Inscrizioni sepulcrali, &c.
Chambre et Inscription sépulcrale des
Affranchis, Esclaves
, et Officiers de la
Maison d'Auguste,découvertes dans la
voye Appia, avec desNotes de M- Fran.
çois Bianchini de Verone. A Rome, chez
Jean-Marie Salvioni. 1727. infolio, pp.
87. pour l'ouvrage, y compris les tables,
et pp. 8. pourlaPréface, letout
accom pagné de sept planches très belles.
Cette découverte est une des plus curieuses
que l'on ait faites entre les monumens
qui ont étédéterrez depuis un certain
tems. C'est une Sale sépulcrale qui
appartenoit en propre à la société des Affranchis
et des Esclaves qui servoient
l'Em pereur Auguste, Livie, et les Princes
que cet Empereur avoit adoptez.
Par le dénombrement qu'a fait M.Bianchini
des Urnes qui y étoient rangées
avec un ordre admirable,on voit que
cette Sale devoir contenir elle seule près
de trois mille Urnes, nombre prodigieux
pour des Esclaves et des Affranchis de la
seule Maison d'Auguste et de Livie, et
qui fait voir jusqu'où alloit la puissance
des Césars, et la magnificence de leurs
Maisons. Sans parler d'un autre monument
semblable, qui avoit déja été découvert
dans le Fond de M. Blanchini,
en-deçà de la Colonne Milliaire., près
du Ruisseau d'Almove, et qui en contenoit
pour le moins autant, ni encore
d'une autre Sale qui avoi t été découverte
auparavant près de l'Arc de Drusus,
dont on conserve quantité d'Inscriptions
dans le Palais Farnése; ni enfin
d'autres Monuments pareils destinez aux
Esclaves et aux Affranchis., qui étoient
dans les Lieux de Plaisance de cet Empereur.
Ces Découvertes justifient et
eclaircissent les expressions des anciens
Auteurs, qui appellent cenombre prodigieux
de Domestiques. Minuter Populus,
Longus Ordo,Grex, Agmen-, Cohors:
et Legio Servorum. La Sale dont il s'agit
ici est d'une structure très-réguliere.
M. Bianchini y a trouvé toutes les proportions
que Vitruve a si' fortement recommandées.
Les bornes d'une Lettre neme
permettent pas d'entrer dans le dé-,
tail d'un Ouvrage si curieux;notre Journaliste
renvoye lui-même à l'Ouvrage
de M. Bianchini, et sur tout à la Planche
qui représentel'intérieur de cette Sale.
Dans l'ArticleX on lit une Eloge historique
de M. le Clerc, mort le 8 fuin
1728. âgé de 76. ans. L'Eloge finit par
une Piece Latine en Dialogue de la
façon de M. Turretin, son Ami, c'est
une Allégorie entre la République et les
Muses qui se disputent
, à l'envi, la
possession d'un homme aussi célébré,
&c. L'Article XII. roule sur une nouvelle
Edition des Oeuvres du Cardinal
Noris, faire à Vérone en 1729.
Les Nouvelles Littéraires sont contenuës
dans le XV. et dernier Article,
et voici ce qu'on y apprend de plus intéressant
de divers endroits.
De Turin. On a mis la main aux Cons
mutions de l'Université de cette Ville,
pour le règlement et l'ordre des Etudes..
Il y aura quatre Chaires de Thêologie,
5. pour le Droit, 5. pour la Médecine,
et 5. pour la Faculté des Arts. On croit
que le Chancelier sera à la tête de l'Université
et qu'il aura sous lui des Présidents
pout chaque Faculté; on publieen
même-temps que le Roy de Sardaigne
fondeà Turin quatre Collèges,dans
chacun desquels il y aura 25. Bourses
pour l'entretien de 100. pauvresEcoliers
choisis dans les différentesPravinces .de
ses Etats.
De Milan. M. Joseph-Antoine Sassy,
fait imprimer ici un Ouvrage curieux:
De Studiis Medionalensibus AntÙfJtÎs a
NoviJ, un vol. in 8.
De Florence. Dominique-Marie Manni,.
a mis sous la Presse cette année1719.
une nouvelle Edition du Dictionnaire
de l'Académie de la Crusca,
De Veronne. Tumermani, qui a entrepris
la nouvelle Edition des Oeuvres
du Cardinal Notis, apprend au Public
que pour ôter la prévention où l'on
pourroit être que les Italiens ne savent
guere faire autre chose que traduite des
Livres François, ou copier les Editions
faites au-delà des Monts, il entreprend
d'imprimer une nouvelle Edition en 2.
Tomes de toutes les Oeuvres de Cassiodore
, qui est celle de M. le Marquis
Scipion Massei.
De Luques. Dans le même temps que
Colletti de Venise im prime les Commentaires
sur la Bible de Dom Calmet,
traduits en Latin, le Pcre Mansi, de la
Congrégation de la Mere de Dieu
J
Religieux
d'une grande réputation, traduit
aussi cet Ouvrage dans la même Langue.
Il sera imprimé dans cette Ville par les.
Freres Marescandoli.
La vingt-unième Partie des Cent NouvellesNouvelles,
par Madame de Gomez, qui se débitent
avec beaucoup de succèschez Mauduyt,aT
des Augustins, paroîtdepuis peu.
Un nouveau Livre, intitulé
,
Zélim et Damaitine
,en deux Parties, va paroître, chez le mê,
me Libraire.
Les premiers Ouvrages de M. Michel, Cha-
110ine, Maître de Musique de la Sainte Chapelle
du Roy là Dijon, ne paroîtront qu'à la fin de
Décembre Si ces Etrennes qu'il donne au Public
lui sontagréables, il continuera tous les ans 9
lui donner de nouvelles Pieces.,
Le Motet à grand Choeur avec ks cinq Parties
pour la Symphonie, executé plusieurs fois devant
le Roy, est dédié à M. le Maréchal Duc de
Noailles Prix 6. livres,
Le Recueil de vingt Leçons de Jérémie, avec
un Miserere à voix seule, est dédié à M. de Vaureal
,
Evêque de Rennes, et Grand-Maître de la
Chapelle-Musique du. Roy. Prix. 15.livres.
Quoique le plan ait été pris et gravé pour
le volumeentier des 10. Leçons
, on a crû pouvoir
néanmoins les détacher par 2. ou 3, pour
la plus grande commodité des personnes qui
n'en voudroient que quelques-unes, ensorte
qu'on a divisé cet Ouvrage en neuf petits Cayers,
tirez de ce Volume, indépendamment du Miserere.
Les premières Leçons sont séparées des secondes;
les secondes des troisièmes, pour chaque
jour; celles qui sont à Symphonie sont distinguées
de celles quisont sans Symphonie. Le prix
de chaque Leçon à Symphonie est de I. livre JO..
sols ; sans Symphonie une livre.
On voit dans ces premiets Ouvrages des Observations
curieuses touchant quelques nouveautez
dans la pratique de la Musique. On les trouve
à Paris, chez la veuve Boivin, ruëS.Honoré,
à li Regle d'or; le sieur le Clerc, rue du-
Roule, à la Croix d'or,et chez PAuteur à Dijon.
On trouve chez les mêmes Marchands le [Ioi
siéme Livre de Pieces de Clavecin de M. Dandrieu,
Organiste de la ChapelleduRoyet des Eglises
Paroissiales de S. Barthelemi et de S. Mery.
Les personnes qui aiment les Chants gracieux,
la modulation naturelle et la bonne harmonie,
auront de quoi se satisfaire dans cet Ouvrage, dont le Frontispice indique le caractère sous une
allégorie aussi bien executée qu'elle est ingénieuse.
Cette allégorie, qui produit une fort
belle Estampe ,
représente les Graces qui remettent
une Lyre au Génie de la Musique,et lui
montrent en même-temps des Danses Champêtres
dans l'éloignement, comme pour lui mar
quer ce qui doit faire l'objet de ses Chants. Elle
est peinte par M. Lancret,et gravée par M. Tho*
massin,Graveur du Roy.
Le sieur Roland Marais,fils du celebre Marais,
Ordinaire de la Chambre du Roy,va donner
au Public le mois prochain un Livre en partition
etchiffré, des Pieces qu'il a faites pour la
Viole, et dont l'execution par ledit sieur Roland
Marais, leur Auteur, a eu une Approbation générale.
Il a eu soin de mettre en meilleur ordre
quantité de ces Pieces
,
qui ayant couru manuscrites,
avoient été tronquées; il les a toutes composées
de façonqu'elles peuvent être executée
sur toutes sortes d'Instrumens et particulièrement
sur le Clavecin. Il a eu soin aussi que plusisurs
de ces Pieces soient assez faciles pour les
personnes qui ne font, à proprement parler, que
commencer.
Ce Livre se vendra chezl'Auteur Paris,rue
])4uphme, et chez la veuve Boivin,à la Reglè
d'or,et le sieur le Clere
, ruë duRoule,à lit
Croix d'or.
M. l'Abbé Nollet, ayant été informé que l'on
donnoit à desThermometres ordinaires la figure
et l'ornement de ceux qu'il construit, selon les
principes de Mde Reaumur , nous a priés d'a~
vertirqu'il signe de son nom tous ceux qu'il
fait, et qu'il les accompagne du petit Livre qui
en explique les principes et les usages.
Les personnes qui voudront'toujours être eh
état de sçavoir la différence de temperature qu'il
y a entre l'Air exterieur et celui de leurs appartemens
, trouveront chez M. l'Abbé Nollet des
Thermometres de comparaison, dont les Planches
sont vernies et disposées de façon qu'on les
peut exposer à l'injure du temps , sans craindre
que la graduationen soit endommagée.
Pour les Bains, ou pour mesurer les degrez de
froid et de chaud de quelque liqueur ; il y en a
d'autres dont re& Planchessebrisent et laissent le
Thermometre izolé par sa partie inférieure.
M. l'Abbé Nollet, continuera après les
Fêtes de Noël, les Cours de Physique qu'il
a annoncés dans le Mercure et qui ont été
interrompus à cause d'un voyage qu'il a
été obligé de faire: il prie les personnes qui
voudront y assister) de s'inscrire quelque temps
avant.
Le sieur le Maire, Peintre d'Architecture, connu
déja par plusieurs Décorations qu'il a faites
pour la Comédie Italienne, vient de finir un
Morceau singulier de Perspective dans une Maison,
ruë d'Anjou, à l'entrée du Fauxbourg saint
ignoré, bâtie sur les Desseins du sieur Contant,
Architecte du Roy et de l'Académie.
Cette Perspective,oui contient 4J. pieds de
large sur 33. pieds de haut jusqu'au-dessous de
l'Entablement, arrête la vûe en entrant dans la
Maison et termine un espace d'environ zo. ou
22.toises, distribué en une Cour et un Parterre,
au long duquel regne leBâtiment.
Elle représente sur le devant unSalon ouvert, tl; l'on est censé devoir monter par quelques
marches naturelles. Ce Salon dont une grande J[cade forme l'entrée, est surmonté d'un toît
replié en Mansarde ronde ,et conduit à un Jardin
orné qui laisse appercevoir une Campagne
dans l'éloignement. Pour reculerle fond,le sieur
le Maire a placé au-delà du Salon la naissance
dedeuxRampes qui semblent border en descendant
un Perron désigné par le commencement
de ces Rampes. Le Jardin, dont la plus grande
partie se dérobe à la vue,reparoît à la faveur de
demi-teintes bien ménagées, dans une distance
éloignée
,
élevé par des Terraces ; ce qui suppose
une étendue considérable entre ces Terlasses
et le premierPerron.Les coups de lumière
qui tranchent en ligne oblique la Perspective et
Qui partent de l'ouverture supérieure du Dôme,
sont uneffettrès-vrai. L'Arcade soutenue par
des Colonnes isolées d'ordre Ionique, est accompagnée
de Pilastres et de contre-pilastres,
qui soutiennent un Attique, dans lequel en a
placé deux Figures de demi bas-relief de f. pieds
de proportion. Des Croiséesouvertes qui sont à
droit et à gauche ,ajoûtentàl'illusion en laissant
voir la suite de l'espace indiqué au-delà du
alon.
Cet Ouvrage a encore une singularité par le
mélange et l'accord du pinceau et du ciseau.
L'oeil séduit et flatté par la beauté vraye qui en
résulte
, a peine à discerner si le tout estpeinture
ou si le tout est Architecture.
On laisse aux vrais Connoisseurs et aux plus
habiles de l'Art,lesoin de rendre au sieur le Maire
la justice qui lui est due. On se contente d'indiquer
ici deux autres Morceaux du même genre,
qu'il a faits dans l'Escalier de cette Maison; il
sera aisé de juger, en les examinant,de ce que
le Peintre a voulu rendre et des moyens qu'il a
employez pour y parvenir, ayant sur tout à
combattre les tons d'une pierre nouvellement
employée
, et dont la blancheur pouvoir nuire à
ún Ouvrage qui demandoit à être traité dans un
goût tendre.
Les Figures et les Sculptures saillantes sont
du sieur Martin.
Il paroît une nouvelle Estampe, intitulée,
Adieux de Chasseurs et Chasseresses, gravée par
le sieur Moyreau, d'après un Tableau original
d'une admirable composition,de Ph. Wauvremens,
ayant 14. pouces de large, sur 19. de
haut, du Cabinet de la Comtesse de Verrue.
Cette Estampe se vend chez, l'Auteur, ruë Galande,
vis-à-vis s. Blaise. C'est la seizième
qu'il grave d'après le même Maître.
Il paroît une autre Estampe plus petite
,
aussi
en large, gravée avec soin par le sieur Beaumont,
et de la même grandeur du Tableau original du
Breugle de Velours, du Cabinet de la Comtesse
de Verrue,représentant les Ruines du Temple de
laSibileàTivoli, avec Paysage, Bateaux et
Pêcheurs
,
&c. Elle se vend ruë S.Jacques, Che-ç
l'Auteur.
Le Portrait en Didon, de Madlle Dufresne j
une des premieres Actrices du Théâtre François
oravé par M Ltpicier, de l'Académie de Peinture,
paroîtra le mois prochain. chezSurugue,
ruëdes Noyers, et chez la veuve Chereau ruë
S. Jacques. Il se vendra 3 livres. Ce:c,: Estampe
a été faite d'après le Tableau original peint par
M. Aved, Peintre Hol:.1.-.dJis reçule27. du
mois dernier à l'Académie Royale de Peintureet
de Sculpture,où l'on voit deux Morceaux de lui
qui lui font honneur; ce sont les Portraits de
Mrs Caze et de Troy, de la mêmeAcadémie.
M. le Graud-Prieur, qui protege les beaux
Ans, vient de donner une nouvelle preuve de
son goût, par le choix qu'il a fait de M. Nattier,
de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture,
pour continuer les Ouvrages qui avoient été
commencez en son Palais du Temple
, par feu
M. Raoux
, et dont l'exécution avoir été suspenduë
par la mort de cet habile Peintre.
Le sieur le Carlier, Gendre du deffunt sieur
Porcheron, continue la même Pommade composée
de Simples, autorisée par Lettres Patentes du
Roy, accordées à Porcheron et à ses Successeurs,
approuvée de M. le Premier Médecin du Roy, de M. Helvetius, Médecin ordinaire de S. M. el
premier Médecin de la Reine, et de Mrs les
Doyen et Docteurs de la Faculté de Médecine de
Paris, lesquels ont eux-mêmes guéri par le seul
liniment et frottement de cette Pommade, plusieurs
Malades de Rhumatismes inveterez, gouttux,
douleurs de nerfs, nerfs retirez, SciatiiqUS
J Paralisies et Enquilauses dans les boëtes
des genoux ,
qui ne cédoient point aux remedes
ordinaires; elleguérit aussi les playes abandonnées;
elle fait transpirer l'humeur sansaucunes
cicatrices; n: se corrompt point, et peut £C transporter. La même Pommade guérit lesmaux
de tête et les fluxions. Il donne la maniéré de
s'en servir. Les Pots sont de 50. sols et de 100.
sols cachetez de son cachet.
Il demeure à Paris, ruë Pavée
,
Quartier saint
Sauveur
,
derriere la Comédie Italienne, proche la
ruë Françoise, au premierdépartement où son
Tableau est exposé.
LETTREde M. C.D.V. de Marseille,
À M. D. L. P. de Paris, au sujet d'un
Antidotesouverain contre l'Apoplexie,
débité par le sieur Arnoult, Marchand
Droguiste, demeurant À Paris,ruë des
Cinq Diamans. cE seroit manquer aux devoirs de l'amitié, et
de lareconnoissance,Monsieur,que de différer
pluslong-temps à vous remercier du Remède
que vous m'avez envoyé contre l'Apoplexie,
laquelle m'a fait une si cruelle guerre,et dont j'espere
être délivré pour toujours.
Jugez, Monsieur, combien je vous ai donné
de bénédictions, et combien j'ai exalté celui qui
possede ce Spécifique; maisje n'étois pas seul a
signaler ma reconnoissance ; cinq de mes Amis,
àqui j'ai fait part des bienheureux petits Sachets
dont vous m'avez gratifié et qui s'en sont aussifeien
trouvez que moi, tenoient leur coin à merveille
, et jamais Esculape ne fut si bien chanté,
lorsqu'il vint délivrer Rome de la peste, que l'a
été le sieur Arnoult, par la petite Troupe sauver
des fureurs de l'Apopléxie.
Un de nous, dans son entousiasme
, composa
IOr le champ les Vers que vous allés lire; ils na
sont ni châtiez ni bien limez
,
aussi l'Auteurne
se picque-t'il pas d'être Poète. Je suis, &c.
A Marseille,ce 10. Novembre 1734.
ELOGE DUSPECIFIQUES
EN
vain, funeste Apoplexie,
Tu veux attenter àmes jours;
Contre ta mortelle furie
Je possède un divin secours ,
Un secours qu'Apollon* lui-méme;
Fit de sa bienfaisante main,
Et doüa de vertu suprême ,
Pour conserver le Genre humain:
Déja ce Remede admirable
ll'a sçû garantir de tes coups.
Et ma santé ferme et durable,
Est à l'abri de ton couroux.
Sur mon estomach tu reposes. * *
* Apollon, Dieu du Jouret des BeauxArt, ett
AUSSI regardé comme le Dieu de la Médecine.
* * Ce Spécifique est dans un petit Sachet, proprement
couvert de taffetas, on l'attache avec u» ruban
, ensorte que le Sachet tombe d4îis le creux dt l'estomach,
0 bienheureux petit Sachet!
Tu me tiens lieu de toutes choses;
Beni soit celui qui t'afait!
CHANSON,
Quel
bruit! quel murmure confus,
Quel carillon, dans nos coeurs éperdus,
Vient répandre ainsi l'humeur noire ?
On sonne pour les Morts,amis, entrons CélAS1
Sonnons, qu'on nous apporte à boire,
Nous sonnerons pour les yivans.
L. M. D. C.
La Musique est de M, Paulin
,
Maître
de Musique à S. Honoré à Paris.
AUTRE CHANSON.
UNPapillon,une Fillette
Sont volages dans leur ardeur ;
L'un aime la nouvelle fleur,
Vautre la nouvelle fleurette.
SPECTACLES.
PHILOMELE, Tragédie de M. Roy2
mise en Musique par M. de la Coste ,
et reprise par l'Académie Royale de Mu
sique, le 19. du mois dernier. Extrait. cEttc Tragédie fut mise au Théatre
pour la gremiere fois en 1705;
pour la seconde en 1709. pour la troisième
en 1723. le Public l'a toujours
vûë avec plaisir, et n'a pas trompé l'es..
perance de l'Auteur, qui dans un court
Avertissement lui a dabord demandé grace
pour son coup d'essai en ces termes: Cet Ouvrage est l'essai d'une Muse nais
sante
3
qui attend avec respect le jugement
du Public, pours'encouragerà mériterqu'il
lui devienne favorable.
Nous serions peu équitables si - nous
disions que c'est ici la meilleure Piece de
M. Roy. La Tragédie de Callhyroé et le
Balet des Eléments, l'emportent sans contredit
sur Philomele ; cette derniere ne
laisse pas d'avoir de grandes beautez, et
peut-être a-t'elle plus de feu quecelles
qui l'ont suivie ; mais il y a beaucoup
plus de raison dans celles qui ont été
produites dans un âge plus mûr: on en
jugera par l'Extrait.
Le Temple de Vénus est représenté
d:lnS la Décoration du Prologue. Vénus
seplaint de Mars, qui,oubliant l'amour
dont il a brûlé pour elle, est devenu le
plus cruel ennemi de son Empire, par les
ravages qu'il fait en tous
1
lieux; Mars
vient la consoler par sa présence,et par
la promesse qu'il lui fait d'une paix prochaine.
Comme cette Piece a éé reprise
plusieurs fois, on a pu faire des changemens
dans le Prologue qui confondent
les époques, ainsi on ne peut sçavoir précisément
à quel temps se ra pportent ces
Vers que Mars chante, en parlant du
Héros de la France:
Mais content de l'effroi que son nom seul inspire
Illaisse reposer mon bras,
Et la Paix va me rendre à vos charmants appas.
Venus rappelle les Plaisirs et les Jeux
que la guerre avoit dispersez. Leur Troupe
charmante auroit suffi pour la Fête
tiltPrologue, mais l'Auteur a appellé
des Bergers à son secours, pour y mettre
plus devariété. La Tragédie est annoncée
par ces Vers chantez par un Berger
et une Bergere :
Que l'amourèuse Philomele ,
Par de nouveaux accens attendrisse nos (:oeir$;
Plaignons ses funestes malheurs;
Celebrons son amour fidele.
Au premier Acre ,le Théatre représente
une Sale du Palais de Terée Plogné,
soeur de Philomele et femme de Terée;
Roy de Thrace,ouvre la Scene au milieu
de deux Confidentes
,.
dont l'une est
Prêtresse de l'Hymen, et l'autre Magicienne;
elle leur fait connoître les
-
raisons
qu'elle a de s'affliger. Elle aime tendrement
sa soeur et cependant elle voudrait
qu'elle fût bien loin;elle n. doute point
que Terée ne l'aime et que cet amour
ne s'oppose à son retour dans Athènes d'où elle étoit partie , pour chercher iu-
-
près de Terée un azile contre les ennemis
de Pandion, son Pere;. ainsi quand
ses Confidentes attribuent sa tristesse et
ses pleurs au prochain départ d'une soeur
qui lui est si chere; elle leur répond:
Sa présence en ces lieux m'en coûtedavantage
;
Je laverrois quitter ce funeste Rivage,
Et les vents avec elle emporter mes malheurs;
Son départ me plairoit, mais le Roy le diffère j
Et c'est ce qui me désespere.
Elle n'a garde de soupçonner d'approuver sa sccur une flamme si coupable,
voici comme elle le fait connoître :
Perfide Epoux! amour fatale!
Ma soeur, ma chere soeur,
Nom trop doux pour une Rivale,
Lui prêtes-tu ta main pour me percer le coeur?
Non, rendonslui plus de justice;
Du crime de Terée elle n'est point complice.
Terée vient;Progné dissimule ses soupçons,
elle remercie son Epoux d'avoir
arrêté le jour d'un départ si souhaité;
Terée lui dit qu'il vient l'annoncer à sa
soeur;. Progné se charge de ce soin.
Terée fait connoitre dans un Monologue
, combien il est loin de consentir au
départ de Philomele
3
il ne lui a pas encore
parlé de son amour; il n'ose lui faire
un aveu si criminel, il craint même de
la voir, de peur que sa présence ne 1&
force à parler; le désordre de son ame
s'exprime par ces Vers:
Peut-être un doux moment va l'offrir à mes
yeux;
Le plaisir de la voir me trahira moi-même;
Ses chers Athéniens s'assemblent en ces lieux;
Ah!j'entendraidumoins parler de ce que j'aime»
LesAthéniens et les Athéniennes qui ont
Suivi Philomele
,
quand elle est venue
chercher un azile dans la Cour de Terée,
font le Divertissement de ce premier
Acte.
Après la Fête, Terée fait entendre ce
qui se passe dans son coeur par un court
Monologue.
Philomele vient le remercier des apprêts
qu'il fait pour son prochain départ;
cette Scene est, sans contredit la
plus belle de toute la Piece; l'Auteur a
trouvé le secret d'intéresser pour Terée
tout coupable qu'il est. Ce malheureux
Esclave de l'Amour, tout injuste qu'il
est, ne laisse pas de se faire plaindre;
Philomele avoit été sa premiere amour; Progné l'emporta sur sa soeur par le droit'
d'ainesse; on fit parler les Dieux et même
Mars, son Pere en faveur de cellequ'il
fut contraint d'épouser;enfin dans eoutc
cette déclaration d'amour, il ne lui échappe
rien qui sente le Tyran, hors ces
deux Vers:
Mon coeur a gardé le silence
Assez pour un Amant,trop long-tems pOtit
un Roy.
Ilannonce par ces deux Vers de quoi
il sera capable, si l'Amant désesperé est
réduit à commander en Roy.
Philomele indignée de voir qu'il respire
à la fois l'adultère et l'inceste; le
quitte en s'écriant:
Fuyons,sauvons ma gloire; !
Tout res pire le crime en ces funestes lieur;
Si les Actes suivants avoient répondu à
ce premier, l'Auteur n'auroit pas eu
besoin de l'indulgence qu'il implore dans
son Avertissement ;
Au deuxième Acte le Théatre représente
les Jardins -du Palais de Terée. Philomele
sort du Palais toute éperdue;elle
craint de faire connoîirc le sujet de son
indignation; elle ne veut le découvrir
qu'aux Bois, aux Fontaines et aux Echos;
cependantà peine Athamas son Amant
vient se présenter à ses yeux, qu'elle lui
déclare que Terée est son Rival. Athamas
veut sevanger de ce Rival odieux;
mais Philomele le fait résoudre à dissimuler
son couroux ; ils implorent le secours
de Minerve,elle descend des Cieux;
mais ce secours imploré et accordé se
borneà la seule Philomele; voici comme
Minerve s'explique.
Pour finir vos malheurs, j'abandonne les
Cieux.
Princesse,du Tyran je confondrai l'audace;
Avant la fin du jour vous quitterés la Thrace;
Heureuse si l'objet, que vous aimés le mieux,
Echappe comme vous de ces funestes lieux.
LesSpectateurs auroient bien voulu
que les pleins pouvoirs que le Destin a
donnez à Minerve eussent eu un peu plus
d'étenduë, et que le vertueux Athamas
eut été compris dans le traité; mais peutêtre
l'Auteur a cru que la chaste Minerve
ne devoit s'interesser que pour la deffense
de la pudicité. Athamas prend son parti
en Amant qui ne songe qu'à sauver ce
qu'il aime
, et dit tendrement à Philoiriele;
Si je puis voir enfin vos allarmes finies,
Du soin de mon bonheurje dispense les Dieur"?
»
La fierté dece dernier Vers fait bien
voir qu'il est piqué contre Minerve
,
qui
se contente de dire qu'il jouera de bonheur
, s'il échappe à la fureur de son
Rival.
Les Genies de la suite dé Minerve
composent la Fêtedu second Acte. A pres
bqu,lIe Minerve et tous les Acteurs de
la Scene se retirent, ce qui ressemble si
fort à une fin d'Acte; que les Spectateurs
ysont trompez &c.
Dans ce surcroît de Scenes,Terée se
plaint de l'inflexible rigueur de Philomele
; Arcas son confident lui dit qu'un
Roy ne doit jamais soupirer envain ; il
lui conseille de répudierProgné et d'épouser
Philomele.Terée approuve ce
dessein et ordonne à Arcas d'aller tout
préparer,&c. Progné arrive; elle a entendu
les dernieres paroles de Terée ;
elle lui fait de sanglants reproches: elle
ne se contente pas de lui dire que Philomele
toujours inéxorablc la vangera
de son outrage; elle ajoute qu'Athamas
est aimé de cette Princesse. Cette indiscrétion
est un Arrêt de mort pour Athamas;
TeréequitteProgné en lui disant
Reine,c'est à vous de trembler:
Je sçaurai m'assurer d'une ingrate Maîtresse,
Et d'un Rival heureux;
Et vous me répondrez peut-être de tous deux..
Progné reconnoît, mais trop tard, la
faute qu'elle vient de faire; ses deux
confidentes qui ne la quittent jamais la
pressent de pourvoir à sa propre seureté
ou à sa vengeance : l'une lui promet un
azile dans leTemple de l'Hymen,dont
elle est Prêtresse; etl'autre lui répond
du secours des Enfers.
La Décoration du troisième Acte représente
le vestibule du Temple de l'Hymen,
le Templeparoît fermé.
Terée commencel'Acte avec Athamas;
ce dernier est désarmé,Terée lui ordonne,
s'il ne veut périr, de renoncer à Philomele
et de mériter sa colere par une
feinte inconstance. Athamas lui proteste
qu'il vivra et qu'il mourra fidele. Terée
le menace de la mort de Philomele ; il
sort pour lui envoyer cette Princesse.
Athamas s'étant déterminé dans un Monologue
à ceder Philomelle pour lui sauver
la vie, tâche de la porter à épouser
Terée ; elle s'y refuse et le quitterésoluë
de braver le Tyran et la mort même.
Tcrée vientdans le dessein d'épouser
Philomele bongré malgré: des Courtisans
forment la Fête d'un Hymen si déraisonnable
; Terée presse ensuite Philomele
de le rendre heureux, si elle ne veut
voir périr Athamas; cette cruelle menace
la détermine à accepter la main du Tyran;
mais elle lui fait entendre par ces Vers
qu'elle servira de victime à ce cruel Sacrifice.
Mon désespoir te livre ta victime j.
Mais n'espere pas
Profiter de ton crime;
Tu vas pleurer mon trépas,
Parmi ces apprêtscélebres;
Ces flambeaux de l'Hymen sont desflambeaux
funebres
Qui le vont éclairer ;
Ce Trône est le bucher où je vais expirer,
Qui, traitre, ainsi je remplis ton envie;
Mais pour punir ta cruauté,
Songe, en m'arrachant la vie,
Que mon cher Athamas est la Divinité
A qui je la sacrifie.
Ces im précations sont très
-
nobles;
c'est dommage qu'elles ne soient pas soutenues
par tout, et qu'elles soientdéfigurées
par des Verstronquez, enfants de
la paresse.
Terée ouvre le Temple; les portes se
brisent, la Statue de l'Hymen s'envole,
le Tonnerre gronde;des Monstres se répandent
sur le Théâtre ; tout cela n'intimide
point le Tyran; ces Monstres
semblent ne se montrer que pour varier
le Spectacle. Ils sont si peu à craindre,
que ce n'est pas sans quelque espece de
raison queProgné, qui se jette sur Terée,
un poignard à la main,lui dit:
Des Monstres que tu vois, connoy le plus
funeste &c.
Cependant elle ne lui fait pas plus de
mal que les autres Monstres; son amour
l'emporte sur sa fureur; et l'on diroit
que l'Auteur ne l'a chargée de ce crime
que pour justifier ceux- que Terée va
commettre;en effet, il finit racte par»
ces quatre Vers
Ah ! qu'est-ce que je voi ?
Quelle main s'arme contre mOlt
En dépit du Ciel qui m'outrage ,
Allons,sur un Rival faire éclater ma rage-
Au quatriéme Acte, leThéâtre représente
l'Appartement de la Prêtresse de
l'Hymen. C'est ici que l'Auteur rassemble
toutes les horreurs d'un sujet, qu'il déclare
avoir adouci; nous y passerons legerement
pour imiter sa circonspection.
Les deux. Compagnes assiduës de Progné
n'oublient rien pour la déterminer à
vanger son amour outragé; Elise l'invite
à se mettre à. la tête des Baccantes qui
doivent célébrer leur Fête- ce même
jour, elle promet d'y joindre le secours
des Enfers soumis à son obéissance; jusques-
là
, ce ne sont que des projets,mais
Philomele en vient presser l'exécution
par le récit de ce qui s'est passé dans le
Palais de Terée.
L'Auteur la faitparoître dans un delire
qui rend l'action présente aux yeux
des Spectateurs; laPoësie en est très- belle,
et la Dlle Lemaure l'anime p:.r sa belle
voix et par un jeu qu'on ne sçauroit assez
loüer. Tout parle en elle, et le seul plaisir
de la voir peut disputer de préférence
au plaisir de l'entendre ; elle fait connoître
aux Spectateurs que Teréevient de
s'immoler Athamas, et que si un Dieu
n'eut arrêtécetAmant furieux, il se seroit
porté aux dernieres violences contre
elle.Voici comme elle s'exprime dans
son délire:
Quel sang vois-je couler ?
C'en-est-fait sa fureur vient de se l'immoler ;
Ah! mon Amant est mort acheve ton
ouvrage ?
Barbare, dans mon coeur vien percer son image.
Quoi ?je te vois à mes genoux î
Est-ce ton amour ou ta rage,
Dont je dois ressentir les coups?
Ose-tu donc sur Philomele
Porter une main criminelle
Un Dieu l'arrête.. Il ne se connoirpIus'f
Sa fureur est extrême:
La puisse-t'il porter contre lui-même !
Après cette belle tirade ,
Philomele
tombe en foiblesse, et n'en revient que
pour exciter sa Soeur à leur vengeance
commune 3 ce Duo chanté par les deux
plus belles voix de l'Opéra, est généralement
applaudi; et la Dllc Antier qui
s'étoit fait admirer autrefois dans le rôle
tlc Philomele
,
fait voir dans celui de
Progné qu'elle est toujours admirable.
Pour seconder la vengeance de ces deux
Princesses, Elise évoque la jalousie
des Enfers; cette noire Divinité aporte
à Progné un poignard qui doit servir à
rendre Progné plus criminellequeTeréemême
; comme l'Auteur n'avoitpas besoin
d'une Fête infernale pour remplir
cet Acte,auquel la Fête des Baccantes
suffisoit de reste , on auroit souhaité qu'il
eut rendu Progné moins odieuse en lui
épargnant un si affreux parricide. L'Acte
finit par une Fête de Baccantesquiarmées
de flambeaux vont embraser le Palais de
Terée,Progné et Philomele marchantà
leur tête; cette Fête est des pluseffra yantes
et des plus belles qu'on puisse voir.
Le Theatre représente au cinquième
Acte le Palais de Terée embrasé, aussf
bien que la Ville. Philomele. vient déplorer
lemalheur des innocents qu'elle sacrifie
à son cher Athamas ; cependant
-
elle ne laisse pas de s'en applaudir par
ces Vers :
Brulés, Palais; ne soyés plus que cendre ;
Que la foudre du Ciel y puisse encor descendre i
Brulés
,
Palais, ce vaste embrasement
Est un bucher digne de mon Amant.
Une douce Symphonie succede à ce
terrible Spectacle. C'est Minerve qui
remplitSA promesse:on auroitbien voulu
qu'elle eût promis quelque chose de plus,
et quetant d'innocentes victimes n'eussens
pas été confonduës dans le crime deTerée.
Une Troupe de Génies, Suivants de Minerve
, et déguisez en Matelots,forment
la Fêe de ce dernier Acte. Le chef décès.
Genies s'explique ainsi , parlant à lhilo",
mele;
Belle Princesse
,
Minerve vous tient sa promesse ;
Reconnoissés son secours;
Des plus affreux dangers elle a sauvé vosjours,
Ilne lui reste plus qu'à vousrendre àla Grect.
Prognévient interrompre la Fête;elle
fait entendre qu'elle a poignardé son
propre fils,poursevanger de son par- jurepoux > Philomelelui reproche sa
cruauté; ces deux Soeurs infortunées, dont
l'une excite plutôt l'indignarion que îi
pitié, s'embarquent ensemble pour rcteurner
au lieu de leur naissancc.. L'Al¥!-
teur nous insinue leur Métamorphosepai
ces Vers de Progné:
plions
, ma Soeur, allons dans quelque antri
Sauvage,
Enfermer ma honte et ma rage.
Chacun sçait que Philomèle fut changée
en Rossignol
, et Pregné en HyroHdelle
; pour Terée on ne peut accorder
sa catastrophe avec celle de la Fable-;
qui le fait devenir Huppe. Il ne nous
reste plus qu'à rendre compte du sentiment
du Public sur cet Opéra; le Poëte
et le Musicien ont trouvé beaucoup
d'Approbateurs; mais le Musicien en a
réuni un plus grand nombre en sa faveur.
On fait sur tout un grand cas de sonrécitatif,
qui pourroit servir de modele à
ses plus siers Rivaux.. Le Poete écrit avec
beaucoup d'élégance et de feu; mais la
variété qu'il a mise dans cet Ouvrage a
paru dégenerer en confusion.
LaDécoration du cinquième Acte,qui a
mérité l'attention et les applaudissement
du public, représente le Palais et la Ville
de Terée. Elle offre d'abord à la vûë un
grand Vestibule, contenant toute la largeur
et la hauteur du Théâtre, Vû- diagonalement
par angles; le principal corps
de l'édifice est soutenu par douze Arcadei
portées par des Colomnes
3
dont trois sei
présentent de face, et les autres se suivent
en dégradation,le Vestibule formant un
plan quarré a droite et à gauche ; deux
grands Escaliers qui sont supposés conduire
aux appartemensdece vastePalaisià travers
des Arcades, on voit une partie dela
Ville, et un Port de Mer dans l'éloignement,
le tout éclairé par un clair de
lune. -
Le Palais et la Ville sont en feu, on
voit sortir les flammes de toutesparts /et
la charpente tomber embrazée,cesflammes
sont faites par le moyen de plusieurs
fers contournés en forme de flammesarecouverts
de toilles transparentes peintes
en feu
, et par une quantité de lumieres
derrière; des étoupet, de l'arcanson
, et
des artifices brûlans en flammes réelles à
côté de celles qui sont peintes,mêlées de
plusieurs étincelles et de tourbillons de
feu et de fumée ; le bruit que ces grosses
piecesde charpente sont en tombantainsi
alluméess augmentent l'étonnement et la
terreur, et représentent au vrai ladestruction
et les effets d'un incendie; ensorte
que plusieurs spectateurs effrayez par le
spectacle, ont été sur le point de se sauver.
Cette décoration a été peinte surles
desseins du Chevalier Servandony, par le
sieur Earroselle fils
3
d'Avignon.
Le 16.Décembre l'Académie Royale
de Musique remit au Théâtre la Tragédie
d'ïphigenie en Tauride, que le public à
reçu avec de grands applaudissemens ;
cette piece n'avoir pas été jouée depuis
1719. On en parlera plus au long.
Le premier de ce mois les Comédiènf
François donnèrent une Piece nouvelle,
sous le titre des Mécontens
, en trois Actes
, et un Prologue,fort bien écrite, que
le public reçût favorablement; mais les
deux derniers Acres n'ayant pas été aussi
goûtez que le premier et le Prologue,
l'Auteur a réduit les trois Actes en un
seul, et elle est beaucoup plus applaudie
en cette manière. Il y a un Divertisse
ment à la fin, avec un Vaudeville qui fait
beaucoup de plaisir.
Le 2. Décembre les Comédiens Italiens
firent l'ouverture de leur Théâtre après
leur retour de Fontainebleau, par laComédie
du Petit Maître Amoureux, qui fut
suivie du Ballet Pantomime, représentant
la Fable de Pigmtion, dansé parU
Demoiselle Thomassin et le sieur Riccoboni.
Le sieur Deshayes, nouvel Acteur,
débuta par le rôle du Valet dans la première
picce ,etil ne fut pasmoinsapplaudi
qu'ill'avoit été à la Cour dans le même
rôle; il a joué depuis dans d'autres
Pieces qui l'ont fait goûter de plus ci-à,
plus du Public: il a été reçu dans ta
Troupe du Roi de même que la Demoiselle
Riccoboni.
Le 13. les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piece nouvelle en Vers en
nn Acte, suivie d'un Divertissement do
chants et de danses, qui a pour titre, le
Déguisement, dont on parlera plus atf
long. Cette Piece a été reçue très favorablement
du public.
NOUVELLES ETRANGERES.
AFFRIQUE.
ON a appris le détail suivant, touchant 1rs
causes et les circonstances du détrônement
de Muley Abdhala
,
Roi de Maroc.
Ce Prince qui avoit résolu depuis long tems
la destruction des Noirs de son armée, eut recours
il y à quelques mois à un artifice par leguel
il espexoit parvenir à l'exécution de son
dessein.S'étant rendu au lieu où ils étoient campez
, il sit remettre à leurs Officiers de l'argent
pour être distribuéaux Soldars, à qui il dit
dqu''eiluavxoi.t donné cciinnqq ducats pour cchhaaccuunnn
Les Commandans ayant fait la répartition
de la somme qu'ils avoient reçue, trouvèrent à
peine dequoi donner trois ducats à chaque Soldat
, et les Noirs persuadez que leurs Officiers
avoient retenu une partie de l'argent qui leur
avoit été destiné, se matinerent, pillerent les
tentes des principaux et en tuerent quelques-uns.
Des gens apostés par Muley Abdhala, augmentèrent
le désordre,en publiant que l'argent
donné par le Roi avoit été partagé inégalement
entre les Soldats,et en excitant ainsi la
jalousie des uns contre les autres.
Ces bruits semez adroitement, exciterent entr'eux
une espece de guerre civile et plusieurs
combats qui ont coûté la vie à un très-grani
nombre. Les Noirs ayant découvert dans la suite
que Muley Abdhala les avoit trompez,et qu'il
avoit formé le dessein de les perdre , se sont
révoltés contrece Prince ,qui a été obligé d'abandonner
le Trône à Muley Ali son frw:, eu
de se retirer à Tafilet
,
où il a emporté tous ses
trésors.
RUSSIE.
p Ar des courriers arrivez de Constantinople.
on a appris que le Grand Seigneur prétendoit
avoir divers sujets de se plaindre des Moscovites.
Ces nouvelles ont déterminé la Czarine
t prendre des mesures pour la sûreté des Provinces
frontières de ses EIAli du côté de la Tar-
-
I. roi. tarif
tarie, et l'on a expedié des ordres pour faire
garder par des troupes réglées tous les postes
importons le long du Pruth et du Dniester.
POLOGNE. 0N a appris par les lettres de la fin du mois
dernier, que la plus grande partie de la
Noblesse attachée aux - intérêts du Roi s'est assemblée
à Niska
, et que tous les Seigneurs et les
Gentilshommes qui s'y sont rendus
, ont formé
en faveur de S, M. une nouvelle Confédération
générale, dont M. Ozarouski aété élu Maréchal.
Il a été reglé dans cette Assemblée qu'on
leveroit dans toutes les Provinces du Royaume
pour l'entretien des troupes de S. M. les mêmes
impositions que les habitans du Palatinat
de Czersk ont consenti de payer, et qu'on abandonneroit
au pillage les maisons de ceux qui
refuseroient de payer les taxes qu'on leur auroit
impose.
La même assemblée a ordonné que tous les
Polonois qui ne signeroient pas la Formule de
serment dressée à Czersko
, ou qui donneroient,
sans y être contraints par la force des armes, quelques secours aux troupes Moscovites et Saxones
, seroient traitez comme ennemis de la
Patrie.
La plupart des Seigneurs et des Gentilshommes
qui se sont confédérés
,
s'étant déterminés
à prendre les armes pour soutenir les droits du
Roy et de la Nation
,
M. Ozarouski s'est mis à
leur tête, et il a marché du côté de Zamosc,
dans le dessein de joindre le Palatin de Volhinie,
qui continuë d'exiger des contributions de tous
les Vassaux du Prince Sangusko,
La Noblesse du Palatinat de Belsk aaussi formé
une confédérationparticulière, dont le Comte
Potocki, Palatin de Kiovie, et Régimentaire
de la Couronne,a été élû Maréchal,et parlaquelle
elle s'est engagée, non-seulement à ne
fournir aucun secours aux Saxons et aux Moscovites
, mais encore à les attaquer toutes les
fois qu'il importera au service du Roi, et à traiter
comme ennemis de la Patrie tous les Polonois
qui ne se conformeront pas à ce qui a été prescrit
par les assemblées de Niska et de Czersko.
Les Seigneurs & les Gentilshommes assemblez
à Niska,ont établi avant que de se séparer,
un Tribunal qui tiendra ses seances à Kolbusow,
et qui connoitra de toutes les affaires ayant rapport
à la nouvelle Confédération générale faite
en faveur du Roi. Ce Tribunal sera composé de
deux Députez de chaque Palatinat, et le StarosteFasielski,
qui a étéélû Vice-Maréchal de la
Confédération
, y présidera en l'absence de M;
Ozarouski, lequel est allé à la tête d'une partie
de la Noblesse conféderée joindre le Palatin de
Volhinie.
Il a été résolu dans l'assemblée tenuë par la
Noblesse du Palatinat de Belsk, de lever un Régiment
qui sera entretenu aux dépens de la Province
, et dont les Officiers seront nommés par
le Comte Potocki, Palatin de Kiovie,et Régimentaire
de la Couronne,qui est toujours avec
sies troupes dans les environs de Comarno, et qui le Palatin de Belsx a envoyé des Députés
pour le prier d'accepter la place de Maréchal de
la Confédération particuliere formée depuis peu
à Belsko.
La Noblesse confederée en faveur du Roi, et
assemblée à Niska
, a envoyé à S. M. l'Actede
la nouvelle Conféderation, lequel porte que le
Roi peut seul être regardé comme légitime Souverain
de la Pologne et de la Lithuanie, et que
S. M. ayant été couronnée en 1704. n'a pas besoin
d'être couronnée une seconde fois pour exercer
les fonctions de la RoyaUté; qu'ainsi les
Conféderés la fupplient de vouloir bien pourvoir àl'administration dela Justice, et de nommer
auxBénéfices et aux Charges qui vacqueront dans
la Pologne; qu'ils prient aussi le Roi d'envoyer
des Ambassadeurs dans plusieurs Cours de l'Europe
, et qu'ils se réposent sur S. M. du soin de
donner à ses Ministres les instructions qu'elle
croira nécessaires; qu'ils renouvellent au nom
de tous les Palatinats les engagemens qu'ils ont
pris dans la Diette générale de convocation,
dans celle d'élection, et dans les conféderations
particulieres ,par lesquelles ils se sont obligés de
maintenir,aux dépens de leurs biens et de leur
vie, les droits du Roi et dela Nation ; qu'ils invitent
tous les Polonois,qui par crainte ou par
quelqu'autre motif ont violé les sermens qu'ils
avoient faits dans les deux dernieres Diettes, à se
soumettre à S. M. et qu'on poursuivra avec la
derniere rigueur ceux qui persisteront dans leur
revolte.
Par le même Acte de conféderation, toat
Prince Etranger,ou tout Seigneur Polonois,
qui disputera la Couronne au Roi, est déclaré
ennemi de la Patrie, et il sera exclus pour jamais,
ainsi, que ses descendans,du Trône de Pologne.
Les Pal1at"ins dde Livonie et dde Pomerel1"ie
,
M,
Ossalinski, Grand Tiésorier de la Couronne,
et plusieurs autres Seigneurs,qui étoient restez
4 Dantzick depuis qu'ils avoient été obligés par
ks Moscovites de se soumettre à l'Electeur de
Saxe,sontallezjoindre 1? Roi.
Le Primat est toujours malade à Thorn, dont
le Gouverneur continuë de le faire garder à vûë.
Le Comte Potocki,le Palatin de Belsk, M.
Czapski Palatin de Pomeranie
,
M. Zaba Palatin
deMinsko; M. Sottohufs Grand Trésorier de
Lithuanie
;
le Comte Pocci, Vice- Trésorier de
la même Province, et frere du Comte Pocci qui
en est Grand Régimentaire ; les Starostes de Mecretzki
et de Bialacerkiow
,
les Evêques deSmolensko
et de Vilda j
le Comte Sapieha Prévôt du
Chapitre de l'Eglise Cathédrale de cette derniere
Ville, et plus de cent cinquante Gentilshommes,
tant de Pologne que de Lithuanie,se sont rendus
depuis peu a Konigsberg auprès de S M.
Ceux d'entr'eux,qui s'étant trouvez à Dantzick
pendant le siége
, ont été obligez, après que les
Moscovites s'en sont rendus maîtres, de se soumettre
à l'Electeur de Saxe, ont fait publier un
Mémoire dans lequel ils prouvent la nullité des
Actes que le Comte de Munich leur a fait signer.
SUEDE.
LE Roi est convenu par le Traité qu'il aconclu
depuis peu avec leRoi de Dannemarck,et
qui contient vingt-cinq articles, que les deux
Puissances se garantiront mutuellemeut la possession
des Pays qui sont actuellement sous leur
domination,que si l'une des deux a une guerre
à soutenir, l'autre sera obligée de lui fournir
6000. hommes d'infanterie, zooo. de cavalerie,
et six Vaisseaux de guerre, dont deux seront de
90 pièces de canon,et quatre de 50 à <fo. pieces
; que supposé qu'un secours plus considerable
soit nécessaire,laPuissance qui en aura besoin
pourra demanderàl'autre un plus grand nombre
de Troupes et de Vaisseaux,pourvû qu'elle s'engage
à payer les dépenses que cette augmentation
exigera, et que dans ce cas elle payera pour
un Vaisseau du premier rang autant que pour
1000. hommes de cavalerie, et pour un Vaisseau
du second comme pour 1000. hommes d'iofan",
terie;que les Troupes ou les Escadres de leurs
Majestez seront toujours commandées par le Général
ou par l'Amiral du Roi dans les Etats duquel
elles se rencontreront; que si l'un des deu*
Rois s'y trouve, il en aura seul le Commandement
, que lorsque deux Escadres des deux Nations
se joindront,l'Escadre auxiliaire donnera
la premiere le salut qui lui sera rendu coup pour
coup; que les différends qui durent depuis
long-tems entre les deux Puissances au sujet des
limites de leurs Etats,seront terminés avant trois
ans, et que ce nouveau Traité ne préjudiciera
en rien aux Traitez conclus antérieurement par
l'un des deux Rois avec quelques autres Puissances.
On a appris que deux des Vaisseaux sur lesquels
les tioupes Françoises, quiétoientenMosçovie
se sont embarquées a Nerva,arriverent
le 1 S, du mois passé à Coppenhague,
ALLEMAGNE.
LE 21. du mois dernier, l'Empereur reçut un
Courier que son Ministre à la Porte lui a
dépêché, pour lui donner avisque le Grand
Se-cneur faisoitréparerlesfortifications dela
plu part dees Places sur les frontieres de la Hongrie
, que a Hautesse avoit ordonné d'y former
,--
des Magasins considérables, et que10000. Turcs
étoient occupés actuellement à couper une partie
des arbres d'une Forêt qui sépare la Bosnie
de la Servie,afin d'y pratiquer un chemin par
lequel une Armée pût passer facilement.
Sa Majesté Imperiales'écant fait rendre compte
des causes des differends survenus entre les
Catholiques et les Protestans de Hildesheim, a
donné un Decret par lequel ceux d'entre les derniers
qui ont été accusez d'avoir troublé des
Processions, sont condamnés les uns à faire
amende honorable, et à être ensuite enfermés
pour le reste de leurs jours dans des Maisons de
force,ou employez à des travaux publics, les
autres à être bannis,soit à perpétuité, soit pendant
un certain tems ,
chacun selon l'imporrance
de la faute qu'il a commise. Le même Decret
porte, que les Protestans payeront tous les
frais du procès qui leur a été intenté parles Catholiques
au Conseil Aulique, et les vacations
des Commissaires Imperiaux qu'on a été obligé
d'envoyer à Hildesheim pour y faire les informations,
et qui n'en doivent partir qu'aprèsl'entiereexécution
du Decret.
On écrit de Berlin que le 10. Novembre,jour
auquel on avoit fixé la célébration dumariage
de la Princesse Dorothée Sophie avec le Margrave
de Brandebourg Schwed
;
le Roy qui malgré
sa maladie avoit voulu se rendre le 8. à Postdam
, afin d'être plus à portée de donner ses
ordres pour cette céremonie ,fit entrer dans sa
chambre les Princes et les Princesses de la famille
Royale
, et S. M. donna sa bénédiction à la
» jeune Princesse et au Margrave. La Reine et la
Famille Royale passèrent ensuite dans la grande
Sais du Palais, où le mariage de la Princesse fu
célébréaubruit de plusieurs salves réïteréesde
î9- pieces de canon , que le Roy avoit faitconduirede
cette Villeà Postdam. Apresla céremonie
la Reine dîna avec les Princes et les Princesses
, et il y eut trois autres tables serviesavec
beaucoup de magnificence,l'une pour lesDames
,et les deux autres pour les Ministres Etrangers
, et pour les Seigneurs de la Cour ; on dansa
le soir à la clarté des flambeaux qui furent portez
parles Officiers Généraux et les Colonels
des troupes deS. M. et versles neufheures la
Princesse nouvellement mariée se mit au lit.
Le II. et le iz. on a servilematin et le soir
quatre tables, et il y a eu bal et concert. La
Margrave douairiere de BrandebourgSchwed
n'a pu se trouver à la céremonie à cause d'une
- indisposition, et le Prince héreditaire de £eye«
xtn n'y a pas non plus assisté.
ITALIg.
LE 8. du mois dernier le P. d'Evora remit au
Pape une lettre du Roy de Portugal, et le
bruit court que S. M. Portugaise demande que
le Dignité de Cardinal soit attachée à celle de
Patriarche de Lisbonne,qu'elle destine à Tua
des Infants,lorsque le Patriarchat viendraà
vaquer.
L'Evêque deCordouë, Ministre du Roy d'Espagne
, continuë de faire de fortesinstances auprès
de Sa Sainteté,pour obtenir la dispense demandée
en faveur de l'Infant Don Loüis, et il
-z présenté au Pape un Mémoire , dans lequel on
Tapporre plusieurs exemples de semblables dispenses
accordées àdes Princes aussi jeunes que
l'infant, sous les Pontificats précedens.
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le
i%ldu mois dernier, le Cardinal Belluga ', en
l'absence du Cardinal Ottoboni
, proposa l'Evêché
de Blois pour FAbbe de Crussol, et préconisa
ensuite l'Evêque d'Aire pour l'Evêché de
Langres.
DENAPLESET S'1CILF.-
AU commencement du- moisdernier, le
Comte de Traun
,
Gouverneur de Capouë
, envoya un Officier au Commandant des
Troupes Espagnoles qui en formoient le blocus,
pour lui offrir de lui remettre la Place, à condition
qu'on lui accorderoit les honneurs de la
guerre et la liberté de se retirer à Trieste avec
la Garnison: on lui fit réponse qu'on lui permettroit
de faire sortir ses équipages, et de les
faire conduire où il jugeroit à propos; mais
qu'il n'avoir point de capitulation à esperer , e&
qu'il falloit qu'il se rendît prisonnier de guerre,
aussi bien que tous les Impériaux qui sont sous
ses ordres. Il a rejetté cette proposition; et
comme malgré l'extrémité où la Ville estréduite
par la disette et lesmaladies qui y regnent, ilparoît déterminé à se deffendre le plus long
tems qu'il lui sera possible, le Roya résolu de
changer Je blocus en un siege, et de faire attaquer
la Place dans les formes.
On a appris du Camp devant Siracuse qu'un
détachement de Hussars de la Garnison étanc
sorti de la Place pour attaquer quelques Troupes
Espagnoles
,
qui feignirent- de prendre la
fuite, il étoit tombé dans une embuscade de
ifc. hommes de Cavalerie,qui ayant poursuivi
très-vivement les Im périaux,leuravoient tué
37. hommes,ce fait 25.prisonniers, du nombre
desquels sont un Lieutenant et un Sergent.
Les Espagnols n'ont perdu en cette occasion
qu'un Soldat, er ils n'ont eu qu'un Officier de
blessé.
Les derniers avis reçus de Sicile portent que
les Troupes Impériales qui défendoient le Château
de Terranova,d'où la Garnison de la Citadelle
de Messine tiroit la plus grande partie
de l'eau qui lui étoit nécessaire,ayant abandonné
ce Fort la nuit du ti. au z3. du mois
passé
,
les Espagnols qui en avoient formé le
siege, s'en étoient emparez.
Le 15. Novembre il arriva à Naples de Barcelone
4. Vaisseaux de guerre, dont le Roy
d'Espagne a fait présent à Sa Majesté,et dont
un a
apporté une somme considérable pour les
dépenses de la guerre.
Le Roy a accordé aux Princes de la Torella.
et de Santo Buono la permission de lever chacun
un Régiment de Cavalerie,et S. M. leur a
laissé la liberté d'en nommer les Officiers.
Le Duc de Liria, qui a pris le nom de Duc
de Berwick depuis la mort du Maréchal son
pere, se rendit le 15. du mois passé au Camp
devant Capouë
, et ayant pris en attendant l'arrivée
du Duc de Montemar
,
le commandement
des Troupes qui assiegeoient la Ville
,
il donna
ses ordres pour la continuation des travaux
commencez par le Marquis de Pozzobianco.
Le zo. les Espagnols ayant achevé leurs principales
dispositions pour l'attaque, se préparoient
à battre la Place, lorsque le Comte de
Traun, qui avoit offert dès le 5. de se rendre
à des conditions que le Marquis de Pozzobianco
avoit rejettées, envoya un Officier aux assicgeans
pour faire les mêmes propositions.
-
Le Duc de Berwick fit partir sur le harrip-
Un Courrier pour en informer le Roi, qui jd*
gea qu'il étoit à propos de les accepter,et le
2211..oonnsisigna laip.l! laquelle il a
gna lacapitulation,parlaquelleil été réglé que le Gouverneur pourroitdépêcher
un- homme de confiance au Cardinal Cienfuegos,
pour sçavoir si les Assiegez avoient quelque
prompt secours à esperer , ou s'il n'yavoit
point de suspension d'armes entre les Puissances
-
qui sont en guerre, et qu'il sortiroitle 30V
de la Place,avec tous les Impériaux qui sont
sous ses ordres, s'il n'en étoit empêché paë
l'une de ces deux circonstances; qu'on accorderoit
à la Garnison tous les honneurs de la
guerre et deux pieces de canon, et qu'elle se"I
roit conduite à Manfredonia
,
où elle s'embarqueroit
pour être transportée à Trieste, à condition
qu'aucun des Officiers ou des Soldats qui
la composent, ne pourroit pendant un an porter
les armes contre les Puissances Alliées , ni
dmemeurerisurnles froantieretsdeisoPays dne leur.do-, Le Comte de Traun ayant envoyé au Cardinal
Cienfuegos un Officier de la Garnison
,
pour
sçavoir si pendant le siege il n'éoit point survenu
quelque Evénement qui dût l'empêcher dit
se rendre, et la réponse de ce Cardinal ayant
confirmé au Comte de Traun qu'il n'y avoir
point de suspensiond'armes entre l'Emperenr
et les Puissances Alliées, et que les Impériaux
qui étoient dans la Place ne devoient point esperer
d'être promptement secourus ,
le Gouverneur
et la Garnison sortirent le dernier du mois
passé de Capouë avec les honneurs de la guerre etdeux pieces de canon. Pendant que la Garnison
désiloit, une grande partie des Troupes
qui la composoient, et les Compagnies de Grenadiers
passerent du côté des Espagnols; et le
Duc de Berwick a écrit à S. M. que la désertion
auroit été encore plus considérable parmi
les assiegez, sans les mesures que le Gouverneur
avoit prises pour l'empêcher.
On a détaché quelques-uns des Régimensqui
étoient devant Capouë pour conduire le Comte
de Traun et les Allemans qui sont restez sous
ses ordres à Manfredonia,où ils s'embarqueront
pour être transportez à Trieste.
GRANDE BRETAGNE.
LE 8. de ce mois, le Comte de Kinski, Ambassadeur
de l'Empereur, remità ceux qui
ont souscrit pour fournir la somme de 500000.
liv. sterlings, que S. M. Imp. emprunte à Londres
,
les titres qu'il ont exigez pour la sûreté
Je leur remboursement.
M. Elie Turner
,
riche Négociant de Londres
, a legué en mourant 20000. liv. sterlings
pourfonder un Hôpital, dans lequel on recevra
les Marchands, que quelques-uns des hazards
malheureux ausquels le commerce est sujet
, auront réduits à la misere.
ARME'E D'ITALIE.
LA difficulté de trouver sur l'Oglio des courages
suffisans pour y faire subsister notre
armée, qui avoit détetmine le Roi de Sardaigneet
le Maréchal de Coigni à distribuer la
Cavalerie dans des quartiers assez éloignez de
leur Camp, et à renvoyer les gros. Equipages
au-delà de la riviere de Lambro
,
leur a
fait prendre depuis la résolution d'aller avec
route l'armée camper près de Cremone.-
Le 18. du mois passé
,
l'Infanterie partit du
Camp de Bozolo, et elle alla à San Pierro de
Medegalsur la Delmona. La Cavalerie qui étoit âPescarolo
, se mit en marche le même jour,
et elle campa à Bonavoglia. sur la même riviere.
L'Infanterieet la Cavalerie s'étant rassemblées
le lendemain., toute l'armée alla camper
le 22 le long du canalPalavicin
,
la droite
appuyée aux marais de Crémone, et la gauche àCazal Butano.
Les 15. Escadrons de Dragons des Troupes
duRoi, détachez le .13. Novembre sous les ordres
du Duc d'Harcourt, pour se rendre à San
Secondo sur le Taro, furent suivis le ii. par
les Brigades d'Infanteried'Anjou et du Mayne,
et par celles de Civalerie des Cuirassiers et de
Berri. Ces quatre Brigades ont marché à Busseto
,
qui est sur le chemin de Cremone à Parme
,
etle Maréchal de Broglie partir le même
jour pour aller se mettre à la tece de ces
pes. Depuis que le Roi de Sardaigne et le Mà
réchal de Coigni ont fait avancer sur le Taro
ces dérachemens d'infanterie et de Cavalerie
ilsont fait , cantonner le reste de leurs Troupes
dans les Villagesvoisins du Canal Palavicin.
Les Impériaux après avoir retiré les Troupes
qu'ils avoient à Ustiano et à Caneto
), ont fair
descendre l'Oglio à une panie de leurs Troupes;
ilsont fait avancer à Bercello quelques détachemens
, qui ont passé le Pô sur des pontons à:
Viadana,et ils ont mis environ 5000. hommes
à Bozolo, à Sabionera et- dans les environs.
- , Sur ces mouvemens des Ennemis
,
le MarétillaL
de Broglies'estdéterminé à faire avancer
à Parme la Brigade du Maine et les 5. Régiment
de Dragons qui étoient à San Secondo, où il
les a remplacés par la Brigade d'Anjou.
On a appris depuisquelque tems qu'un Corps,
deTronpes des Impériaux, commandé par le
Prince de Saxe-Hilberghausen
, ayant ouvert la
tranchée devant Sabioneta , M. de la Douë,
Lieutenant-Colonel du Régiment de Luxembourg
, qui y commandoit, avec un détachement
de ijo. hommes, avoit été obligé de
rendre cette Place,qui n'était point en état de
défense, et que par la capitulation on lui avoit
accordé tous les honneurs de la guerre.
Les derniers avis reçus d'Italie portent que
le Comte de Konigscg après avoir fait faire à
son armée plusieurs mouvemens,s'est déterminé
à établir un pont sur le Pô à Sachero
, et
qu'il y a fait passer un Corps de Troupes considerablè,
dont une partie s'est avancée à Luzara
, et l'autre a été cantonnée dans plusieurs
postes le long de l'Oglio. Les différentes marches
des Impériaux ont fait prendre au Roi de
Sardaigne et au Maréchal de Coigni le parti
d'envoyer de l'autre côté du Pô sous les ordres
du Maréchal de Broglie, les Brigades d'Infanterie
de Picardie, de Champagne, du Roy,
d'Anjou,du Maine et de Souvré ; les Brigades
de Cavalerie des Cuirassiers et de Berri, et les
cinq Régimens de Dragons des Troupes Françoi
ses: le reste de l'armée est toujours cantonné
le long du canal Palavicin.
Le Maréchal de Broglieafait entrer dans les
retranchemens de Guasralla les Brigades d'Anjou
et du Maine, et les deux bataillons du Régiment
d'Orléans. Il a distribué le reste des.
Troupes qui sont sous ses ordres dans differens.
postes depuis Borgo San Donino jusqu'à Parme
et Bercello d'un côté, et de l'autre à Gualteri
etàla Victoria.
Les Lettres du 20. de ce mois
, portent
que le premier Détachement que le Comte de
Konigseg avoit fait passer au-delà du Po
, sur le
Pont deSacheto, a été suivi par d'aurres Troupes
lesquelles ont passé sur le même Pont, et
sur celui que les Impériaux ont établi entre
Borgoforte et Montegiana. Ce General, qui étoit
à la têce de ce Corps de Troupes composé de-
6000.hommes d'Infanterie et de 1000.hommes
de Cavalerie, fit avancer l'Infanterie à Luzara;
il envoya la Cavalerie àNovellare eta Carpy, et
il fit en même-temps remonter sur le Po une
grande quantité de Bateaux chargez de Canons
de Mortiers „ et d'autres munitions de guerre,
Dès que le Comte de Konigseg eut passé le-
Po, le Prince de Saxe Hilberghausen
,
qui commande
les Troupes Impérialesrestées en-deçà dm
Po,marchaavec 1200. hom. d'Infanterieet400.
Hussards, et après avoir mandé au Géneral
Wallis, quiétoit à S. Michel-sur-l'Oglio, de
s'avancer à Sabioneta
, pour être à portée de le
secourir; il passa le Po à Viadana sur des Ponts
volants, et il alla occuper Bercello, dans le
dessein dicter aux Alliez la communication de
Parme à Guastalla.
Le Maréchal de Broglie qui avoit été envoyé
au-delà du Po par le Roy de Sardaigne, et par
le Maréchal de Coigny,et qui pour être plus en
état de s'opposer aux entreprises desennemis,
s'étoit avancé à Guastalla avec les troupes qui
étoient sous ses ordres
,
apprit le n. Décembre
au soir ces mouvemens desImpériaux,et il marcha
sur le champ pour les chasser de Bercello,
mais le Prince de Saxe-Hilberghausen en ayant
eu avis, repassa le Po avec ses troupes sur des
Ponts volants
, et sur des Bateaux.
Cette marche du Maréchal de Broglie, et les
dispositionsqu'il avoit faites des troupes qui sont
de l'autre côté du Po
, ont dérangé le projet du
Comte de Konigseg, dont l'intention étoit de
construire entre Viadana et Bercello un Pont,
sur lequel il eut fait passer une partie des troupes
restées en deçà du Po
, et surl'Oglio, pour
lesjoindreaux corps d'infanterie et de cavalerie
qu'il avoit à Luzara, à Novellare, et à
Carpy.
Le J-r. le Comte de Konigseg après avoir
fait revenir de Novellare la Cavalerie, décampa
de Luzara
,
il se raprocha de son Pont de Monregiana
; et il fit repasser le Po à une partie de
ses troupes.
Le détachement qu'il avoit à Carpy, et qut
étoitde goo. hommes d'Infanterie et de ;ooo.
de Cavalerie,a quitté ce poste, et s'étant partagé
en deux corps, le premier a pris la route de
Sabioncello, et le second a marché vers Buon-
Porto et à Final.
Le Maréchal de Broglie est encore à Guastalla
,
etdepuis que les Ennemisse sont éloignez,
il a fait cantonner une partie des troupes qu'il
avoir avec lui dans les rctranchemens de Guastalla
, ct de celles qui étoient à Parme.
PROMOTION d'Officiers Generaux
,
faite le premier Août 1734.
et declarée le 20. Octobresuivant.
Lieutenants Generaux.
de Marhxttf
;
Breton, Lieutenant-Colonel
,
puis au mois de Mars 170f. Mestre de
Camp du Régiment de Dragons de Bretagne.
fait Brigadier le 19. Janvier1709.se distingua le
16.Août delamême année auCombat deRumersheim
dans la Haute Alsace, où le General Coinie
de Mercy fut défait. Il fut fait Maréchal de
Camp le premier Fevrier 1719.
Jean de Gassion
,
Marquis d'Alluye
,
Premier
Baron Doyen du Perchegouet ,
Comte de
Montboyer, Baron d'Audaux
,
d'Arbus &c.
Originaire de Bearn
, porta le titre de Chevalier
de Gassion jusqu'en 1704. qu'il prit celui de
Marquis,étant devenu l'aîné de sa Famille par
la mort de son frere tué à la Bataille d'Hochster.
Il fut fait en 1701. par Commission du ir.
Janvier, Colonel d'un nouveau Regiment d'hfanterie
,
puis en Janvier 1709 Colonel decelui
de Nivarre ; se trouva le 11. Septembre de la
même année à la Bataille de Malplaquet, fift
fait Brigadier le 19. Mars 1710. obtint au mois
de Novembre 1713-le Gouvernement de Dix
et S. Sever, vacant par la mort du Comte de
Gassion son oncle, et fut fait Maréchal de
Camp le premier Fevrier j-rip.
Thomas Alexandre Du Bois, Chevalier de
Givry, né à Paris le ix. Octobre 1674. et reçû
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
,
au GrandPrieuré deFrance, le 13. May I6Í'o
fait Colonel du Regimene de la Marche au
mois de Fevrier 1702. Brigadier le 0, 9. Mars
1710. et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719. servit la mêmeannée en cette qualité au
Siege de Fontarabie, qui fut pris le lli. Juin,
et étant à la tête d'un Détachement de hommes 7yo.
,
il s'empara le 1 3. Août suivant de la
Ville de Santona
,
où il fit bruler les Vaisseaux
qui étoient sur le Chantier, et détruire le Magasin
de la Marine.
Loüis-Athanase de Pechpeïrou de Comenge
Comte de Guitaut. Marquis d'Epoisses, Origi-#
naire du Quercy , Colonel en 1702 d'un nouveau
Regiment d'Infanterie par Commission du
7. May 1701. puis en 1706. de celui de Roüergue
,
Brigadier le 29. Mars 1710,Inspecteur
General d'Infanterieau mois de May 1712. ec
Maréchal de Camp le premier Fevrier1719.
Claude Rolland,Comte de Laval Montmorency,
Seigneur de Valon
,
Colonel d'un nouveau Regiment
d'Infanterie par Commission du 14. Janvier
1701. puis Colonel-Lieutenant de celui de
Bourbon au mois de Mars 1705. reçût une contusion
au côté d'un boulet de Canon, servant
au Siege de Nice au mois de Novembre de la
nlme année, fut fait Brigadier le 29. Mars
'J710. et MaréchaldeCamp le premier Fevrier
1719. Il obtint depuis le Gouvernement de Philippeville.
Loüis-FrançoisComted'Aubigné
,
Baron de
Cer/Uissan tt de Lassay, Mousquetaire du Roy,
ensuite Colonel d'un nouveau Régimentd'Iafanterie
par Commission du 3. Septembre 1701,
puis du Regiment Royal au mois de Decembre
1704. se signala le 11. Septembre 1709. à la Bauiile
de Malplaquet à la tête de ce Reglment
»,
3m chargea jusqu'à 11- fois l'Armée Ennemie r
et s'étant jetté un des premiers à l'attaque d'un'
retranchement, il y reçut un coup de fusil dans;
la cuisse. Il fut fait Brigadier le 2.9. Mars 1710.
Inspecteur General d'Infanterie le zj. Mars
1711. Gouverneur et Lieutenant General des
Ville, Forteresse et Senechaussée de Saumur et
Haut Anjou au mois de May 1712. et Maré
chal de'Camp le premier Fevrier 1719.
Claud-Guillaume Testu, Marquis de Balittcourt
,Baron de Bouloir
,
Lieutenant dans le
Regiment du Roy, puis Colonel du Regiment
d'Artois en 1703. fait Brigadier le xy. Mars-
1710. et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719.
Jerôme-François de Flabaut,Seigneur de le
Billarderie
,
de S. Remi et de Morlingan
,
originaire
du Boulonnois, étoit Capitaine de Cavalerie
au Régiment de la Vallîere dès l'an 1692.et
Exempt desGardes du Corps duRoy,etâgé de z8.
ans,en 1700. il eut un Brevet deMestre deCamp,
de Cavalerie au mois de May 1705. et il fut fait
Chevalier de l'OrdreMilitaire de S. Louis la
mêmeannée. Depuis il fut Ayde-Major de Compagnie
, et ensuite Ayde - Major General des.
Gardes avec le rangd'Enseigne
1
Brigadier le 29.
Mars 17Jo. Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719,nommé Commandeur de l'Ordre de
S. Loüis, le 13. Janvier 1720. Lieutenant au
mois de Decembre de la même année, et enfin
Major des Gardes du Corps le 15. Avril 1715.*
Louis-Dominique de Cambis, connu cy-devant
sous le nom de Chevalier de Velleron
, et qui
prit en se mariant le titre de Comte de Cambis,
duComtatd'Avignon, d'abord Capitaine de
Cavalerie,puis Exempt des Gardes du Corps
du Roy, Mestre de Camp de Cavalerie, par
Brevetdumois de Juillet 1703. Gouverneur
de Sisteron en Provence au mois de May 1709.
Enseigne des Gardes du Corps au mois de Septembre
suivant, Brigadier le 29. Mars 1710. et
Maréchal de Camp le premier Février 1719.
monta à une Lieutenance des Gardes du Corps au
mois d'Août 1710 et obtint depuis la Grand-
Croix Je l'Ordre Militaire de S. Louis. Il rot
nommé au mois de May 1714. Ambassadeur
Ordinaireà la Cour de Turin,où étant arrivé
le 11. Mars îjif. il y fit son Entrée publique
le 31.Décembre suivant. Il fut fait Commandant
en Dauphiné au mois d'Octobre 1753.et
se démit de sa Lieutenance des Gardes du Corps
au mois de Février1734. Le Roy lui accordaen
même-temps une Pension de 2000. écus.
Paul-Françoisde Béthune, Due de Béthu;".
Cbarost, Pair de France, Marquis d'Ancenis, né
le 9. Août 1682, d'abord Capitaine de Cavalerie
dans le RégimentdeBourgogne, puis Mestre
de Camp de ce Régiment au mois de Février
1704. nommé Gouverneur de Dourlens en 170-8.
fait prisonnier au Combat d'Oudenarde len.
Juillet de la même année,Brigadier de Cavalerie
le 29. Mars 1710. Capitaine des Gardesdu
Corps du Roy, en survivance du Duc de Charost
son Pere, au mois de Novembre 1715. Lieutenant-
General des Provinces de Picardie
,
Boulonnois,
anciennes Conquêtes duHrinault, Gravelines
et Pays reconquis, et Gouverneur de Calais
,
aussi en survivauce le 2.7. Septembre 1718.
pour lesquelles Charges il prêta serment entre
les mains du Roy le 1s. Octobre suivant, Maréchal
de Camp le premier Févtier 1719. Dac
a.pair deFrance, par la démission de son Peçe,
prêta serment et prit séance au l'aiIcment-^e.Paris
en cette qualité le 19. Mars 1725proposé le
2. Février 172.8. pour être reçû Chevalier des
Ordres du Roy,en reçût la Croix et le Grand-
Collier le 16. May suivant.
Philippes-Charles,Marquis de la Fare, ComtedeLaugere,
né en 1685. d'abord Lieutenant
dans le Régiment du Roy, puis Colonel de celui
deGâtinois au mois d'Avril 1704 Capitaine des
Gardes du Corps de Philippe, Petit-Fils de
France, Duc d'Orleans,au mois de May 1712.
Brigadier d'Infanterie le premier Janvier 1716.
Colonel du Régiment de Normandie au mois
d'Octobre suivant, Lieutenant Général au Gouvernement
de la Province deLanguedoc,dans le
Département et l'étenduë du Pays de Vivarais,
du Velay,et du Diocèse d'Usez, par Provisions
du 8. Septembre 1718. pour laquelle Charge il
prêta serment le 16. Octobre suivant; aussi
Gouverneur des Ville et Châteaud'Alais et Pays
des Sevenes, Maréchal de Camp le 10. Avril
1710- envoyé par le Duc d'Orléans à Madrid, pour complimenter de sa part Leurs Majestez
Catholiques sur le Mariage du Prince des Asturies
, et nommé Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or le 21. Janvier 1722. fait Commandant
en ChefenLanguedocen1724. et reçûChevalier
des Ordres du Royle 13. May 1731. ayant
été proposé le premier Janvier précédent et admis
le 2. Février.
JLiminim Maurice, Comte de Saxe, Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle blanc, fait Colonel da
Régiment d'Infanterie Allemande, cy-devant
Spaar, par Commission du 7. Août 1720. et
Maréchal de Camp du même jour.
, D'Iverny, fait Brigadier d'Infanterie
le K' Août 1707. depuis Commandant au Fort
d'Allais et Pays des Sevennes, et Maréchal de
Camp le premier Février1722.
Louis-Antoine Armand, Duc de GrarnmfJnt.
Pair de France, Souverain de Bidache,&c. né
le 20. Mars 1688. fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie,cy- devant de Morangiésaumois
d'Août 170f- puis de celui de Piémont au mois
de Décembre 1710. reçû au Parlement de Paris
en qualité de Pair de France le 6. Avril 1713.
et Colonel du Régiment des Gardes Françoises
en survivance de son Perele 17. Janvier 1717.
fait Brigadier d'Infanterie le premier Octobre
1718. Gouverneur et Lieutenant General en survivance
du Royaume de Navarre et Pays de
Bearn, Gouverneur de S. Jean Pié de Port, Capitaine
et Gouverneur du Château et Tour de
Pau, Lieutenant General de Bayonne, Pays et
Bailliage de Labourer autres lieux de laFrontière
de Bayonne, desquelles Charges il devint Titulaire
le 16. Septembre 1725. parla mort du
Maréchal son Pere; Maréchal de Camp le 27.
Avril 1727.et reçûChevalier des Ordres du Roy
le 16. May 1718.
De Rosset de Ceilles
,
Chevalier J,
Roccozel ,fait Colonel du Régiment d'Engoumois
par Commission dë 13. Juin 17125. Gouverneur
de Sommieres au mois de Septembre
1715. Brigadier en 1730. et Maréchal de Camp
le 13Décemb re 1731.
Gaspard de ClermontTonnerre, Marquis de
Vauvillars
,
appellé le MarquisdeClermont Tonnerre,
fait Brigadier de Cavalerie le premier
Janvier 1716. Commissaire General de la Cavalerie-
Legere de France et Etrangere le 5. Février
suivant, reçû Chevalier des Ordres du Roy le
3. Juin 1724. Maréchal de Camp du 20. Février
1734. et nommé Gouverneur de Mont-Dauphin
au mois de Juin suivant.
On donnera le mois prochain la Liste des Maréchaux
de Camp, &co de la même Promotion.
LE Roy a donné depuis peu l'agrément
pour les Régimens suivans;sçavoir:
Picardie, au Commandeur de Vassé.
Lyonnois ,au Marquis d'Espaux.
Dauphin, Infanterie,au Comte de Maillebois,
Colonel du Régiment de la Sarre.
Royal des Vaisseaux, au Comte de Guerchi.
De la Sarre, au Marquis de Lussan.
Royal Roussillon, au Marquis d'Ossonville.
De Beauvoisis, au Marquis de la Vauguion.
Celui dont le Marquis de S. Simon étoit Colonel
au Marquis de Puiguion.
De Lorraine, au Marquis de Montbaré.
De Beauce, au Duc de Caumont.
Des Cuirassiers, Cavalerie, au Marquis dA."
vrincourt.
Et la Lieutenance Colonelle du Régiment de
Touloze, Infanterie, au Marquis deCoetlogon.
Sa Majesté a nommé Colonel du Régiment
Allemand, vacant par la mort de M. Lenck,
M.Appelgrin, qui en étoit Lieutenant Colonel-
Le Gouvernement de Landrecy
, vacant par la
mortde M. du Barail, Lieutenant-General des
Armées du Roy, a été donné par S. M. au Comte
d'Usez, Lieutenant-General, qui a remis le
Gouvernement del'Isle d'Oleron.
Le Marquis de Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, a été nommé Gouverneur du Château
de la Muette, et Capitaine des Chasses du Bois
de Boulogne.
F R A N C E.
Nouvelles de la Cour, de Paris
,
&c. LE 30. du mois dernier après midi,
le Roy et la Reine
,
partirent de
Fontainebleau
, pour a.l.r coucher au
Château d^ Petitbourg. Le 3.. de ce mois
L.M. en partirent et arri verent à Versailles
le même jour.
*
Le Roya nommé Premier Président
du Pariement de Provence et Intendant
de cette Province M. de la Tour, lequelestremplies
dans l'Intendance de
Breragne, par M. de Pontcarré de Viarme
,
Maître des Requêtes,
,
Le Roy ayant faitsçavoirauxArchevêques
, et évêquesle son Royau,l1;
que son intention étoit qu'ils fissent c.
lebrer dans leurs Lg ises Métropolitaines
et Cathédrales, un Service Solemnel
pour le repos des ames de ceux de ses
Sujets, qui sont morts dansses Armées,
depuis le commencement de la Guerre;
et que pendant qu'elle durera, cet u.-agç soitcontinué tous lesans; ce- Service, foc
fait le 20. de ce mois, dansl'EgliseMétropolitaine
de cette Ville, et l'Archevêque
de Paris y officia pontificalement.
Le 8. Novembre, le Duc de Chartres,
tomba malade au Château de Saint
Cloud, d'une Fiévre condnue, avec des
redoublemens pendant cinq ou six jours,
qui firent craindre une maladie dangereuse
; mais elle n'a point eu de suite;
et ce Prince fut en état d'être transporté
au Palais Royal, vers la fin du même
mois, où il joüit actuellement d'une
santé parfaite.
Le 8.Decembre,Fête dela Conception,
on chanta au Concert Sprituel du Château
des Tuilleries
,
le Benedictus
, Motet
de M. de la Lande
J
qui fut suivi d'un
autreà voijc seule, chanté par la Dlle
Petitpas
, et mis en Musique par le Sr
Cheron. La Dlle Feld chanta differens
Récits dans les grands Motets avec beaucoup
de justesse, de même que le Sr
Jeliote dans deux Airs Italiens. Le Concert
fut terminé par le Motet Confitemini,
précedé de plusieurs Pièces de simphonie
,exécutées avec beaucoup de précision.
L'Académie Royale de Musique, étant
chargée de faire exécuter à l'avenir,
le Concert Spirituel, dont on vient de
parler, fit donner le 25. de ce mois, Fête
de Noel , le premier Concert, qui
commença par une suite des plus beaux
Airs de Noels, exécutez par route la
Simphonie ; on chanta ensuite deux Motets
de M. de la Lande, dont l'exécution
fut parfaite, et très-applaudie par une
nombreuse Assemblée; la Dlle Feld chanta
un petit Motet à voix seule, de M.
Mouret, qui fut très- gouté ; et après
trois differens Concerto,exécutez par les
sieurs Blavet, le Clair, et Guignon ,dans
la plus grande perfection, le Concert
finit par le Cantate, Motet du même Auteur.
C'est le sieur Rebel, Maître de Musique
de l'Académie, et Sur-Intendant
de la Musique du Roy,en survivance
de Mt Destouches
,
qui est chargé de l'exécution
des Concerts.
Onécrit deLaon que le 21. Novembre
dernier, les Cloches de la Chapelle
de Notre-Dame de Liesse, furent benites
par M. l'Evêque Duc de Laon; la
Cérémonie se fit à Liesse avec beaucoup
de Pompe et de Pieté; toute la Ville se
mit sous les armes, pour recevoir le Prélaf,
et iL y vint un grand nombred'Etrangers;
lesParrains et Marraines étaient
l'Evêque de Laon et Madlle de Proisic
d'Eppe. M. le Carlier
,
Doyen des Chanoines
de Laon,et Madame la Marquise
de Vitry, Mr. Haguet, Chanoine
3
et
Madame de la Haye
,
M. du Solon et
Madlle Barbier
,
Soeur de M.le Trésorier
de Liesse.
La Cérémonie fut suivie d'un grand
Répas
, que M. Barbier,Grand Vicaire
de M. de Laon, et Trésorier de la Chapelle
de Liesse
,
donna au Prélat et à
une nombreuse et illustre Compagnie;
.en y servit un Sanglier privé, qui donna
lieu à des Vers de h façon de M.
l'Abbé Poney de Neuville; lesquels seront
rapportez ailleurs.
EXT RAIT d'une Lettre de M. de
S. écrite à M. le Chevalier de G. Auteur
de celle qui est insérés dans le Mercury
de Novembre dernierp. 2381, NE vous étonnéspasMonsieur, si j'ai été près d'un mois sans faire
réponse à votre obligeante Letrre. Les
gens de mon âge, car vous n'avez pas
cublié mes92. ans, sont toujours fort
lents dans leurs opérations. La connoissance-
que vous souhaitez de faire avec moi vous,Monsieur, qui de votre côté
avez 86. ans, me fait souvenir de celle
que S. Antoine rechercha de faire avec S.Paulle premier etle plus célebre des
Hermites ,dont S. Arhanase a fait une
si belleDescription. Si nous nous joignons
jamais nous retracerons cette pieuse Histoire
, sauf à la grace du Seigneur de rendre
le parallele moins imparfair. Au reste
je suis charmé du joli présent dont vous
m'avez regalé.. vos Versontde lanaïveté
etcependant du feu, plus que je n'en
avoisà votreâge. Je voudrois de bon
coeur avoir quelque nouveauté de nia
façon pour vous en faire part , -ce qui
put répondre aux jolies choses qu'il vous
a plû de m'envoyer ; mais l'Hyver a
commencé d'agir sur ma santé, qui est
actuellemeut un peu alterée, tout chez
moi sent le Sené et la Rhubarbe,, témoin
cette Epigramme dont je régalai ces
jours passez mon Apoticaire
,
après avoir
îefusé une Potion qu'il m'apportoit.
En dépit de la Parque fiere
,
Damop voir encor la lumiere ?
Veux-tu sçavoir certainement,
Parquel art son Apoticaire
La fait vivre si longuement ?
Deux mots t'apprendront ce mistere ;
C'est qu'il s'en servoit rarement.
Ce sont,Monsieur,lesfruits d'une Muse
expirante , et qui n'a P,lS des idées aussi
réjoüissantes que les vôtres: c'est ce qui
me fait accepter avec plaisir l'honneur
du commerce que vous m'offrez. Je
suis &c.
A Mâcon le 12. Decembre 1734.
Sur la mort du Comte de R.-
ALa mort de R.les jeux
}
les ris, lêd
graces,
Par mille pleurs marquérent leur douleur;
On les vit même éclater en menaces
Contre le Dieu jaloux
,
qui causa ce malheur ;
Dieu cruel
,
dirent-ils
, Dieu de sang , de cai,.
nage,
Barbare,impitoyable Mars,
Qui voudra désormais suivre tes étendarts ?
Si tu n'as respecté ni la beauté,ni l'âge
De ce jeune Héros
, qui charmoit nos regards £
Ce port si plein d'attraits,cette noble éloquences
Rien n'a pû te fléchir
,
ni prieres
,
ni voeux: Ah ! sans doute, pour fuïr l'éclat de sa présence
Tu détournasl'oreilleet tu fermas les yeux ,
Où plutôtinhumain ta jalousie extrême
T'arma seule contre ses jours;
Tu craignois sa valeur, ou ses charmans discours
,
Qui t'auroientdésarmé toi-même.
MORTS NAISSANCES, ~c.
1E14. Novembre dernier, D. Marguerite-
Charlotte Esmery, Epouse de Nicolas-Toussaints
Desponty
,
Seigneur du Flessis Sainte
Avoye,ci-devant Lieutenant au Régiment des
tardes Françoises, mourut.àParis en couches
d'une fille son premier enfant, dans la 24.année
desonâge. ïUeétoitfille puînéede Charles-
NicolasEsmery, Seigneur deVaudey
,
Gouverneur
de Brie-Comte Robert, et Conseiller
auParlement de Paris
, mort au mois d'Avril
1714 et de D. ElizabethLe Roy , morte le I. Avril 1714. à l'âge de 16. ans.
Le15. Novembre ilem-NettëtiAbbé Commandatairede
l'Abbaye de Trizay en Poitou,
del'Ordre de Citeaux, Diocèse de Luçon
, auparavant
Chanoine de l'Eglise de Luçon, Conseiller
honoraire au Châtelct-de- Paris, od il
avoitété reçuen1699. etDoyendesDirecteurs
de l'Hôpital(General
,
mourut dans son Abbaye
âgé de plusde60. ans. Il étoit frère de Gui
Nouët,célebreAvocatau Parlementde Paris pour
les matières bénéficiales
,
lequel est pere de jean..
Jacques Nouët, reçu Conseiller au Parlement dl
Paris, le 14. Mars 1719.
Le 29. mourut en la maison de Sorbonne Age
d'environ 68. ans Martin Brillon
,
Prêtre Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris, du 22.
Mars 1698. de la Maison et Societé de Sorbonne,.
ProNfesse.ur en Theologie et Censeur Royal. Prévost Sr du Barail
,
Lieutenant General
des Armées du Roy, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Loüis
, et Gouverneur de Landrecies,
mourutaumoisdeNovembre1734.Ilétoit
Capitaine deGrenadiers dansleRegiment duRoy,
depuis 1692. il eut la Croix de S.Loüis le 21.Février
1700. Il devint Lieutenant Colonel de ce
Régiment en 1703. et il en fut fait Colonel au
lieu et place du feu Marquis de Surville au mois
de Janvier 1706. Il avoir été fait Brigadier dès
le 10. Février 1704. il eut au mois de Septembre
1189. le Gouvernement de Gravelines, et il
donna alors sa démission du Regiment du Roy,
qui fut donné au Marquis de Nangis. Il eut
au mois d'Avril 1710. le Gouvernement de
Landrecies au lieu de celui de Gravelines, et il
fut fait Maréchal de Camp le 29. Janvier 1711. Il défendit en 1712. la Ville de Landrecies
contre le Prince d'Anhalt-Dessau, qui fut obligé
d'en lever le Siege. Enfin il fut fait Lieutenant
General le 30. Mars 1720. Il laisse un fils Capitaine
dans le Regiment du Roy, Infanterie , qui a été blessé à la Bataille de Parme le 29.
Juin dernier.
Le 23. Hubert de Courtarvel
,
Marquis de
Pezé, Lieutenant General des Armées du Roy
Maréchal General des Logis de l'Armée d'Iralie,,
Golonel-Lieutenant et Inspecteur du Régiment
duRoy,Infanterie Chevalierde l'Ordre Militaire
de S. Loüis
,
Gouverneur des Ville ec
Château de Rennes, Gouverneur et Capitaine
des Châteaux Royaux de Madrid et de la Muette,
des Chasses, Parc et Bois de Boulogne, et Grüier
des mêmes Lieux, ci-devant Gentilhomme de
la Manche de S. M. mourut à Guastalla des
blessures qu'il avoit reçuës à la Bataille de ce
nom le 19. Septembre dernier, dans la ji. année
de son âge. On a raporté la suite de ses Charges
et Emplois en annonçant sa Promotion art
grade de Lieutenant General dans le Mercure du
mois d'Août dernier pag. 1880. Il étoit fils
puîné de feu Charles de Courtarvel
,
Marquis
de Pezé
,
dans la Province du Maine, et de
Marie- Madeleine de Vassan de Morsan
, er veuf
de Nicole Lidie de Beringhen
,
fille de Jacques-
Loüis de Beringhen ,Comte de Châreauneuf et
du Plessis Bertrand, Seigneur d'Armainvilliers
et de Grez
,
premier Ecuyer du Roy,Chevalier
de ses Ordres, Gouverneur de la Citadelle et du
Fort de S. Jean de Marseille, mort le premier
May 1723. et de Marie-Madeleine-Elizabeth
fare d'Aumont
, morte le 18. Octobre 1728.
Il l'avoir épousé le 22. Novembre 172.1. et elle
mourut le 6. Septembre 1729. dans la 26. année
de son âge. Il laisse d'elle deux filles.
Le premier de ce mois François de Simians
Marquis d'Esparon, Baron de Chalençon &c.
Chefdu nom et Armés de sa Maison, Chevalier
des Ordres du Roy et Brigadier de ses Armées,
mourut à Piery,près d'Epernay enChampagne,
âgé de 60 ans; il avoit été dans sa jeunesse
Enseigne de Vaisseau, mais il quitta en yégc.li
Marine pour entrer dans le Service de Terre, ec
il fut fait Lieutenant dans le Regiment du Roy,
Infanter ie. Depuis il fut Capitaine d'une Comprçnieële
Grenadiers dans le premier Bataillon
d'un Regnnent d'Infanterie Walone sous le
Prince de Nassau , par Commission du 7. Fcr
vrier 1702. et ensuite Colonel d'un autre Régiment
d'Infanterie Walone
, par Commission du
20. May 17er. Il fut blessé dangereusement
et resta prisonnier a!a Bataille de Ramillies
le23. May 1706. et il ne fut échangé qu'àla.
Paix. Après la mort de son frercaîné Loüi.
de Simiane, Marquis d'Esparon, le Que d'Orleans
le pourvût de la Charge de l'un des premiers
Gentilhommes de sa Chambre par ses
Lettres du 17. May 1718. Ilfut fait Brigadier
d'Infanterie le premier Février 1715. et Chevalier
des Ordres du Roy le 3. Juin 1714. Il
n'a point étémarié.
Le même jour René de MaupeoJl,
,
Seigneur de
Sablonieres, Lieutenant Général des Armées du
Roy,Directeur Générald'Infanterie, et Chevalier
de l'Ordre milicairede S. Louis, mourut
dans son Château de Sablonieres en Brie,âgé de
71. ans. Il étoit fils de Louis de Maupeon, Sei.
gneur de Noisy
,
Maréchal de Camp des Arméesdu
Roy , Gouverneur de Salins et de la
Villed'Ath, auparavant CapitaineetMajor du
Régiment des Gardes Françoises,mort en 1669.
et d'Autoinette de Catelan de la Millotiere ,
morte en 1710 il avoir été reçu Capitaine au
Régimentdes Gardes Françoisesen1689.et fait
successivement Chevalier de l'Ordre militaire de
S. Louis lejl 13. Janvier1703. Inspecteur Géneral
de l'infanterie en Allemagne au mois de Novembre
suivant ,
Brigadier. d'Infanterie le 10.
Février 1704-. Directeur Géneral de l'Infanterie
au mois de Janvier 1706. Maréchal de Camp
..le';0.. Mars 1709.ci enfin Lieutenant-Géneral !e
8. May 1718. Il avoit épousé Marie-Marguerite
Jeannin, fille unique de Michel Jeannin, TrésorierGeneralduSceau,etd'Anne-Marie
Garrot. Il laisse d'elle Théophile de Maupeou Colonel du Régiment de Bigorre, , par Commission
du 6. Mars 1719. et Brigadier d'Infanterie
delapromotion du premier Août dernier, lefqiulleeldeaété
marié le 14juillet 1717. avec une
Jean Blanchard, Seigneur de Banneville,
Conseiller-Secretairedu Roy,Maison, Couron.
ne de France et de ses Finances.
Le 9. Décembre, Pierre-Nicolas Camus, Seigneur
dePontcarré, de Cognée,du Bois de Pincé
,&c. ancien Premier Président au Parlement
de Roüen, mourut à Paris d'une apoplexie, après
avoit fait le matin ses dé votions. Il étoit dans la
68. année de son âge, son corps fut porté le 12.
au soir de l'Eglise de S. Gervais,sa Paroisse, en
celle de S. Merri, lieu de la sépulture de sa Famille.
M. de Pontcarré étoit fils de Nicolas Camus,
Seigneur de Pontcatré , mon Conseiller
d'honneur au Parlement de Paris le f. Février
1705.et deMarguerite-Helene Durand, fille d'un
Conseiller au même Parlement, morte le 1 OC..
robre1705. il fut d'abord reçû Conseiller au Parlement
de Paris le 13Février 1688. et ensuite
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy,le 7. Avril 1691. il fut nommé au mois de
Juin 1703. Premier Président du Parlement de
Roüen,et fut reçu à cette Charge le 18.Août suivant,
ayantobtenule 17, juin précèdent des
Lettres de Maître des Requêtes honoraire,qui
furent registrées le 12. Juillet. Il s'étoit démis
de sa Charge de Premier Président depuis peu
d'années en faveur de son fils aîné. Il avoit été
marié quatre fois, la première le 28,Avril 1691.
avec Anne-Claude-Auguste le Boulanger, mor
teen couchesàl'âge de 3 f. ans le 27. Mars 1702;
fille unique d'Auguste Macé le Boulanger
,
Baron
de Maffliers
,
Seigneur de Viarme, &c. Maître
des Requêtes de l'Hôtel du Roy et Président
au Grand'Conseil, et d'Anne de la Forest. ~28.
au mois de Mars 1703. avec Marie-Françoise-
Michelle de Bragelogne, Dame de Behou
, morte
en couches au mois de Juin 170f- fille unique
de Christophe-François de Bragdogne, Seigneur
d'Enjenville,Issy, Pourpry, &c. Conseiller en la
Grand'Chambre du Parlement de Paris;et de
Marguerite Chanlatte, sa premiere femme. 3P.
le 27. Février 1706. avec Jeanne-Marguerite
Boyvin de Bonnetot, morte le 3. Juin 1718.
dans la 3 f. année de son âge, fille aînée de Jean
Baptiste Boyvin
,
Seigneur de Bonnetot, de Bacqueville
,
&c. Premier Président de la Chambre
des Comptes,Aydes et Finances de Normandie,
et de Jeanne-Marie Malet de Graville
,
et enfin
en4esnôces le 15.Septembre 1723. avec Anne
Laisné de la Marguerie
, sa cousine, fille unique
de MichelLaisné, Seigneur de la Marguerie
et deFlassac, et de Marie Bonneau, arriere
petite-fille de Hélie Laisné, Seigneur de la
Marguerie, Premier Président au Parlement de
Provence en 1631, en d'Anne Camus de Pontcaré.
Il n'a point eu d'enfans de cette derniere,
qui lui survit,mais il en laisse des trois autres j
de la premiere
,
il reste deux fils, qui sont Geoffroy
Macé Camus,Seigneur de Pontcarré
,
Baron
de Maffiers, né le 29. Septembre 1698. qui
a succedé à son Père dans la Charge de Premier
Président au Parlement de fiotien,et qui a déja
été marié deux fois; et Jean-Baptiste-Elie Camusde
Pontcarré,Seigneur de Viarme, éle
3.T). Mars 1702. Maître des Requêtes ordiriaire
de l'Hôtel du Roy, qui vient d'être nomméà
intendance de Bretagne, et dont la femme est
morte depuis son beaupere; de la seconde sont
yënues deux filles
,
dont rainer Jeanne Camus
de Pontcarré est restée veuve le 7.Janvier dernier it Louis-Cristophe de la Rochefoucault de Lascaris,
Comte d'Urfé
,
Marquis de Langeac,
Grand-Bailli de Forêt, et ~Mesire de Camp d'un
Régiment de Cavalerie, dont la mon est rapparlée,
dans le Mercure de Janvier dernier
, pag.
.iSq. et la cadette a été mariée le 17.
Novembre
1716. avecle Marquis de Siougeat;et de la troi
siéme sont sortis,un fils. qui est Conseiller au
Parlement de Roüen, et deux filles, dont l'aînée
a été mariée le 7. Novembre 171" avec le
Marquis de Marteville,du surnom de Lespinay,
et la cadette est encore fille.
Le 12.Décembre Dominique deRicard
,
Chevalier
non Profès de l'Ordre de S. Jean de jerusalem
,
de la Langue de Provence, où il avoit
été reçu en 1696. mourut à Paris dansl'enclos
des R. R. P. P. Jacobins Réformez,rue: S. Honoré
, où s'étant entièrement détaché du monde,
inême de ses plus proches parens, et n'étant
occupé que d'oeuvres pieuses et charitables
,
il a
constamment pendant douze années mené une
vie non seulement très-retirée, mais aussi rrèsJ
austere et très-penitente
, ensorte qu'il est mort
en odeur de sainteté; ce qui a causé après son
décès un grandconcours,tant dans son appartement
,qu'à son convoi. Il étoit âgéd'environ
54. ans, septième fils de feu Jules de Ricard
t
Seigneur de Joyeusegarde ( Terre érigée depuis
en titre et dénomination de Marquisat de Ricard
) Conseiller de Grand' Chambre au Pailement
d'Aix, et de feuë Louise deFiolenc
,
père
te merc d'une pieté exemplaire,et dont la vi£4
été un tissu de bonnes oeuvres; il étoit frere
de Joseph-Paul
,
Marquis de Ricard et de Breganson
,
aussi Conseiller de Grand' Chambre
au même Parlement; deSextius de Ricard
,
Bailli
Grand Croix de l'Ordre de Malte, Commandeur
et 13uoo de la Ville-DieuenLanguedoc;
et de Pierre de Ricard, premier Président de I4
ChambredesEnquêtes au Parlement d'Aix j ilétoit cousin germain de Jule de Ricard,
Baron de Courgy
,
cidevant Conseiller au Parlement
de Dijon, et maintenant Second Présidant
de la Cour des Aydes de Paris; de Ferdinand
de Ricard
,
aussi Bailli, Grand Croix de
Mtttc, Commandeur de Châlons en Champagne
, et de Pontaubert en Bourgogne; et d'Etienne
de Ricard
,
Commandeur de la Romagne
été , tous deux frères de ce Président. Il avoit
dans sa jeunesse Enseigne d'une Galere de
trance, puis Lieutenant d'une Galere de Malte,
commandée par son frere, sur laquelle il fut
blessé en 1700. à l'abordage et prise d'un Vaisseau
Turc de 70. pieces de canon,dont le principal
Etendart fut envoyé à Aix,lieu de leur
naissance, par ordre du Grand-Maître, pour
être placé dans l'Eglise de la Commanderie de
S. Jean en mémoire de cette action. On voit
dans les histoires de l'Ordre parBosio,Vertot
et autres Historiens,que les Chevaliers,
Commandeurs et Grands Croix de cettefamille,
tant à Rhode qu'à Malte,se sont toûjours signalez
pour la gloire de la Religion.
Le 15. Décembre 1734.. D. Constance Colbert
deTorcy
,
épbUSC: d'Augustin Joseph de Mailly,
Marquis deMailly-Haucourt,Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-Legers de BetsyT
et troisiéme nlls de Jean-Baptiste Colbert,Marquis
deTorcy, deCroissy
,
de Sablé, &x. Ministre
d'Etat et Commandant des Ordres du Roy
t~ et de Catherine-Felicité Arnaud de Pompone 7-
mourut en couches de deux filles sur ses Terres
en Picardie dans la i 5. année de son âge. Elle
avoit été mariée le 21Avril 1732.
Le 18.Décembre 1.1;4.Alcxaxdre-Lo;iis-Phiîipps
de Foüilleuse
,
Marquis de Flavocourt
Seigneur du Plessis, Lieutenant Général desArmées
du Roy, et Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Loüis Bailly, et Gouverneur de Montfort-
l'Amaury, mourut à Palis âgé de plus de
6c- ans ; il avoit été reçû Page du Royen sa grande Bourie en 1685. une atfaire d'honneur
l'ayant obligé de sortir de France, il se retira
en Espagne, Dà il fut fJÏt Colonel d'un Régiment
de Dragons, et ensuiteBrigadier. Il servit
en cette qualité à la tête d'un escadron de son
Régiment au siége d'Aire en Artois,où il fut
blessé le 13. Septembre 1710. dans une sortie
qu'il fit àla tête de 400. Grenadiers,et de joo*
travailleurs qu'il commandoit, qui nettoyerent - la tranchée. Le Roy d'Espagne le fit Maréchal
de Camp de ses Armées au mois d'Octobre 1711.
Après la mort du Roy Loüis XIV. il revint en
France, et il fut fait Maréchal de Camp le ii.
Février1718. il serviten cette qualité aux siéges
de Fontarabie et de S. Sebastien en 1715* il
fut fait Lieutenant-Général à la promotion du
20. Février dernier. Ilafait en cette qualité It
campagne derniere en Allemagne,etil aservi
;tu siége de Philisbourg. Il étoit fils de Philippe
deioüiIltuse, Marquis deFlavacourt, Llre-,
nant-Géneral des ArméesduRoy,GrandBailly
et'Artois. Gouverneur de Gravelines ,et auparavant
Capitaine au Régiment des Gardes FrJnoi.
ses , mort en 1679. et de Judith de Cocherel de
Bourdonné, morte le ji. Avril 1721.âgée de
88. ans, et il avoit épousé MadeleineFrançoise-
GabrielleMaignait de Bernieres, soeur du
Président de Bernieres
,
mortle 18. Octobre dernier,
et fille de feu Charles-Loüis MilrtiartSeigneur
de Bernieres
,
de Bautot, Procureur Général
au Parlement de Normande,et de Gabrielle
Durand sa seconde femme. Il n'en a point eu
d'enfans, ainsi il laisse pour héritiere Louise de
Fouilleuse de Flavacourr sa soeur,veuve de Charles
de Drouslin
,
Seigneur de Mesnil-Glaise, près
d'Argentan en Normandie,
Le 20. D. Genevieve PaulmierdelaBucaille,
épouse en secondes nôces de Jean-Baptiste-Elie
Camus de Pontcarré, Seigneur de Viarmes,Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy, et
nouvellement nommé Intendant en Bretagne,
qui l'avoit épousée au mois de Décembre 1731.
et auparavant veuve de Charles-Etienne Maignart
,
Seigneur de la Vaupailliere
,
de Seauville
, &c. Conseiller au Parlement de Rouen, après
être accouchée heureusement d'une fille le 14.
précedent, mourut à Paris âgée de zt. ans, elle
étoit fille aînée de feu PierrePaulmier ,Seigneur
de la Bucaille et de Prestreval ,et de Genevieve
Marette. Elle laisse quatre enfans ,un de son
premier mari, et trois du second, qui sont un
fils et deux filles. On a rapporté dans le Mercure
du mois de Septembre 1733. p. icgé. le mariage
de la soeur cadette de Mad. de Viarmes
avecPierre-Jacques-Louis , de Becddievre
,
Marquis
de Quevilly.
- Le 17.Décembre 1754. laDame Camus de
Pm-masrç',. épouse du premier Président dg
JCo-uon, et belle-soeur de feué:, Mad. deViarmes,
accoucha aussià Paris d'un pfcmicrfils,n'ayarg
tû encore que des filles. ..,
Le PremierPrésident dij Parlement fie Bour-
<|eaj«
1 mort depuis peu , se nommoit Joseph de
CHlet,Marquis de la C¡;(,e
,
il avoit ézè iccu
Conseilleren ce Parlement le 27, Juin.1691.
Président à Mortier le 19. Aoust 692.' et enfîqf
î'ierruer Président le j.. May 1714. <
Dame lV{Mie d^Hspar&ez de Lussand'Aubeterfiy
soeur de Pierre Bouchard d'Esparbez deLus-
SLl ,Comted'Aubeterre et de Jonzac, Manjuiç
«fOziilac, Chevalier des Ordres du l}.oy , Lieutenant-
Général de ses Armées, et Gouverneur
de Coj}iQ.ur.' et Port de Vendre, et veuve de Jean
Chape],c,Marquis de Jumi.hac, Diocèse de -Pe
rigueux,Lieutenant de Roy en Perigord au défîtrement
de Sarlac, est morte en Perigor.l âgée
d'environ 74. ans ,
kiisant pour fils p'eue.Jo:..:
tephÇhr.pelle
,
Marquis de Jumilhac, né le 6.
ela7rs iegi.SouseLleutLnant de la premiere
Campaplit des Mousquetaire du Ray,qilt a
étéfai.BrigadierdeCavalerieau mois de Novembre
dernier, et qui a épousé le 23. May
57JU Françoise-Armande de Menou,née le6.
Décembre1708. fille aînée de François-Charles,
JMiatquis de Menou, et de Charvisay
,
ci-devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers d'Anjou, mort le 13 Juin1731.
etdeMarie-Anne-Therese Cornuau de laGran- dere. Jean-Baptiste Seguier, Seigneur, Marquis de
Sahvt Bùsson, qui vendit fluIeLlRoy Louis XIV.
la Terre de S. Cyr
, mourut à Angoulême aa
fsMi.tRsucement de cemoisâgéd'environ Si.
jtestlais;aatdes Enfans.
te 20. Octobre 1734.M.Christophe-Alexandre
Pajot
,
Chevalier, Seigneur de Villers,Controlleur
Géneral des Postes et Relais de France,
et D. Agnès-Cecile Guillebon, épouse de M.
Charles-Christophe Pajot, Secretaire du Roy,
tinrent sur les Fonts la fille de M. Pierre-MaximilienPajot,
Chevalier, Seigneur de Villeperot.
Maréchal des Camps et Armées du Roy, Chevalier
de l'Ordre Royal et militaire de S. Louis,
« de D. Louise-Genevieve Pajot son épouse, et
la nommerent Genevieve-Alexandrine.
Le 4. Novembre 1734. D. Marie-Anne Goës-
Jard de Monsabert épouse de M. Philbert Rulault,
Conseiller au Parlement, accoucha d'une
fille, qui fut tenuë le lendemain sur les Fontsde
Baptême, et nommée Marie-Anne par M. Anne-
Marc Goëslard, Chevalier, Seigneur de Toureil
, et D. Marie Frizon, veuve de M. Antoine
de Rosset,Conseiller Honoraire du Châtelet de
Paris.
Le g. Décembre, D. Constance-Emilie An-1
nauld de Pomponne, Epouse de Jean Joachim
Rouault,Comtede Cayeux, Maréchal des Camps
et Armées du Roy, accoucha d'un fils qui lot
nommé Anne-Emilie-Jean-Baptistepar François
de Harville , Seigneur de la Selle, &c. Maréchal
des Camps et Armées du Roy, et par D.
Anne - Gabrielle Chamillart ,Comtesse de
Brienne.
ARRESTS NOTABLES
ORDONNANCE du Roi du 25. Novembre,
par laquelle S. M. ordonne que les Anglois,
Ecossois et Irlandois, qui ayant deserté
avant le premier de ce mois, s'engageront avant
le premier Mai 1735. dans les Régimens de
Bulkeley, Clare, Dillon, Rootthe et Berwick ; Infanterie,et dans celui de Filtzjames, Cavalerie,
joüiront du pardon accordé par l'Ordonnance
du 6. dudit mois, aux autres déserteurs
qui iront servir dans l'armée d'Italie.
AUTRE du même jour, pour admettre les
déserteurs des Troupes de S. M. qui se trouvent
actuellement engagez dans d'autres Régimens,
à profiter de la
lderniere
amnistie, en continuant
Je servir dans les Régimens ou ils se sont eri.
Iolkz, pendant le tems porté par leur engagement.
AUTRE du même jour, en interprétation de
celle du 2. Novembre1734. portant injonction
aux Anglois
,
Ecossois et Irlandois qui sont en
France, de prendre parti dans les Régimens de
leur nation qui sont au service de S. M.
AUTRE du même jour, concernant les passeports
de guerre, par laquelle il est dit que
S: M. en auroit fait expedier,dont elle auroit
confié la distribution exclusive au sieur Antoine
de Castille, pour faciliter à ses Sujets et À
ceux de l'Empereur et de l'Empire les moyens
de vaquer à leurs affaires particulieres,et de
voyager et commercer librement dans les pays
de l'obéïssance des Souverains respectifs, suivant
ce qui s'est pratiqué dans les dernieres
guerres, &c. et en conséquence S. M. ordonne
l'exacte observation des onze articles contenus
tn ladite Ordonnance. - : J
Le second Volume du Mercurede ce mois, contenant
les Piéces qui n'ont pû trouver place dans
le cours de l'année, & la Table Génerale, est actuellement
sous presse, 6- paroitra incessamment.
TABLE
PIECES FUGITIVES,leRossignolet
la Fauvette
,
FJJMe) 2547
Cause plaidée par les Rethoriciens du College
des Jesuites, 2fÎO
Ode d'Horace, Imitation,2571
Suite de la Lettre sur un nouvel Ouvrage de M.
T. duTillet, M74.
Imitation d'une OdeLatine, 2.5-82.
Suite de l'histoire du Chien de Montargiset d'un
autre Chienrenommé
>
&c. 2584
Epigramme, 2.591.
Bouquet en Prose et en Vers, 2593
Extrait d'un Mémoire lû à l'assemblée publique
de l'Académie des Sciences par M. Godin,
IS99
Lettre sur une ancienne Piéce de Theatre, 2602
Le Sapin et l'Arbrisseau,Fable, 2610
Réflexions, Z61ir
Dissertation sur les armes des anciens Gaulois,
&c. X(,i7
Epitaphe du Maréchal de Berwick, Imitation
, 1610
Tr&oisiéme LCettre d'.unLMedecDin de MLontpeLllier, Bouquet à Madame*** îéiS
Dissertation sur la nature du ver solitaire, 2630
L'Emulation, Ode, 1^43
Suite des Questionsélementairesetpédagogiques,
-.
Énîgmés et
togogrypîiesJ
-
iif1
NOUVELLES LITTERAIRES,ôssBSAÙX-AKTS,
&c. 16ri
Prieres au S. Sacrement, &c. ff
Essai du Chevalier Bacon, ibiii
Didon,Tragédie, 1661
Proposition d'une mesure de la terre, z663
Histoire de la Noblessedu ComtéVenaissin,2664
Bibliothèque Germanique, &c. 2672,
Bibliotheque I alique, &c. 2.7r
Musique, nouveaux Ouvrages, 2682.
Peinture et nouvelles Estampes, 21684
Remede spécifique et Vers
, &c. 2682
Chansons notées, 2699
Spectacles. Philomele ; &c. Extrait,2691
Nouvelles Etrangères d'Affrique,de Russîe,270)f
De Pologne, Suede et Allemagne, 271*
D'Italie, Naples, Sicile, et Angleterre, 1716
Armée d'Italie, 2.710
Promotion &c. Lieutenans Géneraux
, 171j
Régimens donnez, 272?
France, Nouvelles dela Cour,de Paris, 2732
Lettre en Vers et en Prose, 2735
Vers sur la mort du Comte de R * 1731
Morts, Naissances,&e. 2758
Arrêts notables, 2.749
Errata de Novembre.
p Age 2456. ligne 3. lû, lisez lûë.
P.1457*!•ii-viî,l.vûë. l'.2461. ~i. 1.le Mercure de Juin,ajoutez.i/isi
DE FRANCE,
DE1 DIE1 AV ROY.
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy;
AVIS. L'ADRESSE generale cft à
MonsieurMOREAU ,
Commis au
Mercure -vis-à-vis la Comedie Françoise)
à Paris. Ceux qui pour leur commoditévoudront
remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris,peuventse servirde cette voye
pourles fairetenir.
,
On prie très-instamment., quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Poste, ettvotr
foin d'en affranchir le Port., comme cela s'efi
toujours pratique, afin d'épargner à nous
le déplaisir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent, celui ,
nonfeulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages ,
mais
même de les perdre
3
s'ils n'en ont pas gardé
de copie..
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement,n'auront
qu'à donner leurs adresses à M. Monau,
qui aura foin de faire leurs Paquets sans
~erte de temps ,
& de les faire porter fur
l'heure à la Poste, oh aux Messageries qu'on
Hf; indiquera.
fxix XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE,
DÉ1 DIÉ1 AV ROY.
DECEMBRE. 1734.
PIECES FUGITIVES,
, en Vers et en Prose.
LE ROSSIGNOL
ET LA FAUVETTE,
FABLE.
N RasignaI étaloit son ramage
De Bocage en Bocage, -
Et charmoir par son chant les H*--
* bitans des Bois;
L'harmonieux Echo répondoit à sa voix.
Pendant plus d'une année
L'Oyseau goûta par sestendres accens,
La douce destinée
Des plaisirs innocens.
Un lieu lui déplaît-il? aussi-tôt il en change ;
Cela n'est point étrange, j
Rien ne fixoit son coeur,
L'Amour n'en étoit pas vainqueur ;
jamais il ne battit de l'aîle
Pour aucune femelle:
Il chantoit, et rien plus ; trop heureux mille feii
De former des Concerts aux Habitans des bois.
Cetrop simple bonheur est doux autant qu'il
dure;
Par son destin conduit sous la tendre verdure,
11 commence de s'égayer,
Et fait briller les sons de son gosier;
Une Fauvette,
Belle et jeunette ,
Cachée en ce Bosquet ;
Ecoutoit son caquet;
Il lui plût:c'est tout dire;
Elle s'en approcha,
L'Oyseau l'envisagea,
Alors plus de chant ; il soupire;
Dela Fauvette il devient amoureux,
Et ne prononce plus que des sons langoureux, ilabeausedeffendre
Pour ne point s'enflammer,
Hélas! il faut se rendre
,
Enfin il veut l'aimer.
Il lui gazoüille un doux langage j:
-
Lui fait entendre par ses chants j
Qu'elle seule a fixé son naturel volage;
Illui fredonne des sermems.::
Mais la Fauvette
- Fait la muette.
-
-
Le Rossignol s'obstinè à rester au bosquet;
Il redouble son doux caquet,
Fait l'impossible
Pour toucher l'insensible.
l'heureux moment enfin seconde son ardeur.
La Fauvette attendrie,
Etoit ravie
Dans le fond desoncoeur ,
Decauser l'amoureuse plainte;
Du tendre Rossignol,
Que le respect retenoit dans la crainte
Pressé d'amour,près d'elle il prend son vol.
Un accueil gracieux met le comble à sa joye;
Avec plus de courage il s'anime et déploye
Ce que peut inspirer un amoureux jargon.
Il invente avec art nouvelle mélodie
Et sur plus d'un doux ton
Il fait retentir l'air d'une tendre harmonie.
Dans un calme flateur
La Fauvette l'écoute et reçoit sa ferveur.
Sensible à sa délicatesse,
Elle s'approche et veut d'une simple caresse
Payer ses soins et sa fidélité.
Le Rossignol plus enchanté
,
Chante avec bien plus d'assurance
Mais hélas! sa constance
N'a pas tout le crédit
Qi1'il attendoit de son amour extrême ;
La Fauvette en soi-même
De son triomphe s'applaudit,
Contente d'accorder une premiere grace.
Elle fuit et cede la place.
Le désesperé Rossignol
Eût bien voulu suivre son vol.
Mais le Destin met obstacle à sa chaîne ;.
Seul pour lors il gémit et médite sa peine.
Tel est le sort d'un Amant malheureux
Qui près d'une Inhumaine a sçû former des
voeux.
J. C. Fontaine, de Pontoise.
C A V S E plaidée en François par les
Rhétoriciens duCollege de L0vS li
GRAND,leVendredy 27. Août 1734. ENtre plusieurs Exercicesqui se font
au College de Louis le Grand, avec
un concours et un succès qui en justifient
l'avantage, il en est peu qui soient plus
justement applaudis, que les Plaidoyers
par lesquels on y forme la Jeunesse a
composer avec art et à juger avec goût
des Discours qu'elle entend. Les Plaidoyers
dont nous allons donner l'Extrait
embrassent quatre Professions glorieuses
en elles-mêmes et avantageuses à l'Etat;
en voici le Sujet, que le Pere de laSaute9
run des Professeurs de Rethorique, il
prescrit et fait exécuter à ses jeunes Eleves.'
»Un riche et sçavant Citoyen ,
zelF
»pour le progrès des Arts et des Sciences
»qui peuvent contribuer à l'avantage du
»Public, se sent un goût et un attrait
»particulier pour quatre Professions
»dont les divers objets lui paroissent
»tendre à cette fin.
»LaProfession de Pilote, celle d'ln..
au génieur, celle de Méchanicien, celle
» d'Astronôme, sont, à son gre., si es- »timablesence genre, qu'il se déter-
» mine à fonder quatre
Placespour
d'ex-
»cellens Maîtres qui en perfectionnent
*et en perpétuent les exercices.Il affer
»mit ces fondations par un Contrat en
» bonne forme, dans lequel il assigne à
»perpétuité des sommes differentes pour
»servit d'appointemens à ces nouveaux
« Maîtres, Il veut que l'on proportionne
» chaque pension annuelle au mérite plus
» ou moins grand de chacune de leurs
» Professions.
» Comme elles balancent son estime , Met qu'il ne sçait à laquelle donner la
» préférence, il en laisse la décision à
» un Tribunal composé de Connoisseurs
» et de Juges éclairez sur le prix de ces
» Arts.
» Quatre Concurrents font valoir leurs
» prétentions, c'est l'objet des Plaidoyers
» sui vans.
Plaidoyer du Pilote.
Le Pilote chargé d'exposer les avantages
de son Art, marqua d'abord dans
un court Exorde, la crainte où il étoit
que son Discours ne se sentît de la barbarie
des Nations diverses avec lesquelles
il avoit eu à vivre; et que François
de naissance, il ne parût Etranger dans
son langage. Ensuite distinguant deux
sortes de Flottes, les unes Marchandes
qui enrichissent la Patrie, par le moyen
du Commerce, les autres Guerrieres qui
deffendent et illustrentl'Etat par la voye
des Armes, il entreprit de montrer que
le Pilotage est tout à la fois et un fonds
d'opulence, et une source de gloire pour
les Royaumes.
Premiere Partie. Le Commerce ancien
et moderne, les richesses dont il est la
source, la foi et le témoignage de tous
les siecles, font la preuve de cette première
Partie.
Et d'abord sans vouloir apuyer ses droits
sur la fictionet surceque lesPoëtcs racontent
du fameux Vaisseau des Argonautes,
le jeune Orateur, en développant
le tissu de cette ingénieuse allégorie,
puise dans la Fable une preuve sans rcbplleique
,et du sein d'un mensonge agréafait
éclore, en faveur de sa Cause,
des véritez solides.
Que de modernes Typhis sont peints
Dans le fabuleux Conducteur d'Argo!
dans les prétendus Oracles de ce Bois mysterieux
de Dodone, qui faisoit connoître
les bancs de sable que l'on devoit
éviter, les Poëtes n'ont-ils pas voulu
peindre l'adresse d'un Expert Navigateur
qui sçait prévoir et éviter les dangers
qu'on peut craindre dans la Navigation?
CesTaureaux aux pieds d'aitain, ces Dragons
au souffle empoisonné, ne représentent-
ils pas ces Ouragans et ces Typhons
impétueux de l'Océan,dontl'industrie
des Pilotes 4;çait triompher?
Si l'on consu l te l'Histoireancienne,
kS Phéniciens, les Tyriens et tant de
Peuples, ne furent ils pas redevables des
richesses de leurs Villes au secours du
Commerce, et ne dûrent-ils pasle succès
du Commerce à l'adresse et à l'expérience
des Pilotes ?
Si l'Espagne regne sous l'un et l'autre
Hémisphere;si le Portugal, Royaume
si resserré dans l'ancien Monde, a possedé
tant de vastes Royaumes dans le
nouveau; si la Hollande compte dans ces
Plages éloignées plus de lieües de pays
soumises à ses Loix, que d'arpens de terre
dans les Provinces- Unies;si la France
et l'Angleterre ont transporté et entretiennent
dans des climats étrangers tant
de Colonies florissantes; si le Pérou a envoyé
tant d'or en Europe; le Méxique
tant de Minéraux
,
l'Amérique tant de
couleurs brillantes, d'animaux singuliers,.
de Plantes salutaires; si la Religion a
porté sa lumiere presque dans toutes les
contrées où le Soleil porte la sienne,
à qui en est-on redevable,si ce n'est aux
heureuses découvertes d'unChristophe
Colomb? d'un Amétic Vespuce, quia
donné son nom à la plus grande partie
du Monde connu? et de tant d'autres Pilo
tes, hardisimitateurs de ces grands modeles?
LePilotage ne triomphe pasmoins.
dans la guerre.
Seconde Partie. Si les Flotes sont quelque
fois nécessaires pour la deffnse et
pour la gloire des Etats, les Pilotes le
sont toujours pour la conduite et le
triomphe des Vaisseaux armez en guerre;
ce sont eux qui repoussent ces Pirates et
ces Ecumeurs de Mer; ces Insulaires,
qui par des courses, des descentes, des
bombardemens viennent désoler les Cê.
tes et porter le feu dans les Villes Maritimes,
Xerxès couvre l'Hélespont de douze
cent Voiles, et par une cspece de Pont
continu joint l'Asie à l'Europe; Thémistocle
l'attaque avec peu de Vaisseaux; la
différence des Pilotes fait celle du combat
; la Grece est sauvée et la Perse en
quelque sorte submergée avec sa Flotte,
Le succès de la Bataille d'Actium et de
celle de Lépante, sont des monumens
éternels à la gloire du Pilotage.
Le recouvrement de la nouvelle France
,
la Prise de Messineet de Riogener,
les victoires de Palerme et d'Agousta , tant d'Expéditions navales contre Alger,
Tunis, Gènes, n'ont-elles pas réduit des
Nations entières à ramper aux pieds du
Trône François,et à rendre à nos Rois des
hommages dont la gloire rejaillit en partie
sur nos Pilotes î Combien de Héros cet
Art n'a-t'il pas donnés à la France? Quel
avantage n'a-t'il pas sur le Génie? 1°.
celui-cy ne peut procurer le Commerce
comme le Pilotage; 2°. pour contribuer
àune victoire, le Génie n'a d'ordinaire
qu'un Elément à combattre, mais dans
la Marine, tous les Elemens conjurez
s'opposent à l'adresse des Pilotes, et poux
une victoire il faut en remporter cent.
Plaidoyerdel'Ingénieur.
L'Orateur qui défendit cette Cause
, se
fonda sur deux titres qui assurent à l'Ingénieur
un triomphe éclatant sur ses Rivaux,
JQ, nul autre ne garantit l'Etat de
plus grands périls; 2 nul autre ne s'expose
à deplus grands périls pour l'Etat.
Premiere Partie. On doit juger des services
qu'on rend à la Patrie par les dangers
dont on la délivre. Qui pourroit contester
cet honneur aux Guerriers ? Si
doncl'Ingénieur tient dans ce genre le
premier rang parmi les Guerriers, peuton
le lui disputer parmi ses Concurrens?
Pour connoître la grandeur de ses services
, il ne faut que considérer les hor.
reurs de la guerre, la Patrie éplorée, ses
Provinces désolées, le fer qui les ravage,
le feu qui les consume, le sang qui les
inonde, les Campagnes changées en Ds"
serfS, les Forêts en -
buchers, les Ruisseaux
en Fleuves de sang, les Villes en
Solitudes
»
les Maisons en tas de cendres,
les Plaines en Tombeaux; images funebres
, qui en nous peignant les malheurs
de la guerre,nous fait sentir la nécessité
d'unGuerrier, qui sçache fortifier et
réparer les Places, couvrir et deffendre
les Frontières,arrêter l'Ennemi danssa
marche, lui fermer l'entrée dans le Royaume
1
&c.Or n'est-ce pas à l'Ingénieur que
l'on doit ces secours prompts etefficaces?
N'est-cepasluiqui met à la main des.
Soldats,les Armes offensives et deffensives
dont ils ont besoin pour écarter le danger
ou le porter ailleurs? &c.
De quelle ressource ne sont pas les te.
gles qu'il prescrit ? N'est-ce pas l'expérience
de leur utilité qui a fait établir
ces Ecoles de Génie, où dans le sein dcla
Paix on forme tant de jeunesHéros
aux exercices Militaires? En faut-il davantage
pour justifier la haute idée quel'ona
de l'A rchitecture Militaire? Tous
jusqu'à son nom fait connoître son excellence,
et sans doute qu'on ne l'appelle
Génie que parce que la Nation croit troi>
ver dans les Héros qui se forment à cette
Ecole ses Génies tutelaires.Aussi quelles
récompenses ne leurprodigue-t'elle pas,--.
L'Orateur prend de-là occasion de loüer
le célebre M. de Vauban, ce grand Homme
à qui nous devons,dit-il, plus de
50. Villes ouvertes à nos Armes et plus
de 300. fermées aux Armes des Ennemis
, &c. Après tout la rapidité de ces
grades Militaires est autant une suite des
périls qui enlevent tant de Braves qu'il
faut rem placer, qu'un effet de la' juste
reconnoissance que l'on a pour les dangers
dont ils délivrent l'Etat, et de ceux
ausquels ils s'exposent eux-mêmes.
Seconde Partie. Les périls de cette Profession
sont fatiguans et continus. Quelles
fatigues à essuyer,soit dans la construction
,
soit dans la réparation des Places,
des Ramparts
,
des Bastions, &cet cela
en tout tem ps , en toute es pece de terrein
! Quelle continuité de travaux et de
périls dans les Sieges ! C'est à lui de connoître
et de faire connoître le fort et lefoible
des Places, de conduire et d'ouvrir
les Tranchées, de construire les Galeries
, de faire miner et contreminer
y &c. Quelle chaîne de dangers! L'Orateur
les rassemble tous dans le seul Siege
de Philisbourg
,
où la constance de
nos Ingénieurs s'est si glorieusement signalée
contre un des plus forts Boulevarts
de l'Allemagne contre les incommoditez
d'une saison pluvieuse,contre
les horreurs d'un feu continuel, contre
les débordemens d'un Fleuve impétueux,
contre les menaces des principales forces
de l'Empire, contre la ruse ,
l'expe
rience etla valeur d'un grand Prince
d'un vieux Capitaine, dont le nom est
si cher à la France, et dont le bras lui
fut autrefois redoutable
y tant que la fortune
nous débauchala victoire, et qui enfin
fondoit un brillant espoir sur la mort
de ce grand Maréchal
, nouveau Turenne
, dans sa vie et dans sa mort, couronné
comme lui des plus belles vietoires,
et enseveli comme lui sous sesTrophées,
en faisant la dangereuse fonction
d'Ingénieur. L'Orateur prend delà occasion
de marquer les allarmes de la France
sur M. le Prince de Conty, qui n'étoit
qu'à quelques pas du Générallorsqu'il
fut tué, et qui bravant le danger
dans le même lieu où fumoit encore la
foudre qui avoir frappé ce Hétos--;', faisoit
craindre sans cesse que les Lauriers
d'une tête si chere ne fussent bien-tôt
teints de son sang et arrosez de nos larmes
, &c.
L'Ingénieur voittous ces dangersetune
grande quantité d'autres réunis contre
lui; quelle difference, entre les périlsde
sa Profession et la sécurité de cellequ'exercent
ses Concurrens! Je Juge équitable
qui pese dans une même balance
leurs prétentions diverses, peut-il ne
pas garantir du danger de perdre sa Cause,
un homme qui s'expose à tant de
périls pour nous faire gagner des victoires?
et ne doit-il pas faire triampher
un Art qui tant de fois fit triompher.
l'Etat? -
Plaidoyer du JMèehanicrcir.
L'Orateur fait envisager leMéchanique
sous deux points de vûë bien capables
d'en donner une haute idée,
comme la Science des Sciences yz° comme
l'Art des Arts.
Premiere Partie. IL est deux sortes de
Méchanique
,
l'une de spéculation qui
invente, l'autre de pratique qui execute.
L'une et l'autre ne dépend d'aucune Science
; toutes lesSciences dépendent d'elles-
Qu'elle ne dépende d'aucune autre
Science, l'Orateur le prouve en. marquant
l'objetprincipal de la. Méchanique.
Quel est-il en effet? C'est d'enseigner
la nature des Forces mouvantes
et d'augmenter tellement la Puissance
upar le moyen etla délicatesse des ressorts, Enfant, puisse élever de. lourdes
masses et des poids énormes, qui sans
un tel secours passent la portée de plusieurs
hommes des plus robustes, &c.
Or c'estcet Art que la Méchanique n'emprunta
jamais d'aucune autre faculté. Si
quelquefois elle s'associe la Géométrie et
l'Arithmétique, c'est plutôt un secours de
commodité que de nécessité.
Mais est-il une Science qui ne dépende
d'elle? Si elle ne leur prétoit la main,
elles se borneroient toutes à de pures
spéculations
, qui resteroientignorées du
Public dans la pointe de l'esprit, ou dans
les Manuscrits de leurs Auteurs, sans
pouvoir même trouver un Libraire qui
les produisit au jour. Les Auteurs euxmêmes
se dégouteroient;et si leur Etude
devoit rester inconnue, au lieu de faire
leur plaisir, elle feroit leur supplice.
L'Orateur fait l'application de son Art
à celui des Concurrens; que feroit le
Pilote si la Méchanique ne construisoit,
ne lançoit, n'équipoitle Vaisseau
, et si
elle n'aprêtoit les métaux précieux et les
autres richesses qu'il va chercher dans le
nouveau monde. ? Que feroit l'Ingénieur
si la Méchanique ne fortifioit, ne défendoit
, n'attaquoit les Places
, ne fondoit,
ne pointoit, ne tiroit le canon? &c.Sans la
Méchanique qui prépare les Instruments
propres à considérer les Astres, l'Astronome
les connoirroit-il mieux que le
vulgaire ignorant?
- La Méchanique peut doncse passer des
autres Sciences, il n'est aucune Science
qui puisse se passer d'elle; ainsi elle est
non-seu lement la Science des Sciences
mais elle est encore l'Art des Arts?
SecondePartie. Un Art qui renferme
en soi tous ceux qui sont établis parmi
les hommes,soit pour la nécessité
y
soie
pour la commodité
,
soit pour le plasir,
soit pour la splendeur et la magnificence,
ne doit-il pas être appellél'Art des Artsî
telle est la Méchanique.
Artsnécessaires. C'est la Méchanique
qui prescrit et donne la forme de tous les
instrumentsutiles à l'Agriculture; elle
partage les RivieresenRuisseaux pour la
fertilité des Campagnes;elle donne des
digues aux torrents;ellesçait tantôt enchaîner
les vents et réünir leurs efforts.
tantôt faire travailler les Eaux pour donner
le mouvement aux roües des Moulins,
et préparer la nourriture et la subsistance
des Peuples. Elle fait couler à grands
flots le vin dans les cuves, et pressant
le raisin sous l'effort de la Vis,elle fait
distiller ces larmes délicieuses où nagent
les Ris et où les Chagrins vont se
noyer &c.
Ar s commodes. N'est-ce pas elle - qui
par le secours des Machines qu'elle a inventées
et qu'elle sçait mettre en usage,
éleve ces bârimens si commodes, dans
lesquels on brave l'intemperie des Saisons,
&c ?
Arts pour le plaisir. Ces théatres où
mille pompeuses illusions ébloiiissent les
yeux, ces instruments dont la douce
harmonie charme les oreilles, et tant
d'autres inventions imaginées pour enchanter
les sens, ne sont-elles pas son
ouvrage? La Scene nest-elle pas le regnc:,
des Machines et de la Méchanique&cf
Art pour la splendeur. Tant de monuments
célébrés
<
de Temples augustes
de Palais superbes, de Jardins délicieux
, sont des Jeux de la Méchanique.
Ces Cascades,ces Chûres, ces Jers
d'eau, ces Aqutducs;, ces Canaux souterrains
qui dérobent autant de prodiges
à nos yeux qu'ils en présentent à notre
admiration dans leurs surprenantes saillies
/sur tout ce Canal prodigieux qui
fait la jonction des deux Mers, sont autant
de chefs-d'cruvres de la Méchlnique.
Que dire de ces Manufactures de Glaces,
de Miroirs, de Tapisseries
,
d'Etoffes
précieuses, où la Méchanique a tant de
part ? Tant de prodigesqu'elle enfante
ne nous disent-ils pas qu'elle est l'Art des
Arts?
Plaidoyer de l'Astronôrf¡.
L'Orateur dans son Exorde tâche de
détruire l'injuste idée que le Peuple se
forme d'un Astronome
, comme d'un
homme qui dédaignant la terre et la société
des hommes, mérite d'en être
dédaigné à son tour comme un membre
parfaitement inutile. IL prétend
faire voir qu'il n'est peut-être point
d'homme qui fasse plus d'honneur à l'état
qu'un excellent Astronome; pourquoii
1°. Parce que sa Science est la plus parfaite
des Sciences humaines. zw. Parce
qu'elle est la plus capable de perfectionner
la plûpart des autres Sciences utiles.
à la Patrie.
Premicre Partie. La sublimité de son
objet, la sureté de ses principes, nous
fontconnoîcre quelle est sa perfection.
Son objet est grand-et aussi élevé
au-dessus de tous les objets qui nous environnent
3
que les Astres le sont audessus
de la Terre qni nous porte. C'est
l'immensité duCiel
,
c'est le mouvement
réglé de ces Globes lumineux qui roulent
sur nos têtes; c'est l'arrangement
ct l'harmonie des plus brillantes parties
quL
qui composent cet Univers: objet bien
digne d'occuper l'esprit et bien propre
a élever l'ame au dessus d'elle-même;
et jusqu'au Trône de cet Etre suprême
dont la puissance a crcé, et dont la sagesse
gouverne les Astres; objet si attrayant
,qu'on ne doit pis être, surpris
qu'un Astronome sacrifie son repos à
des observations si curieuses et si interestantes?
N'est-il donc pas indigne que
tant d'illustres fainéants qui passent les
nuits dans des débauches outréestou qui
se livrent alors aux molles douceurs d'un
sommeil indolent, reprochent à l'A stronome
comme perdues ces nuits précieuses,
où nop-seulement il s'occupe des
plus nobles objets
,
mais se forme des
principes certains sur lesquels il puisse
appuyer ses Observations ?
Il ne faut pour garant de leur certitude
que celle des supputations qui rendent
cette Science, pour ainsi parler;
l'Arbitre souverain des Saisons,et semblent
soumettre le Firmament à ses Loix
et à son impérieux calcul. On diroit que
l'Astronome prend son vol jusqu'aux
Cieux pour en mesurer l'étendue et y
lire le cours secret des Astres, leurs déclinaisons
,
leurs parallaxes, leurs réva..
iutions, &c. L'Orateur établit ensuite
un parallèle délicat et fin entre cette
Science et les autres; et comparant ses
qualitez à leurs deffauts, fait voir que
non-seulement elle est la plus parfaire
des Sciences, mais que presque toutes
les Sciences ont besoin d'elle pour être
perfectionnées.
Seconde Partie. Parmi toutes les Sciences
qui tirent leur source ou qui trouvent
leur embellissement dans l'Astronomie,
l'Histoire tient un des premiers
rangs. C'est l'Astronomie qui fixe les
Epoques, qui garantit les dates, qui préside
à la Chronologie, qui a enfanté la
réformation de ce beau Calendrier Grégorien
, com posé par les veilles des plus
sçavans Astronomes. Quelle peine ne fut-ce pas pour eux de remédier par
leur calcul au dérangement qui se trouvoit
dans les saisons ,et d'accorder le
temps marqué pour les Fêtes Mobiles,
avec l'inégalité des mouvemens celesres?
La Cosmographie pourroitelle tracer
en ricourci les divers Climats de laTerre,
si l'Astronomie ne lui en faisoitconnoître
les distances, l'éenduii, les limites,
à lafa/eur des Longitudes et des Latitudes
dont elle l'instruit? &c. Que ne
doit pas la Navigation à l'Astronomie,
sur tout depuis la découverte du second
Satellite de Jupiter î &c.
N'est ee pas l'Astronomie qui pendant
un si long temps a donné tant de cré.
dit à de pieux Mathématiciens
, qui en
faisant connoître les Astres aux Chinois,
leur donnèrent la connoissance du Dieu
Créateur des Astres?&c. Les Spheres, les
Globes Celestes, les Pendules, les Cadrans
et tant d'autres Inventions admirables,
ne sont-elles pas le fruit de l' Astronomie
? En faut-il davantage pour lui
assurer le triomphe sur les autres Arts?
le Juge est trop éclairé pour refuser le
prix à une Science qui en perfectionnetant
d'autres, et qui dans tous les siecles a fait
la noble occupation des plus grands Génies
, des Ptolomées, des Pithagores, des
Copernics, de Galilées
,
des Clavius,
des Cassini, &c.
Examen et Jugement de la Cause.
Le Jugeétablit trois principes sur le"
quels il appuyé sa décision. On connoît
qu'un Art est plus ou moins utile au
Public par un usage plus ou moins étendu
,
plus ou moins important, plus ou.
moins essentiel.
D'abord, le Pilotage contribuë infiniment
à la richesse età la sûreté des
Etats; mais l'usage en est-il si uni versel
? Les Flottes arméesquidefïendent
les Côtes Maritimes, préservent-elles
le coeur de l'Etat? Utiles en guerre,
ne sont-elles pas inutiles en paix? Les
Flottes Marchandes entretiennent le
Commerce, mais est-ce l'unique voye de
l'entretenir ? Les Etats qui sont sans Côtes
, sans Havres, sans Ports, sont-ils
sans Commerce? On a conquis des nouveaux
Royaumes,mais ces conquêtes ont
enlevé bien des Sujets à l'Europe, et en
l'enrichissant par des trésors
3
l'ont épuisé
d'hommes, &c.
L'Ingénieur court de grands risquesj
mais n'y trouvet'il pas sa gloire et son
interêt ? Il est plus exposé que le commun
des Guerriers,mais plus promptement
récompensé.Doit-on juger de l'utilité
d'une Profession par les dangers?
Que la Paix se fasse, a t'on besoin de
l'Architecture Militaire? l'Ingénieur mec
nos Places en état de tenir contre l'Ennemi,
mais l'Ennemi n'a-t'il pas ses Ingénieurs
qui mettent ses Places en état de
tenir contre nous?
La Méchanique se donne les titres fastueux
de Scieace des Sciences
,
d'Art
des Arts; on lui accorde qu'elle est indépendante
des autres dans ce qui regarde
les Forces motivantes; mais ne voiton
pas qu'elle ne fait souvent qu'executer
plusieurs Machinesinventées par
le Pilote, l'Ingénieur, l'Astronome,
&c. Ainsi la Médunique usant d'unlangage
plus modeste
,
pourroit se dire plutôt
la Suivante que la Reine des Sciences.
Si elle les renfermoit toutes, il ne
faudroit plus désormais d'autres Sçnvans
que des Méchaniciens et des Machinistes
, &c.
L'Asrroneme adroit de se plaindre des
mauvaises plaisanteries par où l'on veut
Tepandre du ridicule sur sa Profession.
C'est un malheur qu'on l'ait confondue
avec cette Astrologiejudiciaire dont tant
de Peuples et de Princes ont été la duppdee.
L'air et les manieres extraordinaires
quelques Astronomes,ont pu donner
lieu à ces railleries; Thalés lui-mcme
les essuya quand il tomba dans un
"Puits en contemplant les Asr": Cette
Science est d'un grand prix et-d'un grand
usage pour les Arts qu'ont détaillez;
entre autres pour la Navigation,par l'avantage
qu'on en tire pour les Cartes Marines
et pour la fixation des Méridiens
,&ci Mais aprèscetEloge il faut
avoiier qu'elle est plus commode'ouamusante
, qu'utile ou nécessaire. C'est une
de ces Sciences dont on peut relever le
mérite d'autant plus impunément qu'elle
est moins à la portée du commun,.et
qui trouvera d'autant plus d'admirateurs
qu'elle trouve moins de connoisseurs.
Après cet examen ,
le Juge assigne en
premier lieu auMéchanicien sur les dix
mille cinq cens livres de revenu annuel,
déposé entre les mains de la Justice, une
pension viagere de 4000. livres, et cela
parce que son Art est d'un usage plus
étendu, soit par rapport aux différentes
conditions de l'Etat, qui en ont toutes
besoin soit par rapport à tous les temps
et à toutes les occurrences, puisqu'il n'en
est aucune où elle ne soit utile ou même
nécessaire; d'ailleurs peut-on erre
bon Méchaniciensans êrre un peu Pilote.
Ingénieur et Astronome?&c.
La seconde pension de 3000. livres est
assignée au Pilote., parce que saPiofession
esd'un usage plus grand que les
deux suivantes, et à raison du Commerce
qu'elle facilite dans tous les tem ps et
dans tous les Pays Maritimes les plus
éloignez et les plus opulents, &c.
La troisièmepension de 2000. livres
est assignée à l'Ingénieur, en considération
des dangers auxquels il s'expose
et dont il préserve l'Etat, &c.
L'Astronome est pourvû d'une pension
de lSOO livres pour récompenser
les connoissances importantes er curieuses
dont le Public lui est redevable, &o.
La Cause du Pilote fur plaidée par
M. Begon celle de l'Ingénieur
, par
M. d'Agenois; celle du Méchanicicn,pair
M. Maynon d'Invau; celle de l'Astronome
, par M. le Févre
, et fut jugée par
M. Naudin. Tous ces jeunes Orateurs
méritèrent les applaudissemens d'une illustre
et nombreuse Assemblée
, par li
grâce et par l'éloquence avec laquelle ils
prononcèrent leurs Discours. L'un d'eux
nomma avec éloge, plusieurs autres Khe"
toriciens qui avoient travaillé avec le
plus desuccèsà lacomposition de zes Pinàoyers)
enrreaurrs,Mrs de Charost,d'Ancenis,
d'ArgougesJ'urgot d'VLY)deBIgI.lt de
Fondras,Cholet, de la Bellangeray;
,
Bacularde
Deshayes, &c. et les remercia
ravoir prêté leur plume à l'Ouvrage
dont nous ne donnons ici qu'un précis
des plus abrégez.
1,,I,.f 1 -rA 710 N de la v1*ngt et -uniem_ll
Ode dtlllje. Livre des Odud'Horace*.
Imable
Mere de l'yvresse
Bouteille, soit que dans ton sein
Des doux Enfans de la Tendresse
Tu portes le folâtre Essain
, Soit que tu renfermes les craintes,
Les cendres plaisirs ou les plaintes,
Le sommeil, ou les ris badins,
La paix oules sanglantes guerres,
Descends et viens remplir nosverres
Du plus délicieux des vins.
Descends, c'est Corvin qui t'en prie
Quoiqu'imbu des Poirts sourcilleux
D'une austere Philosophie,
Il n'est point ennemi des Jeux;
par tout ailleurs il Socratise;
Mais en débauche il s'humanise ;
Comme ce Sage tant vanté,
Qui quelquefois d'un vin Massique,
Sçavoir de sa vertu Stoïque,
Egayer la sévérité.
Tu sçais d'un naturel barbare
Adoucir la férocité,
Et de l'humeur la plus bizarre
Corriger l'instabilité;
C'est dans ton jus que la sagesse
A son inquiète tristesse
Trouve un heureux soulagement;
Par toi l'homme devient sincere,
Et découvre enfin le mystère
Qu'il gardoit le plus chérement.
Tu remets la douce esperance
Au sein des Esprits languissants,
Et ta merveilleuse puissance
Ranime les plus impuissants:
Remplis d'une fureur guerriere
On les entend d'une voix fiere
Ranger l'Univers sous leurs Loix ,
Et dans l'ardeur qui les emporte,
Braver l'intrépide cohorte,
Qui veille à la garde des Rois.
Descends donc, charmante Bouteille,f
Que si la Mere des appas,
Et l'aimable Dieu de la Treille,
Veulent bien être du répas,
Si les inséparables Graces
Marchent sur tes paisibles traces,
Nous te presserons tour àtour.
Jusqu'à ce que l'Aube naissante
Dans la Fougere étincelante
Darde les premiers feux du jour.
sVITEde la Lettre de M.sur
un nouvel Ouvrage de Ai. Titon du
Tillet. TROISIE'ME DISCOURS sur
les honneurs et sur les Mouuments
que les Romains ont accordez, aux Personnes
qui ont excellé dans les Sciences. Je ne
m'étendrai pas sur ce qui est traité dans
ce Dicours., parce qu'on y voit que les.
Romains ont suivi l'exemple des Grecs
en ce qui concerne les honneurs et les
Monuments qu'ils ont accordez à leurs
Sçavans , dont l'Auteur rapporte il
une infinité d'exemples.
Les Romains,dit-il, que tant de vertus
éminenres et sur tout leur grand
a^mour pour la Patrie
,
ont.rendus l'admiration
de tous les siècles;ces vainqueurs.
et cesMaîtres du Monde furent les dignes
imitateurs des Grecs par la nobleémulation
qu'ils eurent pour les Sciences et
pour les Beaux Arts, et par les honneurs
et les récompenses qu'ils accordérentaux
Hommes qui s'y distinguoient.Ils puisèrent
les Sciences, les Arts
, et le bon
gour chez les Grecs, dont ils devinrentvictorieux,
ayant conquis leur Pays comice
le dit Horace. Ç^id.
Grtcta eapt/t
c
ferum Victorem cepit et Artesry
Jhiidtt agresti Latio.
-
Epist.1.Liv.II.
-
- On voit dans ce Discoursque les plus
Grands Hommes de la République et de
l'Empire Romain, ne se contentoient
pas d'honorer les Sçavans de leur estime
et de leur amitié
, et de leur rendre les
honneurs les plus distinguez, mais qu'ils
ambitionnoient encore d'être mis au rang
de ces Sçavants ; plusieurs mériterenr
d'être de ce nombre , entre autres Caton
le Censeur, Sylla, les deux Scipions a.
Aetius, Luculle,Pollion,Germanicus,Cesar,
Auguste,etune grande partie des Empereurs
,
dont les Statuës furent placées à
TitredeSçavants,dans les Bibliothèques"
publiques, dont ont fait la Description.
Dans ce mêmeDiscours on fait aussi connaître
que les plus illustres Ennemis des
Romains aimoient les Sçavants et cultivoient
les Sciences: Pyrrhus, Annibal,
Mithridate et Zenobie Reine de Pàlmirc,
sont de ce nombre.
Le Discours finit par la décadence et
par la Iuine de l'Empire Romain, ruine
qui a donné naissanceàplusieurs Royaumes
puissants,entreautres celui dela
France. On y marque aussi que la chûte
de l'Empire causa presque la perte entiers
des Sciences
,
lesquelles n'eurent d"autre
azile que chez les Ecclésiastiques et-dans
les Mônasteres ,où elles furent cultivées
d'unemaniéré seche et scholastique dénuée de cette elegance , et de cette po.,
litesse, qui en font toute la grâce.
QUATRIEME DISCOURS sur
les honneurs et les récompenses que les Nationspolicées
etflorissantes
,
qui ont pain
depuis les Romains, ont accordés aux Illustres
Spavants.
On voit au commencement de ce Discours
que les Sciences et les Beaux Arts
furent entierement négligez en Europe
dans le V. et VI. siècles. Chiperic F.
petit-filsdeClovis qui étoit un Prince
sçavant pour son siècle,fit de vains efforts
pour faire revivre les Sciences. Quelque
temps après, Charlemagne donna ses
-
fsuotins pour les faire refleurir, mais il ne guere plus heureux que Chilperic.
Notre Auteur après avoir donné des
exemples, des honneurset des récompenses
, que les Rois de France de la
premiere Race accordèrent à quelques
Sçavants, et après avoir remarqué que
ces Princes élevèrent quelques Eglises et
d'autres Edifices, passe au Regne de
Hugues Capet,premier Roy de la seconde
Race, qui vivoit dans le X. siècle.
Il dit, après le Sçavant M. Huet, dans
son Traité de l'Origine des Romans,
que Ig Poëtes François nommez Trouveres
3
qui parurent d'abord sous le Regne
de Loiiis le Débonnaire,romanisérent tout
de bon du temps de HuguesCapet. Cepleesndant,
continue-t'il, on peut dire que
Sciences necommencèrent à prendre
quelque vigueur en France que sous le
Regne de Louis VII. dit le Jeune et sous
celui de Philippe Auguste son Fils.
Il parut quelques Sçavans
, entre lesquels
on pourroit compter plusieurs Seigneurs
de la Cour , sous le Regne de
S. Loüis, petit-fils de Philippe Auguste.
LaLangue Françoise commença à se polir,
et la Poésie,.qui étoit en grande vague,
avoi, t dde nouveauxagrémens. La,moet
la galanterieanimérent le géniedeiPoêtes,
qui donnèrent plus de vivacité et de délicatesse
à leurs ouvrages. L'Auteut
nomme ici plus de40. Princeset Seigneurs
1 '- entre lesquels on trouve des Empereurs
et des Rois qui se faisoient un honneur
et un plaisir de composer desVers à Li,
gloire des Dames.
Il marque l-es récompenses que les
Princes donnoient aux Poëtes et aux Sçavans,
et ajoute qu'ilsenatachoienttoujours
quelques uns auprès d'eux. Il parleensuite
des Princes de l'Europe qui s'appliquèrent
aux Sciences, et qui répandirentleurs
bienfaits surceuxqui icscultlfroienfr
avec succès. Parmi ces Princes,AlfonseX
Roy de Castille, Aifonse V. Roy d'Aragon
et de Naples, Laurent de Medicis
Chef de la République de Florence
tiennent un beau rang. ainsi que CharleJs.
V. Roy de France. Il donne plusieurs,
exemples des honneurs qu'on rendit aux*,
Sçavants dans ces tems-là
f et il fait une
belle Description du Triomphede Petrarque.
Il faitconnoître les plus beaux Edifices
j
les Eglises, er les Collèges qui ont
çté construits dans le XIV. siécle : il
marque le tems auquel l'Imprimerie
,
la
Gravûre
, la Peinture à l'huile, et la Pou-
4*4 canon ont étéinventées. Il donn-e*-
ensuite une idée des Sciences et des Arts
en Grece et dans l'Orient, particulièrement
en Perse, aux.Indes et à la Chine,
Notre Auteur vient au XVI.siècle
dans lequel trois des plus grands Princes
qui ayent régné
,
cherchèrent à l'envi
afaire briller les Sciences et les Brau^.
Arts,en répandant leurs
bienfaitssur
çeux. qui yexcelloient. Ces trois Princes.
sont le Pape Leon X. Charles V. Emperçur
et Roy d'EspagneetFrançois t;
Roy de France, les vrais Restaurateurs
et les Peres des Sciences et des Beaux
Arts. Ils comblèrent de bienfaits une infinité
de Sçavants et plusieurs personnes,
qui ont brillé dans les Beaux Arts.
C'est depuis ce tems-là qu'on a vis
parottre dans presque toutes les Parties
de l'Europe, tant d'Hommes Illustres
dans la République des Lc:tres-'et tant
d'autres qui ont excellé dans les Beaux-
Arts. On rapporte leurs noms , et on fait
connoître les honneurs qui leur ont étérendus.
Les Rois et les Souverains;
qui ont succedé à ces troisGrands Princes,
ont presque tous suivi leur exem pk, et,
ont animé les Sçavans et les habiles Artistes
par de nobles récompenses. Ort
distingue sur tout les Rois de France vsçavoit
Henri,II. Charles IX, Henri III,
Henri IV. Louis XIII. et Louis XIV.
On fait paroître à cette occasion
, parmi
un nombre infini de célebres Ecrivains
, plusieurs Grands Seigneursrevêtus
des premieres Dignitezdu Royaume
qui se sont signalezparleurs Ecrits, autant
que par leurs belles actions et parles
services qu'ils ont rendus àl'Etat. On
voit aussil'établissement de toutes les
Académies ,.et le Progrès de toutes les*
Sciences et de. tous les Beaux Arts eu
France. On parte enfin de tous les grands
Edifices q.iri ont été élevez depuis le R..
gne de François I. et de plusieurs Chefsd'oeuvre
de Peinture etde Sculpture.
Le Regne de Louis XIV. surnommé
LE GRAND ,
paroît le plus brillant detous,
par la quantité considérable.
d'Hommes Illustres qu'il a produits dans
tous les differenscaractères de génie
comme parlessuperbes Edifices et par
les beaux morceaux dé Peinture et de
Sculpture qui ont été exécutez perses
ordres. On entre même surce sujet dans
ledétail des Fêtes ,des Carrousels, des
Feux d'Artifices
,
&c. qu'on a vûs sous
son Regne.M.Titon du Tilletqui aime
.1es Projets les plus éclaranset lés plus
magnifiques paroît extrêmement satisfaitde
toutes ces grandes Fêtes.
11 sou haiteroit cependant qu'on exécutât
encorequelque chose de plus grand
à la gloirede Loüis XIV. et de Loiiis XV.
Il propose là-dessus de faire célebrerà Paris
tous les quatre ans des Jzux LODOï-
CIENS. Il donne des Plans les plus superbesetles
plus magnifiques pour leurexécution,
laquelle necouteroit, dit-il,rien à,
l'Etat, qui au contraire en retireroit du
profit, par le nombreux concours des
Etrangers que ces Spectacles, attireraient.
a Paris. Il croit enfin qu'il sera aisé de
trouver une Compagnie qui entreprenne
Th Représentation de ces Jeux, moyennant
unPrivilege accordé par le Roy, d'élever de grandsAmphithéâtres pour
placer jusqu'à cent mille Spectateurs
3 selon le lieu qui leur seroitdonné, et
en faisant payer à ces Spectateurs une
certaine somme fixée par le Privilege.
Voilà, Monsieur
,
à peu près le Plan
ou le Sommairedu Livre de M. Titon
duTillet,dont le prix n'est que de quarante
sols non relié; et qui se vendchez
Coignard Chaubert, la veuve Pissotet
Jean de Nully. On trouve c hez les mêmes
Libraires la Description du Parnasse
François exécuté en bronze par le même
Auteur, vol. fol. de 800. pp. orné de
XXV. Estampes,dont il yen a XII nouvelles
, des Portraits oos Personnes Illustres,
qui tiennent le premier rang sur ce
Parnasse. Cette Edition aété corrigée
de qaelques fautes, et augmentée de
vingt pages. Le prix en blanc est de dixhuit
livres. Je suis., Monsieur ,,&c.
IMITATIONdel'Oded'Horace, qui commence par ces mots : Quid sles
Asterie Sec. J): lJÂbsncc
de Gigès,quivous est sifidèle,
Charmante Asterié
,
doit-elle
Couter tant de pleursà vos yeux?
Chargé des dons que fait la rive où naîtFAtt*
rore,
Les Zéphirs, au retour de Flore,
Le rameneront ences Lieux,
Les siers vents du Midi l'ont jette dans Orique-.,'
Où chagrin et mélancolique
Il se livre aux plus noirs ennuis;
,/f..e sommeil ne sçauroit inerrompre les larmes
Que l'éloignement de vos charmes
Lui fait verser toutes les nuits.
Cependant l'Envoyé de Chloé son hôtesse
Par un langage plein d'adresse
>
Tentant sa vertu chaque jour,
Lui dit qu'éperdûment la belle Chloé l'aime
v
Que vous n'avez jamais vous-même
Brulépourlui deplus d'amour
Il lui conte comment une Reine indignée
De voir sa flamedédaignée ,
Dansses transports impétueux
,
Contre Bellerophon armant la calomnie
A
Pressa Pretus d'ôter la vie
Ait Prince le plus vertueux,
Il ajoute comment,en fuyant Hippolyte)
Pelée aux bords du noir Cocyte
Risqua de se faire envoyer;
Il épuise en un mot les Histoires, les Fabl.s.
Et n'obmet aucuns traits capables
De le séduire et l'effrayer.
Vains efforts! jusqu'iciGigès est invincible.
Gigès est toujoursinsensible ;
Les Rochers ne sont pas si sourds.'
Mais vous, craignez l'ardeur qu'en votre amt
trompée
Pourroient allumer d'El'lipée
Le voisinage et les discours.
Qui, quoi qu'au Champ de Mars aucun autre.
, jeune homme
Ne brille tant aux yeux de Rome,
Sur un Coursier fougueux monté,
Ir quoi qu'aucun Nageur, dans le courant dit
Tibre
,
Ne garde un si juste cçjuilibrt
? Sttnobét».
Et n'ait tant de legereté.
Renfermés-vous pourtant; quand la nuit est
venue,
Ne regardez point dans la rue
,
N'écoutez point son luth plaintif;
le tâchez qu'à sa voix, qui souvent vous agv
pelle,
Sous le nom de beautécruelle,
Votre coeur soit toujours récif:
F.M.F.
SUPPLEMENT à ce qui Il été inséré
dans le Mercure de Novembre 1734.
AU sujet de PHistoire du Chien de ltlonta'ygis
3
où par occasion il est parlé d'un
Chien renommédaml'HistoireOrientale.
L 9 'Auteur de l'Extrait imprimé dans
leMercure du mois d'Août dernier,
du Journal Littéraire de la Haye 1732. ,
a eu raison de dire que le trait de Critique
du Journaliste Etranger sur le Fait
duChien de Montargis
,
rapporté pix
le R. P. de Montfaucon, dans le troisième
Tome des Monumens de la Monarchie
Françoise, ne demeureroit pas
sans réponse. Il y en a une, en effet , et
cette Réponse est liliprimé'e, sous le nom
de Lettre, dans le Mercure du mois de'
Novembre passé. On auroit pu
, ce me
semble, donner plus d'étendue et plus
de poids à fa réfutation de cette Critique,
et aller plus directement au fait
qui se trouve assez constaté,et selon moi,,
presque démontré.Voici cependant quelques
Refléxions qu'on peut àjoûter pour
servir de Supplément à ce qui a déjà été
dit pour la défense du R.P.de Montfaucon
,
lequel n'a pas jugé à propos
d'interrompre ses grandes occupations
- pour prendre lui-même son fait et cause.
Il me paroît d'abord que l'Histoire
du Combat du Chien en question étoit
regardée comme indubitable dans leXV.
et XVI. siecles. Plusieurs grands Hom
mes attestent la vérité du fait, et pas
un n'a jamais témoigné en douter. L'Histoire
n'a d'ailleurs rien qui choque la
vrai-semblance. Ce que dit l'Auteur de
la Lettre du Mercure, que l'Histoire
s'est passée long-temps avant le Regne
de Charles V. mérite quelque refléxion
mais comme le sentiment universel a été
jusqu'à présent, que ce Combat s'est fait
sous le Regne de ce Prince,il me sem
blé qu'on ne peut adopter cette opinion
oucette conj*ecture, sans quelque fo-r.t-e
preuve, et l'Auteur de la Lettre n'en
raporte aucune. Je sçai cependant que quelqu'un a entrepris de faire des recher- ches sur cette Histoire dans plusieurs
Chroniqueurs de nos Bibliotheques qui n'onr jamais été imprimez, déciderontpeut-être, etqui duFait, tant pour la verité
que pour le
@
Evenement temps auquel cet s'est passé.
Pour ce qui est des habits des Personnages
représentez dans la Gravûre dir
P. de Montfaucon, sur quoi l'Auteur du.
Journal de la Haye prétendapuyer Critique;à sa. l'égard, dis-je, des habits,
sur tout pour celui des Dames, il est cer- tain qu'elles étoient habillées de cette maniere du temps de Charles V. et depuis
S. Louis. Les habits des hommes
varioient beaucoup en ce temps-là, comme
il est aisé de le prouver par plusieurs
Peintures de ce même temps. Il y avoit
mêmedesSeigneurs, sur tout de ceux qui vi voient auprès des Princes, qui
étoient habillez à la Romaine; on en voit
quelques-uns dans cette Gravûre et c'est
ce qui a trompé le Critique, qui n'en
sçait pas tant sur ce sujet. En un mot, il n'y a rien dans les habits en question
qui puisse autoriser le moindresoupçon
sut la vérité du Fait, ci toutconsideré,
je crois avoir droit de conclure au moinsque
la Peinture de Montargis a étécertainement
faire du temps de Charles V.
l'an 1372. comme il est marqué dans ce
Monument même. Elle a été renouvellée
plusieurs fois
,
dit Jules Scaliger; s'il
y avoit quelque chose à reprendre dans
les habits, il faudroit attribuer la faute
au Peintre qui les a peints comme on
les portoit du temps de Charles V.
J'¡>.ÿ déja dit que l'Histoire du Chien
de Montargis n'a rien qui choque la
vari-semblance. A joûtons que d'autres
Histoires aussi surprenantes, semblentl'autoriser
et prouverjusques où peut
aller la sagacité ct la fidélité d'un Chien,
On a vû depuis peu celle que rapporte
Jean Tzetzez, Auteur Grec du XII.
siecle, versifiée dans le Mercure d'Août
dernier, page 1747. C'est un Fait presque
pareil à celui de Montargis. On
peut y joindre une autre Histoire bien
antérieure
,
puisqu'elle est du temps de
Louis le Debonnaire, c'est celle du
Chien Ganelon
,
qui sauva la vie au fils
unique de son Maître, aux dépens de
la sienne ,
qu'il perdit en deffendant
ccet,Enfantcontre un Srpent monstrueux La fidélité de Ganelon, dit l'Histoire
, lui mérita un Tombeau Maître que son fit élever auprès d'une Fontaine.
L'Avanture de ce Chien et la circonstance
duTombeau me fontsouvenir d'une
autre Chien , dont j'ai lû l'Histoire dans
la Bibliothéque Orientale, car l'Orient
a eu aussi ses Chiens célebres, Je rapporterai
ici ce Trait,lequel étant tout ré.
joüissantpeut faire uneespece decontraste
avec ce qu'on dit jusq u'ici de funesteet de
tragique sur ce sujet. Il servira aussi à
montrer qu'elle est en général l'hypocrisie
et l'avarice des Juges de la Loy
de Mahomer
C'est Abdalah BenMahmoud ,surnomméLamai
,
qui rapporte ce trait
d'Histoire dans un Livre écrit en Turc, moitié Prose moitié Vers, intituléHistoiresRécréatives
,Bons Mots &c. dedié
au Grand Soliman
>
Fils de Selim I,
Sul tan des Turcs.
Un certain homme, dit-il,avoitun
excellent Chien, qui chassoit le jour et
faisoit bonne garde la nuit, il ne quittoit
jamais son Maître
,
aussi en étoit il fort
aimé.Ce Chien venant à mourir il en fut
inconsolable. Pour soulager un peu sa
douleur, il l'enterra fort proprement
dans sonJardin
, et convia le soir ses
amis à un festin,pendant lequel il s'étenliÍr
beaucoup sur les loüanges de cet
Animal
, et ainsi finit la Céremonie.
Lelendemain quelques gens malintentionnés
allérent rapporter au Cadhi
, ou
Juge en Chef du Lieu, tout ce qui s'étoit
passé le soir, et ajoutèrent à la verité du
Fait un détail de toutes lescérémonies
funébres des Musulmans
,
qu'ilsdisoient
avoir été pratiquées àl'enterrement du
Chien.Le Cadhi fort scandalisé de cette
action, envoya prendre l'Accusépar ses
Huissiers , et a près bien des injuresil
lui demanda s'il étoit de ces Infideles qui
adorérent les Chiens, puisqu'il avoit fait
plus d'honneur au sien,que l'on n'en
avoit fait àcelui des septDormans
) et à
l'Asne d'Ozairou d'Esdras.
Le Maître du Chien lui répondit;
sans s'émouvoir,Seigneur
,
l'Histoire de
mon Chienseroit trop longue à vous
raconter; mais ce qu'on ne vous a peutêtre
pas dit, c'est qu'il a fait un Testament
, et entre autres choses dont il a disposé, il vous a fait un legs de deux
cent Aspres
, que je vous apporte de sa
part. Le Cadhi entendant parler d'argent,
se tournaaussi-tôt vers les Huissiers et dit, voyez comme les gens de bien sont
exposez à l'envie, et quels discours on
faisoit de cet honnête homme: puis
s'adressant à l'Accusé il lui dit ; puisqus
vous n'avez, pas fait des prieres pour le
Dlfimt,je suis d'avis que nous les commencions
ensemble. Cette expression en
Langue Turque est équivoque; elle signifie
commencer des prieres et ouvrir unsac
d'argent.L'Auteur finit son narré par un
trait de Morale : les Juges, dit-il,étoient
autrefois des Epées nuës, qui se faisoient
craindre des méchans, mais ils sont devenus
des fourreaux vuides
,
qui ne cherchent
qu'à se remplir de l'argentdes
Parties.
Je n'ai point rapporté les Vers Turcs
faits à la loüange du Chien de son vivant,
ni d'autres Vers sur l'accusation intentée
à son Maître par des envieux, dont le
mêmeAuteur a embelli son Histoire.
Cela auroit trop allongé mon Ecrit, qui
demande cependantencore deux ou trois
lignes pour éclaircir la citation du Chien
des sept Dormans et de l'A sne d'Esdras,
dans la reprimande du Cadhi.
L'Histoire des sept Dormans, produite
par des Auteurs Grecs, et adoptée par
quelques Légendaires Latins ,a toujours
passé pour apocriphe chez les bons Critiques
, qui l'ont même rejettée des oeuvres
de * Gregoire de Tours, comme une
Piece supposée et faussement attribuée
à cet Historien. L'Eglise ne reconnoîc
dans le fond de cette Histoire que le
Martyre de sept jeunes Chrétiens, qui
souffrirentà Ephese ou aux environs,dans
le tems de la Persécution de Déce. Il a
plû aux Fabricateurs de l'Alcoran d'habiller
la même Histoire à leur manicre ;
et de rencherir si fort sur la Narration
des Grecs, qu'ils donnent aux Fideles
Dormans,unChien, lequel veilloit et
faisoit bonne garde durant leur sommeil
de plusieurs siècles. Dieu sçait en quelle
véneration est ce Chien dans tout le
Mahométisme.Les Commentateurs de
l'Alcoran l'ont placé dans le Paradis de
leur Prophete
, avec d'autres Animaux
privilégiez, parmi lesquels est aussi un
Asne, qu'ils donnentàEsdras,envertu
d'une autre Histoire que je n'ai pas
envie de rapporter. Ashab Kehef,ou les
Com pa gnons de la Caverne, est le nom
que les Arabes donnent aux sept Dor-,
mans , et Katmirou Kitmer est celui du
* Voyez, cette Histoire à l* fin des oeuzrei
de Grégoire de Tours, Edition de Paris
par D. Thierry Ruinart, qui la traite de Piece
supposée
,
&c.
Chien célebre qui les garda à l'entrée
d'une Grotte ; j'ai dit quelque part * de
quelle efficace est ce nom quand on l'écrit
dans certaines occasions. En voilà toujours
assez pour expliquer les paroles du
Juge Mahometan.
EPIGRAMME,
J
E suis, dites-vous,Ligdamis,
Trop long dans tout ce que j'écris;
Que ne me rendez vous l'ennui que je vous
donni'
Mais vous n'écrivez jamais rien;
C'est le véritable moyen
De n'ennuyer jamais personne.
* Voyage de l'ArabieHeureuse,&c. page
f4-
BOUQUET)
A M. de Pibrac
,
Comte de Alarignyi
1 E rêvois ce matin , Monsieur, à la
maniere dont je vous payerois le tribut
que je vous dois tous les ans au jour
de votre Fête, quand deux Divinitez
sont venuës fort à propos à mon secours.
La Candeur et la Modestie étoientpeintes
sur le front de l'une, qui n'avoit pour
tOlt ornement qu'une noble simplicité;
c'étoit la Prose. L'autre plus riante,quoi
qu'un peu plusfiere,avoit relevé l'éclat
de sa beauté par mille fleurs dont elle
s'étoit faitcouronner par la main des
Graces;c'étoit la Poësie. Ces Divinitez
ayant vû l'inquiétude où j'étois,avoient
formé toutes deux séparement le dessein
de vous complimenter de ma part pour
votre Bouquet. La Prose s'étoit imaginé
que je lui devois donner aujourd'hui la
préférence sur la Poësie
.*
la Poësie se
flatoit de l'obtenir sur la Prose; et voici
comment elles se sont à l'envi disputé cet
avantage, après m'avoir communiqué
leur intention en présence l'une de l'autre;
La Prose
,
à la Poësie.
En verité je ne puis comprendre quelles
sont les raisons qui vous engagent à
croire qu'en cette occasion la préférence
yous est plutôt dûe qu'à moi.
La Poësie.
C'est par moi que C * - signafant son Cfprxt
S'est de Pibrac,qui me chérit,
Acquis la connoissance aussi-bien que l'estime j
Peut - il donc en ce jour, sans me manquer de
foi,
Consentir qu'une autre que moi
Offre i son Protecteur un encens légitime t
La Prose.
Eh quoi! n'y a-t-il pas assez longtems
que vous rendez hommage à ce
Protecteur genereux? Pourroit-il désapprouver
que je vous succédasse dans cet
emploi?
La Poësie.
Coi, oui, ce noble emploi vous doit être intfttë
dit;
tt quoique tous les ans je chante sur ma Lyre,
les vertus de Pibrac que tout le monde admir~u ;
Apprenez que plus j'en ai dit,
Plus il me reste encore à dire;
La Pr,j.:e.
Eh ! voilà justement ce qui devroie
vous engager à me laisser entrer à mon
tour dans la même carriere. Souvent la
contrainte de la mesure et de la rime est
cause que vous ne dites que ce que vous
pouvez; au lieu que moi qui suis plus
libre et plus maîtresse de mes expressions,
je dis aisément toutce que je veur-
La Poësie.
Si cette liberté qui fut votre partage,
A vos yeux ébloüis paroît un bien si dour;
Je m'exprime du moins plus noblement qrc
vous,
Et je sçais plaire davantage,
La Prose.
Ah! dans le siécle où noussommes; * ne vous flatez pas de réünir tous les suf
frages en votre faveur; vous ne pouvez
même dissimuler que M. de la Motte
un de vos plus fameux Nourissons, désa..
busé de vos charmes trompeurs, n'ait décrie
votre langage, pour mieux me faire
sa cour? (I)
La Poësie.
Oüi, j'ai sçu que l'ingrat m'avoit fort etragbg
( 1 ) Le Discours de M. de la Motte sur lé
Tragédie, àIOCKHÏQH d'Oedipe.
Mais la Faye, Arouët ne 'ont-iIs pas rea.
géc?(2 )
LaProse.
Quelques soins qu'ils ayent pris de ré.
tablir la réputation que vous vous étiez
acquise , votre langage
La Poësie.
Mon langage est harmonieux;
Ht tous les Dieux
,
hors vous, le parlent da.
les Cieux.
La Prose.
Quoique vous vous vantiez que votre
langage est celui des Dieux, il trouve
cependant moins de créance que le mien
dans l'esprit des hommes.
La Paine.
ye ne vous nierai point qu'en mes Ecrits divelo
Une certaine politique
Me force quelquefois d'être peu veridique.
Mais qui de flaterie a soupçonné mes Vers,
Quand j'ai dit de Pibrac que sa naissance illustre
Lui donnoit cent fois moins de lustre
( 2 ) Y. V0d, de M. de la Faye en faveur
des Vers,à lafin du deuxième tome des Piéces dé
Théâtre de M. de la Motte ; etla Préface dt
l'Ocdipe de M. de Voltairt,
Qu'iln'en reçoit de ses vertus?
Quand j'ai dit qu'il étoit sage,modeste, affable,
Genereux, sincere
,
équitable,
tc l'ami déclaré des Enfans de Phoebus ?
La Prose.
Je demeure d'accord avec vous de fa
vérité de cet Eloge, je demeure d'accord
queM. de Pibrac mérite d'autant mieux
notre encens ,
qu'il recherche plutôt la
vertu pour elle-même que pour la gloire
qu'elle procure, toutefois comme je passe
Fl.Lr être naturellement plus sincere que
vous, quand j'aurai ratifié tout ce que
vous avez publié à sa louange,et que j'y
aurai mis mon sceau, la postérité ne sera
pas incertaine,si vous l'avez peint tel qu'il
est , ou seulement tel qu'il doit être elle , sera persuadée qu'en le représentant
l'une et l'autre tel qu'il doit être, nous
l'aurons en mêmetèmsrepresenté tel qu'il
est en effet.
La Poësie.
C'est assez plaider votre cause :
Que C * dise enfin, pour finir nos débats,
Ce qu'il croit qu'à son Mécenas
convient mieux d'offrir des Vers ou de la
Prose,
Vous serez toutes deux satisfaites
charmantes Divinitez
, me suis-je écric~r
à l'instant ; vous pouvez l'une et l'autre
seconder mes voeux , en composant chacune
un Compliment que je prendrai la
liberté d'envoyer sous mon nom àM. de
fibrac. La Prose et la Poësie contentes
ide mon jugement, qui les mettoit d'accord
ensemble
, ayant un peu médité;
m'ont dicté alternativement les deux
petits Complimens que vous allez lire.
Compliment en Vers pour le jour de Sttilll
François.
.Vous imitez si bien le célèbre Patron
m Dont sur les Fonts sacrez on vousdonna 10
nom,
» Et du Roi que le Ciel a placé sur nos tétxY-
»Avec tant de ferveur vous soutenez les droits
» Que l'on peut dire que vous êtes
* De tout point un fort bon FR.ANiO-I
Compliment en Prose.
» Ce jour qui m'est si cher m'a enga-
» gc
,
Monsieur, à recourir à la Prose
» aussi-bien qu'à la Poësie, pour rendre
»un hommage plus solemnel à vos vert)
tus, et pour vous donner plus de mar-
» ques de ma reconnoissance et de mon
»'dévoüement respectueux. J'ai cru,
» Monsieur, que les Vers seuls ne répon-
» droient pas suffisamment à l'ardeur de
» mon zele qui est infini, et queje ne
î* pouvois employer trop de differens
» langages à vous exprimer mes divers
»sentimens. J'ose me flatter , Monsieur,
tt que vous jcf,<udercz ma Prose d'un
« oeil aussi favorable que vous avez jus-
,) qu'ici regardé mes Vers; puisque si
» mes Vers vous ont fait connoître le
» peu d'esprit que j'ai reçu du Ciel , ma
D Prose moins suspecte vous est un sûr
- é garant de ce qui se passe dans mon
» coeur , toujours empressé à vous té-
» maigner, singulierement le jour de
» votre Fête, que je suis autant par pen- chant que par devoir,Monsieur &Co
EXTRAITdul'Aemoire lû à la rentrée
publique de /'Académie Royale des Sciences
,
le treize Novembre 1734. par
.(vL Godin.
M.Godin lut un Mempire sur l'obliquité
de l'Ecliptique et sur les
conséquences qui en résultent pour la
ThéodedcsPlaneccs principales. Il prouve
après feu M. le Chevalier de Louville,
célébré Astronome de cette même Académie
, que l'obliquité de l'Ecliptiquediminue
; mais au lieu que M. de Louville
s'étoit appliqué à tirer cetteconséquence
des observations anciennes, M. Godin aime mieux s'en tenir aux
observations modernes qui sont plus
exactes, et il fait voir que depuis 1655.
jusqu'en 1734 cette obliquité a diminué
de 55. secondes, d'où il conclud que
cette diminution doit être d'une minute
en 90. ans à très peu près.
M. Godin examine ensuite lequel des
deux cercles, de l'Equateur ou de l'Ecliptique,
s'approche de l'autre. Un Copernicienjugera
aussitôt que l'axe de la révolution
diurne de la Terre devient peu à
peu perpendiculaire àl'Ecliptique; mais
il faudroit scavoir si- les observations
s'accordent à cette hypothese. Car si
elles ne s'y accordent pas, et qu'il s'en
trouve même qui favorisent l'hypothese
contraire ,ou celle qui fait approcher
l'Ecliptique de l'Equateur immobile, il
paroît qu'il faut les suivre. Quelque peu
exactes que soient les Observations des
Anciens, M. Godin saisit une maniere
de les corriger, et les rend propres à
l'examen de cette question;et il fait voir
que c'est effectivement l'Ecliptique qui
s'approche
,
de l'Equateur, et que ce dernier
cercle doit être regardé comme immobile
du moins en ce sens.
Ce principe établi,M. Godin examine
l'efft qu'il doit produire par rapport aux
noeuds des Planetes. Ce sont les points,
où les orbites des Planetes coupent l'Ecliptique.
Jusqu'ici on a cru que ces noeuds
étoient mobiles d Occident en Orient,
car il n'est iciquestion que des Planètes
principales, et effectivement les apparences
y sont, mais on ne sçavoit pas trop
sur quels fondemens leurs mouvemens
étoientétablis; de sorteque les Astronomes
n'étoient pas d'accord, et que même
quelques-uns ont cru ces noeuds immobilesmais
sans sçavoir pourquoi et comment
sauverleur mouvement apparent
de la maniere dont il étoit determiné ec
limité.
Les vûës de M. Godin débrouillent
entièrement cette matiere
, et il fait voir
que, posé la diminution d'obliquité de
l'Ecliptique d'une minute en 90. ans» ,
et que c'est l'Ecliptique qui s'approche
de l'Equateur,lesnoeuds des Planetes seront
fixes et leur mouvement apparent
sera entierement causé par la diminution
d'obliquité del'Ecliptique combinéeavec
le mouvement de précession des Eqarnoxes.
Le résultat de son hypothèse et
de ses calculs là-dessus s'accorde aux observations
avec une précision assez singuliere
Pour faire cetre comparaisonil
employe les Observations meme plutôt
que les Tables en faisant voir que cellescr
n'ont pas pû donner exactement le
mouvement des noeuds des Planetes par
les méthodes ordinaires et connuës, Il n'aexamine,
dit-il, que le noeud ascendant,
et il insinue que les noeuds pourroient
bien n'être pas opposez l'un à l'autre.
Il promet enfin d'examiner ce qui résulte'
de cette même hypothese pour le mouvement
des Aphélies.
L E TTR E écrite de Nantes le 14. No.
vC'tl.bre
, au sujet d'une ancienne Piece
deTheatre. uNde mes amis, Monsieur, vient
de me communiquer le premier
volume de l'Histroire du Theatre Franç,
is
,
n'ayant pas l'honneur d'en connoître
les Auteurs, je me sers de la voye
du Mercure pour leur faire sçavoir que
je possede une Pieces Dramatique da
quinzièmesiècle
,
dont je leur faaÍ part
avec plaisir
,
supposé qu'elle ait échappé
à leurs recherches et qu'ils la jugent digne
d'pccuper une place dans leur ouvrage.
Le sujet de la Picce est la Destruction
de Troye la Grant , pour me servir des
termes de l'Auteur. Elle est divisée en4.
journées. Le tout remplit 460. pages in-4.
chaque page divisée en deux colonnes
d'environ 50 Vers chacune,de sorte que
l'ouvrage entier est de près de 28000.
Vers, la plûparr de 8. syllabes. L'Exem
plaire que j'ai n'apprend ni quand elle
fut representée, ni quel enest l'Auteur.
Il n'y a point de titre. On lit ceci à b
fin.
Cyfinist lA Destruction deTroye l-a Gran:;)
miseparpersonnages imprimée à Lyona
par Maisire Gui/La: Leroy
,
finit l'an mil
4 c cc. quatre vingts et v.
Au reste, on - y voit le même ordre et
à peu piès le même stile que dans les
Mysteres de la Passion. Il y regne la
même naïveté. En voici un échantillon.,
La Piece commence par les plaintes
que fait Priam en l'assemblée des Princes
Troyens, de ce que Telamon a enlevé sa
Soeur Hesione. Il commenie ainsi sa harangue.
Seigneurs, Barons et Chevaliers,
, Amis et feaulx Conseillers,
Bien est raison que je vous dye ;.
Les douleurs et les destourbiers
».
Que j'ai passé dix ans entiers
Pour ma seur qui tant est jolye )
Laquelle par grant villanie
Pouraccomplir sa ribauldie
Thelamon maintient faulcemenf
»
Antenorest député pour aller demander
Hesione aux Princes Grecs. Il s'embarque
et arrive d'abord chez PeintS,
que l'Auteur fair Roy deManise.Illui
adresse ces Vers.
Roy Peleus à vous je vien
De lieu loingtain,
Pour vous pailer d'une querelle
Laquelle pour Priam je tien.
Et soutien,
Pour sa seur qui est si très belle.
Thelamoalui est troprebelle,
Carilfaitd'elle
Sa putain,dont c'estgran.t donunaigtj,
Puisqu'illa trouvée pucelle
,
Fresche et nouvelle,
51 la deust prendre en mariai..
Pource Leroy Priam vous prie,
£tvousnupplit
<§ucEsionne lui soit readuë,
Car se vous ne lay rendez mie-'
Je vous afHe,
Qu'elle vous sera cher YeDdu. J
Voussçavés bien qu'elle estvefirê
Et descendue
Du lignaige Laomedon -,
Et qu'elle soit ainsi pollue
Et corrompue,
Gkescun scet que pas n'est raisoS;
Peleus,Thtlarron
,
Roy detSalefIfJint;
Nestor
,
Roy dePilles, Castoret Pollus,
Rois de ThloJe et les autres Princes Grecs,
.dl z lesquels-va Antenor 3.letraimnefort
mal et il revient à Troye sansavoir
obt-enu Hesione.
.Palaiiide.s ayant blessé mortellement
Dephebus, Priam le défieetsur ce out
Palamede lui reproche sa veillesse,leBohomme
lui dit-:,:
Vassal, vous avez fait ouïtraîge
,
D'avoir mon en fant mis a-mortp.
Mis je vengeray mon dommaige.
Et Pire-de-mon descontoit;
Jaçoit ce que vous 50)ez tort
Si peut bien pour son droit porter
Ung vieillarr vengier son granttortcar
besnin&faif•vielle-tWer-0»,3
Soit diten passant quesi M. LeDuchat
avoit eu connoissance de ce dernier Vers
il n'eur pas manqué d'en orner ses Notes
sur Rab lais, à l'occasion de ce quolibet
':lu'on lit au chap. 3«>. du Livre 3. Curtere
plus que le pas velulam compellit egesta!.
Calchas et Finées son Clerc, vont
consulterApollon dans son Temple et
lui adressent: cette Oraison.
Calcas.
Elrabon
Finées.
Dans un autre endroit Thoas, Prêtre
Troyen
,
voulant faire un Sacrifice dit
à son Clerc:
Cidrac apporte nous du féa
,
Pour £airc Sacrifice à Dieu
On met le feu à du Genefure, afin, dit
l'Auteur, que la fumée ne face mal ; mais
comme il nes'allume point, Thoasétonac
t dit ;
Vecy la nonpareille chose,
Que je veis onrqgcs en ma 71s«
Car les Dieux comme je suppose , -
Ont contre moy auculne envie.
Cefeunesallumemye,
Mais ne fait riens fors que fumer j
Si suis en grant melancoulie,
Comment le pourray allumer;
Lors Thoas commence à crier,
Zebay ferme Cidrac,
Zebay ferme -Cidrac,
Gesi sabaoh cayaulx.
C,draÚ
Belchimepsi exanictos
Belchi zoe athanatos
Hely
,
helybelsanitos.
L'Ouvrage est enrichi de plusieurs e.
ures en bois. Il y en a une entr'aurresqui
représente l'inrérieur d'un Templ.
On voit Hector couché dansun cercu-il,
autour duquel sont ces motsa (de peur
qu'on ne s'y trompe) hic jacet Hector
Au pied du cercueil sont trois femmes
a genoux, chacune tenant un grand Li-
'vre et disant apparemment des especesde
De profundis pour le défunt.
Je voudrais que les bornes de cette
Lettre me permissent d copier tout au
long un Acte intitulé 1mtrament de lamebison
de Troye. Il est en Prose et dans le
vrai stile des Notaires. Aprèsavoir narré
fort amplement le rapt d'Helene
, commis
sans meure délibération de conseil, par
ffiu très-noble Prince Paris, Extraict de la
lignée de très noble, trés-excellent
,
trèsredoublé
et très renommé Princeet Royde
Troye Et tous les malheurs qui ont
suivi ce rapt;Anthenor, Anchise, Enée
et Polidamas, s'engagent à livrer aux
Grecs la Ville de Troye
, pour éviter les
suites fâcheuses del'obstination du-Roy,
soitsa voulentè ou non. Etl'Acte finitpar
ces mots: et ainsi le promettons, jurons et
certifions tesmoings noz saingz. manhelXjst
noz. seaulx cy miz, et appliquez,àceprésent
Contraict. L'an de nouvelle fondation de
Troye laGrant 38. le 23. jour de A£iy.
Nota que l'Auteur suppose que les Grecs
avoient brûléTroye38. ans auparavant,
et Priam au commencement sefélicite de
l'avoir rétablie.
Au reste je crois cette Piece très-rare,
et ce qui me porte à le penser, c'est que
je n'en ai pas trouve la moindre mention
dans les Editions nouvelles qu'on a données
de nos vieux Poëtes et de Rabelais,
qtte les Editeurs ont pris soin de conférer
avec ce qu'ils ont pû découvrir d'An-; teurscontemporains.
P. S. Le mot Myre
3
qui est expliqué à
la page 474. de l'Histoire du Théâtre par
le mot Médecin, n'a jamais signifié,que
Chirurgien, il seroit aisé de le prouver
par un nombre infini d'exemples; et 11
signifielàChirurgien
,
étant joint au mot
Médecin.
Page 1 34.on explique sur le feure;sur
le chemin ; je crois bien que c'est là -une. ute de l'Imprimeur
y car Feure, en cet
endroit sur tout, signifie paille. Je suis,
&c. Signé, BER-TRANDjT Avocat an
Parlement de Bretagne , et Procureur du
Royen la Maréchaussée à Nantes.
Qu'il nous soit permis d'ajoûter que
la Piece dont il est ici question est de
Jean Millet, Licentié ès Droits. Elle est
rare, cependant on en connoît au moins
trois Exemplaires à Paris,dont un dans le
Recueilsingulier du Marquis de Calviere,
Edition de Lyon, chez Mathieu Husz
,
en 1500.l'autre dans le Cabinet de M. de-
Bombarde, et le troisième dans celui às.
M. de Cangé.
LE SAPINETL'ARBRISSEAU.
U - FABLE.
N Sapin, dont la cime aiguë
Sembloit se perdre dans la nuë,
&e ses vastes rameaux couvroir les environs;
C'était le Dieu des Bois, c'étoit l'honneur clet
Monts;
Un Arbrisseau crût être sage
De souhaiter son voisinage.
t Chaque jour de ma vie en butte aux Aquilons,
W » Disoit le petit Personnage,
» Je ne puis soutenirleur soufle véhément;
H Le Soleil irrité seche ma tendre écorce,
» Mon feüillage est trop clair, et je manque dç
force
» Contre ses traits; je fera i prudemment
39 De me mettre sous cet ombrage,
» Dans cet endroitpaisible à l'abri de l'orage y
» De jour en jour je deviendrai plus beau.,
Ainsi raisonnoit l'Arbrisseau,
Et tout d'un coup avec étourdcHC,
Il quitte la Plaine fleurie
Et se vient transplanter àl'ombre du Sapin;
D'abord il se trouva content de son destin ;
Jtien ne l'agiteencet azile,
Il ne sent ni vent ni chaleur ;
Mais cetArbuste mal habile
Ne voyoit point encor que c'étoit son malheur£
Du fier Borée au vol rapide,
S'il ne craint plus le souflerigoureux
,
Les doux Zéphirs aux soupirs amoureux
Ne le caressent plus de leurs baisers humide.Il"
Phébus n'a contre lui que des traits impuissante
A son Midy, quand il brûle le Monde,
Mais il ne ressent plus ses rayons bienfaisants-
Lorsqu'il s'éleve ou qu'il entre dans l'Onde j
L'Arbuste malheureux ne retire aucun fruit
Des larmes de l'Aurore et du frais de la nuit *-
Son support prétendu ne sert qu'à le détruire 1
Et si Diane luit et si l'Air est serein ,
Ce n'est plus que pour le Sapin.
Son exemple nous peut instruire 5
Assez souvent un grand Seigneur
Est un dangereux Protecteur;
REFLEXIONS. c'Esttoujours par une sorte d'orgueil
que nous ne voulons pas que les
hommes soient orgueilleux ; nous ne
pouvons souffrir d'ailleurs que les autres
nous fassentsentir l'estime qu'ilsont
pour eux-mêmes; nous pensons interieurément
que c'est autant de rabattu sur
celle que nous croyons qu'on doit avoir
pour nous.
Les hommes qui abondent ordinairement
en bonne opinion d'eux-mêmes et
en présomption,pechent aussi quelquefois
dans des entreprises qui paroissent audessus
de leur portée par trop peu dcf
confiance en leur génie, en leur adresse
et en leurs lumières. Si on pesoit bien
ces deux inconvéniens, peut-être trouveroit-
on-qu'on se trompe plus souvent
en se défiant trop de l'industrie humaine
j qu'en s'y confiant trop,
L'amour propre est la source de tous
les déreglemens du coeur,et la prévention
,
l'origine de tous les égaremens de
l'esprit.
L'amour propre et l'équité nous pressent
souvent également de prendre le
meilleurparti.
Le même amour propre qui nousaveu- te sur nos producrions, nous fou nit
bien des lumieres sur celfes des autres.
Nous aimons presque toujours ceux
qui nous admirent, mais nous aimons
rarement ceux que nous admirons.
La plupart des hommes croyent qu'il
est moins honteux de se tromper toujours
,que d'avoüer qu'on s'est trompe',
On cherche toujourshors de soi l'excuse
de son im prudence.
lxhominum qtasUifacta fortuna est Dea.Lucien;
Tout amour et toute bienveillance que
nous avons pour autrui, a toujours son
principe dans l'amour et la bienveillance
que nous avons pour nous-mêmes.
Amicabiliaad alterum fiunt ex amicabilibus ad u
Aristote.
Je n'ai point eu honte de demander
ce que j'ignorais à ceux qui m'en pouvoient
instruite, disoit un Scavant 1
ceux qui lui demandoient comment il
avoit pû faire pour devenir si habile.
Entre les foiblesses des hommes
,
l'or
gueil est la plus générale,l'intérêt suit
immédiatement après; on voit assez que
l'amour propre en est la source.
Nous aimons toujours à voir abaisser
ceux en qui nous découvronsplus de
mérite qu'en nous;nous souffrons avec
impatience les louanges qu'on leur donne,
et nous sommes charmez de la Satyre,
parce qu'elle a l'adresse de changer
les vertus en dessauts, et que nous ne
voyons point d'abaissement dans les autres,
qui ne nous semble une espece d'élevation
pour nous.
Notre amour propre n'a garde de
nous faire appercevoir des défauts dans
les personnes que nous aimons, parce
qu'il faudroit nous les attribuer et nous
offenser nous-mêmes. Notre jugement
souffrirait trop de faire paroître que
nous nous sommes trompez dans le choix
que nous avons fait. Conditio amantis est
de amato credere omniasumma, et idem
sapere, ut omnes credant. Pic de la Mirande.
Nous méritons presque également d'être
blâmez de nous croire meilleurs oit
plus mauvais que nous ne sommes.
Hypolire dit dans Seneque le Tragî.
que, que ce qui le console de la se perte
sa Mere , c'est qu'il lui sera permis dé.
sormais de haïr toutes lesfemmes.
Solamen HnHm Matris amissa fert,
Odisse quodjamfaminas omnes ,
licet.
Celui qui offense le premier est toujours
le premier à haïr.
Il est plus conforme à l'ordre de Dieu
dans cette vie, que les Justes succombent
, que de les voir se venger de l'in
justice des méchants.
On ne doit point publier l'injure qu'on
21c veut point venger.
La vengeance a toujours passépour un
témoignage de la foiblesse de l'esprit.
Nous devons du moins paroître capables
de rendre mal pour mal
, sans
quoi, on ne nous rend jamais bien pour
bien.
ISirs ingiusto pette
Lungamente si toel;
Quantt pH tardafù, tanto pià mil.
Il n'y a ordinairement de haîne ni de
guerre si cruelle qu'entre ceux qui ont étéamis.
L'inimitié des freres est la plus graa*
akde toutes.
0n huit avec excès lorsque l'on hait un frere.
Racinedans la Thébaïde.
Quindon s'est une fois mis à haïr un
homme,on interprete en mal toutce qu'il
fait, et le bien même qu'il fait; il auroit
beau se mettre en retraite, s'abstenir
de tous plaisirs, ne faire que prier
Dieu et donner l'aumône,on diroit toujours
que c'est feinte et hypocrisie.
il est naturel de soupçonner des pius
grands crimes, ceux que l'on veut avoir
quelque raison de haïr.
Les hommes ne regardent d'ordinaire
les choses qu'ils n'aiment point, que du
côté qui peut les animer davantage à les
haïr.
La haine tourne toujours les plus
légeres conjectures au désavantage de
ceux qu'elle a résolu de noircir.
Comme il est naturel d'aimer ceux
que l'on a fort obligez, parce qu'on en
attend de la reconnoissance, il est trèsordinaire
de haïr ceux que l'on a offensez,
parce que l'on craint toujoursleur
ressentiment.
Rarement les inimitiez qui sont entre
les hommes sont fondées;etcelles
qui le sont le moins, sont ordinairement
les plus opiniâtres.
EXTRAIT de la Dissertation du R. P.
DomBernard de Montfaucon, lûëà
l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Belles Lettres, le 12. Novembre
dernier sur les Armes des anciens
Gaulois et des Nations voi=sines. COmme là Guerre est un des principaux
objets de l'Histoire, les Armes
dont on se servoit aux temps les
plus reculezméritent particulièrement
notre attention.
En 1685. on découvrit dans la Terrede
Cocherel, Diocèsed'Evreux,un Tombeau
depierres brutes, qui renfermoit
deux Cranes. Sous l'un étoit une Pierre
qu'on nommePyrités, taillée en fer de
hache, et sous l'autre un beau Giade
Oriental, verdâtre et marquetéd'argent,
de la même forme. Le Tombeau levé
parurent les ossemens de deux autres
Corps, dont la têtereposoit de même
1iUI des haches de pierre. En élargissant
la fosse, on trouva de suite seize à dixhuit
Corps, le visagetourné au Midi,
lecrâne plus dur et plus épais qu'il ne
l'est ordinairement, avec des haches de
pierre de differentes couleurs, rousses ,
grises, noirâtres, blanches. Il y avoir au
même Lieu trois os semblables au fer d'une
Lance, quelques bouts d'yvoireet de
pierre, qui avoient servi de pointes de
Fleches, et un morceau de corne de Cerf.
A côté, sur un terrain plus élevé de huit
pouces, étoient beaucoup d'ossemens à
demi brulez, un monceau de pierres, et
une Urne de terre cuite, pleine de charbons.
Une couche de cendre d'un pied
et demi de haut couvroit ces ossemens,
entre lesquels on vit deux morceaux de
crânemoinsépais.
Ces Corps entiers, rangez sur la même
ligne, étoient de quelque Nation
barbare et peut-être Germanique, fort
ancienne, qui n'avoirencore l'usage, ni
du fer, ni d'aucun autre métal. Les deux
Corps du Tombeau, dont l'un avoit
pour fer de hache une pierreprécieuse,
étoient apparamment les Chefs de la Nation.
Les cendres et les os brulez marquent
incontestablement une sépulture
de Gaulois, qui auroientappelle ces
Barbares à leur secours. L'épaisseur du
crâne de ces derniers semble prouver
qu'ils avoient la tête nuë, comme les
Egyptiens du temps d'Hérodote ;les
Gaulois la couvroient du Cucullus ou Bardocucullus.
A l'occasion de ce Monument, le Pere
de Montfaucon cite plusieurs Découvertes
de ce genre, expliquées par des Passages
d' Auteurs; d'où il résulte que l'usage
du Cuivre, qui a succedé aux Armes
de pierre, de corne et d'os
, a subsisté
, mêmedepuis les Empereurs Romains,
conjointement avec l'usage du fer.
On voit entre autres Observations de
ce Pere, que le Materis ou Matar",
qu'on appelle encore Matras dans les
Provinces Méridionales du Royaume,
avoit des ailerons et se lançoit avec la,
main; d'où vient le Proverbe usité autrefois
dans ces mêmesProvinces; Il va
comme un Matras désempenné (pennis
avulsis. ) Goudouli, fameux Poëte Toulousain
de ces derniers temps , dit en
langage de son Pays:
D'un grand cop de Matras,
Mouric leieur de sontrépas.
IMITATION de l'Epitaphe Latine
du A4arechai de Bewik, inserée dans
leMercure d'Août 1734. U
N illustre Héros, un descendant des Rois;
Expire sous les coups des Parques inhumaines.
On reconnoît bientôt à ses fameux Exploits,
La source du beau sang qui couloit dans sç»
veines.
Prie rare prudence, une rarevaleur
Des plus fiers.ennemis l'ont sçû rendre vainqueur.
Peuples, en doutez-vous? Almanza,Barcelonne
Vousl'apprendront mieux que personne.
Que de fois on l'a vû,bravant mille hazards,
Pour l'honneur de nos Lys voler aux Champs
de Mars !
Le François consterné, par un torrent de larmes,
Montre ce qu'il doità ses Armes.
Il apprit de Turenne à mépriser la morr;
A vaincre, â renverser les plus fortesbarrieres;
Vivantsces deux Guerriers eurent un même sort;
Un même sort termina leurs carrieres.
Hélas! pour nous rendre contens,
U devoit vivre plus long-temps;
Mais ii acquît assez de gloirer
Pour vivre à jamais dans l'Histoire
A. X. H.
III. LETTRE d'un Mêdecinde
Montpellier à un Médecin de Paris.
y E vous ai promis, Monsieur, dans
ma derniere Lettre que je vous donnetois
dans celle-cy le reste des preuves
du peu de justesse de la Critique qu'on
a faite du Traité de Chimie de M. Mttlouin;
mais je passerois les hornes ordinaires
d'une Lettre si j'y rapportois tout
ce qui reste à relever dans cette Critique.
On y conteste les veritez les plus
reconnuës, comme lorsqu'on' y reprend
page 1825. les Propositionssuivantes.
a) Les parties d'eau se touchent par
»des surfaces d'autant pluspetites,que-
»ces parties sont plus petites elles-mêmes.
» Les corps ont d'autant plus de surat
face, qu'ils sont plus divisez.
m Plus les Tuyaux Capillaires sont pe";
»tits
3
plus la surface de leurs côtez est
« grande, en comparaison de l'eau qu'ils
« peuvent contenir.
Il suffit d'exposer ces propositions pour
réfuter la Critique qui les combat.
On sçait communément qu'il est certaines
Préparations ou Recettes de Remedes,
reçûes en Pharmacie et confirmées
bonnes par un long usage, auxquelles
on ne doit point aporter de
changement par envie de mettre du sien,
parce qu'on ne peut les changer sans les
rendre moins boBufs, La conduite que
vient de tenir la Faculté de Médecine de
Paris, doit certainement servir sur cela de
décision et de regle. Cette sage Compagnie
ayant à donnerions son CodeMédicamentaire
la préparation du Régule ordinaire
d'Antimoine, a choisi celle que
lesChimistes donnent pour la meilleure.
Le Critique reproche donc mal à. propos
à M.Malouin d'avoir aussi donné
cette même préparation; et il est aussi
injuste de l'accuser de l'avoir prise du
Code de la Faculté, qu'ille seroit d'accuser
la Faculté de l'avoir prise du Cours
de Chimie de M. Lemeri , parce qu'on
y lit, page 224. de la septiéme Edition ce
qui Slt.
- Prenez seize onces d'Antimoine, douze
onces de Tartre crud , et six onces de Salpêtrerafinê
, mettez, les en poudre et les
ayant mêlez exactement, faites rougir un
grand creuset entre les charbons, puis jettez
dedans une cuillerée de votre mêlange et le
couvrez d'une tuile, il se fera une détonaiion
,
laquelle étant passée, vous continuerez
à mettre des cuillerées dudit rnêlanat
dans le creuset successivementjusqu'à ce que
tout y soit entré faites alors un grandfeu
autour, et quand la matiere sera en [ulion
versez-la dans un mortier ou dans un ca-,
lot de fer graissé avec du suif et chauffé ;
puis avec des pincettes
,
frappez les co.es
afin de faireprécipiter le regule au fond.
Lorsqu'il sera froid
, vous le séparerez, des
scories avec un coup de marteau*
Voila le François de M. Lemeri, et pour
me servir des termes du Critique, voici
le Latin du Code, page 241. » Recipe
» Antimonii crudi libram unam, Tar-
N tari crudi uncias duodecim,Nitri puri
» uncias sex. Sensim et ténuissimè trita
t, mixtaque
,
in crucibulum candens co-
» chleatim injice;singulis vicibus détonent
» cooperto crucibulo. Omni detonatione
»peractâ, augeatur ignis
donecfluida.
Ilfiac materia ; hancfluentem in conum
» ferreum calefactum, illitumque sebo
» effunde. Concute conum,
solidescet
» materia. Regulum exime à scoriis se-
»parandum ictumallei. Diiij C'est
C'estavec la même justesse qu'on
reproche à M. Malouin de donner pour
faire l'Emétique, la même formule qu'en
donne la Faculté. Le Critique est, je
croi, le seul qui désaprouve qu'on s'accorde
dans la préparation de ce Remede,
dont les diffrrences jettent les Médecins
dans l'embarras et les Malades dans le
danger.M.Malouin n'a pas prétendu
donner une façon de préparer l'Emétique
differente de celle des autres; c'est ce
qu'il déclare expressément lorsqu'il dit,
page 255. l'Emétique dont nous venons dç
décrire la préparation, est très efficace;on
le prépare de la même façon à Parischez
tous les Apoticaires. Il paroît même que M.Malomn a eu la délicatesse de ne
pas dire qu'il donnait la préparation de
l'Emétique, puisqu'il se sert du terme
de décrire. Cette préparation de l'Emétique
n'appartient pas plus au Code qu'au
Traité de Chimie; en effet cette maniere
de faire l'Emétique étoit enusage depuis
long-temps et avant que le Code parût.
Enfin ce qui décide la chose tout-à-fait en
faveur de M. Malouin, c'est qu'il a donné
touchant ces Recettes, des Remarques
qui lui sont propres.
Le Critique, en voulant censurer ces
Remarques, est tombé dans des fautes
considérables. Je vous ai mandé dans ma
derniere Lettre celle qu'il a faite de confondre
le Tartre Stibié cristallisé, avec la
crême de Tartre; il confond encore le
"Sel Soluble, la crème de Tartre Soluble
ouSelVegetal, avec l'Emétique; c'est
page 1844.
Le Critique page ier3. faitentrer
dans le Texte ce qui n'est mis qu'en Note,
p. 10, du Traité de Chimie ; il prend
le commencement de cette Note, ensuite
la fin, et enfin ce qui est au milieu;
et il dit tour de suite après cette Note,
comme s'il parloit du même Texte contenu
dans le même Chapitre, que poter
rendre raison, &e. il passe ainsi de h
page 10. à la page n. d'une Note au
-Texte, d'un Chapitre à un autre, et il
odônne toutes ces choses differentes pour
une même matiere. Il continue encore
tout de suite, passant decette page 2z.:.
a la page zge. du commencement, du
Livre à la fin. Il dit parrapport frlet soit* dité,&c.
Lorsque M. Malouin a dit que l'on
entendparsolidité des corps,leur diametre
,
il a dit quelle est leur mesure,
sans prétendre dire là de quelle façon
on prend cette mesure,parcequ'ill'avoit
dit dans le commencementde son
Livre. Ainsi il n'a point dit, comme le
Critique le veut faire entendre, que 1(5
corps sont comme leurs diamétres, au
contraire lorsqu'il a parlé de leur raison,
page 35. il a dit qu'elle est triplée.
De la page 296. où se trouve l'article
de la solidité du corps, le Critique revient
sans en avertir le Lecteur, au Chapitre
des principes, qui est page 20. et
de-là il repasse aussi-tôt à la page 279.
et il revient tout de suite à la p. 25.
Après tous ces écarts le Critique dit
page 1826.tandis que nous en sommes sur
le début de l'Ouvrage, &c. il veut faire
enterdre par là que le sujet de tout ce
qu'il vient de critiquer ne fait que le
commencement de l'Ouvrage, et au contraire
il avoit déja parcouru tout le Livre,
et étoit allé jusqu'à la fin
, pag 296..
lpeosur choisir les endroits qui lui ont parû
plus propres à donner du ridicule.
Et en disant ainsi qu'il n'en est qu'au debut
de l'Ouvrage, ilconfirme bien ce
qu'on voyoit d'ailleurs assez, qu'en metant
après des phrases, prises du commencement
du Livre, d'autres propositions
tirées de la fin, il a voulu faire
entendre qu'elles se suivent ainsi dans
l'Ouvrage critiqué.
Notre Critiquese sert enfin de tous
moyens pour combattre le Trairéde Chimie;
en voici encore un exemple.Pour faire
croire qu'il y a dans ce Traité un Endroit
copié du Cours de Chimie, il rapporte
un passage de ce Cours de Chimie et
un autre du Traité de Chimie,sur la même
matiere, et il les rapporte avec une
confiance capable de séduire un Lecteur
qui neseroit pas attentifà distinguer la
difference qui se trouve entre deux Passages
qui énoncent la même vérité, mais
ce qui rend le Critique bien blâmable,
c'est que pour rendre ces deux Passages
ressemblants, il a eu l'adresse de changer
page 1823. les expressions de celui qui
se litdans le Cours de Chimie, et ila détaché
celui du Traité de Chimie de ce
qui le précede et le suit essentiellement.
Vous voyez donc, Monsieur, ce qu'on
doit penser
@
de cette Critique; on n'a
rien épargné pour la grossir, on y a même
employé des choses qui sont tout-àfait
étrangeres au Sujet, comme lorsque
le Critique indique un Recueil de Pieces
qui est imprimé sous le nom des Ecoliers
de Rhétorique du College de LOUIS
L(EdiGt-RiAl,ND. Nous remarqueronsenpassant, page iSz8.) puisque l'occasion
s'en présente,qu'il y a sur cette matiere un
excellent VGÏme Latin intituléFerrum ,
dont il s'est fait plusieurs Editions, et une
entre autres toute nouvelle inserée dans un
Recueil qui a pourtitre Musa; Rherorices,
&c. imprimé à Paris chezBarbon
; rue
S. Jacqes. On peut bien assurer que cela
n'est point du tout à sa place dans la
Critique d'un Livre de Pharmacie, on atir
roit été moins surpris si on y avoit pris
occasion d'indiquer l'Eau de fougere.
Cette Critique enfin est remplie de
choses semblables, qui la rendent aussi
diffuse et ennuyeuse, qu'elle est peu
juste dans le fond. Je suis, Monsieur,&c,
BOUQUET
'A Mademoiselle * *
P
Artés, mes Vers,allés, présentés VOUJ-,
Aux pieds d'Iris, qui si fort vous désire j
Dites lui que la peur d'exciter son couroux ,
A ses commandemens m'oblige de souscrire.
Marqués lui mes respects et mes soumissions,
Et lui portésencor mes adorations ;
Vousêtes,je le sçais,indignes de paraître, tvous étiez aussi très-indignes de naître i.
¥.ai, il faut oj?€jjc à ses ordres pressants; Vk
- Elle a dit, je le veux, partés-donc, j'y consens. - -
Puisque vous le voulés, Iris; il faut vous plaire;
Vous demandés desVers,etje vais vousenfaire
Ce n'étoit point monsentiment;
La grandeur du sujet épouvantoit ma Muse.
Mais, dires vous,travaille,et laissantton excuse,
1
Satisfais mon empressement.
C'est pour toi trop d'honneur, Poëte misérable.
Tant d'autres seroient fort heureux
De pouvoir répondre à mes voeux.
Belle Iris, je l'avouë et je devienstraitable;
Mais que dirai-je enfin? dirai-je que vos yeur
Vont percer jsqu'aufond les coeurs les plus rebelles?
Qu'ils y laissent souvent des blessures mortelles
Et qu'ils auroient jadis soumis le Roy des Dieux.
Quepartoutles graces fidelles,
Sans cesse accompagnant vos past
Font adorer par tout vos célestes aps l
Qu'Apollon VCJ.us destine ausommet du Parnasse
Auprès des doctes Soeurs une honorable places
Etqu'enfin vousjoignez par d'aimables accords
Les charmes de l'esprit > aux agrémens du corps
Mille autres l'ont pensé :: mille autres l'ont pet,
dire ;
Ainsi ctemo-n pésant cerveau
- N'ayantrien tiré de nouveau ;,
Comme il me convientmieux, je me tais et j'admire
:
A.D. T.
DISSERTATIONde M.Barrés;
Docteur en Medecine de la Faculté de
Montpellier, sur la Nature du Ver Solitaire.
LEs Auteurs sont fort partagez sur la
nature du Ver Solitaire. Les uns veulent
que ce soit un seul Ver d'une extrême
longueur,les autres prétendent que
c'est un assemblage de plusieurs petits
Vers, qui s'accrochant par leurs éxtré-
Dlirez, forment une longue chaîne. Dans
cette contrariété de sentimens, que tant
d'habiles gens autorisent, le parti le plus
sûr et la seule regle qu'on peut suivre
, c'est l'expérience ;ainsi je me contenterai
de proposer le Fait suivant
, et pour
le mettre dans un plus grand jour, on
me permettra d'ajouter quelques réflexions
et d'hasarder quelques conjectures
à la fin. Fait.
Il n'y a pas long-temps qu'un de mes
malades de la Campagne rendit par bas
un grand nombre de petits vers plats,
de couleur blanche, de figurequarrée,
mais un peu convexes sur les côtez, et
dont la grosseur répondoit au Lobe d'une
petite féve. Leur mouvement me parut
singulier; tantôt ils s'élançoient et faisoient
de petits sauts, tantôt ils se rouloient
vigoureusement, pour tâcher de
se rattraper et de se rejoindre. On en
voyoit parmiceux-ci,qui se tenant accrochez
par leurs extrémitez
,
formoient
une petite bande d'un demi pied de long,
où l'on pouvoit compter par autant d'intersections
assez sensibles, quantité de
ces animaux,si fortement liez entr'eux , qu'on avoit beaucoup de peine à les séparer.
En effet à mesure que je tâchois
moi-même d'en venir à bout, leur peau
s'étendoit et se prêtoit si fort
,
qu'elle
étoit sur le point de se déchirer; et alors
des mouvemens si violents causant indubitablement
de grands tourmens à cette
traînée de vers, n'a-t-on pas tout sujet
de penser que la douleurdémontoit leurs
ressorts, et leur faisoit lâcher pris. C'est
aussi dans cet état qu'on les remarquoit
si irritez par des mouvemens violens et
irréguliers, qui ne finissoient qu'après
que ces animaux avoicnt reprisla place
d'où on les avoit arrachés.
Cet exercice se fit pendant quelque
peude tems que la vigueur deceuxqu'on
retenoit dans l'éloignement pour les empêcher
de se reprendre, devenant insensiblement
foible et languissante, se perdit
bientôtavec la vie. Je remarquai avec
surprise le bon ordre que ces vers sembloient
garder dans leur arrangement rien de plus merveilleux ;- que de les voir
autour de cette chaîne vermineuse
, sans
avoir de débat pour gagner leur poste , ceder, pour ainsi dire, tout le droit de
se prendre le premier à celui qui se trou:,
voit le plusàportée
,
dans le tems que
les autres plus éloignez attendoient que
leur tour fut venu dese ranger, de suite.
Cependantle tems qui se passa dans cette
opération fut de trèscourte durée ,puisque
dans un petit instant le nombre de
ceux qui se mirent de la partie
, augmenta
beaucoup la longueur de la chaîne.
Cette observation a été faite le 16. du
mois d'Avril 1.734. à Panlian,
,
petite
Ville du Diocése de Beziers..
Que peut-on penser sur cette espece de
déference qui regnoit parmi ces petits
animaux? Pour moi je crois qu'ilest
très-difficile de deviner en cette occasion.
Cependant le diffèrent état de grosseur
dé chaque ver en particulier
','
neseroit-
-
ilpasla cause de ce mystere ?Dumoins.
ledécroissement que la chaînevermineuse
laissoit appercevoir dans son étenduë i
semble favoriser cette conjecture. C'est
sur cette observation que j'ai formé le
desseind'écrire sur la nature du Ver Solitaire.
Je ne m'attache au sentiment de
personne, me contentant de rapporter
d'abord en peu de mots ce que j'ai pû decouvrir
de plus singulier sans le secours
du Microscope sur la structure de ces
petits vers; je passerai ensuite à la Méchmique
de leur étatsystématique,c'est
à-dire, à la façon dont la chaîne vermineuse
se fait et finit par le mouvement
progressifqui lui est propre.
Structure des petits Vers quiforment enscm':;
bis le Ver Solitaire.
L'observation,dont on vient de parler
, laisse une difficulté à éclaircir. Ces
petits Vers, dira t-on ,
seprenoient-ils
par la tête ou par l'extrémité opposée?
Quoiqu'il semble d'abord assez mal aisé
de résoudre cette question
y
le mouvement
progressif, quelque derangé qu'il
fut, de chaque Ver en particulier vers la
partie engagée
, et celui que la chaîne
vermineuse faisoit suivant la mêmedirection
, montrent assez sensiblement que
c'étoit par la tête que ces petits animaux
s'accrochoient les uns aux autres.
Ce fut en effet dans cette partie qu'on
prend pour la tête du Ver,que je remarquai
unecavité peu profonde, dont Iar
circonférence a un diametre égal à celui
du reste du corps de l'animal ;cette ciro
conférence étoit garnie d'un Plan de fibres
circulaires. Du milieu de cette cavité,
comme d'un centre, s'élevoit un petit
Cone dont la base renversée le faisoit
ressembler à une espece de Trompedont
les bords étoient paralleles à ceux de la
cavité. Tout cet appareil étoit enduit
d'un suc muscilagineux, ou d'une espece
de glû,qui probablement ne devoit avoir
d'autre usage qued'entretenir la souplesse
de ces parties, ou de boucher exactement
jusqu'au moindre soupirail, qui
pouvoir se trouver aux berds de cette
même cavité dans le tems qu'elle s'appliquoir
à la croupe, pour ainsi-dire,de
l'autre Ver ; ce qui augmentoit la résistance
que ces petits Vers faisoient pour
empêcher leur désunion. La position du
Sphincter, ou de ce Plan de fibres musculaires
dans cette extremité, et les mouvemens
de dilatation ou de contraction
avec ceux de la Trompe dans les différents
besoins de cet animal, démontrent,
ce me semble
t
clairement les usages de
ces parties.
Les mouvemens convulsifs des Vers
détachez de leur bandepeuvent nous
conduire à la connoissance de leur structure
,en nous découvrant les effets de
deux Plans de fibres musculaires qui
formoient le tissu de la peau, ou qui
étoientinfailliblement couchez au-dessous.
Le prernjer étoit un Plan de fibres
Spiralesqui s'étendoient de la tête
jusqu'à l'extrémité du Ver. Le second
étoit un Plan de fibres longitudinales , qui prenant origine au-dessous ou tout
auprèsdu Sphincter venoit s'inserer
àl'extrémité opposée, et coupoit les
fibres du premier ran g à angles droits ,
ou presque droits ; ainsi selon la po ition
de ces deux Plans musculaires, leurs fibres
dans un état violent de contraction
agissant de concert, comme autant de
détentes, et heurtant contre une surface
solide
, se trouvoient repoussez avec vigueur
sur elles-mêmes, et donnoient
lieu à ces mouvemens convulsifs, qui
faîsoient perdre terre à ces petits Vers,
-et qui les agitoient jusqu'à ce qu'ils eussent
regagné leur chaîne. Du reste cette
étroite adhérence qu'ils recherchoient
avec tant d'ardeur me parut si naturelle
à leur espece, qu'il n'étoit pas possible
de les séparer et-de les tenir éloignez les
uns desautres sans leur faire perdre la
vie.
Mechanique de l'EtatSistematique de ces
petits Vers.
On entend par Etat Sistematique l'ordre
de tous ces petits Vers pris ensemble,
ou bien l'arrangement de ce cordon vermineux
,
dont je dois faire voir la maniéré
d'agir des ressorts dans leurs entrelassements.
Lesdécouvertes que j'ai déja
ex posées sur la structure des parties de
cette extrémité
,
qu'on regarde comme
la tête du Ver, ne seront pas là- dessus
d'un petit secours: par-là il ne sera pas
difficile de démontrer de quelle façon
ces petits Vers se prenoient les uns les
autres. Toute leurMechaniquedépendoit
de la contraction de la Trompe et du
Sphincter de la cavité,du ressort de l'air
intérieur, et de la pesanteurde la colonne
de l'air de dehors. C'est ainsiquelesSangsuës
s'attachent à leur proye. C'est ainsi
à peu près que les ventouses se prennent
dans lesapplications qu'on en fait sur la
peau; et pour ne laisser aucun doute sur
la certitude de cette Mécanique , il est
bon de faire observer que ce qui me dévoila
le jeu secret des parties de l'animal
ou de ses ressorts fut que dans le même
tems que ces petits Versséparez cherchoient
à se rejoindre, on voyoit distinc-
-
tement leur Sphincter se dilater et se disposer
à recevoir sa prise, se resserrer ensuite
et l'étrangler fortement lorsqu'ils
l'avoient rattra pée. Il est aisé de juger
que la Trompe qu'on avoit vû s'élever
ct s'enfler lors de la dilatation du Plan
des fibres circulaires. ne s'adaptoit pas
avec moins d'exactitude pour affermir le
tout, et que la 111 dont on a parlén'étoit
point en cette occasion un ciment inutile:
Peut-être même que la croupe de tous
ces petits Vers étoit faite de façon à faciiiterl'étroite-
liaison de ces parties ensemble.
gouvernent progressif de la chaînevermineuse.
Cette suite continüe de Vers se traînoit
en rampant et avançoit peu à peu. Le
chefdela bandefaisoit d'abord son mouvement
vermiculaire de latête vers l'ex
tremité opposée
, par la contraction des
deux Plans de fibrescatanées. Le Ver
quisuivoit se mettoit en jeu de la même
maniere a près que le premier avoit fini
-lesien, le troisième alloit le même train
et ainsi des autres jusqu'au dernier;
! pourvû toutefois qu'on les laissât faire
sans les agacer. Tous ces mouvemens
successifs se faisoient sans interruption
avec une vivacité et une adresse admirable
, comme si ce n'eut été qu'un s,:ul
Verront les fibres eussentété comprises
dans de petits intervalles;aussi étoientils
naturels à toute la bande: mais dans
la désunion violente causée à ces petits
Vers par des distractions outrées et douloureuses
qui l'avoient précédée
, ces
mêmes mouvemens devenoient convulsifs
, et les avant-coureurs de la mort.
On reconnoîtra
, sans doute, par le
mouvement dont on vient de parler,
de véritables signes de vie dans toute cette
chaîne de Vers; maison ne sçauroit découvrir
précisément en quoi consistoit
dans cet état systématique la vie de chaque
Ver en particulier. Il me paroît cependant
qu'on peut dire qu'elle dépendoit
seulement du cours des liqueurs
-t
ou bien que la respiration se faisoit à la
faveur de quelque ouverture placée audehors
du Cercle musculaire, qui embrassoit
la croupe du dernier pris. Il en
est de même- de l'extrémité du conduit
des aliments et de celui des excréments,
et on doit nécessairement su poser que
les ouvertures extérieures de ces conduits
sortent des parties qui ne sont pas engagées.
il
il faut maintenant observer au sujet
de la vie de tous ces Vers, que sui vant
l'état bon ou mauvais de leur santé, les
liens qui les accrochent ensemble ont
une inégale force; En effet, lorsque tous
ces petits animaux sont également vigoureux
dans toute l'étendue de la chaîne
9
et que leur vigueur se maintient pendant
un assez long espace de tems, l'étroite
union, fait un noeud gordien:mais si,par
.quelque cause que ce soit, une maladie
commune ou particulière à quelqu'un
d'eux, les vient attaquer; cette vigueur
se rallentit peu à peu, les parties engagées
se relâchent, ces petits Vers ,'aban.
donnent mutuellement, ils se divisent
bpiaernbandes de différentes longueurs, ou
ils se détachent tout-à-faitles uns
des autres. Ce qu'on voit ordinairement
arriver par l'usage des Contrevers
, ou de
certains aliments qui approchent de lai
nature de ces Remedes.
Des effets si salutaires devroient nous
porter à chercher un remede assuré pour
nous garantir de cette pernicieuse troupe
d'ennemis je conviens même qu'il
seroit fort à propos de rapporter ici le
plus puissant secours capable de les ex- terminer. Mais comme l'on ne manque
pas de bons Contrevers dans la Médecine
qu'on em ploye tousles jours avec succès,
je croi pouvoir me dispenser d'en faire
d'autre recherche. Il est vrai cependant
par l'experience,que les mêmes remedes
qui tuent les autres especes deVers, sont
quelquefois des secours impuissants contre
celle-cy ; mais alors ce n'est pas toutà-
fait l'impuissance de ces Remedes. Pour
se convaincre de cette vérité il faut seulement
considérer que la chaîne vermineuse
toujours habile à réparer les pertes
qu'elle fait de quelques-uns de ses individus
, reprend bien-tôt après de nouvelles
forces, et que d'ailleurs la longueurprodigieuse
de ce cordon de Vers
qui suit toute l'étenduë des intestins,
sçait, pour ainsi dire, se mettre à couvert
de l'impression desremedes,quiseroient
toujours efficaces, s'il n'y avoit
qu'un seulVer à exterminer.
, On se croit en droit de conclure de
tout ce que dessus, que le Ver Solitaire
n'est autre chose qu'une suite, de petits
Vers, qui étroitement unis ensemble,
font une chaîne différente
,
tantôt par sa
longueur (t par sa grosseur, tantôt par
la figure monstrueuse etla couleur noire
de la tête du chef de cette chaîne.
On aura peut-être de la peine à se persuader
que dans cette enchaînure de Vers,
la tête du chef paroisse souvent différence
de celles des autres Vers de la suite;
mais la difficulté disparoîtra si on fait
attention que la tournure des parties ne
se montre pas toujours la même dans
cetteextrémité du Ver, et que par conséquent
les changemcns bizarcs dont la
délicatesse la rend susceptible
, ne sçauroient
permettre de lui assigner une figure
constante et positive; ainsi il n'y
a point à hésiter si on s'en tient aux
justes conséquences de notre Observation,
ce qui m'empêche de pousser plus
loin ce raisonnemenr.
En établissant ainsi la nature du Ver
Solitaire, on peut compter dans cette corde
vermineuse autant de vies qu'il y a
de noeuds ou d'intersections dans toute
son étendue; il sera donc facile d'expliquer
commentlever Solitaire ne laisse
pas de vivre, quoiqu'il s'en détache de
temps en temps des pieces assez considérables
,qui bien souvent, à cause de
l'ancienneté de la chaîne et de plusieurs
autres circonstances
3
ne permettent pas
de distinguer si ces pieces sont un véritable
assemblage de petits Vers, tant
leur adhérence se fortifie avec le temps.
On peut encore, suivant ce Système,
rendre raison pourquoi certains Sujets
rendent par le bas des Vers de cette espece,
souvent tout-à fait séparez ce
qu'on regarde alors comme des semences
du Ver Solitaire, tantôt par bandes
de differente longueur, tantôtne faisant
qu'un seulVer de plusieurs aulnes de long,
connu sous le nom du Solitaire,Ces désordres
viennent
, sans doute, ou de
l'effet de quelque puissant Remede, comme
on l'a remarqué cy-dessus,ou bien
de ce que la chaîne vermineuse n'étant
pas encore bien affermie, les Vers se
trouvant trop jeunes et trop foibles pour
soutenir les entrelassements, permet aisément
son entiere destruction.
Quoique cette observation, faite avec
toute l'exactitude possible,paroisse propre
à éclaircir la Question , sçavoir si le
Ver Solitaire est un seulVer
,
distingué
dans sa longueur par plusieurs noeuds ,
ou si c'est un assemblage de plusieurs
Vers attachez les uns aux autres par
leurs extrémitez
,
je ne me flatte point
d'avoir satisfait tous les Lecteurs éclairez
-,
et je déclare que je recevrai avec
plaisir toutes les objections qu'on pourra
former contre le sentiment que j'ai embrassé.
L'EMULATION.
Ode prononcéeau College de Lizieux, r,
jour de la Distribution des Prix, 1,r ,
Août 1734. DE
l'Emulation en Miracles séconde,
Muse, celebrons les bienfaits:
Dans les nobles projets sa vertu nous-seconde;
J'en ressens cléja les effèrsj
Je la voi; de ses yeux sortent des traits de fUme.
Dont le divin pouvoir encourage mon ame
Aux plus difficiles travaux;
Vien ;( dit-elle) que je t'inspire;
Ceux qui vivent sous mon Empire
Combattent les plus fiers Rivaux.
Il est pour arriver au Temple de Mémoire,
Ilest,croi-moi, plus d'un chemin;
4&ais par mon entremise, un beau désir de gloire
Y conduit comme par la main.
D'un travail assidu je fais aimer les chaînes ;
Par un Mortel soumis à mes loix souveraine5
Que d'obstacles sont surmontez 1
Je lui prête une aile intrépide,
Qui l'ékve d'un vol rapide
Au-dessus des difficukez.
Loin d'ici l'ennuyeuse er coupable indolence^
Pour qui l'étude est sans attraits;
Elle arrête l'essor d'un esprit qui s'élance,
Elle en émousse tous les traits:
Que d'Ouvrages fameux on n'eût jamais râ
naître
.9
Sile soin glorieux de sefaire connoître
N'avoit excité nos Ayeux!
Songeons quand notre oeil les contempla
Qu'ils nous donnèrent un exemple
, Que nous devons à nos Neveux.
Mais que vois-je? Quelle est cette vaste carriere
Qui s'offre à mes regards surpris 1
Est-ceici qu'aux efforts d'une vertu guerriere
Mars exerce ses Favoris?
Non j'y vois Apollon que sa Cour environne,
De jeunes concurrens disputent la Couronne
Que le vainqueur doit remporter.
Tous travaillent pour la victoire;
C'est par le desir de la gloire
Qu'on parvient à la mériter.
SJtvcs d'Apollon, vous que sa main décore
De ses Lauriers les plus chéris,
Kos applaudissemens vous excitent encore
A mériter de nouveaux prix;
Vous sçavez que la gloire est de peu de durée
Lorsque d'un beau succès l'aine trop enyvI.
Néglige de la conserver;
Soyez toujours prêts à combattre ;
Les Ennemis qu'on vient d'abattre
Sont ceux qu'on doit le moins braver.
Tandis que nos Guerriers signalent leur courage
Sous lesauspicesde Louis
Tandis qu'à leur aspect l'Ennemi plein de rage,
Voit ses projets évanoüis;
Sous les yeux d'un Mortel* quegaide la Sagesse
J'aime à voir exercer la timide Jeunesse
A de pacifiques travaux ,
Non moins grands, non moins profitables
Que ceux qui sont plus redoutables:
La Paix fait aussi des Héros.
* M. le Chevalier, Principal du Collège de Lié
xttHx, ou l'Auteursétudié.
PfSSELiER* de la Fcy.¿ sons Jl)ü!tt.
Il
SVITE des Questions élémentaires et
pédagogiquesx tiréesdu Livre intitulé,.
la Bibliothèque desEnfans, contenant
le Système du Bureau Typographique. APrès avoir donné bien des Questions sut
la premiere Institution de l'Enfance. sur
les premiers élémens des Lettres et du Rudiment.
Pratique,n'est-il pas à propos d'en donner sur
l'Orthographe Françoise
, et de demander si en
fait de.langue vivante il n'est pas plus raisonnable
de prêcher la vie,la culture, l'innovation et
la-perfection, que de s'obstiner, comme dans
les Langues mortes, à vouloir toujours laisser les.
coses ainsi qu'on les trouve?
2. L'Orthographe des sons n'est-elle pas la
moins équivoque en fait de Langue vivante 1
.Cent personnes qui entendent lire ou prêcher-,
font-ellesplus d'attention aux Lettres qu'aux
sons pu aux mots, et si ces personnes ne sçavect
pas lire, pensent-elles à autre chose qu'aux sons,
aux mots et aux idéesde ces mêmes mots?
3. Un homme qui ne sçait pas lire ne comprendroit-
il pas mieux l'idée de l'Enfant du Bureau
»qui prononceroit rapidement les trois sons du mot a) gn,0, que l'idée de l'Enfant de la
Méthode vulgaire, qui prononceroit aussi rapidement
les noms des six lettres age) enne, e, l'l,H,
pour faire entendre le mot agneau?
4 L'Orthographe variée de l'oreille n'altérant
jamais les sons de la Langue quiconstituent les
mots, n'est-elle pas préferableaux Onhogra,.
phes variées des yeux qui altèrent les sons ,
les*-
mots et le langage et qui sont un obstacle à a.'
lecture? - -
5. L'Orthographe qui approche le plus du caractere
vivant, ne donne-t'elle pas un des plus
surs moyens de lire
,
de perfectionner la Langue
ançaise, et de. lacommuniquer-dans les Provinces
les plus éloignées
6. Seroit-ildifficile d'exprimer chaque son par
son propre caracterc,simple ou composé, et d'établir
pour la meilleure Orthographe ila Scienoc
théorique et pratique des rapports exacts entre les
sons et la maniéré de les exptimer, ainsi qu'on le
pratique à l'égard des sons de la Musique et des
mots ou des caractères inventez pour en exprimer
la juste valeur >
7. D'od vient qu'on tolere et qu'on est obligé
de sçàvoir lire, ou pour mieux dire, de sçavoir
déchiffrer et traduire toute sorte d'Orthographes
dans les Ecritures vulgaires du commerce du
Monde? Ne seroit-ilpas mieux d'éta.le principe
général en faveur de l'oreille etsons de
la Langue, que de choquer en même-temps et
l'oreille et les yeux par des Orthographes indéchiffrables,
suite dela Méthode vulgaire,et non
QlLSys[êm Typographique?
8. D'où vient que le commun des hommes et
des femmes après trente ans de lectures et d'écritures,
suivant la Méthode vulgaire, ne sçait
pas si bien l'Orthographe qne de petits Encans
montrez suivant le Système du Bureau Typograptyqaef
9. Chacun suivant ses lumieres et ses études,
n'a-t'il pas droit d'écrire et de parler pourse
faire entendre et pour communiquer ses pensées
à tout le Monde? Or l'Orthographe moderne
d'usage 'C!St-elIe pas- plus propre pour cettt.
communication, que ne Test la vieille Orthographet
10. Le nouvel usagede-la nouvelle prononciation
s'étant introduit malgré l'ancien usage de
l'ancienne prononciation, pourquoi l'usage db
la nouvelle Orthographe ne s'introduiroit-il pas
malgré celui de la vieille Orthographe? La vérité
et la justesse des rapports entre les caractères
et les sons, ne doivent-elles pas toujours ser
vir de regle ? n. La copie ne répondoit-elle pas au commencement
à l'original? Cet original ou l'usage
qui est le martrevivant en changeant la prononciation
d'un mot, donne-t'il à la Servante ou à
la copie le droit de préférer l'ancien commande*
ment au nouveau ?
12. La copie du langage écrit, ou des yeux, tient—iliieu d'original a d'autres qu'aux sourds
Toyans; et la parole ou le langage ne sont-il.
pas l'o'r*al impérieux dont l'écriture ou la
copie nesont que l'esclave et l'écho"?'
13. Le changement en fait de prononciation,
n'est-il pas plus arbirraire et plus capricieux. que
le changement en fait d'Ortographe?Et si le
langage mort doit s'exprimer avec son ancienne
Orthographe,te langage vivant ne doit-ilpas
s'exprimer avec son Orthographevivante et courante?
L'Orthographe ne se rapproche-t'elle pas
toujours peu-à- peu de la prononciation?
'14-. Pourquoi les Italiens et les Espagnols sont-
"Hs moins esclaves que les François, en fait d'étimologie
et d'Orthographe? Et pourquoi ontils
voulu rapporter l'écriture à la prononciation,
et écrire comme l'on parle ? Et au contraire
pourquoi le Peuple,dit Franc, est-ilresté esclave
d'une vieille Orthographe suranée,vicieuse
et captieuse en fait de lecture et de prononciation?
15. Pourquoi les Ecoliers sçavent-ilsordinairement
l'Orthographe Latine beaucoup mieux
que l'Orthographe Françoise?
16. La vieille Orthographe ne doit-elle pas
être regardée comme l'Orthographe de certains
Sçavans qui sont amateurs d'étimologie,d'Analogie,
&c. ne peut-elle pas encore être regardée
tn quelque maniere comme celle de certains
ignorans Ecrivains publics, ou des Clercs qui
lisant et copiant de vieux Actes dans les Etudes
de Notaires et de Procureurs, ne peuvent sçavoir
l'Orthographe que d'après les Titres, les Actes,
les Procédures et les Patrocines qu'ils transcris
vent ?
- 17. D'où vient que tant d'Ecrivains à la Cour
.et à la Ville, suivent encore à l'égard du jaet
duve consonnes,et à l'égard des Lettres capitales,
les mauvaises pratiques des Maîtres ignorans
qui leur ont montré à icrire?
18» D'où vient. que l'impression des page
d'un Livre paraît plus belle quand on supprime
les lettres double's,inutiles, les ligatures, les lettres
à longue queue et àlongue tête, comme <S, ¡T,
Hïfij/» Ó>,et,qu'on leurpréfère si, les et., ss et?
19. L'impressionne paroît-elle pas aussibelle
lorsqu'on n'employe des lettres capitales que
pour les noms propres,et qu'on préfére les petites
majuscules aux grandes; exemple,parts au
lieu de Paris? Et n'est-il pas mieux au commencement1
d'un Livre et d'un Chapitre, d'imprimer
comme l'on écrit les petites lettres au bas de là
capitale
, que de les mettre au haut ; exemple,
MontaiiliendeM°n2- Iv -
D~oj~;
20. D'où vient qu'à l'ouverture des Livres Latins.
Anglois, Italiens, Espagnols, &c. un Lecteur
sans étude rencontrera la signification de
bien des mots, qui pour ces Langues, n'en devineroit
pas un seul à l'ouverture d'un Livre
François?
21. D'où vient qu'il est plus aisé d'entendre
un homme qui nous parle Latin
,
qu'il n'est aiséde
lui répondre en cette même Langue? D'od
vient que tant de Religieuses entendent une partie
des Leçons du Bréviaire et qu'elles ne peuvent
les mettr de François en Latin?
11. La théorie fera-t'elle revivre les Langues,
mortes aussi facilement que la pratique?
- 2 3. Les Anciens qui écrivoient à longueligne
sans l'usage des points et des accens , sans séparer
les, périodes par des alinea, et les Musiciens
qui alloient tout de suite sans séparer leurs mesures
par des bares, en étoient-ils plus habiles?
QUESTIONSDIVERSES.
24. D'où vient que par rapport au bien pnblic,
peu de gens sont en état de juger sainement
de l'utilité et du mérite des moindres choses,et
quetant de prétendusSçavants font gloire de passer
la vie à l'étude d'une infinité de riens par rapport
à la société et à la Religion? N'y a-eil
donc point de régle sûre pour évaluer le prix des
choses? L'empressementdes hommes pour an
ebjet, en prouve-t'il l'excellence à proportion è
Les petits sontilstoujours obligez de se conformer
au goût ds Grands? Et pourquoi l'empire
du. faux et de l'opinion rend-il les hommes,
ai esclaves de leurs préjugez et siindifferens pour
Je vrai?
jr Ne doit-on pas tâcher de rendre un Ensant
bon Acteur dans la Monde, à mesure qu'il
en deviendra Spectateur i Et s'il faut montrer
les jeux de commerce à un Enfant, n'est-il pas
bon de l'accoutumer à joüer de l'argent, de l'accoûtumer
au gain et à la perte et de l'instruire
par la dépense de son argent et par le compte
de cette même dépense?
2.6. Le silence des Journaux est-il toujours un
préjugé contre les Livres nouveaux et contre les
nouvelles Méthodes? Et doit-on même toujours
juger du mérite des Ouvrages par l'Extrait des
Journalistes?
27. D'où vient que les Parens sont en général
si indifférens sur le choix d'un Instituteur ou
d'un Précepteur? Voyez la Bibliothéque des Enfans
in4-. page lOf. Article XIII,
Magni momenti est prima litterarum elementa i perfectissimoPraceptore tradi.
On a dû. expliquer les deux Enigmes
du mois dernier parBac et Giroüette,
et les deux Logogryphes par Cerf er
Boucher.
EN.1 G M Bo-
DEs long-temps mon pareil échappé du,,, Murage,
Servit de sinistreprésage; -
Ce n'est pas que je sois en pouvoir d'en cause,
Je sens l'orage etje viens l'annoncer.
On me donne l'Art de prédire,
Mais hélas! ce n'est que malheurs.
Je suis cause que l'on soupire,
Quand par mes cris on prévoit des douleurs ;
Si je voulais,Lecteur, me faire mieux con- noître,
Ce n'est pas sous ces tralts que je voudrois pa-
J^roîtrej
Je deviendrois ton vrai fléau.
Tu trouveras peut-être mon corps b,au,
Et mon air fier et magnifique,
J'ai presque dit le mot Enigmatique.
LOGOGRYPHE. A
quatre pieds, un Animal,
Coupez mon chef, je suis en coque,
Renversez-moi, Ville et Bicoque,
En guerre, je leur suis fatal.
Par M. de Glat.
AVTRE.
p Ar moi tu vis, Mortel, tu lesçais siné
conteste;
Abrege-moi le trois, je suis Seigneur agreste;
Incise mon second, un arbre manifeste,
Nombre ces quatre Vers, tu me vois,jeprotes
ParM.de GI",
AUTRE. Q
Uatre Lettres forment mon nom;
Si vous retranchez la deuxiéme
,
Arrangeant le surplus de certaine façon,
L'hommepour contenter son avarice extrême-
A travers mes écueils sçait se faire un chemin ;
Rendez la moi, placez ma tête avant ma fin,
-
Puis ma troisiéme retranchée,
Je sçai me faire craindre; à peine suis-je néet-
Je tonne, je menace et cherche à me vanger ;
De mon tout tirez l'Anagramme,
Vous y verrez un Saint que le François réclam-
Enfin voulez-vous me trouver?
Lecteur, adressez-vous aux Enfans du Parnasse,
L'Ode sans moi n'a point de grâce.
Par M. Emery ,Sieur de Vlsle C. D. N
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, &c. pRIE R ES sur les Epîtres et sur les
Evangiles par feu M. Pelisson
,
de
l'Académie Françoise. A Paris ,
chez
François Ma\hey) rueS. Jacques, au coin.
de la rue des Noyers,à S. Augustin 1734.
in-16. de 194 pages.
Dans l'Approbation de cet Ouvrage
le Censeur dit y avoir trouvé les sentimens
de la pieté la plus tendre et la plus
éclairée. Il seroit facile de s'étendre sur
un pareil sujet, mais on se contentera
d'ajouter que le suc de chaque Epître et
de chaque Evangile étant présenté de la
sorte, il en résulte entre autres avantages,
celui-ci, qu'avec un peu de réflexion on
apprend quel a été l'Esprit de l'Eglise en
joignant dans son Office Public telle Epître
à tel Evangile en particulier.
Les Vies des Hommes Illustres
de Plutarque, traduites en François, avec
des Remarques Historiques et Critiques,
par M.Daciers de l'Académie Royale
des Inscriptions et Belles-Lettres, &c.
Nouvelle Edition,augmentéede plusieurs
Notes et d'un neuviéme Tome des Vies
omises par Plutarque, traduites de l'Anglois
, par M. l'Abbé Bellenger,9. volumes
in-4. A Paris chez, Emeri, David
rainé,Dumesnil, Huart ,Rollin fils,et
de Hansy , Libraires1735, Le tome neuviéme
en grand et petit papier
,
enrichi
de Portraits gravez par M.Audran
,
se
vend séparément; on trouvera chez ces.
Libraires les mêmes Vies des Hommes
Illustres en 10. vol. in-11,
PRIÈRES au S. Sacrement de l'Autel
pour chaque semaine de l'année, avec
des Méditations sur divers Pseaumes de
David,par feu M. Pelisson de l'Académie
Françoise, seconde Edition.AParis
chez François Mathey ,rueS. Jacques, au
coin de la rue des Noyers, à S.Augustin,
1734. in 16. de 168. pages.
La lumiere et l'onction,l'élévation et
la clarté se trouventréunies dans cet
Ouvrage
,
dont le seul but est de ranimer
les vertus chrétiennes dans tous les
coeurs. L'unité qui y reg ne dans les différentes
parties, et l'art avec lequel est fondue
, si l'on peut s'ex primer ainsi, toute
la substance des Epîtres et des Evangiles,
le caractérisent encore davantage, et
le distinguent de -tous les autres de la
même nature.
ESSAIS du Chevalier BACON; Chancelier d'Angletere, sur divers su jets
de Politique et de Morale. A Paris, Quay
des Augustins, chez Emery 1734. in-12.
de 396. pages, sans l'Avertissement et
la Table, Prix 45. sols.
On ignore le nom du Traducteur de
cet excellent original Anglois. On sçait
que le célebre Bacon vivoit sousle Regne
de Jacques I. o.i voit dans cet Ouvrage,
comme en racourci, tout son gnie.Un
esprit aisé, un jugementsain; le Philosophe
sensé, l'homme de réflexions y
brillent tour à tour. C'est un des fruits
de sa retraite après avoir quitté le monde,
dont il avoit long-tems éprouvé les prosperitez
et les disgraces.
Le Libraire espere avec raison dans
son Avertissement,que ces Essais ne seront
ni moins recherchez, ni moins lus,
ni moins utiles que les Maximes de M. de
la Rochefoucault.Tout y paroît si raisonnable
, que chacun croit penser de
lui-même ce qu'il trouve exprimé dans
Bacon.
La Politique n'y est point contraireà
la Religion,et celle-ci y soutient à son
tour la Politique. C'est un Livre de Principes
qui peuvent également servir a
l'Homme d'Etat et au Philosophe. Ce ne
sont point des Maximes de spitituilité
mais des rélfexions saines
,
judicieuses,
solides. L'Auteur parle librement: c'était
assez le caractére des Anglois ; et c'est
encorecelui de leurs Auteurs: mais quand
cette liberté n'a rien que de conforme
au bonsens et à la raison, quand, elle
respecte la Religion et la Pieté qui
doivent
-
être raisonnables elles-mêmes
3 loin d'être blamable, c'est le meilleur
assaisonnement qu'on puisse donner à un
Ecrit, aujourd'hui sur tout, que ce gout
paroît regner de plus en plus en Francea
etmême dans presque toute l'Europe.
- Cet Ouvrage, dit-on dans l'Avertissement,
donneen peu de mots tant
deRegles lumineuses d'une sage conduite,
qu'il plaît, qu'il instruit, qu'il charme
ceux qui aiment à se connoître et qui
craignent de se tromper. S'il reprend des
défauts, c'est pour apprendre à les corriger
; s'il attaque des abus, c'est pour
montrer à les éviter s'il donne des Préceptes,
c'est pour faire discerner ce qui
est de devoir et fuir ce qui n'est que de
caprice et de fantaisie.
Ces Essais de Politique et de Morale
sont contenus en 51. Traitez ou Chapitres
; sçavoir de l'habitude et de l'éduca;
tion
,
du Mariage et du Célibat, de la
conversation,de la noblesse., de la colere,
de la louange &c. donnons quelques
exemples pris çà et là pour
-
faire juger
de ces
Maximes.
- Des Cérémonies et des Complimens. Il est
certain qu'avoir des attentions.. de la Por
litesse er s'acquiter des cérémonies convanables
, contribue beaucoup à nous attirer
des louanges. Ces manieres polies et
engageantes, comme disoit la Reine Isabelle
de Castille, sont de perpetuelles
Lettres de recommandation pour celui
qui les a. Ilsuffit,pour s'en instruire
de , ne pas les mépriser, et d'être attentif
aux manieres des autres. Au reste,on peut
s'en fier à soi-même. Car si l'on se donne
trop de peine pour ne rien omettre à cet
égard, on perd ce qu'il y a de plus estimable
, qui est de paroître naturel
s et
sans affectation. Les manieres de quelques
Personnes ressemblent aux Vers,
dont toutes les syllabes sont comptées.
Lorsqu'on s'attache à de si petites choses,
on ne sçauroit se rendre capable des
grandes.
De la Noblesse: Ceux qui sont les premiers
élevez à la Noblesse,ont ordinairement
de plus grandes qua litez
,
mais
moins d'innocence que leursDescendans.
Car rarement on ne s'élève que par des
bons et des mauvais moyens ensemble.
Il est injuste que la memoire des vertus
demeure à la Postérité et que les défauts
soient ensevelis avec ceux qui les ont.
Du Discours. Il y a des gens qui ont
des lieux communs et des Thèmes tout
faits, oû ils brillent d'abord; mais manpriant
de varieté, ils ennuyent bientôt
et paroissent ridicules aussi-tôt qu'ils sont
découverts.
De la Plaisanterie. Plusieurs choses
doivent être privilegiées; la Religion
3 les Matieres d'Etat, les Grands Hommes,
les affaires graves des Particuliers et tout
ce qui est digne de pitié.
Un homme satyrique fait craindre aux
autres son esprit, et doit à son tour
craindre leur memoire.
Il n'y a qu'une occasion où l'on peut
se loüer de bonne grace c'est en loiiant
dans un autre une vertu que l'on possede
soi-même.
, Sur tout gardez-vous bien soigneusement
des discours railleurset malins. La
conversation doit être comme une promenade
, et non pas comme un grand
chemin qui mene à la maison de quelqu'un.
Des Magistrats et des Dignitez. A l'égard
de la corruption, ne liez pas seulement
vos mains et celles de vos Domestiques
,
afin qu'ils ne prennent rien, mais
liez aussi celles des solliciteurs pour qu'ils
n'offrent rien.
La severité inspire la crainte, mais la
brutalité attire la haine.
C'est une marque certaine de grandeur
d'ame
3
lorsque les honneurs rendent un
homme meilleur. *
- De la Colere. La Colere est certainement
une petitesse dans l'homme ,comme
on peut le remarquer par la foiblesse
des sujets qu'elle domine; les enfans , les femmes, les vieillards et lesmalades.
Dela Loüange. Trop loüer quelquun
ou quelque chose réveille la contradiction
et l'envie. Il ne sied pas de se loüer
soi-même, si ce n'est encertains cas qui
sont fort rares. Mais on peut loüer son
emploi ou sa profession. Ily a mêmeune
espece de magnanimité à le faire.
Des Richesses. Ne croyez point facilement
ceux qui semblent mépriser les
Richesses; ils méprisent les Richesses
qu'ils désesperent d'obtenir, et vous ne
trouverez point de gensquiy soient plus
atcach'C'Z,qlld.nils enont une fois acquis.
Ne differez point jusqu'à votre mort
à faire des oeuvres de charité. Tout consideré,
celui qui en use de la sorte, est
plutôt libéraldu bien d'autrui que du
sien propre.
- De l'Envie. Celui qui n'a aucune vertu
porte toujours envie à celle des autres.
L'esprit de l'homme se plaît et se nourrit
du bon qui est en lui, ou du mal qui est
en autrui. Si l'unluimanque, il se rassasie
de l'autre. S'il n'aspire pas à une
vertu qu'on admi re ,
il tâchera du moins
de nuire à celui qui la possede, pour diminuer
l'inégalité qui est entre eux.
D I DON Tragédie, representée pour k premicre fois sur le Theatre de la Comédie
Françoise,le zi. du mois de Juin
1734. A Paris, chez Chaubert, Quay des
Augustins 1734.in8. de 70. pages sans
l'Epître au Marquis de Nele
,
Chevalier
des Ordres du Roy, qui en contient
douze.
L'impression pour parler le langage
de l'Aprobateur
, assure à ce Poëme le
succès qu'il a dans les Représentations
qu'on a recommencéesdepuis le retour
de Fontainebleau, lesquelles viennent
d'être interrompuës par la maladie dit
principal Acteur.
On apprend dans le Privilege que cette
Piece est de M. Lefranc; nous n'entre
rons ici dans aucun détail de la Tragédie;
on croit en avoir suffisamment rendu
compte dans le Mercure du mois de
Juillet dernier. Mais il nous semble à
propos de dire quelque chose de la Lettre
qui est à la tête. Elle commence ainsi.
» M. voici le moment critique de » ma Tragédie.C'est peu de l'avoir livrée aux
»écüeils du Théatre, j'ose lui faire soutenir
le grand jour de l'im pression. Les »applaudissements dontelleaété comblée
» sur la Scene, ne me répondent point de
» l'effet qu'elle produira sur l'esprit du
» Lecteur. L'illusion est dissipée. La décla-
»mation des Acteurs,la pompe duThéatre
» ne l'accompagnent pas dansle Cabinet,
»et c'est d'un Examen plus tranquille et
a plus réfléchi, que dépend aujourd'hui sa »réputation. Vous même, Monsieur
» qui l'avez si souvent honoréedesEloges
Jt,les plus flateurs, vous allez l'examiner
» avec d'autres yeux, et l'amitié que vous
» avez pour moi ne me fait pas moins
»craindre votre décision que celle des
» Censeurs les plus severes. J'ai cent fois
a éprouvé à mon avantage que vos senn
timens ne vous aveuglent pas sur les
» défauts des personnes que vous aimez.
» Les qualitez du coeur et les produc-
» tions de l'esprit trouvent en vous le
-
fe juge le moins partial et le plus éclairé.
L'Auteur entre ensuite dans des détails
et des réflexions où nous ne pouvons
pas le suivre, sur sa Tragédie et
sur l'Eneïde &c. Il ajoute vers la fin sur
ce qu'il s'est fait connoitre pour l'Auteur
de Didon. » Je me cacherois, sans
* doute, si j'avois le malheur de mériter
7) par ma conduite la censure du Public;
-1) mais tant qu'il m'honorera de ses sutira.
» ges, je croirois enêtre indigne si j'osois
» les désavoüer.
Au reste nous pouvons assurer que cette
Piece fait grand plaisir à la lecture,qu'elle
est très-bien imprimée et qu'elle a un
grand débit.
PROPOSITIONd'une Mesure de
la Terre, dont.il résulte une diminution
considérable dans sa circonférence sur
les paralleles, par M. d'Anville, Géographe
ordinaire du Roy,dédiée à Monseigneur,
le Duc de Chartres. A Paris,
,the%Cblubert, Quay desAugustins.
L'Auteur fait voir dans cet Ouvrage
que par le détail de ses Etudes Geographiques
,
il a senti que les degrés de longitude
ne doivent point avoir autant
d'étendue qu'on leur en suppose dans
l'hypothese de la Terre sphérique, et
qu'il peut y avoir un trentième ou environ
à rabattre sur cette étenduë supposée
des degrés de longitude.
On avertit que les personnes qui auront
eu de trop bonne heure des Exemplaires
de cet Ouvrage, pourront,s'ils
souhaitent l'avoir entier, demander au
Libraire qui le débite, quelques pages
d'observations, qui ont été imprimées
par su pplément.
Le Duc de Villars qui avoit été éhl
par l'Académie Françoise le 5. Octobre
dernier,pour y rem plir la place vacante
par la mort du Maréchal Duc de Villars
son Pere ; y prit séance le 9.de ce mois.
Il parla avec autant de dignité que d'éloquence,
et l'Abbé Houteville, Directeur
de l'Académie,lui répondit par un trèsbeau
discours.
L'Histoire de la Noblesse du Comté
Venaissin, d'Avignon et d'Orange,
dont nous avons parlédans les Mercures
précédents , se trouve à présent fort
avancée et à la veille d'être imprimée.
L'Abbé Pithon-Curt, Auteur de cet Ouvrage,
nous prie de rendre compte de
l'état où il se trouve;soit pour satisfaire
l'empressement des Familles intéressées
qui ont fourni leurs preuves, soit pour
émouvoir l'indolence de celles qui ont
différé jusqu'ici de le faire.
Les Branches que le Lecteur ne trouvera
pas ici,neseront point comprises dans
l'article de leurs Familles,si les personnes
intéressées ne s'empressent d'y supléer
par l'envoi de leurs preuves; conformément
au Projet qui en a été répandu
parmi la Noblesse du Pays.
Les Maisons et Familles Nobles qui
forment actuellement le corps de cette
Histoire
, sont celles:
..D'gar. D'Alleman- Chateauneuf et
Fenoüillet. D'Alric-Rousset et Vinssobre.
D'Ancezune. D'Arnoul-Rochegude.
D'Astoaud-Mazan
,
Velleron, Limaye,
Murt, Riez
,
Mamelu, Bezaureet Calian.
D'Aurel. De la Bautu-Montreve! ,
pour les Seigneuries xle Caromb et de
S. Hypolire. De la Baume-Suze
, pour
la Garde-Pareol. De la Baume-Pluvinel-
Terlltlle. De BaroncelliJavon. De Bernard-
S. Andiol. De Blanc du Broc et de la
Rouviere. De Boutin- Valouze. De Blegiers-
Taulignan. De Boulogne-Alençon. De
Berlons-Crillon. De Brancas. De Brassie•
Jocas. De Brunellisla Chaux. De Bus.
De Cabassole. De Cambis-Alais
s
Fargues,
Vellcron et Orssan. De Car,leba'':'
Saignon. De Caritat-Condorcet. De CVvaillon-
Rochegude. De la Cepede. De
Ceps-Taillades. De ChabestanRibeiret
Sorbiers et Guire. De Cheilus. De Ciceri,.
De Cheisolme- Crombis. De Collin - du
Janet.
DeDonj. De Donodej
-
S. Laurent et
Campredon. De Florans-S. Esteve. De
Fourbin. De Fournier-Pradine et Aultane.
De Fortias-Urban, Montréal
,
Piles et
Cuirol. De Fougasse-la Bartalasse
,
Sampson
, Grugierc
5
la Royere ,Ste Gémeet
la Bâtie.
De Gabrielis. De Galean-Yssars
,
Castellet
et Gadagne. De Gahjfst. De Gast-
S. Savournin
,
Venasque , Mongauger
etLussaut. DeGaultierGirentonLirac et
Chauteauneuf. De Gerard Aubres. De
Guillaumont-Ambonj. De Grillet-Brissac,
Cassillac
,
Bremieu et S. Trivier.
De GuillemPascalis. De Guilhem-Montjustin
,
Castellet et la Chassagne. De
Guiramand-la Gremuse, Entrechaux et
Blauvac.
De la Jardine. De Jarente -
Orgeval,
Senas ,
la Bruyere et Venelle. Des Isnards.
De Laurent. Brantes
,
de LaurensBeauregard.
De Lopés Lafare
,
Mondevergue
et Montmirail. DeMarcelBlainDupoët,
Crochans ,
du Pavon et S. Andiol. De
Mantin. De MainierOppede. De Majiissi
Venasque.
D'OrleanslaMotte et Bedoüin.
De Pagan.De Panisse. De Pazzi. De
'Perui-Bade et du Baron. De Petris Gravilleet
la-Ramiere. Du Pilhon-d'Angelle.
De Planchette -
Piégon. De Quiqueranèaujeu,
Ventabren et Venasque.
De Rabasse. De RaimondMontlaur
Pomorols ,
,
Modéne et Dublignet.De
Raphelis Roquesante et la RoqueHenri.
De Raxi-Flassans. De Rhode. De Riviere-
Ste Marie et Brucis.DeRobin-Barbentane
et Gravezon. De Rolland- Reilhanete et
Reauville. De Roquard - Vinssobre et
S. Laurent. De Rostagnis-la Costiere. De
Rousset S. Sauveur.
De Sade,Saumane, Mazan, Aiguiere,
Ubrais et Vauredone. De Saignet - Vaucluse.
De La Sais-la Garde
-
Pareol. Des
Seguins-Aubignan, Cabassole et S. Roman.
De Serres- la Marine. De Seiti-es-
Caumont, Vaucluse et Piévert. De Sit
miane.DeSoubirats. De Suarés-Aulan.
De Taulignan. De ThésanPujols, Venasque,
Saze et S. Giniés. De Tulle-Villefranche
et Trebiliane.
De Vanelpour sa Baronie deBarenque.
Bc Vassous. De Vincens-Causans,Savoillans
a
Propiac et Servane. D'UrreBretre,
du Puy-S. Martin, Aiguebone et Montanégue.
Si parmi les Gentilshommes que cette
Histoire regarde
,
il s'en trouve qui n'en
ayent pas reçuleProspectus,AbbéPithon-
Curt est bien aise de leur déclarer que ce
n'est point par esprit de partialité et de
préférencequ'il y a manqué; mais par
oubli, ou parce qu'il seseraégaréquelques
paquets. Au reste, si certaines Maisons
sont surprises de se voir ici sans
avoir fourni leurs preuves ; il est bon
qu'elles sachent que l'Auteur a été en
état de les dresser surles découvertes
qu'une longue et exacte recherche des
Actes originaux et desHistoires auxquelles
elles ont eu part,lui a procuré. Ceux
quiontenmain des Titres qu'ilscroyent
avoir échappéàla connoissance de l'Auteur,
sont priez de lui en faire part,
pour qu'il en puisse faire usage dans
leur article. Son adresse est toujours chez
le Sr Bonvalet, MarchandEpicier, rue
du Bacq àParis
,
où l'on peut continuer
de lui faire tenir les preuves, port payé,
c'est-là tout ce qu'il en coûtera.
TRE'SOR DE M. MOREL , ou le Recüeil
de toutes les Medailles des Familles
Romaines ,
recherchées avec
,
beaucoup
de soin,exactement dessinées sur les
Pieces même, et arrangées selon l'ordre
de Fulvius Ursinus,et de Charles Patin,
par le célebre Antiquaire M. Morel.
On y a joint un mélange de Medailles
de Rome, les Espagnoles,etenfin toutes
celles de Goltzius
,
qui passent pour
suspectes. Premiere Edition, publiée et
éclaircie par les interprétations de M. Sigebert
Havercamp.AAmsterdam,chez J.
We;:tein" et Guill.Smith1734. 2 vol. in.
folio
,
l'un de Planches, l'autre d'expications.
L'Ouvrage est en Latin.
LETTRES D'HENRY IV. Roy de France,
et de MrsdeViM:roi et de Puisieux,
a' M. Antoine Let•.;<? de la Boderie,
Ambassadeur de Franceen Angleterre,
depuis1606. jusqu'en 1611, 2. vol. in-9.
premier vol. pp. 387. second, pp. 279.
A Amstérdam
3 aux dépens de la Corn»;
pagnie 1733.
DESCRIPTION CHIROGRAPHIQUE dis
Grand Cacho ,des usages, des moeurs;
du caractére des innombrables Nations
qui l'habitent; des efforts qu'ont fait
les Espagnols pour les soumettre à la
Couronne de Castille,et les Jesuites pour
les gagner à J. C. composée par le Pere
Pierre Loan()"de la Compagnie de Jesus,
imprimée par les soins du P. Antoine
Machoni
,
député à Rome par les Jesuites
de la Province du Paraguay. A Cordoits
,
dans le College de l'Assomption,
par JosephS<:??tos Balbas, 1733. in4. pp.
485. L'Ouvtage est en Espagnol.
HISTOIRE ROMAINE de Sext. Aurelius
Victor, avec les Notes entieres de Dominique
Machaneus
, d'Elias-Vinetus, du
P. André SchottusJ. de Jean Gruter, et
deMlle Ll fevre. Edition nouvelle, faite
par les soins de M. Jean Arntzenius Jurisconsulte.
A Amsterdam
,
chez les Janssen-
Waesberg
, et à Virecht
i
chez Jacques
Poolsum
, 1733. in 4. pp. 668. sans les
Tables et les Prolegomenes de 21. feüilles
et plus. L'Ouvrage est en Latin.
MEMOIRES de Charles Loüis,Baron de
Polnitz,contenant les Observations qu'il
a faites dans ses Voyages et le caractére
des personnes qui com posent les principales
Cours de l'Europe. 3. vol in 12.
A Amsterdam, cheZ François Changuion.
On trouve chez le même Libraire,
les Oeuvres de M. de Fontenelle, in-fôl.
et in 4. trois vol. avec les magnifiques
Planches de B. Picart, et les Oeuvres de
Boileau,in-fol. en 2. vol. enrichis d'Estampes
du même Maître.
On mande de Rome que AntoineRossi
y débite un Livre intitulé Vitte de Pittori,
Scultori è Architetti
s
Perugini, scrite è
dedicate alla Maesta di Carlo Emmanuel
Re di Sardegna da Lione Pascoli.
On débite avec grand succès à Venise
les Méditations de M. Bossuet,Evêque
de Meaux , et les Sermons du Pcre de
Larue, traduits en Italien.
1
Tumermani a imprimé à Verone
le Pastorfido
, sur la derniere Edition de
Londres,in 4. A la suite de cet Ouvrage
est l'Idropicha
,
Comédie du Guarini;
le tout accompagné des Remarques du
Rolli,et orné de plus de 30. Planches
en Taille-douce.
On écrit de Londres qu'un jeune Ec
clesiastique a mis au jour un Dialogue
à la manicre de Platon, au sujet de la
supériorité des plaisirs de l'entendement
sur les plaisirs des Sens. Cet Auteur
a donné dans le même gout un autre
Dialogue sur la Beauté. Ces deux Bro
chures sont imprimées chez T. Cooper.
OUVRAGES DE JEAN CASSIEN
, avec
les Commentaires de D.Alard Gazé
Moine de , S. Vast
3
de l'Ordre de S. Benoît.
A Lipsick..173" in-fol. 832. pp.
sans la Préface et les Tables. L'Ouvrage
est en Latin.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE
, ou Histoire
Litreraire d'Allemagne, de Suisse
et des Pays du Nord. Année1731.
tome 21.A Amsterdam chez P. Humbert.
in 12.
Nous ne pouvons que donner une idée
abregée de chacun de ces volumescomme
nous avons accoutumé de le faire.
DISSERTATION SUR REMPHAH, Dieu
des Egyptiens, que les Israëlites adorérent
dans le Déserr. Par M. Jablonski , Docteur et Professeur en Théologie,
Pasteurde l'Eglise reformée deFrancfort
sur l'Oder. A Francfort et a Leipzig
> chez Jean Godefr. Conradi 1731. inS, pp..
Dans l'article des nouvelles Littéraites
de Petersbourg,on apprend que M. Bayer
est fort occupé depuis quelques temps à
dresser une Carte de la Chine, et peutêtre
en publiera-t'ilplusieurs à la fois.
Il travaille aussi à un Dictionnaire Géographique
de la Chine, où il joindra la
prononciation aux caractéres Chinois,
et il marquera les degrez et les minutes
de longitude et de latitude. Les noms des
Villes, des Rivieres
,
des Montagnes, des
Lacs &c. situez hors de la muraille
, p.vroîtront
en Mongalois dans le Dictionnaire
et sur les Cartes.
Le même Sçavant a lû depuis peu à
l'Académie une Dissertation sur une statuë
de Venus, qui est à Petersboutg dans
la Grote du jardin Impérial. Il prétend
que c'est une copie exacte de la Venus
Gnidienne ,du fameux Praxitele, et il le
prouve par une Médaille de Gnide ,
qui
estdans la chambre des Curiositez de cette
ville: cette Médaille présente d'un.
coté une tête deVenus,parfaitement ressemblante
à celle de la Grote
, et de l'autre
une tête deLion avec la Massuë d'Hercule.
M. Bayer assure que la Venus surnomméedeMedicis,
n'est point une copie
de la Gnidienne,outre qu'elle ne ressemble
point au visage representé sur la
Médaille dont on vient de parler
,
plusieurs
autres raisons persuadent que M.
le Marquis Maffei est bien fondé à dire
que c'est une Venus Genitrix. M.Bayer
s'est permis dans sa Dissertation quelques
digressions, auxquelles son- sujet
l'engageoit. Il examine, par exemple,
en quel tems a vécûPraxitels ,et il soutientcontre
Meursuis.3 et feuM. O¡(trius
deLeipsic
, que le Calfistrate dont on
a publiélesdescri ptions de quelques statuësà
la suite de Phibslmteyn'est.nul!cment
celui qui fut contemporain de Démosthêne,
mais un autre qui vivoit du
tems d'Alciphron
, et qui par conséquent
fut de beaucoup postérieur à celui d'A.
lexandre le Grand.
SophieElisabeth Brenner, femme célebre
par son scavoir, mourut à Stokolm
dans un âgefortavancé au mois de Sepbre1731.
D'Abo, M. le Professeur Algoth de
Scarin, a publié une Dissertation Académique
sur les os des Géants) il y prouve
qu'il y a eu véritablement des Géants,
et prétend que la Scandinavie étoit leur
véritable Patrie. Le même Auteur a fait
dans une autre Dissertation l'Apologie
d'Attila,et de la nation des Huns.
De Zurich. Le célcbre M. de Scheuchzera
publié en Allemand un Traité qui
a pour titre: Nouvelle et facile maniere
de lire de vieilles Lettres, et de vieux
Actes.
DeHelmstadt.Vérs la fin de 1719. on
publia sous les auspices de M. Mosheim,
une Dissertation historique et théologique
sur le soin avec lequel les anciens
Payens imitoient à divers égards, les
Chrétiens:De studio Ethnicorum Christianos
imitandi.
De Jene. M. Emmanuel Chrétien Loeber
, Professeurextraordinaireen Médecine
, a fait imprimer en 1731. un court
Traité Latin sur l'utilité de la saignée
dans les maladies aiguës des Enfans.
De Leipsic. Gleditsch a imprimé en la
même année un Recüeil de plusieurs Dissertations
sur l'Architecture
, tant civile
que militaire,in8. par M. BenjaminHederich.
De Francfortsurl'Oder. M. Jean-Georges
MichaëlÚ
,
Recteur du College de
cette Ville,et Professeur extraordinaire
en Philosophie, publia en 1731.à sa réception
deux Dissertations. De victimarum
corde ad AltareDomini non addu-.
cendo.
De Berlin. Ona publié une brochure
en Allemand, intitulée: Traité HistoriqueetPhisiquesurles
Sauterelles,à l'occasion
du mal que ces animaux ont fait
dans certains Endroits de la Marche,
BIBLIOTHÈQUE ITALIQJJE , ou
Histoire Littéraire de l'ltalie,&c. LETTRE
de M.sur le IV.T.deceJournal
, contenant les mois de Janvier, Févriery
Mars et Avril 17z9. A Genêve
chez. MarcMichelBousquet et Compagnie,
pp. 303.
Je suis, Monsieur
, un peu en arriere
à l'égard du compte que j'ai entrepris de
vous rendre de la Bibliothèque Italique
Deux raisons me serviront d'excuse. Je
ne reçois pasceJournal Littéraire bien
régulièrement, er yz me dois d'ailleurs à
diverses occupations qui ne me laissent
guére de ce qu'on appelle heures de loisir.
Tâchons cependant denous remettre
sur les voyes, et de venir le plutôt qu'il
sera possible au volume courant.
Celui dont il s'agit ici, qui est le IV.
contient XV. articles, dont je ne toucherai
sommairement que les principaux,
par la raison que je viens de dire. LeI.
présente la suite de l-, Lettre deM. le
Comte de sur le caractere des Ita*
liens, dont la premiere partie est rapportée
dans le précèdent Journal. L'Auteur
examine ici la valeur des Italiens, et remarque
que leurstroupes ont toujours
été plus propres à servir dans l'infanterie
que dans la cavalerie; il passe à leur bravouredans
les combats singuliers,età cette
occasion il recherche l'origine des
Duels, qu'il fait naître dans. l'Italie, et
qu'il attribueauxLoix barbares des Lombards
; il en examine les progrès., et les
Loix qu'on voulut établir au XVI. siécle
, pour régler ces sortes de combats,
et il nomme les Auteurs qui ont écrit
dans ce même siécle contre ce faux point
d'honneur
, et ceux qui en ont pris la défense
et les intérêts. L'Auteur considère
ensuite les Italiens du côté de leur inclination
et de leur penchant pour les
plaisirs des sens; cela doit être lûdans le
Journal même.
Le second article est une suite de l'extrait
du VI. tome du Recüeil des Historiens
de l'Italie de M. Muratori. On trouve
entr'autres choses curieuses dans cet
Extrait,la Descri ption du siége d'Ancone
par les troupes de l'Empereur Frede.
ric I. en 1572. C'est un très-beaumorceau.,
Les articles VI. et VIT. doivent faire
un grand plaisir aux Amateurs de l'Antiquitéion
y trouve l'Extrait de deux Ouvrages
considerables, dont le premier est
intitulé: Inscriptionum antiquarumGrcarum
et Romanarum,&c. Inscriptions antiquesGrecques
et Romaines,qui sont'
en Toscane; première partie,qui contientcelles
de Florence., avec des Remarques
de M. Antoine-Marie Salvini, Professeur
en Grec à Florence, par Antoine-
François Gori Prêtre du Ba ptistaire et de
l'Eglise de S. Jean de Florence, &c. à
Florence, chez Joseph Manni, in-folio
1727. PP. 88.pour laPréface)etles015.
servations sur les Pierres gravées, et pp.
4.66. pour les Inscriptions.
Le second Ouvrage porte pour titre:
Camera ed Inscrizioni sepulcrali, &c.
Chambre et Inscription sépulcrale des
Affranchis, Esclaves
, et Officiers de la
Maison d'Auguste,découvertes dans la
voye Appia, avec desNotes de M- Fran.
çois Bianchini de Verone. A Rome, chez
Jean-Marie Salvioni. 1727. infolio, pp.
87. pour l'ouvrage, y compris les tables,
et pp. 8. pourlaPréface, letout
accom pagné de sept planches très belles.
Cette découverte est une des plus curieuses
que l'on ait faites entre les monumens
qui ont étédéterrez depuis un certain
tems. C'est une Sale sépulcrale qui
appartenoit en propre à la société des Affranchis
et des Esclaves qui servoient
l'Em pereur Auguste, Livie, et les Princes
que cet Empereur avoit adoptez.
Par le dénombrement qu'a fait M.Bianchini
des Urnes qui y étoient rangées
avec un ordre admirable,on voit que
cette Sale devoir contenir elle seule près
de trois mille Urnes, nombre prodigieux
pour des Esclaves et des Affranchis de la
seule Maison d'Auguste et de Livie, et
qui fait voir jusqu'où alloit la puissance
des Césars, et la magnificence de leurs
Maisons. Sans parler d'un autre monument
semblable, qui avoit déja été découvert
dans le Fond de M. Blanchini,
en-deçà de la Colonne Milliaire., près
du Ruisseau d'Almove, et qui en contenoit
pour le moins autant, ni encore
d'une autre Sale qui avoi t été découverte
auparavant près de l'Arc de Drusus,
dont on conserve quantité d'Inscriptions
dans le Palais Farnése; ni enfin
d'autres Monuments pareils destinez aux
Esclaves et aux Affranchis., qui étoient
dans les Lieux de Plaisance de cet Empereur.
Ces Découvertes justifient et
eclaircissent les expressions des anciens
Auteurs, qui appellent cenombre prodigieux
de Domestiques. Minuter Populus,
Longus Ordo,Grex, Agmen-, Cohors:
et Legio Servorum. La Sale dont il s'agit
ici est d'une structure très-réguliere.
M. Bianchini y a trouvé toutes les proportions
que Vitruve a si' fortement recommandées.
Les bornes d'une Lettre neme
permettent pas d'entrer dans le dé-,
tail d'un Ouvrage si curieux;notre Journaliste
renvoye lui-même à l'Ouvrage
de M. Bianchini, et sur tout à la Planche
qui représentel'intérieur de cette Sale.
Dans l'ArticleX on lit une Eloge historique
de M. le Clerc, mort le 8 fuin
1728. âgé de 76. ans. L'Eloge finit par
une Piece Latine en Dialogue de la
façon de M. Turretin, son Ami, c'est
une Allégorie entre la République et les
Muses qui se disputent
, à l'envi, la
possession d'un homme aussi célébré,
&c. L'Article XII. roule sur une nouvelle
Edition des Oeuvres du Cardinal
Noris, faire à Vérone en 1729.
Les Nouvelles Littéraires sont contenuës
dans le XV. et dernier Article,
et voici ce qu'on y apprend de plus intéressant
de divers endroits.
De Turin. On a mis la main aux Cons
mutions de l'Université de cette Ville,
pour le règlement et l'ordre des Etudes..
Il y aura quatre Chaires de Thêologie,
5. pour le Droit, 5. pour la Médecine,
et 5. pour la Faculté des Arts. On croit
que le Chancelier sera à la tête de l'Université
et qu'il aura sous lui des Présidents
pout chaque Faculté; on publieen
même-temps que le Roy de Sardaigne
fondeà Turin quatre Collèges,dans
chacun desquels il y aura 25. Bourses
pour l'entretien de 100. pauvresEcoliers
choisis dans les différentesPravinces .de
ses Etats.
De Milan. M. Joseph-Antoine Sassy,
fait imprimer ici un Ouvrage curieux:
De Studiis Medionalensibus AntÙfJtÎs a
NoviJ, un vol. in 8.
De Florence. Dominique-Marie Manni,.
a mis sous la Presse cette année1719.
une nouvelle Edition du Dictionnaire
de l'Académie de la Crusca,
De Veronne. Tumermani, qui a entrepris
la nouvelle Edition des Oeuvres
du Cardinal Notis, apprend au Public
que pour ôter la prévention où l'on
pourroit être que les Italiens ne savent
guere faire autre chose que traduite des
Livres François, ou copier les Editions
faites au-delà des Monts, il entreprend
d'imprimer une nouvelle Edition en 2.
Tomes de toutes les Oeuvres de Cassiodore
, qui est celle de M. le Marquis
Scipion Massei.
De Luques. Dans le même temps que
Colletti de Venise im prime les Commentaires
sur la Bible de Dom Calmet,
traduits en Latin, le Pcre Mansi, de la
Congrégation de la Mere de Dieu
J
Religieux
d'une grande réputation, traduit
aussi cet Ouvrage dans la même Langue.
Il sera imprimé dans cette Ville par les.
Freres Marescandoli.
La vingt-unième Partie des Cent NouvellesNouvelles,
par Madame de Gomez, qui se débitent
avec beaucoup de succèschez Mauduyt,aT
des Augustins, paroîtdepuis peu.
Un nouveau Livre, intitulé
,
Zélim et Damaitine
,en deux Parties, va paroître, chez le mê,
me Libraire.
Les premiers Ouvrages de M. Michel, Cha-
110ine, Maître de Musique de la Sainte Chapelle
du Roy là Dijon, ne paroîtront qu'à la fin de
Décembre Si ces Etrennes qu'il donne au Public
lui sontagréables, il continuera tous les ans 9
lui donner de nouvelles Pieces.,
Le Motet à grand Choeur avec ks cinq Parties
pour la Symphonie, executé plusieurs fois devant
le Roy, est dédié à M. le Maréchal Duc de
Noailles Prix 6. livres,
Le Recueil de vingt Leçons de Jérémie, avec
un Miserere à voix seule, est dédié à M. de Vaureal
,
Evêque de Rennes, et Grand-Maître de la
Chapelle-Musique du. Roy. Prix. 15.livres.
Quoique le plan ait été pris et gravé pour
le volumeentier des 10. Leçons
, on a crû pouvoir
néanmoins les détacher par 2. ou 3, pour
la plus grande commodité des personnes qui
n'en voudroient que quelques-unes, ensorte
qu'on a divisé cet Ouvrage en neuf petits Cayers,
tirez de ce Volume, indépendamment du Miserere.
Les premières Leçons sont séparées des secondes;
les secondes des troisièmes, pour chaque
jour; celles qui sont à Symphonie sont distinguées
de celles quisont sans Symphonie. Le prix
de chaque Leçon à Symphonie est de I. livre JO..
sols ; sans Symphonie une livre.
On voit dans ces premiets Ouvrages des Observations
curieuses touchant quelques nouveautez
dans la pratique de la Musique. On les trouve
à Paris, chez la veuve Boivin, ruëS.Honoré,
à li Regle d'or; le sieur le Clerc, rue du-
Roule, à la Croix d'or,et chez PAuteur à Dijon.
On trouve chez les mêmes Marchands le [Ioi
siéme Livre de Pieces de Clavecin de M. Dandrieu,
Organiste de la ChapelleduRoyet des Eglises
Paroissiales de S. Barthelemi et de S. Mery.
Les personnes qui aiment les Chants gracieux,
la modulation naturelle et la bonne harmonie,
auront de quoi se satisfaire dans cet Ouvrage, dont le Frontispice indique le caractère sous une
allégorie aussi bien executée qu'elle est ingénieuse.
Cette allégorie, qui produit une fort
belle Estampe ,
représente les Graces qui remettent
une Lyre au Génie de la Musique,et lui
montrent en même-temps des Danses Champêtres
dans l'éloignement, comme pour lui mar
quer ce qui doit faire l'objet de ses Chants. Elle
est peinte par M. Lancret,et gravée par M. Tho*
massin,Graveur du Roy.
Le sieur Roland Marais,fils du celebre Marais,
Ordinaire de la Chambre du Roy,va donner
au Public le mois prochain un Livre en partition
etchiffré, des Pieces qu'il a faites pour la
Viole, et dont l'execution par ledit sieur Roland
Marais, leur Auteur, a eu une Approbation générale.
Il a eu soin de mettre en meilleur ordre
quantité de ces Pieces
,
qui ayant couru manuscrites,
avoient été tronquées; il les a toutes composées
de façonqu'elles peuvent être executée
sur toutes sortes d'Instrumens et particulièrement
sur le Clavecin. Il a eu soin aussi que plusisurs
de ces Pieces soient assez faciles pour les
personnes qui ne font, à proprement parler, que
commencer.
Ce Livre se vendra chezl'Auteur Paris,rue
])4uphme, et chez la veuve Boivin,à la Reglè
d'or,et le sieur le Clere
, ruë duRoule,à lit
Croix d'or.
M. l'Abbé Nollet, ayant été informé que l'on
donnoit à desThermometres ordinaires la figure
et l'ornement de ceux qu'il construit, selon les
principes de Mde Reaumur , nous a priés d'a~
vertirqu'il signe de son nom tous ceux qu'il
fait, et qu'il les accompagne du petit Livre qui
en explique les principes et les usages.
Les personnes qui voudront'toujours être eh
état de sçavoir la différence de temperature qu'il
y a entre l'Air exterieur et celui de leurs appartemens
, trouveront chez M. l'Abbé Nollet des
Thermometres de comparaison, dont les Planches
sont vernies et disposées de façon qu'on les
peut exposer à l'injure du temps , sans craindre
que la graduationen soit endommagée.
Pour les Bains, ou pour mesurer les degrez de
froid et de chaud de quelque liqueur ; il y en a
d'autres dont re& Planchessebrisent et laissent le
Thermometre izolé par sa partie inférieure.
M. l'Abbé Nollet, continuera après les
Fêtes de Noël, les Cours de Physique qu'il
a annoncés dans le Mercure et qui ont été
interrompus à cause d'un voyage qu'il a
été obligé de faire: il prie les personnes qui
voudront y assister) de s'inscrire quelque temps
avant.
Le sieur le Maire, Peintre d'Architecture, connu
déja par plusieurs Décorations qu'il a faites
pour la Comédie Italienne, vient de finir un
Morceau singulier de Perspective dans une Maison,
ruë d'Anjou, à l'entrée du Fauxbourg saint
ignoré, bâtie sur les Desseins du sieur Contant,
Architecte du Roy et de l'Académie.
Cette Perspective,oui contient 4J. pieds de
large sur 33. pieds de haut jusqu'au-dessous de
l'Entablement, arrête la vûe en entrant dans la
Maison et termine un espace d'environ zo. ou
22.toises, distribué en une Cour et un Parterre,
au long duquel regne leBâtiment.
Elle représente sur le devant unSalon ouvert, tl; l'on est censé devoir monter par quelques
marches naturelles. Ce Salon dont une grande J[cade forme l'entrée, est surmonté d'un toît
replié en Mansarde ronde ,et conduit à un Jardin
orné qui laisse appercevoir une Campagne
dans l'éloignement. Pour reculerle fond,le sieur
le Maire a placé au-delà du Salon la naissance
dedeuxRampes qui semblent border en descendant
un Perron désigné par le commencement
de ces Rampes. Le Jardin, dont la plus grande
partie se dérobe à la vue,reparoît à la faveur de
demi-teintes bien ménagées, dans une distance
éloignée
,
élevé par des Terraces ; ce qui suppose
une étendue considérable entre ces Terlasses
et le premierPerron.Les coups de lumière
qui tranchent en ligne oblique la Perspective et
Qui partent de l'ouverture supérieure du Dôme,
sont uneffettrès-vrai. L'Arcade soutenue par
des Colonnes isolées d'ordre Ionique, est accompagnée
de Pilastres et de contre-pilastres,
qui soutiennent un Attique, dans lequel en a
placé deux Figures de demi bas-relief de f. pieds
de proportion. Des Croiséesouvertes qui sont à
droit et à gauche ,ajoûtentàl'illusion en laissant
voir la suite de l'espace indiqué au-delà du
alon.
Cet Ouvrage a encore une singularité par le
mélange et l'accord du pinceau et du ciseau.
L'oeil séduit et flatté par la beauté vraye qui en
résulte
, a peine à discerner si le tout estpeinture
ou si le tout est Architecture.
On laisse aux vrais Connoisseurs et aux plus
habiles de l'Art,lesoin de rendre au sieur le Maire
la justice qui lui est due. On se contente d'indiquer
ici deux autres Morceaux du même genre,
qu'il a faits dans l'Escalier de cette Maison; il
sera aisé de juger, en les examinant,de ce que
le Peintre a voulu rendre et des moyens qu'il a
employez pour y parvenir, ayant sur tout à
combattre les tons d'une pierre nouvellement
employée
, et dont la blancheur pouvoir nuire à
ún Ouvrage qui demandoit à être traité dans un
goût tendre.
Les Figures et les Sculptures saillantes sont
du sieur Martin.
Il paroît une nouvelle Estampe, intitulée,
Adieux de Chasseurs et Chasseresses, gravée par
le sieur Moyreau, d'après un Tableau original
d'une admirable composition,de Ph. Wauvremens,
ayant 14. pouces de large, sur 19. de
haut, du Cabinet de la Comtesse de Verrue.
Cette Estampe se vend chez, l'Auteur, ruë Galande,
vis-à-vis s. Blaise. C'est la seizième
qu'il grave d'après le même Maître.
Il paroît une autre Estampe plus petite
,
aussi
en large, gravée avec soin par le sieur Beaumont,
et de la même grandeur du Tableau original du
Breugle de Velours, du Cabinet de la Comtesse
de Verrue,représentant les Ruines du Temple de
laSibileàTivoli, avec Paysage, Bateaux et
Pêcheurs
,
&c. Elle se vend ruë S.Jacques, Che-ç
l'Auteur.
Le Portrait en Didon, de Madlle Dufresne j
une des premieres Actrices du Théâtre François
oravé par M Ltpicier, de l'Académie de Peinture,
paroîtra le mois prochain. chezSurugue,
ruëdes Noyers, et chez la veuve Chereau ruë
S. Jacques. Il se vendra 3 livres. Ce:c,: Estampe
a été faite d'après le Tableau original peint par
M. Aved, Peintre Hol:.1.-.dJis reçule27. du
mois dernier à l'Académie Royale de Peintureet
de Sculpture,où l'on voit deux Morceaux de lui
qui lui font honneur; ce sont les Portraits de
Mrs Caze et de Troy, de la mêmeAcadémie.
M. le Graud-Prieur, qui protege les beaux
Ans, vient de donner une nouvelle preuve de
son goût, par le choix qu'il a fait de M. Nattier,
de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture,
pour continuer les Ouvrages qui avoient été
commencez en son Palais du Temple
, par feu
M. Raoux
, et dont l'exécution avoir été suspenduë
par la mort de cet habile Peintre.
Le sieur le Carlier, Gendre du deffunt sieur
Porcheron, continue la même Pommade composée
de Simples, autorisée par Lettres Patentes du
Roy, accordées à Porcheron et à ses Successeurs,
approuvée de M. le Premier Médecin du Roy, de M. Helvetius, Médecin ordinaire de S. M. el
premier Médecin de la Reine, et de Mrs les
Doyen et Docteurs de la Faculté de Médecine de
Paris, lesquels ont eux-mêmes guéri par le seul
liniment et frottement de cette Pommade, plusieurs
Malades de Rhumatismes inveterez, gouttux,
douleurs de nerfs, nerfs retirez, SciatiiqUS
J Paralisies et Enquilauses dans les boëtes
des genoux ,
qui ne cédoient point aux remedes
ordinaires; elleguérit aussi les playes abandonnées;
elle fait transpirer l'humeur sansaucunes
cicatrices; n: se corrompt point, et peut £C transporter. La même Pommade guérit lesmaux
de tête et les fluxions. Il donne la maniéré de
s'en servir. Les Pots sont de 50. sols et de 100.
sols cachetez de son cachet.
Il demeure à Paris, ruë Pavée
,
Quartier saint
Sauveur
,
derriere la Comédie Italienne, proche la
ruë Françoise, au premierdépartement où son
Tableau est exposé.
LETTREde M. C.D.V. de Marseille,
À M. D. L. P. de Paris, au sujet d'un
Antidotesouverain contre l'Apoplexie,
débité par le sieur Arnoult, Marchand
Droguiste, demeurant À Paris,ruë des
Cinq Diamans. cE seroit manquer aux devoirs de l'amitié, et
de lareconnoissance,Monsieur,que de différer
pluslong-temps à vous remercier du Remède
que vous m'avez envoyé contre l'Apoplexie,
laquelle m'a fait une si cruelle guerre,et dont j'espere
être délivré pour toujours.
Jugez, Monsieur, combien je vous ai donné
de bénédictions, et combien j'ai exalté celui qui
possede ce Spécifique; maisje n'étois pas seul a
signaler ma reconnoissance ; cinq de mes Amis,
àqui j'ai fait part des bienheureux petits Sachets
dont vous m'avez gratifié et qui s'en sont aussifeien
trouvez que moi, tenoient leur coin à merveille
, et jamais Esculape ne fut si bien chanté,
lorsqu'il vint délivrer Rome de la peste, que l'a
été le sieur Arnoult, par la petite Troupe sauver
des fureurs de l'Apopléxie.
Un de nous, dans son entousiasme
, composa
IOr le champ les Vers que vous allés lire; ils na
sont ni châtiez ni bien limez
,
aussi l'Auteurne
se picque-t'il pas d'être Poète. Je suis, &c.
A Marseille,ce 10. Novembre 1734.
ELOGE DUSPECIFIQUES
EN
vain, funeste Apoplexie,
Tu veux attenter àmes jours;
Contre ta mortelle furie
Je possède un divin secours ,
Un secours qu'Apollon* lui-méme;
Fit de sa bienfaisante main,
Et doüa de vertu suprême ,
Pour conserver le Genre humain:
Déja ce Remede admirable
ll'a sçû garantir de tes coups.
Et ma santé ferme et durable,
Est à l'abri de ton couroux.
Sur mon estomach tu reposes. * *
* Apollon, Dieu du Jouret des BeauxArt, ett
AUSSI regardé comme le Dieu de la Médecine.
* * Ce Spécifique est dans un petit Sachet, proprement
couvert de taffetas, on l'attache avec u» ruban
, ensorte que le Sachet tombe d4îis le creux dt l'estomach,
0 bienheureux petit Sachet!
Tu me tiens lieu de toutes choses;
Beni soit celui qui t'afait!
CHANSON,
Quel
bruit! quel murmure confus,
Quel carillon, dans nos coeurs éperdus,
Vient répandre ainsi l'humeur noire ?
On sonne pour les Morts,amis, entrons CélAS1
Sonnons, qu'on nous apporte à boire,
Nous sonnerons pour les yivans.
L. M. D. C.
La Musique est de M, Paulin
,
Maître
de Musique à S. Honoré à Paris.
AUTRE CHANSON.
UNPapillon,une Fillette
Sont volages dans leur ardeur ;
L'un aime la nouvelle fleur,
Vautre la nouvelle fleurette.
SPECTACLES.
PHILOMELE, Tragédie de M. Roy2
mise en Musique par M. de la Coste ,
et reprise par l'Académie Royale de Mu
sique, le 19. du mois dernier. Extrait. cEttc Tragédie fut mise au Théatre
pour la gremiere fois en 1705;
pour la seconde en 1709. pour la troisième
en 1723. le Public l'a toujours
vûë avec plaisir, et n'a pas trompé l'es..
perance de l'Auteur, qui dans un court
Avertissement lui a dabord demandé grace
pour son coup d'essai en ces termes: Cet Ouvrage est l'essai d'une Muse nais
sante
3
qui attend avec respect le jugement
du Public, pours'encouragerà mériterqu'il
lui devienne favorable.
Nous serions peu équitables si - nous
disions que c'est ici la meilleure Piece de
M. Roy. La Tragédie de Callhyroé et le
Balet des Eléments, l'emportent sans contredit
sur Philomele ; cette derniere ne
laisse pas d'avoir de grandes beautez, et
peut-être a-t'elle plus de feu quecelles
qui l'ont suivie ; mais il y a beaucoup
plus de raison dans celles qui ont été
produites dans un âge plus mûr: on en
jugera par l'Extrait.
Le Temple de Vénus est représenté
d:lnS la Décoration du Prologue. Vénus
seplaint de Mars, qui,oubliant l'amour
dont il a brûlé pour elle, est devenu le
plus cruel ennemi de son Empire, par les
ravages qu'il fait en tous
1
lieux; Mars
vient la consoler par sa présence,et par
la promesse qu'il lui fait d'une paix prochaine.
Comme cette Piece a éé reprise
plusieurs fois, on a pu faire des changemens
dans le Prologue qui confondent
les époques, ainsi on ne peut sçavoir précisément
à quel temps se ra pportent ces
Vers que Mars chante, en parlant du
Héros de la France:
Mais content de l'effroi que son nom seul inspire
Illaisse reposer mon bras,
Et la Paix va me rendre à vos charmants appas.
Venus rappelle les Plaisirs et les Jeux
que la guerre avoit dispersez. Leur Troupe
charmante auroit suffi pour la Fête
tiltPrologue, mais l'Auteur a appellé
des Bergers à son secours, pour y mettre
plus devariété. La Tragédie est annoncée
par ces Vers chantez par un Berger
et une Bergere :
Que l'amourèuse Philomele ,
Par de nouveaux accens attendrisse nos (:oeir$;
Plaignons ses funestes malheurs;
Celebrons son amour fidele.
Au premier Acre ,le Théatre représente
une Sale du Palais de Terée Plogné,
soeur de Philomele et femme de Terée;
Roy de Thrace,ouvre la Scene au milieu
de deux Confidentes
,.
dont l'une est
Prêtresse de l'Hymen, et l'autre Magicienne;
elle leur fait connoître les
-
raisons
qu'elle a de s'affliger. Elle aime tendrement
sa soeur et cependant elle voudrait
qu'elle fût bien loin;elle n. doute point
que Terée ne l'aime et que cet amour
ne s'oppose à son retour dans Athènes d'où elle étoit partie , pour chercher iu-
-
près de Terée un azile contre les ennemis
de Pandion, son Pere;. ainsi quand
ses Confidentes attribuent sa tristesse et
ses pleurs au prochain départ d'une soeur
qui lui est si chere; elle leur répond:
Sa présence en ces lieux m'en coûtedavantage
;
Je laverrois quitter ce funeste Rivage,
Et les vents avec elle emporter mes malheurs;
Son départ me plairoit, mais le Roy le diffère j
Et c'est ce qui me désespere.
Elle n'a garde de soupçonner d'approuver sa sccur une flamme si coupable,
voici comme elle le fait connoître :
Perfide Epoux! amour fatale!
Ma soeur, ma chere soeur,
Nom trop doux pour une Rivale,
Lui prêtes-tu ta main pour me percer le coeur?
Non, rendonslui plus de justice;
Du crime de Terée elle n'est point complice.
Terée vient;Progné dissimule ses soupçons,
elle remercie son Epoux d'avoir
arrêté le jour d'un départ si souhaité;
Terée lui dit qu'il vient l'annoncer à sa
soeur;. Progné se charge de ce soin.
Terée fait connoitre dans un Monologue
, combien il est loin de consentir au
départ de Philomele
3
il ne lui a pas encore
parlé de son amour; il n'ose lui faire
un aveu si criminel, il craint même de
la voir, de peur que sa présence ne 1&
force à parler; le désordre de son ame
s'exprime par ces Vers:
Peut-être un doux moment va l'offrir à mes
yeux;
Le plaisir de la voir me trahira moi-même;
Ses chers Athéniens s'assemblent en ces lieux;
Ah!j'entendraidumoins parler de ce que j'aime»
LesAthéniens et les Athéniennes qui ont
Suivi Philomele
,
quand elle est venue
chercher un azile dans la Cour de Terée,
font le Divertissement de ce premier
Acte.
Après la Fête, Terée fait entendre ce
qui se passe dans son coeur par un court
Monologue.
Philomele vient le remercier des apprêts
qu'il fait pour son prochain départ;
cette Scene est, sans contredit la
plus belle de toute la Piece; l'Auteur a
trouvé le secret d'intéresser pour Terée
tout coupable qu'il est. Ce malheureux
Esclave de l'Amour, tout injuste qu'il
est, ne laisse pas de se faire plaindre;
Philomele avoit été sa premiere amour; Progné l'emporta sur sa soeur par le droit'
d'ainesse; on fit parler les Dieux et même
Mars, son Pere en faveur de cellequ'il
fut contraint d'épouser;enfin dans eoutc
cette déclaration d'amour, il ne lui échappe
rien qui sente le Tyran, hors ces
deux Vers:
Mon coeur a gardé le silence
Assez pour un Amant,trop long-tems pOtit
un Roy.
Ilannonce par ces deux Vers de quoi
il sera capable, si l'Amant désesperé est
réduit à commander en Roy.
Philomele indignée de voir qu'il respire
à la fois l'adultère et l'inceste; le
quitte en s'écriant:
Fuyons,sauvons ma gloire; !
Tout res pire le crime en ces funestes lieur;
Si les Actes suivants avoient répondu à
ce premier, l'Auteur n'auroit pas eu
besoin de l'indulgence qu'il implore dans
son Avertissement ;
Au deuxième Acte le Théatre représente
les Jardins -du Palais de Terée. Philomele
sort du Palais toute éperdue;elle
craint de faire connoîirc le sujet de son
indignation; elle ne veut le découvrir
qu'aux Bois, aux Fontaines et aux Echos;
cependantà peine Athamas son Amant
vient se présenter à ses yeux, qu'elle lui
déclare que Terée est son Rival. Athamas
veut sevanger de ce Rival odieux;
mais Philomele le fait résoudre à dissimuler
son couroux ; ils implorent le secours
de Minerve,elle descend des Cieux;
mais ce secours imploré et accordé se
borneà la seule Philomele; voici comme
Minerve s'explique.
Pour finir vos malheurs, j'abandonne les
Cieux.
Princesse,du Tyran je confondrai l'audace;
Avant la fin du jour vous quitterés la Thrace;
Heureuse si l'objet, que vous aimés le mieux,
Echappe comme vous de ces funestes lieux.
LesSpectateurs auroient bien voulu
que les pleins pouvoirs que le Destin a
donnez à Minerve eussent eu un peu plus
d'étenduë, et que le vertueux Athamas
eut été compris dans le traité; mais peutêtre
l'Auteur a cru que la chaste Minerve
ne devoit s'interesser que pour la deffense
de la pudicité. Athamas prend son parti
en Amant qui ne songe qu'à sauver ce
qu'il aime
, et dit tendrement à Philoiriele;
Si je puis voir enfin vos allarmes finies,
Du soin de mon bonheurje dispense les Dieur"?
»
La fierté dece dernier Vers fait bien
voir qu'il est piqué contre Minerve
,
qui
se contente de dire qu'il jouera de bonheur
, s'il échappe à la fureur de son
Rival.
Les Genies de la suite dé Minerve
composent la Fêtedu second Acte. A pres
bqu,lIe Minerve et tous les Acteurs de
la Scene se retirent, ce qui ressemble si
fort à une fin d'Acte; que les Spectateurs
ysont trompez &c.
Dans ce surcroît de Scenes,Terée se
plaint de l'inflexible rigueur de Philomele
; Arcas son confident lui dit qu'un
Roy ne doit jamais soupirer envain ; il
lui conseille de répudierProgné et d'épouser
Philomele.Terée approuve ce
dessein et ordonne à Arcas d'aller tout
préparer,&c. Progné arrive; elle a entendu
les dernieres paroles de Terée ;
elle lui fait de sanglants reproches: elle
ne se contente pas de lui dire que Philomele
toujours inéxorablc la vangera
de son outrage; elle ajoute qu'Athamas
est aimé de cette Princesse. Cette indiscrétion
est un Arrêt de mort pour Athamas;
TeréequitteProgné en lui disant
Reine,c'est à vous de trembler:
Je sçaurai m'assurer d'une ingrate Maîtresse,
Et d'un Rival heureux;
Et vous me répondrez peut-être de tous deux..
Progné reconnoît, mais trop tard, la
faute qu'elle vient de faire; ses deux
confidentes qui ne la quittent jamais la
pressent de pourvoir à sa propre seureté
ou à sa vengeance : l'une lui promet un
azile dans leTemple de l'Hymen,dont
elle est Prêtresse; etl'autre lui répond
du secours des Enfers.
La Décoration du troisième Acte représente
le vestibule du Temple de l'Hymen,
le Templeparoît fermé.
Terée commencel'Acte avec Athamas;
ce dernier est désarmé,Terée lui ordonne,
s'il ne veut périr, de renoncer à Philomele
et de mériter sa colere par une
feinte inconstance. Athamas lui proteste
qu'il vivra et qu'il mourra fidele. Terée
le menace de la mort de Philomele ; il
sort pour lui envoyer cette Princesse.
Athamas s'étant déterminé dans un Monologue
à ceder Philomelle pour lui sauver
la vie, tâche de la porter à épouser
Terée ; elle s'y refuse et le quitterésoluë
de braver le Tyran et la mort même.
Tcrée vientdans le dessein d'épouser
Philomele bongré malgré: des Courtisans
forment la Fête d'un Hymen si déraisonnable
; Terée presse ensuite Philomele
de le rendre heureux, si elle ne veut
voir périr Athamas; cette cruelle menace
la détermine à accepter la main du Tyran;
mais elle lui fait entendre par ces Vers
qu'elle servira de victime à ce cruel Sacrifice.
Mon désespoir te livre ta victime j.
Mais n'espere pas
Profiter de ton crime;
Tu vas pleurer mon trépas,
Parmi ces apprêtscélebres;
Ces flambeaux de l'Hymen sont desflambeaux
funebres
Qui le vont éclairer ;
Ce Trône est le bucher où je vais expirer,
Qui, traitre, ainsi je remplis ton envie;
Mais pour punir ta cruauté,
Songe, en m'arrachant la vie,
Que mon cher Athamas est la Divinité
A qui je la sacrifie.
Ces im précations sont très
-
nobles;
c'est dommage qu'elles ne soient pas soutenues
par tout, et qu'elles soientdéfigurées
par des Verstronquez, enfants de
la paresse.
Terée ouvre le Temple; les portes se
brisent, la Statue de l'Hymen s'envole,
le Tonnerre gronde;des Monstres se répandent
sur le Théâtre ; tout cela n'intimide
point le Tyran; ces Monstres
semblent ne se montrer que pour varier
le Spectacle. Ils sont si peu à craindre,
que ce n'est pas sans quelque espece de
raison queProgné, qui se jette sur Terée,
un poignard à la main,lui dit:
Des Monstres que tu vois, connoy le plus
funeste &c.
Cependant elle ne lui fait pas plus de
mal que les autres Monstres; son amour
l'emporte sur sa fureur; et l'on diroit
que l'Auteur ne l'a chargée de ce crime
que pour justifier ceux- que Terée va
commettre;en effet, il finit racte par»
ces quatre Vers
Ah ! qu'est-ce que je voi ?
Quelle main s'arme contre mOlt
En dépit du Ciel qui m'outrage ,
Allons,sur un Rival faire éclater ma rage-
Au quatriéme Acte, leThéâtre représente
l'Appartement de la Prêtresse de
l'Hymen. C'est ici que l'Auteur rassemble
toutes les horreurs d'un sujet, qu'il déclare
avoir adouci; nous y passerons legerement
pour imiter sa circonspection.
Les deux. Compagnes assiduës de Progné
n'oublient rien pour la déterminer à
vanger son amour outragé; Elise l'invite
à se mettre à. la tête des Baccantes qui
doivent célébrer leur Fête- ce même
jour, elle promet d'y joindre le secours
des Enfers soumis à son obéissance; jusques-
là
, ce ne sont que des projets,mais
Philomele en vient presser l'exécution
par le récit de ce qui s'est passé dans le
Palais de Terée.
L'Auteur la faitparoître dans un delire
qui rend l'action présente aux yeux
des Spectateurs; laPoësie en est très- belle,
et la Dlle Lemaure l'anime p:.r sa belle
voix et par un jeu qu'on ne sçauroit assez
loüer. Tout parle en elle, et le seul plaisir
de la voir peut disputer de préférence
au plaisir de l'entendre ; elle fait connoître
aux Spectateurs que Teréevient de
s'immoler Athamas, et que si un Dieu
n'eut arrêtécetAmant furieux, il se seroit
porté aux dernieres violences contre
elle.Voici comme elle s'exprime dans
son délire:
Quel sang vois-je couler ?
C'en-est-fait sa fureur vient de se l'immoler ;
Ah! mon Amant est mort acheve ton
ouvrage ?
Barbare, dans mon coeur vien percer son image.
Quoi ?je te vois à mes genoux î
Est-ce ton amour ou ta rage,
Dont je dois ressentir les coups?
Ose-tu donc sur Philomele
Porter une main criminelle
Un Dieu l'arrête.. Il ne se connoirpIus'f
Sa fureur est extrême:
La puisse-t'il porter contre lui-même !
Après cette belle tirade ,
Philomele
tombe en foiblesse, et n'en revient que
pour exciter sa Soeur à leur vengeance
commune 3 ce Duo chanté par les deux
plus belles voix de l'Opéra, est généralement
applaudi; et la Dllc Antier qui
s'étoit fait admirer autrefois dans le rôle
tlc Philomele
,
fait voir dans celui de
Progné qu'elle est toujours admirable.
Pour seconder la vengeance de ces deux
Princesses, Elise évoque la jalousie
des Enfers; cette noire Divinité aporte
à Progné un poignard qui doit servir à
rendre Progné plus criminellequeTeréemême
; comme l'Auteur n'avoitpas besoin
d'une Fête infernale pour remplir
cet Acte,auquel la Fête des Baccantes
suffisoit de reste , on auroit souhaité qu'il
eut rendu Progné moins odieuse en lui
épargnant un si affreux parricide. L'Acte
finit par une Fête de Baccantesquiarmées
de flambeaux vont embraser le Palais de
Terée,Progné et Philomele marchantà
leur tête; cette Fête est des pluseffra yantes
et des plus belles qu'on puisse voir.
Le Theatre représente au cinquième
Acte le Palais de Terée embrasé, aussf
bien que la Ville. Philomele. vient déplorer
lemalheur des innocents qu'elle sacrifie
à son cher Athamas ; cependant
-
elle ne laisse pas de s'en applaudir par
ces Vers :
Brulés, Palais; ne soyés plus que cendre ;
Que la foudre du Ciel y puisse encor descendre i
Brulés
,
Palais, ce vaste embrasement
Est un bucher digne de mon Amant.
Une douce Symphonie succede à ce
terrible Spectacle. C'est Minerve qui
remplitSA promesse:on auroitbien voulu
qu'elle eût promis quelque chose de plus,
et quetant d'innocentes victimes n'eussens
pas été confonduës dans le crime deTerée.
Une Troupe de Génies, Suivants de Minerve
, et déguisez en Matelots,forment
la Fêe de ce dernier Acte. Le chef décès.
Genies s'explique ainsi , parlant à lhilo",
mele;
Belle Princesse
,
Minerve vous tient sa promesse ;
Reconnoissés son secours;
Des plus affreux dangers elle a sauvé vosjours,
Ilne lui reste plus qu'à vousrendre àla Grect.
Prognévient interrompre la Fête;elle
fait entendre qu'elle a poignardé son
propre fils,poursevanger de son par- jurepoux > Philomelelui reproche sa
cruauté; ces deux Soeurs infortunées, dont
l'une excite plutôt l'indignarion que îi
pitié, s'embarquent ensemble pour rcteurner
au lieu de leur naissancc.. L'Al¥!-
teur nous insinue leur Métamorphosepai
ces Vers de Progné:
plions
, ma Soeur, allons dans quelque antri
Sauvage,
Enfermer ma honte et ma rage.
Chacun sçait que Philomèle fut changée
en Rossignol
, et Pregné en HyroHdelle
; pour Terée on ne peut accorder
sa catastrophe avec celle de la Fable-;
qui le fait devenir Huppe. Il ne nous
reste plus qu'à rendre compte du sentiment
du Public sur cet Opéra; le Poëte
et le Musicien ont trouvé beaucoup
d'Approbateurs; mais le Musicien en a
réuni un plus grand nombre en sa faveur.
On fait sur tout un grand cas de sonrécitatif,
qui pourroit servir de modele à
ses plus siers Rivaux.. Le Poete écrit avec
beaucoup d'élégance et de feu; mais la
variété qu'il a mise dans cet Ouvrage a
paru dégenerer en confusion.
LaDécoration du cinquième Acte,qui a
mérité l'attention et les applaudissement
du public, représente le Palais et la Ville
de Terée. Elle offre d'abord à la vûë un
grand Vestibule, contenant toute la largeur
et la hauteur du Théâtre, Vû- diagonalement
par angles; le principal corps
de l'édifice est soutenu par douze Arcadei
portées par des Colomnes
3
dont trois sei
présentent de face, et les autres se suivent
en dégradation,le Vestibule formant un
plan quarré a droite et à gauche ; deux
grands Escaliers qui sont supposés conduire
aux appartemensdece vastePalaisià travers
des Arcades, on voit une partie dela
Ville, et un Port de Mer dans l'éloignement,
le tout éclairé par un clair de
lune. -
Le Palais et la Ville sont en feu, on
voit sortir les flammes de toutesparts /et
la charpente tomber embrazée,cesflammes
sont faites par le moyen de plusieurs
fers contournés en forme de flammesarecouverts
de toilles transparentes peintes
en feu
, et par une quantité de lumieres
derrière; des étoupet, de l'arcanson
, et
des artifices brûlans en flammes réelles à
côté de celles qui sont peintes,mêlées de
plusieurs étincelles et de tourbillons de
feu et de fumée ; le bruit que ces grosses
piecesde charpente sont en tombantainsi
alluméess augmentent l'étonnement et la
terreur, et représentent au vrai ladestruction
et les effets d'un incendie; ensorte
que plusieurs spectateurs effrayez par le
spectacle, ont été sur le point de se sauver.
Cette décoration a été peinte surles
desseins du Chevalier Servandony, par le
sieur Earroselle fils
3
d'Avignon.
Le 16.Décembre l'Académie Royale
de Musique remit au Théâtre la Tragédie
d'ïphigenie en Tauride, que le public à
reçu avec de grands applaudissemens ;
cette piece n'avoir pas été jouée depuis
1719. On en parlera plus au long.
Le premier de ce mois les Comédiènf
François donnèrent une Piece nouvelle,
sous le titre des Mécontens
, en trois Actes
, et un Prologue,fort bien écrite, que
le public reçût favorablement; mais les
deux derniers Acres n'ayant pas été aussi
goûtez que le premier et le Prologue,
l'Auteur a réduit les trois Actes en un
seul, et elle est beaucoup plus applaudie
en cette manière. Il y a un Divertisse
ment à la fin, avec un Vaudeville qui fait
beaucoup de plaisir.
Le 2. Décembre les Comédiens Italiens
firent l'ouverture de leur Théâtre après
leur retour de Fontainebleau, par laComédie
du Petit Maître Amoureux, qui fut
suivie du Ballet Pantomime, représentant
la Fable de Pigmtion, dansé parU
Demoiselle Thomassin et le sieur Riccoboni.
Le sieur Deshayes, nouvel Acteur,
débuta par le rôle du Valet dans la première
picce ,etil ne fut pasmoinsapplaudi
qu'ill'avoit été à la Cour dans le même
rôle; il a joué depuis dans d'autres
Pieces qui l'ont fait goûter de plus ci-à,
plus du Public: il a été reçu dans ta
Troupe du Roi de même que la Demoiselle
Riccoboni.
Le 13. les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piece nouvelle en Vers en
nn Acte, suivie d'un Divertissement do
chants et de danses, qui a pour titre, le
Déguisement, dont on parlera plus atf
long. Cette Piece a été reçue très favorablement
du public.
NOUVELLES ETRANGERES.
AFFRIQUE.
ON a appris le détail suivant, touchant 1rs
causes et les circonstances du détrônement
de Muley Abdhala
,
Roi de Maroc.
Ce Prince qui avoit résolu depuis long tems
la destruction des Noirs de son armée, eut recours
il y à quelques mois à un artifice par leguel
il espexoit parvenir à l'exécution de son
dessein.S'étant rendu au lieu où ils étoient campez
, il sit remettre à leurs Officiers de l'argent
pour être distribuéaux Soldars, à qui il dit
dqu''eiluavxoi.t donné cciinnqq ducats pour cchhaaccuunnn
Les Commandans ayant fait la répartition
de la somme qu'ils avoient reçue, trouvèrent à
peine dequoi donner trois ducats à chaque Soldat
, et les Noirs persuadez que leurs Officiers
avoient retenu une partie de l'argent qui leur
avoit été destiné, se matinerent, pillerent les
tentes des principaux et en tuerent quelques-uns.
Des gens apostés par Muley Abdhala, augmentèrent
le désordre,en publiant que l'argent
donné par le Roi avoit été partagé inégalement
entre les Soldats,et en excitant ainsi la
jalousie des uns contre les autres.
Ces bruits semez adroitement, exciterent entr'eux
une espece de guerre civile et plusieurs
combats qui ont coûté la vie à un très-grani
nombre. Les Noirs ayant découvert dans la suite
que Muley Abdhala les avoit trompez,et qu'il
avoit formé le dessein de les perdre , se sont
révoltés contrece Prince ,qui a été obligé d'abandonner
le Trône à Muley Ali son frw:, eu
de se retirer à Tafilet
,
où il a emporté tous ses
trésors.
RUSSIE.
p Ar des courriers arrivez de Constantinople.
on a appris que le Grand Seigneur prétendoit
avoir divers sujets de se plaindre des Moscovites.
Ces nouvelles ont déterminé la Czarine
t prendre des mesures pour la sûreté des Provinces
frontières de ses EIAli du côté de la Tar-
-
I. roi. tarif
tarie, et l'on a expedié des ordres pour faire
garder par des troupes réglées tous les postes
importons le long du Pruth et du Dniester.
POLOGNE. 0N a appris par les lettres de la fin du mois
dernier, que la plus grande partie de la
Noblesse attachée aux - intérêts du Roi s'est assemblée
à Niska
, et que tous les Seigneurs et les
Gentilshommes qui s'y sont rendus
, ont formé
en faveur de S, M. une nouvelle Confédération
générale, dont M. Ozarouski aété élu Maréchal.
Il a été reglé dans cette Assemblée qu'on
leveroit dans toutes les Provinces du Royaume
pour l'entretien des troupes de S. M. les mêmes
impositions que les habitans du Palatinat
de Czersk ont consenti de payer, et qu'on abandonneroit
au pillage les maisons de ceux qui
refuseroient de payer les taxes qu'on leur auroit
impose.
La même assemblée a ordonné que tous les
Polonois qui ne signeroient pas la Formule de
serment dressée à Czersko
, ou qui donneroient,
sans y être contraints par la force des armes, quelques secours aux troupes Moscovites et Saxones
, seroient traitez comme ennemis de la
Patrie.
La plupart des Seigneurs et des Gentilshommes
qui se sont confédérés
,
s'étant déterminés
à prendre les armes pour soutenir les droits du
Roy et de la Nation
,
M. Ozarouski s'est mis à
leur tête, et il a marché du côté de Zamosc,
dans le dessein de joindre le Palatin de Volhinie,
qui continuë d'exiger des contributions de tous
les Vassaux du Prince Sangusko,
La Noblesse du Palatinat de Belsk aaussi formé
une confédérationparticulière, dont le Comte
Potocki, Palatin de Kiovie, et Régimentaire
de la Couronne,a été élû Maréchal,et parlaquelle
elle s'est engagée, non-seulement à ne
fournir aucun secours aux Saxons et aux Moscovites
, mais encore à les attaquer toutes les
fois qu'il importera au service du Roi, et à traiter
comme ennemis de la Patrie tous les Polonois
qui ne se conformeront pas à ce qui a été prescrit
par les assemblées de Niska et de Czersko.
Les Seigneurs & les Gentilshommes assemblez
à Niska,ont établi avant que de se séparer,
un Tribunal qui tiendra ses seances à Kolbusow,
et qui connoitra de toutes les affaires ayant rapport
à la nouvelle Confédération générale faite
en faveur du Roi. Ce Tribunal sera composé de
deux Députez de chaque Palatinat, et le StarosteFasielski,
qui a étéélû Vice-Maréchal de la
Confédération
, y présidera en l'absence de M;
Ozarouski, lequel est allé à la tête d'une partie
de la Noblesse conféderée joindre le Palatin de
Volhinie.
Il a été résolu dans l'assemblée tenuë par la
Noblesse du Palatinat de Belsk, de lever un Régiment
qui sera entretenu aux dépens de la Province
, et dont les Officiers seront nommés par
le Comte Potocki, Palatin de Kiovie,et Régimentaire
de la Couronne,qui est toujours avec
sies troupes dans les environs de Comarno, et qui le Palatin de Belsx a envoyé des Députés
pour le prier d'accepter la place de Maréchal de
la Confédération particuliere formée depuis peu
à Belsko.
La Noblesse confederée en faveur du Roi, et
assemblée à Niska
, a envoyé à S. M. l'Actede
la nouvelle Conféderation, lequel porte que le
Roi peut seul être regardé comme légitime Souverain
de la Pologne et de la Lithuanie, et que
S. M. ayant été couronnée en 1704. n'a pas besoin
d'être couronnée une seconde fois pour exercer
les fonctions de la RoyaUté; qu'ainsi les
Conféderés la fupplient de vouloir bien pourvoir àl'administration dela Justice, et de nommer
auxBénéfices et aux Charges qui vacqueront dans
la Pologne; qu'ils prient aussi le Roi d'envoyer
des Ambassadeurs dans plusieurs Cours de l'Europe
, et qu'ils se réposent sur S. M. du soin de
donner à ses Ministres les instructions qu'elle
croira nécessaires; qu'ils renouvellent au nom
de tous les Palatinats les engagemens qu'ils ont
pris dans la Diette générale de convocation,
dans celle d'élection, et dans les conféderations
particulieres ,par lesquelles ils se sont obligés de
maintenir,aux dépens de leurs biens et de leur
vie, les droits du Roi et dela Nation ; qu'ils invitent
tous les Polonois,qui par crainte ou par
quelqu'autre motif ont violé les sermens qu'ils
avoient faits dans les deux dernieres Diettes, à se
soumettre à S. M. et qu'on poursuivra avec la
derniere rigueur ceux qui persisteront dans leur
revolte.
Par le même Acte de conféderation, toat
Prince Etranger,ou tout Seigneur Polonois,
qui disputera la Couronne au Roi, est déclaré
ennemi de la Patrie, et il sera exclus pour jamais,
ainsi, que ses descendans,du Trône de Pologne.
Les Pal1at"ins dde Livonie et dde Pomerel1"ie
,
M,
Ossalinski, Grand Tiésorier de la Couronne,
et plusieurs autres Seigneurs,qui étoient restez
4 Dantzick depuis qu'ils avoient été obligés par
ks Moscovites de se soumettre à l'Electeur de
Saxe,sontallezjoindre 1? Roi.
Le Primat est toujours malade à Thorn, dont
le Gouverneur continuë de le faire garder à vûë.
Le Comte Potocki,le Palatin de Belsk, M.
Czapski Palatin de Pomeranie
,
M. Zaba Palatin
deMinsko; M. Sottohufs Grand Trésorier de
Lithuanie
;
le Comte Pocci, Vice- Trésorier de
la même Province, et frere du Comte Pocci qui
en est Grand Régimentaire ; les Starostes de Mecretzki
et de Bialacerkiow
,
les Evêques deSmolensko
et de Vilda j
le Comte Sapieha Prévôt du
Chapitre de l'Eglise Cathédrale de cette derniere
Ville, et plus de cent cinquante Gentilshommes,
tant de Pologne que de Lithuanie,se sont rendus
depuis peu a Konigsberg auprès de S M.
Ceux d'entr'eux,qui s'étant trouvez à Dantzick
pendant le siége
, ont été obligez, après que les
Moscovites s'en sont rendus maîtres, de se soumettre
à l'Electeur de Saxe, ont fait publier un
Mémoire dans lequel ils prouvent la nullité des
Actes que le Comte de Munich leur a fait signer.
SUEDE.
LE Roi est convenu par le Traité qu'il aconclu
depuis peu avec leRoi de Dannemarck,et
qui contient vingt-cinq articles, que les deux
Puissances se garantiront mutuellemeut la possession
des Pays qui sont actuellement sous leur
domination,que si l'une des deux a une guerre
à soutenir, l'autre sera obligée de lui fournir
6000. hommes d'infanterie, zooo. de cavalerie,
et six Vaisseaux de guerre, dont deux seront de
90 pièces de canon,et quatre de 50 à <fo. pieces
; que supposé qu'un secours plus considerable
soit nécessaire,laPuissance qui en aura besoin
pourra demanderàl'autre un plus grand nombre
de Troupes et de Vaisseaux,pourvû qu'elle s'engage
à payer les dépenses que cette augmentation
exigera, et que dans ce cas elle payera pour
un Vaisseau du premier rang autant que pour
1000. hommes de cavalerie, et pour un Vaisseau
du second comme pour 1000. hommes d'iofan",
terie;que les Troupes ou les Escadres de leurs
Majestez seront toujours commandées par le Général
ou par l'Amiral du Roi dans les Etats duquel
elles se rencontreront; que si l'un des deu*
Rois s'y trouve, il en aura seul le Commandement
, que lorsque deux Escadres des deux Nations
se joindront,l'Escadre auxiliaire donnera
la premiere le salut qui lui sera rendu coup pour
coup; que les différends qui durent depuis
long-tems entre les deux Puissances au sujet des
limites de leurs Etats,seront terminés avant trois
ans, et que ce nouveau Traité ne préjudiciera
en rien aux Traitez conclus antérieurement par
l'un des deux Rois avec quelques autres Puissances.
On a appris que deux des Vaisseaux sur lesquels
les tioupes Françoises, quiétoientenMosçovie
se sont embarquées a Nerva,arriverent
le 1 S, du mois passé à Coppenhague,
ALLEMAGNE.
LE 21. du mois dernier, l'Empereur reçut un
Courier que son Ministre à la Porte lui a
dépêché, pour lui donner avisque le Grand
Se-cneur faisoitréparerlesfortifications dela
plu part dees Places sur les frontieres de la Hongrie
, que a Hautesse avoit ordonné d'y former
,--
des Magasins considérables, et que10000. Turcs
étoient occupés actuellement à couper une partie
des arbres d'une Forêt qui sépare la Bosnie
de la Servie,afin d'y pratiquer un chemin par
lequel une Armée pût passer facilement.
Sa Majesté Imperiales'écant fait rendre compte
des causes des differends survenus entre les
Catholiques et les Protestans de Hildesheim, a
donné un Decret par lequel ceux d'entre les derniers
qui ont été accusez d'avoir troublé des
Processions, sont condamnés les uns à faire
amende honorable, et à être ensuite enfermés
pour le reste de leurs jours dans des Maisons de
force,ou employez à des travaux publics, les
autres à être bannis,soit à perpétuité, soit pendant
un certain tems ,
chacun selon l'imporrance
de la faute qu'il a commise. Le même Decret
porte, que les Protestans payeront tous les
frais du procès qui leur a été intenté parles Catholiques
au Conseil Aulique, et les vacations
des Commissaires Imperiaux qu'on a été obligé
d'envoyer à Hildesheim pour y faire les informations,
et qui n'en doivent partir qu'aprèsl'entiereexécution
du Decret.
On écrit de Berlin que le 10. Novembre,jour
auquel on avoit fixé la célébration dumariage
de la Princesse Dorothée Sophie avec le Margrave
de Brandebourg Schwed
;
le Roy qui malgré
sa maladie avoit voulu se rendre le 8. à Postdam
, afin d'être plus à portée de donner ses
ordres pour cette céremonie ,fit entrer dans sa
chambre les Princes et les Princesses de la famille
Royale
, et S. M. donna sa bénédiction à la
» jeune Princesse et au Margrave. La Reine et la
Famille Royale passèrent ensuite dans la grande
Sais du Palais, où le mariage de la Princesse fu
célébréaubruit de plusieurs salves réïteréesde
î9- pieces de canon , que le Roy avoit faitconduirede
cette Villeà Postdam. Apresla céremonie
la Reine dîna avec les Princes et les Princesses
, et il y eut trois autres tables serviesavec
beaucoup de magnificence,l'une pour lesDames
,et les deux autres pour les Ministres Etrangers
, et pour les Seigneurs de la Cour ; on dansa
le soir à la clarté des flambeaux qui furent portez
parles Officiers Généraux et les Colonels
des troupes deS. M. et versles neufheures la
Princesse nouvellement mariée se mit au lit.
Le II. et le iz. on a servilematin et le soir
quatre tables, et il y a eu bal et concert. La
Margrave douairiere de BrandebourgSchwed
n'a pu se trouver à la céremonie à cause d'une
- indisposition, et le Prince héreditaire de £eye«
xtn n'y a pas non plus assisté.
ITALIg.
LE 8. du mois dernier le P. d'Evora remit au
Pape une lettre du Roy de Portugal, et le
bruit court que S. M. Portugaise demande que
le Dignité de Cardinal soit attachée à celle de
Patriarche de Lisbonne,qu'elle destine à Tua
des Infants,lorsque le Patriarchat viendraà
vaquer.
L'Evêque deCordouë, Ministre du Roy d'Espagne
, continuë de faire de fortesinstances auprès
de Sa Sainteté,pour obtenir la dispense demandée
en faveur de l'Infant Don Loüis, et il
-z présenté au Pape un Mémoire , dans lequel on
Tapporre plusieurs exemples de semblables dispenses
accordées àdes Princes aussi jeunes que
l'infant, sous les Pontificats précedens.
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le
i%ldu mois dernier, le Cardinal Belluga ', en
l'absence du Cardinal Ottoboni
, proposa l'Evêché
de Blois pour FAbbe de Crussol, et préconisa
ensuite l'Evêque d'Aire pour l'Evêché de
Langres.
DENAPLESET S'1CILF.-
AU commencement du- moisdernier, le
Comte de Traun
,
Gouverneur de Capouë
, envoya un Officier au Commandant des
Troupes Espagnoles qui en formoient le blocus,
pour lui offrir de lui remettre la Place, à condition
qu'on lui accorderoit les honneurs de la
guerre et la liberté de se retirer à Trieste avec
la Garnison: on lui fit réponse qu'on lui permettroit
de faire sortir ses équipages, et de les
faire conduire où il jugeroit à propos; mais
qu'il n'avoir point de capitulation à esperer , e&
qu'il falloit qu'il se rendît prisonnier de guerre,
aussi bien que tous les Impériaux qui sont sous
ses ordres. Il a rejetté cette proposition; et
comme malgré l'extrémité où la Ville estréduite
par la disette et lesmaladies qui y regnent, ilparoît déterminé à se deffendre le plus long
tems qu'il lui sera possible, le Roya résolu de
changer Je blocus en un siege, et de faire attaquer
la Place dans les formes.
On a appris du Camp devant Siracuse qu'un
détachement de Hussars de la Garnison étanc
sorti de la Place pour attaquer quelques Troupes
Espagnoles
,
qui feignirent- de prendre la
fuite, il étoit tombé dans une embuscade de
ifc. hommes de Cavalerie,qui ayant poursuivi
très-vivement les Im périaux,leuravoient tué
37. hommes,ce fait 25.prisonniers, du nombre
desquels sont un Lieutenant et un Sergent.
Les Espagnols n'ont perdu en cette occasion
qu'un Soldat, er ils n'ont eu qu'un Officier de
blessé.
Les derniers avis reçus de Sicile portent que
les Troupes Impériales qui défendoient le Château
de Terranova,d'où la Garnison de la Citadelle
de Messine tiroit la plus grande partie
de l'eau qui lui étoit nécessaire,ayant abandonné
ce Fort la nuit du ti. au z3. du mois
passé
,
les Espagnols qui en avoient formé le
siege, s'en étoient emparez.
Le 15. Novembre il arriva à Naples de Barcelone
4. Vaisseaux de guerre, dont le Roy
d'Espagne a fait présent à Sa Majesté,et dont
un a
apporté une somme considérable pour les
dépenses de la guerre.
Le Roy a accordé aux Princes de la Torella.
et de Santo Buono la permission de lever chacun
un Régiment de Cavalerie,et S. M. leur a
laissé la liberté d'en nommer les Officiers.
Le Duc de Liria, qui a pris le nom de Duc
de Berwick depuis la mort du Maréchal son
pere, se rendit le 15. du mois passé au Camp
devant Capouë
, et ayant pris en attendant l'arrivée
du Duc de Montemar
,
le commandement
des Troupes qui assiegeoient la Ville
,
il donna
ses ordres pour la continuation des travaux
commencez par le Marquis de Pozzobianco.
Le zo. les Espagnols ayant achevé leurs principales
dispositions pour l'attaque, se préparoient
à battre la Place, lorsque le Comte de
Traun, qui avoit offert dès le 5. de se rendre
à des conditions que le Marquis de Pozzobianco
avoit rejettées, envoya un Officier aux assicgeans
pour faire les mêmes propositions.
-
Le Duc de Berwick fit partir sur le harrip-
Un Courrier pour en informer le Roi, qui jd*
gea qu'il étoit à propos de les accepter,et le
2211..oonnsisigna laip.l! laquelle il a
gna lacapitulation,parlaquelleil été réglé que le Gouverneur pourroitdépêcher
un- homme de confiance au Cardinal Cienfuegos,
pour sçavoir si les Assiegez avoient quelque
prompt secours à esperer , ou s'il n'yavoit
point de suspension d'armes entre les Puissances
-
qui sont en guerre, et qu'il sortiroitle 30V
de la Place,avec tous les Impériaux qui sont
sous ses ordres, s'il n'en étoit empêché paë
l'une de ces deux circonstances; qu'on accorderoit
à la Garnison tous les honneurs de la
guerre et deux pieces de canon, et qu'elle se"I
roit conduite à Manfredonia
,
où elle s'embarqueroit
pour être transportée à Trieste, à condition
qu'aucun des Officiers ou des Soldats qui
la composent, ne pourroit pendant un an porter
les armes contre les Puissances Alliées , ni
dmemeurerisurnles froantieretsdeisoPays dne leur.do-, Le Comte de Traun ayant envoyé au Cardinal
Cienfuegos un Officier de la Garnison
,
pour
sçavoir si pendant le siege il n'éoit point survenu
quelque Evénement qui dût l'empêcher dit
se rendre, et la réponse de ce Cardinal ayant
confirmé au Comte de Traun qu'il n'y avoir
point de suspensiond'armes entre l'Emperenr
et les Puissances Alliées, et que les Impériaux
qui étoient dans la Place ne devoient point esperer
d'être promptement secourus ,
le Gouverneur
et la Garnison sortirent le dernier du mois
passé de Capouë avec les honneurs de la guerre etdeux pieces de canon. Pendant que la Garnison
désiloit, une grande partie des Troupes
qui la composoient, et les Compagnies de Grenadiers
passerent du côté des Espagnols; et le
Duc de Berwick a écrit à S. M. que la désertion
auroit été encore plus considérable parmi
les assiegez, sans les mesures que le Gouverneur
avoit prises pour l'empêcher.
On a détaché quelques-uns des Régimensqui
étoient devant Capouë pour conduire le Comte
de Traun et les Allemans qui sont restez sous
ses ordres à Manfredonia,où ils s'embarqueront
pour être transportez à Trieste.
GRANDE BRETAGNE.
LE 8. de ce mois, le Comte de Kinski, Ambassadeur
de l'Empereur, remità ceux qui
ont souscrit pour fournir la somme de 500000.
liv. sterlings, que S. M. Imp. emprunte à Londres
,
les titres qu'il ont exigez pour la sûreté
Je leur remboursement.
M. Elie Turner
,
riche Négociant de Londres
, a legué en mourant 20000. liv. sterlings
pourfonder un Hôpital, dans lequel on recevra
les Marchands, que quelques-uns des hazards
malheureux ausquels le commerce est sujet
, auront réduits à la misere.
ARME'E D'ITALIE.
LA difficulté de trouver sur l'Oglio des courages
suffisans pour y faire subsister notre
armée, qui avoit détetmine le Roi de Sardaigneet
le Maréchal de Coigni à distribuer la
Cavalerie dans des quartiers assez éloignez de
leur Camp, et à renvoyer les gros. Equipages
au-delà de la riviere de Lambro
,
leur a
fait prendre depuis la résolution d'aller avec
route l'armée camper près de Cremone.-
Le 18. du mois passé
,
l'Infanterie partit du
Camp de Bozolo, et elle alla à San Pierro de
Medegalsur la Delmona. La Cavalerie qui étoit âPescarolo
, se mit en marche le même jour,
et elle campa à Bonavoglia. sur la même riviere.
L'Infanterieet la Cavalerie s'étant rassemblées
le lendemain., toute l'armée alla camper
le 22 le long du canalPalavicin
,
la droite
appuyée aux marais de Crémone, et la gauche àCazal Butano.
Les 15. Escadrons de Dragons des Troupes
duRoi, détachez le .13. Novembre sous les ordres
du Duc d'Harcourt, pour se rendre à San
Secondo sur le Taro, furent suivis le ii. par
les Brigades d'Infanteried'Anjou et du Mayne,
et par celles de Civalerie des Cuirassiers et de
Berri. Ces quatre Brigades ont marché à Busseto
,
qui est sur le chemin de Cremone à Parme
,
etle Maréchal de Broglie partir le même
jour pour aller se mettre à la tece de ces
pes. Depuis que le Roi de Sardaigne et le Mà
réchal de Coigni ont fait avancer sur le Taro
ces dérachemens d'infanterie et de Cavalerie
ilsont fait , cantonner le reste de leurs Troupes
dans les Villagesvoisins du Canal Palavicin.
Les Impériaux après avoir retiré les Troupes
qu'ils avoient à Ustiano et à Caneto
), ont fair
descendre l'Oglio à une panie de leurs Troupes;
ilsont fait avancer à Bercello quelques détachemens
, qui ont passé le Pô sur des pontons à:
Viadana,et ils ont mis environ 5000. hommes
à Bozolo, à Sabionera et- dans les environs.
- , Sur ces mouvemens des Ennemis
,
le MarétillaL
de Broglies'estdéterminé à faire avancer
à Parme la Brigade du Maine et les 5. Régiment
de Dragons qui étoient à San Secondo, où il
les a remplacés par la Brigade d'Anjou.
On a appris depuisquelque tems qu'un Corps,
deTronpes des Impériaux, commandé par le
Prince de Saxe-Hilberghausen
, ayant ouvert la
tranchée devant Sabioneta , M. de la Douë,
Lieutenant-Colonel du Régiment de Luxembourg
, qui y commandoit, avec un détachement
de ijo. hommes, avoit été obligé de
rendre cette Place,qui n'était point en état de
défense, et que par la capitulation on lui avoit
accordé tous les honneurs de la guerre.
Les derniers avis reçus d'Italie portent que
le Comte de Konigscg après avoir fait faire à
son armée plusieurs mouvemens,s'est déterminé
à établir un pont sur le Pô à Sachero
, et
qu'il y a fait passer un Corps de Troupes considerablè,
dont une partie s'est avancée à Luzara
, et l'autre a été cantonnée dans plusieurs
postes le long de l'Oglio. Les différentes marches
des Impériaux ont fait prendre au Roi de
Sardaigne et au Maréchal de Coigni le parti
d'envoyer de l'autre côté du Pô sous les ordres
du Maréchal de Broglie, les Brigades d'Infanterie
de Picardie, de Champagne, du Roy,
d'Anjou,du Maine et de Souvré ; les Brigades
de Cavalerie des Cuirassiers et de Berri, et les
cinq Régimens de Dragons des Troupes Françoi
ses: le reste de l'armée est toujours cantonné
le long du canal Palavicin.
Le Maréchal de Broglieafait entrer dans les
retranchemens de Guasralla les Brigades d'Anjou
et du Maine, et les deux bataillons du Régiment
d'Orléans. Il a distribué le reste des.
Troupes qui sont sous ses ordres dans differens.
postes depuis Borgo San Donino jusqu'à Parme
et Bercello d'un côté, et de l'autre à Gualteri
etàla Victoria.
Les Lettres du 20. de ce mois
, portent
que le premier Détachement que le Comte de
Konigseg avoit fait passer au-delà du Po
, sur le
Pont deSacheto, a été suivi par d'aurres Troupes
lesquelles ont passé sur le même Pont, et
sur celui que les Impériaux ont établi entre
Borgoforte et Montegiana. Ce General, qui étoit
à la têce de ce Corps de Troupes composé de-
6000.hommes d'Infanterie et de 1000.hommes
de Cavalerie, fit avancer l'Infanterie à Luzara;
il envoya la Cavalerie àNovellare eta Carpy, et
il fit en même-temps remonter sur le Po une
grande quantité de Bateaux chargez de Canons
de Mortiers „ et d'autres munitions de guerre,
Dès que le Comte de Konigseg eut passé le-
Po, le Prince de Saxe Hilberghausen
,
qui commande
les Troupes Impérialesrestées en-deçà dm
Po,marchaavec 1200. hom. d'Infanterieet400.
Hussards, et après avoir mandé au Géneral
Wallis, quiétoit à S. Michel-sur-l'Oglio, de
s'avancer à Sabioneta
, pour être à portée de le
secourir; il passa le Po à Viadana sur des Ponts
volants, et il alla occuper Bercello, dans le
dessein dicter aux Alliez la communication de
Parme à Guastalla.
Le Maréchal de Broglie qui avoit été envoyé
au-delà du Po par le Roy de Sardaigne, et par
le Maréchal de Coigny,et qui pour être plus en
état de s'opposer aux entreprises desennemis,
s'étoit avancé à Guastalla avec les troupes qui
étoient sous ses ordres
,
apprit le n. Décembre
au soir ces mouvemens desImpériaux,et il marcha
sur le champ pour les chasser de Bercello,
mais le Prince de Saxe-Hilberghausen en ayant
eu avis, repassa le Po avec ses troupes sur des
Ponts volants
, et sur des Bateaux.
Cette marche du Maréchal de Broglie, et les
dispositionsqu'il avoit faites des troupes qui sont
de l'autre côté du Po
, ont dérangé le projet du
Comte de Konigseg, dont l'intention étoit de
construire entre Viadana et Bercello un Pont,
sur lequel il eut fait passer une partie des troupes
restées en deçà du Po
, et surl'Oglio, pour
lesjoindreaux corps d'infanterie et de cavalerie
qu'il avoit à Luzara, à Novellare, et à
Carpy.
Le J-r. le Comte de Konigseg après avoir
fait revenir de Novellare la Cavalerie, décampa
de Luzara
,
il se raprocha de son Pont de Monregiana
; et il fit repasser le Po à une partie de
ses troupes.
Le détachement qu'il avoit à Carpy, et qut
étoitde goo. hommes d'Infanterie et de ;ooo.
de Cavalerie,a quitté ce poste, et s'étant partagé
en deux corps, le premier a pris la route de
Sabioncello, et le second a marché vers Buon-
Porto et à Final.
Le Maréchal de Broglie est encore à Guastalla
,
etdepuis que les Ennemisse sont éloignez,
il a fait cantonner une partie des troupes qu'il
avoir avec lui dans les rctranchemens de Guastalla
, ct de celles qui étoient à Parme.
PROMOTION d'Officiers Generaux
,
faite le premier Août 1734.
et declarée le 20. Octobresuivant.
Lieutenants Generaux.
de Marhxttf
;
Breton, Lieutenant-Colonel
,
puis au mois de Mars 170f. Mestre de
Camp du Régiment de Dragons de Bretagne.
fait Brigadier le 19. Janvier1709.se distingua le
16.Août delamême année auCombat deRumersheim
dans la Haute Alsace, où le General Coinie
de Mercy fut défait. Il fut fait Maréchal de
Camp le premier Fevrier 1719.
Jean de Gassion
,
Marquis d'Alluye
,
Premier
Baron Doyen du Perchegouet ,
Comte de
Montboyer, Baron d'Audaux
,
d'Arbus &c.
Originaire de Bearn
, porta le titre de Chevalier
de Gassion jusqu'en 1704. qu'il prit celui de
Marquis,étant devenu l'aîné de sa Famille par
la mort de son frere tué à la Bataille d'Hochster.
Il fut fait en 1701. par Commission du ir.
Janvier, Colonel d'un nouveau Regiment d'hfanterie
,
puis en Janvier 1709 Colonel decelui
de Nivarre ; se trouva le 11. Septembre de la
même année à la Bataille de Malplaquet, fift
fait Brigadier le 19. Mars 1710. obtint au mois
de Novembre 1713-le Gouvernement de Dix
et S. Sever, vacant par la mort du Comte de
Gassion son oncle, et fut fait Maréchal de
Camp le premier Fevrier j-rip.
Thomas Alexandre Du Bois, Chevalier de
Givry, né à Paris le ix. Octobre 1674. et reçû
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
,
au GrandPrieuré deFrance, le 13. May I6Í'o
fait Colonel du Regimene de la Marche au
mois de Fevrier 1702. Brigadier le 0, 9. Mars
1710. et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719. servit la mêmeannée en cette qualité au
Siege de Fontarabie, qui fut pris le lli. Juin,
et étant à la tête d'un Détachement de hommes 7yo.
,
il s'empara le 1 3. Août suivant de la
Ville de Santona
,
où il fit bruler les Vaisseaux
qui étoient sur le Chantier, et détruire le Magasin
de la Marine.
Loüis-Athanase de Pechpeïrou de Comenge
Comte de Guitaut. Marquis d'Epoisses, Origi-#
naire du Quercy , Colonel en 1702 d'un nouveau
Regiment d'Infanterie par Commission du
7. May 1701. puis en 1706. de celui de Roüergue
,
Brigadier le 29. Mars 1710,Inspecteur
General d'Infanterieau mois de May 1712. ec
Maréchal de Camp le premier Fevrier1719.
Claude Rolland,Comte de Laval Montmorency,
Seigneur de Valon
,
Colonel d'un nouveau Regiment
d'Infanterie par Commission du 14. Janvier
1701. puis Colonel-Lieutenant de celui de
Bourbon au mois de Mars 1705. reçût une contusion
au côté d'un boulet de Canon, servant
au Siege de Nice au mois de Novembre de la
nlme année, fut fait Brigadier le 29. Mars
'J710. et MaréchaldeCamp le premier Fevrier
1719. Il obtint depuis le Gouvernement de Philippeville.
Loüis-FrançoisComted'Aubigné
,
Baron de
Cer/Uissan tt de Lassay, Mousquetaire du Roy,
ensuite Colonel d'un nouveau Régimentd'Iafanterie
par Commission du 3. Septembre 1701,
puis du Regiment Royal au mois de Decembre
1704. se signala le 11. Septembre 1709. à la Bauiile
de Malplaquet à la tête de ce Reglment
»,
3m chargea jusqu'à 11- fois l'Armée Ennemie r
et s'étant jetté un des premiers à l'attaque d'un'
retranchement, il y reçut un coup de fusil dans;
la cuisse. Il fut fait Brigadier le 2.9. Mars 1710.
Inspecteur General d'Infanterie le zj. Mars
1711. Gouverneur et Lieutenant General des
Ville, Forteresse et Senechaussée de Saumur et
Haut Anjou au mois de May 1712. et Maré
chal de'Camp le premier Fevrier 1719.
Claud-Guillaume Testu, Marquis de Balittcourt
,Baron de Bouloir
,
Lieutenant dans le
Regiment du Roy, puis Colonel du Regiment
d'Artois en 1703. fait Brigadier le xy. Mars-
1710. et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719.
Jerôme-François de Flabaut,Seigneur de le
Billarderie
,
de S. Remi et de Morlingan
,
originaire
du Boulonnois, étoit Capitaine de Cavalerie
au Régiment de la Vallîere dès l'an 1692.et
Exempt desGardes du Corps duRoy,etâgé de z8.
ans,en 1700. il eut un Brevet deMestre deCamp,
de Cavalerie au mois de May 1705. et il fut fait
Chevalier de l'OrdreMilitaire de S. Louis la
mêmeannée. Depuis il fut Ayde-Major de Compagnie
, et ensuite Ayde - Major General des.
Gardes avec le rangd'Enseigne
1
Brigadier le 29.
Mars 17Jo. Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719,nommé Commandeur de l'Ordre de
S. Loüis, le 13. Janvier 1720. Lieutenant au
mois de Decembre de la même année, et enfin
Major des Gardes du Corps le 15. Avril 1715.*
Louis-Dominique de Cambis, connu cy-devant
sous le nom de Chevalier de Velleron
, et qui
prit en se mariant le titre de Comte de Cambis,
duComtatd'Avignon, d'abord Capitaine de
Cavalerie,puis Exempt des Gardes du Corps
du Roy, Mestre de Camp de Cavalerie, par
Brevetdumois de Juillet 1703. Gouverneur
de Sisteron en Provence au mois de May 1709.
Enseigne des Gardes du Corps au mois de Septembre
suivant, Brigadier le 29. Mars 1710. et
Maréchal de Camp le premier Février 1719.
monta à une Lieutenance des Gardes du Corps au
mois d'Août 1710 et obtint depuis la Grand-
Croix Je l'Ordre Militaire de S. Louis. Il rot
nommé au mois de May 1714. Ambassadeur
Ordinaireà la Cour de Turin,où étant arrivé
le 11. Mars îjif. il y fit son Entrée publique
le 31.Décembre suivant. Il fut fait Commandant
en Dauphiné au mois d'Octobre 1753.et
se démit de sa Lieutenance des Gardes du Corps
au mois de Février1734. Le Roy lui accordaen
même-temps une Pension de 2000. écus.
Paul-Françoisde Béthune, Due de Béthu;".
Cbarost, Pair de France, Marquis d'Ancenis, né
le 9. Août 1682, d'abord Capitaine de Cavalerie
dans le RégimentdeBourgogne, puis Mestre
de Camp de ce Régiment au mois de Février
1704. nommé Gouverneur de Dourlens en 170-8.
fait prisonnier au Combat d'Oudenarde len.
Juillet de la même année,Brigadier de Cavalerie
le 29. Mars 1710. Capitaine des Gardesdu
Corps du Roy, en survivance du Duc de Charost
son Pere, au mois de Novembre 1715. Lieutenant-
General des Provinces de Picardie
,
Boulonnois,
anciennes Conquêtes duHrinault, Gravelines
et Pays reconquis, et Gouverneur de Calais
,
aussi en survivauce le 2.7. Septembre 1718.
pour lesquelles Charges il prêta serment entre
les mains du Roy le 1s. Octobre suivant, Maréchal
de Camp le premier Févtier 1719. Dac
a.pair deFrance, par la démission de son Peçe,
prêta serment et prit séance au l'aiIcment-^e.Paris
en cette qualité le 19. Mars 1725proposé le
2. Février 172.8. pour être reçû Chevalier des
Ordres du Roy,en reçût la Croix et le Grand-
Collier le 16. May suivant.
Philippes-Charles,Marquis de la Fare, ComtedeLaugere,
né en 1685. d'abord Lieutenant
dans le Régiment du Roy, puis Colonel de celui
deGâtinois au mois d'Avril 1704 Capitaine des
Gardes du Corps de Philippe, Petit-Fils de
France, Duc d'Orleans,au mois de May 1712.
Brigadier d'Infanterie le premier Janvier 1716.
Colonel du Régiment de Normandie au mois
d'Octobre suivant, Lieutenant Général au Gouvernement
de la Province deLanguedoc,dans le
Département et l'étenduë du Pays de Vivarais,
du Velay,et du Diocèse d'Usez, par Provisions
du 8. Septembre 1718. pour laquelle Charge il
prêta serment le 16. Octobre suivant; aussi
Gouverneur des Ville et Châteaud'Alais et Pays
des Sevenes, Maréchal de Camp le 10. Avril
1710- envoyé par le Duc d'Orléans à Madrid, pour complimenter de sa part Leurs Majestez
Catholiques sur le Mariage du Prince des Asturies
, et nommé Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or le 21. Janvier 1722. fait Commandant
en ChefenLanguedocen1724. et reçûChevalier
des Ordres du Royle 13. May 1731. ayant
été proposé le premier Janvier précédent et admis
le 2. Février.
JLiminim Maurice, Comte de Saxe, Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle blanc, fait Colonel da
Régiment d'Infanterie Allemande, cy-devant
Spaar, par Commission du 7. Août 1720. et
Maréchal de Camp du même jour.
, D'Iverny, fait Brigadier d'Infanterie
le K' Août 1707. depuis Commandant au Fort
d'Allais et Pays des Sevennes, et Maréchal de
Camp le premier Février1722.
Louis-Antoine Armand, Duc de GrarnmfJnt.
Pair de France, Souverain de Bidache,&c. né
le 20. Mars 1688. fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie,cy- devant de Morangiésaumois
d'Août 170f- puis de celui de Piémont au mois
de Décembre 1710. reçû au Parlement de Paris
en qualité de Pair de France le 6. Avril 1713.
et Colonel du Régiment des Gardes Françoises
en survivance de son Perele 17. Janvier 1717.
fait Brigadier d'Infanterie le premier Octobre
1718. Gouverneur et Lieutenant General en survivance
du Royaume de Navarre et Pays de
Bearn, Gouverneur de S. Jean Pié de Port, Capitaine
et Gouverneur du Château et Tour de
Pau, Lieutenant General de Bayonne, Pays et
Bailliage de Labourer autres lieux de laFrontière
de Bayonne, desquelles Charges il devint Titulaire
le 16. Septembre 1725. parla mort du
Maréchal son Pere; Maréchal de Camp le 27.
Avril 1727.et reçûChevalier des Ordres du Roy
le 16. May 1718.
De Rosset de Ceilles
,
Chevalier J,
Roccozel ,fait Colonel du Régiment d'Engoumois
par Commission dë 13. Juin 17125. Gouverneur
de Sommieres au mois de Septembre
1715. Brigadier en 1730. et Maréchal de Camp
le 13Décemb re 1731.
Gaspard de ClermontTonnerre, Marquis de
Vauvillars
,
appellé le MarquisdeClermont Tonnerre,
fait Brigadier de Cavalerie le premier
Janvier 1716. Commissaire General de la Cavalerie-
Legere de France et Etrangere le 5. Février
suivant, reçû Chevalier des Ordres du Roy le
3. Juin 1724. Maréchal de Camp du 20. Février
1734. et nommé Gouverneur de Mont-Dauphin
au mois de Juin suivant.
On donnera le mois prochain la Liste des Maréchaux
de Camp, &co de la même Promotion.
LE Roy a donné depuis peu l'agrément
pour les Régimens suivans;sçavoir:
Picardie, au Commandeur de Vassé.
Lyonnois ,au Marquis d'Espaux.
Dauphin, Infanterie,au Comte de Maillebois,
Colonel du Régiment de la Sarre.
Royal des Vaisseaux, au Comte de Guerchi.
De la Sarre, au Marquis de Lussan.
Royal Roussillon, au Marquis d'Ossonville.
De Beauvoisis, au Marquis de la Vauguion.
Celui dont le Marquis de S. Simon étoit Colonel
au Marquis de Puiguion.
De Lorraine, au Marquis de Montbaré.
De Beauce, au Duc de Caumont.
Des Cuirassiers, Cavalerie, au Marquis dA."
vrincourt.
Et la Lieutenance Colonelle du Régiment de
Touloze, Infanterie, au Marquis deCoetlogon.
Sa Majesté a nommé Colonel du Régiment
Allemand, vacant par la mort de M. Lenck,
M.Appelgrin, qui en étoit Lieutenant Colonel-
Le Gouvernement de Landrecy
, vacant par la
mortde M. du Barail, Lieutenant-General des
Armées du Roy, a été donné par S. M. au Comte
d'Usez, Lieutenant-General, qui a remis le
Gouvernement del'Isle d'Oleron.
Le Marquis de Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, a été nommé Gouverneur du Château
de la Muette, et Capitaine des Chasses du Bois
de Boulogne.
F R A N C E.
Nouvelles de la Cour, de Paris
,
&c. LE 30. du mois dernier après midi,
le Roy et la Reine
,
partirent de
Fontainebleau
, pour a.l.r coucher au
Château d^ Petitbourg. Le 3.. de ce mois
L.M. en partirent et arri verent à Versailles
le même jour.
*
Le Roya nommé Premier Président
du Pariement de Provence et Intendant
de cette Province M. de la Tour, lequelestremplies
dans l'Intendance de
Breragne, par M. de Pontcarré de Viarme
,
Maître des Requêtes,
,
Le Roy ayant faitsçavoirauxArchevêques
, et évêquesle son Royau,l1;
que son intention étoit qu'ils fissent c.
lebrer dans leurs Lg ises Métropolitaines
et Cathédrales, un Service Solemnel
pour le repos des ames de ceux de ses
Sujets, qui sont morts dansses Armées,
depuis le commencement de la Guerre;
et que pendant qu'elle durera, cet u.-agç soitcontinué tous lesans; ce- Service, foc
fait le 20. de ce mois, dansl'EgliseMétropolitaine
de cette Ville, et l'Archevêque
de Paris y officia pontificalement.
Le 8. Novembre, le Duc de Chartres,
tomba malade au Château de Saint
Cloud, d'une Fiévre condnue, avec des
redoublemens pendant cinq ou six jours,
qui firent craindre une maladie dangereuse
; mais elle n'a point eu de suite;
et ce Prince fut en état d'être transporté
au Palais Royal, vers la fin du même
mois, où il joüit actuellement d'une
santé parfaite.
Le 8.Decembre,Fête dela Conception,
on chanta au Concert Sprituel du Château
des Tuilleries
,
le Benedictus
, Motet
de M. de la Lande
J
qui fut suivi d'un
autreà voijc seule, chanté par la Dlle
Petitpas
, et mis en Musique par le Sr
Cheron. La Dlle Feld chanta differens
Récits dans les grands Motets avec beaucoup
de justesse, de même que le Sr
Jeliote dans deux Airs Italiens. Le Concert
fut terminé par le Motet Confitemini,
précedé de plusieurs Pièces de simphonie
,exécutées avec beaucoup de précision.
L'Académie Royale de Musique, étant
chargée de faire exécuter à l'avenir,
le Concert Spirituel, dont on vient de
parler, fit donner le 25. de ce mois, Fête
de Noel , le premier Concert, qui
commença par une suite des plus beaux
Airs de Noels, exécutez par route la
Simphonie ; on chanta ensuite deux Motets
de M. de la Lande, dont l'exécution
fut parfaite, et très-applaudie par une
nombreuse Assemblée; la Dlle Feld chanta
un petit Motet à voix seule, de M.
Mouret, qui fut très- gouté ; et après
trois differens Concerto,exécutez par les
sieurs Blavet, le Clair, et Guignon ,dans
la plus grande perfection, le Concert
finit par le Cantate, Motet du même Auteur.
C'est le sieur Rebel, Maître de Musique
de l'Académie, et Sur-Intendant
de la Musique du Roy,en survivance
de Mt Destouches
,
qui est chargé de l'exécution
des Concerts.
Onécrit deLaon que le 21. Novembre
dernier, les Cloches de la Chapelle
de Notre-Dame de Liesse, furent benites
par M. l'Evêque Duc de Laon; la
Cérémonie se fit à Liesse avec beaucoup
de Pompe et de Pieté; toute la Ville se
mit sous les armes, pour recevoir le Prélaf,
et iL y vint un grand nombred'Etrangers;
lesParrains et Marraines étaient
l'Evêque de Laon et Madlle de Proisic
d'Eppe. M. le Carlier
,
Doyen des Chanoines
de Laon,et Madame la Marquise
de Vitry, Mr. Haguet, Chanoine
3
et
Madame de la Haye
,
M. du Solon et
Madlle Barbier
,
Soeur de M.le Trésorier
de Liesse.
La Cérémonie fut suivie d'un grand
Répas
, que M. Barbier,Grand Vicaire
de M. de Laon, et Trésorier de la Chapelle
de Liesse
,
donna au Prélat et à
une nombreuse et illustre Compagnie;
.en y servit un Sanglier privé, qui donna
lieu à des Vers de h façon de M.
l'Abbé Poney de Neuville; lesquels seront
rapportez ailleurs.
EXT RAIT d'une Lettre de M. de
S. écrite à M. le Chevalier de G. Auteur
de celle qui est insérés dans le Mercury
de Novembre dernierp. 2381, NE vous étonnéspasMonsieur, si j'ai été près d'un mois sans faire
réponse à votre obligeante Letrre. Les
gens de mon âge, car vous n'avez pas
cublié mes92. ans, sont toujours fort
lents dans leurs opérations. La connoissance-
que vous souhaitez de faire avec moi vous,Monsieur, qui de votre côté
avez 86. ans, me fait souvenir de celle
que S. Antoine rechercha de faire avec S.Paulle premier etle plus célebre des
Hermites ,dont S. Arhanase a fait une
si belleDescription. Si nous nous joignons
jamais nous retracerons cette pieuse Histoire
, sauf à la grace du Seigneur de rendre
le parallele moins imparfair. Au reste
je suis charmé du joli présent dont vous
m'avez regalé.. vos Versontde lanaïveté
etcependant du feu, plus que je n'en
avoisà votreâge. Je voudrois de bon
coeur avoir quelque nouveauté de nia
façon pour vous en faire part , -ce qui
put répondre aux jolies choses qu'il vous
a plû de m'envoyer ; mais l'Hyver a
commencé d'agir sur ma santé, qui est
actuellemeut un peu alterée, tout chez
moi sent le Sené et la Rhubarbe,, témoin
cette Epigramme dont je régalai ces
jours passez mon Apoticaire
,
après avoir
îefusé une Potion qu'il m'apportoit.
En dépit de la Parque fiere
,
Damop voir encor la lumiere ?
Veux-tu sçavoir certainement,
Parquel art son Apoticaire
La fait vivre si longuement ?
Deux mots t'apprendront ce mistere ;
C'est qu'il s'en servoit rarement.
Ce sont,Monsieur,lesfruits d'une Muse
expirante , et qui n'a P,lS des idées aussi
réjoüissantes que les vôtres: c'est ce qui
me fait accepter avec plaisir l'honneur
du commerce que vous m'offrez. Je
suis &c.
A Mâcon le 12. Decembre 1734.
Sur la mort du Comte de R.-
ALa mort de R.les jeux
}
les ris, lêd
graces,
Par mille pleurs marquérent leur douleur;
On les vit même éclater en menaces
Contre le Dieu jaloux
,
qui causa ce malheur ;
Dieu cruel
,
dirent-ils
, Dieu de sang , de cai,.
nage,
Barbare,impitoyable Mars,
Qui voudra désormais suivre tes étendarts ?
Si tu n'as respecté ni la beauté,ni l'âge
De ce jeune Héros
, qui charmoit nos regards £
Ce port si plein d'attraits,cette noble éloquences
Rien n'a pû te fléchir
,
ni prieres
,
ni voeux: Ah ! sans doute, pour fuïr l'éclat de sa présence
Tu détournasl'oreilleet tu fermas les yeux ,
Où plutôtinhumain ta jalousie extrême
T'arma seule contre ses jours;
Tu craignois sa valeur, ou ses charmans discours
,
Qui t'auroientdésarmé toi-même.
MORTS NAISSANCES, ~c.
1E14. Novembre dernier, D. Marguerite-
Charlotte Esmery, Epouse de Nicolas-Toussaints
Desponty
,
Seigneur du Flessis Sainte
Avoye,ci-devant Lieutenant au Régiment des
tardes Françoises, mourut.àParis en couches
d'une fille son premier enfant, dans la 24.année
desonâge. ïUeétoitfille puînéede Charles-
NicolasEsmery, Seigneur deVaudey
,
Gouverneur
de Brie-Comte Robert, et Conseiller
auParlement de Paris
, mort au mois d'Avril
1714 et de D. ElizabethLe Roy , morte le I. Avril 1714. à l'âge de 16. ans.
Le15. Novembre ilem-NettëtiAbbé Commandatairede
l'Abbaye de Trizay en Poitou,
del'Ordre de Citeaux, Diocèse de Luçon
, auparavant
Chanoine de l'Eglise de Luçon, Conseiller
honoraire au Châtelct-de- Paris, od il
avoitété reçuen1699. etDoyendesDirecteurs
de l'Hôpital(General
,
mourut dans son Abbaye
âgé de plusde60. ans. Il étoit frère de Gui
Nouët,célebreAvocatau Parlementde Paris pour
les matières bénéficiales
,
lequel est pere de jean..
Jacques Nouët, reçu Conseiller au Parlement dl
Paris, le 14. Mars 1719.
Le 29. mourut en la maison de Sorbonne Age
d'environ 68. ans Martin Brillon
,
Prêtre Docteur
en Theologie de la Faculté de Paris, du 22.
Mars 1698. de la Maison et Societé de Sorbonne,.
ProNfesse.ur en Theologie et Censeur Royal. Prévost Sr du Barail
,
Lieutenant General
des Armées du Roy, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Loüis
, et Gouverneur de Landrecies,
mourutaumoisdeNovembre1734.Ilétoit
Capitaine deGrenadiers dansleRegiment duRoy,
depuis 1692. il eut la Croix de S.Loüis le 21.Février
1700. Il devint Lieutenant Colonel de ce
Régiment en 1703. et il en fut fait Colonel au
lieu et place du feu Marquis de Surville au mois
de Janvier 1706. Il avoir été fait Brigadier dès
le 10. Février 1704. il eut au mois de Septembre
1189. le Gouvernement de Gravelines, et il
donna alors sa démission du Regiment du Roy,
qui fut donné au Marquis de Nangis. Il eut
au mois d'Avril 1710. le Gouvernement de
Landrecies au lieu de celui de Gravelines, et il
fut fait Maréchal de Camp le 29. Janvier 1711. Il défendit en 1712. la Ville de Landrecies
contre le Prince d'Anhalt-Dessau, qui fut obligé
d'en lever le Siege. Enfin il fut fait Lieutenant
General le 30. Mars 1720. Il laisse un fils Capitaine
dans le Regiment du Roy, Infanterie , qui a été blessé à la Bataille de Parme le 29.
Juin dernier.
Le 23. Hubert de Courtarvel
,
Marquis de
Pezé, Lieutenant General des Armées du Roy
Maréchal General des Logis de l'Armée d'Iralie,,
Golonel-Lieutenant et Inspecteur du Régiment
duRoy,Infanterie Chevalierde l'Ordre Militaire
de S. Loüis
,
Gouverneur des Ville ec
Château de Rennes, Gouverneur et Capitaine
des Châteaux Royaux de Madrid et de la Muette,
des Chasses, Parc et Bois de Boulogne, et Grüier
des mêmes Lieux, ci-devant Gentilhomme de
la Manche de S. M. mourut à Guastalla des
blessures qu'il avoit reçuës à la Bataille de ce
nom le 19. Septembre dernier, dans la ji. année
de son âge. On a raporté la suite de ses Charges
et Emplois en annonçant sa Promotion art
grade de Lieutenant General dans le Mercure du
mois d'Août dernier pag. 1880. Il étoit fils
puîné de feu Charles de Courtarvel
,
Marquis
de Pezé
,
dans la Province du Maine, et de
Marie- Madeleine de Vassan de Morsan
, er veuf
de Nicole Lidie de Beringhen
,
fille de Jacques-
Loüis de Beringhen ,Comte de Châreauneuf et
du Plessis Bertrand, Seigneur d'Armainvilliers
et de Grez
,
premier Ecuyer du Roy,Chevalier
de ses Ordres, Gouverneur de la Citadelle et du
Fort de S. Jean de Marseille, mort le premier
May 1723. et de Marie-Madeleine-Elizabeth
fare d'Aumont
, morte le 18. Octobre 1728.
Il l'avoir épousé le 22. Novembre 172.1. et elle
mourut le 6. Septembre 1729. dans la 26. année
de son âge. Il laisse d'elle deux filles.
Le premier de ce mois François de Simians
Marquis d'Esparon, Baron de Chalençon &c.
Chefdu nom et Armés de sa Maison, Chevalier
des Ordres du Roy et Brigadier de ses Armées,
mourut à Piery,près d'Epernay enChampagne,
âgé de 60 ans; il avoit été dans sa jeunesse
Enseigne de Vaisseau, mais il quitta en yégc.li
Marine pour entrer dans le Service de Terre, ec
il fut fait Lieutenant dans le Regiment du Roy,
Infanter ie. Depuis il fut Capitaine d'une Comprçnieële
Grenadiers dans le premier Bataillon
d'un Regnnent d'Infanterie Walone sous le
Prince de Nassau , par Commission du 7. Fcr
vrier 1702. et ensuite Colonel d'un autre Régiment
d'Infanterie Walone
, par Commission du
20. May 17er. Il fut blessé dangereusement
et resta prisonnier a!a Bataille de Ramillies
le23. May 1706. et il ne fut échangé qu'àla.
Paix. Après la mort de son frercaîné Loüi.
de Simiane, Marquis d'Esparon, le Que d'Orleans
le pourvût de la Charge de l'un des premiers
Gentilhommes de sa Chambre par ses
Lettres du 17. May 1718. Ilfut fait Brigadier
d'Infanterie le premier Février 1715. et Chevalier
des Ordres du Roy le 3. Juin 1714. Il
n'a point étémarié.
Le même jour René de MaupeoJl,
,
Seigneur de
Sablonieres, Lieutenant Général des Armées du
Roy,Directeur Générald'Infanterie, et Chevalier
de l'Ordre milicairede S. Louis, mourut
dans son Château de Sablonieres en Brie,âgé de
71. ans. Il étoit fils de Louis de Maupeon, Sei.
gneur de Noisy
,
Maréchal de Camp des Arméesdu
Roy , Gouverneur de Salins et de la
Villed'Ath, auparavant CapitaineetMajor du
Régiment des Gardes Françoises,mort en 1669.
et d'Autoinette de Catelan de la Millotiere ,
morte en 1710 il avoir été reçu Capitaine au
Régimentdes Gardes Françoisesen1689.et fait
successivement Chevalier de l'Ordre militaire de
S. Louis lejl 13. Janvier1703. Inspecteur Géneral
de l'infanterie en Allemagne au mois de Novembre
suivant ,
Brigadier. d'Infanterie le 10.
Février 1704-. Directeur Géneral de l'Infanterie
au mois de Janvier 1706. Maréchal de Camp
..le';0.. Mars 1709.ci enfin Lieutenant-Géneral !e
8. May 1718. Il avoit épousé Marie-Marguerite
Jeannin, fille unique de Michel Jeannin, TrésorierGeneralduSceau,etd'Anne-Marie
Garrot. Il laisse d'elle Théophile de Maupeou Colonel du Régiment de Bigorre, , par Commission
du 6. Mars 1719. et Brigadier d'Infanterie
delapromotion du premier Août dernier, lefqiulleeldeaété
marié le 14juillet 1717. avec une
Jean Blanchard, Seigneur de Banneville,
Conseiller-Secretairedu Roy,Maison, Couron.
ne de France et de ses Finances.
Le 9. Décembre, Pierre-Nicolas Camus, Seigneur
dePontcarré, de Cognée,du Bois de Pincé
,&c. ancien Premier Président au Parlement
de Roüen, mourut à Paris d'une apoplexie, après
avoit fait le matin ses dé votions. Il étoit dans la
68. année de son âge, son corps fut porté le 12.
au soir de l'Eglise de S. Gervais,sa Paroisse, en
celle de S. Merri, lieu de la sépulture de sa Famille.
M. de Pontcarré étoit fils de Nicolas Camus,
Seigneur de Pontcatré , mon Conseiller
d'honneur au Parlement de Paris le f. Février
1705.et deMarguerite-Helene Durand, fille d'un
Conseiller au même Parlement, morte le 1 OC..
robre1705. il fut d'abord reçû Conseiller au Parlement
de Paris le 13Février 1688. et ensuite
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du
Roy,le 7. Avril 1691. il fut nommé au mois de
Juin 1703. Premier Président du Parlement de
Roüen,et fut reçu à cette Charge le 18.Août suivant,
ayantobtenule 17, juin précèdent des
Lettres de Maître des Requêtes honoraire,qui
furent registrées le 12. Juillet. Il s'étoit démis
de sa Charge de Premier Président depuis peu
d'années en faveur de son fils aîné. Il avoit été
marié quatre fois, la première le 28,Avril 1691.
avec Anne-Claude-Auguste le Boulanger, mor
teen couchesàl'âge de 3 f. ans le 27. Mars 1702;
fille unique d'Auguste Macé le Boulanger
,
Baron
de Maffliers
,
Seigneur de Viarme, &c. Maître
des Requêtes de l'Hôtel du Roy et Président
au Grand'Conseil, et d'Anne de la Forest. ~28.
au mois de Mars 1703. avec Marie-Françoise-
Michelle de Bragelogne, Dame de Behou
, morte
en couches au mois de Juin 170f- fille unique
de Christophe-François de Bragdogne, Seigneur
d'Enjenville,Issy, Pourpry, &c. Conseiller en la
Grand'Chambre du Parlement de Paris;et de
Marguerite Chanlatte, sa premiere femme. 3P.
le 27. Février 1706. avec Jeanne-Marguerite
Boyvin de Bonnetot, morte le 3. Juin 1718.
dans la 3 f. année de son âge, fille aînée de Jean
Baptiste Boyvin
,
Seigneur de Bonnetot, de Bacqueville
,
&c. Premier Président de la Chambre
des Comptes,Aydes et Finances de Normandie,
et de Jeanne-Marie Malet de Graville
,
et enfin
en4esnôces le 15.Septembre 1723. avec Anne
Laisné de la Marguerie
, sa cousine, fille unique
de MichelLaisné, Seigneur de la Marguerie
et deFlassac, et de Marie Bonneau, arriere
petite-fille de Hélie Laisné, Seigneur de la
Marguerie, Premier Président au Parlement de
Provence en 1631, en d'Anne Camus de Pontcaré.
Il n'a point eu d'enfans de cette derniere,
qui lui survit,mais il en laisse des trois autres j
de la premiere
,
il reste deux fils, qui sont Geoffroy
Macé Camus,Seigneur de Pontcarré
,
Baron
de Maffiers, né le 29. Septembre 1698. qui
a succedé à son Père dans la Charge de Premier
Président au Parlement de fiotien,et qui a déja
été marié deux fois; et Jean-Baptiste-Elie Camusde
Pontcarré,Seigneur de Viarme, éle
3.T). Mars 1702. Maître des Requêtes ordiriaire
de l'Hôtel du Roy, qui vient d'être nomméà
intendance de Bretagne, et dont la femme est
morte depuis son beaupere; de la seconde sont
yënues deux filles
,
dont rainer Jeanne Camus
de Pontcarré est restée veuve le 7.Janvier dernier it Louis-Cristophe de la Rochefoucault de Lascaris,
Comte d'Urfé
,
Marquis de Langeac,
Grand-Bailli de Forêt, et ~Mesire de Camp d'un
Régiment de Cavalerie, dont la mon est rapparlée,
dans le Mercure de Janvier dernier
, pag.
.iSq. et la cadette a été mariée le 17.
Novembre
1716. avecle Marquis de Siougeat;et de la troi
siéme sont sortis,un fils. qui est Conseiller au
Parlement de Roüen, et deux filles, dont l'aînée
a été mariée le 7. Novembre 171" avec le
Marquis de Marteville,du surnom de Lespinay,
et la cadette est encore fille.
Le 12.Décembre Dominique deRicard
,
Chevalier
non Profès de l'Ordre de S. Jean de jerusalem
,
de la Langue de Provence, où il avoit
été reçu en 1696. mourut à Paris dansl'enclos
des R. R. P. P. Jacobins Réformez,rue: S. Honoré
, où s'étant entièrement détaché du monde,
inême de ses plus proches parens, et n'étant
occupé que d'oeuvres pieuses et charitables
,
il a
constamment pendant douze années mené une
vie non seulement très-retirée, mais aussi rrèsJ
austere et très-penitente
, ensorte qu'il est mort
en odeur de sainteté; ce qui a causé après son
décès un grandconcours,tant dans son appartement
,qu'à son convoi. Il étoit âgéd'environ
54. ans, septième fils de feu Jules de Ricard
t
Seigneur de Joyeusegarde ( Terre érigée depuis
en titre et dénomination de Marquisat de Ricard
) Conseiller de Grand' Chambre au Pailement
d'Aix, et de feuë Louise deFiolenc
,
père
te merc d'une pieté exemplaire,et dont la vi£4
été un tissu de bonnes oeuvres; il étoit frere
de Joseph-Paul
,
Marquis de Ricard et de Breganson
,
aussi Conseiller de Grand' Chambre
au même Parlement; deSextius de Ricard
,
Bailli
Grand Croix de l'Ordre de Malte, Commandeur
et 13uoo de la Ville-DieuenLanguedoc;
et de Pierre de Ricard, premier Président de I4
ChambredesEnquêtes au Parlement d'Aix j ilétoit cousin germain de Jule de Ricard,
Baron de Courgy
,
cidevant Conseiller au Parlement
de Dijon, et maintenant Second Présidant
de la Cour des Aydes de Paris; de Ferdinand
de Ricard
,
aussi Bailli, Grand Croix de
Mtttc, Commandeur de Châlons en Champagne
, et de Pontaubert en Bourgogne; et d'Etienne
de Ricard
,
Commandeur de la Romagne
été , tous deux frères de ce Président. Il avoit
dans sa jeunesse Enseigne d'une Galere de
trance, puis Lieutenant d'une Galere de Malte,
commandée par son frere, sur laquelle il fut
blessé en 1700. à l'abordage et prise d'un Vaisseau
Turc de 70. pieces de canon,dont le principal
Etendart fut envoyé à Aix,lieu de leur
naissance, par ordre du Grand-Maître, pour
être placé dans l'Eglise de la Commanderie de
S. Jean en mémoire de cette action. On voit
dans les histoires de l'Ordre parBosio,Vertot
et autres Historiens,que les Chevaliers,
Commandeurs et Grands Croix de cettefamille,
tant à Rhode qu'à Malte,se sont toûjours signalez
pour la gloire de la Religion.
Le 15. Décembre 1734.. D. Constance Colbert
deTorcy
,
épbUSC: d'Augustin Joseph de Mailly,
Marquis deMailly-Haucourt,Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-Legers de BetsyT
et troisiéme nlls de Jean-Baptiste Colbert,Marquis
deTorcy, deCroissy
,
de Sablé, &x. Ministre
d'Etat et Commandant des Ordres du Roy
t~ et de Catherine-Felicité Arnaud de Pompone 7-
mourut en couches de deux filles sur ses Terres
en Picardie dans la i 5. année de son âge. Elle
avoit été mariée le 21Avril 1732.
Le 18.Décembre 1.1;4.Alcxaxdre-Lo;iis-Phiîipps
de Foüilleuse
,
Marquis de Flavocourt
Seigneur du Plessis, Lieutenant Général desArmées
du Roy, et Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Loüis Bailly, et Gouverneur de Montfort-
l'Amaury, mourut à Palis âgé de plus de
6c- ans ; il avoit été reçû Page du Royen sa grande Bourie en 1685. une atfaire d'honneur
l'ayant obligé de sortir de France, il se retira
en Espagne, Dà il fut fJÏt Colonel d'un Régiment
de Dragons, et ensuiteBrigadier. Il servit
en cette qualité à la tête d'un escadron de son
Régiment au siége d'Aire en Artois,où il fut
blessé le 13. Septembre 1710. dans une sortie
qu'il fit àla tête de 400. Grenadiers,et de joo*
travailleurs qu'il commandoit, qui nettoyerent - la tranchée. Le Roy d'Espagne le fit Maréchal
de Camp de ses Armées au mois d'Octobre 1711.
Après la mort du Roy Loüis XIV. il revint en
France, et il fut fait Maréchal de Camp le ii.
Février1718. il serviten cette qualité aux siéges
de Fontarabie et de S. Sebastien en 1715* il
fut fait Lieutenant-Général à la promotion du
20. Février dernier. Ilafait en cette qualité It
campagne derniere en Allemagne,etil aservi
;tu siége de Philisbourg. Il étoit fils de Philippe
deioüiIltuse, Marquis deFlavacourt, Llre-,
nant-Géneral des ArméesduRoy,GrandBailly
et'Artois. Gouverneur de Gravelines ,et auparavant
Capitaine au Régiment des Gardes FrJnoi.
ses , mort en 1679. et de Judith de Cocherel de
Bourdonné, morte le ji. Avril 1721.âgée de
88. ans, et il avoit épousé MadeleineFrançoise-
GabrielleMaignait de Bernieres, soeur du
Président de Bernieres
,
mortle 18. Octobre dernier,
et fille de feu Charles-Loüis MilrtiartSeigneur
de Bernieres
,
de Bautot, Procureur Général
au Parlement de Normande,et de Gabrielle
Durand sa seconde femme. Il n'en a point eu
d'enfans, ainsi il laisse pour héritiere Louise de
Fouilleuse de Flavacourr sa soeur,veuve de Charles
de Drouslin
,
Seigneur de Mesnil-Glaise, près
d'Argentan en Normandie,
Le 20. D. Genevieve PaulmierdelaBucaille,
épouse en secondes nôces de Jean-Baptiste-Elie
Camus de Pontcarré, Seigneur de Viarmes,Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy, et
nouvellement nommé Intendant en Bretagne,
qui l'avoit épousée au mois de Décembre 1731.
et auparavant veuve de Charles-Etienne Maignart
,
Seigneur de la Vaupailliere
,
de Seauville
, &c. Conseiller au Parlement de Rouen, après
être accouchée heureusement d'une fille le 14.
précedent, mourut à Paris âgée de zt. ans, elle
étoit fille aînée de feu PierrePaulmier ,Seigneur
de la Bucaille et de Prestreval ,et de Genevieve
Marette. Elle laisse quatre enfans ,un de son
premier mari, et trois du second, qui sont un
fils et deux filles. On a rapporté dans le Mercure
du mois de Septembre 1733. p. icgé. le mariage
de la soeur cadette de Mad. de Viarmes
avecPierre-Jacques-Louis , de Becddievre
,
Marquis
de Quevilly.
- Le 17.Décembre 1754. laDame Camus de
Pm-masrç',. épouse du premier Président dg
JCo-uon, et belle-soeur de feué:, Mad. deViarmes,
accoucha aussià Paris d'un pfcmicrfils,n'ayarg
tû encore que des filles. ..,
Le PremierPrésident dij Parlement fie Bour-
<|eaj«
1 mort depuis peu , se nommoit Joseph de
CHlet,Marquis de la C¡;(,e
,
il avoit ézè iccu
Conseilleren ce Parlement le 27, Juin.1691.
Président à Mortier le 19. Aoust 692.' et enfîqf
î'ierruer Président le j.. May 1714. <
Dame lV{Mie d^Hspar&ez de Lussand'Aubeterfiy
soeur de Pierre Bouchard d'Esparbez deLus-
SLl ,Comted'Aubeterre et de Jonzac, Manjuiç
«fOziilac, Chevalier des Ordres du l}.oy , Lieutenant-
Général de ses Armées, et Gouverneur
de Coj}iQ.ur.' et Port de Vendre, et veuve de Jean
Chape],c,Marquis de Jumi.hac, Diocèse de -Pe
rigueux,Lieutenant de Roy en Perigord au défîtrement
de Sarlac, est morte en Perigor.l âgée
d'environ 74. ans ,
kiisant pour fils p'eue.Jo:..:
tephÇhr.pelle
,
Marquis de Jumilhac, né le 6.
ela7rs iegi.SouseLleutLnant de la premiere
Campaplit des Mousquetaire du Ray,qilt a
étéfai.BrigadierdeCavalerieau mois de Novembre
dernier, et qui a épousé le 23. May
57JU Françoise-Armande de Menou,née le6.
Décembre1708. fille aînée de François-Charles,
JMiatquis de Menou, et de Charvisay
,
ci-devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
Legers d'Anjou, mort le 13 Juin1731.
etdeMarie-Anne-Therese Cornuau de laGran- dere. Jean-Baptiste Seguier, Seigneur, Marquis de
Sahvt Bùsson, qui vendit fluIeLlRoy Louis XIV.
la Terre de S. Cyr
, mourut à Angoulême aa
fsMi.tRsucement de cemoisâgéd'environ Si.
jtestlais;aatdes Enfans.
te 20. Octobre 1734.M.Christophe-Alexandre
Pajot
,
Chevalier, Seigneur de Villers,Controlleur
Géneral des Postes et Relais de France,
et D. Agnès-Cecile Guillebon, épouse de M.
Charles-Christophe Pajot, Secretaire du Roy,
tinrent sur les Fonts la fille de M. Pierre-MaximilienPajot,
Chevalier, Seigneur de Villeperot.
Maréchal des Camps et Armées du Roy, Chevalier
de l'Ordre Royal et militaire de S. Louis,
« de D. Louise-Genevieve Pajot son épouse, et
la nommerent Genevieve-Alexandrine.
Le 4. Novembre 1734. D. Marie-Anne Goës-
Jard de Monsabert épouse de M. Philbert Rulault,
Conseiller au Parlement, accoucha d'une
fille, qui fut tenuë le lendemain sur les Fontsde
Baptême, et nommée Marie-Anne par M. Anne-
Marc Goëslard, Chevalier, Seigneur de Toureil
, et D. Marie Frizon, veuve de M. Antoine
de Rosset,Conseiller Honoraire du Châtelet de
Paris.
Le g. Décembre, D. Constance-Emilie An-1
nauld de Pomponne, Epouse de Jean Joachim
Rouault,Comtede Cayeux, Maréchal des Camps
et Armées du Roy, accoucha d'un fils qui lot
nommé Anne-Emilie-Jean-Baptistepar François
de Harville , Seigneur de la Selle, &c. Maréchal
des Camps et Armées du Roy, et par D.
Anne - Gabrielle Chamillart ,Comtesse de
Brienne.
ARRESTS NOTABLES
ORDONNANCE du Roi du 25. Novembre,
par laquelle S. M. ordonne que les Anglois,
Ecossois et Irlandois, qui ayant deserté
avant le premier de ce mois, s'engageront avant
le premier Mai 1735. dans les Régimens de
Bulkeley, Clare, Dillon, Rootthe et Berwick ; Infanterie,et dans celui de Filtzjames, Cavalerie,
joüiront du pardon accordé par l'Ordonnance
du 6. dudit mois, aux autres déserteurs
qui iront servir dans l'armée d'Italie.
AUTRE du même jour, pour admettre les
déserteurs des Troupes de S. M. qui se trouvent
actuellement engagez dans d'autres Régimens,
à profiter de la
lderniere
amnistie, en continuant
Je servir dans les Régimens ou ils se sont eri.
Iolkz, pendant le tems porté par leur engagement.
AUTRE du même jour, en interprétation de
celle du 2. Novembre1734. portant injonction
aux Anglois
,
Ecossois et Irlandois qui sont en
France, de prendre parti dans les Régimens de
leur nation qui sont au service de S. M.
AUTRE du même jour, concernant les passeports
de guerre, par laquelle il est dit que
S: M. en auroit fait expedier,dont elle auroit
confié la distribution exclusive au sieur Antoine
de Castille, pour faciliter à ses Sujets et À
ceux de l'Empereur et de l'Empire les moyens
de vaquer à leurs affaires particulieres,et de
voyager et commercer librement dans les pays
de l'obéïssance des Souverains respectifs, suivant
ce qui s'est pratiqué dans les dernieres
guerres, &c. et en conséquence S. M. ordonne
l'exacte observation des onze articles contenus
tn ladite Ordonnance. - : J
Le second Volume du Mercurede ce mois, contenant
les Piéces qui n'ont pû trouver place dans
le cours de l'année, & la Table Génerale, est actuellement
sous presse, 6- paroitra incessamment.
TABLE
PIECES FUGITIVES,leRossignolet
la Fauvette
,
FJJMe) 2547
Cause plaidée par les Rethoriciens du College
des Jesuites, 2fÎO
Ode d'Horace, Imitation,2571
Suite de la Lettre sur un nouvel Ouvrage de M.
T. duTillet, M74.
Imitation d'une OdeLatine, 2.5-82.
Suite de l'histoire du Chien de Montargiset d'un
autre Chienrenommé
>
&c. 2584
Epigramme, 2.591.
Bouquet en Prose et en Vers, 2593
Extrait d'un Mémoire lû à l'assemblée publique
de l'Académie des Sciences par M. Godin,
IS99
Lettre sur une ancienne Piéce de Theatre, 2602
Le Sapin et l'Arbrisseau,Fable, 2610
Réflexions, Z61ir
Dissertation sur les armes des anciens Gaulois,
&c. X(,i7
Epitaphe du Maréchal de Berwick, Imitation
, 1610
Tr&oisiéme LCettre d'.unLMedecDin de MLontpeLllier, Bouquet à Madame*** îéiS
Dissertation sur la nature du ver solitaire, 2630
L'Emulation, Ode, 1^43
Suite des Questionsélementairesetpédagogiques,
-.
Énîgmés et
togogrypîiesJ
-
iif1
NOUVELLES LITTERAIRES,ôssBSAÙX-AKTS,
&c. 16ri
Prieres au S. Sacrement, &c. ff
Essai du Chevalier Bacon, ibiii
Didon,Tragédie, 1661
Proposition d'une mesure de la terre, z663
Histoire de la Noblessedu ComtéVenaissin,2664
Bibliothèque Germanique, &c. 2672,
Bibliotheque I alique, &c. 2.7r
Musique, nouveaux Ouvrages, 2682.
Peinture et nouvelles Estampes, 21684
Remede spécifique et Vers
, &c. 2682
Chansons notées, 2699
Spectacles. Philomele ; &c. Extrait,2691
Nouvelles Etrangères d'Affrique,de Russîe,270)f
De Pologne, Suede et Allemagne, 271*
D'Italie, Naples, Sicile, et Angleterre, 1716
Armée d'Italie, 2.710
Promotion &c. Lieutenans Géneraux
, 171j
Régimens donnez, 272?
France, Nouvelles dela Cour,de Paris, 2732
Lettre en Vers et en Prose, 2735
Vers sur la mort du Comte de R * 1731
Morts, Naissances,&e. 2758
Arrêts notables, 2.749
Errata de Novembre.
p Age 2456. ligne 3. lû, lisez lûë.
P.1457*!•ii-viî,l.vûë. l'.2461. ~i. 1.le Mercure de Juin,ajoutez.i/isi
Qualité de la reconnaissance optique de caractères