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VERITAS
OF THE
UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
SPLURIOUS UNUM
TUEBOR
SI
QUERISPENINSULAM
AMOENAM
CIRCUMSPIC
MERCURE
DE FRANCE
, AY
DÉDIÉ
AV ROT
JUILLET . 1734.
Papil
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER.
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
540.6
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
1558 Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com-
1734 modité voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
コット
Aug
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
B ↑
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
JUILLET.
PIECES
1734.
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE SA
CREE ,
Tirée du Pseaume XIX . Exaudiat
te Dominus.
U'en ces tristes jours où la guerre ,
Répand le deuil et la terreur ,
Le Dieu qui lance le
Tonnerre
Daigne
s'armer en ta faveur.
Que ce Dieu
qu'Israël revére ,
De son auguste Sanctuaire
Exauce tes voeux et tes cris ;
A ij Qu'il
1472 MERCURE DE FRANCE
Qu'il accepte ton Sacrifice ;
Et sous les traits de sa Justice ,
Qu'il terrasse tes Ennemis .
Qu'à ton gré sa toute-puissance
Fasse réussir tes projets ,
Qu'il prenne soin de ta vengeance ;
Qu'il couronne tous tes souhaits :
Alors célebrant ta victoire ,
Nous n'en rapporterons la gloire
Qu'à son invincible secours ;
Déja pleins de reconnoissance ,
Rendons graces à sa Providence ;
Seurs qu'il te benira. toûjours .
Il exaucera ta priere ,
Et sa droite , du haut des Cieux ;
Sans cesse sçaura te soustraire
Aux traits de ces audacieux ;
Ils reconnoîtront , pleins d'allarmes ,
Qu'en leurs Chars , leurs Chevaux , leurs Armes¿
Ils se sont en vain confiez ;
Et sous le poids de sa vengeance ,
Ce Dieu , notre unique esperance ,
Les fera tomber à nos pieds.
Exauce- nous dans ta clémence ,
Dien
JUILET.
1473 1734
Dieu de Sion , et dans ce temps ,
Daigne signaler ta puissance
En faveur de nos Combatans ,
Veille , Seigneur , à la deffense
D'un Prince qui dès son enfance
Fut ton fidelle adorateur ;
Conserve sa gloire et sa vie ,
Contre ceux qu'une noire envie
Árme pour un usurpateur.
M. de Sainte Palaye , de Montfort- Lamaury.
SUITE du Discours sur l'état des Sciences
dans l'étendue de la Monarchie Fran-
§oise , sous Charlemagne .
L
A Théologie fut de toutes les Sciences
celle que l'on cultiva davantage
et celle où l'on fit le plus de progrès;
cependant toute la Théologie de nos
François , au temps dont nous parlons ,
consistoit dans une idée superficielle et
assez confuse , des principaux dogmes
de la Religion , on se contentoit de croire
sans trop approfondir et peut être sans
beaucoup sçavoir pourquoi. Les disputes
des Grecs sur le culte des saintes Images
, et l'erreur de Félix d'Urgel , furent
A iij
le
7474 MERCURE DE FRANCE
qui
par une
le prétexte dont se servit le Prince pour
réveiller le zele des Prélats et pour les
exciter à l'étude des saintes Lettres. On
composa par son ordre et sous ses yeux,
les Livres qui portent son auguste nom.
Ces Livres servirent de regle à la Décision
qui se fit à Francfort , où
erreur de fait , on condamna la Décision
du second Concile de Nicée. C'étoit le
premier Ouvrage de controverse qui fût
sorti depuis long- temps de la plume de
nos François ; le goût et le génie de ce
siecle se développent tout entiers dans
ce Chef- d'oeuvre . On y voit une érudition
mal dirigée , soutenue de déclamations
indécentes et assaisonnées de traits
piquants ; le style en est dur , les raisonnemens
sans justesse , sans précision , sans
solidité. C'est encore beaucoup pour des
hommes livrez à eux- mêmes et qui n'avoient
aucun usage de la Controverse ,
d'avoir pû composer un Livre , où il y
a quelque érudition et quelque connoissance
de l'Antiquité . Ces genereux efforts
auroient , sans doute , été suivis d'un
heureux succès , si l'on avoit pû profiter
alors des lumieres d'Alcuin ; mais ce sçavant
homme n'étoit pas en France *
quand on entreprit cet Ouvrage ..
* Alcuin s'étant rendu en France vers l'an 781 .
Il
JUILLET. 1734 1475
Il y reparut bien- tôt , et la Théologie
pauvre et défigurée , commença dès- lors
à s'enrichir , en prenant une forme nouvelle
. La Dialectique , appuyée sur des
principes incontestables , avoit parû dangereuse
aux premiers Peres de l'Eglise ,
qui ne pensoient pas qu'une Religion ,
fondée sur la Foy , pût être soumise aux
regles du raisonnement. Il y a grande
apparence qu'ils n'en condamnoient que
l'abus et non la justesse et la solidité.
Quoiqu'il en soit , l'exemple d'Alcuin
anima nos François à l'étudier ; lui- même
leur en apprit les regles et la pratique ,
et bien- tôt on la vit s'emparer de la Théologie
, mais , tant il est difficile à l'homme
de s'arrêter au point juste où consiste
la perfection , en lui communiquant
une partie de ce qu'elle a de solide er
de méthodique ! elle contribua beaucoup
à l'embarasser de vaines subtilitez qui
porterent le trouble dans les esprits et
la confusion dans la Foy . Ce fut , comme
on sçait , parmi les Disciples d'Alfut
obligé de s'en retourner en Angleterre l'an 789▪
d'où il ne revint en France que l'an 792. pour
combattre l'erreur de Félix d'Urgel , comme le dit
son Evêque , en lui permettant de le quitter ; il se
retira à Tours ers l'an 797. il y mourut l'an 804.
le jour de la Pentecôte qui tomboit cette année- là
le 18. May,
A iiij
cuin
1476 MERCURE DE FRANCE
cuin , que s'éleverent ces grandes disputes
sur la prédestination , sur l'Eucharistic
, et sur la maniere dont la Vierge
mit au monde le Sauveur . La subtilité
plus féconde que la raison , inonda le
Public d'un nombre considerable d'Ouvrages
qui ne firent que répandre de
nouvelles tenebres sur les points contestez
le pour et le contre également
revétus des apparences de la verité, remportoient
tour- à- tour la victoire. N'en
soyons pas surpris ; le raisonnement humain
ne peut rien produite de solide ,
s'il n'est appuyé sur des principes sûrs
et évidens. Le vrai , le seul vrai peut
contenter , et en matiere de Religion ,
il n'est rien de vrai que ce qui nous
est proposé comme tel par l'Eglise . Il
est inutile d'entrer ici dans la discussion
de tous les Ouvrages de Théologie
qui furent les fruits des travaux d'Alcuin
et de ceux de ses Dissiples ; il suffit de
dire que sous les deux Regnes qui suivirent
celui de Charlemagne , on vit plus
paroître d'Ecrivains que l'on n'en avoit
vû dans toute la France depuis l'établissement
de la Monarchie ; on subtilisa
beaucoup sur le Dogme et sur la Discipline
; quelques-uns réussirent assez ;
mais aucun n'excella ; le goût étoit corrompu
1
JUILLET. 1734 1477
rompu et personne n'étoit en état de le
réformer .
Il n'en fut pas de la Physique comme
de la Théologie , elle étoit encore plus
négligée , mais elle ne fit pas des progrès
aussi considerables. Il auroit fallu
pour y former des Eleves , que les nouveaux
Maîtres fussent plus versez qu'ils
n'étoient dans les secrets de la Nature ,
et la belle Nature avoit alors disgracié ,
non- seulement la France , mais le Monde
entier. Nos François n'avoient pas
assez de pénetration pour faire d'euxmêmes
ces recherches curieuses qui contribuent
si fort aux besoins et à l'agrément
de la vie ; ils se contentoient de
suivre la Nature , ils en ressentojent les
effets , sans en connoître les causes ; incultes
et grossiers , ils ne pouvoient sonder
ces abîmes impénetrables à toute l'intelligence
humaine , mais ils avoient au
moins assez de jugement pour ne pas
forger des systêmes bizares , qui ne servent
, pour la plupart , qu'à jetter des
tenebres sur les connoissances les plus
claires.
De toutes les parties que renferme la
Physique , je ne vois que la Médecine
et l'Astronomie auxquelles on se soit
appliqué . Charlemagne , par un Capita-
A v laire
1478 MERCURE DE FRANCE
laire fait à Thionville l'an 805. recom
mande l'étude de la Médecine , dont jusqu'alors
il n'avoit pas été fait mention ;
il ne nous reste aucun monument par
où nous puissions juger du progrès que
fit cette Science. On cultiva davantage
l'Astronomie ,elle étoit du goût du Prince ,
selon son Historien . Alcuin lui en enseigna
d'abord les principes ; il se fit ensuite
un plaisir de consempler les Astres ,
de suivre leur cours et de raisonner sur
les Eclipses . Dungale , Moine de S. Denis
, lui ( a) adressa , par forme de Lettre,
un petit Traité qu'il avoit composé sur
ce Phénomene , il en explique la nature
et les causes d'une maniere assez solide
pour ces temps - là. Nous avons encore
un Auteur ( ) contemporain , qui paroît
avoit été versé dans l'Astronomie
c'est l'Anonime qui a écrit les Annales.
des trois premiers Rois de la seconde Race
; cet Ecrivain fait mention de quatre
Eclipses qui arriverent , à ce qu'il dit ,
l'an 867. dont trois furent de Lune et
la quatriéme de Soleil . Il ajoute aussi
que Jupiter fut caché par la Lune ; il
assigne les Lieux Celestes où elles arriverent
, il parle de leur durée et de leur
(a) Spicil. d'Ach. Tome X,
(b) Annal. Laurensh.
grandeur ,
16
JUILLET. 1734. T479
grandeur , il dit enfin que Mercure parut
pendant huit jours , au moins, dans le
Disque du Soleil , comme une tache noire.
N'auroit- on pas pris pour Mercure un
de ces corps opaques qui volent dans les
Airs , et qui venant quelquefois à s'enflimmer
, brillent à nos yeux sous le
nom de Cométes. Je laisse la décision.
de ce fait à ces hommes occupez à suivre
le cours des Astres, et je dis que tout
ce que nos François connurent de l'Astronomie
étoit renfermé dans le sensible
et dans le mécanique ; ils n'avoient
pas l'esprit assez perçint , ni assez profond
pour creuser dans les principes abstraits
de la Géométrie , les sçavans Ouvrages
des Grecs qui ont traité cette matiere
, ne leur étoient pas connus ; Alcuin
lui- même n'en sçavoit que la pratique.
Ce même Alcuin cependant se flatoit
dans une Lettre ( a) adressée à Charlemagne
, de faire sous ses auspices revivre
Pancienne Athénes dans la France ; pro
messe magnifique , mais dont l'execu
tion ne dépendoit pas seulement de la
volonté des hommes , il auroit fallu que
le Ciel eût regardé la France d'un oeil favorable
et qu'il y répandît ce Génie heu-
(a) Epist. X.
A vj
reux
1485 MERCURE DE FRANCE
"
reux , et ce goût exquis dont il l'a
gratifiée depuis près d'un siecle , ou du
moins que les Maîtres enrichis de ces
dons précieux fussent en état d'en faire
part à leurs Eleves ; par malheur le Ciel
étoit , pour ainsi dire , de bronze , et les
Maîtres n'avoient d'autre avantage sur
leurs Disciples , que ce qu'ils avoient acquis
par un travail opiniâtre ; on ne laissa
pas de faire des tentatives , on tâcha
de suppléer par le secours de l'Art à ce
qui manquoit du côté de la Nature ; on
travailla beaucoup ; mais quand le fond
est mauvais et que l'Art est lui - même
imparfait , peut- on rien produire d'excellent
et d'accompli ? C'est ce qui va
paroître beaucoup mieux encore dans ce
qui me reste à dire du progrès que firent
les Belles Lettres.
Les Belles Lettres sont , pour ainsi parler,
le plus brillant appanage de l'esprit
humain , elles le polissent , elles l'élevent
et le remplissent des idées les plus gracieuses.
Parmi les connoissances que l'on
comprend sous ce nom , la Poësie mérite
sans contredit le premier rang , soit par
la noblesse de son origine , soit par la
multitude des graces qu'elle réüinit , soit
pour les rares talens qu'elle exige . Il y
avoit déja plusieurs siècles que le génie
poëtique
JUILLET. 1734 1481
poëtique avoit disparu , avec les délicatesses
, les agrémens , le feu , la majesté
de la Poësie ; on se contentoit des regles
de la versification , et l'on croyoit faire
beaucoup que d'entrelasser certains nombres
de syllabes pour en tirer une mesure
cadencée. Alcuin et Théodulphe les deux
plus habiles Maîtres qui fussent alors dans
ce genre d'écrire, en apprirent les regles
à nos François ; mais ils ne purent leur
donner cette cadence harmonieuse qui
fait l'agrément de la versification , ils ne
la connoissoient pas eux-mêmes , et leurs
oreilles n'étoient pas assez délicates pour
sentir les beautez d'un style nombreux
et poli.
Théodulphe plein de feu et d'imagination
réussit beaucoup mieux qu'Alcuin ;
moins dur et plus châtié , il composa
plusieurs Piéces en Vers , où l'on ne laisse
pas de remarquer de la verve et quelques
beaux traits ; ses ouvrages sur les matieres
Ecclesiastiques le font regarder avec raison
comme un des plus sçavans hommes
de son tems. Charlemagne qui se connossoit
en mérite l'avoit fait venir d'Italie
pour éclairer la France l'an 781. il lui
confia le Gouvernement de l'Eglise d'Orleans
, et le chargea du soin d'y rétablir
des Sciences ; Théodulphe pour répondre
1482 MERCURE DE FRANCE
*
dre à l'attente de ce Prince établit differentes
Ecoles non seulement dans sa Ville
Episcopale , mais encore à S. Benoît sur
Loire dont il avoit été Abbé , à S. Lifart,
et dans quelques autres Monasteres ; je
n'entre pas ici dans les causes ni dans les
suites de sa disgrace ; j'ajouterai seulement
avec ( a ) Loup de Ferrieres qu'il comdans
son exil cet espece de Cantique
que l'Eglise chante le jour des Rameaux ,
pour célebrer l'Entrée triomphante du
Sauveur dans Jerusalem , et que cette ( b )
Piéce lui valut la liberté ? Quel progrès
nos François encore plus grossiers pouvoient-
ils faire sous de tels Maîtres ?
posa
L'Eloquence n'eut pas un sort beaucoup
meilleur . Cet Art admirable de
peindre , de toucher et de convaincre
n'étoit d'aucun usage parmi des hommes ,
qui ne songcoient qu'à se faire craindre
et à subjuguer par la force des armes.
L'Eloquence aussi bien que la Poësie demande
un génie vif , aisé , sublime et
poli ; mais , dit l'Orateur Romain , la
nature qui peut faire scule des Poëtes ne
sçauroit former un homme éloquent ; il
faut l'art seconde la nature , et qu'il
en dirige les belles dispositions. Or au
que
( a ) Lup . Ferr. Epist . 20.
(b ) Gloria laus et boner s.
tems
9
JUILLET . 1734. 1483
tems de Charlemagne on manquoit de
génie et de secours ; Alcuin le plus Sçavant
qui fut alors , ignoroit aussi bien
que les autres Maîtres ce secret merveilfeux
d'orner un discours par le mélange
des images qui élevent l'esprit d'un Lecteur
, et qui le soutiennent par la varieté
des objets qu'elles lui présentent ;personne
ne s'étoit étudié à connoître le coeur humain
, pour y exciter à propos divers
mouvemens qui le fissent entrer dans
des passions dont il ne ressentoit que le
plaisir ; ils ne sçavoient ni allier la force
avec la délicatesse , ni concilier la politesse
avec la sublimité ; ils ignoroient
non seulement les finesses de leur Art :
mais ils n'étoient pas même fort versés
dans les préceptes excellens
, que les
premiers Maîtres nous ont laissez` ; tout
leur sçavoir consistoit dans la connoissance
de certaines regles d'une Réthorique
plus capable d'étouffer l'Eloquence
que d'y former des Eleves ; faut- il done
être surpris si malgré tous leurs soins on
continua de mal écrire ils n'avoient pû
former le gout de l'Eloquence , et l'Eloquence
est le nerf et l'ame de la belle
diction .
}
L'Histoire eut un succès un peu plus
considérable ; c'est dans ce genre d'écrire
qu'un
1484 MERCURE DE FRANCE
qu'un Auteur traçant avec des couleurs
simples et naturelles certains faits qu'il
rend vraisemblables et interessans , déploye
son propre génie , son gout et celui
de son siécle . Pour y exceller comme
ont fait Tucidide , Titelive et Saluste , il
faut réunir les talens les plus beaux avec
les connoissances les plus solides ; cependant
on peut y réussir à moins de frais ;
il ne faut , pour écrire une Histoire qui
se fasse lire avec plaisir , que du choix
et de la fidelité dans les faits , de la clarté
dans la narration , de l'élegance dans
le style. On ne doit pas s'attendre à
trouver au siécle de Charlemagne d'excellens
Historiens , de ces grands Peintres
qui travaillant d'après la nature , ont sçu
animer leurs portraits , et rendre leurs
narrations utiles et agréables ; il n'en est
même aucun qui approche des bonsHistoriens
de ces derniers siécles . Alcuin , Eginard,
et l'Anonime que j'ai déja cité , sont
les seuls qui se distinguerent alors.Alcain
nous a laissé quelques Histoires pieuses
composées avec plus de simplicité que de
choix , il est dans ce genre d'écrire aussi
dur et plus rampant que dans ses Ouvrages
Théologiques ; il est par tout reconnoissable
.
Eginard , François de naissance , Sécretaire
JUILLET. 1734. 1485
taire d'Etat , et favori de Charlemagne
écrivit la vie ou plutôt le Panégirique de
son Maître; c'est le premier Ecrivain que
la France ait produit depuis le rétablissement
des Lettres , et celui qui seul pourroit
nous servir de preuve de la tirannie ,
du mauvais gout qui regnoit alors , et du
peu de disposition que l'on avoit pour
exceller dans les Sciences ; on ne peut
nier qu'il n'eut un esprit aisé , vif , éloquent
, capable des plus grandes choses ;
cependant ce bel esprit cultivé par Alcuin,
sous les yeux et dans la familiarité du
Prince le plus éclairé de son siécle , secondé
de la lecture de Ciceron , ne put
s'élever jusqu'au rang des bons Historiens
; son style moins dur que celui de
son Maître est dénué de graces et d'élegance
, les fleurs dont il est embelli ne
sont ni choisies ni naturelles ; il y a dans .
sa maniere de penser plus de force que
de noblesse ; les louanges excessives dont
il charge son Héros pourroient en faire
soupçonner la fidelite , si tout ne devenoit
vrai semblable dans un Prince qui
étoit une espece de prodige.
Pour ce qui est de l'Annaliste , Astronome,
Moine de Lauresheim , il n'a pour
tout mérite qu'un certain air de candeur,
qui répand sur ce qu'il raconte beaucoup
de
1486 MERCURE DE FRANCE
de vraisemblance : mais sec , rampant et
décharné,il paroît avoir entrepris d'écrire
une Gazette plutôt que de composer une
Histoire. C'est sans fondement que quelques
Ecrivains ( a ) l'ont confondu avec
Eginard , attribuant ses Annales à l'Auteur
de la vie de Charlemagne . Quand
ils ne se contrediroient pas en plusieurs
points , la seule diversité de style prouve
évide nient que les deux Ouvrages
partent de deux plum's differentes .
Je ne m'arrê e pas à Paul Diacre le plus
célebre Hi torien qui fut alors en Europe;
conne il n'étoit pas né sujet de Charlemagne
, et qu'il ne fit pas un long sé-
( a ) Tritheme du Chesne &c.
C.
Eginard dit au commencement de son
Histoire , que Childeric fut déposé par l'ordre du
Pape Etienne ; Ju ; Jussu Stephani Romani Pontificis
depositus. Et l'Analiste dit sous l'an 749. que
l'on envoya Burchar , Evêque de Virsbourg et Foliard
, Pretre à Rome , consulter le Pape Zacharie ,
et il ajoute que ce même Pontife répondit qu'il valoit
mieux donner le nom de Roy à celui qui en
avoit toute l'autorité. Prædictus Pontifex mandavit
melius esse illum vocari Regem apud quem
summa potestatis consisteret , dataque autoritate
sua jussà Pipinum Regem constitui . 2 ° . Eginard
dit que toutes les Eclipses , que l'Analiste met
en une seule année , arriverent pendant l'espace de
trois années consécutives avant la mort de Charlemagne
; je pourrois rapporter plusieurs autres traits
semblables.
jour
JUILLET. 1734: 1487
jour en France , je ne crois pas le pouvoir
placer parmi les Ecrivains François : mais
je ne sçaurois me dispenser de dire un
mot de l'Histoire qui porte le nom de
l'Archevêque Turpin . Ce n'est autre chose
qu'un miserable tissu de fictions , d'Anacronismes
et de traits ridicules, indignes
des dernieres années de Charlemagne. Je
ne puis comprendre comment Trithême
a pû louer cet Ouvrage pour la beauté
de son Style. Scripsit eleganter gesta Caroli
Magni. Je ne sçai pas non - plus sur
quel fondement il trouve qu'Eginard ait
excellé tant en Vers qu'en Prose. Tam
metro , quam Prosâ excellens. Sa Prose peut
nous faire juger de ses Vers qui ne sont
point parvenus jusqu'à nous . Des éloges
si peu mesurez , ne font pas beaucoup
d'honneur au goût de ce Critique , d'ailleurs
assez judicieux .
Pour juger sainement du mérite des
Auteurs , il ne suffit pas de les contempler
dans le siecle où ils ont vécu ; il
faut sur tout les rapprocher du centre
de perfection où ils devoient atteindre
pour exceller, il faut jusques dans le mérite,
distinguer divers degrez d'excellence
et de bonté. Par le deffaut de ce discernement
Tite- Live se trouve dans le
Temple de la Gloire confondu avec Turpin
,
1488 MERCURE DE FRANCE
pin , Virgile avec Valafoide et nos faiseurs
de Chansons prendont impunément
le pas sur Horace et sur Pindare . Plaçons
à part sur des Trônes élevez ces grands
Maîtres du Monde , ces génies sublimes
qui ont inventé les Sciences , ou qui les
ont portées au plus haut degré de perfection
; rangeons ensuite à quelque distance
un nombre choisi d'anciens et de
modernes qui ont brillé par la beauté
de leur génie ou par l'étendue de leurs
connoissances , et confondons dans la
foule tout ce qui n'a pû s'élever au - dessus
du médiocre .
la
S'il en étoit absolument de l'état des
Sciences comme de celui des Empires ,
je ne ferois pas difficulté de placer les
Ecrivains qui ont parû sous Charlemagne
dans les postes les plus honora
bles , jamais la France ne fut plus puissante
; mais le Ciel qui répand assez souvent
parmi les hommes le courage ,
prudence et le génie , qui font les Héros
guerriers , est beaucoup plus avare quand
il s'agit de communiquer cette sublimité
, ce que je ne sçais quoi qui fait les excellens
Ecrivains. Or la France étoit entierement
disgraciée du côté de l'esprit ;
je dis plus , et suivant mon systême , j'ajoûte
que les circonstances étoient si tristes
JUILLET. 1734 1489
que
tes , que personne ne pût s'élever audessus
du médiocre ; pourquoi ? Parce
l'on n'avoit ni le goût ni le génie
des belles Lettres , et que l'on ignoroit
les regles de la bonne Critique. Les Belles
- Lettres auroient adouci le genie de
la Nation trop féroce encore , et la critique
l'auroit formé à l'amour du solide
er du vray. C'est , à mon avis , par où
il auroit fallu commencer à rétablir les
Sciences , elles auroient eu , sans doute , un
succès beaucoup plus considerable , et
le siecle suivant ne les auroit pas vû retomber
dans l'oubli d'où l'on venoit de
les tirer.
C'est aussi , comme on le sçait , à
quoi l'on s'attacha , sur tout au temps
de François Premier , le veritable Restaurateur
des Sciences dans ce Royaume;
alors les Belles- Lettres et la Critique se
réunirent pour leur préparer les voyes
à la perfection , où depuis elles sont arrivées
, et nous avons tout lieu d'esperer
qu'elles s'y maintiendront à 1 faveur des
Académies sçavantes , établies pour fixer
leur sort et pour leur donner , s'il est
possible , un lustre nouveau .
PSEAUME .
1490 MERCURE DE FRANCE
***************
PSEAUME LXXII.
Inquiétudes de l'ame sur les voyes de la
Providence .
QueUe la simplicité d'une vertu paisible ,
Est sûre d'être heureuse en suivant le Seigneur !
Dessillez- vous, mes yeux , console - toi, mon coeur,
Les voiles sont levez ; sa conduite est visible
Sur le Juste et sur le Pécheur.
Pardonne , Dieu puissant , pardonne à ma foiblesse.
A l'aspect de mechants confus , épouvanté ,
Le trouble m'a saisi , mes pas ont hésité ;
Mon zele m'a trahi , Seigneur , je le confesse
En voyant leur prosperité.
Cette Mer d'abondance , où leur ame se noye ,
Ne craint ni les écueils, ni les vents rigoureux ;
Ils ne partagent point nos fleaux douloureux ,
Ils marchent sur les fleurs, ils nagent dans la joye,
Le sort n'ose changer pour eux .
Voila donc d'où leur vient cette audace intrepide ,
Qui n'a jamais connu craintes ni repentirs ;
Enveloppez d'orgueuil , engraissez de plaisirs ,
Enyvrez
JUILLET.
1734. 149Y
nyvrezde bonheur, ilsne prennent pour guides,
Que leurs plus insensez désirs .
Leur bouche ne vomit qu'injure et que blasphême
Et leur Cour ne nourrit que projets vicieux ;
Ils affrontent la terre , ils attaquent les Cieux :
Et n'élevent leurs voix que pour vanter eux,
mêmes
Leurs forfaits les plus odieux.
Delà , je l'avoueray , naissoit ma défiance :
>>Si sur tous les Mortels Dieu tient les yeux -ou-
33
verts ,
Disois-je , pourquoi donc épargner ces pervers?
Oui, s'il ne les voit pas, comment peut sa Science
» Embrasser tout cet Univers ?
ور
Tandis qu'un Peuple entier les suit et les adore,
» Prêt à sacrifier ses jours mêmes aux leurs ,
» Accablé de mépris , consumé de douleur ,
»Je n'ouvre plus mes yeux aux rayons de l'Au
rore ,
30
Que pour faire place à mes pleurs.
» Ah! c'est donc vainement qu'à ces ames parjures
» J'ai toujours refusé l'encens que je te doi ;
» C'est donc en vain , Seigneur , que m'attachant
à toi ,
ן כ
Je n'ai jamais lavé mes mains simples et pures,
Qu'avec ceux qui suivent ta Loy.
C'étoit
1492 MERCURE DE FRANCE
C'étoit en ces discours que s'éxhalloit ma plainte;
Mais, ô coupable erreur, ô transports indiscrets !
Quand je parlois ainsi j'ignorois tes secrets ,
J'offensois tes Elus , et je portois atteinte
A l'équité de tes decrets .
Je croyois penetrer tes Jugemens augustes ;
Mais , grand Dieu , mes efforts ont toujours été
vains ,
Jusqu'à ce qu'éclairé du flambeau de tes Saints .
J'ai reconnu la fin qu'à ces hommes injustes
Réservent tes puissantes mains,
J'ai vu que leurs honneurs , leur gloire , leur
richesse ,
Ne sont que des filets tendus à leur orgueil ;
Que le Port n'est pour eux qu'un veritable écueil
Et que ces lits pompeux où s'endort leur mo¬
lesse ,
Ne couvrent qu'un affreux cercueil.
Comment tant de grandeur s'est - elle évanouie
Qu'est devenu l'éclat de ce vaste appareil ♪
Quoi? leur clarté s'éteint aux rayons du Soleil ! ;
Dans un sommeil profond ils passerent leur vie ,
Et la Mort a fait leur réveil .
Que j'étois insensé de ne pas voir leur chute ,
Dans l'abus criminel de tes dons tout- puissants !
De
JUILLET . 1493 1734.
De ma foible raison j'écoutois les accens ,
Et ma raison n'étoit que l'instinct d'une brute,
Qui ne juge que par les sens.
Cependant , & mon Dieu , soutenu de la grace ,
Conduit par ta lumiere , appuyé sur ton bras ,
Jay conservé ma foy dans ces rudes combats ,
Mes pieds ont chancelé , mais enfin de ta trace
Je n'ai point écarté mes pas.
Puis- je assez éxalter l'adorable clémence
Du Dieu qui m'a sauvé d'un si mortel danger ?
Sa main contre moi - même a sçû me proteger ;
Etson divin amour m'offre un bonheur immense,
Pour un mal foible et passager.
Que me reste -t'il donc à chérir sur la Terre ?
Et qu'ay-je à desirer au céleste séjour ?
La nuit qui me couvroit cede aux clartéez du jour;
Mon esprit, ni mes sens ne me font plus la guerre,
Tout est absorbé par l'amour.
Car enfin je le vois , le bras de sa justice ,
Quoique lent à frapper , se tient toujours levé;
Sur ces hommes charnels dont l'esprit dépravé
Ose à de faux objets offrir le Sacrifice ,
D'un coeur pour lui seul réservé .
B Laissons
"
1494 MERCURE DE FRANCE
Laissons les s'abîmer sous leurs propres ruines ,
Ne plaçons qu'en Dieu seul nos voeux et notte
espoir ;
Faisons nous de l'aimer un éternel devoir ,
Et publions par tout les merveilles divines
De son infaillible pouvoir.
のの
LETTRE de M. Frezier , Ingénieur
en Chef de Landau , à M. D. L. R.
touchant les Observations deM. le Blanc,
sur le gout de
l'Architecture des Egli
ses anciennes et nouvelles.
MONSTE ONSIEUR ,
;
L'Extrait que vous avez fait dans un
de vos Mercures du petit Ouvrage de
M. le Blanc , sur le gout de l'Architec
ture des Eglises anciennes et nouvelles
à excité ma curiosité ; je l'ai fait venir de
Paris et l'ai lû avec plaisir , bien fâché
qu'il ne fût que l'occupation d'un quart
d'heure , parce que l'Auteur y traite
cette matiere avec esprit, et qu'il mêle à
des réflexions fort judicieuses des comparaisons
vives et amusantes , auxquelles
on ne s'attend pas ; telle est celle des
>
vie
JUILLET. 1734. 1495
·
vitraux du chevet d'une Eglise Gotique ,
qu'il compare à des Lames d'épées rangées
en demi cercle contre des murs. J'en ai cependant
trouvé une qui pourroit fournir
matiere à discussion . Il dit que la
reception de la lumiere est bornée à un certain
degré, comme la chaleur de l'eau boüillante,
qu'onfait de vains efforts, pour l'angmenter.
Il est aisé de prouver le contraire
par des raisonnemens de Physique
d'Optique ,de Dioptrique et de Catoptrique
; mais comme je ne veux pas accomplir
la prophétie qu'il a faite , que son
ouvrage qu'il envoye à la découverte comme
un enfant perdu , fera naître des Critiques ,
je m'en tiendrai à un éclaircissement que
je demande , et au parallele des Eglises
de S. Pierre de Rome et de S. Faul de
Londres ; j'y suis invité par la promesse
qu'il fait , d'éclaircir les doutes qu'il a pû
laisser ; d'autres que moi pourront peutêtre
lui faire les objections qu'il a prévues
et auxquelles il a ses réponses toutes prêtes.
Voici l'Endroit qui me paroît inintelligible;
c'est la preuve de ce qu'il avance,
que dans le gout Gotique les défauts sont
réels et incontestables , et les beautez sont
trompeuses et fausses.
» La premiere proposition , dit- il , se
rendrà sensible en tirant deux lignes
Bij » paral145
MERCURE DE FRANCE
» paralleles sur les superficies des vives
» arêtes rentrantes sur le haut des deux
» longs murs d'une Eglise ; la vûë est
» conduite d'un bout à l'autre de l'Edi-
» fice entre deux retrécissemens qui font
>> aboutir en pointe la voute dans son
» milieu , ensorte que l'oeil ne trouve
» qu'une seule ligne qu'il peut parcourir
>> sans ricochets dans toute son étenduë.
Je vous avoüerai , Monsieur , que je
n'entends pas cette preuve.Premierement
le mot d'arête signifie un angle saillant ,
ou plutôt la rencontre de deux plans ou
de deux surfaces courbes , formant un
angle saillant ; ainsi cette expression vives
arêtes rentrantes , enferme une contradiction
; mais sans s'arrêter aux mots , je
demande quelle position elles peuvent
désigner dans le bâtiment ; est- ce au rez
de chaussée , où sont suivant ce langage
les vives arêtes rentrantes des plans verticaux
des murs avec le plan du pavé ?
Non , sans doute , puisque les lignes pa
ralleles doivent être imaginées sur le haut
des deux longs murs d'une Eglise. Est - ce
à l'imposte de la voute de chaque côté ?
Quelle apparence d'y trouver une vivé
arête rentrante , puisque suivant les traits
des voutes en tiers point , les centres des
arcs doubleaux sont sur l'horisontale
qui
JUILLET. 17347 1497
qui
qui traverse la Nef perpendiculairement
d'une Imposte à l'autre ? par conséquent
ces arcs sont tangens au plan du mur ,
ou aux pilliers et perches qui les soutiennent.
Doit- on tirer ces paralleles de
bas en haut verticalement ? Ce seroit
contre l'énoncé d'un bout à l'autre de l'Edifice.
Enfin faut- il les tirer obliquement
entre deux retrécissemens ? Alors elles ne
seront plus paralleles,mais convergentes,
et l'on ne pourroit pas dire que l'oeil n'y
trouveroit qu'une seule ligne qu'il parcourroit
sans ricochets dans toute son étendue, excepté
celle de la clef qui n'est pas une des paralleles
sur le haut des deux longs murs ;
car les autres feroient ressaut à chaque
ogive sur la lunette suivante. Comment
faut-il donc faire pour trouver la preuve
des défauts réels ? Je ne puis le deviner
sur cet énoncé ; et comme il faut
entendre un raisonnement pour en sentir
la force , je suspendrai mon jugement
jusqu'au plus amplement informé.
Quelque envie que j'aye de ne point
m'arrêter aux mots , je ne puis passer à
M. le Blanc , sans quelque repugnance ,
le mot de Vomitoria qu'il donne aux
portes de l'Eglise de Reims. Ce mot
étoit uniquement destiné chez les Romains
aux ouvertures qu'on pratiquoit
* ..* B iij
dans
7498 MERCURE DE FRANCE
dans les Amphithéatres ,pour faciliter aux
Spectateurs la liberté d'entrer et de sortir
; je dis aux Amphithéatres , parce que
Vitruve ne s'en sert pas dans son traité
des Théatres , Liv. 5. mais seulement de
aditus. Je n'ai lû nulle part chez les
Ecrivains des premiers siécles qu'on l'ait
appliqué aux portes de nos Eglises . Il est
vrai que je ne les ai pas tous lûs ; car depuis
27 ans , je n'habite que des Forteresses
où , au lieu de Bibliothèques
on ne trouve que des Arsenaux et des
Magazins d'ustenciles de Guerre. Au reste
il me souvient d'avoir trouvé dans ces Auteurs
tous les autres synonymes qui peu- ,
vent désigner une porte; sçavoir , Porta,
Ostium, fores , Postes , Limina, Regia. Les
deux premiers dans l'Epître de S. Jerôme
où il fait l'Eloge de Nepotien. Erat sollicitus
, dit- il , si janitor creber in porta
vela semper in ostiis . Les suivans dans le
Poëme de S. Paulin.
,
Aurea nunc niveis ornantur limina velis...
Sternitur ante fores et postibus osculafigit.
Le dernier , dans Anastase le Bibliothécaire
, parlant de ce que le Pape Leon
avoit fait faire à S. Pierre de Rome, et à
d'autres Eglisės ,fecit vela holoserica majoria
JUILLET. 1734. 1499
via tria quapendent ante REGIAS in introitu :
mais jamais je n'y ai lû Vomitoria.
Je passe presentement au second objet
de mes remarques. M. le Blanc , par une
ingénieuse circonlocution , donne lieu
de penser qu'il fait plus de cas de S. Paul
de Londres , que de S. Pierre de Rome.
Je n'ai point vu , dit - il , S. Pierre de Rome,
et je n'imiterai pas la folie de ceux qui préferent
la Statue voilée de Praxitelle , à celle
qu'ils avoient examinée. De- là il n'est pas
difficile de deviner ce qu'il pense par ce
qu'il avoit dit page 5. et 6. que l'Architecture
de la fameuse Eglise de S. Paul de
Londres est dans le goût moderne , que c'estlà
qu'il triomphe avec éclat , et qu'il semble
avoir posé son TRÔNE.
Je suis dans le même cas à l'égard de
S. Paul de Londres; mais comme cette
Eglise n'est pas pour moi une Statuë voilée
, parce que j'en ai un bon plan , copié
sur celui de Hulsberg , je n'hesiterai point
de préferer S. Pierre de Rome que j'ai vû ,
à S. Paul de Londres que je n'ai pas
vû. Voici sur quoi je suis fondé ; le Lecteur
en jugera. Je crois devoir exposer
mes raisons , non-seulement à l'occasion
de ce qu'en dit M. le Blanc , mais encore
parce que j'ai souvent entendu des Anglois
donner la préference à leur Cathédrale .
B iiij
Pre1500
MERCURE DE FRANCE
Premierement
pour
›
si l'on doit prendre
modéle des nouvelles Eglises, celles
des premiers siécles du Christianisme
dont les Novateurs ne peuvent rejetter
les saints usages , on trouvera dans celle
de S. Pierre des conformitez avec ces
modeles qui manquent à S. Paul de Londres.
On sçait que les Eglises de ces
tems étoient précedées d'une Cour fermée
par des portiques où se tenoient les
Pauvres pour recevoir les aumônes , dans
laquelle il y avoit une, ou plusieurs fontaines
pour se laver les mains , le visage,
et la bouche. Cette partie se trouve exécu
tée à S. Pierre dans la grande perfection ,
on est saisi d'admiration à la vuë de sa
magnifique Colonade qui donne aux approches
de ce Temple un air de Majesté ,
et prépare l'esprit au respect qu'on doit
y apporter. On ne voit rien de semblable
à S. Paul de Londres . Peut-être me dirat'on
que la Religion Anglicane n'exige
pas tant de respect pour ces Temples
que la nôtre , parce qu'elle n'y conserve
pas le même objet d'adoration ; passons
donc sur la convenance pour nous arrêter
au seul examen de l'Architecture.
A commencer par la façade , je ne puis
consentir que M. le Blanc comprenne
S. Pierre de Rome dans le discours qu'il
fait
JUILLET. 1734. 1501
fait tenir à S. Paul de Londres. Les façades
nouvelles , dit- il , de S. Pierre et de
S. Paul disent à nos yeux ; demeurez au- dehors
pour nous admirer plutôt que d'entrer
dans l'Eglise. Le Portail de Reims dit au
contraires entrez dans l'Eglise plutôt que de
m'admirer. S'il faut adopter ici le langage
des Fables qui fait parler les choses inanimées
: voici, selon moi, l'invitation de
S. Pierre. Entrez de plein pied dans cette
magnifique avant cour dont la superbe
Colonade fait l'admiration des connoisseurs
; Allez aux bassins de ces jaillissantes
Gerbes d'eau que vous voyez à
droite et à gauche , lavez vos mains et
votre bouche suivant l'ancien usage pour
-vous souvenir de la pureté intérieure avec
laquelle vous devez vous présenter à
Dicu ; et si vous avez prévenu cette
propreté chez vous , que ces fontaines
servent à vous rapeller que c'est pår
Pablution des eaux du Baptême que vous
-avez acquis le droit d'entrer dans l'Eglise
et que c'est dans l'Eglise que vous
devez être lavé des taches que vous avez
( contractées depuis ce tems- là. De cette
-avant-cour vous monterez par trois re-
* Decet enim , dit $. Paulin , ingressum Ecclesia
talis ornatus ut quod mysterio salutari geritur
spectabili pro foribus opere signetur.
By pri1502
MERCURE DE FRANCE
prises quelques marches à la cour supérieure
pour vous avertir d'élever vos
sentimens et vos coeurs , à mesure que
vous approchez du Sanctuaire. Ce frontispice
que vous voyez au fond n'est encore
qu'un vestibule destiné à vous préparer
au recueillement . Sa hauteur inférieure
à celle des Dômes avancez audelà,
vous fait bien connoître que ce n'est
pas en ce premier endroit où vous devez
vous arrêter . Il ne se présente rien à
droite et à gauche qui puisse amuser vos
yeux , on n'a point affecté dans cette
façade une repétition de deux Tours très
élevées pour ne placer des Cloches que
dans une , et sacrifier des sommes considérables
à une vaine simetrie , préjudiciable
au milieu du Frontispice qu'elles
font paroître écrasé, comme à S. Paul de
Londres. Les arbres montrent aux Architectes
, qui doivent imiter la nature
mettre au milieu , les parties des Edifices
les plus élevées . C'est prendre pour modele
une tête de boeuf qui est une chose
mobile que d'élever les côtés plus que le
milicu . Observez que dans cette façade
il n'y a qu'un ordre d'Architecture surmonté
d'une Attique qui regne autour
de l'Eglise pour montrer l'unité d'habitation
; vous n'en penseriez pas de même
>
à
si
JUILLET. 1714 1503
si vous voyez S. Paul de Londres ,où deux
ordres entassez vous donneroient lieu de
croire que c'est un Palais à deux étages .
Vous conjecturez sans peine à la vue de
ce Dôme qui s'éleve jusqu'aux nuës au
milieu de quatre autres inférieurs , que
sous cette superbe couverture est l'Autel
où l'on sacrifie au Createur de l'Univers,
et que
la beauté intérieure qui l'environne
doit encore l'emporter sur l'extérieure.
Ne demeurez donc pas au dehors,
comme vous le dit S. Paul de Londres ,
plutôt que d'entrer dans l'Eglise , car
Vous y trouverez un assemblage merveilleux
de chef- d'oeuvres de tous les Arts
qui peuvent concourir à la beauté et à la
richesse d'un Edifice.
Voilà , Monsieur , une interprétation
bien differente de celle de M. le Blanc sur
les abords de S. Pierre. Venons présentement
à l'examen de chaque partie en
détail la premiere qui se présente est
le vestibule Dans celui de S. Paul de
Londres , il n'y a qu'une seule porte qui
se fait chercher , pour me servir des termes
de M. le Blanc, à travers les Colonnes
et où l'on ne soupçonne pas qu'il y ait des
portes Collaterales , de sorte que ses deux
bouts à droite et à gauche sont des especes
de culs- de-sac. A S. Pierre au con-
B vj traire
1504 MERCURE
DE FRANCE
traire ils sont ouverts aux avenues des
Colonades , et la face est percée de cinq
ouvertures qui répondent à autant de
portes directement opposées , dont trois
communiquent à la Nef et deux aux bas
côtez.
Entrons présentement dans l'Eglise ;
quelle difference de ce vase à celui de
S. Paul ! Voici le parallele de l'étenduë :
Longueur dans oeuvre
Longueur de la Croisée
S. Pierre.
564. pieds.
S. Paul
420.
43.4
218
Large: de la Nef 82 38
Dianétre du Dôme 141 104
Surface du Plan de la Tour
ronde du Dôme. 23478 8498
Raport entre ces nombres. environ
la
d'où l'on peut inferer à peu prés que
surface de S. Paul n'est qu'environ le
tiers de celle de S. Pierre ; je pourrois en
donner le raport avec précision, s'il s'agissoit
d'étendue , mais il ne s'agit que du
gout d'Architecture , et pour l'examiner
voyons le raport de la largeur de la Nef
à sa longueur ; à S. Pierre il est environ
comme d'un à six et un tiers , et à S. Paul
comme d'un à onze ; ce qui fait voir
que cette derniere est un boyau long et
étroit ,, en comparaison de la premiere ,
conJUILLET
1734. 1505
>
considérée dès l'entrée,d'où la longueur
se présente toute entiere . Je sçai qu'à
cause de l'interruption du Dôme , la Nef
doit être considérée en deux parties ,
l'une en deçà , l'autre en delà vers le chevet
mais je trouve encore dans chacune
plus de proportions à S. Pierre qu'à
S. Paul, pour ce qui concerne la largeur.
A l'égard de la hauteur on ne peut guere
en faire de comparaison , puisque S. Paul
est vouté en plafond , selon M. le Blanc
et S. Pierre en berceau. Aussi comparetil
la Nef de S. Paul à un Salon ; Figurez
vous , dit-il , la proportion d'un Salon qui
n'est ni écrasé ni efflanqué. Pour en juger
ainsi il falloit dire deux Salons , un en
deçà,l'autre en delà du Dôme ; car le tout
ensemble seroit ridiculement long , puisque
chaque moitié l'est encore trop ,considerée
à part. En effet Vitruve qui vivoit
dans un tems et chez un peuple qui nous
a laissé des monumens et des modeles du
bon gout dans l'Architecture , n'admet
pas de plus grand raport de la longueur
à la largeur que de cinq à trois ; or la
moitié de S. Paul jusqu'au Dôme est
moitié plus grande. Cependant M. le
Blanc trouve ce platfond admirable en
ce que que les embrasures des fenêtres n'y
font aucune échancrure. L'Architecte a eu
Sa
1506 MERCURE
DE FRANCE
> ses raisons , car ses vitraux en abajour
n'éclairent pas trop bien, à ce qu'on dit;
mais jusqu'à présent on n'a pas trouvé
qu'une Lunette bien proportionnée ,
comme celles du Jesus à Rome , de Saint
Philippe de Neri , et de la Chapelle de
Versailles , fussent des échancrures désagreables
à la vue. Je trouve au contraire
qu'un platfond aussi large que celui de
S. Paul , qui ne peut être fait que de bois ,
nous présente l'idée d'une construction
mesquine et peu durable , qui n'est pas
faite pour passer à la posterité. D'ailleurs
je demande quel est l'accord de cette
surface plane à la rencontre des arcades
de la Tour du Dôme qui ouvrent des
passages à la Nef qui la traverse ? Il doit
y rester de chaque côté un triangle mixte
de surface verticale qui ne peut - être aussi
agréable à la vuë que la jonction naturelle
d'une voute en berceau .
Les anciens Temples des Romains
étoient voutez et non pas converts d'un
platfond ; s'ils avoient été ainsi
il ne
,
nous resteroit tant de beaux monu- pas
mens de l'Antiquité . Nos anciennes Eglises
étoient voutées en berceau , c'est- àdire
en demi cylindre , comme on le
voit chez le Poëte Arator qui vivoit au
6e siécle , tacta sacretur parie CYLINDRI.
و
Une
JUILLET. 1734. 1507
Une voute en platfond ne convient en
effet qu'à une Chambre ou à une Sale où
l'on n'a pas assez de hauteur pour mettre
une raisonnable distance entre la naissance
de la voute et le plancher , et cependant
les bons Architectes ayant apperçu
que les platfonds font avec les murs un
angle désagréable à la vuë , mettent encore
une voussure au- dessous pour effacer
cet angle , ce qui fait une agréable transition
à la vue du Plan vertical à l'horisontal
renversé. J'ai senti la necessité de
cette voussure en voyant les Eglises de
Lisbonne qui sont presque toutes en
platfond droit , appuyé seulement sur
une corniche. La richesse de leurs compartimens
ornez de peinture , dorure et
sculpture , n'empêche pas que cet angle
encore trop sensible malgré la corniche,
ne choque un peu la vue. J'en trouve
une raison Physique ; l'oeil ne peut appercevoir
en même tems deux Plans si
differemment posez sans se mouvoir avec
quelque espece d'effort , car le mouvement
de ses muscles et de la tête de bas
en haut n'est pas si aisé que celui de
droite à gauche d'où il résulte qu'il
doit se faire plus lentement. D'ailleurs
est-il constant qu'un platfond soit plus
beau qu'une voute concave ? si les beautez
1568 MERCURE DE FRANCE
tez des édifices se tirent de l'imitation de
la nature ; quelle couverture offre - t- elle
à nos yeux ? c'est un Hemisphère en
aparence , apuyé sur le Plan de l'horison :
aussi est-il vrai qu'une voute Spherique
est plus belle que toute autre.
Je ne puis comparer les beautez de
celle du Dôme de S. Paul , avec la Coupole
de S. Pierre , parce que je n'ai pas
vû la premiere ; je sçai seulement que sa
capacité est moindre de moitié , et plus s
car les Spheres étant entre elles comme
les Cubes de leurs diamétres, on verra que
leur raport se réduit à peu près comme
de trois à sept, ce qui diminue sans doute
aussi plus de la moitié de l'air de grandeur
qui en résulte , comme une beauté
réelle.Je m'arrêterai seulement à l'examen
de la Tour qui la porte , son Plan est un
Octogone régulier ; à la difference de celle
de S. Pierre qui est un quarré à pans coupez
les angles rentrans de l'une et de
l'autre sont occupez par un Pilastre plié
qui est une sorte d'imperfection en Architecture
, parce que le chapiteau , particulierement
le Corinthien , se retrécissant
par le pli , perd la beauté de la proportion
de ses ornemens ; mais ce qu'il y a de plus
chocquant dans cette Tour ,
c'est que
fe Pilastre plié est accouplé avec un droit
d'un
JUILLET. 1734. 1509
d'un côté seulement , et non de l'autre ,
ce qui retrécit les ouvertures de cette
Tour qui répondent aux bas côtez , de
deux fois la largeur du Pilastre droit et
de son intervalle au plié ; double irrégularité
; l'une dans l'accouplement de choses
inégales , l'autre dans celle des intervalles
des jambages.
Cependant M. le Blanc dit que buit arcs
égaux en grandeur , en quoi ils different de
ceux du Val- de - Grace et des Invalides
ferment la Roze. Je demande si l'on peut
appeller égaux des arcs qui ne le sont
qu'en hauteur et non pas en diamétre ?
Ceux qui répondent auxNefs ont 38 pieds
de Londres et les autres n'en ont que 26,
c'est-à-dire environ un tiers moins , par
conséquent cette Roze est d'une espece
bâtarde qui pêche contre la simetrie, car,
outre que ses feuilles sont plus étroites les
unes que les autres , c'est qu'elles ne peuvent
avoir des contours semblables. En
effet les impostes des arcs et les clefs
étant de niveau et les largeurs inégales ,
si les cintres des grands sont circulaires ,
les autres sont Elliptiques , et si les uns
et les autres sont Elliptiques, les grands
doivent- être surbaissez et les petits surmontez
diversité qui ne peut - être
agréable à la vuë ; mais encore quels objets
1510 MERCURE DE FRANCE
jets se présentent dans les petits ? M. le
Blanc nous dit que c'est un mur , c'est
une section horisontale , dit- il , par-dessus
laquelle ils sont murez pour y pratiquer
une Tribune . Ne sont - ce pas là des souspentes
ou entresoles semblables à ceux
qu'on voit aux maisons neuves de Paris ,
au-dessus des Boutiques et des Portes cocheres
franchement je ne crois pas devoir
compter cette partie au nombre des
beautez de S. Paul . J'en aprouverois l'aconomie
, si ces Tribunes n'étoient pas si haut
perchées , car si elles sont sur les impostes
, leur hauteur au dessus du pavé doitêtre
d'environ 44 pieds. Que faire là ?
est-ce pour la Musique ? le son doit se
perdre dans les airs en s'élevant dans la
coupole.
Sans l'irrégularité des arcs de la Tour,
on pourroit dire que le Dôme de Saint
Paul , dans sa grandeur , seroit plus beau
que celui de S. Pierre , parce que les arcaque
des de la base étant multipliées , il y auroit
moins de porte-à -faux dans la Colonade
de la Tour ronde qui accompagne
les vitraux et soutient la coupole ; mais
cet avantage ne peut s'accorder avec le
passage d'une grande Nef et d'une croisée
qui lui soit égale en largeur. L'Architecte
de S. Paul , dont j'ai oublié le
nom
JUILLET. 1734. 1511
,
nom s'étoit proposé de faire des passages
au travers de la Tour du Dôme non
seulement aux Nefs , mais encore aux bas
côtez ; ainsi il lui falloit 8 ouvertures
qu'il ne pouvoit faire égales qu'en élargissant
les bas côtez aux dépens de laNef,
qui est déja fort étroite. Il n'en est pas
de même à S. Pierre , où les bas côtez de
la Nef ne vont pas plus loin que la Tour
du Dôme , où ils ont leur point de perspective
terminé à un Autel comme
deux petites Eglises , accolées à la grande,
et dont la largeur et la longueur ont un
raport peu près proportionné , Ne
concluez pas delà que ce sont des culs- desacs
comme les bas côtez de S. Paul de
Londres; ils aboutissent au grand passage
de dégagement qui communique à toutes
les branches de la Croix.
à
,
Je me suis insensiblement engagé à
une comparaison des Plans des deux
Eglises qui peut faire juger laquelle des
deux compositions est la plus ingénieuse.
Celle de S. Pierre est l'ouvrage de deux
Architectes . Le Bramante projetta de la
faire en Croix grecque , inscrite dans
un quarré suivant ses diagonales ; et afin
de donner des communications libres aux
branches de cette Croix , Il inscrivit un
second quarré dans le premier qui croise
à
1
1512 MERCURE DE FRANCE
à angle droit toutes ces branches , dans
les angles duquel il y a autant de Dômes
qui cantonneift le grand au milieu de la
Croix, Bonarota (autrement MichelAnge )
a ensuite alongé une des branches de la
Croix Grecque, pour en faire une Latine,
et sans alterer le premier projet y a fait
une addition de bas côtez qui font avec
le reste un accord admirable. Voyons à
présent quelle est l'idée du Plan de Saint
Paul. Ce n'est ni une Croix Grecque , ni
une Croix Latine parfaite , mais défigurée,
en ce que la partie qui est au- delà de
la croisée , excéde beaucoup la longueur
de ses branches , ensorte qu'elle est presque
égale à la premiere partie de la Nef;
et comme les bas côtez sont de même
longueur que toute la Nef , il résulte que
ce sont deux corridors extrémement longs
pour leur largeur , et comme je viens de
le dire,deux especes de culs-de- sac qui ne
tournent point comme dans la plupart des
Eglises , autour du chevet , pour communiquer
de l'un à l'autre.
Après ce que je viens de dire il me
paroît qu'on a lieu de révoquer en doute
que le gout moderne ait mis son Trône dans
S. Paul de Londres,et qu'il y triomphe avec
éclat, suivant la décision de M. le Blanc ;
à quoi j'ajouterai une réflexion simple
c'est
JUILLET. 1734. 1513
c'est que quand même cette Eglise pourroit
entrer en parallele avec S. Pierre
pour la beauté de l'Architecture , contre
ce que je viens de montrer , cette derniere
auroit toujours l'avantage sur l'autre
, de la surpasser en air de grandeur
autant qu'elle la surpasse en capacité de
vaisseau et en élevation ; car toutes proportions
égales , les grands édifices nous
frapent d'une admiration que les petits
n'attirent point. N'est - il pas vrai que les
Pyramides d'Egypte , ou seutement un
Obelisque comme celui du Vatican , une
colonne Colossale , comme la Trajane et
P'Antoniene étant imitées en petit ne mériteroient
pas notre attention ?Où estdonc
le merveilleux de ces choses ? C'est sans
doute dans la grandeur de leur masse ,
plus que dans leur figure et le raport de
leurs dimensions ; en voici la raison
nous raportons tout à nous, sans nous en
appercevoir ; la grandeur des objets qui
nous environnent nous fait remarquer
notre petitesse , de sorte qu'on peut dire
que le même homme dans S. Pierre de
Rome doit se trouver beaucoup plus petit
que dans S. Paul de Londres : En effet
si la hauteur de sa Nef étoit double
comme sa largeur l'est de celle de Saint
Paul, et que la voute fut en platfond , il
>
est
1514 MERCURE DE FRANCE
est clair qu'à longueur égale elle seroit
huit fois plus grande et le cube du corps
d'un homme dans un raport considérablement
plus petit. Sans avoir recours
aux ornemens de l'Art dans les grandes
masses , il n'y a qu'à faire attention que
dans les gorges étroites de Rochers élevez
et de hautes montagnes on ne peut
s'empêcher d'être frapé de réflexions sur
la petitesse de l'homme , et d'admirer ces
corps qui le surpassent infiniment en
grandeur de sorte qu'on peut dire que
les grandes Eglises , qui sont par cette
raison plus majestueuses que les petites ,
sont plus propres à nous inspirer du respect
, à élever nos pensées en même tems
que nos yeux , et à nous faire rentrer en
nous mêmes .
J'ajouterai encore que si nous sommes
prévenus qu'elles soient anciennes , elles
nous donnent occasion de réflechir sur
notre peu de durée , et nous impriment
un respect qui est dû à la sainte Antiquité.
Il est vrai que l'Eglise de S. Pierre,
telle qu'elle est , n'est pas beaucoup plus
ancienne que S. Paul de Londres , mais
nous sçavons qu'elle est établie sur l'ancienne
Basilique de S. Pierre du Vatican
qu'elle en conserve les parties essentielles,
et nous savons que S. Paul est un bâtiment
3
JUILLET. 1734 1515
ment aussi pouveau que le culte et l'Architecture
qu'on y voit , puisque l'ancienneCathédrale
étoit dédiée à Dieu sous
l'invocation de S. Laurent , laquelle étoit
apparemment bâtie dans le goutGotique,
comme les anciennes Eglises de Londres,
si j'en avois le Plan et des élevations je
pourrois peut- être montrer que les Architectes
n'ont pas sçu garder un juste
milieu dans leurs ouvrages , et que celui
de S. Paul a plus donné dans l'excès
massif et pesant du gout moderne , que
celui de S. Laurent n'a pû donner dans
le leger du Gotique.
જ
PERFIDIE DE L'AMOUR ;
ODE ANACREONTIQUE
A Dore la jeune Sylvie ;
Me die Cupidon l'autre jour ;
Le plus grand charme de la vie
Est celui qui naît de l'amour.
Je crus l'amour sans le connoître ,
Sylvie aussi-tôt eut mon coeur ;
Mais qui l'eut cru ce petit traître ,
Lo
1516 MERCURE DE FRANCE
Là fit bruler d'une autre ardeur.
Cependant Mirtil qui l'engage
Insensible à ses tendres feux ,
D'une autre Bergere volage
Est éperdument amoureux.
Contre un coeur qui suit ton Empire ,
Amour , ce sont là de tes traits
Le souverain bien où j'aspire ,
Est celui de n'aimer jamais .
Par M. de Sommevel.
SUITE de Questions elementaires et
pédagogiques.
1.
·L
'Enfant d'un ou de deux ans , n'est- il pas
à proportion affecté , occupé et peut- être
accablé de plus d'idées et connoissances passageres
, que n'en acquiert de permanantes l'Enfant
de trois à quatre ans ?
2. N'est- il plus aisé d'affecter un petit Enfant
d'idées d'images et de sensationsquelconques, que
de le réjouir et de l'amuser inutilement ?
3. La Méthode qui écoute , qui observe le naturel
des Enfans et qui suit la Nature dans le
choix des objets les plus sensibles et les plus instructifs
, n'est-elle pas préferable à la Méthode .
vulgaire et moins sensible , qui méprise ou néglige
toutes ces attentions.
JUILLET . 1734. 1517
4. D'où vient que la plupart des Parens prodigues
en frivole et vaine dépense pour la
et le plaisir du corps , sont si économes pour la
parure
culture du coeur et de l'esprit ? ou ce qui revient
au même , pourquoi le corps de l'Enfant obtientil
le superflu , pendant que son esprit n'a pas le
nécessaire ?
s. N'est- il pas maturel en montrant
les premiers
élemens des Lettres , de consulter l'oreille et la
langue d'un Enfant dans l'ordre réel et effectif des
Lettres , que de suivre l'ordre aveugle , vulgaire
et abécédique
?
6. A quoi pense un Enfant avant que d'être
echo? Les Enfans écho , n'apprenant à parler
qu'à force d'articulation et de répetition , ne
sçauront- ils pas également mieux les premiers
élemens des Lettres par la vraie prononciation
et la vraye dénomination souvent réïterée , que
par la pratique fausse , équivoque et souvent
captieuse de la fausse prononciation et de la
mauvaise dénomination des Lettres ?
7. Dès que l'Enfant est écho , n'est - il pas en
état d'être utilement exercé à répeter le son des
voyelles et le nom des consones avant que de
passer aux sillabes et aux mots !
8. L'Enfant amusé par le jeu des sons , de l'oreille
et de l'écho , ne s'y prêtera- t'il pas plutôt
qu'à chercher des Lettres dans un Livre ;
9. Après le jeu de l'oreille , de la langue et
des sons , l'Enfant se refusera- t'il au jeu de l'ob
jet de la figure et des yeux ?
10. N'est-il pas plus aisé de montrer à un petit
Enfant les voyelles avant les consones , les
Lettres d'une seule valeur avant celles de piusieurs
valeurs , et enfin les Capitales avant les
petites ?
C
1518 MERCURE DE FRANCE
11. A l'exemple des Musiciens , n'est il pas
mieux de donner d'abord aux Lettres et aux Caracteres
une dénomination vraye et convenable
au son et à la valeur de ces Lettres , que de leur en
donner une fausse , captieuse et nullem nt convenable
pour représenter et exprimer le son de ces
mêmes Caracteres? Ne faut- il pas également montrer
aux yeux les Caracteres et leur valeur , ou
leur son à l'oreille , soit dans la Musique , soit
dans la lecture ?
12. L'e muet
ne paroît
-il pas être le son ou la
voyelle
auxiliaire
la plus propre
pour
exprimer
et articuler
la consone
et pour
conduire
insensiblement
à l'élision
que pourront
exiger
les autres
voyelles
après
les mêmes
consones
?
co ,
13. Dans la Leçon des syllabes élémentaires
ba , be , bi , bo , bu , n'est-il pas mieux de consulter
l'oreille autant et plus que les yeux , et de
faire dire et lire , par exemple , ca , ke , ki ,
cu; ga , ghe , ghi go , gu . Ja , je , ji , jo , ju. Sa,
ce , ci , so , su , & Peut on se dispenser de
donner une dénomination polissillabe aux lettres
indéterminées et à double valeur , comme c. g.
s. t. x. y. quoiqu'elles n'ayent que la dénomina
tion monosillabe quand elles sont déterminées
par la valeur locale du mot et de la sillabe ? La
Méthode vulgaire , en nommant les Lettres d'une
maniere fausse , équivoque et captieuse , peutelle
apprendre à un aveugle ou dans les tenebres
aussi facilement que le fait la Méthode du Bureau
Typographique en nommant les sons de la
Langue ?
14. D'où vient que le petit Enfant devine les
voyelles plutôr que les consenes dans les sy liabes
ququ'on lui dicte et qu'il devine les consones suivies
de la Lettre auxiliaire , plutôt que si elles étoient
suivies d'autres voyelles. 15.
JUILLET. 1734. 1519
15. D'où vient qu'un Enfant Typographe de
30. mois sçait lire d'oreille ou les yeux fermez ,
et qu'il devine les Lettres ou les sons des mots
qu'on lui dicte , et qu'un Enfant de 6. à 7. ans
enseigné selon la Méthode vulgaire , ne sçauroit
le faire ?
16. Un Enfant ne se prêtera- t'il pas à la lecture
des cartes proportionnées à son âge , à sa
foiblesse et à sa portée , plutôt qu'il ne se prétera
à la lecture d'an Livre , dont la seule vúë le
fait pleurer ?
17. D'où vient qu'on ne peut pas deviner facilement
les lettres d'un mot prononcé que l'on
n'aura jamais vû ? Ni deviner les sons d'un autre
mot qu'on n'aura jamais oüi ?
18. D'où vient que la plupart des Enfans à Paris,
qui passent pour sçavoir épeler, ne connoissent
pas seulement les lettres quand on vient à
l'examen ?
19. L'Enfant qui a appris par principe l'Orto
graphe des sons ou de l'oreille avant celle des
yeux ou de l'usage , n'est- il pas plus avancé que
L'Enfant de la Méthode vulgaire , dont le Maître
ignore l'Ortographe des sons ?
20. La Méthode qui fait épeler à propos et â
avec la veritable dénomination , lettre à lettre ,
son à son , syllabe à syllabe , mot à mot , n'estelle
pas préférable à celle qui n'épele jamais que
lettre à lettre avec la fausse dénomination ?
21. Quand il s'agit de montrer à lire à un
Enfant , la premiére , la plus simple et la meilleure
regle à suivre , n'est- ce pas cela qui induit
le moins en erreur l'infant qui apprend à lire
N'est - ce pas le Systême Typographique qui suit
cette regle ignorée des Maîtres de la Méthode
vulgaire ?
Cij 220
1520 MERCURE DE FRANCE
22. Les Anciens n'ont- ils pas d'abord reglé
POrthographe par les sons de la langue ? Pourquoi
le Systême du Bureau ne suivroit - il pas
cette regle au commencement ?
23. Le changement dans la prononciation n'at'il
pas donné lieu à l'Orthographe des yeux , des
Livres et de l'usage ? Fourquoi le Systême du
Bureau ne finiroit-il pas par la pratique de cette
Orthographe ?
24. Ne doit- on pas faire passer la pratique et
l'étude de l'Orthographe des sons , de la nouvelle
ou de la vraye Orthographe qui facilite la lecture,
avant que de faire passer la vieille ou la fausse
Orthographe qui induit trop souvent en erreur
les Enfans , les femmes , les gens de la Campagne
et les Etrangers , portez naturellement à lire
tout et à prononcer toutes les lettres , bien loin
de les rendre muettes ?
25.D'où vient que de vieux Maîtres ont peine
à comprendre dans le Systême du Bureau Typographique
, ce que de petits enfans y sentent et
y pratiquent facilement ?
26. Le Systême du Bureau qui peut d'abord
pratiquer Pusage des accens , des apostrophes ,
de la ponctuation , des chiffres et de la quantité ,
n'est- il pas préférable à la Méthode des Maîtres
vulgaires , qui ignorent ou qui négligent la pratique
de ces minuties ?
27 D'où vient qu'il y a si peu de gens de
Lettres et si peu de Maîtres qui sçachent bien la
doctrine des sons de la Langue Françoise , la
doctrine des accens , du tréma , des voyelles ou
des diphtongues aux yeux ou à l'oreille ?
28. D'où vient que de petits Enfans mis à la
table du Bureau Typographique , apprennent si
facilement cette doctrine qui paroît difficile à
bien des Maîtres ? 29.
JUILLET . 1734. 152X
29. Pourquoi des gens d'esprit ont - ils peine à
comprendre devant un Bureau , ce que de petits
enfans y comprennent sur la pratique des sons
de la Langue ?
30. Pourquoi tant de Maîtres de la Méthode
vulgaire entendent - ils si peu le détail des exercices
d'un petit Enfant Typographe , soit dans le
jeu de l'écho , dans le jeu du Singe et dans les
jeux d'operation théorique et pratique ?
31. Pour montrer à lire selon le Systême du
Bureau , n'est- il donc pas mieux de commencer
par l'Orthographe des sons et de l'oreille , avant
de passer à l'Orthographe arbitraire des yeux ou
de l'usage ?
32. N'y a - t'il pas plus de justesse et de verité
de rapport entre la prononciation du Latin
et le nom ou le son des Lettres , qu'il n'y en a
entre la prononciation du François et le nom ou
le son de ces mêmes Lettres ?
33 Après l'Orthographe de l'oreille ou des
sons , n'est-il pas mieux de montrer l'Orthographe
la plus vraye , la plus réguliere et la plus
conforme aux sons de la Langue , et de differer la
lecture et l'étude d'une Orthographe fausse ,
captieuse et très-équivoque , quoiqu'ancienne ?
34. Pourquoi la Méthode vulgaire employe
t'elle plus de temps que celle du Bureau Typographique
pour apprendre à lire ?
35. Le Systême du Bureau Typographique
mettant de la partie abécedique tous ceux qui environnent
et chérissent l'Enfant , n'est- il pas préferable
à la gêne et au travail qu'exige l'épouvan-.
tail d'un Livre ;
36. Le petit Enfant qui voit les autres jouer
aux cartes , ne se prêtera t'il pas plutôt au jeu
des cartes typographiques , qu'à l'exercice péni-
C iij
ble
2 MERCURE DE FRANCE
ble de regarder et de chercher dans un petit Livre?
37. L'Enfant Typographique ne peut - il pas
s'occuper et travailler seul à l'imprimerie de son
Bureau , plutôt que l'Enfant abandonné à luimême
ne peut s'occuper avec son petit Livre ,
selon la Méthode vulgaire ?
38. N'est - il pas plus aisé d'amuser , d'occuper
et d'instruire un Enfant à la table de son Bureau
pendant l'absence du Maître , que de l'amuser
avec un seul Livre ?
39. Le maniment , le mouvement des cartes
abécétiques et instructives , ne donnent- ils pas
à un Enfant un plaisir , une adresse et un ordre
qr'il ne peut avoir avec un petit Livre élémentaire
?
40. Un Enfant ne prendra - t'il pas au commencement
plus de plaisir à lire en gros ca
ractere les mots communs connus et favoris
qu'on lui donnera sur des cartes , qu'à lire en
petit caractere dans un Livre des mots dont il
n'a pas l'idée ?
41. L'Enfant qui apprend sans peine à lire le
caractere romain et le manuscrit sur des cartes
Typographiques, ne sera t'il pas ensuite plus ca.
pable de lire dans des Livres vulgaires ?
42. N'est-il pas mieux à cause de la posture ,
du moins quand on le pourra , et dans les maisons
riches , de donner à l'Enfant des Livres in 4.
in 8. et de figure oblongue , comme des Livres
de Musique , pour qu'ils se tiennent facilement
ouverts sous les yeux de l'Enfant , comme ceux
de la Bibliotheque des Enfans , in 4. et in 8
43.La pratique de la Méthode vulgaire a -t'elle
quelque avantage sur celle du Bureau Typographique
? En quoi ?
44. Les démonstrations Typographiques par
la
JUILLET. 1734. 1523
fa théorie et par la pratique , ne devroient elles
faire taire le préjugé ? pas
45 .Y a t'il jamais eu quelques Systêmes nouveaux
sans adversaires ?
46. Suffit-il qu'un Systême soit fort utile et
meilleur qu'un autre pour obtenir d'abord la
préference ?
MADRIGAL.
A une Dlle qui reprochoit à l'Auteur qu'il
ne l'aimoit plus.
Ue vous connoissez mal vos appas séduisans
,
Quand vous me soupçonnez d'une lâche inconstance
;
Voici , belle Philis , toute la différence
De mon ardeur passée et de mes feux présens :
J'aimois d'un fol amour , j'aime d'un amour
sage ,
Et si mon coeur en proye au pouvoir de vos
yeux ,
Jadis vous aima davantage ,
Maintenant il vous aime mieux .
Par M. C **
C iiij
EX1524
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Ville d'Eu , au sujet de la mort de
M. Capperon , Ancien Doyen de Saint
Maxent.
L
A mort vient de nous enlever Monsieur
Capperon , Ancien Doyen de
S. Maxent. C'étoit un homme d'un rare
mérite , sa capacité le fit élire Doyen de
son Canton. Il s'appliqua beaucoup à la
Physique et aux productions de la nature ,
ce qui lui fournit enfin un Cabinet fort
curieux dont on a vû la description dans
le Mercure .
Il travailloit à perfectionner sa découverte
sur les Sels , et il étoit prêt de faire
paroître un Memoire sur une autre découverte
qu'il avoit faite au sujet de la
petrification et cristalization de la Rosée,
et sur la matiere d'en faire des Pierres
semblables aux Diamans d'Alençon . On
voit de ces Pierres dans son Cabinet ; et
il avoit même commencé à mettre en
oeuvre une Croix qu'il n'a pû finir .
Il étoit très-bon Artiste, et il laisse plusieurs
Ouvrages, qu'il a inventés , ou qu'il a
exécutés sur les Descriptions qu'on lui en
a
JUILLET . 1734. 1525
à faites . On voit aussi dans son Cabinet
quelques Ouvrages d'Optique très - curieux
.
Il avoit plusieurs secrets utiles , entre
autres celui de clarifier et d'adoucir le
Cidre le plus aigre , et de le rendre doux
et agréable à boire , ce qui se faisoit dans
l'espace d'un quart d'heure. Un homme
si versé dans les misteres de la nature
ne pouvoit manquer d'avoir un grand
gout pour la médecine,aussi s'y appliquat'il
beaucoup pour le soulagement des
pauvres ; plusieurs habiles Médecins ont
souvent reconnu sa capacité. Tout étoit du
ressort de son heureux génie , il s'adonna
même à la Peinture , et il nous a laissé
sept petits Tableaux , qui sont singuliers,
par une maniere particuliere qu'il avoit
de peindre , et que l'on admire d'autant
plus qu'il n'a jamais eu de Maître en cet
Art.
Il a fini un peu avant sa mort , son
Histoire du Comté d'Eu , qui est aussi curieuse,
que bien écrite , et dont on attend
la publication de la reconnoissance de ses
héritiers.
Tant de belles qualitez ne pouvoient
manquer de lui attirer l'estime et la vénération
de tout le monde. Il avoit avec
justice la confiance deM.de Tressant, der-
C v nier
1526 MERCURE DE FRANCE
,
nier Archevêque de Rouen , et il eut l'estime
de Mrs d'Aubigné et de Bezons ses
Predecesseurs avec celle de quantité
d'autres Personnes de considération . Il
avoit gagné le coeur de ses compatriotes
à qui ses heureux talents le rendoient
précieux. Il étoit enfin le Pere des pauvres
, et il emporte les regrets de tous.
ceux qui ont eu l'avantage de le connoître
. Il est décedé le 19 May 1734 .
âgé de 74 ans.
Nous venons de recevoir une autre
Lettre sur le même sujet avec les circonstances
qui suivent La vie do M.Capperon
a été principalement employée au service
de Dieu , au salut des Ames , au soulagement
des Pauvres , à l'étude de l'Ecriture
Sainte et des Peres. Comme il avoit aimé
les Pauvres pendant sa vie , il ne les a
pas oubliés à sa mort : il a fondé une
Ecole de charité pour les pauvres Filles.
de son ancienne Parroisse de S. Maxent.
Il a legué presque tous ses effets mobiliers
aux pauvres , et il y a compris son
curieux Cabinet , dont le détail se trouve
dans les Mercures d'Avril et May
1733. Ceux qui voudront en faire l'acquisition
en entier , car M. Capperon a souhaité
qu'il ne fut pas divisé , pourront
s'adresser à M. Capperon , Receveur
du
JUILLET. 1734. 1527
du Grenier à Sel d'Eu
et de Tréport
dans la Haute Chaussée de la Ville d'Eu.
Il lui a laissé pour celui de ses Enfang
qui embrassera l'Etat Ecclesiastique , et
lorsqu'il sera Prêtre , tous les Manuscrits
de sa composition qui sont en grand
nombre sur l'Histoire Sacrée et Prophanes
, la Théologie , la Physique , la Médecine
& c.
V
A MLLE DE....
Sur un Compérage secret.
Ous qui n'avez pas moins d'attraits
vertus
Qui m'avez fait votre Compére ,
que
de
J'en sens le prix , et c'est , trop aimable Commére
,
A ma chaîne un anneau de plus ;
Je n'avois pas besoin qu'elle devint plus forte ,
On ne vit jamais de liens
Ni plus infortunez , ni plus forts que les miens ;
Je vous tiens dans mon coeur , l'amour veille à
la porte ;
Vos deux yeux sont mes souverains ;
Tout ce qu'on peut jamais prétendre ,
Sur un amant fidéle et tendre .
Cvj Hors
1528 MERCURE DE FRANCE
Hors mon amour , est dans vos mains :
Cette réserve est nécessaire ,
Et vous l'étoufferiez d'abord en son Berceau ;
Ou comme un vrai Tantale auprès d'une belle
cau ,
Vous le feriez périr de soif et de misére .
SUITE de la Dissertation sur le Flux
de la Mer , par M. de S. Aubin.
'Espere qu'une Explication plus ample pourra
satisfaire le judicieux Auteur de l'Objection
concernant le Flux et Reflux de la Mer. Il réduit
avec raison la difficulté à la question de sçavoir
si la pression est plus indirecte dans le temps
des solstices. C'est le précis de ma Réponse.
On ne doit regarder que comme un objet de
pure curiosité , les differentes opinions des Astronomes
sur la figure du Globe Terrestre , que
les uns veulent être un ellipsoïde allongé vers les
poles , et les autres un sphéroïde rehaussé sur
Î'Equateur. Cette difference ne peut être sensible
pour le plus ou le moins de pression des eaux
puisque Cassini , qui tenoit pour l'ellipsoïdité
n'a évalué qu'à environ vingt et une lieuës de
trois mille pas , la longueur dont le diametre
qui passe par les poles , excede le diametre de
l'Equateur. Je reviens comme l'Auteur de l'Opinion
le désire , à établir que la pression est
Aplus indirecte dans le temps des Solstices .
Pour s'en convaincre , il n'y a qu'à considerer
( ce qui me paroît évident ) que le Flux n'arrive
>
pas
JUILLET . 1734. 1529
pas alors en conséquence de la pression des eaux
qui sont sous le tropique où la Lune se trouve ,
mais par celle qui se fait d'une maniere fort indirecte
aux environs de l'Equateur , sur la même
partie de l'Océan , où est la plus grande étendue
et la plus grande profondeur de ses eaux exposée
à la Lune.
L'hypothèse nouvelle , qui consiste à incliner
l'écliptique sur l'Equateur , et à regarder le parallelisme
de la Terre comme une position toujours
droite de son axe , n'est pas indifferente à
l'objet dont il s'agit ; car suivant cette construction
de la Sphere Copernicienne , la Lune
dans un tropique , décrit effectivement le cercle
du tropique , et non pas un des grands cercles
de la Sphere ; ce qui donne une solution de plus
à l'objection.
J'ay déja observé que cette hypothèse est bien
p'us simple en ce qu'elle n'a pas besoin d'un
mouvement du Globe Terrestre d'Orient en Occident
, par lequel Copernic et Bion expliquent
son parallelisme. J'ajoûterai que cette hypothèse
épargne encore un autre mouvement d'Orient en
Occident , qu'il faut attribuer à l'axe de la Terre
pour rendre raison de la déclinaison des Etoiles
fixes et du changement qui arrive à la longue dans
leurs longitudes . Car le Pole étant incliné , la Section
équinoxiale ne peut anticiper sur l'Equateur
de vingt - cinq secondes à chaque équinoxe , à
moins que le Pole n'ait une révolution d'Orient
en Occident , qui le détourne insensiblement de
son parallelisme , au lieu que ce parallelisme consistant
dans une position toujours droite , il faut
seulement , pour expliquer la déclinaison des fi
xes , qu'à chaque équinoxe l'intersection se fasse
sur un méridien plus Oriental de vingt- cinq secondes
1520 MERCURE DE FRANCE
condes , sans qu'il y ait aucune variation du parallalelisme.
Je prie l'Auteur de l'Objection d'examiner plus
attentivement ce que j'ai dit du périhélie de la
Terre , par rapport au Flux de la Mer. Il semble
qu'il ait confondu ce périhélie avec le périgée de
la Lune , qui est veritablement commun aux équinoxes
et aux Solstices . Mais le périhélie de la
Terre est au huitième degré de l'Ecrevisse , lorsque
le Soleil nous paroît être au huitiéme degré
du Capricorne, vers le 30. Décembre. Ce périhélie
est fixe , sauf la petite variation qui a été observée,
suivant laquelle il étoit il y a environ deux
mille ans, au vingt - huitième degré des Jumeaux ,
et il n'a avancé dans tout cet intervalle de temps
que d'environ dir degrez de l'écliptique. Il est fa
cile de se convaincre de cette proximité du Soleil
par la plus grande apparence de son disque, qui va
en hyver jusqu'à trente- deux minutes quarantesept
secondes, et par sa diminution en été n'ayant
alors que trente et une minutes quarante - deux secondes.
Et ce qui fait que le Soleil plus éloigné
en été est beaucoup plus chaud , c'est que ses
rayons sont beaucoup plus perpendiculaires , de
même que la pression plus directe augmente le
Flux .
Ainsi il y a lieu de distinguer quatre mouvemens
de la Mer ; 1. le Flux journalier , qui retarde
tous les jours de 49. minutes , comme le retour
du même méridien au dessous de la Lune ;
2. l'augmentation du Flux pendant les conjonc
tions et oppositions de la Lune , parce qu'alors
ce luminaire se trouvant dans une ligne presque
perpendiculaire avec le Soleil , les eaux sont plus
comprimées ; 3. une augmentation plus grande
du Flux pendant les conjonctions et oppositions
des
JUILLET . 1734. 1531
des équinoxes , parce qu'alors la Lune étant dans
l'Equateur , la pression est plus directe ; 4. enfin
la difference des marées plus hautes pendant le
Solstice d'hyver que pendant le Solstice d'été ,
parce qu'alors la Terre étant dans le périhélie ,
la proximité du Soleil cause aussi quelque augmentation
dans le Flux de la Mer ; et le concours
de toutes ces circonstances donne une apparence
de certitude à des opinions , qui par elles- mêmes.
en sont si peu susceptibles,
***************
H
A MLLE DE....
Ymen vouloit hier faire votre conquête ,.
Sans prier avec vous l'amour à ce repas ;
Mais ce Dieu qui sçavoit la fête ,
Ainsi que moi n'y manqua pas :
Viens , me dit- il , tu sçais ma force et mon
adresse ,
» Des mains de nos Rivaux sauvons l'aimable
Iris ;
» Et
"
» Brisons la coupe enchanteresse ,
que 'ce digne objet dont ton coeur est épris,
N'y boive , s'il se peut , jamais qu'à ta tendi
esse ;
Il dit , et dans l'instant le secret de son art
Nous transporte au Banquet , et l'y rend invisible
;
Il combat , il triomphe et sous son Etendart
L'Ennemi vous trouve invincible :
Ce
1532 MERCURE DE FRANCE
Ce vainqueur qui pouvoit se placer dans vos
yeux ,
Crut que dans votre coeur il se cacheroit mieux :
Pour moi d'un papillon empruntant la figure ,
Je faisois le tour des flambeaux ,
Et d'un battement d'aîle , et d'un petit marmure
Je semblois vous parler et partager vos maux ;
Mais, Dieux ! quelle douceur extrême ?
Vos soupirs étouffez vos regards presque
éteints ,
›
Etoient de vos malheurs des signes trop certains
;
Tout me faisoit trembler , pour moi , pour ce
que j'aime ,
Vous ne combattiez plus que de la volonté ;
La force vous manquoit et déja la victoire
S'envoloit de l'autre côté ;
Je perdois tout espoir , amour perdoit sa gloire,
Et devant l'ennemi baissoit le pavillon ;
Pour moi , comme un vrai papillon ,
Je me brulois à la chandelle ,
La nuit survint pour mon malheur ,
Peut-être aux loix l'hymen cessant d'être rebelle
Avez- vous donné votre coeur
Hélas ! s'il est ainsi , cruelle ,
C'en- est-fait de l'amour ; l'hymen est son vain
queur,
C. D.
LET
JUILLET. 1734. 1533
************** :*
LETTRE écrite à M. Juenin , Chanoine
de Tournus , Auteur de la nouvelle Histoire
de cette Ville , au sujet de S. Valerien ,
Martyr du même Pays.
V.
Ous dites , Monsieur , de si belles
. et bonnes choses dans votre nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Filibert
de Tournus , que je ne doute point que
la dissertation dont vous me parlez dans
votre derniere Lettre ne mérite de voir
le jour. Je vous dirai qu'en votre place
je n'aurois pas fait difficulté de l'ajouter
aux pièce de votre Histoire, quoiqu'elles
soient déja en assez grande quantité . Je
m'étois bien douté de quelque bévuë
insigne , de la part du Curé de la Madeleine
de Tournus , lorsque j'ai lû à la page
339. de ces Piéces dans la Lettre que
vous éctivites à son sujet en 1720.à M. vơtre
Doyen , ce qui suit .
Vous sçavez M. ( dites - vous à ce
Doyen ) que quoique le Personnage grave
et digne de foi ent assuré que les Reliques
de S. Valerien avoient été brûlées et les cendres
jetées dans la riviere , on les a pourtant
retrouvées à Sens. On remarque à la
verité
1534 MERCURE DE FRANCE
verité un petit inconvénient , qui est que.
ces prétendues Reliques étoient à Sens dès
Longtems avant qu'on eut ouvert à Tournus
le tombeau du Saint , dans lequel on trouva
même tout son corps . Mais vous savez
bien aussi comment on se tire de ce mauvais
pas.
,
Ces six lignes de votre Lettre ne ressemblent
pas mal au stile de M. Bailler :
et je croi que vous êtes très bien fondé
à le prendre sur ce ton . Votre cause me
paroît bonne et celle du Curé de la Madeleine
ne vaut rien . Ce Curé apporta ,
dit- on , de Sens à Tournus en 1696. trois
ossemens de S. Valerien , les voulant faire.
passer pour être de votre Saint Martyr ,
parce qu'on lui avoit dit à Sens qu'ils en
étoient. Vous avez eu , M. grande raison
de nier la prétention , et d'alléguer comme
vous avez fait , que Wenilon Archevêque
de Sens ne pouvoit pas avoir transferé
en 846. le corps d'un Saint qui fut
trouvé plus de cent trente ans après dans
son tombeau à Tournus , tout entier et en
sa situation naturelle .
Je n'avois pas encore appris de vous
même que vous aviez écrit là- dessus ,
lorsque voulant voir clair dans cette
affaire par rapport à un de nos Saints
Evêques qui s'appelle aussi Valerien , je
JUILLET. 1734. 1935
me suis adressé à une personne studieuse
et intelligente de la Ville de Sens , pour
sçavoir en quoi consistoit le corps que
l'on dit avoir à Sens de S. Valerien de
Tournus , et s'il étoit sûr que ce corps
fut d'un Saint Martyr , et qu'il fut entier
ou presque entier . L'examen fait par
cet habile homme , il s'est trouvé qu'il
n'y a aucune apparence que ces Reliques
soient de S. Valerien , Evêque d'Auxerre,
parce que tous les Historiens de six ou
sept cent ans qu'il a vûs et qui parlent
de la déposition qu'en fit l'Archevêqut
Wenilon au IX . siécle dans le nouveau
Monastere de Vareilles , à deux lieues de
Sens , le qualifient Martyr , et pas un ne
lui donne le titre de Confesseur . La visite
faite de ces Reliques refugiées à la
Paroisse de Sainte Colombe du Carouge
dans Sens , depuis les Guerres des Calvinistes
, m'a appris que le corps entier y
*
a été autrefois conservé , en comptant ce
que votre Curé en emporta en 1696 .
Mais ce qui pourra vous surprendre est
qu'on y est si fort persuadé que ces ossemens
qui constituent le gros d'un corps
humain sont de S. Valerien Martyr de
Tournus , que l'on seroit porté à croire
fausse l'Histoire de l'ouverture de son
* De Quadrivio.
1536 MERCURE DE FRANCE
tombeau et de l'élevation de ses osse-
,
mens qui fut faite en l'an 960. et que
vous rapportez page 33 de vos preuves.
Mais vous sentiez assez que c'est simplement
la difficulté qu'il y a de reconnoître
un même corps en deux endroits , qui
suggere cet expédient. Je n'ai garde de
me mettre du côté de ceux qui pensent
ainsi , parce que je suis persuadé qu'il n'y
a jamais eu à Sens de titre ancien qui ait
combattu votre possession , c'est-à- dire ,
qui ait énoncé que le S. Valerien , dont
on y possede le corps , soit le Martyr de
Tournus. J'ai voulu examiner le fait selon
les regles que m'a donné autrefois le
célebre Hagiologiste M. l'Abbé Chastelain
, et dans la pratique desquelles m'ont
confirmé les Peres Janning et du Sollier ,
à qui ces sortes de matieres ont été familieres
toute leur vie.
L'une de ces regles a été de consulter
les anciens Martyrologes manuscrits du
Pays où sont les prétentions. Je n'ai pas
été en chercher bien loin. Je suis tombé
sur celui qui est au Choeur de la Cathédrale
de Sens qui est un Usuard d'une
écriture du XIII . siécle. Après l'avoir
soigneusement parcouru , j'y ai trouvé
preuve de ce dont je me doutois , sçavoir
, que c'étoit un S. Valerien martirise
la
dans
JUILLET
1734. 1537
dans le pays Senonois. J'y ai lû au 15
Septembre quelques lignes après l'annoncé
de S. Valerien de Tournus , Senones
S. Valeriani Martyris , cette désignation
locale est peremptoire comme au 6 Septembre,
Senones , S. Sanctiani Martyris
et au 22 Senones , S. Serotini Martyris est
un langage qui marque que S. Sanctien
et S. Serotin sont des Martyrs Senonois ,
il doit être également décisif à l'égard de
S. Valerien . Wenilon mit donc à Vareilles
le corps de S. Valerien Martyr qu'il avoit
tiré de son tombeau situé dans son Diocèse
, et qui étoit apparemment dans le
Village qui porte le nom de ce Saint , à
trois lieues de Sens vers le couchant , où
il auroit souffert le Martyre . Mais une
difficulté qu'on peut faire
est sur le
jour auquel cette annonce se trouve dans
le Martyrologe , cette annonce a été
l'accueil de ceux qui ont travaillé au Breviaire
de Sens de 1702. La voyant si près
de celle de S. Valerien de Tournus , ils
ont cru que c'étoit ce même Saint . Mais
ils devoient faire attention à l'ancien
abus qui a regné durant plusieurs siècles,
et que dans les lieux où l'on possedoit le
corps d'un Saint qui avoit un nom commun
à plusieurs autres , on choisissoit
pour faire sa Fête le jour auquel Usuard
,
ou
1538 MERCURE DE FRANCE
ou Adon en marquoient un du rême
nom . C'est ce qui se pratiquoit lorsque
l'on avoit oublié le jour de la Fête du
Saint , local et particulier , et c'est ce qui
a causé aussi une infinité d'erreurs et de
confusions. Je serois trop long à vous
en rapporter des exemples. J'ai remarqué,
au reste , que quelquefois le Saint Valerien
de Sens est nommé Valentinien
dans des Calendriers du XIII . siecle ,
et dans des Litanies du XVI. Je suis , & c.
L.... Chanoine d'Auxerre.
Ce 22. Juin 1734 .
**************:*
SENTIMENS DE PIETE’
de Mad. la Marquise *** à la vûë
d'une Tête de Mort d'argent , dans laquelle
on avoit enchassé une Montre
dont un de ses Amis lui avoit fait présent.
STANCES.
Vous sur qui la Mort homicide
Dans sa fureur lança ses traits ;
Tête , quoique pâle et livide ,
Que vous avez pour moi d'attraits .
Tête muette et décharnée ,
>
Quand
JUILLET . 1734 3539
Quand vous m'apprenez à n'aimer
Qu'un Dieu pour lequel je suis née ,
Pouvez- vous ne me point charmer ?
Sans rien dire , ce triste Crane
Dit que mes maux doivent finir ;
J'y lis l'Arrêt qui nous condamne
A ne naître que pour mourir.
Dans une si sombre demeure
Prenant plaisir à m'affliger ,
De ma mort je vais chercher l'heure ;
Je ne sçaurois trop y songer.
A considerer cette Tête ,
Je passe les nuits et les jours ;
A mourir , quoique toujours prête ,
Pour mieux mourir , je meurs toujours.'
Oui ; cette Montre , mieux qu'un Livre ,
Depuis le matin jusqu'au soir ,
Me marque comment je dois vivre ,
Et me rappelle à mon devoir.
Toutes les fois que je la monte,
Découvrant ses foibles ressorts ;
Telle est , dis-je , pleine de honte,
La fragilité de mon corps.
Ce
40 MERCURE DE FRANCE
Ce corps n'est qu'un vase d'argile ,
Plus sujet au dérangement
Que la Montre la plus fragile ,
Qui se détraque à tout moment.
Alors déplorant ma misere ,
Triste et tremblante sur mon sort ,
J'ay regret au jour qui m'éclaire;
Et la nuit j'invoque la Mort.
O Mort trop souvent méritée ,
Je viens me courber sous ta Faulx ;
Frappe , justement irritée ,
Termine ma vie et mes maux .
Tu fuis , peux tu quand je t'appelle
Te refuser à ton Employ ,
Tu cesserois d'être cruelle ,
Tu veux toujours l'être pour moy.
Mais cessons de lui faire outrage ,
Nous ne naissons que pour souffrir ,
Et qui n'en a
Ne mérite pas
pas le courage ,
de mourir.
Grand Dieu , témoin de mon 'supplice ,
Qu'attendez vous pour l'abreger?
De ce corps , l'instrument du vice ,
Quand pourrai je me dégager ›
Quand
JUILLET. 1541 1-34 .
Quand pourrai- je rompre mes chaînes !
J'aspire à mon dernier moment ;
Sors enfin d'un corps que tu traînes ,
Ame , mets fin à mon tourment.
Ame aveugle , aux sens asservie ,
Rougis de te voir captiver ;
Aimeras- tu toujours la vie ,
Tandis qu'un rien peut t'en priver !
Des Jérômes , des Magdelaines ,
J'emprunte souvent les discours ;
Fatal Exil , source de peines ,
Quand verrai -je finir ton cours !
Comme Théreze , toute en larmes ,
Je soupire après mon trépas ;
La mort seule a pour moi des charmes ,
Et je meurs de ne mourir pas.
A son Amy.
Hélas ! que je m'estime heureuse
Dans ces salutaires momens
Où votre Montre industrieuse
Excite en moi ces sentimens.
Je prens cette Montre , je l'ouvre ,
Et sur vous pleine de soucy,
D Auz
1542 MERCURE
DE FRANCE
Aux heures qu'elle me découvre
Je m'adresse , et leur parle ainsi :
» Heures , charmantes Fugitives ,
» Pour un Ami je fais des voeux ;
A ma voix soyez attentives ;
Arrêtez -vous , s'il est heureux.
S'il est accablé de tristesse ,
Heures , pour charmer son ennuy ,
Coulez , coulez avec vîtesse ;
Vous êtes trop longues pour lui.
Attt
:ttet
:
T
ACCOUCHEMENS
difficilesà
Q
Uelque merveilleuse
que soit la
Nature dans ses operations , il y a neanmoins une infinité d'occasions
où
l'Art concoure avec elle il faut
pour que
la mener heureusement
à son but. Čette
verité si manifeste , l'est principalement
dans les Accouchemens
laborieux. Or
plus la vie des hommes est précieuse ,
plus on doit faire cas des personnes , qui
par des méditations
et des recherches ,
découvrent
de nouveaux moyens de la
conserJUILLET.
1734 2543
conserver dans des momens critiques et
périlleux , sur tout quand ces moyens
sont sûrs dans la pratique et sans aucun
inconvenient .
Ce que la méditation a fait inventer
depuis quelque temps à M. Dussé , celebre
Accoucheur à Paris , semble devoir
tenir le premier rang entre les Découvertes
les plus utiles au Public , puisqu'il
s'agit d'un expédient qui peut préserver
de la mort deux personnes à la
fois. C'est un Instrument que l'Auteur
nomme Tire tête , parce qu'il est destiné
à tirer l'Enfant par cette partie dans les
Accouchemens naturels , mais laborieux .
Il est aisé de comprendre le danger
que la Mere et l'Enfant courent dans
ces sortes d'Accouchemens . Pour sauver
la Mere en pareil cas , on s'est servi
jusqu'a présent de Crochets , c'est- à- dire
qu'on a déchiré la tête de l'Enfant qu'on
a toujours supposé mort , quoique l'experience
n'ait que trop souvent montré
le contraire , ensorte que quelques Accoucheurs
effrayez de pareils accidens
se sont déterminez à ne plus employer ,
les Crochets ; mais en voulant éviter un
inconvénient ils tombent dans un autre
encore plus funeste ; ils attendent si longtemps
le secours de la Nature , qu'à
Dij la
1544 MERCURE
DE FRANCE
la fin la Mere et l'Enfant périssent .
Le nouvel Instrument que M. Dussé
a inventé , remedie à divers accidens"
d'une maniere aussi simple que sûre pour
la Mere et pour l'Enfant. Il est très - lisse,
et très-poli , n'ayant ni pointe ni tranchant
. Il est si mince , qu'il n'augmente
pas d'une ligne la partie de la tête qu'il
embrasse ; cependant il est construit de
maniere qu'il a toute la force nécessaire !
pour tirer l'Enfant sans le blesser et sans
qu'il y ait aucun déchirement à craindre
pour la Mere , ni plus de douleurs à es- t
suyer que dans les Accouchemens ordinaires
.
M. Dussé ne s'en est pas tenu à la
simple spéculation , il a passé à la pratique
, qui lui a parfaitement réüssi ; plusieurs
Enfans qu'il a tirez de cette maniere
, étant pleins de vie .
- M. Du sé , qui a pour la perfection
de son Art cette ardeur qui fait les habiles
gens dans toutes les Professions , er
qui ne cherche qu'à communiquer au
Public ce qu'une longue experience
soutenue par l'attent on la plus sérieuse
lui a fait découvrir d'utile dans ce qui
concerne les Accouchemens , et le traitement
des femmes , soit pendant leurs
grossesses , soit durant leurs couches , a
résolu
JUILLET. 1734 ༦4 $
résolu de faire tous les ans chez lui un
cours d'Accouchement , où il traitera à
fond ces matieres . On ne peut trop le
loüer s'il execute un pareil dessein , puisque
par là , un grand nombre de personnes
pourront se mettre en état d pratiquer
les Accouchemens avec succès , nonseulement
dans les Provinces du Royaume
, où de semblables secours sont assez
rares , mais même dans le reste de l'Europe
, où ils le sont peut - être encore davantage
.
XXX:XXXXXXXXX: XXX
L'AMOUR ET PSICHE',
L
CANTATE.
E Dieu charmant qui fait aimer ,
Croyoit impunément sous son pouvoir suprême
Faire gémir les coeurs qu'il avoit sçû charmer ;
Mais on le vit enfin pour Psiché s'enflammer ,
Et de ses Traits il se blessa lui - même.
Aimer n'est qu'un amusement
Avec une chaîne legere ;
Mais s'il est aisé d'être Amant
Il est difficile de plaire.
D iij
Amour
1546 MERCURE DE FRANCE
Amour ! si nos désirs
Etoient sans allarmes ;
Combien tes plaisirs
Auroient de charmes !
Tu verrois sous tes Loix
Mille coeurs à la fois ;
Tout rendroit les armes.
Amour , si nos désirs
Etoient sans allarmes ,
Combien tes plaisirs
Auroient de charmes.
Déja pour répondre à ses voeux
Zéphire vole et fend les Cieux.
Il transporte Psyché dans un séjour aimable ,
L'Amour n'oublia rien pour le rendre agréable ,
Avec l'Amour tout est charmant ,
Tout doit se ressentir des attraits de l'Amant,
Les Oyseaux de ce Lieu tranquile
Faisoient entendre leurs Chansons ,
Les retenir étoit facile ;
Les plaisirs étoient des leçons.
Quel bonheur extrême !
O l'heureux séjour
Où
JUILLET. 1734: * 547
Où le plaisir même
Invite à l'Amour !
Les Oyseaux de ce Lieu tranquile
Faisoient entendre leurs Chansons ;
Les retenir étoit facile ,
Les plaisirs étoient des leçons.
De ces Lieux,dit l'Amour, vous êtes la Maîtresse;
Belle Psyché , de ma tendresse
Je n'exige qu'un prix pour combler tous mes
voeux ,
Ne cherchez point à me connoître ;
Par un destin trop rigoureux
Dontje ne puis êrre le Maître ,
En me voyant , vous nous perdrez tous deux.
Psyché promit , et ne tint pas parole ;
Mais qu'elle paya cher un moment de douceur !
Elle veut voir l'Amour , soudain l'Amour s'en-
4 vole ,
En perdant son Amant , elle perd son bonheur.
Amour tu sçavois la foiblesse
Du charmant objet de tes voeux ;
Esperois-tu que ta Maîtresse
Put deffendre son coeur d'un désir curieux ?
D iiij
C'est
1548 MERCURE DE FRANCE
C'est pour les Belles un Martyre
Que leur interdire un objet ;
C'est leur confier un secret
Et leur deffendre de le dire.
Amour , tu sçavois la foiblesse
Du charmant objet de tes voeux ;
Esperois tu que ta Maîtresse
Pût deffendre son coeur d'un désir curieux è
Par M. de B * * *
LETTRE de M.... au sujet de deux
nouvelles Lettres de S. Augustin , & c.
O'c ,
VOC ,Monsieur , l'Instruction que
vous m'avez demandée pour vous
et pour vos Amis , sur un sujet important
et qui interesse extrémement la Religion.
La Veuve Maziere et Jean- Baptiste
Garnier , Imprimeurs- Libraires de
la Reine , rue S. Jacques , à la Provi
dence , ont imprimé au commencement
de cette année Deux Lettres de S. Augustin
, qui n'avoient point encore vû le
jour en France , et qui ont été trouvées
dans une Abbaye celebre de la Basse Autriche
, appellée Gottwic , située sur la
droite
JUILLET. 1734 1549
'droite du Danube , à trois lieuës de Vienne.
Dom Géofroi Besselius , Abbé de cette
illustre Maison , en a fait la découverte
et les a données au Public en 1732. accompagnées
d'une sçavante Préface , et
enrichies de plusieurs Vignettes magnifiques
.
Comme cette Edition n'a presque point
été connuë parmi nous , * un Benedictin
de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
s'est chargé , non - seulement de la faire
connoître, mais encore d'y ajoûter ce qui
manquoit , et ce que tous les Sçavans
souhaitoient d'y voir ; c'est - à - dire qu'il
a d'abord examiné si le Texte étoit pur
ou corrompu , s'il étoit intelligible ou
obscur , et s'il réprésentoit vraiment le
style , les pensées , la doctrine , le tour
et la maniere d'écrire de S. Augustin.
2º. Il a levé les difficultez que quantité
de leçons évidemment mauvaises ou suspectes
faisoient naître , et qu'on ne pouvoit
éclaircir par le secours d'aucun Manuscrit.
3 ° .Il a comparé plusieurs Endroits
de ces Lettres avec d'autres Endroits paralleles
de S. Augustin , et a tiré de - là
des lumieres qui ont servi à fixer le Texte
et à s'assurer de la pensée du S. Docteur.
4º . Il a distribué chaque Lettre en Cha-
Le R. P. Dom Jacques Martin.
D v pitre
1550 MERCURE DE FRANCE
›
pitres et en nombres ou Sections à l'instar
de l'ordre et de l'esprit qu'ont suivi
ses Confreres dans leur excellente Edition
de S. Augustin. 5. Enfin sans toucher
au Texte , même dans les Endroits
où il y a visiblement faute , il a rétabli
dans de courtes Notes un grand nombre
de Leçons ou alterées ou corrompuës
, ou qu'on ne pouvoit lire , ou qu'on
avoit peut - êtte mal luës ; il a éclairci les
endroits obscurs , marqué au juste le
temps auquel chaque Lettre a été ou a
pû être écrite , réformé la date de quelques
autres , jetté des Observations Sommaires
à la tête et à côté du Texte , et
indiqué , et , pour ainsi dire , rapproché
les choses et les faits auxquels S. Augustin
fait allusion .
Après avoir rempli ce Plan dans toute
son étendue et suivi les regles de la plus
saine Critique , l'Auteur a donné toutà
la fois deux Editions de ces deux Lettres
, l'une in folio , et l'autre in octavo .
L'Edition in folio est pour completer les
differentes Editions de même forme des.
Ouvrages de S. Augustin , sur tout celle
que les Benedictins ont travaillée avec
tant de soin.
L'Edition in octavo comprend la Traduction
des mêmes Lettres avec le
LaJUILLET.
734. 1.551
Latin à côté , un plus grand nombre de
Notes Critiques , Historiques et Chronologiques
, et un Traité de l'Origine
de l'Ame , tiré des Ecrits de S. Augustin .
La premiere Lettre est adressée à Pierre
et Abraham , deux Solitaires de la
Tripolitaine , qui avoient proposé à Saint
Augustin differentes difficultez que leur
faisoient les Pélagiens d'un côté et les
Payens de l'autre.
La principale difficulté des Pélagiens
regarde le sort des Enfans morts sans
Baptême. S. Augustin décide que ces Enfans
sont damnez. 19. Parce qu'ils ne
sont pas du nombre des Fideles . 2 ° . Parce
qu'ils sont Enfans de colere , et que
la colere de Dieu n'est autre chose qu'un
supplice merité. 3 ° . Enfin , parce qu'ils
ont été conçus dans la concupiscence , et
que la concupiscence est tout ce qu'il y
a de plus opposé à Dieu.
Ici S. Augustin va au -devant d'uns
objection qu'on pouvoit lui faire ; sçıvoir
, que les Enfans qui naissoient de
parens baptisez ne devoient point avoir
été conçus dans la concupiscence , puisqu'elle
avoit été détruite dans les Parens
par le Baptême qu'ils avoient reçû . Le
S. Docteur fait voir par l'exemple de
l'Olivier franc qui ne produit et ne sçau-
D vj roit
1552 MERCURE DE FRANCE
roit produire qu'un Olivier sauvage , que
les Parens même baptisez ne peuvent
mettre au monde que des Enfans de colere
et la raison qu'il en apporte est incontestable
c'est , dit- il , que les Parens
ne donnent à leurs Enfans qu'une naissance
charnelle . Or la naissance charnelle
ne peut point communiquer une
renaissance spirituelle , laquelle est attachée
au Baptême. D'où S. Augustin conclut
que tous les enfans sans exception
qui meurent sans avoir reçu le Baptême
vont en enfer , mais que leur supplice est
beaucoup plus doux que celui des autres
réprouvez ce qui donne occasion à notre
Saint d'établir sur des autoritez invincibles
le dogme qui enseigne que dans
l'Enfer il y a diférens degrez de peines .
S. Augustin vient ensuite aux difficultez
particulieres aux Payens ; et après
avoir remarqué qu'il y a plusieurs sortes
de Payens , il dit qu'il ne faut pas s'attendre
d'en convertir aucun par l'autorité
de l'Ecriture , puisqu'elle n'est chez
eux d'aucun poids , et qu'elle a besoin au
contraire qu'on défende son autenticité
qu'ils attaquent ouvertement. » Mais.
» ajoute- t -il , quand Dieu vous mettroit
» en état de le faire avec succès Vous ne
» gagneriez pas beaucoup sur l'esprit de
>> ceux
JUILLET. 1734. 1553
>> ceux que vous voudriez rendre Chré-
» tiens , en vous bornant à confondre
» leur infidelité par des argumens solides
>> et convaincans , si d'ailleurs vous ne
»leur obteniez par de ferventes prieres
» le don de la foi : car vous sçavez fort
>> bien que la foi est un présent que Dieu
départ à chacun par mesure ; présent
» dont la nature est de prévenir necessai-
» rement l'entendement . >>
מ
A ce moyen efficace de gagner les Idolâtres
, S. Augustin en ajoute un autre ,
qui est de lire son ouvrage de la Cité de
Dieu , qu'il avoit entrepris exprès contre
eux : il en donne ici le plan et le précis ,
et il dit qu'il l'avoit avancé , puisqu'il
étoit déja au quatorziéme Livre.
C'est sur ces dernieres paroles que l'habile
Editeur se fonde pour soutenir que
cette Lettre a été écrite vers le commencement
de 417. » Le quatorziéme Livre de la
>> Cité de Dieu , dit- il , étoit publié vers
le commencement de 420. puisque
» notre Saint le cite dans le quatorziéme
> chapitre de l'Ouvrage intitulé , contre
» l'Adversaire de la Loi et des Prophétes.
» Sans examiner si S. Augustin n'avoit
» pas dès- lors poussé l'Ouvrage de la Cité
» de Dieu au- delà du 14. Livre , ce qu'il ne
» seroit peut être pas difficile de démon-
>>
» trer
1554 MERCURE DE FRANCE
» trer on peut assurer que ce 14 Livre
» étoit fini et publié au moins en 419. et
» certainement au commencement de
» l'année . Mais n'auroit- il pas été fini et
» publié plutôt ? C'est,à la verité, ce dont
>> on n'a aucune preuve formelle, quoiqu'il
» y ait grand fondement de le croire.
» Car outre que toute l'année 418. et le
» commencement de l'année 419. se trouvent
si remplis pour S. Augustin , qu'il
» est moralement impossible que ce
» Pere ait pû pendant tout ce tems jetter
" les yeux sur ce 14. Livre ; la maniere
» dont S. Augustin le cite dans l'endroit
indiqué , fait entendre qu'il étoit déja
» répandu et connu . Ce qui , joint à tout
» ce qu'on vient de dire , suppose que la
» publication en étoit faite précedem-
"
ment aux années 418. et 419. Ainsi il
>> paroît qu'on peut dire , que S. Augus
» tin finit le 14 Livre de la Cité de Dieu
sur la fin de 417. et qu'il écrivit cette
>> Lettre vers le commencement de la
» même année.
» Mais , dira - t-on , S. Augustin sur la
>> fin du 1. Chapitre de cette Lettre , par-
» lant de l'Olivier franc et de l'Olivier
»sauvage , observe qu'il a déja traité fort
>> au long cette matiere. Comme la Lettre
» 194. de ce Pere écrite sur la fin de 418 .
» est
JUILLET. 1734 isss
» est le plus ancien ouvrage,où l'on sçache
» que S. Augustin ait mis en oeuvre la
>> comparaison de l'Olivier franc et de
l'Olivier sauvage , il est visible que la
» Lettre que nous donnons doit être pos-
» térieure à l'année 418 .
» On répond que l'Endroit où S. Au-
» gustin dit , qu'il a traité fort au long
» cette matiere , ne regarde pas
la com-
» paraison des deux sortes d'Oliviers
» mais la question , comment les Parens
» qui ont reçu le Baprême , et qui ne
» sont pas coupables du peché originel ,
» ne mettent au monde que des Enfans
» de colere et criminels. Or c'est ce que
S. Augustin avoit clairement expliqué
» dès l'an 412. De peccat. meritis lib. 2. cap.
9. num. 11. et seq.
La derniere des deux Nouvelles Lettres
de S. Augustin est adressée à l'Evêque
Optat. Voici quel en fut le sujet. Optat
chagrin que le sentiment de la propagation
des ames eut toujours été constamment
suivi et enseigné dans le Diocèse
dont il venoit d'être fait Evêque , entreprit
de faire revenir les Esprits , et de les
porter à embrasser celui de la création
journaliere , ddaannss lequel il avoit été
nourri et élevé. Mais il trouva tant de
résistance , que pour sauver son honneur ,
il
1556 MERCURE DE FRANCE
il crut devoir reclamer l'autorité et la
décision des Eglises de la Mauritanie Césarienne.
Il leur écrivit donc en apparence
pour les consulter , mais en effet pour
les prier d'honorer son sentiment de leurs
suffrages , qu'il avoit eu soin d'appuyer
de toutes les raisons qu'il avoit pû ramasser
, et qui pourtant ne disoient rien . Sa
Lettre arriva à Césarée précisement dans
le tems que S. Augustin y étoit venu terminer
des affaires de conséquence , dont
le Pape Zozime l'avoit chargé. On ne
trouve point que les Eglises de la Mauritanie
Césarienne se soient mis en peine
de faire réponse à Optat. Il est vraisemblable
qu'elles remirent ce soin à S. Augustin,
qui tenoit la plume dans presque
tous les Conciles d'Afrique . Ce Saint
Docteur s'en acquitta avec ce zele , cette
éloquence et cette charité qui brillent
dans tous ses Ecrits. Il écrivit à Optat sa
190. Lettre , où en lui exposant avec
beaucoup de clarté et de solidité ce qu'il :
y a de certain et de douteux sur la question
de l'origine de l'ame ; il s'efforce de
lui prouver , que le sentiment de la
création journaliere semble favoriser le
Pelagianisme ; au lieu que celui de la
propagation , enseigné comme il faut, s'accorde
parfaitement avec la doctrine du
peché
JUILET. 1734 1557
péché originel . Mais quoique ce sentiment
soit chargé de moins de difficultez que le
premier , comme il en a de particulieres
qu'on ne sçauroit résoudre , et que d'ailleurs
l'Ecriture ne favorise pas plus un
sentiment que l'autre , il lui conseille de
suivre son exemple , de laisser là tous
les sentimens , et d'attendre à se déclarer
que cette question soit un peu mieux
éclaircie qu'elle ne l'est . Optat ne voulut
se rendre ni aux raisons , ni à l'avis de
S. Augustin mais il ne put tenir contre
une autre Lettre que notre S. Docteur
lui écrivit , et qui est la seconde de
celles qu'on donne aujourd'hui , elle est
si forte qu'elle obligea Optat d'embrasser
le parti que S. Augustin lui avoit
d'abord proposé. S. Fulgence fait un
grand éloge de l'une et de l'autre Lettre ,
et il loue en particulier la modestie et
l'humilité , avec laquelle S. Augustin y
faisoit profession de ne vouloir pas prónoncer
définitivement sur une question
qu'il entendoit mieux que personne
mais qu'il ne pouvoit éclaircir entiere
ment.
>
Je me dispense de faire ici l'Extrait
de la Lettre de S. Augustin , qui donne
lieu à ces remarques ; parce que cela me
meneroit trop loin ; il suffira de rapporter
1558 MERCURE DE FRANCE
ter les deux premieres notes de l'Editeur,
qui font voir jusqu'à quel point il a porté
la Critique et son exactitude.
1. Quoique Possidius ne marque que
deux Lettres de S. Augustin à Optat sur
l'Origine de l'Ame , S. Fulgence en reconnoît
trois . La 190. de celles qui sont
imprimées, étoit visiblement la premiere ;
celle-ci devoit être la seconde ; la derniere
n'a pas encore vû le jour.
Mais qui est cet Optat , à qui ces Lettres
importantes ont été écrites ? Ce ne
sçauroit d'abord être le célebre Optat de
Miléve , que ses sept Livres contre les
Donatistes ont immortalisé, comme quelque-
uns pouroient le croire sur la foi
d'un Copiste ignorant : Ce S. et docte
Evêque étoit mort plusieurs années avant
que S. Augustin fit ces Lettres.
›
M. Baluze dans ses Notes sur la conférence
du Carthage croit que c'est
l'Optat , dont il est parlé dans le 120 .
Chapitre des Actes du premier jour. Mais
il ne fait pas attention que cet Optat
étoit Evêque de Vescer, plebis Vescerilana,
ou , Berceritane , et que ce Diocèse étoit
dans la Numidie , ce qui ne quadre nullement
avec les Lettres de S. Augustin ,
où il est marqué , sinon expressement ,
du moins indirectement , que l'Optat
que
JUILLET. 1734 9559
que nous cherchons étoit Evêque dans
l'une des trois Mauritanies.
M. Dubois dit , qu'il y a apparence que
set Optat étoit l'Evêque de Tubunes dans la
Mauritanie Césarienne , et le même à qui
S. Augustin renvoye le Comte Boniface dans
la Lettre 185. pour avoir communication de
labregé de la Conference de Carthage. Mais
je ne sçai où cet Auteur a trouvé que
l'Optat , à qui S. Augustin renvoye le
Comte Boniface , étoit Evêque de Tubunes
: il paroît au contraire que cet Optat
étoit Evêque de Numidie, puisqu'il assista
avec S. Augustin en 412.auConcile de Zerta
, Ville de Numidie , comme la 141 Lettre
du même S. Augustin en fait foi. D'où
j'infére avec fondement qu'il avoit aussi
assisté l'année d'auparavant à la Conférence
de Carthage ; qu'il étoit Evêque
de Vescer , dont nous venons de parler ;
et qu'ainsi il avoit plusieurs années d'Episcopat
: ce qu'on ne peut dire en aucune
maniere de l'Optat que nous cherchons
, et que S. Augustin représente par
tout comme un Evêque jeune , leger ,
vain , entreprenant , et qui ne sçavoir
guere ni ce qu'il disoit, ni ce qu'il devoit
dire , ou du moins " qui ne prouvoit pas
ce qu'il avançoit : outre que notre Optat
lui-même avoue , qu'il n'étoit Evêque
que
1560 MERCURE DE FRANCE
que depuis peu. Vide supra cap. 5. num.
11. P 34
Le R. P. Dom Bernard Pez , Benedictin
de l'Abbaye de Molk en Autriche
célebre par les excellens Ouvrages dont
il a enrichi et dont il enrichit tous les
jours le Public , et qui a eu part à la découverte
des deux Lettres de S. Augustin
dont il s'agit ici , ce Sçavant homme, disje
, soupçonne qu'Optat étoit Successeur
du grand Optat de Miléve . Cette pensée
est ingénieuse et sauve l'honneur du Copiste
du Manuscrit original . Je voudrois
bien pouvoir l'adopter , dit l'Editeur en
faveur de l'estime et de l'amitié qui m'unit
depuis longtems à celui qui en est Auteur:
mais la verité dont les interêts sont tou
jours préferables à ceux de l'amitié ne me
le permet pas pour plusieurs raisons . 1 Par
ce que l'Evêque qui occupoit le Siége de
Miléve dans le tenis que cette Lettre a
été écrite ne s'appeloit pas Optat , mais
Severe , comme il paroît par les Lettres
31.62 . 84. 92. 159. 110. 175. 181. et 213 .
de S. Augustin . 20. Parce que Sovere
étoit ami intime de S. Augustin et avoit
une entiere déference pour ses sentimens
; au lieu qu'Optat s'étudioit à les
combattre et n'avoit aucune habitude
avec notre S. Docteur. 3 ° Parce deque
puis
JUILLET. 1724.
il
puis la mort du grand Optat de Miléve :
jusqu'à l'an 426. que Severe mourut ,
seroit difficile de montrer qu'il y ait eu
à Miléve d'autre Evêque que Severe.
4°. Et enfin parce que Miléve étoit une
Ville de Numidie , et que le Siége d'Optat
étoit dans une des Mauritanies .
Il est vrai que ce n'étoit pas dans la
Césarienne, quoiqu'Optat en fûr, et qu'il
en eut été tiré pour gouverner une Eglise)
dans une autre Province. En effet s'ileût.
été Evêque dans la Mauritanie Césarienne
, il n'auroit pû manquer de se
trouver avec tous les Evêques de cette:
Province au Concile que tint S. Augustin
à Césarée au lieu de quoi , Oprat se
contenta d'envoyer aux Pères du Concile ›
la Lettre qui donna lieu à la 190. de
S. Augustin. Vide Aug. retract . lib . 2. cap.
51. de gestis cum Emerito.
Il n'est pas vrai non plus qu'Optat fût
Evêque dirs la Mauritanie de Stefe
parce qu'au fond , cette Province faisoit
partie du Gouvernement Civil et Ecclesiastique
de la Numidie , dont elle avoit
été démembrée, pour l'Ecclesiastique seulement
depuis quelques années , et qu ainsi
tous les Evêques de ces cantons , ayant
S. Augustin à leur tête , étoient parfaitement
instruits de tout ce qui concernoit
1582 MERCURE DE FRANCE
noit le Pélagianisme. On trouve au contraire
qu'Optat n'étoit pas au fait de
cette hérosie , et qu'il pouvoit ignorer
jusqu'à la condamnation qui en avoit été
faite. Vide Aug. Epist . 190. cap. 6. num.
22 ; d'autre part il est certain que l'Evêque
de Stefe de ce tems - là s'appelloit
Novat , comme il paroît par le 143. Chapitre
des Actes du premier jour de la
Conférence de Carthage , par les Actes
du Concile de Carthage tenu en 419. où
Novat assista en qualité de Deputé de sa
Province , et enfin par les Lettres 229. et
230. de S. Augustin écrites vers l'an 429.
Tout ce que nous venons d'observer
conduit enfin à persuader que le Peuple .
qu'Optat gouvernoit , étoit dans la Mauritanie
Tingitane , qui étoit à l'extrémité
de l'Afrique , vis- à - vis de l'Espagne, dont
elle faisoit partie pour le Gouvernement
civil ,et dont elle n'étoit separée que par le
détroit de Gibraltar . Ce qui donne beaucoup
de force à ce sentiment c'est qu'Optat
se plaint de n'avoir pour tout Clergé
qu'une troupe d'Ecclesiastiques barbares
et peu instruits. Or voilà le vrai caractére
de laMauritanie Tingitane. C. Casar
inveteratam quamdam barbariem ex Gaditanorum
moribus disciplinaque delevit. Cicero
orat. pro L. Cornelio Balbo.
J'ai
JUILLE T. 1734 1563
J'ai dit plus haut , que Severe Evêque
de Miléve n'étoit mort qu'en 426. J'ai
Pour garant de cette verité , non- seulement
toutes les Lettres de S. Augustin ,
que j'ai citées au même Endroit , mais
encore les Sçavans Editeurs des ouvrages
de ce Pere qui le disent en termes exprès
dans la Préface du second tome , en fixant
l'époque des Lettres 109. 110. ainsi c'est
sans aucun fondement que M. Dupin
Dom Thiery Ruinart et quelques autres
Ecrivains disent , que l'Evêque Severe
mourut quelques jours avant la Conférence
de Carthage . L'erreur vient de ce
qu'ils ont confondu le terme Disessit
qui se lit dans le 215. Chapitre des Actes
du premier jour de cette Conférence
avec le mot Decessit , qu'ils avoient dans
l'esprit sans qu'il fut dans l'original.
>
3
2. Ecrite vers le commencement de 420 .
( page 19. ) la preuve en est très - aisée .
S. Augustin dit au commencement de
cette Lettre , qu'il l'écrit près de cinq ans
entiers après celle qu'il avoit adressée à
S. Jerôme . Orose qui en avoit été le porteur
, devoit être arrivé à Bethleem au
moins quelques jours avant qu'il eut à
Jerusalem la célebre dispute contre Pelage.
Cette dispute se fit dans le mois de
Juillet de l'année 415. Orose étoit donc
parti
1564 MERCURE DE FRANCE
parti d'Afrique avec les Lettres de S. Augustin
au commencement de cette même
ann'e ; sur ce pied cette Lettre doit nécessairement
avoir été écrite ou sur la fin
de 419. ou vers le commencement de
445.
On ne peut point fixer si facilement
la date de la premiere Lettre de S. Augustin
à Optat , qui est la 190. de la
derniere Edition . Les Sçavans disent en
general qu'elle a été écrite après le milieu
de l'an 418 , M , Dubois la met vers le mois
d'Août de cette année . Je ne sçai si ces
deux opinions ne rentreroient pas au
fond l'une dans l'autre : il est du moins
constant que celle de M. Dubois est conçue
en termes si clairs et si précis , qu'on
ne sçauroit en couvrir la fausseté. En effet
suppose évidemment évidemment que S. Augus
tin a écrit cette Lettre à Césarée ; ce qui
ne sçauroir absolument être , quoique le
Sçavant Cardinal Noris l'ait cru : Car
outre que ces paroles cùm in supra dicio
oppido remoraremur , lorsque nous étions
retenus dans cette Ville , qui sont au commencement
, marquent qu'il en étoit
déja pirti , il paroît par les deux Lettres
de S. Augustin contre Giudence , et par
la Relation que ce Pere a faire de ce qui
se passa à Césarée dans la Conférence qu'il
elle
eut
JUILLET.
1734. 1565
eut avec le Donatiste Emerite , que Saint
Augustin n'a pû arri ver à Césarée avant .
le milieu du mois de Se ptembre. D'ailleurs
les Lettres 191. 192. et sur tout la' 193 .
font sentir que S. Augustin n'avoit garde
d'écrire à Optat une Lettre qu'il ne lui
devoit point, dans un tems où il n'avoit pas
celui de répondre à des Lettres qu'il avoit
reçues auparavant qui lui étoient fort
cheres et qui pressoient beaucoup . Car il
nous apprend dans ces Lettres et dans la
Relation dont je viens de parler , qu'il y
fut toujours accablé d'affaires . Il donne
même à connoître qu'il ne put point faire
cette Lettre en s'en retournant de Césarée
à Hippone quoique le voyage fut
un peu long ; parce qu'en partant il fut
obligé de parcourir toute la Mauritanie
Césarienne pour des affaires qui lui survenoient
à tout moment. Per quas totas
terras , cùm intentionem nostram huc atque
illuc , que ingerebantur sensibus , diversa
raptarint. Epist. 193. num.1 . Ces raisons
même me font croire que
n'a été écrite qu'après les trois suivantes ,
qui étoient bien plus pressées , et qu'ainsi
ce n'a pû être, au plus , avant le mois de
Novembre de 418 .
la
Lettre 190.
Vous aurez encore une de mes Lettres
au sujet du Traité de l'Origine de
l'Ame E
1566 MERCURE DE FRANCE
Ame , tiré des Ecrits de S. Augustin , du
mêne Sçavant Benedictin , et imprimé
dans le même volume . Je suis Monsieur,
&c.
A Paris le premier Juillet 1734.
X:XXXXXXXXXXXXX :X
RONDE A U.
En réponse de celui qui est inseré dans le premier
volume du Mercure du mois dernier.
Q Ui te l'a dit , petit Auteur vulgaire
Que femme chaste étoit un vrai Phoenix
Si tu n'en sçais le mérite et le prix
Ton sentiment au moins tu devois taire .
Gens bien sensez penseront le contraire ;
De ton avis tu n'en trouveras dix ,
Et fais serment par les Ondes du Stix ,
Que ce ne peut être enfin que ta mere
Qui te l'a dit.
Pour ton honneur , croi moi , foible avorton ,
Ne risque plus de parler sur ce ton ;
Crains de Malcrais la plume redoutable ;
Si de rimer il te reprend le tic
Passe
JUILLET. 1734 1567
Passe avec soin tes vers par l'Alambic
Pour faire au sexe une amende honorable ;
Et par ma voix , crois que c'est le Public
Qui te l'a dit .
Par Mlle H ***
ESS AI de M. du Quet , pour parvenir
à avoir la mesure du tems et par conséquent
les longitudes sur Mer , par le
moyen d'une Horloge Marine qui fera
trouver l'estimation juste du cours des Na
vires en allant de l'Est à l'Oüest , ou de
l'Ouest à l'Est , sans être alterée
mouvements du Vaisseau.
T
par
les
Ous les Sçavans conviennent que
si on pouvoit avoir l'heure juste
sur Mer , on parviendroit à compter plus
précisement le cours des Navires , que par
tout autre moyen lorsqu'ils vont de l'Est
à l'Ouest , ou de l'Ouest à l'Est ; c'est
pourquoi nous nous sommes appliquez
composer une Horloge sans engrenage,
qui la rend exemte de frotements susceptibles
, de l'humide , du sec , du froid et
du chaud , et des mouvements du Vaisseau
que le vent et les vagues lui font
E ij
faire ,
1568 MERCURE DE FRANCE
> faire , c'est toujours M. du Quet qui parle
nous avons été au devant de ce qui pou
voit empêcher la justesse de cette Hor
loge , soit par la maniere de la suspendre ,
soit par l'arrangement simple et naturel
de toutes les parties qui la composent.
Cette Horloge n'a d'autres sujetions
que de bien sçavoir sous quels degrez de
longitude et de latitude sont les lieux de
partance et de destination , puis mettre
l'éguille de l'Horloge Marine sur la Méridienne
du lieu de partance lorsqu'on
veut sçavoir les degrez de longitude que
l'on a parcourus. On examine le midi du
Soleil où on se trouve , et s'il y a une
heure de diférence entre le midi du Soleil
et le midi de l'Horloge Marine , on a
parcouru quinze degrez cn longitude ,
soit à l'Ouest , soit à l'Est : il est nécessaire
d'avoir deux de ces Horloges
dans le même Navire , afin d'en remonter
une le soir , et l'autre le lendemain
au matin , parce que le tems que l'on
employe à remonter l'une , l'autre allant
toujours , peut servir à
servir à remettre
l'éguille de celle qu'on a remontée sur
l'heure de l'autre .
Une de ces Horloges peut suffire pour
vû qu'on ait une Montre à secondes
Jaquille étant mise à l'heure de l'Horloge
au
>
JUILLET. 1734. 1569
au moment qu'on veut la remonter
servira à sçavoir quelle quantité de
secondes sera employée en la remontant
afin de remettre l'éguille de l'Horloge
sa véritable heure.
7
Nous avons la clef pour conduire ces
sortes d'Horloges à marquer 28. ou 30.
heures avec les minutes et même les secondes,
par les épreuves que nous faisons
tous les jours sur celle que nous avons
inventée,construite et fait construire, qui
marque toujours juste pendant 6 heures.
Les Inventions de cette importance ,
continuë M. du Quet , doivent être soigneusement
protegées pour les conduire
au but proposé , sans quoi elles demeurent
ensevelies dans l'oubli et sans fruit
ce qui est très contraire au bien general ,
aux talents utiles , aux soins et dépenses
d'un inventeur qui a fait preuves de capacité
, ainsi que le confirment les Journaux
des Sçavans , les Mercures , les
Journaux de Trévoux , les Memoires de
l'Académie Royale des Sciences , Articles
des inventions aprouvées &c. Signé du
Quet , Ingénieur, ruë de l'Arbresec, vis - àvis
le petit Paradis , à Paris .
Certificat.
Nous avons examiné en détail l'Esquisse de
E iij
' Hor1170
MERCURE DE FRANCE
>
l'Horloge Hydraulique que M.du Quet a inventée
pour avoir l'heure juste sur Mer , et nous
avons jugé qu'il y avoit beaucoup à esperer de
cette invention , par raport à la simplicité naturelle
et ingénieuse de sa composition , et à la facilité
d'en faire usage ; de plus nous avons observé
que c'est véritablement le propre du génie
de cet inventeur d'aller droit à la difficulté
d'une maniere simple et toujours conformément
aux raisons Physiques et Mathématiques , ainsi
que nous en avons ia preuve par tout ce qu'il a
produit et communiqué à l'Académie des
Sciences , et pour rendre justice à la verité, nous
ne voyons aucun deffaut dans cette invention, à
moins qu'il ne s'en découvre quelqu'un dans
P'usage , mais nous ne croyons pas qu'il soit
insurmontable. Signé de Lagny. Ce 24 Mars
1733
ZXXXXXXX
ENIGM E.
Bien que j'aye un très petit corps
Je suis utile à tout le monde :
On m'employe en tous lieux , sur la Terre et sur
l'Onde
Pour les vivants et souvent pour les morts :
Je suis toujours claire et brillante ;
Et le beau sexe assurement
Me doit son plus bel ornement ;
Cependant de mon sort je ne suis pas
Car quoique je serve par tout ,
contente
On ne m'estime guere, ou presque point du tout.
LOGOJUILLET.
1734. 1571-
LOGOGRYPHE
.
JE E domine ordinairement
Dessus le liquide Element ;
J'ai cependant servi quelquefois au supplice
Du soldat déserteur ennuyé du service ;
Six lettres composent mon nom ;
De deux membres , chacun en a trois en par◄
tage ;
Le premier représente , un Hôte de renom ,
Qui chez les gueux souvent loge au dernier
étage ,
Le second fait l'Etain plus clair que de l'argent
Enchiffre moi , Lecteur , point de mot plus
changeant ;
Avec un peu de patience
Tu peus me transformer pour le moins vingtsept
fois.
Cinq , six , trois , très souvent je suis sans conscience
:
Quatre , deux , trois , puis un , je loge dans les
bois ,
Trois , cinq, quatre , je rends un homme mépri
sablee ;
Un , deux , quatre avec cinq , je le rends estimable
:
E iiij UB
1572 MERCURE DE FRANCE
Un , cinq , quatre et puis six , je suis chez des
Marchands ,
Quatre , deux , cinq , je fais mourir tous les méchants
,
> Trois , deux , quatre souvent j'ai fait pendre
mon pere ,
Un , deux , trois , quatre , six , si je ne suis plus
mere
On me fait aussi - tôt passer le gout du pain ,
Six , un et cinq , Lecteur , tu ris quand je suis
plein ;
Cinq , deux , six avec quatre , un des petits
Prophétes ,
Cinq , deux , trois et puis six , c'est quatre pour
deux têtes ,
Quatre , six , trois et cinq , je suis une Tribu ;
Trois , cinq et six , sans moi tu n'aurois jamais
bû ,
Un , deux , cinq et puis quatre , à peine suis-je
au monde
Que mon maître aussi-tôt demande qu'on me
tonde :
Quatre , deux , trois , un , six , quand tu me
fais mourir ,
Mon pauvre maître ,il faut te résoudre à souffrir
Deux , trois , cinq , qui m'a dit quelquefois en
enrage ,
Trois , deux , cinq , quatre, six , fy de moi dans
l'orage ,
Un , cinq et six , Hélas ! je serais bonne En
fant ;
Mais
JUILLET. 1734. 1573
Mais par malheur pour moi j'ai le Vice Normant
•
Quatre , deux , trois , cinq , six , bon quand je
suis bien fine ,
Deux , six , cinq et puis quatre , étant seul pa
vre mine :
Un , quatre , trois , cinq , six , je suis rare en
Eté :
Deux , cinq , six , je suis jeu par les Grecs inventé
,
Cinq , trois , un , six , je suis présentement très
large ,
Un , quatre , cinq , souvent c'est moi qui fais la
marge ,
Un , cinq , six avec trois , sans bouger je fais
peur ,
ux plus hardis guerriers , adieu mon cher Lecteur.
L. G. De Chanlay.
Les Enigmes et Logogryphes du premier
vol . du Mercure de Juin , doivent
s'expliquer par Marteau , Adam et Eve,
chifre , nacre.
Les mots des Enigmes et Logogryphes
du deuxième vol . du Mercure du même
mois sont , La Pierre , Voliere , Pinceau .
On trouve dans le dernier , pin , eau ,
vin , pain , vice , puce , jupe , an &c. et
E v dans
1574 MERCURE DE FRANCE
dans le précedent Lire , yure , vire , viol,
vol , loy , vil , lie , rue , vie or , & C.
***************
NOUVELLES LITTERAIRES
P
DES BEAUX ARTS , &c.
>
RIERES au S. Sacrement de l'Autel
pour chaque semaine de l'année
avec des Méditations sur divers Pseaumes
de David. Par feu M. Pelisson , de l'Académie
Françoise. A Paris , chez François
Mathey , rue S. Jacques , au coin de la rue
des Noyers à S. Augustin 1734. in 18 .
TRAITE' DE CHIMIE , contenant la
maniere de préparer les remedes qui sont
le plus en usage dans la pratique de la
Médecine , par M. Malouin , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine de Paris,
Chez G. Cavelier , ruë Saint Jacques,
an Lys d'or.
LETTRES au sujet d'un Livre intitulé :
Réflexions sur la Poësie en general , sur
PEglogue , sur la Fable , sur l'Elegie , sur
la Satyre , sur l'Ode , et sur les autres petits
Poëmes. A Paris,chez Jacques Guerin,
Quay
JUILLET. 1734. 1575
Quay des Augustins 1734. in douze.
,
HISTOIRE ROMAINE , Octavien César ,
Marc Antoine , et Lepide , Empereurs
sous le nom de Triumvirs , avec des Notes
Historiques , Geographiques et Critiques
, des Gravures en Taille douce
des Cartes Geographiques , et plusieurs
Médailles authentiques. Par les RR. PP.
Catrou et Rouillé de la Compagnie de
Jesus tome 18. depuis l'an de Rome
710. jusqu'à l'an 722. A Paris , chez
Jacques Rollin , Quay des Augustins
Jean Baptiste Delespine , Coignard fils
et C. J. B. Delespine fils , rue S. Jacques
1734. in 4.
,
>
EXPERIENCES DE PHYSIQUE . Par
M. Pierre Poliniere , Docteur en Médecine
, et de la Societé des Arts. Quatriéme
Edition , revûë , corrigée et aug
mentée considérablement par l'Auteur.
A Paris , chez Gissey , rue de la Vieille
Bouclerie à l'Arbre de Jessé. 1734 in
12. 2. vol.
PENSEES DU PERE BOURDALOUE , de
la Compagnie de Jesus , sur divers su
jets de Religion et de Morale . A Paris ,
chez Caillau et Roilin fils , Quay des Au-
Evi gustins,
1576 MERCURE DE FRANCE
guftins , Prault. Quay de Gêvres , & Bordolet,
rue Saint-Jacques , vis- à- vis les Jefuites .
1734. in 12. 3. vol.
LETTRES EDIFIANTES et curieuses ,
écrites des Missions Etrangeres par quelques
Missionnaires de la Compagnie de
Jesus , 21. Recueil. A Paris , chez Nicolas
Leclerc, rue de la Bouclerie, et P. G. le
Mercier , rue Saint- Jacques. 1734. in- 12.
DESCRIPTION DES PLANTES qui naissent
ou se renouvellent aux environs de
Paris , avec leurs usages dans la Médecine
et dans les Arts , le commencement
et le progrès de cette Science, et l'Histoire
des personnes dont il est parlé dans l'Ouvrage.
Par M. Fabregon , Botaniste , et Demonstrateur.
Tome I. A Paris , chez JacquesLambert,
rue Saint Jacques, à la Sagesse.
1734, Vol. in 12 , pages 354.
REFLEXIONS CRITIQUES sur l'Elegie.
Par M. Michault 3 1734 , chez A.
J. B. Augé à Dijon . Cet Ouvrage est la
Critique d'un Livre imprimé à Paris chez
Chaubert
en 1731. intitulé Elegies, de
M. L. avec un Discours sur ce genre de
Poësie. in- 8°.
PENSE ES CHOISIES sur divers sujets de
Morale
JUILLET . 1734 1577
Morale , tirées des plus excellens Autears
. A Paris , rue Saint-Jacques chez
Henry. 1734. in- 12 de 303 pages.
Les Auteurs dont on entend parler ici ,
sont Pascal , Nicole , Abbadie , & c.
La lecture de ce Recueil de Pensées est
très propre à se rappeller sur les sujets
les plus importans , et en même tems les
plus communs , des principes de sagesse
qui puissent mettre en état d'en bien juger,
et de se garantir par la reflexion d'une
infinité d'erreurs et de fausses maximes ,
dont il est aisé de se remplir sur ces sujets
, même dans le commerce du monde.
Les pensées des grands hommes d'ailleurs,
quand elles sont bien choisies et présentées
à propos , ont cela d'avantageux ,
qu'elles élevent l'esprit de ceux qui les
lisent ; qu'elles inspirent le goût du vrai
et du bon , et qu'elles apprennent en
même tems , et à bien penser et à bien
vivre.
On a lieu de se promettre que ceux
qui acheteront et liront ce Recueil , ne
regreteront ni le tems, ni la depense qu'ils
y auront employé. Ce qu'on y a joint sur
les miracles, ne pourra point paroître in-
'different à ceux pour qui la Religion n'est
point indifferente ; ils sçavent combien
ces oeuvres merveilleuses ont servi à son
établissement
178 MERCURE DE FRANCE
établissement , et servent à ses preuves ,
et que par consequent rien n'est plus important
que d'en bien connoître la certitude
pour s'y rendre , et les caracteres
pour les discerner .
On ne peut exiger de nous , pour donner
quelque idée de cet Ouvrage , que
de transcrire ici quelques- unes de ces pensées
c'est ce que nous allons faire presque
sans choix.
Les hommes ont toujours à combattre
; vainqueurs d'une passion , une autre
s'éleve , qu'il faut réprimer ; celle ci
détruite , ilen naîtra plusieurs , dont la
défaite demandera de nouveaux efforts.
Ce monde n'est point un séjour de paix ;
la cupidité affoiblie l'ambition se révol
te ; l'ambition terrassée l'avarice prend
sa place. Toute notre vie n'est pas suffisante
pour faire la guerre à nos ennemis .
L'homme se sent miserable et pauvre
au milieu de la prosperité et de l'abondance
; rien ne le remplit , rien ne le
satisfait ; il se dégoûte de tout , et desire
tout ; il veut toujours connoître et
ne connoît rien à fond ; it admire parce
qu'il ignore ; il est curieux de sçavoir
parce qu'il ne sçait rien ; il n'est pas seu
lement le joliet des autres , il est en quelque
façon le jouet de lui même ; ses passions
JUILLET.
1579 1734.
sions sont à son égard l'équité et la rectitude
, et la verité ne se trouve que dans
ce qui lui plaît.
Qu'il est peu de joyes parfaites en ce
monde ! mais aussi qu'il y est peu de chagrins
sans ressource ! dans les plus grands
plaisirs on éprouve je ne sçai quelles petites
traverses qui en diminuent le souve
rain agrément ; dans les plus ameres disgraces
il entre un mélange de douceur
qui corrige l'excès du mal.
Le dégoût de la magnificence oblige
les Princes à chercher dans la pureté de la
nature les plaisirs qu'ils ne trouvent pas
dans leur grandeur . Ennuyez de cérémonies
, de gravitez , de contenances de
représentations , ils cherchent les douceurs
toutes naturelles d'une liberté que
leur condition leur ôte. Travaillez de
soupçons et de jalousies , ils cherchent
enfin à se confier , à ouvrir un coeur qu'ils
tiennent fermé à tout le monde. Les flateries
des adulateurs leur font souhaiter
la sincérité d'un ami ; et c'est - là que se
font ces confidens qu'on appelle favoris :
ces personnes cheres aux Princes, avec les
quelles ils se soulagent de la gêné de leurs
secrets , avec lesquelles ils veulent goûter
toutes les douceurs que la familiarité
du commerce et la liberté de la conversation
1580 MERCURE DE FRANCE
tion peuvent donner aux amis particuliers.
Les hommes voudroient que la Fortune
prévînt leurs souhaits ; ses retardemens
les affligent. Deux choses manquent
à la fortune de la plupart ; aux uns il
manque de l'avoir bien acquise , aux autres
il manque d'en user sagement.
Rien ne fait mieux comprendre le peu
de chose que Dieu croit donner aux hommes
, en leur abandonnant les richesses
et les grands établissemens , que la dispensation
qu'il en fait , et le genre d'hommes
qui en sont le mieux pourvûs .
L'Envie est un sentiment implacable ;
vous pouvez lui imposer silence par vos
bienfaits et par votre honnêteté ; mais
vous ne la fléchirez point , elle vivra autant
que subsistera votre mérite . On vous
pardonnera les derniers outrages qu'on
aura reçus de vous, et du moins le temps
en effacera le souvenir ; mais on ne vous
pardonnera jamais vos bonnes qualitez.
Il n'y a rien que l'homme aime tant que
la loüange , en quelque état qu'il se trouc'est
sa passion dominante , comme
si la gloire faisoit toute sa satisfaction
dans sa bonne fortune , et toute sa consolation
dans la mauvaise .
ve
Tout le monde est exposé aux traits
perçanes
JUILLET. 1734. 1587
perçants de la médisance ; elle défigure
tout, elle n'épargne ni les justes ni les pecheurs
, elle tient un Tribunal redoutable
toujours dressé pour juger les actions et les
intentions mêmes ; elle va présomptueusement
fouiller dans les coeurs , elle se
plaît sur- tout à noircir les plus belles vies,
et par ses traits envenimez elle rend aux
esprits qu'elle a séduits ou préoccupez
l'innocence même suspecte et la verité
méconnoissable.
CRITIQUE de Manichée et du
Manichéifme. Par M. de Beausobre . A
Amfterdam, chez Jacques- Frederic Bernard.
1734. in-4°.
CONSIDERATION'S sur les causes
de la grandeur des Romains et de leur
décadence. Amfterd. chcz Jaq. Desbordes.
1734. in- 12. de 277 pages.
ABREGE' de la Carte generale du
Militaire de France , depuis l'établissement
de la Monarchie jusqu'au 20 Février
1734 , jour de la promotion des
Officiers generaux et des Brigadiers des
Armées du Roi , avec les nouveaux Colonels
d'Infanterie et les Mestres de Camp
de Cavalerie et de Dragons , compris le
supplément
1582 MERCURE DE FRANCE
supplément aux mutations et augmentations
des Troupes , et la distribution
des Officiers generaux des Armées , conformément
aux Ordonnances de Sa Majesté
, pour la commodité des Officiers
et du Public présenté au Roi par P. Lemau
de la Jaisse de l'Ordre de Saint Lazare
A Paris , chez Giffart Libraire , rue Saint
Jacques , Didot , Quay des Auguftins ,
Briaffon , rue Saint Jacques , Nully , grande
Sale du Palais . 1734.L'Auteur demeure
rue er près la fontaine de Richelieu , où
les Libraires de Province pourront lui
écrire.
CHRONOLOGIE de l'Histoire Sainte et
des Histoires Etrangeres qui la concernent
, depuis la Sortie d'Egypte jusqu'à
la Captivité de Babylone . Par Alphonse
Des - Vignoles. A Berlin , che Ambroise
Hude , M. DCC XXXIV.
C'est le Titre d'un Ouvrage important
qui paroît à la tête d'un Prospectus Latin
, lequel en contient le Plan et nous
a été envoyé depuis peu . Ce Plan donne
une grande idée de l'Ouvrage entier ,
et l'idée est confirmée par divers témoignages
qui sont à la suite de l'Exposé
Latin. Voici celui de M. de la Croze ,
Bibliothequaire et Antiquaire du Roy de
Prusse
JUILLET 1734. 1583
J'ay lû la Chronologie de l'Histoire
Sainte , composée par M. Des Vignoles ;
L'ordre , la netteté et l'exactitude y regnent
par tout. La Critique y est modeste
et judicieuse ; elle est pleine de Kecherches
curieuses par leur nouveauté ,
et utiles pour la certitude de l'Histoire.
Celle des Hebreux et celle des Nations
voisines y sont liées naturellement.Quantité
de Passages de l'Ecriture y sont expliquez
presque sans peine , et plusieurs
faits particuliers y sont heureusement
éclaircis. Enfin la Chronologie y est scrupuleusement
suivie , expliquée et démontrée
, autant que le comporte et le
peut être un sujet de cette nature. Si cet
Ouvrage s'imprime ,comme je le souhaite,
je ne doute point qu'il ne se débite fort
bien , et qu'il ne faille bien tôt faire une
autre Edition. A Berlin le 21. d'Avril
1731 .
On propose cet Ouvrage par Souscriptions.
On peut souscrire à Paris ,
chez Briasson, ruë S. Jacques , à la Science.
MEMOIRES très - fideles et très exacts
des Expeditions Militaires qui se sont
faites en Allemagne , en Hollande et
ailleurs , depuis le Traité d'Aix -la - Chapelle
jusqu'à celui de Nimegue , auxquels
on
1584 MERCURE DE FRANCE
on a joint la Relation de la Bataille de
Senef , par M. le Prince , et quelques autres
Memoires sur les principales Actions
qui se sont passées durant cette guerre.
Par un Officier distingué. A Paris , chez
Briasson , ruë S. Jacques , à la Science
1734. 2. vol . in 12. d'environ 400. pas
ges chacun .
>
NOUVELLE DISSERTATION sur les pa
roles de la Consécration de la sainte Eucharistie
, où l'on montre que les Liturgies
Orientales sont conformes à la Romaine
sur le Rit de la Consécration , et
que les Scholastiques qui ont combattu
le Rit des Orientaux , et les nouveaux
Grecs qui l'ont voulu soutenir contre
eux , n'ont pas compris le vrai sens de
cette Priere , ni étudié le Rit de leurs
Liturgies. A Troyes , chez Jacques le Févre
le jeune , Libraire , grande rue , an
grand S. Jacques , 1733. vol. in 8. pages
254. et se vend à Paris , chez Briasson
Libraire , rue S. Jacques.
>
LES ILLUSIONS DU COUR dans
toutes sortes d'états et de conditions
par le Pere Jean Croiset , D. L. C. D. J.
A Lyon, chez les freres Bruyset , 1734
2. volumes in 120
.
Les
JUILLET. 1734. 7585
Les mêmes Libraires ont réïmprimé
depuis peu LES REFLEXIONS CHRETIENNES
pour tous les jours de l'année. Par le
P. Neveu , Jesuite.
LES SOUFFRANCES DE N. S. J. C. tra
duites le P. Aleaume , Jesuite. ·
par
LA METHODE PRATIQUE pour converser
avec Dieu , par le P. le Franc , Jesuite :
LE PSEAUTIER de la sainte Vierge , traduit
de S. Bonaventure , par le P.. de
Galifet , Jesuite.
RETRAITE SPIRITUELLE , par le P. le
Large , Jesuite.
LA PHILOSOPHIE DE POURCHOT , CA
3. volumes in 12. sans Planches , et en
5. volumes avec les Planches .
LES PRIERES et Instructions Chrétiennes
, par le P. Sanadon , Jesuite .
LE DICTIONNIRE OECONOMIQUE , avec
des augmentations considerables , par
M. Chomel , in folio 2. volumes.
LE PASTEUR APOSTOLIQUE , par le
P. Ducos Jacobin , in 8. 2. volumes.
LA
586 MERCURE DE FRANCE
LA BIBLIOTHEQUE des Prédicateurs , par
le P. Houdry , Jesuite , avec l'Eloquence
Chrétienne du P. Gilbert , Jesuite , 22 .
volumes in 4.
PARALLELE des Moeurs de ce Siecle ;
augmenté d'un troisiéme volume qui se
vendra séparément ; par le P. Croiset ,
Jesuite.
L'ANNE'E CHRETIENNE , du mê
me Auteur , in 12. 18. volumes.
GEMME ANTIQUE , &c. Cent Planches
gravées d'après les Pierres antiques
qu'on garde à Florence dans le Cabinet
du Grand Duc , et dans ceux de quelques
particuliers , où l'on voit représentées
les Images des Hommes Illustres
et des Dieux , avec les Observations d'Antoine
Gori , Professeur d'Histoire . A Florence,
de l'Imprimerie de François Moucke,
1732. papier Imperial , pages 100. pour
les Planches , 158. pour les Observations ,
sans compter la Table de Matieres.
LE MENAGE UNIVERSEL de la Ville et
des Champs , et le Jardinier , accommodez
au goût du temps , contenant la Patisserie
, Confitures , Liqueurs , la Cuisine
,
JUILLET . 1734. 1587
ne , le Jardinage , la Chasse et la Pêche,
secrets du Ménage , avec un Traité des
Abeilles. Par M. de la Ferriere . Où se trouvent
aussi deux nouveaux Traitez , l'un
sur la Nature , l'Education , la Nourriture
des Chevaux , leurs maladies , les
remedes , & c. l'autre concerne les Vi
viers , les Etangs , Canaux , Fossɛz , Marais
, &c. A Bruxelles , chez Jean Léonard.
Nouvelle Edition augmentée .
LE LECTEUR ROYAL , ou Recueil de
Pensées , Maximes , Discours , Contes ,
poësies , &c. pour servir d'amusement à
S. A. R. Monseigneur Fréderic , Prince
de Dannemarc , de Norwege , des Vandales
et des Goths.
Amant alterna Camana.
A Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1733 .
vol. in 12. pages 251. sans l'Epitre Dédicatoite
au même Prince , et l'Avertissement.
REMARQUES HISTORIQUES et Critiques
sur l'Histoire d'Angleterre de M. de Rapin
- Toiras , par M. Tyndal , Maître ès
Arts , et Vicaire du Grand Waltham ,
dans le Comté d'Essex ; et Abregé Historique
du Recueil des Actes Publics
d'Angleterre , de Thomas Rymer , var
M.
1588 MERCURE DE FRANCE
M. de Rapin-Toiras , avec les Notes de
M. Et. Whatley , en 2. vol . in 4. A la
Haye , chez P. Gosse , et J. Neaulme , 1733 .
BIBLIOTHEQUE RAISON NE'E des
Ouvrages des Sçavans de l'Europe . Tome
21732. Premiere et seconde Partie. A
Amsterdam , chez les Westeins et Smith ,
in 12 .
L'Extrait de l'Histoire des Chevaliers
de Malte , par l'Abbé de Vertot , qui remplit
le second Article de ce Volume
quoique long de 58. pages , se fait lire
avec plaisir.
LES METAMORPHOSES D'OVIDE en Latin
, traduites en François , avec des Remarques
et des Explications Historiques
par M. l'Abbé Banier , de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles - Lettres.
Ouvrage enrichi de Figures en Tailledouce
, gravées par B Picart et autres
habiles Maîtres . A Amsterdam , chez les
W'esteins et Smith , 1733. 2. vol . in folio ,
pages 524. pour les deux , et le même
Ouvrage chez les mêmes en 3. volumes
in 12. p. 384. pour le premier volume ,
318. pour le 2 et 276 pour le 3 .
e
Les ornemens exterieurs de cette Edition
, dit le Journaliste à la fin de son
Extrait , méritent qu'on avertisse le Lecteur
JUILLET. 1734. 1589
teur de leur prix. C'est une des plus belles
qui soient sorties depuis long- temps
de dessous les Presses de Hollande. Tout
en est superbe , le Papier , les Caracteres
et sur tout un très - grand nombre de
Planches , où l'idée d'Ovide est parfaitement
exprimée. En un mot, ce Livre est
un vrai Livre pour les Cabiners des Curicux.
HISTOIRE DE L'EMPIRE , Contenant son
Origine , ses Progrès , ses Révolutions
la forme de son Gouvernement , sa Politique
, ses Négociations et les nouveaux
Reglemens faits dans les Traitez de Westphalie
, &c. Par M. Heiss . Nouvelle Edition
, augmentée d'un Discours Préliminaire
, de Notes Historiques et Politiques,
continuée jusqu'à présent et enrichie de
Tailles- douces, imprimée en deux formes,
l'une in 4. en deux volumes , dont le
premier a 523. pages , sans les Préfaces
ot le Discours Préliminaire , qui font en
tout 77. pages , et le second 740. pages
avec la Table des Matieres. L'autre in 12 .
en 8. volumes , dont le premier contient
en tout 6 28, pages , le 2. 483. le 3. 492 .
le
4. 500. le .518 . le 6. 538. le 7. 509.
et le 8. 478. A Amsterdam , chez les
Westeins et Smith , 1733.
P RI1590
MERCURE DE FRANCE
RELIXIONS Sur l'attachement d'Athenais
, Imperatrice d'Orient , pour Paulin,
Favori de l'Empereur , où l'on réfute
l'Auteur de la Vie d'Athenais , inserée
dans le 9 Tome des Memoires de Litterature
et d'Histoire du R. P. des Molets.
On a réimprimé à Londres , en 2. vol.
in 8. l'Histoire des Bains froids , tant anciens
que modernes , par le ChevalierJean
Floyer avec un Appendix d'Edouard
Baynard , Membre du College des Mcdecins
.
,
On a imprimé à Amsterdam , Memoires
et Refléxions sur les principaux Evenemens
du Regne de Louis XIV. Par le
Marquis de la Fare. Nouvelle Edition
augmentée de Remarques où l'on éclaircit
diverses circonstances du Regne de
ce Monarque , in 8 .
.
On publiera dans peu de jours dans
la même Ville , chez François Changujon
, une Histoire Naturelle des Vers qui
rongent les Piliers des Digues de la Zélande,
de la Frise et de la Nord- Hollande , avec
une Relation Historique du dégât qu'ils ont
fait , de l'état présent des Digues , & c. ornée
d'une Planche qui représente les diffe
rentes
JUILLET. 1734. 1591
rentes sortes de Vers et la construction des
Digues , un vol . in 8 .
Le même Libraire a commencé une
nouvelle Edition des Oeuvres diverses de
M. Rousseau , considerablement augmentée ,
un volume in 12 .
QUESTION de Medecine.
1. Sçavoir si les Alimens cruds sont
aussi salutaires que les Alimens cuits ?
2. Si les Alimens , soit cruds , soit
cuits , sont aussi salutaires froids que
chauds ?
Le V. Tome de la nouvelle Edition du
Glossaire de du Cange , par les R R. Peres
Benedictins , dont on a parlé plusieurs
fois dans le Mercure , vient de påroître
et se débite actuellement chez
C. Osmont , ruë S. Jacques.
Il paroît depuis peu un nouveau Recueil
de Pieces de Clavecin , de la composition
de M. Février Organiste ; le
prix en blanc 6. livres. Il se vend à Paris,
chez l'Auteur, à la Coupe d'or, ruë saint
Honoré , ou chez le sieur le Clerc , ruë
du Roule , ou chez le sieur Boivin , ruë
S. Honoré. Gravez par Huë.
Nous apprenons par une Lettre écrite
Fij de
1592 MERCURE DE FRANCE
de Toulouze le 14. Juillet 1734. qu'un
nombre de personnes curieuses y ont formé
une Societé des Sciences , laquelle tient
ses Conférences , avec la permission du
Roy, depuis environ 6. ans; cette Societé
a tenu cette année son Assemblée publique
le Mardy 22. Juin , les Capitouls de
Toulouse et le Corps de Ville y assisterent.
M. l'Abbé de Catelan , Grand- Chantre de
l'Eglise Métropolitaine, y présida et fit un
Discours sur l'utilité des Sciences.
M. Carriere lut un Mémoire contenant
quelques Observations Anatomiques également
curicuses et utiles. M. Sage lut
ensuite une Dissertation Chimique sur
les differentes qualitez des Eaux qui sont
aux environs de la Ville de Toulouze.
M. Planque , de l'Oratoire , Directeur
termina la Séance par la résomption qu'il
fit avec beaucoup d'ordre et de clarté ;
de tous les Mémoires qu'on venoit de
lire. Il y eut à cette Assemblée un grand
concours de monde ; il n'y en avoit point
encore eû de plus nombreuse et de plus
remplie de personnes de distinction.
La Lettre qui contient ce détail , nous
a été écrite par M. Garipuy , Secretaire
de la Societé des Sciences de Toulouze.
Le Panégyrique de S. Victor fut prononcé
JUILLET.. 1734 1595
noncé dans son Abbaye Royale , par
M. de Meney , Chanoine Régulier de
P'Ordre de S. Augustin , de la Maison de
S. Antoine , le Mercedy 21. de ce mois , en
présence de M. l'Abbé de Berwik , Abbé
de S. Victor , et d'un très-grand nombre
de Personnes distinguées. Il conduisit insensiblement
son sujet à l'Eloge du feu Maréchal
de Berwick , des qualitez duquel
il fit une très ingénieuse et très - touchante
application , qui n'attira pas moins les
suffrages que l'attendrissement de tout
l'Auditoire.
Voici l'Extrait de ce Panégyrique ,
dont les beautez soutiennent parfaitement
la réputation que M. de Meney
s'acquiert tous les jours en Chaire par
la force et la netteté de ses Compositions
et par la sagesse avec laquelle il les prononce
.
I Es difficultez qui se multiplient , ne servent
qu'à multiplier les mérites de celui
qui en triomphe , et à relever la toute-puissance
de la Grace , qui seule en peut faire
triompher. Ainsi , et tout récemment , avonsnous
vû tomber sous ces foudres de bronze
inventez pour la destruction des hommes ,
un grand et sage Capitaine , en qui toutes
les vertus Guerrieres ont brillé avec d'au-
Fii tant
7194 MFR CURE DE FRANCE
tant plus d'éclat , qu'elles puisoient leur sour
ce dans son amour pour les Vertus Chrétien–
nes , dans la constance de sa foy , dans la
fermeté de son esperance , dans son attachement
inviolable pour le Roy et pour l'Etat.
L'intrepidité de son coeur le laissoit tranquile
dans les occasions les plus dangereuses , où la
mort se présentoit à lui de toutes parts. N'en
soyons pas surpris. C'est que la pureté de
sa conscience le rassuroit ; c'est que nourri
du pain des Forts au pied des Autels ,
il apprenoit à mépriser dans la mêlée , ces
foiblesses qui troublent malgré eux l'ame des
impies, c'est qu'après avoir vécu dans les exercices
d'un parfait Chrétien,il règardoit comme
un bonheur de mourir en remplissant les devoirs
d'un bon et fidele Sujet . Animé de l'es--
prit des Gédéons , des Josués , des Davids ,
il mettoit toute sa confiance dans le Dien
des Batailles, qui seul forme les Guerriers et
les Conquerans. Aussi quelle prudence n'en
résultoit-il point dans ses Conseils? quelle génerosité
dans ses sentimens? quel courage dans
ses entreprises? quel succès dans ses Combats?
quel désinteressement dans toute sa conduite !
Pour un si grand coeur les richesses n'étoiens
rien ; tout autre interêt que celui de la Patrie
languissoit auprès de lui ; et la vertu en
un mot, unique objet de ses actions , lui en
servit de digne prix pendant sa vie , comme
Will
JUILLET. 1595 1724.
sin nom glorieux en sera à jamais la recom
pense après sa mort.
Poussons donc à bout par cet exemple cette
criminelle politique qui oseroit disputer à la
pieté la gloire de former les plus sages et les
plus intrépides Héros: Quoi ! dans une condition
où toutes les portes sont ouvertes à la
mort , où l'on touche sans cesse à l'instant
fatal de subir son dernier terme , il y auroit
un plus sûr moyen de s'y exposer sans crainte
, que de n'avoir rien oublié pour se ren
dre favorable son Juge ? Peut -on penser et
seroit-il possible qu'un Chrétien courût plus
tranquillement les hazards terribles de la
Guerre , quand à travers l'épais nuage de
ses crimes , il n'appercevroit que les suites
inévitables d'une malheureuse Eternité
que si par des jours pleins de mérite il avoit
tout à esperer de la bonté de Dieu ? Non
non , les hommes habiles à se déguiser , peuvent
sous un visage serein , couvrir les inquietudes
les mieux fondées ; mais il sera toujours
constamment vrai que la Religion , loin
de nuire an courage , l'inspires et rien
n'est plus rare que d'être brave par goût et
dans le fonds du coeur , si à l'exemple du
grand General que nous regrettons , l'on n'est
en même temps veritablement Religieux par
Pesprit et par le sentiment.
>
Vous me passerez cette digression , Mes-
Է 111 ) sieurs
1596 MERCURE DE FRANCE
sieurs , outre qu'un tel hommage rendu à un
Héros immolé à la Patrie , doit trouverplace
dans tous les coeurs reconnoissants , et qu'il
convenoit dans un Temple arrosé chaquejour
des larmes de l'un de ses pieux et illustres
Descendans , il me semble encore que je l'ai
tiré du fond de mon Sujet et qu'il m'y ramene
naturellement. Car quel pensez-vous
que fut Victor dans la dissipation des Armes
, dans les plaisirs de la Cour , &c.
M. Edme Pourchot , Licentié ès ] Droits , Ancien
Recteur et Syndic de l'Université de Paris ,
Professeur Emérite , et Doyen de la Tribu de
Sens , mourut le 22 Juin 1734. regretté de tous
ses Amis et de tous ceux qui le connoissoient , à
cause de son bon esprit et de son aimable caractere
, dans la Societé. Il fut inhumé le 24. avec
toute la simplicité possible , comme il l'avoit recommandé
par son Testament , dans le Cimetiere
de S. Etienne du Mont ; toute l'Université
assista à son Enterrement, avec une foule d'Amis,
à la tête desquels étoient plusieurs Magistrats .
-M. Clément , Conseiller au Parlement , Executeur
Testamentaire du Deffunt , menoit le Convoy.
On trouve chez Jaillot , sur le Quay des Augustins
, deux nouvelles Cartes nouvellement publiées
par M. Henry Liebaux , habile Géographe;
l'une de la Ville de Mantouie , son Lac , ses Fortifications
et les divers Ouvrages qui en déffendent
les approches , et l'autre des Environs de
cette Ville.
Il paroît depuis peu en Estampe les Quatre
Saisons
JUILLET. 7 1734. 1597
Saisons d'après Vvattau , d'une composition
agréable et très- bien caracterisée , dans des especes
de Cartouches d'une forme et d'un contour
singulier ; elles sont gravées en large par le sieur
Huquier , chez lequel elles se vendent , vis - à- vis
le grand Châtelet , et chez la Veuve Chereau, ruë
S. Jacques.
On débite aussi , avec grand succès , chez le
sieur Huquier , un fort beau Portrait de Philippe
Wauwermans , celebre Peintre Hollandois , dont
les Tableaux font l'ornement des plus fameux .
Cabinets . Il est très - bien gravé dans un Cartouche
avec des ornemens convenables au caractere
du Peintre , par le sieur Dupuis , d'après un
Dessein original de C. Vischer.
On nous a écrit que le Memoire sur lequel
nous avons parlé dans le Mercure du mois d'Avril
dernier, du R. P. Raphaël Bluteau , à l'occasion
de sa Morf , n'est pas exact: Il n'étoit point
Chanoine Régulier , mais Clerc Régulier de la
Congrégation des PeresThéatins. C'estun des premiers
Profès de la Maison de Paris , et il en étoit
Superieur il y a plus de 50. ans . On ne sçait pas à
quelle occasion le P.Bluteau alla en Portugal, mais
ce qu'il y a de certain, c'est qu'il apprit si bien le
Portugais en 6. mois de temps , qu'il eut l'honneur
de prêcher avec applaudissement en cette
Langue , devant le Roy et la Reine de Portugal .
Il composa depuis le Dictionnaire Académique
de la même Langue , et les autres Ouvrages dont
est parlé dans le Mercure. Il revint dans la
suite à Paris , où il s'acquit la réputation d'une
grande Pieté et d'une profonde Erudition . Il étoit
sur tout fort estimé du Cardinal d'Etrées. Il re
passa en Portugal , où il a fini sa cartiere.
F V CHAN ~
1598 MERCURE DE FRANCE
CHANSON.
T- Andis que sur le Rhin
Nos Guerriers bravent le Destin ,
Et que Mars , les Armes en main
Par un caprice inhumain.
Dans son courroux ambitieux et vain
Semble enfin
Vouloir du Genre humain
Avancer la fin..
Dans le fond d'un Jardin
Parsemé de Thin ; .
Colin
Contraire , ainsi que Catin ,
Au dessein ,
De ce Dieu trop hautain ,
Sans cesse a recours au vin
Ce jus divin
Dans leur sein
Porte l'Amour , et ce petit lutin
Fait que Colin
Avec Catin
Tous les neuf mois enfin
Font un Fantassin.
JAD
1
Le choix du beau monde ou des
•
JAD
JUILLET. 1734. 1599
VAUDEVILLE,
Vous qui croyez que la Justice
A vos voeux deviendra propice ,
Et cela sans rien débourser ;
C'est mal penser.
Mais , vous qui doublez le salaire
Du Greffier et du Secretaire ,
Et croyez par-là triompher ,
C'est bien penser.
Amans qui contez des fleurettes ;
Et croyez dans vos amourettes ,
Bien avancer sans financer
C'est mal penser .
;
Mais vous , Caissier , dans l'abondance
Qui croyez à votre opulence ,
Que Philis se laisse amorcer
C'est bien penser .
Mamans , qui ne prêchez sans cesse
Que vertu , morale et sagesse,
Croyant les mieux faire exercer ,
C'est mal penser.
Mais vous qui laissez à vos Filles,
Le choix du beau monde ou des grilles ,
F vj Sans
1600 MERCURE DE FRANCE
Sans vouloir en rien les forcer
C'est bien penser.
諾
Petit Maitre , dont la figure
A grand besoin de la parure ,
Qui , minaudant , croyez passer ;
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez qu'on se mocque
Du Poupin , et que sa deffroque
Est ce qui le fait encenser
C'est bien penser.
2
Vous qui croyez votre Maîtresse
Pour tout autre que vous tigresse ,
Que l'or ne pourroit ébranler ,
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez qu'une Belle
Ne puisse être deux mois fidelle ,
Sans la voir un peu chanceler ,
C'est bien penser.
Beautez , qui croyez que vos charmės
Seront toujours de fortes armes ,
Qu'Hymen ne pourroit ébranler;
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez que la Nôce
Abrege le tendre négoce
D'un
JUILLET. 1734 1601
D'un Amour prêt à s'éclipser ,
C'est bien penser.
J... de Paris.
SPECTACLES.
E 22 Juillet l'Académie Royale de
Musique donna la premiere Représentation
d'un Ballet nouveau , composé
d'un Prologue et de trois Entrées , intitulé
, Les Fêtes nouvelles , dont les paroles
sont de M. Massip , et la Musique
de M. Duplessis. On a interrompu cette
Piece après la troisiéme Keprésentation ;
nous en parlerons plus au long.
On a repris leBallet des Elemens , qu'on
revoit avec plaisir, et dont nous avons parlé
assez au long : mais nous n'avons rien dit
de la Décoration de la derniere Entrée qui
fait un effet admirable , et que le Public a
extrémement applaudi . Il est juste d'en
donner une idée à ceux de nos Lecteurs
qui ne sont pas à portée de voir ce magnifique
et ingenieux Spectacle.
Cette Décoration représente le jardin
des Hesperides. On voit d'abord une gran
de allée ; à l'entour du tronc des arbres
et Palmiers s'élevent des Sarmens et des
Pampres de vignes , et l'on voit sur les
arbres
1602 MERCURE DE FRANCE
arbres des fruits de differentes especes: au
bout de l'allée s'éleve une grande terrasse
supportée par des murs en talus d'ordre
rustique , avec un balcon et des balustres
portés par des Satyres.
Le dessous de la terrasse est percé au
milieu par une grande Arcade surbaissée
et continuće jusqu'au fond où est une
niche dans laquelle paroît un fleuve
couché appuyé sur une urne , de laquelle
sort une chute d'eau mouvante , formée
par des gazes d'argent , et imitant parfaitement
le naturel par le moyen des
roues , & c.
Tout le dessous de la terrasse est voûté
formant plusieurs grottes , d'où sortent
tous les Personnages du Ballet . Ce souterrain
paroît extrêmement grand , et suppose
conduire par son plan sur tous les
differens endroits du jardin.
Y Le dessus de la terrasse sur laquelle il
a de grandes allées d'arbres en berceau à
perte de vûe , ornés comme ci.dessus , est
occupé par plusieurs Musiciens avec leurs
instrumens , placez au - delà des balustres;
lesquels sont négligemment ornez de quelques
tapis jettez au hazard; ce qui enrichit
cette Architecture rustique , qui paroît
porter la terre et les arbres , comme si
c'étoit réellement bâti en pierre , et just
qu'à tromper les
yeux.
JUILLET. 1734- 1803
Cette Décoration est peinte et disposée
avec un art admirable sur les desseins du
Chevalier Servandoni .
ENE E ET DIDON , Tragédie
représentée pour la premiere fois sur le
Théatre François le 21 Juin 1734.
ACTEURS.
Didon , Reine de Carthage. La Demoiselle
Dufrejne
Enée , Chef des Troyens. Le Sr. Dufresne.
Iarbe , Roi de Numidie. Le Sr. Grandval.
Madherbal , Ministre et General des Carthaginois.
Le S. Legrand.
"
Achate , Capitaine Troyen. Le Sr. Sar
razin.
Zama , Officier d'Iarbe. Le Sr. Dubreuil.
Elise , Confidente de Didon. La Demoiselle
Jouvenot.
Barcé , Femme de la suite de la Reine .
La Demoiselle Dubreuil
La Scene est à Carthage dans le Palais
de la Reine.
Nous supprimons l'Extrait que nous
avions fait de cette Tragédie , et le Lecteur
y gagnera ; nous substituons à la
place la Lettre qu'on va lire , qui nous
est tombée entre les mains par hazard, et
qui
1604 MERCURE DE FRANCE
qui donne une idée très claire et très- complette
de ce Poëme .
LETTRE de M. *** à M. le
Marquis de Bauffremont , Mestre de
Camp de Dragons.
J
E manquerois , Monsieur , aux devoirs
de l'amitié qui nous unit , si je
negligeois de vous apprendre un succès ,
auquel j'ose croire que vous prendrez
part. Je viens de donner au Théatre François
ma Tragédie de Didon
et les applaudissemens
dont le Public l'a honorée
, ont pleinement justifié la démarche
que javois faite , en m'avouant l'auteur
' un ouvrage dramatique.
J'avois toujours pensé que les talens
de l'esprit étoient le plus bel appanage
de l'homme ; que ceux qui les avoient reçus
de la nature étoient sûrs d'une gloire.
aussi solide que brillante , et qu'enfin le
préjugé des personnes qui croyent qu'un
homme d'un certain état ne peut avec
bienséance suivre son penchant pour la
Poësie , est d'autant plus injuste et déraisonnable
, qu'il est détruit par l'exemple
de tant d'hommes illustres , dont la
réputation est plus établie par les ouvrages
qu'ils ont laissez à la posterité , que
par les dignitez dont ils ont été revêtus
penJUILLET.
1734 130
pendant leur vie : cependant l'incertitude
de l'évenement , et la honte attachée à
une chûte , je dirois même à un succès
médiocre , m'ont retenu longtems , et
sans un coup du hazard , je n'aurois peutêtre
jamais tenté de détruire moi - même.
une idée dont je connoissois toute la
fausseté.
Vous pouvez vous rappeller , Monsieur
, que cette matiere a été souvent le
sujet de nos conversations ; et tout jeune
que vous êtes, je fais gloire de vous nommer
parmi ces personnes , qui comme
vous , aussi recommandables par la justesse
de leur esprit , que par l'éclat de
leur naissance , m'ont toujours exhorté à
cultiver un talent flatteur par lui - même,
et qui ne peut être avili que par la faute
de ceux qui le possedent.
Je vais vous donner une idée generale
de ma Tragédie , en attendant que vous
puissiez juger par vous- même si elle mérite
son succès.
Le sujet est tiré de Virgile qui en est
l'inventeur , et qui a jugé à propos de
faire , comme tout le monde sçait , un
* Mediocribus esse Poetis
Non di , non homines non concessere columna.
Hor, ort. p.
anacronisme
1606 MERCURE DE FRANCE
>
anacronisme de plus de trois cens ans
pour procurer à Didon l'avantage d'être
trahie par le fondateur de l'Empire Romain.
Il est vrai que le titre seul de ce
Poëme avoit déja révolté tout le monde
et que les spectateurs se rendirent à la
Comédie avec un esprit de prévention
qui me fit trembler. Je ne dois ma réussite
qu'au soin que j'avois pris en composant
ma Tragédie de donner à mes héros
un caractere et des sentimens tout differens
de ceux qu'ils ont dans l'Enéïde .
Iarbe Roi de Numidie ouvre la scene
avec Madherbal Ministre et General Carthaginois
; ce Roi qui arrive chez Didon
en qualité de simple Ambassadeur , avoit
passé autrefois sous un nom inconnu à la
Cour de Pygmalion , lorsque Sichée venoit
d'être assassiné . C'est là qu'il étoit
devenu amoureux de Didon : mais n'ayant
pu lui découvrir sa passion , à cause de
la fuite de cette Princesse qui avoit quitté
secretement sa patrie , pour éviter les fureurs
de son frere , meurtrier de son mari;
il étoit retourné en Afrique après bien
des malheurs : alors ayant appris que Didon
venoit de fonder une Ville sur les
côtes de Libie , il lui avoit fait proposer
de l'épouser , ce que cette Reine avoit
refusé deux fois à ses Ambassadeurs ; ce
refus
JUILLE T. 1734 1607
refus obstiné, engage Iarbe à venir luimême
en penetrer les raisons. Madherbal
lui apprend que les Troyens sont arrivez
à Carthage ; que la Reine les comble
de bienfaits , et qu'on parle déja de son
mariage avec Enée . Cette nouvelle est un
coup de foudre pour le Prince Africain
qui dans un premier mouvement de fureur
propose à Madherbal de soulever les
Tyriens contre les projets de la Reine.
Madherbal dont les sentimens nobles et
vertueux n'ont pas peu contribué au succés
de ma Tragédie , lui répond ainsi.
Moi , Seigneur ! moi rebelle ! ah j'en frémis
d'horreur :
Mais il faut excuser l'amour et sa fureur
;
Fallut- il sur moi seul attirer la tempête ,
Et dûssai-je payer mes conseils de ma tête ;
Je parlerai , Seigneur , et peutêtre ma voix
A- t- elle chez la Reine encore quelque poids.
Votre hymen est utile au bien de son Empire ;
Et je me trahirois en craignant de le dire.
Mais si de Madherbal le zele parle en vain ,
Si l'étranger l'emporte , et s'il l'épouse enfin
N'attendez rien , malgré votre douleur mortelle ,
D'un sujet , d'un Ministre à sa Reine fidele ;
Jamais flatteur , toujours prêt à leur obéir ,
Je sçais parler aux Rois , mais non pas les trahir.
Didon
1608 MERCURE DE FRANCE
Didon paroît avec toute sa Cour pour
recevoir l'Ambassadeur d'Iarbe . Le faux
Ambassadeur fait de vains efforts auprès
d'elle pour la déterminer à épouser son
Maître. Il se retire en lui annonçant co
qu'elle doit craindre d'un Roi puissant et
irrité. Didon finit cet Acte par une scene
avec Elise , qui lui représente en vain
les suites fâcheuses de ses refus et de la
colere d'Iarbe. Cette Princesse compte sur
le secours d'Enée ; elle justifie sa passion
par l'éloge qu'elle fait des vertus de ce
Heros ; et c'est principalement dans cette
scene que j'ai tâché de développer le caractere
de cette Reine , son intrépidité
dans les perils , sa tendresse dans ses sentimens
, et sa force dans ses résolutions.-
Enée commence le second Acte avec son
fidele Achate. Il paroît dans une agitation
violente ; la gloire l'appelle en Ausonie ,
son amour et le bienfaits de la Reine le
retiennent â Carthage ; il ne peut se résoudre
à partir , il trouve trop de conformité
de son sort à celui de Didon, pour
ne pas croire que le Ciel les a faits l'un
pour l'autre.
Je ne sçais si mon coeur se flatte en son amour
Mais peut-être le Ciel m'appelloit à sa Cour ;
Son malheur est le mien, ma fortune est la sienne,
Elle
JUILLET. 1734 1669
Elle fuit sa patrie , et j'ai quitté la mienne ;
Le fier Pygmalion poursuit les Tyriens ,
Les Grecs de toutes parts accablent les Troyens
L'un à l'autre connus par d'affreuses miseres ,
Le destin nous rassemble aux terres érrangeres ;
Et peut -on envier à deux coeurs malheureux
Le funeste interêt qui les unit tous deux ?
Cependant Achate insiste , et lui annonce
que les Troyens commencent à
murmurer de ses retardemens. Ils sont
interrompus par Didon, qui vient pleine
de tendresse et de confiance se féliciter
avec Enée du plaisir qu'elle a de le couronner
, et de l'avoir pour défenseur contre
les efforts de ses ennemis . Ce Prince
troublé par les discours d'Achate , laisse
entrevoir à la Reine ce qu'ils doivent
craindre tous deux , il s'attendrit lui-même
, et rejette la cause du malheur qui
les menace sur son peuple déja séduit par
l'attrait de la gloire que lui promettent
les oracles.
Tel est du préjugé le pouvoir ordinaire ,
Il soumet aisément le crédule vulgaire :
Courageux sans honneur , et pieux sans vertu ,
Souvent dans les transports dont il est combattu,
Le Soldat entraîné sur la foi d'un oracle ,
Du respect pour ses Rois brise le vain obstacle,
Ccd
1610 MERCURE DE FRANCE
Cede , sans la connoître , à la Religion ,
Et se fait un devoir de la rebellion .
Enée dont l'amour et la bonne foi
paroissent dans toutes ses act ons , quitte
Didon en l'assurant que si le sort se
déclare contre eux , son coeur n'en sera
ni moins tendre , ni moins fidelle . On
conçoit aisément le trouble et l'agitation
de la Reine ; c'est dans ce moment qu'on
vient lui annoncer que l'Ambassadeur
d'Iarbe veut lui parler pour la derniere
fois . Elle est forcée à se contraindre :
l'Etranger paroît devant elle , et ne pouvant
plus dissimuler sans désespoir il se
fait connoî re à Didon qui lui répond
avec les égards dûs à la Royauté , mais
en lui laissant moins d'espérance que jamais.
Jaibe finit l'Acte avec Zama Of
ficier Numide.
Il reparoît au commencement du troisiéme
, mais il ne respire que fureur et
que vengeance . Comme il n'a plus d'espoit
dans sa passion , il n'a plus de retenue
dans ses emportemens , et j'ai tâché
de caracteriser par ses sentimens et ses
expressions la violence que s'est faite un
Roy barbare dont l'amour avoit suspendu
quelque tems la ferocité naturelle. Les
sages conseils de Madherbal ne servent
qu'à
JUILLET. 1734 1611
*
› aux
qu'à l'aigrir , et il sort après les sermons
les plus terribles de venger son amour et
de punir la Reine. Elle arrive. Madherbal
lui apprend les projets et le départ
d'larbe ; elle lui ordonne de faciliter la
retraite de ce Prince et de
songer
moyens de lui résister. Cependant cette
Reine malheureuse se livre plus que jamais
à ses inquiétudes , et de violens
soupçons lui font pressentir le malheur
qui lui sera bientôt annoncé . En effet
elle apperçoit son amant qui revient du
Temple où les Trovens l'avoient entraî
né : elle connoît à son désespoir et à ses
discours embarrassez qu'il a promis tout
ce qu'on a voulu . Si je ne craignois
d'être trop long , je vous raporterois ici
tout cette Scene qui est sans contredit
celle de toute ma Tragédie où le coeur est
le plus remué et le plus attendri. Enéc
tâche de se justifier; son amante l'accable
des reproches les plus tendres , les plus
vifs et les plus touchans : il ne peut les
soutenir sans émotion , l'amour enfin reprend
le dessus ; c'est dans ce moment
que le severe Achate vient lui dire que sa
Flote est prête , mais Enée le quitte
brusquement pour voler sur les pas de
Didon. Achate le suit en s'écriant.
Que
1612 MERCURE DE FRANCE
Que vois-je quel transport de son ame s'em
pare !
Courons , sçachons les soins dont il est combattu
:
Dienx,faut-il que l'amour surmonte la vertu ! "
Enée revient avec Elise qu'il charge de
calmer et d'entretenir la Reine pendant
qu'il va déclarer aux Troyens la résolution
où il est de ne plus quitter Carthage
. Achate se présente aux yeux d Enée ,
il le trouve dans la situation d'un homme
que
l'amour a mis hors d'état d'écouter
tout ce qui ne tend point à flatter sa
passion . Il falloit le faire revenir de cet
oubli de soi- même : combattre les raisons
dont il se sert pour épouser Didon ; il
falloit l'éblouir , lefrapper ,le convaincre
et sur tout le persuader ; mais sans avoir
recours à ces lieux communs de vertu
de gloire et de morale qu'on étale avec
emphase , et qu'on écoute sans surprise
et sans émotion , Achate employe des
moyens plus sûrs et plus touchans. L'interêt
du jeune Ascagne , l'Empire de
l'Univers promis aux Descendans d'Enée
offrent un champ libre à son attachement
pour ce Héros. C'est ainsi qu'il lui parle.
Aimez donc ; renoncez aux palmes immortelles,,
Qui
JUILLET. 1734. 1613
Qui devoient couronner vos conquêtes nou¬
velles ;
Nos
yeux
s'étoient flattez d'en être les témoins:
Sans doute votre coeur peu touché de nos soins ,
Envie aux Phrigiens l'heureuse destinée
De vaincre ou de mourir pour la gloire d'Enée.
Mais il vous reste un fils. Ce fils n'est plus à
vous ,
Il apartient aux Dieux de sa grandeur jaloux ;
Par ma bouche aujourd'hui vos peuples le demandent
;
Promis à l'Univers les Nations l'attendent :
Confiez à nos soins ce dépôt précieux ,
Pour nous sacré garant de la faveur des Cieux .
Nous irons pleins de zele accomplir les miracles
Qu'à ses premiers exploits annoncent les oracles
Vous le sçavez , Seigneur vous qui dans les
combats
?
De ce fils jeune encor deviés guider les pas ;
Ses neveux fonderont un Cité guerriere ,
Qui changera le sort de la nature entiere ,
Qui lancera la foudre , ou donnera des Loix ,
Et dont les Citoyens commanderont aux Rois ,
Leur nom fera trembler; le Maître du Tonnerre
A leur vaste triomphe a res rvé la Terre:
Laissez à votre fils commencer un destin
Dont les siècles futurs ne verront point la fin ,
G Et
1614 MERCURE DE FRANCE
Et n'avilissez plus dans une paix profonde ,
Le sang qui doit former les Conquerans du
monde.
و
Enée à ce discours semblable à un
homme qui sort d'un profond assoupissement
revient enfin à lui- même. La
gloire se montre à lui dans tout son
éclat ; il rougit de sa foiblesse ; rien ne
l'arrête plus ; et pour éviter les adieux
d'une Princesse dont il doit redouter les
charmes , il se dispose à suivre Achate.
Dans ce moment Didon paroît devant
lui . Cette Reine qui d'ailleurs ne doit
plus avoir confiance en lui , s'apperçoit
aisément, de son embarras , et sans l'accabler
de nouveaux reproches ,se contente
de lui apprendre les malheurs qui la menacent
, et finit en lui donnant la liberté
de partir . Madherbal vient annoncer
l'arrivée des Troupes d'Iarbe . Ce nouvel
Evenement rend la situation de la Reine
encore plus touchante . Enée n'a pas deux
partis à prendre il se détermine en
Héros , et sort pour aller combattre .
Le cinquième Acte se passe sur la fin
de la nuit et à la pointe du jour. Didon
effrayée du combat qui se donne pour
elle ne s'occupe que des idées les plus
cruelles et les plus funestes. Elle se reproJUILLET.
1734. 1615
و
sa
proche son injustice à l'égard d'un Amant
qui sacrifie pour elle ses peuples
gloire et sa vie. Mille pensées differentes
l'agitent tour à tour jusqu'à l'arrivée de
Barcé , qui vient lui dire qu'Enée a vaincu
et mis en faite les Africains. Quelle
joye pour uneAmante de devoir sa gloire.
et sa sûreté à la valeur de son Amant !
Elle l'attend avec impatience , ou plutôt
elle vole audevant de lui , lorsque
Madherbal arrive suivi d'une troupe de
Tyriens. Il lui fait le détail de la victoire
d'Enée , et finit par les adieux de ce
Héros qui a saisi l'instant de son triomphe
pour obéir aux Dieux , et s'éloigner
à jamais de Carthage. Figurez - vous les
differents transports auxquels peut se livrer
une Amante infortunée dans les
premiers mouvemens de sa fureur et de
son affliction . Reproches , plaintes , emportemens
, tout est mis inutilement en
usage ; il ne reste plus d'espoir à la malheureuse
Didon qui se poignarde aux
yeux de ses femmes et des Tyriens qui
ont accompagné Madherbal. Mais par un
retour digne d'une ame grande et genereuse
, elle expire en avoüant ce qu'elle.
doit à Enée , et en lui adressant ses der--
niers soupirs.
Au reste , Monsieur , je ne puis que
Gij
me
616 MERCURE DE FRANCE
,
me louer extrémement du zele avec lequel
les Comédiens et sur tout M. Dufrêne,
ont representé ma Tragédie . Cet
Acteur si justement cheri du Public
soutient dans le Personnage d Enée l'estime
qui est duë à ses talents . Mlle Du-
Frêne , s'est surpassée : elle n'offre rien à
désirer à la plus severe Critique. Une
figure aussi aimable qu'interessante , la
voix foible à la verité , mais touchante
et gracieuse ; la prononciation la plus
correcte et la plus distincte : force , précision
, noblesse dans l'expression des
sentimens ; l'art chez elle ne supplée
point à la nature , il ne fait que l'aider
ou pour mieux dire l'embellir . En un
mot elle réunit toutes les differentes parties
qui doivent concourir à former une
Actrice parfaite.
Mlle Dufêne a donné la préference
au rôle de Didon sur tous les autres
rôles du Theatre , en le choisissant pour
être le sujet d'un Tableau d'Histoire auquel
on travaille actuellement .
Adieu , Monsieur , souvenez - vous
quelquefois au milieu des allarmes et des
fatigues de la guerre , d'un ami qui s'interesse
plus que personne à votre gloire
et à votre avancement. Vous connoissez
mes sentimens pour vous et vous ne doutez
JUILLET. 16177
734
tez point de leur sincerité. J'ai l'honneur
d'être &c. ..
A Paris ce 14 Juillet 1734.
Le Samedy 3I1 de ce mois,on donna la
treiziéme Représentation de cette Piéce ,
pour la remettre au Théatre après la
S. Martin .
Le 28 Juin , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie du Sr Romagnesi , en Vers
et en trois Actes, qui a pour titre le Petit
Maître Amoureux ; Elle a été reçuë favorablement
du Public . Cette Piece fut
suivie d'un nouveau Balet Pantomime:
représentant la Fable de Pigmalion ,
executé avec aplaudissement par la Dlle
Rolland et par le Sr Riccoboni sur des
airs de violons de la composition de
M: Mouret , très bien caracterisez. Le
même sujet de Balet a éte dansé à Lon--
dres au mois d'Avril dernier › par la
Dlle Sallé et par le St Maltaire.
Le 26 Juin , l'ouverture de la Foire
S. Laurent fut faite en la maniere accoutumée
, et le même jour , l'Opéra Comique
fit aussi l'ouverture de son Théatre
G iij par
1618 MERCURE DE FRANCE
par deux Piéces nouvelles d'un Acte chacune
en Vaudevilles , avec des Divertissemens
la premiere intitulée la Mere
Embarassée , et l'autre l'Absence , précedées
d'un Prologue : on parlera plus au
long de ces Piéces qui ont été goutées du
Public.
Le 9 Juillet , on donna à la fin de ces
mêmes Piéces un nouveau Balet Pantomime
qui a pour titre Don Quichotte chez
la Duchesse . On a voulu représenter par
des Danses figurées , les differentes folies
que ce Chevalier Errant fit chez la Duchesse
pendant le séjour qu'il y fit . Ce
Balet est ingénieux et fort bien exécuté.
Le 22 , on donna sur ce même Théatre
une Piece nouvelle d'un Acte , qui a pour
titre la Ramée et Dondon . C'est une Parodie
de la Tragédie d'Enée et Didon, qu'on
représente actuellement au Théatre François
; cette nouveauté dont on pourra
parler plus au long , a été goutée du Public.
NOUJUILLET
1734. 1619
***************
NOUVELLES ETRANGERES.
L
POLOGNE.
Suite du Siege de Dantzick
"
Es Troupes Françoises , campées au Farh
wasser,sous le Canon du Fort de Wechselmunde
, que le Comte de Munich avoit fait
sommer le 19 du mois dernier de se rendre
envoyérent le même jour au soir un Ayde Major
à ce General pour demander une suspension
d'armes de deux jours pendant laquelle on pût
convenir de la capitulation.
,
Cette demande leur fut accordée , mais les
François n'ayant pas voulu accepter les proposi
tions qui leur furent faites de la part des Generaux
Ennemis les Officiers qui avoient été
nommez pour regler les articles , se séparerent
sans avoir rien conclu. Comme le terme pres
crit pour la durée de la suspension d'armes expira
avant qu'on eut pû s'accorder , il fut résolu
qu'elle seroit prolongéé d'un jour , et que trois
Officiers François se rendroient au Camp des
Assiegeants pour traiter avec eux.
·
Le Chevalier de la Luzerne , Colonel du Re
giment de Perigord , le Lieutenant - Colonel du
Regiment de Blaisois , et M. Cornier , ayant été
chargez de cette commission , allérent le 22 au
Quartier du Duc de Saxe Wesseinfels , et le soir
on signa la Capitulation par laquelle on convint
qu'il ne seroit commis aucun acte d'hostilité
& iiij
contre
1620 MERCURE DE FRANCE
contre les Forts de la Munde , et de Westerschantz
, jusqu'à ce que les François eussent retiré
les Officiers et les Soldats malades ou blessez
qu'ils y avoient fait transporter , les Chirurgiens,.
les Artisans et les Domestiques qui les avoient
suivis , et jusqu'à ce que les Détachemens de
leurs Troupes qui étoient tant d'un côté que de
l'autre de la Riviere eussent rejoint ; que l'on
accorderoit aux François tous les honneurs de la
Guerre , qu'ils sortiroient de leur Camp Tam--
bour battant et Drapeaux déployez avec armes
et bagages ; que les Pilotes , les Matelots , les 15
Canoniers, le Commissaire Ordonnateur et tous.
ceux qui étoient venus avec les Troupes , auroient
aussi la liberté de se retirer sans être inquiétez ;
que les Troupes Françoises seroient transportées
sur des Vaisseaux de l'Escadre Moscovite dans
un des Ports de la Mer Baltique , où elles pour-.
roient s'embarquer sur des Vaisseaux François,
ou sur d'autres Bâtiments ; qu'elles se rendroient
successivement par Compagnies à bord des Vaisseaux
Moscovites ; qu'en y arrivant elles remettront
volontairement leurs armes qui leur seroient
renduës fidelement lorsqu'elles en sortiroient
qu'on fourniroit des vivres à tous les
Officiers , Soldats et autres , depuis que la capitulation
seroit signée , jusqu'au jour de leur
arrivée dans le Port où on les conduiroit , et les
remedes nécessaires pour les blessez et les malades
; que ceux de ces derniers qui ne pourroient
être transportez , seroient mis dans un lieu sûr ,
et qu'après leur guerison on leur donneroit toutes
les facilitez nécessaires pour retourner en
France.
:
Le Comte de Munich en signant ces articles.
avoit exigé que le Fort de la Munde se rendroit
JUILLET. 1734. 1621
droit deux jours aprés celui de la Capitulation,
mais le Chevalier de la Luzerne étant retourné
le 23 au Camp des Assiégeants avec le Lientenant
- Colonel duRegiment de Blaisois et M. Cornier
, et ayant representé que les Troupes Françoises
n'avoient aucune autorité sur le Gouver
neur et la Garnison de ce Fort , les Assiégeants
se relâcherent sur ce point, et la Capitulation si
gnée la veille , fut confirmée.
Les Troupes Françoises selon ce qui a été
reglé , ont été embarquées sur des Vaisseaux de
P'Escadre Moscovite , qui mirent à la voile le
26 pour les transporter dans le Port de la Mer
Baltique ou l'Amiral Gordon s'est engagé à les
faire conduire .
Le 27 les Magistrats de Dantzick ayant
député quelques - uns d'entre - eux au Comte de
Munich pour lui faire quelques nouvelles propo
sitions d'accomodeinent , ce General offrit d'accorder
une suspension d'armes de trois jours ,
pourvû que pendant ce tems il pût continuer
tranquillement ses approches , mais cette condition
fut rejettée , et l'on continua les hostilitez
de part et d'autre.
Le Roy sortit secretement de Dantzick la
nuit suivante , et le Marquis de Monti Ambassadeur
du Roy de France , ayant informé le
lendemain après midi les Seigneurs Polonois qui
étoient dans la Ville et les Magistrats , du dé→
part de Sa Majesté , ils envoyérent de nouveaux
Députez au Comte de Munich pour lui en donner
part , et pour lui . témoigner qu'ils étoient
déterminez à capituler . Comme le General des
Moscovites, au lieu d'écouter leurs propositions
ordonna qu'on recommençât à bombarder la
Ville , les Magistrats lui écrivirent le 29 une
Lettre
G
1622 MERCURE DE FRANCE
>
Lettre par laquelle ils le priérent de faire cesser
Les Actes d'Hostilité et à laquelle ils joignirent
une attestation du Marquis de Monti qui
déclaroit qu'ils n'avoient cû aucune connoissance
de la résolution que le Roy avoit prise
de se retirer.
Ils demandoient par la même Lettre des
Passeports pour les personnes qu'ils chargeroient
de regler les articles de la Capitulation avec les
Officiers qui seroient nommez par les Generaux
des Assiegeans.
>
?
M. Zaluski , Evêque de Ploxo , les Princes
Casimir , Auguste et Theodore Czartorinskiles
Princes Georges et Casimir Sapieha le
Comte Poniatowski , M. Ossolinski Grand Trésorier,
de la Couronne , M. Bielinski , Maréchal
de la Cour et les autres Seigneurs Polonois qui
étoient à Dantzick , à l'exception du Primat
envoyerent le même jour au Comte de Munich
un Acte par lequel ils se soumettent , en considération
de la conjoncture presente des affaires ,
à reconnoître l'Electeur de Saxe.
ง
Le Comte de Munich ayant mandé le 30 aux
Magistrats qu'ils pouvoient lui envoyer des
Deputez , munis de pleins pouvoirs pour traiter ,
les Principaux d'entr'eux se rendirent le premier
Juillet au Quartier general des Assiegeans , et
l'on est convenu de la Capitulation qui porte
que la Ville payera un million d'écus à la Czarine.
>
Tous les Seigneurs Polonois qui avoient suivi
le Roy à Dantzick sont allez trouver le
Comte de Munich. Le Marquis de Monti
s'est rendu aussi au Camp pour conférer avec
ce General , qui a refusé de voir le Primat , et
l'a fait conduire à Elbing.
Voici
JUILLET. 1734. 1623
Voici la teneur de l'Acte des Seigneurs Polonois
dont on vient de parler.
Dautant que par la permission de la Divine
Providence , par les circonstances présentes , et par
les évenements que nous voyons arriver , il paroît
avec évidence que la volonté du Tout- Puissant
est que le très Illustre Electeur de Saxe regne
en Pologne , Nous soussignez en considération des
présentes conjonctures , reconnoissons et admettons
le sus lit très Illustre Electeur de Saxe ponr notre
Roy et Seigneur , dans la juste persuasion qu'il
maintiendra et conservera inviolablement les
Droits , Libertez et Priviléges qui nous ont été
donnez par tous ses Prédecesseurs nos Reis et
Seigneurs ; en foi de quoi nous avons signé la
présente. Fait à Danızick le 29 Juin 1734.
Le Duc de Saxe Wesseimfels et le Comte de
Munich , qui étoient convenus dès le 3 de Juillet
avec les Magistrats de Dintzick des principaux
articles de la Capitulation , ayant fait des
difficultez sur quelques - uns , ils ne la signérent
que le 9 au matin .
Cette Capitulation porte , que la Ville se
soumettra à l'Electeur de Saxe..
Que les Habitants payeront un million d'écuś
à la Czarine , à laquelle ils envoyeront des Deputez
pour la prier de leur rendre sa bienveillance.
Qu'ils donneront de plus 300000 livres pour
le rachat de leurs Cloches .
Que des Détachements des Troupes Saxones
garderont le Fort de Wechselmunde , et la Porte
d'Oliva , jusqu'à la pacification des troubles qui
divisent le Royaume.
Que la Ville continuera d'avoir une Garnison
à sa solle et qui ne receyra l'ordre que des
Magistrats.
>
Gvj Que
1624 MERCURE DE FRANCE
¡
.
Que le Regiment des Gardes de la Couronne,
et celui de Busehow , sortiront avec tous les
honneurs militaires , mais qu'ils seront ensuite
désarmez et qu'ils seront Prisonniers de guerre.
Enfin qu'on nommera des Commissaires
pour faire des perquisitions afin de découvrir
ceux qui ont eu connoissance de la retraite du
Roy.
La Ville de Dantzick s'est engagée à fournir
d'ici au premier du mois de juillet de l'année
prochaine, les 3000000 de livres qui lui sont denandées
et dont elle doit acquiter1200000 livres
dans trois semaines.
Le Comte de Munich a longtems insisté pour
que les Halilants payassent , outre ces trois
milions , une pareille somme pour n'avoir pas
pris des mesures , afin d'empêcher le Roy de
sortir de la Ville mais il a été reglé qu'on renvoyeroit
à la Czarine la décision de cet article .
On est convenu que les Habitants ne scroient.
point inquiétez au sujet de leur conduite passée,
mais le Duc de Saxe Wesseinfels en a excepté
quelques- uns qu'on ne nomme pas encore, et sur
le sort desquels l'Electeur de Saxe prononcera.
Ce General qui n'a pas voulu se relácher sur će
point , a fair esperer qu'ils ne seroient pas traitez
moins favorablement que les auties ; mais
il exige qu'ils s'en remettent à la generosité de
l'Electeur
Le Comte de Munich a donné une Garde au
Marquis de Monti , qui s'est rendu au Camp
des Moscovites , et il a cépêché un Courier à
la Czarine pour demander ses ordres au sujet de
la conduite qu'il tiendra avec ce Ministre .
Le Primat est gardé très étroitement à Elbing,
et l'on croit qu'il sera conduit à Petersbourg.
JUILLET. 1734 1625
Il paroît à Dantzick des copies de deux Lettres
que le Roi a écrites , l'une au Primat , et aux
Seigneurs Polonois, l'autre aux Magistrats et aux .
Habitans de cette Ville pour leur donner part .
de la résolution qu'il avoit prise.
>
On attend à Dantzick incessamment l'Electeur
de Saxe ; les Magistrats sont convenus que ce
Prince pourroit entrer dans la Ville avec la Garde
qui l'accompagne , et qu'il y seroit reçû-avec
tous les honneurs convenables .
4
Les dernieres Lettres de Dantzik , portent que
le Régiment des Gardes de la Couronne et celui
de Buschow , sortirent de cette Ville avec les
honneurs militaires le 11. de ce mois , et ils
quitterent leurs Armes à quelque distance de la
porte de Petershagen , conformément à la Capi
tulation suivant laquelle ils sont prisonniers de
guerre. Le même jour 200. Moscovites monterent
la Garde à la porte d'Oliva ; et quoiqu'on fûr
convenu que les Saxons en demeureroient maîtres
jusqu'à l'entiere pacification des troubles qui
divisent le Royaume de Pologne , on espere que
l'execution de cet Article ne subsistera pas long
temps . Les Troupes qui composent le Détache
ment Moscovite et celles qui le releveront doivent
payer exactement tout ce que les Habitans
leur fourniront ; il ne leur sera point permis
d'entrer dans la Ville au delà des Sentinelles qui
seront posées conjointement par leurs Officiers,
et par ceux de la Garnison .
Après qu'on eut 1emis la Porte d'Oliva aux
Troupes Saxones destinées à la garder , le Comte
de Munich fit sortir du Fort de Westerchantz
et de celui de Zomer , les Troupes Moscovites
qui y étoient , et les Magistrats fient entrer des
Détachemens de la Garnison-dans ces deux Forts ,
Qu
26 MERCURE DE FRANCE
où les Moscovites ont laissé toute l'Artillerie
qu'ils y ont trouvée lorsqu'ils s'en sont emparez .
On a remis en même- temps aux Magistrats toutes
les redoutes qu'ils avoient fait construire sur
le Canal de Bootsmans- Laake.
La Députation que la Ville de Dantzick doit
envoyer à la Czarine , sera composée de 6. personnes
qui seront choisies parmi la Noblesse ,
deux entre les Magistrats , et deux dans le Corps
des Marchands . Le Comte de Munich a promis
qu'ils seroient reçus favorablement par Sa Majesté
Czarienne , et la Ville ayant demandé que
la Czarine s'engageât par un Acte autentique à
ne point inquieter les Habitans au sujet de leur
conduite passée , il a assuré qu'elle pouvoit charger
ces Députez d'instructions à ce sujet , et qu'il
appuyeroit leurs demandes de tout son crédit.
Le Duc de Saxe Wesseinfels n'a paru faire aucune
difficulté sur la prétention formée par les
Magistrats touchant la confirmation des Droits
et Immunitez de la Ville .
Le Primat est tombé malade à Dirschau , où
il a été conduit avec la veuve et les enfans du feu
Comte de Potoki , son frere , qui a été Grand-
Maréchal de la Couronne.
Aucun Habitant ne peut sortir de Dantzick
sans un Passeport du Duc de Saxe Wesseinfels ,
mais l'entrée en est egalement libre aux Polonois
et aux Etrangers , et on y voit arriver chaque jour
une grande quantité de personnes de toutes Nations.
L
ALLEMAGNE.
' Electeur de Baviere a déclaré qu'il n'accor
dera point le passage dans son Electorat aux
Troupes du contingent du Cercle de Baviere , à
moins
JUILLET. 1734. 1627
moins
que les Princes et les Etats à qui elles appartiennent
, ne donnent des sûretez pour le
payement des vivres et des fourages qu'elles y
consommeront.
Le Roy de Prusse est arrivé au Camp du Prin
ce Eugêne ; on compte qu'après y avoir passé .
quelques jours , il se rendra dans son Duché de
Clêves.
LE
ITALIE .
E 18. du mois dernier , le Ministre d'Espagne
remit à la Chambre Apostolique une Protestation
au sujet de l'hommage pour le Royaume
de Naples ; il offrit en même- temps de remettre
la Cédule pour le tribut , et il lui en fut
donné Acte .
Le soir , le Prince de Sainte- Croix se rendit
en cavalcade au Vatican , étant suivi de quatre
Prélats , et il rendit le même hommage , au nom
de l'Empereur. Le même jour et le lendemain il
y eut chez lui un Concert , auquel se trouverent
huit Cardinaux .
L'Abbé de Canillac , à qui Sa Majesté Très-
Chrétienne a donné la place d'Auditeur de Rote
pour la France , vacante par la mort de l'Abbé
de Gamaches , arriva le 23. du mois passé à Rome,
et il descendit au Palais du Duc de Saint- Aignan,
qui le conduisit le même jour chez le Cardinal
Otthoboni , avec qui ils eurent un long
entretien .
Le Cardinal Caraffe a fait ôter de dessus la
porte de son Palais les Ames de l'Empereur pour
y mettre celles du Roy d'Espagne .
Le Prince de Caserte conduisit le 9. de ce mois
le Prince Don Octavien Medicy chez l'Evêque
de Cordoue , qui a promis â ce dernier de faire
SCS
1628 MERCURE DE FRANCE
ses efforts pour que le Roy de Naples lui pardonnâs
d'avoir differé si long- temps à recon-"
noître son autorité.
Le Prince de Santo - Buono est arrrivé à Rome
de Naples , où le Roy l'a rétabli dans la possession
d'un Fief de 3000. écus de revenu, qu'on
lui avoit ôté sous le précedent Gouvernement .
On apprend de Gênes , que le Sénat a nommé
M Ansaldo , Grimaldi et Doria , pour aller travailler
à faire rentrer dans leur devoir les Habitans
de Final , qui jusqu'à présent n'ont voulu
accepter aucune des conditions qu'on leur a of
fertes ; si les Rebelles persistent dans leur révolte
, on attaquera la Ville , et on a déja fait
embarquer del'Artillerie pour en former le Siege.
O
DE NAPLES ET DE SICILE.
N apprend par les Lettres de la fin du mois
dernier , que les Troupes qui forment le
Siege de Gaette , continuent de vailler avec
beaucoup de diligence à leurs approches ; cette
Ville est entierement bloquée du côté de la Mer
par une partie de l'Escadre Espagnole.
Le Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de
France , est parti de Naples , avec les 8. Galeres.
Françoises qu'il commande, pour aller à Pozzuo
lo , où six Galeres de Sa Majesté Catholique .
doivent aussi se rendre incessamment.
Plusieurs Bâtimens de transport mettront incesssamment
à la voile pour transporter en Toscane
3000. hommes destinez à renforcer les
Garnisons de Livourne , de Porto Ferraio et de
Portolongone.
La plupart des Officiers Imperiaux qui ont été
fais prisonniers à Bitonto et qu'on avoit conduits
JUILLET. 1734 1629
duits à Naples, ont obtenu du Roy la permission
de se retirer dans telle Ville du Royaume qu'il
leur plaira de choisir pour leur demeure .
Un Officier arrivé à Naples le 9. de ce mois
du Camp devant Capouë , a appris au Roy que
le Gouverneur avoit demandé la permission d'envoyer
à Vienne , pour représenter à l'Empereur
P'extremité où la Ville étoit réduite , et pour pre
S. M. I. de lui donner ses ordres à ce sujet , mais
qu'on n'avoit point voulu accepter cette proposition.
On assure que le Roy se dispose à aller prendre
le commandement des Troupes qui assiegent
Gaëtte.
Quelques Troupes Imperiales s'étant jettées
dans Pescara depuis le départ du Comte de Visconti
, on en a formé le Siege , et l'on a fait marcher
un Détachement d'Infanterie pour s'emparer
d'Aquila , dont le Gouverneur à été sommé
de se rendre.
Six des Galeres de S. M. C. sont parties pour
donner la chasse aux Corsaires qui croisent sur
les Côtes de la Pouille .
Il a été résolu dans le Conseil de Guerre ,
d'envoyer en Espagne une partie des Soldats Allemans
qui ont été faits prisonniers de guerre
et on doit les embarquer incessamment à bord
de plusieurs Bâtimens , qui seront escortez par
quelques Vaisseaux de l'Escadre Espagnole.
Le 5. de ce mois , les nouveaux Elus du Peuple
prêterent serment de fidelité entre les mains du
Roy , qui leur accorda le droit de se couvrir en
sa présence , ainsi que les Grands d'Espagne.
Le Comte de Montemar a été créé Duc de
Bitonto , et le Roy, lui a donné le titre de Commandant
du Château de l'Euf , avec 50000. Ducats
1630 MERCURE DE FRANCE
cats d'appointement . S. M. C. l'a nommé en mê
me temps Grand d'Espagne.
Un Détachement de Troupes Espagnoles qu'on
avoit fait embarquer sur deux Vaisseaux de l'Escadre
de S. M. C. qui avoit ordre de s'emparer
de l'Ile de Lipari , située à 40. milles de la Côte
Septentrionale de la Sicile , y a fait une descente,
et le Gouverneur , sur la premiere nouvelle de
P'arrivée des Espagnols , a abandonné la Ville de
Lipari , s'est retiré avec la Garnison dans le
Château de la Pignatare , et s'est rendu après une
foible résistance ; il a été fait prisonnier de guer
re , ainsi que tous les Imperiaux qui étoient dans
ce Fort.
Toutes les Places de la Calabre , excepté Cortonne
, sont actuellement soumises à l'obéissance
de S. M. et la plupart ont déja envoyé des Députez
pour prêter serment de fidelité .
Le Duc de Bitonto est parti pour se rendre
au Camp devant Gaëtte , d'où l'on a appris qu'on
y avoit établi depuis peu des Batteries de Canons
et de Mortiers...
On a commencé de battre en breche la Ville
de Pescara, qui selon les apparences , ne tardera
pas à se rendre; aussitôt qu'on s'en sera rendu
maître on fera marcher l'Artillerie qui est devant
cette Place vers Aquila , dont le Gouverneur
a refusé de se rendre .
Le Comte de Charny , Lieutenant General du
Royaume , a été déclaré Chef de la Jonte de l'In
confidence , que S. M. a rétablie depuis peu.
On assure que le Roy est dans la résolution
de supprimer les Vicaires Generaux , et que le
Royaume sera divisé seulement en quatre Provinces
, dont chacune sera gouvernée par un
Viceroy.
EsJUILLET.
1734. 1631
ESPAGNE.
E Roy a déclaré Capitaines Generaux de ses
Armées , le Marquis de Caylus , le Comte de
Charny et le Comte de Glimes , qui a obtenu en
même- temps la place de Capitaine General de la
Province d'Estramadoure. Don Blaise de Lezo ,
Don Rodrigue de Torres , et le Comte de Clavijo
, Chefs d'Escadre , ont été faits Lieutenans
Generaux des Armées Navales .
.S. M. reçût le 14. de ce mois par un Ayde de
Camp , que le Maréchal de Coigny lui avoit dépêché
, la nouvelle de la victoire remportée près
de Parme par les Troupes du Roy de France , et
du Roy de Sardaigne sur celles de l'Empereur , et
S. M. a nommé le Maréchal de Coigny , Chevalier
de la Toison d'or.
La Flote de la Havane , commandée par Don
Rodrigue de Torres , Lieutenant General des Armées
Navales , composée de 4. Vaisseaux de
guerre et de plusieurs autres Bâtimens , arriva le
17. du mois dernier , et les deux jours suivans à
Cadix , elle a apporté 12500000. Piastres , et
4000000. en Effets .
GRANDE BRETAGNE.
LEROY a nommé M. Jacques Trevor et
M. Bladgen , pour commander deux des
Compagnies indépendantes qu'on doit envoyer
à la Jamaïque pour soumettre les Negres rebelles
.
La Princesse d'Orange , accompagnée de Myladi
Herbert , de Myladi Sowthwell , et de la
Demoiselle Schutz , l'une de ses Filles d'honneur,
est arrivée à Londres de Hollande il y a quelques
1622 MERCURE DE FRANCE
ques jours, et elle est allée à Kensington , d'ou
elle ne reviendra en cette Ville qu'avec L. M.
Le Roy a nommé M. Horace Walpool , son
Ambassadeur Extraordinaire et son Ministre
Plenipotentiaire auprès des Etats Generaux , qui
s'embarqua le 24. de ce mois pour sse rendre en
Hollande .
Le Comte de Kinski , Ambassadeur de l'Einpereur
, a fait ouvrir des Souscriptions pour
l'emprunt de 300000. liv . sterlings que S. M. I.
fait dans Londres .
************ t
MORTS , NAFSS ANCES
des Pays Etrangers.
L
E 2 Juin 1734. François Guillaume , Comte
de Salm et de Reiffelcheld , Comte du
S. Empire , Maréchal héréditaire de l'Archevêché
et Eglise de Cologne , Conseiller intime
actuel d'Etat de l'Empereur , er Grand Ecuyer
de l'Impératrice Douairiere Amelie , mourut
d'une attaque d'apoplexie à Vienue dans la 62
année de son âge.
>
>
Le 7 Juin 1734 Dona Louise de Gand et Sarmiento
, Duchesse de Montellano Camerera
Major de la Princesse des Asturies , Charge
qu'elle avoit eûe ci devant auprès de la Reine
veuve de D. Louis Premier , mourut à la Cour
de Madrid à l'âge de 75. ans . Elle étoit fille de
feu Baltasar Philippe de Gand Willain , Prince
d'Isenghien et de Masmines , Comte de Middelbourg
& c. Doyen des Chevaliers de la Toison
d'Or , Gentilhomme de la Chambre du Rey
d'Es
>
JUILET. 1734 1633
d'Espagne , de son Conseil suprême de Guerre,
Gouverneur et Capitaine General du Pays et
Duché de Gueldres , et de D. Louise Henriquez
de Sarmiento Salvatiera ; elle avoit épousé D.
Alonse de Solis Osorio , Duc de Montellano
Comte de Salduena , Grand d'Espagne , dont elle
-laisse des enfans. Elle étoit tante du Prince d'Isenghien
, aujourd'hui Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de ses Armées , et du
Comre de Middelbourg son frere , Maréchal de
Camp.
Georges-A bert , Prince d'Oostfri e et du Saint
Empire Romain , mourut à Aurich , lieu de sa
résidence le 13 Juin 1734. âgé de 44 ans accomplis
, étant né à pareil jour du mois de Juin
de l'année 1690. le Roi de Dannemarck venoit
de lui donner tout nouvellemene son Ordre de
l'Elephant dans une visite qu'il lui avoit faite
à Aurich , en visitant ses Etats en Allemagne.
Le Prince d'Oost - Erise avoit succedé à Christian
Everard , Prince d'Oost- Frise , aussi Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant , mort le 3 Juin 1708.
dont il étoit fils aîné , et d'Everardine Sophie
née Princesse d'Oetingen . Il avoit été marié
19. le 24 Septembre 1709. avec Christine - Louise
de Nassau Iistein , morte à Aurich le 13 Avril
dans la année de son âge fille de
Georges - Auguste Samuel Prince de Nassau-
Idstein , et de Henriette - Dorothée d'Oeringen,
er 2. au mois de Decembre de la même année
1723. avec Sophie Caroline de Brandebourg-
Culmbach , née le 31 Mars 1707. soeur puînée
de la Reine Regnahte de Dannemarck . et fille
de feu Christian Henri , Margrave de Brandebourg
- Culmbach , et de Sophie Christine , née
Comtesse de Worstein. Il a laissé de son pre-
3723. 33
mer
1634 MERCURE DE FRANCE
maier mariage Charles Edzard , Prince-d'Oost-
Frise , née le 19 Janvier 1716. qui lui a succedé
dans ses Etats, et qui avoit consommé tout nouvellement
son mariage avec Sophie Guillelmine
de Brandebourg- Culmbach Bareith , née le
Juillet 1714. niéce de la Princesse Douairiere
d'Oost-Frise, et derniere fille de Georges-Frederic-
Charles Margrave de Brandebourg- Culmbach
, Régent de Bareith , et de Dorothée de
Holstein-Sunderbourg.
" L'Oost- Frise , ou Frise Orientale est une
Province d'Allemagne dans la Vestphalie; Embden
, qui en est la Ville Capitale , s'est soustraite
de l'obéissance de leurs Souverains et s'est rendue
Ville libre sous la protection des Hollandois,
depuis ce tems le Prince fait sa résidence
Aurich.
Le 21 Juin , Michel Frederic , des Comtes
Althann Cardinal , Prêtre du Titre de Sainte
Sabine , Evêque de Waitzen ou Vaccia dans la
Haute Hongrie &c. mourut d'une colique en
son Diocèse , dans la 5a année de son âge
étant né à Glatz en Bohême, le 20 Juillet 1682.
Il fut d'abord Chanoine des Eglises Cathedrales
d'Olmutz et de Breslau , et Auditeur pour
la Nation Germanique de la Rote à Rome , où
il soutint en cette qualité ses Théses de Droit
Canonique le 18. Fevrier 1715. l'Empereur le
nomma au mois de Fevrier 1718. à l'Evêché de
Vaccia , et le déclara en même tems Conseiller
d'Etat du Royaume de Hongrie , à la Noblesse
duquel sa maison est aggréée depuis plus d'un
siécle. A son retour à Vienne, il y fut sacré le
25 Juillet 17 8. dans la Chapelle du Palais de la
Favorite par ' Evêque de Vienne en présence de
la Cour Impériale. Il fut créé et déclaré Cardinal
JUILLET. 1734. 1635
Le 22
dinal
par le Pape Clement XI . le 29 Novembre
1719. reçut lá Barette à Vienne le 18 Fevrier
1720. des mains de l'Empereur , qui le 18 Mars
suivant le mit au nombre de ses Conseillers
intimes actuels d'Etat , s'étant rendu à Rome
il y fit son entrée avec une magnificence extraordinaire
, et un Cortége très nombreux le 18
Août de la même année en qualité de Ministre
chargé des affaires de S. M. I. auprès du Pape.
du même mois il reçut le Chapeau des
mains de sa Sainteré , qui le 16 Septembre après
avoir fait la fonction de lui fermer et ouvrir la
bouche lui assigna le Titre Presbiteral de Sainte
Sabine . Ce fut sur les instances réïterées et
pressantes qu'il fit de la part de l'Empereur auprès
de Clement XI. que l'Eglise Episcopale de
Vienne fut érigée enTitre d'Arcbevêché le 6 Mars
* 1721. Il assista ensuite au Conclave dans lequel
Innocent XIII. fut élû. Il présenta à ce nouveau
Pape le 29 Juillet 1721. ses nouvelles Lettres
de créance , par lesquelles il étoit continué
dans laCharge du soin des affaires de l'Empereur.
Il reçut à Rome le 10 Mai 1722. les Patentes
de Viceroi de Naples avec une Procuration de
l'Empereur pour faire en son nom entre les mains
du Pape le serment pour l'Investiture de ceRoyaume.
Il s'acquita de cette fonction le 9 Juin , et
il se rendit ensuite à Naples où il prit possession
de la Viceroyauté le 23 du même mois. Il gouverna
ce Royaume jusqu'au 31 Juillet 1728.
et étant revenu à Rome il en partit les Avril
1729. pour se rendre à son Evêché de Vaccia.
Après la mort de Benoît XIII. il retourna à
Rome et assista au Conclave dans lequel Clement
XII
Pape actuellement regnant fut élû.
Il resta à Rome jusqu'au 16 Octobre 1730. qu'il
en
7636 MERCURE DE FRANCE
2
en sortit pour retourner en son Diocèse.
Le 27 du même mois au soir , la Duchesse
de Northumberland , mourut à sa Terre de
Frogmore près de Windsor en Angleterre et le
3 juillet -suivant elle fut inhumée avec beaucoup
de ponpe à Windsor. Elle étoit veuve depuis
le 9 Jui let 1716. de Georges Fitz - Roi ,
Comte et Duc de Northumberland " Vicomte
de Falmouth , Baron de Pontefrach , Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , troisiéme fils naturel
de Charles II . Roy d'Angleterre
Barbe Villiers , Duchesse de Cleveland.
, et de
Le même
jour vers le midi , l'épouse
de Jean
Mannors
, Duc de Rutland
, Marquis
de Granby
, Pair d'Angleterre
, Chevaller
de l'Ordre
de
la Jarretiere
, mourut
ap: ès une longue
maladie
à Kelham
près de Newark
, dans la 35 année
de son âge , elle étoit
file et héritiere
de feu
Lord
Lexington
, et avoit
été mariée
en 1717.
elle avoit
eu un grand
nombre
d'enfans
, dont
il ne reste
plus que 3 fils et deux filles. Le 1s de ce mois , la Princesse de Molene
qui étoit depuis quelque tems à Genes avec le
Prince son époux , y accoucha heureusement
d'une Princesse , par les soins du Sieur Soumain ,
accoucheur de Paris , qui avoit été appellé pour
cet effet.
LE
ARME'E D'ITALIE.
E Roy de Sardaigne qui avoit quitté l'Armée
pour aller à Turin passer quelques jours
arriva au Camp sous Parme le 36 du mois dernier
à dix heures du matin , il prit la résolution
de poursuivre les Ennemis , et ayant marché le
lendemain avec le Maréchal de Coigny à la tête
de l'Armée , il alla camper à San Lazaro , et le
2
à Sorbolo . Le
JUILLET. 1734. 1637
Le Maréchal de Broglie fut detaché le même
jour avec trois Brigades d'Infanterie , cinq Bri
gades de Carabiniers , et 8 Regimens de Dragons
, il campa le soir à Poviglio et à Victoria
le 3. Il aprit le lendemain que les Ennemis marchoient
vers Novellare ; et au lieu de s'avancer
sur le Secchia , il passa le Crostollo , et se replia
sur Guastalla , où les Ennemis avoient 1200
hommes , composez d'un Bataillon du Regi
ment de Culmbach et d'un Detachement de
400 hommes. Le Gouverneur ayant été sommé
de se rendre , il capitula le à huit heures
du matin , et fut fait Prisonnier de guerre avec
la Garnison .
>
L'Armée des Alliez qui avoit campé le 3 à
Melledole , s'avança le 4 sur le Canal de la Botta,
laissant Guastalla derriere elle , et on fit descendre
à Dozolo le Pont qui étoit à Sacca.
>
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Coigny,
comptoient de marcher le 6 pour s'avancer
sur la Secchia dans le dessein de poursuivre,
les Ennemis autant que les établissements nécessaires
pour la subsistance de l'Armée pourroient
le permettre
.
>
Le Marquis d'Ussé, par lequel le Roy a apris
ces dernieres nouvelles a apporté à Sa Majesté
trois des cinq Drapeaux pris sur les Ennemis à
Guastalla , et les deux autres sont restez au Roy
de Sardaigne.
On a apris depuis , que le Maréchal de Broglie
avoit marché le 7 de ce mois avec les Grenadiers
, la Cavalerie et les Dragons de l'Armée
pour aller s'emparer du Pont de Sacchetto ;
qu'étant arrivé sur la Secchia il avoit été informé
que les Ennemis aprés avoir passé cette Riviere
avoient rompu leurs Ponts , qu'ils avoient
H marché
1638 MERCURE DE FRANCE
marché le long de cette Riviere , qu'ils avoient
fait descendre tous les Bateaux qu'ils y avoient
trouvez , et qu'ils s'en étoient servis pour passer
le Po à Sacchetto .
Le Maréchal de Broglie partit le 7 de ce mois.
du Camp devant Guastalla avec tous les Grenadiers
de l'Armée , la Cavalerie , à l'exception de
la Brigade d'Orleans , et 8 Regiments de Dragons
, et il alla camper le même jour à Bondanella
. Il reconnut en arrivant sur la Secchia ,
que les Ennemis après l'avoir passée avoient eu la
précaution de rompre tous les Ponts , et qu'ils
avoient fait descendre tous les Bateaux qui
étoient sur cette Riviere dans le Po.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Coigny
arrivérent le 8 à Bondanella , et l'Armée devoit
marcher le même jour pour aller joindre le Maréchal
de Broglie; mais la fonte des neiges ayant
enfié les eaux du Po , le Pont qui étoit à Guastalla
fut rompu , le convoy de pain venant de
Cazal- Major ne put passer , et cet accident retarda
la marche de l'Armée qui n'a pû arriver
au Camp que le 10 ; elle est campée la droite
à Bondanella , et la gauche vers San-Benedetto.
Le Duc d'Harcourt fut detaché le 12 avec 8.
Escadrons pour aller occuper Reggio et Rubiera.
Les Ennemis qui avoient paru vouloir passer
le Po , n'ont envoyé au -delà de ce fleuve que
leurs blessez , et ils ont un Détachement de leur
Armée sous la Mirandole , un autre à la Concordia
, et la plus grande partie à Revere , où
ils ont fait descendre leur Pont , dont ils ont
défendu la tête par des retranchements considé
rables .
Le Duc d'Harcour entra le 23 dans Reggio,
et il s'est emparé en même tems de Rubiera.
Le
JUILLET. 1734. 8639
Le Marquis de Maillebois partit le 19 du
Camp de Bondanello , avec une Brigade d'In .
fanterie et deux de Cavalerie , pour aller occuper
la Ville et la Citadelle de Modene , et le
20, le Marquis Maurice Gerardini , Gouverneur
deModene , vint trouver ce Marquis à la Madonine
, où ils ont signé une Capitulation , et le
même jour M. de Maillebois entra avec ses
Troupes dans la Ville de Modene et dans la
Citadelle .
Selon les mêmes Lettres , les Troupes du
Roy et celles du Roy de Sardaigne étoient
campées sur la Secchia , leur droite à Bonda-.
nello , et leur gauche à Mirasole. L'Armée Impériale
étoit de l'autre côté de la Secchia , la
droite à Quingentoli , et la gauche à la hauteur
de Quistello .
30.
EXTRAIT de la Lettre écrite le
Juin par le Maréchal de Coigny , à
M. d'Angervilliers , Ministre d'Etat.
E suis enfin parvenu , Monsieur , à remplir ce
que vous m'aviez si J vivement recommandé;
I appris avant hier que les Ennemis avoient passé
3
> La Parma au- dessus de la Ville de ce nom et je
fus sur le champ moi- même les reconnoître . M. le
Maréchal de Broglie , dans tout ce que je vais vous
mander , m'a assisté de ses conseils , de sa capacité
et de sa valeur , qui sont au -dessus de toute loüange.
Nous conclumes à mon retour , qu'il n'y avoit
pas un moment a perdre pour marcher aux Ennemis
, dautant qu'ils ne pouvoient avoir d'autre objet
que de venir nous attaquer , et que si j'avois
differé à sortir de mon Camp , ils m'auroient masqué
de maniere qu'il auroit été impossible d'en déboucher.
ས་
Hij Je
1640 MERCURE DE FRANCE
Je fis en conséquence mes dispositions pendant ta
.nnit , desorte qu'avant la pointe du jour je me mis
en marche, et je me rendis sur la même Parma pour
me mettre en bataille et m'avancer. Je commençois
à peine à me former , en postant la droit : de l'Infanterie
au Village de la Croisette , et la Cavalerie
le long du chemin de Cremone , que les Ennemis
sent venus au-devant de moy ; le Combat commen
fa là- dessus on n'en a guéres vû de plus long et
de plus opiniâtre . Il s'est donné dans l'espace de
150. Verges, de terrain avec un feu d'Enfer de part
et d'autre , lequel a duré depuis 11 heures du ma
tin jusqu'à la nuit fermée sans discontinuer. J'ay
couché sur le Champ de bataille. Enfin à minuit
les Ennemis ant pris le parti d'avouer leur défaite ,
en se retirant en désordre , et nous n'avons reconnís
que le matin tous nos avantages . Je compte par estimation
qu'ils ont perdu 8. 10000. hommes
mais ce qui rend la victoire complette est que M. de
la Tour, General de Bataille , qui s'est rendis
prisonnier au Comte de Biron , dont je ne puis vous
dire assez de bien , nous a appris que M. le Comte
de Mercy étoit du nombre des morts , que M. le
Prince de VVirtemberg est blessé , et que beaucoup
de leurs principaux Officiers ont es le même sort.
Une affaire aussi disputée n'a pû se passer sans perte
de notre part ; je la crois à peu près de 3. à 4000.
hommes tuez ou blessez ; mais ce que je regrette infiniment
, c'est le nombre trop considerable d'Officiers
Gene aux d'un rare mérite qui sont restezsur
la place ou blessez. Je vous en envoye la Liste. Il est
dutien du Service de les remplacer au plutôt par
une pr motion particuliere ; jamais Armée ne l'a
mieux méritée.
Les Fn emis , à ce qu'on dit , repassent la Lenza,
maise,ne puis encore en avoir la confirmation¸
parce
JUILLET. 1734. 1444
parce que les Détachemens que j'ay envoyez aprèsz
eux , ne sont pas de retour . Je les attends pour prendre
un parti convenable auxtinterêts et à la gloire.
du Roy &c .
lé Les dernieres Lettres d'italie portent que
Maréchal de Coigni s'étoit avancé sur les bords
de la Secchia , et qu'il avoit établi son quartier
dans desCassines qui sont vis - à- vis de Quistellos
ce Village qui est à la tête d'un des quatre Ponts
que nous avons sur la Secchia , est occupé par
un Détachement de nos Troupes.
Le Comte de Konigseg , nouveau General des
Troupes Imperiales , étoit avec son Armée dé
l'autre côté de cette Riviere , ayant sa droite à
Quingentoli , et il avoit resserré sa gauche qu'il
avoit dabord étenduë jusqu'à la hauteur de Quistello
. Les mêmes Lettres ajoûtent qu'un Déta
chement de Carabiniers et de Hussards avoir
rencontré un parti de Cuirassiers de l'Empereur
qui avoient été pris. -
Particularitez du Siege de PHILISBOURG ,
apprises depuis , et omissions rétablies .
Lbourg,,it descendre de la Place un gros Ba-
E premier Juin , le Commandant de Philis
teau chargé d'Artifics , dans le dessein de mettre
le feu au Pont construit sur le Bas- Rhin , mais
on s'en apperçût assez- tôt pour ouvrir le Pont
qui ne fut point endommagé.Les Ennemis avoient
fait sortir en même- temps de l'autre côté du
Rhin un Détachement qui fut repoussé par le
Régiment de Brendlé .
La nuit du premier au 2. de Juin , le Marquis
de Gassion , Maréchal de Camp , ouvrit la transhée
devant l'Ouvrage de la tête du Pont de Phi
Hij lisbourg
1642 MERCURE DE FRANCE
lisbourg avec les deux Bataillons du Régiment
des Gardes Suisses , à la tête desquels étoit le
Prince de Dombes. On poussa les travaux jusqu'à
35. toises de la palissade de l'angle saillant du
Chemin couvert.
Le 2. le Comte de Laval Montmorency ,releva
la tranchée avec les deux Bataillons du Régiment
d'Affry et 200. Travailleurs. On se logea pendant
la nuit sur l'angle du Chemin couvert ; et
comme on s'apperçût le 3. au matin que les Assiegez
ne tiroient plus , on détacha un Soldat qui
reconnut que les Ennemis s'étoient retirez de
cet ouvrage , dont on s'empara.
Le même jour le Maréchal de Berwick quitta
le Camp de Kislock ; et s'étant approché de Philisbourg
, il fit entrer dans les lignes la plus grande
partie de l'Infanterie de son Armée, n'ayant
réservé pour lui dans son Quartier qu'il établit à
Rheinhausen, que 19 Bataillons et 19.Escadrons.
La Tranchée ayant été ouverte le 3. en la maniere
qu'on a déja dit , les Travailleurs commencerent
une parallele vis - à - vis du Marais de
Starenberg , et ils l'avancerent du côté du Moulin
brûlé .
Le 4. le Duc de Noailles , le Comte de Laval-
Montmorenci et M. de Manville monterent la
Tranchée.
Le 5. on perfectionna les deux paralleles , &c .
mais le Marais qui est entre la Place et cette
Tranchée étant impraticable , on ne jugea pas à
propos de continuer ce travail ; on se contenta
de placer sur le reste du rideau deux batteries de
12 pieces de Canon , une autre de huit , et une
quatrième de six Mortiers .
Toutes ces Batteries commencerent à tirer le 7.
celles de 12 et de 8 qui étoient sur la gauche de
la
JUILLET. 1734. 1643
la seconde parallele du côté du Moulin brûlé continuerent
tirer pendant tout le Siege sur le
corps de la Place , celles de 12 pieces de Canon
et de 6 Mortiers placées sur la même parallele à
la droite de l'attaque , n'ont cessé que lorsque
nous avons été maîtres de l'Ouvrage à corne et
de l'Ouvrage à couronne , contre lesquels ces
deux dernieres Batteries avoient été établies .
Le 8. le Duc de Chaulnes , le Marquis de la
Farre et M. de Chenelette monterent la Tranchée
avec les Régimens de Richelieu , de la Couronne
, de Duras , de Bigorre et de Clare. On
fit deux cent toises d'ouvrage , on avança les
travaux de la droite jusqu'à six toises de la flaque
d'eau , et ceux de la gauche jusqu'à 25 toises de
la même flaque d'eau.
Le 9. la Tranchée fut relevée par le Marquis
de Nangis , le Comte de Saxe et M. Obrien ,
avec les Régimens de Tallard , de Bretagne , de
Provence , de Brie , de Dillon et d'Enghien et
600 Travailleurs . On avança à la droite du travail
fait la nuit precedente , une sape pour cou
vrir les Travailleurs employez à saigner la chaussée
qui retenoit les eaux de la flaque ; et sur la
gauche de l'attaque on poussa une Tranchée
par laquelle on embrassa la redoute que les Grenadiers
du Régiment de Bourbonnois avoient
emportée ; on travailla en même tems à établir
une Batterie de 12 pieces de Canon sur la droite
de l'attaque près du Rhin.
La nuit du lendemain on acheva une parallele
de 80 toises le long de la flaque d'eau . Les Ennemis
firent un feu très- considerable , mais sans
effet , parce qu'ils ne le commencerent qu'à minuit
, lorsque les soldats furent à couvert.
La Batterie de 12 pieces de Canon établie à la
droite
Hiiij
1644 MERCURE DE FRANCE
droite de l'attaque sur le bord du Rhin et une
de quatre Mortiers commencerent à tirer le 12.
On fit 30 toises d'ouvrage en continuant le débouché
du centre , et à la gauche on embrassa la
Place d'armes palissadée des Ennemis . M. du Vivier
Grpitaine de la premiere Compagnie des Grenadiers
duRégiment de Lyonnois,ayant entendu
quelque bruit dans cette Place d'armes , s'avança
avec les Grenadiers jusqu'à la palissade, et il y fut
tué avec le Lieutenant de cette Compagnie et
soldats.
M. de Marsane Capitaine de la seconde Compagnie
de Grenadiers du même Régiment, s'empara
d'une petite Lunette avancée , dans laquelle
les Ennemis avoient 100 hommes , qui après
avoir fait leur décharge , se sauverent par le
Marais qui étoit à leur droite. Ils eurent un Officier
et quelques soldats de tuez Les Grenadiers
étant restez à découvert dans cette Lunette , il
y en eut 8 de tuez. M. Duvivier Ingenieur fut
blessé.
Le 16. on fit près de 300 toises d'ouvrage
malgré le feu des Ennemis , & c.
Le 17. le Marquis d'Asfeldt et le Duc de
Noailles apprirent que le Roi les avoit nommez
Maréchaux de France.
Le 19 la Tranchée fut relevée par le Prince
de Tingri , M. de Cherisay et le Duc de Richelieu
, avec les Régimens de Navarre , de Noailles
, de Languedoc , de Xaintonge , et 6 Compagnies
de Grenadiers. La Batterie de 8 pieces de
Canon , celle de 4 Mortiers , etdeux de 4 Pierriers
chacune , commencerent ce jour -là à tirer
sur les Ouvrages des Assiegez .
Le 23 les Marquis de Nangis et de Beaufremont
et le Comte de Rieux releverent la Tranchée
JUILLET. 1734. 1645
chée avec les Régimens de Richelieu , de Nice ,
de Conti , d'Artois et de Beauce , et six Compagnies
de Grenadiers , &c.
Le 27 on s'empara de la Demi- Lune , d'ou
les Assiegez s'étoient retirez et l'on avança
beaucoup le Pont commencé sur la branche de
POuvrage à corne. Il y eut peu de soldats de
blessez , quoiqu'ils fussent obligez de passer sur
le revers de la Tranchée qui étoit pleine d'eau
en plusieurs endroits.
SUITE DU JOURNAL
du Siege de Philisbourg.
LePrincedeDones Maréchal de Camp , ez
E Prince de Tingry , Lieutenant General ,
M. de Louboye Brigadier , monterent la Tranchée
le 1. de ce mois avec un Bataillon du Régi ,
ment de Piémont , un de celui des Vaisseaux
le Régiment d'Enghien , un Bataillon du Régl
ment Royal Baviere , et deux Compagnies de
Grenadiers. Pendant la nuit on prolongea de
toises la sape le long de la branche droite de
l'Ouvrage à corne , et en même tems on établit
une Batterie de cinq pieces de Canon sur l'angle
saillant de la droite de cet. Ouvrage pour battre
P'Ouvragecouronné.
1
IQ
La même nuit, le Duc de Duras fut détaché
de l'Armée avec un Corps, de Cavalerie pour se
poster du côté de Haguenback , où l'on croyoir
que le Prince Eugene avoit dessein de faire avancer
quelques Troupes,, et le Comte de Belle. Ifle
partit le matin avec un autre Détachement der
Cavalerie pour aller joindre le Duc de Duras .
La Tranchée fut relevée le 2. par le troisiéure
Bataillan du Régiment de Navarre, par le second
HV
1646 MERCURE DE FRANCE
de celui de la Couronne , et par les Régimens de
Mortemart et de Beauce sous les ordres du Marquis
de Guerchy Lieutenant General , du Comte
Eu Maréchal de Camp , et d'un Brigadier. La
sape prolongée sur l'angle saillant du Chemin
couvert de la droite de l'Ouvrage à corne fut
portée jusqu'à 15 toises ou environ de la Place
d'Armes qui couvre la porte de l'Ouvrage couronné.
On travailla aussi avec beaucoup de diligence
à établir dans l'Ouvrage à corne cinq Batteries de
4 pieces de Canon chacune , pour pouvoir rui
ner les faces du Bastion de l'Ouvrage couronné,
et celles des deux demi Bastions qui le défendent.
Il y eut pendant cette Tranchée trois soldats
de tuez.
Le 3 le Marquis de Dreux L. G. le Comte de
Gassion M. de C. et M. de Varennes B. monterent
la Tranchée avec le troisiéme Bataillon
du Régiment de Normandie , les Régimens de
Lenck , de Vaujours et de Dillon, et deux Com
pagnies de Grenadiers.
On fit pendant cette nuit so toises de sape
courante le long du rempart de la branche gauche
de l'Ouvrage à corne. La sape de la droite
fut portée jusqu'à la Place d'armes qui couvre la
porte de l'Ouvrage couronné ct on avança
beaucoup l'établissement des cinq Batteries , il
y eut deux soldats de tuez deux Officiers de
blessez et six soldats .
>
>
Le troisiéme Bataillon du Régiment de la Ma
rine , et les Régimens de Clare , de Buckley et
de Montmorency monterent la Tranchée le 4 .
avec deux Compagnies de Grenadiers du Regi
inent de Conty , sous les ordres du Duc de
Chaulnes L. G. du Comte de Laval M. de C. et
de
JUILLET. 1714. 1647
'de M. de Manville B. On perfectionna ce jourlà
malgré la pluye continuelle , l'établissement
des cinq Batteries ; on y plaça le Canon ; et nonobstant
le feu des Ennemis , il n'y eut que cinq
hommes de blessez.
Les le Marquis de Nangis L. G. le Comte
d'Aubigné M. de C. et M. Oshagnussy B. monferent
la Tranchée avec le second Bataillon du
Régiment de Bourbonnois , les Régimens de
Santerre , de Ponthieu et Deflandes , et deux
Compagnies de Grenadiers.
On poussa jusqu'au fossé les sapes des deux
branches de l'Ouvrage à corne , on s'avança sur
leChemin convert de la droite de l'Ouvrage couronné
jusqu'à la retenue d'eau par laquelle les
Ennemis étoient en état de faire hausser l'eau
de leur fossé , et on s'en rendit maître.
La Tranchée fut relevée le 6 par le second
Bataillon du Régiment de Richelieu , les Régimens
de Vivarais et de Beauce , le second Bataillon
du Régiment de Conty , une Compagnie
de Grenadiers du Régiment des Gardes , et une
du Régiment de Lenck , sous les ordres du Prince
d'Isenghien L. G. du Marquis de Balincourt
M. de C. et de M. de Chenelette B.
On
avança les sapes sur les deux branches
de
l'Ouvrage
à Corne jusqu'au
fossé . Les cinq Batteries
de quatre pieces de Canon établies
sur l'Ouvrage
à corne , et celles de Mortiers
et de Pierriers
ayant commencé
à tirer ce jour- là , produisirent
beaucoup
d'effet , et elles raserent
toutes
les défenses
de l'Ouvrage
couronné
. Il y eut
ce jour-là un Officier
d'Artillerie
de tué, et quelques
soldats
de blessez.
Le 7 le Prince de Robeq L. G. le Duc de Be
thune M. de C. et le Marquis de Brun B. mon
H -vj terens
1
1648 MERCURE DE FRANCE
terent la Tranchée avec le second Bataillon du
Régiment de Tallard , les Régimens de Soissonnois
et de Brie, le premier Bataillon du Régiment
de Conti , avec un Détachement de 100 Grenadiers
du Régiment des Gardes.
Les Batteries continuerent de tirer avec tant de
succès , qu'elles firent deux breches considerables
aux deux faces du Bastion de l'Ouvrage couronné.
Le 8. la Tranchée fut relevée par le second
Bataillon du Régiment Royal , les Régimens de
Boulonnois , de Xaintonge et d'Angoumois , et
par deux Compagnies de Grenaditrs sous les ofdu
Marquis de Leuville L. G. du Marquis de la
Farre M. de C. et de M. Darros . B.
On commença le soir la construction de deux
Ponts pour passer le fossé vis- à- vis des bréches
des deux faces du Bastion de l'Ouvrage couronné
; celui de la gauche de l'attaque fut avancé
jusqu'à trois toises de la bréche , et celui sur la
droite jusqu'à cinq taises , quoique la crûe des
eaux du Rhin et la pluye continuelle eussent fait
monter les eaux du fossé à près de quinze pieds.
Le 9. Jaillet la Tranchée fut relevée par le second
Bataillon du Régiment de Lyonnois , et les
Régimens de Guyenne , de Lorraine et de Bigorre
, la Compagnie de Grenadiers du Régiment
des Landes , et la seconde de celui de Piémont
, sous les ordres du Comte de Belle - ifle
L. G. du Marquis de Clermont- Tonnerre, M. de
C. et du Comte de Berenger B.
›
Les Ponts commencez pour passer le fossé
vis -à vis des bréches des deux faces du Bastion
de l'Ouvrage à couronne , ne furent pas fort
avancez ce jour- là , à cause des inconveniens
Causez par le débordement du Rhin ; il étoit déJUILLET.
1734. 1649-
ja fort grossi depuis quelques jours ; mais ,
pendant la nuit ses eaux augmenterent et inonderent
toutes les Tranchées jusqu'à quatre pieds «
de hauteur. Le débordement auroit entierement
empêché le transport des fascines , si le courage
des soldats ne les avoit déterminez à les porter
sur le revers de la Tranchée . Il y eut un Licutenant
de Sapeurs de tué , et 25 soldats de tuez ou a
blessez .
Le 10. le Marquis de Flavacourt, L.G.le Cheva- .
lier de Rocozel M. de C. et le Comte de Roucy,
B. monterent la Tranchée avec le second Batailllon
du Régiment de Piémont , le Régiment de
Mortemart , les seconds Bataillons des Régimens
de Noailles et de la Marck , une Compagnie de
Grenadiers du Régiment de Richelieu , et une de
celui de Pons.
On continua de surmonter les obstacles cau➡
sez par le débordement des eaux , en chargeant
de nouvelles fascines les Ponts sur le fossé qui
étoient submergez , et en portant des fascines
sur le revers des tranchées qui étoient entiere-..
ment inondées. Le Rhin augmenta si fort ce
jour- là , qu'il déborda de près de cinquante toi-.
ses les extrémitez des deux Ponts que nous avons
sur ce Fleuve , et que le Parc d'Artillerie qui
étoit au- delà , fût entierement inondé : mais on
eut le tems d'en retirer les munitions. Nous
cûmes pendant la nuit huit soldats detuez .
Le 1. M. de Vernassal , L. G. le Comte dei
Montboissier M. de C. et le Chevalier de Saint-
Vallier B. monterent la tranchée avec le second
Bataillon du Régiment de Piémont, les Régimens
de Bourgogne et de Bretagne , le second Bataillon
du Régiment de Saxe , une Compagnie de
Grenadiers du Régiment de Piémont , et une de
celui de Noailles. On
1650 MERCURE DE FRANCE
•
On rechargea de fascines les Ponts construits
sur le fossé ; celui de la droite fut porté à cinq
toises de la bréche , et celui de la gauche à deux.
Il y eut ce jour là neuf soldats de blessez .
Le 12. la Tranchée fut relevée par le Prince
de Tingry L. G. le Baron d'Elts M. de C. et
M. de Princé B. avec un Bataillon du Régiment
d'Alsace , un de celui de la Marck , quatre
Compagnies de Grenadiers , et vingt-deux Piquets.
Oncontinua malgré l'inondation des tran
chées , de porter des fascines pour recharger les
Ponts , qui furent assez avancez pendant la nuit.
Le Duc de Chaulnes L. G. M. de Terlaye M.
de C. et M. de la Ravoye B. monterent la Tranchée
le 13 avec un Bataillon du Régiment d'Alsace
, un de celui de Saxe , 4 Compagnies de
Grenadiers des Régimens de Piémont , Lyonnois
, Alsace et Hainault , et 22 Piquets . Comme
il étoit impossible de monter la Tranchée
sans traverser l'inondation et sans être entierement
exposé au feu de la Place , il fut résolu
que les détachemens qui étoient commandez pour
la Tranchée y resteroient deux fois vingt-qua
tre heures . Un Lieutenant du Régiment Lyonnois
eut la jambe cassée d'un éclat de Bombe
et Il y eut cinq soldats de blessez.
Le 14 le Marquis de Ravignan L. G. et le
Comte de Polastron M. de C. se rendirent à la
Tranchée , où le Duc de Chaulnes , M. de Terlaye
et M. de la Ravoye qui devoient être relevez
, resterent.
Les Ponts sur le fossé ayant été finis ce jourlà
, le Maréchal d'Asfeld résolut de faire attaquer
l'Ouvrage à couronne , et il commanda
pour la Tranchée huit Compagnies de Grena
diers d'augmentation .
L'attaque
JUILLET. 1734. 1651
L'attaque commença à neuf heures et demie du
soir. Les deux Compagnies de Grenadiers des
Régimens de Piémont et d'Alsace déboucherent
par le Pont de la droite , celles des Régimens de
Lyonnois et de Hainault par celui de la gauche.
Ces quatre Compagnies furent soutenues par
quatre autres des huit d'augmentation comman
dées pour la Tranchée. Les Ennemis avoient
dans leur Ouvrage à couronne 360 hommes
dont ils avoient mis un Détachement de 45 sux
chacune des breches , et ils avoient dispersé le
reste sur les courtines de cet Ouvrage.
•
Les Grenadiers,la Bayonnette au bout du fusil,
attaquerent ces Détachemens , ils les obligerent
de se replier sur les deux branches de l'Ouvrage
à couronne , et ils les pousserent jusqu'au Pont
qu'ils avoient pour leur retraite.
On fit dans cette action 85 prisonniers dont
il y en eut 30 de blessez , et le reste des Troupes
qui étoient dans cet Ouvrage , fut tué ou
noyé.
Nous n'avons eu à cette attaque qu'un Lieu
tenant de Grenadiers de Piémont , et 8 Grenadiers
de tuez. Un Capitaine des Grenadiers du
Régiment de Navarre y fut blessé.
Après cette action , on s'étendit par la droite
jusqu'à la moitié de la courtine , et à la gauche
on s'avança un peu moins.Les Ennemis firent un
grand feu du corps de la Place , et ils blesserent
environ 35 Travailleurs.
Le Prince d'Isenghien L. G. le Comte de Midelbourg
M. de C. et le Duc de Richelieu B. mon
terent le If la Tranchée avec le même nombre
de Troupes que le jour precedent.
Les Ennemis avoient retiré les Canons qui tiroient
sur les tranchées; et ils les avoient rassemblc4
1652 MERCURE DE FRANCE
blez pour diriger leur feu sur les travaux commencez
dans l'Ouvrage à couronne : mais malgré
cette précaution , on fit pendant la nuit du
16 , 200 toises de sape , et on avança le travail
sur la gauche jusqu'à l'orillon du Bastion de
l'Ouvrage à couronne. On se prépara en même
tems à établir des batteries pour attaquer le corps
de la Place. Un Capitaine duRégiment de Lyonnois
fut tué , un de celui de Piémont blessé dan →
gereusement , et environ 30 soldats furent blessez
.
Le 16. le Prince de Robeq , le Marquis de
Castelmoron et le Comte d'Esclimont releverent
la Tranchée avec les Régimens du Perche et
d'Ouroy , 22 Piquets commandez par le Comte
de la Lippe , et le Marquis de Rambure Colonels
, et 6 Compagnies de Grenadiers .
On avança les sapes le long des branches de
l'Ouvrage à couronne jusqu'à deux Réduits entourez
d'un petit fossé qui tient à celui de la
Place ; et on continua à travailler à l'établissement
des Batteries , dans lesquelles on devoit
placer 40 pieces de Canon pour battre en breche
le corps de la Place. Les Assiegez qui avoient sur
la face du Poligone , qui fait face à l'Ouvrage à
couronne , quinze pieces de Canon et six sur le
rempart de leur droite , firent un feu continuel
sur les sapes , dans lesquelles il y eut 30 soldats
de tuez ou de blessez .
Le 17 le Baron de Wutginaw Commandant
dans Philisbourg , envoya un Officier au Maréchal
d'Asfeldt , avec une Lettre par laquelle il
le prioit de laisser passer cet Officier au Camp du
Prince Eugene , auquel il desiroit de l'envoyer :
pour le consulter sur le parti qu'ilavoit à pren- a
dre.
LOA
2
JUILLET. 1734. 1653
Le Maréchal d'Afeldt rejetta cette proposi
tion , et il fit répondre au Baron de Wutginaw
que s'il vouloit lui adresser une lettre ouverte
pour le Prince Eugene , il la lui feroit remettre.
Il chargea l'Officier de dire au Commandant que
s'il donnoit le tems de placer le Canon dans les
Batteries , il ne devoit pas esperer d'obtenir aucune
capitulation ;que les Grenadiers demandoient instamment
qu'il n'en fûtpoint accordé, et qu'on leur
procurât en laissant prendre la Ville d'assaut
une nouvelle occasion de se signaler.
L'Officier ayant rendu cette réponse au Commandant
, il revint quelques heures après dire
au Maréchal d'Asfeldt que le Baron de Wutginaw
demandoit à capituler .
Le 18 les ôtages furent envoyez de part et
d'autre ; et la capitulation ayant été signée vers
les six heures du soir , le Régiment des Gardes
Françoises s'empara d'une des portes de la Ville.
Le Maréchal d'Asfeldt fit partir le même jour le
Marquis de Renel Colonel du Régiment de Santerre
pour apporter au Roi la nouvelle de la
prise de la Place .
Par les principaux articles de la Capitulation
que le Maréchal d'Asfeldt accorda au Baron de
Wutginaw , il fut convenu ;
Que la Garnison de Philisbourg en sortitoit
le 21 avec tous les honneurs de la Guerre , tambour
battant , drapeaux déployez ; qu'on donneroit
à chaque soldat zo coups à tirer ; qu'aussi
tôt après la signature de la Capitulation on remettroit
aux Troupes du Roi la Porte Blanche ,
qui va de l'Ouvrage à couronne à la Ville , avec
la Barriere qui est en dedans , et que le Commandant
de la Place feroit remettre des madriers
sur le Pont , afin qu'on pût communiquer de
l'Ouvrage
1654 MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrage à couronne avec la Ville.
Que la Garnison qui avoit demandé d'être
conduite au Camp du Prince Eugene , seroit conduite
à Mayence , en prenant son chemin en
deçà du Rhin.
>
Qu'elle sortiroit avec deux pieces de Canon
de douze livres de balles 4 pieces de 6 ou de
4, et 6 coups à tirer pour chaque piece ; que le
Commandant pourroit emmener une septiéme
piece de 6 ou de 4 livres de balles , qui lui étoit
accordée par consideration pour lui , et qu'on
lui fourniroit 80 chevaux pour conduire cette
Artillerie.
Que le Commandant de la Place et tous les
Officiers de la Garnison sortiroient avec tous
leurs effets , argent , équipages , chevaux et mulets
.
Qu'on fourniroit 80 chariots pour les blessez
et les malades , que ceux qui ne seroient point en
état de suivre la Garnison , seroient transportez
à Spire , où ils resteroient jusqu'à ce qu'on pût
leur envoyer des batteaux et des voitures.
Qu'aussi-tôt après la signature de la Capitulation
, on envoyeroit dans la Ville des Officiers
d'Artillerie , ausquels le Commandant feroit
remettre l'état des pieces de Canon , des munitions
de guerre , et les clefs des Arsenaux , et
Magazins à poudre ; que l'état des vivres seroit
remis avec les clefs des Magazins où elles étoient,
aux Commissaires qui seroient nommez par le
Maréchal d'Asfeldt .
Que les prisonniers faits pendant le Siege ,
seroient échangez de part et d'autre , suivant
leurs grades .
Qu'il seroit permis à ceux qui ne pourroient
transporter leurs effets , de les vendre â present ,
JUILLET. 1734 1655
·
on de les faire conduire dans la suite où ils le ju
geroient à propos ; que cette permission s'étendroit
sur tous ceux qui étoient dans la Ville pour
le service de la Garnison , et même sur les habitans
, pourvu que ces derniers déclarassent dans
le terme de deux mois ce qu'ils vouloient faire .
Qu'on n'arrêteroit point les équipages des
Officiers de la Garnison qui se trouveroient devoir
quelque chose dans la Ville , à condition
qu'ils laisseroient des otages pour sûreté du
payement de leurs dettes .
>
Que le Commissaire des vivres de Philisbourg,
pourroit y rester pendant 8 jours , à compter
du 18
qu'après ce terme il seroit conduit à
Mayence , et que les Bourgeois de la Ville do
Philisbourg conserveroient leurs biens , leurs emplois
et leurs prérogatives .
Le 21 , la Garnison de Philisbourg qui étoit
au commencement du Siege de 4600 hommes ,
sortit de la Place au nombre de 2700 , et 200
blessez ou malades. Le même jour , les Regiments
de Bigorre , d'Agenois , d'Auxerrois et
de Ponthieu , entrérent dans fa Ville , dont le
Roy a nommé Gouverneur M. de la Javeliere ,
Maréchal de Camp , Lieutenant de Roy , M. de
Cavagnac, Major du Regiment de Bourbonnois;
Major , M. Darmand , Capitaine dans le Regiment
de Piémont ; et Ayde Major M. Dufort ,
Officier dans le Regiment de Lyonnois.
La prise de cette importante Place a coûté au
Roy 31 Officiers et environ 860 Soldats qui ont
été tuez : il y a eu 103 Officiers , et 1100 Soldats
de blessez .
Le Comte de Clermont , le Prince de Conty ,
le Prince de Dombes et le Comte d'Eu , ont
donné dans cette occasion de grands exemples
de
1656 MERCURE DE FRANCE
de valeur et des preuves de leur zele , pour ce
qui interesse la gloire du Roy.
Il n'est pas possible de raporter ici les actions
particulieres d'un grand nombre d'Officiers et
de Soldats qui se sont distinguez pendant ce
Siege , que les inconvéniens auxquels on a été
exposé rendront aussi memorable qu'il est glorieux
pour les armes du Roy.
Les pluyes continuelles qu'on ne devoit pas
craindre dans les mois de Juin et Juillet , et le
débordement du Rhin , dont les eaux ayant
monté plus haut qu'on ne les a vues depuis
un grand nombre d'années , ont inondé le terrain
des attaques , rempli d'eau les tranchées ,
et ont ôté toute communication entre nos
Quartiers : ces obstacles capables de décourager
les Troupes de la meilleure volonté , n'ont point
diminué celle de nos Soldats , ni retardé les
travaux. Les Regiments de tranchée ont marché
les uns dans l'eau jusqu'au milieu du corps , les
autres sur le revers des tranchées , et ils ont
tous marqué tant d'intrepidité et tant d'ardeur
pour le service , que souvent il a été nécessaire
de les retenir.
Dans les differentes attaques des ouvrages de
la Place , le grand feu des assiégez augmentoit
la valeur des Officiers et le courage des Grenadiers.
Les Soldats qui n'étoient point comman
dez pour ces attaques , marquoient leur regret
de n'en pouvoir partager le danger ; et lorsqu'après
la prise de l'ouvrage à corne , on de
manda à la tête de la tranchée des Travailleurs
pour avancer le logement , on vit 200 Soldats
du Regiment des Gardes Françoises , s'offrir
avec empressement d'aller secourir leurs camarades.
Los
JUILLET. 1734 1657
"
Les Troupes campées le long des lignes de
circonvallation ayant été obligées pendant plusteurs
nuits de coucher au Bihouac , elles ont
suporté cette fatigue , le mauvais tems et les incommoditez
de l'inondation sans qu'il leur
soit échapé le moindre murmure ; elles ont fait
paroître beaucoup de fermeté , et elles n'ont
marqué d'autre impatience que celle d'attaquer
l'Armée ennemie , que le Prince Eugene avoit
fait avancer très près des Lignes , dans l'espérance
de pouvoir , par quelque entreprise ,
pêcher ou retarder la prise de Philisbourg.
em-
La conquête de cette Place est d'autant plus
importante que le Siége en étoit devenu, comme
on l'adéja dit, très penible, sur tout par le débordement
du Rhin . Les obstacles n'ont servi qu'à
faire éclater davantage le courage des Troupes
du Roy , leur patience et la fermeté avec laquelle
les Officiers et les Soldats ont surmonté
toutes les dificultez , qui auroient dû retarder la
prise de Philisbourg , dont on s'est rendu maître
à la vue des forces de l'Empereur , et de l'Em
réunies pour le secourir.
pire
EXTRAIT de plusieurs Lettres écrites
du Camp devant Philisbourg.
L
'Inondation du Rhin pendant ce Siege , outre
les prodiges de valeur de nos Troupes ,
produit des choses que la posterité ne pourra
croire. Je vous écris de sens froid et je n'exagere
point. J'ai vu vingt Soldats du Regiment des
Gardes , bons nageurs , ayant deux Sergens à
leur tête , aller reconnoître le terrain et marquer
avec des jallons les Endroits par où les Troupes
pourroient passer et n'avoir de l'eau que jus
qu'au
1658 MERCURE DE FRANCE
qu'aux épaules. Je ne crois pas qu'il y ait jusqu'à
présent des exemples dans aucun Siege d'une
tranchée montée de la sorte. Rien n'étoit plus
singulier et plus étonnant que de voir 4000
hommes barboter et vaincre à grand peine les
obstacles de l'eau leurs armes sur la tête ,
pour s'aller exposer aux plus grands perils.
Nous montâmes ainsi la tranchée la nuit du 13.
au 14 Juillet, et je puis vous assurer que je n'eus
jamais moins d'eau pendant plus de trois heures
que jusqu'à la ceinture.,
,
Je suis entré un des premiers dans la Ville
après la Capitulation; et quoique je m'attendisse
à la trouver bien ruinée >
l'idée que je m'en
étois formé n'approche pas de ce qui en est
effectivement , il n'y a presque pas une seule,
maison qui ne soit détruite ou endommagée par
l'effet des Bombes et des Boulets.
La Garnison de Philisbourg sortit en la maniere
suivante le 21 de ce mois. Sur les dix heures
du matin , le troisiéme Bataillon du Regiment
des Gardes , qui jusqu'alors étoit resté en
Bataille entre les deux Portes, marcha, Drapeaux
déployez , mais sans battre la Caisse . En même
tems les 3 Regiments de nos Troupes qui doivent
composer la Garnison de Philisbourg , entrérent
pour en occuper tous les Postes .
Entre onze heures et midy la Garnison Allemande
commença à défiler entre deux hayes
composées de la plus grande partie de notre Ármée.
Une trentaine de Carosses remplis de femmes
, d'enfans et de gouvernantes , commençoit
la marche. Ils étoient suivis d'environ 80 Chariots
tous découverts , remplis des équipages
et Domestiques blessez ou malades des Officiers
de la Garnison , sur lesquels étoient aussi les
malades
>
JUILLET. 1734. 1659
#
malades et blessez des Troupes Allemandes ;
Quelques- uns de nos Déserteurs s'y étoient
glissez , mais on en découvrit jusqu'au nombre
d'une trentaine qui furent arrêtez et envoyez
sur le champ au Grand Prevôt. Immédiatement
après suivoient les 7 piéces de Canon accordées
à la Garnison et au Commandant.
Le Gouverneur de la Ville, à cheval, marchoit
à la tête , l'épée haute , de laquelle il saluoit les
Officiers à droite et à gauche , qui le saluoient
aussi de l'épée et du Sponton : Il étoit accompagné
des Marquis de Mirepoix et de Grimaldy
que le Maréchal d'Asfeld avoit envoyés pour
otages , et du Lieutenant de Roy et du Major
de la Place aussi à cheval, l'épée haute. Tous nos
Officiers étoient à leur poste.
Ces Troupes Allemandes étoient assez bien
habillées. Leurs fanfares composées de Clairons,
de Trompettes , de Hautbois , de Fifres et jusqu'à
des Harpes et des Basses de Violle , avoient
quelque chose de singulier et de surprenant par
la varieté des divers sons de ces Instruments
qui mêlez au bruit de leurs Tambours et des
nôtres faisoient un Concert militaire des plus
éclatants.
Les femmes et filles des Officiers qui avoient
été tuez , pendant le Siege étoient en grand deuil
dans des Carosses , avec un crêpe sur la tête qui
les couvroit jusqu'aux pieds . Les Officiers qui
avoient perdu leurs femmes ou leurs enfans ,
n'avoient pour marque de deüil qu'un crêpe attaché
vers le milieu du bras gauche , un autre
sur le chapeau , et an à leur épée.
•
Tous les Officiers à l'exception du Gouverdu
Lieutenant neur , de Roy et du Major !,
marchoient à pied , leur fusil à la main, saluant
du
1660 MERCURE DE FRANCE
du chapeau , et levant le bout du fusil à une
certaine hauteur.
Nos Troupes rangées en hayes, comme on l'a
déja dit , et les Troupes Allemandes marchant
au milieu , faisoient par la diversité des objets
le plus beau coup d'oeil qu'il soit possible d'imagimere
il est bien vrai de dire qu'il n'y a
qu'au Champ de Mars qu'on voit de grands et
'de magnifiques Spectacles. Le Roy est bien plus
grand ici qu'à Versailles , Sa Majesté sa Puissance
et sa pompe éclatent bien davantage.
•
Le 19 Juillet le Maréchal d'Asfeld reçut une
Lettre , par laquelle M. d'Angervilliers Ministre
d'Etat , témoignoit au nom du Roy la sa-
'tisfaction de S. M. au sujet de ses Troupes. Il
crut que des témoignages si glorieux à toute
l'Armée ne pouvoient être mieux annoncez
que par la bouche d'un Prince du Sang , il as.
sembla les Majors des Regiments , et le Comte
de Clermont lut publiquement cette Lettre
qui repandit une joye dans le Camp qu'on ne
sçauroit exprimer ; c'étoit un spectacle touchant
et imposant à la fois, que de voir la satisfaction
et le maintien du Soldat après la lec
ture de cette Lettre .
Le Prince Eugene, qui s'étoit avancé avec son
Armée très-près de nos lignes , et qui paroissoit
par les differens mouvemens qu'il faisoit faire à
ses Troupes , avoir formé le dessein de nous attaquer
ou d'empêcher par quelque autre entreprise
la prise de Philisbourg , s'est déterminé à quitter
le Camp où il étoit depuis quelque temps.
avoit commencé dès le 20. Juillet à faire marcher
une partie de ses gros bagages du côté de
Bruschsall , et le 21. après avoir fait partir le
reste des bagages et des Equipages , il décampa
Il
JUILLET. 17347 1661
dix heures du soir . Il laissa à la tête des bois des
arriere - gardes très - fortes , et il marcha sur quatre
colonnes , celles de la droite sur Graben et Bruchsall
, et celles de la gauche sur Langenbroik et
Kislock , le 31. Juillet il étoit câmpé , la droite
à Stefelt , et la gauche à Bruchsall , où il a fair
venir du Pays de Wirtemberg des subsistances
pour sa Cavalerie , lesquelles ne suffiront que pour
peu de jours.
Le Maréchal d'Asfeld détacha le 23. au matin
le Comte de Belleifle pour aller avec un Corps de
Troupes d'Infanterie , 6. Régimens de Dragons
et 13. Escadrons de Cavalerie , observer la
marche du Prince Eugene.
Le Rhin ayant encore augmenté depuis la pri
se de Philisbourg, on a travaillé à faire des Chaussées
pour établir la communication avec l'autre
côté du Rhin ; et comme les eaux sont un peu
diminuées,on espere
de finir dans peu l'établissement
d'un Pont de Bateaux à Rhinhausen , pour
faire passer de la Cavalerie et des voitures.
y
La Garnison de Philisbourg descendit le 21 .
dans des Bateaux à Spire , où elle a dû trouver
les 80. Chariots qui-fui ont été accordez par la
Capitulation.
On apprend du Camp de Wormes , que la
communication du Camp sous Philisbourg ,
avec l'autre côté du Rhin , ayant été rétablie ,
malgré la hauteur des eaux de ce Fleuve , par les
Ponts que le Maréchal d'Asfeld a fait faire visà
vis Philisbourg , et à Rhinhauzen , l'Armés
marcha le 28. Juillet sur deux colonnes , la premiere
passa sur le Pont établi vis - à- vis de Philisbourg
; elle alla camper près de Walsheim su
le grand chemin qui va de Spire à Wormes.
La seconde colonne passa le Rhin sur le Pont
I de
1662 MERCURE DE FRANCE
de Rhinhauzen , et ayant pris la route de Spire ,
elle joignit le soir la premiere colonne.
Le 29. l'Armée campa près de Frankendal , et
elle arriva le lendemain sous Wormes , dont on
s'étoit rendu maître le 23. où le Comte de Belleifle
étoit arrivé le 24. avec 6. Bataillons , 18.
Escadrons de Cavalerie , et 6. Régimens de Dra
gons.
Le Maréchal de Noailles est resté dans le
Spirebak avec 25. Bataillons et 21. Ecadrons
qu'il a partagez en plusieurs Corps entre Landau,
Spire et Philisbourg.
M. de la Javeliere , Gouverneur de cette derniere
Place , est occupé à faire combler les tranchées
, à faire réparer les Fortifications et à rétablir
les maisons de la Ville , dans laquelle on
a trouvé environ 75. pieces de Canon et une
grande quantité de Boulets , de Poudre et d'autres
munitions de guerre.
Le Lieutenant Colonel de Cavalerie qui commandoit
l'Escorte donnée à la Garnison de Philisbourg
pour la conduire à Mayence, a rapporté
après son retour que pendant la route près de
de 1200. hommes de cette Garnison avoient déserté.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. |
L
E Roi a donné au Marquis de Savines
Lieutenant General la place de
Directeur General de la Cavalerie qu'avoir
JUILLET. 1734. 1663
voit le Maréchal de Broglie , et celles
d'Inspecteurs d'Infanterie vacantes par la
mort du Marquis de l'Ifle , et par celle du
Marquis de Mizon au Comte de Boissieux
Maréchal de Camp , et au Comte de Biron
Brigadier et Colonel du Régiment
Royal Roussillon.
Le Régiment de Bearn dont le Marquis
de la Châtre etoit Colonel , a été
donné par S. M. au fils du Marquis de Valence
tué au Combat de Parme .
La place de Directeur General de la
Cavalerie , vacante par la promotion de
François-Marie Comte de Broglie à la
Dignité de Maréchal de France , a été
donnée au mois de Juillet à Antoine de
la Font Marquis de Savines en Embrunois
, Gouverneur d'Embrun , et Lieutenant
General des Armées du Roi
du 1. Octobre 1718 , ci - devant Lieutenant
des Gardes du Corps de S. M. qui
a eu le bras cassé d'un coup de feu auCombat
de Parme le 29 Juin dernier.
Celles d'Inspecteurs d'Infanterie vacantes
par la mort de Louis des Moulins
Marquis de l'Ifle , et par celle de François
d'Armand de Laurencin Marquis de Mison
, tous deux tués au Combat de Parme
; l'une à Louis de Fretat Comte de
Boissieux , Maréchal de Camp de la pro-
I ij motion
1864 MERCURE DE FRANCE
motion du 20 Février dernier , qui a été
blessé au Combat de Parme , et l'autre à
Louis Antoine de Gontaut Comte de BironColonel
du Régiment Royal Roussillon
, et Brigadier de la promotion du 20
Février dernier , qui a eu une contusion
au même Combat.
Barthelemi de Vanolles Maître des Re
quêtes ordinaires de l'Hôtel du Roi depuis
1722 , et auparavant Conseiller au
Grand Conseil et grand Rapporteur en la
Chancellerie de France depuis 1707 , Intendant
de la Generalité de Moulins depuis
1723 , a été nommé à l'Intendance
du Comté de Bourgogne ou Franche-
Comté , à la place de Charles des Chiens
de la Neuville , qui exerçoit cette Intendance
depuis 1718 , et qui a obtenu son
rappel.
Bertrand-René Pallu Maître des Requêtes
ordinaires de l'Hôtel du Roi depuis
1726 , et auparavant Conseiller au
Parlement de Paris , où il avoit été reçu
le 2 Juin 1718 , a été choisi pour remplacer
le précédent en Pintendance de
Moulins.
Le 25 de ce mois pendant la Messe du
Roi , l'Evêque d'Amiens prêta serment
de
JUILLET. 1734 1665
de fidelité entre les mains de Sa Majesté.
Le même jour la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , et
Sa Majesté communia par les mains de
l'Abbé de Pontac son Aumônier en quartier.
,
Le 27 de ce mois à onze heures et demie
du soir la Reine accoucha d'une
Princesse qui fut ondoyée par l'Archevêque
de Vienne , premier Aumônier du
Roi , en présence du Curé de la Paroisse du
Chateau.Cette Princesse fut ensuite portée
dans son Appartement par la Duchesse
de Tallard Gouvernante des Enfans de
France.
Les et le 7 Juillet il y eut concert chez
la Reine , M. de Blamont Surintendant
de la Musique du Roi en semestre , fit
chanter l'Opera d'Atys , dont les principaux
rôles furent chantez avec succès
par les Demoiselles Lenner , Matthieu ,
Duhamel et Robelin , et par les sieurs
Chassé , Petillot , du Cros , le Prince ,
et du Bourg.
Le 12 , 14 et 19 on concerta l'Opera
de Roland. Les sieurs Chassé , du Cros ,
Jeliot , le Prince et du Bourg firent les
principaux rôles , ainsi que les Demoi-
I iij
selles
1666 MERCURE DE FRANCE
selles Duhamel cadette , Lenner , Courvasier
et Robelin.
par
Le 21 et 27 on chanta l'Opera d'Armide
, dont le premier rôle fut chanté
la Demoiselle Antier, ceux d'Hidraot
et de Renaud par les sieurs d'Angerville
et Jeliot ; la Demoiselle Antier chanta
ensuite avec applaudissement une Cantatille
de M. de Blamont qui fut suivie de
quelques pieces de simphonie du même
Auteur , dont l'execution fit beaucoup de
plaisir. Ce Concert fut terminé par une
Fanfare appellée la Philisbourg , chantée
par le sieur Petillot, alternativement avec
les Violons.
RECEPTION faite à M. le Comte
de Matignon dans la Ville de la Rochelle.
Extrait d'une Lettre du 13 Juillet
1734.
R. le Comte de Matignon Gou-
Mverneur de la Rochelle , du Pays
d'Aunix , et Commandant de la Province
, est venu vers le commencement
du mois de Juin pour faire quelque séjour
en cette Ville . On lui rend de grands
honneurs ; les Négocians de la Rochelle
et de Rochefort allerent au devant de
lui jusqu'à Nuaillé , et l'accompagnerent
en cortege au nombre de cent cinquante ,
ho mmes
JUILLET. 1734. 1667
hommes bien montez et en habit d'écar
late , l'épée haute , &c. Le jour de Saine,
Jean , dont ce Seigneur porte le nom ,
on rira le Canon et un grand nombre de
fusées volantes.
Un Acte de Philosophie soutenu dans
l'Eglise du College des Jesuites le 5. de
ce mois , lui a été dédié : l'Assemblée a
été des plus célebres. Il fut ensuite complimenté
par les Ecoliers en Prose Latine
et Françoise , en Vers de diverses especes
Latins et Erançois , enfin en Grec .
L'ouverture de l'Académie Royale des
Belles Lettres , nouvellement érigée à la
Rochelle sous la protection de S. A. S.
Monseigneur le Prince de Conti , doit se
faire incessamment avec pompe, en présence
de M. le Gouverneur, dans l'Eglise
du même College des Jesuires. La Messe
doit être célebrée par M. l'Evêque , qui
• est actuellement indisposé , et n'a pu se
trouver à la These . Tous les ordres de la
Ville ont complimenté M. le Gouverneur
sur son arrivée et sur la po session qu'il
á prise du Commandement de la Province
; l'Académie s'en est acquittée par la
bouche de M. l'Abbé d'Arger Chanoine.
de la Cathédrale , en qualité de Directeur.
Voici son Discours qui a ére très-apolindi,
M. C'est à bien des titres
que
Académie
i i
des
1668 MERCURE DE FRANCE
des Belles-Lettres vient vous rendre ses profonds
respects, Issu d'un Sang également cher
aux Muses et à la Nation ; heritier d'un
nom qu'une haute naissance , d'importans.
services , d'éclatantes Dignitez mais plus
que tout cela encore , que des talens acquis
et un mérite personnel ont rendu célebre z
fils de tant d'illustres Gouverneurs aussi recommandables
par la protection qu'ils ont
donnée aux Arts , que par le soin qu'ils ont
pris d'assurer la felicité des peuples , et qui
ont cru même que c'étoit rendre les hommes
beureux que de les rendre sçavans ; destiné
vous-même par le choix du Prince à faire
te bonheur d'une Province , confiée autrefois
à leur sage administration , et où les sciences
sont honorées ; dépositaire de toute leur
gloire , vous venez remplir nos esperances.
et vos engagemens.
Qu'il est doux pour nous , M. de vous
revoir aujourd'huien possession du Comman- .
dement , en conserver tous les droits avec
dignité sans en faire sentir le poids , venir
en personne serrer les liens de respect et de
soumission qui nous attachent depuis tant
d'années anx personnes de votre sang, confirmer
les heureux présages de votre premiere
jeunesse,que nous vimes croître sous les
yeux d'un pere dont la memoire nous sera
toujours précieuse , et qui vous instruisoit·
deftors:
JUILLET.
1734. 1669
deflors à nous rendre heureux , nous rendre
te fruit des hautes esperances que nous en
avions conçues , et nous découvrir par votre
présence toute l'étendue de notre bonheur.
Avec une ame aussi grande , une Religion
aussi pure , une sagesse aussi éclairée avec
des inclinations aussi bienfaisantes et aussi
genereuses avec des ressources aussi profondes
et aussi sûres pour le bien public ; n'avons-
nous pas tout lieu d'esperer et de nous
promettre que cette Province vous devra bientôt
sa tranquillité , comme elle vous doit dé-
`ja une partie de sa gloire ?
Et voilà , M. une nouvelle matiere d'éloges
pour cette Societé litteraire , que le desir
de s'enrichir des belles connoissances a formée
dans cette Capitale , et qui a déja éta--
bli un commerce d'érudition , bien plus noble
etplus précieux que celui des richesses et de
la fortune.
Mais si les sciences font fleurir les Villės
où elles s'introduisent , et qui sont assez heureuses
pour les connoître et les cultiver ; c'est
aussi à ceux qui ont le pouvoir en main¸
ces hommes élevez en gloire et en autorité , à
fairefleurir les sciences et à les proteger.
à
Nos Muses attentives à vous plaire , trott--
veront en vous , M. un illuftre appui , ct
Les graces que vous répandrez sur elles rendront
leur reconnoissance éloquente. La Pro-
V tection!
1670 MERCURE DE FRANCE
tection dont le Roi les honore , est un titre
qui doit leur assurer la vôtre ; et fi notre
auguste Monarque veut bien les élever jusques
à souffrir qu'elles consacrent leurs talens
à sa gloire sous les auspices d'un Prince
de son Sang , que ne doivent- ellespas attendre
d'un illustre Gouverneur , qui est le
Ministre de sa puissance , et qui a l'honneur
de le représenter ?
Le Roi assista le 9. de ce mois au Te
Deum qui fut chanté dans la Chapelle du
Château de Versailles , pour remercier
Dieu de la victoire remportée au Combat
de Parme , dont Sa Majesté lui fit
rendre le 12 de ce mois de solemnelles
actions de graces par le Te Deum qui fut
chanté dans l'Eglise Métropolitaine , auquel
l'Archevêque de Paris officia pontificalement
le Chancelier de France et le
Garde des Sceaux accompagnez de plusieurs
Conseillers d'Etat et Maîtres des
Requêtes , y assisterent , ainsi que le
Clergé , le Parlement , la Chambre des.
Comptes , la Cour des Aydes et le Corps
de Ville , qui y avoient été invitez en la
maniere accoutumée.
LÉTTRE
JUILLET. 1670
1734-
écrite à
> LETTRE DU ROI
M. l'Archevêque de Paris , &c.
M
>
On Cousin , les Generaux de l'Empereur
en Italie donnoient à connoître depuis longtems
qu'ils avoient pour objet principal de s'emparer
de la Ville de Parme dont la conquête leur
auroit donné des facilitez pour s'étendre dans les
Pays qui sont à la rive droite du Pô ; il étoit trèsimportant
non seulement pour la suite des operations
de la Campagne , mais encore pour la gloire
des Armes des deux Couronnes , de s'opposer à leurs
projets. Mon Frere et Oncle le Roi de Sardaigne
ayant passé le Po à la tête de l'Armée, composée de
mes forces et des siennes il fit d'abord attaquer le
poste de Collorno que les Ennemis soutenoient ave
toute leur Armée , et qu'ils furent néanmoins obli-
· gez d'abandonner avec une perte considerable. L'épreuve
qu'ils venoient de faire de la valeur des deux
Nations unies , ne les a pas arrêté , ils ont passé
La Parma , l'Armée combinée s'est avancée vers
et le 19. du mois passé il s'est donné sous les
murs de Parme un Combat sanglant , qui a duré
depuis onze beures du matin jusqu'au soir enfin la
Victoire s'est déclarée pour nous ; et les Ennemis
voyant qu'ils avoient perdu plusieurs de leurs Generaux
et la tête de leur Infanterie , n'ont eu d'autre
parti à prendre que de profiter de la nuit pour se
retirer avec précipitation , laissant sur le Champ de
Bataille leurs Blessez à la mercy du Vainqueur. Le
succès de cette journée doit être rapporté au Die
des Armées , qui connoît et protege la justice de
ma cause et voulant lui rendre des actions de
graces , je vous écris cette Lettre pour vous dise
que mon intention est que vous fassiez shamster le
eux ;
;
Te Denma
1672 MERCURE DE FRANCE
Te Deum dans votre Eglise Métropolitaine et au
tres de votre Diocese , avee les solemnitez requises
aujour et à l'heure que le grand Maitre, le Maitre
on l'Aide des Cérémonies vous dira de mapart , et
que vous y invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y
asister:Sur ce,je prie Dieu qu'il vous ait,mon Cou
sin , en sa sainte et digne garde. Ecrit à Versailles
le neufJuillet mil sept cent trente-quatre. Signé ,,
LOUIS. Et plus bas PHELYPE A U X.
Et au dos est écrit : A mon Cousin l'Archevêque
de Paris , Pair de France , Commandeur de
mes Ordres..
›
MANDEMENT de M. l'Archevêque :
de Paris..
C "
Harles- Gaspard- Guillaume de Vintimille
c . Dieu continue , Mes très - chers Freres
de favoriser les Armes du Roi , et de faire éclater.
sa protection sur la France et sur ses Alliez. Après.
tous les avantages que les Armées dé Sa Majesté
et celles des Princes qui lui sont unis , ont rempor→
tez à l'ouverture de la Campagne sur les Troupes
de l'Empereur , le Dieu des Armées vient de nous
accorder un nouveau succès également glorieux es
important dans le Combat donné à Parme:
Plus cet évenement est grand , plus le Roi penetré
des sentimens que la Foi nous inspire , se croit
obligé d'en rendre hommage à Dieu , comme à celui
seul qui décide du sort des Armes , et qui fait
pancher la Victoire du côté qu'il lui plaît.
Rendons , Mes très - chers Freres , suivant les
pieuses intentions de S. M. de solemnelles actions de
graces du Combat de Parme. Et en nous acquittant
d'une reconnoissance si juste , demandons conti
nuellement à celui qui est l'Arbitre somverain de
โร
JUILLET. 1734. 16-༣
> la Guerre et de la Paix et qui dissipe à son gre
·les projets des Nations qui veulent la Guerre , qu'a
daigne exaucer lesjustes desirs d'un Roi pacifique
qui n'a pris les Armes que par des motifs de justice
et de necessité , et qui préferera toujours une Paix.
solide aux Victoires les plus éclatantes .
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freras . les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Métropolitaine , Nous ordonnons
que Lundi 12. du present mois le Te Deum
sera chanté dans notre Eglise Métropolitaine en ac
tions de graces de la Victoire remportée par les
Troupes de Sa Majestéjointes à celles du Roi de San
daigne sous les murs de Parme ; Dimanche 18. du
courant , dans toutes les Abbayes , Chapitres , Paroisses
et Couvents exempts et non exempts de la
Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocese , le Dimanche après la réception
du present Mandement. Si mandons , &c.
Donné à Paris le 10. Juillet . 1734.Signé, CHARLES
Loc
Le 13. Juillet le Cardinal de Bissy Abbé de :
S. Germain des Prez donna sur le méme sujet
un Mandement , dont voici la teneur.
Enri de Thiard de Bissy , par la de
grace
H
Dieu et du saint Siege Apostolique . Cardinal
dela sainte Eglise Romaine , du titre de saint
Bernard , Evêque de Meaux , Commandeur de
L'Ordre du Saint - Esprit, Abbé Commandataire de
LAbbaye Royale de S. Germain des Prez : A tous
ceux qui sont soumis à notre Jurisdiction , Salut
et Benediction.
Tous les évenemens qui arrivent dans le monde
soat reglezpar la providence du Maître absolu : de ·
RUnivers
1674 MERCURE DE FRANCE
PUnivers ; ils mérieent
tous notre attention
: mais
il en est quelques
-uns qui exigent
de nous de plus
sérieuses
refléxions
et une plus vive reconnoissance
.
Tel est celui de la Victoire
remportée
sous les murs
de Parme
par les Troupes
de Sa Majesté
jointes
à
celles du Roi de Sardaigne
. Plus_le
Combat
a été
sanglant
, plus la valeur
de nos Troupes
s'y est distinguée
. Les Ennemis
n'ont pû résister
à leur intrepidité
; ils ont cherché
leur salut dans une retraite
précipitée
, à la faveur
de la nuit , après avoir
laissé sur le Champ
de Bataille
leurs Blessez
à la
merci du Vainqueur
. Jamais
Victoire
ne fut moins
équivoque
. Les projets
des Generaux
des Ennemis
déconcertez
, leurs Drapeaux
enlevez
, une partie
de leurs Troupes
obligée
de se rendre
à discrétion
,
le Pays voisin soumis
l'abondance
rétablie
dans
notre Camp , ne nous laissent
pas lieu de douter
des avantages
de cet heureux
succès . Comme
fideles
Sujets , nous devons
participer
à laJoye de notre invincible
Monarque
; comme
Chrétiens
pieux , nous
en devons
rapporter
la gloire au Dieu des Armées
qui connoît
et protege
la justice
de la cause de Sa
Majesté
. A ces causes, pour suivre les pieuses
intentions
du Roi , etpour satisfaire
aux mouvemens
de
notreZele et aux devoirs
de notre Ministere
, nous
ordonnons
que Dimanche
18. du present
mois
l'issue des Vepres
le Te Deum
sera chanté
dans
notre Eglise Abbatiale
, en actions
de graces
Victoire
remportée
par les Troupes
de Sa Majesté
jointes
à celles du Roi de Sardaigne
; sous les murs:
de Parme. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial
le 13 Juillet
1734. Signé, HENRI
,
dinal de Bissy.
2.
>
>
de la
Carde
ce
Le Dimanche 18. en consequence
Mandement , on chanta dans l'Eglise de l'Abbaye
JUILLET. 1734. 1675
baye de S. Germain le Te Deum avec beaucoup
de solemnité , suivi du Pseaume Examdiat et
des autres Prieres accoutumées . Les Officiers de
la Justice de l'Abbaye et plusieurs personnes distinguées,
assisterent à cette Cérémonie , pendant
laquelle on fit plusieurs décharges de coulevrines
et de boetes placées dans les Cours et dans
les jardins. Le soir il y eut des feux et des illuminations
, tant dans la Cour et les Bâtimens du
Palais Abbatial , que dans l'Enclos exterieur du
Monastere , et on réïtera les décharges , &c.
Le Roi ayant appris le 21 Juillet au matin par
le Marquis de Renel , que Philisbourg s'étoit
rendu , le premier soin de S. M. fut d'en aller
remercier Dieu dans la Chapelle du Château de
Versailles , où le Te Deum fut chanté au sujet
de la prise de cette Place . Monseigneur le Dauphin
y assista . Le Roi en fit rendre de solemnel--
les actions de graces dans l'Eglise Metropolitai
ne. L'Archevêque de Paris officia pontificalement:
au Te Deum , qui y fut chanté le 25. après midi ;
le Chancelier de France et le Garde des Sceaux
accompagnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent ainsi que le
Clergé , le Parlement , la Chanbre des Comp--
tes , la Cour des Aydes et le Corps de Ville , qui
Y avoient été invitez de la part du Roi . Le soir il
y eut dans toute la Ville des feux et de grandes.
marques de réjouissance..
LETTRE
1676 MERCURE DE FRANCE
LETTRE DU ROI , écrite à
M. l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le Te Deum en actions de graces
de la prise de Philisbourg , par
F'Armée de Sa Majesté.
On Cousin , en même tems que l'Empereur
Mfaisoit élever des Lignes du côté d'Ettelingen
pour en fermer les passages que je m'étois ouvert
en Allemagne l'année derniere par la prise de
Kell'et par le rétablissement des Ponts d'Huningue
et du Fort-Louis ; il se dispoſoit à pénetrer sur mes
Frontieres avec la plus grande partie de ses forces
et de celles de l'Empire . J'ai prévenu ses desseins .
Traërback a été assiegé dans le mois d'Avril , et
pris en sept jours , malgré les rigueurs de la saison
et l'Armée considerable que j'avois fait assembler
sur le Rhin , a passé ce Fleuve sous les ordres du feu
Maréchal de Bervvick ; elle aforcé les lignes d'Ettelingen
, et a formé le Siege de Philisbourg. La
Place a été investie le 25 Mai , et après quarantebuit
jours de tranchée ouverte , elle s'est renduë Le
18. de ce mois à mon Cousin le Maréchal d'Asfeldt
à qui j'avois confié le Gommandement de mon Armée
après la perte que j'avois faite. du Maréchal
de Bervvick. Tout ce qui peut relever l'éclat d'une
entreprise se trouve rassemblé dans celle - ci ; les
principalesforces de l'Empereur et de l'Empire campées
en presence de mon. Armée ; les crues prodi
gieuses du Rhin qui jettoient mes Troupes dans la
necessité de traverser de longues inondations à découvert
et sous le feu de la Place , et la nombreuse
Artillerie que les Assiegez leur ont continuellement
opposée , n'ont pû ébranler leur fermeté ; animées à¹
la vie des obstacles , elles les ont surmontez avec ·
De
JUILLET. 1734. 1697
·
une patience et un courage dont il n'y a pas d'exem
ple. Cet évenement le plus important et le plus glorieux
de mon Regne , et par ses circonstances et par
les suites avantageuses que j'ai lieu d'en esperer ,
nie fait sentir de plus en plus que Dieu qui connois
la justice de ma cause et la droiture de mes inten--
tions , continuë de les proteger ; et voulant lui rendre
les actiont de graces qui lui en sont dûes , je
vous fais cette Lettre pour vous dire que mon inten
tion est que vous fassiez chanter le Te Deum dans
votre Eglise Métropolitaine et autres de votre Diocese
, avec les solemnitex requises , au jour et à
P'heure quele Grand Maitre , le Maître ou l'Aide
des Cérémonies vous dira de mapart. Sur ce je pris
Dieu qu'il vous ait , Mon Cousin , en sa sainte et
digne garde. Ecrit à Versailles le 11. Juillet 1734-
Signé , LOUIS. Et plus bas PHELY PEAUX,
Et au dos est écrit : A mon Cousin l'Archeque
de Paris Pair de France , Commandeur de
mes Ordres.
›
>
Deux jours après M. PArchevêque donna sur
ce sujet le Mandement qui suit.
Harles- Gaspard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marseille du Luc ,par la misericor
de Divine, et par la grace du S. Siege Apostolique,
Archevêque de Paris , Duc de S. Cloud , Pair de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Esprit ,
&c. Aux Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine
et de S.Severin , et aux Doyens Ruraux de notre
Diocèse , Salut et Benediction.
La protection de Dieu sur la France , Mes trèschers
Freres , n'a peut - être jamais éclaté d'une maniere
plus sensible que pendant le Siege de la Ville
de Philisbourg, qui vient de se soumettre aux Armes
victorieuses, du Roy , et dont la Conquête doit
étre
1678 MERCURE DE FRANCE
être mise au rang des plus grandes et des plus glo
rieuses entreprises.
Tout avoit concouru pour rendre presque impossible
la prise de cette formidable Place. Des pluyes
continuelles retardoient nos travaux et nos attaques,
les débordemens du Rhin inondorent nos Tranchées;
et quelle confiance n'inspiroit point aux Asiegez l'a
vue d'une Armée puissante à portée de les secourir ,
et qui publioit à tous momens qu'elle alloit nous attaquer.?
La valeur et la constance des Troupes du Roy,
l'application infatigable de ses Generaux ont surmonté
des obstacles que l'on croyoit invincibles , et
il semble que Dieu n'a permis lagrandeur des diffi
cultez que pour nous convaincre qu'il déployoit la
force de son bras en notre faveur , et qu'une telle
Conquête étoit son ouvrage.
Après tous les succès remportez depuis le commen
cement de la Guerre par les Armées du Roy et par
celles de ses Alliez , ce dernier évenement aussi important
qu'honorable pour la Nation,,fjair voir de
plus en plus la justice de la cause que le Roy soutient;
Dieu méme en devient le défenseur.
Mais au milieu des Victoires et des Triomphes , le
Roy plein d'un amour tendre pour ses Peuples desire
la Paix comme un bien plus précieux pour nous, que
les
avantages
de la Guerre ; à l'exemple de S. M.
offrons , selon les paroles du Prophete , au Dieu qui
combat pour nous , les voeux les plus ardents et les
plus sinceres , afin qu'il mette le comble aux graces
dont il nous favorise , en nous faisant jouir d'une
Paix durable .
pour obtenir de nouveaux bienfaits , il faut , Mes
très- chers Freres , que notre reconnoissance soit proportionnée
à la grandeur de ceux que nous avons
déja reçûs ; que toutes les circonstances du Siege et
da
JUILLET. 1734. 1679
de la prise de Philisbourg raniment donc notre foy ;
reconnoissez le doigt de Dieu dans un tel succès , et
pendant que le Tout-Puissant signale ses misericor
des sur ce grand Royaume , venez au pied des Autels
lui rendre de solemnelles actions de graces.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cham
pitre de notre Eglise Métropolitaine , nous ordonnons
, &c. Donné à Paris le 24. Juillet 1734. &c.
Le Jeudy 29. Juillet , le Te Deum fut solemnellement
chanté pour le même sujet dans l'Eglise
de l'Abbaye Royale de S. Germain des
Prez , en conséquence d'un Mandement , dont
voici la teneur.
}
Enry de Thiard de Bissy , par la grace de
H Dieu et du saint Siege Apostolique .Cardinal
de la sainte Eglise Romaine , du Titre de S. Bernard
, Evêque de Meaux Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit , Abbé Commandataire de l'Ab
baye Royale de S. Germain des Prez ; à tous ceux
qui sont soumis à notre Jurisdiction , Salut et Be→
nediction. La Conquête d'une Place aussi impor
tante que celle de Philisbourg , exige de nous de
nouveaux Cantiques à la louange de l'Arbitre Sou
verain de l'Univers . Dieu continuë de faire éclater
ses merveilles en faveur de la cause que la justice
du Roy défend,continuons de lui en rendre nos actions
de graces les plus vives. Profitons de la tranquillité
generale dont le Royaume jouit par les sages
mesures de S. M. pour louer le S. Nom de Dien
dans le recueillement de nos esprits , et dans la pureté
de nos cours. Laissons à nos Ennemis , accou
rus de tous les Cercles de l'Empire pour tâcher de
secourir Philisbourg assiegé , le soin de célebrer les
faits héroiques des François Assiegeans . Il nous est
glorieux
1680 MERCURE DE FRANCE
glorieux de donner à une Armée composée de cent
mille hommes la satisfaction de pouvoir justifier son
inaction par l'éloge qu'elle fera de l'habileté de nos
Generaux dans leurs entreprises , de l'intrépidité de
nos Officiers dans l'execution , de la patience de noš
Soldats dans leurs travaux et de la valeur generale
de tous dans les Attaques.La Posterité, ajoûtera foi
aux temoignages non suspects d'une si grande mul
titude de Témoins oculaires ; elle comblera d'éloges
le courage François , et elle jugera que nos Adversaires
ont eu raison de n'oser se compromettre aves
des Guerriers qui se sont mis au - dessus des obstacles
que
leur opposoient l'eau , le feu , la Nature et
l'Ari.
Pour Nous , à l'imitation du vaillant Judas Macabée
, offrons des Sacrifices purs pour le repos des
Ames de nos Héros dont les corps sont ensévelis sous
Pamas des Lauriers dont ils se sont eux- mêmes
couverts. Prions avec confiance le Dieu de consolas
tion defermerles playes de ceux qui ont combattn si
génereusement pour les droits de leurPatrie.Formons
sur- tout les voeux les plus ardens pour la prosperité
du Roy , qui ne met pas sa confiance dans le nom
bre de ses Troupes , ni dans le choix de ses Officiers,
ni dans la rapidité de ses Victoires , mais uniquement
dans la protection du Nom du Seigneur , auquel
il renvoye toute la gloire de ses succès les plus
beureux. A ces causes , pour suivre les pieuses in
tentions du Roy , et pour satisfaire aux mouvemens
de notre zele , et aux devoirs de notre Ministare
Nous ordonnons que Jeudy 29. du présent mois , à
l'issue des Vêpres , le Te Deum sera chanté dans
notre Eglise Abbatiale , en actions de graces de la
Prise de Philisbourg par les Troupes de S. M. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial le 26. Juil -
let 1734. Signé , HENRY CARDINAL DE
BISSY, &c.
MORTS
JUILLET. 1734. 1681
***
MORT S.
Ouis des Moulins , Marquis de l'Isle de la
Province du Maine , qui a été tué le 29 Juin
dernier au Combat de Parme à l'âge d'environ
43 ans , avoit été d'abord Capitaine dans le
Regiment de Barrois , puis Colonel du Regiment
de la Fere Infanterie par Commission du
Aoust 1704. Il fut fait Brigadier le 2 Juillet
1710. après le Siége de Douay , à la défense
de laquelle place il s'étoit distingué, et Maréchal
de Camp le 23 Decembre 1731. il venoit
d'être nommé Inspecteur General d'Infanterie .
Il étoit fils de feu Louis des Moulins , Comte de
P'Isle , Baron de Hertray , Commandeur de
l'Ordre de S. Louis Lieutenant General des
Armées du Roy , et Commandant de la Ville
de Lille en Flandres , mort les May 1728. et
de Catherine- Louise de Bougy son épouse , il
avoit été marié 1 °. le 3 Mars 1712. avec Marie-
Marguerite- Françoise de Leles , morte à l'âge de
23 ans , le 9 Janvier 1715. fille de François de
Leles , Trésorier de France en la Generalité de
Montauban , Seigneur de Giranchy le Noble de
Riencourt , & c. et de Marie Bourdon , 2° . le
Mars 1716. avec Anne Libert de la Ville de
Lille en Flandres. Il laisse de la premiere une
fille Marie-Françoise des Moulins de Pisle , ep
de la deuxième un fils et une fille .
>
>
François d'Armand de Laurencin , Marquis de
Mison , en Provence , qui a été tué dans le même
Combat , avoit été Colonel du Regiment de
Flandres Infanterie , par Commission du 6 Desembre
1705. Il fut fait Brigadier le premier
Fevrier
1682 MERCURE DE FRANCE
Fevrier 1719. Inspecteur General d'Infanterie ,
le 4 Avril 1733. et Maréchal de Camp le 20
Fevrier dernier. Il étoit fils de feu Charles d'Armand
de Laurencin , Marquis de Mison , et de
Marguerite de Valbelle de Montfuron . Il laisse
une fille unique , mariée à son Frere Leon d'Arinand
de Laurencin de Mison , ci - devant Chevalier
de Malte , Capitaine au Regiment des
Gardes Françoises depuis le 21 Octobre 1723 .
Emeri - Emanuel de Timbrune , Marquis de
Valence en Agenois , qui a été tué au Combat
de Parme , étoit fils de Jean - Emanuel de Timbrune
, Marquis de Valence , Seigneur de Cục ,
Castelet , Timbrune , &c. et de Renée- Charlotte
de la Roche de Fontenilles . Après avoir
été Capitaine dans le Regiment du Roy , il fut
fait Colonel-Lieutenant du Regiment du Maine
Infanterie , le 7 Avril 1708. et Brigadier des
Armées du Roy le premier Fevrier 1719. Il
avoit épousé Marie Anne du Bruelh , fille de
Pierre- Silvestre du Bruelh , Comte de Ferrieres,
Baron de Montesquieu, et de Torieres , Seigneur
de S. Agnan et de Mantettes , Doyen des Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis Brigadier des
Armées du Roy , et Gouverneur de Bellegarde
en Roussillon , mort le 15 Août 1724.
?
Louis- Charles de la Chastre , Comte de Nancay
, Seigneur de Malicorne , Gouverneur des
Ville et Fort de Pecquay en Languedoc , Colonel
du Regiment de Bearn , par Commission
du 7 Decembre 1717. et Brigadier des Armées
du Roy de la Promotion du 20 Fevrier dernier ,
connu sous le nom de Marquis de la Chastre
et qui a été tué au Combat de Parme , étoit
frere de Claude- Louis de la Chastre , Evêque et
Comte
JUILLE T. 1734. 1683 .
Comte d'Agde , Abbé de Tréport , et fils aîné
de Louis- Charles- Edme de la Chastre , Comte
de Nancay , Lieutenant Geperal des Armées du
Roy , Gouverneur de Pecquay , mort le 12
Septembre 1730. à 69 ans et de Marie-
Anne Charlotte de Beaumanoir de Lavardin
Dame de Malicorne , morte le 29 Avril 1725.
l'âge de 8 ans . Il avoit été marié le 23 Fevrier
1723 avec Marie- Elizabeth Nicolai , fille aînée
de Jean Aimard Nicolai , Marquis de Goussain
ville , Comte d'Ivor premier President en la
Chambre des Comptes de Paris , et de Françoise,
Elizabeth de Lamoignon sa deuxième femme.
Il en laisse des enfans.
>
>
Louis le Tyran , Comte de Villers - Chandry
Capitaine dans le Regiment du Roy , a été tué
pareillement au Combat de Parme . Il étoit fils
de Jean le Tyran , Marquis de Villers , Seigneur
de Fremainville et Chaudry , Chevalier de Saint
Louis , et autrefois Colonel d'Infanterie , et de
Madeleine du Bois de S. Quentin ; il avoit été
marié le 3 Novembre 1716. avec Marie- Anne
Jouenne d'Esgrigny , fille de feu René Jouenne,
Seigneur du Mesnil , d'Esgrigny , Fontenay ,
S. Pere , Herville et Beauval , autrefois Intendant
d'Armée en Irlande , Catalogne et Italie
mort le 9 May 1732 et de Barbe - Angelique
Geraid , sa veuve . Il en a laissé deux fils et une
fille .
Jean- François de Bourlamaque , d'une Famille
originaire de Lucques en Italie , Seigneur du
Vivier , et de Courtevrou en Brie , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , Capitaine de
Grenadiers dans le Begiment Dauphin Infanterie
, et Ayde des Cérémonies de France , est
mort des blessures qu'il avoit reçues au Combat
1684 MERCURE DE FRANCE
bat de Parme le 29 Juin. Il avoit été marié le
27 Avril 1716. avec Claude-Angelique Gatian,
fille posthume de fea François Gatian , Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , mort le 20 Mars 1688.
et de Jeanne - Angelique le Normant . Il en laisse
un fils âgé de 13 ans , reçu en Survivance de
las Charge d'Ayde de Cérémonies , dont il a
fait la fonction pour la premiere fois à la Cérémonie
du Te Deum chanté en action de graces
de la Victoire remportée au Combat de Parme .
C'est lui qui fit l'invitation aux Cours
l'absence du Grand Maître et du Maître des
Cérémonies. Il s'en acquitta si bien ; malgré
son jeune âge , qu'il s'attira de grands applaudissemens.
en
Martin-Bernard de Lossendiere, Lieutenant au
Régiment de Picardie , troisiéme fils de Louis-
Gaston de Lossendiere , Conseiller en la Cour
des Aydes de Paris , et de feuë Marie-Angelique
des Hayettes , sa femme , fut tué aussi le 29.
Juin au Combat de Parme.
Le premier Juillet 1734, Denis Leon Roüillé du
Coudray , Soudiacre , Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , depuis le 16. Septembre
1768. et Prieur Commandataire du Prieusé de
$. Simphorien de Bonnelles et de sainte Livrade,
mourut après une longue maladie , en sa Maison
Canoniale , dans la 47 .. année de son âge , étant
né le 27. Mars 1688. Il étoit second fils de feu
Hilaire Rouillé , Seigneur du Coudray , Vofves,
Bois - Louis , & c. Conseiller d'Etat Ordinaire
mort le 4. Septembre 1729. à l'âge de 78. ans , et
de Denise Coquille.
2.
Charles Guy de Valory , Lieutenant General
des Armées du Roy , Grand -Croix de l'Ordre
Koyal
JUILLET. 1734. 1685
Royal et Militaire de S. Louis , et Gouverneur du
Quesnoy , y mourut le 3. Juillet , dans la 79.
annét de son âge , étant né le 24. Septembr
1655. Il fut successivement Ingénieur du Roy
Capitaine au Régiment de Normandie , fait Brigadier
des Armées de S. M. en 1703. Directeur
des Fortifications des Places de Flandres , Maré→
chal de Camp en 1708. après le Siege de Lille
à la deffense duquel il avoit servi , et Lieutenant
General le 2. Juillet 1710. après la deffense de
Douay en 1712. il eut la Direction des travaux
des Sieges de Douay , et du Quesnoy ; et après
la prise de cette derniere Place il en eut le Gouvernement.
Il conduisit aussi les attaques aux
Sieges de Landau et de Fribourg en 1713. et fut
faic ensuite Commandeur de l'Ordre de S. Louis,
dont il eut la Grand- Croix en 1722 Il étoit d'us
ne ancienne Famille noble, originaire de Toscane.
La Genealogie en est rapportée dans le Dictionnaire
Historique , Edition de 1725. et 1732. où
l'on peut voir son Mariage et ses enfans .
Paul Gui Briçonnet, Seigneur , Marquis d'Oysonville
, Congerville et Gaudreville en Brausse,
Capitaine dans le Régiment du Roy, depuis 1729.
et auparavant Lieutenant, a aussi été tué au Combat
de Parme , et Charles Bernard Briçonnet ,
Chevalier d'Oysonville , son frere , y a eu la
Jambe cassée d'un coup de feu . Ils sont fils de
feu François - Bernard Briçonnet , Seigneur, Marquis
d'Oysonville , Congerville et Gaudreville en
Beausse , et du Bouchet en Anjou , cy - drvant Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , mort le 2 .
Juillet 1716. âgé d39 . ans , et de Marie Magdeleine
de Seve , Dame de Gomerville , sa Veuve
Le Marquis d'Oysonville , qui vient d'être tué
étoit dans la 33. année de son âge , étant né le s
K Sep1686
MERCURE DE FRANCE
Septembre 1701. il avoit été marié le 15. Aoûtde
l'année derniere 1733. avec Marie- Anne Duché ,
nicce du Fermier General de ce nom , qu'il laisse
venye sans enfans .
Le 7. Juillet Dlle Catherine-Agnès le Fevre
d'Eaubone , fille d'André Robert le Fevre d'Eaubone,
Président au Grand Conseil , et de D. Marie
Catherine Petitpied son Epouse , mourut à
Paris dans la 22 , année de son âge , étant née le
15. Juillet 1712 .
Le 8. Fabien Albert du Quesnel , Chevalier ,
Marquis de Coupigny , Seigneur de Pinson , le
Blancfossé, Neuilly , Beaulieu-lès- Roulandieres,
&c. mourut à Paris , âgé d'environ 55. ans . 11
étoit fils de feu Albert du Quesnel , Marquis de
Coupigny , mort au mois de Juin 1717 âgé de
78. ans , et de Louise Perreau , morte le 18. Avril
1702. et il avoit été marié le 19. Novembre
1714 avec Jeanne- Louise de Bethune , fille
unique de François Annibal de Bethune , Chef
d'Escadre des Armées Navales du Roy , mort le
19. Octobre 1731. et de Renée le Borgne de
Lesquifiou,
Le nommé Jean Princiteau , Vigneron du Village
de Villegouge , Diocèse de Bordeaux , y
mourut le 23. de ce mois , âgé de 102. ans et
deux mois.
Le 27. de ce mois , Jean - François - Jofeph
de Gourgues , Marquis d'Aulnay en France , de
Vayres , de Bouret &c. Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi , reçû à cette charge
le 14. Mars 1696. et auparavant Confeil-
Ter au Parlement de Paris , il avoit été reçu
le 10. Janvier 1691. mourut après une longue
maladie à Paris , dans la 64. année de son
age , étant né le 3. Decembre 1670. Il étoit
fils
JUILLET. 1734. 1687
fils de feu Armand-Jacques de Courgues , Marquis
de Vayres & de Bouret , mort Doyen des
Maîtres des Requêtes du quartier d'Avril , le 4.
Mars 1726. et de feue Marie Elizabeth le Clerc
de Cottier , Dame héritiere d'Aulnay , de Nonneville
, de Savigny , des Lions , & de Bellefontaine
, morte le 11. Mars 1709. Il avoit été
marié deux fois . La premiere le 6. Aoust 1696,
avec Gabrielle-Elizabeth Barrillon , morte le 15.
Avril 1700. à l'âge de 22 ans , fille d'Antoine
Barrillon , Seigneur de Morangis , vivant Mai
tre des Requêtes , et de Catherine- Marie Boucherat
; et la feconde fois , le 30. Avril 1709.
avec Catherine Françoise le Marchand de Bardouville
, fille de Pierre le Marchand de Bar
douville , Seigneur Châtelain de Villers , de
Chamblanc , de Barentin , et du Héron , Confeiller
auParlement de Rouen , et de Marie Marthe
de Caradas du Héron. Il laisse de la premiere
Louise-Marie Gabrielle de Gourgues , mariée
au mois d'Octobre 1717. avec Louis - François
de Saint Simon , Marquis de Sandricourt , Lieu
tenant General des Armées du Roi du 20. Fevrier
dernier ; et de la deuxième un fils , et
quelques filles , dont une a épousé en 1732. Jean-
André de Pomereu , Conseiller au Parlement de
Paris , où il a été reçû le 1. Fevrier 1713
Le 30 François - Nicolas Megret , Seigneur de
Passy , d'Estigny &c. Conseiller du Roi en ses
Conseils , Grand Audiancier de France depuis
∙ 1729. et auparavant Receveur General des Fi-
Bances en Auvergne mourut fubitement sur
les sept heures du matin , âgé d'environ 61.
ans. aïant de Marguerite Beaucousin
•son épouse Jean Nicolas Megret de Séyilly
, successivement Avocat du Roi au Châ-
-
4
telet
1688 MERCURE DE FRANCE
蘩
elet , Avocat General en la Cour des Aydes
en 1-26. Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roi , en 1732. et Intendant du Commerce
en 1733. qui a été marié le 21. Fevrier
1726. avec Louise- Françoise Joly de Fleury ,
fille ainée de Guillaume François Joly de Fleury
Seigneur de Grigny , Procureur General au
Parlement de Paris & de Marie- Françoise le
Maistre ; N , .... Mégret de Fouquieres , Receveur
General des Finances en Auvergne depuis
1725. N...... Mégret d'Estigny , encore
aux études ; Marguerite- Françoise Megret ,
morte à l'âge de 16. ans au mois de Juin 1720 .
étant mariée nouvellement avec Jean Paris de
Monrmartel , alors Secretaire du Roi , et Trésorier
general des Ponts & Chaussées de France ,
et depuis Garde du Trésor Röyal ; Marie Mégret
, mariée le 29. Avril 1726. avec Claude Pellot
, Comte de Trevieres , Seigneur des grand
et petit Deffands , Port - David , Saillencourt &c.
Conseiller au Parlement de Paris et morte le
28, Juillet 1733. agée de 27. ans ; et une troifiéme
fille à marier,
33
ARRESTS NOTABLE S.
ARREST
du
Mars , et Letrres Patentes
23.
sur icelui , portant abonnement
du Dixiéme
sept cens mille livres par an pour le Duché de
Bourgogne
et les Comtez'en
dépendant
,
AUTRE du 25. May , qui ordonne qu'en
payan
ant par les Etats d'Artois , la somme de deux
cens
JUILLET 1734. 1689
cens mille livres par chacune année , la Province
Artois demeurera déchargée de l'execution de
la Déclaration du 17 Novembre 1733. concernant
la levée du Dixiéme.
"
ARREST du même jour , qui ordonne qu'en
payant par le Pays et Comté de Foix , la somme
de trente-cinq mille livres par chacune année.
tant que fa levée du Dixiéme aura lieu , les Habitans
dudit Pays demeureront déchargez de l'execution
de la Déclaration du 17. Novembre
dernier.
: AUTRE du 2. Juin , qui ordonne qu'en payant
par les Prêteur , Consuls , Magistrats et Manans
de la Ville de Strasbourg , la somme de trois cens
mille livres , ils seront exempts de la Déclaration
17. Novembre dernier. du
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Procureurs des gens des trois Etats
du Pays de Provence , la somme de cinq cens
cinquante mille livres par chacune année , tant
que la levée du Dixiéme aura lieu , les biens des
Habitans dudit Pays de Provence , Marseille ,
Arles et terres adjacentes , demeureront déchargez
de l'execution de la Déclaration du 17. Novembre
dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Pays et Communaurez de
Bigorre , la somme de quarante- cinq mille livres
par chacune année , tant et si long- temps que le
Dixiéme aura lieu , les ens et revenus situez
dans lesdits Pays seront exempts de la levée de
cette imposition.
AUTRE
Ico MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par la Province d'Alsace , la somme de
six cens soixante- quinze mille livres , les Habitans
ou Fossedans des biens - fonds en ladite Province
, seront et demeureront exempts de l'exe-
Eution de la Déclaration du 17. Novembre 1733;
pour la levée du Dixiéme.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Villes et Communautez de la
Principauté d'Orange , la somme de sept mille
livres par chacune année , tant que la levée du
Dixiéme aura lieu , lesdites Villes et Communautez
composant ladite Principauté , demeureront
déchargées de l'execution de la Déclaration du
17. Novembre 1733.
Ja
APPROBATION.
'Ay I par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Juillet , et j'ay cru qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le 12. Août 1734.
HARDION.
TABLE
Ode,
PecesFugitives add's Sciences sous Ch
lemagne ,
Inquietude de l'Ame ,&c.
147L
1473
1490
Lettre de M. Frezier , sur le goût de l'Architecture
, & c .
Pezfdie de l'Amour , Ode ,
1494
1515
QuesQuestions
Elementaires , &c .
Madrigal ,
1516
1523
Mort de M. Capperon , & c . 1524
par son Compere, 1527
Vers adressez à Mlle ***
Dissertation sur le Flux et Reflux de la Mer, 1528
A Madile de ***
Lettre au sujet de Saint Valerien , &c.
1531
1533
Sentimens de pieté , Stances sur une Montre, 1538
1542 Accouchemens difficiles , &c.
›L'Amour et Psiché , Cantate , 1545
Lettre sur deux nouvelles Lettres de S. Augustin
, 1548
Rondeau , 1566
Horloge Marine , Essay de M. Duquer , 1567
Enigme , Logogryphe , & c..
NOUVELLES LITTERAIRES ,des Beaux - Arts, 1574
Pensées Choisies , & c.
1570
1576
Chronologie de l'Histoire Sainte , & c . 1582
Bibliotheque Raisonnée , & c. 1588
Question de Medecine
1591
Societé des Sciences à Toulouze , 1592
Panegyrique de S. Victor ; Eloge de , &c. 1593
Estampes nouvelles , &c.
1996
Chansons notées ,
1598
Spectacles , Balet des Fêtes nouvelles, 1601
Décoration du Balet des Elemens ,
Enée et Didon , Tragédie nouvelle ,
Nouvelles Etrangeres , de Pologne , Siege de
Dantzick ,
Acte des Seigneurs Polonois à Dantzick ,
ibid.
1603
1619
1623
D'Allemagne et d'Italie , 1626
De Naples et Sicile , 1628
Espagne et Angleterre 1631
Morts , Naissances des Pays Etrangers , 1632
Armée d'Italie ,
1636
Lettre du Maréchal de Coigny ,
1639
Siege de Philisbourg , &e.
Journal du Siege ,
1641
1645
Extraits de plusieurs Lettres de Philisbourg, 1657
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , & c. 1662
Reception du Comte de Matignon à la Rochelle
et Compliment de l'Académie , 1666
Lettre du Roy à l'Archevêque de Paris , 1671
Mandement , & c.
Mandement du Cardinal de Bissy .
1672
1673
Lettre du Roy sur la Prise de Philisbourg, 1676
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Mandement du Cardinal de Bissy ,
Morts , & c .
Arrêts Notables , & c .
1677
1679
1681
1689
Errata de Juin , premier volume.
Page 1083. ligne 3. in gratia lis, in Græcia.
Errata de Juin , second volume.
Age 1327. ligne 11. exérceriat , lisez exercerent.
Ibid 1. 28. qu'elles, l . qu'ils. P. 1452.
ligne pénultiéme , après ce mor Maître , ajoûtez,
de deux fortes Places , de S. Sébastien et de Fon
tarabie.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1490. ligne 11. de , lisez des.
P. 1499. L. 9. préfent , 1. préfererent.
P. 1500. 1. 23. ces , 1. ses
¿
P. 1516. 1. 18. n'est- il plus , l. n'est - il pas plus.
P. 1537 1. 21. l'aucueil , 1. l'écucil.
P. 1518 1. 21. du , l . de.
L'Air neté doit regarder la page 1598
售
MERCURE
DE FRANCE
,
DEDIE AU ROT.
A O UST. 1734
COLLIGIT
SPARGIT
A PARIS ,
R
GUILLAUME CAVELIER
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
6.6
34
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur
MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent se fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura fain de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Theure à la Pofte , on aux Meageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A OUST.
PIECES
1734.
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EPITAPHE
DU MARECHAL DE VILLARS.
L
'Exemple des Guerriers, le vengeur
de nos Rois ,
Villars , l'honneur de sa Patrie,
Villars est mort : son nom fameux
par ses Exploits ,
Fait seul l'éloge de sa vie.
Sous les Armes blanchi méprisant le trépas ,
Ce Héros que suivoit en tous lieux la victoire,
A ij
Cou1692
MERCURE DE FRANCE
Couvert des rayons de sa gloire ,
Prenoit un peu d'haleine après divers combats.
Mais , hélas ! la Parque perfide ,
Qui n'osa l'a taquer , quand son bras enflâmé
Foudroyoit l'Ennemi vainement animé ,
Le perça d'un trait homicide
Dans le fatal moment qu'il s'étoit désarmé.
Mlle de Malerais de la Vigne.
Plusieurs maladies dangereuses l'obligerent de
se retirer à Turin , où il est mort.
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie Royale de Chirurgie , 1734.
L
E Mardy d'après la Trinité 22 Juin ;
l'Académie Kovale de Chirurgie tint
son Assemblée publique dans la grande
Sale de S. Côme , à laquelle M. la Peyronie
présida .
M. Morand , Secretaire de l'Académie,
commença par annoncer les changemens
arrivez depuis la Séance publique de 173 3 .
sçavoir , la mort de Mrs Leaulté et Turssan
le cadet , l'un Chirurgien Major d'une
Compagnie des Gardes du Corps du
Roy , l'autre Chirurgien Major des Gendarmes
AOUST. 1734. 1693
darmes de la Garde , tous deux très- distinguez
dans la Chirurgie Militaire ;
et l'Association de six des Maîtres qui
ont paru empressez à donner des Mémoires
à l'Académie ; çavoir , Mrs Bermingham
; Jardin , Chipillon , Ruffel ,
le Jeune , Trippier le jeune , et Bagieu ,
le Roy ayant jugé à propos de les joindre
aux Académiciens ordinaires pour ,
suppléer au défaut de ceux qui sont employez
dans les Armées.
L'Académie a reçû 25. Memoires sur
la question proposée pour le Prix de l'année
derniere .
Le Prix a été adjugé à la Piece N°. 21 .
dont la Devise est : Celatus optat decelari ,
PAuteur qui s'est fait connoître est M. le
Cat , Maître Chirurgien et Chirurgien
de l'Hôtel - Dieu, en survivance , à Roüen ,
le même qui avoit eû le premier Accessit
l'année passée.
L'Académie , parmi les Pieces qui lui
ont été envoyées , a jugé que celle N° .
19. dont la Devise est : Sic ves non vobis
mellificatis apes , méritoit seule de
concourir pour le Prix.
Le sujet du Prix pour cette année 1734 .
est annoncé depuis plusieurs mois. L'Académie
demande , que l'on détermine dans
chaque genre de Maladies Chirurgicales ,
A iij les
1694 MERCURE DE FRANCE
les cas où il convient de panser fréquemment
, et ceux où il convient de
rement.
panser ra-
M. Morand ayant fini de lire ce qui
regarde le Prix , M. de la Faye lût un
Memoire sur une difformité de naissance
heureusement corrigée par opérations
dans deux Sujets.
2
Le premier est un Enfant de 4. ans
qui avoit un bec de Lievre très - singulier
et affreux à voir , il avoit la levre
superieure divisée et écartée depuis une
aîle du nez jusqu'à l'autre , la partie antérieure
des os maxillaires , la voute du
palais , la cloison charnue , étoient pareillement
divisées. Dans le milieu de
cette division dessous le nez étoient
deux dents incisives , recouvertes de
leurs gencives et enchassées dans deux
petites portions des os maxillaires , que
M. de la Faye appelle Eminence osseuse .
Elle étoit attachée antérieurement à la
cloison du nez , et faisoit une saillie d'environ
cinq lignes au-delà du niveau naturel
des os maxillaires ; un petit bouton
de chair qui avoit son origine à la pointe
du nez , pendoit sur cette éminence
sans la recouvrir totalement ; chaque portion
de la levre divisée avoit à son rebord
une espece de mamelon qui se gonfloit
AOUS T. 1734.
1695
floit principalement quand cet Enfant
rioit.
>
M. de la Faye ayant résolu de faire
l'operation , prit l'avis de plusieurs de
ses Confreres et en leur présence il
coupa d'abord l'éminence osseuse avec
une tenaille incisive , et il rafrachit les
bords du bouton charnu , au moyen de
deux coups de cizeaux , pour le placer
dans un vuide triangulaire qu'il comptoit
devoir rester après l'approche de la levre
divisée , dont il coupa aussi les bords. La
suture entortillée fut ensuite pratiquée
en observant de faire passer les éguilles
très près du rebord inferieur de la levre.
Plus les deux portions de la levre lais
soient d'intervalle entre elles , plus M. de
la Faye avoit lieu de craindre leurs efforts
sur les éguilles qui ne résistent que dans
deux points ; c'est pour cela qu'il fit un
bandage , qui en partageant l'effort des
parties contre les éguilles , répondoit
très- bien aux vûës qu'il avoit, et piévine
les accidens que pouvoient produire les
cris et les pleurs de l'Enfant. Le tout
réussit si bien , qu'au bout de 22. jours
la réunion fut parfaite ; l'enfant qui aus
paravant étoit insupportable à la vûë, et
pouvoit à peine se faire entendre , aujourd'hui
se fait voir et se fait entendre
*
A iiij sans
1695 MERCURE DE FRANCE
sans peine. Les differentes situations dans
lesquelles le sieur Simoneau l'a peint ,
rendent la chose sensible.
Le second Sujet avoit un bec de Lievre
presque semblable au premier. L'Operation
fut aussi la même à quelque
difference près ; ce qui fait le principal
objet de cette Observation est le retardement
que souffrit la guérison de ce
garçon par un accident que causa l'inattention
du pere, lequel rapant du tabac le
6 our après l'Opération auprès du lit de
son fils , le fit éternuer plusieurs fois
avec violence , ses efforts firent sortir les
éguilles de leur place en déchirant les parties
qu'elles traversoient et séparant même
celles qui étoient déja réunies , ce qui
occasionna une difformité beaucoup plus
grande que celle que l'on vouloit corriger
; cependant M. de la Faye trouva
un moyen très -simple qui , malgré le
grand écartement, tint les parties rapprochées
, lesquelles au bout de 20. jours
furent parfaitement réunies , sans en raffraichir
les bords. Les bornes d'un Ex.
trait ne nous permettent pas de rapporter
toutes les Refléxions de M. de la Faye
sur la maniere de faire ces Opérations et
sur l'appareil dont , selon lui , le succès
dépend principalement.
Le
AOUST. 1734 1697
1 Le second Memoire lû par M. Pusos ,
est sur les fausses grossesses , c'est- à dire,
les grossesses, qui lors de l'avortement ne
produisent que des corps irreguliers et
pour l'ordinaire sans apparence d'Enfant.
M. Pusos dit que le produit de ces fausses
grossesses est de deux sortes , le faux
germe et la molle ; il fait deux especes
de faux germes , l'un est une masse d'une
consistance charnue dans toutes ses
parties , sans apparence d'Enfant , l'autre
renferme de l'eau et un petit embryon
plus ou moins gros , depuis la grosseur
d'une mouche jusqu'à celle d'une olive.
,
germe
M. Pusos croit que le faux germe étoit
d'abord essentiellement vrai et qu'il devient
faux par accident . Si dans le tems
que la Nature travaille à débrouiller le
cahos dans lequel semble être le
dans les premiers jours de la grossesse ,
à arranger les parties , disposer les ressorts
, distribuer les vaisseaux , s'il survient
alors quelque desordre dans le germe
par trop de sang poussé dans ses foibles
tuyaux, quelque mouvement violent ,
une passion vive , &c. l'economie du
petit germe est dérangée , la pâte encore
molle retombe dans la confusion , les
membranes seules qui l'environnent continuent
de prendre nourriture et accrois-
A v se mont
1698 MERCURE DE FRANCE
sement ; et comme les passages des membranes
aux germes sont interceptez
l'abord des sucs nourriciers n'est plus
qu'au profit des membranes qui de minces
qu'elles devroient être , deviennent
épaisses , et forment des masses charnuës
que la nature expulse ordinairement yers
le deuxième ou le troisiéme mois de la
grossesse .
Si le faux germe n'a pas été expulsé
dans ce terme , il grossit et peut acquerir
un volume considerable.
· de
sang
M. Pusos croit que c'est ce qui fait la
molle qui paroît sous la forme , tantôt
d'une masse fongueuse, tantôt d'un caillot
entrelassé dans un tissu fibreux
et quelquefois de Vesicules transparantes
appellées Hydatides ; de quelque espece
qu'elle soit , elle cause par son séjour et
dans sa sortie de plus grands accidents
que le faux germe : cependant la nature ,
presque toujours seule , quelquefois aidée
de l'Art , en délivre les femmes assez
heureusement.
M. Pusos s'étant proposé de détromper
ceux qui doutent de l'existence d'un faux
germe , joint à cela des observations qui
fortifient ses conjectures , déja fort vrai
semblables par elles- mêmes.
M. Gervais , lût ensuite pour M. Du
phe
A OU ST. 1734. 1699
>
phenix,le détail d'une cure fort singuliere
faite à un Piqueur de l'équipage de M. le
Duc de Bourbon. De deux playes que
cet homme cut par des coups d'andouillet
qu'un cerflui donna , celle qui étoit
au visage interessoit non-seulement les
parties molles, mais encore la portion de
Pos de la Pommette qui forme la partie
inférieure de l'orbite et qui fut fracassée.
A un gonflement de toutes les parties
voisines de la blessure , se joignirent les
accidents d'une commotion au cerveau ,
perte de connoissance , assoupissement
suppression des urines , tous ces accidents
furent calmez par beaucoup de saignées ;
le gonflement des parties diminua peu à
peu , la playe suppura , les Esquilles se
détacherent, et le blessé paroissoit gueri
lorsqu'on s'apperçutd'une ouverture très .
fine qui restoit à la jouë , et par où cou
loit une grande quantité de salive lors
qu'il remuoit la machoire , il en sortoit
même assez pour moüiller une serviette
en plusieurs doubles dans un repas ; e :
comme on la reçut dans des Vaisseaux
pour juger de la quantité , il se trouva
qu'il en avoit rendu une fois deux onces
un gros , en quinze minutes ; une autre
fois trois onces deux gros et demi ', en
vingt-trois minutes ; une autre fois qua-
A vj
>
tre
1700 MERCURE DE FRANCE
tre onces un gros , en ving - huit minutes.
Si le Canal salivaire cut été entamé
dans l'endroit où il passe sur le muscle
Buccinateur , M. Duphenix auroit fait
aisément une communication dans la
bouche au moyen de laquelle la salive y
auroit coulé , mais ici il étoit ouvert à la
partic presque postérieure du Masseter
et lorsque le malade baissoit la machoire
inférieure, l'apophise coronoïde couvroit
l'endroit où il eut fallu établir une communication
parallele à l'ouverture extérieure.
Differents moyens de compressions.
ayant été inutilement tentés pour empêcher
la salive de couler en dehors , M. Duphenix
se détermina à pratiquer une
communication dans la bouche par une
opération absolument nouvelle , et qui
lui réussit. Après avoir emporté la cicatrice
extérieure, qui étoit large et enfoncée
, il perça jusques dans la bouche ce
qui restoit à traverser du muscle Masseter
, mais de derriere en devant , et de
haut en bas ; il introduisit dans cette
playe une sonde à seron pour conduire
deux cordonnets attachez à l'extremité
d'une canule de plomb grosse comme
une plume à écrire , et longue d'environ
trois lignes. Cette canule placée à la faveur
AOUS T. 1734. 1701
veur de la sonde à seton , que M.Duphenix
fit sortir par la bouche étoit taillée
en bizeau , de façon à répondre par sa
languette au - dessous du canal coupé , et
recevoir la salive pour la porter dans la
bouche ; on voit l'intention que M. Daphenix
avoit de mouler un canal artificiel
au travers des parties ; il fit la suture
entortillée à la playe exterieure qui le
septième jour parut réünie , et les éguilles
furent ôtées le seiziéme ; pour lors il
tira la canule par la bouche , au moyen
des petits cordonnets ; le canal nouveau
demeura creux et la salive y a toujours
coulé depuis.
Du même côté de la bouche , la commissure
des lévres étoit tirée vers l'oreille,
et les lévres ne pouvoient se joindre
exactement , de sorte que le Piqueur ne
pouvoit faire usage de sa
trompe. M. le
Duc imagina lui - même un instrument
pour suppléer à ce deffaut dans le mouvement
des lévres ; c'est une espece de
cuvette attachée à sa trompe , qui reçoit
tout le contour des lèvres , et même audelà
, une plaque placée au dedans de la
cuvette , est toujours appliquée sur l'endroit
mutilé de la lévre , et un ressort
permet à la plaque obéir à la force du
souffle , au moyen de quoi le Piqueur
sonne
1702 MERCURE DE FRANCE
sonne du cor, presque avec la mêmefacilité
et la même force qu'avant sa blessure .
La quatriéme observation communiquée
par M. Verdier , détaille la cure
d'un homme qui s'étoit donné deux
coups de rasoirs , l'un au ventre , l'autre
à la gorge. La playe du ventre donnoit
issue à une partie des intestins Colon et
Jejunum ; la playe de la gorge penetrant
dans le fond de la bouche , entre la
partie anterieure de la baze de l'épi-.
glotte et la racine de la langue ,
laissoit
sortir la boisson .
>
M..Verdier prêt à panser le malade
apperçut sur son lit une très grande portion
d'Epiploon que le malade s'étoit
coupée ; il s'en étoit arraché autant et
l'avoit jetté sous le lit. La portion du
Colon sortie présentoit encore des restes
de l'attache de l'Epiploon . M. Verdier
bien sûr que les intestins n'étoient point
blessez , dilata la playe et réduisit les
parties sans avoir d'attention particuliere
aux portions d'Epiploon attachées au
Colon , quoiqu'elles eussent souffert du
déchirement, et qu'elles eussent été exposées
à l'air.
Il paroît donc abandonner le conseil
que la plupart des Auteurs donnent de
ne point faite rentrer l'Epiploon sans
12-
AOUS T. 1734. 1763
l'avoir lié , mais il prétend premierement
que cette ligature est inutile par raport
à l'Hemoragie , parce que la crainte de
l'Hemoragie est elle -même chimerique.
29. Que la ligature de l'Epiploon faite
si près de l'intestin doit avoir des inconvéniens.
3 ° . Que les avantages qui résultent
de la méthode de réduire l'Epiploon
sans le lier , sont appuyez sur les succès ,
et que cette méthode est aujourd'hui suivie
par les plus habiles Chirurgiens.
M. Verdier ayant fait trois points de
suture aux tegumens du ventre , et appliqué
l'appareil ordinaire , vint à traiter
la playe de la gorge ; il en rapprocha les
lévres et les maintint rapprochées par
trois points de suture entrecoupée , qui
s'opposerent à la sortie des aliments liquides,
quoique la suture ne pénetrât pas
fort avant ; il ajouta aux secours particuliers
tous ceux qui pouvoient prévenir
les accidents interieurs ; les fils de la
playe du ventre furent ôtés le septiéme
jour , et la playe cicatrisée le quatorze .
Ceux de la playe de la gorge furent ôtez
le quatrième jour ; la nature et une position
de la tête propre à favoriser la réünion
firent le reste.
Dans le cinquiéme Memoire , M. Morand
fait l'Histoire d'une fistule avec
carie ,
1704 MERCURE DE FRANCE
>
carie à l'Apophise mastoïde du côté
gauche , qu'un jeune homme de condition
portoit depuis longtems . M. Morand
ayant découvert la carie par une incision
convenable trouva qu'elle pénétroit
dans l'épaisseur de l'Apophise mastoïde ,
à la profondeur de plus d'une ligne. Les
remedes capables d'avancer l'exfoliation
ayant été appliqués inutilement , M. Morand
porta dans le trou de l'os , un bouton
de feu , deux fois à quinze jours de
distance ; la premiere fois il n'arriva rien ,
la seconde il en résulta de grands accidents
qui cependant furent calmez par
les secours ordinaires ; enfin il s'exfolia
une pièce d'os , précisément figurée
comme la virolle qu'on mer dans l'oeil
d'une canne , après quoi le trou se remplit
en partie de chair. Alors M. Morand
se contenta de mettre sur la playe un peu
de charpie trempée dans l'eau de vie
mais le malade se plaignant d'un grand
mal de tête chaque fois qu'on le pansoit,
et M. Morand croyant que l'eau de vie
pouvoit y contribuer , il cessa de s'en
servir un point de carie qu'il sentoit
encore au fond du trou l'engagea à y seringuer
un mélange d'eau vulneraire avec
beaucoup d'eau , mais il fut bien surpris
de voir sortir l'injection par le nez ; il y
inAOUST.
1734. 1703
injecta de l'eau pure , elle ressortit de
même ; il eut donc une preuve complette
que l'injection en filant le Sinus mastoïdien
entroit dans la Caisse du tambour,
et passoit delà par la trompe d'Eustache
dans le nez et dans la bouche ; le malade
en eut quelque bourdonnement d'oreille
qui se dissipa peu à peu. Il se fit une
autre petite exfoliation , la playe se cicatrisa
parfaitement et le malade fut bien
gueri sans être incommodé en aucune
façon de l'ouie , quoiqu'une ouverture
étrangere dans le Sinus mastoïdien eut
pû donner passage à l'air extérieur dans
F'oreille interne, et que les injections eussent
moüille et frape les parties délicates
de cet organe contenues , dans la Caisse
du Tambour.
Le ŝixiéme Memoire communiqué par
M. Bassuel , établit des préceptes pour
la reduction de la Hernie Crurale . M. Bassuel
avoit souvent trouvé de la difficulté
à réduire cette espece de Hernie ; ayant
essayé la pression des parties vers le milieu
de l'arcade Crurale , il n'en avoit pas
tiré plus d'avantage et croyoit jusques - là
devoir les réductions qu'il avoit faites ,
plutôt à l'effet du hazard ou du tatonnement
, qu'à une compression assujettie
à certaines regles.
Ses
1706 MERCURE DE FRANCE
Ses ré lexions sur la position de l arcade
Crurale , qui est surbaissée du côté où
elle s'attache à l'os Pubis , et qui s'éleve
à mesure qu'elle s'avance vers l'os de la
hanche , l'engagerent à faire des recherches
sur les cadavres de ceux qui avoient
eu certe indisposition , et il a presque
toujours trouvé que la portion du sac
Herniaire passant sous l'arcade Crurale
étoit placée dans l'angle que fait cette arcade
avec l'os Pubis un peu de réflexion
fait voir que c'est-la l'endroit que
ces sortes de Hernies doivent naturellement
affecter c'est celui qui est le
moins en état de resister aux parties qui
font effort pour s'échaper du dedans au
dehors , il est le plus bas quand l'homme
est debout ; la portion du Peritoine qui
le revet en dedans , n'est soutenu que
par un tissu cellulaire mol , en dehors il
n'est recouvert que d'un peu de graisse
et de la peau.
,
On doit donc plus aisément réüssir
dans la réduction de ces Hernies , en dirigeant
la compression des parties vers
l'angle interne de l'arcade , et M. Bassuel
convient d'y avoir mieux réüssi en conséquence
de ses réflexions qui ne sont
pas inutiles pour la façon de diriger le
tranchant de l'instrument lorsqu'il faut
faire l'opération .
A O UST. 1734. 1707
M. Jardin finit la séance par le récit de
la guérison d'une verole fort difficile à
démêler et dont les Simptomes étoient
fort bizares : Un jeune homme à la suite
d'un long flux hemoroïdal eut le Scorbut,
et lorsqu'il en fut soulagé il eut de
violents accès d'Epilepsie à laquelle il
n'avoit jamais été sujet , ces accès devinrent
très fréquents ; le malade tomba
dans une fiévre lente et dans le marasme .
Cet état déplorable l'obligea de venir à
Paris , où les Médecins les plus accréditez
lui donnerent les remedes indiquez en
pareil cas , et même un spécifique contre
l'Epilepsie dont il usa pendant dix- huit
mois,mais sans soulagement. Dans un de
ces accès , le malade tomba dans le feu
se brûla les pieds sans le sentir , la Gana
grene y vint. M. Jardin fut obligé de
lui couper plusieurs phalanges et fut
deux mois à le traiter de cette derniere
avanture .
Dans les visites assiduës qu'il lui faisoit
, il le questionna sur sa conduite
passée et commença à soupçonner un virus
verolique , mais rien ne l'en assuroit ;
un dépôt Lymphatique qui se forma
aux deux genonx augmenta un peu ses
soupçons ; enfin un examen bien circonspect
708 MERCURE DE FRANCE
pect d'un des genoüils malades , lui fit reconnoître
que Is rêts des o de la jointure
étoient gonflés ; M. Jardin convaincu
, autant qu'il le pouvoit être , de ce
qu'il avoit , pour ains - dire , deviné
prépara le malade aux frictions mercurielles
et lui en don na plusieurs à petitesdoses
pendant deux mois ; le malade fut
parfaitement queri , et d puis treize ans
il n'a senti aucune incommodité.-
›
LA VIEILLESSE ,
Cantate à mettre en Musique.
Uel effroyable objet ! quelle horrible har
Q
pie!
L'Enfer a- t - il vomi ce monstre languissant >
Dans les tourmens il traîne une cruelle vie ,
·
Et son mal va toujours croissant.
Comme un âpre Vautour le passé le dévore
L'avarice remplit un présent douloureux ;
Et l'obscur avenir qu'il craint et qu'il ignore
Lui paroît tour à tour propice et rigoureux
Le tems à sur son front gravé ses caractéres ;
Il va bientôt l'anéantir.
·
Vieillesse , ainsi tu perds pour de vaines chiméres
,
L'insA
O UST.
1709 1734
L'instant fait pour le repentir.
La jeunesse n'est qu'un beau songe
Dont la Vieillesse est le réveil ;
Mais son aspect bientôt nous plonge
Dans un plus dangereux, sommeil.
Usons donc de cet âge aimable
Comme d'un trésor précieux ,
Dont chaque mortel est comptable
Au juste Tribunal des Dieux .
La
jeunesse.......
Vieillesse , tout te craint tout te hait , tout
t'évite.
>
Sous tes pas chancelants la terre va s'ouvrir ,
Mais hélas ! quelle soif te tourmente et t'agite
Au moment que tu vas périr !
Dans ton coeur que tout abandonne ,
Je te vois é ever à l'aveugle Plutas ,
D'une main criminelle , un détestable Trône
Sur les sacrés débris des sublimes vertus ;
Rien de ta passion n'éteint la véhémence ;
Elle a toujours pour toi mille nouveaux appas ;
Et comme elle est sans joüissance ,
Elle te conduit au trépas.
Fortune volage
Garde tes présents ;
Effa
1710 MERCURE DE FRANCE
Effacent - ils l'âge
Que donnent les ans ?
Leur trompeuse amorce
Au vieillard cassé
Rend - elle la force
De son tems passé ?
Fait-elle à la Parque
Prolonger nos jours ,
Quand le sort lui marque
D'en trancher le cours ?
Avarice toujours funeste ,
Tyran de nos derniers momens ,
Tu ne vaincras jamais mon coeur qui te déteste
Malgré l'essain flateur de tes attraits charmants,
Ton or n'est à mes yeux qu'un vain tas de
poussiere ,
Que l'on devroit aux pieds fouler avec dédain ,
C'est lui qui fait notre misere .
Lui seul est le fléau de tout le genre humain.
Ah ! Vieillesse faut- il , qu'après cette chimére,
On te trouve toujours l'ensensoir à la main?
Verité répans dans son ame
Tous les rayons de ton flambeau ,
Vien démasquer le vice infame
Qui la poursuit jusqu'au tombeau.
Triomphe , c'est à ta victoire
A changer son fnneste sort :
Pour
AOUS T. 1734.
1711
Pour son salut et pour sa gloire
Fais qu'elle trouve enfin le port.
Que l'ennemi qui la dévore
Sous tes pieds gémisse , abattu :
C'est pour elle que je t'implore ,
Fais lui connoître la vertu .
Par M. de S. R.
LETTRE de M.... sur un nouvel
Ouvrage de M. le Marquis Maffei.
V
Ous ne sçauriez croire , Monsieur,
le plaisir que m'a fait la lecture de
l'Ouvrage nouveau de M. le Marquis Scipion
Maffei,dont vous me chargez devous
rendre compte , et que tous les Gens de
bon gout et d'une certaine érudition ont
approuvé. Il est imprimé chez Charles
Osmont , rue S. Jacques , sous ce titre :
GALLIE ANTIQUITATES QUÆDAM SELECTE
in plures Epistolas distribute 1. vol. 4.pp.
175. M. DC C. XXXIII.
#
Les Lettres Latines qui composent ce
Recueil sont au nombre de vingt- deux.
Après une Dedicace au Roy en très beaux
vers Latins , accompagnez de Notes au
ba's des
pages , suit la premiere Lettre.
Elle
1712 MERCURE DE FRANCE
Elle est adressée de Verone au Baron de
Bimard. Il paroit par sa lecture que ce
Baron est un jeune Seigneur , autant illustre
et recommandable par son érudi
tion , que par sa naissance. La Lettre est
une Dissertation fort étenduë , remplie
de Recherches curieuses , et accompagnée
d'Inscriptions Grecques et Latines , et d'autres
Monuments pour servir de preuves.
Le sujet de la Dissertation est pris d'un
endroit de l'Histoire Diplomatique du
Marquis Maffei , qui contient une difficulté
exprimée en ces termes par notre
illustre Auteur. Quifactum sit , ut ab
honestis Missionibus civitas Romana legio
mariis militibus concederetur , quos ut Legionibus
nomen darent , cives Romanos jam
fuisse opportebar? &c. A la fin de cette
premiere Lettre on trouve la Gravure de
deux Medailles Grecques jusqu'à présent
inconnuës.
Ces Medailles font le sujet de la se
conde Lettre , écrite de Turin et adressée
à M. Albert Fabricius . La premiere
Medaille fixe le vrai nom d'un Roy de
la Haute Cilicie , qui prit le parti de
Pompée et depuis celui d'Antoine , dont
il prit même le surnom, Ce Roy est nommé
dans la Medaille Tarcondimotus , et
plusieurs Auteurs Anciens ont fait mention
A OUST 1734- 1713
tion de lui . L'autre Medaille représente
Musa Reine de Bythinie : La Medaille
sert à corriger un passage corrompu de'
Saluste , dans lequel cette Reine est
nommée Nisa , au lieu de Musa , et
qualifiée de Roy , Regem au lieu de Reginam
. L'Auteur fait à l'occasion de ccs
deux Medailles beaucoup de recherches
curieuses , et il laisse la décision de tout
ce qu'il dit sur ce sujet à son sçavant
Ami. Dans la même Lettre on examine
une Inscription de l'Arc de Triomphe
de Suze , ce qui donne lieu d'éclaircir ce
qui regarde la situation et l'étenduë du
Gouvernement de M. Julius Cottius
qui a donné son nom à une partie des
Alpes , et d'expliquer les dénominations
de plusieurs Villes et autres Lieux , contenues
dans l'Inscription , par les noms
modernes que ces mêmes Lieux portent
aujourd'hui.
>
La troisiéme Lettre est écrite de Genéve
à M. Ballerini ; elle a pour objet
deux Inscriptions Latines nouvellement
découvertes , l'une par des Paysans dans
la Comté de Genêve , et l'autre au lieu
d'Alby dans le même Pays. Les Memoires
de Trévoux ont donné l'explication
de cette derniere.
Dans la quatriéme Lettre adressée de
B Lyon
1714 MERCURE DE FRANCE
Lyon à M. Fretet , de l'Académie des
Inscriptions et des Belles- Lettres , il est
parlé de deux Inscriptions aussi Latines ,
trouvées dans la même Ville , dont l'Auteur
donne l'explication. Il fait aussi
quelques conjectures sur une autre Ins
cription antique de Lyon , qu'il croit
n'avoir pas été bien expliquée par
M. Spon.
Plusieurs Inscriptions qu'il a examinées
à Nîmes , font le sujet de la cinquiéme
Lettre , adressée de la même Ville à
M. Passionei , Nonce du Pape à Vienne.
>
Après s'être plaint au commencement
de la sixième , adressée de Narbonne au
P. de Montauzan de la perte de
tant de Monumens dont cette Ville étoit
autrefois remplie , et dont on ne voit
plus aujourd hui que des fragmens et des
Piéces mutilées , dont on s'est servi pour
construire une partie de ses murailles
M. Maffei fait part à son Ami de plusieurs
Inscriptions Sepulcrales qui contiennent
toutes quelque chose digne de remarque,
et particulierement la X. qui mérite
toute l'attention des Antiquaires.
La septiéme est écrite de Toulon ǎ
M. le Chevalier Garelli , Bibliothequaire
de l'Empereur . Plusieurs Pierres Milliaires
en font le sujet ; ce sujet est curieux
et
AOUST. 1734
1715
·
et manié avec toute la capacité possible.
L'Auteur fixe sur la fin de sa Lettre le
Mille ancien à 756 toises , c'est- à - dire
à 4536 pieds , ou environ sooo pieds
Romains , le pied François étant plus
grand ; ou a mille pas anciens qui font
nos pas Geométriques . Vous vous souviendrez
, Monsieur , à cette occasion ,
que M.Vergile de la Bastide, Gentilhomme
d'auprès de Beaucaire , a donné dans
le Mercure du mois d'Août 1731. un
Memoire sur la Decouverte d'un grand
Chemin des Romains , dans lequel , sur
l'autorité d'une PierreMilliaire , il a fixé
la valeur du mille Romain à 752 toises
4 pieds , quoique M. Cassini lui ait donné
763 toises d'étenduë.
La huitiéme Lettre est adressée de
Marseille à M. Chishull , ce Sçavant Anglois
dont j'ai eu occasion de vous parler
plus d'une fois , et en dernier lieu au su
jet de son bel Ouvrage intitulé Antiquitates
Asiatica & c. qui n'est plus si rare
en France . Il s'agit dans cette Lettre de
deux Marbres du Cabinet de M. Lebret,
Premier President et Intendant de Provence
, lesquels contiennent chacun une
Inscription Grecque. Ce sont deux De-.
crets faits dans la Ville de Berenice, et qui
avoient été placez dans l'Amphitéatre à
Bij
caus
#716 MERCURE DE FRANCE
cause de leur importance en faveur de
deux Citoyens distinguez dont l'un s'appelloit
Titius et l'autre Denys . Rien n'est
plus sçavant et plus recherché que tout
ce que dit sur ces rares Monumens notre
Illustre Auteur. Il y prouve sur tout que
la Ville de Berenice , dont il s'agit ici
ne peut être celle de même nom ; qui
étoit située sur la côte de la Mer Rouge ,
comme quelques Sçavans le prétendent ,
mais que c'est celle qui avoit été tâtie
dans la Province Cyrenaïque d'Afrique;
c'est aussi dans ce même Pays que les
Inscriptions ont été trouvées , et c'est de
Tripoly de Barbarie , Ville voisine des
Ruines de Berenice , qu'elles ont été ap.
portées en Provence .
د
M. le M. Maffei rend compte dans sa
neuviéme Lettre écrite d'Avignon રે
M. Ursatti , Abbé d'un Monastere de
Benedictins , de ses Voyages Litteraires
de Provence, et de Languedoc. Il lai envoye
en mêmetems plusieurs Inscriptions
au sujet desquelles il fait des remarques
qui méritent ure attention particuliere ,
et d'être lûes dans la Lettre même.
Il parle dans la dixième , écrite encore
d'Avignon , et adressée à M. Abauzit
Bibliothéquaire de Genêve , du nombre
considerable de fautes qui se trouvent
dans
A O UST . 1734. 1717
›
dans les differents Recueils d'Inscriptions
anciennes , ce qui démontre la necessité
indispensable de l'Edition d'un nouveau
Recueil general où toutes ces fautes
soient corrigées En attendant il en releve
ici plusieurs de celui de Grutter , et il rétablit
sur tout une Inscription d'Arles
laquelle est tout-à - fait inintelligible dans
cet Auteur .
La Formule sub Ascia dedicavit , qui
se trouve à la fin d'un grand nombred'Inscriptions
Sepulcrales en France ,
fait le sujet de l'anziéme Lettre , adressée
de Lyon à l'Illustre Auteur du Recueil.
des Historiens d'Italie M Muratori. Le
Sçavant Antiquaire y rejette le sentiment
d'un Auteur nouveau , qui par le mot
Ascia entend une espece de Hoyau , destiné
specialement à creuser la terre pour
les Tombeaux , et qui croit que l'usage:
que l'on faisoit de cet instrument étoit
accompagné de beaucoup de cérémonies.
On remarque ici au contraire que le terme
dedicavit , ne veut pas toujours dire dedier
, mais qu'il signifie encore placer ,
achever , perfectionner &c. que ces prétendues
Dédicaces ne furent point accompagnées
de cérémonies funebres , et
que les Dieux et les Déesses n'y entroient
pour rien ; enfin que ce ne fut pas une
B iij for1718
MERCURE DE FRANCE
formule attachée specialement aux hommes
; c'est en particulier ce que notre
habile Critique prouve fort bien par
plusieurs Monumens où des personnes
vivantes et même des femmes se les sont
dédiez à elles- mêmes. Après avoir discuté
quelques autres opinions sur le même
sujet , il ouvre enfin son sentiment , et
soutient que la formule en question ne
signifie autre chose sinon que le Monument
sur lequel elle paroît , étoit neuf
qu'il n'avoit point encore servi , et qu'il
étoit nouvellement construit , enduit au
dehors et entierement achevé , ce qui
étoit en même tems une marque d'honneur
et de distinction . Il rapporte là - dessus
un témoignage des plus respectables ,
qui est celui de trois Evangelistes , entre
lesquels S. Jean a appellé le Tombeau où
le Sauveur fut mis Monumentum novum ,
nondum quisquam positus erat.
Dans la douziéme Lettre écrite d'Autun
à M. Bonarroti , M. Maffei rapporte
quinze Inscriptions , dont plusieurs ont
déja paru , mais qu'il corrige et qu'il
éclaircit par des Remarques curieuses
faisant aussi au sujet de ces Inscriptions
des découvertes utiles ,qui ont échapé aux
précedents Antiquaires.
in
quo
Il s'agit encore dans la treiziéme Lettre
adressće
A O UST. 1734. 1719
adressée de Paris à M. le Marquis de
Caumont, d'Inscriptions Latines au nom
bre de huit et toutes Militaires , sur lesquelles
notre habile et élegant Auteur
fait aussi ses Remarques avec le même
succès.
La quatorziéme est aussi écrite de Paris
et adressé à M. le President Bouhier , de
l'Académie Françoise , si connu des Sçavans
et si distingué dans la belle Litterature
; l'Illustre Auteur lui envoye cinq
Inscriptions Latines d'une construction
fort singuliere sur lesquelles il expose ses
heureuses conjectures. Il releve en passant
une meprise de M. Spon à l'occasion
de la quatrième de ces Inscriptions
où on lit VECTIGALIS MASSE FERKARIARUM.
Cet Antiquaire ayant cru bonnement
que ces mots Ferrariarum Procuratorem
qui se lisent dans une autre Inscription
Romaine appartiennent à la
Ville de Ferrare ce qui est insoutenable .
On rappelle ici à la même occasion deux
ou trois mots de la fameuse Inscription.
de Torigny , où l'on trouve JUDICI ÁRCE
FERRAR. pour appuyer l'interprétation
de cette quatriéme Inscription . Comme
j'ai publié moi- même ( a ) l'Inscription
de Torigny avec l'explication et les Re-
J
( a ) Voyez les Mercures d'Avril et May 1733 •
B iiij mar
1720 MERCURE DE FRANCE
que
marques d'un très Sçavant homme ( b )
que j'ai fait connoître depuis , lequel
donne un autre sens à ces mots , je m'abstiens
ici de toute réflexion sur ce sujet
pour parler d'une Inscription Grecque
qui accompagne les Inscriptions Latines ,
et qui est pareillement envoyée avec la
même Lettre à M. le President Bouhier.
M le Marquis Maffei l'ayant vuë à Marseille
, il reconnut d'abord par la forme
des caractéres qu'elle avoit été faite à
Smyrne ; en effet elle avoit été apportée
depuis peu de cette Ville. Au surplus il
convient que cette Inscription ne contient
presque rien que de commun , et que son
principal merite consiste en ce qu'elle
est Grecque
Je m'arrêterai ici, Monsieur , pour ne
point trop allonger une Lettre qui doit
avoir certaines bornes , me réservant d'achever
de vous rendre compte du bel Ouvrage
de notre Illustre et Sçavant Antiquaire
dans une autre Lettre , que je
tâcherai de ne pas vous faire longtems
attendre. Je suis , Monsieur , & c.
( b ) Mercure de Fevrier 1734•
A Paris le 21 May 1734.
PSE AUA
O UST: 1734 3721
PSEAUME XCIII.
La Justice divine est présente à toutes
nos actions.
Paroissez, Roy des Rois, venez , Juge suprême,
Faire éclater votre courroux
Contre l'orgueil et le blasphême .
De l'Impie armé contre vous ;
Le Dieu de l'Univers est le Dieu des vengeance
Le pouvoir et le droit de punir les offenses
N'appartient qu'à ce Dieu jaloux .
Jusques à quand, Seigneur , souffrirez- vous l'yvresse
De ces superbes criminels ,
De qui la malice transgresse
Vos ordres les plus solemnels ,
Et dont l'impieté barbare et tyranique
Au crime ajoute encor le mépris ironique
De vos préceptes éternels ?
Ils ont sur votre Peuple exercé leur furie ;
Ils n'ont pensé qu'à l'affliger ;
Ils ont semé dans leur Patric
L'horreur , le trouble et le danger ;
Ils ont de l'orphelin envahi l'aéritage ,
B
1722 MERCURE DE FRANCE
Et leur main sanguinaire a déployé sa rage
Sur la veuve et sur l'Etranger.
Ne songeons , ont- ils dit , quelque prix qu'il en
coûte
2
;
Qu'à nous ménager d'heureux jours ;
Du haut de la celeste voûte
» Dieu n'entendra pas nos discours ;
Nos offenses par lui ne seront point punies ;
» Il ne les verra point ; et de nos tyranies
le cours.
» Il n'arrêtera pas
Quel charme vous séduit ? quel démon vous
conseille ,
Hommes imbéciles et fous ?
Celui qui forma votre oreille
Sera sans oreille pour vous !
Celui qui fit vos yeux ne verra point vos
crimes ?
Et celui qui punit les Rois les plus sublimes.
Pour vous seuls retiendra ses coups?
Il voit, n'en doutez plus , il entend toutes choses.
Il lit jusqu'au fond de vos coeurs ;
L'artifice en vain se propose
D'éluder ses Arrêts vangeurs ,
Rien n'echappe aux regards de ce Juge severe ;
4
Le repentir lui seul peut calmer sa colere ,
Et féchir ses justes rigueurs
Ouvras
A O UST. 1723 1734.
Ouvrez, ouvrez les yeux et laissez-vous conduire
Aux divins rayons de sa foy.
Heureux celui qu'il daigne instruire
Dans la science de sa Loy !
C'est l'asile du Juste; et la simple innocence
Y trouve son repos , tandis que la licence
N'y trouve qu'un sujet d'effroy.
Qui me garantira des assauts de l'envie
Sa fureur n'a pu s'attendrir ;
Si vous n'aviez sauvé ma vie ,
Grand Dieu , j'étois prêt à périr ,
» Seigneur ,vous- ai - je dit, ma mort est infaillible,
Je succombe , aussi -tôt votre bras invincible
S'est armé pour me secourir .
Non , non ,
lege
c'est vainement qu'une main sacri
Contre moi décoche ses traits ;
Votre Trône n'est point un siege
Souillé par d'injustes decrets ;
Vous ne ressemblez point à ces Rois implacables
Qui ne font exercer leurs Loix impraticables,
Que pour accabler leurs Sujets .
Toujours à vos Elus l'envieuse malice
Tendra ses filets captieux ;
Mais toujours votre Loy propice
Confondra les audacieux ;
B vj E:
1724 MERCURE DE FRANCE
Vous anéantirez ceux qui vous font la guerre ;
Et si l'impieté nous juge sur la Terre ,
Vous la jugerez dans les Cieux .
Attttttttttt
REPONSE à un Livre nouveau
intitulé , Lettres au sujet des Reflexions
sur la Poësie en general , sur l'Eglogue
, sur l'Ode , &c.
›
E n'aurois rien à répondre à votre
Lettre , si je voulois , on red vous
dire qu'elle n'étoit que l'ext nsion de la
premiere et ayant répondu à celle - la , me
voila,en bonne regle,quitte envers vous ;
mais votre Critique prend un air trop
important pou que je puisse avec bienseance
demeurer dans le silence ; car enfin
ce n'est plus une simple Lettre , c'est
un volume , un volume d'une taille raisonnable
, et nous devons bien nous enorgueillir
M. de S. M. et moi , de la di
gn té que vous donnez à votre Ouvrage.
Qant à moi, M il ne me convient point
de prendre un vol si hardi ; je resteray
modestement dans le Mercure , et c'est - la
où avec tout le respect que je vous dois ,
je compte vous montrer encore une fois
qu'il n'y a pas une de vos Critiques qui
soit raisonnable
A O UST. 1734. 1728
Les choses qui vous ont le plus choqué
dans le Livre de Refléxions sur la Poësie
autant que je l'ai pû remarquer ,
se réduisent à cecy. Premierement l'Auteur
ne traite pas assez gravement les
matieres qu'il a à traiter. En second lieu
il décrie lui - même son métier et ne veut
point qu'on raisonne. Le troisiéme crime
dont vous l'accusez est une espece de
bigarrure que vous trouvez dans son Ou-.
vrage. Le reste de vos plaintes roule sur
la maniere indécente dont l'Auteur a
parlé de M. de la Motthe . Voilà à peu
près le précis de votre volume , le surplus
est une espece de Commentaire des
idées de M. de S. M. que vous tâchez
d'étendre quand vous avez eu le bonheur
de les saisir .
Pour répondre au premier Chef d'ac
cusation , car au risque de n'être point
entendu , il faut bien vous répondre ; je
vous dirai que vous n'avez de reproches
à faire à M. de S. M. qu'au cas que la
legereté qu'il a donné à ses idées ait diminué
la précision et la netteté qui leur
étoit nécessaire , mais si la maniere dont
il les a embellies ne sert qu'à les faire envisager
avec plus de facilité , s'il n'est
sensible et moelleux que pour être plus
clair , n'y a- t'il pas de l'ingratitude à
1726 MERCURE DE FRANCE
vous de vous plaindre de ce qu'il ne vous
a point fait partager la fatigue qu'il doit
avoir euë ? Mais ,direz - vous, tout ce qu'il
a mis dans son Ouvrage ne tourne point
au profit de mon intelligence , les matieres
y sont prodigieusement déliées ,
pourquoi à ce fond, qui est déja fin , avoir
la vanité de joindre encore une forme
si fine ? cela me fatigue. Je réponds ,
M. qu'il y a sur cela deux partis à prendre.
Le premier , le voici ; quand on ne se
sent pas les reins forts , qu'on a peur de
se fatiguer , au lieu de courir après l'intelligence
d'un Ouvrage , il n'y a qu'à le
laisser là pour ce qu'il est , convenir
bonnement qu'il est au - dessus de ses forces
et se taire .
Que si , fier de quelques lumieres , on
se croit un peu fondé à compter sur ses
forces , il faut alors les déployer toutes ,
ouvrir tant qu'on peut les yeux de son
esprit , lui donner par le secours d'une
attention ferme un peu plus d'étenduë
qu'il n'en a naturellement ; au moyen de
cela on voit quelque chose et l'on espere
voir un jour ce qu'on n'a pas vû . Vous
repliquerez peut- être qu'il est plus court
et moins humiliant de s'en prendre à l'Auteur
, je le sçai bien ; mais faites atten
tion qu'auprès des gens qui voyent et
qui
AOUST. 1734. 1727
qui entendent , on se deshonore furieusement
, parce que rien n'est plus deshonorant
que de parler de ce qu'on n'entend
point , sur tout lorsque , n'ayant
point été interrogé , on pouvoit se taire
avec bienséance.
J'ay encore à vous faire une petite
Analyse qui va vous faire trembler , car
vous n'êtes pas encore bien revenu de
celle que j'ai pris la liberté de vous faire
dans ma Réponse à votre premiere
Lettre. La maniere vive et legere dont
M. de S. M. traitte les matieres abstraites;
à ce que vous dites , vous impatiente ,
vous ne sçauriez soutenir cette foule de
tours agréables qui sont répandus dans
son Ouvrage ; vous les blâmez comme
s'ils n'étoient pas naturels , vous faites
pis , vous les tournez en ridicule , et ils
le deviennent en effet dès que vous y
touchez .
Il vous faut,dites - vous , des Systêmes , il
vous faut des têtes propres pour les créer,
des Abadies , des Malbranches , qui , avec
un jugement aussi fort que leur imagination,
se font un grand plan et le suivent pas à pas.
On ne peut que vous louer sur votre
goût pour les Systêmes ; c'est de tous
les goûts le plus magnifique ; mais celui
qui vous l'a donné auroit dû vous dire,
qu'un
4728 MERCURE DE FRANCE
•
qu'un Systême qui n'a ni le fiste ni la
secheresse ordinaire des Systêmes , n'en
est pas moins Systême ; qu'à le prendre
d'un certain côté un Systême dont
les veritez ne se tiendroient que par des
liaisons délicates , feroit plus d'honneur
et peut être même plus de profit qu'un
Systême à qui on auroit laissé sa majesté
et si secheresse. Avez - vous lû Paschal
? lisez - le , vous y trouverez quelque.
part que cet ordre méthodique que vous
nous vantez tant , ne sied point aux idées
qui tiennent au sentiment et qui ne peuvent
être attrapées que par lui , qu'il y
faut proceder de toute une autre façon ;
qu'alors le grand art d'un Auteur est
de rendre son Lecteur attentif par des.
tours vifs et naturels etde l'aider par là
à démêler chez lui des veritez qui n'y
étoient que confuses ; car après tout on
ne lui montre que son bien ; mais si on
ne l'aidoit à le découvrir ,il n'en auroit
peut- être jamais la connoissance ; et entre
nous , ce qu'on appelle Principes et
Favidité qui les accompagne ordinairement
, me paroissent peu propres à la
donner. Il y a mille choses comme cela ,
M. qu'on est obligé de vous dire , quand
Vous ne devriez pas les enten ire.
,
Passons au second Chef d'accusation
Vous
AOUS T. 1734. 1729
Vous ne cessez de crier dans tout votre
volume que M. de S. M. deffend de raisonner
, et il est vrai qu'il le défend
quelquefois; il ne veut point , par exemple
, qu'on fasse le raisonneur dans l'Elegie
, dans l'Eglogue et dans tout ce qu'on
appelle ouvrage de sentiment , parce que
quiconque est affecté d'une passion n'a
pas le loisir de faire le bel esprit ; mais
prenez garde que par tout ailleurs il ne
deffend point qu'on raisonne ; il fait
plus , il l'ordonne . Lisez l'endroit de
sa premiere Lettre sur la décadence du
gout où en vantant les anciens , il ne
leur fait point de quartier sur leur peu
d'exactitude voici ses paroles : Il le,
faut avouer , et les Anciens sont assez..
grands pour n'avoir pas besoin de nos flat-
*teries ; penetrez que nous aimons mieux sentir
que connoître , ces grands hommes en
nous éclairant vouloient aussi nous toucher
et ils le vouloient au risque de nous éclairer
moins. Mais quoi ? ajoute- t il, sommesnous
donctous faits pour les excès , et parce .
que les Anciens ont quelquefois abusé des
graces , faut- il que nous abusions toujours
de l'exactitude ? Convenez maintenant
qu'il y a de la mauvaise foi dans votre
procedé ; car c'est mal vous justifier que
de citer un Endroit où à l'occasion du
>
plus
,
1730 MERCURE DE FRANCE
plus voluptueux de tous les genres de
Poësie , à l'occasion , dis - je , de l'Ode
Anacreontique , l'Auteur dit que ce n'est
ni de l'esprit , ni de la raison , que nous
viennent les choses aimables . Il n'y a que
vous dans le Monde qui n'entendiez pas
ce que cela veut dire.
»
Vous avez un malheur prodigieux ;
Monsieur , vous avez de l'esprit , cependant
je ne sçai par quelle fatalité vous
prenez toujours à gauche ; par exemple ,
l'Auteur des réflexions dit qu'à la re-
» naissance des Belles - Lettres on retrou-
» va dans les Anciens le germe du bon
» gout qu'on auroit toujours trouvé dans
» son coeur , mais qu'on y auroit trouvé
» plus lentement , » que faites vous ?
vous en concluez aussi - tôt que l'Auteur
ne veut point qu'on raisonne . Il ne sçauroit
vous entrer dans l'esprit que le gout
étant une affaire de sentiment ,
plus élegant et même plus exact de dire
qu'on auroit trouvé le germe du bon
gout dans son coeur , que de dire qu'on
l'auroit trouvé chez soi , ou dans son esprit
: toutes vos critiques M. sont de la
même force , et l'on me trouvera bien
bon de justifier M. de S. M. sur des fautes
qu'il n'y a que vous qui puissiez lui
imputer.
il est
Je
A OUST. 1734. 1732
,
>
Je passe au troisiéme Chef d'accusation
, c'est celui où vous trouvez de la
bigarrure dans l'ouvrage de M. de S. M.
voici l'endroit où votre accusation est la
plus marquée . En parlant de la Poësie
M. de S. M. lui avoit , comme de raison
, donné des Eloges , il vous convient
à vous de trouver ces Eloges ridicules :
car dites vous , la Prose ayant presque les
mêmes priviléges que la Poësie ; et ayant
plus de liberté , n'a- t'elle pas cent fois
plus de beauté qu'elle ? mettroit- on en balance
des Vers mediocres avec la Prose
Poëtique de M. de Fenelon , ou même
avec celle de l'Auteur , toute brillante , toute
colorée , toute bigarrée ? Vous êtes en âge
M. de connoître la force des termes ;
qu'entendez - vous par une Prose Poëtique
bigarrée ? voulez- vous dire que la Prose
de l'Auteur est brillante ? on en conviendra
; voulez - vous dire qu'il y a plusieurs
tons dans son ouvrage ? on en conviendra
encore ; mais ne lui falloit - il pas
prendre le ton des sujets qu'il avoit à
traiter ? eussiez- vous voulu qu'en parlant
de l'Ode Pindarique , il eut employé
ces tours tendres et affectueux qu'il a
employés dans l'Eglogue , et qui vous ont
mis de si mauvaise humeur contre lui ?
comment ne vous a- t- on jamais
Enfin
dit
1732 MERCURE DE FRANCE
dit qu'il y avoit une loi établie dans la
Republique des Lettres , loi prise dans la
nature , qui ordonne de changer de stile
quand on change de matiere , parce que
chaque matiere a son ton , son langage ,
ses tours , qui lui sont particuliers ?
Je me lasse , M. de vous endoctriner ,
et je suis d'avis de vous laisser là vous et
votre ouvrage ; aussi bien ne dit- il rien
à moins que vous ne comptiez pour quelque
chose des generalitez, des lieux communs
, et les Eloges magnifiques que
vous donnez à M. de Fontenelle , Eloges
sur lesquels je crois qu'à peu de chose
près , M. de S. M. est d'accord avec vous.
Il me reste à vous dire un mot de la
troisiéme Lettre de votre volume , qui
sert de Réponse à la mienne , je l'ai trouvée
, M. d'un naïf qui m'a fait extrêmement
rire. L'aveu que vous y faites de
votre incapacité à saisir les matieres déli
cates, la frayeur que vous a causée la petite
Analyse que j'ay mise dans ma Réponse
, les railleries ingenieuses que vous
me faites sur l'obscurité de mon style ,
l'embarras où vous êtes si je suis ami ou
non de l'Auteur , la querelle que vous
avez voulu me faire avec lui , tour cela
m'a paru charmint , et je ne me serois
jamais attendu à donner tant d'exercice
3
AOU'S T. 1734. 4733
à votre pénetration ; mais il y auroit de
la barbarie à la fatiguer davantage , et
je ne serai point fâché de vous dire plus
exactement ce que je pense des Refléxions
sur la Poësie en general.
Je vous dirai donc , et sans détour
puisque vous voulez qu'on vous le dise,
que le Livre des Refléxions sur la Poësie
est un excellent Livre , que toutes les
idées en sont fines, vrayes et fort souvent
neuves ; leur grande netteté sur tout m'a
frappé ; on ne conçoit pas comment des
idées abstraites ont pû devenir si agréa-
'bles , mais ce qui m'étonne le plus dans
'M. de S. M. c'est la maniere dont ses idées
sont fondues ; c'est son adresse à les lier ,
son bonheur à les enchaîner , de manie
re qu'il semble qu'une idée en appelle
une autre. J'ay encore une loüange à lui
donner sur un article qui lui a pourtant
valu des reproches de votre part , tant
vous êtes ingéniux à adresser juste dans
vos Critiques. La pierre de touche du
bel esprit , c'est de n'avoir point de ton
à lui , ou , pour mieux dire , de les avoir
tous , et par là d'être toujours à portée
de prendre sans effort celui qui est propre
à sa matiere. Or c'est ce que fait admirablement
M. de S. M , aucun de ses
morceaux ne se ressemble , sans cesse
2558-
1734 MERCURE DE FRANCE
assujetti par le vrai , il est délicat quand
il le faut , brillant presque toujours , nerveux
quand le sujet le demande , et dans
tous ses états il est naturel.
Voila , M. ce que je pense du Livre
de M. de S. M. et ce qu'à peu de chose
près vous en pensez vous- même , car vous
avez beau dire , vous l'estimez , l'aveu
vous en échappe en je ne sçai combien
d'endroits de votre Livre , vous profitez
même , autant qu'il est possible,de ses lumieres
, vous faites plus , vous vous les
appropriés; mais ce qu'il y a de mal à vous,
c'est que vous faites comme ces enfans
qui battent leurs Nourrices. Devenez
donc , M. plus reconnoissant , et chantez
au plus vite la Palinodie ; c'est en verité
ce que vous avez de mieux à faire ; que
si votre humeur belliqueuse ne vous permet
pas de suivre un avis qui vous feroit
tant d'honneur , si l'envie de faire
des volumes vous tient toujours , je vous
déclare que je ne vous répondrai point ,
car à quoi bon nous battre ? si nos Héros
étoient sur le Pré , il y auroit de la
presse , mais nous , M. nous n'aurons pas
plus de Spectateurs qu'en auroient à l'Armée
deux Goujats qui se battroient pour
l'honneur de leur General , et je vous
avoue que cela me dégoûte. Je suis ,
M. & c.
A O UST. 1734 1731
****:***********
A L'AIMABLE ET JEUNE IRIS .
Pallas pour vous signala sa tendrsse
Au même instant que vous vîtes le jour ;
Dans votre coeur elle mit la sagesse ,
Et les Vertus qui composent sa Cour.
Dès-lors pour vous la Muse Polimnie
Sçut prodiguer ses plus rares talens ,
Et par les sons d'une douce harmonic
Fit votre oreille à ses divins accens ;
Bien-tôt après la Muse de la Danse ,
Par mille pas , tous formez avec choix ,
Vous fit sentir de l'exacte cadence
Et la justesse et les séveres Loix :
Les jeux décents qui voloient sur ses traces
Aussi legers que l'aîle des Zéphirs ,
Sans être vus vous donnerent les graces ;
Qui de la Danse augmentent les plaisirs.
Charmé de voir un si bel assemblage
Le tendre Amour voulut mettre du sien,
pour finir un si parfait ouvrage ,
Et
»Sans moi , dit-il , la Musique n'est rien ;
» Elle ne plaît qu'autant qu'elle m'exprime ;
» Sans mon secours que deviennent les pas ?
» Et que sont-ils si je ne les anime ?
Mais vainement vanta t'il ses apas .
1736 MERCURE DE FRANCE
D'un fier regard , la Déesse severe ,
Sans l'écouter le bannit de ces lieux ;
Sans ton secours elle aura l'art de plaire,
Tout est aisé , dit-elle , à deux beaux yeux.
L'Amour piqué , la traite d'inhumaine ,
Ah ! quel exil fut pour lui plus cruel !
Tout Dieu qu'il est , il mourroit de sa peine,
S'il n'esperoit quelque jour son rappel ?
A vous former, Iris , à vous instruire ,
Chacune alors fit voir la même ardeur ,
Et ces trois Soeurs qu'un même zele inspire
Entre elles trois disputoient cet honneur ;
Quand tont à coup sur un brillant nuage ,
La verité se fit voir à leurs yeux :
» Quel soin ici , dit-elle , vous partage ♪
» Pour élever des jours si prétieux ,
Des Immortels sa Mere a le suffrage ,
93 Je la choisis , et de la part
des Dieux ,
La verité lui remet l'entreprise.
On obéit ; on approuve le choix ,
Et votre enfance à ses soins est commise ,
D'un même accord et d'une même voix.
Sa main vous guide et sa voix vous éclaire ;
Vous l'imitez , vous marchez sur ses pas ;
Ah ! dans l'Eleve on reconnoît la Mere ;
En vous voyant on ne s'y méprend pas .
Mais quel progrès ! et de votre carriere ,
Qu'avec succès vous remplissez le cours !
En vous déja brille son caractere ,
Et
A O
UST. , 1734. 1737
Et qui vous voit voudroit vous voir toujours.
Vivez , Iris , vivez en assurance ,
Le Ciel sur vous épuise ses faveurs ;
Sur vos beaux jours son heureuse influence
A chaque instant répand mille douceurs.
Vous craignez Dieu , son amour vous enflåmej
Tout nous apprend combien il vous chérit
Vous unissez aux qualitez de l'ame
Celles du coeur et celles de l'esprit ;
Du vrai Chrétien le sacré caractere
A chaque instant chez vous se fait sentir ,
Et si quelqu'un vous dépeint sa misere
Il est toujours sûr de vous attendrir.
Sur votre front la Vertu sans nuage ,
Etale aux yeux ses plus beaux ornemens ,
Et la raison chez vous devançant l'âge ,
Fait avant l'âge éclore vos talents.
Du plus subtil et du plus beau langage
Vous connoissez les termes et le choix ,
Ils semblent faits , Iris , à votre usage ,
Quand vous voulez, vous leur donnez des Loix
Si vous parlez , une aimable saillie
Au même instant vient à votre secours ;
Si vous contez , l'histoire est embellie
Par les beautez et les fleurs du discours.
Ces qualitez , en vous toutes égales ,
L'une de l'autre empruntent des attraits ,
Et chaque jour ces aimables Rivales
For
4738 MERCURE
DE FRANCE
Font à l'envi briller de nouveaux traits .
Jugez , Iris , quelle peine est la nôtre ,
Pour décider sur de si beaux talents ,
Nous les voyons et toujours en suspensi
Nous ignorons qui l'emporte sur l'autre :
Si vous chantez , le chant paroit vainqueur,
Si vous dansez , la danse a l'avantage ,
Et chacun d'eux également flatteur ,
En nous charmant exige notre hommage.
Ces Vers sont de M. Messier ; on nous assure
que la jeune Personne qu'il loue est très digne de
PEloge.
********-*******
LETTRE
à M. D. L. R. sur les
prétendues influences de la Lune.
MONSIEUR,
Vous nous avez annoncé dans le Mercure
de Novembre
1733. pag. 2443. un
Essai sur les erreurs populaires
, traduit
de l'Anglois
de Thomas Brown &c.
Dans le doute où je suis si cet ingénieux
Auteur aura parlé des Influences
qu'on
attiibue à la Lune , je prens la liberté de
yousadresser
quelques réflexions
que j'ai
Souvent
1
AOUST. 1734. 1739
༔
souvent faites sur cette erreur populaire,
la plus étendue , la plus opiniâtre et
la plus ridicule en même tems que l'on
puisse imaginer. Ce que j'ai l'honneur de
vous présenter est bien moins pour faire
paroître un sentiment particulier sur ce
sujet, que pour engager quelque personne
éclairée à donner le sien sur cette espece
d'aveuglement où le peuple croit voir
si clair.
! ..Il est vrai bien des personnes
que
m'ont assuré qu'on se mocque à Paris de
ces sortes d'Influences ; mais dans les
Provinces on les multiplie si fort qu'on
fait présider la Lune generalement sur
tout ce qui vit et tout ce qui ne vit point,
sur les hommes , les animaux , les bois
les plantes , les pierres , les pluyes , les
vents et même sur les esprits , puisqu'il
n'est aucun de ceux qui suivent ce sentiment
, qui n'ait observé dans quelque
fou de son quartier des accès periodiques
plus ou moins considerables , par proportion
aux differents âges de la Lune.
Le Soleil dont les Influences sont si
sensibles et si bien marquées , n'entre
pour rien , selon eux, dans les opérations
de la nature , c'est la Lune qui est le
grand mobile de tout ce vaste Univers ,
et qui cause l'égalité ou le dérangement
Cij
des
1740 MERCURE DE FRANCE
des Saisons tout homme qui s'avise de
parler un autre langage , est un fou , un
entêté, sans expérience , qui met toute son
étude , disent- ils , à lire des Livres qui
ne sont que de papier , au lieu qu'ils s'appliquent
sans cesse à découvrir les choses
les plus curieuses sur cette matiere.
Vous rirez sans doute , Monsieur , à
m'entendre dire qu'on se garderoit bien
de tailler la vigne , d'émonder les arbres ,
couper du bois de charpente , semer du
bled , des legumes , planter la moindre
herbe dans un Jardin, sans avoir auparavant
consulté le grand registre de laLune,
c'est- à- dire l'Almanach , pour connoître
si elle est pleine ou nouvelle , si elle est
d'un tel mois ou d'un autre , et se conformer
ensuite scrupuleusement à la bizarerie
d'un usage immémorial , que les
gens de la campagne se transmettent de
pere en fils. Sans cette précaution point
de récolte de bled , ni de vin , les cirons
vont dévorer tous les bois qu'on aura
coupés en mauvaise Lune , les legumes
seront plus longtems à cuire , les herbes
ne graineront point , ou graineront trop
tôt et tout ira de travers.
Les Fleuristes observent cet Astre avec
encore plus de précision , chaque espece
de fleur dépend de quelque mystere particuA
OUST. 1734. 1741
ticulier. Telles fleuts, disent- ils , doivent
se semer le 14 de la Lune , telles autres.
le 8 , telles autres le 3 ; avec cette précaution
vous aurez beaucoup de fleurs
doubles , et si vous manquez le jour ,
l'heure , et peut-être même le moment ,
toutes vos fleurs seront simples.
L'Empire de la Lune n'est pas seule
ment sur la terre exposée au grand jour
il s'étend jusques dans le fond des maisons
les plus reculées et les plus impénetrables.
Toutes les femmes d'une certaine
étoffe en sont vivement persuadées , et
elles n'ont garde d'entreprendre une
lessive sans avoir consulté , non pas l'Almanach
qui est trop relevé pour elles •
mais leurs maris et leurs voisins qui joignent
aux calculs de l'Almanach une
continuelle inspection des apparences de
la Lune dans le Ciel. Elles prétendent
que le linge lessivé en mauvaise Lune
n'est jamais si blanc, qu'il est sans consistance
et s'use beaucoup plus qu'un autre ;
les vers à soye , selon elles , doivent aussi
travailler dans la pleine Lune pour que
les cocons soient loüables , et chacune
d'elles en particulier croit avoir fait làdessus
les expériences les moins équivoques.
Dans quelles conséquences ne donne-
t- on pas quand on est une fois la dupe
d'un faux principe ?
1742 MERCURE DE FRANCE
Mais si la Lune peut ainsi penetrez
jusqu'au fond des maisons malgré l'obstacle
des murailles , elle n'aura pas beaucoup
de peine à pénetrer jusqu'au fond
des Eaux. Aussi personne ne doute un
seul moment que les Ecrevisses ne soient
sensiblement differentes dans les nouvelles
et pleines Lunes. Dans les nouvelles
Lunes elles sont, pour ainsi dire,dessechées
, au lieu qu'elles sont extrémement
pleines vers le 14 de chaque Lune
vous voyez des personnes sensées d'ailleurs
, ajouter autant de foi à ces vieux
contes qu'au S. Evangile. Pour moi , qui
graces au Seigneur , n'ai jamais étudié
dans une pareille Eccle , je puis vous as
surer et vous n'aurez pas, je pense, beaucoup
de peine à m'en croire , que j'ai
passé dix-huit mois dans le lieu de tout
ce pays , le plus fécond en Ecrevisses.
J'en ai observé et fait observer dans tous
les differents âges de la Lune , sans avoir
découvert la moindre vraisemblance.
J'en ai trouvé de pleines et de vuides
indifferemment
, cette difference prove.
nant sans doute de leur nourriture ou
même des Saisons.
Je ne finirois point , Monsieur , si je
voulo's descendre dans le détail de toutes
les extravagances que l'on invente
tous
A OUST 1734 1743
tous les jours. Ceux d'entre les Vignerons
qui croyent avoir un peu plus d'esprit
que les autres , sans s'écarter du
mêmeprincipe, travaillent à tirer de nouvelles
conséquences ; ils rafinent sur les
vieilles expériences de leurs devanciers
et chacun se fait une gloire de pouvoir
grossir le volume par quelque observation
de sa part. Je puis vous assurer que
cette folie tient presque du prodige; nonseulement
les personnes de la campagne,
mais les Artisans , les Bourgeois et beau
coup de personnes du premier ordre se'
laissent entraîner au torrent. La necessité
où l'on se trouve de raisonner souvent
avec ces sortes de gens accoûtume insensiblement
à parler le même langage ;
le langage produit peu à peu des impressions
qu'on ne peut détruire que par de
bonnes raisons , et les Partisans de la
Lune n'en veulent point entendre ; si
vous leur parlez d'une expérience que
d'habiles gens auront faite ils se mocquent
de vous , et vous renvoyent aux
Paysans qui sont seuls capables de juger
et de décider sur cette matiere .
Enfin si l'on trouve quelquefois le
moyen de se faire écouter , de faire voir
que toutes les expériences dont on parle
sont de pures chiméres , que ceux qui
c iiij
SC1741
MERCURE DE FRANCE
seroient en état d'en faire de judicieuses
ne veulent pas s'en donner la peine , et
que ceux qui prétendent en faire tous les
jours en sont tout- à- fait incapables , que
le peu de conformité qui regne entre les
sentimens sur ce genre marque le foible
de cette opinion ; si , dis-je, l'on vient à
bout de convaincre quelques personnes
sur ce point, on a rarement le plaisir de
leur faire avouer cette erreur,la honte d'y
avoir donné tête baissée les empêche d'en
sortir ouvertement , et les porte à défendre
avec opiniâtreté ce qu'elles avoient
embrassé sans réflexion .
Quelque long et ennuyant que doive
être pour vous le détail que je viens de
faire,je ne puis passer sous silence la maniere
dont les Lunistes prédisent les
pluyes et les vents. Il seroit difficile de
donner un systême plus propre à les entretenir
dans leur léthargie que celui
qu'ils ont fabriqué. Ils commencent par
diviser l'âge de la Lune en quatre quartiers
, c'est - à - dire , d'environ sept jours
et demi chacun . Cette division supposée,
demandez leur , par exemple , dans ce
tems- ci où la secheresse est extrême,quand
est-ce qu'il doit pleuvoir? La réponse est
toute prête. Ce sera , disent- ils , au renouveau
de la Lune. Je fis cette question à
quelAOUST.
1734. 1745
3
quelques Paysans des plus entêtés , il y
a environ quinze jours. La Lune a depuis
renouvellé le z de ce mois à 10 heures
du matin , et la secheresse continue ; un
d'entre eux que je rencontrai peu après
et que je taxai de faux Prophéte , me
fit la réponse suivante . M. quand je vous
ai assuré qu'il pleuvroit au changement de
la Lune , je n'ai pas prétendu que ce fut le
30 précisement , mais ce sera au premier
quarton ou à la pleine Lune quelques jours
plus ou moins. Il seroit difficile de s'empêcher
de rire à une pareille réponse .
Vous jugez bien , Monsieur , que la premiere
pluye que nous aurons sera nécessairément
au premier , second , troisième,
ou quatrième quarton , quelques jours
plus ou moins , le quartier n'étant composé
que d'environ sept jours et demi.
Ce seul trait donne assez à connoître la
maniere dont ces gens là font leurs expériences
, ils attribuent à la Lune des effets
qui doivent arriver necessairement selon
leur sentiment , et qui arriveroient s'il
n'y avoit du tout poiht de Lune.
Ils ont encore remarqué sur le même
principe que les Lunes qui renouvellent
dans un jour où il y a une R. sont ordinairement
venteuses , ils ont même bâti
cette espece de Proverbe Lune mècreuse,
Cv Lune
1746 MERCURE DE FRANCE
Lune venteuse , pour signifier que la Lune
renouvellant le Mercredy , le vent soufflera
jusqu'au bout , et s'il cesse plutôt
ils trouveront que ce sera dans quelque
quarton à quelques jours plus ou moins . Je
m'étonne qu'ils ne remarquent pas les
Saints et Saintes du Calendrier , lorsqu'il
pleut ou fait du vent , pour pouvoir prédire
l'année suivante que tel ou tel Saint
fait pleuvoir ou grêler .
,
Vous voyez , Monsieur , que la superstition
et l'erreur se suivent de près Il seroit
impossible de guérir sur cela un certain
peuple grossier qui se fait un mérite
de n'écouter que son entêtement , mais
il seroit à souhaiter du moins que les
personnes d'un certain rang , qui semblent
être plus raisonnables que les autres,
revinssent sincerement d'un préjugé si
ridicule. Je ne doute pas que quelque
curieux ne veuille bien sacrifier quelques
moments pour donner là - dessus ses réflexions
, que si personne ne veut pren
dre cette peine , vous me permettrez de
vous envoyer quelques fragments où je
me flatte de prouver clairement que la
Lune n'influë point , que les expérien
ces qu'on vante tant, sont des illusions,
et que pour en faire de profitables , il
faudroit s'y prendre d'une tout autre
maAOUST.
1734. 1747
de
maniere. Je differe de vous les envoyer
d'exceder les bornes d'une Letpeur
tre , et pour laisser le tems à quelque
personne charitable de satisfaire le Pu
blic beaucoup mieux que je ne sçaurois
faire. Je suis, &c . Signé SOUMILLE , Prêtre.
A Villeneuve lez Avignon , le 6.
May 1734.
LE CHIEN FIDELE.
Sujet tiré de la IV . Chiliade de Fean
Tzetzez , Auteur Grec..
UN corps privé de la clarté des Cieux j ..
Etendu dans un bois , n'avoit pour compagnie
Qu'un Chien triste et presque sans vic.
Le hazard amena le Prince dans ces Lieux ,
Qui touché d'un sørt si barbare
Fit enterrer le corps , et tout surpris
Fit garder l'animal , pour prix
D'une fidelité chez les hommes si rare..
C'étoit Pyrrhus , si je m'en souviens bien,.
Or revenons à notre Chien ,
Un chacun lui faisoit caresse ,,
Pourquoi & C étoit le Chien du Roy...
C C&ti
1748 MERCURE DE FRANCE
Cet Aninal , car l'Histoire en fait foi ,
Etoit doux , et faisoit mille tours de souplesse ;
Ce n'est pas là le point , à quelque tems delà
Un Inconnu dans ces lieux se trouva ;
Notre Chin le voulat déchirer , et pour cause.
Ayant donc bien aboyé , tempêté ,
L'on se douta de quelque chose ,
Le malheureux fut arrêté.
C'étoit l'Assassin de son Maître;
Le Chien le reconnut dès qu'il l'eut va paroître.
ໃນ
P. D.
出
LETTRE à l'Auteur de l'Ouvrage
annoncé dins le Mercure de Decembre
1733. deuxième Partie page 2856. sous
le titree Nouvelle Méthode pour
trouver les XIV . des nouvelles Lunes
Pascales , avec la réforme de la Pâques,
depuis 700. jusqu'en 10000 ans. selon
le style Gregorien . Par le R. P. Emanuel
de Viviers , Prédicateur Capucin.
MON REVEREND PERE ,
Dès l'année 1724. j'avois entendu parler
d'une dispute sur le jour de Pâques ,
laA
O UST. 1734 174
laquelle s'est renouvellée en 1733. au sujet
de la même Fête de cette année . Mais
je ne pouvois deviner sur quoi se fondoit
le parti qui soutenoit que dans ces deux
années Pâques se trouvoit reculé de huit
jours , et qu'il auroit dû être le jour des
Rameaux. Le raport évident de cette
dispute avec le titre de votre ouvrage
m'a inspiré la curiosité de le voir, et je l'ai
fait venir de Toulouze , où il a été imprimé.
Vous convenez bien que suivant les
regles du Calendrier Gregorien , il n'y a
rien à changer aux Tables Pascales. Mais
vous proposez une réforme de ses regles,
par laquelle , si elle avoit lieu , la Fête
de Pâques auroit dû en effet être celebrée
le jour des Rameaux dans les années
1724. et 1734. et dans celle de 1720.
que vous citez aussi . C'est donc vous ,
mon R. P. que je dois regarder comme
le premier Auteur de cette nouvelle
Critique.
Vous ne seriez pas le premier Religicux
de votre Ordre à qui le Fublic seroit
redevable d'une découverte utile.
J'entens parler du R. P. Jean Louis.
d'Amiens , qui a inventé une Periode
double de la Juliente , dans son Atlas des
tems , in primé à Amiens en 1683. Cette
nou1750
MERCURE DE FRANCE
nouvelle Periode est de 15960 ans , qui
sont le produit de trois Cicles multipliez
l'un par l'autre , le Cicle Solaire
de 28 ans , le Cicle Lunaire de 19 ans
et le Cicle des 30 Epactes , qui sont à
côté des jours des mois depuis la réformation
Grégoriene. Quand les Sçavans
seront convenus d'adopter cette double
Periode et de la citer , elle conciliera les
supputations de tous les Chronologistes,
de quelque opinion qu'ils soient , sur le
nombre des années du monde avant J. C.
parce qu'elle remonte bien au-delà de6000
ans , qui est jusqu'à présent le plus grand
âge que l'on donne depuis la création
jusqu'à la naissance du Sauveur ; au lieu
que la Periode Julienne reste plus de
1200 ans en deçà . Mais suivons votre
Méthode .
La définition que vous donnez de la
Lune Pascale , se présente la premiere.
Vous dites que c'est celle dont le XIV .
jour arrive après l'Equinoxe du Printems.
Cela n'est point exact. C'est celle .
dont le XIV. jour tombe au 21 Mars
jour fixé par l'Eglise pour l'Equinoxe ,
ou vient après le 21 Mars. Je vous rends
bien la justice de croire que ce n'est.
qu'une faute d'impression , mais il faut
la corriger pour ne pas induire en erreur.
C.c
A OUST. 1734. 175B
Ce que vous ajoutez après pourroit
encore donner une fausse idée . Avec
cette difference toutefois , dites- vous , que
quand le XIV. de la Lune se rencontre
un Dimanche , alors Pâques est renvoyé
au Dimanche suivant pour ne pas judaïser.
Ce n'est point là un cas où l'Eglise
puisse craindre de Judaïser ; car il n'est
pas possible qu'il arrive , puisque par le
Concile general de Nicée Pâques ne doit
être que le Dimanche qui vient le premier
après le XIV. de la Lune Pascale..
Vous venez ensuite à la réformation
du Calendrier Julien faite en 158 2. Tout
le monde sçait les deux défauts dans
lesquels il étoit tombé par succession de
tems jusqu'alors . Mais ne laissons pas de
les rappeller ici . Le premier étoit , qu'en
donnant onze minutes de trop à l'année
Solaire, l'Equinoxe étoit remonté du 21
au onze Mars. Le Pape Gregoire XIII .
y remedia en retranchant dix jours de
P'année 1582. ce qui remit l'Equinoxe
au 21 Mars , et pour que ce mécompte
n'arrivât plus à l'avenir , il regla qu'on
retrancheroit trois jours , qui s'accumulent
dans le cours de chaque 400 ans ,
sçavoir un jour bissexte à chacune des
années centenaires , qui ne peuvent sediviser
juste par 400 , comme les années
17000
1752 MERCURE DE FRANCE
1700 1800. 1900. 2100. 2200. 2300, &c .
Les plus sçavans Astronomes conviennent
que cette Réformation est arrivée
au plus près qu'il étoit possible de la précision
. En effet il ne restoit qu'une trèspetite
fraction de 12. secondes par an ,
qui ne sçauroient faire une erreur sensible
que dans le cours de plusieurs siecles.
Vos faites cependant sur cela un calcul
très juste. Ces 12. secondes par an accumulées
, feront 80. minutes en 400
ans ; elles feront un jour de 24. heures
en 7200. ans , et dix jours en 72003. ans.
Il ne paroît sur cela rien de mieux à faire
que ce que vous proposez , qui est
de faire une année commune de 365.
jours de chaque année 7200. à compter
depuis 1600. Il faudra pour cet effet faire
sortir les années 8800. 16000. 23200.
&c. de la Regle generale du Calendrier
Grégorien , suivant laquelle ces annéeslà
devroient être bissextiles . Votre avis
est donc fort bon à faire passer à une
Posterité si éloignée.
. Le second défaut du Calendrier Julien
ne fut pas si facile à réparer. Il donna
beaucoup de travail d'esprit aux Re- ·
formateurs. Pour bien entendre ce que
c'étoit , il faut se souvenir qu'avant la Réformation
Grégoriene c'étoit le Nom
bre
A O UST. 1734. 1753
bre d'or courant qui marquoit chaque
année les nouvelles Lunes dans le Calendrier
Julien. L'Auteur de ce Calendrier
avoit compté comme une chose
certaine , qu'à la fin des 19. ans du Cicle
du Nombre d'or , les Lunes se retrouvoient
au même point qu'au commencement
, au même jour , à la même heure
, à la même minute. En quoi il y
avoit un mécompte , parce que dans le
cours de ces 19. ans les Lunes anticipoient
d'une heure et près de 30. minutes. Ainsi
dans l'espace de 312. ans et demi elles
anticipoient d'un jour entier , et de quatre
en 1250. ans. De façon qu'en 1582 ,
le Nombre d'or courant ne marquoit plus
le premier jour de la Lune , mais seulement
le quatrième , et que le 14. de la
Lune étoit réellement le 18. ce qui faisoit
que Pâques ne pouvoit plus arriver
du 15. jour de la Lune au 21. mais seulement
du 19. au 25. inclusivement .
Après beaucoup d'étude et de conferences
entre les Astronomes, Aloysio, Lilio,
l'un d'entr'eux proposa de marquer les
nouvelles Lunes par les Epactes , au lieu
du Nombre d'or , et de mettre les 30.
Epactes à côté des jours des mois en
ordre rétrograde
comme elles sont
aujourd'hui dans nos Calendriers , l'E-
,
pacte
754 MERCURE DE FRANCE
*
pacte 30. ou au premier Janvier , l'Epacte
29 au 2. Janvier , &c. ce qui fut
approuvé avec éloge. Le Nombre d'or
de 1582. étoit VI . il n'y eut point de
changement à son Cicle , parce qu'il n'y
est point sujet.
Mais quant à l'Epacte , qui cette année-
la se trouvoit être aussi le nombre:
VI. elle fut réformée selon le retranchement
de dix jours fait à l'année Solaire ,
et on la fic descendre de dix degrez , ce
qui la mit au nombre XXVI. Son Cicle
ainsi joint au Cicle du Nombre d'or , a
continué sans changement jusqu'en l'année
1705. exclusive ment .
Cette invention des Epactes remedia à
Fanticipation de quatre jours que la Lunese
trouvoit alors avoir faire sur le Nombre
d'or depuis 1250. ans , rétablit l'Equation
des deux années Solaire et Lunaire
, et marqua assez exactement par
Epacte courante les premiers jours des
Lunes dans le Calendrier. Mais on n'oublia
pas de pourvoir à entretenir à l'avenir
cette Equation des deux années Solaire
et Lunaire contre les variations de
mesure , qui arrivent au cours du Soleil
et de la Lune. Le Soleil avance de trois
jours en 400. ans , on venoit d'ordonner
le retranchement de ces trois jours. La›
Lune
AOUST . 1734. 1755
Lune avance d'un jour en 312. ans et
demi ; il falloit faire la compensation entre
ces deux mouvemens, et ôter à la Lune
ce qui lui resteroit de trop , sur quoi
il y a plusieurs regles.
La premiere est , que le Cicle des 19 .
Epactes, jointes au Cicle du Nombre d'or,
seroit en usage,tel qu'il venoit d'être établi
sans aucun changement depuis 1582 .
inclusivement jusqu'à 1700. exclusivement
, et il a été suivi en effet , comme
il vient d'être dit .
La seconde regle regarde l'Epacte qui
suit la 19. année du Cicle Lunaire . On
sçait que la premiere des Epactes estXI . et
qu'elles augmentent par progression de
XI . en XI . de facon que quand elles passent
XXX . on retranche ces XXX . et
l'on ne garde que l'excedent. Or on rejette
ce nombre de XXX . pour former
en dix- neuf ans sept mois embolismiques ,
qui sont pleins et de 30. jours , excepté
le dernier qui n'en a que 29. Il ne faudroit
donc cette derniere fois retrancher
que 29. jours ; mais pour garder l'unifor
mité de calcul on en retranche 30. etle
jour qu'on donne de trop à cette Lunaison
, lui est ôté aussi -tôt en ajoûtant
XII. au lieu de XI . à l'Epacte. C'est ce
qu'on appelle vulgairement le saut de la
Lune ,
1756 MERCURE DE FRANCE
Lune , comme si elle avoit sauté par dessus
ce jour -là .
La troisiéme regle est de changer le
Cicle des Epactes pour rétablir l'Equation
toutes les fois qu'elle sera dérangée ,
soit par le retranchement des trois jours
bissextes en 400. ans , soit par l'anticipation
d'un jour de la Lune en 300. ans
ou environ . Ce changement est de faire
descendre le Cicle des Epactes d'un degré
vers la fin des mois , lorsque l'on ôte un
jour au Soleil, ce qui fait que la nouvelle
Lune arrive un jour plus tard ; ou de le
faire monter d'un degré vers le commencement
des mois , lorsque la Lune a anticipé
d'un jour dans une année bissextile ,
parce qu'en ce cas la Lune avance d'un
jour. Mais lorsque l'anticipation d'un
jour de la Lune se rencontre avec le retranchement
d'un jour bissexte , alors il
se fait une compensation , et le Cicle des
Epactes continue jusqu'à- ce qu'il y ait
une Equation à rétablir.
Cela deviendra plus clair et plus sensible
par les exemples. En 1700. qu'on a
retranché le jour bissexte , la nouvelle
Lune est arrivée un jour plus tard , et
le Cicle des Epactes est descendu de X.
à IX.
En 1800. la Lune aura anticipé d'un
jour
A O UST. 1734- 1757
jour depuis 300. ans ; on retranchera le
jour bissexte. C'est le cas de la compensation
, et le Cicle continuera sans changement.
En 1900. on retranchera le jour bissexte
, sans anticipation de Lune. Par ce rètranchement
elle arrivera un jour plus
tard , ainsi le Cicle des Epactes descendra
encore.de XXX . ou ce qui est la même
chose à XXIX.
L'année 2000. sera bissextile sans anticipation
de Lune ; le Cicle continuera
sans aucun changement.
L'année 2100. ne sera point bissextile,
mais il y aura une anticipation d'un jour
de la Lune , de-même qu'en 1800. cela
fera une compensation , et le Cicle ne
changera point.
En 2200. l'on retranchera le jour bissexte
sans anticipation de Lune , le Cicle
descendra de XIV. à XIII.
En 2300. de- même , et le Cicle descendra
de IX. à VIII. L'année 2400. sera
bissextile , mais la Lune aura anticipé
d'un jour ; ainsi le Cicle montera de III .
à IV .
Il faudra donc , comme il a été dit ;
corriger les Epactes et faire un nouveau
Cicle dans toutes les années centenaires,
ou l'Equation seroit dérangée .
La
175 MERCURE DE FRANCE
La quatrième Regle est le fruit de l'attention
qu'on a faite à la nature du Nombre
d'or , laquelle est telle , suivant l'institution
de Meton , son Auteur , que durant
les 19. ans du Cicle les nouvelles
Lunes ne doivent point arriver deux
fois un même jour. Pour éviter cette rencontre
on a mis dans six mois de l'année
, qui sont Février , Avril , Juin ,
Juillet , Septembre et Novembre , en une
même Cellule , l'Epacte 25 en chiffre
Arabe , et XXVI. en chiffre Romain ; et
dans la Cellule suivante XXV . et XXIV.
Dans les six autres mois on a mis aussi
dans une même Cellule 25. et XXV. La
Regle est que quand . XXV. et XXIV.
qui donnent la nouvelle Lune au même
jour , se trouveront dans un Cicle
comme il arrivera pendant 300. ans depuis
1900. inclusivement jusqu'à 2200 .
exclusivement , en ce cas au lieu de l'Epacte
XXV. on prendra 25. qui donne
la nouvelle Lune un jour plutôt.
Voila , mon R. P. les Regles qui ont
rétabli l'Equation et qui l'entretiendront
à l'avenir , faites avec tant d'attention et
de prévoyance ; voilà l'Ouvrage approuvé
après un mûr examen par les plus sçavans
Astronomes et par les Universitez;
canonisé , pour ainsi dire , par le Pape
GréA
O UST . 1734 . 1759
Gregoire XIII. de concert avec tous les
Souverains Catholiques , executé par
l'Eglise , sans contradiction , depuis plus
d'un siecle et demi ; c'est-là , dis -je , l'Ouvrage
qui n'est pas à votre gré et que
vous voudriez réformer. Cela me fait
souvenir d'un trait d'Histoire , sur lequel
j'espere que vous entendrez raillerie
parce que ceci n'est guere qu'une matiere
de calcul , qui ne touche que legerement
à l'amour propre. Alphonse X.
Roy de Castille , dans le XIII . siecle , aimoit
singulierement l'Astronomie , comme
vous le sçavez sans doute ; mais il
n'.imoit pas tant les mouvemens des Astres
, tels qu'on les imaginoit alors dans
le Systême de Ptolomée . Si Dieu , disoitil
, m'avoit appellé à la Création du Monde
, je lui aurois donné de bons avis. Si
vous aviez été à la Réformation du Calendrier
Julien , vous auriez pù demander
la préference pour votre Méthode et
pour l'arrangement de vos Epactes ; mais
à présent pour déplacer un Ouvrage aussi
autentique, il faudroit avoir un Systême
évidemment meilleur à proposer.
Nous allons voir les deffauts que vous
reprochez à la Réformation Grégoriene ;
arrès quoi , nous examinerons votre Réforme.
La suite pour le Mercure prochain.
1760 MERCURE
DE FRANCE
**** ***
ELOGE DU MARECHAL
DUC DE VILLARS
.
Oublement couronné par les mains de la
Gloire ,
Et des Lauriers de Mars et de ceux d'Apollon ,
Intrépide Héros au Champ de la Victoire ,
Arbitre du bon goût dans le sacré Vallon ,
Tu fus un Lélius , tu fus un Scipion :
Mais hélas ! tu n'es plus que dans notre Mémoire.
Te louer en détail , de nos jours , à quoi- bon ?
Pour nous ton Eloge est ton nom ,
Pour vous siecles futurs,
ce détail est l'Histoire.
Par M. l'Abbé de Villars Lugein .
***** X* XXXXXXXX: X
LETTRE à Madame la Marquise
de *** au sujet de la Méthode du Bureau
Typographique.
MADAME,
Il y a déja quelque temps que j'eus l'honneur
de vous rendre compte de la maniere dont un
Enfant
A O UST . 134. 1761 •
Enfant passe de la premiere à la seconde et à la
woisiéme Classe du Bureau Typographique
sans qu'il s'apperçoive qu'o n lui montre à lire ;
il suffit qu'il s'imagine de badiner en pratiquant
les jeux , les exercices ou les operations Typographiques
dont il est parlé fort au long dans
l'article VII. du premier volume de la Bibliotheque
des Enfans , qu'on trouve chez P. Witte, ruë
S. Jacques , proche S. Yves , à l'Ange Gardien,
et chez. P. Simon , Imprimeur du Parlement , ruë
de la Harpe, à l'Hercule . Vous désirâtes pour lors,
Madame , sçavoir le sentiment de M. Rollin sur
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres : voici ce qu'en
dit ce fameux Auteur , dans le Supplément au
Traité de la maniere d'enseigner et d'étudier les
Belles- Lettres , page 11.
» On a proposé au Public depuis peu une nou
velle maniere d'apprendre aux Enfans à lire ,
qu'on appelle LE BUREAU TYPOGRAPHIQUE :
C'est M. Du Mas qui en est l'Auteur . A ce mot
» de nouveauté il est assez ordinaire et assez na-
» turel qu'on entre en défiance et qu'on se tie ne
sur ses gardes ; disposition qui me paroît tort
sage et fort raisonnable , quand elle nous porte
à examiner de bonne foi et sans prévention ce
qu'on nous propose de nouveau. Mais il n'y
auroit rien de plus opposé à l'équité et à la
droite raison , que de rejetter et de condamner
» une invention , précisément parce qu'elle est
»nouvelle , on doit , au contraire , sçavoir bon
gré à un Auteur , quand même il ne réussiroit
»pas parfaitement , d'avoir proposé au Public
>ses vues et ses pensées : c'est uniquement par
ce moyen que les Arts et les Sciences se perfectionnent.
Il faut donc , pour juger saine-
D ment
1762 MERCURE DE FRANCE
ment de la nouvelle Méthode de lire dont l
s'agit , l'examiner avec un esprit impartial et
» libre de tout préjugé .
28
>>
33
33
33
Le Bureau Typographique ( dont on a donné
La description et les dimensions dans le premier
» vol. de la Bibliotheque des Enfans , Article IV.
' p. 29. § . 6. ) est une Table beaucoup plus longue
que large , sur laquelle on place une sorte
de Tablette ou de Colombier , qui a plusieurs -
étages de petites Loges , où l'on trouve les
" differens sons de la Langue , exprimez par des
caracteres simples ou composez sur autant de
cartes. Chacune des Logettes indique par un
titre les Lettres qui y sont renfermées . L'Enfant
range sur la Table les Lettres et les sons des
mots qu'on lui donne ou qu'on lui demande ,
en tirant de leurs loges ees Lettres et ces sons
comme fait un Imprimeur en tirant des cassetins
les differentes Lettres dont il compose ses
mots. Et c'est ce qui a fait donner à ce Bureau
l'épithete de Typographique.
ور
"
03
39
"
-59
-59
33
33
>>
» Cette maniere d'apprendre à lire , outre plu
sieurs autres avantages , en a un qui me paroît
fort considerable , c'est d'être amusante et
agréable, et de n'avoir point l'air d'étude. Rien
n'est plus fatiguant ni plus ennuyeux dans l'enfance
que la contention de l'esprit et le repos
du corps. Ici l'Enfant n'a point l'esprit fatigué,
il ne cherche point avec peine dans sa mémoire,
parce que la distinction et le titre des loges le
frappent sensiblement. Il n'est point contraint à
» un repos qui l'attriste en le tenant toujours collé
à l'endroit où on le fait lire . Les yeux , les
mains , les pieds , tout le corps est en action .
L'Enfant cherche ses Lettres , ses sons , il les
tire, il les parcourt , il les couche , il les ren-
→ yersea
>>
AOUST . 1734. 1763
verse , il les sépare , il les arrange , et enfin les
» remet dans leurs loges. Ce mouvement est fort
» de son goût et convient extrêmement au carac
» tere vif et remuant de cet âge.
>
» On cite un grand nombre d'enfans de trois
» et quatre ans sur qui l'on a fait une heureuse
» épreuve de cette Méthode, et j'en ai été témoin;
" ce que je sçai encore par moi- même , c'est
" qu'elle a fort réussi à l'égard d'an Enfant de
qualité à qui je m'interesse , en lui ôtant un dégoût
horrible qu'il avoit pour toute application
et pour toute étude , où il n'alloit presque ja-
"mais qu'en pleurant ; au lieu que maintenant le
" Bureau fait sa joye et ne lui coûte des larmes
que quand il s'en voit privé.
"
25
Un autre avantage qu'a cette Méthode , c'est
» que le même Maître peut exercer à la fois plu-
» sieurs enfans au même Bureau , ce qui peut ex-
" citer entre eux une utile émulation ; et qu'un
Enfant peut aussi s'y exercer ou y jouer tout
» seul , sans le secours du Maître.
Voila , Madame , le sentiment de M. Rolin ,'
qui suppose la pratique de la véritable dénomi
nation des Lettres et des sons dé la langue , sans
quoi le Bureau seroit bien un Outil agréable et
amusant , mais il seroit très peu *instructif et
sans principes , at lieu que par la veritable déno
mination des Lettres , l'Enfant apprend beaucoup
plus vite et par principes , ainsi que je l'ai démon
tré dans l'article X. page 80.§.2.Voici une preuve
de cette verité, qu'on ne sçauroit trop repeter.
La meilleure dénomination des Lettres est celle
qui , sans multiplier inutilement les syllabes ,
exprimé le mieux et le plus simplement leur juste
valeur ; ensorte que cette même valeur puisse
tre fidelement repetée par les Echos ou par les
Dij petits
1764 MERCURE DE FRANCE
petis Enfans. Or est - il que la dénomination vulgaire
des Lettres Latines ou Françoises n'a pas
ces proprietez, et qu'au contraire elles se trouvent
dans la Méthode et dans le Livre du Bureau Typographique
, donc la dénomination vulgaire
des Lettres n'est pas la meilleure dénomination ,
puisqu'elle n'a pas les proprietez essentielles qui
se trouvent dans la dénomination pratiquée selon
le Systême du Bureau Typopraphique .
La dénomination vulgaire des Lettres Latines
et Françoises a le défaut des syllabes inutiles pour
faire exprimer simplement la juste valeur des Caracteres
, elle a aussi le défaut des syllabes fausses,
équivoques ou captieuses pour faire repeter fidelement
les syllabes finales à l'Echo ou au petit Enfant
, comme lorsque la dénomination vulgaire
appelle effe la lettre fe dans le mot vif : ache la
lettre aspirée ou non aspirée he , dans les mots
beros , heroe i consonne , la lettre ja dans le
mot jujube : elle la lettre le dans le mot vil :
emme la lettre me dans le mot Hypermnestre :
la lettre ne dans le mot none : erre la
lettre re dans le mot rire : u consonne la lettre
ve dans le mot vive : y grec le son ye ie dans
le mot payen païen : ce le son ke dans le mot car:
ge le son ghe , gue dans le mot Magog : esse le
son ze daus le mot poison ; te le son ci dans le
mot action : icse ou isque les sons cse ou gze dans
les mots axe , exil , &c.
enne
Cette dénomination vulgaire est encore fausse,
équivoque et captieuse lorsqu'elle appelle a ; enne
Je son a dans le mot cran : o , enne le son o dans
le mot son : pe , ache , le son fe dans le mot Joseph
: e, a , u , le sono dans le mot chapeau ;
i , e , enne le son . de l'ê ouvert long dans le
mot avoient : i , elle , elle le son mouillé du lhe ,
進
A O UST. 1734. 1765
il , dans le mot ouaille : ge , enne le son mouillé
du gne dans le mot agneau : ce , ache le son du
che dans le mot chou : e , u, le son eu dans le
mot Dieu : o , u , le son ou dans le mot tout, & c .
or est- il que ces défauts ne se rencontrent point
dans la dénomination des Lettres , selon le Systême
du Bureau Typographique , et qu'il n'y a
point de son faux et captieux , ni de syllabes superflues
dans la nouvelle dénomination des Lettres
pratiquées en faisant épeler ou syllaber . Or est-il
que par cette nouvelle dénomination , l'Echo ou le
petit Enfant peuvent repeter fidelement les syllabes
finales qui expriment la juste valeur des
lettres et des sons , comme dans les mots suivans.
Echo. Mots.
vive ve.
xe.
Mots.
place
Echo.
ce.
10C ke.
cocq que.
axc
Joseph fe.
vif
fe.
Zenith te.
Og. gue.
vache
che .
sel le , ligne gne.
ame me. paille the.
aune ne. Dieu. eu .
car re. toutou. Οκ.
bise Le. paon ä, Loc.
Donc la dénomination des Lettres , pratiquée
selon le Systême du Bureau Typographique est
la meilleure et la plus simple de toutes les dénominations
des Lettres . Donc la dénomination
vulgaire n'est ni la meilleure ni la plus simple
pour faire repeter fidelement à un Echo Ou à
un petit Enfant, la juste valeur des Lettres ou des
sons de la Langue Latine ou de la Langue Françoise
, quand il s'agit d'épeler et de syllaber
les mots en l'une et l'autre Langue , Donc les
Diij Maîtres
1766 MERCURE DE FRANCE
Maîtres non prévenus , bien intentionnez dans
Jeur Profession , amis de l'utilité publique, et qui
ont l'esprit juste , doivent adopter la nouvelle dénomination
des Lettres pratiquée selon le Sysme
du Bureau Typographique .
Donc on peut et l'on doit conclure que les
Maitres qui condamnent ou qui refusent de suivre
et de pratiquer cette nouvelle dénomination
des Lettres , que ces Maîtres , dis- je , n'ont pas
compris ou voulu comprendre la nouvelle Méthode
, qu'ils sont restez dans les préjugez avec
tous les plis dans leur esprit de la Méthode vul
gaire la vieille habitude contractée les tyrannise ,
ou bien il faut conclure que trop indifferens sur
l'institution de la premiere enfance , ils aiment
mieux suivre l'ancienne route , quoique défectueuse
et plus longue que de se remettre à l'a, b, e,
pour en suivre une nouvelle , quoique meilleure
et plus abregée . J'ay l'honneur d'êtie , &c.
****************
TUMULUS
FORTISSIMI VIRI DD. DE BERWIK,
H
Oc jacet in tumulo Vir Regum è sanguine
natus ,
Regali natum sanguine facta probant.
Belli Fulmen erat , testes si forte requiras ,
Almanza Campi , Barcino testis erit.
Gallica prob ! quantis décoravit lilia palmis.
Pignora ne quaras ; Galliaflendo dedit,
Turenne vix impar erat. Virtute, triumphis
Amba
AOUS T.
1757 1734.
Ambo pares , fato procubuere pari.
Non satis heu ! vixit , si spectes Gallica vota ;
Si Lauros , Fama sat dedit ille sue.
Waepenaër Despe Atrebatensis.
REMARQUES
au sujet de l'Histoire
des Anciens Comtes de Provence.
Extrait d'une Lettre de M. Giberti ,
Medecin , écrite le 23. Juin 1734.
E vous envoye quelques Remarques "
que jay faites après avoir lû votre
Mercure d'Avril dernier. Comme je tra
vaillois à mettre au net l'Histoire de la Ville
de Pernes, ancienne Capitale du Comtat
Venaissin , ma Patrie , que je dois bien- tôt
mettre au jour , et que j'en étois au Chapitre
des Comtes de Provence qui en
ont été les Souverains , je fus ravi de
trouver dans ce Journal un Ouvrage sur
la même matiere , contenant les Portraits
et une Carte Chronologique et Historile
que de ces anciens Comtes , fait par
R. P. Penchinat , Cordelier . Le bien que
vous dites de cet Ouvrage , m'engagea à
l'examiner à fond pour en profiter , car
ces Princes sont véritablement dans une
Diiij grande.
1768 MERCURE DE FRANCE
grande confusion , dans la plupart des
Auteurs qui en ont traité.
Cependant
après avoir bien examiné ce qui en est
rapporté dans le Mercure , je trouve que
ce Pere est tombé dans le même défaut ,
ce que je ferai voir dans toute son étendue
dans mon Ouvrage. Je me contenterai
de faire remarquer ici ses méprises
qui sont
véritablement grandes , afin que
l'Auteur évite de tomber dans un pareil
inconvenient dans l'abregé de l'Histoire
de Provence , qu'il promet de donner au
Public.
Pour faire voir , en premier lieu , que
Rotbold n'a pas été le premier Comte
de Provence , il faut établir que Lothaire
1. Empereur
d'Occident , eut un fils appellé
Charles , qu'il fit Roy de Provence ,
de l'aveu de tous les Auteurs qui en ont
parlé. Ce Charles étant mort jeune ,
Louis II. Empereur
d'Occident son frere
ainé herita de la
Provence , et la donna
à sa fille
Hermengarde , laquelle s'étant
mariée en 876. à Boson , fils de Buves
Comte
d'Ardenne lui
transmit cette
Comté ou Royaume. Voila ce Boson I.
que nous
reconnoissons
pour le Premier
Roy ou Comte de Provence .
>
3
De ce mariage naquirent Louis Boson ,
Guillaume I. Boson II. Rotbold et Pons.
Boson
A O US T. 1734 1769
Boson I. leur Pere mourut en 887. et
Louis Boson lui succeda ; Guillaume I.
suivit Louis Boson , et Hugues Roy d'Italie
s'étant emparé de la Provence par la
faveur de l'Empereur qui le protegeoit ,
démembra le Comtat Venaissin du reste
de la Provence , pour le donner en dot à
Berthe sa niece , qu'il maria à Boson I I.
en 930. ou environ , lequel en étoit le légitime
Souverain. Boson II . étant mort
sans enfans , son frere Rotbold lui succeda
; mais n'ayant joii de ce Comté que
peu de tems , il le laissa à Guillaume son
fils en 971. lequel étant venu à mourir
sans enfans, Emée sa soeur heritiere de ses
biens , les transporta par son mariage à
Guillaume III. appellé aussi Guillhen
Bertrand , surnommé Taillefer , Comte
de Tolose , qui le transmit à sa posterité.
La clarté de cette narration prouve évidemment
que puisque Boson I. mourut
en 887. il ne pouvoit pas egner en 933.
comme ledit le Pere Penchinat , il a pris
Boson II . pour Boson I. puisque Boson II.
mourut sans enfans comme on suppose
que fit Boson I. D'ailleurs le mariage de
Berthe avec Boson II . que contracta Hu
gues son Oncle environ l'an 930. ou 933 .
en est une preuve invincible , Boson I
étant mort 33. ans auparavant. Ainsi voi-
Dy la
770 MERCURE DE FRANCE
la le premier ordre de la Carte Chronologique
de ce Pere renversé
Ce R. P. suppose encore pour premier
fondement , que Boson , fils de Rotbold
de Bourgogne et d'Ingerberge , fille de
Boson 1 Duc de Bourgogne , Roy d'Italie
et de Provence , commença à regner
l'an 933. et comme , selon lui , ces
deux Bosons sont la même personne, puisque
Bo on I. a possedé les deux Royaumes
de Bourgogne et d'Arles , il s'ensui-
Voit que cette Ingerberge seroit en mê
me tems et la mere et la fille dudit Boson
; ce qui est une méprise des plus absurdes
, et quand même on reconnoîtroit
là les deux Bosons I. et II . Ingerberge
se trouveroit toujours la mere et la soeur
de Boson 11. Mais il ne faut que lir
Moreri dans l'article de Louis II . Emp
reur d Occident , pour apprendre q
cett Ingerberge ou Engelberge , étoit
teme de cet Emp.reur , et que Hi
mengarde leur fille ayant épousé Bosor
Roy de Provence . cette Engelberge é
la belle- mere de Boson I. et non pa
mere , et par consequent l'ayeu.e ma
nelle de Boson II , ainsi que de Rotbe
il étoit donc impossible qu'elle eur
femme dekorbold, étant deja son Ay
Ce qui a fait errer ce Pere , c'est
A O UST. 1734 177
a toujours confondu les deux Bosons pere
et fils. Il est certain que Boson I. a laissé
des enfans , mais Boson I I. n'en a point
laissé , et si Berthe sa veuve passa à de
secondes noces en épousant Raymond
Prince de Gathie , elle ne pût transmettre
cet Etat à son second mari , parce qu'il
avoit été usurpé par Hugues Roy d'Italie
, Oncle de cette Berthe sur Guillaume
I. frere ainé de Boson II . ensorte que Hugues
l'avoit plûtot donné par maniere de
restitution à Boson II . qu'en titre de Dot
à sa niece , qui ne pouvoir plus la repeter
par cette raison , qui est l'unique qui en a
fait joüir paisiblement les légitimes successeurs
de Boson . D'ailleurs Hugues son
oncle étant mort long- tems avant le décès
de Boson II . il ne pouvoit plus renouveller
ses prétentions sur la Provence.
,
Quant à l'article de Gilbert que ce Pere
dit être fils d'Othon , Comte de Lorraine
, il se trompe encore , car Guillaume
II I. dir Taillefer
dont nous
avons parlé , eut d'Emée sa femme quatre
enfans , sçavoir Pons , Geoffroi , Gilbert
et Bertrand. Pons eut la Comté de Tou--
louse et le Comtat Venaissin , Geoffroi :
eut la Comté de Forcalquier , et la moitié
d'Avignon , et les autres la Comté
Orientale de Provence.
er
D vj Ce
4772 MERCURE DE FRANCE
,
Ce Gilbert eut deux filles , Faidite
et Douce ; Faidite fut femme d'Albert
Comte de Toulouse , et Douce la fut de
Raymond Beranger I. Comte de Barcelonne.
Moreri dit que ces deux beau -freres
partagerent la succession de Gilbert ;
que le premier eut tout ce qui est depuis
la Durance jusqu'à l'Isere avec le titre
de Marquisat ; et le second , ce qui est depuis
la Durance jusqu'à la Mer ; avec ritre
de Comté , et qu'ils se partagerent
aussi Avignon. Ce Gilbert mourut en
II12. voila donc Gilbert frere de Geoffroy
et non pas son neveu , et tous les
deux , Enfans de Guillaume III . Comte
de Toulouse ; leur partage ayant été fait
ils n'avoient plus rien à démeler ensemble.
Pour ce qui est du Comte Othon de
Lorraine, qu'il veut être le pere deGilbert,
il se pourroit faire que Gilbert eut épousé
Blanche Sidoine sa fille , et qu'Othon
fût son beau- pere , dequoi je ne suis pas
garant ; mais les meilleurs Auteurs nous
assurent qu'il étoit fils de Guillaume
Comte de Toulouse . Je m'en rapporte
toutefois là- dessus aux personnes plus
éclairées que moy.
AU
AOUST. 1734. 1773
AU ROY.
QueUe de succès heureux , Grand Roy !
Philisbourg subit votre Loy ;
De Mercy l'Armée est détruite ::
A l'aspect de vos Etendards
Celle d'Eugene prend la fuite :
En Héros dans le Champ de Mars
Vos Soldats bravent les hazards :
Pour le Sang de Bourbon Naples s'est déclarée ;
La Sicile suivra la même destinée.
A des commencemens si beaux , si glorieux ,
Dieu fera succeder le comble de vos voeux.
L'AUTEUR.
Lorsqu'ici ma Muse releve
Ces rapides évenemens ,
Quoiqu'elle ait quatre- vingt six ans ,
On ne dira pas qu'elle rêve,
LET
1774 MERCURE DE FRANCE
************** :*
LETTRE écrite d'Orleans le 5. May
1734 par M. de Beauvais l'aîné , à
M. de Sainte Marie , Lieutenant General
à Nevers. Sur les Médailles Romaines.
J
E n'aurois pas dû me flatter , Monsieur
, que vous m'eussiez fait l'honneur
de me faire quelques objections
sur,ma Lettre du 14. Novembre dernier
insérée dans le Mercure de France du
mois de Février suivant . Vous souhaiteriez
des preuves plus fortes que les conjectures
que j'ai données sur l'usage que
je crois qu'on faisoit des Médailles ; ou ,
pour mieux dire , de la Monnoye sous le
Regne des Empereurs Romains jusqu'à
Gallien.
Les Refléxions que j'ai faites sur le
nouveau Trésor de Médailles de grand
bronze, trouvées dans ce Pays,et qui m'est
si heureusement tombé entre les mains
ne vous paroissent pas d'un assez grand
poids , pour que vous soyez persuadé du
sentiment dans lequel jesuis , que sous le
Regne d'un Empereur , toutes les Médailles
, sans exception , de ses Prédecesscurs
, avoient le même cours dans le
Public
VIE
PUBLICE;
M. DCC. XXX HI
KELLA
RECEPTA
XXV111 OCTOBRIS
MDCC XXXII.
57 .
A OUST. 1734. 177
Public , que celles qui étoient frappées
à son Coin.
J'ai fait , Monsieur , de nouvelles attentions
sur le sentiment que j'ai avan--
cé , et je me suis d'autant plus confirmé
dans mes conjectures , que j crois
avoir aujourd'hui de nouvelles preuves.
a adjoûter aux premieres ; on doit être
étonné du silence que tous les Auteurs
ont gardé sur l'usage et sur la fabrique
des Monnoyes de l'Empire ; il y auroit
lieu de croire qu'ils ont pensé que les
Médailles qui devoient passer à la posterité
la plus reculée , par la singularité
de leurs Revers et par la beauté de leur
fabrique , annonceroient elles - mêmes
leur histoire. En effet , je crois pouvoir
avancer , que quiconque ne connoît pas
les Romains de ce côté - là , ignore quel
étoit le goût , l'art et la magnificence de
ces grands Hommes .
Vous sçavez , Monsieur , que dès que
j'ai commencé à faire des collections de
Médailles antiques et à les étudier , je
me suis toujours scrupuleusement attaché
à les connoître par elles- mêmes et je
ne crois pas avoir pris un mauvais parti.
Ce sera donc par les Médailles même
que je vais joindre quelques Refléxions
aux précedentes , et je commence par
avoir
1776 MERCURE DE FRANCE
avoir l'honneur de vous dire que je pense
que , non -seulement les Medailles fabriquées
depuis Auguste , jusqu'au temps
de Claude second ont éû cours sous
près de so. regnes differens , mais encore
que les Medailles Consulaires étoient dans
le même usage , c'est - à-dire, les pieces d'argent
fabriquées dans la Republique , depuis
l'an de la fondation de Rome 48 5 .
après la défaite de Pirrhus , et celles d'or
après la prise de Carthage et de Corinthe ,
je me trouve confirmé dans cette pensée ,
par les mêmes Medailles Consulaires que
l'Empereur Trajan a restituées. Il nous
en reste assés , pour qu'on puisse conjecturer
( et c'est le sentiment de plusieurs
Antiquaires ) que cet Empereur a restitué
tous les Tipes des differentes Familles
Consulaires. Il y a une belle collection de
ces Medailles dans la suite Imperiale
d'argent de Monsieur l'Abbé de Rothelin
, qui est aujourd'hui un des Seigneurs
de l'Europe , qui poussent le plus loin
Pamas des Medailles antiques.
Il s'agit donc de sçavoir pour quel usage
Trajan a restitué les Médailles Consulaires
et s'il auroit pensé à en ordonner la
fabrique , si sous son regne comme sous
les précedens , les Médailles Consulaires
n'avoient pas été dans l'usage du commerce
AOUST . 1734. 1777
merce , cette observation me paroît d'un
grand poid pour favoriser mon sentiment;
mais comme il est bon d'avoir plus
d'une preuve pour en être persuadé ,il faut
aller plus loin , et continuant à vous remettre
sous les yeux la suite de toutes
les Médailles restaurées , vous engager ,
Monsieur , par les consequences qui en
doivent naturellement resulter , à convenir
avec moy , qu'il étoit indifferent
à quel coin les monnoïes étoient frappées,
puisque sous un même regne , on restituoit
souvent toutes les Têtes des Empereurs
qui avoient regné , & celles des autres
Princes en faveur de qui on avoit fait
des Médailles.
La reconnoissance engagea Auguste à
faire frapper des Médailles qui avoient
cours sous son regne , en l'honneur de
Jules Cesar, après qu'ileut fait mettre cet
Homme illustre, quoique chargé de la haine
publique , et poignardé au milieu du
Sénat, au rang des Immortels ; il reçut luimême
un pareil honneur de son successeur
Tibere , qui lui fit frapper aussi un
grand nombre de Médailles , pour conserver
à la Posterité la memoire de son
Apotheose ; Caligula imita Tibere , à qui
il fit de même frapper des Médailles , ainsi
qu'à Germanicus et à Agrippine ,
Claude
›
1778 MERCURE DE FRANCE
Claude qui fut Empereur après lui , en
restitua à Auguste , et celles que nous
possedons deNeron , de Drusus et d'Antonia
, le furent aussi par le même Prince.
Nous en avons encore d'Auguste , restituées
par Neron ; mais les deux fils de
Vespasien allerent plus loin , et restituerent
presque toutes celles de leurs predecesseurs
, Auguste , Livre , Agrippa, l'ancien
Drusus , Tibere , Drusus son fils ,
Germanicus , Agrippine , Claude , Galba,
Othon , et Vespasien eurent part à cette
restitution . Nerva restitua encore sur les
Monnoies , la mémoire d'Auguste , et il
fut imité par Trajan , qui conçût un plus
grand dessein que tous les Princes qui
avoient regné avant lui , puisqu'outre
quelques Empereurs , il renouvella , comme
je lai déja dit , toutes les Familles Romaines
, du moins le nombre qui nous en
reste peut fort bien nous le faire penser .
Adrien et les Antonins firent aussi quelques
restaurations , et si les Empereurs suivans
ne paroissent pas en avoir fait , on
pourroit croire que les Médailles ne sont
pas parvenues jusqu'à nous ; car il est à
présumer , que cette coutume s'est conservée
jusqu'au commencement du bas-
Empire , jeveux dire jusqu'à Gallien , qui
éût la dévotion de renouveller sur les
Monnoies
AOUS T. 1734. 1779
Monnoies de son temps, toutes les Têtes
et les Consecrations de ses Predecesseurs ,
qui avoient été mis au rang des Dieux.
Et quoique les Médailles que ce Prince
restituoit remplissent l'espace de près de
3. siecles , il est certain qu'il ne suivit
en cela que l'usage qui étoit établi dans
P'Empire depuis le regne d'Auguste.
Je demande à- présent à quel usage on
destinoit les Medailles restituées , si elles
n'avoient pas cours dans le Public de- même
que les autres Monnoies. Elles auroient
donc été frappées pour rester inutiles ,
c'eût été avec bien du tems perdu , une
dépense vaine ; non , Monsieur , les Romains
étoient trop sages pour travailler
inutilement , ce qu'ils ont fait étoit destiné
à quelque usage , les Medailles dont
il s'agit , étoient , sans doute , fabriquées
pour servir dans la societé , comme toutes
lesTêtes frappées auparavant y avoient
le même cours , quelque antiquité qu'elles
eussent ; car je fais remonter la chose
jusqu'aux premieres Medailles Consulaires
d'argent
Enfin,Monsieur , ma derniere reflexion ,
pour authoriser le sentiment que j'avance,
est celle que me fournissent les contremarques
que l'on trouve sur quelques
Medailles restituées , ce qui ne laisse à
mon
1780 MERCURE DE FRANCE
mon avis, aucun doute qu'elles ne fussent
dans l'usage du commerce , sansquoi on ne
se seroit pas avisé d'y indiquer les changemens
de prix , comme sur les autres
Monnoies courantes; cette seule raison seroit
assés , je crois , en ma faveur , quand
même je n'aurois pas celles que j'ai déja
produites.
Après les Medailles Suetone me
fournit un passage qui confirme mon sentiment.
Cet Auteur rapporte qu'après la
mort de Cajus Caligula , le Senat ordonna
, en détestation de la tirannie de ce
Prince , que toutes les Monnoies frappées
à son coin, seroient fondues et n'auro ent
plus cours dans le Public ; il auroit été
inutile qu'on cut rendu un pareil Arrêt
si les Monnoies après la mort d'un Empereur
n'avoient plus été dans l'usage du
commerce , et c'est cette circonstanc pour
le dire en passant , qui nous a rendu les
Medailles de ce Prince assez rares.
,
Je crois bien qu'après le regne de Gillien
, l'usage des Monnoies varia , la confusion
et les grands changemens , qui arriverent
dans l'Empire se firent sentir
jusques dans les Monnoies qui sont d'une
fabrique toute diferente de celles des
trois siecles precedens ; je pourrai avoir
l'honneur de vous dire un jour mon sentiment
AOUST. 1734. 1781
timent sur les Medailles de ce tems - là ;
ques-
>
en attendant en voila assez sur la ,
tion dont il s'agit ici , et je vous avouë
Monsieur , que jaurois de la peine à revenir
de mon opinion , à moins que par
de fortes raisons et des preuves contraires
, on ne me fit connoître que je suis
dans l'erreur. Je suis & c.
XXXX:XXXXXXXX ***
IDYLL E.
Par Mile de Malcrais de la Vigne.
V
Mirtil.
Eux - tu , crédule Athis , aimer toujours
Ismene ?
N'es-tu point ennuyé de répandre des pleurs
Tes jours hélas ! sont une chaîne
D'inquietude et de douleurs,
Athis.
Et toi , de ta Daphné qui brave ta constance ,
Mirtil , mon cher Mitil , tu n'es pas mieur
traité ,
L'Amour par l'estime commence ;
Qu'a-t'elle qui t'ait enchanté ?
Mirtil.
Ta Maîtresse a l'air vif, c'est un aimable brune,
Maia
1782 MERCURE DE FRANCE
Mais son coeur trop souvent change de Favori.
Athis aujourd'hui l'importune ;
Hier il étoit l'Amant chẹri.
Athis.
Daphné fait honte aux Lys ; mais ses couleurs
languissent ,
*C'est une Onde glacée , un bel Oiseau'sans voix.
· Ses biens sur tout l'enorgueillissent
Peux-tu te flatter de son choix ?
Mirtil.
→
Cher Berger , c'en est fait , ton conseil me décele
L'erreur , où trop long temps mon coeur s'est
engagé.
Doris m'aime , elle est jeune et belle
Je l'aime , et me voila changé.
Athis.
e;
Cloris m'a plaint cent fois , et tout bas sembloit
dire
Vange-toi dans mes bras de ses derniers refus.
C'est pour Cloris que je soupire ,
Ismene , je ne t'aime plus,
Mirtil.
Mais , Daphné .. ! que d'attraits .. ! 3 Ciel !
mon coeur fidele
Se dédit des sermers qu'Athis m'avoit surpris.
Ah ! j'aime mieux mourir pour elle ,
Que vivre mille ans pour Doris.
Athis
AOUS T. 17:34. 1783
Athis.
Mais Ismene a des yeux qui commandent qu'on
l'aime.
Ton entretien , Mirtil , est un poison fatal .
Je l'aimerois , fût- elle même
Entre les bras de mon Rival.
XXXXXXXXXXXXXX:X
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure
au sujet des Remarques sur l'Ortographe
, &c.
'Ose attaquer , Monsieur , les Remarques
inserées dans votre Mercure du
mois de Mars dernier page 551. sur l'innovation
de l'Ortographe ; et je soutiens
qu'elles sont injustes , absurdes , et insoutenables
. Je sçai bien que vous n'êtes
pas l'Auteur de ces Remarques : Cependant
comme il pourroit arriver que cer
taines personnes sous le nom specieux de
Grammairiens et de Sçavans fissent làdessus
de nouvelles difficultez , j'ai cru
devoir y répondre par avance , afin de
leur ôter l'envie d'embarrasser notre
langue , au lieu de la rendre plus aisée et
plus agréable.
Le premier objet de l'Auteur de ces
Remarques , est d'empêcher qu'on n'abo1784
MERCURE DE FRANCE
bolisse entierement la trace de toute
étymologie . Ce sont ses propres termes.
Ne semble t'il pas , à l'entendre , qu'il
est d'une necessité indispensable , que
chaque mot porte en soi les marques de
son étymologie ? Si cette necessité étoit
réelle , où en seroit on ? Il faudroit
cousulter toutes les Langues dont la notre
est dérivée , c'est - à - dire , le Latin , le
Grec , sans parler de l'ancien Gaulois
qui a donné à la plûpart de nos expressions
la veritable origine Françoise . Ce
seroit un cahos et une confusiond'idiomes :
quelle necessité y a - t-il de montrer toutes
les sources differentes dont notre Lan-
,
gue est descenduë ? On soutient qu'il est
plus honorable pour elle de ne pas rechercher
ces sortes d'antiquitez ; qu'elle
doit faire ensorte qu'il paroisse autant
qu'il est possible , qu'elle ne doit qu'à
elle même tout ce qu'elle a de force ,
d'agrément , de vivacité de justesse.
A cet interêt general , on peut ajouter
que cette observation de l'ancienne Ortographe
seroit sujette à de grands inconvéniens
, soit dans la prononciation ,
soit dans l'usage de l'Ecriture . Les jeunes
gens , les Etrangers , qui ont besoin
d'apprendre notre Langue seroient
embarrassez et arrêtez par ce grand nom
,
bre
A O UST. 1734. 1785
bre d'étymologies qu'ils verroient attachées
à chaque mot , ils ne retiendroient
qu'avec peine la prononciation ; et d'ail
Jeurs cette quantité de Lettres superfluës
qu'ils y trouveroient en lisant eux mêmes,
ne manqueroit pas de les fatiguer et de
les rebuter .
"
Il suffit de raporter les mots , dont
l'Auteur des Remarques veut rétablir
l'Ortographe pour en être persuadé. Selon
lui on devroit escripre avec nos ancêtres
, Chorde , Cholere , Chameleon , Chanon
, Chevaulx , aulne , viaulx , Respublicain
, Libvre , Liepvre , Cuibvre . On
doit remarquer le mot Escripre qu'il a
mis de cette maniere au lieu d'écrire.
Quelle bizarrerie de charger ce mot de
deux Lettres , non-seulement inutiles ,
mais très- nuisibles à la prononciation ?
Pourquoi employer l'S et le P. dont le
premier ne sert à rien , et le second ne
se voit pas dans le Latin Scribere , où il
n'y a point de P. Le retranchement de
ces deux Lettres empêche-t'il de sçavoir
que le mot écrire vient de Scribere. Il en
est de même de tous les autres mots ,
dont on voudroit former l'écriture sur
celle qui étoit usisée parmi nos ancêtres :
d'autant mieux qu'avec un peu d'attention
il est aisé , même sans cela , d'en
E décou
1786 MERCURE DE FRANCE
découvrir l'étimologie , Il n'est donc pas
necessaire d'embarasser notre lecture et
notre écriture de toutes ces Lettres super-
Aluës qui les rendroient méconnoissables.
Il est constant que les Latins n'ont .
point observé cette prétendue étimologie
dans la plupart des mots qu'ils avoient
tirez du Grec. Ils écrivoient comme ils
parloient , simplement , naturellement
et sans nulle affectation , ainsi qu'on le
voit dans les Inscriptions Romaines ; les
Espagnols et les Italiens ne font aussi
entrer dans les mots qu'autant de Lettres
qu'il en faut pour les prononcer ; ils ne
s'embarrassent gueres des étimologies,
On peut dire au contraire que le grand
défaut des Langues du Nord vient des
doubles Lettres , des Lettres gutturales
qu'elles font entrer dans leurs expressions.
En effet , qu'un François lise l'Allemand
, l'Anglois , le Hollandois , le
Flamand , le Suedois , le Polonois , il y
trouvera une rudesse , un sifflement qui
lu : écorchera la langue et les oreilles . Il
est donc absurde de proposer d'écrire
Chevaulx , viaulx , Libvre Liepure
Cuibure , comme l'Auteur des Remarques
l'a fait dans le Mercure. Ce seroit
même un vrai supplice pour les yeux qui
n'y sont point accoutumez . Rien n'est
plus
AOUST. 1734 1787
plus opposé que cette Ortographe au
genie libre et heureux de notre Langue .
On peut dire presque de cet usage raboteux
ce qu'un bel Esprit dit autrefois
des vers François mesurez , qu'on avoit
tâché d'introduire ;
Hocce vetat patrius genius , ipsaque Minerva
Gallica
>
Pour derniere réfléxion , il est certain
que nous n'avons pas besoin , en écrivant
, de nous géner , de nous fatiguer
pour former toutes ces Lettres prétenduës
d'étimologie. On a bien assez de peine à
exprimer seulement sur le papier la prononciation
et la terminaison Françoise..
Combien y a- t-il de gens qui ne l'observent
pas toujours exactement ; sans par◄
ler des gens de qualité et sur tout des
Dames qui ne peuvent se contraindre à
observer les regles de l'Ortographe. Les
personnes même les plus exercées dans
les Belles-Lettres ont de la peine à s'y
conformer. L'Ecriture leur coute beaucoup
quand il faut observer les accents,
les virgules , les points , les consonnes
et les voyelles. Ira- t- on encore les fatiguer
par la vieille maniere d'écrire des
Aureurs Gaulois ? Si on le faisoit , toutes
ces personnes s'en mocqueroient ; on leur
rendrait la Langue Françoise odieuse ,
E ij
in,
1788 MERCURE DE FRANCE
insupportable : ils ne pourroient jamais
se contraindre à l'écrire de cette maniere .
Quelle surprise après cela , d'entendre
dire à l'Auteur des Remarques que le
mauvais gout ramene insensiblement la
Barbarie , et que les ravages de la Barbarie
influent sur tous les objets qui sont
de la plus grande conséquence pour la
Societé; que rien ne contribuë tant à la
politesse d'une nation et au progrès des
Belles- Lettres que la pureté de la Langue;
et que la Langue ne peut avoir d'ennemi
plus dangereux que le mauvais gout de
'Ortographe et de l'Escriture ? C'est
ainsi qu'il a écrit cette belle déclamation,
Le mot de maulvais est remarquable ,
aussi bien que celui d'Escripture. Voilà
une plaisante étimologie , bien nécessaire
dans ce tems d'élegance et de politesse !
On soutient au contraire que ce seroit
rappeller en France la Barbarie et le mauvais
gout que de rétablir l'ancienne Ortographe,
telle que l'Auteur l'a proposée,
Prendra-t- on pour modeles nos Ancêtres
qui ne sçavoient presque point parler ni
écrire ? Leurs Livres ne se ressentent- ils
pas de l'ignorance et de l'impolitesse des
siécles passez N'a- t-il pas fallu que l'Académie
Françoise ait deffriché notre
Langue ? qu'elle ait coupé , pour ainsi
dire
AOUST. 1734. 1789
dire , les ronces et les épines dont- elle
étoit comme herissée , pour la rendre
plus aisée , plus noble , plus féconde ,
plus élegante, plus harmonieuse ? A- t- elle
cru qu'il fût necessaire de retenir les anciennes
Ortographes , les étimologies ?
M Menage fut le seul qui s'avisa de
chercher les étimologies de la Langue
Françoise mais dans quelles erreurs ne
temba-t- il point? Ce fut pour en montrer
le ridicule que le P. Bouhours fuc
obligé de le redresser par des plaisanteries
également vives et délicates , et on s'est
mocqué de ces sortes d'observations , qui
pour la plupart n'avoient d'autre fondement
que l'imagination de ce Grammairien
entêté de ses idées. D'autant mieux
qu'il n'avoit suivi en les cherchant que le
Dictionnaire de Nicot , lequel n'est rempli
, comme l'on sçait que de vieux
mots , plus dignes d'une Langue barbare
que de la politesse de la nôtre .
>
Il est bon cependant de remarquer
ici , que par les Réflexions qu'on vient
de faire , on n'a pas eu dessein d'autori
ser toutes les nouveautez qu'on introduit
quelquefois dans l'Ortographe. Il y a
veritablement de l'excès dans la liberté
qu'on se donne à cet égard : mais après
tout c'est peu de chose ; et cette liberté
E iij est
1790 MERCURE DE FRANCE
est moins préjudiciable à notre Langue
que l'ancienne écriture que l'Auteur voudroit
récablir il y a un milieu à garder
en cela , comme dans toutes les choses
qui dépendent de l'usage ; et ce juste milieu
, ' c'est de ne point affecter mal - àpropos
les anciennes Ecritures , et de ne
pas suivre les nouvelles sans raison ni
discernement quoiqu'à l'égard de ces
dernieres il soit quelquefois permis de
suivre sa commodité ou son humeur ;
car , on le repete , on a assez de peine à
former les caractéres , à peindre les mots
tels qu'on les prononce , pour qu'on
doive excuser quelque chose sur ce sujet,
et il est pourtant vrai que ces prétendus
relâchemens ne détruiront jamais les origines
de notre Langue ; qui seront toujours
assez faciles à reconnoître . Contentons
nous d'écrire les mots comme ils se
trouvent écrits dans le Dictionnaire de
l'Académie , aussi bien que dans les Ouvrages
de nos plus Illustres Ecrivains .
Les grands Orateurs , les grands Poëtes
ne nous manquent point . Ecrivons comme
eux. Parlons comme enx . Ils ont mis
notre Langue dans la plus exacte pureté
et dans sa derniere perfection . Je suis &c.
De Nimes le troisième May 1724..
Cette
A O UST . 1734. 1791
,
Cette Lettre est écrite par celui qui fit
il y a quelque tems les Reflexions sur le
Traité du Sublime imprimées dans ce
Journal , peu de tems après que ce Traité
parut et auxquelles on n'a point fait de
réponse , dequoi il y a lieu de s'étonner ,
ces Réflexions ayant été extrémement
goûtéés .
XXXXXXXXXXXXXXX
L'ASNE ET LES CHARDONS
FABLE.
Messer Aliboron , Asne de son métier ,
Des Asnes de son tems fut , dit-on , le premier
En bonne mine aussi bien qu'en courage .
Voici ce qu'on en conte . Il étoit coutumier
D'aller dans certain pâturage ,
Oà peu d'herbe croissoit , mais bien force Chardons
Qui lui sembloient si beaux , si bons,
Si friands que rien davantage.
Là souvent mon Docteur alloit faire ses Rois ,
Se plaisant fort à cet ouvrage ,
Bien qu'on l'en cut tancé vingt fois.
Un jour sur tout , plein de colere ,
Le Maître du Champ vint troubler sa bonne
chere
E iiij Sui1792
MERCURE DE FRANCE
Suivi de ses valets. Lors cailloux de pleuvoir
Drû comme vrai gresil : c'étoit pitié de voir ,
D'une part les manans fraper sur la bourique ;
De l'autre , cas plaisant de voir l'Asne stoique ,
Malgré leurs assauts repetez ,
Ne s'enfuir qu'à pas comptez ,
Arrachant maint Chardon , faisant toujours
ripaille .
Tel Ajax ( car Ajax ici , vaille que vaille ,
Peut être mis en jeu , sans qu'il en coute rien )
Par le nombre accablé ne sort de la bataille ,
Qu'aux dépens de plus d'un Troyen.
Le Baudet sortit donc , mais , ajoute l'Histoire,
A grand'peine vit- il les manaus éloignez ,
Qu'il revint à la charge , et vous pouvez bien
croire
Que Chardons à ce coup ne furent épargnez.
Une telle perseverance
Dans un Baudet n'a rien qui me surprenne fort,
Sçavoir , au demeurant , s'il avoit si grand tort,
C'estun point de Jurisprudence,
Que peut examiner quiconque à du loisir.
Pour moi , j'ai du penchant à lui donner sa
grace ,
On a beau nous combattre , hélas ! quoiqu'on
nous fasse ,
Nous ne sçaurions quitter ce qui nous fait
plaisir.
F. M. F.
LETAOUST.
1734 1793
LETTRE de M. Thiout à M. le
Chevalier de *** en réponse à celle
de M. Julien le Roy.
V
Ous n'eussiez,sans doute , pas cru
Monsieur , que Mrs le Roy se fussent
tant élevez contre la Lettre que Vous
souhaitiez de moi , sur l'explication des
prétendues nouveautez de la Pendule de
M. Pierre le Roy , et qu'ils eussent essay
d'y jetter quelque ridicule ; je vais tâcher
d'y répondre simplement en ne m'arrê
tant que sur les principaux faits , et les
Fapportant avec fidelité mon dessein
n'étant pas de me justifier en criant à
l'injustice. Je ne donnerai à mes réponses
que l'étendue nécessaire pour faire
sentir la verité de ce que j'ai avancé.
M. le Roy l'aîné trouve mauvais qua
je ne l'aye pas nomméen parlant de l'Auteur
du Cercle de l'Equation. Ai-je fair
un crime de n'avoir pas dit qu'il y eut
travaillé ? je n'ai pas cru qu'on fut obligé
de citer tous les noms des Auteurs qui
ont perfectionné une machine , quand il
n'est question que d'enfaire revenir lagloiae
à celui à qui elle est le plus legitimement
duë.
Ev J'ai
1794 MERCURE DE FRANCE
,
J'ai dit que M. Dufay l'avoit perfectionnće
ce qui est prouvé par les mê
mes Registres de l'Académie , que M. le
Roi cite: voici en quoi consiste cette perfection
.
M. Dufay ayant trouvé qu'il pouvoit
donner un arrangement au mois et au
,
quantiéme plus commode que le précédent
, a placé l'index qui étoit à midi sur
onze heures , et par ce moyen chaque
inlex sert six mois ; ce changement a
donné aux divisions des mois deux intervalles
particuliers aux deux index qui
rendent chaque portion de six mois d'un
ordre plus intelligible ; au lieu qu'auparavant
les index n'étoient que pour trois
mois et qu'il ne se trouvoit qu'un in
tervalle au Cercle, ce qui le rendoit fort
embroüillé ; de plus M. Dufay a fait graver
toutes les divisions des quantiémes
avec seulement les chiffres de 5. en s . ou
de 10. en 10. selon que les divisions sont
plus ou moins serrées ; par ce moyen on
a toute la précision possible et sans confusion,
ce qui est le point important pour
regler les Pendules avec facilité , et qui
ne se trouve pas dans les premiers
Cercles que M. le Roy y a appliqués ;
c'est un fait qu'il ne peut contester , j'en
ai la preuve dans les mains en cela
comA
O UST. 1734 1795
comme l'on voit , je n'ai pas prétendu le
dépouiller de la part qu'il dit avoir dans
la perfection du Cercle
fait entendre .
C
comme il l'a
de
Mais ce n'est pas là , Monsieur , sur
quoi je suis le plus maltraité , c'est sur
ce que j'ai dit que ces Pendules à Cercles
n'étoient pas propres pour un usage ordinaire
; oui , je l'ai dit , et c'est ce qui
prouve ma bonne foi et ma sincerité
puisque j'en fais tous les jours , et que
l'aveu de M. le Roy , peu d'Horlogers
en ont autant vendu que moi c'est de
là que j'ai mieux reconnu qu'un autre la
difficulté que les particuliers ont à s'en
servir ; je pourrois citer plusieurs exemples
de
gens , d'ailleurs très - sensés , à qui
j'en ai vendu et qui s'en sont dégoutez
par cette unique raison ; il ne faut pas le
trouver étrange , nous voyons tous les
jours des gens à qui on a montré cent fois
à avancer ou retarder leurs Montres, et
qui n'en sont pas mieux instruits , quoique
cela soit bien plus simple. Enfin je
soutiens en faveur de ceux qui ont de la
peine à s'accoutumer à ces Pendules
qu'elles demandent une attention dont
tout le monde n'est pas capable , et la
meilleure preuve que j'en puisse donner,
est le Mémoire instructif que j'ai éré
E vj obli
1793 MERCURE DE FRANCE
ge
obligé de faire pour en apprendre l'usaà
ceux qui en ont . S'il étoit si facile
de s'en servir , je n'aurois pas été obligé
de faire ce Memoire ; c'est celui que M. le
Roy cite , et à l'occasion duquel il dit :
Comment M.Thiout accordera- t- il ses propres
contradictions ? En1730 . il les a approu
vées , et en 1733. il les désaprouve.
Dans quel endroit de ce Memoire M. le
Roy a - t-il trouvé que j'ai approuvé ces
Pendules à Cercle plus en un tems qu'en
un autre ? je ne cours aucun risque en
le défiant de trouver une seule Phrase
dans cet imprimé qui constate que j'aye
jamais dit que l'usage du Cercle fut
propre pour un usage fréquent et ordinaire
, ni que j'en aye jamais désaprouvé
les avantages et la justesse , et j'offre de
le donner à tous ceux qui auront la curiosité
de le voir ; j'en ai encore heureusement
une centaine d'Exemplaires à leur
service , ( il eut été trop long de l'inserer
ici. )
-
Vous voyez , Monsieur
, qu'il n'y a
pas assez d'équité dans la Lettre de M. le
Roy quel interêt en effet pourois – je
avoir de condamner
une invention
bonne
en soi ? aucun sans doute ; mais je dis
seulement
qu'il faut pour se pouvoir servit
utilement
de ces Pendules, être, pour
ainsi
A OUST
1734. 1797
ou
ainsi dire, familiarisé avec elles , comme
nous qui en faisons tous les jours
comme un Sçavant qui par le besoin
qu'il a de l'heure du Soleil , en fait son
plaisir et l'ornement de son cabinet
parce qu'il en connoît les avantages
mais qui en aura de construction ordinaire
pour l'usage de sa maison et de son
Domestique.
A l'égard de l'échapement que M. le
Roy raporte , il ne faut effectivement
que lire ma Lettre , on y trouvera entre
autres choses queje continuerai d'en faire,
jusqu'à- ce que j'y trouve des deffauts ; or
ceux que l'expérience m'a fait appercevoir
m'ont confirmé que M. le Roy et son
garant n'accusoient pas juste en assurant
que ces Montres alloient un mois , minute
pour minute, et seconde pour secon
de je n'y ai pas trouvé une si grande
précision , mais seulement une justesse
au- dessus de l'ordinaire , aussi duroientelles
plus d'un mois , puisqu'elles alloient
un an ou quinze mois admirablement
bien , mais passé ce tems elles avoient
plus besoin que les autres d'être néttoyées.
Voilà le seul défaut que j'y ai trouvé' :
j'ai remarqué , comme je l'ai dit dans
ma Lettre du mois de May 1729. que
celles où j'avois doré les roues de rencontre
1798 MERCURE DE FRANCE
tre se soutenoient mieux , quoique je
n'ignorasse pas , sans en faire tant d'étalage
, les avantages que do vent perdre
les roues à la dorure , mais je raporte un
fait constaté par l'expérience , j'ai fait la
tentative de les dorer etje m'en suis mieux
trouvé , soit que cela provienne du coup
de brunissotr sur le plan de la dent ou de
la qualité de l'or ; c'est une question que
je luisse à examiner aux Physiciens , toujours
disposé à profiter de leurs lumieres.
Je rends compte de bonne foi de ce
que j'ai trouvé dans la pratique. Si M. le
Roy l'avoit jugé à propos , et on lui en
auroit sçu bon gré , il nous auroit fait
dans le tems le détail de la réussite, puisqu'il
en étoit si bien informé ; il doit
sçavoir qu'il y a encore des Horlogers à
Londres qui en font ; pour moi je ne suis
nullement fâché d'en avoir augmenté le
nombre , cela m'a parfaitement instruit
de bien des particularitez que quantité
d'Horlogers ignorent : Enfin , pour finir
par où j'ai commencé , je veux dire
les Pendules à Cercles, il paroît que M. le
Roy n'a en vuë que de soutenir l'usage
d'une sorte de Pendules qui sont celles là;
je n'entreptendrai pas de le faire revenir
de son opinion , mais je dirai que j'ai
été assez heureux pour en faire d'une
par
autre
A O UST. 1734. 1799
autre construction pour plusieurs Souveverains
et grands Seigneurs , qui ont aussi
bien réussi que celles à Cercles voici à
cette occasion la copie d'une Lettre écrite
de Turin , le 24 Janvier 1734. par M. le
Marquis de Cavatour.
Je suis bien aise de vous dire que depuis
quatre mois ma Pendule n'a varié que de
quinze secondes.
Je crois qu'il seroit difficile de trouver
une plus grande justesse aux Pendu
les à Cercles que l'on sçait n'avoir pas
la même commodité. Je suis & c.
La suite incessamment.
Eguille et Poulie , sont les mots de
l'Enigme et du Logogryphe du Mercure
de Juillet.
ENIG ME.
LEs Allemands , dit- on , m'ont donné l'être ,
>
Qu'importe d'où je suis ,
Puisqu'on me trouve en tout pays ?
Pays je dis
Où chaque année Hyver se fait paroître
Ainsi
1800 MERCURE DE FRANCE
'Ainsi de ce discours on conclud aisément
Que ce n'est qu'en tems froid que je sers senlement
,
Admirés un peu ma scructure ;
J'ai quatre pieds pour soutenir mon corps ,
Sur lequel est tracé souvent mainte figure .
De plus j'ai col sans tête , il est bien sûr qu'alors
Vous me croirez un monstre de nature ,
Il n'en est rien pourtant , mais cependant
Je vous assure ,
Qu'à voir les feux qui sortent de mon flanc ,
J'ai l'air en abregé du logis de Satan.
J.... De Paris
AUTRE.
Du cinq soeurs je suis la cadette ; E
Admirez mon pouvoir et mes effets. divers.g
Je sers à former l'Univers ,
Et la couronne et la houlette..
Je suis toujours avec les Dieux ;
Qui voudra me trouver,qu'il parcoure les Cieute
C'est-là qu'au milieu de la nüe
Je viendrai m'offrir à sa vuë.
M. de Champfleuri , d'Aix:
XX:XXXXXXXX XXXXXXXXXX*
LOGOGRYPHE.
THéatre ensanglanté d'un horrible carnage }
Je n'offre jamais à tes yeux ;
Lect
AOUS T. 1801 1734.
Lecteur, que des objets affreux ;
La mort et ses horreurs , voilà mon appanage
Chez moi l'on voit ceder par un sort rigoureux,
La trop foible innocence aux traits de l'injustice
,
La force et le courage à ceux de l'artifice .
Deux pieds de moins je suis le funeste assassin ,
Qui chaque jour exerce dans la Ville
,
Tant de meurtres nouveaux sans être moins
tranquille "
Et cependant sans être Medecin ;
Veux-tu de tant de maux trouver l'objet , la
cause ?
Ote ma fin encore et tu la trouveras ,
Et quoique l'on découvre en moi mainte autre
chose ,
De celles- ci tu te contenteras.
Par Mlle Olonne . De Paris.
AUTRE Logogryphe proposé à S. A.
S. Madame la Duchesse du Maine
par M. Don Cl . Hernandez Delvalle
jeune Espagnol fort connu dans le monde
par son esprit.
Sous
Ous un voile leger quoiqu'ici je me cache
Je ne veux point être inconnu :
Yeut-on me deviner avant de m'avoir vû ,
Voici ce qu'il faut que l'on sache..
gire
1802 MERCURE DE FRANCE
Que l'on me décompose , on va trouver en moi
Ce qu'a tant celebré d'Aunoy ;
Plus un vainqueur de l'Italie ,
Plus certain bois qui sert à la marqueterie ;
Plus une Ville encor voisine des Gaulois ,
Sur les bords de la Mer près des Alpes assise ;
Plus une autre d'Asie , et celebre autrefois
Dans les Annales de l'Eglis:.
J'ai quelque chose de l'oiseau ,
Des beaux jardins j'ai l'arbrisseau,
Item , j'ai la fille d'un frere ;
De la Religion j'ai le plus grand mistere ;
Mais pour me reconnoître , écoutez jusqu'a
bout ,
Huit Lettres composent mon tout,
Quatre consonnes differentes ,
Avec deux voyelles sonantes ,
L'une de celles - ci trois fois en me nommant
Se repete toujours , l'autre une seulement
Enfin, Princesse magnanime ,
Votre plus petit serviteur ,
Avec le secours de la rime
2
Sur mon compte aujourd'hui rend votre esprit
rêveur ;
Ah ! s'il me recevoit de vos mains bienfaisantes,
Qu'il chanteroit bien haut la moitié de mon
nom !
Mais s'il n'en est pas digne, il changera de ton ,
Et
A O UST. 1734 1803
Et dira tristement les deux Lettres suivantes :
Me voilà découvert des trois quarts , est- ce asseza
S'il vous faut l'autre quart encore ,
Pour que personne n'en ignore ,
Ajoûtez ce qui reste , et vous me connoissez ,
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &C.
ISTOIRE BES EMPIRES et
H des Republiques depuis le Deluge
jusq ' à J. C. où l'on voit dans celle
d'Egypte et d'Asie,la liaison de l'Histoire
Sainte avec la Prophane , et dans celle
de la Grece le raport de la Fable avec
l'Histoire. Origine de la Mythologica
Argos , Mycenes et Lacedemone 1733
A Paris, chez Simart , Jean Ronan , Bullot
, et Jean Nully. in 12. 4 volumes. Tome
1. ou plutôt troisième Partie du 1. Tome
pp. 512. sans le Discours Préliminaire et
la Table des matieres , Tome III. pag. 5c2 .
Tome IV. pp. 520.
ELOGE HISTORIQUE de la Chasse , par
M. Beneton de Perrin , 1. vol . in 12. de
102 pages. A Paris , chez Morel , Gonichon
28c4 MERCURE DE FRANCEchon
Briasson et Guillaume 1734
>
Cet Ouvrage est rempli d: Recherches
curieuses , et ne sçauroit manquer d'être
lû avec plaisir et utilité , par les personnes
sur tout qui aiment l'exercice de la
Chasse.
STILE UNIVERSEL de toutes les Cours
et Jurisdictions du Royaume , pour l'ins
truction des matieres criminelles suivant
l'Ordonnance de Louis XIV. du
mois d'Août 1670. Par M. Gauret , Sécretaire
de M. le Camus Lieutenant
Civil. Nouvelle Edition. Chez David
Paîné et autres Associez , choisis par ordre
de Sa Majesté pour l'impression des styles
et Formules , suivant les nouvelles Ordonnances.
1734. in 12. 2 vol.
ABREGE' de l'Histoire des vingt- quatre
Peres de l'Eglise. Histoire abregée des
Empereurs Romains depuis Jules - Cesar
jusqu'à Constantin le Grand. Caracteres
de 58 des meilleurs Historiens , Orateurs
et Poëtes Grecs , Latins et François . Ouvrage
très-utile sur tout aux jeunes gens
de l'un et de l'autre sexe , qui pourront
en très peu de tems acquerir une con
noissance generale des matieres annonsées
ci-dessus. A Paris , chez Chaubert ,
AOUST . 1734. 1805
Lautin et Musier fis 1732. in 12. pp. 178.
TRAITE DE MEDECINE , sur plusieurs
questions concernant la Virginité et sur
plusieurs autres à cette occasion . Par
Martin Schurigius , Docteur en Medecine.
A Dresde , chez Cristophe Hekelius fils
1730. vol. in 4. pag. 384. et se vend à
Paris chez Gerard Follain , Quay de la
Tournelle. L'Ouvrage est en Latin,
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvra
ges des Sçavans de l'Europe , pour les six
premiers mois de 1733. Tome 10, premiere
et seconde Partie . in 12. Amster
dam, chez Vesteins et Smith 1733 .
Comme il seroit bien mal-aisé de faire
l'Extrait d'un Livre qui n'est composé
que d'Extraits , nous ne pourrons gueres
donner une idée de ce Journal que par
quelques titres des Ouvrages les plus interessans
et les moins connus.
DEFENSE DE LA RELIGION CHRETIENNE,
contre les differentes objections des Anti-
Scripturaires Modernes , où l'on explique
et l'on soutient le sens Litteral des Propheties
contenues dans l'AncienTestament,
ainsi que des miracles dont il est fait
mention dans le Nouveau et où l'on
prouve
18c6 MERCURE DE FRANCE
prouve la necessité d'une Revelation
Divine , par l'insuffisance manifeste des
lumieres dela Raison , ou de la Religion
naturelle. Par M. Thomas Stakouse ,
Auteur du Corps complet de Thologie.
A Londres chez Edouard Symon 1731 .
grand 8 °. Pages 509 , sans compter l'Epître
dédicatoire , la Preface , et l'Indice
des Chapitres. Cet Ouvrage est en Anglois.
Il mériteroit d'être traduit en François ,
à en juger par l'Extrait du Journaliste ,
qui en donne une grande idée.
HISTOIRE DE L'EMPIRE , contenant son
origine , ses Progrès , ses Revolations
la forme de son Gouvernement , sa Politique
, ses négociations , et les nouveaux
Reglemens faits dans les Traitez
de Westphalie & c. Par M. Heiss. Nouvelle
Edition , augmentée d'un Discours
Préliminaire, de Notes Historiques et Politiques,
continuée jusqu'à présent et enrichie
de Tailles douces . Imprimée en deux
formes l'une in 4 ° . en deux volumes
dont le premier a 523 pages , sans les
Prefaces et le Discours Preliminaire
qui font en tout 77 pages et le second
740. avec la Table des Matieres : l'autre
in 12. en huit volumes , dont le premier
contient en tout 628 pages , le . II . 483 .
le
A O UST. 1734. 1807
le III 492. le IV . 5oo . le V. 51. le
le VII. 509. et le VIII . 478.
VL 538.
A Amsterdam
Smith 1733.
chez les Wetsteins et
›
ABREGE' FIDELE des Elemens de Chimie
, du Docteur Boeraave , fait sur la
bonne Edition , publiée dernierement à
Leyde , et paraphée de la propre main
de l'Auteur. Avec toutes les Planches et
leurs Explications , copiées d'après l'original.
A quoi l'on a ajouté des Remarques
curieuses et utiles qui rectifient diverses
opinions de l'Auteur . Par un Medecin.
A Londres , chez J. Wilford 1732.
in 8 ° . pages 418. sans la Table et les Fi
gures. L'Ouvrage est écrit en Anglois.
LES VERTUS DU BEAU SEXE , par M. F.
D. C. Ouvrage Postume. in 8 °.
INSCRIPTIONS ANCIENNES , tant Grecques
que Latines , recueillies il y a longtems
par Marquard Gudius ; mises depuis
peu en ordre par Jean Kool , à la sollicitation
et par les conseils de Jean George
Gravius ; publiées maintenant par François
Hesselius. Avec leurs Notes , in fol.
pages 374. pour le corps du Recueil ,
157. pour les Index et les Notes, 84. pour
les
1808 MERCURE DE FRANCE
les Préfaces. A Leuw verden , chez les Heritiers
de François Hilma. 1731 .
Cet Ouvrage qui est écrit en Latin , a
paru si important à l'Auteur de la Bibliotheque
Raisonnée , qu'il en a fait le
plus long et peut être le plus curieux
Extrait qui soit dans le volume dont
nous parlons. L'érudition y est répándue
à pleines mains , et si variée que nonseulement
les Antiquaires trouveront
dequoi s'instruire solidement de plusieurs
choses , mais presque tous les Gens de
Lettres auront dequoi s'amuser utilement,
les Gens même les plus dissipez et qui
sont le moins à portée de lire de pareils
Ouvrages dans la Langue originale , seront
tout étonnez de trouver dans l'extrait
de notre Journaliste des choses auxquelles
ils peuvent s'interesser.
Par exemple à la page 283. à l'occasion
d'une Inscription de la Page 49. Num.
9 du Recueil de Gudius , on observe
qu'entre les titres d'un homme qui avoit
plusieurs charges chez les Romains on en
trouve une singuliere dans cette Inscription
, qui est exprimée par ces mots
CURATOR LUSUS JUVENUM , Juste Lipse
qui l'avoit remarqué , n'avoit fait que
donner là-dessus quelque ouverture : on
explique ici ce que c'est. Parmi les Ron.
ains
A O UST. 1734. 1809
mains on en vint avec le tems à faire
des Reglemens sur la maniere dont les
Spectateurs devoient applaudir aux Acteurs
dans les Jeux du Theatre ou du
Cirque. Cela avoit commencé du tems
d'Ovide, comme il paroit par un Vers du
Livre 1. de son Art d'aimer. L'Empereur
Neron établit plusieurs bandes de jeunes
Gens vigoureux , qui faisoient avec art
des applaudissements dans les Spectacles
sous la direction de quelques Chefs , à
qui cela valoit environmille écus de
gage , comme il paroît par un Passage
de Suetone , Chapitre 20. sur Neron , ainsi
que par deux autres des Annales de Tacite
et de Dion Cassius. Celui qui avoit
un de ces Emplois comiques fut appellé
depuis Curator Lusus Juvenum , parce
que ces jeunes Gens nommez d'abord Augustani
, étoient enrollez sous le nom de
Fuvenes , qui leur étoit affecté. En
quelques autres Inscriptions on trouve
Magister Juvenum ou Juventutis , et
M. Kool, en habile Commentateur, croit
que c'est le même que Curator Lusus Juvenum.
Il est fait mention des Juvenes
dans une Loi des Pandectes , qui ne peut
être autrement entendue. C'est la Loi 28,
D. De Poenis .
* Quorum Duces quadragena millia H- S
merebant,Suct. E
1813 MERCURE DE FRANCE
Une autre Inscription , quoique tronquće
, confirmie une coutume du Barreau
Komain , venue des Grecs. C. Juli. Hymeti
Aufiliano aquæ duæ ab hora secunda
ad horam sextam. Gudius dit là - dessus
sur de bonnes autoritez , qu'il y avoit à
Rome des Gens établis pour prendre
garde à l'écoulement des Clepsydres , ou
Horloges d'eau , par lesquelles on mesuroit
le tems qu'on donnoit aux Avoeats
pour plaider devant les Juges. Pour
plus grand éclaircissement de ce Morceau
qui nous apprendroit bien des choses curieuses
, si on l'avoit dans son entier
M. Kool fait agréablement l'Histoire de
l'établissement et des progrès de la necessité
qu'on imposa aux Avocats , qui
ne finissoient point , de résserrer leurs
Plaidoyers dans certaines bornes ; au lieu
qu'autrefois il n'y avoit ni heures reglées,
ni nombre de jours déterminé. Il explides
anciens Auque
ainsi divers passages
teurs , qui font allusion à cet usage &c.
J
La vie de Gudius est curieuse à lire
dans l'Abregé qu'en donne notre Journaliste
avant que de parler de son grand
travail sur les Inscriptions Romaines.
On y trouve entre autres particularitez
Litteraires que ce Sçavant étant à Paris
on 1661. y fit imprimer un Ouvrage
ime
AOUST . 1811 1734.
important de S. Hypolite Martyr , intitulé
Απόδειξις Περί τον Αντικρίσον . Demonstrations
touchant l'Antechrist. Cette Piece
n'avoit jamais vû le jour . Gudius la
publia sur un Manuscrit de Reims et sur
un autre d'Evreux.Les Chartriers , ou les
Bibliotheques de ces Cathedrales étoient
alors mieux fournies de Manuscrits qu'elles
ne le sont aujourd'hui.
OUVRAGES DE POLITIQUE , Par
M. l'Abbé de S. Pierre , Tome second ,
tome III. tome IV. tome V. le II. tome
contient 268 pag. le III. en a 234. le
IV. 282. et le V. 344. A Rotterdam !
chez Jean- Daniel Beman ; et se trouve à
Paris chez Briasson 1733. 6.
Ces quatre volumes en supposent un
que l'Auteur veut qu'on regarde comme
le premier. C'est son Abregé de Paix
perpetuelle & c.
SUPERSTITIONS ANCIENNES Et Moder
NES , préjugez Vulgaires qui ont induit
les Peuples à des usages et à des pratiques
contraires à la Religion . Avec des Figures
qui représentent ces Pratiques. A Amsterdam
, chez Jean- Frederic Bernard 1733 .
fol. pages 264. pour les deux principales
Parties , et 72 pour la derniere.
Fij Lis
1812 MERCURE DE FRANCE
y a
LES TEMOINS DE LA RESURRECTION
DE J. C. examinez et jugez selon les
regles du Barreau , pour servir de réponse
aux objections du S. Woolston et de
quelques autres Auteurs ; traduit de
FAnglois sur la sixiéme Edition . On
joint une Dissertation Historique sur les
Ecrits de M. Woolston , sa condamnation
et les Ecrits publiez contre lui. Par A. le
Moine , Ministre de l'Eglise Anglicane
et Chapelain du Duc de Portland . Ala
Haye , chez P. Gosse et J. Neaulme
1732. grand in 8 ° . pages 165. sans la
Dissertation qui en contient 100. L'Ouvrage
est écrit en Anglois.
Article des Nouvelles Litteraires.
&c.
LA MALADIE ANGLOISE , ou Traité
des Maladies des nerfs de toutes les espe-.
ces , de la rate , des vapeurs, des maladies
Hypocondriaques et Histeriques
divisé en trois Parties. Par George Cheyne,
Docteur en Medecine , Membre du College
des Medecins d'Edimbourg , et de
la Societé Royale de Londres , in 8 .
L'Ouvrage est en Anglois.
De Genêve. Fabri et Barillot ont imprimé
les deux Ouvrages suivans , composez
par l'Auteur des Lettres sur les Anglois
A O UST. 1734. 1803
glois , sur les François et sur les voyages.
Le Monde fou préferé au Monde Sage,
nouvelle Edition , revüe , corrigée et augmentée
d'un Entretien sur l'utilité des
-Promenades. in 12. 2. vol . la premiere
Edition de ce Livre parut en 1731.
Le Systême des Anciens et des Moder
nes , concilié par l'exposition des sentimens
differens de quelques Theologiens,
sur l'Etat des Ames separées des Corps ,
en 14 Lettres. vol. in 12 .
D'Amsterdam. Les Westeins et Smith
avec Chatelain et Hofhout , publieront
incessamment l'Edition des Avantures de
Telemaque , par Messire François de Salignac
de la Mothe Fenelon , in 4° . qu'on
avoit annoncée dans les Nouvelles Litteraires
du Tome V. deuxième Partie de
cette Bibliotheque , aux pages 481- et 82 .
Outre les 24 Tailles-douces , le Frontispice
de M. Picart , et le Portrait de l'Auteur
gravé par Mrs Drevet , Pere et Fils ,
à Paris &c. dont on y a fait mention .
Cette Edition sera ornée de Vignettes à
la tête , et de Culs de Lampe à la fin
de chaque Livre , et enrichie d'une Piece
originale qui a pour titre ; Examen de
Conscience pour un Roy , faie de la
même main que le Telemaque , et dans
Fiij la
1814 MERCURE DE FRANCE
la même vuë d'instruire Monseigneur le
Duc de Bourgogne de toute l'étendue des
obligations qu'il auroit à remplir en regnant
. Ce Manuscrit écrit en entier de
la propre main de M. de Fenelon , Archevêque
de Cambrai , apartient à Son Excellence
M. le Marquis de Fenelon , Ambassadeur
de S. M. T. C. à la Haye , petit
Neveu de l'Auteur , qui a dirigé, et revû
cette Edition. On y trouvera aussi une
nouvelle vie de l'Auteur. Cette vie renferme
bien des Anecdotes , et des Faits
curieux , dont Le Public n'a été que
peu ou point instruit jusqu'à present.
Les Libraires en ont fait tirer un petit
nombre in folio sur du papier Imperial ,
et toute l'Edition in 4 est tirée sur du
papier Royal.
Les mêmes Libraires d'Amsterdam ,
vont aussi imprimer en deux volumes
in folio, le grand Ouvrage d'André Morel
, celebre Antiquaire , Andrea Morel
lii Thesaurus Numismaticus & c. Dans ces
deux volumes se trouveront 1 ° . Familie
Romane par ordre alphabetique 2 °. Nummi
veteres Familiarum incertarum , Miscellanei
, urbis Roma , et Hispania 3. Nummi
Consulares incerta fidei & c. Les Medailles
, qui sont en très grand nombre ,
ont été dessinées par Morel même sur
les
A O UST.
1815
1734.
les Originaux. Les Descriptions sont de
M. Harercamp, Professeur à Leyde. C'est
le Recueil le plus complet des Familles
Romaines qui ait jamais paru &c.
JOURNAL LITTERAIRE , année 1732
rge volume, premicre et seconde partie.
A la Haye , chez -Gusse et Neau!me 1732-
in 12. de 486. pages sans les Tables.
Nous continuons à faire connoître cet
Ouvrage , qui merite bien , à beaucoup
d'égards , d'être lû et recherché. Il suffira
d'en donner une idée succinte , en indiquant
les principaux articles.
TRAITE' DU DOGME DE LA PROBABI
LITE' , ou du choix et de l'usage qu'on
doit faire des opinions probables dans les
questions de la Morale ; divisé en deux.
parties, dont l'une est Historique, et l'aus
tre Dogmatique. Traduit du latin . A
Rheins , che Nicolas Potier 1731. in 8 °.
de 166. pages .
REFUTATION des Erreurs de Benoît de
Spinoza , par M. de Fencion , Archevêque
de Cambray , par le P. Lami , Bencdictin
, et par le Comte de Boulainvilliers ;
avec la vie de Spinoza , écrite par Jean
Colerus , Ministre de l'Eglise Lutheriene.
Fiiij A
1816 MERCURE DE FRANCE
A la Haye , augmentée de beaucoup de
particularitez , tirées d'une vie manuscrite
de ce Philosophe, faite par un de ses amis.
A Bruxelles , chez F. Foppens 173 1. in 12.
158. pages et 480. pages.
DISSERTATION HISTORIQUE , Sur la Charge
d'Archi - Echanson de l'Empire , attachée
à la Couronne de Bohëme &c. A
Leipsick , chez G. Fritsch 1731. in 8º de
112. pages. L'Ouvrage est en Latin .
MEMOIRES de l'Académie , et de l'Institut
des Sciences et des Arts de Bologne.
A Bologne 1731 in 4° de 645. pages
, avec figures . En latin. Des seize articles
de Medecine dont il est parlé dans
ces Memoires , on ne parlera que de
ceux -ci .
M.Mundini, rapporta à l'Académie un
fait bien singulier , et presque incroiable.
Une Religieuse âgée de 22. ans , ensuite
d'une suppression de regles ,pour laquelle
on lui donna les remedes convenables ,
rendit par jour 43. livres d'urine au
moins pendant l'espace de 97. jours ; au
bout de ce temps , cette prodigieuse quantité
diminua jusqu'à 12. livres , ce qui
dura ainsi pendant quatre mois : ce qui
aug nente la merveille , c'est qu'elle ne
buvoit
A OUST 1734. 1817
1
BC
、་
buvoit point , elle abhorroit même les
liquides ; elle mangeoir peu , tout auplus
deux livres d'aliments par jour , et rendoit
à proportion par les selles ; elle dormoit
bien , et se portoit de même ;
quoique foible . M. Mundini attribïe la
cause d'un fait si étrange à la suppression
de la transpiration insensible , et à une
immense quantité de parties aqueuses ,
qui alloient se mêler dans le sang par la
respiration .
M. Molinelli , rapporta l'Histoire d'un
homme en qui la nature elle même avoit
fait l'operation de la taille , sans abscès
presque sans douleur , par une ouverture
qui se fit au Perinée , et qui au bout de
quelques jours fut as ès dilatée pour laisser
passer une pierre du poids de deux
onces et- demi. Mais le malade âgé de 70.-
ans garda le reste de ses jours une fistule.
M. Puzzi raconta à l'Académie .
deux faits qui furent jugez singuliers, d'un
enfant , qui deux jours après sa naissanceavoit
les mammelles pleines de lait , et
d'une Dame qui n'avoit ses regles que :
dans les mois de grosse se.
Une Dame enceinte étant tombée malade
, reçûr quelques lavements d'huile
qu'elle ne rendit point. Elle accoucha à
terme d'une fille , qui rendit par haut et
Ev part
1
1818 MERCURE DE FRANCE
par bas , une quantité considerable d'huile
pure , et point du tout alterée.
Le Journaliste s'est étendu autant qu'il
lui a été possible sur l'Extrait de ce Livre,
qui est des plus curieux en ce genre ,
Extrait qu'il n'a pas achevé , et dont il
promet de s'acquitter dans le Journal
suivant.
GEORGII D'ARNAUD , de Diis Tapedpess
sive Adsessoribus et Conjunciis Commentarius.
Haga Comitis 1732. in 8 ° . pp.
220 , Commentaire sur les Dieux Assesseurs
et Associez &c. Cet Ouvrage d'un
jeune Antiquaire , est rempli de recherches
curieuses , et d'une érudition agreable
qui remplissent 28. Chapitres entiers.
Notre Journaliste en fait un Extrait qui
mérite d'être lû.
Parmi quelques livres frivoles contenus
dans les Nouvelles Litteraires , on
trouve , pour se dedomager , les Dissertations
Philosophiques de M. Theodore
Hascus , au nombre de XI . publiées depuis
sa mort sous ce titre THEODORI
HASEI &c. Dissertationum Philologicarum
Sylloge. Brema 1731. 8 ° . pp. 650.
Ces Dissertations sont interessantes et
peuvent éclaircir plusieurs endroits de
PEcriture , qui regardent la Physique &c.
Nous
A O UST . 1734. 1819
Nous avons été surpris , au reste , de
trouver à la page 259. de ce Journal , une
Critique assez mal fondée , et debitée avec
un air de confiance , du Fait rapporté
par
le P. de Montfaucon dans son III,
Tome des Monuments de la Monarchie
Françoise , qui concerne le Duel d'un
Gentil homme de la Cour du Roy Charles
V. contre un Chien : Fait jusqu'ici
non contesté en France , et qui ne peut
gueres souffrir de contradiction , que par
Gens difficiles , mal instruits, et qui doutent
de tout . L'Auteur de cette Critique
doit s'attendre , sans doute , à une :
Réponse .
M. Morel , Lieutenant General de
Troyes , nous a fait l'honneur de nous
envoyer le Programme suivant d'un Ouvrage
de sa composition.Le projet est des
plus loüables , et ne sçauroit être executé:
par une meilleure main .
PROJET d'un Ouvrage concernant
la Ville de Treyes.
A Ville de Troyes est considerable par son
ancienneté. Elle a l'avantage d'être la Capi- .
tale d'une des plus grandes Provinces du Royaume.
Son Eglise conserve des Monumens ie peetables
de la pieté des Princes , ou de ses anciens
Habitansı »
1820 MERCURE DE FRANCE
.
Habitans . Elle est recommandable par le grand
nombre de Saints ou de sçavans Personnages
ausquels elle a donné la naissance , ou qui l'ont
illustrée. L'Histoire nous rapporte des traits
honorables de son ancienne Noblesse . Ses Jurisdictions
sont multipliées et s'étendent dans un
grand ressort. Enfin elle conserve des titres glorieux
de l'opulence et de l'étenduë de son Commerce
, et il semble que le Ciel et le climat concourent
à le favoriser.
Tant d'avantages réünis , méritoient , ce semble
, des Historiens ou d'autres Ecrivains ;
et néanmoins nous ne voyons sur toutes ces matieres
que de légers Essais . On peut seulement en
excepter la Coutume de cette Ville , dont nous
avons trois Commentateurs , M. Jean Rochette ,
Conseiller en la Prévôté de la même Ville , M.Pierre
Pithou , Avocat au Parlement , et M. Louis le
Grand , Conseiller au Bailliage et Siege Présidial .
Sur les autres matieres les Auteurs qui concernent
la Ville de Troyes sont en bien petit
nombre . On trouve d'abord quelques fragmens
dans les Ouvrages de Mrs Pithou et de quelqu'autres
, et quelques Brochures d'Auteurs anonymes.
L'Ouvrage le plus considerable est celui de
M. Nicolas Camusat , Chanoine de l'Eglise Cathédrale
, intitulé , Promptuarium sacrarum Antiquitatum
Tricassina Diocesis ; et ce Livre , ou si
l'on veut en expliquer le titre , ce Magazin ou
Garde Chartres , commence à devenir rare.
Un autre Auteur, dant le Livre devient encore
plus rare et dont le titre n'est pas moins recherché
que le précedent , est Nicolas Desguerrois ,
Pénitencier de l'Eglise de Troyes. Son Ouvrage
est intitulé ‘ Ephimeris Sanctorum insignis Ecclesia
AOUS T. 1734 182T
sia Trecensis ; et l'on voit que ce petit Livre n'an
nonce qu'un simple Calendrier , qui n'est propre
ment que l'abregé d'un plus gros Livre,du même
Auteur intitulé , La Sainteté Chrétienne , qui con
tient laVie des Saints et des Evêques de Troyes.
En parlant de ce qui concerne l'Eglise de Troyes,
on peut ajoûter Les Statuts Synodaux du Diocèse,
imprimez en 1729, et qui ne remontent pas plus
haut que l'année 1652 .
Nous n'avons d'ailleurs aucun Ecrivain parti
culier sur l'Histoire Civile , sur la Noblesse , ni
sur les Jurisdictions de Troyes , mais seulement .
trois petits Volumes qui ne sont que des Collections
imparfaites , le intitulé les Reglemens des
Manufactures , le 2. Reglement de Folice Militaire
, et le 3. La Mairie et Echevinage de la Villede
Troyes..
Mais au deffaut d'Ecrivains nous possedons
un grand nombre de Chartres , de Titres ou de
Reglemens , répandus dans les Archives des Egli
ses ou des Tribunaux, et beaucoup de Pieces fugitives
dispersées dans les Cabinets de differentes
Personnes . De toutes ces Pieces , les anciennes ,
quoiqu'importantes , commencent à périr , et
déja on ne retrouve plus quelques Chartres rapportées
par M. Canusat , les autres Pieces plus
modernes se perdent , quoiqu'elles ayent sou
vent leur utilité .
L'obligation où je me trouve assez fréquemment
de rechercher les Titres pour les Affaires
publiques de la Ville , ou pour celles des Corps et
des Particuliers , m'a engagé d'en rassembler un
nombre qui monte aujourd'hui à environ douze
cent , et inon zele pour la Ville de Troyes , me
porte à augmenter ces Collections pour l'avantage
de ses Citoyens , et de les donner au l'u
blic pour en empêcher la peite.
1822 MERCURE DE FRANCE
Le dessein que je me propose se renferme dans
l'étendue du Diocèse de Troyes et dans le ressort
du Bailliage et du Présidial, et mes recherches
se réduisent à quatre objets..
Le 1. l'Eglise Cathédrale , les autres Eglises
de la Ville et du Diocèse et les Hôpitaux .
Le 2.la Noblesse et les Terres Seigneuriales.
Le 3. les Jurisdictions du Bailliage , du Préaidial
et autres , et notamment l'Hôtel de Ville.
Le 4. le Commerce et les Manufactures.
J'ose esperer que les Compagnies , les Corps ,
les Communautez et même les Particuliers , voudront
bien concourir et m'aider dans l'execution
d'un dessein qui ne tend qu'à leur avantage et à
Phonneur de leur Patrie. Et je me flate encore des
mêmes secours de la part de ceux qui sçavent
genereusement mettre à profi: pour le bien particulier
, le goût general qu'ils ont pour le bien
public.
Sur le 1. objet , je demande les Titres de Foudation
ou d'Erection des Eglises , Chapitres ,
Abbayes , Prieurez , Monasteres , Cures , Succursales
, Chapelles et autres Bénefices .
Les Titres des Droits de Patronage , Présentation
, Collation ou Nomination aux mêmes
Bénefices.
Les Noms des Saints Patrons , les Reliques ou
autres dévotions de chaque Eglise .
Les Reglemens particuliers pour le Spirituel.
Les Revenus , Droits et Reglemens pour le
Temporel , Commitimus , Garde- gardienne , et
autres Titres.
Sur le 2. objet concernant la Noblesse , je supe
plie les Seigneurs ou autres , de me faire communiquer
les Titres d'Erection ou autres , des
Terres en Duchez , Marquisats , Comtez , Ba-
Ionies
A O UST. 1734. 1823
ronies , Châtellenies , Fiefs , hautes , moyennes
et basses Justices ou Justices foncieres , ou du
moins des Extraits pour les Pieces qui seroient
trop longues.
Les Titres de Franc- aleu Noble ou Roturier ,
et de Bourgeois du Roy ou des Seigneurs , et les
Titres des Communes.
Les Lettres Patentes ou autres Titres de Concession
ou Possession des Droits Seigneuriaux et
des Privileges , Foires , Marchez , Peages , &c.
Les Arrêts ou Jugemens notables rendus sur
ces matieres .
Les Génealogies ou Titres honorables des Familles
qui font leur résidence , ou qui ont des
Terres dans le ressort du Bailliage et du Présidial .
Sur le 3. objet concernant les differentes Juris
dictions , on recherchera ce que notre Coûtume.
a de singulier dans plusieurs de ses Articles et les
Jugemens qui nous sont propres , répandus dans
les differens Auteurs ou dans les Greffes , ausquels
ou joindra ceux qui nous seront communiquez.
Enfin sur le 4. objet qui regarde le Commerce
et les Manufactures de Troyes , on foüillera dans
les Bureaux et dans les dépôts des Corps et des
Communautez pour mettre au jour tout ce qui
sera interessant pour le Public ou pour les Particuliers.
Je ne manquerai pas d'avoir une attention
exacte à faire honneur à ceux qui voudront bien
m'aider dans ces recherches et dans l'execution
de mon dessein ; mais je supplie ceux qui m'adresseront
des Titres particuliers , de les faire signer
par quelque Personne connuë.
* Tous ces Titres et tous ces Mémoires pour-
Dat servir dans la suite de matériaux pour com .
poser
1824 MERCURE DE FRANCE
poser une Histoire de la Ville de Troyes ; mais
mon Projet quant à présent se réduit å rassembler
ces Pieces pour la conservation des Droits de
nos Concitoyens et de ceux du Ressort.
Je conviens que ce Projet est plus utile qu'agréable
, et en effet mon objet ne tend qu'à l'uti-
Lité publique ou particuliere. Neanmoins pour ne
le pas priver de tout agrément , je me propose de
rapporter tous les faits principaux et interessam
de notre Histoire Ecclesiastique et Civile , distribuez
sous les quatre objets précedens , et c'est
ce qui me détermine à intituler cet Ouvrage ;
ANNALES et Titres de la Ville de Troyes es
de son Ressort.
On s'adressera à M. Morel , Lieutenant Gene
ral au Bailliage et Présidial de Troyes , et il
prie que les Pieces de dehors lui soient envoyées
par des voyes particulieres.
La Veuve Mazieres et Jean Baptiste
Garnier , Libraires , ruë S. Jacques , à l'a
Providence , viennent de publier une
Lettre Latine , adressée à M M. les Doc
teurs de Sorbonne sous ce titre : VENERANDO
DOMINO Seniori , et omnibus ac
singulis Domus Societatisque Sorbonica Doc
toribus , ac Magistris. L'Auteur nous
prie d'avertir qu'il s'est glissé deux fautes
d'impression , l'une à la page 2. ligne 17 .
où au lieu de visa est , il faut lire visa
sit ; l'autre à la page 19. ligne derniere ,
où au lieu de consignent , il faut lire consignetur.
A O UST. 1734 1829
Il va paroître incessamment une seconde
Edition du Traité de l'Opinion , à laquelle
l'Auteur a fait des changemens
considerables.
On a fait à Londres au mois de Juin
dernier , une Experience qui mérite
d'être rapportée. Un bon Laboureur
proposa à quelque Membre de la Societé
Royale , de se laisser mordre par un Vipere
, et ensuite de se laisser guerir. On
accepta la proposition . Quarante personnes
lui donnerent cinq Schellings chacune
, et pour ces pieces il risqua sa
vie. Ayant donc irrité la Vipere , il s'en
fit mordre à la main en deux endroits.
A la deuxième morsure, le sang vint , et
le bras enfla . Aussitôt on lava la playe
avec de l'huile , et dans le temps qu'il
tomboit en foiblesse , on lui donna qu'elques
remedes qui le firent revenir . Le sixième
jour il se porta parfaitement bien ,
mais non pas disposé à recommencer. Si
bien qu'à present on a un remede qu'on
regarde comme sûr , pour guerir en pareils
cas.
On nous prie de publier que le sieur
Lasson , Medecin à Chalons en Champagne
, a un Specifique particulier contre
les maladies secretes , qui n'oblige point
son
S26 MERCURE DE FRANCE
son malade à garder le lit , et encore
.moins la chambre.
Un autre Specifique contre les Caneers,
Ulceres , et autres maladies de cette
nature.
La quatorziéme Estampe d'après Philipe
Wouvermens parofi gravée comme
les precedentes , par le sieur Mayrean ,
chez lequel elle se vend , rue Galande
vis- à - vis S. Blaise. C'est un Paysage en
large , avec Figures et Animaux , et une
CASCADE vers le milieu d'après un
Tableau du cabinet de la Comtesse de
Veruë.
Il paroît un Portrait en Estampe , de
la Czarine, gravé par le sieur C. Ray , d'après
un Portrait original de cette Princesse
, peint par le sieur Caravaqu ?, avec
cette Inscription au bas de l'Estampe
ANNE JWANOWA , Czarine de Moscovie ,
née le 7. Juin 1693. La Czarine est petite
fille d'Alexis Michaelowits , lequel laissa
en mourant trois Princes , Sçavoir Theodore
qui a regné peu et n'a point laissé
d'Enfans , Jean qui a regné deux ans , et
a laissé trois Princesses , et Pierre , qui a
regné après lui sous le nom de Pierre I.
er qui s'est distingué par ses grandes
qualitez. &c.
La
AOUST. 1734. 1827
La posterité de Pierre étant éteinte en
la personne de Pierre II. son petit fils ,
mort en 1730. la Couronne a été deferée
à la Princesse qui regne aujourd'hui , comme
fille duCzár Jean ,frere ainé de Pierrel.
Elle a deux soeurs ; Catherine , qui est son
ainée d'un an , mariée au Duc de Meckelbourg
, et Paraskevie , qui n'a point
encore pris d'alliance , née en 1695 .
L'Estampe qui donne lieu à cet Artiele
, se vend , chez Odieure , Quai de l'Ecole
, à la Belle Image.
3
Il paroît aussi depuis peu deux nouvelles
Estampes , gravées par le sieur
Beaumont , d'après deux Tableaux d'une
composition galante et ingenieuse , de
M. N. N. Čoypel , où l'on voit un
Amour en l'air qui vient allumer son
Flambeau au feu tiré des rayons du Soleil
, par le moïen d'un Verre , que deux
belles personnes tiennent & c .
Suite des Medailles du Roy.
Des deux dernieres Medailles qui ont
été frapées pour le Roy , et dont nous
donnons ici la gravure des Revers , la premiere
fût présentée à S. M. le jour de
S. Louis dernier , suivant la coutûme.
On voit sur son Revers, partie d'un grand
et
1828 MERCURE DE FRANCE
et beauchemin , dont les bords sont plantez
d'Arbres , et la Déesse des Voyes publiques
, telle qu'elle est representée sur
des Medailles de l'Empereur- Trajan
portant la main droite sur une Roue , et
appuiée du bras gauche sur un Cippe
où sont ces mots abbregez OPT. PRINC.
et pour Legende VIE PUBLICÆ . Dans
l'Exergue M DCC XXXIII.
•
L'autre Medaille a été présentée au Roy
le premier jour de cette année. Sur le Revers
est le Plan du Fort de Kel , avec ces
mots KELLA RECEPTA , et dans l'Exergue
XXVIII. OCTOBRIS M DCC XXXIII .
SUR LA PRISE DE PHILISBOURG ,
Pour la Fête du Roy:
BuUvons tretous , chers Camarades ,
A la santé de notre Roy ;
Il nous faut de trente razades.
Chomer sa Fête , allons , à moy.
J'ons forcé dans liau les murailles
De Philisbourg , je l'avoms pris.
Fiars Miliciens , faisons ripailles ,
Chantons , dansons , Vive LOUIS.
Les Paroles et la Musique sont de
M. Morel.
1
faire , pour y
- Inalie , dont les Fêtes légeres s'accommodent
mieux de la saison brulante.
Melpomene expose en ces termes le sujet
qui l'oblige à remonter sur le Parnasse .
Peuples
r
'ons force ...
De Philisbourg , je l'avoms pris.
Fiars Miliciens , faisons ripailles ,
Chantons , dansons , Vive LOUIS .
Les Paroles et la Musique sont de
M. Morel.
1
A OUST. 1734. 1829
et tat statatest
SPECTACLES.
EXTRAIT du nouveau Ballet des
Fêtes Nouvelles , annoncé dans le dernier
Mercure , dont l'Académie Royale
de Musique donna la premiere Repré
sentation le 22. du mois dernier.
Claire ,quoiqu'il ne soit pas sans mé-
Ouvrage n'a pas eu le bonheur de
rite, tant de la part du Poëte, que de celle
du Musicien . Le Poëte a avoué de bonne
foi qu'il n'en avoit pas attendu beaucoup
de succès, et qu'il ne l'avoit point destiné
au Théatre , mais seulement à des Concerts
particuliers. Voici l'Extrait de ce
Poëme.
Le Théatre représente au Prologue un
Lieu où l'Eté commence à faire sentir
ses ardeurs . Melpomene , dont les Jeux
brillent avec plus d'éclat pendant l'Hy
ver que pendant l'Eté , se prépare à quit
ter le Rivage de la Seine , pour y faire
place à Thalie , dont les Fêtes légeres s'accommodent
mieux de la saison brulante.
Melpomene expose en ces termes le sujet
qui l'oblige à remonter sur le Parnasse .
Peuples
830 MERCURE DE FRANCE
Peuples fortunez de la Seine ,
N'esperez pas que Melpomene .
Puisse encor vous offrir ses Spectacles pompeux ;
L'Eté par sa brulante haleine ,
Malgré moi me bannit dè ce séjour heureux.
Elle invite sa Suite à chanter pour la
derniere fois des Sujets qui lui conviennent
; elle s'exprime ainsi :
Vous qui chantez la Paix , vous qui chantez la
~ guerre ,
Jeux divers , soumis à mes loix ,
Celebrez en ce jour mes adieux à la Terre
Par les divins accents de vos charmantes voix:
Les Choeurs executent les ordres de
Melpomene par ces chants alternatifs.
(Chantons la Guerre et ses allarmes,
Chantons les douceurs de la Paix ;
La seule Bellone a des charmes.
Astrée a cent fois plus d'attraits .
Ce double Choeur a parû très - beau.
Melpomene s'étant retirée avec sa Suite
: Thalie vient lui succeder ; elle fait à
son tour son exposition par ces Vers :
La fiere Melpomene en vain ose prétendre
Qu'elle doit elle seule occuper vos desirs ;
Ecoutez
A O UST. 1734. 1839
Ecoutez mes Chansons , et vous allez apprendre
•Que je puis à vos coeurs offrir d'autres plaisirs.
Elle appelle ainsi sa riante Cour auprès
d'elle.
yous que j'amene ici ; venez , Troupe charmante
Ranimez vos tendres accens ;
Charmez les coeurs , fattez les sens ;
De votre heureux retour que chacun se ressented
La Suite de Thalie vient composer la
Fête de ce Prologue par des Chants et
par des Danses qui caractérisent leur Souveraine.
Thalie expose les Fêtes nou
velles dont il s'agit par ces Vers :
Allez , aimables Jeux ; secondez mon envie
Par des Spectacles pleins d'appas ;
Ramenez les plaisirs dans ces heureux climats
Soutenez par vos chants la gloire de Thalie.
A la premiere Entrée , intitulée, Vlisse
et Circé , le Théatre représente les Jardins
de Circé , d'où l'on découvre la Mer.
Ilione , fille de Priam , ouvre la Scene
avec Phenice , sa Confidente ; elle prie les
Dieux d'adoucir la barbare Circé , dont
elle craint que les charmes ne s'exercent
sur Ulisse , comme ils se sont déja exercez
sur ses Compagnons , qu'elle a transformez
1832 MERCURE DE FRANCE
formez en Pourceaux. Phénice paroit sur
prise de l'amour de cette Princesse pour
le plus cruel ennemi de sa Patrie ; Ilione
lui expose la naissance de cet amour ; elle
ajoute qu'Ulisse est aimé de Circés que
ce Roy d'Itaque lui marque sa fidelité
par ses mépris pour sa Rivale ; elle dit
à Phénice d'aller presser Ulisse de se sauver
d'un séjour qui pourroit lui devenir
funeste ; elle finit cette Scene par ce Vers.
Cours , dis lui qu'il se sauve ; il n'importe à
quel prix.
Circé vient ; elle cause de nouvelles
allarmes à Ilione en voulant la rassurer
sur le péril d'Ulisse ; voicy comme elle
s'exprime :
Princesse , prenez part aux transports de mon
ame ;
Ulisse sensible à ma flamme,
Avec moi désormais va regner dans ces Lieux ;
Je lui rends ses Guerriers ; leur départ l'interesse;
Ils reverront sans lui la Grece ;
trouve auprès de moi sa Patrie et ses Dieux.
Elle ajoute qu'Ulisse dont elle étoit devenue
l'Esclave par le sort , lui rend la
liberté , et qu'il consent qu'elle aille en
Thrace pour y passer des jours tranquillos
auprès de Polymnestor , ancien Âllié
des
A OUS T. 1734. 1833
des Troyens ; ce soin d'Ulisse lui paroît
suspect , elle craint son infidelité. Elle
s'en plaint dans ce court Monologue :
Dieux cruels , pour combler les malheurs de ma
vie
Vous reste-t'il de nouveaux coups ?
Ulisse aime Circé ; ma tendresse est trahie ;
Ah ! vous m'avez porté le plus cruel de tous.
Ulisse vient ; Ilione lui fait de tendres
reproches ; il la rassure , et lui apprend
qu'il a feint d'aimer Circé , pour l'obliger
à lui rendre ses Compagnons , à les faire
partir et à la mettre en sûreté elle- même
dans la Cour de Polymnestor , où il ira
la rejoindre ; Ilione est rassurée du côté de
la fidelité de son Amant ; mais elle tremble
pour ses jours ; Ulisse calme cette
nouvelle crainte , en lui apprenant que
Mercure lui a mis entre les mains une
Fleur qui prévaut sur tous les enchantemens
; cette Fleur s'appelle Moly.
Circé vient annoncer à Ulisse le prochain
départ de ses Guerriers , qui viennent
lui faire leurs adieux. Ulisse pour
mieux tromper Circé , leur ordonne de
celebrer les attraits de cette Reine , son
Amante et leur Liberatrice ; ce qui fait
le
divertissement de cette premiere Entrée.
Après la Fête , ils montent sur
G
les
1834 MERCURE DE FRANCE
les Vaisseaux destinez pour leur départ
et pour celui d'Ilione.
Ulisse resté avec Circé , regarde
toujours du côté de la Mer , pour voir
si Ilione et ses Compagnons sont éloignez
du Rivage ; Circé paroît surprise
de son inquiétude , tandis qu'il devroit
se livrer tout entier à son amour. Ulisse
n'ayant plus rien à craindre pour sa Princesse,
ni pour ses Guerriers, cesse de feindre
auprès de Circé et lui parle ainsi ;
Reine , je ne dois plus me taire ;
Mes Guerriers sont partis de ce fatal séjour ;
J'ay mis en liberté l'objet qui m'a sçû plaire ›
Ai-je besoin encor de feindre de l'amour ?
Circé , furieuse , appelle les Démons à
sa vengeance ; Ulisse les met en fuite, par
la vertu de la Fleur que Mercure lui a
donnée ; il quitte sa trop crédule Amante
; elle s'abandonne à son désespoir et
se détermine à ne plus livrer son coeur
qu'au penchant qui la porte à faire des
malheureux.
Le Bal Champêtre est le sujet de la seconde
Entrée. Le Theatre represente
des Allées qui forment l'avenuë d'une
Maison de Campagne,
Themire ouvre la Scene par un Monologue;
A OUS T. 1734. 1835
logue : Elle aime Damon , qu'elle soupçonne
d'aimer Cephise ; elle se plaint de
la préference qu'il donne à sa Kivale.
Damon vient; il entretient Themire dans
une erreur dont il prétend profiter . Themire
irritée le quitte et lui défend de la
voir jamais.
·Lycidas , Ami de Damon , vient lui
demander si sa feinte a réussi . Lycidas lui
répond qu'il est bien puni d'avoir suivi
son conseil , et que Themire vient de le
bannir pour toujours ; Lycidas lui dit de
continuer à feindre d'aimer Cephise pour
rendre Themire encore plus jalouse ; il
appuye ce conseil de cette maxime :
Les serments d'une ardeur sincere
Trompent mille Amants chaque jour ;
Le dépit jaloux , la colere ,
Sont les vrays garants de l'amour.
On auroit voulu que cette troisiéme
Scene eut été la premiere; les Spectateurs,
a-t-on- dit , n'auroient pas pris le change
; ils auroient été plutôt au fait ; la
clarté est préferable à tout , et l'on veut
d'abord sçavoir à quoi s'en tenir ; peut•
être l'Auteur s'est détourné de cette route
comme trop batuë ; mais c'est la plus
sûre. Damon s'abandonne aux conseils
de Licidas. Gij Les
1836 MERCURE DE FRANCE
,
Les Masques qui doivent composer le
Bal Champêtre , arrivent ; Cephise est
l'ordonatrice de la Fête ; mais l'Auteur
ne lui fait rien dire ni rien faire qui
puisse augmenter la jalousie de Themire .
Un orage qui survient dissipe cette Troupe
joyeuse ; Damon et Themire restent ,
quoiqu'ils n'ayent pas moins à craindre
que les autres ; c'est ce qu'on a reproché
à l'Auteur , il avoit prévû l'objection ,
et il avoit cru y répondre d'avance en
faisant dire à Damon ;
Le Ciel devient serein ; nous n'avons rien
craindre ,
L'orage passe en d'autres lieux , &c.
Mais pourquoi , disent les Critiques ,
les autres Masques ne restent- ils pas ?
L'Auteur peut répondre à cela queDamon
et Themire ont un interêt plus pressant
qui les oblige à rester : il seroit , sans
doute , à souhaiter que les Spectateurs
se prétassent un . peu plus aux raisons
des Auteurs ; ils en veulent souvent de
trop bonnes, pour accorder leurs suffrages.
Damon et Themire s'éclaircissent;
Damon dit à son Amante que ses rigueurs
l'on réduit à cette feinte , et Themire lui
répond tendrement :
Yous
AOUST
17341837
1.
Vous mériteriez ma colere ;
Vous m'avez arraché mon secret malgré mới 1
La Scene finit par ce due :
Cessons , cessons de nous contraindre
Goûtons les biens les plus parfaits ;
Non , non , je ne sçaurois plus feindre ;
Je vous jure , je vous promets ,
De vivre pour vous à jamais.
La Troupe des Masques écartée par
l'orage , est ramenée par la serenité du
Ciel. Cephise chante
Je voudrois aimer , je ne l'ose ;
On me vient conter chaque jour
Que pour quelque plaisir que nous donne l'A
mout
A mille maux il nous expose ;
Je sens que l'avis est trompeur ,
Et qu'on est heureux dans ses chaînes ;
Mais quoiqu'il en coute à mon coeur ;
En faveur des plaisirs , je veux risquer les peines .
Quoique cette maxime ait fait rire ;
elle n'en a pas paru moins jolie à bien des
gens ; mais il est toujours triste pour un
Auteur , d'avoir mis ses juges de mauvaise
humeur.
Giij Le
1838 MERCURE DE FRANCE
Le Triomphe de l'Amour sur Bacchus, est
le sujet de la troisiéme Entrée ; c'est la plus
belle des trois , et le succès du Balet auroit
été sûr, si les précedentes y eussent répondu.
Anacreon en a fourni l'idée à l'Auteur ,
et on a trouvé qu'il l'a ingénieusement
mise en oeuvre: voici de quoi il s'agit.
Thesée a abandonné dans l'Isle de Naxos
Ariane , Fille de Minos , qu'il avoit
enlevée à son Pere. Le Theatre représente
une Isle déserte ; on voit la Mer et
un Vaisseau dans l'éloignement. Ariane
rappelle envain son perfide Amant que
les vents emportent loin d'elle , et qui
n'est plus à portée d'entendre ses cris ;
ce premier Monologue est parfaitement
bien mis en Musique ; Ariane succombe
enfin à sa douleur mortelle et tombe
évanouie sur un lit de gazon.
•
Pendant l'évanouissement de cette déplorable
Princesse , l'Amour , transformé
en jeune Etranger, arrive,suivi de Zephire
qui commence l'exposition par ces Vers :
Thesée est éloigné ; ton attente est remplie ,
Mon zele encor pour toi peut- il se signaler
Suivre tes loix , Amour
envie ;
est ma plus cherè
Parle , je suis prêt à voler.
L'Amour continue de faire l'exposition
par cette réponse :
A O UST. 1734. 2839
Zephire , tu vois ma puissance ;
Je dispose à mon gré des coeurs ,
Je leur fais de mes feux sentir la violence ;
J'éteins , quand il me plaît , leurs plus vives ar
deurs.
Ce double emploi que l'Amour donne
à sa puissance , fait voir qu'il a rendu
Thesée infidelle et Ariane malheureuse .
ce qui oblige Zephire à lui faire ce reproche
, que l'Auteur du Poëme à joliment
mis en maxime ; et d'autant mieux , que
la maxime est en action .
Lorsque deux coeurs vivent en paix ,
Amour tu ne devrois jamais
Briser de si charmantes chaînes :
Si le soin de ta gloire occupe tes desirs ;
Pourquoi triompher par les peines ,
Quand tu le peux par les plaisirs ?
L'Amour , pour achever son Ouvrage ,
ordonne à Zephire de voler dans les airs,
et de pousser vers cette rive les Vaisseaux
de Bacchus qui apparemment n'en sont
pas bien éloignez . L'Amour touche
Ariane de son aic , pour la retirer de son
profond assoupissement. Ariane s'éveille,
l'Amour sans carquois , lui fait entendre
qu'il vient de faire nauffrage ; cette
Giiij Scene
184 MERCURE DE FRANCE
a
Scene est très- touchante ; Ariane est au
désespoir de ne pouvoir le secourir ; PAmour
la console et lui fait esperer un
sort plus doux . On entend un bruit de
guerre ; l'Amour quitte Ariane pour en
aller apprendre la cause ; on doit supposcr
que ce Dieu , Maître des coeurs
déja disposé celui d'Ariane à aimer Bacchus,
et qu'il va mettre les mêmes dispositions
pour Ariane dans le coeur du vainqueur
de l'Inde ,que Zephire a amené sur
ce rivage. Tout ce que l'Amour a projetté
a un plein succès ; Bacchus déclare
son amour à Ariane , qui se rend après
quelque résistance. Cette Scene est parfaitement
bien traitée. Elle finit par ce
duo.
Conservons à jamais une flamme si belle ;
Je goute en vous aimant un bonheur plein d'appas
,
Si vous deveniez infidelle
Quel seroit mon destin › hélas !
Conservons à jamais une flamme si belle.
Ariane ne veut point partir sans le
jeune Etranger Bacchus ordonne qu'on le
cherche ; l'Etranger revient et se fait connoître
pourl'Amour ; la suite de Bacchus
célébre le triomphe de l'Amour. Nous
finisA
O UST. 1734 : 1841
1
finissons cet Extrait par cet Air à boire
qui a fait beaucoup de plaisir, "
Charmants vainqueurs
Regnez toujours sur nos ames ;
De vos faveurs
Comblez à jamais nos coeurs,
Fils de Venus
Fais nous sentir tes flammes ;
Cher Bacchus ,
Fais couler pour nous ton aimable jus
Qu'il est doux
De vous suivre sans cesse !
C'est par vous
Qu'on vit sans tristesse :
Deux beaux yeux ,
Un souris gracieux
Un Nectar précieux,
?
Placent l'homme au rang des Dieux.
HERMENIGILDE , Martyr ,
Fragédie, représentée au College de LOUIS
LE GRAND , pour la distribution des
Prix , fondez par S. M. le Mercredy
4. Août.
SUJET.
ERMENIGILD B, fils de Leovigilde, Roy
Hdes Gots , ayant quitté l'erreur des Ariens
pour embrasser la Foy Catholique , ce chingement
lui attira une rude persécution de part
Gy
لع
1842 MERCURE DE FRANCE
de son Pere. Il la souffrit avec constance , mais
il défendit sa Religion avec un zele qui ne fut
pas toujours assez éclairé. Il prit les Armes pour
la soutenir , il demanda même du secours aux
Grecs qui étoient dans les Espagnes . Mais bientôt
trahi par ses Alliez et vaincu dans la Bataille qui
lei fut livrée par son Pere et dans laquelle il
évita toujours sa rencontre , il se retira dans une
Eglise , d'où étant sorti pour se remettre à la
clémence du Roy , il fut mis à de nouvelles
épreuves ; enfin ayant refusé de recevoir l'Eucha
ristie de la main d'un Evêque Arien , il reçût la
Couronne du Martyre. S. Gregoire , Pape , saint
Gregoire de Tours , Baronius , &e.
La Scene est dans le Camp d.Hermenigilde ,
près de Seville.
LES TABLEAUX
L
ALLEGORIQUES
DE LA VIE HUMAINE , Ballet
Moral, pour servir d'Intermede à la
Tragédie d'Hermenigilde.
E Génie allegorique est choisi pour instruire
les hommes. Premiere Entrée .
La plupart des hommes , même chez les Nations
les plus sensées , prennent la Folie pour
guide. La Folie , les Suivans de la Fokie , Espagnols
, François , et autres Nations.
Seconde Entrée. La Philosophie s'offre pour
ramener les hommes à la saine raison. On la rebute
, à cause de la secheresse apparente de ses
instructions. Philosophes , c.
Troisiéme Entrée . Le Génie allégorique ( qui
regne chez les Nations Orientales ) se présente
pour instruire les hommes par des figures sensibles
, qui en offrant un objet, cu font concevoir
AOUST. 1734. 1843
un autre , et voilent tellement les Veritez Morales
, qu'on les entrevoit sans peine , et même avec
plaisir. Les hommes qui suivoient la Folie , se
livrent an Génie allegorique , et reçoivent de lui
des instructions sur les idées qu'on doit se former
de la Vie humaine . Génie Allegorique , Suivants
, Turcs , Chinois &c .
Premiere Partie . La Vie humaine par ses altérations
est une suite de Saisons .
Premiere Entrée. L'Enfance est un Printemps ;
dans cette aimable Saison tout fleurit ; mais des
vents brulants qui succedent à la fraicheur des
Zéphirs , dessechent les fleurs et les font disparoître.
Printemps , Zéphirs , Jardiniers , jeunes
Gens , &c.
Seconde Entrée. L'âge formé est un Été et un
Automne . L'Activité et l'industrie y recueilleng
les doux fruits d'un travail pénible ; après quoi
il n'y a plus ni moisson ni vendange à faire.
Vents brulants , Moissonneurs , Bergers , Vendangeurs
, boc.
Troisiéme Entrée. La Vieillesse est un Hyver.
On en sent les glaces , quelque précaution qu'on
prenne. Le feu de l'âge s'éteint peu à peu , et aueun
feu artificiel n'est capable de le rappeller. -
Hyver , Aquilons , Hommes glacez de froid , Cyclopes
, &c.
Deuxième Partie. La Vie humaine par ses illu
sions est un songe.
Premiere Entrée. De jeunes gens remplis des
idées trompeuses du Plaisir , se livrent aux charmes
du sommeil . Des Songes les promenent dans
une Ifle enchantée. A leur réveil ils se voyent.
environnez d'objets effrayants et de Monstres
prêts à les dévorer . Jeunes Gens , Morphée, Son -
ges, Jeux et Ris , Monstres , &c.
Gvj. Seconde
1844 MERCURE DE FRANCE
Seconde Entrée. Des hommes occupez des
projets d'une folie ambition , s'imaginent en dormant,
qu'ils sont parvenus au faîte des honneurs.
Le réveil les fait descendre de leur grandeur ima
ginaire et les remet dans la place qui leur con.
vient. Maitre Paysan , Paysans , Songes agreables
, Courtisans , Suisses , ¿.c.
Troisiéme Entrée. Des Vieillards flattez de l'espoir
d'une espece d'immortalité sur la Terre ,
forment pendant leur sommeil le plan d'un Palais
, qui à leur réveil se trouve changé en Tombeau.
Vieillards, Diseurs de bonne avanture , Songes
qui bâtissent un Palais , le Temps , Génies funores
, &c.
Troisiéme Partie. La Vie humaine par ses
Ecueils et ses naufrages est une Navigation.
Premiere Entrée . De jeunes Hommes s'embarquent
sur une Mer infidelle , ayant l'amour aveugle
pour Pilote. Ce Dieu leur fait mettre à tous
un bandeau sur les yeux. La Navigation est bientôt
suivie du naufrage. Amour aveugle , Gênies
Rameurs , Génies Musiciens , Jeunes Gens , &c.
Seconde Entrée. Des Avares attirez par Plutus,
arrivent au nouveau Monde. Ils chargent tellement
leur Vaisseau, qu'il s'entrouvre et décharge
hommes et trésors au fond de la Mer. Plutus,
Hollandois , Sauvages , Europeens , &c.
Troisiéme Entrée. Des Buweurs se mettent en
Mer , sous la conduite de Bacchus et de Comus,
Dieu des Festins . Mais faisant la manoeuvre à
contre - sens , ils se brisent , et se perdent avec
leur Equipage. Bacchus, Comus, Suivants de Bacchus
, Suivans de Comus , jeunes Gens , Matelots ,
&.c.
Quatriéme Partie. La Vie humaine par sa brieveté
et son éclat passager est un Spectacle ou une
Fête publique. Premiere
A O UST . 1734. 1845
Premiere Entrée . Fête Rustique. Bergers , Paysans
, Bateliers , Sabotiers , c.
Seconde Entrée. Fête Bourgeoise. Plutus , Jeumesse,
Folie , Carnaval , Momus , Suivants , &c.
Troisiéme Entrée. Fête de Cour . Roy du Bal' ,
Seigneurs , Masques , c.
Ballet General. Les Hommes qui ont été instruits
par le Génie Allégorique , et qui ont goû
té ses instructions , lui en témoignent leur re- .
connoissance , en lui érigeant une espece de
Trophée.
Le Pere Porée , Professeur de Réthorique , est
P'Auteur de cet ingénieux Ballet , ainsi que de la
Tragédie. Le sieur Malterre a composé les Entrées
et a très- bien rendu chaque Caractere.
Le 19. Août , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre la Pastorale
d'Acis et Galatée , dont le Poëme est de
M. de Campistron , mis en Musique par
Made Lully. La derniere reprise de cette
Piece fut en Septembre 1725. on la don
na par extraordinaire à l'occasion des
Princes de Baviere qui souhaiterent
la voir pendant le séjour qu'ils firent pour
lors à Paris. La Dlle le Maure y chantoit
le Rôle de Galatée , elle le chante encore
à cette reprise avec de grands applaudissemens.
Cette Piece est parfaitement
bien remise au Théatre , et le Public la
revoit avec beaucoup de plaisir. Les Rô
les d'Acis et de Polypheme , sont remplis.
par les sieurs Tribou et Chassé.
1846 MERCURE DE FRANCE
Les Comédiens François continuent
toujours les Représentations de la Pupile,
que le Public ne se lasse point de voir et
d'applaudir ; nous en donnerons l'Extrait
dans le prochain Mercure.
Les mêmes Comédiens préparent une
Comédie nouvelle de M. Piron , intitulée
l'Amant Misterieux , en trois Actes et en
Vers ; cette Piece sera suivie des Courses
de Tempé , Pastorale , avec un Divertissement,
dont la Musique est de M.Rameau.
pre-
Le 16 Août , les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie de l'Heureux
Stratagême , de M. de Marivaux , représentée
avec succès au mois de Juin de
l'année derniere . Elle fut suivie de la
miere représentation d'une petite Comé
die d'un Acte en Prose , du même Auteur,
qui a pour titre la Méprise. Cette nouveauté
a été interrompuë après la troisiéme
Représentation .
Le 23 Août , les mêmes Comédiens
représenterent la Comédie de la Surprise
de la Haine , dans laquelle la Dlle Riccoboni,
Epouse du sieur Riccoboni , joüa
pour la premiere fois , le Rôle de Lucille,
qui est le principal de la Piece , avec toute
l'intelligence possible ; elle est fort ap
plaudie du Public , qui lui trouve beaucoup
A OUST. 1734. 1847
coup de talens . Elle est jeune , bien faite
et fort gracieuse ; elle joüa ensuite en
homme dans la petite Comédie des EnfansTrouvez
ou le Sultan poli par l' Amour,
( Parodie de Zaïre ) un Rôle de Gascon
et ne fut pas moins applaudie que dans la
premiere Piece.
Le 12. Août , l'Opera Comique donna
une petite Piece nouvelle d'un Acte en
Vaudeville , qui a pour titre , les Espaces
Imaginaires , suivie d'un nouveau Baller
figuré , dont l'execution a été applaudie .
Le 28. on donna encore deux autres
Pieces nouvelles d'un Acte chacune , intitulées
, la Fée Marotte et le Rival dangereux.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
RUSSIE.
'Escadre que commande l'Amiral Gordon ,
et qui étoit partie le 26. du mois de Juin de
la Rade de Dantzick , est arrivée à Cronstadt ,
où elle a conduit les Troupes Françoises qui se
sont embarquées au Farhwasser sur des Vaisseaux
Moscovites et qui doivent être transportées
incessamment à Coppenhague , selon ce qui
est porté par la Capitulation , dont leur Commandans
1848 MERCURE DE FRANCE
mandant est convenu avec le Comte de Munich
et le Duc de Saxe Wesseinfels .
Le Comte de Brackel , Ministre de la Czarine
à Coppenhague , a écrit à la Czarine que le Roy
de Dannemarck avoit promis d'employer ses
bons offices pour engager le Roy de France à
faire rendre la Fregate Moscovite que l'Escadre
Françoise à prise dans la Mer Baltique , et tous
les Moscovites qui étoient à bord de ce Bâtiment.
L
POLOGNE.
E 19 du mois dernier , l'Electeur de Saxe
arriva avec le Comte Sulkowski , son Grand
Ecuyer et M. Bruhl , l'un de ses Conseillers intimes
d'Etat , à l'Abbaye d'Oliva , où il tint le
lendemain un Conseil auquel le Comte de Munich
assista , et dans lequel on délibera principalement
sur la conduite que l'Electeur devoit
tenir avec les Seigneurs Polonois qui étoient à
Dantzick pendant le Siége
Le 21 , M. Zaluski , Evêque de Plocke , les
Princes Georges et Casimir Sapicha , M. Bielinski
, Maréchal de la Cour , et quelques autres
Palatins et Starosies , accompagnez du Comte.
de Munich et du Duc de Saxe Wesseinfels , se
rendirent chez l'Electeur.
Ce Prince alla le 22 voir l'Armée Moscovice
qui étoit en Bataille , il donna une épée garnie
de diamans d'un prix considérable au Comte de
Manich , et il fit des présens à tous les Officiers
Generaux.
Le jour suivant les Seigneurs Polonois qui
n'avoient pas encore prêté serment à l'Electeur
s'étant assemblez , le Comte de Munich leur
proposa de le prêter , mais le Comte de Poniatowski
A O UST. 1734 1849
towski , les Princes Czartorinski , M. Ossalínski
, Grand Tresorier de la Couronne , M. Rad
ziewski , ci devant Grand Maréchal de la Diette
d'Election et plusieurs autres refuserent de se
soumettre à cette formalité .
>
›
La Ville de Dantzick ayant nommé 13 Deputez
pour aller chez l'Electeur ils virent ce
Prince qui leur donna audience le 26 du mois
dernier . Dans cette conférence M. Leipski ,
Evêque de Cracovie , parla au nom de ce Prince
, qui fit sçavoir le lendemain aux Magistrats
qu'il consentoit que la Porte d'Oliva ne fut gardée
à l'avenir que par des Troupes de la Ville ,
mais qu'il ne pouvoit leur remettre le Fort de
Wechselmunde , parce qu'il étoit convenu avec
la Czarine qu'ily tiendroit uneGarnison Saxonne
jusqu'à l'entiere pacification des troubles qui
divisent le Royaume.
Les Prinses Czartorinski , le Comte de Poniatowski
, M. Ossalinski , Grand Tresorier de
la Couronne , et la plupart des autres Seigneurs
Polonois qui avoient été arrêtez le 23 Juillet , et
à qui l'Electeur avoit fait rendre la liberté le
jour suivant , se rendirent le 26 à l'Abbaye d'Oliva
, et après avoir eu un long entretien avec le
Comte de Wratislaw , Ministre de l'Empereur
le Duc de Saxe Wesseinfels , le Comte de Munich
, et le Comte de Leuvolde , Grand Ecuyer
de la Czarine , tous , à l'exception des Starostes
Merschki et Rosalinski , l'un et l'autre de la
Maison de Sapieha , se déterminerent à prêter
serment à l'Electeur , à condition qu'on feroit
plusieurs changements à la formule qui leur
avoit été presentée ; ils rendirent visite le même
jour à l'Electeur , qui les ayant reçus avec beaucoup
de marques de distinction , les invita à dîner,
1850 MERCURE DE FRANCE
et ce Prince témoigna à Paîné des Princes Czartorinski
, et au Comte de Foniatowski , qu'il
desiroit d'avoir auprès de lui quelques- uns de
leurs Enfans . '
L'Electeur a fait demander le Diadême , et les
autres Ornements Royaux à M. Ossalinski , qui
s'est excusé de les lui remettre , parce que certe
démarche seroit contraire au serment qu'il a fait
Ca prenant possession de la Charge de Grand
Tresorier , et l'on est convenu qu'on les porteroit
à Cracovie , où ils seroient remis dans le
Tresor.
M. Radziewski , ci- devant Grand Maréchal
de la Diette d'Election , ayant refusé de déclarer
où étoit le Diplôme de l'Élection du Roy , et de
signer un Acte par lequel on vouloit qu'il reconnut
qu'elle avoit été faite irregulierement ,
et contre les Constitutions du Royaume , fut
conduit à Elbing par ordre du Comte de Munich .
Le Primat a été transferé de Dierschaw à Elbing
, où l'on a conduit M. Radziewski , cidevant
Grand Maréchal de la Diette d'Election ,
et les autres Seigneurs qui n'ont pas voulu prêter
serment à l'Electeur.
Le bruit court que la plupart des Gentilshommes
du Palatinat de Cracovie ont abandonné le
parti de l'Electeur pour se déclarer en faveur du
Roy que quelques Seigneurs du même parti
ont suivi cet exemple , et que la Noblesse de
plusieurs Provinces est prête à faire une nouvelle
Confederation pour soutenir les droits de Sa
Majesté .
On assure aussi que le Comte Vileps Oginski
et les autres Seigneurs Lithuaniens , qui servoient
dans le Corps des Troupes du Comte Pocci ,
l'ayant soupçonné d'entretenir quelque intelligence
A O UST. 1734 7851
gence avec le Comte de Munich , lui avoient
ôté le Commandement , et s'étoient assurez de sa
personne.
L'Electeur de Saxe avant son départ pour retourner
dans ses Etats , a choisi l'Evêque de
Cracovie et M. de Bulow , l'un de ses Conseillers
Privez., pour travailler conjointement avec
le Comte de Wratislaw , Ministre de l'Empereur
et le Comte de Lewolde , ci- devant Ambassadeur
de la Czarine , auprès de la Republique de Pologne
, à l'arrangement de plusieurs affaires qu'il
n'a pu terminer pendant son séjour à l'Abbaye
d'Oliva , et ce Prince a chargé le Duc de Saxe
Wesseinfels , de regler avec le Comte de Munich
le tems du départ des Troupes Saxonnes , leur
marche et la discipline qu'on leur fera observer .
>
Il avoit été résolu dans le Conseil que l'Electear
tint le 30 du mois de Juillet de tenter
d'assembler une Diette dans six semaines mais
quelques-uns des Seigneurs attachez à son parti,
lui ayant representé les difficultez qui s'oposoient
à l'exécution de ce dessein , il s'est contenté de
faire publier qu'il n'inquiéteroit point , au sujet
de leur conduite passée , tous ceux qui dans un
tems prescrit se soumettroient à son autorité ;
mais que ceux qui après ce terme refuseroient de
le reconnoître , seroient traitez comme ennemis
de la Patrie , et privez de leurs Dignitez et de
leurs biens.
Les Ministres de l'Electeur , qui avoit fait
demander à la Ville de Dantzick 800000 écus
pour les frais de la guerre , ont fait esperer depuis
son départ , qu'il modereroit cette prétention
, et les Magistrats ont offert de payer tooooo
écus en differents termes , s'il vouloit consentir
à retirer du Fort de Wechselmunde les Troupes
qui y sont en Garnison.
1852 MERCURE DE FRANCE
Le 1. de ce mois , l'Evêque de Cracovie , que
l'Electeur avoit chargé de recevoir en son nom
les assurances de la soumission des Habitans de
la Ville de Dantzick , s'y rendit du Convent d'Oliva,
et y étant entré au bruit d'une salve generale
de l'Artillerie des Remparts, il alla â l'Hôtel
de Ville , où les Magistrats et les Députez de la
Noblesse et de la Bourgeoisie , prêterent le Serment
dont on étoit convenu.
LE
DANNEMARCK .
E Commandant de l'Escadre Françoise qui
est à la Rade de Coppenhague , a fait remettre
au Baron de Brakel 127. Moscovites , pris
sur la Frégate dont cette Escadre s'étoit emparée
dans la Mer Baltique , et on croit que cette Frégate
sera incessamment renvoyée de France , ainsi
que les 200. Moscovites qu'on y avoit conduits.
ALLEMAGNE.
'Electeur de Baviere , malgré toutes les représentations
qui lui ont été faites de la part
de l'Empereur , persiste dans la résolution de ne
point accorder le passage dans ses Etats aux
Troupes de son Cercle , à moins que les Princes
et les Etats de qui elles dépendent , n'acceptent
les conditions qu'il a proposées.
On apprend par les Lettres de Dresde , que
l'Electeur de Saxe y étoit arrivé de Dantzik le 2 :
de ce mois , et qu'il devoit être suivi du Duc de
Saxe Wesseinfleds .
ITALIE .
L
E Comte de Lagnasco , Ministre de l'Electeur
de Saxe , a fait publier à Rome l'Acte
de Soumission à ce Prince , que les Moscovites
out
A OUST. 1734. 1853
ont forcé une partie des Seigneurs Polonois qui
étoient dans la Ville de Dantzick , de signer.
On a eu avis de Genes , que les Habitans de
Final avoient été déterminez par les Remontrane
ces de Mrs Ansaldo , Grimaldi et Doria ,› que la
République leur avoit envoyez , à rendre la liber,
té au Gouverneur et à la Garnison de leur Ville ,
et à terminer amiablement leurs differens avec le
Sénat,
DE NAPLES.
Es Imperiaux qui sont dans Civitella del
Tronto , ayant refusé de se rendre ,il a cré
résolu de faire le Siege de cette Ville en mêmetemps
que celui d'Aquila.
Le Prince d'Ottajano et le Prince Strajano-
Marini , sont arrivez à Naples , et ils ont été reçûs
très - favorablement par le Roy , qui les a
rétablis dans la possession de tous leurs biens .
Les Galeres Françoises que commande le Che
valier d'Orleans , Grand- Prieur de France et qui
étoient depuis quelque temps à Reggio , en sont
parties pour aider les Troupes qui font le Siege
de Gallipoli , a s'en emparer.
On a reçû avis que les Imperiaux qui étoient
dans les Villes de Pescara et de Galipolli , s'étoient
enfin déterminez après une longue résistance,
à remettre ces deux Places aux Espagnols,
et qu'ils avoient été traitez comme ceux qui
avoient deffendu Gaëtte.
Les dernières nouvelles de Capoüe portent
que cette Place étoit réduite à la derniere extremité
, et que la Garnison composée de près de
Sooo. hommes , manquant de toutes sortes de
munitions depuis plusieurs jours , seroit forcée
de se rendre prisonniere de guerre,
SIECI
1854 MERCURE DE FRANCE
Ο
SIEGE DE GAITTE .
Na appris que le Duc de Bitonto avoit
couru risque d'être tué d'un boulet de Canon
devant Gaette , et qu'une Batterie que le Duc
de Liria avoit fait établir sur le bord de la Mer,
avoit coulé à fond quatie Tartanes des Ennemis ,
Plusieurs Seigneurs , du nombre desquels est le
Duc de Popoli , sont allez servir en qualité de
Volontaires au Siege de Gaëtte.
Le Roy a résolu d'aller prendre le commandement
des Troupes qui assiegent cette Ville, d'où
Pon a appris que les Assiegez avoient fait une
sortic dans laquelle ils avoient perdu beaucoup
de monde , et que les Espagnols n'avoient cû dans
cette occasion que 6. hommes de tuez et 20. de
blessez.
Le 30. du mois dernier , le Roy s'embarqua à
bord de la Capitane des Galeres d'Espagne. Sa
Majesté arriva le lendemain au Camp devant
Gaette , et dans le moment qu'elle y parut , les
Espagnols commencerent à faire tirer leurs Batteries.
Les Assiegez y répondirent par un trèsgrand
feu des so. Pieces de Canon qu'ils avoient
sur leurs Remparts.
Le 2. de ce mois , ils firent une sortie , dans la
quelle ils furent repoussez avec perte d'environ
100. hommes.
Le 3. leur feu fut beaucoup moins vif que les
jours précedens , et le 4. il diminua encore plus
considerablement. Le 5. les Eennemis cesserent
de tirer , et le Gouverneur de la Ville ne pouvant
résister plus long- temps aux Espagnols qui se
préparoient à battre la Place en breche , il demanda
le 6. à capituler , afin de ne pas exposer la
Ville à être emportée d'assaut. S. M. a voulu
que
A O UST. 1734 1855
que cette Place subît le même sort que celles du
Royaume de Naples , que les Espagnols ont assiegées,
et le Gouverneur a été obligé de se rendre
prisonnier de guerre aveo sa Garnison .
Voici l'Inscription gravée sur le Marbre et
Imise à Bitonte , comme un Monument de la vic
toire remportée sur les Allemans , le 25. May
1734.
Auspiciis
Caroli Borbonii
Neapolis , Sicilia , Hierusalem , et Hungaria
Regis Fortissimi .
Hispania Infantis,Parma, Placentia et Castri Ducis,
Magni Principis Etrare.
Joseph Carillo Comes de Montemar
Hispaniarum Exercitus Ductor ,
Universas Germanorum Copias delevit,
Casis , Captis , aut in deditionem acceptis
Hominum Armatorum plus minùs octo Millibus,
Signis militaribus , Tympanis , Tentoriis ,
Omnique alio Bellico apparatu ,
Summa prudentia , fortitudine et felicitate
O
In Potestatem redactis .
Discant tandem Itali ,
Germanos aquis viribus
Vinci et profligari posse,
ESPAGNE
.
Na appris que les Vaisseaux arrivez de la
Veracrux à Cadix , avoient apporté quatre
millions de Piastres en argent , tant pour le
compte
1856 MERCURE DE FRANCE
compte du Roy , que pour celui des Négociants,
et deux millions de Piastres enMarchandises.
O
GRANDE BRETAGNE.
Nassure que le Parlement commencera dès
le mois d'Octobre à déliberer sur les affaires
publiques , et que la protestation faite par
25. Seigneurs Ecossois au sujet de l'Election des
seize Pairs d'Ecosse, ayant séance au Parlement,
sera la premiere affaire qui sera portée à la Chambre
des Pairs .
Tomo Chichi , dans l'Audience que le Roy lui
donna le 5. de ce mois , dit à S. M. qu'il étoit
venu pour lui témoigner le désir que les Creeks
dont il est Souverain , ont de continuer de vivre
en bonne intelligence avec les Anglois , et le Roy
l'assura qu'il seroit toujours prêt à faire tout ce
qui dépendoit de lui pour maintenir l'union entre
les deux Nations.
M. Oglethorpe a conduit à sa Terre près de
Godalmin dans le Comté de Surrey, ce Prince
Indien , qui doit être défrayé avec toute sa suite
pendant son séjour en Angleterre , aux dépens
de S. M. et dont le Neveu , âgé de 13. ans , sera
instruit dans la Religion Chrétienne et élevé
dans le College de Westminster.
DESCRIPTION Historique de
Philisbourg.
L'Importante Forteresse de Philisbourg ca Allemagne , n'étoit autrefois qu'un Village
nommé Udenhein , situé au Pays de Chraickgou,
dans l'Evêché de Spire. En 1343. Gherar , Evêque
de Spire , le fit fortifier. En 1513. Georges,
Comte Palatin , aussi Evêque de Spire , en fic
augmenter
AOUS T. 1734. 1857
augmenter les Fortifications et bâtit le Château.
En 1570. Marquard de Wastein , un de ses Successeurs
, fit rétablir les murailles qui avoient été
détruites durant les Guerres d'Allemagne .
Enfia en 1615.Philippe- Christophe de Zottern,
Electeur de Treves et Evêque de Spire , y fit faire
de nouvelles Fortifications , et lui donna le nom
de Philisbourg.
Cette Place considerable par sa situation , donna
de la jalousie à Fréderic V. Electeur Palatin ,
qui en fit démolir les Fortifications en 1618 .
Mais en 1623. après les Guerres de Boheme , le
même Evêque les fit rétablir .
En 1633. les Suedois s'en rendirent les maîtres
at la remirent entre les mains du Roy Louis XIII.
suivant un Traité fait la même année à Francfort
avec l'Electeur de Tréves ; mais en Janvier
1635. les Imperiaux s'en emparerent par surpri
se , à la faveur des glaces.
Louis de Bourbon , alors Duc d'Anguien , la
reprit en 1644. et par le Traité de Munster , la
garde et Protection perpetuelle de cette Place fur
cedée au Roy , qui l'ayant fait fortifier régulicrement,
la conserva jusqu'au 17.Septembre 1676.
qu'elle fut rendue au Prince Charles de Lorraine,
commandant l'Armée Imperiale , après un Siege
sommencé le 10. May .
Louis Dauphin de France , la reprit le 1. Novembre
1688. après un Siege de trois semaines ;.
elle fut renduë en 1697. par le Traité de Riswick.
Les Gouverneurs François de cette Place qui
sont venus à notre connoissance , sont :
- M. Despenant , Maréchal des Camps et Ar
mées.
M. de Chamborant la Claviere , Seigneur de
Puislaurent , Colonel de deux Régimens et Com
H. mandant
1858 MERCURE DE FRANCE
mandant la Cavalerie , Maréchal des Camps er
Armées , par le choix de la Reine Anne d'Autriche
, Régente , préferablement au Marquis de
Calvo.
Le Comte d'Harcour -Lorraine , Gouverneur
d'Alsace , Grand-Ecuyer de France.
M. Desbordes , Lieutenant General , tué à
Fridelingue.
La Ville de Philisbourg est située à 400. toises
du Rhin , du côté de l'Allemagne, Cette Place
est enfermée par sept Bastions très- réguliers et
à flancs droits, avec des fossez de vingt toises de
large, remplis d'eau . Elle a devant chaque Courtine
une demie- Lune et desTenailles dans le fossé
, avec un Chemin couvert , précedé d'un
avant-Chemin couvert et de Redoutes bastionnées
. La situation de cette Place , qui est dans
un Marais , en rend l'attaque presqu'impossible
dans la plus grande partie de sa circonférence.
Le Front de Philisbourg qui fait face au Rhin,
est couvert d'un Ouvrage à couronne , composé
d'un Bastion et de 2 demi- Bastions à orillons et
à flancs courbes. Cet Ouvrage est entouré d'un
fossé de 15. toises de large , d'un Chemin couvert
et d'un avant- fossé qui aboutit aux deux
branches d'un Ouvrage à corne qui remplit l'espace
qui est entre l'Ouvrage couronné et le
Rhin. La Gourtine de l'Ouvrage à corne est couverte
d'une grande demi-Lune , d'un fossé de
15. toises , d'un Chemin couvert et d'un retranchement
le long des bords du Rhin , qui forme
une espece d'avant - Chemin couvert.
Philisbourg a sur le Rhin un Pont de Bateaux
qui est défendu en- deçà de cette Riviere pat un
Ouvrage en forme de corne, avec une demie- Lune
devant la Courtine , un Chemin couvert et un
fossé
A OUST .
1734. 1859
fossé. Tous ces Ouvrages , qui forment la fortification
la plus parfaite et la plus réguliere ,
rendent cette Place une des plus fortes de l'Allemagne.
LE
ARME'E D'ALLEMAGNE.
E Prince Eugene qui étoit resté depuis le
21. Juillet dans son Camp de Bruchsall , en
partit le 2. Août et ayant fait marcher son Armée
sur quatre colonnes , il alla camper audessus
de Kislock. Le 3. et le 4. ses Troupes passerent
le Neker sur quatre Ponts jettez sur cette
Riviere , vis - à- vis de Ladembourg ; l'Artillerie
et les Equipages passerent sur le Pont d'Heydelberg.
Ce Prince arriva le à Weinheim
, et y 4 . établit
son Quartier ; toute l'Armée campa , la droite
à Weinheim et la gauche vers Santoffen , qui
est à une demie lieue de Manheim , ayant laissé
a Heydelberg un Régiment d'Infanterie et deux
de Cavalere , indépendamment du Bataillon qui
forme la Garnison du Château ; le reste des
Troupes qui y étoient joignit le General Pétrasche
, lequel avec 6000. hommes de Cavalerie ,
marcha le long du Rhin laissant de distance
en distance quelques détachemens pour observer
notre Armée. Ce General ayant ordre de s'avancer
avec le reste des Troupes qu'il commande .
à Zwingenberg , sur le chemin de Darmstat ; le
Détachement que les Ennemis avoient laissé à
Bruchsall le jour qu'ils en décamperent , a rejoint
leur Armée , ainsi que ceux qui étoient du
côté de Wingarten et de Dourlack .
Le Prince Eugene qui s'étoit avancé à Mayence
Hij
1860 MERCURE DE FRANCE
et qui avoit commencé à établir au - dessus de
cette Ville un Pont pour faire passer cette Riviere
à son Armée , voyant que le Maréchal
d'Asfeld quittoit le Camp d'Oppeinheim , a fair
revenir à son Armée les 7000. hommes auxquels
il avoit fait passer le Rhin , et le même jour que
l'Armée du Roy s'est mise en marche ,il a marché
avec la sienne pour revenir en grande diligence sur
de Necker. Il a fait marcher une avant- garde de
2000. Cavaliers ou Hussards vers Haydelberg er
il continuoit à s'avancer pour être à portée d'observer
les mouvemens de notre Armée .
COPIE de la Lettre du Roy , écrite
au Maréchal d'Asfeld , sur la Prise de
Philisbourg ; de Versailles le 23. Juillet
1734.
MON ON COUSIN ,
Je reconnois toute l'importance du service que
vous venez de me rendre par la conquête de Philisbourg.
Il ne falloit pas moins que votre courage
et votre fermeté pour surmonter les contre - temps que
Les débordemens presque continuels du Rhin ont apporte
à cette Entreprise . Vous avez eu la satisfaction
de voir que votre exemple a inspiré les mêmes
sentimens aux Officiers et aux Soldats . Je me suis
fait rendre compte jour par jour de tout ce qui s'est
passé, et j'ai toujours remarqué qu'à mesure que
les difficultez augmentoient , soit par la cruë des
eaux , ou par la présence de l'Ennemi et par le feu
de la Place , l'ardeur et la patience de mes Troupes
redoubloient dans la même proportion . Il n'est point
He succès sur lequel on ne doive compter avec une
Nation
AOUS T. 1714. 1862
Nation aussi brave . Je vous charge de témoigner
aux Officiers Generaux et autres , et même en general
a l'Armée , combien je suis content de tous . ¿
Vous ne devez pas douter que je ne sois dans les
mêmes sentimens à votre égard , et la Présente n'étant
pour autre fin ; sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , Mon Cousin, en sa sainte et digne garde,
Signé , LOUIS , &c.
Le 5. du mois dernier , vers les 5 heures du
soir , on battit la generale pour les Réjouissan-.
ces qu'ondevoit faire au sujet de la victoire remportée
sur les Imperiaux au Combat de Parme .
Une heure après , la Maison du Roy , une partie
de la Cavalerie et des Dragons , qui étoient de
l'autre côté du Rhin , repasserent cette Riviere
pour rentrer dans nos Lignes, le Maréchal d'Asfeld
les y ayant fait venir pour participer aux
Réjouissances . Ces Troupes prirent place der
riere l'Infanterie .
Sur les huit heures , tous les Generaux sé ren-,
dirent à leurs Postes , le Maréchal d'Asfeld s'étant
placé au centre avec le Prince de Conty , ec
le signal ayant été donné , lés Canons de nos
Lignes , au nombre de plus de 100. Pieces , commencerent
leurs salves , de la droite à la gauche .
La Mousqueterie de toute l'Armée qui bordoit
les Lignes à 4. de hauteur , y répondit en commençant
par la gauche. Les Troupes qui étoient
dans la Tranchée y firent aussi une triple décharge
, et l'on redoubla le feu du Canon et des
Mortiers , en jettant une grande quantité de
Bombes dans la Place. Dans le temps que nous
faisions nos Réjouissances , les Suisses qui sont
de l'autre côté du Rhin , et les Troupes qui sont
à Spire ou du côté de Manheim , firent la même
shose. Au bruit des salves du Canon et de lá
H iij Mous1862
MERCURE DE FRANCE
Mousqueterie, se joignit celui des Timbales , des
Tambours et le son des Trompettes et toutes les
Fanfares de l'Armée.
L'Armée du Roy , qui avoit campé le 29. du
mois dernier à Lampsein , près de Frankendal ,
marcha le lendemain sur trois colonnes et arriva
près de Wormes ; elle y resta jusqu'au 3. de ce
mois , qu'elle se mit en marche et alla camper
à
Ginsheim , qui n'en est qu'à trois lieues.
Le 4. l'Armée ayant marché sur 4. colonnes ,
elle alla camper , la droite à Oppenheim , où est
le Quartier general , et la gauche à Zelzeim.
L'Artillerie et les trois Bataillons du Régiment
Royal Artillerie , resterent à Gundersblum. Le
Maréchal d'Asfeld devoit s'avancer avec l'Armée
vers Nider- Ulm , mais il resta dans ce Camp , ou
il fit revenir la plus grande partie des Troupes
qui étoient à Wormes , sous les ordres du Comte
de Belleifle.
Le 8. on fir au- delà de la Salz un fourage general
, pendant lequel il ne parut aucun parti des
Ennemis .
Le Maréchal d'Asfeld détacha le 9. le Comte
de Berchini avec 100. Gardes du Roy , so.
Grenadiers à Cheval , 450. Cavaliers ou Dragons
, too. Hussards et 6. Compagnies de Gfe -
nadiers , pour s'avancer vers Mayence.
Le lendemain matin ce Détachement ayant
été attaqué par 25co. Hussards , qui étoient arrivez
la veille à Mayence , et qui étoient soutenus
de 6. Escadrons de Dragons , le Comte de
Berchiny , fit retirer les Troupes qu'il commandoit
, en si bon ordre , que les Hussards qui l'attaquerent
plusieurs fois dans sa retraite , ne purent
, malgré leur nombre , remporter le moinavantage
sur son Détachement. dre
Les
A OUS T. 1734. 1863
Les Ennemis ont perdu dans cette occasion 80%
Hussards tuez sur la place , sans compter ceux
qui ont été blessez , et on leur a fait prisonnier
un Officier et quelques Hussards. Nous avons eû
trois Dragons de tuez , 6. Officiers , un Gardedu
Roy et 12. Dragons de blessez
Le Maréchal de Noailles arriva au Camp✩
d'Oppenheim le 11. avec les Troupes qui étoient
restées sous ses ordres dans le Spireback , et d'ou
elles étoient parties le 9 .
le 14.
Le Maréchal de Noailles étant parti de Worme
de ce mois avec les Troupes qui sont sous
ses ordres , passa le Rhin le 16. à Philisbourg ,
et le même jour il arriva à Graben. Il campa le
17. à Malberg , le 18. à Rastar et le 19. à Sellingen
.
II alla le 18. visiter le Pont qu'on avoit commencé
d'établir à Motter , et il le fit descendre
au Fort Louis , où il fut fini le 20 .
Le 13. le Maréchal d'Asfeld quitta le Camp
d'Oppenheim , il marcha avec toute son Armée
et il alla camper dáns la Plaine de Westhofen ,
droite à Ostoffen , et la gauche à Gundersheim .
la
Le 14. l'Armée du Roy campa , la droite à
Piphickheim, le centre à Phedersheim , et la gauche
à Muntzheim , et elle y séjourna le leudemain.
16 Le 16. l'Armée campa an gros Karleback ,
lendemain à Fusgaheim , et le 18. à Spire. Elle a
été partagée en plusieurs corps , avec ordre de
venir au Fort- Louis passer le Rhin.
Le Maréchal d'Asfeld arriva le 20. au Fort-
Louis.
Les dernieres Lettres du 27. Août , portent
que le Maréchal de Noailles , qui étoit campé
avec le Corps de Troupes qu'il commande à Sel-
Hij lingen
1864 MERCURE DE FRANCE
lingen depuis le 19. en partit le 22. et qu'il s'avança
à Iffretzheim .
L'Armée commandée par le Maréchal d'Asfeld
, ayant marché en differens corps pour se
rendre an Fort- Louis , y passa le Rhin , et le 23 .
la plus grande partie de l'Armée occupa defferens
Camps à portée de celui du Maréchal de
Noailles.
Le 24. l'Armée marcha et elle arriva à Kupenheim
, où le Maréchal d'Asfeld établit son Quartier
entre Kupenheim et le Ruisseau de Rastat.
H partagea l'Armée en plusieurs Corps , et celui
qui est dans ce Camp est composé de 52 . Bataillons
et de 19. Escadrons. Le Prince de Tingry
campa vis - à- vis la Gorge de Bade , avec 6. Bataillons
, les 13. Escadrons de la Maison du Roy,
les 8. de la Gendarmerie , et 2. Régimens de
Dragons. M. de Quadt ayant sous ses ordres 8.
Bataillons et 34. Escadrons de Cavalerie ou de
Dragons , campa au Village de Lybersheim .
Le Comte de Belleifle forma un Camp avec
8. Bataillons et 16. Escadrons de Cavalerie ou
de Dragons , et le Marquis de Flavacourt en forma
un autre avec 4. Bataillons et 20. Escadrons.
Le Marquis de Leuville est resté de l'autre côté
du Rhin , et ii a sous ses ordres 24. Bataillons
et 11. Escadrons.
du
Le 25. le Maréchal d'Asfeld fit faire du côté
de Rastat un fourage qui fut très -abondant, on a
dû le 26. en faire un general dans la gorge
Ruisseau de Rastat , et on fit partir le 27. au ma
vin un Détachement de 2000. hommes d'Infanrie
et de 400. hommes de Cavalerie sous les or
dres du Comte d'Aubigné , pour aller occuper
le Poste de Gertsbach , et former une chaîne sur
les hauteurs qui regnent le long de cette gorge.
Le
AOUST 1734- 1865
Le Prince Eugene , qui arriva sur le Necker le
19. de ce mois , n'y a gardé avec lui qu'une partie
de son Armée ; il en a fait un Détachement
considerable d'Infanterie qu'il a envoyé à Hail
bron et du côté de Phortzheim , afin de couvrir
le Wirtemberg , et il a fait avancer quelques
Détachemens dans les gorges de Stutgard. Ce
Prince étoit attendu le 24 à Schuwetzinguen, mais
on a appris qu'il étoit encore le 26. avec son Ar
mée dans son Camp près du Necker .
ADDITION aux Nouvelles Eirangeres !
N écrit de Petersbourg que M. de la Motre,
qui s'y est rendu de Cronstadt , où sont
les Troupes Françoises qu'il commande , y avoit
été reçû par la Czarine avec beaucoup de Marques
de distinction . "
Les dernieres nouvelles de Pologne portent
que la Noblesse des Palatinats de Russie et de
Podolie a pris les armes pour soutenir le parti
du Roy , en faveur de qui elle a fait une nouvelle
Conféderation , et qu'elle est actuellement
campée dans les environs de Grodhow , sous les
ordres de M. Mniseck , qu'elle a éú pour Maréchal.
Le Palatin de Volhinie , qui étoit depuis quel
que temps près de Podkaisan à la tête d'un corps.
de Troupes , dont S. M. lui a confié le comman
dement , y a été joint par tous les Seigneurs et
les Gentilshommes de son Palatinat.
Une partie de la Noblesse de celui de Masovic ,
a commencé aussi à s'assembler ' , et elle paroît
dans la résolution de ne point reconnoître l'E
cote ur de Saxo,Le pncipal corps de Trouges de .
H v
โส -
1866 MERCURE DE FRANCE
la Couronne , s'est approché de Brzezan , sous
les ordres du Staroste Jasiciski , et le Palatin de
Lublin est toujours à quelques lieües de Thorn
avec les Troupes qu'il commande , et qui doivent
être renforcées par les secours qu'il attend
de Lithuanie et de quelques autres Provinces.
On apprend de Vienne , que le Prince Emanuel
de Portugal en partit le 11. de ce mois pour retourner
à Lisbonne.
Les Lettres de Madrid portent que le Roy a
fait publier un Edit par lequel il est ordonné à
tous les Espagnols qui sont au service de quelque
Puissance Etrangere de revenir dans le
Royaume , sous peine de confiscation de leurs
biens . S M. enjoint par le même Edit aux Officiers
du Fisc de s'emparer de tous les Effets que
les Sujets de l'Empereur possedent en Espagne .
La plus grande partie des Imperiaux qui ont
été faits prisonniers de guerre dans le Royaume
de Naples , et qui ont été transportez en Espagne
, s'est engagée dans les Troupes de S. M.
Par les dernieres Lettres de Naples , on a appris
que les Batteries que les Espagnols avoient
établies pour attaquer Gaëtte , commencerent à
tirer le 30 Juillet avant l'arrivée du Roy ,
parce qu'on craignit qu'un Canonier , qui avoit
déserté le même jour , ne se fût jetté dans la
Ville , et qu'on ne voulût point donner le temps
au Gouverneur de profiter des lumieres qu'il
pouvoit en avoir tiré sur la maniere dont on
projettoit de conduire l'attaque , pour essayer
d'en empêcher ou du moins d'en retarder le
succès.
L'Artillerie des Espagnols a été si bien servie
le 2 . Août on avoit déja démonté les trois
pri ciples Eatteries des Assiegez , et que le 4.
que
สต
A OUS T. 1734. 1867
au soir il ne leur resoit plus que 4.pieces de Ca
non en état de tirer, et la vivacité avec laquelle on
continua de battre la Place le S afin que Its Ennemis
ne pussent remonter leurs Batteries , a
obligé le Gouverneur de se rendre huit ou dix
jours plutôt qu'on n'avoit esperé.
Le 8. le Roy fit son Entrée dans la Ville , qui
lui avoit été remise deux jours auparavant ;
les Espagnols y ont fait prisonniers de guerre
4000 Imperiaux , et ils y ont trouvé une trèsgrande
quantité de munitions de guerre er de
bouche. Le même jour au soir , S. M. retourna
à Naples , et elle fut reçûë au bruit des acclama,
tions réïterées du peuple.
Par un Courrier arrivé du Camp devant Capouë
, on a appris que 2 500. hommes de la Garnison
ayant fait une sortie , les Espagnols en
avoient tué la plus grande partie ; et qu'après
avoir dissipé le reste , qui n'avoit pû rentrer
dans la Ville , ils s'étoient préparez à la prendre
d'assaut ; mais que les Troupes, qui y étoient
restées , s'étant retirées dans le Château , les habitans
avoient ouvert leurs portes ; que peu de
tems après la Garnison du Château s'étoit rendue
, et qu'elle avoit été faite prisonniere de
guerre.
Le Roi a aussi reçû avis que le Détachement
des Troupes Espagnoles , qui assiegeoit Villa
Campina , s'en étoit emparé ; mais que les Im-.
periaux continuoient de se défendre dans la Citadelle
, où ils s'étoient enfermez , après avoir
rompu les Ponts de communication entre le Forts
et la Ville.
On fait actuellement à Naples tous les prépa ..
ratifs nécessaires pour entreprendre la conquête
de la Sicile , et le Roi qui a déclaré qu'il avoit
Hvj résolua
1 .
1868 MERCURE DE FRANCE
resolu de commander les Troupes destinées à ré--
duire cette Ile sous son obéissance , a donné ordre
qu'elles se rendissent dans les Ports où elles.
doivent s'embarquer , et que les Vaisseaux qui
les transporterout , fussent prêts incessamment
à mettre à la voile .
Le Prince de Belvedere Caraffe , à qui l'Empereur
a permis de revenir à Naples , et qui y est
arrivé de Vienne il y a quelques jours , apporta
au Duc de Bitonto une Lettre , que le Ministre
de S M. I. ayant le Département de la guerre ,
lui a écrite , pour le remercier de la part de l'Empereur
, de l'attention qu'il a cue pour que les
Officiers Allemands pris à la Bataille de Bitonte,
et dans plusieurs autres occasions , fussent
traitez convenablement .
Le Cardinal Nicolas Spinola , qui commence
à se mieux porter à Rome , a fait pendant sa
maladie un Testament , par lequel il legue à la
Congregation de Propaganda Fide , pour être
employez à l'entretien des Missions chez les Infideles
, 60000. écus que le Roi d'Espagne a pro .
mis de lui faire toucher pour l'entier payement
d'une somme de 400000. livres , que le Roi Philippe
11. devoit au Marquis Spinola , de qui ce
Cardinal a herité .
On mande de Londres que le Prince de Galles
, qui avoit resolu de faire ajoûter au Palais
qu'il occupe dans la rue de Pelmall , un nouveau
Bâtiment , dont le Comté de Burlington lui a
fourni le dessein , en a été détourné par les remontrances
de plusieurs Particuliers qui logent
dans la même ruë , et à qui ce Bâtiment ôteroit
la vûe du Parc de Saint James,
ARA
O UST. 1734. 1869
L
ARMEE
II.
D'ITALIE.
E 11. du mois dernier , le Welt-Maréchal ,
Comte de Conigsegg , arriva de l'Armée Imperiale
, et le Prince Louis de Wirtemberg , lui
remit le commandement de l'Armée dont il étoit
chargé depuis la mort du Comte de Mercy.
Les Troupes du Roy et celles du Roy de Sardaigne
, étoient campées au commencement de ce
mois à Bondanelio ; et les Ennemis étoient dans
leur même Camp de l'autre côté de la Secchia.
MORTS , NAISSANCES.
des Pays Etrangers.
Harles-Boromée Arese , Comte d'Arone ;
Cmourut àMilan le 6 juillet , après une
longue et penible maladie , dans la 77 année de
son âge , universellement regretté de toute la
Noblesse et de tout le peuple. Ce Seigneur avois
passé par tous les emplois et les dignitez les plus
éminentes. Le Roy d'Espagne Charles II . le fit
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or , lui
donna le titre de Grand d'Espagne , er l'envoya
` en qualité d'Ambassadeur à Rome pour présenter
la haquenée. L'Empereur Leopold le nomma
son Commissaire Impérial auprès des Prin
ees d'Ita ie , et l'Empereur Charles VI , n'étant
qu'Archiduc le nomma Grand d'Espagne de la
premiere Classe , et depuis Viceroy de Naples
en 179. ensuite son Conseiller Intime Actuet
d'Etat , et son Plenipotentiaire en Iralie en 1714.
1-0 MERCURE DE FRANCE
Il fut enterré en l'Eglise Collegiale de Sainte
Marie in Pedone , dans la sépulture de ses Ancétres.
Il avoit épousé en premieres nôces en 1678 .
Jeanne Odescalchi niéce du Pape Innocent XI.
morte le 14 Juillet 1679. et en secondes en 1689.
Camille Barberin , fille de Maffée Barberin ,
Prince de Palestrine et petite niéce du Pape
Urbain VIII . de la premiere il a laissé Jean-
Benoît- Boromée Arese , Comte d'Arone , né le
premier Juillet 1679. son héritier et son successeur
, et de la seconde Frederic Maffée, Baltazar,
Boromée , et quelques filles . Le feu Comte Bonomée
étoit frere de Gibert Boromée , Cardinal
Evêque de Novarre.
>
Le Juillet mourut à Lisbonne d'une longue
maladie à l'âge de 72 ans , Ferdinand Teles de
Silva second Marquis de Alegrete , troisième
Comte de Villar- Mayor , du Conseil d'Etat et
de Guerre du Roy , Visiteur de ses Finances
Royales , Gentilhomme de sa Chambre , Commandeur
de plusieurs Commanderies dans l'Ordre
de Christ , Directeur , Censeur et Académicien
de l'Académie Royale d'Histoire Portaguaise
, par laquelle il étoit chargé d'écrire
P'Histoire de l'Evêché d'Elvas , ci - devant Deputé
de la Junte ou Conseil des trois Etats du Royaume
, Ambassadeur Extraordinaire et Plenipoten❤
tiaire de S. M. Portuguaise à la Cour Impériale
et Conducteur de la Reine_regnante lorsqu'elle
vint en Portugal. Ce Seigneur qui étoit doué
de beaucoup de vertus éminentes et d'une trèsgrande
érudition , étoit né à Lisbonne où ik
avoit été baptisé le 29 Octobre 1662. Il fut in,
humé dans la Sacristie du Convent des Religieuz
de N. D. du Mont Carmel fondé par ses
Ancêtres , et où est le tombeau de sa Maison.
Ses
A O UST. 1734. 1871
Ses funerailles furent faites le jour suivant dans
la même Eglise en présence de tous les Titrez
et de la Noblesse de la Cour. Il avoit épousé
Helene de Bourbon , fille de Thomas de Norogna
, et de Magdeleine de Bourbon , des
Comtes de Los- Arcos et veuve d'Etienne de
Menesés , Seigneur de Taroca , il en a laissé
une nombreuse posterité.
,
La Comtesse de Plelo , veuve du Comte de ce
nom ; Ambassadeur du Roy de France en Dannemarck
, est accouchée à Coppenhague , de
deux filles.
FRAN C E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 16 de ce mois , dans l'Assemblée
Lgenerale du Corps de Ville , le Président
Turgot fut continué Prevôt des
Marchands. M. Petit Quartinier , er
M. Santeul furent élûs Echevins.
# Le 24 , le Corps de Ville se rendit
Versailles , et le Duc de Gêvres Gouver
neur de Paris , étant à la tête , il eut audience
du Roy avec les cérémonies accoutumées.
Il fut presenté à Sa Majesté par
le Comte de Maurepas , Sécretaire d'Etat,
ct
1
$ 872 MERCURE DE FRANCE
conduit par l'Ayde des cérémonies.
Le Prevôt des Marchands et les deux
nouveaux Echevins prêtérent entre les
mains du Roy le serment de fidelité dont
le Comte de Maurepas fit la lecture , le
Scrutin ayant été presenté par M. Gaudion
de la Grange , Avocat du Roy au
Châtelet , qui parla avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre ses respects à la
Reine , à Monseigneur le Dauphin , et
à Mesdames de France.
,
Le 19 de ce mois , les Députez des
Etats de Languedoc eutent audience du
Roy , étant présentez par le Marquis de
Frie , Lieutenant General de la Province ,
et par le Comte de Saint Florentin , S
cretaire d'Etat et conduits en la maniere
accoûtumée par M. de Bourlamaque
, Ayde des cérémonies. La Deputation
étoit composée de l'Evêque de Saint
Pons pour le Clergé , qui porta la parole;
du Marquis de Villeneuve pour la No
blesse ; de Mrs Clamouse , et de Merés
Députez du Tiers- Etat , et de M. Joubert
, Syndic General de la Province .
Ces Députez eurent ensuite audience de
la
A'O US T. 1734. 1873
la Reine , de Monseigneur le Dauphin
et de Mesdames de France.
Le 15 Août , Fête de l'Assomption ,
on chanta au Concert Spirituel au Château
des Thuilleries , l'Exurgat Deus ,
Motet de M. de Lalande , qui fut suivi
de plusieurs autres petits Motets , chanrez
à voix seule , par les Sieurs Berard
, Jeliote et par une nouvelle voix
d'Haute- Contre , avec applaudissement :
on exécuta ensuite un Motet à grand
choeur , de la composition du Sr Grenet,
qui fit beaucoup de plaisir ; le Concert
fat terminé par le Motet Cantatc qui
fut précedé de plusieurs Piéces de Symphonie
dont l'exécution est toujours
admirable.
,
Le veille de la Fête de S. Louis 24 ,
Roy de France , le Roy entendit dans la
Chapelle du Château les premieres Vêpres
qui furent chantées par les Prêtres
de la Mission qui désservent cette Chapelle.
Le 25 , jour de la Fête , le Roy, entendit
dans la même Chapelle la grande.
Messe , célebrée par le Curé de la Paroisse
du Château. L'après midy S. M.
Y
1874 MERCURE DE FRANCE
y entendit les Vêpres , et assista ensuite
au Salut.
Le même jour , l'Académie Françoise
célébra , suivant la coutûme, la Fê e
de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
Pendant la Messe on chanta un très beau
Motet en Musique , de la composition
du Sieurr Dornel. M. l'Abbé Poncer
de la Riviere prononça ensuite le Panegyrique
du Saint avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour l'Académie des Inscriptions
et Belles- Lettres , et l'Académie
des Sciences , célébrerent la même Fête
dans l'Eglise des RR..PP : de l'Oratoire; il
y eut aussi un beau Motet pendant la
Messe de la composition du Sr du
Bousset , après laquelle M. l'Abbé Archimbaut
prononça avec succès le Panegyrique
du S. Roy.
>
Le Concert d'Instrument que l'Acadé
mie Royale de Musique donne tous les
ans au Château des Thuilleries , à l'occasion
de la fête du Roy , ne fut exécuté
que le 29 par un grand nombre d'excel-
Tents Symphonistes de la même Académie
, qui jouerent differents morceaux
de
A O UST. 1754. 1875
de Musique de M. de Lully et d'autres
Maîtres modernes.
Le Regiment de Bearn vacant par la
mort de Louis-Charles Marquis de la
Chastre , tué au Combat de Parme , fut
donné au mois de Juillet au fils aîné de
feu Emeri Emmanuel de Timbrune ,
Marquis de Valence , tué dans le même
Combat.
LeGouvernement de Strasbourg vacant
par la mort du Maréchal Duc de Berwick,
a été donné au Maréchal d'Asfeld , Commandant
l'Armée du Roy en Allemagne.
Celui de Douay , vacant par la mort
de Pierre Magdeleine Comte de Beauvau ,
arrivée le 30 May dernier , à Jean -Baptiste-
François Desmaretz , Marquis de
Maillebois , Chevalier des Ordres du
Roy , Maître de la Garderobe de S. M.
Lieutenant General de ses Armées du
23 Decembre 173 1. aussi Lieutenant General
au Gouvernement de Languedoc
servant actuellement dans l'Armée d'Italie
, à la charge de 400 livres de pension
en faveur de Dame Marie- Therese de
Beauvau , veuve du Comte de Beauvau
.
Celui de Château- Trompette à Bour-
•
deaux
1876 MERCURE DE FRANCE
deaux , qu'avoit le Maréchal d'Asfeld à
Jean- Baptiste de Durfort, Duc de Duras,
Chevalier des Ordres du Roy Lieutenant
General de ses Armées du Mars
>
1720. et Commandant dans la Haute et
Basse Guyenne , qui fut blessé le 12 Juin
dernier au Siége de Philisbourg par le piquet
d'un Gabion , qui fut renversé par
le boulet de canon dont le Maréchal de
Berwick fut tué.
Celui de la Citadelle de Marseille
vacant aussi par la mort du Maréchal de
Villars à ..... de Quadt , Mestre de
Camp du Regiment Royal Allemand ,
depuis 1713. et Lieutenant General des
Armées du Roy du premier Octobre .
17 :8.
›
Celui du Fort de S. Jean de Marseille,
à ..... de Cherisey Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , et Maréchal
de Camp du 20 Fevrier dernier.
Celui de la Tour de Bouc. à Marseille,
qu'avoit le feu Maréchal Duc de Villars ;
à Honoré Armand Duc de Villars , Pair
de France , son fils , Gouverneur de Provence
, Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie er Brigadier des Armées
du Roy du 13 Fevrier dernier.
›
Celui du Fort de Pequay en Languedoc
AQUS T. 1734. 1877
doc , qu'avoit Louis Charles , Marquis
de la Chastre , tué au Combat de
Parme , au jeune Comte de la Chastre
son fils
Jean - Baptiste- Louis de Clermont d'Amboise
, Marquis de Renel , Comte de
Chiverny , Bailli et Gouverneur de Chaumont
en Bassigny , Grand Bailli de Provins
, né le 12 Octobre 1702. Colonel
du Regiment de Santerre , par Commission
du 12 Juillet 1723. qui apporta au
Roy le 21 Juillet la nouvelle de la Prise
de Philisbourg , a été fait Brigadier des
Armées du Roy.
Le 15 de ce mois fut declarée la Promotion
d'Officiers Generaux pour l'Armée
d'Italie , faite le premier Juillet.
LIEUTENANTS GENERAUX
d'Affy du Canton de Fribourg,
Capitaine auRegiment desGardes Suisses,
du mois de Juin 1702. Chevalier de Saint
Loüis en 1705. Brigadier le 11 Juin 1709.
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
Suisse , ci- devant Greder , ' par Commission
du 22 Decembre 1714. et Maréchal
de Camp de la Promotion du premier
Fevrier 1719 .
Claude Anne de Thyard , Marquis de
Bissi , ne en 1681 fair Mestre de Camp
d'up
1878 MERCURE DE FRANCE
d'un Regiment de Cavalerie par Commission
du 13 Fevrier 1702. Brigadier le
29 Mars 1710. et Maréchal de Camp le
premier Fevrier 1719. Gouverneur des
Ville et Château d'Auxonne , et nommé
en 1732. Envové Extraordinaire du Roy
auprès de l'Infant d'Espagne Don Carlos
, Duc de Parme et de Plaisance
présent Roy de Naples.
2
Charles- Louis de Mont- Saulnin , Comte
de Montal , d'abord Capitaine dans le
Regiment du Roy , puis Colonel du Regiment
de Poitou , par Commission du
21 Mars 1702. Brigadier le 29 Mars 1710.
et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719 .
Marquis de Lannion , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie de nouvelle
levée , par Commission du 23 Juillet
1701. puis de celui de Xaintonge au mois
de Novembre 1704. Brigadier le 29 Mars
1710. Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719. et Gouverneur de Vannes.
و
Alexis- Madelene Rosalie , Comte de
Châtillon né le 24 Septembre 1690 .
fait à l'âge de 13 ans au mois d'Octobre
1703. Mestre de Camp d'un Regiment
de Dragons de nouvelle levée , vacant
par la mort de Philippe Gaus her de Châtillon
son frere aîné , puis Brigadier des
At
A O UST. 1734:
1879
Armées du Roy au mois d'Octobre 1712 .
Grand Bailli d'Haguenau par Lettres du
mois d'Avril 1713. Mestre de Camp General
de la Cavalerie Legere de France ,
le 5 Fevrier 1716. Maréchal de Camp le
premier Fevrier 1719. et Chevalier des
Ordres du Roy le 2 Fevrier 1731 .
, François Duc d'Harcourt , Pair de
France, né le 4 Novembre 1689. qui fit sa
premiere Campagne dans les Mousquetaires
en 1706. ayant été fait Mestre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie de
nouvelle levée , par Commission du 23
Novembre 1705. il cut un autre Regiment
de Cavalerie ci- devant de Lessart
en 1710. et ensuite le Regiment Dauphin
, aussi Cavalerie , au mois d'Avril
1712. fut fait au mois de Novembre
1715. Capitaine des Gardes du Corps de
S. M. par la démission du Maréchal Duc
d'Harcourt son Pere , et prêta serment
pour cette Charge le 26 Juin 1718. fut
nommé Brigadier le premier Octobre
suivant , succeda le même mois au Maréchal
son Pere , en la Charge de Lieutenant
General au Gouvernement de la
Franche- Comté , prit Séance au Parlement
en qualité de Pair de France le
19. Janvier 1719. fut fait Maréchal de
Camp le 27. Avril 1727. et Chevalier
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des Ordres du Roy le 16. Mars 17 28.
Hubert de Gourtalvert , Marquis de Pezé
, reçû en 1711. Capitaine au Kégiment
des Gardes Françoises , où il étoit
entré en 1707. nommé Gentilhomme de
la Manche du Roy , au mois de Novembre
1715. Gouveneur du Château de
de la Muette en 1719. , Colonel- Lieutenant
et Inspecteur du Régiment du
Roy , Infanterie , le 11. Décembre de la
même année , Brigadier le 20. Juin 1720.
Gouverneur des Ville et Château de
Rennes , Maréchal de Camp le 27.
Avril 1727. et Capitaine du Château
Royal de Madrid , des Chasses , Parc
et Bois de Boulogne , et Gruyer des mêmes
Lieux au mois de Février 1729 .
MARECHAUX DE CAMP.
de Rattki , Mestre de Camp d'un
Reg. de Hussards, Cavalerie , par commission
du premier Novembre 1707. et Brigadier
le premier Fevrier 1719.
Grouches , Marquis de Chepy ,
Brigadier du premier Février 1719. servant
actuellement en cette qualité dans
l'Armée d'Italie , cy-devant Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie par
commission du 19. Juillet 1708. dont
il se démit en faveur du Comte de Che-
PY ,
A O UST. 1881
1734
Py , son fils
> au mois d'Août 1728.
Louis de Clermont , Marquis de Chaste,
successivement Mousquetaire du Roy en
1706. Capitaine dans le Kégiment Royal
Piemont Cavalerie , en 1707. Colonel
d'un nouveau Régiment d'Infanterie ,
cy- devant de la Feüillade en 1709. puis
du Régiment Dauphin Infanterie le 15.
Avril 1710. Brigadier le premier Février
1719. Chevalier de S. Louis en 1721 .
Senéchal et Bailly du Pays de Velay ,
par Lettres du 30 May 1730.
Nicolas de Barcos du Plantis , Colonel
reformé d'Infanterie , et Capitaine de la
Compagnie du Regiment Lyonnois ens
tretenue à Lyon , Brigadier du premier
Fevrier 1719. actuellement Major General
de l'Infanterie en Italie , ayant servi
en la même qualité dans la précedente
Guerre.
Daniel-François de Gelas , Vicomte de
Lautrec , reçu de minorité Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jerusalem au Grand
Prieuré de Toulouze , entra en 1701
dans la seconde Compagnie des Mousquetaires
, et alla en 1702 , faire ses Caravannes
à Malthe , d'où étant de retour en
1705. il eut une Compagnie de Dragons
dans le Regiment du Comte de Lautrec
son frere ; depuis il fut fait Colonel d'un
I Re:
1882 MERCURE DE FRANCE
Regiment d'Infanterie de son nom le &
Mars 1710. ensuite de celui de la Reine
le 28 Avril 1711. Brigadier le 3 Avril
1721. et Lieutenant General au Gouvernement
de la Haute Guyenne , sur la
démission du Marquis d'Ambres son frere
aîné , par Lettres du 8 Mars 1727.
Thomé , Colonel du Regiment
de Foix , par commission du 22 Janvier
1709. Brigadier d'Infanterie du premier
May 1723. Il avoit été blessé à la jambe
d'un coup de feu le Juin précedent à
Pattaque de Colorno .
Jean- Antoine de Franquetot , Comte de
Coigny , Grand Bailli et Gouverneur de
la Ville et Château de Caën , né le 27
Septembre 1702. fait Brigadier des Armées
du Roy le 15 Janvier dernier , et
Colonel General des Dragons de France
le 20 du même mois , auparavant Capi
taine d'une Compagnie de Dragons dans
le Regiment d'Orleans , avec Brevet de
Mestre de Camp.
BRIGADIERS D'INFANTERIE
Jean Theophile de Beziade , Comte
d Avarey , né le 29 Decembre 1696. fait
Colonel d'Infanterie à Brevet le 15 Octobre
1717. et Colonel du Regiment de
Nivernois , le premier Fevrier 1719.
EmeAOUST.
1734
1883
Emeric Cassagnet de Tilladet Lomagne
Narbonne , Marquis de Fimarcon , né le
18 Mars 1696. Cornette de Dragons dans
le Regiment de Fimarcon en 1707. entra
dans la Compagnie des Mousquetaires
Gris en 1713. fut fait Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Bourbon en
1718. et Colonel Lieutenant de celui de
Bourbon Infanterie , le 6 Mars 1719. Il a
eu l'épaule percée d'un coup de fusil au
Combat de Parme le 29 Juin dernier.
Emmanuel Dieudonné, Marquis d'Hautefort
, né le 13 Fevrier 1700. Capitaine
dans le Regiment de Condé Infanterie ,
puis Colonel Lieutenant de ce Regiment
au lieu de feu Louis - François d'Hautefort
Comte de Surville son frere aîné,par
Commission du premier Octobre 179.
Il a eu la main percée et une contusion
au Combat de Parme le 29 Juin dernier.
Charles- Emmanuel de Crussol de Saint
Sulpice , Duc d'Use , Pair de France ,
appelle le Duc de Crussol , né le 11 Janvier
1707. Gouverneur et Lieutenant
General pour le Roy des Pays de Xaintonge
et d'Angoûmois , et des Villes et
Châteaux de Xaintes et d'Angouleme en
survivance en 1720. et Colonel di Regiment
de Medoc , par Commission du 25
Janvier 1729. Il a été blessé très - dange-
Iij
reu
884 MERCURE DE FRANCE
de fusil an
reusement de deux
coups
Combat de Parme , le 29 Juin dernier.
BRIGADIER DE CAVALERIE.
De Valcourt , Mestre de Camp
Commandant uneBrigade deCarabiniers,
BRIGADIER DE DRAGONS.
Gaspard Gilbert de Chabannes , Comte
de Pionsac appellé le Marquis de Chabannes
, Senéchal d'Auvergne , né le 7
Septembre 1685. reçu Page du Roy en
sa petite Ecurie le premier Janvier 1703 .
reçu en 1719. Sous-Lieutenant , en 1720.
Lieutenant , en 1721. Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises puis
Mestre de Camp du Regiment de Dragons
de la Reine au mois de Janvier
1734.
>
Regiments d'Infanterie vacans par la
Promotion précedente , donnez par le
Roy.
Celui de la Reine , qu'avoit le Vicomte
de L'autrec , à René- Marie de Froullay
Marquis de Tessé , né au mois de Decembre
1707. Colonel d'un Regiment
d'Infanterie de son nom , ci - devant de
la Tremouille , par Commission du 25
Septembre 1731.
Lc
KOUST. 17341885
.
>
Le Regiment Dauphin qu'avoit le
Marquis de Chaste , à François - Ferdinand
de Clermont , Comte de Chaste , appellé
ci-devant de Morges , son frere
successivement Enseigne de la Colonelle
en 1712. et Capitaine ' au même Regiment
Dauphin en 1714. puis Colonel
du Regiment de Luxembourg le 15
Mars 1718. et Lieutenant de Roy en la
Province de Dauphiné.
Celui qu'avoit le Marquis Le Tesse ;
portant le nom du Colonel , à Henri-
Charles de Senneterre , né en 1714. Capitaine
dans le Regiment de la Marche ,
fils de Jean - Charles de Senneterre
Comte de S. Victour , appellé le Comte
de Senneterre , Maréchal de Camp
nommé à l'Ambassade de Turin au mois
de May dernier.
,
et
Celui de Foix qu'avoit .... Thomé ,
ǎ .... Thomé de S. Georges , son frère ,
Capitaine dans le même Regiment.
Celui de Luxembourg qu'avoit le
Comte de Chaste , à Jean- Baptiste Budes,
Comte de Guébriant , Capitaine au Regiment
du Roy Infanterie.
Pensions accordées.
Au Duc de Crussol , qui venoit d'être
fait Brigadier , une de 8000. livres
I iij A
1886 MERCURE DE FRANCE
A Dame Marie- Elizabeth Nicolaï
Neuve de Louis - Charles de la Chastre
Comte de Nançay , Gouverneur de Pecquais
, Brigadier des Armées du Roy , et
Colonel du Régiment de Béarn , tuć
au Combat de Parme , une de 3000. liv .
A Louis- Jacques Hector de Fretat , Chevalier
de Boissieux , Chevalier des Ordres
de N. D. du Mont- Carmel et de S. Lazare
de Jérusalem . du 21. May 1721.
neveu du feu Maréchal Duc de Villars ,
une de 3.000. livres.
A ..... Marquis de Vogué , aussi neveu
du feu Maréchal Duc de Villars , et
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, cy- devant Montrevel , du 20.
Février dernier , une de 3000, livres.
***************
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
LE
E 9. Juillet , François- Garpard de Lamyre
de la Mothe , Chevalier de S. Louis , premier
Capitaine de Grenadiers du Régiment du Roy ,
mourut à Parme des blessures qu'il avoit reçues
le 29. Juin au Combat de Parme , dans lequel il
s'étoit fort signalé , ayant soutenu assez longtemps
dans une Cassine les efforts de l'Armée
Allemande , pour donner le temps à l'Armée
Françoise de s'assembler ; il fut blessé dans cette
Occasion
AOUST. 1734.
1887
occasion de trois coups de Mousquet , à la tête ,
à l'épaule et aux reins. Il étoit âgé de 47 ans ,
dont il en avoit servi 35. dans le Régiment du
Roy. Antoine de Lamyre , son frère aîné , Sei
gneur , Comte de la Mothe , d'Angest , d'Avenescourt
, &c. Chevalier de S. Louis , Lieutenant
de Roy de la Province de Picardie , a été cy -devant
Capitaine dans le Régiment du Roy, et s'est marié
au mois d'Avril 1705. avec Marie - Anne Marc de
la Ferré , fille de Charles Marc de la Ferté , Seigneur
de Roux , la Salle , Canonville , Conseiller
au Grand- Conseil , et de D. MarieFrançoise
Amiot , et en a un fils , Lieutenant dans le Régiment
du Roy Infanterie , et trois autres Chevaliers
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem . An
toine-Michel de Lamyre de la Mothe , Prédicareur
du Roy , qui prononça le Sermon de la Cêne
devant Sa Majesté le Jendy Saint ro. Avril
1721. est aussi frere du Chevalier de la Mothe-
Lamyre . Ces trois freres ont eu pour Pere et
Mere Gabriël de Lamyre,Seigneur de la Mothe ,
Angest, Avenescourt , Lieutenant et Commandant
pour le Roy dans la Citadelle de Pignerol ,
et Ingénieur en Chef, qui avoit eu la Direction
de plusieurs Sieges , et entr'autres de celui de
Puicerda , et D. Elizabeth Largentier , morte
le 11. Janvier 1695. Leurs Armes sont d'azur à
3. Aigles d'or becquées , membrées , diadêmées de
gueules , les 2. en chef affrontées. Suppotss 2. Aigles
. Cimier 1. Aigle naissant .
Blaise de Chaumejan , Chevalier , Marquis de
Fourille >
Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoises , mourut à Spire le 13. Juillet dernier,
d'une contusion qu'il avoit reçûë six jours auparavant
au Siege de Philisbourg , où un Bouler
de Canon lui renversa un Gabion sur le corps ,
I iiij
étant
1888 MERCURE DE FRANCE
étant commandé aux Travailleurs ; il servoit le
Roy depuis 22. ans dans le Régiment des Gardes
, ou ses Ancêtres ont toujours servi depuis
la création du Régiment. Il étoit fils de Henry
de Chaumejan , Chevalier , Marquis de Fourille
Capitaine au Régiment des Gardes , Brigadier
des Armées du Roy ; et Commandeur de l'Ordre
de $ Louis , mort aveugle en 1720, et de Dame
Marie- Claire Diedeman , fille de J. Diedeman ,
Seigneur de la Rienderie , &c. Grand- Bailly des
Etats de l'Isle , et neveu du Chevalier de Fourille ,
Mestre de Camp General de la Cavalerie , Lieutenant
General des Armées du Roy , tué à la
Bataille de Senef. Toute sa Maison a toujours
servi le Roy avec distinction , et la plupart ont
été tuez à son service,il ne laisse qu'un Frere qui
est Abbé Commandataire de l'Abbaye de S.Vincent
de Senlis .
Pierre le Guerchois , Seigneur de Sainte Colombe
,Lieutenant General des Armées du Roy, et
Chevalier de S. Louis , mourut à Parme le 30.
Juillet de la blessure qu'il avoit reçûe le 29. Juin
précedent au Combat donné sous les murs de
cette Ville. Il étoit dans la 69. année de son àge.
Il avoit d'ahord servi dans le Régiment des Gar
des Françoises , il fut successivement Enseigne
Sous-Lieutenant , Lieutenant en 1693. et enfin
Capitaine en 1694. ensuite il fut fait Colonel du
Régiment de la vieille Marine au mois d'Avril
1702. Brigadier le 10. Février 1704. Maréchal
de Camp le 20.Mars 1709.et Lieutenant General
le 8. Mars 1718. il avoit servi en 1713.aau Siege
de Barcelone, et en 1719.aux Sieges de Fontarabie.
et de S. Sébastien , et après la prise de la Ville
er du Château d'Urgel , le Gouvernement lui en
avoit été donné. Il étoit fils de Pierre le Guerchois
A O UST. 1734. 1889
chois , vivant , Procureur General au Parlement
de Normandie , mort le 10. Février 1692. et de
feüe Barbe de Becdelievre de Hocqueville , et
frere puîné de Pierre- Hector le Guerchois, Conseiller
d'Etat ordinaire , qui a épousé Magdelene
d'Aguesseau, soeur de Henry - François d'Aguesseau
, Chancelier de France.
Renaud-François de Grimbert, Ecuyer , Seigneur
de Hacqueville , Lieutenant d'une Compagnie de
Grenadiers dans le Régiment des Gardes Françoises
, mourut à Spire au commencement de ce
inois de la blessure qu'il avoit reçûë le 29. Juin
dernier à la Prise de l'Ouvrage à corne de Philisbourg
.
Le 10. Août , François - Lazare de Thomassin
de Cabre , Marquis de S Paul , et de Monglats ,
Comte de Reillane , Baron de Rognac , Brigadier
des Armées du Roy du premier Février
1719. Chevalier de S. Louis , cy- devant Colonel
du Régiment de Vermandois , dont il s'étoit démis
au mois d'Août 1733. mourut à Paris , âgé
d'environ 52 ans , sans avoir été marié . Il étoit
fils de Jean - Etienne de Thomassin de Cabre ,
Marquis de S. Paul , ancien Président à Mortier
au Parlement de Provence , et de D. Claire - Cecile-
Eugenie de Clermont de Montglats , sa premiere
femme , fille de François de Paule de Clermont,
Marquis de Monglats , Comte de Chiverny
, Chevalier des Ordres du Roy , et Grand-
Maître de sa Garde- Robbe , et de Cecile- Elizabeth
Hurault de Chiverny. Le Président de Saint
Paul épousa en secondes Nôces en 1706. Anne-
Louise de Rien . fille de Bernard de Rieu , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , et de Claude - Magdeleine
Habert de Montmort , de laquelle il ac
des Enfans.-
I v L
1890 MERCURE DE FRANCE
Le 11. D. Marie-Anne de Klinglin , épouse
d'Eleonor- Marie du Maine , Comte du Bourg ,
Baron de l'Espinasse et de Changy , Seigneur de
la Motte de Nouailly , &c. Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur et
Commandant pour S. M. dans la Province d'Alsace
, avec lequel elle avoit été mariée le 20.
Octobre 1731. mourut à Strasbourg , âgée d'environ
5o. ans. Elle étoit veuve en premieres Nôces
du Baron d'Andlau , Chef et Directeur de la
Noblesse de la Basse - Alsace , dont elle laisse des
Enfans, entr'autres Armand - Gaston- Félix d'And-
Jau , Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , du 28. Avril 1732. et nommé Aumônier
du Roy au mois de Novembre 1733 .
Le 12. D. Jeanne -Louise Melanie Berger
Epouse de Nicolas le Feron , Seigneur d'Orville ,
et de Louvre en Parisis , Conseiller du Roy en
ses Conseils , Président Honoraire aux Enquêtes
du Parlement de Paris , mourut après un an de
maladie de langueur , âgée de 38. ans , laissant
trois enfans encore jeunes , un fils et deux filles.
Elle étoit fille unique de Louis Berger , Receveur
General et Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville
de Paris , et elle avoit été mariée le 11. Juillet
1719.
Le 21. D. Marie- Michelle Fournier , veuve depuis
le 6. Avril 1728. de Simon de la Salle , Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris
, mourut des suites d'une attaque d'Apoplexie
, âgée d'environ 63. ans , ne laissant que des
filles , dont l'aînée Louise- Catherine de la Salle
est veuve depuis le 19. Avril 1728. de Jean-
Antoine Noblet , Seigneur de Romery , Conseiller
au Parlement de Paris..
Le 22. D. Catherine de Thesut , Epouse de
Jean
A OUS T. 1734. 1891
Jean-François -Antoine de Clermont , Marquis
de Montoison , et Seigneur de Vaunauez en Dauphiné
, Baron de Chagny et Seigneur de Chassaigne
en Bourgogne , mourut à Paris , âgée de
37 ans , dans la 17. année de son Mariage. Elle
étoit fille de feu Jean de Thesut , Seigneur de
Ragy et de Simart , ancien Conseiller au Parle
ment de Metz , mort le 17. Août 1713. et de D.
Jeanne- Charlotte de Gevalois.
Le 27. mourut à Paris , âgée d'environ 80.
ans, D. Jeanne- Philippe Bence , Baronne d'Oulins
en Poitou , Dame de Criqueville et du Breuil
en Normandie , fille de feu Adrien Bence , Conseiller-
Secretaire du Roy, Maison , Couronne de
France et de ses Finances, Seigneur , Patron du
Breuil , de Victot , & c. et de Jeanne de Chastillon
, et soeur et unique heritiere de feu Pierre
Bence, Baron d'Oulins , Conseiller au Parlement
de Paris , mort garçon le 6. Août 1723. Elle
étoit veuve depuis le 23. Avril 1719. de Claude
de la Fond , Seigneur de la Ferté , Lazenay , la
Beuvriere, Marquis de Paudy en Berry, Seigneur
des Laisses en Saintonge , &c. Maître des Requêtes
honoraire de l'Hôtel du Roy , cy-devant
Intendant successivement en Franche - Comté , en
Roussillon et Cerdaigne , et en Alsace , et des
Armées du Roy en Allemagne , avec lequel elle
avoit été mariée le 28. Juin 1677. Elle ne laisse
qu'un petit fils, âgé d'environ 14. ans, fils unique
de feu Claude- Adrien de la Fond , Seigneur de la
Ferté , Lazenay , la Beuvriere , Marquis de Paudy,
&c. Maître des Requêtes ordinaires de l'Hôtel
du Roy , mort à 46. ans le 17. Juillet 1726 .
et de D. Marie- Anne- Louise Celeste de la Ri
viere de Mur , sa veuve,
1 v L
1892 MERCURE DE FRANCE
Le 16. Juillet , Dame Marie Elizabeth de Cha
millard , Epouse de Daniel - Marie - Anne de Taleyrand
, Marquis de Taleyrand , Colonel du
Régiment de Saintonge , accoucha à Versailles
d'un fils , qui fut baptisé le même jour et nom.
mé Charles - Daniel.
Dame Laure de Fitz James , Epouse de Joa--
chim Louis de Montaigu , Marquis de Bouzols
Colonel du Régiment de la Ferre , Infanterie
Lieutenant General pour le Roy de la Province
d'Auvergne , accoucha le 18. Août d'un fils , qui‹
fut nommé Joachim- Charles Laure , par François
Duc de Fitz- James , Pair de France , Abbé :
de S. Victor de Paris , et par D. Charlotte Beulkley
, cy-devant Dame d'honneur de la Reine:
d'Angleterre , Epouse de Jacques II. et veuve de
Charles Obrian , Comte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal des Camps et Armées du Roy.
Le 5. de ce mois, le Marquis du Vigean , d'une
ancienne et illusré Maison de Saintonge , épousa
la Dlle de Dreux , fille du Marquis de Dreux ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Grand-
Maître des Ceremonies , Gouverneur des Iles de .
Sainte Marguerite. La Nôce se fit à Paris , chez.
M. le Garde des Sceaux .
****:***********
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 2. Juin , qui ordonne qu'en
A payantpar les
Marsan et des Bastilles , la somme de sept mille
cinq cens livres par chacune année , tant et si
lang- temps que le Dixiéme aura lieu , les biens
ct.
AOUST.
1734.
18921
et revenus situez dans ledit Pays , seront exempts
de la levée de cette imposition.
ARREST de ' Cour du Parlement , qui ordonne
, &c .
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
Que le Livre qu'ils apportent à la Cour leur a
parû exiger l'animadversion publique , qu'il ne
se répand que trop , et qu'on sçait assez combien
il est propre à inspirer le libertinage le plus
dangereux pour la Religion et pour l'ordre de la
societé civile : que c'est ce qui lés a portés à prendre
les conclusions sur lesquelles ils attendent.
qu'il plaise à la Cour faire droit..
Eux retirez :.
Vu le Livre intitulé : Lettres Philofophiques
par M. de V... à Amfterdam , chez E. Lucas ,.
au Livre d'Or , M DCC XXXIV. contenant
vingt-cinq Lettres sur differens sujets , ensemble
les conclusions par écrit du Procureur Géneral
du Roi , la matière sur ce mise en déliberation.
con-
LA COUR a arrêté et ordonné que ledit Livre
sera laceré et brûlé dans la Cour du Palais .
au pied du grand Escalier d'icelui par l'Exécuteur
de la haute Justice , comme scandaleux ,
traire à la Religion , aux bonnes moeurs et au
respect dû aux Puissances ; fait très expresses inhibitions
et défenses à tous Libraires , Imprimeurs
, Colporteurs et à tous autres , de l'imprimer
, vendre , débiter , ou autrement distribuer,
en quelque maniere que ce puisse être ; sous
peine de punition corporelle : Enjoint à tousceux
qui en auroient des Exemplaires , de les remettre
incessamment au Greffe Civil de la Cour
pour
1894 MERCURE DE FRANCE
pour y être supprimez , permet au Procureur
Géneral du Roi de faire informer contre ceux
qui ont composé , imprimé , vendu , débité ou
distribué ledit Livre pardevant Me Louis de Vienne,
Conseiller , pour les témoins qui seroient
dans cette Ville , et pardevant les Lieutenans Criminels
des Bailliages et Sénéchaussées , et autres
Juges des Cas Royaux à la poursuite des Substituts
du Procureur Géneral du Roi esdits Sieges ,
pour les témoins qui se trouveroient esdits lieux;
permet à cet effet au Procureur Général du Roi
d'obtenir et faire publier Monitoire en forme de
droit , pour les informations faites , rapportées
et communiquées au Procureur Géneral du Roi,
être par lui pris telles conclusions , et par la Cour
ordonné ce qu'il appartiendra. Ordonne que copies
collationnées du présent Arrêt seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
, pour y être lû , publié et registré ; enjoint
aux Substituts du Procureur General du Roi d'y
tenir la main , et d'en certifier la Cour dans le
mois. Fait en Parlement le 10. Juin 1734. Signé
DUFRANC .
Et ledit jour 10. Juin 1734. 11 heures du matin
à la levée de la Cour , en exécution du susdit
Arrêt , le Livre y mentionné a été laceré et jetté
au feu par l'Exécuteur de la haute Justice , au
bas du grand Escalier du Palais , en présence de
nous Marie-Dagobert Ysabeau , l'un des trois premiers
& principaux Commis pour la Grand'Chambre
, assisté de deux Huissiers de ladite Cour . Signé
, YS A BEA‹U.
ARREST du 29. Juin , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Royaume de Navarre ,
la somme de 10000. livres par chacune année ,
tant
AOUST. 1734.
1895
tant et si long-tems que le Dixiéme aura lieu ,
les biens et revenus situez dans ledit Royaume
seront exempts de la levée de cette imposition .
AUTRE du même jour , portant exemptionde
ladite imposition du Dixiéme , en payant par
les Habitans des Quatre Vallées , dites Daure ,
Nestes , Barousse et Magnouac , la somme de
3000 livres , &c.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption , en payant par les Consuls de la
Ville de Perpignan , et les Viguiers du Roussillon
, Conflent & Cerdagne , la somme de
70000. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption , en payant par les Habitans du Pays
de Nebousan , la somme de 3750. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption, eu payant par les Consuls de la Ville
de Lectoure la somme de 1000. livres par an.
ORDONNANCE de Police du premier Juillet
, portant défenses à tous Marchands en gros
et en détail , de distribuer aucuns billets pour
annoncer la vente de leurs Marchandises à
peine de 300. livres d'amende , par laquelle il est
dit que quelques Marchands de cette Ville ont
affecté depuis quelque tems de faire répandre
dans le Public des billets en leur nom , pour annoncer
la vente de leurs étoffes et autres Marchandises
, à un prix qu'ils exposent être inferieur
à celui que lesdites Marchandises ont coûsume
d'être vendues par les autres Marchands ;
qu'une
1896 MERCURE DE FRANCE
qu'une pareille contravention , qui est presque
toujours la derniere ressource d'un Négociant
infidele , pour mettre promptement ses effets à
couvert , ne peut être trop severement réprimée ; -
qu'autrement ce seroit donner lieu à toutes les
fraudes que l'interêt et la cupidité peuvent inspirer
; d'où il résulteroit même pour le Public in
grand préjudice , en ce que sous le prétexte de
donner des Marchandises à un vil prix , on ne
lui en vendroit souvent que de défectueuses , & c.
ARREST du24. Juillet , qui ordonne que lá
recette génerale du Dixième du revenu des maisons
de la Ville et Fauxbourgs de Paris , sera
faite par le Sieur Boucot , Receveur de ladite
Ville , et que les Receveurs de la Capitation de
la Ville de Paris , feront dans les differens quar--
tiers de ladite Ville ; le recouvrement du Dixiéme.
AUTRE du 6. Jaillet , qui accorde un- délai
jusqu'au dernier Décembre prochain , pour le
contrôle des Acres de foi et hommage , déclarations
et reconnoissances aux Papiers- Terriers et
autres.
ORDONNANCE du Roi du même jour , qui
regle la forme des Certificats de la Traite des
Negres aux Isles Françoises de l'Amerique.
ARREST du 7. -Juillet , qui ordonne la sup
pression de plusieurs Ecrits , &c. dont voici la
teneur.
LE ROY étant informé qu'après avoir répandu
dans le Public deux Editions differentes de:
Prétendus Actes imprimez sans nom d'Impri
A O UST. 1837
173 4.
1
>
meur, sans privilege , ni permission , dont l'une
a pour titre : Actes et protestations signifiez aux
Religieux qui prétendent composer le Chapitre Géneral
de la Congregation de Saint Maur , par plu,
sieurs députez dudit Chapitre ; et l'autre est intitulé
: Procès-Verbal et déclaration d'appel comme
d'abus , interjetté par les Députez exclus du Cha-
Petre des Religieux de la Congregation de Saint
Maur , tenu en l'Abbaye de Mairmoutier- lès-
Tours
, le 2. Juillet 1733. on y a joint depuis
quelques jours un autre Ecrit sous le nom de
Premiere Lettre d'un Religieux Benedictin de là
Congregation de Saint Maur à un de ses Con
freres , &c. qui est beaucoup plus étendu que les
deux premiers , et qui tend à en justifier les au
teurs ; Sa Majesté auroit jugé à propos de se faire
rendre compte de ces differens Ecrits , et Elle auroit
reconnu qu'ils ont tous également le défaut
de renfermer une contravention manifeste à la
disposition de l'Arrêt rendu par S. M. le 26.
Juillet 173.3 par lequel Elle a expliquè ses intentions
contre ceux qui auroient sollicité , ou
qui solliciteroient des signatures ou associations
des Religieux de la Congregation de Saint Maur,
pour s'opposer aux décrets du Chapitre Géneral
tenu le 2. Juillet précedent ; mais que le dernier
de ces Ecrits , beaucoup plus dangereux que les
deux autres , n'est qu'un tissu de déclamations
violentes et de traits injurieux , soit contre ce
Chapitre , ou contre les Superieurs Géneraux et
Particuliers qu'il a établis , l'unique objet de
P'Auteur étant de faire voir qu'on ne doit ni les
reconnoître , ni leur obéir , même par provision ,
et qu'on ne peut se confesser valablement à ceux
qui , sur le témoignage de ces Superieurs , ont
été
approuvez par les Evêques , que pour soûte
1898 MERCURE DE FRANCE
air de si grands excès , par une révolte déclarée
contre la Constitution Unigenitus , on ne craint
point de dire dans cet Ouvrage , qu'au dernier
Chapitre Géneral de la Congregation de Saint
Maur , on n'a eu en vûë que d'exclure les con
fesseurs de la verité , pour mettre en place les
partisans de l'erreur ; que l'on y comble d'éloges
ceux qui se sont révoltez avec le plus d'éclat cons
tre une Bulle dont l'autorité a été si pleinement
afferuie par le concours des deux Puissances ,
pendant qu'on y parle indignement des Evêques
même qui l'ont reçûë , et des déliberations qu'ils
ont faites pour en appuyer l'exécution ; qu'enfin
on trouve dans le même Ouvrage des maximes
aussi fausses que dangereuses , soit sur les droits
de la Puissance temporelle dans les matieres Ecclesiastiques
, soit sur l'autorité des Evêques ,
qu'on veut faire dépendre du consentement des
peuples , ou du jugement qu'ils portent de leurs
Pasteurs , sous prétexte d'une notorieté qui n'a
jamais été regardée comme une preuve sumisante
dans ce Royaume , ensorte qu'il n'a point paru
de libelle plus capable de répandre le trouble
dans les consciences , d'anéantir toute subordination
et toute discipline dans la Congregation
de San Maur , dè soulever les esprits inquiets
ou mal intentionmez contre le respect dû aur
deux Puissances , et qu'on ne sçait même si l'ignorance
de l'Auteur ne merite pas encore plus
de mépris que sa temerité n'excite d'indignation ;
à quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne que
lesdits trois Ecrits intitulez , l'un , Actes et Protestations
signifiez aux Religieux qui prétendent
composer le Chapitre Géneral de la Congregation
de Saint Maur , par plusieurs Députez dudit Chapitre
AOUS T. 1734. 1859
pitre ; l'autre, Procès-Verbal et Déclaration d'ap
pel comme d'abus , interjetté par les Députez exclus
du Chapitre des Religieux de la Congregation de
Saint Maur , tenu en l'Abbaye de Mairmoutier
lès-Tours le Juillet 2. 1733 et le dernier , Premiere
Lettre d'un Religieux Benedictin de la Congregation
de Saint Maur , à un de ses Confreres ,
c. seront et demeureront supprimez. Enjoint
Sa Majesté à tous ceux qui en ont des Exemplaires
, de les remettre incessamment au Greffe du
Sr Herault Conseiller d'Etat , Lieutenant Géneral
de Police de la Ville de Paris , pour y être
lacerez. Fait défenses à tous Imprimeurs , Libraires
, Colporteurs , ou autres , de quelque état
et condition qu'ils soient , d'en vendre , débiter
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire, Ordonne en outre Sa Majesté queledit
Arrêt du 26. Juillet 1733. sera executé selon
sa forme et teneur ; et en consequence , qu'il
sera informé , ainsi qu'il est porté par ledit Arrêt
, contre ceux qui auroient sollicité , ou qui
solliciteroient des signatures ou associations des-
Religieux de la Congregation de Saint Maur ,
dans la vue de s'opposer aux Décrets dudit Chapitre
Géneral du 2. Juillet 1733. pour les informations
faites et rapportées , y être pourvû ,
ainsi qu'il appartiendra , par Sa Majesté , laquelle
se réserve , conformément audit Arrêt , la connoissance
de toutes les difficultez ou contestations
qui pourroient avoir été formées , ou l'être
à l'avenir , au sujet dudit Chapitre , et de tout
ce qui s'en seroit ensuivi ; Sa Majesté en interdisant
la connoissance à toutes ses Cours et autres
Juges.
AUTRE du 14. Août dont la teneur suit .
Lic:
Foco MERCURE DE FRANCE
Le Roy étant informé que l'on commence à
répandre dans le Public un Ecrit qui a pour ti
tre , Lettre de plusieurs Archevêques et Evêques
an Roy , S. M. qui re peut voir sans indignation
que contre le respecí qui lui est dû , on ose imprimer
et publier sans son aveur , une Lettre qui
lui est adressée , doit encore moins tolerer que
des Evêques qui peuvent chacun en particulier ,
avoir recours à sa protection , lorsqu'ils croyent
devoir la reclamer, entreprennent de s'unir et de
former entr'eux une espece d'association pour
Jai écrire en commun , sans en avoir obtenu la‹
permission , et le Roy est d'autant plus obligé
d'empêcher les suites d'un exemple si contraire
aux loix et aux usages du Royaume , qu'il dévient
encore plus dangereux par le caractere et
le stile si peu mesuré d'une Lettre , od il semble
qu'on ait oublié toutes les preuves éclatantes que
S.M a données de son zele pour la cause de l'Eglise
, com ne si ce zele étoit incompatible avec les
sages précautious qu'Elle prend pour éloigner
tout ce qui ne serviroit qu'à entretenir des disputes
toujours dangereuses , en même-temps que
S. M. fait rendre aux décisions de l'Eglise , l'obéissance
qui leur est dûë , et qu'Elle maintient
lès droits sacrez de l'Episcopat , dont elle ne cescéra
jamais d'être le plus ferme appuy ; à quoi
étant nécessaire de pourvoir , S. Métant en son
Conseil, a ordonné et ordonne que l'Ecrit intitulé
Lettres de plusieurs Archevêques et Evêques au Roy,·
sera et demeurera supprimé. Enjoint à tous ceux
qui en ont des exemplaires . de les remettre inces
samment au Greffe du Conseil , pour y être supgrimez
, &c.
ARREST du 28. Août , dont la tenenr suit .
Le
AOUS T. 1.734. 1961
Le Roy s'étant fait representer un ouvrage
imprimé sans privilege et sans nom d'Imprimeur
, auquel on a donné le nom de Lettre Pastorale
de M l'Evêque de Montpellieradre sée as
Clergé et aux fidelles de son Diocèse , pour laur notifier
un Miracle opere dans son Diocèse par l'intercession
de M. François de Paris , et les prémunir
contre un Bref de N. S. P. le Pape , en date
du trois Octobre mil sept cens trente- trois , et deux
Ecrits de M.l'Archevêque d'Embrun de la mɩme
année. M. DCC. XXXIV . Sa Majesté auroit
reconnu , que cet Ecrit a été dicté par le n.ème
esprit que celuy qui parut l'année derniere , sous
le nom d'Instruction Pastorale de M. l'Eveque de
Montpellier.... au sujet des miracles que Dieufait
enfaveur de la cause des Appellants , et dont le
Roy ordonna la suppression par son Arrée du 25
Avril 1733. Que ce dernier ouvrage , aussi temeraire
que le premier , est peut être encore
plus dangereux , pa le caractere d'emportement
qui y regne,et par la malignité avec laquelle on
s'y éleve de nouveau contre une Constitution si
solemnellement affermie par le concours de deux
Puissances , contre le Chef de l'Eglise , et tous
les Evêques qui lui sont unis , sans épargner ' Eglise
même dont l'état actuel y est representé
avec les couleurs les plus odieuses ; Qu'on y ca
blit des principes capables d'ébranler le seul tondement
solide de la soumission des fideles , p
opposant à l'authorité infaillible de P'Eglise , la
voye extraordinaire des miracles comme
moyen plus sensible pour conduire les simples à la
connoissance de la verité , et plus propre à es
empêcher de se laisser emporter par ce phantome
d'authorité , sous lequel la Bulle Unigenitus se
présentoit, et de prendre , pour l'authorité , l'abus
un
da
TCO2 MFR CURE DE FRANCE
, pour
de l'authorité Qu'enfin , par des déclamations
vehementes , ou par des conjectures arbitraires ,
et toûjours annoncées d'un ton prophetique , on
cherche dans cet ouvrage à allarmer les fidelles ,
sur les pertes ou les retranchements , dont on
veut faire entendre que l'Eglise est menacée ; et
il semble qu'on n'y ait en vue , que d'inspirer
aux Peuples un esprit de défiance , ou de mépris
pour leurs Pasteurs , et de révolte contre l'autherité
légitime : A quoi étant necessaire de pourvoir
, affermir la soumission et la paix que
Je Roy veut entretenir dans son Royaume , enéloignant
tout ce qui seroit capable de l'alterer;
Sa Majesté étant en son Conseil , a ordonnéer
ordonne , que ledit ouvrage intitulé , Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Montpellier , adressée au
Clergé et aux fidelles de son Diocèse , pour
leur notifier
un miracle operé dans son Diocèse par l'intercession
de M. François de Paris , et les prémunir
contre un Bref de N. S. P. le Pape , en date du
trois Octobre mil sept cens trente- trois ; et deux
Ecrits de M. l'Archevêque d'Embrun , de la même
année M. DCC. XXXIV . sera et demeurera
supprimé , comme contraire au respect dû à l'Eglise
et au Roy, tendant à émouvoir les esprits ,
et à troubler la tranquillité publique. Enjoint à
tous ceux qui en ont des éxemplaires , de les remettre
incessamment au Greffe du Conseil , pour
y être supprimez et lacerez &c.
AVIS.
On prie M M. les Majors et autres Officiers
qui donnent avis des Actions qui méritent d'être
publiées , et des Evenemens remarquables qui se
passent dans nos Armées , ainsi que des Morts
et
, de vouloir bien écrire les noms proples
is lement , et n'omettre aucune circonscans
its Relations de consequence.
TABLE
s Fugitives. Epitaphe du Maréchal de
Villars ,
1698
A publique de l'Académie de Chirurgie ,
1692
7108 MAV . lesse, Cantate
Lettre sur un nouvel Ouvrage du Marquis Maf-
1714 fei ,
La Justice divine est présente à toutes nos actions
, Pseaume 93.
1171
Réponse aux Lettres au sujet des Refléxions sur
la Poësie , & c.
A Iris , Poeme ,
Lettres sur les Influences de la Lune ,
1724
1734
1738 Le Chien fidelle , Sujet tiré du Grec , 1747
Lettre à l'Auteur de la nouvelle Méthode pour trouver les xiv des nouv. Lunes Pascales, 1748
Eloge du Maréchal de Villars ,
Lettre au sujet du Bureau Typographique
, ibid. Epitaphe Latine du Marechal
de Berwick , 1766 Remarques
au sujet de l'Histoire des anciens
1760
Comtes de Provence ,
Au Roy , Vers ,
Lettre sur les Médailles Romaines ,
Idyle ,
1767
1773
1074
1781
Lettre au sujet des Remarques sur l'Ortographe ,
1783
L'Asne et les Chardons , Fable, 1791
Lettre sur l'Horlogerie , 1793
Enigmes et Lo ogryphes, 1799
Nouvelles Litteraires , &c.
1803
Bibliotheque Raisonnée ,
Inscriptions anciennes ,
Avantures de Telemaque ,
Journal Litteraire , &c .
Memoires de l'Académie de Boulogne ,
Ouvrage concernant la Ville de Troye ,
Nouvelles Estampes ,
1801
1807
1813
1815
1816
1819
1826
Médailles du Roy gravées en taille - douce , 1827
Air noté sur la Prise de Philisbourg ,
Spectacles. Les Fêtes Nouvelles , Balet ,
1828
1829
1842
Nouvelles Etrangeres de Russie.et Pologne, 1847
Tragédie d'Hermenigilde et Balet , &c.
D Dannemarck , Allemagne et Italie ,
1852
De Naples ,
1853
Siege et Prise de Gaëtte ,
1854
Inscription Latine posée à Bironte ,
1855
D'Espagne et Grande- Bretagne , ibid.
D'Angleterre ,
1856
Description historique de Philisbourg ,
ibid.
Armée d'Allemagne ,
1859
Lettre du Roy au Maréchal d’Asfeld , 1860
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
1865
Armée d'Italie ,
1869
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
ibid.
France, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c. 1871
Promotion d'Officiers Generaux ,
1877
Régimens donnez , 1884
Pensions accordées ,
188f1
Morts , Naissances et Mariages ,
1886
Arrêts notables ,
1872
9 . P.1.
Errata de Fuillet.
ser. P. 1778. l . 9. Livre , l. Livie . P. 1851.
L. 3o . avoit , l. avoient.
La Médaillegravée doit regarder la page 1827
L'Air noté la page
1818
VERITAS
OF THE
UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
SPLURIOUS UNUM
TUEBOR
SI
QUERISPENINSULAM
AMOENAM
CIRCUMSPIC
MERCURE
DE FRANCE
, AY
DÉDIÉ
AV ROT
JUILLET . 1734.
Papil
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER.
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy
A VIS.
540.6
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
1558 Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com-
1734 modité voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
コット
Aug
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
B ↑
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT
JUILLET.
PIECES
1734.
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
ODE SA
CREE ,
Tirée du Pseaume XIX . Exaudiat
te Dominus.
U'en ces tristes jours où la guerre ,
Répand le deuil et la terreur ,
Le Dieu qui lance le
Tonnerre
Daigne
s'armer en ta faveur.
Que ce Dieu
qu'Israël revére ,
De son auguste Sanctuaire
Exauce tes voeux et tes cris ;
A ij Qu'il
1472 MERCURE DE FRANCE
Qu'il accepte ton Sacrifice ;
Et sous les traits de sa Justice ,
Qu'il terrasse tes Ennemis .
Qu'à ton gré sa toute-puissance
Fasse réussir tes projets ,
Qu'il prenne soin de ta vengeance ;
Qu'il couronne tous tes souhaits :
Alors célebrant ta victoire ,
Nous n'en rapporterons la gloire
Qu'à son invincible secours ;
Déja pleins de reconnoissance ,
Rendons graces à sa Providence ;
Seurs qu'il te benira. toûjours .
Il exaucera ta priere ,
Et sa droite , du haut des Cieux ;
Sans cesse sçaura te soustraire
Aux traits de ces audacieux ;
Ils reconnoîtront , pleins d'allarmes ,
Qu'en leurs Chars , leurs Chevaux , leurs Armes¿
Ils se sont en vain confiez ;
Et sous le poids de sa vengeance ,
Ce Dieu , notre unique esperance ,
Les fera tomber à nos pieds.
Exauce- nous dans ta clémence ,
Dien
JUILET.
1473 1734
Dieu de Sion , et dans ce temps ,
Daigne signaler ta puissance
En faveur de nos Combatans ,
Veille , Seigneur , à la deffense
D'un Prince qui dès son enfance
Fut ton fidelle adorateur ;
Conserve sa gloire et sa vie ,
Contre ceux qu'une noire envie
Árme pour un usurpateur.
M. de Sainte Palaye , de Montfort- Lamaury.
SUITE du Discours sur l'état des Sciences
dans l'étendue de la Monarchie Fran-
§oise , sous Charlemagne .
L
A Théologie fut de toutes les Sciences
celle que l'on cultiva davantage
et celle où l'on fit le plus de progrès;
cependant toute la Théologie de nos
François , au temps dont nous parlons ,
consistoit dans une idée superficielle et
assez confuse , des principaux dogmes
de la Religion , on se contentoit de croire
sans trop approfondir et peut être sans
beaucoup sçavoir pourquoi. Les disputes
des Grecs sur le culte des saintes Images
, et l'erreur de Félix d'Urgel , furent
A iij
le
7474 MERCURE DE FRANCE
qui
par une
le prétexte dont se servit le Prince pour
réveiller le zele des Prélats et pour les
exciter à l'étude des saintes Lettres. On
composa par son ordre et sous ses yeux,
les Livres qui portent son auguste nom.
Ces Livres servirent de regle à la Décision
qui se fit à Francfort , où
erreur de fait , on condamna la Décision
du second Concile de Nicée. C'étoit le
premier Ouvrage de controverse qui fût
sorti depuis long- temps de la plume de
nos François ; le goût et le génie de ce
siecle se développent tout entiers dans
ce Chef- d'oeuvre . On y voit une érudition
mal dirigée , soutenue de déclamations
indécentes et assaisonnées de traits
piquants ; le style en est dur , les raisonnemens
sans justesse , sans précision , sans
solidité. C'est encore beaucoup pour des
hommes livrez à eux- mêmes et qui n'avoient
aucun usage de la Controverse ,
d'avoir pû composer un Livre , où il y
a quelque érudition et quelque connoissance
de l'Antiquité . Ces genereux efforts
auroient , sans doute , été suivis d'un
heureux succès , si l'on avoit pû profiter
alors des lumieres d'Alcuin ; mais ce sçavant
homme n'étoit pas en France *
quand on entreprit cet Ouvrage ..
* Alcuin s'étant rendu en France vers l'an 781 .
Il
JUILLET. 1734 1475
Il y reparut bien- tôt , et la Théologie
pauvre et défigurée , commença dès- lors
à s'enrichir , en prenant une forme nouvelle
. La Dialectique , appuyée sur des
principes incontestables , avoit parû dangereuse
aux premiers Peres de l'Eglise ,
qui ne pensoient pas qu'une Religion ,
fondée sur la Foy , pût être soumise aux
regles du raisonnement. Il y a grande
apparence qu'ils n'en condamnoient que
l'abus et non la justesse et la solidité.
Quoiqu'il en soit , l'exemple d'Alcuin
anima nos François à l'étudier ; lui- même
leur en apprit les regles et la pratique ,
et bien- tôt on la vit s'emparer de la Théologie
, mais , tant il est difficile à l'homme
de s'arrêter au point juste où consiste
la perfection , en lui communiquant
une partie de ce qu'elle a de solide er
de méthodique ! elle contribua beaucoup
à l'embarasser de vaines subtilitez qui
porterent le trouble dans les esprits et
la confusion dans la Foy . Ce fut , comme
on sçait , parmi les Disciples d'Alfut
obligé de s'en retourner en Angleterre l'an 789▪
d'où il ne revint en France que l'an 792. pour
combattre l'erreur de Félix d'Urgel , comme le dit
son Evêque , en lui permettant de le quitter ; il se
retira à Tours ers l'an 797. il y mourut l'an 804.
le jour de la Pentecôte qui tomboit cette année- là
le 18. May,
A iiij
cuin
1476 MERCURE DE FRANCE
cuin , que s'éleverent ces grandes disputes
sur la prédestination , sur l'Eucharistic
, et sur la maniere dont la Vierge
mit au monde le Sauveur . La subtilité
plus féconde que la raison , inonda le
Public d'un nombre considerable d'Ouvrages
qui ne firent que répandre de
nouvelles tenebres sur les points contestez
le pour et le contre également
revétus des apparences de la verité, remportoient
tour- à- tour la victoire. N'en
soyons pas surpris ; le raisonnement humain
ne peut rien produite de solide ,
s'il n'est appuyé sur des principes sûrs
et évidens. Le vrai , le seul vrai peut
contenter , et en matiere de Religion ,
il n'est rien de vrai que ce qui nous
est proposé comme tel par l'Eglise . Il
est inutile d'entrer ici dans la discussion
de tous les Ouvrages de Théologie
qui furent les fruits des travaux d'Alcuin
et de ceux de ses Dissiples ; il suffit de
dire que sous les deux Regnes qui suivirent
celui de Charlemagne , on vit plus
paroître d'Ecrivains que l'on n'en avoit
vû dans toute la France depuis l'établissement
de la Monarchie ; on subtilisa
beaucoup sur le Dogme et sur la Discipline
; quelques-uns réussirent assez ;
mais aucun n'excella ; le goût étoit corrompu
1
JUILLET. 1734 1477
rompu et personne n'étoit en état de le
réformer .
Il n'en fut pas de la Physique comme
de la Théologie , elle étoit encore plus
négligée , mais elle ne fit pas des progrès
aussi considerables. Il auroit fallu
pour y former des Eleves , que les nouveaux
Maîtres fussent plus versez qu'ils
n'étoient dans les secrets de la Nature ,
et la belle Nature avoit alors disgracié ,
non- seulement la France , mais le Monde
entier. Nos François n'avoient pas
assez de pénetration pour faire d'euxmêmes
ces recherches curieuses qui contribuent
si fort aux besoins et à l'agrément
de la vie ; ils se contentoient de
suivre la Nature , ils en ressentojent les
effets , sans en connoître les causes ; incultes
et grossiers , ils ne pouvoient sonder
ces abîmes impénetrables à toute l'intelligence
humaine , mais ils avoient au
moins assez de jugement pour ne pas
forger des systêmes bizares , qui ne servent
, pour la plupart , qu'à jetter des
tenebres sur les connoissances les plus
claires.
De toutes les parties que renferme la
Physique , je ne vois que la Médecine
et l'Astronomie auxquelles on se soit
appliqué . Charlemagne , par un Capita-
A v laire
1478 MERCURE DE FRANCE
laire fait à Thionville l'an 805. recom
mande l'étude de la Médecine , dont jusqu'alors
il n'avoit pas été fait mention ;
il ne nous reste aucun monument par
où nous puissions juger du progrès que
fit cette Science. On cultiva davantage
l'Astronomie ,elle étoit du goût du Prince ,
selon son Historien . Alcuin lui en enseigna
d'abord les principes ; il se fit ensuite
un plaisir de consempler les Astres ,
de suivre leur cours et de raisonner sur
les Eclipses . Dungale , Moine de S. Denis
, lui ( a) adressa , par forme de Lettre,
un petit Traité qu'il avoit composé sur
ce Phénomene , il en explique la nature
et les causes d'une maniere assez solide
pour ces temps - là. Nous avons encore
un Auteur ( ) contemporain , qui paroît
avoit été versé dans l'Astronomie
c'est l'Anonime qui a écrit les Annales.
des trois premiers Rois de la seconde Race
; cet Ecrivain fait mention de quatre
Eclipses qui arriverent , à ce qu'il dit ,
l'an 867. dont trois furent de Lune et
la quatriéme de Soleil . Il ajoute aussi
que Jupiter fut caché par la Lune ; il
assigne les Lieux Celestes où elles arriverent
, il parle de leur durée et de leur
(a) Spicil. d'Ach. Tome X,
(b) Annal. Laurensh.
grandeur ,
16
JUILLET. 1734. T479
grandeur , il dit enfin que Mercure parut
pendant huit jours , au moins, dans le
Disque du Soleil , comme une tache noire.
N'auroit- on pas pris pour Mercure un
de ces corps opaques qui volent dans les
Airs , et qui venant quelquefois à s'enflimmer
, brillent à nos yeux sous le
nom de Cométes. Je laisse la décision.
de ce fait à ces hommes occupez à suivre
le cours des Astres, et je dis que tout
ce que nos François connurent de l'Astronomie
étoit renfermé dans le sensible
et dans le mécanique ; ils n'avoient
pas l'esprit assez perçint , ni assez profond
pour creuser dans les principes abstraits
de la Géométrie , les sçavans Ouvrages
des Grecs qui ont traité cette matiere
, ne leur étoient pas connus ; Alcuin
lui- même n'en sçavoit que la pratique.
Ce même Alcuin cependant se flatoit
dans une Lettre ( a) adressée à Charlemagne
, de faire sous ses auspices revivre
Pancienne Athénes dans la France ; pro
messe magnifique , mais dont l'execu
tion ne dépendoit pas seulement de la
volonté des hommes , il auroit fallu que
le Ciel eût regardé la France d'un oeil favorable
et qu'il y répandît ce Génie heu-
(a) Epist. X.
A vj
reux
1485 MERCURE DE FRANCE
"
reux , et ce goût exquis dont il l'a
gratifiée depuis près d'un siecle , ou du
moins que les Maîtres enrichis de ces
dons précieux fussent en état d'en faire
part à leurs Eleves ; par malheur le Ciel
étoit , pour ainsi dire , de bronze , et les
Maîtres n'avoient d'autre avantage sur
leurs Disciples , que ce qu'ils avoient acquis
par un travail opiniâtre ; on ne laissa
pas de faire des tentatives , on tâcha
de suppléer par le secours de l'Art à ce
qui manquoit du côté de la Nature ; on
travailla beaucoup ; mais quand le fond
est mauvais et que l'Art est lui - même
imparfait , peut- on rien produire d'excellent
et d'accompli ? C'est ce qui va
paroître beaucoup mieux encore dans ce
qui me reste à dire du progrès que firent
les Belles Lettres.
Les Belles Lettres sont , pour ainsi parler,
le plus brillant appanage de l'esprit
humain , elles le polissent , elles l'élevent
et le remplissent des idées les plus gracieuses.
Parmi les connoissances que l'on
comprend sous ce nom , la Poësie mérite
sans contredit le premier rang , soit par
la noblesse de son origine , soit par la
multitude des graces qu'elle réüinit , soit
pour les rares talens qu'elle exige . Il y
avoit déja plusieurs siècles que le génie
poëtique
JUILLET. 1734 1481
poëtique avoit disparu , avec les délicatesses
, les agrémens , le feu , la majesté
de la Poësie ; on se contentoit des regles
de la versification , et l'on croyoit faire
beaucoup que d'entrelasser certains nombres
de syllabes pour en tirer une mesure
cadencée. Alcuin et Théodulphe les deux
plus habiles Maîtres qui fussent alors dans
ce genre d'écrire, en apprirent les regles
à nos François ; mais ils ne purent leur
donner cette cadence harmonieuse qui
fait l'agrément de la versification , ils ne
la connoissoient pas eux-mêmes , et leurs
oreilles n'étoient pas assez délicates pour
sentir les beautez d'un style nombreux
et poli.
Théodulphe plein de feu et d'imagination
réussit beaucoup mieux qu'Alcuin ;
moins dur et plus châtié , il composa
plusieurs Piéces en Vers , où l'on ne laisse
pas de remarquer de la verve et quelques
beaux traits ; ses ouvrages sur les matieres
Ecclesiastiques le font regarder avec raison
comme un des plus sçavans hommes
de son tems. Charlemagne qui se connossoit
en mérite l'avoit fait venir d'Italie
pour éclairer la France l'an 781. il lui
confia le Gouvernement de l'Eglise d'Orleans
, et le chargea du soin d'y rétablir
des Sciences ; Théodulphe pour répondre
1482 MERCURE DE FRANCE
*
dre à l'attente de ce Prince établit differentes
Ecoles non seulement dans sa Ville
Episcopale , mais encore à S. Benoît sur
Loire dont il avoit été Abbé , à S. Lifart,
et dans quelques autres Monasteres ; je
n'entre pas ici dans les causes ni dans les
suites de sa disgrace ; j'ajouterai seulement
avec ( a ) Loup de Ferrieres qu'il comdans
son exil cet espece de Cantique
que l'Eglise chante le jour des Rameaux ,
pour célebrer l'Entrée triomphante du
Sauveur dans Jerusalem , et que cette ( b )
Piéce lui valut la liberté ? Quel progrès
nos François encore plus grossiers pouvoient-
ils faire sous de tels Maîtres ?
posa
L'Eloquence n'eut pas un sort beaucoup
meilleur . Cet Art admirable de
peindre , de toucher et de convaincre
n'étoit d'aucun usage parmi des hommes ,
qui ne songcoient qu'à se faire craindre
et à subjuguer par la force des armes.
L'Eloquence aussi bien que la Poësie demande
un génie vif , aisé , sublime et
poli ; mais , dit l'Orateur Romain , la
nature qui peut faire scule des Poëtes ne
sçauroit former un homme éloquent ; il
faut l'art seconde la nature , et qu'il
en dirige les belles dispositions. Or au
que
( a ) Lup . Ferr. Epist . 20.
(b ) Gloria laus et boner s.
tems
9
JUILLET . 1734. 1483
tems de Charlemagne on manquoit de
génie et de secours ; Alcuin le plus Sçavant
qui fut alors , ignoroit aussi bien
que les autres Maîtres ce secret merveilfeux
d'orner un discours par le mélange
des images qui élevent l'esprit d'un Lecteur
, et qui le soutiennent par la varieté
des objets qu'elles lui présentent ;personne
ne s'étoit étudié à connoître le coeur humain
, pour y exciter à propos divers
mouvemens qui le fissent entrer dans
des passions dont il ne ressentoit que le
plaisir ; ils ne sçavoient ni allier la force
avec la délicatesse , ni concilier la politesse
avec la sublimité ; ils ignoroient
non seulement les finesses de leur Art :
mais ils n'étoient pas même fort versés
dans les préceptes excellens
, que les
premiers Maîtres nous ont laissez` ; tout
leur sçavoir consistoit dans la connoissance
de certaines regles d'une Réthorique
plus capable d'étouffer l'Eloquence
que d'y former des Eleves ; faut- il done
être surpris si malgré tous leurs soins on
continua de mal écrire ils n'avoient pû
former le gout de l'Eloquence , et l'Eloquence
est le nerf et l'ame de la belle
diction .
}
L'Histoire eut un succès un peu plus
considérable ; c'est dans ce genre d'écrire
qu'un
1484 MERCURE DE FRANCE
qu'un Auteur traçant avec des couleurs
simples et naturelles certains faits qu'il
rend vraisemblables et interessans , déploye
son propre génie , son gout et celui
de son siécle . Pour y exceller comme
ont fait Tucidide , Titelive et Saluste , il
faut réunir les talens les plus beaux avec
les connoissances les plus solides ; cependant
on peut y réussir à moins de frais ;
il ne faut , pour écrire une Histoire qui
se fasse lire avec plaisir , que du choix
et de la fidelité dans les faits , de la clarté
dans la narration , de l'élegance dans
le style. On ne doit pas s'attendre à
trouver au siécle de Charlemagne d'excellens
Historiens , de ces grands Peintres
qui travaillant d'après la nature , ont sçu
animer leurs portraits , et rendre leurs
narrations utiles et agréables ; il n'en est
même aucun qui approche des bonsHistoriens
de ces derniers siécles . Alcuin , Eginard,
et l'Anonime que j'ai déja cité , sont
les seuls qui se distinguerent alors.Alcain
nous a laissé quelques Histoires pieuses
composées avec plus de simplicité que de
choix , il est dans ce genre d'écrire aussi
dur et plus rampant que dans ses Ouvrages
Théologiques ; il est par tout reconnoissable
.
Eginard , François de naissance , Sécretaire
JUILLET. 1734. 1485
taire d'Etat , et favori de Charlemagne
écrivit la vie ou plutôt le Panégirique de
son Maître; c'est le premier Ecrivain que
la France ait produit depuis le rétablissement
des Lettres , et celui qui seul pourroit
nous servir de preuve de la tirannie ,
du mauvais gout qui regnoit alors , et du
peu de disposition que l'on avoit pour
exceller dans les Sciences ; on ne peut
nier qu'il n'eut un esprit aisé , vif , éloquent
, capable des plus grandes choses ;
cependant ce bel esprit cultivé par Alcuin,
sous les yeux et dans la familiarité du
Prince le plus éclairé de son siécle , secondé
de la lecture de Ciceron , ne put
s'élever jusqu'au rang des bons Historiens
; son style moins dur que celui de
son Maître est dénué de graces et d'élegance
, les fleurs dont il est embelli ne
sont ni choisies ni naturelles ; il y a dans .
sa maniere de penser plus de force que
de noblesse ; les louanges excessives dont
il charge son Héros pourroient en faire
soupçonner la fidelite , si tout ne devenoit
vrai semblable dans un Prince qui
étoit une espece de prodige.
Pour ce qui est de l'Annaliste , Astronome,
Moine de Lauresheim , il n'a pour
tout mérite qu'un certain air de candeur,
qui répand sur ce qu'il raconte beaucoup
de
1486 MERCURE DE FRANCE
de vraisemblance : mais sec , rampant et
décharné,il paroît avoir entrepris d'écrire
une Gazette plutôt que de composer une
Histoire. C'est sans fondement que quelques
Ecrivains ( a ) l'ont confondu avec
Eginard , attribuant ses Annales à l'Auteur
de la vie de Charlemagne . Quand
ils ne se contrediroient pas en plusieurs
points , la seule diversité de style prouve
évide nient que les deux Ouvrages
partent de deux plum's differentes .
Je ne m'arrê e pas à Paul Diacre le plus
célebre Hi torien qui fut alors en Europe;
conne il n'étoit pas né sujet de Charlemagne
, et qu'il ne fit pas un long sé-
( a ) Tritheme du Chesne &c.
C.
Eginard dit au commencement de son
Histoire , que Childeric fut déposé par l'ordre du
Pape Etienne ; Ju ; Jussu Stephani Romani Pontificis
depositus. Et l'Analiste dit sous l'an 749. que
l'on envoya Burchar , Evêque de Virsbourg et Foliard
, Pretre à Rome , consulter le Pape Zacharie ,
et il ajoute que ce même Pontife répondit qu'il valoit
mieux donner le nom de Roy à celui qui en
avoit toute l'autorité. Prædictus Pontifex mandavit
melius esse illum vocari Regem apud quem
summa potestatis consisteret , dataque autoritate
sua jussà Pipinum Regem constitui . 2 ° . Eginard
dit que toutes les Eclipses , que l'Analiste met
en une seule année , arriverent pendant l'espace de
trois années consécutives avant la mort de Charlemagne
; je pourrois rapporter plusieurs autres traits
semblables.
jour
JUILLET. 1734: 1487
jour en France , je ne crois pas le pouvoir
placer parmi les Ecrivains François : mais
je ne sçaurois me dispenser de dire un
mot de l'Histoire qui porte le nom de
l'Archevêque Turpin . Ce n'est autre chose
qu'un miserable tissu de fictions , d'Anacronismes
et de traits ridicules, indignes
des dernieres années de Charlemagne. Je
ne puis comprendre comment Trithême
a pû louer cet Ouvrage pour la beauté
de son Style. Scripsit eleganter gesta Caroli
Magni. Je ne sçai pas non - plus sur
quel fondement il trouve qu'Eginard ait
excellé tant en Vers qu'en Prose. Tam
metro , quam Prosâ excellens. Sa Prose peut
nous faire juger de ses Vers qui ne sont
point parvenus jusqu'à nous . Des éloges
si peu mesurez , ne font pas beaucoup
d'honneur au goût de ce Critique , d'ailleurs
assez judicieux .
Pour juger sainement du mérite des
Auteurs , il ne suffit pas de les contempler
dans le siecle où ils ont vécu ; il
faut sur tout les rapprocher du centre
de perfection où ils devoient atteindre
pour exceller, il faut jusques dans le mérite,
distinguer divers degrez d'excellence
et de bonté. Par le deffaut de ce discernement
Tite- Live se trouve dans le
Temple de la Gloire confondu avec Turpin
,
1488 MERCURE DE FRANCE
pin , Virgile avec Valafoide et nos faiseurs
de Chansons prendont impunément
le pas sur Horace et sur Pindare . Plaçons
à part sur des Trônes élevez ces grands
Maîtres du Monde , ces génies sublimes
qui ont inventé les Sciences , ou qui les
ont portées au plus haut degré de perfection
; rangeons ensuite à quelque distance
un nombre choisi d'anciens et de
modernes qui ont brillé par la beauté
de leur génie ou par l'étendue de leurs
connoissances , et confondons dans la
foule tout ce qui n'a pû s'élever au - dessus
du médiocre .
la
S'il en étoit absolument de l'état des
Sciences comme de celui des Empires ,
je ne ferois pas difficulté de placer les
Ecrivains qui ont parû sous Charlemagne
dans les postes les plus honora
bles , jamais la France ne fut plus puissante
; mais le Ciel qui répand assez souvent
parmi les hommes le courage ,
prudence et le génie , qui font les Héros
guerriers , est beaucoup plus avare quand
il s'agit de communiquer cette sublimité
, ce que je ne sçais quoi qui fait les excellens
Ecrivains. Or la France étoit entierement
disgraciée du côté de l'esprit ;
je dis plus , et suivant mon systême , j'ajoûte
que les circonstances étoient si tristes
JUILLET. 1734 1489
que
tes , que personne ne pût s'élever audessus
du médiocre ; pourquoi ? Parce
l'on n'avoit ni le goût ni le génie
des belles Lettres , et que l'on ignoroit
les regles de la bonne Critique. Les Belles
- Lettres auroient adouci le genie de
la Nation trop féroce encore , et la critique
l'auroit formé à l'amour du solide
er du vray. C'est , à mon avis , par où
il auroit fallu commencer à rétablir les
Sciences , elles auroient eu , sans doute , un
succès beaucoup plus considerable , et
le siecle suivant ne les auroit pas vû retomber
dans l'oubli d'où l'on venoit de
les tirer.
C'est aussi , comme on le sçait , à
quoi l'on s'attacha , sur tout au temps
de François Premier , le veritable Restaurateur
des Sciences dans ce Royaume;
alors les Belles- Lettres et la Critique se
réunirent pour leur préparer les voyes
à la perfection , où depuis elles sont arrivées
, et nous avons tout lieu d'esperer
qu'elles s'y maintiendront à 1 faveur des
Académies sçavantes , établies pour fixer
leur sort et pour leur donner , s'il est
possible , un lustre nouveau .
PSEAUME .
1490 MERCURE DE FRANCE
***************
PSEAUME LXXII.
Inquiétudes de l'ame sur les voyes de la
Providence .
QueUe la simplicité d'une vertu paisible ,
Est sûre d'être heureuse en suivant le Seigneur !
Dessillez- vous, mes yeux , console - toi, mon coeur,
Les voiles sont levez ; sa conduite est visible
Sur le Juste et sur le Pécheur.
Pardonne , Dieu puissant , pardonne à ma foiblesse.
A l'aspect de mechants confus , épouvanté ,
Le trouble m'a saisi , mes pas ont hésité ;
Mon zele m'a trahi , Seigneur , je le confesse
En voyant leur prosperité.
Cette Mer d'abondance , où leur ame se noye ,
Ne craint ni les écueils, ni les vents rigoureux ;
Ils ne partagent point nos fleaux douloureux ,
Ils marchent sur les fleurs, ils nagent dans la joye,
Le sort n'ose changer pour eux .
Voila donc d'où leur vient cette audace intrepide ,
Qui n'a jamais connu craintes ni repentirs ;
Enveloppez d'orgueuil , engraissez de plaisirs ,
Enyvrez
JUILLET.
1734. 149Y
nyvrezde bonheur, ilsne prennent pour guides,
Que leurs plus insensez désirs .
Leur bouche ne vomit qu'injure et que blasphême
Et leur Cour ne nourrit que projets vicieux ;
Ils affrontent la terre , ils attaquent les Cieux :
Et n'élevent leurs voix que pour vanter eux,
mêmes
Leurs forfaits les plus odieux.
Delà , je l'avoueray , naissoit ma défiance :
>>Si sur tous les Mortels Dieu tient les yeux -ou-
33
verts ,
Disois-je , pourquoi donc épargner ces pervers?
Oui, s'il ne les voit pas, comment peut sa Science
» Embrasser tout cet Univers ?
ور
Tandis qu'un Peuple entier les suit et les adore,
» Prêt à sacrifier ses jours mêmes aux leurs ,
» Accablé de mépris , consumé de douleur ,
»Je n'ouvre plus mes yeux aux rayons de l'Au
rore ,
30
Que pour faire place à mes pleurs.
» Ah! c'est donc vainement qu'à ces ames parjures
» J'ai toujours refusé l'encens que je te doi ;
» C'est donc en vain , Seigneur , que m'attachant
à toi ,
ן כ
Je n'ai jamais lavé mes mains simples et pures,
Qu'avec ceux qui suivent ta Loy.
C'étoit
1492 MERCURE DE FRANCE
C'étoit en ces discours que s'éxhalloit ma plainte;
Mais, ô coupable erreur, ô transports indiscrets !
Quand je parlois ainsi j'ignorois tes secrets ,
J'offensois tes Elus , et je portois atteinte
A l'équité de tes decrets .
Je croyois penetrer tes Jugemens augustes ;
Mais , grand Dieu , mes efforts ont toujours été
vains ,
Jusqu'à ce qu'éclairé du flambeau de tes Saints .
J'ai reconnu la fin qu'à ces hommes injustes
Réservent tes puissantes mains,
J'ai vu que leurs honneurs , leur gloire , leur
richesse ,
Ne sont que des filets tendus à leur orgueil ;
Que le Port n'est pour eux qu'un veritable écueil
Et que ces lits pompeux où s'endort leur mo¬
lesse ,
Ne couvrent qu'un affreux cercueil.
Comment tant de grandeur s'est - elle évanouie
Qu'est devenu l'éclat de ce vaste appareil ♪
Quoi? leur clarté s'éteint aux rayons du Soleil ! ;
Dans un sommeil profond ils passerent leur vie ,
Et la Mort a fait leur réveil .
Que j'étois insensé de ne pas voir leur chute ,
Dans l'abus criminel de tes dons tout- puissants !
De
JUILLET . 1493 1734.
De ma foible raison j'écoutois les accens ,
Et ma raison n'étoit que l'instinct d'une brute,
Qui ne juge que par les sens.
Cependant , & mon Dieu , soutenu de la grace ,
Conduit par ta lumiere , appuyé sur ton bras ,
Jay conservé ma foy dans ces rudes combats ,
Mes pieds ont chancelé , mais enfin de ta trace
Je n'ai point écarté mes pas.
Puis- je assez éxalter l'adorable clémence
Du Dieu qui m'a sauvé d'un si mortel danger ?
Sa main contre moi - même a sçû me proteger ;
Etson divin amour m'offre un bonheur immense,
Pour un mal foible et passager.
Que me reste -t'il donc à chérir sur la Terre ?
Et qu'ay-je à desirer au céleste séjour ?
La nuit qui me couvroit cede aux clartéez du jour;
Mon esprit, ni mes sens ne me font plus la guerre,
Tout est absorbé par l'amour.
Car enfin je le vois , le bras de sa justice ,
Quoique lent à frapper , se tient toujours levé;
Sur ces hommes charnels dont l'esprit dépravé
Ose à de faux objets offrir le Sacrifice ,
D'un coeur pour lui seul réservé .
B Laissons
"
1494 MERCURE DE FRANCE
Laissons les s'abîmer sous leurs propres ruines ,
Ne plaçons qu'en Dieu seul nos voeux et notte
espoir ;
Faisons nous de l'aimer un éternel devoir ,
Et publions par tout les merveilles divines
De son infaillible pouvoir.
のの
LETTRE de M. Frezier , Ingénieur
en Chef de Landau , à M. D. L. R.
touchant les Observations deM. le Blanc,
sur le gout de
l'Architecture des Egli
ses anciennes et nouvelles.
MONSTE ONSIEUR ,
;
L'Extrait que vous avez fait dans un
de vos Mercures du petit Ouvrage de
M. le Blanc , sur le gout de l'Architec
ture des Eglises anciennes et nouvelles
à excité ma curiosité ; je l'ai fait venir de
Paris et l'ai lû avec plaisir , bien fâché
qu'il ne fût que l'occupation d'un quart
d'heure , parce que l'Auteur y traite
cette matiere avec esprit, et qu'il mêle à
des réflexions fort judicieuses des comparaisons
vives et amusantes , auxquelles
on ne s'attend pas ; telle est celle des
>
vie
JUILLET. 1734. 1495
·
vitraux du chevet d'une Eglise Gotique ,
qu'il compare à des Lames d'épées rangées
en demi cercle contre des murs. J'en ai cependant
trouvé une qui pourroit fournir
matiere à discussion . Il dit que la
reception de la lumiere est bornée à un certain
degré, comme la chaleur de l'eau boüillante,
qu'onfait de vains efforts, pour l'angmenter.
Il est aisé de prouver le contraire
par des raisonnemens de Physique
d'Optique ,de Dioptrique et de Catoptrique
; mais comme je ne veux pas accomplir
la prophétie qu'il a faite , que son
ouvrage qu'il envoye à la découverte comme
un enfant perdu , fera naître des Critiques ,
je m'en tiendrai à un éclaircissement que
je demande , et au parallele des Eglises
de S. Pierre de Rome et de S. Faul de
Londres ; j'y suis invité par la promesse
qu'il fait , d'éclaircir les doutes qu'il a pû
laisser ; d'autres que moi pourront peutêtre
lui faire les objections qu'il a prévues
et auxquelles il a ses réponses toutes prêtes.
Voici l'Endroit qui me paroît inintelligible;
c'est la preuve de ce qu'il avance,
que dans le gout Gotique les défauts sont
réels et incontestables , et les beautez sont
trompeuses et fausses.
» La premiere proposition , dit- il , se
rendrà sensible en tirant deux lignes
Bij » paral145
MERCURE DE FRANCE
» paralleles sur les superficies des vives
» arêtes rentrantes sur le haut des deux
» longs murs d'une Eglise ; la vûë est
» conduite d'un bout à l'autre de l'Edi-
» fice entre deux retrécissemens qui font
>> aboutir en pointe la voute dans son
» milieu , ensorte que l'oeil ne trouve
» qu'une seule ligne qu'il peut parcourir
>> sans ricochets dans toute son étenduë.
Je vous avoüerai , Monsieur , que je
n'entends pas cette preuve.Premierement
le mot d'arête signifie un angle saillant ,
ou plutôt la rencontre de deux plans ou
de deux surfaces courbes , formant un
angle saillant ; ainsi cette expression vives
arêtes rentrantes , enferme une contradiction
; mais sans s'arrêter aux mots , je
demande quelle position elles peuvent
désigner dans le bâtiment ; est- ce au rez
de chaussée , où sont suivant ce langage
les vives arêtes rentrantes des plans verticaux
des murs avec le plan du pavé ?
Non , sans doute , puisque les lignes pa
ralleles doivent être imaginées sur le haut
des deux longs murs d'une Eglise. Est - ce
à l'imposte de la voute de chaque côté ?
Quelle apparence d'y trouver une vivé
arête rentrante , puisque suivant les traits
des voutes en tiers point , les centres des
arcs doubleaux sont sur l'horisontale
qui
JUILLET. 17347 1497
qui
qui traverse la Nef perpendiculairement
d'une Imposte à l'autre ? par conséquent
ces arcs sont tangens au plan du mur ,
ou aux pilliers et perches qui les soutiennent.
Doit- on tirer ces paralleles de
bas en haut verticalement ? Ce seroit
contre l'énoncé d'un bout à l'autre de l'Edifice.
Enfin faut- il les tirer obliquement
entre deux retrécissemens ? Alors elles ne
seront plus paralleles,mais convergentes,
et l'on ne pourroit pas dire que l'oeil n'y
trouveroit qu'une seule ligne qu'il parcourroit
sans ricochets dans toute son étendue, excepté
celle de la clef qui n'est pas une des paralleles
sur le haut des deux longs murs ;
car les autres feroient ressaut à chaque
ogive sur la lunette suivante. Comment
faut-il donc faire pour trouver la preuve
des défauts réels ? Je ne puis le deviner
sur cet énoncé ; et comme il faut
entendre un raisonnement pour en sentir
la force , je suspendrai mon jugement
jusqu'au plus amplement informé.
Quelque envie que j'aye de ne point
m'arrêter aux mots , je ne puis passer à
M. le Blanc , sans quelque repugnance ,
le mot de Vomitoria qu'il donne aux
portes de l'Eglise de Reims. Ce mot
étoit uniquement destiné chez les Romains
aux ouvertures qu'on pratiquoit
* ..* B iij
dans
7498 MERCURE DE FRANCE
dans les Amphithéatres ,pour faciliter aux
Spectateurs la liberté d'entrer et de sortir
; je dis aux Amphithéatres , parce que
Vitruve ne s'en sert pas dans son traité
des Théatres , Liv. 5. mais seulement de
aditus. Je n'ai lû nulle part chez les
Ecrivains des premiers siécles qu'on l'ait
appliqué aux portes de nos Eglises . Il est
vrai que je ne les ai pas tous lûs ; car depuis
27 ans , je n'habite que des Forteresses
où , au lieu de Bibliothèques
on ne trouve que des Arsenaux et des
Magazins d'ustenciles de Guerre. Au reste
il me souvient d'avoir trouvé dans ces Auteurs
tous les autres synonymes qui peu- ,
vent désigner une porte; sçavoir , Porta,
Ostium, fores , Postes , Limina, Regia. Les
deux premiers dans l'Epître de S. Jerôme
où il fait l'Eloge de Nepotien. Erat sollicitus
, dit- il , si janitor creber in porta
vela semper in ostiis . Les suivans dans le
Poëme de S. Paulin.
,
Aurea nunc niveis ornantur limina velis...
Sternitur ante fores et postibus osculafigit.
Le dernier , dans Anastase le Bibliothécaire
, parlant de ce que le Pape Leon
avoit fait faire à S. Pierre de Rome, et à
d'autres Eglisės ,fecit vela holoserica majoria
JUILLET. 1734. 1499
via tria quapendent ante REGIAS in introitu :
mais jamais je n'y ai lû Vomitoria.
Je passe presentement au second objet
de mes remarques. M. le Blanc , par une
ingénieuse circonlocution , donne lieu
de penser qu'il fait plus de cas de S. Paul
de Londres , que de S. Pierre de Rome.
Je n'ai point vu , dit - il , S. Pierre de Rome,
et je n'imiterai pas la folie de ceux qui préferent
la Statue voilée de Praxitelle , à celle
qu'ils avoient examinée. De- là il n'est pas
difficile de deviner ce qu'il pense par ce
qu'il avoit dit page 5. et 6. que l'Architecture
de la fameuse Eglise de S. Paul de
Londres est dans le goût moderne , que c'estlà
qu'il triomphe avec éclat , et qu'il semble
avoir posé son TRÔNE.
Je suis dans le même cas à l'égard de
S. Paul de Londres; mais comme cette
Eglise n'est pas pour moi une Statuë voilée
, parce que j'en ai un bon plan , copié
sur celui de Hulsberg , je n'hesiterai point
de préferer S. Pierre de Rome que j'ai vû ,
à S. Paul de Londres que je n'ai pas
vû. Voici sur quoi je suis fondé ; le Lecteur
en jugera. Je crois devoir exposer
mes raisons , non-seulement à l'occasion
de ce qu'en dit M. le Blanc , mais encore
parce que j'ai souvent entendu des Anglois
donner la préference à leur Cathédrale .
B iiij
Pre1500
MERCURE DE FRANCE
Premierement
pour
›
si l'on doit prendre
modéle des nouvelles Eglises, celles
des premiers siécles du Christianisme
dont les Novateurs ne peuvent rejetter
les saints usages , on trouvera dans celle
de S. Pierre des conformitez avec ces
modeles qui manquent à S. Paul de Londres.
On sçait que les Eglises de ces
tems étoient précedées d'une Cour fermée
par des portiques où se tenoient les
Pauvres pour recevoir les aumônes , dans
laquelle il y avoit une, ou plusieurs fontaines
pour se laver les mains , le visage,
et la bouche. Cette partie se trouve exécu
tée à S. Pierre dans la grande perfection ,
on est saisi d'admiration à la vuë de sa
magnifique Colonade qui donne aux approches
de ce Temple un air de Majesté ,
et prépare l'esprit au respect qu'on doit
y apporter. On ne voit rien de semblable
à S. Paul de Londres . Peut-être me dirat'on
que la Religion Anglicane n'exige
pas tant de respect pour ces Temples
que la nôtre , parce qu'elle n'y conserve
pas le même objet d'adoration ; passons
donc sur la convenance pour nous arrêter
au seul examen de l'Architecture.
A commencer par la façade , je ne puis
consentir que M. le Blanc comprenne
S. Pierre de Rome dans le discours qu'il
fait
JUILLET. 1734. 1501
fait tenir à S. Paul de Londres. Les façades
nouvelles , dit- il , de S. Pierre et de
S. Paul disent à nos yeux ; demeurez au- dehors
pour nous admirer plutôt que d'entrer
dans l'Eglise. Le Portail de Reims dit au
contraires entrez dans l'Eglise plutôt que de
m'admirer. S'il faut adopter ici le langage
des Fables qui fait parler les choses inanimées
: voici, selon moi, l'invitation de
S. Pierre. Entrez de plein pied dans cette
magnifique avant cour dont la superbe
Colonade fait l'admiration des connoisseurs
; Allez aux bassins de ces jaillissantes
Gerbes d'eau que vous voyez à
droite et à gauche , lavez vos mains et
votre bouche suivant l'ancien usage pour
-vous souvenir de la pureté intérieure avec
laquelle vous devez vous présenter à
Dicu ; et si vous avez prévenu cette
propreté chez vous , que ces fontaines
servent à vous rapeller que c'est pår
Pablution des eaux du Baptême que vous
-avez acquis le droit d'entrer dans l'Eglise
et que c'est dans l'Eglise que vous
devez être lavé des taches que vous avez
( contractées depuis ce tems- là. De cette
-avant-cour vous monterez par trois re-
* Decet enim , dit $. Paulin , ingressum Ecclesia
talis ornatus ut quod mysterio salutari geritur
spectabili pro foribus opere signetur.
By pri1502
MERCURE DE FRANCE
prises quelques marches à la cour supérieure
pour vous avertir d'élever vos
sentimens et vos coeurs , à mesure que
vous approchez du Sanctuaire. Ce frontispice
que vous voyez au fond n'est encore
qu'un vestibule destiné à vous préparer
au recueillement . Sa hauteur inférieure
à celle des Dômes avancez audelà,
vous fait bien connoître que ce n'est
pas en ce premier endroit où vous devez
vous arrêter . Il ne se présente rien à
droite et à gauche qui puisse amuser vos
yeux , on n'a point affecté dans cette
façade une repétition de deux Tours très
élevées pour ne placer des Cloches que
dans une , et sacrifier des sommes considérables
à une vaine simetrie , préjudiciable
au milieu du Frontispice qu'elles
font paroître écrasé, comme à S. Paul de
Londres. Les arbres montrent aux Architectes
, qui doivent imiter la nature
mettre au milieu , les parties des Edifices
les plus élevées . C'est prendre pour modele
une tête de boeuf qui est une chose
mobile que d'élever les côtés plus que le
milicu . Observez que dans cette façade
il n'y a qu'un ordre d'Architecture surmonté
d'une Attique qui regne autour
de l'Eglise pour montrer l'unité d'habitation
; vous n'en penseriez pas de même
>
à
si
JUILLET. 1714 1503
si vous voyez S. Paul de Londres ,où deux
ordres entassez vous donneroient lieu de
croire que c'est un Palais à deux étages .
Vous conjecturez sans peine à la vue de
ce Dôme qui s'éleve jusqu'aux nuës au
milieu de quatre autres inférieurs , que
sous cette superbe couverture est l'Autel
où l'on sacrifie au Createur de l'Univers,
et que
la beauté intérieure qui l'environne
doit encore l'emporter sur l'extérieure.
Ne demeurez donc pas au dehors,
comme vous le dit S. Paul de Londres ,
plutôt que d'entrer dans l'Eglise , car
Vous y trouverez un assemblage merveilleux
de chef- d'oeuvres de tous les Arts
qui peuvent concourir à la beauté et à la
richesse d'un Edifice.
Voilà , Monsieur , une interprétation
bien differente de celle de M. le Blanc sur
les abords de S. Pierre. Venons présentement
à l'examen de chaque partie en
détail la premiere qui se présente est
le vestibule Dans celui de S. Paul de
Londres , il n'y a qu'une seule porte qui
se fait chercher , pour me servir des termes
de M. le Blanc, à travers les Colonnes
et où l'on ne soupçonne pas qu'il y ait des
portes Collaterales , de sorte que ses deux
bouts à droite et à gauche sont des especes
de culs- de-sac. A S. Pierre au con-
B vj traire
1504 MERCURE
DE FRANCE
traire ils sont ouverts aux avenues des
Colonades , et la face est percée de cinq
ouvertures qui répondent à autant de
portes directement opposées , dont trois
communiquent à la Nef et deux aux bas
côtez.
Entrons présentement dans l'Eglise ;
quelle difference de ce vase à celui de
S. Paul ! Voici le parallele de l'étenduë :
Longueur dans oeuvre
Longueur de la Croisée
S. Pierre.
564. pieds.
S. Paul
420.
43.4
218
Large: de la Nef 82 38
Dianétre du Dôme 141 104
Surface du Plan de la Tour
ronde du Dôme. 23478 8498
Raport entre ces nombres. environ
la
d'où l'on peut inferer à peu prés que
surface de S. Paul n'est qu'environ le
tiers de celle de S. Pierre ; je pourrois en
donner le raport avec précision, s'il s'agissoit
d'étendue , mais il ne s'agit que du
gout d'Architecture , et pour l'examiner
voyons le raport de la largeur de la Nef
à sa longueur ; à S. Pierre il est environ
comme d'un à six et un tiers , et à S. Paul
comme d'un à onze ; ce qui fait voir
que cette derniere est un boyau long et
étroit ,, en comparaison de la premiere ,
conJUILLET
1734. 1505
>
considérée dès l'entrée,d'où la longueur
se présente toute entiere . Je sçai qu'à
cause de l'interruption du Dôme , la Nef
doit être considérée en deux parties ,
l'une en deçà , l'autre en delà vers le chevet
mais je trouve encore dans chacune
plus de proportions à S. Pierre qu'à
S. Paul, pour ce qui concerne la largeur.
A l'égard de la hauteur on ne peut guere
en faire de comparaison , puisque S. Paul
est vouté en plafond , selon M. le Blanc
et S. Pierre en berceau. Aussi comparetil
la Nef de S. Paul à un Salon ; Figurez
vous , dit-il , la proportion d'un Salon qui
n'est ni écrasé ni efflanqué. Pour en juger
ainsi il falloit dire deux Salons , un en
deçà,l'autre en delà du Dôme ; car le tout
ensemble seroit ridiculement long , puisque
chaque moitié l'est encore trop ,considerée
à part. En effet Vitruve qui vivoit
dans un tems et chez un peuple qui nous
a laissé des monumens et des modeles du
bon gout dans l'Architecture , n'admet
pas de plus grand raport de la longueur
à la largeur que de cinq à trois ; or la
moitié de S. Paul jusqu'au Dôme est
moitié plus grande. Cependant M. le
Blanc trouve ce platfond admirable en
ce que que les embrasures des fenêtres n'y
font aucune échancrure. L'Architecte a eu
Sa
1506 MERCURE
DE FRANCE
> ses raisons , car ses vitraux en abajour
n'éclairent pas trop bien, à ce qu'on dit;
mais jusqu'à présent on n'a pas trouvé
qu'une Lunette bien proportionnée ,
comme celles du Jesus à Rome , de Saint
Philippe de Neri , et de la Chapelle de
Versailles , fussent des échancrures désagreables
à la vue. Je trouve au contraire
qu'un platfond aussi large que celui de
S. Paul , qui ne peut être fait que de bois ,
nous présente l'idée d'une construction
mesquine et peu durable , qui n'est pas
faite pour passer à la posterité. D'ailleurs
je demande quel est l'accord de cette
surface plane à la rencontre des arcades
de la Tour du Dôme qui ouvrent des
passages à la Nef qui la traverse ? Il doit
y rester de chaque côté un triangle mixte
de surface verticale qui ne peut - être aussi
agréable à la vuë que la jonction naturelle
d'une voute en berceau .
Les anciens Temples des Romains
étoient voutez et non pas converts d'un
platfond ; s'ils avoient été ainsi
il ne
,
nous resteroit tant de beaux monu- pas
mens de l'Antiquité . Nos anciennes Eglises
étoient voutées en berceau , c'est- àdire
en demi cylindre , comme on le
voit chez le Poëte Arator qui vivoit au
6e siécle , tacta sacretur parie CYLINDRI.
و
Une
JUILLET. 1734. 1507
Une voute en platfond ne convient en
effet qu'à une Chambre ou à une Sale où
l'on n'a pas assez de hauteur pour mettre
une raisonnable distance entre la naissance
de la voute et le plancher , et cependant
les bons Architectes ayant apperçu
que les platfonds font avec les murs un
angle désagréable à la vuë , mettent encore
une voussure au- dessous pour effacer
cet angle , ce qui fait une agréable transition
à la vue du Plan vertical à l'horisontal
renversé. J'ai senti la necessité de
cette voussure en voyant les Eglises de
Lisbonne qui sont presque toutes en
platfond droit , appuyé seulement sur
une corniche. La richesse de leurs compartimens
ornez de peinture , dorure et
sculpture , n'empêche pas que cet angle
encore trop sensible malgré la corniche,
ne choque un peu la vue. J'en trouve
une raison Physique ; l'oeil ne peut appercevoir
en même tems deux Plans si
differemment posez sans se mouvoir avec
quelque espece d'effort , car le mouvement
de ses muscles et de la tête de bas
en haut n'est pas si aisé que celui de
droite à gauche d'où il résulte qu'il
doit se faire plus lentement. D'ailleurs
est-il constant qu'un platfond soit plus
beau qu'une voute concave ? si les beautez
1568 MERCURE DE FRANCE
tez des édifices se tirent de l'imitation de
la nature ; quelle couverture offre - t- elle
à nos yeux ? c'est un Hemisphère en
aparence , apuyé sur le Plan de l'horison :
aussi est-il vrai qu'une voute Spherique
est plus belle que toute autre.
Je ne puis comparer les beautez de
celle du Dôme de S. Paul , avec la Coupole
de S. Pierre , parce que je n'ai pas
vû la premiere ; je sçai seulement que sa
capacité est moindre de moitié , et plus s
car les Spheres étant entre elles comme
les Cubes de leurs diamétres, on verra que
leur raport se réduit à peu près comme
de trois à sept, ce qui diminue sans doute
aussi plus de la moitié de l'air de grandeur
qui en résulte , comme une beauté
réelle.Je m'arrêterai seulement à l'examen
de la Tour qui la porte , son Plan est un
Octogone régulier ; à la difference de celle
de S. Pierre qui est un quarré à pans coupez
les angles rentrans de l'une et de
l'autre sont occupez par un Pilastre plié
qui est une sorte d'imperfection en Architecture
, parce que le chapiteau , particulierement
le Corinthien , se retrécissant
par le pli , perd la beauté de la proportion
de ses ornemens ; mais ce qu'il y a de plus
chocquant dans cette Tour ,
c'est que
fe Pilastre plié est accouplé avec un droit
d'un
JUILLET. 1734. 1509
d'un côté seulement , et non de l'autre ,
ce qui retrécit les ouvertures de cette
Tour qui répondent aux bas côtez , de
deux fois la largeur du Pilastre droit et
de son intervalle au plié ; double irrégularité
; l'une dans l'accouplement de choses
inégales , l'autre dans celle des intervalles
des jambages.
Cependant M. le Blanc dit que buit arcs
égaux en grandeur , en quoi ils different de
ceux du Val- de - Grace et des Invalides
ferment la Roze. Je demande si l'on peut
appeller égaux des arcs qui ne le sont
qu'en hauteur et non pas en diamétre ?
Ceux qui répondent auxNefs ont 38 pieds
de Londres et les autres n'en ont que 26,
c'est-à-dire environ un tiers moins , par
conséquent cette Roze est d'une espece
bâtarde qui pêche contre la simetrie, car,
outre que ses feuilles sont plus étroites les
unes que les autres , c'est qu'elles ne peuvent
avoir des contours semblables. En
effet les impostes des arcs et les clefs
étant de niveau et les largeurs inégales ,
si les cintres des grands sont circulaires ,
les autres sont Elliptiques , et si les uns
et les autres sont Elliptiques, les grands
doivent- être surbaissez et les petits surmontez
diversité qui ne peut - être
agréable à la vuë ; mais encore quels objets
1510 MERCURE DE FRANCE
jets se présentent dans les petits ? M. le
Blanc nous dit que c'est un mur , c'est
une section horisontale , dit- il , par-dessus
laquelle ils sont murez pour y pratiquer
une Tribune . Ne sont - ce pas là des souspentes
ou entresoles semblables à ceux
qu'on voit aux maisons neuves de Paris ,
au-dessus des Boutiques et des Portes cocheres
franchement je ne crois pas devoir
compter cette partie au nombre des
beautez de S. Paul . J'en aprouverois l'aconomie
, si ces Tribunes n'étoient pas si haut
perchées , car si elles sont sur les impostes
, leur hauteur au dessus du pavé doitêtre
d'environ 44 pieds. Que faire là ?
est-ce pour la Musique ? le son doit se
perdre dans les airs en s'élevant dans la
coupole.
Sans l'irrégularité des arcs de la Tour,
on pourroit dire que le Dôme de Saint
Paul , dans sa grandeur , seroit plus beau
que celui de S. Pierre , parce que les arcaque
des de la base étant multipliées , il y auroit
moins de porte-à -faux dans la Colonade
de la Tour ronde qui accompagne
les vitraux et soutient la coupole ; mais
cet avantage ne peut s'accorder avec le
passage d'une grande Nef et d'une croisée
qui lui soit égale en largeur. L'Architecte
de S. Paul , dont j'ai oublié le
nom
JUILLET. 1734. 1511
,
nom s'étoit proposé de faire des passages
au travers de la Tour du Dôme non
seulement aux Nefs , mais encore aux bas
côtez ; ainsi il lui falloit 8 ouvertures
qu'il ne pouvoit faire égales qu'en élargissant
les bas côtez aux dépens de laNef,
qui est déja fort étroite. Il n'en est pas
de même à S. Pierre , où les bas côtez de
la Nef ne vont pas plus loin que la Tour
du Dôme , où ils ont leur point de perspective
terminé à un Autel comme
deux petites Eglises , accolées à la grande,
et dont la largeur et la longueur ont un
raport peu près proportionné , Ne
concluez pas delà que ce sont des culs- desacs
comme les bas côtez de S. Paul de
Londres; ils aboutissent au grand passage
de dégagement qui communique à toutes
les branches de la Croix.
à
,
Je me suis insensiblement engagé à
une comparaison des Plans des deux
Eglises qui peut faire juger laquelle des
deux compositions est la plus ingénieuse.
Celle de S. Pierre est l'ouvrage de deux
Architectes . Le Bramante projetta de la
faire en Croix grecque , inscrite dans
un quarré suivant ses diagonales ; et afin
de donner des communications libres aux
branches de cette Croix , Il inscrivit un
second quarré dans le premier qui croise
à
1
1512 MERCURE DE FRANCE
à angle droit toutes ces branches , dans
les angles duquel il y a autant de Dômes
qui cantonneift le grand au milieu de la
Croix, Bonarota (autrement MichelAnge )
a ensuite alongé une des branches de la
Croix Grecque, pour en faire une Latine,
et sans alterer le premier projet y a fait
une addition de bas côtez qui font avec
le reste un accord admirable. Voyons à
présent quelle est l'idée du Plan de Saint
Paul. Ce n'est ni une Croix Grecque , ni
une Croix Latine parfaite , mais défigurée,
en ce que la partie qui est au- delà de
la croisée , excéde beaucoup la longueur
de ses branches , ensorte qu'elle est presque
égale à la premiere partie de la Nef;
et comme les bas côtez sont de même
longueur que toute la Nef , il résulte que
ce sont deux corridors extrémement longs
pour leur largeur , et comme je viens de
le dire,deux especes de culs-de- sac qui ne
tournent point comme dans la plupart des
Eglises , autour du chevet , pour communiquer
de l'un à l'autre.
Après ce que je viens de dire il me
paroît qu'on a lieu de révoquer en doute
que le gout moderne ait mis son Trône dans
S. Paul de Londres,et qu'il y triomphe avec
éclat, suivant la décision de M. le Blanc ;
à quoi j'ajouterai une réflexion simple
c'est
JUILLET. 1734. 1513
c'est que quand même cette Eglise pourroit
entrer en parallele avec S. Pierre
pour la beauté de l'Architecture , contre
ce que je viens de montrer , cette derniere
auroit toujours l'avantage sur l'autre
, de la surpasser en air de grandeur
autant qu'elle la surpasse en capacité de
vaisseau et en élevation ; car toutes proportions
égales , les grands édifices nous
frapent d'une admiration que les petits
n'attirent point. N'est - il pas vrai que les
Pyramides d'Egypte , ou seutement un
Obelisque comme celui du Vatican , une
colonne Colossale , comme la Trajane et
P'Antoniene étant imitées en petit ne mériteroient
pas notre attention ?Où estdonc
le merveilleux de ces choses ? C'est sans
doute dans la grandeur de leur masse ,
plus que dans leur figure et le raport de
leurs dimensions ; en voici la raison
nous raportons tout à nous, sans nous en
appercevoir ; la grandeur des objets qui
nous environnent nous fait remarquer
notre petitesse , de sorte qu'on peut dire
que le même homme dans S. Pierre de
Rome doit se trouver beaucoup plus petit
que dans S. Paul de Londres : En effet
si la hauteur de sa Nef étoit double
comme sa largeur l'est de celle de Saint
Paul, et que la voute fut en platfond , il
>
est
1514 MERCURE DE FRANCE
est clair qu'à longueur égale elle seroit
huit fois plus grande et le cube du corps
d'un homme dans un raport considérablement
plus petit. Sans avoir recours
aux ornemens de l'Art dans les grandes
masses , il n'y a qu'à faire attention que
dans les gorges étroites de Rochers élevez
et de hautes montagnes on ne peut
s'empêcher d'être frapé de réflexions sur
la petitesse de l'homme , et d'admirer ces
corps qui le surpassent infiniment en
grandeur de sorte qu'on peut dire que
les grandes Eglises , qui sont par cette
raison plus majestueuses que les petites ,
sont plus propres à nous inspirer du respect
, à élever nos pensées en même tems
que nos yeux , et à nous faire rentrer en
nous mêmes .
J'ajouterai encore que si nous sommes
prévenus qu'elles soient anciennes , elles
nous donnent occasion de réflechir sur
notre peu de durée , et nous impriment
un respect qui est dû à la sainte Antiquité.
Il est vrai que l'Eglise de S. Pierre,
telle qu'elle est , n'est pas beaucoup plus
ancienne que S. Paul de Londres , mais
nous sçavons qu'elle est établie sur l'ancienne
Basilique de S. Pierre du Vatican
qu'elle en conserve les parties essentielles,
et nous savons que S. Paul est un bâtiment
3
JUILLET. 1734 1515
ment aussi pouveau que le culte et l'Architecture
qu'on y voit , puisque l'ancienneCathédrale
étoit dédiée à Dieu sous
l'invocation de S. Laurent , laquelle étoit
apparemment bâtie dans le goutGotique,
comme les anciennes Eglises de Londres,
si j'en avois le Plan et des élevations je
pourrois peut- être montrer que les Architectes
n'ont pas sçu garder un juste
milieu dans leurs ouvrages , et que celui
de S. Paul a plus donné dans l'excès
massif et pesant du gout moderne , que
celui de S. Laurent n'a pû donner dans
le leger du Gotique.
જ
PERFIDIE DE L'AMOUR ;
ODE ANACREONTIQUE
A Dore la jeune Sylvie ;
Me die Cupidon l'autre jour ;
Le plus grand charme de la vie
Est celui qui naît de l'amour.
Je crus l'amour sans le connoître ,
Sylvie aussi-tôt eut mon coeur ;
Mais qui l'eut cru ce petit traître ,
Lo
1516 MERCURE DE FRANCE
Là fit bruler d'une autre ardeur.
Cependant Mirtil qui l'engage
Insensible à ses tendres feux ,
D'une autre Bergere volage
Est éperdument amoureux.
Contre un coeur qui suit ton Empire ,
Amour , ce sont là de tes traits
Le souverain bien où j'aspire ,
Est celui de n'aimer jamais .
Par M. de Sommevel.
SUITE de Questions elementaires et
pédagogiques.
1.
·L
'Enfant d'un ou de deux ans , n'est- il pas
à proportion affecté , occupé et peut- être
accablé de plus d'idées et connoissances passageres
, que n'en acquiert de permanantes l'Enfant
de trois à quatre ans ?
2. N'est- il plus aisé d'affecter un petit Enfant
d'idées d'images et de sensationsquelconques, que
de le réjouir et de l'amuser inutilement ?
3. La Méthode qui écoute , qui observe le naturel
des Enfans et qui suit la Nature dans le
choix des objets les plus sensibles et les plus instructifs
, n'est-elle pas préferable à la Méthode .
vulgaire et moins sensible , qui méprise ou néglige
toutes ces attentions.
JUILLET . 1734. 1517
4. D'où vient que la plupart des Parens prodigues
en frivole et vaine dépense pour la
et le plaisir du corps , sont si économes pour la
parure
culture du coeur et de l'esprit ? ou ce qui revient
au même , pourquoi le corps de l'Enfant obtientil
le superflu , pendant que son esprit n'a pas le
nécessaire ?
s. N'est- il pas maturel en montrant
les premiers
élemens des Lettres , de consulter l'oreille et la
langue d'un Enfant dans l'ordre réel et effectif des
Lettres , que de suivre l'ordre aveugle , vulgaire
et abécédique
?
6. A quoi pense un Enfant avant que d'être
echo? Les Enfans écho , n'apprenant à parler
qu'à force d'articulation et de répetition , ne
sçauront- ils pas également mieux les premiers
élemens des Lettres par la vraie prononciation
et la vraye dénomination souvent réïterée , que
par la pratique fausse , équivoque et souvent
captieuse de la fausse prononciation et de la
mauvaise dénomination des Lettres ?
7. Dès que l'Enfant est écho , n'est - il pas en
état d'être utilement exercé à répeter le son des
voyelles et le nom des consones avant que de
passer aux sillabes et aux mots !
8. L'Enfant amusé par le jeu des sons , de l'oreille
et de l'écho , ne s'y prêtera- t'il pas plutôt
qu'à chercher des Lettres dans un Livre ;
9. Après le jeu de l'oreille , de la langue et
des sons , l'Enfant se refusera- t'il au jeu de l'ob
jet de la figure et des yeux ?
10. N'est-il pas plus aisé de montrer à un petit
Enfant les voyelles avant les consones , les
Lettres d'une seule valeur avant celles de piusieurs
valeurs , et enfin les Capitales avant les
petites ?
C
1518 MERCURE DE FRANCE
11. A l'exemple des Musiciens , n'est il pas
mieux de donner d'abord aux Lettres et aux Caracteres
une dénomination vraye et convenable
au son et à la valeur de ces Lettres , que de leur en
donner une fausse , captieuse et nullem nt convenable
pour représenter et exprimer le son de ces
mêmes Caracteres? Ne faut- il pas également montrer
aux yeux les Caracteres et leur valeur , ou
leur son à l'oreille , soit dans la Musique , soit
dans la lecture ?
12. L'e muet
ne paroît
-il pas être le son ou la
voyelle
auxiliaire
la plus propre
pour
exprimer
et articuler
la consone
et pour
conduire
insensiblement
à l'élision
que pourront
exiger
les autres
voyelles
après
les mêmes
consones
?
co ,
13. Dans la Leçon des syllabes élémentaires
ba , be , bi , bo , bu , n'est-il pas mieux de consulter
l'oreille autant et plus que les yeux , et de
faire dire et lire , par exemple , ca , ke , ki ,
cu; ga , ghe , ghi go , gu . Ja , je , ji , jo , ju. Sa,
ce , ci , so , su , & Peut on se dispenser de
donner une dénomination polissillabe aux lettres
indéterminées et à double valeur , comme c. g.
s. t. x. y. quoiqu'elles n'ayent que la dénomina
tion monosillabe quand elles sont déterminées
par la valeur locale du mot et de la sillabe ? La
Méthode vulgaire , en nommant les Lettres d'une
maniere fausse , équivoque et captieuse , peutelle
apprendre à un aveugle ou dans les tenebres
aussi facilement que le fait la Méthode du Bureau
Typographique en nommant les sons de la
Langue ?
14. D'où vient que le petit Enfant devine les
voyelles plutôr que les consenes dans les sy liabes
ququ'on lui dicte et qu'il devine les consones suivies
de la Lettre auxiliaire , plutôt que si elles étoient
suivies d'autres voyelles. 15.
JUILLET. 1734. 1519
15. D'où vient qu'un Enfant Typographe de
30. mois sçait lire d'oreille ou les yeux fermez ,
et qu'il devine les Lettres ou les sons des mots
qu'on lui dicte , et qu'un Enfant de 6. à 7. ans
enseigné selon la Méthode vulgaire , ne sçauroit
le faire ?
16. Un Enfant ne se prêtera- t'il pas à la lecture
des cartes proportionnées à son âge , à sa
foiblesse et à sa portée , plutôt qu'il ne se prétera
à la lecture d'an Livre , dont la seule vúë le
fait pleurer ?
17. D'où vient qu'on ne peut pas deviner facilement
les lettres d'un mot prononcé que l'on
n'aura jamais vû ? Ni deviner les sons d'un autre
mot qu'on n'aura jamais oüi ?
18. D'où vient que la plupart des Enfans à Paris,
qui passent pour sçavoir épeler, ne connoissent
pas seulement les lettres quand on vient à
l'examen ?
19. L'Enfant qui a appris par principe l'Orto
graphe des sons ou de l'oreille avant celle des
yeux ou de l'usage , n'est- il pas plus avancé que
L'Enfant de la Méthode vulgaire , dont le Maître
ignore l'Ortographe des sons ?
20. La Méthode qui fait épeler à propos et â
avec la veritable dénomination , lettre à lettre ,
son à son , syllabe à syllabe , mot à mot , n'estelle
pas préférable à celle qui n'épele jamais que
lettre à lettre avec la fausse dénomination ?
21. Quand il s'agit de montrer à lire à un
Enfant , la premiére , la plus simple et la meilleure
regle à suivre , n'est- ce pas cela qui induit
le moins en erreur l'infant qui apprend à lire
N'est - ce pas le Systême Typographique qui suit
cette regle ignorée des Maîtres de la Méthode
vulgaire ?
Cij 220
1520 MERCURE DE FRANCE
22. Les Anciens n'ont- ils pas d'abord reglé
POrthographe par les sons de la langue ? Pourquoi
le Systême du Bureau ne suivroit - il pas
cette regle au commencement ?
23. Le changement dans la prononciation n'at'il
pas donné lieu à l'Orthographe des yeux , des
Livres et de l'usage ? Fourquoi le Systême du
Bureau ne finiroit-il pas par la pratique de cette
Orthographe ?
24. Ne doit- on pas faire passer la pratique et
l'étude de l'Orthographe des sons , de la nouvelle
ou de la vraye Orthographe qui facilite la lecture,
avant que de faire passer la vieille ou la fausse
Orthographe qui induit trop souvent en erreur
les Enfans , les femmes , les gens de la Campagne
et les Etrangers , portez naturellement à lire
tout et à prononcer toutes les lettres , bien loin
de les rendre muettes ?
25.D'où vient que de vieux Maîtres ont peine
à comprendre dans le Systême du Bureau Typographique
, ce que de petits enfans y sentent et
y pratiquent facilement ?
26. Le Systême du Bureau qui peut d'abord
pratiquer Pusage des accens , des apostrophes ,
de la ponctuation , des chiffres et de la quantité ,
n'est- il pas préférable à la Méthode des Maîtres
vulgaires , qui ignorent ou qui négligent la pratique
de ces minuties ?
27 D'où vient qu'il y a si peu de gens de
Lettres et si peu de Maîtres qui sçachent bien la
doctrine des sons de la Langue Françoise , la
doctrine des accens , du tréma , des voyelles ou
des diphtongues aux yeux ou à l'oreille ?
28. D'où vient que de petits Enfans mis à la
table du Bureau Typographique , apprennent si
facilement cette doctrine qui paroît difficile à
bien des Maîtres ? 29.
JUILLET . 1734. 152X
29. Pourquoi des gens d'esprit ont - ils peine à
comprendre devant un Bureau , ce que de petits
enfans y comprennent sur la pratique des sons
de la Langue ?
30. Pourquoi tant de Maîtres de la Méthode
vulgaire entendent - ils si peu le détail des exercices
d'un petit Enfant Typographe , soit dans le
jeu de l'écho , dans le jeu du Singe et dans les
jeux d'operation théorique et pratique ?
31. Pour montrer à lire selon le Systême du
Bureau , n'est- il donc pas mieux de commencer
par l'Orthographe des sons et de l'oreille , avant
de passer à l'Orthographe arbitraire des yeux ou
de l'usage ?
32. N'y a - t'il pas plus de justesse et de verité
de rapport entre la prononciation du Latin
et le nom ou le son des Lettres , qu'il n'y en a
entre la prononciation du François et le nom ou
le son de ces mêmes Lettres ?
33 Après l'Orthographe de l'oreille ou des
sons , n'est-il pas mieux de montrer l'Orthographe
la plus vraye , la plus réguliere et la plus
conforme aux sons de la Langue , et de differer la
lecture et l'étude d'une Orthographe fausse ,
captieuse et très-équivoque , quoiqu'ancienne ?
34. Pourquoi la Méthode vulgaire employe
t'elle plus de temps que celle du Bureau Typographique
pour apprendre à lire ?
35. Le Systême du Bureau Typographique
mettant de la partie abécedique tous ceux qui environnent
et chérissent l'Enfant , n'est- il pas préferable
à la gêne et au travail qu'exige l'épouvan-.
tail d'un Livre ;
36. Le petit Enfant qui voit les autres jouer
aux cartes , ne se prêtera t'il pas plutôt au jeu
des cartes typographiques , qu'à l'exercice péni-
C iij
ble
2 MERCURE DE FRANCE
ble de regarder et de chercher dans un petit Livre?
37. L'Enfant Typographique ne peut - il pas
s'occuper et travailler seul à l'imprimerie de son
Bureau , plutôt que l'Enfant abandonné à luimême
ne peut s'occuper avec son petit Livre ,
selon la Méthode vulgaire ?
38. N'est - il pas plus aisé d'amuser , d'occuper
et d'instruire un Enfant à la table de son Bureau
pendant l'absence du Maître , que de l'amuser
avec un seul Livre ?
39. Le maniment , le mouvement des cartes
abécétiques et instructives , ne donnent- ils pas
à un Enfant un plaisir , une adresse et un ordre
qr'il ne peut avoir avec un petit Livre élémentaire
?
40. Un Enfant ne prendra - t'il pas au commencement
plus de plaisir à lire en gros ca
ractere les mots communs connus et favoris
qu'on lui donnera sur des cartes , qu'à lire en
petit caractere dans un Livre des mots dont il
n'a pas l'idée ?
41. L'Enfant qui apprend sans peine à lire le
caractere romain et le manuscrit sur des cartes
Typographiques, ne sera t'il pas ensuite plus ca.
pable de lire dans des Livres vulgaires ?
42. N'est-il pas mieux à cause de la posture ,
du moins quand on le pourra , et dans les maisons
riches , de donner à l'Enfant des Livres in 4.
in 8. et de figure oblongue , comme des Livres
de Musique , pour qu'ils se tiennent facilement
ouverts sous les yeux de l'Enfant , comme ceux
de la Bibliotheque des Enfans , in 4. et in 8
43.La pratique de la Méthode vulgaire a -t'elle
quelque avantage sur celle du Bureau Typographique
? En quoi ?
44. Les démonstrations Typographiques par
la
JUILLET. 1734. 1523
fa théorie et par la pratique , ne devroient elles
faire taire le préjugé ? pas
45 .Y a t'il jamais eu quelques Systêmes nouveaux
sans adversaires ?
46. Suffit-il qu'un Systême soit fort utile et
meilleur qu'un autre pour obtenir d'abord la
préference ?
MADRIGAL.
A une Dlle qui reprochoit à l'Auteur qu'il
ne l'aimoit plus.
Ue vous connoissez mal vos appas séduisans
,
Quand vous me soupçonnez d'une lâche inconstance
;
Voici , belle Philis , toute la différence
De mon ardeur passée et de mes feux présens :
J'aimois d'un fol amour , j'aime d'un amour
sage ,
Et si mon coeur en proye au pouvoir de vos
yeux ,
Jadis vous aima davantage ,
Maintenant il vous aime mieux .
Par M. C **
C iiij
EX1524
MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Ville d'Eu , au sujet de la mort de
M. Capperon , Ancien Doyen de Saint
Maxent.
L
A mort vient de nous enlever Monsieur
Capperon , Ancien Doyen de
S. Maxent. C'étoit un homme d'un rare
mérite , sa capacité le fit élire Doyen de
son Canton. Il s'appliqua beaucoup à la
Physique et aux productions de la nature ,
ce qui lui fournit enfin un Cabinet fort
curieux dont on a vû la description dans
le Mercure .
Il travailloit à perfectionner sa découverte
sur les Sels , et il étoit prêt de faire
paroître un Memoire sur une autre découverte
qu'il avoit faite au sujet de la
petrification et cristalization de la Rosée,
et sur la matiere d'en faire des Pierres
semblables aux Diamans d'Alençon . On
voit de ces Pierres dans son Cabinet ; et
il avoit même commencé à mettre en
oeuvre une Croix qu'il n'a pû finir .
Il étoit très-bon Artiste, et il laisse plusieurs
Ouvrages, qu'il a inventés , ou qu'il a
exécutés sur les Descriptions qu'on lui en
a
JUILLET . 1734. 1525
à faites . On voit aussi dans son Cabinet
quelques Ouvrages d'Optique très - curieux
.
Il avoit plusieurs secrets utiles , entre
autres celui de clarifier et d'adoucir le
Cidre le plus aigre , et de le rendre doux
et agréable à boire , ce qui se faisoit dans
l'espace d'un quart d'heure. Un homme
si versé dans les misteres de la nature
ne pouvoit manquer d'avoir un grand
gout pour la médecine,aussi s'y appliquat'il
beaucoup pour le soulagement des
pauvres ; plusieurs habiles Médecins ont
souvent reconnu sa capacité. Tout étoit du
ressort de son heureux génie , il s'adonna
même à la Peinture , et il nous a laissé
sept petits Tableaux , qui sont singuliers,
par une maniere particuliere qu'il avoit
de peindre , et que l'on admire d'autant
plus qu'il n'a jamais eu de Maître en cet
Art.
Il a fini un peu avant sa mort , son
Histoire du Comté d'Eu , qui est aussi curieuse,
que bien écrite , et dont on attend
la publication de la reconnoissance de ses
héritiers.
Tant de belles qualitez ne pouvoient
manquer de lui attirer l'estime et la vénération
de tout le monde. Il avoit avec
justice la confiance deM.de Tressant, der-
C v nier
1526 MERCURE DE FRANCE
,
nier Archevêque de Rouen , et il eut l'estime
de Mrs d'Aubigné et de Bezons ses
Predecesseurs avec celle de quantité
d'autres Personnes de considération . Il
avoit gagné le coeur de ses compatriotes
à qui ses heureux talents le rendoient
précieux. Il étoit enfin le Pere des pauvres
, et il emporte les regrets de tous.
ceux qui ont eu l'avantage de le connoître
. Il est décedé le 19 May 1734 .
âgé de 74 ans.
Nous venons de recevoir une autre
Lettre sur le même sujet avec les circonstances
qui suivent La vie do M.Capperon
a été principalement employée au service
de Dieu , au salut des Ames , au soulagement
des Pauvres , à l'étude de l'Ecriture
Sainte et des Peres. Comme il avoit aimé
les Pauvres pendant sa vie , il ne les a
pas oubliés à sa mort : il a fondé une
Ecole de charité pour les pauvres Filles.
de son ancienne Parroisse de S. Maxent.
Il a legué presque tous ses effets mobiliers
aux pauvres , et il y a compris son
curieux Cabinet , dont le détail se trouve
dans les Mercures d'Avril et May
1733. Ceux qui voudront en faire l'acquisition
en entier , car M. Capperon a souhaité
qu'il ne fut pas divisé , pourront
s'adresser à M. Capperon , Receveur
du
JUILLET. 1734. 1527
du Grenier à Sel d'Eu
et de Tréport
dans la Haute Chaussée de la Ville d'Eu.
Il lui a laissé pour celui de ses Enfang
qui embrassera l'Etat Ecclesiastique , et
lorsqu'il sera Prêtre , tous les Manuscrits
de sa composition qui sont en grand
nombre sur l'Histoire Sacrée et Prophanes
, la Théologie , la Physique , la Médecine
& c.
V
A MLLE DE....
Sur un Compérage secret.
Ous qui n'avez pas moins d'attraits
vertus
Qui m'avez fait votre Compére ,
que
de
J'en sens le prix , et c'est , trop aimable Commére
,
A ma chaîne un anneau de plus ;
Je n'avois pas besoin qu'elle devint plus forte ,
On ne vit jamais de liens
Ni plus infortunez , ni plus forts que les miens ;
Je vous tiens dans mon coeur , l'amour veille à
la porte ;
Vos deux yeux sont mes souverains ;
Tout ce qu'on peut jamais prétendre ,
Sur un amant fidéle et tendre .
Cvj Hors
1528 MERCURE DE FRANCE
Hors mon amour , est dans vos mains :
Cette réserve est nécessaire ,
Et vous l'étoufferiez d'abord en son Berceau ;
Ou comme un vrai Tantale auprès d'une belle
cau ,
Vous le feriez périr de soif et de misére .
SUITE de la Dissertation sur le Flux
de la Mer , par M. de S. Aubin.
'Espere qu'une Explication plus ample pourra
satisfaire le judicieux Auteur de l'Objection
concernant le Flux et Reflux de la Mer. Il réduit
avec raison la difficulté à la question de sçavoir
si la pression est plus indirecte dans le temps
des solstices. C'est le précis de ma Réponse.
On ne doit regarder que comme un objet de
pure curiosité , les differentes opinions des Astronomes
sur la figure du Globe Terrestre , que
les uns veulent être un ellipsoïde allongé vers les
poles , et les autres un sphéroïde rehaussé sur
Î'Equateur. Cette difference ne peut être sensible
pour le plus ou le moins de pression des eaux
puisque Cassini , qui tenoit pour l'ellipsoïdité
n'a évalué qu'à environ vingt et une lieuës de
trois mille pas , la longueur dont le diametre
qui passe par les poles , excede le diametre de
l'Equateur. Je reviens comme l'Auteur de l'Opinion
le désire , à établir que la pression est
Aplus indirecte dans le temps des Solstices .
Pour s'en convaincre , il n'y a qu'à considerer
( ce qui me paroît évident ) que le Flux n'arrive
>
pas
JUILLET . 1734. 1529
pas alors en conséquence de la pression des eaux
qui sont sous le tropique où la Lune se trouve ,
mais par celle qui se fait d'une maniere fort indirecte
aux environs de l'Equateur , sur la même
partie de l'Océan , où est la plus grande étendue
et la plus grande profondeur de ses eaux exposée
à la Lune.
L'hypothèse nouvelle , qui consiste à incliner
l'écliptique sur l'Equateur , et à regarder le parallelisme
de la Terre comme une position toujours
droite de son axe , n'est pas indifferente à
l'objet dont il s'agit ; car suivant cette construction
de la Sphere Copernicienne , la Lune
dans un tropique , décrit effectivement le cercle
du tropique , et non pas un des grands cercles
de la Sphere ; ce qui donne une solution de plus
à l'objection.
J'ay déja observé que cette hypothèse est bien
p'us simple en ce qu'elle n'a pas besoin d'un
mouvement du Globe Terrestre d'Orient en Occident
, par lequel Copernic et Bion expliquent
son parallelisme. J'ajoûterai que cette hypothèse
épargne encore un autre mouvement d'Orient en
Occident , qu'il faut attribuer à l'axe de la Terre
pour rendre raison de la déclinaison des Etoiles
fixes et du changement qui arrive à la longue dans
leurs longitudes . Car le Pole étant incliné , la Section
équinoxiale ne peut anticiper sur l'Equateur
de vingt - cinq secondes à chaque équinoxe , à
moins que le Pole n'ait une révolution d'Orient
en Occident , qui le détourne insensiblement de
son parallelisme , au lieu que ce parallelisme consistant
dans une position toujours droite , il faut
seulement , pour expliquer la déclinaison des fi
xes , qu'à chaque équinoxe l'intersection se fasse
sur un méridien plus Oriental de vingt- cinq secondes
1520 MERCURE DE FRANCE
condes , sans qu'il y ait aucune variation du parallalelisme.
Je prie l'Auteur de l'Objection d'examiner plus
attentivement ce que j'ai dit du périhélie de la
Terre , par rapport au Flux de la Mer. Il semble
qu'il ait confondu ce périhélie avec le périgée de
la Lune , qui est veritablement commun aux équinoxes
et aux Solstices . Mais le périhélie de la
Terre est au huitième degré de l'Ecrevisse , lorsque
le Soleil nous paroît être au huitiéme degré
du Capricorne, vers le 30. Décembre. Ce périhélie
est fixe , sauf la petite variation qui a été observée,
suivant laquelle il étoit il y a environ deux
mille ans, au vingt - huitième degré des Jumeaux ,
et il n'a avancé dans tout cet intervalle de temps
que d'environ dir degrez de l'écliptique. Il est fa
cile de se convaincre de cette proximité du Soleil
par la plus grande apparence de son disque, qui va
en hyver jusqu'à trente- deux minutes quarantesept
secondes, et par sa diminution en été n'ayant
alors que trente et une minutes quarante - deux secondes.
Et ce qui fait que le Soleil plus éloigné
en été est beaucoup plus chaud , c'est que ses
rayons sont beaucoup plus perpendiculaires , de
même que la pression plus directe augmente le
Flux .
Ainsi il y a lieu de distinguer quatre mouvemens
de la Mer ; 1. le Flux journalier , qui retarde
tous les jours de 49. minutes , comme le retour
du même méridien au dessous de la Lune ;
2. l'augmentation du Flux pendant les conjonc
tions et oppositions de la Lune , parce qu'alors
ce luminaire se trouvant dans une ligne presque
perpendiculaire avec le Soleil , les eaux sont plus
comprimées ; 3. une augmentation plus grande
du Flux pendant les conjonctions et oppositions
des
JUILLET . 1734. 1531
des équinoxes , parce qu'alors la Lune étant dans
l'Equateur , la pression est plus directe ; 4. enfin
la difference des marées plus hautes pendant le
Solstice d'hyver que pendant le Solstice d'été ,
parce qu'alors la Terre étant dans le périhélie ,
la proximité du Soleil cause aussi quelque augmentation
dans le Flux de la Mer ; et le concours
de toutes ces circonstances donne une apparence
de certitude à des opinions , qui par elles- mêmes.
en sont si peu susceptibles,
***************
H
A MLLE DE....
Ymen vouloit hier faire votre conquête ,.
Sans prier avec vous l'amour à ce repas ;
Mais ce Dieu qui sçavoit la fête ,
Ainsi que moi n'y manqua pas :
Viens , me dit- il , tu sçais ma force et mon
adresse ,
» Des mains de nos Rivaux sauvons l'aimable
Iris ;
» Et
"
» Brisons la coupe enchanteresse ,
que 'ce digne objet dont ton coeur est épris,
N'y boive , s'il se peut , jamais qu'à ta tendi
esse ;
Il dit , et dans l'instant le secret de son art
Nous transporte au Banquet , et l'y rend invisible
;
Il combat , il triomphe et sous son Etendart
L'Ennemi vous trouve invincible :
Ce
1532 MERCURE DE FRANCE
Ce vainqueur qui pouvoit se placer dans vos
yeux ,
Crut que dans votre coeur il se cacheroit mieux :
Pour moi d'un papillon empruntant la figure ,
Je faisois le tour des flambeaux ,
Et d'un battement d'aîle , et d'un petit marmure
Je semblois vous parler et partager vos maux ;
Mais, Dieux ! quelle douceur extrême ?
Vos soupirs étouffez vos regards presque
éteints ,
›
Etoient de vos malheurs des signes trop certains
;
Tout me faisoit trembler , pour moi , pour ce
que j'aime ,
Vous ne combattiez plus que de la volonté ;
La force vous manquoit et déja la victoire
S'envoloit de l'autre côté ;
Je perdois tout espoir , amour perdoit sa gloire,
Et devant l'ennemi baissoit le pavillon ;
Pour moi , comme un vrai papillon ,
Je me brulois à la chandelle ,
La nuit survint pour mon malheur ,
Peut-être aux loix l'hymen cessant d'être rebelle
Avez- vous donné votre coeur
Hélas ! s'il est ainsi , cruelle ,
C'en- est-fait de l'amour ; l'hymen est son vain
queur,
C. D.
LET
JUILLET. 1734. 1533
************** :*
LETTRE écrite à M. Juenin , Chanoine
de Tournus , Auteur de la nouvelle Histoire
de cette Ville , au sujet de S. Valerien ,
Martyr du même Pays.
V.
Ous dites , Monsieur , de si belles
. et bonnes choses dans votre nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Filibert
de Tournus , que je ne doute point que
la dissertation dont vous me parlez dans
votre derniere Lettre ne mérite de voir
le jour. Je vous dirai qu'en votre place
je n'aurois pas fait difficulté de l'ajouter
aux pièce de votre Histoire, quoiqu'elles
soient déja en assez grande quantité . Je
m'étois bien douté de quelque bévuë
insigne , de la part du Curé de la Madeleine
de Tournus , lorsque j'ai lû à la page
339. de ces Piéces dans la Lettre que
vous éctivites à son sujet en 1720.à M. vơtre
Doyen , ce qui suit .
Vous sçavez M. ( dites - vous à ce
Doyen ) que quoique le Personnage grave
et digne de foi ent assuré que les Reliques
de S. Valerien avoient été brûlées et les cendres
jetées dans la riviere , on les a pourtant
retrouvées à Sens. On remarque à la
verité
1534 MERCURE DE FRANCE
verité un petit inconvénient , qui est que.
ces prétendues Reliques étoient à Sens dès
Longtems avant qu'on eut ouvert à Tournus
le tombeau du Saint , dans lequel on trouva
même tout son corps . Mais vous savez
bien aussi comment on se tire de ce mauvais
pas.
,
Ces six lignes de votre Lettre ne ressemblent
pas mal au stile de M. Bailler :
et je croi que vous êtes très bien fondé
à le prendre sur ce ton . Votre cause me
paroît bonne et celle du Curé de la Madeleine
ne vaut rien . Ce Curé apporta ,
dit- on , de Sens à Tournus en 1696. trois
ossemens de S. Valerien , les voulant faire.
passer pour être de votre Saint Martyr ,
parce qu'on lui avoit dit à Sens qu'ils en
étoient. Vous avez eu , M. grande raison
de nier la prétention , et d'alléguer comme
vous avez fait , que Wenilon Archevêque
de Sens ne pouvoit pas avoir transferé
en 846. le corps d'un Saint qui fut
trouvé plus de cent trente ans après dans
son tombeau à Tournus , tout entier et en
sa situation naturelle .
Je n'avois pas encore appris de vous
même que vous aviez écrit là- dessus ,
lorsque voulant voir clair dans cette
affaire par rapport à un de nos Saints
Evêques qui s'appelle aussi Valerien , je
JUILLET. 1734. 1935
me suis adressé à une personne studieuse
et intelligente de la Ville de Sens , pour
sçavoir en quoi consistoit le corps que
l'on dit avoir à Sens de S. Valerien de
Tournus , et s'il étoit sûr que ce corps
fut d'un Saint Martyr , et qu'il fut entier
ou presque entier . L'examen fait par
cet habile homme , il s'est trouvé qu'il
n'y a aucune apparence que ces Reliques
soient de S. Valerien , Evêque d'Auxerre,
parce que tous les Historiens de six ou
sept cent ans qu'il a vûs et qui parlent
de la déposition qu'en fit l'Archevêqut
Wenilon au IX . siécle dans le nouveau
Monastere de Vareilles , à deux lieues de
Sens , le qualifient Martyr , et pas un ne
lui donne le titre de Confesseur . La visite
faite de ces Reliques refugiées à la
Paroisse de Sainte Colombe du Carouge
dans Sens , depuis les Guerres des Calvinistes
, m'a appris que le corps entier y
*
a été autrefois conservé , en comptant ce
que votre Curé en emporta en 1696 .
Mais ce qui pourra vous surprendre est
qu'on y est si fort persuadé que ces ossemens
qui constituent le gros d'un corps
humain sont de S. Valerien Martyr de
Tournus , que l'on seroit porté à croire
fausse l'Histoire de l'ouverture de son
* De Quadrivio.
1536 MERCURE DE FRANCE
tombeau et de l'élevation de ses osse-
,
mens qui fut faite en l'an 960. et que
vous rapportez page 33 de vos preuves.
Mais vous sentiez assez que c'est simplement
la difficulté qu'il y a de reconnoître
un même corps en deux endroits , qui
suggere cet expédient. Je n'ai garde de
me mettre du côté de ceux qui pensent
ainsi , parce que je suis persuadé qu'il n'y
a jamais eu à Sens de titre ancien qui ait
combattu votre possession , c'est-à- dire ,
qui ait énoncé que le S. Valerien , dont
on y possede le corps , soit le Martyr de
Tournus. J'ai voulu examiner le fait selon
les regles que m'a donné autrefois le
célebre Hagiologiste M. l'Abbé Chastelain
, et dans la pratique desquelles m'ont
confirmé les Peres Janning et du Sollier ,
à qui ces sortes de matieres ont été familieres
toute leur vie.
L'une de ces regles a été de consulter
les anciens Martyrologes manuscrits du
Pays où sont les prétentions. Je n'ai pas
été en chercher bien loin. Je suis tombé
sur celui qui est au Choeur de la Cathédrale
de Sens qui est un Usuard d'une
écriture du XIII . siécle. Après l'avoir
soigneusement parcouru , j'y ai trouvé
preuve de ce dont je me doutois , sçavoir
, que c'étoit un S. Valerien martirise
la
dans
JUILLET
1734. 1537
dans le pays Senonois. J'y ai lû au 15
Septembre quelques lignes après l'annoncé
de S. Valerien de Tournus , Senones
S. Valeriani Martyris , cette désignation
locale est peremptoire comme au 6 Septembre,
Senones , S. Sanctiani Martyris
et au 22 Senones , S. Serotini Martyris est
un langage qui marque que S. Sanctien
et S. Serotin sont des Martyrs Senonois ,
il doit être également décisif à l'égard de
S. Valerien . Wenilon mit donc à Vareilles
le corps de S. Valerien Martyr qu'il avoit
tiré de son tombeau situé dans son Diocèse
, et qui étoit apparemment dans le
Village qui porte le nom de ce Saint , à
trois lieues de Sens vers le couchant , où
il auroit souffert le Martyre . Mais une
difficulté qu'on peut faire
est sur le
jour auquel cette annonce se trouve dans
le Martyrologe , cette annonce a été
l'accueil de ceux qui ont travaillé au Breviaire
de Sens de 1702. La voyant si près
de celle de S. Valerien de Tournus , ils
ont cru que c'étoit ce même Saint . Mais
ils devoient faire attention à l'ancien
abus qui a regné durant plusieurs siècles,
et que dans les lieux où l'on possedoit le
corps d'un Saint qui avoit un nom commun
à plusieurs autres , on choisissoit
pour faire sa Fête le jour auquel Usuard
,
ou
1538 MERCURE DE FRANCE
ou Adon en marquoient un du rême
nom . C'est ce qui se pratiquoit lorsque
l'on avoit oublié le jour de la Fête du
Saint , local et particulier , et c'est ce qui
a causé aussi une infinité d'erreurs et de
confusions. Je serois trop long à vous
en rapporter des exemples. J'ai remarqué,
au reste , que quelquefois le Saint Valerien
de Sens est nommé Valentinien
dans des Calendriers du XIII . siecle ,
et dans des Litanies du XVI. Je suis , & c.
L.... Chanoine d'Auxerre.
Ce 22. Juin 1734 .
**************:*
SENTIMENS DE PIETE’
de Mad. la Marquise *** à la vûë
d'une Tête de Mort d'argent , dans laquelle
on avoit enchassé une Montre
dont un de ses Amis lui avoit fait présent.
STANCES.
Vous sur qui la Mort homicide
Dans sa fureur lança ses traits ;
Tête , quoique pâle et livide ,
Que vous avez pour moi d'attraits .
Tête muette et décharnée ,
>
Quand
JUILLET . 1734 3539
Quand vous m'apprenez à n'aimer
Qu'un Dieu pour lequel je suis née ,
Pouvez- vous ne me point charmer ?
Sans rien dire , ce triste Crane
Dit que mes maux doivent finir ;
J'y lis l'Arrêt qui nous condamne
A ne naître que pour mourir.
Dans une si sombre demeure
Prenant plaisir à m'affliger ,
De ma mort je vais chercher l'heure ;
Je ne sçaurois trop y songer.
A considerer cette Tête ,
Je passe les nuits et les jours ;
A mourir , quoique toujours prête ,
Pour mieux mourir , je meurs toujours.'
Oui ; cette Montre , mieux qu'un Livre ,
Depuis le matin jusqu'au soir ,
Me marque comment je dois vivre ,
Et me rappelle à mon devoir.
Toutes les fois que je la monte,
Découvrant ses foibles ressorts ;
Telle est , dis-je , pleine de honte,
La fragilité de mon corps.
Ce
40 MERCURE DE FRANCE
Ce corps n'est qu'un vase d'argile ,
Plus sujet au dérangement
Que la Montre la plus fragile ,
Qui se détraque à tout moment.
Alors déplorant ma misere ,
Triste et tremblante sur mon sort ,
J'ay regret au jour qui m'éclaire;
Et la nuit j'invoque la Mort.
O Mort trop souvent méritée ,
Je viens me courber sous ta Faulx ;
Frappe , justement irritée ,
Termine ma vie et mes maux .
Tu fuis , peux tu quand je t'appelle
Te refuser à ton Employ ,
Tu cesserois d'être cruelle ,
Tu veux toujours l'être pour moy.
Mais cessons de lui faire outrage ,
Nous ne naissons que pour souffrir ,
Et qui n'en a
Ne mérite pas
pas le courage ,
de mourir.
Grand Dieu , témoin de mon 'supplice ,
Qu'attendez vous pour l'abreger?
De ce corps , l'instrument du vice ,
Quand pourrai je me dégager ›
Quand
JUILLET. 1541 1-34 .
Quand pourrai- je rompre mes chaînes !
J'aspire à mon dernier moment ;
Sors enfin d'un corps que tu traînes ,
Ame , mets fin à mon tourment.
Ame aveugle , aux sens asservie ,
Rougis de te voir captiver ;
Aimeras- tu toujours la vie ,
Tandis qu'un rien peut t'en priver !
Des Jérômes , des Magdelaines ,
J'emprunte souvent les discours ;
Fatal Exil , source de peines ,
Quand verrai -je finir ton cours !
Comme Théreze , toute en larmes ,
Je soupire après mon trépas ;
La mort seule a pour moi des charmes ,
Et je meurs de ne mourir pas.
A son Amy.
Hélas ! que je m'estime heureuse
Dans ces salutaires momens
Où votre Montre industrieuse
Excite en moi ces sentimens.
Je prens cette Montre , je l'ouvre ,
Et sur vous pleine de soucy,
D Auz
1542 MERCURE
DE FRANCE
Aux heures qu'elle me découvre
Je m'adresse , et leur parle ainsi :
» Heures , charmantes Fugitives ,
» Pour un Ami je fais des voeux ;
A ma voix soyez attentives ;
Arrêtez -vous , s'il est heureux.
S'il est accablé de tristesse ,
Heures , pour charmer son ennuy ,
Coulez , coulez avec vîtesse ;
Vous êtes trop longues pour lui.
Attt
:ttet
:
T
ACCOUCHEMENS
difficilesà
Q
Uelque merveilleuse
que soit la
Nature dans ses operations , il y a neanmoins une infinité d'occasions
où
l'Art concoure avec elle il faut
pour que
la mener heureusement
à son but. Čette
verité si manifeste , l'est principalement
dans les Accouchemens
laborieux. Or
plus la vie des hommes est précieuse ,
plus on doit faire cas des personnes , qui
par des méditations
et des recherches ,
découvrent
de nouveaux moyens de la
conserJUILLET.
1734 2543
conserver dans des momens critiques et
périlleux , sur tout quand ces moyens
sont sûrs dans la pratique et sans aucun
inconvenient .
Ce que la méditation a fait inventer
depuis quelque temps à M. Dussé , celebre
Accoucheur à Paris , semble devoir
tenir le premier rang entre les Découvertes
les plus utiles au Public , puisqu'il
s'agit d'un expédient qui peut préserver
de la mort deux personnes à la
fois. C'est un Instrument que l'Auteur
nomme Tire tête , parce qu'il est destiné
à tirer l'Enfant par cette partie dans les
Accouchemens naturels , mais laborieux .
Il est aisé de comprendre le danger
que la Mere et l'Enfant courent dans
ces sortes d'Accouchemens . Pour sauver
la Mere en pareil cas , on s'est servi
jusqu'a présent de Crochets , c'est- à- dire
qu'on a déchiré la tête de l'Enfant qu'on
a toujours supposé mort , quoique l'experience
n'ait que trop souvent montré
le contraire , ensorte que quelques Accoucheurs
effrayez de pareils accidens
se sont déterminez à ne plus employer ,
les Crochets ; mais en voulant éviter un
inconvénient ils tombent dans un autre
encore plus funeste ; ils attendent si longtemps
le secours de la Nature , qu'à
Dij la
1544 MERCURE
DE FRANCE
la fin la Mere et l'Enfant périssent .
Le nouvel Instrument que M. Dussé
a inventé , remedie à divers accidens"
d'une maniere aussi simple que sûre pour
la Mere et pour l'Enfant. Il est très - lisse,
et très-poli , n'ayant ni pointe ni tranchant
. Il est si mince , qu'il n'augmente
pas d'une ligne la partie de la tête qu'il
embrasse ; cependant il est construit de
maniere qu'il a toute la force nécessaire !
pour tirer l'Enfant sans le blesser et sans
qu'il y ait aucun déchirement à craindre
pour la Mere , ni plus de douleurs à es- t
suyer que dans les Accouchemens ordinaires
.
M. Dussé ne s'en est pas tenu à la
simple spéculation , il a passé à la pratique
, qui lui a parfaitement réüssi ; plusieurs
Enfans qu'il a tirez de cette maniere
, étant pleins de vie .
- M. Du sé , qui a pour la perfection
de son Art cette ardeur qui fait les habiles
gens dans toutes les Professions , er
qui ne cherche qu'à communiquer au
Public ce qu'une longue experience
soutenue par l'attent on la plus sérieuse
lui a fait découvrir d'utile dans ce qui
concerne les Accouchemens , et le traitement
des femmes , soit pendant leurs
grossesses , soit durant leurs couches , a
résolu
JUILLET. 1734 ༦4 $
résolu de faire tous les ans chez lui un
cours d'Accouchement , où il traitera à
fond ces matieres . On ne peut trop le
loüer s'il execute un pareil dessein , puisque
par là , un grand nombre de personnes
pourront se mettre en état d pratiquer
les Accouchemens avec succès , nonseulement
dans les Provinces du Royaume
, où de semblables secours sont assez
rares , mais même dans le reste de l'Europe
, où ils le sont peut - être encore davantage
.
XXX:XXXXXXXXX: XXX
L'AMOUR ET PSICHE',
L
CANTATE.
E Dieu charmant qui fait aimer ,
Croyoit impunément sous son pouvoir suprême
Faire gémir les coeurs qu'il avoit sçû charmer ;
Mais on le vit enfin pour Psiché s'enflammer ,
Et de ses Traits il se blessa lui - même.
Aimer n'est qu'un amusement
Avec une chaîne legere ;
Mais s'il est aisé d'être Amant
Il est difficile de plaire.
D iij
Amour
1546 MERCURE DE FRANCE
Amour ! si nos désirs
Etoient sans allarmes ;
Combien tes plaisirs
Auroient de charmes !
Tu verrois sous tes Loix
Mille coeurs à la fois ;
Tout rendroit les armes.
Amour , si nos désirs
Etoient sans allarmes ,
Combien tes plaisirs
Auroient de charmes.
Déja pour répondre à ses voeux
Zéphire vole et fend les Cieux.
Il transporte Psyché dans un séjour aimable ,
L'Amour n'oublia rien pour le rendre agréable ,
Avec l'Amour tout est charmant ,
Tout doit se ressentir des attraits de l'Amant,
Les Oyseaux de ce Lieu tranquile
Faisoient entendre leurs Chansons ,
Les retenir étoit facile ;
Les plaisirs étoient des leçons.
Quel bonheur extrême !
O l'heureux séjour
Où
JUILLET. 1734: * 547
Où le plaisir même
Invite à l'Amour !
Les Oyseaux de ce Lieu tranquile
Faisoient entendre leurs Chansons ;
Les retenir étoit facile ,
Les plaisirs étoient des leçons.
De ces Lieux,dit l'Amour, vous êtes la Maîtresse;
Belle Psyché , de ma tendresse
Je n'exige qu'un prix pour combler tous mes
voeux ,
Ne cherchez point à me connoître ;
Par un destin trop rigoureux
Dontje ne puis êrre le Maître ,
En me voyant , vous nous perdrez tous deux.
Psyché promit , et ne tint pas parole ;
Mais qu'elle paya cher un moment de douceur !
Elle veut voir l'Amour , soudain l'Amour s'en-
4 vole ,
En perdant son Amant , elle perd son bonheur.
Amour tu sçavois la foiblesse
Du charmant objet de tes voeux ;
Esperois-tu que ta Maîtresse
Put deffendre son coeur d'un désir curieux ?
D iiij
C'est
1548 MERCURE DE FRANCE
C'est pour les Belles un Martyre
Que leur interdire un objet ;
C'est leur confier un secret
Et leur deffendre de le dire.
Amour , tu sçavois la foiblesse
Du charmant objet de tes voeux ;
Esperois tu que ta Maîtresse
Pût deffendre son coeur d'un désir curieux è
Par M. de B * * *
LETTRE de M.... au sujet de deux
nouvelles Lettres de S. Augustin , & c.
O'c ,
VOC ,Monsieur , l'Instruction que
vous m'avez demandée pour vous
et pour vos Amis , sur un sujet important
et qui interesse extrémement la Religion.
La Veuve Maziere et Jean- Baptiste
Garnier , Imprimeurs- Libraires de
la Reine , rue S. Jacques , à la Provi
dence , ont imprimé au commencement
de cette année Deux Lettres de S. Augustin
, qui n'avoient point encore vû le
jour en France , et qui ont été trouvées
dans une Abbaye celebre de la Basse Autriche
, appellée Gottwic , située sur la
droite
JUILLET. 1734 1549
'droite du Danube , à trois lieuës de Vienne.
Dom Géofroi Besselius , Abbé de cette
illustre Maison , en a fait la découverte
et les a données au Public en 1732. accompagnées
d'une sçavante Préface , et
enrichies de plusieurs Vignettes magnifiques
.
Comme cette Edition n'a presque point
été connuë parmi nous , * un Benedictin
de l'Abbaye de S. Germain des Prez ,
s'est chargé , non - seulement de la faire
connoître, mais encore d'y ajoûter ce qui
manquoit , et ce que tous les Sçavans
souhaitoient d'y voir ; c'est - à - dire qu'il
a d'abord examiné si le Texte étoit pur
ou corrompu , s'il étoit intelligible ou
obscur , et s'il réprésentoit vraiment le
style , les pensées , la doctrine , le tour
et la maniere d'écrire de S. Augustin.
2º. Il a levé les difficultez que quantité
de leçons évidemment mauvaises ou suspectes
faisoient naître , et qu'on ne pouvoit
éclaircir par le secours d'aucun Manuscrit.
3 ° .Il a comparé plusieurs Endroits
de ces Lettres avec d'autres Endroits paralleles
de S. Augustin , et a tiré de - là
des lumieres qui ont servi à fixer le Texte
et à s'assurer de la pensée du S. Docteur.
4º . Il a distribué chaque Lettre en Cha-
Le R. P. Dom Jacques Martin.
D v pitre
1550 MERCURE DE FRANCE
›
pitres et en nombres ou Sections à l'instar
de l'ordre et de l'esprit qu'ont suivi
ses Confreres dans leur excellente Edition
de S. Augustin. 5. Enfin sans toucher
au Texte , même dans les Endroits
où il y a visiblement faute , il a rétabli
dans de courtes Notes un grand nombre
de Leçons ou alterées ou corrompuës
, ou qu'on ne pouvoit lire , ou qu'on
avoit peut - êtte mal luës ; il a éclairci les
endroits obscurs , marqué au juste le
temps auquel chaque Lettre a été ou a
pû être écrite , réformé la date de quelques
autres , jetté des Observations Sommaires
à la tête et à côté du Texte , et
indiqué , et , pour ainsi dire , rapproché
les choses et les faits auxquels S. Augustin
fait allusion .
Après avoir rempli ce Plan dans toute
son étendue et suivi les regles de la plus
saine Critique , l'Auteur a donné toutà
la fois deux Editions de ces deux Lettres
, l'une in folio , et l'autre in octavo .
L'Edition in folio est pour completer les
differentes Editions de même forme des.
Ouvrages de S. Augustin , sur tout celle
que les Benedictins ont travaillée avec
tant de soin.
L'Edition in octavo comprend la Traduction
des mêmes Lettres avec le
LaJUILLET.
734. 1.551
Latin à côté , un plus grand nombre de
Notes Critiques , Historiques et Chronologiques
, et un Traité de l'Origine
de l'Ame , tiré des Ecrits de S. Augustin .
La premiere Lettre est adressée à Pierre
et Abraham , deux Solitaires de la
Tripolitaine , qui avoient proposé à Saint
Augustin differentes difficultez que leur
faisoient les Pélagiens d'un côté et les
Payens de l'autre.
La principale difficulté des Pélagiens
regarde le sort des Enfans morts sans
Baptême. S. Augustin décide que ces Enfans
sont damnez. 19. Parce qu'ils ne
sont pas du nombre des Fideles . 2 ° . Parce
qu'ils sont Enfans de colere , et que
la colere de Dieu n'est autre chose qu'un
supplice merité. 3 ° . Enfin , parce qu'ils
ont été conçus dans la concupiscence , et
que la concupiscence est tout ce qu'il y
a de plus opposé à Dieu.
Ici S. Augustin va au -devant d'uns
objection qu'on pouvoit lui faire ; sçıvoir
, que les Enfans qui naissoient de
parens baptisez ne devoient point avoir
été conçus dans la concupiscence , puisqu'elle
avoit été détruite dans les Parens
par le Baptême qu'ils avoient reçû . Le
S. Docteur fait voir par l'exemple de
l'Olivier franc qui ne produit et ne sçau-
D vj roit
1552 MERCURE DE FRANCE
roit produire qu'un Olivier sauvage , que
les Parens même baptisez ne peuvent
mettre au monde que des Enfans de colere
et la raison qu'il en apporte est incontestable
c'est , dit- il , que les Parens
ne donnent à leurs Enfans qu'une naissance
charnelle . Or la naissance charnelle
ne peut point communiquer une
renaissance spirituelle , laquelle est attachée
au Baptême. D'où S. Augustin conclut
que tous les enfans sans exception
qui meurent sans avoir reçu le Baptême
vont en enfer , mais que leur supplice est
beaucoup plus doux que celui des autres
réprouvez ce qui donne occasion à notre
Saint d'établir sur des autoritez invincibles
le dogme qui enseigne que dans
l'Enfer il y a diférens degrez de peines .
S. Augustin vient ensuite aux difficultez
particulieres aux Payens ; et après
avoir remarqué qu'il y a plusieurs sortes
de Payens , il dit qu'il ne faut pas s'attendre
d'en convertir aucun par l'autorité
de l'Ecriture , puisqu'elle n'est chez
eux d'aucun poids , et qu'elle a besoin au
contraire qu'on défende son autenticité
qu'ils attaquent ouvertement. » Mais.
» ajoute- t -il , quand Dieu vous mettroit
» en état de le faire avec succès Vous ne
» gagneriez pas beaucoup sur l'esprit de
>> ceux
JUILLET. 1734. 1553
>> ceux que vous voudriez rendre Chré-
» tiens , en vous bornant à confondre
» leur infidelité par des argumens solides
>> et convaincans , si d'ailleurs vous ne
»leur obteniez par de ferventes prieres
» le don de la foi : car vous sçavez fort
>> bien que la foi est un présent que Dieu
départ à chacun par mesure ; présent
» dont la nature est de prévenir necessai-
» rement l'entendement . >>
מ
A ce moyen efficace de gagner les Idolâtres
, S. Augustin en ajoute un autre ,
qui est de lire son ouvrage de la Cité de
Dieu , qu'il avoit entrepris exprès contre
eux : il en donne ici le plan et le précis ,
et il dit qu'il l'avoit avancé , puisqu'il
étoit déja au quatorziéme Livre.
C'est sur ces dernieres paroles que l'habile
Editeur se fonde pour soutenir que
cette Lettre a été écrite vers le commencement
de 417. » Le quatorziéme Livre de la
>> Cité de Dieu , dit- il , étoit publié vers
le commencement de 420. puisque
» notre Saint le cite dans le quatorziéme
> chapitre de l'Ouvrage intitulé , contre
» l'Adversaire de la Loi et des Prophétes.
» Sans examiner si S. Augustin n'avoit
» pas dès- lors poussé l'Ouvrage de la Cité
» de Dieu au- delà du 14. Livre , ce qu'il ne
» seroit peut être pas difficile de démon-
>>
» trer
1554 MERCURE DE FRANCE
» trer on peut assurer que ce 14 Livre
» étoit fini et publié au moins en 419. et
» certainement au commencement de
» l'année . Mais n'auroit- il pas été fini et
» publié plutôt ? C'est,à la verité, ce dont
>> on n'a aucune preuve formelle, quoiqu'il
» y ait grand fondement de le croire.
» Car outre que toute l'année 418. et le
» commencement de l'année 419. se trouvent
si remplis pour S. Augustin , qu'il
» est moralement impossible que ce
» Pere ait pû pendant tout ce tems jetter
" les yeux sur ce 14. Livre ; la maniere
» dont S. Augustin le cite dans l'endroit
indiqué , fait entendre qu'il étoit déja
» répandu et connu . Ce qui , joint à tout
» ce qu'on vient de dire , suppose que la
» publication en étoit faite précedem-
"
ment aux années 418. et 419. Ainsi il
>> paroît qu'on peut dire , que S. Augus
» tin finit le 14 Livre de la Cité de Dieu
sur la fin de 417. et qu'il écrivit cette
>> Lettre vers le commencement de la
» même année.
» Mais , dira - t-on , S. Augustin sur la
>> fin du 1. Chapitre de cette Lettre , par-
» lant de l'Olivier franc et de l'Olivier
»sauvage , observe qu'il a déja traité fort
>> au long cette matiere. Comme la Lettre
» 194. de ce Pere écrite sur la fin de 418 .
» est
JUILLET. 1734 isss
» est le plus ancien ouvrage,où l'on sçache
» que S. Augustin ait mis en oeuvre la
>> comparaison de l'Olivier franc et de
l'Olivier sauvage , il est visible que la
» Lettre que nous donnons doit être pos-
» térieure à l'année 418 .
» On répond que l'Endroit où S. Au-
» gustin dit , qu'il a traité fort au long
» cette matiere , ne regarde pas
la com-
» paraison des deux sortes d'Oliviers
» mais la question , comment les Parens
» qui ont reçu le Baprême , et qui ne
» sont pas coupables du peché originel ,
» ne mettent au monde que des Enfans
» de colere et criminels. Or c'est ce que
S. Augustin avoit clairement expliqué
» dès l'an 412. De peccat. meritis lib. 2. cap.
9. num. 11. et seq.
La derniere des deux Nouvelles Lettres
de S. Augustin est adressée à l'Evêque
Optat. Voici quel en fut le sujet. Optat
chagrin que le sentiment de la propagation
des ames eut toujours été constamment
suivi et enseigné dans le Diocèse
dont il venoit d'être fait Evêque , entreprit
de faire revenir les Esprits , et de les
porter à embrasser celui de la création
journaliere , ddaannss lequel il avoit été
nourri et élevé. Mais il trouva tant de
résistance , que pour sauver son honneur ,
il
1556 MERCURE DE FRANCE
il crut devoir reclamer l'autorité et la
décision des Eglises de la Mauritanie Césarienne.
Il leur écrivit donc en apparence
pour les consulter , mais en effet pour
les prier d'honorer son sentiment de leurs
suffrages , qu'il avoit eu soin d'appuyer
de toutes les raisons qu'il avoit pû ramasser
, et qui pourtant ne disoient rien . Sa
Lettre arriva à Césarée précisement dans
le tems que S. Augustin y étoit venu terminer
des affaires de conséquence , dont
le Pape Zozime l'avoit chargé. On ne
trouve point que les Eglises de la Mauritanie
Césarienne se soient mis en peine
de faire réponse à Optat. Il est vraisemblable
qu'elles remirent ce soin à S. Augustin,
qui tenoit la plume dans presque
tous les Conciles d'Afrique . Ce Saint
Docteur s'en acquitta avec ce zele , cette
éloquence et cette charité qui brillent
dans tous ses Ecrits. Il écrivit à Optat sa
190. Lettre , où en lui exposant avec
beaucoup de clarté et de solidité ce qu'il :
y a de certain et de douteux sur la question
de l'origine de l'ame ; il s'efforce de
lui prouver , que le sentiment de la
création journaliere semble favoriser le
Pelagianisme ; au lieu que celui de la
propagation , enseigné comme il faut, s'accorde
parfaitement avec la doctrine du
peché
JUILET. 1734 1557
péché originel . Mais quoique ce sentiment
soit chargé de moins de difficultez que le
premier , comme il en a de particulieres
qu'on ne sçauroit résoudre , et que d'ailleurs
l'Ecriture ne favorise pas plus un
sentiment que l'autre , il lui conseille de
suivre son exemple , de laisser là tous
les sentimens , et d'attendre à se déclarer
que cette question soit un peu mieux
éclaircie qu'elle ne l'est . Optat ne voulut
se rendre ni aux raisons , ni à l'avis de
S. Augustin mais il ne put tenir contre
une autre Lettre que notre S. Docteur
lui écrivit , et qui est la seconde de
celles qu'on donne aujourd'hui , elle est
si forte qu'elle obligea Optat d'embrasser
le parti que S. Augustin lui avoit
d'abord proposé. S. Fulgence fait un
grand éloge de l'une et de l'autre Lettre ,
et il loue en particulier la modestie et
l'humilité , avec laquelle S. Augustin y
faisoit profession de ne vouloir pas prónoncer
définitivement sur une question
qu'il entendoit mieux que personne
mais qu'il ne pouvoit éclaircir entiere
ment.
>
Je me dispense de faire ici l'Extrait
de la Lettre de S. Augustin , qui donne
lieu à ces remarques ; parce que cela me
meneroit trop loin ; il suffira de rapporter
1558 MERCURE DE FRANCE
ter les deux premieres notes de l'Editeur,
qui font voir jusqu'à quel point il a porté
la Critique et son exactitude.
1. Quoique Possidius ne marque que
deux Lettres de S. Augustin à Optat sur
l'Origine de l'Ame , S. Fulgence en reconnoît
trois . La 190. de celles qui sont
imprimées, étoit visiblement la premiere ;
celle-ci devoit être la seconde ; la derniere
n'a pas encore vû le jour.
Mais qui est cet Optat , à qui ces Lettres
importantes ont été écrites ? Ce ne
sçauroit d'abord être le célebre Optat de
Miléve , que ses sept Livres contre les
Donatistes ont immortalisé, comme quelque-
uns pouroient le croire sur la foi
d'un Copiste ignorant : Ce S. et docte
Evêque étoit mort plusieurs années avant
que S. Augustin fit ces Lettres.
›
M. Baluze dans ses Notes sur la conférence
du Carthage croit que c'est
l'Optat , dont il est parlé dans le 120 .
Chapitre des Actes du premier jour. Mais
il ne fait pas attention que cet Optat
étoit Evêque de Vescer, plebis Vescerilana,
ou , Berceritane , et que ce Diocèse étoit
dans la Numidie , ce qui ne quadre nullement
avec les Lettres de S. Augustin ,
où il est marqué , sinon expressement ,
du moins indirectement , que l'Optat
que
JUILLET. 1734 9559
que nous cherchons étoit Evêque dans
l'une des trois Mauritanies.
M. Dubois dit , qu'il y a apparence que
set Optat étoit l'Evêque de Tubunes dans la
Mauritanie Césarienne , et le même à qui
S. Augustin renvoye le Comte Boniface dans
la Lettre 185. pour avoir communication de
labregé de la Conference de Carthage. Mais
je ne sçai où cet Auteur a trouvé que
l'Optat , à qui S. Augustin renvoye le
Comte Boniface , étoit Evêque de Tubunes
: il paroît au contraire que cet Optat
étoit Evêque de Numidie, puisqu'il assista
avec S. Augustin en 412.auConcile de Zerta
, Ville de Numidie , comme la 141 Lettre
du même S. Augustin en fait foi. D'où
j'infére avec fondement qu'il avoit aussi
assisté l'année d'auparavant à la Conférence
de Carthage ; qu'il étoit Evêque
de Vescer , dont nous venons de parler ;
et qu'ainsi il avoit plusieurs années d'Episcopat
: ce qu'on ne peut dire en aucune
maniere de l'Optat que nous cherchons
, et que S. Augustin représente par
tout comme un Evêque jeune , leger ,
vain , entreprenant , et qui ne sçavoir
guere ni ce qu'il disoit, ni ce qu'il devoit
dire , ou du moins " qui ne prouvoit pas
ce qu'il avançoit : outre que notre Optat
lui-même avoue , qu'il n'étoit Evêque
que
1560 MERCURE DE FRANCE
que depuis peu. Vide supra cap. 5. num.
11. P 34
Le R. P. Dom Bernard Pez , Benedictin
de l'Abbaye de Molk en Autriche
célebre par les excellens Ouvrages dont
il a enrichi et dont il enrichit tous les
jours le Public , et qui a eu part à la découverte
des deux Lettres de S. Augustin
dont il s'agit ici , ce Sçavant homme, disje
, soupçonne qu'Optat étoit Successeur
du grand Optat de Miléve . Cette pensée
est ingénieuse et sauve l'honneur du Copiste
du Manuscrit original . Je voudrois
bien pouvoir l'adopter , dit l'Editeur en
faveur de l'estime et de l'amitié qui m'unit
depuis longtems à celui qui en est Auteur:
mais la verité dont les interêts sont tou
jours préferables à ceux de l'amitié ne me
le permet pas pour plusieurs raisons . 1 Par
ce que l'Evêque qui occupoit le Siége de
Miléve dans le tenis que cette Lettre a
été écrite ne s'appeloit pas Optat , mais
Severe , comme il paroît par les Lettres
31.62 . 84. 92. 159. 110. 175. 181. et 213 .
de S. Augustin . 20. Parce que Sovere
étoit ami intime de S. Augustin et avoit
une entiere déference pour ses sentimens
; au lieu qu'Optat s'étudioit à les
combattre et n'avoit aucune habitude
avec notre S. Docteur. 3 ° Parce deque
puis
JUILLET. 1724.
il
puis la mort du grand Optat de Miléve :
jusqu'à l'an 426. que Severe mourut ,
seroit difficile de montrer qu'il y ait eu
à Miléve d'autre Evêque que Severe.
4°. Et enfin parce que Miléve étoit une
Ville de Numidie , et que le Siége d'Optat
étoit dans une des Mauritanies .
Il est vrai que ce n'étoit pas dans la
Césarienne, quoiqu'Optat en fûr, et qu'il
en eut été tiré pour gouverner une Eglise)
dans une autre Province. En effet s'ileût.
été Evêque dans la Mauritanie Césarienne
, il n'auroit pû manquer de se
trouver avec tous les Evêques de cette:
Province au Concile que tint S. Augustin
à Césarée au lieu de quoi , Oprat se
contenta d'envoyer aux Pères du Concile ›
la Lettre qui donna lieu à la 190. de
S. Augustin. Vide Aug. retract . lib . 2. cap.
51. de gestis cum Emerito.
Il n'est pas vrai non plus qu'Optat fût
Evêque dirs la Mauritanie de Stefe
parce qu'au fond , cette Province faisoit
partie du Gouvernement Civil et Ecclesiastique
de la Numidie , dont elle avoit
été démembrée, pour l'Ecclesiastique seulement
depuis quelques années , et qu ainsi
tous les Evêques de ces cantons , ayant
S. Augustin à leur tête , étoient parfaitement
instruits de tout ce qui concernoit
1582 MERCURE DE FRANCE
noit le Pélagianisme. On trouve au contraire
qu'Optat n'étoit pas au fait de
cette hérosie , et qu'il pouvoit ignorer
jusqu'à la condamnation qui en avoit été
faite. Vide Aug. Epist . 190. cap. 6. num.
22 ; d'autre part il est certain que l'Evêque
de Stefe de ce tems - là s'appelloit
Novat , comme il paroît par le 143. Chapitre
des Actes du premier jour de la
Conférence de Carthage , par les Actes
du Concile de Carthage tenu en 419. où
Novat assista en qualité de Deputé de sa
Province , et enfin par les Lettres 229. et
230. de S. Augustin écrites vers l'an 429.
Tout ce que nous venons d'observer
conduit enfin à persuader que le Peuple .
qu'Optat gouvernoit , étoit dans la Mauritanie
Tingitane , qui étoit à l'extrémité
de l'Afrique , vis- à - vis de l'Espagne, dont
elle faisoit partie pour le Gouvernement
civil ,et dont elle n'étoit separée que par le
détroit de Gibraltar . Ce qui donne beaucoup
de force à ce sentiment c'est qu'Optat
se plaint de n'avoir pour tout Clergé
qu'une troupe d'Ecclesiastiques barbares
et peu instruits. Or voilà le vrai caractére
de laMauritanie Tingitane. C. Casar
inveteratam quamdam barbariem ex Gaditanorum
moribus disciplinaque delevit. Cicero
orat. pro L. Cornelio Balbo.
J'ai
JUILLE T. 1734 1563
J'ai dit plus haut , que Severe Evêque
de Miléve n'étoit mort qu'en 426. J'ai
Pour garant de cette verité , non- seulement
toutes les Lettres de S. Augustin ,
que j'ai citées au même Endroit , mais
encore les Sçavans Editeurs des ouvrages
de ce Pere qui le disent en termes exprès
dans la Préface du second tome , en fixant
l'époque des Lettres 109. 110. ainsi c'est
sans aucun fondement que M. Dupin
Dom Thiery Ruinart et quelques autres
Ecrivains disent , que l'Evêque Severe
mourut quelques jours avant la Conférence
de Carthage . L'erreur vient de ce
qu'ils ont confondu le terme Disessit
qui se lit dans le 215. Chapitre des Actes
du premier jour de cette Conférence
avec le mot Decessit , qu'ils avoient dans
l'esprit sans qu'il fut dans l'original.
>
3
2. Ecrite vers le commencement de 420 .
( page 19. ) la preuve en est très - aisée .
S. Augustin dit au commencement de
cette Lettre , qu'il l'écrit près de cinq ans
entiers après celle qu'il avoit adressée à
S. Jerôme . Orose qui en avoit été le porteur
, devoit être arrivé à Bethleem au
moins quelques jours avant qu'il eut à
Jerusalem la célebre dispute contre Pelage.
Cette dispute se fit dans le mois de
Juillet de l'année 415. Orose étoit donc
parti
1564 MERCURE DE FRANCE
parti d'Afrique avec les Lettres de S. Augustin
au commencement de cette même
ann'e ; sur ce pied cette Lettre doit nécessairement
avoir été écrite ou sur la fin
de 419. ou vers le commencement de
445.
On ne peut point fixer si facilement
la date de la premiere Lettre de S. Augustin
à Optat , qui est la 190. de la
derniere Edition . Les Sçavans disent en
general qu'elle a été écrite après le milieu
de l'an 418 , M , Dubois la met vers le mois
d'Août de cette année . Je ne sçai si ces
deux opinions ne rentreroient pas au
fond l'une dans l'autre : il est du moins
constant que celle de M. Dubois est conçue
en termes si clairs et si précis , qu'on
ne sçauroit en couvrir la fausseté. En effet
suppose évidemment évidemment que S. Augus
tin a écrit cette Lettre à Césarée ; ce qui
ne sçauroir absolument être , quoique le
Sçavant Cardinal Noris l'ait cru : Car
outre que ces paroles cùm in supra dicio
oppido remoraremur , lorsque nous étions
retenus dans cette Ville , qui sont au commencement
, marquent qu'il en étoit
déja pirti , il paroît par les deux Lettres
de S. Augustin contre Giudence , et par
la Relation que ce Pere a faire de ce qui
se passa à Césarée dans la Conférence qu'il
elle
eut
JUILLET.
1734. 1565
eut avec le Donatiste Emerite , que Saint
Augustin n'a pû arri ver à Césarée avant .
le milieu du mois de Se ptembre. D'ailleurs
les Lettres 191. 192. et sur tout la' 193 .
font sentir que S. Augustin n'avoit garde
d'écrire à Optat une Lettre qu'il ne lui
devoit point, dans un tems où il n'avoit pas
celui de répondre à des Lettres qu'il avoit
reçues auparavant qui lui étoient fort
cheres et qui pressoient beaucoup . Car il
nous apprend dans ces Lettres et dans la
Relation dont je viens de parler , qu'il y
fut toujours accablé d'affaires . Il donne
même à connoître qu'il ne put point faire
cette Lettre en s'en retournant de Césarée
à Hippone quoique le voyage fut
un peu long ; parce qu'en partant il fut
obligé de parcourir toute la Mauritanie
Césarienne pour des affaires qui lui survenoient
à tout moment. Per quas totas
terras , cùm intentionem nostram huc atque
illuc , que ingerebantur sensibus , diversa
raptarint. Epist. 193. num.1 . Ces raisons
même me font croire que
n'a été écrite qu'après les trois suivantes ,
qui étoient bien plus pressées , et qu'ainsi
ce n'a pû être, au plus , avant le mois de
Novembre de 418 .
la
Lettre 190.
Vous aurez encore une de mes Lettres
au sujet du Traité de l'Origine de
l'Ame E
1566 MERCURE DE FRANCE
Ame , tiré des Ecrits de S. Augustin , du
mêne Sçavant Benedictin , et imprimé
dans le même volume . Je suis Monsieur,
&c.
A Paris le premier Juillet 1734.
X:XXXXXXXXXXXXX :X
RONDE A U.
En réponse de celui qui est inseré dans le premier
volume du Mercure du mois dernier.
Q Ui te l'a dit , petit Auteur vulgaire
Que femme chaste étoit un vrai Phoenix
Si tu n'en sçais le mérite et le prix
Ton sentiment au moins tu devois taire .
Gens bien sensez penseront le contraire ;
De ton avis tu n'en trouveras dix ,
Et fais serment par les Ondes du Stix ,
Que ce ne peut être enfin que ta mere
Qui te l'a dit.
Pour ton honneur , croi moi , foible avorton ,
Ne risque plus de parler sur ce ton ;
Crains de Malcrais la plume redoutable ;
Si de rimer il te reprend le tic
Passe
JUILLET. 1734 1567
Passe avec soin tes vers par l'Alambic
Pour faire au sexe une amende honorable ;
Et par ma voix , crois que c'est le Public
Qui te l'a dit .
Par Mlle H ***
ESS AI de M. du Quet , pour parvenir
à avoir la mesure du tems et par conséquent
les longitudes sur Mer , par le
moyen d'une Horloge Marine qui fera
trouver l'estimation juste du cours des Na
vires en allant de l'Est à l'Oüest , ou de
l'Ouest à l'Est , sans être alterée
mouvements du Vaisseau.
T
par
les
Ous les Sçavans conviennent que
si on pouvoit avoir l'heure juste
sur Mer , on parviendroit à compter plus
précisement le cours des Navires , que par
tout autre moyen lorsqu'ils vont de l'Est
à l'Ouest , ou de l'Ouest à l'Est ; c'est
pourquoi nous nous sommes appliquez
composer une Horloge sans engrenage,
qui la rend exemte de frotements susceptibles
, de l'humide , du sec , du froid et
du chaud , et des mouvements du Vaisseau
que le vent et les vagues lui font
E ij
faire ,
1568 MERCURE DE FRANCE
> faire , c'est toujours M. du Quet qui parle
nous avons été au devant de ce qui pou
voit empêcher la justesse de cette Hor
loge , soit par la maniere de la suspendre ,
soit par l'arrangement simple et naturel
de toutes les parties qui la composent.
Cette Horloge n'a d'autres sujetions
que de bien sçavoir sous quels degrez de
longitude et de latitude sont les lieux de
partance et de destination , puis mettre
l'éguille de l'Horloge Marine sur la Méridienne
du lieu de partance lorsqu'on
veut sçavoir les degrez de longitude que
l'on a parcourus. On examine le midi du
Soleil où on se trouve , et s'il y a une
heure de diférence entre le midi du Soleil
et le midi de l'Horloge Marine , on a
parcouru quinze degrez cn longitude ,
soit à l'Ouest , soit à l'Est : il est nécessaire
d'avoir deux de ces Horloges
dans le même Navire , afin d'en remonter
une le soir , et l'autre le lendemain
au matin , parce que le tems que l'on
employe à remonter l'une , l'autre allant
toujours , peut servir à
servir à remettre
l'éguille de celle qu'on a remontée sur
l'heure de l'autre .
Une de ces Horloges peut suffire pour
vû qu'on ait une Montre à secondes
Jaquille étant mise à l'heure de l'Horloge
au
>
JUILLET. 1734. 1569
au moment qu'on veut la remonter
servira à sçavoir quelle quantité de
secondes sera employée en la remontant
afin de remettre l'éguille de l'Horloge
sa véritable heure.
7
Nous avons la clef pour conduire ces
sortes d'Horloges à marquer 28. ou 30.
heures avec les minutes et même les secondes,
par les épreuves que nous faisons
tous les jours sur celle que nous avons
inventée,construite et fait construire, qui
marque toujours juste pendant 6 heures.
Les Inventions de cette importance ,
continuë M. du Quet , doivent être soigneusement
protegées pour les conduire
au but proposé , sans quoi elles demeurent
ensevelies dans l'oubli et sans fruit
ce qui est très contraire au bien general ,
aux talents utiles , aux soins et dépenses
d'un inventeur qui a fait preuves de capacité
, ainsi que le confirment les Journaux
des Sçavans , les Mercures , les
Journaux de Trévoux , les Memoires de
l'Académie Royale des Sciences , Articles
des inventions aprouvées &c. Signé du
Quet , Ingénieur, ruë de l'Arbresec, vis - àvis
le petit Paradis , à Paris .
Certificat.
Nous avons examiné en détail l'Esquisse de
E iij
' Hor1170
MERCURE DE FRANCE
>
l'Horloge Hydraulique que M.du Quet a inventée
pour avoir l'heure juste sur Mer , et nous
avons jugé qu'il y avoit beaucoup à esperer de
cette invention , par raport à la simplicité naturelle
et ingénieuse de sa composition , et à la facilité
d'en faire usage ; de plus nous avons observé
que c'est véritablement le propre du génie
de cet inventeur d'aller droit à la difficulté
d'une maniere simple et toujours conformément
aux raisons Physiques et Mathématiques , ainsi
que nous en avons ia preuve par tout ce qu'il a
produit et communiqué à l'Académie des
Sciences , et pour rendre justice à la verité, nous
ne voyons aucun deffaut dans cette invention, à
moins qu'il ne s'en découvre quelqu'un dans
P'usage , mais nous ne croyons pas qu'il soit
insurmontable. Signé de Lagny. Ce 24 Mars
1733
ZXXXXXXX
ENIGM E.
Bien que j'aye un très petit corps
Je suis utile à tout le monde :
On m'employe en tous lieux , sur la Terre et sur
l'Onde
Pour les vivants et souvent pour les morts :
Je suis toujours claire et brillante ;
Et le beau sexe assurement
Me doit son plus bel ornement ;
Cependant de mon sort je ne suis pas
Car quoique je serve par tout ,
contente
On ne m'estime guere, ou presque point du tout.
LOGOJUILLET.
1734. 1571-
LOGOGRYPHE
.
JE E domine ordinairement
Dessus le liquide Element ;
J'ai cependant servi quelquefois au supplice
Du soldat déserteur ennuyé du service ;
Six lettres composent mon nom ;
De deux membres , chacun en a trois en par◄
tage ;
Le premier représente , un Hôte de renom ,
Qui chez les gueux souvent loge au dernier
étage ,
Le second fait l'Etain plus clair que de l'argent
Enchiffre moi , Lecteur , point de mot plus
changeant ;
Avec un peu de patience
Tu peus me transformer pour le moins vingtsept
fois.
Cinq , six , trois , très souvent je suis sans conscience
:
Quatre , deux , trois , puis un , je loge dans les
bois ,
Trois , cinq, quatre , je rends un homme mépri
sablee ;
Un , deux , quatre avec cinq , je le rends estimable
:
E iiij UB
1572 MERCURE DE FRANCE
Un , cinq , quatre et puis six , je suis chez des
Marchands ,
Quatre , deux , cinq , je fais mourir tous les méchants
,
> Trois , deux , quatre souvent j'ai fait pendre
mon pere ,
Un , deux , trois , quatre , six , si je ne suis plus
mere
On me fait aussi - tôt passer le gout du pain ,
Six , un et cinq , Lecteur , tu ris quand je suis
plein ;
Cinq , deux , six avec quatre , un des petits
Prophétes ,
Cinq , deux , trois et puis six , c'est quatre pour
deux têtes ,
Quatre , six , trois et cinq , je suis une Tribu ;
Trois , cinq et six , sans moi tu n'aurois jamais
bû ,
Un , deux , cinq et puis quatre , à peine suis-je
au monde
Que mon maître aussi-tôt demande qu'on me
tonde :
Quatre , deux , trois , un , six , quand tu me
fais mourir ,
Mon pauvre maître ,il faut te résoudre à souffrir
Deux , trois , cinq , qui m'a dit quelquefois en
enrage ,
Trois , deux , cinq , quatre, six , fy de moi dans
l'orage ,
Un , cinq et six , Hélas ! je serais bonne En
fant ;
Mais
JUILLET. 1734. 1573
Mais par malheur pour moi j'ai le Vice Normant
•
Quatre , deux , trois , cinq , six , bon quand je
suis bien fine ,
Deux , six , cinq et puis quatre , étant seul pa
vre mine :
Un , quatre , trois , cinq , six , je suis rare en
Eté :
Deux , cinq , six , je suis jeu par les Grecs inventé
,
Cinq , trois , un , six , je suis présentement très
large ,
Un , quatre , cinq , souvent c'est moi qui fais la
marge ,
Un , cinq , six avec trois , sans bouger je fais
peur ,
ux plus hardis guerriers , adieu mon cher Lecteur.
L. G. De Chanlay.
Les Enigmes et Logogryphes du premier
vol . du Mercure de Juin , doivent
s'expliquer par Marteau , Adam et Eve,
chifre , nacre.
Les mots des Enigmes et Logogryphes
du deuxième vol . du Mercure du même
mois sont , La Pierre , Voliere , Pinceau .
On trouve dans le dernier , pin , eau ,
vin , pain , vice , puce , jupe , an &c. et
E v dans
1574 MERCURE DE FRANCE
dans le précedent Lire , yure , vire , viol,
vol , loy , vil , lie , rue , vie or , & C.
***************
NOUVELLES LITTERAIRES
P
DES BEAUX ARTS , &c.
>
RIERES au S. Sacrement de l'Autel
pour chaque semaine de l'année
avec des Méditations sur divers Pseaumes
de David. Par feu M. Pelisson , de l'Académie
Françoise. A Paris , chez François
Mathey , rue S. Jacques , au coin de la rue
des Noyers à S. Augustin 1734. in 18 .
TRAITE' DE CHIMIE , contenant la
maniere de préparer les remedes qui sont
le plus en usage dans la pratique de la
Médecine , par M. Malouin , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine de Paris,
Chez G. Cavelier , ruë Saint Jacques,
an Lys d'or.
LETTRES au sujet d'un Livre intitulé :
Réflexions sur la Poësie en general , sur
PEglogue , sur la Fable , sur l'Elegie , sur
la Satyre , sur l'Ode , et sur les autres petits
Poëmes. A Paris,chez Jacques Guerin,
Quay
JUILLET. 1734. 1575
Quay des Augustins 1734. in douze.
,
HISTOIRE ROMAINE , Octavien César ,
Marc Antoine , et Lepide , Empereurs
sous le nom de Triumvirs , avec des Notes
Historiques , Geographiques et Critiques
, des Gravures en Taille douce
des Cartes Geographiques , et plusieurs
Médailles authentiques. Par les RR. PP.
Catrou et Rouillé de la Compagnie de
Jesus tome 18. depuis l'an de Rome
710. jusqu'à l'an 722. A Paris , chez
Jacques Rollin , Quay des Augustins
Jean Baptiste Delespine , Coignard fils
et C. J. B. Delespine fils , rue S. Jacques
1734. in 4.
,
>
EXPERIENCES DE PHYSIQUE . Par
M. Pierre Poliniere , Docteur en Médecine
, et de la Societé des Arts. Quatriéme
Edition , revûë , corrigée et aug
mentée considérablement par l'Auteur.
A Paris , chez Gissey , rue de la Vieille
Bouclerie à l'Arbre de Jessé. 1734 in
12. 2. vol.
PENSEES DU PERE BOURDALOUE , de
la Compagnie de Jesus , sur divers su
jets de Religion et de Morale . A Paris ,
chez Caillau et Roilin fils , Quay des Au-
Evi gustins,
1576 MERCURE DE FRANCE
guftins , Prault. Quay de Gêvres , & Bordolet,
rue Saint-Jacques , vis- à- vis les Jefuites .
1734. in 12. 3. vol.
LETTRES EDIFIANTES et curieuses ,
écrites des Missions Etrangeres par quelques
Missionnaires de la Compagnie de
Jesus , 21. Recueil. A Paris , chez Nicolas
Leclerc, rue de la Bouclerie, et P. G. le
Mercier , rue Saint- Jacques. 1734. in- 12.
DESCRIPTION DES PLANTES qui naissent
ou se renouvellent aux environs de
Paris , avec leurs usages dans la Médecine
et dans les Arts , le commencement
et le progrès de cette Science, et l'Histoire
des personnes dont il est parlé dans l'Ouvrage.
Par M. Fabregon , Botaniste , et Demonstrateur.
Tome I. A Paris , chez JacquesLambert,
rue Saint Jacques, à la Sagesse.
1734, Vol. in 12 , pages 354.
REFLEXIONS CRITIQUES sur l'Elegie.
Par M. Michault 3 1734 , chez A.
J. B. Augé à Dijon . Cet Ouvrage est la
Critique d'un Livre imprimé à Paris chez
Chaubert
en 1731. intitulé Elegies, de
M. L. avec un Discours sur ce genre de
Poësie. in- 8°.
PENSE ES CHOISIES sur divers sujets de
Morale
JUILLET . 1734 1577
Morale , tirées des plus excellens Autears
. A Paris , rue Saint-Jacques chez
Henry. 1734. in- 12 de 303 pages.
Les Auteurs dont on entend parler ici ,
sont Pascal , Nicole , Abbadie , & c.
La lecture de ce Recueil de Pensées est
très propre à se rappeller sur les sujets
les plus importans , et en même tems les
plus communs , des principes de sagesse
qui puissent mettre en état d'en bien juger,
et de se garantir par la reflexion d'une
infinité d'erreurs et de fausses maximes ,
dont il est aisé de se remplir sur ces sujets
, même dans le commerce du monde.
Les pensées des grands hommes d'ailleurs,
quand elles sont bien choisies et présentées
à propos , ont cela d'avantageux ,
qu'elles élevent l'esprit de ceux qui les
lisent ; qu'elles inspirent le goût du vrai
et du bon , et qu'elles apprennent en
même tems , et à bien penser et à bien
vivre.
On a lieu de se promettre que ceux
qui acheteront et liront ce Recueil , ne
regreteront ni le tems, ni la depense qu'ils
y auront employé. Ce qu'on y a joint sur
les miracles, ne pourra point paroître in-
'different à ceux pour qui la Religion n'est
point indifferente ; ils sçavent combien
ces oeuvres merveilleuses ont servi à son
établissement
178 MERCURE DE FRANCE
établissement , et servent à ses preuves ,
et que par consequent rien n'est plus important
que d'en bien connoître la certitude
pour s'y rendre , et les caracteres
pour les discerner .
On ne peut exiger de nous , pour donner
quelque idée de cet Ouvrage , que
de transcrire ici quelques- unes de ces pensées
c'est ce que nous allons faire presque
sans choix.
Les hommes ont toujours à combattre
; vainqueurs d'une passion , une autre
s'éleve , qu'il faut réprimer ; celle ci
détruite , ilen naîtra plusieurs , dont la
défaite demandera de nouveaux efforts.
Ce monde n'est point un séjour de paix ;
la cupidité affoiblie l'ambition se révol
te ; l'ambition terrassée l'avarice prend
sa place. Toute notre vie n'est pas suffisante
pour faire la guerre à nos ennemis .
L'homme se sent miserable et pauvre
au milieu de la prosperité et de l'abondance
; rien ne le remplit , rien ne le
satisfait ; il se dégoûte de tout , et desire
tout ; il veut toujours connoître et
ne connoît rien à fond ; it admire parce
qu'il ignore ; il est curieux de sçavoir
parce qu'il ne sçait rien ; il n'est pas seu
lement le joliet des autres , il est en quelque
façon le jouet de lui même ; ses passions
JUILLET.
1579 1734.
sions sont à son égard l'équité et la rectitude
, et la verité ne se trouve que dans
ce qui lui plaît.
Qu'il est peu de joyes parfaites en ce
monde ! mais aussi qu'il y est peu de chagrins
sans ressource ! dans les plus grands
plaisirs on éprouve je ne sçai quelles petites
traverses qui en diminuent le souve
rain agrément ; dans les plus ameres disgraces
il entre un mélange de douceur
qui corrige l'excès du mal.
Le dégoût de la magnificence oblige
les Princes à chercher dans la pureté de la
nature les plaisirs qu'ils ne trouvent pas
dans leur grandeur . Ennuyez de cérémonies
, de gravitez , de contenances de
représentations , ils cherchent les douceurs
toutes naturelles d'une liberté que
leur condition leur ôte. Travaillez de
soupçons et de jalousies , ils cherchent
enfin à se confier , à ouvrir un coeur qu'ils
tiennent fermé à tout le monde. Les flateries
des adulateurs leur font souhaiter
la sincérité d'un ami ; et c'est - là que se
font ces confidens qu'on appelle favoris :
ces personnes cheres aux Princes, avec les
quelles ils se soulagent de la gêné de leurs
secrets , avec lesquelles ils veulent goûter
toutes les douceurs que la familiarité
du commerce et la liberté de la conversation
1580 MERCURE DE FRANCE
tion peuvent donner aux amis particuliers.
Les hommes voudroient que la Fortune
prévînt leurs souhaits ; ses retardemens
les affligent. Deux choses manquent
à la fortune de la plupart ; aux uns il
manque de l'avoir bien acquise , aux autres
il manque d'en user sagement.
Rien ne fait mieux comprendre le peu
de chose que Dieu croit donner aux hommes
, en leur abandonnant les richesses
et les grands établissemens , que la dispensation
qu'il en fait , et le genre d'hommes
qui en sont le mieux pourvûs .
L'Envie est un sentiment implacable ;
vous pouvez lui imposer silence par vos
bienfaits et par votre honnêteté ; mais
vous ne la fléchirez point , elle vivra autant
que subsistera votre mérite . On vous
pardonnera les derniers outrages qu'on
aura reçus de vous, et du moins le temps
en effacera le souvenir ; mais on ne vous
pardonnera jamais vos bonnes qualitez.
Il n'y a rien que l'homme aime tant que
la loüange , en quelque état qu'il se trouc'est
sa passion dominante , comme
si la gloire faisoit toute sa satisfaction
dans sa bonne fortune , et toute sa consolation
dans la mauvaise .
ve
Tout le monde est exposé aux traits
perçanes
JUILLET. 1734. 1587
perçants de la médisance ; elle défigure
tout, elle n'épargne ni les justes ni les pecheurs
, elle tient un Tribunal redoutable
toujours dressé pour juger les actions et les
intentions mêmes ; elle va présomptueusement
fouiller dans les coeurs , elle se
plaît sur- tout à noircir les plus belles vies,
et par ses traits envenimez elle rend aux
esprits qu'elle a séduits ou préoccupez
l'innocence même suspecte et la verité
méconnoissable.
CRITIQUE de Manichée et du
Manichéifme. Par M. de Beausobre . A
Amfterdam, chez Jacques- Frederic Bernard.
1734. in-4°.
CONSIDERATION'S sur les causes
de la grandeur des Romains et de leur
décadence. Amfterd. chcz Jaq. Desbordes.
1734. in- 12. de 277 pages.
ABREGE' de la Carte generale du
Militaire de France , depuis l'établissement
de la Monarchie jusqu'au 20 Février
1734 , jour de la promotion des
Officiers generaux et des Brigadiers des
Armées du Roi , avec les nouveaux Colonels
d'Infanterie et les Mestres de Camp
de Cavalerie et de Dragons , compris le
supplément
1582 MERCURE DE FRANCE
supplément aux mutations et augmentations
des Troupes , et la distribution
des Officiers generaux des Armées , conformément
aux Ordonnances de Sa Majesté
, pour la commodité des Officiers
et du Public présenté au Roi par P. Lemau
de la Jaisse de l'Ordre de Saint Lazare
A Paris , chez Giffart Libraire , rue Saint
Jacques , Didot , Quay des Auguftins ,
Briaffon , rue Saint Jacques , Nully , grande
Sale du Palais . 1734.L'Auteur demeure
rue er près la fontaine de Richelieu , où
les Libraires de Province pourront lui
écrire.
CHRONOLOGIE de l'Histoire Sainte et
des Histoires Etrangeres qui la concernent
, depuis la Sortie d'Egypte jusqu'à
la Captivité de Babylone . Par Alphonse
Des - Vignoles. A Berlin , che Ambroise
Hude , M. DCC XXXIV.
C'est le Titre d'un Ouvrage important
qui paroît à la tête d'un Prospectus Latin
, lequel en contient le Plan et nous
a été envoyé depuis peu . Ce Plan donne
une grande idée de l'Ouvrage entier ,
et l'idée est confirmée par divers témoignages
qui sont à la suite de l'Exposé
Latin. Voici celui de M. de la Croze ,
Bibliothequaire et Antiquaire du Roy de
Prusse
JUILLET 1734. 1583
J'ay lû la Chronologie de l'Histoire
Sainte , composée par M. Des Vignoles ;
L'ordre , la netteté et l'exactitude y regnent
par tout. La Critique y est modeste
et judicieuse ; elle est pleine de Kecherches
curieuses par leur nouveauté ,
et utiles pour la certitude de l'Histoire.
Celle des Hebreux et celle des Nations
voisines y sont liées naturellement.Quantité
de Passages de l'Ecriture y sont expliquez
presque sans peine , et plusieurs
faits particuliers y sont heureusement
éclaircis. Enfin la Chronologie y est scrupuleusement
suivie , expliquée et démontrée
, autant que le comporte et le
peut être un sujet de cette nature. Si cet
Ouvrage s'imprime ,comme je le souhaite,
je ne doute point qu'il ne se débite fort
bien , et qu'il ne faille bien tôt faire une
autre Edition. A Berlin le 21. d'Avril
1731 .
On propose cet Ouvrage par Souscriptions.
On peut souscrire à Paris ,
chez Briasson, ruë S. Jacques , à la Science.
MEMOIRES très - fideles et très exacts
des Expeditions Militaires qui se sont
faites en Allemagne , en Hollande et
ailleurs , depuis le Traité d'Aix -la - Chapelle
jusqu'à celui de Nimegue , auxquels
on
1584 MERCURE DE FRANCE
on a joint la Relation de la Bataille de
Senef , par M. le Prince , et quelques autres
Memoires sur les principales Actions
qui se sont passées durant cette guerre.
Par un Officier distingué. A Paris , chez
Briasson , ruë S. Jacques , à la Science
1734. 2. vol . in 12. d'environ 400. pas
ges chacun .
>
NOUVELLE DISSERTATION sur les pa
roles de la Consécration de la sainte Eucharistie
, où l'on montre que les Liturgies
Orientales sont conformes à la Romaine
sur le Rit de la Consécration , et
que les Scholastiques qui ont combattu
le Rit des Orientaux , et les nouveaux
Grecs qui l'ont voulu soutenir contre
eux , n'ont pas compris le vrai sens de
cette Priere , ni étudié le Rit de leurs
Liturgies. A Troyes , chez Jacques le Févre
le jeune , Libraire , grande rue , an
grand S. Jacques , 1733. vol. in 8. pages
254. et se vend à Paris , chez Briasson
Libraire , rue S. Jacques.
>
LES ILLUSIONS DU COUR dans
toutes sortes d'états et de conditions
par le Pere Jean Croiset , D. L. C. D. J.
A Lyon, chez les freres Bruyset , 1734
2. volumes in 120
.
Les
JUILLET. 1734. 7585
Les mêmes Libraires ont réïmprimé
depuis peu LES REFLEXIONS CHRETIENNES
pour tous les jours de l'année. Par le
P. Neveu , Jesuite.
LES SOUFFRANCES DE N. S. J. C. tra
duites le P. Aleaume , Jesuite. ·
par
LA METHODE PRATIQUE pour converser
avec Dieu , par le P. le Franc , Jesuite :
LE PSEAUTIER de la sainte Vierge , traduit
de S. Bonaventure , par le P.. de
Galifet , Jesuite.
RETRAITE SPIRITUELLE , par le P. le
Large , Jesuite.
LA PHILOSOPHIE DE POURCHOT , CA
3. volumes in 12. sans Planches , et en
5. volumes avec les Planches .
LES PRIERES et Instructions Chrétiennes
, par le P. Sanadon , Jesuite .
LE DICTIONNIRE OECONOMIQUE , avec
des augmentations considerables , par
M. Chomel , in folio 2. volumes.
LE PASTEUR APOSTOLIQUE , par le
P. Ducos Jacobin , in 8. 2. volumes.
LA
586 MERCURE DE FRANCE
LA BIBLIOTHEQUE des Prédicateurs , par
le P. Houdry , Jesuite , avec l'Eloquence
Chrétienne du P. Gilbert , Jesuite , 22 .
volumes in 4.
PARALLELE des Moeurs de ce Siecle ;
augmenté d'un troisiéme volume qui se
vendra séparément ; par le P. Croiset ,
Jesuite.
L'ANNE'E CHRETIENNE , du mê
me Auteur , in 12. 18. volumes.
GEMME ANTIQUE , &c. Cent Planches
gravées d'après les Pierres antiques
qu'on garde à Florence dans le Cabinet
du Grand Duc , et dans ceux de quelques
particuliers , où l'on voit représentées
les Images des Hommes Illustres
et des Dieux , avec les Observations d'Antoine
Gori , Professeur d'Histoire . A Florence,
de l'Imprimerie de François Moucke,
1732. papier Imperial , pages 100. pour
les Planches , 158. pour les Observations ,
sans compter la Table de Matieres.
LE MENAGE UNIVERSEL de la Ville et
des Champs , et le Jardinier , accommodez
au goût du temps , contenant la Patisserie
, Confitures , Liqueurs , la Cuisine
,
JUILLET . 1734. 1587
ne , le Jardinage , la Chasse et la Pêche,
secrets du Ménage , avec un Traité des
Abeilles. Par M. de la Ferriere . Où se trouvent
aussi deux nouveaux Traitez , l'un
sur la Nature , l'Education , la Nourriture
des Chevaux , leurs maladies , les
remedes , & c. l'autre concerne les Vi
viers , les Etangs , Canaux , Fossɛz , Marais
, &c. A Bruxelles , chez Jean Léonard.
Nouvelle Edition augmentée .
LE LECTEUR ROYAL , ou Recueil de
Pensées , Maximes , Discours , Contes ,
poësies , &c. pour servir d'amusement à
S. A. R. Monseigneur Fréderic , Prince
de Dannemarc , de Norwege , des Vandales
et des Goths.
Amant alterna Camana.
A Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1733 .
vol. in 12. pages 251. sans l'Epitre Dédicatoite
au même Prince , et l'Avertissement.
REMARQUES HISTORIQUES et Critiques
sur l'Histoire d'Angleterre de M. de Rapin
- Toiras , par M. Tyndal , Maître ès
Arts , et Vicaire du Grand Waltham ,
dans le Comté d'Essex ; et Abregé Historique
du Recueil des Actes Publics
d'Angleterre , de Thomas Rymer , var
M.
1588 MERCURE DE FRANCE
M. de Rapin-Toiras , avec les Notes de
M. Et. Whatley , en 2. vol . in 4. A la
Haye , chez P. Gosse , et J. Neaulme , 1733 .
BIBLIOTHEQUE RAISON NE'E des
Ouvrages des Sçavans de l'Europe . Tome
21732. Premiere et seconde Partie. A
Amsterdam , chez les Westeins et Smith ,
in 12 .
L'Extrait de l'Histoire des Chevaliers
de Malte , par l'Abbé de Vertot , qui remplit
le second Article de ce Volume
quoique long de 58. pages , se fait lire
avec plaisir.
LES METAMORPHOSES D'OVIDE en Latin
, traduites en François , avec des Remarques
et des Explications Historiques
par M. l'Abbé Banier , de l'Académie
Royale des Inscriptions et Belles - Lettres.
Ouvrage enrichi de Figures en Tailledouce
, gravées par B Picart et autres
habiles Maîtres . A Amsterdam , chez les
W'esteins et Smith , 1733. 2. vol . in folio ,
pages 524. pour les deux , et le même
Ouvrage chez les mêmes en 3. volumes
in 12. p. 384. pour le premier volume ,
318. pour le 2 et 276 pour le 3 .
e
Les ornemens exterieurs de cette Edition
, dit le Journaliste à la fin de son
Extrait , méritent qu'on avertisse le Lecteur
JUILLET. 1734. 1589
teur de leur prix. C'est une des plus belles
qui soient sorties depuis long- temps
de dessous les Presses de Hollande. Tout
en est superbe , le Papier , les Caracteres
et sur tout un très - grand nombre de
Planches , où l'idée d'Ovide est parfaitement
exprimée. En un mot, ce Livre est
un vrai Livre pour les Cabiners des Curicux.
HISTOIRE DE L'EMPIRE , Contenant son
Origine , ses Progrès , ses Révolutions
la forme de son Gouvernement , sa Politique
, ses Négociations et les nouveaux
Reglemens faits dans les Traitez de Westphalie
, &c. Par M. Heiss . Nouvelle Edition
, augmentée d'un Discours Préliminaire
, de Notes Historiques et Politiques,
continuée jusqu'à présent et enrichie de
Tailles- douces, imprimée en deux formes,
l'une in 4. en deux volumes , dont le
premier a 523. pages , sans les Préfaces
ot le Discours Préliminaire , qui font en
tout 77. pages , et le second 740. pages
avec la Table des Matieres. L'autre in 12 .
en 8. volumes , dont le premier contient
en tout 6 28, pages , le 2. 483. le 3. 492 .
le
4. 500. le .518 . le 6. 538. le 7. 509.
et le 8. 478. A Amsterdam , chez les
Westeins et Smith , 1733.
P RI1590
MERCURE DE FRANCE
RELIXIONS Sur l'attachement d'Athenais
, Imperatrice d'Orient , pour Paulin,
Favori de l'Empereur , où l'on réfute
l'Auteur de la Vie d'Athenais , inserée
dans le 9 Tome des Memoires de Litterature
et d'Histoire du R. P. des Molets.
On a réimprimé à Londres , en 2. vol.
in 8. l'Histoire des Bains froids , tant anciens
que modernes , par le ChevalierJean
Floyer avec un Appendix d'Edouard
Baynard , Membre du College des Mcdecins
.
,
On a imprimé à Amsterdam , Memoires
et Refléxions sur les principaux Evenemens
du Regne de Louis XIV. Par le
Marquis de la Fare. Nouvelle Edition
augmentée de Remarques où l'on éclaircit
diverses circonstances du Regne de
ce Monarque , in 8 .
.
On publiera dans peu de jours dans
la même Ville , chez François Changujon
, une Histoire Naturelle des Vers qui
rongent les Piliers des Digues de la Zélande,
de la Frise et de la Nord- Hollande , avec
une Relation Historique du dégât qu'ils ont
fait , de l'état présent des Digues , & c. ornée
d'une Planche qui représente les diffe
rentes
JUILLET. 1734. 1591
rentes sortes de Vers et la construction des
Digues , un vol . in 8 .
Le même Libraire a commencé une
nouvelle Edition des Oeuvres diverses de
M. Rousseau , considerablement augmentée ,
un volume in 12 .
QUESTION de Medecine.
1. Sçavoir si les Alimens cruds sont
aussi salutaires que les Alimens cuits ?
2. Si les Alimens , soit cruds , soit
cuits , sont aussi salutaires froids que
chauds ?
Le V. Tome de la nouvelle Edition du
Glossaire de du Cange , par les R R. Peres
Benedictins , dont on a parlé plusieurs
fois dans le Mercure , vient de påroître
et se débite actuellement chez
C. Osmont , ruë S. Jacques.
Il paroît depuis peu un nouveau Recueil
de Pieces de Clavecin , de la composition
de M. Février Organiste ; le
prix en blanc 6. livres. Il se vend à Paris,
chez l'Auteur, à la Coupe d'or, ruë saint
Honoré , ou chez le sieur le Clerc , ruë
du Roule , ou chez le sieur Boivin , ruë
S. Honoré. Gravez par Huë.
Nous apprenons par une Lettre écrite
Fij de
1592 MERCURE DE FRANCE
de Toulouze le 14. Juillet 1734. qu'un
nombre de personnes curieuses y ont formé
une Societé des Sciences , laquelle tient
ses Conférences , avec la permission du
Roy, depuis environ 6. ans; cette Societé
a tenu cette année son Assemblée publique
le Mardy 22. Juin , les Capitouls de
Toulouse et le Corps de Ville y assisterent.
M. l'Abbé de Catelan , Grand- Chantre de
l'Eglise Métropolitaine, y présida et fit un
Discours sur l'utilité des Sciences.
M. Carriere lut un Mémoire contenant
quelques Observations Anatomiques également
curicuses et utiles. M. Sage lut
ensuite une Dissertation Chimique sur
les differentes qualitez des Eaux qui sont
aux environs de la Ville de Toulouze.
M. Planque , de l'Oratoire , Directeur
termina la Séance par la résomption qu'il
fit avec beaucoup d'ordre et de clarté ;
de tous les Mémoires qu'on venoit de
lire. Il y eut à cette Assemblée un grand
concours de monde ; il n'y en avoit point
encore eû de plus nombreuse et de plus
remplie de personnes de distinction.
La Lettre qui contient ce détail , nous
a été écrite par M. Garipuy , Secretaire
de la Societé des Sciences de Toulouze.
Le Panégyrique de S. Victor fut prononcé
JUILLET.. 1734 1595
noncé dans son Abbaye Royale , par
M. de Meney , Chanoine Régulier de
P'Ordre de S. Augustin , de la Maison de
S. Antoine , le Mercedy 21. de ce mois , en
présence de M. l'Abbé de Berwik , Abbé
de S. Victor , et d'un très-grand nombre
de Personnes distinguées. Il conduisit insensiblement
son sujet à l'Eloge du feu Maréchal
de Berwick , des qualitez duquel
il fit une très ingénieuse et très - touchante
application , qui n'attira pas moins les
suffrages que l'attendrissement de tout
l'Auditoire.
Voici l'Extrait de ce Panégyrique ,
dont les beautez soutiennent parfaitement
la réputation que M. de Meney
s'acquiert tous les jours en Chaire par
la force et la netteté de ses Compositions
et par la sagesse avec laquelle il les prononce
.
I Es difficultez qui se multiplient , ne servent
qu'à multiplier les mérites de celui
qui en triomphe , et à relever la toute-puissance
de la Grace , qui seule en peut faire
triompher. Ainsi , et tout récemment , avonsnous
vû tomber sous ces foudres de bronze
inventez pour la destruction des hommes ,
un grand et sage Capitaine , en qui toutes
les vertus Guerrieres ont brillé avec d'au-
Fii tant
7194 MFR CURE DE FRANCE
tant plus d'éclat , qu'elles puisoient leur sour
ce dans son amour pour les Vertus Chrétien–
nes , dans la constance de sa foy , dans la
fermeté de son esperance , dans son attachement
inviolable pour le Roy et pour l'Etat.
L'intrepidité de son coeur le laissoit tranquile
dans les occasions les plus dangereuses , où la
mort se présentoit à lui de toutes parts. N'en
soyons pas surpris. C'est que la pureté de
sa conscience le rassuroit ; c'est que nourri
du pain des Forts au pied des Autels ,
il apprenoit à mépriser dans la mêlée , ces
foiblesses qui troublent malgré eux l'ame des
impies, c'est qu'après avoir vécu dans les exercices
d'un parfait Chrétien,il règardoit comme
un bonheur de mourir en remplissant les devoirs
d'un bon et fidele Sujet . Animé de l'es--
prit des Gédéons , des Josués , des Davids ,
il mettoit toute sa confiance dans le Dien
des Batailles, qui seul forme les Guerriers et
les Conquerans. Aussi quelle prudence n'en
résultoit-il point dans ses Conseils? quelle génerosité
dans ses sentimens? quel courage dans
ses entreprises? quel succès dans ses Combats?
quel désinteressement dans toute sa conduite !
Pour un si grand coeur les richesses n'étoiens
rien ; tout autre interêt que celui de la Patrie
languissoit auprès de lui ; et la vertu en
un mot, unique objet de ses actions , lui en
servit de digne prix pendant sa vie , comme
Will
JUILLET. 1595 1724.
sin nom glorieux en sera à jamais la recom
pense après sa mort.
Poussons donc à bout par cet exemple cette
criminelle politique qui oseroit disputer à la
pieté la gloire de former les plus sages et les
plus intrépides Héros: Quoi ! dans une condition
où toutes les portes sont ouvertes à la
mort , où l'on touche sans cesse à l'instant
fatal de subir son dernier terme , il y auroit
un plus sûr moyen de s'y exposer sans crainte
, que de n'avoir rien oublié pour se ren
dre favorable son Juge ? Peut -on penser et
seroit-il possible qu'un Chrétien courût plus
tranquillement les hazards terribles de la
Guerre , quand à travers l'épais nuage de
ses crimes , il n'appercevroit que les suites
inévitables d'une malheureuse Eternité
que si par des jours pleins de mérite il avoit
tout à esperer de la bonté de Dieu ? Non
non , les hommes habiles à se déguiser , peuvent
sous un visage serein , couvrir les inquietudes
les mieux fondées ; mais il sera toujours
constamment vrai que la Religion , loin
de nuire an courage , l'inspires et rien
n'est plus rare que d'être brave par goût et
dans le fonds du coeur , si à l'exemple du
grand General que nous regrettons , l'on n'est
en même temps veritablement Religieux par
Pesprit et par le sentiment.
>
Vous me passerez cette digression , Mes-
Է 111 ) sieurs
1596 MERCURE DE FRANCE
sieurs , outre qu'un tel hommage rendu à un
Héros immolé à la Patrie , doit trouverplace
dans tous les coeurs reconnoissants , et qu'il
convenoit dans un Temple arrosé chaquejour
des larmes de l'un de ses pieux et illustres
Descendans , il me semble encore que je l'ai
tiré du fond de mon Sujet et qu'il m'y ramene
naturellement. Car quel pensez-vous
que fut Victor dans la dissipation des Armes
, dans les plaisirs de la Cour , &c.
M. Edme Pourchot , Licentié ès ] Droits , Ancien
Recteur et Syndic de l'Université de Paris ,
Professeur Emérite , et Doyen de la Tribu de
Sens , mourut le 22 Juin 1734. regretté de tous
ses Amis et de tous ceux qui le connoissoient , à
cause de son bon esprit et de son aimable caractere
, dans la Societé. Il fut inhumé le 24. avec
toute la simplicité possible , comme il l'avoit recommandé
par son Testament , dans le Cimetiere
de S. Etienne du Mont ; toute l'Université
assista à son Enterrement, avec une foule d'Amis,
à la tête desquels étoient plusieurs Magistrats .
-M. Clément , Conseiller au Parlement , Executeur
Testamentaire du Deffunt , menoit le Convoy.
On trouve chez Jaillot , sur le Quay des Augustins
, deux nouvelles Cartes nouvellement publiées
par M. Henry Liebaux , habile Géographe;
l'une de la Ville de Mantouie , son Lac , ses Fortifications
et les divers Ouvrages qui en déffendent
les approches , et l'autre des Environs de
cette Ville.
Il paroît depuis peu en Estampe les Quatre
Saisons
JUILLET. 7 1734. 1597
Saisons d'après Vvattau , d'une composition
agréable et très- bien caracterisée , dans des especes
de Cartouches d'une forme et d'un contour
singulier ; elles sont gravées en large par le sieur
Huquier , chez lequel elles se vendent , vis - à- vis
le grand Châtelet , et chez la Veuve Chereau, ruë
S. Jacques.
On débite aussi , avec grand succès , chez le
sieur Huquier , un fort beau Portrait de Philippe
Wauwermans , celebre Peintre Hollandois , dont
les Tableaux font l'ornement des plus fameux .
Cabinets . Il est très - bien gravé dans un Cartouche
avec des ornemens convenables au caractere
du Peintre , par le sieur Dupuis , d'après un
Dessein original de C. Vischer.
On nous a écrit que le Memoire sur lequel
nous avons parlé dans le Mercure du mois d'Avril
dernier, du R. P. Raphaël Bluteau , à l'occasion
de sa Morf , n'est pas exact: Il n'étoit point
Chanoine Régulier , mais Clerc Régulier de la
Congrégation des PeresThéatins. C'estun des premiers
Profès de la Maison de Paris , et il en étoit
Superieur il y a plus de 50. ans . On ne sçait pas à
quelle occasion le P.Bluteau alla en Portugal, mais
ce qu'il y a de certain, c'est qu'il apprit si bien le
Portugais en 6. mois de temps , qu'il eut l'honneur
de prêcher avec applaudissement en cette
Langue , devant le Roy et la Reine de Portugal .
Il composa depuis le Dictionnaire Académique
de la même Langue , et les autres Ouvrages dont
est parlé dans le Mercure. Il revint dans la
suite à Paris , où il s'acquit la réputation d'une
grande Pieté et d'une profonde Erudition . Il étoit
sur tout fort estimé du Cardinal d'Etrées. Il re
passa en Portugal , où il a fini sa cartiere.
F V CHAN ~
1598 MERCURE DE FRANCE
CHANSON.
T- Andis que sur le Rhin
Nos Guerriers bravent le Destin ,
Et que Mars , les Armes en main
Par un caprice inhumain.
Dans son courroux ambitieux et vain
Semble enfin
Vouloir du Genre humain
Avancer la fin..
Dans le fond d'un Jardin
Parsemé de Thin ; .
Colin
Contraire , ainsi que Catin ,
Au dessein ,
De ce Dieu trop hautain ,
Sans cesse a recours au vin
Ce jus divin
Dans leur sein
Porte l'Amour , et ce petit lutin
Fait que Colin
Avec Catin
Tous les neuf mois enfin
Font un Fantassin.
JAD
1
Le choix du beau monde ou des
•
JAD
JUILLET. 1734. 1599
VAUDEVILLE,
Vous qui croyez que la Justice
A vos voeux deviendra propice ,
Et cela sans rien débourser ;
C'est mal penser.
Mais , vous qui doublez le salaire
Du Greffier et du Secretaire ,
Et croyez par-là triompher ,
C'est bien penser.
Amans qui contez des fleurettes ;
Et croyez dans vos amourettes ,
Bien avancer sans financer
C'est mal penser .
;
Mais vous , Caissier , dans l'abondance
Qui croyez à votre opulence ,
Que Philis se laisse amorcer
C'est bien penser .
Mamans , qui ne prêchez sans cesse
Que vertu , morale et sagesse,
Croyant les mieux faire exercer ,
C'est mal penser.
Mais vous qui laissez à vos Filles,
Le choix du beau monde ou des grilles ,
F vj Sans
1600 MERCURE DE FRANCE
Sans vouloir en rien les forcer
C'est bien penser.
諾
Petit Maitre , dont la figure
A grand besoin de la parure ,
Qui , minaudant , croyez passer ;
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez qu'on se mocque
Du Poupin , et que sa deffroque
Est ce qui le fait encenser
C'est bien penser.
2
Vous qui croyez votre Maîtresse
Pour tout autre que vous tigresse ,
Que l'or ne pourroit ébranler ,
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez qu'une Belle
Ne puisse être deux mois fidelle ,
Sans la voir un peu chanceler ,
C'est bien penser.
Beautez , qui croyez que vos charmės
Seront toujours de fortes armes ,
Qu'Hymen ne pourroit ébranler;
C'est mal penser.
Mais vous qui croyez que la Nôce
Abrege le tendre négoce
D'un
JUILLET. 1734 1601
D'un Amour prêt à s'éclipser ,
C'est bien penser.
J... de Paris.
SPECTACLES.
E 22 Juillet l'Académie Royale de
Musique donna la premiere Représentation
d'un Ballet nouveau , composé
d'un Prologue et de trois Entrées , intitulé
, Les Fêtes nouvelles , dont les paroles
sont de M. Massip , et la Musique
de M. Duplessis. On a interrompu cette
Piece après la troisiéme Keprésentation ;
nous en parlerons plus au long.
On a repris leBallet des Elemens , qu'on
revoit avec plaisir, et dont nous avons parlé
assez au long : mais nous n'avons rien dit
de la Décoration de la derniere Entrée qui
fait un effet admirable , et que le Public a
extrémement applaudi . Il est juste d'en
donner une idée à ceux de nos Lecteurs
qui ne sont pas à portée de voir ce magnifique
et ingenieux Spectacle.
Cette Décoration représente le jardin
des Hesperides. On voit d'abord une gran
de allée ; à l'entour du tronc des arbres
et Palmiers s'élevent des Sarmens et des
Pampres de vignes , et l'on voit sur les
arbres
1602 MERCURE DE FRANCE
arbres des fruits de differentes especes: au
bout de l'allée s'éleve une grande terrasse
supportée par des murs en talus d'ordre
rustique , avec un balcon et des balustres
portés par des Satyres.
Le dessous de la terrasse est percé au
milieu par une grande Arcade surbaissée
et continuće jusqu'au fond où est une
niche dans laquelle paroît un fleuve
couché appuyé sur une urne , de laquelle
sort une chute d'eau mouvante , formée
par des gazes d'argent , et imitant parfaitement
le naturel par le moyen des
roues , & c.
Tout le dessous de la terrasse est voûté
formant plusieurs grottes , d'où sortent
tous les Personnages du Ballet . Ce souterrain
paroît extrêmement grand , et suppose
conduire par son plan sur tous les
differens endroits du jardin.
Y Le dessus de la terrasse sur laquelle il
a de grandes allées d'arbres en berceau à
perte de vûe , ornés comme ci.dessus , est
occupé par plusieurs Musiciens avec leurs
instrumens , placez au - delà des balustres;
lesquels sont négligemment ornez de quelques
tapis jettez au hazard; ce qui enrichit
cette Architecture rustique , qui paroît
porter la terre et les arbres , comme si
c'étoit réellement bâti en pierre , et just
qu'à tromper les
yeux.
JUILLET. 1734- 1803
Cette Décoration est peinte et disposée
avec un art admirable sur les desseins du
Chevalier Servandoni .
ENE E ET DIDON , Tragédie
représentée pour la premiere fois sur le
Théatre François le 21 Juin 1734.
ACTEURS.
Didon , Reine de Carthage. La Demoiselle
Dufrejne
Enée , Chef des Troyens. Le Sr. Dufresne.
Iarbe , Roi de Numidie. Le Sr. Grandval.
Madherbal , Ministre et General des Carthaginois.
Le S. Legrand.
"
Achate , Capitaine Troyen. Le Sr. Sar
razin.
Zama , Officier d'Iarbe. Le Sr. Dubreuil.
Elise , Confidente de Didon. La Demoiselle
Jouvenot.
Barcé , Femme de la suite de la Reine .
La Demoiselle Dubreuil
La Scene est à Carthage dans le Palais
de la Reine.
Nous supprimons l'Extrait que nous
avions fait de cette Tragédie , et le Lecteur
y gagnera ; nous substituons à la
place la Lettre qu'on va lire , qui nous
est tombée entre les mains par hazard, et
qui
1604 MERCURE DE FRANCE
qui donne une idée très claire et très- complette
de ce Poëme .
LETTRE de M. *** à M. le
Marquis de Bauffremont , Mestre de
Camp de Dragons.
J
E manquerois , Monsieur , aux devoirs
de l'amitié qui nous unit , si je
negligeois de vous apprendre un succès ,
auquel j'ose croire que vous prendrez
part. Je viens de donner au Théatre François
ma Tragédie de Didon
et les applaudissemens
dont le Public l'a honorée
, ont pleinement justifié la démarche
que javois faite , en m'avouant l'auteur
' un ouvrage dramatique.
J'avois toujours pensé que les talens
de l'esprit étoient le plus bel appanage
de l'homme ; que ceux qui les avoient reçus
de la nature étoient sûrs d'une gloire.
aussi solide que brillante , et qu'enfin le
préjugé des personnes qui croyent qu'un
homme d'un certain état ne peut avec
bienséance suivre son penchant pour la
Poësie , est d'autant plus injuste et déraisonnable
, qu'il est détruit par l'exemple
de tant d'hommes illustres , dont la
réputation est plus établie par les ouvrages
qu'ils ont laissez à la posterité , que
par les dignitez dont ils ont été revêtus
penJUILLET.
1734 130
pendant leur vie : cependant l'incertitude
de l'évenement , et la honte attachée à
une chûte , je dirois même à un succès
médiocre , m'ont retenu longtems , et
sans un coup du hazard , je n'aurois peutêtre
jamais tenté de détruire moi - même.
une idée dont je connoissois toute la
fausseté.
Vous pouvez vous rappeller , Monsieur
, que cette matiere a été souvent le
sujet de nos conversations ; et tout jeune
que vous êtes, je fais gloire de vous nommer
parmi ces personnes , qui comme
vous , aussi recommandables par la justesse
de leur esprit , que par l'éclat de
leur naissance , m'ont toujours exhorté à
cultiver un talent flatteur par lui - même,
et qui ne peut être avili que par la faute
de ceux qui le possedent.
Je vais vous donner une idée generale
de ma Tragédie , en attendant que vous
puissiez juger par vous- même si elle mérite
son succès.
Le sujet est tiré de Virgile qui en est
l'inventeur , et qui a jugé à propos de
faire , comme tout le monde sçait , un
* Mediocribus esse Poetis
Non di , non homines non concessere columna.
Hor, ort. p.
anacronisme
1606 MERCURE DE FRANCE
>
anacronisme de plus de trois cens ans
pour procurer à Didon l'avantage d'être
trahie par le fondateur de l'Empire Romain.
Il est vrai que le titre seul de ce
Poëme avoit déja révolté tout le monde
et que les spectateurs se rendirent à la
Comédie avec un esprit de prévention
qui me fit trembler. Je ne dois ma réussite
qu'au soin que j'avois pris en composant
ma Tragédie de donner à mes héros
un caractere et des sentimens tout differens
de ceux qu'ils ont dans l'Enéïde .
Iarbe Roi de Numidie ouvre la scene
avec Madherbal Ministre et General Carthaginois
; ce Roi qui arrive chez Didon
en qualité de simple Ambassadeur , avoit
passé autrefois sous un nom inconnu à la
Cour de Pygmalion , lorsque Sichée venoit
d'être assassiné . C'est là qu'il étoit
devenu amoureux de Didon : mais n'ayant
pu lui découvrir sa passion , à cause de
la fuite de cette Princesse qui avoit quitté
secretement sa patrie , pour éviter les fureurs
de son frere , meurtrier de son mari;
il étoit retourné en Afrique après bien
des malheurs : alors ayant appris que Didon
venoit de fonder une Ville sur les
côtes de Libie , il lui avoit fait proposer
de l'épouser , ce que cette Reine avoit
refusé deux fois à ses Ambassadeurs ; ce
refus
JUILLE T. 1734 1607
refus obstiné, engage Iarbe à venir luimême
en penetrer les raisons. Madherbal
lui apprend que les Troyens sont arrivez
à Carthage ; que la Reine les comble
de bienfaits , et qu'on parle déja de son
mariage avec Enée . Cette nouvelle est un
coup de foudre pour le Prince Africain
qui dans un premier mouvement de fureur
propose à Madherbal de soulever les
Tyriens contre les projets de la Reine.
Madherbal dont les sentimens nobles et
vertueux n'ont pas peu contribué au succés
de ma Tragédie , lui répond ainsi.
Moi , Seigneur ! moi rebelle ! ah j'en frémis
d'horreur :
Mais il faut excuser l'amour et sa fureur
;
Fallut- il sur moi seul attirer la tempête ,
Et dûssai-je payer mes conseils de ma tête ;
Je parlerai , Seigneur , et peutêtre ma voix
A- t- elle chez la Reine encore quelque poids.
Votre hymen est utile au bien de son Empire ;
Et je me trahirois en craignant de le dire.
Mais si de Madherbal le zele parle en vain ,
Si l'étranger l'emporte , et s'il l'épouse enfin
N'attendez rien , malgré votre douleur mortelle ,
D'un sujet , d'un Ministre à sa Reine fidele ;
Jamais flatteur , toujours prêt à leur obéir ,
Je sçais parler aux Rois , mais non pas les trahir.
Didon
1608 MERCURE DE FRANCE
Didon paroît avec toute sa Cour pour
recevoir l'Ambassadeur d'Iarbe . Le faux
Ambassadeur fait de vains efforts auprès
d'elle pour la déterminer à épouser son
Maître. Il se retire en lui annonçant co
qu'elle doit craindre d'un Roi puissant et
irrité. Didon finit cet Acte par une scene
avec Elise , qui lui représente en vain
les suites fâcheuses de ses refus et de la
colere d'Iarbe. Cette Princesse compte sur
le secours d'Enée ; elle justifie sa passion
par l'éloge qu'elle fait des vertus de ce
Heros ; et c'est principalement dans cette
scene que j'ai tâché de développer le caractere
de cette Reine , son intrépidité
dans les perils , sa tendresse dans ses sentimens
, et sa force dans ses résolutions.-
Enée commence le second Acte avec son
fidele Achate. Il paroît dans une agitation
violente ; la gloire l'appelle en Ausonie ,
son amour et le bienfaits de la Reine le
retiennent â Carthage ; il ne peut se résoudre
à partir , il trouve trop de conformité
de son sort à celui de Didon, pour
ne pas croire que le Ciel les a faits l'un
pour l'autre.
Je ne sçais si mon coeur se flatte en son amour
Mais peut-être le Ciel m'appelloit à sa Cour ;
Son malheur est le mien, ma fortune est la sienne,
Elle
JUILLET. 1734 1669
Elle fuit sa patrie , et j'ai quitté la mienne ;
Le fier Pygmalion poursuit les Tyriens ,
Les Grecs de toutes parts accablent les Troyens
L'un à l'autre connus par d'affreuses miseres ,
Le destin nous rassemble aux terres érrangeres ;
Et peut -on envier à deux coeurs malheureux
Le funeste interêt qui les unit tous deux ?
Cependant Achate insiste , et lui annonce
que les Troyens commencent à
murmurer de ses retardemens. Ils sont
interrompus par Didon, qui vient pleine
de tendresse et de confiance se féliciter
avec Enée du plaisir qu'elle a de le couronner
, et de l'avoir pour défenseur contre
les efforts de ses ennemis . Ce Prince
troublé par les discours d'Achate , laisse
entrevoir à la Reine ce qu'ils doivent
craindre tous deux , il s'attendrit lui-même
, et rejette la cause du malheur qui
les menace sur son peuple déja séduit par
l'attrait de la gloire que lui promettent
les oracles.
Tel est du préjugé le pouvoir ordinaire ,
Il soumet aisément le crédule vulgaire :
Courageux sans honneur , et pieux sans vertu ,
Souvent dans les transports dont il est combattu,
Le Soldat entraîné sur la foi d'un oracle ,
Du respect pour ses Rois brise le vain obstacle,
Ccd
1610 MERCURE DE FRANCE
Cede , sans la connoître , à la Religion ,
Et se fait un devoir de la rebellion .
Enée dont l'amour et la bonne foi
paroissent dans toutes ses act ons , quitte
Didon en l'assurant que si le sort se
déclare contre eux , son coeur n'en sera
ni moins tendre , ni moins fidelle . On
conçoit aisément le trouble et l'agitation
de la Reine ; c'est dans ce moment qu'on
vient lui annoncer que l'Ambassadeur
d'Iarbe veut lui parler pour la derniere
fois . Elle est forcée à se contraindre :
l'Etranger paroît devant elle , et ne pouvant
plus dissimuler sans désespoir il se
fait connoî re à Didon qui lui répond
avec les égards dûs à la Royauté , mais
en lui laissant moins d'espérance que jamais.
Jaibe finit l'Acte avec Zama Of
ficier Numide.
Il reparoît au commencement du troisiéme
, mais il ne respire que fureur et
que vengeance . Comme il n'a plus d'espoit
dans sa passion , il n'a plus de retenue
dans ses emportemens , et j'ai tâché
de caracteriser par ses sentimens et ses
expressions la violence que s'est faite un
Roy barbare dont l'amour avoit suspendu
quelque tems la ferocité naturelle. Les
sages conseils de Madherbal ne servent
qu'à
JUILLET. 1734 1611
*
› aux
qu'à l'aigrir , et il sort après les sermons
les plus terribles de venger son amour et
de punir la Reine. Elle arrive. Madherbal
lui apprend les projets et le départ
d'larbe ; elle lui ordonne de faciliter la
retraite de ce Prince et de
songer
moyens de lui résister. Cependant cette
Reine malheureuse se livre plus que jamais
à ses inquiétudes , et de violens
soupçons lui font pressentir le malheur
qui lui sera bientôt annoncé . En effet
elle apperçoit son amant qui revient du
Temple où les Trovens l'avoient entraî
né : elle connoît à son désespoir et à ses
discours embarrassez qu'il a promis tout
ce qu'on a voulu . Si je ne craignois
d'être trop long , je vous raporterois ici
tout cette Scene qui est sans contredit
celle de toute ma Tragédie où le coeur est
le plus remué et le plus attendri. Enéc
tâche de se justifier; son amante l'accable
des reproches les plus tendres , les plus
vifs et les plus touchans : il ne peut les
soutenir sans émotion , l'amour enfin reprend
le dessus ; c'est dans ce moment
que le severe Achate vient lui dire que sa
Flote est prête , mais Enée le quitte
brusquement pour voler sur les pas de
Didon. Achate le suit en s'écriant.
Que
1612 MERCURE DE FRANCE
Que vois-je quel transport de son ame s'em
pare !
Courons , sçachons les soins dont il est combattu
:
Dienx,faut-il que l'amour surmonte la vertu ! "
Enée revient avec Elise qu'il charge de
calmer et d'entretenir la Reine pendant
qu'il va déclarer aux Troyens la résolution
où il est de ne plus quitter Carthage
. Achate se présente aux yeux d Enée ,
il le trouve dans la situation d'un homme
que
l'amour a mis hors d'état d'écouter
tout ce qui ne tend point à flatter sa
passion . Il falloit le faire revenir de cet
oubli de soi- même : combattre les raisons
dont il se sert pour épouser Didon ; il
falloit l'éblouir , lefrapper ,le convaincre
et sur tout le persuader ; mais sans avoir
recours à ces lieux communs de vertu
de gloire et de morale qu'on étale avec
emphase , et qu'on écoute sans surprise
et sans émotion , Achate employe des
moyens plus sûrs et plus touchans. L'interêt
du jeune Ascagne , l'Empire de
l'Univers promis aux Descendans d'Enée
offrent un champ libre à son attachement
pour ce Héros. C'est ainsi qu'il lui parle.
Aimez donc ; renoncez aux palmes immortelles,,
Qui
JUILLET. 1734. 1613
Qui devoient couronner vos conquêtes nou¬
velles ;
Nos
yeux
s'étoient flattez d'en être les témoins:
Sans doute votre coeur peu touché de nos soins ,
Envie aux Phrigiens l'heureuse destinée
De vaincre ou de mourir pour la gloire d'Enée.
Mais il vous reste un fils. Ce fils n'est plus à
vous ,
Il apartient aux Dieux de sa grandeur jaloux ;
Par ma bouche aujourd'hui vos peuples le demandent
;
Promis à l'Univers les Nations l'attendent :
Confiez à nos soins ce dépôt précieux ,
Pour nous sacré garant de la faveur des Cieux .
Nous irons pleins de zele accomplir les miracles
Qu'à ses premiers exploits annoncent les oracles
Vous le sçavez , Seigneur vous qui dans les
combats
?
De ce fils jeune encor deviés guider les pas ;
Ses neveux fonderont un Cité guerriere ,
Qui changera le sort de la nature entiere ,
Qui lancera la foudre , ou donnera des Loix ,
Et dont les Citoyens commanderont aux Rois ,
Leur nom fera trembler; le Maître du Tonnerre
A leur vaste triomphe a res rvé la Terre:
Laissez à votre fils commencer un destin
Dont les siècles futurs ne verront point la fin ,
G Et
1614 MERCURE DE FRANCE
Et n'avilissez plus dans une paix profonde ,
Le sang qui doit former les Conquerans du
monde.
و
Enée à ce discours semblable à un
homme qui sort d'un profond assoupissement
revient enfin à lui- même. La
gloire se montre à lui dans tout son
éclat ; il rougit de sa foiblesse ; rien ne
l'arrête plus ; et pour éviter les adieux
d'une Princesse dont il doit redouter les
charmes , il se dispose à suivre Achate.
Dans ce moment Didon paroît devant
lui . Cette Reine qui d'ailleurs ne doit
plus avoir confiance en lui , s'apperçoit
aisément, de son embarras , et sans l'accabler
de nouveaux reproches ,se contente
de lui apprendre les malheurs qui la menacent
, et finit en lui donnant la liberté
de partir . Madherbal vient annoncer
l'arrivée des Troupes d'Iarbe . Ce nouvel
Evenement rend la situation de la Reine
encore plus touchante . Enée n'a pas deux
partis à prendre il se détermine en
Héros , et sort pour aller combattre .
Le cinquième Acte se passe sur la fin
de la nuit et à la pointe du jour. Didon
effrayée du combat qui se donne pour
elle ne s'occupe que des idées les plus
cruelles et les plus funestes. Elle se reproJUILLET.
1734. 1615
و
sa
proche son injustice à l'égard d'un Amant
qui sacrifie pour elle ses peuples
gloire et sa vie. Mille pensées differentes
l'agitent tour à tour jusqu'à l'arrivée de
Barcé , qui vient lui dire qu'Enée a vaincu
et mis en faite les Africains. Quelle
joye pour uneAmante de devoir sa gloire.
et sa sûreté à la valeur de son Amant !
Elle l'attend avec impatience , ou plutôt
elle vole audevant de lui , lorsque
Madherbal arrive suivi d'une troupe de
Tyriens. Il lui fait le détail de la victoire
d'Enée , et finit par les adieux de ce
Héros qui a saisi l'instant de son triomphe
pour obéir aux Dieux , et s'éloigner
à jamais de Carthage. Figurez - vous les
differents transports auxquels peut se livrer
une Amante infortunée dans les
premiers mouvemens de sa fureur et de
son affliction . Reproches , plaintes , emportemens
, tout est mis inutilement en
usage ; il ne reste plus d'espoir à la malheureuse
Didon qui se poignarde aux
yeux de ses femmes et des Tyriens qui
ont accompagné Madherbal. Mais par un
retour digne d'une ame grande et genereuse
, elle expire en avoüant ce qu'elle.
doit à Enée , et en lui adressant ses der--
niers soupirs.
Au reste , Monsieur , je ne puis que
Gij
me
616 MERCURE DE FRANCE
,
me louer extrémement du zele avec lequel
les Comédiens et sur tout M. Dufrêne,
ont representé ma Tragédie . Cet
Acteur si justement cheri du Public
soutient dans le Personnage d Enée l'estime
qui est duë à ses talents . Mlle Du-
Frêne , s'est surpassée : elle n'offre rien à
désirer à la plus severe Critique. Une
figure aussi aimable qu'interessante , la
voix foible à la verité , mais touchante
et gracieuse ; la prononciation la plus
correcte et la plus distincte : force , précision
, noblesse dans l'expression des
sentimens ; l'art chez elle ne supplée
point à la nature , il ne fait que l'aider
ou pour mieux dire l'embellir . En un
mot elle réunit toutes les differentes parties
qui doivent concourir à former une
Actrice parfaite.
Mlle Dufêne a donné la préference
au rôle de Didon sur tous les autres
rôles du Theatre , en le choisissant pour
être le sujet d'un Tableau d'Histoire auquel
on travaille actuellement .
Adieu , Monsieur , souvenez - vous
quelquefois au milieu des allarmes et des
fatigues de la guerre , d'un ami qui s'interesse
plus que personne à votre gloire
et à votre avancement. Vous connoissez
mes sentimens pour vous et vous ne doutez
JUILLET. 16177
734
tez point de leur sincerité. J'ai l'honneur
d'être &c. ..
A Paris ce 14 Juillet 1734.
Le Samedy 3I1 de ce mois,on donna la
treiziéme Représentation de cette Piéce ,
pour la remettre au Théatre après la
S. Martin .
Le 28 Juin , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Comédie du Sr Romagnesi , en Vers
et en trois Actes, qui a pour titre le Petit
Maître Amoureux ; Elle a été reçuë favorablement
du Public . Cette Piece fut
suivie d'un nouveau Balet Pantomime:
représentant la Fable de Pigmalion ,
executé avec aplaudissement par la Dlle
Rolland et par le Sr Riccoboni sur des
airs de violons de la composition de
M: Mouret , très bien caracterisez. Le
même sujet de Balet a éte dansé à Lon--
dres au mois d'Avril dernier › par la
Dlle Sallé et par le St Maltaire.
Le 26 Juin , l'ouverture de la Foire
S. Laurent fut faite en la maniere accoutumée
, et le même jour , l'Opéra Comique
fit aussi l'ouverture de son Théatre
G iij par
1618 MERCURE DE FRANCE
par deux Piéces nouvelles d'un Acte chacune
en Vaudevilles , avec des Divertissemens
la premiere intitulée la Mere
Embarassée , et l'autre l'Absence , précedées
d'un Prologue : on parlera plus au
long de ces Piéces qui ont été goutées du
Public.
Le 9 Juillet , on donna à la fin de ces
mêmes Piéces un nouveau Balet Pantomime
qui a pour titre Don Quichotte chez
la Duchesse . On a voulu représenter par
des Danses figurées , les differentes folies
que ce Chevalier Errant fit chez la Duchesse
pendant le séjour qu'il y fit . Ce
Balet est ingénieux et fort bien exécuté.
Le 22 , on donna sur ce même Théatre
une Piece nouvelle d'un Acte , qui a pour
titre la Ramée et Dondon . C'est une Parodie
de la Tragédie d'Enée et Didon, qu'on
représente actuellement au Théatre François
; cette nouveauté dont on pourra
parler plus au long , a été goutée du Public.
NOUJUILLET
1734. 1619
***************
NOUVELLES ETRANGERES.
L
POLOGNE.
Suite du Siege de Dantzick
"
Es Troupes Françoises , campées au Farh
wasser,sous le Canon du Fort de Wechselmunde
, que le Comte de Munich avoit fait
sommer le 19 du mois dernier de se rendre
envoyérent le même jour au soir un Ayde Major
à ce General pour demander une suspension
d'armes de deux jours pendant laquelle on pût
convenir de la capitulation.
,
Cette demande leur fut accordée , mais les
François n'ayant pas voulu accepter les proposi
tions qui leur furent faites de la part des Generaux
Ennemis les Officiers qui avoient été
nommez pour regler les articles , se séparerent
sans avoir rien conclu. Comme le terme pres
crit pour la durée de la suspension d'armes expira
avant qu'on eut pû s'accorder , il fut résolu
qu'elle seroit prolongéé d'un jour , et que trois
Officiers François se rendroient au Camp des
Assiegeants pour traiter avec eux.
·
Le Chevalier de la Luzerne , Colonel du Re
giment de Perigord , le Lieutenant - Colonel du
Regiment de Blaisois , et M. Cornier , ayant été
chargez de cette commission , allérent le 22 au
Quartier du Duc de Saxe Wesseinfels , et le soir
on signa la Capitulation par laquelle on convint
qu'il ne seroit commis aucun acte d'hostilité
& iiij
contre
1620 MERCURE DE FRANCE
contre les Forts de la Munde , et de Westerschantz
, jusqu'à ce que les François eussent retiré
les Officiers et les Soldats malades ou blessez
qu'ils y avoient fait transporter , les Chirurgiens,.
les Artisans et les Domestiques qui les avoient
suivis , et jusqu'à ce que les Détachemens de
leurs Troupes qui étoient tant d'un côté que de
l'autre de la Riviere eussent rejoint ; que l'on
accorderoit aux François tous les honneurs de la
Guerre , qu'ils sortiroient de leur Camp Tam--
bour battant et Drapeaux déployez avec armes
et bagages ; que les Pilotes , les Matelots , les 15
Canoniers, le Commissaire Ordonnateur et tous.
ceux qui étoient venus avec les Troupes , auroient
aussi la liberté de se retirer sans être inquiétez ;
que les Troupes Françoises seroient transportées
sur des Vaisseaux de l'Escadre Moscovite dans
un des Ports de la Mer Baltique , où elles pour-.
roient s'embarquer sur des Vaisseaux François,
ou sur d'autres Bâtiments ; qu'elles se rendroient
successivement par Compagnies à bord des Vaisseaux
Moscovites ; qu'en y arrivant elles remettront
volontairement leurs armes qui leur seroient
renduës fidelement lorsqu'elles en sortiroient
qu'on fourniroit des vivres à tous les
Officiers , Soldats et autres , depuis que la capitulation
seroit signée , jusqu'au jour de leur
arrivée dans le Port où on les conduiroit , et les
remedes nécessaires pour les blessez et les malades
; que ceux de ces derniers qui ne pourroient
être transportez , seroient mis dans un lieu sûr ,
et qu'après leur guerison on leur donneroit toutes
les facilitez nécessaires pour retourner en
France.
:
Le Comte de Munich en signant ces articles.
avoit exigé que le Fort de la Munde se rendroit
JUILLET. 1734. 1621
droit deux jours aprés celui de la Capitulation,
mais le Chevalier de la Luzerne étant retourné
le 23 au Camp des Assiégeants avec le Lientenant
- Colonel duRegiment de Blaisois et M. Cornier
, et ayant representé que les Troupes Françoises
n'avoient aucune autorité sur le Gouver
neur et la Garnison de ce Fort , les Assiégeants
se relâcherent sur ce point, et la Capitulation si
gnée la veille , fut confirmée.
Les Troupes Françoises selon ce qui a été
reglé , ont été embarquées sur des Vaisseaux de
P'Escadre Moscovite , qui mirent à la voile le
26 pour les transporter dans le Port de la Mer
Baltique ou l'Amiral Gordon s'est engagé à les
faire conduire .
Le 27 les Magistrats de Dantzick ayant
député quelques - uns d'entre - eux au Comte de
Munich pour lui faire quelques nouvelles propo
sitions d'accomodeinent , ce General offrit d'accorder
une suspension d'armes de trois jours ,
pourvû que pendant ce tems il pût continuer
tranquillement ses approches , mais cette condition
fut rejettée , et l'on continua les hostilitez
de part et d'autre.
Le Roy sortit secretement de Dantzick la
nuit suivante , et le Marquis de Monti Ambassadeur
du Roy de France , ayant informé le
lendemain après midi les Seigneurs Polonois qui
étoient dans la Ville et les Magistrats , du dé→
part de Sa Majesté , ils envoyérent de nouveaux
Députez au Comte de Munich pour lui en donner
part , et pour lui . témoigner qu'ils étoient
déterminez à capituler . Comme le General des
Moscovites, au lieu d'écouter leurs propositions
ordonna qu'on recommençât à bombarder la
Ville , les Magistrats lui écrivirent le 29 une
Lettre
G
1622 MERCURE DE FRANCE
>
Lettre par laquelle ils le priérent de faire cesser
Les Actes d'Hostilité et à laquelle ils joignirent
une attestation du Marquis de Monti qui
déclaroit qu'ils n'avoient cû aucune connoissance
de la résolution que le Roy avoit prise
de se retirer.
Ils demandoient par la même Lettre des
Passeports pour les personnes qu'ils chargeroient
de regler les articles de la Capitulation avec les
Officiers qui seroient nommez par les Generaux
des Assiegeans.
>
?
M. Zaluski , Evêque de Ploxo , les Princes
Casimir , Auguste et Theodore Czartorinskiles
Princes Georges et Casimir Sapieha le
Comte Poniatowski , M. Ossolinski Grand Trésorier,
de la Couronne , M. Bielinski , Maréchal
de la Cour et les autres Seigneurs Polonois qui
étoient à Dantzick , à l'exception du Primat
envoyerent le même jour au Comte de Munich
un Acte par lequel ils se soumettent , en considération
de la conjoncture presente des affaires ,
à reconnoître l'Electeur de Saxe.
ง
Le Comte de Munich ayant mandé le 30 aux
Magistrats qu'ils pouvoient lui envoyer des
Deputez , munis de pleins pouvoirs pour traiter ,
les Principaux d'entr'eux se rendirent le premier
Juillet au Quartier general des Assiegeans , et
l'on est convenu de la Capitulation qui porte
que la Ville payera un million d'écus à la Czarine.
>
Tous les Seigneurs Polonois qui avoient suivi
le Roy à Dantzick sont allez trouver le
Comte de Munich. Le Marquis de Monti
s'est rendu aussi au Camp pour conférer avec
ce General , qui a refusé de voir le Primat , et
l'a fait conduire à Elbing.
Voici
JUILLET. 1734. 1623
Voici la teneur de l'Acte des Seigneurs Polonois
dont on vient de parler.
Dautant que par la permission de la Divine
Providence , par les circonstances présentes , et par
les évenements que nous voyons arriver , il paroît
avec évidence que la volonté du Tout- Puissant
est que le très Illustre Electeur de Saxe regne
en Pologne , Nous soussignez en considération des
présentes conjonctures , reconnoissons et admettons
le sus lit très Illustre Electeur de Saxe ponr notre
Roy et Seigneur , dans la juste persuasion qu'il
maintiendra et conservera inviolablement les
Droits , Libertez et Priviléges qui nous ont été
donnez par tous ses Prédecesseurs nos Reis et
Seigneurs ; en foi de quoi nous avons signé la
présente. Fait à Danızick le 29 Juin 1734.
Le Duc de Saxe Wesseimfels et le Comte de
Munich , qui étoient convenus dès le 3 de Juillet
avec les Magistrats de Dintzick des principaux
articles de la Capitulation , ayant fait des
difficultez sur quelques - uns , ils ne la signérent
que le 9 au matin .
Cette Capitulation porte , que la Ville se
soumettra à l'Electeur de Saxe..
Que les Habitants payeront un million d'écuś
à la Czarine , à laquelle ils envoyeront des Deputez
pour la prier de leur rendre sa bienveillance.
Qu'ils donneront de plus 300000 livres pour
le rachat de leurs Cloches .
Que des Détachements des Troupes Saxones
garderont le Fort de Wechselmunde , et la Porte
d'Oliva , jusqu'à la pacification des troubles qui
divisent le Royaume.
Que la Ville continuera d'avoir une Garnison
à sa solle et qui ne receyra l'ordre que des
Magistrats.
>
Gvj Que
1624 MERCURE DE FRANCE
¡
.
Que le Regiment des Gardes de la Couronne,
et celui de Busehow , sortiront avec tous les
honneurs militaires , mais qu'ils seront ensuite
désarmez et qu'ils seront Prisonniers de guerre.
Enfin qu'on nommera des Commissaires
pour faire des perquisitions afin de découvrir
ceux qui ont eu connoissance de la retraite du
Roy.
La Ville de Dantzick s'est engagée à fournir
d'ici au premier du mois de juillet de l'année
prochaine, les 3000000 de livres qui lui sont denandées
et dont elle doit acquiter1200000 livres
dans trois semaines.
Le Comte de Munich a longtems insisté pour
que les Halilants payassent , outre ces trois
milions , une pareille somme pour n'avoir pas
pris des mesures , afin d'empêcher le Roy de
sortir de la Ville mais il a été reglé qu'on renvoyeroit
à la Czarine la décision de cet article .
On est convenu que les Habitants ne scroient.
point inquiétez au sujet de leur conduite passée,
mais le Duc de Saxe Wesseinfels en a excepté
quelques- uns qu'on ne nomme pas encore, et sur
le sort desquels l'Electeur de Saxe prononcera.
Ce General qui n'a pas voulu se relácher sur će
point , a fair esperer qu'ils ne seroient pas traitez
moins favorablement que les auties ; mais
il exige qu'ils s'en remettent à la generosité de
l'Electeur
Le Comte de Munich a donné une Garde au
Marquis de Monti , qui s'est rendu au Camp
des Moscovites , et il a cépêché un Courier à
la Czarine pour demander ses ordres au sujet de
la conduite qu'il tiendra avec ce Ministre .
Le Primat est gardé très étroitement à Elbing,
et l'on croit qu'il sera conduit à Petersbourg.
JUILLET. 1734 1625
Il paroît à Dantzick des copies de deux Lettres
que le Roi a écrites , l'une au Primat , et aux
Seigneurs Polonois, l'autre aux Magistrats et aux .
Habitans de cette Ville pour leur donner part .
de la résolution qu'il avoit prise.
>
On attend à Dantzick incessamment l'Electeur
de Saxe ; les Magistrats sont convenus que ce
Prince pourroit entrer dans la Ville avec la Garde
qui l'accompagne , et qu'il y seroit reçû-avec
tous les honneurs convenables .
4
Les dernieres Lettres de Dantzik , portent que
le Régiment des Gardes de la Couronne et celui
de Buschow , sortirent de cette Ville avec les
honneurs militaires le 11. de ce mois , et ils
quitterent leurs Armes à quelque distance de la
porte de Petershagen , conformément à la Capi
tulation suivant laquelle ils sont prisonniers de
guerre. Le même jour 200. Moscovites monterent
la Garde à la porte d'Oliva ; et quoiqu'on fûr
convenu que les Saxons en demeureroient maîtres
jusqu'à l'entiere pacification des troubles qui
divisent le Royaume de Pologne , on espere que
l'execution de cet Article ne subsistera pas long
temps . Les Troupes qui composent le Détache
ment Moscovite et celles qui le releveront doivent
payer exactement tout ce que les Habitans
leur fourniront ; il ne leur sera point permis
d'entrer dans la Ville au delà des Sentinelles qui
seront posées conjointement par leurs Officiers,
et par ceux de la Garnison .
Après qu'on eut 1emis la Porte d'Oliva aux
Troupes Saxones destinées à la garder , le Comte
de Munich fit sortir du Fort de Westerchantz
et de celui de Zomer , les Troupes Moscovites
qui y étoient , et les Magistrats fient entrer des
Détachemens de la Garnison-dans ces deux Forts ,
Qu
26 MERCURE DE FRANCE
où les Moscovites ont laissé toute l'Artillerie
qu'ils y ont trouvée lorsqu'ils s'en sont emparez .
On a remis en même- temps aux Magistrats toutes
les redoutes qu'ils avoient fait construire sur
le Canal de Bootsmans- Laake.
La Députation que la Ville de Dantzick doit
envoyer à la Czarine , sera composée de 6. personnes
qui seront choisies parmi la Noblesse ,
deux entre les Magistrats , et deux dans le Corps
des Marchands . Le Comte de Munich a promis
qu'ils seroient reçus favorablement par Sa Majesté
Czarienne , et la Ville ayant demandé que
la Czarine s'engageât par un Acte autentique à
ne point inquieter les Habitans au sujet de leur
conduite passée , il a assuré qu'elle pouvoit charger
ces Députez d'instructions à ce sujet , et qu'il
appuyeroit leurs demandes de tout son crédit.
Le Duc de Saxe Wesseinfels n'a paru faire aucune
difficulté sur la prétention formée par les
Magistrats touchant la confirmation des Droits
et Immunitez de la Ville .
Le Primat est tombé malade à Dirschau , où
il a été conduit avec la veuve et les enfans du feu
Comte de Potoki , son frere , qui a été Grand-
Maréchal de la Couronne.
Aucun Habitant ne peut sortir de Dantzick
sans un Passeport du Duc de Saxe Wesseinfels ,
mais l'entrée en est egalement libre aux Polonois
et aux Etrangers , et on y voit arriver chaque jour
une grande quantité de personnes de toutes Nations.
L
ALLEMAGNE.
' Electeur de Baviere a déclaré qu'il n'accor
dera point le passage dans son Electorat aux
Troupes du contingent du Cercle de Baviere , à
moins
JUILLET. 1734. 1627
moins
que les Princes et les Etats à qui elles appartiennent
, ne donnent des sûretez pour le
payement des vivres et des fourages qu'elles y
consommeront.
Le Roy de Prusse est arrivé au Camp du Prin
ce Eugêne ; on compte qu'après y avoir passé .
quelques jours , il se rendra dans son Duché de
Clêves.
LE
ITALIE .
E 18. du mois dernier , le Ministre d'Espagne
remit à la Chambre Apostolique une Protestation
au sujet de l'hommage pour le Royaume
de Naples ; il offrit en même- temps de remettre
la Cédule pour le tribut , et il lui en fut
donné Acte .
Le soir , le Prince de Sainte- Croix se rendit
en cavalcade au Vatican , étant suivi de quatre
Prélats , et il rendit le même hommage , au nom
de l'Empereur. Le même jour et le lendemain il
y eut chez lui un Concert , auquel se trouverent
huit Cardinaux .
L'Abbé de Canillac , à qui Sa Majesté Très-
Chrétienne a donné la place d'Auditeur de Rote
pour la France , vacante par la mort de l'Abbé
de Gamaches , arriva le 23. du mois passé à Rome,
et il descendit au Palais du Duc de Saint- Aignan,
qui le conduisit le même jour chez le Cardinal
Otthoboni , avec qui ils eurent un long
entretien .
Le Cardinal Caraffe a fait ôter de dessus la
porte de son Palais les Ames de l'Empereur pour
y mettre celles du Roy d'Espagne .
Le Prince de Caserte conduisit le 9. de ce mois
le Prince Don Octavien Medicy chez l'Evêque
de Cordoue , qui a promis â ce dernier de faire
SCS
1628 MERCURE DE FRANCE
ses efforts pour que le Roy de Naples lui pardonnâs
d'avoir differé si long- temps à recon-"
noître son autorité.
Le Prince de Santo - Buono est arrrivé à Rome
de Naples , où le Roy l'a rétabli dans la possession
d'un Fief de 3000. écus de revenu, qu'on
lui avoit ôté sous le précedent Gouvernement .
On apprend de Gênes , que le Sénat a nommé
M Ansaldo , Grimaldi et Doria , pour aller travailler
à faire rentrer dans leur devoir les Habitans
de Final , qui jusqu'à présent n'ont voulu
accepter aucune des conditions qu'on leur a of
fertes ; si les Rebelles persistent dans leur révolte
, on attaquera la Ville , et on a déja fait
embarquer del'Artillerie pour en former le Siege.
O
DE NAPLES ET DE SICILE.
N apprend par les Lettres de la fin du mois
dernier , que les Troupes qui forment le
Siege de Gaette , continuent de vailler avec
beaucoup de diligence à leurs approches ; cette
Ville est entierement bloquée du côté de la Mer
par une partie de l'Escadre Espagnole.
Le Chevalier d'Orleans , Grand - Prieur de
France , est parti de Naples , avec les 8. Galeres.
Françoises qu'il commande, pour aller à Pozzuo
lo , où six Galeres de Sa Majesté Catholique .
doivent aussi se rendre incessamment.
Plusieurs Bâtimens de transport mettront incesssamment
à la voile pour transporter en Toscane
3000. hommes destinez à renforcer les
Garnisons de Livourne , de Porto Ferraio et de
Portolongone.
La plupart des Officiers Imperiaux qui ont été
fais prisonniers à Bitonto et qu'on avoit conduits
JUILLET. 1734 1629
duits à Naples, ont obtenu du Roy la permission
de se retirer dans telle Ville du Royaume qu'il
leur plaira de choisir pour leur demeure .
Un Officier arrivé à Naples le 9. de ce mois
du Camp devant Capouë , a appris au Roy que
le Gouverneur avoit demandé la permission d'envoyer
à Vienne , pour représenter à l'Empereur
P'extremité où la Ville étoit réduite , et pour pre
S. M. I. de lui donner ses ordres à ce sujet , mais
qu'on n'avoit point voulu accepter cette proposition.
On assure que le Roy se dispose à aller prendre
le commandement des Troupes qui assiegent
Gaëtte.
Quelques Troupes Imperiales s'étant jettées
dans Pescara depuis le départ du Comte de Visconti
, on en a formé le Siege , et l'on a fait marcher
un Détachement d'Infanterie pour s'emparer
d'Aquila , dont le Gouverneur à été sommé
de se rendre.
Six des Galeres de S. M. C. sont parties pour
donner la chasse aux Corsaires qui croisent sur
les Côtes de la Pouille .
Il a été résolu dans le Conseil de Guerre ,
d'envoyer en Espagne une partie des Soldats Allemans
qui ont été faits prisonniers de guerre
et on doit les embarquer incessamment à bord
de plusieurs Bâtimens , qui seront escortez par
quelques Vaisseaux de l'Escadre Espagnole.
Le 5. de ce mois , les nouveaux Elus du Peuple
prêterent serment de fidelité entre les mains du
Roy , qui leur accorda le droit de se couvrir en
sa présence , ainsi que les Grands d'Espagne.
Le Comte de Montemar a été créé Duc de
Bitonto , et le Roy, lui a donné le titre de Commandant
du Château de l'Euf , avec 50000. Ducats
1630 MERCURE DE FRANCE
cats d'appointement . S. M. C. l'a nommé en mê
me temps Grand d'Espagne.
Un Détachement de Troupes Espagnoles qu'on
avoit fait embarquer sur deux Vaisseaux de l'Escadre
de S. M. C. qui avoit ordre de s'emparer
de l'Ile de Lipari , située à 40. milles de la Côte
Septentrionale de la Sicile , y a fait une descente,
et le Gouverneur , sur la premiere nouvelle de
P'arrivée des Espagnols , a abandonné la Ville de
Lipari , s'est retiré avec la Garnison dans le
Château de la Pignatare , et s'est rendu après une
foible résistance ; il a été fait prisonnier de guer
re , ainsi que tous les Imperiaux qui étoient dans
ce Fort.
Toutes les Places de la Calabre , excepté Cortonne
, sont actuellement soumises à l'obéissance
de S. M. et la plupart ont déja envoyé des Députez
pour prêter serment de fidelité .
Le Duc de Bitonto est parti pour se rendre
au Camp devant Gaëtte , d'où l'on a appris qu'on
y avoit établi depuis peu des Batteries de Canons
et de Mortiers...
On a commencé de battre en breche la Ville
de Pescara, qui selon les apparences , ne tardera
pas à se rendre; aussitôt qu'on s'en sera rendu
maître on fera marcher l'Artillerie qui est devant
cette Place vers Aquila , dont le Gouverneur
a refusé de se rendre .
Le Comte de Charny , Lieutenant General du
Royaume , a été déclaré Chef de la Jonte de l'In
confidence , que S. M. a rétablie depuis peu.
On assure que le Roy est dans la résolution
de supprimer les Vicaires Generaux , et que le
Royaume sera divisé seulement en quatre Provinces
, dont chacune sera gouvernée par un
Viceroy.
EsJUILLET.
1734. 1631
ESPAGNE.
E Roy a déclaré Capitaines Generaux de ses
Armées , le Marquis de Caylus , le Comte de
Charny et le Comte de Glimes , qui a obtenu en
même- temps la place de Capitaine General de la
Province d'Estramadoure. Don Blaise de Lezo ,
Don Rodrigue de Torres , et le Comte de Clavijo
, Chefs d'Escadre , ont été faits Lieutenans
Generaux des Armées Navales .
.S. M. reçût le 14. de ce mois par un Ayde de
Camp , que le Maréchal de Coigny lui avoit dépêché
, la nouvelle de la victoire remportée près
de Parme par les Troupes du Roy de France , et
du Roy de Sardaigne sur celles de l'Empereur , et
S. M. a nommé le Maréchal de Coigny , Chevalier
de la Toison d'or.
La Flote de la Havane , commandée par Don
Rodrigue de Torres , Lieutenant General des Armées
Navales , composée de 4. Vaisseaux de
guerre et de plusieurs autres Bâtimens , arriva le
17. du mois dernier , et les deux jours suivans à
Cadix , elle a apporté 12500000. Piastres , et
4000000. en Effets .
GRANDE BRETAGNE.
LEROY a nommé M. Jacques Trevor et
M. Bladgen , pour commander deux des
Compagnies indépendantes qu'on doit envoyer
à la Jamaïque pour soumettre les Negres rebelles
.
La Princesse d'Orange , accompagnée de Myladi
Herbert , de Myladi Sowthwell , et de la
Demoiselle Schutz , l'une de ses Filles d'honneur,
est arrivée à Londres de Hollande il y a quelques
1622 MERCURE DE FRANCE
ques jours, et elle est allée à Kensington , d'ou
elle ne reviendra en cette Ville qu'avec L. M.
Le Roy a nommé M. Horace Walpool , son
Ambassadeur Extraordinaire et son Ministre
Plenipotentiaire auprès des Etats Generaux , qui
s'embarqua le 24. de ce mois pour sse rendre en
Hollande .
Le Comte de Kinski , Ambassadeur de l'Einpereur
, a fait ouvrir des Souscriptions pour
l'emprunt de 300000. liv . sterlings que S. M. I.
fait dans Londres .
************ t
MORTS , NAFSS ANCES
des Pays Etrangers.
L
E 2 Juin 1734. François Guillaume , Comte
de Salm et de Reiffelcheld , Comte du
S. Empire , Maréchal héréditaire de l'Archevêché
et Eglise de Cologne , Conseiller intime
actuel d'Etat de l'Empereur , er Grand Ecuyer
de l'Impératrice Douairiere Amelie , mourut
d'une attaque d'apoplexie à Vienue dans la 62
année de son âge.
>
>
Le 7 Juin 1734 Dona Louise de Gand et Sarmiento
, Duchesse de Montellano Camerera
Major de la Princesse des Asturies , Charge
qu'elle avoit eûe ci devant auprès de la Reine
veuve de D. Louis Premier , mourut à la Cour
de Madrid à l'âge de 75. ans . Elle étoit fille de
feu Baltasar Philippe de Gand Willain , Prince
d'Isenghien et de Masmines , Comte de Middelbourg
& c. Doyen des Chevaliers de la Toison
d'Or , Gentilhomme de la Chambre du Rey
d'Es
>
JUILET. 1734 1633
d'Espagne , de son Conseil suprême de Guerre,
Gouverneur et Capitaine General du Pays et
Duché de Gueldres , et de D. Louise Henriquez
de Sarmiento Salvatiera ; elle avoit épousé D.
Alonse de Solis Osorio , Duc de Montellano
Comte de Salduena , Grand d'Espagne , dont elle
-laisse des enfans. Elle étoit tante du Prince d'Isenghien
, aujourd'hui Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de ses Armées , et du
Comre de Middelbourg son frere , Maréchal de
Camp.
Georges-A bert , Prince d'Oostfri e et du Saint
Empire Romain , mourut à Aurich , lieu de sa
résidence le 13 Juin 1734. âgé de 44 ans accomplis
, étant né à pareil jour du mois de Juin
de l'année 1690. le Roi de Dannemarck venoit
de lui donner tout nouvellemene son Ordre de
l'Elephant dans une visite qu'il lui avoit faite
à Aurich , en visitant ses Etats en Allemagne.
Le Prince d'Oost - Erise avoit succedé à Christian
Everard , Prince d'Oost- Frise , aussi Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant , mort le 3 Juin 1708.
dont il étoit fils aîné , et d'Everardine Sophie
née Princesse d'Oetingen . Il avoit été marié
19. le 24 Septembre 1709. avec Christine - Louise
de Nassau Iistein , morte à Aurich le 13 Avril
dans la année de son âge fille de
Georges - Auguste Samuel Prince de Nassau-
Idstein , et de Henriette - Dorothée d'Oeringen,
er 2. au mois de Decembre de la même année
1723. avec Sophie Caroline de Brandebourg-
Culmbach , née le 31 Mars 1707. soeur puînée
de la Reine Regnahte de Dannemarck . et fille
de feu Christian Henri , Margrave de Brandebourg
- Culmbach , et de Sophie Christine , née
Comtesse de Worstein. Il a laissé de son pre-
3723. 33
mer
1634 MERCURE DE FRANCE
maier mariage Charles Edzard , Prince-d'Oost-
Frise , née le 19 Janvier 1716. qui lui a succedé
dans ses Etats, et qui avoit consommé tout nouvellement
son mariage avec Sophie Guillelmine
de Brandebourg- Culmbach Bareith , née le
Juillet 1714. niéce de la Princesse Douairiere
d'Oost-Frise, et derniere fille de Georges-Frederic-
Charles Margrave de Brandebourg- Culmbach
, Régent de Bareith , et de Dorothée de
Holstein-Sunderbourg.
" L'Oost- Frise , ou Frise Orientale est une
Province d'Allemagne dans la Vestphalie; Embden
, qui en est la Ville Capitale , s'est soustraite
de l'obéissance de leurs Souverains et s'est rendue
Ville libre sous la protection des Hollandois,
depuis ce tems le Prince fait sa résidence
Aurich.
Le 21 Juin , Michel Frederic , des Comtes
Althann Cardinal , Prêtre du Titre de Sainte
Sabine , Evêque de Waitzen ou Vaccia dans la
Haute Hongrie &c. mourut d'une colique en
son Diocèse , dans la 5a année de son âge
étant né à Glatz en Bohême, le 20 Juillet 1682.
Il fut d'abord Chanoine des Eglises Cathedrales
d'Olmutz et de Breslau , et Auditeur pour
la Nation Germanique de la Rote à Rome , où
il soutint en cette qualité ses Théses de Droit
Canonique le 18. Fevrier 1715. l'Empereur le
nomma au mois de Fevrier 1718. à l'Evêché de
Vaccia , et le déclara en même tems Conseiller
d'Etat du Royaume de Hongrie , à la Noblesse
duquel sa maison est aggréée depuis plus d'un
siécle. A son retour à Vienne, il y fut sacré le
25 Juillet 17 8. dans la Chapelle du Palais de la
Favorite par ' Evêque de Vienne en présence de
la Cour Impériale. Il fut créé et déclaré Cardinal
JUILLET. 1734. 1635
Le 22
dinal
par le Pape Clement XI . le 29 Novembre
1719. reçut lá Barette à Vienne le 18 Fevrier
1720. des mains de l'Empereur , qui le 18 Mars
suivant le mit au nombre de ses Conseillers
intimes actuels d'Etat , s'étant rendu à Rome
il y fit son entrée avec une magnificence extraordinaire
, et un Cortége très nombreux le 18
Août de la même année en qualité de Ministre
chargé des affaires de S. M. I. auprès du Pape.
du même mois il reçut le Chapeau des
mains de sa Sainteré , qui le 16 Septembre après
avoir fait la fonction de lui fermer et ouvrir la
bouche lui assigna le Titre Presbiteral de Sainte
Sabine . Ce fut sur les instances réïterées et
pressantes qu'il fit de la part de l'Empereur auprès
de Clement XI. que l'Eglise Episcopale de
Vienne fut érigée enTitre d'Arcbevêché le 6 Mars
* 1721. Il assista ensuite au Conclave dans lequel
Innocent XIII. fut élû. Il présenta à ce nouveau
Pape le 29 Juillet 1721. ses nouvelles Lettres
de créance , par lesquelles il étoit continué
dans laCharge du soin des affaires de l'Empereur.
Il reçut à Rome le 10 Mai 1722. les Patentes
de Viceroi de Naples avec une Procuration de
l'Empereur pour faire en son nom entre les mains
du Pape le serment pour l'Investiture de ceRoyaume.
Il s'acquita de cette fonction le 9 Juin , et
il se rendit ensuite à Naples où il prit possession
de la Viceroyauté le 23 du même mois. Il gouverna
ce Royaume jusqu'au 31 Juillet 1728.
et étant revenu à Rome il en partit les Avril
1729. pour se rendre à son Evêché de Vaccia.
Après la mort de Benoît XIII. il retourna à
Rome et assista au Conclave dans lequel Clement
XII
Pape actuellement regnant fut élû.
Il resta à Rome jusqu'au 16 Octobre 1730. qu'il
en
7636 MERCURE DE FRANCE
2
en sortit pour retourner en son Diocèse.
Le 27 du même mois au soir , la Duchesse
de Northumberland , mourut à sa Terre de
Frogmore près de Windsor en Angleterre et le
3 juillet -suivant elle fut inhumée avec beaucoup
de ponpe à Windsor. Elle étoit veuve depuis
le 9 Jui let 1716. de Georges Fitz - Roi ,
Comte et Duc de Northumberland " Vicomte
de Falmouth , Baron de Pontefrach , Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , troisiéme fils naturel
de Charles II . Roy d'Angleterre
Barbe Villiers , Duchesse de Cleveland.
, et de
Le même
jour vers le midi , l'épouse
de Jean
Mannors
, Duc de Rutland
, Marquis
de Granby
, Pair d'Angleterre
, Chevaller
de l'Ordre
de
la Jarretiere
, mourut
ap: ès une longue
maladie
à Kelham
près de Newark
, dans la 35 année
de son âge , elle étoit
file et héritiere
de feu
Lord
Lexington
, et avoit
été mariée
en 1717.
elle avoit
eu un grand
nombre
d'enfans
, dont
il ne reste
plus que 3 fils et deux filles. Le 1s de ce mois , la Princesse de Molene
qui étoit depuis quelque tems à Genes avec le
Prince son époux , y accoucha heureusement
d'une Princesse , par les soins du Sieur Soumain ,
accoucheur de Paris , qui avoit été appellé pour
cet effet.
LE
ARME'E D'ITALIE.
E Roy de Sardaigne qui avoit quitté l'Armée
pour aller à Turin passer quelques jours
arriva au Camp sous Parme le 36 du mois dernier
à dix heures du matin , il prit la résolution
de poursuivre les Ennemis , et ayant marché le
lendemain avec le Maréchal de Coigny à la tête
de l'Armée , il alla camper à San Lazaro , et le
2
à Sorbolo . Le
JUILLET. 1734. 1637
Le Maréchal de Broglie fut detaché le même
jour avec trois Brigades d'Infanterie , cinq Bri
gades de Carabiniers , et 8 Regimens de Dragons
, il campa le soir à Poviglio et à Victoria
le 3. Il aprit le lendemain que les Ennemis marchoient
vers Novellare ; et au lieu de s'avancer
sur le Secchia , il passa le Crostollo , et se replia
sur Guastalla , où les Ennemis avoient 1200
hommes , composez d'un Bataillon du Regi
ment de Culmbach et d'un Detachement de
400 hommes. Le Gouverneur ayant été sommé
de se rendre , il capitula le à huit heures
du matin , et fut fait Prisonnier de guerre avec
la Garnison .
>
L'Armée des Alliez qui avoit campé le 3 à
Melledole , s'avança le 4 sur le Canal de la Botta,
laissant Guastalla derriere elle , et on fit descendre
à Dozolo le Pont qui étoit à Sacca.
>
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Coigny,
comptoient de marcher le 6 pour s'avancer
sur la Secchia dans le dessein de poursuivre,
les Ennemis autant que les établissements nécessaires
pour la subsistance de l'Armée pourroient
le permettre
.
>
Le Marquis d'Ussé, par lequel le Roy a apris
ces dernieres nouvelles a apporté à Sa Majesté
trois des cinq Drapeaux pris sur les Ennemis à
Guastalla , et les deux autres sont restez au Roy
de Sardaigne.
On a apris depuis , que le Maréchal de Broglie
avoit marché le 7 de ce mois avec les Grenadiers
, la Cavalerie et les Dragons de l'Armée
pour aller s'emparer du Pont de Sacchetto ;
qu'étant arrivé sur la Secchia il avoit été informé
que les Ennemis aprés avoir passé cette Riviere
avoient rompu leurs Ponts , qu'ils avoient
H marché
1638 MERCURE DE FRANCE
marché le long de cette Riviere , qu'ils avoient
fait descendre tous les Bateaux qu'ils y avoient
trouvez , et qu'ils s'en étoient servis pour passer
le Po à Sacchetto .
Le Maréchal de Broglie partit le 7 de ce mois.
du Camp devant Guastalla avec tous les Grenadiers
de l'Armée , la Cavalerie , à l'exception de
la Brigade d'Orleans , et 8 Regiments de Dragons
, et il alla camper le même jour à Bondanella
. Il reconnut en arrivant sur la Secchia ,
que les Ennemis après l'avoir passée avoient eu la
précaution de rompre tous les Ponts , et qu'ils
avoient fait descendre tous les Bateaux qui
étoient sur cette Riviere dans le Po.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Coigny
arrivérent le 8 à Bondanella , et l'Armée devoit
marcher le même jour pour aller joindre le Maréchal
de Broglie; mais la fonte des neiges ayant
enfié les eaux du Po , le Pont qui étoit à Guastalla
fut rompu , le convoy de pain venant de
Cazal- Major ne put passer , et cet accident retarda
la marche de l'Armée qui n'a pû arriver
au Camp que le 10 ; elle est campée la droite
à Bondanella , et la gauche vers San-Benedetto.
Le Duc d'Harcourt fut detaché le 12 avec 8.
Escadrons pour aller occuper Reggio et Rubiera.
Les Ennemis qui avoient paru vouloir passer
le Po , n'ont envoyé au -delà de ce fleuve que
leurs blessez , et ils ont un Détachement de leur
Armée sous la Mirandole , un autre à la Concordia
, et la plus grande partie à Revere , où
ils ont fait descendre leur Pont , dont ils ont
défendu la tête par des retranchements considé
rables .
Le Duc d'Harcour entra le 23 dans Reggio,
et il s'est emparé en même tems de Rubiera.
Le
JUILLET. 1734. 8639
Le Marquis de Maillebois partit le 19 du
Camp de Bondanello , avec une Brigade d'In .
fanterie et deux de Cavalerie , pour aller occuper
la Ville et la Citadelle de Modene , et le
20, le Marquis Maurice Gerardini , Gouverneur
deModene , vint trouver ce Marquis à la Madonine
, où ils ont signé une Capitulation , et le
même jour M. de Maillebois entra avec ses
Troupes dans la Ville de Modene et dans la
Citadelle .
Selon les mêmes Lettres , les Troupes du
Roy et celles du Roy de Sardaigne étoient
campées sur la Secchia , leur droite à Bonda-.
nello , et leur gauche à Mirasole. L'Armée Impériale
étoit de l'autre côté de la Secchia , la
droite à Quingentoli , et la gauche à la hauteur
de Quistello .
30.
EXTRAIT de la Lettre écrite le
Juin par le Maréchal de Coigny , à
M. d'Angervilliers , Ministre d'Etat.
E suis enfin parvenu , Monsieur , à remplir ce
que vous m'aviez si J vivement recommandé;
I appris avant hier que les Ennemis avoient passé
3
> La Parma au- dessus de la Ville de ce nom et je
fus sur le champ moi- même les reconnoître . M. le
Maréchal de Broglie , dans tout ce que je vais vous
mander , m'a assisté de ses conseils , de sa capacité
et de sa valeur , qui sont au -dessus de toute loüange.
Nous conclumes à mon retour , qu'il n'y avoit
pas un moment a perdre pour marcher aux Ennemis
, dautant qu'ils ne pouvoient avoir d'autre objet
que de venir nous attaquer , et que si j'avois
differé à sortir de mon Camp , ils m'auroient masqué
de maniere qu'il auroit été impossible d'en déboucher.
ས་
Hij Je
1640 MERCURE DE FRANCE
Je fis en conséquence mes dispositions pendant ta
.nnit , desorte qu'avant la pointe du jour je me mis
en marche, et je me rendis sur la même Parma pour
me mettre en bataille et m'avancer. Je commençois
à peine à me former , en postant la droit : de l'Infanterie
au Village de la Croisette , et la Cavalerie
le long du chemin de Cremone , que les Ennemis
sent venus au-devant de moy ; le Combat commen
fa là- dessus on n'en a guéres vû de plus long et
de plus opiniâtre . Il s'est donné dans l'espace de
150. Verges, de terrain avec un feu d'Enfer de part
et d'autre , lequel a duré depuis 11 heures du ma
tin jusqu'à la nuit fermée sans discontinuer. J'ay
couché sur le Champ de bataille. Enfin à minuit
les Ennemis ant pris le parti d'avouer leur défaite ,
en se retirant en désordre , et nous n'avons reconnís
que le matin tous nos avantages . Je compte par estimation
qu'ils ont perdu 8. 10000. hommes
mais ce qui rend la victoire complette est que M. de
la Tour, General de Bataille , qui s'est rendis
prisonnier au Comte de Biron , dont je ne puis vous
dire assez de bien , nous a appris que M. le Comte
de Mercy étoit du nombre des morts , que M. le
Prince de VVirtemberg est blessé , et que beaucoup
de leurs principaux Officiers ont es le même sort.
Une affaire aussi disputée n'a pû se passer sans perte
de notre part ; je la crois à peu près de 3. à 4000.
hommes tuez ou blessez ; mais ce que je regrette infiniment
, c'est le nombre trop considerable d'Officiers
Gene aux d'un rare mérite qui sont restezsur
la place ou blessez. Je vous en envoye la Liste. Il est
dutien du Service de les remplacer au plutôt par
une pr motion particuliere ; jamais Armée ne l'a
mieux méritée.
Les Fn emis , à ce qu'on dit , repassent la Lenza,
maise,ne puis encore en avoir la confirmation¸
parce
JUILLET. 1734. 1444
parce que les Détachemens que j'ay envoyez aprèsz
eux , ne sont pas de retour . Je les attends pour prendre
un parti convenable auxtinterêts et à la gloire.
du Roy &c .
lé Les dernieres Lettres d'italie portent que
Maréchal de Coigni s'étoit avancé sur les bords
de la Secchia , et qu'il avoit établi son quartier
dans desCassines qui sont vis - à- vis de Quistellos
ce Village qui est à la tête d'un des quatre Ponts
que nous avons sur la Secchia , est occupé par
un Détachement de nos Troupes.
Le Comte de Konigseg , nouveau General des
Troupes Imperiales , étoit avec son Armée dé
l'autre côté de cette Riviere , ayant sa droite à
Quingentoli , et il avoit resserré sa gauche qu'il
avoit dabord étenduë jusqu'à la hauteur de Quistello
. Les mêmes Lettres ajoûtent qu'un Déta
chement de Carabiniers et de Hussards avoir
rencontré un parti de Cuirassiers de l'Empereur
qui avoient été pris. -
Particularitez du Siege de PHILISBOURG ,
apprises depuis , et omissions rétablies .
Lbourg,,it descendre de la Place un gros Ba-
E premier Juin , le Commandant de Philis
teau chargé d'Artifics , dans le dessein de mettre
le feu au Pont construit sur le Bas- Rhin , mais
on s'en apperçût assez- tôt pour ouvrir le Pont
qui ne fut point endommagé.Les Ennemis avoient
fait sortir en même- temps de l'autre côté du
Rhin un Détachement qui fut repoussé par le
Régiment de Brendlé .
La nuit du premier au 2. de Juin , le Marquis
de Gassion , Maréchal de Camp , ouvrit la transhée
devant l'Ouvrage de la tête du Pont de Phi
Hij lisbourg
1642 MERCURE DE FRANCE
lisbourg avec les deux Bataillons du Régiment
des Gardes Suisses , à la tête desquels étoit le
Prince de Dombes. On poussa les travaux jusqu'à
35. toises de la palissade de l'angle saillant du
Chemin couvert.
Le 2. le Comte de Laval Montmorency ,releva
la tranchée avec les deux Bataillons du Régiment
d'Affry et 200. Travailleurs. On se logea pendant
la nuit sur l'angle du Chemin couvert ; et
comme on s'apperçût le 3. au matin que les Assiegez
ne tiroient plus , on détacha un Soldat qui
reconnut que les Ennemis s'étoient retirez de
cet ouvrage , dont on s'empara.
Le même jour le Maréchal de Berwick quitta
le Camp de Kislock ; et s'étant approché de Philisbourg
, il fit entrer dans les lignes la plus grande
partie de l'Infanterie de son Armée, n'ayant
réservé pour lui dans son Quartier qu'il établit à
Rheinhausen, que 19 Bataillons et 19.Escadrons.
La Tranchée ayant été ouverte le 3. en la maniere
qu'on a déja dit , les Travailleurs commencerent
une parallele vis - à - vis du Marais de
Starenberg , et ils l'avancerent du côté du Moulin
brûlé .
Le 4. le Duc de Noailles , le Comte de Laval-
Montmorenci et M. de Manville monterent la
Tranchée.
Le 5. on perfectionna les deux paralleles , &c .
mais le Marais qui est entre la Place et cette
Tranchée étant impraticable , on ne jugea pas à
propos de continuer ce travail ; on se contenta
de placer sur le reste du rideau deux batteries de
12 pieces de Canon , une autre de huit , et une
quatrième de six Mortiers .
Toutes ces Batteries commencerent à tirer le 7.
celles de 12 et de 8 qui étoient sur la gauche de
la
JUILLET. 1734. 1643
la seconde parallele du côté du Moulin brûlé continuerent
tirer pendant tout le Siege sur le
corps de la Place , celles de 12 pieces de Canon
et de 6 Mortiers placées sur la même parallele à
la droite de l'attaque , n'ont cessé que lorsque
nous avons été maîtres de l'Ouvrage à corne et
de l'Ouvrage à couronne , contre lesquels ces
deux dernieres Batteries avoient été établies .
Le 8. le Duc de Chaulnes , le Marquis de la
Farre et M. de Chenelette monterent la Tranchée
avec les Régimens de Richelieu , de la Couronne
, de Duras , de Bigorre et de Clare. On
fit deux cent toises d'ouvrage , on avança les
travaux de la droite jusqu'à six toises de la flaque
d'eau , et ceux de la gauche jusqu'à 25 toises de
la même flaque d'eau.
Le 9. la Tranchée fut relevée par le Marquis
de Nangis , le Comte de Saxe et M. Obrien ,
avec les Régimens de Tallard , de Bretagne , de
Provence , de Brie , de Dillon et d'Enghien et
600 Travailleurs . On avança à la droite du travail
fait la nuit precedente , une sape pour cou
vrir les Travailleurs employez à saigner la chaussée
qui retenoit les eaux de la flaque ; et sur la
gauche de l'attaque on poussa une Tranchée
par laquelle on embrassa la redoute que les Grenadiers
du Régiment de Bourbonnois avoient
emportée ; on travailla en même tems à établir
une Batterie de 12 pieces de Canon sur la droite
de l'attaque près du Rhin.
La nuit du lendemain on acheva une parallele
de 80 toises le long de la flaque d'eau . Les Ennemis
firent un feu très- considerable , mais sans
effet , parce qu'ils ne le commencerent qu'à minuit
, lorsque les soldats furent à couvert.
La Batterie de 12 pieces de Canon établie à la
droite
Hiiij
1644 MERCURE DE FRANCE
droite de l'attaque sur le bord du Rhin et une
de quatre Mortiers commencerent à tirer le 12.
On fit 30 toises d'ouvrage en continuant le débouché
du centre , et à la gauche on embrassa la
Place d'armes palissadée des Ennemis . M. du Vivier
Grpitaine de la premiere Compagnie des Grenadiers
duRégiment de Lyonnois,ayant entendu
quelque bruit dans cette Place d'armes , s'avança
avec les Grenadiers jusqu'à la palissade, et il y fut
tué avec le Lieutenant de cette Compagnie et
soldats.
M. de Marsane Capitaine de la seconde Compagnie
de Grenadiers du même Régiment, s'empara
d'une petite Lunette avancée , dans laquelle
les Ennemis avoient 100 hommes , qui après
avoir fait leur décharge , se sauverent par le
Marais qui étoit à leur droite. Ils eurent un Officier
et quelques soldats de tuez Les Grenadiers
étant restez à découvert dans cette Lunette , il
y en eut 8 de tuez. M. Duvivier Ingenieur fut
blessé.
Le 16. on fit près de 300 toises d'ouvrage
malgré le feu des Ennemis , & c.
Le 17. le Marquis d'Asfeldt et le Duc de
Noailles apprirent que le Roi les avoit nommez
Maréchaux de France.
Le 19 la Tranchée fut relevée par le Prince
de Tingri , M. de Cherisay et le Duc de Richelieu
, avec les Régimens de Navarre , de Noailles
, de Languedoc , de Xaintonge , et 6 Compagnies
de Grenadiers. La Batterie de 8 pieces de
Canon , celle de 4 Mortiers , etdeux de 4 Pierriers
chacune , commencerent ce jour -là à tirer
sur les Ouvrages des Assiegez .
Le 23 les Marquis de Nangis et de Beaufremont
et le Comte de Rieux releverent la Tranchée
JUILLET. 1734. 1645
chée avec les Régimens de Richelieu , de Nice ,
de Conti , d'Artois et de Beauce , et six Compagnies
de Grenadiers , &c.
Le 27 on s'empara de la Demi- Lune , d'ou
les Assiegez s'étoient retirez et l'on avança
beaucoup le Pont commencé sur la branche de
POuvrage à corne. Il y eut peu de soldats de
blessez , quoiqu'ils fussent obligez de passer sur
le revers de la Tranchée qui étoit pleine d'eau
en plusieurs endroits.
SUITE DU JOURNAL
du Siege de Philisbourg.
LePrincedeDones Maréchal de Camp , ez
E Prince de Tingry , Lieutenant General ,
M. de Louboye Brigadier , monterent la Tranchée
le 1. de ce mois avec un Bataillon du Régi ,
ment de Piémont , un de celui des Vaisseaux
le Régiment d'Enghien , un Bataillon du Régl
ment Royal Baviere , et deux Compagnies de
Grenadiers. Pendant la nuit on prolongea de
toises la sape le long de la branche droite de
l'Ouvrage à corne , et en même tems on établit
une Batterie de cinq pieces de Canon sur l'angle
saillant de la droite de cet. Ouvrage pour battre
P'Ouvragecouronné.
1
IQ
La même nuit, le Duc de Duras fut détaché
de l'Armée avec un Corps, de Cavalerie pour se
poster du côté de Haguenback , où l'on croyoir
que le Prince Eugene avoit dessein de faire avancer
quelques Troupes,, et le Comte de Belle. Ifle
partit le matin avec un autre Détachement der
Cavalerie pour aller joindre le Duc de Duras .
La Tranchée fut relevée le 2. par le troisiéure
Bataillan du Régiment de Navarre, par le second
HV
1646 MERCURE DE FRANCE
de celui de la Couronne , et par les Régimens de
Mortemart et de Beauce sous les ordres du Marquis
de Guerchy Lieutenant General , du Comte
Eu Maréchal de Camp , et d'un Brigadier. La
sape prolongée sur l'angle saillant du Chemin
couvert de la droite de l'Ouvrage à corne fut
portée jusqu'à 15 toises ou environ de la Place
d'Armes qui couvre la porte de l'Ouvrage couronné.
On travailla aussi avec beaucoup de diligence
à établir dans l'Ouvrage à corne cinq Batteries de
4 pieces de Canon chacune , pour pouvoir rui
ner les faces du Bastion de l'Ouvrage couronné,
et celles des deux demi Bastions qui le défendent.
Il y eut pendant cette Tranchée trois soldats
de tuez.
Le 3 le Marquis de Dreux L. G. le Comte de
Gassion M. de C. et M. de Varennes B. monterent
la Tranchée avec le troisiéme Bataillon
du Régiment de Normandie , les Régimens de
Lenck , de Vaujours et de Dillon, et deux Com
pagnies de Grenadiers.
On fit pendant cette nuit so toises de sape
courante le long du rempart de la branche gauche
de l'Ouvrage à corne. La sape de la droite
fut portée jusqu'à la Place d'armes qui couvre la
porte de l'Ouvrage couronné ct on avança
beaucoup l'établissement des cinq Batteries , il
y eut deux soldats de tuez deux Officiers de
blessez et six soldats .
>
>
Le troisiéme Bataillon du Régiment de la Ma
rine , et les Régimens de Clare , de Buckley et
de Montmorency monterent la Tranchée le 4 .
avec deux Compagnies de Grenadiers du Regi
inent de Conty , sous les ordres du Duc de
Chaulnes L. G. du Comte de Laval M. de C. et
de
JUILLET. 1714. 1647
'de M. de Manville B. On perfectionna ce jourlà
malgré la pluye continuelle , l'établissement
des cinq Batteries ; on y plaça le Canon ; et nonobstant
le feu des Ennemis , il n'y eut que cinq
hommes de blessez.
Les le Marquis de Nangis L. G. le Comte
d'Aubigné M. de C. et M. Oshagnussy B. monferent
la Tranchée avec le second Bataillon du
Régiment de Bourbonnois , les Régimens de
Santerre , de Ponthieu et Deflandes , et deux
Compagnies de Grenadiers.
On poussa jusqu'au fossé les sapes des deux
branches de l'Ouvrage à corne , on s'avança sur
leChemin convert de la droite de l'Ouvrage couronné
jusqu'à la retenue d'eau par laquelle les
Ennemis étoient en état de faire hausser l'eau
de leur fossé , et on s'en rendit maître.
La Tranchée fut relevée le 6 par le second
Bataillon du Régiment de Richelieu , les Régimens
de Vivarais et de Beauce , le second Bataillon
du Régiment de Conty , une Compagnie
de Grenadiers du Régiment des Gardes , et une
du Régiment de Lenck , sous les ordres du Prince
d'Isenghien L. G. du Marquis de Balincourt
M. de C. et de M. de Chenelette B.
On
avança les sapes sur les deux branches
de
l'Ouvrage
à Corne jusqu'au
fossé . Les cinq Batteries
de quatre pieces de Canon établies
sur l'Ouvrage
à corne , et celles de Mortiers
et de Pierriers
ayant commencé
à tirer ce jour- là , produisirent
beaucoup
d'effet , et elles raserent
toutes
les défenses
de l'Ouvrage
couronné
. Il y eut
ce jour-là un Officier
d'Artillerie
de tué, et quelques
soldats
de blessez.
Le 7 le Prince de Robeq L. G. le Duc de Be
thune M. de C. et le Marquis de Brun B. mon
H -vj terens
1
1648 MERCURE DE FRANCE
terent la Tranchée avec le second Bataillon du
Régiment de Tallard , les Régimens de Soissonnois
et de Brie, le premier Bataillon du Régiment
de Conti , avec un Détachement de 100 Grenadiers
du Régiment des Gardes.
Les Batteries continuerent de tirer avec tant de
succès , qu'elles firent deux breches considerables
aux deux faces du Bastion de l'Ouvrage couronné.
Le 8. la Tranchée fut relevée par le second
Bataillon du Régiment Royal , les Régimens de
Boulonnois , de Xaintonge et d'Angoumois , et
par deux Compagnies de Grenaditrs sous les ofdu
Marquis de Leuville L. G. du Marquis de la
Farre M. de C. et de M. Darros . B.
On commença le soir la construction de deux
Ponts pour passer le fossé vis- à- vis des bréches
des deux faces du Bastion de l'Ouvrage couronné
; celui de la gauche de l'attaque fut avancé
jusqu'à trois toises de la bréche , et celui sur la
droite jusqu'à cinq taises , quoique la crûe des
eaux du Rhin et la pluye continuelle eussent fait
monter les eaux du fossé à près de quinze pieds.
Le 9. Jaillet la Tranchée fut relevée par le second
Bataillon du Régiment de Lyonnois , et les
Régimens de Guyenne , de Lorraine et de Bigorre
, la Compagnie de Grenadiers du Régiment
des Landes , et la seconde de celui de Piémont
, sous les ordres du Comte de Belle - ifle
L. G. du Marquis de Clermont- Tonnerre, M. de
C. et du Comte de Berenger B.
›
Les Ponts commencez pour passer le fossé
vis -à vis des bréches des deux faces du Bastion
de l'Ouvrage à couronne , ne furent pas fort
avancez ce jour- là , à cause des inconveniens
Causez par le débordement du Rhin ; il étoit déJUILLET.
1734. 1649-
ja fort grossi depuis quelques jours ; mais ,
pendant la nuit ses eaux augmenterent et inonderent
toutes les Tranchées jusqu'à quatre pieds «
de hauteur. Le débordement auroit entierement
empêché le transport des fascines , si le courage
des soldats ne les avoit déterminez à les porter
sur le revers de la Tranchée . Il y eut un Licutenant
de Sapeurs de tué , et 25 soldats de tuez ou a
blessez .
Le 10. le Marquis de Flavacourt, L.G.le Cheva- .
lier de Rocozel M. de C. et le Comte de Roucy,
B. monterent la Tranchée avec le second Batailllon
du Régiment de Piémont , le Régiment de
Mortemart , les seconds Bataillons des Régimens
de Noailles et de la Marck , une Compagnie de
Grenadiers du Régiment de Richelieu , et une de
celui de Pons.
On continua de surmonter les obstacles cau➡
sez par le débordement des eaux , en chargeant
de nouvelles fascines les Ponts sur le fossé qui
étoient submergez , et en portant des fascines
sur le revers des tranchées qui étoient entiere-..
ment inondées. Le Rhin augmenta si fort ce
jour- là , qu'il déborda de près de cinquante toi-.
ses les extrémitez des deux Ponts que nous avons
sur ce Fleuve , et que le Parc d'Artillerie qui
étoit au- delà , fût entierement inondé : mais on
eut le tems d'en retirer les munitions. Nous
cûmes pendant la nuit huit soldats detuez .
Le 1. M. de Vernassal , L. G. le Comte dei
Montboissier M. de C. et le Chevalier de Saint-
Vallier B. monterent la tranchée avec le second
Bataillon du Régiment de Piémont, les Régimens
de Bourgogne et de Bretagne , le second Bataillon
du Régiment de Saxe , une Compagnie de
Grenadiers du Régiment de Piémont , et une de
celui de Noailles. On
1650 MERCURE DE FRANCE
•
On rechargea de fascines les Ponts construits
sur le fossé ; celui de la droite fut porté à cinq
toises de la bréche , et celui de la gauche à deux.
Il y eut ce jour là neuf soldats de blessez .
Le 12. la Tranchée fut relevée par le Prince
de Tingry L. G. le Baron d'Elts M. de C. et
M. de Princé B. avec un Bataillon du Régiment
d'Alsace , un de celui de la Marck , quatre
Compagnies de Grenadiers , et vingt-deux Piquets.
Oncontinua malgré l'inondation des tran
chées , de porter des fascines pour recharger les
Ponts , qui furent assez avancez pendant la nuit.
Le Duc de Chaulnes L. G. M. de Terlaye M.
de C. et M. de la Ravoye B. monterent la Tranchée
le 13 avec un Bataillon du Régiment d'Alsace
, un de celui de Saxe , 4 Compagnies de
Grenadiers des Régimens de Piémont , Lyonnois
, Alsace et Hainault , et 22 Piquets . Comme
il étoit impossible de monter la Tranchée
sans traverser l'inondation et sans être entierement
exposé au feu de la Place , il fut résolu
que les détachemens qui étoient commandez pour
la Tranchée y resteroient deux fois vingt-qua
tre heures . Un Lieutenant du Régiment Lyonnois
eut la jambe cassée d'un éclat de Bombe
et Il y eut cinq soldats de blessez.
Le 14 le Marquis de Ravignan L. G. et le
Comte de Polastron M. de C. se rendirent à la
Tranchée , où le Duc de Chaulnes , M. de Terlaye
et M. de la Ravoye qui devoient être relevez
, resterent.
Les Ponts sur le fossé ayant été finis ce jourlà
, le Maréchal d'Asfeld résolut de faire attaquer
l'Ouvrage à couronne , et il commanda
pour la Tranchée huit Compagnies de Grena
diers d'augmentation .
L'attaque
JUILLET. 1734. 1651
L'attaque commença à neuf heures et demie du
soir. Les deux Compagnies de Grenadiers des
Régimens de Piémont et d'Alsace déboucherent
par le Pont de la droite , celles des Régimens de
Lyonnois et de Hainault par celui de la gauche.
Ces quatre Compagnies furent soutenues par
quatre autres des huit d'augmentation comman
dées pour la Tranchée. Les Ennemis avoient
dans leur Ouvrage à couronne 360 hommes
dont ils avoient mis un Détachement de 45 sux
chacune des breches , et ils avoient dispersé le
reste sur les courtines de cet Ouvrage.
•
Les Grenadiers,la Bayonnette au bout du fusil,
attaquerent ces Détachemens , ils les obligerent
de se replier sur les deux branches de l'Ouvrage
à couronne , et ils les pousserent jusqu'au Pont
qu'ils avoient pour leur retraite.
On fit dans cette action 85 prisonniers dont
il y en eut 30 de blessez , et le reste des Troupes
qui étoient dans cet Ouvrage , fut tué ou
noyé.
Nous n'avons eu à cette attaque qu'un Lieu
tenant de Grenadiers de Piémont , et 8 Grenadiers
de tuez. Un Capitaine des Grenadiers du
Régiment de Navarre y fut blessé.
Après cette action , on s'étendit par la droite
jusqu'à la moitié de la courtine , et à la gauche
on s'avança un peu moins.Les Ennemis firent un
grand feu du corps de la Place , et ils blesserent
environ 35 Travailleurs.
Le Prince d'Isenghien L. G. le Comte de Midelbourg
M. de C. et le Duc de Richelieu B. mon
terent le If la Tranchée avec le même nombre
de Troupes que le jour precedent.
Les Ennemis avoient retiré les Canons qui tiroient
sur les tranchées; et ils les avoient rassemblc4
1652 MERCURE DE FRANCE
blez pour diriger leur feu sur les travaux commencez
dans l'Ouvrage à couronne : mais malgré
cette précaution , on fit pendant la nuit du
16 , 200 toises de sape , et on avança le travail
sur la gauche jusqu'à l'orillon du Bastion de
l'Ouvrage à couronne. On se prépara en même
tems à établir des batteries pour attaquer le corps
de la Place. Un Capitaine duRégiment de Lyonnois
fut tué , un de celui de Piémont blessé dan →
gereusement , et environ 30 soldats furent blessez
.
Le 16. le Prince de Robeq , le Marquis de
Castelmoron et le Comte d'Esclimont releverent
la Tranchée avec les Régimens du Perche et
d'Ouroy , 22 Piquets commandez par le Comte
de la Lippe , et le Marquis de Rambure Colonels
, et 6 Compagnies de Grenadiers .
On avança les sapes le long des branches de
l'Ouvrage à couronne jusqu'à deux Réduits entourez
d'un petit fossé qui tient à celui de la
Place ; et on continua à travailler à l'établissement
des Batteries , dans lesquelles on devoit
placer 40 pieces de Canon pour battre en breche
le corps de la Place. Les Assiegez qui avoient sur
la face du Poligone , qui fait face à l'Ouvrage à
couronne , quinze pieces de Canon et six sur le
rempart de leur droite , firent un feu continuel
sur les sapes , dans lesquelles il y eut 30 soldats
de tuez ou de blessez .
Le 17 le Baron de Wutginaw Commandant
dans Philisbourg , envoya un Officier au Maréchal
d'Asfeldt , avec une Lettre par laquelle il
le prioit de laisser passer cet Officier au Camp du
Prince Eugene , auquel il desiroit de l'envoyer :
pour le consulter sur le parti qu'ilavoit à pren- a
dre.
LOA
2
JUILLET. 1734. 1653
Le Maréchal d'Afeldt rejetta cette proposi
tion , et il fit répondre au Baron de Wutginaw
que s'il vouloit lui adresser une lettre ouverte
pour le Prince Eugene , il la lui feroit remettre.
Il chargea l'Officier de dire au Commandant que
s'il donnoit le tems de placer le Canon dans les
Batteries , il ne devoit pas esperer d'obtenir aucune
capitulation ;que les Grenadiers demandoient instamment
qu'il n'en fûtpoint accordé, et qu'on leur
procurât en laissant prendre la Ville d'assaut
une nouvelle occasion de se signaler.
L'Officier ayant rendu cette réponse au Commandant
, il revint quelques heures après dire
au Maréchal d'Asfeldt que le Baron de Wutginaw
demandoit à capituler .
Le 18 les ôtages furent envoyez de part et
d'autre ; et la capitulation ayant été signée vers
les six heures du soir , le Régiment des Gardes
Françoises s'empara d'une des portes de la Ville.
Le Maréchal d'Asfeldt fit partir le même jour le
Marquis de Renel Colonel du Régiment de Santerre
pour apporter au Roi la nouvelle de la
prise de la Place .
Par les principaux articles de la Capitulation
que le Maréchal d'Asfeldt accorda au Baron de
Wutginaw , il fut convenu ;
Que la Garnison de Philisbourg en sortitoit
le 21 avec tous les honneurs de la Guerre , tambour
battant , drapeaux déployez ; qu'on donneroit
à chaque soldat zo coups à tirer ; qu'aussi
tôt après la signature de la Capitulation on remettroit
aux Troupes du Roi la Porte Blanche ,
qui va de l'Ouvrage à couronne à la Ville , avec
la Barriere qui est en dedans , et que le Commandant
de la Place feroit remettre des madriers
sur le Pont , afin qu'on pût communiquer de
l'Ouvrage
1654 MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrage à couronne avec la Ville.
Que la Garnison qui avoit demandé d'être
conduite au Camp du Prince Eugene , seroit conduite
à Mayence , en prenant son chemin en
deçà du Rhin.
>
Qu'elle sortiroit avec deux pieces de Canon
de douze livres de balles 4 pieces de 6 ou de
4, et 6 coups à tirer pour chaque piece ; que le
Commandant pourroit emmener une septiéme
piece de 6 ou de 4 livres de balles , qui lui étoit
accordée par consideration pour lui , et qu'on
lui fourniroit 80 chevaux pour conduire cette
Artillerie.
Que le Commandant de la Place et tous les
Officiers de la Garnison sortiroient avec tous
leurs effets , argent , équipages , chevaux et mulets
.
Qu'on fourniroit 80 chariots pour les blessez
et les malades , que ceux qui ne seroient point en
état de suivre la Garnison , seroient transportez
à Spire , où ils resteroient jusqu'à ce qu'on pût
leur envoyer des batteaux et des voitures.
Qu'aussi-tôt après la signature de la Capitulation
, on envoyeroit dans la Ville des Officiers
d'Artillerie , ausquels le Commandant feroit
remettre l'état des pieces de Canon , des munitions
de guerre , et les clefs des Arsenaux , et
Magazins à poudre ; que l'état des vivres seroit
remis avec les clefs des Magazins où elles étoient,
aux Commissaires qui seroient nommez par le
Maréchal d'Asfeldt .
Que les prisonniers faits pendant le Siege ,
seroient échangez de part et d'autre , suivant
leurs grades .
Qu'il seroit permis à ceux qui ne pourroient
transporter leurs effets , de les vendre â present ,
JUILLET. 1734 1655
·
on de les faire conduire dans la suite où ils le ju
geroient à propos ; que cette permission s'étendroit
sur tous ceux qui étoient dans la Ville pour
le service de la Garnison , et même sur les habitans
, pourvu que ces derniers déclarassent dans
le terme de deux mois ce qu'ils vouloient faire .
Qu'on n'arrêteroit point les équipages des
Officiers de la Garnison qui se trouveroient devoir
quelque chose dans la Ville , à condition
qu'ils laisseroient des otages pour sûreté du
payement de leurs dettes .
>
Que le Commissaire des vivres de Philisbourg,
pourroit y rester pendant 8 jours , à compter
du 18
qu'après ce terme il seroit conduit à
Mayence , et que les Bourgeois de la Ville do
Philisbourg conserveroient leurs biens , leurs emplois
et leurs prérogatives .
Le 21 , la Garnison de Philisbourg qui étoit
au commencement du Siege de 4600 hommes ,
sortit de la Place au nombre de 2700 , et 200
blessez ou malades. Le même jour , les Regiments
de Bigorre , d'Agenois , d'Auxerrois et
de Ponthieu , entrérent dans fa Ville , dont le
Roy a nommé Gouverneur M. de la Javeliere ,
Maréchal de Camp , Lieutenant de Roy , M. de
Cavagnac, Major du Regiment de Bourbonnois;
Major , M. Darmand , Capitaine dans le Regiment
de Piémont ; et Ayde Major M. Dufort ,
Officier dans le Regiment de Lyonnois.
La prise de cette importante Place a coûté au
Roy 31 Officiers et environ 860 Soldats qui ont
été tuez : il y a eu 103 Officiers , et 1100 Soldats
de blessez .
Le Comte de Clermont , le Prince de Conty ,
le Prince de Dombes et le Comte d'Eu , ont
donné dans cette occasion de grands exemples
de
1656 MERCURE DE FRANCE
de valeur et des preuves de leur zele , pour ce
qui interesse la gloire du Roy.
Il n'est pas possible de raporter ici les actions
particulieres d'un grand nombre d'Officiers et
de Soldats qui se sont distinguez pendant ce
Siege , que les inconvéniens auxquels on a été
exposé rendront aussi memorable qu'il est glorieux
pour les armes du Roy.
Les pluyes continuelles qu'on ne devoit pas
craindre dans les mois de Juin et Juillet , et le
débordement du Rhin , dont les eaux ayant
monté plus haut qu'on ne les a vues depuis
un grand nombre d'années , ont inondé le terrain
des attaques , rempli d'eau les tranchées ,
et ont ôté toute communication entre nos
Quartiers : ces obstacles capables de décourager
les Troupes de la meilleure volonté , n'ont point
diminué celle de nos Soldats , ni retardé les
travaux. Les Regiments de tranchée ont marché
les uns dans l'eau jusqu'au milieu du corps , les
autres sur le revers des tranchées , et ils ont
tous marqué tant d'intrepidité et tant d'ardeur
pour le service , que souvent il a été nécessaire
de les retenir.
Dans les differentes attaques des ouvrages de
la Place , le grand feu des assiégez augmentoit
la valeur des Officiers et le courage des Grenadiers.
Les Soldats qui n'étoient point comman
dez pour ces attaques , marquoient leur regret
de n'en pouvoir partager le danger ; et lorsqu'après
la prise de l'ouvrage à corne , on de
manda à la tête de la tranchée des Travailleurs
pour avancer le logement , on vit 200 Soldats
du Regiment des Gardes Françoises , s'offrir
avec empressement d'aller secourir leurs camarades.
Los
JUILLET. 1734 1657
"
Les Troupes campées le long des lignes de
circonvallation ayant été obligées pendant plusteurs
nuits de coucher au Bihouac , elles ont
suporté cette fatigue , le mauvais tems et les incommoditez
de l'inondation sans qu'il leur
soit échapé le moindre murmure ; elles ont fait
paroître beaucoup de fermeté , et elles n'ont
marqué d'autre impatience que celle d'attaquer
l'Armée ennemie , que le Prince Eugene avoit
fait avancer très près des Lignes , dans l'espérance
de pouvoir , par quelque entreprise ,
pêcher ou retarder la prise de Philisbourg.
em-
La conquête de cette Place est d'autant plus
importante que le Siége en étoit devenu, comme
on l'adéja dit, très penible, sur tout par le débordement
du Rhin . Les obstacles n'ont servi qu'à
faire éclater davantage le courage des Troupes
du Roy , leur patience et la fermeté avec laquelle
les Officiers et les Soldats ont surmonté
toutes les dificultez , qui auroient dû retarder la
prise de Philisbourg , dont on s'est rendu maître
à la vue des forces de l'Empereur , et de l'Em
réunies pour le secourir.
pire
EXTRAIT de plusieurs Lettres écrites
du Camp devant Philisbourg.
L
'Inondation du Rhin pendant ce Siege , outre
les prodiges de valeur de nos Troupes ,
produit des choses que la posterité ne pourra
croire. Je vous écris de sens froid et je n'exagere
point. J'ai vu vingt Soldats du Regiment des
Gardes , bons nageurs , ayant deux Sergens à
leur tête , aller reconnoître le terrain et marquer
avec des jallons les Endroits par où les Troupes
pourroient passer et n'avoir de l'eau que jus
qu'au
1658 MERCURE DE FRANCE
qu'aux épaules. Je ne crois pas qu'il y ait jusqu'à
présent des exemples dans aucun Siege d'une
tranchée montée de la sorte. Rien n'étoit plus
singulier et plus étonnant que de voir 4000
hommes barboter et vaincre à grand peine les
obstacles de l'eau leurs armes sur la tête ,
pour s'aller exposer aux plus grands perils.
Nous montâmes ainsi la tranchée la nuit du 13.
au 14 Juillet, et je puis vous assurer que je n'eus
jamais moins d'eau pendant plus de trois heures
que jusqu'à la ceinture.,
,
Je suis entré un des premiers dans la Ville
après la Capitulation; et quoique je m'attendisse
à la trouver bien ruinée >
l'idée que je m'en
étois formé n'approche pas de ce qui en est
effectivement , il n'y a presque pas une seule,
maison qui ne soit détruite ou endommagée par
l'effet des Bombes et des Boulets.
La Garnison de Philisbourg sortit en la maniere
suivante le 21 de ce mois. Sur les dix heures
du matin , le troisiéme Bataillon du Regiment
des Gardes , qui jusqu'alors étoit resté en
Bataille entre les deux Portes, marcha, Drapeaux
déployez , mais sans battre la Caisse . En même
tems les 3 Regiments de nos Troupes qui doivent
composer la Garnison de Philisbourg , entrérent
pour en occuper tous les Postes .
Entre onze heures et midy la Garnison Allemande
commença à défiler entre deux hayes
composées de la plus grande partie de notre Ármée.
Une trentaine de Carosses remplis de femmes
, d'enfans et de gouvernantes , commençoit
la marche. Ils étoient suivis d'environ 80 Chariots
tous découverts , remplis des équipages
et Domestiques blessez ou malades des Officiers
de la Garnison , sur lesquels étoient aussi les
malades
>
JUILLET. 1734. 1659
#
malades et blessez des Troupes Allemandes ;
Quelques- uns de nos Déserteurs s'y étoient
glissez , mais on en découvrit jusqu'au nombre
d'une trentaine qui furent arrêtez et envoyez
sur le champ au Grand Prevôt. Immédiatement
après suivoient les 7 piéces de Canon accordées
à la Garnison et au Commandant.
Le Gouverneur de la Ville, à cheval, marchoit
à la tête , l'épée haute , de laquelle il saluoit les
Officiers à droite et à gauche , qui le saluoient
aussi de l'épée et du Sponton : Il étoit accompagné
des Marquis de Mirepoix et de Grimaldy
que le Maréchal d'Asfeld avoit envoyés pour
otages , et du Lieutenant de Roy et du Major
de la Place aussi à cheval, l'épée haute. Tous nos
Officiers étoient à leur poste.
Ces Troupes Allemandes étoient assez bien
habillées. Leurs fanfares composées de Clairons,
de Trompettes , de Hautbois , de Fifres et jusqu'à
des Harpes et des Basses de Violle , avoient
quelque chose de singulier et de surprenant par
la varieté des divers sons de ces Instruments
qui mêlez au bruit de leurs Tambours et des
nôtres faisoient un Concert militaire des plus
éclatants.
Les femmes et filles des Officiers qui avoient
été tuez , pendant le Siege étoient en grand deuil
dans des Carosses , avec un crêpe sur la tête qui
les couvroit jusqu'aux pieds . Les Officiers qui
avoient perdu leurs femmes ou leurs enfans ,
n'avoient pour marque de deüil qu'un crêpe attaché
vers le milieu du bras gauche , un autre
sur le chapeau , et an à leur épée.
•
Tous les Officiers à l'exception du Gouverdu
Lieutenant neur , de Roy et du Major !,
marchoient à pied , leur fusil à la main, saluant
du
1660 MERCURE DE FRANCE
du chapeau , et levant le bout du fusil à une
certaine hauteur.
Nos Troupes rangées en hayes, comme on l'a
déja dit , et les Troupes Allemandes marchant
au milieu , faisoient par la diversité des objets
le plus beau coup d'oeil qu'il soit possible d'imagimere
il est bien vrai de dire qu'il n'y a
qu'au Champ de Mars qu'on voit de grands et
'de magnifiques Spectacles. Le Roy est bien plus
grand ici qu'à Versailles , Sa Majesté sa Puissance
et sa pompe éclatent bien davantage.
•
Le 19 Juillet le Maréchal d'Asfeld reçut une
Lettre , par laquelle M. d'Angervilliers Ministre
d'Etat , témoignoit au nom du Roy la sa-
'tisfaction de S. M. au sujet de ses Troupes. Il
crut que des témoignages si glorieux à toute
l'Armée ne pouvoient être mieux annoncez
que par la bouche d'un Prince du Sang , il as.
sembla les Majors des Regiments , et le Comte
de Clermont lut publiquement cette Lettre
qui repandit une joye dans le Camp qu'on ne
sçauroit exprimer ; c'étoit un spectacle touchant
et imposant à la fois, que de voir la satisfaction
et le maintien du Soldat après la lec
ture de cette Lettre .
Le Prince Eugene, qui s'étoit avancé avec son
Armée très-près de nos lignes , et qui paroissoit
par les differens mouvemens qu'il faisoit faire à
ses Troupes , avoir formé le dessein de nous attaquer
ou d'empêcher par quelque autre entreprise
la prise de Philisbourg , s'est déterminé à quitter
le Camp où il étoit depuis quelque temps.
avoit commencé dès le 20. Juillet à faire marcher
une partie de ses gros bagages du côté de
Bruschsall , et le 21. après avoir fait partir le
reste des bagages et des Equipages , il décampa
Il
JUILLET. 17347 1661
dix heures du soir . Il laissa à la tête des bois des
arriere - gardes très - fortes , et il marcha sur quatre
colonnes , celles de la droite sur Graben et Bruchsall
, et celles de la gauche sur Langenbroik et
Kislock , le 31. Juillet il étoit câmpé , la droite
à Stefelt , et la gauche à Bruchsall , où il a fair
venir du Pays de Wirtemberg des subsistances
pour sa Cavalerie , lesquelles ne suffiront que pour
peu de jours.
Le Maréchal d'Asfeld détacha le 23. au matin
le Comte de Belleifle pour aller avec un Corps de
Troupes d'Infanterie , 6. Régimens de Dragons
et 13. Escadrons de Cavalerie , observer la
marche du Prince Eugene.
Le Rhin ayant encore augmenté depuis la pri
se de Philisbourg, on a travaillé à faire des Chaussées
pour établir la communication avec l'autre
côté du Rhin ; et comme les eaux sont un peu
diminuées,on espere
de finir dans peu l'établissement
d'un Pont de Bateaux à Rhinhausen , pour
faire passer de la Cavalerie et des voitures.
y
La Garnison de Philisbourg descendit le 21 .
dans des Bateaux à Spire , où elle a dû trouver
les 80. Chariots qui-fui ont été accordez par la
Capitulation.
On apprend du Camp de Wormes , que la
communication du Camp sous Philisbourg ,
avec l'autre côté du Rhin , ayant été rétablie ,
malgré la hauteur des eaux de ce Fleuve , par les
Ponts que le Maréchal d'Asfeld a fait faire visà
vis Philisbourg , et à Rhinhauzen , l'Armés
marcha le 28. Juillet sur deux colonnes , la premiere
passa sur le Pont établi vis - à- vis de Philisbourg
; elle alla camper près de Walsheim su
le grand chemin qui va de Spire à Wormes.
La seconde colonne passa le Rhin sur le Pont
I de
1662 MERCURE DE FRANCE
de Rhinhauzen , et ayant pris la route de Spire ,
elle joignit le soir la premiere colonne.
Le 29. l'Armée campa près de Frankendal , et
elle arriva le lendemain sous Wormes , dont on
s'étoit rendu maître le 23. où le Comte de Belleifle
étoit arrivé le 24. avec 6. Bataillons , 18.
Escadrons de Cavalerie , et 6. Régimens de Dra
gons.
Le Maréchal de Noailles est resté dans le
Spirebak avec 25. Bataillons et 21. Ecadrons
qu'il a partagez en plusieurs Corps entre Landau,
Spire et Philisbourg.
M. de la Javeliere , Gouverneur de cette derniere
Place , est occupé à faire combler les tranchées
, à faire réparer les Fortifications et à rétablir
les maisons de la Ville , dans laquelle on
a trouvé environ 75. pieces de Canon et une
grande quantité de Boulets , de Poudre et d'autres
munitions de guerre.
Le Lieutenant Colonel de Cavalerie qui commandoit
l'Escorte donnée à la Garnison de Philisbourg
pour la conduire à Mayence, a rapporté
après son retour que pendant la route près de
de 1200. hommes de cette Garnison avoient déserté.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. |
L
E Roi a donné au Marquis de Savines
Lieutenant General la place de
Directeur General de la Cavalerie qu'avoir
JUILLET. 1734. 1663
voit le Maréchal de Broglie , et celles
d'Inspecteurs d'Infanterie vacantes par la
mort du Marquis de l'Ifle , et par celle du
Marquis de Mizon au Comte de Boissieux
Maréchal de Camp , et au Comte de Biron
Brigadier et Colonel du Régiment
Royal Roussillon.
Le Régiment de Bearn dont le Marquis
de la Châtre etoit Colonel , a été
donné par S. M. au fils du Marquis de Valence
tué au Combat de Parme .
La place de Directeur General de la
Cavalerie , vacante par la promotion de
François-Marie Comte de Broglie à la
Dignité de Maréchal de France , a été
donnée au mois de Juillet à Antoine de
la Font Marquis de Savines en Embrunois
, Gouverneur d'Embrun , et Lieutenant
General des Armées du Roi
du 1. Octobre 1718 , ci - devant Lieutenant
des Gardes du Corps de S. M. qui
a eu le bras cassé d'un coup de feu auCombat
de Parme le 29 Juin dernier.
Celles d'Inspecteurs d'Infanterie vacantes
par la mort de Louis des Moulins
Marquis de l'Ifle , et par celle de François
d'Armand de Laurencin Marquis de Mison
, tous deux tués au Combat de Parme
; l'une à Louis de Fretat Comte de
Boissieux , Maréchal de Camp de la pro-
I ij motion
1864 MERCURE DE FRANCE
motion du 20 Février dernier , qui a été
blessé au Combat de Parme , et l'autre à
Louis Antoine de Gontaut Comte de BironColonel
du Régiment Royal Roussillon
, et Brigadier de la promotion du 20
Février dernier , qui a eu une contusion
au même Combat.
Barthelemi de Vanolles Maître des Re
quêtes ordinaires de l'Hôtel du Roi depuis
1722 , et auparavant Conseiller au
Grand Conseil et grand Rapporteur en la
Chancellerie de France depuis 1707 , Intendant
de la Generalité de Moulins depuis
1723 , a été nommé à l'Intendance
du Comté de Bourgogne ou Franche-
Comté , à la place de Charles des Chiens
de la Neuville , qui exerçoit cette Intendance
depuis 1718 , et qui a obtenu son
rappel.
Bertrand-René Pallu Maître des Requêtes
ordinaires de l'Hôtel du Roi depuis
1726 , et auparavant Conseiller au
Parlement de Paris , où il avoit été reçu
le 2 Juin 1718 , a été choisi pour remplacer
le précédent en Pintendance de
Moulins.
Le 25 de ce mois pendant la Messe du
Roi , l'Evêque d'Amiens prêta serment
de
JUILLET. 1734 1665
de fidelité entre les mains de Sa Majesté.
Le même jour la Reine entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , et
Sa Majesté communia par les mains de
l'Abbé de Pontac son Aumônier en quartier.
,
Le 27 de ce mois à onze heures et demie
du soir la Reine accoucha d'une
Princesse qui fut ondoyée par l'Archevêque
de Vienne , premier Aumônier du
Roi , en présence du Curé de la Paroisse du
Chateau.Cette Princesse fut ensuite portée
dans son Appartement par la Duchesse
de Tallard Gouvernante des Enfans de
France.
Les et le 7 Juillet il y eut concert chez
la Reine , M. de Blamont Surintendant
de la Musique du Roi en semestre , fit
chanter l'Opera d'Atys , dont les principaux
rôles furent chantez avec succès
par les Demoiselles Lenner , Matthieu ,
Duhamel et Robelin , et par les sieurs
Chassé , Petillot , du Cros , le Prince ,
et du Bourg.
Le 12 , 14 et 19 on concerta l'Opera
de Roland. Les sieurs Chassé , du Cros ,
Jeliot , le Prince et du Bourg firent les
principaux rôles , ainsi que les Demoi-
I iij
selles
1666 MERCURE DE FRANCE
selles Duhamel cadette , Lenner , Courvasier
et Robelin.
par
Le 21 et 27 on chanta l'Opera d'Armide
, dont le premier rôle fut chanté
la Demoiselle Antier, ceux d'Hidraot
et de Renaud par les sieurs d'Angerville
et Jeliot ; la Demoiselle Antier chanta
ensuite avec applaudissement une Cantatille
de M. de Blamont qui fut suivie de
quelques pieces de simphonie du même
Auteur , dont l'execution fit beaucoup de
plaisir. Ce Concert fut terminé par une
Fanfare appellée la Philisbourg , chantée
par le sieur Petillot, alternativement avec
les Violons.
RECEPTION faite à M. le Comte
de Matignon dans la Ville de la Rochelle.
Extrait d'une Lettre du 13 Juillet
1734.
R. le Comte de Matignon Gou-
Mverneur de la Rochelle , du Pays
d'Aunix , et Commandant de la Province
, est venu vers le commencement
du mois de Juin pour faire quelque séjour
en cette Ville . On lui rend de grands
honneurs ; les Négocians de la Rochelle
et de Rochefort allerent au devant de
lui jusqu'à Nuaillé , et l'accompagnerent
en cortege au nombre de cent cinquante ,
ho mmes
JUILLET. 1734. 1667
hommes bien montez et en habit d'écar
late , l'épée haute , &c. Le jour de Saine,
Jean , dont ce Seigneur porte le nom ,
on rira le Canon et un grand nombre de
fusées volantes.
Un Acte de Philosophie soutenu dans
l'Eglise du College des Jesuites le 5. de
ce mois , lui a été dédié : l'Assemblée a
été des plus célebres. Il fut ensuite complimenté
par les Ecoliers en Prose Latine
et Françoise , en Vers de diverses especes
Latins et Erançois , enfin en Grec .
L'ouverture de l'Académie Royale des
Belles Lettres , nouvellement érigée à la
Rochelle sous la protection de S. A. S.
Monseigneur le Prince de Conti , doit se
faire incessamment avec pompe, en présence
de M. le Gouverneur, dans l'Eglise
du même College des Jesuires. La Messe
doit être célebrée par M. l'Evêque , qui
• est actuellement indisposé , et n'a pu se
trouver à la These . Tous les ordres de la
Ville ont complimenté M. le Gouverneur
sur son arrivée et sur la po session qu'il
á prise du Commandement de la Province
; l'Académie s'en est acquittée par la
bouche de M. l'Abbé d'Arger Chanoine.
de la Cathédrale , en qualité de Directeur.
Voici son Discours qui a ére très-apolindi,
M. C'est à bien des titres
que
Académie
i i
des
1668 MERCURE DE FRANCE
des Belles-Lettres vient vous rendre ses profonds
respects, Issu d'un Sang également cher
aux Muses et à la Nation ; heritier d'un
nom qu'une haute naissance , d'importans.
services , d'éclatantes Dignitez mais plus
que tout cela encore , que des talens acquis
et un mérite personnel ont rendu célebre z
fils de tant d'illustres Gouverneurs aussi recommandables
par la protection qu'ils ont
donnée aux Arts , que par le soin qu'ils ont
pris d'assurer la felicité des peuples , et qui
ont cru même que c'étoit rendre les hommes
beureux que de les rendre sçavans ; destiné
vous-même par le choix du Prince à faire
te bonheur d'une Province , confiée autrefois
à leur sage administration , et où les sciences
sont honorées ; dépositaire de toute leur
gloire , vous venez remplir nos esperances.
et vos engagemens.
Qu'il est doux pour nous , M. de vous
revoir aujourd'huien possession du Comman- .
dement , en conserver tous les droits avec
dignité sans en faire sentir le poids , venir
en personne serrer les liens de respect et de
soumission qui nous attachent depuis tant
d'années anx personnes de votre sang, confirmer
les heureux présages de votre premiere
jeunesse,que nous vimes croître sous les
yeux d'un pere dont la memoire nous sera
toujours précieuse , et qui vous instruisoit·
deftors:
JUILLET.
1734. 1669
deflors à nous rendre heureux , nous rendre
te fruit des hautes esperances que nous en
avions conçues , et nous découvrir par votre
présence toute l'étendue de notre bonheur.
Avec une ame aussi grande , une Religion
aussi pure , une sagesse aussi éclairée avec
des inclinations aussi bienfaisantes et aussi
genereuses avec des ressources aussi profondes
et aussi sûres pour le bien public ; n'avons-
nous pas tout lieu d'esperer et de nous
promettre que cette Province vous devra bientôt
sa tranquillité , comme elle vous doit dé-
`ja une partie de sa gloire ?
Et voilà , M. une nouvelle matiere d'éloges
pour cette Societé litteraire , que le desir
de s'enrichir des belles connoissances a formée
dans cette Capitale , et qui a déja éta--
bli un commerce d'érudition , bien plus noble
etplus précieux que celui des richesses et de
la fortune.
Mais si les sciences font fleurir les Villės
où elles s'introduisent , et qui sont assez heureuses
pour les connoître et les cultiver ; c'est
aussi à ceux qui ont le pouvoir en main¸
ces hommes élevez en gloire et en autorité , à
fairefleurir les sciences et à les proteger.
à
Nos Muses attentives à vous plaire , trott--
veront en vous , M. un illuftre appui , ct
Les graces que vous répandrez sur elles rendront
leur reconnoissance éloquente. La Pro-
V tection!
1670 MERCURE DE FRANCE
tection dont le Roi les honore , est un titre
qui doit leur assurer la vôtre ; et fi notre
auguste Monarque veut bien les élever jusques
à souffrir qu'elles consacrent leurs talens
à sa gloire sous les auspices d'un Prince
de son Sang , que ne doivent- ellespas attendre
d'un illustre Gouverneur , qui est le
Ministre de sa puissance , et qui a l'honneur
de le représenter ?
Le Roi assista le 9. de ce mois au Te
Deum qui fut chanté dans la Chapelle du
Château de Versailles , pour remercier
Dieu de la victoire remportée au Combat
de Parme , dont Sa Majesté lui fit
rendre le 12 de ce mois de solemnelles
actions de graces par le Te Deum qui fut
chanté dans l'Eglise Métropolitaine , auquel
l'Archevêque de Paris officia pontificalement
le Chancelier de France et le
Garde des Sceaux accompagnez de plusieurs
Conseillers d'Etat et Maîtres des
Requêtes , y assisterent , ainsi que le
Clergé , le Parlement , la Chambre des.
Comptes , la Cour des Aydes et le Corps
de Ville , qui y avoient été invitez en la
maniere accoutumée.
LÉTTRE
JUILLET. 1670
1734-
écrite à
> LETTRE DU ROI
M. l'Archevêque de Paris , &c.
M
>
On Cousin , les Generaux de l'Empereur
en Italie donnoient à connoître depuis longtems
qu'ils avoient pour objet principal de s'emparer
de la Ville de Parme dont la conquête leur
auroit donné des facilitez pour s'étendre dans les
Pays qui sont à la rive droite du Pô ; il étoit trèsimportant
non seulement pour la suite des operations
de la Campagne , mais encore pour la gloire
des Armes des deux Couronnes , de s'opposer à leurs
projets. Mon Frere et Oncle le Roi de Sardaigne
ayant passé le Po à la tête de l'Armée, composée de
mes forces et des siennes il fit d'abord attaquer le
poste de Collorno que les Ennemis soutenoient ave
toute leur Armée , et qu'ils furent néanmoins obli-
· gez d'abandonner avec une perte considerable. L'épreuve
qu'ils venoient de faire de la valeur des deux
Nations unies , ne les a pas arrêté , ils ont passé
La Parma , l'Armée combinée s'est avancée vers
et le 19. du mois passé il s'est donné sous les
murs de Parme un Combat sanglant , qui a duré
depuis onze beures du matin jusqu'au soir enfin la
Victoire s'est déclarée pour nous ; et les Ennemis
voyant qu'ils avoient perdu plusieurs de leurs Generaux
et la tête de leur Infanterie , n'ont eu d'autre
parti à prendre que de profiter de la nuit pour se
retirer avec précipitation , laissant sur le Champ de
Bataille leurs Blessez à la mercy du Vainqueur. Le
succès de cette journée doit être rapporté au Die
des Armées , qui connoît et protege la justice de
ma cause et voulant lui rendre des actions de
graces , je vous écris cette Lettre pour vous dise
que mon intention est que vous fassiez shamster le
eux ;
;
Te Denma
1672 MERCURE DE FRANCE
Te Deum dans votre Eglise Métropolitaine et au
tres de votre Diocese , avee les solemnitez requises
aujour et à l'heure que le grand Maitre, le Maitre
on l'Aide des Cérémonies vous dira de mapart , et
que vous y invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y
asister:Sur ce,je prie Dieu qu'il vous ait,mon Cou
sin , en sa sainte et digne garde. Ecrit à Versailles
le neufJuillet mil sept cent trente-quatre. Signé ,,
LOUIS. Et plus bas PHELYPE A U X.
Et au dos est écrit : A mon Cousin l'Archevêque
de Paris , Pair de France , Commandeur de
mes Ordres..
›
MANDEMENT de M. l'Archevêque :
de Paris..
C "
Harles- Gaspard- Guillaume de Vintimille
c . Dieu continue , Mes très - chers Freres
de favoriser les Armes du Roi , et de faire éclater.
sa protection sur la France et sur ses Alliez. Après.
tous les avantages que les Armées dé Sa Majesté
et celles des Princes qui lui sont unis , ont rempor→
tez à l'ouverture de la Campagne sur les Troupes
de l'Empereur , le Dieu des Armées vient de nous
accorder un nouveau succès également glorieux es
important dans le Combat donné à Parme:
Plus cet évenement est grand , plus le Roi penetré
des sentimens que la Foi nous inspire , se croit
obligé d'en rendre hommage à Dieu , comme à celui
seul qui décide du sort des Armes , et qui fait
pancher la Victoire du côté qu'il lui plaît.
Rendons , Mes très - chers Freres , suivant les
pieuses intentions de S. M. de solemnelles actions de
graces du Combat de Parme. Et en nous acquittant
d'une reconnoissance si juste , demandons conti
nuellement à celui qui est l'Arbitre somverain de
โร
JUILLET. 1734. 16-༣
> la Guerre et de la Paix et qui dissipe à son gre
·les projets des Nations qui veulent la Guerre , qu'a
daigne exaucer lesjustes desirs d'un Roi pacifique
qui n'a pris les Armes que par des motifs de justice
et de necessité , et qui préferera toujours une Paix.
solide aux Victoires les plus éclatantes .
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freras . les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Métropolitaine , Nous ordonnons
que Lundi 12. du present mois le Te Deum
sera chanté dans notre Eglise Métropolitaine en ac
tions de graces de la Victoire remportée par les
Troupes de Sa Majestéjointes à celles du Roi de San
daigne sous les murs de Parme ; Dimanche 18. du
courant , dans toutes les Abbayes , Chapitres , Paroisses
et Couvents exempts et non exempts de la
Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocese , le Dimanche après la réception
du present Mandement. Si mandons , &c.
Donné à Paris le 10. Juillet . 1734.Signé, CHARLES
Loc
Le 13. Juillet le Cardinal de Bissy Abbé de :
S. Germain des Prez donna sur le méme sujet
un Mandement , dont voici la teneur.
Enri de Thiard de Bissy , par la de
grace
H
Dieu et du saint Siege Apostolique . Cardinal
dela sainte Eglise Romaine , du titre de saint
Bernard , Evêque de Meaux , Commandeur de
L'Ordre du Saint - Esprit, Abbé Commandataire de
LAbbaye Royale de S. Germain des Prez : A tous
ceux qui sont soumis à notre Jurisdiction , Salut
et Benediction.
Tous les évenemens qui arrivent dans le monde
soat reglezpar la providence du Maître absolu : de ·
RUnivers
1674 MERCURE DE FRANCE
PUnivers ; ils mérieent
tous notre attention
: mais
il en est quelques
-uns qui exigent
de nous de plus
sérieuses
refléxions
et une plus vive reconnoissance
.
Tel est celui de la Victoire
remportée
sous les murs
de Parme
par les Troupes
de Sa Majesté
jointes
à
celles du Roi de Sardaigne
. Plus_le
Combat
a été
sanglant
, plus la valeur
de nos Troupes
s'y est distinguée
. Les Ennemis
n'ont pû résister
à leur intrepidité
; ils ont cherché
leur salut dans une retraite
précipitée
, à la faveur
de la nuit , après avoir
laissé sur le Champ
de Bataille
leurs Blessez
à la
merci du Vainqueur
. Jamais
Victoire
ne fut moins
équivoque
. Les projets
des Generaux
des Ennemis
déconcertez
, leurs Drapeaux
enlevez
, une partie
de leurs Troupes
obligée
de se rendre
à discrétion
,
le Pays voisin soumis
l'abondance
rétablie
dans
notre Camp , ne nous laissent
pas lieu de douter
des avantages
de cet heureux
succès . Comme
fideles
Sujets , nous devons
participer
à laJoye de notre invincible
Monarque
; comme
Chrétiens
pieux , nous
en devons
rapporter
la gloire au Dieu des Armées
qui connoît
et protege
la justice
de la cause de Sa
Majesté
. A ces causes, pour suivre les pieuses
intentions
du Roi , etpour satisfaire
aux mouvemens
de
notreZele et aux devoirs
de notre Ministere
, nous
ordonnons
que Dimanche
18. du present
mois
l'issue des Vepres
le Te Deum
sera chanté
dans
notre Eglise Abbatiale
, en actions
de graces
Victoire
remportée
par les Troupes
de Sa Majesté
jointes
à celles du Roi de Sardaigne
; sous les murs:
de Parme. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial
le 13 Juillet
1734. Signé, HENRI
,
dinal de Bissy.
2.
>
>
de la
Carde
ce
Le Dimanche 18. en consequence
Mandement , on chanta dans l'Eglise de l'Abbaye
JUILLET. 1734. 1675
baye de S. Germain le Te Deum avec beaucoup
de solemnité , suivi du Pseaume Examdiat et
des autres Prieres accoutumées . Les Officiers de
la Justice de l'Abbaye et plusieurs personnes distinguées,
assisterent à cette Cérémonie , pendant
laquelle on fit plusieurs décharges de coulevrines
et de boetes placées dans les Cours et dans
les jardins. Le soir il y eut des feux et des illuminations
, tant dans la Cour et les Bâtimens du
Palais Abbatial , que dans l'Enclos exterieur du
Monastere , et on réïtera les décharges , &c.
Le Roi ayant appris le 21 Juillet au matin par
le Marquis de Renel , que Philisbourg s'étoit
rendu , le premier soin de S. M. fut d'en aller
remercier Dieu dans la Chapelle du Château de
Versailles , où le Te Deum fut chanté au sujet
de la prise de cette Place . Monseigneur le Dauphin
y assista . Le Roi en fit rendre de solemnel--
les actions de graces dans l'Eglise Metropolitai
ne. L'Archevêque de Paris officia pontificalement:
au Te Deum , qui y fut chanté le 25. après midi ;
le Chancelier de France et le Garde des Sceaux
accompagnez de plusieurs Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes , y assisterent ainsi que le
Clergé , le Parlement , la Chanbre des Comp--
tes , la Cour des Aydes et le Corps de Ville , qui
Y avoient été invitez de la part du Roi . Le soir il
y eut dans toute la Ville des feux et de grandes.
marques de réjouissance..
LETTRE
1676 MERCURE DE FRANCE
LETTRE DU ROI , écrite à
M. l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le Te Deum en actions de graces
de la prise de Philisbourg , par
F'Armée de Sa Majesté.
On Cousin , en même tems que l'Empereur
Mfaisoit élever des Lignes du côté d'Ettelingen
pour en fermer les passages que je m'étois ouvert
en Allemagne l'année derniere par la prise de
Kell'et par le rétablissement des Ponts d'Huningue
et du Fort-Louis ; il se dispoſoit à pénetrer sur mes
Frontieres avec la plus grande partie de ses forces
et de celles de l'Empire . J'ai prévenu ses desseins .
Traërback a été assiegé dans le mois d'Avril , et
pris en sept jours , malgré les rigueurs de la saison
et l'Armée considerable que j'avois fait assembler
sur le Rhin , a passé ce Fleuve sous les ordres du feu
Maréchal de Bervvick ; elle aforcé les lignes d'Ettelingen
, et a formé le Siege de Philisbourg. La
Place a été investie le 25 Mai , et après quarantebuit
jours de tranchée ouverte , elle s'est renduë Le
18. de ce mois à mon Cousin le Maréchal d'Asfeldt
à qui j'avois confié le Gommandement de mon Armée
après la perte que j'avois faite. du Maréchal
de Bervvick. Tout ce qui peut relever l'éclat d'une
entreprise se trouve rassemblé dans celle - ci ; les
principalesforces de l'Empereur et de l'Empire campées
en presence de mon. Armée ; les crues prodi
gieuses du Rhin qui jettoient mes Troupes dans la
necessité de traverser de longues inondations à découvert
et sous le feu de la Place , et la nombreuse
Artillerie que les Assiegez leur ont continuellement
opposée , n'ont pû ébranler leur fermeté ; animées à¹
la vie des obstacles , elles les ont surmontez avec ·
De
JUILLET. 1734. 1697
·
une patience et un courage dont il n'y a pas d'exem
ple. Cet évenement le plus important et le plus glorieux
de mon Regne , et par ses circonstances et par
les suites avantageuses que j'ai lieu d'en esperer ,
nie fait sentir de plus en plus que Dieu qui connois
la justice de ma cause et la droiture de mes inten--
tions , continuë de les proteger ; et voulant lui rendre
les actiont de graces qui lui en sont dûes , je
vous fais cette Lettre pour vous dire que mon inten
tion est que vous fassiez chanter le Te Deum dans
votre Eglise Métropolitaine et autres de votre Diocese
, avec les solemnitex requises , au jour et à
P'heure quele Grand Maitre , le Maître ou l'Aide
des Cérémonies vous dira de mapart. Sur ce je pris
Dieu qu'il vous ait , Mon Cousin , en sa sainte et
digne garde. Ecrit à Versailles le 11. Juillet 1734-
Signé , LOUIS. Et plus bas PHELY PEAUX,
Et au dos est écrit : A mon Cousin l'Archeque
de Paris Pair de France , Commandeur de
mes Ordres.
›
>
Deux jours après M. PArchevêque donna sur
ce sujet le Mandement qui suit.
Harles- Gaspard- Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marseille du Luc ,par la misericor
de Divine, et par la grace du S. Siege Apostolique,
Archevêque de Paris , Duc de S. Cloud , Pair de
France , Commandeur de l'Ordre du S. Esprit ,
&c. Aux Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine
et de S.Severin , et aux Doyens Ruraux de notre
Diocèse , Salut et Benediction.
La protection de Dieu sur la France , Mes trèschers
Freres , n'a peut - être jamais éclaté d'une maniere
plus sensible que pendant le Siege de la Ville
de Philisbourg, qui vient de se soumettre aux Armes
victorieuses, du Roy , et dont la Conquête doit
étre
1678 MERCURE DE FRANCE
être mise au rang des plus grandes et des plus glo
rieuses entreprises.
Tout avoit concouru pour rendre presque impossible
la prise de cette formidable Place. Des pluyes
continuelles retardoient nos travaux et nos attaques,
les débordemens du Rhin inondorent nos Tranchées;
et quelle confiance n'inspiroit point aux Asiegez l'a
vue d'une Armée puissante à portée de les secourir ,
et qui publioit à tous momens qu'elle alloit nous attaquer.?
La valeur et la constance des Troupes du Roy,
l'application infatigable de ses Generaux ont surmonté
des obstacles que l'on croyoit invincibles , et
il semble que Dieu n'a permis lagrandeur des diffi
cultez que pour nous convaincre qu'il déployoit la
force de son bras en notre faveur , et qu'une telle
Conquête étoit son ouvrage.
Après tous les succès remportez depuis le commen
cement de la Guerre par les Armées du Roy et par
celles de ses Alliez , ce dernier évenement aussi important
qu'honorable pour la Nation,,fjair voir de
plus en plus la justice de la cause que le Roy soutient;
Dieu méme en devient le défenseur.
Mais au milieu des Victoires et des Triomphes , le
Roy plein d'un amour tendre pour ses Peuples desire
la Paix comme un bien plus précieux pour nous, que
les
avantages
de la Guerre ; à l'exemple de S. M.
offrons , selon les paroles du Prophete , au Dieu qui
combat pour nous , les voeux les plus ardents et les
plus sinceres , afin qu'il mette le comble aux graces
dont il nous favorise , en nous faisant jouir d'une
Paix durable .
pour obtenir de nouveaux bienfaits , il faut , Mes
très- chers Freres , que notre reconnoissance soit proportionnée
à la grandeur de ceux que nous avons
déja reçûs ; que toutes les circonstances du Siege et
da
JUILLET. 1734. 1679
de la prise de Philisbourg raniment donc notre foy ;
reconnoissez le doigt de Dieu dans un tel succès , et
pendant que le Tout-Puissant signale ses misericor
des sur ce grand Royaume , venez au pied des Autels
lui rendre de solemnelles actions de graces.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cham
pitre de notre Eglise Métropolitaine , nous ordonnons
, &c. Donné à Paris le 24. Juillet 1734. &c.
Le Jeudy 29. Juillet , le Te Deum fut solemnellement
chanté pour le même sujet dans l'Eglise
de l'Abbaye Royale de S. Germain des
Prez , en conséquence d'un Mandement , dont
voici la teneur.
}
Enry de Thiard de Bissy , par la grace de
H Dieu et du saint Siege Apostolique .Cardinal
de la sainte Eglise Romaine , du Titre de S. Bernard
, Evêque de Meaux Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit , Abbé Commandataire de l'Ab
baye Royale de S. Germain des Prez ; à tous ceux
qui sont soumis à notre Jurisdiction , Salut et Be→
nediction. La Conquête d'une Place aussi impor
tante que celle de Philisbourg , exige de nous de
nouveaux Cantiques à la louange de l'Arbitre Sou
verain de l'Univers . Dieu continuë de faire éclater
ses merveilles en faveur de la cause que la justice
du Roy défend,continuons de lui en rendre nos actions
de graces les plus vives. Profitons de la tranquillité
generale dont le Royaume jouit par les sages
mesures de S. M. pour louer le S. Nom de Dien
dans le recueillement de nos esprits , et dans la pureté
de nos cours. Laissons à nos Ennemis , accou
rus de tous les Cercles de l'Empire pour tâcher de
secourir Philisbourg assiegé , le soin de célebrer les
faits héroiques des François Assiegeans . Il nous est
glorieux
1680 MERCURE DE FRANCE
glorieux de donner à une Armée composée de cent
mille hommes la satisfaction de pouvoir justifier son
inaction par l'éloge qu'elle fera de l'habileté de nos
Generaux dans leurs entreprises , de l'intrépidité de
nos Officiers dans l'execution , de la patience de noš
Soldats dans leurs travaux et de la valeur generale
de tous dans les Attaques.La Posterité, ajoûtera foi
aux temoignages non suspects d'une si grande mul
titude de Témoins oculaires ; elle comblera d'éloges
le courage François , et elle jugera que nos Adversaires
ont eu raison de n'oser se compromettre aves
des Guerriers qui se sont mis au - dessus des obstacles
que
leur opposoient l'eau , le feu , la Nature et
l'Ari.
Pour Nous , à l'imitation du vaillant Judas Macabée
, offrons des Sacrifices purs pour le repos des
Ames de nos Héros dont les corps sont ensévelis sous
Pamas des Lauriers dont ils se sont eux- mêmes
couverts. Prions avec confiance le Dieu de consolas
tion defermerles playes de ceux qui ont combattn si
génereusement pour les droits de leurPatrie.Formons
sur- tout les voeux les plus ardens pour la prosperité
du Roy , qui ne met pas sa confiance dans le nom
bre de ses Troupes , ni dans le choix de ses Officiers,
ni dans la rapidité de ses Victoires , mais uniquement
dans la protection du Nom du Seigneur , auquel
il renvoye toute la gloire de ses succès les plus
beureux. A ces causes , pour suivre les pieuses in
tentions du Roy , et pour satisfaire aux mouvemens
de notre zele , et aux devoirs de notre Ministare
Nous ordonnons que Jeudy 29. du présent mois , à
l'issue des Vêpres , le Te Deum sera chanté dans
notre Eglise Abbatiale , en actions de graces de la
Prise de Philisbourg par les Troupes de S. M. Donné
à Paris dans notre Palais Abbatial le 26. Juil -
let 1734. Signé , HENRY CARDINAL DE
BISSY, &c.
MORTS
JUILLET. 1734. 1681
***
MORT S.
Ouis des Moulins , Marquis de l'Isle de la
Province du Maine , qui a été tué le 29 Juin
dernier au Combat de Parme à l'âge d'environ
43 ans , avoit été d'abord Capitaine dans le
Regiment de Barrois , puis Colonel du Regiment
de la Fere Infanterie par Commission du
Aoust 1704. Il fut fait Brigadier le 2 Juillet
1710. après le Siége de Douay , à la défense
de laquelle place il s'étoit distingué, et Maréchal
de Camp le 23 Decembre 1731. il venoit
d'être nommé Inspecteur General d'Infanterie .
Il étoit fils de feu Louis des Moulins , Comte de
P'Isle , Baron de Hertray , Commandeur de
l'Ordre de S. Louis Lieutenant General des
Armées du Roy , et Commandant de la Ville
de Lille en Flandres , mort les May 1728. et
de Catherine- Louise de Bougy son épouse , il
avoit été marié 1 °. le 3 Mars 1712. avec Marie-
Marguerite- Françoise de Leles , morte à l'âge de
23 ans , le 9 Janvier 1715. fille de François de
Leles , Trésorier de France en la Generalité de
Montauban , Seigneur de Giranchy le Noble de
Riencourt , & c. et de Marie Bourdon , 2° . le
Mars 1716. avec Anne Libert de la Ville de
Lille en Flandres. Il laisse de la premiere une
fille Marie-Françoise des Moulins de Pisle , ep
de la deuxième un fils et une fille .
>
>
François d'Armand de Laurencin , Marquis de
Mison , en Provence , qui a été tué dans le même
Combat , avoit été Colonel du Regiment de
Flandres Infanterie , par Commission du 6 Desembre
1705. Il fut fait Brigadier le premier
Fevrier
1682 MERCURE DE FRANCE
Fevrier 1719. Inspecteur General d'Infanterie ,
le 4 Avril 1733. et Maréchal de Camp le 20
Fevrier dernier. Il étoit fils de feu Charles d'Armand
de Laurencin , Marquis de Mison , et de
Marguerite de Valbelle de Montfuron . Il laisse
une fille unique , mariée à son Frere Leon d'Arinand
de Laurencin de Mison , ci - devant Chevalier
de Malte , Capitaine au Regiment des
Gardes Françoises depuis le 21 Octobre 1723 .
Emeri - Emanuel de Timbrune , Marquis de
Valence en Agenois , qui a été tué au Combat
de Parme , étoit fils de Jean - Emanuel de Timbrune
, Marquis de Valence , Seigneur de Cục ,
Castelet , Timbrune , &c. et de Renée- Charlotte
de la Roche de Fontenilles . Après avoir
été Capitaine dans le Regiment du Roy , il fut
fait Colonel-Lieutenant du Regiment du Maine
Infanterie , le 7 Avril 1708. et Brigadier des
Armées du Roy le premier Fevrier 1719. Il
avoit épousé Marie Anne du Bruelh , fille de
Pierre- Silvestre du Bruelh , Comte de Ferrieres,
Baron de Montesquieu, et de Torieres , Seigneur
de S. Agnan et de Mantettes , Doyen des Chevaliers
de l'Ordre de S. Michel , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis Brigadier des
Armées du Roy , et Gouverneur de Bellegarde
en Roussillon , mort le 15 Août 1724.
?
Louis- Charles de la Chastre , Comte de Nancay
, Seigneur de Malicorne , Gouverneur des
Ville et Fort de Pecquay en Languedoc , Colonel
du Regiment de Bearn , par Commission
du 7 Decembre 1717. et Brigadier des Armées
du Roy de la Promotion du 20 Fevrier dernier ,
connu sous le nom de Marquis de la Chastre
et qui a été tué au Combat de Parme , étoit
frere de Claude- Louis de la Chastre , Evêque et
Comte
JUILLE T. 1734. 1683 .
Comte d'Agde , Abbé de Tréport , et fils aîné
de Louis- Charles- Edme de la Chastre , Comte
de Nancay , Lieutenant Geperal des Armées du
Roy , Gouverneur de Pecquay , mort le 12
Septembre 1730. à 69 ans et de Marie-
Anne Charlotte de Beaumanoir de Lavardin
Dame de Malicorne , morte le 29 Avril 1725.
l'âge de 8 ans . Il avoit été marié le 23 Fevrier
1723 avec Marie- Elizabeth Nicolai , fille aînée
de Jean Aimard Nicolai , Marquis de Goussain
ville , Comte d'Ivor premier President en la
Chambre des Comptes de Paris , et de Françoise,
Elizabeth de Lamoignon sa deuxième femme.
Il en laisse des enfans.
>
>
Louis le Tyran , Comte de Villers - Chandry
Capitaine dans le Regiment du Roy , a été tué
pareillement au Combat de Parme . Il étoit fils
de Jean le Tyran , Marquis de Villers , Seigneur
de Fremainville et Chaudry , Chevalier de Saint
Louis , et autrefois Colonel d'Infanterie , et de
Madeleine du Bois de S. Quentin ; il avoit été
marié le 3 Novembre 1716. avec Marie- Anne
Jouenne d'Esgrigny , fille de feu René Jouenne,
Seigneur du Mesnil , d'Esgrigny , Fontenay ,
S. Pere , Herville et Beauval , autrefois Intendant
d'Armée en Irlande , Catalogne et Italie
mort le 9 May 1732 et de Barbe - Angelique
Geraid , sa veuve . Il en a laissé deux fils et une
fille .
Jean- François de Bourlamaque , d'une Famille
originaire de Lucques en Italie , Seigneur du
Vivier , et de Courtevrou en Brie , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Louis , Capitaine de
Grenadiers dans le Begiment Dauphin Infanterie
, et Ayde des Cérémonies de France , est
mort des blessures qu'il avoit reçues au Combat
1684 MERCURE DE FRANCE
bat de Parme le 29 Juin. Il avoit été marié le
27 Avril 1716. avec Claude-Angelique Gatian,
fille posthume de fea François Gatian , Conseiller
et Commissaire aux Requêtes du Palais du
Parlement de Paris , mort le 20 Mars 1688.
et de Jeanne - Angelique le Normant . Il en laisse
un fils âgé de 13 ans , reçu en Survivance de
las Charge d'Ayde de Cérémonies , dont il a
fait la fonction pour la premiere fois à la Cérémonie
du Te Deum chanté en action de graces
de la Victoire remportée au Combat de Parme .
C'est lui qui fit l'invitation aux Cours
l'absence du Grand Maître et du Maître des
Cérémonies. Il s'en acquitta si bien ; malgré
son jeune âge , qu'il s'attira de grands applaudissemens.
en
Martin-Bernard de Lossendiere, Lieutenant au
Régiment de Picardie , troisiéme fils de Louis-
Gaston de Lossendiere , Conseiller en la Cour
des Aydes de Paris , et de feuë Marie-Angelique
des Hayettes , sa femme , fut tué aussi le 29.
Juin au Combat de Parme.
Le premier Juillet 1734, Denis Leon Roüillé du
Coudray , Soudiacre , Chanoine de l'Eglise Métropolitaine
de Paris , depuis le 16. Septembre
1768. et Prieur Commandataire du Prieusé de
$. Simphorien de Bonnelles et de sainte Livrade,
mourut après une longue maladie , en sa Maison
Canoniale , dans la 47 .. année de son âge , étant
né le 27. Mars 1688. Il étoit second fils de feu
Hilaire Rouillé , Seigneur du Coudray , Vofves,
Bois - Louis , & c. Conseiller d'Etat Ordinaire
mort le 4. Septembre 1729. à l'âge de 78. ans , et
de Denise Coquille.
2.
Charles Guy de Valory , Lieutenant General
des Armées du Roy , Grand -Croix de l'Ordre
Koyal
JUILLET. 1734. 1685
Royal et Militaire de S. Louis , et Gouverneur du
Quesnoy , y mourut le 3. Juillet , dans la 79.
annét de son âge , étant né le 24. Septembr
1655. Il fut successivement Ingénieur du Roy
Capitaine au Régiment de Normandie , fait Brigadier
des Armées de S. M. en 1703. Directeur
des Fortifications des Places de Flandres , Maré→
chal de Camp en 1708. après le Siege de Lille
à la deffense duquel il avoit servi , et Lieutenant
General le 2. Juillet 1710. après la deffense de
Douay en 1712. il eut la Direction des travaux
des Sieges de Douay , et du Quesnoy ; et après
la prise de cette derniere Place il en eut le Gouvernement.
Il conduisit aussi les attaques aux
Sieges de Landau et de Fribourg en 1713. et fut
faic ensuite Commandeur de l'Ordre de S. Louis,
dont il eut la Grand- Croix en 1722 Il étoit d'us
ne ancienne Famille noble, originaire de Toscane.
La Genealogie en est rapportée dans le Dictionnaire
Historique , Edition de 1725. et 1732. où
l'on peut voir son Mariage et ses enfans .
Paul Gui Briçonnet, Seigneur , Marquis d'Oysonville
, Congerville et Gaudreville en Brausse,
Capitaine dans le Régiment du Roy, depuis 1729.
et auparavant Lieutenant, a aussi été tué au Combat
de Parme , et Charles Bernard Briçonnet ,
Chevalier d'Oysonville , son frere , y a eu la
Jambe cassée d'un coup de feu . Ils sont fils de
feu François - Bernard Briçonnet , Seigneur, Marquis
d'Oysonville , Congerville et Gaudreville en
Beausse , et du Bouchet en Anjou , cy - drvant Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , mort le 2 .
Juillet 1716. âgé d39 . ans , et de Marie Magdeleine
de Seve , Dame de Gomerville , sa Veuve
Le Marquis d'Oysonville , qui vient d'être tué
étoit dans la 33. année de son âge , étant né le s
K Sep1686
MERCURE DE FRANCE
Septembre 1701. il avoit été marié le 15. Aoûtde
l'année derniere 1733. avec Marie- Anne Duché ,
nicce du Fermier General de ce nom , qu'il laisse
venye sans enfans .
Le 7. Juillet Dlle Catherine-Agnès le Fevre
d'Eaubone , fille d'André Robert le Fevre d'Eaubone,
Président au Grand Conseil , et de D. Marie
Catherine Petitpied son Epouse , mourut à
Paris dans la 22 , année de son âge , étant née le
15. Juillet 1712 .
Le 8. Fabien Albert du Quesnel , Chevalier ,
Marquis de Coupigny , Seigneur de Pinson , le
Blancfossé, Neuilly , Beaulieu-lès- Roulandieres,
&c. mourut à Paris , âgé d'environ 55. ans . 11
étoit fils de feu Albert du Quesnel , Marquis de
Coupigny , mort au mois de Juin 1717 âgé de
78. ans , et de Louise Perreau , morte le 18. Avril
1702. et il avoit été marié le 19. Novembre
1714 avec Jeanne- Louise de Bethune , fille
unique de François Annibal de Bethune , Chef
d'Escadre des Armées Navales du Roy , mort le
19. Octobre 1731. et de Renée le Borgne de
Lesquifiou,
Le nommé Jean Princiteau , Vigneron du Village
de Villegouge , Diocèse de Bordeaux , y
mourut le 23. de ce mois , âgé de 102. ans et
deux mois.
Le 27. de ce mois , Jean - François - Jofeph
de Gourgues , Marquis d'Aulnay en France , de
Vayres , de Bouret &c. Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi , reçû à cette charge
le 14. Mars 1696. et auparavant Confeil-
Ter au Parlement de Paris , il avoit été reçu
le 10. Janvier 1691. mourut après une longue
maladie à Paris , dans la 64. année de son
age , étant né le 3. Decembre 1670. Il étoit
fils
JUILLET. 1734. 1687
fils de feu Armand-Jacques de Courgues , Marquis
de Vayres & de Bouret , mort Doyen des
Maîtres des Requêtes du quartier d'Avril , le 4.
Mars 1726. et de feue Marie Elizabeth le Clerc
de Cottier , Dame héritiere d'Aulnay , de Nonneville
, de Savigny , des Lions , & de Bellefontaine
, morte le 11. Mars 1709. Il avoit été
marié deux fois . La premiere le 6. Aoust 1696,
avec Gabrielle-Elizabeth Barrillon , morte le 15.
Avril 1700. à l'âge de 22 ans , fille d'Antoine
Barrillon , Seigneur de Morangis , vivant Mai
tre des Requêtes , et de Catherine- Marie Boucherat
; et la feconde fois , le 30. Avril 1709.
avec Catherine Françoise le Marchand de Bardouville
, fille de Pierre le Marchand de Bar
douville , Seigneur Châtelain de Villers , de
Chamblanc , de Barentin , et du Héron , Confeiller
auParlement de Rouen , et de Marie Marthe
de Caradas du Héron. Il laisse de la premiere
Louise-Marie Gabrielle de Gourgues , mariée
au mois d'Octobre 1717. avec Louis - François
de Saint Simon , Marquis de Sandricourt , Lieu
tenant General des Armées du Roi du 20. Fevrier
dernier ; et de la deuxième un fils , et
quelques filles , dont une a épousé en 1732. Jean-
André de Pomereu , Conseiller au Parlement de
Paris , où il a été reçû le 1. Fevrier 1713
Le 30 François - Nicolas Megret , Seigneur de
Passy , d'Estigny &c. Conseiller du Roi en ses
Conseils , Grand Audiancier de France depuis
∙ 1729. et auparavant Receveur General des Fi-
Bances en Auvergne mourut fubitement sur
les sept heures du matin , âgé d'environ 61.
ans. aïant de Marguerite Beaucousin
•son épouse Jean Nicolas Megret de Séyilly
, successivement Avocat du Roi au Châ-
-
4
telet
1688 MERCURE DE FRANCE
蘩
elet , Avocat General en la Cour des Aydes
en 1-26. Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roi , en 1732. et Intendant du Commerce
en 1733. qui a été marié le 21. Fevrier
1726. avec Louise- Françoise Joly de Fleury ,
fille ainée de Guillaume François Joly de Fleury
Seigneur de Grigny , Procureur General au
Parlement de Paris & de Marie- Françoise le
Maistre ; N , .... Mégret de Fouquieres , Receveur
General des Finances en Auvergne depuis
1725. N...... Mégret d'Estigny , encore
aux études ; Marguerite- Françoise Megret ,
morte à l'âge de 16. ans au mois de Juin 1720 .
étant mariée nouvellement avec Jean Paris de
Monrmartel , alors Secretaire du Roi , et Trésorier
general des Ponts & Chaussées de France ,
et depuis Garde du Trésor Röyal ; Marie Mégret
, mariée le 29. Avril 1726. avec Claude Pellot
, Comte de Trevieres , Seigneur des grand
et petit Deffands , Port - David , Saillencourt &c.
Conseiller au Parlement de Paris et morte le
28, Juillet 1733. agée de 27. ans ; et une troifiéme
fille à marier,
33
ARRESTS NOTABLE S.
ARREST
du
Mars , et Letrres Patentes
23.
sur icelui , portant abonnement
du Dixiéme
sept cens mille livres par an pour le Duché de
Bourgogne
et les Comtez'en
dépendant
,
AUTRE du 25. May , qui ordonne qu'en
payan
ant par les Etats d'Artois , la somme de deux
cens
JUILLET 1734. 1689
cens mille livres par chacune année , la Province
Artois demeurera déchargée de l'execution de
la Déclaration du 17 Novembre 1733. concernant
la levée du Dixiéme.
"
ARREST du même jour , qui ordonne qu'en
payant par le Pays et Comté de Foix , la somme
de trente-cinq mille livres par chacune année.
tant que fa levée du Dixiéme aura lieu , les Habitans
dudit Pays demeureront déchargez de l'execution
de la Déclaration du 17. Novembre
dernier.
: AUTRE du 2. Juin , qui ordonne qu'en payant
par les Prêteur , Consuls , Magistrats et Manans
de la Ville de Strasbourg , la somme de trois cens
mille livres , ils seront exempts de la Déclaration
17. Novembre dernier. du
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Procureurs des gens des trois Etats
du Pays de Provence , la somme de cinq cens
cinquante mille livres par chacune année , tant
que la levée du Dixiéme aura lieu , les biens des
Habitans dudit Pays de Provence , Marseille ,
Arles et terres adjacentes , demeureront déchargez
de l'execution de la Déclaration du 17. Novembre
dernier.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Pays et Communaurez de
Bigorre , la somme de quarante- cinq mille livres
par chacune année , tant et si long- temps que le
Dixiéme aura lieu , les ens et revenus situez
dans lesdits Pays seront exempts de la levée de
cette imposition.
AUTRE
Ico MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par la Province d'Alsace , la somme de
six cens soixante- quinze mille livres , les Habitans
ou Fossedans des biens - fonds en ladite Province
, seront et demeureront exempts de l'exe-
Eution de la Déclaration du 17. Novembre 1733;
pour la levée du Dixiéme.
AUTRE du même jour , qui ordonne qu'en
payant par les Villes et Communautez de la
Principauté d'Orange , la somme de sept mille
livres par chacune année , tant que la levée du
Dixiéme aura lieu , lesdites Villes et Communautez
composant ladite Principauté , demeureront
déchargées de l'execution de la Déclaration du
17. Novembre 1733.
Ja
APPROBATION.
'Ay I par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Juillet , et j'ay cru qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le 12. Août 1734.
HARDION.
TABLE
Ode,
PecesFugitives add's Sciences sous Ch
lemagne ,
Inquietude de l'Ame ,&c.
147L
1473
1490
Lettre de M. Frezier , sur le goût de l'Architecture
, & c .
Pezfdie de l'Amour , Ode ,
1494
1515
QuesQuestions
Elementaires , &c .
Madrigal ,
1516
1523
Mort de M. Capperon , & c . 1524
par son Compere, 1527
Vers adressez à Mlle ***
Dissertation sur le Flux et Reflux de la Mer, 1528
A Madile de ***
Lettre au sujet de Saint Valerien , &c.
1531
1533
Sentimens de pieté , Stances sur une Montre, 1538
1542 Accouchemens difficiles , &c.
›L'Amour et Psiché , Cantate , 1545
Lettre sur deux nouvelles Lettres de S. Augustin
, 1548
Rondeau , 1566
Horloge Marine , Essay de M. Duquer , 1567
Enigme , Logogryphe , & c..
NOUVELLES LITTERAIRES ,des Beaux - Arts, 1574
Pensées Choisies , & c.
1570
1576
Chronologie de l'Histoire Sainte , & c . 1582
Bibliotheque Raisonnée , & c. 1588
Question de Medecine
1591
Societé des Sciences à Toulouze , 1592
Panegyrique de S. Victor ; Eloge de , &c. 1593
Estampes nouvelles , &c.
1996
Chansons notées ,
1598
Spectacles , Balet des Fêtes nouvelles, 1601
Décoration du Balet des Elemens ,
Enée et Didon , Tragédie nouvelle ,
Nouvelles Etrangeres , de Pologne , Siege de
Dantzick ,
Acte des Seigneurs Polonois à Dantzick ,
ibid.
1603
1619
1623
D'Allemagne et d'Italie , 1626
De Naples et Sicile , 1628
Espagne et Angleterre 1631
Morts , Naissances des Pays Etrangers , 1632
Armée d'Italie ,
1636
Lettre du Maréchal de Coigny ,
1639
Siege de Philisbourg , &e.
Journal du Siege ,
1641
1645
Extraits de plusieurs Lettres de Philisbourg, 1657
France, Nouvelles de la Cour, de Paris , & c. 1662
Reception du Comte de Matignon à la Rochelle
et Compliment de l'Académie , 1666
Lettre du Roy à l'Archevêque de Paris , 1671
Mandement , & c.
Mandement du Cardinal de Bissy .
1672
1673
Lettre du Roy sur la Prise de Philisbourg, 1676
Mandement de l'Archevêque de Paris ,
Mandement du Cardinal de Bissy ,
Morts , & c .
Arrêts Notables , & c .
1677
1679
1681
1689
Errata de Juin , premier volume.
Page 1083. ligne 3. in gratia lis, in Græcia.
Errata de Juin , second volume.
Age 1327. ligne 11. exérceriat , lisez exercerent.
Ibid 1. 28. qu'elles, l . qu'ils. P. 1452.
ligne pénultiéme , après ce mor Maître , ajoûtez,
de deux fortes Places , de S. Sébastien et de Fon
tarabie.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1490. ligne 11. de , lisez des.
P. 1499. L. 9. préfent , 1. préfererent.
P. 1500. 1. 23. ces , 1. ses
¿
P. 1516. 1. 18. n'est- il plus , l. n'est - il pas plus.
P. 1537 1. 21. l'aucueil , 1. l'écucil.
P. 1518 1. 21. du , l . de.
L'Air neté doit regarder la page 1598
售
MERCURE
DE FRANCE
,
DEDIE AU ROT.
A O UST. 1734
COLLIGIT
SPARGIT
A PARIS ,
R
GUILLAUME CAVELIER
ruë 5. Jacques.
Chez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XXXIV.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
A VIS.
6.6
34
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur
MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent se fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura fain de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Theure à la Pofte , on aux Meageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
A OUST.
PIECES
1734.
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
EPITAPHE
DU MARECHAL DE VILLARS.
L
'Exemple des Guerriers, le vengeur
de nos Rois ,
Villars , l'honneur de sa Patrie,
Villars est mort : son nom fameux
par ses Exploits ,
Fait seul l'éloge de sa vie.
Sous les Armes blanchi méprisant le trépas ,
Ce Héros que suivoit en tous lieux la victoire,
A ij
Cou1692
MERCURE DE FRANCE
Couvert des rayons de sa gloire ,
Prenoit un peu d'haleine après divers combats.
Mais , hélas ! la Parque perfide ,
Qui n'osa l'a taquer , quand son bras enflâmé
Foudroyoit l'Ennemi vainement animé ,
Le perça d'un trait homicide
Dans le fatal moment qu'il s'étoit désarmé.
Mlle de Malerais de la Vigne.
Plusieurs maladies dangereuses l'obligerent de
se retirer à Turin , où il est mort.
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie Royale de Chirurgie , 1734.
L
E Mardy d'après la Trinité 22 Juin ;
l'Académie Kovale de Chirurgie tint
son Assemblée publique dans la grande
Sale de S. Côme , à laquelle M. la Peyronie
présida .
M. Morand , Secretaire de l'Académie,
commença par annoncer les changemens
arrivez depuis la Séance publique de 173 3 .
sçavoir , la mort de Mrs Leaulté et Turssan
le cadet , l'un Chirurgien Major d'une
Compagnie des Gardes du Corps du
Roy , l'autre Chirurgien Major des Gendarmes
AOUST. 1734. 1693
darmes de la Garde , tous deux très- distinguez
dans la Chirurgie Militaire ;
et l'Association de six des Maîtres qui
ont paru empressez à donner des Mémoires
à l'Académie ; çavoir , Mrs Bermingham
; Jardin , Chipillon , Ruffel ,
le Jeune , Trippier le jeune , et Bagieu ,
le Roy ayant jugé à propos de les joindre
aux Académiciens ordinaires pour ,
suppléer au défaut de ceux qui sont employez
dans les Armées.
L'Académie a reçû 25. Memoires sur
la question proposée pour le Prix de l'année
derniere .
Le Prix a été adjugé à la Piece N°. 21 .
dont la Devise est : Celatus optat decelari ,
PAuteur qui s'est fait connoître est M. le
Cat , Maître Chirurgien et Chirurgien
de l'Hôtel - Dieu, en survivance , à Roüen ,
le même qui avoit eû le premier Accessit
l'année passée.
L'Académie , parmi les Pieces qui lui
ont été envoyées , a jugé que celle N° .
19. dont la Devise est : Sic ves non vobis
mellificatis apes , méritoit seule de
concourir pour le Prix.
Le sujet du Prix pour cette année 1734 .
est annoncé depuis plusieurs mois. L'Académie
demande , que l'on détermine dans
chaque genre de Maladies Chirurgicales ,
A iij les
1694 MERCURE DE FRANCE
les cas où il convient de panser fréquemment
, et ceux où il convient de
rement.
panser ra-
M. Morand ayant fini de lire ce qui
regarde le Prix , M. de la Faye lût un
Memoire sur une difformité de naissance
heureusement corrigée par opérations
dans deux Sujets.
2
Le premier est un Enfant de 4. ans
qui avoit un bec de Lievre très - singulier
et affreux à voir , il avoit la levre
superieure divisée et écartée depuis une
aîle du nez jusqu'à l'autre , la partie antérieure
des os maxillaires , la voute du
palais , la cloison charnue , étoient pareillement
divisées. Dans le milieu de
cette division dessous le nez étoient
deux dents incisives , recouvertes de
leurs gencives et enchassées dans deux
petites portions des os maxillaires , que
M. de la Faye appelle Eminence osseuse .
Elle étoit attachée antérieurement à la
cloison du nez , et faisoit une saillie d'environ
cinq lignes au-delà du niveau naturel
des os maxillaires ; un petit bouton
de chair qui avoit son origine à la pointe
du nez , pendoit sur cette éminence
sans la recouvrir totalement ; chaque portion
de la levre divisée avoit à son rebord
une espece de mamelon qui se gonfloit
AOUS T. 1734.
1695
floit principalement quand cet Enfant
rioit.
>
M. de la Faye ayant résolu de faire
l'operation , prit l'avis de plusieurs de
ses Confreres et en leur présence il
coupa d'abord l'éminence osseuse avec
une tenaille incisive , et il rafrachit les
bords du bouton charnu , au moyen de
deux coups de cizeaux , pour le placer
dans un vuide triangulaire qu'il comptoit
devoir rester après l'approche de la levre
divisée , dont il coupa aussi les bords. La
suture entortillée fut ensuite pratiquée
en observant de faire passer les éguilles
très près du rebord inferieur de la levre.
Plus les deux portions de la levre lais
soient d'intervalle entre elles , plus M. de
la Faye avoit lieu de craindre leurs efforts
sur les éguilles qui ne résistent que dans
deux points ; c'est pour cela qu'il fit un
bandage , qui en partageant l'effort des
parties contre les éguilles , répondoit
très- bien aux vûës qu'il avoit, et piévine
les accidens que pouvoient produire les
cris et les pleurs de l'Enfant. Le tout
réussit si bien , qu'au bout de 22. jours
la réunion fut parfaite ; l'enfant qui aus
paravant étoit insupportable à la vûë, et
pouvoit à peine se faire entendre , aujourd'hui
se fait voir et se fait entendre
*
A iiij sans
1695 MERCURE DE FRANCE
sans peine. Les differentes situations dans
lesquelles le sieur Simoneau l'a peint ,
rendent la chose sensible.
Le second Sujet avoit un bec de Lievre
presque semblable au premier. L'Operation
fut aussi la même à quelque
difference près ; ce qui fait le principal
objet de cette Observation est le retardement
que souffrit la guérison de ce
garçon par un accident que causa l'inattention
du pere, lequel rapant du tabac le
6 our après l'Opération auprès du lit de
son fils , le fit éternuer plusieurs fois
avec violence , ses efforts firent sortir les
éguilles de leur place en déchirant les parties
qu'elles traversoient et séparant même
celles qui étoient déja réunies , ce qui
occasionna une difformité beaucoup plus
grande que celle que l'on vouloit corriger
; cependant M. de la Faye trouva
un moyen très -simple qui , malgré le
grand écartement, tint les parties rapprochées
, lesquelles au bout de 20. jours
furent parfaitement réunies , sans en raffraichir
les bords. Les bornes d'un Ex.
trait ne nous permettent pas de rapporter
toutes les Refléxions de M. de la Faye
sur la maniere de faire ces Opérations et
sur l'appareil dont , selon lui , le succès
dépend principalement.
Le
AOUST. 1734 1697
1 Le second Memoire lû par M. Pusos ,
est sur les fausses grossesses , c'est- à dire,
les grossesses, qui lors de l'avortement ne
produisent que des corps irreguliers et
pour l'ordinaire sans apparence d'Enfant.
M. Pusos dit que le produit de ces fausses
grossesses est de deux sortes , le faux
germe et la molle ; il fait deux especes
de faux germes , l'un est une masse d'une
consistance charnue dans toutes ses
parties , sans apparence d'Enfant , l'autre
renferme de l'eau et un petit embryon
plus ou moins gros , depuis la grosseur
d'une mouche jusqu'à celle d'une olive.
,
germe
M. Pusos croit que le faux germe étoit
d'abord essentiellement vrai et qu'il devient
faux par accident . Si dans le tems
que la Nature travaille à débrouiller le
cahos dans lequel semble être le
dans les premiers jours de la grossesse ,
à arranger les parties , disposer les ressorts
, distribuer les vaisseaux , s'il survient
alors quelque desordre dans le germe
par trop de sang poussé dans ses foibles
tuyaux, quelque mouvement violent ,
une passion vive , &c. l'economie du
petit germe est dérangée , la pâte encore
molle retombe dans la confusion , les
membranes seules qui l'environnent continuent
de prendre nourriture et accrois-
A v se mont
1698 MERCURE DE FRANCE
sement ; et comme les passages des membranes
aux germes sont interceptez
l'abord des sucs nourriciers n'est plus
qu'au profit des membranes qui de minces
qu'elles devroient être , deviennent
épaisses , et forment des masses charnuës
que la nature expulse ordinairement yers
le deuxième ou le troisiéme mois de la
grossesse .
Si le faux germe n'a pas été expulsé
dans ce terme , il grossit et peut acquerir
un volume considerable.
· de
sang
M. Pusos croit que c'est ce qui fait la
molle qui paroît sous la forme , tantôt
d'une masse fongueuse, tantôt d'un caillot
entrelassé dans un tissu fibreux
et quelquefois de Vesicules transparantes
appellées Hydatides ; de quelque espece
qu'elle soit , elle cause par son séjour et
dans sa sortie de plus grands accidents
que le faux germe : cependant la nature ,
presque toujours seule , quelquefois aidée
de l'Art , en délivre les femmes assez
heureusement.
M. Pusos s'étant proposé de détromper
ceux qui doutent de l'existence d'un faux
germe , joint à cela des observations qui
fortifient ses conjectures , déja fort vrai
semblables par elles- mêmes.
M. Gervais , lût ensuite pour M. Du
phe
A OU ST. 1734. 1699
>
phenix,le détail d'une cure fort singuliere
faite à un Piqueur de l'équipage de M. le
Duc de Bourbon. De deux playes que
cet homme cut par des coups d'andouillet
qu'un cerflui donna , celle qui étoit
au visage interessoit non-seulement les
parties molles, mais encore la portion de
Pos de la Pommette qui forme la partie
inférieure de l'orbite et qui fut fracassée.
A un gonflement de toutes les parties
voisines de la blessure , se joignirent les
accidents d'une commotion au cerveau ,
perte de connoissance , assoupissement
suppression des urines , tous ces accidents
furent calmez par beaucoup de saignées ;
le gonflement des parties diminua peu à
peu , la playe suppura , les Esquilles se
détacherent, et le blessé paroissoit gueri
lorsqu'on s'apperçutd'une ouverture très .
fine qui restoit à la jouë , et par où cou
loit une grande quantité de salive lors
qu'il remuoit la machoire , il en sortoit
même assez pour moüiller une serviette
en plusieurs doubles dans un repas ; e :
comme on la reçut dans des Vaisseaux
pour juger de la quantité , il se trouva
qu'il en avoit rendu une fois deux onces
un gros , en quinze minutes ; une autre
fois trois onces deux gros et demi ', en
vingt-trois minutes ; une autre fois qua-
A vj
>
tre
1700 MERCURE DE FRANCE
tre onces un gros , en ving - huit minutes.
Si le Canal salivaire cut été entamé
dans l'endroit où il passe sur le muscle
Buccinateur , M. Duphenix auroit fait
aisément une communication dans la
bouche au moyen de laquelle la salive y
auroit coulé , mais ici il étoit ouvert à la
partic presque postérieure du Masseter
et lorsque le malade baissoit la machoire
inférieure, l'apophise coronoïde couvroit
l'endroit où il eut fallu établir une communication
parallele à l'ouverture extérieure.
Differents moyens de compressions.
ayant été inutilement tentés pour empêcher
la salive de couler en dehors , M. Duphenix
se détermina à pratiquer une
communication dans la bouche par une
opération absolument nouvelle , et qui
lui réussit. Après avoir emporté la cicatrice
extérieure, qui étoit large et enfoncée
, il perça jusques dans la bouche ce
qui restoit à traverser du muscle Masseter
, mais de derriere en devant , et de
haut en bas ; il introduisit dans cette
playe une sonde à seron pour conduire
deux cordonnets attachez à l'extremité
d'une canule de plomb grosse comme
une plume à écrire , et longue d'environ
trois lignes. Cette canule placée à la faveur
AOUS T. 1734. 1701
veur de la sonde à seton , que M.Duphenix
fit sortir par la bouche étoit taillée
en bizeau , de façon à répondre par sa
languette au - dessous du canal coupé , et
recevoir la salive pour la porter dans la
bouche ; on voit l'intention que M. Daphenix
avoit de mouler un canal artificiel
au travers des parties ; il fit la suture
entortillée à la playe exterieure qui le
septième jour parut réünie , et les éguilles
furent ôtées le seiziéme ; pour lors il
tira la canule par la bouche , au moyen
des petits cordonnets ; le canal nouveau
demeura creux et la salive y a toujours
coulé depuis.
Du même côté de la bouche , la commissure
des lévres étoit tirée vers l'oreille,
et les lévres ne pouvoient se joindre
exactement , de sorte que le Piqueur ne
pouvoit faire usage de sa
trompe. M. le
Duc imagina lui - même un instrument
pour suppléer à ce deffaut dans le mouvement
des lévres ; c'est une espece de
cuvette attachée à sa trompe , qui reçoit
tout le contour des lèvres , et même audelà
, une plaque placée au dedans de la
cuvette , est toujours appliquée sur l'endroit
mutilé de la lévre , et un ressort
permet à la plaque obéir à la force du
souffle , au moyen de quoi le Piqueur
sonne
1702 MERCURE DE FRANCE
sonne du cor, presque avec la mêmefacilité
et la même force qu'avant sa blessure .
La quatriéme observation communiquée
par M. Verdier , détaille la cure
d'un homme qui s'étoit donné deux
coups de rasoirs , l'un au ventre , l'autre
à la gorge. La playe du ventre donnoit
issue à une partie des intestins Colon et
Jejunum ; la playe de la gorge penetrant
dans le fond de la bouche , entre la
partie anterieure de la baze de l'épi-.
glotte et la racine de la langue ,
laissoit
sortir la boisson .
>
M..Verdier prêt à panser le malade
apperçut sur son lit une très grande portion
d'Epiploon que le malade s'étoit
coupée ; il s'en étoit arraché autant et
l'avoit jetté sous le lit. La portion du
Colon sortie présentoit encore des restes
de l'attache de l'Epiploon . M. Verdier
bien sûr que les intestins n'étoient point
blessez , dilata la playe et réduisit les
parties sans avoir d'attention particuliere
aux portions d'Epiploon attachées au
Colon , quoiqu'elles eussent souffert du
déchirement, et qu'elles eussent été exposées
à l'air.
Il paroît donc abandonner le conseil
que la plupart des Auteurs donnent de
ne point faite rentrer l'Epiploon sans
12-
AOUS T. 1734. 1763
l'avoir lié , mais il prétend premierement
que cette ligature est inutile par raport
à l'Hemoragie , parce que la crainte de
l'Hemoragie est elle -même chimerique.
29. Que la ligature de l'Epiploon faite
si près de l'intestin doit avoir des inconvéniens.
3 ° . Que les avantages qui résultent
de la méthode de réduire l'Epiploon
sans le lier , sont appuyez sur les succès ,
et que cette méthode est aujourd'hui suivie
par les plus habiles Chirurgiens.
M. Verdier ayant fait trois points de
suture aux tegumens du ventre , et appliqué
l'appareil ordinaire , vint à traiter
la playe de la gorge ; il en rapprocha les
lévres et les maintint rapprochées par
trois points de suture entrecoupée , qui
s'opposerent à la sortie des aliments liquides,
quoique la suture ne pénetrât pas
fort avant ; il ajouta aux secours particuliers
tous ceux qui pouvoient prévenir
les accidents interieurs ; les fils de la
playe du ventre furent ôtés le septiéme
jour , et la playe cicatrisée le quatorze .
Ceux de la playe de la gorge furent ôtez
le quatrième jour ; la nature et une position
de la tête propre à favoriser la réünion
firent le reste.
Dans le cinquiéme Memoire , M. Morand
fait l'Histoire d'une fistule avec
carie ,
1704 MERCURE DE FRANCE
>
carie à l'Apophise mastoïde du côté
gauche , qu'un jeune homme de condition
portoit depuis longtems . M. Morand
ayant découvert la carie par une incision
convenable trouva qu'elle pénétroit
dans l'épaisseur de l'Apophise mastoïde ,
à la profondeur de plus d'une ligne. Les
remedes capables d'avancer l'exfoliation
ayant été appliqués inutilement , M. Morand
porta dans le trou de l'os , un bouton
de feu , deux fois à quinze jours de
distance ; la premiere fois il n'arriva rien ,
la seconde il en résulta de grands accidents
qui cependant furent calmez par
les secours ordinaires ; enfin il s'exfolia
une pièce d'os , précisément figurée
comme la virolle qu'on mer dans l'oeil
d'une canne , après quoi le trou se remplit
en partie de chair. Alors M. Morand
se contenta de mettre sur la playe un peu
de charpie trempée dans l'eau de vie
mais le malade se plaignant d'un grand
mal de tête chaque fois qu'on le pansoit,
et M. Morand croyant que l'eau de vie
pouvoit y contribuer , il cessa de s'en
servir un point de carie qu'il sentoit
encore au fond du trou l'engagea à y seringuer
un mélange d'eau vulneraire avec
beaucoup d'eau , mais il fut bien surpris
de voir sortir l'injection par le nez ; il y
inAOUST.
1734. 1703
injecta de l'eau pure , elle ressortit de
même ; il eut donc une preuve complette
que l'injection en filant le Sinus mastoïdien
entroit dans la Caisse du tambour,
et passoit delà par la trompe d'Eustache
dans le nez et dans la bouche ; le malade
en eut quelque bourdonnement d'oreille
qui se dissipa peu à peu. Il se fit une
autre petite exfoliation , la playe se cicatrisa
parfaitement et le malade fut bien
gueri sans être incommodé en aucune
façon de l'ouie , quoiqu'une ouverture
étrangere dans le Sinus mastoïdien eut
pû donner passage à l'air extérieur dans
F'oreille interne, et que les injections eussent
moüille et frape les parties délicates
de cet organe contenues , dans la Caisse
du Tambour.
Le ŝixiéme Memoire communiqué par
M. Bassuel , établit des préceptes pour
la reduction de la Hernie Crurale . M. Bassuel
avoit souvent trouvé de la difficulté
à réduire cette espece de Hernie ; ayant
essayé la pression des parties vers le milieu
de l'arcade Crurale , il n'en avoit pas
tiré plus d'avantage et croyoit jusques - là
devoir les réductions qu'il avoit faites ,
plutôt à l'effet du hazard ou du tatonnement
, qu'à une compression assujettie
à certaines regles.
Ses
1706 MERCURE DE FRANCE
Ses ré lexions sur la position de l arcade
Crurale , qui est surbaissée du côté où
elle s'attache à l'os Pubis , et qui s'éleve
à mesure qu'elle s'avance vers l'os de la
hanche , l'engagerent à faire des recherches
sur les cadavres de ceux qui avoient
eu certe indisposition , et il a presque
toujours trouvé que la portion du sac
Herniaire passant sous l'arcade Crurale
étoit placée dans l'angle que fait cette arcade
avec l'os Pubis un peu de réflexion
fait voir que c'est-la l'endroit que
ces sortes de Hernies doivent naturellement
affecter c'est celui qui est le
moins en état de resister aux parties qui
font effort pour s'échaper du dedans au
dehors , il est le plus bas quand l'homme
est debout ; la portion du Peritoine qui
le revet en dedans , n'est soutenu que
par un tissu cellulaire mol , en dehors il
n'est recouvert que d'un peu de graisse
et de la peau.
,
On doit donc plus aisément réüssir
dans la réduction de ces Hernies , en dirigeant
la compression des parties vers
l'angle interne de l'arcade , et M. Bassuel
convient d'y avoir mieux réüssi en conséquence
de ses réflexions qui ne sont
pas inutiles pour la façon de diriger le
tranchant de l'instrument lorsqu'il faut
faire l'opération .
A O UST. 1734. 1707
M. Jardin finit la séance par le récit de
la guérison d'une verole fort difficile à
démêler et dont les Simptomes étoient
fort bizares : Un jeune homme à la suite
d'un long flux hemoroïdal eut le Scorbut,
et lorsqu'il en fut soulagé il eut de
violents accès d'Epilepsie à laquelle il
n'avoit jamais été sujet , ces accès devinrent
très fréquents ; le malade tomba
dans une fiévre lente et dans le marasme .
Cet état déplorable l'obligea de venir à
Paris , où les Médecins les plus accréditez
lui donnerent les remedes indiquez en
pareil cas , et même un spécifique contre
l'Epilepsie dont il usa pendant dix- huit
mois,mais sans soulagement. Dans un de
ces accès , le malade tomba dans le feu
se brûla les pieds sans le sentir , la Gana
grene y vint. M. Jardin fut obligé de
lui couper plusieurs phalanges et fut
deux mois à le traiter de cette derniere
avanture .
Dans les visites assiduës qu'il lui faisoit
, il le questionna sur sa conduite
passée et commença à soupçonner un virus
verolique , mais rien ne l'en assuroit ;
un dépôt Lymphatique qui se forma
aux deux genonx augmenta un peu ses
soupçons ; enfin un examen bien circonspect
708 MERCURE DE FRANCE
pect d'un des genoüils malades , lui fit reconnoître
que Is rêts des o de la jointure
étoient gonflés ; M. Jardin convaincu
, autant qu'il le pouvoit être , de ce
qu'il avoit , pour ains - dire , deviné
prépara le malade aux frictions mercurielles
et lui en don na plusieurs à petitesdoses
pendant deux mois ; le malade fut
parfaitement queri , et d puis treize ans
il n'a senti aucune incommodité.-
›
LA VIEILLESSE ,
Cantate à mettre en Musique.
Uel effroyable objet ! quelle horrible har
Q
pie!
L'Enfer a- t - il vomi ce monstre languissant >
Dans les tourmens il traîne une cruelle vie ,
·
Et son mal va toujours croissant.
Comme un âpre Vautour le passé le dévore
L'avarice remplit un présent douloureux ;
Et l'obscur avenir qu'il craint et qu'il ignore
Lui paroît tour à tour propice et rigoureux
Le tems à sur son front gravé ses caractéres ;
Il va bientôt l'anéantir.
·
Vieillesse , ainsi tu perds pour de vaines chiméres
,
L'insA
O UST.
1709 1734
L'instant fait pour le repentir.
La jeunesse n'est qu'un beau songe
Dont la Vieillesse est le réveil ;
Mais son aspect bientôt nous plonge
Dans un plus dangereux, sommeil.
Usons donc de cet âge aimable
Comme d'un trésor précieux ,
Dont chaque mortel est comptable
Au juste Tribunal des Dieux .
La
jeunesse.......
Vieillesse , tout te craint tout te hait , tout
t'évite.
>
Sous tes pas chancelants la terre va s'ouvrir ,
Mais hélas ! quelle soif te tourmente et t'agite
Au moment que tu vas périr !
Dans ton coeur que tout abandonne ,
Je te vois é ever à l'aveugle Plutas ,
D'une main criminelle , un détestable Trône
Sur les sacrés débris des sublimes vertus ;
Rien de ta passion n'éteint la véhémence ;
Elle a toujours pour toi mille nouveaux appas ;
Et comme elle est sans joüissance ,
Elle te conduit au trépas.
Fortune volage
Garde tes présents ;
Effa
1710 MERCURE DE FRANCE
Effacent - ils l'âge
Que donnent les ans ?
Leur trompeuse amorce
Au vieillard cassé
Rend - elle la force
De son tems passé ?
Fait-elle à la Parque
Prolonger nos jours ,
Quand le sort lui marque
D'en trancher le cours ?
Avarice toujours funeste ,
Tyran de nos derniers momens ,
Tu ne vaincras jamais mon coeur qui te déteste
Malgré l'essain flateur de tes attraits charmants,
Ton or n'est à mes yeux qu'un vain tas de
poussiere ,
Que l'on devroit aux pieds fouler avec dédain ,
C'est lui qui fait notre misere .
Lui seul est le fléau de tout le genre humain.
Ah ! Vieillesse faut- il , qu'après cette chimére,
On te trouve toujours l'ensensoir à la main?
Verité répans dans son ame
Tous les rayons de ton flambeau ,
Vien démasquer le vice infame
Qui la poursuit jusqu'au tombeau.
Triomphe , c'est à ta victoire
A changer son fnneste sort :
Pour
AOUS T. 1734.
1711
Pour son salut et pour sa gloire
Fais qu'elle trouve enfin le port.
Que l'ennemi qui la dévore
Sous tes pieds gémisse , abattu :
C'est pour elle que je t'implore ,
Fais lui connoître la vertu .
Par M. de S. R.
LETTRE de M.... sur un nouvel
Ouvrage de M. le Marquis Maffei.
V
Ous ne sçauriez croire , Monsieur,
le plaisir que m'a fait la lecture de
l'Ouvrage nouveau de M. le Marquis Scipion
Maffei,dont vous me chargez devous
rendre compte , et que tous les Gens de
bon gout et d'une certaine érudition ont
approuvé. Il est imprimé chez Charles
Osmont , rue S. Jacques , sous ce titre :
GALLIE ANTIQUITATES QUÆDAM SELECTE
in plures Epistolas distribute 1. vol. 4.pp.
175. M. DC C. XXXIII.
#
Les Lettres Latines qui composent ce
Recueil sont au nombre de vingt- deux.
Après une Dedicace au Roy en très beaux
vers Latins , accompagnez de Notes au
ba's des
pages , suit la premiere Lettre.
Elle
1712 MERCURE DE FRANCE
Elle est adressée de Verone au Baron de
Bimard. Il paroit par sa lecture que ce
Baron est un jeune Seigneur , autant illustre
et recommandable par son érudi
tion , que par sa naissance. La Lettre est
une Dissertation fort étenduë , remplie
de Recherches curieuses , et accompagnée
d'Inscriptions Grecques et Latines , et d'autres
Monuments pour servir de preuves.
Le sujet de la Dissertation est pris d'un
endroit de l'Histoire Diplomatique du
Marquis Maffei , qui contient une difficulté
exprimée en ces termes par notre
illustre Auteur. Quifactum sit , ut ab
honestis Missionibus civitas Romana legio
mariis militibus concederetur , quos ut Legionibus
nomen darent , cives Romanos jam
fuisse opportebar? &c. A la fin de cette
premiere Lettre on trouve la Gravure de
deux Medailles Grecques jusqu'à présent
inconnuës.
Ces Medailles font le sujet de la se
conde Lettre , écrite de Turin et adressée
à M. Albert Fabricius . La premiere
Medaille fixe le vrai nom d'un Roy de
la Haute Cilicie , qui prit le parti de
Pompée et depuis celui d'Antoine , dont
il prit même le surnom, Ce Roy est nommé
dans la Medaille Tarcondimotus , et
plusieurs Auteurs Anciens ont fait mention
A OUST 1734- 1713
tion de lui . L'autre Medaille représente
Musa Reine de Bythinie : La Medaille
sert à corriger un passage corrompu de'
Saluste , dans lequel cette Reine est
nommée Nisa , au lieu de Musa , et
qualifiée de Roy , Regem au lieu de Reginam
. L'Auteur fait à l'occasion de ccs
deux Medailles beaucoup de recherches
curieuses , et il laisse la décision de tout
ce qu'il dit sur ce sujet à son sçavant
Ami. Dans la même Lettre on examine
une Inscription de l'Arc de Triomphe
de Suze , ce qui donne lieu d'éclaircir ce
qui regarde la situation et l'étenduë du
Gouvernement de M. Julius Cottius
qui a donné son nom à une partie des
Alpes , et d'expliquer les dénominations
de plusieurs Villes et autres Lieux , contenues
dans l'Inscription , par les noms
modernes que ces mêmes Lieux portent
aujourd'hui.
>
La troisiéme Lettre est écrite de Genéve
à M. Ballerini ; elle a pour objet
deux Inscriptions Latines nouvellement
découvertes , l'une par des Paysans dans
la Comté de Genêve , et l'autre au lieu
d'Alby dans le même Pays. Les Memoires
de Trévoux ont donné l'explication
de cette derniere.
Dans la quatriéme Lettre adressée de
B Lyon
1714 MERCURE DE FRANCE
Lyon à M. Fretet , de l'Académie des
Inscriptions et des Belles- Lettres , il est
parlé de deux Inscriptions aussi Latines ,
trouvées dans la même Ville , dont l'Auteur
donne l'explication. Il fait aussi
quelques conjectures sur une autre Ins
cription antique de Lyon , qu'il croit
n'avoir pas été bien expliquée par
M. Spon.
Plusieurs Inscriptions qu'il a examinées
à Nîmes , font le sujet de la cinquiéme
Lettre , adressée de la même Ville à
M. Passionei , Nonce du Pape à Vienne.
>
Après s'être plaint au commencement
de la sixième , adressée de Narbonne au
P. de Montauzan de la perte de
tant de Monumens dont cette Ville étoit
autrefois remplie , et dont on ne voit
plus aujourd hui que des fragmens et des
Piéces mutilées , dont on s'est servi pour
construire une partie de ses murailles
M. Maffei fait part à son Ami de plusieurs
Inscriptions Sepulcrales qui contiennent
toutes quelque chose digne de remarque,
et particulierement la X. qui mérite
toute l'attention des Antiquaires.
La septiéme est écrite de Toulon ǎ
M. le Chevalier Garelli , Bibliothequaire
de l'Empereur . Plusieurs Pierres Milliaires
en font le sujet ; ce sujet est curieux
et
AOUST. 1734
1715
·
et manié avec toute la capacité possible.
L'Auteur fixe sur la fin de sa Lettre le
Mille ancien à 756 toises , c'est- à - dire
à 4536 pieds , ou environ sooo pieds
Romains , le pied François étant plus
grand ; ou a mille pas anciens qui font
nos pas Geométriques . Vous vous souviendrez
, Monsieur , à cette occasion ,
que M.Vergile de la Bastide, Gentilhomme
d'auprès de Beaucaire , a donné dans
le Mercure du mois d'Août 1731. un
Memoire sur la Decouverte d'un grand
Chemin des Romains , dans lequel , sur
l'autorité d'une PierreMilliaire , il a fixé
la valeur du mille Romain à 752 toises
4 pieds , quoique M. Cassini lui ait donné
763 toises d'étenduë.
La huitiéme Lettre est adressée de
Marseille à M. Chishull , ce Sçavant Anglois
dont j'ai eu occasion de vous parler
plus d'une fois , et en dernier lieu au su
jet de son bel Ouvrage intitulé Antiquitates
Asiatica & c. qui n'est plus si rare
en France . Il s'agit dans cette Lettre de
deux Marbres du Cabinet de M. Lebret,
Premier President et Intendant de Provence
, lesquels contiennent chacun une
Inscription Grecque. Ce sont deux De-.
crets faits dans la Ville de Berenice, et qui
avoient été placez dans l'Amphitéatre à
Bij
caus
#716 MERCURE DE FRANCE
cause de leur importance en faveur de
deux Citoyens distinguez dont l'un s'appelloit
Titius et l'autre Denys . Rien n'est
plus sçavant et plus recherché que tout
ce que dit sur ces rares Monumens notre
Illustre Auteur. Il y prouve sur tout que
la Ville de Berenice , dont il s'agit ici
ne peut être celle de même nom ; qui
étoit située sur la côte de la Mer Rouge ,
comme quelques Sçavans le prétendent ,
mais que c'est celle qui avoit été tâtie
dans la Province Cyrenaïque d'Afrique;
c'est aussi dans ce même Pays que les
Inscriptions ont été trouvées , et c'est de
Tripoly de Barbarie , Ville voisine des
Ruines de Berenice , qu'elles ont été ap.
portées en Provence .
د
M. le M. Maffei rend compte dans sa
neuviéme Lettre écrite d'Avignon રે
M. Ursatti , Abbé d'un Monastere de
Benedictins , de ses Voyages Litteraires
de Provence, et de Languedoc. Il lai envoye
en mêmetems plusieurs Inscriptions
au sujet desquelles il fait des remarques
qui méritent ure attention particuliere ,
et d'être lûes dans la Lettre même.
Il parle dans la dixième , écrite encore
d'Avignon , et adressée à M. Abauzit
Bibliothéquaire de Genêve , du nombre
considerable de fautes qui se trouvent
dans
A O UST . 1734. 1717
›
dans les differents Recueils d'Inscriptions
anciennes , ce qui démontre la necessité
indispensable de l'Edition d'un nouveau
Recueil general où toutes ces fautes
soient corrigées En attendant il en releve
ici plusieurs de celui de Grutter , et il rétablit
sur tout une Inscription d'Arles
laquelle est tout-à - fait inintelligible dans
cet Auteur .
La Formule sub Ascia dedicavit , qui
se trouve à la fin d'un grand nombred'Inscriptions
Sepulcrales en France ,
fait le sujet de l'anziéme Lettre , adressée
de Lyon à l'Illustre Auteur du Recueil.
des Historiens d'Italie M Muratori. Le
Sçavant Antiquaire y rejette le sentiment
d'un Auteur nouveau , qui par le mot
Ascia entend une espece de Hoyau , destiné
specialement à creuser la terre pour
les Tombeaux , et qui croit que l'usage:
que l'on faisoit de cet instrument étoit
accompagné de beaucoup de cérémonies.
On remarque ici au contraire que le terme
dedicavit , ne veut pas toujours dire dedier
, mais qu'il signifie encore placer ,
achever , perfectionner &c. que ces prétendues
Dédicaces ne furent point accompagnées
de cérémonies funebres , et
que les Dieux et les Déesses n'y entroient
pour rien ; enfin que ce ne fut pas une
B iij for1718
MERCURE DE FRANCE
formule attachée specialement aux hommes
; c'est en particulier ce que notre
habile Critique prouve fort bien par
plusieurs Monumens où des personnes
vivantes et même des femmes se les sont
dédiez à elles- mêmes. Après avoir discuté
quelques autres opinions sur le même
sujet , il ouvre enfin son sentiment , et
soutient que la formule en question ne
signifie autre chose sinon que le Monument
sur lequel elle paroît , étoit neuf
qu'il n'avoit point encore servi , et qu'il
étoit nouvellement construit , enduit au
dehors et entierement achevé , ce qui
étoit en même tems une marque d'honneur
et de distinction . Il rapporte là - dessus
un témoignage des plus respectables ,
qui est celui de trois Evangelistes , entre
lesquels S. Jean a appellé le Tombeau où
le Sauveur fut mis Monumentum novum ,
nondum quisquam positus erat.
Dans la douziéme Lettre écrite d'Autun
à M. Bonarroti , M. Maffei rapporte
quinze Inscriptions , dont plusieurs ont
déja paru , mais qu'il corrige et qu'il
éclaircit par des Remarques curieuses
faisant aussi au sujet de ces Inscriptions
des découvertes utiles ,qui ont échapé aux
précedents Antiquaires.
in
quo
Il s'agit encore dans la treiziéme Lettre
adressće
A O UST. 1734. 1719
adressée de Paris à M. le Marquis de
Caumont, d'Inscriptions Latines au nom
bre de huit et toutes Militaires , sur lesquelles
notre habile et élegant Auteur
fait aussi ses Remarques avec le même
succès.
La quatorziéme est aussi écrite de Paris
et adressé à M. le President Bouhier , de
l'Académie Françoise , si connu des Sçavans
et si distingué dans la belle Litterature
; l'Illustre Auteur lui envoye cinq
Inscriptions Latines d'une construction
fort singuliere sur lesquelles il expose ses
heureuses conjectures. Il releve en passant
une meprise de M. Spon à l'occasion
de la quatrième de ces Inscriptions
où on lit VECTIGALIS MASSE FERKARIARUM.
Cet Antiquaire ayant cru bonnement
que ces mots Ferrariarum Procuratorem
qui se lisent dans une autre Inscription
Romaine appartiennent à la
Ville de Ferrare ce qui est insoutenable .
On rappelle ici à la même occasion deux
ou trois mots de la fameuse Inscription.
de Torigny , où l'on trouve JUDICI ÁRCE
FERRAR. pour appuyer l'interprétation
de cette quatriéme Inscription . Comme
j'ai publié moi- même ( a ) l'Inscription
de Torigny avec l'explication et les Re-
J
( a ) Voyez les Mercures d'Avril et May 1733 •
B iiij mar
1720 MERCURE DE FRANCE
que
marques d'un très Sçavant homme ( b )
que j'ai fait connoître depuis , lequel
donne un autre sens à ces mots , je m'abstiens
ici de toute réflexion sur ce sujet
pour parler d'une Inscription Grecque
qui accompagne les Inscriptions Latines ,
et qui est pareillement envoyée avec la
même Lettre à M. le President Bouhier.
M le Marquis Maffei l'ayant vuë à Marseille
, il reconnut d'abord par la forme
des caractéres qu'elle avoit été faite à
Smyrne ; en effet elle avoit été apportée
depuis peu de cette Ville. Au surplus il
convient que cette Inscription ne contient
presque rien que de commun , et que son
principal merite consiste en ce qu'elle
est Grecque
Je m'arrêterai ici, Monsieur , pour ne
point trop allonger une Lettre qui doit
avoir certaines bornes , me réservant d'achever
de vous rendre compte du bel Ouvrage
de notre Illustre et Sçavant Antiquaire
dans une autre Lettre , que je
tâcherai de ne pas vous faire longtems
attendre. Je suis , Monsieur , & c.
( b ) Mercure de Fevrier 1734•
A Paris le 21 May 1734.
PSE AUA
O UST: 1734 3721
PSEAUME XCIII.
La Justice divine est présente à toutes
nos actions.
Paroissez, Roy des Rois, venez , Juge suprême,
Faire éclater votre courroux
Contre l'orgueil et le blasphême .
De l'Impie armé contre vous ;
Le Dieu de l'Univers est le Dieu des vengeance
Le pouvoir et le droit de punir les offenses
N'appartient qu'à ce Dieu jaloux .
Jusques à quand, Seigneur , souffrirez- vous l'yvresse
De ces superbes criminels ,
De qui la malice transgresse
Vos ordres les plus solemnels ,
Et dont l'impieté barbare et tyranique
Au crime ajoute encor le mépris ironique
De vos préceptes éternels ?
Ils ont sur votre Peuple exercé leur furie ;
Ils n'ont pensé qu'à l'affliger ;
Ils ont semé dans leur Patric
L'horreur , le trouble et le danger ;
Ils ont de l'orphelin envahi l'aéritage ,
B
1722 MERCURE DE FRANCE
Et leur main sanguinaire a déployé sa rage
Sur la veuve et sur l'Etranger.
Ne songeons , ont- ils dit , quelque prix qu'il en
coûte
2
;
Qu'à nous ménager d'heureux jours ;
Du haut de la celeste voûte
» Dieu n'entendra pas nos discours ;
Nos offenses par lui ne seront point punies ;
» Il ne les verra point ; et de nos tyranies
le cours.
» Il n'arrêtera pas
Quel charme vous séduit ? quel démon vous
conseille ,
Hommes imbéciles et fous ?
Celui qui forma votre oreille
Sera sans oreille pour vous !
Celui qui fit vos yeux ne verra point vos
crimes ?
Et celui qui punit les Rois les plus sublimes.
Pour vous seuls retiendra ses coups?
Il voit, n'en doutez plus , il entend toutes choses.
Il lit jusqu'au fond de vos coeurs ;
L'artifice en vain se propose
D'éluder ses Arrêts vangeurs ,
Rien n'echappe aux regards de ce Juge severe ;
4
Le repentir lui seul peut calmer sa colere ,
Et féchir ses justes rigueurs
Ouvras
A O UST. 1723 1734.
Ouvrez, ouvrez les yeux et laissez-vous conduire
Aux divins rayons de sa foy.
Heureux celui qu'il daigne instruire
Dans la science de sa Loy !
C'est l'asile du Juste; et la simple innocence
Y trouve son repos , tandis que la licence
N'y trouve qu'un sujet d'effroy.
Qui me garantira des assauts de l'envie
Sa fureur n'a pu s'attendrir ;
Si vous n'aviez sauvé ma vie ,
Grand Dieu , j'étois prêt à périr ,
» Seigneur ,vous- ai - je dit, ma mort est infaillible,
Je succombe , aussi -tôt votre bras invincible
S'est armé pour me secourir .
Non , non ,
lege
c'est vainement qu'une main sacri
Contre moi décoche ses traits ;
Votre Trône n'est point un siege
Souillé par d'injustes decrets ;
Vous ne ressemblez point à ces Rois implacables
Qui ne font exercer leurs Loix impraticables,
Que pour accabler leurs Sujets .
Toujours à vos Elus l'envieuse malice
Tendra ses filets captieux ;
Mais toujours votre Loy propice
Confondra les audacieux ;
B vj E:
1724 MERCURE DE FRANCE
Vous anéantirez ceux qui vous font la guerre ;
Et si l'impieté nous juge sur la Terre ,
Vous la jugerez dans les Cieux .
Attttttttttt
REPONSE à un Livre nouveau
intitulé , Lettres au sujet des Reflexions
sur la Poësie en general , sur l'Eglogue
, sur l'Ode , &c.
›
E n'aurois rien à répondre à votre
Lettre , si je voulois , on red vous
dire qu'elle n'étoit que l'ext nsion de la
premiere et ayant répondu à celle - la , me
voila,en bonne regle,quitte envers vous ;
mais votre Critique prend un air trop
important pou que je puisse avec bienseance
demeurer dans le silence ; car enfin
ce n'est plus une simple Lettre , c'est
un volume , un volume d'une taille raisonnable
, et nous devons bien nous enorgueillir
M. de S. M. et moi , de la di
gn té que vous donnez à votre Ouvrage.
Qant à moi, M il ne me convient point
de prendre un vol si hardi ; je resteray
modestement dans le Mercure , et c'est - la
où avec tout le respect que je vous dois ,
je compte vous montrer encore une fois
qu'il n'y a pas une de vos Critiques qui
soit raisonnable
A O UST. 1734. 1728
Les choses qui vous ont le plus choqué
dans le Livre de Refléxions sur la Poësie
autant que je l'ai pû remarquer ,
se réduisent à cecy. Premierement l'Auteur
ne traite pas assez gravement les
matieres qu'il a à traiter. En second lieu
il décrie lui - même son métier et ne veut
point qu'on raisonne. Le troisiéme crime
dont vous l'accusez est une espece de
bigarrure que vous trouvez dans son Ou-.
vrage. Le reste de vos plaintes roule sur
la maniere indécente dont l'Auteur a
parlé de M. de la Motthe . Voilà à peu
près le précis de votre volume , le surplus
est une espece de Commentaire des
idées de M. de S. M. que vous tâchez
d'étendre quand vous avez eu le bonheur
de les saisir .
Pour répondre au premier Chef d'ac
cusation , car au risque de n'être point
entendu , il faut bien vous répondre ; je
vous dirai que vous n'avez de reproches
à faire à M. de S. M. qu'au cas que la
legereté qu'il a donné à ses idées ait diminué
la précision et la netteté qui leur
étoit nécessaire , mais si la maniere dont
il les a embellies ne sert qu'à les faire envisager
avec plus de facilité , s'il n'est
sensible et moelleux que pour être plus
clair , n'y a- t'il pas de l'ingratitude à
1726 MERCURE DE FRANCE
vous de vous plaindre de ce qu'il ne vous
a point fait partager la fatigue qu'il doit
avoir euë ? Mais ,direz - vous, tout ce qu'il
a mis dans son Ouvrage ne tourne point
au profit de mon intelligence , les matieres
y sont prodigieusement déliées ,
pourquoi à ce fond, qui est déja fin , avoir
la vanité de joindre encore une forme
si fine ? cela me fatigue. Je réponds ,
M. qu'il y a sur cela deux partis à prendre.
Le premier , le voici ; quand on ne se
sent pas les reins forts , qu'on a peur de
se fatiguer , au lieu de courir après l'intelligence
d'un Ouvrage , il n'y a qu'à le
laisser là pour ce qu'il est , convenir
bonnement qu'il est au - dessus de ses forces
et se taire .
Que si , fier de quelques lumieres , on
se croit un peu fondé à compter sur ses
forces , il faut alors les déployer toutes ,
ouvrir tant qu'on peut les yeux de son
esprit , lui donner par le secours d'une
attention ferme un peu plus d'étenduë
qu'il n'en a naturellement ; au moyen de
cela on voit quelque chose et l'on espere
voir un jour ce qu'on n'a pas vû . Vous
repliquerez peut- être qu'il est plus court
et moins humiliant de s'en prendre à l'Auteur
, je le sçai bien ; mais faites atten
tion qu'auprès des gens qui voyent et
qui
AOUST. 1734. 1727
qui entendent , on se deshonore furieusement
, parce que rien n'est plus deshonorant
que de parler de ce qu'on n'entend
point , sur tout lorsque , n'ayant
point été interrogé , on pouvoit se taire
avec bienséance.
J'ay encore à vous faire une petite
Analyse qui va vous faire trembler , car
vous n'êtes pas encore bien revenu de
celle que j'ai pris la liberté de vous faire
dans ma Réponse à votre premiere
Lettre. La maniere vive et legere dont
M. de S. M. traitte les matieres abstraites;
à ce que vous dites , vous impatiente ,
vous ne sçauriez soutenir cette foule de
tours agréables qui sont répandus dans
son Ouvrage ; vous les blâmez comme
s'ils n'étoient pas naturels , vous faites
pis , vous les tournez en ridicule , et ils
le deviennent en effet dès que vous y
touchez .
Il vous faut,dites - vous , des Systêmes , il
vous faut des têtes propres pour les créer,
des Abadies , des Malbranches , qui , avec
un jugement aussi fort que leur imagination,
se font un grand plan et le suivent pas à pas.
On ne peut que vous louer sur votre
goût pour les Systêmes ; c'est de tous
les goûts le plus magnifique ; mais celui
qui vous l'a donné auroit dû vous dire,
qu'un
4728 MERCURE DE FRANCE
•
qu'un Systême qui n'a ni le fiste ni la
secheresse ordinaire des Systêmes , n'en
est pas moins Systême ; qu'à le prendre
d'un certain côté un Systême dont
les veritez ne se tiendroient que par des
liaisons délicates , feroit plus d'honneur
et peut être même plus de profit qu'un
Systême à qui on auroit laissé sa majesté
et si secheresse. Avez - vous lû Paschal
? lisez - le , vous y trouverez quelque.
part que cet ordre méthodique que vous
nous vantez tant , ne sied point aux idées
qui tiennent au sentiment et qui ne peuvent
être attrapées que par lui , qu'il y
faut proceder de toute une autre façon ;
qu'alors le grand art d'un Auteur est
de rendre son Lecteur attentif par des.
tours vifs et naturels etde l'aider par là
à démêler chez lui des veritez qui n'y
étoient que confuses ; car après tout on
ne lui montre que son bien ; mais si on
ne l'aidoit à le découvrir ,il n'en auroit
peut- être jamais la connoissance ; et entre
nous , ce qu'on appelle Principes et
Favidité qui les accompagne ordinairement
, me paroissent peu propres à la
donner. Il y a mille choses comme cela ,
M. qu'on est obligé de vous dire , quand
Vous ne devriez pas les enten ire.
,
Passons au second Chef d'accusation
Vous
AOUS T. 1734. 1729
Vous ne cessez de crier dans tout votre
volume que M. de S. M. deffend de raisonner
, et il est vrai qu'il le défend
quelquefois; il ne veut point , par exemple
, qu'on fasse le raisonneur dans l'Elegie
, dans l'Eglogue et dans tout ce qu'on
appelle ouvrage de sentiment , parce que
quiconque est affecté d'une passion n'a
pas le loisir de faire le bel esprit ; mais
prenez garde que par tout ailleurs il ne
deffend point qu'on raisonne ; il fait
plus , il l'ordonne . Lisez l'endroit de
sa premiere Lettre sur la décadence du
gout où en vantant les anciens , il ne
leur fait point de quartier sur leur peu
d'exactitude voici ses paroles : Il le,
faut avouer , et les Anciens sont assez..
grands pour n'avoir pas besoin de nos flat-
*teries ; penetrez que nous aimons mieux sentir
que connoître , ces grands hommes en
nous éclairant vouloient aussi nous toucher
et ils le vouloient au risque de nous éclairer
moins. Mais quoi ? ajoute- t il, sommesnous
donctous faits pour les excès , et parce .
que les Anciens ont quelquefois abusé des
graces , faut- il que nous abusions toujours
de l'exactitude ? Convenez maintenant
qu'il y a de la mauvaise foi dans votre
procedé ; car c'est mal vous justifier que
de citer un Endroit où à l'occasion du
>
plus
,
1730 MERCURE DE FRANCE
plus voluptueux de tous les genres de
Poësie , à l'occasion , dis - je , de l'Ode
Anacreontique , l'Auteur dit que ce n'est
ni de l'esprit , ni de la raison , que nous
viennent les choses aimables . Il n'y a que
vous dans le Monde qui n'entendiez pas
ce que cela veut dire.
»
Vous avez un malheur prodigieux ;
Monsieur , vous avez de l'esprit , cependant
je ne sçai par quelle fatalité vous
prenez toujours à gauche ; par exemple ,
l'Auteur des réflexions dit qu'à la re-
» naissance des Belles - Lettres on retrou-
» va dans les Anciens le germe du bon
» gout qu'on auroit toujours trouvé dans
» son coeur , mais qu'on y auroit trouvé
» plus lentement , » que faites vous ?
vous en concluez aussi - tôt que l'Auteur
ne veut point qu'on raisonne . Il ne sçauroit
vous entrer dans l'esprit que le gout
étant une affaire de sentiment ,
plus élegant et même plus exact de dire
qu'on auroit trouvé le germe du bon
gout dans son coeur , que de dire qu'on
l'auroit trouvé chez soi , ou dans son esprit
: toutes vos critiques M. sont de la
même force , et l'on me trouvera bien
bon de justifier M. de S. M. sur des fautes
qu'il n'y a que vous qui puissiez lui
imputer.
il est
Je
A OUST. 1734. 1732
,
>
Je passe au troisiéme Chef d'accusation
, c'est celui où vous trouvez de la
bigarrure dans l'ouvrage de M. de S. M.
voici l'endroit où votre accusation est la
plus marquée . En parlant de la Poësie
M. de S. M. lui avoit , comme de raison
, donné des Eloges , il vous convient
à vous de trouver ces Eloges ridicules :
car dites vous , la Prose ayant presque les
mêmes priviléges que la Poësie ; et ayant
plus de liberté , n'a- t'elle pas cent fois
plus de beauté qu'elle ? mettroit- on en balance
des Vers mediocres avec la Prose
Poëtique de M. de Fenelon , ou même
avec celle de l'Auteur , toute brillante , toute
colorée , toute bigarrée ? Vous êtes en âge
M. de connoître la force des termes ;
qu'entendez - vous par une Prose Poëtique
bigarrée ? voulez- vous dire que la Prose
de l'Auteur est brillante ? on en conviendra
; voulez - vous dire qu'il y a plusieurs
tons dans son ouvrage ? on en conviendra
encore ; mais ne lui falloit - il pas
prendre le ton des sujets qu'il avoit à
traiter ? eussiez- vous voulu qu'en parlant
de l'Ode Pindarique , il eut employé
ces tours tendres et affectueux qu'il a
employés dans l'Eglogue , et qui vous ont
mis de si mauvaise humeur contre lui ?
comment ne vous a- t- on jamais
Enfin
dit
1732 MERCURE DE FRANCE
dit qu'il y avoit une loi établie dans la
Republique des Lettres , loi prise dans la
nature , qui ordonne de changer de stile
quand on change de matiere , parce que
chaque matiere a son ton , son langage ,
ses tours , qui lui sont particuliers ?
Je me lasse , M. de vous endoctriner ,
et je suis d'avis de vous laisser là vous et
votre ouvrage ; aussi bien ne dit- il rien
à moins que vous ne comptiez pour quelque
chose des generalitez, des lieux communs
, et les Eloges magnifiques que
vous donnez à M. de Fontenelle , Eloges
sur lesquels je crois qu'à peu de chose
près , M. de S. M. est d'accord avec vous.
Il me reste à vous dire un mot de la
troisiéme Lettre de votre volume , qui
sert de Réponse à la mienne , je l'ai trouvée
, M. d'un naïf qui m'a fait extrêmement
rire. L'aveu que vous y faites de
votre incapacité à saisir les matieres déli
cates, la frayeur que vous a causée la petite
Analyse que j'ay mise dans ma Réponse
, les railleries ingenieuses que vous
me faites sur l'obscurité de mon style ,
l'embarras où vous êtes si je suis ami ou
non de l'Auteur , la querelle que vous
avez voulu me faire avec lui , tour cela
m'a paru charmint , et je ne me serois
jamais attendu à donner tant d'exercice
3
AOU'S T. 1734. 4733
à votre pénetration ; mais il y auroit de
la barbarie à la fatiguer davantage , et
je ne serai point fâché de vous dire plus
exactement ce que je pense des Refléxions
sur la Poësie en general.
Je vous dirai donc , et sans détour
puisque vous voulez qu'on vous le dise,
que le Livre des Refléxions sur la Poësie
est un excellent Livre , que toutes les
idées en sont fines, vrayes et fort souvent
neuves ; leur grande netteté sur tout m'a
frappé ; on ne conçoit pas comment des
idées abstraites ont pû devenir si agréa-
'bles , mais ce qui m'étonne le plus dans
'M. de S. M. c'est la maniere dont ses idées
sont fondues ; c'est son adresse à les lier ,
son bonheur à les enchaîner , de manie
re qu'il semble qu'une idée en appelle
une autre. J'ay encore une loüange à lui
donner sur un article qui lui a pourtant
valu des reproches de votre part , tant
vous êtes ingéniux à adresser juste dans
vos Critiques. La pierre de touche du
bel esprit , c'est de n'avoir point de ton
à lui , ou , pour mieux dire , de les avoir
tous , et par là d'être toujours à portée
de prendre sans effort celui qui est propre
à sa matiere. Or c'est ce que fait admirablement
M. de S. M , aucun de ses
morceaux ne se ressemble , sans cesse
2558-
1734 MERCURE DE FRANCE
assujetti par le vrai , il est délicat quand
il le faut , brillant presque toujours , nerveux
quand le sujet le demande , et dans
tous ses états il est naturel.
Voila , M. ce que je pense du Livre
de M. de S. M. et ce qu'à peu de chose
près vous en pensez vous- même , car vous
avez beau dire , vous l'estimez , l'aveu
vous en échappe en je ne sçai combien
d'endroits de votre Livre , vous profitez
même , autant qu'il est possible,de ses lumieres
, vous faites plus , vous vous les
appropriés; mais ce qu'il y a de mal à vous,
c'est que vous faites comme ces enfans
qui battent leurs Nourrices. Devenez
donc , M. plus reconnoissant , et chantez
au plus vite la Palinodie ; c'est en verité
ce que vous avez de mieux à faire ; que
si votre humeur belliqueuse ne vous permet
pas de suivre un avis qui vous feroit
tant d'honneur , si l'envie de faire
des volumes vous tient toujours , je vous
déclare que je ne vous répondrai point ,
car à quoi bon nous battre ? si nos Héros
étoient sur le Pré , il y auroit de la
presse , mais nous , M. nous n'aurons pas
plus de Spectateurs qu'en auroient à l'Armée
deux Goujats qui se battroient pour
l'honneur de leur General , et je vous
avoue que cela me dégoûte. Je suis ,
M. & c.
A O UST. 1734 1731
****:***********
A L'AIMABLE ET JEUNE IRIS .
Pallas pour vous signala sa tendrsse
Au même instant que vous vîtes le jour ;
Dans votre coeur elle mit la sagesse ,
Et les Vertus qui composent sa Cour.
Dès-lors pour vous la Muse Polimnie
Sçut prodiguer ses plus rares talens ,
Et par les sons d'une douce harmonic
Fit votre oreille à ses divins accens ;
Bien-tôt après la Muse de la Danse ,
Par mille pas , tous formez avec choix ,
Vous fit sentir de l'exacte cadence
Et la justesse et les séveres Loix :
Les jeux décents qui voloient sur ses traces
Aussi legers que l'aîle des Zéphirs ,
Sans être vus vous donnerent les graces ;
Qui de la Danse augmentent les plaisirs.
Charmé de voir un si bel assemblage
Le tendre Amour voulut mettre du sien,
pour finir un si parfait ouvrage ,
Et
»Sans moi , dit-il , la Musique n'est rien ;
» Elle ne plaît qu'autant qu'elle m'exprime ;
» Sans mon secours que deviennent les pas ?
» Et que sont-ils si je ne les anime ?
Mais vainement vanta t'il ses apas .
1736 MERCURE DE FRANCE
D'un fier regard , la Déesse severe ,
Sans l'écouter le bannit de ces lieux ;
Sans ton secours elle aura l'art de plaire,
Tout est aisé , dit-elle , à deux beaux yeux.
L'Amour piqué , la traite d'inhumaine ,
Ah ! quel exil fut pour lui plus cruel !
Tout Dieu qu'il est , il mourroit de sa peine,
S'il n'esperoit quelque jour son rappel ?
A vous former, Iris , à vous instruire ,
Chacune alors fit voir la même ardeur ,
Et ces trois Soeurs qu'un même zele inspire
Entre elles trois disputoient cet honneur ;
Quand tont à coup sur un brillant nuage ,
La verité se fit voir à leurs yeux :
» Quel soin ici , dit-elle , vous partage ♪
» Pour élever des jours si prétieux ,
Des Immortels sa Mere a le suffrage ,
93 Je la choisis , et de la part
des Dieux ,
La verité lui remet l'entreprise.
On obéit ; on approuve le choix ,
Et votre enfance à ses soins est commise ,
D'un même accord et d'une même voix.
Sa main vous guide et sa voix vous éclaire ;
Vous l'imitez , vous marchez sur ses pas ;
Ah ! dans l'Eleve on reconnoît la Mere ;
En vous voyant on ne s'y méprend pas .
Mais quel progrès ! et de votre carriere ,
Qu'avec succès vous remplissez le cours !
En vous déja brille son caractere ,
Et
A O
UST. , 1734. 1737
Et qui vous voit voudroit vous voir toujours.
Vivez , Iris , vivez en assurance ,
Le Ciel sur vous épuise ses faveurs ;
Sur vos beaux jours son heureuse influence
A chaque instant répand mille douceurs.
Vous craignez Dieu , son amour vous enflåmej
Tout nous apprend combien il vous chérit
Vous unissez aux qualitez de l'ame
Celles du coeur et celles de l'esprit ;
Du vrai Chrétien le sacré caractere
A chaque instant chez vous se fait sentir ,
Et si quelqu'un vous dépeint sa misere
Il est toujours sûr de vous attendrir.
Sur votre front la Vertu sans nuage ,
Etale aux yeux ses plus beaux ornemens ,
Et la raison chez vous devançant l'âge ,
Fait avant l'âge éclore vos talents.
Du plus subtil et du plus beau langage
Vous connoissez les termes et le choix ,
Ils semblent faits , Iris , à votre usage ,
Quand vous voulez, vous leur donnez des Loix
Si vous parlez , une aimable saillie
Au même instant vient à votre secours ;
Si vous contez , l'histoire est embellie
Par les beautez et les fleurs du discours.
Ces qualitez , en vous toutes égales ,
L'une de l'autre empruntent des attraits ,
Et chaque jour ces aimables Rivales
For
4738 MERCURE
DE FRANCE
Font à l'envi briller de nouveaux traits .
Jugez , Iris , quelle peine est la nôtre ,
Pour décider sur de si beaux talents ,
Nous les voyons et toujours en suspensi
Nous ignorons qui l'emporte sur l'autre :
Si vous chantez , le chant paroit vainqueur,
Si vous dansez , la danse a l'avantage ,
Et chacun d'eux également flatteur ,
En nous charmant exige notre hommage.
Ces Vers sont de M. Messier ; on nous assure
que la jeune Personne qu'il loue est très digne de
PEloge.
********-*******
LETTRE
à M. D. L. R. sur les
prétendues influences de la Lune.
MONSIEUR,
Vous nous avez annoncé dans le Mercure
de Novembre
1733. pag. 2443. un
Essai sur les erreurs populaires
, traduit
de l'Anglois
de Thomas Brown &c.
Dans le doute où je suis si cet ingénieux
Auteur aura parlé des Influences
qu'on
attiibue à la Lune , je prens la liberté de
yousadresser
quelques réflexions
que j'ai
Souvent
1
AOUST. 1734. 1739
༔
souvent faites sur cette erreur populaire,
la plus étendue , la plus opiniâtre et
la plus ridicule en même tems que l'on
puisse imaginer. Ce que j'ai l'honneur de
vous présenter est bien moins pour faire
paroître un sentiment particulier sur ce
sujet, que pour engager quelque personne
éclairée à donner le sien sur cette espece
d'aveuglement où le peuple croit voir
si clair.
! ..Il est vrai bien des personnes
que
m'ont assuré qu'on se mocque à Paris de
ces sortes d'Influences ; mais dans les
Provinces on les multiplie si fort qu'on
fait présider la Lune generalement sur
tout ce qui vit et tout ce qui ne vit point,
sur les hommes , les animaux , les bois
les plantes , les pierres , les pluyes , les
vents et même sur les esprits , puisqu'il
n'est aucun de ceux qui suivent ce sentiment
, qui n'ait observé dans quelque
fou de son quartier des accès periodiques
plus ou moins considerables , par proportion
aux differents âges de la Lune.
Le Soleil dont les Influences sont si
sensibles et si bien marquées , n'entre
pour rien , selon eux, dans les opérations
de la nature , c'est la Lune qui est le
grand mobile de tout ce vaste Univers ,
et qui cause l'égalité ou le dérangement
Cij
des
1740 MERCURE DE FRANCE
des Saisons tout homme qui s'avise de
parler un autre langage , est un fou , un
entêté, sans expérience , qui met toute son
étude , disent- ils , à lire des Livres qui
ne sont que de papier , au lieu qu'ils s'appliquent
sans cesse à découvrir les choses
les plus curieuses sur cette matiere.
Vous rirez sans doute , Monsieur , à
m'entendre dire qu'on se garderoit bien
de tailler la vigne , d'émonder les arbres ,
couper du bois de charpente , semer du
bled , des legumes , planter la moindre
herbe dans un Jardin, sans avoir auparavant
consulté le grand registre de laLune,
c'est- à- dire l'Almanach , pour connoître
si elle est pleine ou nouvelle , si elle est
d'un tel mois ou d'un autre , et se conformer
ensuite scrupuleusement à la bizarerie
d'un usage immémorial , que les
gens de la campagne se transmettent de
pere en fils. Sans cette précaution point
de récolte de bled , ni de vin , les cirons
vont dévorer tous les bois qu'on aura
coupés en mauvaise Lune , les legumes
seront plus longtems à cuire , les herbes
ne graineront point , ou graineront trop
tôt et tout ira de travers.
Les Fleuristes observent cet Astre avec
encore plus de précision , chaque espece
de fleur dépend de quelque mystere particuA
OUST. 1734. 1741
ticulier. Telles fleuts, disent- ils , doivent
se semer le 14 de la Lune , telles autres.
le 8 , telles autres le 3 ; avec cette précaution
vous aurez beaucoup de fleurs
doubles , et si vous manquez le jour ,
l'heure , et peut-être même le moment ,
toutes vos fleurs seront simples.
L'Empire de la Lune n'est pas seule
ment sur la terre exposée au grand jour
il s'étend jusques dans le fond des maisons
les plus reculées et les plus impénetrables.
Toutes les femmes d'une certaine
étoffe en sont vivement persuadées , et
elles n'ont garde d'entreprendre une
lessive sans avoir consulté , non pas l'Almanach
qui est trop relevé pour elles •
mais leurs maris et leurs voisins qui joignent
aux calculs de l'Almanach une
continuelle inspection des apparences de
la Lune dans le Ciel. Elles prétendent
que le linge lessivé en mauvaise Lune
n'est jamais si blanc, qu'il est sans consistance
et s'use beaucoup plus qu'un autre ;
les vers à soye , selon elles , doivent aussi
travailler dans la pleine Lune pour que
les cocons soient loüables , et chacune
d'elles en particulier croit avoir fait làdessus
les expériences les moins équivoques.
Dans quelles conséquences ne donne-
t- on pas quand on est une fois la dupe
d'un faux principe ?
1742 MERCURE DE FRANCE
Mais si la Lune peut ainsi penetrez
jusqu'au fond des maisons malgré l'obstacle
des murailles , elle n'aura pas beaucoup
de peine à pénetrer jusqu'au fond
des Eaux. Aussi personne ne doute un
seul moment que les Ecrevisses ne soient
sensiblement differentes dans les nouvelles
et pleines Lunes. Dans les nouvelles
Lunes elles sont, pour ainsi dire,dessechées
, au lieu qu'elles sont extrémement
pleines vers le 14 de chaque Lune
vous voyez des personnes sensées d'ailleurs
, ajouter autant de foi à ces vieux
contes qu'au S. Evangile. Pour moi , qui
graces au Seigneur , n'ai jamais étudié
dans une pareille Eccle , je puis vous as
surer et vous n'aurez pas, je pense, beaucoup
de peine à m'en croire , que j'ai
passé dix-huit mois dans le lieu de tout
ce pays , le plus fécond en Ecrevisses.
J'en ai observé et fait observer dans tous
les differents âges de la Lune , sans avoir
découvert la moindre vraisemblance.
J'en ai trouvé de pleines et de vuides
indifferemment
, cette difference prove.
nant sans doute de leur nourriture ou
même des Saisons.
Je ne finirois point , Monsieur , si je
voulo's descendre dans le détail de toutes
les extravagances que l'on invente
tous
A OUST 1734 1743
tous les jours. Ceux d'entre les Vignerons
qui croyent avoir un peu plus d'esprit
que les autres , sans s'écarter du
mêmeprincipe, travaillent à tirer de nouvelles
conséquences ; ils rafinent sur les
vieilles expériences de leurs devanciers
et chacun se fait une gloire de pouvoir
grossir le volume par quelque observation
de sa part. Je puis vous assurer que
cette folie tient presque du prodige; nonseulement
les personnes de la campagne,
mais les Artisans , les Bourgeois et beau
coup de personnes du premier ordre se'
laissent entraîner au torrent. La necessité
où l'on se trouve de raisonner souvent
avec ces sortes de gens accoûtume insensiblement
à parler le même langage ;
le langage produit peu à peu des impressions
qu'on ne peut détruire que par de
bonnes raisons , et les Partisans de la
Lune n'en veulent point entendre ; si
vous leur parlez d'une expérience que
d'habiles gens auront faite ils se mocquent
de vous , et vous renvoyent aux
Paysans qui sont seuls capables de juger
et de décider sur cette matiere .
Enfin si l'on trouve quelquefois le
moyen de se faire écouter , de faire voir
que toutes les expériences dont on parle
sont de pures chiméres , que ceux qui
c iiij
SC1741
MERCURE DE FRANCE
seroient en état d'en faire de judicieuses
ne veulent pas s'en donner la peine , et
que ceux qui prétendent en faire tous les
jours en sont tout- à- fait incapables , que
le peu de conformité qui regne entre les
sentimens sur ce genre marque le foible
de cette opinion ; si , dis-je, l'on vient à
bout de convaincre quelques personnes
sur ce point, on a rarement le plaisir de
leur faire avouer cette erreur,la honte d'y
avoir donné tête baissée les empêche d'en
sortir ouvertement , et les porte à défendre
avec opiniâtreté ce qu'elles avoient
embrassé sans réflexion .
Quelque long et ennuyant que doive
être pour vous le détail que je viens de
faire,je ne puis passer sous silence la maniere
dont les Lunistes prédisent les
pluyes et les vents. Il seroit difficile de
donner un systême plus propre à les entretenir
dans leur léthargie que celui
qu'ils ont fabriqué. Ils commencent par
diviser l'âge de la Lune en quatre quartiers
, c'est - à - dire , d'environ sept jours
et demi chacun . Cette division supposée,
demandez leur , par exemple , dans ce
tems- ci où la secheresse est extrême,quand
est-ce qu'il doit pleuvoir? La réponse est
toute prête. Ce sera , disent- ils , au renouveau
de la Lune. Je fis cette question à
quelAOUST.
1734. 1745
3
quelques Paysans des plus entêtés , il y
a environ quinze jours. La Lune a depuis
renouvellé le z de ce mois à 10 heures
du matin , et la secheresse continue ; un
d'entre eux que je rencontrai peu après
et que je taxai de faux Prophéte , me
fit la réponse suivante . M. quand je vous
ai assuré qu'il pleuvroit au changement de
la Lune , je n'ai pas prétendu que ce fut le
30 précisement , mais ce sera au premier
quarton ou à la pleine Lune quelques jours
plus ou moins. Il seroit difficile de s'empêcher
de rire à une pareille réponse .
Vous jugez bien , Monsieur , que la premiere
pluye que nous aurons sera nécessairément
au premier , second , troisième,
ou quatrième quarton , quelques jours
plus ou moins , le quartier n'étant composé
que d'environ sept jours et demi.
Ce seul trait donne assez à connoître la
maniere dont ces gens là font leurs expériences
, ils attribuent à la Lune des effets
qui doivent arriver necessairement selon
leur sentiment , et qui arriveroient s'il
n'y avoit du tout poiht de Lune.
Ils ont encore remarqué sur le même
principe que les Lunes qui renouvellent
dans un jour où il y a une R. sont ordinairement
venteuses , ils ont même bâti
cette espece de Proverbe Lune mècreuse,
Cv Lune
1746 MERCURE DE FRANCE
Lune venteuse , pour signifier que la Lune
renouvellant le Mercredy , le vent soufflera
jusqu'au bout , et s'il cesse plutôt
ils trouveront que ce sera dans quelque
quarton à quelques jours plus ou moins . Je
m'étonne qu'ils ne remarquent pas les
Saints et Saintes du Calendrier , lorsqu'il
pleut ou fait du vent , pour pouvoir prédire
l'année suivante que tel ou tel Saint
fait pleuvoir ou grêler .
,
Vous voyez , Monsieur , que la superstition
et l'erreur se suivent de près Il seroit
impossible de guérir sur cela un certain
peuple grossier qui se fait un mérite
de n'écouter que son entêtement , mais
il seroit à souhaiter du moins que les
personnes d'un certain rang , qui semblent
être plus raisonnables que les autres,
revinssent sincerement d'un préjugé si
ridicule. Je ne doute pas que quelque
curieux ne veuille bien sacrifier quelques
moments pour donner là - dessus ses réflexions
, que si personne ne veut pren
dre cette peine , vous me permettrez de
vous envoyer quelques fragments où je
me flatte de prouver clairement que la
Lune n'influë point , que les expérien
ces qu'on vante tant, sont des illusions,
et que pour en faire de profitables , il
faudroit s'y prendre d'une tout autre
maAOUST.
1734. 1747
de
maniere. Je differe de vous les envoyer
d'exceder les bornes d'une Letpeur
tre , et pour laisser le tems à quelque
personne charitable de satisfaire le Pu
blic beaucoup mieux que je ne sçaurois
faire. Je suis, &c . Signé SOUMILLE , Prêtre.
A Villeneuve lez Avignon , le 6.
May 1734.
LE CHIEN FIDELE.
Sujet tiré de la IV . Chiliade de Fean
Tzetzez , Auteur Grec..
UN corps privé de la clarté des Cieux j ..
Etendu dans un bois , n'avoit pour compagnie
Qu'un Chien triste et presque sans vic.
Le hazard amena le Prince dans ces Lieux ,
Qui touché d'un sørt si barbare
Fit enterrer le corps , et tout surpris
Fit garder l'animal , pour prix
D'une fidelité chez les hommes si rare..
C'étoit Pyrrhus , si je m'en souviens bien,.
Or revenons à notre Chien ,
Un chacun lui faisoit caresse ,,
Pourquoi & C étoit le Chien du Roy...
C C&ti
1748 MERCURE DE FRANCE
Cet Aninal , car l'Histoire en fait foi ,
Etoit doux , et faisoit mille tours de souplesse ;
Ce n'est pas là le point , à quelque tems delà
Un Inconnu dans ces lieux se trouva ;
Notre Chin le voulat déchirer , et pour cause.
Ayant donc bien aboyé , tempêté ,
L'on se douta de quelque chose ,
Le malheureux fut arrêté.
C'étoit l'Assassin de son Maître;
Le Chien le reconnut dès qu'il l'eut va paroître.
ໃນ
P. D.
出
LETTRE à l'Auteur de l'Ouvrage
annoncé dins le Mercure de Decembre
1733. deuxième Partie page 2856. sous
le titree Nouvelle Méthode pour
trouver les XIV . des nouvelles Lunes
Pascales , avec la réforme de la Pâques,
depuis 700. jusqu'en 10000 ans. selon
le style Gregorien . Par le R. P. Emanuel
de Viviers , Prédicateur Capucin.
MON REVEREND PERE ,
Dès l'année 1724. j'avois entendu parler
d'une dispute sur le jour de Pâques ,
laA
O UST. 1734 174
laquelle s'est renouvellée en 1733. au sujet
de la même Fête de cette année . Mais
je ne pouvois deviner sur quoi se fondoit
le parti qui soutenoit que dans ces deux
années Pâques se trouvoit reculé de huit
jours , et qu'il auroit dû être le jour des
Rameaux. Le raport évident de cette
dispute avec le titre de votre ouvrage
m'a inspiré la curiosité de le voir, et je l'ai
fait venir de Toulouze , où il a été imprimé.
Vous convenez bien que suivant les
regles du Calendrier Gregorien , il n'y a
rien à changer aux Tables Pascales. Mais
vous proposez une réforme de ses regles,
par laquelle , si elle avoit lieu , la Fête
de Pâques auroit dû en effet être celebrée
le jour des Rameaux dans les années
1724. et 1734. et dans celle de 1720.
que vous citez aussi . C'est donc vous ,
mon R. P. que je dois regarder comme
le premier Auteur de cette nouvelle
Critique.
Vous ne seriez pas le premier Religicux
de votre Ordre à qui le Fublic seroit
redevable d'une découverte utile.
J'entens parler du R. P. Jean Louis.
d'Amiens , qui a inventé une Periode
double de la Juliente , dans son Atlas des
tems , in primé à Amiens en 1683. Cette
nou1750
MERCURE DE FRANCE
nouvelle Periode est de 15960 ans , qui
sont le produit de trois Cicles multipliez
l'un par l'autre , le Cicle Solaire
de 28 ans , le Cicle Lunaire de 19 ans
et le Cicle des 30 Epactes , qui sont à
côté des jours des mois depuis la réformation
Grégoriene. Quand les Sçavans
seront convenus d'adopter cette double
Periode et de la citer , elle conciliera les
supputations de tous les Chronologistes,
de quelque opinion qu'ils soient , sur le
nombre des années du monde avant J. C.
parce qu'elle remonte bien au-delà de6000
ans , qui est jusqu'à présent le plus grand
âge que l'on donne depuis la création
jusqu'à la naissance du Sauveur ; au lieu
que la Periode Julienne reste plus de
1200 ans en deçà . Mais suivons votre
Méthode .
La définition que vous donnez de la
Lune Pascale , se présente la premiere.
Vous dites que c'est celle dont le XIV .
jour arrive après l'Equinoxe du Printems.
Cela n'est point exact. C'est celle .
dont le XIV. jour tombe au 21 Mars
jour fixé par l'Eglise pour l'Equinoxe ,
ou vient après le 21 Mars. Je vous rends
bien la justice de croire que ce n'est.
qu'une faute d'impression , mais il faut
la corriger pour ne pas induire en erreur.
C.c
A OUST. 1734. 175B
Ce que vous ajoutez après pourroit
encore donner une fausse idée . Avec
cette difference toutefois , dites- vous , que
quand le XIV. de la Lune se rencontre
un Dimanche , alors Pâques est renvoyé
au Dimanche suivant pour ne pas judaïser.
Ce n'est point là un cas où l'Eglise
puisse craindre de Judaïser ; car il n'est
pas possible qu'il arrive , puisque par le
Concile general de Nicée Pâques ne doit
être que le Dimanche qui vient le premier
après le XIV. de la Lune Pascale..
Vous venez ensuite à la réformation
du Calendrier Julien faite en 158 2. Tout
le monde sçait les deux défauts dans
lesquels il étoit tombé par succession de
tems jusqu'alors . Mais ne laissons pas de
les rappeller ici . Le premier étoit , qu'en
donnant onze minutes de trop à l'année
Solaire, l'Equinoxe étoit remonté du 21
au onze Mars. Le Pape Gregoire XIII .
y remedia en retranchant dix jours de
P'année 1582. ce qui remit l'Equinoxe
au 21 Mars , et pour que ce mécompte
n'arrivât plus à l'avenir , il regla qu'on
retrancheroit trois jours , qui s'accumulent
dans le cours de chaque 400 ans ,
sçavoir un jour bissexte à chacune des
années centenaires , qui ne peuvent sediviser
juste par 400 , comme les années
17000
1752 MERCURE DE FRANCE
1700 1800. 1900. 2100. 2200. 2300, &c .
Les plus sçavans Astronomes conviennent
que cette Réformation est arrivée
au plus près qu'il étoit possible de la précision
. En effet il ne restoit qu'une trèspetite
fraction de 12. secondes par an ,
qui ne sçauroient faire une erreur sensible
que dans le cours de plusieurs siecles.
Vos faites cependant sur cela un calcul
très juste. Ces 12. secondes par an accumulées
, feront 80. minutes en 400
ans ; elles feront un jour de 24. heures
en 7200. ans , et dix jours en 72003. ans.
Il ne paroît sur cela rien de mieux à faire
que ce que vous proposez , qui est
de faire une année commune de 365.
jours de chaque année 7200. à compter
depuis 1600. Il faudra pour cet effet faire
sortir les années 8800. 16000. 23200.
&c. de la Regle generale du Calendrier
Grégorien , suivant laquelle ces annéeslà
devroient être bissextiles . Votre avis
est donc fort bon à faire passer à une
Posterité si éloignée.
. Le second défaut du Calendrier Julien
ne fut pas si facile à réparer. Il donna
beaucoup de travail d'esprit aux Re- ·
formateurs. Pour bien entendre ce que
c'étoit , il faut se souvenir qu'avant la Réformation
Grégoriene c'étoit le Nom
bre
A O UST. 1734. 1753
bre d'or courant qui marquoit chaque
année les nouvelles Lunes dans le Calendrier
Julien. L'Auteur de ce Calendrier
avoit compté comme une chose
certaine , qu'à la fin des 19. ans du Cicle
du Nombre d'or , les Lunes se retrouvoient
au même point qu'au commencement
, au même jour , à la même heure
, à la même minute. En quoi il y
avoit un mécompte , parce que dans le
cours de ces 19. ans les Lunes anticipoient
d'une heure et près de 30. minutes. Ainsi
dans l'espace de 312. ans et demi elles
anticipoient d'un jour entier , et de quatre
en 1250. ans. De façon qu'en 1582 ,
le Nombre d'or courant ne marquoit plus
le premier jour de la Lune , mais seulement
le quatrième , et que le 14. de la
Lune étoit réellement le 18. ce qui faisoit
que Pâques ne pouvoit plus arriver
du 15. jour de la Lune au 21. mais seulement
du 19. au 25. inclusivement .
Après beaucoup d'étude et de conferences
entre les Astronomes, Aloysio, Lilio,
l'un d'entr'eux proposa de marquer les
nouvelles Lunes par les Epactes , au lieu
du Nombre d'or , et de mettre les 30.
Epactes à côté des jours des mois en
ordre rétrograde
comme elles sont
aujourd'hui dans nos Calendriers , l'E-
,
pacte
754 MERCURE DE FRANCE
*
pacte 30. ou au premier Janvier , l'Epacte
29 au 2. Janvier , &c. ce qui fut
approuvé avec éloge. Le Nombre d'or
de 1582. étoit VI . il n'y eut point de
changement à son Cicle , parce qu'il n'y
est point sujet.
Mais quant à l'Epacte , qui cette année-
la se trouvoit être aussi le nombre:
VI. elle fut réformée selon le retranchement
de dix jours fait à l'année Solaire ,
et on la fic descendre de dix degrez , ce
qui la mit au nombre XXVI. Son Cicle
ainsi joint au Cicle du Nombre d'or , a
continué sans changement jusqu'en l'année
1705. exclusive ment .
Cette invention des Epactes remedia à
Fanticipation de quatre jours que la Lunese
trouvoit alors avoir faire sur le Nombre
d'or depuis 1250. ans , rétablit l'Equation
des deux années Solaire et Lunaire
, et marqua assez exactement par
Epacte courante les premiers jours des
Lunes dans le Calendrier. Mais on n'oublia
pas de pourvoir à entretenir à l'avenir
cette Equation des deux années Solaire
et Lunaire contre les variations de
mesure , qui arrivent au cours du Soleil
et de la Lune. Le Soleil avance de trois
jours en 400. ans , on venoit d'ordonner
le retranchement de ces trois jours. La›
Lune
AOUST . 1734. 1755
Lune avance d'un jour en 312. ans et
demi ; il falloit faire la compensation entre
ces deux mouvemens, et ôter à la Lune
ce qui lui resteroit de trop , sur quoi
il y a plusieurs regles.
La premiere est , que le Cicle des 19 .
Epactes, jointes au Cicle du Nombre d'or,
seroit en usage,tel qu'il venoit d'être établi
sans aucun changement depuis 1582 .
inclusivement jusqu'à 1700. exclusivement
, et il a été suivi en effet , comme
il vient d'être dit .
La seconde regle regarde l'Epacte qui
suit la 19. année du Cicle Lunaire . On
sçait que la premiere des Epactes estXI . et
qu'elles augmentent par progression de
XI . en XI . de facon que quand elles passent
XXX . on retranche ces XXX . et
l'on ne garde que l'excedent. Or on rejette
ce nombre de XXX . pour former
en dix- neuf ans sept mois embolismiques ,
qui sont pleins et de 30. jours , excepté
le dernier qui n'en a que 29. Il ne faudroit
donc cette derniere fois retrancher
que 29. jours ; mais pour garder l'unifor
mité de calcul on en retranche 30. etle
jour qu'on donne de trop à cette Lunaison
, lui est ôté aussi -tôt en ajoûtant
XII. au lieu de XI . à l'Epacte. C'est ce
qu'on appelle vulgairement le saut de la
Lune ,
1756 MERCURE DE FRANCE
Lune , comme si elle avoit sauté par dessus
ce jour -là .
La troisiéme regle est de changer le
Cicle des Epactes pour rétablir l'Equation
toutes les fois qu'elle sera dérangée ,
soit par le retranchement des trois jours
bissextes en 400. ans , soit par l'anticipation
d'un jour de la Lune en 300. ans
ou environ . Ce changement est de faire
descendre le Cicle des Epactes d'un degré
vers la fin des mois , lorsque l'on ôte un
jour au Soleil, ce qui fait que la nouvelle
Lune arrive un jour plus tard ; ou de le
faire monter d'un degré vers le commencement
des mois , lorsque la Lune a anticipé
d'un jour dans une année bissextile ,
parce qu'en ce cas la Lune avance d'un
jour. Mais lorsque l'anticipation d'un
jour de la Lune se rencontre avec le retranchement
d'un jour bissexte , alors il
se fait une compensation , et le Cicle des
Epactes continue jusqu'à- ce qu'il y ait
une Equation à rétablir.
Cela deviendra plus clair et plus sensible
par les exemples. En 1700. qu'on a
retranché le jour bissexte , la nouvelle
Lune est arrivée un jour plus tard , et
le Cicle des Epactes est descendu de X.
à IX.
En 1800. la Lune aura anticipé d'un
jour
A O UST. 1734- 1757
jour depuis 300. ans ; on retranchera le
jour bissexte. C'est le cas de la compensation
, et le Cicle continuera sans changement.
En 1900. on retranchera le jour bissexte
, sans anticipation de Lune. Par ce rètranchement
elle arrivera un jour plus
tard , ainsi le Cicle des Epactes descendra
encore.de XXX . ou ce qui est la même
chose à XXIX.
L'année 2000. sera bissextile sans anticipation
de Lune ; le Cicle continuera
sans aucun changement.
L'année 2100. ne sera point bissextile,
mais il y aura une anticipation d'un jour
de la Lune , de-même qu'en 1800. cela
fera une compensation , et le Cicle ne
changera point.
En 2200. l'on retranchera le jour bissexte
sans anticipation de Lune , le Cicle
descendra de XIV. à XIII.
En 2300. de- même , et le Cicle descendra
de IX. à VIII. L'année 2400. sera
bissextile , mais la Lune aura anticipé
d'un jour ; ainsi le Cicle montera de III .
à IV .
Il faudra donc , comme il a été dit ;
corriger les Epactes et faire un nouveau
Cicle dans toutes les années centenaires,
ou l'Equation seroit dérangée .
La
175 MERCURE DE FRANCE
La quatrième Regle est le fruit de l'attention
qu'on a faite à la nature du Nombre
d'or , laquelle est telle , suivant l'institution
de Meton , son Auteur , que durant
les 19. ans du Cicle les nouvelles
Lunes ne doivent point arriver deux
fois un même jour. Pour éviter cette rencontre
on a mis dans six mois de l'année
, qui sont Février , Avril , Juin ,
Juillet , Septembre et Novembre , en une
même Cellule , l'Epacte 25 en chiffre
Arabe , et XXVI. en chiffre Romain ; et
dans la Cellule suivante XXV . et XXIV.
Dans les six autres mois on a mis aussi
dans une même Cellule 25. et XXV. La
Regle est que quand . XXV. et XXIV.
qui donnent la nouvelle Lune au même
jour , se trouveront dans un Cicle
comme il arrivera pendant 300. ans depuis
1900. inclusivement jusqu'à 2200 .
exclusivement , en ce cas au lieu de l'Epacte
XXV. on prendra 25. qui donne
la nouvelle Lune un jour plutôt.
Voila , mon R. P. les Regles qui ont
rétabli l'Equation et qui l'entretiendront
à l'avenir , faites avec tant d'attention et
de prévoyance ; voilà l'Ouvrage approuvé
après un mûr examen par les plus sçavans
Astronomes et par les Universitez;
canonisé , pour ainsi dire , par le Pape
GréA
O UST . 1734 . 1759
Gregoire XIII. de concert avec tous les
Souverains Catholiques , executé par
l'Eglise , sans contradiction , depuis plus
d'un siecle et demi ; c'est-là , dis -je , l'Ouvrage
qui n'est pas à votre gré et que
vous voudriez réformer. Cela me fait
souvenir d'un trait d'Histoire , sur lequel
j'espere que vous entendrez raillerie
parce que ceci n'est guere qu'une matiere
de calcul , qui ne touche que legerement
à l'amour propre. Alphonse X.
Roy de Castille , dans le XIII . siecle , aimoit
singulierement l'Astronomie , comme
vous le sçavez sans doute ; mais il
n'.imoit pas tant les mouvemens des Astres
, tels qu'on les imaginoit alors dans
le Systême de Ptolomée . Si Dieu , disoitil
, m'avoit appellé à la Création du Monde
, je lui aurois donné de bons avis. Si
vous aviez été à la Réformation du Calendrier
Julien , vous auriez pù demander
la préference pour votre Méthode et
pour l'arrangement de vos Epactes ; mais
à présent pour déplacer un Ouvrage aussi
autentique, il faudroit avoir un Systême
évidemment meilleur à proposer.
Nous allons voir les deffauts que vous
reprochez à la Réformation Grégoriene ;
arrès quoi , nous examinerons votre Réforme.
La suite pour le Mercure prochain.
1760 MERCURE
DE FRANCE
**** ***
ELOGE DU MARECHAL
DUC DE VILLARS
.
Oublement couronné par les mains de la
Gloire ,
Et des Lauriers de Mars et de ceux d'Apollon ,
Intrépide Héros au Champ de la Victoire ,
Arbitre du bon goût dans le sacré Vallon ,
Tu fus un Lélius , tu fus un Scipion :
Mais hélas ! tu n'es plus que dans notre Mémoire.
Te louer en détail , de nos jours , à quoi- bon ?
Pour nous ton Eloge est ton nom ,
Pour vous siecles futurs,
ce détail est l'Histoire.
Par M. l'Abbé de Villars Lugein .
***** X* XXXXXXXX: X
LETTRE à Madame la Marquise
de *** au sujet de la Méthode du Bureau
Typographique.
MADAME,
Il y a déja quelque temps que j'eus l'honneur
de vous rendre compte de la maniere dont un
Enfant
A O UST . 134. 1761 •
Enfant passe de la premiere à la seconde et à la
woisiéme Classe du Bureau Typographique
sans qu'il s'apperçoive qu'o n lui montre à lire ;
il suffit qu'il s'imagine de badiner en pratiquant
les jeux , les exercices ou les operations Typographiques
dont il est parlé fort au long dans
l'article VII. du premier volume de la Bibliotheque
des Enfans , qu'on trouve chez P. Witte, ruë
S. Jacques , proche S. Yves , à l'Ange Gardien,
et chez. P. Simon , Imprimeur du Parlement , ruë
de la Harpe, à l'Hercule . Vous désirâtes pour lors,
Madame , sçavoir le sentiment de M. Rollin sur
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres : voici ce qu'en
dit ce fameux Auteur , dans le Supplément au
Traité de la maniere d'enseigner et d'étudier les
Belles- Lettres , page 11.
» On a proposé au Public depuis peu une nou
velle maniere d'apprendre aux Enfans à lire ,
qu'on appelle LE BUREAU TYPOGRAPHIQUE :
C'est M. Du Mas qui en est l'Auteur . A ce mot
» de nouveauté il est assez ordinaire et assez na-
» turel qu'on entre en défiance et qu'on se tie ne
sur ses gardes ; disposition qui me paroît tort
sage et fort raisonnable , quand elle nous porte
à examiner de bonne foi et sans prévention ce
qu'on nous propose de nouveau. Mais il n'y
auroit rien de plus opposé à l'équité et à la
droite raison , que de rejetter et de condamner
» une invention , précisément parce qu'elle est
»nouvelle , on doit , au contraire , sçavoir bon
gré à un Auteur , quand même il ne réussiroit
»pas parfaitement , d'avoir proposé au Public
>ses vues et ses pensées : c'est uniquement par
ce moyen que les Arts et les Sciences se perfectionnent.
Il faut donc , pour juger saine-
D ment
1762 MERCURE DE FRANCE
ment de la nouvelle Méthode de lire dont l
s'agit , l'examiner avec un esprit impartial et
» libre de tout préjugé .
28
>>
33
33
33
Le Bureau Typographique ( dont on a donné
La description et les dimensions dans le premier
» vol. de la Bibliotheque des Enfans , Article IV.
' p. 29. § . 6. ) est une Table beaucoup plus longue
que large , sur laquelle on place une sorte
de Tablette ou de Colombier , qui a plusieurs -
étages de petites Loges , où l'on trouve les
" differens sons de la Langue , exprimez par des
caracteres simples ou composez sur autant de
cartes. Chacune des Logettes indique par un
titre les Lettres qui y sont renfermées . L'Enfant
range sur la Table les Lettres et les sons des
mots qu'on lui donne ou qu'on lui demande ,
en tirant de leurs loges ees Lettres et ces sons
comme fait un Imprimeur en tirant des cassetins
les differentes Lettres dont il compose ses
mots. Et c'est ce qui a fait donner à ce Bureau
l'épithete de Typographique.
ور
"
03
39
"
-59
-59
33
33
>>
» Cette maniere d'apprendre à lire , outre plu
sieurs autres avantages , en a un qui me paroît
fort considerable , c'est d'être amusante et
agréable, et de n'avoir point l'air d'étude. Rien
n'est plus fatiguant ni plus ennuyeux dans l'enfance
que la contention de l'esprit et le repos
du corps. Ici l'Enfant n'a point l'esprit fatigué,
il ne cherche point avec peine dans sa mémoire,
parce que la distinction et le titre des loges le
frappent sensiblement. Il n'est point contraint à
» un repos qui l'attriste en le tenant toujours collé
à l'endroit où on le fait lire . Les yeux , les
mains , les pieds , tout le corps est en action .
L'Enfant cherche ses Lettres , ses sons , il les
tire, il les parcourt , il les couche , il les ren-
→ yersea
>>
AOUST . 1734. 1763
verse , il les sépare , il les arrange , et enfin les
» remet dans leurs loges. Ce mouvement est fort
» de son goût et convient extrêmement au carac
» tere vif et remuant de cet âge.
>
» On cite un grand nombre d'enfans de trois
» et quatre ans sur qui l'on a fait une heureuse
» épreuve de cette Méthode, et j'en ai été témoin;
" ce que je sçai encore par moi- même , c'est
" qu'elle a fort réussi à l'égard d'an Enfant de
qualité à qui je m'interesse , en lui ôtant un dégoût
horrible qu'il avoit pour toute application
et pour toute étude , où il n'alloit presque ja-
"mais qu'en pleurant ; au lieu que maintenant le
" Bureau fait sa joye et ne lui coûte des larmes
que quand il s'en voit privé.
"
25
Un autre avantage qu'a cette Méthode , c'est
» que le même Maître peut exercer à la fois plu-
» sieurs enfans au même Bureau , ce qui peut ex-
" citer entre eux une utile émulation ; et qu'un
Enfant peut aussi s'y exercer ou y jouer tout
» seul , sans le secours du Maître.
Voila , Madame , le sentiment de M. Rolin ,'
qui suppose la pratique de la véritable dénomi
nation des Lettres et des sons dé la langue , sans
quoi le Bureau seroit bien un Outil agréable et
amusant , mais il seroit très peu *instructif et
sans principes , at lieu que par la veritable déno
mination des Lettres , l'Enfant apprend beaucoup
plus vite et par principes , ainsi que je l'ai démon
tré dans l'article X. page 80.§.2.Voici une preuve
de cette verité, qu'on ne sçauroit trop repeter.
La meilleure dénomination des Lettres est celle
qui , sans multiplier inutilement les syllabes ,
exprimé le mieux et le plus simplement leur juste
valeur ; ensorte que cette même valeur puisse
tre fidelement repetée par les Echos ou par les
Dij petits
1764 MERCURE DE FRANCE
petis Enfans. Or est - il que la dénomination vulgaire
des Lettres Latines ou Françoises n'a pas
ces proprietez, et qu'au contraire elles se trouvent
dans la Méthode et dans le Livre du Bureau Typographique
, donc la dénomination vulgaire
des Lettres n'est pas la meilleure dénomination ,
puisqu'elle n'a pas les proprietez essentielles qui
se trouvent dans la dénomination pratiquée selon
le Systême du Bureau Typopraphique .
La dénomination vulgaire des Lettres Latines
et Françoises a le défaut des syllabes inutiles pour
faire exprimer simplement la juste valeur des Caracteres
, elle a aussi le défaut des syllabes fausses,
équivoques ou captieuses pour faire repeter fidelement
les syllabes finales à l'Echo ou au petit Enfant
, comme lorsque la dénomination vulgaire
appelle effe la lettre fe dans le mot vif : ache la
lettre aspirée ou non aspirée he , dans les mots
beros , heroe i consonne , la lettre ja dans le
mot jujube : elle la lettre le dans le mot vil :
emme la lettre me dans le mot Hypermnestre :
la lettre ne dans le mot none : erre la
lettre re dans le mot rire : u consonne la lettre
ve dans le mot vive : y grec le son ye ie dans
le mot payen païen : ce le son ke dans le mot car:
ge le son ghe , gue dans le mot Magog : esse le
son ze daus le mot poison ; te le son ci dans le
mot action : icse ou isque les sons cse ou gze dans
les mots axe , exil , &c.
enne
Cette dénomination vulgaire est encore fausse,
équivoque et captieuse lorsqu'elle appelle a ; enne
Je son a dans le mot cran : o , enne le son o dans
le mot son : pe , ache , le son fe dans le mot Joseph
: e, a , u , le sono dans le mot chapeau ;
i , e , enne le son . de l'ê ouvert long dans le
mot avoient : i , elle , elle le son mouillé du lhe ,
進
A O UST. 1734. 1765
il , dans le mot ouaille : ge , enne le son mouillé
du gne dans le mot agneau : ce , ache le son du
che dans le mot chou : e , u, le son eu dans le
mot Dieu : o , u , le son ou dans le mot tout, & c .
or est- il que ces défauts ne se rencontrent point
dans la dénomination des Lettres , selon le Systême
du Bureau Typographique , et qu'il n'y a
point de son faux et captieux , ni de syllabes superflues
dans la nouvelle dénomination des Lettres
pratiquées en faisant épeler ou syllaber . Or est-il
que par cette nouvelle dénomination , l'Echo ou le
petit Enfant peuvent repeter fidelement les syllabes
finales qui expriment la juste valeur des
lettres et des sons , comme dans les mots suivans.
Echo. Mots.
vive ve.
xe.
Mots.
place
Echo.
ce.
10C ke.
cocq que.
axc
Joseph fe.
vif
fe.
Zenith te.
Og. gue.
vache
che .
sel le , ligne gne.
ame me. paille the.
aune ne. Dieu. eu .
car re. toutou. Οκ.
bise Le. paon ä, Loc.
Donc la dénomination des Lettres , pratiquée
selon le Systême du Bureau Typographique est
la meilleure et la plus simple de toutes les dénominations
des Lettres . Donc la dénomination
vulgaire n'est ni la meilleure ni la plus simple
pour faire repeter fidelement à un Echo Ou à
un petit Enfant, la juste valeur des Lettres ou des
sons de la Langue Latine ou de la Langue Françoise
, quand il s'agit d'épeler et de syllaber
les mots en l'une et l'autre Langue , Donc les
Diij Maîtres
1766 MERCURE DE FRANCE
Maîtres non prévenus , bien intentionnez dans
Jeur Profession , amis de l'utilité publique, et qui
ont l'esprit juste , doivent adopter la nouvelle dénomination
des Lettres pratiquée selon le Sysme
du Bureau Typographique .
Donc on peut et l'on doit conclure que les
Maitres qui condamnent ou qui refusent de suivre
et de pratiquer cette nouvelle dénomination
des Lettres , que ces Maîtres , dis- je , n'ont pas
compris ou voulu comprendre la nouvelle Méthode
, qu'ils sont restez dans les préjugez avec
tous les plis dans leur esprit de la Méthode vul
gaire la vieille habitude contractée les tyrannise ,
ou bien il faut conclure que trop indifferens sur
l'institution de la premiere enfance , ils aiment
mieux suivre l'ancienne route , quoique défectueuse
et plus longue que de se remettre à l'a, b, e,
pour en suivre une nouvelle , quoique meilleure
et plus abregée . J'ay l'honneur d'êtie , &c.
****************
TUMULUS
FORTISSIMI VIRI DD. DE BERWIK,
H
Oc jacet in tumulo Vir Regum è sanguine
natus ,
Regali natum sanguine facta probant.
Belli Fulmen erat , testes si forte requiras ,
Almanza Campi , Barcino testis erit.
Gallica prob ! quantis décoravit lilia palmis.
Pignora ne quaras ; Galliaflendo dedit,
Turenne vix impar erat. Virtute, triumphis
Amba
AOUS T.
1757 1734.
Ambo pares , fato procubuere pari.
Non satis heu ! vixit , si spectes Gallica vota ;
Si Lauros , Fama sat dedit ille sue.
Waepenaër Despe Atrebatensis.
REMARQUES
au sujet de l'Histoire
des Anciens Comtes de Provence.
Extrait d'une Lettre de M. Giberti ,
Medecin , écrite le 23. Juin 1734.
E vous envoye quelques Remarques "
que jay faites après avoir lû votre
Mercure d'Avril dernier. Comme je tra
vaillois à mettre au net l'Histoire de la Ville
de Pernes, ancienne Capitale du Comtat
Venaissin , ma Patrie , que je dois bien- tôt
mettre au jour , et que j'en étois au Chapitre
des Comtes de Provence qui en
ont été les Souverains , je fus ravi de
trouver dans ce Journal un Ouvrage sur
la même matiere , contenant les Portraits
et une Carte Chronologique et Historile
que de ces anciens Comtes , fait par
R. P. Penchinat , Cordelier . Le bien que
vous dites de cet Ouvrage , m'engagea à
l'examiner à fond pour en profiter , car
ces Princes sont véritablement dans une
Diiij grande.
1768 MERCURE DE FRANCE
grande confusion , dans la plupart des
Auteurs qui en ont traité.
Cependant
après avoir bien examiné ce qui en est
rapporté dans le Mercure , je trouve que
ce Pere est tombé dans le même défaut ,
ce que je ferai voir dans toute son étendue
dans mon Ouvrage. Je me contenterai
de faire remarquer ici ses méprises
qui sont
véritablement grandes , afin que
l'Auteur évite de tomber dans un pareil
inconvenient dans l'abregé de l'Histoire
de Provence , qu'il promet de donner au
Public.
Pour faire voir , en premier lieu , que
Rotbold n'a pas été le premier Comte
de Provence , il faut établir que Lothaire
1. Empereur
d'Occident , eut un fils appellé
Charles , qu'il fit Roy de Provence ,
de l'aveu de tous les Auteurs qui en ont
parlé. Ce Charles étant mort jeune ,
Louis II. Empereur
d'Occident son frere
ainé herita de la
Provence , et la donna
à sa fille
Hermengarde , laquelle s'étant
mariée en 876. à Boson , fils de Buves
Comte
d'Ardenne lui
transmit cette
Comté ou Royaume. Voila ce Boson I.
que nous
reconnoissons
pour le Premier
Roy ou Comte de Provence .
>
3
De ce mariage naquirent Louis Boson ,
Guillaume I. Boson II. Rotbold et Pons.
Boson
A O US T. 1734 1769
Boson I. leur Pere mourut en 887. et
Louis Boson lui succeda ; Guillaume I.
suivit Louis Boson , et Hugues Roy d'Italie
s'étant emparé de la Provence par la
faveur de l'Empereur qui le protegeoit ,
démembra le Comtat Venaissin du reste
de la Provence , pour le donner en dot à
Berthe sa niece , qu'il maria à Boson I I.
en 930. ou environ , lequel en étoit le légitime
Souverain. Boson II . étant mort
sans enfans , son frere Rotbold lui succeda
; mais n'ayant joii de ce Comté que
peu de tems , il le laissa à Guillaume son
fils en 971. lequel étant venu à mourir
sans enfans, Emée sa soeur heritiere de ses
biens , les transporta par son mariage à
Guillaume III. appellé aussi Guillhen
Bertrand , surnommé Taillefer , Comte
de Tolose , qui le transmit à sa posterité.
La clarté de cette narration prouve évidemment
que puisque Boson I. mourut
en 887. il ne pouvoit pas egner en 933.
comme ledit le Pere Penchinat , il a pris
Boson II . pour Boson I. puisque Boson II.
mourut sans enfans comme on suppose
que fit Boson I. D'ailleurs le mariage de
Berthe avec Boson II . que contracta Hu
gues son Oncle environ l'an 930. ou 933 .
en est une preuve invincible , Boson I
étant mort 33. ans auparavant. Ainsi voi-
Dy la
770 MERCURE DE FRANCE
la le premier ordre de la Carte Chronologique
de ce Pere renversé
Ce R. P. suppose encore pour premier
fondement , que Boson , fils de Rotbold
de Bourgogne et d'Ingerberge , fille de
Boson 1 Duc de Bourgogne , Roy d'Italie
et de Provence , commença à regner
l'an 933. et comme , selon lui , ces
deux Bosons sont la même personne, puisque
Bo on I. a possedé les deux Royaumes
de Bourgogne et d'Arles , il s'ensui-
Voit que cette Ingerberge seroit en mê
me tems et la mere et la fille dudit Boson
; ce qui est une méprise des plus absurdes
, et quand même on reconnoîtroit
là les deux Bosons I. et II . Ingerberge
se trouveroit toujours la mere et la soeur
de Boson 11. Mais il ne faut que lir
Moreri dans l'article de Louis II . Emp
reur d Occident , pour apprendre q
cett Ingerberge ou Engelberge , étoit
teme de cet Emp.reur , et que Hi
mengarde leur fille ayant épousé Bosor
Roy de Provence . cette Engelberge é
la belle- mere de Boson I. et non pa
mere , et par consequent l'ayeu.e ma
nelle de Boson II , ainsi que de Rotbe
il étoit donc impossible qu'elle eur
femme dekorbold, étant deja son Ay
Ce qui a fait errer ce Pere , c'est
A O UST. 1734 177
a toujours confondu les deux Bosons pere
et fils. Il est certain que Boson I. a laissé
des enfans , mais Boson I I. n'en a point
laissé , et si Berthe sa veuve passa à de
secondes noces en épousant Raymond
Prince de Gathie , elle ne pût transmettre
cet Etat à son second mari , parce qu'il
avoit été usurpé par Hugues Roy d'Italie
, Oncle de cette Berthe sur Guillaume
I. frere ainé de Boson II . ensorte que Hugues
l'avoit plûtot donné par maniere de
restitution à Boson II . qu'en titre de Dot
à sa niece , qui ne pouvoir plus la repeter
par cette raison , qui est l'unique qui en a
fait joüir paisiblement les légitimes successeurs
de Boson . D'ailleurs Hugues son
oncle étant mort long- tems avant le décès
de Boson II . il ne pouvoit plus renouveller
ses prétentions sur la Provence.
,
Quant à l'article de Gilbert que ce Pere
dit être fils d'Othon , Comte de Lorraine
, il se trompe encore , car Guillaume
II I. dir Taillefer
dont nous
avons parlé , eut d'Emée sa femme quatre
enfans , sçavoir Pons , Geoffroi , Gilbert
et Bertrand. Pons eut la Comté de Tou--
louse et le Comtat Venaissin , Geoffroi :
eut la Comté de Forcalquier , et la moitié
d'Avignon , et les autres la Comté
Orientale de Provence.
er
D vj Ce
4772 MERCURE DE FRANCE
,
Ce Gilbert eut deux filles , Faidite
et Douce ; Faidite fut femme d'Albert
Comte de Toulouse , et Douce la fut de
Raymond Beranger I. Comte de Barcelonne.
Moreri dit que ces deux beau -freres
partagerent la succession de Gilbert ;
que le premier eut tout ce qui est depuis
la Durance jusqu'à l'Isere avec le titre
de Marquisat ; et le second , ce qui est depuis
la Durance jusqu'à la Mer ; avec ritre
de Comté , et qu'ils se partagerent
aussi Avignon. Ce Gilbert mourut en
II12. voila donc Gilbert frere de Geoffroy
et non pas son neveu , et tous les
deux , Enfans de Guillaume III . Comte
de Toulouse ; leur partage ayant été fait
ils n'avoient plus rien à démeler ensemble.
Pour ce qui est du Comte Othon de
Lorraine, qu'il veut être le pere deGilbert,
il se pourroit faire que Gilbert eut épousé
Blanche Sidoine sa fille , et qu'Othon
fût son beau- pere , dequoi je ne suis pas
garant ; mais les meilleurs Auteurs nous
assurent qu'il étoit fils de Guillaume
Comte de Toulouse . Je m'en rapporte
toutefois là- dessus aux personnes plus
éclairées que moy.
AU
AOUST. 1734. 1773
AU ROY.
QueUe de succès heureux , Grand Roy !
Philisbourg subit votre Loy ;
De Mercy l'Armée est détruite ::
A l'aspect de vos Etendards
Celle d'Eugene prend la fuite :
En Héros dans le Champ de Mars
Vos Soldats bravent les hazards :
Pour le Sang de Bourbon Naples s'est déclarée ;
La Sicile suivra la même destinée.
A des commencemens si beaux , si glorieux ,
Dieu fera succeder le comble de vos voeux.
L'AUTEUR.
Lorsqu'ici ma Muse releve
Ces rapides évenemens ,
Quoiqu'elle ait quatre- vingt six ans ,
On ne dira pas qu'elle rêve,
LET
1774 MERCURE DE FRANCE
************** :*
LETTRE écrite d'Orleans le 5. May
1734 par M. de Beauvais l'aîné , à
M. de Sainte Marie , Lieutenant General
à Nevers. Sur les Médailles Romaines.
J
E n'aurois pas dû me flatter , Monsieur
, que vous m'eussiez fait l'honneur
de me faire quelques objections
sur,ma Lettre du 14. Novembre dernier
insérée dans le Mercure de France du
mois de Février suivant . Vous souhaiteriez
des preuves plus fortes que les conjectures
que j'ai données sur l'usage que
je crois qu'on faisoit des Médailles ; ou ,
pour mieux dire , de la Monnoye sous le
Regne des Empereurs Romains jusqu'à
Gallien.
Les Refléxions que j'ai faites sur le
nouveau Trésor de Médailles de grand
bronze, trouvées dans ce Pays,et qui m'est
si heureusement tombé entre les mains
ne vous paroissent pas d'un assez grand
poids , pour que vous soyez persuadé du
sentiment dans lequel jesuis , que sous le
Regne d'un Empereur , toutes les Médailles
, sans exception , de ses Prédecesscurs
, avoient le même cours dans le
Public
VIE
PUBLICE;
M. DCC. XXX HI
KELLA
RECEPTA
XXV111 OCTOBRIS
MDCC XXXII.
57 .
A OUST. 1734. 177
Public , que celles qui étoient frappées
à son Coin.
J'ai fait , Monsieur , de nouvelles attentions
sur le sentiment que j'ai avan--
cé , et je me suis d'autant plus confirmé
dans mes conjectures , que j crois
avoir aujourd'hui de nouvelles preuves.
a adjoûter aux premieres ; on doit être
étonné du silence que tous les Auteurs
ont gardé sur l'usage et sur la fabrique
des Monnoyes de l'Empire ; il y auroit
lieu de croire qu'ils ont pensé que les
Médailles qui devoient passer à la posterité
la plus reculée , par la singularité
de leurs Revers et par la beauté de leur
fabrique , annonceroient elles - mêmes
leur histoire. En effet , je crois pouvoir
avancer , que quiconque ne connoît pas
les Romains de ce côté - là , ignore quel
étoit le goût , l'art et la magnificence de
ces grands Hommes .
Vous sçavez , Monsieur , que dès que
j'ai commencé à faire des collections de
Médailles antiques et à les étudier , je
me suis toujours scrupuleusement attaché
à les connoître par elles- mêmes et je
ne crois pas avoir pris un mauvais parti.
Ce sera donc par les Médailles même
que je vais joindre quelques Refléxions
aux précedentes , et je commence par
avoir
1776 MERCURE DE FRANCE
avoir l'honneur de vous dire que je pense
que , non -seulement les Medailles fabriquées
depuis Auguste , jusqu'au temps
de Claude second ont éû cours sous
près de so. regnes differens , mais encore
que les Medailles Consulaires étoient dans
le même usage , c'est - à-dire, les pieces d'argent
fabriquées dans la Republique , depuis
l'an de la fondation de Rome 48 5 .
après la défaite de Pirrhus , et celles d'or
après la prise de Carthage et de Corinthe ,
je me trouve confirmé dans cette pensée ,
par les mêmes Medailles Consulaires que
l'Empereur Trajan a restituées. Il nous
en reste assés , pour qu'on puisse conjecturer
( et c'est le sentiment de plusieurs
Antiquaires ) que cet Empereur a restitué
tous les Tipes des differentes Familles
Consulaires. Il y a une belle collection de
ces Medailles dans la suite Imperiale
d'argent de Monsieur l'Abbé de Rothelin
, qui est aujourd'hui un des Seigneurs
de l'Europe , qui poussent le plus loin
Pamas des Medailles antiques.
Il s'agit donc de sçavoir pour quel usage
Trajan a restitué les Médailles Consulaires
et s'il auroit pensé à en ordonner la
fabrique , si sous son regne comme sous
les précedens , les Médailles Consulaires
n'avoient pas été dans l'usage du commerce
AOUST . 1734. 1777
merce , cette observation me paroît d'un
grand poid pour favoriser mon sentiment;
mais comme il est bon d'avoir plus
d'une preuve pour en être persuadé ,il faut
aller plus loin , et continuant à vous remettre
sous les yeux la suite de toutes
les Médailles restaurées , vous engager ,
Monsieur , par les consequences qui en
doivent naturellement resulter , à convenir
avec moy , qu'il étoit indifferent
à quel coin les monnoïes étoient frappées,
puisque sous un même regne , on restituoit
souvent toutes les Têtes des Empereurs
qui avoient regné , & celles des autres
Princes en faveur de qui on avoit fait
des Médailles.
La reconnoissance engagea Auguste à
faire frapper des Médailles qui avoient
cours sous son regne , en l'honneur de
Jules Cesar, après qu'ileut fait mettre cet
Homme illustre, quoique chargé de la haine
publique , et poignardé au milieu du
Sénat, au rang des Immortels ; il reçut luimême
un pareil honneur de son successeur
Tibere , qui lui fit frapper aussi un
grand nombre de Médailles , pour conserver
à la Posterité la memoire de son
Apotheose ; Caligula imita Tibere , à qui
il fit de même frapper des Médailles , ainsi
qu'à Germanicus et à Agrippine ,
Claude
›
1778 MERCURE DE FRANCE
Claude qui fut Empereur après lui , en
restitua à Auguste , et celles que nous
possedons deNeron , de Drusus et d'Antonia
, le furent aussi par le même Prince.
Nous en avons encore d'Auguste , restituées
par Neron ; mais les deux fils de
Vespasien allerent plus loin , et restituerent
presque toutes celles de leurs predecesseurs
, Auguste , Livre , Agrippa, l'ancien
Drusus , Tibere , Drusus son fils ,
Germanicus , Agrippine , Claude , Galba,
Othon , et Vespasien eurent part à cette
restitution . Nerva restitua encore sur les
Monnoies , la mémoire d'Auguste , et il
fut imité par Trajan , qui conçût un plus
grand dessein que tous les Princes qui
avoient regné avant lui , puisqu'outre
quelques Empereurs , il renouvella , comme
je lai déja dit , toutes les Familles Romaines
, du moins le nombre qui nous en
reste peut fort bien nous le faire penser .
Adrien et les Antonins firent aussi quelques
restaurations , et si les Empereurs suivans
ne paroissent pas en avoir fait , on
pourroit croire que les Médailles ne sont
pas parvenues jusqu'à nous ; car il est à
présumer , que cette coutume s'est conservée
jusqu'au commencement du bas-
Empire , jeveux dire jusqu'à Gallien , qui
éût la dévotion de renouveller sur les
Monnoies
AOUS T. 1734. 1779
Monnoies de son temps, toutes les Têtes
et les Consecrations de ses Predecesseurs ,
qui avoient été mis au rang des Dieux.
Et quoique les Médailles que ce Prince
restituoit remplissent l'espace de près de
3. siecles , il est certain qu'il ne suivit
en cela que l'usage qui étoit établi dans
P'Empire depuis le regne d'Auguste.
Je demande à- présent à quel usage on
destinoit les Medailles restituées , si elles
n'avoient pas cours dans le Public de- même
que les autres Monnoies. Elles auroient
donc été frappées pour rester inutiles ,
c'eût été avec bien du tems perdu , une
dépense vaine ; non , Monsieur , les Romains
étoient trop sages pour travailler
inutilement , ce qu'ils ont fait étoit destiné
à quelque usage , les Medailles dont
il s'agit , étoient , sans doute , fabriquées
pour servir dans la societé , comme toutes
lesTêtes frappées auparavant y avoient
le même cours , quelque antiquité qu'elles
eussent ; car je fais remonter la chose
jusqu'aux premieres Medailles Consulaires
d'argent
Enfin,Monsieur , ma derniere reflexion ,
pour authoriser le sentiment que j'avance,
est celle que me fournissent les contremarques
que l'on trouve sur quelques
Medailles restituées , ce qui ne laisse à
mon
1780 MERCURE DE FRANCE
mon avis, aucun doute qu'elles ne fussent
dans l'usage du commerce , sansquoi on ne
se seroit pas avisé d'y indiquer les changemens
de prix , comme sur les autres
Monnoies courantes; cette seule raison seroit
assés , je crois , en ma faveur , quand
même je n'aurois pas celles que j'ai déja
produites.
Après les Medailles Suetone me
fournit un passage qui confirme mon sentiment.
Cet Auteur rapporte qu'après la
mort de Cajus Caligula , le Senat ordonna
, en détestation de la tirannie de ce
Prince , que toutes les Monnoies frappées
à son coin, seroient fondues et n'auro ent
plus cours dans le Public ; il auroit été
inutile qu'on cut rendu un pareil Arrêt
si les Monnoies après la mort d'un Empereur
n'avoient plus été dans l'usage du
commerce , et c'est cette circonstanc pour
le dire en passant , qui nous a rendu les
Medailles de ce Prince assez rares.
,
Je crois bien qu'après le regne de Gillien
, l'usage des Monnoies varia , la confusion
et les grands changemens , qui arriverent
dans l'Empire se firent sentir
jusques dans les Monnoies qui sont d'une
fabrique toute diferente de celles des
trois siecles precedens ; je pourrai avoir
l'honneur de vous dire un jour mon sentiment
AOUST. 1734. 1781
timent sur les Medailles de ce tems - là ;
ques-
>
en attendant en voila assez sur la ,
tion dont il s'agit ici , et je vous avouë
Monsieur , que jaurois de la peine à revenir
de mon opinion , à moins que par
de fortes raisons et des preuves contraires
, on ne me fit connoître que je suis
dans l'erreur. Je suis & c.
XXXX:XXXXXXXX ***
IDYLL E.
Par Mile de Malcrais de la Vigne.
V
Mirtil.
Eux - tu , crédule Athis , aimer toujours
Ismene ?
N'es-tu point ennuyé de répandre des pleurs
Tes jours hélas ! sont une chaîne
D'inquietude et de douleurs,
Athis.
Et toi , de ta Daphné qui brave ta constance ,
Mirtil , mon cher Mitil , tu n'es pas mieur
traité ,
L'Amour par l'estime commence ;
Qu'a-t'elle qui t'ait enchanté ?
Mirtil.
Ta Maîtresse a l'air vif, c'est un aimable brune,
Maia
1782 MERCURE DE FRANCE
Mais son coeur trop souvent change de Favori.
Athis aujourd'hui l'importune ;
Hier il étoit l'Amant chẹri.
Athis.
Daphné fait honte aux Lys ; mais ses couleurs
languissent ,
*C'est une Onde glacée , un bel Oiseau'sans voix.
· Ses biens sur tout l'enorgueillissent
Peux-tu te flatter de son choix ?
Mirtil.
→
Cher Berger , c'en est fait , ton conseil me décele
L'erreur , où trop long temps mon coeur s'est
engagé.
Doris m'aime , elle est jeune et belle
Je l'aime , et me voila changé.
Athis.
e;
Cloris m'a plaint cent fois , et tout bas sembloit
dire
Vange-toi dans mes bras de ses derniers refus.
C'est pour Cloris que je soupire ,
Ismene , je ne t'aime plus,
Mirtil.
Mais , Daphné .. ! que d'attraits .. ! 3 Ciel !
mon coeur fidele
Se dédit des sermers qu'Athis m'avoit surpris.
Ah ! j'aime mieux mourir pour elle ,
Que vivre mille ans pour Doris.
Athis
AOUS T. 17:34. 1783
Athis.
Mais Ismene a des yeux qui commandent qu'on
l'aime.
Ton entretien , Mirtil , est un poison fatal .
Je l'aimerois , fût- elle même
Entre les bras de mon Rival.
XXXXXXXXXXXXXX:X
LETTRE écrite à l'Auteur du Mercure
au sujet des Remarques sur l'Ortographe
, &c.
'Ose attaquer , Monsieur , les Remarques
inserées dans votre Mercure du
mois de Mars dernier page 551. sur l'innovation
de l'Ortographe ; et je soutiens
qu'elles sont injustes , absurdes , et insoutenables
. Je sçai bien que vous n'êtes
pas l'Auteur de ces Remarques : Cependant
comme il pourroit arriver que cer
taines personnes sous le nom specieux de
Grammairiens et de Sçavans fissent làdessus
de nouvelles difficultez , j'ai cru
devoir y répondre par avance , afin de
leur ôter l'envie d'embarrasser notre
langue , au lieu de la rendre plus aisée et
plus agréable.
Le premier objet de l'Auteur de ces
Remarques , est d'empêcher qu'on n'abo1784
MERCURE DE FRANCE
bolisse entierement la trace de toute
étymologie . Ce sont ses propres termes.
Ne semble t'il pas , à l'entendre , qu'il
est d'une necessité indispensable , que
chaque mot porte en soi les marques de
son étymologie ? Si cette necessité étoit
réelle , où en seroit on ? Il faudroit
cousulter toutes les Langues dont la notre
est dérivée , c'est - à - dire , le Latin , le
Grec , sans parler de l'ancien Gaulois
qui a donné à la plûpart de nos expressions
la veritable origine Françoise . Ce
seroit un cahos et une confusiond'idiomes :
quelle necessité y a - t-il de montrer toutes
les sources differentes dont notre Lan-
,
gue est descenduë ? On soutient qu'il est
plus honorable pour elle de ne pas rechercher
ces sortes d'antiquitez ; qu'elle
doit faire ensorte qu'il paroisse autant
qu'il est possible , qu'elle ne doit qu'à
elle même tout ce qu'elle a de force ,
d'agrément , de vivacité de justesse.
A cet interêt general , on peut ajouter
que cette observation de l'ancienne Ortographe
seroit sujette à de grands inconvéniens
, soit dans la prononciation ,
soit dans l'usage de l'Ecriture . Les jeunes
gens , les Etrangers , qui ont besoin
d'apprendre notre Langue seroient
embarrassez et arrêtez par ce grand nom
,
bre
A O UST. 1734. 1785
bre d'étymologies qu'ils verroient attachées
à chaque mot , ils ne retiendroient
qu'avec peine la prononciation ; et d'ail
Jeurs cette quantité de Lettres superfluës
qu'ils y trouveroient en lisant eux mêmes,
ne manqueroit pas de les fatiguer et de
les rebuter .
"
Il suffit de raporter les mots , dont
l'Auteur des Remarques veut rétablir
l'Ortographe pour en être persuadé. Selon
lui on devroit escripre avec nos ancêtres
, Chorde , Cholere , Chameleon , Chanon
, Chevaulx , aulne , viaulx , Respublicain
, Libvre , Liepvre , Cuibvre . On
doit remarquer le mot Escripre qu'il a
mis de cette maniere au lieu d'écrire.
Quelle bizarrerie de charger ce mot de
deux Lettres , non-seulement inutiles ,
mais très- nuisibles à la prononciation ?
Pourquoi employer l'S et le P. dont le
premier ne sert à rien , et le second ne
se voit pas dans le Latin Scribere , où il
n'y a point de P. Le retranchement de
ces deux Lettres empêche-t'il de sçavoir
que le mot écrire vient de Scribere. Il en
est de même de tous les autres mots ,
dont on voudroit former l'écriture sur
celle qui étoit usisée parmi nos ancêtres :
d'autant mieux qu'avec un peu d'attention
il est aisé , même sans cela , d'en
E décou
1786 MERCURE DE FRANCE
découvrir l'étimologie , Il n'est donc pas
necessaire d'embarasser notre lecture et
notre écriture de toutes ces Lettres super-
Aluës qui les rendroient méconnoissables.
Il est constant que les Latins n'ont .
point observé cette prétendue étimologie
dans la plupart des mots qu'ils avoient
tirez du Grec. Ils écrivoient comme ils
parloient , simplement , naturellement
et sans nulle affectation , ainsi qu'on le
voit dans les Inscriptions Romaines ; les
Espagnols et les Italiens ne font aussi
entrer dans les mots qu'autant de Lettres
qu'il en faut pour les prononcer ; ils ne
s'embarrassent gueres des étimologies,
On peut dire au contraire que le grand
défaut des Langues du Nord vient des
doubles Lettres , des Lettres gutturales
qu'elles font entrer dans leurs expressions.
En effet , qu'un François lise l'Allemand
, l'Anglois , le Hollandois , le
Flamand , le Suedois , le Polonois , il y
trouvera une rudesse , un sifflement qui
lu : écorchera la langue et les oreilles . Il
est donc absurde de proposer d'écrire
Chevaulx , viaulx , Libvre Liepure
Cuibure , comme l'Auteur des Remarques
l'a fait dans le Mercure. Ce seroit
même un vrai supplice pour les yeux qui
n'y sont point accoutumez . Rien n'est
plus
AOUST. 1734 1787
plus opposé que cette Ortographe au
genie libre et heureux de notre Langue .
On peut dire presque de cet usage raboteux
ce qu'un bel Esprit dit autrefois
des vers François mesurez , qu'on avoit
tâché d'introduire ;
Hocce vetat patrius genius , ipsaque Minerva
Gallica
>
Pour derniere réfléxion , il est certain
que nous n'avons pas besoin , en écrivant
, de nous géner , de nous fatiguer
pour former toutes ces Lettres prétenduës
d'étimologie. On a bien assez de peine à
exprimer seulement sur le papier la prononciation
et la terminaison Françoise..
Combien y a- t-il de gens qui ne l'observent
pas toujours exactement ; sans par◄
ler des gens de qualité et sur tout des
Dames qui ne peuvent se contraindre à
observer les regles de l'Ortographe. Les
personnes même les plus exercées dans
les Belles-Lettres ont de la peine à s'y
conformer. L'Ecriture leur coute beaucoup
quand il faut observer les accents,
les virgules , les points , les consonnes
et les voyelles. Ira- t- on encore les fatiguer
par la vieille maniere d'écrire des
Aureurs Gaulois ? Si on le faisoit , toutes
ces personnes s'en mocqueroient ; on leur
rendrait la Langue Françoise odieuse ,
E ij
in,
1788 MERCURE DE FRANCE
insupportable : ils ne pourroient jamais
se contraindre à l'écrire de cette maniere .
Quelle surprise après cela , d'entendre
dire à l'Auteur des Remarques que le
mauvais gout ramene insensiblement la
Barbarie , et que les ravages de la Barbarie
influent sur tous les objets qui sont
de la plus grande conséquence pour la
Societé; que rien ne contribuë tant à la
politesse d'une nation et au progrès des
Belles- Lettres que la pureté de la Langue;
et que la Langue ne peut avoir d'ennemi
plus dangereux que le mauvais gout de
'Ortographe et de l'Escriture ? C'est
ainsi qu'il a écrit cette belle déclamation,
Le mot de maulvais est remarquable ,
aussi bien que celui d'Escripture. Voilà
une plaisante étimologie , bien nécessaire
dans ce tems d'élegance et de politesse !
On soutient au contraire que ce seroit
rappeller en France la Barbarie et le mauvais
gout que de rétablir l'ancienne Ortographe,
telle que l'Auteur l'a proposée,
Prendra-t- on pour modeles nos Ancêtres
qui ne sçavoient presque point parler ni
écrire ? Leurs Livres ne se ressentent- ils
pas de l'ignorance et de l'impolitesse des
siécles passez N'a- t-il pas fallu que l'Académie
Françoise ait deffriché notre
Langue ? qu'elle ait coupé , pour ainsi
dire
AOUST. 1734. 1789
dire , les ronces et les épines dont- elle
étoit comme herissée , pour la rendre
plus aisée , plus noble , plus féconde ,
plus élegante, plus harmonieuse ? A- t- elle
cru qu'il fût necessaire de retenir les anciennes
Ortographes , les étimologies ?
M Menage fut le seul qui s'avisa de
chercher les étimologies de la Langue
Françoise mais dans quelles erreurs ne
temba-t- il point? Ce fut pour en montrer
le ridicule que le P. Bouhours fuc
obligé de le redresser par des plaisanteries
également vives et délicates , et on s'est
mocqué de ces sortes d'observations , qui
pour la plupart n'avoient d'autre fondement
que l'imagination de ce Grammairien
entêté de ses idées. D'autant mieux
qu'il n'avoit suivi en les cherchant que le
Dictionnaire de Nicot , lequel n'est rempli
, comme l'on sçait que de vieux
mots , plus dignes d'une Langue barbare
que de la politesse de la nôtre .
>
Il est bon cependant de remarquer
ici , que par les Réflexions qu'on vient
de faire , on n'a pas eu dessein d'autori
ser toutes les nouveautez qu'on introduit
quelquefois dans l'Ortographe. Il y a
veritablement de l'excès dans la liberté
qu'on se donne à cet égard : mais après
tout c'est peu de chose ; et cette liberté
E iij est
1790 MERCURE DE FRANCE
est moins préjudiciable à notre Langue
que l'ancienne écriture que l'Auteur voudroit
récablir il y a un milieu à garder
en cela , comme dans toutes les choses
qui dépendent de l'usage ; et ce juste milieu
, ' c'est de ne point affecter mal - àpropos
les anciennes Ecritures , et de ne
pas suivre les nouvelles sans raison ni
discernement quoiqu'à l'égard de ces
dernieres il soit quelquefois permis de
suivre sa commodité ou son humeur ;
car , on le repete , on a assez de peine à
former les caractéres , à peindre les mots
tels qu'on les prononce , pour qu'on
doive excuser quelque chose sur ce sujet,
et il est pourtant vrai que ces prétendus
relâchemens ne détruiront jamais les origines
de notre Langue ; qui seront toujours
assez faciles à reconnoître . Contentons
nous d'écrire les mots comme ils se
trouvent écrits dans le Dictionnaire de
l'Académie , aussi bien que dans les Ouvrages
de nos plus Illustres Ecrivains .
Les grands Orateurs , les grands Poëtes
ne nous manquent point . Ecrivons comme
eux. Parlons comme enx . Ils ont mis
notre Langue dans la plus exacte pureté
et dans sa derniere perfection . Je suis &c.
De Nimes le troisième May 1724..
Cette
A O UST . 1734. 1791
,
Cette Lettre est écrite par celui qui fit
il y a quelque tems les Reflexions sur le
Traité du Sublime imprimées dans ce
Journal , peu de tems après que ce Traité
parut et auxquelles on n'a point fait de
réponse , dequoi il y a lieu de s'étonner ,
ces Réflexions ayant été extrémement
goûtéés .
XXXXXXXXXXXXXXX
L'ASNE ET LES CHARDONS
FABLE.
Messer Aliboron , Asne de son métier ,
Des Asnes de son tems fut , dit-on , le premier
En bonne mine aussi bien qu'en courage .
Voici ce qu'on en conte . Il étoit coutumier
D'aller dans certain pâturage ,
Oà peu d'herbe croissoit , mais bien force Chardons
Qui lui sembloient si beaux , si bons,
Si friands que rien davantage.
Là souvent mon Docteur alloit faire ses Rois ,
Se plaisant fort à cet ouvrage ,
Bien qu'on l'en cut tancé vingt fois.
Un jour sur tout , plein de colere ,
Le Maître du Champ vint troubler sa bonne
chere
E iiij Sui1792
MERCURE DE FRANCE
Suivi de ses valets. Lors cailloux de pleuvoir
Drû comme vrai gresil : c'étoit pitié de voir ,
D'une part les manans fraper sur la bourique ;
De l'autre , cas plaisant de voir l'Asne stoique ,
Malgré leurs assauts repetez ,
Ne s'enfuir qu'à pas comptez ,
Arrachant maint Chardon , faisant toujours
ripaille .
Tel Ajax ( car Ajax ici , vaille que vaille ,
Peut être mis en jeu , sans qu'il en coute rien )
Par le nombre accablé ne sort de la bataille ,
Qu'aux dépens de plus d'un Troyen.
Le Baudet sortit donc , mais , ajoute l'Histoire,
A grand'peine vit- il les manaus éloignez ,
Qu'il revint à la charge , et vous pouvez bien
croire
Que Chardons à ce coup ne furent épargnez.
Une telle perseverance
Dans un Baudet n'a rien qui me surprenne fort,
Sçavoir , au demeurant , s'il avoit si grand tort,
C'estun point de Jurisprudence,
Que peut examiner quiconque à du loisir.
Pour moi , j'ai du penchant à lui donner sa
grace ,
On a beau nous combattre , hélas ! quoiqu'on
nous fasse ,
Nous ne sçaurions quitter ce qui nous fait
plaisir.
F. M. F.
LETAOUST.
1734 1793
LETTRE de M. Thiout à M. le
Chevalier de *** en réponse à celle
de M. Julien le Roy.
V
Ous n'eussiez,sans doute , pas cru
Monsieur , que Mrs le Roy se fussent
tant élevez contre la Lettre que Vous
souhaitiez de moi , sur l'explication des
prétendues nouveautez de la Pendule de
M. Pierre le Roy , et qu'ils eussent essay
d'y jetter quelque ridicule ; je vais tâcher
d'y répondre simplement en ne m'arrê
tant que sur les principaux faits , et les
Fapportant avec fidelité mon dessein
n'étant pas de me justifier en criant à
l'injustice. Je ne donnerai à mes réponses
que l'étendue nécessaire pour faire
sentir la verité de ce que j'ai avancé.
M. le Roy l'aîné trouve mauvais qua
je ne l'aye pas nomméen parlant de l'Auteur
du Cercle de l'Equation. Ai-je fair
un crime de n'avoir pas dit qu'il y eut
travaillé ? je n'ai pas cru qu'on fut obligé
de citer tous les noms des Auteurs qui
ont perfectionné une machine , quand il
n'est question que d'enfaire revenir lagloiae
à celui à qui elle est le plus legitimement
duë.
Ev J'ai
1794 MERCURE DE FRANCE
,
J'ai dit que M. Dufay l'avoit perfectionnće
ce qui est prouvé par les mê
mes Registres de l'Académie , que M. le
Roi cite: voici en quoi consiste cette perfection
.
M. Dufay ayant trouvé qu'il pouvoit
donner un arrangement au mois et au
,
quantiéme plus commode que le précédent
, a placé l'index qui étoit à midi sur
onze heures , et par ce moyen chaque
inlex sert six mois ; ce changement a
donné aux divisions des mois deux intervalles
particuliers aux deux index qui
rendent chaque portion de six mois d'un
ordre plus intelligible ; au lieu qu'auparavant
les index n'étoient que pour trois
mois et qu'il ne se trouvoit qu'un in
tervalle au Cercle, ce qui le rendoit fort
embroüillé ; de plus M. Dufay a fait graver
toutes les divisions des quantiémes
avec seulement les chiffres de 5. en s . ou
de 10. en 10. selon que les divisions sont
plus ou moins serrées ; par ce moyen on
a toute la précision possible et sans confusion,
ce qui est le point important pour
regler les Pendules avec facilité , et qui
ne se trouve pas dans les premiers
Cercles que M. le Roy y a appliqués ;
c'est un fait qu'il ne peut contester , j'en
ai la preuve dans les mains en cela
comA
O UST. 1734 1795
comme l'on voit , je n'ai pas prétendu le
dépouiller de la part qu'il dit avoir dans
la perfection du Cercle
fait entendre .
C
comme il l'a
de
Mais ce n'est pas là , Monsieur , sur
quoi je suis le plus maltraité , c'est sur
ce que j'ai dit que ces Pendules à Cercles
n'étoient pas propres pour un usage ordinaire
; oui , je l'ai dit , et c'est ce qui
prouve ma bonne foi et ma sincerité
puisque j'en fais tous les jours , et que
l'aveu de M. le Roy , peu d'Horlogers
en ont autant vendu que moi c'est de
là que j'ai mieux reconnu qu'un autre la
difficulté que les particuliers ont à s'en
servir ; je pourrois citer plusieurs exemples
de
gens , d'ailleurs très - sensés , à qui
j'en ai vendu et qui s'en sont dégoutez
par cette unique raison ; il ne faut pas le
trouver étrange , nous voyons tous les
jours des gens à qui on a montré cent fois
à avancer ou retarder leurs Montres, et
qui n'en sont pas mieux instruits , quoique
cela soit bien plus simple. Enfin je
soutiens en faveur de ceux qui ont de la
peine à s'accoutumer à ces Pendules
qu'elles demandent une attention dont
tout le monde n'est pas capable , et la
meilleure preuve que j'en puisse donner,
est le Mémoire instructif que j'ai éré
E vj obli
1793 MERCURE DE FRANCE
ge
obligé de faire pour en apprendre l'usaà
ceux qui en ont . S'il étoit si facile
de s'en servir , je n'aurois pas été obligé
de faire ce Memoire ; c'est celui que M. le
Roy cite , et à l'occasion duquel il dit :
Comment M.Thiout accordera- t- il ses propres
contradictions ? En1730 . il les a approu
vées , et en 1733. il les désaprouve.
Dans quel endroit de ce Memoire M. le
Roy a - t-il trouvé que j'ai approuvé ces
Pendules à Cercle plus en un tems qu'en
un autre ? je ne cours aucun risque en
le défiant de trouver une seule Phrase
dans cet imprimé qui constate que j'aye
jamais dit que l'usage du Cercle fut
propre pour un usage fréquent et ordinaire
, ni que j'en aye jamais désaprouvé
les avantages et la justesse , et j'offre de
le donner à tous ceux qui auront la curiosité
de le voir ; j'en ai encore heureusement
une centaine d'Exemplaires à leur
service , ( il eut été trop long de l'inserer
ici. )
-
Vous voyez , Monsieur
, qu'il n'y a
pas assez d'équité dans la Lettre de M. le
Roy quel interêt en effet pourois – je
avoir de condamner
une invention
bonne
en soi ? aucun sans doute ; mais je dis
seulement
qu'il faut pour se pouvoir servit
utilement
de ces Pendules, être, pour
ainsi
A OUST
1734. 1797
ou
ainsi dire, familiarisé avec elles , comme
nous qui en faisons tous les jours
comme un Sçavant qui par le besoin
qu'il a de l'heure du Soleil , en fait son
plaisir et l'ornement de son cabinet
parce qu'il en connoît les avantages
mais qui en aura de construction ordinaire
pour l'usage de sa maison et de son
Domestique.
A l'égard de l'échapement que M. le
Roy raporte , il ne faut effectivement
que lire ma Lettre , on y trouvera entre
autres choses queje continuerai d'en faire,
jusqu'à- ce que j'y trouve des deffauts ; or
ceux que l'expérience m'a fait appercevoir
m'ont confirmé que M. le Roy et son
garant n'accusoient pas juste en assurant
que ces Montres alloient un mois , minute
pour minute, et seconde pour secon
de je n'y ai pas trouvé une si grande
précision , mais seulement une justesse
au- dessus de l'ordinaire , aussi duroientelles
plus d'un mois , puisqu'elles alloient
un an ou quinze mois admirablement
bien , mais passé ce tems elles avoient
plus besoin que les autres d'être néttoyées.
Voilà le seul défaut que j'y ai trouvé' :
j'ai remarqué , comme je l'ai dit dans
ma Lettre du mois de May 1729. que
celles où j'avois doré les roues de rencontre
1798 MERCURE DE FRANCE
tre se soutenoient mieux , quoique je
n'ignorasse pas , sans en faire tant d'étalage
, les avantages que do vent perdre
les roues à la dorure , mais je raporte un
fait constaté par l'expérience , j'ai fait la
tentative de les dorer etje m'en suis mieux
trouvé , soit que cela provienne du coup
de brunissotr sur le plan de la dent ou de
la qualité de l'or ; c'est une question que
je luisse à examiner aux Physiciens , toujours
disposé à profiter de leurs lumieres.
Je rends compte de bonne foi de ce
que j'ai trouvé dans la pratique. Si M. le
Roy l'avoit jugé à propos , et on lui en
auroit sçu bon gré , il nous auroit fait
dans le tems le détail de la réussite, puisqu'il
en étoit si bien informé ; il doit
sçavoir qu'il y a encore des Horlogers à
Londres qui en font ; pour moi je ne suis
nullement fâché d'en avoir augmenté le
nombre , cela m'a parfaitement instruit
de bien des particularitez que quantité
d'Horlogers ignorent : Enfin , pour finir
par où j'ai commencé , je veux dire
les Pendules à Cercles, il paroît que M. le
Roy n'a en vuë que de soutenir l'usage
d'une sorte de Pendules qui sont celles là;
je n'entreptendrai pas de le faire revenir
de son opinion , mais je dirai que j'ai
été assez heureux pour en faire d'une
par
autre
A O UST. 1734. 1799
autre construction pour plusieurs Souveverains
et grands Seigneurs , qui ont aussi
bien réussi que celles à Cercles voici à
cette occasion la copie d'une Lettre écrite
de Turin , le 24 Janvier 1734. par M. le
Marquis de Cavatour.
Je suis bien aise de vous dire que depuis
quatre mois ma Pendule n'a varié que de
quinze secondes.
Je crois qu'il seroit difficile de trouver
une plus grande justesse aux Pendu
les à Cercles que l'on sçait n'avoir pas
la même commodité. Je suis & c.
La suite incessamment.
Eguille et Poulie , sont les mots de
l'Enigme et du Logogryphe du Mercure
de Juillet.
ENIG ME.
LEs Allemands , dit- on , m'ont donné l'être ,
>
Qu'importe d'où je suis ,
Puisqu'on me trouve en tout pays ?
Pays je dis
Où chaque année Hyver se fait paroître
Ainsi
1800 MERCURE DE FRANCE
'Ainsi de ce discours on conclud aisément
Que ce n'est qu'en tems froid que je sers senlement
,
Admirés un peu ma scructure ;
J'ai quatre pieds pour soutenir mon corps ,
Sur lequel est tracé souvent mainte figure .
De plus j'ai col sans tête , il est bien sûr qu'alors
Vous me croirez un monstre de nature ,
Il n'en est rien pourtant , mais cependant
Je vous assure ,
Qu'à voir les feux qui sortent de mon flanc ,
J'ai l'air en abregé du logis de Satan.
J.... De Paris
AUTRE.
Du cinq soeurs je suis la cadette ; E
Admirez mon pouvoir et mes effets. divers.g
Je sers à former l'Univers ,
Et la couronne et la houlette..
Je suis toujours avec les Dieux ;
Qui voudra me trouver,qu'il parcoure les Cieute
C'est-là qu'au milieu de la nüe
Je viendrai m'offrir à sa vuë.
M. de Champfleuri , d'Aix:
XX:XXXXXXXX XXXXXXXXXX*
LOGOGRYPHE.
THéatre ensanglanté d'un horrible carnage }
Je n'offre jamais à tes yeux ;
Lect
AOUS T. 1801 1734.
Lecteur, que des objets affreux ;
La mort et ses horreurs , voilà mon appanage
Chez moi l'on voit ceder par un sort rigoureux,
La trop foible innocence aux traits de l'injustice
,
La force et le courage à ceux de l'artifice .
Deux pieds de moins je suis le funeste assassin ,
Qui chaque jour exerce dans la Ville
,
Tant de meurtres nouveaux sans être moins
tranquille "
Et cependant sans être Medecin ;
Veux-tu de tant de maux trouver l'objet , la
cause ?
Ote ma fin encore et tu la trouveras ,
Et quoique l'on découvre en moi mainte autre
chose ,
De celles- ci tu te contenteras.
Par Mlle Olonne . De Paris.
AUTRE Logogryphe proposé à S. A.
S. Madame la Duchesse du Maine
par M. Don Cl . Hernandez Delvalle
jeune Espagnol fort connu dans le monde
par son esprit.
Sous
Ous un voile leger quoiqu'ici je me cache
Je ne veux point être inconnu :
Yeut-on me deviner avant de m'avoir vû ,
Voici ce qu'il faut que l'on sache..
gire
1802 MERCURE DE FRANCE
Que l'on me décompose , on va trouver en moi
Ce qu'a tant celebré d'Aunoy ;
Plus un vainqueur de l'Italie ,
Plus certain bois qui sert à la marqueterie ;
Plus une Ville encor voisine des Gaulois ,
Sur les bords de la Mer près des Alpes assise ;
Plus une autre d'Asie , et celebre autrefois
Dans les Annales de l'Eglis:.
J'ai quelque chose de l'oiseau ,
Des beaux jardins j'ai l'arbrisseau,
Item , j'ai la fille d'un frere ;
De la Religion j'ai le plus grand mistere ;
Mais pour me reconnoître , écoutez jusqu'a
bout ,
Huit Lettres composent mon tout,
Quatre consonnes differentes ,
Avec deux voyelles sonantes ,
L'une de celles - ci trois fois en me nommant
Se repete toujours , l'autre une seulement
Enfin, Princesse magnanime ,
Votre plus petit serviteur ,
Avec le secours de la rime
2
Sur mon compte aujourd'hui rend votre esprit
rêveur ;
Ah ! s'il me recevoit de vos mains bienfaisantes,
Qu'il chanteroit bien haut la moitié de mon
nom !
Mais s'il n'en est pas digne, il changera de ton ,
Et
A O UST. 1734 1803
Et dira tristement les deux Lettres suivantes :
Me voilà découvert des trois quarts , est- ce asseza
S'il vous faut l'autre quart encore ,
Pour que personne n'en ignore ,
Ajoûtez ce qui reste , et vous me connoissez ,
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &C.
ISTOIRE BES EMPIRES et
H des Republiques depuis le Deluge
jusq ' à J. C. où l'on voit dans celle
d'Egypte et d'Asie,la liaison de l'Histoire
Sainte avec la Prophane , et dans celle
de la Grece le raport de la Fable avec
l'Histoire. Origine de la Mythologica
Argos , Mycenes et Lacedemone 1733
A Paris, chez Simart , Jean Ronan , Bullot
, et Jean Nully. in 12. 4 volumes. Tome
1. ou plutôt troisième Partie du 1. Tome
pp. 512. sans le Discours Préliminaire et
la Table des matieres , Tome III. pag. 5c2 .
Tome IV. pp. 520.
ELOGE HISTORIQUE de la Chasse , par
M. Beneton de Perrin , 1. vol . in 12. de
102 pages. A Paris , chez Morel , Gonichon
28c4 MERCURE DE FRANCEchon
Briasson et Guillaume 1734
>
Cet Ouvrage est rempli d: Recherches
curieuses , et ne sçauroit manquer d'être
lû avec plaisir et utilité , par les personnes
sur tout qui aiment l'exercice de la
Chasse.
STILE UNIVERSEL de toutes les Cours
et Jurisdictions du Royaume , pour l'ins
truction des matieres criminelles suivant
l'Ordonnance de Louis XIV. du
mois d'Août 1670. Par M. Gauret , Sécretaire
de M. le Camus Lieutenant
Civil. Nouvelle Edition. Chez David
Paîné et autres Associez , choisis par ordre
de Sa Majesté pour l'impression des styles
et Formules , suivant les nouvelles Ordonnances.
1734. in 12. 2 vol.
ABREGE' de l'Histoire des vingt- quatre
Peres de l'Eglise. Histoire abregée des
Empereurs Romains depuis Jules - Cesar
jusqu'à Constantin le Grand. Caracteres
de 58 des meilleurs Historiens , Orateurs
et Poëtes Grecs , Latins et François . Ouvrage
très-utile sur tout aux jeunes gens
de l'un et de l'autre sexe , qui pourront
en très peu de tems acquerir une con
noissance generale des matieres annonsées
ci-dessus. A Paris , chez Chaubert ,
AOUST . 1734. 1805
Lautin et Musier fis 1732. in 12. pp. 178.
TRAITE DE MEDECINE , sur plusieurs
questions concernant la Virginité et sur
plusieurs autres à cette occasion . Par
Martin Schurigius , Docteur en Medecine.
A Dresde , chez Cristophe Hekelius fils
1730. vol. in 4. pag. 384. et se vend à
Paris chez Gerard Follain , Quay de la
Tournelle. L'Ouvrage est en Latin,
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvra
ges des Sçavans de l'Europe , pour les six
premiers mois de 1733. Tome 10, premiere
et seconde Partie . in 12. Amster
dam, chez Vesteins et Smith 1733 .
Comme il seroit bien mal-aisé de faire
l'Extrait d'un Livre qui n'est composé
que d'Extraits , nous ne pourrons gueres
donner une idée de ce Journal que par
quelques titres des Ouvrages les plus interessans
et les moins connus.
DEFENSE DE LA RELIGION CHRETIENNE,
contre les differentes objections des Anti-
Scripturaires Modernes , où l'on explique
et l'on soutient le sens Litteral des Propheties
contenues dans l'AncienTestament,
ainsi que des miracles dont il est fait
mention dans le Nouveau et où l'on
prouve
18c6 MERCURE DE FRANCE
prouve la necessité d'une Revelation
Divine , par l'insuffisance manifeste des
lumieres dela Raison , ou de la Religion
naturelle. Par M. Thomas Stakouse ,
Auteur du Corps complet de Thologie.
A Londres chez Edouard Symon 1731 .
grand 8 °. Pages 509 , sans compter l'Epître
dédicatoire , la Preface , et l'Indice
des Chapitres. Cet Ouvrage est en Anglois.
Il mériteroit d'être traduit en François ,
à en juger par l'Extrait du Journaliste ,
qui en donne une grande idée.
HISTOIRE DE L'EMPIRE , contenant son
origine , ses Progrès , ses Revolations
la forme de son Gouvernement , sa Politique
, ses négociations , et les nouveaux
Reglemens faits dans les Traitez
de Westphalie & c. Par M. Heiss. Nouvelle
Edition , augmentée d'un Discours
Préliminaire, de Notes Historiques et Politiques,
continuée jusqu'à présent et enrichie
de Tailles douces . Imprimée en deux
formes l'une in 4 ° . en deux volumes
dont le premier a 523 pages , sans les
Prefaces et le Discours Preliminaire
qui font en tout 77 pages et le second
740. avec la Table des Matieres : l'autre
in 12. en huit volumes , dont le premier
contient en tout 628 pages , le . II . 483 .
le
A O UST. 1734. 1807
le III 492. le IV . 5oo . le V. 51. le
le VII. 509. et le VIII . 478.
VL 538.
A Amsterdam
Smith 1733.
chez les Wetsteins et
›
ABREGE' FIDELE des Elemens de Chimie
, du Docteur Boeraave , fait sur la
bonne Edition , publiée dernierement à
Leyde , et paraphée de la propre main
de l'Auteur. Avec toutes les Planches et
leurs Explications , copiées d'après l'original.
A quoi l'on a ajouté des Remarques
curieuses et utiles qui rectifient diverses
opinions de l'Auteur . Par un Medecin.
A Londres , chez J. Wilford 1732.
in 8 ° . pages 418. sans la Table et les Fi
gures. L'Ouvrage est écrit en Anglois.
LES VERTUS DU BEAU SEXE , par M. F.
D. C. Ouvrage Postume. in 8 °.
INSCRIPTIONS ANCIENNES , tant Grecques
que Latines , recueillies il y a longtems
par Marquard Gudius ; mises depuis
peu en ordre par Jean Kool , à la sollicitation
et par les conseils de Jean George
Gravius ; publiées maintenant par François
Hesselius. Avec leurs Notes , in fol.
pages 374. pour le corps du Recueil ,
157. pour les Index et les Notes, 84. pour
les
1808 MERCURE DE FRANCE
les Préfaces. A Leuw verden , chez les Heritiers
de François Hilma. 1731 .
Cet Ouvrage qui est écrit en Latin , a
paru si important à l'Auteur de la Bibliotheque
Raisonnée , qu'il en a fait le
plus long et peut être le plus curieux
Extrait qui soit dans le volume dont
nous parlons. L'érudition y est répándue
à pleines mains , et si variée que nonseulement
les Antiquaires trouveront
dequoi s'instruire solidement de plusieurs
choses , mais presque tous les Gens de
Lettres auront dequoi s'amuser utilement,
les Gens même les plus dissipez et qui
sont le moins à portée de lire de pareils
Ouvrages dans la Langue originale , seront
tout étonnez de trouver dans l'extrait
de notre Journaliste des choses auxquelles
ils peuvent s'interesser.
Par exemple à la page 283. à l'occasion
d'une Inscription de la Page 49. Num.
9 du Recueil de Gudius , on observe
qu'entre les titres d'un homme qui avoit
plusieurs charges chez les Romains on en
trouve une singuliere dans cette Inscription
, qui est exprimée par ces mots
CURATOR LUSUS JUVENUM , Juste Lipse
qui l'avoit remarqué , n'avoit fait que
donner là-dessus quelque ouverture : on
explique ici ce que c'est. Parmi les Ron.
ains
A O UST. 1734. 1809
mains on en vint avec le tems à faire
des Reglemens sur la maniere dont les
Spectateurs devoient applaudir aux Acteurs
dans les Jeux du Theatre ou du
Cirque. Cela avoit commencé du tems
d'Ovide, comme il paroit par un Vers du
Livre 1. de son Art d'aimer. L'Empereur
Neron établit plusieurs bandes de jeunes
Gens vigoureux , qui faisoient avec art
des applaudissements dans les Spectacles
sous la direction de quelques Chefs , à
qui cela valoit environmille écus de
gage , comme il paroît par un Passage
de Suetone , Chapitre 20. sur Neron , ainsi
que par deux autres des Annales de Tacite
et de Dion Cassius. Celui qui avoit
un de ces Emplois comiques fut appellé
depuis Curator Lusus Juvenum , parce
que ces jeunes Gens nommez d'abord Augustani
, étoient enrollez sous le nom de
Fuvenes , qui leur étoit affecté. En
quelques autres Inscriptions on trouve
Magister Juvenum ou Juventutis , et
M. Kool, en habile Commentateur, croit
que c'est le même que Curator Lusus Juvenum.
Il est fait mention des Juvenes
dans une Loi des Pandectes , qui ne peut
être autrement entendue. C'est la Loi 28,
D. De Poenis .
* Quorum Duces quadragena millia H- S
merebant,Suct. E
1813 MERCURE DE FRANCE
Une autre Inscription , quoique tronquće
, confirmie une coutume du Barreau
Komain , venue des Grecs. C. Juli. Hymeti
Aufiliano aquæ duæ ab hora secunda
ad horam sextam. Gudius dit là - dessus
sur de bonnes autoritez , qu'il y avoit à
Rome des Gens établis pour prendre
garde à l'écoulement des Clepsydres , ou
Horloges d'eau , par lesquelles on mesuroit
le tems qu'on donnoit aux Avoeats
pour plaider devant les Juges. Pour
plus grand éclaircissement de ce Morceau
qui nous apprendroit bien des choses curieuses
, si on l'avoit dans son entier
M. Kool fait agréablement l'Histoire de
l'établissement et des progrès de la necessité
qu'on imposa aux Avocats , qui
ne finissoient point , de résserrer leurs
Plaidoyers dans certaines bornes ; au lieu
qu'autrefois il n'y avoit ni heures reglées,
ni nombre de jours déterminé. Il explides
anciens Auque
ainsi divers passages
teurs , qui font allusion à cet usage &c.
J
La vie de Gudius est curieuse à lire
dans l'Abregé qu'en donne notre Journaliste
avant que de parler de son grand
travail sur les Inscriptions Romaines.
On y trouve entre autres particularitez
Litteraires que ce Sçavant étant à Paris
on 1661. y fit imprimer un Ouvrage
ime
AOUST . 1811 1734.
important de S. Hypolite Martyr , intitulé
Απόδειξις Περί τον Αντικρίσον . Demonstrations
touchant l'Antechrist. Cette Piece
n'avoit jamais vû le jour . Gudius la
publia sur un Manuscrit de Reims et sur
un autre d'Evreux.Les Chartriers , ou les
Bibliotheques de ces Cathedrales étoient
alors mieux fournies de Manuscrits qu'elles
ne le sont aujourd'hui.
OUVRAGES DE POLITIQUE , Par
M. l'Abbé de S. Pierre , Tome second ,
tome III. tome IV. tome V. le II. tome
contient 268 pag. le III. en a 234. le
IV. 282. et le V. 344. A Rotterdam !
chez Jean- Daniel Beman ; et se trouve à
Paris chez Briasson 1733. 6.
Ces quatre volumes en supposent un
que l'Auteur veut qu'on regarde comme
le premier. C'est son Abregé de Paix
perpetuelle & c.
SUPERSTITIONS ANCIENNES Et Moder
NES , préjugez Vulgaires qui ont induit
les Peuples à des usages et à des pratiques
contraires à la Religion . Avec des Figures
qui représentent ces Pratiques. A Amsterdam
, chez Jean- Frederic Bernard 1733 .
fol. pages 264. pour les deux principales
Parties , et 72 pour la derniere.
Fij Lis
1812 MERCURE DE FRANCE
y a
LES TEMOINS DE LA RESURRECTION
DE J. C. examinez et jugez selon les
regles du Barreau , pour servir de réponse
aux objections du S. Woolston et de
quelques autres Auteurs ; traduit de
FAnglois sur la sixiéme Edition . On
joint une Dissertation Historique sur les
Ecrits de M. Woolston , sa condamnation
et les Ecrits publiez contre lui. Par A. le
Moine , Ministre de l'Eglise Anglicane
et Chapelain du Duc de Portland . Ala
Haye , chez P. Gosse et J. Neaulme
1732. grand in 8 ° . pages 165. sans la
Dissertation qui en contient 100. L'Ouvrage
est écrit en Anglois.
Article des Nouvelles Litteraires.
&c.
LA MALADIE ANGLOISE , ou Traité
des Maladies des nerfs de toutes les espe-.
ces , de la rate , des vapeurs, des maladies
Hypocondriaques et Histeriques
divisé en trois Parties. Par George Cheyne,
Docteur en Medecine , Membre du College
des Medecins d'Edimbourg , et de
la Societé Royale de Londres , in 8 .
L'Ouvrage est en Anglois.
De Genêve. Fabri et Barillot ont imprimé
les deux Ouvrages suivans , composez
par l'Auteur des Lettres sur les Anglois
A O UST. 1734. 1803
glois , sur les François et sur les voyages.
Le Monde fou préferé au Monde Sage,
nouvelle Edition , revüe , corrigée et augmentée
d'un Entretien sur l'utilité des
-Promenades. in 12. 2. vol . la premiere
Edition de ce Livre parut en 1731.
Le Systême des Anciens et des Moder
nes , concilié par l'exposition des sentimens
differens de quelques Theologiens,
sur l'Etat des Ames separées des Corps ,
en 14 Lettres. vol. in 12 .
D'Amsterdam. Les Westeins et Smith
avec Chatelain et Hofhout , publieront
incessamment l'Edition des Avantures de
Telemaque , par Messire François de Salignac
de la Mothe Fenelon , in 4° . qu'on
avoit annoncée dans les Nouvelles Litteraires
du Tome V. deuxième Partie de
cette Bibliotheque , aux pages 481- et 82 .
Outre les 24 Tailles-douces , le Frontispice
de M. Picart , et le Portrait de l'Auteur
gravé par Mrs Drevet , Pere et Fils ,
à Paris &c. dont on y a fait mention .
Cette Edition sera ornée de Vignettes à
la tête , et de Culs de Lampe à la fin
de chaque Livre , et enrichie d'une Piece
originale qui a pour titre ; Examen de
Conscience pour un Roy , faie de la
même main que le Telemaque , et dans
Fiij la
1814 MERCURE DE FRANCE
la même vuë d'instruire Monseigneur le
Duc de Bourgogne de toute l'étendue des
obligations qu'il auroit à remplir en regnant
. Ce Manuscrit écrit en entier de
la propre main de M. de Fenelon , Archevêque
de Cambrai , apartient à Son Excellence
M. le Marquis de Fenelon , Ambassadeur
de S. M. T. C. à la Haye , petit
Neveu de l'Auteur , qui a dirigé, et revû
cette Edition. On y trouvera aussi une
nouvelle vie de l'Auteur. Cette vie renferme
bien des Anecdotes , et des Faits
curieux , dont Le Public n'a été que
peu ou point instruit jusqu'à present.
Les Libraires en ont fait tirer un petit
nombre in folio sur du papier Imperial ,
et toute l'Edition in 4 est tirée sur du
papier Royal.
Les mêmes Libraires d'Amsterdam ,
vont aussi imprimer en deux volumes
in folio, le grand Ouvrage d'André Morel
, celebre Antiquaire , Andrea Morel
lii Thesaurus Numismaticus & c. Dans ces
deux volumes se trouveront 1 ° . Familie
Romane par ordre alphabetique 2 °. Nummi
veteres Familiarum incertarum , Miscellanei
, urbis Roma , et Hispania 3. Nummi
Consulares incerta fidei & c. Les Medailles
, qui sont en très grand nombre ,
ont été dessinées par Morel même sur
les
A O UST.
1815
1734.
les Originaux. Les Descriptions sont de
M. Harercamp, Professeur à Leyde. C'est
le Recueil le plus complet des Familles
Romaines qui ait jamais paru &c.
JOURNAL LITTERAIRE , année 1732
rge volume, premicre et seconde partie.
A la Haye , chez -Gusse et Neau!me 1732-
in 12. de 486. pages sans les Tables.
Nous continuons à faire connoître cet
Ouvrage , qui merite bien , à beaucoup
d'égards , d'être lû et recherché. Il suffira
d'en donner une idée succinte , en indiquant
les principaux articles.
TRAITE' DU DOGME DE LA PROBABI
LITE' , ou du choix et de l'usage qu'on
doit faire des opinions probables dans les
questions de la Morale ; divisé en deux.
parties, dont l'une est Historique, et l'aus
tre Dogmatique. Traduit du latin . A
Rheins , che Nicolas Potier 1731. in 8 °.
de 166. pages .
REFUTATION des Erreurs de Benoît de
Spinoza , par M. de Fencion , Archevêque
de Cambray , par le P. Lami , Bencdictin
, et par le Comte de Boulainvilliers ;
avec la vie de Spinoza , écrite par Jean
Colerus , Ministre de l'Eglise Lutheriene.
Fiiij A
1816 MERCURE DE FRANCE
A la Haye , augmentée de beaucoup de
particularitez , tirées d'une vie manuscrite
de ce Philosophe, faite par un de ses amis.
A Bruxelles , chez F. Foppens 173 1. in 12.
158. pages et 480. pages.
DISSERTATION HISTORIQUE , Sur la Charge
d'Archi - Echanson de l'Empire , attachée
à la Couronne de Bohëme &c. A
Leipsick , chez G. Fritsch 1731. in 8º de
112. pages. L'Ouvrage est en Latin .
MEMOIRES de l'Académie , et de l'Institut
des Sciences et des Arts de Bologne.
A Bologne 1731 in 4° de 645. pages
, avec figures . En latin. Des seize articles
de Medecine dont il est parlé dans
ces Memoires , on ne parlera que de
ceux -ci .
M.Mundini, rapporta à l'Académie un
fait bien singulier , et presque incroiable.
Une Religieuse âgée de 22. ans , ensuite
d'une suppression de regles ,pour laquelle
on lui donna les remedes convenables ,
rendit par jour 43. livres d'urine au
moins pendant l'espace de 97. jours ; au
bout de ce temps , cette prodigieuse quantité
diminua jusqu'à 12. livres , ce qui
dura ainsi pendant quatre mois : ce qui
aug nente la merveille , c'est qu'elle ne
buvoit
A OUST 1734. 1817
1
BC
、་
buvoit point , elle abhorroit même les
liquides ; elle mangeoir peu , tout auplus
deux livres d'aliments par jour , et rendoit
à proportion par les selles ; elle dormoit
bien , et se portoit de même ;
quoique foible . M. Mundini attribïe la
cause d'un fait si étrange à la suppression
de la transpiration insensible , et à une
immense quantité de parties aqueuses ,
qui alloient se mêler dans le sang par la
respiration .
M. Molinelli , rapporta l'Histoire d'un
homme en qui la nature elle même avoit
fait l'operation de la taille , sans abscès
presque sans douleur , par une ouverture
qui se fit au Perinée , et qui au bout de
quelques jours fut as ès dilatée pour laisser
passer une pierre du poids de deux
onces et- demi. Mais le malade âgé de 70.-
ans garda le reste de ses jours une fistule.
M. Puzzi raconta à l'Académie .
deux faits qui furent jugez singuliers, d'un
enfant , qui deux jours après sa naissanceavoit
les mammelles pleines de lait , et
d'une Dame qui n'avoit ses regles que :
dans les mois de grosse se.
Une Dame enceinte étant tombée malade
, reçûr quelques lavements d'huile
qu'elle ne rendit point. Elle accoucha à
terme d'une fille , qui rendit par haut et
Ev part
1
1818 MERCURE DE FRANCE
par bas , une quantité considerable d'huile
pure , et point du tout alterée.
Le Journaliste s'est étendu autant qu'il
lui a été possible sur l'Extrait de ce Livre,
qui est des plus curieux en ce genre ,
Extrait qu'il n'a pas achevé , et dont il
promet de s'acquitter dans le Journal
suivant.
GEORGII D'ARNAUD , de Diis Tapedpess
sive Adsessoribus et Conjunciis Commentarius.
Haga Comitis 1732. in 8 ° . pp.
220 , Commentaire sur les Dieux Assesseurs
et Associez &c. Cet Ouvrage d'un
jeune Antiquaire , est rempli de recherches
curieuses , et d'une érudition agreable
qui remplissent 28. Chapitres entiers.
Notre Journaliste en fait un Extrait qui
mérite d'être lû.
Parmi quelques livres frivoles contenus
dans les Nouvelles Litteraires , on
trouve , pour se dedomager , les Dissertations
Philosophiques de M. Theodore
Hascus , au nombre de XI . publiées depuis
sa mort sous ce titre THEODORI
HASEI &c. Dissertationum Philologicarum
Sylloge. Brema 1731. 8 ° . pp. 650.
Ces Dissertations sont interessantes et
peuvent éclaircir plusieurs endroits de
PEcriture , qui regardent la Physique &c.
Nous
A O UST . 1734. 1819
Nous avons été surpris , au reste , de
trouver à la page 259. de ce Journal , une
Critique assez mal fondée , et debitée avec
un air de confiance , du Fait rapporté
par
le P. de Montfaucon dans son III,
Tome des Monuments de la Monarchie
Françoise , qui concerne le Duel d'un
Gentil homme de la Cour du Roy Charles
V. contre un Chien : Fait jusqu'ici
non contesté en France , et qui ne peut
gueres souffrir de contradiction , que par
Gens difficiles , mal instruits, et qui doutent
de tout . L'Auteur de cette Critique
doit s'attendre , sans doute , à une :
Réponse .
M. Morel , Lieutenant General de
Troyes , nous a fait l'honneur de nous
envoyer le Programme suivant d'un Ouvrage
de sa composition.Le projet est des
plus loüables , et ne sçauroit être executé:
par une meilleure main .
PROJET d'un Ouvrage concernant
la Ville de Treyes.
A Ville de Troyes est considerable par son
ancienneté. Elle a l'avantage d'être la Capi- .
tale d'une des plus grandes Provinces du Royaume.
Son Eglise conserve des Monumens ie peetables
de la pieté des Princes , ou de ses anciens
Habitansı »
1820 MERCURE DE FRANCE
.
Habitans . Elle est recommandable par le grand
nombre de Saints ou de sçavans Personnages
ausquels elle a donné la naissance , ou qui l'ont
illustrée. L'Histoire nous rapporte des traits
honorables de son ancienne Noblesse . Ses Jurisdictions
sont multipliées et s'étendent dans un
grand ressort. Enfin elle conserve des titres glorieux
de l'opulence et de l'étenduë de son Commerce
, et il semble que le Ciel et le climat concourent
à le favoriser.
Tant d'avantages réünis , méritoient , ce semble
, des Historiens ou d'autres Ecrivains ;
et néanmoins nous ne voyons sur toutes ces matieres
que de légers Essais . On peut seulement en
excepter la Coutume de cette Ville , dont nous
avons trois Commentateurs , M. Jean Rochette ,
Conseiller en la Prévôté de la même Ville , M.Pierre
Pithou , Avocat au Parlement , et M. Louis le
Grand , Conseiller au Bailliage et Siege Présidial .
Sur les autres matieres les Auteurs qui concernent
la Ville de Troyes sont en bien petit
nombre . On trouve d'abord quelques fragmens
dans les Ouvrages de Mrs Pithou et de quelqu'autres
, et quelques Brochures d'Auteurs anonymes.
L'Ouvrage le plus considerable est celui de
M. Nicolas Camusat , Chanoine de l'Eglise Cathédrale
, intitulé , Promptuarium sacrarum Antiquitatum
Tricassina Diocesis ; et ce Livre , ou si
l'on veut en expliquer le titre , ce Magazin ou
Garde Chartres , commence à devenir rare.
Un autre Auteur, dant le Livre devient encore
plus rare et dont le titre n'est pas moins recherché
que le précedent , est Nicolas Desguerrois ,
Pénitencier de l'Eglise de Troyes. Son Ouvrage
est intitulé ‘ Ephimeris Sanctorum insignis Ecclesia
AOUS T. 1734 182T
sia Trecensis ; et l'on voit que ce petit Livre n'an
nonce qu'un simple Calendrier , qui n'est propre
ment que l'abregé d'un plus gros Livre,du même
Auteur intitulé , La Sainteté Chrétienne , qui con
tient laVie des Saints et des Evêques de Troyes.
En parlant de ce qui concerne l'Eglise de Troyes,
on peut ajoûter Les Statuts Synodaux du Diocèse,
imprimez en 1729, et qui ne remontent pas plus
haut que l'année 1652 .
Nous n'avons d'ailleurs aucun Ecrivain parti
culier sur l'Histoire Civile , sur la Noblesse , ni
sur les Jurisdictions de Troyes , mais seulement .
trois petits Volumes qui ne sont que des Collections
imparfaites , le intitulé les Reglemens des
Manufactures , le 2. Reglement de Folice Militaire
, et le 3. La Mairie et Echevinage de la Villede
Troyes..
Mais au deffaut d'Ecrivains nous possedons
un grand nombre de Chartres , de Titres ou de
Reglemens , répandus dans les Archives des Egli
ses ou des Tribunaux, et beaucoup de Pieces fugitives
dispersées dans les Cabinets de differentes
Personnes . De toutes ces Pieces , les anciennes ,
quoiqu'importantes , commencent à périr , et
déja on ne retrouve plus quelques Chartres rapportées
par M. Canusat , les autres Pieces plus
modernes se perdent , quoiqu'elles ayent sou
vent leur utilité .
L'obligation où je me trouve assez fréquemment
de rechercher les Titres pour les Affaires
publiques de la Ville , ou pour celles des Corps et
des Particuliers , m'a engagé d'en rassembler un
nombre qui monte aujourd'hui à environ douze
cent , et inon zele pour la Ville de Troyes , me
porte à augmenter ces Collections pour l'avantage
de ses Citoyens , et de les donner au l'u
blic pour en empêcher la peite.
1822 MERCURE DE FRANCE
Le dessein que je me propose se renferme dans
l'étendue du Diocèse de Troyes et dans le ressort
du Bailliage et du Présidial, et mes recherches
se réduisent à quatre objets..
Le 1. l'Eglise Cathédrale , les autres Eglises
de la Ville et du Diocèse et les Hôpitaux .
Le 2.la Noblesse et les Terres Seigneuriales.
Le 3. les Jurisdictions du Bailliage , du Préaidial
et autres , et notamment l'Hôtel de Ville.
Le 4. le Commerce et les Manufactures.
J'ose esperer que les Compagnies , les Corps ,
les Communautez et même les Particuliers , voudront
bien concourir et m'aider dans l'execution
d'un dessein qui ne tend qu'à leur avantage et à
Phonneur de leur Patrie. Et je me flate encore des
mêmes secours de la part de ceux qui sçavent
genereusement mettre à profi: pour le bien particulier
, le goût general qu'ils ont pour le bien
public.
Sur le 1. objet , je demande les Titres de Foudation
ou d'Erection des Eglises , Chapitres ,
Abbayes , Prieurez , Monasteres , Cures , Succursales
, Chapelles et autres Bénefices .
Les Titres des Droits de Patronage , Présentation
, Collation ou Nomination aux mêmes
Bénefices.
Les Noms des Saints Patrons , les Reliques ou
autres dévotions de chaque Eglise .
Les Reglemens particuliers pour le Spirituel.
Les Revenus , Droits et Reglemens pour le
Temporel , Commitimus , Garde- gardienne , et
autres Titres.
Sur le 2. objet concernant la Noblesse , je supe
plie les Seigneurs ou autres , de me faire communiquer
les Titres d'Erection ou autres , des
Terres en Duchez , Marquisats , Comtez , Ba-
Ionies
A O UST. 1734. 1823
ronies , Châtellenies , Fiefs , hautes , moyennes
et basses Justices ou Justices foncieres , ou du
moins des Extraits pour les Pieces qui seroient
trop longues.
Les Titres de Franc- aleu Noble ou Roturier ,
et de Bourgeois du Roy ou des Seigneurs , et les
Titres des Communes.
Les Lettres Patentes ou autres Titres de Concession
ou Possession des Droits Seigneuriaux et
des Privileges , Foires , Marchez , Peages , &c.
Les Arrêts ou Jugemens notables rendus sur
ces matieres .
Les Génealogies ou Titres honorables des Familles
qui font leur résidence , ou qui ont des
Terres dans le ressort du Bailliage et du Présidial .
Sur le 3. objet concernant les differentes Juris
dictions , on recherchera ce que notre Coûtume.
a de singulier dans plusieurs de ses Articles et les
Jugemens qui nous sont propres , répandus dans
les differens Auteurs ou dans les Greffes , ausquels
ou joindra ceux qui nous seront communiquez.
Enfin sur le 4. objet qui regarde le Commerce
et les Manufactures de Troyes , on foüillera dans
les Bureaux et dans les dépôts des Corps et des
Communautez pour mettre au jour tout ce qui
sera interessant pour le Public ou pour les Particuliers.
Je ne manquerai pas d'avoir une attention
exacte à faire honneur à ceux qui voudront bien
m'aider dans ces recherches et dans l'execution
de mon dessein ; mais je supplie ceux qui m'adresseront
des Titres particuliers , de les faire signer
par quelque Personne connuë.
* Tous ces Titres et tous ces Mémoires pour-
Dat servir dans la suite de matériaux pour com .
poser
1824 MERCURE DE FRANCE
poser une Histoire de la Ville de Troyes ; mais
mon Projet quant à présent se réduit å rassembler
ces Pieces pour la conservation des Droits de
nos Concitoyens et de ceux du Ressort.
Je conviens que ce Projet est plus utile qu'agréable
, et en effet mon objet ne tend qu'à l'uti-
Lité publique ou particuliere. Neanmoins pour ne
le pas priver de tout agrément , je me propose de
rapporter tous les faits principaux et interessam
de notre Histoire Ecclesiastique et Civile , distribuez
sous les quatre objets précedens , et c'est
ce qui me détermine à intituler cet Ouvrage ;
ANNALES et Titres de la Ville de Troyes es
de son Ressort.
On s'adressera à M. Morel , Lieutenant Gene
ral au Bailliage et Présidial de Troyes , et il
prie que les Pieces de dehors lui soient envoyées
par des voyes particulieres.
La Veuve Mazieres et Jean Baptiste
Garnier , Libraires , ruë S. Jacques , à l'a
Providence , viennent de publier une
Lettre Latine , adressée à M M. les Doc
teurs de Sorbonne sous ce titre : VENERANDO
DOMINO Seniori , et omnibus ac
singulis Domus Societatisque Sorbonica Doc
toribus , ac Magistris. L'Auteur nous
prie d'avertir qu'il s'est glissé deux fautes
d'impression , l'une à la page 2. ligne 17 .
où au lieu de visa est , il faut lire visa
sit ; l'autre à la page 19. ligne derniere ,
où au lieu de consignent , il faut lire consignetur.
A O UST. 1734 1829
Il va paroître incessamment une seconde
Edition du Traité de l'Opinion , à laquelle
l'Auteur a fait des changemens
considerables.
On a fait à Londres au mois de Juin
dernier , une Experience qui mérite
d'être rapportée. Un bon Laboureur
proposa à quelque Membre de la Societé
Royale , de se laisser mordre par un Vipere
, et ensuite de se laisser guerir. On
accepta la proposition . Quarante personnes
lui donnerent cinq Schellings chacune
, et pour ces pieces il risqua sa
vie. Ayant donc irrité la Vipere , il s'en
fit mordre à la main en deux endroits.
A la deuxième morsure, le sang vint , et
le bras enfla . Aussitôt on lava la playe
avec de l'huile , et dans le temps qu'il
tomboit en foiblesse , on lui donna qu'elques
remedes qui le firent revenir . Le sixième
jour il se porta parfaitement bien ,
mais non pas disposé à recommencer. Si
bien qu'à present on a un remede qu'on
regarde comme sûr , pour guerir en pareils
cas.
On nous prie de publier que le sieur
Lasson , Medecin à Chalons en Champagne
, a un Specifique particulier contre
les maladies secretes , qui n'oblige point
son
S26 MERCURE DE FRANCE
son malade à garder le lit , et encore
.moins la chambre.
Un autre Specifique contre les Caneers,
Ulceres , et autres maladies de cette
nature.
La quatorziéme Estampe d'après Philipe
Wouvermens parofi gravée comme
les precedentes , par le sieur Mayrean ,
chez lequel elle se vend , rue Galande
vis- à - vis S. Blaise. C'est un Paysage en
large , avec Figures et Animaux , et une
CASCADE vers le milieu d'après un
Tableau du cabinet de la Comtesse de
Veruë.
Il paroît un Portrait en Estampe , de
la Czarine, gravé par le sieur C. Ray , d'après
un Portrait original de cette Princesse
, peint par le sieur Caravaqu ?, avec
cette Inscription au bas de l'Estampe
ANNE JWANOWA , Czarine de Moscovie ,
née le 7. Juin 1693. La Czarine est petite
fille d'Alexis Michaelowits , lequel laissa
en mourant trois Princes , Sçavoir Theodore
qui a regné peu et n'a point laissé
d'Enfans , Jean qui a regné deux ans , et
a laissé trois Princesses , et Pierre , qui a
regné après lui sous le nom de Pierre I.
er qui s'est distingué par ses grandes
qualitez. &c.
La
AOUST. 1734. 1827
La posterité de Pierre étant éteinte en
la personne de Pierre II. son petit fils ,
mort en 1730. la Couronne a été deferée
à la Princesse qui regne aujourd'hui , comme
fille duCzár Jean ,frere ainé de Pierrel.
Elle a deux soeurs ; Catherine , qui est son
ainée d'un an , mariée au Duc de Meckelbourg
, et Paraskevie , qui n'a point
encore pris d'alliance , née en 1695 .
L'Estampe qui donne lieu à cet Artiele
, se vend , chez Odieure , Quai de l'Ecole
, à la Belle Image.
3
Il paroît aussi depuis peu deux nouvelles
Estampes , gravées par le sieur
Beaumont , d'après deux Tableaux d'une
composition galante et ingenieuse , de
M. N. N. Čoypel , où l'on voit un
Amour en l'air qui vient allumer son
Flambeau au feu tiré des rayons du Soleil
, par le moïen d'un Verre , que deux
belles personnes tiennent & c .
Suite des Medailles du Roy.
Des deux dernieres Medailles qui ont
été frapées pour le Roy , et dont nous
donnons ici la gravure des Revers , la premiere
fût présentée à S. M. le jour de
S. Louis dernier , suivant la coutûme.
On voit sur son Revers, partie d'un grand
et
1828 MERCURE DE FRANCE
et beauchemin , dont les bords sont plantez
d'Arbres , et la Déesse des Voyes publiques
, telle qu'elle est representée sur
des Medailles de l'Empereur- Trajan
portant la main droite sur une Roue , et
appuiée du bras gauche sur un Cippe
où sont ces mots abbregez OPT. PRINC.
et pour Legende VIE PUBLICÆ . Dans
l'Exergue M DCC XXXIII.
•
L'autre Medaille a été présentée au Roy
le premier jour de cette année. Sur le Revers
est le Plan du Fort de Kel , avec ces
mots KELLA RECEPTA , et dans l'Exergue
XXVIII. OCTOBRIS M DCC XXXIII .
SUR LA PRISE DE PHILISBOURG ,
Pour la Fête du Roy:
BuUvons tretous , chers Camarades ,
A la santé de notre Roy ;
Il nous faut de trente razades.
Chomer sa Fête , allons , à moy.
J'ons forcé dans liau les murailles
De Philisbourg , je l'avoms pris.
Fiars Miliciens , faisons ripailles ,
Chantons , dansons , Vive LOUIS.
Les Paroles et la Musique sont de
M. Morel.
1
faire , pour y
- Inalie , dont les Fêtes légeres s'accommodent
mieux de la saison brulante.
Melpomene expose en ces termes le sujet
qui l'oblige à remonter sur le Parnasse .
Peuples
r
'ons force ...
De Philisbourg , je l'avoms pris.
Fiars Miliciens , faisons ripailles ,
Chantons , dansons , Vive LOUIS .
Les Paroles et la Musique sont de
M. Morel.
1
A OUST. 1734. 1829
et tat statatest
SPECTACLES.
EXTRAIT du nouveau Ballet des
Fêtes Nouvelles , annoncé dans le dernier
Mercure , dont l'Académie Royale
de Musique donna la premiere Repré
sentation le 22. du mois dernier.
Claire ,quoiqu'il ne soit pas sans mé-
Ouvrage n'a pas eu le bonheur de
rite, tant de la part du Poëte, que de celle
du Musicien . Le Poëte a avoué de bonne
foi qu'il n'en avoit pas attendu beaucoup
de succès, et qu'il ne l'avoit point destiné
au Théatre , mais seulement à des Concerts
particuliers. Voici l'Extrait de ce
Poëme.
Le Théatre représente au Prologue un
Lieu où l'Eté commence à faire sentir
ses ardeurs . Melpomene , dont les Jeux
brillent avec plus d'éclat pendant l'Hy
ver que pendant l'Eté , se prépare à quit
ter le Rivage de la Seine , pour y faire
place à Thalie , dont les Fêtes légeres s'accommodent
mieux de la saison brulante.
Melpomene expose en ces termes le sujet
qui l'oblige à remonter sur le Parnasse .
Peuples
830 MERCURE DE FRANCE
Peuples fortunez de la Seine ,
N'esperez pas que Melpomene .
Puisse encor vous offrir ses Spectacles pompeux ;
L'Eté par sa brulante haleine ,
Malgré moi me bannit dè ce séjour heureux.
Elle invite sa Suite à chanter pour la
derniere fois des Sujets qui lui conviennent
; elle s'exprime ainsi :
Vous qui chantez la Paix , vous qui chantez la
~ guerre ,
Jeux divers , soumis à mes loix ,
Celebrez en ce jour mes adieux à la Terre
Par les divins accents de vos charmantes voix:
Les Choeurs executent les ordres de
Melpomene par ces chants alternatifs.
(Chantons la Guerre et ses allarmes,
Chantons les douceurs de la Paix ;
La seule Bellone a des charmes.
Astrée a cent fois plus d'attraits .
Ce double Choeur a parû très - beau.
Melpomene s'étant retirée avec sa Suite
: Thalie vient lui succeder ; elle fait à
son tour son exposition par ces Vers :
La fiere Melpomene en vain ose prétendre
Qu'elle doit elle seule occuper vos desirs ;
Ecoutez
A O UST. 1734. 1839
Ecoutez mes Chansons , et vous allez apprendre
•Que je puis à vos coeurs offrir d'autres plaisirs.
Elle appelle ainsi sa riante Cour auprès
d'elle.
yous que j'amene ici ; venez , Troupe charmante
Ranimez vos tendres accens ;
Charmez les coeurs , fattez les sens ;
De votre heureux retour que chacun se ressented
La Suite de Thalie vient composer la
Fête de ce Prologue par des Chants et
par des Danses qui caractérisent leur Souveraine.
Thalie expose les Fêtes nou
velles dont il s'agit par ces Vers :
Allez , aimables Jeux ; secondez mon envie
Par des Spectacles pleins d'appas ;
Ramenez les plaisirs dans ces heureux climats
Soutenez par vos chants la gloire de Thalie.
A la premiere Entrée , intitulée, Vlisse
et Circé , le Théatre représente les Jardins
de Circé , d'où l'on découvre la Mer.
Ilione , fille de Priam , ouvre la Scene
avec Phenice , sa Confidente ; elle prie les
Dieux d'adoucir la barbare Circé , dont
elle craint que les charmes ne s'exercent
sur Ulisse , comme ils se sont déja exercez
sur ses Compagnons , qu'elle a transformez
1832 MERCURE DE FRANCE
formez en Pourceaux. Phénice paroit sur
prise de l'amour de cette Princesse pour
le plus cruel ennemi de sa Patrie ; Ilione
lui expose la naissance de cet amour ; elle
ajoute qu'Ulisse est aimé de Circés que
ce Roy d'Itaque lui marque sa fidelité
par ses mépris pour sa Rivale ; elle dit
à Phénice d'aller presser Ulisse de se sauver
d'un séjour qui pourroit lui devenir
funeste ; elle finit cette Scene par ce Vers.
Cours , dis lui qu'il se sauve ; il n'importe à
quel prix.
Circé vient ; elle cause de nouvelles
allarmes à Ilione en voulant la rassurer
sur le péril d'Ulisse ; voicy comme elle
s'exprime :
Princesse , prenez part aux transports de mon
ame ;
Ulisse sensible à ma flamme,
Avec moi désormais va regner dans ces Lieux ;
Je lui rends ses Guerriers ; leur départ l'interesse;
Ils reverront sans lui la Grece ;
trouve auprès de moi sa Patrie et ses Dieux.
Elle ajoute qu'Ulisse dont elle étoit devenue
l'Esclave par le sort , lui rend la
liberté , et qu'il consent qu'elle aille en
Thrace pour y passer des jours tranquillos
auprès de Polymnestor , ancien Âllié
des
A OUS T. 1734. 1833
des Troyens ; ce soin d'Ulisse lui paroît
suspect , elle craint son infidelité. Elle
s'en plaint dans ce court Monologue :
Dieux cruels , pour combler les malheurs de ma
vie
Vous reste-t'il de nouveaux coups ?
Ulisse aime Circé ; ma tendresse est trahie ;
Ah ! vous m'avez porté le plus cruel de tous.
Ulisse vient ; Ilione lui fait de tendres
reproches ; il la rassure , et lui apprend
qu'il a feint d'aimer Circé , pour l'obliger
à lui rendre ses Compagnons , à les faire
partir et à la mettre en sûreté elle- même
dans la Cour de Polymnestor , où il ira
la rejoindre ; Ilione est rassurée du côté de
la fidelité de son Amant ; mais elle tremble
pour ses jours ; Ulisse calme cette
nouvelle crainte , en lui apprenant que
Mercure lui a mis entre les mains une
Fleur qui prévaut sur tous les enchantemens
; cette Fleur s'appelle Moly.
Circé vient annoncer à Ulisse le prochain
départ de ses Guerriers , qui viennent
lui faire leurs adieux. Ulisse pour
mieux tromper Circé , leur ordonne de
celebrer les attraits de cette Reine , son
Amante et leur Liberatrice ; ce qui fait
le
divertissement de cette premiere Entrée.
Après la Fête , ils montent sur
G
les
1834 MERCURE DE FRANCE
les Vaisseaux destinez pour leur départ
et pour celui d'Ilione.
Ulisse resté avec Circé , regarde
toujours du côté de la Mer , pour voir
si Ilione et ses Compagnons sont éloignez
du Rivage ; Circé paroît surprise
de son inquiétude , tandis qu'il devroit
se livrer tout entier à son amour. Ulisse
n'ayant plus rien à craindre pour sa Princesse,
ni pour ses Guerriers, cesse de feindre
auprès de Circé et lui parle ainsi ;
Reine , je ne dois plus me taire ;
Mes Guerriers sont partis de ce fatal séjour ;
J'ay mis en liberté l'objet qui m'a sçû plaire ›
Ai-je besoin encor de feindre de l'amour ?
Circé , furieuse , appelle les Démons à
sa vengeance ; Ulisse les met en fuite, par
la vertu de la Fleur que Mercure lui a
donnée ; il quitte sa trop crédule Amante
; elle s'abandonne à son désespoir et
se détermine à ne plus livrer son coeur
qu'au penchant qui la porte à faire des
malheureux.
Le Bal Champêtre est le sujet de la seconde
Entrée. Le Theatre represente
des Allées qui forment l'avenuë d'une
Maison de Campagne,
Themire ouvre la Scene par un Monologue;
A OUS T. 1734. 1835
logue : Elle aime Damon , qu'elle soupçonne
d'aimer Cephise ; elle se plaint de
la préference qu'il donne à sa Kivale.
Damon vient; il entretient Themire dans
une erreur dont il prétend profiter . Themire
irritée le quitte et lui défend de la
voir jamais.
·Lycidas , Ami de Damon , vient lui
demander si sa feinte a réussi . Lycidas lui
répond qu'il est bien puni d'avoir suivi
son conseil , et que Themire vient de le
bannir pour toujours ; Lycidas lui dit de
continuer à feindre d'aimer Cephise pour
rendre Themire encore plus jalouse ; il
appuye ce conseil de cette maxime :
Les serments d'une ardeur sincere
Trompent mille Amants chaque jour ;
Le dépit jaloux , la colere ,
Sont les vrays garants de l'amour.
On auroit voulu que cette troisiéme
Scene eut été la premiere; les Spectateurs,
a-t-on- dit , n'auroient pas pris le change
; ils auroient été plutôt au fait ; la
clarté est préferable à tout , et l'on veut
d'abord sçavoir à quoi s'en tenir ; peut•
être l'Auteur s'est détourné de cette route
comme trop batuë ; mais c'est la plus
sûre. Damon s'abandonne aux conseils
de Licidas. Gij Les
1836 MERCURE DE FRANCE
,
Les Masques qui doivent composer le
Bal Champêtre , arrivent ; Cephise est
l'ordonatrice de la Fête ; mais l'Auteur
ne lui fait rien dire ni rien faire qui
puisse augmenter la jalousie de Themire .
Un orage qui survient dissipe cette Troupe
joyeuse ; Damon et Themire restent ,
quoiqu'ils n'ayent pas moins à craindre
que les autres ; c'est ce qu'on a reproché
à l'Auteur , il avoit prévû l'objection ,
et il avoit cru y répondre d'avance en
faisant dire à Damon ;
Le Ciel devient serein ; nous n'avons rien
craindre ,
L'orage passe en d'autres lieux , &c.
Mais pourquoi , disent les Critiques ,
les autres Masques ne restent- ils pas ?
L'Auteur peut répondre à cela queDamon
et Themire ont un interêt plus pressant
qui les oblige à rester : il seroit , sans
doute , à souhaiter que les Spectateurs
se prétassent un . peu plus aux raisons
des Auteurs ; ils en veulent souvent de
trop bonnes, pour accorder leurs suffrages.
Damon et Themire s'éclaircissent;
Damon dit à son Amante que ses rigueurs
l'on réduit à cette feinte , et Themire lui
répond tendrement :
Yous
AOUST
17341837
1.
Vous mériteriez ma colere ;
Vous m'avez arraché mon secret malgré mới 1
La Scene finit par ce due :
Cessons , cessons de nous contraindre
Goûtons les biens les plus parfaits ;
Non , non , je ne sçaurois plus feindre ;
Je vous jure , je vous promets ,
De vivre pour vous à jamais.
La Troupe des Masques écartée par
l'orage , est ramenée par la serenité du
Ciel. Cephise chante
Je voudrois aimer , je ne l'ose ;
On me vient conter chaque jour
Que pour quelque plaisir que nous donne l'A
mout
A mille maux il nous expose ;
Je sens que l'avis est trompeur ,
Et qu'on est heureux dans ses chaînes ;
Mais quoiqu'il en coute à mon coeur ;
En faveur des plaisirs , je veux risquer les peines .
Quoique cette maxime ait fait rire ;
elle n'en a pas paru moins jolie à bien des
gens ; mais il est toujours triste pour un
Auteur , d'avoir mis ses juges de mauvaise
humeur.
Giij Le
1838 MERCURE DE FRANCE
Le Triomphe de l'Amour sur Bacchus, est
le sujet de la troisiéme Entrée ; c'est la plus
belle des trois , et le succès du Balet auroit
été sûr, si les précedentes y eussent répondu.
Anacreon en a fourni l'idée à l'Auteur ,
et on a trouvé qu'il l'a ingénieusement
mise en oeuvre: voici de quoi il s'agit.
Thesée a abandonné dans l'Isle de Naxos
Ariane , Fille de Minos , qu'il avoit
enlevée à son Pere. Le Theatre représente
une Isle déserte ; on voit la Mer et
un Vaisseau dans l'éloignement. Ariane
rappelle envain son perfide Amant que
les vents emportent loin d'elle , et qui
n'est plus à portée d'entendre ses cris ;
ce premier Monologue est parfaitement
bien mis en Musique ; Ariane succombe
enfin à sa douleur mortelle et tombe
évanouie sur un lit de gazon.
•
Pendant l'évanouissement de cette déplorable
Princesse , l'Amour , transformé
en jeune Etranger, arrive,suivi de Zephire
qui commence l'exposition par ces Vers :
Thesée est éloigné ; ton attente est remplie ,
Mon zele encor pour toi peut- il se signaler
Suivre tes loix , Amour
envie ;
est ma plus cherè
Parle , je suis prêt à voler.
L'Amour continue de faire l'exposition
par cette réponse :
A O UST. 1734. 2839
Zephire , tu vois ma puissance ;
Je dispose à mon gré des coeurs ,
Je leur fais de mes feux sentir la violence ;
J'éteins , quand il me plaît , leurs plus vives ar
deurs.
Ce double emploi que l'Amour donne
à sa puissance , fait voir qu'il a rendu
Thesée infidelle et Ariane malheureuse .
ce qui oblige Zephire à lui faire ce reproche
, que l'Auteur du Poëme à joliment
mis en maxime ; et d'autant mieux , que
la maxime est en action .
Lorsque deux coeurs vivent en paix ,
Amour tu ne devrois jamais
Briser de si charmantes chaînes :
Si le soin de ta gloire occupe tes desirs ;
Pourquoi triompher par les peines ,
Quand tu le peux par les plaisirs ?
L'Amour , pour achever son Ouvrage ,
ordonne à Zephire de voler dans les airs,
et de pousser vers cette rive les Vaisseaux
de Bacchus qui apparemment n'en sont
pas bien éloignez . L'Amour touche
Ariane de son aic , pour la retirer de son
profond assoupissement. Ariane s'éveille,
l'Amour sans carquois , lui fait entendre
qu'il vient de faire nauffrage ; cette
Giiij Scene
184 MERCURE DE FRANCE
a
Scene est très- touchante ; Ariane est au
désespoir de ne pouvoir le secourir ; PAmour
la console et lui fait esperer un
sort plus doux . On entend un bruit de
guerre ; l'Amour quitte Ariane pour en
aller apprendre la cause ; on doit supposcr
que ce Dieu , Maître des coeurs
déja disposé celui d'Ariane à aimer Bacchus,
et qu'il va mettre les mêmes dispositions
pour Ariane dans le coeur du vainqueur
de l'Inde ,que Zephire a amené sur
ce rivage. Tout ce que l'Amour a projetté
a un plein succès ; Bacchus déclare
son amour à Ariane , qui se rend après
quelque résistance. Cette Scene est parfaitement
bien traitée. Elle finit par ce
duo.
Conservons à jamais une flamme si belle ;
Je goute en vous aimant un bonheur plein d'appas
,
Si vous deveniez infidelle
Quel seroit mon destin › hélas !
Conservons à jamais une flamme si belle.
Ariane ne veut point partir sans le
jeune Etranger Bacchus ordonne qu'on le
cherche ; l'Etranger revient et se fait connoître
pourl'Amour ; la suite de Bacchus
célébre le triomphe de l'Amour. Nous
finisA
O UST. 1734 : 1841
1
finissons cet Extrait par cet Air à boire
qui a fait beaucoup de plaisir, "
Charmants vainqueurs
Regnez toujours sur nos ames ;
De vos faveurs
Comblez à jamais nos coeurs,
Fils de Venus
Fais nous sentir tes flammes ;
Cher Bacchus ,
Fais couler pour nous ton aimable jus
Qu'il est doux
De vous suivre sans cesse !
C'est par vous
Qu'on vit sans tristesse :
Deux beaux yeux ,
Un souris gracieux
Un Nectar précieux,
?
Placent l'homme au rang des Dieux.
HERMENIGILDE , Martyr ,
Fragédie, représentée au College de LOUIS
LE GRAND , pour la distribution des
Prix , fondez par S. M. le Mercredy
4. Août.
SUJET.
ERMENIGILD B, fils de Leovigilde, Roy
Hdes Gots , ayant quitté l'erreur des Ariens
pour embrasser la Foy Catholique , ce chingement
lui attira une rude persécution de part
Gy
لع
1842 MERCURE DE FRANCE
de son Pere. Il la souffrit avec constance , mais
il défendit sa Religion avec un zele qui ne fut
pas toujours assez éclairé. Il prit les Armes pour
la soutenir , il demanda même du secours aux
Grecs qui étoient dans les Espagnes . Mais bientôt
trahi par ses Alliez et vaincu dans la Bataille qui
lei fut livrée par son Pere et dans laquelle il
évita toujours sa rencontre , il se retira dans une
Eglise , d'où étant sorti pour se remettre à la
clémence du Roy , il fut mis à de nouvelles
épreuves ; enfin ayant refusé de recevoir l'Eucha
ristie de la main d'un Evêque Arien , il reçût la
Couronne du Martyre. S. Gregoire , Pape , saint
Gregoire de Tours , Baronius , &e.
La Scene est dans le Camp d.Hermenigilde ,
près de Seville.
LES TABLEAUX
L
ALLEGORIQUES
DE LA VIE HUMAINE , Ballet
Moral, pour servir d'Intermede à la
Tragédie d'Hermenigilde.
E Génie allegorique est choisi pour instruire
les hommes. Premiere Entrée .
La plupart des hommes , même chez les Nations
les plus sensées , prennent la Folie pour
guide. La Folie , les Suivans de la Fokie , Espagnols
, François , et autres Nations.
Seconde Entrée. La Philosophie s'offre pour
ramener les hommes à la saine raison. On la rebute
, à cause de la secheresse apparente de ses
instructions. Philosophes , c.
Troisiéme Entrée . Le Génie allégorique ( qui
regne chez les Nations Orientales ) se présente
pour instruire les hommes par des figures sensibles
, qui en offrant un objet, cu font concevoir
AOUST. 1734. 1843
un autre , et voilent tellement les Veritez Morales
, qu'on les entrevoit sans peine , et même avec
plaisir. Les hommes qui suivoient la Folie , se
livrent an Génie allegorique , et reçoivent de lui
des instructions sur les idées qu'on doit se former
de la Vie humaine . Génie Allegorique , Suivants
, Turcs , Chinois &c .
Premiere Partie . La Vie humaine par ses altérations
est une suite de Saisons .
Premiere Entrée. L'Enfance est un Printemps ;
dans cette aimable Saison tout fleurit ; mais des
vents brulants qui succedent à la fraicheur des
Zéphirs , dessechent les fleurs et les font disparoître.
Printemps , Zéphirs , Jardiniers , jeunes
Gens , &c.
Seconde Entrée. L'âge formé est un Été et un
Automne . L'Activité et l'industrie y recueilleng
les doux fruits d'un travail pénible ; après quoi
il n'y a plus ni moisson ni vendange à faire.
Vents brulants , Moissonneurs , Bergers , Vendangeurs
, boc.
Troisiéme Entrée. La Vieillesse est un Hyver.
On en sent les glaces , quelque précaution qu'on
prenne. Le feu de l'âge s'éteint peu à peu , et aueun
feu artificiel n'est capable de le rappeller. -
Hyver , Aquilons , Hommes glacez de froid , Cyclopes
, &c.
Deuxième Partie. La Vie humaine par ses illu
sions est un songe.
Premiere Entrée. De jeunes gens remplis des
idées trompeuses du Plaisir , se livrent aux charmes
du sommeil . Des Songes les promenent dans
une Ifle enchantée. A leur réveil ils se voyent.
environnez d'objets effrayants et de Monstres
prêts à les dévorer . Jeunes Gens , Morphée, Son -
ges, Jeux et Ris , Monstres , &c.
Gvj. Seconde
1844 MERCURE DE FRANCE
Seconde Entrée. Des hommes occupez des
projets d'une folie ambition , s'imaginent en dormant,
qu'ils sont parvenus au faîte des honneurs.
Le réveil les fait descendre de leur grandeur ima
ginaire et les remet dans la place qui leur con.
vient. Maitre Paysan , Paysans , Songes agreables
, Courtisans , Suisses , ¿.c.
Troisiéme Entrée. Des Vieillards flattez de l'espoir
d'une espece d'immortalité sur la Terre ,
forment pendant leur sommeil le plan d'un Palais
, qui à leur réveil se trouve changé en Tombeau.
Vieillards, Diseurs de bonne avanture , Songes
qui bâtissent un Palais , le Temps , Génies funores
, &c.
Troisiéme Partie. La Vie humaine par ses
Ecueils et ses naufrages est une Navigation.
Premiere Entrée . De jeunes Hommes s'embarquent
sur une Mer infidelle , ayant l'amour aveugle
pour Pilote. Ce Dieu leur fait mettre à tous
un bandeau sur les yeux. La Navigation est bientôt
suivie du naufrage. Amour aveugle , Gênies
Rameurs , Génies Musiciens , Jeunes Gens , &c.
Seconde Entrée. Des Avares attirez par Plutus,
arrivent au nouveau Monde. Ils chargent tellement
leur Vaisseau, qu'il s'entrouvre et décharge
hommes et trésors au fond de la Mer. Plutus,
Hollandois , Sauvages , Europeens , &c.
Troisiéme Entrée. Des Buweurs se mettent en
Mer , sous la conduite de Bacchus et de Comus,
Dieu des Festins . Mais faisant la manoeuvre à
contre - sens , ils se brisent , et se perdent avec
leur Equipage. Bacchus, Comus, Suivants de Bacchus
, Suivans de Comus , jeunes Gens , Matelots ,
&.c.
Quatriéme Partie. La Vie humaine par sa brieveté
et son éclat passager est un Spectacle ou une
Fête publique. Premiere
A O UST . 1734. 1845
Premiere Entrée . Fête Rustique. Bergers , Paysans
, Bateliers , Sabotiers , c.
Seconde Entrée. Fête Bourgeoise. Plutus , Jeumesse,
Folie , Carnaval , Momus , Suivants , &c.
Troisiéme Entrée. Fête de Cour . Roy du Bal' ,
Seigneurs , Masques , c.
Ballet General. Les Hommes qui ont été instruits
par le Génie Allégorique , et qui ont goû
té ses instructions , lui en témoignent leur re- .
connoissance , en lui érigeant une espece de
Trophée.
Le Pere Porée , Professeur de Réthorique , est
P'Auteur de cet ingénieux Ballet , ainsi que de la
Tragédie. Le sieur Malterre a composé les Entrées
et a très- bien rendu chaque Caractere.
Le 19. Août , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre la Pastorale
d'Acis et Galatée , dont le Poëme est de
M. de Campistron , mis en Musique par
Made Lully. La derniere reprise de cette
Piece fut en Septembre 1725. on la don
na par extraordinaire à l'occasion des
Princes de Baviere qui souhaiterent
la voir pendant le séjour qu'ils firent pour
lors à Paris. La Dlle le Maure y chantoit
le Rôle de Galatée , elle le chante encore
à cette reprise avec de grands applaudissemens.
Cette Piece est parfaitement
bien remise au Théatre , et le Public la
revoit avec beaucoup de plaisir. Les Rô
les d'Acis et de Polypheme , sont remplis.
par les sieurs Tribou et Chassé.
1846 MERCURE DE FRANCE
Les Comédiens François continuent
toujours les Représentations de la Pupile,
que le Public ne se lasse point de voir et
d'applaudir ; nous en donnerons l'Extrait
dans le prochain Mercure.
Les mêmes Comédiens préparent une
Comédie nouvelle de M. Piron , intitulée
l'Amant Misterieux , en trois Actes et en
Vers ; cette Piece sera suivie des Courses
de Tempé , Pastorale , avec un Divertissement,
dont la Musique est de M.Rameau.
pre-
Le 16 Août , les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie de l'Heureux
Stratagême , de M. de Marivaux , représentée
avec succès au mois de Juin de
l'année derniere . Elle fut suivie de la
miere représentation d'une petite Comé
die d'un Acte en Prose , du même Auteur,
qui a pour titre la Méprise. Cette nouveauté
a été interrompuë après la troisiéme
Représentation .
Le 23 Août , les mêmes Comédiens
représenterent la Comédie de la Surprise
de la Haine , dans laquelle la Dlle Riccoboni,
Epouse du sieur Riccoboni , joüa
pour la premiere fois , le Rôle de Lucille,
qui est le principal de la Piece , avec toute
l'intelligence possible ; elle est fort ap
plaudie du Public , qui lui trouve beaucoup
A OUST. 1734. 1847
coup de talens . Elle est jeune , bien faite
et fort gracieuse ; elle joüa ensuite en
homme dans la petite Comédie des EnfansTrouvez
ou le Sultan poli par l' Amour,
( Parodie de Zaïre ) un Rôle de Gascon
et ne fut pas moins applaudie que dans la
premiere Piece.
Le 12. Août , l'Opera Comique donna
une petite Piece nouvelle d'un Acte en
Vaudeville , qui a pour titre , les Espaces
Imaginaires , suivie d'un nouveau Baller
figuré , dont l'execution a été applaudie .
Le 28. on donna encore deux autres
Pieces nouvelles d'un Acte chacune , intitulées
, la Fée Marotte et le Rival dangereux.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
RUSSIE.
'Escadre que commande l'Amiral Gordon ,
et qui étoit partie le 26. du mois de Juin de
la Rade de Dantzick , est arrivée à Cronstadt ,
où elle a conduit les Troupes Françoises qui se
sont embarquées au Farhwasser sur des Vaisseaux
Moscovites et qui doivent être transportées
incessamment à Coppenhague , selon ce qui
est porté par la Capitulation , dont leur Commandans
1848 MERCURE DE FRANCE
mandant est convenu avec le Comte de Munich
et le Duc de Saxe Wesseinfels .
Le Comte de Brackel , Ministre de la Czarine
à Coppenhague , a écrit à la Czarine que le Roy
de Dannemarck avoit promis d'employer ses
bons offices pour engager le Roy de France à
faire rendre la Fregate Moscovite que l'Escadre
Françoise à prise dans la Mer Baltique , et tous
les Moscovites qui étoient à bord de ce Bâtiment.
L
POLOGNE.
E 19 du mois dernier , l'Electeur de Saxe
arriva avec le Comte Sulkowski , son Grand
Ecuyer et M. Bruhl , l'un de ses Conseillers intimes
d'Etat , à l'Abbaye d'Oliva , où il tint le
lendemain un Conseil auquel le Comte de Munich
assista , et dans lequel on délibera principalement
sur la conduite que l'Electeur devoit
tenir avec les Seigneurs Polonois qui étoient à
Dantzick pendant le Siége
Le 21 , M. Zaluski , Evêque de Plocke , les
Princes Georges et Casimir Sapicha , M. Bielinski
, Maréchal de la Cour , et quelques autres
Palatins et Starosies , accompagnez du Comte.
de Munich et du Duc de Saxe Wesseinfels , se
rendirent chez l'Electeur.
Ce Prince alla le 22 voir l'Armée Moscovice
qui étoit en Bataille , il donna une épée garnie
de diamans d'un prix considérable au Comte de
Manich , et il fit des présens à tous les Officiers
Generaux.
Le jour suivant les Seigneurs Polonois qui
n'avoient pas encore prêté serment à l'Electeur
s'étant assemblez , le Comte de Munich leur
proposa de le prêter , mais le Comte de Poniatowski
A O UST. 1734 1849
towski , les Princes Czartorinski , M. Ossalínski
, Grand Tresorier de la Couronne , M. Rad
ziewski , ci devant Grand Maréchal de la Diette
d'Election et plusieurs autres refuserent de se
soumettre à cette formalité .
>
›
La Ville de Dantzick ayant nommé 13 Deputez
pour aller chez l'Electeur ils virent ce
Prince qui leur donna audience le 26 du mois
dernier . Dans cette conférence M. Leipski ,
Evêque de Cracovie , parla au nom de ce Prince
, qui fit sçavoir le lendemain aux Magistrats
qu'il consentoit que la Porte d'Oliva ne fut gardée
à l'avenir que par des Troupes de la Ville ,
mais qu'il ne pouvoit leur remettre le Fort de
Wechselmunde , parce qu'il étoit convenu avec
la Czarine qu'ily tiendroit uneGarnison Saxonne
jusqu'à l'entiere pacification des troubles qui
divisent le Royaume.
Les Prinses Czartorinski , le Comte de Poniatowski
, M. Ossalinski , Grand Tresorier de
la Couronne , et la plupart des autres Seigneurs
Polonois qui avoient été arrêtez le 23 Juillet , et
à qui l'Electeur avoit fait rendre la liberté le
jour suivant , se rendirent le 26 à l'Abbaye d'Oliva
, et après avoir eu un long entretien avec le
Comte de Wratislaw , Ministre de l'Empereur
le Duc de Saxe Wesseinfels , le Comte de Munich
, et le Comte de Leuvolde , Grand Ecuyer
de la Czarine , tous , à l'exception des Starostes
Merschki et Rosalinski , l'un et l'autre de la
Maison de Sapieha , se déterminerent à prêter
serment à l'Electeur , à condition qu'on feroit
plusieurs changements à la formule qui leur
avoit été presentée ; ils rendirent visite le même
jour à l'Electeur , qui les ayant reçus avec beaucoup
de marques de distinction , les invita à dîner,
1850 MERCURE DE FRANCE
et ce Prince témoigna à Paîné des Princes Czartorinski
, et au Comte de Foniatowski , qu'il
desiroit d'avoir auprès de lui quelques- uns de
leurs Enfans . '
L'Electeur a fait demander le Diadême , et les
autres Ornements Royaux à M. Ossalinski , qui
s'est excusé de les lui remettre , parce que certe
démarche seroit contraire au serment qu'il a fait
Ca prenant possession de la Charge de Grand
Tresorier , et l'on est convenu qu'on les porteroit
à Cracovie , où ils seroient remis dans le
Tresor.
M. Radziewski , ci- devant Grand Maréchal
de la Diette d'Election , ayant refusé de déclarer
où étoit le Diplôme de l'Élection du Roy , et de
signer un Acte par lequel on vouloit qu'il reconnut
qu'elle avoit été faite irregulierement ,
et contre les Constitutions du Royaume , fut
conduit à Elbing par ordre du Comte de Munich .
Le Primat a été transferé de Dierschaw à Elbing
, où l'on a conduit M. Radziewski , cidevant
Grand Maréchal de la Diette d'Election ,
et les autres Seigneurs qui n'ont pas voulu prêter
serment à l'Electeur.
Le bruit court que la plupart des Gentilshommes
du Palatinat de Cracovie ont abandonné le
parti de l'Electeur pour se déclarer en faveur du
Roy que quelques Seigneurs du même parti
ont suivi cet exemple , et que la Noblesse de
plusieurs Provinces est prête à faire une nouvelle
Confederation pour soutenir les droits de Sa
Majesté .
On assure aussi que le Comte Vileps Oginski
et les autres Seigneurs Lithuaniens , qui servoient
dans le Corps des Troupes du Comte Pocci ,
l'ayant soupçonné d'entretenir quelque intelligence
A O UST. 1734 7851
gence avec le Comte de Munich , lui avoient
ôté le Commandement , et s'étoient assurez de sa
personne.
L'Electeur de Saxe avant son départ pour retourner
dans ses Etats , a choisi l'Evêque de
Cracovie et M. de Bulow , l'un de ses Conseillers
Privez., pour travailler conjointement avec
le Comte de Wratislaw , Ministre de l'Empereur
et le Comte de Lewolde , ci- devant Ambassadeur
de la Czarine , auprès de la Republique de Pologne
, à l'arrangement de plusieurs affaires qu'il
n'a pu terminer pendant son séjour à l'Abbaye
d'Oliva , et ce Prince a chargé le Duc de Saxe
Wesseinfels , de regler avec le Comte de Munich
le tems du départ des Troupes Saxonnes , leur
marche et la discipline qu'on leur fera observer .
>
Il avoit été résolu dans le Conseil que l'Electear
tint le 30 du mois de Juillet de tenter
d'assembler une Diette dans six semaines mais
quelques-uns des Seigneurs attachez à son parti,
lui ayant representé les difficultez qui s'oposoient
à l'exécution de ce dessein , il s'est contenté de
faire publier qu'il n'inquiéteroit point , au sujet
de leur conduite passée , tous ceux qui dans un
tems prescrit se soumettroient à son autorité ;
mais que ceux qui après ce terme refuseroient de
le reconnoître , seroient traitez comme ennemis
de la Patrie , et privez de leurs Dignitez et de
leurs biens.
Les Ministres de l'Electeur , qui avoit fait
demander à la Ville de Dantzick 800000 écus
pour les frais de la guerre , ont fait esperer depuis
son départ , qu'il modereroit cette prétention
, et les Magistrats ont offert de payer tooooo
écus en differents termes , s'il vouloit consentir
à retirer du Fort de Wechselmunde les Troupes
qui y sont en Garnison.
1852 MERCURE DE FRANCE
Le 1. de ce mois , l'Evêque de Cracovie , que
l'Electeur avoit chargé de recevoir en son nom
les assurances de la soumission des Habitans de
la Ville de Dantzick , s'y rendit du Convent d'Oliva,
et y étant entré au bruit d'une salve generale
de l'Artillerie des Remparts, il alla â l'Hôtel
de Ville , où les Magistrats et les Députez de la
Noblesse et de la Bourgeoisie , prêterent le Serment
dont on étoit convenu.
LE
DANNEMARCK .
E Commandant de l'Escadre Françoise qui
est à la Rade de Coppenhague , a fait remettre
au Baron de Brakel 127. Moscovites , pris
sur la Frégate dont cette Escadre s'étoit emparée
dans la Mer Baltique , et on croit que cette Frégate
sera incessamment renvoyée de France , ainsi
que les 200. Moscovites qu'on y avoit conduits.
ALLEMAGNE.
'Electeur de Baviere , malgré toutes les représentations
qui lui ont été faites de la part
de l'Empereur , persiste dans la résolution de ne
point accorder le passage dans ses Etats aux
Troupes de son Cercle , à moins que les Princes
et les Etats de qui elles dépendent , n'acceptent
les conditions qu'il a proposées.
On apprend par les Lettres de Dresde , que
l'Electeur de Saxe y étoit arrivé de Dantzik le 2 :
de ce mois , et qu'il devoit être suivi du Duc de
Saxe Wesseinfleds .
ITALIE .
L
E Comte de Lagnasco , Ministre de l'Electeur
de Saxe , a fait publier à Rome l'Acte
de Soumission à ce Prince , que les Moscovites
out
A OUST. 1734. 1853
ont forcé une partie des Seigneurs Polonois qui
étoient dans la Ville de Dantzick , de signer.
On a eu avis de Genes , que les Habitans de
Final avoient été déterminez par les Remontrane
ces de Mrs Ansaldo , Grimaldi et Doria ,› que la
République leur avoit envoyez , à rendre la liber,
té au Gouverneur et à la Garnison de leur Ville ,
et à terminer amiablement leurs differens avec le
Sénat,
DE NAPLES.
Es Imperiaux qui sont dans Civitella del
Tronto , ayant refusé de se rendre ,il a cré
résolu de faire le Siege de cette Ville en mêmetemps
que celui d'Aquila.
Le Prince d'Ottajano et le Prince Strajano-
Marini , sont arrivez à Naples , et ils ont été reçûs
très - favorablement par le Roy , qui les a
rétablis dans la possession de tous leurs biens .
Les Galeres Françoises que commande le Che
valier d'Orleans , Grand- Prieur de France et qui
étoient depuis quelque temps à Reggio , en sont
parties pour aider les Troupes qui font le Siege
de Gallipoli , a s'en emparer.
On a reçû avis que les Imperiaux qui étoient
dans les Villes de Pescara et de Galipolli , s'étoient
enfin déterminez après une longue résistance,
à remettre ces deux Places aux Espagnols,
et qu'ils avoient été traitez comme ceux qui
avoient deffendu Gaëtte.
Les dernières nouvelles de Capoüe portent
que cette Place étoit réduite à la derniere extremité
, et que la Garnison composée de près de
Sooo. hommes , manquant de toutes sortes de
munitions depuis plusieurs jours , seroit forcée
de se rendre prisonniere de guerre,
SIECI
1854 MERCURE DE FRANCE
Ο
SIEGE DE GAITTE .
Na appris que le Duc de Bitonto avoit
couru risque d'être tué d'un boulet de Canon
devant Gaette , et qu'une Batterie que le Duc
de Liria avoit fait établir sur le bord de la Mer,
avoit coulé à fond quatie Tartanes des Ennemis ,
Plusieurs Seigneurs , du nombre desquels est le
Duc de Popoli , sont allez servir en qualité de
Volontaires au Siege de Gaëtte.
Le Roy a résolu d'aller prendre le commandement
des Troupes qui assiegent cette Ville, d'où
Pon a appris que les Assiegez avoient fait une
sortic dans laquelle ils avoient perdu beaucoup
de monde , et que les Espagnols n'avoient cû dans
cette occasion que 6. hommes de tuez et 20. de
blessez.
Le 30. du mois dernier , le Roy s'embarqua à
bord de la Capitane des Galeres d'Espagne. Sa
Majesté arriva le lendemain au Camp devant
Gaette , et dans le moment qu'elle y parut , les
Espagnols commencerent à faire tirer leurs Batteries.
Les Assiegez y répondirent par un trèsgrand
feu des so. Pieces de Canon qu'ils avoient
sur leurs Remparts.
Le 2. de ce mois , ils firent une sortie , dans la
quelle ils furent repoussez avec perte d'environ
100. hommes.
Le 3. leur feu fut beaucoup moins vif que les
jours précedens , et le 4. il diminua encore plus
considerablement. Le 5. les Eennemis cesserent
de tirer , et le Gouverneur de la Ville ne pouvant
résister plus long- temps aux Espagnols qui se
préparoient à battre la Place en breche , il demanda
le 6. à capituler , afin de ne pas exposer la
Ville à être emportée d'assaut. S. M. a voulu
que
A O UST. 1734 1855
que cette Place subît le même sort que celles du
Royaume de Naples , que les Espagnols ont assiegées,
et le Gouverneur a été obligé de se rendre
prisonnier de guerre aveo sa Garnison .
Voici l'Inscription gravée sur le Marbre et
Imise à Bitonte , comme un Monument de la vic
toire remportée sur les Allemans , le 25. May
1734.
Auspiciis
Caroli Borbonii
Neapolis , Sicilia , Hierusalem , et Hungaria
Regis Fortissimi .
Hispania Infantis,Parma, Placentia et Castri Ducis,
Magni Principis Etrare.
Joseph Carillo Comes de Montemar
Hispaniarum Exercitus Ductor ,
Universas Germanorum Copias delevit,
Casis , Captis , aut in deditionem acceptis
Hominum Armatorum plus minùs octo Millibus,
Signis militaribus , Tympanis , Tentoriis ,
Omnique alio Bellico apparatu ,
Summa prudentia , fortitudine et felicitate
O
In Potestatem redactis .
Discant tandem Itali ,
Germanos aquis viribus
Vinci et profligari posse,
ESPAGNE
.
Na appris que les Vaisseaux arrivez de la
Veracrux à Cadix , avoient apporté quatre
millions de Piastres en argent , tant pour le
compte
1856 MERCURE DE FRANCE
compte du Roy , que pour celui des Négociants,
et deux millions de Piastres enMarchandises.
O
GRANDE BRETAGNE.
Nassure que le Parlement commencera dès
le mois d'Octobre à déliberer sur les affaires
publiques , et que la protestation faite par
25. Seigneurs Ecossois au sujet de l'Election des
seize Pairs d'Ecosse, ayant séance au Parlement,
sera la premiere affaire qui sera portée à la Chambre
des Pairs .
Tomo Chichi , dans l'Audience que le Roy lui
donna le 5. de ce mois , dit à S. M. qu'il étoit
venu pour lui témoigner le désir que les Creeks
dont il est Souverain , ont de continuer de vivre
en bonne intelligence avec les Anglois , et le Roy
l'assura qu'il seroit toujours prêt à faire tout ce
qui dépendoit de lui pour maintenir l'union entre
les deux Nations.
M. Oglethorpe a conduit à sa Terre près de
Godalmin dans le Comté de Surrey, ce Prince
Indien , qui doit être défrayé avec toute sa suite
pendant son séjour en Angleterre , aux dépens
de S. M. et dont le Neveu , âgé de 13. ans , sera
instruit dans la Religion Chrétienne et élevé
dans le College de Westminster.
DESCRIPTION Historique de
Philisbourg.
L'Importante Forteresse de Philisbourg ca Allemagne , n'étoit autrefois qu'un Village
nommé Udenhein , situé au Pays de Chraickgou,
dans l'Evêché de Spire. En 1343. Gherar , Evêque
de Spire , le fit fortifier. En 1513. Georges,
Comte Palatin , aussi Evêque de Spire , en fic
augmenter
AOUS T. 1734. 1857
augmenter les Fortifications et bâtit le Château.
En 1570. Marquard de Wastein , un de ses Successeurs
, fit rétablir les murailles qui avoient été
détruites durant les Guerres d'Allemagne .
Enfia en 1615.Philippe- Christophe de Zottern,
Electeur de Treves et Evêque de Spire , y fit faire
de nouvelles Fortifications , et lui donna le nom
de Philisbourg.
Cette Place considerable par sa situation , donna
de la jalousie à Fréderic V. Electeur Palatin ,
qui en fit démolir les Fortifications en 1618 .
Mais en 1623. après les Guerres de Boheme , le
même Evêque les fit rétablir .
En 1633. les Suedois s'en rendirent les maîtres
at la remirent entre les mains du Roy Louis XIII.
suivant un Traité fait la même année à Francfort
avec l'Electeur de Tréves ; mais en Janvier
1635. les Imperiaux s'en emparerent par surpri
se , à la faveur des glaces.
Louis de Bourbon , alors Duc d'Anguien , la
reprit en 1644. et par le Traité de Munster , la
garde et Protection perpetuelle de cette Place fur
cedée au Roy , qui l'ayant fait fortifier régulicrement,
la conserva jusqu'au 17.Septembre 1676.
qu'elle fut rendue au Prince Charles de Lorraine,
commandant l'Armée Imperiale , après un Siege
sommencé le 10. May .
Louis Dauphin de France , la reprit le 1. Novembre
1688. après un Siege de trois semaines ;.
elle fut renduë en 1697. par le Traité de Riswick.
Les Gouverneurs François de cette Place qui
sont venus à notre connoissance , sont :
- M. Despenant , Maréchal des Camps et Ar
mées.
M. de Chamborant la Claviere , Seigneur de
Puislaurent , Colonel de deux Régimens et Com
H. mandant
1858 MERCURE DE FRANCE
mandant la Cavalerie , Maréchal des Camps er
Armées , par le choix de la Reine Anne d'Autriche
, Régente , préferablement au Marquis de
Calvo.
Le Comte d'Harcour -Lorraine , Gouverneur
d'Alsace , Grand-Ecuyer de France.
M. Desbordes , Lieutenant General , tué à
Fridelingue.
La Ville de Philisbourg est située à 400. toises
du Rhin , du côté de l'Allemagne, Cette Place
est enfermée par sept Bastions très- réguliers et
à flancs droits, avec des fossez de vingt toises de
large, remplis d'eau . Elle a devant chaque Courtine
une demie- Lune et desTenailles dans le fossé
, avec un Chemin couvert , précedé d'un
avant-Chemin couvert et de Redoutes bastionnées
. La situation de cette Place , qui est dans
un Marais , en rend l'attaque presqu'impossible
dans la plus grande partie de sa circonférence.
Le Front de Philisbourg qui fait face au Rhin,
est couvert d'un Ouvrage à couronne , composé
d'un Bastion et de 2 demi- Bastions à orillons et
à flancs courbes. Cet Ouvrage est entouré d'un
fossé de 15. toises de large , d'un Chemin couvert
et d'un avant- fossé qui aboutit aux deux
branches d'un Ouvrage à corne qui remplit l'espace
qui est entre l'Ouvrage couronné et le
Rhin. La Gourtine de l'Ouvrage à corne est couverte
d'une grande demi-Lune , d'un fossé de
15. toises , d'un Chemin couvert et d'un retranchement
le long des bords du Rhin , qui forme
une espece d'avant - Chemin couvert.
Philisbourg a sur le Rhin un Pont de Bateaux
qui est défendu en- deçà de cette Riviere pat un
Ouvrage en forme de corne, avec une demie- Lune
devant la Courtine , un Chemin couvert et un
fossé
A OUST .
1734. 1859
fossé. Tous ces Ouvrages , qui forment la fortification
la plus parfaite et la plus réguliere ,
rendent cette Place une des plus fortes de l'Allemagne.
LE
ARME'E D'ALLEMAGNE.
E Prince Eugene qui étoit resté depuis le
21. Juillet dans son Camp de Bruchsall , en
partit le 2. Août et ayant fait marcher son Armée
sur quatre colonnes , il alla camper audessus
de Kislock. Le 3. et le 4. ses Troupes passerent
le Neker sur quatre Ponts jettez sur cette
Riviere , vis - à- vis de Ladembourg ; l'Artillerie
et les Equipages passerent sur le Pont d'Heydelberg.
Ce Prince arriva le à Weinheim
, et y 4 . établit
son Quartier ; toute l'Armée campa , la droite
à Weinheim et la gauche vers Santoffen , qui
est à une demie lieue de Manheim , ayant laissé
a Heydelberg un Régiment d'Infanterie et deux
de Cavalere , indépendamment du Bataillon qui
forme la Garnison du Château ; le reste des
Troupes qui y étoient joignit le General Pétrasche
, lequel avec 6000. hommes de Cavalerie ,
marcha le long du Rhin laissant de distance
en distance quelques détachemens pour observer
notre Armée. Ce General ayant ordre de s'avancer
avec le reste des Troupes qu'il commande .
à Zwingenberg , sur le chemin de Darmstat ; le
Détachement que les Ennemis avoient laissé à
Bruchsall le jour qu'ils en décamperent , a rejoint
leur Armée , ainsi que ceux qui étoient du
côté de Wingarten et de Dourlack .
Le Prince Eugene qui s'étoit avancé à Mayence
Hij
1860 MERCURE DE FRANCE
et qui avoit commencé à établir au - dessus de
cette Ville un Pont pour faire passer cette Riviere
à son Armée , voyant que le Maréchal
d'Asfeld quittoit le Camp d'Oppeinheim , a fair
revenir à son Armée les 7000. hommes auxquels
il avoit fait passer le Rhin , et le même jour que
l'Armée du Roy s'est mise en marche ,il a marché
avec la sienne pour revenir en grande diligence sur
de Necker. Il a fait marcher une avant- garde de
2000. Cavaliers ou Hussards vers Haydelberg er
il continuoit à s'avancer pour être à portée d'observer
les mouvemens de notre Armée .
COPIE de la Lettre du Roy , écrite
au Maréchal d'Asfeld , sur la Prise de
Philisbourg ; de Versailles le 23. Juillet
1734.
MON ON COUSIN ,
Je reconnois toute l'importance du service que
vous venez de me rendre par la conquête de Philisbourg.
Il ne falloit pas moins que votre courage
et votre fermeté pour surmonter les contre - temps que
Les débordemens presque continuels du Rhin ont apporte
à cette Entreprise . Vous avez eu la satisfaction
de voir que votre exemple a inspiré les mêmes
sentimens aux Officiers et aux Soldats . Je me suis
fait rendre compte jour par jour de tout ce qui s'est
passé, et j'ai toujours remarqué qu'à mesure que
les difficultez augmentoient , soit par la cruë des
eaux , ou par la présence de l'Ennemi et par le feu
de la Place , l'ardeur et la patience de mes Troupes
redoubloient dans la même proportion . Il n'est point
He succès sur lequel on ne doive compter avec une
Nation
AOUS T. 1714. 1862
Nation aussi brave . Je vous charge de témoigner
aux Officiers Generaux et autres , et même en general
a l'Armée , combien je suis content de tous . ¿
Vous ne devez pas douter que je ne sois dans les
mêmes sentimens à votre égard , et la Présente n'étant
pour autre fin ; sur ce , je prie Dieu qu'il
vous ait , Mon Cousin, en sa sainte et digne garde,
Signé , LOUIS , &c.
Le 5. du mois dernier , vers les 5 heures du
soir , on battit la generale pour les Réjouissan-.
ces qu'ondevoit faire au sujet de la victoire remportée
sur les Imperiaux au Combat de Parme .
Une heure après , la Maison du Roy , une partie
de la Cavalerie et des Dragons , qui étoient de
l'autre côté du Rhin , repasserent cette Riviere
pour rentrer dans nos Lignes, le Maréchal d'Asfeld
les y ayant fait venir pour participer aux
Réjouissances . Ces Troupes prirent place der
riere l'Infanterie .
Sur les huit heures , tous les Generaux sé ren-,
dirent à leurs Postes , le Maréchal d'Asfeld s'étant
placé au centre avec le Prince de Conty , ec
le signal ayant été donné , lés Canons de nos
Lignes , au nombre de plus de 100. Pieces , commencerent
leurs salves , de la droite à la gauche .
La Mousqueterie de toute l'Armée qui bordoit
les Lignes à 4. de hauteur , y répondit en commençant
par la gauche. Les Troupes qui étoient
dans la Tranchée y firent aussi une triple décharge
, et l'on redoubla le feu du Canon et des
Mortiers , en jettant une grande quantité de
Bombes dans la Place. Dans le temps que nous
faisions nos Réjouissances , les Suisses qui sont
de l'autre côté du Rhin , et les Troupes qui sont
à Spire ou du côté de Manheim , firent la même
shose. Au bruit des salves du Canon et de lá
H iij Mous1862
MERCURE DE FRANCE
Mousqueterie, se joignit celui des Timbales , des
Tambours et le son des Trompettes et toutes les
Fanfares de l'Armée.
L'Armée du Roy , qui avoit campé le 29. du
mois dernier à Lampsein , près de Frankendal ,
marcha le lendemain sur trois colonnes et arriva
près de Wormes ; elle y resta jusqu'au 3. de ce
mois , qu'elle se mit en marche et alla camper
à
Ginsheim , qui n'en est qu'à trois lieues.
Le 4. l'Armée ayant marché sur 4. colonnes ,
elle alla camper , la droite à Oppenheim , où est
le Quartier general , et la gauche à Zelzeim.
L'Artillerie et les trois Bataillons du Régiment
Royal Artillerie , resterent à Gundersblum. Le
Maréchal d'Asfeld devoit s'avancer avec l'Armée
vers Nider- Ulm , mais il resta dans ce Camp , ou
il fit revenir la plus grande partie des Troupes
qui étoient à Wormes , sous les ordres du Comte
de Belleifle.
Le 8. on fir au- delà de la Salz un fourage general
, pendant lequel il ne parut aucun parti des
Ennemis .
Le Maréchal d'Asfeld détacha le 9. le Comte
de Berchini avec 100. Gardes du Roy , so.
Grenadiers à Cheval , 450. Cavaliers ou Dragons
, too. Hussards et 6. Compagnies de Gfe -
nadiers , pour s'avancer vers Mayence.
Le lendemain matin ce Détachement ayant
été attaqué par 25co. Hussards , qui étoient arrivez
la veille à Mayence , et qui étoient soutenus
de 6. Escadrons de Dragons , le Comte de
Berchiny , fit retirer les Troupes qu'il commandoit
, en si bon ordre , que les Hussards qui l'attaquerent
plusieurs fois dans sa retraite , ne purent
, malgré leur nombre , remporter le moinavantage
sur son Détachement. dre
Les
A OUS T. 1734. 1863
Les Ennemis ont perdu dans cette occasion 80%
Hussards tuez sur la place , sans compter ceux
qui ont été blessez , et on leur a fait prisonnier
un Officier et quelques Hussards. Nous avons eû
trois Dragons de tuez , 6. Officiers , un Gardedu
Roy et 12. Dragons de blessez
Le Maréchal de Noailles arriva au Camp✩
d'Oppenheim le 11. avec les Troupes qui étoient
restées sous ses ordres dans le Spireback , et d'ou
elles étoient parties le 9 .
le 14.
Le Maréchal de Noailles étant parti de Worme
de ce mois avec les Troupes qui sont sous
ses ordres , passa le Rhin le 16. à Philisbourg ,
et le même jour il arriva à Graben. Il campa le
17. à Malberg , le 18. à Rastar et le 19. à Sellingen
.
II alla le 18. visiter le Pont qu'on avoit commencé
d'établir à Motter , et il le fit descendre
au Fort Louis , où il fut fini le 20 .
Le 13. le Maréchal d'Asfeld quitta le Camp
d'Oppenheim , il marcha avec toute son Armée
et il alla camper dáns la Plaine de Westhofen ,
droite à Ostoffen , et la gauche à Gundersheim .
la
Le 14. l'Armée du Roy campa , la droite à
Piphickheim, le centre à Phedersheim , et la gauche
à Muntzheim , et elle y séjourna le leudemain.
16 Le 16. l'Armée campa an gros Karleback ,
lendemain à Fusgaheim , et le 18. à Spire. Elle a
été partagée en plusieurs corps , avec ordre de
venir au Fort- Louis passer le Rhin.
Le Maréchal d'Asfeld arriva le 20. au Fort-
Louis.
Les dernieres Lettres du 27. Août , portent
que le Maréchal de Noailles , qui étoit campé
avec le Corps de Troupes qu'il commande à Sel-
Hij lingen
1864 MERCURE DE FRANCE
lingen depuis le 19. en partit le 22. et qu'il s'avança
à Iffretzheim .
L'Armée commandée par le Maréchal d'Asfeld
, ayant marché en differens corps pour se
rendre an Fort- Louis , y passa le Rhin , et le 23 .
la plus grande partie de l'Armée occupa defferens
Camps à portée de celui du Maréchal de
Noailles.
Le 24. l'Armée marcha et elle arriva à Kupenheim
, où le Maréchal d'Asfeld établit son Quartier
entre Kupenheim et le Ruisseau de Rastat.
H partagea l'Armée en plusieurs Corps , et celui
qui est dans ce Camp est composé de 52 . Bataillons
et de 19. Escadrons. Le Prince de Tingry
campa vis - à- vis la Gorge de Bade , avec 6. Bataillons
, les 13. Escadrons de la Maison du Roy,
les 8. de la Gendarmerie , et 2. Régimens de
Dragons. M. de Quadt ayant sous ses ordres 8.
Bataillons et 34. Escadrons de Cavalerie ou de
Dragons , campa au Village de Lybersheim .
Le Comte de Belleifle forma un Camp avec
8. Bataillons et 16. Escadrons de Cavalerie ou
de Dragons , et le Marquis de Flavacourt en forma
un autre avec 4. Bataillons et 20. Escadrons.
Le Marquis de Leuville est resté de l'autre côté
du Rhin , et ii a sous ses ordres 24. Bataillons
et 11. Escadrons.
du
Le 25. le Maréchal d'Asfeld fit faire du côté
de Rastat un fourage qui fut très -abondant, on a
dû le 26. en faire un general dans la gorge
Ruisseau de Rastat , et on fit partir le 27. au ma
vin un Détachement de 2000. hommes d'Infanrie
et de 400. hommes de Cavalerie sous les or
dres du Comte d'Aubigné , pour aller occuper
le Poste de Gertsbach , et former une chaîne sur
les hauteurs qui regnent le long de cette gorge.
Le
AOUST 1734- 1865
Le Prince Eugene , qui arriva sur le Necker le
19. de ce mois , n'y a gardé avec lui qu'une partie
de son Armée ; il en a fait un Détachement
considerable d'Infanterie qu'il a envoyé à Hail
bron et du côté de Phortzheim , afin de couvrir
le Wirtemberg , et il a fait avancer quelques
Détachemens dans les gorges de Stutgard. Ce
Prince étoit attendu le 24 à Schuwetzinguen, mais
on a appris qu'il étoit encore le 26. avec son Ar
mée dans son Camp près du Necker .
ADDITION aux Nouvelles Eirangeres !
N écrit de Petersbourg que M. de la Motre,
qui s'y est rendu de Cronstadt , où sont
les Troupes Françoises qu'il commande , y avoit
été reçû par la Czarine avec beaucoup de Marques
de distinction . "
Les dernieres nouvelles de Pologne portent
que la Noblesse des Palatinats de Russie et de
Podolie a pris les armes pour soutenir le parti
du Roy , en faveur de qui elle a fait une nouvelle
Conféderation , et qu'elle est actuellement
campée dans les environs de Grodhow , sous les
ordres de M. Mniseck , qu'elle a éú pour Maréchal.
Le Palatin de Volhinie , qui étoit depuis quel
que temps près de Podkaisan à la tête d'un corps.
de Troupes , dont S. M. lui a confié le comman
dement , y a été joint par tous les Seigneurs et
les Gentilshommes de son Palatinat.
Une partie de la Noblesse de celui de Masovic ,
a commencé aussi à s'assembler ' , et elle paroît
dans la résolution de ne point reconnoître l'E
cote ur de Saxo,Le pncipal corps de Trouges de .
H v
โส -
1866 MERCURE DE FRANCE
la Couronne , s'est approché de Brzezan , sous
les ordres du Staroste Jasiciski , et le Palatin de
Lublin est toujours à quelques lieües de Thorn
avec les Troupes qu'il commande , et qui doivent
être renforcées par les secours qu'il attend
de Lithuanie et de quelques autres Provinces.
On apprend de Vienne , que le Prince Emanuel
de Portugal en partit le 11. de ce mois pour retourner
à Lisbonne.
Les Lettres de Madrid portent que le Roy a
fait publier un Edit par lequel il est ordonné à
tous les Espagnols qui sont au service de quelque
Puissance Etrangere de revenir dans le
Royaume , sous peine de confiscation de leurs
biens . S M. enjoint par le même Edit aux Officiers
du Fisc de s'emparer de tous les Effets que
les Sujets de l'Empereur possedent en Espagne .
La plus grande partie des Imperiaux qui ont
été faits prisonniers de guerre dans le Royaume
de Naples , et qui ont été transportez en Espagne
, s'est engagée dans les Troupes de S. M.
Par les dernieres Lettres de Naples , on a appris
que les Batteries que les Espagnols avoient
établies pour attaquer Gaëtte , commencerent à
tirer le 30 Juillet avant l'arrivée du Roy ,
parce qu'on craignit qu'un Canonier , qui avoit
déserté le même jour , ne se fût jetté dans la
Ville , et qu'on ne voulût point donner le temps
au Gouverneur de profiter des lumieres qu'il
pouvoit en avoir tiré sur la maniere dont on
projettoit de conduire l'attaque , pour essayer
d'en empêcher ou du moins d'en retarder le
succès.
L'Artillerie des Espagnols a été si bien servie
le 2 . Août on avoit déja démonté les trois
pri ciples Eatteries des Assiegez , et que le 4.
que
สต
A OUS T. 1734. 1867
au soir il ne leur resoit plus que 4.pieces de Ca
non en état de tirer, et la vivacité avec laquelle on
continua de battre la Place le S afin que Its Ennemis
ne pussent remonter leurs Batteries , a
obligé le Gouverneur de se rendre huit ou dix
jours plutôt qu'on n'avoit esperé.
Le 8. le Roy fit son Entrée dans la Ville , qui
lui avoit été remise deux jours auparavant ;
les Espagnols y ont fait prisonniers de guerre
4000 Imperiaux , et ils y ont trouvé une trèsgrande
quantité de munitions de guerre er de
bouche. Le même jour au soir , S. M. retourna
à Naples , et elle fut reçûë au bruit des acclama,
tions réïterées du peuple.
Par un Courrier arrivé du Camp devant Capouë
, on a appris que 2 500. hommes de la Garnison
ayant fait une sortie , les Espagnols en
avoient tué la plus grande partie ; et qu'après
avoir dissipé le reste , qui n'avoit pû rentrer
dans la Ville , ils s'étoient préparez à la prendre
d'assaut ; mais que les Troupes, qui y étoient
restées , s'étant retirées dans le Château , les habitans
avoient ouvert leurs portes ; que peu de
tems après la Garnison du Château s'étoit rendue
, et qu'elle avoit été faite prisonniere de
guerre.
Le Roi a aussi reçû avis que le Détachement
des Troupes Espagnoles , qui assiegeoit Villa
Campina , s'en étoit emparé ; mais que les Im-.
periaux continuoient de se défendre dans la Citadelle
, où ils s'étoient enfermez , après avoir
rompu les Ponts de communication entre le Forts
et la Ville.
On fait actuellement à Naples tous les prépa ..
ratifs nécessaires pour entreprendre la conquête
de la Sicile , et le Roi qui a déclaré qu'il avoit
Hvj résolua
1 .
1868 MERCURE DE FRANCE
resolu de commander les Troupes destinées à ré--
duire cette Ile sous son obéissance , a donné ordre
qu'elles se rendissent dans les Ports où elles.
doivent s'embarquer , et que les Vaisseaux qui
les transporterout , fussent prêts incessamment
à mettre à la voile .
Le Prince de Belvedere Caraffe , à qui l'Empereur
a permis de revenir à Naples , et qui y est
arrivé de Vienne il y a quelques jours , apporta
au Duc de Bitonto une Lettre , que le Ministre
de S M. I. ayant le Département de la guerre ,
lui a écrite , pour le remercier de la part de l'Empereur
, de l'attention qu'il a cue pour que les
Officiers Allemands pris à la Bataille de Bitonte,
et dans plusieurs autres occasions , fussent
traitez convenablement .
Le Cardinal Nicolas Spinola , qui commence
à se mieux porter à Rome , a fait pendant sa
maladie un Testament , par lequel il legue à la
Congregation de Propaganda Fide , pour être
employez à l'entretien des Missions chez les Infideles
, 60000. écus que le Roi d'Espagne a pro .
mis de lui faire toucher pour l'entier payement
d'une somme de 400000. livres , que le Roi Philippe
11. devoit au Marquis Spinola , de qui ce
Cardinal a herité .
On mande de Londres que le Prince de Galles
, qui avoit resolu de faire ajoûter au Palais
qu'il occupe dans la rue de Pelmall , un nouveau
Bâtiment , dont le Comté de Burlington lui a
fourni le dessein , en a été détourné par les remontrances
de plusieurs Particuliers qui logent
dans la même ruë , et à qui ce Bâtiment ôteroit
la vûe du Parc de Saint James,
ARA
O UST. 1734. 1869
L
ARMEE
II.
D'ITALIE.
E 11. du mois dernier , le Welt-Maréchal ,
Comte de Conigsegg , arriva de l'Armée Imperiale
, et le Prince Louis de Wirtemberg , lui
remit le commandement de l'Armée dont il étoit
chargé depuis la mort du Comte de Mercy.
Les Troupes du Roy et celles du Roy de Sardaigne
, étoient campées au commencement de ce
mois à Bondanelio ; et les Ennemis étoient dans
leur même Camp de l'autre côté de la Secchia.
MORTS , NAISSANCES.
des Pays Etrangers.
Harles-Boromée Arese , Comte d'Arone ;
Cmourut àMilan le 6 juillet , après une
longue et penible maladie , dans la 77 année de
son âge , universellement regretté de toute la
Noblesse et de tout le peuple. Ce Seigneur avois
passé par tous les emplois et les dignitez les plus
éminentes. Le Roy d'Espagne Charles II . le fit
Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or , lui
donna le titre de Grand d'Espagne , er l'envoya
` en qualité d'Ambassadeur à Rome pour présenter
la haquenée. L'Empereur Leopold le nomma
son Commissaire Impérial auprès des Prin
ees d'Ita ie , et l'Empereur Charles VI , n'étant
qu'Archiduc le nomma Grand d'Espagne de la
premiere Classe , et depuis Viceroy de Naples
en 179. ensuite son Conseiller Intime Actuet
d'Etat , et son Plenipotentiaire en Iralie en 1714.
1-0 MERCURE DE FRANCE
Il fut enterré en l'Eglise Collegiale de Sainte
Marie in Pedone , dans la sépulture de ses Ancétres.
Il avoit épousé en premieres nôces en 1678 .
Jeanne Odescalchi niéce du Pape Innocent XI.
morte le 14 Juillet 1679. et en secondes en 1689.
Camille Barberin , fille de Maffée Barberin ,
Prince de Palestrine et petite niéce du Pape
Urbain VIII . de la premiere il a laissé Jean-
Benoît- Boromée Arese , Comte d'Arone , né le
premier Juillet 1679. son héritier et son successeur
, et de la seconde Frederic Maffée, Baltazar,
Boromée , et quelques filles . Le feu Comte Bonomée
étoit frere de Gibert Boromée , Cardinal
Evêque de Novarre.
>
Le Juillet mourut à Lisbonne d'une longue
maladie à l'âge de 72 ans , Ferdinand Teles de
Silva second Marquis de Alegrete , troisième
Comte de Villar- Mayor , du Conseil d'Etat et
de Guerre du Roy , Visiteur de ses Finances
Royales , Gentilhomme de sa Chambre , Commandeur
de plusieurs Commanderies dans l'Ordre
de Christ , Directeur , Censeur et Académicien
de l'Académie Royale d'Histoire Portaguaise
, par laquelle il étoit chargé d'écrire
P'Histoire de l'Evêché d'Elvas , ci - devant Deputé
de la Junte ou Conseil des trois Etats du Royaume
, Ambassadeur Extraordinaire et Plenipoten❤
tiaire de S. M. Portuguaise à la Cour Impériale
et Conducteur de la Reine_regnante lorsqu'elle
vint en Portugal. Ce Seigneur qui étoit doué
de beaucoup de vertus éminentes et d'une trèsgrande
érudition , étoit né à Lisbonne où ik
avoit été baptisé le 29 Octobre 1662. Il fut in,
humé dans la Sacristie du Convent des Religieuz
de N. D. du Mont Carmel fondé par ses
Ancêtres , et où est le tombeau de sa Maison.
Ses
A O UST. 1734. 1871
Ses funerailles furent faites le jour suivant dans
la même Eglise en présence de tous les Titrez
et de la Noblesse de la Cour. Il avoit épousé
Helene de Bourbon , fille de Thomas de Norogna
, et de Magdeleine de Bourbon , des
Comtes de Los- Arcos et veuve d'Etienne de
Menesés , Seigneur de Taroca , il en a laissé
une nombreuse posterité.
,
La Comtesse de Plelo , veuve du Comte de ce
nom ; Ambassadeur du Roy de France en Dannemarck
, est accouchée à Coppenhague , de
deux filles.
FRAN C E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 16 de ce mois , dans l'Assemblée
Lgenerale du Corps de Ville , le Président
Turgot fut continué Prevôt des
Marchands. M. Petit Quartinier , er
M. Santeul furent élûs Echevins.
# Le 24 , le Corps de Ville se rendit
Versailles , et le Duc de Gêvres Gouver
neur de Paris , étant à la tête , il eut audience
du Roy avec les cérémonies accoutumées.
Il fut presenté à Sa Majesté par
le Comte de Maurepas , Sécretaire d'Etat,
ct
1
$ 872 MERCURE DE FRANCE
conduit par l'Ayde des cérémonies.
Le Prevôt des Marchands et les deux
nouveaux Echevins prêtérent entre les
mains du Roy le serment de fidelité dont
le Comte de Maurepas fit la lecture , le
Scrutin ayant été presenté par M. Gaudion
de la Grange , Avocat du Roy au
Châtelet , qui parla avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre ses respects à la
Reine , à Monseigneur le Dauphin , et
à Mesdames de France.
,
Le 19 de ce mois , les Députez des
Etats de Languedoc eutent audience du
Roy , étant présentez par le Marquis de
Frie , Lieutenant General de la Province ,
et par le Comte de Saint Florentin , S
cretaire d'Etat et conduits en la maniere
accoûtumée par M. de Bourlamaque
, Ayde des cérémonies. La Deputation
étoit composée de l'Evêque de Saint
Pons pour le Clergé , qui porta la parole;
du Marquis de Villeneuve pour la No
blesse ; de Mrs Clamouse , et de Merés
Députez du Tiers- Etat , et de M. Joubert
, Syndic General de la Province .
Ces Députez eurent ensuite audience de
la
A'O US T. 1734. 1873
la Reine , de Monseigneur le Dauphin
et de Mesdames de France.
Le 15 Août , Fête de l'Assomption ,
on chanta au Concert Spirituel au Château
des Thuilleries , l'Exurgat Deus ,
Motet de M. de Lalande , qui fut suivi
de plusieurs autres petits Motets , chanrez
à voix seule , par les Sieurs Berard
, Jeliote et par une nouvelle voix
d'Haute- Contre , avec applaudissement :
on exécuta ensuite un Motet à grand
choeur , de la composition du Sr Grenet,
qui fit beaucoup de plaisir ; le Concert
fat terminé par le Motet Cantatc qui
fut précedé de plusieurs Piéces de Symphonie
dont l'exécution est toujours
admirable.
,
Le veille de la Fête de S. Louis 24 ,
Roy de France , le Roy entendit dans la
Chapelle du Château les premieres Vêpres
qui furent chantées par les Prêtres
de la Mission qui désservent cette Chapelle.
Le 25 , jour de la Fête , le Roy, entendit
dans la même Chapelle la grande.
Messe , célebrée par le Curé de la Paroisse
du Château. L'après midy S. M.
Y
1874 MERCURE DE FRANCE
y entendit les Vêpres , et assista ensuite
au Salut.
Le même jour , l'Académie Françoise
célébra , suivant la coutûme, la Fê e
de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
Pendant la Messe on chanta un très beau
Motet en Musique , de la composition
du Sieurr Dornel. M. l'Abbé Poncer
de la Riviere prononça ensuite le Panegyrique
du Saint avec beaucoup d'éloquence.
Le même jour l'Académie des Inscriptions
et Belles- Lettres , et l'Académie
des Sciences , célébrerent la même Fête
dans l'Eglise des RR..PP : de l'Oratoire; il
y eut aussi un beau Motet pendant la
Messe de la composition du Sr du
Bousset , après laquelle M. l'Abbé Archimbaut
prononça avec succès le Panegyrique
du S. Roy.
>
Le Concert d'Instrument que l'Acadé
mie Royale de Musique donne tous les
ans au Château des Thuilleries , à l'occasion
de la fête du Roy , ne fut exécuté
que le 29 par un grand nombre d'excel-
Tents Symphonistes de la même Académie
, qui jouerent differents morceaux
de
A O UST. 1754. 1875
de Musique de M. de Lully et d'autres
Maîtres modernes.
Le Regiment de Bearn vacant par la
mort de Louis-Charles Marquis de la
Chastre , tué au Combat de Parme , fut
donné au mois de Juillet au fils aîné de
feu Emeri Emmanuel de Timbrune ,
Marquis de Valence , tué dans le même
Combat.
LeGouvernement de Strasbourg vacant
par la mort du Maréchal Duc de Berwick,
a été donné au Maréchal d'Asfeld , Commandant
l'Armée du Roy en Allemagne.
Celui de Douay , vacant par la mort
de Pierre Magdeleine Comte de Beauvau ,
arrivée le 30 May dernier , à Jean -Baptiste-
François Desmaretz , Marquis de
Maillebois , Chevalier des Ordres du
Roy , Maître de la Garderobe de S. M.
Lieutenant General de ses Armées du
23 Decembre 173 1. aussi Lieutenant General
au Gouvernement de Languedoc
servant actuellement dans l'Armée d'Italie
, à la charge de 400 livres de pension
en faveur de Dame Marie- Therese de
Beauvau , veuve du Comte de Beauvau
.
Celui de Château- Trompette à Bour-
•
deaux
1876 MERCURE DE FRANCE
deaux , qu'avoit le Maréchal d'Asfeld à
Jean- Baptiste de Durfort, Duc de Duras,
Chevalier des Ordres du Roy Lieutenant
General de ses Armées du Mars
>
1720. et Commandant dans la Haute et
Basse Guyenne , qui fut blessé le 12 Juin
dernier au Siége de Philisbourg par le piquet
d'un Gabion , qui fut renversé par
le boulet de canon dont le Maréchal de
Berwick fut tué.
Celui de la Citadelle de Marseille
vacant aussi par la mort du Maréchal de
Villars à ..... de Quadt , Mestre de
Camp du Regiment Royal Allemand ,
depuis 1713. et Lieutenant General des
Armées du Roy du premier Octobre .
17 :8.
›
Celui du Fort de S. Jean de Marseille,
à ..... de Cherisey Lieutenant des
Gardes du Corps du Roy , et Maréchal
de Camp du 20 Fevrier dernier.
Celui de la Tour de Bouc. à Marseille,
qu'avoit le feu Maréchal Duc de Villars ;
à Honoré Armand Duc de Villars , Pair
de France , son fils , Gouverneur de Provence
, Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie er Brigadier des Armées
du Roy du 13 Fevrier dernier.
›
Celui du Fort de Pequay en Languedoc
AQUS T. 1734. 1877
doc , qu'avoit Louis Charles , Marquis
de la Chastre , tué au Combat de
Parme , au jeune Comte de la Chastre
son fils
Jean - Baptiste- Louis de Clermont d'Amboise
, Marquis de Renel , Comte de
Chiverny , Bailli et Gouverneur de Chaumont
en Bassigny , Grand Bailli de Provins
, né le 12 Octobre 1702. Colonel
du Regiment de Santerre , par Commission
du 12 Juillet 1723. qui apporta au
Roy le 21 Juillet la nouvelle de la Prise
de Philisbourg , a été fait Brigadier des
Armées du Roy.
Le 15 de ce mois fut declarée la Promotion
d'Officiers Generaux pour l'Armée
d'Italie , faite le premier Juillet.
LIEUTENANTS GENERAUX
d'Affy du Canton de Fribourg,
Capitaine auRegiment desGardes Suisses,
du mois de Juin 1702. Chevalier de Saint
Loüis en 1705. Brigadier le 11 Juin 1709.
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
Suisse , ci- devant Greder , ' par Commission
du 22 Decembre 1714. et Maréchal
de Camp de la Promotion du premier
Fevrier 1719 .
Claude Anne de Thyard , Marquis de
Bissi , ne en 1681 fair Mestre de Camp
d'up
1878 MERCURE DE FRANCE
d'un Regiment de Cavalerie par Commission
du 13 Fevrier 1702. Brigadier le
29 Mars 1710. et Maréchal de Camp le
premier Fevrier 1719. Gouverneur des
Ville et Château d'Auxonne , et nommé
en 1732. Envové Extraordinaire du Roy
auprès de l'Infant d'Espagne Don Carlos
, Duc de Parme et de Plaisance
présent Roy de Naples.
2
Charles- Louis de Mont- Saulnin , Comte
de Montal , d'abord Capitaine dans le
Regiment du Roy , puis Colonel du Regiment
de Poitou , par Commission du
21 Mars 1702. Brigadier le 29 Mars 1710.
et Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719 .
Marquis de Lannion , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie de nouvelle
levée , par Commission du 23 Juillet
1701. puis de celui de Xaintonge au mois
de Novembre 1704. Brigadier le 29 Mars
1710. Maréchal de Camp le premier Fevrier
1719. et Gouverneur de Vannes.
و
Alexis- Madelene Rosalie , Comte de
Châtillon né le 24 Septembre 1690 .
fait à l'âge de 13 ans au mois d'Octobre
1703. Mestre de Camp d'un Regiment
de Dragons de nouvelle levée , vacant
par la mort de Philippe Gaus her de Châtillon
son frere aîné , puis Brigadier des
At
A O UST. 1734:
1879
Armées du Roy au mois d'Octobre 1712 .
Grand Bailli d'Haguenau par Lettres du
mois d'Avril 1713. Mestre de Camp General
de la Cavalerie Legere de France ,
le 5 Fevrier 1716. Maréchal de Camp le
premier Fevrier 1719. et Chevalier des
Ordres du Roy le 2 Fevrier 1731 .
, François Duc d'Harcourt , Pair de
France, né le 4 Novembre 1689. qui fit sa
premiere Campagne dans les Mousquetaires
en 1706. ayant été fait Mestre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie de
nouvelle levée , par Commission du 23
Novembre 1705. il cut un autre Regiment
de Cavalerie ci- devant de Lessart
en 1710. et ensuite le Regiment Dauphin
, aussi Cavalerie , au mois d'Avril
1712. fut fait au mois de Novembre
1715. Capitaine des Gardes du Corps de
S. M. par la démission du Maréchal Duc
d'Harcourt son Pere , et prêta serment
pour cette Charge le 26 Juin 1718. fut
nommé Brigadier le premier Octobre
suivant , succeda le même mois au Maréchal
son Pere , en la Charge de Lieutenant
General au Gouvernement de la
Franche- Comté , prit Séance au Parlement
en qualité de Pair de France le
19. Janvier 1719. fut fait Maréchal de
Camp le 27. Avril 1727. et Chevalier
des
1880 MERCURE DE FRANCE
des Ordres du Roy le 16. Mars 17 28.
Hubert de Gourtalvert , Marquis de Pezé
, reçû en 1711. Capitaine au Kégiment
des Gardes Françoises , où il étoit
entré en 1707. nommé Gentilhomme de
la Manche du Roy , au mois de Novembre
1715. Gouveneur du Château de
de la Muette en 1719. , Colonel- Lieutenant
et Inspecteur du Régiment du
Roy , Infanterie , le 11. Décembre de la
même année , Brigadier le 20. Juin 1720.
Gouverneur des Ville et Château de
Rennes , Maréchal de Camp le 27.
Avril 1727. et Capitaine du Château
Royal de Madrid , des Chasses , Parc
et Bois de Boulogne , et Gruyer des mêmes
Lieux au mois de Février 1729 .
MARECHAUX DE CAMP.
de Rattki , Mestre de Camp d'un
Reg. de Hussards, Cavalerie , par commission
du premier Novembre 1707. et Brigadier
le premier Fevrier 1719.
Grouches , Marquis de Chepy ,
Brigadier du premier Février 1719. servant
actuellement en cette qualité dans
l'Armée d'Italie , cy-devant Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie par
commission du 19. Juillet 1708. dont
il se démit en faveur du Comte de Che-
PY ,
A O UST. 1881
1734
Py , son fils
> au mois d'Août 1728.
Louis de Clermont , Marquis de Chaste,
successivement Mousquetaire du Roy en
1706. Capitaine dans le Kégiment Royal
Piemont Cavalerie , en 1707. Colonel
d'un nouveau Régiment d'Infanterie ,
cy- devant de la Feüillade en 1709. puis
du Régiment Dauphin Infanterie le 15.
Avril 1710. Brigadier le premier Février
1719. Chevalier de S. Louis en 1721 .
Senéchal et Bailly du Pays de Velay ,
par Lettres du 30 May 1730.
Nicolas de Barcos du Plantis , Colonel
reformé d'Infanterie , et Capitaine de la
Compagnie du Regiment Lyonnois ens
tretenue à Lyon , Brigadier du premier
Fevrier 1719. actuellement Major General
de l'Infanterie en Italie , ayant servi
en la même qualité dans la précedente
Guerre.
Daniel-François de Gelas , Vicomte de
Lautrec , reçu de minorité Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jerusalem au Grand
Prieuré de Toulouze , entra en 1701
dans la seconde Compagnie des Mousquetaires
, et alla en 1702 , faire ses Caravannes
à Malthe , d'où étant de retour en
1705. il eut une Compagnie de Dragons
dans le Regiment du Comte de Lautrec
son frere ; depuis il fut fait Colonel d'un
I Re:
1882 MERCURE DE FRANCE
Regiment d'Infanterie de son nom le &
Mars 1710. ensuite de celui de la Reine
le 28 Avril 1711. Brigadier le 3 Avril
1721. et Lieutenant General au Gouvernement
de la Haute Guyenne , sur la
démission du Marquis d'Ambres son frere
aîné , par Lettres du 8 Mars 1727.
Thomé , Colonel du Regiment
de Foix , par commission du 22 Janvier
1709. Brigadier d'Infanterie du premier
May 1723. Il avoit été blessé à la jambe
d'un coup de feu le Juin précedent à
Pattaque de Colorno .
Jean- Antoine de Franquetot , Comte de
Coigny , Grand Bailli et Gouverneur de
la Ville et Château de Caën , né le 27
Septembre 1702. fait Brigadier des Armées
du Roy le 15 Janvier dernier , et
Colonel General des Dragons de France
le 20 du même mois , auparavant Capi
taine d'une Compagnie de Dragons dans
le Regiment d'Orleans , avec Brevet de
Mestre de Camp.
BRIGADIERS D'INFANTERIE
Jean Theophile de Beziade , Comte
d Avarey , né le 29 Decembre 1696. fait
Colonel d'Infanterie à Brevet le 15 Octobre
1717. et Colonel du Regiment de
Nivernois , le premier Fevrier 1719.
EmeAOUST.
1734
1883
Emeric Cassagnet de Tilladet Lomagne
Narbonne , Marquis de Fimarcon , né le
18 Mars 1696. Cornette de Dragons dans
le Regiment de Fimarcon en 1707. entra
dans la Compagnie des Mousquetaires
Gris en 1713. fut fait Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Bourbon en
1718. et Colonel Lieutenant de celui de
Bourbon Infanterie , le 6 Mars 1719. Il a
eu l'épaule percée d'un coup de fusil au
Combat de Parme le 29 Juin dernier.
Emmanuel Dieudonné, Marquis d'Hautefort
, né le 13 Fevrier 1700. Capitaine
dans le Regiment de Condé Infanterie ,
puis Colonel Lieutenant de ce Regiment
au lieu de feu Louis - François d'Hautefort
Comte de Surville son frere aîné,par
Commission du premier Octobre 179.
Il a eu la main percée et une contusion
au Combat de Parme le 29 Juin dernier.
Charles- Emmanuel de Crussol de Saint
Sulpice , Duc d'Use , Pair de France ,
appelle le Duc de Crussol , né le 11 Janvier
1707. Gouverneur et Lieutenant
General pour le Roy des Pays de Xaintonge
et d'Angoûmois , et des Villes et
Châteaux de Xaintes et d'Angouleme en
survivance en 1720. et Colonel di Regiment
de Medoc , par Commission du 25
Janvier 1729. Il a été blessé très - dange-
Iij
reu
884 MERCURE DE FRANCE
de fusil an
reusement de deux
coups
Combat de Parme , le 29 Juin dernier.
BRIGADIER DE CAVALERIE.
De Valcourt , Mestre de Camp
Commandant uneBrigade deCarabiniers,
BRIGADIER DE DRAGONS.
Gaspard Gilbert de Chabannes , Comte
de Pionsac appellé le Marquis de Chabannes
, Senéchal d'Auvergne , né le 7
Septembre 1685. reçu Page du Roy en
sa petite Ecurie le premier Janvier 1703 .
reçu en 1719. Sous-Lieutenant , en 1720.
Lieutenant , en 1721. Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises puis
Mestre de Camp du Regiment de Dragons
de la Reine au mois de Janvier
1734.
>
Regiments d'Infanterie vacans par la
Promotion précedente , donnez par le
Roy.
Celui de la Reine , qu'avoit le Vicomte
de L'autrec , à René- Marie de Froullay
Marquis de Tessé , né au mois de Decembre
1707. Colonel d'un Regiment
d'Infanterie de son nom , ci - devant de
la Tremouille , par Commission du 25
Septembre 1731.
Lc
KOUST. 17341885
.
>
Le Regiment Dauphin qu'avoit le
Marquis de Chaste , à François - Ferdinand
de Clermont , Comte de Chaste , appellé
ci-devant de Morges , son frere
successivement Enseigne de la Colonelle
en 1712. et Capitaine ' au même Regiment
Dauphin en 1714. puis Colonel
du Regiment de Luxembourg le 15
Mars 1718. et Lieutenant de Roy en la
Province de Dauphiné.
Celui qu'avoit le Marquis Le Tesse ;
portant le nom du Colonel , à Henri-
Charles de Senneterre , né en 1714. Capitaine
dans le Regiment de la Marche ,
fils de Jean - Charles de Senneterre
Comte de S. Victour , appellé le Comte
de Senneterre , Maréchal de Camp
nommé à l'Ambassade de Turin au mois
de May dernier.
,
et
Celui de Foix qu'avoit .... Thomé ,
ǎ .... Thomé de S. Georges , son frère ,
Capitaine dans le même Regiment.
Celui de Luxembourg qu'avoit le
Comte de Chaste , à Jean- Baptiste Budes,
Comte de Guébriant , Capitaine au Regiment
du Roy Infanterie.
Pensions accordées.
Au Duc de Crussol , qui venoit d'être
fait Brigadier , une de 8000. livres
I iij A
1886 MERCURE DE FRANCE
A Dame Marie- Elizabeth Nicolaï
Neuve de Louis - Charles de la Chastre
Comte de Nançay , Gouverneur de Pecquais
, Brigadier des Armées du Roy , et
Colonel du Régiment de Béarn , tuć
au Combat de Parme , une de 3000. liv .
A Louis- Jacques Hector de Fretat , Chevalier
de Boissieux , Chevalier des Ordres
de N. D. du Mont- Carmel et de S. Lazare
de Jérusalem . du 21. May 1721.
neveu du feu Maréchal Duc de Villars ,
une de 3.000. livres.
A ..... Marquis de Vogué , aussi neveu
du feu Maréchal Duc de Villars , et
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, cy- devant Montrevel , du 20.
Février dernier , une de 3000, livres.
***************
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
LE
E 9. Juillet , François- Garpard de Lamyre
de la Mothe , Chevalier de S. Louis , premier
Capitaine de Grenadiers du Régiment du Roy ,
mourut à Parme des blessures qu'il avoit reçues
le 29. Juin au Combat de Parme , dans lequel il
s'étoit fort signalé , ayant soutenu assez longtemps
dans une Cassine les efforts de l'Armée
Allemande , pour donner le temps à l'Armée
Françoise de s'assembler ; il fut blessé dans cette
Occasion
AOUST. 1734.
1887
occasion de trois coups de Mousquet , à la tête ,
à l'épaule et aux reins. Il étoit âgé de 47 ans ,
dont il en avoit servi 35. dans le Régiment du
Roy. Antoine de Lamyre , son frère aîné , Sei
gneur , Comte de la Mothe , d'Angest , d'Avenescourt
, &c. Chevalier de S. Louis , Lieutenant
de Roy de la Province de Picardie , a été cy -devant
Capitaine dans le Régiment du Roy, et s'est marié
au mois d'Avril 1705. avec Marie - Anne Marc de
la Ferré , fille de Charles Marc de la Ferté , Seigneur
de Roux , la Salle , Canonville , Conseiller
au Grand- Conseil , et de D. MarieFrançoise
Amiot , et en a un fils , Lieutenant dans le Régiment
du Roy Infanterie , et trois autres Chevaliers
de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem . An
toine-Michel de Lamyre de la Mothe , Prédicareur
du Roy , qui prononça le Sermon de la Cêne
devant Sa Majesté le Jendy Saint ro. Avril
1721. est aussi frere du Chevalier de la Mothe-
Lamyre . Ces trois freres ont eu pour Pere et
Mere Gabriël de Lamyre,Seigneur de la Mothe ,
Angest, Avenescourt , Lieutenant et Commandant
pour le Roy dans la Citadelle de Pignerol ,
et Ingénieur en Chef, qui avoit eu la Direction
de plusieurs Sieges , et entr'autres de celui de
Puicerda , et D. Elizabeth Largentier , morte
le 11. Janvier 1695. Leurs Armes sont d'azur à
3. Aigles d'or becquées , membrées , diadêmées de
gueules , les 2. en chef affrontées. Suppotss 2. Aigles
. Cimier 1. Aigle naissant .
Blaise de Chaumejan , Chevalier , Marquis de
Fourille >
Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoises , mourut à Spire le 13. Juillet dernier,
d'une contusion qu'il avoit reçûë six jours auparavant
au Siege de Philisbourg , où un Bouler
de Canon lui renversa un Gabion sur le corps ,
I iiij
étant
1888 MERCURE DE FRANCE
étant commandé aux Travailleurs ; il servoit le
Roy depuis 22. ans dans le Régiment des Gardes
, ou ses Ancêtres ont toujours servi depuis
la création du Régiment. Il étoit fils de Henry
de Chaumejan , Chevalier , Marquis de Fourille
Capitaine au Régiment des Gardes , Brigadier
des Armées du Roy ; et Commandeur de l'Ordre
de $ Louis , mort aveugle en 1720, et de Dame
Marie- Claire Diedeman , fille de J. Diedeman ,
Seigneur de la Rienderie , &c. Grand- Bailly des
Etats de l'Isle , et neveu du Chevalier de Fourille ,
Mestre de Camp General de la Cavalerie , Lieutenant
General des Armées du Roy , tué à la
Bataille de Senef. Toute sa Maison a toujours
servi le Roy avec distinction , et la plupart ont
été tuez à son service,il ne laisse qu'un Frere qui
est Abbé Commandataire de l'Abbaye de S.Vincent
de Senlis .
Pierre le Guerchois , Seigneur de Sainte Colombe
,Lieutenant General des Armées du Roy, et
Chevalier de S. Louis , mourut à Parme le 30.
Juillet de la blessure qu'il avoit reçûe le 29. Juin
précedent au Combat donné sous les murs de
cette Ville. Il étoit dans la 69. année de son àge.
Il avoit d'ahord servi dans le Régiment des Gar
des Françoises , il fut successivement Enseigne
Sous-Lieutenant , Lieutenant en 1693. et enfin
Capitaine en 1694. ensuite il fut fait Colonel du
Régiment de la vieille Marine au mois d'Avril
1702. Brigadier le 10. Février 1704. Maréchal
de Camp le 20.Mars 1709.et Lieutenant General
le 8. Mars 1718. il avoit servi en 1713.aau Siege
de Barcelone, et en 1719.aux Sieges de Fontarabie.
et de S. Sébastien , et après la prise de la Ville
er du Château d'Urgel , le Gouvernement lui en
avoit été donné. Il étoit fils de Pierre le Guerchois
A O UST. 1734. 1889
chois , vivant , Procureur General au Parlement
de Normandie , mort le 10. Février 1692. et de
feüe Barbe de Becdelievre de Hocqueville , et
frere puîné de Pierre- Hector le Guerchois, Conseiller
d'Etat ordinaire , qui a épousé Magdelene
d'Aguesseau, soeur de Henry - François d'Aguesseau
, Chancelier de France.
Renaud-François de Grimbert, Ecuyer , Seigneur
de Hacqueville , Lieutenant d'une Compagnie de
Grenadiers dans le Régiment des Gardes Françoises
, mourut à Spire au commencement de ce
inois de la blessure qu'il avoit reçûë le 29. Juin
dernier à la Prise de l'Ouvrage à corne de Philisbourg
.
Le 10. Août , François - Lazare de Thomassin
de Cabre , Marquis de S Paul , et de Monglats ,
Comte de Reillane , Baron de Rognac , Brigadier
des Armées du Roy du premier Février
1719. Chevalier de S. Louis , cy- devant Colonel
du Régiment de Vermandois , dont il s'étoit démis
au mois d'Août 1733. mourut à Paris , âgé
d'environ 52 ans , sans avoir été marié . Il étoit
fils de Jean - Etienne de Thomassin de Cabre ,
Marquis de S. Paul , ancien Président à Mortier
au Parlement de Provence , et de D. Claire - Cecile-
Eugenie de Clermont de Montglats , sa premiere
femme , fille de François de Paule de Clermont,
Marquis de Monglats , Comte de Chiverny
, Chevalier des Ordres du Roy , et Grand-
Maître de sa Garde- Robbe , et de Cecile- Elizabeth
Hurault de Chiverny. Le Président de Saint
Paul épousa en secondes Nôces en 1706. Anne-
Louise de Rien . fille de Bernard de Rieu , Maître
d'Hôtel ordinaire du Roy , et de Claude - Magdeleine
Habert de Montmort , de laquelle il ac
des Enfans.-
I v L
1890 MERCURE DE FRANCE
Le 11. D. Marie-Anne de Klinglin , épouse
d'Eleonor- Marie du Maine , Comte du Bourg ,
Baron de l'Espinasse et de Changy , Seigneur de
la Motte de Nouailly , &c. Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy , Gouverneur et
Commandant pour S. M. dans la Province d'Alsace
, avec lequel elle avoit été mariée le 20.
Octobre 1731. mourut à Strasbourg , âgée d'environ
5o. ans. Elle étoit veuve en premieres Nôces
du Baron d'Andlau , Chef et Directeur de la
Noblesse de la Basse - Alsace , dont elle laisse des
Enfans, entr'autres Armand - Gaston- Félix d'And-
Jau , Prêtre , Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , du 28. Avril 1732. et nommé Aumônier
du Roy au mois de Novembre 1733 .
Le 12. D. Jeanne -Louise Melanie Berger
Epouse de Nicolas le Feron , Seigneur d'Orville ,
et de Louvre en Parisis , Conseiller du Roy en
ses Conseils , Président Honoraire aux Enquêtes
du Parlement de Paris , mourut après un an de
maladie de langueur , âgée de 38. ans , laissant
trois enfans encore jeunes , un fils et deux filles.
Elle étoit fille unique de Louis Berger , Receveur
General et Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville
de Paris , et elle avoit été mariée le 11. Juillet
1719.
Le 21. D. Marie- Michelle Fournier , veuve depuis
le 6. Avril 1728. de Simon de la Salle , Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris
, mourut des suites d'une attaque d'Apoplexie
, âgée d'environ 63. ans , ne laissant que des
filles , dont l'aînée Louise- Catherine de la Salle
est veuve depuis le 19. Avril 1728. de Jean-
Antoine Noblet , Seigneur de Romery , Conseiller
au Parlement de Paris..
Le 22. D. Catherine de Thesut , Epouse de
Jean
A OUS T. 1734. 1891
Jean-François -Antoine de Clermont , Marquis
de Montoison , et Seigneur de Vaunauez en Dauphiné
, Baron de Chagny et Seigneur de Chassaigne
en Bourgogne , mourut à Paris , âgée de
37 ans , dans la 17. année de son Mariage. Elle
étoit fille de feu Jean de Thesut , Seigneur de
Ragy et de Simart , ancien Conseiller au Parle
ment de Metz , mort le 17. Août 1713. et de D.
Jeanne- Charlotte de Gevalois.
Le 27. mourut à Paris , âgée d'environ 80.
ans, D. Jeanne- Philippe Bence , Baronne d'Oulins
en Poitou , Dame de Criqueville et du Breuil
en Normandie , fille de feu Adrien Bence , Conseiller-
Secretaire du Roy, Maison , Couronne de
France et de ses Finances, Seigneur , Patron du
Breuil , de Victot , & c. et de Jeanne de Chastillon
, et soeur et unique heritiere de feu Pierre
Bence, Baron d'Oulins , Conseiller au Parlement
de Paris , mort garçon le 6. Août 1723. Elle
étoit veuve depuis le 23. Avril 1719. de Claude
de la Fond , Seigneur de la Ferté , Lazenay , la
Beuvriere, Marquis de Paudy en Berry, Seigneur
des Laisses en Saintonge , &c. Maître des Requêtes
honoraire de l'Hôtel du Roy , cy-devant
Intendant successivement en Franche - Comté , en
Roussillon et Cerdaigne , et en Alsace , et des
Armées du Roy en Allemagne , avec lequel elle
avoit été mariée le 28. Juin 1677. Elle ne laisse
qu'un petit fils, âgé d'environ 14. ans, fils unique
de feu Claude- Adrien de la Fond , Seigneur de la
Ferté , Lazenay , la Beuvriere , Marquis de Paudy,
&c. Maître des Requêtes ordinaires de l'Hôtel
du Roy , mort à 46. ans le 17. Juillet 1726 .
et de D. Marie- Anne- Louise Celeste de la Ri
viere de Mur , sa veuve,
1 v L
1892 MERCURE DE FRANCE
Le 16. Juillet , Dame Marie Elizabeth de Cha
millard , Epouse de Daniel - Marie - Anne de Taleyrand
, Marquis de Taleyrand , Colonel du
Régiment de Saintonge , accoucha à Versailles
d'un fils , qui fut baptisé le même jour et nom.
mé Charles - Daniel.
Dame Laure de Fitz James , Epouse de Joa--
chim Louis de Montaigu , Marquis de Bouzols
Colonel du Régiment de la Ferre , Infanterie
Lieutenant General pour le Roy de la Province
d'Auvergne , accoucha le 18. Août d'un fils , qui‹
fut nommé Joachim- Charles Laure , par François
Duc de Fitz- James , Pair de France , Abbé :
de S. Victor de Paris , et par D. Charlotte Beulkley
, cy-devant Dame d'honneur de la Reine:
d'Angleterre , Epouse de Jacques II. et veuve de
Charles Obrian , Comte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal des Camps et Armées du Roy.
Le 5. de ce mois, le Marquis du Vigean , d'une
ancienne et illusré Maison de Saintonge , épousa
la Dlle de Dreux , fille du Marquis de Dreux ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Grand-
Maître des Ceremonies , Gouverneur des Iles de .
Sainte Marguerite. La Nôce se fit à Paris , chez.
M. le Garde des Sceaux .
****:***********
ARRESTS NOTABLES.
RREST du 2. Juin , qui ordonne qu'en
A payantpar les
Marsan et des Bastilles , la somme de sept mille
cinq cens livres par chacune année , tant et si
lang- temps que le Dixiéme aura lieu , les biens
ct.
AOUST.
1734.
18921
et revenus situez dans ledit Pays , seront exempts
de la levée de cette imposition.
ARREST de ' Cour du Parlement , qui ordonne
, &c .
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
Que le Livre qu'ils apportent à la Cour leur a
parû exiger l'animadversion publique , qu'il ne
se répand que trop , et qu'on sçait assez combien
il est propre à inspirer le libertinage le plus
dangereux pour la Religion et pour l'ordre de la
societé civile : que c'est ce qui lés a portés à prendre
les conclusions sur lesquelles ils attendent.
qu'il plaise à la Cour faire droit..
Eux retirez :.
Vu le Livre intitulé : Lettres Philofophiques
par M. de V... à Amfterdam , chez E. Lucas ,.
au Livre d'Or , M DCC XXXIV. contenant
vingt-cinq Lettres sur differens sujets , ensemble
les conclusions par écrit du Procureur Géneral
du Roi , la matière sur ce mise en déliberation.
con-
LA COUR a arrêté et ordonné que ledit Livre
sera laceré et brûlé dans la Cour du Palais .
au pied du grand Escalier d'icelui par l'Exécuteur
de la haute Justice , comme scandaleux ,
traire à la Religion , aux bonnes moeurs et au
respect dû aux Puissances ; fait très expresses inhibitions
et défenses à tous Libraires , Imprimeurs
, Colporteurs et à tous autres , de l'imprimer
, vendre , débiter , ou autrement distribuer,
en quelque maniere que ce puisse être ; sous
peine de punition corporelle : Enjoint à tousceux
qui en auroient des Exemplaires , de les remettre
incessamment au Greffe Civil de la Cour
pour
1894 MERCURE DE FRANCE
pour y être supprimez , permet au Procureur
Géneral du Roi de faire informer contre ceux
qui ont composé , imprimé , vendu , débité ou
distribué ledit Livre pardevant Me Louis de Vienne,
Conseiller , pour les témoins qui seroient
dans cette Ville , et pardevant les Lieutenans Criminels
des Bailliages et Sénéchaussées , et autres
Juges des Cas Royaux à la poursuite des Substituts
du Procureur Géneral du Roi esdits Sieges ,
pour les témoins qui se trouveroient esdits lieux;
permet à cet effet au Procureur Général du Roi
d'obtenir et faire publier Monitoire en forme de
droit , pour les informations faites , rapportées
et communiquées au Procureur Géneral du Roi,
être par lui pris telles conclusions , et par la Cour
ordonné ce qu'il appartiendra. Ordonne que copies
collationnées du présent Arrêt seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
, pour y être lû , publié et registré ; enjoint
aux Substituts du Procureur General du Roi d'y
tenir la main , et d'en certifier la Cour dans le
mois. Fait en Parlement le 10. Juin 1734. Signé
DUFRANC .
Et ledit jour 10. Juin 1734. 11 heures du matin
à la levée de la Cour , en exécution du susdit
Arrêt , le Livre y mentionné a été laceré et jetté
au feu par l'Exécuteur de la haute Justice , au
bas du grand Escalier du Palais , en présence de
nous Marie-Dagobert Ysabeau , l'un des trois premiers
& principaux Commis pour la Grand'Chambre
, assisté de deux Huissiers de ladite Cour . Signé
, YS A BEA‹U.
ARREST du 29. Juin , qui ordonne qu'en
payant par les Etats du Royaume de Navarre ,
la somme de 10000. livres par chacune année ,
tant
AOUST. 1734.
1895
tant et si long-tems que le Dixiéme aura lieu ,
les biens et revenus situez dans ledit Royaume
seront exempts de la levée de cette imposition .
AUTRE du même jour , portant exemptionde
ladite imposition du Dixiéme , en payant par
les Habitans des Quatre Vallées , dites Daure ,
Nestes , Barousse et Magnouac , la somme de
3000 livres , &c.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption , en payant par les Consuls de la
Ville de Perpignan , et les Viguiers du Roussillon
, Conflent & Cerdagne , la somme de
70000. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption , en payant par les Habitans du Pays
de Nebousan , la somme de 3750. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemption, eu payant par les Consuls de la Ville
de Lectoure la somme de 1000. livres par an.
ORDONNANCE de Police du premier Juillet
, portant défenses à tous Marchands en gros
et en détail , de distribuer aucuns billets pour
annoncer la vente de leurs Marchandises à
peine de 300. livres d'amende , par laquelle il est
dit que quelques Marchands de cette Ville ont
affecté depuis quelque tems de faire répandre
dans le Public des billets en leur nom , pour annoncer
la vente de leurs étoffes et autres Marchandises
, à un prix qu'ils exposent être inferieur
à celui que lesdites Marchandises ont coûsume
d'être vendues par les autres Marchands ;
qu'une
1896 MERCURE DE FRANCE
qu'une pareille contravention , qui est presque
toujours la derniere ressource d'un Négociant
infidele , pour mettre promptement ses effets à
couvert , ne peut être trop severement réprimée ; -
qu'autrement ce seroit donner lieu à toutes les
fraudes que l'interêt et la cupidité peuvent inspirer
; d'où il résulteroit même pour le Public in
grand préjudice , en ce que sous le prétexte de
donner des Marchandises à un vil prix , on ne
lui en vendroit souvent que de défectueuses , & c.
ARREST du24. Juillet , qui ordonne que lá
recette génerale du Dixième du revenu des maisons
de la Ville et Fauxbourgs de Paris , sera
faite par le Sieur Boucot , Receveur de ladite
Ville , et que les Receveurs de la Capitation de
la Ville de Paris , feront dans les differens quar--
tiers de ladite Ville ; le recouvrement du Dixiéme.
AUTRE du 6. Jaillet , qui accorde un- délai
jusqu'au dernier Décembre prochain , pour le
contrôle des Acres de foi et hommage , déclarations
et reconnoissances aux Papiers- Terriers et
autres.
ORDONNANCE du Roi du même jour , qui
regle la forme des Certificats de la Traite des
Negres aux Isles Françoises de l'Amerique.
ARREST du 7. -Juillet , qui ordonne la sup
pression de plusieurs Ecrits , &c. dont voici la
teneur.
LE ROY étant informé qu'après avoir répandu
dans le Public deux Editions differentes de:
Prétendus Actes imprimez sans nom d'Impri
A O UST. 1837
173 4.
1
>
meur, sans privilege , ni permission , dont l'une
a pour titre : Actes et protestations signifiez aux
Religieux qui prétendent composer le Chapitre Géneral
de la Congregation de Saint Maur , par plu,
sieurs députez dudit Chapitre ; et l'autre est intitulé
: Procès-Verbal et déclaration d'appel comme
d'abus , interjetté par les Députez exclus du Cha-
Petre des Religieux de la Congregation de Saint
Maur , tenu en l'Abbaye de Mairmoutier- lès-
Tours
, le 2. Juillet 1733. on y a joint depuis
quelques jours un autre Ecrit sous le nom de
Premiere Lettre d'un Religieux Benedictin de là
Congregation de Saint Maur à un de ses Con
freres , &c. qui est beaucoup plus étendu que les
deux premiers , et qui tend à en justifier les au
teurs ; Sa Majesté auroit jugé à propos de se faire
rendre compte de ces differens Ecrits , et Elle auroit
reconnu qu'ils ont tous également le défaut
de renfermer une contravention manifeste à la
disposition de l'Arrêt rendu par S. M. le 26.
Juillet 173.3 par lequel Elle a expliquè ses intentions
contre ceux qui auroient sollicité , ou
qui solliciteroient des signatures ou associations
des Religieux de la Congregation de Saint Maur,
pour s'opposer aux décrets du Chapitre Géneral
tenu le 2. Juillet précedent ; mais que le dernier
de ces Ecrits , beaucoup plus dangereux que les
deux autres , n'est qu'un tissu de déclamations
violentes et de traits injurieux , soit contre ce
Chapitre , ou contre les Superieurs Géneraux et
Particuliers qu'il a établis , l'unique objet de
P'Auteur étant de faire voir qu'on ne doit ni les
reconnoître , ni leur obéir , même par provision ,
et qu'on ne peut se confesser valablement à ceux
qui , sur le témoignage de ces Superieurs , ont
été
approuvez par les Evêques , que pour soûte
1898 MERCURE DE FRANCE
air de si grands excès , par une révolte déclarée
contre la Constitution Unigenitus , on ne craint
point de dire dans cet Ouvrage , qu'au dernier
Chapitre Géneral de la Congregation de Saint
Maur , on n'a eu en vûë que d'exclure les con
fesseurs de la verité , pour mettre en place les
partisans de l'erreur ; que l'on y comble d'éloges
ceux qui se sont révoltez avec le plus d'éclat cons
tre une Bulle dont l'autorité a été si pleinement
afferuie par le concours des deux Puissances ,
pendant qu'on y parle indignement des Evêques
même qui l'ont reçûë , et des déliberations qu'ils
ont faites pour en appuyer l'exécution ; qu'enfin
on trouve dans le même Ouvrage des maximes
aussi fausses que dangereuses , soit sur les droits
de la Puissance temporelle dans les matieres Ecclesiastiques
, soit sur l'autorité des Evêques ,
qu'on veut faire dépendre du consentement des
peuples , ou du jugement qu'ils portent de leurs
Pasteurs , sous prétexte d'une notorieté qui n'a
jamais été regardée comme une preuve sumisante
dans ce Royaume , ensorte qu'il n'a point paru
de libelle plus capable de répandre le trouble
dans les consciences , d'anéantir toute subordination
et toute discipline dans la Congregation
de San Maur , dè soulever les esprits inquiets
ou mal intentionmez contre le respect dû aur
deux Puissances , et qu'on ne sçait même si l'ignorance
de l'Auteur ne merite pas encore plus
de mépris que sa temerité n'excite d'indignation ;
à quoi étant nécessaire de pourvoir , Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne que
lesdits trois Ecrits intitulez , l'un , Actes et Protestations
signifiez aux Religieux qui prétendent
composer le Chapitre Géneral de la Congregation
de Saint Maur , par plusieurs Députez dudit Chapitre
AOUS T. 1734. 1859
pitre ; l'autre, Procès-Verbal et Déclaration d'ap
pel comme d'abus , interjetté par les Députez exclus
du Chapitre des Religieux de la Congregation de
Saint Maur , tenu en l'Abbaye de Mairmoutier
lès-Tours le Juillet 2. 1733 et le dernier , Premiere
Lettre d'un Religieux Benedictin de la Congregation
de Saint Maur , à un de ses Confreres ,
c. seront et demeureront supprimez. Enjoint
Sa Majesté à tous ceux qui en ont des Exemplaires
, de les remettre incessamment au Greffe du
Sr Herault Conseiller d'Etat , Lieutenant Géneral
de Police de la Ville de Paris , pour y être
lacerez. Fait défenses à tous Imprimeurs , Libraires
, Colporteurs , ou autres , de quelque état
et condition qu'ils soient , d'en vendre , débiter
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire, Ordonne en outre Sa Majesté queledit
Arrêt du 26. Juillet 1733. sera executé selon
sa forme et teneur ; et en consequence , qu'il
sera informé , ainsi qu'il est porté par ledit Arrêt
, contre ceux qui auroient sollicité , ou qui
solliciteroient des signatures ou associations des-
Religieux de la Congregation de Saint Maur ,
dans la vue de s'opposer aux Décrets dudit Chapitre
Géneral du 2. Juillet 1733. pour les informations
faites et rapportées , y être pourvû ,
ainsi qu'il appartiendra , par Sa Majesté , laquelle
se réserve , conformément audit Arrêt , la connoissance
de toutes les difficultez ou contestations
qui pourroient avoir été formées , ou l'être
à l'avenir , au sujet dudit Chapitre , et de tout
ce qui s'en seroit ensuivi ; Sa Majesté en interdisant
la connoissance à toutes ses Cours et autres
Juges.
AUTRE du 14. Août dont la teneur suit .
Lic:
Foco MERCURE DE FRANCE
Le Roy étant informé que l'on commence à
répandre dans le Public un Ecrit qui a pour ti
tre , Lettre de plusieurs Archevêques et Evêques
an Roy , S. M. qui re peut voir sans indignation
que contre le respecí qui lui est dû , on ose imprimer
et publier sans son aveur , une Lettre qui
lui est adressée , doit encore moins tolerer que
des Evêques qui peuvent chacun en particulier ,
avoir recours à sa protection , lorsqu'ils croyent
devoir la reclamer, entreprennent de s'unir et de
former entr'eux une espece d'association pour
Jai écrire en commun , sans en avoir obtenu la‹
permission , et le Roy est d'autant plus obligé
d'empêcher les suites d'un exemple si contraire
aux loix et aux usages du Royaume , qu'il dévient
encore plus dangereux par le caractere et
le stile si peu mesuré d'une Lettre , od il semble
qu'on ait oublié toutes les preuves éclatantes que
S.M a données de son zele pour la cause de l'Eglise
, com ne si ce zele étoit incompatible avec les
sages précautious qu'Elle prend pour éloigner
tout ce qui ne serviroit qu'à entretenir des disputes
toujours dangereuses , en même-temps que
S. M. fait rendre aux décisions de l'Eglise , l'obéissance
qui leur est dûë , et qu'Elle maintient
lès droits sacrez de l'Episcopat , dont elle ne cescéra
jamais d'être le plus ferme appuy ; à quoi
étant nécessaire de pourvoir , S. Métant en son
Conseil, a ordonné et ordonne que l'Ecrit intitulé
Lettres de plusieurs Archevêques et Evêques au Roy,·
sera et demeurera supprimé. Enjoint à tous ceux
qui en ont des exemplaires . de les remettre inces
samment au Greffe du Conseil , pour y être supgrimez
, &c.
ARREST du 28. Août , dont la tenenr suit .
Le
AOUS T. 1.734. 1961
Le Roy s'étant fait representer un ouvrage
imprimé sans privilege et sans nom d'Imprimeur
, auquel on a donné le nom de Lettre Pastorale
de M l'Evêque de Montpellieradre sée as
Clergé et aux fidelles de son Diocèse , pour laur notifier
un Miracle opere dans son Diocèse par l'intercession
de M. François de Paris , et les prémunir
contre un Bref de N. S. P. le Pape , en date
du trois Octobre mil sept cens trente- trois , et deux
Ecrits de M.l'Archevêque d'Embrun de la mɩme
année. M. DCC. XXXIV . Sa Majesté auroit
reconnu , que cet Ecrit a été dicté par le n.ème
esprit que celuy qui parut l'année derniere , sous
le nom d'Instruction Pastorale de M. l'Eveque de
Montpellier.... au sujet des miracles que Dieufait
enfaveur de la cause des Appellants , et dont le
Roy ordonna la suppression par son Arrée du 25
Avril 1733. Que ce dernier ouvrage , aussi temeraire
que le premier , est peut être encore
plus dangereux , pa le caractere d'emportement
qui y regne,et par la malignité avec laquelle on
s'y éleve de nouveau contre une Constitution si
solemnellement affermie par le concours de deux
Puissances , contre le Chef de l'Eglise , et tous
les Evêques qui lui sont unis , sans épargner ' Eglise
même dont l'état actuel y est representé
avec les couleurs les plus odieuses ; Qu'on y ca
blit des principes capables d'ébranler le seul tondement
solide de la soumission des fideles , p
opposant à l'authorité infaillible de P'Eglise , la
voye extraordinaire des miracles comme
moyen plus sensible pour conduire les simples à la
connoissance de la verité , et plus propre à es
empêcher de se laisser emporter par ce phantome
d'authorité , sous lequel la Bulle Unigenitus se
présentoit, et de prendre , pour l'authorité , l'abus
un
da
TCO2 MFR CURE DE FRANCE
, pour
de l'authorité Qu'enfin , par des déclamations
vehementes , ou par des conjectures arbitraires ,
et toûjours annoncées d'un ton prophetique , on
cherche dans cet ouvrage à allarmer les fidelles ,
sur les pertes ou les retranchements , dont on
veut faire entendre que l'Eglise est menacée ; et
il semble qu'on n'y ait en vue , que d'inspirer
aux Peuples un esprit de défiance , ou de mépris
pour leurs Pasteurs , et de révolte contre l'autherité
légitime : A quoi étant necessaire de pourvoir
, affermir la soumission et la paix que
Je Roy veut entretenir dans son Royaume , enéloignant
tout ce qui seroit capable de l'alterer;
Sa Majesté étant en son Conseil , a ordonnéer
ordonne , que ledit ouvrage intitulé , Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Montpellier , adressée au
Clergé et aux fidelles de son Diocèse , pour
leur notifier
un miracle operé dans son Diocèse par l'intercession
de M. François de Paris , et les prémunir
contre un Bref de N. S. P. le Pape , en date du
trois Octobre mil sept cens trente- trois ; et deux
Ecrits de M. l'Archevêque d'Embrun , de la même
année M. DCC. XXXIV . sera et demeurera
supprimé , comme contraire au respect dû à l'Eglise
et au Roy, tendant à émouvoir les esprits ,
et à troubler la tranquillité publique. Enjoint à
tous ceux qui en ont des éxemplaires , de les remettre
incessamment au Greffe du Conseil , pour
y être supprimez et lacerez &c.
AVIS.
On prie M M. les Majors et autres Officiers
qui donnent avis des Actions qui méritent d'être
publiées , et des Evenemens remarquables qui se
passent dans nos Armées , ainsi que des Morts
et
, de vouloir bien écrire les noms proples
is lement , et n'omettre aucune circonscans
its Relations de consequence.
TABLE
s Fugitives. Epitaphe du Maréchal de
Villars ,
1698
A publique de l'Académie de Chirurgie ,
1692
7108 MAV . lesse, Cantate
Lettre sur un nouvel Ouvrage du Marquis Maf-
1714 fei ,
La Justice divine est présente à toutes nos actions
, Pseaume 93.
1171
Réponse aux Lettres au sujet des Refléxions sur
la Poësie , & c.
A Iris , Poeme ,
Lettres sur les Influences de la Lune ,
1724
1734
1738 Le Chien fidelle , Sujet tiré du Grec , 1747
Lettre à l'Auteur de la nouvelle Méthode pour trouver les xiv des nouv. Lunes Pascales, 1748
Eloge du Maréchal de Villars ,
Lettre au sujet du Bureau Typographique
, ibid. Epitaphe Latine du Marechal
de Berwick , 1766 Remarques
au sujet de l'Histoire des anciens
1760
Comtes de Provence ,
Au Roy , Vers ,
Lettre sur les Médailles Romaines ,
Idyle ,
1767
1773
1074
1781
Lettre au sujet des Remarques sur l'Ortographe ,
1783
L'Asne et les Chardons , Fable, 1791
Lettre sur l'Horlogerie , 1793
Enigmes et Lo ogryphes, 1799
Nouvelles Litteraires , &c.
1803
Bibliotheque Raisonnée ,
Inscriptions anciennes ,
Avantures de Telemaque ,
Journal Litteraire , &c .
Memoires de l'Académie de Boulogne ,
Ouvrage concernant la Ville de Troye ,
Nouvelles Estampes ,
1801
1807
1813
1815
1816
1819
1826
Médailles du Roy gravées en taille - douce , 1827
Air noté sur la Prise de Philisbourg ,
Spectacles. Les Fêtes Nouvelles , Balet ,
1828
1829
1842
Nouvelles Etrangeres de Russie.et Pologne, 1847
Tragédie d'Hermenigilde et Balet , &c.
D Dannemarck , Allemagne et Italie ,
1852
De Naples ,
1853
Siege et Prise de Gaëtte ,
1854
Inscription Latine posée à Bironte ,
1855
D'Espagne et Grande- Bretagne , ibid.
D'Angleterre ,
1856
Description historique de Philisbourg ,
ibid.
Armée d'Allemagne ,
1859
Lettre du Roy au Maréchal d’Asfeld , 1860
Addition aux Nouvelles Etrangeres ,
1865
Armée d'Italie ,
1869
Morts , Naissances des Pays Etrangers ,
ibid.
France, Nouvelles de la Cour, de Paris, &c. 1871
Promotion d'Officiers Generaux ,
1877
Régimens donnez , 1884
Pensions accordées ,
188f1
Morts , Naissances et Mariages ,
1886
Arrêts notables ,
1872
9 . P.1.
Errata de Fuillet.
ser. P. 1778. l . 9. Livre , l. Livie . P. 1851.
L. 3o . avoit , l. avoient.
La Médaillegravée doit regarder la page 1827
L'Air noté la page
1818
Qualité de la reconnaissance optique de caractères